{"numero_id": "bm-bmtnabh-1909-06-15-01", "volume": "bmtnabh_1909-06-15_01", "ocr_sha256": "94df4a38283dd70975b58446af29e346ba2256cdc5d04d6e89e0669279706c29", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1909/06/15_01/bmtnabh_1909-06-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1909/06/15_01/bmtnabh_1909-06-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1909-06-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-06-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1909-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.2.2", "titre_corps": "DANS CE NUMERO", "titre_sommaire": "DANS CE NUMERO", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.1", "debut_caractere": 270, "fin_caractere_exclue": 771, "texte": "DANS CE NUMERO\nMjROPÔS DE QUELQUES ARTICLES SUR RICHARD STRAUSS, par ROMAIN ROLLAND ★\n;'£PHEN HELLER, par GEORGES SERVIÈRES * NOTES DE BIBLIOGRAPHIE BEETHO-\nI tNIENNE, par JEAN CHANTAVOINE * CHRONIQUE, par LOUIS LALOY (croquis de BILS) ★\nDE LA FLUTE ENCHANTÉE,par GEORGES SERVIÈRES * LES\nW'CERTS, par PAUL LANDORMY * LA CANTATE HÉRAKLÈS DE HIENDEL, par ROMAIN\nLIT.J;LAND * SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE ★ SOCIÉTÉ DES AMIS DE LA\n★ ÉCHOS ET NOUVELLES * LA SAISON RUSSE (croquis de E. 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Je ne puis donc que louer\nle zele avec lequel certains de mes collègues français et italiens\nont pris en main la cause de M. Mariotte et de M. Vittorio Gnec-\nchi, dans une double affaire récente, où ces musiciens étaient re-\nprésentés comme les victimes d'un grand artiste.\nMais il est un autre devoir, qui nous appartient, et qui n'est pas\nmoins important : c'est de défendre les grands artistes contre\nleurs ennemis. Les grands artistes gênent trop de monde ; trop de\ngens ont intérêt à les faire disparaître, ou à les rabaisser. Et con-\ntre les attaques, ils savent mal se défendre. Ou ils perdent tout\nsang-froid, et répondent par des paroles irritées ; ou ils ne répon-\ndent pas du tout : dans les deux cas, ils sont livrés aux bêtes. J'en\nai vu trop d'exemples dans l'histoire de l'art, et même dans la vie,\npour ne pas être toujours tenté de venir à leur secours, quand je\nles vois attaqués.\nDans le cas présent, ce devoir m'était d'autant plus impérieux\nque l'artiste mis en cause est pour moi un ami, dont je n'admire\npas seulement le prodigieux talent, le plus puissant, à mon sens,\nde la musique européenne d'aujourd'hui, mais dont j'estime et\nj'aime la parfaite loyauté. Croire que Richard Strauss (car"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.2", "debut_caractere": 1382, "fin_caractere_exclue": 1383, "texte": "1"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.3", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2202, "texte": "c'est de lui qu'il s'agit) aurait pu plagier, sans le dire, un jeune\nmusicien italien (comme l'a laissé entendre un récent article de la\nRivista musicale italiana), croire surtout qu'il aurait pu cher-\ncher à étouffer un jeune musicien français et à détruire son œuvre,\n(comme on l'a dit en France), m'était impossible à admettre,\nnon seulement comme une chose monstrueuse, mais comme une\nchose absurde. Car quel besoin, je vous le demande, peut bien\navoir un Richard Strauss de faire disparaître un débutant inconnu,\nqui n'est même pas un musicien de profession, mais un amateur\n(excellent, je le veux bien) ? Il faudrait que l'auteur de\nleben ne fût pas seulement un criminel, mais qu'il fût un sot.\nC'est ce qu'on ne fera croire à personne.\nRappelons brièvement les faits : on accuse Richard Strauss :\ni° D'avoir voulu anéantir la partition d'une écrite par\nM. Mariotte sur le même poème de Oscar Wilde, que Richard\nStrauss avait mis en musique ;\n2° D'avoir, par un phénomène de\ncomme dit fort prudemment M. Tebaldini, employé dans son\nElektra une telle quantité de motifs musicaux avec leurs dévelop-\npements, dont M. Gnecchi avait antérieurement fait usage dans\nsa Cassandra, que pour tous ceux— (et ils sont nombreux) qui\nne croient pas à la télépathie mcela s'appelle en fran-\nçais un plagiat.\nNe discutons pas, pour le moment, l'exactitude de ces asser-\ntions. Mais ne serait-il pas prudent, avant de se faire une opinion,\nd'interroger le parti mis en cause ? Dans une affaire aussi grave,\nil n'est pas permis de condamner un homme sans l'entendre. Ou\nfaudrait-il croire que cet homme ait fait obstinément défaut, et\nque personne n'ait répondu pour lui ?\nLa chose valait d'être élucidée. Je me suis mis en quête. J'ai\nconstaté que les journaux allemands ont fait, à maintes reprises,\ndes réponses explicites, tant sur l'affaire Mariotte que sur 1 affaire\nGnecchi. J'ai de plus écrit à Richard Strauss, qui m'a répondu\npar la lettre qu'on va lire. Je la publie, sans commentaires. Je me\ncontente d'atténuer, ou de supprimer, çà et là, quelques apprécia-\ntions personnelles, qui ne pourraient qu'envenimer le débat,\nquand tout mon désir est d'y mettre fin."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.4", "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 1565, "texte": "Garmi&ch, 5 mai 1909.\nCher ami,\nJe vous remercie cordialement pour Vamical souci que vous me témoi-\ngnez.\nMais que dois-je faire ? Savez-vous un meilleur moyen, pour com-\nbattre la haine et Venvie, que le parfait silence ?\nVous connaissez bien l'histoire d'Hercule avec l'Hydre ?\nPoui l affaire CASSANDRA-KLEKTRA, j avais déjà résolu de rte\nrien répondre, avant de connaître la\npour Gnecchi. A présent que je la connais, je me tairai bien plus en-\ncore . car toute l histoire est vraiment trop niaise, —abstraction faite du\nton ecœuiant de chauvinisme qui\nques contre moi, tant italiennes que françaises. A cela on doit, pour\ntoute réponse, opposer le spectacle de la très large et amicale hospitalité\nque l Allemagne accorde à lart italien et français, plus qu'aucun autre\npays du monde, et dont on nous sait\nQuant au casMARIOTTE-SALOMÉ,\nexposée dans leBERLINER TAGEBLATT.\nPour votre tranquillité personnelle,\nchoses.\nM. Mariotte a demandé aux héritiers SALOMÉ,\npour la mettre en musique. Les héritie\nle droit de propriété m'avait été déjà cédé. Malgré tout, M. Mariotte a\ncomposé sa SALOMÉ.\nDans la première lettre qu'il m'a\nmon droit exclusif de propriété, et\ntion de faire jouer deux fois sa SALOMÉ à Lyon. Je lui ai répondu :\n« Jouez votre œuvre, où et aussi souve »\nmalheureusement oublié que, pendant SALOMÉ\nétait devenu, par traité, la propriété\nBerlin.\nM. Furstner éleva une réclamation contre la permission que j'avais\ndonnée à M. Mariotte.\nAprès beaucoup de peine, je réussis enfin à obtenir de M. Furstnerqu il"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.5", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1800, "texte": "autorisât quelques représentations de SALOMÉ de\net qu'il remplît le premier et unique\nM. Mariotte.\nDepuis ce temps, je me suis e cl\nM. Fiirstner pleine et entière liberté pour l œuvre de Mariotte. Deux fois,\nj'ai été tout près d'y réussir : la pre\nM. Lalo ; puis, il y a peu de semain\nMauclair, m'insultant de telle sorte\nde me désister de mon dessein, de peur que nous n eussions l'air de cé-\nder à une intimidation.\nVoilà où en est l'affaire aujourd'hui. M. Mariotte peut remercier ses\namis de ce qu'il n'a pas réussi à obtenir\nfaire jouer son œuvre. Car je ne me\nmenaces et des injures, quand j'ai le\nSi M. Mariotte veut revenir à d'autre\nses amis à m outrager, s'il veut s'adresser courtoisement, amicalement,\nà ma bienveillance, la chose pourra\npense ; et mon éditeur, qui est un gen\nJe vous autorise absolument, cher ami, à faire de cette lettre l'usage\nqu'il vous plaira, et je reste votre fidèlement dévoué\nRichard STRAUSS.\nL'article du Berliner Tageblatt, auquel il est fait allusion dans\nla lettre, est du Dr Leopold Schmidt, et parut, le 3o décembre\n1908, en réponse à l'article de M. Lalo dans J'en sup-\nprime, comme pour la lettre de Strauss, les appréciations person-\nnelles, étrangères au fond du débat, ainsi que la partie du récit\nqui reproduit les faits exposés précédemment. Je retiens seule-\nment un certain nombre de détails nouveaux et très précis :\n« L'éditeur Furstner, dit M.le Dr Leopold Schmidt, avait d'au-\ntant plus de raisons de faire valoir ses droits contre M. Mariotte,\nque des pourparlers venaient d'être entamés par lui avec l'Opéra\nde Lyon, et qu'ils auraient abouti à la représentation de l'œuvre\nde Strauss, sans l'apparition d'une seconde Salomé. Je ne crois\npas que les éditeurs français eussent trouvé bon qu'un composi-"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.6", "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 2063, "texte": "teur allemand remît en musique et fît représenter les libretti de\nCarmen ou de Sarnson et Dalila. Il faut remarquer de plus\nque, contre l'affirmation du Temps, qui fait remonter la première\nidée du plan de Mariotte à 1906, Mariotte a écrit, en propres\ntermes, dans une lettre à la maison d'édition de Berlin : « Les\npremières lettres avec les héritiers de Wilde furent échangées en\njanvier igoô (1). » Or, à ce moment, la Salomé de Strauss avait\nété déjà donnée, à Dresde, le 9 décembre 1905, avec un succès\nqui semble n'avoir pas été sans influence sur la décision de Ma-\nriotte. Et l'affaire change de face, quand on apprend que M. Ma-\nriotte a demandé seulement la permission de donner « une seule\nexécution privée » de son œuvre, et qu'en octobre 1907, il écrit\nencore à Berlin : « Il n était pas\nfaire éditer, mais seulement de le faire représenter un nombre de\nfois limité et en province (2). » L'inconséquence qu'on a voulu\nrelever dans la conduite de Strauss apparaît maintenant sous un\ntout autre jour. »\nQuant à la destruction de l'œuvre de M. Mariotte, et à\nda-fémélodramatique dont on nous a parlé, cela se réduit à ceci :\nlégalement, et si un accord particulier n'intervient pas entre\nM. Mariotte et M. Fiirstner, le texte français de Wilde est et reste\nla propriété exclusive de M. Fùrstner 5 et M. Mariotte, qui l'a\npris, est tenu de le restituer. Mais il n'est nullement question de\nsa musique.\n« La musique de M. Mariotte est sa propriété artistique ; elle\nne peut ni lui être prise ni être détruite. S'il l'adapte à un autre\npoème, ou même à un poème traitant le même sujet d'une autre\nfaçon, ni M. Strauss ni M. Friistner n'ont vouloir ni pouvoir\nde l'empêcher (3). »\nCela valait-il donc la peine de tant crier ? Quoi donc! en\nadmettant qu'un accord à l'amiable, entre M. Mariotte et\nM. Strauss, ne fût pas possible, (et nous venons de voir, par la\nlettre de M. Strauss, qu'il eût été possible), —était-il si difficile\n\n(1) En français dans le texte.\n(2) Id.\n(3) Dr Leopold Schmidt, Berliner Tageblatt"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.7", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2214, "texte": "de modifier le poème de Salomé, de façon à en garder toute la\nsubstance psychologique et dramatique, sans reprendre le texte\nmême de Wilde ? Ou bien ce texte de Wilde est-il quelque chose\nd'unique, de sacro-saintj dont on ne peut rien changer ? (En\nce cas, il eût fallu commencer par n'y point mettre de musique.)\nVoilà beaucoup de bruit pour un méchant poème !\nPassons à l'affaire Gnecchi et àla Cassandra. Ici, nous entrons\ndans un tout autre ordre de choses : c'est la fameuse question des\nplagiats en art. Elle n'est pas neuve : on la fait resservir pour\nchaque grand artiste. A chaque fois, l'effet est infaillible. Le\npublic, incapable de distinguer l'originalité intime d'un artiste,\nquel qu'il soit, est frappé d'une évidence soudaine, quand le pre-\nmier venu lui montre de vagues analogies de forme entre un au-\nteur et un autre. Enfin !... Dans cette obscurité de l'art, il voit\ndonc quelque chose ! Il voit des mots, des notes, et ces mots, ces\nnotes, sont les mêmes chez ces deux auteurs. Point de doute: il\ny en a un qui a volé l'autre. D'un côté la victime, et de l'autre\nle traître. Cela est simple. Pauvre public !...\nLa seule chose qui étonne, c'est que des gens d'esprit, qui ont\nquelque connaissance de l'art, se laissent abuser par de telles niai-\nseries. Ne savent-ils donc pas ce que c'est que l'art? Et croient-ils\nqu'un artiste invente jamais rien, de toutes pièces ? Il n'est\npas une grande pensée, pas une phrase musicale, dont les élé-\nments ne se retrouvent chez un autre artiste, chez un autre pen-\nseur d'un âge précédent, et avant ceux-là, chez d'autres, et chez\nd'autres encore. Ceux que nous considérons comme les génies\nde l'art ne sont même pas parmi les artistes qui ont le plus\ninventé. Voici plusieurs années que j'étudie le XVIII® siècle\nmusical en Italie et en Allemagne, et je suis arrivé à cette consta-\ntation qu'il n'y a peut-être pas une phrase de Mozart ou de Gluck\nqui n'ait été inventée par quelque musicien avant eux. Les artis-\ntes les plus inventifs ne sont pas les plus connus. Les génies que\nnous admirons sont ceux qui font fructifier le grain semé par\nd'autres, ceux qui soufflent une grande vie à des embryons d'êtres,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.8", "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 2222, "texte": "et qui, avec les mots, les phrases et les pensées de tout le monde,\nbâtissent des mondes nouveaux. Le cas spécial de\nElektraqui nous occupe est vraiment trop médiocre pour que je\ntraite, à son sujet, la question générale de l'imitation en art. Mais\nje compte la reprendre prochainement, dans cette Revue, à pro-\npos de Hœndel : car il n'est pas d'artiste pour qui un tel problème\nse pose avec autant d'ampleur que pour l'auteur à'lsraël. Pour le\nmoment, j'en reviens à nos moutons, si je puis me permettre\nd'appliquer ce nom paisible aux héros épileptiques de la maison\ndes Atrides, qui menacent de mettre aux prises M. Gnecchi et\nM. Strauss, ou plutôt leurs critiques.\nC'est M. G. Tebaldini qui a attaché le grelot de la nouvelle\naffaire, dans un article de la Rivista (anno XVI,\nfascicolo 2°, 1909), intitulé : Telepat\nElettra di Richard Strauss. —Il s'agit, nous l'avons dit, des ana-\nlogies relevées entre Elektraet un opéra représenté, en novembre\n1905, au Teatro comunale de Bologne, sous la direction deArturo\nToscanini : Cassandra, paroles de Luigi Illica, musique de Vit-\ntorio Gnecchi, jeune compositeur milanais.\nJe ne sais si M. Tebaldini aeu conscience du beau tapage qu'il\nallait déchaîner ; mais je crains bien qu'il n'en supporte les con-\nséquences, malgré les précautions qu'il a prises pour se mettre à\nl'abri. —En effet, il a grand soin d'assurer, au commencement de\nson article, qu'il n'entend en aucune façon accuser Richard\nStrauss :\n«Non certainement par d'autres voies que parcelle d'une ins-\ntinctive concordance psychologique, que je définirais comme\nune espèce de Télépathie musicale, pourrait s'expliquer le fait\nque j'ai relevé : à savoir qu'inspirés par les poèmes anciens ou\nnouveaux qui chantent les mêmes personnages tragiques, deux\nmusiciens, l'un Italien très jeune, l'autre Allemand très illustre,\nétrangers l'un à l'autre, » ont trouvé les mêmes idées musicales.\nEt, à la fin de l'article :\n«J'ai intitulé cette brève étude d'un vocable scientifique, car il\nne me semble pas qu'on puisse expliquer autrement que par un\nphénomène de télépathie le cas singulier que j'ai montré... »\nEt M. Tebaldini, en terminant, soumet ce cas, qu'il trouve de"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.9", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2040, "texte": "la plus haute importance, aux savants qui s'intéressent à la mo-\nderne psychologie et à tous les phénomènes de la création artis-\ntique.\nSi M. Tebaldini a cru ainsi désarmer les rancunes du parti\nStraussiste, il s'est bien trompé : on ne lui en a voulu que davan-\ntage de ne pas formuler ouvertement son accusation : car per-\nsonne n'a pu prendre au sérieux ses explications :\n« C'est un pur non-sens, dit crûment le DrAlexander Dillmann,\ndans les Mïinchner Neueste Nachrich(2o avril 1909). A cette\ntélépathie, personne ne croit. Peut-être pas même M. Tebaldini,\nqui a trouvé cette forme aussi inusitée que prudente d'accusation...\nIl s'agit chez Tebaldini de tout autre chose que de recherches\npsychologiques. Ala fin de l'article, est une suite de tableaux\nd'exemples musicaux (dix grands tableaux), où l'on montre la\nressemblance de quinze thèmes principaux avec les\nthèmes de Cassandra.A gauche sont les citations de\nà droite celles d''Elektra Avec un zèle infini, l'exemple\nest placé à côté de l'exemple, la mesure à côté de la mesure,\ntoutes les ressemblances possibles sont tirées par les cheveux, de\nfaçon à faire de Strauss bien nettement un plagiaire (1). » « ...Dans\ncette juxtaposition de notes, gît une terrible, une muette accu-\nsation contre le maître allemand (2). »\nJe commence par dire que je ne suis pas de l'avis des critiques\nallemands : je crois M. Tebaldini sans malveillance cachée. Mais\nil offre un beau cas d'une maladie dont sont atteints, à quelque\ndegré, presque tous les musicologues : celle de retrouver tout dans\ntout. Et, en effet, tout est dans tout. Mais il n'est pas très\nintéressant de le faire remarquer.\nCette chasse maladive aux réminiscences, qui me semble tou-\njours un peu comique, est particulièrement plaisante, quand il\ns agit des thèmes de Richard Strauss, presque tous extrêmement\ncourts, peu caractéristiques par eux-mêmes, et n'acquérant de vraie\n\n(1) Ludwig Hartmann, Dresdner Neueste 20avril 1900.\n(2) Dr Alexander Dillmann : Mïinchner 20 avril 1909."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.10", "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 1140, "texte": "valeur que par leur développement et leur revêtement harmonique\net instrumental. Cette impression comique ne fait que s'accen-\ntuer, à mesure qu'on parcourt les dix tableaux musicaux, où\nM. Tebaldini, comme dit encore M. Dillmann, « a élevé un\nflamboyant J'accuse contre Richard Strauss ».\nN'est-il pas enfantin, par exemple, de relever une réminiscence\ndans ce cri d'Elektra : « Agamemnon !», rapproché de ces paroles\ndu prologue de Cassandra: « Il (1) ... »\nComme le dit M. L. Hartmann, il y avait beau temps que ce\ncri avait été inventé, avant Gnecchi !\nVoici d'autres exemples qui sont de la même force.\nIci, une pure notation déclamatoire, des plus banales (2) :\nLà encore, où il est question, dans les deux poèmes, d'amour\nou de tendresse, le dessin mélodique est d'une égale banalité ;\nau reste, ni la tonalité ni la mesure ne sont identiques (3) :\nAilleurs, voici un dessin qui semble à M. Tebaldini visiblement\nimité de Gnecchi par Strauss, sans qu'il lui arrive de se demander\n\n(1) Ex. I de M. Tebaldini. (Voir Rivista musicale italiana.)\n(2) Ex. VI bis (14). Ibid.\n(3) Ex. IV (9); Ibid."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.11", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 884, "texte": "si par hasard Gnecchi ne l'aurait pas imité de Wagner\nlequel l'aurait imité de Beethoven, etc. etc. (i).\nMais le plus plaisant, c'est de voir avec quelle inconscience\nM. Tebaldini, entraîné par sa manie arrange à sa\nfaçon les textes qu'il manipule, amputant ici, ajoutant là, « coupant\naux accords cités les oreilles et le nez » (2), pour les rendre plus\nressemblants, élaguant, supprimant systématiquement les har-\nmonies. Dès le premier exemple, le procédé s'affiche avec candeur :\nles notes ou les mesures qui gênent, on les imprime en tout\npetits caractères. Il arrive qu'on ne les imprime pas du tout. On\nobtient ainsi des citations mutilées, qui n'ont plus aucun sens,\ncomme celle-ci (3) :\n\n(1) Ex. IX (24). Ibid.\n(2) Dr Alex. Dillmann.\n(3) Ex. II (6) de M. Tebaldini.\n(4) Page 144, première ligne, de la partition piano et chant d'Elektra."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.12", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 1154, "texte": "ou celle-ci, simple dessin de basse d'Elektra, comparé, Dieu sait\npourquoi ! à un chant de Gassandra :\nau lieu de :\nCeci n'est encore rien. M. Tebaldini ne se contente pas de\ndonner çà et là quelque savant coup de ciseau. Il n'est pas seule-\nment sculpteur ; il est aussi mosaïste. Là, son talent est sans\nrival.\nPar exemple, pour amener un passage d'Elektra (page 22 de\nla partition pour piano et chant, 4e ligne) àla ressemblance voulue\navec un passage de Cassandra, M. Tebaldini procède de la façon\nsuivante: il commence par prendre, page 22 une seule\nligne de l'accompagnement instrumental, comme chant ; à la\nseconde mesure, il donne pour basse à ce nouveau chant une\nmesure prise à l'accompagnementinstrumental delà page 32 ; à la\ncinquième mesure, il coupe net la phrase de la page 22, et y colle\ntrois mesures prises à l'accompagnement instrumental de la page\n21. Voici, pour être plus clair, la citation de M. Tebaldini (3) :\n\n(1) Ex. VIII (20) de M. Tebaldini.\n(2) Page 74, première ligne, de la partition d'Elektra.\n(3) Ex. X (28) de M. Tebaldini.— (Les parenthèses ont éternises par M.Te-\nbaldini.)"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.13", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 277, "texte": "Citation à'Elektra par M. Tebaldini :\nEt voici le passage exact de YElektra qui a inspiré cette com-\nposition nouvelle :\nMême passage d'Elektra, d'après la partition originale (1) :\n\n(i) Page 22, 4e ligne de la partition piano et chant d"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.14", "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 873, "texte": "Je pourrais citer de nombreux exemples de ce système de dé-\ncoupage et de recollage de notes. Le chef-d'œuvre du genre nous\nest fourni par l'exemple XV (46) de M. Tebaldini. Afin de nous\nprésenter le modèle télépathique de l'admirable page iïElektra, où\nElectre reconnaît son frère, M. Tebaldini a réécrit (il n'y a pas\nd'autre mot à employer) toute une page de Cassandra, en\namalgamant toutes sortes de motifs et de tronçons de motifs,\npris à toutes les pages de la partition de à savoir, pour\nla main droite, page i 63, 4e ligne ; page 17, ire ligne; page 194,\n3e ligne; page 232, 3e ligne ; page 89, 2e ligne; pour la main\ngauche, page 195, page 6, page 8, page 12b, page 127, page 126,\npage 89. —Sans plus de commentaires, voici le chef-d'œuvre (i) :\nCitation de Cassandra, par M. Tebaldini :\n\n(i) Ex. XV (46) de M. Tebaldini."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.15", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1028, "texte": "G est un joli jeu de patience! Avec ce système-là, je me charge\nd'écrire une page de Tannhaiiser,avec des motifs du\nSi quelque chose étonne, c'est qu'après tant d'efforts, la page\nde Richard Strauss, que l'on veut imiter, reste inimitable (i).\nAprès ce beau travail, M. Tebaldini ajoute :\n« Il est hors de doute qu'un examen plus minutieux pourrait\nenrichir la série de ces exemples. Mais cela exigerait une longue\nétude, qui ne m'est pas possible aujourd'hui. »\n« Dieu soit loué que M. Tebaldini n'ait pas le temps! s'écrie\nM. Dillmann. Avec sa méthode, nous découvririons à la fin\nqu'Elektra a été écrite par Adam et Ève ! »\nJe le répète : pas un instant je ne mets en doute la bonne foi de\nM. Tebaldini, pas plus qu'il ne met en doute celle de Richard\nStiauss. Je le crois parfaitement convaincu de l'excellence de sa\nméthode. Son cas nen est que plus curieux. A quelque chose\n\n(1) Pour compléter ces exemples, voir l'article de M. le D' Alexander\nDillmann (dans les Miinchner Neues le N"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.16", "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 2572, "texte": "malheur est bon. J'espère que son exemple servira à nous rendre\ntous plus prudents, nous, historiens et critiques, qui sommes tous,\nplus ou moins, affligés de la maladie télépathique, et qui avons\ntoujours une tendance à trouver des analogies entre tout ce que\nnous lisons. Quand il s'agit du passé, cela n'a pas beaucoup d'im-\nportance : les grands morts qu'on accuse de plagiat n'en sont pas\ndérangés dans leur sommeil ; et puis, ils auront leur revanche, ils\nvivront plus que nous. Mais quand l'accusation vise un auteur\nmoderne, elle est grave : car si loyale et si mesurée qu'elle soit dans\nl'intention de celui qui la lance, elle fournit des armes à la mal-\nveillance, toujours prête à se ruer sur un grand artiste, quel\nqu'il soit. Dieu sait les absurdités qui ont été dites, depuis deux\nmois, à la suite de cet article !\nAu reste, toute cette histoire a d'autant moins de sens que nous\napprenons par M. Ludwig Hartmann que Gnecchi et Strauss se\nconnaissent personnellement, qu'ils sont en fort bons termes, que\nGnecchi est un grand admirateur de Strauss, dont il avait entendu\nla Salomé à Turin (i), qu'ils ont causé ensemble de la Cassandj-a,\net que M. de Schuch, le grand Kapellmeister allemand, quia monté\nXElektra de Strauss à Dresde, avait le projet de donner, dans la\nmême saison, en un même cycle tragique, la de Gnec-\nchi (2).\nQue vient-on donc opposer malignement les deux auteurs et les\ndeux œuvres, comme s'il y avait entre eux quelque antagonisme ?\nDe qui se moque-t-on ici ? Est-ce du public ?\n\n(1) Et ceci autorise fort justement notre confrère musical du 7 imes à se de-\nmander si ce n'est pas, bien souvent, M. Gnecchi qui s est ressouvenu, dans sa\nCassandra, de motifs employés par Strauss dans des œuvres antérieures*\nJ'ai le même sentiment, et j'ai relevé, dans les exemples même que cite M. Fe-\nbaldini, plus d'une analogie entre la Cass et des œuvres de Strauss anté-\nrieures àla Cassandra. Ainsi, l'ex. VII ( 15) de M. Tebaldini, où le passage\ncité de Gnecchi a, pour le moins, autant de parenté avec une page connue de\nTod und Verklârung qu'avec les pages morcelées XElektra qu'on en dit ins-\npirées. , , , ,\n(2) On trouvera, dans l'article de M. Ludwig Hartmann (publie dans les\nDresder Neueste Nachrichten du 20 avril 1909), toute une suite de lettres de\nGnecchi à M. Hartmann, qui vont du 9 janvier 1905 au 6 octobre 1908, et qui\néclairent tout le débat. M. Hartmann, qui a nettement pris parti pour Strauss\ncontre Tebaldini, est ami de Gnecchi, dont il a traduit en allemand le\nde la Cassandra."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.17", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1977, "texte": "Je constate que, dans ces deux affaires Mariotte et Gnecchi, ni\nl'un ni l'autre des deux intéressés, ni M. Mariotte ni M. Gnecchi,\nn'a formulé directement de plaintes. Approuvent-ils ou désap-\nprouvent-ils la campagne qui a été menée pour eux ? Nous n'en\nsavons rien. S'ils se croient réellement lésés,'qu'ont-ils besoin\nd'intermédiaires pour exposer leurs griefs? Qu'ils parlent ! En\nréponse aux accusations portées par les journaux français et ita-\nliens, j'ai opposé, par esprit de justice, la réponse allemande. J'ai\npublié des textes. Ils me paraissent explicites. Jusqu'à nouvel\nordre, il me semble qu'il ne reste rien de la question Gnecchi, et\nfort peu de chose de la question Mariotte. Si M. Gnecchi et\nM. Mariotte contestent sur quelque point mon argumentation, ou\nl'exactitude des renseignements sur lesquels elle s'appuie, qu'ils\nme le disent. Je serai heureux de leur faire droit, et nos revues\nleur sont largement ouvertes.\nMe permettra-t-on, en terminant, de conjurer fraternellement\nmes collègues, aussi bien latins que germaniques, de prendre bien\ngarde, en ce moment, à l'esprit nationaliste qui est en train de se\nglisser de nouveau, à notre insu, dans nos discussions artistiques,\net menace de les empoisonner ? Le nationalisme artistique est\nune vieille connaissance pour nous. Je ne suis pas bien âgé, et\npourtant j'ai le souvenir des sifflets contre Wagner et des levées\nde marmitons mobilisés contre Lohengrin. A quoi celaa-t-il servi?\nA nous rendre ridicules, et à affirmer le triomphe de Wagner,\nd'une façon plus agressive et plus désagréable pour nous, —comme\nil adviendra pour les Italiens, qui viennent de siffler sans l'entendre\nle Pelléas et Mélisandede M. Debussy. —Il y avait jadis une\nville qui planait au-dessus des luttes des nations, et où les grands\nesprits d'Europe allaient chercher la paix. La Rome de Poussin\net de Goethe n'est plus. Nous n'avons plus que l'art. Laissez-le-\nnous.\n\nRomain Rolland."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-06-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-06-15_01#c018", "volume": "bmtnabh_1909-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 18, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.2.4", "titre_corps": "STEPHEN HELLER, par GUSTAVE RICARD (Musée du Louvre, salle Thomy Thiéry", "titre_sommaire": "STEPHEN HELLER, par GUSTAVE RICARD (Musée du Louvre, salle Thomy Thiéry", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 71, "texte": "STEPHEN HELLER, par GUSTAVE RICARD\n(Musée du Louvre, salle Thomy Thiéry"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-06-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-06-15_01#c019", "volume": "bmtnabh_1909-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 19, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.2.5", "titre_corps": "PORTRAIT DE STEPHEN HELLER", "titre_sommaire": "PORTRAIT DE STEPHEN HELLER", "signature_source": "Georges Servières", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1433, "texte": "PORTRAIT DE STEPHEN HELLER\nD'APRÈS UN TABLEAU DU LOUVRE\n\nAu Musée du Louvre, le visiteur qui pénètre dans la galerie\nThomy-Thiéry, au second étage, ne tarde pas, s'il commence\npar le panneau de gauche de la première salle, à tomber en con-\ntemplation devant un portrait peint par Gustave Ricard, l'un des -\nmeilleurs tableaux exposés dans cette salle, si remplie de chefs-\nd'œuvre. ■\nC'est une figure d'homme aux longs cheveux ondés, partagés\npar une raie au-dessus de la tempe gauche, cheveux gris d'ar-\ngent qui furent blonds ou châtain clair, ainsi que 1 annonce le ton\nfauve de la moustache, étroite et circonflexe. Ils encadrent de leurs\nboucles épaisses un visage calme au teint rosé, aux sourcils d'une\ncourbe fine et bien dessinée, que domine un front élevé et sous\nlesquels rêvent des yeux châtains, des yeux à fleur de tête de\nmyope, dont la convexité a été atténuée par le peintre (i).-Il\nsemble aussi qu'en posant son modèle presque de face, l'artiste ait\nessayé de dissimuler la courbure caractéristique d'un nez arqué,\ndistingué, mais hébraïque. L'expression du visage est grave et\nmélancolique, sans amertume. Une légère sinuosité de la bouche\n\n(i) Elle est plus accentuée sur les deux autres portraits de Heller que pos-\nsède le Cabinet des Estampes : une lithographie de C. Vogt, d'après le portrait\npeint en 1846 par Maurice de Vaines ; un autre portrait lithographié par Le-\nmoine en i 853 et publié par J. Maho.\n2"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.20", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2243, "texte": "révèle, sous cette gravité apparente, un esprit subtil, teinté\nd'ironie.\nIl y a quelque mystère dans cette physionomie et l'on est porté\nà se demander quelle fut la profession du modèle. Est-ce un finan-\ncier, plongé dans des spéculations tout autres que métaphysiques,\nainsi que peuvent le faire présumer la forme du nez et la lèvre\ninférieure lippue, qui dénoncent un descendant de la race sémi-\ntique ? Est-ce un diplomate étranger?On le croirait àen juger par\nle flegme britannique, la correction de la tenue : col rabattu sur\nune cravate foncée, collier de barbe grise dégageant le menton, à\nla mode du second Empire, et la réserve prudente qui se lit sur\ncette physionomie complexe. Est-ce un poète, mais un poète res-\nsemblant à Henri Heine, dont cette figure rappelle assez les traits\ncaractéristiques, avec moins de beauté physique, un poète au ly-\nrisme tempéré par de l'humour ?\nLe doute cesse si l'on s'approche du cadre : ce portrait est celui\nde Stephen Heller (1), pianiste-compositeur qui, de son vivant, a\njoui, en France du moins, d'une célébrité relative, et déjà bien ou-\nblié, quoique sa mort remonte à vingt ans seulement.\nPour les jeunes générations de musiciens qui n'ont pas été ses\ncontemporains, quelques lignes de biographie ne seront pas inu-\ntiles.\nLa date de la naissance de Stephen Heller est mal connue. Le\nDictionnaire de musique deßiemann le fait naître en 1813 ; ses\nbiographes, Barbedette (2) et Mathieu de Monter (3), ainsi que\nson ami Marmontel (4), le i 5 mai 1814 j d'autres musicographes,\nun an plus tard (5). Il est né à Pest,mais ses parents étaient origi-\n\n(1) Il est entré auLouvre en 1908, par le legs Antonin Marmontel. Le père\ndu donateur, le célèbre pianiste, l'avait acheté à Mme veuve Berthold Damcke,\nà qui Heller en avait fait don par testament.\n(2) Stephen Heller, sa vie et ses œuvres, par Henri Barbedette, 1 br. in- B°,\nParis, Maho, 1878.\n(3) Article du 18 octobre 1868, dans la Revue et Galette musicale.\n(4) Les Pianistes célèbres, par A. Marmontel, 1 vol. in-18, Paris, 1876.\n(5) Cette dernière date (15 mai 1815) paraît être authentique, car elle est\ncertifiée par le Secrétaire perpétuel de l'Académie Hongroise, consulté par\nM. A. de Bertha."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.21", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2311, "texte": "naires de la Bohême, des environs d'Eger, ville placée sur la fron-\ntière de la Franconie ; ses grands-parents étaient autrichiens. Enfin\nil était de race sémitique, ainsi que le révèle ce nom de qui\nest celui d'une menue pièce de monnaie et dont la consonance le\nfit considérer longtemps en France comme un Allemand.\nOr Stephen Heller n'était nullement allemand, ni de sang, ni\nd'éducation, ni de goûts ;il se proclamait, au contraire, très fier\nd'être Hongrois par sa naissance. Bien qu'israélite, il fut admis au\ncollège des Piaristes, et par conséquent élevé dans la religion ca-\ntholique. Asamort (14 janvier 1888) ( 1 ),le service funèbre eut lieu\nà l'église Notre-Dame-de-Lorette et il fut inhumé au cimetière du\nPère-Lachaise. Voilà donc une origine et une éducation très com-\nplexes, en lesquelles se heurtent des éléments ethniques opposés.\nIl n'y eut pas moins de singularité dans sa formation artistique.\nDestiné à la carrière commerciale, le jeune Heller manifesta de\ntrès bonne heure des facultés musicales remarquables, qui firent\nhonneur à son premier professeur de Pest, Franz Brauer. A l'âge\nde neuf ans, il exécutait avec son maître le concerto à deux pia-\nnos de Dussek. Un peu plus tard, à Vienne, il devint l'élève de\nCzerny et de Ant. Halm. En 1827, il se faisait déjà entendre dans\nles concerts. Puis Stephen Heller parcourut avec son père la\nHongrie, la Galicie, la Pologne et l'Allemagne du Nord, exécutant\nla musique brillante en vogue à cette époque, celle de Ries, de\nHummel, de Moscheles, de Herz, de Kalkbrenner, et improvisant\nen public sur un thème donné.\nFatigué de cette vie nomade, Heller tombe malade à son arrivée\nà Augsbourg, en 1832, et se voit contraint de s'y reposer. Une\ndame de la haute société, Mme de H..., s'intéresse à lui et le prend\ncomme professeur de ses enfants. Rassuré sur le sort de Stephen,\nson père le laisse en cette ville. Le jeune artiste s'y crée des rela-\ntions ; il obtient la protection du comte Fugger, officier supérieur\nde l'armée bavaroise, descendant de la famille des célèbres banquiers\nd'Augsbourg. Le grand seigneur lui ouvre son immense biblio-\nthèque musicale. Par elle, il s'initie à une littérature plus haute,\n\n(1) Date vérifiée sur les registres de l'état civil de la mairie du ixe arron-\ndissement."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.22", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2920, "texte": "aux œuvres des grands maîtres : Haydn, Mozart, Beethoven, Men-\ndelssohn et Chopin. Ce que Heller avait appris jusque-là comme\ntechnique était peu de chose : il avait reçu quelques leçons d'har-\nmonie d'un vieux professeur nommé Czibulka ; Chélard, un musi-\ncien français fixé en Allemagne (i), lui avait donné des conseils.\nMais c'est l'étude approfondie des grands compositeurs allemands\nde la fin du xvmesiècle et du commencement du xix° qui a formé son\ngoût,qui l'a initié à Xécriture,à laforme,àla conduite et au développe-\nment des idées musicales. Heller était donc presque un autodidacte.\nLe débutant s'essaya d'abord à écrire des morceaux de piano,\ndes lieder sur des textes de Gœthe, de Uhland, de Rùckert, de\nHeine. Ces pages vocales sont restées inédites, tandis que la plu-\npart de ses premières productions instrumentales ont été pu-\nbliées (2). Après avoir lu, en 1836, dans la\nMusik, de Leipsick, un article de Robert Schumann qui conviait\nles jeunes compositeurs à adresser leurs œuvres à ce journal,\nHeller lui envoya par la poste un et trois impromptus.\nSchumann s'y intéressa assez pour les faire graver par l'éditeur\nKistner, de Leipsick (3), qui publia un peu plus tard l'op. 9 de\n\n(1) CHÉLARD (Hippolyte-André-Jean-Baptiste), né à Paris le ier février 1789,\nélève et lauréat du Conservatoire, entra comme violon à l'orchestre de l'Opéra.\n11 parvint à faire représenter en 1827 sur cette scène une tragédie lyrique en\n5 actes, Macbeth, poème de Rouget de Lisle. Après l'insuccès de cet ouvrage,\nil partit pour l'Allemagne. A Munich, Macbeth fut très bien accueilli et l'auteur\nnommé par le roi de Bavière kapellmeister de la Cour. Il revint à Paris, y\ndirigea des concerts, y fit jouer deux autres ouvrages, voyagea en Allemagne\net en Angleterre. C'est après un nouveau séjour à Munich où fut donné en\n1835 son meilleur opéra, la Bataille d!Herrmann, qu'il vint se fixer à Augs-\nbourg et qu'il eut occasion d'y connaître Stephen Heller. Il est mort le 12 fé-\nvrier 1861, à Weimar, où il avait rempli les fonctions de kapellmeister àla\ncour du grand-duc, de 1840 à iBso. Franz Liszt lui succéda dans cet emploi.\n(2) Bien peu ont été éditées en Hongrie : à ses débuts, deux séries de\nVariations sur une valse favorite de Hubowsky (op. 4) et sur un thème polo-\nnais (op. 5) ont été accueillies par Treichlinger, de Pest. Sur la fin de sa vie,\nil collabora à Y Album des musiciens hongrois, composé par Bartalus pour\nl'Exposition de 1885 et publié à Pest par Roszavolgyi. La contribution de\nS. Heller a pour titre Feuille de souvenir.\nSes op. 2 et 3 : Les Charmes de Hambourg, rondo brillant, et une Fantaisie\ndramatique qui fond en un pot-pourri Semiramide et la Muette, parurent chez\nBœhm, à Hambourg.\n(3) Ce sont les op. 7 : Trois impromptus, et 8, Rondo-Scherzo en sol majeur.\nL'op. 1 de Heller : Thème de Paganini varié en fa majeur, appartient au même\néditeur."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.23", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2514, "texte": "Stephen Heller, une sonate en ré mineur (dédiée à Schumann), et\nil les présenta lui-même au public (i).\nDeux événements décidèrent de l'avenir de Stephen Heller. En\n1837, au cours d'une tournée de concerts, le célèbre pianiste\nKalkbrenner s'arrêta à Augsbourg, entendit Heller, parcourut\nses compositions juvéniles, et lui conseilla de quitter l'Allemagne,\npour venir s'installer à Paris et suivre ses leçons. En 1838, la mort\nde son protecteur, le comte Fugger, fort préjudiciable aux intérêts\nde Heller, le détermina à tenter la fortune en France, comme\nl'avaient fait avant lui plusieurs autres virtuoses-compositeurs,\nnotamment son compatriote Franz Liszt et Frédéric Chopin,\nEn octobre iB3S, Stephen Heller débarque à Paris, prend quel-\nques leçons de Kalkbrenner, mais se sépare bientôt de ce pro-\nfesseur exigeant. Dès son arrivée, il perd quelques illusions, il est\nvictime de sa timidité, de son éternelle distraction. Il goûte peu\nla société et ne peut espérer se produire dans le monde, faute de\nrelations; il est doué, à la vérité, d'un certain talent de pianiste,\nmais non capable d'égaler des virtuoses tels que Thalberg, Liszt\nou Chopin. De plus, il n'a pas de légende, il n'est pas\nPendant un an, il vitdans un hôtel de la cité Bergère, obscur et dé-\ncouragé. Enfin quelques hommes généreux s'attachent à lui, le font\nadmettre par Schlesinger dans la rédaction de la Galette musicale,\noù il publie de temps à autre des articles de fine critique et qui,,\npendant quarante ans, soutiendra fidèlement sacause. Il y débute à\nla fin de 1839 \", deux ans à peine sont écoulés quand cette revue,\ntrès lue et fort bien rédigée à cette époque, fait au débutant\nl'honneur d'une biographie.\nLe rédacteur, qui signe Eugène de Froberville (2), trace en ces\ntermes la psychologie du jeune artiste hongrois : « C'est un enfant\n\n(1) Les articles de Schumann sur les œuvres de Heller ont été recueillis\nparmi ses Ecrits sur la musique, 4 vol. in-B°, chez Wigand, à Leipsick, 1834.\nIls n'ont pas été traduits en français.\nOutre les comptes rendus de ces trois œuvres, Schumann a analysé les 24\nétudes de l'Art de phraser (op. 16), le Scherzo (op. 24) et le Caprice (op. 27)»\nla Fantaisie et le Boléro sur des thèmes de (op. 3i et 32).\n(2) Article du 14 novembre 1841, intitulé Etudes sur l'Art et les ai tistes .\nStephen Heller. Je soupçonne fort l'auteur d'avoir masculinisé son nom eL\nd'être tout simplement Eugénie de Froberville, à qui est dédié le Caprice syni-\nphonique (op. 27)."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.24", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2403, "texte": "faible, inconstant, à la fois plein de tendresse et de mutinerie,\nqu'un rien désespère et qu'un rien réjouit j effarouché par une\nbagatelle, reconnaissant jusqu'aux larmes d'une attention, d une\ncaresse.\n« Pour Heller, des niaiseries fantasmagoriques deviennent sou-\nvent des monstres réels, car les impressions vives paralysent chez\nlui la réflexion et la logique j on sent que les facultés de raisonne-\nment ne sont pas innées chez lui ; on devine que c'est par une\npénible éducation qu'il les a acquises. Heureusement, chez lui, la\nlogique du cœur vient étayer fortement celle de l'esprit, et il se fait\naimer... Quant aux choses de la vie, ce sont pour lui lettres\ncloses : le quantième, le millésime, sont d'éternelles causes de\ndésespoir pour lui ; les rendez-vous qu'il donne, les invitations\nqu'il accepte, il les oublie parce qu'il sait d'avance qu'il y man-\nquera. Ce n'est pas le distrait, ce n'est pas le fantasque, c'est la\nfantaisie faite homme. »\nL'auteur de cette étude plutôt psychologique que musicale\nestime qu'il y a unité parfaite, chez Stephen Heller, « entre son\norganisation morale et ses œuvres. » Nous sommes donc autorisés,\nplus que pour tout autre artiste, à faire procéder de la nature intel-\nlectuelle de Heller et de son caractère même, les particularités de\nson œuvre si personnelle. Après avoir lu et examiné la presque\ntotalité de ses productions, je crois pouvoir affirmer avec certitude\nqu'aucun miroir ne pouvait refléter Heller plus fidèlement que\nsa musique. Elle est bien de l'homme que nous montre le por-\ntrait du Louvre. Cet homme, je vais essayer de le dépeindre,\nen m'aidant des documents que nous possédons sur lui, des\narticles relatifs à ses œuvres (i) et des souvenirs de ses contem-\nporains (2).\n\n(1) Pendant quarante années, dans la Galette musicale, les productions\nde Heller ont été analysées par tous les rédacteurs de cette revue : Fétis,\nMathieu de Monter, Kastner, Maurice Bourges, Paul Smith, Ch. Bannelier.\nOutre les notices déjà mentionnées, il faut citer l'article de Moritz Hartmann\ndans les Monatshefte (1858), reproduit dans son livre : Bilderund Biïsten, i vol.\nin-B°, Leipsick, 1859.\n(2) Parmi les vivants, je nommerai MM. G. Mathias, E. Delaborde, Gust.\nbandré, A. de Bertha et A. Schmoll, qui ont bien voulu me faire part de leurs\nsouvenirs. Je leur en exprime ici mes bien sincères remerciements."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.25", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2448, "texte": "A cette époque, Heller était grave, mélancolique, réservé, mais,\nainsi qu'on l'a vu, très impressionnable (i), très docile aux\ncaprices de son imagination. Toutefois cette impressionnabilité\nétait tempérée par la sagesse de sa nature. Il est modéré dans\nl'expression de ses sentiments ; il a pris Mendelssohn pour modèle\nartistique, et la musique de sa première manière témoigne de\nl'étude qu'il en a faite. Elle est exempte de passion et même\nassez peu expressive ; elle ne dépasse pas le degré de chaleur des\nRomances sans paroles ; elle ne les égale même pas toujours pour\nl'invention mélodique. Dans le genre lyrique, la phrase chantante\nqu'il imagine tourne court, manque d'essor, d'envolée, de déve-\nloppement ; elle dépasse rarement la dimension d'une feuille\nd'album. Elle est en cela l'interprète même de sa nature qui est\ntimide, réservée, facile à effaroucher.\nQu'il faille imputer ce manque d'expansion et de lyrisme à son\norigine israélite ou attribuer cette froideur apparente à la pudeur\nintime qui arrête un homme délicat dans la révélation de son être\npassionnel, dans la divulgation de ses affections, Heller paraît\nêtre, comme Stendhal ou Mérimée, constamment sur ses gardes.\nS'il a aimé, il n'a pas dû en souffrir beaucoup, car on ne rencontre\ndans son œuvre aucun cri de passion. Il n'en a pas fait la confi-\ndence à ses amis, et il n'en veut pas faire la confidence au public.\nDu reste, il était, m'assure-t-on, peu sentimental et plutôt maté-\nrialiste. La paupière inférieure, boursouflée et plissée, du portrait\nlithographié de 1853, révèle un sensuel. Bien qu'il ne se posât pas\nen héros de roman, il plaisait cependant aux femmes; il ne les\néblouissait pas avec le langage emphatique des amoureux iB3o,\n\n(i) Il parait l'être toujours resté, témoin la jolie anecdote que m'a racontée\nM. Gustave Sandré : « Heller avait conservé le souvenir d'une friture mangée\nà Asnières avec Berlioz et son fils Louis, officier de marine. Après ce fes-\ntin, ils convinrent d'aller à pied à Neuilly, pour de là rentrer à Paris. Mais, au\ncours de la route, un rayon de lune impressionna si vivement Berlioz qu'il\nse mit à pleurer à chaudes larmes.\n« Heller ne tarda pas à ressentir la même influence et sentit des pleurs\ncouler sur des joues. Seul l'officier de marine conserva son sang-froid, et il\nramena à Paris son père et l'ami de son père en proie à un chagrin profond...,\nsans cause, avouait Heller. »"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.26", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2741, "texte": "mais il les séduisait par une certaine câlinerie. Or, si la plupart\nde ses pièces sentimentales pèchent, sinon par la banalité, car il\nsut toujours s'en garder, du moins par le manque d'accent, on y\ndécouvre parfois une sorte d'aveu à peine exprimé, de susurrement\ncâlin et doux, de brève caresse mélodique. Tels sont le Nocturne\n(op. io3) (1), le 3e prélude de l'op. 79 et ses (op.\n122), qui sont, selon moi, l'un de ses chefs-d'œuvre, peut-être son\nchef-d'œuvre, celui du moins en lequel sa nature à la fois rêveuse,\ncapricieuse, amie à la fois de la mesure et de l'élégance, s'exprime\nle mieux. Toutes ces valses sont jolies, soit par la liberté du\nrythme, soit par la grâce de l'harmonie; quelques-unes témoignent\nd'un sentiment délicat, surtout les deux dernières, celle en fa\nmineur, la seule qui soit vraiment mélancolique, et celle en la t\\\nIl est à remarquer que, dans tous les recueils de Heller : Nuits\nblanches, Dans les bois, Promenades ce sont les pièces\nsentimentales qui sont les plus faibles. On peut à peine citer pour\nl'expression la Romance du Petit Album {op. 134), le lento en ré du\nVoyage autour de ma chambre (op. 140), à la tonalité d'abord\nindécise, et plus douloureux que ne l'est habituellement la mu-\nsique de ce compositeur, le lied très court mais assez personnel\nintitulé Tendresse,dans les Tablette 153), un\nou deux des Phantasie-Stucke, dédié à Mme Berthold Damcke, qui\nfut l'Egérie de Heller et peut-être même quelque chose de plus.\n\n(i) Le Nocturne (op. io3), la Polonaise (op. 104) et une Eglogue appar-\ntiennent à la maison Durand. La maison Lemoine possède, outre quelques\nautres morceaux, l'Art de phraser(op. 16), les recueils d'études (op. 45,46,47),\nles 24 Préludes (op. 81). Les 20 Préludes (op. iso) ont été publiés à Leip-\nsick, chez Kistner, qui a édité la plupart des morceaux de jeunesse. Les\nn°s d'oeuvres : 106; 107, 108, m, 112, n 3, 114, 115,116,117, 118, font\npartie du fonds Schott, de Mayence. Presque toute la musique de Heller, sauf\nles exceptions citées et quelques autres, jusqu'au n<> 75 inclus, appartient au\nfonds Schlesinger-Brandus-Maquet, cédé à la maison Joubert. A partir du\nno 76 et toujours sauf de rares exceptions, elle a été éditée par J.Maho, dont\nle successeur est M. J. Hamelle.\nQuelques morceaux ont été publiés à Londres chez Ashdown ; d'autres sans\nnuméro d'oeuvre : Pensée, Esquisse, ont été\nédités par Brandus. Je ne puis donner ici intégralement le catalogue des\noeuvres de Stephen Heller, il contient plus de 160 numéros dont beaucoup se\nsubdivisent en suites ; on le trouvera dans celui de Pazdirek, chez Costallat, ou\ndans 1 excellent petit ouvrage de M\"e Hortense Parent :\npédique du Pianiste, 1 vol. in-80, Hachette."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.27", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2307, "texte": "C'est surtout dans les morceaux d'allure calme que Heller est\nle plus mendelssohnien, le plus rassis. Il n'atteint à l'accent, et\nencore à un accent très mesuré, que dans ceux qui évoquent un\npeu le style de Schumann. Exemples : deux pièces du n° 184, le\nn° 10 des 20 Préludes (op. iso), la pièce n° 4 du\nAussi ses biographes et ses prôneurs me semblent-ils avoir fait\npreuve de peu de perspicacité en le comparant à Chopin et à\nSchumann. Heller ne rappelle Schumann que par le choix de ses\ntitres et l'adoption de certaines coupes rythmiques que ce maître\na mises à la mode, mais il n'en possède pas la profondeur, et il\nn'a pas davantage la verve mélodique ni l'effusion pathétique de\nChopin. Il ne suffit pas d'ailleurs d'avoir écrit des valses, des\nbarcarolles et des nocturnes pour pouvoir être appelé le « Chopin\nhongrois ». Cette comparaison embarrasse même son amiMarmon-\ntel et il prend un biais pour l'éluder.\nLes valses, nous les retrouverons quand je parlerai de Heller\nsous le rapport du rythme. C'est plutôt dans les formes du noc-\nturne et delà barcarolle que le sentiment tendre ou contemplatif\nd'un musicien peut se manifester. Avec St. Heller, rien de pareil.\nSes nocturnes n'évoquent nullement la sentimentale rêverie de\nJ. Field et de Chopin. L'idée du ler nocturne de l'op. 91 (à 6/8\nen 50/ majeur) est assez courte, peu émouvante et même pas très\nélégante ;le second manque d'intérêt mélodique ; dans le Noc-\nturne-sérénade en sol mineur, le chant, sans être très mélodieux\nni très distingué, a de l'allure, une allure un peu hongroise!\ndu caractère, mais il est plus remarquable par la couleur que par\nle sentiment. J'ai parlé plus haut du nocturne (op. io3).\nDe même les Quatre barcarolles (op. 141) n'offrent guère le\nrythme berceur et mélancolique de la barcarolle traditionnelle ; en\nles annonçant dans la Ga\\ette musicale, Charles Bannelier le faisait\nremarquer pour celle à 9/16 ;la quatrième (à 6/8 en mineur), en\nlaquelle ce critique entendait une chanson de gondolier, est éta-\nblie sur un groupe de trois notes que le compositeur fleurit etbrode\nàla hongroise. Ce gondolier-là m'a tout l'air d'un batelier du\nDanube ! Les autres pièces valent seulement par le rythme ou par\nl'harmonie.\nHeller a donné le nom de Rêverie du Gondolier à l'un des"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.28", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2193, "texte": "morceaux de l'op. 121. L'idée expressive y est peu caractéristique ;\naussi le musicien l'abandonne-t-il aussitôt pour se lancer dans un\npresto à 6/8 qui a le caractère d'une étude de piano. Il a recours à ce\nprocédé dans le second nocturne de l'op. 131 : à une période sen-\ntimentale sans valeur succède l'exposé d'une idée rythmique,\nd'allures gaies et prestes. Quant au troisième, il n'a plus du tout la\nforme du nocturne. Cet allegro à 3/4 affecte plutôt le rythme scandé\ndu menuet et vise au pastiche de la musique ancienne. Ce nocturne\nest d'ailleurs le plus développé et le meilleur de ceux qu'ait écrits\nHeller, mais il n'exprime guère le sentiment qui convient à ce\ngenre de composition.\nOn appelé Stephen Heller un « poète du piano ». Parce qu'il\nétait porté à la rêverie, parce qu'il aimait la solitude, la promenade,\non l'a transformé en peintre de la nature. Quelqu'un l'a même\nappelé un « aquarelliste musical ». Je crois que l'on a pris un peu\ntrop au sérieux les titres donnés à ses œuvres par le compositeur,\net je tiens de bonne source que ces titres étaient si peu adéquats\nà sa pensée musicale que, longtemps après avoir remis son\nmanuscrit à l'éditeur pour la gravure, il cherchait encore la déno-\nmination convenant à ses morceaux. Lorsqu'il yen a une série\nsous une appellation commune, il arrive souvent que celle-ci s'ap-\nplique assez mal à plusieurs d'entre eux.\nSous cette réserve qui peut s'étendre d'ailleurs à toutes les com-\npositions de Heller, il est évident qu'il n'aurait pas employé si\nfréquemment le mot Eglogueou l'épithète s'il n'avait\neu l'intention de peindre un paysage. Toutefois, il faut observer\nque Stephen Heller n'emploie presque jamais les procédés classi-\nques destinés à évoquer une scène champêtre. Au lieu de chercher\nles effets de musique pittoresque, il se borne à l'exposé du senti-\nment contemplatif que le spectacle du monde a suscité en lui.\nLa plupart du temps, ce sentiment est calme4: ce n'est point une\neffusion religieuse comme celle d'un Beethoven, ni le panthéisme\npuissant et coloré d'un Richard W'agner, c'est une tendresse\nintime, une allégresse sereine, l'état d'esprit d'un promeneur"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.29", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2406, "texte": "dispos par une belle journée. Heller, plusieurs critiques l'ont\nremarqué, est avant tout un esprit sain, exempt de névrose et qui\nne voit pas la nature avec des yeux de romantique. Il aime les\ncoteaux modérés et quoiqu'il ait fait plusieurs voyages en Suisse,\nMontmorency devait l'attirer plus que la Jungfrau.\nEn tête d'une composition intitulée (op. 58), Heller\na inscrit une épigraphe de J.-J. Rousseau, tirée des\npromeneur solitaire. L'idée principale à 3/4, en si mineur, et qui\nmodule bientôt au relatif majeur, est peu sentimentale ; le morceau\nest mouvementé, plutôt rythmique, et prend bientôt l'aspect de\nlégers babillages pianistiques, de variations avec broderies, traits,\netc. L'auteur est revenu à ce titre en le complétant dans les\nRêveries d'un promeneur solitaire (op. 101). Cette oeuvre débute\npar un allegro modéré à 6/8 en mi majeur, espèce de barcarolle\nassez vague, d'allure capricieuse, modulant en sol ; la seconde\nidée, plus mystérieuse, se présente sous la forme d'un dessin qui\nserpente à la main gauche et qui murmure comme un ruisseau\nsous la feuillée. Imite-t-il le bruissement d'une source; symbolise-\nt-il le sourd travail de la nature? Il est difficile de démêler l'inten-\ntion du musicien. Le premier thème réapparaît, grandit, prend de\nl'expansion ; il paraît exprimer le sentiment intime, l'enthousiasme\ndu promeneur. Je dis : l'enthousiasme, car le morceau est d'un\ncaractère plus lyrique que ne le sont habituellement les produc-\ntions de Heller.\nD'ordinaire, leur élan est plutôt modéré, et c'est surtout dans ses\nimpressions agrestes qu'il se souvient de Mendelssohn. Exemple :\nle n° 11 de Dans les bois, Fleur solitaire, petite bluette aimable,\nmais sans grande saveur, ou le n° i 5, Allegro comodo à 3/4 en ré]\nles nus sde l'op. 78, 2, 4et6 de l'op. 80, 3de l'op. 89, trois recueils\nintitulés : Promenades d'un solitaire. Le dernier est du reste le\nmeilleur de la série et le moins démodé (1).\nParfois, pour accuser le pittoresque, Heller a recours à la forme\nrustique du lœndler. Tel est le cas du n° 5 : Sous la feuillée, de Dans\nles bois, des trois Bergeries (op. 106), où les rythmes de valse suisse\n\n(i) Le Tableau de genre (op. 94), par le caractère rêveur de l'idée principale,\nsemble appartenir à la catégorie des Promenades de Heller. Cette œuvre, élé-\ngante et développée, a été dédiée par lui à son professeur, Ant. Halm."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.30", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "ou alsacienne sont traités avec un tour ingénieux et des harmonies\namusantes. Ou bien il suggère la vision d'une chasse par des fan-\nfares sonores qui évoquent le timbre des cors.\nA mon avis, c'est une convention musicale que d'associer par\nl'imitation de fanfares de chasse le son du cor à un paysage sylvestre\nimaginaire. La forêt n'est pas toujours retentissante, et c'est peut-\nêtre dans les instants où elle est imprégnée de silence qu'elle recèle\nle plus d'harmonie. Mais, en musique, le silence lui-même doit être\nobjectivé au moyen des sons. Le friselis des feuilles, les bruissements\nde ramures, les froissements des sous-bois, peuvent, dans une cer-\ntaine mesure, justifier la description musicale. Aussi Heller a-t-il\nintitulé quelques-uns de ces morceaux : Bruits de la forêt, Ecureuil\npoursuivi,, etc., et dans ceux-là a-t-il essayé une sorte d'harmo-\nnie imitative. Habituellement, il se contente d'exprimer des im-\npressions purement subjectives avec les ressources de la mélodie et\ndu rythme. Cependant, pour lui comme pour Weber qu'il admi-\nrait fort, la voix de la forêt se caractérisait sans doute par le timbre\ndes cors. L'idée de la chasse le hante, non seulement dans les mor-\nceaux dont elle est le sujet, tels que l'op. 29, la Chasse,étude\ncaractéristique (1), ou l'op. 102 : Morceau de chasse, mais dans\nplusieurs pièces de ses recueils : Nuits blanches (nos 10 et 18),\nVoyage autour de ma chambre (n° 5) ; Promenades d'un solitaire\n(op. 78, n° 1) ; Album dédié à la jeunes et 13). Naturellement,\ndans les trois suites intitulées : Dans les bois, les fanfares sont plus\nnombreuses et plus colorées, bien qu'on en trouve aussi fréquem-\nment dans ses études les plus simples et même dans des variations\nsur des thèmes empruntés à d'autres compositeurs. A cet égard,\nson œuvre peut être considérée comme un véritabler épertoire de\nfanfares de chasse, mais ces fanfares ne sont jamais vulgaires.\n\n(i) Cette pièce, qui a beaucoup fait pour la réputation de Heller et qui a même\nété orchestrée pour musique militaire, est du genre de la musique à pro-\ngramme, car, d'après l'épigraphe tirée des chroniques d'Huet le Normand, le\nmusicien paraît avoir voulu peindre une violente chasse à courre en laquelle le\nroi Philippe-Auguste cherche à oublier le chagrin que lui cause la mort\nd'Agnès de Méranie.\nHeller a donné aussi un programme à quelques-unes des études del'op. 125.\nMais les titres imposés aux études (op. 45, 46, 47) sont de l'invention des\néditeurs."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.31", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 699, "texte": "Ce goût particulier pour les sonneries de cors doit être attribué,\nselon moi, moins à des intentions imitatives qu'à la prédilection\nde Stephen Heller pour la couleur. Et cette remarque me conduit\nà parler de son harmonie.\nExemples d'harmonie: Valse élégante (op. 42) : Modulation de mi \\> en la \\> par\ndeux accords de 7e sur pédale de dominante.\n(Joubert, éditeur, 25, rue Hauteville.)\nPresto scherzoso à 3/8 en si b (op. 114). Emploi de l'accord de seconde.\n(Schott, de Mayence; représentant: Eschig, 13, rue Laffitte.)\nImpromptu [op. 129,11° 1). Emploi de l'arpège de septième diminuée avec suspen-\nsion de la tierce.\n(Hamelle, éditeur, 22, boulevard Malesherbes.)"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.32", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1678, "texte": "Lœndler en ut mineur (op. 107). Fragment d'écriture harmonique de Heller.\n(Editeur : Schott-Eschig.)\nSi l'invention mélodique de Heller est parfois menue, chétive\net peu originale, son harmonie est, au contraire, personnelle et\npittoresque. Elle procède évidemment plus de Mendelssohn que\nde Schumann et de Chopin. Il est moins inventif que ce dernier,\nmoins suave que Schumann et moins révolutionnaire que Liszt,\npour lequel il avait d'ailleurs peu de sympathie ; mais il s'écarte\npeu des harmonies classiques. S'il use modérément des altérations\net des appoggiatures, si le sentiment tonal est plus impérieux chez\nlui que chez plusieurs de ses contemporains, il sait, par la dispo-\nsition de ses accords, par le redoublement des notes dissonantes,\npar la brusquerie et l'imprévu de ses modulations, en tirer toute\nla sonorité possible. Sous sa plume, un simple accord de septième\ndominante revêt une intensité de coloris inusitée, tant il s'attache\nà en accroître la dissonance ; il se sert très habilement, et sans\nen abuser, des accords de septièmes secondaires, il les entremêle\nen teintes chatoyantes avec les accords de septième dominante\net de septième diminuée. Il s'aventure rarement au delà des\nneuvièmes, pratique peu les onzièmes et les treizièmes, si chères à\nSchumann, et néanmoins il obtient quand il le veut des effets\ncrus et vibrants, parfois même des duretés, tout comme un\ncontempteur des méthodes de Conservatoire.\nJe me suis demandé si ce goût pour la musique stridente, l'har-\nmonie incisive et colorée, ne proviendrait pas, chez Stephen Heller,\ndesonoriginehongroise. Certes, cet israélite, né de parents tchèques"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.33", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2345, "texte": "ou autrichiens, ne peut guère se réclamer de la race magyare autre-\nment que par le hasard de sa naissance à Pest. Les caractéristiques\nde la musique hongroise apparaissent même rarement dans ses\nœuvres, Barbedette l'a observé ; il ne les signale que dans le n° 14\ndes Nuits blanches,polonaise en fa mineur dramatique et dolente,\ndans les derniers Phantasie-Stiicke (op. 99) et dans une des polo-\nnaises. Je les aperçois également dans le n° 9 des\ndans le 3e nocturne de l'op. 91, dans la grande Etude de concert en\nut majeur (op. 96). Enfin elles font l'originalité de la suite intitulée\nTsiganji, de Y Album dédié à la jeucinq pièces qui rappellent\nla musique tsigane plutôt par le rythme que par l'harmonie.\nNéanmoins Heller a pu, dans son enfance, être imprégné du\ncoloris particulier des mélodies hongroises. Phénomène d'ambiance\nou influence d'hérédité peut-être, car, de son origine sémite, il pou-\nvait tenir le goût inné de ce qui brille, de ce qui reluit, fût-ce du\nclinquant. Toutefois, si son inclination vient de pareille source, elle\na été disciplinée par le goût de l'élégance et le souci de la correction\ndont il était aussi soucieux dans sa musique que dans sa tenue.\nDe cette tendance à la recherche de la couleur, des timbres nou-\nveaux, on pourrait conclure que Heller avait le sens orchestral\ndéveloppé et qu'il serait devenu un symphoniste si les circonstances\nl'avaient favorisé ! Plusieurs de ses contemporains ont fait son éloge\nà ce point de vue et lui ont conseillé d'écrire pour l'orchestre. Schu-\nmann le premier, lorsque, dans la N /wr il ren-\ndait compte des compositions juvéniles de Heller, notamment du\nscher\\o (op. 27), déclara que ces productions révélaient « le sens\nd'un musicien écrivant pour l'orchestre ; elles pourraient y être\nadaptées avec de légers changements. On y entend ici les violons,\nlà les cors... » Beaucoup plus tard, Ad. Botte, rédacteur de la\nGalette musicale,analysant le Tablea (op. 94), apercevait\ndans € la reprise en octaves de la période initiale, avec pédales\nsupérieures de tonique et de dominante, un tutti formidable qui\névoque une page de symphonie (1). »\nDans l'intervalle, Heller avait publié plusieurs œuvres d'une\nimportance inusitée, le Scherzo f (op. 57), ses trois\n\n(1) Galette musicale du 12 août 1860. Ad. Botte avait de l'imagination !"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.34", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2307, "texte": "vertures pour un drame, pour une pastorale, pour un opéra-comique\n(op. 126) et des Scènes de ballet (op. 111 ). Les critiques amis ont dit\nde ces pages qu'elles « appellent l'orchestre ». Si l'on entend par là\nqu'elles n'étaient pas indignes d'être conçues pour l'orchestre,\nj'en tombe d'accord. On instrumente tous les jours et même on\nexécute à l'orchestre des compositions qui ne valent pas celles-là.\nL 'Ouverture pour un opéra-comique,notamment, à 2 /4, en\nmi majeur, aurait fait un scherzo désinvolte, plein de verve et\nd'originalité, avec une nuance d'exotisme. Mais il est peu probable,\nselon moi, qu'Heller ait eu l'ambition d'écrire pour l'orchestre et\nqu'il en ait été détourné par la difficulté de faire exécuter ses com-\npositions. Le vrai, c'est qu'en art, on fait ce que Von peut et nonce\nque l'on veut. Quelquefois, la volonté parvient à transformer une\nnature artistique et à lui faire porter des fruits inattendus ; Heller\nne possédait pas une de ces volontés qui font des prodiges.\nDe plus, le style symphonique exige une technique qu'il ne\npossédait pas; il en avait moins encore que Chopin. Aussi n'a-\nt-il écrit que pour son instrument.\nDans le Scherzo fantastique (prestissimo à 3/8 en mi mineur), qui\npart de ce dessin thématique : si, do, fa % , mi, on devine ce que tel\nou tel passage donnerait à l'orchestre; on y entend parfois le babil-\nlage des bois. Après la réexposition du thème du scherzo, la seconde\nidée, à 2/4 en la, reparaît, élargie en forme de choral, amenant\nainsi une conclusion sonore et solennelle qu'on peut imaginer\ntransportée à l'orchestre. Mais le développement est plus abon-\ndant que varié, trop coupé de septièmes diminuées et d'accords\nsuspensifs suivis de silences, purement rythmique et d'écriture\npianistique ; il aurait été monotone. Néanmoins, malgré ses\ndéfauts, ce scherzo aurait été plus digne d'être dédié à Liszt que le\nscherzo (op. 24), vif et gai, en ré majeur, qui est surtout gra-\ncieux, plus naturel et mieux conduit dans ses dimensions plus\nréduites.\nA ses débuts, on critiquait dans les productions de Heller\nl'abus des développements ( 1 ), et on lui recommandait l'art des pro-\nportions. Il a mis à profit ce conseil par la suite et s'est beaucoup\n\n(1) Article de Maurice Bourges, Gdu 6 août 1843."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.35", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2325, "texte": "restreint. Ce n'est pas tant, à mon avis, l'abondance des dévelop-\npements que Ton peut reprochera Heller que leur uniformité (i).\nOn voit qu'il n'a pas été, comme Mendelssohn, à l'école d'un\nZelter et qu'il n'a pas acquis la pratique aisée du contrepoint (2).\nDe même que Schubert, il procède presque toujours par simple\nrépétition du thème; il y introduit quelques modifications dans\nl'harmonie, le rythme, il le couvre de broderies ingénieuses, de\ntraits pianistiques, mais il ignore l'art d'en tirer des déductions\nméthodiques, ou s'il s'astreint au développement d'un plan régu-\nlier, il se noie dans les longueurs et les redites. On peut en juger\npar la Fantaisie-Caprice en ut majeur (op. 113), dédiée à Hector\nBerlioz. Bien qu'en 1843, Henri Blanchard ait découvert dans les\nfantaisies de Stephen Heller sur la Juive et sur Charles VI « du\nstyle fugué » (3), l'auteur n'était pas un fuguiste. Aussi ses tenta-\ntives dans la forme sonate ont-elles été manquées, ses propres\namis en conviennent.\nLa première sonate (op. 9), qui date du séjour à Augsbourg, a\nété publiée à Leipsick par Kistner, sur la recommandation de\nSchumann à qui elle est dédiée. L'éloge que celui-ci en fit dans la\nNeue Zeitschrift est pourtant assez mince ; il y discerne seule-\nment «des promesses ». Cette sonate n'a pas été publiée en France.\nLa seconde (op. 65), en si mineur, développe péniblement, dans le\npremier morceau, une idée à la Mendelssohn; en guise Mandante,\nune Ballade à 2/4 en si majeur, sur un lied assez banal, avec quel-\nques jolis détails. Ulnterme\\\\o en sol est plus personnel ; il aurait\nfait une agréable valse dans le style de Stephen Heller ; mais le\ncompositeur a prétendu en tirer un développement trop abon-\ndant et il a échoué. Il a donné le nom d'Epilogue à son finale,\nallegro con fuoco,d'allure surtout rythmique. Ce morceau offre\nun certain caractère d'énergie ; tous les effets pathétiques y sont\nhabilement employés pour y introduire de l'accent et du mouve-\nment. Le thème de la sonate s'y élargit en une idée chantante\n\n(1) Fétis lui-même, bien que favorable à Heller, à qui il recommandait « de\nfaire grand », adresse ce reproche àla Fantaisie &n ut mineur (op. 54).\n(2) De Bach, il ne connaissait, m'assure-t-on, que le\n(3) Galette musicale du 19 novembre 1843.\n3"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.36", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2270, "texte": "à 4/4 en ré majeur, cantabilemendelssohnien qui fait contraste\navec l'aspect rude du finale.\nC'est plutôt Weber que rappelle la sonate (op. 88) en ut majeur,\nau moins dans le premier mouvement dont le dessin thématique\nprocède du saut de quarte descendant. L idee de 1\ndan te quasi allegretto à 3/4 est courte et pauvre ; elle manque\nabsolument de sentiment ; les deux meilleurs mouvements sont le\nen mi mineur, bâti sur deux thèmes qui alternent\net se répondent et dont l'un a le caractère espagnol, et 1\nallegro umoristico e molto vivace,d'un rythme très animé, cons-\ntruit sur l'intervalle de quinte : sol, ré. Ils offrent les qualités que\ntout le monde reconnaît à Heller : le don du rythme et l'ingé-\nniosité.\nLe 4e sonate (op. 143), en si b mineur, présente, dans son pre-\nmier mouvement, allegro risolutoà 3/4, des idées bien contrastées\net dont la dernière, lorsqu'elle est exposée en son entier sur des\narpèges de la main gauche, fait une péroraison noble et sonore à\nce premier mouvement, mais les développements sont laborieux.\nLes deux morceaux intermédiaires : en b majeur, et\nScherzo, allegretto placido,en si b, sontfaibles et sans intérêt. Le\nfinale n'est qu'une « étude » brillante pour piano, enlevée dans un\nmouvement emporté (i).\nBien que l'art de Heller soit très réfléchi, il se ressent toujours\nde safacilité d'improvisation.ll composait au piano(2),il y trouvait\nsous ses doigts une idéequelconque, brève et sans intérêt. Il avait\nconscience lui-même de la pauvreté de cette idée, car il se jetait\npresque aussitôt dans le caprice et la fantaisie où son imagination,\nféconde en trouvailles rythmiques, lui venait en aide. De là son\ngoût pour la variation. Il emprunte volontiers à un maître un\nthème franc et bien conçu et le couvre d'arabesques élégantes, le\ndécompose et le diversifie avec une invention rare.\nJe n'ai pas en vue les nombreux caprices et fantaisies qua\n\n(1) Heller a encore traité sous la forme sonate un de Men-\ndelssohn-Bartholdy (op. 69). Du thème il a tiré un un\nun lento et un finale, suivant la coupe classique et qui pastichent admirable-\nment le style de Mendelssohn.\n(2) Préface de Fétis en tête du recueil de pièces de Heller publié par 13\nmaison Brandus, dans la série des Classi"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.37", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2388, "texte": "1 exemple de tous les compositeurs pour le piano de son époque,\nLiszt, Thalberg, Kalkbrenner, etc., il écrivit dans sa jeunesse,sur des\nopéras du jour ou de la veille, sur des airs favoris d'Halévy, Meyer-\nbeer ou Donizetti, de Grétry, d Auber, d'Herold ou deMonpou, sur\ndes mélodies de Schubert, ou même sur celles de Reber alors à la\nmode, simples paraphrases brillantes à l'usage des dilettanti (i).\nJe fais allusion non à ces morceaux de commande, mais à ces\nœuvres que Heller a écrites pour sa propre satisfaction artistique,\nen guise d'hommage musical aux maîtres qu'il admirait. Quelques-\nunes sont des transcriptions assez brèves et qui modifient peu l'as-\npect du sujet, par exemple celles sur des mélodies de Mendelssohn\n(op. 67, 72, 76, 77, 144)5 de Schubert (op. 55, 68 et transcription\nde 45 mélodies) ou de Schumann : Improvisata[op. 98). D'autres\nconstituent une composition beaucoup plus personnelle, une varia-\ntion qui n'est pas encore la forme delà grande variation libre à la\nBeethoven, mais qui, par 1 indépendance de l'harmonie, par la\nliberté et la diversité des rythmes, s'en rapproche et représente\nune véritable collaboration avec l'auteur du thème adopté.\nDans cet ordre d'idées, il convient de citer Y Elégie\nfunèbre (op. 71) intitulées : Aux mânes de Frédéric Chopin, écrites\nen iBso, après la mort de Chopin. L'élégie n'est autre que le\nprélude en mi mineur. Heller le modifie d'abord tant soit peu au\nmoyen de changements de mesure, puis il en fait une marche fu-\nnèbre qu il scande de trémolos à la basse, saccadés, imitant le rou-\nlement du tambour, et y introduit comme milieu, pour faire succé-\ndei 1 espoir à la tristesse, suivant le plan même de la célèbre\nmarche funèbre du disparu, une idée chantante et sereine. Ce\nmorceau, bien qu'une certaine part y soit faite à la virtuosité pia-\nnistique, mériterait d'être orchestré ou transcrit à l'orgue en vue\nd'augmenter le répertoire réellement trop indigent des marches\nfunèbres exécutées aux enterrements.\nHeller a rendu un autre hommage à Chopin, dans son op. 154,\nen écrivant 21 « Etudes techniques pour préparer à l'exécution\ndes œuvres de Chopin ». Le plan du recueil est celui-ci : l'auteur\n\n(1) Au nombre de ces caprices, l'un des plus réussis me paraît être celui\nsur le Désert, de Félicien David, qui varie et brode la Marche de la Caravane\net l'Hymne à la Nuit."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.38", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2279, "texte": "emprunte à Chopin un dessin rythmique, une forme d'arpège, un\nenchaînement d'accords, caractéristique de sa manière, qu'il ex-\ntrait d'une sonate, d'un scherzo,d'un impromptu, ou même d'une\nétude de Chopin, et développe ce motif embryonnaire sous la\nforme d'une étude moins ardue que celles de ce maître, et sans\nparvenir ni même prétendre à l'imiter parfaitement (1).\nLes plus remarquables des « pièces d'hommage » sont l'op. 127,\nEtudes sur Freischùt\\ de Weber, les op. i3o et i 33, 33 Varia-\ntionset. 2 1 Variations sur un thème de B l'op. 142?\ntions sur un thème de Schumann. La première de ces œuvres est\nparticulièrement réussie : elle expose d'abord textuellement tel\népisode de l'opéra de Weber, par exemple un motif symphonique\nemprunté à la scène de la Gorge aux Loups, ou de l'air\nde Max, puis le traite sous forme en y introduisant des\nidées secondaires presque toujours tirées de l'ouvrage même, dont\nelle forme ainsi un commentaire fidèle selon la lettre et selon l'es-\nprit. Le compositeur fait preuve de plus d'imagination dans les\nVariations sur un thème de Beethoven (en mineur) ou dans celles\nsur Yandante de la sonate (op. 57), et bien qu'il arrive parfois à\npasticher assez adroitement le style du maître (2), il a la modestie\nde lui en demander le secret en rattachant épisodiquement à ses\nvariations (op. i3o) des motifs extraits de la 9e symphonie, de la\nsymphonie en ut mineur, d'un trio, ou même d'autres sonates de\nBeethoven (op. 133). N'eût-il composé que ces trois suites de\nvariations, Heller mériterait d'être rangé au nombre des maîtres\nde la musique de piano.\nJe ne dirai pas autant de bien de celles qu'il a écrites sur un\nthème de Schumann (op. 142). Sur une des\nWarum ? tendre lied à 2/4 en réb, Heller a plaqué des variations\nqui s'éloignent par trop non seulement du thème, mais du senti-\nment de l'original, sauf la quatrième qui est assez dans le style de\nSchumann. Après quoi vient un épilogue intitulé : « Schumann\nparle, » et dans lequel, à l'imitation d'une pièce lente des\n\n(1) Il a même intercalé quelques mesures de son cru dans le prélude n» 7 de\nl'op. 28 de Chopin.\n(2) « Heller savait par cœur toutes les sonates de Beethoven et les exécutait,\nm'a dit M. Sandré, dans un style admirable »."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.39", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2151, "texte": "cTenfants, est pastichée assez adroitement la manière du maître\ndans l'expression du mystère.\nMal à l'aise sur le terrain scolastique, Heller reprend sa supé-\nriorité dès qu'il peut se livrer à son caprice. Ce trait dominant de\nson caractère : la fantaisie, a été observé par tous ses contemporains.\nSon génie musical étant fait de deux qualités prédominantes, le\nrythme et l'esprit, il devait naturellement réussir dans le scherzo\net dans les compositions dansantes à forme fixe, telles que la\npolonaise, la valse, la tarentelle, la mazurka.\nBarbedette trouvait singulier que, Hongrois de naissance,\nHeller n'eût jamais écrit de mazurkas.L'artiste semble avoir été\nsensible àce reproche, car il a publié sous le n° 148\nzurkas, et sous le n° 158, une cinquième mazurka qui est assez\nfaible. Par contre, il a introduit le rythme de mazurka dans le\npremier des Intermèdes de concert (op. 135) en mineur et même\nil l'a noté en sixtes, à la Chopin. Bien que l'op. 148 soit un des\nbons recueils de Heller, ses mazurkas n'ont pas la saveur de ter-\nroir de celles de Chopin. Il ne l'égale pas non plus comme compo-\nsiteur de valses et de polonaises. Dans les valses, on voit qu'il a\ncherché parfois à imiter le style du maître polonais; mais son tour\nmélodique et le trait de ses arabesques sont différents. Il est donc\nresté lui-même et il l'est entièrement, ainsi que je l'ai dit plus haut,\ndans ses Valses-Rêveries.ll a rarement abordé la grande valse\nbrillante de concert (1). Il est plus à l'aise dans le genre Icendler\nqu'il a traité avec beaucoup d'élégance (op. 97, 145, îbi). Heller\nretrouve tout son avantage dans l'invention et l'arrangement des\ntarentelles, soit qu'il eût un goût particulier pour ce rythme\nanimé à 6/8, soit qu'il se conformât à celui du public de son temps.\nNon seulement il a produit 7 tarentelles dont trois au moins sont\nécrites avec une originalité et un brio remarquables, mais il a in-\ntroduit le rythme de cette danse italienne dans plusieurs de ses\npréludes et de ses études.\n\n(1) Sauf dans l'op. 59 et dans l'op. 93 : 1 Valses brillantes en ré t> et en\nmit> mineur, dédiées à Marmontel."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.40", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1222, "texte": "Exemples de rythme : a)Tarentelle en mi mineur (op. 53, p. 4).\n(Joubert, éditeur, 25, rue Hauteville.)\nb) 2e Tarentelle (op. 61), en mi \\> mineur. (Même éditeur.)\nSes dons rythmiques, en dehors même des danses proprement\ndites, toutes ses compositions l'attestent à l'envi. Il suffit d'ouvrir\nun de ses recueils pour en trouver la preuve à chaque page. Dans\nl'op. ios, intitulé Romances sans paroles, une seule pièce, très\npâle du reste, répond à ce titre ; les deux autres sont plutôt des\nétudes de rythme. De même, les Trois Ballades de l'op. iis sont\nintéressantes moins par les idées que par les rythmes, rythmes\nfougueux, saccadés, d'allures mouvementées et soutenus par des\nharmonies recherchées, qui ont dû bien étonner Auber à qui\nl'œuvre est dédiée. De même encore dans les recueils intitulés:\nMélodies (Lieder), op. 121, et Feu (op. 123), à citer\nparmi les meilleurs qu'il ait signés.\nLes Nuits blanches ont pour sous-titre : 18 pièces lyriques ; or,\nen majeure partie, ces pièces consistent en études de rythme (noS\n1, 2, 4, 6, 9, 12, 13, 16, 17). Les (n°s 3,\n5, 6, de l'op. 78 ; op. 80 en son entier dont il faut remar-\nquer surtout les pièces 1, set 6); (nos 1,2,4, 7, 9,"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.41", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2352, "texte": "12, 13, i 5, 2i); le Voyage autour de ma chambre (op. 140) dont\nle troisième morceau, allegro agitatoen mineur à 4/4, bien que\nrythmé à contretemps, par ses chocs brusques et stridents, évoque\nla « Chanson bohème » de Carmen ; les Variétés (op. 111), une\nde ses meilleures suites, les Feuillets d'album (op. 83), Phanla-\nsie-Stùcke dont le second, un allegro appassionato très mouvementé\nen mil 7 majeur, a parfois des accents beethovéniens, comportent\nla même observation.\nLa pratique exclusive du clavier devait faire prévaloir chez\nHeller le goût des formes de la musique de piano :\nle Caprice,le Prélude et l'Etude.Présentées sous d'autres titres,\ntels gg! Arabesques ou Intermèdes de Concert, d'autres œuvres du\nmême compositeur se rattachent directement à cette forme exclu-\nsivement pianistique. Mais, de ce qu'il excella dans cette forme, il\nne s'ensuit pas que Heller ait écrit ce que l'on nomme dédaigneu-\nsement de la « musique de pianiste », c'est-à-dire la musique la\nplus vide, la plus haïssable qui soit. Il ne cesse jamais d'être un\nartiste ;la part donnée dans ses oeuvres à la virtuosité est très\nréduite ; celle-ci ne vise jamais à éblouir l'auditeur, et elle reste\nmusicale parce qu'elle dérive toujours de la ligne mélodique ou de\nla cellule rythmique. Aussi cette élimination de lavirtuositéa-t-elle\npréservé sa musique dudémodement qui rend caduques certaines\nœuvres de Liszt ou de Chopin. Mais ce n'est pas seulement à\ncause de ses dons rythmiques que Heller a réussi dans la composi-\ntion des préludes et des études (il n'a peut-être fait que céder à la\ndemande des éditeurs qui réclamaient un article de vente) ; c'est\npar la conscience qu'il a apportée à élaborer ces petites pièces\nd'enseignement, c'est par la musicalité qu'elles ont conservée,\nqu'elles nous intéressent encore. Il s'est mis à la portée\ndes débutants, des écoliers, il a essayé de clarifier ces notions\nque les uns s'assimilent presque d'instinct, que les autres,\nmoins doués, acquièrent si péniblement, sur la tonalité,\nla construction des phrases, des dessins rythmiques, des traits,\nsur les syncopes et autres accidents qui peuvent modifier le\nrythme ou la couleur du morceau, et il proportionne les diffi-\ncultés aux moyens de l'exécutant. Chacun de ces petits cadres est\nciselé par un artiste qui est un homme d'esprit."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.42", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2139, "texte": "« Pour jouer du piano, disait-il à ses élèves, il faut trois qua-\nlités: la volonté, Y expression, Y intelligence. Travaillez plus avec la\ntète qu'avec vos doigts ! » Il leur faisait commencer la leçon par\ndes fugues de Bach. Il leur parlait ensuite de Beethoven, de Men-\ndelssohn, de Schumann, qu'il admirait, leur conseillait de recher-\ncher « le sens orchestral, la mise en valeur du rythme, Yesprit.\nLisez Heine, lisez Voltaire (i) » !\nOr, n'est-ce pas justement Voltaire qui disait un jour à Grétry,\navec un étonnementassez impertinent à l'égard des compositeurs:\n« Quoi, Monsieur! vous êtes musicien et vous avez de l'esprit?»\nLe sourire imperceptible du portrait de Ricard décèle un homme\nd'esprit.Le pli marqué au coin du nez dans la lithographie de\nLemoine .et la patte d'oie striant la paupière inférieure révèlent\nle clignement d'yeux d'un ironiste à la Heine. Tous ceux qui ont\nconnu Stephen Heller s'accordent à dire qu'il était très fin. I!\ns'exprimaitlentement, posément, car, bien qu'ayant passé en France\ncinquante années de sa vie, il avait toujours gardé un accent étran-\nger, et il se piquait de parler un français très correct. Sa conver-\nsation était toujours attachante et spirituelle. D'intelligence très\ncultivée, il possédait plusieurs langues, mais il goûtait plus parti-\nculièrement la littérature française ; il lisait volontiers nos cri-\ntiques, nos historiens : Villemain, Mignet, Sainte-Beuve, Taine.\nDans sa jeunesse, il avait vécu dans la société de plusieurs\nsavants et littérateurs attachés à la Parmi les\nécrivains allemands, Heine était son auteur préféré, bien qu'il\ndéplorât sa « dépravation ».\nHeller n'était pas moins spirituel dans ses articles. J'en ai\ndonné des exemples dans une autre publication (2). Mais s'il col-\nlabora parfois à la Galette musicale,pour se procurer des res-\nsources pécuniaires, il ne tarda pas à renoncer à cette occupation.\nQuoiqu'il sût très bien notre langue, il rédigeait ses articles en\n\n{1) Notes sur Stephen Heller, parl. Philipp du i«r juin\n1904).\n(2) Stephen Heller critique musical (G des 28 février, 7 et 14\nmars 1909)."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.43", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2205, "texte": "allemand et il trouvait ensuite la traduction de sa prose impropre\nà bien rendre sa pensée.\nSa nature spirituelle devait nécessairement se refléter dans sa\nmusique. Celle-ci n'est pas seulement rythmique, elle est humo-\nristique. L humour fait le mérite de la plupart des pièces courtes\nd'Heller, de ses préludes, de ses études. Et même il est à obser-\nver que plus les dimensions sont réduites, plus s'accuse ce don\nparticulier (i). Aussi n'est-il jamais plus évident que dans les\npièces les plus menues : les trois par exemple,\npour la jeunesse, les Deux cahiers (op. 165), dans lesquels il faut\nsignaler une Scène d'enfants, allegre à 2/4, d'une allure insou-\nciante et désinvolte, suivi de joyeuses fanfares animant un\nmolto.\nDes Scènes d'enfants (op. 124) de Heller, Barbedette, si élogieux\nd'habitude, se borne à dire qu' « elles ne valent pas celles de Schu-\nmann ». Voilà un jugement bien expéditif, résultant de la fâcheuse\nhabitude des comparaisons ! Redirai-je ici une fois de plus que\nces deux tempéraments diffèrent essentiellement ?\nA mon avis, les Scènes d'enfants forment un des recueils de\nHeller les plus originaux. Comme toujours, les pièces rythmiques\nl'emportent en nombre et en valeur sur les pages de sentiment ;\nmais ces rythmes fringants, désinvoltes, ont une crânerie, une\nnuance de gaminerie absolument spirituelles. Ces enfants-là sont\nplutôt des garçons qui aiment à jouer au soldat ; leur goût pour le\ntambour et la trompette décèle leur origine. Ce sont vraisembla-\nblement des petits Magyars !\nC'est peut-être dans les recueils de ce genre, tels que\ndédié à la jeunesse ou les Préludes que Heller a ma-\nnifesté sa personnalité, faite d'ingéniosité délicate et fine,\navec le plus de grâce et d'esprit. Ces embryons de morceaux, ces\ndiminutifs de préludes, ont tout juste la dimension qu'il faut. Le\nmusicien y évite les redites inutiles, l'amplification superflue, le\ndéveloppement formulaire ; il s'abstient d'y faire intervenir la\nmoindre virtuosité. Leur facilité apparente est d'ailleurs trom-\n\n(1) « Ses petits morceaux font penser à des pages d'un roman de Sterne, »\nécrivait un rédacteur de la Galette musicale (N° du 17 octobre 1852)."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.44", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2349, "texte": "peuse : elles requièrent de la part de l'exécutant un sens musical\nassez affirmé ;il est même utile que Mlle Lili soit très bien dirigée\npour en faire goûter la saveur. D'autre part, il ne faut pas non\nplus prendre très au sérieux le sous-titre des sonatines : « Etudes\npréparatoires aux sonates des maîtres», car ces oeuvres ingénieuses,\nen lesquelles la vivacité, l'esprit et la délicatesse s'unissent à une\nconcision toute classique, ont, harmoniquement et rythmique-\nment, peu de rapport avec les sonates faciles des maîtres tels que\nHaydn ou Mozart, que l'on fait étudier aux pianistes débutants.\nNonobstant l'intention de pastiche, ces sonatines sont bien du\nHeller, et le plus singulier, c'est que, dans ces œuvres simplettes\nen apparence et destinées aux enfants, il se trouve deux premiers\nmouvements, celui de l'op. 147, en ré majeur, et celui de l'op. 149,\nen ré mineur, qui ne seraient pas déplacés dans des compositions\nplus importantes, surtout ce dernier, à 4/4 en triolets, d'une\nexpression sentimentale àla Schubert et qui est, pour la sincérité\net la profondeur, l'une des meilleures pages de Heller.\nSi j'ai interrompu le récit de la vie de l'artiste à la date de ses\ndébuts à Paris, c'est d'abord que cet article est moins une biogra-\nphie qu'un portrait. D'autre part, Heller, comme les peuples heu-\nreux, n'a pas d'histoire. Son existence n'eut rien de romanesque ;\nelle fut la plus ordonnée, la plus uniforme du monde.\nIl renonça de bonne heure à se produire en public; il n'était\nd'ailleurs pas un virtuose (i). Il lui arriva cependant de faire par-\nfois une tournée de concerts en province ou à l'étranger avec le\nvioloniste W. Ernst. En iBso, le pianiste Charles Hallé l'attira en\nAngleterre où il avait contribué à faire connaître ses œuvres. Heller\nvoyageait peu, s'éloignait rarement de Paris, sauf à aller faire un\ntour en Suisse pendant les vacances. Il vivait en célibataire ami de\nla solitude, partageant son temps entre ses leçons qui étaient\n\n(1) Marmontel écrivait dans ses Pianistes célébrés : « S. H. ne veut pas être\nconsidéré comme virtuose. Il avait cependant un jeu fin, délicat, une manière\nnaturelle et simple de phraser. Il procède des grands maîtres allemands,\nHummel et Moschelès ; il serre de près le clavier ; il en obtient une sonorité\ndouce et harmonieuse. »"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.45", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2356, "texte": "fort appréciées, la lecture, la rêverie et la composition musicale.\nAyant horreur du monde, il était d'un abord réservé, simplement\npoli avec les personnes qu'il ne connaissait pas ; mais quand on\navait pénétré dans son intimité, il devenait très cordial et il était\ntrès fidèle à ses amitiés, qui étaient d'ailleurs des amitiés d'artistes.\nIl habita toute sa vie les rues voisines du quartier des Martyrs (1).\nC'est dans ce milieu de Montmartre qu'il connut G. Ricard, le\npeintre marseillais qui a fait son portrait. Il dînait volontiers\nau restaurant du Faisan doré, fréquenté par les peintres, et plus\ntard dans un petit restaurant à l'entrée de la rue La Bruyère,\nqui avait la clientèle de plusieurs musiciens.\nSa seule distraction était d'aller au café avec Maho, son éditeur,\nfaire une partie de billard qu'il perdait invariablement, à son\ngrand déplaisir, ou le soir, une partie de bésigue dans le salon\nDamcke, rue Mansart, où Berlioz venait assidûment. On y faisait\nde la musique. Berlioz restait souvent étendu toute la soirée sur le\ncanapé, silencieux, maussade, et se retirait sans avoir dit un\nmot (2).\nLes contemporains s'accordent à louer la noblesse intellectuelle\nde Heller, l'élévation de son caractère, sa loyauté, sa bonté, son\ndédain du succès facile, ses convictions inébranlables. S'abstenant,\nd'une part, d'exécuter lui-même ses œuvres en public, et même, à\npartir de 1860 environ, de donner des leçons, il se privait des\ndeux moyens de publicité les plus efficaces. Il avait, comme\nBerlioz l'a remarqué, « une patience à toute épreuve », qualité de\nsémite, mais alliée à une ambition modeste. Jamais artiste de\ncette race ne fut plus insoucieux de l'applaudissement, plus désin-\ntéressé, plus étranger à ce charlatanisme éhonté par lequel se\npoussent tant d'autres. Tout au contraire, son abnégation fut des\nplus rares. Si, dans sa jeunesse, il avait, comme d'autres débutants\ngrisés par l'exemple des favorisés du sort, rêvé la gloire et la for-\ntune, il avait su, de bonne heure, se résigner à la médiocrité.\nCependant, bien que négligées par le grand public pour des\n\n(1) Il n'aurait eu que trois domiciles àParis : 69, rue Blanche ; 34, rue Notre-\nDame-de-Lorette, et au n» 7 de la Cité Malesherbes, où il est mort.\n(2) Berthold Damcke,par le Prince Bibesco ;un vol. in-40. Paris, Lemerre,\n1894."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.46", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": "productions plus brillantes ou plus vulgaires, ses œuvres se\nrépandaient peu à peu et conquéraient l'estime des délicats.\nCh. Hallé, Mme Szarvady, les interprétaient dans les concerts.\nPlus tard, les professeurs Marmontel et Le Couppey les firent\npénétrer dans l'enseignement du Conservatoire. Mais, malgré le\nzèle de ses amis, l'appui de la Gale et celui de Berlioz\nqui faisait grand cas de son savoir et de son talent, sa musique\nfut tout d'abord éclipsée par celle de Chopin et de Liszt, sans\nparler de la concurrence des autres pianistes-compositeurs fran-\nçais. Plus tard, quand l'œuvre de Schumann pénétra en France,\nla comparaison devint, pour Heller, très difficile à soutenir.\nA ce succès d'estime Heller s'était résigné, en philosophe.\nDevant Berlioz dont, au fond, il n'appréciait pas le génie tour-\nmenté et bizarre et dont, avec sa raillerie à la Heine, il perçait à\njour les exagérations de romantique méridional, mais à qui il\ntémoignait de la gratitude et une fidèle amitié, il vantait cette\nvertu allemande de la résignation. Lorsqu'il le voyait en proie à\nune crise de marasme, il essayait « de le réconforter avec le récit\ndes épreuves de la vie de Mozart, de Beethoven, de Weber, de\nSchiller » ; mais ses efforts pour le calmer restaient vains. Il lui\ndisait : « Cher ami, vous voulez trop, vous voulez tout : l'admira-\ntion du grand public et celle des esprits d'élite. »Et il lui montrait\nce qu'il y a d'inconciliable dans les deux termes de ce postulat.\nUn soir (vers 1867 ou 1868), chez Damcke, comme le sermon\nde Heller ne l'avait pas convaincu mieux que d'habitude, Ber-\nlioz se leva et s'écria : « Heller a raison, il a toujours raison. Il\nest bon, il est intelligent, il est juste et sage ! Et je veux l'embras-\nser, ce qu'il fit, et je veux proposer une folie au sage !... »Il\nl'emmena souper chez Bignon, au coin du Boulevard des Italiens\net de la Chaussée d'Antin. Il était onze heures et demie ;il y avait\npeu de monde. Berlioz commanda un menu délicat : foie gras,\npoulet, salade, des fruits, du bon bordeaux, du Champagne, et\nretint son compagnon dans ce restaurant jusqu'à deux heures du\nmatin, absorbé dans une longue causerie sur ses auteurs favoris :\nGluck, Beethoven, Shakespeare, Byron, Henri Heine. Après que le\ngérant les eut mis dehors, Stephen Heller reconduisit chez lui\nson génial et malheureux ami. Il l'accompagnait de même tous"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.47", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2287, "texte": "les soirs, en sortant de chez Damcke. Avant de rentrer chez lui, 4,\nrue de Calais, Berlioz avait la manie d'exiger que l'adieu se fît sur\nune certaine pierre blanche de la rue Mansart, où demeurait\nDamcke.\nDans la lettre à Hanslick, publiée en 1879 par la Nouvelle\nPresse libre de Vienne (1), où il raconte cette anecdote, Stephen\nHeller réfute la légende d'après laquelle le génie de Berlioz aurait\nété méconnu en France de son vivant, et il explique parfaitement\npourquoi sa musique ne pouvait pas devenir populaire. 11 a\nmontré dans cet article une justesse d'observation et une préci-\nsion de souvenir que les recherches des plus récents biographes de\nBerlioz ont absolument confirmées. Mais celui-ci était, dans ses\nvieux jours, aigri par ses souffrances physiques et morales et\nprompt à oublier les triomphes précaires de sa jeunesse et ce qu'il\navait lui-même rapporté de l'enthousiasme de ses contemporains.\nIl n'avait pas le tempérament rassis, les goûts casaniers et modes-\ntes de son interlocuteur. Un piano ne lui suffisait pas à exprimer\nses tumultueuses pensées musicales il lui fallait tout l'attirail des\nchœurs, de l'orchestre ou du théâtre, le contact avec le public,\nl'atmosphère électrique des salles de concert, les acclamations,\nles hommages enflammés, la gloire sonore !\nStephen Heller se contenta d'être un bon professeur, inculquant\nà ses élèves l'admiration des maîtres, un compositeur écrivant\ntranquillement, à son heure, des pièces selon l'inspiration du\nmoment, le caprice de son imagination ; d'obtenir, avec l'estime\ndes musiciens de son temps, une réputation de second ordre, celle\nd'un artiste de talent, honorable, considéré. « O trop heureux\nhomme ! » s'écriait Berlioz, à la fin de l'article où il le juge en\ntermes flatteurs, et peut-être enviait-il à ce sage la modération de\nses désirs (2).\nSi la sagesse consiste à savoir proportionner son ambition à ses\nmoyens, à ne point forcer son talent, à restreindre son horizon à\nl'envergure de ses aptitudes, à ne point envier les succès d'autrui,\nà cultiver son jardin moral et intellectuel, à coup sûr Stephen\n\n(1) Traduite en français par le Guide les 20 et 27 février 1879! e>-\nutilisée par tous les biographes de Berlioz.\n(2) Journal des Débats du 2 3 juillet 1861."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.48", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1869, "texte": "Heller, bien que la fin de sa vie ait été assombrie par la maladie,\nla cécité et la gêne pécuniaire ( i ), a été plus heureux que son illus-\ntre ami Berlioz.\nAdmettons que telle soit la leçon de philosophie que nous\ndonne le portrait du Louvre.\nMais, parce qu'il s'est de son vivant contenté d'une destinée si\nmodeste, est-ce une raison de nous abstenir de rendre à Heller\nl'hommage posthume qui lui est dû ? Je ne le pense pas. C'est pour-\nquoi je m'efforce d'attirer l'attention des pianistes sur ses oeuvres\net de les engager à faire entendre sa musique dans les concerts ou\ndans les salons. A coup sûr, elle ne leur procurera pas l'occasion\nd'éblouir leur auditoire par une virtuosité transcendante ; mais\nelle donnera moins l'impression du démodé que telles pages de\nLiszt ou de Chopin que tous s'empressent à l'envi de mettre sur\nleurs programmes, car la préoccupation habituelle du virtuose, ce\nn'est pas, selon le devoir d'un véritable artiste, de rechercher\nce qui, dans les productions anciennes ou modernes, est digne\nd'intéresser le public ; c'est d'interpréter le même morceau brillant\nque le célèbre X ou l'illustre Y. Qu'y a-t-il, en effet, de plus rou-\ntinier qu'un virtuose dans la composition de son répertoire, si ce\nn'est un chanteur ?\n\nGeorges Servières.\n\n(i) Stephen Heller n'avait d'autre famille qu'une sœur célibataire, habitant\nHongrie, à laquelle ont été dédiées les Quatre Arabesques. J'ignore si elle\nétait morte avant lui. Il fallut que les frais de son enterrement fussent avan-\ncés par son ami Marmontel. La sépulture au Père-Lachaise a été payée par\nl'éditeur anglais Ashdown. Un monument artistique, élevé grâce à une sous-\ncription dont M. A. Schmoll a pris l'heureuse initiative, a remplacé ce\nmodeste tombeau. Il a été inauguré le ler mars 1908. Le buste qui le décore\nest du statuaire M. Quef."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-06-15-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-06-15_01#c028", "volume": "bmtnabh_1909-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 49, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.2.6", "titre_corps": "LA SAISON RUSSE", "titre_sommaire": "LA SAISON RUSSE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.49", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 15, "texte": "LA SAISON RUSSE"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-06-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-06-15_01#c029", "volume": "bmtnabh_1909-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 49, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.2.6.1", "titre_corps": "Croquis inédits d'E. de KROUGLICOFF", "titre_sommaire": "Croquis inédits d'E. de KROUGLICOFF", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.49", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 67, "texte": "Croquis inédits d'E. de KROUGLICOFF\nMlle LIPKOWSKA"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-06-15-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-06-15_01#c030", "volume": "bmtnabh_1909-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.2.7", "titre_corps": "Mme KARSAVINA", "titre_sommaire": "Mme KARSAVINA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.50", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 13, "texte": "Mme KARSAVINA"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-06-15-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-06-15_01#c031", "volume": "bmtnabh_1909-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 51, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.2.8", "titre_corps": "M. 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Les deux dernières années doivent être mar-\nquées d'un caillou blanc : elles nous ont apporté quelques publi-\ncations importantes grâce auxquelles le profane, sans beaucoup\nde frais et sans beaucoup de peine, en saura désormais presque\nautant que le plus instruit, sur un des sujets les plus attrayants,\nles plus obscurs et les plus encombrés de l'histoire musicale.\nDeux éditeurs, l'un viennois, l'autre berlinois, ont mené à bien,\nchacun de son côté, une édition complète, ou prétendue telle, des\nlettres de Beethoven.\nLa première, publiée en quatre volumes, sous le titre de\nvan Beethoven's sâmtliche Briefe uAuf\\eichnungen, par les soins\nde M. le Dr Fritz Prelinger (chez C.-W. Stern, Vienne et Leip-\nzig), est un ouvrage de bibliothèque pour les amateurs éclairés.\nLe papier est magnifique, la disposition claire, l'impression élé-\ngante. Le texte se présente en homme du monde, sincère assuré-\nment, mais bien astiqué, soigneusement débarrassé des négligences"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.54", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2177, "texte": "graphiques et orthographiques dont Beethoven se souciait si peu ;\nil ne s'encombre pas non plus d'un « appareil critique ». Les ren-\nseignements sur les destinataires des lettres et la littérature les\nconcernant sont relégués par M. le Dr Prelinger à la fin du qua-\ntrième volume. Telle quelle, cette édition peut être fort utile ou\nagréable à quiconque veut lire toutes ou presque toutes les\nlettres de Beethoven, sans faire de cette lecture un objet d'étude.\nLa franchise avec laquelle cette belle édition renonce à toutes\nprétentions scientifiques et critiques nous interdit de lui chercher\nchicane. Peut-être cependant a-t-elle été élaborée avec un peu\ntrop de hâte. Dès maintenant l'éditeur doit annoncer un cinquième\nvolume, et déjà le quatrième est presque tout entier consacré à\ncombler les lacunes des trois précédents. Enfin, dans l'indication\ndes sources principales de nos connaissances sur les correspon-\ndants de Beethoven, on remarque des omissions graves. Un\nexemple entre autres : M. le Dr Prelinger ne cite point, touchant\nle neveu de Beethoven, Cari, l'important travail de M. le Dr Max\nVancsa (i).\nL'autre édition, par M. le Dr Alfred Christlieb Kalischer (2), a\nun tout autre caractère, une tout autre valeur, et de tout autres\nprétentions. C'est un travail de première main, et, en somme, de\npremier ordre, désormais indispensable à quiconque voudra entre-\nprendre la moindre étude sur Beethoven. Sans doute, lorsque je\nparle d'une édition « complète »,\nle moment où je parle est déjà loin de moi,\net, depuis la publication de M. Kalischer, nombre de lettres de\nBeethoven, soit à Cari von Bernard, soit à Schott, soit au prince\nGalitzin, ont été exhumées. M. Kalischer devra bientôt, comme\nson confrère M. Prelinger, nous donner un volume supplémen-\ntaire, jusqu'au jour, prochain sans doute, où le succès de son édi-\n\n(1) DR MAX VANCSA, Beethoven'S Nejfe,Sonderabdruck aus der Beilage der\n« Allgemeinen Zeitung », n° 3o u. 3i vom 6. und 7. Februar 1901. Wien, 1901,\nSallmayer'sche Buchhandlung.\n(2) Beethovens Sàmt liche Brieje, Kritische Ausg\n(/\"'\"■ Chr. Kalischer ; 5 vol., Berlin, 1905-1908, Schuster et Lœffbr."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.55", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2503, "texte": "tion lui permettra, dans un tirage nouveau, de réintégrer en leur\nlieu et place les lettres récemment trouvées.\nL'édition Kalischer ne prétend pas seulement à l'exactitude ver-\nbale du texte qu'elle nous offre ; elle nous le rapporte avec une\nfidélité « diplomatique » qui affiche toujours les plus grands scru-\npules, et qui paraît les justifier le plus souvent. L'orthographe et\nla ponctuation de Beethoven et l'on ne peut ici employer ces\ndeux termes que par antiphrase sont respectées jusque dans le\nmoindre détail, et il faut convenir que le texte garde ainsi un con-\ntact plus intime avec la vie. Si quelques erreurs ont pu se glisser\ndans les « leçons » proposées par M. le Dr Kalischer, il faudrait,\npour s'en étonner, n'avoir jamais déchiffré un manuscrit de\nBeethoven (i).\nQuant aux commentaires de M. Kalischer, ils témoignent d'une\nconnaissance approfondie du sujet, et d'un soin minutieux dont je\nme souviens avec plaisir d'avoir été plus d'une fois le témoin,\ndans cette salle delà Bibliothèque royale de Berlin,où les travail-\nleurs rencontrent auprès de M. le professeur Dr Albert Kopfer-\nmann une bienveillance si obligeante et si avertie. C'est merveille\nde voir comment M. Kalischer sait trouver, dans la vie de, Be-\nethoven, dans son entourage, dans les fameux « Cahiers de conver-\nsation », les tenants et aboutissants de la moindre lettre, du billet\nen apparence le plus insignifiant, de la phrase la plus banale, du\nmot le plus futile. Une de ses notes les plus intéressantes (2) con-\ncerne le mystère encore très obscur à la suite duquel la comtesse\nErdody, une des plus chères amies de Beethoven, fut exilée d'Au-\ntriche. Joignons nos vœux à ceux de M. Kalischer pour que cette\nénigme soit un jour éclaircie (3).\n\n(1) Dans le billet NO 1114, au Dr BRAUNHOFFER, vol. 5, p. 193, ne faut-il pas\nlire, ou au moins comprendre, au lieu de das\\ ich grosse da ich\ngrosse ? Si B. a écrit réellement dasç, ce ne peut être que par une\nattraction fautive vers le das\\ sie rnir noch de la ligne suivante, déjà sous*\nentendu par la construction de la phrase. Dans le célèbre canon que renferme\nla lettre n° 825 à T. Haslinger, v. 4, p. 47, les deux dernières portées du pre-\nmier exemple noté doivent porter à l'armure une clef de fa et non une clef\nde sol.\n(2) Vol. 4, p. 53.\n(3) Pour le canon de Beethoven à M. de Boyer (no 1101, vol. 5, p. 173),\nM, le Dr Kalischer adoptera peut-être l'hypothèse de Deiters dans le 5e vol. de\n4"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.56", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2339, "texte": "Tout cela est fort bien, et je ne saurais trop insister sur les\nmérites éminents de cette édition. Mais, plus grandes sont les\nprétentions de l'éditeur, plus grandes peuvent être aussi celles du\nlecteur. Or M. Kalischer ne pèche point par excès de modestie:\nde l'infaillibilité il a le ton, mais, comme tous les humains, il n'a\nguère que cela. Ses commentaires, souvent utiles et intéressants,\ntournent souvent aussi à la digression fastidieuse. Chose plus\ngrave, derrière son affectation d'objectivité, on voit bientôt poindre\nà chaque page des susceptibilités personnelles qui n ont rien à voir\navec la science. En maint endroit, les commentaires du Dr Kalis-\ncher se ramènent à une simple polémique contre le Dl' Th. von\nFrimmel, beethovénien très érudit lui aussi, polémique ardente,\nmais mesquine et parfois injurieuse. Par exemple, à la fin de son\nsecond volume, p. 320, M. Kalischer reproduit sous le n° 481 une\nlettre de Beethoven à un baron von Nefzer, publiée d'abord par\nM. von Frimmel. Mais il la barde de points d'interrogation et\nd'exclamation et, dans le commentaire subséquent, après avoir\némis des doutes sur l'authenticité de cette lettre, somme assez\ncavalièrement le savant viennois de « sortir son plumail »\nheraus mit eurent Flederwisch /). M. von Frimmel n'ayant pas\nobtempéré sur l'heure, M. Kalischer, dans un volume suivant\n(IV, p. 159, 160), l'accuse de faux, ni plus ni moins, quitte à devoir\nplus tard (V, p. 41), sur le vu d'un fac-similé, reconnaître l'au-\nthenticité parfaite du document produit par son rival détesté.\nLisez les Bemerkungen \\ur angeblich « Kristischen » Ausgabe der\nBriefe Beethovens (1), décochées à M. Kalischer par M. von Frim-\nmel ; lisez la réponse furibonde de M. le Dr Kalischer, au tome\ntroisième de son édition (2). Il y a du vrai de part et d'autre,\nmais surtout il y a une pinte de bon sang à se faire devant cette\nquerelle d'Allemands entre Herr Dr Trissotin et Herr Dr Vadius.\nEnfin plus réjouissant encore, pour montrer combien les gloses\ndu Dr Kalischer passent souvent par de longs détours sans\natteindre le but, est le double commentaire du savant berlinois sur\n\nson B's Leben, pp. 225-7, el selon laquelle le destinataire de ce souvenir serait\nle hollandais de Boer.\n(1) Vienne, hors commerce, imprimerie Friedrich Jasper.\n(2) P. 147."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.57", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2584, "texte": "les mots Virtuosi cujoni, adressés par Beethoven à Artaria.\nIl m est impossible d entrer ici dans le détail ; mais le contresens\nadmirable du Dr Kalischer (vol. IV, p. 35) et les vingt lignes où il\nle rectifie, d'après les indications d'un correspondant italien (i)\n(V, p. 317), avec un sérieux énorme, épique, atteignent à un\ndegre de comique représentatif auquel Scivtov Rësartus ne s'est\njamais élevé.\nLe caractère polémique et personnel du commentaire vient donc\naltérer trop souvent le caractère scientifique de l'édition Kalischer,\net oblige le chercheur qui voudrait en user comme d'un instru-\nment « objectif » de travail, a une certaine prudence. C'est a cette\nprudence même que M. le Dr Kalischer a manqué dans la question\nla plus épineuse, la plus embrouillée qui se pose à propos de la\ncorrespondance de Beethoven; je veux dire l'attribution des lettres\nà 1 « immortelle bien-aimée ». Il se décide pour Giulietta Guic-\nciardi, comme avait fait Schindler, sans aucune preuve, et contre\n1 avis motivé de Thayer, contre le témoignage encore que trop\nenjolivé —contenu dans l'opuscule de Mariam Tenger. Mais il le\nfait sans raisons suffisantes, en des commentaires plus aigres que\npersuasifs et dont le caractère convient mal à une édition si ambi-\ntieusement critique.\nOutre son édition des lettres de Beethoven, aujourd'hui ache-\nvée, M. le Dr Kalischer a entrepris la réunion en quatre volumes\ndes nombreux articles qu'il a consacrés à l'histoire de Beethoven\net de son entourage (2). Je ne doute pas de la faveur qui accueil-\n\n(1) Un Français lui en aurait appris autant, même sans lui apporter Candide.\n(2) Sur l'édition Kalischer en général, et spécialement sur la question de\nl'immortelle bien-aimée, voir un excellent article de M. Albert Leitzmann\ndans la Deutsche Rundschau d'avril 1908.\nSans doute, dans un prochain tirage, M. le Dr Kalischer admettra-t-il le\nbrouillon suivant d'une lettre à Duport, écrit par Beethoven (en français) dans\nun cahier de conversation, pendant les négociations qui précédèrent les deux\nconcerts de mai 1824 : j apprend votre amitié en m'accordant la petite sale...\nest ce que voilà une sale pour donner ce qu'on nomme des grandes productions\nmusicales, naturellement qu on ne peut se laisser encore de payer grand somes\npour... comme sans cela les frais sont bien... la copiatur 0 moins 600 fl. pour\nle Behôrd 4.500 fl. voilà déjà iiber 1.000 112. von Kosten. Et alors eine grosse\net qu'il restera encore.\nqu'ant à moi, malgré la simplicité de mon caractère, il faut avouer qu'on le"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.58", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2779, "texte": "lera ces études, sous leur nouvelle forme. Les travaux du Dr Kalis-\ncher sont une mine de renseignements et de références, où l'on\ntrouve toujours quelque chose à prendre et à apprendre. Le\npremier volume, Beethoven und Berlin, se compose d articles où\nM. Kalischer rappelle les rapports de Beethoven avec Berlin et les\nBerlinois : vous y trouverez un récit du séjour que fit Beethoven à\nBerlin en 1796, l'histoire de ses relations avec Reichardt, Bettina\nBrentano, Varnhagen von Enseet Rahel Lewin, Meyerbeer, etc.,\net vous ne manquerez pas de vous y intéresser, voire de vous y\ninstruire.\nToutefois, le lecteur remarque bientôt chez le Dr Kalischer une\nsorte de chauvinisme local, assez surprenant et assez déplacé en\npareille matière. Berlinois convaincu, l'auteur cherche à établir\nque nulle part Beethoven ne rencontra d'admirateurs plus fervents\nque dans \\'lntelligen\\-Stadt, l'Athènes de la Sprée ; cela est vrai\ndans une large mesure : c'est Berlin qui envoya à Beethoven des\namis tels que l'intelligent et sensible Ludwig Rellstab, et Fidelio\n\nplus illustre et u. die aufgeklartesten Befôrder u. von Kunst mich\naufgefordert haben, mais ce ne sera pas un malheur pour la capitale que\nje ne donne quune académie je vous suis donc bien obligé pour la petite sale et\nje ne donnerai pas une académie.\nMalgré tout cela je suis prêt de servir toujours\net plus loin :\nnaturellement que selon grand chœurs grand orchestres il faut attendre un\ngrand auditre quil n'est possible dans la sale.\nla providence riabandonnera pas aussi sans un académie, etc.\nCe brouillon mentionné mais non cité par Thayer-Deiters (V. Bi, 82) a dû\nservir de canevas à la lettre de Schindler à Duport, du 24, 4, 1824, citée tout\nau long par les mêmes auteurs et à laquelle se rapporte sans doute la phrase\nsuivante (de Schindler) dans un cahier :\nDer gestrige Brief liât D[uport]\ngekrdnkt dadurch, allein « weil is Beethoven grosse kunstler muss man nicht\niïbel nehmen ». Duport, Français de naissance, parlait et comprenait malTalle-\nmand. Enfin certains catalogues de ventes d'autographes donnent encore des\nfragments de lettres de Beethoven inédites et perdues. Témoin le catalogue de\nla vente Trémont (déc. 1852, avril 1853), renfermant une lettre écrite en fran-\nçais par Beethoven au baron de Trémont, durant le séjour de celui-ci à Vienne\nen 1809, et commençant par ces lignes : « Côme (sic), mais il faut sans doute\nlire corne) il me falloit aujourd'hui aller au prince je vous prie bien>\nmonsieur, de me réjouir Vaprès-demain matin, à heur de votre présence\nbien cher à moi une affaire importante me force, de ne pouvoir tenir nid\nparole » etc.\n(1) Beethoven und seine Zeitgenossen, Band : Beethoven und Berhn>\nBerlin u. Leipzig, 1909, Schuster u. Lœffler."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.59", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2328, "texte": "connut à Berlin un succès plus rapide qu'à Vienne. Mais l'ardeur\nde M. le Dr Kalischer l'entraîne parfois à vouloir trop prouver, et\ndonc àne prouver rien. A l'appui de sa thèse, il va jusqu'à\ns'étendre sur la « bienveillance » de Zelter pour Beethoven : pour\nle coup, c'est un défi bien difficile à tenir. M. Kalischer y dépense,\navec son érudition ordinaire, une adresse extrême d'avocat ; mais\nla dialectique de son plaidoyer est vraiment spécieuse. Il s'efforce\nde prouver que, si Zelter montra d'abord quelque méfiance à\nl'égard des symphonies, il se convertit peu à peu à l'art beethové-\nnien. Cela ne peut se soutenir qu'en escamotant certains textes\nprécis, et en donnant à d'autres une interprétation qu'ils ne com-\nportent pas. M. Kalischer est bien forcé de convenir que Zelter,\nen 1808, écrivait à Gœthe que « Chérubini et Beethoven dérobent\nla massue d'Hercule pour écraser les mouches » : mais, loin de\nl'en blâmer, il lui fait presque honneur d'être ensuite revenu de si\nloin! Pourquoi néglige-t-il de rappeler que, quatre ans plus tard,\nle 14 septembre 1812, Zelter, dans une lettre à Gœthe, comparait\nles admirateurs de Beethoven aux adeptes de « l'amour grec », et\nen iB3o même (le 26 septembre) traitait Ad.-B. Marx, le champion\nde Beethoven, d' « évangéliste des bousilleurs » ? La cause de\nZelter n'est pas défendable : sa correspondance avec Goethe montre\nle souci constant de déprécier ou de cacher au grand homme de\nWeimar, qui le consultait si volontiers sur les choses musicales, les\ntalents qui auraient pu lui porter ombrage, à lui Zelter. Contraint\net forcé par la gloire grandissante de Beethoven, Zelter adoucit\npeu à peu la sévérité de ses premiers jugements; mais on sent\ntrop bien que c'est comme malgré lui. Et il laissera Schubert\nvivre et mourir, sans avoir signalé à Gœthe un seul des lieder\nimmortels. Cela le juge et le condamne ; le seul moyen de le\ndéfendre était de plaider coupable, et non point, comme a tenté de\nle faire M. Kalischer, d'essayer, au lieu d'une justification déjà\nimpossible, une glorification plus hasardeuse encore.\nRevenons à 1' « immortelle bien-aimée » de Beethoven. Quel\nfut son nom ?\nGiulietta Guicciardi, affirma d'abord Schindler, dont M. le\nDr Kalischer adopte l'opinion ; Thérèse de Brunsvik, dit Thayer,"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.60", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2262, "texte": "suivi aujourd'hui par un grand nombre d'auteurs, tandis que\nM. von Frimmel opinerait volontiers pour Magdalene WilJ.\nmann(i), et M. le Dr W. Thomas-Sangallis pour Amélie Sebald.\nIl semble que, sur cette question, l'on doive renoncer à toute\ncertitude absolue.-Les lettres à 1' « immortelle bien-aimée » sont en\nréalité une sorte de brouillon, retrouvé chez Beethoven après sa\nmort, et que la destinataire n'avait sans doute jamais reçu. Elles\nne portent ni suscription ni millésime. Leur texte, débordant\nd'effusions violemment passionnées, ne renferme non plus aucune\nallusion personnelle un peu précise, qui nous permette de déchif-\nfrer le rébus.\nUn nouvel ouvrage de l'éminente musicographe allemande La\nMara, semblait, par son titre catégorique, nous promettre le mot\nde l'énigme : L'immortelle bien-aimée d\ncomtesse de Brunsvik et ses mémoires(2). Voilà qui ressemble fort\naux manchettes « sensationnelles » de certains journaux... Le\ncontenu de l'ouvrage est moins afïirmatif. Cet ouvrage se com-\npose de deux parties bien différentes; dans la première, Mme La\nMara s'efforce d'écarter les nuages qui nous cachent la destinataire\ndes fameuses lettres, et apporte à l'appui de la thèse soutenue par\nThayer le poids de son incontestable autorité; dans la seconde,\nelle nous communique les mémoires où la comtesse Thérèse de\nBrunsvik, loin de nous dire son secret, semble avoir pris au con-\ntraire grand soin de le garder.\ni° Les trois fragments qui constituent les lettres à 1' « immor-\ntelle bien-aimée » sont datés par Beethoven « le 6 juillet au\nmatin », « soir du lundi 6 juillet », « bonjour le 7 juillet ». Thayer\navait cru pouvoir proposer le millésime de 1806, malgré le défaut\nde concordance, pour cette année-là, entre le jour de la semaine et\nle quantième du mois, Beethoven étant, dans sa correspondance,\ncoutumier de pareilles erreurs. Une lettre de Beethoven à Breit-\nkopf, datée de Vienne le 5 juillet 1806, récemment découverte,\nruine sur ce point 1 opinion de Thayer, car, si Beethoven se trou-\n\nai) Ce qui pour son ennemi juré, le Dr Kalischer, est «le comble delà\nfolie » : qu'en termes galants...\n(2) LA MARA : Beethoven1s unsterbliche\nBrunsvik und ihre Memoiren.Leipzig, 1909, Breitkopf und Hârtel."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.61", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2357, "texte": "vait encore à Vienne le 5 juillet 1806, il ne pouvait, dès le 6 juillet\nau matin, adresser de Hongrie une lettre à une amie qu'il vient,\nd'après le texte de cette lettre, de quitter. Mais rien n'empêche de\nreporter la lettre à l'année suivante, 1807,1 e jour de la semaine et\nle quantième du mois concordant, pour cette année-là, d'une façon\nparfaite. La comtesse Thérèse de Brunsvik, dans ses (1),\ndit avoir passé à Carlsbad le mois de juillet et à Franzensbad le\nmois d'août 1807, mais rien ne dit que son départ de Martonvasar\npour la Bohême ait eu lieu avant le 7 juillet (2). Le K par lequel\nBeethoven désigne le pays où va séjourner 1' « immortelle bien-\naimée » peut fort bien désigner la célèbre ville d'eaux, dont le nom\ns'écrit indifféremment Carlsbad ou Karlsbad.\nM. Richard Batka, d'après des témoignages contenus dans un\nouvrage de M. Samuel Borovsky,\nUngarns,établissait que Beethoven avait été plusieurs fois l'hôte\ndes Brunsvik dans leur domaine de Korompa, en 1806 notam-\nment, et peut-être en 1807. Puis M. Batka rappelait cette phrase\ndes lettres à 1' « immortelle bien-aimée » : « Quel chemin terrible !\nau dernier relais, on me conseilla de ne pas voyager de nuit. Pour\nm'effrayer on me parla d'une forêt. Mais cela ne fit que m'exciter\net j'eus tort ; il a fallu que la voiture se brisât sur ce chemin ter-\nrible, sans fond, simple chemin de campagne. » Et le savant écri-\nvain observe que cette description répond à l'état des routes, très\nsinueuses et accidentées, qui séparaientalors Korompa de Pystian,.\noù il présume que se rendait Beethoven. Ainsi nous pourrions\nprendre au pied de la lettre l'expression (si près, si\nloin !) qui se trouve aussi dans les pages enflammées de Beethoven.\nCe commentaire de M. Batka, rappelé par Mme La Mara, est un\ndes plus intéressants, des plus pénétrants, risquons le mot,\ndes plus jolis dont il me souvienne. S'il pèche de quelque manière,\nc'est plutôt par un excès d'ingéniosité. Faut-il bien donner aux\nquatre mots so nah so weit!un sens topographique ?Un tel souci\nde précision, peu commun chez Beethoven, y surprendrait plus\nque jamais dans un moment d'exaltation si éperdue. J'inclinerais\n\n(1) P. 79.\n(2) D'autant que la cure de Carlsbad ne dure que 21 jours, ce qui permettait\ndonc ainsi aux dames Brunsvik d'être en août a Franzensbad."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.62", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2085, "texte": "plus volontiers à croire qu'on doit prendre ces mots dans le sens\nfiguré, lyrique, où le prennent deux amants que l'éloignement\nsépare sans les désunir. Ce sera, pour Beethoven lui-même, en\n1816, le thème du Cycle de mélodies C'est,\npar avance, le mot de Brunnhilde au prologue de la\nmerung :\nGetrennt wer will es scheiden ?\nGeschieden trennt\n2°La comtesse Thérèse de Brunsvik nous intéresse en fonction\nde Beethoven, et dans la mesure où nous pouvons supposer\nqu'elle fut ou ne fut pas son « immortelle bien-aimée ». Les\nMémoires de la comtesse Thérèse, publiés par Mme La Mara, nous\nintéressent donc pour autant qu'ils viennent confirmer ou infirmer\ncette hypothèse (i). A première vue, ils semblent n'apporter dans\nce problème que fort peu d'éléments nouveaux. La comtesse\nThérèse, en des pages assez plates, rédigées à l'extrême fin de sa\nlongue et mélancolique existence, s'étend sur des histoires de\nfamille et sur les entreprises de pédagogie philanthropique inspi-\nrées à son bon cœur par l'exemple de Pestalozzi. De Beethoven\nlui-même il est fort peu question. La « prêtresse de la Vérité »\ncomme Thérèse de Brunsvik s'était elle-même consacrée à seize\nans —raconte comment, passant dix-huit jours à Vienne avec sa\nmère et ses sœurs en 1799, elle prit seize leçons de Beethoven.\nElle ajoute ces quelques lignes : « C'est alors que se conclut avec\nBeethoven cette amitié profonde, cordiale, qui dura jusqu'à la fin\nde sa vie. Il vint à Bade ; il vint à Martonvasar ;il fut reçu dans\nnotre société républicaine (Societdd'hommes choi-\nsis (2). » Et c'est tout.\nUn Beethoven était-il donc, même dans une « société d'hom-\nmes choisis », un de ces amis avec le souvenir desquels on soit\n\n(1) On lira avec intérêt, parmi les articles provoqués par l'apparition de ces\nmémoires, l'étude de M. MICHEL BRENET, l'lmmortelle Bien-Aimée de Beetho-\nven, dans le Courrier musical du ler janvier 1909, celle de M. A. BOSSERT\nportant le même titre dans la Revue du 2 janvier 1909, et celle de\nM. T. DE WYZEWA dans la Revue des Ddu 15 mars IQOQ.\n(2) P. 64."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.63", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2099, "texte": "quitte à si bon marché ? Tant de réserve à son égard n'a-t-elle pas\nlieu de nous surprendre, et La Mara ne fait-elle pas preuve,\ncomme c'est son devoir d'historien, d'une singulière pénétration\nféminine, en voyant dans ce silence une affectation significative?\nMais une femme ne s'est-elle jamais trahie que par son silence ?...\nMalgré tout, nous surprenons la comtesse Thérèse à s'en départir\ndeux fois, en deux petites phrases bien courtes et bien éloignées\nl'une de l'autre, mais qui, me semble-t-il, doivent être rapprochées.\nAyant raconté d'une part comment, entre 1814 et 1819, elle repoussa\nla demande en mariage d'un certain baron C. P., Thérèse de Bruns-\nvick ajoute : Ich war kalt geblieben, eine friïhere Leidenschaft\nhatte mein Her\\ ver^ehrt.(J'étais restée froide, une passion an-\ntérieure avait dévoré mon cœur (1). ) D'autre part, à l'avant-der-\nnière page de ses souvenirs (2), vieille, sentant sa fin prochaine,\njetant un triste regard en arrière sur sa famille et sur elle-même,\nelle écrit : Es ist überall Verfall\nRuine unter Ruinen mit meinem Wollen und Thun taube Ohren\nund taube Herbert gaben mir das Geleite durchs Leben. (Partout la\ndégradation et la ruine. Moi-même je ne suis qu'une ruine parmi\ndes ruines, avec ma volonté et mon action des oreilles sourdes\net des cœurs sourds m'ont fait la conduite tout le long de la vie.)\nEine friïhere Leidenschaft.. taube Ohrenantérieure »,\ndes « oreilles sourdes », de ces deux mots rapprochés semble jaillir\nun éclair bien révélateur. Lacomtesse Thérèse a aimé Beethoven ;\nelle confirme ici l'essentiel de l'opuscule trop romanesque de Ma-\nriamTenger. Que Beethoven l'eût aimée, nous le savions déjà, et\nles lettres à l'« immortelle bien-aimée » célèbrent une tendresse\nmutuelle, un amour partagé.\nLes Mémoires de Thérèse de Brunsvik, s'ils ne livrent pas le\nsecret promis par le titre sous lequel les a présentés La Mara, me\nparaissent donc apporter à la thèse de Thayer une présomption\nimportante.\nEn rééditant le livre célèbre et aujourd'hui épuisé —de\n\n(1) P. 107.\n(2) P. 134."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.64", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2202, "texte": "W. von Lenz, Beethoven et ses trois styles (i), M. M.-D. Calvoco-\nressi a suivi l'exemple d©nné en Allemagne par M. Bernke avec\nle Beethoven s Leben und Schaffende Ad. Bernh. Marx, par le\nDrAlf.-Chr. Kalischer avec les Bio de Wegeler\net Ries, et les souvenirs de Gerhardt von Breunig,\nSchwar^spanierhause.\nL'idée était excellente. Le livre de Lenz a fait fortune. Il le\nméritait. J'en sais peu d'aussi suggestifs. La composition est lâ-\nchée, les développements s'encombrent de redites et de digres-\nsions, mais il y circule un esprit vif, prime-sautier, une sensibilité\nsingulièrement alerte et originale. Ecrit en français par un Russe,\nl'ouvrage témoigne parfois de quelque maladresse ; mais il abonde\nen formules piquantes, imprévues, comme notre langue si nuan-\ncée en suggère parfois aux étrangers très cultivés.\nAinsi, la forme du livre présente beaucoup d'attrait. Le fond\nmême n'a pas moins de valeur. Berlioz ne se trompait point, en\ny saluant un travail de « haute critique ». C'est, en effet, l'un des\npremiers où la critique musicale se soit exercée avec un réel souci\nde méthode et de précision spécifiques. La thèse n'en était pas\nabsolument nouvelle : on la trouve déjà dans Fétis. Lenz lui a\ndonné la popularité et l'autorité. Beaucoup d'historiens ont adopté\nd'après lui la division de l'œuvre beethovénien en «trois styles ».\nD'ailleurs, le positivisme d'Auguste Comte est survenu pour\ndonner à cette sorte de division « trilogique » une généralité qui\naurait force de loi universelle. N'avons-nous pas vu récemment\nun philosophe très érudit et très subtil, M. Charles Lalo, tenter\nune application très arbitraire et artificielle, me semble-t-il\nde la loi des « trois états » au développement de l'art musical (2) ?\nSans aller aussi loin, dans les régions hypothétiques où l'art,\nl'histoire, la métaphysique et l'ignorance sont assurés de faire\ntoujours bon ménage, M. Vincent d'lndy, rencontrant chez César\nFranck ce rythme ternaire du développement artistique, étudié\npar Lenz chez Beethoven, y voit « une règle de nature » illustrée\n\n(1) Paris, 1909, G. Legouix.\n(2) Ch. LALO, Esquisse d'une esthétique pp. 262 et suiv.,\nParis, 1908, Alcan."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.65", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2251, "texte": "par « la plupart des grands créateurs dont la vie est suffisamment\nlongue (i) ».\nLe plus souvent, il ne faut prendre de pareilles divisions que\npour des procédés d'exposition commodes, indispensables même,\nmais provisoires, superficiels et qui ne supporteraient pas l'exa-\nmen si on prétendait les appliquer trop exactement à la réalité.\nDans le cas particulier de Beethoven, la thèse de Lenz reposait\nsur une méthode qui, en se précisant et se perfectionnant, l'a fort\ncompromise. Pour chercher à fixer les limites des trois « styles »\ndans l'œuvre de Beethoven, Lenz se fondait sur les numéros d'œu-\nvre. Mais les travaux ultérieurs de Nottebohm, Thayer et autres,\nsont venus montrer que cette numération, loin de correspondre\navec une entière fidélité à l'ordre chronologique de composition,\ns'en écarte souvent dans une mesure sensible. D'ailleurs, si le\nsilence relatif où s'est tenu Beethoven de 1816 à 1820 permet de\ntracer une frontière, encore que très conventionnelle, entre le\nsecond et le troisième de ses prétendus « styles », la délimitation\nreste beaucoup plus vague entre le premier et le second.\nCes réserves n'enlèvent rien au mérite de Lenz, ni à l'intérêt de\nson livre. M. Calvocoressi l'a augmenté d'une bibliographie abon-\ndante., que l'on consultera avec fruit. Pour le reste, il s'est, dit-il,\nborné à « quelques corrections » portant sur « des fautes maté-\nrielles ». Moins discrets, les protes en ont ajouté plus qu'il n'en\nretirait.\nLast but not least.\nLa voilà donc enfin terminée, cette admirable biographie de\nBeethoven, entreprise par Thayer, continuée après sa mort et\nd'après ses travaux par Deiters, qui mourut lui-même avant d'y\nmettre le point final, et dont les deux derniers volumes, attendus\ndepuis longtemps avec impatience, ont paru grâce aux soins de\nl'éminent musicographe et professeur M. Hugo Riemann (2). On\n\n(1) V. D'INDY, César Franck,p. 79, Paris, Alcan. D'ailleurs M. V. d'lndy\nrattache volontiers les lois du développement artistique à des lois plus géné-\nrales de psychologie (voir Cours de composition musicale, introduction), dût-il\nremonter jusqu'au péché originel (ibidp. 47).\n(2) Ludwig van Beethovens Leben, von Alexander Wheelock Thayer und"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.66", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2379, "texte": "sait de longue date quelle conscience Thayer avait mise dans\nson travail ; Deiters l'avait dignement poursuivi; enfin, si la tâche\nde M. Hugo Riemann a été plus modeste, elle ne témoigne pas\nd'une moindre compétence, et les notes qu'il a signées au bas de\ncertaines pages portent sa marque.\nOn peut aisément louer le Beethode Thayer-Deiters\nen disant que cet ouvrage, aujourd'hui achevé, est absolument in-\ndispensable et à peu près suffisant pour connaître la vie de Bee-\nthoven. On en attendait les deux derniers volumes avec un inté-\nrêt tout particulier : c'est que, racontant l'histoire de Beethoven\ndepuis 1817 jusqu'à 1827, ils allaient pouvoir utiliser les fameux\nCahiers de conversation, dont l'usage régulier commence en 1819,\net dont la Bibliothèque royale de Berlin conserve un si riche tré-\nsor. Nous examinerons tout à l'heure la façon dont Thayer et après\nlui Deiters ont puisé à cette source.\nC'est sans doute par un scrupule de fidélité à la mémoire de\nThayer que Deiters a adopté sa méthode d'exposition, laquelle\nn'est pas irréprochable. On sait que Thayer insérait au milieu\nde son récit une quantité de lettres ou de documents. Au-\njourd'hui que nous avons sous la main des éditions complètes\ndes lettres de Beethoven, peut-être des allusions et des références\nsuffisaient-elles. La narration eût gagné singulièrement en intérêt\net en vie. Car, de ce livre consacré àla vie de Beethoven, la vie est\ntout à fait absente : c'est un long « procès-verbal », d'une exacti-\ntude à peu près irréprochable et d'une minutie extrême, mais\nd'une monotonie et d'une sécheresse désespérantes. Lorsqu'il s'a-\ngit de suivre les procès soutenus par Beethoven pour la tutelle de\nson neveu, cette méthode est excellente : encore faudrait-il aujour-\nd'hui compléter les exposés de Thayer-Deiters par le fameux me-\nmorandumde Beethoven, publié dans la du 25 décembre 1907.\nMais, lorsque la vérité n'est pas tout entière dans les pièces docu-\nmentaires, lorsque, pour la trouver ou au moins pour la chercher,\nil faudrait un peu de pénétration, voire même un peu de divina-\ntion, Thayer et Deiters, soit par un excès de scrupule, soit par un\n\nHermann Deiters, 5 vol. Leipzig, 1907-1908, Breitkopf u. Hârtel. Une\nnouvelle édition revue du ler volume a paru en 1901 ; une revision des second\net troisième volumes est annoncée comme prochaine."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.67", "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 2383, "texte": "défaut d'intelligence (et les deux vont souvent l'un avec l'autre),\nrestent au-dessous de la tâche.\nC'est ainsi que je ne puis trouver ressemblants aucun des por-\ntraits que Deiters donne des familiers de Beethoven, son frère\nJohann, son neveu Cari, Schindler et Holz. Il me paraît trop in-\ndulgent pour Johann et pour Holz, trop sévère pour Schindler et\npour Cari. Johann était un personnage plus ridicule que ne l'a\npeint Deiters, après Thayer: cet apothicaire enrichi, qui se tei-\ngnait les cheveux et voulait persuader à son frère d'en faire autant,\nqui arborait des bijoux voyants pour imposer aux éditeurs de mu-\nsique lorsqu'il allait négocier les affaires de Ludwig, ce mari trompé\nsous son propre toit, qui prenait parti de son infortune parce\nque le régime de la communauté matrimoniale l'eût contraint à\npartager sa fortune avec sa femme en se séparant d'elle, ce par-\nvenu ignare et vulgaire qui prétendait apprendre la musique pour\ndiriger les symphonies de son frère (i), cet homme d'affaires sour-\nnois et retors, brouillon et avare, enchevêtrant et compromettant\ntoutes les négociations dont il se mêlait, ne méritait guère le plai-\ndoyer que nous lisons en sa faveur (2).\nPareillement, je sais gré à la biographie de Thayer-Deiters d'a-\nvoir ruiné la légende selon laquelle Cari, au début de la maladie\nqui devait emporter son oncle, aurait pendant trois jours négligé\nd'appeler le médecin : les Cahiers de conversation et les souve-\nnirs du Dr Wawruch font bonne justice de cette fable. Mais, pour\nle reste, je crois Cari moins coupable, moins méchant que ne\nl'ontfait d'ordinaire les historiens de son oncle. Sans vouloir repren-\ndre une demi-justification que j'ai tentée ailleurs (3), une étude\nfondée sur les Cahiers de conversation devait nous montrer chez\nCari un enfant et un jeune homme d'esprit vif et fin, mais d'une\nprécocité que l'éducation déplorable reçue chez son oncle, malgré\nles intentions excellentes de celui-ci, devait rendre dangereuse.\nPresque toutes ses fautes peuvent s'expliquer par cette éducation.\n\n(1) Tous ces détails se trouvent établis par les Cahiers de conversation,\npassim, spécialement au printemps 1828, en novembre et décembre 1823, en\navril 1824 et à la fin de cette année, en mars 1825.\n(2) IV, 265.\n(3) La Revue (ancienne Revue des Revues9 i 5 janvier, ier février 1906)."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.68", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2391, "texte": "La meilleure preuve en est que Cari, aussitôt éloigné de son on-\ncle, fit un bon officier, et plus tard un bon époux, bon père et\ncitoyen, tandis qu'à le juger tel que nous le dépeignent les biogra-\nphes de Beethoven, il n'aurait pu mieux faire que de finir au\nbagne ou sur l'échafaud.\nLe portrait de Cari Holz qui, de 1824 à 1826, supplanta le pau-\nvre Schindler dans les bonnes grâces de Beethoven, est le plus\nsoigné et le plus réussi que nous donnent Thayer-Deiters (1). J'y\nai mieux reconnu l'aimable, brillant et insinuant causeur, dont les\nCahiers de conversation m'avaient suggéré l'image (2). Toutefois\nl'auteur aurait pu marquer avec plus de force et de vérité que ce\ncharmant compagnon, ce favori gracieux, était avant tout un pa-\nrasite et un parfait pique-assiette.\nPour Schindler, c'est une autre affaire. On ne peut étudier de\nprès la vie de Beethoven sans recourir à lui... et sans éprouver\nbien vite une certaine humeur devant l'infidélité de sa mémoire.\nCertes, il a fourni aux historiens des documents innombrables et\nprécieux. Mais combien d'erreurs ne leur a-t-il pas donné à recti-\nfier, ou au moins d'assertions à contrôler ! Thayer-Deiters en sa-\nvent quelque chose, et je crains fort qu'ils ne lui en gardent ran-\ncune. Mais les Cahiers de conversation que nous devons à\nSchindler parlent pour lui : s'il y montre moins d'esprit que\nHolz, une intelligence moins souple et moins ornée que celle du\njeune Cari, son dévouement, son bon sens, sa sincérité, sa pru-\ndence, y éclatent. Seul, il ne flatte pas Beethoven comme font\nHolz par calcul, et Cari avec un mélange d'admiration très réelle\net de rouerie plus ou moins consciente : il n'hésite pas à le contre-\ndire, à lui tenir tête, s'il faut prévenir une démarche inconsidérée,\nou réparer une brusquerie. Il s'expose aux rebuffades, il les subit,\nnon sans courage et sans abnégation. Lorsque, évincé par Holz,\nil ne paraît qu'à de rares intervalles et que Beethoven semble\n\n(1) V. 183 et suiv.\n(2) Sur le sens artistique de Holz, il y aurait des réserves à faire : les deux\nphrases ci-dessous écrites par lui vers le 3i août 1826, dans un Cahier de\nconversation, me semblent en dire assez long : Quar-\nlett leicht 2 machen kônnen. Wenn man so gross denkt von der Kunst, wie Sie,\nkann es anch nieht andersseyn ; aber mehr Geld wiirde es Ihnen und dem Ver-\nlegergetragen haben."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.69", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2258, "texte": "l'accuser de jalousie, il s'en défend avec un accent indubitable, et\nprétend seulement rester à l'écart pour n'être pas le témoin im-\npuissant des bévues où Johann et Holz engagent Beethoven. Et\nlorsque Beethoven s'alite pour mourir, lorsqu'il ne s'agit plus\nd'aller manger et boire au restaurant, mais de soigner un malade,\nHolz, jeune marié, s'éclipse, et Schindler redevient l'ami de tous\nles jours, de toutes les heures.\nSi je diffère quelque peu de sentiment avec Thayer-Deiters sur\nle compte de Johann, de Cari, de Holz et de Schindler, cela n'en-\ntame en rien mon admiration pour la valeur matérielle de leur\nbiographie. Les deux derniers volumes de cette biographie, di-\nsais-je, étaient attendus avec une impatience particulière, parce\nqu'ils nous promettaient des références nombreuses aux fameux\nCahiers de conversation, à peine utilisés jadis par Nohl et aux-\nquels M. le Dr Kalischer a recouru dans des travaux isolés du\nplus grand intérêt. Voici le jugement général que portent, sur les\nfameux Cahiers, Thayer-Deiters : « Il n'y a pas de source de ren-\nseignements sur la vie de Beethoven qui au premier regard sem-\nble être aussi riche et aussi fertile, et qui soit cependant, pour\nl'écrivain consciencieux, si misérablement incomplète et peu sûre,\net dont l'usage exige dans une pareille mesure la plus extrême\nprudence (i). » Ce pessimisme pourra désenchanter plus d'un\nbeethovénien, dont le rêve a été de se plonger dans l'étude des\ncahiers : il est absolument justifié.\nNéanmoins, peut-être y avait-il à tirer de ces Cahiers plus que\nn'ont fait Thayer-Deiters. Au hasard de notes que j'y ai prises\nmoi-même naguère, sans prétendre m'en servir pour un travail\nproprement biographique, je retrouve quelques indications dont\nThayer-Deiters auraient, ce me semble, fait leur profit : par exem-\nple, les éminents historiens consacrent plusieurs pages fort dé-\ntaillées (IV, 295 et suiv.) à la composition de la musique\nWeihe des Hauses.lls citent la page où Schindler raconte avoir\nété consulté par Beethoven, ainsi que Cari, sur le plan de l'ou-\nverture. Pourquoi ne point ajouter, qu'à deux reprises au moins,\nBeethoven reprocha à Schindler les conseils reçus ? Je lis en effet\n\n(0 IV, i54."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.70", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1978, "texte": "dans les Cahiers de conversation, de la main de Schindler, en\nfévrier 1823 : « Aber wie kommen Sie nun heute wieder auf diese\nalte Geschichte! Wenn ich die Schu Ouver-\nture geschrieben, so trage ich diese Schuld sehr gerne, aber wenn\nsie die Orchester nicht spielen kônnen auffùhren,\ndoch nicht meine Schuld... Sieer\\eigen Zumper\n(Stumper ?) Schindler \\u viel Ehre,wenn qur\nLast bringen.» Et plus loin, en octobre 1823 :\nalso Schuld, dass diese Ouverture von Ihnen componirt wurde.\nBravo, die Welt wird sich drïïber verwundern. »\nThayer-Deiters (V, 92) racontent, d'après les souvenirs de Kalk-\nbrenner, que Beethoven dirigea le concert du 7 mai 1824 en\nhabit noir. Me serais-je donc trompé en écrivant ailleurs (1) qu'il\nle dirigea en habit vert, et cela ne ressort-il point des lignes sui-\nvantes, écrites par Schindler dans un Cahier de conversation:\n« Wir nehmen jet\\t ailes gleich mit auch nehmen wir Ihren gr'ù-\nnen Rock mit(,) den Sie im Theater\\um\nDas Theater ist ohnehin dunkel, es sieht niemand dass er grun\nist. O grosser Meister, du hast keinschwar^en\nmogen ! Der grïine muss es also\nfertig. » Donc Beethoven n'endossa l'habit noir qu'au\nsecond concert, le 23 mai.\nDans la question, d'ailleurs obscure, des rapports de Beetho-\nven avec Rossini, traitée naguère par M. le Dr Kalischer, je ne\ncomprends pas pourquoi Thayer-Deiters ont négligé de citer ces\nphrases écrites par Beethoven, probablement en janvier 1825, dans\nun Cahier de conversation, à propos d'un article où Haendel au-\nrait été déprécié au profit de Rossini': «\nso erkenne ich doch denjenigen an seinen Miicken gegen ni ich, frei-\nlich, er hat einen Fels an mir gefunden, et plus loin : u. dieser\nWicht von Rossini von Keinem wahren Meister der Kunst gea-\nchtet. » Et plus loin encore : « An den Muckenstichen erkenn ich\ndie Miicken desjenig. welcher die\nwahre dass es heissen soll, dass ich\nManen eines solchen Ehrwurdigen »\n\n(1) Beethoven,p. 54. (Paris, Alcan.)"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.71", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2829, "texte": "Der Hr. Rossini der formlos ist weil er keine erschaffen kann,\nder fehlt,, nicht weil er mil, sondern\nein Stùmper.\nJe ne trouve pas non plus signalée une proposition — consignée\ndans les Cahiers — faite à Beethoven par les Juifs de Vienne,\nd'écrire une musique solennelle pour l'inauguration d'un monu-\nment, synagogue ou école (i), etc., etc.\n\n(i) Deiters (V, 496-497) observe que Grillparzer corrigea quelque peu pour\nl'introduire, en 1859, dans ses Souvenirs sur Beethoven, l'oraison funèbre qu'il\navait écrite pour les obsèques du maître ; j'avais moi-même signalé ce fait, il\ny a deux ans (op. cit.). Voici les variantes, à gauche le texte original, à droite\ncelui des Souvenirs (GRILLPARZER'S Sàmmtliche Werke, pp. 115 et suiv., Stutt-\ngart, 1872):\nFeier der Helden von Vittoria, und\ndes Messopfers glâubiges Lied.\nMuse der Lieder und des Saitens-\npiels.\nGerade die zartesten Spitzen sind\nes...\nWenn er die Welt floh, so wars\nweil er in den Tiefen seines liebenden\nGemuths keinen Stutzpunkt fand,\nsich ihr zu widersetzen ; wenn er\nsich den Menschen entzog, so ges-\nchah's, weil sie nicht hinauf wollten\nzu ihm, und er nicht herab konnte\nzu ihnen. Er war einsam, weil er\nkein zweites Ich fand. Aber bis zum\nTode bewahrte er ein menschliches\nHerz allen Menschen, ein vâterliches\nden Seinen, Gut und Blut aller Welt.\nIhr aber, die ihr unserem Begân-\ngnisse gefolgt bis hierher, gebietet\neurer Trauer. Denn kein niederdriik-\nkendes, ein erhebendes Gefuhl ist es,\nzu stehen am Sarge des Mannes, von\ndem man sagen darf, wie von kei-\nnem : er hat Grosses geleistet, und\nkein Tadel war an ihm. Geht von hier\ntrauernd, aber gefasst. Nehmt mit\neuch eine Blume von seinem\nGrabe das Andenken an ihn und\nsein Wirken. Und wenn euch je im\nLeben, wie der kommende Sturm,\ndie Gewalt seiner Schopfungen über-\nmannt, so ruft es zurùck, das Anden-\ndemûthiges Lied\ndes Liedes\nAch, wer sich hart weiss, der\nfiieht nicht ! Die feinsten Spitzen\nsind es...\nEr floh die Welt, weil er in dem\nganzen Bereich seines liebenden Ge-\nmùths keine Waffe fand, sich ihr zu\nwidersetzen. Er entzog sich den\nMenschen, nachdem er ihnen ailes\ngegeben und nichts dafur empfangen\nhatte. Er blieb einsam, weil er kein\nzweites Ich fand. Aber bis an sein\nGrab bewahrte er...\nIhr aber, die ihr unserem Geleite\ngefolgt bis hierher, gebietet eurem\nSchmerz ! Nicht verloren habt ihr\nihn, ihr habt ihngewonnen. Kein Le-\nbendiger tritt in die Hallen der Uns-\nterblichkeit ein. Der Leib muss\nfallen, dann erst offnen sich ihre Pfor-\nten. Den ihr betrauert, er steht von\nnun an unter den Grossen aller Zei-\nten, unantastbar fur immer. Drum\nkehrt nach Hause, betrubt aber ge-\nfasst. Und wenn euch je im Leben,\nwie der kommende Sturm, die Gewalt\nseiner Schôpfungen iibermannt, wenn\neuer Entzucken dahinstromt in der\n5"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.72", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2279, "texte": "Tout cela revient à dire que, si les Cahiers de conversation ne\nforment, en effet, qu'une source au débit maigre et intermittent,\nThayer-Deiters n'en ont peut-être pas tiré non plus tout le parti\npossible, et que leurs citations, en tout cas, sont assez arbitraires.\nDès lors, comment ne pas souhaiter la publication intégrale de ces\ncarnets ? L'entreprise est lourde, sans doute. Mais un homme tel\nque M. le Dr Kalischer pourrait la mener à bien, et l'intérêt uni-\nversel qui s'attache aux études beethovéniennes en assurerait le\nsuccès. Tel est le seul document fondamental qui manque désor-\nmais à cette bibliographie beethovénienne dont je viens de vous\nsignaler, trop rapidement, quelques nouveaux éléments.\nP. S. Cet article avait déjà reçu l'irrémédiable « bon à tirer»,\nlorsque j'ai eu connaissance de quelques pages où M. F. de Gé-\nrando, dans le Mercure de France du ler mai 1909, touchant cette\nquestion de l'immortelle bien-aimêe,prétend la résoudre contre\nl'opinion que j'avais cru pouvoir proposer. L'étude de M. deGé-\nrando a d'abord de quoi impressionner fortement : petit-neveu\net héritier de la comtesse Thérèse Brunsvik, M. de Gérando\npossède tous ses papiers ou du moins tout ce qui en reste. Il\ny a découvert une longue correspondance, semi-amoureuse, semi-\nphilosophique ou littéraire, de la comtesse Thérèse avec un jeune\nhomme qui, comme Beethoven, portait le prénom de Louis. M. de\nGérando ignore le nom patronymique de ce mystérieux corres-\npondant, mais espère le trouver au moyen d'un cachet armorié que\nporte une de ses lettres. On sait seulement, dès aujourd'hui,\nqu'il était beaucoup plus jeune que la comtesse Brunsvik, et qu'il\navait été élève au Theresianum de Vienne, le Saint-Cyr autrichien.\nM. de Gérando estime que la similitude des prénoms entre Bee-\nthoven et cet inconnu a suffi pour créer la légende d'une intrigue\nentre Beethoven et la comtesse Thérèse, légende que les faits dé-\ntruiraient, Beethoven étant l'aîné de Thérèse et n'ayant jamais\n\nken an heute, das Andenken an ihn,\nder so Grosses geleistet, und an dem\nkein Tadel war,\nMitte eines jetzt noch ungebornen\nGeschlechts, so erinnert euch dieser\nStunde und denkt : wir waren dabei,\nals sie ihn begruben, und als er starb,\nhaben wir geweint."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.73", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2211, "texte": "fréquenté le Theresianum. M. de Gérando n'a d'ailleurs rien trouvé\nde relatif à Beethoven dans les papiers de la comtesse Brunsvik.\nIl en revient donc et s'en tient au témoignage de Schindler, selon\nlequel l'immortelle bien-aimée de Beethoven aurait été Giulietta\nGuicciardi.\nLes six pages de M. de Gérando sont très frappantes ; mais la\nmoindre réflexion montre qu'elles ne suffisent pas, quant à pré-\nsent, à trancher le problème dans le sens qu'il indique ; j'irais\npresque à dire : au contraire...\ni° Il surestime singulièrement le témoignage de Schindler. Dans\nune conversation de 182$, Beethoven a confié à Schindler son\nancienne passion pour la comtesse de Gallenberg, née Giulietta\nGuicciardi. Ce fut occasionnellement, à propos de négociations où le\nmari de Giulietta était intervenu au détriment de Beethoven. Dans\ncette conversation Beethoven n'a pas fait la moindre allusion aux\nlettres à Y immortelle bien-aimée,qu'au lendemain de samort on devait\nretrouver dans son tiroir. Le rapprochement établi par Schindler\nentre la conversation de 1823 et les lettres à Y immortelle bien-\naimée est tout à fait arbitraire et ne repose sur aucun indice positif.\n20 Sur un point essentiel l'article de M. de Gérando manque de\nprécision : il ne nous donne pas la date de la correspondance\néchangée par la comtesse Brunsvik et l'ancien élève du There-\nsianum. L'auteur écrit cependant : « Sur une des lettres de Louis\n« il n'y en a guère qu'un petit nombre j'ai retrouvé un\n« cachet armorié : le Gotha de 1816 à 1819 nous permettra d'iden-\n« tifier rapidement le mytérieux fiancé de Thérèse Brunsvik. »\nCela revient à dire que cette suggestive correspondance eut lieu\nde 1816 à 1819. Or, d'une part l'amour de Beethoven pour Thé-\nrèse Brunsvik se place entre 1806 et 1809, et il ne serait pas im-\npossible qu'une personne aussi romanesque, aussi\nque la comtesse Thérèse, eût aimé deux fois, à dix ans d'intervalle.\nMais d'autre part il y a plus.\nDans ses Mémoires,publiés par la Mara, Thérèse Brunsvik\nraconte qu'elle fut en butte, vers aux assiduités d'un cer-\n\n(1) 1814 der grosse Congress Wien (p. 106) in dieser Zeit war es, dass\nBaron C. P.,etc. (p. 107)."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.74", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2504, "texte": "tain baron C. P. qui la demanda en mariage et auquel elle fit\nattendre deux ans sa réponse. Elle écrit : « J'étais restée froide,\nune passion antérieure avait dévoré mon cœur.» Si la correspon-\ndance révélée par M. de Gérando date de 1816 à 1819» comme lui-\nmême semble l'indiquer, il est inadmissible que le mystérieux\nLouis ait été l'objet d'une passion\nThérèse Brunsvik raconte, quelques lignes plus bas, que le\nbaron C. P. fit auprès d'elle une dernière démarche en 1819. Ad-\nmettons donc qu'elle se soit trompée, à la page précédente, en fai-\nsant commencer l'histoire dès 1814, et qu'il faille la placer de 1817\nà 1819. La cour faite à Thérèse par le comte G. P. ne serait plus dès\nlors antérieure à la correspondance avec Louis, elle lui serait con-\ntemporaine. Mais les mots de passion antérieure et la construction\nmême de la phrase restent inapplicables au héros de cette corres-\npondance. Si Thérèse Brunsvik avait ici pensé à lui, elle aurait\nécrit, non point : « une passion an mon cœur»,\nmais : « une autre passion dévorait mon cœur » ou toute autre for-\nmule analogue, à l'exclusion du plus-que-parfait « avait dévoré »(i),\nSi donc la correspondance sur laquelle se fonde M. de Gérando\ndate bien, comme il paraît l'indiquer, de 1816-1819, la phrase de\nThérèse Brunsvik dans ses Mémo : « une passion antérieure\navait dévoré mon cœur » désigne forcément un autre que l'ancien\nélève du Theresianum.\nC'est à cette « passion antérieure » et à cet autre ami qu'on reste\nplus que jamais tenté d'appliquer le mot amer de la comtesse\nBrunsvik, sur la fin de ses Mémoires (p. 134) : « Des oreilles\nsourdes et des cœurs sourds m'ont fait la conduite tout le long\nde la vie. » Et l'on conviendra sans peine que le terme\nsourdes apporte au moins une présomption singulièrement forte\nen faveur de Beethoven.\n(2).\n\nJean Chantavoine\n\n(1) Et surtout d'un plus-que-parfait comme celui du très énergique verbe\nver^ehren, qui indique une destruction lente, progressive et complète.\n(2) Je cite pour mémoire le drame en trois actes, en vers, d'un jeune et\naimable poète, M. René Fauchois, intitulé BEETHOVEN, représenté récemmec'-\navec un vif succès àl'Odéon et publié à la librairie Fasquelle; cet ouvrage\nn'appartenant pas à la musicologie, nous sommes désarmés devant les « lipen'\nces poétiques » - parfois un peu hardies que s'est permises l'ingénier\nauteur avec une vérité qui (pour reprendre le mot de Gœthe) n'exigeait peu!'\nêtre pas tant de sacrifices à la poésie."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-06-15-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-06-15_01#c035", "volume": "bmtnabh_1909-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 75, "image_fin": 110, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.2.11", "titre_corps": "LE MOIS", "titre_sommaire": "LE MOIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.75", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1411, "texte": "LE MOIS\n\nCHRONIQUE\n\nLA SAISON RUSSE. La Flûte ench M. PAUL DUPIN.\nM. PAUL LE FLEM.\nL'événement le plus éclatant et le plus célébré du mois écoulé\nfut la saison russe, troisième du nom, organisée au Châtelet par\nles soins de M. Diaghilev, qui s'est fait l'imprésario de ces tour-\nnées, et reçut, cette année encore, un utile secours de M. Calvo-\ncoressi, son zélé secrétaire ; la puissante maison Astruc s'était\nchargée de lancer l'affaire et de placer les billets, payants et de\nfaveur, au mieux des communs intérêts.\nFaire une saison russe, c'est bientôt dit, et sans doute, pour un\ncertain public, peu enclin à l'économie, le même qui circule,\nempanaché et polyglotte, dans les Hermant,\nle nom de quelques interprètes suffit. Ce public étant justement\ncelui de Saint-Pétersbourg, M. Diaghilev en connaît excellem-\nment les exigences : s'étant assuré le concours de M. Chaliapine et\nde Mme Pavlova, il put se croire quitte avec lui. Mais il existe à\nParis une redoutable faction d'artistes, d'amateurs, de raisonneurs\net de parleurs, qui, sans éblouir par le luxe de leurs autos ou\nles feux de leurs pierreries, sont les maîtres de l'opinion ; le\npremier émoi passé, après les grandes premières, simples céré-\nmonies mondaines où une certaine qualité de noblesse oblige de se\nmontrer, ces spectateurs plus modestes, qui détiennent l'épargne\nde la pensée française, font leur entrée à leur tour ; différents des"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.76", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2328, "texte": "premiers en ce qu'ils regardent le spectacle et écoutent la\nmusique, ils apprécient, non certes en toute impartialité, ni en\ntoute clairvoyance : pour être plus instruits, ils ne sont pas plus\nintelligents que les autres, ni même plus sincères. Cependant, de\ntoutes leurs erreurs, exagérations et injustices mêlées, il se forme\nun goût moyen, qu'on peut appeler le jugement de Paris. Et ce\ngoût s'impose, par la suite, même à ceux qui, avant qu'il eût\nprononcé, se pâmaient ou se révoltaient de confiance. La prin-\ncesse Mimi et toute la famille Arequipa avaient, j'en suis sûr,\nretenu des loges pour la saison italienne et pour la\nFaust, mise en pièce et en pièces par M. Gunsbourg : ils n'ose-\nraient y retourner aujourd'hui, et se croiront bientôt tenus\nd'honorer de leur présence Pelléas,qu'ils ignorent, et ignoreront\ntoujours.\nJe connais personnellement MM. Diaghilev et Astruc, qui sont\nde fort bonne compagnie ; ils me font toujours gentille risette\nlorsqu'ils m'aperçoivent et me reconnaissent. Je crois cependant\nque s'ils pouvaient m'envoyer en Sibérie ou aux cinq cent mille\ndiables, moi et mes pareils, ils le feraient de bonne grâce. Quels\nterribles gêneurs nous sommes, nous qui voulons des œuvres\nintéressantes, des accords nouveaux, des mélodies caractérisées,\ndes effets d'orchestre, du dessin, de la couleur, du mouvement, de\nla vérité, de l'invention, de l'émotion, de l'intelligence, en un\nmot, du génie! Comme si le génie était une denrée si courante,\net d'un placement facile ! Ah ! les maudits pédants ! Moi-même,\nparfois, j'enrage d'en être, et j'envie tel aristocratique innocent,\ndont le visage rayonne d'un saint enthousiasme au seul nom de\nLitvinne ou de Caruso. Combien la vie serait simple, si on ne\ncherchait jamais à comprendre !\nMais on n'a pas encore trouvé le moyen de se débarrasser de\nnous, ni de nous enlever cette funeste manie d'analyse. Force fut\nbien de compter avec ce goût dont nous sommes les oracles et les\nsibylles. M. Diaghilev s'en fût dispensé peut-être, mais M. Calvo-\ncoressi, qui, pour son malheur, est des nôtres, l'avertit; M. Astruc,\ninstruit par l'expérience, n'y contredit pas, et quelques représen-\ntants de la civilisation française, appelés en témoignage, opinèrent\navec ensemble qu'il fallait donner quelque chose dont on n'eût"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.77", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2306, "texte": "pas encore l'idée à Paris. L'embarras devenait grand, car un\ndestin ironique veut que la plus chère ambition des musiciens\nrusses soit pour l'instant de ressembler à n'importe quel élève de\nBrahms, ou de M. Lenepveu, ce qui revient presque au même. En\noutre, on avait la mauvaise chance de venir après\ndont le souvenir ne s'abolira pas de longtemps parmi nous :\naucune œuvre de la musique russe, ancienne ou contemporaine,\nne peut même risquer la comparaison avec ce drame où l'émotion\ndevient si douce par sa force même. Tout au plus pouvait-on\nsonger au second opéra de Moussorgski, la Khovanchtchina, qui,\nsans atteindre à une aussi simple grandeur, est tragique jusqu'aux\nlimites extrêmes de notre sensibilité. Je ne sais pourquoi on a\npréféré la Pskovitaine de Rimski-Korsakov. A-t-on voulu ménager\nnos nerfs, qu'on croit malades, et à qui l'on épargnait aussi, bien\nmal à propos, l'un des plus rudes tableaux de\ncelui de l'Auberge, Tan passé ? Il faut dire qu'en ce cas on a plei-\nnement réussi, car le drame de Meï, même avec la musique dont\nun compositeur de talent l'a décoré, ne donnera pas le moindre\ntrouble aux personnes les plus sentimentales ! C'est un drame\nhistorique selon la formule de Walter Scott, d'Alexandre Dumas\npère, de Sardou et de Michel Zévaco : une intrigue romanesque,\nenchevêtrée à des événements et des tableaux d'histoire qui ne lui\nsont de rien. Ivan le Terrible n'y apparaît que pour se mettre en\ncolère sans sujet et sans effet, reconnaître une enfant qu'il eut jadis\net s'attendrir de son innocence : c'est le tyran qui se trouve une\nâme de père, selon la psychologie d'antithèse qui fut chère à nos\nromantiques. Cette fille est tuée, par hasard, d'une balle perdue.\nIvan le Terrible pleure, et le rideau tombe. C'est tout. Il est clair\nque ce n'était pas assez.\nC'est alors que M. Diaghilev eut une idée de génie. Puisque\ndécidément la musique russe, après n'avait rien\nqui pût nous surprendre, on nous donnerait de la danse. Et il fut\ndécidé que sur trois représentations, deux seraient consacrées au\nballet russe, fort différent du nôtre, et dont par avance on nous\ncontait merveilles. Mais une nouvelle difficulté surgissait ici : les\nballets les plus en faveur auprès du public russe,\nCygnes ou la Belle au bois dormant, sont signés d'un nom que le"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.78", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2397, "texte": "goût français abhorre: celui de Tchaïkovski. C'est là un préjugé\npeu fondé, car si Tchaïkovski n'atteint pas toujours l'originalité,\ndu moins a-t-il ce mérite de ne la chercher jamais ;eton ne peut\nlui refuser les dons du musicien. Mais il est immoral, aujourd'hui,\nen France, d'aller entendre Tchaïkovski. En son lieu et place, on\nnous a donné le Pavillon d'Armide,de Tchérépnine, et nous avons\nété bien punis, car la seule circonstance atténuante qu'on puisse\ninvoquer en faveur d'une musique aussi insignifiante, c'est\nqu'après cinq minutes on ne l'entend plus. On joignit à cela les\ndanses orientales du Prince Igory de Borodine, et plusieurs macé-\ndoines de danses variées, l'une faite avec des morceaux de Chopin,\nune autre composée de danses nationales, orchestrées par divers\nauteurs. Enfin on adjoignit au tout, pour la bonne mesure, un\nacte de Rousslan et Ludmilla, de Glinka, déjà entendu aux con-\ncerts russes, voilà deux ans.\nTout alla pour le mieux, c'est-à-dire que parmi des difficultés\nsans nombre et sans cesse renaissantes, on finit par aboutir àun\nrésultat approximatif : tel est le sort ordinaire d'une aussi vaste\nentreprise. La mort du grand-duc Vladimir détermina la Cour à\ns'abstenir de tout encouragement moral ou matériel. Les décors\nfurent refusés par la direction des théâtres impériaux ;il fallut\nles reconstituer, tant bien que mal, et l'un des auteurs, M. Golo-\nvine, s'est montré, paraît-il, fort mécontent d'une réalisation\nimparfaite. M. Tchérépnine, parent du peintre Alexandre Benois,\nqui fut son collaborateur pour le fut investi\ndes fonctions de chef d'orchestre et n'y montra guère d'autorité.\nEnfin les artistes, comme en tout pays, sont sujets en Russie à\ndes crises de susceptibilité, à des accès de rage, à des bouderies\nd enfants gâtés, qui préservent leurs directeurs des risques d'un\nembonpoint exagéré. Les autorités responsables de l'ordre faisaient\npeine à voir, allant de l'un à l'autre, encourageant celui-ci, calmant\ncelui-là, cherchant surtout, et demandant à tous les échos des\nacteurs dont le voyage à Paris semble avoir développé le goût pour\nla promenade. L'excellent régisseur, M. Alexandre Sanine, avait\ntrouvé moyen, pour sa part, de ne pas maigrir, mais une amère\nrésignation se lisait sur ses traits, lorsqu'il manquait, à l'avant-\ndernière répétition, deux ou trois des personnages principaux."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.79", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2296, "texte": "« Continuez, de grâce, criait-il à l'orchestre. Ce sont des que-\nrelles de famille. Ne nous en occupons pas. Nous montrons à\nl'Occident quel est notre désordre ! »\nou nas besporiadok.) M. Avranek, impassible et un peu voûté par\nune longue attention, soufflait un rauque murmure que MUe Lip-\nkovska transmuait en cristal limpide. Et il faisait aussi partir les\nchœurs avec une force et une union admirables : il faut dire que\nc'étaient les chœurs de Moscou, bien supérieurs à ceux de Saint-\nPétersbourg.\nTant de peines eurent leur récompense : et bien qu'aux rappels\ndu public M. Tchérépnine soit venu en scène avec une complai-\nsance inépuisable, c'est à MM. Avranek et Sanine que nous devons\ntout ce que ces représentations nous ont offert d'accompli et\nd'exemplaire : la mise en scène et les chœurs. On se souviendra\nlongtemps, ici, de la grâce assourdie dont fut enveloppé, dans le\nPrince Igor,le premier air des danses chantées, et de la rudesse\nvoulue des voix mâles, par la suite, et encore, au deuxième ta-\nbleau de la Pskovitaine,de ce chant de liberté, entonné par un\nmeneur et repris par tous avec un éclat et un ensemble où l'on\nsentait à la fois l'ardeur de la lutte et cette joie du chant, si étran-\ngère à nos tristes choristes. Il est vrai qu'il faut faire la part de\ncirconstances exceptionnelles : après un précédent voyage, on de-\nmandait à un choriste de Saint-Pétersbourg ou de Moscou pour-\nquoi il avait perdu tout l'entrain dont il faisait preuve à Paris,\net il aurait répondu : « Si vous croyez que pour trois roubles par\njour nous allons nous user le tempérament ! » Dans ce cas, la le-\nçon serait aussi bonne pour les Russes que pour nous : il faudrait\nobtenir de nos artistes qu'ils fassent les mêmes efforts en leur\npays qu'à l'étranger. Et c'est là, par malheur, une question éco-\nnomique, donc insoluble.\nQuant aux mouvements des personnages en scène, et surtout\ndes foules, ils ont été merveilleux d'animation et de justesse,\ncomme l'an passé, et peut-être plus précis encore : le tumulte\npesant d'une horde mongole, dans le Prince Igor, et, dans la\nPskovitaine, les jeux interrompus des jeunes filles, les remous\nd'une assemblée populaire, surtout le mortel effroi à l'approche du\ntsar sanguinaire, et cette précipitation de tous à terre, cette pros-"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.80", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2444, "texte": "tration épouvantée devant les cavaliers sauvages : voilà des ta-\nbleaux qui par eux seuls, sans le secours ni de paroles ni de chants,\nsont de l'effet le plus tragique. Et M. Sanine, qui passait une\nnuit à faire répéter les figurants improvisés, leur expliquant avec\nune forte et familière éloquence, en russe, puis en français, les\nscènes auxquelles ils devaient prendre part, est certainement le\nplus habile et le plus artistique metteur en scène que nous ayons\nvu jusqu'ici. Sans doute nous avons l'Opéra-Comique, et je n'en\nveux point médire ; mais nos raffinements, si ingénieux soient-ils,\nne sont pas toujours exempts de virtuosité superflue :on s'amuse\naux détails, au lieu que dans le théâtre russe tout se subordonne\nà l'impression d'ensemble, et la curiosité fait place à l'émotion.\nIl en est de même pour les décors, autant du moins qu'on en\npeut juger par les copies sommaires qui nous en ont été données :\nsi l'on corrige par la pensée certaines fautes de perspective et sur-\ntout d'éclairage, on reconnaît que chacun d'eux est fait pour lais-\nser le champ libre à l'action, tout en lui donnant un cadre har-\nmonieux et significatif. Le principe est de ne jamais sacrifier àla\nvanité de l'exactitude matérielle, et de réduire la composition à\nquelques traits frappants : une arcade surbaissée, l'abside d'une\néglise, voilà déjà évoquée la place de l'antique cité russe où le\npeuple va s'assembler ; une draperie rouge forme à elle seule le\nfond de la tente impériale, et la nuance est calculée pour relier\nentre elles la robe plus sombre d'lvan et le costume écarlate, en\ndeux tons, de la jeune Pskovitaine. Ce sont des tableaux qu'on\nnous met sous les yeux, non des panoramas. La différence est\ngrande, et nos décorateurs feront bien d'y songer.\nC'est dans la Pskovitaine qu'est le mieux apparue l'entente, ou\npour mieux dire l'unité du décor et de la mise en scène. Les bal-\nlets ont bénéficié, semble-t-il, d'un moindre soin. Dans le\nIgor, la toile de fond manquait de toute perspective, et n'était\npas éclairée. Dans le Pavillon (VArmle bariolage des costumes\nn'était pas toujours heureux ; des bleus et des rouges vifs voisi-\nnaient avec des jaunes et des roses bien fades. Les danses elles-\nmêmes étaient d'un intérêt fort inégal : certaines ressemblent\nbeaucoup trop à celles de notre Opéra, et telle étoile de la troupe,\nM\"® Karalli par exemple, ne brillerait ici que d'un pâle éclat."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.81", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1751, "texte": "Mais le nombre et le talent des danseurs est un grand avantage ;\nchez nous la danse est devenue si frivole, qu'on sourit d'un dan-\nseur, ou on en rougit. Cependant il y a eu des danses nobles,\nguerrières, sauvages, et même des danses\namoureuses qui ne s'atténuaient pas d'un\nlouche travesti. Ce sont elles que le ballet\nrusse, moins vieilli que le nôtre, a gardées ;\nnous n'avons rien qui ressemble aux pas\nguerriers du Prince Igor, ni aux entrées\nde bouffons et de démons du Pavillon\nd'Armide, ni à quelques-unes des danses\nnationales qu'on nous a montrées pour\nfinir, encore qu'on ait bien édulcoré le\nHopak et la Le\\ghinka. Et le corps humain\nse divinise autant par l'allégresse vigou-\nreuse de M. Nijinski que par la légèreté\npudique de notre Zambelli ; on peut même\ndire que l'admiration est ici plus pure,\nl'idée même du désir lui étant étrangère.\nJe n'ai pas encore parlé de la musique.\nCelle du Prince Igor témoigne de la plus\nsincère émotion, mais le style en est fort\nmélangé : un peu trop d'ltalie s'y marie à\nl'Orient. Le premier acte de\nLudmilla ne sera entendu que dans la\ntroisième série, qui n'est pas commencée\nà l'heure où j'écris ; mais nous en connais-\nsons l'agréable abondance, la clarté et la\nbeauté. La Pskovitaineest probablement\nle meilleur opéra de Rimski-Korsakov :\nterminé en 1871, il appartient à une époque où l'exemple de\nMoussorgski, alors occupé de Bori pouvait enhardir\nson ami et le préserver de certaines défaillances où il s'abandonna\nplus tard. De fait, la musique est sérieuse, surveillée, serrée, et\nrévèle un louable souci de vérité et de couleur ; l'orchestre est par-\ntout admirable, de sonorité neuve et hardie ; même les cloches\ndu tocsin sont beaucoup mieux rendues que celles de Boris Go-"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.82", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2365, "texte": "dounov, et cependant beaucoup moins émouvantes : c'est la fac-\nture qu'on admire ; il vaudrait mieux qu'on n'en eût pas la pensée.\nLes mélodies sont souvent empruntées au chant populaire, mais\npar malheur affublées de paroles d'opéra. On entend bêler, sur\nune gracieuse chanson : «Je t'aime à perdre la raison IJe t'aime\nplus que la vie ! » (Lioubliou tebia be\\ ouma ! Lioubliou tebia boVche\nji\\nia.) Par ces mots, et par les gestes appropriés, tout le charme\nest rompu.\nC'est dans la Pskovitaine que nous avons revu Chaliapine. Le\nrôle d'lvan est de ceux qu'il préfère, et il montre en effet une admi-\nrable tête de tyran colérique, hagard, à demi fou. Mais le person-\nnage est trop pauvre pour qu'il puisse arriver à le rendre intéres-\nsant. Malgré de beaux accès de fureur et des rires sardoniques dont\npeut-être il abuse, on n'a pas peur; malgré des mains qui friction-\nnent fiévreusement le trouble de sa conscience en sa poitrine, mal-\ngré le désespoir qui le fait ramper jusqu'au corps de sa fille, on\nn'est pas touché. Combien le rôle de Boris convenait davantage\nà cette nature généreuse et à cette voix dont la force contenue,\nrecueillie, tendre et grave, nous avait tant émus ! Nous n'avons\nretrouvé le souvenir de ces accents que dans la scène où le tyran\nmédite sur la mission qu'il s'attribue et lit un vieux texte sacré;\nalors une austère mélancolie est en lui, que l'artiste a rendue\ncomme seul il le pouvait faire : pieusement.\nLes autres interprètes ne se sont pas montrés indignes de cet\nillustre voisinage : M. Smirnov est un ténor charmeur; M.Damaev\nun ténorvigoureux ; nous sommes également démunis de l'une et\nde 1 autre espèce. Mlle Lipkovska a dans sa voix comme dans sa\npersonne une provocante ingénuité qui se fût mieux accommodée,\npeut-être, d'un rôle plus moderne et moins innocent.\nTout compte fait, nous devons, cette année encore, de la recon-\nnaissance à M. Diaghilev pour nous avoir donné, sinon les\nauthentiques spectacles de son pays, du moins une copie soignée, et\ndont certaines parties sont excellentes. Mais si l'on veut faire de\nces saisons russes une institution régulière, il faudra songer àen\nrenouveler le répertoire, et les jeunes compositeurs de là-bas feront\nbien d écouter les remontrances amicales que leur adresse\nM. Calvocoressi, dans un article modéré, mais très ferme, du"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.83", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2199, "texte": "Mercure de France : il faut qu'ils se mettent sérieusement au\ntravail, afin de fournir des œuvres d'un caractère plus personnel,\ndignes de nous être montrées ; sans quoi, les expositions de mu-\nsique russe à l'étranger, forcées de garderie caractère rétrospectif,\nn'intéresseront plus bientôt que les historiens.\nLa Flûte enchantée,sur ces entrefaites, nous aété rendue : musi-\nque de lumière, à la grâce immortelle, jeux d'un enfant divin...\nJe laisse àM. Servières la joie d'en parler , plus longuement, et je\nveux signaler à l'attention des amateurs deux musiciens de qui on\npeut beaucoup attendre. L'un est M. Paul Dupin, dont la triste et\nbelle histoire a été narrée ici même avec tant d'émotion par\nM. Romain Rolland : les quatuors à cordes qu'il vient d'écrire sur\nJean Christophe et que M. Parent a adoptés sont, à mon sens, bien\nsupérieurs au recueil pour piano précédemment paru. Le style\nnaturel de l'auteur paraît être'jla polyphonie. Et c'est àla musique\npure, non sans émotion, certes, ni sans point de départ dans la\nvie, mais sans programme, sans histoire et sans anecdote, qu'il me\nsemble destiné : Y Aubade, qui n'obéit qu'à la logique de la mu-\nsique, est un morceau bien plus achevé que les deux récits sur la\nmort de l'oncle Gottfried, où d'ailleurs on trouve des endroits fort\némouvants, mais aussi de l'embarras et des longueurs. Ici, rien\nn'est de trop, et tout est en place.\nM. Paul Le Flem est un élève de la Schola, et son exemple fait\nhonneur à l'esprit libéral de la maison où il fut instruit. Car il\nn'est pas de musique plus moderne d'accent, je veux dire plus\nlibre en son harmonie, plus éprise de sonorité, et plus attentive à\nsuivre les nuances du sentiment, que celle qu'il vient d'écrire sur\nle délicieux roman du moyen âge, Aucassin et Nicolette. C'est chez\nM. Pierre Aubry que cet ouvrage nous a été donné avec une\nillustration d'ombres très soignées, dont M. Dorival était l'auteur ;\net ce fut. un spectacle des plus délicats. M. Le Flem est Breton; il\ntient de sa race une sincérité d'émotion et un penchant au rêve\ndont témoignent aussi les compositions d'un de ses compatriotes,\nM. JeanCras. J'espère de lui une musique poétique et légendaire"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.84", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2140, "texte": "en faveur de quoi je suis prêt à le dispenser de toute symphonie.\nLa soirée de M. Aubry s'est prolongée si tard, que j'entrais dans\nles salons de M. Reinach juste à temps pour recueillir le crépite-\nment des mains entrechoquées en signe de reconnaissance à\nMme Landowska, dont le grand succès est pour nous une joie: car\nil est un hommage à la bonne musique du passé, bien comprise.\nLouis LALOY.\nP. S. — Le troisième spectacle de la Saison russe nous permettra\ndes adieux sans regrets. Un acte de d'abord :\nc'est le premier, choisi sans doute pour ce double motif que nous\nle connaissions déjà, et qu'il n'a aucun mouvement dramatique.\nAu concert, où il nous fut donné voilà deux ans, la musique en\nparaissait abondante, brillante, chaleureuse. A la scène, rien de\nplus froid ni de plus faux que ces romances successives, toutes\nterminées par des cadences où l'orchestre a l'air d'éternuer, ces\nvocalises insipides où M1Ie Lipkovska fait reluire une voix de por-\ncelaine, ces ensembles où chacun vocifère sans que nul semble l'en-\ntendre ; un seul endroit a de l'émotion : c'est le chœur d'effroi,\naprès le coup de tonnerre et les ténèbres. Tout le reste n'est\ndédié qu'à des virtuoses du chant, affublés, je le veux bien, de cos-\ntumes russes. Mais le costume ne fait pas le caractère, même en\nRussie.\nNous avons eu ensuite la douleur d'entendre du Chopin, orches-\ntré avec une insigne platitude par MM. Sokolov, Tanéiev, Liadov,\nStravinski, et même Glazounov. Et, sur ce nocturne, ces valses,\nces mazurkas et ces préludes, des pointes, encore des pointes, des\njetés et des entrechats. Nos music-halls ont plus de goût et d'in-\nvention. Mme Pavlova, qui était d'avance recommandée à notre\nenthousiasme, a un bon métier, mais n'a pas de talent : rien de\nplus tendu, de plus ingrat, de plus forcé que sa danse. Au con-\ntraire, MmeKarsavina et M,IeBaldina, l'une mutine et l'autre rêveuse,\nsavent donner un caractère à chacun de leurs pas, et M. Nijinski\nest toujours admirable.\nEnfin Cléopatre, autre ballet fait avec des morceaux choisis de\nTanéiev, Rimski, Glinka, Glazounov et Moussorgski, rapetassés"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.85", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1625, "texte": "par M. Arenski, musicien-savetier, et mis le long d'un scénario\nplus absurde que tout ce qu'on peut imaginer : on y voit Cléo-\npâtre, frappée d'amour sous la forme d'une flèche, accorder à son\nadorateur une nuit d'ivresse qu'ils passent à regarder danser.\nAprès quoi, le jeune homme\nmeurt, la scène se vide, une\ndanseuse oubliée fait des gestes\nde deuil, et le rideau tombe ;\ndes cris hystériques s'élèvent :\n« Pavlova ! Pavlova ! » Les\nFrançais se demandent ce qui\narrive ; les Russes sourient : ce\nsont là des accidents ordinaires,\ndans le délire qui chez eux suc-\ncède, de confiance, à toute repré-\nsentation théâtrale ; et l'on me\ncite le mot d'un directeur de\nSaint-Pétersbourg, qui, malgré\nle rideau tombé et l'obscurité de\nla salle, n'arrivait pas à faire\nsortir quelques énergumènes :\n« Maintenant il n'y a plus qu'à\nchercher le docteur ! »\nCe qui vaut le mieux, en ce\nballet , c'est la musique de\nRimski-Korsakov, forte et fraî-\nche, celle de Moussorgski, orien-\nTale par le sentiment plutôt que par le détail pittoresque (ce sont\nles danses persanes de la Khopanchtchina), et une fougueuse\nbacchanale de Glazounov. C'est cette même bacchanale qui est de\nbeaucoup la meilleure des danses : Nymphes, Bacchantes et\nSilènes grotesques y tournoient et s'y poursuivent avec des mou-\nvements libres, qui rendent un éclatant hommage à Isadora Dun-\ncan. Et la salle fut unanime, cette fois, en ses acclamations, tant\nle sentiment de la grâce païenne s'est aujourd'hui répandu. Mais\nl'Opéra-Comique nous a souvent offert des spectacles de ce genre,\navec plus de recherche, cependant, moins de verve, et sans ce"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.86", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 838, "texte": "savoureux mélange de délicatesse et de difformité. Par là le goût\nrusse est bien différent du nôtre, et peut lui donner d'utiles\nconseils.\nMme Pavlova s'est montrée ici plus sèche encore et n'a eu de bon\nqu'une danse méchante, où elle imitait les menaces obliques du\nserpent. M. Nijinski s'est surpassé dans la grâce parfaite de ses\nélans hardis et de ses équilibres imprévus. Mme Karsavina est\ntoujours charmante. Quant à Cléopâtre, c'était Mme Ida Rubins-\ntein, « femme du monde » qui, dit-on, sut montrer qu'elle voulait\nà tout prix exhiber à quelques milliers de personnes un corps dont\nelle semble fort en peine.\nQuant à l'orchestre, animé sous la baguette de M. Cooper, pour\nRousslan, il est redevenu, pour les danses, d'une lourdeur stupide\ndont tout l'honneur revient à M. Tchérépnine.\n\nL. L."}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.87", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2000, "texte": "Opéra-Comique: La Flûte enchantée\nVERSION NOUVELLE DE MM. Paul FERRIER ET Al. BISSON\n\nPuisque M. Laloy a eu la gracieuseté de me céder la plume pour\nrendre compte de la reprise de l'œuvre de Mozart à l'Opéra-Comi-\nque, j'en profiterai pour expliquer le livret de Schickaneder, si mal\nconnu en France, et dire de l'interprétation actuelle ce que j'en\npense.\nSi j'ai revendiqué la faveur qui m'est accordée, c'est uniquement\nparce que je suis de ceux qui ont pu voir/a à l'Opéra-\nComique à la reprise solennelle de 1879. L'avouer me fera passer\npourun ancêtre. Je ne suis pas assez âgé cependant pour avoir assisté\naux représentations du Théâtre-Lyrique en 1865. La partition de\nMozart était chantée à cette époque par MIIa Nilsson, qui fit sa ré-\nputation de vocaliste dans le rôle de la Reine de la Nuit, par\nMme Carvalho, alors dans tout l'éclat de son talent (Pamina); Ugalde\n(Papagena) , Depassio faisait le Grand-Prêtre ; le ténor Alichot, Tu-\nmino , le baryton Troy, Papageno, et Lutz Monostatos.\nLa traduction était de Nuitter et Beaumont ; c'est celle qui a\nservi lors des reprises de 1879 et de 1892. Elle substitue une his-\ntoire assez saugrenue à l'affabulation originale. Comme toutes les\nversions adoptées par Carvalho, elle comporte des suppressions et\ndes interpolations dans la série des morceaux. Mais l'authentique\nZauberffôte n a jamais été jouée en France que par la troupe alle-\nmande de Rockel, qui vint en donner des représentations aux Ita-\nliens en 1829, car l'adaptation fabriquée en 1801 pour l'Opéra sous\nce titre, les Mystères d'lsis, consistait en un monstrueux traves-\ntissement dont s'était rendu coupable unmusicienallemandnommé\nLachnith, que Berlioz a durement stigmatisé dans ses\net dans son feuilleton des Débats du ler mai 1836 (1).\nIl était donc bien entendu cette fois-ci que ce serait la vraie\nFlûte enchantée de Mozart et de Schickaneder qui nous serait révé-\n\n(i) Reproduit dans les Musiciens et un vol. in-18, Paris, Cal-\nmann-Lévy.\n6"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.88", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2389, "texte": "lée par les soins de M. Carré. Cependant, quand les noms des\ntraducteurs nouveaux furent publiés par les journaux, je fus pris\nde défiance ; qu'allait-il sortir de la collaboration d'un célèbre\nfabricant d'opérettes et de féeries et d'un illustre vaudevilliste?\nIl est convenu pour tout le monde, pensai-je, que le livret de Schi-\nckaneder est d'une niaiserie et d'une obscurité sans nom : ils vont\nentreprendre de le corriger...Dans nos théâtres, chacun, même le\ngarçon d'accessoires, a plus d'esprit que l'auteur, surtout si celui-ci\nest étranger !\nJe ne puis, sans abuser de l'hospitalité qui m'est offerte en ce\nrecueil, raconter ici en détail l'élucubration philosophico-dramati-\nque imaginée par un imprésario que Mozart, par bonté de cœur,\nsauva de la faillite, en 1791. Ce serait infiniment trop long. Aussi\npasserai-je sous silence les scènes qui s'expliquent d'elles-mêmes à\nla représentation et qu'a respectées la traduction nouvelle, pour\nn'insister que sur les passages qu'elle a abrégés ou altérés.\nEt d'abord il y a dans le premier dialogue entre Tamino et Papa-\ngeno, tel que l'ont écrit M. Ferrier et Bisson, une histoire des diffé-\nrends du soleil et de la lune, renouvelée des dissentiments d'Obé-\nron et de Titania, qui est entièrement de leur invention. Dans le\ntexte original, Papageno se borne à dire qu'il ignore quel fut son\npère et que sa mère qu'il n'a pas connue a été au service de la\nReine de la Nuit ; que lui-même fournit chaque jour à celle-ci les\noiseaux capturés par son adresse et qu'il est nourri des aliments\nqu'elle lui envoie par ses jeunes filles. Tamino demande s'il est\npossible de voir cette Reine. Papageno répond que nul mortel ne\nl'a contemplée. Comme Tamino, intrigué par le plumage de\n1 homme-oiseau, craint d'avoir affaire à un esprit, Papageno lui\naffirme qu'il dispose d'une force de géant et lui laisse croire que\nc'est lui qui a tué le serpent devant lequel nous avons vu s'enfuir\nTamino, désarmé.\nDe ce mensonge il est puni, au retour des trois Dames qui,\nde leurs javelots d'argent, avaient occis le monstre, car il reçoit\nd'elles, au lieu de vin et d'eau claire, en guise de massepainun cail-\nlou. En manière de dessert, une serrure d'or lui clora la bouche,\nafin qu'il ne puisse plus tromper les étrangers et s'attribuer les\nexploits d'autrui. Au troisième tableau, il lui est fait grâce : une"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.89", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2264, "texte": "des Dames lui délie les lèvres et lui rend la parole (dont il usera et\nabusera pour amuser le public des facéties de Schickaneder com-\nplété par Bisson, tout au long de la pièce)... Qu'il parle, soit,\nmais'sans mentir ! Papageno le promet. « Que la serrure soit ta sau-\nvegarde I Si tous les trompeurs avaient une telle serrure devant la\nbouche, l'amour et la fraternité remplaceraient la haine, la jalou-\nsie, la calomnie. » L'une des Dames donne à Tamino une flûte d'or\nqui le protégera dans le danger. Par ses sons, il « changera les\ndispositions des autres hommes, rendra joyeux les affligés, affec-\ntueux ceux qui haïssent. » A Papageno, pour le décidera accompa-\ngner Tamino, que la Reine de Nuit envoie à la recherche de sa\nfille (i), séquestrée par le ravisseur Sarastro, elles remettent aussi\nun talisman. C'est une clochette d'argent. (Pourquoi M. Fugère\nbrandit-il un sistre doré ?) En outre, ils auront pour guides et\nconseillers trois beaux jeunes gens purs et sages.\nJe passe les scènes où l'on voit Pamina harcelée par le luxurieux\nnègre Monostatos et où elle reçoit la visite de Papageno, pour ar-\nriver au tableau capital, au point de vue du sens symbolique de\nl'ouvrage.\nLe théâtre représente trois temples au milieu d'un bosquet.\nCelui du milieu, le plus grand, porte l'inscription :\nSagesse ; sur celui de droite, on lit : ; sur celui de\ngauche : Templede la Nature. Les trois jeunes gens, avec des palmes\nargentées à la main, conduisent Tamino et lui conseillent d'être\n« ferme, patient, silencieux ». Tamino reste seul. Il observe que\nc'est ici le séjour « de la sagesse, du travail et des arts. Où règne\nl'activité, le vice n'érige pas sa domination ». Il tente de pénétrer\ndans les temples, afin de délivrer Pamina. A droite et à gauche des\nvoix lui crient : Arrière ! Il va vers la porte du milieu. Un prêtre\nen blanc paraît sur le seuil.\n« Que cherches-tu ? lui demande-t-il.\nA acquérir l'amour et la vertu.\n«Ta paroleest sensée, mais comment veux-tu les conquérir,puisque\n\n(i) Dans la version Nuitter Beaumont, la Reine de la Nuit aimait Tamino ;\nelle en avait obteau un serment de fidélité dont il ne pouvait se délier qu'en\nse faisant initier aux mystères d'lsis. Elle se trouvait être donc la rivale\nde sa fille Pamina."}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.90", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2098, "texte": "ni l'un ni l'autre ne t'ont conduit et que tu arrives enflammé par des\ndésirs de mort et de vengeance ? »\nTamino ne hait qu'un scélérat.\n«Tune le trouveras pas ici. Sarastro y règne bien, mais ce n'est\npas un scélérat ! »\nDe qui tient-il cette opinion ? Une femme l'a renseigné. Mais\nfaut-il croire à ce que débite une langue de femme ? Sommé\nde lui dévoiler la vérité, le prêtre répond qu'il n'en a pas le pou-\nvoir.\n« Quand l'énigme sera-t-elle éclaircie ?\n« Aussitôt que la main de l'amitié t'aura conduit dans le sanctuaire,\npour l'éternelle union ! » dit le prêtre, puis il disparaît.\nDans la scène finale du premier acte, après que Pamina a con-\nfessé que si elle a voulu s'enfuir, c'était pour échaper à la lubricité\ndu Maure, Sarastro lui répond : « Je sais que tu enaimesun autre.\nJe ne veux pas te contraindre à l'amour. Mais je ne te rends pas la\nliberté. » Elle demande la faveur de retourner près de sa mère.\nIl la lui refuse. « Un homme, dit Sarastro,, doit conduire vos\ncœurs ; sans quoi la femme a coutume de sortir de son cercle d'in-\nfluence. » Puis Monostatos, ayant amené au grand-prêtre Tamino\nsurpris par lui au moment où il tentait d'enlever Pamina, demande\nsa récompense. Sarastro décide qu'il recevra 77 coups de pied.\nDes vivats célèbrent la justice de Sarastro.\nAu second acte, le théâtre représente une « palmeraie où les\narbres sont argentés et portent des feuilles d'or. De chaque côté\nse trouvent neuf pyramides, chacune pourvue d'un siège devant\nlequel est un grand cor noir à monture d'or ». Cette mise en scène\nn'est nullement observée à l'Opéra-Gomique et l'on y coupe le\ndialogue qui précède l'invocation à Osiris. En voici la donnée.\nDevant l'assemblée des prêtres, Sarastro déclare que Tamino,\nfils de roi, veut pénétrer dans le Temple, « afin de s'arracher au\nvoile des ténèbres et de contempler dans le sanctuaire la Lumière\nsuprême ». Sarastro répond de sa vertu, de sa discrétion. Il leur ap-\nprend que la vertueuse Pamina est promise par les Dieux à ce jeune\nhomme. C'est pourquoi il l'a enlevée à sa mère. « La Femme"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.91", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1722, "texte": "espère séduire le peuple par l'artifice et la superstition ; elle n'y par-\nviendra pas. Tamino lui-même, le noble jeune doit con-\ntribuer à le maintenir et, une fois initié,\npunir le vice.» Par trois fois, les prêtres sonnent dans leurs cors.\nCependant l'orateur des prêtres a un scrupule. Il demande à\nSarastro :\n« Peut-être ce jeune homme succombera-t-il aux épreuves ! Est-ilprince ?\n« Mieux encore. Il est homme (A Mais si, par suite de son\nextrême jeunesse, il venait à succomber, il appartiendrait à Isis et à\nOsiris et jouirait de la paix divine plus tôt que nous. »\nC'est ce thème qu'expriment les paroles de l'admirable invoca-\ntion à Isis. Les postulants sont introduits dans le vestibule du\nTemple. Il fait nuit. Papageno a peur. L'orateur et un second\nprêtre viennent à eux et les interrogent.\n« Que cherchez-vous céans ?\n« L'amitié et l'amour.\n• « Sacrifierais-tu ta vie pour les obtenir ?\n« Oui...\n« Prince, il est encore temps de reculer. Un pas plus loin, il sera\ntrop tard.\n« Que la science de la sagesse soit ma victoire, Pamina, la suave\njeune fille, ma récompense !\n« Consens-tu à toutes les épreuves ?\n« A toutes.\n« Donne-moi la main... »\nLe second prêtre pose les mêmes questions à Papageno ; il en\nreçoit des réponses comiques. Papageno demande en quoi consiste\nla probation.\n« A se soumettre à nos lois, à affronter la mort! »\nCette perspective ne l'enchante pas. Pour le décider, il faut lui\npromettre une compagne semblable à lui, jeune et belle, qui a\nnom Papagena.\nLes scènes suivantes sont à peu près fidèlement rendues. Dans\ncelle de l'apparition de la Reine de la Nuit, une explication im»\nportante est omise.\n« Ta mère, dit-elle à Pamina, ne peut plus te protéger. La mort de"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.92", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "ton père a anéanti mon pouvoir. Il adonné volontairement le septuple\ncercle solaire aux initiés. Sarastro le porte sur sa poitrine... »\nSon époux a recommandé à la Reine « de ne pas chercher à ap-\nprofondir ce qui est incompréhensible pour l'esprit d'une femme ».\nSon devoir estde « se soumettre, elle et sa fille, à la direction de ces\nhommes sages ». Il faut donc à tout prix s'opposer à l'initiation\nqu'ils projettent. Le matin venu, il serait trop tard !\n« Mais pourquoi, objecte Pamina, une fois initié, ne pourrai-je\naimer ce jeune homme comme je l'aime à présent ? Mon père était lié\navec ces hommes sages. Il parlait avec ravissement de leur bonté, de leur\nintelligence, de leur vertu. Sarastro n'est pas moins vertueux. »\nLa Reine de la Nuit s'indigne de voir sa fille prête à pactiser\navec son ennemi. Elle lui jette un poignard et la somme de s'en\nservir pour tuer Sarastro et lui ravir le cercle du Soleil... Lorsque\nSarastro arrêtera le bras menaçant du meurtrier Monostatos, qui\ns'est substitué à la jeune fille dans l'accomplissement de la mission\ncriminelle, celle-ci demandera au grand-prêtre de ne pas punir sa\nmère. Voici la réponse textuelle de Sarastro :\n« Dans ce saint temple, on ne connaît pas la vengeance. Si l'homme\na failli, l'amour le ramène au devoir. L'homme y est aimé de son père ;\non pardonne à son ennemi. Celui que\nest indigne d'être un homme ! »\nAu tableau suivant, le chœur des prêtres célèbre « le jour qui\nva paraître, la nouvelle vie donnée au jeune initié dont l'esprit est\nhardi, le cœur pur, et qui sera bientôt digne d'être admis. » Et au\ndébut du finale,les jeunes gens annoncent que «le soleil va se\nlever, la superstition disparaître,la O douce\npaix, descends sur nous, reviens dans le cœur des hommes ! Alors\nla terre sera le royaume céleste et les hommes pareils aux dieux. »\nComme Pamina, désespérée de l'indifférence de Tamino, erre le\npoignard à la main et parle de se tuer, les jeunes gens lui disent\nque « le suicide est défendu » et la désarment. Ils font la même\ndéfense à Papageno qu'ils trouvent prêt à sependre. Pour consoler\nces malheureux, ils leur annoncent qu'ils verront, l'une son Ta-\nmino, 1 autre sa Papagena, et c'est ainsi que les couples, soumis\naux épreuves, parviennent à se réunir."}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.93", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2286, "texte": "Le dénouement, c'est l'anéantissement de la Reine de la Nuit,\nqui avait promis sa fille à Monostatos s'il parvenait à l'introduire\ndans le saint Temple. Au tableau final, dans le sanctuaire où les\ninitiés ont été admis, Sarastro célèbre « le Soleil vainqueur de la\nNuit», la destruction delà superstition ; le chœur chante « la puissance\nqui a triomphé et décerné comme récompense la même couronne\nà la Sagesse et à la Beauté ».\nCes citations me paraissent rendre suffisamment claire une fée-\nrie qui paraîtra peut-être moins niaise qu'on ne l'admet commu-\nnément. Le sens symbolique et maçonnique du libretto est\nd'ailleurs ainsi défini dans le programme (i) d'une représentation\nde la Flûte enchantée donnée en 1880 par le Grand-Orient de\nBruxelles :\n« Tamino et Pamina représentent l'humanité victime de l'igno-\nrance et du vice. L'ignorance est personnifiée par la Reine de la\nNuit ; le vice, par Monostatos, prince nubien ; ils sont naturellement\nalliés. Chaque fois que l'homme fait un effort vers la délivrance,\nil est secouru par les forces de la nature, personnifiées par les\ntrois fées dont les talismans le protègent, quand il les emploie\navec intelligence. Pour se sauver définitivement du mal,\nl'homme a besoin d'atteindre à la sagesse, représentée par le\nTemple d'lsis. Il y parvient par le travail et le courage, àla suite\nd'initiations successives. Si, devant les écueils de la route,\nl'initié éprouve une défaillance, ses frères le relèvent et lui in-\ndiquent la bonne voie. Quand l'ignorance et son vil esclave\nvont accabler l'Humanité, le grand-prêtre sort du temple et les\nrend impuissants, grâce à l'esprit de lumière et de bonté. »\nSoit que ces idées philosophiques fussent au goût des auditeurs\nviennois de 1791 (on sait quel fut au xvme siècle le succès de la\nfranç-maçonnerie dans la catholique Autriche) (2), soit que les\nspectateurs du théâtre an der Wieden se soient simplement laissé\ntoucher par les tendres et gracieuses mélodies de Mozart, la\n\n(t) Cité par MM. A. Soubies et Ch. Malherbe dansleur\nComique, 2 vol. in-18, Paris, 18g3, Flammarion.\n(2) Otto Jahn nous le rappelle dans son livre sur Mozart. Le succès de la\nZauberflote amena la composition de féeries musicales à sujets analogues, et\nSchickaneder en traita lui-même deux autres."}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.94", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1940, "texte": "Zauberflôte eut à l'origine 120 représentations consécutives, sans\navoir le moins du monde enrichi le compositeur, qui mourut\ndans la misère quelques mois plus tard.\nJ'ignore à quelles considérations ont obéi la direction et les\nauteurs en abrégeant ce qui a trait aux rites d'initiation : ont-ils\neu peur de dévoiler les mystères de la franc-maçonnerie ? Quant à\nla traduction nouvelle, deux raisons m'ont empêché de m'assurer\nsi elle rend exactement le texte dans les passages que j'ai cités ;\nd'abord l'absence de livret imprimé, ensuite la difficulté d'entendre\nles paroles, surtout dans les chœurs. Enfin l'obligation que les\nauteurs se sont imposée, bien àtort, de rimer les parties chantées,\nnuit foi cément à sa fidélité. Leur version n'est peut-être pas irré-\nprochable sous le rapport de l'adaptation rythmique à la musique,\nmais elle a eu soin de Ja respecter en général. Que ne peut-on en\ndire autant de l'exécution musicale proprement dite ?\nA la répétition générale, le hasard m'avait donné comme voisin\nun Viennois fort sociable. Après avoir causé des choses de son\npays, nous nous dirigeâmes vers le foyer.\nC'est un vrai musée ! me dit-il en montrant le double esca-\nlier qui y conduit.\nVous ne croyez pas si bien dire ! Le vulgaire croit que l'Opéra-\nComique est une scène musicale... Profonde erreur ! C'est une\nexposition permanente de peinture ; c'est le salon des artistes\nfrançais.\n>\nJe lui fis les honneurs du foyer ; il s'extasia sur les Flameng,\nles Toudouze, les Joseph Blanc.\nJe suis sûr qu'à Vienne vous n'auriez pas l'idée d'encadrer\navec du marbre des toiles marouflées sur la muraille ?\nPrachtvoll ! Wunderschœn !\nj. uis, par une porte du balcon, je désignai à ses regards le pla-\nfond de la salle, en bleu nocturne, par Benjamin Constant.\nReizend !\nCeci n est rien, Monsieur. Tout le long de la pièce, vous avez\nvu ou vous verrez des tableaux modernes, tantôt du Gérôme,"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.95", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1979, "texte": "tantôt du Rochegrosse ou du Lecomte du Nouy, se succéder\ncomme les verres d'une lanterne magique...\nAvec moins de rapidité cependant !\nEt il eut un petit rire satisfait de sa malice.\nA Vienne, demandai-je, vous avez peut-être un Opéra très\nbien machiné ?\nParfait sous ce rapport ; mais puisque les changements de\ndécors sont si lents sur ce théâtre, pourquoi ne pas se contenter\nde toiles peintes, sans praticables, qui s'enlèveraient à vue ?\nVous oubliez que c'est une exposition de tableaux 1 II faut\nque le public s'écrie, devant chaque mise en scène nouvelle :\n« Délicieux, admirable !... Oh! cet horizon, ce lac, ces reflets dans\nl'eau, ces effets de lumière !... »\nOui, mais, de la sorte, on fait actes de la\ntée.,qui n'en a que deux ; on brise l'unité artistique du second\nfinale pour donner le temps d'entasser des rochers et des grottes.\nTous les grands ouvrages de Mozart, les Noces, Don Giovanni, Zau-\nberflôte, sont en deux actes. Le maître avait ses raisons quand il\ndisposa ainsi sa partition.\nMon voisin se tut ; puis il reprit, en lorgnant la poitrine rebon-\ndie des trois éphèbes vêtus de blanc : « C'est la première fois que\nje vois les trois Knaben en travesti... En Allemagne on donne ces\nrôles à des garçons. »\nDes garçons chanteraient faux peut-être !\n—Oh ! pour cela... Pourriez-vous m'apprendre, continua l'im-\npitoyable censeur, qui a eu l'idée de faire chanter à la Reine de\nla Nuit son premier grand air avec les bras étendus, des bras\npourvus d'ailes?... Avez-vous essayé de chanter un grand air les\nbras en croix ?... Et celui-là est si malaisé...\nOui, je sais. Les contre-fa ?On les transpose. Mme Bilbault-\nVauchelet, qui avait cependant une très grande sûreté de vocali-\nsation, transposait d'un ton, en 1879.\nJe me rappelle. J'étais à Paris ce printemps-là. J'ai entendu\nMme Carvalho dans Pamina.\nElle était déjà peu agréable à regarder, lui dis-je, et bien\nfroide !\nSans doute, ce n'était pas une actrice ; mais quel style! quelle"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.96", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2296, "texte": "pureté de son ! comme la mélodie était filée!... Que pensez-vous\nde Mme Carré? Elle ne comprend pas du tout le rôle, à mon avis.\nPamina est une sentimentale. L'actrice a l'air de s'amuser de\nMonostatos...\nOui, c'est un don précieux : dans les situations les plus tra-\ngiques, elle a le sourire. Mais elle sait être dramatique aussi.\nAinsi, dans Sapho,de Massenet, elle fit de louables efforts pour\némouvoir le public avec les douleurs de l'amante délaissée... ;\nelle est très goûtée dans la Bohèm Les rôles de\nPuccinilui conviennent mieux que ceux de Mozart.\n—Oh ! Monsieur, soupira l'étranger. Butterfly, Bohème ;\nBohème, Butterfly,on ne joue plus que cela en Allemagne, en\nAutriche. C'est l'abomination.\nAprès l'air en sol mineur du 8e tableau, que Mme Carré avait\nsemé de sanglots véristes : « Oui, me dit mon voisin d'un ton nar-\nquois, elle est aussi dramatique. Seulement, chez nous, vous\nsavez, les douleurs des personnages de cette féerie, on ne les prend\npas au sérieux. On joue cela « bon enfant », et on se borne à\naccuser le contour mélodique... C'est ainsi que faisait votre\nMme Carvalho... Quant au ténor, il ne vaut pas son prédécesseur...\nTalazac, je crois bien ! Son organe était d'une fraîcheur dé-\nlicieuse. Mais considérez que M. Clément chantait déjà Tamino à\nla reprise de 1892 ! D'ailleurs, où nos chanteurs se formeraient-ils\nau style de Mozart ? C'est à peine si on leur en fait apprendre un\nail ou deux au Conservatoire ! Une fois au théâtre, ils s'évertuent\nsur des rôles modernes qui sont la ruine des voix.\nRéfléchissant que M. Ruhlmann ne sait pas son Mozart comme\nun Weingartner, je n'eus point l'indiscrétion de demander à mon\ninterlocuteur ce qu'il pensait de la souplesse, de la légèreté, delà\nfluidité de 1 orchestre, dans l'exécution de cette musique si trans-\nparente, si aérienne, si pleine de grâce, d'humour et d'amour...\nMon Viennois avait d'ailleurs disparu avant le dernier tableau, et\nje songeai mélancoliquement au vieux père Danbé. Ce n'était peut-\nêtre pas un bien grand musicien, mais, comme tout bon classique,\nil avait appris son rudiment dans Mozart et il en avait le secret...\nDe son temps, il est vrai, on n'avait pas encore fait à l'Opéra-\nComique une telle consommation de drames lyriques véristes. de"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.97", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1957, "texte": "partitions prétentieuses, « mal ficelées », si pesamment instrumen-\ntées que les orchestres actuels se trouvent désorientés devant une\nécriture aussi limpide, aussi harmonieusement équilibrée que celle\nde Mozart. En ce temps-là, Bizet, Guiraud, Saint-Saëns, Paladilhe,\npassaient pour des avancés, des wagnériens ! Nous reprochions à\nCarvalho de ne pas jouer d'œuvres nouvelles. Il ne formait guère\nen effet son répertoire que de reprises ! Seulement, lorsqu'il don-\nnait/es Noces de Figaro ou la Flûte enchantée, les musiciens accou-\nraient à TOpéra-Comique délecter leurs oreilles. M. Carré, lui,\njoue beaucoup de nouveautés, sans avoir toujours la main heureuse,\nune saison dans laquelle Solange succède à Sanga le prouve\nassez ! —mais lorsqu'il fait, par hasard, un emprunt au réper-\ntoire classique, on aperçoit aussitôt, à l'insuffisance des études, à\nquel point fait défaut, dans son théâtre, la direction musicale pro-\nprement dite... Et au sujet de cette interprétation de la Flûte en-\nchdntée, c'est le cas de répéter le vers célèbre de Désaugiers :\nSi c'est du Mozart, que l'on m'avertisse !\n\nGeorges Servières.\n\nLES CONCERTS\n\nLa Société Haendel. La Tonkiinstler-Orchester de Munich. L'Or du\nRhin. La Société Bach. Le trio Cortoî, Thibaud, Casais. —Le quatuor\nParent et Paul Dupin. MM. Fournier et Ferté. M\"e Julia Culp.\nMme Roger-Miclos et le quatuor vocal Battaille. M. Edouard Bernard.—\nM. Ch. Sautelet. M. Hekking-Denancy.\nJ'avais l'intention de consacrer la chronique de ce mois plus\nparticulièrement aux virtuoses,qui d'ordinaire se font entendre à\nParis de préférence après Pâques. Mais j'ai bien vite renoncé à\nce projet. Il m'est apparu, en effet, qu'à part quelques ou\nRosenthal, qui offrent une bien maigre matière à la critique\nmusicale, les grands virtuoses s'abstiennent de plus en plus des\nconcerts de pure virtuosité : ils en sont venus à ne plus jouer\nque de la musique, ce qui est bien méritoire de leur part ; et,"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.98", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2318, "texte": "leurs programmes se recommandant aussi bien par la valeur des\nœuvres exécutées que par la qualité des interprètes, il n'y a plus lieu,\nce me semble, de leur faire une place à part : ils reprennent rang\nparmi les autres artistes. C'est ainsi que se\nsont associés pour donner deux magnifiques séances de trios,\ndont nous reparlerons plus loin ; que Ysaye et Pugno, entourés\nde quelques collaborateurs, vont parcourir en quatre soirées les\nprincipales œuvres de musique de chambre de Beethoven.\nMais parlons d'abord des concerts d'orchestre.\nLe mardi 27 avril, avait lieu la quatrième séance de la\nHxndel. M. Raugel a conduit avec sûreté, jeunesse et chaleur\nces jolies musiques de fêtes et de plein air intitulées Water\nMusick, où Hœndel a prodigué les belles et simples mélodies et\nles combinaisons les plus ravissantes de sonorités imprévues. Les\ncors n'étaient pas tout à fait à la hauteur de leur tâche. M.\nLibert a joué un concerto en fa majeur de Hœndel bien peu inté-\nressant ; son exécution d'ailleurs nous a parfois semblé manquer\nde rythme et de netteté. Il fut plus heureux dans une admirable\nloccata per ïElevazione de Frescobaldi, d'un sentiment si profond, si\nrecueilli, et dans l'amusant Noël de Mais le plus grand\nsuccès de la soirée fut pour les Chanteurs de la Renaissance, sous\nla direction de Henry Expert. On ne saurait désirer une exécu-\ntion plus finie, plus nuancée, plus vivante et plus profonde :\nc'est tout à fait exquis. Et quels chefs-d'œuvre d'esprit, de grâce,\nde charme ou de fantaisie ont écrits les Costeley, Janequin,\nClaude le Jeune, Passereau, Mauduit ! Quelle pâle figure à côté\nd'eux faisait Lully, représenté par le et la\nde Cadmus ! Combien notre xvi° siècle musical est supérieur au\nxvne ! Je goûte tout particulièrement la souplesse des pièces\n« mesurées à l'antique », et, pour finir, la fut\ndonnée avec un entrain, un rythme, une variété incomparables.\nLe vendredi 3o avril, le Tonkiinstler-Orcde Munich donnait\nun premier concert à la salle Gaveau, sous la direction de\nJ. Lassalle.Je m'attendais à passer une excellente soirée :ce fut\nune grosse déception. Je pus admirer la discipline d'un orchestre\naux allures militaires, la netteté, la précision des attaques, la\nvigueur des tutti. Mais en revanche quelle sécheresse, quelle rai-"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.99", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2355, "texte": "deur ! Comme l'interprétation de Y allegretto de la septième Sym-\nphonie, ou celle de la Symphonie fan manquaient de mystère,\nde grâce, de fondu ! Rien n'est enveloppé ; tout est cru. Le cor\nanglais, le hautbois et la flûte sont tout simplement horribles.\nPas un instant tous ces musiciens n'ont paru s'échauffer ; c'était\nglacial et mortellement ennuyeux. Et puis ce chef d'orchestre qui\nn a pas salué une fois le public sans montrer, d'un grand geste\nalternatif de chacun des deux bras, les musiciens de son orchestre,\nà sa droite et à sa gauche, pour bien établir qu'il ne s'attribuait\npas à lui seul tout le mérite du succès ! Et la gigantesque\npalme dorée qu'un domestique de la maison Gaveau lui remit au\nmilieu du concert ! Que tout cela est gros, sans grâce 1 que\ntout cela est laid ! Comment aurais-je eu le courage de retour-\nner deux jours après réentendre le même orchestre, dans des\nœuvres de Thaille, Bruckneret Mahler ?—J'oubliais la seule bonne\nimpression de la soirée : Mme Erler Schnaudt a chanté d'une belle\nvoix de contralto quelques lieder de dont le premier,\ndie Glocke des Gliicks, est d'une expression prenante ; les autres\nm'ont moins plu, le troisième'et le cinquième surtout,\nsamkeit et Mein Schàtzelein,amusettes allemandes, un peu bébêtes\nà la façon du Brahms des mauvais jours.\nJe n'avais pu assister aux précédentes exécutions de VOr du Rhin\naux concerts Chevillard. Mais le mardi 11 mai M.\nle ténor amateur bien connu, organisait au profit d'une œuvre de\nbienfaisance une nouvelle audition du dans laquelle\nil tenait, après Van Dyck, le rôle difficile de Loge. Il s'acquitta\ntout à fait à son honneur de cette tâche périlleuse : il fit preuve\nde souplesse, d'esprit, de charme, voire même de réelle puissance\npar endroits ; on ne saurait tirer plus grand parti d'une voix en\nelle-même si peu étoffée. A son côté, M. Delmas fut magnifique.\nIl y a un mois je disais combien il m'avait déplu dans un air de\nchant du vieil Haydn. Cette fois, où il ne s'agissait que de déclama-\ntion musicale, il fut presque parfait : la voix est si large, si bien\ntimbrée, l'articulation si nette, l'accent si juste ! Je ne regrette que\nquelques émissions désagréables, particulièrement celle des è ou-\nverts. M. Plamondon fut charmant, comme de coutume, dans\nMime et dans Froh, et le reste de l'interprétation était plus qu'ho-"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.100", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2321, "texte": "norable. La direction de Camille Chevillard fut sobre, nette et\nforte.\nLa Société Bach a donné son dernier concert avec un très beau\nprogramme : VActus Tragicus et le Magnificat. Malheureusement,\nelle avait omis d'y inviter la rédaction du Bulletin de la S. I. M.\nJe ne puis donc en parler que par ouï dire. J'ai su que Mlle\nPironnay avait été très remarquable, et M. Walter très discuté;\nque M. Bret enfin avait été l'objet d'une ovation très spontanée\nde la part du public, de l'orchestre et des chœurs.\nVenons-en aux séances de musique de chambre.\nLe vendredi 14 mai, AlfredCortot,\nfaisaient entendre à la salle des Agriculteurs les trois trios de Schu-\nmann. Ce fut évidemment une exécution de premier ordre. Il faut\ndire que la musique de Schumann est bien facile à jouer ! Il n'est\nsi piètre musicien qui n'arrive à en tirer quelque effet, pourvu\nqu'il ait un peu de tempérament. C'est donc peut-être dans de\ntellesœuvres que d'aussi grands artistes se distinguent le moins du\ncommun des exécutants. Le Schumann convient tout particuliè-\nrement au jeu nerveux de Cortot. (basais y est merveilleux, Thi-\nbaud moins à l'aise : on voudrait dans son interprétation quelque\nchose de plus mystérieux, de plus poétique et de plus coloré ; ainsi\nje n'ai pas beaucoup aimé l'exposition du thème du 3e mouvement\ndu trio en ré mineur; les sonorités n'étaient pas suffisamment\nenveloppées et lointaines, et j'ai remarqué notamment quelques\nnotes assez plates sur la 3e corde, entre autres un certain do natu-\nrel du 4e doigt. Mais à côté de cela il y eut de bien belles choses :\nle 2e mouvement du ier trio fut enlevé avec un emportement et\nune vivacité qui n'excluaient ni la précision ni le souci des nuan-\nces. Dans cette musique un peu touffue, les trois artistes avaientsoin\nde mettre de l'air par endroits: c'est ainsi qu'ils retenaient souvent\nla mesure qui précède la rentrée d'un thème : procédé dont il ne\nfaut pas abuser, mais qui est ici tout à fait à sa place. A la fin du\nconcert, l'imprésario Dandelot fit une annonce très imprévue, et\nqui eut le plus grand succès : il fit appel au bon goût et au bon\nsens du public, et le pria de ne pas troubler la fin du dernier trio\npar de bruyants préparatifs de départ. Cela nous valut une fin de\nconcert religieusement recueillie !"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.101", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2297, "texte": "Petite chicane : Pourquoi le programme des séances Cortot,\nThibaud, Casais, porte-l-il les numéros d'oeuvre des trios de Schu-\nmann, et ne donne-t-il aucune indication du même genre pour\nles trios de Beethoven qui furent exécutés le 18 mai, et que je\nn'ai pu entendre ?\nM. Armand Parent consacrait ses du mois de mai à\nla musique moderne, c'est-à-dire en grande partie à des œuvres nou-\nvelles. Le premier programme réunissait les noms de\net de Paul Dupin,deux musiciens dont les destinées ne sont pas\nsans analogie, car tous deux se sont formés eux-mêmes, tous\ndeux ont été longtemps méconnus, tous deux ont chanté passionné-\nment la douleur de vivre. Le quatuor à cordes de Hugo Wolf, qui\na déjà été donné une fois à Paris par le et que le\nquatuor Parent faisait donc entendre pour la 2e fois, est une œuvre\nde jeunesse ; composé de 1879 à 1880 (Hugo Wolf avait alors\n19 ans), il exprime déjà sa grande âme volontaire et souffrante.\nOn y trouve la trace des admirations de Wolf : le début de\ndante rappelle Wagner ;le ler mouvement fait songer àla grande\nfugue ; le troisième, au XP quatuor de Beethoven ; l'inspiration\ncomme la facture est surtout beethovénienne : il y a delà vigueur,\nde l'emportement, de la violence. Le thème du finale a un carac-\ntère espagnol qui annonce le Spani L'épigraphe\nde l'œuvre : « Entbehren sollst du, sollst entbehren, » nous rap-\npelle les dures heures de privation de la jeunesse de Wolf, et sa\nvolonté de vivre et de produire malgré tout. Chez Paul Dupin,\nla tristesse d'une destinée poignante s'exprime surtout en douce\nrésignation, en profonde pitié des hommes et en grand amour de\nla nature. La Légende du pauvre homme, pour ténor et quatuor à\ncordes, fut admirablement chantée par Plamondon : c'est une\npièce d'abord pensée pour le quatuor seul, et sur laquelle furent\nadaptés après coup les paroles et le chant ; ou plutôt c'est un frag-\nment d'une œuvre théâtrale dans laquelle un musicien était mis en\nscène, qui, en entendant exécuter une de ses œuvres (un quatuor à\ncordes) et en trouvant l'expression incomplète, se mettait à im-\nproviser une cinquième partie qu'il chantait. De cet ouvrage dra-\nmatique, Paul Dupin n'a conservé que cette page, qui est de premier\nordre, mais que je préfère peut-être encore sans le chant et sans les"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.102", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2434, "texte": "paroles, et que le quatuor Parent doit exécuter sous cette nouvelle\nforme dans un prochain concert à Roubaix. Pauvre fou qui songe !\nque chantait ensuite Plamondon, est certainement de toutes les\nœuvres de Paul Dupin la plus parfaite à tous égards et la plus\ndirectement émouvante ; cette mélodie fut bissée d'enthousiasme ;\nje ne regrette que quelques faiblesses dans le texte littéraire, qui\nest de Paul Dupin. Pauvre fou q ! sera édité prochaine-\nment. Mme Landormy exécuta ensuite Méditation, Berceuse à Louisa\net Oncle Gottfried, trois pièces pour piano déjà publiées chez De-\nmets. Des trois c'est la première qui me paraît, de beaucoup,\nla plus belle, tant par la qualité de son inspiration et son charme\npoétique que par ses heureuses proportions et son unité :la fin\nest exquise. La Berceuse est un délicieux tableau d'intimité ;\nmalheureusement la répétition non variée des mêmes motifs en\natténue la saveur. L 'Oncle Gottfried est une composition qui ade\nla grandeur, de la force et aussi du mystère ; je crains qu'elle ne\nsoit un peu trop coupée ; Paul Dupin a ce défaut d'interrompre\ntrès souvent ses développements par des silences; il n'y a rien qui\naffaiblisse davantage l'expression. Une musique qui n'a pas de con-\ntinuité manque son effet. La séance se terminait par deux quatuors\nà cordes : Bienvenue au Petit et la Mort de l'oncle Gottfried. C'est ici\nque Paul Dupin se montre tout à fait novateur. Jusqu'à lui, en\neffet, la musique de chambre était restée le domaine de la musique\npure, et surtout pour le quatuor à cordes on n'écrivait que des\nsonates. Tandis que les autres genres musicaux s'étaient depuis\nlongtemps affranchis des exigences de la forme classique, les\nœuvres de musique de chambre de nos contemporains les plus\naudacieux s'enfermaient étroitement dans les cadres traditionnels.\nBeethoven avait pu donner à cet égard l'exemple de toutes les\nlibertés : on ne l'imitait guère. Claude Debussy lui-même ne fut\njamais si sage que lorsqu'il composa son quatuor à cordes : sans\ndoute les audaces harmoniques y abondent, et les recherches de\nsonorités curieuses ; mais tous les thèmes exigés s'y présentent à\ntour de rôle, s'y développent dans l'ordre accoutumé ;la forme est\nrespectée. Les quatuors de Paul Dupin rompent décidément avec\nla tradition j ils n'ont d'autre forme que celle qu'exige le déve-\nloppement naturel du sentiment. Ainsi ce sont de véritables"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.103", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2384, "texte": "poèmes musicaux qui diffèrent autant d'une sonate que le\net Juliette de Berlioz ou le Prélude ressem-\nblent peu à des symphonies. C'est, si l'on veut, et en un sens, de\nla musique littéraire ou descriptive, delà musique à programme.\nMais notons au moins que Dupin s'attache beaucoup moins à la\npeinture des choses matérielles ou à la notation des qu'à\nl'expression des sentiments,qui sont matière musicale par\nexcellence : il n'écrit pas de la musique pure ; il veut dire\nquelque chose, mais ce qu'il veut dire, c'est ce que son\néprouve, ou celui d'un poète dont il se fait l'interprète musical.\nY a-t-il d'ailleurs de la musique pure ? Toute la différence entre\nla musique pure et la musique dite à programme n'est peut-\nêtre qu'une différence de forme et non de fond. L'une subit la\ncontrainte d'un plan tracé d'avance non par le compositeur, mais\npar la tradition ; l'autre se meut librement et se trace à elle-même\nsa voie et ses limites. Quoi qu'il en soit, Paul Dupin ne peut\ncertainement que déplaire à tous ceux qui ne jugent de la « musica-\nlité » d'une œuvre (oh ! le vilain mot. prétentieux et vide !) que\npar la technique de l'ouvrier; comme si le véritable mérite musi-\ncal se réduisait à la connaissance des procédés de facture ! N'est-ce\ndonc pas avant tout à l'inspiration mélodique que se reconnaît le\ngrand musicien, qu'il soit Mozart ou Beethoven, Wagner ou\nFranck, d'lndy ou Debussy ? Quelle musique composer sans cette\nmatière première ? Or, c'est là le point : la mélodie de Dupin est\nd'un musicien-né ; elle est personnelle ; elle a sa couleur et son\nrythme ; elle s'étend largement, sans cassures et sans coutures,\ntout d'une venue, en belles nappes bien unies. Voilà une étoffe\ndont on a plein la main. C'est une autre question de se demander\nmaintenant quel parti Dupin sait tirer de cette riche substance. A\ncet égard, il me semble qu'il occupe une position intermédiaire\nentre nos polyphonistes et nos impressionnistes. D'une part Dupin\nn'est pas un constructeur; il ne développe pas ses thèmes à propre-\nment parler. D'autre part, il ne s'intéresse pas davantage aux sono-\nrités et aux harmonies pour elles-mêmes. Sa musique n'est ni une\ngrandiose architecture à la d'lndy, ni une mosaïque ou une fine\npoussière d'impressions à la Debussy. Jusqu'à présent le procédé\nde Dupin me semble consister principalement dans un enchaîne-\n\n7"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.104", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2368, "texte": "ment de mélodies analogues, c'est-à-dire de thèmes dont les affini-\ntés de caractères suffisent à assurer la liaison, sans que d'ailleurs\nils se composent des mêmes éléments, chacun de ces thèmes étant\nassez long pour tenir parfois la place de tout un développement.\nEt l'on pourrait tenter un autre rapprochement, en y rapportant\ntoutes les restrictions utiles : Dupin compose par renouvellement\nincessant de sa matière mélodique, à la façon d'un Moussorgski,\nmais avec la différence d'un tempérament essentiellement lent\nà une nature prodigieusement mobC'est le principe opposé à\ncelui de la musique classique, qui tire du moindre motif des imita-\ntions à l'infini.\nDes deux quatuors de Paul Dupin que nous avons entendus le\n4 mai,la Bienvenue auPetit est le plus harmonieux dans l'ensemble,\nle mieux équilibré : il satisfait davantage ceux qui cherchent sur-\ntout, dans une oeuvre, les heureuses proportions ; il a d'ailleurs\nbeaucoup de charme, et l'agencement des parties en est tout à fait\ningénieux : chaque instrument chante pour lui-même, et il en\nrésulte une polyphonie sans imitations, d'un caractère tout à fait\noriginal. Mais je préfère l'inspiration de\nquoique plus inégale. Dans les premières pages, la profondeur du\nsentiment, la qualité de l'émotion, sont dignes des plus grands\nmaîtres. Il faut avoir entendu cela pour pouvoir juger Dupin.\nMalheureusement la fin de la première partie est mal venue ; une\ncoupure qu'on a faite pour l'alléger ne suffit pas à la remettre com-\nplètement sur pied. Quant à la 2e partie, elle débute par un mou-\nvement très vif qui manque un peu d'assise, tant au point de vue\nrythmique qu'au point de vue harmonique, et dans les pages sui-\nvantes, malgré quelques passages délicieux, on n'a pas toujours\nl'impression d'une continuité suffisante. Il est à remarquer cependant\nque cette musique n'est jamais indifférente. Quand elle n'est pas\nbelle, elle est laide ; elle ne sait pas être vide.\nLe quatuor Parent a joué la Bienvenue au Petit et la Mort de\nVoncle Gottfried avec une ardeur et une foi qui ont enthousiasmé\n1 auditoire. Disons-le, M. Parent a eu du courage, après la modeste\naudition du mois de janvier dont Mme Landormy et moi nous\navions pris 1 initiative, d'adopter le compositeur dont personne ne\nvoulait, qui depuis 20 ans était bafoué, honni, toutes les fois qu'il"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.105", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2295, "texte": "présentait une page de sa musique à quelqu'un de nos prétendus\n« maîtres ». Il fallait de l'audace pour imposer au public un\nhomme qu'aucune école, aucune coterie, ne reconnaissaient pour\nsien. Il fallait surtout que M. Parent eût confiance dans son pro-\npre jugement, dans son instinct d'artiste. Tant d'autres n'ont\npas d'opinion, et ont peurd'en avoir! tant d'autres ne sont que des\néchos qui répètent des échos !\nLa 2e séance du quatuor Parent comprenait, avec l'admirable\nquatuor inachevé deLekeu,un quatuor à cordes inédit de M.\nDubois, des pièces pour piano de et deux mélodies\nde Jean Cras. Je n'assistais pas à cette soirée, mais on m'a dit que\nle quatuor de M. Th. Dubois, discret, comme toute sa musique,\nétait cependant plein de jeunesse et de vigueur ; que Sevilla et la\nFeria de J. Turina rappelaient un peu la manière d'Albeniz, mais\navec plus de souci du développement musical, et que l'auteur\navait exécuté ces morceaux d'une façon superbe.\nLe mardi 18 mai la soirée débutait par les 2 quatuors de\nDupin déjà donnés à la séance du 4 mai et qui furent l'occasion\npour l'auteur d'une ovation très spontanée, dont la galerie donna\nle signal. La Sonate de M Ue Corbinpour piano et violon n'est pas\nplus laide, ni plus jolie, qu'une foule d'autres productions con-\ntemporaines : elle se range dans cette catégorie d'œuvres dont les\nthèmes naissent renversés, et ne retrouvent jamais leur position\nnormale. M. Parent s'est amusé à doigter d'invraisemblables\ntraits et à rechercher d'étranges sonorités ; il fallait bien qu'il\ns'occupât. La Sarabande de Casella rappelle un peu trop les Noctur-\nnes de Fauréquand ce n'est pas la de Le jeu de\nce pianiste-compositeur est très fin, très doux, très délicat, peut-\nêtre un peu gris. Le quatuor à cordes de Debussy, qui terminait la\nséance, a ramené la joie sur les visages assombris. Quelle vie dans\ncette musique ! quelle force ! quelle grandeur ! nulle part, sinon\ndans certaines pages de Pelléas, le maître (car c'en est un, celui-là)\nn'a été si robuste et si fin, si délicat et si émouvant ! Quel grand\nmusicien nous avons là !\nLe mardi 2 5 mai, M. Armand Parent et Mlle Dron nous firent\nentendre les trois sonates pour piano et violon de A. Roussel, Vincent\nd'lndy et César Franck.Je ne connaissais pas encore la sonate"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.106", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2402, "texte": "de Roussel : c'est un joli poème rustique ; les effets de demi-teinte\nsont particulièrement réussis ; quelques pages ont de l'ampleur.\nLa première partie surtout m'a séduit par son charme et sa cou-\nleur : partout il y a de la grâce et de la fantaisie. La disposition\ndes mouvements est assez heureuse. C'est d'abord un en-\ncadré par deux andante, puis un andante entre deux allegro, enfin\nun vivace ; j'ai reconnu par endroit l'influence de Fauré et aussi celle\nde Lekeu. Peut-être un peu trop d'ingéniosité dans certains déve-\nloppements. La sonate de d'lndy est décidément un chef-d'œuvre ;\nquelle belle tranquillité dans la ire partie! quelle merveilleuse\nphrase poétique dans le milieu du scherzo ! Le succès est allé\nparticulièrement à Vadagio et au Dans toute cette œuvre, je\nne regrette que les tout derniers développements qui précèdent\nla conclusion du lerIer morceau; il ya là peut-être un peu de brusquerie,\net la continuité paraît faire défaut. Mais c'est une ombre bien légère\nà la perfection de l'ensemble. Il semblerait qu'on doit être inca-\npable d'écouter la sonate de Franck à force de l'avoir entendue !\nEh bien non ! Elle est toujours souverainement belle et touchante\nmême pour nos oreilles blasées. Parent joue le premier mouve-\nment adorablement. On a le sentiment de la perfection absolue :\nc'est simple, pur, limpide, d'une tonalité claire et douce, et d'une\ndivine sérénité. D'ailleurs d'un bout à l'autre les trois sonates\nfurent admirablement interprétées par M'1\" Dron et M. Parent.\nLe 17 mai, M. Louis Fournier donnait avec M. Armand Fertè une\nséance de sonates pour piano et violoncelle. J'aime beaucoup la\nsonorité de M. Fournier et j'apprécie ses qualités de musicien ; il\nfut excellent dans la sonate op. 69 de Beethoven. M. Fertémeplut\nbeaucoup moins. Pourquoi donc cette froideur dans une œuvre\nsi passionnée ? Le mouvement et l'agitation ne suppléent pas à\nl'émotion absente. Et puis pourquoi ces attaques si dures et\ndans les moments les plus calmes et les plus recueillis, par exemple\nYadagio cantabile, dont la première note, marquée piano, fut un\nvéritable coup de poing? Je ne pense pas que M. Diémer, qui as-\nsistait à la séance dans une avant-scène, donnât son approbation\na ces excentricités de style, pas plus que MUe Dron dans sa stalle\nd'orchestre.\nLe même soir, j'entendais la fin du récital de Mlle Julia Culp,"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.107", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1780, "texte": "chanteuse hollandaise de grande réputation, nouvelle venue à\nParis. J'arrivai pour le Brahms. Brahms m'ennuya cette fois ; je\nle trouvai trop sucré. Mlle Culp chante très bien ; elle chante trop\nbien ; cette perfection finit par agacer, tellement on la sent étudiée\ndans le menu détail ; rien n'est plus naturel, pas même le geste de\nla tête pour dire à l'accompagnateur qu'il peut commencer; cette\nraideur de poupée mécanique m'irrite, et je me sauve péniblement\nau milieu d'une foule d'Allemands en délire qui ne se lassent pas\nde rappeler.\nP. S. —Je n'ai pu que lire les programmes très intéressants de\nMme Roger-Micloset du Quatuor ceux du pianiste\nEdouard Bernard,celui de notre collègue le chanteur\ntelet, qui, m'a-t-on dit, conduit avec beaucoup de charme et d'in-\ntelligence une jolie voix, pas très forte, et chante le Schubert avec\ninfiniment de goût, et en allemand, celui enfin du si re-\nmarquable violoncelliste Hekkin qui a fait appel aux\nconcours excellents de MHe Boutet et de M.\nmann.\n\nPaul Landormy.\n\nHÉRAKLES DE HÆNDEL A LA SOCIÉTÉ G.-F. HÆNDEL\n\nLa jeune Société Hœndel a donné, le 25 mai, le dernier concert,\net le plus brillant, de sa première saison. Dans cette première\nannée, où elle a fait entendre nombre d'œuvres intéressantes du\nxviie et du XVIII* siècle (dont la plus importante, en dehors de\nHœndel, fut, à coup sûr, la cantate deßuxtehude:\nelle a eu l'heureuse idée de révéler au public parisien deux des chefs-\nd'œuvre de Hsendel les moins connus : le Psaume pour les enfants\nassistés\\ [Foundling. Anthem),\\inspiration touchante d'ungrand cœur\nplein de pitié, et Héraklès, un des sommets de l'art du\nxvme siècle, un des types les plus accomplis de ces grandes épopées\ndramatiquesauxquelles on aie tort d'appliquer lenom conventionnel"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.108", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2301, "texte": "d'oratorios. (Le titre exact de l'œuvre est : Hercules. A musical\nDrama.)\nCe « drame musical » s'inspire, pour le poème, des\nnes de Sophocle (i). Toute l'action est dominée par le Destin\ncaché, la Jalousie, envoyée par les dieux à Déjanire pour perdre\nle héros. Un chœur grandiose, au second acte, l'incarne, l'évoque,\net la maudit : « Jalousie ! Fléau de l'enfer ! » Ce chœur est tout\nun poème. Des phrases Beethoveniennes, des cris tragiques à la\nGluck, une montée sinistre des voix en canon, qui aboutit à un\nfortissimo en majeur, où s'étale la puissance du fléau ; puis une\nmorne fugue, où l'on erre, sans avancer, et, de nouveau, les grands\ncris qui reviennent, et les phrases Beethoveniennes. Le troi-\nsième acte, qui représente la mort et la transfiguration d'Hercule,\ns'ouvre par une Sinfonia, qui est un véritable prélude dramatique,\ndépeignant tour à tour la fureur d'Hercule et la grandeur triste\nde l'âme qui accepte le destin. Viennent ensuite les deux scènes les\nplus passionnées qui soient dans le drame musical, avant Gluck.\nD'abord la scène de la fureur d'Hercule. Elle se pose, en un réci-\ntatif, d'une façon romantique, puis prend les formes strictes d'un\nair classique, où la passion furieuse, comme canalisée, semble un\nfleuve resserré qui se rue. Ce sont de torrentueuses vocalises, qui\ncoulent, dévalent, balayent tout. Plus étonnante encore est la scène\ndu désespoir de Déjanire. Le récitatif, d'une vérité frémissante,\npasse par des alternatives d'abattement et de fureur ; il est souli-\ngné par un trait grondant d'orchestre, qui est une sorte de leit-\nmotiv, pendant toute la scène, et qui représente le cœur haletant,\nle sang tumultueux. Puis l'air, avec ses cris que l'orchestre\nrépète, ses phrases précipitées et cahotées, ses vocalises qui tour-\nnent sur elles-mêmes, et toujours ce trait de l'orchestre essoufflé\nqui se lance, pour venir se briser devant le vide. Cette fureur est\nsuivie d'un adagio morne, qui répète, avec une ténacité de mania-\nque, ses quatre notes de basse, indéfiniment. La fureur reprend,\nplus désordonnée encore. Encore une fois la phrase adagio, d'une\nexpression plus touchante. Encore une fois la fureur ; la voix\n\n(i) La traduction française, chantée àla Société Haendel, était de Mme Mau-\nrice Gallet."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.109", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2265, "texte": "monte, vers la fin, au summum du désespoir, avec des cris et des\nvocalises d'une passion forcenée. De telles scènes attestent, avec\nune grandeur souveraine, le génie dramatique de ce Haendel, si\nmal connu en France, où nos critiques continuent de le comparer\nà J.-S. Bach, avec qui il n'a presque aucun rapport, au lieu de voir\nen lui ce qu'il est réellement : le plus puissant chaînon entre\nCavalli et Gluck, le précurseur direct de Gluck et de Beethoven,\nqui, tous deux, l'ont reconnu.\nL'artiste chargée du rôle écrasant de Déjanire, Mme Povla\nFrisch, était jusqu'à ce jour à peu près inconnue à Paris. Dès les\npremières phrases, elle a conquis le public, par l'ardente expres-\nsion de son talent passionné. Elle a le sens de cet art Hsendelien,\nessentiellement dramatique, et qui exige, comme l'art de Gluck,\nmais avec une bien autre ampleur d'âme et (si j'ose dire) de\npoumons, deux qualités qui semblent contradictoires : une beauté\nde style tout antique et une fureur de passions romantique. Peut-\nêtre Mme Povla Frisch n'a-t-elle pas la voix d'airain que réclament\ncertaines vocalises enragées de son terrible rôle. Mais, dans les\npassages d'expression plus concentrée, elle a eu des accents\npathétiques et poignants qui ont remué le public. Mme Povla\nFrisch est appelée à se faire un nom, prochainement, dans nos\nconcerts parisiens.\nMme Maurice Gallet a chanté avec un style très intelligent le\nrôle émouvant d'lole, et M. Louis Frœlich, dont le vigoureux talent\nsemble gagner, chaque année, en puissance et en largeur de\nstyle, a eu une ovation méritée dans la scène de la fureur d Her-\ncule, et surtout dans l'air fameux, avec trompette, de la Fête\nd'Alexandre.\nLes chœurs sontencore un peu « jeunes », mais en grand progiès\nsur les concerts précédents. Ils ont chanté avec entrain le délicieux\nchœur de joie populaire qui termine le premier acte. Enrevanche,\nils ont quelque peu manqué de force et de précision dans le\nchœur de la Jalousie, qui m'a paru trop maigre, et que je vou-\ndrais soutenu par l'orgue. J'ai trouvé le chœur de lamentations du\ntroisième acte mené dans un mouvement trop rapide. G est un\npeu le défaut de M. Raugel. Je ne lelui reproche pas tiop. C est un\nheureux défaut, Félix culpal qui contraste avec la lenteur, la"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.110", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1302, "texte": "lourdeur, la torpeur de la plupart des Kapellmeister qui dirigent\nde la musique ancienne ; et certes, on est plus près de l'esprit\nvivant de Hasndel, en péchant par vivacité française, que par\nflegme britannique. Toutefois, pour l'énergie de l'accent, il faudra\nun peu refréner, par moments, cette impétuosité juvénile.\nAu même concert, M. Eugène Borrel a fort bien joué la\nen ré majeur de Hasndel, accompagné par M. Ermend Bonnal,\nqui a fait entendre sur l'orgue une suite, assez insipide, du bon\npère Martini, et une can\\ona de J.-C. Kerl. L'Hallelujah de YOcca-\nsional Oratorio, un très beau psaume de Sweelinck, une ville\naux cent tours carillonnantes, et le poétique de\nCorelli, la nottedi Natale {qui fut, certainement, le modèle de\nbien des pages instrumentales de Hasndel), complétaient le pro-\ngramme de la soirée.\nL'intelligence et l'entrain avec lesquels M. Borrel et M. Raugel\nont mené cette première saison de concerts, un peu impro-\nvisés, font beaucoup espérer de l'avenir de la nouvelle Société.\nElle a pour elle sa jeunesse même, cette flamme, cette joyeuse\nardeur dont on sent ses chefs pénétrés, et qui s'accordent bien avec\nl'art si sain et si spontané de Hasndel. Elle peut compter que\nnotre sympathie ne lui manquera point.\n\nRomain Rolland."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-06-15-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-06-15_01#c037", "volume": "bmtnabh_1909-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 75, "image_fin": 86, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.2.11.2", "titre_corps": "CHRONIQUE", "titre_sommaire": "CHRONIQUE", "signature_source": "L. L", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.75", "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1411, "texte": "CHRONIQUE\n\nLA SAISON RUSSE. La Flûte ench M. PAUL DUPIN.\nM. PAUL LE FLEM.\nL'événement le plus éclatant et le plus célébré du mois écoulé\nfut la saison russe, troisième du nom, organisée au Châtelet par\nles soins de M. Diaghilev, qui s'est fait l'imprésario de ces tour-\nnées, et reçut, cette année encore, un utile secours de M. Calvo-\ncoressi, son zélé secrétaire ; la puissante maison Astruc s'était\nchargée de lancer l'affaire et de placer les billets, payants et de\nfaveur, au mieux des communs intérêts.\nFaire une saison russe, c'est bientôt dit, et sans doute, pour un\ncertain public, peu enclin à l'économie, le même qui circule,\nempanaché et polyglotte, dans les Hermant,\nle nom de quelques interprètes suffit. Ce public étant justement\ncelui de Saint-Pétersbourg, M. Diaghilev en connaît excellem-\nment les exigences : s'étant assuré le concours de M. Chaliapine et\nde Mme Pavlova, il put se croire quitte avec lui. Mais il existe à\nParis une redoutable faction d'artistes, d'amateurs, de raisonneurs\net de parleurs, qui, sans éblouir par le luxe de leurs autos ou\nles feux de leurs pierreries, sont les maîtres de l'opinion ; le\npremier émoi passé, après les grandes premières, simples céré-\nmonies mondaines où une certaine qualité de noblesse oblige de se\nmontrer, ces spectateurs plus modestes, qui détiennent l'épargne\nde la pensée française, font leur entrée à leur tour ; différents des"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.76", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2328, "texte": "premiers en ce qu'ils regardent le spectacle et écoutent la\nmusique, ils apprécient, non certes en toute impartialité, ni en\ntoute clairvoyance : pour être plus instruits, ils ne sont pas plus\nintelligents que les autres, ni même plus sincères. Cependant, de\ntoutes leurs erreurs, exagérations et injustices mêlées, il se forme\nun goût moyen, qu'on peut appeler le jugement de Paris. Et ce\ngoût s'impose, par la suite, même à ceux qui, avant qu'il eût\nprononcé, se pâmaient ou se révoltaient de confiance. La prin-\ncesse Mimi et toute la famille Arequipa avaient, j'en suis sûr,\nretenu des loges pour la saison italienne et pour la\nFaust, mise en pièce et en pièces par M. Gunsbourg : ils n'ose-\nraient y retourner aujourd'hui, et se croiront bientôt tenus\nd'honorer de leur présence Pelléas,qu'ils ignorent, et ignoreront\ntoujours.\nJe connais personnellement MM. Diaghilev et Astruc, qui sont\nde fort bonne compagnie ; ils me font toujours gentille risette\nlorsqu'ils m'aperçoivent et me reconnaissent. Je crois cependant\nque s'ils pouvaient m'envoyer en Sibérie ou aux cinq cent mille\ndiables, moi et mes pareils, ils le feraient de bonne grâce. Quels\nterribles gêneurs nous sommes, nous qui voulons des œuvres\nintéressantes, des accords nouveaux, des mélodies caractérisées,\ndes effets d'orchestre, du dessin, de la couleur, du mouvement, de\nla vérité, de l'invention, de l'émotion, de l'intelligence, en un\nmot, du génie! Comme si le génie était une denrée si courante,\net d'un placement facile ! Ah ! les maudits pédants ! Moi-même,\nparfois, j'enrage d'en être, et j'envie tel aristocratique innocent,\ndont le visage rayonne d'un saint enthousiasme au seul nom de\nLitvinne ou de Caruso. Combien la vie serait simple, si on ne\ncherchait jamais à comprendre !\nMais on n'a pas encore trouvé le moyen de se débarrasser de\nnous, ni de nous enlever cette funeste manie d'analyse. Force fut\nbien de compter avec ce goût dont nous sommes les oracles et les\nsibylles. M. Diaghilev s'en fût dispensé peut-être, mais M. Calvo-\ncoressi, qui, pour son malheur, est des nôtres, l'avertit; M. Astruc,\ninstruit par l'expérience, n'y contredit pas, et quelques représen-\ntants de la civilisation française, appelés en témoignage, opinèrent\navec ensemble qu'il fallait donner quelque chose dont on n'eût"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.77", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2306, "texte": "pas encore l'idée à Paris. L'embarras devenait grand, car un\ndestin ironique veut que la plus chère ambition des musiciens\nrusses soit pour l'instant de ressembler à n'importe quel élève de\nBrahms, ou de M. Lenepveu, ce qui revient presque au même. En\noutre, on avait la mauvaise chance de venir après\ndont le souvenir ne s'abolira pas de longtemps parmi nous :\naucune œuvre de la musique russe, ancienne ou contemporaine,\nne peut même risquer la comparaison avec ce drame où l'émotion\ndevient si douce par sa force même. Tout au plus pouvait-on\nsonger au second opéra de Moussorgski, la Khovanchtchina, qui,\nsans atteindre à une aussi simple grandeur, est tragique jusqu'aux\nlimites extrêmes de notre sensibilité. Je ne sais pourquoi on a\npréféré la Pskovitaine de Rimski-Korsakov. A-t-on voulu ménager\nnos nerfs, qu'on croit malades, et à qui l'on épargnait aussi, bien\nmal à propos, l'un des plus rudes tableaux de\ncelui de l'Auberge, Tan passé ? Il faut dire qu'en ce cas on a plei-\nnement réussi, car le drame de Meï, même avec la musique dont\nun compositeur de talent l'a décoré, ne donnera pas le moindre\ntrouble aux personnes les plus sentimentales ! C'est un drame\nhistorique selon la formule de Walter Scott, d'Alexandre Dumas\npère, de Sardou et de Michel Zévaco : une intrigue romanesque,\nenchevêtrée à des événements et des tableaux d'histoire qui ne lui\nsont de rien. Ivan le Terrible n'y apparaît que pour se mettre en\ncolère sans sujet et sans effet, reconnaître une enfant qu'il eut jadis\net s'attendrir de son innocence : c'est le tyran qui se trouve une\nâme de père, selon la psychologie d'antithèse qui fut chère à nos\nromantiques. Cette fille est tuée, par hasard, d'une balle perdue.\nIvan le Terrible pleure, et le rideau tombe. C'est tout. Il est clair\nque ce n'était pas assez.\nC'est alors que M. Diaghilev eut une idée de génie. Puisque\ndécidément la musique russe, après n'avait rien\nqui pût nous surprendre, on nous donnerait de la danse. Et il fut\ndécidé que sur trois représentations, deux seraient consacrées au\nballet russe, fort différent du nôtre, et dont par avance on nous\ncontait merveilles. Mais une nouvelle difficulté surgissait ici : les\nballets les plus en faveur auprès du public russe,\nCygnes ou la Belle au bois dormant, sont signés d'un nom que le"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.78", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2397, "texte": "goût français abhorre: celui de Tchaïkovski. C'est là un préjugé\npeu fondé, car si Tchaïkovski n'atteint pas toujours l'originalité,\ndu moins a-t-il ce mérite de ne la chercher jamais ;eton ne peut\nlui refuser les dons du musicien. Mais il est immoral, aujourd'hui,\nen France, d'aller entendre Tchaïkovski. En son lieu et place, on\nnous a donné le Pavillon d'Armide,de Tchérépnine, et nous avons\nété bien punis, car la seule circonstance atténuante qu'on puisse\ninvoquer en faveur d'une musique aussi insignifiante, c'est\nqu'après cinq minutes on ne l'entend plus. On joignit à cela les\ndanses orientales du Prince Igory de Borodine, et plusieurs macé-\ndoines de danses variées, l'une faite avec des morceaux de Chopin,\nune autre composée de danses nationales, orchestrées par divers\nauteurs. Enfin on adjoignit au tout, pour la bonne mesure, un\nacte de Rousslan et Ludmilla, de Glinka, déjà entendu aux con-\ncerts russes, voilà deux ans.\nTout alla pour le mieux, c'est-à-dire que parmi des difficultés\nsans nombre et sans cesse renaissantes, on finit par aboutir àun\nrésultat approximatif : tel est le sort ordinaire d'une aussi vaste\nentreprise. La mort du grand-duc Vladimir détermina la Cour à\ns'abstenir de tout encouragement moral ou matériel. Les décors\nfurent refusés par la direction des théâtres impériaux ;il fallut\nles reconstituer, tant bien que mal, et l'un des auteurs, M. Golo-\nvine, s'est montré, paraît-il, fort mécontent d'une réalisation\nimparfaite. M. Tchérépnine, parent du peintre Alexandre Benois,\nqui fut son collaborateur pour le fut investi\ndes fonctions de chef d'orchestre et n'y montra guère d'autorité.\nEnfin les artistes, comme en tout pays, sont sujets en Russie à\ndes crises de susceptibilité, à des accès de rage, à des bouderies\nd enfants gâtés, qui préservent leurs directeurs des risques d'un\nembonpoint exagéré. Les autorités responsables de l'ordre faisaient\npeine à voir, allant de l'un à l'autre, encourageant celui-ci, calmant\ncelui-là, cherchant surtout, et demandant à tous les échos des\nacteurs dont le voyage à Paris semble avoir développé le goût pour\nla promenade. L'excellent régisseur, M. Alexandre Sanine, avait\ntrouvé moyen, pour sa part, de ne pas maigrir, mais une amère\nrésignation se lisait sur ses traits, lorsqu'il manquait, à l'avant-\ndernière répétition, deux ou trois des personnages principaux."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.79", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2296, "texte": "« Continuez, de grâce, criait-il à l'orchestre. Ce sont des que-\nrelles de famille. Ne nous en occupons pas. Nous montrons à\nl'Occident quel est notre désordre ! »\nou nas besporiadok.) M. Avranek, impassible et un peu voûté par\nune longue attention, soufflait un rauque murmure que MUe Lip-\nkovska transmuait en cristal limpide. Et il faisait aussi partir les\nchœurs avec une force et une union admirables : il faut dire que\nc'étaient les chœurs de Moscou, bien supérieurs à ceux de Saint-\nPétersbourg.\nTant de peines eurent leur récompense : et bien qu'aux rappels\ndu public M. Tchérépnine soit venu en scène avec une complai-\nsance inépuisable, c'est à MM. Avranek et Sanine que nous devons\ntout ce que ces représentations nous ont offert d'accompli et\nd'exemplaire : la mise en scène et les chœurs. On se souviendra\nlongtemps, ici, de la grâce assourdie dont fut enveloppé, dans le\nPrince Igor,le premier air des danses chantées, et de la rudesse\nvoulue des voix mâles, par la suite, et encore, au deuxième ta-\nbleau de la Pskovitaine,de ce chant de liberté, entonné par un\nmeneur et repris par tous avec un éclat et un ensemble où l'on\nsentait à la fois l'ardeur de la lutte et cette joie du chant, si étran-\ngère à nos tristes choristes. Il est vrai qu'il faut faire la part de\ncirconstances exceptionnelles : après un précédent voyage, on de-\nmandait à un choriste de Saint-Pétersbourg ou de Moscou pour-\nquoi il avait perdu tout l'entrain dont il faisait preuve à Paris,\net il aurait répondu : « Si vous croyez que pour trois roubles par\njour nous allons nous user le tempérament ! » Dans ce cas, la le-\nçon serait aussi bonne pour les Russes que pour nous : il faudrait\nobtenir de nos artistes qu'ils fassent les mêmes efforts en leur\npays qu'à l'étranger. Et c'est là, par malheur, une question éco-\nnomique, donc insoluble.\nQuant aux mouvements des personnages en scène, et surtout\ndes foules, ils ont été merveilleux d'animation et de justesse,\ncomme l'an passé, et peut-être plus précis encore : le tumulte\npesant d'une horde mongole, dans le Prince Igor, et, dans la\nPskovitaine, les jeux interrompus des jeunes filles, les remous\nd'une assemblée populaire, surtout le mortel effroi à l'approche du\ntsar sanguinaire, et cette précipitation de tous à terre, cette pros-"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.80", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2444, "texte": "tration épouvantée devant les cavaliers sauvages : voilà des ta-\nbleaux qui par eux seuls, sans le secours ni de paroles ni de chants,\nsont de l'effet le plus tragique. Et M. Sanine, qui passait une\nnuit à faire répéter les figurants improvisés, leur expliquant avec\nune forte et familière éloquence, en russe, puis en français, les\nscènes auxquelles ils devaient prendre part, est certainement le\nplus habile et le plus artistique metteur en scène que nous ayons\nvu jusqu'ici. Sans doute nous avons l'Opéra-Comique, et je n'en\nveux point médire ; mais nos raffinements, si ingénieux soient-ils,\nne sont pas toujours exempts de virtuosité superflue :on s'amuse\naux détails, au lieu que dans le théâtre russe tout se subordonne\nà l'impression d'ensemble, et la curiosité fait place à l'émotion.\nIl en est de même pour les décors, autant du moins qu'on en\npeut juger par les copies sommaires qui nous en ont été données :\nsi l'on corrige par la pensée certaines fautes de perspective et sur-\ntout d'éclairage, on reconnaît que chacun d'eux est fait pour lais-\nser le champ libre à l'action, tout en lui donnant un cadre har-\nmonieux et significatif. Le principe est de ne jamais sacrifier àla\nvanité de l'exactitude matérielle, et de réduire la composition à\nquelques traits frappants : une arcade surbaissée, l'abside d'une\néglise, voilà déjà évoquée la place de l'antique cité russe où le\npeuple va s'assembler ; une draperie rouge forme à elle seule le\nfond de la tente impériale, et la nuance est calculée pour relier\nentre elles la robe plus sombre d'lvan et le costume écarlate, en\ndeux tons, de la jeune Pskovitaine. Ce sont des tableaux qu'on\nnous met sous les yeux, non des panoramas. La différence est\ngrande, et nos décorateurs feront bien d'y songer.\nC'est dans la Pskovitaine qu'est le mieux apparue l'entente, ou\npour mieux dire l'unité du décor et de la mise en scène. Les bal-\nlets ont bénéficié, semble-t-il, d'un moindre soin. Dans le\nIgor, la toile de fond manquait de toute perspective, et n'était\npas éclairée. Dans le Pavillon (VArmle bariolage des costumes\nn'était pas toujours heureux ; des bleus et des rouges vifs voisi-\nnaient avec des jaunes et des roses bien fades. Les danses elles-\nmêmes étaient d'un intérêt fort inégal : certaines ressemblent\nbeaucoup trop à celles de notre Opéra, et telle étoile de la troupe,\nM\"® Karalli par exemple, ne brillerait ici que d'un pâle éclat."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.81", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1751, "texte": "Mais le nombre et le talent des danseurs est un grand avantage ;\nchez nous la danse est devenue si frivole, qu'on sourit d'un dan-\nseur, ou on en rougit. Cependant il y a eu des danses nobles,\nguerrières, sauvages, et même des danses\namoureuses qui ne s'atténuaient pas d'un\nlouche travesti. Ce sont elles que le ballet\nrusse, moins vieilli que le nôtre, a gardées ;\nnous n'avons rien qui ressemble aux pas\nguerriers du Prince Igor, ni aux entrées\nde bouffons et de démons du Pavillon\nd'Armide, ni à quelques-unes des danses\nnationales qu'on nous a montrées pour\nfinir, encore qu'on ait bien édulcoré le\nHopak et la Le\\ghinka. Et le corps humain\nse divinise autant par l'allégresse vigou-\nreuse de M. Nijinski que par la légèreté\npudique de notre Zambelli ; on peut même\ndire que l'admiration est ici plus pure,\nl'idée même du désir lui étant étrangère.\nJe n'ai pas encore parlé de la musique.\nCelle du Prince Igor témoigne de la plus\nsincère émotion, mais le style en est fort\nmélangé : un peu trop d'ltalie s'y marie à\nl'Orient. Le premier acte de\nLudmilla ne sera entendu que dans la\ntroisième série, qui n'est pas commencée\nà l'heure où j'écris ; mais nous en connais-\nsons l'agréable abondance, la clarté et la\nbeauté. La Pskovitaineest probablement\nle meilleur opéra de Rimski-Korsakov :\nterminé en 1871, il appartient à une époque où l'exemple de\nMoussorgski, alors occupé de Bori pouvait enhardir\nson ami et le préserver de certaines défaillances où il s'abandonna\nplus tard. De fait, la musique est sérieuse, surveillée, serrée, et\nrévèle un louable souci de vérité et de couleur ; l'orchestre est par-\ntout admirable, de sonorité neuve et hardie ; même les cloches\ndu tocsin sont beaucoup mieux rendues que celles de Boris Go-"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.82", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2365, "texte": "dounov, et cependant beaucoup moins émouvantes : c'est la fac-\nture qu'on admire ; il vaudrait mieux qu'on n'en eût pas la pensée.\nLes mélodies sont souvent empruntées au chant populaire, mais\npar malheur affublées de paroles d'opéra. On entend bêler, sur\nune gracieuse chanson : «Je t'aime à perdre la raison IJe t'aime\nplus que la vie ! » (Lioubliou tebia be\\ ouma ! Lioubliou tebia boVche\nji\\nia.) Par ces mots, et par les gestes appropriés, tout le charme\nest rompu.\nC'est dans la Pskovitaine que nous avons revu Chaliapine. Le\nrôle d'lvan est de ceux qu'il préfère, et il montre en effet une admi-\nrable tête de tyran colérique, hagard, à demi fou. Mais le person-\nnage est trop pauvre pour qu'il puisse arriver à le rendre intéres-\nsant. Malgré de beaux accès de fureur et des rires sardoniques dont\npeut-être il abuse, on n'a pas peur; malgré des mains qui friction-\nnent fiévreusement le trouble de sa conscience en sa poitrine, mal-\ngré le désespoir qui le fait ramper jusqu'au corps de sa fille, on\nn'est pas touché. Combien le rôle de Boris convenait davantage\nà cette nature généreuse et à cette voix dont la force contenue,\nrecueillie, tendre et grave, nous avait tant émus ! Nous n'avons\nretrouvé le souvenir de ces accents que dans la scène où le tyran\nmédite sur la mission qu'il s'attribue et lit un vieux texte sacré;\nalors une austère mélancolie est en lui, que l'artiste a rendue\ncomme seul il le pouvait faire : pieusement.\nLes autres interprètes ne se sont pas montrés indignes de cet\nillustre voisinage : M. Smirnov est un ténor charmeur; M.Damaev\nun ténorvigoureux ; nous sommes également démunis de l'une et\nde 1 autre espèce. Mlle Lipkovska a dans sa voix comme dans sa\npersonne une provocante ingénuité qui se fût mieux accommodée,\npeut-être, d'un rôle plus moderne et moins innocent.\nTout compte fait, nous devons, cette année encore, de la recon-\nnaissance à M. Diaghilev pour nous avoir donné, sinon les\nauthentiques spectacles de son pays, du moins une copie soignée, et\ndont certaines parties sont excellentes. Mais si l'on veut faire de\nces saisons russes une institution régulière, il faudra songer àen\nrenouveler le répertoire, et les jeunes compositeurs de là-bas feront\nbien d écouter les remontrances amicales que leur adresse\nM. Calvocoressi, dans un article modéré, mais très ferme, du"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.83", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2199, "texte": "Mercure de France : il faut qu'ils se mettent sérieusement au\ntravail, afin de fournir des œuvres d'un caractère plus personnel,\ndignes de nous être montrées ; sans quoi, les expositions de mu-\nsique russe à l'étranger, forcées de garderie caractère rétrospectif,\nn'intéresseront plus bientôt que les historiens.\nLa Flûte enchantée,sur ces entrefaites, nous aété rendue : musi-\nque de lumière, à la grâce immortelle, jeux d'un enfant divin...\nJe laisse àM. Servières la joie d'en parler , plus longuement, et je\nveux signaler à l'attention des amateurs deux musiciens de qui on\npeut beaucoup attendre. L'un est M. Paul Dupin, dont la triste et\nbelle histoire a été narrée ici même avec tant d'émotion par\nM. Romain Rolland : les quatuors à cordes qu'il vient d'écrire sur\nJean Christophe et que M. Parent a adoptés sont, à mon sens, bien\nsupérieurs au recueil pour piano précédemment paru. Le style\nnaturel de l'auteur paraît être'jla polyphonie. Et c'est àla musique\npure, non sans émotion, certes, ni sans point de départ dans la\nvie, mais sans programme, sans histoire et sans anecdote, qu'il me\nsemble destiné : Y Aubade, qui n'obéit qu'à la logique de la mu-\nsique, est un morceau bien plus achevé que les deux récits sur la\nmort de l'oncle Gottfried, où d'ailleurs on trouve des endroits fort\némouvants, mais aussi de l'embarras et des longueurs. Ici, rien\nn'est de trop, et tout est en place.\nM. Paul Le Flem est un élève de la Schola, et son exemple fait\nhonneur à l'esprit libéral de la maison où il fut instruit. Car il\nn'est pas de musique plus moderne d'accent, je veux dire plus\nlibre en son harmonie, plus éprise de sonorité, et plus attentive à\nsuivre les nuances du sentiment, que celle qu'il vient d'écrire sur\nle délicieux roman du moyen âge, Aucassin et Nicolette. C'est chez\nM. Pierre Aubry que cet ouvrage nous a été donné avec une\nillustration d'ombres très soignées, dont M. Dorival était l'auteur ;\net ce fut. un spectacle des plus délicats. M. Le Flem est Breton; il\ntient de sa race une sincérité d'émotion et un penchant au rêve\ndont témoignent aussi les compositions d'un de ses compatriotes,\nM. JeanCras. J'espère de lui une musique poétique et légendaire"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.84", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2140, "texte": "en faveur de quoi je suis prêt à le dispenser de toute symphonie.\nLa soirée de M. Aubry s'est prolongée si tard, que j'entrais dans\nles salons de M. Reinach juste à temps pour recueillir le crépite-\nment des mains entrechoquées en signe de reconnaissance à\nMme Landowska, dont le grand succès est pour nous une joie: car\nil est un hommage à la bonne musique du passé, bien comprise.\nLouis LALOY.\nP. S. — Le troisième spectacle de la Saison russe nous permettra\ndes adieux sans regrets. Un acte de d'abord :\nc'est le premier, choisi sans doute pour ce double motif que nous\nle connaissions déjà, et qu'il n'a aucun mouvement dramatique.\nAu concert, où il nous fut donné voilà deux ans, la musique en\nparaissait abondante, brillante, chaleureuse. A la scène, rien de\nplus froid ni de plus faux que ces romances successives, toutes\nterminées par des cadences où l'orchestre a l'air d'éternuer, ces\nvocalises insipides où M1Ie Lipkovska fait reluire une voix de por-\ncelaine, ces ensembles où chacun vocifère sans que nul semble l'en-\ntendre ; un seul endroit a de l'émotion : c'est le chœur d'effroi,\naprès le coup de tonnerre et les ténèbres. Tout le reste n'est\ndédié qu'à des virtuoses du chant, affublés, je le veux bien, de cos-\ntumes russes. Mais le costume ne fait pas le caractère, même en\nRussie.\nNous avons eu ensuite la douleur d'entendre du Chopin, orches-\ntré avec une insigne platitude par MM. Sokolov, Tanéiev, Liadov,\nStravinski, et même Glazounov. Et, sur ce nocturne, ces valses,\nces mazurkas et ces préludes, des pointes, encore des pointes, des\njetés et des entrechats. Nos music-halls ont plus de goût et d'in-\nvention. Mme Pavlova, qui était d'avance recommandée à notre\nenthousiasme, a un bon métier, mais n'a pas de talent : rien de\nplus tendu, de plus ingrat, de plus forcé que sa danse. Au con-\ntraire, MmeKarsavina et M,IeBaldina, l'une mutine et l'autre rêveuse,\nsavent donner un caractère à chacun de leurs pas, et M. Nijinski\nest toujours admirable.\nEnfin Cléopatre, autre ballet fait avec des morceaux choisis de\nTanéiev, Rimski, Glinka, Glazounov et Moussorgski, rapetassés"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.85", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1625, "texte": "par M. Arenski, musicien-savetier, et mis le long d'un scénario\nplus absurde que tout ce qu'on peut imaginer : on y voit Cléo-\npâtre, frappée d'amour sous la forme d'une flèche, accorder à son\nadorateur une nuit d'ivresse qu'ils passent à regarder danser.\nAprès quoi, le jeune homme\nmeurt, la scène se vide, une\ndanseuse oubliée fait des gestes\nde deuil, et le rideau tombe ;\ndes cris hystériques s'élèvent :\n« Pavlova ! Pavlova ! » Les\nFrançais se demandent ce qui\narrive ; les Russes sourient : ce\nsont là des accidents ordinaires,\ndans le délire qui chez eux suc-\ncède, de confiance, à toute repré-\nsentation théâtrale ; et l'on me\ncite le mot d'un directeur de\nSaint-Pétersbourg, qui, malgré\nle rideau tombé et l'obscurité de\nla salle, n'arrivait pas à faire\nsortir quelques énergumènes :\n« Maintenant il n'y a plus qu'à\nchercher le docteur ! »\nCe qui vaut le mieux, en ce\nballet , c'est la musique de\nRimski-Korsakov, forte et fraî-\nche, celle de Moussorgski, orien-\nTale par le sentiment plutôt que par le détail pittoresque (ce sont\nles danses persanes de la Khopanchtchina), et une fougueuse\nbacchanale de Glazounov. C'est cette même bacchanale qui est de\nbeaucoup la meilleure des danses : Nymphes, Bacchantes et\nSilènes grotesques y tournoient et s'y poursuivent avec des mou-\nvements libres, qui rendent un éclatant hommage à Isadora Dun-\ncan. Et la salle fut unanime, cette fois, en ses acclamations, tant\nle sentiment de la grâce païenne s'est aujourd'hui répandu. Mais\nl'Opéra-Comique nous a souvent offert des spectacles de ce genre,\navec plus de recherche, cependant, moins de verve, et sans ce"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.86", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 838, "texte": "savoureux mélange de délicatesse et de difformité. Par là le goût\nrusse est bien différent du nôtre, et peut lui donner d'utiles\nconseils.\nMme Pavlova s'est montrée ici plus sèche encore et n'a eu de bon\nqu'une danse méchante, où elle imitait les menaces obliques du\nserpent. M. Nijinski s'est surpassé dans la grâce parfaite de ses\nélans hardis et de ses équilibres imprévus. Mme Karsavina est\ntoujours charmante. Quant à Cléopâtre, c'était Mme Ida Rubins-\ntein, « femme du monde » qui, dit-on, sut montrer qu'elle voulait\nà tout prix exhiber à quelques milliers de personnes un corps dont\nelle semble fort en peine.\nQuant à l'orchestre, animé sous la baguette de M. Cooper, pour\nRousslan, il est redevenu, pour les danses, d'une lourdeur stupide\ndont tout l'honneur revient à M. Tchérépnine.\n\nL. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-06-15-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-06-15_01#c038", "volume": "bmtnabh_1909-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 81, "image_fin": 81, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.2.11.2.1", "titre_corps": "M. Nijinski.", "titre_sommaire": "M. 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Paul FERRIER ET Al. BISSON\n\nPuisque M. Laloy a eu la gracieuseté de me céder la plume pour\nrendre compte de la reprise de l'œuvre de Mozart à l'Opéra-Comi-\nque, j'en profiterai pour expliquer le livret de Schickaneder, si mal\nconnu en France, et dire de l'interprétation actuelle ce que j'en\npense.\nSi j'ai revendiqué la faveur qui m'est accordée, c'est uniquement\nparce que je suis de ceux qui ont pu voir/a à l'Opéra-\nComique à la reprise solennelle de 1879. L'avouer me fera passer\npourun ancêtre. Je ne suis pas assez âgé cependant pour avoir assisté\naux représentations du Théâtre-Lyrique en 1865. La partition de\nMozart était chantée à cette époque par MIIa Nilsson, qui fit sa ré-\nputation de vocaliste dans le rôle de la Reine de la Nuit, par\nMme Carvalho, alors dans tout l'éclat de son talent (Pamina); Ugalde\n(Papagena) , Depassio faisait le Grand-Prêtre ; le ténor Alichot, Tu-\nmino , le baryton Troy, Papageno, et Lutz Monostatos.\nLa traduction était de Nuitter et Beaumont ; c'est celle qui a\nservi lors des reprises de 1879 et de 1892. Elle substitue une his-\ntoire assez saugrenue à l'affabulation originale. Comme toutes les\nversions adoptées par Carvalho, elle comporte des suppressions et\ndes interpolations dans la série des morceaux. Mais l'authentique\nZauberffôte n a jamais été jouée en France que par la troupe alle-\nmande de Rockel, qui vint en donner des représentations aux Ita-\nliens en 1829, car l'adaptation fabriquée en 1801 pour l'Opéra sous\nce titre, les Mystères d'lsis, consistait en un monstrueux traves-\ntissement dont s'était rendu coupable unmusicienallemandnommé\nLachnith, que Berlioz a durement stigmatisé dans ses\net dans son feuilleton des Débats du ler mai 1836 (1).\nIl était donc bien entendu cette fois-ci que ce serait la vraie\nFlûte enchantée de Mozart et de Schickaneder qui nous serait révé-\n\n(i) Reproduit dans les Musiciens et un vol. in-18, Paris, Cal-\nmann-Lévy.\n6"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.88", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2389, "texte": "lée par les soins de M. Carré. Cependant, quand les noms des\ntraducteurs nouveaux furent publiés par les journaux, je fus pris\nde défiance ; qu'allait-il sortir de la collaboration d'un célèbre\nfabricant d'opérettes et de féeries et d'un illustre vaudevilliste?\nIl est convenu pour tout le monde, pensai-je, que le livret de Schi-\nckaneder est d'une niaiserie et d'une obscurité sans nom : ils vont\nentreprendre de le corriger...Dans nos théâtres, chacun, même le\ngarçon d'accessoires, a plus d'esprit que l'auteur, surtout si celui-ci\nest étranger !\nJe ne puis, sans abuser de l'hospitalité qui m'est offerte en ce\nrecueil, raconter ici en détail l'élucubration philosophico-dramati-\nque imaginée par un imprésario que Mozart, par bonté de cœur,\nsauva de la faillite, en 1791. Ce serait infiniment trop long. Aussi\npasserai-je sous silence les scènes qui s'expliquent d'elles-mêmes à\nla représentation et qu'a respectées la traduction nouvelle, pour\nn'insister que sur les passages qu'elle a abrégés ou altérés.\nEt d'abord il y a dans le premier dialogue entre Tamino et Papa-\ngeno, tel que l'ont écrit M. Ferrier et Bisson, une histoire des diffé-\nrends du soleil et de la lune, renouvelée des dissentiments d'Obé-\nron et de Titania, qui est entièrement de leur invention. Dans le\ntexte original, Papageno se borne à dire qu'il ignore quel fut son\npère et que sa mère qu'il n'a pas connue a été au service de la\nReine de la Nuit ; que lui-même fournit chaque jour à celle-ci les\noiseaux capturés par son adresse et qu'il est nourri des aliments\nqu'elle lui envoie par ses jeunes filles. Tamino demande s'il est\npossible de voir cette Reine. Papageno répond que nul mortel ne\nl'a contemplée. Comme Tamino, intrigué par le plumage de\n1 homme-oiseau, craint d'avoir affaire à un esprit, Papageno lui\naffirme qu'il dispose d'une force de géant et lui laisse croire que\nc'est lui qui a tué le serpent devant lequel nous avons vu s'enfuir\nTamino, désarmé.\nDe ce mensonge il est puni, au retour des trois Dames qui,\nde leurs javelots d'argent, avaient occis le monstre, car il reçoit\nd'elles, au lieu de vin et d'eau claire, en guise de massepainun cail-\nlou. En manière de dessert, une serrure d'or lui clora la bouche,\nafin qu'il ne puisse plus tromper les étrangers et s'attribuer les\nexploits d'autrui. Au troisième tableau, il lui est fait grâce : une"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.89", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2264, "texte": "des Dames lui délie les lèvres et lui rend la parole (dont il usera et\nabusera pour amuser le public des facéties de Schickaneder com-\nplété par Bisson, tout au long de la pièce)... Qu'il parle, soit,\nmais'sans mentir ! Papageno le promet. « Que la serrure soit ta sau-\nvegarde I Si tous les trompeurs avaient une telle serrure devant la\nbouche, l'amour et la fraternité remplaceraient la haine, la jalou-\nsie, la calomnie. » L'une des Dames donne à Tamino une flûte d'or\nqui le protégera dans le danger. Par ses sons, il « changera les\ndispositions des autres hommes, rendra joyeux les affligés, affec-\ntueux ceux qui haïssent. » A Papageno, pour le décidera accompa-\ngner Tamino, que la Reine de Nuit envoie à la recherche de sa\nfille (i), séquestrée par le ravisseur Sarastro, elles remettent aussi\nun talisman. C'est une clochette d'argent. (Pourquoi M. Fugère\nbrandit-il un sistre doré ?) En outre, ils auront pour guides et\nconseillers trois beaux jeunes gens purs et sages.\nJe passe les scènes où l'on voit Pamina harcelée par le luxurieux\nnègre Monostatos et où elle reçoit la visite de Papageno, pour ar-\nriver au tableau capital, au point de vue du sens symbolique de\nl'ouvrage.\nLe théâtre représente trois temples au milieu d'un bosquet.\nCelui du milieu, le plus grand, porte l'inscription :\nSagesse ; sur celui de droite, on lit : ; sur celui de\ngauche : Templede la Nature. Les trois jeunes gens, avec des palmes\nargentées à la main, conduisent Tamino et lui conseillent d'être\n« ferme, patient, silencieux ». Tamino reste seul. Il observe que\nc'est ici le séjour « de la sagesse, du travail et des arts. Où règne\nl'activité, le vice n'érige pas sa domination ». Il tente de pénétrer\ndans les temples, afin de délivrer Pamina. A droite et à gauche des\nvoix lui crient : Arrière ! Il va vers la porte du milieu. Un prêtre\nen blanc paraît sur le seuil.\n« Que cherches-tu ? lui demande-t-il.\nA acquérir l'amour et la vertu.\n«Ta paroleest sensée, mais comment veux-tu les conquérir,puisque\n\n(i) Dans la version Nuitter Beaumont, la Reine de la Nuit aimait Tamino ;\nelle en avait obteau un serment de fidélité dont il ne pouvait se délier qu'en\nse faisant initier aux mystères d'lsis. Elle se trouvait être donc la rivale\nde sa fille Pamina."}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.90", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2098, "texte": "ni l'un ni l'autre ne t'ont conduit et que tu arrives enflammé par des\ndésirs de mort et de vengeance ? »\nTamino ne hait qu'un scélérat.\n«Tune le trouveras pas ici. Sarastro y règne bien, mais ce n'est\npas un scélérat ! »\nDe qui tient-il cette opinion ? Une femme l'a renseigné. Mais\nfaut-il croire à ce que débite une langue de femme ? Sommé\nde lui dévoiler la vérité, le prêtre répond qu'il n'en a pas le pou-\nvoir.\n« Quand l'énigme sera-t-elle éclaircie ?\n« Aussitôt que la main de l'amitié t'aura conduit dans le sanctuaire,\npour l'éternelle union ! » dit le prêtre, puis il disparaît.\nDans la scène finale du premier acte, après que Pamina a con-\nfessé que si elle a voulu s'enfuir, c'était pour échaper à la lubricité\ndu Maure, Sarastro lui répond : « Je sais que tu enaimesun autre.\nJe ne veux pas te contraindre à l'amour. Mais je ne te rends pas la\nliberté. » Elle demande la faveur de retourner près de sa mère.\nIl la lui refuse. « Un homme, dit Sarastro,, doit conduire vos\ncœurs ; sans quoi la femme a coutume de sortir de son cercle d'in-\nfluence. » Puis Monostatos, ayant amené au grand-prêtre Tamino\nsurpris par lui au moment où il tentait d'enlever Pamina, demande\nsa récompense. Sarastro décide qu'il recevra 77 coups de pied.\nDes vivats célèbrent la justice de Sarastro.\nAu second acte, le théâtre représente une « palmeraie où les\narbres sont argentés et portent des feuilles d'or. De chaque côté\nse trouvent neuf pyramides, chacune pourvue d'un siège devant\nlequel est un grand cor noir à monture d'or ». Cette mise en scène\nn'est nullement observée à l'Opéra-Gomique et l'on y coupe le\ndialogue qui précède l'invocation à Osiris. En voici la donnée.\nDevant l'assemblée des prêtres, Sarastro déclare que Tamino,\nfils de roi, veut pénétrer dans le Temple, « afin de s'arracher au\nvoile des ténèbres et de contempler dans le sanctuaire la Lumière\nsuprême ». Sarastro répond de sa vertu, de sa discrétion. Il leur ap-\nprend que la vertueuse Pamina est promise par les Dieux à ce jeune\nhomme. C'est pourquoi il l'a enlevée à sa mère. « La Femme"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.91", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1722, "texte": "espère séduire le peuple par l'artifice et la superstition ; elle n'y par-\nviendra pas. Tamino lui-même, le noble jeune doit con-\ntribuer à le maintenir et, une fois initié,\npunir le vice.» Par trois fois, les prêtres sonnent dans leurs cors.\nCependant l'orateur des prêtres a un scrupule. Il demande à\nSarastro :\n« Peut-être ce jeune homme succombera-t-il aux épreuves ! Est-ilprince ?\n« Mieux encore. Il est homme (A Mais si, par suite de son\nextrême jeunesse, il venait à succomber, il appartiendrait à Isis et à\nOsiris et jouirait de la paix divine plus tôt que nous. »\nC'est ce thème qu'expriment les paroles de l'admirable invoca-\ntion à Isis. Les postulants sont introduits dans le vestibule du\nTemple. Il fait nuit. Papageno a peur. L'orateur et un second\nprêtre viennent à eux et les interrogent.\n« Que cherchez-vous céans ?\n« L'amitié et l'amour.\n• « Sacrifierais-tu ta vie pour les obtenir ?\n« Oui...\n« Prince, il est encore temps de reculer. Un pas plus loin, il sera\ntrop tard.\n« Que la science de la sagesse soit ma victoire, Pamina, la suave\njeune fille, ma récompense !\n« Consens-tu à toutes les épreuves ?\n« A toutes.\n« Donne-moi la main... »\nLe second prêtre pose les mêmes questions à Papageno ; il en\nreçoit des réponses comiques. Papageno demande en quoi consiste\nla probation.\n« A se soumettre à nos lois, à affronter la mort! »\nCette perspective ne l'enchante pas. Pour le décider, il faut lui\npromettre une compagne semblable à lui, jeune et belle, qui a\nnom Papagena.\nLes scènes suivantes sont à peu près fidèlement rendues. Dans\ncelle de l'apparition de la Reine de la Nuit, une explication im»\nportante est omise.\n« Ta mère, dit-elle à Pamina, ne peut plus te protéger. La mort de"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.92", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "ton père a anéanti mon pouvoir. Il adonné volontairement le septuple\ncercle solaire aux initiés. Sarastro le porte sur sa poitrine... »\nSon époux a recommandé à la Reine « de ne pas chercher à ap-\nprofondir ce qui est incompréhensible pour l'esprit d'une femme ».\nSon devoir estde « se soumettre, elle et sa fille, à la direction de ces\nhommes sages ». Il faut donc à tout prix s'opposer à l'initiation\nqu'ils projettent. Le matin venu, il serait trop tard !\n« Mais pourquoi, objecte Pamina, une fois initié, ne pourrai-je\naimer ce jeune homme comme je l'aime à présent ? Mon père était lié\navec ces hommes sages. Il parlait avec ravissement de leur bonté, de leur\nintelligence, de leur vertu. Sarastro n'est pas moins vertueux. »\nLa Reine de la Nuit s'indigne de voir sa fille prête à pactiser\navec son ennemi. Elle lui jette un poignard et la somme de s'en\nservir pour tuer Sarastro et lui ravir le cercle du Soleil... Lorsque\nSarastro arrêtera le bras menaçant du meurtrier Monostatos, qui\ns'est substitué à la jeune fille dans l'accomplissement de la mission\ncriminelle, celle-ci demandera au grand-prêtre de ne pas punir sa\nmère. Voici la réponse textuelle de Sarastro :\n« Dans ce saint temple, on ne connaît pas la vengeance. Si l'homme\na failli, l'amour le ramène au devoir. L'homme y est aimé de son père ;\non pardonne à son ennemi. Celui que\nest indigne d'être un homme ! »\nAu tableau suivant, le chœur des prêtres célèbre « le jour qui\nva paraître, la nouvelle vie donnée au jeune initié dont l'esprit est\nhardi, le cœur pur, et qui sera bientôt digne d'être admis. » Et au\ndébut du finale,les jeunes gens annoncent que «le soleil va se\nlever, la superstition disparaître,la O douce\npaix, descends sur nous, reviens dans le cœur des hommes ! Alors\nla terre sera le royaume céleste et les hommes pareils aux dieux. »\nComme Pamina, désespérée de l'indifférence de Tamino, erre le\npoignard à la main et parle de se tuer, les jeunes gens lui disent\nque « le suicide est défendu » et la désarment. Ils font la même\ndéfense à Papageno qu'ils trouvent prêt à sependre. Pour consoler\nces malheureux, ils leur annoncent qu'ils verront, l'une son Ta-\nmino, 1 autre sa Papagena, et c'est ainsi que les couples, soumis\naux épreuves, parviennent à se réunir."}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.93", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2286, "texte": "Le dénouement, c'est l'anéantissement de la Reine de la Nuit,\nqui avait promis sa fille à Monostatos s'il parvenait à l'introduire\ndans le saint Temple. Au tableau final, dans le sanctuaire où les\ninitiés ont été admis, Sarastro célèbre « le Soleil vainqueur de la\nNuit», la destruction delà superstition ; le chœur chante « la puissance\nqui a triomphé et décerné comme récompense la même couronne\nà la Sagesse et à la Beauté ».\nCes citations me paraissent rendre suffisamment claire une fée-\nrie qui paraîtra peut-être moins niaise qu'on ne l'admet commu-\nnément. Le sens symbolique et maçonnique du libretto est\nd'ailleurs ainsi défini dans le programme (i) d'une représentation\nde la Flûte enchantée donnée en 1880 par le Grand-Orient de\nBruxelles :\n« Tamino et Pamina représentent l'humanité victime de l'igno-\nrance et du vice. L'ignorance est personnifiée par la Reine de la\nNuit ; le vice, par Monostatos, prince nubien ; ils sont naturellement\nalliés. Chaque fois que l'homme fait un effort vers la délivrance,\nil est secouru par les forces de la nature, personnifiées par les\ntrois fées dont les talismans le protègent, quand il les emploie\navec intelligence. Pour se sauver définitivement du mal,\nl'homme a besoin d'atteindre à la sagesse, représentée par le\nTemple d'lsis. Il y parvient par le travail et le courage, àla suite\nd'initiations successives. Si, devant les écueils de la route,\nl'initié éprouve une défaillance, ses frères le relèvent et lui in-\ndiquent la bonne voie. Quand l'ignorance et son vil esclave\nvont accabler l'Humanité, le grand-prêtre sort du temple et les\nrend impuissants, grâce à l'esprit de lumière et de bonté. »\nSoit que ces idées philosophiques fussent au goût des auditeurs\nviennois de 1791 (on sait quel fut au xvme siècle le succès de la\nfranç-maçonnerie dans la catholique Autriche) (2), soit que les\nspectateurs du théâtre an der Wieden se soient simplement laissé\ntoucher par les tendres et gracieuses mélodies de Mozart, la\n\n(t) Cité par MM. A. Soubies et Ch. Malherbe dansleur\nComique, 2 vol. in-18, Paris, 18g3, Flammarion.\n(2) Otto Jahn nous le rappelle dans son livre sur Mozart. Le succès de la\nZauberflote amena la composition de féeries musicales à sujets analogues, et\nSchickaneder en traita lui-même deux autres."}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.94", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1940, "texte": "Zauberflôte eut à l'origine 120 représentations consécutives, sans\navoir le moins du monde enrichi le compositeur, qui mourut\ndans la misère quelques mois plus tard.\nJ'ignore à quelles considérations ont obéi la direction et les\nauteurs en abrégeant ce qui a trait aux rites d'initiation : ont-ils\neu peur de dévoiler les mystères de la franc-maçonnerie ? Quant à\nla traduction nouvelle, deux raisons m'ont empêché de m'assurer\nsi elle rend exactement le texte dans les passages que j'ai cités ;\nd'abord l'absence de livret imprimé, ensuite la difficulté d'entendre\nles paroles, surtout dans les chœurs. Enfin l'obligation que les\nauteurs se sont imposée, bien àtort, de rimer les parties chantées,\nnuit foi cément à sa fidélité. Leur version n'est peut-être pas irré-\nprochable sous le rapport de l'adaptation rythmique à la musique,\nmais elle a eu soin de Ja respecter en général. Que ne peut-on en\ndire autant de l'exécution musicale proprement dite ?\nA la répétition générale, le hasard m'avait donné comme voisin\nun Viennois fort sociable. Après avoir causé des choses de son\npays, nous nous dirigeâmes vers le foyer.\nC'est un vrai musée ! me dit-il en montrant le double esca-\nlier qui y conduit.\nVous ne croyez pas si bien dire ! Le vulgaire croit que l'Opéra-\nComique est une scène musicale... Profonde erreur ! C'est une\nexposition permanente de peinture ; c'est le salon des artistes\nfrançais.\n>\nJe lui fis les honneurs du foyer ; il s'extasia sur les Flameng,\nles Toudouze, les Joseph Blanc.\nJe suis sûr qu'à Vienne vous n'auriez pas l'idée d'encadrer\navec du marbre des toiles marouflées sur la muraille ?\nPrachtvoll ! Wunderschœn !\nj. uis, par une porte du balcon, je désignai à ses regards le pla-\nfond de la salle, en bleu nocturne, par Benjamin Constant.\nReizend !\nCeci n est rien, Monsieur. Tout le long de la pièce, vous avez\nvu ou vous verrez des tableaux modernes, tantôt du Gérôme,"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.95", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1979, "texte": "tantôt du Rochegrosse ou du Lecomte du Nouy, se succéder\ncomme les verres d'une lanterne magique...\nAvec moins de rapidité cependant !\nEt il eut un petit rire satisfait de sa malice.\nA Vienne, demandai-je, vous avez peut-être un Opéra très\nbien machiné ?\nParfait sous ce rapport ; mais puisque les changements de\ndécors sont si lents sur ce théâtre, pourquoi ne pas se contenter\nde toiles peintes, sans praticables, qui s'enlèveraient à vue ?\nVous oubliez que c'est une exposition de tableaux 1 II faut\nque le public s'écrie, devant chaque mise en scène nouvelle :\n« Délicieux, admirable !... Oh! cet horizon, ce lac, ces reflets dans\nl'eau, ces effets de lumière !... »\nOui, mais, de la sorte, on fait actes de la\ntée.,qui n'en a que deux ; on brise l'unité artistique du second\nfinale pour donner le temps d'entasser des rochers et des grottes.\nTous les grands ouvrages de Mozart, les Noces, Don Giovanni, Zau-\nberflôte, sont en deux actes. Le maître avait ses raisons quand il\ndisposa ainsi sa partition.\nMon voisin se tut ; puis il reprit, en lorgnant la poitrine rebon-\ndie des trois éphèbes vêtus de blanc : « C'est la première fois que\nje vois les trois Knaben en travesti... En Allemagne on donne ces\nrôles à des garçons. »\nDes garçons chanteraient faux peut-être !\n—Oh ! pour cela... Pourriez-vous m'apprendre, continua l'im-\npitoyable censeur, qui a eu l'idée de faire chanter à la Reine de\nla Nuit son premier grand air avec les bras étendus, des bras\npourvus d'ailes?... Avez-vous essayé de chanter un grand air les\nbras en croix ?... Et celui-là est si malaisé...\nOui, je sais. Les contre-fa ?On les transpose. Mme Bilbault-\nVauchelet, qui avait cependant une très grande sûreté de vocali-\nsation, transposait d'un ton, en 1879.\nJe me rappelle. J'étais à Paris ce printemps-là. J'ai entendu\nMme Carvalho dans Pamina.\nElle était déjà peu agréable à regarder, lui dis-je, et bien\nfroide !\nSans doute, ce n'était pas une actrice ; mais quel style! quelle"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.96", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2296, "texte": "pureté de son ! comme la mélodie était filée!... Que pensez-vous\nde Mme Carré? Elle ne comprend pas du tout le rôle, à mon avis.\nPamina est une sentimentale. L'actrice a l'air de s'amuser de\nMonostatos...\nOui, c'est un don précieux : dans les situations les plus tra-\ngiques, elle a le sourire. Mais elle sait être dramatique aussi.\nAinsi, dans Sapho,de Massenet, elle fit de louables efforts pour\némouvoir le public avec les douleurs de l'amante délaissée... ;\nelle est très goûtée dans la Bohèm Les rôles de\nPuccinilui conviennent mieux que ceux de Mozart.\n—Oh ! Monsieur, soupira l'étranger. Butterfly, Bohème ;\nBohème, Butterfly,on ne joue plus que cela en Allemagne, en\nAutriche. C'est l'abomination.\nAprès l'air en sol mineur du 8e tableau, que Mme Carré avait\nsemé de sanglots véristes : « Oui, me dit mon voisin d'un ton nar-\nquois, elle est aussi dramatique. Seulement, chez nous, vous\nsavez, les douleurs des personnages de cette féerie, on ne les prend\npas au sérieux. On joue cela « bon enfant », et on se borne à\naccuser le contour mélodique... C'est ainsi que faisait votre\nMme Carvalho... Quant au ténor, il ne vaut pas son prédécesseur...\nTalazac, je crois bien ! Son organe était d'une fraîcheur dé-\nlicieuse. Mais considérez que M. Clément chantait déjà Tamino à\nla reprise de 1892 ! D'ailleurs, où nos chanteurs se formeraient-ils\nau style de Mozart ? C'est à peine si on leur en fait apprendre un\nail ou deux au Conservatoire ! Une fois au théâtre, ils s'évertuent\nsur des rôles modernes qui sont la ruine des voix.\nRéfléchissant que M. Ruhlmann ne sait pas son Mozart comme\nun Weingartner, je n'eus point l'indiscrétion de demander à mon\ninterlocuteur ce qu'il pensait de la souplesse, de la légèreté, delà\nfluidité de 1 orchestre, dans l'exécution de cette musique si trans-\nparente, si aérienne, si pleine de grâce, d'humour et d'amour...\nMon Viennois avait d'ailleurs disparu avant le dernier tableau, et\nje songeai mélancoliquement au vieux père Danbé. Ce n'était peut-\nêtre pas un bien grand musicien, mais, comme tout bon classique,\nil avait appris son rudiment dans Mozart et il en avait le secret...\nDe son temps, il est vrai, on n'avait pas encore fait à l'Opéra-\nComique une telle consommation de drames lyriques véristes. de"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.97", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1136, "texte": "partitions prétentieuses, « mal ficelées », si pesamment instrumen-\ntées que les orchestres actuels se trouvent désorientés devant une\nécriture aussi limpide, aussi harmonieusement équilibrée que celle\nde Mozart. En ce temps-là, Bizet, Guiraud, Saint-Saëns, Paladilhe,\npassaient pour des avancés, des wagnériens ! Nous reprochions à\nCarvalho de ne pas jouer d'œuvres nouvelles. Il ne formait guère\nen effet son répertoire que de reprises ! Seulement, lorsqu'il don-\nnait/es Noces de Figaro ou la Flûte enchantée, les musiciens accou-\nraient à TOpéra-Comique délecter leurs oreilles. M. Carré, lui,\njoue beaucoup de nouveautés, sans avoir toujours la main heureuse,\nune saison dans laquelle Solange succède à Sanga le prouve\nassez ! —mais lorsqu'il fait, par hasard, un emprunt au réper-\ntoire classique, on aperçoit aussitôt, à l'insuffisance des études, à\nquel point fait défaut, dans son théâtre, la direction musicale pro-\nprement dite... Et au sujet de cette interprétation de la Flûte en-\nchdntée, c'est le cas de répéter le vers célèbre de Désaugiers :\nSi c'est du Mozart, que l'on m'avertisse !\n\nGeorges Servières."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-06-15-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-06-15_01#c043", "volume": "bmtnabh_1909-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 97, "image_fin": 107, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.2.11.4", "titre_corps": "LES CONCERTS", "titre_sommaire": "LES CONCERTS", "signature_source": "Paul Landormy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.97", "debut_caractere": 1138, "fin_caractere_exclue": 1957, "texte": "LES CONCERTS\n\nLa Société Haendel. La Tonkiinstler-Orchester de Munich. L'Or du\nRhin. La Société Bach. Le trio Cortoî, Thibaud, Casais. —Le quatuor\nParent et Paul Dupin. MM. Fournier et Ferté. M\"e Julia Culp.\nMme Roger-Miclos et le quatuor vocal Battaille. M. Edouard Bernard.—\nM. Ch. Sautelet. M. Hekking-Denancy.\nJ'avais l'intention de consacrer la chronique de ce mois plus\nparticulièrement aux virtuoses,qui d'ordinaire se font entendre à\nParis de préférence après Pâques. Mais j'ai bien vite renoncé à\nce projet. Il m'est apparu, en effet, qu'à part quelques ou\nRosenthal, qui offrent une bien maigre matière à la critique\nmusicale, les grands virtuoses s'abstiennent de plus en plus des\nconcerts de pure virtuosité : ils en sont venus à ne plus jouer\nque de la musique, ce qui est bien méritoire de leur part ; et,"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.98", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2318, "texte": "leurs programmes se recommandant aussi bien par la valeur des\nœuvres exécutées que par la qualité des interprètes, il n'y a plus lieu,\nce me semble, de leur faire une place à part : ils reprennent rang\nparmi les autres artistes. C'est ainsi que se\nsont associés pour donner deux magnifiques séances de trios,\ndont nous reparlerons plus loin ; que Ysaye et Pugno, entourés\nde quelques collaborateurs, vont parcourir en quatre soirées les\nprincipales œuvres de musique de chambre de Beethoven.\nMais parlons d'abord des concerts d'orchestre.\nLe mardi 27 avril, avait lieu la quatrième séance de la\nHxndel. M. Raugel a conduit avec sûreté, jeunesse et chaleur\nces jolies musiques de fêtes et de plein air intitulées Water\nMusick, où Hœndel a prodigué les belles et simples mélodies et\nles combinaisons les plus ravissantes de sonorités imprévues. Les\ncors n'étaient pas tout à fait à la hauteur de leur tâche. M.\nLibert a joué un concerto en fa majeur de Hœndel bien peu inté-\nressant ; son exécution d'ailleurs nous a parfois semblé manquer\nde rythme et de netteté. Il fut plus heureux dans une admirable\nloccata per ïElevazione de Frescobaldi, d'un sentiment si profond, si\nrecueilli, et dans l'amusant Noël de Mais le plus grand\nsuccès de la soirée fut pour les Chanteurs de la Renaissance, sous\nla direction de Henry Expert. On ne saurait désirer une exécu-\ntion plus finie, plus nuancée, plus vivante et plus profonde :\nc'est tout à fait exquis. Et quels chefs-d'œuvre d'esprit, de grâce,\nde charme ou de fantaisie ont écrits les Costeley, Janequin,\nClaude le Jeune, Passereau, Mauduit ! Quelle pâle figure à côté\nd'eux faisait Lully, représenté par le et la\nde Cadmus ! Combien notre xvi° siècle musical est supérieur au\nxvne ! Je goûte tout particulièrement la souplesse des pièces\n« mesurées à l'antique », et, pour finir, la fut\ndonnée avec un entrain, un rythme, une variété incomparables.\nLe vendredi 3o avril, le Tonkiinstler-Orcde Munich donnait\nun premier concert à la salle Gaveau, sous la direction de\nJ. Lassalle.Je m'attendais à passer une excellente soirée :ce fut\nune grosse déception. Je pus admirer la discipline d'un orchestre\naux allures militaires, la netteté, la précision des attaques, la\nvigueur des tutti. Mais en revanche quelle sécheresse, quelle rai-"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.99", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2355, "texte": "deur ! Comme l'interprétation de Y allegretto de la septième Sym-\nphonie, ou celle de la Symphonie fan manquaient de mystère,\nde grâce, de fondu ! Rien n'est enveloppé ; tout est cru. Le cor\nanglais, le hautbois et la flûte sont tout simplement horribles.\nPas un instant tous ces musiciens n'ont paru s'échauffer ; c'était\nglacial et mortellement ennuyeux. Et puis ce chef d'orchestre qui\nn a pas salué une fois le public sans montrer, d'un grand geste\nalternatif de chacun des deux bras, les musiciens de son orchestre,\nà sa droite et à sa gauche, pour bien établir qu'il ne s'attribuait\npas à lui seul tout le mérite du succès ! Et la gigantesque\npalme dorée qu'un domestique de la maison Gaveau lui remit au\nmilieu du concert ! Que tout cela est gros, sans grâce 1 que\ntout cela est laid ! Comment aurais-je eu le courage de retour-\nner deux jours après réentendre le même orchestre, dans des\nœuvres de Thaille, Bruckneret Mahler ?—J'oubliais la seule bonne\nimpression de la soirée : Mme Erler Schnaudt a chanté d'une belle\nvoix de contralto quelques lieder de dont le premier,\ndie Glocke des Gliicks, est d'une expression prenante ; les autres\nm'ont moins plu, le troisième'et le cinquième surtout,\nsamkeit et Mein Schàtzelein,amusettes allemandes, un peu bébêtes\nà la façon du Brahms des mauvais jours.\nJe n'avais pu assister aux précédentes exécutions de VOr du Rhin\naux concerts Chevillard. Mais le mardi 11 mai M.\nle ténor amateur bien connu, organisait au profit d'une œuvre de\nbienfaisance une nouvelle audition du dans laquelle\nil tenait, après Van Dyck, le rôle difficile de Loge. Il s'acquitta\ntout à fait à son honneur de cette tâche périlleuse : il fit preuve\nde souplesse, d'esprit, de charme, voire même de réelle puissance\npar endroits ; on ne saurait tirer plus grand parti d'une voix en\nelle-même si peu étoffée. A son côté, M. Delmas fut magnifique.\nIl y a un mois je disais combien il m'avait déplu dans un air de\nchant du vieil Haydn. Cette fois, où il ne s'agissait que de déclama-\ntion musicale, il fut presque parfait : la voix est si large, si bien\ntimbrée, l'articulation si nette, l'accent si juste ! Je ne regrette que\nquelques émissions désagréables, particulièrement celle des è ou-\nverts. M. Plamondon fut charmant, comme de coutume, dans\nMime et dans Froh, et le reste de l'interprétation était plus qu'ho-"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.100", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2321, "texte": "norable. La direction de Camille Chevillard fut sobre, nette et\nforte.\nLa Société Bach a donné son dernier concert avec un très beau\nprogramme : VActus Tragicus et le Magnificat. Malheureusement,\nelle avait omis d'y inviter la rédaction du Bulletin de la S. I. M.\nJe ne puis donc en parler que par ouï dire. J'ai su que Mlle\nPironnay avait été très remarquable, et M. Walter très discuté;\nque M. Bret enfin avait été l'objet d'une ovation très spontanée\nde la part du public, de l'orchestre et des chœurs.\nVenons-en aux séances de musique de chambre.\nLe vendredi 14 mai, AlfredCortot,\nfaisaient entendre à la salle des Agriculteurs les trois trios de Schu-\nmann. Ce fut évidemment une exécution de premier ordre. Il faut\ndire que la musique de Schumann est bien facile à jouer ! Il n'est\nsi piètre musicien qui n'arrive à en tirer quelque effet, pourvu\nqu'il ait un peu de tempérament. C'est donc peut-être dans de\ntellesœuvres que d'aussi grands artistes se distinguent le moins du\ncommun des exécutants. Le Schumann convient tout particuliè-\nrement au jeu nerveux de Cortot. (basais y est merveilleux, Thi-\nbaud moins à l'aise : on voudrait dans son interprétation quelque\nchose de plus mystérieux, de plus poétique et de plus coloré ; ainsi\nje n'ai pas beaucoup aimé l'exposition du thème du 3e mouvement\ndu trio en ré mineur; les sonorités n'étaient pas suffisamment\nenveloppées et lointaines, et j'ai remarqué notamment quelques\nnotes assez plates sur la 3e corde, entre autres un certain do natu-\nrel du 4e doigt. Mais à côté de cela il y eut de bien belles choses :\nle 2e mouvement du ier trio fut enlevé avec un emportement et\nune vivacité qui n'excluaient ni la précision ni le souci des nuan-\nces. Dans cette musique un peu touffue, les trois artistes avaientsoin\nde mettre de l'air par endroits: c'est ainsi qu'ils retenaient souvent\nla mesure qui précède la rentrée d'un thème : procédé dont il ne\nfaut pas abuser, mais qui est ici tout à fait à sa place. A la fin du\nconcert, l'imprésario Dandelot fit une annonce très imprévue, et\nqui eut le plus grand succès : il fit appel au bon goût et au bon\nsens du public, et le pria de ne pas troubler la fin du dernier trio\npar de bruyants préparatifs de départ. Cela nous valut une fin de\nconcert religieusement recueillie !"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.101", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2297, "texte": "Petite chicane : Pourquoi le programme des séances Cortot,\nThibaud, Casais, porte-l-il les numéros d'oeuvre des trios de Schu-\nmann, et ne donne-t-il aucune indication du même genre pour\nles trios de Beethoven qui furent exécutés le 18 mai, et que je\nn'ai pu entendre ?\nM. Armand Parent consacrait ses du mois de mai à\nla musique moderne, c'est-à-dire en grande partie à des œuvres nou-\nvelles. Le premier programme réunissait les noms de\net de Paul Dupin,deux musiciens dont les destinées ne sont pas\nsans analogie, car tous deux se sont formés eux-mêmes, tous\ndeux ont été longtemps méconnus, tous deux ont chanté passionné-\nment la douleur de vivre. Le quatuor à cordes de Hugo Wolf, qui\na déjà été donné une fois à Paris par le et que le\nquatuor Parent faisait donc entendre pour la 2e fois, est une œuvre\nde jeunesse ; composé de 1879 à 1880 (Hugo Wolf avait alors\n19 ans), il exprime déjà sa grande âme volontaire et souffrante.\nOn y trouve la trace des admirations de Wolf : le début de\ndante rappelle Wagner ;le ler mouvement fait songer àla grande\nfugue ; le troisième, au XP quatuor de Beethoven ; l'inspiration\ncomme la facture est surtout beethovénienne : il y a delà vigueur,\nde l'emportement, de la violence. Le thème du finale a un carac-\ntère espagnol qui annonce le Spani L'épigraphe\nde l'œuvre : « Entbehren sollst du, sollst entbehren, » nous rap-\npelle les dures heures de privation de la jeunesse de Wolf, et sa\nvolonté de vivre et de produire malgré tout. Chez Paul Dupin,\nla tristesse d'une destinée poignante s'exprime surtout en douce\nrésignation, en profonde pitié des hommes et en grand amour de\nla nature. La Légende du pauvre homme, pour ténor et quatuor à\ncordes, fut admirablement chantée par Plamondon : c'est une\npièce d'abord pensée pour le quatuor seul, et sur laquelle furent\nadaptés après coup les paroles et le chant ; ou plutôt c'est un frag-\nment d'une œuvre théâtrale dans laquelle un musicien était mis en\nscène, qui, en entendant exécuter une de ses œuvres (un quatuor à\ncordes) et en trouvant l'expression incomplète, se mettait à im-\nproviser une cinquième partie qu'il chantait. De cet ouvrage dra-\nmatique, Paul Dupin n'a conservé que cette page, qui est de premier\nordre, mais que je préfère peut-être encore sans le chant et sans les"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.102", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2434, "texte": "paroles, et que le quatuor Parent doit exécuter sous cette nouvelle\nforme dans un prochain concert à Roubaix. Pauvre fou qui songe !\nque chantait ensuite Plamondon, est certainement de toutes les\nœuvres de Paul Dupin la plus parfaite à tous égards et la plus\ndirectement émouvante ; cette mélodie fut bissée d'enthousiasme ;\nje ne regrette que quelques faiblesses dans le texte littéraire, qui\nest de Paul Dupin. Pauvre fou q ! sera édité prochaine-\nment. Mme Landormy exécuta ensuite Méditation, Berceuse à Louisa\net Oncle Gottfried, trois pièces pour piano déjà publiées chez De-\nmets. Des trois c'est la première qui me paraît, de beaucoup,\nla plus belle, tant par la qualité de son inspiration et son charme\npoétique que par ses heureuses proportions et son unité :la fin\nest exquise. La Berceuse est un délicieux tableau d'intimité ;\nmalheureusement la répétition non variée des mêmes motifs en\natténue la saveur. L 'Oncle Gottfried est une composition qui ade\nla grandeur, de la force et aussi du mystère ; je crains qu'elle ne\nsoit un peu trop coupée ; Paul Dupin a ce défaut d'interrompre\ntrès souvent ses développements par des silences; il n'y a rien qui\naffaiblisse davantage l'expression. Une musique qui n'a pas de con-\ntinuité manque son effet. La séance se terminait par deux quatuors\nà cordes : Bienvenue au Petit et la Mort de l'oncle Gottfried. C'est ici\nque Paul Dupin se montre tout à fait novateur. Jusqu'à lui, en\neffet, la musique de chambre était restée le domaine de la musique\npure, et surtout pour le quatuor à cordes on n'écrivait que des\nsonates. Tandis que les autres genres musicaux s'étaient depuis\nlongtemps affranchis des exigences de la forme classique, les\nœuvres de musique de chambre de nos contemporains les plus\naudacieux s'enfermaient étroitement dans les cadres traditionnels.\nBeethoven avait pu donner à cet égard l'exemple de toutes les\nlibertés : on ne l'imitait guère. Claude Debussy lui-même ne fut\njamais si sage que lorsqu'il composa son quatuor à cordes : sans\ndoute les audaces harmoniques y abondent, et les recherches de\nsonorités curieuses ; mais tous les thèmes exigés s'y présentent à\ntour de rôle, s'y développent dans l'ordre accoutumé ;la forme est\nrespectée. Les quatuors de Paul Dupin rompent décidément avec\nla tradition j ils n'ont d'autre forme que celle qu'exige le déve-\nloppement naturel du sentiment. Ainsi ce sont de véritables"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.103", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2384, "texte": "poèmes musicaux qui diffèrent autant d'une sonate que le\net Juliette de Berlioz ou le Prélude ressem-\nblent peu à des symphonies. C'est, si l'on veut, et en un sens, de\nla musique littéraire ou descriptive, delà musique à programme.\nMais notons au moins que Dupin s'attache beaucoup moins à la\npeinture des choses matérielles ou à la notation des qu'à\nl'expression des sentiments,qui sont matière musicale par\nexcellence : il n'écrit pas de la musique pure ; il veut dire\nquelque chose, mais ce qu'il veut dire, c'est ce que son\néprouve, ou celui d'un poète dont il se fait l'interprète musical.\nY a-t-il d'ailleurs de la musique pure ? Toute la différence entre\nla musique pure et la musique dite à programme n'est peut-\nêtre qu'une différence de forme et non de fond. L'une subit la\ncontrainte d'un plan tracé d'avance non par le compositeur, mais\npar la tradition ; l'autre se meut librement et se trace à elle-même\nsa voie et ses limites. Quoi qu'il en soit, Paul Dupin ne peut\ncertainement que déplaire à tous ceux qui ne jugent de la « musica-\nlité » d'une œuvre (oh ! le vilain mot. prétentieux et vide !) que\npar la technique de l'ouvrier; comme si le véritable mérite musi-\ncal se réduisait à la connaissance des procédés de facture ! N'est-ce\ndonc pas avant tout à l'inspiration mélodique que se reconnaît le\ngrand musicien, qu'il soit Mozart ou Beethoven, Wagner ou\nFranck, d'lndy ou Debussy ? Quelle musique composer sans cette\nmatière première ? Or, c'est là le point : la mélodie de Dupin est\nd'un musicien-né ; elle est personnelle ; elle a sa couleur et son\nrythme ; elle s'étend largement, sans cassures et sans coutures,\ntout d'une venue, en belles nappes bien unies. Voilà une étoffe\ndont on a plein la main. C'est une autre question de se demander\nmaintenant quel parti Dupin sait tirer de cette riche substance. A\ncet égard, il me semble qu'il occupe une position intermédiaire\nentre nos polyphonistes et nos impressionnistes. D'une part Dupin\nn'est pas un constructeur; il ne développe pas ses thèmes à propre-\nment parler. D'autre part, il ne s'intéresse pas davantage aux sono-\nrités et aux harmonies pour elles-mêmes. Sa musique n'est ni une\ngrandiose architecture à la d'lndy, ni une mosaïque ou une fine\npoussière d'impressions à la Debussy. Jusqu'à présent le procédé\nde Dupin me semble consister principalement dans un enchaîne-\n\n7"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.104", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2368, "texte": "ment de mélodies analogues, c'est-à-dire de thèmes dont les affini-\ntés de caractères suffisent à assurer la liaison, sans que d'ailleurs\nils se composent des mêmes éléments, chacun de ces thèmes étant\nassez long pour tenir parfois la place de tout un développement.\nEt l'on pourrait tenter un autre rapprochement, en y rapportant\ntoutes les restrictions utiles : Dupin compose par renouvellement\nincessant de sa matière mélodique, à la façon d'un Moussorgski,\nmais avec la différence d'un tempérament essentiellement lent\nà une nature prodigieusement mobC'est le principe opposé à\ncelui de la musique classique, qui tire du moindre motif des imita-\ntions à l'infini.\nDes deux quatuors de Paul Dupin que nous avons entendus le\n4 mai,la Bienvenue auPetit est le plus harmonieux dans l'ensemble,\nle mieux équilibré : il satisfait davantage ceux qui cherchent sur-\ntout, dans une oeuvre, les heureuses proportions ; il a d'ailleurs\nbeaucoup de charme, et l'agencement des parties en est tout à fait\ningénieux : chaque instrument chante pour lui-même, et il en\nrésulte une polyphonie sans imitations, d'un caractère tout à fait\noriginal. Mais je préfère l'inspiration de\nquoique plus inégale. Dans les premières pages, la profondeur du\nsentiment, la qualité de l'émotion, sont dignes des plus grands\nmaîtres. Il faut avoir entendu cela pour pouvoir juger Dupin.\nMalheureusement la fin de la première partie est mal venue ; une\ncoupure qu'on a faite pour l'alléger ne suffit pas à la remettre com-\nplètement sur pied. Quant à la 2e partie, elle débute par un mou-\nvement très vif qui manque un peu d'assise, tant au point de vue\nrythmique qu'au point de vue harmonique, et dans les pages sui-\nvantes, malgré quelques passages délicieux, on n'a pas toujours\nl'impression d'une continuité suffisante. Il est à remarquer cependant\nque cette musique n'est jamais indifférente. Quand elle n'est pas\nbelle, elle est laide ; elle ne sait pas être vide.\nLe quatuor Parent a joué la Bienvenue au Petit et la Mort de\nVoncle Gottfried avec une ardeur et une foi qui ont enthousiasmé\n1 auditoire. Disons-le, M. Parent a eu du courage, après la modeste\naudition du mois de janvier dont Mme Landormy et moi nous\navions pris 1 initiative, d'adopter le compositeur dont personne ne\nvoulait, qui depuis 20 ans était bafoué, honni, toutes les fois qu'il"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.105", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2295, "texte": "présentait une page de sa musique à quelqu'un de nos prétendus\n« maîtres ». Il fallait de l'audace pour imposer au public un\nhomme qu'aucune école, aucune coterie, ne reconnaissaient pour\nsien. Il fallait surtout que M. Parent eût confiance dans son pro-\npre jugement, dans son instinct d'artiste. Tant d'autres n'ont\npas d'opinion, et ont peurd'en avoir! tant d'autres ne sont que des\néchos qui répètent des échos !\nLa 2e séance du quatuor Parent comprenait, avec l'admirable\nquatuor inachevé deLekeu,un quatuor à cordes inédit de M.\nDubois, des pièces pour piano de et deux mélodies\nde Jean Cras. Je n'assistais pas à cette soirée, mais on m'a dit que\nle quatuor de M. Th. Dubois, discret, comme toute sa musique,\nétait cependant plein de jeunesse et de vigueur ; que Sevilla et la\nFeria de J. Turina rappelaient un peu la manière d'Albeniz, mais\navec plus de souci du développement musical, et que l'auteur\navait exécuté ces morceaux d'une façon superbe.\nLe mardi 18 mai la soirée débutait par les 2 quatuors de\nDupin déjà donnés à la séance du 4 mai et qui furent l'occasion\npour l'auteur d'une ovation très spontanée, dont la galerie donna\nle signal. La Sonate de M Ue Corbinpour piano et violon n'est pas\nplus laide, ni plus jolie, qu'une foule d'autres productions con-\ntemporaines : elle se range dans cette catégorie d'œuvres dont les\nthèmes naissent renversés, et ne retrouvent jamais leur position\nnormale. M. Parent s'est amusé à doigter d'invraisemblables\ntraits et à rechercher d'étranges sonorités ; il fallait bien qu'il\ns'occupât. La Sarabande de Casella rappelle un peu trop les Noctur-\nnes de Fauréquand ce n'est pas la de Le jeu de\nce pianiste-compositeur est très fin, très doux, très délicat, peut-\nêtre un peu gris. Le quatuor à cordes de Debussy, qui terminait la\nséance, a ramené la joie sur les visages assombris. Quelle vie dans\ncette musique ! quelle force ! quelle grandeur ! nulle part, sinon\ndans certaines pages de Pelléas, le maître (car c'en est un, celui-là)\nn'a été si robuste et si fin, si délicat et si émouvant ! Quel grand\nmusicien nous avons là !\nLe mardi 2 5 mai, M. Armand Parent et Mlle Dron nous firent\nentendre les trois sonates pour piano et violon de A. Roussel, Vincent\nd'lndy et César Franck.Je ne connaissais pas encore la sonate"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.106", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2402, "texte": "de Roussel : c'est un joli poème rustique ; les effets de demi-teinte\nsont particulièrement réussis ; quelques pages ont de l'ampleur.\nLa première partie surtout m'a séduit par son charme et sa cou-\nleur : partout il y a de la grâce et de la fantaisie. La disposition\ndes mouvements est assez heureuse. C'est d'abord un en-\ncadré par deux andante, puis un andante entre deux allegro, enfin\nun vivace ; j'ai reconnu par endroit l'influence de Fauré et aussi celle\nde Lekeu. Peut-être un peu trop d'ingéniosité dans certains déve-\nloppements. La sonate de d'lndy est décidément un chef-d'œuvre ;\nquelle belle tranquillité dans la ire partie! quelle merveilleuse\nphrase poétique dans le milieu du scherzo ! Le succès est allé\nparticulièrement à Vadagio et au Dans toute cette œuvre, je\nne regrette que les tout derniers développements qui précèdent\nla conclusion du lerIer morceau; il ya là peut-être un peu de brusquerie,\net la continuité paraît faire défaut. Mais c'est une ombre bien légère\nà la perfection de l'ensemble. Il semblerait qu'on doit être inca-\npable d'écouter la sonate de Franck à force de l'avoir entendue !\nEh bien non ! Elle est toujours souverainement belle et touchante\nmême pour nos oreilles blasées. Parent joue le premier mouve-\nment adorablement. On a le sentiment de la perfection absolue :\nc'est simple, pur, limpide, d'une tonalité claire et douce, et d'une\ndivine sérénité. D'ailleurs d'un bout à l'autre les trois sonates\nfurent admirablement interprétées par M'1\" Dron et M. Parent.\nLe 17 mai, M. Louis Fournier donnait avec M. Armand Fertè une\nséance de sonates pour piano et violoncelle. J'aime beaucoup la\nsonorité de M. Fournier et j'apprécie ses qualités de musicien ; il\nfut excellent dans la sonate op. 69 de Beethoven. M. Fertémeplut\nbeaucoup moins. Pourquoi donc cette froideur dans une œuvre\nsi passionnée ? Le mouvement et l'agitation ne suppléent pas à\nl'émotion absente. Et puis pourquoi ces attaques si dures et\ndans les moments les plus calmes et les plus recueillis, par exemple\nYadagio cantabile, dont la première note, marquée piano, fut un\nvéritable coup de poing? Je ne pense pas que M. Diémer, qui as-\nsistait à la séance dans une avant-scène, donnât son approbation\na ces excentricités de style, pas plus que MUe Dron dans sa stalle\nd'orchestre.\nLe même soir, j'entendais la fin du récital de Mlle Julia Culp,"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.107", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1032, "texte": "chanteuse hollandaise de grande réputation, nouvelle venue à\nParis. J'arrivai pour le Brahms. Brahms m'ennuya cette fois ; je\nle trouvai trop sucré. Mlle Culp chante très bien ; elle chante trop\nbien ; cette perfection finit par agacer, tellement on la sent étudiée\ndans le menu détail ; rien n'est plus naturel, pas même le geste de\nla tête pour dire à l'accompagnateur qu'il peut commencer; cette\nraideur de poupée mécanique m'irrite, et je me sauve péniblement\nau milieu d'une foule d'Allemands en délire qui ne se lassent pas\nde rappeler.\nP. S. —Je n'ai pu que lire les programmes très intéressants de\nMme Roger-Micloset du Quatuor ceux du pianiste\nEdouard Bernard,celui de notre collègue le chanteur\ntelet, qui, m'a-t-on dit, conduit avec beaucoup de charme et d'in-\ntelligence une jolie voix, pas très forte, et chante le Schubert avec\ninfiniment de goût, et en allemand, celui enfin du si re-\nmarquable violoncelliste Hekkin qui a fait appel aux\nconcours excellents de MHe Boutet et de M.\nmann.\n\nPaul Landormy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-06-15-01-c045", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-06-15_01#c045", "volume": "bmtnabh_1909-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 107, "image_fin": 110, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.2.11.5", "titre_corps": "HÉRAKLES DE HÆNDEL A LA SOCIÉTÉ G.-F. 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Anthem),\\inspiration touchante d'ungrand cœur\nplein de pitié, et Héraklès, un des sommets de l'art du\nxvme siècle, un des types les plus accomplis de ces grandes épopées\ndramatiquesauxquelles on aie tort d'appliquer lenom conventionnel"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.108", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2301, "texte": "d'oratorios. (Le titre exact de l'œuvre est : Hercules. A musical\nDrama.)\nCe « drame musical » s'inspire, pour le poème, des\nnes de Sophocle (i). Toute l'action est dominée par le Destin\ncaché, la Jalousie, envoyée par les dieux à Déjanire pour perdre\nle héros. Un chœur grandiose, au second acte, l'incarne, l'évoque,\net la maudit : « Jalousie ! Fléau de l'enfer ! » Ce chœur est tout\nun poème. Des phrases Beethoveniennes, des cris tragiques à la\nGluck, une montée sinistre des voix en canon, qui aboutit à un\nfortissimo en majeur, où s'étale la puissance du fléau ; puis une\nmorne fugue, où l'on erre, sans avancer, et, de nouveau, les grands\ncris qui reviennent, et les phrases Beethoveniennes. Le troi-\nsième acte, qui représente la mort et la transfiguration d'Hercule,\ns'ouvre par une Sinfonia, qui est un véritable prélude dramatique,\ndépeignant tour à tour la fureur d'Hercule et la grandeur triste\nde l'âme qui accepte le destin. Viennent ensuite les deux scènes les\nplus passionnées qui soient dans le drame musical, avant Gluck.\nD'abord la scène de la fureur d'Hercule. Elle se pose, en un réci-\ntatif, d'une façon romantique, puis prend les formes strictes d'un\nair classique, où la passion furieuse, comme canalisée, semble un\nfleuve resserré qui se rue. Ce sont de torrentueuses vocalises, qui\ncoulent, dévalent, balayent tout. Plus étonnante encore est la scène\ndu désespoir de Déjanire. Le récitatif, d'une vérité frémissante,\npasse par des alternatives d'abattement et de fureur ; il est souli-\ngné par un trait grondant d'orchestre, qui est une sorte de leit-\nmotiv, pendant toute la scène, et qui représente le cœur haletant,\nle sang tumultueux. Puis l'air, avec ses cris que l'orchestre\nrépète, ses phrases précipitées et cahotées, ses vocalises qui tour-\nnent sur elles-mêmes, et toujours ce trait de l'orchestre essoufflé\nqui se lance, pour venir se briser devant le vide. Cette fureur est\nsuivie d'un adagio morne, qui répète, avec une ténacité de mania-\nque, ses quatre notes de basse, indéfiniment. La fureur reprend,\nplus désordonnée encore. Encore une fois la phrase adagio, d'une\nexpression plus touchante. Encore une fois la fureur ; la voix\n\n(i) La traduction française, chantée àla Société Haendel, était de Mme Mau-\nrice Gallet."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.109", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2265, "texte": "monte, vers la fin, au summum du désespoir, avec des cris et des\nvocalises d'une passion forcenée. De telles scènes attestent, avec\nune grandeur souveraine, le génie dramatique de ce Haendel, si\nmal connu en France, où nos critiques continuent de le comparer\nà J.-S. Bach, avec qui il n'a presque aucun rapport, au lieu de voir\nen lui ce qu'il est réellement : le plus puissant chaînon entre\nCavalli et Gluck, le précurseur direct de Gluck et de Beethoven,\nqui, tous deux, l'ont reconnu.\nL'artiste chargée du rôle écrasant de Déjanire, Mme Povla\nFrisch, était jusqu'à ce jour à peu près inconnue à Paris. Dès les\npremières phrases, elle a conquis le public, par l'ardente expres-\nsion de son talent passionné. Elle a le sens de cet art Hsendelien,\nessentiellement dramatique, et qui exige, comme l'art de Gluck,\nmais avec une bien autre ampleur d'âme et (si j'ose dire) de\npoumons, deux qualités qui semblent contradictoires : une beauté\nde style tout antique et une fureur de passions romantique. Peut-\nêtre Mme Povla Frisch n'a-t-elle pas la voix d'airain que réclament\ncertaines vocalises enragées de son terrible rôle. Mais, dans les\npassages d'expression plus concentrée, elle a eu des accents\npathétiques et poignants qui ont remué le public. Mme Povla\nFrisch est appelée à se faire un nom, prochainement, dans nos\nconcerts parisiens.\nMme Maurice Gallet a chanté avec un style très intelligent le\nrôle émouvant d'lole, et M. Louis Frœlich, dont le vigoureux talent\nsemble gagner, chaque année, en puissance et en largeur de\nstyle, a eu une ovation méritée dans la scène de la fureur d Her-\ncule, et surtout dans l'air fameux, avec trompette, de la Fête\nd'Alexandre.\nLes chœurs sontencore un peu « jeunes », mais en grand progiès\nsur les concerts précédents. Ils ont chanté avec entrain le délicieux\nchœur de joie populaire qui termine le premier acte. Enrevanche,\nils ont quelque peu manqué de force et de précision dans le\nchœur de la Jalousie, qui m'a paru trop maigre, et que je vou-\ndrais soutenu par l'orgue. J'ai trouvé le chœur de lamentations du\ntroisième acte mené dans un mouvement trop rapide. G est un\npeu le défaut de M. Raugel. Je ne lelui reproche pas tiop. C est un\nheureux défaut, Félix culpal qui contraste avec la lenteur, la"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.110", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1302, "texte": "lourdeur, la torpeur de la plupart des Kapellmeister qui dirigent\nde la musique ancienne ; et certes, on est plus près de l'esprit\nvivant de Hasndel, en péchant par vivacité française, que par\nflegme britannique. Toutefois, pour l'énergie de l'accent, il faudra\nun peu refréner, par moments, cette impétuosité juvénile.\nAu même concert, M. Eugène Borrel a fort bien joué la\nen ré majeur de Hasndel, accompagné par M. Ermend Bonnal,\nqui a fait entendre sur l'orgue une suite, assez insipide, du bon\npère Martini, et une can\\ona de J.-C. Kerl. L'Hallelujah de YOcca-\nsional Oratorio, un très beau psaume de Sweelinck, une ville\naux cent tours carillonnantes, et le poétique de\nCorelli, la nottedi Natale {qui fut, certainement, le modèle de\nbien des pages instrumentales de Hasndel), complétaient le pro-\ngramme de la soirée.\nL'intelligence et l'entrain avec lesquels M. Borrel et M. Raugel\nont mené cette première saison de concerts, un peu impro-\nvisés, font beaucoup espérer de l'avenir de la nouvelle Société.\nElle a pour elle sa jeunesse même, cette flamme, cette joyeuse\nardeur dont on sent ses chefs pénétrés, et qui s'accordent bien avec\nl'art si sain et si spontané de Hasndel. Elle peut compter que\nnotre sympathie ne lui manquera point.\n\nRomain Rolland."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-06-15-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-06-15_01#c047", "volume": "bmtnabh_1909-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 111, "image_fin": 112, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.2.12", "titre_corps": "Société Internationale de musique", "titre_sommaire": "Société Internationale de musique", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.111", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1336, "texte": "Société Internationale de musique\nLa section de Paris a tenu sa seconde séance extraordinaire de Tannée\nàla maison Gaveau, le samedi ismai, à 4 h. 1/4 de l'après-midi, sous\nla présidence de M. Ch. MALHERBE, président, et en présence d'une très\nnombreuse assistance. Après la communication de M. le professeur\nGARIEL sur la méthode phonographique et l'étude des chants des Indiens\nHopi, M. Charles BOUVET, directeur de la Fondation Bach, résume\nl'histoire du madrigal anglais dans une notice que nous reproduirons\nprochainement. Puis ses artistes exécutent le magnifique programme ci-\njoint, qui fut écouté avec autant d'admiration que d'intérêt :\n1. MADRIGAUX ANGLAIS\n/A. Hear my Prayer, 0 Lord. . JOHN MUNDY\n(à trois voix). (xvie Winisor i 630)\nLB. Happy, oh, Happy, he JOHN WILBYE\n/ (à quatre voix). (xvie-xvn siècle)\nIc. Mother, I rvill have a husband. . . . THOMAS VAUTOR\nf (à cinq voix). ('619)\n\\ Avec Harpe-Luth et Basse de Viole.\nMlles CH. LUND, H. BROWN READ, C. PURDY. MM. G. HARRIS,\nCH. BOWES. MLLE R. LÉNARS, M. E. DE BRUYN.\n2. AIRS pour voix seule avec Harpe-Luth et Basse de Viole.\n(A. What then is love but mourning. . . . PHILIP ROSSETER\n( (i 5..-1623)\n\\B. Followyour saint THOMAS CAMPION\n1 (15..-1620)\n1 c. Jfl hop I pine. . J pHiup\nROSSETER\n\\ D. If I urge my kind desires.\nMLLE CH. LUND. MLLE R. LÉNARS, M. E. DE BRUYN."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.112", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1613, "texte": "\\\n.ï. PIECES pour Virginal et Harpsichord\n/ A. Almand. .\nKOBERT JOHNSON\nl ... (Londres, xvii« siècle)\n) * * • PETER PHILLIPS\nB. The Irishe Ho-Hoane, Alm . ANONYME\nj (D aprèsun manuscrit ayant appartenu àla reine Elisabeth)\nc. Prélude, Courante, Fugue...... DrJOHN BLOW\n(Vers 1648-1708)\nM. J. JEMAIN.\n4. AIRS pour voix seule avec Harpe-Luth et Basse de Viole.\n/A. And would you see my . )\nB. When Laura smiles pHILII> Rosseter\nj c. If she forsake me '\n'D* LCV T F°R THESE LADIES-• •• • THOMAS CAMPION\nM. G. HARKIS. - Mlle R. LÉNARS, M. E. DE BRUYN.\n5. MADRIGAUX ANGLAIS\nIA. I always lov'd ta call my HENRY LICHFIELD\nI (a cinq à voix). (i6|3)\n18. Say, Love, if ever thou didst find. . . JOHN DOWLAND\n(à quatre voix). (,56a-.639)\nyc. Down the Hills Corina trip THOMAS BATESON\n? CinqTTVOiX)\" (Xive-xvne siècle)\n\\ Avec Harpe-Luth et Basse de Viole.\nMUus CH. LUND, H. BROWN READ, C. PCJRDY. MM. G. HARRIS,\nCH. BOWES. - Mlle R. LÉNARS, M. E. DE BRUYN.\nAprès les mélodies inédites de Moussorgski, les madrigaux ressuscités\ndu xvi* et du xvne siècle. Ainsi la So se\nmontre également curieuse de tout ce que le passé comme le présent\nnous offrent de nouveau.\nDu 24 au 29 mai, le Congrès de la Société internationale a tenu, à\nVienne, des assises savantes et solennelles. Plusieurs de nos plus dévoués\ncollègues s'y sont rendus: MM. P. Aubry, J. Ecorcheville, V. d'lndy,\nCh. Malherbe. C est dans notre prochaine livraison qu'ils nous en donne-\nront larelation,impatiemment attendue par tous ceux que le devoir, l'hu-\nmeur casanière ou de plus matériels empêchements ont retenus à Paris."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-06-15-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-06-15_01#c050", "volume": "bmtnabh_1909-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 113, "image_fin": 113, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.2.13", "titre_corps": "Bulletin de la Société française des Amis de la Musique", "titre_sommaire": "Bulletin de la Société française des Amis de la Musique", "signature_source": "S. I. 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Confinés dans la théorie, nous pouvions\nmontrer avec force l'intérêt, la beauté,\nentreprise : il nous était interdit d'en\nger les charges, si elle existait déjà.\nmais impuissants, d une grande mêlée où bien des efforts se perdaient,\nfaute d'une commune entente , où plus d'une bonne volonté succombait\nà l'indifférence, où plus d'un talent\nmerci. Ba Société des Amis de la Musique s'est assigné la tâche, noble\nentre toutes, de soutenir, de protéger, d'encourager. Par son interven-\ntion bienfaitrice, les forces ne seront plus inutiles, les idées parviendront\nà leur réalisation. Ba formation d'un\ntrop considérable dans Vhistoire de notre art pour ne pas faire l'objet, ici\nmême, d'un article qui en développera\nnotre prochaine livraison. Pour aujourd'hui, nous nous contenterons de\npublier les statuts :il suffira de les\nsique a trouvé une véritable amie : généreuse, bienveillante, éclairée,\nimpartiale.\nLes adhésions et communications doivent être adressées à M. J. Ecor-\ncheville, secrétaire général, 6, chaussée d'Antin, Paris."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-06-15-01-c052", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-06-15_01#c052", "volume": "bmtnabh_1909-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 114, "image_fin": 117, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.2.14", "titre_corps": "CONSEIL D'ADMINISTRATION", "titre_sommaire": "CONSEIL D'ADMINISTRATION", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.114", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1389, "texte": "CONSEIL D'ADMINISTRATION\nBUREAU\nPRÉSIDENT\nM. HENRY ROUJON, de l'lnstitut,\nsecrétaire perpétuel de l'Acadé-\nmie des Beaux-Arts.\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. le Prince A. D'ARENBERG, de\nl'lnstitut.\nM. Louis BARTHOU, député, minis-\ntre des travaux publics.\nM. le Comte GASTON CHANDON DE\nBRIAILLES.\nM. ADOLPHE BRISSON, homme de\nlettres.\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nDIRECTEUR ARTISTIQUE\nM. GUSTAVE BRET.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL\nM. J. ECORCHEVILLE, docteur ès\nlettres.\nMEMBRES DU COMITÉ\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMme la comtesse RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, directeur général\nhonoraire au ministère des finan-\nces.\nM. LÉON Bourgeois, sénateur, an-\ncien ministre.\nM. FRANZ CUSTOT.\nMME MICHEL EPHRUSSI.\nM. GEORGES GAIFFE.\nM. FERNAND HALPHEN.\nMme la vicomtesse D'HARCOURT.\nMme la comtesseD'HAUSSONVILLE.\nM. Louis HAVET, de l'lnstitut, pro-\nfesseur au Collège de France.\nMME DANIEL HERMANN.\nMN,E HENRY HOTTINGUER.\nMME GEORGES KINEN.\nMME la comtesse PAUL DE POUR-\nTALÈS.\nMME THÉODORE RF.INACH.\nM. le docteur HERMANN RIEDER.\nM. ROMAIN ROLLAND.\nM. Louis SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nMME TERNAUX-COMPANS.\nM. JEAN WEBER, agrégé de L'Uni-\nversité.\nUn comité consultatif sera constitué à la prochaine assemblée, le\n24 juin.\nSTATUTS\nARTICLE PREMIER.\nLa Société française des A mis de pour but d'aider au\ndéveloppement de l'art musical en France.\nSon siège est à Paris, 6, chaussée d'Antin."}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.115", "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2269, "texte": "ART. 2.\nLes moyens d'action de la Société consistent :\ni° A faire ou à provoquer des libéralités ou des prêts gratuits en vue\nd'aider toutes manifestations artistiques répondant au but qu'elle se\npropose ;\n20 A constituer un groupe choral de professionnels rétribués et spécia-\nlement instruits en vue de prêter leur concours, le cas échéant, à ces\nmanifestations ;\n3° A favoriser chez les enfants la formation du goût musical par\nl'étude et la pratique du chant choral dans les institutions d'enseigne-\nment primaire et secondaire ;\n40 A provoquer ou à faire elle-même toutes publications de nature à\ndévelopper l'influence qu'elle se propose d'exercer.\nLa Société pourra organiser des réunions, des conférences, des audi-\ntions, des congrès, au besoin des cours, et constituer une bibliothèque\nprésentant, en même temps que les productions delà musique pure, les\nœuvres littéraires de critique et d'esthétique musicale, et, d'une façon\ngénérale, employer tous les moyens d'action susceptibles de l'aider à\natteindre le but défini par l'article précédent.\nART. 3.\nLa Société se compose de membres créateurs, de membres fondateurs,\nde membres donateurs et de membres actifs.\nLes membres créateurs sont les personnes sous les auspices de qui la\nSociété a pris naissance.\nPour être membre fondateur, il faut avoir versé au moins une fois une\ncotisation minimum de 1.000 francs.\nPour être membre donateur, il faut verser une cotisation annuelle d'au\nmoins 100 francs.\nPour être membre actif, il faut verser une cotisation annuelle de\n20 francs, rachetable par un versement unique de 500 francs.\nLa cotisation annuelle de 20 francs est réduite de moitié pour les pro-\nfessionnels.\nLe titre de membre d'honneur pourra être accordé par le Conseil\nd'administration aux personnes qui rendront ou auront rendu des servi-\nces signalés à l'Association, sans qu'elles soient tenues de payer une coti-\nsation annuelle.\nLes dames peuvent faire partie de l'Association ; elles sont éligibles à\ntoutes les fonctions.\nART. 4.\nLe Conseil d'administration se réserve d'inscrire, comme\ndroit, les personnalités ou les sociétés musicales ayant rendu service\nà l'art, et de régler les avantages qui seront accordés à ces membres."}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.116", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2164, "texte": "ART. 5.\nUn comité consultatif, élu par l'assemblée générale et composé de\nvingt membres, sera appelé à donner son avis au Conseil d'administra-\ntion toutes les fois que celui-ci le jugera utile.\nART. 6.\nLa qualité de membre de la Société se perd :\ni° Par la démission ;\n20 Par la radiation prononcée pour motil grave par le Conseil d'admi-\nnistration.\nART. 7.\nL'Association est administrée par un Conseil composé de trente\nmembres. Les membres créateurs de la Société sont membres et font\npartie du Conseil d'administration leur vie durant.\nLes autres membres sont élus par l'Assemblée générale. Le Conseil\nest renouvelable par moitié chaque année.\nEn cas de vacances, le Conseil pourvoit au remplacement de ses\nmembres, sauf ratification par la plus prochaine Assemblée générale.\nLes membres sortants sont rééligibles.\nLe Conseil choisit parmi ses membres un Bureau composé d'un pré-\nsident, quatre vice-présidents, un directeur artistique, un secrétaire\ngénéral, un trésorier.\nLe président, les vice-présidents et le trésorier sont élus pour la durée\ndes fonctions du Conseil.\nLe Conseil d'administration rend compte de sa gestion au moins une\nfois par an à la Société, soit en provoquant une assemblée générale, soit\nen adressant un rapport imprimé à chacun de ses membres.\nIl organise de plus, aussi souvent que possible, à Paris et dans les\nvilles de province réunissant au moins 200 adhérents, des réunions et\nauditions, permettant de juger des résultats artistiques obtenus par la\nSociété dans les oeuvres directement fondées et dirigées par elle.\nART. 8.\nLe Conseil d'administration se réunit deux fois par an, et chaque fois\nqu'il est convoqué par le Président, ou sur la demande d'un quart de ses\nmembres.\nIl est tenu procès-verbal des séances.\nLes décisions sont prises à la majorité des membres présents.\nART. 9.\nLes fonctions de membre du Bureau et du Conseil d'administration\nsont gratuites. Toutefois, sur délibération du Conseil d'administration,\nles membres du Bureau et tous autres membres de la Société pourront\nêtre indemnisés pour les services que la Société leur aura demandés et\nqu'ils auront pu rendre."}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.117", "debut_caractere": 61, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "ART. 10.\nL'assemblée générale se compose des membres créateurs,des membres\nfondateurs, des membres donateurs et des membres actifs. Elle se réu-\nnit chaque fois qu'elle est convoquée parle Conseil d'administration, et\npour délibérer sur les questions qui lui sont soumises par celui-ci.\nElle est présidée par le Bureau.\nART. 11.\nLe budget et les comptes de la Société sont présentés par le trésorier\net deux commissaires aux comptes, élus tous les ans par l'assemblée\ngénérale. Ils sont dressés par le Bureau et approuvés par le Conseil\nd'administration.\nLes dépenses sont ordonnancées par le Président; la Société est re-\nprésentée en justice et dans tous lesactes delà vie civile parle Président.\nLe Président peut déléguer ses fonctions et se faire représenter, à titre\npermanent ou temporaire, par l'un des membres du Bureau.\nART. 12.\nLes recettes de l'Association se composent des cotisations et des\nsouscriptions de ses membres, et des subventions qui pourront lui être\naccordées, ainsi que du revenu de son fonds de réserve.\nART. 13.\nIl est constitué un fonds de réserve alimenté par les excédents de\nrecettes de chaque exercice.\nCe fonds sert à faire face aux dépenses exceptionnelles et aux déficits\nqui peuvent se produire en fin d'exercice.\nART. 14.\nLes membres de la Société jouissent d'une réduction sur le prix des\nplaces dans les concerts et conférences subventionnés ou patronnés par\nelle.\nIls bénéficient, en outre, de tous les avantages que la Société pourra\nleur assurer à titre collectif et dont il sera donné avis au fur et à mesure\ndes résultats obtenus.\nART. 15.\nLa modification des statuts peut être décidée par le Conseil d'admi-\nnistration, et la dissolution par l'Assemblée générale qui, convoquée à\ncet effet, doit comprendre la moitié plus un de ses membres. Si cette\nproportion n'est pas atteinte, l'Assemblée générale est convoquée à nou-\nveau, à quinze jours d'intervalle, et peut cette fois valablement délibé-\nrer, quel que soit le nombre des membres présents. L'Assemblée géné-\nrale qui a prononcé la dissolution désigne un ou plusieurs commissaires\nchargés de la liquidation des biens de la Société. Elle attribue l'actif de\nla Société à une œuvre d'intérêt musical."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-06-15-01-c053", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-06-15_01#c053", "volume": "bmtnabh_1909-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 118, "image_fin": 118, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.2.15", "titre_corps": "Pour paraître très prochainement.", "titre_sommaire": "Pour paraître très prochainement.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.118", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1642, "texte": "Pour paraître très prochainement.\nClaude Debussy,par Louis LALOY. Collection des\nsistes. Un volume, avec portrait inédit et autographe. Tirage restreint.\nPrix : 10 fr. Les souscriptions sont reçues dès ce jour aux bureaux de\nla S. I. M., 6, chaussée d'Antin.\nDe Londres.\nPelléas et Mélisandevient d'obtenir un succès éclatant à Covent-\nGarden. M\"e Féart (Mélisande), M. Warnery (Pelléas) et les autres\ninterprètes ont été rappelés huit fois. L'orchestre a été dirigé par\nM. Campanini avec la plus parfaite intelligence et un mouvement admi-\nrable.\nConcerts.\nIl faut signaler letrès intéressant concert donné, avec un grand succès,\nle 2 juin, àla salle Gaveau, par Mlles Suzanne et Héléna de Figueiredo,\npianistes, avec le concours de Mlle Sylvia de Figueiredo et de M. Fran-\ncisco Chiaffitelli. Au programme : Bach, Beethoven, Chopin et Liszt.\nLe Monde.\nLe 3o mai, bal costumé donné par Mllc E. de Krouglicoff en l'hon-\nneur des artistes russes en ce moment présents à Paris. On y remar-\nquait : Mme Karsavina, Mlles Baldina (costume grec) et Nicolaïdis ;\nMM. Nijinski, Koslov (en Tcherkess), Lachtchiline, du corps de bal-\nlet ; Mlle Babaïan (costume mandchou), MUe Bally (bacchante),\nMme Blanchet (paysanne masoure), Mlle Golberg (boyarine), MIIe de\nKikina (marquise), Mme Laloy (costume chinois), Mme Hassenberg Le\nBeau (costume i83o), M»e de Krouglicoff (satyre) ; MM. Bakst, Calvo-\ncoressi (jardinier), Diaghilev, Nauvel, prince Argoutinski, prince Cher-\nvachidzé (gendarme), Laloy (philosophe chinois), Louchnikof (lama\ntibétain), Matvéev (Folie), Chirokov (paysanne russe), Baud (boyar),\nBlanchet (Turc), Muller (apache de Paris), etc."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-06-15-01-c055", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-06-15_01#c055", "volume": "bmtnabh_1909-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 119, "image_fin": 119, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.2.16", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 119, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.119", "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 660, "texte": "u\nmm\nWJ-'W*\n£ S*\nk\n&\n, -\n-\n\"■' : -:\n~ï.,.\n-\ni *\nTA.!\nI;SÛ.\n:PÎ, •\n.\n..., 'fi\nS,*\n.\n, ■. ■„*.'■\nO\nÏ«ÀI!\nW*~-\n;\n':■/■:. • .•\nFFÎR-R\n;-F>\n%\n\\\n:-'-:ïv:\n!\nÎKS^\ni\\\ni i-..;\n: :\n1\n>\n?-\"\n—V\nï>:\n..\ny\nmmam\ny\nu\nm\n'\nfi\nËMfe\nN\nà\nsii:\n.\nr..;\n, •*:\n■...%:?•\n£\n\"''■ y:--\nB\n112;\n'\n1111\n.?-II\n\\..i\n»\n•>:\n< '■ :\nS-i'f.\n\" V\n««SS\n/\nyx\n%yX.iO\nVT ' -\nllliilliLLLl'\nr\nTiirmiMiiiii/'v!\né\n1\ncnam\n:NI:IINII\nCARTES D' EXCURSIONS\n( Individuelles ou de Famille )\nEN fIUVERGHE, LES CÉVErïHES, ETC...\ndélivrées du 15 Juin au Jso Septembre au départ\nde toutes les gares du Réseau P L.M.\nConsulter le Livrel\" Guide Horaire PL.M IÎIIS en vente au prix de o.sodans toutes les gare? P. 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Préparation au\nConservatoire. Petite scène ,\n2, rue Favart.\nFrida Eissler,6<),avenue d'Antin.\nCourtier-Dartigues, 56, rue du\nRocher. 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Leçons de\nchant, 74, avenue Kléber.\nORGUE ET HARMONIE\nMM.\nH. Dallier, organiste de la Made-\nleine, professeur au Conserva-\ntoire. Leçons de piano, orgue,\nharmonie, contrepoint, fugue,\n7, boulevard Pereire.\nGaston Knosp, harmonie et com-\nposition, 3, rue Maître-Albert.\nJean Poueigh, 16, rue Duperré.\nLeçons d'harmonie et de com-\nposition. Orchestration.\nPIANO\nMM.\nPaul-E. Brunold, 3, rue Yvon-\nVillarceau. Leçons de piano et\nd'harmonie.\nJ. 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Un an, 10 fr.\n» 3\nETRANGER 15 »\nLe Numéro ... 1 »\nParaissant chaque mois.\n\nDANS CE NUMERO\nMjROPÔS DE QUELQUES ARTICLES SUR RICHARD STRAUSS, par ROMAIN ROLLAND ★\n;'£PHEN HELLER, par GEORGES SERVIÈRES * NOTES DE BIBLIOGRAPHIE BEETHO-\nI tNIENNE, par JEAN CHANTAVOINE * CHRONIQUE, par LOUIS LALOY (croquis de BILS) ★\nDE LA FLUTE ENCHANTÉE,par GEORGES SERVIÈRES * LES\nW'CERTS, par PAUL LANDORMY * LA CANTATE HÉRAKLÈS DE HIENDEL, par ROMAIN\nLIT.J;LAND * SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE ★ SOCIÉTÉ DES AMIS DE LA\n★ ÉCHOS ET NOUVELLES * LA SAISON RUSSE (croquis de E. DE KROUGLIKOFF)"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.2", "texte": "A propos de quelques articles sur\nRICHARD STRAUSS\n\nC'est un des devoirs de la critique de venir en aide aux jeunes\nartistes, et de defendre leurs intérêts. Je ne puis donc que louer\nle zele avec lequel certains de mes collègues français et italiens\nont pris en main la cause de M. Mariotte et de M. Vittorio Gnec-\nchi, dans une double affaire récente, où ces musiciens étaient re-\nprésentés comme les victimes d'un grand artiste.\nMais il est un autre devoir, qui nous appartient, et qui n'est pas\nmoins important : c'est de défendre les grands artistes contre\nleurs ennemis. Les grands artistes gênent trop de monde ; trop de\ngens ont intérêt à les faire disparaître, ou à les rabaisser. Et con-\ntre les attaques, ils savent mal se défendre. Ou ils perdent tout\nsang-froid, et répondent par des paroles irritées ; ou ils ne répon-\ndent pas du tout : dans les deux cas, ils sont livrés aux bêtes. J'en\nai vu trop d'exemples dans l'histoire de l'art, et même dans la vie,\npour ne pas être toujours tenté de venir à leur secours, quand je\nles vois attaqués.\nDans le cas présent, ce devoir m'était d'autant plus impérieux\nque l'artiste mis en cause est pour moi un ami, dont je n'admire\npas seulement le prodigieux talent, le plus puissant, à mon sens,\nde la musique européenne d'aujourd'hui, mais dont j'estime et\nj'aime la parfaite loyauté. Croire que Richard Strauss (car\n\nS. 1. M.\n\n1"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.3", "texte": "5 J 4\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nc'est de lui qu'il s'agit) aurait pu plagier, sans le dire, un jeune\nmusicien italien (comme l'a laissé entendre un récent article de la\nRivista musicale italiana), croire surtout qu'il aurait pu cher-\ncher à étouffer un jeune musicien français et à détruire son œuvre,\n(comme on l'a dit en France), m'était impossible à admettre,\nnon seulement comme une chose monstrueuse, mais comme une\nchose absurde. Car quel besoin, je vous le demande, peut bien\navoir un Richard Strauss de faire disparaître un débutant inconnu,\nqui n'est même pas un musicien de profession, mais un amateur\n(excellent, je le veux bien) ? Il faudrait que l'auteur de\nleben ne fût pas seulement un criminel, mais qu'il fût un sot.\nC'est ce qu'on ne fera croire à personne.\nRappelons brièvement les faits : on accuse Richard Strauss :\ni° D'avoir voulu anéantir la partition d'une écrite par\nM. Mariotte sur le même poème de Oscar Wilde, que Richard\nStrauss avait mis en musique ;\n2° D'avoir, par un phénomène de\ncomme dit fort prudemment M. Tebaldini, employé dans son\nElektra une telle quantité de motifs musicaux avec leurs dévelop-\npements, dont M. Gnecchi avait antérieurement fait usage dans\nsa Cassandra, que pour tous ceux— (et ils sont nombreux) qui\nne croient pas à la télépathie mcela s'appelle en fran-\nçais un plagiat.\nNe discutons pas, pour le moment, l'exactitude de ces asser-\ntions. Mais ne serait-il pas prudent, avant de se faire une opinion,\nd'interroger le parti mis en cause ? Dans une affaire aussi grave,\nil n'est pas permis de condamner un homme sans l'entendre. Ou\nfaudrait-il croire que cet homme ait fait obstinément défaut, et\nque personne n'ait répondu pour lui ?\nLa chose valait d'être élucidée. Je me suis mis en quête. J'ai\nconstaté que les journaux allemands ont fait, à maintes reprises,\ndes réponses explicites, tant sur l'affaire Mariotte que sur 1 affaire\nGnecchi. J'ai de plus écrit à Richard Strauss, qui m'a répondu\npar la lettre qu'on va lire. Je la publie, sans commentaires. Je me\ncontente d'atténuer, ou de supprimer, çà et là, quelques apprécia-\ntions personnelles, qui ne pourraient qu'envenimer le débat,\nquand tout mon désir est d'y mettre fin."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.4", "texte": "QUELQUES ARTICLES SUR RICHARD STRAUSS\n515\n\nGarmi&ch, 5 mai 1909.\nCher ami,\nJe vous remercie cordialement pour Vamical souci que vous me témoi-\ngnez.\nMais que dois-je faire ? Savez-vous un meilleur moyen, pour com-\nbattre la haine et Venvie, que le parfait silence ?\nVous connaissez bien l'histoire d'Hercule avec l'Hydre ?\nPoui l affaire CASSANDRA-KLEKTRA, j avais déjà résolu de rte\nrien répondre, avant de connaître la\npour Gnecchi. A présent que je la connais, je me tairai bien plus en-\ncore . car toute l histoire est vraiment trop niaise, —abstraction faite du\nton ecœuiant de chauvinisme qui\nques contre moi, tant italiennes que françaises. A cela on doit, pour\ntoute réponse, opposer le spectacle de la très large et amicale hospitalité\nque l Allemagne accorde à lart italien et français, plus qu'aucun autre\npays du monde, et dont on nous sait\nQuant au casMARIOTTE-SALOMÉ,\nexposée dans leBERLINER TAGEBLATT.\nPour votre tranquillité personnelle,\nchoses.\nM. Mariotte a demandé aux héritiers SALOMÉ,\npour la mettre en musique. Les héritie\nle droit de propriété m'avait été déjà cédé. Malgré tout, M. Mariotte a\ncomposé sa SALOMÉ.\nDans la première lettre qu'il m'a\nmon droit exclusif de propriété, et\ntion de faire jouer deux fois sa SALOMÉ à Lyon. Je lui ai répondu :\n« Jouez votre œuvre, où et aussi souve »\nmalheureusement oublié que, pendant SALOMÉ\nétait devenu, par traité, la propriété\nBerlin.\nM. Furstner éleva une réclamation contre la permission que j'avais\ndonnée à M. Mariotte.\nAprès beaucoup de peine, je réussis enfin à obtenir de M. Furstnerqu il"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.5", "texte": "516\n\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nautorisât quelques représentations de SALOMÉ de\net qu'il remplît le premier et unique\nM. Mariotte.\nDepuis ce temps, je me suis e cl\nM. Fiirstner pleine et entière liberté pour l œuvre de Mariotte. Deux fois,\nj'ai été tout près d'y réussir : la pre\nM. Lalo ; puis, il y a peu de semain\nMauclair, m'insultant de telle sorte\nde me désister de mon dessein, de peur que nous n eussions l'air de cé-\nder à une intimidation.\nVoilà où en est l'affaire aujourd'hui. M. Mariotte peut remercier ses\namis de ce qu'il n'a pas réussi à obtenir\nfaire jouer son œuvre. Car je ne me\nmenaces et des injures, quand j'ai le\nSi M. Mariotte veut revenir à d'autre\nses amis à m outrager, s'il veut s'adresser courtoisement, amicalement,\nà ma bienveillance, la chose pourra\npense ; et mon éditeur, qui est un gen\nJe vous autorise absolument, cher ami, à faire de cette lettre l'usage\nqu'il vous plaira, et je reste votre fidèlement dévoué\nRichard STRAUSS.\nL'article du Berliner Tageblatt, auquel il est fait allusion dans\nla lettre, est du Dr Leopold Schmidt, et parut, le 3o décembre\n1908, en réponse à l'article de M. Lalo dans J'en sup-\nprime, comme pour la lettre de Strauss, les appréciations person-\nnelles, étrangères au fond du débat, ainsi que la partie du récit\nqui reproduit les faits exposés précédemment. Je retiens seule-\nment un certain nombre de détails nouveaux et très précis :\n« L'éditeur Furstner, dit M.le Dr Leopold Schmidt, avait d'au-\ntant plus de raisons de faire valoir ses droits contre M. Mariotte,\nque des pourparlers venaient d'être entamés par lui avec l'Opéra\nde Lyon, et qu'ils auraient abouti à la représentation de l'œuvre\nde Strauss, sans l'apparition d'une seconde Salomé. Je ne crois\npas que les éditeurs français eussent trouvé bon qu'un composi-"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.6", "texte": "QUELQUES ARTICLES SUR RICHARD STRAUSS\n517\n\nteur allemand remît en musique et fît représenter les libretti de\nCarmen ou de Sarnson et Dalila. Il faut remarquer de plus\nque, contre l'affirmation du Temps, qui fait remonter la première\nidée du plan de Mariotte à 1906, Mariotte a écrit, en propres\ntermes, dans une lettre à la maison d'édition de Berlin : « Les\npremières lettres avec les héritiers de Wilde furent échangées en\njanvier igoô (1). » Or, à ce moment, la Salomé de Strauss avait\nété déjà donnée, à Dresde, le 9 décembre 1905, avec un succès\nqui semble n'avoir pas été sans influence sur la décision de Ma-\nriotte. Et l'affaire change de face, quand on apprend que M. Ma-\nriotte a demandé seulement la permission de donner « une seule\nexécution privée » de son œuvre, et qu'en octobre 1907, il écrit\nencore à Berlin : « Il n était pas\nfaire éditer, mais seulement de le faire représenter un nombre de\nfois limité et en province (2). » L'inconséquence qu'on a voulu\nrelever dans la conduite de Strauss apparaît maintenant sous un\ntout autre jour. »\nQuant à la destruction de l'œuvre de M. Mariotte, et à\nda-fémélodramatique dont on nous a parlé, cela se réduit à ceci :\nlégalement, et si un accord particulier n'intervient pas entre\nM. Mariotte et M. Fiirstner, le texte français de Wilde est et reste\nla propriété exclusive de M. Fùrstner 5 et M. Mariotte, qui l'a\npris, est tenu de le restituer. Mais il n'est nullement question de\nsa musique.\n« La musique de M. Mariotte est sa propriété artistique ; elle\nne peut ni lui être prise ni être détruite. S'il l'adapte à un autre\npoème, ou même à un poème traitant le même sujet d'une autre\nfaçon, ni M. Strauss ni M. Friistner n'ont vouloir ni pouvoir\nde l'empêcher (3). »\nCela valait-il donc la peine de tant crier ? Quoi donc! en\nadmettant qu'un accord à l'amiable, entre M. Mariotte et\nM. Strauss, ne fût pas possible, (et nous venons de voir, par la\nlettre de M. Strauss, qu'il eût été possible), —était-il si difficile\n\n(1) En français dans le texte.\n(2) Id.\n(3) Dr Leopold Schmidt, Berliner Tageblatt"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.7", "texte": "518\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nde modifier le poème de Salomé, de façon à en garder toute la\nsubstance psychologique et dramatique, sans reprendre le texte\nmême de Wilde ? Ou bien ce texte de Wilde est-il quelque chose\nd'unique, de sacro-saintj dont on ne peut rien changer ? (En\nce cas, il eût fallu commencer par n'y point mettre de musique.)\nVoilà beaucoup de bruit pour un méchant poème !\nPassons à l'affaire Gnecchi et àla Cassandra. Ici, nous entrons\ndans un tout autre ordre de choses : c'est la fameuse question des\nplagiats en art. Elle n'est pas neuve : on la fait resservir pour\nchaque grand artiste. A chaque fois, l'effet est infaillible. Le\npublic, incapable de distinguer l'originalité intime d'un artiste,\nquel qu'il soit, est frappé d'une évidence soudaine, quand le pre-\nmier venu lui montre de vagues analogies de forme entre un au-\nteur et un autre. Enfin !... Dans cette obscurité de l'art, il voit\ndonc quelque chose ! Il voit des mots, des notes, et ces mots, ces\nnotes, sont les mêmes chez ces deux auteurs. Point de doute: il\ny en a un qui a volé l'autre. D'un côté la victime, et de l'autre\nle traître. Cela est simple. Pauvre public !...\nLa seule chose qui étonne, c'est que des gens d'esprit, qui ont\nquelque connaissance de l'art, se laissent abuser par de telles niai-\nseries. Ne savent-ils donc pas ce que c'est que l'art? Et croient-ils\nqu'un artiste invente jamais rien, de toutes pièces ? Il n'est\npas une grande pensée, pas une phrase musicale, dont les élé-\nments ne se retrouvent chez un autre artiste, chez un autre pen-\nseur d'un âge précédent, et avant ceux-là, chez d'autres, et chez\nd'autres encore. Ceux que nous considérons comme les génies\nde l'art ne sont même pas parmi les artistes qui ont le plus\ninventé. Voici plusieurs années que j'étudie le XVIII® siècle\nmusical en Italie et en Allemagne, et je suis arrivé à cette consta-\ntation qu'il n'y a peut-être pas une phrase de Mozart ou de Gluck\nqui n'ait été inventée par quelque musicien avant eux. Les artis-\ntes les plus inventifs ne sont pas les plus connus. Les génies que\nnous admirons sont ceux qui font fructifier le grain semé par\nd'autres, ceux qui soufflent une grande vie à des embryons d'êtres,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.8", "texte": "QUELQUES ARTICLES SUR RICHARD STRAUSS\n519\n\net qui, avec les mots, les phrases et les pensées de tout le monde,\nbâtissent des mondes nouveaux. Le cas spécial de\nElektraqui nous occupe est vraiment trop médiocre pour que je\ntraite, à son sujet, la question générale de l'imitation en art. Mais\nje compte la reprendre prochainement, dans cette Revue, à pro-\npos de Hœndel : car il n'est pas d'artiste pour qui un tel problème\nse pose avec autant d'ampleur que pour l'auteur à'lsraël. Pour le\nmoment, j'en reviens à nos moutons, si je puis me permettre\nd'appliquer ce nom paisible aux héros épileptiques de la maison\ndes Atrides, qui menacent de mettre aux prises M. Gnecchi et\nM. Strauss, ou plutôt leurs critiques.\nC'est M. G. Tebaldini qui a attaché le grelot de la nouvelle\naffaire, dans un article de la Rivista (anno XVI,\nfascicolo 2°, 1909), intitulé : Telepat\nElettra di Richard Strauss. —Il s'agit, nous l'avons dit, des ana-\nlogies relevées entre Elektraet un opéra représenté, en novembre\n1905, au Teatro comunale de Bologne, sous la direction deArturo\nToscanini : Cassandra, paroles de Luigi Illica, musique de Vit-\ntorio Gnecchi, jeune compositeur milanais.\nJe ne sais si M. Tebaldini aeu conscience du beau tapage qu'il\nallait déchaîner ; mais je crains bien qu'il n'en supporte les con-\nséquences, malgré les précautions qu'il a prises pour se mettre à\nl'abri. —En effet, il a grand soin d'assurer, au commencement de\nson article, qu'il n'entend en aucune façon accuser Richard\nStrauss :\n«Non certainement par d'autres voies que parcelle d'une ins-\ntinctive concordance psychologique, que je définirais comme\nune espèce de Télépathie musicale, pourrait s'expliquer le fait\nque j'ai relevé : à savoir qu'inspirés par les poèmes anciens ou\nnouveaux qui chantent les mêmes personnages tragiques, deux\nmusiciens, l'un Italien très jeune, l'autre Allemand très illustre,\nétrangers l'un à l'autre, » ont trouvé les mêmes idées musicales.\nEt, à la fin de l'article :\n«J'ai intitulé cette brève étude d'un vocable scientifique, car il\nne me semble pas qu'on puisse expliquer autrement que par un\nphénomène de télépathie le cas singulier que j'ai montré... »\nEt M. Tebaldini, en terminant, soumet ce cas, qu'il trouve de"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.9", "texte": "520\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nla plus haute importance, aux savants qui s'intéressent à la mo-\nderne psychologie et à tous les phénomènes de la création artis-\ntique.\nSi M. Tebaldini a cru ainsi désarmer les rancunes du parti\nStraussiste, il s'est bien trompé : on ne lui en a voulu que davan-\ntage de ne pas formuler ouvertement son accusation : car per-\nsonne n'a pu prendre au sérieux ses explications :\n« C'est un pur non-sens, dit crûment le DrAlexander Dillmann,\ndans les Mïinchner Neueste Nachrich(2o avril 1909). A cette\ntélépathie, personne ne croit. Peut-être pas même M. Tebaldini,\nqui a trouvé cette forme aussi inusitée que prudente d'accusation...\nIl s'agit chez Tebaldini de tout autre chose que de recherches\npsychologiques. Ala fin de l'article, est une suite de tableaux\nd'exemples musicaux (dix grands tableaux), où l'on montre la\nressemblance de quinze thèmes principaux avec les\nthèmes de Cassandra.A gauche sont les citations de\nà droite celles d''Elektra Avec un zèle infini, l'exemple\nest placé à côté de l'exemple, la mesure à côté de la mesure,\ntoutes les ressemblances possibles sont tirées par les cheveux, de\nfaçon à faire de Strauss bien nettement un plagiaire (1). » « ...Dans\ncette juxtaposition de notes, gît une terrible, une muette accu-\nsation contre le maître allemand (2). »\nJe commence par dire que je ne suis pas de l'avis des critiques\nallemands : je crois M. Tebaldini sans malveillance cachée. Mais\nil offre un beau cas d'une maladie dont sont atteints, à quelque\ndegré, presque tous les musicologues : celle de retrouver tout dans\ntout. Et, en effet, tout est dans tout. Mais il n'est pas très\nintéressant de le faire remarquer.\nCette chasse maladive aux réminiscences, qui me semble tou-\njours un peu comique, est particulièrement plaisante, quand il\ns agit des thèmes de Richard Strauss, presque tous extrêmement\ncourts, peu caractéristiques par eux-mêmes, et n'acquérant de vraie\n\n(1) Ludwig Hartmann, Dresdner Neueste 20avril 1900.\n(2) Dr Alexander Dillmann : Mïinchner 20 avril 1909."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.10", "texte": "QUELQUES ARTICLES SUR RICHARD STRAUSS\n521\n\nvaleur que par leur développement et leur revêtement harmonique\net instrumental. Cette impression comique ne fait que s'accen-\ntuer, à mesure qu'on parcourt les dix tableaux musicaux, où\nM. Tebaldini, comme dit encore M. Dillmann, « a élevé un\nflamboyant J'accuse contre Richard Strauss ».\nN'est-il pas enfantin, par exemple, de relever une réminiscence\ndans ce cri d'Elektra : « Agamemnon !», rapproché de ces paroles\ndu prologue de Cassandra: « Il (1) ... »\nComme le dit M. L. Hartmann, il y avait beau temps que ce\ncri avait été inventé, avant Gnecchi !\nVoici d'autres exemples qui sont de la même force.\nIci, une pure notation déclamatoire, des plus banales (2) :\nLà encore, où il est question, dans les deux poèmes, d'amour\nou de tendresse, le dessin mélodique est d'une égale banalité ;\nau reste, ni la tonalité ni la mesure ne sont identiques (3) :\nAilleurs, voici un dessin qui semble à M. Tebaldini visiblement\nimité de Gnecchi par Strauss, sans qu'il lui arrive de se demander\n\n(1) Ex. I de M. Tebaldini. (Voir Rivista musicale italiana.)\n(2) Ex. VI bis (14). Ibid.\n(3) Ex. IV (9); Ibid."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.11", "texte": "522\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nsi par hasard Gnecchi ne l'aurait pas imité de Wagner\nlequel l'aurait imité de Beethoven, etc. etc. (i).\nMais le plus plaisant, c'est de voir avec quelle inconscience\nM. Tebaldini, entraîné par sa manie arrange à sa\nfaçon les textes qu'il manipule, amputant ici, ajoutant là, « coupant\naux accords cités les oreilles et le nez » (2), pour les rendre plus\nressemblants, élaguant, supprimant systématiquement les har-\nmonies. Dès le premier exemple, le procédé s'affiche avec candeur :\nles notes ou les mesures qui gênent, on les imprime en tout\npetits caractères. Il arrive qu'on ne les imprime pas du tout. On\nobtient ainsi des citations mutilées, qui n'ont plus aucun sens,\ncomme celle-ci (3) :\n\n(1) Ex. IX (24). Ibid.\n(2) Dr Alex. Dillmann.\n(3) Ex. II (6) de M. Tebaldini.\n(4) Page 144, première ligne, de la partition piano et chant d'Elektra."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.12", "texte": "QUELQUES ARTICLES SUR RICHARD STRAUSS\n5 23\n\nou celle-ci, simple dessin de basse d'Elektra, comparé, Dieu sait\npourquoi ! à un chant de Gassandra :\nau lieu de :\nCeci n'est encore rien. M. Tebaldini ne se contente pas de\ndonner çà et là quelque savant coup de ciseau. Il n'est pas seule-\nment sculpteur ; il est aussi mosaïste. Là, son talent est sans\nrival.\nPar exemple, pour amener un passage d'Elektra (page 22 de\nla partition pour piano et chant, 4e ligne) àla ressemblance voulue\navec un passage de Cassandra, M. Tebaldini procède de la façon\nsuivante: il commence par prendre, page 22 une seule\nligne de l'accompagnement instrumental, comme chant ; à la\nseconde mesure, il donne pour basse à ce nouveau chant une\nmesure prise à l'accompagnementinstrumental delà page 32 ; à la\ncinquième mesure, il coupe net la phrase de la page 22, et y colle\ntrois mesures prises à l'accompagnement instrumental de la page\n21. Voici, pour être plus clair, la citation de M. Tebaldini (3) :\n\n(1) Ex. VIII (20) de M. Tebaldini.\n(2) Page 74, première ligne, de la partition d'Elektra.\n(3) Ex. X (28) de M. Tebaldini.— (Les parenthèses ont éternises par M.Te-\nbaldini.)"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.13", "texte": "524\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nCitation à'Elektra par M. Tebaldini :\nEt voici le passage exact de YElektra qui a inspiré cette com-\nposition nouvelle :\nMême passage d'Elektra, d'après la partition originale (1) :\n\n(i) Page 22, 4e ligne de la partition piano et chant d"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.14", "texte": "QUELQUES ARTICLES SUR RICHARD STRAUSS\n525\n\nJe pourrais citer de nombreux exemples de ce système de dé-\ncoupage et de recollage de notes. Le chef-d'œuvre du genre nous\nest fourni par l'exemple XV (46) de M. Tebaldini. Afin de nous\nprésenter le modèle télépathique de l'admirable page iïElektra, où\nElectre reconnaît son frère, M. Tebaldini a réécrit (il n'y a pas\nd'autre mot à employer) toute une page de Cassandra, en\namalgamant toutes sortes de motifs et de tronçons de motifs,\npris à toutes les pages de la partition de à savoir, pour\nla main droite, page i 63, 4e ligne ; page 17, ire ligne; page 194,\n3e ligne; page 232, 3e ligne ; page 89, 2e ligne; pour la main\ngauche, page 195, page 6, page 8, page 12b, page 127, page 126,\npage 89. —Sans plus de commentaires, voici le chef-d'œuvre (i) :\nCitation de Cassandra, par M. Tebaldini :\n\n(i) Ex. XV (46) de M. Tebaldini."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.15", "texte": "526\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nG est un joli jeu de patience! Avec ce système-là, je me charge\nd'écrire une page de Tannhaiiser,avec des motifs du\nSi quelque chose étonne, c'est qu'après tant d'efforts, la page\nde Richard Strauss, que l'on veut imiter, reste inimitable (i).\nAprès ce beau travail, M. Tebaldini ajoute :\n« Il est hors de doute qu'un examen plus minutieux pourrait\nenrichir la série de ces exemples. Mais cela exigerait une longue\nétude, qui ne m'est pas possible aujourd'hui. »\n« Dieu soit loué que M. Tebaldini n'ait pas le temps! s'écrie\nM. Dillmann. Avec sa méthode, nous découvririons à la fin\nqu'Elektra a été écrite par Adam et Ève ! »\nJe le répète : pas un instant je ne mets en doute la bonne foi de\nM. Tebaldini, pas plus qu'il ne met en doute celle de Richard\nStiauss. Je le crois parfaitement convaincu de l'excellence de sa\nméthode. Son cas nen est que plus curieux. A quelque chose\n\n(1) Pour compléter ces exemples, voir l'article de M. le D' Alexander\nDillmann (dans les Miinchner Neues le N"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.16", "texte": "QUELQUES ARTICLES SUR RICHARD STRAUSS\n527\n\nmalheur est bon. J'espère que son exemple servira à nous rendre\ntous plus prudents, nous, historiens et critiques, qui sommes tous,\nplus ou moins, affligés de la maladie télépathique, et qui avons\ntoujours une tendance à trouver des analogies entre tout ce que\nnous lisons. Quand il s'agit du passé, cela n'a pas beaucoup d'im-\nportance : les grands morts qu'on accuse de plagiat n'en sont pas\ndérangés dans leur sommeil ; et puis, ils auront leur revanche, ils\nvivront plus que nous. Mais quand l'accusation vise un auteur\nmoderne, elle est grave : car si loyale et si mesurée qu'elle soit dans\nl'intention de celui qui la lance, elle fournit des armes à la mal-\nveillance, toujours prête à se ruer sur un grand artiste, quel\nqu'il soit. Dieu sait les absurdités qui ont été dites, depuis deux\nmois, à la suite de cet article !\nAu reste, toute cette histoire a d'autant moins de sens que nous\napprenons par M. Ludwig Hartmann que Gnecchi et Strauss se\nconnaissent personnellement, qu'ils sont en fort bons termes, que\nGnecchi est un grand admirateur de Strauss, dont il avait entendu\nla Salomé à Turin (i), qu'ils ont causé ensemble de la Cassandj-a,\net que M. de Schuch, le grand Kapellmeister allemand, quia monté\nXElektra de Strauss à Dresde, avait le projet de donner, dans la\nmême saison, en un même cycle tragique, la de Gnec-\nchi (2).\nQue vient-on donc opposer malignement les deux auteurs et les\ndeux œuvres, comme s'il y avait entre eux quelque antagonisme ?\nDe qui se moque-t-on ici ? Est-ce du public ?\n\n(1) Et ceci autorise fort justement notre confrère musical du 7 imes à se de-\nmander si ce n'est pas, bien souvent, M. Gnecchi qui s est ressouvenu, dans sa\nCassandra, de motifs employés par Strauss dans des œuvres antérieures*\nJ'ai le même sentiment, et j'ai relevé, dans les exemples même que cite M. Fe-\nbaldini, plus d'une analogie entre la Cass et des œuvres de Strauss anté-\nrieures àla Cassandra. Ainsi, l'ex. VII ( 15) de M. Tebaldini, où le passage\ncité de Gnecchi a, pour le moins, autant de parenté avec une page connue de\nTod und Verklârung qu'avec les pages morcelées XElektra qu'on en dit ins-\npirées. , , , ,\n(2) On trouvera, dans l'article de M. Ludwig Hartmann (publie dans les\nDresder Neueste Nachrichten du 20 avril 1909), toute une suite de lettres de\nGnecchi à M. Hartmann, qui vont du 9 janvier 1905 au 6 octobre 1908, et qui\néclairent tout le débat. M. Hartmann, qui a nettement pris parti pour Strauss\ncontre Tebaldini, est ami de Gnecchi, dont il a traduit en allemand le\nde la Cassandra."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.17", "texte": "528\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nJe constate que, dans ces deux affaires Mariotte et Gnecchi, ni\nl'un ni l'autre des deux intéressés, ni M. Mariotte ni M. Gnecchi,\nn'a formulé directement de plaintes. Approuvent-ils ou désap-\nprouvent-ils la campagne qui a été menée pour eux ? Nous n'en\nsavons rien. S'ils se croient réellement lésés,'qu'ont-ils besoin\nd'intermédiaires pour exposer leurs griefs? Qu'ils parlent ! En\nréponse aux accusations portées par les journaux français et ita-\nliens, j'ai opposé, par esprit de justice, la réponse allemande. J'ai\npublié des textes. Ils me paraissent explicites. Jusqu'à nouvel\nordre, il me semble qu'il ne reste rien de la question Gnecchi, et\nfort peu de chose de la question Mariotte. Si M. Gnecchi et\nM. Mariotte contestent sur quelque point mon argumentation, ou\nl'exactitude des renseignements sur lesquels elle s'appuie, qu'ils\nme le disent. Je serai heureux de leur faire droit, et nos revues\nleur sont largement ouvertes.\nMe permettra-t-on, en terminant, de conjurer fraternellement\nmes collègues, aussi bien latins que germaniques, de prendre bien\ngarde, en ce moment, à l'esprit nationaliste qui est en train de se\nglisser de nouveau, à notre insu, dans nos discussions artistiques,\net menace de les empoisonner ? Le nationalisme artistique est\nune vieille connaissance pour nous. Je ne suis pas bien âgé, et\npourtant j'ai le souvenir des sifflets contre Wagner et des levées\nde marmitons mobilisés contre Lohengrin. A quoi celaa-t-il servi?\nA nous rendre ridicules, et à affirmer le triomphe de Wagner,\nd'une façon plus agressive et plus désagréable pour nous, —comme\nil adviendra pour les Italiens, qui viennent de siffler sans l'entendre\nle Pelléas et Mélisandede M. Debussy. —Il y avait jadis une\nville qui planait au-dessus des luttes des nations, et où les grands\nesprits d'Europe allaient chercher la paix. La Rome de Poussin\net de Goethe n'est plus. Nous n'avons plus que l'art. Laissez-le-\nnous.\n\nRomain Rolland."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.18", "texte": "STEPHEN HELLER, par GUSTAVE RICARD\n(Musée du Louvre, salle Thomy Thiéry"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.19", "texte": "PORTRAIT DE STEPHEN HELLER\nD'APRÈS UN TABLEAU DU LOUVRE\n\nAu Musée du Louvre, le visiteur qui pénètre dans la galerie\nThomy-Thiéry, au second étage, ne tarde pas, s'il commence\npar le panneau de gauche de la première salle, à tomber en con-\ntemplation devant un portrait peint par Gustave Ricard, l'un des -\nmeilleurs tableaux exposés dans cette salle, si remplie de chefs-\nd'œuvre. ■\nC'est une figure d'homme aux longs cheveux ondés, partagés\npar une raie au-dessus de la tempe gauche, cheveux gris d'ar-\ngent qui furent blonds ou châtain clair, ainsi que 1 annonce le ton\nfauve de la moustache, étroite et circonflexe. Ils encadrent de leurs\nboucles épaisses un visage calme au teint rosé, aux sourcils d'une\ncourbe fine et bien dessinée, que domine un front élevé et sous\nlesquels rêvent des yeux châtains, des yeux à fleur de tête de\nmyope, dont la convexité a été atténuée par le peintre (i).-Il\nsemble aussi qu'en posant son modèle presque de face, l'artiste ait\nessayé de dissimuler la courbure caractéristique d'un nez arqué,\ndistingué, mais hébraïque. L'expression du visage est grave et\nmélancolique, sans amertume. Une légère sinuosité de la bouche\n\n(i) Elle est plus accentuée sur les deux autres portraits de Heller que pos-\nsède le Cabinet des Estampes : une lithographie de C. Vogt, d'après le portrait\npeint en 1846 par Maurice de Vaines ; un autre portrait lithographié par Le-\nmoine en i 853 et publié par J. Maho.\n2\n\ns. I. M."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.20", "texte": "530\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nrévèle, sous cette gravité apparente, un esprit subtil, teinté\nd'ironie.\nIl y a quelque mystère dans cette physionomie et l'on est porté\nà se demander quelle fut la profession du modèle. Est-ce un finan-\ncier, plongé dans des spéculations tout autres que métaphysiques,\nainsi que peuvent le faire présumer la forme du nez et la lèvre\ninférieure lippue, qui dénoncent un descendant de la race sémi-\ntique ? Est-ce un diplomate étranger?On le croirait àen juger par\nle flegme britannique, la correction de la tenue : col rabattu sur\nune cravate foncée, collier de barbe grise dégageant le menton, à\nla mode du second Empire, et la réserve prudente qui se lit sur\ncette physionomie complexe. Est-ce un poète, mais un poète res-\nsemblant à Henri Heine, dont cette figure rappelle assez les traits\ncaractéristiques, avec moins de beauté physique, un poète au ly-\nrisme tempéré par de l'humour ?\nLe doute cesse si l'on s'approche du cadre : ce portrait est celui\nde Stephen Heller (1), pianiste-compositeur qui, de son vivant, a\njoui, en France du moins, d'une célébrité relative, et déjà bien ou-\nblié, quoique sa mort remonte à vingt ans seulement.\nPour les jeunes générations de musiciens qui n'ont pas été ses\ncontemporains, quelques lignes de biographie ne seront pas inu-\ntiles.\nLa date de la naissance de Stephen Heller est mal connue. Le\nDictionnaire de musique deßiemann le fait naître en 1813 ; ses\nbiographes, Barbedette (2) et Mathieu de Monter (3), ainsi que\nson ami Marmontel (4), le i 5 mai 1814 j d'autres musicographes,\nun an plus tard (5). Il est né à Pest,mais ses parents étaient origi-\n\n(1) Il est entré auLouvre en 1908, par le legs Antonin Marmontel. Le père\ndu donateur, le célèbre pianiste, l'avait acheté à Mme veuve Berthold Damcke,\nà qui Heller en avait fait don par testament.\n(2) Stephen Heller, sa vie et ses œuvres, par Henri Barbedette, 1 br. in- B°,\nParis, Maho, 1878.\n(3) Article du 18 octobre 1868, dans la Revue et Galette musicale.\n(4) Les Pianistes célèbres, par A. Marmontel, 1 vol. in-18, Paris, 1876.\n(5) Cette dernière date (15 mai 1815) paraît être authentique, car elle est\ncertifiée par le Secrétaire perpétuel de l'Académie Hongroise, consulté par\nM. A. de Bertha."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.21", "texte": "PORTRAIT DE STEPHEN HELLER\n531\n\nnaires de la Bohême, des environs d'Eger, ville placée sur la fron-\ntière de la Franconie ; ses grands-parents étaient autrichiens. Enfin\nil était de race sémitique, ainsi que le révèle ce nom de qui\nest celui d'une menue pièce de monnaie et dont la consonance le\nfit considérer longtemps en France comme un Allemand.\nOr Stephen Heller n'était nullement allemand, ni de sang, ni\nd'éducation, ni de goûts ;il se proclamait, au contraire, très fier\nd'être Hongrois par sa naissance. Bien qu'israélite, il fut admis au\ncollège des Piaristes, et par conséquent élevé dans la religion ca-\ntholique. Asamort (14 janvier 1888) ( 1 ),le service funèbre eut lieu\nà l'église Notre-Dame-de-Lorette et il fut inhumé au cimetière du\nPère-Lachaise. Voilà donc une origine et une éducation très com-\nplexes, en lesquelles se heurtent des éléments ethniques opposés.\nIl n'y eut pas moins de singularité dans sa formation artistique.\nDestiné à la carrière commerciale, le jeune Heller manifesta de\ntrès bonne heure des facultés musicales remarquables, qui firent\nhonneur à son premier professeur de Pest, Franz Brauer. A l'âge\nde neuf ans, il exécutait avec son maître le concerto à deux pia-\nnos de Dussek. Un peu plus tard, à Vienne, il devint l'élève de\nCzerny et de Ant. Halm. En 1827, il se faisait déjà entendre dans\nles concerts. Puis Stephen Heller parcourut avec son père la\nHongrie, la Galicie, la Pologne et l'Allemagne du Nord, exécutant\nla musique brillante en vogue à cette époque, celle de Ries, de\nHummel, de Moscheles, de Herz, de Kalkbrenner, et improvisant\nen public sur un thème donné.\nFatigué de cette vie nomade, Heller tombe malade à son arrivée\nà Augsbourg, en 1832, et se voit contraint de s'y reposer. Une\ndame de la haute société, Mme de H..., s'intéresse à lui et le prend\ncomme professeur de ses enfants. Rassuré sur le sort de Stephen,\nson père le laisse en cette ville. Le jeune artiste s'y crée des rela-\ntions ; il obtient la protection du comte Fugger, officier supérieur\nde l'armée bavaroise, descendant de la famille des célèbres banquiers\nd'Augsbourg. Le grand seigneur lui ouvre son immense biblio-\nthèque musicale. Par elle, il s'initie à une littérature plus haute,\n\n(1) Date vérifiée sur les registres de l'état civil de la mairie du ixe arron-\ndissement."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.22", "texte": "532\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M\n\naux œuvres des grands maîtres : Haydn, Mozart, Beethoven, Men-\ndelssohn et Chopin. Ce que Heller avait appris jusque-là comme\ntechnique était peu de chose : il avait reçu quelques leçons d'har-\nmonie d'un vieux professeur nommé Czibulka ; Chélard, un musi-\ncien français fixé en Allemagne (i), lui avait donné des conseils.\nMais c'est l'étude approfondie des grands compositeurs allemands\nde la fin du xvmesiècle et du commencement du xix° qui a formé son\ngoût,qui l'a initié à Xécriture,à laforme,àla conduite et au développe-\nment des idées musicales. Heller était donc presque un autodidacte.\nLe débutant s'essaya d'abord à écrire des morceaux de piano,\ndes lieder sur des textes de Gœthe, de Uhland, de Rùckert, de\nHeine. Ces pages vocales sont restées inédites, tandis que la plu-\npart de ses premières productions instrumentales ont été pu-\nbliées (2). Après avoir lu, en 1836, dans la\nMusik, de Leipsick, un article de Robert Schumann qui conviait\nles jeunes compositeurs à adresser leurs œuvres à ce journal,\nHeller lui envoya par la poste un et trois impromptus.\nSchumann s'y intéressa assez pour les faire graver par l'éditeur\nKistner, de Leipsick (3), qui publia un peu plus tard l'op. 9 de\n\n(1) CHÉLARD (Hippolyte-André-Jean-Baptiste), né à Paris le ier février 1789,\nélève et lauréat du Conservatoire, entra comme violon à l'orchestre de l'Opéra.\n11 parvint à faire représenter en 1827 sur cette scène une tragédie lyrique en\n5 actes, Macbeth, poème de Rouget de Lisle. Après l'insuccès de cet ouvrage,\nil partit pour l'Allemagne. A Munich, Macbeth fut très bien accueilli et l'auteur\nnommé par le roi de Bavière kapellmeister de la Cour. Il revint à Paris, y\ndirigea des concerts, y fit jouer deux autres ouvrages, voyagea en Allemagne\net en Angleterre. C'est après un nouveau séjour à Munich où fut donné en\n1835 son meilleur opéra, la Bataille d!Herrmann, qu'il vint se fixer à Augs-\nbourg et qu'il eut occasion d'y connaître Stephen Heller. Il est mort le 12 fé-\nvrier 1861, à Weimar, où il avait rempli les fonctions de kapellmeister àla\ncour du grand-duc, de 1840 à iBso. Franz Liszt lui succéda dans cet emploi.\n(2) Bien peu ont été éditées en Hongrie : à ses débuts, deux séries de\nVariations sur une valse favorite de Hubowsky (op. 4) et sur un thème polo-\nnais (op. 5) ont été accueillies par Treichlinger, de Pest. Sur la fin de sa vie,\nil collabora à Y Album des musiciens hongrois, composé par Bartalus pour\nl'Exposition de 1885 et publié à Pest par Roszavolgyi. La contribution de\nS. Heller a pour titre Feuille de souvenir.\nSes op. 2 et 3 : Les Charmes de Hambourg, rondo brillant, et une Fantaisie\ndramatique qui fond en un pot-pourri Semiramide et la Muette, parurent chez\nBœhm, à Hambourg.\n(3) Ce sont les op. 7 : Trois impromptus, et 8, Rondo-Scherzo en sol majeur.\nL'op. 1 de Heller : Thème de Paganini varié en fa majeur, appartient au même\néditeur."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.23", "texte": "PORTRAIT DE STEPHEN HELLER\n533\n\nStephen Heller, une sonate en ré mineur (dédiée à Schumann), et\nil les présenta lui-même au public (i).\nDeux événements décidèrent de l'avenir de Stephen Heller. En\n1837, au cours d'une tournée de concerts, le célèbre pianiste\nKalkbrenner s'arrêta à Augsbourg, entendit Heller, parcourut\nses compositions juvéniles, et lui conseilla de quitter l'Allemagne,\npour venir s'installer à Paris et suivre ses leçons. En 1838, la mort\nde son protecteur, le comte Fugger, fort préjudiciable aux intérêts\nde Heller, le détermina à tenter la fortune en France, comme\nl'avaient fait avant lui plusieurs autres virtuoses-compositeurs,\nnotamment son compatriote Franz Liszt et Frédéric Chopin,\nEn octobre iB3S, Stephen Heller débarque à Paris, prend quel-\nques leçons de Kalkbrenner, mais se sépare bientôt de ce pro-\nfesseur exigeant. Dès son arrivée, il perd quelques illusions, il est\nvictime de sa timidité, de son éternelle distraction. Il goûte peu\nla société et ne peut espérer se produire dans le monde, faute de\nrelations; il est doué, à la vérité, d'un certain talent de pianiste,\nmais non capable d'égaler des virtuoses tels que Thalberg, Liszt\nou Chopin. De plus, il n'a pas de légende, il n'est pas\nPendant un an, il vitdans un hôtel de la cité Bergère, obscur et dé-\ncouragé. Enfin quelques hommes généreux s'attachent à lui, le font\nadmettre par Schlesinger dans la rédaction de la Galette musicale,\noù il publie de temps à autre des articles de fine critique et qui,,\npendant quarante ans, soutiendra fidèlement sacause. Il y débute à\nla fin de 1839 \", deux ans à peine sont écoulés quand cette revue,\ntrès lue et fort bien rédigée à cette époque, fait au débutant\nl'honneur d'une biographie.\nLe rédacteur, qui signe Eugène de Froberville (2), trace en ces\ntermes la psychologie du jeune artiste hongrois : « C'est un enfant\n\n(1) Les articles de Schumann sur les œuvres de Heller ont été recueillis\nparmi ses Ecrits sur la musique, 4 vol. in-B°, chez Wigand, à Leipsick, 1834.\nIls n'ont pas été traduits en français.\nOutre les comptes rendus de ces trois œuvres, Schumann a analysé les 24\nétudes de l'Art de phraser (op. 16), le Scherzo (op. 24) et le Caprice (op. 27)»\nla Fantaisie et le Boléro sur des thèmes de (op. 3i et 32).\n(2) Article du 14 novembre 1841, intitulé Etudes sur l'Art et les ai tistes .\nStephen Heller. Je soupçonne fort l'auteur d'avoir masculinisé son nom eL\nd'être tout simplement Eugénie de Froberville, à qui est dédié le Caprice syni-\nphonique (op. 27)."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.24", "texte": "534\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S, I. M.\n\nfaible, inconstant, à la fois plein de tendresse et de mutinerie,\nqu'un rien désespère et qu'un rien réjouit j effarouché par une\nbagatelle, reconnaissant jusqu'aux larmes d'une attention, d une\ncaresse.\n« Pour Heller, des niaiseries fantasmagoriques deviennent sou-\nvent des monstres réels, car les impressions vives paralysent chez\nlui la réflexion et la logique j on sent que les facultés de raisonne-\nment ne sont pas innées chez lui ; on devine que c'est par une\npénible éducation qu'il les a acquises. Heureusement, chez lui, la\nlogique du cœur vient étayer fortement celle de l'esprit, et il se fait\naimer... Quant aux choses de la vie, ce sont pour lui lettres\ncloses : le quantième, le millésime, sont d'éternelles causes de\ndésespoir pour lui ; les rendez-vous qu'il donne, les invitations\nqu'il accepte, il les oublie parce qu'il sait d'avance qu'il y man-\nquera. Ce n'est pas le distrait, ce n'est pas le fantasque, c'est la\nfantaisie faite homme. »\nL'auteur de cette étude plutôt psychologique que musicale\nestime qu'il y a unité parfaite, chez Stephen Heller, « entre son\norganisation morale et ses œuvres. » Nous sommes donc autorisés,\nplus que pour tout autre artiste, à faire procéder de la nature intel-\nlectuelle de Heller et de son caractère même, les particularités de\nson œuvre si personnelle. Après avoir lu et examiné la presque\ntotalité de ses productions, je crois pouvoir affirmer avec certitude\nqu'aucun miroir ne pouvait refléter Heller plus fidèlement que\nsa musique. Elle est bien de l'homme que nous montre le por-\ntrait du Louvre. Cet homme, je vais essayer de le dépeindre,\nen m'aidant des documents que nous possédons sur lui, des\narticles relatifs à ses œuvres (i) et des souvenirs de ses contem-\nporains (2).\n\n(1) Pendant quarante années, dans la Galette musicale, les productions\nde Heller ont été analysées par tous les rédacteurs de cette revue : Fétis,\nMathieu de Monter, Kastner, Maurice Bourges, Paul Smith, Ch. Bannelier.\nOutre les notices déjà mentionnées, il faut citer l'article de Moritz Hartmann\ndans les Monatshefte (1858), reproduit dans son livre : Bilderund Biïsten, i vol.\nin-B°, Leipsick, 1859.\n(2) Parmi les vivants, je nommerai MM. G. Mathias, E. Delaborde, Gust.\nbandré, A. de Bertha et A. Schmoll, qui ont bien voulu me faire part de leurs\nsouvenirs. Je leur en exprime ici mes bien sincères remerciements."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.25", "texte": "PORTRAIT DE STEPHEN HELLER\n535\n\nA cette époque, Heller était grave, mélancolique, réservé, mais,\nainsi qu'on l'a vu, très impressionnable (i), très docile aux\ncaprices de son imagination. Toutefois cette impressionnabilité\nétait tempérée par la sagesse de sa nature. Il est modéré dans\nl'expression de ses sentiments ; il a pris Mendelssohn pour modèle\nartistique, et la musique de sa première manière témoigne de\nl'étude qu'il en a faite. Elle est exempte de passion et même\nassez peu expressive ; elle ne dépasse pas le degré de chaleur des\nRomances sans paroles ; elle ne les égale même pas toujours pour\nl'invention mélodique. Dans le genre lyrique, la phrase chantante\nqu'il imagine tourne court, manque d'essor, d'envolée, de déve-\nloppement ; elle dépasse rarement la dimension d'une feuille\nd'album. Elle est en cela l'interprète même de sa nature qui est\ntimide, réservée, facile à effaroucher.\nQu'il faille imputer ce manque d'expansion et de lyrisme à son\norigine israélite ou attribuer cette froideur apparente à la pudeur\nintime qui arrête un homme délicat dans la révélation de son être\npassionnel, dans la divulgation de ses affections, Heller paraît\nêtre, comme Stendhal ou Mérimée, constamment sur ses gardes.\nS'il a aimé, il n'a pas dû en souffrir beaucoup, car on ne rencontre\ndans son œuvre aucun cri de passion. Il n'en a pas fait la confi-\ndence à ses amis, et il n'en veut pas faire la confidence au public.\nDu reste, il était, m'assure-t-on, peu sentimental et plutôt maté-\nrialiste. La paupière inférieure, boursouflée et plissée, du portrait\nlithographié de 1853, révèle un sensuel. Bien qu'il ne se posât pas\nen héros de roman, il plaisait cependant aux femmes; il ne les\néblouissait pas avec le langage emphatique des amoureux iB3o,\n\n(i) Il parait l'être toujours resté, témoin la jolie anecdote que m'a racontée\nM. Gustave Sandré : « Heller avait conservé le souvenir d'une friture mangée\nà Asnières avec Berlioz et son fils Louis, officier de marine. Après ce fes-\ntin, ils convinrent d'aller à pied à Neuilly, pour de là rentrer à Paris. Mais, au\ncours de la route, un rayon de lune impressionna si vivement Berlioz qu'il\nse mit à pleurer à chaudes larmes.\n« Heller ne tarda pas à ressentir la même influence et sentit des pleurs\ncouler sur des joues. Seul l'officier de marine conserva son sang-froid, et il\nramena à Paris son père et l'ami de son père en proie à un chagrin profond...,\nsans cause, avouait Heller. »"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.26", "texte": "536\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nmais il les séduisait par une certaine câlinerie. Or, si la plupart\nde ses pièces sentimentales pèchent, sinon par la banalité, car il\nsut toujours s'en garder, du moins par le manque d'accent, on y\ndécouvre parfois une sorte d'aveu à peine exprimé, de susurrement\ncâlin et doux, de brève caresse mélodique. Tels sont le Nocturne\n(op. io3) (1), le 3e prélude de l'op. 79 et ses (op.\n122), qui sont, selon moi, l'un de ses chefs-d'œuvre, peut-être son\nchef-d'œuvre, celui du moins en lequel sa nature à la fois rêveuse,\ncapricieuse, amie à la fois de la mesure et de l'élégance, s'exprime\nle mieux. Toutes ces valses sont jolies, soit par la liberté du\nrythme, soit par la grâce de l'harmonie; quelques-unes témoignent\nd'un sentiment délicat, surtout les deux dernières, celle en fa\nmineur, la seule qui soit vraiment mélancolique, et celle en la t\\\nIl est à remarquer que, dans tous les recueils de Heller : Nuits\nblanches, Dans les bois, Promenades ce sont les pièces\nsentimentales qui sont les plus faibles. On peut à peine citer pour\nl'expression la Romance du Petit Album {op. 134), le lento en ré du\nVoyage autour de ma chambre (op. 140), à la tonalité d'abord\nindécise, et plus douloureux que ne l'est habituellement la mu-\nsique de ce compositeur, le lied très court mais assez personnel\nintitulé Tendresse,dans les Tablette 153), un\nou deux des Phantasie-Stucke, dédié à Mme Berthold Damcke, qui\nfut l'Egérie de Heller et peut-être même quelque chose de plus.\n\n(i) Le Nocturne (op. io3), la Polonaise (op. 104) et une Eglogue appar-\ntiennent à la maison Durand. La maison Lemoine possède, outre quelques\nautres morceaux, l'Art de phraser(op. 16), les recueils d'études (op. 45,46,47),\nles 24 Préludes (op. 81). Les 20 Préludes (op. iso) ont été publiés à Leip-\nsick, chez Kistner, qui a édité la plupart des morceaux de jeunesse. Les\nn°s d'oeuvres : 106; 107, 108, m, 112, n 3, 114, 115,116,117, 118, font\npartie du fonds Schott, de Mayence. Presque toute la musique de Heller, sauf\nles exceptions citées et quelques autres, jusqu'au n<> 75 inclus, appartient au\nfonds Schlesinger-Brandus-Maquet, cédé à la maison Joubert. A partir du\nno 76 et toujours sauf de rares exceptions, elle a été éditée par J.Maho, dont\nle successeur est M. J. Hamelle.\nQuelques morceaux ont été publiés à Londres chez Ashdown ; d'autres sans\nnuméro d'oeuvre : Pensée, Esquisse, ont été\nédités par Brandus. Je ne puis donner ici intégralement le catalogue des\noeuvres de Stephen Heller, il contient plus de 160 numéros dont beaucoup se\nsubdivisent en suites ; on le trouvera dans celui de Pazdirek, chez Costallat, ou\ndans 1 excellent petit ouvrage de M\"e Hortense Parent :\npédique du Pianiste, 1 vol. in-80, Hachette."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.27", "texte": "PORTRAIT DE STEPHEN HELLER\n537\n\nC'est surtout dans les morceaux d'allure calme que Heller est\nle plus mendelssohnien, le plus rassis. Il n'atteint à l'accent, et\nencore à un accent très mesuré, que dans ceux qui évoquent un\npeu le style de Schumann. Exemples : deux pièces du n° 184, le\nn° 10 des 20 Préludes (op. iso), la pièce n° 4 du\nAussi ses biographes et ses prôneurs me semblent-ils avoir fait\npreuve de peu de perspicacité en le comparant à Chopin et à\nSchumann. Heller ne rappelle Schumann que par le choix de ses\ntitres et l'adoption de certaines coupes rythmiques que ce maître\na mises à la mode, mais il n'en possède pas la profondeur, et il\nn'a pas davantage la verve mélodique ni l'effusion pathétique de\nChopin. Il ne suffit pas d'ailleurs d'avoir écrit des valses, des\nbarcarolles et des nocturnes pour pouvoir être appelé le « Chopin\nhongrois ». Cette comparaison embarrasse même son amiMarmon-\ntel et il prend un biais pour l'éluder.\nLes valses, nous les retrouverons quand je parlerai de Heller\nsous le rapport du rythme. C'est plutôt dans les formes du noc-\nturne et delà barcarolle que le sentiment tendre ou contemplatif\nd'un musicien peut se manifester. Avec St. Heller, rien de pareil.\nSes nocturnes n'évoquent nullement la sentimentale rêverie de\nJ. Field et de Chopin. L'idée du ler nocturne de l'op. 91 (à 6/8\nen 50/ majeur) est assez courte, peu émouvante et même pas très\nélégante ;le second manque d'intérêt mélodique ; dans le Noc-\nturne-sérénade en sol mineur, le chant, sans être très mélodieux\nni très distingué, a de l'allure, une allure un peu hongroise!\ndu caractère, mais il est plus remarquable par la couleur que par\nle sentiment. J'ai parlé plus haut du nocturne (op. io3).\nDe même les Quatre barcarolles (op. 141) n'offrent guère le\nrythme berceur et mélancolique de la barcarolle traditionnelle ; en\nles annonçant dans la Ga\\ette musicale, Charles Bannelier le faisait\nremarquer pour celle à 9/16 ;la quatrième (à 6/8 en mineur), en\nlaquelle ce critique entendait une chanson de gondolier, est éta-\nblie sur un groupe de trois notes que le compositeur fleurit etbrode\nàla hongroise. Ce gondolier-là m'a tout l'air d'un batelier du\nDanube ! Les autres pièces valent seulement par le rythme ou par\nl'harmonie.\nHeller a donné le nom de Rêverie du Gondolier à l'un des"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.28", "texte": "538\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\nJ\n\nmorceaux de l'op. 121. L'idée expressive y est peu caractéristique ;\naussi le musicien l'abandonne-t-il aussitôt pour se lancer dans un\npresto à 6/8 qui a le caractère d'une étude de piano. Il a recours à ce\nprocédé dans le second nocturne de l'op. 131 : à une période sen-\ntimentale sans valeur succède l'exposé d'une idée rythmique,\nd'allures gaies et prestes. Quant au troisième, il n'a plus du tout la\nforme du nocturne. Cet allegro à 3/4 affecte plutôt le rythme scandé\ndu menuet et vise au pastiche de la musique ancienne. Ce nocturne\nest d'ailleurs le plus développé et le meilleur de ceux qu'ait écrits\nHeller, mais il n'exprime guère le sentiment qui convient à ce\ngenre de composition.\nOn appelé Stephen Heller un « poète du piano ». Parce qu'il\nétait porté à la rêverie, parce qu'il aimait la solitude, la promenade,\non l'a transformé en peintre de la nature. Quelqu'un l'a même\nappelé un « aquarelliste musical ». Je crois que l'on a pris un peu\ntrop au sérieux les titres donnés à ses œuvres par le compositeur,\net je tiens de bonne source que ces titres étaient si peu adéquats\nà sa pensée musicale que, longtemps après avoir remis son\nmanuscrit à l'éditeur pour la gravure, il cherchait encore la déno-\nmination convenant à ses morceaux. Lorsqu'il yen a une série\nsous une appellation commune, il arrive souvent que celle-ci s'ap-\nplique assez mal à plusieurs d'entre eux.\nSous cette réserve qui peut s'étendre d'ailleurs à toutes les com-\npositions de Heller, il est évident qu'il n'aurait pas employé si\nfréquemment le mot Eglogueou l'épithète s'il n'avait\neu l'intention de peindre un paysage. Toutefois, il faut observer\nque Stephen Heller n'emploie presque jamais les procédés classi-\nques destinés à évoquer une scène champêtre. Au lieu de chercher\nles effets de musique pittoresque, il se borne à l'exposé du senti-\nment contemplatif que le spectacle du monde a suscité en lui.\nLa plupart du temps, ce sentiment est calme4: ce n'est point une\neffusion religieuse comme celle d'un Beethoven, ni le panthéisme\npuissant et coloré d'un Richard W'agner, c'est une tendresse\nintime, une allégresse sereine, l'état d'esprit d'un promeneur"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.29", "texte": "PORTRAIT DE STEPHEN HELLER\n539\n\ndispos par une belle journée. Heller, plusieurs critiques l'ont\nremarqué, est avant tout un esprit sain, exempt de névrose et qui\nne voit pas la nature avec des yeux de romantique. Il aime les\ncoteaux modérés et quoiqu'il ait fait plusieurs voyages en Suisse,\nMontmorency devait l'attirer plus que la Jungfrau.\nEn tête d'une composition intitulée (op. 58), Heller\na inscrit une épigraphe de J.-J. Rousseau, tirée des\npromeneur solitaire. L'idée principale à 3/4, en si mineur, et qui\nmodule bientôt au relatif majeur, est peu sentimentale ; le morceau\nest mouvementé, plutôt rythmique, et prend bientôt l'aspect de\nlégers babillages pianistiques, de variations avec broderies, traits,\netc. L'auteur est revenu à ce titre en le complétant dans les\nRêveries d'un promeneur solitaire (op. 101). Cette oeuvre débute\npar un allegro modéré à 6/8 en mi majeur, espèce de barcarolle\nassez vague, d'allure capricieuse, modulant en sol ; la seconde\nidée, plus mystérieuse, se présente sous la forme d'un dessin qui\nserpente à la main gauche et qui murmure comme un ruisseau\nsous la feuillée. Imite-t-il le bruissement d'une source; symbolise-\nt-il le sourd travail de la nature? Il est difficile de démêler l'inten-\ntion du musicien. Le premier thème réapparaît, grandit, prend de\nl'expansion ; il paraît exprimer le sentiment intime, l'enthousiasme\ndu promeneur. Je dis : l'enthousiasme, car le morceau est d'un\ncaractère plus lyrique que ne le sont habituellement les produc-\ntions de Heller.\nD'ordinaire, leur élan est plutôt modéré, et c'est surtout dans ses\nimpressions agrestes qu'il se souvient de Mendelssohn. Exemple :\nle n° 11 de Dans les bois, Fleur solitaire, petite bluette aimable,\nmais sans grande saveur, ou le n° i 5, Allegro comodo à 3/4 en ré]\nles nus sde l'op. 78, 2, 4et6 de l'op. 80, 3de l'op. 89, trois recueils\nintitulés : Promenades d'un solitaire. Le dernier est du reste le\nmeilleur de la série et le moins démodé (1).\nParfois, pour accuser le pittoresque, Heller a recours à la forme\nrustique du lœndler. Tel est le cas du n° 5 : Sous la feuillée, de Dans\nles bois, des trois Bergeries (op. 106), où les rythmes de valse suisse\n\n(i) Le Tableau de genre (op. 94), par le caractère rêveur de l'idée principale,\nsemble appartenir à la catégorie des Promenades de Heller. Cette œuvre, élé-\ngante et développée, a été dédiée par lui à son professeur, Ant. Halm."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.30", "texte": "540\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nou alsacienne sont traités avec un tour ingénieux et des harmonies\namusantes. Ou bien il suggère la vision d'une chasse par des fan-\nfares sonores qui évoquent le timbre des cors.\nA mon avis, c'est une convention musicale que d'associer par\nl'imitation de fanfares de chasse le son du cor à un paysage sylvestre\nimaginaire. La forêt n'est pas toujours retentissante, et c'est peut-\nêtre dans les instants où elle est imprégnée de silence qu'elle recèle\nle plus d'harmonie. Mais, en musique, le silence lui-même doit être\nobjectivé au moyen des sons. Le friselis des feuilles, les bruissements\nde ramures, les froissements des sous-bois, peuvent, dans une cer-\ntaine mesure, justifier la description musicale. Aussi Heller a-t-il\nintitulé quelques-uns de ces morceaux : Bruits de la forêt, Ecureuil\npoursuivi,, etc., et dans ceux-là a-t-il essayé une sorte d'harmo-\nnie imitative. Habituellement, il se contente d'exprimer des im-\npressions purement subjectives avec les ressources de la mélodie et\ndu rythme. Cependant, pour lui comme pour Weber qu'il admi-\nrait fort, la voix de la forêt se caractérisait sans doute par le timbre\ndes cors. L'idée de la chasse le hante, non seulement dans les mor-\nceaux dont elle est le sujet, tels que l'op. 29, la Chasse,étude\ncaractéristique (1), ou l'op. 102 : Morceau de chasse, mais dans\nplusieurs pièces de ses recueils : Nuits blanches (nos 10 et 18),\nVoyage autour de ma chambre (n° 5) ; Promenades d'un solitaire\n(op. 78, n° 1) ; Album dédié à la jeunes et 13). Naturellement,\ndans les trois suites intitulées : Dans les bois, les fanfares sont plus\nnombreuses et plus colorées, bien qu'on en trouve aussi fréquem-\nment dans ses études les plus simples et même dans des variations\nsur des thèmes empruntés à d'autres compositeurs. A cet égard,\nson œuvre peut être considérée comme un véritabler épertoire de\nfanfares de chasse, mais ces fanfares ne sont jamais vulgaires.\n\n(i) Cette pièce, qui a beaucoup fait pour la réputation de Heller et qui a même\nété orchestrée pour musique militaire, est du genre de la musique à pro-\ngramme, car, d'après l'épigraphe tirée des chroniques d'Huet le Normand, le\nmusicien paraît avoir voulu peindre une violente chasse à courre en laquelle le\nroi Philippe-Auguste cherche à oublier le chagrin que lui cause la mort\nd'Agnès de Méranie.\nHeller a donné aussi un programme à quelques-unes des études del'op. 125.\nMais les titres imposés aux études (op. 45, 46, 47) sont de l'invention des\néditeurs."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.31", "texte": "PORTRAIT DE STEPHEN HELLER\n541\n\nCe goût particulier pour les sonneries de cors doit être attribué,\nselon moi, moins à des intentions imitatives qu'à la prédilection\nde Stephen Heller pour la couleur. Et cette remarque me conduit\nà parler de son harmonie.\nExemples d'harmonie: Valse élégante (op. 42) : Modulation de mi \\> en la \\> par\ndeux accords de 7e sur pédale de dominante.\n(Joubert, éditeur, 25, rue Hauteville.)\nPresto scherzoso à 3/8 en si b (op. 114). Emploi de l'accord de seconde.\n(Schott, de Mayence; représentant: Eschig, 13, rue Laffitte.)\nImpromptu [op. 129,11° 1). Emploi de l'arpège de septième diminuée avec suspen-\nsion de la tierce.\n(Hamelle, éditeur, 22, boulevard Malesherbes.)"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.32", "texte": "542\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\nJ\n\nLœndler en ut mineur (op. 107). Fragment d'écriture harmonique de Heller.\n(Editeur : Schott-Eschig.)\nSi l'invention mélodique de Heller est parfois menue, chétive\net peu originale, son harmonie est, au contraire, personnelle et\npittoresque. Elle procède évidemment plus de Mendelssohn que\nde Schumann et de Chopin. Il est moins inventif que ce dernier,\nmoins suave que Schumann et moins révolutionnaire que Liszt,\npour lequel il avait d'ailleurs peu de sympathie ; mais il s'écarte\npeu des harmonies classiques. S'il use modérément des altérations\net des appoggiatures, si le sentiment tonal est plus impérieux chez\nlui que chez plusieurs de ses contemporains, il sait, par la dispo-\nsition de ses accords, par le redoublement des notes dissonantes,\npar la brusquerie et l'imprévu de ses modulations, en tirer toute\nla sonorité possible. Sous sa plume, un simple accord de septième\ndominante revêt une intensité de coloris inusitée, tant il s'attache\nà en accroître la dissonance ; il se sert très habilement, et sans\nen abuser, des accords de septièmes secondaires, il les entremêle\nen teintes chatoyantes avec les accords de septième dominante\net de septième diminuée. Il s'aventure rarement au delà des\nneuvièmes, pratique peu les onzièmes et les treizièmes, si chères à\nSchumann, et néanmoins il obtient quand il le veut des effets\ncrus et vibrants, parfois même des duretés, tout comme un\ncontempteur des méthodes de Conservatoire.\nJe me suis demandé si ce goût pour la musique stridente, l'har-\nmonie incisive et colorée, ne proviendrait pas, chez Stephen Heller,\ndesonoriginehongroise. Certes, cet israélite, né de parents tchèques"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.33", "texte": "PORTRAIT DE STEPHEN HELLER\n543\n\nou autrichiens, ne peut guère se réclamer de la race magyare autre-\nment que par le hasard de sa naissance à Pest. Les caractéristiques\nde la musique hongroise apparaissent même rarement dans ses\nœuvres, Barbedette l'a observé ; il ne les signale que dans le n° 14\ndes Nuits blanches,polonaise en fa mineur dramatique et dolente,\ndans les derniers Phantasie-Stiicke (op. 99) et dans une des polo-\nnaises. Je les aperçois également dans le n° 9 des\ndans le 3e nocturne de l'op. 91, dans la grande Etude de concert en\nut majeur (op. 96). Enfin elles font l'originalité de la suite intitulée\nTsiganji, de Y Album dédié à la jeucinq pièces qui rappellent\nla musique tsigane plutôt par le rythme que par l'harmonie.\nNéanmoins Heller a pu, dans son enfance, être imprégné du\ncoloris particulier des mélodies hongroises. Phénomène d'ambiance\nou influence d'hérédité peut-être, car, de son origine sémite, il pou-\nvait tenir le goût inné de ce qui brille, de ce qui reluit, fût-ce du\nclinquant. Toutefois, si son inclination vient de pareille source, elle\na été disciplinée par le goût de l'élégance et le souci de la correction\ndont il était aussi soucieux dans sa musique que dans sa tenue.\nDe cette tendance à la recherche de la couleur, des timbres nou-\nveaux, on pourrait conclure que Heller avait le sens orchestral\ndéveloppé et qu'il serait devenu un symphoniste si les circonstances\nl'avaient favorisé ! Plusieurs de ses contemporains ont fait son éloge\nà ce point de vue et lui ont conseillé d'écrire pour l'orchestre. Schu-\nmann le premier, lorsque, dans la N /wr il ren-\ndait compte des compositions juvéniles de Heller, notamment du\nscher\\o (op. 27), déclara que ces productions révélaient « le sens\nd'un musicien écrivant pour l'orchestre ; elles pourraient y être\nadaptées avec de légers changements. On y entend ici les violons,\nlà les cors... » Beaucoup plus tard, Ad. Botte, rédacteur de la\nGalette musicale,analysant le Tablea (op. 94), apercevait\ndans € la reprise en octaves de la période initiale, avec pédales\nsupérieures de tonique et de dominante, un tutti formidable qui\névoque une page de symphonie (1). »\nDans l'intervalle, Heller avait publié plusieurs œuvres d'une\nimportance inusitée, le Scherzo f (op. 57), ses trois\n\n(1) Galette musicale du 12 août 1860. Ad. Botte avait de l'imagination !"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.34", "texte": "544\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nvertures pour un drame, pour une pastorale, pour un opéra-comique\n(op. 126) et des Scènes de ballet (op. 111 ). Les critiques amis ont dit\nde ces pages qu'elles « appellent l'orchestre ». Si l'on entend par là\nqu'elles n'étaient pas indignes d'être conçues pour l'orchestre,\nj'en tombe d'accord. On instrumente tous les jours et même on\nexécute à l'orchestre des compositions qui ne valent pas celles-là.\nL 'Ouverture pour un opéra-comique,notamment, à 2 /4, en\nmi majeur, aurait fait un scherzo désinvolte, plein de verve et\nd'originalité, avec une nuance d'exotisme. Mais il est peu probable,\nselon moi, qu'Heller ait eu l'ambition d'écrire pour l'orchestre et\nqu'il en ait été détourné par la difficulté de faire exécuter ses com-\npositions. Le vrai, c'est qu'en art, on fait ce que Von peut et nonce\nque l'on veut. Quelquefois, la volonté parvient à transformer une\nnature artistique et à lui faire porter des fruits inattendus ; Heller\nne possédait pas une de ces volontés qui font des prodiges.\nDe plus, le style symphonique exige une technique qu'il ne\npossédait pas; il en avait moins encore que Chopin. Aussi n'a-\nt-il écrit que pour son instrument.\nDans le Scherzo fantastique (prestissimo à 3/8 en mi mineur), qui\npart de ce dessin thématique : si, do, fa % , mi, on devine ce que tel\nou tel passage donnerait à l'orchestre; on y entend parfois le babil-\nlage des bois. Après la réexposition du thème du scherzo, la seconde\nidée, à 2/4 en la, reparaît, élargie en forme de choral, amenant\nainsi une conclusion sonore et solennelle qu'on peut imaginer\ntransportée à l'orchestre. Mais le développement est plus abon-\ndant que varié, trop coupé de septièmes diminuées et d'accords\nsuspensifs suivis de silences, purement rythmique et d'écriture\npianistique ; il aurait été monotone. Néanmoins, malgré ses\ndéfauts, ce scherzo aurait été plus digne d'être dédié à Liszt que le\nscherzo (op. 24), vif et gai, en ré majeur, qui est surtout gra-\ncieux, plus naturel et mieux conduit dans ses dimensions plus\nréduites.\nA ses débuts, on critiquait dans les productions de Heller\nl'abus des développements ( 1 ), et on lui recommandait l'art des pro-\nportions. Il a mis à profit ce conseil par la suite et s'est beaucoup\n\n(1) Article de Maurice Bourges, Gdu 6 août 1843."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.35", "texte": "PORTRAIT DE STEPHEN HELLER\n545\ns. I. M.\n\nrestreint. Ce n'est pas tant, à mon avis, l'abondance des dévelop-\npements que Ton peut reprochera Heller que leur uniformité (i).\nOn voit qu'il n'a pas été, comme Mendelssohn, à l'école d'un\nZelter et qu'il n'a pas acquis la pratique aisée du contrepoint (2).\nDe même que Schubert, il procède presque toujours par simple\nrépétition du thème; il y introduit quelques modifications dans\nl'harmonie, le rythme, il le couvre de broderies ingénieuses, de\ntraits pianistiques, mais il ignore l'art d'en tirer des déductions\nméthodiques, ou s'il s'astreint au développement d'un plan régu-\nlier, il se noie dans les longueurs et les redites. On peut en juger\npar la Fantaisie-Caprice en ut majeur (op. 113), dédiée à Hector\nBerlioz. Bien qu'en 1843, Henri Blanchard ait découvert dans les\nfantaisies de Stephen Heller sur la Juive et sur Charles VI « du\nstyle fugué » (3), l'auteur n'était pas un fuguiste. Aussi ses tenta-\ntives dans la forme sonate ont-elles été manquées, ses propres\namis en conviennent.\nLa première sonate (op. 9), qui date du séjour à Augsbourg, a\nété publiée à Leipsick par Kistner, sur la recommandation de\nSchumann à qui elle est dédiée. L'éloge que celui-ci en fit dans la\nNeue Zeitschrift est pourtant assez mince ; il y discerne seule-\nment «des promesses ». Cette sonate n'a pas été publiée en France.\nLa seconde (op. 65), en si mineur, développe péniblement, dans le\npremier morceau, une idée à la Mendelssohn; en guise Mandante,\nune Ballade à 2/4 en si majeur, sur un lied assez banal, avec quel-\nques jolis détails. Ulnterme\\\\o en sol est plus personnel ; il aurait\nfait une agréable valse dans le style de Stephen Heller ; mais le\ncompositeur a prétendu en tirer un développement trop abon-\ndant et il a échoué. Il a donné le nom d'Epilogue à son finale,\nallegro con fuoco,d'allure surtout rythmique. Ce morceau offre\nun certain caractère d'énergie ; tous les effets pathétiques y sont\nhabilement employés pour y introduire de l'accent et du mouve-\nment. Le thème de la sonate s'y élargit en une idée chantante\n\n(1) Fétis lui-même, bien que favorable à Heller, à qui il recommandait « de\nfaire grand », adresse ce reproche àla Fantaisie &n ut mineur (op. 54).\n(2) De Bach, il ne connaissait, m'assure-t-on, que le\n(3) Galette musicale du 19 novembre 1843.\n3"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.36", "texte": "546\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nà 4/4 en ré majeur, cantabilemendelssohnien qui fait contraste\navec l'aspect rude du finale.\nC'est plutôt Weber que rappelle la sonate (op. 88) en ut majeur,\nau moins dans le premier mouvement dont le dessin thématique\nprocède du saut de quarte descendant. L idee de 1\ndan te quasi allegretto à 3/4 est courte et pauvre ; elle manque\nabsolument de sentiment ; les deux meilleurs mouvements sont le\nen mi mineur, bâti sur deux thèmes qui alternent\net se répondent et dont l'un a le caractère espagnol, et 1\nallegro umoristico e molto vivace,d'un rythme très animé, cons-\ntruit sur l'intervalle de quinte : sol, ré. Ils offrent les qualités que\ntout le monde reconnaît à Heller : le don du rythme et l'ingé-\nniosité.\nLe 4e sonate (op. 143), en si b mineur, présente, dans son pre-\nmier mouvement, allegro risolutoà 3/4, des idées bien contrastées\net dont la dernière, lorsqu'elle est exposée en son entier sur des\narpèges de la main gauche, fait une péroraison noble et sonore à\nce premier mouvement, mais les développements sont laborieux.\nLes deux morceaux intermédiaires : en b majeur, et\nScherzo, allegretto placido,en si b, sontfaibles et sans intérêt. Le\nfinale n'est qu'une « étude » brillante pour piano, enlevée dans un\nmouvement emporté (i).\nBien que l'art de Heller soit très réfléchi, il se ressent toujours\nde safacilité d'improvisation.ll composait au piano(2),il y trouvait\nsous ses doigts une idéequelconque, brève et sans intérêt. Il avait\nconscience lui-même de la pauvreté de cette idée, car il se jetait\npresque aussitôt dans le caprice et la fantaisie où son imagination,\nféconde en trouvailles rythmiques, lui venait en aide. De là son\ngoût pour la variation. Il emprunte volontiers à un maître un\nthème franc et bien conçu et le couvre d'arabesques élégantes, le\ndécompose et le diversifie avec une invention rare.\nJe n'ai pas en vue les nombreux caprices et fantaisies qua\n\n(1) Heller a encore traité sous la forme sonate un de Men-\ndelssohn-Bartholdy (op. 69). Du thème il a tiré un un\nun lento et un finale, suivant la coupe classique et qui pastichent admirable-\nment le style de Mendelssohn.\n(2) Préface de Fétis en tête du recueil de pièces de Heller publié par 13\nmaison Brandus, dans la série des Classi"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.37", "texte": "PORTRAIT DE STEPHEN HELLER\n547\n\n1 exemple de tous les compositeurs pour le piano de son époque,\nLiszt, Thalberg, Kalkbrenner, etc., il écrivit dans sa jeunesse,sur des\nopéras du jour ou de la veille, sur des airs favoris d'Halévy, Meyer-\nbeer ou Donizetti, de Grétry, d Auber, d'Herold ou deMonpou, sur\ndes mélodies de Schubert, ou même sur celles de Reber alors à la\nmode, simples paraphrases brillantes à l'usage des dilettanti (i).\nJe fais allusion non à ces morceaux de commande, mais à ces\nœuvres que Heller a écrites pour sa propre satisfaction artistique,\nen guise d'hommage musical aux maîtres qu'il admirait. Quelques-\nunes sont des transcriptions assez brèves et qui modifient peu l'as-\npect du sujet, par exemple celles sur des mélodies de Mendelssohn\n(op. 67, 72, 76, 77, 144)5 de Schubert (op. 55, 68 et transcription\nde 45 mélodies) ou de Schumann : Improvisata[op. 98). D'autres\nconstituent une composition beaucoup plus personnelle, une varia-\ntion qui n'est pas encore la forme delà grande variation libre à la\nBeethoven, mais qui, par 1 indépendance de l'harmonie, par la\nliberté et la diversité des rythmes, s'en rapproche et représente\nune véritable collaboration avec l'auteur du thème adopté.\nDans cet ordre d'idées, il convient de citer Y Elégie\nfunèbre (op. 71) intitulées : Aux mânes de Frédéric Chopin, écrites\nen iBso, après la mort de Chopin. L'élégie n'est autre que le\nprélude en mi mineur. Heller le modifie d'abord tant soit peu au\nmoyen de changements de mesure, puis il en fait une marche fu-\nnèbre qu il scande de trémolos à la basse, saccadés, imitant le rou-\nlement du tambour, et y introduit comme milieu, pour faire succé-\ndei 1 espoir à la tristesse, suivant le plan même de la célèbre\nmarche funèbre du disparu, une idée chantante et sereine. Ce\nmorceau, bien qu'une certaine part y soit faite à la virtuosité pia-\nnistique, mériterait d'être orchestré ou transcrit à l'orgue en vue\nd'augmenter le répertoire réellement trop indigent des marches\nfunèbres exécutées aux enterrements.\nHeller a rendu un autre hommage à Chopin, dans son op. 154,\nen écrivant 21 « Etudes techniques pour préparer à l'exécution\ndes œuvres de Chopin ». Le plan du recueil est celui-ci : l'auteur\n\n(1) Au nombre de ces caprices, l'un des plus réussis me paraît être celui\nsur le Désert, de Félicien David, qui varie et brode la Marche de la Caravane\net l'Hymne à la Nuit."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.38", "texte": "548\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. 1. M.\n>\n\nemprunte à Chopin un dessin rythmique, une forme d'arpège, un\nenchaînement d'accords, caractéristique de sa manière, qu'il ex-\ntrait d'une sonate, d'un scherzo,d'un impromptu, ou même d'une\nétude de Chopin, et développe ce motif embryonnaire sous la\nforme d'une étude moins ardue que celles de ce maître, et sans\nparvenir ni même prétendre à l'imiter parfaitement (1).\nLes plus remarquables des « pièces d'hommage » sont l'op. 127,\nEtudes sur Freischùt\\ de Weber, les op. i3o et i 33, 33 Varia-\ntionset. 2 1 Variations sur un thème de B l'op. 142?\ntions sur un thème de Schumann. La première de ces œuvres est\nparticulièrement réussie : elle expose d'abord textuellement tel\népisode de l'opéra de Weber, par exemple un motif symphonique\nemprunté à la scène de la Gorge aux Loups, ou de l'air\nde Max, puis le traite sous forme en y introduisant des\nidées secondaires presque toujours tirées de l'ouvrage même, dont\nelle forme ainsi un commentaire fidèle selon la lettre et selon l'es-\nprit. Le compositeur fait preuve de plus d'imagination dans les\nVariations sur un thème de Beethoven (en mineur) ou dans celles\nsur Yandante de la sonate (op. 57), et bien qu'il arrive parfois à\npasticher assez adroitement le style du maître (2), il a la modestie\nde lui en demander le secret en rattachant épisodiquement à ses\nvariations (op. i3o) des motifs extraits de la 9e symphonie, de la\nsymphonie en ut mineur, d'un trio, ou même d'autres sonates de\nBeethoven (op. 133). N'eût-il composé que ces trois suites de\nvariations, Heller mériterait d'être rangé au nombre des maîtres\nde la musique de piano.\nJe ne dirai pas autant de bien de celles qu'il a écrites sur un\nthème de Schumann (op. 142). Sur une des\nWarum ? tendre lied à 2/4 en réb, Heller a plaqué des variations\nqui s'éloignent par trop non seulement du thème, mais du senti-\nment de l'original, sauf la quatrième qui est assez dans le style de\nSchumann. Après quoi vient un épilogue intitulé : « Schumann\nparle, » et dans lequel, à l'imitation d'une pièce lente des\n\n(1) Il a même intercalé quelques mesures de son cru dans le prélude n» 7 de\nl'op. 28 de Chopin.\n(2) « Heller savait par cœur toutes les sonates de Beethoven et les exécutait,\nm'a dit M. Sandré, dans un style admirable »."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.39", "texte": "PORTRAIT DE STEPHEN HELLER\n549\n\ncTenfants, est pastichée assez adroitement la manière du maître\ndans l'expression du mystère.\nMal à l'aise sur le terrain scolastique, Heller reprend sa supé-\nriorité dès qu'il peut se livrer à son caprice. Ce trait dominant de\nson caractère : la fantaisie, a été observé par tous ses contemporains.\nSon génie musical étant fait de deux qualités prédominantes, le\nrythme et l'esprit, il devait naturellement réussir dans le scherzo\net dans les compositions dansantes à forme fixe, telles que la\npolonaise, la valse, la tarentelle, la mazurka.\nBarbedette trouvait singulier que, Hongrois de naissance,\nHeller n'eût jamais écrit de mazurkas.L'artiste semble avoir été\nsensible àce reproche, car il a publié sous le n° 148\nzurkas, et sous le n° 158, une cinquième mazurka qui est assez\nfaible. Par contre, il a introduit le rythme de mazurka dans le\npremier des Intermèdes de concert (op. 135) en mineur et même\nil l'a noté en sixtes, à la Chopin. Bien que l'op. 148 soit un des\nbons recueils de Heller, ses mazurkas n'ont pas la saveur de ter-\nroir de celles de Chopin. Il ne l'égale pas non plus comme compo-\nsiteur de valses et de polonaises. Dans les valses, on voit qu'il a\ncherché parfois à imiter le style du maître polonais; mais son tour\nmélodique et le trait de ses arabesques sont différents. Il est donc\nresté lui-même et il l'est entièrement, ainsi que je l'ai dit plus haut,\ndans ses Valses-Rêveries.ll a rarement abordé la grande valse\nbrillante de concert (1). Il est plus à l'aise dans le genre Icendler\nqu'il a traité avec beaucoup d'élégance (op. 97, 145, îbi). Heller\nretrouve tout son avantage dans l'invention et l'arrangement des\ntarentelles, soit qu'il eût un goût particulier pour ce rythme\nanimé à 6/8, soit qu'il se conformât à celui du public de son temps.\nNon seulement il a produit 7 tarentelles dont trois au moins sont\nécrites avec une originalité et un brio remarquables, mais il a in-\ntroduit le rythme de cette danse italienne dans plusieurs de ses\npréludes et de ses études.\n\n(1) Sauf dans l'op. 59 et dans l'op. 93 : 1 Valses brillantes en ré t> et en\nmit> mineur, dédiées à Marmontel."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.40", "texte": "550\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nExemples de rythme : a)Tarentelle en mi mineur (op. 53, p. 4).\n(Joubert, éditeur, 25, rue Hauteville.)\nb) 2e Tarentelle (op. 61), en mi \\> mineur. (Même éditeur.)\nSes dons rythmiques, en dehors même des danses proprement\ndites, toutes ses compositions l'attestent à l'envi. Il suffit d'ouvrir\nun de ses recueils pour en trouver la preuve à chaque page. Dans\nl'op. ios, intitulé Romances sans paroles, une seule pièce, très\npâle du reste, répond à ce titre ; les deux autres sont plutôt des\nétudes de rythme. De même, les Trois Ballades de l'op. iis sont\nintéressantes moins par les idées que par les rythmes, rythmes\nfougueux, saccadés, d'allures mouvementées et soutenus par des\nharmonies recherchées, qui ont dû bien étonner Auber à qui\nl'œuvre est dédiée. De même encore dans les recueils intitulés:\nMélodies (Lieder), op. 121, et Feu (op. 123), à citer\nparmi les meilleurs qu'il ait signés.\nLes Nuits blanches ont pour sous-titre : 18 pièces lyriques ; or,\nen majeure partie, ces pièces consistent en études de rythme (noS\n1, 2, 4, 6, 9, 12, 13, 16, 17). Les (n°s 3,\n5, 6, de l'op. 78 ; op. 80 en son entier dont il faut remar-\nquer surtout les pièces 1, set 6); (nos 1,2,4, 7, 9,"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.41", "texte": "PORTRAIT DE STEPHEN HELLER\n551\n\n12, 13, i 5, 2i); le Voyage autour de ma chambre (op. 140) dont\nle troisième morceau, allegro agitatoen mineur à 4/4, bien que\nrythmé à contretemps, par ses chocs brusques et stridents, évoque\nla « Chanson bohème » de Carmen ; les Variétés (op. 111), une\nde ses meilleures suites, les Feuillets d'album (op. 83), Phanla-\nsie-Stùcke dont le second, un allegro appassionato très mouvementé\nen mil 7 majeur, a parfois des accents beethovéniens, comportent\nla même observation.\nLa pratique exclusive du clavier devait faire prévaloir chez\nHeller le goût des formes de la musique de piano :\nle Caprice,le Prélude et l'Etude.Présentées sous d'autres titres,\ntels gg! Arabesques ou Intermèdes de Concert, d'autres œuvres du\nmême compositeur se rattachent directement à cette forme exclu-\nsivement pianistique. Mais, de ce qu'il excella dans cette forme, il\nne s'ensuit pas que Heller ait écrit ce que l'on nomme dédaigneu-\nsement de la « musique de pianiste », c'est-à-dire la musique la\nplus vide, la plus haïssable qui soit. Il ne cesse jamais d'être un\nartiste ;la part donnée dans ses oeuvres à la virtuosité est très\nréduite ; celle-ci ne vise jamais à éblouir l'auditeur, et elle reste\nmusicale parce qu'elle dérive toujours de la ligne mélodique ou de\nla cellule rythmique. Aussi cette élimination de lavirtuositéa-t-elle\npréservé sa musique dudémodement qui rend caduques certaines\nœuvres de Liszt ou de Chopin. Mais ce n'est pas seulement à\ncause de ses dons rythmiques que Heller a réussi dans la composi-\ntion des préludes et des études (il n'a peut-être fait que céder à la\ndemande des éditeurs qui réclamaient un article de vente) ; c'est\npar la conscience qu'il a apportée à élaborer ces petites pièces\nd'enseignement, c'est par la musicalité qu'elles ont conservée,\nqu'elles nous intéressent encore. Il s'est mis à la portée\ndes débutants, des écoliers, il a essayé de clarifier ces notions\nque les uns s'assimilent presque d'instinct, que les autres,\nmoins doués, acquièrent si péniblement, sur la tonalité,\nla construction des phrases, des dessins rythmiques, des traits,\nsur les syncopes et autres accidents qui peuvent modifier le\nrythme ou la couleur du morceau, et il proportionne les diffi-\ncultés aux moyens de l'exécutant. Chacun de ces petits cadres est\nciselé par un artiste qui est un homme d'esprit."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.42", "texte": "552\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n»\n\n« Pour jouer du piano, disait-il à ses élèves, il faut trois qua-\nlités: la volonté, Y expression, Y intelligence. Travaillez plus avec la\ntète qu'avec vos doigts ! » Il leur faisait commencer la leçon par\ndes fugues de Bach. Il leur parlait ensuite de Beethoven, de Men-\ndelssohn, de Schumann, qu'il admirait, leur conseillait de recher-\ncher « le sens orchestral, la mise en valeur du rythme, Yesprit.\nLisez Heine, lisez Voltaire (i) » !\nOr, n'est-ce pas justement Voltaire qui disait un jour à Grétry,\navec un étonnementassez impertinent à l'égard des compositeurs:\n« Quoi, Monsieur! vous êtes musicien et vous avez de l'esprit?»\nLe sourire imperceptible du portrait de Ricard décèle un homme\nd'esprit.Le pli marqué au coin du nez dans la lithographie de\nLemoine .et la patte d'oie striant la paupière inférieure révèlent\nle clignement d'yeux d'un ironiste à la Heine. Tous ceux qui ont\nconnu Stephen Heller s'accordent à dire qu'il était très fin. I!\ns'exprimaitlentement, posément, car, bien qu'ayant passé en France\ncinquante années de sa vie, il avait toujours gardé un accent étran-\nger, et il se piquait de parler un français très correct. Sa conver-\nsation était toujours attachante et spirituelle. D'intelligence très\ncultivée, il possédait plusieurs langues, mais il goûtait plus parti-\nculièrement la littérature française ; il lisait volontiers nos cri-\ntiques, nos historiens : Villemain, Mignet, Sainte-Beuve, Taine.\nDans sa jeunesse, il avait vécu dans la société de plusieurs\nsavants et littérateurs attachés à la Parmi les\nécrivains allemands, Heine était son auteur préféré, bien qu'il\ndéplorât sa « dépravation ».\nHeller n'était pas moins spirituel dans ses articles. J'en ai\ndonné des exemples dans une autre publication (2). Mais s'il col-\nlabora parfois à la Galette musicale,pour se procurer des res-\nsources pécuniaires, il ne tarda pas à renoncer à cette occupation.\nQuoiqu'il sût très bien notre langue, il rédigeait ses articles en\n\n{1) Notes sur Stephen Heller, parl. Philipp du i«r juin\n1904).\n(2) Stephen Heller critique musical (G des 28 février, 7 et 14\nmars 1909)."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.43", "texte": "PORTRAIT DE STEPHEN HELLER\n553\n\nallemand et il trouvait ensuite la traduction de sa prose impropre\nà bien rendre sa pensée.\nSa nature spirituelle devait nécessairement se refléter dans sa\nmusique. Celle-ci n'est pas seulement rythmique, elle est humo-\nristique. L humour fait le mérite de la plupart des pièces courtes\nd'Heller, de ses préludes, de ses études. Et même il est à obser-\nver que plus les dimensions sont réduites, plus s'accuse ce don\nparticulier (i). Aussi n'est-il jamais plus évident que dans les\npièces les plus menues : les trois par exemple,\npour la jeunesse, les Deux cahiers (op. 165), dans lesquels il faut\nsignaler une Scène d'enfants, allegre à 2/4, d'une allure insou-\nciante et désinvolte, suivi de joyeuses fanfares animant un\nmolto.\nDes Scènes d'enfants (op. 124) de Heller, Barbedette, si élogieux\nd'habitude, se borne à dire qu' « elles ne valent pas celles de Schu-\nmann ». Voilà un jugement bien expéditif, résultant de la fâcheuse\nhabitude des comparaisons ! Redirai-je ici une fois de plus que\nces deux tempéraments diffèrent essentiellement ?\nA mon avis, les Scènes d'enfants forment un des recueils de\nHeller les plus originaux. Comme toujours, les pièces rythmiques\nl'emportent en nombre et en valeur sur les pages de sentiment ;\nmais ces rythmes fringants, désinvoltes, ont une crânerie, une\nnuance de gaminerie absolument spirituelles. Ces enfants-là sont\nplutôt des garçons qui aiment à jouer au soldat ; leur goût pour le\ntambour et la trompette décèle leur origine. Ce sont vraisembla-\nblement des petits Magyars !\nC'est peut-être dans les recueils de ce genre, tels que\ndédié à la jeunesse ou les Préludes que Heller a ma-\nnifesté sa personnalité, faite d'ingéniosité délicate et fine,\navec le plus de grâce et d'esprit. Ces embryons de morceaux, ces\ndiminutifs de préludes, ont tout juste la dimension qu'il faut. Le\nmusicien y évite les redites inutiles, l'amplification superflue, le\ndéveloppement formulaire ; il s'abstient d'y faire intervenir la\nmoindre virtuosité. Leur facilité apparente est d'ailleurs trom-\n\n(1) « Ses petits morceaux font penser à des pages d'un roman de Sterne, »\nécrivait un rédacteur de la Galette musicale (N° du 17 octobre 1852)."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.44", "texte": "554\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\npeuse : elles requièrent de la part de l'exécutant un sens musical\nassez affirmé ;il est même utile que Mlle Lili soit très bien dirigée\npour en faire goûter la saveur. D'autre part, il ne faut pas non\nplus prendre très au sérieux le sous-titre des sonatines : « Etudes\npréparatoires aux sonates des maîtres», car ces oeuvres ingénieuses,\nen lesquelles la vivacité, l'esprit et la délicatesse s'unissent à une\nconcision toute classique, ont, harmoniquement et rythmique-\nment, peu de rapport avec les sonates faciles des maîtres tels que\nHaydn ou Mozart, que l'on fait étudier aux pianistes débutants.\nNonobstant l'intention de pastiche, ces sonatines sont bien du\nHeller, et le plus singulier, c'est que, dans ces œuvres simplettes\nen apparence et destinées aux enfants, il se trouve deux premiers\nmouvements, celui de l'op. 147, en ré majeur, et celui de l'op. 149,\nen ré mineur, qui ne seraient pas déplacés dans des compositions\nplus importantes, surtout ce dernier, à 4/4 en triolets, d'une\nexpression sentimentale àla Schubert et qui est, pour la sincérité\net la profondeur, l'une des meilleures pages de Heller.\nSi j'ai interrompu le récit de la vie de l'artiste à la date de ses\ndébuts à Paris, c'est d'abord que cet article est moins une biogra-\nphie qu'un portrait. D'autre part, Heller, comme les peuples heu-\nreux, n'a pas d'histoire. Son existence n'eut rien de romanesque ;\nelle fut la plus ordonnée, la plus uniforme du monde.\nIl renonça de bonne heure à se produire en public; il n'était\nd'ailleurs pas un virtuose (i). Il lui arriva cependant de faire par-\nfois une tournée de concerts en province ou à l'étranger avec le\nvioloniste W. Ernst. En iBso, le pianiste Charles Hallé l'attira en\nAngleterre où il avait contribué à faire connaître ses œuvres. Heller\nvoyageait peu, s'éloignait rarement de Paris, sauf à aller faire un\ntour en Suisse pendant les vacances. Il vivait en célibataire ami de\nla solitude, partageant son temps entre ses leçons qui étaient\n\n(1) Marmontel écrivait dans ses Pianistes célébrés : « S. H. ne veut pas être\nconsidéré comme virtuose. Il avait cependant un jeu fin, délicat, une manière\nnaturelle et simple de phraser. Il procède des grands maîtres allemands,\nHummel et Moschelès ; il serre de près le clavier ; il en obtient une sonorité\ndouce et harmonieuse. »"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.45", "texte": "PORTRAIT DE STEPHEN HELLER\n555\n\nfort appréciées, la lecture, la rêverie et la composition musicale.\nAyant horreur du monde, il était d'un abord réservé, simplement\npoli avec les personnes qu'il ne connaissait pas ; mais quand on\navait pénétré dans son intimité, il devenait très cordial et il était\ntrès fidèle à ses amitiés, qui étaient d'ailleurs des amitiés d'artistes.\nIl habita toute sa vie les rues voisines du quartier des Martyrs (1).\nC'est dans ce milieu de Montmartre qu'il connut G. Ricard, le\npeintre marseillais qui a fait son portrait. Il dînait volontiers\nau restaurant du Faisan doré, fréquenté par les peintres, et plus\ntard dans un petit restaurant à l'entrée de la rue La Bruyère,\nqui avait la clientèle de plusieurs musiciens.\nSa seule distraction était d'aller au café avec Maho, son éditeur,\nfaire une partie de billard qu'il perdait invariablement, à son\ngrand déplaisir, ou le soir, une partie de bésigue dans le salon\nDamcke, rue Mansart, où Berlioz venait assidûment. On y faisait\nde la musique. Berlioz restait souvent étendu toute la soirée sur le\ncanapé, silencieux, maussade, et se retirait sans avoir dit un\nmot (2).\nLes contemporains s'accordent à louer la noblesse intellectuelle\nde Heller, l'élévation de son caractère, sa loyauté, sa bonté, son\ndédain du succès facile, ses convictions inébranlables. S'abstenant,\nd'une part, d'exécuter lui-même ses œuvres en public, et même, à\npartir de 1860 environ, de donner des leçons, il se privait des\ndeux moyens de publicité les plus efficaces. Il avait, comme\nBerlioz l'a remarqué, « une patience à toute épreuve », qualité de\nsémite, mais alliée à une ambition modeste. Jamais artiste de\ncette race ne fut plus insoucieux de l'applaudissement, plus désin-\ntéressé, plus étranger à ce charlatanisme éhonté par lequel se\npoussent tant d'autres. Tout au contraire, son abnégation fut des\nplus rares. Si, dans sa jeunesse, il avait, comme d'autres débutants\ngrisés par l'exemple des favorisés du sort, rêvé la gloire et la for-\ntune, il avait su, de bonne heure, se résigner à la médiocrité.\nCependant, bien que négligées par le grand public pour des\n\n(1) Il n'aurait eu que trois domiciles àParis : 69, rue Blanche ; 34, rue Notre-\nDame-de-Lorette, et au n» 7 de la Cité Malesherbes, où il est mort.\n(2) Berthold Damcke,par le Prince Bibesco ;un vol. in-40. Paris, Lemerre,\n1894."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.46", "texte": "556\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nproductions plus brillantes ou plus vulgaires, ses œuvres se\nrépandaient peu à peu et conquéraient l'estime des délicats.\nCh. Hallé, Mme Szarvady, les interprétaient dans les concerts.\nPlus tard, les professeurs Marmontel et Le Couppey les firent\npénétrer dans l'enseignement du Conservatoire. Mais, malgré le\nzèle de ses amis, l'appui de la Gale et celui de Berlioz\nqui faisait grand cas de son savoir et de son talent, sa musique\nfut tout d'abord éclipsée par celle de Chopin et de Liszt, sans\nparler de la concurrence des autres pianistes-compositeurs fran-\nçais. Plus tard, quand l'œuvre de Schumann pénétra en France,\nla comparaison devint, pour Heller, très difficile à soutenir.\nA ce succès d'estime Heller s'était résigné, en philosophe.\nDevant Berlioz dont, au fond, il n'appréciait pas le génie tour-\nmenté et bizarre et dont, avec sa raillerie à la Heine, il perçait à\njour les exagérations de romantique méridional, mais à qui il\ntémoignait de la gratitude et une fidèle amitié, il vantait cette\nvertu allemande de la résignation. Lorsqu'il le voyait en proie à\nune crise de marasme, il essayait « de le réconforter avec le récit\ndes épreuves de la vie de Mozart, de Beethoven, de Weber, de\nSchiller » ; mais ses efforts pour le calmer restaient vains. Il lui\ndisait : « Cher ami, vous voulez trop, vous voulez tout : l'admira-\ntion du grand public et celle des esprits d'élite. »Et il lui montrait\nce qu'il y a d'inconciliable dans les deux termes de ce postulat.\nUn soir (vers 1867 ou 1868), chez Damcke, comme le sermon\nde Heller ne l'avait pas convaincu mieux que d'habitude, Ber-\nlioz se leva et s'écria : « Heller a raison, il a toujours raison. Il\nest bon, il est intelligent, il est juste et sage ! Et je veux l'embras-\nser, ce qu'il fit, et je veux proposer une folie au sage !... »Il\nl'emmena souper chez Bignon, au coin du Boulevard des Italiens\net de la Chaussée d'Antin. Il était onze heures et demie ;il y avait\npeu de monde. Berlioz commanda un menu délicat : foie gras,\npoulet, salade, des fruits, du bon bordeaux, du Champagne, et\nretint son compagnon dans ce restaurant jusqu'à deux heures du\nmatin, absorbé dans une longue causerie sur ses auteurs favoris :\nGluck, Beethoven, Shakespeare, Byron, Henri Heine. Après que le\ngérant les eut mis dehors, Stephen Heller reconduisit chez lui\nson génial et malheureux ami. Il l'accompagnait de même tous"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.47", "texte": "PORTRAIT DE STF.PHEN HELLER\n55 7\n\nles soirs, en sortant de chez Damcke. Avant de rentrer chez lui, 4,\nrue de Calais, Berlioz avait la manie d'exiger que l'adieu se fît sur\nune certaine pierre blanche de la rue Mansart, où demeurait\nDamcke.\nDans la lettre à Hanslick, publiée en 1879 par la Nouvelle\nPresse libre de Vienne (1), où il raconte cette anecdote, Stephen\nHeller réfute la légende d'après laquelle le génie de Berlioz aurait\nété méconnu en France de son vivant, et il explique parfaitement\npourquoi sa musique ne pouvait pas devenir populaire. 11 a\nmontré dans cet article une justesse d'observation et une préci-\nsion de souvenir que les recherches des plus récents biographes de\nBerlioz ont absolument confirmées. Mais celui-ci était, dans ses\nvieux jours, aigri par ses souffrances physiques et morales et\nprompt à oublier les triomphes précaires de sa jeunesse et ce qu'il\navait lui-même rapporté de l'enthousiasme de ses contemporains.\nIl n'avait pas le tempérament rassis, les goûts casaniers et modes-\ntes de son interlocuteur. Un piano ne lui suffisait pas à exprimer\nses tumultueuses pensées musicales il lui fallait tout l'attirail des\nchœurs, de l'orchestre ou du théâtre, le contact avec le public,\nl'atmosphère électrique des salles de concert, les acclamations,\nles hommages enflammés, la gloire sonore !\nStephen Heller se contenta d'être un bon professeur, inculquant\nà ses élèves l'admiration des maîtres, un compositeur écrivant\ntranquillement, à son heure, des pièces selon l'inspiration du\nmoment, le caprice de son imagination ; d'obtenir, avec l'estime\ndes musiciens de son temps, une réputation de second ordre, celle\nd'un artiste de talent, honorable, considéré. « O trop heureux\nhomme ! » s'écriait Berlioz, à la fin de l'article où il le juge en\ntermes flatteurs, et peut-être enviait-il à ce sage la modération de\nses désirs (2).\nSi la sagesse consiste à savoir proportionner son ambition à ses\nmoyens, à ne point forcer son talent, à restreindre son horizon à\nl'envergure de ses aptitudes, à ne point envier les succès d'autrui,\nà cultiver son jardin moral et intellectuel, à coup sûr Stephen\n\n(1) Traduite en français par le Guide les 20 et 27 février 1879! e>-\nutilisée par tous les biographes de Berlioz.\n(2) Journal des Débats du 2 3 juillet 1861."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.48", "texte": "558\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nHeller, bien que la fin de sa vie ait été assombrie par la maladie,\nla cécité et la gêne pécuniaire ( i ), a été plus heureux que son illus-\ntre ami Berlioz.\nAdmettons que telle soit la leçon de philosophie que nous\ndonne le portrait du Louvre.\nMais, parce qu'il s'est de son vivant contenté d'une destinée si\nmodeste, est-ce une raison de nous abstenir de rendre à Heller\nl'hommage posthume qui lui est dû ? Je ne le pense pas. C'est pour-\nquoi je m'efforce d'attirer l'attention des pianistes sur ses oeuvres\net de les engager à faire entendre sa musique dans les concerts ou\ndans les salons. A coup sûr, elle ne leur procurera pas l'occasion\nd'éblouir leur auditoire par une virtuosité transcendante ; mais\nelle donnera moins l'impression du démodé que telles pages de\nLiszt ou de Chopin que tous s'empressent à l'envi de mettre sur\nleurs programmes, car la préoccupation habituelle du virtuose, ce\nn'est pas, selon le devoir d'un véritable artiste, de rechercher\nce qui, dans les productions anciennes ou modernes, est digne\nd'intéresser le public ; c'est d'interpréter le même morceau brillant\nque le célèbre X ou l'illustre Y. Qu'y a-t-il, en effet, de plus rou-\ntinier qu'un virtuose dans la composition de son répertoire, si ce\nn'est un chanteur ?\n\nGeorges Servières.\n\n(i) Stephen Heller n'avait d'autre famille qu'une sœur célibataire, habitant\nHongrie, à laquelle ont été dédiées les Quatre Arabesques. J'ignore si elle\nétait morte avant lui. Il fallut que les frais de son enterrement fussent avan-\ncés par son ami Marmontel. La sépulture au Père-Lachaise a été payée par\nl'éditeur anglais Ashdown. Un monument artistique, élevé grâce à une sous-\ncription dont M. A. Schmoll a pris l'heureuse initiative, a remplacé ce\nmodeste tombeau. Il a été inauguré le ler mars 1908. Le buste qui le décore\nest du statuaire M. Quef."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.49", "texte": "LA SAISON RUSSE\n\nCroquis inédits d'E. de KROUGLICOFF\nMlle LIPKOWSKA"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.50", "texte": "Mme KARSAVINA"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.51", "texte": "M. NIJINSKI"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.52", "texte": "AUX RÉPÉTITIONS\nI. - MM. Chaliapine et Diaghilev.\nII. - Danseuse.\nIII. - M. Sanine.\nIV. - Pas de danse hongroise."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.53", "texte": "Quelques Notes\nde Bibliographie Beethovénienne\n\nL'énorme « littérature» beethovénienne s'augmente chaque jour,\nsoit par la publication de quelque document original soustrait jus-\nqu'ici à la sagacité des chercheurs, soit par de gros livres qui\nrassemblent, pour la plus grande commodité de nos études, des\nfaits ou pièces déjà connus, mais épars, isolés, et d'un accès plus\nou moins malaisé. Les deux dernières années doivent être mar-\nquées d'un caillou blanc : elles nous ont apporté quelques publi-\ncations importantes grâce auxquelles le profane, sans beaucoup\nde frais et sans beaucoup de peine, en saura désormais presque\nautant que le plus instruit, sur un des sujets les plus attrayants,\nles plus obscurs et les plus encombrés de l'histoire musicale.\nDeux éditeurs, l'un viennois, l'autre berlinois, ont mené à bien,\nchacun de son côté, une édition complète, ou prétendue telle, des\nlettres de Beethoven.\nLa première, publiée en quatre volumes, sous le titre de\nvan Beethoven's sâmtliche Briefe uAuf\\eichnungen, par les soins\nde M. le Dr Fritz Prelinger (chez C.-W. Stern, Vienne et Leip-\nzig), est un ouvrage de bibliothèque pour les amateurs éclairés.\nLe papier est magnifique, la disposition claire, l'impression élé-\ngante. Le texte se présente en homme du monde, sincère assuré-\nment, mais bien astiqué, soigneusement débarrassé des négligences"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.54", "texte": "560\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\ngraphiques et orthographiques dont Beethoven se souciait si peu ;\nil ne s'encombre pas non plus d'un « appareil critique ». Les ren-\nseignements sur les destinataires des lettres et la littérature les\nconcernant sont relégués par M. le Dr Prelinger à la fin du qua-\ntrième volume. Telle quelle, cette édition peut être fort utile ou\nagréable à quiconque veut lire toutes ou presque toutes les\nlettres de Beethoven, sans faire de cette lecture un objet d'étude.\nLa franchise avec laquelle cette belle édition renonce à toutes\nprétentions scientifiques et critiques nous interdit de lui chercher\nchicane. Peut-être cependant a-t-elle été élaborée avec un peu\ntrop de hâte. Dès maintenant l'éditeur doit annoncer un cinquième\nvolume, et déjà le quatrième est presque tout entier consacré à\ncombler les lacunes des trois précédents. Enfin, dans l'indication\ndes sources principales de nos connaissances sur les correspon-\ndants de Beethoven, on remarque des omissions graves. Un\nexemple entre autres : M. le Dr Prelinger ne cite point, touchant\nle neveu de Beethoven, Cari, l'important travail de M. le Dr Max\nVancsa (i).\nL'autre édition, par M. le Dr Alfred Christlieb Kalischer (2), a\nun tout autre caractère, une tout autre valeur, et de tout autres\nprétentions. C'est un travail de première main, et, en somme, de\npremier ordre, désormais indispensable à quiconque voudra entre-\nprendre la moindre étude sur Beethoven. Sans doute, lorsque je\nparle d'une édition « complète »,\nle moment où je parle est déjà loin de moi,\net, depuis la publication de M. Kalischer, nombre de lettres de\nBeethoven, soit à Cari von Bernard, soit à Schott, soit au prince\nGalitzin, ont été exhumées. M. Kalischer devra bientôt, comme\nson confrère M. Prelinger, nous donner un volume supplémen-\ntaire, jusqu'au jour, prochain sans doute, où le succès de son édi-\n\n(1) DR MAX VANCSA, Beethoven'S Nejfe,Sonderabdruck aus der Beilage der\n« Allgemeinen Zeitung », n° 3o u. 3i vom 6. und 7. Februar 1901. Wien, 1901,\nSallmayer'sche Buchhandlung.\n(2) Beethovens Sàmt liche Brieje, Kritische Ausg\n(/\"'\"■ Chr. Kalischer ; 5 vol., Berlin, 1905-1908, Schuster et Lœffbr."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.55", "texte": "QUELQUES NOTES DE BIBLIOGRAPHIE BEETHOVÉNIENNE\n5 61\ns. I. M.\n\ntion lui permettra, dans un tirage nouveau, de réintégrer en leur\nlieu et place les lettres récemment trouvées.\nL'édition Kalischer ne prétend pas seulement à l'exactitude ver-\nbale du texte qu'elle nous offre ; elle nous le rapporte avec une\nfidélité « diplomatique » qui affiche toujours les plus grands scru-\npules, et qui paraît les justifier le plus souvent. L'orthographe et\nla ponctuation de Beethoven et l'on ne peut ici employer ces\ndeux termes que par antiphrase sont respectées jusque dans le\nmoindre détail, et il faut convenir que le texte garde ainsi un con-\ntact plus intime avec la vie. Si quelques erreurs ont pu se glisser\ndans les « leçons » proposées par M. le Dr Kalischer, il faudrait,\npour s'en étonner, n'avoir jamais déchiffré un manuscrit de\nBeethoven (i).\nQuant aux commentaires de M. Kalischer, ils témoignent d'une\nconnaissance approfondie du sujet, et d'un soin minutieux dont je\nme souviens avec plaisir d'avoir été plus d'une fois le témoin,\ndans cette salle delà Bibliothèque royale de Berlin,où les travail-\nleurs rencontrent auprès de M. le professeur Dr Albert Kopfer-\nmann une bienveillance si obligeante et si avertie. C'est merveille\nde voir comment M. Kalischer sait trouver, dans la vie de, Be-\nethoven, dans son entourage, dans les fameux « Cahiers de conver-\nsation », les tenants et aboutissants de la moindre lettre, du billet\nen apparence le plus insignifiant, de la phrase la plus banale, du\nmot le plus futile. Une de ses notes les plus intéressantes (2) con-\ncerne le mystère encore très obscur à la suite duquel la comtesse\nErdody, une des plus chères amies de Beethoven, fut exilée d'Au-\ntriche. Joignons nos vœux à ceux de M. Kalischer pour que cette\nénigme soit un jour éclaircie (3).\n\n(1) Dans le billet NO 1114, au Dr BRAUNHOFFER, vol. 5, p. 193, ne faut-il pas\nlire, ou au moins comprendre, au lieu de das\\ ich grosse da ich\ngrosse ? Si B. a écrit réellement dasç, ce ne peut être que par une\nattraction fautive vers le das\\ sie rnir noch de la ligne suivante, déjà sous*\nentendu par la construction de la phrase. Dans le célèbre canon que renferme\nla lettre n° 825 à T. Haslinger, v. 4, p. 47, les deux dernières portées du pre-\nmier exemple noté doivent porter à l'armure une clef de fa et non une clef\nde sol.\n(2) Vol. 4, p. 53.\n(3) Pour le canon de Beethoven à M. de Boyer (no 1101, vol. 5, p. 173),\nM, le Dr Kalischer adoptera peut-être l'hypothèse de Deiters dans le 5e vol. de\n4"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.56", "texte": "562\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nTout cela est fort bien, et je ne saurais trop insister sur les\nmérites éminents de cette édition. Mais, plus grandes sont les\nprétentions de l'éditeur, plus grandes peuvent être aussi celles du\nlecteur. Or M. Kalischer ne pèche point par excès de modestie:\nde l'infaillibilité il a le ton, mais, comme tous les humains, il n'a\nguère que cela. Ses commentaires, souvent utiles et intéressants,\ntournent souvent aussi à la digression fastidieuse. Chose plus\ngrave, derrière son affectation d'objectivité, on voit bientôt poindre\nà chaque page des susceptibilités personnelles qui n ont rien à voir\navec la science. En maint endroit, les commentaires du Dr Kalis-\ncher se ramènent à une simple polémique contre le Dl' Th. von\nFrimmel, beethovénien très érudit lui aussi, polémique ardente,\nmais mesquine et parfois injurieuse. Par exemple, à la fin de son\nsecond volume, p. 320, M. Kalischer reproduit sous le n° 481 une\nlettre de Beethoven à un baron von Nefzer, publiée d'abord par\nM. von Frimmel. Mais il la barde de points d'interrogation et\nd'exclamation et, dans le commentaire subséquent, après avoir\némis des doutes sur l'authenticité de cette lettre, somme assez\ncavalièrement le savant viennois de « sortir son plumail »\nheraus mit eurent Flederwisch /). M. von Frimmel n'ayant pas\nobtempéré sur l'heure, M. Kalischer, dans un volume suivant\n(IV, p. 159, 160), l'accuse de faux, ni plus ni moins, quitte à devoir\nplus tard (V, p. 41), sur le vu d'un fac-similé, reconnaître l'au-\nthenticité parfaite du document produit par son rival détesté.\nLisez les Bemerkungen \\ur angeblich « Kristischen » Ausgabe der\nBriefe Beethovens (1), décochées à M. Kalischer par M. von Frim-\nmel ; lisez la réponse furibonde de M. le Dr Kalischer, au tome\ntroisième de son édition (2). Il y a du vrai de part et d'autre,\nmais surtout il y a une pinte de bon sang à se faire devant cette\nquerelle d'Allemands entre Herr Dr Trissotin et Herr Dr Vadius.\nEnfin plus réjouissant encore, pour montrer combien les gloses\ndu Dr Kalischer passent souvent par de longs détours sans\natteindre le but, est le double commentaire du savant berlinois sur\n\nson B's Leben, pp. 225-7, el selon laquelle le destinataire de ce souvenir serait\nle hollandais de Boer.\n(1) Vienne, hors commerce, imprimerie Friedrich Jasper.\n(2) P. 147."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.57", "texte": "QUELQUES NOTES DE BIBLIOGRAPHIE BEETHOVÉNIENNE\n563\n\nles mots Virtuosi cujoni, adressés par Beethoven à Artaria.\nIl m est impossible d entrer ici dans le détail ; mais le contresens\nadmirable du Dr Kalischer (vol. IV, p. 35) et les vingt lignes où il\nle rectifie, d'après les indications d'un correspondant italien (i)\n(V, p. 317), avec un sérieux énorme, épique, atteignent à un\ndegre de comique représentatif auquel Scivtov Rësartus ne s'est\njamais élevé.\nLe caractère polémique et personnel du commentaire vient donc\naltérer trop souvent le caractère scientifique de l'édition Kalischer,\net oblige le chercheur qui voudrait en user comme d'un instru-\nment « objectif » de travail, a une certaine prudence. C'est a cette\nprudence même que M. le Dr Kalischer a manqué dans la question\nla plus épineuse, la plus embrouillée qui se pose à propos de la\ncorrespondance de Beethoven; je veux dire l'attribution des lettres\nà 1 « immortelle bien-aimée ». Il se décide pour Giulietta Guic-\nciardi, comme avait fait Schindler, sans aucune preuve, et contre\n1 avis motivé de Thayer, contre le témoignage encore que trop\nenjolivé —contenu dans l'opuscule de Mariam Tenger. Mais il le\nfait sans raisons suffisantes, en des commentaires plus aigres que\npersuasifs et dont le caractère convient mal à une édition si ambi-\ntieusement critique.\nOutre son édition des lettres de Beethoven, aujourd'hui ache-\nvée, M. le Dr Kalischer a entrepris la réunion en quatre volumes\ndes nombreux articles qu'il a consacrés à l'histoire de Beethoven\net de son entourage (2). Je ne doute pas de la faveur qui accueil-\n\n(1) Un Français lui en aurait appris autant, même sans lui apporter Candide.\n(2) Sur l'édition Kalischer en général, et spécialement sur la question de\nl'immortelle bien-aimée, voir un excellent article de M. Albert Leitzmann\ndans la Deutsche Rundschau d'avril 1908.\nSans doute, dans un prochain tirage, M. le Dr Kalischer admettra-t-il le\nbrouillon suivant d'une lettre à Duport, écrit par Beethoven (en français) dans\nun cahier de conversation, pendant les négociations qui précédèrent les deux\nconcerts de mai 1824 : j apprend votre amitié en m'accordant la petite sale...\nest ce que voilà une sale pour donner ce qu'on nomme des grandes productions\nmusicales, naturellement qu on ne peut se laisser encore de payer grand somes\npour... comme sans cela les frais sont bien... la copiatur 0 moins 600 fl. pour\nle Behôrd 4.500 fl. voilà déjà iiber 1.000 112. von Kosten. Et alors eine grosse\net qu'il restera encore.\nqu'ant à moi, malgré la simplicité de mon caractère, il faut avouer qu'on le"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.58", "texte": "564\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nlera ces études, sous leur nouvelle forme. Les travaux du Dr Kalis-\ncher sont une mine de renseignements et de références, où l'on\ntrouve toujours quelque chose à prendre et à apprendre. Le\npremier volume, Beethoven und Berlin, se compose d articles où\nM. Kalischer rappelle les rapports de Beethoven avec Berlin et les\nBerlinois : vous y trouverez un récit du séjour que fit Beethoven à\nBerlin en 1796, l'histoire de ses relations avec Reichardt, Bettina\nBrentano, Varnhagen von Enseet Rahel Lewin, Meyerbeer, etc.,\net vous ne manquerez pas de vous y intéresser, voire de vous y\ninstruire.\nToutefois, le lecteur remarque bientôt chez le Dr Kalischer une\nsorte de chauvinisme local, assez surprenant et assez déplacé en\npareille matière. Berlinois convaincu, l'auteur cherche à établir\nque nulle part Beethoven ne rencontra d'admirateurs plus fervents\nque dans \\'lntelligen\\-Stadt, l'Athènes de la Sprée ; cela est vrai\ndans une large mesure : c'est Berlin qui envoya à Beethoven des\namis tels que l'intelligent et sensible Ludwig Rellstab, et Fidelio\n\nplus illustre et u. die aufgeklartesten Befôrder u. von Kunst mich\naufgefordert haben, mais ce ne sera pas un malheur pour la capitale que\nje ne donne quune académie je vous suis donc bien obligé pour la petite sale et\nje ne donnerai pas une académie.\nMalgré tout cela je suis prêt de servir toujours\net plus loin :\nnaturellement que selon grand chœurs grand orchestres il faut attendre un\ngrand auditre quil n'est possible dans la sale.\nla providence riabandonnera pas aussi sans un académie, etc.\nCe brouillon mentionné mais non cité par Thayer-Deiters (V. Bi, 82) a dû\nservir de canevas à la lettre de Schindler à Duport, du 24, 4, 1824, citée tout\nau long par les mêmes auteurs et à laquelle se rapporte sans doute la phrase\nsuivante (de Schindler) dans un cahier :\nDer gestrige Brief liât D[uport]\ngekrdnkt dadurch, allein « weil is Beethoven grosse kunstler muss man nicht\niïbel nehmen ». Duport, Français de naissance, parlait et comprenait malTalle-\nmand. Enfin certains catalogues de ventes d'autographes donnent encore des\nfragments de lettres de Beethoven inédites et perdues. Témoin le catalogue de\nla vente Trémont (déc. 1852, avril 1853), renfermant une lettre écrite en fran-\nçais par Beethoven au baron de Trémont, durant le séjour de celui-ci à Vienne\nen 1809, et commençant par ces lignes : « Côme (sic), mais il faut sans doute\nlire corne) il me falloit aujourd'hui aller au prince je vous prie bien>\nmonsieur, de me réjouir Vaprès-demain matin, à heur de votre présence\nbien cher à moi une affaire importante me force, de ne pouvoir tenir nid\nparole » etc.\n(1) Beethoven und seine Zeitgenossen, Band : Beethoven und Berhn>\nBerlin u. Leipzig, 1909, Schuster u. Lœffler."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.59", "texte": "QUELQUES NOTES DE BIBLIOGRAPHIE BEETHOVÉNIENNE\n565\n\nconnut à Berlin un succès plus rapide qu'à Vienne. Mais l'ardeur\nde M. le Dr Kalischer l'entraîne parfois à vouloir trop prouver, et\ndonc àne prouver rien. A l'appui de sa thèse, il va jusqu'à\ns'étendre sur la « bienveillance » de Zelter pour Beethoven : pour\nle coup, c'est un défi bien difficile à tenir. M. Kalischer y dépense,\navec son érudition ordinaire, une adresse extrême d'avocat ; mais\nla dialectique de son plaidoyer est vraiment spécieuse. Il s'efforce\nde prouver que, si Zelter montra d'abord quelque méfiance à\nl'égard des symphonies, il se convertit peu à peu à l'art beethové-\nnien. Cela ne peut se soutenir qu'en escamotant certains textes\nprécis, et en donnant à d'autres une interprétation qu'ils ne com-\nportent pas. M. Kalischer est bien forcé de convenir que Zelter,\nen 1808, écrivait à Gœthe que « Chérubini et Beethoven dérobent\nla massue d'Hercule pour écraser les mouches » : mais, loin de\nl'en blâmer, il lui fait presque honneur d'être ensuite revenu de si\nloin! Pourquoi néglige-t-il de rappeler que, quatre ans plus tard,\nle 14 septembre 1812, Zelter, dans une lettre à Gœthe, comparait\nles admirateurs de Beethoven aux adeptes de « l'amour grec », et\nen iB3o même (le 26 septembre) traitait Ad.-B. Marx, le champion\nde Beethoven, d' « évangéliste des bousilleurs » ? La cause de\nZelter n'est pas défendable : sa correspondance avec Goethe montre\nle souci constant de déprécier ou de cacher au grand homme de\nWeimar, qui le consultait si volontiers sur les choses musicales, les\ntalents qui auraient pu lui porter ombrage, à lui Zelter. Contraint\net forcé par la gloire grandissante de Beethoven, Zelter adoucit\npeu à peu la sévérité de ses premiers jugements; mais on sent\ntrop bien que c'est comme malgré lui. Et il laissera Schubert\nvivre et mourir, sans avoir signalé à Gœthe un seul des lieder\nimmortels. Cela le juge et le condamne ; le seul moyen de le\ndéfendre était de plaider coupable, et non point, comme a tenté de\nle faire M. Kalischer, d'essayer, au lieu d'une justification déjà\nimpossible, une glorification plus hasardeuse encore.\nRevenons à 1' « immortelle bien-aimée » de Beethoven. Quel\nfut son nom ?\nGiulietta Guicciardi, affirma d'abord Schindler, dont M. le\nDr Kalischer adopte l'opinion ; Thérèse de Brunsvik, dit Thayer,"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.60", "texte": "566\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nsuivi aujourd'hui par un grand nombre d'auteurs, tandis que\nM. von Frimmel opinerait volontiers pour Magdalene WilJ.\nmann(i), et M. le Dr W. Thomas-Sangallis pour Amélie Sebald.\nIl semble que, sur cette question, l'on doive renoncer à toute\ncertitude absolue.-Les lettres à 1' « immortelle bien-aimée » sont en\nréalité une sorte de brouillon, retrouvé chez Beethoven après sa\nmort, et que la destinataire n'avait sans doute jamais reçu. Elles\nne portent ni suscription ni millésime. Leur texte, débordant\nd'effusions violemment passionnées, ne renferme non plus aucune\nallusion personnelle un peu précise, qui nous permette de déchif-\nfrer le rébus.\nUn nouvel ouvrage de l'éminente musicographe allemande La\nMara, semblait, par son titre catégorique, nous promettre le mot\nde l'énigme : L'immortelle bien-aimée d\ncomtesse de Brunsvik et ses mémoires(2). Voilà qui ressemble fort\naux manchettes « sensationnelles » de certains journaux... Le\ncontenu de l'ouvrage est moins afïirmatif. Cet ouvrage se com-\npose de deux parties bien différentes; dans la première, Mme La\nMara s'efforce d'écarter les nuages qui nous cachent la destinataire\ndes fameuses lettres, et apporte à l'appui de la thèse soutenue par\nThayer le poids de son incontestable autorité; dans la seconde,\nelle nous communique les mémoires où la comtesse Thérèse de\nBrunsvik, loin de nous dire son secret, semble avoir pris au con-\ntraire grand soin de le garder.\ni° Les trois fragments qui constituent les lettres à 1' « immor-\ntelle bien-aimée » sont datés par Beethoven « le 6 juillet au\nmatin », « soir du lundi 6 juillet », « bonjour le 7 juillet ». Thayer\navait cru pouvoir proposer le millésime de 1806, malgré le défaut\nde concordance, pour cette année-là, entre le jour de la semaine et\nle quantième du mois, Beethoven étant, dans sa correspondance,\ncoutumier de pareilles erreurs. Une lettre de Beethoven à Breit-\nkopf, datée de Vienne le 5 juillet 1806, récemment découverte,\nruine sur ce point 1 opinion de Thayer, car, si Beethoven se trou-\n\nai) Ce qui pour son ennemi juré, le Dr Kalischer, est «le comble delà\nfolie » : qu'en termes galants...\n(2) LA MARA : Beethoven1s unsterbliche\nBrunsvik und ihre Memoiren.Leipzig, 1909, Breitkopf und Hârtel."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.61", "texte": "QUELQUES NOTES DE BIBLIOGRAPHIE BEETHOVÉNIENNE\n567\n\nvait encore à Vienne le 5 juillet 1806, il ne pouvait, dès le 6 juillet\nau matin, adresser de Hongrie une lettre à une amie qu'il vient,\nd'après le texte de cette lettre, de quitter. Mais rien n'empêche de\nreporter la lettre à l'année suivante, 1807,1 e jour de la semaine et\nle quantième du mois concordant, pour cette année-là, d'une façon\nparfaite. La comtesse Thérèse de Brunsvik, dans ses (1),\ndit avoir passé à Carlsbad le mois de juillet et à Franzensbad le\nmois d'août 1807, mais rien ne dit que son départ de Martonvasar\npour la Bohême ait eu lieu avant le 7 juillet (2). Le K par lequel\nBeethoven désigne le pays où va séjourner 1' « immortelle bien-\naimée » peut fort bien désigner la célèbre ville d'eaux, dont le nom\ns'écrit indifféremment Carlsbad ou Karlsbad.\nM. Richard Batka, d'après des témoignages contenus dans un\nouvrage de M. Samuel Borovsky,\nUngarns,établissait que Beethoven avait été plusieurs fois l'hôte\ndes Brunsvik dans leur domaine de Korompa, en 1806 notam-\nment, et peut-être en 1807. Puis M. Batka rappelait cette phrase\ndes lettres à 1' « immortelle bien-aimée » : « Quel chemin terrible !\nau dernier relais, on me conseilla de ne pas voyager de nuit. Pour\nm'effrayer on me parla d'une forêt. Mais cela ne fit que m'exciter\net j'eus tort ; il a fallu que la voiture se brisât sur ce chemin ter-\nrible, sans fond, simple chemin de campagne. » Et le savant écri-\nvain observe que cette description répond à l'état des routes, très\nsinueuses et accidentées, qui séparaientalors Korompa de Pystian,.\noù il présume que se rendait Beethoven. Ainsi nous pourrions\nprendre au pied de la lettre l'expression (si près, si\nloin !) qui se trouve aussi dans les pages enflammées de Beethoven.\nCe commentaire de M. Batka, rappelé par Mme La Mara, est un\ndes plus intéressants, des plus pénétrants, risquons le mot,\ndes plus jolis dont il me souvienne. S'il pèche de quelque manière,\nc'est plutôt par un excès d'ingéniosité. Faut-il bien donner aux\nquatre mots so nah so weit!un sens topographique ?Un tel souci\nde précision, peu commun chez Beethoven, y surprendrait plus\nque jamais dans un moment d'exaltation si éperdue. J'inclinerais\n\n(1) P. 79.\n(2) D'autant que la cure de Carlsbad ne dure que 21 jours, ce qui permettait\ndonc ainsi aux dames Brunsvik d'être en août a Franzensbad."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.62", "texte": "568\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nplus volontiers à croire qu'on doit prendre ces mots dans le sens\nfiguré, lyrique, où le prennent deux amants que l'éloignement\nsépare sans les désunir. Ce sera, pour Beethoven lui-même, en\n1816, le thème du Cycle de mélodies C'est,\npar avance, le mot de Brunnhilde au prologue de la\nmerung :\nGetrennt wer will es scheiden ?\nGeschieden trennt\n2°La comtesse Thérèse de Brunsvik nous intéresse en fonction\nde Beethoven, et dans la mesure où nous pouvons supposer\nqu'elle fut ou ne fut pas son « immortelle bien-aimée ». Les\nMémoires de la comtesse Thérèse, publiés par Mme La Mara, nous\nintéressent donc pour autant qu'ils viennent confirmer ou infirmer\ncette hypothèse (i). A première vue, ils semblent n'apporter dans\nce problème que fort peu d'éléments nouveaux. La comtesse\nThérèse, en des pages assez plates, rédigées à l'extrême fin de sa\nlongue et mélancolique existence, s'étend sur des histoires de\nfamille et sur les entreprises de pédagogie philanthropique inspi-\nrées à son bon cœur par l'exemple de Pestalozzi. De Beethoven\nlui-même il est fort peu question. La « prêtresse de la Vérité »\ncomme Thérèse de Brunsvik s'était elle-même consacrée à seize\nans —raconte comment, passant dix-huit jours à Vienne avec sa\nmère et ses sœurs en 1799, elle prit seize leçons de Beethoven.\nElle ajoute ces quelques lignes : « C'est alors que se conclut avec\nBeethoven cette amitié profonde, cordiale, qui dura jusqu'à la fin\nde sa vie. Il vint à Bade ; il vint à Martonvasar ;il fut reçu dans\nnotre société républicaine (Societdd'hommes choi-\nsis (2). » Et c'est tout.\nUn Beethoven était-il donc, même dans une « société d'hom-\nmes choisis », un de ces amis avec le souvenir desquels on soit\n\n(1) On lira avec intérêt, parmi les articles provoqués par l'apparition de ces\nmémoires, l'étude de M. MICHEL BRENET, l'lmmortelle Bien-Aimée de Beetho-\nven, dans le Courrier musical du ler janvier 1909, celle de M. A. BOSSERT\nportant le même titre dans la Revue du 2 janvier 1909, et celle de\nM. T. DE WYZEWA dans la Revue des Ddu 15 mars IQOQ.\n(2) P. 64."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.63", "texte": "QUELQUES NOTES DE BIBLIOGRAPHIE BEETHOVÉNIENNE\n569\n\nquitte à si bon marché ? Tant de réserve à son égard n'a-t-elle pas\nlieu de nous surprendre, et La Mara ne fait-elle pas preuve,\ncomme c'est son devoir d'historien, d'une singulière pénétration\nféminine, en voyant dans ce silence une affectation significative?\nMais une femme ne s'est-elle jamais trahie que par son silence ?...\nMalgré tout, nous surprenons la comtesse Thérèse à s'en départir\ndeux fois, en deux petites phrases bien courtes et bien éloignées\nl'une de l'autre, mais qui, me semble-t-il, doivent être rapprochées.\nAyant raconté d'une part comment, entre 1814 et 1819, elle repoussa\nla demande en mariage d'un certain baron C. P., Thérèse de Bruns-\nvick ajoute : Ich war kalt geblieben, eine friïhere Leidenschaft\nhatte mein Her\\ ver^ehrt.(J'étais restée froide, une passion an-\ntérieure avait dévoré mon cœur (1). ) D'autre part, à l'avant-der-\nnière page de ses souvenirs (2), vieille, sentant sa fin prochaine,\njetant un triste regard en arrière sur sa famille et sur elle-même,\nelle écrit : Es ist überall Verfall\nRuine unter Ruinen mit meinem Wollen und Thun taube Ohren\nund taube Herbert gaben mir das Geleite durchs Leben. (Partout la\ndégradation et la ruine. Moi-même je ne suis qu'une ruine parmi\ndes ruines, avec ma volonté et mon action des oreilles sourdes\net des cœurs sourds m'ont fait la conduite tout le long de la vie.)\nEine friïhere Leidenschaft.. taube Ohrenantérieure »,\ndes « oreilles sourdes », de ces deux mots rapprochés semble jaillir\nun éclair bien révélateur. Lacomtesse Thérèse a aimé Beethoven ;\nelle confirme ici l'essentiel de l'opuscule trop romanesque de Ma-\nriamTenger. Que Beethoven l'eût aimée, nous le savions déjà, et\nles lettres à l'« immortelle bien-aimée » célèbrent une tendresse\nmutuelle, un amour partagé.\nLes Mémoires de Thérèse de Brunsvik, s'ils ne livrent pas le\nsecret promis par le titre sous lequel les a présentés La Mara, me\nparaissent donc apporter à la thèse de Thayer une présomption\nimportante.\nEn rééditant le livre célèbre et aujourd'hui épuisé —de\n\n(1) P. 107.\n(2) P. 134."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.64", "texte": "570\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nW. von Lenz, Beethoven et ses trois styles (i), M. M.-D. Calvoco-\nressi a suivi l'exemple d©nné en Allemagne par M. Bernke avec\nle Beethoven s Leben und Schaffende Ad. Bernh. Marx, par le\nDrAlf.-Chr. Kalischer avec les Bio de Wegeler\net Ries, et les souvenirs de Gerhardt von Breunig,\nSchwar^spanierhause.\nL'idée était excellente. Le livre de Lenz a fait fortune. Il le\nméritait. J'en sais peu d'aussi suggestifs. La composition est lâ-\nchée, les développements s'encombrent de redites et de digres-\nsions, mais il y circule un esprit vif, prime-sautier, une sensibilité\nsingulièrement alerte et originale. Ecrit en français par un Russe,\nl'ouvrage témoigne parfois de quelque maladresse ; mais il abonde\nen formules piquantes, imprévues, comme notre langue si nuan-\ncée en suggère parfois aux étrangers très cultivés.\nAinsi, la forme du livre présente beaucoup d'attrait. Le fond\nmême n'a pas moins de valeur. Berlioz ne se trompait point, en\ny saluant un travail de « haute critique ». C'est, en effet, l'un des\npremiers où la critique musicale se soit exercée avec un réel souci\nde méthode et de précision spécifiques. La thèse n'en était pas\nabsolument nouvelle : on la trouve déjà dans Fétis. Lenz lui a\ndonné la popularité et l'autorité. Beaucoup d'historiens ont adopté\nd'après lui la division de l'œuvre beethovénien en «trois styles ».\nD'ailleurs, le positivisme d'Auguste Comte est survenu pour\ndonner à cette sorte de division « trilogique » une généralité qui\naurait force de loi universelle. N'avons-nous pas vu récemment\nun philosophe très érudit et très subtil, M. Charles Lalo, tenter\nune application très arbitraire et artificielle, me semble-t-il\nde la loi des « trois états » au développement de l'art musical (2) ?\nSans aller aussi loin, dans les régions hypothétiques où l'art,\nl'histoire, la métaphysique et l'ignorance sont assurés de faire\ntoujours bon ménage, M. Vincent d'lndy, rencontrant chez César\nFranck ce rythme ternaire du développement artistique, étudié\npar Lenz chez Beethoven, y voit « une règle de nature » illustrée\n\n(1) Paris, 1909, G. Legouix.\n(2) Ch. LALO, Esquisse d'une esthétique pp. 262 et suiv.,\nParis, 1908, Alcan."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.65", "texte": "QUELQUES NOTES DE BIBLIOGRAPHIE BEETHOVÉNIENNE\n571\n\npar « la plupart des grands créateurs dont la vie est suffisamment\nlongue (i) ».\nLe plus souvent, il ne faut prendre de pareilles divisions que\npour des procédés d'exposition commodes, indispensables même,\nmais provisoires, superficiels et qui ne supporteraient pas l'exa-\nmen si on prétendait les appliquer trop exactement à la réalité.\nDans le cas particulier de Beethoven, la thèse de Lenz reposait\nsur une méthode qui, en se précisant et se perfectionnant, l'a fort\ncompromise. Pour chercher à fixer les limites des trois « styles »\ndans l'œuvre de Beethoven, Lenz se fondait sur les numéros d'œu-\nvre. Mais les travaux ultérieurs de Nottebohm, Thayer et autres,\nsont venus montrer que cette numération, loin de correspondre\navec une entière fidélité à l'ordre chronologique de composition,\ns'en écarte souvent dans une mesure sensible. D'ailleurs, si le\nsilence relatif où s'est tenu Beethoven de 1816 à 1820 permet de\ntracer une frontière, encore que très conventionnelle, entre le\nsecond et le troisième de ses prétendus « styles », la délimitation\nreste beaucoup plus vague entre le premier et le second.\nCes réserves n'enlèvent rien au mérite de Lenz, ni à l'intérêt de\nson livre. M. Calvocoressi l'a augmenté d'une bibliographie abon-\ndante., que l'on consultera avec fruit. Pour le reste, il s'est, dit-il,\nborné à « quelques corrections » portant sur « des fautes maté-\nrielles ». Moins discrets, les protes en ont ajouté plus qu'il n'en\nretirait.\nLast but not least.\nLa voilà donc enfin terminée, cette admirable biographie de\nBeethoven, entreprise par Thayer, continuée après sa mort et\nd'après ses travaux par Deiters, qui mourut lui-même avant d'y\nmettre le point final, et dont les deux derniers volumes, attendus\ndepuis longtemps avec impatience, ont paru grâce aux soins de\nl'éminent musicographe et professeur M. Hugo Riemann (2). On\n\n(1) V. D'INDY, César Franck,p. 79, Paris, Alcan. D'ailleurs M. V. d'lndy\nrattache volontiers les lois du développement artistique à des lois plus géné-\nrales de psychologie (voir Cours de composition musicale, introduction), dût-il\nremonter jusqu'au péché originel (ibidp. 47).\n(2) Ludwig van Beethovens Leben, von Alexander Wheelock Thayer und"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.66", "texte": "572\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nsait de longue date quelle conscience Thayer avait mise dans\nson travail ; Deiters l'avait dignement poursuivi; enfin, si la tâche\nde M. Hugo Riemann a été plus modeste, elle ne témoigne pas\nd'une moindre compétence, et les notes qu'il a signées au bas de\ncertaines pages portent sa marque.\nOn peut aisément louer le Beethode Thayer-Deiters\nen disant que cet ouvrage, aujourd'hui achevé, est absolument in-\ndispensable et à peu près suffisant pour connaître la vie de Bee-\nthoven. On en attendait les deux derniers volumes avec un inté-\nrêt tout particulier : c'est que, racontant l'histoire de Beethoven\ndepuis 1817 jusqu'à 1827, ils allaient pouvoir utiliser les fameux\nCahiers de conversation, dont l'usage régulier commence en 1819,\net dont la Bibliothèque royale de Berlin conserve un si riche tré-\nsor. Nous examinerons tout à l'heure la façon dont Thayer et après\nlui Deiters ont puisé à cette source.\nC'est sans doute par un scrupule de fidélité à la mémoire de\nThayer que Deiters a adopté sa méthode d'exposition, laquelle\nn'est pas irréprochable. On sait que Thayer insérait au milieu\nde son récit une quantité de lettres ou de documents. Au-\njourd'hui que nous avons sous la main des éditions complètes\ndes lettres de Beethoven, peut-être des allusions et des références\nsuffisaient-elles. La narration eût gagné singulièrement en intérêt\net en vie. Car, de ce livre consacré àla vie de Beethoven, la vie est\ntout à fait absente : c'est un long « procès-verbal », d'une exacti-\ntude à peu près irréprochable et d'une minutie extrême, mais\nd'une monotonie et d'une sécheresse désespérantes. Lorsqu'il s'a-\ngit de suivre les procès soutenus par Beethoven pour la tutelle de\nson neveu, cette méthode est excellente : encore faudrait-il aujour-\nd'hui compléter les exposés de Thayer-Deiters par le fameux me-\nmorandumde Beethoven, publié dans la du 25 décembre 1907.\nMais, lorsque la vérité n'est pas tout entière dans les pièces docu-\nmentaires, lorsque, pour la trouver ou au moins pour la chercher,\nil faudrait un peu de pénétration, voire même un peu de divina-\ntion, Thayer et Deiters, soit par un excès de scrupule, soit par un\n\nHermann Deiters, 5 vol. Leipzig, 1907-1908, Breitkopf u. Hârtel. Une\nnouvelle édition revue du ler volume a paru en 1901 ; une revision des second\net troisième volumes est annoncée comme prochaine."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.67", "texte": "QUELQUES NOTES DE BIBLIOGRAPHIE BEETHOVÉNIENNE\n5 73\n\ndéfaut d'intelligence (et les deux vont souvent l'un avec l'autre),\nrestent au-dessous de la tâche.\nC'est ainsi que je ne puis trouver ressemblants aucun des por-\ntraits que Deiters donne des familiers de Beethoven, son frère\nJohann, son neveu Cari, Schindler et Holz. Il me paraît trop in-\ndulgent pour Johann et pour Holz, trop sévère pour Schindler et\npour Cari. Johann était un personnage plus ridicule que ne l'a\npeint Deiters, après Thayer: cet apothicaire enrichi, qui se tei-\ngnait les cheveux et voulait persuader à son frère d'en faire autant,\nqui arborait des bijoux voyants pour imposer aux éditeurs de mu-\nsique lorsqu'il allait négocier les affaires de Ludwig, ce mari trompé\nsous son propre toit, qui prenait parti de son infortune parce\nque le régime de la communauté matrimoniale l'eût contraint à\npartager sa fortune avec sa femme en se séparant d'elle, ce par-\nvenu ignare et vulgaire qui prétendait apprendre la musique pour\ndiriger les symphonies de son frère (i), cet homme d'affaires sour-\nnois et retors, brouillon et avare, enchevêtrant et compromettant\ntoutes les négociations dont il se mêlait, ne méritait guère le plai-\ndoyer que nous lisons en sa faveur (2).\nPareillement, je sais gré à la biographie de Thayer-Deiters d'a-\nvoir ruiné la légende selon laquelle Cari, au début de la maladie\nqui devait emporter son oncle, aurait pendant trois jours négligé\nd'appeler le médecin : les Cahiers de conversation et les souve-\nnirs du Dr Wawruch font bonne justice de cette fable. Mais, pour\nle reste, je crois Cari moins coupable, moins méchant que ne\nl'ontfait d'ordinaire les historiens de son oncle. Sans vouloir repren-\ndre une demi-justification que j'ai tentée ailleurs (3), une étude\nfondée sur les Cahiers de conversation devait nous montrer chez\nCari un enfant et un jeune homme d'esprit vif et fin, mais d'une\nprécocité que l'éducation déplorable reçue chez son oncle, malgré\nles intentions excellentes de celui-ci, devait rendre dangereuse.\nPresque toutes ses fautes peuvent s'expliquer par cette éducation.\n\n(1) Tous ces détails se trouvent établis par les Cahiers de conversation,\npassim, spécialement au printemps 1828, en novembre et décembre 1823, en\navril 1824 et à la fin de cette année, en mars 1825.\n(2) IV, 265.\n(3) La Revue (ancienne Revue des Revues9 i 5 janvier, ier février 1906)."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.68", "texte": "5 74\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLa meilleure preuve en est que Cari, aussitôt éloigné de son on-\ncle, fit un bon officier, et plus tard un bon époux, bon père et\ncitoyen, tandis qu'à le juger tel que nous le dépeignent les biogra-\nphes de Beethoven, il n'aurait pu mieux faire que de finir au\nbagne ou sur l'échafaud.\nLe portrait de Cari Holz qui, de 1824 à 1826, supplanta le pau-\nvre Schindler dans les bonnes grâces de Beethoven, est le plus\nsoigné et le plus réussi que nous donnent Thayer-Deiters (1). J'y\nai mieux reconnu l'aimable, brillant et insinuant causeur, dont les\nCahiers de conversation m'avaient suggéré l'image (2). Toutefois\nl'auteur aurait pu marquer avec plus de force et de vérité que ce\ncharmant compagnon, ce favori gracieux, était avant tout un pa-\nrasite et un parfait pique-assiette.\nPour Schindler, c'est une autre affaire. On ne peut étudier de\nprès la vie de Beethoven sans recourir à lui... et sans éprouver\nbien vite une certaine humeur devant l'infidélité de sa mémoire.\nCertes, il a fourni aux historiens des documents innombrables et\nprécieux. Mais combien d'erreurs ne leur a-t-il pas donné à recti-\nfier, ou au moins d'assertions à contrôler ! Thayer-Deiters en sa-\nvent quelque chose, et je crains fort qu'ils ne lui en gardent ran-\ncune. Mais les Cahiers de conversation que nous devons à\nSchindler parlent pour lui : s'il y montre moins d'esprit que\nHolz, une intelligence moins souple et moins ornée que celle du\njeune Cari, son dévouement, son bon sens, sa sincérité, sa pru-\ndence, y éclatent. Seul, il ne flatte pas Beethoven comme font\nHolz par calcul, et Cari avec un mélange d'admiration très réelle\net de rouerie plus ou moins consciente : il n'hésite pas à le contre-\ndire, à lui tenir tête, s'il faut prévenir une démarche inconsidérée,\nou réparer une brusquerie. Il s'expose aux rebuffades, il les subit,\nnon sans courage et sans abnégation. Lorsque, évincé par Holz,\nil ne paraît qu'à de rares intervalles et que Beethoven semble\n\n(1) V. 183 et suiv.\n(2) Sur le sens artistique de Holz, il y aurait des réserves à faire : les deux\nphrases ci-dessous écrites par lui vers le 3i août 1826, dans un Cahier de\nconversation, me semblent en dire assez long : Quar-\nlett leicht 2 machen kônnen. Wenn man so gross denkt von der Kunst, wie Sie,\nkann es anch nieht andersseyn ; aber mehr Geld wiirde es Ihnen und dem Ver-\nlegergetragen haben."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.69", "texte": "QUELQUES NOTES DE BIBLIOGRAPHIE BEETHOVENIENNE\n5?5\n\nl'accuser de jalousie, il s'en défend avec un accent indubitable, et\nprétend seulement rester à l'écart pour n'être pas le témoin im-\npuissant des bévues où Johann et Holz engagent Beethoven. Et\nlorsque Beethoven s'alite pour mourir, lorsqu'il ne s'agit plus\nd'aller manger et boire au restaurant, mais de soigner un malade,\nHolz, jeune marié, s'éclipse, et Schindler redevient l'ami de tous\nles jours, de toutes les heures.\nSi je diffère quelque peu de sentiment avec Thayer-Deiters sur\nle compte de Johann, de Cari, de Holz et de Schindler, cela n'en-\ntame en rien mon admiration pour la valeur matérielle de leur\nbiographie. Les deux derniers volumes de cette biographie, di-\nsais-je, étaient attendus avec une impatience particulière, parce\nqu'ils nous promettaient des références nombreuses aux fameux\nCahiers de conversation, à peine utilisés jadis par Nohl et aux-\nquels M. le Dr Kalischer a recouru dans des travaux isolés du\nplus grand intérêt. Voici le jugement général que portent, sur les\nfameux Cahiers, Thayer-Deiters : « Il n'y a pas de source de ren-\nseignements sur la vie de Beethoven qui au premier regard sem-\nble être aussi riche et aussi fertile, et qui soit cependant, pour\nl'écrivain consciencieux, si misérablement incomplète et peu sûre,\net dont l'usage exige dans une pareille mesure la plus extrême\nprudence (i). » Ce pessimisme pourra désenchanter plus d'un\nbeethovénien, dont le rêve a été de se plonger dans l'étude des\ncahiers : il est absolument justifié.\nNéanmoins, peut-être y avait-il à tirer de ces Cahiers plus que\nn'ont fait Thayer-Deiters. Au hasard de notes que j'y ai prises\nmoi-même naguère, sans prétendre m'en servir pour un travail\nproprement biographique, je retrouve quelques indications dont\nThayer-Deiters auraient, ce me semble, fait leur profit : par exem-\nple, les éminents historiens consacrent plusieurs pages fort dé-\ntaillées (IV, 295 et suiv.) à la composition de la musique\nWeihe des Hauses.lls citent la page où Schindler raconte avoir\nété consulté par Beethoven, ainsi que Cari, sur le plan de l'ou-\nverture. Pourquoi ne point ajouter, qu'à deux reprises au moins,\nBeethoven reprocha à Schindler les conseils reçus ? Je lis en effet\n\n(0 IV, i54."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.70", "texte": "576\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ndans les Cahiers de conversation, de la main de Schindler, en\nfévrier 1823 : « Aber wie kommen Sie nun heute wieder auf diese\nalte Geschichte! Wenn ich die Schu Ouver-\nture geschrieben, so trage ich diese Schuld sehr gerne, aber wenn\nsie die Orchester nicht spielen kônnen auffùhren,\ndoch nicht meine Schuld... Sieer\\eigen Zumper\n(Stumper ?) Schindler \\u viel Ehre,wenn qur\nLast bringen.» Et plus loin, en octobre 1823 :\nalso Schuld, dass diese Ouverture von Ihnen componirt wurde.\nBravo, die Welt wird sich drïïber verwundern. »\nThayer-Deiters (V, 92) racontent, d'après les souvenirs de Kalk-\nbrenner, que Beethoven dirigea le concert du 7 mai 1824 en\nhabit noir. Me serais-je donc trompé en écrivant ailleurs (1) qu'il\nle dirigea en habit vert, et cela ne ressort-il point des lignes sui-\nvantes, écrites par Schindler dans un Cahier de conversation:\n« Wir nehmen jet\\t ailes gleich mit auch nehmen wir Ihren gr'ù-\nnen Rock mit(,) den Sie im Theater\\um\nDas Theater ist ohnehin dunkel, es sieht niemand dass er grun\nist. O grosser Meister, du hast keinschwar^en\nmogen ! Der grïine muss es also\nfertig. » Donc Beethoven n'endossa l'habit noir qu'au\nsecond concert, le 23 mai.\nDans la question, d'ailleurs obscure, des rapports de Beetho-\nven avec Rossini, traitée naguère par M. le Dr Kalischer, je ne\ncomprends pas pourquoi Thayer-Deiters ont négligé de citer ces\nphrases écrites par Beethoven, probablement en janvier 1825, dans\nun Cahier de conversation, à propos d'un article où Haendel au-\nrait été déprécié au profit de Rossini': «\nso erkenne ich doch denjenigen an seinen Miicken gegen ni ich, frei-\nlich, er hat einen Fels an mir gefunden, et plus loin : u. dieser\nWicht von Rossini von Keinem wahren Meister der Kunst gea-\nchtet. » Et plus loin encore : « An den Muckenstichen erkenn ich\ndie Miicken desjenig. welcher die\nwahre dass es heissen soll, dass ich\nManen eines solchen Ehrwurdigen »\n\n(1) Beethoven,p. 54. (Paris, Alcan.)"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.71", "texte": "QUELQUES NOTES DE BIBLIOGRAPHIE BEETHOVÉNIENNE\n5 77\nS. I. M.\n\nDer Hr. Rossini der formlos ist weil er keine erschaffen kann,\nder fehlt,, nicht weil er mil, sondern\nein Stùmper.\nJe ne trouve pas non plus signalée une proposition — consignée\ndans les Cahiers — faite à Beethoven par les Juifs de Vienne,\nd'écrire une musique solennelle pour l'inauguration d'un monu-\nment, synagogue ou école (i), etc., etc.\n\n(i) Deiters (V, 496-497) observe que Grillparzer corrigea quelque peu pour\nl'introduire, en 1859, dans ses Souvenirs sur Beethoven, l'oraison funèbre qu'il\navait écrite pour les obsèques du maître ; j'avais moi-même signalé ce fait, il\ny a deux ans (op. cit.). Voici les variantes, à gauche le texte original, à droite\ncelui des Souvenirs (GRILLPARZER'S Sàmmtliche Werke, pp. 115 et suiv., Stutt-\ngart, 1872):\nFeier der Helden von Vittoria, und\ndes Messopfers glâubiges Lied.\nMuse der Lieder und des Saitens-\npiels.\nGerade die zartesten Spitzen sind\nes...\nWenn er die Welt floh, so wars\nweil er in den Tiefen seines liebenden\nGemuths keinen Stutzpunkt fand,\nsich ihr zu widersetzen ; wenn er\nsich den Menschen entzog, so ges-\nchah's, weil sie nicht hinauf wollten\nzu ihm, und er nicht herab konnte\nzu ihnen. Er war einsam, weil er\nkein zweites Ich fand. Aber bis zum\nTode bewahrte er ein menschliches\nHerz allen Menschen, ein vâterliches\nden Seinen, Gut und Blut aller Welt.\nIhr aber, die ihr unserem Begân-\ngnisse gefolgt bis hierher, gebietet\neurer Trauer. Denn kein niederdriik-\nkendes, ein erhebendes Gefuhl ist es,\nzu stehen am Sarge des Mannes, von\ndem man sagen darf, wie von kei-\nnem : er hat Grosses geleistet, und\nkein Tadel war an ihm. Geht von hier\ntrauernd, aber gefasst. Nehmt mit\neuch eine Blume von seinem\nGrabe das Andenken an ihn und\nsein Wirken. Und wenn euch je im\nLeben, wie der kommende Sturm,\ndie Gewalt seiner Schopfungen über-\nmannt, so ruft es zurùck, das Anden-\ndemûthiges Lied\ndes Liedes\nAch, wer sich hart weiss, der\nfiieht nicht ! Die feinsten Spitzen\nsind es...\nEr floh die Welt, weil er in dem\nganzen Bereich seines liebenden Ge-\nmùths keine Waffe fand, sich ihr zu\nwidersetzen. Er entzog sich den\nMenschen, nachdem er ihnen ailes\ngegeben und nichts dafur empfangen\nhatte. Er blieb einsam, weil er kein\nzweites Ich fand. Aber bis an sein\nGrab bewahrte er...\nIhr aber, die ihr unserem Geleite\ngefolgt bis hierher, gebietet eurem\nSchmerz ! Nicht verloren habt ihr\nihn, ihr habt ihngewonnen. Kein Le-\nbendiger tritt in die Hallen der Uns-\nterblichkeit ein. Der Leib muss\nfallen, dann erst offnen sich ihre Pfor-\nten. Den ihr betrauert, er steht von\nnun an unter den Grossen aller Zei-\nten, unantastbar fur immer. Drum\nkehrt nach Hause, betrubt aber ge-\nfasst. Und wenn euch je im Leben,\nwie der kommende Sturm, die Gewalt\nseiner Schôpfungen iibermannt, wenn\neuer Entzucken dahinstromt in der\n5"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.72", "texte": "578\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nTout cela revient à dire que, si les Cahiers de conversation ne\nforment, en effet, qu'une source au débit maigre et intermittent,\nThayer-Deiters n'en ont peut-être pas tiré non plus tout le parti\npossible, et que leurs citations, en tout cas, sont assez arbitraires.\nDès lors, comment ne pas souhaiter la publication intégrale de ces\ncarnets ? L'entreprise est lourde, sans doute. Mais un homme tel\nque M. le Dr Kalischer pourrait la mener à bien, et l'intérêt uni-\nversel qui s'attache aux études beethovéniennes en assurerait le\nsuccès. Tel est le seul document fondamental qui manque désor-\nmais à cette bibliographie beethovénienne dont je viens de vous\nsignaler, trop rapidement, quelques nouveaux éléments.\nP. S. Cet article avait déjà reçu l'irrémédiable « bon à tirer»,\nlorsque j'ai eu connaissance de quelques pages où M. F. de Gé-\nrando, dans le Mercure de France du ler mai 1909, touchant cette\nquestion de l'immortelle bien-aimêe,prétend la résoudre contre\nl'opinion que j'avais cru pouvoir proposer. L'étude de M. deGé-\nrando a d'abord de quoi impressionner fortement : petit-neveu\net héritier de la comtesse Thérèse Brunsvik, M. de Gérando\npossède tous ses papiers ou du moins tout ce qui en reste. Il\ny a découvert une longue correspondance, semi-amoureuse, semi-\nphilosophique ou littéraire, de la comtesse Thérèse avec un jeune\nhomme qui, comme Beethoven, portait le prénom de Louis. M. de\nGérando ignore le nom patronymique de ce mystérieux corres-\npondant, mais espère le trouver au moyen d'un cachet armorié que\nporte une de ses lettres. On sait seulement, dès aujourd'hui,\nqu'il était beaucoup plus jeune que la comtesse Brunsvik, et qu'il\navait été élève au Theresianum de Vienne, le Saint-Cyr autrichien.\nM. de Gérando estime que la similitude des prénoms entre Bee-\nthoven et cet inconnu a suffi pour créer la légende d'une intrigue\nentre Beethoven et la comtesse Thérèse, légende que les faits dé-\ntruiraient, Beethoven étant l'aîné de Thérèse et n'ayant jamais\n\nken an heute, das Andenken an ihn,\nder so Grosses geleistet, und an dem\nkein Tadel war,\nMitte eines jetzt noch ungebornen\nGeschlechts, so erinnert euch dieser\nStunde und denkt : wir waren dabei,\nals sie ihn begruben, und als er starb,\nhaben wir geweint."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.73", "texte": "QUELQUES NOTES DE BIBLIOGRAPHIE BEETHOVÉNIENNE\n579\n\nfréquenté le Theresianum. M. de Gérando n'a d'ailleurs rien trouvé\nde relatif à Beethoven dans les papiers de la comtesse Brunsvik.\nIl en revient donc et s'en tient au témoignage de Schindler, selon\nlequel l'immortelle bien-aimée de Beethoven aurait été Giulietta\nGuicciardi.\nLes six pages de M. de Gérando sont très frappantes ; mais la\nmoindre réflexion montre qu'elles ne suffisent pas, quant à pré-\nsent, à trancher le problème dans le sens qu'il indique ; j'irais\npresque à dire : au contraire...\ni° Il surestime singulièrement le témoignage de Schindler. Dans\nune conversation de 182$, Beethoven a confié à Schindler son\nancienne passion pour la comtesse de Gallenberg, née Giulietta\nGuicciardi. Ce fut occasionnellement, à propos de négociations où le\nmari de Giulietta était intervenu au détriment de Beethoven. Dans\ncette conversation Beethoven n'a pas fait la moindre allusion aux\nlettres à Y immortelle bien-aimée,qu'au lendemain de samort on devait\nretrouver dans son tiroir. Le rapprochement établi par Schindler\nentre la conversation de 1823 et les lettres à Y immortelle bien-\naimée est tout à fait arbitraire et ne repose sur aucun indice positif.\n20 Sur un point essentiel l'article de M. de Gérando manque de\nprécision : il ne nous donne pas la date de la correspondance\néchangée par la comtesse Brunsvik et l'ancien élève du There-\nsianum. L'auteur écrit cependant : « Sur une des lettres de Louis\n« il n'y en a guère qu'un petit nombre j'ai retrouvé un\n« cachet armorié : le Gotha de 1816 à 1819 nous permettra d'iden-\n« tifier rapidement le mytérieux fiancé de Thérèse Brunsvik. »\nCela revient à dire que cette suggestive correspondance eut lieu\nde 1816 à 1819. Or, d'une part l'amour de Beethoven pour Thé-\nrèse Brunsvik se place entre 1806 et 1809, et il ne serait pas im-\npossible qu'une personne aussi romanesque, aussi\nque la comtesse Thérèse, eût aimé deux fois, à dix ans d'intervalle.\nMais d'autre part il y a plus.\nDans ses Mémoires,publiés par la Mara, Thérèse Brunsvik\nraconte qu'elle fut en butte, vers aux assiduités d'un cer-\n\n(1) 1814 der grosse Congress Wien (p. 106) in dieser Zeit war es, dass\nBaron C. P.,etc. (p. 107)."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.74", "texte": "580\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ntain baron C. P. qui la demanda en mariage et auquel elle fit\nattendre deux ans sa réponse. Elle écrit : « J'étais restée froide,\nune passion antérieure avait dévoré mon cœur.» Si la correspon-\ndance révélée par M. de Gérando date de 1816 à 1819» comme lui-\nmême semble l'indiquer, il est inadmissible que le mystérieux\nLouis ait été l'objet d'une passion\nThérèse Brunsvik raconte, quelques lignes plus bas, que le\nbaron C. P. fit auprès d'elle une dernière démarche en 1819. Ad-\nmettons donc qu'elle se soit trompée, à la page précédente, en fai-\nsant commencer l'histoire dès 1814, et qu'il faille la placer de 1817\nà 1819. La cour faite à Thérèse par le comte G. P. ne serait plus dès\nlors antérieure à la correspondance avec Louis, elle lui serait con-\ntemporaine. Mais les mots de passion antérieure et la construction\nmême de la phrase restent inapplicables au héros de cette corres-\npondance. Si Thérèse Brunsvik avait ici pensé à lui, elle aurait\nécrit, non point : « une passion an mon cœur»,\nmais : « une autre passion dévorait mon cœur » ou toute autre for-\nmule analogue, à l'exclusion du plus-que-parfait « avait dévoré »(i),\nSi donc la correspondance sur laquelle se fonde M. de Gérando\ndate bien, comme il paraît l'indiquer, de 1816-1819, la phrase de\nThérèse Brunsvik dans ses Mémo : « une passion antérieure\navait dévoré mon cœur » désigne forcément un autre que l'ancien\nélève du Theresianum.\nC'est à cette « passion antérieure » et à cet autre ami qu'on reste\nplus que jamais tenté d'appliquer le mot amer de la comtesse\nBrunsvik, sur la fin de ses Mémoires (p. 134) : « Des oreilles\nsourdes et des cœurs sourds m'ont fait la conduite tout le long\nde la vie. » Et l'on conviendra sans peine que le terme\nsourdes apporte au moins une présomption singulièrement forte\nen faveur de Beethoven.\n(2).\n\nJean Chantavoine\n\n(1) Et surtout d'un plus-que-parfait comme celui du très énergique verbe\nver^ehren, qui indique une destruction lente, progressive et complète.\n(2) Je cite pour mémoire le drame en trois actes, en vers, d'un jeune et\naimable poète, M. René Fauchois, intitulé BEETHOVEN, représenté récemmec'-\navec un vif succès àl'Odéon et publié à la librairie Fasquelle; cet ouvrage\nn'appartenant pas à la musicologie, nous sommes désarmés devant les « lipen'\nces poétiques » - parfois un peu hardies que s'est permises l'ingénier\nauteur avec une vérité qui (pour reprendre le mot de Gœthe) n'exigeait peu!'\nêtre pas tant de sacrifices à la poésie."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.75", "texte": "LE MOIS\n\nCHRONIQUE\n\nLA SAISON RUSSE. La Flûte ench M. PAUL DUPIN.\nM. PAUL LE FLEM.\nL'événement le plus éclatant et le plus célébré du mois écoulé\nfut la saison russe, troisième du nom, organisée au Châtelet par\nles soins de M. Diaghilev, qui s'est fait l'imprésario de ces tour-\nnées, et reçut, cette année encore, un utile secours de M. Calvo-\ncoressi, son zélé secrétaire ; la puissante maison Astruc s'était\nchargée de lancer l'affaire et de placer les billets, payants et de\nfaveur, au mieux des communs intérêts.\nFaire une saison russe, c'est bientôt dit, et sans doute, pour un\ncertain public, peu enclin à l'économie, le même qui circule,\nempanaché et polyglotte, dans les Hermant,\nle nom de quelques interprètes suffit. Ce public étant justement\ncelui de Saint-Pétersbourg, M. Diaghilev en connaît excellem-\nment les exigences : s'étant assuré le concours de M. Chaliapine et\nde Mme Pavlova, il put se croire quitte avec lui. Mais il existe à\nParis une redoutable faction d'artistes, d'amateurs, de raisonneurs\net de parleurs, qui, sans éblouir par le luxe de leurs autos ou\nles feux de leurs pierreries, sont les maîtres de l'opinion ; le\npremier émoi passé, après les grandes premières, simples céré-\nmonies mondaines où une certaine qualité de noblesse oblige de se\nmontrer, ces spectateurs plus modestes, qui détiennent l'épargne\nde la pensée française, font leur entrée à leur tour ; différents des"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.76", "texte": "582\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\npremiers en ce qu'ils regardent le spectacle et écoutent la\nmusique, ils apprécient, non certes en toute impartialité, ni en\ntoute clairvoyance : pour être plus instruits, ils ne sont pas plus\nintelligents que les autres, ni même plus sincères. Cependant, de\ntoutes leurs erreurs, exagérations et injustices mêlées, il se forme\nun goût moyen, qu'on peut appeler le jugement de Paris. Et ce\ngoût s'impose, par la suite, même à ceux qui, avant qu'il eût\nprononcé, se pâmaient ou se révoltaient de confiance. La prin-\ncesse Mimi et toute la famille Arequipa avaient, j'en suis sûr,\nretenu des loges pour la saison italienne et pour la\nFaust, mise en pièce et en pièces par M. Gunsbourg : ils n'ose-\nraient y retourner aujourd'hui, et se croiront bientôt tenus\nd'honorer de leur présence Pelléas,qu'ils ignorent, et ignoreront\ntoujours.\nJe connais personnellement MM. Diaghilev et Astruc, qui sont\nde fort bonne compagnie ; ils me font toujours gentille risette\nlorsqu'ils m'aperçoivent et me reconnaissent. Je crois cependant\nque s'ils pouvaient m'envoyer en Sibérie ou aux cinq cent mille\ndiables, moi et mes pareils, ils le feraient de bonne grâce. Quels\nterribles gêneurs nous sommes, nous qui voulons des œuvres\nintéressantes, des accords nouveaux, des mélodies caractérisées,\ndes effets d'orchestre, du dessin, de la couleur, du mouvement, de\nla vérité, de l'invention, de l'émotion, de l'intelligence, en un\nmot, du génie! Comme si le génie était une denrée si courante,\net d'un placement facile ! Ah ! les maudits pédants ! Moi-même,\nparfois, j'enrage d'en être, et j'envie tel aristocratique innocent,\ndont le visage rayonne d'un saint enthousiasme au seul nom de\nLitvinne ou de Caruso. Combien la vie serait simple, si on ne\ncherchait jamais à comprendre !\nMais on n'a pas encore trouvé le moyen de se débarrasser de\nnous, ni de nous enlever cette funeste manie d'analyse. Force fut\nbien de compter avec ce goût dont nous sommes les oracles et les\nsibylles. M. Diaghilev s'en fût dispensé peut-être, mais M. Calvo-\ncoressi, qui, pour son malheur, est des nôtres, l'avertit; M. Astruc,\ninstruit par l'expérience, n'y contredit pas, et quelques représen-\ntants de la civilisation française, appelés en témoignage, opinèrent\navec ensemble qu'il fallait donner quelque chose dont on n'eût"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.77", "texte": "CHRONIQUE\n583\n\npas encore l'idée à Paris. L'embarras devenait grand, car un\ndestin ironique veut que la plus chère ambition des musiciens\nrusses soit pour l'instant de ressembler à n'importe quel élève de\nBrahms, ou de M. Lenepveu, ce qui revient presque au même. En\noutre, on avait la mauvaise chance de venir après\ndont le souvenir ne s'abolira pas de longtemps parmi nous :\naucune œuvre de la musique russe, ancienne ou contemporaine,\nne peut même risquer la comparaison avec ce drame où l'émotion\ndevient si douce par sa force même. Tout au plus pouvait-on\nsonger au second opéra de Moussorgski, la Khovanchtchina, qui,\nsans atteindre à une aussi simple grandeur, est tragique jusqu'aux\nlimites extrêmes de notre sensibilité. Je ne sais pourquoi on a\npréféré la Pskovitaine de Rimski-Korsakov. A-t-on voulu ménager\nnos nerfs, qu'on croit malades, et à qui l'on épargnait aussi, bien\nmal à propos, l'un des plus rudes tableaux de\ncelui de l'Auberge, Tan passé ? Il faut dire qu'en ce cas on a plei-\nnement réussi, car le drame de Meï, même avec la musique dont\nun compositeur de talent l'a décoré, ne donnera pas le moindre\ntrouble aux personnes les plus sentimentales ! C'est un drame\nhistorique selon la formule de Walter Scott, d'Alexandre Dumas\npère, de Sardou et de Michel Zévaco : une intrigue romanesque,\nenchevêtrée à des événements et des tableaux d'histoire qui ne lui\nsont de rien. Ivan le Terrible n'y apparaît que pour se mettre en\ncolère sans sujet et sans effet, reconnaître une enfant qu'il eut jadis\net s'attendrir de son innocence : c'est le tyran qui se trouve une\nâme de père, selon la psychologie d'antithèse qui fut chère à nos\nromantiques. Cette fille est tuée, par hasard, d'une balle perdue.\nIvan le Terrible pleure, et le rideau tombe. C'est tout. Il est clair\nque ce n'était pas assez.\nC'est alors que M. Diaghilev eut une idée de génie. Puisque\ndécidément la musique russe, après n'avait rien\nqui pût nous surprendre, on nous donnerait de la danse. Et il fut\ndécidé que sur trois représentations, deux seraient consacrées au\nballet russe, fort différent du nôtre, et dont par avance on nous\ncontait merveilles. Mais une nouvelle difficulté surgissait ici : les\nballets les plus en faveur auprès du public russe,\nCygnes ou la Belle au bois dormant, sont signés d'un nom que le"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.78", "texte": "584\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\ngoût français abhorre: celui de Tchaïkovski. C'est là un préjugé\npeu fondé, car si Tchaïkovski n'atteint pas toujours l'originalité,\ndu moins a-t-il ce mérite de ne la chercher jamais ;eton ne peut\nlui refuser les dons du musicien. Mais il est immoral, aujourd'hui,\nen France, d'aller entendre Tchaïkovski. En son lieu et place, on\nnous a donné le Pavillon d'Armide,de Tchérépnine, et nous avons\nété bien punis, car la seule circonstance atténuante qu'on puisse\ninvoquer en faveur d'une musique aussi insignifiante, c'est\nqu'après cinq minutes on ne l'entend plus. On joignit à cela les\ndanses orientales du Prince Igory de Borodine, et plusieurs macé-\ndoines de danses variées, l'une faite avec des morceaux de Chopin,\nune autre composée de danses nationales, orchestrées par divers\nauteurs. Enfin on adjoignit au tout, pour la bonne mesure, un\nacte de Rousslan et Ludmilla, de Glinka, déjà entendu aux con-\ncerts russes, voilà deux ans.\nTout alla pour le mieux, c'est-à-dire que parmi des difficultés\nsans nombre et sans cesse renaissantes, on finit par aboutir àun\nrésultat approximatif : tel est le sort ordinaire d'une aussi vaste\nentreprise. La mort du grand-duc Vladimir détermina la Cour à\ns'abstenir de tout encouragement moral ou matériel. Les décors\nfurent refusés par la direction des théâtres impériaux ;il fallut\nles reconstituer, tant bien que mal, et l'un des auteurs, M. Golo-\nvine, s'est montré, paraît-il, fort mécontent d'une réalisation\nimparfaite. M. Tchérépnine, parent du peintre Alexandre Benois,\nqui fut son collaborateur pour le fut investi\ndes fonctions de chef d'orchestre et n'y montra guère d'autorité.\nEnfin les artistes, comme en tout pays, sont sujets en Russie à\ndes crises de susceptibilité, à des accès de rage, à des bouderies\nd enfants gâtés, qui préservent leurs directeurs des risques d'un\nembonpoint exagéré. Les autorités responsables de l'ordre faisaient\npeine à voir, allant de l'un à l'autre, encourageant celui-ci, calmant\ncelui-là, cherchant surtout, et demandant à tous les échos des\nacteurs dont le voyage à Paris semble avoir développé le goût pour\nla promenade. L'excellent régisseur, M. Alexandre Sanine, avait\ntrouvé moyen, pour sa part, de ne pas maigrir, mais une amère\nrésignation se lisait sur ses traits, lorsqu'il manquait, à l'avant-\ndernière répétition, deux ou trois des personnages principaux."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.79", "texte": "CHRONIQUE\n585\n\n« Continuez, de grâce, criait-il à l'orchestre. Ce sont des que-\nrelles de famille. Ne nous en occupons pas. Nous montrons à\nl'Occident quel est notre désordre ! »\nou nas besporiadok.) M. Avranek, impassible et un peu voûté par\nune longue attention, soufflait un rauque murmure que MUe Lip-\nkovska transmuait en cristal limpide. Et il faisait aussi partir les\nchœurs avec une force et une union admirables : il faut dire que\nc'étaient les chœurs de Moscou, bien supérieurs à ceux de Saint-\nPétersbourg.\nTant de peines eurent leur récompense : et bien qu'aux rappels\ndu public M. Tchérépnine soit venu en scène avec une complai-\nsance inépuisable, c'est à MM. Avranek et Sanine que nous devons\ntout ce que ces représentations nous ont offert d'accompli et\nd'exemplaire : la mise en scène et les chœurs. On se souviendra\nlongtemps, ici, de la grâce assourdie dont fut enveloppé, dans le\nPrince Igor,le premier air des danses chantées, et de la rudesse\nvoulue des voix mâles, par la suite, et encore, au deuxième ta-\nbleau de la Pskovitaine,de ce chant de liberté, entonné par un\nmeneur et repris par tous avec un éclat et un ensemble où l'on\nsentait à la fois l'ardeur de la lutte et cette joie du chant, si étran-\ngère à nos tristes choristes. Il est vrai qu'il faut faire la part de\ncirconstances exceptionnelles : après un précédent voyage, on de-\nmandait à un choriste de Saint-Pétersbourg ou de Moscou pour-\nquoi il avait perdu tout l'entrain dont il faisait preuve à Paris,\net il aurait répondu : « Si vous croyez que pour trois roubles par\njour nous allons nous user le tempérament ! » Dans ce cas, la le-\nçon serait aussi bonne pour les Russes que pour nous : il faudrait\nobtenir de nos artistes qu'ils fassent les mêmes efforts en leur\npays qu'à l'étranger. Et c'est là, par malheur, une question éco-\nnomique, donc insoluble.\nQuant aux mouvements des personnages en scène, et surtout\ndes foules, ils ont été merveilleux d'animation et de justesse,\ncomme l'an passé, et peut-être plus précis encore : le tumulte\npesant d'une horde mongole, dans le Prince Igor, et, dans la\nPskovitaine, les jeux interrompus des jeunes filles, les remous\nd'une assemblée populaire, surtout le mortel effroi à l'approche du\ntsar sanguinaire, et cette précipitation de tous à terre, cette pros-"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.80", "texte": "586\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ntration épouvantée devant les cavaliers sauvages : voilà des ta-\nbleaux qui par eux seuls, sans le secours ni de paroles ni de chants,\nsont de l'effet le plus tragique. Et M. Sanine, qui passait une\nnuit à faire répéter les figurants improvisés, leur expliquant avec\nune forte et familière éloquence, en russe, puis en français, les\nscènes auxquelles ils devaient prendre part, est certainement le\nplus habile et le plus artistique metteur en scène que nous ayons\nvu jusqu'ici. Sans doute nous avons l'Opéra-Comique, et je n'en\nveux point médire ; mais nos raffinements, si ingénieux soient-ils,\nne sont pas toujours exempts de virtuosité superflue :on s'amuse\naux détails, au lieu que dans le théâtre russe tout se subordonne\nà l'impression d'ensemble, et la curiosité fait place à l'émotion.\nIl en est de même pour les décors, autant du moins qu'on en\npeut juger par les copies sommaires qui nous en ont été données :\nsi l'on corrige par la pensée certaines fautes de perspective et sur-\ntout d'éclairage, on reconnaît que chacun d'eux est fait pour lais-\nser le champ libre à l'action, tout en lui donnant un cadre har-\nmonieux et significatif. Le principe est de ne jamais sacrifier àla\nvanité de l'exactitude matérielle, et de réduire la composition à\nquelques traits frappants : une arcade surbaissée, l'abside d'une\néglise, voilà déjà évoquée la place de l'antique cité russe où le\npeuple va s'assembler ; une draperie rouge forme à elle seule le\nfond de la tente impériale, et la nuance est calculée pour relier\nentre elles la robe plus sombre d'lvan et le costume écarlate, en\ndeux tons, de la jeune Pskovitaine. Ce sont des tableaux qu'on\nnous met sous les yeux, non des panoramas. La différence est\ngrande, et nos décorateurs feront bien d'y songer.\nC'est dans la Pskovitaine qu'est le mieux apparue l'entente, ou\npour mieux dire l'unité du décor et de la mise en scène. Les bal-\nlets ont bénéficié, semble-t-il, d'un moindre soin. Dans le\nIgor, la toile de fond manquait de toute perspective, et n'était\npas éclairée. Dans le Pavillon (VArmle bariolage des costumes\nn'était pas toujours heureux ; des bleus et des rouges vifs voisi-\nnaient avec des jaunes et des roses bien fades. Les danses elles-\nmêmes étaient d'un intérêt fort inégal : certaines ressemblent\nbeaucoup trop à celles de notre Opéra, et telle étoile de la troupe,\nM\"® Karalli par exemple, ne brillerait ici que d'un pâle éclat."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.81", "texte": "CHRONIQUE\n587\n\nMais le nombre et le talent des danseurs est un grand avantage ;\nchez nous la danse est devenue si frivole, qu'on sourit d'un dan-\nseur, ou on en rougit. Cependant il y a eu des danses nobles,\nguerrières, sauvages, et même des danses\namoureuses qui ne s'atténuaient pas d'un\nlouche travesti. Ce sont elles que le ballet\nrusse, moins vieilli que le nôtre, a gardées ;\nnous n'avons rien qui ressemble aux pas\nguerriers du Prince Igor, ni aux entrées\nde bouffons et de démons du Pavillon\nd'Armide, ni à quelques-unes des danses\nnationales qu'on nous a montrées pour\nfinir, encore qu'on ait bien édulcoré le\nHopak et la Le\\ghinka. Et le corps humain\nse divinise autant par l'allégresse vigou-\nreuse de M. Nijinski que par la légèreté\npudique de notre Zambelli ; on peut même\ndire que l'admiration est ici plus pure,\nl'idée même du désir lui étant étrangère.\nJe n'ai pas encore parlé de la musique.\nCelle du Prince Igor témoigne de la plus\nsincère émotion, mais le style en est fort\nmélangé : un peu trop d'ltalie s'y marie à\nl'Orient. Le premier acte de\nLudmilla ne sera entendu que dans la\ntroisième série, qui n'est pas commencée\nà l'heure où j'écris ; mais nous en connais-\nsons l'agréable abondance, la clarté et la\nbeauté. La Pskovitaineest probablement\nle meilleur opéra de Rimski-Korsakov :\nterminé en 1871, il appartient à une époque où l'exemple de\nMoussorgski, alors occupé de Bori pouvait enhardir\nson ami et le préserver de certaines défaillances où il s'abandonna\nplus tard. De fait, la musique est sérieuse, surveillée, serrée, et\nrévèle un louable souci de vérité et de couleur ; l'orchestre est par-\ntout admirable, de sonorité neuve et hardie ; même les cloches\ndu tocsin sont beaucoup mieux rendues que celles de Boris Go-\n\nM. Nijinski."}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.82", "texte": "588\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\ndounov, et cependant beaucoup moins émouvantes : c'est la fac-\nture qu'on admire ; il vaudrait mieux qu'on n'en eût pas la pensée.\nLes mélodies sont souvent empruntées au chant populaire, mais\npar malheur affublées de paroles d'opéra. On entend bêler, sur\nune gracieuse chanson : «Je t'aime à perdre la raison IJe t'aime\nplus que la vie ! » (Lioubliou tebia be\\ ouma ! Lioubliou tebia boVche\nji\\nia.) Par ces mots, et par les gestes appropriés, tout le charme\nest rompu.\nC'est dans la Pskovitaine que nous avons revu Chaliapine. Le\nrôle d'lvan est de ceux qu'il préfère, et il montre en effet une admi-\nrable tête de tyran colérique, hagard, à demi fou. Mais le person-\nnage est trop pauvre pour qu'il puisse arriver à le rendre intéres-\nsant. Malgré de beaux accès de fureur et des rires sardoniques dont\npeut-être il abuse, on n'a pas peur; malgré des mains qui friction-\nnent fiévreusement le trouble de sa conscience en sa poitrine, mal-\ngré le désespoir qui le fait ramper jusqu'au corps de sa fille, on\nn'est pas touché. Combien le rôle de Boris convenait davantage\nà cette nature généreuse et à cette voix dont la force contenue,\nrecueillie, tendre et grave, nous avait tant émus ! Nous n'avons\nretrouvé le souvenir de ces accents que dans la scène où le tyran\nmédite sur la mission qu'il s'attribue et lit un vieux texte sacré;\nalors une austère mélancolie est en lui, que l'artiste a rendue\ncomme seul il le pouvait faire : pieusement.\nLes autres interprètes ne se sont pas montrés indignes de cet\nillustre voisinage : M. Smirnov est un ténor charmeur; M.Damaev\nun ténorvigoureux ; nous sommes également démunis de l'une et\nde 1 autre espèce. Mlle Lipkovska a dans sa voix comme dans sa\npersonne une provocante ingénuité qui se fût mieux accommodée,\npeut-être, d'un rôle plus moderne et moins innocent.\nTout compte fait, nous devons, cette année encore, de la recon-\nnaissance à M. Diaghilev pour nous avoir donné, sinon les\nauthentiques spectacles de son pays, du moins une copie soignée, et\ndont certaines parties sont excellentes. Mais si l'on veut faire de\nces saisons russes une institution régulière, il faudra songer àen\nrenouveler le répertoire, et les jeunes compositeurs de là-bas feront\nbien d écouter les remontrances amicales que leur adresse\nM. Calvocoressi, dans un article modéré, mais très ferme, du"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.83", "texte": "CHRONIQUE\n589\n\nMercure de France : il faut qu'ils se mettent sérieusement au\ntravail, afin de fournir des œuvres d'un caractère plus personnel,\ndignes de nous être montrées ; sans quoi, les expositions de mu-\nsique russe à l'étranger, forcées de garderie caractère rétrospectif,\nn'intéresseront plus bientôt que les historiens.\nLa Flûte enchantée,sur ces entrefaites, nous aété rendue : musi-\nque de lumière, à la grâce immortelle, jeux d'un enfant divin...\nJe laisse àM. Servières la joie d'en parler , plus longuement, et je\nveux signaler à l'attention des amateurs deux musiciens de qui on\npeut beaucoup attendre. L'un est M. Paul Dupin, dont la triste et\nbelle histoire a été narrée ici même avec tant d'émotion par\nM. Romain Rolland : les quatuors à cordes qu'il vient d'écrire sur\nJean Christophe et que M. Parent a adoptés sont, à mon sens, bien\nsupérieurs au recueil pour piano précédemment paru. Le style\nnaturel de l'auteur paraît être'jla polyphonie. Et c'est àla musique\npure, non sans émotion, certes, ni sans point de départ dans la\nvie, mais sans programme, sans histoire et sans anecdote, qu'il me\nsemble destiné : Y Aubade, qui n'obéit qu'à la logique de la mu-\nsique, est un morceau bien plus achevé que les deux récits sur la\nmort de l'oncle Gottfried, où d'ailleurs on trouve des endroits fort\némouvants, mais aussi de l'embarras et des longueurs. Ici, rien\nn'est de trop, et tout est en place.\nM. Paul Le Flem est un élève de la Schola, et son exemple fait\nhonneur à l'esprit libéral de la maison où il fut instruit. Car il\nn'est pas de musique plus moderne d'accent, je veux dire plus\nlibre en son harmonie, plus éprise de sonorité, et plus attentive à\nsuivre les nuances du sentiment, que celle qu'il vient d'écrire sur\nle délicieux roman du moyen âge, Aucassin et Nicolette. C'est chez\nM. Pierre Aubry que cet ouvrage nous a été donné avec une\nillustration d'ombres très soignées, dont M. Dorival était l'auteur ;\net ce fut. un spectacle des plus délicats. M. Le Flem est Breton; il\ntient de sa race une sincérité d'émotion et un penchant au rêve\ndont témoignent aussi les compositions d'un de ses compatriotes,\nM. JeanCras. J'espère de lui une musique poétique et légendaire"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.84", "texte": "590\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nen faveur de quoi je suis prêt à le dispenser de toute symphonie.\nLa soirée de M. Aubry s'est prolongée si tard, que j'entrais dans\nles salons de M. Reinach juste à temps pour recueillir le crépite-\nment des mains entrechoquées en signe de reconnaissance à\nMme Landowska, dont le grand succès est pour nous une joie: car\nil est un hommage à la bonne musique du passé, bien comprise.\nLouis LALOY.\nP. S. — Le troisième spectacle de la Saison russe nous permettra\ndes adieux sans regrets. Un acte de d'abord :\nc'est le premier, choisi sans doute pour ce double motif que nous\nle connaissions déjà, et qu'il n'a aucun mouvement dramatique.\nAu concert, où il nous fut donné voilà deux ans, la musique en\nparaissait abondante, brillante, chaleureuse. A la scène, rien de\nplus froid ni de plus faux que ces romances successives, toutes\nterminées par des cadences où l'orchestre a l'air d'éternuer, ces\nvocalises insipides où M1Ie Lipkovska fait reluire une voix de por-\ncelaine, ces ensembles où chacun vocifère sans que nul semble l'en-\ntendre ; un seul endroit a de l'émotion : c'est le chœur d'effroi,\naprès le coup de tonnerre et les ténèbres. Tout le reste n'est\ndédié qu'à des virtuoses du chant, affublés, je le veux bien, de cos-\ntumes russes. Mais le costume ne fait pas le caractère, même en\nRussie.\nNous avons eu ensuite la douleur d'entendre du Chopin, orches-\ntré avec une insigne platitude par MM. Sokolov, Tanéiev, Liadov,\nStravinski, et même Glazounov. Et, sur ce nocturne, ces valses,\nces mazurkas et ces préludes, des pointes, encore des pointes, des\njetés et des entrechats. Nos music-halls ont plus de goût et d'in-\nvention. Mme Pavlova, qui était d'avance recommandée à notre\nenthousiasme, a un bon métier, mais n'a pas de talent : rien de\nplus tendu, de plus ingrat, de plus forcé que sa danse. Au con-\ntraire, MmeKarsavina et M,IeBaldina, l'une mutine et l'autre rêveuse,\nsavent donner un caractère à chacun de leurs pas, et M. Nijinski\nest toujours admirable.\nEnfin Cléopatre, autre ballet fait avec des morceaux choisis de\nTanéiev, Rimski, Glinka, Glazounov et Moussorgski, rapetassés"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.85", "texte": "CHRONIQUE\n5P|\n\npar M. Arenski, musicien-savetier, et mis le long d'un scénario\nplus absurde que tout ce qu'on peut imaginer : on y voit Cléo-\npâtre, frappée d'amour sous la forme d'une flèche, accorder à son\nadorateur une nuit d'ivresse qu'ils passent à regarder danser.\nAprès quoi, le jeune homme\nmeurt, la scène se vide, une\ndanseuse oubliée fait des gestes\nde deuil, et le rideau tombe ;\ndes cris hystériques s'élèvent :\n« Pavlova ! Pavlova ! » Les\nFrançais se demandent ce qui\narrive ; les Russes sourient : ce\nsont là des accidents ordinaires,\ndans le délire qui chez eux suc-\ncède, de confiance, à toute repré-\nsentation théâtrale ; et l'on me\ncite le mot d'un directeur de\nSaint-Pétersbourg, qui, malgré\nle rideau tombé et l'obscurité de\nla salle, n'arrivait pas à faire\nsortir quelques énergumènes :\n« Maintenant il n'y a plus qu'à\nchercher le docteur ! »\nCe qui vaut le mieux, en ce\nballet , c'est la musique de\nRimski-Korsakov, forte et fraî-\nche, celle de Moussorgski, orien-\nTale par le sentiment plutôt que par le détail pittoresque (ce sont\nles danses persanes de la Khopanchtchina), et une fougueuse\nbacchanale de Glazounov. C'est cette même bacchanale qui est de\nbeaucoup la meilleure des danses : Nymphes, Bacchantes et\nSilènes grotesques y tournoient et s'y poursuivent avec des mou-\nvements libres, qui rendent un éclatant hommage à Isadora Dun-\ncan. Et la salle fut unanime, cette fois, en ses acclamations, tant\nle sentiment de la grâce païenne s'est aujourd'hui répandu. Mais\nl'Opéra-Comique nous a souvent offert des spectacles de ce genre,\navec plus de recherche, cependant, moins de verve, et sans ce\n\nMlle Pavlova."}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.86", "texte": "592\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nsavoureux mélange de délicatesse et de difformité. Par là le goût\nrusse est bien différent du nôtre, et peut lui donner d'utiles\nconseils.\nMme Pavlova s'est montrée ici plus sèche encore et n'a eu de bon\nqu'une danse méchante, où elle imitait les menaces obliques du\nserpent. M. Nijinski s'est surpassé dans la grâce parfaite de ses\nélans hardis et de ses équilibres imprévus. Mme Karsavina est\ntoujours charmante. Quant à Cléopâtre, c'était Mme Ida Rubins-\ntein, « femme du monde » qui, dit-on, sut montrer qu'elle voulait\nà tout prix exhiber à quelques milliers de personnes un corps dont\nelle semble fort en peine.\nQuant à l'orchestre, animé sous la baguette de M. Cooper, pour\nRousslan, il est redevenu, pour les danses, d'une lourdeur stupide\ndont tout l'honneur revient à M. Tchérépnine.\n\nL. L.\n\nM. Avranek"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.87", "texte": "CHRONIQUE\n593\nS. I. M.\n\nOpéra-Comique: La Flûte enchantée\nVERSION NOUVELLE DE MM. Paul FERRIER ET Al. BISSON\n\nPuisque M. Laloy a eu la gracieuseté de me céder la plume pour\nrendre compte de la reprise de l'œuvre de Mozart à l'Opéra-Comi-\nque, j'en profiterai pour expliquer le livret de Schickaneder, si mal\nconnu en France, et dire de l'interprétation actuelle ce que j'en\npense.\nSi j'ai revendiqué la faveur qui m'est accordée, c'est uniquement\nparce que je suis de ceux qui ont pu voir/a à l'Opéra-\nComique à la reprise solennelle de 1879. L'avouer me fera passer\npourun ancêtre. Je ne suis pas assez âgé cependant pour avoir assisté\naux représentations du Théâtre-Lyrique en 1865. La partition de\nMozart était chantée à cette époque par MIIa Nilsson, qui fit sa ré-\nputation de vocaliste dans le rôle de la Reine de la Nuit, par\nMme Carvalho, alors dans tout l'éclat de son talent (Pamina); Ugalde\n(Papagena) , Depassio faisait le Grand-Prêtre ; le ténor Alichot, Tu-\nmino , le baryton Troy, Papageno, et Lutz Monostatos.\nLa traduction était de Nuitter et Beaumont ; c'est celle qui a\nservi lors des reprises de 1879 et de 1892. Elle substitue une his-\ntoire assez saugrenue à l'affabulation originale. Comme toutes les\nversions adoptées par Carvalho, elle comporte des suppressions et\ndes interpolations dans la série des morceaux. Mais l'authentique\nZauberffôte n a jamais été jouée en France que par la troupe alle-\nmande de Rockel, qui vint en donner des représentations aux Ita-\nliens en 1829, car l'adaptation fabriquée en 1801 pour l'Opéra sous\nce titre, les Mystères d'lsis, consistait en un monstrueux traves-\ntissement dont s'était rendu coupable unmusicienallemandnommé\nLachnith, que Berlioz a durement stigmatisé dans ses\net dans son feuilleton des Débats du ler mai 1836 (1).\nIl était donc bien entendu cette fois-ci que ce serait la vraie\nFlûte enchantée de Mozart et de Schickaneder qui nous serait révé-\n\n(i) Reproduit dans les Musiciens et un vol. in-18, Paris, Cal-\nmann-Lévy.\n6"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.88", "texte": "594\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nlée par les soins de M. Carré. Cependant, quand les noms des\ntraducteurs nouveaux furent publiés par les journaux, je fus pris\nde défiance ; qu'allait-il sortir de la collaboration d'un célèbre\nfabricant d'opérettes et de féeries et d'un illustre vaudevilliste?\nIl est convenu pour tout le monde, pensai-je, que le livret de Schi-\nckaneder est d'une niaiserie et d'une obscurité sans nom : ils vont\nentreprendre de le corriger...Dans nos théâtres, chacun, même le\ngarçon d'accessoires, a plus d'esprit que l'auteur, surtout si celui-ci\nest étranger !\nJe ne puis, sans abuser de l'hospitalité qui m'est offerte en ce\nrecueil, raconter ici en détail l'élucubration philosophico-dramati-\nque imaginée par un imprésario que Mozart, par bonté de cœur,\nsauva de la faillite, en 1791. Ce serait infiniment trop long. Aussi\npasserai-je sous silence les scènes qui s'expliquent d'elles-mêmes à\nla représentation et qu'a respectées la traduction nouvelle, pour\nn'insister que sur les passages qu'elle a abrégés ou altérés.\nEt d'abord il y a dans le premier dialogue entre Tamino et Papa-\ngeno, tel que l'ont écrit M. Ferrier et Bisson, une histoire des diffé-\nrends du soleil et de la lune, renouvelée des dissentiments d'Obé-\nron et de Titania, qui est entièrement de leur invention. Dans le\ntexte original, Papageno se borne à dire qu'il ignore quel fut son\npère et que sa mère qu'il n'a pas connue a été au service de la\nReine de la Nuit ; que lui-même fournit chaque jour à celle-ci les\noiseaux capturés par son adresse et qu'il est nourri des aliments\nqu'elle lui envoie par ses jeunes filles. Tamino demande s'il est\npossible de voir cette Reine. Papageno répond que nul mortel ne\nl'a contemplée. Comme Tamino, intrigué par le plumage de\n1 homme-oiseau, craint d'avoir affaire à un esprit, Papageno lui\naffirme qu'il dispose d'une force de géant et lui laisse croire que\nc'est lui qui a tué le serpent devant lequel nous avons vu s'enfuir\nTamino, désarmé.\nDe ce mensonge il est puni, au retour des trois Dames qui,\nde leurs javelots d'argent, avaient occis le monstre, car il reçoit\nd'elles, au lieu de vin et d'eau claire, en guise de massepainun cail-\nlou. En manière de dessert, une serrure d'or lui clora la bouche,\nafin qu'il ne puisse plus tromper les étrangers et s'attribuer les\nexploits d'autrui. Au troisième tableau, il lui est fait grâce : une"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.89", "texte": "CHRONIQUE\n595\n\ndes Dames lui délie les lèvres et lui rend la parole (dont il usera et\nabusera pour amuser le public des facéties de Schickaneder com-\nplété par Bisson, tout au long de la pièce)... Qu'il parle, soit,\nmais'sans mentir ! Papageno le promet. « Que la serrure soit ta sau-\nvegarde I Si tous les trompeurs avaient une telle serrure devant la\nbouche, l'amour et la fraternité remplaceraient la haine, la jalou-\nsie, la calomnie. » L'une des Dames donne à Tamino une flûte d'or\nqui le protégera dans le danger. Par ses sons, il « changera les\ndispositions des autres hommes, rendra joyeux les affligés, affec-\ntueux ceux qui haïssent. » A Papageno, pour le décidera accompa-\ngner Tamino, que la Reine de Nuit envoie à la recherche de sa\nfille (i), séquestrée par le ravisseur Sarastro, elles remettent aussi\nun talisman. C'est une clochette d'argent. (Pourquoi M. Fugère\nbrandit-il un sistre doré ?) En outre, ils auront pour guides et\nconseillers trois beaux jeunes gens purs et sages.\nJe passe les scènes où l'on voit Pamina harcelée par le luxurieux\nnègre Monostatos et où elle reçoit la visite de Papageno, pour ar-\nriver au tableau capital, au point de vue du sens symbolique de\nl'ouvrage.\nLe théâtre représente trois temples au milieu d'un bosquet.\nCelui du milieu, le plus grand, porte l'inscription :\nSagesse ; sur celui de droite, on lit : ; sur celui de\ngauche : Templede la Nature. Les trois jeunes gens, avec des palmes\nargentées à la main, conduisent Tamino et lui conseillent d'être\n« ferme, patient, silencieux ». Tamino reste seul. Il observe que\nc'est ici le séjour « de la sagesse, du travail et des arts. Où règne\nl'activité, le vice n'érige pas sa domination ». Il tente de pénétrer\ndans les temples, afin de délivrer Pamina. A droite et à gauche des\nvoix lui crient : Arrière ! Il va vers la porte du milieu. Un prêtre\nen blanc paraît sur le seuil.\n« Que cherches-tu ? lui demande-t-il.\nA acquérir l'amour et la vertu.\n«Ta paroleest sensée, mais comment veux-tu les conquérir,puisque\n\n(i) Dans la version Nuitter Beaumont, la Reine de la Nuit aimait Tamino ;\nelle en avait obteau un serment de fidélité dont il ne pouvait se délier qu'en\nse faisant initier aux mystères d'lsis. Elle se trouvait être donc la rivale\nde sa fille Pamina."}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.90", "texte": "596\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nni l'un ni l'autre ne t'ont conduit et que tu arrives enflammé par des\ndésirs de mort et de vengeance ? »\nTamino ne hait qu'un scélérat.\n«Tune le trouveras pas ici. Sarastro y règne bien, mais ce n'est\npas un scélérat ! »\nDe qui tient-il cette opinion ? Une femme l'a renseigné. Mais\nfaut-il croire à ce que débite une langue de femme ? Sommé\nde lui dévoiler la vérité, le prêtre répond qu'il n'en a pas le pou-\nvoir.\n« Quand l'énigme sera-t-elle éclaircie ?\n« Aussitôt que la main de l'amitié t'aura conduit dans le sanctuaire,\npour l'éternelle union ! » dit le prêtre, puis il disparaît.\nDans la scène finale du premier acte, après que Pamina a con-\nfessé que si elle a voulu s'enfuir, c'était pour échaper à la lubricité\ndu Maure, Sarastro lui répond : « Je sais que tu enaimesun autre.\nJe ne veux pas te contraindre à l'amour. Mais je ne te rends pas la\nliberté. » Elle demande la faveur de retourner près de sa mère.\nIl la lui refuse. « Un homme, dit Sarastro,, doit conduire vos\ncœurs ; sans quoi la femme a coutume de sortir de son cercle d'in-\nfluence. » Puis Monostatos, ayant amené au grand-prêtre Tamino\nsurpris par lui au moment où il tentait d'enlever Pamina, demande\nsa récompense. Sarastro décide qu'il recevra 77 coups de pied.\nDes vivats célèbrent la justice de Sarastro.\nAu second acte, le théâtre représente une « palmeraie où les\narbres sont argentés et portent des feuilles d'or. De chaque côté\nse trouvent neuf pyramides, chacune pourvue d'un siège devant\nlequel est un grand cor noir à monture d'or ». Cette mise en scène\nn'est nullement observée à l'Opéra-Gomique et l'on y coupe le\ndialogue qui précède l'invocation à Osiris. En voici la donnée.\nDevant l'assemblée des prêtres, Sarastro déclare que Tamino,\nfils de roi, veut pénétrer dans le Temple, « afin de s'arracher au\nvoile des ténèbres et de contempler dans le sanctuaire la Lumière\nsuprême ». Sarastro répond de sa vertu, de sa discrétion. Il leur ap-\nprend que la vertueuse Pamina est promise par les Dieux à ce jeune\nhomme. C'est pourquoi il l'a enlevée à sa mère. « La Femme"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.91", "texte": "CHRONIQUE\n597\n\nespère séduire le peuple par l'artifice et la superstition ; elle n'y par-\nviendra pas. Tamino lui-même, le noble jeune doit con-\ntribuer à le maintenir et, une fois initié,\npunir le vice.» Par trois fois, les prêtres sonnent dans leurs cors.\nCependant l'orateur des prêtres a un scrupule. Il demande à\nSarastro :\n« Peut-être ce jeune homme succombera-t-il aux épreuves ! Est-ilprince ?\n« Mieux encore. Il est homme (A Mais si, par suite de son\nextrême jeunesse, il venait à succomber, il appartiendrait à Isis et à\nOsiris et jouirait de la paix divine plus tôt que nous. »\nC'est ce thème qu'expriment les paroles de l'admirable invoca-\ntion à Isis. Les postulants sont introduits dans le vestibule du\nTemple. Il fait nuit. Papageno a peur. L'orateur et un second\nprêtre viennent à eux et les interrogent.\n« Que cherchez-vous céans ?\n« L'amitié et l'amour.\n• « Sacrifierais-tu ta vie pour les obtenir ?\n« Oui...\n« Prince, il est encore temps de reculer. Un pas plus loin, il sera\ntrop tard.\n« Que la science de la sagesse soit ma victoire, Pamina, la suave\njeune fille, ma récompense !\n« Consens-tu à toutes les épreuves ?\n« A toutes.\n« Donne-moi la main... »\nLe second prêtre pose les mêmes questions à Papageno ; il en\nreçoit des réponses comiques. Papageno demande en quoi consiste\nla probation.\n« A se soumettre à nos lois, à affronter la mort! »\nCette perspective ne l'enchante pas. Pour le décider, il faut lui\npromettre une compagne semblable à lui, jeune et belle, qui a\nnom Papagena.\nLes scènes suivantes sont à peu près fidèlement rendues. Dans\ncelle de l'apparition de la Reine de la Nuit, une explication im»\nportante est omise.\n« Ta mère, dit-elle à Pamina, ne peut plus te protéger. La mort de"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.92", "texte": "598\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nton père a anéanti mon pouvoir. Il adonné volontairement le septuple\ncercle solaire aux initiés. Sarastro le porte sur sa poitrine... »\nSon époux a recommandé à la Reine « de ne pas chercher à ap-\nprofondir ce qui est incompréhensible pour l'esprit d'une femme ».\nSon devoir estde « se soumettre, elle et sa fille, à la direction de ces\nhommes sages ». Il faut donc à tout prix s'opposer à l'initiation\nqu'ils projettent. Le matin venu, il serait trop tard !\n« Mais pourquoi, objecte Pamina, une fois initié, ne pourrai-je\naimer ce jeune homme comme je l'aime à présent ? Mon père était lié\navec ces hommes sages. Il parlait avec ravissement de leur bonté, de leur\nintelligence, de leur vertu. Sarastro n'est pas moins vertueux. »\nLa Reine de la Nuit s'indigne de voir sa fille prête à pactiser\navec son ennemi. Elle lui jette un poignard et la somme de s'en\nservir pour tuer Sarastro et lui ravir le cercle du Soleil... Lorsque\nSarastro arrêtera le bras menaçant du meurtrier Monostatos, qui\ns'est substitué à la jeune fille dans l'accomplissement de la mission\ncriminelle, celle-ci demandera au grand-prêtre de ne pas punir sa\nmère. Voici la réponse textuelle de Sarastro :\n« Dans ce saint temple, on ne connaît pas la vengeance. Si l'homme\na failli, l'amour le ramène au devoir. L'homme y est aimé de son père ;\non pardonne à son ennemi. Celui que\nest indigne d'être un homme ! »\nAu tableau suivant, le chœur des prêtres célèbre « le jour qui\nva paraître, la nouvelle vie donnée au jeune initié dont l'esprit est\nhardi, le cœur pur, et qui sera bientôt digne d'être admis. » Et au\ndébut du finale,les jeunes gens annoncent que «le soleil va se\nlever, la superstition disparaître,la O douce\npaix, descends sur nous, reviens dans le cœur des hommes ! Alors\nla terre sera le royaume céleste et les hommes pareils aux dieux. »\nComme Pamina, désespérée de l'indifférence de Tamino, erre le\npoignard à la main et parle de se tuer, les jeunes gens lui disent\nque « le suicide est défendu » et la désarment. Ils font la même\ndéfense à Papageno qu'ils trouvent prêt à sependre. Pour consoler\nces malheureux, ils leur annoncent qu'ils verront, l'une son Ta-\nmino, 1 autre sa Papagena, et c'est ainsi que les couples, soumis\naux épreuves, parviennent à se réunir."}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.93", "texte": "CHRONIQUE\n599\n\nLe dénouement, c'est l'anéantissement de la Reine de la Nuit,\nqui avait promis sa fille à Monostatos s'il parvenait à l'introduire\ndans le saint Temple. Au tableau final, dans le sanctuaire où les\ninitiés ont été admis, Sarastro célèbre « le Soleil vainqueur de la\nNuit», la destruction delà superstition ; le chœur chante « la puissance\nqui a triomphé et décerné comme récompense la même couronne\nà la Sagesse et à la Beauté ».\nCes citations me paraissent rendre suffisamment claire une fée-\nrie qui paraîtra peut-être moins niaise qu'on ne l'admet commu-\nnément. Le sens symbolique et maçonnique du libretto est\nd'ailleurs ainsi défini dans le programme (i) d'une représentation\nde la Flûte enchantée donnée en 1880 par le Grand-Orient de\nBruxelles :\n« Tamino et Pamina représentent l'humanité victime de l'igno-\nrance et du vice. L'ignorance est personnifiée par la Reine de la\nNuit ; le vice, par Monostatos, prince nubien ; ils sont naturellement\nalliés. Chaque fois que l'homme fait un effort vers la délivrance,\nil est secouru par les forces de la nature, personnifiées par les\ntrois fées dont les talismans le protègent, quand il les emploie\navec intelligence. Pour se sauver définitivement du mal,\nl'homme a besoin d'atteindre à la sagesse, représentée par le\nTemple d'lsis. Il y parvient par le travail et le courage, àla suite\nd'initiations successives. Si, devant les écueils de la route,\nl'initié éprouve une défaillance, ses frères le relèvent et lui in-\ndiquent la bonne voie. Quand l'ignorance et son vil esclave\nvont accabler l'Humanité, le grand-prêtre sort du temple et les\nrend impuissants, grâce à l'esprit de lumière et de bonté. »\nSoit que ces idées philosophiques fussent au goût des auditeurs\nviennois de 1791 (on sait quel fut au xvme siècle le succès de la\nfranç-maçonnerie dans la catholique Autriche) (2), soit que les\nspectateurs du théâtre an der Wieden se soient simplement laissé\ntoucher par les tendres et gracieuses mélodies de Mozart, la\n\n(t) Cité par MM. A. Soubies et Ch. Malherbe dansleur\nComique, 2 vol. in-18, Paris, 18g3, Flammarion.\n(2) Otto Jahn nous le rappelle dans son livre sur Mozart. Le succès de la\nZauberflote amena la composition de féeries musicales à sujets analogues, et\nSchickaneder en traita lui-même deux autres."}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.94", "texte": "600\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nZauberflôte eut à l'origine 120 représentations consécutives, sans\navoir le moins du monde enrichi le compositeur, qui mourut\ndans la misère quelques mois plus tard.\nJ'ignore à quelles considérations ont obéi la direction et les\nauteurs en abrégeant ce qui a trait aux rites d'initiation : ont-ils\neu peur de dévoiler les mystères de la franc-maçonnerie ? Quant à\nla traduction nouvelle, deux raisons m'ont empêché de m'assurer\nsi elle rend exactement le texte dans les passages que j'ai cités ;\nd'abord l'absence de livret imprimé, ensuite la difficulté d'entendre\nles paroles, surtout dans les chœurs. Enfin l'obligation que les\nauteurs se sont imposée, bien àtort, de rimer les parties chantées,\nnuit foi cément à sa fidélité. Leur version n'est peut-être pas irré-\nprochable sous le rapport de l'adaptation rythmique à la musique,\nmais elle a eu soin de Ja respecter en général. Que ne peut-on en\ndire autant de l'exécution musicale proprement dite ?\nA la répétition générale, le hasard m'avait donné comme voisin\nun Viennois fort sociable. Après avoir causé des choses de son\npays, nous nous dirigeâmes vers le foyer.\nC'est un vrai musée ! me dit-il en montrant le double esca-\nlier qui y conduit.\nVous ne croyez pas si bien dire ! Le vulgaire croit que l'Opéra-\nComique est une scène musicale... Profonde erreur ! C'est une\nexposition permanente de peinture ; c'est le salon des artistes\nfrançais.\n>\nJe lui fis les honneurs du foyer ; il s'extasia sur les Flameng,\nles Toudouze, les Joseph Blanc.\nJe suis sûr qu'à Vienne vous n'auriez pas l'idée d'encadrer\navec du marbre des toiles marouflées sur la muraille ?\nPrachtvoll ! Wunderschœn !\nj. uis, par une porte du balcon, je désignai à ses regards le pla-\nfond de la salle, en bleu nocturne, par Benjamin Constant.\nReizend !\nCeci n est rien, Monsieur. Tout le long de la pièce, vous avez\nvu ou vous verrez des tableaux modernes, tantôt du Gérôme,"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.95", "texte": "CHRONIQUE\n601\n\ntantôt du Rochegrosse ou du Lecomte du Nouy, se succéder\ncomme les verres d'une lanterne magique...\nAvec moins de rapidité cependant !\nEt il eut un petit rire satisfait de sa malice.\nA Vienne, demandai-je, vous avez peut-être un Opéra très\nbien machiné ?\nParfait sous ce rapport ; mais puisque les changements de\ndécors sont si lents sur ce théâtre, pourquoi ne pas se contenter\nde toiles peintes, sans praticables, qui s'enlèveraient à vue ?\nVous oubliez que c'est une exposition de tableaux 1 II faut\nque le public s'écrie, devant chaque mise en scène nouvelle :\n« Délicieux, admirable !... Oh! cet horizon, ce lac, ces reflets dans\nl'eau, ces effets de lumière !... »\nOui, mais, de la sorte, on fait actes de la\ntée.,qui n'en a que deux ; on brise l'unité artistique du second\nfinale pour donner le temps d'entasser des rochers et des grottes.\nTous les grands ouvrages de Mozart, les Noces, Don Giovanni, Zau-\nberflôte, sont en deux actes. Le maître avait ses raisons quand il\ndisposa ainsi sa partition.\nMon voisin se tut ; puis il reprit, en lorgnant la poitrine rebon-\ndie des trois éphèbes vêtus de blanc : « C'est la première fois que\nje vois les trois Knaben en travesti... En Allemagne on donne ces\nrôles à des garçons. »\nDes garçons chanteraient faux peut-être !\n—Oh ! pour cela... Pourriez-vous m'apprendre, continua l'im-\npitoyable censeur, qui a eu l'idée de faire chanter à la Reine de\nla Nuit son premier grand air avec les bras étendus, des bras\npourvus d'ailes?... Avez-vous essayé de chanter un grand air les\nbras en croix ?... Et celui-là est si malaisé...\nOui, je sais. Les contre-fa ?On les transpose. Mme Bilbault-\nVauchelet, qui avait cependant une très grande sûreté de vocali-\nsation, transposait d'un ton, en 1879.\nJe me rappelle. J'étais à Paris ce printemps-là. J'ai entendu\nMme Carvalho dans Pamina.\nElle était déjà peu agréable à regarder, lui dis-je, et bien\nfroide !\nSans doute, ce n'était pas une actrice ; mais quel style! quelle"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.96", "texte": "602\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\npureté de son ! comme la mélodie était filée!... Que pensez-vous\nde Mme Carré? Elle ne comprend pas du tout le rôle, à mon avis.\nPamina est une sentimentale. L'actrice a l'air de s'amuser de\nMonostatos...\nOui, c'est un don précieux : dans les situations les plus tra-\ngiques, elle a le sourire. Mais elle sait être dramatique aussi.\nAinsi, dans Sapho,de Massenet, elle fit de louables efforts pour\némouvoir le public avec les douleurs de l'amante délaissée... ;\nelle est très goûtée dans la Bohèm Les rôles de\nPuccinilui conviennent mieux que ceux de Mozart.\n—Oh ! Monsieur, soupira l'étranger. Butterfly, Bohème ;\nBohème, Butterfly,on ne joue plus que cela en Allemagne, en\nAutriche. C'est l'abomination.\nAprès l'air en sol mineur du 8e tableau, que Mme Carré avait\nsemé de sanglots véristes : « Oui, me dit mon voisin d'un ton nar-\nquois, elle est aussi dramatique. Seulement, chez nous, vous\nsavez, les douleurs des personnages de cette féerie, on ne les prend\npas au sérieux. On joue cela « bon enfant », et on se borne à\naccuser le contour mélodique... C'est ainsi que faisait votre\nMme Carvalho... Quant au ténor, il ne vaut pas son prédécesseur...\nTalazac, je crois bien ! Son organe était d'une fraîcheur dé-\nlicieuse. Mais considérez que M. Clément chantait déjà Tamino à\nla reprise de 1892 ! D'ailleurs, où nos chanteurs se formeraient-ils\nau style de Mozart ? C'est à peine si on leur en fait apprendre un\nail ou deux au Conservatoire ! Une fois au théâtre, ils s'évertuent\nsur des rôles modernes qui sont la ruine des voix.\nRéfléchissant que M. Ruhlmann ne sait pas son Mozart comme\nun Weingartner, je n'eus point l'indiscrétion de demander à mon\ninterlocuteur ce qu'il pensait de la souplesse, de la légèreté, delà\nfluidité de 1 orchestre, dans l'exécution de cette musique si trans-\nparente, si aérienne, si pleine de grâce, d'humour et d'amour...\nMon Viennois avait d'ailleurs disparu avant le dernier tableau, et\nje songeai mélancoliquement au vieux père Danbé. Ce n'était peut-\nêtre pas un bien grand musicien, mais, comme tout bon classique,\nil avait appris son rudiment dans Mozart et il en avait le secret...\nDe son temps, il est vrai, on n'avait pas encore fait à l'Opéra-\nComique une telle consommation de drames lyriques véristes. de"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.97", "texte": "CHRONIQUE\n603\n\npartitions prétentieuses, « mal ficelées », si pesamment instrumen-\ntées que les orchestres actuels se trouvent désorientés devant une\nécriture aussi limpide, aussi harmonieusement équilibrée que celle\nde Mozart. En ce temps-là, Bizet, Guiraud, Saint-Saëns, Paladilhe,\npassaient pour des avancés, des wagnériens ! Nous reprochions à\nCarvalho de ne pas jouer d'œuvres nouvelles. Il ne formait guère\nen effet son répertoire que de reprises ! Seulement, lorsqu'il don-\nnait/es Noces de Figaro ou la Flûte enchantée, les musiciens accou-\nraient à TOpéra-Comique délecter leurs oreilles. M. Carré, lui,\njoue beaucoup de nouveautés, sans avoir toujours la main heureuse,\nune saison dans laquelle Solange succède à Sanga le prouve\nassez ! —mais lorsqu'il fait, par hasard, un emprunt au réper-\ntoire classique, on aperçoit aussitôt, à l'insuffisance des études, à\nquel point fait défaut, dans son théâtre, la direction musicale pro-\nprement dite... Et au sujet de cette interprétation de la Flûte en-\nchdntée, c'est le cas de répéter le vers célèbre de Désaugiers :\nSi c'est du Mozart, que l'on m'avertisse !\n\nGeorges Servières.\n\nLES CONCERTS\n\nLa Société Haendel. La Tonkiinstler-Orchester de Munich. L'Or du\nRhin. La Société Bach. Le trio Cortoî, Thibaud, Casais. —Le quatuor\nParent et Paul Dupin. MM. Fournier et Ferté. M\"e Julia Culp.\nMme Roger-Miclos et le quatuor vocal Battaille. M. Edouard Bernard.—\nM. Ch. Sautelet. M. Hekking-Denancy.\nJ'avais l'intention de consacrer la chronique de ce mois plus\nparticulièrement aux virtuoses,qui d'ordinaire se font entendre à\nParis de préférence après Pâques. Mais j'ai bien vite renoncé à\nce projet. Il m'est apparu, en effet, qu'à part quelques ou\nRosenthal, qui offrent une bien maigre matière à la critique\nmusicale, les grands virtuoses s'abstiennent de plus en plus des\nconcerts de pure virtuosité : ils en sont venus à ne plus jouer\nque de la musique, ce qui est bien méritoire de leur part ; et,"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.98", "texte": "604\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n*\n\nleurs programmes se recommandant aussi bien par la valeur des\nœuvres exécutées que par la qualité des interprètes, il n'y a plus lieu,\nce me semble, de leur faire une place à part : ils reprennent rang\nparmi les autres artistes. C'est ainsi que se\nsont associés pour donner deux magnifiques séances de trios,\ndont nous reparlerons plus loin ; que Ysaye et Pugno, entourés\nde quelques collaborateurs, vont parcourir en quatre soirées les\nprincipales œuvres de musique de chambre de Beethoven.\nMais parlons d'abord des concerts d'orchestre.\nLe mardi 27 avril, avait lieu la quatrième séance de la\nHxndel. M. Raugel a conduit avec sûreté, jeunesse et chaleur\nces jolies musiques de fêtes et de plein air intitulées Water\nMusick, où Hœndel a prodigué les belles et simples mélodies et\nles combinaisons les plus ravissantes de sonorités imprévues. Les\ncors n'étaient pas tout à fait à la hauteur de leur tâche. M.\nLibert a joué un concerto en fa majeur de Hœndel bien peu inté-\nressant ; son exécution d'ailleurs nous a parfois semblé manquer\nde rythme et de netteté. Il fut plus heureux dans une admirable\nloccata per ïElevazione de Frescobaldi, d'un sentiment si profond, si\nrecueilli, et dans l'amusant Noël de Mais le plus grand\nsuccès de la soirée fut pour les Chanteurs de la Renaissance, sous\nla direction de Henry Expert. On ne saurait désirer une exécu-\ntion plus finie, plus nuancée, plus vivante et plus profonde :\nc'est tout à fait exquis. Et quels chefs-d'œuvre d'esprit, de grâce,\nde charme ou de fantaisie ont écrits les Costeley, Janequin,\nClaude le Jeune, Passereau, Mauduit ! Quelle pâle figure à côté\nd'eux faisait Lully, représenté par le et la\nde Cadmus ! Combien notre xvi° siècle musical est supérieur au\nxvne ! Je goûte tout particulièrement la souplesse des pièces\n« mesurées à l'antique », et, pour finir, la fut\ndonnée avec un entrain, un rythme, une variété incomparables.\nLe vendredi 3o avril, le Tonkiinstler-Orcde Munich donnait\nun premier concert à la salle Gaveau, sous la direction de\nJ. Lassalle.Je m'attendais à passer une excellente soirée :ce fut\nune grosse déception. Je pus admirer la discipline d'un orchestre\naux allures militaires, la netteté, la précision des attaques, la\nvigueur des tutti. Mais en revanche quelle sécheresse, quelle rai-"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.99", "texte": "CHRONIQUE\n605\n\ndeur ! Comme l'interprétation de Y allegretto de la septième Sym-\nphonie, ou celle de la Symphonie fan manquaient de mystère,\nde grâce, de fondu ! Rien n'est enveloppé ; tout est cru. Le cor\nanglais, le hautbois et la flûte sont tout simplement horribles.\nPas un instant tous ces musiciens n'ont paru s'échauffer ; c'était\nglacial et mortellement ennuyeux. Et puis ce chef d'orchestre qui\nn a pas salué une fois le public sans montrer, d'un grand geste\nalternatif de chacun des deux bras, les musiciens de son orchestre,\nà sa droite et à sa gauche, pour bien établir qu'il ne s'attribuait\npas à lui seul tout le mérite du succès ! Et la gigantesque\npalme dorée qu'un domestique de la maison Gaveau lui remit au\nmilieu du concert ! Que tout cela est gros, sans grâce 1 que\ntout cela est laid ! Comment aurais-je eu le courage de retour-\nner deux jours après réentendre le même orchestre, dans des\nœuvres de Thaille, Bruckneret Mahler ?—J'oubliais la seule bonne\nimpression de la soirée : Mme Erler Schnaudt a chanté d'une belle\nvoix de contralto quelques lieder de dont le premier,\ndie Glocke des Gliicks, est d'une expression prenante ; les autres\nm'ont moins plu, le troisième'et le cinquième surtout,\nsamkeit et Mein Schàtzelein,amusettes allemandes, un peu bébêtes\nà la façon du Brahms des mauvais jours.\nJe n'avais pu assister aux précédentes exécutions de VOr du Rhin\naux concerts Chevillard. Mais le mardi 11 mai M.\nle ténor amateur bien connu, organisait au profit d'une œuvre de\nbienfaisance une nouvelle audition du dans laquelle\nil tenait, après Van Dyck, le rôle difficile de Loge. Il s'acquitta\ntout à fait à son honneur de cette tâche périlleuse : il fit preuve\nde souplesse, d'esprit, de charme, voire même de réelle puissance\npar endroits ; on ne saurait tirer plus grand parti d'une voix en\nelle-même si peu étoffée. A son côté, M. Delmas fut magnifique.\nIl y a un mois je disais combien il m'avait déplu dans un air de\nchant du vieil Haydn. Cette fois, où il ne s'agissait que de déclama-\ntion musicale, il fut presque parfait : la voix est si large, si bien\ntimbrée, l'articulation si nette, l'accent si juste ! Je ne regrette que\nquelques émissions désagréables, particulièrement celle des è ou-\nverts. M. Plamondon fut charmant, comme de coutume, dans\nMime et dans Froh, et le reste de l'interprétation était plus qu'ho-"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.100", "texte": "606\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nnorable. La direction de Camille Chevillard fut sobre, nette et\nforte.\nLa Société Bach a donné son dernier concert avec un très beau\nprogramme : VActus Tragicus et le Magnificat. Malheureusement,\nelle avait omis d'y inviter la rédaction du Bulletin de la S. I. M.\nJe ne puis donc en parler que par ouï dire. J'ai su que Mlle\nPironnay avait été très remarquable, et M. Walter très discuté;\nque M. Bret enfin avait été l'objet d'une ovation très spontanée\nde la part du public, de l'orchestre et des chœurs.\nVenons-en aux séances de musique de chambre.\nLe vendredi 14 mai, AlfredCortot,\nfaisaient entendre à la salle des Agriculteurs les trois trios de Schu-\nmann. Ce fut évidemment une exécution de premier ordre. Il faut\ndire que la musique de Schumann est bien facile à jouer ! Il n'est\nsi piètre musicien qui n'arrive à en tirer quelque effet, pourvu\nqu'il ait un peu de tempérament. C'est donc peut-être dans de\ntellesœuvres que d'aussi grands artistes se distinguent le moins du\ncommun des exécutants. Le Schumann convient tout particuliè-\nrement au jeu nerveux de Cortot. (basais y est merveilleux, Thi-\nbaud moins à l'aise : on voudrait dans son interprétation quelque\nchose de plus mystérieux, de plus poétique et de plus coloré ; ainsi\nje n'ai pas beaucoup aimé l'exposition du thème du 3e mouvement\ndu trio en ré mineur; les sonorités n'étaient pas suffisamment\nenveloppées et lointaines, et j'ai remarqué notamment quelques\nnotes assez plates sur la 3e corde, entre autres un certain do natu-\nrel du 4e doigt. Mais à côté de cela il y eut de bien belles choses :\nle 2e mouvement du ier trio fut enlevé avec un emportement et\nune vivacité qui n'excluaient ni la précision ni le souci des nuan-\nces. Dans cette musique un peu touffue, les trois artistes avaientsoin\nde mettre de l'air par endroits: c'est ainsi qu'ils retenaient souvent\nla mesure qui précède la rentrée d'un thème : procédé dont il ne\nfaut pas abuser, mais qui est ici tout à fait à sa place. A la fin du\nconcert, l'imprésario Dandelot fit une annonce très imprévue, et\nqui eut le plus grand succès : il fit appel au bon goût et au bon\nsens du public, et le pria de ne pas troubler la fin du dernier trio\npar de bruyants préparatifs de départ. Cela nous valut une fin de\nconcert religieusement recueillie !"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.101", "texte": "CHRONIQUE\n607\n\nPetite chicane : Pourquoi le programme des séances Cortot,\nThibaud, Casais, porte-l-il les numéros d'oeuvre des trios de Schu-\nmann, et ne donne-t-il aucune indication du même genre pour\nles trios de Beethoven qui furent exécutés le 18 mai, et que je\nn'ai pu entendre ?\nM. Armand Parent consacrait ses du mois de mai à\nla musique moderne, c'est-à-dire en grande partie à des œuvres nou-\nvelles. Le premier programme réunissait les noms de\net de Paul Dupin,deux musiciens dont les destinées ne sont pas\nsans analogie, car tous deux se sont formés eux-mêmes, tous\ndeux ont été longtemps méconnus, tous deux ont chanté passionné-\nment la douleur de vivre. Le quatuor à cordes de Hugo Wolf, qui\na déjà été donné une fois à Paris par le et que le\nquatuor Parent faisait donc entendre pour la 2e fois, est une œuvre\nde jeunesse ; composé de 1879 à 1880 (Hugo Wolf avait alors\n19 ans), il exprime déjà sa grande âme volontaire et souffrante.\nOn y trouve la trace des admirations de Wolf : le début de\ndante rappelle Wagner ;le ler mouvement fait songer àla grande\nfugue ; le troisième, au XP quatuor de Beethoven ; l'inspiration\ncomme la facture est surtout beethovénienne : il y a delà vigueur,\nde l'emportement, de la violence. Le thème du finale a un carac-\ntère espagnol qui annonce le Spani L'épigraphe\nde l'œuvre : « Entbehren sollst du, sollst entbehren, » nous rap-\npelle les dures heures de privation de la jeunesse de Wolf, et sa\nvolonté de vivre et de produire malgré tout. Chez Paul Dupin,\nla tristesse d'une destinée poignante s'exprime surtout en douce\nrésignation, en profonde pitié des hommes et en grand amour de\nla nature. La Légende du pauvre homme, pour ténor et quatuor à\ncordes, fut admirablement chantée par Plamondon : c'est une\npièce d'abord pensée pour le quatuor seul, et sur laquelle furent\nadaptés après coup les paroles et le chant ; ou plutôt c'est un frag-\nment d'une œuvre théâtrale dans laquelle un musicien était mis en\nscène, qui, en entendant exécuter une de ses œuvres (un quatuor à\ncordes) et en trouvant l'expression incomplète, se mettait à im-\nproviser une cinquième partie qu'il chantait. De cet ouvrage dra-\nmatique, Paul Dupin n'a conservé que cette page, qui est de premier\nordre, mais que je préfère peut-être encore sans le chant et sans les"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.102", "texte": "608\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nparoles, et que le quatuor Parent doit exécuter sous cette nouvelle\nforme dans un prochain concert à Roubaix. Pauvre fou qui songe !\nque chantait ensuite Plamondon, est certainement de toutes les\nœuvres de Paul Dupin la plus parfaite à tous égards et la plus\ndirectement émouvante ; cette mélodie fut bissée d'enthousiasme ;\nje ne regrette que quelques faiblesses dans le texte littéraire, qui\nest de Paul Dupin. Pauvre fou q ! sera édité prochaine-\nment. Mme Landormy exécuta ensuite Méditation, Berceuse à Louisa\net Oncle Gottfried, trois pièces pour piano déjà publiées chez De-\nmets. Des trois c'est la première qui me paraît, de beaucoup,\nla plus belle, tant par la qualité de son inspiration et son charme\npoétique que par ses heureuses proportions et son unité :la fin\nest exquise. La Berceuse est un délicieux tableau d'intimité ;\nmalheureusement la répétition non variée des mêmes motifs en\natténue la saveur. L 'Oncle Gottfried est une composition qui ade\nla grandeur, de la force et aussi du mystère ; je crains qu'elle ne\nsoit un peu trop coupée ; Paul Dupin a ce défaut d'interrompre\ntrès souvent ses développements par des silences; il n'y a rien qui\naffaiblisse davantage l'expression. Une musique qui n'a pas de con-\ntinuité manque son effet. La séance se terminait par deux quatuors\nà cordes : Bienvenue au Petit et la Mort de l'oncle Gottfried. C'est ici\nque Paul Dupin se montre tout à fait novateur. Jusqu'à lui, en\neffet, la musique de chambre était restée le domaine de la musique\npure, et surtout pour le quatuor à cordes on n'écrivait que des\nsonates. Tandis que les autres genres musicaux s'étaient depuis\nlongtemps affranchis des exigences de la forme classique, les\nœuvres de musique de chambre de nos contemporains les plus\naudacieux s'enfermaient étroitement dans les cadres traditionnels.\nBeethoven avait pu donner à cet égard l'exemple de toutes les\nlibertés : on ne l'imitait guère. Claude Debussy lui-même ne fut\njamais si sage que lorsqu'il composa son quatuor à cordes : sans\ndoute les audaces harmoniques y abondent, et les recherches de\nsonorités curieuses ; mais tous les thèmes exigés s'y présentent à\ntour de rôle, s'y développent dans l'ordre accoutumé ;la forme est\nrespectée. Les quatuors de Paul Dupin rompent décidément avec\nla tradition j ils n'ont d'autre forme que celle qu'exige le déve-\nloppement naturel du sentiment. Ainsi ce sont de véritables"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.103", "texte": "CHRONIQUE\n609\nS. I. M.\n\npoèmes musicaux qui diffèrent autant d'une sonate que le\net Juliette de Berlioz ou le Prélude ressem-\nblent peu à des symphonies. C'est, si l'on veut, et en un sens, de\nla musique littéraire ou descriptive, delà musique à programme.\nMais notons au moins que Dupin s'attache beaucoup moins à la\npeinture des choses matérielles ou à la notation des qu'à\nl'expression des sentiments,qui sont matière musicale par\nexcellence : il n'écrit pas de la musique pure ; il veut dire\nquelque chose, mais ce qu'il veut dire, c'est ce que son\néprouve, ou celui d'un poète dont il se fait l'interprète musical.\nY a-t-il d'ailleurs de la musique pure ? Toute la différence entre\nla musique pure et la musique dite à programme n'est peut-\nêtre qu'une différence de forme et non de fond. L'une subit la\ncontrainte d'un plan tracé d'avance non par le compositeur, mais\npar la tradition ; l'autre se meut librement et se trace à elle-même\nsa voie et ses limites. Quoi qu'il en soit, Paul Dupin ne peut\ncertainement que déplaire à tous ceux qui ne jugent de la « musica-\nlité » d'une œuvre (oh ! le vilain mot. prétentieux et vide !) que\npar la technique de l'ouvrier; comme si le véritable mérite musi-\ncal se réduisait à la connaissance des procédés de facture ! N'est-ce\ndonc pas avant tout à l'inspiration mélodique que se reconnaît le\ngrand musicien, qu'il soit Mozart ou Beethoven, Wagner ou\nFranck, d'lndy ou Debussy ? Quelle musique composer sans cette\nmatière première ? Or, c'est là le point : la mélodie de Dupin est\nd'un musicien-né ; elle est personnelle ; elle a sa couleur et son\nrythme ; elle s'étend largement, sans cassures et sans coutures,\ntout d'une venue, en belles nappes bien unies. Voilà une étoffe\ndont on a plein la main. C'est une autre question de se demander\nmaintenant quel parti Dupin sait tirer de cette riche substance. A\ncet égard, il me semble qu'il occupe une position intermédiaire\nentre nos polyphonistes et nos impressionnistes. D'une part Dupin\nn'est pas un constructeur; il ne développe pas ses thèmes à propre-\nment parler. D'autre part, il ne s'intéresse pas davantage aux sono-\nrités et aux harmonies pour elles-mêmes. Sa musique n'est ni une\ngrandiose architecture à la d'lndy, ni une mosaïque ou une fine\npoussière d'impressions à la Debussy. Jusqu'à présent le procédé\nde Dupin me semble consister principalement dans un enchaîne-\n\n7"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.104", "texte": "610\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nment de mélodies analogues, c'est-à-dire de thèmes dont les affini-\ntés de caractères suffisent à assurer la liaison, sans que d'ailleurs\nils se composent des mêmes éléments, chacun de ces thèmes étant\nassez long pour tenir parfois la place de tout un développement.\nEt l'on pourrait tenter un autre rapprochement, en y rapportant\ntoutes les restrictions utiles : Dupin compose par renouvellement\nincessant de sa matière mélodique, à la façon d'un Moussorgski,\nmais avec la différence d'un tempérament essentiellement lent\nà une nature prodigieusement mobC'est le principe opposé à\ncelui de la musique classique, qui tire du moindre motif des imita-\ntions à l'infini.\nDes deux quatuors de Paul Dupin que nous avons entendus le\n4 mai,la Bienvenue auPetit est le plus harmonieux dans l'ensemble,\nle mieux équilibré : il satisfait davantage ceux qui cherchent sur-\ntout, dans une oeuvre, les heureuses proportions ; il a d'ailleurs\nbeaucoup de charme, et l'agencement des parties en est tout à fait\ningénieux : chaque instrument chante pour lui-même, et il en\nrésulte une polyphonie sans imitations, d'un caractère tout à fait\noriginal. Mais je préfère l'inspiration de\nquoique plus inégale. Dans les premières pages, la profondeur du\nsentiment, la qualité de l'émotion, sont dignes des plus grands\nmaîtres. Il faut avoir entendu cela pour pouvoir juger Dupin.\nMalheureusement la fin de la première partie est mal venue ; une\ncoupure qu'on a faite pour l'alléger ne suffit pas à la remettre com-\nplètement sur pied. Quant à la 2e partie, elle débute par un mou-\nvement très vif qui manque un peu d'assise, tant au point de vue\nrythmique qu'au point de vue harmonique, et dans les pages sui-\nvantes, malgré quelques passages délicieux, on n'a pas toujours\nl'impression d'une continuité suffisante. Il est à remarquer cependant\nque cette musique n'est jamais indifférente. Quand elle n'est pas\nbelle, elle est laide ; elle ne sait pas être vide.\nLe quatuor Parent a joué la Bienvenue au Petit et la Mort de\nVoncle Gottfried avec une ardeur et une foi qui ont enthousiasmé\n1 auditoire. Disons-le, M. Parent a eu du courage, après la modeste\naudition du mois de janvier dont Mme Landormy et moi nous\navions pris 1 initiative, d'adopter le compositeur dont personne ne\nvoulait, qui depuis 20 ans était bafoué, honni, toutes les fois qu'il"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.105", "texte": "CHRONIQUE\n611\n\nprésentait une page de sa musique à quelqu'un de nos prétendus\n« maîtres ». Il fallait de l'audace pour imposer au public un\nhomme qu'aucune école, aucune coterie, ne reconnaissaient pour\nsien. Il fallait surtout que M. Parent eût confiance dans son pro-\npre jugement, dans son instinct d'artiste. Tant d'autres n'ont\npas d'opinion, et ont peurd'en avoir! tant d'autres ne sont que des\néchos qui répètent des échos !\nLa 2e séance du quatuor Parent comprenait, avec l'admirable\nquatuor inachevé deLekeu,un quatuor à cordes inédit de M.\nDubois, des pièces pour piano de et deux mélodies\nde Jean Cras. Je n'assistais pas à cette soirée, mais on m'a dit que\nle quatuor de M. Th. Dubois, discret, comme toute sa musique,\nétait cependant plein de jeunesse et de vigueur ; que Sevilla et la\nFeria de J. Turina rappelaient un peu la manière d'Albeniz, mais\navec plus de souci du développement musical, et que l'auteur\navait exécuté ces morceaux d'une façon superbe.\nLe mardi 18 mai la soirée débutait par les 2 quatuors de\nDupin déjà donnés à la séance du 4 mai et qui furent l'occasion\npour l'auteur d'une ovation très spontanée, dont la galerie donna\nle signal. La Sonate de M Ue Corbinpour piano et violon n'est pas\nplus laide, ni plus jolie, qu'une foule d'autres productions con-\ntemporaines : elle se range dans cette catégorie d'œuvres dont les\nthèmes naissent renversés, et ne retrouvent jamais leur position\nnormale. M. Parent s'est amusé à doigter d'invraisemblables\ntraits et à rechercher d'étranges sonorités ; il fallait bien qu'il\ns'occupât. La Sarabande de Casella rappelle un peu trop les Noctur-\nnes de Fauréquand ce n'est pas la de Le jeu de\nce pianiste-compositeur est très fin, très doux, très délicat, peut-\nêtre un peu gris. Le quatuor à cordes de Debussy, qui terminait la\nséance, a ramené la joie sur les visages assombris. Quelle vie dans\ncette musique ! quelle force ! quelle grandeur ! nulle part, sinon\ndans certaines pages de Pelléas, le maître (car c'en est un, celui-là)\nn'a été si robuste et si fin, si délicat et si émouvant ! Quel grand\nmusicien nous avons là !\nLe mardi 2 5 mai, M. Armand Parent et Mlle Dron nous firent\nentendre les trois sonates pour piano et violon de A. Roussel, Vincent\nd'lndy et César Franck.Je ne connaissais pas encore la sonate"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.106", "texte": "6l 2\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\nj\n\nde Roussel : c'est un joli poème rustique ; les effets de demi-teinte\nsont particulièrement réussis ; quelques pages ont de l'ampleur.\nLa première partie surtout m'a séduit par son charme et sa cou-\nleur : partout il y a de la grâce et de la fantaisie. La disposition\ndes mouvements est assez heureuse. C'est d'abord un en-\ncadré par deux andante, puis un andante entre deux allegro, enfin\nun vivace ; j'ai reconnu par endroit l'influence de Fauré et aussi celle\nde Lekeu. Peut-être un peu trop d'ingéniosité dans certains déve-\nloppements. La sonate de d'lndy est décidément un chef-d'œuvre ;\nquelle belle tranquillité dans la ire partie! quelle merveilleuse\nphrase poétique dans le milieu du scherzo ! Le succès est allé\nparticulièrement à Vadagio et au Dans toute cette œuvre, je\nne regrette que les tout derniers développements qui précèdent\nla conclusion du lerIer morceau; il ya là peut-être un peu de brusquerie,\net la continuité paraît faire défaut. Mais c'est une ombre bien légère\nà la perfection de l'ensemble. Il semblerait qu'on doit être inca-\npable d'écouter la sonate de Franck à force de l'avoir entendue !\nEh bien non ! Elle est toujours souverainement belle et touchante\nmême pour nos oreilles blasées. Parent joue le premier mouve-\nment adorablement. On a le sentiment de la perfection absolue :\nc'est simple, pur, limpide, d'une tonalité claire et douce, et d'une\ndivine sérénité. D'ailleurs d'un bout à l'autre les trois sonates\nfurent admirablement interprétées par M'1\" Dron et M. Parent.\nLe 17 mai, M. Louis Fournier donnait avec M. Armand Fertè une\nséance de sonates pour piano et violoncelle. J'aime beaucoup la\nsonorité de M. Fournier et j'apprécie ses qualités de musicien ; il\nfut excellent dans la sonate op. 69 de Beethoven. M. Fertémeplut\nbeaucoup moins. Pourquoi donc cette froideur dans une œuvre\nsi passionnée ? Le mouvement et l'agitation ne suppléent pas à\nl'émotion absente. Et puis pourquoi ces attaques si dures et\ndans les moments les plus calmes et les plus recueillis, par exemple\nYadagio cantabile, dont la première note, marquée piano, fut un\nvéritable coup de poing? Je ne pense pas que M. Diémer, qui as-\nsistait à la séance dans une avant-scène, donnât son approbation\na ces excentricités de style, pas plus que MUe Dron dans sa stalle\nd'orchestre.\nLe même soir, j'entendais la fin du récital de Mlle Julia Culp,"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.107", "texte": "CHRONIQUE\n613\n\nchanteuse hollandaise de grande réputation, nouvelle venue à\nParis. J'arrivai pour le Brahms. Brahms m'ennuya cette fois ; je\nle trouvai trop sucré. Mlle Culp chante très bien ; elle chante trop\nbien ; cette perfection finit par agacer, tellement on la sent étudiée\ndans le menu détail ; rien n'est plus naturel, pas même le geste de\nla tête pour dire à l'accompagnateur qu'il peut commencer; cette\nraideur de poupée mécanique m'irrite, et je me sauve péniblement\nau milieu d'une foule d'Allemands en délire qui ne se lassent pas\nde rappeler.\nP. S. —Je n'ai pu que lire les programmes très intéressants de\nMme Roger-Micloset du Quatuor ceux du pianiste\nEdouard Bernard,celui de notre collègue le chanteur\ntelet, qui, m'a-t-on dit, conduit avec beaucoup de charme et d'in-\ntelligence une jolie voix, pas très forte, et chante le Schubert avec\ninfiniment de goût, et en allemand, celui enfin du si re-\nmarquable violoncelliste Hekkin qui a fait appel aux\nconcours excellents de MHe Boutet et de M.\nmann.\n\nPaul Landormy.\n\nHÉRAKLES DE HÆNDEL A LA SOCIÉTÉ G.-F. HÆNDEL\n\nLa jeune Société Hœndel a donné, le 25 mai, le dernier concert,\net le plus brillant, de sa première saison. Dans cette première\nannée, où elle a fait entendre nombre d'œuvres intéressantes du\nxviie et du XVIII* siècle (dont la plus importante, en dehors de\nHœndel, fut, à coup sûr, la cantate deßuxtehude:\nelle a eu l'heureuse idée de révéler au public parisien deux des chefs-\nd'œuvre de Hsendel les moins connus : le Psaume pour les enfants\nassistés\\ [Foundling. Anthem),\\inspiration touchante d'ungrand cœur\nplein de pitié, et Héraklès, un des sommets de l'art du\nxvme siècle, un des types les plus accomplis de ces grandes épopées\ndramatiquesauxquelles on aie tort d'appliquer lenom conventionnel"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.108", "texte": "614\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nd'oratorios. (Le titre exact de l'œuvre est : Hercules. A musical\nDrama.)\nCe « drame musical » s'inspire, pour le poème, des\nnes de Sophocle (i). Toute l'action est dominée par le Destin\ncaché, la Jalousie, envoyée par les dieux à Déjanire pour perdre\nle héros. Un chœur grandiose, au second acte, l'incarne, l'évoque,\net la maudit : « Jalousie ! Fléau de l'enfer ! » Ce chœur est tout\nun poème. Des phrases Beethoveniennes, des cris tragiques à la\nGluck, une montée sinistre des voix en canon, qui aboutit à un\nfortissimo en majeur, où s'étale la puissance du fléau ; puis une\nmorne fugue, où l'on erre, sans avancer, et, de nouveau, les grands\ncris qui reviennent, et les phrases Beethoveniennes. Le troi-\nsième acte, qui représente la mort et la transfiguration d'Hercule,\ns'ouvre par une Sinfonia, qui est un véritable prélude dramatique,\ndépeignant tour à tour la fureur d'Hercule et la grandeur triste\nde l'âme qui accepte le destin. Viennent ensuite les deux scènes les\nplus passionnées qui soient dans le drame musical, avant Gluck.\nD'abord la scène de la fureur d'Hercule. Elle se pose, en un réci-\ntatif, d'une façon romantique, puis prend les formes strictes d'un\nair classique, où la passion furieuse, comme canalisée, semble un\nfleuve resserré qui se rue. Ce sont de torrentueuses vocalises, qui\ncoulent, dévalent, balayent tout. Plus étonnante encore est la scène\ndu désespoir de Déjanire. Le récitatif, d'une vérité frémissante,\npasse par des alternatives d'abattement et de fureur ; il est souli-\ngné par un trait grondant d'orchestre, qui est une sorte de leit-\nmotiv, pendant toute la scène, et qui représente le cœur haletant,\nle sang tumultueux. Puis l'air, avec ses cris que l'orchestre\nrépète, ses phrases précipitées et cahotées, ses vocalises qui tour-\nnent sur elles-mêmes, et toujours ce trait de l'orchestre essoufflé\nqui se lance, pour venir se briser devant le vide. Cette fureur est\nsuivie d'un adagio morne, qui répète, avec une ténacité de mania-\nque, ses quatre notes de basse, indéfiniment. La fureur reprend,\nplus désordonnée encore. Encore une fois la phrase adagio, d'une\nexpression plus touchante. Encore une fois la fureur ; la voix\n\n(i) La traduction française, chantée àla Société Haendel, était de Mme Mau-\nrice Gallet."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.109", "texte": "CHRONIQUE\n615\n\nmonte, vers la fin, au summum du désespoir, avec des cris et des\nvocalises d'une passion forcenée. De telles scènes attestent, avec\nune grandeur souveraine, le génie dramatique de ce Haendel, si\nmal connu en France, où nos critiques continuent de le comparer\nà J.-S. Bach, avec qui il n'a presque aucun rapport, au lieu de voir\nen lui ce qu'il est réellement : le plus puissant chaînon entre\nCavalli et Gluck, le précurseur direct de Gluck et de Beethoven,\nqui, tous deux, l'ont reconnu.\nL'artiste chargée du rôle écrasant de Déjanire, Mme Povla\nFrisch, était jusqu'à ce jour à peu près inconnue à Paris. Dès les\npremières phrases, elle a conquis le public, par l'ardente expres-\nsion de son talent passionné. Elle a le sens de cet art Hsendelien,\nessentiellement dramatique, et qui exige, comme l'art de Gluck,\nmais avec une bien autre ampleur d'âme et (si j'ose dire) de\npoumons, deux qualités qui semblent contradictoires : une beauté\nde style tout antique et une fureur de passions romantique. Peut-\nêtre Mme Povla Frisch n'a-t-elle pas la voix d'airain que réclament\ncertaines vocalises enragées de son terrible rôle. Mais, dans les\npassages d'expression plus concentrée, elle a eu des accents\npathétiques et poignants qui ont remué le public. Mme Povla\nFrisch est appelée à se faire un nom, prochainement, dans nos\nconcerts parisiens.\nMme Maurice Gallet a chanté avec un style très intelligent le\nrôle émouvant d'lole, et M. Louis Frœlich, dont le vigoureux talent\nsemble gagner, chaque année, en puissance et en largeur de\nstyle, a eu une ovation méritée dans la scène de la fureur d Her-\ncule, et surtout dans l'air fameux, avec trompette, de la Fête\nd'Alexandre.\nLes chœurs sontencore un peu « jeunes », mais en grand progiès\nsur les concerts précédents. Ils ont chanté avec entrain le délicieux\nchœur de joie populaire qui termine le premier acte. Enrevanche,\nils ont quelque peu manqué de force et de précision dans le\nchœur de la Jalousie, qui m'a paru trop maigre, et que je vou-\ndrais soutenu par l'orgue. J'ai trouvé le chœur de lamentations du\ntroisième acte mené dans un mouvement trop rapide. G est un\npeu le défaut de M. Raugel. Je ne lelui reproche pas tiop. C est un\nheureux défaut, Félix culpal qui contraste avec la lenteur, la"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.110", "texte": "616\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nlourdeur, la torpeur de la plupart des Kapellmeister qui dirigent\nde la musique ancienne ; et certes, on est plus près de l'esprit\nvivant de Hasndel, en péchant par vivacité française, que par\nflegme britannique. Toutefois, pour l'énergie de l'accent, il faudra\nun peu refréner, par moments, cette impétuosité juvénile.\nAu même concert, M. Eugène Borrel a fort bien joué la\nen ré majeur de Hasndel, accompagné par M. Ermend Bonnal,\nqui a fait entendre sur l'orgue une suite, assez insipide, du bon\npère Martini, et une can\\ona de J.-C. Kerl. L'Hallelujah de YOcca-\nsional Oratorio, un très beau psaume de Sweelinck, une ville\naux cent tours carillonnantes, et le poétique de\nCorelli, la nottedi Natale {qui fut, certainement, le modèle de\nbien des pages instrumentales de Hasndel), complétaient le pro-\ngramme de la soirée.\nL'intelligence et l'entrain avec lesquels M. Borrel et M. Raugel\nont mené cette première saison de concerts, un peu impro-\nvisés, font beaucoup espérer de l'avenir de la nouvelle Société.\nElle a pour elle sa jeunesse même, cette flamme, cette joyeuse\nardeur dont on sent ses chefs pénétrés, et qui s'accordent bien avec\nl'art si sain et si spontané de Hasndel. Elle peut compter que\nnotre sympathie ne lui manquera point.\n\nRomain Rolland."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.111", "texte": "Société Internationale de musique\nLa section de Paris a tenu sa seconde séance extraordinaire de Tannée\nàla maison Gaveau, le samedi ismai, à 4 h. 1/4 de l'après-midi, sous\nla présidence de M. Ch. MALHERBE, président, et en présence d'une très\nnombreuse assistance. Après la communication de M. le professeur\nGARIEL sur la méthode phonographique et l'étude des chants des Indiens\nHopi, M. Charles BOUVET, directeur de la Fondation Bach, résume\nl'histoire du madrigal anglais dans une notice que nous reproduirons\nprochainement. Puis ses artistes exécutent le magnifique programme ci-\njoint, qui fut écouté avec autant d'admiration que d'intérêt :\n1. MADRIGAUX ANGLAIS\n/A. Hear my Prayer, 0 Lord. . JOHN MUNDY\n(à trois voix). (xvie Winisor i 630)\nLB. Happy, oh, Happy, he JOHN WILBYE\n/ (à quatre voix). (xvie-xvn siècle)\nIc. Mother, I rvill have a husband. . . . THOMAS VAUTOR\nf (à cinq voix). ('619)\n\\ Avec Harpe-Luth et Basse de Viole.\nMlles CH. LUND, H. BROWN READ, C. PURDY. MM. G. HARRIS,\nCH. BOWES. MLLE R. LÉNARS, M. E. DE BRUYN.\n2. AIRS pour voix seule avec Harpe-Luth et Basse de Viole.\n(A. What then is love but mourning. . . . PHILIP ROSSETER\n( (i 5..-1623)\n\\B. Followyour saint THOMAS CAMPION\n1 (15..-1620)\n1 c. Jfl hop I pine. . J pHiup\nROSSETER\n\\ D. If I urge my kind desires.\nMLLE CH. LUND. MLLE R. LÉNARS, M. E. DE BRUYN."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.112", "texte": "618\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\n\\\n.ï. PIECES pour Virginal et Harpsichord\n/ A. Almand. .\nKOBERT JOHNSON\nl ... (Londres, xvii« siècle)\n) * * • PETER PHILLIPS\nB. The Irishe Ho-Hoane, Alm . ANONYME\nj (D aprèsun manuscrit ayant appartenu àla reine Elisabeth)\nc. Prélude, Courante, Fugue...... DrJOHN BLOW\n(Vers 1648-1708)\nM. J. JEMAIN.\n4. AIRS pour voix seule avec Harpe-Luth et Basse de Viole.\n/A. And would you see my . )\nB. When Laura smiles pHILII> Rosseter\nj c. If she forsake me '\n'D* LCV T F°R THESE LADIES-• •• • THOMAS CAMPION\nM. G. HARKIS. - Mlle R. LÉNARS, M. E. DE BRUYN.\n5. MADRIGAUX ANGLAIS\nIA. I always lov'd ta call my HENRY LICHFIELD\nI (a cinq à voix). (i6|3)\n18. Say, Love, if ever thou didst find. . . JOHN DOWLAND\n(à quatre voix). (,56a-.639)\nyc. Down the Hills Corina trip THOMAS BATESON\n? CinqTTVOiX)\" (Xive-xvne siècle)\n\\ Avec Harpe-Luth et Basse de Viole.\nMUus CH. LUND, H. BROWN READ, C. PCJRDY. MM. G. HARRIS,\nCH. BOWES. - Mlle R. LÉNARS, M. E. DE BRUYN.\nAprès les mélodies inédites de Moussorgski, les madrigaux ressuscités\ndu xvi* et du xvne siècle. Ainsi la So se\nmontre également curieuse de tout ce que le passé comme le présent\nnous offrent de nouveau.\nDu 24 au 29 mai, le Congrès de la Société internationale a tenu, à\nVienne, des assises savantes et solennelles. Plusieurs de nos plus dévoués\ncollègues s'y sont rendus: MM. P. Aubry, J. Ecorcheville, V. d'lndy,\nCh. Malherbe. C est dans notre prochaine livraison qu'ils nous en donne-\nront larelation,impatiemment attendue par tous ceux que le devoir, l'hu-\nmeur casanière ou de plus matériels empêchements ont retenus à Paris."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.113", "texte": "Bulletin de la Société française\ndes Amis de la Musique\nS. I. M.\nC'est notre Revue qui a été choisie pour publier régulièrement le Bul-\nletin de cette Société nouvelle, qui ne\nnous est cher les plus éminents services Mer-\ncure Musical, vigilant défenseur de la musique moderne, avait accueilli\nle Bulletin de la Société Internationale de Musique,\ntion du passé. Par cette réunion, notr\nétendu au point de confondre ses limites avec celles de la musique\nmême ; car il allait de l antiquité la\nmédiat, et même au prochain aven\nc'étaient les moyens d'action. Confinés dans la théorie, nous pouvions\nmontrer avec force l'intérêt, la beauté,\nentreprise : il nous était interdit d'en\nger les charges, si elle existait déjà.\nmais impuissants, d une grande mêlée où bien des efforts se perdaient,\nfaute d'une commune entente , où plus d'une bonne volonté succombait\nà l'indifférence, où plus d'un talent\nmerci. Ba Société des Amis de la Musique s'est assigné la tâche, noble\nentre toutes, de soutenir, de protéger, d'encourager. Par son interven-\ntion bienfaitrice, les forces ne seront plus inutiles, les idées parviendront\nà leur réalisation. Ba formation d'un\ntrop considérable dans Vhistoire de notre art pour ne pas faire l'objet, ici\nmême, d'un article qui en développera\nnotre prochaine livraison. Pour aujourd'hui, nous nous contenterons de\npublier les statuts :il suffira de les\nsique a trouvé une véritable amie : généreuse, bienveillante, éclairée,\nimpartiale.\nLes adhésions et communications doivent être adressées à M. J. Ecor-\ncheville, secrétaire général, 6, chaussée d'Antin, Paris."}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.114", "texte": "620\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nBUREAU\nPRÉSIDENT\nM. HENRY ROUJON, de l'lnstitut,\nsecrétaire perpétuel de l'Acadé-\nmie des Beaux-Arts.\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. le Prince A. D'ARENBERG, de\nl'lnstitut.\nM. Louis BARTHOU, député, minis-\ntre des travaux publics.\nM. le Comte GASTON CHANDON DE\nBRIAILLES.\nM. ADOLPHE BRISSON, homme de\nlettres.\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nDIRECTEUR ARTISTIQUE\nM. GUSTAVE BRET.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL\nM. J. ECORCHEVILLE, docteur ès\nlettres.\nMEMBRES DU COMITÉ\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMme la comtesse RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, directeur général\nhonoraire au ministère des finan-\nces.\nM. LÉON Bourgeois, sénateur, an-\ncien ministre.\nM. FRANZ CUSTOT.\nMME MICHEL EPHRUSSI.\nM. GEORGES GAIFFE.\nM. FERNAND HALPHEN.\nMme la vicomtesse D'HARCOURT.\nMme la comtesseD'HAUSSONVILLE.\nM. Louis HAVET, de l'lnstitut, pro-\nfesseur au Collège de France.\nMME DANIEL HERMANN.\nMN,E HENRY HOTTINGUER.\nMME GEORGES KINEN.\nMME la comtesse PAUL DE POUR-\nTALÈS.\nMME THÉODORE RF.INACH.\nM. le docteur HERMANN RIEDER.\nM. ROMAIN ROLLAND.\nM. Louis SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nMME TERNAUX-COMPANS.\nM. JEAN WEBER, agrégé de L'Uni-\nversité.\nUn comité consultatif sera constitué à la prochaine assemblée, le\n24 juin.\nSTATUTS\nARTICLE PREMIER.\nLa Société française des A mis de pour but d'aider au\ndéveloppement de l'art musical en France.\nSon siège est à Paris, 6, chaussée d'Antin."}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.115", "texte": "BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DF.S AMIS DE LA MUSIQUE\n621\n\nART. 2.\nLes moyens d'action de la Société consistent :\ni° A faire ou à provoquer des libéralités ou des prêts gratuits en vue\nd'aider toutes manifestations artistiques répondant au but qu'elle se\npropose ;\n20 A constituer un groupe choral de professionnels rétribués et spécia-\nlement instruits en vue de prêter leur concours, le cas échéant, à ces\nmanifestations ;\n3° A favoriser chez les enfants la formation du goût musical par\nl'étude et la pratique du chant choral dans les institutions d'enseigne-\nment primaire et secondaire ;\n40 A provoquer ou à faire elle-même toutes publications de nature à\ndévelopper l'influence qu'elle se propose d'exercer.\nLa Société pourra organiser des réunions, des conférences, des audi-\ntions, des congrès, au besoin des cours, et constituer une bibliothèque\nprésentant, en même temps que les productions delà musique pure, les\nœuvres littéraires de critique et d'esthétique musicale, et, d'une façon\ngénérale, employer tous les moyens d'action susceptibles de l'aider à\natteindre le but défini par l'article précédent.\nART. 3.\nLa Société se compose de membres créateurs, de membres fondateurs,\nde membres donateurs et de membres actifs.\nLes membres créateurs sont les personnes sous les auspices de qui la\nSociété a pris naissance.\nPour être membre fondateur, il faut avoir versé au moins une fois une\ncotisation minimum de 1.000 francs.\nPour être membre donateur, il faut verser une cotisation annuelle d'au\nmoins 100 francs.\nPour être membre actif, il faut verser une cotisation annuelle de\n20 francs, rachetable par un versement unique de 500 francs.\nLa cotisation annuelle de 20 francs est réduite de moitié pour les pro-\nfessionnels.\nLe titre de membre d'honneur pourra être accordé par le Conseil\nd'administration aux personnes qui rendront ou auront rendu des servi-\nces signalés à l'Association, sans qu'elles soient tenues de payer une coti-\nsation annuelle.\nLes dames peuvent faire partie de l'Association ; elles sont éligibles à\ntoutes les fonctions.\nART. 4.\nLe Conseil d'administration se réserve d'inscrire, comme\ndroit, les personnalités ou les sociétés musicales ayant rendu service\nà l'art, et de régler les avantages qui seront accordés à ces membres."}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.116", "texte": "622\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nART. 5.\nUn comité consultatif, élu par l'assemblée générale et composé de\nvingt membres, sera appelé à donner son avis au Conseil d'administra-\ntion toutes les fois que celui-ci le jugera utile.\nART. 6.\nLa qualité de membre de la Société se perd :\ni° Par la démission ;\n20 Par la radiation prononcée pour motil grave par le Conseil d'admi-\nnistration.\nART. 7.\nL'Association est administrée par un Conseil composé de trente\nmembres. Les membres créateurs de la Société sont membres et font\npartie du Conseil d'administration leur vie durant.\nLes autres membres sont élus par l'Assemblée générale. Le Conseil\nest renouvelable par moitié chaque année.\nEn cas de vacances, le Conseil pourvoit au remplacement de ses\nmembres, sauf ratification par la plus prochaine Assemblée générale.\nLes membres sortants sont rééligibles.\nLe Conseil choisit parmi ses membres un Bureau composé d'un pré-\nsident, quatre vice-présidents, un directeur artistique, un secrétaire\ngénéral, un trésorier.\nLe président, les vice-présidents et le trésorier sont élus pour la durée\ndes fonctions du Conseil.\nLe Conseil d'administration rend compte de sa gestion au moins une\nfois par an à la Société, soit en provoquant une assemblée générale, soit\nen adressant un rapport imprimé à chacun de ses membres.\nIl organise de plus, aussi souvent que possible, à Paris et dans les\nvilles de province réunissant au moins 200 adhérents, des réunions et\nauditions, permettant de juger des résultats artistiques obtenus par la\nSociété dans les oeuvres directement fondées et dirigées par elle.\nART. 8.\nLe Conseil d'administration se réunit deux fois par an, et chaque fois\nqu'il est convoqué par le Président, ou sur la demande d'un quart de ses\nmembres.\nIl est tenu procès-verbal des séances.\nLes décisions sont prises à la majorité des membres présents.\nART. 9.\nLes fonctions de membre du Bureau et du Conseil d'administration\nsont gratuites. Toutefois, sur délibération du Conseil d'administration,\nles membres du Bureau et tous autres membres de la Société pourront\nêtre indemnisés pour les services que la Société leur aura demandés et\nqu'ils auront pu rendre."}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.117", "texte": "BULLETIN DE LA SOCIETE FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE\n623\n\nART. 10.\nL'assemblée générale se compose des membres créateurs,des membres\nfondateurs, des membres donateurs et des membres actifs. Elle se réu-\nnit chaque fois qu'elle est convoquée parle Conseil d'administration, et\npour délibérer sur les questions qui lui sont soumises par celui-ci.\nElle est présidée par le Bureau.\nART. 11.\nLe budget et les comptes de la Société sont présentés par le trésorier\net deux commissaires aux comptes, élus tous les ans par l'assemblée\ngénérale. Ils sont dressés par le Bureau et approuvés par le Conseil\nd'administration.\nLes dépenses sont ordonnancées par le Président; la Société est re-\nprésentée en justice et dans tous lesactes delà vie civile parle Président.\nLe Président peut déléguer ses fonctions et se faire représenter, à titre\npermanent ou temporaire, par l'un des membres du Bureau.\nART. 12.\nLes recettes de l'Association se composent des cotisations et des\nsouscriptions de ses membres, et des subventions qui pourront lui être\naccordées, ainsi que du revenu de son fonds de réserve.\nART. 13.\nIl est constitué un fonds de réserve alimenté par les excédents de\nrecettes de chaque exercice.\nCe fonds sert à faire face aux dépenses exceptionnelles et aux déficits\nqui peuvent se produire en fin d'exercice.\nART. 14.\nLes membres de la Société jouissent d'une réduction sur le prix des\nplaces dans les concerts et conférences subventionnés ou patronnés par\nelle.\nIls bénéficient, en outre, de tous les avantages que la Société pourra\nleur assurer à titre collectif et dont il sera donné avis au fur et à mesure\ndes résultats obtenus.\nART. 15.\nLa modification des statuts peut être décidée par le Conseil d'admi-\nnistration, et la dissolution par l'Assemblée générale qui, convoquée à\ncet effet, doit comprendre la moitié plus un de ses membres. Si cette\nproportion n'est pas atteinte, l'Assemblée générale est convoquée à nou-\nveau, à quinze jours d'intervalle, et peut cette fois valablement délibé-\nrer, quel que soit le nombre des membres présents. L'Assemblée géné-\nrale qui a prononcé la dissolution désigne un ou plusieurs commissaires\nchargés de la liquidation des biens de la Société. Elle attribue l'actif de\nla Société à une œuvre d'intérêt musical."}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.118", "texte": "Pour paraître très prochainement.\nClaude Debussy,par Louis LALOY. Collection des\nsistes. Un volume, avec portrait inédit et autographe. Tirage restreint.\nPrix : 10 fr. Les souscriptions sont reçues dès ce jour aux bureaux de\nla S. I. M., 6, chaussée d'Antin.\nDe Londres.\nPelléas et Mélisandevient d'obtenir un succès éclatant à Covent-\nGarden. M\"e Féart (Mélisande), M. Warnery (Pelléas) et les autres\ninterprètes ont été rappelés huit fois. L'orchestre a été dirigé par\nM. Campanini avec la plus parfaite intelligence et un mouvement admi-\nrable.\nConcerts.\nIl faut signaler letrès intéressant concert donné, avec un grand succès,\nle 2 juin, àla salle Gaveau, par Mlles Suzanne et Héléna de Figueiredo,\npianistes, avec le concours de Mlle Sylvia de Figueiredo et de M. Fran-\ncisco Chiaffitelli. Au programme : Bach, Beethoven, Chopin et Liszt.\nLe Monde.\nLe 3o mai, bal costumé donné par Mllc E. de Krouglicoff en l'hon-\nneur des artistes russes en ce moment présents à Paris. On y remar-\nquait : Mme Karsavina, Mlles Baldina (costume grec) et Nicolaïdis ;\nMM. Nijinski, Koslov (en Tcherkess), Lachtchiline, du corps de bal-\nlet ; Mlle Babaïan (costume mandchou), MUe Bally (bacchante),\nMme Blanchet (paysanne masoure), Mlle Golberg (boyarine), MIIe de\nKikina (marquise), Mme Laloy (costume chinois), Mme Hassenberg Le\nBeau (costume i83o), M»e de Krouglicoff (satyre) ; MM. Bakst, Calvo-\ncoressi (jardinier), Diaghilev, Nauvel, prince Argoutinski, prince Cher-\nvachidzé (gendarme), Laloy (philosophe chinois), Louchnikof (lama\ntibétain), Matvéev (Folie), Chirokov (paysanne russe), Baud (boyar),\nBlanchet (Turc), Muller (apache de Paris), etc.\n\nLe Gérant : MARCEL FREDET.\nPoitiers. - Société française d'lmprimerie"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.119", "texte": "***\nVII\n\nu\nmm\nWJ-'W*\n£ S*\nk\n&\n, -\n-\n\"■' : -:\n~ï.,.\n-\ni *\nTA.!\nI;SÛ.\n:PÎ, •\n.\n..., 'fi\nS,*\n.\n, ■. ■„*.'■\nO\nÏ«ÀI!\nW*~-\n;\n':■/■:. • .•\nFFÎR-R\n;-F>\n%\n\\\n:-'-:ïv:\n!\nÎKS^\ni\\\ni i-..;\n: :\n1\n>\n?-\"\n—V\nï>:\n..\ny\nmmam\ny\nu\nm\n'\nfi\nËMfe\nN\nà\nsii:\n.\nr..;\n, •*:\n■...%:?•\n£\n\"''■ y:--\nB\n112;\n'\n1111\n.?-II\n\\..i\n»\n•>:\n< '■ :\nS-i'f.\n\" V\n««SS\n/\nyx\n%yX.iO\nVT ' -\nllliilliLLLl'\nr\nTiirmiMiiiii/'v!\né\n1\ncnam\n:NI:IINII\nCARTES D' EXCURSIONS\n( Individuelles ou de Famille )\nEN fIUVERGHE, LES CÉVErïHES, ETC...\ndélivrées du 15 Juin au Jso Septembre au départ\nde toutes les gares du Réseau P L.M.\nConsulter le Livrel\" Guide Horaire PL.M IÎIIS en vente au prix de o.sodans toutes les gare? P. Lit"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090615-01.1.120", "texte": "VIII\n\nCOURS ET LEÇONS\nPARIS\nCHANT\nM mes\nMarguerite Babaïan, Leçons de\nchant, 17, rue Denfert-Roche-\nreau.\nSuzanne Labarthe, des concerts\nLamoureux, i3,rue Mazagran.\nCours Chevillard-Lamoureux.\n(Succursale : 21, boulevard de\nStrasbourg, le lundi.)\nLenoël-Zevort, officier de l'Ins-\ntruction publique, directrice du\ncours municipal de déclama-\ntion (Ville de Paris), Leçons\nparticulières. Préparation au\nConservatoire. Petite scène ,\n2, rue Favart.\nFrida Eissler,6<),avenue d'Antin.\nCourtier-Dartigues, 56, rue du\nRocher. Leçons particulières.\nCours de chant et d'ensemble\nvocal.\n\nM.\nCharles Sautelet. Leçons de\nchant, 74, avenue Kléber.\nORGUE ET HARMONIE\nMM.\nH. Dallier, organiste de la Made-\nleine, professeur au Conserva-\ntoire. Leçons de piano, orgue,\nharmonie, contrepoint, fugue,\n7, boulevard Pereire.\nGaston Knosp, harmonie et com-\nposition, 3, rue Maître-Albert.\nJean Poueigh, 16, rue Duperré.\nLeçons d'harmonie et de com-\nposition. Orchestration.\nPIANO\nMM.\nPaul-E. Brunold, 3, rue Yvon-\nVillarceau. Leçons de piano et\nd'harmonie.\nJ. Jemain, piano, harmonie, con-\ntrepoint et fugue, 76, rue de\nPassy.\n\nSILVIO FLORESCO, Soliste des\nFestivals Richard Strauss et des\nsociétés musicales de Prague,\nCologne, Munich, etc., etc.\nElève de JOACHIM et de\nSEVCIK.\nLeçons particulières, musique\nde chambre, étude de répertoire.\nAccompagnement.\n81, rue Mozart (mercredi et sa-\nmedi de i h. 1/2 à 3 h.)\n\nAutorisé spécialement par le\nProfesseur Sevcik de Prague\npour l'enseignement de sa mé-\nthode, par laquelle ont été formés\nJan Kubelik et d'autres virtuoses\ncélèbres.\nDéveloppement de la techni-\nque à tous les degrés et jusqu'à\nla plus haute virtuosité.\nInterprétation des maîtres clas-\nsiques d'après les traditions de\nJoseph Joachim."}]}