{"numero_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_sha256": "82b3fc57f1993112b2360f658abcb99498829ee115ec1c38541d442ba5b8deee", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1909/07/15_01/bmtnabh_1909-07-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1909/07/15_01/bmtnabh_1909-07-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.2", "titre_corps": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE.", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.1", "debut_caractere": 293, "fin_caractere_exclue": 822, "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE.\nLa Société des Musikfreunde de Vienne.\nPROPOS DE RICHARD STRAUSS, par ROMAIN ROLLAND (Réponïe de M. MARIOTTE) * LA\n; «ASTIQUE RYTHMIQUE, par JEAN D'UDINE * IMPRESSIONS MUSICALES D'ENFANCE, par\nJURICE GRIVEAU * L'HYGIÈNE DU VIOLON, par LUCIEN GREILSAMER ★ LA MUSIQUE\npar CHARLES BOUVET * AUGUSTE DURAND, par LOUIS LALOY * REVUE\n• LA PRESSE, par VIVANT-DENON ★ LES CONCERTS A SAINT-PÉTERSBOURG, par GRÉGOIRE\nJJ'OFEIEV ★ CORRESPONDANCES * BIBLIOGRAPHIE ★ ÉCHOS * A L'OPÉRA (croquis de BILS)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c003", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 4, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.3", "titre_corps": "LES AMIS DE LA MUSIQUE", "titre_sommaire": "LES AMIS DE LA MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.4", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 885, "texte": "LES AMIS DE LA MUSIQUE\nAprès s être régulièrement constituée au mois de mai dernier, la\nSociété française des Amis de la Musique a réuni, le .24 juin, chez\nMM. Gaveau, son Conseil d'administra\nM. Henry Roujon, secrétaire perpétuel\nA cette séance mémorable assistaient:M. le prince d'Arenôerg,M. Adol-\nphe Brisson et M. le comte Gaston\nvice-présidents de la Société, ainsi quu\nConseil : Mme la comtesse René de\nM. Custot, M. Ecorcheville, M. Gaijfe, MaVî D. Herrmann, Mme Kinen,\nMms Théodore Reinach,il 1. Romain\nMme Séligmann-Lui, M. Schopfer.\nM. Louisßarth ou, ministre des Tra\nbien voulu envoyer la lettre suivante,\nture :\nMon cher ami, retenu au Sénat, je m'excuse de ne pouvoir pas assister à la réu-\nnion de la Société, mais je vous prie de\nnistration une bonne nouvelle : M. le Présiden\nde la démarche personnelle que j'ai faite aup\nà la Société française des Amis de la Musique."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.5", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1874, "texte": "On verra plus loin le texte de la\nnotre éminent Président traça la ligne de conduite de la Société, et nous\nindiqua avec sa haute compétence le programme que se propose de réa-\nliser l'activité des Amis de la Musique.\nlarge philanthropie et de sage désintéressement que notre œuvre a été\naccueillie. Constitués depuis quelques\ndéjà les adhésions nous parvenir en grand nombre, les demandes\naffluer de toutes parts. Nous voici près de 200, et dès maintenant le\nbudget que nous avions prévu très la\navantageusement.\nLe résultat de ces tout premiers efforts nous permet donc d'espérer un\nsuccès rapide, et la formation, d'ici la fin de cette année, d'un groupe\ncompact cTAmis de la Musique.\nTous ceux qui aiment réellement\nqu'ils reconnaîtront la nécessité de co\nteurs dispersent inutilement, et de\nbuts qui les sollicitent. Ils ne verront\nsurgissant après tant d'autres et réclaman\npart dans les rivalités du monde m\ntendances, nos aspirations, et notre in\nune obligation de nous montrer sincèrement Am\nils conviendront qu'il g a lieu de\nlAmi et les services qu'il peut rendre\ndésintéressé, respectable et puissant.\nLe premier effort que nous allons tenter\ntude artistique sera dirigé du côté de\nblissements d'enseignement secondaire.\nce sens par notre Président et par no\npouvoirs publics. Nous rendrons compte prochainement du succès qu'elles\nont obtenu.\nMais ces projets altruistes ne nous\nlégitimes exigences de nos membres. Il est naturel, il est souveraine-\nment juste que les Amis trouvent eux-m\nl'association de leurs bonnes volontés, des avantages que l'isolement leur\nrefusait. Aussi avons-nous pris soin\nà ceux de Paris comme à ceux de la Province, des compensations\nimmédiates qui puissent, en quelque sorte, diminuer les charges de leur\ncotisation.\nLa création d'une chorale de professionnels\nl initiative, et qui sera dans une certaine"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.6", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 901, "texte": "Société, offrira déjà à ceux de nos me\ntions musicales, de très réels avantages.\nEn outre, et dès maintenant, un arrangement conclu avec la Section\nde Paris de la Société internationale de Musique\ngratuitement le service de la Revue Musicale S. I. M. à tous nos Amis.\nChaque mois, nos membres recevront cette publication qui est unique\nen Europe, tant par son importance\ncritique, la tenue de ses articles et l'étendue de sa collaboration.\nEnfin, des concessions matérielles\nont déjà été consenties en faveur des Amis par certains éditeurs de\nMusique, et des négociations sont ent\nchemin de fer,pour obtenir une importa Amis\nde province voulant assister à notre\nLa Société Française des amis de la Musique\nsous d'heureux auspices. Tout porte à croire quelle franchira très rapi-\ndement ce premier âge pour entrer dans l'adolescence, et donner des\npreuves du zèle qui l anime."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c005", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 6, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.4", "titre_corps": "ALLOCUTION", "titre_sommaire": "ALLOCUTION", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.6", "debut_caractere": 903, "fin_caractere_exclue": 1690, "texte": "ALLOCUTION\nPrononcée par M. Henri Roujon, président de la Société française des Amis de la\nMusique.\nC'est avec un sentiment réel de gratitu\nde confusion, que j'ai accepté d'être Président de la Société française des\nAmis de la Musique. Je n'aurais ja\ncet honneur. Si je suis un amant pass\nf assemble deux idées, je suis obligé\nles notes. Cette incompétence dont j'ai fait immédiatement l'aveu à mes\namis MM. Bret et Ecorcheville a paru, non pas les dissuader de m offrir\nce poste, mais au contraire les y encourag\npar là que la nouvelle Société entenda\ncoterie, de toute idée préconçue, rayonn\naime la musique, quelle devait en un\nNous sommes dans un moment o\nmode; nous jouissons de tous les bienfaits de delà\nMusique veulent se conformer à l'usag\nleurs forces pour échapper aux défauts"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.7", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2197, "texte": "peuvent et doivent attendre d'un\nprogramme utile.\nA coté des artistes, dont les intérêts corporatifs sont aisés à défendre, à\ncôté des pouvoirs publics, dont la sollicitude est nécessairement limitée, il\ny a les amateurs, les gens du monde,\nla musique et qui lui donnent par\nréels de se manifester dans notre civilisation. Ceux-ci restent jusqu'à\nprésent isolés et ne représentent en\ngrand nombre de petites sociétés rivales.\nviduellement les sollicitations multiples de la musique et des musiciens ;\nchacun apporte à l'œuvre de l'art une contribution incertaine, dont il\nignore souvent les destinées, dont il ne peut contrôler les effets.\nLa Société française des Amis de la Musique\ncentraliser ces efforts. En les rendant plus clairvoyants, en les méthodi-\nsant, elle espère les diriger plus efficacem\ntoutes les manifestations musicales\nquement à la vie artistique d'un grand\nIl nous semble donc qu'en nous groupant dans un sentiment très\nlarge et très libéral, notre propagande\nl'heure actuelle.\nDès les premiers jours, après avoir accepté la tâche un peu lourde que\nlon voulait m'ofjrir, je me suis adressé pour lui demander sa précieuse\ncollaboration à Vami que je vois ici, d'Arenberg,\nm a immédiatement accordé son conco\ngrâce, et que je remercie de vouloir bien ni assister dans ma tâche.\nNous voulons avoir un programme\nmédiatement à notre bonne volonté,\nprendre des œuvres que les initiatives particu\nréaliser jusqu ici : nous voulons rendre\nd'instruction primaire et surtout d'ins\nmusicale; nous voulons rendre possibles la création et l'existence d'une\nchorale de professionnels homogène et perpétuellement entraînée, nous\nvoulons justifier l existence dune grande\nrisation, en lui assurant un public étendu ; enfin, nous voulons accueillir\net mettre au point tout projet ayant pour objet de soutenir l'art et les\naltistes sous les formes les plus diverses (encouragements à des musi-\nciens peu fortunés, à des exécutants peu connus, à des artistes étrangers,\nà des sociétés, des entreprises de Paris, de province, etc.).\nVous voyez que ce programme est très vaste; pour le réaliser, nous\ndevons, il me semble, adopter une ligne de conduite très ferme. Pour"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.8", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1462, "texte": "atteindre ce but, pour remplir ce prog\nà certains principes essentiels. La Société ne fait rien par elle-même,\nqu'il s'agisse dé l'instruction, de la création d'une chorale, de soutenir\nune revue, d'organiser une audition, la Société ne doit intervenir que\npour donner un patronage artistique, un appui moral et financier ; elle\nne saurait être responsable des œuvres auxquelles elle peut accorder\nune subvention. Elle doit planer a\nmême au-dessus de celles auxquelles\nplus grande impartialité doit être rigo\nrappelais au commencement : pas de coterie, pas d'orientation favorable\nà telle ou telle école. La Société n' entre\nnisme existant, puisqu'elle est susceptible de venir en aide à chacun\nd'eux.\nVous trouverez naturel que le représentant d'une Compagnie qui doit\nconserver avant tout l'esprit traditionnel,\nessayé souvent, après une audition\nimpressions. J'ai volontiers pris pour guide mon illustre confrère et\nami Saint-Saëns, qui a écrit excellemme\nDans les livres de ce grand musicien,\nla tradition que nous ont laissée les maîtres et sans laquelle il ne\nsaurait y avoir d'enseignement. Les\nleur raison d'être, c'est leur devoir.\nsenter auprès de vous l'Académie des Beaux-Arts est tout naturellement\npar devoir un représentant très fidèle de la tradition.\nLa Société française des Amis de la Musique sera traditionnelle et\nlibérale, elle sera avant tout une Société de bien public pour développer\nl'amour de ce grand art ."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c006", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 8, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.5", "titre_corps": "La Société des Musikfreunde de Vienne", "titre_sommaire": "La Société des Musikfreunde de Vienne", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.8", "debut_caractere": 1464, "fin_caractere_exclue": 1992, "texte": "La Société des Musikfreunde de Vienne\n(Lecture faite à la séance du 24 juin par M. J. Ecorcheville.)\nVienne a toujours été la patrie des\nXIXe siècle, en pleine époque napoléonienne, sa passion pour la pra-\ntique du plus sociable des arts n'a\nSociété de bienfaisance créée par les dames de l'aristocratie viennoise\nvoulut donner un concert monstre, au profit des sinistrés de la banlieue,\net pour prêter à cette manifestation un caractère philanthropique, il\nfut décidé de recruter les choeurs et l'orchestre uniquement parmi les"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.9", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1893, "texte": "amateurs. Ceux-ci vinrent en foule\ninouïe pour l'époque, le conceot laissa\nsoit 50.000 francs.\nLe succès prodigieux de cette aud\npour les dilettantes viennois. S il\nfaire sortir une armée de choristes\ncette armée de hasard pouvait remporter\nsa première bataille, que ne pourrait-on\net définitive des amateurs viennois ?\nLes Amis de la Musique étaient\nmillier d'adhérents se firent inscrire\ntaire de la Société de Bienfaisance d\ntuel et le plus précieux collaborateur Amis.\nQuel programme allait sortir de\nUn programme gigantesque et plein\nMusikfreunde définitivement adoptés en 1814- remplissent !t8 pages\nd'imprimerie, et ce n'est pas trop de 96 articles pour exposer le fonction-\nnement'de celte administration compliqu\ncles 2 et 3, ainsi conçus :\nLe but essentiel de la Société est de favoriser le développement de la musique de\ntoutes les façons possibles. La pratique de la musique et les joies quelle peut pro-\ncurer n'entrent qu'en seconde ligne. Pour arriver à ce but, la Société emploiera les\nmoyens suivants : Création d'un Conservatoire. Auditions publiques. Concours.\nRevue musicale. Bibliothèque. Encouragements\nLe même programme essentiel repar\nSociété en 1850, et figure dans le compte rendu de l'exercice 1908-1909,\nqui vient de paraître. Nous pouvons\nfidèlement l'esprit de la Société des Musikfreunde.\nVoyons ce que sont devenus, à travers un siècle d'efforts et de vicissi-\ntudes, chacun de ces desiderata.\nLa publication d'une Revue musicale\nprojet, sauf en 1829, où, pendant un an, les Amis réussirent à mettre au\njour un Bulletin de leur Société.\nLa mise au concours n'a guère do\nciable. En 1861, les Amis proposèrent un prix tout honorifique pour\nune symphonie. Ils reçurent 33 réponses, e Roj]\ncette épreuve.\nQuant aux encouragements, je ne trouve guère que deux composi-\nteurs qui en aient bénéficié : Beethoven et Schubert. Le premier fut"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.10", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2261, "texte": "chargé d'écrire, pour la Société des Amis, un oratorio dont il n'acheva\njamais la composition (si même il l\ncependant les honoraires. Le second avisa en 1826 la Société de l'inten-\ntion où il était de dédier une symphonie aux Amis de la Musique. Le\nBureau eut un beau geste, et répondit aussitôt en envoyant à l'auteur du\nRoi des Aulnes 100 florins,« non poi\nune marque de reconnaissance et d'estim ».\nun mu sommaire de la munificence des Amis, certaines manifestations\ntelles que le service funèbre célébré pou\nfaveur d'un monument des grands maîtres de la musique viennoise, le\nprojet de décerner une solde d'honneur à tout compositeur ayant fait\nexécuter à la Société une de ses œuvres en première audition. On put\nmême considérer comme un tribut diplômes\nd'honneur que les Amis décernèrent en grande pompe à certains musi-\nciens, qui s'en montrèrent flattés (en France, Lesueur, Boieldieu, Ber-\nlioz). Mais ce furent /à, somme toute, des manifestations sans grande\nportée.\nLa Bibliothèque dont parle le Sta\ndes rêves dont les Amis constatent\ntion. La Bibliothèque des Musikfreunde passe, et à bon droit sans doute,\nDour une des plus intéressantes de l'E\ngulière. Son premier fonds de livres lui a été fourni par la ville de\nLubeck et par un musicologue allema\nbeau zèle pour l'entreprise humanitaire des Amis. Puis l'archiduc\nRodolphe, protecteur de la Société, l\nEnfin, de nombreux dons et des achats\ncette collection. A côté des livres il faut signaler un musée d instruments\nanciens, et surtout une admirable série d'autographes des plus grands\nmaîtres de l'art musical.\nArrivons, enfin, au Conservatoire et à /'organisation des Concerts.\nC est là qu'a porté tout l'effort de la Société. C'est là que nous allons voir\nà l'œuvre les Amis de la Musique à\nPour comprendre l'évolution des Musikfreunde\npratique et de lenseignement, ra\ndomine l'institution de 1812.« Nul,\npartie de la Société », dit formellement un article des statuts. Et jusqu'à\nquel point pouvait aller cette susceptibilité, une anecdote nous le prouve.\nEn 1817, quelques journaux ayant annoncé par avance un concert de\nla Société, et donné le nom des exécutants, on vit le comte Aponiy\nécrire au directeur de la police pour se plaindre de cette indiscrétion, et"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.11", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2039, "texte": "demander que la censure officielle s'opposât à toute communication de\nce genre qui n'aurait pas été revêtue\nQue les temps sont changés !\nMais, d'autre part, le mouvement Amis de la\nMusique était trop important Dour se limiter aux fantaisies de quelques\namateurs. Une Société ayant assumé la direction de la vie musicale dans\nle pays de Gluck, de Haydn, de Mozart, de Beethoven et de Schubert,\nse trouvait nécessairement obligée, et malgré elle, de se tenir àla hauteur\nde ses engagements. En d'autres termes, les amateurs furent presque\ncontraints de devenir des professionnels. Le vieux maître Salieri, l'au-\nteur des Danaïdes, représenta un jour au Conseil qu'il était impossible\nd'obtenir de bonnes exécutions chora\nindividuellement formés par de bon\nlui-même un petit manuel à l'usage des Amis de la Musique, et de veil-\nler à ce qu'il fût imposé à tous les\nexécutions. Ainsi furent créés les e\nChant, et enfin le Conservatoire.\nA partir de ce moment, c'est-à-dire\nla Société, nous voyons deux courants se /esMusikfreunde,\ncelui des amateurs et celui de la péd\nnels. Antinomie déplorable et qui mit\ndisparaître.\nEn 18k8, les Amis, à bout de force\nligne de conduite définitive, demandent\nConservatoire auquel ils ne pouvaient subveni\nvatoire disparait, et la Société elle-mê\nnombre de fidèles.\nMais, une fois le calme revenu, après la révolution, les bonnes volon-\ntés renaissent, l'Etat accorde auxMusiklreunde\nd'une loterie pour construire un édific\nreprend à vivre, et continue jusqu'à maintenant une existence assurée.\nRemarquons bien, cependant, au\nMusikfreunde purent se tirer de leurs\nner résolument les organismes de mus\nfessionnels, et créer deux grandes annexes : le Chorverein et /'Orches-\nterverein. L'évolution de la Société\npouvoirs, dont la confusion aurait certainement été fatale aux Amis de\nla Musique. Aujourd'hui, les Musikl'reunde ont un fonds de près de\n900.000 francs. Ils sont peu nombreux, mais riches et puissants.\nTelle est, en quelques mots, l'histoire de cette Société, qui pendant"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.12", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 918, "texte": "cent ans a rendu de si grands services\nsommes en droit, aujourd'hui, de tirer\nun enseignement d'un siècle de l'activité Musikfreunde.\ns'inspire d'un même principe, puisqu'elle\nnon par des praticiens. Elle tend vers\ngramme coïncide, sur certains points,\ncière. Mais les conditions dans lesquelles nous nous trouvons dès notre\nnaissance sont différentes de celles que la vie musicale viennoise offrait\nen 1812. n'avons plus à nous préoccuper\ninstitutions qui existent. Nous n'avons pas le devoir de soutenir direc-\ntement la pratique musicale, ni d'associe\ntants. Bien plus, il nous faut redouter d'entrer en concurrence avec ce\nqui existe déjà, et de tomber ainsi dans l'erreur des Musikfreunde.\nNotre ligne de conduite dans ce sens vient d'être précisée devant vous\npar notre très éminenl Président, avec une sûreté et une hauteur de vues\nauxquelles nous nous plaisons tous à rendre hommage."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c007", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 12, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.6", "titre_corps": "Avantages réservés aux membres de la Société française des Amis de la Musique.", "titre_sommaire": "Avantages réservés aux membres de la Société française des Amis de la Musique.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.12", "debut_caractere": 920, "fin_caractere_exclue": 1876, "texte": "Avantages réservés aux membres de la Société française des\nAmis de la Musique.\nLes avantages que nous avons obtenus jusqu'à présent, et que nous\npouvons porter à la connaissance de tous nos membres, sont les sui-\nvants :\n1° La Revue musicale S. I. M. (B\nParis de la Société internationale de\nà titre gratuit à tous les Amis.\n2a Sur la présentation de leur carte, les Amis bénéficieront des réduc-\ntions suivantes :\nChez M. Max Eschig, 13, rue Laffitte : 10 OjO sur l'abonnement ;\n25 010 sur la musique ordinaire, et 10 010 sur les ouvrages absolument\nnets ;\nChez MM. Rouart, Lerolle et Cie, 18, boulevard de Strasbourg,\n25 OjO sur la musique ordinaire, et 10 o\\o sur les ouvrages absolument\nnets.\nLa liste de tous les Amis de la Musique étant déposée chez MM. Eschig et Rouart,\nnos membres de province n'auront qu'à adresser directement leurs commandes à ces\nMaisons, qui se feront un plaisir de leur envoyer dès maintenant le Catalogue d'ou-\nvrages parus."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c008", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 13, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.7", "titre_corps": "EXTRAIT DES STATUTS", "titre_sommaire": "EXTRAIT DES STATUTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.13", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1308, "texte": "EXTRAIT DES STATUTS\nArt. 3.— La Société se compose d\nfondateurs, de membres donateurs et\nLes membres créateurs sont les pers\nSociété a pris naissance.\nPour être membre fondateur, il fau\nune cotisation minimum de 1000 francs.\nPour être membre donateur, il fa\ndau moins 100 francs.\nPour être membre actif, il faut\n20 francs, rachetablepar un versement unique de\nLa cotisation annuelle de 20 francs est réduite de moitié pour les\nprofessionnels.\nLe titre de membre d'honneur\nd'administration aux personnes qui\nvices signalés à VAssociation, sans quelles soient tenues de payer une\ncotisation annuelle.\nLes dames peuvent faire partie de\ntoutes les fonctions.\n♦\nLes adhésions et communications doivent être adressées à M. Ecorche-\nville, secrétaire général, 6, chaussée d'Antin, Paris.\nMembres ayant lait un don à la Société.\nM. le comte Gaston CHANDON de\nBRIAILLES.\nMme Alexandre ANDRÉ.\nM. le prince A. d'ARENBERG, de\n1 Institut.\nM. Franz CUSTOT.\nMME NOBEL.\nM. Léo SACHS.\nM. Louis BARTHOU, ministre des\nTravaux publics.\nMme Alexandre WEILL.\nM. David WEILL.\nMembres fondateurs.\nM. le comte Gaston CHANDON de\nBRIAILLES.\nM. Fernand HALPHEN.\nMme Théodore REINACH.\nMembres donateurs.\nM. AYNARD.\nM. le baron BOUWENS van der Boi-\nJENS.\nM. DEUTSCH de la MEURTHE.\nMrae Whitney HOFF.\nMME KREBS."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.14", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1504, "texte": "MME H. MORTON.\nMME MÉNARD-DORIAN.\nMM. PLEYEL, WOLF, LYON et CIE.\nMme M. SEMAMA.\nMembres actifs.\nMme ALLAIN-TARGÉ.\nM. Georges ARON.\nM. Léon Pierre AUBEY.\nM. Louis BARTHOU.\nMme Alice BIZET.\nM. Ferdinand BRET.\nM. BLUMENFELD-SCIAMA.\nM. Maurice BOMPARD.\nM. Lucien BING.\nMME Robert BOAS.\nMrae Louise L. BRACH.\nM. Gabriel BRET.\nM. Fleury BRET.\nM. L. BESSANT.\nMme GHABRIÉ.\nM. Arthur de COSTE.\nM. Gaston CARRAUD.\nM. GOOLUS.\nM. le comte Isaac de CAMONDO.\nMme DETTELBACH.\nM. Daniel DREYFUS.\nM. Jules DAVID.\nM. DELMAS.\nM. Fardel DURAND.\nM. d'ELCHTHAL.\nMme J. ECORCHEVILLE.\nMme EDWARDS.\nM. Paul FRANCKEL.\nM. Bertrand FAURE.\nMme FOUCHET.\nM. GENTIEN.\nMRAE E. GUENOT.\nM. G. GAIFFE.\nM. Joseph GUBERT.\nMlle Jeanne GRAND.\nMME la marquise de GANAY.\nM. Armand GLOTZ.\nM. Albert GRADWOHL.\nM. A. GAVIGNOT.\nMme Marcel GIRETTE.\nMme la baronne de GUNSBURG.\nM. GANS.\nMME GAIFFE.\nM. Maurice GANDXLLOT.\nMme la vicomtesse (I'HARCOURT.\nM. Albert HERMANN.\nM. Lucien HESSE.\nM. Bernard HAAS.\nM. Ernest HECHT.\nM. Lucien HARDY-THÉ.\nM. le DR JULIA.\nM. A. KERN.\nM. Ed. KREBS.\nMME Georges KINEN.\nMME Arthur KANN.\nMme Saratine KONINGSWARTER.\nM. KAYSER.\nM. Ernest KADELBOURG.\nM. Albert KAHN.\nM. Maurice KAHN.\nM. Gabriel LEFEUVE.\nMme Gabriel LEFEUVE.\nM. LAIGNOUX.\nM. Frédéric LAUTH.\nM. Albert LEHMANN.\nM. Gustave LYON.\nM. Jules LEY.\nM. Jules LÉON.\nM. Dick MAY.\nM. Robert MORTIER\nM. Louis de MORSIER.\nM. le Dr MICHEL.\nM. Isidore MARX.\nM. Marcel MARX.\nMME MIEG-BAUMGARTNER.\nM. H. MERING.\nM. Eugène MAX.\nM. Henry NEUMANN."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.15", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 947, "texte": "Mme NOBEL.\nM. OUTREY.\nMME PONTREMOLI.\nMRAE PROPPER.\nM. Henry PRUNIÈRES.\nMme PHILIBERT.\nM. A. PORLITZ.\nM. Arthur PREGRE.\nM. le Dr RICHELOT.\nM. Henri G. RICHTER.\nM. L. ROUQUAIROL.\nM. Marcel RITSCHER.\nM. Georges RICHES.\nMme ROLLAND.\nM. Jean RAYNAL.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nM. SCHNEIDER.\nM. Georges SACHS.\nMME SALIN.\nMlle Sophie de SALEMFELS.\nM. Pierre SJNGER.\nMRAE Louis SINGER.\nM. Paul SCIIWAEGERL.\nM. Joseph SCHLOSS.\nM. René STERN.\nM. Julien SCHUMANN.\nM. Henri STERNBERG.\nM. Fred. SILBERER.\nM. SERT.\nM. Louis SCIIOPFER.\nM. Ernest SACHS.\nM. TAUBER.\nM. VIDAL-NAQUET.\nM. Louis VIAL.\nM. Charles VIDAL-NAQUET.\nMME WALLERSTEIN.\nM. Jean WEBER.\nMME Georges WEIL.\nMUC Wornis de ROMILLY.\nM. Eugène WEILL.\nM. André WORMSER.\nM. Jules ZEBAUME.\nMME André FOULD.\nMembres professionnels.\nMme Juliette GOUPIL.\nM. A. GRENON.\nMme Daniel HERMANN.\nMME Michel LOBE.\nMME Jane MORTIER.\nM. Jean MIAILHÉ.\nMUE Clémence OBERLE.\nMLLE PHILIPPE.\nMME PATEY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c010", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 16, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.8", "titre_corps": "A propos de quelques articles sur RICHARD STRAUSS", "titre_sommaire": "A propos de quelques articles sur RICHARD STRAUSS", "signature_source": "Romain Rolland", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1118, "texte": "A propos de quelques articles sur\nRICHARD STRAUSS\n\nSuite (i)\nA la fin de l'article, publié dans le dernier numéro de la\nS. 1. M. où je prenais la défense de Richard Strauss contre\ndiverses attaques de presse, et où j'examinais à nouveau, d'après les\nrenseignements qu'il m'avait fournis, le débat survenu entre lui et\nM. Mariette, au sujet de Salomé (2), je faisais appel à M. Ma-\nriotte pour établir le bien ou le mal fondé de mon argumentation.\nJ'ai reçu la lettre suivante de M. Mariotte, et je m'empresse de\nla publier in extenso (3).\nA M. Romain Rolland.\nLyon, 27 juin 1909.\nMONSIEUR,\nVotre récent article au bulletin de la S. 1. M. se termine par une si\ncourtoise invitation à répondre, que je m'y rends bien volontiers. Aussi\n(1) Voir le numéro de juin dernier.\n(2) Je rappelle qu'il s'agit de la Salomé d'Oscar Wilde, que M. Richard\nStrauss et M. Antoine Mariotte ont tous les deux mise en musique, et de 1 ac-\ncusation portée contre M. Strauss d'avoir voulu étouffer 1 oeuvre de son rival.\n(3) Je profite de l'occasion pour remercier M. Léon Vallas, qui m'a très\naimablement mis en relations avec M. Mariotte."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.17", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2872, "texte": "bien, semble-t-il, avez-vous mis en pratique, en cette fin d'article, le\nprécepte de prudence que vous exprimiez au début, et avez-vous voulu\n« interroger le parti mis en cause ». Je profite donc del'occasion que vous\nm'offrez de ne pas être condamné sans avoir été entendu, fût-ce trop\ntard, et de me dégager du soupçon de mauvaise foi que votre article\nlaisse planer sur moi.\nLe Berliner Tageblatt, que vous citez, se base en effet sur ce que mes\npremières lettres aux héritiers de Wilde datent de janvier 1906 pour\ninférer que la composition de ma Salomé n'a pas dû être antérieure à\ncette époque, et laisser entendre que j'ai voulu seulement me faire de la\nréclame avec le succès de Strauss.\nCette accusation grave est radicalement fausse. L'idée de mon plan\nremonte à 1895, elle est donc antérieure de et j'affirme que\nsi les circonstances ne m'ont permis de terminer ma Salomé qu'après\nl'apparition de celle de Strauss, la mienne fut entièrement conçue et pour\nune grande part réalisée avant la sienne.\nToute cette partie de l'aventure a été narrée plusieurs fois. Puisqu'il le\nfaut, je la résumerai encore rapidement. C'est au cours d'une campagne\ndans les mersde Chine, à bord du Forfait,qu'un camarade me fit connaître\nle poème de Wilde, pour lequel je m'enthousiasmai. Rentré en France\nen 1896, je vins à Paris travailler la composition sous la direction de\nd'lndy. J'y restai 3 ans. En 1899 (entre temps, en 97, j'avais démissionné),\nje quittai Parispourvenir m'installer à Saint Etienne; et enfin, en 1902,\nje fus nommé professeur au Conservatoire de Lyon. Au cours de ces six\nannées je n'avais cessé de penser à ma et d'en préparer la com-\nposition. Plusieurs petites compositions de cette époque ne furent que\ndes esquisses préparatoires à l'œuvre projetée. C'est ainsi qu'une mélo-\ndie écrite en 1898, et publiée depuis par la maison Janin, de Lyon,\ndéveloppait mon futur « thème du désir », et présentait la matière du\nduo : Salomé-lokanaan.\nUne fois à Lyon, nanti d'une situation plus solide et meilleure, et me\nsentant moi-même plus en possession de mon métier, je pus enfin, et\nchaque année davantage à mesure que ma situation s'améliorait, me con-\nsacrer d'une façon plus suivie à la .réalisation du projet si longtemps\ncaressé, et c'est de cette époque que date vraimentla composition effective\nde ma Salomé.\nA ceux qui s'étonneraient de la lenteur de mon travail, ma réponse ne\nsera malheureusement que trop facile: quand on est professeur en pro-\nvince, que l'on passe ses journées à donner des leçons, que l'on a par\nsurcroît à organiser des concerts, à diriger une société symphonique et\nà travailler son piano, je vous assure qu'il faut déjà pas mal d'énergie\npour pouvoir composer, si lentement que ce soit, une œuvre de longue\nhaleine.\nEn fait, ma Salomé fut achevée définitivement à la rentrée d'automne"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.18", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2756, "texte": "de 1906, et je suisbien obligé de me déclarer incapable d'avoir pu l'écrire\nen 9ou 10 mois, quand je constate qu'il m'a fallu 25 mois de travail\nexclusif pour écrire mon second opéra, le Vieux Roi, cependant plus\ncourt, et dont l'écriture beaucoup moins surchargée m'était en outre\nfacilitée par l'expérience acquise avec mon premier ouvrage.\nMais alors, dira-t-on, pourquoi n'avoir pas écrit plus tôt aux héritiers\nde Wilde ?\nIl est vrai que j'ai commis l'ai-je jamais nié ? l'impardonnable\nfaute de commencer ma Salomésans m'être assuré la propriété du livret.\nLes marins sont souvent candides dans la vie civile ; peut-être aussi\nune certaine insouciance naturelle pourrait-elle me servir d'excuse ;\nmais il y a aussi une autre raison. Quand je revins en France, en 1906,\nla Salomé de Wilde était sinon inconnue, du moins si épuisée qu'il me\nfut impossible d'en trouver un exemplaire. Je dus travailler et établir\nmon livret, (le détail est même amusant), d'après un manuscrit copié\npour moi par un fourrier de la marine I Je crus donc bénévolement que\nce poème introuvable était assez oublié, qu'il y avait beaucoup de chances\npour que les exemplaires en fussent ensevelis dans des bibliothèques de\nlittérateurs, et bien peu pour qu'un musicien pût le connaître et être\ntenté de le mettre en musique ; et, sans plus de soucis, je me mis au\ntravail. Aussi lorsque, parle hasard d'une lecture, en décembre 1905,\nj'appris l'apparition à Dresde d'une nouvelle fut-ce pour moi\nune stupéfaction autant qu'un effondrement 1 Le temps de vérifier la\nnouvelle, de me procurer les noms, puis les adresses, des héritiers de\nWilde, le temps d'être renvoyé de l'un à l'autre.... cela me mena bien\njusqu'en janvier 1906.\nVoilà donc quel fut mon tort, mon seul tort. Mais s'il fut considé-\nrable, il ne porta préjudice qu'à moi-même, et j'en ai supporté sans\ncolère le châtiment mérité.\nCar il faudrait pourtant s'entendre, et il y a des choses si évidentes\nqu'on ne devrait pas avoir besoin de les remettre au point.\nSi, plus attentif au côté juridique des choses d'art, je n'avais pas\nnégligé de m'assurer en temps utile la propriété de la de Wilde,\nmon « affaire » n'aurait pas pu naître, la de Strauss elle-même\nn'aurait pu voir le jour, et, très sincèrement, je trouve que c'eût été\nregrettable.\nPour que l 1 « affaire » ait pu prendre naissance, et que j'aie été obligé\nd'en passer par les conditions qui me furent imposées, il fallait que je\nfusse dans mon tort légal. Strauss avait la loi pour lui. On ne lui a\njamais adressé le ridicule reproche d'avoir été dans son droit strict, mais\nbien celui, plus compréhensible, vu les circonstances de ma cause, d'en\navoir usé sans générosité... Mais je continue.\n\n2"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.19", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 3030, "texte": "Même en jenvier 1906, tout n'était pas perdu, et Fiirstner n'avait pas\nencore le monopole de Salomé.La première réponse de Russell fut de\nm'accorder l'autorisation demandée moyennant une part des droits, et\nle versement d'une « avance de commission » assez élevée. Si donc, à ce\nmoment, au lieu d'être un professionnel désargenté, j'avais été l'amateur\nque vous voulez bien me supposer, je n'aurais eu qu'à m'empresser de\npayer, et il y aurait en deux Salomé légale Malheureusement je n'étais\nguère en état de verser sur l'heure la forte somme. Après réflexion, je\nrépondis à Russell que son « avance de commission » me paraissait un\npeu exagérée, et que j'attendrais pour discuter cela que mon opéra fût\nachevé et accepté dans un théâtre. Je ne me souciais pas eneffet de risquer\nune perte sèche, car loin d'escompter pour moi une réclame fondée sur\nle succès de Strauss, j'avais peur que cela ne me rendît impossible l'accès\nd'un théâtre. C'est même pour cette raison que, lorsque ma Salomé fut\nachevée, je n'essayai pas tout de suite de la faire jouer, et je l'envoyai au\nconcours dela Ville de Paris de 1906. [A ce concours, dont vous pourrez\nlire le rapport officiel, ma Salomé,malgré d'excellentes notes, fut refusée\nd'office, précisément à cause de celle de Strauss.]\nDans l'intervalle, les situations respectives des héritiers de Wilde subis-\nsaient diverses transformations. La propriété des œuvres passait à\nMethuen, qui vendait à Fiirstner le privilège de (Leur traité\ndoit être de juillet 1906, ou plutôt, si je ne me trompe, d'octobre.) Bref,\nquand je revins à la charge, je me trouvai acculé à l'impasse que vous\nsavez.\nQue faire ? Ainsi que me l'écrivait Rob. Ross, dont je me plais à recon-\nnaître ici la constante courtoisie, mon sort dépendait désormais du seul\net unique Strauss. Je me résignai donc à l'inévitable, et pris le parti d'ex-\nposer simplement ma situation à Richard Strauss, lui demandant son\nautorisation, et m'en remettant, pour les termes de cette autorisation, à\nsa générosité.\nNotez bien que je n'ai jamais parlé et ne pouvais pas parler de repré-\nsentations privées, pour lesquelles, du reste, aucune autorisation n'était\nnécessaire ; notez aussi que s'il fut question d'abord de représentations\nlimitées à la province et à un certain nombre de villes, puis ensuite de\nreprésentations limitées à la seule ville de Lyon, c'est qu'on ne me per-\nmettait pas d'espérer davantage. Et puis, au fait, cela me suffisait, car\nj'étais las de toutes ces histoires et ne demandais qu'une chose : être\njoué. Je savais trop, en effet, que l'œuvre de début d'un compositeur\ndramatique, fût-il Wagner ou même Richard Strauss, est le plus souvent\nun four, pour espérer un grand succès, et je n'avais aucune ambition\npour mon œuvre. D'un autre côté, j'avais à cœur de ne pas perdre le\nfruit de longues années de travail : je voulais surtout « m'entendre » et\nprofiter de cet enseignement unique et précieux que donne à un compo-\nsiteur l'audition de son premier ouvrage."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.20", "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 2688, "texte": "Ma lettre à Strauss resta quelque temps sans réponse ; puis il se décida,\net le 3o mai 1507 m accorda l'autorisation généreuse et absolue que vous\nreproduisez d'après sa lettre même.\nLogiquement, ce beau geste semblait devoir terminer l'aventure. C'est\npourtant ici qu'elle commence à se corser.\nTout joyeux, je remercie chaleureusement Strauss, et me mets en\ndevoir de présenter ma S aloméà divers théâtres de province. J'ai bien-\ntôt le bonheur de voir aboutir mes démarches auprès des directeurs du\nThéâtre de Lyon ; et le 4 septembre 1907, la création de mon opéra est\nannoncée pour l'hiver.\nLa joie fut courte : deux semaines plus tard nous recevions, les direc-\nteurs et moi, l'interdiction de M. Fûrstnerl Quoi ! l'autorisation de\nStrauss ne valait donc rien ? Il paraît. Mais Strauss, en me la donnant,\navait « oublié» ce détail.\nCette excuse de l'oubli semble vous satisfaire. J'avoue cependant que\nj'ai plus de peine à l'admettre, et qu'il m'est difficile de croire qu'un\nhomme de l'autorité d'un Richard Strauss en soit si démuni vis-à-vis de\nson éditeur !\nQuant à l'oubli, comment l'expliquer ? Voici une demande d'autori-\nsation : si je l'adresse, c'est qu'elle m'est nécessaire. Si elle m'est néces-\nsaire, c'est que Salomêne m'appartient pas, mais bien à un autre, qui\nest Furstner. Alors ? Comment Strauss n'y a-t-il pas pensé ? Comment\na-t-il pu l'oublier pendant trois mois me laissant pendant ce\ntemps faire des frais de copie et m'engager dans des pourparlers\navec des directeurs de théâtre, pourparlers dont la rupture brutale pou-\nvait me mettre dans une situation bien délicate ?\nIl y avait à ce moment la matière d'un procès possible ; et bien des\ngens, plus tard, m'ont reproché de ne pas l'avoir intenté. Je vous assure\ncependant que je n'y ai même pas pensé. J'aurais rougi d'entrer dans\nune mesquine lutte d'intérêts avec un artiste dont je sais comme vous\napprécier la valeur, et, comptant sur la sincérité de son bon vouloir, je\npréférai faire un nouvel appel àsa générosité.\nLe 21 octobre, Strauss me répond... en retirant son autorisation\ndans les termes suivants :\n« C'est pourquoi je ne suis pas en QUE\nJE vous FAISAIS ESPÉRER, et je regrette...etc.. » Je reproduirai la suite tout\nà l'heure ; mais cette première phrase vaut qu'on s'y arrête, surtout si on\nla met en regard de l'autorisation du 3o mai, prise dans votre propre\narticle :\n« Jouez votre œuvre où et aussi souvent que vous voudre\\. »\nQue s'était-il donc passé ? Et pourquoi Strauss revenait-il ainsi sur\nson beau geste ? A cela, trois hypothèses permettent de répondre. Elles\nme sont fournies toutes trois par cette même lettre du 21 octobre 1907,"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.21", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2786, "texte": "dont la phrase citée plus haut n'est que la conclusion. Les voici :\ni° Ma Saîomé aurait empêché la création à Lyon de celle de Strauss.\nJe suis autorisé par les directeurs de Lyon à démentir cette assertion, de\nla façon la plus formelle. Les pourparlers ont été à peine ébauchés. Les\ndirecteurs s'étaient simplement informés de ce que l'œuvre de Strauss\nleur coûterait, et surle vu de la réponse, se sont empressés d'abandonner\nleur idée. D'ailleurs, m'autorisant, moi Lyonnais, à me faire jouer,\nStrauss ne pouvait s'étonner que je le sois à Lyon.\n2° J'aurais, dans une lettre à Fùrstner, « parlé de /'exploitation finan-\ncière de mon œuvre. » A vrai dire, je n'ai jamais bien compris cette\ndeuxièmeobjection. Dequelle exploitation veut-il parler ? J'écarte encore\nune fois, bien entendu, l'idée des représentations privées ; cela ne tient\npas debout. Mais si l'on joue un opéra dans un théâtre, il est bien néces-\nsaire que ce soit le résultat d'une exploitation financière de ce théâtre\npar les directeurs dudit théâtre ! Mais pour l'auteur 1!! vrai, je ne com-\nprends pas. Dans toutes mes lettres à Furstner je n'ai jamais prononcé\nle mot d'argent que pour lui en offrir (pas beaucoup, il est vrai) sous\nles espèces de mes modestes droits d'auteur.\n3° Reste la troisième hypothèse, et c'est sans doute la bonne. Richard\nStrauss lui-même l'a réservée pour la fin, et voici, au complet, la conclu-\nsion de sa lettre :\n« et je regrette vivement que vous aye\\ créé une telle situation,\nvous, par votre lettre à Furstner (i), et vos amis, par l'article du\nFIGARO. »\nL'article du Figaro ! Le voilà, le véritable grief !\nAussi bien, tout s'élucide : l'annonce de ma dans les journaux\nde Lyon est du 4 septembre, l'article du Figaro du 11, et l'interdiction\ndu 16.\nCet article, je viens de le relire et ne puis comprendre qu'il ait pro-\nduit un tel effet. Il était parfaitement courtois et se bornait à raconter\nmes premières vicissitudes. L'auteur, M. Emile Berr, ne me connaissait\nmême pas. Le hasard d'une rencontre, dans un salon parisien, l'avait\nmis en présence d'un officier de marine, précisément celui qui m'avait\nfait connaître Salomé,et celui-ci lui avait raconté mon histoire. M. Berr\ns'y était intéressé et avait voulu la faire connaître. C'est tout.\nIl faut bien croire cependant que Strauss avait pu prendre ombrage de\ncet article et que c'était là son vrai grief, puisque 17 mois plus tard il\ncontinue, dans la lettre que vous reproduisez, à me reprocher mes amisl\nLe docteur Richard Strauss, qui peut s'offrir, pour sa défense, un cham-\npion de la taille d'un Romain Rolland, songerait-il à m'interdire d'avoir\ndes partisans, à moi qui en ai bien plus besoin que lui ?\n\n(i) La lettre où j'aurais parlé d' « exploitation financière »."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.22", "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 2911, "texte": "Et l'on s'étonne, en y réfléchissant, de devoir constater l'importance\nprise en cette affaire par les articles de journaux.\nPuis, chose curieuse, ces malheureux articles arrivent toujours à point\npour arrêter net dans leur élan les bons mouvements de Furstner-\nStrauss... C'est une succession de coïncidences vraiment étrange.\nJe ne puis que le constater et déplorer le phénomène ; mais vous me\nmépriseriez certainement tout le premier, et avec raison, si pour cela je\nreniais mes amis connus ou inconnus.\nAu fait, quand j'emploie le mot « déplorer », c'est une façon de parler.\nJe ne me plains de rien, pas même de Strauss et de ses amis. Je regrette\nseulement, quand, par deux fois, je lui ai donné l'assurance que j'étais\nétranger aux attaques dont il était l'objet, qu'il ne m'ait pas fait l'honneur\nde me croire. N'est-ce pas uneattitude un peu mesquine, enfinde compte,\nque de toujours croire les gens prêts à mordre ou à faire mordre, que de\nles soupçonner en proie aux démons de l'Envie et de la Haine.\nLes gens ne sont pas si méchants, et pour mon compte l'attitude de par-\nfait silence préconisée par Strauss fut précisément la mienne, intégrale-\nment. Mes seuls rapports avec la presse se sont bornés, quand je l'ai pu,\nà prier les critiques de s'abstenir de toute attaque. Les journaux de Lyon\net Marseille en font foi. Quand j'ai été prévenu à temps, j'ai même em-\npêché la publication d'articles,— le fait s'est produit avec une revue pari-\nsienne et avec un journal de Toulon. J'ai décliné les offres qui m'ont été\nfaites de publier des fragments de ma et même d'en donner des\nauditions privées... Que voulez-vous de plus pour prouver la tranquille\nbonne foi de ma conduite ?\nJe ne sais pas prévoir l'avenir, et il m'était difficile d'arrêter des articles\nqui paraissaient sans crier gare, et signés le plus souvent par des journa-\nlistes que je connaissais aussi peu que vous me connaissez vous-même.\nVous me dites maintenant que, sans mes amis, Strauss m'aurait ac-\ncordé la liberté de Salomé. C'est possible, mais je ne la lui ai même pas\ndemandée. Depuis longtemps j'ai cessé d'écrire autre chose que les for-\nmules de politesse, malgré tout requises, à un homme qui se dérobait tou-\njours, même quand je fus le voir à Berlin ; et quant à Fiirstner... je\ncrois qu'il est mort. Son dernier souvenir, je veux dire sa dernière lettre,\na rapport au sort de mon matériel. Ce matériel, partitions d'orchestre et\ndepiano, rôles, parties d'orchestre... etc. (en tout un millier de francs de\ncopie) n'est pas encore détruit, il est vrai ; il est déposé sous scellés dans\nune banque de Berlin. Mais Fiirstner m'écrivait àce sujet, sans inutile\naménité, « qu'il se réservait toujours,\nle détruire » (1). J\n\n(i) Dans une nouvelle lettre du 29 juin, M. Mariotte apporte lui-même ce\ncorrectif au renseignement donné ci-dessus :\n« Sur la question du matériel, la m"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.23", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2366, "texte": "Et voici la fin de 1' « affaire ». Après de multiples démarches, j'ai obtenu\nenfin la permission d'entendre mon premier opéra, et j'en remercie\nRichard Strauss. J'avais commis une grave faute de négligence, je l'ai\nexpiée par de cruelles vicissitudes. J'estime que nous sommes quittes.\nLa leçon m'a coûté cher, mais elle fut bonne et portera ses fruits.\nEt maintenant, au travail.Je n'ai pointl'ambition dedemeurer jusqu'à\nma mort « l'homme de la Saloméfrançaise », et préfère m'en tenir à la\nparfaite conclusion de l'article du Figaconclusion que je me permets\nde reproduire ici :\n« Attendons de juger son œuvre, et ainsi nous saurons si l'enseigne\nMariotte eut raison ou tort de quitter, il y a dix ans-, la marine pour faire\ncampagne dans la musique ».\nOn jugera autre chose que Salomé.Voilà tout\nA. MARIOTTE.\nLa lettre qu'on vient de lire établit avec une clarté parfaite\nl'absolue bonne foi de M. Mariotte, dont personne n'a jamais\ndouté; —et elle inspire une grande sympathie pour ce courageux\nartiste, qui a sacrifié sa carrière d'officier à sa vocation musicale,\nqu'il sert avec tant d'abnégation ( 1 ).\nCertains points du débat restent encore un peu obscurs, et le\nresteront, tant que les lettres échangées des deux parts ne seront\npas intégralement publiées. Nous aurions besoin, par exemple,\nd'avoir sous les yeux le texte complet de la lettre de Richard\nStrauss, du 21 octobre 1907, qui énumère ses griefs, —et surtout\ncette lettre de M. Mariotte à l'éditeur Furstner (2), qui semble\navoir amené la rupture.\nMais nous en savons assez maintenant pour voir que la pre-\nmière cause du malentendu a été une négligence extrême de l'un\n\nsoit, n'était en somme qu'une mesure purement vexatoire, car évidemment le ma-\nnuscrit de ma partition d'orchestre n'a jamais quitté mon bureau. » (R. R.)\n(1) M. Mariotte se plaint que je lui aie donné le titre « d'amateur ». Il a\nraison. J'ai mal exprimé ma pensée. J'ai voulu dire seulement qu'aux yeux d'un\nRichard Strauss, dès l'enfance élevé dans la musique, un ancien officier de\nmarine, qui laisse l'armée pour se faire musicien, devait paraître un amateur,\net ne pouvait beaucoup inquiéter son orgueil, que pas grand chose n'in-\nquiète.\n(2) Voir, dans la lettre de Strauss du 21 octobre 1907, le passage cité plus\nhaut: « Je regrette vivement que vous\nlettre à Fïïrstner... »"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.24", "debut_caractere": 43, "fin_caractere_exclue": 2438, "texte": "comme de l'autre des deux auteurs de Salomé, dans leurs pre-\nmières négociations. M. Mariotte en convient, pour sa part, avec\nbeaucoup de bonne grâce. Mais il ne l'admet point pour Strauss.\nIl ne peut concevoir qu'un homme de sa valeur puisse donner une\nautorisation, sans penser qu'il n'en a pas le droit, et ne s'en avise\nque. trois mois après. Cela ne m'étonne guère, moi qui non seu-\nlement connais l'insouciance de Strauss, mais qui ai vu tant de\ncas analogues parmi les artistes. M. Mariotte en veut-il des exem-\nples ?Je puis lui en offrir autant qu'il en voudra. C'est, entre\nautres, un romancier anglais, (le plus grand à l'heure actuelle),\nqui donne àun de mes amis l'autorisation exclusive de traduire en\nfrançais une de ses œuvres ; après deux ans de travail, quand les\ntraités sont signés avec un éditeur, le romancier découvre qu'il\navait déjà donné l'autorisation à un autre traducteur français, qui\nvient, lui aussi, d'achever le travail. +— Voici un autre exemple,\nplus personnel : Il y a quelques mois, j'apprends qu'une traduc-\ntion anglaise d'un de mes livres vient de paraître, sans que j'en\naie été avisé. Je me plains au traducteur, qui m'exhibe une autori-\nsation que je lui avais accordée, il y a quelques années, et dont\nj'avais perdu le souvenir. Il faut admettre qu'un artiste n'ait\npas toujours beaucoup d'ordre ; et même s'il en a, je pose en fait\nqu'il passe souvent par certaines périodes de complet oubli. C'est\npourquoi Dieu a créé les éditeurs, afin de veiller sur les intérêts\ndes artistes, (par pure bonté, comme chacun sait). Dieu avait créé\nsans doute M. Fiirstner pour veiller sur les intérêts de Richard\nStrauss. M. Fiirstner s'est acquitté de sa tâche, en bon intendant,\nqui ne fait pas aimer le maître qu'il défend. Et, comme c'est\nl'habitude, le maître, qui trouve très commode d'être défendu,,\nlaisse faire, sans s'inquiéter comment.\nCertes, je n'approuve point ce système; et je regrette que Strauss\nn'ait pas considéré son engagement vis-à-vis de M. Mariotte\ncomme le liant plus encore que son engagement vis-à-vis de son\npuissant éditeur, précisément parce que M. Mariotte était plus\nfaible. Mais enfin, s'il est vrai, comme on le dit, que chez les Fran-\nçais, le premier mouvement soit toujours le meilleur, (ce que je\nn'affirme point) chez les Allemands, c'est souvent le second\nqui est le bon ; et je suis certain que l'affaire se fût galamment"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.25", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1586, "texte": "arrangée entre deux artistes loyaux, comme M. Mariotte et\nRichard Strauss, sans le rôle qu'ont joué là certains critiques.\nAu lieu de chercher à apaiser l'affaire, ils ont semblé prendre\nplaisir à l'envenimer; ils y ont jeté, avec les renseignements fournis\npar M. Mariotte, leurs appréciations personnelles, fort malveil-\nlantes pour Richard Strauss, le tout amalgamé de telle sorte\nqu'il était impossible à un lecteur impartial de croire que M. Ma-\nriotte ne fût pas l'inspirateur de cette polémique. Je vois, par sa\nlettre d'aujourd'hui, qu'il y a toujours été étranger. Mais je ne\nsuis pas très surpris que Strauss ait pu s'y tromper. Quand\nM. Mariotte, indigné que Richard Strauss n'ait pas été convaincu\npar son attestation, s'écrie : « N'est-ce pas une attitude un peu\nmesquine, en fin de compte, que de toujours croire les gens prêts\nà mordre ou à faire mordre ?» il me semble que j'entends\nStrauss répondre : « Vous me la baillez belle! Mais, en fin de\ncompte, je suis mordu ! »\nLa morale de l'histoire, c'est que, dans une discussion entre\nartistes il faut se défier des tiers (éditeurs ou journalistes). On a\nbrouillé à plaisir une affaire qui eût été éclaircie très vite, si les\ndeux artistes avaient pu se parler un peu intimement, ou exposer\neux-mêmes leur cause, comme l'a fait, dans le dernier numéro de\ncette revue, Richard Strauss, comme vient de le faire aujour-\nd'hui M. Mariotte. Et je ne perds point tout espoir de les voir,\nquelque jour, redevenus amis, pourvu que nous ne nous en\nmêlions plus, nous autres !\n\nRomain Rolland."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c013", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 26, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.9", "titre_corps": "Qu'est-ce que la Gymnastique rythmique?", "titre_sommaire": "Qu'est-ce que la Gymnastique rythmique?", "signature_source": "Jean D'Udine", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1382, "texte": "Qu'est-ce que la Gymnastique rythmique?\n\nIl est d'expérience courante que, pour chanter régulièrement,\ntout au moins pendant que l'on apprend une nouvelle mélodie, le\nmeilleur moyen est de « battre la mesure ».\nOn est sûr, ou l'on se croit plus sûr, en exécutant ces mouve-\nments conventionnels et répétés du bras ou de la main, de con-\nserver une vitesse constante, sans presser ni ralentir, et de\ndonner bien exactement aux notes leurs valeurs relatives. Un\nvioloniste ou un flûtiste qui étudie un morceau bat de même la\nmesure avec le pied pour assurer la régularité de son jeu.\nRéciproquement, si l'on veut obtenir que des soldats, des\nmarins, des ouvriers, effectuent des mouvements réguliers à la\nrevue, dans la mâture ou sur les quais, on leur joue de la musique,\non les fait chanter, on les dirige avec les modulations d'un sifflet.\nEnfin, pour obtenir d'un orchestre, d'un chœur, d'une équipe\nde rameurs ou d'une troupe de gymnastes un ensemble précis,\nune parfaite régularité de sons ou de mouvements, on bat la\nmesure devant eux.\nIl y a donc, au point de vue de la régularité de nos activités\ndiverses, une parfaite solidarité entre les renseignements qui nous\nsont fournis par notre sens musculaire, par nos oreilles et par nos\nyeux.\n\nNos oreilles,\nnos yeux, no-\ntre sens mus-\nculaire nous\npermettent é-\ngalement de\ncontrôler la ré-\ngularité des di-\nvisions de la\ndurée."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.27", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2645, "texte": "En battant la mesure et en la r battre, nous faisons de\nla musique plus régulière.\nEn écoutant jouer de la musique et en battre la\nmesure, nous exécutons des mouvements plus réguliers.\nEn écoutant jouer une musique et en effectuant des régu-\nliers, nous divisons plus régulièrement (i).\nLeurs activités étant solidaires, le sens musculaire, l'ouïe et la\nvue s'exercent à la fois chez l'enfant, et chacun de ces trois sens\nsert à contrôler les données des deux autres. C'est ainsi que le\nsens musculaire et le sens visuel combinés, nous permettant de\ndiviser régulièrement l'espace, apprennent à notre oreille à recon-\nnaître les divisions régulières de la durée, et réciproquement.\nJusqu'à un certain âge, le petit enfant exécute inconsciemment\nces expériences simultanées. Il arrive de la sorte à marcher à peu\nprès régulièrement, à exécuter des séries de mouvements à peu\nprès égaux comme force, à apprécier à peu près exactement les\ndistances, à pouvoir les partager en parties à peu près égales, à\nchanter et à compter à peu près régulièrement et à pouvoir gra-\nduer à peu près toutes ces divisions de l'espace ou du temps,\nen augmentant ou en diminuant progressivement l'amplitude de\nses pas, l'intensité de ses gestes, ses divisions de la durée sonore\nou de l'étendue.\nCette faculté de diviser l'espace et le temps au moyen de nos\ndivers sens et de graduer les divisions ainsi opérées est essentiel-\nlement le sens rythmique.Et l'on peut dire que les premières\nannées de la vie humaine se passent exclusivement à cultiver ce\nsens.\nMalheureusement, au bout de quelques années, cette éducation\ncommune s'arrête. Non seulement les parents et les maîtres de\n1 enfant n'utilisent pas les relations de ses différents sens les uns\navec les autres, pour obtenir de son jeune corps une parfaite coor-\n\nLes premiè-\nres années de\nla vie humaine\nse passent à\ncultiver notre\nsens rythmi-\nque , c'est-à-\n-dire notre fa-\ncultéde diviser\nrégulièreme n t\nle temps et\nl'espace.\nL'éducation\ndu sens ryth-\nmique com -\nm e nc é e par\nl'enfant, au\nmoyen de tous\nses sens à la\nfois , s'arrête\ndès qu'on lui\nenseigne cha-\nque art isolé-\nment.\n\n(i) Tous les acrobates, qui exécutent des jeux basés sur l'appréciation\noptique des distances, le savent. Ils se font accompagner par de la musique\npour réussir leurs tours d'adresse, ou du moins « comptent » mentalement en\nles exécutant, ce qui est une manière de diviser acoustiquement la durée. De\nmême pour faire à main levée un dessin décoratif régulier (division optique de\nl'espace), le meilleur moyen est de régler le mouvement musculaire des doigts\npar un chant mental."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.28", "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 2590, "texte": "dination de mouvements et un affinement organique dont il\nprofiterait toute la vie, ni pour introduire dans son cerveau des\nhabitudes de précision dans la mesure du temps et de l'espace\ndont bénéficieraient toutes ses facultés, tant artistiques que philo-\nsophiques et littéraires. Au contraire, sous prétexte de bienséance\net de bonne éducation, on s'efforce, dès que le petit garçon et la\npetite fille ne sont plus des bébés, d'entraver toutes les expé-\nriences musculaires, sauts, course, marche à quatre pattes, cul-\nbutes, gestes amples, etc., qui affineraient chez eux le sens de\nl'équilibre et de la motricité et perfectionneraient, par là même,\nleur sens optique de l'étendue et leur sens acoustique de la durée.\nDe leur côté, les maîtres de musique et de dessin commencent et\npoursuivent la culture de l'ouïe et de la vue en spécialistes totale-\nment désintéressés des manifestations générales de la vie. Ils\nisolent les sens de l'élève les uns des autres, et ne prennent aucun\nsoin de lui faire percevoir comment les phénomènes musicaux et\nplastiques se rattachent au sens musculaire, et, par lui, à l'activité\nhumaine tout entière. Chaque organe est ainsi cultivé en\nserre chaude. L'œil ne profite pas des indications précieuses,\nessentielles même, que l'oreille et le toucher pourraient lui fournir;\nsa vue et le toucher ne contrôlent aucunement les habitudes\nrythmiques que l'oreille contracte en se basant sur les données\nfournies par quelques exercices musculaires prématurément aban-\ndonnés. Enfin notre corps ne tirant aucun profit des études\nartistiques poursuivies durant notre adolescence, quand nous\narrivons à l'âge adulte, nous sommes habitués à nous contenter,\ndans la vie physique, d'un minimum de force et d'adresse qui nous\ndéconcertent, si les circonstances nous font constater notre mala-\ndresse et l'absence complète d'autorité de notre cerveau sur nos\nattitudes et nos mouvements.\nTous les parents sont convaincus que leur enfant sait marcher\net courir, quand il ne tombe plus par terre au moindre obstacle,\nou qu'il pousse tant bien que mal son cerceau devant lui. La\nplupart du temps ils ne connaissent même plus le corps de cet\nenfant, dès que celui-ci atteint l'âge où il se lave et s'habille seul.\nC'est trop souvent avec un sentiment de consternation que le père\ns'aperçoit, si on le lui montre en maillot, combien le corps de son\n\nLa mal a-\nciresse corpo-\nrelle résulte fa-\ntalement d'une\néducation où\nles sports eux-\nmêmes ne dé-\nveloppent ni\nle sens ryth-\nmique ni la\ngrâce plasti -\nque des mou-\nvements."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.29", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2597, "texte": "garçonnet ou de sa fillette est chétif. Et c'est toujours avec désap-\npointement qu'il reconnaît, à la première expérience bien faite, que\ncet entant n'est capable ni de marcher régulièrement, avec mesure\net équilibre, ni de mouvoir ses membres au commandement, sans\nune gaucherie et des hésitations incroyables.\nSans doute les sports, si fort en honneur depuis quelques\nannées, évitent ou réparent en partie le dommage. Mais les sports\neux-mêmes sont cultivés comme une « spécialité » musculaire,\nsans que l'on associe à la notion dynamique de mouvement ni la\nnotion du rythme musical ni la notion de la grâce plastique, qui\nne devraient jamais en être séparées.\nAinsi l'expérience courante, dont je parlais en tête de ces pages,\nne nous sert absolument à rien, puisque nous continuons à\nexercer nos sens musculaire, musical et plastique isolément, et\nnon point en fonction les uns des autres, ce qui décuplerait l'in-\ntensité de leur rendement, l'intérêt de leur culture et la puissance\nde leurs expressions respectives.\nLa GYMNASTIQUE RYTHMIQUE a pour but de remédier à cet état de\nchoses et de coordonner les différents facteurs de l'éducation. Son\nprincipe est d'associer à chaque rythme sonore, perçu par l'oreille,\nun ou plusieurs mouvements qui créent, dans tout ou partie de\n1 organisme, un rythme musculaire parfaitement s/nchroniquek ce\nrythme sonore, c est-à-dire tel que chacun de ces mouvements\ns'exécute rigoureusement en mesure et coïncide parfaitement\ncomme durée avec la durée de chacun des sons musicaux.\nLe geste du chef d'orchestre battant la mesure et celui du soldat\nmarchant au pas ont servi à M. Jaques-Dalcroze de point de départ\npour cette division corporelle de la durée. Prenons un rythme\nmusical très simple: par exemple celui produit par une série de\nnoires dans une marche à 4 temps. Si nous jouons cette marche\nsur un instrument, ou si nous la chantons, nous donnerons à\ntoutes les notes qui la composent des durées à peu près égales.\nMais ce ne seia qu un à peu près, dont l'effort musculaire, exigé\npar l'émission du son, assurera tant bien que mal la régularité.\nEt, pour peu que nous ne soyons pas doués d'un sens rythmique\ndéjà bien développé par l'exercice de toutes nos facultés physiques,\ncette régularité ne sera que très approximative. Au contraire, réa-\n\nLa Gymnas-\ntique rythmi-\nque a pour but\nd'établir, dans\nnotre cerveau,\nune associa-\ntion intime et\nrégularisatrice\nentre les di-\nverses durées\nsonores et\ncertains mou-\nvements suc-\ncessifs leur\ncorrespondan t\nstrictement\nlant comme\nduréeque com-\nme intensité."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.30", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2725, "texte": "lisons cette même marche corporellement, en faisant un pas par\n« noire » et en battant avec les bras la mesure à 4 temps : immé-\ndiatement nous serons frappés des irrégularités de notre propre\ndémarche, parce que notre sens rythmique est beaucoup plus\nsensible aux indications fournies par des mouvements intéressant\ntous nos membres que par celles provenant de quelques contrac-\ntions du gosier ou des doigts, et nous parviendrons sans peine à\ncorriger ces irrégularités.\nSi nous répétons cet exercice un certain nombre de fois, nous\nacquerrons forcément une perception plus nette de la durée. Et\nsi nous l'avons exécuté au son de la musique, il se sera fait dans\nnotre cerveau une association intime et régularisatrice entre nos\nefforts musculaires successifs et les durées sonores correspon-\ndantes. Nous ne marcherons pas seulement plus régulièrement,\nnous saurons aussi chanter et jouer une marche avec plus de\nsûreté rythmique. En d'autres termes, et pour nous servir d'un\nexemple banal, un bon valseur jouera mieux une valse qu'un\nmusicien même excellent qui n'aurait jamais valsé.\nSi l'on peut représenter corporellement, par des pas et des\nmouvements de bras égaux, des durées sonores égales, on con-\nçoit qu'il est également possible de représenter, par des mouve-\nments et par des gestes appropriés, les durées sonores ou les\ndessins rythmiques inégaux. Toute la méthode de M. Dalcroze,\ndifférant en cela des gymnastiques pratiquées au son du piano\ndans certains pays, ou de la danse, danse de salon ou de théâtre,\ntelle que la conçoit notre civilisation, consiste précisément à exiger\ndu corps de l'élève non pas un synchronisme global avec les\nrythmes musicaux concomitants, mais un synchronisme ana-\nlytique et rigoureux. Quand des soldats défilent aux accents d'une\nmarche militaire, ils exécutent continuellement un pas par temps,\net si la mélodie de la marche renferme des durées plus longues,\ndes notes se prolongeant, par exemple, 2 temps, 3 temps ou 4\ntemps (en langue musicale, des blanches, des blanches pointées ou\ndes rondes), la marche des soldats ne se conforme pas à ces parti-\ncularités rythmiques. Ils continuent à faire « un, deux, un, deux, »\net leurs mouvements cessent, par conséquent, de représenter la\nmusique qui les accompagne. De même, quels que soient les des-\n\nIl est impor-\ntant de donner\nau système\nmu s c u 1 a i re\ntout entier, et\nnon à quelques\nmuscles seule-\nment le senti-\nment du ryth-\nme et de la me-\nsure.\nLes danses\nde théâtre ou\nde salon sont\ns i m p 1 ement\njuxtaposées à\nla musique qui\nles accompa-\ngne. Les mou-\nvements de la\nGymnastiq u e\nrythmique tra*\nduisent rigou-\nreusement en\nlangage plas-\ntique les ryth-\nmes musicaux."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.31", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2279, "texte": "sins rythmiques des valses (et ils peuvent être très différents}, les\nvalseurs les dansent toutes de la manière. Enfin les ballets eux-\nmêmes n'obéissent pas à la musique de l'orchestre ; ils ne se con-\nforment qu'à la vitesse et à la mesure générales de la symphonie,\nquelquefois à son sentiment. Jamais ils nen sont la traduction\nplastique fidèle ni directe.\nIl ne s'agit pas de discuter ici dans quelle mesure les danseurs\nde salon ou de théâtre ont tort ou raison de faire comme les sol-\ndats, de se contenter de mouvements juxtaposés à la musique, au\nlieu de faire des gestes ressemblant rythmiquement à cette mu-\nsique. Mais on comprend tout de suite à quel point la GYMNAS-\nTIQUE RYTHMIQUE diffère de ces exercices et de ces danses, en\nsachant qu'à chaque valeur sonore (noire, blanche, blanche poin-\ntée, ronde, croche, double croche, noire pointée, triolet, etc.)\nelle associe un mouvement ou une série de mouvements particu-\nliers, que l'élève doit effectuer de lui-même, à l'audition des\nrythmes, en choisissant, sous la dictée sonore, dans le vocabulaire\ncréé par M. Dalcroze, le terme plastique qui constitue conven-\ntionnellement la traduction littérale du terme musical entendu.\nLa GYMNASTIQUE RYTHMIQUE est donc\ndurées musicales et leurs combinaisons par des mouvements et des\ncombinaisons de mouvements corporels (musculaires et\ntoires), d'associer à chaque valeur\ncorrélatif.\nNous examinerons tout à l'heure la valeur éducative de ces\nexercices, au double point de vue plastique et psychologique. Pour\nle moment contentons-nous d'envisager leur influence musicale.\nAprès ce que nous venons de dire sur l'association qui se pro-\nduit entre le sentiment de l'effort musculaire et le sentiment de\nla durée sonore, quand des rythmes corporels et musicaux affec-\ntent simultanément notre organisme, il n'est pas nécessaire de\nméditer longuement, pour admettre qu'aucun exercice ne saurait\ndévelopper plus sûrement ni perfectionner davantage le sens de\nla division du temps.\nIl ne faut pas croire, en effet, comme le font la plupart des mu-\nsiciens, que nous possédions la faculté innée de partager régu-\nlièrement la durée. Notre oreille ne peut que constater a poste-\n\nPerfection -\nnem e n t du\nsens des va-\nleurs rythmi-\nques."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.32", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2350, "texte": "riori si nous avons réussi ou non à réaliser un rythme musical et\nn'est même capable, nous l'avons déjà vu, de nous renseigner à\ncet égard que dans la mesure où elle a été exercée par des mouve-\nments exécutés au son de la musique. Et réciproquement nous ne\nsavons exécuter des mouvements corporels parfaitement régu-\nliers qu'après nous y être entraînés, en prenant pour points de\nrepère et pour guides des sons musicaux aussi réguliers que\npossible.\nLe musicien qui n'a jamais réfléchi à ces choses est persuadé\nqu'il chante et joue en mesure. Il lui faut se servir du métronome\npour s'apercevoir qu'il n'en est rien. Le futur chef d'orchestre\npense de même qu'il n'aura pas de peine à diriger régulièrement.\nIl ne sait pas, lui non plus, qu'il est musculairement arythmique,\nparce que la notion, la sensation du rythme, tout comme les sen-\nsations du mouvement et de l'équilibre, et simultanément avec\nelles, ne germent et ne se développent que dans nos centres ner-\nveux. Si notre cerveau n'a pas été spécialement éduqué à ce point\nde vue, il se montrera naturellement complaisant ; il jugera régu-\nliers des mouvements et des sonorités qui ne le sont point, et\nlaissera de bonne foi l'individu arythmique dans l'ignorance\nabsolue de son infirmité.\nLa gymnastique rythmique, en éduquant l'un par l'autre notre\nsens du rythme musical et notre sens du rythme musculaire, nous\nrend, au contraire, extrêmement sensibles à tous les rapports de\ndurée. Et c'est ainsi que, formés par une expérience physique où\nnotre stabilité même était en jeu, nous arrivons à pouvoir\nun rythme complexe avec une précision absolue, et par consé-\nquent à l'exécuter ensuite dans une mélodie, sans battre la me-\nsure, sans compter, avec la même précision.\nCe qui est vrai de l'étude des valeurs ne l'est pas moins de\nl'étude des nuances rythmiques. Si nous savons réaliser à peu\nprès un accelerando et un rallentendo, c'est parce qu'enfants\nnous nous sommes tous amusés, en traînant les pieds sur un\ntrottoir, et en faisant « ch'. ch'. ch'. », à imiter l'arrivée et le dé-\npart des trains, ou à des jeux analogues. Et l'on comprend que\nl'exécution à'accelerandos et de rallentendos gradués, de ritenutos\nsubits, de rubatos,intéressant tout notre organisme, détermine\n\nPerfection -\nnem e n t du\nsens des nuan-\nces rythmi-\nques."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.33", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2428, "texte": "aussi un perfectionnement presque illimité de notre sens de l'accé-\nlération, sens par lequel nous participons à la mécanique univer-\nselle et qui est le facteur le plus essentiel de toutes nos jouis-\nsances artistiques (i).\nIl est impossible, du reste, de se rendre compte, même\napproximativement, de ce qu'est le développement du sens\nrythmique, si l'on n'a pas pratiqué soi-même la gymnastique de\nM. Dalcroze. Il faut avoir senti peu à peu, sous l'influence de ce\ntravail, germer et grandir dans son cerveau cette notion physique\ndu rythme sonore en fonction du mouvement, pour constater la\npuissance infinie du rythme, pour comprendre de quelle force\nexpressive la musique se prive, en ne cultivant que d'une manière\nsi rudimentaire son facteur primordial, et pour mesurer l'abîme\nqui sépare un rythme bien réussi d'un rythme exécuté par à peu\nprès, non seulement au point de vue de la jouissance intellectuelle\ndont s'accompagne toute activité bien ordonnée, mais encore au\npoint de vue du sentiment et de l'expression musicale. S'insurger\nsystématiquement contre cette affirmation basée sur l'expérience,\nc'est agir comme les enfants qui refusent de goûter à un fruit nou-\nveau pour eux, « parce qu'ils sont sûrs que ce n'est pas bon ».\nEn effet, si l'étude de la gymnastique rythmique perfectionne\nau plus haut point le sens métrique, la méthode de M. Dalcroze\noffre encore l'avantage d'affiner et de fortifier la sensibilité mu-\nsicale expressive, et cela pour deux raisons.\nLa première, c'est que cette méthode ne se contente pas d'une\nanalyse rythmique quantitative. Les temps ou fragments de temps\nn'y sont pas envisagés comme des entités indifférentes, qu'il\ns'agisse de mesurer mécaniquement. Quand nous prenons un\nmètre pour auner une étoffe, les centimètres et les millimètres\ngravés sur la barre de bois ou peints sur la lanière de cuir ont\nune valeur purement objective dénuée de toute individualité. Nous\nconstatons qu'un ruban a 5 centimètres de large en le mesurant\nindifféremment avec notre mètre entre la strie marquée o et la\nstrie marquée 5, ou entre la strie 20 et la strie 25, ou entre la\n\nCulture de\nl'expr esiion\nmusicale par\nl'analyse qua-\nlitati v e des\nrythmes.\n\n(i) L'auteur du présent article développe très longuement cette thèse que\nle sentiment esthétique est une fonction de la pesanteur, dans un grand ou-\nvrage en préparation intitulé L'Art et la Vie."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.34", "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 2664, "texte": "strie 6et la strie 11. L analyse métrique des durées par les mou-\nvements de la gymnastique rythmique est au contraire qualita-\ntive. Soit une marche à 4 temps. Quatre de ces temps, pris entre\nle temps 3 d'une mesure et le temps 2 inclusivement de la\nmesure suivante, seront tout autre chose, comporteront une réali-\nsation corporelle, une série d'attitudes très différentes des mouve-\nments par lesquels on réaliserait les quatre temps compris, dans\nla même marche, entre le premier et le quatrième temps d'une me-\nsuie. Douze croches dallegro ou douze croches d'adagio s'expri-\nment en gymnastique rythmique par des mouvements mensu-\nrateurs aussi différents que peuvent l'être, l'un de l'autre, le\nsentiment de la Rêverie de Schumann et le sentiment de la\nvauchée des Walkyries.\nSi nous songeons que les mouvements de la gymnastique\nr) thmique comportent ainsi la représentation de toutes les moda-\nlités expressives des rythmes, tant comme accentuation pesan-\nteur métrique ou dynamisme (1) ~ que comme durée et comme\naccélération, nous n'hésiterons pas à admettre que son étude, pour-\nsuivie méthodiquement et avec amour, puisse un jour déterminer\ndans la musique une évolution puissamment novatrice.\nLe second motif pour lequel la gymnastique rythmique aiguise\net intensifie la sensibilité musicale, est d'un ordre indirect, et nous\nne pourrons le concevoir qu'après avoir examiné son rôle au point\nde vue plastique.\n\n(1) Nous sortirions du programme de cet exposé purement théorique, si nous\nvoulions donner des détails relatifs aux diverses modalités des accents ryth-\nmiques. Observons, toutefois, que les accents métriques, ceux produits par les\ntemps forts des mesures, (que ces temps forts soient ou non précédés d'une\nanacrouse ou levée, suite de notes remplissant le même rôle qu'un tremplin\npour un sauteur), jouent musicalement et par suite corporellement, en\ngymnastique rythmique le rôle de temps lourds. Les temps lourds consti-\ntuent acoustiquement et plastiquement l'intervention fatale de la pesanteur,\nqui un retour périodique de contact avec la terre, un rythme attractif\nauquel 1 artiste doit obéir passivement. Les accents pathétiques, répartis par\na volonté expressive du musicien sur des temps quelconques de la mesure,\nreprésentent la part autonome de l'activité humaine. Leur dynamisme n'a pas\nsa source dans la gravitation universelle, mais dans le libre effort des indivi-\ndus. Quand on a subi gymnastiquement l'attraction des accents métriques et\npratiqué les mouvements essentiellement actifs des accents pathétiques, on\nest à jamais fixé sur leur valeur expressive musicale.\n3"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.35", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2465, "texte": "Obéissance\nrapide et pas-\nsive des mus-\ncles au cer-\nveau.\n\nOn comprend sans peine que la méthode de M. Dalcroze, asso-\nciant le geste à la musique et contraignant le premier à se sou-\nmettre étroitement aux exigences de la seconde, oblige l'élève à\nune variété et une rapidité de mouvements qui supposent, à la\nfois, une grande souplesse physique et une autorité absolue du\ncerveau sur les membres. Les relations intimes nouées de ce chef\nentre les centres nerveux et les tissus musculaires ont pour effet\ndirect et certain le développement du sens mécanique des attitudes.\nExigez d'un enfant ou même d'un adulte qu'il lève rapidement,\nau commandement « gauche, droite », son bras gauche et sa\ndroite, au commandement « droite, droite », ses deux mem-\nbres droits, etc. Au bout de quelques commandements, ou bien il\nne comprendra plus ce qu'on veut de lui, ou bien ses membres\nn'obéiront plus aux injonctions de son cerveau. C'est toute l'his-\ntoire de la vie humaine, dans la civilisation moderne, où l'esprit et\nle corps, destinés à évoluer ensemble, vivent en continuels malen-\ntendus, en tiraillements constants, faute d'avoir fait, l'un avec\nl'autre, suffisamment connaissance.\nDans ses exercices, la gymnastique ordinaire attribue au cer-\nveau un rôle tout petit par rapport à celui des muscles, ne lui\ndemande qu'un minimum d'intervention et d'autorité, qui ne\nsaurait amener aucune amélioration dans son empire sur le\ncorps (i).\nLa culture intellectuelle intensive de nos collèges ne demande,\nau contraire, aux organes des sens et surtout au sens musculaire\nque des renseignements et des services insignifiants.\nLa gymnastique rythmique, en revanche, spiritualise le corps\net poétise l'esprit, en les mettant tous deux sur un pied d'égalité.\nElle assure, par là, au même degré, l'équilibre et la beauté des\nattitudes.\n\n(1) A cet égard, de tous les sports, l'escrime serait le meilleur, à notre point\nde vue, mais elle reste inférieure à la G. R., non seulement parce que le nom-\nbre de ses attitudes est beaucoup plus limité, mais encore parce que les mou-\nvements, dans cet art, sont commandés par l'intelligence de l'agent réalisateur\nlui-même, tandis que, dans la G. R., les injonctions venant du dehors exigent\ndu cerveau un double rôle de récepteur musical et de transmetteur dynami-\nque, qui crée ou perfectionne, chez l'élève, un nombre de réflexes beaucoup\nplus considérables que l'escrime ne saurait le faire."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.36", "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 2461, "texte": "L équilibre comporte 1 aisance et l'énergie des mouvements.\nEtre capable d enchaîner les unes aux autres des attitudes diver-\nses de tout le corps, non seulement en les faisant se succéder dans\nn importe quel ordre, mais aussi avec n importe quelle vitesse,\nexige autant de force que de souplesse. Les virtuoses de la danse\nsont tous plus ou moins capables de réaliser adroitement des\ngestes d'une grande vélocité. On pourrait presque affirmer qu'au-\ncun d'eux ne sait modifier lentement ses conditions d'équilibre.\nEn admettant qu ils soient assez musiciens et ceci est douteux\npour concevoir psychiquement, avec sûreté, des divisions de la\ndurée très longues, les danseurs demeurent toujours inaptes à les\nexprimer corporellement, trahis qu'ils sont pas leur instabilité\nphysique. S ils veulent mimer un ou un ils chan-\ncellent, ils oscillent, ils « ne tiennent pas debout ». Et c'est pour\ncela que jamais, ni dans le ballet moderne ni même dans\nles tentatives de résurrection de la chorégraphie grecque,\nnous ne voyons de danse vraiment lente, c'est-à-dire vraiment\nexpressive.\nA ce problème de l'équilibre corporel est donc intimement lié\ncelui de la beauté plastique. L'expression corporelle dépend, en\neffet, de la coordination de nos mouvements. C'est par leur régu-\nlante, leur précision, leur amplitude en fonction de la durée, que\nnous pouvons donner l'impression de la grâce.\nSi 1 on nous joue au piano une marche à 4 temps, et que nous\nfassions nous-mêmes 4 pas 4 noires par mesure, nous réus-\nsissons très facilement à obtenir un synchronisme parfait entre\nnos mouvements et cette musique. Il nous suffit pour cela de bien\n« marquer le pas », comme des troupiers. Pour peu que la musi-\nque devienne plus lente, nous aurons déjà plus de peine à conser-\nver ce synchronisme, nous commencerons à chanceler. Et si le\nmusicien ralentit parfois le dernier ou les deux derniers temps\nd une mesure, si, pour donner plus de vigueur, plus d'accent à un\ntemps fort, il le fait précéder d'un ritenuto, il nous faudra beau-\ncoup d habitude pour ne pas retomber trop tôt et gauchement\nsur le pied qui doit frapper ce temps fort, pour graduer notre\ngeste, pour ménager suffisamment notre énergie musculaire. Si\nl'on n'a pas essayé cet exercice, on ne saurait s'imaginer à quel\n\nPerfection -\nnement de l'é-\nquilibre cor-\nporel.\nPerfection -\nnement de la\nbeauté des at-\ntitudes par la\ncoordina t i o n\ndes mouve -\nments."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.37", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2419, "texte": "point il est difficile. Mais précisément aussi de cette solidarité de\nnos gestes avec la musique (solidarité qui est toute la gymnas-\ntique rythmique) résultent à la fois raffinement de l'expression\nmusicale et raffinement de l'expression plastique.\nJ'écrivais tout à l'heure que, pour apprécier à quel point le sen-\ntiment musical peut se perfectionner par cette méthode, il faut\ndégager d'abord toute sa portée au point de vue plastique. Je\nm'exprimais mal. On ne peut pas comprendre l'un de ces deux\nphénomènes avant l'autre, pas plus qu'on ne peut travailler au\nperfectionnement de l'une de ces branches d'art sans travailler du\nmême coup au perfectionnement de l'autre. Musique et plastique,\nau point de vue de l'expression et de l'émotion artistiques, sont\ndes manifestations unes et indivisibles. La difficulté de garder\nson équilibre en traduisant corporellement une musique pathéti-\nque ou simplement expressive donne à notre corps des habi-\ntudes de beauté qu'il néglige ou dédaigne beaucoup trop. Elle le\nforce à se servir du langage plastique, dont il ne parle ordinaire-\nment que le « petit nègre ». Possédant tous des bras, des jambes,,\nun torse, une physionomie mobiles, nous sommes si gauches,\nquand il faut prendre une attitude vraiment éloquente, si mala-\ndroits, si contraints !\nNous avons un corps et nous avons e le laisser pronon-\ncer une belle phrase. Ah ! luttons du moins pour que, chez nos\nenfants, n'existe plus cette fausse pudeur qui amoindrit notre émo-\ntivité, quand elle ne la paralyse pas entièrement. Et que ce soit la\nmusique qui fasse utiliser, par ces jeunes corps, toutes leurs éner-\ngies musculaires, toutes leurs facultés motrices.\nMais, réciproquement aussi, n'ayons pas peur que la musique\nfasse des gestes, de grands gestes, beaucoup de gestes. Renouons\nses antiques liens avec la danse maternelle. A force d'avoir exclu-\nsivement associé la symphonie à notre vie intérieure, nous l'avons\nprivée de toute flexibilité, de tout dynamisme, de tout élan, de\ntout rythme franc, net et vigoureux. Rendons-lui son caractère\nmécanique, ses courses, ses bonds, et aussi ses longs agenouille-\nments, ses bras tendus tout grands vers le ciel, ses sanglots sans,\nretenue et ses lentes prostrations. Rendons-lui toute sa vie dra-\nmatique. La poésie étymologiquement c'est l'action, c'est la créa-\n\nDéveloppe -\nde îïmoti-\net'dePi'énioti-\nvité musicale."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.38", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2447, "texte": "Epanouisse -\nment et régu-\nlarisation de la\nsensibilité ar-\ntistique.\n\ntion, avec ses contrastes d'efforts et de repos. Et l'outrance de\nl'action, son outrance candide et naturelle, son outrance physiolo-\ngique est la source unique du sublime. Sous le prétexte byzantin\nde fuir le ridicule, ne redoutons pas le sublime, qui est toujours un\nmouvement ou un arrêt énergiques, et ne commettons pas plus\nlongtemps le crime de célébrer, comme un mérite, la peur de\nl'emphase. Librement, fièrement, solidement, de tous nos yeux,\nde toutes nos oreilles, de tout notre cœur, de tout notre être,\nsoyons beaux, forts, tendres et passionnés : la délicatesse et la\nprofondeur nous appartiendront par surcroît.\nRemarquons-le bien, dans la vie, les grandes crises qui mettent\nen jeu notre sensibilité tout entière s'accompagnent de mouve-\nments, d'attitudes typiques, violentes, excessives. Nous nous\nprécipitons aux pieds d'une femme ou d'un autel ; nous nous élan-\nçons au secours d'un ami ; nous nous ruons contre un ennemi ;\n>\nnous nous jetons à terre en proie au désespoir ; nous nous tordons\nles mains ; nous sommes secoués de sanglots. Et ces formes\nplastiques de nos « états d'âme » n'en sont pas seulement une éma-\nnation ; elles en font partie intégrante, essentielle; elles en cons-\ntituent le rythme inséparable, dont l'ampleur même influe directe-\nment sur l'intensité de notre passion. Notre plaisir à la comédie\nn'est complet que si nous rions « à ventre déboutonné », comme\ndisaient nos pères. Un amour n'atteint son paroxysme si les\ncaresses ou les larmes ne lui permettent pas de s'épanouir, de\ns'extérioriser parfaitement. Et si la concentration d'un sentiment\nle rend quelquefois plus profond, c'est à raison meme des efforts\nque nous avons dû accomplir pour refréner ses manifestations\nextérieures, efforts tellement réels qu'ils nous rendent parfois\nmalades physiquement.\nNous ne prétendons certes pas qu'il faille gesticuler toute mu-\nsique entendue, ni nous démener comme des forcenés à 1 audition\nd'un drame lyrique ou d'une pièce d'orchestre. Loin de là. Mais il\nn'enest pasmoins vrai que celuiquise sera exercé à traduire métho-\ndiquement en attitudes corporelles les diverses formes du langage\nsonore, percevra, à l'audition de toutes les œuvres, des images\nmotrices, des représentations d'efforts musculaires, qui permettront\nà sa sensibilité un épanouissement imaginaire mais précis, lui"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.39", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": "assurant la plénitude de la jouissance esthétique, sans exaltation\nmorbide, sans aucune de ces secousses obscures et désordonnées\nprovenant d'un défaut d'équilibre entre nos facultés réceptrices\net nos facultés réalisatrices. La gaucherie de l'imagination dérive\nde la gaucherie physique et gâte, comme elle, nos plaisirs et nos\njoies, même les plus graves et les plus élevés.\nSi l'étude de la gymnastique rythmique permet à celui qui l'en-\ntreprend de compter sur un double perfectionnement de sa sensi-\nbilité, dans le domaine musical et dans le domaine des attitudes,\net, par suite, d'affiner en même temps son goût pour tous les arts\nde la vue, à côté de ces avantages purement esthétiques, elle pré-\nsente encoie une vertu éducative d ordre beaucoup plus général.\nLes artistes n accorderont probablement pas une très grande\nattention à ce côté du problème. Pour les philosophes et les\nphysiologistes, en revanche, il domine toute la question. Et c'est\nà lui qu a juste titre 1 inventeur de la méthode attache une impor-\ntance capitale.\nCette vertu éducative de la gymnastique rythmique, vertu dont\nil n est pas encore possible de mesurer toute la portée, peut se\nrésumer en un mot : 1 accroissement de la concentration psychique.\nL amélioration de toutes les facultés mentales qui doit résulter\nfatalement d un exercice où le corps et l'esprit sont contraints de\ncollaborer sans cesse tient principalement à deux causes : l'or-\nganisation de l'économie physique et la création de réflexes nou-\nveaux.\nContinuellement, en effet, nous gaspillons nos énergies muscu-\nlaires. Ne connaissant pas les forces dont nous disposons, faute de\nles avoii mesui ées à 1 étalon de la durée, faute de les avoir graduées\npar des exercices conscients, tantôt nous les usons dans des efforts\ntout a fait disproportionnés aux gestes que nous avons à faire,\ntantôt, au contraire, nous n osons pas les utiliser dans des mou-\nvements que nous serions parfaitement capables de réussir. Il en\nrésulte, chez nous, des erreurs d appréciation qui nous couvrent\ncontinuellement de confusion, finissent par nous faire douter de\nnous-mêmes et nous enlèvent,, à la fois, tout courage et toute\ntranquillité. Pour éviter une bicyclette, dans la rue, nous faisons un\nbond désordonné et butons contre un trottoir ou nous jetons sous\n\nAccrois se -\nment de la\nconcentrati o n\npsychique.\nOrga nis a*\ntion de l'éco-\nnomie physi-\nque par la juste\napprécia tion\ndes forces dis-\nponibles."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.40", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 2593, "texte": "les pieds d'un cheval. Pour imposer le respect à un adversaire,\nnous ne savons pas dessiner le geste sobre mais complet qui\nmanifesterait notre volonté confiante. Et quand il s'agit de traver-\nser le cabinet du Ministre qui, assis à son bureau, attend notre re-\nquête, nous sommes entravés dans le libre exercice de notre dialec-\ntique par le chapeau qu'il nous faut tenir à la main et par le tapis\nau bord duquel nous nous sommes bêtement pris le pied. Si notre\nesprit s'était habitué à obtenir de nos membres une obéissance\nordonnée, sans innervations inutiles, sans mise en jeu de tous les\nmuscles qui n'ont rien à faire dans l'expression actuelle de notre\npensée; si, par des exercices respiratoires subordonnés à l'expres-\nsion et aux rythmes musicaux, nous étions devenus maîtres de\nnotre souffle et des battements de notre cœur, nous y gagnerions\nle calme corporel et moral, nous éliminerions de notre vie physique\ntout cet énervement, toutes ces timidités, toutes ces suffocations\nqui entravent le libre cours de notre activité psychique. Nous\nvoyons souvent, à la quatrième page des journaux, l'annonce de\nbrochures où quelque docteur américain divulgue des secrets pour\nfortifier notre volonté et notre ascendant social. Ces secrets se\nrésument en un seul : habituer le corps à obéir passivement à l'es-\nprit et surtout à se taire, quand il faut qu'il se taise. La gymnas-\ntique rythmique, avec ses exigences constantes, où le mouvement\net l'impassibilité sont tour à tour et brusquemment commandés\npar les sons longs ou brefs, par les silences, par les « mesures à\ncompter » de la musique, instaure dans tout le mécanisme moteur,\nde celui qui ia pratique, cette force et ce calme d'où dérivent for-\ncément l'attention et la volonté.\nEnfin, et les physiologistes le comprendront sans peine, une mé-\nthode qui exige continuellement de nos membres des mouvements\ncontrastants, depuis ceux, très simples, qui consistent à lever le\nbras en fléchissant le genou (mouvements de la blanche), jusqu'à\nceux, très compliqués, où le bras droit par exemple bat 4 temps\npendant que le bras gauche en exécute 2 fois 3 et que les pieds\nexpriment encore d'autres valeurs rythmiques, mouvements que\nla musique ordonne, régularise et idéalise, une telle méthode oblige\ndes parties du cerveau, qui ne fonctionnent jamais ensemble, ou\nmême ne nous transmettent leurs injonctions qu'à des intervalles\n\nCréation de\nréflexes nou-\nveaux, gestes\nprimitivemen t\nvolontairesqui\nd e v i e n nent\ninstinctifs par\nl'habitude et\nperfectionnent\nle mécanisme\nde la pensée."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.41", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2392, "texte": "de durée relativement longs, à conquérir une activité absolument\nsimultanée. Demandez simplement à une personne, même fort\nadroite et capable d'une grande attention, de marcher d'un pas\nmodéré à 4 temps, et convenez qu'au commandement elle\nmarchera à reculons pendant 4 temps seulement ; si vous lui criez\nun second hop ! elle devra faire encore 4 autres pas en arrière,\nsinon elle reprendra sa marche en avant, au bout de la mesure.\nVous verrez que le cerveau de cette personne ne sera pas capable\nde se soumettre à une telle discipline pendant une minute. Or\ndes enfants de huit à dix ans, qui ont fait avec soin une ou deux\nannées de gymnastique rythmique, exécutent déjà ces exercices\navec une facilité relative, sans que l'acquisition de cette faculté\nnouvelle qui se fait progressivement leur cause jamais aucune\nfatigue, ni physique ni cérébrale. Des adultes, au bout de quelques\nannées de pratique, obéissent à ces commandements sans y penser,\ntout à fait machinalement. Les physiologistes en concluront que\ndes circuits neuroniques nouveaux se sont créés dans le cerveau\nde ces élèves. Les influx nerveux, à force de suivre certains che-\nmins, sous 1 empire de la volonté, pour aller de l'oreille au cerveau\net du cei veau aux muscles moteurs, ont perfectionné ces chemins.\nNos instincts rythmiques nouveaux, comme tous nos instincts,\nsont des actes primitivement intelligents, fixés par hérédité dans\nnos tissus. Qui sait s'ils ne se fixeraient pas un jour, par hérédité,\ndans 1 espèce elle-meme, comme tant de reflexes si précieux à\nnotre défense individuelle : toux, éternuement, clignement des\npaupières, etc.\nEn tous cas, tous les réflexes créés par la gymnastique rythmi-\nque constituant, à nen pas douter, un accroissement d'ordre et\nde précision dans notre activité physique, ne peuvent déterminer\nqu une amélioration corrélative de notre activité psychique. Nos\nfacultés de raisonnement, aussi bien que nos facultés artisti-\nques, en acqueiraient plus d'acuité, de variété, de souplesse et\nd'étendue.\nSi, comme le dit justement la Sagesse des Nations, « l'habitude\nest une seconde nature », aucune éducation meilleure ne saurait\nexister pour l'être humain que de soumettre toutes nos facultés à\n1 art ordonné par excellence, à celui dont le nom sert à désigner,\n\n•La culture\npsychique doit\nretrouver sa\nbase dans la\nculture ryth-\nmique."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.42", "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 1080, "texte": "dans tous les domaines, la justesse des proportions, l'équilibre\ndes parties, l'heureuse appropriation des moyens au but poursuivi.\nEn mettant notre organisme entier à l'école de l'harmonie, nous\ndeviendrions nous-mêmes des chefs-d'œuvre d'harmonie. Les\nGrecs l'avaient compris, et c'est ce qui donna tant d'unité à la vie\nde ce petit peuple, dont le génie, quoi qu'on en dise, règne\nencore sur le monde, après plus de vingt siècles de révolutions.\n« C'est par l'intermédiaire du corps, écrivait Platon, que l'eu-\nrythmie expression de l'ordre dans l'âme humaine s'insinue\ndans cette âme, et c'est la danse gymnastique qui enseigne l'eu-\nrythmie. »\nLa postérité vouera, je le gage, une éternelle reconnaissance à\nJaques-Dalcroze d'avoir compris la vraie portée de cette formule\net d'avoir ressuscité la culture eurythmique, en lui redonnant des\nbases techniques, assez précises et assez générales tout ensemble\npour s'adapter parfaitement aux exigences les plus modernes de\nl'art et de la civilisation.\nGenève, mars 1909.\n\nJean D'Udine."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c016", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 43, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.10", "titre_corps": "Impressions musicales d'enfance et de jeunesse", "titre_sommaire": "Impressions musicales d'enfance et de jeunesse", "signature_source": "Maurice Griveau", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.43", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1373, "texte": "Impressions musicales\nd'enfance et de jeunesse\n\nI. - Les musiques de mon enfance.\nQuelles furent mes premières impressions musicales, mes im-\npressions d'enfance ? Comme tous les bambins, ce fut la mu-\nsique militaire qui m'attira d'abord... Et cela est tout naturel : ne\ns'associe-t-elle pas aux beaux uniformes de teinte voyante, aux dé-\nfilés alertes et solennels, au geste glorieux des sabres d'officiers\nmis au clair, comme au ton d'or, reluisant au soleil, d'énormes\ninstruments dans lesquels on souffle tout en marchant?... Même\nau repos, sous l'abri d'un kiosque, aux Tuileries, au Luxem-\nbourg, ils m'imposaient, et transportaient mon âme d'enfant, ces\nmilitaires musiciens, au point que je ne pouvais concevoir d'autre\nmusique au monde que celle exécutée debout, dans l'attitude mar-\ntiale, par des jeunes gens à l'air crâne portant pantalon rouge,\népaulettes et shako, et lisant leur partie, chacun, sur un petit car-\nton rayé des cinq parallèles. Il se plantait si bien, si prestement,\nce texte mystérieux et plein de promesses, sur le cou de l'ophi-\ncléide ou le ventre de la grosse caisse... Oh ! ces orphéons civils\nen habit noir que je vis jouer, plus tard, aux mêmes places,\nqu'ils me semblèrent banaux, et sans prestige 1 Ainsi dans mes\npremières années, l'esthétique certes inconsciente— du costume\nvenait colorer mon goût musical naissant, le dénaturer."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.44", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2066, "texte": "En général, il n'est pas surprenant que la musique martiale\n(je n'ai pas dit musique héroïque)atteigne plus vite les âmes d'en-\nfants que la musique même enfantine, et qui semble faite pour\neux. Voyez les « berceuses » des meilleurs maîtres ; sont-elles ja-\nmais appréciées des dilettantes au berceau ? Ce qui prouve que\nla fonction « organique » de l'Art...\n★\n* *\nLe premier orgue que j'entendis, vers six ans, dans une église\n(l'orgue laïque n'était pas inventé), quelle émotion nouvelle il\nme donna !... Si nouvelle, que cela me paraissait\nmais tout autre chose que la musique militaire du Luxembourg.\nC'était à Saint-Germain-des-Prés, je m'en souviens, dans le\nchœur tout reluisant d'or, de couleurs somptueuses. Mais les per-\nsonnages si bien habillés ou auréolés de ces rouges, de ces\nbleus célestes et de ces ors, n'avaient pas l'allure guerrière... Et\nd'une colonnade haute et lointaine de tuyaux s'épandaient des\nondes à la fois puissantes et douces; elles baignaient mes oreilles\net semblaient monter par-dessus ma tête ; et j'avais la sensation\nd'en être submergé, comme, à l'automne précédent, je 1 avais\nété par le flot marin, par ces lourdes vagues à la fois onctueuses\net foulantes lors de mon dernier bain... Et j'éprouvais la même\nvolupté mêlée de frayeur ; je pleurai dans l'église : il fallut m em-\nmener. Et ce fut là mon premier concert d'orgue.\n★\n* *\nUne autre musique encore, qui m'apparaissait aussi différente\nde l'orgue que celui-ci l'était pour moi de la musique militaire,\nconsistait dans le piano de ma mère et de ma sœur. Sorte de\ngéant familier, que cette « grande queue » d'Erard, dont j aurais\naimé taquiner, bien souvent, les innombrables dents d'ivoire,\nmais pour lequel on s'efforçait de me suggérer du respect. C était\ntantôt ma mère, et tantôt ma sœur aînée qui caressait le monstre\nintime, et plus longtemps, toujours, que je n'aurais voulu. Certes,\nbien que je fusse déjà parvenu à l'âge où Mozart jouait et\nmême composait—des sonates, il me serait difficile de préciser mes"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.45", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2398, "texte": "impressions au cours des différents morceaux. Ce qui m'intéres-\nsait surtout, c'était la promptitude des attaques et la vélocité des\ntraits dans les allégros, et, au moment même, cela me paraissait\nfort aisé, puisque cela coulait de source ; j'étais convaincu que\nj'en ferais autant, quand je le voudrais...\nPourtant je saisissais une différence entre les maîtres. Rossini,\ndans le Barbier- de Séville, s'offrait à moi tout papillotant pour\nainsi dire, et je ne détachais pas ses trilles, ses très bien\nalignés, des mèches tordues au petit fer qui vibraient sur le front\nde ma sœur, tandis qu'elle déchiffrait, le matin, en déshabillé...\nDonizetti me rappelait certaine dame bien ajustée, mielleuse et\nfort correcte de langage, qui nous tendait sa bonbonnière, en nous\ntenant un peu à distance. Bellini me semblait tiède et mou ; j'a-\nvais, en l'écoutant, la sensation presque de ces bains chauds qu'on\nordonne par propreté, mais dont la douceur est désagréable...\nQuant à Verdi, c'était aussi de la chaleur qu'il communiquait,\nmais vive, cette fois, piquante, stimulante, telle que nous l'avions\ntrouvée, dans un séjour à Pau, l'été précédent, et qui fatiguait,\nbien qu'on la qualifiât de belle chal\nVoilà, en somme, ce qu'on appelait « le grand répertoire ita-\nlien », et je l'entendais vanter bien souvent... Combien de soirées\nse passèrent ainsi, l'hiver, à la maison, ma mère ou ma sœur\nau clavier, agitant ses doigts en mesure, et mon bon grand-père,\nancien juge, dodelinant de la tête dans son fauteuil, et paraissant\nau septième ciel, tandis que moi je feuilletais les contes illustrés\nd'Andersen, ou l'histoire de la lampe merveilleuse.\nHabitué que j'étais aux associations d'idées fortuites, aux soudu-\nres factices de choses et de personnes, de sensations sonores et de\nspectacles, un étonnement persistait chez moi, de ne pouvoir rac-\ncorder ce que j'entendais au piano avec ce que je voyais ou lisais\ndans mon livre. Parfois, la soudure s'opérait, artificielle, ab-\nsurde, et cela prêtait à la partition qui se déroulait en dehors ;\nun aspect vraiment singulier. C'est ainsi que les premières mesu-\nres de la Pastorale qui l'aurait présumé ? se revêtirent d'a-\nbord à mon imagination de couleurs sombres, tout simplement\nparce que je lisais, en l'écoutant, le récit d'une conspiration.\nMais revenons à la musique italienne. Mon grand-père en était"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.46", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2188, "texte": "féru ; il ne se lassait pas d'entendre, et de réentendre, au piano,\ntous ces opéras dont la vision et l'audition vocale (je n'ose pas\ndire orchestrale) étaient fraîches encore dans son cerveau. Peut-\nêtre l'étude de la jurisprudence a-t-elle le pouvoir de magnifier\nl'insuffisance de telles musiques?... Toujours est-il qu'aux timides\nessais de contradiction, mon aïeul répondait par des souvenirs,\ndes réminiscences du bon temps, de la brillante époque des Ita-\nliens, qu'il fredonnait, nommant avec ferveur des noms en i ou\nen a, dont la désinence était déjà de la musique, de la musique\nitalienne.\nEt pour moi, qui n'avais pas vu les gestes d'un Tamburini, d'une\nPasta, d'une Giulia Grisi, moi qui n'avais pas dans l'oreille ces\narioso ou ces cantabile, ces merveilles gutturales, labiales ou la-\nryngées, et tous ces gazouillements d'oiseaux rares, la transcrip-\ntion pianistique, qui seule subsistait, s'offrait vide, indigente, et\nje dirais presque inutile.\n★\n* ¥■\nMozart ! C'est du Mozart !... On tendait alors son oreille et\nson attention vers quelque chose de neuf, et de sérieux, tout en\nrestant joli. Mon grand-père ne dodelinait plus delà tête, tout le\ntemps ; il y avait parfois, dans le regard qu'il jetait sur le cahier\nde musique, aux pages tournées par mon père, dévotement, une\ncertaine nuance d'indécision... C'est étrange, quand je bats le\nrappel de mes propres souvenirs, les de prenaient,\npour mon esprit, un aspect bien tranché. C était toujours, à vrai\ndire, de l'italianisme ; mais,— comment définir cela ?... quelque\nchose venait, à chaque instant, rafraîchir le feu de fièvre transalpin,\nassainir la morbide^a...,quelque chose que je ne pouvais guère\nexprimer, ni m'éclaircir alors à moi-même : comme cette brise\naustère et salubre qui, dans notre saison de Pau, était venue\nrevivifier l'atmosphère, et qu'on disait venir des neiges, des\naltitudes...\nUne autre impression, toute géométrique, m'était suggérée par\nMozart. Ses formes, comparées à celles des Italiens, je les trouvais\nplus ca?~réesqu'arrondies. Peut-être cette différence graphique\nen deux systèmes sonores résultait-elle d'un procédé très habi-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.47", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2311, "texte": "tuel au maître de Salzburg : la répétition syllabique. En tout cas,\net dès mon enfance, par un penchant mystérieux, la rondeur des\nformes, partout où je la découvrais, m'était déplaisante, et j'aimais\nles contours droits ou même curvilignes, mais qui s'échappent\ndu cercle et se dirigent, soit vers l'horizon, soit vers le ciel... Au\nfait, la faveur dont jouit, de notre temps, le style ogival, la renais-\nsance des primitifs et le déclin des « charnels »de la Renaissance,\nn'auraient-ils pas leur source là même ?\n★\n* *\nMozart, naturellement, m'amène à Beethoven. C'était alors un\ndieu caché, dont quelques initiés célébraient les rites en secret...\nAux heures où YErard était libre, et lorsque grand-père était au\nPalais de Justice, ma mère étudiait oh ! combien merveilleuse-\nment, les sonates les plus difficiles du maître ; elle en répétait\nconsciencieusement les passages scabreux, déjà nettement\ndessinés de ses mains fines et volontaires ; mais c'était une âme\nd'essence rare, de ces âmes tourmentées et disciplinées, ardentes\net scrupuleuses, et qui, dans tout, aspirent àla perfection. Cette\nadmirable mère que j'avais reconnut sans doute très tôt celle que\ncontient Beethoven ; et pour la faire vivre devant les autres, sans\nla trahir ni la compromettre, à quels exercices obstinés ne s'as-\ntreignait-elle pas ! Seulement, si fervent était ce labeur, qu'on\nn'avait plus du tout l'impression scolastique ; même quand la\nvirtuose, par accident, s'embarrassait dans les phrases sublimes,\naucun ennui, nulle pensée de maladresse ne s'en dégageait ; c'était\nle diacre ému qui balbutie, disant l'Evangile.\nOr pendant ce temps-là, et à ces heures sérieuses du piano, moi\nj'étudiais, c'est-à-dire que j'apprenais des leçons par cœur et\ncalligraphiais des devoirs... Vous dirai-je où se portait mon at-\ntention, de préférence ? A vrai dire, d'aucun côté ; car bien que\nje fisse déjà de bonnes études^letexte français, grec ou latin jacent\nsous mes yeux ne m'était pas beaucoup moins étranger et mysté-\nrieux que celui dont ma mère traduisait les signes en jeux sonores.\nDe sorte que, tout en écoutant, plutôt en laissant mes oreilles\nécouter la suite musicale, mon esprit surveillait ma main, très\nsuffisamment, dans le feuilletage des lexiques, et le tracé des lettres"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.48", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2291, "texte": "cursives. C'était curieux, au fait, quand j'y songe, ce déchif-\nfrage parallèle de deux textes, dont l'un signifie des choses connues\net visibles, et l'autre émeut, intéresse sans rien signifier de\nprécis, dont l'un, aussi, ne se révèle que parlé, tandis que l'autre\npeut se lire tout bas...\nMais, à l'âge où j'étais, et n'étant, hélas î ni Mozart ni Saint-\nSaëns, ces belles sonates qui se déroulaient à côté de moi ne me\ndistrayaient pas au point de me faire faire mon thème ou ma\nversion de travers. Seulement, il y avait quelque chose de moi,\nc'est certain, qui n'était plus avec Virgile, ou Phèdre, et qui s'en\nallait vers Beethoven.\nCe Beethoven, ainsi vu des humanités, il me produisait un effet\nétrange. Je crois très opportun, pour la psychologie du sentiment\nmusical, de préciser, rétrospectivement, cette impression. Tout\nd'abord, la musique des sonates m'apparaissait aussi différente,\nau piano, de celle de. Don Juan ou de la que l'orgue\nde la musique militaire ; et lorsque mon grand-père demandait par\nhasard à ma mère, le soir : « Quelle musique vas-tu nous jouer? »\n—et que ma mère lui répondait : « Du Beethoven », je m'é-\ntonnais, comme si le mot de musique ne convînt plus à quelque\nchose de si nouveau, de si singulier..., j'allais dire\nAprès tout, n'était-ce pas ainsi que le jugeaient des hommes mûrs,\nses contemporains ?\nComment se fait-il qu'une oeuvre aujourd'hui sentie par moi\npar tout le monde, aisée, coulant de source, d'une logique\nlumineuse et d'une beauté continue, m'ait paru, et ait paru\nà bien d'autres qu'à moi, bizarre, tourmentée, curieuse plutôt\nqu'expressive et touchante ?... Ce n'est pas le moment, ici, de\ncreuser ce problème. Je dirai simplement qu'à mon intelligence\ndébile et trop sensitive, la musique pure et toute de pensée, sans le\npanache des trombones ou la gloire tonitruante des bombardes,\ndissimulait son fond, son contenu, son âme ; elle ne. me montrait\nque sa forme ; elle restait « formelle »... Et ces formes tour à tour\nbondissantes et précipitées, tendues puis relâchées, filant tout\ndroit pour serpenter ensuite, ces formes qui se fuyaient, se pour-\nsuivaient, se quittaient, puis allaient de concert, n'était-ce pas\ndéroutant pour un homme, pour un enfant surtout, accoutumé"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.49", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2212, "texte": "à ne voir serpenter que la flamme, à ne voir bondir, à n'entendre\nmugir que des cascades ou des troupeaux, à ne voir se fuir et se\npoursuivre que des camarades de jeux ?...\nAussi bien cet effort d'abstraction qui, dans la musique pure,\nnous permet de suivre un drame sans personnages, et nous fait\njouir du mouvement sans la présence réelle du mobile, —on ne\npeut l'exiger d'un jeune cerveau. Et voilà pourquoi, durant de\nlongues années d'enfance et d'inconscience, j'ai touché de très\nprès le grand répertoire classique, sans le connaître... Ce fut petit\nà petit, et plutôt par le développement normal de mon âme que\npar une accoutumance d'oreille, que Beethoven cessa de me pa-\nraître étrange. Je m'approchai plus souvent du piano de ma\nmère, avec plus de confiance et d'amour. Moi-même enfin, sous\nsa direction, j'y risquai mes doigts. Mais quel long temps encore\nje restai formulisteen musique !... Au point qu'étant parvenu,\nnon sans peine, à jouer à peu près correctement la Dernière pensée\nde Weber,j'eus l'illusion qu'elle me plaisait, et que c'était un\npetit chef-d'œuvre...\n★\n¥ *\nLongtemps plus tard... Mes 13 ans révolus ; le collège.\nAprès les petits devoirs et les leçons primaires que je répétail-\nlais l'hiver près du piano déroulant des sonates, l'été souvent\nperché sur les branches d'un saule pleureur, au jardin de mon\ngrand-père, à Meudon, ce furent les travaux sérieux, les nom-\nbreux professeurs et répétiteurs, et les camarades railleurs et\nbrusques, et toute cette vie de pensionnaire si bien tassée, qu'il ne\nreste plus guère de place aux arts Et puis, à l'âge\nque j'avais atteint, on prend le respect humain du piano :ce n'est\npas viril, et le fait des garçons : on laisse cela, avec le « jeu des\ngrâces » et la machine à coudre, à la petite, ouàla grande sœur...\nDe sorte que les classes, les jeux violents, et le port de la tunique\naux boutons de métal, me firent oublier la Dernière pensée de We-\nber, c'est-à-dire, au juste, de Reissiger, et, ce qu'il y avait de\npis, les formes si curieuses de Beethoven s'évanouissaient de\nma mémoire, avec la vibration du grand piano familial.\nJe me rappelle ce temps-là, ce temps de collège, comme la plus"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.50", "debut_caractere": 61, "fin_caractere_exclue": 2442, "texte": "sèche et la plus ingrate période de ma vie. Pourtant la Muse de\nmon enfance, la divine Euterpe, me réapparaissait par intervalles...\nHélas! toujours plus ou moins foret se teignant, au hasard\ndes circonstances, de toutes sortes de couleurs étrangères.\nNous étions conduits chaque semaine en promenade, et, dans la\nbelle saison, on nous menait souvent au Jardin des Tuileries, à la\nmusique. Mais cette musique militaire de mon jeune âge, qui\nm'exaltait, surtout, quand, précédée des tambours, des clairons,\nelle rythmait le passage du régiment en marche, combien diffé-\nrente elle s'offrait à moi, dans ce parc, à moi, collégien gauche,\nahuri, sortant d'un préau de prison, les doigts encore tachés d'en-\ncre sous mes gants blancs !... Il y avait dans ce « beau monde »\nun cercle populeux, chatoyant, concentrique au cercle plus serré,\nplus homogène, des uniformes, et dans ces feuillages tendres des\nmarronniers, et dans ce soleil d'avril déjà lourd,— un «je ne sais\n■quoi » de gênant,qui se mêlait à l'harmonie lente et chaude des\nsaxophones. Ces traînantes cantilènes d'amour, ou ces airs de\nbravoure galante, transcrits des partitions d'opéra pour l'orchestre\nde la Garde républicaine, donnaient aux artistes sanglés dans la\ntunique d'ordonnance et portant le bicorne posé sur l'oreille une\nfaçon de troubadours modernisés... ; tandis qu'un escadron volant\nde belles dames, guindées aussi dans leurs pimpants atours, cara-\ncolait de-ci de-là, semant un nuage d'iris, avec des messieurs en\nserre-file, aux habits de cérémonie luisants et funèbres, et des\nbambins tout en dentelles... Or, l'auditoire, et le concert, le ciel,\nles marronniers, le parfum mélangé des sachets et des cigarettes,\ntout cela me mettait l'àme en un malaise singulier, un trouble\nd'intimidation devant quelque chose de banal et de mystérieux à\nla fois, comme une vision brouillée de gloire et d'amour... Et\nj'avais, encore une fois, le désir fou de n'être plus là, de m'en aller\nvite, et très loin, d'être seul...\nV\nNeurasthénie, diront les médecins. —Je n'y contredis pas ; mais\nsi ce qu'on appelle « neurasthénie » n'est qu'une exaltation de la\nsensibilité profonde, elle éclaire de lueurs bien inattendues le sen-\ntiment esthétique, en somme bien obscur. Depuis, lorsque j'ai\nsu raisonner sur mes impressions, une évidence s'est imposée à\nmoi : c'est qu'il existe une panique du beau, du sublime, et\n\n4"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.51", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2146, "texte": "même du joli, du gracieux, « horreur» sacrée des temps héroïques,\nappréhension admirative qui créa les faunes, les hamadryades,\nles fées; —aujourd'hui, à nos époques de sécurité banale et de\nvie factice, effarouchement, chez les plus délicats, des choses qui,\nd'une façon trop ample, ou trop aiguë, remuent la fibre sensitive et\nsecrète ; trouble causé par le signe d'une félicité, peut-être péril-\nleuse ; intimidation suscitée par une puissance non familière, que\nce soit la vague sonore ou le trille d'un rire féminin.\n★\n* *\nLa vague sonore... ceci me ramène à mon premier concert d'or-\ngue, à l'église. Hélas ! faut-il que, depuis, mes premières et plus\ngraves initiations religieuses aient été gâtées,— au moins\nen quelque manière, par la fausse grâce et la louche mièvrerie des\ncantiques et des statuettes ! Avec ce penchant que j'avais aux\nsynestliésies,c'est-à-dire à la fusion de sensations différentes mais\nsimultanées, statuettes et cantiques s'unissaient dans un état\nd'âme fort singulier, qui n'était proprement ni sculptural, ni mu-\nsical, et se résumait en un malaise, vraiment inopportun en la\ncirconstance. Bien plus tard, le plain-chant m'a guéri ; j'éprouvai,\ndevant les figures des tympans et des archivoltes de Notre-Dame,\ncomme la saine sensation d'une convalescence ; enfin, je finis par\ncomprendre le Dilexi décorum domus saisis l'esprit sous\nla lettre morte... Mais je garde rancune aux statuettes comme\naux cantiques...\n*\n* *\nLibre enfin, libre et hors du collège ! J'étais presque reconnais-\nsant à la maladie qui me rendait au tranquille, intime foyer, où\nj'avais pu rêver, naguère, où j'allais pouvoir rêver tout mon soûl!\nJe crois volontiers, aujourd'hui, que c'est à dater de ce moment,\nde cette première minute d'indépendance (j'allais dire d'évasion)\nque la Musique s'ouvrit à moi. Oui, certes, au jour béni qu'on\nvint me chercher, avec mon petit paquet d'écolier, pour quitter le\ncollège, à jamais, le bois de Boulogne, que traversait notre\nvoiture, se déroula comme un paradis ; ses arbres tristes, dépouil-\nlés, me soufflaient l'odeur du printemps ; j'étais étonné que les"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.52", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2395, "texte": "moineaux ne chantassent pas ; et le crépuscule qui tombait\nhumide, me couvrait doucement les épaules, comme ce manteau\nbeige que me mettait ma bonne grand'mère, autrefois, par-dessus\nma robe d'enfant, pour sortir!\nDélivré, désormais, de l'oppression du régime commun et claus-\ntral, comme grisé de solitude et de liberté, je vis la Nature, et le\nmonde, sous un nouvel aspect : mes études particulières, faites à\nla maison, me laissaient d'assez grands loisirs. Dans de fréquen-\ntes et longues promenades, où j'emportais toujours un livre\njamais lu tout entier, ni de suite, je faisais, adolescent délicat et\nconfus, provision de vigueur et d'ordre. Le paysage, avec ses\nplaines, ses collines, ses cultures, ses bouquets d'arbres, commen-\nçait à me suggérer l'idée d 'harmonie.Ce m'était, inconsciemment,\nune merveilleuse préparation àla Musique, àla Musique com-\nprise maintenant dans son esprit, et non plus seulement dans sa\nlettre. A cet âge, où je travaillais encore en vue du baccalauréat,\nla notion d'une musique « paysagiste », ou suggérée par le\npaysage, et le suggérant à son tour, —n'existait pas pour moi. Je\nn'avais pas eu l'occasion encore d'entendre la Symphonie pastorale..\nMais mon cerveau, tout de même, se débrouillait, s'organisait\npour le phénomène sonore. Tout en marchant, sous la voûte des\nnuages ou celle des verdures, une suite de pensées, très vagues et\ntrès émouvantes, se déroulait dans ma tête ; c'étaient des désirs\nsans objet, de confuses et douces réminiscences, de glorieuses im-\npulsions ou des mélancolies amoureuses... A des élans subits, qui\nme faisaient presser le pas, et courir même devant moi par la\ncampagne, succédaient des abattements dont j'ignorais la cause ;\nalors je descendais m'asseoir au bord d'un ruisseau ; j'en écoutais\nl'eau s'écouler, monotone et chantante. Et je me sentais le cœur\ntout gonflé de plaisir et de chagrin à la fois, et sans savoir pour-\nquoi, je pleurais... Puis le ciel, au-dessus de moi, se faisait obs-\ncur ; la nuit tombait, inopinée ; les ombres des coteaux et des\ngrands chênes s'allongeaient; elles prenaient desformes étranges.\nTel un pâtre grec du temps de mes versions, je croyais apercevoir,\na travers les buissons embrumés, comme des traversées furtives\nde nymphes et des chevauchées de centaures... Et la frayeur pani-\nque me saisissant, je pressais le pas..."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.53", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2223, "texte": "Sûrement, si la Nature m'avait pourvu, comme Beethoven, de\nce mystérieux organe d'union entre l'oreille, l'œil et le cerveau,\norgane qu'aucun anatomiste, au reste, n'a découvert, j'aurais\ncomposé, de ce que je —et sentais, des symphonies.\nPoète précoce, j'aurais trouvé des mots, et des mesures, pour\ntraduire mon chaos intérieur, et le conformer. —Ou bien, pourvu\ndu don de peintre,- ces flots confus qui m'agitaient au dedans, lors-\nqu'à l'extérieur l'or du soleil, ou le rose vif du couchant,me baignait,\nje les eusse canalisés, ordonnés harmoniquement en tableau...\nTandis que, faute de ce rouage intime et profond, de cet ins-\ntrument organique qui précède tout instrument spécial, artisti-\nque, je ne pouvais que souffrir de ma propre émotion, restée sans\nissue, en attendant que le génie des autres me fût révélé. Ce sou-\nlagement ne vint, d'ailleurs, que peu à peu. C'est progressivement\net sans méthode préconçue, comme par hasard, que j'explorai le\ndomaine du beau, —du beau de création humaine. Cette initia-\ntion, qui devait durer toute ma vie, et s'étendre à l'ensemble des\nArts, commença de bonne heure, et parle royaume sonore. A dix-\nhuit ans, tout frémissant d'une joie inconnue, je pénétrai d'abord\ndans le temple de la musique.\n★\n¥■ *\nCe temple de la musique, il était représenté, au temps où je\nparle, par le cirque du boulevard des Filles-du-Calvaire. Oui, ce\nfut dans cet hippodrome où galopaient en rond, le soir, des che-\nvaux montés par des écuyères crevant des cerceaux au passage,\nque je vins écouter, vers 1860, des symphonies de maîtres alle-\nmands, jugées sérieuses et sévères... Dix années de suite, j'avais\nignoré ces concerts, organisés par un petit homme à grande barbe\nblonde qu'on appelait Pasdeloup. Je ne savais pas que cet ancien\npianiste, devenu chef d'orchestre, avait conçu le projet téméraire\nd'intéresser les Parisiens à la musique pure et classique ; que\ncette audace avait été couronnée de succès, d'un succès franc, im-\nmédiat, et que, chaque dimanche, trois mille mélomanes proces-\nsionnaient au long du boulevard pour suivre ces rites jusque-là\nréservés au Conservatoire...\nAverti par un camarade, initié déjà, je pris le chemin du cir-"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.54", "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 2281, "texte": "que, à mon tour. Et depuis lors, pendant dix ans, pas un\ndimanche ne se passa sans que je vinsse m'asseoir, dans une\nallégresse émue, attentive, sur ces gradins dénués de conforta-\nble. L'acoustique de cet hippodrome, aménagé sommairement\npour des jeux sonores, était médiocre ; l'atmosphère, lourde,\navec des relents d'écurie. La piste, parquetée, recevait pour cinq\nfrancs les mélomanes riches ; les fortunes moyennes occupaient\nles gradins du bas ; et comme toujours, les prolétaires c'é-\ntaient ici les professeurs de piano courant le cachet pre-\nnaient possession des sommets pour 75 centimes, étaient les hôtes\ndu paradis... Eh bien ! malgré tout, cette salle de concert était\nadmirable. D'abord, sa forme rayonnante et résolument concentri-\nque favorisait la convergence des spectateurs plutôt\nau centre idéal, à l'orchestre... Je dis idéal, car les instrumen-\ntistes n'occupaient point la piste, mais se groupaient dans un sec-\nteur. N'importe !On pouvait penser à notre système solaire,\ndont le foyer n'est pas moins généreux, étant excentrique. Et d'ail-\nleurs cette forme d'arène, plus simple et grandiose que l'amphi-\nthéâtre, ne s'accommodait-elle pas mieux aux représentations\nabstraites de la symphonie ? Car elle allait nous figurer, la sym-\nphonie, d'une façon tout idéale, il est vrai, les\nanciens, dans ses scher\\i, ses allégros fougueux et mesurés, même\nses andante... Certes, elle dépasserait ce niveau, nous élèverait\nmême incroyablement au-dessus ;elle symboliserait surtout, cette\nmusique pure, les gestes intérieurs de l'âme et l'exercice delà pen-\nsée pure. Mais j'allais apprendre, en ce palestre ennobli, spiritua-\nlisé, l'existence du lien qui relie nos actes sublimes aux infimes,\net /'eurythmie me serait révélée, qui des belles pensées, dégage\nles beaux essors, et fait jaillir, réciproquement, de ces essors\nvisibles, la pensée noble, immatérielle.\nPour le moment, incapable d'embrasser de tels horizons, je\nm'asseyais, joyeux, àma stalle, écoutant les violons s'accorder, dans\nune rumeur de foule impatiente, et dévorant des yeux mon pro-\ngramme, où figuraient, en tête, ces cinq noms :\nHaydn, Mozart, Beethoven, Mendelssohn, Schumann.\nUn nouveau monde allait s'ouvrir à moi...\n\nMaurice Griveau."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c018", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 55, "image_fin": 61, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.11", "titre_corps": "L'HYGIÈNE DU VIOLON", "titre_sommaire": "L'HYGIÈNE DU VIOLON", "signature_source": "Lucien Greilsamer", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.55", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1168, "texte": "L'HYGIÈNE DU VIOLON\n\n(SUITE ET FIN)\nIXe CAUSERIE\nQuel est l'artiste ou l'amateur auquel il n'est pas arrivé, au\nmoins une fois dans son existence, de sacrifier avec obstination\ndes sommes plus ou moins importantes à la restauration d'un\nantique, espérant quand même, malgré les insuccès, arriver à\nrendre la santé à un violon décrépit, véritable invalide de l'art,\nparfois estropié, devenu réfractaire à tout remède, et pour qui le\nremède même devenait pire que le mal? Journellement consulté au\nsujet d'un instrument ancien, je me trouve presque toujours, lors-\nqu'il s'agit d'une transaction récente, en présence d'un problème\ncomplexe. Une fois, l'objet a été vendu par un marchand de pro-\nfession, lequel, quoi qu'il puisse arriver, a su établir une quittance\nle mettant à l'abri de la loi si injustement dure à l'égard du vendeur\ninexpérimenté. Une autre fois, le mécontent détient l'objet d'un\nprofane qui le lui a vendu avec la meilleure foi du monde. Souvent,\nc'est l'acheteur qui a cru acquérir un instrument de grande valeur\nau détriment de son détenteur, et s'est gouré lui-même. Une autre\nfois encore, l'instrument est parfaitement sain, mais il a cessé de"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.56", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2420, "texte": "plaire à son nouveau possesseur qui lui découvre tous les défauts\nimaginables, et enfin presque toujours je suis devant un homme\ndéçu, qui s'en prend à tout et à tout le monde... lui seul excepté.\nL'acheteur est toujours trompé par sa faute. Dépourvu des con-\nnaissances spéciales, ignorant les limites de son droit, il achète\nsous l'influence d'un engouement momentané et irréfléchi et\ndans l'ensemble des transactions qui se font, il arrive ceci : pour\nun qui par hasard a eu la main heureuse, et est tombé sur un bon\ninstrument qu'il sait apprécier, il en est cent qui ont fait une mau-\nvaise acquisition, dont au bout d'un temps plus ou moins long ils\ncherchent à se débarrasser. Combien alors changent le cheval\nborgne pour l'aveugle, et paient encore un bon prix cette nouvelle\ntransaction ! Il en est qui passent leur vie à ces tentatives ruineuses\net décevantes. Je ne parlerai pas des quelques dont l'ouïe n'a pas\nde conviction, et qui finissent par trouver leur instrument, si mau-\nvais soit-il, supérieur à tous les autres.\nJe vais essayer d'indiquer les précautions à prendre à l'achat\nd'un antique, et sans prétendre donner par là les connaissances\nque l'expérience et les années permettent de posséder, j'espère éta-\nblir les éléments précis d'une question sur laquelle on n'a généra-\nlement que des idées très vagues. Il s'en dégagera un enseignement\nmoral et pratique à la fois, établissant la base positive et définie de\ntoute transaction en matière de lutherie, seule condition de sécurité\npour les deux parties contractantes.\nLa santé plutôt précaire des antiques violons n'est pas un mal\nmoderne. Ils étaient bâtis pour vivre presque éternellement, et ils\nsuccombent plutôt sous les mauvais traitements que sous les in-\njures du temps. Les instruments bien conservés et restés bons en\nsont la preuve irrécusable ; mais dans l'ensemble, la décadence\nphysique des Crémone avait déjà commencé il y a plus de cent ans,\net faisait dire non sans amertume à l'abbé Sibire : « La lutherie est\npeut-être le seul métier au monde où le vieux soit constamment\nplus estimé que le neuf et l'entretien plus difficile que la bâtisse. »\nDepuis, combien de ces malheureux furent détériorés par des\naccidents de toutes sortes, mal parfois aggravé par les réparations\nmaladroites ! Combien d'autres, préservés par la Providence du\ntraumatisme accidentel, se virent amaigrir à coups de rabots par"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.57", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2314, "texte": "ordre d'un possesseur, pour reprendre ensuite leurs épaisseurs\nnormales, en passant dans d'autres mains, grâce à une espèce de\nprothèse qui s'appelle doublure en lutherie ? Faut-il encore citer\nceux qui, oubliés des humains, reposant à l'abri dans des greniers\nhospitaliers, ont senti leurs flancs impitoyablement rongés par les\nvers ennemis de tout instrument inactif?\nEn résumé, il reste peu d'instruments qui n'aient pas trop souf-\nfert, et le nombre de ceux qui n'ont pas souffert du tout est forcé-\nment plus restreint ; encore parmi ces derniers, en est-il qui ne\nfurent pas assez robustes pour résister à la nervosité brutale de\ncertaines mains acharnées à vouloir en tirer un son invraisembla-\nblement volumineux, et s'éteignent doucement dans leur glorieuse\nvieillesse.\nDu temps de l'abbé Sibire, l'acheteur éclairé mettait une cer-\ntaine coquetterie à rechercher un instrument possédant encore sa\nbarre d'origine ; c'était pour lui une première garantie sur la-\nquelle il pouvait fonder tous les espoirs. Il ne saurait être ques-\ntion de rencontrer maintenant de tels instruments, et celui qui\ndésire se rendre acquéreur d'un antique, doit s'armer de plus de\nmodestie, et aussi de plus de prudence que dans ces temps éloi-\ngnés.\nL'acheteur ignore presque toujours que lorsque le marchand\nspécialiste vend un instrument, il n'est question que de l'authen-\nticité et jamais de la qualité. Si vous l'interrogez àce sujet, il\nvous répondra très justement que la qualité sonore est affaire\nd'appréciation, et qu'elle ne saurait être l'objet d'une transaction\ncommerciale proprement dite. Il sait fort bien qu'en cas de con-\ntestation en vue de résiliation de marché, les tribunaux valideront\ntoujours la vente, si l'authenticité est reconnue, que l'instrument\nsoit bon ou mauvais. En un mot, le marchand vend sa garantie,\nc'est-à-dire son prestige. Cela est si vrai, que dans la pratique,\nl'expertise d'un marchand a une valeur proportionnelle àsa répu-\ntation et à l'importance de son commerce, alors que les expertises\nde tous les marchands devraient avoir une valeur égale.\nIl importe donc à l'acheteur désireux de savoir ce qu'il acquiert\nen dehors du nom d'auteur, de connaître toutes les particularités\nmatérielles qui donnent à un antique le plus grand nombre de"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.58", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2237, "texte": "chances en sa faveur, comme aussi toutes les avaries plus ou moins\nbien masquées par le maquillage, et qui font mal préjuger de\nson avenir.\nToute tare enlève à l'instrument une partie de sa valeur mar-\nchande proportionnellement à son degré de gravité. Il est néan-\nmoins des tares qui intéressent uniquement la valeur marchande\net n'ont aucune influence sur la qualité du son. La distinction en\nest trop facile à établir pour nécessiter une classification.\nNous voilà donc en présence d'un antique. La première chose\ndont nous nous inquiétons est de savoir s'il est homogène, c'est-\nà-dire si toutes les parties qui le constituent sont du même auteur,\net ont été assemblées par lui en vue de créer cet instrument.\nDu jour où les antiques commencèrent à être recherchés, une\nindustrie nouvelle prit naissance, et depuis un siècle elle n'a fait\nque croître en raison directe de la demande comme cause et de\nla rareté comme conséquence. Cette industrie consiste à réunir\nles débris de plusieurs instruments anciens, et à les ajuster en-\nsemble pour en créer un nouveau, anonyme, que l'on baptise\nsuivant sa ressemblance avec telle ou telle marque. Il est de plu-\nsieurs paroisses, comme aurait dit ce bon abbé Sibire, mais\nqu'importe, on peut le garantir antique.\nSupposez maintenant que l'on arrive à ajuster des débris pro-\nvenant de deux Stradivarius n'ayant plus aucune valeur indivi-\nduelle, et ne pouvant plus être restaurés, on aura créé un nouveau\nStradivarius, que l'on pourra garantir tel, et donné, par consé-\nquent, une valeur immense à des épaves.\nBeaucoup de violons ont perdu leur tête d'origine, et cette der-\nnière est remplacée par une tête moderne sculptée plus ou moins\nheureusement dans le style voulu, ou par une tête ancienne mais\nprovenant d'un autre auteur, ou enfin par une tête de l'auteur\nmais ayant appartenu à un autre instrument. Il arrive aussi fré-\nquemment qu'une partie du corps soit remplacée. Une éclisse,\nla table en partie ou en totalité, à l'intérieur les contre-éclisses,\nles tasseaux, etc. Quoi qu'il en soit, l'homogénéité parfaite dun\nantique est chose plus rare que l'on ne pense, surtout lorsqu elle\nconcorde avec l'absence des autres tares que nous allons exa-\nminer."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.59", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2383, "texte": "Un préjugé assez répandu dans le temps voulait qu'un an-\ntique, pour être digne de respect, fût orné de cassures, et d'aucuns\nattribuaient à de telles cicatrices la cause de la belle sonorité de\nces vétérans de l'art. Point n'est nécessaire d'insister sur de\nsemblables naïvetés. Un instrument exempt de cassures sera tou-\njours le plus recherché; mais comme ce genre de rareté ne se ren-\ncontre plus guère, il faut se faire une raison, et choisir entre tous\nles maux le moindre. Les cassures les plus mauvaises sont celles\nqui se trouvent soit sur la table, soit sur le fond, à l'endroit où\nporte l'âme. La raison en est facile à comprendre : l'âme, sous la\npression du chevalet, aura toujours une tendance à faire rouvrir\nces blessures. La stabilité de l'instrument sera détruite, et la tran-\nquillité de son possesseur à jamais troublée. Pour y remédier, le\nréparateur a recours à un de ces moyens héroïques dont j'ai déjà\nparlé, et, ne se contentant plus de rejoindre les deux parties avec\nun peu de colle, il met ce que l'on appelle une doublure. Par\nl'abus du doublage, un instrument n'est plus lui-même que dans\nsa forme extérieure. Tout l'intérieur peut être marqueté ainsi\nd'éléments étrangers : pièce d'âme,dans le cas dont il vient d'être\nquestion; doublure d'estomac,lorsque la table est trop faible, soit\nqu'elle provienne d'un bois trop mou, soit qu'elle ait été amincie\npar un réparateur vandale; doublure lorsque, par suite\nde détablages nombreux, les bords sont complètement usés;\nblure du fond,pour donner de la force àun instrument qui en est\ndépourvu, etc., etc.\nLe mal contraire à ces réparations rarement efficaces se trouve\ndans les instruments dont les épaisseurs ont été diminuées, soit\npar caprice de leurs possesseurs, soit par ignorance du réparateur.\nDans ce cas, une doublure est indiquée, pour rendre les épais-\nseurs, sinon la souplesse à l'instrument ; mais souvent le ven-\ndeur prudent préfère le laisser tel quel, parce que personne ne\nvoit qu'un instrument a été aminci, bien penV entendent. et de ce fait\nl'instrument, pouvant passer pour vierge de réparations, repré-\nsente une bien plus grande valeur marchande.\nLes réparateurs ont la manie de vouloir sans nécessité refaire\nles voûtes de tout instrument qui leur tombe sous la main. Dans\nce cas, il est soumis à une véritable question extraordinaire. Sous"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.60", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2105, "texte": "la pression formidable qu'on fait subir à la table, les fibres du bois\nsont brisées, le vernis broyé, et comme résultat final une bour-\nsouflure incohérente remplace des voûtes autrefois calculées avec\nsoin, exécutées avec prudence, et qui désormais sont faussées\npour toujours. Une mixture fait revenir le vernis, et lui rend une\napparence qui ne trompe pas le connaisseur, et jamais plus, de ses\nflancs martyrisés, ne sortira la voix mélodieuse etpure que lui avait\ninsufflée son créateur.\nJ'ai précédemment parlé d'instruments qui ne tiennent pas l'ac-\ncord par suite de la faiblesse de la table. Pour offrir au client un\ninstrument atteint de ce mal, on lui fait subir ce soi-disant remon-\ntage des voûtes, comme on fait absorber de la digitale au cheval\npoussif, quelques jours avant de le présenter. L'effet de ce maqui-\ngnonnage est de courte durée, et combien d'acheteurs sont ainsi\nenrossés !\nLes ff sont souvent, au moyen d'une réparation délicate, pla-\ncées plus haut ou plus bas, suivant le cas, pour les mettre au dia-\npason actuel, ainsi que je l'ai expliqué dans la causerie où il est\nquestion du diapasonnage.\nIl arrive aussi que les éclisses, trop souvent rabotées par suite de\ndétablages nombreux en même temps que malheureux, ont dû\nêtre remontées pour revenir à la hauteur normale. Tout cela n'est\nguère favorable àla bonne sonorité. Quant au vernis, à ce pré-\ncieux enduit, si beau et si nécessaire, il est des instruments où\nl'on n'en rencontre que quelques traces, tout le reste n'étant qu'une\nsuccession de maquillages consécutifs à une succession de répara-\ntions.\n•La que-stion des étiquettes, quoique d'importance moindre,\noffre cependant un certain intérêt. Dans l'antiquité on cherchait\ndéjà à augmenter la valeur des objets d'art, en les signant de noms\nplus illustres, ou plus en vogue que ceux de leur auteur. C'est ce\nqui faisait dire à Gicéron indigné :\nOU fais as inscript iones statuarum alienarum.\nSans remonter si haut, et pour rester dans le domaine instrumen-\ntal, un livre récent cite à ce sujet un document fort curieux et\ndatant de loin."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.61", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 1555, "texte": "En 1685, un an après la mort de Nicolas Amati, un violoniste\nitalien nommé Tomasso a Vitali, qui fut le maître du violoniste\nfrançais Senaillé, fit une demande en justice au duc de Modène.\nLe but de sa revendication était d'obtenir réparation d'un de ses\ncompatriotes qui lui avait vendu comme Nicolo Amati, et portant\nson étiquette, un violon dont Francesco Rugieri, dit « Il Pero »,\nétait l'auteur.\nCelui qui acquiert pour son propre usage se trouvant seul inté-\nressé à connaître exactement la nature de son acquisition, il est\nnécessaire qu'il exige du vendeur un résumé de l'état de l'instru-\nment comme suit :\ni°Garantie d'authenticité.\n2° L'instrument est homogène dans toutes ses parties ou non..\nDans ce dernier cas, quelles sont les parties étrangères ?\n3° Nomenclature des cassures.\n4° L'instrument a ou n'a pas de doublures. Si oui, lesquelles?\n. 5° L'état du vernis.\n6° Tient-il l'accord ?\n7° L'étiquette se rapporte-t-elle bien à l'auteur et correspond-\nelle à la date de fabrication.(Ceci est important pour les Stradiva-\nrius par exemple, dont la valeur et la qualité varient suivant les\npériodes.)\nL'acheteur,une fois éclairé sur tous ces points,pourra seulement\ns'occuper de la qualité sonore. A ce sujet, il n'aura plus besoin de\nla garantie qu'on ne peut lui donner. S'il s'en rapporte à lui seul,\nen suivant les règles établies dans les précédentes causeries, s'il\nne consulte que son propre goût, s'il écarte tout intermédiaire,\nil est certain de n'être jamais trompé.\nFIN\n\nLucien Greilsamer."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c020", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 62, "image_fin": 65, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.12", "titre_corps": "ESSAI SUR L'ÉTAT de la musique en Angleterre AUX XVIe, XVIIe ET XVIIIe SIÈCLES", "titre_sommaire": "ESSAI SUR L'ÉTAT de la musique en Angleterre AUX XVIe, XVIIe ET XVIIIe SIÈCLES", "signature_source": "Charles Bouvet", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.62", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1465, "texte": "ESSAI SUR L'ÉTAT\nde la musique en Angleterre\nAUX XVIe, XVIIe ET XVIIIe SIÈCLES\n\nLe 3o avril dernier, la fondation J.-S. Bach, instituée et dirigée par le vio-\nloniste Charles Bouvet, consacrait a la musique anglaise aux xvi®, XVII® et\nxvme siècles le programme de sa quatrième séance.\nGomme corollaire à cet intéressant concert, notre collègue, M. Ch. Bouvet,\na fait à la Société internationale, le i 5 mai, une communication sur le madri-\ngal anglais aux.x\\'ie et xvue siècles.\nLes deux notices que nous publions ont été lues en manière de préambule\na la très remarquable audition d airs à voix seule et de madrigaux anglais de\nPh. Rosseter, Th. Campion, J. Mundy, J. Wilbye, Th. Vautor, H. Lichfîeld\nJ. Dowland et Th. Bateson, fort bien chantés par Mlles Ch. Lund, H. Brown\nRead C. Purdy ; MM. G. Harris et Ch. Bowes, avec accompagnement de\nharpe-luth (système Lyon) (Mlle R. Lénars) et de basse de viole (M. E. de\nBruyn).\nOn se fait, en général, une assez fausse idée delà musique an-\nglaise ; à part Hœndel, pour qui d'ailleurs l'Angleterre n'était\nqu un pays d'adoption, la Grande-Bretagne semblerait n'avoir\nproduit aucun artiste digne d'intérêt.\nEn fait les xvie, xvne et XVIII6 siècles représentent, au contraire,\npour l'Angleterre une période d'extrême activité musicale.\nUn enseignement sérieux, dirigé par des maîtres éminents,\ndonnait aux jeunes musiciens une technique profonde et une con-\nnaissance absolue des différentes branches de leur art. On vit"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.63", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2229, "texte": "alors se répandre, non seulement à Londres mais sur le territoire\nentier de la Grande-Bretagne, toute une pléiade de compositeurs\net d'organistes du plus haut mérite.\nLes souverains qui régnèrent successivement à l'époque dont\nnous nous occupons: Henri VIII, Edouard Vl,les reines Marie\net Elisabeth, ainsi que Charles lerIer et Charles 11, entretenaient de\nleurs deniers une chapelle particulière et s'intéressaient àce point\nà l'art et aux artistes que l'on vit, en i 596, la reine Elisabeth\nproposer John Bull pour remplir les fonctions de professeur de\nmusique au Grescham Collège.\nL'exemple royal était suivi par la société cultivée, et surtout\npar les lords qui tenaient à honneur de constituer et de subven-\ntionner des corps de musique spécialement attachés à leur per-\nsonne.\nAu début de cette période, c'est-à-dire pendant le xvie siècle et\nla première moitié du xviie, les œuvres des musiciens italiens,\nflamands, allemands et français étaient sinon inconnues, du moins\nfort peu connues en Angleterre, aussi la musique de ce temps pré-\nsente-t-elle une fraîcheur, un charme tout particuliers ;on peut\ndire qu'alors se constitua une école vraiment nationale. Ce n'est\nqu'ensuite, lorsque de nombreuses éditions répandirent partout\nles compositions des auteurs continentaux, que l'influence de ces\nmaîtres se fit sentir dans les productions anglaises ; cependant il\nsemble qu'en traversant le détroit l'art ait pris une physionomie\ndifférente, si différente même que l'apport étranger disparaît à\npeu près complètement, et laisse pour ainsi dire toute la place à\nl'originalité nationale.\nA notre avis, les musiciens anglais s'étaient surtout assimilé les\nprocédés contrapuntiques continentaux, mais en mettant ces pro-\ncédés au service d'impressions puisées dans la nature de leur pays\net de sentiments propres à leur race et à leur culture.\nLes chants populaires de l'Ecosse et de l'lrlande paraissent être\nla source à laquelle l'art primitif anglais a puisé son originalité.\nCe sujet demanderait toute une étude ; nous tâcherons un jour\nde la lui consacrer.\nC'est surtout à la musique religieuse vocale et àla musique\nd'orgue que les artistes anglais ont apporté le tribut de leur"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.64", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 2010, "texte": "talent ; la quantité de messes, psaumes, motets, hymnes et an-\ntiennes que l'école anglaise des xvie, xvn® et XVIII» siècles nous a\nlaissés est innombrable.\nLa musique profane fut également très cultivée au xvie siècle\nen Angleterre, où le madrigal s'est maintenu jusqu'à nos jours grâce\nàla Madrigal Society de Londres (fondée en 1741 ).\nCependant, si la musique vocale était en faveur, la musique ins-\ntrumentale ne fut jamais négligée ; on reste confondu devant\nl'énorme production de pièces pour le harpsichord (clavecin), la vir-\nginal (sorte d'épinette), de sonates pour violon et basse, pour\ndeux violons et basse, etc., etc.\nQuant à l'art dramatique, à part quelques essais de farces qui\nsemblent plutôt se rapprocher de la forme opéra comique que de\ncelle de l'opéra, les tentatives faites dans cet ordre d'idées sont\npeu heureuses ; il était réservé au génie de Henry Purcell\nd'abord d'introduire les instruments autres que l'orgue dans la\nmusique d'église, ensuite et surtout de créer l'opéra anglais, auquel\nil eut l'honneur de donner sa forme définitive.\n★\n* *\nUne étude du madrigal anglais aurait été tout à fait à sa place ici :\nj'y ai cependant renoncé, préférant, pour aujourd'hui, vous faire\nentendre de la musique et reporter à une date ultérieure un tra-\nvail spécial sur ce sujet.\nJe me bornerai à rappeler, le plus succinctement possible, les\norigines et la brillante carrière du madrigal.\nOn fait dériver le mot Madrigal de mandra (troupeau) et\nde gai (mélodie), et c'est aux troubadours provençaux que revien-\ndrait l'honneur de l'invention de cette forme artistique qui, par\nses diverses transformations, devait être si féconde pour l'art\nmusical.\nA son aurore, le madrigal était donc une mélodie pastorale\n(à plusieurs voix, bien entendu).\nPlus tard, dans la première moitié du xvie siècle, le madrigal,\nécrit pour trois, quatre, cinq et même six voix (de préférence à\ncinq voix), sur des paroles profanes, souvent même fort galantes,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.65", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1861, "texte": "le madrigal, dis-je, devint une adaptation de la chanson popu-\nlaire, mais rehaussée par l'art puissant et savant du contrepoint.\nLe madrigal, d'abord uniquement vocal, se transforma rapi-\ndement ; bientôt les instruments vinrent renforcer les voix et\nmême se substituer à elles; les luths, théorbes, violes, cornets\net trombones prirent la place de ténors, de soprani ou de basses\nabsentes ou faibles.\nSouvent même un madrigal ne s'exécutait que sur des ins-\ntruments.\nLes compositeurs prirent leur parti de ces substitutions ; bien\nplus, ils les mirent à profit, et l'on vit naître ainsi le\nchambre.\nCette tendance conduisit, peu à peu, à la symphonie d'orchestre.\nOn eut aussi, bien vite, l'idée d'arranger pour le luth les\nmadrigaux les plus en vogue, en gardant toutefois une des par-\nties chantées, de préférence le superius, tandis que les autres\ns'exécutaient sur l'instrument en question.\nDe ce fait voici créé l'air à voix seule.\nLes premières tentatives de musique scénique ne furent, tout\nd abord, qu une succession de madrigaux à une ou plusieurs voix\navec accompagnement de luths, théorbes, violes, flûtes, haut-\nbois, bassons, cornets et trombones.\nC est ainsi que le madrigal fut à la fois le point de départ de\nla musique instrumentale pure [quatuor à cordes et symphonie ,\nde la monodie accompagnée (air à voix seule) et l'ancêtre de\nT opéra.\nUn des musiciens qui paraît avoir le plus contribué à la vogue\nextrême de la forme madrigalesque est le compositeur néerlan-\ndais Jacques ou Jacob Arcadelt, né a la fin duxv® siècle ou plutôt\nau commencement du xvie, maître de chant au Parvisium de la\nChapelle pontificale de Rome, puis chantre, et enfin abbé camer-\nlingue de cette même chapelle.\nSon premier livre de madrigaux, publié à,Venise, en 1538,\nn tut pas moins de quatorze éditions.\n\nCharles Bouvet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c022", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 66, "image_fin": 66, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.13", "titre_corps": "AUGUSTE DURAND (1830-1909)", "titre_sommaire": "AUGUSTE DURAND (1830-1909)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.66", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 26, "texte": "AUGUSTE DURAND\n(1830-1909)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c023", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 67, "image_fin": 68, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.14", "titre_corps": "AUGUSTE DURAND", "titre_sommaire": "AUGUSTE DURAND", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.67", "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1374, "texte": "5\n\nAUGUSTE DURAND\n\n(1830-1909)\nCe n'est pas seulement un grand éditeur de musique qui vient\nde disparaître : c'est un éditeur musicien, de goût, de race et de\nmétier; Son père était professeur de musique au collège Rollin ;\nc est là qu'Auguste Durand acheva d'excellentes études classiques\navant que d'entrer au Conservatoire. Il y fut élève de Bazin et de\nSavard pour l'harmonie, de Benoit pour l'orgue, et, lorsqu'il en\nsortit, fut choisi comme organiste à l'église Saint-Ambroise, d'où\nil passa à Sainte-Geneviève, puis à Saint-Roch, enfin à Saint-\nVincent-de-Paul, où il resta près de douze années, révélant aux\nfidèles les graves beautés de Bach et de Hœndel. Il composait\naussi, non sans succès, et certains de ses ouvrages, la\nla Valse en mi bémol, ne sont pas près de tomber dans l'oubli.\nCependant, à quarante ans, il renonçait à une carrière si bien\ncommencée, pour servir l'art d'une autre façon : en 1870, il ache-\ntait, avec Schcenewerk, la maison d'édition fondée par Flaxland\nune vingtaine d'années auparavant. Troublés par la guerre et ses\nsuites, les débuts eussent découragé de moins résolus ; les deux\nassociés persévérèrent ; ils réussirent, et n'y eurent pas un mince\nmérite, car au lieu de flatter, comme tant d'autres, le goût de la\nmultitude, ils surent lui imposer le leur.\nC'était le temps de recueillement et de reprise où quelques géné-"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.68", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2354, "texte": "reux artistes essayaient de renouer la chaîne brisée de notre tradi-\ntion, et de nous rendre une musique française. Le 25 février 1871.\nla Société nationale était instituée, sous cette devise :\nCamille Saint-Saëns et Romain Bussine avaient pris l'initiative de\ncette entreprise; César Franck, E. Guiraud, J.Massenet, P. Garcin,\nG. Fauré, H. Duparc, Th. Dubois et P. Taffanel furent auprès\nd'eux les ouvriers de la première heure. Auguste Durand avait connu\nSaint-Saëns à la classe d'orgue du Conservatoire ; il croyait en lui.\nIl accepta son opéra biblique, Sams dont personne ne\nvoulait alors, et devint par la suite son éditeur exclusif : ce fut\nmieux qu'un contrat : une longue amitié, fidèle, intelligente,\ndiscrète en sa sollicitude et délicate en ses attentions, celle même\nqui a manqué à Beethoven, à Berlioz, et à tant d'autres, victimes\nde leurs nerfs et voués à la solitude.\nLes musiciens qui s'étaient groupés autour de Saint-Saëns reçu-\nrent, eux aussi, le meilleur accueil : ainsi Auguste Durand sut dès\nle début encourager et protéger ce renouveau de notre musique, si\nlaborieux d'abord, si glorieux par la suite. Et, lorsque l'événement\nlui eut donné raison, lorsque Saint-Saëns, César Franck et Edouard\nLalo furent en possession de leur renommée, il ne voulut pas s'en\ntenir là; persuadé que l'art est dans un progrès perpétuel, il s'atta-\ncha toujours à découvrir des talents nouveaux, aidé en cette recher-\nche par son fils, M. Jacques Durand, musicien comme lui. Avec la\nplus large impartialité, il admit tour à tour Vincent d'lndy, Claude\nDebussy, Paul Dukas, Maurice Ravel. Aujourd'hui, nos meilleurs\nauteurs sont assemblés en sa maison ; et ses catalogues permettent,\nà eux seuls, de suivre l'histoire de notre musique depuis trente\nans. Les ancêtres n'ont pas été oubliés : François Couperin revit,\net Rameau ressuscite, en une édition monumentale, comme l'Alle-\nmagne seule en avait produit jusqu'ici.\nCe sont là des services éminents, uniques, qui assurent à Auguste\nDurand la reconnaissance de la postérité, sans lui privée, peut-être,\nde plus d'une œuvre admirable. A ceux qui l'ont connu, il laisse\nle souvenir d'une bonté avisée et charmante, d'un esprit fin, décidé,\ntrès orné, et de la plus exquise courtoisie. Et la tradition qu'il a\nfondée ne mourra pas dans sa maison.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c025", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 69, "image_fin": 81, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.15", "titre_corps": "LE MOIS", "titre_sommaire": "LE MOIS", "signature_source": "Vivant Denon", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.69", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1309, "texte": "LE MOIS\nREVUE DE LA PRESSE\n\nDans le Courrier musical du ier mai, un excellent article de\nM. Pierre Lalo à propos de quelques évolutions récentes de la mu-\nsique française,où il étudie le mouvement musical en France\ndepuis 1870.\nM. Pierre Lalo prononce quelques vérités très dures à l'adresse\ndes copistes, des imitateurs \\M. Lalo a raison.\nD'autre part, M. Lalo a ses prédilections, qui lui font préférer\nles disciples de Franck aux suiveurs de M. Debussy. J'avoue que\nla question ne m'intéresse guère, et que des disciples de l'un aux\nsuiveurs de l'autre... mais enfin pourquoi ne pas attendre que les\nadmirateurs-élèves de M. Debussy aient grandi avant de les juger\nsi doctoralement?\n*\n* +\nLe numéro du 1\" mai du Mercu est extrêmement\nfertile en objets musicaux :\ni° M. Emile Henriot y donne un fort bon essai sur Ernest Reyer\nécrivain. Je ne puis moins que d'en citer deux paragraphes, qui\nsont de l'excellente critique (d'autant moins négligeable, d'ailleurs,\nque M. Emile Henriot était des amis intimes de Reyer) :\nReyer faisait ce qu'on nomme aujourd'hui de la critique personnelle.\nJe veux dire qu'il donnait son opinion et jugeait avec ses goûts. Volon-\ntiers il dit je et il parle de lui, ce qui en général est bien préférable à\nl'hypocrisie du jugement soi-disant impersonnel, et ici en particulier,"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.70", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2521, "texte": "tout à fait délicieux à cause du goût, des souvenirs et des anecdotes dont\nReyer prenait plaisir à enjoliver ses feuilletons.\n« Je ne m'exagère certes pas la valeur et la portée de mon opinion\npersonnelle ; mais enfin je dois au public mon opinion et pas celle\ndes autres, » écrit-il le i 3 septembre ißsg.\nIl jugeait nettement, clairement, sans préjugés, et seulement occupé à\ndémêler le beau d'avec le laid, le sincère et le faux, l'art et le mercanti-\nlisme. Beaucoup plus descriptif que symphoniste, il aimait la couleur, le\npittoresque et la clarté. Reyer était un Latin ; il n'était même qu'un Latin.\nIl s'attachait, comme ceux de sa race, davantage à l'expression extérieure\ndes sentiments etàla beauté des formes qu'à des traductions, des transpo-\nsitions symphoniques d'états d'âmes plus ou moins complexes. Sa cri-\ntique est, comme sa musique, très littéraire, plus littéraire que musi-\ncale, plus poétique que technique. C'est là, peut-être, qu'est la source de\nson génie. Il était encore plus poète que musicien, peut-être même plus\npeintre que poète. Sa vie, son esprit, ses goûts, étaient d'un poète, et si\nl'expression n'était ridicule, il faudrait dire qu'il avait une âme poétique.\n•\nCe qui plaît surtout dans les feuilletons de Reyer, c'est le style. Ses\nidées, très nettes, très arrêtées, très entières, il les traduisait en phrases\ncourtes, concises, mordantes, d'un ton toujours spirituel, d'une écriture\nbien à lui, et à la formation de laquelle l'amitié de Théophile Gautier\nn'avait peut-être pas été étrangère. Qu'on lise, dans les Notes de mu-\nsique, l'Histoire d'un musicien et les Cela est\nd'un grand écrivain, d'un grand écrivain classique. La phrase est ner-\nveuse, pittoresque, amusante, colorée, vive. Il est à regretter vraiment\nque Reyer n'ait point écrit ses mémoires. J'espère pouvoir donner pro-\nchainement sa correspondance. Il y a là des lettres exquises, des pages\nadmirables...\nOn ne saurait mieux dire.\n2° M. Rouveyre, continuant la série de ses publie un\nVincent cClndyraide, sérieux, directorial...\n3° M. F. de Gérando, à propos des derniers travaux de Mme La\nMara, dispute pour tâcher de prouver que Thérèse de Brunsvik\nn'est pas « l'lmmortelle Bien-Aimée » de Beethoven.\nTant pis pour Thérèse de Brunsvik ! Mais M. Jean Chanta-\nvoine, ici même, donne de bonnes raisons pour ne pas croire M. de\nGérando.\n*\n* ¥\nLe Temps a reçu communication d'une lettre (inédite) de Liszt,\nqu'il a publiée et qui nous donne une fois de plus la preuve du"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.71", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2596, "texte": "grand cœur et de la bonté touchante et toujours en éveil de cet\nartiste aussi noble par ses qualités morales que par son génie.\nC'était à l'époque (1845) où César Franck, encore tout jeune, il\navait vingt-trois ans, essayait de se produire comme composi-\nteur. Liszt, ayant eu l'occasion de l'entendre à son orgue, avait\nété frappé de son talent et résolut de lui venir en aide pour lui\npermettre de faire connaître son oratorio de qu'il venait\nd'écrire. Franck avait besoin d'une salle pour organiser un\nconcert avec orchestre et chœurs, et c'est à cet effet, et pour lui\nfaire obtenir la salle du Conservatoire, que Liszt, lié avec l'excel-\nlent peintre Ary Scheffer, lui adressa la lettre que voici, lettre\naussi spirituelle que bienveillante, et qui se passe de commentaire :\nMon cher ami,\nM. César-Auguste Franck, qui ale tort : i° de s'appeler César-Au-\nguste, 20de faire très sérieusement de la belle musique, aura l'honneur\nde vous remettre ces lignes. Meverbeer vous a confirmé l'opinion que\nje vous avais exprimée sur son oratorio de Ruth, et le sincère suffrage du\ngrand maître me paraît d'un poids décisif.\nÇe qui importe maintenant pour ce jeune homme, c'est de se faire\njour et place. S'il pouvait y avoir pour les productions musicales comme\npour la peinture des expositions annuelles ou décennales, nul doute que\nmon recommandé ne s'y distinguât de la façon la plus honorable, car\nparmi les jeunes gens qui suent sang et eau pour arriver à coucher quel-\nques idées sur un méchant papier de musique, je n'en sache pas trois en\nFrance qui le vaillent. Mais il ne suffit pas de valoir quelque chose, il\nfaut encore et surtout se faire valoir.\nPour arriver à ce résultat, il y a bien des obstacles et bien des degrés à\nfranchir. Lui, aura probablement plus de peine que d'autres, car, ainsi\nque je vous l'ai dit, il ale tort de s'appeler César-Auguste, et ne paraît\nguère d'ailleurs posséder ce bienheureux qui fait qu'on se\nfourre partout. C'est peut-être une raison pour que des gens de cœur et\nd'intelligence lui viennent en aide, et la noble amitié que vous me por-\ntez depuis plusieurs années me fait espérer que vous excuserez ce qu il\npeut y avoir d'indiscret dans la démarche que je fais aujourd'hui.\nLe but de ces lignes est donc tout simplement :\nQue vous ayez la bonté de faire toucher deux mots à M. de Montalivet\nsur le mérite particulier de M. Franck, et de persuader Son Excel-\nlence de lui accorder la salle du Conservatoire pour exécuter son orato-\nrio dans le courant de l'hiver.\nQuel que soit le résultat de cette négociation, je vous serai reconnais-"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.72", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2458, "texte": "sant de la part que vous aurez bien voulu y prendre et viendrai vous en\nremercier avant peu.\nTout à vous d'admiration et de sympathie.\nF. LISZT.\nNancy, le 12 novembre 1845.\nIl y a tout lieu de croire que l'appel de Liszt à Ary Scheffer\nfut entendu et que celui-ci s'empressa d'agir de façon efficace,\npuisque Franck obtint la salle du Conservatoire. C'est là qu'il\ndonna en elfet, le 4 janvier 1846 (c'est-à-dire moins de deux\nmois après la lettre de Liszt), la première audition de\ndont les soli étaient chantés par Jourdan, Herman-Léon (Booz),\nMlles Louise Lavoye (Ruth), Moisson (Noémi) et Caut (Orpha).\n*\n¥ *\nLa ïamille Wagner a encore fait des siennes. Elle a annoncé un\nrecueil de letties de Wagner, sous ce titre :\ninterprèles. Les moyens employés par la maison de Wahnfried pour\nse procurer ces lettres n'ont pas toujours été, paraît-il, d'une\nextreme délicatesse. Alme Lilli Lehmann se plaint, en ce cjui la\nconcerne, d'avoir été victime de sa complaisance;\n« Il y a environ vingt-trois ans, écrit-elle aux Munchnev Neueste\nNachrichten, je reçus un jour de Mme Cosima Wagner la prière de lui com-\nmuniquer les lettres que Richard Wagner m'avait écrites. Très éloignée\nde soupçonner que l'on pût faire un emploi abusif de cette correspon-\ndance, j empaquetai le tout et l'envoyai en communication à Mme Cosima\nWagner. Après quelques semaines ou quelques mois peut-être, les let-\ntres me furent retournées. Le 3o novembre 1908, j'eus connaissance de\nla publication prochaine de la correspondance de Wagner avec ses in-\nprètes, etc. » Mme Lehmann iaitconnaître alors qu'en réponse àun télé-\ngramme qu elle avait adressé à M. von Gross, elle reçut de M\"® Eva\nWagner une lettre qu elle cite tout au long. Dans cette lettre, MUeEva\nWagner prétendait que la maison de Wahnfried possède un droit de\npropriété sur les lettres de Wagner et ne semblait même passe douter\nque 1 improbité du moyen employé pour se procurer ces lettres suffirait\nà rendre ce droit, s'il pouvait exister, extrêmement contestable. Elle\najoutait : « Nous avons voulu élever aux artistes qui ont interprété\n1 oeuvre de Wagner, et à vous-même par conséquent, un monument\nd honneur très glorieux, et si nous avions omis votre nom, cela aurait\nété la marque d'une incompréhensible mésestime pour votre personna-\nlité. » Mme Lehmann répond à cette dernière phrase et en même temps\naux prétentions des héritiers de Wagner : « La maison de Wahnfried ne"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.73", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2336, "texte": "peut, par elle-même, élever un monument aux interprètes qui ont vécu\navec Wagner et ont collaboré avec lui. Le respect et l'amitié qui nous\nanimèrent tous, à Bayreuth ou ailleurs, lorsque nous chantions ses œu-\nvres, l'aidèrent puissamment en lui permettant de voir ses créations\nvivantes devant lui. C'est là notre monument. Peut-être aurais-je, moi\naussi, donné mon assentiment à la publication de certaines de mes lettres,\nsi on me l'avait demandé. Gela n'ayant point été fait, je suis obligée de\nme plaindre de l'action déloyale de la maison de Wahnfried. »\n★\n* ¥■\nMozart, compositeur à huit ans,tel est le titre d'un cahier de mu-\nsique qui vient de paraître à Leipzig, gravé pour la première\nfois. Voici dans quelles circonstances a vu le jour ce recueil de\n5i pages comprenant des menuets, allégros, prestos, adagios, et\nune fugue. Après une brillante série de concerts pendant l'été de\n1764 en Angleterre, Mozart dut, pendant une grave maladie de\nson père, renoncer à paraître en public. Au lieu où la famille\ns'était réfugiée, à Ghelsea, sur les bords de la Tamise, l'enfant\nprofita de ses loisirs pour écrire avec ardeur. Il prépara un petit\ncahier sur lequel furent notées au jour le jour les petites pièces\nqui lui venaient à l'esprit. Ce livre d'esquisses, dont l'existence\nfut longtemps ignorée, a été conservé. Il se trouvait parmi les\nautographes dont M. Ernest Mendelssohn-Bartholdy fit hommage\nà l'empereur d'Allemagne et dont la garde a été confiée à la Biblio-\nthèque royale de Berlin.\nMais ce n'est pas l'unique nouveauté pour ce qui touche\nMozart :\nA Salzbourg, dans le délicieux Salzbourg où les Viennoises se\nreposent pendant les mois d'été et consentent à écouter les pro-\npos les plus verts, a eu lieu le dimanche des Rameaux, sous\nla présidence du comte G. Kuenberg, la réunion annuelle princi-\npale de la fondation internationale Pendant le cours de\nla dernière année, les fonds recueillis pour la construction pro-\njetée d'une Maison de Mozart (Mozarthaus) se sont élevés à\n4.000 couronnes, ce qui permet de disposer actuellement d'une\nsomme totale de 200.000 couronnes. La perspective d'obtenir une\nsubvention d'État permet d'espérer qu'il sera possible, dans deux\nou trois années, de commencer la construction de cette Maison\nde Mozart. A l'un des prochains festivals qui se tiendront à Salz-"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.74", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2406, "texte": "bourg en l'honneur du maître, peut-être dès l'année prochaine, on\nposerait la première pierre. Un crédit de i 5.000 couronnes a été\nconsenti pour faire face aux dépenses d'établissement des plans et\naux frais que comportera la concurrence restreinte que l'on veut\nétablir entre les architectes qui se proposeront pour ériger le bâti-\nment que l'on a en vue d'établir.\nD'autre part, le vingt-septième cahier des communications pour\nles membres de la Société Mozart de Berlin vient de paraître et\nrenferme deux suppléments musicaux se rattachant au vieil opéra\nle Barbier de Séville de Paisiello, qui précéda de trente-six années\ncelui de Rossini. En Allemagne comme en Italie, cet ouvrage reçut\ndu public un accueil des plus favorables. Lorsqu'il fut donné à\nVienne, Mozart, qui se trouvait dans cette ville, composa à cette\noccasion pour l'aînée de ses belles-sœurs un air destiné à faire\nvaloir les ressources de son organe exceptionnel. Cette jeune\nfemme se nommait Josepha Hofer (née Weber) ; elle était assez peu\nrecommandable si l'on en croit Mozart, qui, dans une lettre à son\npère, résume ainsi sa valeur morale : « C'est une personne fai-\nnéante, grossière et fausse, qui en a épais derrière les oreilles. »\nCette cantatrice valait pourtant mieux peut-être que ne le ferait\ncroire ce portrait à la plume où percent la malveillance et l'exagé-\nration. Dans tous les cas, sa virtuosité vocale était réelle, puisque\nMozart composa pour elle, en dehors de l'air dont nous venons de\nparler, tout le rôle delà Reine de la Nuit dans y\naccumulant pour lui plaire beaucoup de traits difficileset dénotés\nsuraiguës. Quant à l'air destiné à trouver place incidemment dans\nle Barbier de Séville de Paisiello, il est assez longuement développé ;\nla publication en a été faite, d'après la partition originale, par\nM. E. Lewicki, de Dresde. Le second fragment publié par la So-\nciété Mozart est un air de basse très intéressant de Paisiello lui-\nmême, tiré de son Barbier de Séville. Ces deux airs, regravés au-\njourd'hui après de longues années d'un oubli complet, sont\nprésentés au lecteur dans le cahier de la Société Mozart avec un\narticle intitulé les Trois Bartholos.\nEnfin, toujours à propos de Mozart, à l'occasion d'une reprise de\nla Flûte enchantée qui aeu lieu le 18 avril dernier au nouveau théâ-\ntre municipal de Leipzig, on a renforcé l'orchestre de deux cors"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.75", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2116, "texte": "de basset que Mozart, il est vrai, a bien compris dans sa partition,\nmais que les chefs d'orchestre des théâtres avaient pris l'habitude,\nà très peu d'exceptions près, de remplacer par des clarinettes. On\na pu ainsi entendre la Marche des prêtres et quelques autres passa-\nges du chef-d'œuvre avec le genre de sonorité qu'avait voulu Mozart-\nLe cor de basset descend jusqu'au la au-dessous des lignes en clé\nde fa,et monte jusqu'à 1 'utau-dessus de la portée en clé\nBerlioz a écrit dans son Traité : « Mozart a\nemployé ce bel instrumenta deux parties pour assombrir le coloris\nde l'harmonie dans son Requiem,et lui a confié des soli importants\ndans son opéra la Clemenza di Tito Gomme ceux des clarinettes\nbasses, les sons graves du cor de basset sont les plus beaux et les\nmieux caractérisés. »\nCette avalanche de nouvelles, touchant mon ami Mozart, me\nréjouit. On s'occupe si peu de lui, à notre époque !Il faudra\nattendre, sans doute, que M. Isidore de Lara lui emprunte quel-\nque chose.\n★\n* ¥\nBerlin devient de plus en plus un centre artistique de la plus\nhaute importance, en même temps qu'une des « places » princi-\npales du « marché musical ». Deux vastes entreprises nouvelles y\nsont signalées presque simultanément :\nLes Signale annoncent la fondation d'une « Maison d'édition\nrusse » au capital d'un million deux cent cinquante mille francs\nentièrement fournis par le fameux contrebassiste virtuose\nM. Sergei Koussewitzky et sa femme. Cette généreuse donation a\npour but essentiel de faciliter aux compositeurs russes l'édi-\ntion de leurs œuvres. Celles-ci seront soumises à l'examen\nd'une commission artistique de cinq personnes qui décideront\nsans appel. L'œuvre admise sera gravée et publiée par les\nsoins de la maison d'édition qui paiera à l'auteur des honoraires\nvariant, selon le genre et les dimensions de la composition, de\n125 à 7.500 fr., somme à laquelle s'ajoutera ensuite une part du\nbénéfice réalisé sur la vente. Enfin des auditions publiques des\nouvrages édités seront organisées dans un but de propagande. Cela\nnous vaudra sans doute une véritable invasion de musique\nrusse !"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.76", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2451, "texte": "On apprend d'autre part qu'une société s'est formée pour fonder\nun a Théâtre Richard-Wagner ». Il importe d'abord de ne point\nse méprendre sur la signification de ce titre ; le théâtre en question\nne sera nullement consacré d'une façon plus ou moins exclusive,\nou même prépondérante, aux œuvres de Wagner ;il aura, comme\ntoutes les autres scènes lyriques de l'Allemagne, un répertoire très\nvarié, permettant au public d'applaudir les ouvrages les plus divers,\ndepuis le Crépuscule des Dieux, par exemple, jusqu'à la Chauve-\nSouris, en retenant au passage des opéras comme Joseph de Méhul,\nou d'autres de la même école. C'est ce quia lieu actuellement sur\nles grandes scènes allemandes, et nul ne s'en plaint. L'entreprise\nnouvelle s'est placée sous le patronage de personnalités connues,\nparmi lesquelles on cite MM. Engelbert Humperdinck, Léopold\nSchmidt et Axel Dalmar. L'originalité du projet consiste en ce\nfait que tous les bénéfices éventuels doivent faire retour au public.\nLes statuts s'expliquent sur le côté financier de la tentative dans\nles termes suivants : « La Société berlinoise d'Opéra poursuit le\nbut de faire représenter pour ses membres associés les œuvres\nmusicales dramatiques et symphoniques sans distinction, et cela\ndans les meilleures conditions d'interprétation et aux prix les plus\nréduits. Elle veut contribuer ainsi à répandre dans tous les milieux\nl'amour delà musique et la compréhension des ouvrages signés de\ngrands noms. Par ces propres moyens la Société fera construire\nun Théâtre Richard-Wagner qui pourra contenir 2.500 specta-\nteurs assis. Les cotisations annuelles des membres participants\nseront employées à la fondation de ce théâtre et plus tard à l'amor-\ntissement du capital qui aura servi à l'achat du terrain et aux frais\nde construction. Chacun des membres aura droit d'assister à\n25 représentations chaque année sur la simple présentation de sa\ncarte. Ils n'auront à payer pour les autres représentations que des\nprix variant entre i fr. 85 centimes et 5 francs. Le Théâtre\nRichard-Wagner sera pourvu d'un directeur général et d'un direc-\nteur artistique. Il comprendra un personnel variant de 300 à 400\nartistes, parmi lesquels il y en aura de premier ordre. »On pense\nqu il faudrait l'adhésion de 60.000 membres participants pour\nassurer l'établissement et la marche régulière de cette entreprise\nartistique. Quant aux bénéfices qui pourraient se produire plus"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.77", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1797, "texte": "tard, lorsque toutes les dépenses auront été payées, ils ne devront\nprofiter à personne et seront réservés à l'amélioration des spec-\ntacles. S'ils devenaient considérables, on en profiterait pour dimi-\nnuer le prix des places.\n★\n* ¥\nThe musical Standard : Les Œuvres par Edwin\nEvans (avril-mai 1909).\n★\n* *\nAu Carnegie Hall de New-York, M. Walter Damrosch, le chef\nd'orchestre américain, a fait exécuter par les artistes de la Sym-\nphony-Society deux fois de suite la Symphonie avec chœurs, qui\nterminait la dernière séance d'un cycle Beethoven. Après la pre-\nmière audition, un entr'acte a été ménagé, afin de permettre aux\npersonnes peu désireuses d'en affronter une seconde de se retirer\ndiscrètement. Très peu quittèrent leurs places, et ce fut, parmi\ncelles qui étaient restées, une sorte d'émulation dans les applau-\ndissements, qui allèrent en augmentant jusqu'au dernier accord.\nL'orchestre comptait cent musiciens et les chœurs trois cents voix.\nLes soli avaient été remplacés par un petit chœur de treize voix.\nHans de Bulow avait, lui aussi, fait entendre deux fois de suite\nla Symphonie avec chœurs dans un concert donné à Berlin, il y a\nune vingtaine d'années.\n★\n* ¥\nL'ancienne maison d'édition musicale Spina, de Vienne,annonce\nla publication prochaine, à un nombre limité d'exemplaires, d'un\npetit opéra inédit de Joseph Hadyn, die wiiste Insel (l'lle déserte),\nécrit parle vieux maître sur un texte de Métastase, et dont l'arran-\ngement est préparé pour l'Opéra de la Cour.\n★\n* ¥•\nDans la Vie musicale (Lausanne) du 15 avril, un article très\nraisonnable et honnête sur les programmes de concert et l'édu-\ncation du public, par M. Ed. Platzhoff-Lejeune.\n★\n¥■ *\nThe Musical Times(iermai) : Hin England.\n★\n* *\nAprès celui de Mlle Lina Cavalieri, après celui de miss Mary"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.78", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2109, "texte": "Garden, voici qu'on annonce le mariage de la grande vocaliste\nM\"e Selma Kurz. Chose plus grave pour les admirateurs de son\ntalent, elle abandonnerait le théâtre, et les raisons de cette déci-\nsion sont asssez logiques. Elle les confia, en ces termes, à l'un de\nnos confrères viennois :\nOn ne me connaît qu'au théâtre. Je ne sais pas, en dehors de la scène,\nce que c'est que la vie. Savez-vous ce que c'est que de se ménager éter-\nnellement et de vivre d'après les plus sévères ordonnances ?La veille du\njour où je dois chanter, je ne peux pas sortir, je dois rester chez moi et\npeu parler. Le jour où je chante, c'est pis encore. La représentation\nfinie, je rentre chez moi et je me mets au lit. Le lendemain, je suis\nfatiguée et affaiblie. Ainsi, voilà trois jours de perdus pour une repré-\nsentation. Comme je chante au moins deux fois par semaine, ce sont donc\nsix jours de la semaine entièrement consacrés au Hofoper. Je peux rare-\nment aller à un autre théâtre. Combien de fois mes amis m'ont-ils priée,\npressée de venir voir un cabaret ! J'en ai presque honte, mais je ne connais\npas un seul cabaret viennois. Etonnez-vous donc après cela que j'aspire\nde toute ma force au bonheur conjugal et à l'intimité du foyer !\nMa foi 1 Mlle Selma Kurz a peut-être raison. Et à écouter ses\ndoléances bien viennoises, on préfère un fauteuil d'orchestre\nobscur aux lauriers de la scène.\n★\n* *\nA la Scala de Milan, pendant la saison dernière, de\nSpontini arrive en premier comme nombre de représentations :\nelle a été jouée seize fois.\nAh ! si M. de Stendhal était de ce monde, comme il aimerait\nvivre encore à Milan !\n*\n+ *\nDans la Tribune de Saint-Gervais (mars et avril 1909), la Logique\ndu rythme musical, par l'abbé C. Marcetteau.\n★\n* *\nDans l'Occident de février 1909, les débuts de Mlle Blanche Selva\ncomme musicographe avec une étude sur la 2e symphonie de\nM. Marcel Labey.\n★\n* *\nLes catalogues d'autographes sont toujours fertiles en révéla-\ntions inattendues. Le dernier que vient de publier M. Charavay\nnous en apporte une preuve par une lettre inconnue de Gluck. Un"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.79", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2179, "texte": "poète resté parfaitement obscur, et dont le nom Valadier\nserait complètement ignoré sans son accointance accidentelle avec\ncelui de Méhul, avait pris part au concours ouvert en 1783 pour\nun poème lyrique destiné à l'Opéra. Ce concours avait vu cou-\nronner trois ouvrages : la Toison de Chabanon ;\nlone, de Guillard, et Cora,de Valadier. De ces trois ouvrages, l'un,\nla Toison d'or,ne vit jamais le jour, et nul n'en entendit parler; le\nsecond, Œdipe à Colone, mis en musique par Sacchini, qui en fit\npresque un chef-d'œuvre, parut à l'Opéra le ier février 1787 ; et\nle troisième, Cora, qui échut àJVléhul, fut représenté sans succès\nà ce théâtre le i 5 février 1791, alors que le jeune compositeur\nétait déjà devenu célèbre par le brusque succès âCEuphrosine et\nConradin, joué au Théâtre Favart l'année précédente. Mais...\nMéhul, âgé seulement de vingt ans en 1783 et déjà à la recherche\nd'un livret à'mettre en musique, n'avait pas obtenu du premier\ncoup celui de Cora, et ne l'eut que sur le refus de Gluck. En effet,\nValadier, ambitieux sans doute pour le poème qu'il était certain\nde voir représenter à l'Opéra, n'avait pas hésité à l'offrir à l'au-\nteur âCAlceste et des deux Iphigénies, en le lui envoyant à Vienne.\nEt voilà ce que nous apprend le catalogue d'autographes dont je\nparlais, en mentionnant une lettre de Gluck, adressée de Vienne\nà Valadier àla date du iermai 1785, et qu'il analyse ainsi : «Il\nest très touché de l'offre qu'il lui a faite, mais il se déclare inca-\npable d'entreprendre un ouvrage, quel qu'il soit, exigeant de l'ap-\nplication. Il fait des éloges du livret de mais il le retourne à\nson auteur. » Après cette déception, Valadier oflrit-il encore son\npoème à un compositeur connu avant de le confier définitivement\nà Méhul ? Toujours est-il que celui-ci, nous le savons pertinem-\nment par la lettre de Gluck, ne l'eut pas de première main. Et\nvoici qui nous prouve que la biographie d'un artiste est toujours\nà compléter d'après le Ménestrel.\n★\n* *\nLa Revue musicale publie un article de M. Edouard Ganche sur\nla vie de Chopin dans son œuvre (ier mai I9°9)*\n*\n* *\nLe Monde musical s'orne de portraits horribles de virtuoses qui se"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.80", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1462, "texte": "%\nsont fait dans la musique des noms obscurs. Je me demande que\nest le plus affreux de ces héros, je n'ose pas choisir.\nMais dans son numéro du 15 avril, un très sage article de\nM. Guiramaud sur le Snobisme et me réconcilie\navec le Monde musical.\n★\n* *\nLe Guide musical a publié dans ses numéros d'avril des\nla Musique persane,de M. G. Knosp (histoire, instruments, mélo-\ndie).\n*\n* »\nVoici, d'après le Musical News de Londres, un aperçu des prix\ndemandés par quelques artistes en vogue, pour chanter à des\nréunions privées : MM. Caruso, i 5.000 francs; Alessandro Bonci,\n7000 francs; Antonio Scotti, 4.000 francs ; Cari Jorn. 3.soofrancs;\nMmes Géraldine Farrar, 7.500 francs; Olive Fremstad, 7.500 francs;\nEmmy Destinn, 6.000 francs ; Louise Homer, 4.000 francs ;\nMarie Rappold, 3.000 francs, etc.\nPauvres gens !\n*\n* ¥\nDans le Ménestrel du 3 et du 10 avril, une étude de M. Julien\nTiersot sur le Premier portrait de Berlioz, avec diverses reproduc-\ntions.\n«\n* *\nDans la Revue musicale de Lyon du i 5 avril 1909, je signale à\ntous les snobs la traduction d'un article de M. Paul Moos paru\ndans la Zukunft, et qui constitue un magnifique et juste éreinte-\nment des représentations de Bayreuth.\nDans le numéro du 15 mai, des par\nM. Gaston Knosp.\n★\n* *\nUne étude sur le Stabatde Rossini dans (Rome) du\n4 avril 1909.\n*\n* *\nDans le Signale fur die Musikalische Welt du 14 avril, un court\nessai du Dr Léopold Schmidt sur Hcendel."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.81", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1093, "texte": "★ .*\n* *\nLe Courrier musical publie cette petite statistique qu'il dédie à\nnos compositeurs modernes :\nBach, en 65 ans, a écrit 1.10.2 ouvrages\nBeethoven, en 5y ans. 489\nBrahms, en 64 ans. . . . . . . 538\nCzerny, en 66 ans 2.412\nDiabelli, en 77 ans. ...... 2.585\nHaendel, en 71 ans Sgj\nHaydn,en 72 ans 575\nLiszt, en 75 ans 955\nMozart,en 35 ans 626\nRaff, en 66 ans 610\nRubinstein, en 66 ans 550\nSchubert, en 3i ans 791\nSchumann, en 46 ans 67 1\n*\n* *\nA l'occasion du centième anniversaire de la mort de Haydn,\nun éditeur de Munich vient de faire paraître sept menuets du\nmaître qui n'avaient pas encore été publies. Haydn les avait com-\nposés pour être exécutés à Vienne pendant les fêtes du carnaval,\nen 1792. (Le Ménestrel.)\n*\n* *\nLa revue spéciale allemande Mus qui avait\nfusionné à partir du ler octobre 1906 avec le journal fondé par\nRobert Schumann en 1834 sous le\net avait interrompu sa publication pendant ces derniers mois,\nreparaît à Leipzig, sous la direction de M. Ludwig Frankenstein.\nLe premier numéro de la nouvelle série est daté du lel1e1 avril i9°9*\n\nVivant Denon."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c028", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 82, "image_fin": 92, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.16", "titre_corps": "Les Concerts symphoniques", "titre_sommaire": "Les Concerts symphoniques", "signature_source": "Grégoire Timofeiév", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.82", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1866, "texte": "Les Concerts symphoniques\nDE M. P. BÉLAIEV A SAINT-PÉTERSBOURG\nLES NOUVEAUTÉS DE LA MUSIQUE RUSSE\n\nLes Concerts symphoniques russes,fondés par M. P. Bélaiev, dont\nl'histoire est tellement liée avec le développement de la jeune école mu-\nsicale russe, sont entrés dans leur 22e année.\nAinsi que pendant l'existence de son fondateur, les concerts conti-\nnuent à servir les intérêts de la musique russe et de ses meilleurs repré-\nsentants.\nLes trois concerts de cette saison (1907-1908) ont apporté comme\nauparavant plusieurs nouveautés et d'autres œuvres qui n'étaient pas\nexécutées depuis longtemps. Toutes, elles présentaient beaucoup d'inté-\nrêt, mais je tiens surtout à parler des premières.\nLa nouveauté la plus sensationnelle, ce furent les fragments de l'opéra\nde Rimski-Korsakov, le Coq d'or, écrit d'après le conte bien connu de\nPouchkine, qui porte le même titre. On a exécuté seulement deux frag-\nments de l'opéra, dont la musique permet de conclure à la haute valeur\nde l'œuvre entière.\nLe luxe des couleurs et la fraîcheur d'invention de ces fragments\nsont étonnants. Il vaut la peine d'en parler plus longuement (1).\nL introduction est composée de plusieurs petits épisodes, pris des mo-\ntifs de l'opéra même. Elle commence et se termine par un des princi-\npaux motifs de tout l'opéra, celui du coq, du caractère delà fanfare, qui\nse fait entendre sur la trompette avec sourdine et hautbois\nCo-co-ri ! Co-co-ri-co\nRègne couché sur le dos (A) !\nCe motif se fait entendre à la fin de l'introduction, sur le fond gras\ndes cordes, avec la figuration des premiers violons, et la première partie\n\n(i) Deux fragments de l'opéra le Co de Rimski-Korsakov :\nduction et le Cortege nuptial du roi Dodonesontédités par P. Jurgenson(Mos-\ncou) en partition et maintenant paraît la partition (pour piano et chant), à la\nmeme maison."}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.83", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 970, "texte": "6\n\ndu motif (la fanfare a) se présente en imitation (clarinette, hautbois et\nflûte), la seconde ben renversement (B)\nLe motif du coq avec son caractère quelque peu insolent, humoris-\ntique, provocant, est en plein contraste avec l'épisode suivant :\nVoici la phrase chromatique de caractère oriental avec sourdine):\nElle parle de volupté et d'amour. C'est la reine de Ghemakhâ :\nTu iras vers l'Orient.\nLà, tu verras mon royaume\nComme un mirage riant.\nLe coloris de l'orchestre devient de plus en plus brûlant. Arrive le\nmoment suprême, où le motif de la reine est entendu en diminution\ndans le haut registre (flûte et hautbois) sur le fond de l'accord de neu-\nvième mineure en bas (cordes, clarinette) basse, clarinettes, cor anglais,\nharpe) et immédiatement après sur la même neuvième: tierces majeures\ndescendant par degrés chromatiques (flûtes,célesta, violons) qui donnent\nà la musique un caractère fantastique (D).\nTrès spirituel et audacieux !"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.84", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1252, "texte": "Tout l'épisode est en progression de coloris. Les gracieuses phrases\nchromatiques de la clarinette solo à alternent avec les chroma-\ntismes de la clarinette basse et les glides harpes, qui composent\nun joli fond au même motif (C) avec les trémolos des cymbales, et qui\nse répètent plusieurs fois et chaque fois une tierce mineure plus bas.\nA cet épisode se rattache immédiatement le suivant\nAux spectateurs) :\nD'un vieux conte tous les masques\nRevivront joyeux, fantasques.\nLa musique de cet épisode M n'est pas moins\ncaractéristique et assez ingénieuse, ce qui va bien au type de l'astrologue\ndans le conte.\nNous entendons en même temps à la basse une gamme descendante\npar tons entiers (contrebasses, contrebassons), qui se répète en mouve-\nment ascendant, quatre fois plus vite : c'est une série de sons curieuse,\nqui commence dans les basses (basson, violoncelle) et monte jusqu'au\nregistre élevé (mi bémol aigu). Et sur ce fond la flûte, puis le hautbois\net la clarinette à l'unisson avec cloches et harpe, donnent en syncope des\ntaches égales.\nFl. pic. Campan. Arpa.\nCes taches, qui ne cessent pas tout le long de l'épisode, symbolisent\ntrès spirituellement la divination de l'astrologue d'après les étoiles."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.85", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1895, "texte": "Et vraiment on s'imagine comme il les regarde, et mystérieusement\nles compte !\nVoiià tous les épisodes de l'introduction. Ils ne reçoivent pas beau-\ncoup de développement. Leur combinaison est quelque peu extérieure et\nmontre l'intention du compositeur : avec le matériel thématique de\nl'opéra, de créer immédiatement chez l'auditeur une certaine impres-\nsion.\nEt il atteint tout à fait ce résultat.\nDonc le caractère d'esquisse volontairement donné à l'introduction\nest à sa place quand l'exécution de l'opéra doit suivre immédiatement.\nMais dans l'exécution séparée, cette introduction, très colorée et\ncurieuse par ces détails, laisse l'impression d'une forme inachevée et\nperd quelque peu.\nL'autre fragment est pris dans le troisième acte :\ndu T\\ar Dodone.\nTout au contraire de l'introduction, c'est un tableau sonore achevé,\nfort, éblouissant, original et très caractéristique. Nous y rencontrons\nseulement deux thèmes connus : celui du coq et de la reine de Che-\nmakha.\nLes autres sont nouveaux.\nLe programme du tableau du cortège est le suivant :\n« Des trompettes sonnent, le cortège triompal défile devant le palais.\nD'abord les musiciens du roi avec des airs importants et fanfarons, puis\nla suite de la reine de Chemakha, bariolée et bizarre, comme sortie\nd'un conte oriental. Il y a des personnages qui n'ont qu'un œil au front,\nd'autres ont des cornes, d'autres des têtes de chiens. Géants, nains, éthio-\npiens grands et petits, esclaves voilées portant des cassettes et des vais-\nseaux précieux. Enfin paraissent sur un char doré le roi et la reine ; le\npeuple se trémousse et pousse des cris d'allégresse, »\nLe commencement du cortège est construit sur la pédale de domi-\nnante (contrebasse et trémolo des timbales). Les fanfares de l'appel du\ncoq se font entendre de loin (la flûte et le hautbois imitent les trom-\npettes) et font place au motif principal du cortège."}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.86", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1430, "texte": "Ce motif s'accroît ; les fanfares se rapprochent de plus en plus.\nLa sonorité de l'orchestre grandit. Le motif du coq passe aux cordes,\nen broderie de doubles croches. Le fragment du thème de la reine de\nChemakhâ est en contrepoint avec lui (violoncelles, bassons).\nLe crescendo amène le ton de sol majeur.\nPassent les guerriers :\nLe thème des guerriers remplit l'orchestre d'une grande sonorité avec\nles quatre cors de chasse caractéristiques. Il est écrit dans le style des\nchants de soldats russes, et par le caractère trivial et mêm e la ligne mélo-\ndique, rappelle un des thèmes du T\\ar Sultan. Ce thème, qui nous est\nprésenté paré de la plus riche couleur orchestrale, s'arrête, et fait place\nau thème oriental (la seconde augmentée caractéristique) qui passe dans\nles basses (c. bassi,celli, alti, fag, c. fag.) à l'unisson (I).\nLe thème est suivi des accords stacca des instruments à vent dans le\nregistre élevé, ce qui ajoute encore plus de caractère à cette musique,\ndont le rythme varie parles syncopes des cors. Et les perpétuels batte-\nments des timbales achèvent la richesse du coloris. C'est la suite de\nla reine de Chemakhâ.\nLe même thème sonne dans le haut registre (flûtes, hautbois) avec un\nrythme un peu changé.\nUn tableau remplace l'autre. L'orchestre s'apaise un peu et paraît\npiano (flûtes, hautbois) ; le thème court avec les staccati caractéristiques\npar tierces (J)."}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.87", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1082, "texte": "Le thème est suivi des syncopes des violons, des altos et des cors et\ndes sons intermittents du triangle piano.\nTout l'ensemble fait l'impression de quelque chose de petit, mala-\ndroit, d'un piétinement sur place, en somme très amusant. Ce sont les\nnains.\nAprès les nains marchent lourdement par septièmes (unisson) les\ngéants (K) : contrebasses, violoncelles, altos, cors, bassons, contre-\nbassons. Les pas lourds sont soulignés par les coups de grosse caisse et\ndes cymbales. Cet épisode est très spirituel.\nLa sonorité de l'orchestre grandit. Immédiatement après lesseptièmes\ndes géants, sur le fond du thème du coq en doubles croches, exécuté par\nles violons, passe dans les basses un fragment chromatique du thème\ndelà reine de Chemakhâ. Ainsi qu'auparavant, il descend par tierce ma-\njeure (G), mais fortissimo, et après le fortissimo de tout l'orchestre\n{tutti), revient le thème des guerriers (E). Le thème de la reine de Che-\nmakhâ est en contrepoint avec ce thème tel quel et puis renversé (cor\nanglais, clarinette, clarinette basse, altos, violoncelles) (L)."}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.88", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2761, "texte": "Le roi et la reine partent en leur char, entourés de leur suite.\nLe thème de la suite de la reine transperce ce magnifique tutti qui ter-\nmine, plein d'effet, le tableau du cortège.\nNotre analyse est terminée. J'ai voulu montrer la logique du discours\nmusical chez Rimski-Korsakov, son imagination et sa beauté, son\nesprit et la riche fantaisie, l'invention intarissable du compositeur à tra-\nduire chaque détail de son programme.\nMais l'analyse seule ne suffit pas. Il faut entendre la musique de\nRimski-Korsakov, pour apprécier tout le luxe de cette fantaisie où les\néléments russes se mêlent avec les éléments orientaux, apprécier la mélo-\ndie, l'harmonie, la vivacité et la diversité des rythmes, l'élégance et la\nrichesse de l'orchestration, le goût et le sain humour qui est partout.\nBien entendu, auprès des beautés du toutes les autres\nnouveautés des concerts Belaïev ont pâli. Mais comme ces œuvres\nappartenaient aux élèves de Rimski-Korsakov, tous doués, elles méritent\nquand même attention.\nW.-L. Senilov, J.-Th. Stravinski et M.-O. Steinberg: voilà les noms\nde jeunes auteurs qui ont à peine commencé leur carrière musicale, et\ndéjà ont su attirer l'attention sur eux.\nSenilov est sorti du Conservatoire de Saint-Pétersbourg en 1006. Il\nest l'auteur de deux poèmes symphoniques :\nd'après une nouvelle de Maupassant, et Pan, dont le programme est fait\npar lui-même -, un quatuor à cordes, un quatuor vocal,\n(Lermontov) et des romances. Toutes ces œuvres ont été exécutées à\nSaint-Pétersbourg et donnent le moyen de saisir la physionomie musicale\nde leur auteur. Je m'arrêterai d'abord sur le poème symphonique\nd'après Lermontoff, qui fut exécuté au concert Belaïev. La\nmusique du poème est écrite d'une façon intéressante, mais inégale, au\npoint de vue de l'inspiration autant que du style. L'impression mystique\nqui s'en dégage est caractéristique pour son auteur. Elle a trop de\nlongueurs et on sent l'influence de Richard Wagner.\nLa personnalité se manifeste dans l'harmonie audacieuse et cherchée,\ndans la manière de traiter l'orchestre, qui est sonore et coloré. Le\ndessin mélodique n'a pas de relief et ne paraît pas être le fort de\nM. Senilov.\nMais sa musique montre son goût personnel, éloigné du banal. Il\nest un des rares parmi les jeunes compositeurs russes qui cherchent de\nnouvelles voies dans leur art. Il est attiré surtout par la musique à pro-\ngramme. Il y voit l'avenir de l'art. La forme de la symphonie ne lui suffit\npas, gênant sa fantaisie poétique. Il n'est pas seulement musicien,\nmais aussi poète, ce que démontre l'idée et le programme de son\npoème symphonique Pan,où il a voulu chanter la beauté de l'ivresse\nde la vie que les Grecs ont attribuée à Pan. Il cherche à créer des formes"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.89", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2607, "texte": "entières et non des esquisses, et la logique du développement musical\nest profondément liée avec la logique et l'idée du programme.\nL'autre auteur, encore plus jeune, Igor Stravinski, est le fils du\ncélèbre chanteur Théodore Stravinski, qui a longtemps chanté au\nThéâtre Impérial de Saint-Pétersbourg et créé beaucoup de rôles dans\nles opéras russes.\nLe jeune Stravinski a été un élève particulier de Rimski-Korsakov.\n11 est l'auteur de la symphonie en qui fut jouée\nl'hiver passé àun des concerts de l'orchestre de la Cour, et de la suite\nla Bergers et le Faune,pour orchestre et mezzo-soprano solo, exécutée\naux concerts Belaiev.\nLa suite paraît beaucoup plus personnelle que la symphonie, où on\nremarque les influences de l'école allemande jusqu'à R. Wagner et\nde l'école russe, surtout Borodine, Rimski et Glazounov. Le texte est\npris d'une poésie de Pouchkine, imitation de Parny, écrite dans la\njeunesse du poète, et qui manque de profondeur, mais est en revanche\ntrès fraîche et gracieuse. La jeune bergère est poursuivie par le sauvage\nhabitant des forêts, le faune, et elle se sauve de lui, en se jetant dans\nla rivière. Le compositeur a pris trop au sérieux les vers de Pouchkine.\nLe caractère pastoral aurait peut-être mieux convenu à ces vers. Les\ntrois parties de la suite : la Bergère et ont\ndéveloppé sans longueur tous les détails du texte. C'est l'orchestre,\nflexible et obéissant, qui dessine tout cela. Il y a du goût. L'harmonie\nest intéressante. Pour la partie vocale, elle est écrite d'une façon irré-\nprochable au point de vue de la déclamation : la prosodie du vers, les\npauses, le mouvement de la mélodie montant et descendant, les\ncrescendo et diminuendo,répondent tout à fait au texte. Mais quand\nmême la partie vocale manque de relief. Elle est écrite dans le médium\nde la voix et n'est pas avantageuse pour la chanteuse.\nDans l'ensemble, la suite ne manque pas de pages intéressantes; elle\nfait remarquer son jeune auteur, dont le talent va encore se développer\ndavantage.\nIl faut mettre un peu à part des deux précédents M. Maximilien\nSteinberg, qui est sorti du Conservatoire de Pétersbourg au printemps\nde 1908, avec la petite médaille d'or. Il a reçu en outre la prime du\nPalais Michel, i.500 roubles. Ses œuvres ont été jouées pendant qu'il\nfaisait ses études au Conservatoire.\nA Pavlovsk on a joué sa Suite de Aux concerts Belaïev de\nl'année 1906-1907 on a exécuté ses pour orchestre. Aux\nconcerts des élèves, au Conservatoire, on a exécuté un quatuor à\ncordes en la majeur,joué ensuite aux\nraine.\nC'est la symphonie en ré majeur que nous avons entendue. Elle"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.90", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2573, "texte": "démontre un solide métier et se rapproche des classiques, Haydn,\nMozart, moins de Beethoven.\nL'influence de Mendelssohn et de Schumann et Brahms est sensible,\nsurtout celle des professeurs de l'auteur: Rimski et Glazounov. Il a\nle sens de la forme, qui est toujours achevée, élégante et plastique. La\npensée est claire et logique. La ligne mélodique est intéressante, jolie,\nles harmonies sont riches, sans être trop recherchées. On sent un goût\ninné, un talent vivant, qui n'a pas encore donné toute sa mesure, mais\nqui déjà s'est manifesté brillamment. La symphonie en ré majeur,\nachevée dès 1905-1906, porte toutes ces marques et son intérêt va en\ngrandissant. C'est un heureux début.\nCes trois compositeurs ont ceci de commun, que leur création ne se\nrattache pas à l'école nationale russe, quoique l'empreinte de Rimski-\nKorsakov se manifeste. Je ne veux pas par là déterminer le caractère\nde leur production, qui peut changer encore beaucoup, et cela est hors\nde doute, si leurs talents sont vivants.\nLes concerts de Belaïev ont fait jouer, en dehors des œuvres natio-\nnales de Rimski, une nouveauté d'un nationaliste indigène: M. J. Vithol,\naussi élève de Rimski-Korsakov, qui est sorti du Conservatoire de\nSaint-Pétersbourg en 1886, et depuis y remplit les fonctions de profes-\nseur de théorie musicale.\nîl est d'origine lithuanienne et il cultive les chants populaires de\nson pays, dont il a édité un recueil. Les sujets de ses compositions\nsymphoniques sont empruntés à la vie lithuanienne ou à l'épopée\npopulaire, ainsi son tableau symphonique ou l'ouverture\npour le conte lithuanien Spriditis (le jeune Berger), jouée aux derniers\nconcerts Belaïev.\nL'introduction est construite sur une chanson de berger lithuanien,\nqui est belle et touchante.\nSon caractère national est soutenu et elle renferme beaucoup de belle\nmusique, mais souffre quelque peu de ses longueurs.\nGlazounov, encore au collège, fut le premier compositeur russe qui\nfit la connaissance de M. Belaïev et qui le charma par son talent. Le\npremier concert symphonique de Belaïev, consacré aux œuvres de cet\nauteur, portait le modeste nom de Répétition.\nDepuis, le nom de Glazounov a figuré presque à chaque concert.\nPresque chaque année il produisait une symphonie ou une œuvre\nconsidérable pour orchestre. Maintenant les lourdes et multiples\nfonctions de directeur du Conservatoire lui enlèvent trop de temps,\net je me rappelle les paroles de V.-V. Stasov, qui se désolait de la\ndécision de Glazounov d'accepter les fonctions de directeur du Conser-\nvatoire."}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.91", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2685, "texte": "Mais Glazounov continue à composer, quoique moins qu'auparavant.\nIl a donne cette fois le Chant ouverture drama-\ntique (1907), qui a reçu ce nom, puisqu'il y figure un des thèmes de\nla cinquième symphonie de Beethoven, qui portait l'inscription du\ncompositeur : « Ainsi la destinée frappe à la porte. » Mais il faut dire\nque ce thème joue dans l'ouverture un rôle tout à fait intérieur et ne\nfait pas partie d'intéressantes combinaisons contrapontiques. Cette\nœuvre témoigne de l'habileté habituelle du musicien, mais n'ajoute\nrien à sa gloire. Les œuvres anciennes de Glazounov sont bien supé-\nrieures. C'était la seconde symphonie écrite en 1886,\net qui renferme des pages inspirées, dont le divin avec son\nlyrisme si doux écrit dans le style oriental, dans le genre de de\nRimski ; puis la brillante fantaisie l d'un orchestre éblouissant\nde couleur, dédiée à la mémoire de Wagner, dont elle porte l'influence ;\npuis la délicieuse première sonate (ut mineur), pour piano, interprétée\nd'une façon artistique par M. Kreutzer. Ce jeune pianiste (élève de\nMme Essipow au Conservatoire de Saint-Pétersbourg) a interprété\nd'abord le difficile concerto (ut dièse mineur) pour piano et orchestre\nde Rimski. Le pianiste a un toucher plein et agréable, les traits sont\ndistincts et élégants, une belle force, ainsi qu'une douceur dans le\npiano, les nuances sont bien réfléchies. Son métier est très accompli, il\npourrait peut-être travailler davantage le mouvement des octaves.\nDisons quelques mots des autres interprètes de ces concerts.\nMme V.-j. Scriabina joua le difficile, souvent capricieux concerto\navec orchestre de A.-N. Scriabine {fa dièse mineur, op. 20), dont le\nmilieu, andante, est particulièrement joli, ainsi que les Variations sur\nun thème de Glinka, par A.-K. Liadow, où l'auteur brille par l'élégance\net la plastique de son harmonie et par la richesse de sa fantaisie.\nLa pianiste est une excellente musicienne, mais manque un peu de\nforce dans son jeu.\nLa jeune cantatrice Mme Petrenko, de l'Opéra Impérial, qui interpréta\nla partie vocale de la Suite de M. Stravinski, possède un beau, sonore\net rond mezzo. Elle a su, grâce à son sentiment artistique, vaincre la\npartie bien difficile de la Suite. Elle a réussi beaucoup les trois chants\nde Moussorgski avec orchestre: Dors,\net le Hopak.\nC'est pour la première fois qu'ils étaient exécutés avec l'orchestre\n(orchestrés par Rimski).\nLe chef d'orchestre de ces concerts, M. Félix Blumenfeld, a eu une\ntâche bien variée et difficile.\nSi le tempérament parfois laisse à désirer, le sûr musicien apparaît\ntoujours. Il a surtout réussi la première symphonie de Borodine\nbémol majeur). Qu'elle est donc délicieuse I"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.92", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 685, "texte": "La richesse de la fantaisie y est inépuisable, la nouveauté et la\nrecherche de l'harmonie, la brillante mélodie, le rythme vivant, souvent\ncapricieux, la finesse et en même temps la force de l'orchestre 1\nOn ne sait pas à quelles parties de la symphonie donner la préfé-\nrence : les extrêmes, larges, gigantesques, qui brillent de tout le relief\ndes tableaux épiques où passe la vie des masses populaires, ou les parties\ndu milieu, l'impétueux, spirituel schersi typique pour le talent de\nBorodine, ou le délicieux andantede caractère oriental, tout amour et\nvolupté ! Voilà une symphonie qui ornera n'importe quel concert !\n\nGrégoire Timofeiév."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c042", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 92, "image_fin": 103, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.17", "titre_corps": "Lettre de Londres", "titre_sommaire": "Lettre de Londres", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.92", "debut_caractere": 687, "fin_caractere_exclue": 2248, "texte": "Lettre de Londres\n\nUN OPÉRA\nVAngélus,opéra en 4 actes du Dr Naylor, vient d'obtenir tout àla\nfois un prix de 500 livres, offert par la maison Ricordi, en veine de\ngénérosité, et un éphémère succès de quelques représentations à Covent\nGarden. Le Dr Naylor doit s'estimer satisfait. On me dit que cet homme\nestimable, professeur de musique et organiste à Cambridge, est un musi-\ncien fort capable et un compositeur modeste dont la renommée jusqu'à\nce jour n'avait pas dépassé les murs de son collège ou l'enceinte du Cam-\nbridge Musical Club. L'on ne s'attendait pas à une œuvre originale,\ndigne ou d'arrêter les conversations des abonnés de Covent Garden ou\nde les faire fuir épouvantés ; mais l'on ne pouvait certes espérer une si\nadmirable médiocrité.\nTout d'abord, le livret, à la fois enfantin, prétentieux et philosophique,\nde M. Thorneley, se souvient de situations connues. Le ier acte rappelle\nFaust, le second les Huguenots,le 3e et le 4e\nNous retrouvons aussi des figures familières: moines chantant des can-\ntiques dans la coulisse, paysans d'opéra comique, nymphes de féerie ;et\nle seul personnage quelque peu nouveau, l'Ange de la Mort, ne nous\napparut pas autant terrible et même un peu ridicule, pour des raisons\ndiverses,.\nQuant àla musique du Dr Naylor, en somme il ya un chœur de\nfileuses, charmant, sur un joli dessin orchestral et un air de ténor à effet.\nSi nous en croyons M. E.-J. Dent, dans la l'auteur\nde VAngélus est un musicien remarquablement documenté ;il connaît,\ndit-il, son Verdi et son Wagner mieux que l'on ne croit, mais il sut"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.93", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2647, "texte": "résister à la tentation d'imiter ces maîtres. Et si l'on est hanté par quel-\nques réminiscences et de Wagner et de Verdi, c'est en dépitdu Dr Naylor.\nCe compositeur pense évidemment que la grandeur du succès croît en\nraison directe de la simplicité des moyens employés : ainsi renonça-t-il\nau système wagnérien des développements thématiques, aux harmonies\net aux effets de couleur à la Debussy, aux mélodramatiques brutalités\nd'un Mascagni, au charme facile d'un Puccini. Mieux encore, il semble\nque l'orchestration ait été à dessein arrangée en vue d'une réduction\npossible pour orchestre restreint, ce qui prouve que le Dr Naylor ne par-\ntage pas non plus les théories de Richard Strauss.\nIl apparaît chaque jour plus évident que les compositeurs anglais ont\nété pour jamais empoisonnés par deux influences néfastes : les oratorios\nde Haendel et les mélodies de Tosti.\n\nUNE SYMPHONIE\nL'on a fait et l'on fait encore beaucoup de bruit autour de la nouvelle\nsymphonie de Sir Edward Elgar, dont six auditions ont déchaîné un\ncrescendo d'enthousiasme soigneusement préparé, disent certains,\npar des intelligences d'un ordre autant commercial qu'artistique. Le\npublic, guidé malgré lui, applaudit avec excès une œuvre qui, sans tout\nce lançage, l'aurait sans doute laissé fort indifférent. Mais une émotion\npatriotique serra les gorges, et les critiques, pris d'un beau zèle, oppo-\nsèrent cette symphonie anglaise enfin finie et révélée à toutes les autres\nsymphonies allemandes ou françaises, lui découvrant des sens différents,\nun message pour les hommes de bonne volonté et bien d'autres choses\nencore. Un très intéressant article paru dans (que je citerai\nplus loin) fit scandale pour ce qu'il ne portait pas aux nues la nou-\nvelle œuvre de l'auteur du Dream d'ailleurs supérieur à\nladite symphonie.\nSymphonie sans titre mais à programme, comme le constate avec\nadmiration certain critique hebdomadaire, « c'est Opus 55, simple-\nment » ! Mais l'on y a pu voir « l'illustration de la vie et de l'œuvre\ndu général Gordon », « l'expression de l'Amour divin et de la pitié\ninfinie », « les pensées d'un philosophe stoïcien plutôt que d'un fils\nfidèle de notre Mère l'Église », « les innombrables phases de joie .et\nde douleur, bataille et conquête, et surtout le contraste entre l'idée et\nla matière, dans la vie humaine ». Et, mon Dieu ! peut-être est-ce tout\nsimplement une symphonie correctement bâtie, proprement laite,\nhonorable, studieuse, sans originalité, d'une austérité que l'on pourrait\nqualifier de « souci de la respectabilité » et, malheureusement, sans\nenvolée ni émotion ; toutes qualités qu'un critique encore résume en"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.94", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2623, "texte": "une phrase amicale si un peu lourde: « Il est rare, écrit-il, qu'une\ntelle unanimité de jugement ait prévalu à la naissance d'une sympho-\nnie ; cette unanimité est d'autant plus remarquable que la grande force\nde l'ouvrage est dans sa construction, son obéissance aux lois de la\nforme et de la cohésion, en opposition flagrante avec les élucubrations\nde ceux considérés par certains comme les représentants de la musique\nmoderne avancée. » Ah mais !...\n\nDES CONCERTS\n\nTout récemment, à l'occasion des concerts dirigés par Mr. Thomas\nBeecham, qui s'intéresse aux « jeunes » compositeurs britanniques, il\ny eut des discours et des grandes phrases. M. Beecham lui-même\nannonça à des invités de choix que l'Angleterre produisait actuelle-\nment des oeuvres comparables à n'importe quelles œuvres des compo-\nsiteurs allemands, russes ou français. Il aurait pu ajouter : « écrites\nil y a une trentaine d'années » si l'on en juge par les échantillons\nqu'on nous offre. Il y a d'ailleurs un groupe de musiciens fort intéres-\nsants, s'ils ne sont pas encore libérés des influences étrangères, et le\npublic anglais ne les apprécie pas à leur juste valeur exception\nfaite delà réception unique faite à la symphonie d'Elgar. —Il n'ap-\nprécie pas non plus, ce public, comme il le devrait, les œuvres de\nGabriel Fauré et de Vincent d'lndy, dont le\nadmirable,intense, lumineux, fut trèsdiscutéet trèsincompris, maisdont\nle Wallenstein,plus simple, triompha. Seul Claude Debussy est applaudi\nde parti pris. Je crois que ce musicien est le seul à qui on reconnaisse\nle droit d'être « moderne » (ils prononcent : « décadent ») ;on se pâme à\nses accords si on est «artistique» et de bon ton. On dit: «Ah! la\nmusique de Déboussy ! » avec un frémissement délicat. « Débussy,\nc est mon vice ! » me confiait l'autre jour une femme qui s'y connaît.\nQuel terrible malentendu!\nCertes, il est déroutant de voiries mêmes personnes se pâmer (moins\ndélicatement) aux harmonies faciles de Mme Butterfly, aux thèmes\nvulgaires de Tchaïkowsky. Et qu'importe après tout leur sincérité? Cette\npropagande inattendue donne l'occasion aux vrais musiciens d'entendre\nun peu plus de vraie musique. Ainsi la Société des Concerts français,\ndirigée par M. J.-T. Guéritte, a-t-elle consacré son premier concert\naux œuvres de Claude Debussy. Tout le programme, Mlle Luquiens,\nle quatuor, et surtout Ricardo Vines, admirable dans les et\nEstampes, fut applaudi longuement et chaleureusement. Mais moins\nde monde se pressait au second concert, d'ailleurs excellent, sans\ndoute parce qu'une dizaine d'œuvres de M. Albert Roussel quelle"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.95", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2531, "texte": "qu'en soit leur valeur et même le Poème des montagnes ne suffisent\npas à attirer les foules. Il ne faut pas trop en demander à un public,\nsurtout londonien. L'entreprise est d'ailleurs intéressante et louable\nde vouloir initier Londres à la musique moderne française. Il est\nseulement à déplorer de ne voir sur aucun des programmes\nannoncés le nom de ce très personnel musicien, M. Albéric Ma-\ngnard.\nDes concerts d'un tout autre genre sont donnés à Oxford et à Londres\npar Mr. Donald Tovey, qui s'affirme, en même temps qu'un musicien\nérudit, un parfait symbole, autour duquel gravitent avec dévotion des\nfidèles, des élus, peu nombreux d'ailleurs, qui prient pour le salut\ndes damnés, c'est-à-dire des amateurs de musique moderne, Mr. Donald\nTovey mérite mieux que quelques lignes hâtives pour ce que son seul\nbut, le plus beau, le plus digne d'envie, est de ramener les âmes\négarées dans l'étroit chemin de la simplicité classique.\nC'est principalement à Oxford qu'opère ce pontife ; mais parfois il se\ndéplace, vient jusqu'à la métropole porter la bonne parole : il joue lui-\nmême, lourdement, bruyamment, ou préside aux destinées de ses qua-\ntuors à cordes, massivement bâtis sur des structures classiques, au\nTown Hall de Chelsea, quartier artistique entre tous, où parfois\nl'on rencontre, sur les quais, quelque soir de brume, les ombres de\nRossetti et de Whistler.\nEt n'est-ce pas une gloire bien méritée que Vanity Fuir, par les soins\nde son critique Mr. Francis Toye, s'occupe de Mr. Donald Tovey ?...\n« Cependant il y a un peu de Ruskin en Mr. Donald Tovey. ses juge-\nments musicaux, au lieu d'être esthétiques, sont moraux. Il ne peut ni\nnous faire danser ni nous faire pleurer. Peut-être ne le pourrait-il lui-\nmême jusqu'au jour où, quittant son palais, tel le Roi Pausole, il verra\nla vie telle qu'elle est. Cependant nous accueillons avec plaisir ces\nconcerts de Chelsea et nous suivrons avec intérêt la marche des évé-\nnements. Après tout, il se pourrait que Londres réformât Oxford ;\nOxford nous a réformés si souvent 1...»\n\nX.-Marcel Boulestin.\n\n« PELLÉAS ET MÉLISANDE » A COVENT GARDEN\n\nPelléas et Mélisande vient de triompher à Covent Garden en dépit des\nhabitués des loges, qui ne peuvent s'intéresser vraiment qu'à la musique\nitalienne, ancienne ou moderne, et en dépit du cadre beaucoup trop\ngrand pour une oeuvre si intime. Evidemment nou s n avons retrouvé à\nCovent Garden ni la silhouette chère de Miss Mary Garden, ni les\ncostumes délicieusement vagues, ni les décors mystérieux, ni latmos-"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.96", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2652, "texte": "phère de l'Opéra-Comique. Les interprètes en général s'occupent de\nbien chanter, vêtus de costumes d'ailleurs laids, genre opéra historique.\nLe Golandde M. Bourbon est trop mélodramatique, comme le Pelléas de\nM. Warnery trop souriant ; mais M. Marcoux (Arkel) et l'orchestre sous\nla direction de M. Campanini ont été tout à fait admirables. Quant à la\nMélisande de M\"e Féart, il semble difficile de la juger sans parti pris\navec l'inoubliable souvenir des Mélisandes parisiennes : en somme, une\nbonne représentation par de bons artistes et un chef d'orchestre remar-\nquable, mais que résume parfaitement l'expression : « Ça n'est pas ça. »\n\nX.-M. B.\n\nMADRID\n\nSi nous prêtons peu d'attention, en France, au mouvement musical\nespagnol, la faute en est bien à nos voisins eux-mêmes, qui, dédaigneux\nde leurs propres gloires artistiques, n'ont d'yeux pour admirer, d'oreilles\npour entendre, et de mains pour applaudir que cela seul qui vient de\nl'Étranger, de cet Étranger mystérieux où tout est action, lumière,\nprogrès, où tout est beau, noble et grand. Quant à l'Espagne, elle fut\njadis la « première nation du monde »... sous Charles-Quint... Les com-\npositeurs d'alors valaient qu'on les écoutât : Morales, Guerrero, Cornes,\nVictoria, furent de solides gaillards que l'on consent aujourd'hui à accep-\nter sans défiance, lorsque tel orphéon de Pampelune ou de Barcelone\ndaigne interpréter leurs œuvres. Mais foin des « modernes », pauvres\ngens qui s'expriment en une langue si recherchée et si compliquée, et\nvivent les aimables Zar~tas ou bien encore vive Wagner I\nWagner est en effet le mot d'ordre des aficionados d'à présent.\nMadrid est en pleine crise de wagnérisme, à peu près comme Paris lors\ndes représentations de 1 Eden-Théâtre. Il fut impossible cet hiver de trou-\nver une place à l'immense 7 ea tro R pour les nombreuses et solen-\nnelles funciones de 1 Ocaso de los Dioses, soit du Crépuscule des Dieux...\nLes trois mille sieges du Colisee étaient enlevés d'assaut dès l'ouverture\ndes guichets par la même foule bruyante qui le dimanche suivant cou-\nrait à la Pla\\adiviniser l'élégance élastique de ou la rude\nvaillance de Machaquito...\nPendant ce temps les compositeurs bien espagnols se désespèrent. 01-\nmeda, Albeniz moururent sans que l'indifférence hautaine des Espagnols\nen fût émue. Perez, Casas, Conrado del Campo, Arregui, Villar, de Lara,\nLa Vina végètent attristés. Tous regardent avec envie cette Barcelone\ntant calomniée, où du moins la « solidarité » n'est pas une vaine devise\npolitique, mais une triomphante réalité.\nJe ne critiquerai pas cependant cet engouement furieux pour Wagner."}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.97", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2784, "texte": "Il est utile. Wagner compris, c'est la régénération musicale de l'Espagne.\nQui doute qu'en France l'influence wagnérienne n'ait eu pour heureux\nrésultat d'enfanter par réaction le splendide mouvement actuel ? Quel\npublic français, avant l'invasion wagnérienne, applaudissait la musique\n« sérieuse » des jeunes compositeurs? Comprenait-on le talent classique\nd'un Saint-Saëns ? l'ardent mysticisme d'un César Franck ? La victoire\nd'un Debussy eût-elle été possible ?\nEvidemment non. Aussi convient-il défavoriser cette passion soudaine\npour le grand Allemand, de la laisser se développer, mûrir, et puis...\nmourir. Alors seulement le règne honteux de la observera ses\nétroites limites, et l'essor des « musiciens savants » delà Péninsule\npourra se déployer.\nPassons au mouvement musical des diverses sociétés madrilènes pen-\ndant l'année qui vient de s'écouler.\nLa musique de chambre la reine nous occupera d'abord. Je\nn'aime point le programme de la riche Sous le\nprétexte d'« éduquer » son public sélect, elle ne s'ouvre qu'à l'art étran-\nger, méprisant systématiquement les compositions d'auteurs espagnols.\nPuis, son objet étant d'inviter tout interprète de Iras los montes qui brille\nou semble briller de quelque éclat, on assiste à ce très curieux spectacle\nd'une société réunissant l'élite musicale de Madrid qui paye fort cher des\nartistes médiocres, interprètes d'œuvres médiocres, et ferme sa bourse à\nd'excellents artistes espagnols qui pourraient interpréter de fort bonne\nmusique indigène. Mais quelle Philharmonique n'est pas affligée de sno-\nbisme ?\nOn entendit donc le quatuor Tchèquejouant du très inégal Dvorak ; le\nquatuor Pétri détaillant de l'aride Max Reger ou du décousu Hugo Wolf;\nle trio Thibaud-Casals-Cortot ; les pianistes Clotilde Kleeberg et Ossip\nGabrilovitch ; enfin la schumanienne cantatrice Julia Culp.\nJe préfère l'ouvrage des deux quatuors madrilènes : le premier, le\ncuarteto Francés,révéla un joli, mais hâtif quatuor de Chapi, un solide\nquatuor de Zurron, un « dramatique » quatuor de Breton, un quatuor\nmalheureusement enfantin de Serrano, mais surtout six admirables\ncaprichos espanolesde Conrado del Campo, inspirés par lecture du\nHeine espagnol : Bécquer, et qui forment six beaux quatuors de belle\narchitecture, et tour à tour ardents, mystiques ou d'une rêveuse poésie.\nNous reviendrons d'ailleurs un jour sur ces œuvres et sur d'autres du\nmême auteur, quartettiste de premier ordre.\nLe cuarteto Velamit sur pied l'admirable quatuor en mi te de Federico\nOlmeda, le quatuor très espagnol de Villar et une gentille « suite » de\nVela. Les quatre jeunes gens qui composent ce sont de petits\nprodiges qui réalisent déjà un ensemble d'une cohésion parfaite, d'une\nfougue bien méridionale, d'une compréhension diverse qui leur permet"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.98", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2880, "texte": "d'aborder, pour l'enchantement des plus exigeants, Beethoven ou De-\nbussy.\nLes virtuosesne manquèrent pas à leur devoir, dont ils nous imposent\nle supplice. SaufTragô, qui joua bellement quelques pièces de\nd'Albeniz, on ne comprend point ce stoïcisme des grands mécaniciens\ndu piano qui consiste à faire entendre toute leur vie le même répertoire\n« classique » de leurinstrument. Sauer, que, comme pianiste, j'admire fort,\nme déplaît comme musicien, et encore plus Bellver, de Valence. Encore\nsont-ils tous deux « artistes » aux côtés du stupéfiant mais incompréhen-\nsible acrobate Joan Manén. On se prend, en face de tous ces «virtuoses »,\nà regretter l'art si sobre d'un Ricardo Vines ou le jeu si profond d'un\nLucien Capet.\nA l'Athénée de Madrid, la section de musique s'employa de son mieux\nà soutenir son docte renom. C'est dans la salle des Fêtes du grave édifice\nque pour la première fois la Société des instruments à vent manifesta sa\nvitalité. Le Sr Brandon y donna une conférence sur les chants galiciens,\net le célèbre critique d'art Chavarré disserta sur trois moments dans l'ex-\npression de la musique.Puis Maria-Luisa électrisa les « athénéistes »\npar son jeu éblouissant et toujours si musical. M. Jean Lioux (baryton)\nchanta d'une voix chaude et puissante, dans une large et belle déclama-\ntion, quelques pages célèbres de Wagner, accompagné par le signataire\nde ces lignes, qui, un peu plus tard, donna deux conférences-concerts sur\nles Paysages de Wagner.Enfin le Sr D. Miguel Salvador, excellent\ninterprète deJ.-S. Bach, donna sans doute le plus intéressant concert de\nla saison en exécutant avec le Sr Balsa les deux Concertos en do majeur et\nmineur pour deux pianos. Le Sr Salvador jeta en effet ainsi les fonde-\nments d'une Société J.-S. Bach, et nulle tentative n'est plus digne d'éloges.\nIl faut souhaiter un grand succès au « bachiste » convaincu Sr Salvador\npour son apostolat en faveur de la plus haute des musiques, dont la con-\nnaissance approfondie rendra les Espagnols moins indifférents à l'art\ndont ils furentjadislesmerveilleux championset qu'ilsont trop longtemps\ndélaissé pour la pseudo-musique ou la musiquette.\nQuant àla Compagnie orchestrale que dirige avec tant de précision et\nde maîtrise le Sr Arbôs,sa tâche fut aussi féconde que brève. Au cours\nde ses six concerts réglementaires, elle fit entendre du Bach, du Beetho-\nven, beaucoup de Wagner, du Franck (la du Debussy\n(Nuages), et des œuvres de quelques Russes (Borodine, Glazounov) ou\nautres septentrionaux {Finlande, de Sibelius).\nMais je ne la louerai point en cela.\nMes éloges par contre iront à son interprétation de quelques « jeunes»\nEspagnols. Et si de ces derniers elle n'obtint pas des œuvres « pure-\nment » musicales, en revanche elle ne manqua pas de poèmes sympho-\nniques intéressants. Le Sr Arreguî fit applaudir un envoi de Rome,"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.99", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2566, "texte": "œuvre de jeunesse: la Entrada de la Maya, fragment d'opéra espagnol,\ndes plus colorés; le Sr La Vina ne réussit pas autant avec son interlude\ndes A mes mortes-,et l'on peut regretter le wagnérisme incurable du\nSrManrique de Lara dans son Rodrigo\nMais le Prologue de la Divine Comédie, trilogie du Sr Gonrado del\nCampo, et surtout l'étincelante Suite d'Airs de Murcie du Sr Pérez\nCasas, le « Strauss espagnol », obtinrent le triomphe dû au talent qui\ns'impose. Ces deux dernières œuvres sont trop importantes pour ne pas\ninsister davantage sur leur originalité de premier plan. Je leur consa-\ncrerai donc un prochain article. Dès maintenant, je me permets de les\nsignaler à l'attention de MM. Colonne et Chevillard.\nMadrid reçut la visite de R. Strauss, et le romantisme effréné\ntraconquit sans peine un public exceptionnellement apte à l'enthou-\nsiasme romantique. Il serait sans doute curieux de connaître l'accueil que\nce même public réserverait à un chef tel que M. Messager par exemple...\nIl est probable qu'il ne serait pas aussi chaud ; et pourtant... La latine\nEspagne manque un peu de cette raison souveraine qu'Athènes légua à\nla douce France. Et c'est dommage. Car ainsi s'égare facilement l'opinion\npublique. Les Espagnols ont admiré la direction de R. Strauss qui joua\ndu Mozart, du Beethoven, du Wagner, et cela prouve qu'ils mécon-\nnaissent encore et Mozart, etßeethoven et Wagner. Mais je ne désespère\npoint de les voir revenir à de meilleurs sentiments, s'ils écoutent les sages\nleçons que leur donnent et donneront les musieiens-apôtres dont je viens\nd'entretenir le lecteur. En eux réside l'espoir d'une future Espagne mu-\nsicienne. Aidons-les ; tendons-leur la main ; ne détournons pas d'eux\nnos regards comme nous en fûmes trop longtemps coupables. L'Espagne\nmusicienne est en« puissance de devenir ». Il ne tient qu'àfnous, vieux\nmusiciens, d'aider à cette éclosion dont quelques fruits précoces per-\nmettent d'envisager la magnificence.\n\nHenri Collet.\n\nLE HAVRE\n\nD'une saison copieuse je ne veux retenir que les concerts qui appor-\ntèrent quelque nouvelle information sur la musique [ancienne ou\nmoderne. Nous sommes encore trop souvent exposés à des concerts dont\nla variété n'égale que le manque de méthode : certains organisateurs (?)\nconvient des virtuoses, sans se préoccuper un seul instant du programme\nque ces célébrités pourront composer, et nous avons le spectacle lamentable\net trop fréquent de quasi-programmes où Sarasate s'accole à Bach et\nPopper à Schumann sans vergogne, et dans un sentiment de désordre\n\n7"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.100", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2727, "texte": "qui ferait trouver du génie au moindre gargotier qui se préoccupe de ne\npas mettre le lapin sauté avant le potage.\nSi bien que ces concerts ainsi composés s'ajoutent les uns aux autres,\nsans utilité, sans enseignement, avec le seul but de faire entendre des\nvirtuoses, race exécrable s'il en est une, alors qu'on n'aura jamais assez\nde sympathie pour les interprètes soucieux de méthode, de logique,\nd'histoire musicale, conscients de leur devoir qui est d'être l'humble\nserviteur des œuvres—et non point de traverser les œuvres àla façon\ndont les clowns traversent les cerceaux de papier.\nEn dépit des animosités et des incompréhensions que doit nécessai-\nrement rencontrer une entreprise de ce genre, le\npoursuit logiquement et inlassablement son dessein de montrer toutes\nles œuvres les plus attachantes de la musique française actuelle. La\ntâche n'est certes pas achevée : pour la saison prochaine, il se prépare\ndes auditions consacrées à Chabrier, à Paul Dukas, à Maurice Ravel,\nà d'autres encore plus récents ; puis d'autres saisons viendront où l'on\npourra passer en revue la production étrangère contemporaine, depuis\nl'école russe d'hier jusqu'aux écoles anglaises et espagnoles de tout à\nl'heure.\nCette saison-ci,les deux premières auditions furent dédiées aux œuvres\nd'Albert Roussel et à celles de Claude\nDéjà en 1907 le Cercle de l'art moderne avait fait entendre les Rusti-\nques et quelques mélodies d'Albert Roussel : l'intérêt et le dévelop-\npement de son œuvre rendaient cette audition souhaitable et nécessaire.\nL'andante du Trio, dans lequel l'auteur lui-même tenait la partie de\npiano, inaugurait cette audition.\nDe cet andante jusqu'à la sonate et à la musique de scène du Mar-\nchand de sable, il est attachant de considérer combien la personnalité\ndu musicien s'est peu à peu dégagée des influences de César Franck ou\nde Vincent d'lndy, pour atteindre à son originalité propre, faite de\ncharme délicat, de rythmes subtils, de colorations fraîches et nuancées,\nde thèmes harmonieux et qui savent garder souvent toute la fraîcheur\nde motifs populaires en y ajoutant une atmosphère spirituelle et\némouvante.\nLa sonate pour piano et violon et la musique de scène du Marchand\nde sable sont des œuvres plus pleines, mieux réalisées, plus atteintes\nmême que le Poème de la Forêt dont Chevillard donna cet hiver l'audi-\ntion intégrale ; ces œuvres sont précisément les plus récentes, et cela\nn est-il pas le meilleur témoignage de ce que nous sommes en droit\nd'attendre à cette heure d'Albert Roussel, maître aujourd'hui de son\nesprit et de sa technique.\nPour satisfaire au désir de plusieurs, les figuraient à\nnouveau au programme de ce concert ; de même qu'en 1907, ce fut"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.101", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": "MUe Antoinette Veluard qui les proposa au public nombreux qui assis-\ntait à cette séance.\nDepuis dix-huit mois que nous ne l'avions entendue, les qualités de\ncette jeune pianiste se sont accrues ; la netteté de son style, la beauté du\nson et la souplesse de l'interprétation se sont encore développées :\ndans un ou deux ans d'ici, nous aurons en M,le Veluard une de nos meil-\nleures pianistes, une de celles, si rares, hélas ! qui se proposent de com-\nprendre vraiment ce qu'elles jouent et de l'exprimer avec amour.\nElle a interprété la sonate avec une clarté et une intelligence très\nsûres et un sens rare de la cohésion de son rôle à celui du violon que\nremplissait M. Bâillon. Ce jeune violoniste avait laissé ici des souvenirs\nexcellents ; nous l'avons retrouvé avec satisfaction. C'est un violon très\npur et très délicat, moins puissant que subtil et fin, un violon épris de\nsonorités suaves et de clarté, un beau violon selon la charmante tradition\nfrançaise.\nNotre concitoyen M. Maurech se joignit à M. Bâillon et à l'auteur\npour interpréter Yandante du Trio : nous avons déjà eu l'occasion de\nlouer pleinement cet excellent violoncelliste, un musicien comme il y\nen a trop peu dans notre ville et dans beaucoup d'autres, un interprète\nqui se dépense sans compter dès qu'il s'agit de véritable musique.\nC'est à une jeune cantatrice amateur de notre ville, Mlle Suzanne\nBerchut, qu'était échue la périlleuse mission de traduire cinq mélodies :\nles Adieux, Nuit d'automne, A u\nséparés et Flammes,ces deux dernières inédites et en première\naudition. Douée d'une voix souple et chaudement timbrée, et, chose plus\nrare, d'une extrême intelligence artistique, cette jeune interprète est\npour la cause de l'art moderne au Havre un très précieux appui : au\nreste, on sent à l'audition de ces mélodies qu'elle interprète ces œuvres\navec attachement.\nC'est la vertu des œuvres belles qui ne sont pas encore « du domaine\npublic » que d'être entourées de ferveurs profondes, averties et sincères,\net cela garde à l'interprétation une spontanéité, une fraîcheur et une vie\nqu'on chercherait en vain chez de plus illustres virtuoses.\nLa seconde audition du Cercle de (7 était\nconsacrée aux œuvres de Claude à dessein de poursuivre\nl'étude des différentes œuvres de musique de chambre, pour arriver peu\nà peu à avoir fait entendre l'œuvre du chef de la musique française\nactuelle en ses manifestations les plus diverses. Le programme com-\nprenait Prélude (extrait de la suite pour le piano), Images (ier recueil)\net Children's Corner. Un excellent pianiste anglais, Mr. Fran\\ Liebich,\nqui a souvent manifesté à Londres son goût pour nos œuvres modernes,\nétait cette fois chargé de traduire ces œuvres ; si l'on put reprocher\nune erreur de mouvement pris trop rapidement dans"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.102", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2874, "texte": "Rameau,du moins M. Liebich a-t-il donné une excellente interprétation\ndes Reflets dans Veau et du Childrens\nUne saison du Cercle de l'art moder ne saurait se priver de l'art\nadmirable de Mme Jane Bathori-Engel.\nCette remarquable interprète traduisit, avec l'art délicat et simplement\némouvant qui est le sien et coïncide à de telles oeuvres, les adorables\nChansons de Bilitisdont l'audition avait été redemandee, et deux des\nProses lyriques.M. Engel interpréta les deux autres, avec une intelli-\ngence, une diction et un mouvement également prenants ; mais surtout\nle plus émouvant moment de cette audition fut l'interprétation des\ndeux scènes de Pelléas et Mélisandepar lesquelles on couronnait ce\nprogramme : la scène de la Chevelure et le dernier duo des amants\njusqu'à la mort de Pelléas.ll faut, en vérité, qu'une oeuvre contienne\nune vérité d'accent et une simplicité sincère surprenantes pour atteindre\nencore à cette impression sans le secours de l'orchestre, des décors, ni\ndu jeu des acteurs. Une simple audition, dans le caractère intime d'une\nétude entre amateurs passionnés de musique, Mme Engel-Bathori au\npiano et exprimant de sa voix chaude et simple l'âme passionnée et\nréticente de Mélisande, M. Engel, la partition en main, prêtant à Pelléas\nson inquiétude et son ardeur également justes et belles, —et ce fut là un\nmoment merveilleux d'émotion et de beauté, pour ceux qui, comme nous,\nentendirent Pelléas ; pour les autres, ce fut une invitation à l'aller\nentendre : c'était là pour le Cercle de l'art moderne remplir exacte-\nment son rôle et bellement, grâce à la conscience et àla faveur de tels\ninterprètes.\nNous avons eu la visite de quelques compositeurs.\nGeorges a dirigé à la Société Sainte-Cécile ses\noeuvre bien pesante et bien longue, non pas certes denuéed intéiêt,mais\nd'agrément, sans pour cela être substantielle. Cela n apporte rien de\nnouveau, ce qui n'est pas absolument nécessaire, mais cela n'apporte\nrien de bien significatif, ce qui est plus regrettable. M. Reynaldo Hahn\nvint faire se pâmer les snobinettes et les « dames sensibles » pour les-\nquelles la musique facile, sensiblarde et épidermique de cet auteur sont\nle dernier mot de la délicatesse et de l'art. Il parut comme conférencier,\npianiste, auteur, chanteur. Son principal mérite fut d'avoir consacré la\npremière partie du programme à des œuvres du xvine siècle, ce qui nous\nvalut la joie d'entendre entre autres choses une délicieuse sonate de\nBlavet (piano et flûte), mais ce qui nous valut d'entendre interpréter\nRameau par M. Hahn, avec un respect intermittent du styleet du carac-\ntère des œuvres. M. Hahn aurait intérêt à aller entendre Mme Landowska\nou Joachim Nin exécuter ces mêmes œuvres.\nSignalons encore une séance nécessairement excellente du Quatuor\nCapet et les deux conférences par lesquelles notre excellent confrère"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.103", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1556, "texte": "Henry Woollettpoursuivit son cours d'histoire de la musique, l'une\nsur l'Epoque de la Sonate, la seconde sur Beethoven. Au cours de la\npremière, M. Woollett interpréta deux fragments d'œuvres extrêmement\nattachantes pour ceux qui ne pensent pas que la musique se limite seu-\nlement aux noms illustres, l'allegro et l'adagio de la Sonate en la\nmajeur de Philippe-Emmanuel Bach, et le Finale de la Sonate en si pour\npiano et violon de Rust,« ce précurseur de Beethoven que l'on veut\ntrop ignorer», comme dit si justement Joachim Nin dans sa courageuse\nbrochure Pour l'art.\nLes progrès sont longs dans l'éducation et l'extension du public vrai-\nment musicien, c'est-à-dire celui qui ne se satisfait pas seulement de\njouir, mais qui veut encore ordonner et justifier ses jouissances. Pour\nlongs que soient à se faire sentir ces progrès, ils sont déjà sensibles, et\nl'on parviendra peu à peu à coaliser une minorité puissante pour lutter\ncontre le fétichisme du virtuose, pour répandre le goût de la musique\nsincère et probe, le goût des études historiques musicales, et j'en sais\nquelques-uns ici qui verraient avec satisfaction établir des sections pro-\nvinciales de la 5. I. M., comme il en est en Angleterre de Vlncorpora-\nted Society of musicians. La Normandie compte ailleurs qu'en sa capi-\ntale des musicographes ; nous aurions tous intérêt, et l'histoire de la\nmusique peut-être, à grouper nos efforts, à établir dans cette province,\navec Rouen comme centre, un foyer d'études musicales que nos ardeurs\npourraient accroître.\n\nG. Jean-Aubry."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c043", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 92, "image_fin": 93, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.17.1", "titre_corps": "UN OPÉRA", "titre_sommaire": "UN OPÉRA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.92", "debut_caractere": 706, "fin_caractere_exclue": 2248, "texte": "UN OPÉRA\nVAngélus,opéra en 4 actes du Dr Naylor, vient d'obtenir tout àla\nfois un prix de 500 livres, offert par la maison Ricordi, en veine de\ngénérosité, et un éphémère succès de quelques représentations à Covent\nGarden. Le Dr Naylor doit s'estimer satisfait. On me dit que cet homme\nestimable, professeur de musique et organiste à Cambridge, est un musi-\ncien fort capable et un compositeur modeste dont la renommée jusqu'à\nce jour n'avait pas dépassé les murs de son collège ou l'enceinte du Cam-\nbridge Musical Club. L'on ne s'attendait pas à une œuvre originale,\ndigne ou d'arrêter les conversations des abonnés de Covent Garden ou\nde les faire fuir épouvantés ; mais l'on ne pouvait certes espérer une si\nadmirable médiocrité.\nTout d'abord, le livret, à la fois enfantin, prétentieux et philosophique,\nde M. Thorneley, se souvient de situations connues. Le ier acte rappelle\nFaust, le second les Huguenots,le 3e et le 4e\nNous retrouvons aussi des figures familières: moines chantant des can-\ntiques dans la coulisse, paysans d'opéra comique, nymphes de féerie ;et\nle seul personnage quelque peu nouveau, l'Ange de la Mort, ne nous\napparut pas autant terrible et même un peu ridicule, pour des raisons\ndiverses,.\nQuant àla musique du Dr Naylor, en somme il ya un chœur de\nfileuses, charmant, sur un joli dessin orchestral et un air de ténor à effet.\nSi nous en croyons M. E.-J. Dent, dans la l'auteur\nde VAngélus est un musicien remarquablement documenté ;il connaît,\ndit-il, son Verdi et son Wagner mieux que l'on ne croit, mais il sut"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.93", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 884, "texte": "résister à la tentation d'imiter ces maîtres. Et si l'on est hanté par quel-\nques réminiscences et de Wagner et de Verdi, c'est en dépitdu Dr Naylor.\nCe compositeur pense évidemment que la grandeur du succès croît en\nraison directe de la simplicité des moyens employés : ainsi renonça-t-il\nau système wagnérien des développements thématiques, aux harmonies\net aux effets de couleur à la Debussy, aux mélodramatiques brutalités\nd'un Mascagni, au charme facile d'un Puccini. Mieux encore, il semble\nque l'orchestration ait été à dessein arrangée en vue d'une réduction\npossible pour orchestre restreint, ce qui prouve que le Dr Naylor ne par-\ntage pas non plus les théories de Richard Strauss.\nIl apparaît chaque jour plus évident que les compositeurs anglais ont\nété pour jamais empoisonnés par deux influences néfastes : les oratorios\nde Haendel et les mélodies de Tosti."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c045", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c045", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 93, "image_fin": 94, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.17.2", "titre_corps": "UNE SYMPHONIE", "titre_sommaire": "UNE SYMPHONIE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.93", "debut_caractere": 886, "fin_caractere_exclue": 2647, "texte": "UNE SYMPHONIE\nL'on a fait et l'on fait encore beaucoup de bruit autour de la nouvelle\nsymphonie de Sir Edward Elgar, dont six auditions ont déchaîné un\ncrescendo d'enthousiasme soigneusement préparé, disent certains,\npar des intelligences d'un ordre autant commercial qu'artistique. Le\npublic, guidé malgré lui, applaudit avec excès une œuvre qui, sans tout\nce lançage, l'aurait sans doute laissé fort indifférent. Mais une émotion\npatriotique serra les gorges, et les critiques, pris d'un beau zèle, oppo-\nsèrent cette symphonie anglaise enfin finie et révélée à toutes les autres\nsymphonies allemandes ou françaises, lui découvrant des sens différents,\nun message pour les hommes de bonne volonté et bien d'autres choses\nencore. Un très intéressant article paru dans (que je citerai\nplus loin) fit scandale pour ce qu'il ne portait pas aux nues la nou-\nvelle œuvre de l'auteur du Dream d'ailleurs supérieur à\nladite symphonie.\nSymphonie sans titre mais à programme, comme le constate avec\nadmiration certain critique hebdomadaire, « c'est Opus 55, simple-\nment » ! Mais l'on y a pu voir « l'illustration de la vie et de l'œuvre\ndu général Gordon », « l'expression de l'Amour divin et de la pitié\ninfinie », « les pensées d'un philosophe stoïcien plutôt que d'un fils\nfidèle de notre Mère l'Église », « les innombrables phases de joie .et\nde douleur, bataille et conquête, et surtout le contraste entre l'idée et\nla matière, dans la vie humaine ». Et, mon Dieu ! peut-être est-ce tout\nsimplement une symphonie correctement bâtie, proprement laite,\nhonorable, studieuse, sans originalité, d'une austérité que l'on pourrait\nqualifier de « souci de la respectabilité » et, malheureusement, sans\nenvolée ni émotion ; toutes qualités qu'un critique encore résume en"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.94", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 491, "texte": "une phrase amicale si un peu lourde: « Il est rare, écrit-il, qu'une\ntelle unanimité de jugement ait prévalu à la naissance d'une sympho-\nnie ; cette unanimité est d'autant plus remarquable que la grande force\nde l'ouvrage est dans sa construction, son obéissance aux lois de la\nforme et de la cohésion, en opposition flagrante avec les élucubrations\nde ceux considérés par certains comme les représentants de la musique\nmoderne avancée. » Ah mais !..."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c047", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 94, "image_fin": 95, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.17.3", "titre_corps": "DES CONCERTS", "titre_sommaire": "DES CONCERTS", "signature_source": "X.-Marcel Boulestin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.94", "debut_caractere": 493, "fin_caractere_exclue": 2623, "texte": "DES CONCERTS\n\nTout récemment, à l'occasion des concerts dirigés par Mr. Thomas\nBeecham, qui s'intéresse aux « jeunes » compositeurs britanniques, il\ny eut des discours et des grandes phrases. M. Beecham lui-même\nannonça à des invités de choix que l'Angleterre produisait actuelle-\nment des oeuvres comparables à n'importe quelles œuvres des compo-\nsiteurs allemands, russes ou français. Il aurait pu ajouter : « écrites\nil y a une trentaine d'années » si l'on en juge par les échantillons\nqu'on nous offre. Il y a d'ailleurs un groupe de musiciens fort intéres-\nsants, s'ils ne sont pas encore libérés des influences étrangères, et le\npublic anglais ne les apprécie pas à leur juste valeur exception\nfaite delà réception unique faite à la symphonie d'Elgar. —Il n'ap-\nprécie pas non plus, ce public, comme il le devrait, les œuvres de\nGabriel Fauré et de Vincent d'lndy, dont le\nadmirable,intense, lumineux, fut trèsdiscutéet trèsincompris, maisdont\nle Wallenstein,plus simple, triompha. Seul Claude Debussy est applaudi\nde parti pris. Je crois que ce musicien est le seul à qui on reconnaisse\nle droit d'être « moderne » (ils prononcent : « décadent ») ;on se pâme à\nses accords si on est «artistique» et de bon ton. On dit: «Ah! la\nmusique de Déboussy ! » avec un frémissement délicat. « Débussy,\nc est mon vice ! » me confiait l'autre jour une femme qui s'y connaît.\nQuel terrible malentendu!\nCertes, il est déroutant de voiries mêmes personnes se pâmer (moins\ndélicatement) aux harmonies faciles de Mme Butterfly, aux thèmes\nvulgaires de Tchaïkowsky. Et qu'importe après tout leur sincérité? Cette\npropagande inattendue donne l'occasion aux vrais musiciens d'entendre\nun peu plus de vraie musique. Ainsi la Société des Concerts français,\ndirigée par M. J.-T. Guéritte, a-t-elle consacré son premier concert\naux œuvres de Claude Debussy. Tout le programme, Mlle Luquiens,\nle quatuor, et surtout Ricardo Vines, admirable dans les et\nEstampes, fut applaudi longuement et chaleureusement. Mais moins\nde monde se pressait au second concert, d'ailleurs excellent, sans\ndoute parce qu'une dizaine d'œuvres de M. Albert Roussel quelle"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.95", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2076, "texte": "qu'en soit leur valeur et même le Poème des montagnes ne suffisent\npas à attirer les foules. Il ne faut pas trop en demander à un public,\nsurtout londonien. L'entreprise est d'ailleurs intéressante et louable\nde vouloir initier Londres à la musique moderne française. Il est\nseulement à déplorer de ne voir sur aucun des programmes\nannoncés le nom de ce très personnel musicien, M. Albéric Ma-\ngnard.\nDes concerts d'un tout autre genre sont donnés à Oxford et à Londres\npar Mr. Donald Tovey, qui s'affirme, en même temps qu'un musicien\nérudit, un parfait symbole, autour duquel gravitent avec dévotion des\nfidèles, des élus, peu nombreux d'ailleurs, qui prient pour le salut\ndes damnés, c'est-à-dire des amateurs de musique moderne, Mr. Donald\nTovey mérite mieux que quelques lignes hâtives pour ce que son seul\nbut, le plus beau, le plus digne d'envie, est de ramener les âmes\négarées dans l'étroit chemin de la simplicité classique.\nC'est principalement à Oxford qu'opère ce pontife ; mais parfois il se\ndéplace, vient jusqu'à la métropole porter la bonne parole : il joue lui-\nmême, lourdement, bruyamment, ou préside aux destinées de ses qua-\ntuors à cordes, massivement bâtis sur des structures classiques, au\nTown Hall de Chelsea, quartier artistique entre tous, où parfois\nl'on rencontre, sur les quais, quelque soir de brume, les ombres de\nRossetti et de Whistler.\nEt n'est-ce pas une gloire bien méritée que Vanity Fuir, par les soins\nde son critique Mr. Francis Toye, s'occupe de Mr. Donald Tovey ?...\n« Cependant il y a un peu de Ruskin en Mr. Donald Tovey. ses juge-\nments musicaux, au lieu d'être esthétiques, sont moraux. Il ne peut ni\nnous faire danser ni nous faire pleurer. Peut-être ne le pourrait-il lui-\nmême jusqu'au jour où, quittant son palais, tel le Roi Pausole, il verra\nla vie telle qu'elle est. Cependant nous accueillons avec plaisir ces\nconcerts de Chelsea et nous suivrons avec intérêt la marche des évé-\nnements. Après tout, il se pourrait que Londres réformât Oxford ;\nOxford nous a réformés si souvent 1...»\n\nX.-Marcel Boulestin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c049", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c049", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 95, "image_fin": 96, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.17.4", "titre_corps": "« PELLÉAS ET MÉLISANDE » A COVENT GARDEN", "titre_sommaire": "« PELLÉAS ET MÉLISANDE » A COVENT GARDEN", "signature_source": "X.-M. B", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.95", "debut_caractere": 2078, "fin_caractere_exclue": 2531, "texte": "« PELLÉAS ET MÉLISANDE » A COVENT GARDEN\n\nPelléas et Mélisande vient de triompher à Covent Garden en dépit des\nhabitués des loges, qui ne peuvent s'intéresser vraiment qu'à la musique\nitalienne, ancienne ou moderne, et en dépit du cadre beaucoup trop\ngrand pour une oeuvre si intime. Evidemment nou s n avons retrouvé à\nCovent Garden ni la silhouette chère de Miss Mary Garden, ni les\ncostumes délicieusement vagues, ni les décors mystérieux, ni latmos-"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.96", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 689, "texte": "phère de l'Opéra-Comique. Les interprètes en général s'occupent de\nbien chanter, vêtus de costumes d'ailleurs laids, genre opéra historique.\nLe Golandde M. Bourbon est trop mélodramatique, comme le Pelléas de\nM. Warnery trop souriant ; mais M. Marcoux (Arkel) et l'orchestre sous\nla direction de M. Campanini ont été tout à fait admirables. Quant à la\nMélisande de M\"e Féart, il semble difficile de la juger sans parti pris\navec l'inoubliable souvenir des Mélisandes parisiennes : en somme, une\nbonne représentation par de bons artistes et un chef d'orchestre remar-\nquable, mais que résume parfaitement l'expression : « Ça n'est pas ça. »\n\nX.-M. B."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c051", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c051", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 96, "image_fin": 99, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.17.5", "titre_corps": "MADRID", "titre_sommaire": "MADRID", "signature_source": "Henri Collet", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.96", "debut_caractere": 691, "fin_caractere_exclue": 2652, "texte": "MADRID\n\nSi nous prêtons peu d'attention, en France, au mouvement musical\nespagnol, la faute en est bien à nos voisins eux-mêmes, qui, dédaigneux\nde leurs propres gloires artistiques, n'ont d'yeux pour admirer, d'oreilles\npour entendre, et de mains pour applaudir que cela seul qui vient de\nl'Étranger, de cet Étranger mystérieux où tout est action, lumière,\nprogrès, où tout est beau, noble et grand. Quant à l'Espagne, elle fut\njadis la « première nation du monde »... sous Charles-Quint... Les com-\npositeurs d'alors valaient qu'on les écoutât : Morales, Guerrero, Cornes,\nVictoria, furent de solides gaillards que l'on consent aujourd'hui à accep-\nter sans défiance, lorsque tel orphéon de Pampelune ou de Barcelone\ndaigne interpréter leurs œuvres. Mais foin des « modernes », pauvres\ngens qui s'expriment en une langue si recherchée et si compliquée, et\nvivent les aimables Zar~tas ou bien encore vive Wagner I\nWagner est en effet le mot d'ordre des aficionados d'à présent.\nMadrid est en pleine crise de wagnérisme, à peu près comme Paris lors\ndes représentations de 1 Eden-Théâtre. Il fut impossible cet hiver de trou-\nver une place à l'immense 7 ea tro R pour les nombreuses et solen-\nnelles funciones de 1 Ocaso de los Dioses, soit du Crépuscule des Dieux...\nLes trois mille sieges du Colisee étaient enlevés d'assaut dès l'ouverture\ndes guichets par la même foule bruyante qui le dimanche suivant cou-\nrait à la Pla\\adiviniser l'élégance élastique de ou la rude\nvaillance de Machaquito...\nPendant ce temps les compositeurs bien espagnols se désespèrent. 01-\nmeda, Albeniz moururent sans que l'indifférence hautaine des Espagnols\nen fût émue. Perez, Casas, Conrado del Campo, Arregui, Villar, de Lara,\nLa Vina végètent attristés. Tous regardent avec envie cette Barcelone\ntant calomniée, où du moins la « solidarité » n'est pas une vaine devise\npolitique, mais une triomphante réalité.\nJe ne critiquerai pas cependant cet engouement furieux pour Wagner."}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.97", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2784, "texte": "Il est utile. Wagner compris, c'est la régénération musicale de l'Espagne.\nQui doute qu'en France l'influence wagnérienne n'ait eu pour heureux\nrésultat d'enfanter par réaction le splendide mouvement actuel ? Quel\npublic français, avant l'invasion wagnérienne, applaudissait la musique\n« sérieuse » des jeunes compositeurs? Comprenait-on le talent classique\nd'un Saint-Saëns ? l'ardent mysticisme d'un César Franck ? La victoire\nd'un Debussy eût-elle été possible ?\nEvidemment non. Aussi convient-il défavoriser cette passion soudaine\npour le grand Allemand, de la laisser se développer, mûrir, et puis...\nmourir. Alors seulement le règne honteux de la observera ses\nétroites limites, et l'essor des « musiciens savants » delà Péninsule\npourra se déployer.\nPassons au mouvement musical des diverses sociétés madrilènes pen-\ndant l'année qui vient de s'écouler.\nLa musique de chambre la reine nous occupera d'abord. Je\nn'aime point le programme de la riche Sous le\nprétexte d'« éduquer » son public sélect, elle ne s'ouvre qu'à l'art étran-\nger, méprisant systématiquement les compositions d'auteurs espagnols.\nPuis, son objet étant d'inviter tout interprète de Iras los montes qui brille\nou semble briller de quelque éclat, on assiste à ce très curieux spectacle\nd'une société réunissant l'élite musicale de Madrid qui paye fort cher des\nartistes médiocres, interprètes d'œuvres médiocres, et ferme sa bourse à\nd'excellents artistes espagnols qui pourraient interpréter de fort bonne\nmusique indigène. Mais quelle Philharmonique n'est pas affligée de sno-\nbisme ?\nOn entendit donc le quatuor Tchèquejouant du très inégal Dvorak ; le\nquatuor Pétri détaillant de l'aride Max Reger ou du décousu Hugo Wolf;\nle trio Thibaud-Casals-Cortot ; les pianistes Clotilde Kleeberg et Ossip\nGabrilovitch ; enfin la schumanienne cantatrice Julia Culp.\nJe préfère l'ouvrage des deux quatuors madrilènes : le premier, le\ncuarteto Francés,révéla un joli, mais hâtif quatuor de Chapi, un solide\nquatuor de Zurron, un « dramatique » quatuor de Breton, un quatuor\nmalheureusement enfantin de Serrano, mais surtout six admirables\ncaprichos espanolesde Conrado del Campo, inspirés par lecture du\nHeine espagnol : Bécquer, et qui forment six beaux quatuors de belle\narchitecture, et tour à tour ardents, mystiques ou d'une rêveuse poésie.\nNous reviendrons d'ailleurs un jour sur ces œuvres et sur d'autres du\nmême auteur, quartettiste de premier ordre.\nLe cuarteto Velamit sur pied l'admirable quatuor en mi te de Federico\nOlmeda, le quatuor très espagnol de Villar et une gentille « suite » de\nVela. Les quatre jeunes gens qui composent ce sont de petits\nprodiges qui réalisent déjà un ensemble d'une cohésion parfaite, d'une\nfougue bien méridionale, d'une compréhension diverse qui leur permet"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.98", "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 2880, "texte": "d'aborder, pour l'enchantement des plus exigeants, Beethoven ou De-\nbussy.\nLes virtuosesne manquèrent pas à leur devoir, dont ils nous imposent\nle supplice. SaufTragô, qui joua bellement quelques pièces de\nd'Albeniz, on ne comprend point ce stoïcisme des grands mécaniciens\ndu piano qui consiste à faire entendre toute leur vie le même répertoire\n« classique » de leurinstrument. Sauer, que, comme pianiste, j'admire fort,\nme déplaît comme musicien, et encore plus Bellver, de Valence. Encore\nsont-ils tous deux « artistes » aux côtés du stupéfiant mais incompréhen-\nsible acrobate Joan Manén. On se prend, en face de tous ces «virtuoses »,\nà regretter l'art si sobre d'un Ricardo Vines ou le jeu si profond d'un\nLucien Capet.\nA l'Athénée de Madrid, la section de musique s'employa de son mieux\nà soutenir son docte renom. C'est dans la salle des Fêtes du grave édifice\nque pour la première fois la Société des instruments à vent manifesta sa\nvitalité. Le Sr Brandon y donna une conférence sur les chants galiciens,\net le célèbre critique d'art Chavarré disserta sur trois moments dans l'ex-\npression de la musique.Puis Maria-Luisa électrisa les « athénéistes »\npar son jeu éblouissant et toujours si musical. M. Jean Lioux (baryton)\nchanta d'une voix chaude et puissante, dans une large et belle déclama-\ntion, quelques pages célèbres de Wagner, accompagné par le signataire\nde ces lignes, qui, un peu plus tard, donna deux conférences-concerts sur\nles Paysages de Wagner.Enfin le Sr D. Miguel Salvador, excellent\ninterprète deJ.-S. Bach, donna sans doute le plus intéressant concert de\nla saison en exécutant avec le Sr Balsa les deux Concertos en do majeur et\nmineur pour deux pianos. Le Sr Salvador jeta en effet ainsi les fonde-\nments d'une Société J.-S. Bach, et nulle tentative n'est plus digne d'éloges.\nIl faut souhaiter un grand succès au « bachiste » convaincu Sr Salvador\npour son apostolat en faveur de la plus haute des musiques, dont la con-\nnaissance approfondie rendra les Espagnols moins indifférents à l'art\ndont ils furentjadislesmerveilleux championset qu'ilsont trop longtemps\ndélaissé pour la pseudo-musique ou la musiquette.\nQuant àla Compagnie orchestrale que dirige avec tant de précision et\nde maîtrise le Sr Arbôs,sa tâche fut aussi féconde que brève. Au cours\nde ses six concerts réglementaires, elle fit entendre du Bach, du Beetho-\nven, beaucoup de Wagner, du Franck (la du Debussy\n(Nuages), et des œuvres de quelques Russes (Borodine, Glazounov) ou\nautres septentrionaux {Finlande, de Sibelius).\nMais je ne la louerai point en cela.\nMes éloges par contre iront à son interprétation de quelques « jeunes»\nEspagnols. Et si de ces derniers elle n'obtint pas des œuvres « pure-\nment » musicales, en revanche elle ne manqua pas de poèmes sympho-\nniques intéressants. Le Sr Arreguî fit applaudir un envoi de Rome,"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.99", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1995, "texte": "œuvre de jeunesse: la Entrada de la Maya, fragment d'opéra espagnol,\ndes plus colorés; le Sr La Vina ne réussit pas autant avec son interlude\ndes A mes mortes-,et l'on peut regretter le wagnérisme incurable du\nSrManrique de Lara dans son Rodrigo\nMais le Prologue de la Divine Comédie, trilogie du Sr Gonrado del\nCampo, et surtout l'étincelante Suite d'Airs de Murcie du Sr Pérez\nCasas, le « Strauss espagnol », obtinrent le triomphe dû au talent qui\ns'impose. Ces deux dernières œuvres sont trop importantes pour ne pas\ninsister davantage sur leur originalité de premier plan. Je leur consa-\ncrerai donc un prochain article. Dès maintenant, je me permets de les\nsignaler à l'attention de MM. Colonne et Chevillard.\nMadrid reçut la visite de R. Strauss, et le romantisme effréné\ntraconquit sans peine un public exceptionnellement apte à l'enthou-\nsiasme romantique. Il serait sans doute curieux de connaître l'accueil que\nce même public réserverait à un chef tel que M. Messager par exemple...\nIl est probable qu'il ne serait pas aussi chaud ; et pourtant... La latine\nEspagne manque un peu de cette raison souveraine qu'Athènes légua à\nla douce France. Et c'est dommage. Car ainsi s'égare facilement l'opinion\npublique. Les Espagnols ont admiré la direction de R. Strauss qui joua\ndu Mozart, du Beethoven, du Wagner, et cela prouve qu'ils mécon-\nnaissent encore et Mozart, etßeethoven et Wagner. Mais je ne désespère\npoint de les voir revenir à de meilleurs sentiments, s'ils écoutent les sages\nleçons que leur donnent et donneront les musieiens-apôtres dont je viens\nd'entretenir le lecteur. En eux réside l'espoir d'une future Espagne mu-\nsicienne. Aidons-les ; tendons-leur la main ; ne détournons pas d'eux\nnos regards comme nous en fûmes trop longtemps coupables. L'Espagne\nmusicienne est en« puissance de devenir ». Il ne tient qu'àfnous, vieux\nmusiciens, d'aider à cette éclosion dont quelques fruits précoces per-\nmettent d'envisager la magnificence.\n\nHenri Collet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c053", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c053", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 99, "image_fin": 103, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.17.6", "titre_corps": "LE HAVRE", "titre_sommaire": "LE HAVRE", "signature_source": "G. Jean-Aubry", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.99", "debut_caractere": 1997, "fin_caractere_exclue": 2566, "texte": "LE HAVRE\n\nD'une saison copieuse je ne veux retenir que les concerts qui appor-\ntèrent quelque nouvelle information sur la musique [ancienne ou\nmoderne. Nous sommes encore trop souvent exposés à des concerts dont\nla variété n'égale que le manque de méthode : certains organisateurs (?)\nconvient des virtuoses, sans se préoccuper un seul instant du programme\nque ces célébrités pourront composer, et nous avons le spectacle lamentable\net trop fréquent de quasi-programmes où Sarasate s'accole à Bach et\nPopper à Schumann sans vergogne, et dans un sentiment de désordre\n\n7"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.100", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2727, "texte": "qui ferait trouver du génie au moindre gargotier qui se préoccupe de ne\npas mettre le lapin sauté avant le potage.\nSi bien que ces concerts ainsi composés s'ajoutent les uns aux autres,\nsans utilité, sans enseignement, avec le seul but de faire entendre des\nvirtuoses, race exécrable s'il en est une, alors qu'on n'aura jamais assez\nde sympathie pour les interprètes soucieux de méthode, de logique,\nd'histoire musicale, conscients de leur devoir qui est d'être l'humble\nserviteur des œuvres—et non point de traverser les œuvres àla façon\ndont les clowns traversent les cerceaux de papier.\nEn dépit des animosités et des incompréhensions que doit nécessai-\nrement rencontrer une entreprise de ce genre, le\npoursuit logiquement et inlassablement son dessein de montrer toutes\nles œuvres les plus attachantes de la musique française actuelle. La\ntâche n'est certes pas achevée : pour la saison prochaine, il se prépare\ndes auditions consacrées à Chabrier, à Paul Dukas, à Maurice Ravel,\nà d'autres encore plus récents ; puis d'autres saisons viendront où l'on\npourra passer en revue la production étrangère contemporaine, depuis\nl'école russe d'hier jusqu'aux écoles anglaises et espagnoles de tout à\nl'heure.\nCette saison-ci,les deux premières auditions furent dédiées aux œuvres\nd'Albert Roussel et à celles de Claude\nDéjà en 1907 le Cercle de l'art moderne avait fait entendre les Rusti-\nques et quelques mélodies d'Albert Roussel : l'intérêt et le dévelop-\npement de son œuvre rendaient cette audition souhaitable et nécessaire.\nL'andante du Trio, dans lequel l'auteur lui-même tenait la partie de\npiano, inaugurait cette audition.\nDe cet andante jusqu'à la sonate et à la musique de scène du Mar-\nchand de sable, il est attachant de considérer combien la personnalité\ndu musicien s'est peu à peu dégagée des influences de César Franck ou\nde Vincent d'lndy, pour atteindre à son originalité propre, faite de\ncharme délicat, de rythmes subtils, de colorations fraîches et nuancées,\nde thèmes harmonieux et qui savent garder souvent toute la fraîcheur\nde motifs populaires en y ajoutant une atmosphère spirituelle et\némouvante.\nLa sonate pour piano et violon et la musique de scène du Marchand\nde sable sont des œuvres plus pleines, mieux réalisées, plus atteintes\nmême que le Poème de la Forêt dont Chevillard donna cet hiver l'audi-\ntion intégrale ; ces œuvres sont précisément les plus récentes, et cela\nn est-il pas le meilleur témoignage de ce que nous sommes en droit\nd'attendre à cette heure d'Albert Roussel, maître aujourd'hui de son\nesprit et de sa technique.\nPour satisfaire au désir de plusieurs, les figuraient à\nnouveau au programme de ce concert ; de même qu'en 1907, ce fut"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.101", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2780, "texte": "MUe Antoinette Veluard qui les proposa au public nombreux qui assis-\ntait à cette séance.\nDepuis dix-huit mois que nous ne l'avions entendue, les qualités de\ncette jeune pianiste se sont accrues ; la netteté de son style, la beauté du\nson et la souplesse de l'interprétation se sont encore développées :\ndans un ou deux ans d'ici, nous aurons en M,le Veluard une de nos meil-\nleures pianistes, une de celles, si rares, hélas ! qui se proposent de com-\nprendre vraiment ce qu'elles jouent et de l'exprimer avec amour.\nElle a interprété la sonate avec une clarté et une intelligence très\nsûres et un sens rare de la cohésion de son rôle à celui du violon que\nremplissait M. Bâillon. Ce jeune violoniste avait laissé ici des souvenirs\nexcellents ; nous l'avons retrouvé avec satisfaction. C'est un violon très\npur et très délicat, moins puissant que subtil et fin, un violon épris de\nsonorités suaves et de clarté, un beau violon selon la charmante tradition\nfrançaise.\nNotre concitoyen M. Maurech se joignit à M. Bâillon et à l'auteur\npour interpréter Yandante du Trio : nous avons déjà eu l'occasion de\nlouer pleinement cet excellent violoncelliste, un musicien comme il y\nen a trop peu dans notre ville et dans beaucoup d'autres, un interprète\nqui se dépense sans compter dès qu'il s'agit de véritable musique.\nC'est à une jeune cantatrice amateur de notre ville, Mlle Suzanne\nBerchut, qu'était échue la périlleuse mission de traduire cinq mélodies :\nles Adieux, Nuit d'automne, A u\nséparés et Flammes,ces deux dernières inédites et en première\naudition. Douée d'une voix souple et chaudement timbrée, et, chose plus\nrare, d'une extrême intelligence artistique, cette jeune interprète est\npour la cause de l'art moderne au Havre un très précieux appui : au\nreste, on sent à l'audition de ces mélodies qu'elle interprète ces œuvres\navec attachement.\nC'est la vertu des œuvres belles qui ne sont pas encore « du domaine\npublic » que d'être entourées de ferveurs profondes, averties et sincères,\net cela garde à l'interprétation une spontanéité, une fraîcheur et une vie\nqu'on chercherait en vain chez de plus illustres virtuoses.\nLa seconde audition du Cercle de (7 était\nconsacrée aux œuvres de Claude à dessein de poursuivre\nl'étude des différentes œuvres de musique de chambre, pour arriver peu\nà peu à avoir fait entendre l'œuvre du chef de la musique française\nactuelle en ses manifestations les plus diverses. Le programme com-\nprenait Prélude (extrait de la suite pour le piano), Images (ier recueil)\net Children's Corner. Un excellent pianiste anglais, Mr. Fran\\ Liebich,\nqui a souvent manifesté à Londres son goût pour nos œuvres modernes,\nétait cette fois chargé de traduire ces œuvres ; si l'on put reprocher\nune erreur de mouvement pris trop rapidement dans"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.102", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2874, "texte": "Rameau,du moins M. Liebich a-t-il donné une excellente interprétation\ndes Reflets dans Veau et du Childrens\nUne saison du Cercle de l'art moder ne saurait se priver de l'art\nadmirable de Mme Jane Bathori-Engel.\nCette remarquable interprète traduisit, avec l'art délicat et simplement\némouvant qui est le sien et coïncide à de telles oeuvres, les adorables\nChansons de Bilitisdont l'audition avait été redemandee, et deux des\nProses lyriques.M. Engel interpréta les deux autres, avec une intelli-\ngence, une diction et un mouvement également prenants ; mais surtout\nle plus émouvant moment de cette audition fut l'interprétation des\ndeux scènes de Pelléas et Mélisandepar lesquelles on couronnait ce\nprogramme : la scène de la Chevelure et le dernier duo des amants\njusqu'à la mort de Pelléas.ll faut, en vérité, qu'une oeuvre contienne\nune vérité d'accent et une simplicité sincère surprenantes pour atteindre\nencore à cette impression sans le secours de l'orchestre, des décors, ni\ndu jeu des acteurs. Une simple audition, dans le caractère intime d'une\nétude entre amateurs passionnés de musique, Mme Engel-Bathori au\npiano et exprimant de sa voix chaude et simple l'âme passionnée et\nréticente de Mélisande, M. Engel, la partition en main, prêtant à Pelléas\nson inquiétude et son ardeur également justes et belles, —et ce fut là un\nmoment merveilleux d'émotion et de beauté, pour ceux qui, comme nous,\nentendirent Pelléas ; pour les autres, ce fut une invitation à l'aller\nentendre : c'était là pour le Cercle de l'art moderne remplir exacte-\nment son rôle et bellement, grâce à la conscience et àla faveur de tels\ninterprètes.\nNous avons eu la visite de quelques compositeurs.\nGeorges a dirigé à la Société Sainte-Cécile ses\noeuvre bien pesante et bien longue, non pas certes denuéed intéiêt,mais\nd'agrément, sans pour cela être substantielle. Cela n apporte rien de\nnouveau, ce qui n'est pas absolument nécessaire, mais cela n'apporte\nrien de bien significatif, ce qui est plus regrettable. M. Reynaldo Hahn\nvint faire se pâmer les snobinettes et les « dames sensibles » pour les-\nquelles la musique facile, sensiblarde et épidermique de cet auteur sont\nle dernier mot de la délicatesse et de l'art. Il parut comme conférencier,\npianiste, auteur, chanteur. Son principal mérite fut d'avoir consacré la\npremière partie du programme à des œuvres du xvine siècle, ce qui nous\nvalut la joie d'entendre entre autres choses une délicieuse sonate de\nBlavet (piano et flûte), mais ce qui nous valut d'entendre interpréter\nRameau par M. Hahn, avec un respect intermittent du styleet du carac-\ntère des œuvres. M. Hahn aurait intérêt à aller entendre Mme Landowska\nou Joachim Nin exécuter ces mêmes œuvres.\nSignalons encore une séance nécessairement excellente du Quatuor\nCapet et les deux conférences par lesquelles notre excellent confrère"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.103", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1556, "texte": "Henry Woollettpoursuivit son cours d'histoire de la musique, l'une\nsur l'Epoque de la Sonate, la seconde sur Beethoven. Au cours de la\npremière, M. Woollett interpréta deux fragments d'œuvres extrêmement\nattachantes pour ceux qui ne pensent pas que la musique se limite seu-\nlement aux noms illustres, l'allegro et l'adagio de la Sonate en la\nmajeur de Philippe-Emmanuel Bach, et le Finale de la Sonate en si pour\npiano et violon de Rust,« ce précurseur de Beethoven que l'on veut\ntrop ignorer», comme dit si justement Joachim Nin dans sa courageuse\nbrochure Pour l'art.\nLes progrès sont longs dans l'éducation et l'extension du public vrai-\nment musicien, c'est-à-dire celui qui ne se satisfait pas seulement de\njouir, mais qui veut encore ordonner et justifier ses jouissances. Pour\nlongs que soient à se faire sentir ces progrès, ils sont déjà sensibles, et\nl'on parviendra peu à peu à coaliser une minorité puissante pour lutter\ncontre le fétichisme du virtuose, pour répandre le goût de la musique\nsincère et probe, le goût des études historiques musicales, et j'en sais\nquelques-uns ici qui verraient avec satisfaction établir des sections pro-\nvinciales de la 5. I. M., comme il en est en Angleterre de Vlncorpora-\nted Society of musicians. La Normandie compte ailleurs qu'en sa capi-\ntale des musicographes ; nous aurions tous intérêt, et l'histoire de la\nmusique peut-être, à grouper nos efforts, à établir dans cette province,\navec Rouen comme centre, un foyer d'études musicales que nos ardeurs\npourraient accroître.\n\nG. Jean-Aubry."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c055", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c055", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 104, "image_fin": 107, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.18", "titre_corps": "BIBLIOGRAPHIE", "titre_sommaire": "BIBLIOGRAPHIE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.104", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2285, "texte": "BIBLIOGRAPHIE\nD DE LANGE. Exposé d une théorie de la musique. In-B°, 79 pp.,\nParis, Fischbacher, 1908.\nEncore une théorie de la musique ! quand nous serons au million\nnous ferons une croix. A vrai dire, celle-ci n'a guère d une théorie que le\ntitre ; la précision et la méthode scientifiques ne sont pas très familières\nà M. le directeur du Conservatoire d'Amsterdam, dont on suit malaisé-\nment la pensée quelque peu sibylline.\nDans un substantiel opuscule paru il y a dix ans, un excellent pro-\nfesseur de physique accusait les musiciens en général de se faire l'idée\nla plus fausse de ce que les physiciens appellent une théorie, et de se\ncontenter d'explications qui ne sont que des métaphores. Je frémis à\n1 idée du jugement qu'il porterait sur la brochure de M. de Lange. Par\ncontre, le brevet de compétence que se décernait un peu ingénument ce\nmême physicien ne l'empêchait point d'émettre quelques hérésies\nmusicales. Ne sutor ultra crepidam...\nM. de Lange abuse des formules telles que :« il n'est pas douteux...\nil est évident... » et il paraît bien les prendre pour des démonstrations.\nDès la page 10 il énumère sept propositions qu'il croit « avoir suffisam-\nment démontrées par ce qui précède » ; le lecteur médusé revient en\narrière et n'arrive pas à découvrir le plus modeste embryon de\npreuve.\nComme tous les constructeurs de gammes, l'auteur s'efforce de con-\ncilier des conditions incompatibles. Sa gamme majeure est formée des\nharmoniques 8, 9 et i o des trois premiers termes d'une suite de quintes ;\nainsi, en ut majeur, fa, sol, la, ut, ré, mi sol, la, si. Cela\ndonne déjà deux la qui différent d'un comma syntonique ; le second,\nquinte juste du ré,a lui-même pour quinte juste un second mi, et celui-\nci pour quinte juste un second si.Cette gamme comprend donc dix\nsons par octave, soit les sept termes d'une suite de quintes dont le se-\ncond est la tonique, et en outre les trois derniers termes baissés d'un\ncomma. Ou, .si 1 on préféré, c est la gamme de Zarlino augmentée d'un\ntroisième, d un sixième et d'un septième degrés pythagoriciens. M. de\nLange se flatte d obtenir ainsi, outre les trois accords parfaits majeurs\njustes, trois accords parfaits mineurs justes aussi. Mais ces accords\nmineurs ne sont pas divisés dans le rapport de la tierce mineure àla"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.105", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2987, "texte": "tierce majeure harmoniques : ils présentent une tierce mineure trop\nfaible d'un comma et une tierce majeure pythagoricienne.\nM. de Lange paraît admettre comme un dogme l'évaluation des in-\ntervalles en commas telle qu'elle est donnée par la plupart des professeurs\nde solfège : faut-il rappeler que le comma moyen des solfégistes (neu-\nvième de ton majeur) est un pur être de raison > Vous pouvez, si cela\nvous chante, diviser l'octave en 53 parties équivalentes, en attribuer 9\nau ton, 4 au demi-ton, ou au contraire, distinguant deux valeurs du ton\nde 9 et 8 commas respectivement, donner 5 commas a,u demi-ton ; vous\npourriez aussi adopter beaucoup d'autres divisions : tout dépend du\nrapport qu'il vous plaira d'établir entre le demi-ton diatonique et le\ndemi-ton chromatique. Mais tout cela, ce sont des tempéraments, et il\nsemble que vous n'en acceptiez pas le principe ! alors votre évaluation en\ncommas est une inconséquence. Vous croyez démontrer que est\nplus haut que ré bémol (ce qui n'est qu'une question de point de vue),\net vous ne vous apercevez pas que votre prétendue démonstration repose\nsur une simple convention bénévolement érigée en loi.\nLa gamme mineure de M. de Lange présente des intervalles très diffé-\nrents de ceux de même nom dans la gamme majeure (leur évaluation\nprêterait à diverses critiques); cependant, à l'en croire, la gamme mi-\nneure « n'est en réalité qu'une gamme majeure avec certaines modifi-\ncations ». Il y a quelques années, une notoire conférencière féministe\ns'étant écriée, dans le feu de son apostolat : « Après tout, entre l'homme\net la femme il n'y a qu'une petite différence ! » on entendit une voix\npartie du fond de la salle proclamer avec autant de conviction que\nd'accent britannique : « Hurrah pour lé pétite différence ! »\nSur le terrain véritablement musical, l'auditeur est mieux à son aise et\nses considérations sont parfois intéressantes. Mais lorsqu'il croit, de la\nmeilleure foi du monde évidemment, exprimer des idées personnelles,\nces idées ne sont pas toujours neuves. D'après lui, les deux tétracordes\ndisjoints dont se compose la gamme majeure appartiennent en réalité à\ndeux tonalités différentes et forment cadences, le premier de la tonique\nà la sous-dominante, le second de la dominante à la tonique. Comme\nconséquence de cette conception, déjà familière à nos théoriciens du\nxviii® siècle, il estime que le vrai type de la gamme a pour point de dé-\npart la dominante, et que la tonique en occupe le milieu : et ceci, c'est la\npensée favorite de Monsigny {Exposé succinct, etc., 1808. En l'attri-\nbuant à J. Klauser, Riemann, dans son retarde\nde quelque quatre-vingts ans). Ses remarques touchant l'influence de la\nphrase rythmique d'un fragment de la gamme sur son interprétation har-\nmonique sont dignes d'attention, mais c'est un point sur lequel Galin\ninsistait déjà fortement. Je viens de nommer là deux des victimes de\nFétis, quelque peu oubliées ou méconnues, qu'il conviendrait peut-être"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.106", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2759, "texte": "de réhabiliter, Galin particulièrement. C'est bien à tort qu'en dépit\nmême de ses protestations formelles, on ne voit en cet admirable pro-\nfesseur de solfège qu'un apôtre de la notation chiffrée. L'emploi des\nchiffres i à 7, parmi beaucoup d'autres moyens de désigner les sons,\nest chez lui un simple procédé pédagogique provisoire. M. de Lange\nleur fait jouer précisément le même rôle.\nIl serait d'un intérêt capital de saisir la gamme à l'état naissant, chez\nles primitifs de la musique ; malheureusement cela nous est impossible.\nC'est une erreur trop commune quede confondre exotique avec primitif.\nLa musique des peuples d'Extrême-Orient, par exemple, pour étrange-\nment qu'elle puisse affecter nos oreilles, n'en est pas moins le produit\nd'un art très savant, affiné par des siècles de culture. Aussi les conclu-\nsions que M. de Lange prétend tirer d'observations faites par lui sur des\nmusiciens javanais ne me semblent-elles nullement légitimes. N'est-il\npas bien risqué de traiter les Javanais de « peuples sans aucune civili-\nsation », si tant est, ce dont je doute, que cette expression offre un\nsens?\nM. de Lange attribue à l'harmonique 7 un rôle important dans la for-\nmation historique de la gamme ; cependant il ne lui fait aucune place\ndans la sienne, bien qu'il soit enclin à le voir partout, même où il n'est\npas. C'est par ce son que débuterait, selon lui, le motif du sommeil\nde Brunnhilde ;et quand on lit do dièse dièse dièse mi, la\npremière note serait en réalité un ré un peu bas. Cela me semble tout à\nfait inadmissible ; et je ne puis m'empêcher de croire que cette opinion\neût valu à M. de Lange, de la part de Wagner, une gourmade comme\ncelle dont Ries futun jour menacé par l'auteur de\nG. ALLIX.\n4\nKleine Handbucher der Musikgeschichte.\nMann Kret\\schmar. Band 11. GESCHICHTE DER MOTETTE von Hugo\nLeichtentritt. Leipzig, Breitkopf et Hàrtel, 1908. In-B°, 453 pp., 8 M.\nLe sujet de ce livre est considérable, puisque M. Hugo Leichtentritt\ny écrit Y Histoire du Motet,depuis l'origine jusqu'à notre temps. Il ac-\ncomplit sa tâche en 14 chapitres: 1. L'ancien motet français. 2. Tran-\nsition vers la première école néerlandaise. 3. La deuxième école\nnéerlandaise. —4. Josquinde Près et les maîtres de la troisième école\nnéerlandaise. 5. Orlando di Lasso. 6. Palestrina et l'école romaine.\n7. L'école vénitienne jusqu'à Giovanni Gabrieli.—B.Le style du motet\nconcertant à Venise et à Rome. —g. Le motet allemand jusqu'à 1600\nenviron. 10. Le motet allemand de Heinrich Schûtz à J.-S. Bach.\n11. Le motet espagnol. 12. Le motet français. 13. Le motet anglais.\n14. Le motet depuis J.-S. Bach. Dans ces chapitres, M. Leichten-\ntritt montre qu'il connaît parfaitement tout ce que l'on a publié de mo-"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.107", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2949, "texte": "Tets anciens, et une très grande partie de ce que l'on en a réuni, en par-\ntition, dans des collections manuscrites. Par ses travaux personnels,\nd'ailleurs, il a augmenté le nombre des textes édités. La matière de son\nouvrage est, ainsi, très ample. Il l'expose avec la plus grande clarté, et\ndonne d'excellentes analyses des œuvres principales, où il distingue\nheureusement les traits significatifs. Les citations musicales sont nom-\nbreuses, et fort intéressantes. Enfin, par ses jugements, M. Leichten-\ntritt ne nous apprend pas seulement qu'il sait l'histoire de la musique,\nmais qu'il aime la musique. Et son œuvre en est toute vivifiée. Les cha-\npitres où il traite de Josquin, de Palestrina, de Gabrieli, séduiront, autant\nqu'ils les instruiront, les musiciens français qui se plaisent aux chants\nalertes, précis, élégants ou somptueux du seizième siècle; personne,\nencore, n'avait si justement décrit l'art de Roland de Lassus, le maître\ningénieux et touchant ; nous ne trouvons en aucune autre étude une\nappréciation aussi nette de l'œuvre de Schiitz et de ses contemporains\nd'ltalie ; Hammerschmidt, le « bon Hammerschmidt », dont les motets\nfurent chantés jusque dans les moindres bourgades allemandes, nous\nest présenté en quelques pages des meilleures. Nous regrettons cepen-\ndant que M. Leichtentritt n'ait fait que citer (p. 357) les noms de cer-\ntains maîtres allemands du xvne siècle et qu'il en ait, délibérément,\nlaissé de côté un grand nombre, parmi les compositeurs allemands de\nmoindre valeur. Car nul, mieux que lui, ne pouvait nous les faire con-\nnaître. Que s'il ne nous dit rien des motets de Claudin Le Jeune (je si-\ngnale, en particulier, le motet à 5 voix ou de du\nCaurroy (la forme et récriture n'en sont point vulgaires, voyez, par\nexemple, l'Ave Maria des Preces ecclesje ne peux blâmer que\nles historiens français, qui ont laissé dans l'oubli ces compositions, et\nbeaucoup d'autres, que l'on commence à peine à découvrir.\nJe sais bien que l'on peut considérer la plus grande partie de ces œu-\nvres du xviie siècle allemand comme des « Concerts spirituels », et qui\nseront étudiés dans un autre volume des Kleine Handbucher der Musik-\ngeschichte. Observons pourtant que tel Lamento de J.-Ph. Krieger\npour basse, violon, 2 violes de gambe, basson et continuo, n'es\npoint mentionné, tandis que, écrit pour alto, violon, 3 violes et conti-\nnuo, nous est, sinon analysé, du moins nommé, un autre de\nforme analogue, attribué, dans un manuscrit de la bibliothèque de l'Uni-\nversité d'Upsal, à Heinrich Bach.\nSans chercher plus longtemps ce que M. Leichtentritt ne nous a point\napporté, il convient surtout de le louer, encore une fois, pour tout ce\nqu'il nous donne. Nous ne pouvons que souhaiter de lire bientôt un\nnouvel ouvrage de M. Leichtentritt, par exemple sur Reinhard Keiser,\nqu'il a déjà si bien étudié, mais sur qui, je le sais, il a beaucoup de\nchoses encore à dire, et de fort belles.\nPIRRO."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c056", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c056", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 108, "image_fin": 108, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.19", "titre_corps": "OUVRAGES REÇUS", "titre_sommaire": "OUVRAGES REÇUS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.108", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 823, "texte": "OUVRAGES REÇUS\nRichard STRAUSS. Le traité d'orchest\nmentaires et adjonctions,traduits de l'allemand par E. Closson.(Lpz.,\nC. F. Peters, 1909, in-40 de 92 pp.)\nPÉRICAUD (Louis). Le théâtre de Monsieur. (Paris, Jorel, 1908, in-\n40 de 150 pp.)\nKNOECKERT (G.). Rationelle Violintechnik, aus dem franzœsichen,\nueberset\\t vom Verfasser. (Lpz., Breitkopf, 1909, in-8° de 80 pp.)\nVERSEPUY (Marius). Chansons d'Auvergne, IRC et 2E série. (Heugel,\n2 vol. in-40.)\nJahrbuch der Musikbibliotheck Peters, herausgegeben von Prof. R.\nSchwart\\.(Lpz., 1909, in-40.)\nKon\\ert-T aschenbuch fur die Saison igop-igio, herausgegeben von\ndem Em (Munich, 1909, in-i2.)\nCAMILLE BELLAIGUE. Les époques Deux volumes.\nParis, Delagrave.\nHENRI LICHTENBERGER. Wagner.Collection des maîtres de la\nmusique. Paris, Alcan."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c057", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c057", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 108, "image_fin": 109, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.20", "titre_corps": "NÉCROLOGIE", "titre_sommaire": "NÉCROLOGIE", "signature_source": "Henri Collet", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.108", "debut_caractere": 825, "fin_caractere_exclue": 1926, "texte": "NÉCROLOGIE\n\nAprès Olmeda, voici qu'un nouveau musicien espagnol, et des plus\ngrands, vient de mourir. Isaac Albefiiz,que l'inévitable intruse vient de\ndélivrer, à Cambo, d'un mal qui ne pardonne point, fut en effet l'une\ndes figures les plus curieuses de la moderne renaissance musicale espa-\ngnole. Il était né à Camprodôn, dans la province de Gérone, le 29 mai\n1860, et fut bientôt cité comme un enfant prodige. Jeune encore, il par-\ncourut les principales « poblaciones » espagnoles en donnant des con-\ncerts de piano et s'avérant déjà virtuose exceptionnel. Après diverses\n« tournées » triomphales à Cuba, à Puerto-Rico, aux Etats-Unis, il\npartit pour Leipzig dans l'intention de parfaire ses études techniques.\nEn Allemagne, il connut Liszt qui s'intéressa beaucoup au jeune\nCatalan. Dans ces milieux germains si favorables au labeur sérieux et\nprofitable, Albeniz acquit assez de maîtrise pour être en état d'aborder la\nhaute composition, tout en conservant cette liberté d'allure, cette char-\nmante négligence et cette spontanéité par quoi l'Espagne demeure impé-\nnétrable au pédantisme teuton."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.109", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2241, "texte": "Mais l'Allemagne lassa cet esprit si latin. Albeniz vint donc en France.\nLAthènes moderne lui voulut bien sourire. Et dès lors, ce fut le succès.\nJJn richissime Anglais, intelligent Mécène, lui accorda une pension ; les\nthéâtres ouvrirent leurs portes à la « zarzuela »\nFlorida, à Henri Clifford, Opal Magic, Merlin, surtout à l'Ermitage\nfleuri et à Pépita Jimène\\; les concerts des grandes sociétés acceptèrent\nsa Suiteverveuse : Catalonia; enfin Ricardo Vinès, pianiste sans pareil,\nfit vivre sous ses doigts bien espagnols soit la Suite, soit les Chants\nd'Espagne,soit enfin l'éblouissante I\nQuelle est la valeur de ces œuvres si diverses, c'est ce que nous avons\ndit dans cette revue même (Cf. i 5 septembre 1908). Nous ajouterons à\nnotre analyse antérieure le vœu d'une représentation de la\nJiméneç à l'Opéra-Comique. L'Espagne indolente ignore encore le génie\nd'un de ses plus glorieux enfants. Un succès parisien peut seul donner à\nAlbeniz la popularité qu'en son cœur il désirait tant. Chose curieuse !\ncette musique que nous trouvons si « espagnole » ne trouve que peu\nd'échos dans l'âme des Madrilènes ou des Sévillans... Des recueils de\nsecond ordre, tels que la Suite espagnole ou les recueil-\nlent assez d'applaudissements ; mais à l'admirable l'lbérie noncha-\nlante demeure fermée. L'Espagnol n'aime point en général que l'on\nmalaxe ses chants populaires ; il les veut intacts ou bien discrètement\naccompagnés. Aussi bien l'orchestration d'un Chapi, ce « zarzuelier »\nqui eut souvent de la grâce, l'enchante-t-elle bien plus que la parure si\ncolorée mais fantaisiste de la Catalonia.Mystère ! que les plus savants\nne sauraient expliquer...\nAlbeniz est donc nôtre, malgré son exotisme apparent. Nous évoquons\nen entendant son Iberia,par exemple, bien des paysages, bien des sensa-\ntions, bien des sentiments dont un Espagnol sourirait sans doute.\nL'impressionisme musical d'Albeniz est souvent plus debussyste ou\nplus fauréen qu'espagnol. Mais aussi à ce contact français il acquit une\ngrâce fluide, une ardeur claire, une précision nerveuse, qui le rendent\nbien précieux aux yeux de tout vrai musicien, et qui eût enchanté\nNietzsche, qui rêva d'un art méditerranéen dont lui parut être\nl'ébauche.\n\nHenri Collet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c059", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c059", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 110, "image_fin": 114, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.21", "titre_corps": "NOS ÉCHOS", "titre_sommaire": "NOS ÉCHOS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.110", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1828, "texte": "Le prix de Rome.\nL'Académie des beaux-arts, toutes sections réunies, avec MM. Emile\nPessard, Ch. Lefebvre et Gabriel Pierné comme jurés supplémentaires,\na rendu le jugement suivant :\nPremier grand prix de Rome : M.Jules Mazellier.\nPremier second grand prix :M. Noël Gallon.\nDeuxième second grand prix :M. Marcel Tournier.\nLe poème imposé avait pour titre : la Roussalka et pour auteurs\nMM. Eugène Adenis et Fernand Beissier ; il comportait trois person-\nnages : un soprano, un ténor et un baryton.\nLes trois lauréats sont élèves de M. Lenepveu.\nM. Mazellier avait obtenu le deuxième second grand prix en 1907 ;\nla première récompense lui avait été enlevée, l'année dernière, par\nM.André Gailhard. M. Mazellier avait pour interprètes : MUe Nicot-\nBilbaut-Vauchelet, MM. Muratore et Jean Reder ; accompagnateurs:\nMM. Léon Moreau et André Salomon.\nM. Noël Gallon est à peine âgé de dix-sept ans ; il concourait pour\nla première fois. Ses interprètes étaient : Mme Auguez de Montalant,\nMM. Franz et Duclos ; accompagnateur, M. Edouard Risler.\nM. Marcel Tournier avait comme interprètes : Mlle Demellier,\nMM. Francell et Dufranne ; accompagnateurs, MM. Ghadeigne et\nBoulnois.\nRappelons qu'il y avait seulement cinq concurrents. MIU Nadia Bou-\nlanger (deuxième second grand prix en 1908) et M. Marc Delmas (qui\navait obtenu une mention) sont restés sur le carreau cette année.\nLe Vieil Aigle.\nM. Raynaldo Hahn, critique musical du a cédé une plume\nexperte à l'illustre Intérim, collaborateur assidu de toutes les feuilles\nparisiennes et provinciales, qui a célébré l'œuvre de M. Gunsbourg en\nce langage montécarlien, bien supérieur au français pour la truculence\ndes épithètes et la hardiesse des métaphores :\nDans /'enchantement et ébiouissement du gala de la Presse où, entre\nautres merveilles, nous eûmes l'unique Roméo et Juliette"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.111", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 9, "texte": "NOS ÉCHOS"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.111", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2383, "texte": "avec Smirnow et Lipkowska,le Vieil Aigle\ndans ses serres puissantes le cœur et\nOn avait déjà applaudi à Monte-Carlo cet opéra rapide, chaleureux\net nerveux. On le connaît. C'est une œuvre brève, intense, brutale et pas-\nsionnée. Poète et musicien tout ensemble, l'auteur s'est interdit tout déve-\nloppement, toute digression. Ilfrappe. Il happe l'émotion et le pathétique.\nIl a enveloppé étroitement la situation\nles sentiments excessifs, le pathétique\nC'est une gageure et un tour de force\ncrise de grandeur et de douleur, de s\nTout lutte, le sentiment et l'appétit,\nnelle, et la musique de Gunsbourg naît avec son poème même, sans\nrecherche, mais non sans trouvaille ou retrouvaille, spontanée, au petit\nbonheur, dans un grand souffle de fatalité, riche de couleurs et de nuan-\nces, révélatrice, énergique, psalmodique et tendre, désespérée et fréné-\ntique, rauque et fervente, toute sensualité et toute douceur.\nLa rivalité amoureuse et fougueuse du vieux Khan Asvad el Moslaïm\net de son propre fils Tolaïk autour\nphysique et morale du vieux chef gigant\nson fils tout ce qu'il demanderait, sa magnanime et effroyable résignation,\nle pacte de mort conclu entre les deux hommes pour la dolente et char-\nmante proie, les câlines effusions de Zina et son ensommeillement enchanté\nvers la mort, la tristesse surhumaine du Titan esseulé, c'est un seul\nthème mélodique où il ya le déchaînement\nexaspérée, les paroxysmes de la passion, de l harmonie et du lyrisme\nmélancolique. Dans les phrases chanté (sic !)\nétats d'âme éclatent, les artères battent, la jurie sourd : c'est la chair\nqui crie, c'est l'instinct contre le bonh\ninvinciblement. Chaliapine a été un fo :\nvoix d'une profondeur et d'une autorit\nmimique éloquente, son geste inspiré,\na été aux nues : il a interprété le Cantique des Cantiques, l Ecclésiaste\net le Miserere ensemble : c'est prodigieux.\ndu fils Tolaïk, a eu les accents les plus forcenés et les plus harmonieux,\nl'ardeur la plus sauvage, le désir le plu\nà Mme Marguerite Carré, pâmée, aimante, s'abandonnant, caressante et\nlentement, suavement mourante, elle a\ntriomphante.\nIl n'était que temps, après les bravos\nplace à l'admirable Bréval, à l'ensorcelante Cavalieri, a l'impérieux\nMuratore : c allait ressembler à une prise de possession à VAcadémie\nnationale de Musique...\nEt Léon Jehin a conduit le Vieil Aigle à la victoire de tout son cœur."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.112", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1525, "texte": "Festival Chopin.\nIl a été célébré au Trocadéro, par Jes soins de Mme Félia Litvinne à\nla voix imperturbable, de M»e Pavlova, dont la virtuosité a su rester\ngracieuse, et de ces deux pianistes, M. Raoul Pugno et Mme Wanda Lan-\ndowska, de qui les interprétations opposées, l'une brillante et l'autre\ndélicate, ont pu satisfaire tous les goûts, sans excepter le bon. L'authen-\ntique piano du musicien est dans un état de conservation qui fait hon-\nneur aux procédés de la maison Pleyel.\nConcerts de musique française\nM. Jacques Durand aeu la pieuse pensée de célébrer la mémoire de\nson père par quatre concerts, consacrés à la musique française, qui lui\nfut si chère. Ils auront lieu à la salle Gaveau, les 18 et 25 février, 3 et\nII mars 1910, sous la direction de MM. Rhené-Baton, André Caplet,\net des auteurs, avec les programmes suivants :\nlERIER CONCERT\nD'INDY Prélude du 3e acte de\nROGER-DUCASSE Suite Française.\nAUBERT Fantaisie pour piano et orchestre.\nSAINT-SAENS 3E Symphonie.\n2E CONCERT\nDukas Prélude du 3e acte\nSAINT-SAENS Airs de Ballet de Parysatis.\nDEBUSSY Le Jet d'eau. Chant et orchestre.\nRHENÉ-BATON Variations.Piano et orchestre.\nD'INDY 2E Symphonie.\n3e CONCERT\nSAINT-SAENS Ouverture d'Andromaque.\nRAVEL Rapsodie espagnole.\nDEBUSSY Rondes de Printemps.\nD'INDY Fantaisie pour hautbois et orchestre.\nWITKOWSKI Symphonie.\n4E CONCERT\nNDY Jour a l Eté à la Mo\nSAINT-SAENS Phaëton.\nCAPLET A- Prélude, chant et orchestre.\nB. Angoisse, id.\nKAS L Apprenti Sorcier.\nDEBUSSY La Mer."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.113", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2443, "texte": "Un legs bien placé.\nNous sommes heureux d'apprendre que par testament M. Auguste\nDurand a fait don d'une somme de deux mille francs à la Société de\nsecours mutuels et de prévoyance des Employés du commerce de\nmusique de Paris.\nGenève.\nM. Jaques-Dalcroze vient, avec le concours de huit de ses élèves,\nd'exposer les principes de sa méthode de gymnastique rythmique à\nStuttgart, à la fête des musiciens allemands. A la suite de cette séance,\nà laquelleassistaient les plus hautes notabilités musicales de l'Allemagne,\nM. MaxMauer, directeur du Conservatoire de Stuttgart, décida de rendre\nobligatoire dans toutes les classes la méthode de notre concitoyen et\nd'en confier l'enseignement à l'un de ses meilleurs disciples, Mlle Mitzl\nSteinvvender, élève aussi de notre Conservatoire. Le surintendant du\nThéâtre de Stuttgart, le baron de Putlitz, a prié M. Jaques-Dalcroze\ndevenir, dans le courant de l'hiver prochain, donner un cours aux\nartistes de l'Opéra et d'appliquer ses théories à la mise en scène d'une\nœuvre lyrique.\nVoici quelques extraits des critiques parues à l'occasion de la confé-\nrence :\nDe la Schwabische Kronik. « Les ovations d'un public remplissant\njusqu'au moindre recoin de la salle de fête, témoignaient d un enthou-\nsiasme si délirant que l'on peut considérer la conférence de M. Jaques-\nDalcroze comme un des clous de la fête. »\nDe la Kœ Inische Zeitung. —« M. Jaques-Dalcroze se propose, à l'aide\nde son enseignement spécial, de développer les facultés motives des élèves\nmusiciens ; les exercices exécutés par huit jeunes filles et enfants ravi-\nrent le public par leur diversité et les résultats acquis le surprirent\nau plus haut degré. Une tempête de bravos prouva le grand intérêt sus-\ncité par cette démonstration. »\nDe Berliner Bœrsen Courrier :\n« La démonstration des élèves prouve combien il est facile, par cette\nméthode, de développer le sentiment du rythme,et il futparticulièrement\ninstructif d'observer comment le sens du contrepoint intérieut peut être\néveillé et développé chez l'enfant musicien. Toute la démonstration fut\naccueillie par les musiciens avec le plus vif intérêt, et leur vœu général\nétait que la méthode de Gymnastique rythmique de M. Jaques-Dal-\ncroze soit introduite dans tous les Conservatoires de musique. »\nSociété des Auditions modernes.\nLa Société des Auditions modernes (sous le haut patronage de\nM. le sous-Secrétaire d'Etat des Beaux-Arts) rappelle que les manus-"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.114", "debut_caractere": 108, "fin_caractere_exclue": 1396, "texte": "crits d'oeuvres inédites de musique de chambre devront parvenir\nau secrétariat, 22, rue Rochechouart, le i 5 septembre prochain, pour\nla session 1909-1910.'\nComité de lecture : MM. Paul Vidal, président, G. Chevillard, Paul\nDukas, S. Lazzari et Paul Oberdœrffer, fondateur.\nPour tous autres renseignements, s'adresser à M. Oberdœrffer, ng,\nrue de Rome.\nERRATUM. Deux erreurs typographiques se sont glissées dans le\ncompte rendu de la Flûte enchantée par M. Georges Servières: page 594,\nlire: au lieu de vin, de Veau claire et non : et d'eau claire ; page 598,\nlire : L'homme y est aimé de son frère,et non :\nA PROPOS DE STEPHEN HELLER. L'article de M. Georges Servières sur\nStephen Heller, publié dans notre dernière livraison, nous a valu une\nlongue et intéressante lettre de M. L. de Froberville, d'où il ressort que\nla signature Eugène de Froberville, sous laquelle a paru une biographie\ndu musicien dans la Galette musicale en 1841, est celle du père de\nnotre correspondant.\nRECTIFICATION. Une erreur de typographie a empêché notre col-\nlègue chargé des Concerts de rendre compte, au mois dernier, de la très\nbelle audition donnée par Mme Capoy àla salle de Géographie. Nous\ntenons à réparer cet oubli, et à dire à notre éminente collègue combien\nnous regrettons cet incident imprévu."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c062", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c062", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 115, "image_fin": 118, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.22", "titre_corps": "A L'OPÉRA", "titre_sommaire": "A L'OPÉRA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.115", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 25, "texte": "A L'OPÉRA\n\nLA SCÈNE. - VI"}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.116", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 16, "texte": "LA SCÈNE. - VII."}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.117", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 17, "texte": "L'ORCHESTRE. - VI"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.118", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 18, "texte": "L'ORCHESTRE. - VII"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c063", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c063", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 115, "image_fin": 115, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.22.1", "titre_corps": "M. LEROUX", "titre_sommaire": "M. LEROUX", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.115", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 36, "texte": "M. LEROUX"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c064", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c064", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 116, "image_fin": 116, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.22.2", "titre_corps": "M. FABERT DANS LE ROLE DE MIME", "titre_sommaire": "M. FABERT DANS LE ROLE DE MIME", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 116, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.116", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 48, "texte": "M. FABERT DANS LE ROLE DE MIME"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c065", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c065", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 117, "image_fin": 117, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.22.3", "titre_corps": "M. DELHAYE", "titre_sommaire": "M. DELHAYE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.117", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 40, "texte": "M. DELHAYE\nM. LAFORGE"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c066", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c066", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 117, "image_fin": 117, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.22.4", "titre_corps": "M. LEPLAT", "titre_sommaire": "M. LEPLAT", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.117", "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 64, "texte": "M. LEPLAT\nM. PILARDAUT"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c067", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c067", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 118, "image_fin": 118, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.22.5", "titre_corps": "M. RABAUD", "titre_sommaire": "M. RABAUD", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.118", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 29, "texte": "M. RABAUD"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c068", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c068", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.23", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.2", "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 65, "texte": "I\n= BULLETIN =\ni\nDE LA\n'\nSOCIÉTÉ FR\ni\nDES\nAMIS DE LA MUSIQUE ="}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-07-15-01-c069", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-07-15_01#c069", "volume": "bmtnabh_1909-07-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.2.24", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1105, "texte": "CONSEIL D'ADMINISTRATION\nBUREAU\nPRÉSIDENT\nM. HENRY ROUJON, de l'lnstitut,\nsecrétaire perpétuel de l'Acadé-\nmie des Beaux-Arts.\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. le Prince A. D'ARENBERG, de\nl'lnstitut.\nM. Louis BARTHOU, député, minis-\ntre des travaux publics.\nM. le Comte GASTON CHANDON DE\nBRIAILLES.\nM. ADOLPHE BRISSON, homme de\nlettres.\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nDIRECTEUR ARTISTIQUE\nM. GUSTAVE BRET.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL\nM. J. ECORCHEVILLE, docteur ès\nlettres.\nMEMBRES\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMme la comtesse RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, directeur général\nhonoraire au ministère des finan-\nces.\nM. GUSTAVE BERLY, banquier.\nM. LÉON BOURGEOIS, sénateur, an-\ncien ministre.\nM. FRANZ CUSTOT.\nMME MICHEL EPHRUSSI.\nM. GEORGES GAIFFE.\nM. FERNAND HALPHEN.\nMme la vicomtesse D'HARCOURT.\nM. Louis HAVET, de l'lnstitut, pro-\nfesseur au Collège de France.\nDU COMITE\nMME la comtesseD'HAUSSONVILLE.\nMME DANIEL HERMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nMME GEORGES KINEN.\nMME la comtesse PAUL DE POUR-\nTALÈS.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND.\nM. Louis SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nMME TERNAUX-COMPANS.\nM. JEAN WEBER, agrégé de l'Uni-\nversité."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.1", "texte": ",NNÉE\nNo 7\n15 Juillet 1909\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA\nÊB SÊ |^hK\nI |?§l €p&! *H B B\nHF MB\nM«HHH\nSOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE (Section de Paris;\nANCIEN MERCURE MUSICAL\nÉLÉPHONE\n*2 Î-65\nREDACTION ET ADMINISTRATION\n6, CHAUSSÉE D'ANTIN, PARIS\nLe Numéro —* I 50\nParaissant le 15 de chaque mois.\n\nSOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE.\nLa Société des Musikfreunde de Vienne.\nPROPOS DE RICHARD STRAUSS, par ROMAIN ROLLAND (Réponïe de M. MARIOTTE) * LA\n; «ASTIQUE RYTHMIQUE, par JEAN D'UDINE * IMPRESSIONS MUSICALES D'ENFANCE, par\nJURICE GRIVEAU * L'HYGIÈNE DU VIOLON, par LUCIEN GREILSAMER ★ LA MUSIQUE\npar CHARLES BOUVET * AUGUSTE DURAND, par LOUIS LALOY * REVUE\n• LA PRESSE, par VIVANT-DENON ★ LES CONCERTS A SAINT-PÉTERSBOURG, par GRÉGOIRE\nJJ'OFEIEV ★ CORRESPONDANCES * BIBLIOGRAPHIE ★ ÉCHOS * A L'OPÉRA (croquis de BILS)"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.2", "texte": "1\n\nI\n= BULLETIN =\ni\nDE LA\n'\nSOCIÉTÉ FR\ni\nDES\nAMIS DE LA MUSIQUE ="}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.3", "texte": "CONSEIL D'ADMINISTRATION\nBUREAU\nPRÉSIDENT\nM. HENRY ROUJON, de l'lnstitut,\nsecrétaire perpétuel de l'Acadé-\nmie des Beaux-Arts.\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. le Prince A. D'ARENBERG, de\nl'lnstitut.\nM. Louis BARTHOU, député, minis-\ntre des travaux publics.\nM. le Comte GASTON CHANDON DE\nBRIAILLES.\nM. ADOLPHE BRISSON, homme de\nlettres.\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nDIRECTEUR ARTISTIQUE\nM. GUSTAVE BRET.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL\nM. J. ECORCHEVILLE, docteur ès\nlettres.\nMEMBRES\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMme la comtesse RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, directeur général\nhonoraire au ministère des finan-\nces.\nM. GUSTAVE BERLY, banquier.\nM. LÉON BOURGEOIS, sénateur, an-\ncien ministre.\nM. FRANZ CUSTOT.\nMME MICHEL EPHRUSSI.\nM. GEORGES GAIFFE.\nM. FERNAND HALPHEN.\nMme la vicomtesse D'HARCOURT.\nM. Louis HAVET, de l'lnstitut, pro-\nfesseur au Collège de France.\nDU COMITE\nMME la comtesseD'HAUSSONVILLE.\nMME DANIEL HERMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nMME GEORGES KINEN.\nMME la comtesse PAUL DE POUR-\nTALÈS.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND.\nM. Louis SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nMME TERNAUX-COMPANS.\nM. JEAN WEBER, agrégé de l'Uni-\nversité."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.4", "texte": "LES AMIS DE LA MUSIQUE\nAprès s être régulièrement constituée au mois de mai dernier, la\nSociété française des Amis de la Musique a réuni, le .24 juin, chez\nMM. Gaveau, son Conseil d'administra\nM. Henry Roujon, secrétaire perpétuel\nA cette séance mémorable assistaient:M. le prince d'Arenôerg,M. Adol-\nphe Brisson et M. le comte Gaston\nvice-présidents de la Société, ainsi quu\nConseil : Mme la comtesse René de\nM. Custot, M. Ecorcheville, M. Gaijfe, MaVî D. Herrmann, Mme Kinen,\nMms Théodore Reinach,il 1. Romain\nMme Séligmann-Lui, M. Schopfer.\nM. Louisßarth ou, ministre des Tra\nbien voulu envoyer la lettre suivante,\nture :\nMon cher ami, retenu au Sénat, je m'excuse de ne pouvoir pas assister à la réu-\nnion de la Société, mais je vous prie de\nnistration une bonne nouvelle : M. le Présiden\nde la démarche personnelle que j'ai faite aup\nà la Société française des Amis de la Musique."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.5", "texte": "IV\nLES AMIS DE LA MUSIQUE\n\nOn verra plus loin le texte de la\nnotre éminent Président traça la ligne de conduite de la Société, et nous\nindiqua avec sa haute compétence le programme que se propose de réa-\nliser l'activité des Amis de la Musique.\nlarge philanthropie et de sage désintéressement que notre œuvre a été\naccueillie. Constitués depuis quelques\ndéjà les adhésions nous parvenir en grand nombre, les demandes\naffluer de toutes parts. Nous voici près de 200, et dès maintenant le\nbudget que nous avions prévu très la\navantageusement.\nLe résultat de ces tout premiers efforts nous permet donc d'espérer un\nsuccès rapide, et la formation, d'ici la fin de cette année, d'un groupe\ncompact cTAmis de la Musique.\nTous ceux qui aiment réellement\nqu'ils reconnaîtront la nécessité de co\nteurs dispersent inutilement, et de\nbuts qui les sollicitent. Ils ne verront\nsurgissant après tant d'autres et réclaman\npart dans les rivalités du monde m\ntendances, nos aspirations, et notre in\nune obligation de nous montrer sincèrement Am\nils conviendront qu'il g a lieu de\nlAmi et les services qu'il peut rendre\ndésintéressé, respectable et puissant.\nLe premier effort que nous allons tenter\ntude artistique sera dirigé du côté de\nblissements d'enseignement secondaire.\nce sens par notre Président et par no\npouvoirs publics. Nous rendrons compte prochainement du succès qu'elles\nont obtenu.\nMais ces projets altruistes ne nous\nlégitimes exigences de nos membres. Il est naturel, il est souveraine-\nment juste que les Amis trouvent eux-m\nl'association de leurs bonnes volontés, des avantages que l'isolement leur\nrefusait. Aussi avons-nous pris soin\nà ceux de Paris comme à ceux de la Province, des compensations\nimmédiates qui puissent, en quelque sorte, diminuer les charges de leur\ncotisation.\nLa création d'une chorale de professionnels\nl initiative, et qui sera dans une certaine"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.6", "texte": "LES AMIS DE LA MUSIQUE\nV\n\nSociété, offrira déjà à ceux de nos me\ntions musicales, de très réels avantages.\nEn outre, et dès maintenant, un arrangement conclu avec la Section\nde Paris de la Société internationale de Musique\ngratuitement le service de la Revue Musicale S. I. M. à tous nos Amis.\nChaque mois, nos membres recevront cette publication qui est unique\nen Europe, tant par son importance\ncritique, la tenue de ses articles et l'étendue de sa collaboration.\nEnfin, des concessions matérielles\nont déjà été consenties en faveur des Amis par certains éditeurs de\nMusique, et des négociations sont ent\nchemin de fer,pour obtenir une importa Amis\nde province voulant assister à notre\nLa Société Française des amis de la Musique\nsous d'heureux auspices. Tout porte à croire quelle franchira très rapi-\ndement ce premier âge pour entrer dans l'adolescence, et donner des\npreuves du zèle qui l anime.\n\nALLOCUTION\nPrononcée par M. Henri Roujon, président de la Société française des Amis de la\nMusique.\nC'est avec un sentiment réel de gratitu\nde confusion, que j'ai accepté d'être Président de la Société française des\nAmis de la Musique. Je n'aurais ja\ncet honneur. Si je suis un amant pass\nf assemble deux idées, je suis obligé\nles notes. Cette incompétence dont j'ai fait immédiatement l'aveu à mes\namis MM. Bret et Ecorcheville a paru, non pas les dissuader de m offrir\nce poste, mais au contraire les y encourag\npar là que la nouvelle Société entenda\ncoterie, de toute idée préconçue, rayonn\naime la musique, quelle devait en un\nNous sommes dans un moment o\nmode; nous jouissons de tous les bienfaits de delà\nMusique veulent se conformer à l'usag\nleurs forces pour échapper aux défauts"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.7", "texte": "VI\nLES AMIS DE LA MUSIQUE\n\npeuvent et doivent attendre d'un\nprogramme utile.\nA coté des artistes, dont les intérêts corporatifs sont aisés à défendre, à\ncôté des pouvoirs publics, dont la sollicitude est nécessairement limitée, il\ny a les amateurs, les gens du monde,\nla musique et qui lui donnent par\nréels de se manifester dans notre civilisation. Ceux-ci restent jusqu'à\nprésent isolés et ne représentent en\ngrand nombre de petites sociétés rivales.\nviduellement les sollicitations multiples de la musique et des musiciens ;\nchacun apporte à l'œuvre de l'art une contribution incertaine, dont il\nignore souvent les destinées, dont il ne peut contrôler les effets.\nLa Société française des Amis de la Musique\ncentraliser ces efforts. En les rendant plus clairvoyants, en les méthodi-\nsant, elle espère les diriger plus efficacem\ntoutes les manifestations musicales\nquement à la vie artistique d'un grand\nIl nous semble donc qu'en nous groupant dans un sentiment très\nlarge et très libéral, notre propagande\nl'heure actuelle.\nDès les premiers jours, après avoir accepté la tâche un peu lourde que\nlon voulait m'ofjrir, je me suis adressé pour lui demander sa précieuse\ncollaboration à Vami que je vois ici, d'Arenberg,\nm a immédiatement accordé son conco\ngrâce, et que je remercie de vouloir bien ni assister dans ma tâche.\nNous voulons avoir un programme\nmédiatement à notre bonne volonté,\nprendre des œuvres que les initiatives particu\nréaliser jusqu ici : nous voulons rendre\nd'instruction primaire et surtout d'ins\nmusicale; nous voulons rendre possibles la création et l'existence d'une\nchorale de professionnels homogène et perpétuellement entraînée, nous\nvoulons justifier l existence dune grande\nrisation, en lui assurant un public étendu ; enfin, nous voulons accueillir\net mettre au point tout projet ayant pour objet de soutenir l'art et les\naltistes sous les formes les plus diverses (encouragements à des musi-\nciens peu fortunés, à des exécutants peu connus, à des artistes étrangers,\nà des sociétés, des entreprises de Paris, de province, etc.).\nVous voyez que ce programme est très vaste; pour le réaliser, nous\ndevons, il me semble, adopter une ligne de conduite très ferme. Pour"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.8", "texte": "LES AMIS DE LA MUSIQUE\nVII\n\natteindre ce but, pour remplir ce prog\nà certains principes essentiels. La Société ne fait rien par elle-même,\nqu'il s'agisse dé l'instruction, de la création d'une chorale, de soutenir\nune revue, d'organiser une audition, la Société ne doit intervenir que\npour donner un patronage artistique, un appui moral et financier ; elle\nne saurait être responsable des œuvres auxquelles elle peut accorder\nune subvention. Elle doit planer a\nmême au-dessus de celles auxquelles\nplus grande impartialité doit être rigo\nrappelais au commencement : pas de coterie, pas d'orientation favorable\nà telle ou telle école. La Société n' entre\nnisme existant, puisqu'elle est susceptible de venir en aide à chacun\nd'eux.\nVous trouverez naturel que le représentant d'une Compagnie qui doit\nconserver avant tout l'esprit traditionnel,\nessayé souvent, après une audition\nimpressions. J'ai volontiers pris pour guide mon illustre confrère et\nami Saint-Saëns, qui a écrit excellemme\nDans les livres de ce grand musicien,\nla tradition que nous ont laissée les maîtres et sans laquelle il ne\nsaurait y avoir d'enseignement. Les\nleur raison d'être, c'est leur devoir.\nsenter auprès de vous l'Académie des Beaux-Arts est tout naturellement\npar devoir un représentant très fidèle de la tradition.\nLa Société française des Amis de la Musique sera traditionnelle et\nlibérale, elle sera avant tout une Société de bien public pour développer\nl'amour de ce grand art .\n\nLa Société des Musikfreunde de Vienne\n(Lecture faite à la séance du 24 juin par M. J. Ecorcheville.)\nVienne a toujours été la patrie des\nXIXe siècle, en pleine époque napoléonienne, sa passion pour la pra-\ntique du plus sociable des arts n'a\nSociété de bienfaisance créée par les dames de l'aristocratie viennoise\nvoulut donner un concert monstre, au profit des sinistrés de la banlieue,\net pour prêter à cette manifestation un caractère philanthropique, il\nfut décidé de recruter les choeurs et l'orchestre uniquement parmi les"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.9", "texte": "VIII\nLES AMIS DE LA MUSIQUE\n\namateurs. Ceux-ci vinrent en foule\ninouïe pour l'époque, le conceot laissa\nsoit 50.000 francs.\nLe succès prodigieux de cette aud\npour les dilettantes viennois. S il\nfaire sortir une armée de choristes\ncette armée de hasard pouvait remporter\nsa première bataille, que ne pourrait-on\net définitive des amateurs viennois ?\nLes Amis de la Musique étaient\nmillier d'adhérents se firent inscrire\ntaire de la Société de Bienfaisance d\ntuel et le plus précieux collaborateur Amis.\nQuel programme allait sortir de\nUn programme gigantesque et plein\nMusikfreunde définitivement adoptés en 1814- remplissent !t8 pages\nd'imprimerie, et ce n'est pas trop de 96 articles pour exposer le fonction-\nnement'de celte administration compliqu\ncles 2 et 3, ainsi conçus :\nLe but essentiel de la Société est de favoriser le développement de la musique de\ntoutes les façons possibles. La pratique de la musique et les joies quelle peut pro-\ncurer n'entrent qu'en seconde ligne. Pour arriver à ce but, la Société emploiera les\nmoyens suivants : Création d'un Conservatoire. Auditions publiques. Concours.\nRevue musicale. Bibliothèque. Encouragements\nLe même programme essentiel repar\nSociété en 1850, et figure dans le compte rendu de l'exercice 1908-1909,\nqui vient de paraître. Nous pouvons\nfidèlement l'esprit de la Société des Musikfreunde.\nVoyons ce que sont devenus, à travers un siècle d'efforts et de vicissi-\ntudes, chacun de ces desiderata.\nLa publication d'une Revue musicale\nprojet, sauf en 1829, où, pendant un an, les Amis réussirent à mettre au\njour un Bulletin de leur Société.\nLa mise au concours n'a guère do\nciable. En 1861, les Amis proposèrent un prix tout honorifique pour\nune symphonie. Ils reçurent 33 réponses, e Roj]\ncette épreuve.\nQuant aux encouragements, je ne trouve guère que deux composi-\nteurs qui en aient bénéficié : Beethoven et Schubert. Le premier fut"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.10", "texte": "LES AMIS DE LA MUSIQUE\nIX\n\nchargé d'écrire, pour la Société des Amis, un oratorio dont il n'acheva\njamais la composition (si même il l\ncependant les honoraires. Le second avisa en 1826 la Société de l'inten-\ntion où il était de dédier une symphonie aux Amis de la Musique. Le\nBureau eut un beau geste, et répondit aussitôt en envoyant à l'auteur du\nRoi des Aulnes 100 florins,« non poi\nune marque de reconnaissance et d'estim ».\nun mu sommaire de la munificence des Amis, certaines manifestations\ntelles que le service funèbre célébré pou\nfaveur d'un monument des grands maîtres de la musique viennoise, le\nprojet de décerner une solde d'honneur à tout compositeur ayant fait\nexécuter à la Société une de ses œuvres en première audition. On put\nmême considérer comme un tribut diplômes\nd'honneur que les Amis décernèrent en grande pompe à certains musi-\nciens, qui s'en montrèrent flattés (en France, Lesueur, Boieldieu, Ber-\nlioz). Mais ce furent /à, somme toute, des manifestations sans grande\nportée.\nLa Bibliothèque dont parle le Sta\ndes rêves dont les Amis constatent\ntion. La Bibliothèque des Musikfreunde passe, et à bon droit sans doute,\nDour une des plus intéressantes de l'E\ngulière. Son premier fonds de livres lui a été fourni par la ville de\nLubeck et par un musicologue allema\nbeau zèle pour l'entreprise humanitaire des Amis. Puis l'archiduc\nRodolphe, protecteur de la Société, l\nEnfin, de nombreux dons et des achats\ncette collection. A côté des livres il faut signaler un musée d instruments\nanciens, et surtout une admirable série d'autographes des plus grands\nmaîtres de l'art musical.\nArrivons, enfin, au Conservatoire et à /'organisation des Concerts.\nC est là qu'a porté tout l'effort de la Société. C'est là que nous allons voir\nà l'œuvre les Amis de la Musique à\nPour comprendre l'évolution des Musikfreunde\npratique et de lenseignement, ra\ndomine l'institution de 1812.« Nul,\npartie de la Société », dit formellement un article des statuts. Et jusqu'à\nquel point pouvait aller cette susceptibilité, une anecdote nous le prouve.\nEn 1817, quelques journaux ayant annoncé par avance un concert de\nla Société, et donné le nom des exécutants, on vit le comte Aponiy\nécrire au directeur de la police pour se plaindre de cette indiscrétion, et"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.11", "texte": "X\nLES AMIS DE LA MUSIQUE\n\ndemander que la censure officielle s'opposât à toute communication de\nce genre qui n'aurait pas été revêtue\nQue les temps sont changés !\nMais, d'autre part, le mouvement Amis de la\nMusique était trop important Dour se limiter aux fantaisies de quelques\namateurs. Une Société ayant assumé la direction de la vie musicale dans\nle pays de Gluck, de Haydn, de Mozart, de Beethoven et de Schubert,\nse trouvait nécessairement obligée, et malgré elle, de se tenir àla hauteur\nde ses engagements. En d'autres termes, les amateurs furent presque\ncontraints de devenir des professionnels. Le vieux maître Salieri, l'au-\nteur des Danaïdes, représenta un jour au Conseil qu'il était impossible\nd'obtenir de bonnes exécutions chora\nindividuellement formés par de bon\nlui-même un petit manuel à l'usage des Amis de la Musique, et de veil-\nler à ce qu'il fût imposé à tous les\nexécutions. Ainsi furent créés les e\nChant, et enfin le Conservatoire.\nA partir de ce moment, c'est-à-dire\nla Société, nous voyons deux courants se /esMusikfreunde,\ncelui des amateurs et celui de la péd\nnels. Antinomie déplorable et qui mit\ndisparaître.\nEn 18k8, les Amis, à bout de force\nligne de conduite définitive, demandent\nConservatoire auquel ils ne pouvaient subveni\nvatoire disparait, et la Société elle-mê\nnombre de fidèles.\nMais, une fois le calme revenu, après la révolution, les bonnes volon-\ntés renaissent, l'Etat accorde auxMusiklreunde\nd'une loterie pour construire un édific\nreprend à vivre, et continue jusqu'à maintenant une existence assurée.\nRemarquons bien, cependant, au\nMusikfreunde purent se tirer de leurs\nner résolument les organismes de mus\nfessionnels, et créer deux grandes annexes : le Chorverein et /'Orches-\nterverein. L'évolution de la Société\npouvoirs, dont la confusion aurait certainement été fatale aux Amis de\nla Musique. Aujourd'hui, les Musikl'reunde ont un fonds de près de\n900.000 francs. Ils sont peu nombreux, mais riches et puissants.\nTelle est, en quelques mots, l'histoire de cette Société, qui pendant"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.12", "texte": "LES AMIS DE LA MUSIQUE\nXI\n\ncent ans a rendu de si grands services\nsommes en droit, aujourd'hui, de tirer\nun enseignement d'un siècle de l'activité Musikfreunde.\ns'inspire d'un même principe, puisqu'elle\nnon par des praticiens. Elle tend vers\ngramme coïncide, sur certains points,\ncière. Mais les conditions dans lesquelles nous nous trouvons dès notre\nnaissance sont différentes de celles que la vie musicale viennoise offrait\nen 1812. n'avons plus à nous préoccuper\ninstitutions qui existent. Nous n'avons pas le devoir de soutenir direc-\ntement la pratique musicale, ni d'associe\ntants. Bien plus, il nous faut redouter d'entrer en concurrence avec ce\nqui existe déjà, et de tomber ainsi dans l'erreur des Musikfreunde.\nNotre ligne de conduite dans ce sens vient d'être précisée devant vous\npar notre très éminenl Président, avec une sûreté et une hauteur de vues\nauxquelles nous nous plaisons tous à rendre hommage.\n\nAvantages réservés aux membres de la Société française des\nAmis de la Musique.\nLes avantages que nous avons obtenus jusqu'à présent, et que nous\npouvons porter à la connaissance de tous nos membres, sont les sui-\nvants :\n1° La Revue musicale S. I. M. (B\nParis de la Société internationale de\nà titre gratuit à tous les Amis.\n2a Sur la présentation de leur carte, les Amis bénéficieront des réduc-\ntions suivantes :\nChez M. Max Eschig, 13, rue Laffitte : 10 OjO sur l'abonnement ;\n25 010 sur la musique ordinaire, et 10 010 sur les ouvrages absolument\nnets ;\nChez MM. Rouart, Lerolle et Cie, 18, boulevard de Strasbourg,\n25 OjO sur la musique ordinaire, et 10 o\\o sur les ouvrages absolument\nnets.\nLa liste de tous les Amis de la Musique étant déposée chez MM. Eschig et Rouart,\nnos membres de province n'auront qu'à adresser directement leurs commandes à ces\nMaisons, qui se feront un plaisir de leur envoyer dès maintenant le Catalogue d'ou-\nvrages parus."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.13", "texte": "XII\nLES AMIS DE LA MUSIQUE\n\nEXTRAIT DES STATUTS\nArt. 3.— La Société se compose d\nfondateurs, de membres donateurs et\nLes membres créateurs sont les pers\nSociété a pris naissance.\nPour être membre fondateur, il fau\nune cotisation minimum de 1000 francs.\nPour être membre donateur, il fa\ndau moins 100 francs.\nPour être membre actif, il faut\n20 francs, rachetablepar un versement unique de\nLa cotisation annuelle de 20 francs est réduite de moitié pour les\nprofessionnels.\nLe titre de membre d'honneur\nd'administration aux personnes qui\nvices signalés à VAssociation, sans quelles soient tenues de payer une\ncotisation annuelle.\nLes dames peuvent faire partie de\ntoutes les fonctions.\n♦\nLes adhésions et communications doivent être adressées à M. Ecorche-\nville, secrétaire général, 6, chaussée d'Antin, Paris.\nMembres ayant lait un don à la Société.\nM. le comte Gaston CHANDON de\nBRIAILLES.\nMme Alexandre ANDRÉ.\nM. le prince A. d'ARENBERG, de\n1 Institut.\nM. Franz CUSTOT.\nMME NOBEL.\nM. Léo SACHS.\nM. Louis BARTHOU, ministre des\nTravaux publics.\nMme Alexandre WEILL.\nM. David WEILL.\nMembres fondateurs.\nM. le comte Gaston CHANDON de\nBRIAILLES.\nM. Fernand HALPHEN.\nMme Théodore REINACH.\nMembres donateurs.\nM. AYNARD.\nM. le baron BOUWENS van der Boi-\nJENS.\nM. DEUTSCH de la MEURTHE.\nMrae Whitney HOFF.\nMME KREBS."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.14", "texte": "LES AMIS DE LA MUSIQUE\nXIII\n\nMME H. MORTON.\nMME MÉNARD-DORIAN.\nMM. PLEYEL, WOLF, LYON et CIE.\nMme M. SEMAMA.\nMembres actifs.\nMme ALLAIN-TARGÉ.\nM. Georges ARON.\nM. Léon Pierre AUBEY.\nM. Louis BARTHOU.\nMme Alice BIZET.\nM. Ferdinand BRET.\nM. BLUMENFELD-SCIAMA.\nM. Maurice BOMPARD.\nM. Lucien BING.\nMME Robert BOAS.\nMrae Louise L. BRACH.\nM. Gabriel BRET.\nM. Fleury BRET.\nM. L. BESSANT.\nMme GHABRIÉ.\nM. Arthur de COSTE.\nM. Gaston CARRAUD.\nM. GOOLUS.\nM. le comte Isaac de CAMONDO.\nMme DETTELBACH.\nM. Daniel DREYFUS.\nM. Jules DAVID.\nM. DELMAS.\nM. Fardel DURAND.\nM. d'ELCHTHAL.\nMme J. ECORCHEVILLE.\nMme EDWARDS.\nM. Paul FRANCKEL.\nM. Bertrand FAURE.\nMme FOUCHET.\nM. GENTIEN.\nMRAE E. GUENOT.\nM. G. GAIFFE.\nM. Joseph GUBERT.\nMlle Jeanne GRAND.\nMME la marquise de GANAY.\nM. Armand GLOTZ.\nM. Albert GRADWOHL.\nM. A. GAVIGNOT.\nMme Marcel GIRETTE.\nMme la baronne de GUNSBURG.\nM. GANS.\nMME GAIFFE.\nM. Maurice GANDXLLOT.\nMme la vicomtesse (I'HARCOURT.\nM. Albert HERMANN.\nM. Lucien HESSE.\nM. Bernard HAAS.\nM. Ernest HECHT.\nM. Lucien HARDY-THÉ.\nM. le DR JULIA.\nM. A. KERN.\nM. Ed. KREBS.\nMME Georges KINEN.\nMME Arthur KANN.\nMme Saratine KONINGSWARTER.\nM. KAYSER.\nM. Ernest KADELBOURG.\nM. Albert KAHN.\nM. Maurice KAHN.\nM. Gabriel LEFEUVE.\nMme Gabriel LEFEUVE.\nM. LAIGNOUX.\nM. Frédéric LAUTH.\nM. Albert LEHMANN.\nM. Gustave LYON.\nM. Jules LEY.\nM. Jules LÉON.\nM. Dick MAY.\nM. Robert MORTIER\nM. Louis de MORSIER.\nM. le Dr MICHEL.\nM. Isidore MARX.\nM. Marcel MARX.\nMME MIEG-BAUMGARTNER.\nM. H. MERING.\nM. Eugène MAX.\nM. Henry NEUMANN."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.15", "texte": "XIV\nLES AMIS DE LA MUSIQUE\n\nMme NOBEL.\nM. OUTREY.\nMME PONTREMOLI.\nMRAE PROPPER.\nM. Henry PRUNIÈRES.\nMme PHILIBERT.\nM. A. PORLITZ.\nM. Arthur PREGRE.\nM. le Dr RICHELOT.\nM. Henri G. RICHTER.\nM. L. ROUQUAIROL.\nM. Marcel RITSCHER.\nM. Georges RICHES.\nMme ROLLAND.\nM. Jean RAYNAL.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nM. SCHNEIDER.\nM. Georges SACHS.\nMME SALIN.\nMlle Sophie de SALEMFELS.\nM. Pierre SJNGER.\nMRAE Louis SINGER.\nM. Paul SCIIWAEGERL.\nM. Joseph SCHLOSS.\nM. René STERN.\nM. Julien SCHUMANN.\nM. Henri STERNBERG.\nM. Fred. SILBERER.\nM. SERT.\nM. Louis SCIIOPFER.\nM. Ernest SACHS.\nM. TAUBER.\nM. VIDAL-NAQUET.\nM. Louis VIAL.\nM. Charles VIDAL-NAQUET.\nMME WALLERSTEIN.\nM. Jean WEBER.\nMME Georges WEIL.\nMUC Wornis de ROMILLY.\nM. Eugène WEILL.\nM. André WORMSER.\nM. Jules ZEBAUME.\nMME André FOULD.\nMembres professionnels.\nMme Juliette GOUPIL.\nM. A. GRENON.\nMme Daniel HERMANN.\nMME Michel LOBE.\nMME Jane MORTIER.\nM. Jean MIAILHÉ.\nMUE Clémence OBERLE.\nMLLE PHILIPPE.\nMME PATEY."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.16", "texte": "A propos de quelques articles sur\nRICHARD STRAUSS\n\nSuite (i)\nA la fin de l'article, publié dans le dernier numéro de la\nS. 1. M. où je prenais la défense de Richard Strauss contre\ndiverses attaques de presse, et où j'examinais à nouveau, d'après les\nrenseignements qu'il m'avait fournis, le débat survenu entre lui et\nM. Mariette, au sujet de Salomé (2), je faisais appel à M. Ma-\nriotte pour établir le bien ou le mal fondé de mon argumentation.\nJ'ai reçu la lettre suivante de M. Mariotte, et je m'empresse de\nla publier in extenso (3).\nA M. Romain Rolland.\nLyon, 27 juin 1909.\nMONSIEUR,\nVotre récent article au bulletin de la S. 1. M. se termine par une si\ncourtoise invitation à répondre, que je m'y rends bien volontiers. Aussi\n(1) Voir le numéro de juin dernier.\n(2) Je rappelle qu'il s'agit de la Salomé d'Oscar Wilde, que M. Richard\nStrauss et M. Antoine Mariotte ont tous les deux mise en musique, et de 1 ac-\ncusation portée contre M. Strauss d'avoir voulu étouffer 1 oeuvre de son rival.\n(3) Je profite de l'occasion pour remercier M. Léon Vallas, qui m'a très\naimablement mis en relations avec M. Mariotte."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.17", "texte": "Ô2Ô\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nbien, semble-t-il, avez-vous mis en pratique, en cette fin d'article, le\nprécepte de prudence que vous exprimiez au début, et avez-vous voulu\n« interroger le parti mis en cause ». Je profite donc del'occasion que vous\nm'offrez de ne pas être condamné sans avoir été entendu, fût-ce trop\ntard, et de me dégager du soupçon de mauvaise foi que votre article\nlaisse planer sur moi.\nLe Berliner Tageblatt, que vous citez, se base en effet sur ce que mes\npremières lettres aux héritiers de Wilde datent de janvier 1906 pour\ninférer que la composition de ma Salomé n'a pas dû être antérieure à\ncette époque, et laisser entendre que j'ai voulu seulement me faire de la\nréclame avec le succès de Strauss.\nCette accusation grave est radicalement fausse. L'idée de mon plan\nremonte à 1895, elle est donc antérieure de et j'affirme que\nsi les circonstances ne m'ont permis de terminer ma Salomé qu'après\nl'apparition de celle de Strauss, la mienne fut entièrement conçue et pour\nune grande part réalisée avant la sienne.\nToute cette partie de l'aventure a été narrée plusieurs fois. Puisqu'il le\nfaut, je la résumerai encore rapidement. C'est au cours d'une campagne\ndans les mersde Chine, à bord du Forfait,qu'un camarade me fit connaître\nle poème de Wilde, pour lequel je m'enthousiasmai. Rentré en France\nen 1896, je vins à Paris travailler la composition sous la direction de\nd'lndy. J'y restai 3 ans. En 1899 (entre temps, en 97, j'avais démissionné),\nje quittai Parispourvenir m'installer à Saint Etienne; et enfin, en 1902,\nje fus nommé professeur au Conservatoire de Lyon. Au cours de ces six\nannées je n'avais cessé de penser à ma et d'en préparer la com-\nposition. Plusieurs petites compositions de cette époque ne furent que\ndes esquisses préparatoires à l'œuvre projetée. C'est ainsi qu'une mélo-\ndie écrite en 1898, et publiée depuis par la maison Janin, de Lyon,\ndéveloppait mon futur « thème du désir », et présentait la matière du\nduo : Salomé-lokanaan.\nUne fois à Lyon, nanti d'une situation plus solide et meilleure, et me\nsentant moi-même plus en possession de mon métier, je pus enfin, et\nchaque année davantage à mesure que ma situation s'améliorait, me con-\nsacrer d'une façon plus suivie à la .réalisation du projet si longtemps\ncaressé, et c'est de cette époque que date vraimentla composition effective\nde ma Salomé.\nA ceux qui s'étonneraient de la lenteur de mon travail, ma réponse ne\nsera malheureusement que trop facile: quand on est professeur en pro-\nvince, que l'on passe ses journées à donner des leçons, que l'on a par\nsurcroît à organiser des concerts, à diriger une société symphonique et\nà travailler son piano, je vous assure qu'il faut déjà pas mal d'énergie\npour pouvoir composer, si lentement que ce soit, une œuvre de longue\nhaleine.\nEn fait, ma Salomé fut achevée définitivement à la rentrée d'automne"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.18", "texte": "QUELQUES ARTICLES SUR RICHARD STRAUSS\n627\nS. 1. M.\n\nde 1906, et je suisbien obligé de me déclarer incapable d'avoir pu l'écrire\nen 9ou 10 mois, quand je constate qu'il m'a fallu 25 mois de travail\nexclusif pour écrire mon second opéra, le Vieux Roi, cependant plus\ncourt, et dont l'écriture beaucoup moins surchargée m'était en outre\nfacilitée par l'expérience acquise avec mon premier ouvrage.\nMais alors, dira-t-on, pourquoi n'avoir pas écrit plus tôt aux héritiers\nde Wilde ?\nIl est vrai que j'ai commis l'ai-je jamais nié ? l'impardonnable\nfaute de commencer ma Salomésans m'être assuré la propriété du livret.\nLes marins sont souvent candides dans la vie civile ; peut-être aussi\nune certaine insouciance naturelle pourrait-elle me servir d'excuse ;\nmais il y a aussi une autre raison. Quand je revins en France, en 1906,\nla Salomé de Wilde était sinon inconnue, du moins si épuisée qu'il me\nfut impossible d'en trouver un exemplaire. Je dus travailler et établir\nmon livret, (le détail est même amusant), d'après un manuscrit copié\npour moi par un fourrier de la marine I Je crus donc bénévolement que\nce poème introuvable était assez oublié, qu'il y avait beaucoup de chances\npour que les exemplaires en fussent ensevelis dans des bibliothèques de\nlittérateurs, et bien peu pour qu'un musicien pût le connaître et être\ntenté de le mettre en musique ; et, sans plus de soucis, je me mis au\ntravail. Aussi lorsque, parle hasard d'une lecture, en décembre 1905,\nj'appris l'apparition à Dresde d'une nouvelle fut-ce pour moi\nune stupéfaction autant qu'un effondrement 1 Le temps de vérifier la\nnouvelle, de me procurer les noms, puis les adresses, des héritiers de\nWilde, le temps d'être renvoyé de l'un à l'autre.... cela me mena bien\njusqu'en janvier 1906.\nVoilà donc quel fut mon tort, mon seul tort. Mais s'il fut considé-\nrable, il ne porta préjudice qu'à moi-même, et j'en ai supporté sans\ncolère le châtiment mérité.\nCar il faudrait pourtant s'entendre, et il y a des choses si évidentes\nqu'on ne devrait pas avoir besoin de les remettre au point.\nSi, plus attentif au côté juridique des choses d'art, je n'avais pas\nnégligé de m'assurer en temps utile la propriété de la de Wilde,\nmon « affaire » n'aurait pas pu naître, la de Strauss elle-même\nn'aurait pu voir le jour, et, très sincèrement, je trouve que c'eût été\nregrettable.\nPour que l 1 « affaire » ait pu prendre naissance, et que j'aie été obligé\nd'en passer par les conditions qui me furent imposées, il fallait que je\nfusse dans mon tort légal. Strauss avait la loi pour lui. On ne lui a\njamais adressé le ridicule reproche d'avoir été dans son droit strict, mais\nbien celui, plus compréhensible, vu les circonstances de ma cause, d'en\navoir usé sans générosité... Mais je continue.\n\n2"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.19", "texte": "628\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n*\n\nMême en jenvier 1906, tout n'était pas perdu, et Fiirstner n'avait pas\nencore le monopole de Salomé.La première réponse de Russell fut de\nm'accorder l'autorisation demandée moyennant une part des droits, et\nle versement d'une « avance de commission » assez élevée. Si donc, à ce\nmoment, au lieu d'être un professionnel désargenté, j'avais été l'amateur\nque vous voulez bien me supposer, je n'aurais eu qu'à m'empresser de\npayer, et il y aurait en deux Salomé légale Malheureusement je n'étais\nguère en état de verser sur l'heure la forte somme. Après réflexion, je\nrépondis à Russell que son « avance de commission » me paraissait un\npeu exagérée, et que j'attendrais pour discuter cela que mon opéra fût\nachevé et accepté dans un théâtre. Je ne me souciais pas eneffet de risquer\nune perte sèche, car loin d'escompter pour moi une réclame fondée sur\nle succès de Strauss, j'avais peur que cela ne me rendît impossible l'accès\nd'un théâtre. C'est même pour cette raison que, lorsque ma Salomé fut\nachevée, je n'essayai pas tout de suite de la faire jouer, et je l'envoyai au\nconcours dela Ville de Paris de 1906. [A ce concours, dont vous pourrez\nlire le rapport officiel, ma Salomé,malgré d'excellentes notes, fut refusée\nd'office, précisément à cause de celle de Strauss.]\nDans l'intervalle, les situations respectives des héritiers de Wilde subis-\nsaient diverses transformations. La propriété des œuvres passait à\nMethuen, qui vendait à Fiirstner le privilège de (Leur traité\ndoit être de juillet 1906, ou plutôt, si je ne me trompe, d'octobre.) Bref,\nquand je revins à la charge, je me trouvai acculé à l'impasse que vous\nsavez.\nQue faire ? Ainsi que me l'écrivait Rob. Ross, dont je me plais à recon-\nnaître ici la constante courtoisie, mon sort dépendait désormais du seul\net unique Strauss. Je me résignai donc à l'inévitable, et pris le parti d'ex-\nposer simplement ma situation à Richard Strauss, lui demandant son\nautorisation, et m'en remettant, pour les termes de cette autorisation, à\nsa générosité.\nNotez bien que je n'ai jamais parlé et ne pouvais pas parler de repré-\nsentations privées, pour lesquelles, du reste, aucune autorisation n'était\nnécessaire ; notez aussi que s'il fut question d'abord de représentations\nlimitées à la province et à un certain nombre de villes, puis ensuite de\nreprésentations limitées à la seule ville de Lyon, c'est qu'on ne me per-\nmettait pas d'espérer davantage. Et puis, au fait, cela me suffisait, car\nj'étais las de toutes ces histoires et ne demandais qu'une chose : être\njoué. Je savais trop, en effet, que l'œuvre de début d'un compositeur\ndramatique, fût-il Wagner ou même Richard Strauss, est le plus souvent\nun four, pour espérer un grand succès, et je n'avais aucune ambition\npour mon œuvre. D'un autre côté, j'avais à cœur de ne pas perdre le\nfruit de longues années de travail : je voulais surtout « m'entendre » et\nprofiter de cet enseignement unique et précieux que donne à un compo-\nsiteur l'audition de son premier ouvrage."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.20", "texte": "QUELQUES ARTICLES SUR RICHARD STRAUSS\n029\n\nMa lettre à Strauss resta quelque temps sans réponse ; puis il se décida,\net le 3o mai 1507 m accorda l'autorisation généreuse et absolue que vous\nreproduisez d'après sa lettre même.\nLogiquement, ce beau geste semblait devoir terminer l'aventure. C'est\npourtant ici qu'elle commence à se corser.\nTout joyeux, je remercie chaleureusement Strauss, et me mets en\ndevoir de présenter ma S aloméà divers théâtres de province. J'ai bien-\ntôt le bonheur de voir aboutir mes démarches auprès des directeurs du\nThéâtre de Lyon ; et le 4 septembre 1907, la création de mon opéra est\nannoncée pour l'hiver.\nLa joie fut courte : deux semaines plus tard nous recevions, les direc-\nteurs et moi, l'interdiction de M. Fûrstnerl Quoi ! l'autorisation de\nStrauss ne valait donc rien ? Il paraît. Mais Strauss, en me la donnant,\navait « oublié» ce détail.\nCette excuse de l'oubli semble vous satisfaire. J'avoue cependant que\nj'ai plus de peine à l'admettre, et qu'il m'est difficile de croire qu'un\nhomme de l'autorité d'un Richard Strauss en soit si démuni vis-à-vis de\nson éditeur !\nQuant à l'oubli, comment l'expliquer ? Voici une demande d'autori-\nsation : si je l'adresse, c'est qu'elle m'est nécessaire. Si elle m'est néces-\nsaire, c'est que Salomêne m'appartient pas, mais bien à un autre, qui\nest Furstner. Alors ? Comment Strauss n'y a-t-il pas pensé ? Comment\na-t-il pu l'oublier pendant trois mois me laissant pendant ce\ntemps faire des frais de copie et m'engager dans des pourparlers\navec des directeurs de théâtre, pourparlers dont la rupture brutale pou-\nvait me mettre dans une situation bien délicate ?\nIl y avait à ce moment la matière d'un procès possible ; et bien des\ngens, plus tard, m'ont reproché de ne pas l'avoir intenté. Je vous assure\ncependant que je n'y ai même pas pensé. J'aurais rougi d'entrer dans\nune mesquine lutte d'intérêts avec un artiste dont je sais comme vous\napprécier la valeur, et, comptant sur la sincérité de son bon vouloir, je\npréférai faire un nouvel appel àsa générosité.\nLe 21 octobre, Strauss me répond... en retirant son autorisation\ndans les termes suivants :\n« C'est pourquoi je ne suis pas en QUE\nJE vous FAISAIS ESPÉRER, et je regrette...etc.. » Je reproduirai la suite tout\nà l'heure ; mais cette première phrase vaut qu'on s'y arrête, surtout si on\nla met en regard de l'autorisation du 3o mai, prise dans votre propre\narticle :\n« Jouez votre œuvre où et aussi souvent que vous voudre\\. »\nQue s'était-il donc passé ? Et pourquoi Strauss revenait-il ainsi sur\nson beau geste ? A cela, trois hypothèses permettent de répondre. Elles\nme sont fournies toutes trois par cette même lettre du 21 octobre 1907,"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.21", "texte": "630\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\ndont la phrase citée plus haut n'est que la conclusion. Les voici :\ni° Ma Saîomé aurait empêché la création à Lyon de celle de Strauss.\nJe suis autorisé par les directeurs de Lyon à démentir cette assertion, de\nla façon la plus formelle. Les pourparlers ont été à peine ébauchés. Les\ndirecteurs s'étaient simplement informés de ce que l'œuvre de Strauss\nleur coûterait, et surle vu de la réponse, se sont empressés d'abandonner\nleur idée. D'ailleurs, m'autorisant, moi Lyonnais, à me faire jouer,\nStrauss ne pouvait s'étonner que je le sois à Lyon.\n2° J'aurais, dans une lettre à Fùrstner, « parlé de /'exploitation finan-\ncière de mon œuvre. » A vrai dire, je n'ai jamais bien compris cette\ndeuxièmeobjection. Dequelle exploitation veut-il parler ? J'écarte encore\nune fois, bien entendu, l'idée des représentations privées ; cela ne tient\npas debout. Mais si l'on joue un opéra dans un théâtre, il est bien néces-\nsaire que ce soit le résultat d'une exploitation financière de ce théâtre\npar les directeurs dudit théâtre ! Mais pour l'auteur 1!! vrai, je ne com-\nprends pas. Dans toutes mes lettres à Furstner je n'ai jamais prononcé\nle mot d'argent que pour lui en offrir (pas beaucoup, il est vrai) sous\nles espèces de mes modestes droits d'auteur.\n3° Reste la troisième hypothèse, et c'est sans doute la bonne. Richard\nStrauss lui-même l'a réservée pour la fin, et voici, au complet, la conclu-\nsion de sa lettre :\n« et je regrette vivement que vous aye\\ créé une telle situation,\nvous, par votre lettre à Furstner (i), et vos amis, par l'article du\nFIGARO. »\nL'article du Figaro ! Le voilà, le véritable grief !\nAussi bien, tout s'élucide : l'annonce de ma dans les journaux\nde Lyon est du 4 septembre, l'article du Figaro du 11, et l'interdiction\ndu 16.\nCet article, je viens de le relire et ne puis comprendre qu'il ait pro-\nduit un tel effet. Il était parfaitement courtois et se bornait à raconter\nmes premières vicissitudes. L'auteur, M. Emile Berr, ne me connaissait\nmême pas. Le hasard d'une rencontre, dans un salon parisien, l'avait\nmis en présence d'un officier de marine, précisément celui qui m'avait\nfait connaître Salomé,et celui-ci lui avait raconté mon histoire. M. Berr\ns'y était intéressé et avait voulu la faire connaître. C'est tout.\nIl faut bien croire cependant que Strauss avait pu prendre ombrage de\ncet article et que c'était là son vrai grief, puisque 17 mois plus tard il\ncontinue, dans la lettre que vous reproduisez, à me reprocher mes amisl\nLe docteur Richard Strauss, qui peut s'offrir, pour sa défense, un cham-\npion de la taille d'un Romain Rolland, songerait-il à m'interdire d'avoir\ndes partisans, à moi qui en ai bien plus besoin que lui ?\n\n(i) La lettre où j'aurais parlé d' « exploitation financière »."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.22", "texte": "QUELQUES ARTICLES SUR RICHARD STRAUSS\n631\n\nEt l'on s'étonne, en y réfléchissant, de devoir constater l'importance\nprise en cette affaire par les articles de journaux.\nPuis, chose curieuse, ces malheureux articles arrivent toujours à point\npour arrêter net dans leur élan les bons mouvements de Furstner-\nStrauss... C'est une succession de coïncidences vraiment étrange.\nJe ne puis que le constater et déplorer le phénomène ; mais vous me\nmépriseriez certainement tout le premier, et avec raison, si pour cela je\nreniais mes amis connus ou inconnus.\nAu fait, quand j'emploie le mot « déplorer », c'est une façon de parler.\nJe ne me plains de rien, pas même de Strauss et de ses amis. Je regrette\nseulement, quand, par deux fois, je lui ai donné l'assurance que j'étais\nétranger aux attaques dont il était l'objet, qu'il ne m'ait pas fait l'honneur\nde me croire. N'est-ce pas uneattitude un peu mesquine, enfinde compte,\nque de toujours croire les gens prêts à mordre ou à faire mordre, que de\nles soupçonner en proie aux démons de l'Envie et de la Haine.\nLes gens ne sont pas si méchants, et pour mon compte l'attitude de par-\nfait silence préconisée par Strauss fut précisément la mienne, intégrale-\nment. Mes seuls rapports avec la presse se sont bornés, quand je l'ai pu,\nà prier les critiques de s'abstenir de toute attaque. Les journaux de Lyon\net Marseille en font foi. Quand j'ai été prévenu à temps, j'ai même em-\npêché la publication d'articles,— le fait s'est produit avec une revue pari-\nsienne et avec un journal de Toulon. J'ai décliné les offres qui m'ont été\nfaites de publier des fragments de ma et même d'en donner des\nauditions privées... Que voulez-vous de plus pour prouver la tranquille\nbonne foi de ma conduite ?\nJe ne sais pas prévoir l'avenir, et il m'était difficile d'arrêter des articles\nqui paraissaient sans crier gare, et signés le plus souvent par des journa-\nlistes que je connaissais aussi peu que vous me connaissez vous-même.\nVous me dites maintenant que, sans mes amis, Strauss m'aurait ac-\ncordé la liberté de Salomé. C'est possible, mais je ne la lui ai même pas\ndemandée. Depuis longtemps j'ai cessé d'écrire autre chose que les for-\nmules de politesse, malgré tout requises, à un homme qui se dérobait tou-\njours, même quand je fus le voir à Berlin ; et quant à Fiirstner... je\ncrois qu'il est mort. Son dernier souvenir, je veux dire sa dernière lettre,\na rapport au sort de mon matériel. Ce matériel, partitions d'orchestre et\ndepiano, rôles, parties d'orchestre... etc. (en tout un millier de francs de\ncopie) n'est pas encore détruit, il est vrai ; il est déposé sous scellés dans\nune banque de Berlin. Mais Fiirstner m'écrivait àce sujet, sans inutile\naménité, « qu'il se réservait toujours,\nle détruire » (1). J\n\n(i) Dans une nouvelle lettre du 29 juin, M. Mariotte apporte lui-même ce\ncorrectif au renseignement donné ci-dessus :\n« Sur la question du matériel, la m"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.23", "texte": "632\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nEt voici la fin de 1' « affaire ». Après de multiples démarches, j'ai obtenu\nenfin la permission d'entendre mon premier opéra, et j'en remercie\nRichard Strauss. J'avais commis une grave faute de négligence, je l'ai\nexpiée par de cruelles vicissitudes. J'estime que nous sommes quittes.\nLa leçon m'a coûté cher, mais elle fut bonne et portera ses fruits.\nEt maintenant, au travail.Je n'ai pointl'ambition dedemeurer jusqu'à\nma mort « l'homme de la Saloméfrançaise », et préfère m'en tenir à la\nparfaite conclusion de l'article du Figaconclusion que je me permets\nde reproduire ici :\n« Attendons de juger son œuvre, et ainsi nous saurons si l'enseigne\nMariotte eut raison ou tort de quitter, il y a dix ans-, la marine pour faire\ncampagne dans la musique ».\nOn jugera autre chose que Salomé.Voilà tout\nA. MARIOTTE.\nLa lettre qu'on vient de lire établit avec une clarté parfaite\nl'absolue bonne foi de M. Mariotte, dont personne n'a jamais\ndouté; —et elle inspire une grande sympathie pour ce courageux\nartiste, qui a sacrifié sa carrière d'officier à sa vocation musicale,\nqu'il sert avec tant d'abnégation ( 1 ).\nCertains points du débat restent encore un peu obscurs, et le\nresteront, tant que les lettres échangées des deux parts ne seront\npas intégralement publiées. Nous aurions besoin, par exemple,\nd'avoir sous les yeux le texte complet de la lettre de Richard\nStrauss, du 21 octobre 1907, qui énumère ses griefs, —et surtout\ncette lettre de M. Mariotte à l'éditeur Furstner (2), qui semble\navoir amené la rupture.\nMais nous en savons assez maintenant pour voir que la pre-\nmière cause du malentendu a été une négligence extrême de l'un\n\nsoit, n'était en somme qu'une mesure purement vexatoire, car évidemment le ma-\nnuscrit de ma partition d'orchestre n'a jamais quitté mon bureau. » (R. R.)\n(1) M. Mariotte se plaint que je lui aie donné le titre « d'amateur ». Il a\nraison. J'ai mal exprimé ma pensée. J'ai voulu dire seulement qu'aux yeux d'un\nRichard Strauss, dès l'enfance élevé dans la musique, un ancien officier de\nmarine, qui laisse l'armée pour se faire musicien, devait paraître un amateur,\net ne pouvait beaucoup inquiéter son orgueil, que pas grand chose n'in-\nquiète.\n(2) Voir, dans la lettre de Strauss du 21 octobre 1907, le passage cité plus\nhaut: « Je regrette vivement que vous\nlettre à Fïïrstner... »"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.24", "texte": "QUELQUES ARTICLES SUR RICHARD STRAUSS\n633\n\ncomme de l'autre des deux auteurs de Salomé, dans leurs pre-\nmières négociations. M. Mariotte en convient, pour sa part, avec\nbeaucoup de bonne grâce. Mais il ne l'admet point pour Strauss.\nIl ne peut concevoir qu'un homme de sa valeur puisse donner une\nautorisation, sans penser qu'il n'en a pas le droit, et ne s'en avise\nque. trois mois après. Cela ne m'étonne guère, moi qui non seu-\nlement connais l'insouciance de Strauss, mais qui ai vu tant de\ncas analogues parmi les artistes. M. Mariotte en veut-il des exem-\nples ?Je puis lui en offrir autant qu'il en voudra. C'est, entre\nautres, un romancier anglais, (le plus grand à l'heure actuelle),\nqui donne àun de mes amis l'autorisation exclusive de traduire en\nfrançais une de ses œuvres ; après deux ans de travail, quand les\ntraités sont signés avec un éditeur, le romancier découvre qu'il\navait déjà donné l'autorisation à un autre traducteur français, qui\nvient, lui aussi, d'achever le travail. +— Voici un autre exemple,\nplus personnel : Il y a quelques mois, j'apprends qu'une traduc-\ntion anglaise d'un de mes livres vient de paraître, sans que j'en\naie été avisé. Je me plains au traducteur, qui m'exhibe une autori-\nsation que je lui avais accordée, il y a quelques années, et dont\nj'avais perdu le souvenir. Il faut admettre qu'un artiste n'ait\npas toujours beaucoup d'ordre ; et même s'il en a, je pose en fait\nqu'il passe souvent par certaines périodes de complet oubli. C'est\npourquoi Dieu a créé les éditeurs, afin de veiller sur les intérêts\ndes artistes, (par pure bonté, comme chacun sait). Dieu avait créé\nsans doute M. Fiirstner pour veiller sur les intérêts de Richard\nStrauss. M. Fiirstner s'est acquitté de sa tâche, en bon intendant,\nqui ne fait pas aimer le maître qu'il défend. Et, comme c'est\nl'habitude, le maître, qui trouve très commode d'être défendu,,\nlaisse faire, sans s'inquiéter comment.\nCertes, je n'approuve point ce système; et je regrette que Strauss\nn'ait pas considéré son engagement vis-à-vis de M. Mariotte\ncomme le liant plus encore que son engagement vis-à-vis de son\npuissant éditeur, précisément parce que M. Mariotte était plus\nfaible. Mais enfin, s'il est vrai, comme on le dit, que chez les Fran-\nçais, le premier mouvement soit toujours le meilleur, (ce que je\nn'affirme point) chez les Allemands, c'est souvent le second\nqui est le bon ; et je suis certain que l'affaire se fût galamment"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.25", "texte": "634\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\narrangée entre deux artistes loyaux, comme M. Mariotte et\nRichard Strauss, sans le rôle qu'ont joué là certains critiques.\nAu lieu de chercher à apaiser l'affaire, ils ont semblé prendre\nplaisir à l'envenimer; ils y ont jeté, avec les renseignements fournis\npar M. Mariotte, leurs appréciations personnelles, fort malveil-\nlantes pour Richard Strauss, le tout amalgamé de telle sorte\nqu'il était impossible à un lecteur impartial de croire que M. Ma-\nriotte ne fût pas l'inspirateur de cette polémique. Je vois, par sa\nlettre d'aujourd'hui, qu'il y a toujours été étranger. Mais je ne\nsuis pas très surpris que Strauss ait pu s'y tromper. Quand\nM. Mariotte, indigné que Richard Strauss n'ait pas été convaincu\npar son attestation, s'écrie : « N'est-ce pas une attitude un peu\nmesquine, en fin de compte, que de toujours croire les gens prêts\nà mordre ou à faire mordre ?» il me semble que j'entends\nStrauss répondre : « Vous me la baillez belle! Mais, en fin de\ncompte, je suis mordu ! »\nLa morale de l'histoire, c'est que, dans une discussion entre\nartistes il faut se défier des tiers (éditeurs ou journalistes). On a\nbrouillé à plaisir une affaire qui eût été éclaircie très vite, si les\ndeux artistes avaient pu se parler un peu intimement, ou exposer\neux-mêmes leur cause, comme l'a fait, dans le dernier numéro de\ncette revue, Richard Strauss, comme vient de le faire aujour-\nd'hui M. Mariotte. Et je ne perds point tout espoir de les voir,\nquelque jour, redevenus amis, pourvu que nous ne nous en\nmêlions plus, nous autres !\n\nRomain Rolland."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.26", "texte": "Qu'est-ce que la Gymnastique rythmique?\n\nIl est d'expérience courante que, pour chanter régulièrement,\ntout au moins pendant que l'on apprend une nouvelle mélodie, le\nmeilleur moyen est de « battre la mesure ».\nOn est sûr, ou l'on se croit plus sûr, en exécutant ces mouve-\nments conventionnels et répétés du bras ou de la main, de con-\nserver une vitesse constante, sans presser ni ralentir, et de\ndonner bien exactement aux notes leurs valeurs relatives. Un\nvioloniste ou un flûtiste qui étudie un morceau bat de même la\nmesure avec le pied pour assurer la régularité de son jeu.\nRéciproquement, si l'on veut obtenir que des soldats, des\nmarins, des ouvriers, effectuent des mouvements réguliers à la\nrevue, dans la mâture ou sur les quais, on leur joue de la musique,\non les fait chanter, on les dirige avec les modulations d'un sifflet.\nEnfin, pour obtenir d'un orchestre, d'un chœur, d'une équipe\nde rameurs ou d'une troupe de gymnastes un ensemble précis,\nune parfaite régularité de sons ou de mouvements, on bat la\nmesure devant eux.\nIl y a donc, au point de vue de la régularité de nos activités\ndiverses, une parfaite solidarité entre les renseignements qui nous\nsont fournis par notre sens musculaire, par nos oreilles et par nos\nyeux.\n\nNos oreilles,\nnos yeux, no-\ntre sens mus-\nculaire nous\npermettent é-\ngalement de\ncontrôler la ré-\ngularité des di-\nvisions de la\ndurée."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.27", "texte": "636\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. ÎH.\n>\n\nEn battant la mesure et en la r battre, nous faisons de\nla musique plus régulière.\nEn écoutant jouer de la musique et en battre la\nmesure, nous exécutons des mouvements plus réguliers.\nEn écoutant jouer une musique et en effectuant des régu-\nliers, nous divisons plus régulièrement (i).\nLeurs activités étant solidaires, le sens musculaire, l'ouïe et la\nvue s'exercent à la fois chez l'enfant, et chacun de ces trois sens\nsert à contrôler les données des deux autres. C'est ainsi que le\nsens musculaire et le sens visuel combinés, nous permettant de\ndiviser régulièrement l'espace, apprennent à notre oreille à recon-\nnaître les divisions régulières de la durée, et réciproquement.\nJusqu'à un certain âge, le petit enfant exécute inconsciemment\nces expériences simultanées. Il arrive de la sorte à marcher à peu\nprès régulièrement, à exécuter des séries de mouvements à peu\nprès égaux comme force, à apprécier à peu près exactement les\ndistances, à pouvoir les partager en parties à peu près égales, à\nchanter et à compter à peu près régulièrement et à pouvoir gra-\nduer à peu près toutes ces divisions de l'espace ou du temps,\nen augmentant ou en diminuant progressivement l'amplitude de\nses pas, l'intensité de ses gestes, ses divisions de la durée sonore\nou de l'étendue.\nCette faculté de diviser l'espace et le temps au moyen de nos\ndivers sens et de graduer les divisions ainsi opérées est essentiel-\nlement le sens rythmique.Et l'on peut dire que les premières\nannées de la vie humaine se passent exclusivement à cultiver ce\nsens.\nMalheureusement, au bout de quelques années, cette éducation\ncommune s'arrête. Non seulement les parents et les maîtres de\n1 enfant n'utilisent pas les relations de ses différents sens les uns\navec les autres, pour obtenir de son jeune corps une parfaite coor-\n\nLes premiè-\nres années de\nla vie humaine\nse passent à\ncultiver notre\nsens rythmi-\nque , c'est-à-\n-dire notre fa-\ncultéde diviser\nrégulièreme n t\nle temps et\nl'espace.\nL'éducation\ndu sens ryth-\nmique com -\nm e nc é e par\nl'enfant, au\nmoyen de tous\nses sens à la\nfois , s'arrête\ndès qu'on lui\nenseigne cha-\nque art isolé-\nment.\n\n(i) Tous les acrobates, qui exécutent des jeux basés sur l'appréciation\noptique des distances, le savent. Ils se font accompagner par de la musique\npour réussir leurs tours d'adresse, ou du moins « comptent » mentalement en\nles exécutant, ce qui est une manière de diviser acoustiquement la durée. De\nmême pour faire à main levée un dessin décoratif régulier (division optique de\nl'espace), le meilleur moyen est de régler le mouvement musculaire des doigts\npar un chant mental."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.28", "texte": "QU EST-CE QUE LA GYMNASTIQUE RYTHMIQUE\n6 3 7\n\ndination de mouvements et un affinement organique dont il\nprofiterait toute la vie, ni pour introduire dans son cerveau des\nhabitudes de précision dans la mesure du temps et de l'espace\ndont bénéficieraient toutes ses facultés, tant artistiques que philo-\nsophiques et littéraires. Au contraire, sous prétexte de bienséance\net de bonne éducation, on s'efforce, dès que le petit garçon et la\npetite fille ne sont plus des bébés, d'entraver toutes les expé-\nriences musculaires, sauts, course, marche à quatre pattes, cul-\nbutes, gestes amples, etc., qui affineraient chez eux le sens de\nl'équilibre et de la motricité et perfectionneraient, par là même,\nleur sens optique de l'étendue et leur sens acoustique de la durée.\nDe leur côté, les maîtres de musique et de dessin commencent et\npoursuivent la culture de l'ouïe et de la vue en spécialistes totale-\nment désintéressés des manifestations générales de la vie. Ils\nisolent les sens de l'élève les uns des autres, et ne prennent aucun\nsoin de lui faire percevoir comment les phénomènes musicaux et\nplastiques se rattachent au sens musculaire, et, par lui, à l'activité\nhumaine tout entière. Chaque organe est ainsi cultivé en\nserre chaude. L'œil ne profite pas des indications précieuses,\nessentielles même, que l'oreille et le toucher pourraient lui fournir;\nsa vue et le toucher ne contrôlent aucunement les habitudes\nrythmiques que l'oreille contracte en se basant sur les données\nfournies par quelques exercices musculaires prématurément aban-\ndonnés. Enfin notre corps ne tirant aucun profit des études\nartistiques poursuivies durant notre adolescence, quand nous\narrivons à l'âge adulte, nous sommes habitués à nous contenter,\ndans la vie physique, d'un minimum de force et d'adresse qui nous\ndéconcertent, si les circonstances nous font constater notre mala-\ndresse et l'absence complète d'autorité de notre cerveau sur nos\nattitudes et nos mouvements.\nTous les parents sont convaincus que leur enfant sait marcher\net courir, quand il ne tombe plus par terre au moindre obstacle,\nou qu'il pousse tant bien que mal son cerceau devant lui. La\nplupart du temps ils ne connaissent même plus le corps de cet\nenfant, dès que celui-ci atteint l'âge où il se lave et s'habille seul.\nC'est trop souvent avec un sentiment de consternation que le père\ns'aperçoit, si on le lui montre en maillot, combien le corps de son\n\nLa mal a-\nciresse corpo-\nrelle résulte fa-\ntalement d'une\néducation où\nles sports eux-\nmêmes ne dé-\nveloppent ni\nle sens ryth-\nmique ni la\ngrâce plasti -\nque des mou-\nvements."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.29", "texte": "638\nBULI.ETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ngarçonnet ou de sa fillette est chétif. Et c'est toujours avec désap-\npointement qu'il reconnaît, à la première expérience bien faite, que\ncet entant n'est capable ni de marcher régulièrement, avec mesure\net équilibre, ni de mouvoir ses membres au commandement, sans\nune gaucherie et des hésitations incroyables.\nSans doute les sports, si fort en honneur depuis quelques\nannées, évitent ou réparent en partie le dommage. Mais les sports\neux-mêmes sont cultivés comme une « spécialité » musculaire,\nsans que l'on associe à la notion dynamique de mouvement ni la\nnotion du rythme musical ni la notion de la grâce plastique, qui\nne devraient jamais en être séparées.\nAinsi l'expérience courante, dont je parlais en tête de ces pages,\nne nous sert absolument à rien, puisque nous continuons à\nexercer nos sens musculaire, musical et plastique isolément, et\nnon point en fonction les uns des autres, ce qui décuplerait l'in-\ntensité de leur rendement, l'intérêt de leur culture et la puissance\nde leurs expressions respectives.\nLa GYMNASTIQUE RYTHMIQUE a pour but de remédier à cet état de\nchoses et de coordonner les différents facteurs de l'éducation. Son\nprincipe est d'associer à chaque rythme sonore, perçu par l'oreille,\nun ou plusieurs mouvements qui créent, dans tout ou partie de\n1 organisme, un rythme musculaire parfaitement s/nchroniquek ce\nrythme sonore, c est-à-dire tel que chacun de ces mouvements\ns'exécute rigoureusement en mesure et coïncide parfaitement\ncomme durée avec la durée de chacun des sons musicaux.\nLe geste du chef d'orchestre battant la mesure et celui du soldat\nmarchant au pas ont servi à M. Jaques-Dalcroze de point de départ\npour cette division corporelle de la durée. Prenons un rythme\nmusical très simple: par exemple celui produit par une série de\nnoires dans une marche à 4 temps. Si nous jouons cette marche\nsur un instrument, ou si nous la chantons, nous donnerons à\ntoutes les notes qui la composent des durées à peu près égales.\nMais ce ne seia qu un à peu près, dont l'effort musculaire, exigé\npar l'émission du son, assurera tant bien que mal la régularité.\nEt, pour peu que nous ne soyons pas doués d'un sens rythmique\ndéjà bien développé par l'exercice de toutes nos facultés physiques,\ncette régularité ne sera que très approximative. Au contraire, réa-\n\nLa Gymnas-\ntique rythmi-\nque a pour but\nd'établir, dans\nnotre cerveau,\nune associa-\ntion intime et\nrégularisatrice\nentre les di-\nverses durées\nsonores et\ncertains mou-\nvements suc-\ncessifs leur\ncorrespondan t\nstrictement\nlant comme\nduréeque com-\nme intensité."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.30", "texte": "QU'EST-CE QUE LA GYMNASTIQUE RYTHMIQUE\n639\n\nlisons cette même marche corporellement, en faisant un pas par\n« noire » et en battant avec les bras la mesure à 4 temps : immé-\ndiatement nous serons frappés des irrégularités de notre propre\ndémarche, parce que notre sens rythmique est beaucoup plus\nsensible aux indications fournies par des mouvements intéressant\ntous nos membres que par celles provenant de quelques contrac-\ntions du gosier ou des doigts, et nous parviendrons sans peine à\ncorriger ces irrégularités.\nSi nous répétons cet exercice un certain nombre de fois, nous\nacquerrons forcément une perception plus nette de la durée. Et\nsi nous l'avons exécuté au son de la musique, il se sera fait dans\nnotre cerveau une association intime et régularisatrice entre nos\nefforts musculaires successifs et les durées sonores correspon-\ndantes. Nous ne marcherons pas seulement plus régulièrement,\nnous saurons aussi chanter et jouer une marche avec plus de\nsûreté rythmique. En d'autres termes, et pour nous servir d'un\nexemple banal, un bon valseur jouera mieux une valse qu'un\nmusicien même excellent qui n'aurait jamais valsé.\nSi l'on peut représenter corporellement, par des pas et des\nmouvements de bras égaux, des durées sonores égales, on con-\nçoit qu'il est également possible de représenter, par des mouve-\nments et par des gestes appropriés, les durées sonores ou les\ndessins rythmiques inégaux. Toute la méthode de M. Dalcroze,\ndifférant en cela des gymnastiques pratiquées au son du piano\ndans certains pays, ou de la danse, danse de salon ou de théâtre,\ntelle que la conçoit notre civilisation, consiste précisément à exiger\ndu corps de l'élève non pas un synchronisme global avec les\nrythmes musicaux concomitants, mais un synchronisme ana-\nlytique et rigoureux. Quand des soldats défilent aux accents d'une\nmarche militaire, ils exécutent continuellement un pas par temps,\net si la mélodie de la marche renferme des durées plus longues,\ndes notes se prolongeant, par exemple, 2 temps, 3 temps ou 4\ntemps (en langue musicale, des blanches, des blanches pointées ou\ndes rondes), la marche des soldats ne se conforme pas à ces parti-\ncularités rythmiques. Ils continuent à faire « un, deux, un, deux, »\net leurs mouvements cessent, par conséquent, de représenter la\nmusique qui les accompagne. De même, quels que soient les des-\n\nIl est impor-\ntant de donner\nau système\nmu s c u 1 a i re\ntout entier, et\nnon à quelques\nmuscles seule-\nment le senti-\nment du ryth-\nme et de la me-\nsure.\nLes danses\nde théâtre ou\nde salon sont\ns i m p 1 ement\njuxtaposées à\nla musique qui\nles accompa-\ngne. Les mou-\nvements de la\nGymnastiq u e\nrythmique tra*\nduisent rigou-\nreusement en\nlangage plas-\ntique les ryth-\nmes musicaux."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.31", "texte": "640\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nsins rythmiques des valses (et ils peuvent être très différents}, les\nvalseurs les dansent toutes de la manière. Enfin les ballets eux-\nmêmes n'obéissent pas à la musique de l'orchestre ; ils ne se con-\nforment qu'à la vitesse et à la mesure générales de la symphonie,\nquelquefois à son sentiment. Jamais ils nen sont la traduction\nplastique fidèle ni directe.\nIl ne s'agit pas de discuter ici dans quelle mesure les danseurs\nde salon ou de théâtre ont tort ou raison de faire comme les sol-\ndats, de se contenter de mouvements juxtaposés à la musique, au\nlieu de faire des gestes ressemblant rythmiquement à cette mu-\nsique. Mais on comprend tout de suite à quel point la GYMNAS-\nTIQUE RYTHMIQUE diffère de ces exercices et de ces danses, en\nsachant qu'à chaque valeur sonore (noire, blanche, blanche poin-\ntée, ronde, croche, double croche, noire pointée, triolet, etc.)\nelle associe un mouvement ou une série de mouvements particu-\nliers, que l'élève doit effectuer de lui-même, à l'audition des\nrythmes, en choisissant, sous la dictée sonore, dans le vocabulaire\ncréé par M. Dalcroze, le terme plastique qui constitue conven-\ntionnellement la traduction littérale du terme musical entendu.\nLa GYMNASTIQUE RYTHMIQUE est donc\ndurées musicales et leurs combinaisons par des mouvements et des\ncombinaisons de mouvements corporels (musculaires et\ntoires), d'associer à chaque valeur\ncorrélatif.\nNous examinerons tout à l'heure la valeur éducative de ces\nexercices, au double point de vue plastique et psychologique. Pour\nle moment contentons-nous d'envisager leur influence musicale.\nAprès ce que nous venons de dire sur l'association qui se pro-\nduit entre le sentiment de l'effort musculaire et le sentiment de\nla durée sonore, quand des rythmes corporels et musicaux affec-\ntent simultanément notre organisme, il n'est pas nécessaire de\nméditer longuement, pour admettre qu'aucun exercice ne saurait\ndévelopper plus sûrement ni perfectionner davantage le sens de\nla division du temps.\nIl ne faut pas croire, en effet, comme le font la plupart des mu-\nsiciens, que nous possédions la faculté innée de partager régu-\nlièrement la durée. Notre oreille ne peut que constater a poste-\n\nPerfection -\nnem e n t du\nsens des va-\nleurs rythmi-\nques."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.32", "texte": "QU'EST-CE QUE LA GYMNASTIQUE RYTHMIQUE\n641\n\nriori si nous avons réussi ou non à réaliser un rythme musical et\nn'est même capable, nous l'avons déjà vu, de nous renseigner à\ncet égard que dans la mesure où elle a été exercée par des mouve-\nments exécutés au son de la musique. Et réciproquement nous ne\nsavons exécuter des mouvements corporels parfaitement régu-\nliers qu'après nous y être entraînés, en prenant pour points de\nrepère et pour guides des sons musicaux aussi réguliers que\npossible.\nLe musicien qui n'a jamais réfléchi à ces choses est persuadé\nqu'il chante et joue en mesure. Il lui faut se servir du métronome\npour s'apercevoir qu'il n'en est rien. Le futur chef d'orchestre\npense de même qu'il n'aura pas de peine à diriger régulièrement.\nIl ne sait pas, lui non plus, qu'il est musculairement arythmique,\nparce que la notion, la sensation du rythme, tout comme les sen-\nsations du mouvement et de l'équilibre, et simultanément avec\nelles, ne germent et ne se développent que dans nos centres ner-\nveux. Si notre cerveau n'a pas été spécialement éduqué à ce point\nde vue, il se montrera naturellement complaisant ; il jugera régu-\nliers des mouvements et des sonorités qui ne le sont point, et\nlaissera de bonne foi l'individu arythmique dans l'ignorance\nabsolue de son infirmité.\nLa gymnastique rythmique, en éduquant l'un par l'autre notre\nsens du rythme musical et notre sens du rythme musculaire, nous\nrend, au contraire, extrêmement sensibles à tous les rapports de\ndurée. Et c'est ainsi que, formés par une expérience physique où\nnotre stabilité même était en jeu, nous arrivons à pouvoir\nun rythme complexe avec une précision absolue, et par consé-\nquent à l'exécuter ensuite dans une mélodie, sans battre la me-\nsure, sans compter, avec la même précision.\nCe qui est vrai de l'étude des valeurs ne l'est pas moins de\nl'étude des nuances rythmiques. Si nous savons réaliser à peu\nprès un accelerando et un rallentendo, c'est parce qu'enfants\nnous nous sommes tous amusés, en traînant les pieds sur un\ntrottoir, et en faisant « ch'. ch'. ch'. », à imiter l'arrivée et le dé-\npart des trains, ou à des jeux analogues. Et l'on comprend que\nl'exécution à'accelerandos et de rallentendos gradués, de ritenutos\nsubits, de rubatos,intéressant tout notre organisme, détermine\n\nPerfection -\nnem e n t du\nsens des nuan-\nces rythmi-\nques."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.33", "texte": "642\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\naussi un perfectionnement presque illimité de notre sens de l'accé-\nlération, sens par lequel nous participons à la mécanique univer-\nselle et qui est le facteur le plus essentiel de toutes nos jouis-\nsances artistiques (i).\nIl est impossible, du reste, de se rendre compte, même\napproximativement, de ce qu'est le développement du sens\nrythmique, si l'on n'a pas pratiqué soi-même la gymnastique de\nM. Dalcroze. Il faut avoir senti peu à peu, sous l'influence de ce\ntravail, germer et grandir dans son cerveau cette notion physique\ndu rythme sonore en fonction du mouvement, pour constater la\npuissance infinie du rythme, pour comprendre de quelle force\nexpressive la musique se prive, en ne cultivant que d'une manière\nsi rudimentaire son facteur primordial, et pour mesurer l'abîme\nqui sépare un rythme bien réussi d'un rythme exécuté par à peu\nprès, non seulement au point de vue de la jouissance intellectuelle\ndont s'accompagne toute activité bien ordonnée, mais encore au\npoint de vue du sentiment et de l'expression musicale. S'insurger\nsystématiquement contre cette affirmation basée sur l'expérience,\nc'est agir comme les enfants qui refusent de goûter à un fruit nou-\nveau pour eux, « parce qu'ils sont sûrs que ce n'est pas bon ».\nEn effet, si l'étude de la gymnastique rythmique perfectionne\nau plus haut point le sens métrique, la méthode de M. Dalcroze\noffre encore l'avantage d'affiner et de fortifier la sensibilité mu-\nsicale expressive, et cela pour deux raisons.\nLa première, c'est que cette méthode ne se contente pas d'une\nanalyse rythmique quantitative. Les temps ou fragments de temps\nn'y sont pas envisagés comme des entités indifférentes, qu'il\ns'agisse de mesurer mécaniquement. Quand nous prenons un\nmètre pour auner une étoffe, les centimètres et les millimètres\ngravés sur la barre de bois ou peints sur la lanière de cuir ont\nune valeur purement objective dénuée de toute individualité. Nous\nconstatons qu'un ruban a 5 centimètres de large en le mesurant\nindifféremment avec notre mètre entre la strie marquée o et la\nstrie marquée 5, ou entre la strie 20 et la strie 25, ou entre la\n\nCulture de\nl'expr esiion\nmusicale par\nl'analyse qua-\nlitati v e des\nrythmes.\n\n(i) L'auteur du présent article développe très longuement cette thèse que\nle sentiment esthétique est une fonction de la pesanteur, dans un grand ou-\nvrage en préparation intitulé L'Art et la Vie."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.34", "texte": "QU EST-CE QUE LA GYMNASTIQUE RYTHMIQUE\n643\nS. I. M.\n\nstrie 6et la strie 11. L analyse métrique des durées par les mou-\nvements de la gymnastique rythmique est au contraire qualita-\ntive. Soit une marche à 4 temps. Quatre de ces temps, pris entre\nle temps 3 d'une mesure et le temps 2 inclusivement de la\nmesure suivante, seront tout autre chose, comporteront une réali-\nsation corporelle, une série d'attitudes très différentes des mouve-\nments par lesquels on réaliserait les quatre temps compris, dans\nla même marche, entre le premier et le quatrième temps d'une me-\nsuie. Douze croches dallegro ou douze croches d'adagio s'expri-\nment en gymnastique rythmique par des mouvements mensu-\nrateurs aussi différents que peuvent l'être, l'un de l'autre, le\nsentiment de la Rêverie de Schumann et le sentiment de la\nvauchée des Walkyries.\nSi nous songeons que les mouvements de la gymnastique\nr) thmique comportent ainsi la représentation de toutes les moda-\nlités expressives des rythmes, tant comme accentuation pesan-\nteur métrique ou dynamisme (1) ~ que comme durée et comme\naccélération, nous n'hésiterons pas à admettre que son étude, pour-\nsuivie méthodiquement et avec amour, puisse un jour déterminer\ndans la musique une évolution puissamment novatrice.\nLe second motif pour lequel la gymnastique rythmique aiguise\net intensifie la sensibilité musicale, est d'un ordre indirect, et nous\nne pourrons le concevoir qu'après avoir examiné son rôle au point\nde vue plastique.\n\n(1) Nous sortirions du programme de cet exposé purement théorique, si nous\nvoulions donner des détails relatifs aux diverses modalités des accents ryth-\nmiques. Observons, toutefois, que les accents métriques, ceux produits par les\ntemps forts des mesures, (que ces temps forts soient ou non précédés d'une\nanacrouse ou levée, suite de notes remplissant le même rôle qu'un tremplin\npour un sauteur), jouent musicalement et par suite corporellement, en\ngymnastique rythmique le rôle de temps lourds. Les temps lourds consti-\ntuent acoustiquement et plastiquement l'intervention fatale de la pesanteur,\nqui un retour périodique de contact avec la terre, un rythme attractif\nauquel 1 artiste doit obéir passivement. Les accents pathétiques, répartis par\na volonté expressive du musicien sur des temps quelconques de la mesure,\nreprésentent la part autonome de l'activité humaine. Leur dynamisme n'a pas\nsa source dans la gravitation universelle, mais dans le libre effort des indivi-\ndus. Quand on a subi gymnastiquement l'attraction des accents métriques et\npratiqué les mouvements essentiellement actifs des accents pathétiques, on\nest à jamais fixé sur leur valeur expressive musicale.\n3"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.35", "texte": "644\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nObéissance\nrapide et pas-\nsive des mus-\ncles au cer-\nveau.\n\nOn comprend sans peine que la méthode de M. Dalcroze, asso-\nciant le geste à la musique et contraignant le premier à se sou-\nmettre étroitement aux exigences de la seconde, oblige l'élève à\nune variété et une rapidité de mouvements qui supposent, à la\nfois, une grande souplesse physique et une autorité absolue du\ncerveau sur les membres. Les relations intimes nouées de ce chef\nentre les centres nerveux et les tissus musculaires ont pour effet\ndirect et certain le développement du sens mécanique des attitudes.\nExigez d'un enfant ou même d'un adulte qu'il lève rapidement,\nau commandement « gauche, droite », son bras gauche et sa\ndroite, au commandement « droite, droite », ses deux mem-\nbres droits, etc. Au bout de quelques commandements, ou bien il\nne comprendra plus ce qu'on veut de lui, ou bien ses membres\nn'obéiront plus aux injonctions de son cerveau. C'est toute l'his-\ntoire de la vie humaine, dans la civilisation moderne, où l'esprit et\nle corps, destinés à évoluer ensemble, vivent en continuels malen-\ntendus, en tiraillements constants, faute d'avoir fait, l'un avec\nl'autre, suffisamment connaissance.\nDans ses exercices, la gymnastique ordinaire attribue au cer-\nveau un rôle tout petit par rapport à celui des muscles, ne lui\ndemande qu'un minimum d'intervention et d'autorité, qui ne\nsaurait amener aucune amélioration dans son empire sur le\ncorps (i).\nLa culture intellectuelle intensive de nos collèges ne demande,\nau contraire, aux organes des sens et surtout au sens musculaire\nque des renseignements et des services insignifiants.\nLa gymnastique rythmique, en revanche, spiritualise le corps\net poétise l'esprit, en les mettant tous deux sur un pied d'égalité.\nElle assure, par là, au même degré, l'équilibre et la beauté des\nattitudes.\n\n(1) A cet égard, de tous les sports, l'escrime serait le meilleur, à notre point\nde vue, mais elle reste inférieure à la G. R., non seulement parce que le nom-\nbre de ses attitudes est beaucoup plus limité, mais encore parce que les mou-\nvements, dans cet art, sont commandés par l'intelligence de l'agent réalisateur\nlui-même, tandis que, dans la G. R., les injonctions venant du dehors exigent\ndu cerveau un double rôle de récepteur musical et de transmetteur dynami-\nque, qui crée ou perfectionne, chez l'élève, un nombre de réflexes beaucoup\nplus considérables que l'escrime ne saurait le faire."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.36", "texte": "QU'EST-CE QUE LA GYMNASTIQUE RYTHMIQUE\n64.5\n\nL équilibre comporte 1 aisance et l'énergie des mouvements.\nEtre capable d enchaîner les unes aux autres des attitudes diver-\nses de tout le corps, non seulement en les faisant se succéder dans\nn importe quel ordre, mais aussi avec n importe quelle vitesse,\nexige autant de force que de souplesse. Les virtuoses de la danse\nsont tous plus ou moins capables de réaliser adroitement des\ngestes d'une grande vélocité. On pourrait presque affirmer qu'au-\ncun d'eux ne sait modifier lentement ses conditions d'équilibre.\nEn admettant qu ils soient assez musiciens et ceci est douteux\npour concevoir psychiquement, avec sûreté, des divisions de la\ndurée très longues, les danseurs demeurent toujours inaptes à les\nexprimer corporellement, trahis qu'ils sont pas leur instabilité\nphysique. S ils veulent mimer un ou un ils chan-\ncellent, ils oscillent, ils « ne tiennent pas debout ». Et c'est pour\ncela que jamais, ni dans le ballet moderne ni même dans\nles tentatives de résurrection de la chorégraphie grecque,\nnous ne voyons de danse vraiment lente, c'est-à-dire vraiment\nexpressive.\nA ce problème de l'équilibre corporel est donc intimement lié\ncelui de la beauté plastique. L'expression corporelle dépend, en\neffet, de la coordination de nos mouvements. C'est par leur régu-\nlante, leur précision, leur amplitude en fonction de la durée, que\nnous pouvons donner l'impression de la grâce.\nSi 1 on nous joue au piano une marche à 4 temps, et que nous\nfassions nous-mêmes 4 pas 4 noires par mesure, nous réus-\nsissons très facilement à obtenir un synchronisme parfait entre\nnos mouvements et cette musique. Il nous suffit pour cela de bien\n« marquer le pas », comme des troupiers. Pour peu que la musi-\nque devienne plus lente, nous aurons déjà plus de peine à conser-\nver ce synchronisme, nous commencerons à chanceler. Et si le\nmusicien ralentit parfois le dernier ou les deux derniers temps\nd une mesure, si, pour donner plus de vigueur, plus d'accent à un\ntemps fort, il le fait précéder d'un ritenuto, il nous faudra beau-\ncoup d habitude pour ne pas retomber trop tôt et gauchement\nsur le pied qui doit frapper ce temps fort, pour graduer notre\ngeste, pour ménager suffisamment notre énergie musculaire. Si\nl'on n'a pas essayé cet exercice, on ne saurait s'imaginer à quel\n\nPerfection -\nnement de l'é-\nquilibre cor-\nporel.\nPerfection -\nnement de la\nbeauté des at-\ntitudes par la\ncoordina t i o n\ndes mouve -\nments."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.37", "texte": "646\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\npoint il est difficile. Mais précisément aussi de cette solidarité de\nnos gestes avec la musique (solidarité qui est toute la gymnas-\ntique rythmique) résultent à la fois raffinement de l'expression\nmusicale et raffinement de l'expression plastique.\nJ'écrivais tout à l'heure que, pour apprécier à quel point le sen-\ntiment musical peut se perfectionner par cette méthode, il faut\ndégager d'abord toute sa portée au point de vue plastique. Je\nm'exprimais mal. On ne peut pas comprendre l'un de ces deux\nphénomènes avant l'autre, pas plus qu'on ne peut travailler au\nperfectionnement de l'une de ces branches d'art sans travailler du\nmême coup au perfectionnement de l'autre. Musique et plastique,\nau point de vue de l'expression et de l'émotion artistiques, sont\ndes manifestations unes et indivisibles. La difficulté de garder\nson équilibre en traduisant corporellement une musique pathéti-\nque ou simplement expressive donne à notre corps des habi-\ntudes de beauté qu'il néglige ou dédaigne beaucoup trop. Elle le\nforce à se servir du langage plastique, dont il ne parle ordinaire-\nment que le « petit nègre ». Possédant tous des bras, des jambes,,\nun torse, une physionomie mobiles, nous sommes si gauches,\nquand il faut prendre une attitude vraiment éloquente, si mala-\ndroits, si contraints !\nNous avons un corps et nous avons e le laisser pronon-\ncer une belle phrase. Ah ! luttons du moins pour que, chez nos\nenfants, n'existe plus cette fausse pudeur qui amoindrit notre émo-\ntivité, quand elle ne la paralyse pas entièrement. Et que ce soit la\nmusique qui fasse utiliser, par ces jeunes corps, toutes leurs éner-\ngies musculaires, toutes leurs facultés motrices.\nMais, réciproquement aussi, n'ayons pas peur que la musique\nfasse des gestes, de grands gestes, beaucoup de gestes. Renouons\nses antiques liens avec la danse maternelle. A force d'avoir exclu-\nsivement associé la symphonie à notre vie intérieure, nous l'avons\nprivée de toute flexibilité, de tout dynamisme, de tout élan, de\ntout rythme franc, net et vigoureux. Rendons-lui son caractère\nmécanique, ses courses, ses bonds, et aussi ses longs agenouille-\nments, ses bras tendus tout grands vers le ciel, ses sanglots sans,\nretenue et ses lentes prostrations. Rendons-lui toute sa vie dra-\nmatique. La poésie étymologiquement c'est l'action, c'est la créa-\n\nDéveloppe -\nde îïmoti-\net'dePi'énioti-\nvité musicale."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.38", "texte": "QU'EST-CE QUE LA GYMNASTIQUE RYTHMIQUE\n647\n\nEpanouisse -\nment et régu-\nlarisation de la\nsensibilité ar-\ntistique.\n\ntion, avec ses contrastes d'efforts et de repos. Et l'outrance de\nl'action, son outrance candide et naturelle, son outrance physiolo-\ngique est la source unique du sublime. Sous le prétexte byzantin\nde fuir le ridicule, ne redoutons pas le sublime, qui est toujours un\nmouvement ou un arrêt énergiques, et ne commettons pas plus\nlongtemps le crime de célébrer, comme un mérite, la peur de\nl'emphase. Librement, fièrement, solidement, de tous nos yeux,\nde toutes nos oreilles, de tout notre cœur, de tout notre être,\nsoyons beaux, forts, tendres et passionnés : la délicatesse et la\nprofondeur nous appartiendront par surcroît.\nRemarquons-le bien, dans la vie, les grandes crises qui mettent\nen jeu notre sensibilité tout entière s'accompagnent de mouve-\nments, d'attitudes typiques, violentes, excessives. Nous nous\nprécipitons aux pieds d'une femme ou d'un autel ; nous nous élan-\nçons au secours d'un ami ; nous nous ruons contre un ennemi ;\n>\nnous nous jetons à terre en proie au désespoir ; nous nous tordons\nles mains ; nous sommes secoués de sanglots. Et ces formes\nplastiques de nos « états d'âme » n'en sont pas seulement une éma-\nnation ; elles en font partie intégrante, essentielle; elles en cons-\ntituent le rythme inséparable, dont l'ampleur même influe directe-\nment sur l'intensité de notre passion. Notre plaisir à la comédie\nn'est complet que si nous rions « à ventre déboutonné », comme\ndisaient nos pères. Un amour n'atteint son paroxysme si les\ncaresses ou les larmes ne lui permettent pas de s'épanouir, de\ns'extérioriser parfaitement. Et si la concentration d'un sentiment\nle rend quelquefois plus profond, c'est à raison meme des efforts\nque nous avons dû accomplir pour refréner ses manifestations\nextérieures, efforts tellement réels qu'ils nous rendent parfois\nmalades physiquement.\nNous ne prétendons certes pas qu'il faille gesticuler toute mu-\nsique entendue, ni nous démener comme des forcenés à 1 audition\nd'un drame lyrique ou d'une pièce d'orchestre. Loin de là. Mais il\nn'enest pasmoins vrai que celuiquise sera exercé à traduire métho-\ndiquement en attitudes corporelles les diverses formes du langage\nsonore, percevra, à l'audition de toutes les œuvres, des images\nmotrices, des représentations d'efforts musculaires, qui permettront\nà sa sensibilité un épanouissement imaginaire mais précis, lui"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.39", "texte": "648\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nassurant la plénitude de la jouissance esthétique, sans exaltation\nmorbide, sans aucune de ces secousses obscures et désordonnées\nprovenant d'un défaut d'équilibre entre nos facultés réceptrices\net nos facultés réalisatrices. La gaucherie de l'imagination dérive\nde la gaucherie physique et gâte, comme elle, nos plaisirs et nos\njoies, même les plus graves et les plus élevés.\nSi l'étude de la gymnastique rythmique permet à celui qui l'en-\ntreprend de compter sur un double perfectionnement de sa sensi-\nbilité, dans le domaine musical et dans le domaine des attitudes,\net, par suite, d'affiner en même temps son goût pour tous les arts\nde la vue, à côté de ces avantages purement esthétiques, elle pré-\nsente encoie une vertu éducative d ordre beaucoup plus général.\nLes artistes n accorderont probablement pas une très grande\nattention à ce côté du problème. Pour les philosophes et les\nphysiologistes, en revanche, il domine toute la question. Et c'est\nà lui qu a juste titre 1 inventeur de la méthode attache une impor-\ntance capitale.\nCette vertu éducative de la gymnastique rythmique, vertu dont\nil n est pas encore possible de mesurer toute la portée, peut se\nrésumer en un mot : 1 accroissement de la concentration psychique.\nL amélioration de toutes les facultés mentales qui doit résulter\nfatalement d un exercice où le corps et l'esprit sont contraints de\ncollaborer sans cesse tient principalement à deux causes : l'or-\nganisation de l'économie physique et la création de réflexes nou-\nveaux.\nContinuellement, en effet, nous gaspillons nos énergies muscu-\nlaires. Ne connaissant pas les forces dont nous disposons, faute de\nles avoii mesui ées à 1 étalon de la durée, faute de les avoir graduées\npar des exercices conscients, tantôt nous les usons dans des efforts\ntout a fait disproportionnés aux gestes que nous avons à faire,\ntantôt, au contraire, nous n osons pas les utiliser dans des mou-\nvements que nous serions parfaitement capables de réussir. Il en\nrésulte, chez nous, des erreurs d appréciation qui nous couvrent\ncontinuellement de confusion, finissent par nous faire douter de\nnous-mêmes et nous enlèvent,, à la fois, tout courage et toute\ntranquillité. Pour éviter une bicyclette, dans la rue, nous faisons un\nbond désordonné et butons contre un trottoir ou nous jetons sous\n\nAccrois se -\nment de la\nconcentrati o n\npsychique.\nOrga nis a*\ntion de l'éco-\nnomie physi-\nque par la juste\napprécia tion\ndes forces dis-\nponibles."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.40", "texte": "QU'EST-CE QUE LA GYMNASTIQUE RYTHMIQUE\n649\n\nles pieds d'un cheval. Pour imposer le respect à un adversaire,\nnous ne savons pas dessiner le geste sobre mais complet qui\nmanifesterait notre volonté confiante. Et quand il s'agit de traver-\nser le cabinet du Ministre qui, assis à son bureau, attend notre re-\nquête, nous sommes entravés dans le libre exercice de notre dialec-\ntique par le chapeau qu'il nous faut tenir à la main et par le tapis\nau bord duquel nous nous sommes bêtement pris le pied. Si notre\nesprit s'était habitué à obtenir de nos membres une obéissance\nordonnée, sans innervations inutiles, sans mise en jeu de tous les\nmuscles qui n'ont rien à faire dans l'expression actuelle de notre\npensée; si, par des exercices respiratoires subordonnés à l'expres-\nsion et aux rythmes musicaux, nous étions devenus maîtres de\nnotre souffle et des battements de notre cœur, nous y gagnerions\nle calme corporel et moral, nous éliminerions de notre vie physique\ntout cet énervement, toutes ces timidités, toutes ces suffocations\nqui entravent le libre cours de notre activité psychique. Nous\nvoyons souvent, à la quatrième page des journaux, l'annonce de\nbrochures où quelque docteur américain divulgue des secrets pour\nfortifier notre volonté et notre ascendant social. Ces secrets se\nrésument en un seul : habituer le corps à obéir passivement à l'es-\nprit et surtout à se taire, quand il faut qu'il se taise. La gymnas-\ntique rythmique, avec ses exigences constantes, où le mouvement\net l'impassibilité sont tour à tour et brusquemment commandés\npar les sons longs ou brefs, par les silences, par les « mesures à\ncompter » de la musique, instaure dans tout le mécanisme moteur,\nde celui qui ia pratique, cette force et ce calme d'où dérivent for-\ncément l'attention et la volonté.\nEnfin, et les physiologistes le comprendront sans peine, une mé-\nthode qui exige continuellement de nos membres des mouvements\ncontrastants, depuis ceux, très simples, qui consistent à lever le\nbras en fléchissant le genou (mouvements de la blanche), jusqu'à\nceux, très compliqués, où le bras droit par exemple bat 4 temps\npendant que le bras gauche en exécute 2 fois 3 et que les pieds\nexpriment encore d'autres valeurs rythmiques, mouvements que\nla musique ordonne, régularise et idéalise, une telle méthode oblige\ndes parties du cerveau, qui ne fonctionnent jamais ensemble, ou\nmême ne nous transmettent leurs injonctions qu'à des intervalles\n\nCréation de\nréflexes nou-\nveaux, gestes\nprimitivemen t\nvolontairesqui\nd e v i e n nent\ninstinctifs par\nl'habitude et\nperfectionnent\nle mécanisme\nde la pensée."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.41", "texte": "650\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nde durée relativement longs, à conquérir une activité absolument\nsimultanée. Demandez simplement à une personne, même fort\nadroite et capable d'une grande attention, de marcher d'un pas\nmodéré à 4 temps, et convenez qu'au commandement elle\nmarchera à reculons pendant 4 temps seulement ; si vous lui criez\nun second hop ! elle devra faire encore 4 autres pas en arrière,\nsinon elle reprendra sa marche en avant, au bout de la mesure.\nVous verrez que le cerveau de cette personne ne sera pas capable\nde se soumettre à une telle discipline pendant une minute. Or\ndes enfants de huit à dix ans, qui ont fait avec soin une ou deux\nannées de gymnastique rythmique, exécutent déjà ces exercices\navec une facilité relative, sans que l'acquisition de cette faculté\nnouvelle qui se fait progressivement leur cause jamais aucune\nfatigue, ni physique ni cérébrale. Des adultes, au bout de quelques\nannées de pratique, obéissent à ces commandements sans y penser,\ntout à fait machinalement. Les physiologistes en concluront que\ndes circuits neuroniques nouveaux se sont créés dans le cerveau\nde ces élèves. Les influx nerveux, à force de suivre certains che-\nmins, sous 1 empire de la volonté, pour aller de l'oreille au cerveau\net du cei veau aux muscles moteurs, ont perfectionné ces chemins.\nNos instincts rythmiques nouveaux, comme tous nos instincts,\nsont des actes primitivement intelligents, fixés par hérédité dans\nnos tissus. Qui sait s'ils ne se fixeraient pas un jour, par hérédité,\ndans 1 espèce elle-meme, comme tant de reflexes si précieux à\nnotre défense individuelle : toux, éternuement, clignement des\npaupières, etc.\nEn tous cas, tous les réflexes créés par la gymnastique rythmi-\nque constituant, à nen pas douter, un accroissement d'ordre et\nde précision dans notre activité physique, ne peuvent déterminer\nqu une amélioration corrélative de notre activité psychique. Nos\nfacultés de raisonnement, aussi bien que nos facultés artisti-\nques, en acqueiraient plus d'acuité, de variété, de souplesse et\nd'étendue.\nSi, comme le dit justement la Sagesse des Nations, « l'habitude\nest une seconde nature », aucune éducation meilleure ne saurait\nexister pour l'être humain que de soumettre toutes nos facultés à\n1 art ordonné par excellence, à celui dont le nom sert à désigner,\n\n•La culture\npsychique doit\nretrouver sa\nbase dans la\nculture ryth-\nmique."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.42", "texte": "QU'EST-CE QUE LA GYMNASTIQUE RYTHMIQUE\n651\n\ndans tous les domaines, la justesse des proportions, l'équilibre\ndes parties, l'heureuse appropriation des moyens au but poursuivi.\nEn mettant notre organisme entier à l'école de l'harmonie, nous\ndeviendrions nous-mêmes des chefs-d'œuvre d'harmonie. Les\nGrecs l'avaient compris, et c'est ce qui donna tant d'unité à la vie\nde ce petit peuple, dont le génie, quoi qu'on en dise, règne\nencore sur le monde, après plus de vingt siècles de révolutions.\n« C'est par l'intermédiaire du corps, écrivait Platon, que l'eu-\nrythmie expression de l'ordre dans l'âme humaine s'insinue\ndans cette âme, et c'est la danse gymnastique qui enseigne l'eu-\nrythmie. »\nLa postérité vouera, je le gage, une éternelle reconnaissance à\nJaques-Dalcroze d'avoir compris la vraie portée de cette formule\net d'avoir ressuscité la culture eurythmique, en lui redonnant des\nbases techniques, assez précises et assez générales tout ensemble\npour s'adapter parfaitement aux exigences les plus modernes de\nl'art et de la civilisation.\nGenève, mars 1909.\n\nJean D'Udine."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.43", "texte": "Impressions musicales\nd'enfance et de jeunesse\n\nI. - Les musiques de mon enfance.\nQuelles furent mes premières impressions musicales, mes im-\npressions d'enfance ? Comme tous les bambins, ce fut la mu-\nsique militaire qui m'attira d'abord... Et cela est tout naturel : ne\ns'associe-t-elle pas aux beaux uniformes de teinte voyante, aux dé-\nfilés alertes et solennels, au geste glorieux des sabres d'officiers\nmis au clair, comme au ton d'or, reluisant au soleil, d'énormes\ninstruments dans lesquels on souffle tout en marchant?... Même\nau repos, sous l'abri d'un kiosque, aux Tuileries, au Luxem-\nbourg, ils m'imposaient, et transportaient mon âme d'enfant, ces\nmilitaires musiciens, au point que je ne pouvais concevoir d'autre\nmusique au monde que celle exécutée debout, dans l'attitude mar-\ntiale, par des jeunes gens à l'air crâne portant pantalon rouge,\népaulettes et shako, et lisant leur partie, chacun, sur un petit car-\nton rayé des cinq parallèles. Il se plantait si bien, si prestement,\nce texte mystérieux et plein de promesses, sur le cou de l'ophi-\ncléide ou le ventre de la grosse caisse... Oh ! ces orphéons civils\nen habit noir que je vis jouer, plus tard, aux mêmes places,\nqu'ils me semblèrent banaux, et sans prestige 1 Ainsi dans mes\npremières années, l'esthétique certes inconsciente— du costume\nvenait colorer mon goût musical naissant, le dénaturer."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.44", "texte": "IMPRESSIONS MUSICALES D'ENFANCE ET DE JEUNESSE\n653\n\nEn général, il n'est pas surprenant que la musique martiale\n(je n'ai pas dit musique héroïque)atteigne plus vite les âmes d'en-\nfants que la musique même enfantine, et qui semble faite pour\neux. Voyez les « berceuses » des meilleurs maîtres ; sont-elles ja-\nmais appréciées des dilettantes au berceau ? Ce qui prouve que\nla fonction « organique » de l'Art...\n★\n* *\nLe premier orgue que j'entendis, vers six ans, dans une église\n(l'orgue laïque n'était pas inventé), quelle émotion nouvelle il\nme donna !... Si nouvelle, que cela me paraissait\nmais tout autre chose que la musique militaire du Luxembourg.\nC'était à Saint-Germain-des-Prés, je m'en souviens, dans le\nchœur tout reluisant d'or, de couleurs somptueuses. Mais les per-\nsonnages si bien habillés ou auréolés de ces rouges, de ces\nbleus célestes et de ces ors, n'avaient pas l'allure guerrière... Et\nd'une colonnade haute et lointaine de tuyaux s'épandaient des\nondes à la fois puissantes et douces; elles baignaient mes oreilles\net semblaient monter par-dessus ma tête ; et j'avais la sensation\nd'en être submergé, comme, à l'automne précédent, je 1 avais\nété par le flot marin, par ces lourdes vagues à la fois onctueuses\net foulantes lors de mon dernier bain... Et j'éprouvais la même\nvolupté mêlée de frayeur ; je pleurai dans l'église : il fallut m em-\nmener. Et ce fut là mon premier concert d'orgue.\n★\n* *\nUne autre musique encore, qui m'apparaissait aussi différente\nde l'orgue que celui-ci l'était pour moi de la musique militaire,\nconsistait dans le piano de ma mère et de ma sœur. Sorte de\ngéant familier, que cette « grande queue » d'Erard, dont j aurais\naimé taquiner, bien souvent, les innombrables dents d'ivoire,\nmais pour lequel on s'efforçait de me suggérer du respect. C était\ntantôt ma mère, et tantôt ma sœur aînée qui caressait le monstre\nintime, et plus longtemps, toujours, que je n'aurais voulu. Certes,\nbien que je fusse déjà parvenu à l'âge où Mozart jouait et\nmême composait—des sonates, il me serait difficile de préciser mes"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.45", "texte": "654\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nimpressions au cours des différents morceaux. Ce qui m'intéres-\nsait surtout, c'était la promptitude des attaques et la vélocité des\ntraits dans les allégros, et, au moment même, cela me paraissait\nfort aisé, puisque cela coulait de source ; j'étais convaincu que\nj'en ferais autant, quand je le voudrais...\nPourtant je saisissais une différence entre les maîtres. Rossini,\ndans le Barbier- de Séville, s'offrait à moi tout papillotant pour\nainsi dire, et je ne détachais pas ses trilles, ses très bien\nalignés, des mèches tordues au petit fer qui vibraient sur le front\nde ma sœur, tandis qu'elle déchiffrait, le matin, en déshabillé...\nDonizetti me rappelait certaine dame bien ajustée, mielleuse et\nfort correcte de langage, qui nous tendait sa bonbonnière, en nous\ntenant un peu à distance. Bellini me semblait tiède et mou ; j'a-\nvais, en l'écoutant, la sensation presque de ces bains chauds qu'on\nordonne par propreté, mais dont la douceur est désagréable...\nQuant à Verdi, c'était aussi de la chaleur qu'il communiquait,\nmais vive, cette fois, piquante, stimulante, telle que nous l'avions\ntrouvée, dans un séjour à Pau, l'été précédent, et qui fatiguait,\nbien qu'on la qualifiât de belle chal\nVoilà, en somme, ce qu'on appelait « le grand répertoire ita-\nlien », et je l'entendais vanter bien souvent... Combien de soirées\nse passèrent ainsi, l'hiver, à la maison, ma mère ou ma sœur\nau clavier, agitant ses doigts en mesure, et mon bon grand-père,\nancien juge, dodelinant de la tête dans son fauteuil, et paraissant\nau septième ciel, tandis que moi je feuilletais les contes illustrés\nd'Andersen, ou l'histoire de la lampe merveilleuse.\nHabitué que j'étais aux associations d'idées fortuites, aux soudu-\nres factices de choses et de personnes, de sensations sonores et de\nspectacles, un étonnement persistait chez moi, de ne pouvoir rac-\ncorder ce que j'entendais au piano avec ce que je voyais ou lisais\ndans mon livre. Parfois, la soudure s'opérait, artificielle, ab-\nsurde, et cela prêtait à la partition qui se déroulait en dehors ;\nun aspect vraiment singulier. C'est ainsi que les premières mesu-\nres de la Pastorale qui l'aurait présumé ? se revêtirent d'a-\nbord à mon imagination de couleurs sombres, tout simplement\nparce que je lisais, en l'écoutant, le récit d'une conspiration.\nMais revenons à la musique italienne. Mon grand-père en était"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.46", "texte": "IMPRESSIONS MUSICALES D'ENFANCE ET DE JEUNESSE\n655\n\nféru ; il ne se lassait pas d'entendre, et de réentendre, au piano,\ntous ces opéras dont la vision et l'audition vocale (je n'ose pas\ndire orchestrale) étaient fraîches encore dans son cerveau. Peut-\nêtre l'étude de la jurisprudence a-t-elle le pouvoir de magnifier\nl'insuffisance de telles musiques?... Toujours est-il qu'aux timides\nessais de contradiction, mon aïeul répondait par des souvenirs,\ndes réminiscences du bon temps, de la brillante époque des Ita-\nliens, qu'il fredonnait, nommant avec ferveur des noms en i ou\nen a, dont la désinence était déjà de la musique, de la musique\nitalienne.\nEt pour moi, qui n'avais pas vu les gestes d'un Tamburini, d'une\nPasta, d'une Giulia Grisi, moi qui n'avais pas dans l'oreille ces\narioso ou ces cantabile, ces merveilles gutturales, labiales ou la-\nryngées, et tous ces gazouillements d'oiseaux rares, la transcrip-\ntion pianistique, qui seule subsistait, s'offrait vide, indigente, et\nje dirais presque inutile.\n★\n* ¥■\nMozart ! C'est du Mozart !... On tendait alors son oreille et\nson attention vers quelque chose de neuf, et de sérieux, tout en\nrestant joli. Mon grand-père ne dodelinait plus delà tête, tout le\ntemps ; il y avait parfois, dans le regard qu'il jetait sur le cahier\nde musique, aux pages tournées par mon père, dévotement, une\ncertaine nuance d'indécision... C'est étrange, quand je bats le\nrappel de mes propres souvenirs, les de prenaient,\npour mon esprit, un aspect bien tranché. C était toujours, à vrai\ndire, de l'italianisme ; mais,— comment définir cela ?... quelque\nchose venait, à chaque instant, rafraîchir le feu de fièvre transalpin,\nassainir la morbide^a...,quelque chose que je ne pouvais guère\nexprimer, ni m'éclaircir alors à moi-même : comme cette brise\naustère et salubre qui, dans notre saison de Pau, était venue\nrevivifier l'atmosphère, et qu'on disait venir des neiges, des\naltitudes...\nUne autre impression, toute géométrique, m'était suggérée par\nMozart. Ses formes, comparées à celles des Italiens, je les trouvais\nplus ca?~réesqu'arrondies. Peut-être cette différence graphique\nen deux systèmes sonores résultait-elle d'un procédé très habi-"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.47", "texte": "656\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n*\n\ntuel au maître de Salzburg : la répétition syllabique. En tout cas,\net dès mon enfance, par un penchant mystérieux, la rondeur des\nformes, partout où je la découvrais, m'était déplaisante, et j'aimais\nles contours droits ou même curvilignes, mais qui s'échappent\ndu cercle et se dirigent, soit vers l'horizon, soit vers le ciel... Au\nfait, la faveur dont jouit, de notre temps, le style ogival, la renais-\nsance des primitifs et le déclin des « charnels »de la Renaissance,\nn'auraient-ils pas leur source là même ?\n★\n* *\nMozart, naturellement, m'amène à Beethoven. C'était alors un\ndieu caché, dont quelques initiés célébraient les rites en secret...\nAux heures où YErard était libre, et lorsque grand-père était au\nPalais de Justice, ma mère étudiait oh ! combien merveilleuse-\nment, les sonates les plus difficiles du maître ; elle en répétait\nconsciencieusement les passages scabreux, déjà nettement\ndessinés de ses mains fines et volontaires ; mais c'était une âme\nd'essence rare, de ces âmes tourmentées et disciplinées, ardentes\net scrupuleuses, et qui, dans tout, aspirent àla perfection. Cette\nadmirable mère que j'avais reconnut sans doute très tôt celle que\ncontient Beethoven ; et pour la faire vivre devant les autres, sans\nla trahir ni la compromettre, à quels exercices obstinés ne s'as-\ntreignait-elle pas ! Seulement, si fervent était ce labeur, qu'on\nn'avait plus du tout l'impression scolastique ; même quand la\nvirtuose, par accident, s'embarrassait dans les phrases sublimes,\naucun ennui, nulle pensée de maladresse ne s'en dégageait ; c'était\nle diacre ému qui balbutie, disant l'Evangile.\nOr pendant ce temps-là, et à ces heures sérieuses du piano, moi\nj'étudiais, c'est-à-dire que j'apprenais des leçons par cœur et\ncalligraphiais des devoirs... Vous dirai-je où se portait mon at-\ntention, de préférence ? A vrai dire, d'aucun côté ; car bien que\nje fisse déjà de bonnes études^letexte français, grec ou latin jacent\nsous mes yeux ne m'était pas beaucoup moins étranger et mysté-\nrieux que celui dont ma mère traduisait les signes en jeux sonores.\nDe sorte que, tout en écoutant, plutôt en laissant mes oreilles\nécouter la suite musicale, mon esprit surveillait ma main, très\nsuffisamment, dans le feuilletage des lexiques, et le tracé des lettres"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.48", "texte": "IMPRESSIONS MUSICALES D'ENFANCE ET DE JEUNESSE\n657\n\ncursives. C'était curieux, au fait, quand j'y songe, ce déchif-\nfrage parallèle de deux textes, dont l'un signifie des choses connues\net visibles, et l'autre émeut, intéresse sans rien signifier de\nprécis, dont l'un, aussi, ne se révèle que parlé, tandis que l'autre\npeut se lire tout bas...\nMais, à l'âge où j'étais, et n'étant, hélas î ni Mozart ni Saint-\nSaëns, ces belles sonates qui se déroulaient à côté de moi ne me\ndistrayaient pas au point de me faire faire mon thème ou ma\nversion de travers. Seulement, il y avait quelque chose de moi,\nc'est certain, qui n'était plus avec Virgile, ou Phèdre, et qui s'en\nallait vers Beethoven.\nCe Beethoven, ainsi vu des humanités, il me produisait un effet\nétrange. Je crois très opportun, pour la psychologie du sentiment\nmusical, de préciser, rétrospectivement, cette impression. Tout\nd'abord, la musique des sonates m'apparaissait aussi différente,\nau piano, de celle de. Don Juan ou de la que l'orgue\nde la musique militaire ; et lorsque mon grand-père demandait par\nhasard à ma mère, le soir : « Quelle musique vas-tu nous jouer? »\n—et que ma mère lui répondait : « Du Beethoven », je m'é-\ntonnais, comme si le mot de musique ne convînt plus à quelque\nchose de si nouveau, de si singulier..., j'allais dire\nAprès tout, n'était-ce pas ainsi que le jugeaient des hommes mûrs,\nses contemporains ?\nComment se fait-il qu'une oeuvre aujourd'hui sentie par moi\npar tout le monde, aisée, coulant de source, d'une logique\nlumineuse et d'une beauté continue, m'ait paru, et ait paru\nà bien d'autres qu'à moi, bizarre, tourmentée, curieuse plutôt\nqu'expressive et touchante ?... Ce n'est pas le moment, ici, de\ncreuser ce problème. Je dirai simplement qu'à mon intelligence\ndébile et trop sensitive, la musique pure et toute de pensée, sans le\npanache des trombones ou la gloire tonitruante des bombardes,\ndissimulait son fond, son contenu, son âme ; elle ne. me montrait\nque sa forme ; elle restait « formelle »... Et ces formes tour à tour\nbondissantes et précipitées, tendues puis relâchées, filant tout\ndroit pour serpenter ensuite, ces formes qui se fuyaient, se pour-\nsuivaient, se quittaient, puis allaient de concert, n'était-ce pas\ndéroutant pour un homme, pour un enfant surtout, accoutumé"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.49", "texte": "658\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nà ne voir serpenter que la flamme, à ne voir bondir, à n'entendre\nmugir que des cascades ou des troupeaux, à ne voir se fuir et se\npoursuivre que des camarades de jeux ?...\nAussi bien cet effort d'abstraction qui, dans la musique pure,\nnous permet de suivre un drame sans personnages, et nous fait\njouir du mouvement sans la présence réelle du mobile, —on ne\npeut l'exiger d'un jeune cerveau. Et voilà pourquoi, durant de\nlongues années d'enfance et d'inconscience, j'ai touché de très\nprès le grand répertoire classique, sans le connaître... Ce fut petit\nà petit, et plutôt par le développement normal de mon âme que\npar une accoutumance d'oreille, que Beethoven cessa de me pa-\nraître étrange. Je m'approchai plus souvent du piano de ma\nmère, avec plus de confiance et d'amour. Moi-même enfin, sous\nsa direction, j'y risquai mes doigts. Mais quel long temps encore\nje restai formulisteen musique !... Au point qu'étant parvenu,\nnon sans peine, à jouer à peu près correctement la Dernière pensée\nde Weber,j'eus l'illusion qu'elle me plaisait, et que c'était un\npetit chef-d'œuvre...\n★\n¥ *\nLongtemps plus tard... Mes 13 ans révolus ; le collège.\nAprès les petits devoirs et les leçons primaires que je répétail-\nlais l'hiver près du piano déroulant des sonates, l'été souvent\nperché sur les branches d'un saule pleureur, au jardin de mon\ngrand-père, à Meudon, ce furent les travaux sérieux, les nom-\nbreux professeurs et répétiteurs, et les camarades railleurs et\nbrusques, et toute cette vie de pensionnaire si bien tassée, qu'il ne\nreste plus guère de place aux arts Et puis, à l'âge\nque j'avais atteint, on prend le respect humain du piano :ce n'est\npas viril, et le fait des garçons : on laisse cela, avec le « jeu des\ngrâces » et la machine à coudre, à la petite, ouàla grande sœur...\nDe sorte que les classes, les jeux violents, et le port de la tunique\naux boutons de métal, me firent oublier la Dernière pensée de We-\nber, c'est-à-dire, au juste, de Reissiger, et, ce qu'il y avait de\npis, les formes si curieuses de Beethoven s'évanouissaient de\nma mémoire, avec la vibration du grand piano familial.\nJe me rappelle ce temps-là, ce temps de collège, comme la plus"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.50", "texte": "IMPRESSIONS MUSICALES D'ENFANCE ET DE JEUNESSE\n650\nS. I. M.\n\nsèche et la plus ingrate période de ma vie. Pourtant la Muse de\nmon enfance, la divine Euterpe, me réapparaissait par intervalles...\nHélas! toujours plus ou moins foret se teignant, au hasard\ndes circonstances, de toutes sortes de couleurs étrangères.\nNous étions conduits chaque semaine en promenade, et, dans la\nbelle saison, on nous menait souvent au Jardin des Tuileries, à la\nmusique. Mais cette musique militaire de mon jeune âge, qui\nm'exaltait, surtout, quand, précédée des tambours, des clairons,\nelle rythmait le passage du régiment en marche, combien diffé-\nrente elle s'offrait à moi, dans ce parc, à moi, collégien gauche,\nahuri, sortant d'un préau de prison, les doigts encore tachés d'en-\ncre sous mes gants blancs !... Il y avait dans ce « beau monde »\nun cercle populeux, chatoyant, concentrique au cercle plus serré,\nplus homogène, des uniformes, et dans ces feuillages tendres des\nmarronniers, et dans ce soleil d'avril déjà lourd,— un «je ne sais\n■quoi » de gênant,qui se mêlait à l'harmonie lente et chaude des\nsaxophones. Ces traînantes cantilènes d'amour, ou ces airs de\nbravoure galante, transcrits des partitions d'opéra pour l'orchestre\nde la Garde républicaine, donnaient aux artistes sanglés dans la\ntunique d'ordonnance et portant le bicorne posé sur l'oreille une\nfaçon de troubadours modernisés... ; tandis qu'un escadron volant\nde belles dames, guindées aussi dans leurs pimpants atours, cara-\ncolait de-ci de-là, semant un nuage d'iris, avec des messieurs en\nserre-file, aux habits de cérémonie luisants et funèbres, et des\nbambins tout en dentelles... Or, l'auditoire, et le concert, le ciel,\nles marronniers, le parfum mélangé des sachets et des cigarettes,\ntout cela me mettait l'àme en un malaise singulier, un trouble\nd'intimidation devant quelque chose de banal et de mystérieux à\nla fois, comme une vision brouillée de gloire et d'amour... Et\nj'avais, encore une fois, le désir fou de n'être plus là, de m'en aller\nvite, et très loin, d'être seul...\nV\nNeurasthénie, diront les médecins. —Je n'y contredis pas ; mais\nsi ce qu'on appelle « neurasthénie » n'est qu'une exaltation de la\nsensibilité profonde, elle éclaire de lueurs bien inattendues le sen-\ntiment esthétique, en somme bien obscur. Depuis, lorsque j'ai\nsu raisonner sur mes impressions, une évidence s'est imposée à\nmoi : c'est qu'il existe une panique du beau, du sublime, et\n\n4"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.51", "texte": "660\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nmême du joli, du gracieux, « horreur» sacrée des temps héroïques,\nappréhension admirative qui créa les faunes, les hamadryades,\nles fées; —aujourd'hui, à nos époques de sécurité banale et de\nvie factice, effarouchement, chez les plus délicats, des choses qui,\nd'une façon trop ample, ou trop aiguë, remuent la fibre sensitive et\nsecrète ; trouble causé par le signe d'une félicité, peut-être péril-\nleuse ; intimidation suscitée par une puissance non familière, que\nce soit la vague sonore ou le trille d'un rire féminin.\n★\n* *\nLa vague sonore... ceci me ramène à mon premier concert d'or-\ngue, à l'église. Hélas ! faut-il que, depuis, mes premières et plus\ngraves initiations religieuses aient été gâtées,— au moins\nen quelque manière, par la fausse grâce et la louche mièvrerie des\ncantiques et des statuettes ! Avec ce penchant que j'avais aux\nsynestliésies,c'est-à-dire à la fusion de sensations différentes mais\nsimultanées, statuettes et cantiques s'unissaient dans un état\nd'âme fort singulier, qui n'était proprement ni sculptural, ni mu-\nsical, et se résumait en un malaise, vraiment inopportun en la\ncirconstance. Bien plus tard, le plain-chant m'a guéri ; j'éprouvai,\ndevant les figures des tympans et des archivoltes de Notre-Dame,\ncomme la saine sensation d'une convalescence ; enfin, je finis par\ncomprendre le Dilexi décorum domus saisis l'esprit sous\nla lettre morte... Mais je garde rancune aux statuettes comme\naux cantiques...\n*\n* *\nLibre enfin, libre et hors du collège ! J'étais presque reconnais-\nsant à la maladie qui me rendait au tranquille, intime foyer, où\nj'avais pu rêver, naguère, où j'allais pouvoir rêver tout mon soûl!\nJe crois volontiers, aujourd'hui, que c'est à dater de ce moment,\nde cette première minute d'indépendance (j'allais dire d'évasion)\nque la Musique s'ouvrit à moi. Oui, certes, au jour béni qu'on\nvint me chercher, avec mon petit paquet d'écolier, pour quitter le\ncollège, à jamais, le bois de Boulogne, que traversait notre\nvoiture, se déroula comme un paradis ; ses arbres tristes, dépouil-\nlés, me soufflaient l'odeur du printemps ; j'étais étonné que les"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.52", "texte": "IMPRESSIONS MUSICALES D'ENFANCE ET DE JEUNESSE\n661\n\nmoineaux ne chantassent pas ; et le crépuscule qui tombait\nhumide, me couvrait doucement les épaules, comme ce manteau\nbeige que me mettait ma bonne grand'mère, autrefois, par-dessus\nma robe d'enfant, pour sortir!\nDélivré, désormais, de l'oppression du régime commun et claus-\ntral, comme grisé de solitude et de liberté, je vis la Nature, et le\nmonde, sous un nouvel aspect : mes études particulières, faites à\nla maison, me laissaient d'assez grands loisirs. Dans de fréquen-\ntes et longues promenades, où j'emportais toujours un livre\njamais lu tout entier, ni de suite, je faisais, adolescent délicat et\nconfus, provision de vigueur et d'ordre. Le paysage, avec ses\nplaines, ses collines, ses cultures, ses bouquets d'arbres, commen-\nçait à me suggérer l'idée d 'harmonie.Ce m'était, inconsciemment,\nune merveilleuse préparation àla Musique, àla Musique com-\nprise maintenant dans son esprit, et non plus seulement dans sa\nlettre. A cet âge, où je travaillais encore en vue du baccalauréat,\nla notion d'une musique « paysagiste », ou suggérée par le\npaysage, et le suggérant à son tour, —n'existait pas pour moi. Je\nn'avais pas eu l'occasion encore d'entendre la Symphonie pastorale..\nMais mon cerveau, tout de même, se débrouillait, s'organisait\npour le phénomène sonore. Tout en marchant, sous la voûte des\nnuages ou celle des verdures, une suite de pensées, très vagues et\ntrès émouvantes, se déroulait dans ma tête ; c'étaient des désirs\nsans objet, de confuses et douces réminiscences, de glorieuses im-\npulsions ou des mélancolies amoureuses... A des élans subits, qui\nme faisaient presser le pas, et courir même devant moi par la\ncampagne, succédaient des abattements dont j'ignorais la cause ;\nalors je descendais m'asseoir au bord d'un ruisseau ; j'en écoutais\nl'eau s'écouler, monotone et chantante. Et je me sentais le cœur\ntout gonflé de plaisir et de chagrin à la fois, et sans savoir pour-\nquoi, je pleurais... Puis le ciel, au-dessus de moi, se faisait obs-\ncur ; la nuit tombait, inopinée ; les ombres des coteaux et des\ngrands chênes s'allongeaient; elles prenaient desformes étranges.\nTel un pâtre grec du temps de mes versions, je croyais apercevoir,\na travers les buissons embrumés, comme des traversées furtives\nde nymphes et des chevauchées de centaures... Et la frayeur pani-\nque me saisissant, je pressais le pas..."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.53", "texte": "662\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nSûrement, si la Nature m'avait pourvu, comme Beethoven, de\nce mystérieux organe d'union entre l'oreille, l'œil et le cerveau,\norgane qu'aucun anatomiste, au reste, n'a découvert, j'aurais\ncomposé, de ce que je —et sentais, des symphonies.\nPoète précoce, j'aurais trouvé des mots, et des mesures, pour\ntraduire mon chaos intérieur, et le conformer. —Ou bien, pourvu\ndu don de peintre,- ces flots confus qui m'agitaient au dedans, lors-\nqu'à l'extérieur l'or du soleil, ou le rose vif du couchant,me baignait,\nje les eusse canalisés, ordonnés harmoniquement en tableau...\nTandis que, faute de ce rouage intime et profond, de cet ins-\ntrument organique qui précède tout instrument spécial, artisti-\nque, je ne pouvais que souffrir de ma propre émotion, restée sans\nissue, en attendant que le génie des autres me fût révélé. Ce sou-\nlagement ne vint, d'ailleurs, que peu à peu. C'est progressivement\net sans méthode préconçue, comme par hasard, que j'explorai le\ndomaine du beau, —du beau de création humaine. Cette initia-\ntion, qui devait durer toute ma vie, et s'étendre à l'ensemble des\nArts, commença de bonne heure, et parle royaume sonore. A dix-\nhuit ans, tout frémissant d'une joie inconnue, je pénétrai d'abord\ndans le temple de la musique.\n★\n¥■ *\nCe temple de la musique, il était représenté, au temps où je\nparle, par le cirque du boulevard des Filles-du-Calvaire. Oui, ce\nfut dans cet hippodrome où galopaient en rond, le soir, des che-\nvaux montés par des écuyères crevant des cerceaux au passage,\nque je vins écouter, vers 1860, des symphonies de maîtres alle-\nmands, jugées sérieuses et sévères... Dix années de suite, j'avais\nignoré ces concerts, organisés par un petit homme à grande barbe\nblonde qu'on appelait Pasdeloup. Je ne savais pas que cet ancien\npianiste, devenu chef d'orchestre, avait conçu le projet téméraire\nd'intéresser les Parisiens à la musique pure et classique ; que\ncette audace avait été couronnée de succès, d'un succès franc, im-\nmédiat, et que, chaque dimanche, trois mille mélomanes proces-\nsionnaient au long du boulevard pour suivre ces rites jusque-là\nréservés au Conservatoire...\nAverti par un camarade, initié déjà, je pris le chemin du cir-"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.54", "texte": "IMPRESSIONS MUSICALES D'ENFANCE ET DE JEUNESSE\n663\n\nque, à mon tour. Et depuis lors, pendant dix ans, pas un\ndimanche ne se passa sans que je vinsse m'asseoir, dans une\nallégresse émue, attentive, sur ces gradins dénués de conforta-\nble. L'acoustique de cet hippodrome, aménagé sommairement\npour des jeux sonores, était médiocre ; l'atmosphère, lourde,\navec des relents d'écurie. La piste, parquetée, recevait pour cinq\nfrancs les mélomanes riches ; les fortunes moyennes occupaient\nles gradins du bas ; et comme toujours, les prolétaires c'é-\ntaient ici les professeurs de piano courant le cachet pre-\nnaient possession des sommets pour 75 centimes, étaient les hôtes\ndu paradis... Eh bien ! malgré tout, cette salle de concert était\nadmirable. D'abord, sa forme rayonnante et résolument concentri-\nque favorisait la convergence des spectateurs plutôt\nau centre idéal, à l'orchestre... Je dis idéal, car les instrumen-\ntistes n'occupaient point la piste, mais se groupaient dans un sec-\nteur. N'importe !On pouvait penser à notre système solaire,\ndont le foyer n'est pas moins généreux, étant excentrique. Et d'ail-\nleurs cette forme d'arène, plus simple et grandiose que l'amphi-\nthéâtre, ne s'accommodait-elle pas mieux aux représentations\nabstraites de la symphonie ? Car elle allait nous figurer, la sym-\nphonie, d'une façon tout idéale, il est vrai, les\nanciens, dans ses scher\\i, ses allégros fougueux et mesurés, même\nses andante... Certes, elle dépasserait ce niveau, nous élèverait\nmême incroyablement au-dessus ;elle symboliserait surtout, cette\nmusique pure, les gestes intérieurs de l'âme et l'exercice delà pen-\nsée pure. Mais j'allais apprendre, en ce palestre ennobli, spiritua-\nlisé, l'existence du lien qui relie nos actes sublimes aux infimes,\net /'eurythmie me serait révélée, qui des belles pensées, dégage\nles beaux essors, et fait jaillir, réciproquement, de ces essors\nvisibles, la pensée noble, immatérielle.\nPour le moment, incapable d'embrasser de tels horizons, je\nm'asseyais, joyeux, àma stalle, écoutant les violons s'accorder, dans\nune rumeur de foule impatiente, et dévorant des yeux mon pro-\ngramme, où figuraient, en tête, ces cinq noms :\nHaydn, Mozart, Beethoven, Mendelssohn, Schumann.\nUn nouveau monde allait s'ouvrir à moi...\n\nMaurice Griveau."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.55", "texte": "L'HYGIÈNE DU VIOLON\n\n(SUITE ET FIN)\nIXe CAUSERIE\nQuel est l'artiste ou l'amateur auquel il n'est pas arrivé, au\nmoins une fois dans son existence, de sacrifier avec obstination\ndes sommes plus ou moins importantes à la restauration d'un\nantique, espérant quand même, malgré les insuccès, arriver à\nrendre la santé à un violon décrépit, véritable invalide de l'art,\nparfois estropié, devenu réfractaire à tout remède, et pour qui le\nremède même devenait pire que le mal? Journellement consulté au\nsujet d'un instrument ancien, je me trouve presque toujours, lors-\nqu'il s'agit d'une transaction récente, en présence d'un problème\ncomplexe. Une fois, l'objet a été vendu par un marchand de pro-\nfession, lequel, quoi qu'il puisse arriver, a su établir une quittance\nle mettant à l'abri de la loi si injustement dure à l'égard du vendeur\ninexpérimenté. Une autre fois, le mécontent détient l'objet d'un\nprofane qui le lui a vendu avec la meilleure foi du monde. Souvent,\nc'est l'acheteur qui a cru acquérir un instrument de grande valeur\nau détriment de son détenteur, et s'est gouré lui-même. Une autre\nfois encore, l'instrument est parfaitement sain, mais il a cessé de"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.56", "texte": "L'HYGIÈNE DU VIOLON\n665\n\nplaire à son nouveau possesseur qui lui découvre tous les défauts\nimaginables, et enfin presque toujours je suis devant un homme\ndéçu, qui s'en prend à tout et à tout le monde... lui seul excepté.\nL'acheteur est toujours trompé par sa faute. Dépourvu des con-\nnaissances spéciales, ignorant les limites de son droit, il achète\nsous l'influence d'un engouement momentané et irréfléchi et\ndans l'ensemble des transactions qui se font, il arrive ceci : pour\nun qui par hasard a eu la main heureuse, et est tombé sur un bon\ninstrument qu'il sait apprécier, il en est cent qui ont fait une mau-\nvaise acquisition, dont au bout d'un temps plus ou moins long ils\ncherchent à se débarrasser. Combien alors changent le cheval\nborgne pour l'aveugle, et paient encore un bon prix cette nouvelle\ntransaction ! Il en est qui passent leur vie à ces tentatives ruineuses\net décevantes. Je ne parlerai pas des quelques dont l'ouïe n'a pas\nde conviction, et qui finissent par trouver leur instrument, si mau-\nvais soit-il, supérieur à tous les autres.\nJe vais essayer d'indiquer les précautions à prendre à l'achat\nd'un antique, et sans prétendre donner par là les connaissances\nque l'expérience et les années permettent de posséder, j'espère éta-\nblir les éléments précis d'une question sur laquelle on n'a généra-\nlement que des idées très vagues. Il s'en dégagera un enseignement\nmoral et pratique à la fois, établissant la base positive et définie de\ntoute transaction en matière de lutherie, seule condition de sécurité\npour les deux parties contractantes.\nLa santé plutôt précaire des antiques violons n'est pas un mal\nmoderne. Ils étaient bâtis pour vivre presque éternellement, et ils\nsuccombent plutôt sous les mauvais traitements que sous les in-\njures du temps. Les instruments bien conservés et restés bons en\nsont la preuve irrécusable ; mais dans l'ensemble, la décadence\nphysique des Crémone avait déjà commencé il y a plus de cent ans,\net faisait dire non sans amertume à l'abbé Sibire : « La lutherie est\npeut-être le seul métier au monde où le vieux soit constamment\nplus estimé que le neuf et l'entretien plus difficile que la bâtisse. »\nDepuis, combien de ces malheureux furent détériorés par des\naccidents de toutes sortes, mal parfois aggravé par les réparations\nmaladroites ! Combien d'autres, préservés par la Providence du\ntraumatisme accidentel, se virent amaigrir à coups de rabots par"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.57", "texte": "666\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n*\n\nordre d'un possesseur, pour reprendre ensuite leurs épaisseurs\nnormales, en passant dans d'autres mains, grâce à une espèce de\nprothèse qui s'appelle doublure en lutherie ? Faut-il encore citer\nceux qui, oubliés des humains, reposant à l'abri dans des greniers\nhospitaliers, ont senti leurs flancs impitoyablement rongés par les\nvers ennemis de tout instrument inactif?\nEn résumé, il reste peu d'instruments qui n'aient pas trop souf-\nfert, et le nombre de ceux qui n'ont pas souffert du tout est forcé-\nment plus restreint ; encore parmi ces derniers, en est-il qui ne\nfurent pas assez robustes pour résister à la nervosité brutale de\ncertaines mains acharnées à vouloir en tirer un son invraisembla-\nblement volumineux, et s'éteignent doucement dans leur glorieuse\nvieillesse.\nDu temps de l'abbé Sibire, l'acheteur éclairé mettait une cer-\ntaine coquetterie à rechercher un instrument possédant encore sa\nbarre d'origine ; c'était pour lui une première garantie sur la-\nquelle il pouvait fonder tous les espoirs. Il ne saurait être ques-\ntion de rencontrer maintenant de tels instruments, et celui qui\ndésire se rendre acquéreur d'un antique, doit s'armer de plus de\nmodestie, et aussi de plus de prudence que dans ces temps éloi-\ngnés.\nL'acheteur ignore presque toujours que lorsque le marchand\nspécialiste vend un instrument, il n'est question que de l'authen-\nticité et jamais de la qualité. Si vous l'interrogez àce sujet, il\nvous répondra très justement que la qualité sonore est affaire\nd'appréciation, et qu'elle ne saurait être l'objet d'une transaction\ncommerciale proprement dite. Il sait fort bien qu'en cas de con-\ntestation en vue de résiliation de marché, les tribunaux valideront\ntoujours la vente, si l'authenticité est reconnue, que l'instrument\nsoit bon ou mauvais. En un mot, le marchand vend sa garantie,\nc'est-à-dire son prestige. Cela est si vrai, que dans la pratique,\nl'expertise d'un marchand a une valeur proportionnelle àsa répu-\ntation et à l'importance de son commerce, alors que les expertises\nde tous les marchands devraient avoir une valeur égale.\nIl importe donc à l'acheteur désireux de savoir ce qu'il acquiert\nen dehors du nom d'auteur, de connaître toutes les particularités\nmatérielles qui donnent à un antique le plus grand nombre de"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.58", "texte": "L'HYGIÈNE DU VIOLON\n667\n\nchances en sa faveur, comme aussi toutes les avaries plus ou moins\nbien masquées par le maquillage, et qui font mal préjuger de\nson avenir.\nToute tare enlève à l'instrument une partie de sa valeur mar-\nchande proportionnellement à son degré de gravité. Il est néan-\nmoins des tares qui intéressent uniquement la valeur marchande\net n'ont aucune influence sur la qualité du son. La distinction en\nest trop facile à établir pour nécessiter une classification.\nNous voilà donc en présence d'un antique. La première chose\ndont nous nous inquiétons est de savoir s'il est homogène, c'est-\nà-dire si toutes les parties qui le constituent sont du même auteur,\net ont été assemblées par lui en vue de créer cet instrument.\nDu jour où les antiques commencèrent à être recherchés, une\nindustrie nouvelle prit naissance, et depuis un siècle elle n'a fait\nque croître en raison directe de la demande comme cause et de\nla rareté comme conséquence. Cette industrie consiste à réunir\nles débris de plusieurs instruments anciens, et à les ajuster en-\nsemble pour en créer un nouveau, anonyme, que l'on baptise\nsuivant sa ressemblance avec telle ou telle marque. Il est de plu-\nsieurs paroisses, comme aurait dit ce bon abbé Sibire, mais\nqu'importe, on peut le garantir antique.\nSupposez maintenant que l'on arrive à ajuster des débris pro-\nvenant de deux Stradivarius n'ayant plus aucune valeur indivi-\nduelle, et ne pouvant plus être restaurés, on aura créé un nouveau\nStradivarius, que l'on pourra garantir tel, et donné, par consé-\nquent, une valeur immense à des épaves.\nBeaucoup de violons ont perdu leur tête d'origine, et cette der-\nnière est remplacée par une tête moderne sculptée plus ou moins\nheureusement dans le style voulu, ou par une tête ancienne mais\nprovenant d'un autre auteur, ou enfin par une tête de l'auteur\nmais ayant appartenu à un autre instrument. Il arrive aussi fré-\nquemment qu'une partie du corps soit remplacée. Une éclisse,\nla table en partie ou en totalité, à l'intérieur les contre-éclisses,\nles tasseaux, etc. Quoi qu'il en soit, l'homogénéité parfaite dun\nantique est chose plus rare que l'on ne pense, surtout lorsqu elle\nconcorde avec l'absence des autres tares que nous allons exa-\nminer."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.59", "texte": "668\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nUn préjugé assez répandu dans le temps voulait qu'un an-\ntique, pour être digne de respect, fût orné de cassures, et d'aucuns\nattribuaient à de telles cicatrices la cause de la belle sonorité de\nces vétérans de l'art. Point n'est nécessaire d'insister sur de\nsemblables naïvetés. Un instrument exempt de cassures sera tou-\njours le plus recherché; mais comme ce genre de rareté ne se ren-\ncontre plus guère, il faut se faire une raison, et choisir entre tous\nles maux le moindre. Les cassures les plus mauvaises sont celles\nqui se trouvent soit sur la table, soit sur le fond, à l'endroit où\nporte l'âme. La raison en est facile à comprendre : l'âme, sous la\npression du chevalet, aura toujours une tendance à faire rouvrir\nces blessures. La stabilité de l'instrument sera détruite, et la tran-\nquillité de son possesseur à jamais troublée. Pour y remédier, le\nréparateur a recours à un de ces moyens héroïques dont j'ai déjà\nparlé, et, ne se contentant plus de rejoindre les deux parties avec\nun peu de colle, il met ce que l'on appelle une doublure. Par\nl'abus du doublage, un instrument n'est plus lui-même que dans\nsa forme extérieure. Tout l'intérieur peut être marqueté ainsi\nd'éléments étrangers : pièce d'âme,dans le cas dont il vient d'être\nquestion; doublure d'estomac,lorsque la table est trop faible, soit\nqu'elle provienne d'un bois trop mou, soit qu'elle ait été amincie\npar un réparateur vandale; doublure lorsque, par suite\nde détablages nombreux, les bords sont complètement usés;\nblure du fond,pour donner de la force àun instrument qui en est\ndépourvu, etc., etc.\nLe mal contraire à ces réparations rarement efficaces se trouve\ndans les instruments dont les épaisseurs ont été diminuées, soit\npar caprice de leurs possesseurs, soit par ignorance du réparateur.\nDans ce cas, une doublure est indiquée, pour rendre les épais-\nseurs, sinon la souplesse à l'instrument ; mais souvent le ven-\ndeur prudent préfère le laisser tel quel, parce que personne ne\nvoit qu'un instrument a été aminci, bien penV entendent. et de ce fait\nl'instrument, pouvant passer pour vierge de réparations, repré-\nsente une bien plus grande valeur marchande.\nLes réparateurs ont la manie de vouloir sans nécessité refaire\nles voûtes de tout instrument qui leur tombe sous la main. Dans\nce cas, il est soumis à une véritable question extraordinaire. Sous"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.60", "texte": "L'HYGIÈNE DU VIOLON\n669\n\nla pression formidable qu'on fait subir à la table, les fibres du bois\nsont brisées, le vernis broyé, et comme résultat final une bour-\nsouflure incohérente remplace des voûtes autrefois calculées avec\nsoin, exécutées avec prudence, et qui désormais sont faussées\npour toujours. Une mixture fait revenir le vernis, et lui rend une\napparence qui ne trompe pas le connaisseur, et jamais plus, de ses\nflancs martyrisés, ne sortira la voix mélodieuse etpure que lui avait\ninsufflée son créateur.\nJ'ai précédemment parlé d'instruments qui ne tiennent pas l'ac-\ncord par suite de la faiblesse de la table. Pour offrir au client un\ninstrument atteint de ce mal, on lui fait subir ce soi-disant remon-\ntage des voûtes, comme on fait absorber de la digitale au cheval\npoussif, quelques jours avant de le présenter. L'effet de ce maqui-\ngnonnage est de courte durée, et combien d'acheteurs sont ainsi\nenrossés !\nLes ff sont souvent, au moyen d'une réparation délicate, pla-\ncées plus haut ou plus bas, suivant le cas, pour les mettre au dia-\npason actuel, ainsi que je l'ai expliqué dans la causerie où il est\nquestion du diapasonnage.\nIl arrive aussi que les éclisses, trop souvent rabotées par suite de\ndétablages nombreux en même temps que malheureux, ont dû\nêtre remontées pour revenir à la hauteur normale. Tout cela n'est\nguère favorable àla bonne sonorité. Quant au vernis, à ce pré-\ncieux enduit, si beau et si nécessaire, il est des instruments où\nl'on n'en rencontre que quelques traces, tout le reste n'étant qu'une\nsuccession de maquillages consécutifs à une succession de répara-\ntions.\n•La que-stion des étiquettes, quoique d'importance moindre,\noffre cependant un certain intérêt. Dans l'antiquité on cherchait\ndéjà à augmenter la valeur des objets d'art, en les signant de noms\nplus illustres, ou plus en vogue que ceux de leur auteur. C'est ce\nqui faisait dire à Gicéron indigné :\nOU fais as inscript iones statuarum alienarum.\nSans remonter si haut, et pour rester dans le domaine instrumen-\ntal, un livre récent cite à ce sujet un document fort curieux et\ndatant de loin."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.61", "texte": "6yo\nBULLETIN FRANÇAIS DF. LA S. I. M.\n9\n\nEn 1685, un an après la mort de Nicolas Amati, un violoniste\nitalien nommé Tomasso a Vitali, qui fut le maître du violoniste\nfrançais Senaillé, fit une demande en justice au duc de Modène.\nLe but de sa revendication était d'obtenir réparation d'un de ses\ncompatriotes qui lui avait vendu comme Nicolo Amati, et portant\nson étiquette, un violon dont Francesco Rugieri, dit « Il Pero »,\nétait l'auteur.\nCelui qui acquiert pour son propre usage se trouvant seul inté-\nressé à connaître exactement la nature de son acquisition, il est\nnécessaire qu'il exige du vendeur un résumé de l'état de l'instru-\nment comme suit :\ni°Garantie d'authenticité.\n2° L'instrument est homogène dans toutes ses parties ou non..\nDans ce dernier cas, quelles sont les parties étrangères ?\n3° Nomenclature des cassures.\n4° L'instrument a ou n'a pas de doublures. Si oui, lesquelles?\n. 5° L'état du vernis.\n6° Tient-il l'accord ?\n7° L'étiquette se rapporte-t-elle bien à l'auteur et correspond-\nelle à la date de fabrication.(Ceci est important pour les Stradiva-\nrius par exemple, dont la valeur et la qualité varient suivant les\npériodes.)\nL'acheteur,une fois éclairé sur tous ces points,pourra seulement\ns'occuper de la qualité sonore. A ce sujet, il n'aura plus besoin de\nla garantie qu'on ne peut lui donner. S'il s'en rapporte à lui seul,\nen suivant les règles établies dans les précédentes causeries, s'il\nne consulte que son propre goût, s'il écarte tout intermédiaire,\nil est certain de n'être jamais trompé.\nFIN\n\nLucien Greilsamer."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.62", "texte": "ESSAI SUR L'ÉTAT\nde la musique en Angleterre\nAUX XVIe, XVIIe ET XVIIIe SIÈCLES\n\nLe 3o avril dernier, la fondation J.-S. Bach, instituée et dirigée par le vio-\nloniste Charles Bouvet, consacrait a la musique anglaise aux xvi®, XVII® et\nxvme siècles le programme de sa quatrième séance.\nGomme corollaire à cet intéressant concert, notre collègue, M. Ch. Bouvet,\na fait à la Société internationale, le i 5 mai, une communication sur le madri-\ngal anglais aux.x\\'ie et xvue siècles.\nLes deux notices que nous publions ont été lues en manière de préambule\na la très remarquable audition d airs à voix seule et de madrigaux anglais de\nPh. Rosseter, Th. Campion, J. Mundy, J. Wilbye, Th. Vautor, H. Lichfîeld\nJ. Dowland et Th. Bateson, fort bien chantés par Mlles Ch. Lund, H. Brown\nRead C. Purdy ; MM. G. Harris et Ch. Bowes, avec accompagnement de\nharpe-luth (système Lyon) (Mlle R. Lénars) et de basse de viole (M. E. de\nBruyn).\nOn se fait, en général, une assez fausse idée delà musique an-\nglaise ; à part Hœndel, pour qui d'ailleurs l'Angleterre n'était\nqu un pays d'adoption, la Grande-Bretagne semblerait n'avoir\nproduit aucun artiste digne d'intérêt.\nEn fait les xvie, xvne et XVIII6 siècles représentent, au contraire,\npour l'Angleterre une période d'extrême activité musicale.\nUn enseignement sérieux, dirigé par des maîtres éminents,\ndonnait aux jeunes musiciens une technique profonde et une con-\nnaissance absolue des différentes branches de leur art. On vit"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.63", "texte": "672\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nalors se répandre, non seulement à Londres mais sur le territoire\nentier de la Grande-Bretagne, toute une pléiade de compositeurs\net d'organistes du plus haut mérite.\nLes souverains qui régnèrent successivement à l'époque dont\nnous nous occupons: Henri VIII, Edouard Vl,les reines Marie\net Elisabeth, ainsi que Charles lerIer et Charles 11, entretenaient de\nleurs deniers une chapelle particulière et s'intéressaient àce point\nà l'art et aux artistes que l'on vit, en i 596, la reine Elisabeth\nproposer John Bull pour remplir les fonctions de professeur de\nmusique au Grescham Collège.\nL'exemple royal était suivi par la société cultivée, et surtout\npar les lords qui tenaient à honneur de constituer et de subven-\ntionner des corps de musique spécialement attachés à leur per-\nsonne.\nAu début de cette période, c'est-à-dire pendant le xvie siècle et\nla première moitié du xviie, les œuvres des musiciens italiens,\nflamands, allemands et français étaient sinon inconnues, du moins\nfort peu connues en Angleterre, aussi la musique de ce temps pré-\nsente-t-elle une fraîcheur, un charme tout particuliers ;on peut\ndire qu'alors se constitua une école vraiment nationale. Ce n'est\nqu'ensuite, lorsque de nombreuses éditions répandirent partout\nles compositions des auteurs continentaux, que l'influence de ces\nmaîtres se fit sentir dans les productions anglaises ; cependant il\nsemble qu'en traversant le détroit l'art ait pris une physionomie\ndifférente, si différente même que l'apport étranger disparaît à\npeu près complètement, et laisse pour ainsi dire toute la place à\nl'originalité nationale.\nA notre avis, les musiciens anglais s'étaient surtout assimilé les\nprocédés contrapuntiques continentaux, mais en mettant ces pro-\ncédés au service d'impressions puisées dans la nature de leur pays\net de sentiments propres à leur race et à leur culture.\nLes chants populaires de l'Ecosse et de l'lrlande paraissent être\nla source à laquelle l'art primitif anglais a puisé son originalité.\nCe sujet demanderait toute une étude ; nous tâcherons un jour\nde la lui consacrer.\nC'est surtout à la musique religieuse vocale et àla musique\nd'orgue que les artistes anglais ont apporté le tribut de leur"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.64", "texte": "ESSAI SUR L'ÉTAT DE LA MUSIQUE EN ANGLETERRE\n673\n\ntalent ; la quantité de messes, psaumes, motets, hymnes et an-\ntiennes que l'école anglaise des xvie, xvn® et XVIII» siècles nous a\nlaissés est innombrable.\nLa musique profane fut également très cultivée au xvie siècle\nen Angleterre, où le madrigal s'est maintenu jusqu'à nos jours grâce\nàla Madrigal Society de Londres (fondée en 1741 ).\nCependant, si la musique vocale était en faveur, la musique ins-\ntrumentale ne fut jamais négligée ; on reste confondu devant\nl'énorme production de pièces pour le harpsichord (clavecin), la vir-\nginal (sorte d'épinette), de sonates pour violon et basse, pour\ndeux violons et basse, etc., etc.\nQuant à l'art dramatique, à part quelques essais de farces qui\nsemblent plutôt se rapprocher de la forme opéra comique que de\ncelle de l'opéra, les tentatives faites dans cet ordre d'idées sont\npeu heureuses ; il était réservé au génie de Henry Purcell\nd'abord d'introduire les instruments autres que l'orgue dans la\nmusique d'église, ensuite et surtout de créer l'opéra anglais, auquel\nil eut l'honneur de donner sa forme définitive.\n★\n* *\nUne étude du madrigal anglais aurait été tout à fait à sa place ici :\nj'y ai cependant renoncé, préférant, pour aujourd'hui, vous faire\nentendre de la musique et reporter à une date ultérieure un tra-\nvail spécial sur ce sujet.\nJe me bornerai à rappeler, le plus succinctement possible, les\norigines et la brillante carrière du madrigal.\nOn fait dériver le mot Madrigal de mandra (troupeau) et\nde gai (mélodie), et c'est aux troubadours provençaux que revien-\ndrait l'honneur de l'invention de cette forme artistique qui, par\nses diverses transformations, devait être si féconde pour l'art\nmusical.\nA son aurore, le madrigal était donc une mélodie pastorale\n(à plusieurs voix, bien entendu).\nPlus tard, dans la première moitié du xvie siècle, le madrigal,\nécrit pour trois, quatre, cinq et même six voix (de préférence à\ncinq voix), sur des paroles profanes, souvent même fort galantes,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.65", "texte": "674\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nle madrigal, dis-je, devint une adaptation de la chanson popu-\nlaire, mais rehaussée par l'art puissant et savant du contrepoint.\nLe madrigal, d'abord uniquement vocal, se transforma rapi-\ndement ; bientôt les instruments vinrent renforcer les voix et\nmême se substituer à elles; les luths, théorbes, violes, cornets\net trombones prirent la place de ténors, de soprani ou de basses\nabsentes ou faibles.\nSouvent même un madrigal ne s'exécutait que sur des ins-\ntruments.\nLes compositeurs prirent leur parti de ces substitutions ; bien\nplus, ils les mirent à profit, et l'on vit naître ainsi le\nchambre.\nCette tendance conduisit, peu à peu, à la symphonie d'orchestre.\nOn eut aussi, bien vite, l'idée d'arranger pour le luth les\nmadrigaux les plus en vogue, en gardant toutefois une des par-\nties chantées, de préférence le superius, tandis que les autres\ns'exécutaient sur l'instrument en question.\nDe ce fait voici créé l'air à voix seule.\nLes premières tentatives de musique scénique ne furent, tout\nd abord, qu une succession de madrigaux à une ou plusieurs voix\navec accompagnement de luths, théorbes, violes, flûtes, haut-\nbois, bassons, cornets et trombones.\nC est ainsi que le madrigal fut à la fois le point de départ de\nla musique instrumentale pure [quatuor à cordes et symphonie ,\nde la monodie accompagnée (air à voix seule) et l'ancêtre de\nT opéra.\nUn des musiciens qui paraît avoir le plus contribué à la vogue\nextrême de la forme madrigalesque est le compositeur néerlan-\ndais Jacques ou Jacob Arcadelt, né a la fin duxv® siècle ou plutôt\nau commencement du xvie, maître de chant au Parvisium de la\nChapelle pontificale de Rome, puis chantre, et enfin abbé camer-\nlingue de cette même chapelle.\nSon premier livre de madrigaux, publié à,Venise, en 1538,\nn tut pas moins de quatorze éditions.\n\nCharles Bouvet."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.66", "texte": "AUGUSTE DURAND\n(1830-1909)"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.67", "texte": "S. I. M.\n\n5\n\nAUGUSTE DURAND\n\n(1830-1909)\nCe n'est pas seulement un grand éditeur de musique qui vient\nde disparaître : c'est un éditeur musicien, de goût, de race et de\nmétier; Son père était professeur de musique au collège Rollin ;\nc est là qu'Auguste Durand acheva d'excellentes études classiques\navant que d'entrer au Conservatoire. Il y fut élève de Bazin et de\nSavard pour l'harmonie, de Benoit pour l'orgue, et, lorsqu'il en\nsortit, fut choisi comme organiste à l'église Saint-Ambroise, d'où\nil passa à Sainte-Geneviève, puis à Saint-Roch, enfin à Saint-\nVincent-de-Paul, où il resta près de douze années, révélant aux\nfidèles les graves beautés de Bach et de Hœndel. Il composait\naussi, non sans succès, et certains de ses ouvrages, la\nla Valse en mi bémol, ne sont pas près de tomber dans l'oubli.\nCependant, à quarante ans, il renonçait à une carrière si bien\ncommencée, pour servir l'art d'une autre façon : en 1870, il ache-\ntait, avec Schcenewerk, la maison d'édition fondée par Flaxland\nune vingtaine d'années auparavant. Troublés par la guerre et ses\nsuites, les débuts eussent découragé de moins résolus ; les deux\nassociés persévérèrent ; ils réussirent, et n'y eurent pas un mince\nmérite, car au lieu de flatter, comme tant d'autres, le goût de la\nmultitude, ils surent lui imposer le leur.\nC'était le temps de recueillement et de reprise où quelques géné-"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.68", "texte": "676\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nreux artistes essayaient de renouer la chaîne brisée de notre tradi-\ntion, et de nous rendre une musique française. Le 25 février 1871.\nla Société nationale était instituée, sous cette devise :\nCamille Saint-Saëns et Romain Bussine avaient pris l'initiative de\ncette entreprise; César Franck, E. Guiraud, J.Massenet, P. Garcin,\nG. Fauré, H. Duparc, Th. Dubois et P. Taffanel furent auprès\nd'eux les ouvriers de la première heure. Auguste Durand avait connu\nSaint-Saëns à la classe d'orgue du Conservatoire ; il croyait en lui.\nIl accepta son opéra biblique, Sams dont personne ne\nvoulait alors, et devint par la suite son éditeur exclusif : ce fut\nmieux qu'un contrat : une longue amitié, fidèle, intelligente,\ndiscrète en sa sollicitude et délicate en ses attentions, celle même\nqui a manqué à Beethoven, à Berlioz, et à tant d'autres, victimes\nde leurs nerfs et voués à la solitude.\nLes musiciens qui s'étaient groupés autour de Saint-Saëns reçu-\nrent, eux aussi, le meilleur accueil : ainsi Auguste Durand sut dès\nle début encourager et protéger ce renouveau de notre musique, si\nlaborieux d'abord, si glorieux par la suite. Et, lorsque l'événement\nlui eut donné raison, lorsque Saint-Saëns, César Franck et Edouard\nLalo furent en possession de leur renommée, il ne voulut pas s'en\ntenir là; persuadé que l'art est dans un progrès perpétuel, il s'atta-\ncha toujours à découvrir des talents nouveaux, aidé en cette recher-\nche par son fils, M. Jacques Durand, musicien comme lui. Avec la\nplus large impartialité, il admit tour à tour Vincent d'lndy, Claude\nDebussy, Paul Dukas, Maurice Ravel. Aujourd'hui, nos meilleurs\nauteurs sont assemblés en sa maison ; et ses catalogues permettent,\nà eux seuls, de suivre l'histoire de notre musique depuis trente\nans. Les ancêtres n'ont pas été oubliés : François Couperin revit,\net Rameau ressuscite, en une édition monumentale, comme l'Alle-\nmagne seule en avait produit jusqu'ici.\nCe sont là des services éminents, uniques, qui assurent à Auguste\nDurand la reconnaissance de la postérité, sans lui privée, peut-être,\nde plus d'une œuvre admirable. A ceux qui l'ont connu, il laisse\nle souvenir d'une bonté avisée et charmante, d'un esprit fin, décidé,\ntrès orné, et de la plus exquise courtoisie. Et la tradition qu'il a\nfondée ne mourra pas dans sa maison.\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.69", "texte": "LE MOIS\nREVUE DE LA PRESSE\n\nDans le Courrier musical du ier mai, un excellent article de\nM. Pierre Lalo à propos de quelques évolutions récentes de la mu-\nsique française,où il étudie le mouvement musical en France\ndepuis 1870.\nM. Pierre Lalo prononce quelques vérités très dures à l'adresse\ndes copistes, des imitateurs \\M. Lalo a raison.\nD'autre part, M. Lalo a ses prédilections, qui lui font préférer\nles disciples de Franck aux suiveurs de M. Debussy. J'avoue que\nla question ne m'intéresse guère, et que des disciples de l'un aux\nsuiveurs de l'autre... mais enfin pourquoi ne pas attendre que les\nadmirateurs-élèves de M. Debussy aient grandi avant de les juger\nsi doctoralement?\n*\n* +\nLe numéro du 1\" mai du Mercu est extrêmement\nfertile en objets musicaux :\ni° M. Emile Henriot y donne un fort bon essai sur Ernest Reyer\nécrivain. Je ne puis moins que d'en citer deux paragraphes, qui\nsont de l'excellente critique (d'autant moins négligeable, d'ailleurs,\nque M. Emile Henriot était des amis intimes de Reyer) :\nReyer faisait ce qu'on nomme aujourd'hui de la critique personnelle.\nJe veux dire qu'il donnait son opinion et jugeait avec ses goûts. Volon-\ntiers il dit je et il parle de lui, ce qui en général est bien préférable à\nl'hypocrisie du jugement soi-disant impersonnel, et ici en particulier,"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.70", "texte": "67 8\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\ntout à fait délicieux à cause du goût, des souvenirs et des anecdotes dont\nReyer prenait plaisir à enjoliver ses feuilletons.\n« Je ne m'exagère certes pas la valeur et la portée de mon opinion\npersonnelle ; mais enfin je dois au public mon opinion et pas celle\ndes autres, » écrit-il le i 3 septembre ißsg.\nIl jugeait nettement, clairement, sans préjugés, et seulement occupé à\ndémêler le beau d'avec le laid, le sincère et le faux, l'art et le mercanti-\nlisme. Beaucoup plus descriptif que symphoniste, il aimait la couleur, le\npittoresque et la clarté. Reyer était un Latin ; il n'était même qu'un Latin.\nIl s'attachait, comme ceux de sa race, davantage à l'expression extérieure\ndes sentiments etàla beauté des formes qu'à des traductions, des transpo-\nsitions symphoniques d'états d'âmes plus ou moins complexes. Sa cri-\ntique est, comme sa musique, très littéraire, plus littéraire que musi-\ncale, plus poétique que technique. C'est là, peut-être, qu'est la source de\nson génie. Il était encore plus poète que musicien, peut-être même plus\npeintre que poète. Sa vie, son esprit, ses goûts, étaient d'un poète, et si\nl'expression n'était ridicule, il faudrait dire qu'il avait une âme poétique.\n•\nCe qui plaît surtout dans les feuilletons de Reyer, c'est le style. Ses\nidées, très nettes, très arrêtées, très entières, il les traduisait en phrases\ncourtes, concises, mordantes, d'un ton toujours spirituel, d'une écriture\nbien à lui, et à la formation de laquelle l'amitié de Théophile Gautier\nn'avait peut-être pas été étrangère. Qu'on lise, dans les Notes de mu-\nsique, l'Histoire d'un musicien et les Cela est\nd'un grand écrivain, d'un grand écrivain classique. La phrase est ner-\nveuse, pittoresque, amusante, colorée, vive. Il est à regretter vraiment\nque Reyer n'ait point écrit ses mémoires. J'espère pouvoir donner pro-\nchainement sa correspondance. Il y a là des lettres exquises, des pages\nadmirables...\nOn ne saurait mieux dire.\n2° M. Rouveyre, continuant la série de ses publie un\nVincent cClndyraide, sérieux, directorial...\n3° M. F. de Gérando, à propos des derniers travaux de Mme La\nMara, dispute pour tâcher de prouver que Thérèse de Brunsvik\nn'est pas « l'lmmortelle Bien-Aimée » de Beethoven.\nTant pis pour Thérèse de Brunsvik ! Mais M. Jean Chanta-\nvoine, ici même, donne de bonnes raisons pour ne pas croire M. de\nGérando.\n*\n* ¥\nLe Temps a reçu communication d'une lettre (inédite) de Liszt,\nqu'il a publiée et qui nous donne une fois de plus la preuve du"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.71", "texte": "LE MOIS\n67 9\n\ngrand cœur et de la bonté touchante et toujours en éveil de cet\nartiste aussi noble par ses qualités morales que par son génie.\nC'était à l'époque (1845) où César Franck, encore tout jeune, il\navait vingt-trois ans, essayait de se produire comme composi-\nteur. Liszt, ayant eu l'occasion de l'entendre à son orgue, avait\nété frappé de son talent et résolut de lui venir en aide pour lui\npermettre de faire connaître son oratorio de qu'il venait\nd'écrire. Franck avait besoin d'une salle pour organiser un\nconcert avec orchestre et chœurs, et c'est à cet effet, et pour lui\nfaire obtenir la salle du Conservatoire, que Liszt, lié avec l'excel-\nlent peintre Ary Scheffer, lui adressa la lettre que voici, lettre\naussi spirituelle que bienveillante, et qui se passe de commentaire :\nMon cher ami,\nM. César-Auguste Franck, qui ale tort : i° de s'appeler César-Au-\nguste, 20de faire très sérieusement de la belle musique, aura l'honneur\nde vous remettre ces lignes. Meverbeer vous a confirmé l'opinion que\nje vous avais exprimée sur son oratorio de Ruth, et le sincère suffrage du\ngrand maître me paraît d'un poids décisif.\nÇe qui importe maintenant pour ce jeune homme, c'est de se faire\njour et place. S'il pouvait y avoir pour les productions musicales comme\npour la peinture des expositions annuelles ou décennales, nul doute que\nmon recommandé ne s'y distinguât de la façon la plus honorable, car\nparmi les jeunes gens qui suent sang et eau pour arriver à coucher quel-\nques idées sur un méchant papier de musique, je n'en sache pas trois en\nFrance qui le vaillent. Mais il ne suffit pas de valoir quelque chose, il\nfaut encore et surtout se faire valoir.\nPour arriver à ce résultat, il y a bien des obstacles et bien des degrés à\nfranchir. Lui, aura probablement plus de peine que d'autres, car, ainsi\nque je vous l'ai dit, il ale tort de s'appeler César-Auguste, et ne paraît\nguère d'ailleurs posséder ce bienheureux qui fait qu'on se\nfourre partout. C'est peut-être une raison pour que des gens de cœur et\nd'intelligence lui viennent en aide, et la noble amitié que vous me por-\ntez depuis plusieurs années me fait espérer que vous excuserez ce qu il\npeut y avoir d'indiscret dans la démarche que je fais aujourd'hui.\nLe but de ces lignes est donc tout simplement :\nQue vous ayez la bonté de faire toucher deux mots à M. de Montalivet\nsur le mérite particulier de M. Franck, et de persuader Son Excel-\nlence de lui accorder la salle du Conservatoire pour exécuter son orato-\nrio dans le courant de l'hiver.\nQuel que soit le résultat de cette négociation, je vous serai reconnais-"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.72", "texte": "680\nBULLLTIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nsant de la part que vous aurez bien voulu y prendre et viendrai vous en\nremercier avant peu.\nTout à vous d'admiration et de sympathie.\nF. LISZT.\nNancy, le 12 novembre 1845.\nIl y a tout lieu de croire que l'appel de Liszt à Ary Scheffer\nfut entendu et que celui-ci s'empressa d'agir de façon efficace,\npuisque Franck obtint la salle du Conservatoire. C'est là qu'il\ndonna en elfet, le 4 janvier 1846 (c'est-à-dire moins de deux\nmois après la lettre de Liszt), la première audition de\ndont les soli étaient chantés par Jourdan, Herman-Léon (Booz),\nMlles Louise Lavoye (Ruth), Moisson (Noémi) et Caut (Orpha).\n*\n¥ *\nLa ïamille Wagner a encore fait des siennes. Elle a annoncé un\nrecueil de letties de Wagner, sous ce titre :\ninterprèles. Les moyens employés par la maison de Wahnfried pour\nse procurer ces lettres n'ont pas toujours été, paraît-il, d'une\nextreme délicatesse. Alme Lilli Lehmann se plaint, en ce cjui la\nconcerne, d'avoir été victime de sa complaisance;\n« Il y a environ vingt-trois ans, écrit-elle aux Munchnev Neueste\nNachrichten, je reçus un jour de Mme Cosima Wagner la prière de lui com-\nmuniquer les lettres que Richard Wagner m'avait écrites. Très éloignée\nde soupçonner que l'on pût faire un emploi abusif de cette correspon-\ndance, j empaquetai le tout et l'envoyai en communication à Mme Cosima\nWagner. Après quelques semaines ou quelques mois peut-être, les let-\ntres me furent retournées. Le 3o novembre 1908, j'eus connaissance de\nla publication prochaine de la correspondance de Wagner avec ses in-\nprètes, etc. » Mme Lehmann iaitconnaître alors qu'en réponse àun télé-\ngramme qu elle avait adressé à M. von Gross, elle reçut de M\"® Eva\nWagner une lettre qu elle cite tout au long. Dans cette lettre, MUeEva\nWagner prétendait que la maison de Wahnfried possède un droit de\npropriété sur les lettres de Wagner et ne semblait même passe douter\nque 1 improbité du moyen employé pour se procurer ces lettres suffirait\nà rendre ce droit, s'il pouvait exister, extrêmement contestable. Elle\najoutait : « Nous avons voulu élever aux artistes qui ont interprété\n1 oeuvre de Wagner, et à vous-même par conséquent, un monument\nd honneur très glorieux, et si nous avions omis votre nom, cela aurait\nété la marque d'une incompréhensible mésestime pour votre personna-\nlité. » Mme Lehmann répond à cette dernière phrase et en même temps\naux prétentions des héritiers de Wagner : « La maison de Wahnfried ne"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.73", "texte": "LE MOIS\n681\n\npeut, par elle-même, élever un monument aux interprètes qui ont vécu\navec Wagner et ont collaboré avec lui. Le respect et l'amitié qui nous\nanimèrent tous, à Bayreuth ou ailleurs, lorsque nous chantions ses œu-\nvres, l'aidèrent puissamment en lui permettant de voir ses créations\nvivantes devant lui. C'est là notre monument. Peut-être aurais-je, moi\naussi, donné mon assentiment à la publication de certaines de mes lettres,\nsi on me l'avait demandé. Gela n'ayant point été fait, je suis obligée de\nme plaindre de l'action déloyale de la maison de Wahnfried. »\n★\n* ¥■\nMozart, compositeur à huit ans,tel est le titre d'un cahier de mu-\nsique qui vient de paraître à Leipzig, gravé pour la première\nfois. Voici dans quelles circonstances a vu le jour ce recueil de\n5i pages comprenant des menuets, allégros, prestos, adagios, et\nune fugue. Après une brillante série de concerts pendant l'été de\n1764 en Angleterre, Mozart dut, pendant une grave maladie de\nson père, renoncer à paraître en public. Au lieu où la famille\ns'était réfugiée, à Ghelsea, sur les bords de la Tamise, l'enfant\nprofita de ses loisirs pour écrire avec ardeur. Il prépara un petit\ncahier sur lequel furent notées au jour le jour les petites pièces\nqui lui venaient à l'esprit. Ce livre d'esquisses, dont l'existence\nfut longtemps ignorée, a été conservé. Il se trouvait parmi les\nautographes dont M. Ernest Mendelssohn-Bartholdy fit hommage\nà l'empereur d'Allemagne et dont la garde a été confiée à la Biblio-\nthèque royale de Berlin.\nMais ce n'est pas l'unique nouveauté pour ce qui touche\nMozart :\nA Salzbourg, dans le délicieux Salzbourg où les Viennoises se\nreposent pendant les mois d'été et consentent à écouter les pro-\npos les plus verts, a eu lieu le dimanche des Rameaux, sous\nla présidence du comte G. Kuenberg, la réunion annuelle princi-\npale de la fondation internationale Pendant le cours de\nla dernière année, les fonds recueillis pour la construction pro-\njetée d'une Maison de Mozart (Mozarthaus) se sont élevés à\n4.000 couronnes, ce qui permet de disposer actuellement d'une\nsomme totale de 200.000 couronnes. La perspective d'obtenir une\nsubvention d'État permet d'espérer qu'il sera possible, dans deux\nou trois années, de commencer la construction de cette Maison\nde Mozart. A l'un des prochains festivals qui se tiendront à Salz-"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.74", "texte": "682\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nbourg en l'honneur du maître, peut-être dès l'année prochaine, on\nposerait la première pierre. Un crédit de i 5.000 couronnes a été\nconsenti pour faire face aux dépenses d'établissement des plans et\naux frais que comportera la concurrence restreinte que l'on veut\nétablir entre les architectes qui se proposeront pour ériger le bâti-\nment que l'on a en vue d'établir.\nD'autre part, le vingt-septième cahier des communications pour\nles membres de la Société Mozart de Berlin vient de paraître et\nrenferme deux suppléments musicaux se rattachant au vieil opéra\nle Barbier de Séville de Paisiello, qui précéda de trente-six années\ncelui de Rossini. En Allemagne comme en Italie, cet ouvrage reçut\ndu public un accueil des plus favorables. Lorsqu'il fut donné à\nVienne, Mozart, qui se trouvait dans cette ville, composa à cette\noccasion pour l'aînée de ses belles-sœurs un air destiné à faire\nvaloir les ressources de son organe exceptionnel. Cette jeune\nfemme se nommait Josepha Hofer (née Weber) ; elle était assez peu\nrecommandable si l'on en croit Mozart, qui, dans une lettre à son\npère, résume ainsi sa valeur morale : « C'est une personne fai-\nnéante, grossière et fausse, qui en a épais derrière les oreilles. »\nCette cantatrice valait pourtant mieux peut-être que ne le ferait\ncroire ce portrait à la plume où percent la malveillance et l'exagé-\nration. Dans tous les cas, sa virtuosité vocale était réelle, puisque\nMozart composa pour elle, en dehors de l'air dont nous venons de\nparler, tout le rôle delà Reine de la Nuit dans y\naccumulant pour lui plaire beaucoup de traits difficileset dénotés\nsuraiguës. Quant à l'air destiné à trouver place incidemment dans\nle Barbier de Séville de Paisiello, il est assez longuement développé ;\nla publication en a été faite, d'après la partition originale, par\nM. E. Lewicki, de Dresde. Le second fragment publié par la So-\nciété Mozart est un air de basse très intéressant de Paisiello lui-\nmême, tiré de son Barbier de Séville. Ces deux airs, regravés au-\njourd'hui après de longues années d'un oubli complet, sont\nprésentés au lecteur dans le cahier de la Société Mozart avec un\narticle intitulé les Trois Bartholos.\nEnfin, toujours à propos de Mozart, à l'occasion d'une reprise de\nla Flûte enchantée qui aeu lieu le 18 avril dernier au nouveau théâ-\ntre municipal de Leipzig, on a renforcé l'orchestre de deux cors"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.75", "texte": "LE MOIS\n683\n\nde basset que Mozart, il est vrai, a bien compris dans sa partition,\nmais que les chefs d'orchestre des théâtres avaient pris l'habitude,\nà très peu d'exceptions près, de remplacer par des clarinettes. On\na pu ainsi entendre la Marche des prêtres et quelques autres passa-\nges du chef-d'œuvre avec le genre de sonorité qu'avait voulu Mozart-\nLe cor de basset descend jusqu'au la au-dessous des lignes en clé\nde fa,et monte jusqu'à 1 'utau-dessus de la portée en clé\nBerlioz a écrit dans son Traité : « Mozart a\nemployé ce bel instrumenta deux parties pour assombrir le coloris\nde l'harmonie dans son Requiem,et lui a confié des soli importants\ndans son opéra la Clemenza di Tito Gomme ceux des clarinettes\nbasses, les sons graves du cor de basset sont les plus beaux et les\nmieux caractérisés. »\nCette avalanche de nouvelles, touchant mon ami Mozart, me\nréjouit. On s'occupe si peu de lui, à notre époque !Il faudra\nattendre, sans doute, que M. Isidore de Lara lui emprunte quel-\nque chose.\n★\n* ¥\nBerlin devient de plus en plus un centre artistique de la plus\nhaute importance, en même temps qu'une des « places » princi-\npales du « marché musical ». Deux vastes entreprises nouvelles y\nsont signalées presque simultanément :\nLes Signale annoncent la fondation d'une « Maison d'édition\nrusse » au capital d'un million deux cent cinquante mille francs\nentièrement fournis par le fameux contrebassiste virtuose\nM. Sergei Koussewitzky et sa femme. Cette généreuse donation a\npour but essentiel de faciliter aux compositeurs russes l'édi-\ntion de leurs œuvres. Celles-ci seront soumises à l'examen\nd'une commission artistique de cinq personnes qui décideront\nsans appel. L'œuvre admise sera gravée et publiée par les\nsoins de la maison d'édition qui paiera à l'auteur des honoraires\nvariant, selon le genre et les dimensions de la composition, de\n125 à 7.500 fr., somme à laquelle s'ajoutera ensuite une part du\nbénéfice réalisé sur la vente. Enfin des auditions publiques des\nouvrages édités seront organisées dans un but de propagande. Cela\nnous vaudra sans doute une véritable invasion de musique\nrusse !"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.76", "texte": "684\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\nT\n\nOn apprend d'autre part qu'une société s'est formée pour fonder\nun a Théâtre Richard-Wagner ». Il importe d'abord de ne point\nse méprendre sur la signification de ce titre ; le théâtre en question\nne sera nullement consacré d'une façon plus ou moins exclusive,\nou même prépondérante, aux œuvres de Wagner ;il aura, comme\ntoutes les autres scènes lyriques de l'Allemagne, un répertoire très\nvarié, permettant au public d'applaudir les ouvrages les plus divers,\ndepuis le Crépuscule des Dieux, par exemple, jusqu'à la Chauve-\nSouris, en retenant au passage des opéras comme Joseph de Méhul,\nou d'autres de la même école. C'est ce quia lieu actuellement sur\nles grandes scènes allemandes, et nul ne s'en plaint. L'entreprise\nnouvelle s'est placée sous le patronage de personnalités connues,\nparmi lesquelles on cite MM. Engelbert Humperdinck, Léopold\nSchmidt et Axel Dalmar. L'originalité du projet consiste en ce\nfait que tous les bénéfices éventuels doivent faire retour au public.\nLes statuts s'expliquent sur le côté financier de la tentative dans\nles termes suivants : « La Société berlinoise d'Opéra poursuit le\nbut de faire représenter pour ses membres associés les œuvres\nmusicales dramatiques et symphoniques sans distinction, et cela\ndans les meilleures conditions d'interprétation et aux prix les plus\nréduits. Elle veut contribuer ainsi à répandre dans tous les milieux\nl'amour delà musique et la compréhension des ouvrages signés de\ngrands noms. Par ces propres moyens la Société fera construire\nun Théâtre Richard-Wagner qui pourra contenir 2.500 specta-\nteurs assis. Les cotisations annuelles des membres participants\nseront employées à la fondation de ce théâtre et plus tard à l'amor-\ntissement du capital qui aura servi à l'achat du terrain et aux frais\nde construction. Chacun des membres aura droit d'assister à\n25 représentations chaque année sur la simple présentation de sa\ncarte. Ils n'auront à payer pour les autres représentations que des\nprix variant entre i fr. 85 centimes et 5 francs. Le Théâtre\nRichard-Wagner sera pourvu d'un directeur général et d'un direc-\nteur artistique. Il comprendra un personnel variant de 300 à 400\nartistes, parmi lesquels il y en aura de premier ordre. »On pense\nqu il faudrait l'adhésion de 60.000 membres participants pour\nassurer l'établissement et la marche régulière de cette entreprise\nartistique. Quant aux bénéfices qui pourraient se produire plus"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.77", "texte": "LE MOIS\n685\n\ntard, lorsque toutes les dépenses auront été payées, ils ne devront\nprofiter à personne et seront réservés à l'amélioration des spec-\ntacles. S'ils devenaient considérables, on en profiterait pour dimi-\nnuer le prix des places.\n★\n* ¥\nThe musical Standard : Les Œuvres par Edwin\nEvans (avril-mai 1909).\n★\n* *\nAu Carnegie Hall de New-York, M. Walter Damrosch, le chef\nd'orchestre américain, a fait exécuter par les artistes de la Sym-\nphony-Society deux fois de suite la Symphonie avec chœurs, qui\nterminait la dernière séance d'un cycle Beethoven. Après la pre-\nmière audition, un entr'acte a été ménagé, afin de permettre aux\npersonnes peu désireuses d'en affronter une seconde de se retirer\ndiscrètement. Très peu quittèrent leurs places, et ce fut, parmi\ncelles qui étaient restées, une sorte d'émulation dans les applau-\ndissements, qui allèrent en augmentant jusqu'au dernier accord.\nL'orchestre comptait cent musiciens et les chœurs trois cents voix.\nLes soli avaient été remplacés par un petit chœur de treize voix.\nHans de Bulow avait, lui aussi, fait entendre deux fois de suite\nla Symphonie avec chœurs dans un concert donné à Berlin, il y a\nune vingtaine d'années.\n★\n* ¥\nL'ancienne maison d'édition musicale Spina, de Vienne,annonce\nla publication prochaine, à un nombre limité d'exemplaires, d'un\npetit opéra inédit de Joseph Hadyn, die wiiste Insel (l'lle déserte),\nécrit parle vieux maître sur un texte de Métastase, et dont l'arran-\ngement est préparé pour l'Opéra de la Cour.\n★\n* ¥•\nDans la Vie musicale (Lausanne) du 15 avril, un article très\nraisonnable et honnête sur les programmes de concert et l'édu-\ncation du public, par M. Ed. Platzhoff-Lejeune.\n★\n¥■ *\nThe Musical Times(iermai) : Hin England.\n★\n* *\nAprès celui de Mlle Lina Cavalieri, après celui de miss Mary"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.78", "texte": "686\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nGarden, voici qu'on annonce le mariage de la grande vocaliste\nM\"e Selma Kurz. Chose plus grave pour les admirateurs de son\ntalent, elle abandonnerait le théâtre, et les raisons de cette déci-\nsion sont asssez logiques. Elle les confia, en ces termes, à l'un de\nnos confrères viennois :\nOn ne me connaît qu'au théâtre. Je ne sais pas, en dehors de la scène,\nce que c'est que la vie. Savez-vous ce que c'est que de se ménager éter-\nnellement et de vivre d'après les plus sévères ordonnances ?La veille du\njour où je dois chanter, je ne peux pas sortir, je dois rester chez moi et\npeu parler. Le jour où je chante, c'est pis encore. La représentation\nfinie, je rentre chez moi et je me mets au lit. Le lendemain, je suis\nfatiguée et affaiblie. Ainsi, voilà trois jours de perdus pour une repré-\nsentation. Comme je chante au moins deux fois par semaine, ce sont donc\nsix jours de la semaine entièrement consacrés au Hofoper. Je peux rare-\nment aller à un autre théâtre. Combien de fois mes amis m'ont-ils priée,\npressée de venir voir un cabaret ! J'en ai presque honte, mais je ne connais\npas un seul cabaret viennois. Etonnez-vous donc après cela que j'aspire\nde toute ma force au bonheur conjugal et à l'intimité du foyer !\nMa foi 1 Mlle Selma Kurz a peut-être raison. Et à écouter ses\ndoléances bien viennoises, on préfère un fauteuil d'orchestre\nobscur aux lauriers de la scène.\n★\n* *\nA la Scala de Milan, pendant la saison dernière, de\nSpontini arrive en premier comme nombre de représentations :\nelle a été jouée seize fois.\nAh ! si M. de Stendhal était de ce monde, comme il aimerait\nvivre encore à Milan !\n*\n+ *\nDans la Tribune de Saint-Gervais (mars et avril 1909), la Logique\ndu rythme musical, par l'abbé C. Marcetteau.\n★\n* *\nDans l'Occident de février 1909, les débuts de Mlle Blanche Selva\ncomme musicographe avec une étude sur la 2e symphonie de\nM. Marcel Labey.\n★\n* *\nLes catalogues d'autographes sont toujours fertiles en révéla-\ntions inattendues. Le dernier que vient de publier M. Charavay\nnous en apporte une preuve par une lettre inconnue de Gluck. Un"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.79", "texte": "LE MOIS\"\n687\n\npoète resté parfaitement obscur, et dont le nom Valadier\nserait complètement ignoré sans son accointance accidentelle avec\ncelui de Méhul, avait pris part au concours ouvert en 1783 pour\nun poème lyrique destiné à l'Opéra. Ce concours avait vu cou-\nronner trois ouvrages : la Toison de Chabanon ;\nlone, de Guillard, et Cora,de Valadier. De ces trois ouvrages, l'un,\nla Toison d'or,ne vit jamais le jour, et nul n'en entendit parler; le\nsecond, Œdipe à Colone, mis en musique par Sacchini, qui en fit\npresque un chef-d'œuvre, parut à l'Opéra le ier février 1787 ; et\nle troisième, Cora, qui échut àJVléhul, fut représenté sans succès\nà ce théâtre le i 5 février 1791, alors que le jeune compositeur\nétait déjà devenu célèbre par le brusque succès âCEuphrosine et\nConradin, joué au Théâtre Favart l'année précédente. Mais...\nMéhul, âgé seulement de vingt ans en 1783 et déjà à la recherche\nd'un livret à'mettre en musique, n'avait pas obtenu du premier\ncoup celui de Cora, et ne l'eut que sur le refus de Gluck. En effet,\nValadier, ambitieux sans doute pour le poème qu'il était certain\nde voir représenter à l'Opéra, n'avait pas hésité à l'offrir à l'au-\nteur âCAlceste et des deux Iphigénies, en le lui envoyant à Vienne.\nEt voilà ce que nous apprend le catalogue d'autographes dont je\nparlais, en mentionnant une lettre de Gluck, adressée de Vienne\nà Valadier àla date du iermai 1785, et qu'il analyse ainsi : «Il\nest très touché de l'offre qu'il lui a faite, mais il se déclare inca-\npable d'entreprendre un ouvrage, quel qu'il soit, exigeant de l'ap-\nplication. Il fait des éloges du livret de mais il le retourne à\nson auteur. » Après cette déception, Valadier oflrit-il encore son\npoème à un compositeur connu avant de le confier définitivement\nà Méhul ? Toujours est-il que celui-ci, nous le savons pertinem-\nment par la lettre de Gluck, ne l'eut pas de première main. Et\nvoici qui nous prouve que la biographie d'un artiste est toujours\nà compléter d'après le Ménestrel.\n★\n* *\nLa Revue musicale publie un article de M. Edouard Ganche sur\nla vie de Chopin dans son œuvre (ier mai I9°9)*\n*\n* *\nLe Monde musical s'orne de portraits horribles de virtuoses qui se"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.80", "texte": "688\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\n%\nsont fait dans la musique des noms obscurs. Je me demande que\nest le plus affreux de ces héros, je n'ose pas choisir.\nMais dans son numéro du 15 avril, un très sage article de\nM. Guiramaud sur le Snobisme et me réconcilie\navec le Monde musical.\n★\n* *\nLe Guide musical a publié dans ses numéros d'avril des\nla Musique persane,de M. G. Knosp (histoire, instruments, mélo-\ndie).\n*\n* »\nVoici, d'après le Musical News de Londres, un aperçu des prix\ndemandés par quelques artistes en vogue, pour chanter à des\nréunions privées : MM. Caruso, i 5.000 francs; Alessandro Bonci,\n7000 francs; Antonio Scotti, 4.000 francs ; Cari Jorn. 3.soofrancs;\nMmes Géraldine Farrar, 7.500 francs; Olive Fremstad, 7.500 francs;\nEmmy Destinn, 6.000 francs ; Louise Homer, 4.000 francs ;\nMarie Rappold, 3.000 francs, etc.\nPauvres gens !\n*\n* ¥\nDans le Ménestrel du 3 et du 10 avril, une étude de M. Julien\nTiersot sur le Premier portrait de Berlioz, avec diverses reproduc-\ntions.\n«\n* *\nDans la Revue musicale de Lyon du i 5 avril 1909, je signale à\ntous les snobs la traduction d'un article de M. Paul Moos paru\ndans la Zukunft, et qui constitue un magnifique et juste éreinte-\nment des représentations de Bayreuth.\nDans le numéro du 15 mai, des par\nM. Gaston Knosp.\n★\n* *\nUne étude sur le Stabatde Rossini dans (Rome) du\n4 avril 1909.\n*\n* *\nDans le Signale fur die Musikalische Welt du 14 avril, un court\nessai du Dr Léopold Schmidt sur Hcendel."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.81", "texte": "LE MOIS\n689\n\n★ .*\n* *\nLe Courrier musical publie cette petite statistique qu'il dédie à\nnos compositeurs modernes :\nBach, en 65 ans, a écrit 1.10.2 ouvrages\nBeethoven, en 5y ans. 489\nBrahms, en 64 ans. . . . . . . 538\nCzerny, en 66 ans 2.412\nDiabelli, en 77 ans. ...... 2.585\nHaendel, en 71 ans Sgj\nHaydn,en 72 ans 575\nLiszt, en 75 ans 955\nMozart,en 35 ans 626\nRaff, en 66 ans 610\nRubinstein, en 66 ans 550\nSchubert, en 3i ans 791\nSchumann, en 46 ans 67 1\n*\n* *\nA l'occasion du centième anniversaire de la mort de Haydn,\nun éditeur de Munich vient de faire paraître sept menuets du\nmaître qui n'avaient pas encore été publies. Haydn les avait com-\nposés pour être exécutés à Vienne pendant les fêtes du carnaval,\nen 1792. (Le Ménestrel.)\n*\n* *\nLa revue spéciale allemande Mus qui avait\nfusionné à partir du ler octobre 1906 avec le journal fondé par\nRobert Schumann en 1834 sous le\net avait interrompu sa publication pendant ces derniers mois,\nreparaît à Leipzig, sous la direction de M. Ludwig Frankenstein.\nLe premier numéro de la nouvelle série est daté du lel1e1 avril i9°9*\n\nVivant Denon."}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.82", "texte": "690\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLes Concerts symphoniques\nDE M. P. BÉLAIEV A SAINT-PÉTERSBOURG\nLES NOUVEAUTÉS DE LA MUSIQUE RUSSE\n\nLes Concerts symphoniques russes,fondés par M. P. Bélaiev, dont\nl'histoire est tellement liée avec le développement de la jeune école mu-\nsicale russe, sont entrés dans leur 22e année.\nAinsi que pendant l'existence de son fondateur, les concerts conti-\nnuent à servir les intérêts de la musique russe et de ses meilleurs repré-\nsentants.\nLes trois concerts de cette saison (1907-1908) ont apporté comme\nauparavant plusieurs nouveautés et d'autres œuvres qui n'étaient pas\nexécutées depuis longtemps. Toutes, elles présentaient beaucoup d'inté-\nrêt, mais je tiens surtout à parler des premières.\nLa nouveauté la plus sensationnelle, ce furent les fragments de l'opéra\nde Rimski-Korsakov, le Coq d'or, écrit d'après le conte bien connu de\nPouchkine, qui porte le même titre. On a exécuté seulement deux frag-\nments de l'opéra, dont la musique permet de conclure à la haute valeur\nde l'œuvre entière.\nLe luxe des couleurs et la fraîcheur d'invention de ces fragments\nsont étonnants. Il vaut la peine d'en parler plus longuement (1).\nL introduction est composée de plusieurs petits épisodes, pris des mo-\ntifs de l'opéra même. Elle commence et se termine par un des princi-\npaux motifs de tout l'opéra, celui du coq, du caractère delà fanfare, qui\nse fait entendre sur la trompette avec sourdine et hautbois\nCo-co-ri ! Co-co-ri-co\nRègne couché sur le dos (A) !\nCe motif se fait entendre à la fin de l'introduction, sur le fond gras\ndes cordes, avec la figuration des premiers violons, et la première partie\n\n(i) Deux fragments de l'opéra le Co de Rimski-Korsakov :\nduction et le Cortege nuptial du roi Dodonesontédités par P. Jurgenson(Mos-\ncou) en partition et maintenant paraît la partition (pour piano et chant), à la\nmeme maison."}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.83", "texte": "LE MOIS\n691\nS. I. M.\n\n6\n\ndu motif (la fanfare a) se présente en imitation (clarinette, hautbois et\nflûte), la seconde ben renversement (B)\nLe motif du coq avec son caractère quelque peu insolent, humoris-\ntique, provocant, est en plein contraste avec l'épisode suivant :\nVoici la phrase chromatique de caractère oriental avec sourdine):\nElle parle de volupté et d'amour. C'est la reine de Ghemakhâ :\nTu iras vers l'Orient.\nLà, tu verras mon royaume\nComme un mirage riant.\nLe coloris de l'orchestre devient de plus en plus brûlant. Arrive le\nmoment suprême, où le motif de la reine est entendu en diminution\ndans le haut registre (flûte et hautbois) sur le fond de l'accord de neu-\nvième mineure en bas (cordes, clarinette) basse, clarinettes, cor anglais,\nharpe) et immédiatement après sur la même neuvième: tierces majeures\ndescendant par degrés chromatiques (flûtes,célesta, violons) qui donnent\nà la musique un caractère fantastique (D).\nTrès spirituel et audacieux !"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.84", "texte": "692\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nTout l'épisode est en progression de coloris. Les gracieuses phrases\nchromatiques de la clarinette solo à alternent avec les chroma-\ntismes de la clarinette basse et les glides harpes, qui composent\nun joli fond au même motif (C) avec les trémolos des cymbales, et qui\nse répètent plusieurs fois et chaque fois une tierce mineure plus bas.\nA cet épisode se rattache immédiatement le suivant\nAux spectateurs) :\nD'un vieux conte tous les masques\nRevivront joyeux, fantasques.\nLa musique de cet épisode M n'est pas moins\ncaractéristique et assez ingénieuse, ce qui va bien au type de l'astrologue\ndans le conte.\nNous entendons en même temps à la basse une gamme descendante\npar tons entiers (contrebasses, contrebassons), qui se répète en mouve-\nment ascendant, quatre fois plus vite : c'est une série de sons curieuse,\nqui commence dans les basses (basson, violoncelle) et monte jusqu'au\nregistre élevé (mi bémol aigu). Et sur ce fond la flûte, puis le hautbois\net la clarinette à l'unisson avec cloches et harpe, donnent en syncope des\ntaches égales.\nFl. pic. Campan. Arpa.\nCes taches, qui ne cessent pas tout le long de l'épisode, symbolisent\ntrès spirituellement la divination de l'astrologue d'après les étoiles."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.85", "texte": "LE MOIS\n693\n\nEt vraiment on s'imagine comme il les regarde, et mystérieusement\nles compte !\nVoiià tous les épisodes de l'introduction. Ils ne reçoivent pas beau-\ncoup de développement. Leur combinaison est quelque peu extérieure et\nmontre l'intention du compositeur : avec le matériel thématique de\nl'opéra, de créer immédiatement chez l'auditeur une certaine impres-\nsion.\nEt il atteint tout à fait ce résultat.\nDonc le caractère d'esquisse volontairement donné à l'introduction\nest à sa place quand l'exécution de l'opéra doit suivre immédiatement.\nMais dans l'exécution séparée, cette introduction, très colorée et\ncurieuse par ces détails, laisse l'impression d'une forme inachevée et\nperd quelque peu.\nL'autre fragment est pris dans le troisième acte :\ndu T\\ar Dodone.\nTout au contraire de l'introduction, c'est un tableau sonore achevé,\nfort, éblouissant, original et très caractéristique. Nous y rencontrons\nseulement deux thèmes connus : celui du coq et de la reine de Che-\nmakha.\nLes autres sont nouveaux.\nLe programme du tableau du cortège est le suivant :\n« Des trompettes sonnent, le cortège triompal défile devant le palais.\nD'abord les musiciens du roi avec des airs importants et fanfarons, puis\nla suite de la reine de Chemakha, bariolée et bizarre, comme sortie\nd'un conte oriental. Il y a des personnages qui n'ont qu'un œil au front,\nd'autres ont des cornes, d'autres des têtes de chiens. Géants, nains, éthio-\npiens grands et petits, esclaves voilées portant des cassettes et des vais-\nseaux précieux. Enfin paraissent sur un char doré le roi et la reine ; le\npeuple se trémousse et pousse des cris d'allégresse, »\nLe commencement du cortège est construit sur la pédale de domi-\nnante (contrebasse et trémolo des timbales). Les fanfares de l'appel du\ncoq se font entendre de loin (la flûte et le hautbois imitent les trom-\npettes) et font place au motif principal du cortège."}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.86", "texte": "694\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nCe motif s'accroît ; les fanfares se rapprochent de plus en plus.\nLa sonorité de l'orchestre grandit. Le motif du coq passe aux cordes,\nen broderie de doubles croches. Le fragment du thème de la reine de\nChemakhâ est en contrepoint avec lui (violoncelles, bassons).\nLe crescendo amène le ton de sol majeur.\nPassent les guerriers :\nLe thème des guerriers remplit l'orchestre d'une grande sonorité avec\nles quatre cors de chasse caractéristiques. Il est écrit dans le style des\nchants de soldats russes, et par le caractère trivial et mêm e la ligne mélo-\ndique, rappelle un des thèmes du T\\ar Sultan. Ce thème, qui nous est\nprésenté paré de la plus riche couleur orchestrale, s'arrête, et fait place\nau thème oriental (la seconde augmentée caractéristique) qui passe dans\nles basses (c. bassi,celli, alti, fag, c. fag.) à l'unisson (I).\nLe thème est suivi des accords stacca des instruments à vent dans le\nregistre élevé, ce qui ajoute encore plus de caractère à cette musique,\ndont le rythme varie parles syncopes des cors. Et les perpétuels batte-\nments des timbales achèvent la richesse du coloris. C'est la suite de\nla reine de Chemakhâ.\nLe même thème sonne dans le haut registre (flûtes, hautbois) avec un\nrythme un peu changé.\nUn tableau remplace l'autre. L'orchestre s'apaise un peu et paraît\npiano (flûtes, hautbois) ; le thème court avec les staccati caractéristiques\npar tierces (J)."}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.87", "texte": "LE MOIS\n695\n\nLe thème est suivi des syncopes des violons, des altos et des cors et\ndes sons intermittents du triangle piano.\nTout l'ensemble fait l'impression de quelque chose de petit, mala-\ndroit, d'un piétinement sur place, en somme très amusant. Ce sont les\nnains.\nAprès les nains marchent lourdement par septièmes (unisson) les\ngéants (K) : contrebasses, violoncelles, altos, cors, bassons, contre-\nbassons. Les pas lourds sont soulignés par les coups de grosse caisse et\ndes cymbales. Cet épisode est très spirituel.\nLa sonorité de l'orchestre grandit. Immédiatement après lesseptièmes\ndes géants, sur le fond du thème du coq en doubles croches, exécuté par\nles violons, passe dans les basses un fragment chromatique du thème\ndelà reine de Chemakhâ. Ainsi qu'auparavant, il descend par tierce ma-\njeure (G), mais fortissimo, et après le fortissimo de tout l'orchestre\n{tutti), revient le thème des guerriers (E). Le thème de la reine de Che-\nmakhâ est en contrepoint avec ce thème tel quel et puis renversé (cor\nanglais, clarinette, clarinette basse, altos, violoncelles) (L)."}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.88", "texte": "696\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n*\n\nLe roi et la reine partent en leur char, entourés de leur suite.\nLe thème de la suite de la reine transperce ce magnifique tutti qui ter-\nmine, plein d'effet, le tableau du cortège.\nNotre analyse est terminée. J'ai voulu montrer la logique du discours\nmusical chez Rimski-Korsakov, son imagination et sa beauté, son\nesprit et la riche fantaisie, l'invention intarissable du compositeur à tra-\nduire chaque détail de son programme.\nMais l'analyse seule ne suffit pas. Il faut entendre la musique de\nRimski-Korsakov, pour apprécier tout le luxe de cette fantaisie où les\néléments russes se mêlent avec les éléments orientaux, apprécier la mélo-\ndie, l'harmonie, la vivacité et la diversité des rythmes, l'élégance et la\nrichesse de l'orchestration, le goût et le sain humour qui est partout.\nBien entendu, auprès des beautés du toutes les autres\nnouveautés des concerts Belaïev ont pâli. Mais comme ces œuvres\nappartenaient aux élèves de Rimski-Korsakov, tous doués, elles méritent\nquand même attention.\nW.-L. Senilov, J.-Th. Stravinski et M.-O. Steinberg: voilà les noms\nde jeunes auteurs qui ont à peine commencé leur carrière musicale, et\ndéjà ont su attirer l'attention sur eux.\nSenilov est sorti du Conservatoire de Saint-Pétersbourg en 1006. Il\nest l'auteur de deux poèmes symphoniques :\nd'après une nouvelle de Maupassant, et Pan, dont le programme est fait\npar lui-même -, un quatuor à cordes, un quatuor vocal,\n(Lermontov) et des romances. Toutes ces œuvres ont été exécutées à\nSaint-Pétersbourg et donnent le moyen de saisir la physionomie musicale\nde leur auteur. Je m'arrêterai d'abord sur le poème symphonique\nd'après Lermontoff, qui fut exécuté au concert Belaïev. La\nmusique du poème est écrite d'une façon intéressante, mais inégale, au\npoint de vue de l'inspiration autant que du style. L'impression mystique\nqui s'en dégage est caractéristique pour son auteur. Elle a trop de\nlongueurs et on sent l'influence de Richard Wagner.\nLa personnalité se manifeste dans l'harmonie audacieuse et cherchée,\ndans la manière de traiter l'orchestre, qui est sonore et coloré. Le\ndessin mélodique n'a pas de relief et ne paraît pas être le fort de\nM. Senilov.\nMais sa musique montre son goût personnel, éloigné du banal. Il\nest un des rares parmi les jeunes compositeurs russes qui cherchent de\nnouvelles voies dans leur art. Il est attiré surtout par la musique à pro-\ngramme. Il y voit l'avenir de l'art. La forme de la symphonie ne lui suffit\npas, gênant sa fantaisie poétique. Il n'est pas seulement musicien,\nmais aussi poète, ce que démontre l'idée et le programme de son\npoème symphonique Pan,où il a voulu chanter la beauté de l'ivresse\nde la vie que les Grecs ont attribuée à Pan. Il cherche à créer des formes"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.89", "texte": "LE MOIS\n697\n\nentières et non des esquisses, et la logique du développement musical\nest profondément liée avec la logique et l'idée du programme.\nL'autre auteur, encore plus jeune, Igor Stravinski, est le fils du\ncélèbre chanteur Théodore Stravinski, qui a longtemps chanté au\nThéâtre Impérial de Saint-Pétersbourg et créé beaucoup de rôles dans\nles opéras russes.\nLe jeune Stravinski a été un élève particulier de Rimski-Korsakov.\n11 est l'auteur de la symphonie en qui fut jouée\nl'hiver passé àun des concerts de l'orchestre de la Cour, et de la suite\nla Bergers et le Faune,pour orchestre et mezzo-soprano solo, exécutée\naux concerts Belaiev.\nLa suite paraît beaucoup plus personnelle que la symphonie, où on\nremarque les influences de l'école allemande jusqu'à R. Wagner et\nde l'école russe, surtout Borodine, Rimski et Glazounov. Le texte est\npris d'une poésie de Pouchkine, imitation de Parny, écrite dans la\njeunesse du poète, et qui manque de profondeur, mais est en revanche\ntrès fraîche et gracieuse. La jeune bergère est poursuivie par le sauvage\nhabitant des forêts, le faune, et elle se sauve de lui, en se jetant dans\nla rivière. Le compositeur a pris trop au sérieux les vers de Pouchkine.\nLe caractère pastoral aurait peut-être mieux convenu à ces vers. Les\ntrois parties de la suite : la Bergère et ont\ndéveloppé sans longueur tous les détails du texte. C'est l'orchestre,\nflexible et obéissant, qui dessine tout cela. Il y a du goût. L'harmonie\nest intéressante. Pour la partie vocale, elle est écrite d'une façon irré-\nprochable au point de vue de la déclamation : la prosodie du vers, les\npauses, le mouvement de la mélodie montant et descendant, les\ncrescendo et diminuendo,répondent tout à fait au texte. Mais quand\nmême la partie vocale manque de relief. Elle est écrite dans le médium\nde la voix et n'est pas avantageuse pour la chanteuse.\nDans l'ensemble, la suite ne manque pas de pages intéressantes; elle\nfait remarquer son jeune auteur, dont le talent va encore se développer\ndavantage.\nIl faut mettre un peu à part des deux précédents M. Maximilien\nSteinberg, qui est sorti du Conservatoire de Pétersbourg au printemps\nde 1908, avec la petite médaille d'or. Il a reçu en outre la prime du\nPalais Michel, i.500 roubles. Ses œuvres ont été jouées pendant qu'il\nfaisait ses études au Conservatoire.\nA Pavlovsk on a joué sa Suite de Aux concerts Belaïev de\nl'année 1906-1907 on a exécuté ses pour orchestre. Aux\nconcerts des élèves, au Conservatoire, on a exécuté un quatuor à\ncordes en la majeur,joué ensuite aux\nraine.\nC'est la symphonie en ré majeur que nous avons entendue. Elle"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.90", "texte": "698\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ndémontre un solide métier et se rapproche des classiques, Haydn,\nMozart, moins de Beethoven.\nL'influence de Mendelssohn et de Schumann et Brahms est sensible,\nsurtout celle des professeurs de l'auteur: Rimski et Glazounov. Il a\nle sens de la forme, qui est toujours achevée, élégante et plastique. La\npensée est claire et logique. La ligne mélodique est intéressante, jolie,\nles harmonies sont riches, sans être trop recherchées. On sent un goût\ninné, un talent vivant, qui n'a pas encore donné toute sa mesure, mais\nqui déjà s'est manifesté brillamment. La symphonie en ré majeur,\nachevée dès 1905-1906, porte toutes ces marques et son intérêt va en\ngrandissant. C'est un heureux début.\nCes trois compositeurs ont ceci de commun, que leur création ne se\nrattache pas à l'école nationale russe, quoique l'empreinte de Rimski-\nKorsakov se manifeste. Je ne veux pas par là déterminer le caractère\nde leur production, qui peut changer encore beaucoup, et cela est hors\nde doute, si leurs talents sont vivants.\nLes concerts de Belaïev ont fait jouer, en dehors des œuvres natio-\nnales de Rimski, une nouveauté d'un nationaliste indigène: M. J. Vithol,\naussi élève de Rimski-Korsakov, qui est sorti du Conservatoire de\nSaint-Pétersbourg en 1886, et depuis y remplit les fonctions de profes-\nseur de théorie musicale.\nîl est d'origine lithuanienne et il cultive les chants populaires de\nson pays, dont il a édité un recueil. Les sujets de ses compositions\nsymphoniques sont empruntés à la vie lithuanienne ou à l'épopée\npopulaire, ainsi son tableau symphonique ou l'ouverture\npour le conte lithuanien Spriditis (le jeune Berger), jouée aux derniers\nconcerts Belaïev.\nL'introduction est construite sur une chanson de berger lithuanien,\nqui est belle et touchante.\nSon caractère national est soutenu et elle renferme beaucoup de belle\nmusique, mais souffre quelque peu de ses longueurs.\nGlazounov, encore au collège, fut le premier compositeur russe qui\nfit la connaissance de M. Belaïev et qui le charma par son talent. Le\npremier concert symphonique de Belaïev, consacré aux œuvres de cet\nauteur, portait le modeste nom de Répétition.\nDepuis, le nom de Glazounov a figuré presque à chaque concert.\nPresque chaque année il produisait une symphonie ou une œuvre\nconsidérable pour orchestre. Maintenant les lourdes et multiples\nfonctions de directeur du Conservatoire lui enlèvent trop de temps,\net je me rappelle les paroles de V.-V. Stasov, qui se désolait de la\ndécision de Glazounov d'accepter les fonctions de directeur du Conser-\nvatoire."}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.91", "texte": "LE MOIS\n6gg\n\nMais Glazounov continue à composer, quoique moins qu'auparavant.\nIl a donne cette fois le Chant ouverture drama-\ntique (1907), qui a reçu ce nom, puisqu'il y figure un des thèmes de\nla cinquième symphonie de Beethoven, qui portait l'inscription du\ncompositeur : « Ainsi la destinée frappe à la porte. » Mais il faut dire\nque ce thème joue dans l'ouverture un rôle tout à fait intérieur et ne\nfait pas partie d'intéressantes combinaisons contrapontiques. Cette\nœuvre témoigne de l'habileté habituelle du musicien, mais n'ajoute\nrien à sa gloire. Les œuvres anciennes de Glazounov sont bien supé-\nrieures. C'était la seconde symphonie écrite en 1886,\net qui renferme des pages inspirées, dont le divin avec son\nlyrisme si doux écrit dans le style oriental, dans le genre de de\nRimski ; puis la brillante fantaisie l d'un orchestre éblouissant\nde couleur, dédiée à la mémoire de Wagner, dont elle porte l'influence ;\npuis la délicieuse première sonate (ut mineur), pour piano, interprétée\nd'une façon artistique par M. Kreutzer. Ce jeune pianiste (élève de\nMme Essipow au Conservatoire de Saint-Pétersbourg) a interprété\nd'abord le difficile concerto (ut dièse mineur) pour piano et orchestre\nde Rimski. Le pianiste a un toucher plein et agréable, les traits sont\ndistincts et élégants, une belle force, ainsi qu'une douceur dans le\npiano, les nuances sont bien réfléchies. Son métier est très accompli, il\npourrait peut-être travailler davantage le mouvement des octaves.\nDisons quelques mots des autres interprètes de ces concerts.\nMme V.-j. Scriabina joua le difficile, souvent capricieux concerto\navec orchestre de A.-N. Scriabine {fa dièse mineur, op. 20), dont le\nmilieu, andante, est particulièrement joli, ainsi que les Variations sur\nun thème de Glinka, par A.-K. Liadow, où l'auteur brille par l'élégance\net la plastique de son harmonie et par la richesse de sa fantaisie.\nLa pianiste est une excellente musicienne, mais manque un peu de\nforce dans son jeu.\nLa jeune cantatrice Mme Petrenko, de l'Opéra Impérial, qui interpréta\nla partie vocale de la Suite de M. Stravinski, possède un beau, sonore\net rond mezzo. Elle a su, grâce à son sentiment artistique, vaincre la\npartie bien difficile de la Suite. Elle a réussi beaucoup les trois chants\nde Moussorgski avec orchestre: Dors,\net le Hopak.\nC'est pour la première fois qu'ils étaient exécutés avec l'orchestre\n(orchestrés par Rimski).\nLe chef d'orchestre de ces concerts, M. Félix Blumenfeld, a eu une\ntâche bien variée et difficile.\nSi le tempérament parfois laisse à désirer, le sûr musicien apparaît\ntoujours. Il a surtout réussi la première symphonie de Borodine\nbémol majeur). Qu'elle est donc délicieuse I"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.92", "texte": "700\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nLa richesse de la fantaisie y est inépuisable, la nouveauté et la\nrecherche de l'harmonie, la brillante mélodie, le rythme vivant, souvent\ncapricieux, la finesse et en même temps la force de l'orchestre 1\nOn ne sait pas à quelles parties de la symphonie donner la préfé-\nrence : les extrêmes, larges, gigantesques, qui brillent de tout le relief\ndes tableaux épiques où passe la vie des masses populaires, ou les parties\ndu milieu, l'impétueux, spirituel schersi typique pour le talent de\nBorodine, ou le délicieux andantede caractère oriental, tout amour et\nvolupté ! Voilà une symphonie qui ornera n'importe quel concert !\n\nGrégoire Timofeiév.\n\nLettre de Londres\n\nUN OPÉRA\nVAngélus,opéra en 4 actes du Dr Naylor, vient d'obtenir tout àla\nfois un prix de 500 livres, offert par la maison Ricordi, en veine de\ngénérosité, et un éphémère succès de quelques représentations à Covent\nGarden. Le Dr Naylor doit s'estimer satisfait. On me dit que cet homme\nestimable, professeur de musique et organiste à Cambridge, est un musi-\ncien fort capable et un compositeur modeste dont la renommée jusqu'à\nce jour n'avait pas dépassé les murs de son collège ou l'enceinte du Cam-\nbridge Musical Club. L'on ne s'attendait pas à une œuvre originale,\ndigne ou d'arrêter les conversations des abonnés de Covent Garden ou\nde les faire fuir épouvantés ; mais l'on ne pouvait certes espérer une si\nadmirable médiocrité.\nTout d'abord, le livret, à la fois enfantin, prétentieux et philosophique,\nde M. Thorneley, se souvient de situations connues. Le ier acte rappelle\nFaust, le second les Huguenots,le 3e et le 4e\nNous retrouvons aussi des figures familières: moines chantant des can-\ntiques dans la coulisse, paysans d'opéra comique, nymphes de féerie ;et\nle seul personnage quelque peu nouveau, l'Ange de la Mort, ne nous\napparut pas autant terrible et même un peu ridicule, pour des raisons\ndiverses,.\nQuant àla musique du Dr Naylor, en somme il ya un chœur de\nfileuses, charmant, sur un joli dessin orchestral et un air de ténor à effet.\nSi nous en croyons M. E.-J. Dent, dans la l'auteur\nde VAngélus est un musicien remarquablement documenté ;il connaît,\ndit-il, son Verdi et son Wagner mieux que l'on ne croit, mais il sut"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.93", "texte": "LE MOIS\n701\n\nrésister à la tentation d'imiter ces maîtres. Et si l'on est hanté par quel-\nques réminiscences et de Wagner et de Verdi, c'est en dépitdu Dr Naylor.\nCe compositeur pense évidemment que la grandeur du succès croît en\nraison directe de la simplicité des moyens employés : ainsi renonça-t-il\nau système wagnérien des développements thématiques, aux harmonies\net aux effets de couleur à la Debussy, aux mélodramatiques brutalités\nd'un Mascagni, au charme facile d'un Puccini. Mieux encore, il semble\nque l'orchestration ait été à dessein arrangée en vue d'une réduction\npossible pour orchestre restreint, ce qui prouve que le Dr Naylor ne par-\ntage pas non plus les théories de Richard Strauss.\nIl apparaît chaque jour plus évident que les compositeurs anglais ont\nété pour jamais empoisonnés par deux influences néfastes : les oratorios\nde Haendel et les mélodies de Tosti.\n\nUNE SYMPHONIE\nL'on a fait et l'on fait encore beaucoup de bruit autour de la nouvelle\nsymphonie de Sir Edward Elgar, dont six auditions ont déchaîné un\ncrescendo d'enthousiasme soigneusement préparé, disent certains,\npar des intelligences d'un ordre autant commercial qu'artistique. Le\npublic, guidé malgré lui, applaudit avec excès une œuvre qui, sans tout\nce lançage, l'aurait sans doute laissé fort indifférent. Mais une émotion\npatriotique serra les gorges, et les critiques, pris d'un beau zèle, oppo-\nsèrent cette symphonie anglaise enfin finie et révélée à toutes les autres\nsymphonies allemandes ou françaises, lui découvrant des sens différents,\nun message pour les hommes de bonne volonté et bien d'autres choses\nencore. Un très intéressant article paru dans (que je citerai\nplus loin) fit scandale pour ce qu'il ne portait pas aux nues la nou-\nvelle œuvre de l'auteur du Dream d'ailleurs supérieur à\nladite symphonie.\nSymphonie sans titre mais à programme, comme le constate avec\nadmiration certain critique hebdomadaire, « c'est Opus 55, simple-\nment » ! Mais l'on y a pu voir « l'illustration de la vie et de l'œuvre\ndu général Gordon », « l'expression de l'Amour divin et de la pitié\ninfinie », « les pensées d'un philosophe stoïcien plutôt que d'un fils\nfidèle de notre Mère l'Église », « les innombrables phases de joie .et\nde douleur, bataille et conquête, et surtout le contraste entre l'idée et\nla matière, dans la vie humaine ». Et, mon Dieu ! peut-être est-ce tout\nsimplement une symphonie correctement bâtie, proprement laite,\nhonorable, studieuse, sans originalité, d'une austérité que l'on pourrait\nqualifier de « souci de la respectabilité » et, malheureusement, sans\nenvolée ni émotion ; toutes qualités qu'un critique encore résume en"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.94", "texte": "7 02\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nune phrase amicale si un peu lourde: « Il est rare, écrit-il, qu'une\ntelle unanimité de jugement ait prévalu à la naissance d'une sympho-\nnie ; cette unanimité est d'autant plus remarquable que la grande force\nde l'ouvrage est dans sa construction, son obéissance aux lois de la\nforme et de la cohésion, en opposition flagrante avec les élucubrations\nde ceux considérés par certains comme les représentants de la musique\nmoderne avancée. » Ah mais !...\n\nDES CONCERTS\n\nTout récemment, à l'occasion des concerts dirigés par Mr. Thomas\nBeecham, qui s'intéresse aux « jeunes » compositeurs britanniques, il\ny eut des discours et des grandes phrases. M. Beecham lui-même\nannonça à des invités de choix que l'Angleterre produisait actuelle-\nment des oeuvres comparables à n'importe quelles œuvres des compo-\nsiteurs allemands, russes ou français. Il aurait pu ajouter : « écrites\nil y a une trentaine d'années » si l'on en juge par les échantillons\nqu'on nous offre. Il y a d'ailleurs un groupe de musiciens fort intéres-\nsants, s'ils ne sont pas encore libérés des influences étrangères, et le\npublic anglais ne les apprécie pas à leur juste valeur exception\nfaite delà réception unique faite à la symphonie d'Elgar. —Il n'ap-\nprécie pas non plus, ce public, comme il le devrait, les œuvres de\nGabriel Fauré et de Vincent d'lndy, dont le\nadmirable,intense, lumineux, fut trèsdiscutéet trèsincompris, maisdont\nle Wallenstein,plus simple, triompha. Seul Claude Debussy est applaudi\nde parti pris. Je crois que ce musicien est le seul à qui on reconnaisse\nle droit d'être « moderne » (ils prononcent : « décadent ») ;on se pâme à\nses accords si on est «artistique» et de bon ton. On dit: «Ah! la\nmusique de Déboussy ! » avec un frémissement délicat. « Débussy,\nc est mon vice ! » me confiait l'autre jour une femme qui s'y connaît.\nQuel terrible malentendu!\nCertes, il est déroutant de voiries mêmes personnes se pâmer (moins\ndélicatement) aux harmonies faciles de Mme Butterfly, aux thèmes\nvulgaires de Tchaïkowsky. Et qu'importe après tout leur sincérité? Cette\npropagande inattendue donne l'occasion aux vrais musiciens d'entendre\nun peu plus de vraie musique. Ainsi la Société des Concerts français,\ndirigée par M. J.-T. Guéritte, a-t-elle consacré son premier concert\naux œuvres de Claude Debussy. Tout le programme, Mlle Luquiens,\nle quatuor, et surtout Ricardo Vines, admirable dans les et\nEstampes, fut applaudi longuement et chaleureusement. Mais moins\nde monde se pressait au second concert, d'ailleurs excellent, sans\ndoute parce qu'une dizaine d'œuvres de M. Albert Roussel quelle"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.95", "texte": "LE MOIS\n703\n\nqu'en soit leur valeur et même le Poème des montagnes ne suffisent\npas à attirer les foules. Il ne faut pas trop en demander à un public,\nsurtout londonien. L'entreprise est d'ailleurs intéressante et louable\nde vouloir initier Londres à la musique moderne française. Il est\nseulement à déplorer de ne voir sur aucun des programmes\nannoncés le nom de ce très personnel musicien, M. Albéric Ma-\ngnard.\nDes concerts d'un tout autre genre sont donnés à Oxford et à Londres\npar Mr. Donald Tovey, qui s'affirme, en même temps qu'un musicien\nérudit, un parfait symbole, autour duquel gravitent avec dévotion des\nfidèles, des élus, peu nombreux d'ailleurs, qui prient pour le salut\ndes damnés, c'est-à-dire des amateurs de musique moderne, Mr. Donald\nTovey mérite mieux que quelques lignes hâtives pour ce que son seul\nbut, le plus beau, le plus digne d'envie, est de ramener les âmes\négarées dans l'étroit chemin de la simplicité classique.\nC'est principalement à Oxford qu'opère ce pontife ; mais parfois il se\ndéplace, vient jusqu'à la métropole porter la bonne parole : il joue lui-\nmême, lourdement, bruyamment, ou préside aux destinées de ses qua-\ntuors à cordes, massivement bâtis sur des structures classiques, au\nTown Hall de Chelsea, quartier artistique entre tous, où parfois\nl'on rencontre, sur les quais, quelque soir de brume, les ombres de\nRossetti et de Whistler.\nEt n'est-ce pas une gloire bien méritée que Vanity Fuir, par les soins\nde son critique Mr. Francis Toye, s'occupe de Mr. Donald Tovey ?...\n« Cependant il y a un peu de Ruskin en Mr. Donald Tovey. ses juge-\nments musicaux, au lieu d'être esthétiques, sont moraux. Il ne peut ni\nnous faire danser ni nous faire pleurer. Peut-être ne le pourrait-il lui-\nmême jusqu'au jour où, quittant son palais, tel le Roi Pausole, il verra\nla vie telle qu'elle est. Cependant nous accueillons avec plaisir ces\nconcerts de Chelsea et nous suivrons avec intérêt la marche des évé-\nnements. Après tout, il se pourrait que Londres réformât Oxford ;\nOxford nous a réformés si souvent 1...»\n\nX.-Marcel Boulestin.\n\n« PELLÉAS ET MÉLISANDE » A COVENT GARDEN\n\nPelléas et Mélisande vient de triompher à Covent Garden en dépit des\nhabitués des loges, qui ne peuvent s'intéresser vraiment qu'à la musique\nitalienne, ancienne ou moderne, et en dépit du cadre beaucoup trop\ngrand pour une oeuvre si intime. Evidemment nou s n avons retrouvé à\nCovent Garden ni la silhouette chère de Miss Mary Garden, ni les\ncostumes délicieusement vagues, ni les décors mystérieux, ni latmos-"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.96", "texte": "704\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n*\n\nphère de l'Opéra-Comique. Les interprètes en général s'occupent de\nbien chanter, vêtus de costumes d'ailleurs laids, genre opéra historique.\nLe Golandde M. Bourbon est trop mélodramatique, comme le Pelléas de\nM. Warnery trop souriant ; mais M. Marcoux (Arkel) et l'orchestre sous\nla direction de M. Campanini ont été tout à fait admirables. Quant à la\nMélisande de M\"e Féart, il semble difficile de la juger sans parti pris\navec l'inoubliable souvenir des Mélisandes parisiennes : en somme, une\nbonne représentation par de bons artistes et un chef d'orchestre remar-\nquable, mais que résume parfaitement l'expression : « Ça n'est pas ça. »\n\nX.-M. B.\n\nMADRID\n\nSi nous prêtons peu d'attention, en France, au mouvement musical\nespagnol, la faute en est bien à nos voisins eux-mêmes, qui, dédaigneux\nde leurs propres gloires artistiques, n'ont d'yeux pour admirer, d'oreilles\npour entendre, et de mains pour applaudir que cela seul qui vient de\nl'Étranger, de cet Étranger mystérieux où tout est action, lumière,\nprogrès, où tout est beau, noble et grand. Quant à l'Espagne, elle fut\njadis la « première nation du monde »... sous Charles-Quint... Les com-\npositeurs d'alors valaient qu'on les écoutât : Morales, Guerrero, Cornes,\nVictoria, furent de solides gaillards que l'on consent aujourd'hui à accep-\nter sans défiance, lorsque tel orphéon de Pampelune ou de Barcelone\ndaigne interpréter leurs œuvres. Mais foin des « modernes », pauvres\ngens qui s'expriment en une langue si recherchée et si compliquée, et\nvivent les aimables Zar~tas ou bien encore vive Wagner I\nWagner est en effet le mot d'ordre des aficionados d'à présent.\nMadrid est en pleine crise de wagnérisme, à peu près comme Paris lors\ndes représentations de 1 Eden-Théâtre. Il fut impossible cet hiver de trou-\nver une place à l'immense 7 ea tro R pour les nombreuses et solen-\nnelles funciones de 1 Ocaso de los Dioses, soit du Crépuscule des Dieux...\nLes trois mille sieges du Colisee étaient enlevés d'assaut dès l'ouverture\ndes guichets par la même foule bruyante qui le dimanche suivant cou-\nrait à la Pla\\adiviniser l'élégance élastique de ou la rude\nvaillance de Machaquito...\nPendant ce temps les compositeurs bien espagnols se désespèrent. 01-\nmeda, Albeniz moururent sans que l'indifférence hautaine des Espagnols\nen fût émue. Perez, Casas, Conrado del Campo, Arregui, Villar, de Lara,\nLa Vina végètent attristés. Tous regardent avec envie cette Barcelone\ntant calomniée, où du moins la « solidarité » n'est pas une vaine devise\npolitique, mais une triomphante réalité.\nJe ne critiquerai pas cependant cet engouement furieux pour Wagner."}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.97", "texte": "LE MOIS\n705\n\nIl est utile. Wagner compris, c'est la régénération musicale de l'Espagne.\nQui doute qu'en France l'influence wagnérienne n'ait eu pour heureux\nrésultat d'enfanter par réaction le splendide mouvement actuel ? Quel\npublic français, avant l'invasion wagnérienne, applaudissait la musique\n« sérieuse » des jeunes compositeurs? Comprenait-on le talent classique\nd'un Saint-Saëns ? l'ardent mysticisme d'un César Franck ? La victoire\nd'un Debussy eût-elle été possible ?\nEvidemment non. Aussi convient-il défavoriser cette passion soudaine\npour le grand Allemand, de la laisser se développer, mûrir, et puis...\nmourir. Alors seulement le règne honteux de la observera ses\nétroites limites, et l'essor des « musiciens savants » delà Péninsule\npourra se déployer.\nPassons au mouvement musical des diverses sociétés madrilènes pen-\ndant l'année qui vient de s'écouler.\nLa musique de chambre la reine nous occupera d'abord. Je\nn'aime point le programme de la riche Sous le\nprétexte d'« éduquer » son public sélect, elle ne s'ouvre qu'à l'art étran-\nger, méprisant systématiquement les compositions d'auteurs espagnols.\nPuis, son objet étant d'inviter tout interprète de Iras los montes qui brille\nou semble briller de quelque éclat, on assiste à ce très curieux spectacle\nd'une société réunissant l'élite musicale de Madrid qui paye fort cher des\nartistes médiocres, interprètes d'œuvres médiocres, et ferme sa bourse à\nd'excellents artistes espagnols qui pourraient interpréter de fort bonne\nmusique indigène. Mais quelle Philharmonique n'est pas affligée de sno-\nbisme ?\nOn entendit donc le quatuor Tchèquejouant du très inégal Dvorak ; le\nquatuor Pétri détaillant de l'aride Max Reger ou du décousu Hugo Wolf;\nle trio Thibaud-Casals-Cortot ; les pianistes Clotilde Kleeberg et Ossip\nGabrilovitch ; enfin la schumanienne cantatrice Julia Culp.\nJe préfère l'ouvrage des deux quatuors madrilènes : le premier, le\ncuarteto Francés,révéla un joli, mais hâtif quatuor de Chapi, un solide\nquatuor de Zurron, un « dramatique » quatuor de Breton, un quatuor\nmalheureusement enfantin de Serrano, mais surtout six admirables\ncaprichos espanolesde Conrado del Campo, inspirés par lecture du\nHeine espagnol : Bécquer, et qui forment six beaux quatuors de belle\narchitecture, et tour à tour ardents, mystiques ou d'une rêveuse poésie.\nNous reviendrons d'ailleurs un jour sur ces œuvres et sur d'autres du\nmême auteur, quartettiste de premier ordre.\nLe cuarteto Velamit sur pied l'admirable quatuor en mi te de Federico\nOlmeda, le quatuor très espagnol de Villar et une gentille « suite » de\nVela. Les quatre jeunes gens qui composent ce sont de petits\nprodiges qui réalisent déjà un ensemble d'une cohésion parfaite, d'une\nfougue bien méridionale, d'une compréhension diverse qui leur permet"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.98", "texte": "70 6\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nd'aborder, pour l'enchantement des plus exigeants, Beethoven ou De-\nbussy.\nLes virtuosesne manquèrent pas à leur devoir, dont ils nous imposent\nle supplice. SaufTragô, qui joua bellement quelques pièces de\nd'Albeniz, on ne comprend point ce stoïcisme des grands mécaniciens\ndu piano qui consiste à faire entendre toute leur vie le même répertoire\n« classique » de leurinstrument. Sauer, que, comme pianiste, j'admire fort,\nme déplaît comme musicien, et encore plus Bellver, de Valence. Encore\nsont-ils tous deux « artistes » aux côtés du stupéfiant mais incompréhen-\nsible acrobate Joan Manén. On se prend, en face de tous ces «virtuoses »,\nà regretter l'art si sobre d'un Ricardo Vines ou le jeu si profond d'un\nLucien Capet.\nA l'Athénée de Madrid, la section de musique s'employa de son mieux\nà soutenir son docte renom. C'est dans la salle des Fêtes du grave édifice\nque pour la première fois la Société des instruments à vent manifesta sa\nvitalité. Le Sr Brandon y donna une conférence sur les chants galiciens,\net le célèbre critique d'art Chavarré disserta sur trois moments dans l'ex-\npression de la musique.Puis Maria-Luisa électrisa les « athénéistes »\npar son jeu éblouissant et toujours si musical. M. Jean Lioux (baryton)\nchanta d'une voix chaude et puissante, dans une large et belle déclama-\ntion, quelques pages célèbres de Wagner, accompagné par le signataire\nde ces lignes, qui, un peu plus tard, donna deux conférences-concerts sur\nles Paysages de Wagner.Enfin le Sr D. Miguel Salvador, excellent\ninterprète deJ.-S. Bach, donna sans doute le plus intéressant concert de\nla saison en exécutant avec le Sr Balsa les deux Concertos en do majeur et\nmineur pour deux pianos. Le Sr Salvador jeta en effet ainsi les fonde-\nments d'une Société J.-S. Bach, et nulle tentative n'est plus digne d'éloges.\nIl faut souhaiter un grand succès au « bachiste » convaincu Sr Salvador\npour son apostolat en faveur de la plus haute des musiques, dont la con-\nnaissance approfondie rendra les Espagnols moins indifférents à l'art\ndont ils furentjadislesmerveilleux championset qu'ilsont trop longtemps\ndélaissé pour la pseudo-musique ou la musiquette.\nQuant àla Compagnie orchestrale que dirige avec tant de précision et\nde maîtrise le Sr Arbôs,sa tâche fut aussi féconde que brève. Au cours\nde ses six concerts réglementaires, elle fit entendre du Bach, du Beetho-\nven, beaucoup de Wagner, du Franck (la du Debussy\n(Nuages), et des œuvres de quelques Russes (Borodine, Glazounov) ou\nautres septentrionaux {Finlande, de Sibelius).\nMais je ne la louerai point en cela.\nMes éloges par contre iront à son interprétation de quelques « jeunes»\nEspagnols. Et si de ces derniers elle n'obtint pas des œuvres « pure-\nment » musicales, en revanche elle ne manqua pas de poèmes sympho-\nniques intéressants. Le Sr Arreguî fit applaudir un envoi de Rome,"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.99", "texte": "LE MOIS\n707\nS. I. M.\n\nœuvre de jeunesse: la Entrada de la Maya, fragment d'opéra espagnol,\ndes plus colorés; le Sr La Vina ne réussit pas autant avec son interlude\ndes A mes mortes-,et l'on peut regretter le wagnérisme incurable du\nSrManrique de Lara dans son Rodrigo\nMais le Prologue de la Divine Comédie, trilogie du Sr Gonrado del\nCampo, et surtout l'étincelante Suite d'Airs de Murcie du Sr Pérez\nCasas, le « Strauss espagnol », obtinrent le triomphe dû au talent qui\ns'impose. Ces deux dernières œuvres sont trop importantes pour ne pas\ninsister davantage sur leur originalité de premier plan. Je leur consa-\ncrerai donc un prochain article. Dès maintenant, je me permets de les\nsignaler à l'attention de MM. Colonne et Chevillard.\nMadrid reçut la visite de R. Strauss, et le romantisme effréné\ntraconquit sans peine un public exceptionnellement apte à l'enthou-\nsiasme romantique. Il serait sans doute curieux de connaître l'accueil que\nce même public réserverait à un chef tel que M. Messager par exemple...\nIl est probable qu'il ne serait pas aussi chaud ; et pourtant... La latine\nEspagne manque un peu de cette raison souveraine qu'Athènes légua à\nla douce France. Et c'est dommage. Car ainsi s'égare facilement l'opinion\npublique. Les Espagnols ont admiré la direction de R. Strauss qui joua\ndu Mozart, du Beethoven, du Wagner, et cela prouve qu'ils mécon-\nnaissent encore et Mozart, etßeethoven et Wagner. Mais je ne désespère\npoint de les voir revenir à de meilleurs sentiments, s'ils écoutent les sages\nleçons que leur donnent et donneront les musieiens-apôtres dont je viens\nd'entretenir le lecteur. En eux réside l'espoir d'une future Espagne mu-\nsicienne. Aidons-les ; tendons-leur la main ; ne détournons pas d'eux\nnos regards comme nous en fûmes trop longtemps coupables. L'Espagne\nmusicienne est en« puissance de devenir ». Il ne tient qu'àfnous, vieux\nmusiciens, d'aider à cette éclosion dont quelques fruits précoces per-\nmettent d'envisager la magnificence.\n\nHenri Collet.\n\nLE HAVRE\n\nD'une saison copieuse je ne veux retenir que les concerts qui appor-\ntèrent quelque nouvelle information sur la musique [ancienne ou\nmoderne. Nous sommes encore trop souvent exposés à des concerts dont\nla variété n'égale que le manque de méthode : certains organisateurs (?)\nconvient des virtuoses, sans se préoccuper un seul instant du programme\nque ces célébrités pourront composer, et nous avons le spectacle lamentable\net trop fréquent de quasi-programmes où Sarasate s'accole à Bach et\nPopper à Schumann sans vergogne, et dans un sentiment de désordre\n\n7"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.100", "texte": "708\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nqui ferait trouver du génie au moindre gargotier qui se préoccupe de ne\npas mettre le lapin sauté avant le potage.\nSi bien que ces concerts ainsi composés s'ajoutent les uns aux autres,\nsans utilité, sans enseignement, avec le seul but de faire entendre des\nvirtuoses, race exécrable s'il en est une, alors qu'on n'aura jamais assez\nde sympathie pour les interprètes soucieux de méthode, de logique,\nd'histoire musicale, conscients de leur devoir qui est d'être l'humble\nserviteur des œuvres—et non point de traverser les œuvres àla façon\ndont les clowns traversent les cerceaux de papier.\nEn dépit des animosités et des incompréhensions que doit nécessai-\nrement rencontrer une entreprise de ce genre, le\npoursuit logiquement et inlassablement son dessein de montrer toutes\nles œuvres les plus attachantes de la musique française actuelle. La\ntâche n'est certes pas achevée : pour la saison prochaine, il se prépare\ndes auditions consacrées à Chabrier, à Paul Dukas, à Maurice Ravel,\nà d'autres encore plus récents ; puis d'autres saisons viendront où l'on\npourra passer en revue la production étrangère contemporaine, depuis\nl'école russe d'hier jusqu'aux écoles anglaises et espagnoles de tout à\nl'heure.\nCette saison-ci,les deux premières auditions furent dédiées aux œuvres\nd'Albert Roussel et à celles de Claude\nDéjà en 1907 le Cercle de l'art moderne avait fait entendre les Rusti-\nques et quelques mélodies d'Albert Roussel : l'intérêt et le dévelop-\npement de son œuvre rendaient cette audition souhaitable et nécessaire.\nL'andante du Trio, dans lequel l'auteur lui-même tenait la partie de\npiano, inaugurait cette audition.\nDe cet andante jusqu'à la sonate et à la musique de scène du Mar-\nchand de sable, il est attachant de considérer combien la personnalité\ndu musicien s'est peu à peu dégagée des influences de César Franck ou\nde Vincent d'lndy, pour atteindre à son originalité propre, faite de\ncharme délicat, de rythmes subtils, de colorations fraîches et nuancées,\nde thèmes harmonieux et qui savent garder souvent toute la fraîcheur\nde motifs populaires en y ajoutant une atmosphère spirituelle et\némouvante.\nLa sonate pour piano et violon et la musique de scène du Marchand\nde sable sont des œuvres plus pleines, mieux réalisées, plus atteintes\nmême que le Poème de la Forêt dont Chevillard donna cet hiver l'audi-\ntion intégrale ; ces œuvres sont précisément les plus récentes, et cela\nn est-il pas le meilleur témoignage de ce que nous sommes en droit\nd'attendre à cette heure d'Albert Roussel, maître aujourd'hui de son\nesprit et de sa technique.\nPour satisfaire au désir de plusieurs, les figuraient à\nnouveau au programme de ce concert ; de même qu'en 1907, ce fut"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.101", "texte": "LE MOIS\n709\n\nMUe Antoinette Veluard qui les proposa au public nombreux qui assis-\ntait à cette séance.\nDepuis dix-huit mois que nous ne l'avions entendue, les qualités de\ncette jeune pianiste se sont accrues ; la netteté de son style, la beauté du\nson et la souplesse de l'interprétation se sont encore développées :\ndans un ou deux ans d'ici, nous aurons en M,le Veluard une de nos meil-\nleures pianistes, une de celles, si rares, hélas ! qui se proposent de com-\nprendre vraiment ce qu'elles jouent et de l'exprimer avec amour.\nElle a interprété la sonate avec une clarté et une intelligence très\nsûres et un sens rare de la cohésion de son rôle à celui du violon que\nremplissait M. Bâillon. Ce jeune violoniste avait laissé ici des souvenirs\nexcellents ; nous l'avons retrouvé avec satisfaction. C'est un violon très\npur et très délicat, moins puissant que subtil et fin, un violon épris de\nsonorités suaves et de clarté, un beau violon selon la charmante tradition\nfrançaise.\nNotre concitoyen M. Maurech se joignit à M. Bâillon et à l'auteur\npour interpréter Yandante du Trio : nous avons déjà eu l'occasion de\nlouer pleinement cet excellent violoncelliste, un musicien comme il y\nen a trop peu dans notre ville et dans beaucoup d'autres, un interprète\nqui se dépense sans compter dès qu'il s'agit de véritable musique.\nC'est à une jeune cantatrice amateur de notre ville, Mlle Suzanne\nBerchut, qu'était échue la périlleuse mission de traduire cinq mélodies :\nles Adieux, Nuit d'automne, A u\nséparés et Flammes,ces deux dernières inédites et en première\naudition. Douée d'une voix souple et chaudement timbrée, et, chose plus\nrare, d'une extrême intelligence artistique, cette jeune interprète est\npour la cause de l'art moderne au Havre un très précieux appui : au\nreste, on sent à l'audition de ces mélodies qu'elle interprète ces œuvres\navec attachement.\nC'est la vertu des œuvres belles qui ne sont pas encore « du domaine\npublic » que d'être entourées de ferveurs profondes, averties et sincères,\net cela garde à l'interprétation une spontanéité, une fraîcheur et une vie\nqu'on chercherait en vain chez de plus illustres virtuoses.\nLa seconde audition du Cercle de (7 était\nconsacrée aux œuvres de Claude à dessein de poursuivre\nl'étude des différentes œuvres de musique de chambre, pour arriver peu\nà peu à avoir fait entendre l'œuvre du chef de la musique française\nactuelle en ses manifestations les plus diverses. Le programme com-\nprenait Prélude (extrait de la suite pour le piano), Images (ier recueil)\net Children's Corner. Un excellent pianiste anglais, Mr. Fran\\ Liebich,\nqui a souvent manifesté à Londres son goût pour nos œuvres modernes,\nétait cette fois chargé de traduire ces œuvres ; si l'on put reprocher\nune erreur de mouvement pris trop rapidement dans"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.102", "texte": "710\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nRameau,du moins M. Liebich a-t-il donné une excellente interprétation\ndes Reflets dans Veau et du Childrens\nUne saison du Cercle de l'art moder ne saurait se priver de l'art\nadmirable de Mme Jane Bathori-Engel.\nCette remarquable interprète traduisit, avec l'art délicat et simplement\némouvant qui est le sien et coïncide à de telles oeuvres, les adorables\nChansons de Bilitisdont l'audition avait été redemandee, et deux des\nProses lyriques.M. Engel interpréta les deux autres, avec une intelli-\ngence, une diction et un mouvement également prenants ; mais surtout\nle plus émouvant moment de cette audition fut l'interprétation des\ndeux scènes de Pelléas et Mélisandepar lesquelles on couronnait ce\nprogramme : la scène de la Chevelure et le dernier duo des amants\njusqu'à la mort de Pelléas.ll faut, en vérité, qu'une oeuvre contienne\nune vérité d'accent et une simplicité sincère surprenantes pour atteindre\nencore à cette impression sans le secours de l'orchestre, des décors, ni\ndu jeu des acteurs. Une simple audition, dans le caractère intime d'une\nétude entre amateurs passionnés de musique, Mme Engel-Bathori au\npiano et exprimant de sa voix chaude et simple l'âme passionnée et\nréticente de Mélisande, M. Engel, la partition en main, prêtant à Pelléas\nson inquiétude et son ardeur également justes et belles, —et ce fut là un\nmoment merveilleux d'émotion et de beauté, pour ceux qui, comme nous,\nentendirent Pelléas ; pour les autres, ce fut une invitation à l'aller\nentendre : c'était là pour le Cercle de l'art moderne remplir exacte-\nment son rôle et bellement, grâce à la conscience et àla faveur de tels\ninterprètes.\nNous avons eu la visite de quelques compositeurs.\nGeorges a dirigé à la Société Sainte-Cécile ses\noeuvre bien pesante et bien longue, non pas certes denuéed intéiêt,mais\nd'agrément, sans pour cela être substantielle. Cela n apporte rien de\nnouveau, ce qui n'est pas absolument nécessaire, mais cela n'apporte\nrien de bien significatif, ce qui est plus regrettable. M. Reynaldo Hahn\nvint faire se pâmer les snobinettes et les « dames sensibles » pour les-\nquelles la musique facile, sensiblarde et épidermique de cet auteur sont\nle dernier mot de la délicatesse et de l'art. Il parut comme conférencier,\npianiste, auteur, chanteur. Son principal mérite fut d'avoir consacré la\npremière partie du programme à des œuvres du xvine siècle, ce qui nous\nvalut la joie d'entendre entre autres choses une délicieuse sonate de\nBlavet (piano et flûte), mais ce qui nous valut d'entendre interpréter\nRameau par M. Hahn, avec un respect intermittent du styleet du carac-\ntère des œuvres. M. Hahn aurait intérêt à aller entendre Mme Landowska\nou Joachim Nin exécuter ces mêmes œuvres.\nSignalons encore une séance nécessairement excellente du Quatuor\nCapet et les deux conférences par lesquelles notre excellent confrère"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.103", "texte": "LE MOIS\n711\n\nHenry Woollettpoursuivit son cours d'histoire de la musique, l'une\nsur l'Epoque de la Sonate, la seconde sur Beethoven. Au cours de la\npremière, M. Woollett interpréta deux fragments d'œuvres extrêmement\nattachantes pour ceux qui ne pensent pas que la musique se limite seu-\nlement aux noms illustres, l'allegro et l'adagio de la Sonate en la\nmajeur de Philippe-Emmanuel Bach, et le Finale de la Sonate en si pour\npiano et violon de Rust,« ce précurseur de Beethoven que l'on veut\ntrop ignorer», comme dit si justement Joachim Nin dans sa courageuse\nbrochure Pour l'art.\nLes progrès sont longs dans l'éducation et l'extension du public vrai-\nment musicien, c'est-à-dire celui qui ne se satisfait pas seulement de\njouir, mais qui veut encore ordonner et justifier ses jouissances. Pour\nlongs que soient à se faire sentir ces progrès, ils sont déjà sensibles, et\nl'on parviendra peu à peu à coaliser une minorité puissante pour lutter\ncontre le fétichisme du virtuose, pour répandre le goût de la musique\nsincère et probe, le goût des études historiques musicales, et j'en sais\nquelques-uns ici qui verraient avec satisfaction établir des sections pro-\nvinciales de la 5. I. M., comme il en est en Angleterre de Vlncorpora-\nted Society of musicians. La Normandie compte ailleurs qu'en sa capi-\ntale des musicographes ; nous aurions tous intérêt, et l'histoire de la\nmusique peut-être, à grouper nos efforts, à établir dans cette province,\navec Rouen comme centre, un foyer d'études musicales que nos ardeurs\npourraient accroître.\n\nG. Jean-Aubry."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.104", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\nD DE LANGE. Exposé d une théorie de la musique. In-B°, 79 pp.,\nParis, Fischbacher, 1908.\nEncore une théorie de la musique ! quand nous serons au million\nnous ferons une croix. A vrai dire, celle-ci n'a guère d une théorie que le\ntitre ; la précision et la méthode scientifiques ne sont pas très familières\nà M. le directeur du Conservatoire d'Amsterdam, dont on suit malaisé-\nment la pensée quelque peu sibylline.\nDans un substantiel opuscule paru il y a dix ans, un excellent pro-\nfesseur de physique accusait les musiciens en général de se faire l'idée\nla plus fausse de ce que les physiciens appellent une théorie, et de se\ncontenter d'explications qui ne sont que des métaphores. Je frémis à\n1 idée du jugement qu'il porterait sur la brochure de M. de Lange. Par\ncontre, le brevet de compétence que se décernait un peu ingénument ce\nmême physicien ne l'empêchait point d'émettre quelques hérésies\nmusicales. Ne sutor ultra crepidam...\nM. de Lange abuse des formules telles que :« il n'est pas douteux...\nil est évident... » et il paraît bien les prendre pour des démonstrations.\nDès la page 10 il énumère sept propositions qu'il croit « avoir suffisam-\nment démontrées par ce qui précède » ; le lecteur médusé revient en\narrière et n'arrive pas à découvrir le plus modeste embryon de\npreuve.\nComme tous les constructeurs de gammes, l'auteur s'efforce de con-\ncilier des conditions incompatibles. Sa gamme majeure est formée des\nharmoniques 8, 9 et i o des trois premiers termes d'une suite de quintes ;\nainsi, en ut majeur, fa, sol, la, ut, ré, mi sol, la, si. Cela\ndonne déjà deux la qui différent d'un comma syntonique ; le second,\nquinte juste du ré,a lui-même pour quinte juste un second mi, et celui-\nci pour quinte juste un second si.Cette gamme comprend donc dix\nsons par octave, soit les sept termes d'une suite de quintes dont le se-\ncond est la tonique, et en outre les trois derniers termes baissés d'un\ncomma. Ou, .si 1 on préféré, c est la gamme de Zarlino augmentée d'un\ntroisième, d un sixième et d'un septième degrés pythagoriciens. M. de\nLange se flatte d obtenir ainsi, outre les trois accords parfaits majeurs\njustes, trois accords parfaits mineurs justes aussi. Mais ces accords\nmineurs ne sont pas divisés dans le rapport de la tierce mineure àla"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.105", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n713\n\ntierce majeure harmoniques : ils présentent une tierce mineure trop\nfaible d'un comma et une tierce majeure pythagoricienne.\nM. de Lange paraît admettre comme un dogme l'évaluation des in-\ntervalles en commas telle qu'elle est donnée par la plupart des professeurs\nde solfège : faut-il rappeler que le comma moyen des solfégistes (neu-\nvième de ton majeur) est un pur être de raison > Vous pouvez, si cela\nvous chante, diviser l'octave en 53 parties équivalentes, en attribuer 9\nau ton, 4 au demi-ton, ou au contraire, distinguant deux valeurs du ton\nde 9 et 8 commas respectivement, donner 5 commas a,u demi-ton ; vous\npourriez aussi adopter beaucoup d'autres divisions : tout dépend du\nrapport qu'il vous plaira d'établir entre le demi-ton diatonique et le\ndemi-ton chromatique. Mais tout cela, ce sont des tempéraments, et il\nsemble que vous n'en acceptiez pas le principe ! alors votre évaluation en\ncommas est une inconséquence. Vous croyez démontrer que est\nplus haut que ré bémol (ce qui n'est qu'une question de point de vue),\net vous ne vous apercevez pas que votre prétendue démonstration repose\nsur une simple convention bénévolement érigée en loi.\nLa gamme mineure de M. de Lange présente des intervalles très diffé-\nrents de ceux de même nom dans la gamme majeure (leur évaluation\nprêterait à diverses critiques); cependant, à l'en croire, la gamme mi-\nneure « n'est en réalité qu'une gamme majeure avec certaines modifi-\ncations ». Il y a quelques années, une notoire conférencière féministe\ns'étant écriée, dans le feu de son apostolat : « Après tout, entre l'homme\net la femme il n'y a qu'une petite différence ! » on entendit une voix\npartie du fond de la salle proclamer avec autant de conviction que\nd'accent britannique : « Hurrah pour lé pétite différence ! »\nSur le terrain véritablement musical, l'auditeur est mieux à son aise et\nses considérations sont parfois intéressantes. Mais lorsqu'il croit, de la\nmeilleure foi du monde évidemment, exprimer des idées personnelles,\nces idées ne sont pas toujours neuves. D'après lui, les deux tétracordes\ndisjoints dont se compose la gamme majeure appartiennent en réalité à\ndeux tonalités différentes et forment cadences, le premier de la tonique\nà la sous-dominante, le second de la dominante à la tonique. Comme\nconséquence de cette conception, déjà familière à nos théoriciens du\nxviii® siècle, il estime que le vrai type de la gamme a pour point de dé-\npart la dominante, et que la tonique en occupe le milieu : et ceci, c'est la\npensée favorite de Monsigny {Exposé succinct, etc., 1808. En l'attri-\nbuant à J. Klauser, Riemann, dans son retarde\nde quelque quatre-vingts ans). Ses remarques touchant l'influence de la\nphrase rythmique d'un fragment de la gamme sur son interprétation har-\nmonique sont dignes d'attention, mais c'est un point sur lequel Galin\ninsistait déjà fortement. Je viens de nommer là deux des victimes de\nFétis, quelque peu oubliées ou méconnues, qu'il conviendrait peut-être"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.106", "texte": "714\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\nJ\n\nde réhabiliter, Galin particulièrement. C'est bien à tort qu'en dépit\nmême de ses protestations formelles, on ne voit en cet admirable pro-\nfesseur de solfège qu'un apôtre de la notation chiffrée. L'emploi des\nchiffres i à 7, parmi beaucoup d'autres moyens de désigner les sons,\nest chez lui un simple procédé pédagogique provisoire. M. de Lange\nleur fait jouer précisément le même rôle.\nIl serait d'un intérêt capital de saisir la gamme à l'état naissant, chez\nles primitifs de la musique ; malheureusement cela nous est impossible.\nC'est une erreur trop commune quede confondre exotique avec primitif.\nLa musique des peuples d'Extrême-Orient, par exemple, pour étrange-\nment qu'elle puisse affecter nos oreilles, n'en est pas moins le produit\nd'un art très savant, affiné par des siècles de culture. Aussi les conclu-\nsions que M. de Lange prétend tirer d'observations faites par lui sur des\nmusiciens javanais ne me semblent-elles nullement légitimes. N'est-il\npas bien risqué de traiter les Javanais de « peuples sans aucune civili-\nsation », si tant est, ce dont je doute, que cette expression offre un\nsens?\nM. de Lange attribue à l'harmonique 7 un rôle important dans la for-\nmation historique de la gamme ; cependant il ne lui fait aucune place\ndans la sienne, bien qu'il soit enclin à le voir partout, même où il n'est\npas. C'est par ce son que débuterait, selon lui, le motif du sommeil\nde Brunnhilde ;et quand on lit do dièse dièse dièse mi, la\npremière note serait en réalité un ré un peu bas. Cela me semble tout à\nfait inadmissible ; et je ne puis m'empêcher de croire que cette opinion\neût valu à M. de Lange, de la part de Wagner, une gourmade comme\ncelle dont Ries futun jour menacé par l'auteur de\nG. ALLIX.\n4\nKleine Handbucher der Musikgeschichte.\nMann Kret\\schmar. Band 11. GESCHICHTE DER MOTETTE von Hugo\nLeichtentritt. Leipzig, Breitkopf et Hàrtel, 1908. In-B°, 453 pp., 8 M.\nLe sujet de ce livre est considérable, puisque M. Hugo Leichtentritt\ny écrit Y Histoire du Motet,depuis l'origine jusqu'à notre temps. Il ac-\ncomplit sa tâche en 14 chapitres: 1. L'ancien motet français. 2. Tran-\nsition vers la première école néerlandaise. 3. La deuxième école\nnéerlandaise. —4. Josquinde Près et les maîtres de la troisième école\nnéerlandaise. 5. Orlando di Lasso. 6. Palestrina et l'école romaine.\n7. L'école vénitienne jusqu'à Giovanni Gabrieli.—B.Le style du motet\nconcertant à Venise et à Rome. —g. Le motet allemand jusqu'à 1600\nenviron. 10. Le motet allemand de Heinrich Schûtz à J.-S. Bach.\n11. Le motet espagnol. 12. Le motet français. 13. Le motet anglais.\n14. Le motet depuis J.-S. Bach. Dans ces chapitres, M. Leichten-\ntritt montre qu'il connaît parfaitement tout ce que l'on a publié de mo-"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.107", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n715\n\nTets anciens, et une très grande partie de ce que l'on en a réuni, en par-\ntition, dans des collections manuscrites. Par ses travaux personnels,\nd'ailleurs, il a augmenté le nombre des textes édités. La matière de son\nouvrage est, ainsi, très ample. Il l'expose avec la plus grande clarté, et\ndonne d'excellentes analyses des œuvres principales, où il distingue\nheureusement les traits significatifs. Les citations musicales sont nom-\nbreuses, et fort intéressantes. Enfin, par ses jugements, M. Leichten-\ntritt ne nous apprend pas seulement qu'il sait l'histoire de la musique,\nmais qu'il aime la musique. Et son œuvre en est toute vivifiée. Les cha-\npitres où il traite de Josquin, de Palestrina, de Gabrieli, séduiront, autant\nqu'ils les instruiront, les musiciens français qui se plaisent aux chants\nalertes, précis, élégants ou somptueux du seizième siècle; personne,\nencore, n'avait si justement décrit l'art de Roland de Lassus, le maître\ningénieux et touchant ; nous ne trouvons en aucune autre étude une\nappréciation aussi nette de l'œuvre de Schiitz et de ses contemporains\nd'ltalie ; Hammerschmidt, le « bon Hammerschmidt », dont les motets\nfurent chantés jusque dans les moindres bourgades allemandes, nous\nest présenté en quelques pages des meilleures. Nous regrettons cepen-\ndant que M. Leichtentritt n'ait fait que citer (p. 357) les noms de cer-\ntains maîtres allemands du xvne siècle et qu'il en ait, délibérément,\nlaissé de côté un grand nombre, parmi les compositeurs allemands de\nmoindre valeur. Car nul, mieux que lui, ne pouvait nous les faire con-\nnaître. Que s'il ne nous dit rien des motets de Claudin Le Jeune (je si-\ngnale, en particulier, le motet à 5 voix ou de du\nCaurroy (la forme et récriture n'en sont point vulgaires, voyez, par\nexemple, l'Ave Maria des Preces ecclesje ne peux blâmer que\nles historiens français, qui ont laissé dans l'oubli ces compositions, et\nbeaucoup d'autres, que l'on commence à peine à découvrir.\nJe sais bien que l'on peut considérer la plus grande partie de ces œu-\nvres du xviie siècle allemand comme des « Concerts spirituels », et qui\nseront étudiés dans un autre volume des Kleine Handbucher der Musik-\ngeschichte. Observons pourtant que tel Lamento de J.-Ph. Krieger\npour basse, violon, 2 violes de gambe, basson et continuo, n'es\npoint mentionné, tandis que, écrit pour alto, violon, 3 violes et conti-\nnuo, nous est, sinon analysé, du moins nommé, un autre de\nforme analogue, attribué, dans un manuscrit de la bibliothèque de l'Uni-\nversité d'Upsal, à Heinrich Bach.\nSans chercher plus longtemps ce que M. Leichtentritt ne nous a point\napporté, il convient surtout de le louer, encore une fois, pour tout ce\nqu'il nous donne. Nous ne pouvons que souhaiter de lire bientôt un\nnouvel ouvrage de M. Leichtentritt, par exemple sur Reinhard Keiser,\nqu'il a déjà si bien étudié, mais sur qui, je le sais, il a beaucoup de\nchoses encore à dire, et de fort belles.\nPIRRO."}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.108", "texte": "716\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nOUVRAGES REÇUS\nRichard STRAUSS. Le traité d'orchest\nmentaires et adjonctions,traduits de l'allemand par E. Closson.(Lpz.,\nC. F. Peters, 1909, in-40 de 92 pp.)\nPÉRICAUD (Louis). Le théâtre de Monsieur. (Paris, Jorel, 1908, in-\n40 de 150 pp.)\nKNOECKERT (G.). Rationelle Violintechnik, aus dem franzœsichen,\nueberset\\t vom Verfasser. (Lpz., Breitkopf, 1909, in-8° de 80 pp.)\nVERSEPUY (Marius). Chansons d'Auvergne, IRC et 2E série. (Heugel,\n2 vol. in-40.)\nJahrbuch der Musikbibliotheck Peters, herausgegeben von Prof. R.\nSchwart\\.(Lpz., 1909, in-40.)\nKon\\ert-T aschenbuch fur die Saison igop-igio, herausgegeben von\ndem Em (Munich, 1909, in-i2.)\nCAMILLE BELLAIGUE. Les époques Deux volumes.\nParis, Delagrave.\nHENRI LICHTENBERGER. Wagner.Collection des maîtres de la\nmusique. Paris, Alcan.\n\nNÉCROLOGIE\n\nAprès Olmeda, voici qu'un nouveau musicien espagnol, et des plus\ngrands, vient de mourir. Isaac Albefiiz,que l'inévitable intruse vient de\ndélivrer, à Cambo, d'un mal qui ne pardonne point, fut en effet l'une\ndes figures les plus curieuses de la moderne renaissance musicale espa-\ngnole. Il était né à Camprodôn, dans la province de Gérone, le 29 mai\n1860, et fut bientôt cité comme un enfant prodige. Jeune encore, il par-\ncourut les principales « poblaciones » espagnoles en donnant des con-\ncerts de piano et s'avérant déjà virtuose exceptionnel. Après diverses\n« tournées » triomphales à Cuba, à Puerto-Rico, aux Etats-Unis, il\npartit pour Leipzig dans l'intention de parfaire ses études techniques.\nEn Allemagne, il connut Liszt qui s'intéressa beaucoup au jeune\nCatalan. Dans ces milieux germains si favorables au labeur sérieux et\nprofitable, Albeniz acquit assez de maîtrise pour être en état d'aborder la\nhaute composition, tout en conservant cette liberté d'allure, cette char-\nmante négligence et cette spontanéité par quoi l'Espagne demeure impé-\nnétrable au pédantisme teuton."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.109", "texte": "NÉCROLOGIE\n717\n\nMais l'Allemagne lassa cet esprit si latin. Albeniz vint donc en France.\nLAthènes moderne lui voulut bien sourire. Et dès lors, ce fut le succès.\nJJn richissime Anglais, intelligent Mécène, lui accorda une pension ; les\nthéâtres ouvrirent leurs portes à la « zarzuela »\nFlorida, à Henri Clifford, Opal Magic, Merlin, surtout à l'Ermitage\nfleuri et à Pépita Jimène\\; les concerts des grandes sociétés acceptèrent\nsa Suiteverveuse : Catalonia; enfin Ricardo Vinès, pianiste sans pareil,\nfit vivre sous ses doigts bien espagnols soit la Suite, soit les Chants\nd'Espagne,soit enfin l'éblouissante I\nQuelle est la valeur de ces œuvres si diverses, c'est ce que nous avons\ndit dans cette revue même (Cf. i 5 septembre 1908). Nous ajouterons à\nnotre analyse antérieure le vœu d'une représentation de la\nJiméneç à l'Opéra-Comique. L'Espagne indolente ignore encore le génie\nd'un de ses plus glorieux enfants. Un succès parisien peut seul donner à\nAlbeniz la popularité qu'en son cœur il désirait tant. Chose curieuse !\ncette musique que nous trouvons si « espagnole » ne trouve que peu\nd'échos dans l'âme des Madrilènes ou des Sévillans... Des recueils de\nsecond ordre, tels que la Suite espagnole ou les recueil-\nlent assez d'applaudissements ; mais à l'admirable l'lbérie noncha-\nlante demeure fermée. L'Espagnol n'aime point en général que l'on\nmalaxe ses chants populaires ; il les veut intacts ou bien discrètement\naccompagnés. Aussi bien l'orchestration d'un Chapi, ce « zarzuelier »\nqui eut souvent de la grâce, l'enchante-t-elle bien plus que la parure si\ncolorée mais fantaisiste de la Catalonia.Mystère ! que les plus savants\nne sauraient expliquer...\nAlbeniz est donc nôtre, malgré son exotisme apparent. Nous évoquons\nen entendant son Iberia,par exemple, bien des paysages, bien des sensa-\ntions, bien des sentiments dont un Espagnol sourirait sans doute.\nL'impressionisme musical d'Albeniz est souvent plus debussyste ou\nplus fauréen qu'espagnol. Mais aussi à ce contact français il acquit une\ngrâce fluide, une ardeur claire, une précision nerveuse, qui le rendent\nbien précieux aux yeux de tout vrai musicien, et qui eût enchanté\nNietzsche, qui rêva d'un art méditerranéen dont lui parut être\nl'ébauche.\n\nHenri Collet."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.110", "texte": "Le prix de Rome.\nL'Académie des beaux-arts, toutes sections réunies, avec MM. Emile\nPessard, Ch. Lefebvre et Gabriel Pierné comme jurés supplémentaires,\na rendu le jugement suivant :\nPremier grand prix de Rome : M.Jules Mazellier.\nPremier second grand prix :M. Noël Gallon.\nDeuxième second grand prix :M. Marcel Tournier.\nLe poème imposé avait pour titre : la Roussalka et pour auteurs\nMM. Eugène Adenis et Fernand Beissier ; il comportait trois person-\nnages : un soprano, un ténor et un baryton.\nLes trois lauréats sont élèves de M. Lenepveu.\nM. Mazellier avait obtenu le deuxième second grand prix en 1907 ;\nla première récompense lui avait été enlevée, l'année dernière, par\nM.André Gailhard. M. Mazellier avait pour interprètes : MUe Nicot-\nBilbaut-Vauchelet, MM. Muratore et Jean Reder ; accompagnateurs:\nMM. Léon Moreau et André Salomon.\nM. Noël Gallon est à peine âgé de dix-sept ans ; il concourait pour\nla première fois. Ses interprètes étaient : Mme Auguez de Montalant,\nMM. Franz et Duclos ; accompagnateur, M. Edouard Risler.\nM. Marcel Tournier avait comme interprètes : Mlle Demellier,\nMM. Francell et Dufranne ; accompagnateurs, MM. Ghadeigne et\nBoulnois.\nRappelons qu'il y avait seulement cinq concurrents. MIU Nadia Bou-\nlanger (deuxième second grand prix en 1908) et M. Marc Delmas (qui\navait obtenu une mention) sont restés sur le carreau cette année.\nLe Vieil Aigle.\nM. Raynaldo Hahn, critique musical du a cédé une plume\nexperte à l'illustre Intérim, collaborateur assidu de toutes les feuilles\nparisiennes et provinciales, qui a célébré l'œuvre de M. Gunsbourg en\nce langage montécarlien, bien supérieur au français pour la truculence\ndes épithètes et la hardiesse des métaphores :\nDans /'enchantement et ébiouissement du gala de la Presse où, entre\nautres merveilles, nous eûmes l'unique Roméo et Juliette"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.111", "texte": "NOS ÉCHOS\n\n719\n\navec Smirnow et Lipkowska,le Vieil Aigle\ndans ses serres puissantes le cœur et\nOn avait déjà applaudi à Monte-Carlo cet opéra rapide, chaleureux\net nerveux. On le connaît. C'est une œuvre brève, intense, brutale et pas-\nsionnée. Poète et musicien tout ensemble, l'auteur s'est interdit tout déve-\nloppement, toute digression. Ilfrappe. Il happe l'émotion et le pathétique.\nIl a enveloppé étroitement la situation\nles sentiments excessifs, le pathétique\nC'est une gageure et un tour de force\ncrise de grandeur et de douleur, de s\nTout lutte, le sentiment et l'appétit,\nnelle, et la musique de Gunsbourg naît avec son poème même, sans\nrecherche, mais non sans trouvaille ou retrouvaille, spontanée, au petit\nbonheur, dans un grand souffle de fatalité, riche de couleurs et de nuan-\nces, révélatrice, énergique, psalmodique et tendre, désespérée et fréné-\ntique, rauque et fervente, toute sensualité et toute douceur.\nLa rivalité amoureuse et fougueuse du vieux Khan Asvad el Moslaïm\net de son propre fils Tolaïk autour\nphysique et morale du vieux chef gigant\nson fils tout ce qu'il demanderait, sa magnanime et effroyable résignation,\nle pacte de mort conclu entre les deux hommes pour la dolente et char-\nmante proie, les câlines effusions de Zina et son ensommeillement enchanté\nvers la mort, la tristesse surhumaine du Titan esseulé, c'est un seul\nthème mélodique où il ya le déchaînement\nexaspérée, les paroxysmes de la passion, de l harmonie et du lyrisme\nmélancolique. Dans les phrases chanté (sic !)\nétats d'âme éclatent, les artères battent, la jurie sourd : c'est la chair\nqui crie, c'est l'instinct contre le bonh\ninvinciblement. Chaliapine a été un fo :\nvoix d'une profondeur et d'une autorit\nmimique éloquente, son geste inspiré,\na été aux nues : il a interprété le Cantique des Cantiques, l Ecclésiaste\net le Miserere ensemble : c'est prodigieux.\ndu fils Tolaïk, a eu les accents les plus forcenés et les plus harmonieux,\nl'ardeur la plus sauvage, le désir le plu\nà Mme Marguerite Carré, pâmée, aimante, s'abandonnant, caressante et\nlentement, suavement mourante, elle a\ntriomphante.\nIl n'était que temps, après les bravos\nplace à l'admirable Bréval, à l'ensorcelante Cavalieri, a l'impérieux\nMuratore : c allait ressembler à une prise de possession à VAcadémie\nnationale de Musique...\nEt Léon Jehin a conduit le Vieil Aigle à la victoire de tout son cœur."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.112", "texte": "7 20\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nFestival Chopin.\nIl a été célébré au Trocadéro, par Jes soins de Mme Félia Litvinne à\nla voix imperturbable, de M»e Pavlova, dont la virtuosité a su rester\ngracieuse, et de ces deux pianistes, M. Raoul Pugno et Mme Wanda Lan-\ndowska, de qui les interprétations opposées, l'une brillante et l'autre\ndélicate, ont pu satisfaire tous les goûts, sans excepter le bon. L'authen-\ntique piano du musicien est dans un état de conservation qui fait hon-\nneur aux procédés de la maison Pleyel.\nConcerts de musique française\nM. Jacques Durand aeu la pieuse pensée de célébrer la mémoire de\nson père par quatre concerts, consacrés à la musique française, qui lui\nfut si chère. Ils auront lieu à la salle Gaveau, les 18 et 25 février, 3 et\nII mars 1910, sous la direction de MM. Rhené-Baton, André Caplet,\net des auteurs, avec les programmes suivants :\nlERIER CONCERT\nD'INDY Prélude du 3e acte de\nROGER-DUCASSE Suite Française.\nAUBERT Fantaisie pour piano et orchestre.\nSAINT-SAENS 3E Symphonie.\n2E CONCERT\nDukas Prélude du 3e acte\nSAINT-SAENS Airs de Ballet de Parysatis.\nDEBUSSY Le Jet d'eau. Chant et orchestre.\nRHENÉ-BATON Variations.Piano et orchestre.\nD'INDY 2E Symphonie.\n3e CONCERT\nSAINT-SAENS Ouverture d'Andromaque.\nRAVEL Rapsodie espagnole.\nDEBUSSY Rondes de Printemps.\nD'INDY Fantaisie pour hautbois et orchestre.\nWITKOWSKI Symphonie.\n4E CONCERT\nNDY Jour a l Eté à la Mo\nSAINT-SAENS Phaëton.\nCAPLET A- Prélude, chant et orchestre.\nB. Angoisse, id.\nKAS L Apprenti Sorcier.\nDEBUSSY La Mer."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.113", "texte": "NOS ECHOS\n721\n\nUn legs bien placé.\nNous sommes heureux d'apprendre que par testament M. Auguste\nDurand a fait don d'une somme de deux mille francs à la Société de\nsecours mutuels et de prévoyance des Employés du commerce de\nmusique de Paris.\nGenève.\nM. Jaques-Dalcroze vient, avec le concours de huit de ses élèves,\nd'exposer les principes de sa méthode de gymnastique rythmique à\nStuttgart, à la fête des musiciens allemands. A la suite de cette séance,\nà laquelleassistaient les plus hautes notabilités musicales de l'Allemagne,\nM. MaxMauer, directeur du Conservatoire de Stuttgart, décida de rendre\nobligatoire dans toutes les classes la méthode de notre concitoyen et\nd'en confier l'enseignement à l'un de ses meilleurs disciples, Mlle Mitzl\nSteinvvender, élève aussi de notre Conservatoire. Le surintendant du\nThéâtre de Stuttgart, le baron de Putlitz, a prié M. Jaques-Dalcroze\ndevenir, dans le courant de l'hiver prochain, donner un cours aux\nartistes de l'Opéra et d'appliquer ses théories à la mise en scène d'une\nœuvre lyrique.\nVoici quelques extraits des critiques parues à l'occasion de la confé-\nrence :\nDe la Schwabische Kronik. « Les ovations d'un public remplissant\njusqu'au moindre recoin de la salle de fête, témoignaient d un enthou-\nsiasme si délirant que l'on peut considérer la conférence de M. Jaques-\nDalcroze comme un des clous de la fête. »\nDe la Kœ Inische Zeitung. —« M. Jaques-Dalcroze se propose, à l'aide\nde son enseignement spécial, de développer les facultés motives des élèves\nmusiciens ; les exercices exécutés par huit jeunes filles et enfants ravi-\nrent le public par leur diversité et les résultats acquis le surprirent\nau plus haut degré. Une tempête de bravos prouva le grand intérêt sus-\ncité par cette démonstration. »\nDe Berliner Bœrsen Courrier :\n« La démonstration des élèves prouve combien il est facile, par cette\nméthode, de développer le sentiment du rythme,et il futparticulièrement\ninstructif d'observer comment le sens du contrepoint intérieut peut être\néveillé et développé chez l'enfant musicien. Toute la démonstration fut\naccueillie par les musiciens avec le plus vif intérêt, et leur vœu général\nétait que la méthode de Gymnastique rythmique de M. Jaques-Dal-\ncroze soit introduite dans tous les Conservatoires de musique. »\nSociété des Auditions modernes.\nLa Société des Auditions modernes (sous le haut patronage de\nM. le sous-Secrétaire d'Etat des Beaux-Arts) rappelle que les manus-"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.114", "texte": "722\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\nLe Gérant : MARCEL FREDET.\nPoitiers, - Société française d'lmprimerie\n\ncrits d'oeuvres inédites de musique de chambre devront parvenir\nau secrétariat, 22, rue Rochechouart, le i 5 septembre prochain, pour\nla session 1909-1910.'\nComité de lecture : MM. Paul Vidal, président, G. Chevillard, Paul\nDukas, S. Lazzari et Paul Oberdœrffer, fondateur.\nPour tous autres renseignements, s'adresser à M. Oberdœrffer, ng,\nrue de Rome.\nERRATUM. Deux erreurs typographiques se sont glissées dans le\ncompte rendu de la Flûte enchantée par M. Georges Servières: page 594,\nlire: au lieu de vin, de Veau claire et non : et d'eau claire ; page 598,\nlire : L'homme y est aimé de son frère,et non :\nA PROPOS DE STEPHEN HELLER. L'article de M. Georges Servières sur\nStephen Heller, publié dans notre dernière livraison, nous a valu une\nlongue et intéressante lettre de M. L. de Froberville, d'où il ressort que\nla signature Eugène de Froberville, sous laquelle a paru une biographie\ndu musicien dans la Galette musicale en 1841, est celle du père de\nnotre correspondant.\nRECTIFICATION. Une erreur de typographie a empêché notre col-\nlègue chargé des Concerts de rendre compte, au mois dernier, de la très\nbelle audition donnée par Mme Capoy àla salle de Géographie. Nous\ntenons à réparer cet oubli, et à dire à notre éminente collègue combien\nnous regrettons cet incident imprévu."}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.115", "texte": "A L'OPÉRA\n\nLA SCÈNE. - VI\n\nM. LEROUX"}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.116", "texte": "LA SCÈNE. - VII.\n\nM. FABERT DANS LE ROLE DE MIME"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.117", "texte": "L'ORCHESTRE. - VI\n\nM. DELHAYE\nM. LAFORGE\n\nM. LEPLAT\nM. PILARDAUT"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19090715-01.1.118", "texte": "L'ORCHESTRE. - VII\n\nM. RABAUD"}]}