{"numero_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_sha256": "49a3571cc77c8a30129ac1a66cfd620244b1e80bd219847616e52281f56aeb5b", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1909/10/15_01/bmtnabh_1909-10-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1909/10/15_01/bmtnabh_1909-10-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.2", "titre_corps": "BILLET IN DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES", "titre_sommaire": "BILLET IN DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.1", "debut_caractere": 283, "fin_caractere_exclue": 594, "texte": "BILLET IN DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES\nI seignement musical : Lettre de M. Bourgault-Ducoudray•\nLE PROFESSEUR HUGO RIEMANN, par J. ECORCHEVILLE * NOTICE HISTORIQUE SUR LA\nELLE, par E. DE BRICQUEVILLE * PRÉLUDES JAVANAIS, par SASTRO PRAWIRO * SANC\nMAIRES DE MUSICIENS, par MAY DE RUDDER * LE MOIS * BIBLIOGRAPHIE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c003", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 7, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.3", "titre_corps": "A nos Lecteurs", "titre_sommaire": "A nos Lecteurs", "signature_source": "LA DIRECTION", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 494, "texte": "A nos Lecteurs\nUNE BONNE NOUVELLE\nLA DIRECTION.\nNOUS SOMMES HEUREUX D'ANNONCER A NOS\nLECTEURS QUE NOTRE\nM. GASTON CARRAUD, V\nMAIS RÉSUMER LES\nMENTS DE LA VIE MUSICALE A PARIS, DANS\nUNE CHRONIQUE MENSUELL\nS. I. M.\nIL NOUS EST INFINIMENT AGRÉABLE DE\nPOUVOIR INSCRIRE LE M. GASTON\nCARRAUD EN TÈTE DE LA LISTE DE NOS\nCOLLABORATEURS. TOUS\nRESSENT A NOTRE SOCIÉTÉ ET A SON BUL-\nLETIN APPRÉCIERONT C\nRITES I)E CE CONCOURS\nLA PREMIÈRE CHRONIQUE M.GASTON\nCARRAUD PARAITRA DANS LE NUMÉRO I)U\n15 NOVEMBRE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c004", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 10, "image_fin": 14, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.4", "titre_corps": "Notre enquête sur l'enseignement musical", "titre_sommaire": "Notre enquête sur l'enseignement musical", "signature_source": "E.-A. Bourgault-Ducoudray", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.10", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1123, "texte": "Notre enquête sur l'enseignement musical\n\nDes qualités que devraient réunir les chants scolaires. —\nLettre de M. Bourgault-Ducoudray.\nDans un précédent bulletin (1), nos lecteurs ont trouvé exposées,\nsous la plume particulièrement autorisée de M. Henry Fortis, les\nraisons principales qui empêchent, trop souvent, l'application du\nprogramme d'enseignement musical\nMais, en dehors des causes d'ordre\ntés viennent mettre obstacle à la bo\nleur tâche moins aisée encore et\ninstituteurs intelligents et \\élés : ils ne manqueront pas de déplorer\nnotamment Y insuffisance du réperto\nfait, si, d'aventure, vous passe\\\nl'heure de la leçon de musique, vous sere\\, à de rares exceptions\nprès, à même de juger de la pauvre\nmusicale qui se révèlent dans les petits morceaux que chantent les\nenfants.\nIl importe donc que la Société française des amis de la musique\nrecherche les moyens d'étendre, de\nfaisante. Désireux, comme toujours,\nde recueillir, sur chaque point d\nles mieux qualifiées, nous avons soumis la question à un musicien\nèminent, M. Bourgault-Ducoudray, dont nul lêignore la haute\n\n(0 Voir le numéro d'août-septembre 1909."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.11", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1672, "texte": "compétence ni la généreuse et toujours j\nsanté lettre qu'il ci bien voulu nous\nCher Monsieur Bret,\nVous me demande\\ de vous faire connaître mes idées sut les\nconditions que doivent réunir les « chants scolaires » pour remplir\ndignement leur but. Je le fais d'aut\ntion de la réorganisation de /'enseignement musical dans les écoles\nest actuellement àV ordre du jour.\nSi les progrès de Y aviation doivent assurer a l humanité la con-\nquête de la navigation aérienne, le développement de l instruction\nmusicale, sans laquelle il ne peut\nfestations chorales fréquentes et grandioses, doit servir puissant-\nment la marche en avant des idées de liberté, de justice et de soli-\ndarité.\nIl est passé le temps où la musi\n« joujou » agréable, comme un passe-temps frivole, et ravalée au\nrang des distractions futiles par la dénomination trop peu i elevée\nd'« art d'agrément ». Mettre tous les enfants de France en état\nde pouvoir communier avec famé des grands inspirés qui s appel-\nlent Bach, Hàndel, Beethoven, ce serait un résultat plutôt utile au\nprogrès de la culture morale et à la formation des caractèi es !\nA mon avis, le rôle du « chant sco\ntale. Sa mission n'est-elle pas l'âme\njeunes enfants les impressions p\nsens musical ? Il importe que\nattrayantes et faciles, soient\ndans ces sensibilités juvéniles un « ».\nces chants soient séduisants, amusants et naïfs... mais jamais\nvulgaires ! Même dans la chanso\nvolant vers le ciel, il faut qu'o « Surs\ncorda ». J'ai dit qu'une collection d'excellents chants sco-\nlaires devait produire les plus\npas pour mission de faire aimer\nmoins de goût contracté pour la m\nforts dont l'élève se sentira capable"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.12", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1488, "texte": "De la forme poétique des chants scolaires.\nLe texte d'un chant scolaire doit\nsaisissante, capable de s'imprimer facilemen\nIl doit se rapprocher par certain\ninstinctive et na'ive qui caractérise les chants populaires.\nLa forme du couplet — ou forme « » —\nla plus naturelle et la plus convenab\nrépétition du thème mélodique, ce\nmémoire .\nCette coupe a aussi l'avantage\nphrase du texte poétique sous form «\nqu'un refrain heureux a fait la fortu\nPourtant il convient de n'imposer aucun\nles formes peuuent être bonnes,\nrythmiques et qu'elles émanent d'une\nDe la forme musicale des chants scolaires.\nLa mélodie d'un chant scolaire doit cire à la fois coulante et dis-\ntinguée, dé allure franche et spontanée, de contour simple et facile à\nretenir. Le rythme doit en être « t\nsant.\nAvant tout, le rythme musical doit être déduit rigoureusement\ndu rythme poétique : — ce qui impose au poète une sérieuse préoc-\ncupation de la conception «rythmique », conception d ailleurs in-\ndispensable dans la facture de tous les vers « lyriques », c est-à-dire\ndestinés à la musique.\nNon seulement le rythme créé par le musicien devra cadrer exac-\ntement avec le rythme des vers ; mais l'expression de la mélodie\ndevra être en parfaite concordance avec le sens des paroles. Texte\net musique, poésie et mélodie, doiven\npar une étroite union, par une alliance indissoluble : comme si\nl'élément poétique et l'élément musical avaient\ndu même cerveau.\nPresque toujours les chants scolair"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.13", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1584, "texte": "fants. Rienn'empêche cependant\npour chœur « à toutes voix », eu vue de ici réunion possible des\nécoles primaires et des écoles nor\nnités.\nComment il faut faire chanter les enfants.\nL'instituteur devra être très atte\nla respiration. La qualité du « son » provient de la manière dont\nil est émis : une voix mal posée se\nrespiration, elle a une importance\nde vue de 1 expression musicale et littéraire, mais aussi au point\nde vue de la santé des élèves.\nL'instituteur devra donc parfaitem\nvoix et les rapports delà respiration avec\ncapable de diriger les voix sûrement et de ».\nexcellent moyen d'assouplir Vorgane de Venfant, c'est de le fairt\n« vocaliser ». Le maître habituera ses élèves à ne jamais « crier »,\nà bien phraser, à bien articuler, à « »,\nce qui fait partie intégrante de toute bonne éducation. Par ce côté,\nl'étude de la musique se reliera inti « ».\nDès leurs premiers pas dans la\nenfants débuteront donc par « faire de l'art », réduit bien entendu\nà son expression la plus simple : le chant à l'unisson.\nComment il faut apprendre les chants scolaires.\nUn chant scolaire ne devra jamais être mis à l'étude sans qui\nl'instituteur ait préparé l'esprit\nsujet qui l'a inspiré. Au moyen d'une explication préalable, il h\nprédisposera à bien comprendre, à bien sentir ce que le poète et It\nmusicien se sont proposés d'exprim\njeunes disciples un « état d'âme »\ncomme une faveur exquise, le plaisir de chanter la formule « idéale »\nd'un sentiment dont ils se sentiront\nSi ces conditions sont bien remplies,\nlaquelle le chant sera exécuté. Ains de l'ht'"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.14", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 677, "texte": "terprélation ajoutera encore à l\npar la poésie et la musique.\nIl serait grandement à désirer que tous les chants scolaires, ou\ntout au moins les chants « favoris », puissent être chantés spontané-\nment et de mémoire, sans la préoccupation toujours un peu pro-\nsaïque de la direction et du bagage\nOn atteindra aisément ce résultat\ncien, acceptant la haute mission d\nde l'art, s'inspireront à la fois de la noblesse des sentiments à expri-\nmer et de la réceptivité particulière,\npour créer des chants scolaires en parfaite conformité avec les as-\npirations du milieu auquel ils sont destinés.\ncroire, cher Monsieur,\n{A suiv\n\nE.-A. Bourgault-Ducoudray."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c007", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 15, "image_fin": 15, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.5", "titre_corps": "NOS INFORMATIONS", "titre_sommaire": "NOS INFORMATIONS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.15", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1542, "texte": "NOS INFORMATIONS\nSous celte rubrique, nos amis trouveront désormais les nouvelles qui intéressent\nparticulièrement l'organisation et l'activité de la Société. Nous les prions instam-\nment de bien vouloir, à leur tour, nous c\nréflexions qui pourraient ici prendre place et que nous serions heureux d'accueillir.\nNotre bulletin de juillet a porté à\nnouvelle, communiquée par M. Louis Barthou, notre éminent vice-pré-\nsident, et nous annonçant que le h\nRépublique nous était acquis. Depuis lors la liste de nos membres\nd'honneur a été constituée de la façon M. Dujardin-Beaumetz,\nSous-Secrétaire d'État aux Beaux-Arts; M. Gabriel Fauré, Directeur du\nConservatoire ; M. Henri Marcel, Administrateur général de la Biblio-\nthèque Nationale.\nDans sa réunion du 24 juin dernier, notre Conseil d'administration\npriait son président, M. Henry Roujon\nRecteur de l'Académie de Paris un vœu relatif à la nécessité d'intro-\nduire dans tous les lycées un enseignement musical effectif, et analogue\nà celui qui est adopté dans les établissements primaires. Nous avons la\nsatisfaction d apprendre que ce vœu va se trouver en partie réalisé.\nM. H. Roujon a reçu récemment un\nde l'Académie de Paris, l'informant\nreuse de M. J. Combarieu, inspecteur\nprogrammes précis ainsi que des i\nadopté. Le premier effort des Amis de\nD autre part,M. Guy Ropartz, le d\nde Nancy, nous communique le résultat des discussions du Congrès des\nInstituteurs, tenu à Nancy cet été, et d\ninscrite à l'ordre du jour. Nous reviendr\nmunication de M. Ropartz."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c008", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 16, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.6", "titre_corps": "Avantages réservés aux membres de la Société française des Amis de la Musique.", "titre_sommaire": "Avantages réservés aux membres de la Société française des Amis de la Musique.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.16", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1239, "texte": "Avantages réservés aux membres de la Société française des\nAmis de la Musique.\nLes avantages que nous avons obte\npouvons porter à la connaissance d\nvants :\n1° La Revue musicale S. I. M. (Bulletin français de la Section de\nParis de la Société internationale de\nà titre gratuit à tous les Amis.\n2° Sur la présentation de leur carte, Amis\ntions suivantes :\nChez M. Max Eschig, 13, rue Laiïite :\n25 0/0 sur la musique ordinaire, et\nnets ;\nChez MM. Rouart, Lerolle et Cie, 18, boulevard de Strasbourg,\n25 010 sur la musique ordinaire, et 10 010 sur les ouvrages absolument\nnets.\nChez M. Alcau, 108, boulevard Saint-Germain,\nvolumes de la collection des Maîtres de la Musique.\nChez M. H. Laurens, 6, rue de Tournon,\nla collection des Musiciens célèbres.\nChez M. Fischbacher et Cie, 33, rue de Seine, 100/0 sur les ouvrages\nde leur librairie.\n3° Nos amis, de Paris et de province,\npour tous renseignements, avis et indic\nque nous nous ferons toujours un plaisir\nment.\nLa liste de tous tes Amis de la Musique étant déposée chez ces Messieurs, nos\nmembres de province n'auront qu'à adresser directement leurs commandes à ces\nMaisons, qui se feront lin plaisir de leur envoyer dès maintenant le Catalogue\nd'ouvrages parus-"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c009", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 16, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.7", "titre_corps": "EXTRAIT DES STATUTS", "titre_sommaire": "EXTRAIT DES STATUTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.16", "debut_caractere": 1241, "fin_caractere_exclue": 1422, "texte": "EXTRAIT DES STATUTS\nArt. 3.— La Société se compose de membres créateurs, de membres\nfondateurs, de membres donateurs et\nLes membres créateurs sont les pers\nSociété a pris naissance."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.17", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1063, "texte": "Pour être membre fondateur, il fa\nune cotisation minimum de 1.000 francs.\nPour être membre donateur, il fa\nd au moins 100 francs.\nPour être membre actif, il faut verser une cotisation annuelle de\n20 francs, raclietable par un versement unique de 500 francs.\nLa cotisation annuelle de 20 franc\nprofessionnels.\nLe titre de membre d'honneur pourra être accordé par le Conseil\nd'administration aux personnes qui\nvices signalés à l'Association, sans\ncotisation annuelle.\nLes dames peuvent faire partie de VAssociation : elles sont éligibles à\ntoutes les fonctions.\nLa liste et les statuts sont envoyés gratuitement à tous ceux qui en\nfont la demande.\nLes adhésions et communications doivent être adressées à\nM. Ecorcheville, secrétaire général, 22, rue Saint-Augustin,\nParis.\nN. B. Les adhésions qui nous parviendront pendant ces\ntrois derniers mois s appliqueront à l année 1910. Néanmoins\nces nouveaux amis recevront immédiatement leur carte, ils\nbénéficieront du service du Bulletin mensuel et de tous les\navantages réservés à nos membres."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c011", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 19, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.8", "titre_corps": "LE PROFESSEUR HUGO RIEMANN", "titre_sommaire": "LE PROFESSEUR HUGO RIEMANN", "signature_source": "J. Écorcheville", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1492, "texte": "LE PROFESSEUR HUGO RIEMANN\n\nLa musicologie vient de célébrer(i) le soixantième anniversaire\nd'un homme qui l'a soutenue courageusement et honorée de ses\nefforts depuis 40 ans. M. le professeur Hugo Riemann est un des\nreprésentants les plus en vue de l'érudition musicale allemande,\net l'un de ceux qui ont le plus contribué à populariser nos études\nNé en 184 g à Sondershausen, il parut s'orienter d'abord vers\nla poésie. Survint la guerre de 1870, et pendant cinq mois Rie-\nmann assiégea Paris en dirigeant au piano les répétitions de la\nmusique de son régiment. Sa voie était trouvée. La musique\n1 emporta. Et, tout aussitôt, nous voyons Hugo Riemann s'atta-\nquer aux problèmes les plus délicats de l'acoustique. Curieux à la\nfois de science et d'art, il se sent conduit par la nature et\npar la réflexion vers la théorie des sons. Là s'unissent en effet\n\n(1) l.'ouvrage offert à M. le professeur Riemann à l'occasion de ce jubilé\ncomprend plus de quarante monographies, signées des meilleurs noms de la\nmusicologie. Il restera par lui-même un monument de l'histoire musicale, un\ntémoignage de ce que peut donner la science en 1909. La France est en bonne\nposture dans ces Mélanges. C'est, je crois, la première fois depuis longtemps\n4U une sommité de l'Université musicale allemande réunit autour d'elle un\ngrand nombre de nos compatriotes. Ce volume de 500 pages in-B<> a été\nédité par les soins de MM. Max Hesse, auxquels le professeur Riemann a\nconfié une grande partie de ses oeuvres.\n1"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.20", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2231, "texte": "la vérité et la beauté, en une même spéculation de l'esprit, en une\nmême illusion du sentiment.\nDès ses premiers livres, Riemann apparaît comme un\nde la musique. Il démonte pièce par pièce tous les ressorts du\nlangage musical. Il analyse méthodiquement le son, la notation,\nle rythme, l'harmonie et la mélodie, le phrasé, la syntaxe, la mo-\ndulation... Effort gigantesque, dont témoignent des livres très\ningénieux, très neufs, très discutés, et qui aboutit à la\nCompositionslehre de 1902.\nCet inlassable besoin d'organiser le connu et l'inconnu suppo-\nsait un savoir immense, tout au moins par son étendue. Riemann\nparcourt tous les domaines de la musicologie. Rien ne lui demeure\nétranger. C'est un spécialiste universel. Par goût et par nécessité,\nson esprit est encyclopédique. Ainsi s'expliquent certains côtés de sa\nproduction, je veux dire, le fameux Lexikon, et ses différents\nHandbucher, sur l'opéra, sur la doctrine musicale, sur l'histoire\nelle-même. Mêmes tendances aussi dans ses Manuels, ces Kate-\nchismen répandus aujourd'hui dans le monde entier.\nL'ensemble de cette production formidable peut se représenter\nainsi : 58 volumes, 209 articles de revue, 73 rééditions de musique\nancienne, 68 compositions originales. En tout 400 « opéra »,\nd'un catalogue qui inspire l'admiration.\nLe nom de Riemann restera attaché à la découverte de certains\nproblèmes historiques : les origines de la symphonie et de l'école\nMannheim ; le style accompagné et la musique florentine en\ni3oo ; la paléographie byzantine', le principe de la carrure\ndans la rythmique grégorienne.\nComme théoricien, M. Riemann aura la très grande gloire\nd'avoir mis en valeur l'idée du Dualisme harmonique et d'en avoir\ntiré le chiffrage ingénieux que tout le monde connaît (1). Cette\nopposition des séries supérieures et inférieures, qui repose sur\nune symétrie tout idéale, et non pas sur une réalité physique\n(ainsi que le crut jadis le bouillant Marnold), est un instrument\n\n(1) Tout le monde est peut-être un euphémisme. Je ne sais trop si notre\nConservatoire se soucie beaucoup de Riemann. Je crois que le chiffrage en\nest encore, dans cet établissement, au point où l'ont laissé les Italiens du\nxvue siècle."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.21", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2260, "texte": "parfait de classement des accords, un moyen infiniment précieux\nd'investigation dans le domaine de l'harmonie. On dira ce qu'on\nvoudra, on n'empêchera pas la musique d'être, avant tout, un\nphénomène psychologique, dont l'esprit aie droit d'analyser les\ndonnées par des procédés logiques Or la logique est ici d'une\nrigoureuse application, elle réduit l'infinie morphologie des\naccords à quelques formes essentielles (T. D. S.), représentants\nautorisés de l'harmonie classique. On peut concevoir d'autres\nméthodes d'analyse, on n'en trouvera pas de plus commode et de\nplus simple.\nEt que dire du maître aiïable et affectueux que j'ai connu à\nLeipzig en M. le professeur Riemann ? J'avoue, à ma honte, que\nje me suis montré un élève bien irrégulier en ces belles salles de\nl'Université, et même en ces soirées instructives du\nMusicum ! Qu'on n'accuse point quelques facétieux,\nsuivis du traditionnel Kater,mais bien au contraire l'œuvre de\nla musicologie allemande, et celle de M. Riemann lui-même.\nLorsqu'il faut en deux ans s'initier à ces méthodes si nouvelles\npour nous Français, et absorber coup sur coup le flot de ces ou-\nvrages innombrables, de ces nourritures abondantes qui ne\ntiennent généralement pas compte de l'estomac du lecteur,\ncomment conserver l'assiduité d'un étudiant normal, qui a l'éter-\nnité devant lui !\nNietzsche écrivait un jour, en visant M. Riemann : « Le wagné-\nrisme fera jaillir de- la vieille scolastique toute une éclosion de\nscience appropriée. » Oui, certes, l'activité d'un maître tel que Hugo\nRiemann correspond, dans l'histoire, à une véritable nécessité de\nl'esprit humain. Après les grandes crises du sentiment musical, l'âme\nse ressaisit. Elle fait le tour et l'inventaire de ses conquêtes, elle\nrégularise sa situation, elle légifère et systématise. Et cependant,\n1 exégèse riemannienne (son auteur me pardonnera d'en parler\naussi librement) procède non pas duwagnérisme lui-même, mais\nbien plutôt de ce grand Slurm und Drang qui s'annonce déjà chez\nHaydn et qui s'achève dans des romantiques. De même que la\ngrande polyphonie italo-flamande a trouvé son commentateur\nen Xarlido, de même que l'opéra harmonique a été codifié par\nHameau, de même la symphonie allemande classique nous vaut"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.22", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 657, "texte": "aujourd'hui Hugo Riemann. On s'est étonné de la réserve du\nmaître à l'égard de la jeune école et de Wagner lui-même. Quoi\nde plus logique au contraire, quoi de plus humain ! La doctrine\nn'est-elle pas la résultante des expériences de la pratique ? Or.\nl'expérience du wagnérisme commence à peine à porter ses fruits.\nLe grand élan de l'âme allemande, avant d'avoir gagné le drame\nlyrique, avait soulevé la musique elle-même. Cette révolution,\nachevée vers i850,a créé un nouvel état de fait dans la musique\noccidentale. Grâce à M. le professeur Riemann, cet état de fait\nest devenu un état de droit.\n\nJ. Écorcheville."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c014", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 23, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.9", "titre_corps": "NOTICE HISTORIQUE SUR LA VIELLE", "titre_sommaire": "NOTICE HISTORIQUE SUR LA VIELLE", "signature_source": "E. de Bricqueville", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1239, "texte": "NOTICE HISTORIQUE SUR LA VIELLE\nLa musique et le jeu de la Vielle\n\nLe goût de la vielle, au xvme siècle, est né, à l'improviste, d'un\ncaprice de la mode. Il a donc fallu, au début, un genre de musi-\nque assez facile pour contenter les virtuoses inexpérimentés : des\npetits airs, comme disait le duc de Luynes en parlant du réper-\ntoire de la reine. C est à cet ordre de compositions qu appartien-\nnent les huit Recueils de l audevilles,\nautres airs choisis pour la Musette qui conviennent aux vielles,\nflûtes, etc., par Esprit-François Chedeville l'aîné (1732). Il faut\nnoter que la plupart des pièces destinées à la vielle sont aussi\ndésignées pour être jouées par la musette. Les deux instruments\navaient le même registre, sauf que la musette pouvait donnei le fci\ndièse grave au moyen de sa première clé', ils possédaient desboui-\ndons identiques, et le genre pastoral ou rustique leur convenait\nindistinctement.\nCes huit recueils de Chedeville contiennent donc des petits\nmorceaux très faciles, des rondeaux, des chansons connues, et\npeuvent être exécutés avec l'aide d une seconde vielle. Le 7e ollre\ncependant quelques pièces d'une exécution plus ardue : la Sau-\nterelle', la Difficile, le ïapage, la Chaconne. Quant au Be,8e, il est"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.26", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2372, "texte": "consacré à des nocls entièrement. Il est probable que Chedeville\nétait d'humeur peu casanière. Au icr recueil, il loge rue des Bour-\ndonnais ;au 6e, il demeure rue de 1 Arbre-Sec ,au 7% '1 habite lue\nSaint-Honoré. Enfin, il meurt rue de Bellefond. On trouve dans\nson ouvrage quelques transcriptionsde pièces declavecin, entre au-\ntres les Bergeries de Couperin. Nicolas Chedeville, ficie cadet de\nPhilippe, écrit dans la même note les\ndédiés à M'ne Victoire de France, les les\nDeffis ouVétude amusante,etc., etc.\nCorette, dont j'analyserai plus loin la méthode, introduit la\nvielle dans des petits ensembles où elle fait sa partie avec la flûte,\nlahautbois, la musette, le pardessus et labasse de viole. Les titres\nsont à retenir: Ma mie Margot, laTante Tourlourette, la Béquille\ndu Père Barnaba,etc., etc... Quant au concerto pour vielle, deux\nviolons et basse, c'est certainement ce que Corette a écrit de mieux\nen ce genre. Il y a de la suite dans les développements, de la recher-\nche dans l'harmonie, et l'andante, accompagné seulement par les\ndeux violons, est de l'effet le plus gracieux.\nLes Loisirs du Bercail de Boismortier et les Suites de Baptiste\nAnet entrent dans la catégorie des compositions de Chedeville.\nMais avec Michon, Dupuit et Buterne, nous abordons un genre de\nmusique plus relevé. La première œuvre de Michon est intitulée\nDivertissements champêtres,et dédiée au marquis de Castel-\nnau. On y rencontre de jolies pièces, d'une difficulté déjà sérieuse.\nDes musettes en rondeaux bien tournées dont une est étiquetée :\nla Le Rebours, du nom d'un Conseiller au Parlement à qui l'au-\nteur dédiera son 2e œuvre, et un divertissement pour vielle et\nmusette concertant, dont certains numéros font de l'effet et sont\ntrès proprement harmonisés. Le second recueil a pour titre\nsements de Chambre,et le premier morceau est surmonté de\nce nota que Weckerlin a relevé dans son Musiciana : « L'on nora-\nla bonter de jouer tous sais air sur la première liggne atendus que\nle grèveur sais tromper (1). »\n\n( 1 ) On lit bien dans la Fête de Cléopâtre de Chedeville cadet cet avis prémoni-\ntoire : « L'on observera que les deux chalumeaux sois biens dacord ensemble\npour que les deux partye touche plus agréablement l'oreille. » Cela prouve que\nies maîtres de la vielle étaient plus ferrés sur la musique que sur l'orthographe-"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.27", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2626, "texte": "La méthode de Dupuit est suivie de six sonates très difficiles. Il\nest vrai qu'elles sont destinées indifféremment à la vielle et au\nclavecin. La basse, chiffrée, est une vraie partie de violoncelle\nconcertant.\nQuant à Buterne, c'est incontestablement l'auteur le mieux doué\nqui ait écrit pour l'instrument. Son cachier de six sonates est\nspécialement dédié aux viellistes. Dans la préface, l'auteur, fils\nd'un capitoul de Toulouse qui fut le maître de clavecin de la\nduchesse de Bourgogne, mère de Louis XV, annonce que la musi-\nque n'a jusqu'alors amusé que ses loisirs, mais qu'à l'avenir elle\nva faire ses occupations (1).\nLes six sonates de Buterne (trois avec la basse, trois autres avec\nune seconde vielle) sont tout à fait remarquables ; je les ai jouées\ntoujours avec succès, et il n'y a rien, dans le répertoire de la\nvielle, qui puisse leur être comparé. A défaut de vielle, jouées par\nun hautbois, elles paraîtront charmantes.\nIl faut aussi mentionner les pièces de Daniel Braun, dont un\ncertain nombre valent la peine d'être entendues, et une œuvre de\nLe Menu de Saint-Philibert, la V (2).\nEncore une fois, la musique composée pour la musette sert éga-\nlement à la vielle. Les nombreuses fantaisies des frères Chede-\nville étaient donc indistinctement achetées, travaillées, exécutées\n\n(1) La dédicace est amusante : « Bien des circonstances se sont réunies\n« pour altérer la tranquillité de ma vie ; mais je cesse de m'en plaindre puis-\n« que les arts peuvent m'en dédomager. La musique, qui fait les délices de\n« tant d'honnêtes gens, vafaire aujourd'hui mon occupation. Les amusements\n« laissent toujours quelque vuide ; la vie occupée, au contraire, paraît tou-\n« jours trop courte. Eh ! quoi de plus doux que de ne pas connaître l'ennui.\n(( Tous les hommes tendent au bonheur ; je suis un peu plus homme que bien\n« d'autres. Une occupation qui me plaît doit rendre tous mes moments agréa-\n« bles, ils seront heureux, si je réussis. »\n(2) Tous les virtuoses de la vielle étaient en même temps professeurs et\ncompositeurs. Il sera peut-être intéressant de connaître leurs noms, et quand il\nse peut, leur adresse :\nMichel Corette, rue de la Ghanverrerie (ci-devant rue des Prouvaires).\nBovin, rue Saint-Louis.\nBâton le cadet, rue du Chevalier du Guet (ci-devant rue des Orfèvres).\nNicolas Chedeville, rue de Bellefond.\nColin, Charpentier, Ravet, Troussevache, Belleville, Joubert (fils du facteur),\nrue Saint-Jacques.\nMne Joubert, âgée de quinze ans, enseigne la vielle par la musique ou autre-\nment (apparemment par routine, car il n?y avait pas de tablature pour l'instru-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.28", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2159, "texte": "par les amateurs de l'instrument à sac, et par les adeptes de l'ins-\ntrument à roue. La musique est généralement écrite sur clef\nde sol première ligne :la basse est chiffrée assez pauvrement, étant\ndonné que le ton d'ut est habituel, avec quelques timides modula-\ntions dans le ton de sol.\nJe connais quatre méthodes françaises traitant de la vielle: l'une\nanonyme, l'autre de Bouin, puis celle de Dupuit et enfin celle de\nCorette.\nEn 1732, J.-8.-Ch. Ballard publia des\nvielle à l'usage des commençants avec des instructions pour toucher\net pour entretenir cet instrument (1).\nC'est un manuel assez réduit, et où l'on sent bien l'esprit de\nparcimonie des Ballard. Les auteurs n'y paraissent pas.\nTout autre est la VIELLEUSE HABILE, OU\ntrès facile et très sûre pour apprendre à jouer de la vielle, par\nM. Bouin, maître de vielle (2). Elle doit être environ de 1740, et\ncommence par l'étalage de ces notions générales de solfège dont\nles amateurs d'alors ne pouvaient se passer. Vingt grandes pages\nin-folio sont consacrées à la Théorie et pratique de la musique ins-\n\nment) et possède seule une nouvelle méthode de tours de roue qui rend la\nvielle plus douce, et fait huit croches au second et troisième temps.\nDanguy,rue Bourlabbé.\nCharpentier, rue Saint-Martin.\nCh edeville le cadet,rue Coquillière, puis rue des Bourdonnois.\nBap. Dupuit, rue Saint-Denis.\nMiehon, rue de Bussy.\nButerne, rue de la Harpe.\n( i) Bib. Nat. Vm 8 v 3. On lit à la fin l'amusante postface, A MA COMÈRE:\nMadame, depuis que ma comère a quitté sa que\nd'une lecture amusante, qu'enfin elle a scu dérober à ses comperes l'empresse-\nment d'une conversation remplie de vivacité\nconsidéré la viele comme un instrument\npas étonnant qu'à son exemple les cl\naveugles pour leur envahir (sic) un bien\ntenait sans aucuns concurrents. Cependant ce n\nde plaire, s'est enrichi de perles et de cha\npièces et les petites instructions qu'elles o\nà ma comère, aux promesses de n'en laisse\nle même hommage, persuadé que je suis,\nn'ai rien plus à cœur, que de lui prouver\ncompères du monde le plus franc et le Madame la\ncomère, votre compère.\n2) Bibl. Nat. Vm 8 v 2."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.29", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2268, "texte": "trumentale, et cet exposé peut encore se lire aujourd'hui avec profit\npour l'historien de la musique. L'amateur de vielle y apprend\nen détail les secrets de son art.\n« Quoique la vielle ne soit pas un de ces instruments qui soit du\n« goût de tout le monde, écrit Bouin, cependant je ne puis m'em-\n« pêcherde dire qu'elle ne lecèdeen rien auxplusbeaux instruments,\n« pouvant, comme eux, exprimer les différents caractères, et étant\n« d'ailleurs susceptible des mêmes agréments et de la même déli-\nft catesse surtoutquand elle est touchée par d'habiles gens tels que\n« les sieurs Danguy, Ravet, Bâton, Dufour et autres. » C'est bien\nlà, en effet, la raison dessuccès delà vielle à cetteépoque, où le genre\ndescriptif et le colifichet s'étaient emparés de toute la musique\nfrançaise. Bouin continue en nous indiquant dans les plus grands\ndétails le maniement de l'instrument, son accord, les soins à lui\ndonner. Il indique la manière de garnir la vielle de cordes sym-\npathiques en léton, de doigter, et faire les cadences, et surtout\nde donner les tours de roue, ce qui est essentiel ; tout ce qui con-\ncerne cette dernière partie de la technique est extrêmement bien\ndécrit chez Bouin. L'ouvrage, qui est un des plus complets du\ngenre, se termine par 20 pages d'exemples et de musique.\nLa méthode de Dupuit, publiée en 1741 (1), forme un grand\nin-folio, orné d'un délicieux cartouche de Robert dans le goût de\nMeissonier. Dans les saillies des rocailles, des personnages de la\nComédie italienne dansent. Au-dessous du titre, Apollon joue de\nla lyre, et un couple en « grand habit » se promène. L'œuvre est\ndédiée à Mgr Jérôme Bignon, bibliothécaire de S. M., marquis de\nPlancy, etc., etc., que Dupuit commence par remercier d'avoir\nhonoré d'un favorable accueil « sa vielle naissante ». Il y a onze\npages de texte que le censeur Moncrif paraphe en ces termes : J'ai\n1u... etc... ouvrage qui suppose l'esprit de méthode dans l'auteur,\net où l'on peut trouver des vues utiles sur la manière d'indiquer\nï expression propre à différents end »\nVoilà une phrase bien contournée, alors qu'il était si simple de\ndire : c'est un ouvrage pratique.\nAprès une instruction détaillée sur la position du corps,\n\n(1) In-folio. Bibl. Nat. Vm. 8 v 1."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.30", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2459, "texte": "des mains, des doigts, l'auteur donne les principes du doigtage.\nIl prescrit pour le jeu lié la substitution des doigts, d'autant plus\nindispensable sur la vielle que l'interruption causée par le dépla-\ncement de la main fait forcément sonner le à vide, lequel, qu'on\nle veuille ou non, est toujours soumis àl'actionde laroue. I)e plus,\ns'il y a deux notes sur un degré, et qu'elles se succèdent de même, soit\nen montant, soit en descendant, il ne faut pas les toucher du même\ndoigt.—C'est larègle desnotesrépétéessur leclavier ou surle piano.\nEnfin Dupuit préconise l'usage du pouce de la main gauche. Le\npetit doigt ayant, dans l'indication des doigtés, le chiffre 4, et\nl'index le chiffre 1, l'emploi du pouce est signalé parla lettre P.\nCette innovation me paraît discutable, .étant donnée la position de\nla main gauche pour le jeu de la vielle. La différence de longueur\ndu pouce par rapport aux autres doigts exige une contraction de\nla main de gauche adroite très préjudiciable à l'égalité du doigté.\nDe plus, le pouce est indispensable pour maintenir la main sur le\ncouvercle. Le troisième chapitre s'occupe de la cadence pincée,\ncadence liée, appuyée, doublée, fermée, du port de voix, etc. Si bien\nque, sur la vielle comme sur la musette, il y a dans tout morceau\nle double de notes à faire qu'il n'y en a d'indiquées.\nLe chapitre consacré à « la roue et le coup de poignet » est le\nplus important, et cela se comprend : le maniement de la roue\nest tout dans la vielle. C'est par elle qu'on peut jouer lié, déta-\nché ou martelé ; c'est par elle qu'on a l'articulation, mieux encore,\nl'impression, pour l'oreille de l'auditeur, de la valeur de chaque\nnote. L'explication, dans l'ouvrage de Dupuit, est fortifiée par la\nreprésentation de six grands disques dans chacun desquels un\ndisque plus petit est inscrit. Le disque n° 1 signifie le tour de la\nroue; le disque n° 2, le tour de la manivelle; il y a, en effet, une\ndifférence proportionnelle constante entre l'espace parcouru dans\nle même temps par la roue et par son agent de rotation. Un\ntour entier de roue équivaut à quatre quarts de tour de la mani-\nvelle et produit une ronde ; chaque articulation d'un quart de\nroue est donc l'équivalent d'une noire, et ainsi de suite.\nIl faut remarquer que les divisions de la manivelle à l'égard\nde celles de la roue commencent un quart plus tard. En sorte\nque, lorsque la roue donne son deuxième quart, la manivelle"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.32", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2341, "texte": "donne son premier : il y a donc pour commencer un quart pour\nrien en faveur de la manivelle, soit le temps nécessaire de la\ntransmission du mouvement de l'une à l'autre. Tout cela est claire-\nment expliqué, et les principes sont si exacts qu'il n'est pas possible\nau vielliste de ne pas se conformer à une des conditions essentielles\nde la musique, d'ordinaire si négligée : l'implacabilité du rythme.\nVient ensuite la théorie de l'articulation, soit du coup de poignet,\navec une planche d'exemples gravés en regard et la manière spéciale\nd'articulerles musettes,lestambourins,et autres pièces decaractère.\nLes Obsenvations sur le goût sont, en somme, les règles du\nnuancé que nous appelons : crescendo, sforzando, diminuendo,\nritenuto, etc., et qui toutes s'obtiennent par la double action\ncombinée de la manivelle et de la roue.\nLa méthode est suivie de six grandes sonates à deux parties,\navec basse chiffrée. Passage par passage, l'auteur les explique,\net montre comment les principes qu'il a énoncés s'appliquent\nà l'exécution, soit pour le doigtage, soit pour l'articulation.\nOn a réédité la mauvaise méthode de Corette pour la\nmettre entre les mains des viellistes modernes : il eût été bien\npréférable de tirer de l'oubli le traité de Dupuit ou celui de\nBouin, qui du moins apprennent quelque chose.\nCorette nous apparaît comme le type du pédagogue musical à\nl'usage des gens du monde. Clavecin, violoncelle, guitare, har-\nmonie, musette, violon, il a tout enseigné, tout réduit en instruc-\ntions. L'examen de ces traités, remplis de niaiseries, justifie\nl'appellation qu'on décernait à ceux qui y puisaient la science mu-\nsicale ; on disait d'eux : les anachorètes.\nLa Méthode de vielle de Corette est un in-folio de neuf pages\nde texte suivi d'exemples. Elle parut en 1763. Plus tard, l'auteur\npublia la Belle Vielleuse,méthode pour apprendre facilement à jouer\nde la vielle, qui est, sous le format in-quarto, la reproduction\nexacte de l'édition de 1763, avec quelques exemples de plus et\nune gravure représentant une jeune femme en jupe courte, coiffée\n« en chien couchant » et jouant de l'instrument favori. Dans le\nfond, un paysage avec un petit moulin à vent.\nPosition et accord de l'instrument, manière de gouverner la\nroue (en quatre lignes), description du clavier, rapide exposition"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.33", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2240, "texte": "du coup de poignet, quelques mots sur la cadence, et c'est tout.\nFort heureusement, nous avons quelques indications sur la ma-\nnière d'entretenir la vielle, de mettre le coton, de décrasser la\nroue, de régler les sautereaux, et de remédier àla cause, il de-\nvrait dire à une des causes, —qui empêche la justesse des chan-\nterelles. C'est le seul chapitre intéressant et pratique. Rien sur les\ndoigtés, sur les substitutions de doigts ni sur les répétitions.\nCorette sait très bien que sa clientèle ne s'embarrasse pas de\nsemblables détails, et de suite il passe aux airs. On remarque\ndes contredanses populaires où nous avons reconnu : la turque,\nle pistolet et la petite chasse ; les airs de la Confession, de Figaro,\nde la Fileuse ; la musette de l'opéra d'yl/ax, celle de Desmarets,\nla romance du Devin de village, la marche du Huron de Grétry,\nle célèbre tambourin de Chedeville, la musette du rondeau de\nRameau,, deux ou trois menuets de l'auteur, deux variations sur\nla Fùrstemberg de Campra, etc., etc. Ces différents morceaux\nn'ont pas leur certificat d'origine. Il a fallu les deviner ; mais\ncertainement les dames de qualité et les gentilshommes qui ne\nsavaient que ce que cette méthode leur avait appris ne pouvaient\nguère se vanter d'avoir épuisé les secrets de l'instrument. La\nméthode de Corette, édition primitive, a été rééditée par la maison\nCostallat, textuellement, à l'aide des planches anciennes.\nJe n'ai pu trouver aucune indication touchant au musicien\nnommé Torlezquifit annoncer dans les Tablettes de Renommée de\n*\n1783 un ouvrage de sa façon intitulé :\nvielle et l'instruction des serins. Fétis signale deux Torlez : l'un,\nmaître de musique aux Académies de Grenoble et de Moulins,\nauteur en 1797 de motets à voix seule, avec symphonie ; l'autre,\nvioloniste de la Comédie italienne, qui publia en 1783 des duos\npour flûte et violon. Il y a des chances pour que l'auteur, qui\nenglobe dans un même enseignement les chrétiens et les canaris,\nsoit l'un de ces deux musiciens.\nNous voici arrivés au terme de notre étude (1). La vielle est un\ninstrument ridiculisé par ceux qui s'en sont mal servis. Mais n'en\n\n(1) Citons, parmi les modernes : H. Lapaire,FîW/es Moulins,\n1901, in-B°."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.34", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1361, "texte": "est-il pas de même du violon, du piano, du cornet à pistons ? Sa-\nvez-vous par quoi elle est remplacée dans les provinces où naguère\nelle était en honneur ? Par l'accordéon ! un engin ignoble, anti-\nmusical, qui devrait être proscrit au nom de la dignité de l'oreille !\nLa vielle, bien conduite, et associée à un violon et à une basse,\ndébarrassée de ses bourdons quand la tonalité et les modulations\nl'exigent, et, par contre, s'appuyant sur ses pédales, dans des\nmarches harmoniques régulièrement établies, la vielle, avec ses\nstaccati qui crépitent, avec son articulation nette et franche, sa\nsonorité un peu nasillarde, comme 1 alto, mais caractéristique, est\ntout a fait digne d'entrer dans la catégorie des instruments propres\nà exécuter la véritable musique. Mais, pour cela, il faut qu'elle\nsoit bien conditionnée, réglée avec soin, montée de cordes justes,\net surtout jouée par des musiciens qui aient appris à s'en servir.\nDe ce qu un violon serait raclé par un paysan grossier, il ne\ns'ensuivrait pas que le violon fût un instrument méprisable. A\nune époque où le goût de l'ancienne musique a pénétré partout,\nla place de l'instrument qui ravit les sujets de Marie Leczinska\nparaît tout indiquée dans l'ensemble charmant formé par le\nclavecin, les théorbes, les flûtes et les violes d'amour.\n\nE. de Bricqueville."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c016", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.9.2", "titre_corps": "Vielleurs modernes.", "titre_sommaire": "Vielleurs modernes.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.24", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 51, "texte": "Vielleurs modernes."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c017", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 24, "image_fin": 24, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.9.3", "titre_corps": "Cliché Berthaud frètes, Paris.", "titre_sommaire": "Cliché Berthaud frètes, Paris.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 30, "texte": "Cliché Berthaud frètes, Paris."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c018", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 25, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.9.4", "titre_corps": "Photographie de B. 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Mon nom est Sastro Prawiro. Je joue du\nkendang, le principal instrument de percussion sans marteaux de\n1 orchestre javanais, qu'on appelle Je joue du kendang\navec le bout des doigts et les paumes. Je joue du kendang, sur ses\npeaux de chèvres ou de brebis, dans des rythmes de caractères\ndivers. Le murmure des couronnes oblongues des palmiers, le\ndoux froissement des frêles tiges de riz, le fracas orageux des\ntorrents de montagne, le pilage sur les énormes mortiers à riz, le\ntrépignement de chevaux folâtres, tout cela et beaucoup plus\nencore dirige mes bras et mes mains adroites dans l'exécution de\nmouvements rythmiques sans nombre et avec une grande variété.\nJe suis un ménestrel. Dans mon pays, un ménestrel bien connu.\nMaintenant, depuis quelques années, je demeure dans un pays\noccidental. En Hollande, dont les habitants sont les dominateurs\nde mes frères, les Javanais.\nJe m appelle Sastro Prawiro. Allah donne que vous reteniez ce\n\n2"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.36", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2028, "texte": "nom. Allah est aussi votre Dieu, quoique vous l'appeliez et le\nserviez autrement.\nJ'ai appris la civilisation occidentale, tellement même, que je ne\nsuis pas tout à fait un ignorant sur le domaine terrible des cui-\nrassés, canons et systèmes de colonisation.\nPeut-être trouvez vous que ma civilisation est une teinture\nlégère, un vernis. Pourtant, je vous assure, les mains sur mon\nkendang fidèle, que j'ai fait de mon mieux pour me rendre intime\navec votre science et vos mœurs et coutumes.\nAussi avec votre art, oui, surtout avec votre art. Et puisque je\nsuis un ménestrel, il n'est pas surprenant que je me sois occupé\nprincipalement de l'art des sons et des arts analogues, dans le plus\nlarge sens du mot.\nPuis-je vous parler d'abord de la musique de l'Orient loin-\ntain ?\nJe voudrais le faire sans suivre un système positif. Plutôt sans\nfaçon, en allant de la cave au grenier. Je ne veux être ni didactique\nni pédagogique. Je ne ferai que communiquer, et les communica-\ntions auront lieu en différentes manières. Tantôt je décrirai en\nme servant de paroles ; tantôt je vous ferai voir des images. Et\nparfois des notes de musique illustreront le texte.\nJe tâcherai de vous faire discerner le caractère de la musique\naux Indes Néerlandaises. Et il ne s'agit que de cela, n'est-ce pas?\nIl y a aux Indes Néerlandaises de la musique javanaise, et ilya\nde la musique malaise. Entre ces deux il y a des formes de transi-\ntion. Dans le cours des siècles un mélange a eu lieu dans quelques\ncontrées, de sorte que l'on ne peut pas toujours fixer les bornes\nentre la musique spécialement javanaise et la musique spéciale-\nment malaise.\nEn général on peut dire que la musique malaise se rapproche,\nprobablement à la suite d'ancienne influence portugaise, plus de la\nmusique européenne que la javanaise.\nDans la reproduction des mélodies et harmonies orientales, je\nme servirai, à l'égard de la chanson, en grande partie de la langue\nmalaise. Le malais est aux Indes Néerlandaises la langue la plus"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.37", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1704, "texte": "parlée. Mon idiome, le javanais, n'est compris que par très peu\nde Hollandais là-bas. Ce que je trouve très étrange.\nPeut-être rapprocherai-je, en reproduisant la musique javanaise\net la musique malaise en notes européennes, les trois races prin-\ncipales en Insulinde, c'est-à-dire les Hollandais, les Javanais et les\nMalais, l'une aux autres. Ainsi soit-il !\nMabien-aimée est une ronggeng, une danseuse javanaise. C'est\nune danseuse passionnée, et ses yeux ont souvent vu le ciel de l'art.\nIl y a des Européens qui prétendent que les danseuses javanaises\nne sont pas seulement des disciples de Terpsichore, mais aussi des\nprêtresses de Vénus. Cela n'est pas vrai, pas vrai en général. Il y en\na de telles. Mais peut-on dire que les actrices européennes soient un\ngenre de femmes impudiques ? bien-aimée est en tout cas\npure, et je suis persuadé que même ses pensées n'ont jamais péché.\nMon cher et fidèle kendang, combien de fois mes mains n'ont-\nelles pas indiqué les rythmes sur lesquels ma Sarinten conduisait\nson corps souple en mouvements gracieux ? Sentiez-vous bien\ncombien mes mains étaient fiévreuses d'amour ?\nMa bien-aimée est brune, bronzée, et ses cheveux sont comme\nla splendeur des nuits.\nJe ne l'oublierai jamais.\nQuand nous étions ensemble, seuls nous deux, je lui chantais\nsouvent la suivante chanson d'amour. Je chantais alors avec une\nvoix tempérée, qui s'étouffait parfois dans ma gorge, quand mon\ndésir d'âme montait brûlant, puisque ses doux yeux s'inclinaient\ntendrement vers moi.\nBan jak bintang di langit,\nTjoema satoe pohon\nBanjak orang di doe\nTjoema satoe saia\nBanjak titik di laoet,\nTjoema satoe pohon\nBanjak mata di doeni\nTojetna doewa saia kapingin."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.38", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 66, "texte": "Banjak bintang* di langit."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.39", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1824, "texte": "Traduite, cette chanson d'amour, qui, selon mon opinion\nmodeste, est incontestablement tendre et molle, est comme ceci :\nIl y a beaucoup d'étoiles au firmament, mais il n'y a qu'un seul wari-\nngin (1) (dans le jardin).\nIl y a beaucoup de créatures sur terre, mais je n'en désire qu'une seule.\nIl y a beaucoup de gouttes dans l'océan, mais il n'y a qu'un seul\nwaringin.\nIl y a beaucoup d'yeux sur terre, mais je n'en désire que deux.\nCi-dessous vous trouverez la musique de cette chanson.\nJouez l'accompagnement de piano doucement, avec des nuances\nde mélancolie, un peu avec résignation.\nNe chantez et ne jouez pas avec beaucoup de bruit. Mais que\nvotre émission de voix soit en pleine floraison.\n/\nEcoutez aussi avec votre cœur, et vous sentirez dans cette chan-\nson le reflet de la silencieuse résignation des Orientaux.\nII\nSavez-vous encore comment je vous ai trouvée, Sarinten ?\nTrouvée ?\nEst-ce que chercher précède trouver ?\nJe ne vous cherchaispas, de même que vous ne me cherchiez pas.\nNous étions si jeunes et nos désirs d'âme erraientinconsciemment.\nD'abord nos corps matériels se rencontrèrent. De grand matin...\nvous le rappelez-vous encore ? Il y a un peu plus de quatre ans\nmaintenant. Je ne crois pas que je sentisse aussitôt plus pour\nvous que pour toute autre jolie fille.\nVous le rappelez-vous encore? Avant la pointe du jour j'allais\nsur monpedati,ma charrette, aux rizières lointaines de mon frère\nqui était un homme sensé, puisqu'il laissait, comme un bour-\ngeois fortuné, les soins au ménétrier. Chemin faisant je vous\nvoyais pour la première fois de ma vie. Je vous voyais porter un\npanier de légumes. Alors je vous chantais une mélodie gaie, une\nchanson de plaisir, de joie et de plaisanterie, avec, à la fin, un\nbrin de moquerie.\n\n(1) Waringin : un arbre d'énormes dimensions."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.40", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1586, "texte": "Sarinten, me pardonnez-vous maintenant cette moquerie ?\nJ'étais jeune et un peu insolent. Dans le fleuve ne coule pas tou-\njours la même eau, bien que cela semble ainsi. Et comme la plus\ndouce larme est vite oubliée par un cœur endurci, même la\nmoquerie la plus mordante est pardonnée par une tendre âme\ndans un seul jour. Allah, qui est grand comme personne ne l'est,\na pourvu à l'équilibre.\nAllah vous bénisse, Sarinten, et qu'il me donne le bonheur,\nque\" ta respiration soit toujours légère.\nAu moment où j'écris ce souvenir du passé, mon âme vole du\npays lointain vers vous et voltige autour de votre charmante\nfigure en affection soigneuse.\n★\n* *\nVoici les paroles de ma chanson dont vous trouverez ci-contre\nla musique :\nAjo naik-naik di ped\nTakoet oemboen-oemboen\nAjo, samanonna soe\nAjo, ajo, nonna ja soeka\nDjangan basah-basah pada mata.\nNanti saia rabah-rabah djalan.\nDjangan kasi salah sama saia,\nKalo, kalo tidaja p\nVoulez-vous la traduction dans votre langue, avec laquelle j'ai\ntâché de me familiariser ? Voici ma chansonnette présomptueuse\nen prose française :\nAllez, grimpez sur la charrette, car j'ai peur que vos vêtements ne\ndeviennent humides par la rosée. Allons, jeune fille, faisons-le ensem-\nble et gaiment. Allons, car vous aimez la raillerie et le badinage.\nMais que vos yeux ne s'humectent pas. Car alors je tâtonnerai le\nchemin. Et ne faites pas tort à moi, si je ne puis vous tendre alors la\nmain.\n★\n* *\nLes yeux de Sarinten sont restés secs cette fois-là.\nLes, yeux de ma bien-aimée sont grands et foncés. Ils rayonnent"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.41", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 48, "texte": "Ajo, naik-naik di pedati."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.42", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1973, "texte": "une lumière qui fait brûler sans roussir. Une chaleur choyante\nse répand de ses yeux.\nQuelquefois ils peuvent sourire si mélancoliquement !\nMoi aussi, je suis mélancolique de nature, quoique je puisse\nbattre sur mon kendang des rythmes qui semblent éclater de gaîté\nexubérante, de joyeuseté folle.\nLa plupart des Orientaux sont mélancoliques de nature. Allah\nl'a disposé ainsi dans Sa souveraine sagesse.\nLes Javanais sont pour la plupart en même temps très humbles.\nNous ne sommes pas une race dure, puisque nous n'avons jamais\nà lutter avec la nature. Notre nature, notre climat nous aide effi-\ncacement, 0u... nous détruit. Cela donne de l'humilité.\nVous, Hollandais, vous savez par trop bien que nous sommes\nhumbles. Depuis trois siècles déjà. Mais, je vous prie, n'en\nabusez pas. Dans l'évolution de l'humanité parfois l'humilité va\nplus loin que l'orgueil. Mais que je ne devienne pas amer... L'a-\nmertume n'est pas dans le caractère javanais.\nLorsque le temps a rétabli un peu l'équilibre rompu, le Java-\nnais se souvient de ses expériences amères en toute humilité et\nrésignation.\nJ'étais, du moins selon le jugement général, le meilleur joueur\nde kendang du pays. Donc j'avais beaucoup d'ennemis. Je ne pou-\nvais pourtant pas présumer que je serais mis à mal dans ma plus\nproche sphère d'activité. Le Javanais n'est point méfiant, ô\nHollandais, dominateurs de mes compatriotes. Au contraire, il est\ncrédule et plein de confiance.\nMes « amis » n'évitaient pas immédiatement mon toit hospita-\nlier. Mais peu à peu et assidûment les fidèles d'autrefois dimi-\nnuaient. Le « lion » de jadis était déjà tombé et inoffensif, n'est-\nce pas ? Le vide se répandait dans mon cœur gémissant. Je me\nsentais abattu et découragé, ne voulais néanmoins pas me mé-\nfier du cœur humain. Je luttais contre moi-même laplusgrande\ndouleur.\nAprès les jours de bonheur et d'honneur, ô être humain, vien-\nnent les jours de tristesse et de désolation."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.43", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1738, "texte": "Allah dispose de l'équilibre et le soigne.\nEn ce temps-là Sarinten me soutenait par des paroles encoura-\ngeantes et des actes énergiques, bien que ses yeux parfois pussent\nsourire si mélancoliquement. Comme une lionne agacée elle se\ntenait debout devant mes ennemis. Une profonde indignation\némanait et s'élançait de son être, et son corps svelte et souple se\nraidissait souvent dans des mouvements musculaires.\nMa bien-aimée est une enfant de roi.\nPour la susdite douleur je ne peux pas battre des rythmes sur\nmon kendang. L'âme javanaise est quelquefois très fière, quoique\ntoujours en profonde résignation.\nIII\nJ'avais décidé. Non sans hésitation. Qui quitte, purement par\ncaprice, les magiquement belles montagnes pour aller au lointain\npays bas, vers un avenir inconnu et incertain ? Le caprice de qui\nva si loin qu'il parte pour la plaine éloignée, s'il se trouve, dans\nson pays natal montagneux, plus près du ciel ?\nNéanmoins j'étais bien décidé. La vie est si variable et multiple\nqu'elle peut vous éloigner de ce à quoi vous êtes cher et de ceux\nqui sont aimés de vous. Il y a des idéals, n'est-ce pas ? Et il y a\ndes désillusions douloureuses, n'est-ce pas ?Et quel mortel sait\ncomment et où son chemin de la vie serpentera ? Qui sait, si au\njour de demain le soleil brillera ou non?\nOù voulez-vous aller ?\nAux Pays-Bas, au pays de nos dominateurs.\nPourquoi ?\nPour Java et pour vous et pour moi-même.\nAvez-vous quelque prévoyance en ce qui concerne votre\navenir ?\nNon, Sarinten.\nEst-ce que votre respiration est assez libre et grande ?\nEt, Sastro, votre cœur a-t-il la force nécessaire ?\nOui, Sarinten.\nPartez alors, Sastro, et qu'Allah guide vos pas. Attrapez la\nlumière du soleil qui se trouve partout."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.44", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1737, "texte": "Elle ne demandait pas si je ne l'oublierais jamais. Elle le savait.\nJe le savais aussi.\nDeux jours après.\nQuand m'en irai-je ?\nNaturellement si tôt que possible. Une décision courageuse\ndoit être exécutée promptement.\nUne enfant à l'âme royale est énergique, même quand son\ncœur se brise.\nSes yeux échauffaient les plus profondes profondeurs de mon\nâme.\n*\n* *\nLe soir de notre adieu en fut un de triste bonheur.\nO les soirs des Indes Orientales !\nObscurité soudaine, tombée sans prudence ; la lune encore\nmate, fade et nébuleuse ; étoiles, ci et là, à rayonner commencent,\nattendant patiemment les hordes lumineuses.\nL'air devient frais, lâché par les rayons solaires, et le silence\nglisse partout, doux et calme. Les feuilles d'arbres dorment\nsommeil salutaire; seule, très doucement, berce encore une palme.\nPuis, répandant partout des lueurs vacillantes, des hordes\nd'astres tout d'un coup se firmamentent. La lune, douce, affable\net souriante, paraît se réjouir de sa tâche éclairante.\nLes hommes, épuisés, cessant tout travail, respirent longue-\nment, s'élargissent la poitrine.\nBientôt viendra la nuit, mystérieuse et plus silencieuse...\nIl règne un silence solennel et immobile. La nature tropicale,\nqui s'éveille chaque matin violemment et avec beaucoup de bruit,\nse repose le soir généralement dans un sommeil profond et\ncomme magnétique.\nLe soir de notre adieu en fut un de triste bonheur.\nAussi généreuse que la lune était avec sa lumière, aussi géné-\nreuse Sarinten était avec sa tendresse.\nJe la vois encore, dans la splendeur de la clarté de lune. Il n'y\na aucune larme dans ses yeux 5 elle pleure en son cœur, intérieu-\nrement. Seulement la voix vibre et les lèvres vibrent. Le doux"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.45", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2065, "texte": "corps tressaille quelquefois violemment. Les mains sont gla-\nciales 5 le visage brûle.\nTout à coup... des bruits, de bien loin, brisent le silence de la\nnature reposante.\n/\nEcoutez... écoutez silencieusement. C'est le gamelan qui accom-\npagne harmonieusement notre émoi. La nuit merveilleusement\nsolennelle et resplendissante, notre bonheur triste et le gamelan...\nSonne, ô sonne, gamelan ! Vois, mes mains battent les rythmes\ndans l'air vide ; je joue avec toi, quoique sans bruit, sans le moin-\ndre bruit. Sonne, ô sonne, gamelan ! Sarinten et moi, nous écou-\ntons pieusement.\nUne mélodie bien triste, comme un doux murmure, un air plain-\ntif, mais clair et sonore, comme le clair de lune dans un pays\nbrumeux, ou comme une voix splendide, entendue à travers des\nmurailles. Quels sons rêveurs, avec des frissonnements mysté-\nrieux, s'en vont, timidement et presque avec crainte, vers l'infini.\nC est de la tristesse tendre, la régénération de la mélancolie, qui\nondule en fleuve de sons, calme et pure...\nSoudain un lourd instrument à percussion rompt la suavité;\nle temps s'accélère et le rythme se raccourcit. Une tempête de sons\nfurieux monte et monte sans cesse, comme si des géants faisaient\nune levée de boucliers ; elle tonne dans les sphères, fulmine, s'a-\nlourdit, étourdissante, assouvie de douleur. Seulement de temps\nà autre d hésitantes résonances de soupirs, bientôt étouffées par les\nhordes bruyantes.\nSeul, un son tendre et frêle se fait entendre assidûment, sans\ncesse, malgré la domination et la splendeur de tous les bruits\nvigoureux... Écoutez; il gagne du terrain! Écoutez, comme les\nmonteurs à l'assaut tombent ! Quelques moments encore, et la\nforce, épuisée, s'arrête tout d'un coup.\nMaintenant autour de ce son tendre et frêle s'entortillent des\nornements mélodieux, très fins et mystérieusement subtils. Et\npaisiblement cette disposition dure longtemps, longtemps, la dis-\nposition de la résignation de lame lasse.\nPenserez-vous toujours à moi, Sarinten ?\nLisez dans mon cœur, Sastro. Un jour j'espère pouvoir, de"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.46", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1420, "texte": "grand cœur, vous souhaiter la bienvenue chez moi. Alors je vous\nferai oublier la largeur de l'océan et la durée de votre séjour dans\nle pays lointain et étrange.\nAlors, dans un mélange de douce tristesse et de doux espoir, la\nchanson suivante s'envolait de mes lèvres :\nTabé, nonna,\nSaia misti pigi.\nHati saia tjapé,\nBerasa sendiri.\nKalo saia mati\nSoedah masoek\nIngat, djantoeng\nSapandjangnja\nHidoep lama lagi,\nNjamanja bada\nSoreh, malam, pagi\nEnteng ja napasnja.\nLa traduction est ainsi :\nJe vous dis adieu, jeune fille. Je dois partir. Mon cœur se sent fatigué\net solitaire.\nQuand je serai mort et descendu dans la tombe,pensez,ma bien-aimée,\nà moi toute votre vie.\nRestez en vie encore longtemps, en bonne santé. Et que l'après-midi,\nle soir et le matin ta respiration soit légère.\nChantez cette chanson d'adieu avec un sentiment retenu. Le\nlarmoiement est une horreur. Si je ne dois plus voir Sarinten sur\nterre, je la reverrai certainement sous de meilleurs cieux. Les\nâmes ne périssent jamais. Jamais.\nO les rêves de bonheur qui ne se réalisent pas et qui, après\nle réveil, vous plongent dans une désillusion profonde... !\nLa veille de mon départ je rêvais que Sarinten, la douce créa-\nture, avait l'intention de m'accompagner dans mon long voyage.\nUn rêve divin, dans lequel l'imagination était d'une animation\naccrue. Et je m'entends encore chanter dans mon rêve 1\nsuivant :"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.47", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 41, "texte": "Tabé, nonna, tabé."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.49", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 50, "texte": "Dari mana ja datang lintah?"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.51", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1017, "texte": "Dari mana datangja lintah ?\nDari saivah toeroen ka kuli.\nDari mana datang\nDari mata toeroen\nDari mana datang ja batoe ?\nDari goenoeng toeroen kabawa.\nDari mana datang ja\nDari sorga toeroen ka doenia.\nDari mana datang katawa ?\nDari hati naik ka moeloet.\nDari mana j a saia\nSebab nonna koe\nVoici la traduction de cette chanson d'extase :\nD'où vient la vengeance ? Elle vient de la rizière et descend dans la\nrivière.\nD'où vient l'amour ? Il vient des yeux et descend au cœur.\nD'où vient la pierre ? Elle vient delà montagne et roule en bas.\nD ou vient la reine .■> Elle vient du ciel et descend sur la terre.\nD'où vient le rire ? Il vient du cœur et monte à la bouche.\nPourquoi suis-je si joyeux? Parce que ma bien-aimée veut m'accom-\npagner en voyage.\nHélas ! le rêve ne se réalisait pas. Le grand bateau à vapeur\nm'emportait, moi seul...\nLes premiers jours à bord, même mon kendang fidè le n'a pu me\nconsoler. Les rythmes que je voulais battre s'embrouillaient...\n\nSastro Prawiro.\n\nr\nù"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c030", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 52, "image_fin": 66, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.11", "titre_corps": "Sanctuaires de Musiciens", "titre_sommaire": "Sanctuaires de Musiciens", "signature_source": "May de Rudder", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.52", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1484, "texte": "Sanctuaires de Musiciens\n\nA côté de la correspondance, il n'est peut-être rien qui nous\nfasse communier plus intimement avec 1 esprit et 1 âme des grands\ngénies que la visite des maisons et des lieux où ils sont nés, où ils\nont habité et travaillé, la vue des paysages et objets familiers qui\nles ont entourés et celle de leurs manuscrits. C est pourquoi on ne\npeut assez se réjouir de voir transformées en musee consacre a leur\ngloire les demeures qui les ont abrites ou qui les ont vu naître,\nce sont de petits temples très intimes dont une grande âme est le\ncentre, des sanctuaires tranquilles à la pénétrante atmosphère où\nchaque objet est chose sacrée, vénérable, révélatrice de mille détails\nou évocatrice d'une heure capitale de ces vies vraiment immor-\ntelles.\nAu cours de mon long voyage de l'été dernier, parmi les impres-\nsions multiples de nature et d'art, je me suis arrêtée avec bonheur\nà plus d'un de ces petits temples intimes, retrouvant Bach, Luther et\nWagner à Eisenach, Wagner encore à Wahnfried, et puis à Venise,\naprès Byron et Shelley; Jean-Paul à Bayreuth aussi ; le bon Hans\nSachs et le grand Durer à Niirnberg ; Roland de Lattre à Munich ;\nMozart à Salzbourg ; enfin Beethoven à Bonn. De toutes ces mai-\nsons ou chambres illustres, trois seulement peuvent réellement et\nofficiellement compter comme « musées » : ce sont les maisons\nnatales de trois grands génies de la musique, de Bach à Eisenach,\nde Mozart à Salzbourg et de Beethoven à Bonn. Quant à la de-"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.53", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2348, "texte": "meure de Wahnfried, elle passerait à bon droit pour le plus riche\net vivant sanctuaire, mais il n'est accessible qu'à ceux que les pro-\npriétaires (la famille Wagner), très accueillants d'ailleurs, con-\nsentent à recevoir.\nMon intention, en parlant ici de quelques-unes de ces habitations,\nn'est pas d'en décrire minutieusement le détail, ni d'en faire l'in-\nventaire des objets ; des catalogues s'en chargent ; j'aime mieux\nfaire partager à mes lecteurs les impressions qu'elles m'ont sug-\ngérées dans leur ensemble ou à la simple vue d'un de leurs trésors.\nIl est évident que cette impression a et garde toujours quelque\nchose de préconçu qui nous vient de notre connaissance antérieure\ndes œuvres et de la vie du génie qui nous attire dans ces sanc-\ntuaires ; mais quoi qu'il en soit, les objets, les petites salles., les\npierres, les jardins, les paysages environnants, exercent à leur tour\nleur fascinante et si particulière influence sur notre pensée, et\nl'impression que nous emportons à la sortie du petit temple n'est\nplus la même que celle de l'entrée. Ce n'est guère le caractère\ngénéral qui change, mais la profondeur et l'intensité.\nC'est à la maison de l'olympien et souverain\nBach que je fis la première visite. Elle est adorablement située,\net bien qu'en pleine ville, on se croirait plutôt transporté sur\nla place principale d'un bon village ancien ; car\n(ou Fraaenplan), s'embranchant à droite sur l'importante et ancienne\nroute du Frauenberg, chemin vers la Wartbourg, ne s'encadre\nque de modestes, petites et vieilles maisons, si tranquilles à l'ombre\nde leurs arbres qu'elles ont l'air mi-endormies dans le passé, comme\ndu reste les rues étroites et calmes qui viennent y aboutir et dont\nla Lutherstrasse (1) aux pittoresques pignons est la principale. Au\nloin, par-dessus les toitures, on voit s'étager les belles montagnes\nboisées de la Thuringe, vue reposante autant qu'admirable.\nC'est donc en ce paisible coin d'une ville charmante qu'est la\nmaison où Bach naquit et habita jusqu'à dix ans (2). Elle est précé-\ndée d'un joli jardinet montant en pente douce vers la demeure\ndont la famille Bach n'occupait que le premier étage et l'entresol :\n\n(1) Luther y fut l'hôte de la bonne veuve Ursula Cotta de 1498 à 1501.\n(2) Elle porte le n<> 21 ; une plaque commémorative y est apposée depuis\n1865."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.54", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2237, "texte": "en tout huit chambres, d'inégale grandeur, plafonds bas et poutres\nde bois apparentes, fenêtres doubles à petits carreaux et toutes\ngarnies de fleurs, portes en boiseries foncées munies de leurs an-\nciennes serrures. Une lumière extrêmement douce, un calme infini\nrégnent dans cet intérieur, et l'impression d'immense sérénité qui\nvous enveloppe aussitôt n'a d'égale que celle suggérée par le maître\nlui-même lorsqu'il chante dans ses immortelles compositions la\npaix des bienheureux. La maison, dans son extrême modestie,\nexhale un parfum de joie tranquille, le bonheur d'une vie familiale\noù les exigences de confort n'étaient pas grandes, mais où l'ai-\nsance, la bonne entente et l'art régnaient assurément. Voilà tout\nce que nous disent la disposition des places et quelques objets et\nsouvenirs réunis dès 1906 dans ce charmant intérieur en vue de\nla constitution du musée Bach (1).\nDe l'extrémité du large couloir au rez-de-chaussée monte l'esca-\nlier tournant qui conduit d'abord àla cuisine, située à l'entresol :\npetite, pavée de briques rouges défoncées par endroits, elle a\ngardé son aspect ancien avec sa vieille cheminée où la crémaillère\nest suspendue et où des bûches de bois jetées dans le foyer\nsemblent attendre que la ménagère d'autrefois y ranime le feu.\nQuelques pots en grès et en métal, des assiettes peintes, une\nvieille lanterne, un banc, d'autres menus objets, sont venus com-\npléter ce matériel peu compliqué. De cette chambre étroite et\nbasse, quelques marches conduisent au premier étage où l'on a\nhabilement reconstitué un intérieur de la bonne bourgeoisie d'il y\na deux cents ans.\nLa Wohnzimmer d'une famille de musiciens est là avec ses\nrouets, sa grande table, son secrétaire, un clavicorde avec péda-\nlier, un luth au mur. Le portrait à l'huile (1645) d'Ambrosius\nBach, musicien de la ville d'Eisenach et père de Jean-Sébastien,\nse trouve ici : bonne, franche et mâle figure. On s'imagine le digne\net brave homme surveillant ici les premiers exercices de ses en-\nfants, de son petit Sébastien surtout qui n'eut pas le bonheur de\nle conserver au delà de dix ans.\nA côté se trouve la chambre à coucher également reconstituée\n\n(1) Inauguré officiellement en mai 1907."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.55", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2369, "texte": "dans son ensemble, sans que pour cela les meubles aient tous\nappartenu à la famille du maître qui nous retient. On y montre\ncependant le berceau de ce génie et un vieux lit de famille en bois\npeint abrité au fond d'une alcôve. Bahut, coffres, bancs, complètent\nce mobilier, tandis que la Bible, inspiratrice de tant de chefs-\nd'œuvre, s'ouvre sur le rebord d'une fenêtre et qu'au mur veillent\nsur ce grand souvenir de Bach deux maîtres glorieux de l'Alle-\nmagne du xvi® siècle, Hans Sachs et Durer. De ces chambres fami-\nlières nous passons au musée proprement dit : une petite salle\nnous offre une jolie collection d'instruments contemporains de\nBach cédée au musée parle Dr Obrist, de Weimar, et comprenant,\nentre autres, un clavicorde, une épinette de Silbermann, des flûtes,\ndes hautbois, une viole degambe; ils ont beau être là, muets et\nimmobiles, nous n'en pensons pas moins à tout ce qu'ils furent\npour le maître et quel monde de sonorités et de pensées il leur\nconfia tour à tour. Dans la même salle nous retrouvons encore\n/\nBach enfant, au temps de ses études à Ohrdrufer, chez son frère\naîné, Johann-Christoph; il asa place parmid'amusantes silhouettes\nde la famille, toutes alignées dans une vitrine et voisinant avec de\npetits cahiers de classe, ceux-ci de Friedemann Bach, le génial fils\naîné de Jean-Sébastien, qui ornait ses versions latines, sans doute\npeu agréables, des plus drôles caricatures. Mais l'enfant, comme\nl'homme plus tard, était au fond une nature sérieuse et noble, ce\ndont témoigne le beau portrait à l'huile cédé par la bibliothèque\nde Berlin au musée d'Eisenach. La quatrième chambre, plus\ngrande celle-ci, et donnant comme les autres sur la Frauenplan,\nse rapporte plus particulièrement au grand maître de cette famille\nillustre : plusieurs tableaux et gravures nous lemontrentà diverses\népoques de sa vie ; l'expression change peu : c'est à peu près tou-\njours la même sérénité, surtout l'invariable bonté et le calme puis-\nsant du regard qu'on dirait habitué, comme l'esprit, à ne contem-\npler l'éternité et l'au delà qu'en toute confiance et sûreté. De la\nbonhomie et l'humeur égale, mais aussi de l'autorité et de l'énergie,\nvoilà ce qui caractérise aussi bien l'image du maître à 3o ans\"; par\nle peintre de Nurnberg-Ihle (i), que Hauszmann\n\n(i) Ce tableau provient du palais margravial Je Bayreuth."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.56", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2479, "texte": "d'un Bach à l'âge mûr, et qu'une reproduction d'un tableau récem-\nment retrouvé par le Dr Fritz Volbach, de Tiibingen, représentant\nJean-Sébastien vers la soixantaine. Dans ce dernier, la figure est\nd'une noblesse souveraine, comme si le visage s'éteint empreint de\ntoute la majesté de l'œuvre magnifique déjà créée alors. Auprès de\nces éloquentes images se groupent les photographies ou gravures\ndes nombreux temples où ce « prêtre unique de l'art » officia ; sur\ndes tables, dans les vitrines, quelques manuscrits précieux, de\npetites lettres, des éditions rares, dont la première de la messe en si\nmineur et Yopus i de Bach : Klavier Uebung, le petit et grand\ncahier de piano d'Anna-Magdalena Bach, etc. Les actes civils se\nrapportant à la naissance, au mariage et à la mort du maître sont\nici aussi, ainsi qu'une collection très complète de toutes les publi-\ncations et livres importants sur Bach, depuis le manuscrit de la\ngrande biographie de Spitta jusqu'aux ouvrages plus récents de\nR. Strauss, d'Albert Schweitzer, de A. Pirro, etc. Au mur encore,\nun portrait à l'huile du dernier descendant mâle de Bach, le clave-\nciniste de la reine Louise de Prusse, Ernest-Friedrich-Wilhelm,\nchef-d'orchestre de la cour royale de Prusse, mort en 1845 à Ber-\nlin. Les traits sont d'une extrême finesse et d'une grande bonté.\nLa simple croix en fer qui ornait sa tombe fut cédée au musée\nBachpar unsimple facteur des postes de Berlin qui l'avait acquise\naprès la désaffectation du cimetière. Elle se trouve dans le coin\nde droite du paisible jardin de la maison, près du mur de celle-ci.\nLes petites salles donnant sur ce jardin comprennent surtout\ndes affiches relatives aux festivals, deux intéressantes gravures\nreprésentant Bach à la Friedrichskirche de Potsdam, en présence\nde Frédéric le Grand, le roi écoutantdans leplus profond recueille-\nment le musicien qui paraît improviser à l'orgue. Une intéressante\nreconstitution du masque de Bach par Seffner, d'après le crâne re-\ntrouvé, est extrêmement curieuse aussi. Au palier, un grand buste\ndu„génial compositeur, par Seffner également, préside en quelque\nsorte l'entrée et la sortie du simple musée, pas fort riche encore,\nétant du reste de fondation récente ; mais l'impression qu'on em-\nporte de là n'est pas moins profonde et forte, et à voir toutes ces\npetites chambres si pleines de lumière et de paix, éclairées par\nleurs jolies fenêtres tout encadrées de vigne vierge et de lierre"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.57", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2340, "texte": "et chargées de fleurs, abritant le souvenir du plus olympien des\nmusiciens, je ne sais quelle sérénité enveloppe l'àme du visiteur et\nlui permet d'envisager sans trouble et dans toute son amplitude\net sa majesté la grandeur de celui qui vit le jour dans cette hospi-\ntalière, riante et calme maison, tandis que le regard et l'esprit\npeuvent, maintenant comme alors, contempler les merveilleux\nhorizons de la Thuringe, s'immergeant sans peine dans l'infini et\nl'éternel.\nGomme la patrie de Bach, celle de Mozart est d'un irrésistible\nenchantement. Pourtant, tout y est très différent. S'appuyant sur\nles premiers contreforts des Alpes géantes et sévères du Salz-\nkammergut, la ville où naquit Mozart voit cependant entre ses\nmontagnes s'étendre à perte de vue une plaine riante et fertile\nvers des sommets éloignés qui barrent l'horizon de leur grande\nombre sinueuse. La cité elle-même, avec ses maisons italiennes,\nson Dôme demarbre éclatant, ses grandes et claires résidences prin-\ncières et épiscopale, sa rivière impétueuse et large, flot de vie,\nest avenante, riante et semble heureuse, et la pluie, pourtant fré-\nquente ici, ne lui enlève pas son exquis sourire ni sa gaieté inté-\nrieure. La population a la même grâce séduisante, et l'on ne\ns'étonne pas qu'en un tel milieu soit né le plus clair et le plus mé-\nlodieux génie de la musique : Mozart. C'est au n° 9 de la Getrei-\ndestrasse, rue commerçante, étroite, animée, au troisième étage\nd'une maison où se vendent, aujourd'hui comme autrefois, épi-\nceries et graines, que cet enfant de la grâce et du génie vit le jour.\nC'est l'appartement même qui est converti en musée. On y accède,\nsur la rue, par une grande porte ancienne en fer, surmontée à la\nclef de voûte d'une fine et jolie figure féminine, symbole gracieux\nque la fantaisie d'un architecte d'autrefois disposa bien par hasard\nau-dessus de cette entrée. Un escalier obscur aux vieilles rampes\nde bois tourné nous conduit à l'étage intéressant, et nous péné-\ntrons dans la demeure peu éclairée, aux plafonds bas, de la famille\nMozart. Nous ne retrouvons pas ici., comme à la maison Bach, sur-\ntout un intérieur ancien orné de quelques portraits de famille où\nvivaient des artistes aisés et modestes ; non, ici, c'est exclusive-\nment le « musée », mais il contient une belle collection de re-"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.58", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2469, "texte": "liques ; aussi est-il suggestif et intéressant au plus haut point.\nDeux grandes chambres suffisent à peine à grouper tant de trésors.\nCe qui frappe au premier moment, c'est le nombre relativement\ngrand de portraits de la famille Mozart, originaux ou copies.\nL'illustre Wolfgang-Amédée y est représenté à tous les âges :\nfigure toujours aimable et souriante, où les coups souvent rudes\nde la destinée n'ont pas gravé de plis amers ni de rides précoces;\nla joie intérieure, une essentielle sérénité qui d'ailleurs a ses mo-\nments grands et sublimes autant que la douleur ou l'héroïsme,\nsemble n avoir jamais quitté cet enfant de lumière ; elle a souri\ndans ce petit coin tranquille ou fut son berceau, où se trouve\naujourd hui son buste glorifié entouré de couronnes et de rubans\nofferts à chaque festival. Elle l'a suivi à travers toute son enfance\ndéjà glorieuse dont plus d une chose rappelle ici les triomphes,\ncar on a fêté à l'envi le petit prodige ; voici le joli violon offert à\nVienne à l'enfant de six ans; puis la bague que lui donna à cette\népoque aussi 1 impératrice Marie-Thérèse, qu'il avait ravie au con-\ncert de la cour, autant que la toute jeune Marie-Antoinette. C'est à\nl'envi aussi que peintres et dessinateurs semblent avoir voulu\nfixei les tiaits de ce petit charmeur, délicieuse figure émergeant\ndes jabots de dentelles blanches et à laquelle l'habit de gala, un\npeu raide, ne pouvait enlever la grâce mutine et l'exquise simpli-\ncité. L'expression de Wolfgang n'a pas moins de finesse que celle\nde la sœur Nannerl, et il n est pas de groupe plus charmant que\ncelui où nous les voyons ensemble, simplement et tendrement ap-\npuyés 1 un sur l autre, ou exécutant a deux en parfaits virtuoses\nleur musique bien-aimée. Plus d'une fois le père Mozart se mêle\nau petit ensemble et le dirige avec son autorité de musicien sûr.\nQuant à la mère de Mozart, nous la retrouvons ici aussi ;un\nbeau portrait vient nous rappeler cette aimable Anna Perti, cette\népouse et mère attentive, gardienne d'un foyer d'art qu'elle ne\nquitta que pour accompagner son jeune fils à Paris où elle mourut\nsi prématurément. Ainsi nous revoyons les images si diverses du\ngénial enfant entourées de celles qui lui furent chères avant toutes\nles autres. De ces années insouciantes, d'autres témoins nous re-\ntiennent ; une epinette et un piano de concert en beau bois et aux\ntouches jaunies que le plus souvent, au gré de sa propre fantaisie,"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.59", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2359, "texte": "le petit Mozart animait sous ses doigts agiles. Non loin des instru-\nments, des feuilles de papier nombreuses nous rappellent la pré-\ncocité du compositeur en cet enfant délicat : pages mélodiques,\nsimples d'abord, mais à 7 ans déjà une sonate (en majeur), écrite\nà Bruxelles en 1763, au cours d'une tournée. Des affiches, des\nmédailles, des autographes, nous parlent sans fin de la prodigieuse\net multiple activité de l'adolescent, enfin de l'homme parvenu à\nl'épanouissement de son génie, livrant trésor sur trésor : les ma-\nnuscrits, quels qu'ils soient, de musique de chambre, de sym-\nphonies (dont la symphonie, dite composée à Paris en\n1776), du Te Deum,d'un Kyrie,etc., accusent tous une facilité\nd'écriture étonnante, une clarté de conception si immédiate et nette\nque les ratures y sont exceptionnelles. Et vraiment on ne peut\ns'empêcher de reconnaître devant de telles preuves un pur génie\nde lumière qui créait, suivant un juste mot de Grieg, « comme\nun Dieu, sans peine et sans douleur. »\nAuprès des pages musicales sont rangées quelques lettres fine-\nment et vivement écrites un ; goût accusé pour l'emploi du fran-\nçais s'y affirme plus d'une fois ; parfois des lettres entières sont\nen cette langue, dont l'une, charmante de tendresse et d'enjoue-\nment, àsa chère Stanza (sa femme, Constance Weber); d'autres,\nécrites en allemand, ont souvent leur en-tête en français aussi.\nAu mur de la salle, des autographes, des affiches suggestives de\npremières représentations d'opéras : Titus, Constanze e Belmonte\n(1 Enlèvement au sérail), Die Zauberflôte {la Flûte enchantée). Quant\nà cette dernière, elle montre éloquemment quel cas Em. Schi-\nkaneder, auteur du livret et directeur de théâtre, faisait de son\nillustre collaborateur : tandis que le librettiste affiche en grandes\nlettres son propre nom comme « auteur » de l'opéra, celui de\nMozart n'y paraît qu'à l'arrière-plan et à l'ombre comme com-\npositeur de la musique. Au bas de l'affiche, cette amusante petite\nnote-réclame pour attirer et flatter le public : « M. Mozart, par\namabilité et considération pour le public, dirigera en personne, et\nM. Schikaneder jouera Papageno. »\nMais l'hommage des siècles suivants au musicien immortel de\nla Flûte enchantée proclame ici avec bonheur les multiples re-\nvanches que le temps apporte aux grands méconnus de certaines"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.60", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2358, "texte": "heures. Les affiches des festivals signées des plus grands noms de\nla musique, les cinq albums chargés de signatures modestes et\nillustres dont celle de Franz Liszt ouvre royalement la série, enfin\nles nombreuses médailles, en sont autant de témoignages. Dans\nune jolie bibliothèque, superbement reliées, l'imposante série\ndes œuvres complètes de Mozart évoquent magnifiquement ce\nclairet fécond génie.\nA toutes ces reliques précieuses, une autre est venue s'ajouter\ndepuis peu : le crâne de Mozart, retrouvé au vieux cimetière du\nfaubourg Saint-Marx (Vienne) et légué au musée par V. Hyrtl.\nEst-ce vraiment l'authentique? De temps en temps, des doutes\ns'élèvent encore à ce sujet, et avec raison sans doute, car il fut tou-\njours difficile de déterminer l'endroit exact où Mozart fut inhumé ;\nune gravure, bien connue par ses reproductions, le Convoi du\npauvre, nous rappelle les tristes circonstances de l'enterrement\nde Mozart : par la froide et pluvieuse journée de décembre, per-\nsonne ne suivit le grand disparu à sa dernière demeure. Cons-\ntance Mozart elle-même, dont le musée possède un joli portrait et\nla touchante page d'adieux qu'elle écrivit dans l'album de famille,\nla nuit même de la mort de son mari (5 décembre 1791 ), Cons-\ntance même, dis-je, ne put jamais le savoir avec précision. Quoi\nqu'il en soit, le crâne conservé religieusement peut très bien être\ncelui du maître ; il n'a de caractéristique que le grand dévelop-\npement de la mâchoire et de l'orbite ; une des particularités du\nvisage nous est nettement révélée dès l'entrée du musée :\nc'est la dimension de l'oreille, développée chez le maître bien au\ndelà des proportions normales. Signe assurément curieux, en ce\ncas, de facultés auditives également extraordinaires. Mais plus\nmerveilleuses encore furent la clarté de conception, la vivacité et\nla richesse de l'invention, la finesse de la sensibilité, portées àun\ndegré supérieur chez Mozart dont rien ne put voiler la pure et\nadorable sérénité. Comme Tamino, il sortait inchangé, toujours\négal à lui-même, de toutes les épreuves.\nSalzbourgtout entière est encore remplie de son clair souvenir:\nde la rue animée voisine du Monchberg au Kapuzinerberg opposé\nsur lequel fut transportée, de Vienne, la mignonne maison de bois\noù fut composée l'incomparable Flûte enchantée, tout ici parle de"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.61", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2290, "texte": "ce lumineux génie que l'histoire de la musique ne connaîtra qu'une\nfois.\nDans quel autre ciel, dans quelle atmosphère différente nous\npassons en invoquant, après le nom de Mozart, celui de Beethoven !\nLa puissance prométhéenne est là, mais c'est une grandeur tra-\ngique dominée le plus souvent par un ciel de tourmente. L'œuvre\nentier de ce maître, ses carnets de conversation, sa correspon-\ndance nous l'ont dit à chaque page. Aussi n'est ce pas sans une\némotion profonde mêlée de mélancolie et d'une immense admi-\nration que l'on pénètre dans la modeste maison qui l'a vu naître\net où sont aujourd'hui rassemblés tant d'objets qui lui furent fa-\nmiliers et une collection d'autographes et de portraits importante.\nBonn, ensontemps, n'était sans doute pas ce qu'elle est aujourd'hui ;\nd'anciennes gravures nous la montrent toujours assez animée ce-\npendant, avec ses rues étroites descendant vers le Rhin, ses mai-\nsons aux pignons pittoresques s'alignant en groupes serrés ; mais\nelle n'avait sûrement, pas plus qu'aujourd'hui, ni la sérénité en-\nveloppante d'Eisenach, ni le sourire déjà tout méridional de Salz-\nbourg. Le fleuve large et puissant, la plaine environnante s'éten-\ndant à l'infini, bornée seulement au sud par la ligne déjà loin-\ntaine des Sept-Montagnes et de forêts sévères, favorisait par contre\nl'essor des rêves les plus audacieux mêlé de la mélancolie du\nnord et de la grandeur héroïque du pays rhénan.\nC'est dans cette atmosphère que Beethoven passa ses jeunes\nannées. L'aspect de sa maison natale, arrière-bâtiment situé dans\nla cour tranquille d'une maison de la Bonngasse, donne au premier\naspect une impression de souriante retraite sous les vignes vierges\nqui tapissent gracieusement les façades. Ce calme ne vous quitte\nqu'en présence des petites chambres où habitait la famille Bee-\nthoven lorsque naquit son grand Ludwig. Elle est toujours là,\ncette mansarde exigtie à fenêtre unique et basse où est né ce roi\nde la symphonie. Ce n'est pas sans émotion que l'on regarde ce\nlieu de naissance si humble où le buste du compositeur et quel-\nques couronnes parlent seuls de sa haute et vraie gloire issue de\nce petit coin modeste. Aucune image de Beethoven enfant ne\nnous est parvenue. On n'a pas fixé à l'envi ses traits comme ceux"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.62", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2398, "texte": "du petit Mozart ; il ne connut jamais non plus aussi brillante jeu-\nnesse. Les premiers portraits du maître de Bonn sont de la quin-\nzième à la vingtième année, et nous révèlent une physionomie un\npeu farouche dans sa mélancolie précoce, mais néanmoins em-\npreinte d'une extrême bonté. Témoin de ses jeunes années aussi,\nle vieil orgue de l'église Saint-Remi, sur lequel il joua si souvent\net qu'un curé de la paroisse s'est fait un devoir d'offrir au musée.\nTous les autres souvenirs ont rapport au « grand Beethoven ».\nLes portraits, originaux ou reproductions, deviennent nombreux\nà partir de la 25e année.\nL'un des plus expressifs est, certes, le tableau original de Ferdi-\nnand Schimon, de 1819. Le génie, la force de concentration, la\nbonté profonde du maître, y parlent avec une éloquence rare, et\nl'impression produite par cette image est peut-être d'autant plus\nintense qu'elle est complétée par celle des deux portraits qui l'en-\ncadrent à droite et à gauche : d'une part, celui de sa mère, simple et\nsympathique créature, la seule peut-être dont le jeune enfant eut\nquelque caresse; d'autre part, celui de la noble, belle et si bonne\nThérèse de Brunswick, « l'immortelle bien-aimée », certes bien\nsupérieure àla Guicciardi qui ne peut lui disputer ce titre. La\ndouceur et la modestie de son profil de vierge sont d'une pénétrante\nsuavité, et tout dans ses traits et son attitude annonce autant\nde grandeur d'âme que de bonté et de simplicité apparentes. C'est\nce tableau même qu'elle offrit à Beethoven en témoignage d'affec-\ntueuse admiration, avec cette courte mais suggestive inscription au\nverso qui honore autant celui à qui elle fut dédiée que celle\nqui l'écrivit : Dem seltenen Genie,\nMenschen. (Au rare génie, au grand artiste, à l'excellent homme.)\nCelle qui avait si entièrement, si parfaitement compris toute la\nsupériorité de l'artiste et la bonté de cet être aux dehors plutôt\nfarouches, ne put malheureusement créer pour celui qu'elle\naimait et vénérait ainsi le foyer de paix et de joie familiale; mais\nelle n en fut pas moins une puissante inspiratrice et un bon génie,\naimant et consolant pendant toute la vie de ce grand solitaire.\nAprès la mort de Beethoven, ce fut elle encore qui s'occupa acti-\nvement de rassembler ce qu'elle put de souvenirs du maître, afin\nde pouvoir les léguer un jour au musée dont elle caressait déjà en"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.63", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2354, "texte": "esprit le projet de fondation. Son image dans ce sanctuaire est la\nplus douce, la plus lumineuse de toutes ; qu'elle rappelle la suave\njeune femme ou la vieille dame dans sa coiffe de dentelles noires,\ntoujours elle semble veiller avec une immortelle bonté sur ces lieux\noù tout repose si tranquillement aujourd'hui.\nD'autres grandes affections de Beethoven sont encore évoquées\nauprès de celle-ci en une série importante de gravures, de photo-\ngraphies, de tableaux ; je citerai au hasard ceux de Haydn, de\nRiess, de Schindler, des nobles familles von Breuning et Wegeler,\nde Giulietta Guicciardi, celle-ci d'apparence un peu hautaine ;\nenfin ceux des illustres protecteurs, princes et évêques que\nBeethoven rencontra pendant sa vie d'artiste.\nL'image attachante de Thérèse de Brunswick nous a distraits\nun moment de celle de Beethoven même, et c'est elle qui fait\npenser aux autres amis ; mais revenons-en à celles encore si\nmaître. Les énumérer toutes serait une fasti-\ndieuse et sèche nomenclature, et je préfère n'en rappeler ici que\nquelques-unes caractéristiques. Une jolie miniature d'Hornemann,\nde 1802, nous montre Beethoven au temps du testament d'Heili-\ngenstadt, noble et sérieux, mais sans la marque du désespoir qui\nl'envahit si profondément à ce moment. Un autre portrait, de\n1818, par Schuster, précédant donc un peu celui peint par\nSchimon dont nous avons parlé, nous le représente cette fois par-\nfaitement heureux et calme, d'une sérénité totale, comme nous ne\nle reverrons guère plus : ce fut l'image d'un court moment de paix\nà Modling, dans la verdoyante et belle campagne viennoise toute\nfleurie ; l'esprit de Beethoven est au reste dans les régions supra-\nterrestres : les premières esquisses de la Messe solennelle sont de\ncette époque, et la Symphonie avec chœurs hantait déjà aussi sa\npensée. Mais bientôt une vie terrestre plus âpre le rappelle de ce\npays de rêve et plonge Beethoven dans l'humeur sombre et\nfarouche que nous lui voyons sur la plupart des autres portraits.\nCette image heureuse de Modling n'est elle-même qu'une exception,\ncar toute une série de portraits du maître vers 38 et 45 ans nous\nmontrent, sous une mobilité d'expression extrême, un même fond\nde souffrance et de grandeur, d'amertume et de bonté. Toujours\nl'orage et la tempête autour de ce front, mais une force morale"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.64", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2401, "texte": "supérieure et puissante semble avoir enfin élevé le Beethoven de\n4Ô ans au-dessus des atteintes de la tourmente. La différence\nd'expression entre les deux séries de ces portraits accuse forte-\nment une transformation, plutôt une ascension morale considé-\nrable. Elle est d'ailleurs constante chez cet idéaliste génial, et les\ndernières images, nombreuses, de 1825 à 1827, nous en donnent\nde frappants témoignages. Quelques-unes même avec leur note un\npeu comique, tel le Beethoven méditant tout en cheminant, coiffé\nd'un haut de forme rejeté dans le cou, l'habit négligé et n'ayant\nplus de façon, celles-là même ne peuvent faire rire, tant il y a\nautour de cette tête, sous ces apparences, de douleur et de gran-\ndeur tout à la fois.\nCette lutte et cette tourmente perpétuelles dont quelque chose\nde beau et de grand se dégage toujours victorieusement, caracté-\nrisant ce visage, voilà aussi ce qui nous frappe, au premier regard\njeté sur les manuscrits. Toute cette sublime musique a coûté le\nplus souvent une peine immense ; l'œuvre a été forgée par la main\nd'un martyr à la pensée prométhéenne, parmi les éclairs et la\nfoudre ; les copies les plus nettes elle-mêmes n'ont jamais la\nclarté sereine d'une page de Mozart. Qu'il s'agisse de quatuors,\nde sonates, la 27 comme la 111, de l'ouverture de Coriolan, d'es-\nquisses de la Missa solemnis, de simples lieder, c'est toujours la\nmême nature tourmentée, ardente, jamais satisfaite, pour qui les\nnotes sublimes semblent sans doute toujours encore en dessous\nde la pensée inspiratrice. Beethoven ne se plaisait au reste qu'aux\nchoses les plus élevées ou à la simple et si grande nature, sources\npremières de ses émotions transcendantes. Quelques objets fami-\nliers de sa table de travail conservés au musée (buste de Brutus,\ninscriptions encadrées de temples d'Égypte, etc.) nous le rappellent\nici encore. Une autre vitrine contient les quatre précieux instru-\nments à cordes, tous beaux spécimens de la lutherie italienne, sur\nlesquels furent joués, du temps de l'auteur même, ses merveilleux\nquatuors ; ceux-ci reliés en séries, sous couverture de maroquin\nrouge, occupent la partie inférieure du meuble. Non loin de ces\nglorieux souvenirs sont disposés sur une petite table vitrée les\ncornets acoustiques de toutes dimensions dont Beethoven s'aidait\npour entendre ; quelques-uns sont étonnamment grands, mais,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.65", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2320, "texte": "hélas ! pas beaucoup plus qu'avec l'instrument familier d'environ\n3o cm. de long, le pauvre grand artiste ne pouvait ouïr ses chefs-\nd'œuvre, et dans la conversation, les petits « carnets » furent\nencore les meilleurs aides. C'est pour ce sublime et malheureux\nsourd aussi que Conrad Graf, de Vienne, construisit le piano à\nquadruples cordes, dernier instrument de Beethoven, que le musée\nconserve à côté d'un beau clavecin de prix sur lequel le maître\njoua souvent, mais qui appartenait au prince Lichnowski.\nComme au musée Mozart, les médailles à l'effigie de l'artiste\nsont nombreuses ; on y voit égalemeent deux moulages de la\nfigure du maître, des plus intéressants: l'un par Heckel (Beetho-\nven à quarante-cinq ans), l'autre par Dannhauser, pris le jour de\nl'autopsie, au lendemain de la mort du compositeur, en 1827. Ce\ndernier masque est celui dont quelques œuvres d'art importantes\nde ces dernières années se sont particulièrement inspirées pour la\nreproduction du visage du maître. Celle de Max Klinger, dont il\nfut beaucoup question ces derniers temps, est du nombre ; une\nphotographie du célèbre monument se trouve au musée ; la con-\nception, certes originale, du statuaire ne nous semble pourtant pas\ntrès heureuse, et nous lui préférons infiniment le monument élevé\nau Central Friedhof de Vienne, avec ses belles figures allégo-\nriques, et même la simple mais belle statue en pied qui se trouve\nà Bonn (1), et dont une série de gravures au musée nous racontent\nl'inauguration. C'est d'abord l'arrivée par le Rhin ; une foule\nconsidérable était au débarcadère pour recevoir la statue ; avec\nnon moins d'empressement, on la retrouve aux cérémonies musi-\ncales, dans les églises et les salles de concert de la ville, puis à\nl'inauguration proprement dite du monument, qui eut lieu en\nprésence de toutes les hautes personnalités et autorités de Bonn,\ndes environs, de l'étranger même ; au premier rang, on remarquait\nla reine d'Angleterre Victoria et Albert, le prince consort; parmi les\nmusiciens, le grand Franz Liszt apportant ici encore l'hommage de\nsa haute admiration et l'appoint de son inappréciable concours\n\n(1) On sait qu'elle fut le but de fréquentes promenades de Robert Schu-\nmann, pendant ses dernières et tristes années à l'asile de santé d'Endenich,\nprès de Bonn."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.66", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1546, "texte": "artistique. Le musée conserve, à côté des gravures, le procès-ver-\nbal de la cérémonie signé de noms illustres.\nUne petite salle est réservée presque exclusivement aux portraits\net bustes des admirateurs et interprètes célèbres de Beethoven,\nparmi lesquels Joachim et Hans de Biïlow brillent au premier rang.\nL'hommage des siècles et des pays s'inscrit au reste modestement\nde jour en jour, au livre des visiteurs, et je crois que peu le signent\nd'une main indifférente, car s'il est une chose émouvante, c'est\nbien la visite de cette petite maison tranquille, isolée des bruits\nde la rue, où tout respire le silence et la grandeur, mais qui rap-\npelle aussi tant de tragiques et sombres journées accumulées sur\nla tête de celui qui reste l'un des plus profonds musiciens de tous\nles temps. C'est à ce grand souvenir que j'arrêterai mon étude,\nme réservant de parler une autre fois des sanctuaires wagnériens\net autres. J'ai préféré ne grouper en ces pages que les impressions\nressenties dans ces temples modestes et calmes autour desquels\nrègne sans plus de discussions l'universelle admiration. Eisenach,\nSalzbourg et Bonn ont chacune le leur, et quand on considère\ntour à tour les grands génies qu'on y vénère, on ne saurait dire où\nl'on adore avec le plus de ferveur : dans l'olympienne sérénité de\nBach, dans la lumière radieuse de Mozart ou dans la grandeur\nprométhéenne de Beethoven. Auprès des trois maîtres, on se sent\nsur des çimes différentes, mais de clarté égale et rayonnante.\n\nMay de Rudder."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c033", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 67, "image_fin": 84, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.12", "titre_corps": "LE MOIS", "titre_sommaire": "LE MOIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.67", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1220, "texte": "LE MOIS\n\nA SAINT-WANDRILLE.\n\nM. et Mrae Maeterlinck ont fait à William Shakespeare les hon-\nneurs de leur abbaye de Saint-Wandrille. Toute la presse, Figaro\nen tête, a bruyamment informé le public de cette imposante\nmanifestation. Il pourrait sembler inutile d'en parler encore\naujourd'hui. Et pourtant la musicologie a son mot à dire : elle a\nparticipé à cette soirée tragique ; elle en a surveillé la musique,\nassez réduite, il est vrai, puisqu'aucun compte rendu ne semble\nen avoir remarqué la présence.\nC'est le sort habituel des pièces de Shakespeare, en France, du\nmoins. On oublie qu'elles sont musicales, et disposées dès leur\norigine par un homme qui savait ce qu'est le pouvoir des sons.\nQuelques faiseurs d'opéras se sont, il est vrai, souciés des drames\ndu vieux Will, pour les exploiter à leur manière ; mais les tra-\nducteurs, adaptateurs, reconstructeurs de Shakespeare àl'usage du\npublic français sont bien, avouons-le, un peu embarrassés de la\nmusicalité évidente de ces œuvres. Le décorateur, le costumier,\nle poète translateur, n'ont qu'à laisser parler leur compétence ou\nleur imagination. Mais le musicien, auquel le Conservatoire n'a\njamais dit un mot de Shakespeare ni de la musique anglaise du\n\n4"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.68", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2335, "texte": "xvie siècle, se trouve légèrement empêtré, et alors on s'en tire\ncomme on peut.\nMme Maeterlinck, qui a non seulement le respect de l'art, mais\nencore celui de l'histoire et de la vérité, n'avait pas manqué de re-\nmarquer l'emploi de la musique dans Macbeth. Elle fit part de ses\npréoccupations à Charles Bordes, l'infatigable et audacieux Char-\nles Bordes, qui, à son tour, prit conseil de Pierre Aubry. Et je me\ntrouvai moi-même engagé dans ces consultations qui avaient bien\nquelque chose de médical : il s'agissait de rendre à Lady Mac-\nbeth et à ses partenaires l'usage de leurs organes musicaux, dont\nils étaient privés depuis longtemps, et au besoin de procéder à\nquelques amputations nécessaires.\nL'idée d'une musique contemporaine des personnages légendai-\nres fut tout d'abord écartée. Elle se serait harmonisée avec le décor\nde Saint-Wandrille, mais l'absence de texte la rendait abso-\nlument irréalisable. En outre, c'est de la conception de W. Sha-\nkespeare qu'il s'agit dans cette œuvre et non de la vérité histori-\nque du x® siècle. Le mieux eût été de restituer à le vête-\nment sonore dont cette œuvre s'est parée à sa première apparition\nsur les planches anglaises. Là encore, le mauvais sort empêcha la\nreconstitution : tout d'abord parce que les indications de Shakes-\npeare sont souvent trop vagues dans cette pièce pour permettre\nune identification, et surtout parce que M. Maeterlinck a, dans son\nadaptation particulière, sacrifié précisément les parties où la mu-\nsique aurait pu intervenir avec une certaine autonomie.\nS'appujfant sur le mauvais état des traditions, sur les interpola-\ntions reconnues ou probables, l'auteur de Pelléas a retranché de\nMacbeth tout ce qui pouvait retarder l'horreur de ce sombre\ndrame. Il a supprimé la scène narrative du sergent et le rôle d'Hé-\ncate. Celui-ci est en effet, si l'on veut, un intermède lyrique ;\npar conséquent aussi un moment musical. Les sorcières et la\nmaîtresse de leurs enchantementsévoluent dans une atmosphère\nmusicale. Le fantastique et le mystérieux se glissent un instant\navec elles parmi les conjurations et les meurtres, et tout aussitôt,\npar la force même des choses, la musique paraît, comme le rayon\nde lune sur la bruyère pâle. M. Maeterlinck n'a pas autorisé cette\ndistraction. Les deux chansons : vene\\ et"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.69", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "n'ont donc pu trouver leur place à Saint-Wandrille. Est-ce un bien\nou un mal tJe ne saurais dire.L exégèse shakespearienne est une\nterrible chose. Il reste cependant acquis à l'histoire de cette uni-\nque représentation que le traducteur a réservé ses sympathies\npour le drame et sacrifié le lyrisme.\nDans ces conditions, la musique devenait accessoire et l'ana-\nchronisme peu dangereux. Il a suffi à notre ami Aubry de puiser\ndans 1 ouvrage de Chappel, Oui english popular music, et de\nfaire choix de quelques pièces du xme au xvi° siècle. Celles-ci,\nconfiées à la famille des hautbois par Charles Bordes, suffirent aux\nentrées instrumentales indiquées par Shakespeare. On ne sau-\nrait affirmer qu'elles furent inutiles, mais elles se fondirent dans\n1 intense émotion de cet étrange spectacle. Tous ceux qui ont as-\nsisté à cette soirée historique ont eu l'impression que la musique\nn'était point absente, mais ils n'ont point songé à la juger. Un de\nnos amis, M. F. Custot, nous écrit à ce sujet : «... J'avoue que,\nfasciné par le spectacle qui se déroulait devant moi dans cet in-\ncomparable décor, subjugué, hypnotisé par la puissance de ce\ndrame, ensorcelé par ces visions où je ne démêlais plus la réalité\net la fiction, je n'ai pas écouté la musique ! Mais ce que j'ai enten-\ndu, ces sons vagues, ces harmonies lointaines, étouffées, ont inten-\nsément ajouté à mon émotion. J'étais si totalement pris, secoué, je\nme suis trouvé si brusquement transplanté de dix siècles en arrière,\nque je n'ai pu me livrer à aucune analyse de la partie musicale ;\nje ne me suis, sous ce rapport, rendu compte de rien. Il me sem-\nble d'ailleurs que l'admirable artiste qui a conçu et réalisé cette\nextraordinaire représentation a relégué la musique du drame\nau vrai plan où Shakespeare l'eût voulu placer. Ce génie drama-\ntique devait sentir que, de là, elle n'agirait que mieux sur les\nnerfs de ses auditeurs; il ne s'est pas trompé avec moi... »\nEst-ce bien ce qu'a voulu Shakespeare ? Que M. Maeterlinck me\npermette encore une fois de poser la question et de ne pas la résou-\ndre. Pour que ce débat fût intéressant, il faudrait étudier à loisir\nle rôle de la musique dans le drame shakespearien, comme l'ont\ntenté Elson, Naylor et, chez nous, M.Bellaigne. Il faudrait surtout\npouvoir entendre une de ces œuvres pourvue de la musique ori-\nginale. Et, ne nous faisons pas d'illusions : l'adaptateur qui nous"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.70", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1888, "texte": "transporterait tout à cou pen face de la réalité de 161 5 nous cau-\nserait une vive déception. Ce que nous aimons en Shakespeare,\ncomme en toutes choses, c'est nous-mêmes.\n\nJ. Ecorchevillé.\n\nLa musique en Suisse romande\n\nMa dernière lettre de Suisse romande est trop lointaine pour\nque j'essaye de vous donner fût-ce un résumé des faits musicaux\nsurvenus dès lors dans ce coin de pays. Ce n'est pas à dire que ces\nfaits aient été d'importance première et considérable ; du moins\nfurent-ils excessivement nombreux, et de la physionomie actuelle\nde notre vie musicale, je me bornerai à dire qu'elle révèle chez\nle public une préoccupation, un besoin de musique toujours plus\naccusés, en quoi notre public ne fait que suivre, je crois, un\nmouvement général,— et ceci, qui est plus singulier, à savoir une\ncuriosité toujours plus vive et même une certaine accoutumance\nrécente du mouvement musical contemporain, des œuvres fran-\nçaises notamment.\nAprès une série d'auditions et de conférences consacrées à vos\ncompositeurs essentiels, et où se dévoua le plus souvent le talent\nprobe et distingué de Mlle Hélène Luquiens, il semble que nos\namateurs dont je vous indiquais naguère les tendances très alle-\nmandes commencent à s'enquérir de ce qui se passe outre-Jura ;\nl'attitude de la presse à l'égard de Debussy, par exemple, a changé\nà peu près du tout au tout ; elle reste assez « journaliste », si je\npuis dire, mais moins inélégante qu'elle ne fut à certain mo-\nment.\nL'évolution qui se marque ainsi dans nos concerts occasionnels\net dans le goût du public n'est guère à constater, par contre, et sauf\ndans un cas dont il sera question tout à l'heure, dans nos institu-\ntions régulières de concert. Celles-ci restent assez fidèles à leur\nroutine et répètent un répertoire presque invariable dans des pro-\ngrammes peu soucieux d'unité et d'harmonie."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.71", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2239, "texte": "A la direction des concerts symphoniques de Genève, M. Risler,\npuis M. Stavenhagen, ont succédé à M. Willy Rehberg ;M. Risler\nn'y a pas montré des dons particuliers de chef d'orchestre ; M. Sta-\nvenhagen, titulaire définitif de la place, ne s'est guère signalé\njusqu'ici, à l'exception de quelques initiatives intéressantes (exé-\ncutions de symphonies de Bruckner et de Mahler), que par des\nqualités de métier et d'habileté technique.\nA Lausanne, M. Birnbanne parti a été remplacé à la tête de\nl'orchestre, après un concours tumultueux, par M. Alonso Cor de\nLas, qui y fit une carrière brève et sans gloire. J'aurai d'ailleurs\nà reparler sans doute de l'orchestre de Lausanne, complètement\nréorganisé, et de son nouveau chef qui sera nommé au moment où\nparaîtront ces lignes.\nLe fait essentiel de la dernière saison est l'impulsion subite et\nsingulièrement vive que donna aux concerts du\nla direction nouvelle de M. F. de Lacerda. Ceux qui ont pu appré-\ncier à la Schola Cantorumde Paris, à\nriques de Nantes ou dans tant d'autres cercles musicaux l'activité\nartistique de M. de Lacerda, comprendront qu'un si vrai et si\ncomplet musicien ait attiré dès son arrivée, en septembre dernier,\nl'attention non seulement de Montreux, mais de toute la contrée..\nTout de suite on remarque dans l'organisation des concerts\nune disposition ingénieuse des ressources musicales du Kursaal.\nGrands concerts symphoniques le jeudi, concerts classiques, com-\nprenant généralement de la musique de chambre, le samedi, autres\nconcerts de tenue moins sévère, il n'est pas une de ces manifesta-\ntions pourtant bien nombreuses qui ait fait la moindre conces-\nsion au mauvais goût ; chacune a sa signification et comme son\nchaque programme réalise une unité harmonieuse et diverse,\nun équilibre sans monotonie. Enfin on ne tarda pas à s'aperce-\nvoir que la succession même de ces programmes n'était nullement\nlivrée au hasard ; dès les premiers s'esquissaient de rapides cycles\nd'évolution de l'ouverture ou de la symphonie ; et maintenant que\nla saison touche à sa fin, leur ensemble montre la réalisation de ce\nqui devrait être l'idéal des institutions de concerts comme les\nnôtres : une vue harmonieuse du passé, une étude intelligente du\nprésent."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.72", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1798, "texte": "La plupart des chefs, lorsqu'ils regardent le passé, ne vont guère\nau delà de Haydn et Mozart, sauf pour sauter à Bach et Handel\nou demander à Rameau quelques airs de ballets, toujours les\nmêmes et dans des arrangements douteux. A cet égard, en tout\ncas, l'originalité de M. de Lacerda est éclatante. Guidé moins par\nune curiosité d'archéologue que par un goût de pur musicien,\nmais de musicien érudit, celui-ci sait à merveille choisir dans le\npassé des œuvres toujours vivantes; et les vieux maîtres français,\nitaliens, allemands et anglais apportent une contribution notable\net précieuse à ses programmes.\nQuant à l'art contemporain, il est deux écoles auxquelles M. de\nLacerda a fait un appel fréquent et qui se voyaient pour la pre-\nmière fois rendre une si belle justice en Suisse romande : celle\ndes jeunes Français et celle des Cinq Russes.\nContre quelques oeuvres de Saint-Saëns, Leclerc, Grétry,\nGluck, Berlioz, Bourgault-Ducoudray, Fauré, Chausson, il faut\nciter dans les œuvres françaises jouées cet hiver :\nRameau : Fragments de Castor et Pollux.\nde Zoroastre.\ndes Festes d'Hébé.\nd'Hippolyte et Aricie.\nFranck: Fragment de Rédemption.\nLalo : Rhapsodie norwégienne, Concerto.\nD lndy : Fragment de Médée, Suite en ré, Fervaal.\nRopartz : LaCloche des Morts, Adagio pourvioloncelleetorchestre.\nChabrier: Espaùa, Suite pastorale,\nDuparc : Phydilé.\nDebussy : Prélude à l'après-midi\nRabaud : Procession nocturne.\nParmi les musiciens russes, ce sont Borodine\nde l'Asie centrale, danses du Prince Igor), Rimsky-Korsakow\n(Capriccio espagnol, Antar)et Glazounow qui ont\nle plus souvent paru au programme. Qu'on ne croie point que\ncette mise en évidence des musiques française et russe, trop igno-\nrées chez nous jusqu'ici, ait empêché M. de Lacerda de rendre"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.73", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2305, "texte": "justice à l'art allemand. Les grands maîtres d'outre-Rhin, les\ngénies de la symphonie et de l'ouverture, ont occupé dans ses pro-\ngrammes la place essentielle qui leur revenait, et l'on a pu applau-\ndir il y a quinze jours encore à un\" festival Beethoven-Wagner tel\nque n'en eut pas mieux composé un authentique Germain.\nIl ne faudrait d'ailleurs pas voir dans les programmes de ce\npremier hiver une réalisation intégrale des intentions de M. de\nLacerda. En arrivant à Montreux, celui-ci y trouvait un orchestre\nrestreint, accoutumé à des chefs allemands, et d'autre part sur-\nchargé de besogne. Que de ce premier contact entre un orchestre\nsurmené et contraint aux travaux les moins propres au perfection-\nnement musical de ses membres et un chef nouveau, étranger en\nsomme, fécond en initiatives inédites, ait pu naître cette série si\nriche et sans défaillance de beaux concerts, voilà qui est tout à\nfait surprenant et remarquable, et tout à l'honneur à la fois du chef\net de ses musiciens.\nEntretouslesconcertsdeM.de Lacerda, il en est un que je\ntiens à mentionner. C'est celui que le Kursaal de Montreux orga-\nnisa à son bénéfice et que l'on nomma très justement sa\ntique. Le programme, excessivement copieux, semblait un résumé\nquintessencié de cette première saison. Le public, compact, ma-\nnifestait par des rappels incessants et des envois abondants de\npalmes et de fleurs son enthousiasme et sa sympathie. Enfin des\nartistes avaient tenu à marquer particulièrement leur sympa-\nthie pour le chef d'orchestre, en participant au concert. C'était\nMlle Lily Béraneck, jeune cantatrice très douée, qui remplaçait au\npied levé Mme Troyon-Blaesi, une de nos bonnes artistes.\nC'était surtout M. Joachim Nin, venu tout exprès de Berlin\npour jouer le Concerto en ré de Bach. Notre public entendait\npour la première fois M. Nin, et l'impression que fit ce très sobre\net très consciencieux artiste sur des auditeurs accoutumés aux vir-\ntuoses démonstratifs fut prodigieuse. Sous l'apparente froideur\nde l'attitude et du jeu, on ne put pas ne pas sentir la vigueur pro-\nfonde de la pensée et du sentiment, l'émotion pénétrante et con-\ntenue. Ce fut une glorieuse et superbe victoire delà sincérité sur\nle charlatanisme,et qui dut encourager l'auteur delà remarquable\npetite brochure : Pour l'art."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.74", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2278, "texte": "La « fête » de M. de Lacerda a été la consécration judicieuse\nd'une saison musicale susceptible de marquer le commencement\nd'une ère nouvelle pour notre vie artistique. On tient volontiers,\ndans nos villes d'étrangers, la musique pour un accessoire coûteux\net nécessaire, mais privé d'intérêt en soi, et fait pour accompagner\nsans les gêner les thés et attractions des casinos. M. de Lacerda\nvient de démontrer qu'elle peut être autre chose; le succès de ses\nconcerts auprès de la colonie étrangère prouve à l'évidence que,\nfaite avec une réelle conscience et distinction artistique, elle est\nà elle seule un puissant élément d'intérêt.\nSouhaitons que cette vérité nouvelle soit comprise, et qu'ap-\nportant petit à petit dans la composition et l'effectif de son or-\nchestre, ainsi que dans ses conditions de travail, les améliorations\nnécessaires, M. de Lacerda poursuive son œuvre. Nos administra-\nteurs s'apercevront alors que, peu à peu, l'accessoire coûteux est\ndevenu productif, et qu'un attrait d'un ordre nouveau s'est ajouté\nà ceux que l'on ne cherchait jusqu'ici que dans le pittoresque de\nnos montagnes et de nos lacs.\n\nE. Ansermet.\n\nMUNICH SÉJOUR D'ÉTÉ MUSICAL.\n\nIl l'est, et prétend le devenir, dès l'an prochain, encore davantage.\nMais, déjà cette année-ci, la grande conception se dessine d'une sorte de\nville d'eaux, de séjour de plaisance pour mélomanes, où ils seraient as-\nsurés de trouver, dans le plus parfait recueillement et les meilleures con-\nditions d'hygiène musicale, des séries d'auditions cycliques de l'œuvre\nentier de certains maîtres, exceptionnellement soignées. Oh ! la volupté\nspirituelle d'entendre, tout à son aise, la suite entière des neuf sympho-\nnies de Beethoven, des neuf de Bruckner, des neuf de Mahler, des quatre\nde Brahms, et puis d'en faire table rase pour tout l'hiver ! Pouvoir\nconsacrer l'hiver entier aux nouveautés, aux raretés et aux exhumations.\nAu lieu d'entendre dix fois par saison l'ouverture de n° 111,\nune demi-douzaine de fois les sempiternelles 111, V, VI, VII et IXe,\nne plus les aborder qu'une seule fois (deux tout au plus avec la répétition\ngénérale), un seul jour par an, comme on fait ses pâques ! Le cycle\nBeethoven-Bruckner-Brahms, de M. Ferdinand Lœwe, àla Société des"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.75", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3026, "texte": "concerts (ancien Kaïm Saal) nous aura fait entrevoir cet idéal, et à lui\nseul aura compensé la pitoyable décadence descycles Wagner et Mozart,\ndevenus de véritables improvisations,celui-ci au\net celui-là, au Prince Régent, de simples représentations de répertoire\ncourant, tous deux désormais la proie des Américains, pour qui tout est\nbon. Un vigoureux effort cependant, réclamé avec énergie et courage par\nla presse locale, pourra, n'en doutons pas, les rendre à leur ancien lustre.\nLe projet aboutira sans doute aussi de monter, au éga-\nlement, les Troyens et les drames de M. Richard Strauss. Un essai a été\ntenté avec Elektra,qui a donné ce résultat satisfaisant d'assourdir l'or-\nchestre au point qu'une oreille un peu familière avec la musique de\ndemain n'y pouvait plus rien percevoir d'insolite ! Puis nous avons eu\nencore l'essai de fourrer dans l'Abîme même la de\nBerlioz, celui-là pas trop réussi, semble-t-il !\nEn attendant, pendant que dans les domaines de MM. von Speidel\net Mottl règne pas mal d'anarchie, qu'on cherche et que, pour le mo-\nment, on ne se retrouve même pas soi-même, la Société des concerts, dont\nM. Lœwe est l'âme, M. Koch la tête, et dont une noble Mécène, Mrae Bar-\nlof, fournit le nerf, vient d'avoir l'intelligente initiative que j'ai dite. Le\ncycle d'auditions de cette année s'est composé des neuf symphonies de\nBeethoven, une par soir, escortées, sauf la IXe, d'une de Brahms ou de\nBruckner. En plus, une soirée spéciale pour la VIIIe de Bruckner et\nune soirée spéciale consacrée à Brahms avec, outre la IIIe Symphonie,\nl'ouverture pour unt fête académique et le double Concerto pour violon\net violoncelle, exécuté à merveille par MM. Henri Marteau et Hugo\nBecker. Brahms a du reste encore bénéficié du Concerto de piano en si\nmajeur, exécuté par M. Frédéric Lamond,etde On\nannonce d'ores et déjà, pour l'été prochain, la reprise de quelque chose\nd'analogue, mais avec exclusion de Brahms cette fois, puique nous en\nallons être saturés prochainement, lors des premières grandes fêtes spé-\nciales qu'organise la nouvelle et puissante Société Brahms. Je vous en\nrendrai compte à leur heure. En attendant, il est donc décidé qu'en\n1910 M. Lœwe nous donnera les neuf symphonies de Beethoven avec\nenfin, pour la première fois consécutivement, les neuf de Bruckner.\nC'est le gros événement du cycle de cette année que cette impatroni-\nsation définitive de Bruckner dans la société des « grands B ». Et il s'y\ncomporte, à vrai dire, beaucoup mieux que son rival de la vie terrestre.\nPour la première fois, il reprend son droit d'aînesse sur Brahms et la\nplace usurpée par celui-ci. Brahms n'est plus que le Racine de ce\nCorneille, et jamais n'a été mieux démontrée l'inanité de la prétendue\naffiliation de Brahms à Beethoven. Bruckner y a droit infiniment mieux\nque lui. Si je ne venais pas d'user des noms de nos grands classiques,\nje serais tenté de les reprendre pour dire que si Beethoven représentait\ntout à la fois Corneille et Racine additionnés, il est clair que Brahms ne"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.76", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3024, "texte": "lui serait qu'une sorte de Voltaire. Mais ce ne sont là, ce ne peuvent être\nque des façons de parler. La nature et l'histoire ont beau tout recom-\nmencer, les génies eux ne se recommencent pas. Tout au plus s'évoquent-\nils les uns les autres. Méfions-nous de la facilité de ces comparaisons :\nelles sont encore plus dangereuses que commodes, et la seule excuse du\nparallèle est de pouvoir être poussé jusqu'au point où, enfin, s'expriment\nles plus profonds traits des individualités, du frottement de l'une par\nl'autre. Un parallèle pour être bon n'est jamais court. Bruckntr, âme\nvéhémente, expansive et tendre, autrichien, catholique, autodidacte, non\npas illettré mais sans érudition, grand poète contemplatif à la François\nd'Assise, mais ni artiste, ni styliste, musicien jusqu'aux moelles et\nsachant la musique comme Raymond Lulle la logique, est l'exemple\npeut-être absolu du génie dépourvu de talent et du sens de la mesure.\nBrahms, âme bourrue, timide et retorse, esprit pondéré et minutieu-\nsement érudit dans les choses et l'esprit de son art, homme du Nord,\nprotestant, environné des princes de la science, sans imagination créa-\ntrice, mais doué de cette imagination qui invente et parfait le détail, et\nqui est la caractéristique même du talent, scoliaste de génie si l'on veut,\nmais esprit critique avant tout, féru d'admiration pour la culture uni-\nversitaire, c'est décidément, auprès du maître de Linz, l'éternelle oppo-\nsition de l'hanséate, du commerçant du Nord, devenu autorité musicale,\net de l'âme populaire danubienne et alpestre. Or Beethoven, avant eux,\na été le premier exemple de la possibilité d'une résolution harmo-\nnieuse en un seul homme de quelques-uns de ces admirables contrastes\nengendreurs de vie artistique, contrastes Nord et Sud, catholicisme et\nesprit moderne, cœur et raison, Prusse et Autriche, plaine de sables et\nrégion alpestre, dont un autre exemple encore plus complexe, encore\nplus universel, embrassant en plus l'Orient et l'Occident, le monde\nslave et le monde latin, l'allemand et l'asiatique, nous est donné aujour-\nd'hui en Gustave Mahler.\nCar Mahler, grâce à M. Lassalle, n'a pas été absent de notre été musi-\ncal. Il ne faut certes pas comparer la hâtive ébauche, pleine de fougue\net d audace, qu il nous a donnée, au moyen de son orchestre admirable-\nment routiné, mais si indiscipliné, de la IVe symphonie du Maître\nde Vienne et New-York (i), avec n'importe laquelle des auditions si\nsoignées que nous devons à M. Lœwe. Ce serait rapprocher un\ncharbonnage de M. Hœlzel d'une gravure de M. Klinger; mais j'estime\nqu une grande reconnaissance est due par nous tous à M. Lassalle pour\nce que, prisonnier des circonstances et d'un orchestre qui a les qualités\n\n(i) Celle connue des orchestres allemands sous l'indication de « au violon\ndésaccordé » (abgestimmt); celle, si l'on veut, de la cuisine des anges, pour ne\nla désigner toutefois que par un détail extérieur, comme on dit de telle de\nHaydn, celle au roulement de timbales."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.77", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2980, "texte": "de ses dé'auts, c'est-à-dire à peu près celles d'un cheval vicieux, il\nnous a permis de juger de l'effet de Mahler au beau milieu du cycle\nBeethoven-Brahms-Bruckner. Ce fut comme si l'on avait ouvert un\nparc enchanté à nos ébats, et qu'on nous eût chassés d'entre les bancs\nd'école au grand air. Le lendemain, une répétition Lœwe nous faisait\nl'effet d'une rentrée des classes.Ou bien que, revenus de l'atelier de\nKlimt, nous entrions au musée devant des Poussin, des Lebrun et des\nSalvaior Rosa. La IVe de Brahms s'écoutait comme on eût lu des pages\nde Sainte-Beuve, récrites par Brunetière, et ce fut à grand'peine que\nla VII0 de Beethoven nous fit échapper à cette vie des livres, qui tout\nsoudain semblait succéder à cette vie de la à travers l'un\ndes cerveaux les plus merveilleusement lucides de notre temps. Et\nencore était-ce pour nous montrer une bien plus\napothéose que danse tout court, et surtout que la pressentie par\nMallarmé, cette danse, idée et nature dansées, dont l'œuvre de Mahler\nnous fait si souvent entrevoir l'espérance, sinon déjà la réalisation pre-\nmière. Mon Dieu ! ce sont là choses si grandes, qu'on semble toujours\nen parler à la légère, surtout en Allemagne, dès qu'on ne se prosterne\npas. La VIIe de Beethoven n'a plus besoin que nous nous prosternions,\nDieu merci, nous l'aimons et la savons au point qu'elle fasse partie de\nnotre substance. Et l'heure de la VIIe de Mahler n'est sonnée que\nd'hier.\nIl n'est rien de tel pour donner la sensation du dimanche, à ceux à\nqui la messe ne suffit pas, que les habits du dimanche. Tous les soins\nextérieurs pris par l'Association des concerts, pour le bel ordre et la\nbonne ordonnance de ses offices de la Sainte Trinité musicale du\nxixc siècle, ont bien contribué à en augmenter l'éclat. Un concert d'hi-\nver dont le programme se composerait uniquement de et\nde l'ouverture de Léonoren° 111, risquerait beaucoup de nous sembler\nchose banale. M. Lœwe réussit à en faire un événement extraordinaire :\nc'est bien 1 Mais comme nous sommes reconnaissants à l'administra-\ntion d'avoir modifié et amélioré le podi de jadis ; repeint ou rafraîchi\nla salle, mieux harmonisé ses couleurs et ses rideaux; couvert de guir-\nlandes de roses cramoisies son buffet ; installé une librairie dans son\ncorridor ; commandé des affiches, des programmes et des billets d'un\nnoble aspect, de ce classicisme renouvelé aux meilleures sources, dont\nl'Hellène Gysis a implanté le goût, vraie réforme devenue religion, de la\nmonomanie pseudo-grecque des règnes de Louis lerIer ici, et là-bas d'Othon.\nTous ces menus soins extérieurs et matériels correspondent absolument\nà ceux tout spirituels que M. Lœwe apporte à la formation et à la dis-\ncipline de son jeune orchestre, en tel contraste d'armée régulière, in-\ntelligente, aussi bien élevée que bien astiquée, avec la bande de francs-\ntireurs qui semble avoir élu M. Lassalle pour chef, à l'unique\ncondition de n'en être jamais contrariée. Ces jeunes gens de bonnes"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.78", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2612, "texte": "manières, et aussi respectueux de la musique que de leur directeur,\nsemblent mettre leur point d'honneur à saisir les moindres finesses de\nses intentions. Tous les violons, du premier au dernier, ont été munis\ndes meilleurs instruments de fabrication récente, que l'on connaisse en\nAllemagne, ceux de la firme Neu de Berlin, en sorte que\nl'homogénéité du son soit parfaite. On n'obtiendra jamais rien de pareil\nd'un orchestre dont certains individus auraient quelque Stradivarius ou\nun Amati, tandis que la majorité jouerait sur des instruments de vingt-\ncinq ou même de dix mark. Cinq minutes avant l'entrée du chef d'or-\nchestre, tout bruit d'accordage ou d'essai de passage scabreux doit avoir\ncessé, de telle sorte qu'aucune sonorité instrumentale n'ait précédé l'at-\ntaque. C'est au moins d'aussi bon effet, pour préparer au recueillement,\nque l'extinction des lumières au théâtre. Un seul détail de ce genre serait\npeut-être négligeable ; leur réunion ennoblit à plaisir ces belles fêtes,\nuniques jusqu'ici en Europe. Est-il besoin d'ajouter que le service du\nvestiaire et des portes, la discipline de l'intérieur vont à l'unisson de\nla discipline de l'orchestre ? Le cycle de\n1901 restera un modèle de festival en soi, autant qu'un de ces modèles\nd'organisation de fêtes compliquée, dont l'Allemagne acoutume de nous\ndonner d'utiles exemples, qu'il s'agisse de la réforme de la mise en scène\nau Théâtre des Artistes, et de ses Expositions internationales d'art qua-\ndriennales, aussi bien que de son service des postes et des paquets. Mais\nle nom sur lequel il faut clore cette chronique est celui auquel de-\nmeurera à tout jamais attachée la survivance de l'œuvre de Bruckner,\net cela suffirait à la gloire d'un homme celui du parfait ami et dis-\nciple, celui de l'excellent éducateur d'orchestres, celui du directeur-\npoète Ferdinand Lœwe.\n\nWilliam Ritter.\n\nLA FÊTE DES VENDANGES A BORDEAUX\n\nLe journal la Petite Gironde eut l'heureuse idée de glorifier le bon\nvin de Bordeaux par un triduum bachique où, dans un décor naturel,\ns opéra une fois encore cette « fusion des arts » pourtant si décriée depuis\nWagner. Donc pendant trois jours le Gascon en liesse acclama de ma-\ntinales cavalcades symboliques, et remplit chaque après-midi l'immense\namphithéâtre que MM. Alfred Duprat et Ferret aménagèrent fort artis-\ntement sur la fameuse place des Quinconces.\nNous n'insisterons pas sur les défilés évocateurs des chars où les\nLandes et les Pyrénées ; Dax, Libourne, Blaye, Saint-André et laßéole ;\nArcachon et Marennes ; les vins du Médoc, des Graves, de Sauternes et"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.79", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3074, "texte": "de Barsac ; le cognac et l'armagnac ; la prune et le chasselas ; le liège,\nle verre et la résine ; enfin les vendangeurs et leurs instruments, étaient\npittoresquement figurés, sous l'égide de Cérès, de Bacchus et d'une\nreine Louis XV, grâce au talent divers de nombreux artistes décorateurs-\nIl est certain, dans l'ensemble, que les couleurs en général harmonieuses\net les groupes décoratifs ingénieusement disposés formaient un spectacle\ndoux à l'œil sinon à l'oreille, car il nous faut regretter l'absence d'un\nrythme musical par quoi le cortège se fût scandé. Quoi qu'il en soit,\nnous n'aurons que des louanges à adresser sur cet aspect très caractéris-\ntique des fêtes, aux organisateurs et à leurs auxiliaires ignorés.\nJugerons-nous aussi favorablement les représentations de l'après-midi,\nce Bacchus triomphant,poème lyrique en trois actes d'Henri Cain et\nCamille Erlanger ? Ici, nous pourrions émettre quelques réserves. Le\nlivret, écrit dans une langue assez plate, met en action anodine et par-\nfois puérile la délivrance de Burdigala, assiégée des Barbares, grâce au\nnectar divin qu'une jeune fille, nouvelle Geneviève, offre au rude Hun-\nther ; celui-ci ne résiste point au charme du philtre, et éloigne ses\nhordes mécontentes bien que chargées d'outrés pleines et de ceps dorés.\nDisons à la décharge du poète que son drame, si mince soit-il, sert de\nprétexte à de gracieux tableaux, et qu'ainsi nous lui eussions pardonné\nune trop manifeste stérilité inventive si le soleil fût venu animer ces\ntableaux d'une jolie tonalité antique, au lieu de fuir devant la grêle et\ngrignotante pluie, ou de se cacher sous de gros nuages maussades.\nLa musique est certes bien meilleure. M. Erlanger a fort bien com-\npris ce qui convenait à un théâtre de plein air, et que son ordinaire\npolyphonie, tourmentée ou enchevêtrée, fût demeurée sans écho dans\nl'immense hémicycle où vingt-cinq mille auditeurs avaient pris place,\nbruyamment. Il conçut une partition très vocale, avec d'amples mélodies\net des récitatifs lents et fortement accentués, avec des chœurs en général\nhomophones, bien que de larges accords à la Hsendel eussent été peut-\nêtre plus impressionnants. Son orchestre lui-même s'allégea volontaire-\nment, se limita aux grandes lignes rythmiques ou à la diction très\nsonore des tonalités importantes. Car c'était bien là, en effet, que devait\nporter l'effort du compositeur <XAphroditell y avait une naturelle oppo-\nsition de rythmes à établir entre ces souples chants des Méridionaux et\nles baroques hurlements des féroces Barbares. Et l'ivresse bachique que\nle bordeaux communiquait àceux-ci devait se traduireen gammesvolup-\ntueuses où s'exhalât comme un hoquet le le triton...\nM. Erlanger n'y a point manqué, et, à ce double point de vue, son\nœuvre est des plus réussies.\nLe leit-motivprincipal de la partition, celui que nous entendrons cons-\ntamment et parfois avec quelque impatience ouvre le premier\nacte : Les Fêtes de la Terre,clamé par de retentissantes trompettes. Ce\nthème, vraiment annonciateur, est d'un tour mâle et fier, d'une heureuse"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.80", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 3021, "texte": "figure rythmique. Le compositeur le travaille, l'ouvre, le cisèle, en lui\nconservant toujours sa noblesse et sa fermeté, pendant la marche et la\ndanse qui suivent. Les cordes d'abord, puis les cuivres, enfin des choeurs\nd'hommes, s'emparent en un long crescendo de cette idée musicale que\nles spectateurs eurent tôt fait de retenir. Mais ici nous parvenons à un\nautre épisode où s'inaugure une nouvelle et enlaçante figure rythmique\ntraitée polyphoniquement. Elle forme contraste avec la déclamation\nexpressive de Cérès (Mme Litvinne) et l'hymne fier de Bacchus (M. Mura-\ntore). Les voix de la déesse et du jeune dieu s'unissent en un ardent\nEvohc ! auquel les chœurs répondent par de belles imitations. La fantai-\nsie tonale la plus absolue se joue à l'orchestre au cours des évolutions\ncapricieuses du peuple, et surtout de l'agaçante (par son triton) danse\nbachique de la volupté (Mlle Regina Badet). Cependant Silène (M. Cla-\nverie) fait son entrée burlesque, et les rythmes se brisent, se déhanchent\net nasillent, tandis que le chœur mis en joie acclame son idole. Par\nainsi nous revenons au thème primitif chanté par tout l'orchestre, et qui\nclôt dans la note claire ce très remuant premier acte.\nJe préfère surtout la seconde partie :\nSi, au point de vue scénique, cette arrivée brutale de guerriers hideux ne\nproduit qu'un médiocre effet, du moins la musique se distingue par une\nvigueur d'accent, une franchise d'exécution, une diversité d'expression,\ndes plus remarquables.\nLe compositeur exprime avec bonheur l'animation du peuple de la\nville gasconne, puis son effroi lorsque les Barbares s'approchent, et son\nardente prière aux dieux qui l'ont jusqu'ici protégé. L'entrée du chef\nHunther (M. Muratore) est d'un bel emportement. La danse qui suit se\nrythme par syncopes sur des tonalités chromatiques assez volup-\ntueuses. Puis ce sont les porteurs d'amphore qui, blanche théorie,\nviennent supplier les envahisseurs. Un fort polithème de quatre notes\ntraduit l'exquise pudeur de la jeune Gauloise (MUe Chenal) qui, à l'image\nde sa sœur de Lutèce, ose intercéder pour ses frères vaincus. Ce thème\nprésente d'ailleurs des analogies avec le motif principal du Faust\nde Liszt ; mais le développement qu'il reçoit ensuite dans le long et\nbeau chœur des Gaulois lui rend son originalité. Et l'acte s'achève en\nune habile progression d'un effet bellement sonore.\nLa troisième partie, intitulée les donne à l'auteur l'oc-\ncasion de tableaux pittoresques. On remarque maintenant en sa mu-\nsique le judicieux emploi de thèmes populaires. Et l'arrivée du Prin-\ntemps (MUe Chenal) est une fort jolie chose, avec d'inévitables et wag-\nnériens Murmures,mais aussi des sonorités adoucies de cloches\njoyeuses. Bacchus s'avère ensuite en une phrase bien rythmée, « l'Eté\nresplendissant », à quoi répondent, adoratrices, les voix unies des deux\ndéesses. L'arrivée de l'Automne est saluée par le chœur ; un mouvement\nde valse anime toutes les ondes sonores ; et, par un heureux rappel des"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.81", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2381, "texte": "thèmes du premier acte, le compositeur amorce la marche triomphale\nqui clôt magnifiquement cette œuvre singulière.\nEn résumé, nous dirons que M. Erlanger a su trouver les accents qui\nconvenaient à un spectacle de plein air ; qu'il a réalisé cette couleur po-\npulaire qui seule pouvait retenir l'attention d'un public bien peu savant;\net que son ouvrage, cependant, conserve une noble tenue musicale qui\nsurprit agréablement les quelques auditeurs difficiles et naturellement\ndéfiants. Ce bel effort d'art sobre et ému méritait tous les bravos ; il\nles obtint. Et nous y joignons bien volontiers les nôtres.\nNous saluerons aussi avec admiration l'extraordinaire Litvinne,\nIsolde rêvée et Cérès idéale ; l'exquise Chenal, de voix inlassable et si\npure et d'eurythmie parfaite ; puis le splendide Muratore, comédien\nconsommé, chanteur à la voix harmonieuse ; enfin le bien Silène Clave-\nrie que nous revoyons toujours avec plaisir.\nEt quant à Réginaßadet, l'exquise ballerine s'est complu à des es-\npiègleries innocentes à coup sûr, mais qui ont un peu déçu tous ceux\nqui n'avaient point eu l'heur de la connaître dans ses créations tana-\ngréennes d'Aphrodite.\nEn terminant, nous remercierons de son heureuse\ninitiative ainsi que de l'accueil particulièrement empressé réservé par elle\nau représentant de notre S. I. M.\n\nHenri Collet.\n\nCONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE LIÈGE.\n\nLe 21e congrès d'archéologie et d'histoire s'est réuni à Liège cet été.\nCes congrès, qui se répètent tous les deux ans, constituent à peu près\nles seules occasions où les Belges puissent prendre rang parmi les musi-\ncologues. L'érudition musicale ne possède en Belgique ni organe, ni\nmoyens de groupement, ni possibilité d'atteindre le grand public. L'his-\ntoire de la musique n'est point enseignée dans les Conservatoires et la\nSociété Internationale compte cinq membres dans la Belgique tout\nentière !\nOnze communications concernant la musique ont été faites à ce con-\ngrès. M. Lavoye a traité de la musique pendant la Renaissance ; M. van\nden Borren a apporté le début de son ouvrage sur Guillaume Dufays ;\nles Drs Jorisenne et Dwelshauvers ont émis le vœu que les bibliothèques\ndes Conservatoires royaux soient régulièrement ouvertes au public. Des\ntrésors inestimables gisent là, et la science a le devoir de les revendiquer.\nA Liège en particulier, les manuscrits appartenant au fonds Terry, dont"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.82", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2495, "texte": "l'acquisition a été faite il y a vingt ans, ne sont communiqués que selon\nle bon vouloir du directeur. Ceci dépasse les bornes d une querelle d in-\ntérêt local ; certains problèmes essentiels de l'histoire musicale (les ori-\ngines de la sonate, par exemple) ne seront élucidés que le jour où cette\ncollection sera définitivement ouverte.\nUn manuscrit qui eut les honneurs du congrès, le 888 de la Biblio-\nthèque universitaire, est actuellement à Paris, entre les mains de\nM. Guilmant, qui va prochainement le publier dans sa magnifique col-\nlection des Archives de l'Orgue.ll comprend surtout des pièces ap-\npartenant au répertoire des églises liégeoises vers 1615. Quelques-unes\nde ces pièces furent exécutées au congrès par MM. Lavoye, Lucien\nMawet et Fernand Mawet, organistes. Les exécutions musicales orga-\nnisées à cette occasion comprenaient encore une sonate de Hamal\n(1738), la Symphonie concertants un concerto\npour flûte de J. Goclet, et des pièces vocales de Hamal, Grétry et\ndu Mont.\n\nJ. D.\n\nA SAINT-JEAN-DE-LUZ.\n\nNotre ami Bordes, dont l'initiative est inlassable et dont les rêves\ntrouvent toujours le moyen de se réaliser, vient d offrir aux amateurs\nde musique ancienne un spectacle original. Il a fait représenter, a\nSaint-Jean-de-Luz, \\iphi génie de Gluck sur un théâtre de verdure,\navec le concours d'éléments chorégraphiques tout à fait inattendus.\nDans le domaine de M. le vicomte de Gironde, à côté de Mlle Nougaret\n(Iphigénie) et de M. Simonet (Thoas), on vit le 29 août le ballet des\nguerriers exécuté par un double quadrille de danseurs basques, descen-\ndus des hautes vallées, et stylés par M. Rougier, venu tout exprès de\nMontpellier pour conseiller ces danseurs agrestes.\nL'épreuve était audacieuse. Elle réussit pleinement. En quelques jours\nces Basques montagnards se transformèrent en Scythes parfaits, sau-\nvages, souples, vigoureux et plastiques.\nIl y a une morale à tirer de cet incident artistique. La danse de nos\nprovinces françaises n'est donc pas encore remplacée par l'uniformité du\nboston. Le simple paysan, avec quelques bons avis, est capable de mon-\nter directement sur les planches et d'y faire bonne figure, sans passer par\nl'Opéra. Il a donc encore conservé des traditions qui lui permettent d'af-\nfronter les évolutions d'un ballet. Ceci posé, par l'heureuse tentative\nde Bordes, nous allons voir certainement un de ces jours les danseurs\nbasques sur une scène parisienne,l'Opéra-Comique ou la Scala. Le mou-"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.83", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1620, "texte": "vement de décentralisation artistiqueva être immédiatement exploité par\nun directeur, au profit de la capitale, et s'achever par un acte de\ncinement. Ou bien je me tromperais beaucoup.\n\nJ. E.\n\nREPRISE DES COURS ET CONCERTS\nAu cours Sauvrezis, la rentrée a eu lieu 82, rue de Passy, et 4, rue de\nla Sorbonne, le 4 octobre. Le cours degymnastique rythmique inauguré\na/ec succès lan dernier est continué par Mlle Bréchoux (méthode\nJ. Dalcroze).\nM.Paul Vidal devient collaborateur du cours pour la composition\net l'orchestration.\nUne place de plus en plus importante est donnée à la musi-\nque d ensemble : musique de chambre, orchestre, chant d'ensemble,\nchœurs.\nLes auditions historiques comprendront Beethoven, Mendelssohn,\nSchubert. Enfin signalons un cours d'histoire de la musique de cham-\nbre, depuis les origines, par M. Louis Laloy ; un quatuor réuni par\nM. E. Borrel donnera les exemples.\nLes cours de dessin, peinture, modelage, auront comme corollaire un\ncours d'histoire de l'art (antiquité) fait par M. I. L. Blanchot.\n*\n¥ *\nLes concerts de la Société Hœndelreprendront le mardi 14 décem-\nbre, avec une audition des œuvres de Leur vaillant directeur,\nnotre collègue Félix Raugel, ira quelques jours plus tard à Besançon\nconduire le Messie de Haendel, dont il a reconstitué l'orchestration ori-\nginale.\n*\n* *\nMlle Elisabeth DELEZ, cantatrice et professeur de chant, reprendra ses\ncours et leçons chez elle, 38, rue Pergolèse, le ier octobre.\n★\n* +\nA Versailles, notre collègue E. de Bricqueville reprend ses classes\nd instruments anciens : vielle, théorbe, trompette marine et clavicorde.\n5"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.84", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2114, "texte": "LA LIBERTÉ DE L'ENSEIGNEMENT MUSICAL.\nC'est là une très grave question qui a souvent préoccupé 1 opinion.\nPar ces temps de syndicats, les défauts de l'indépendance sautent aux\nyeux et les avantages de la collectivité prennent une importance consi-\ndérable. Notre collègue M. Daubresse a entrepris dans le Monde musi-\ncal sur ce sujet délicat une très intéressante étude qui a pour résultat\nen ce moment toute une organisation de diplômes et d'examens dont la\nSociété des musiciens de France a pris l'initiative. Nous reviendrons\nbientôt sur ce projet.\n\nLES GRANDES ÉPOQUES DE LA MUSIQUE.\nEncouragés par leur succès de la saison derniere, MESDEMOISELLES\nMARY et FERNANDE PIRONNAY et M. PAUL LANDORMY organisent pour cet\nhiver une série de dix conférences musicales avec auditions, qui auront\nlieu à 5 heures, àla salle de la Société d'Horticulture, de quinzaine en\nquinzaine, à partir du lundi 8 novembre. Ils se sont assuré le concours de\nMLLES Marthe Dron, Duranton, Gellée, Mme Marthe Landormy, WXe Blan-\nche Selva, MM. Marseillac, Motte-Lacroix, pianistes ; de Mmes Marie-\nAnne Delacre, Fournier de Nocé, Mlle Viard, cantatrices ; de\nMlles Crespi, Pitois, Durand, MM. Paul Baudoin, Daniel Hermann, vio-\nlonistes ; de M. Revel, violoncelliste, et de M. Mondain, hautboïste ;\ndu Quatuor vocal Philip et du Quatuor Parent. Le programme com-\nprendra cette année l'histoire de la musique instrumentale et plus parti-\nculièrement de l'école allemande jusqu'à la fin du xvine siècle. Ala\npremière séance on entendra des œuvres très curieuses pour violes du\nxine siècle, découvertes par M. Aubry, des danseries pour instruments\nà cordes du xvie siècle, publiées par M. Expert, et des pièces de virginale\net de clavecin des écoles anglaise, française et italienne du xvie et\ndu xviie siècle.\nEntrée : cinq francs.\nAbonnement, ou série de 10 billets : 30 francs.\nNous sommes heureux d'annoncer que de retour à Paris, M. A. DAN-\nDELOT reprend ses réceptions chaque jour de 2 à 4 heures. Les bureaux\nde l'administration de concerts sont ouverts de 9 heures à midi et de 2 à\n6 heures."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c035", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 67, "image_fin": 70, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.12.2", "titre_corps": "A SAINT-WANDRILLE.", "titre_sommaire": "A SAINT-WANDRILLE.", "signature_source": "J. Ecorchevillé", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.67", "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1220, "texte": "A SAINT-WANDRILLE.\n\nM. et Mrae Maeterlinck ont fait à William Shakespeare les hon-\nneurs de leur abbaye de Saint-Wandrille. Toute la presse, Figaro\nen tête, a bruyamment informé le public de cette imposante\nmanifestation. Il pourrait sembler inutile d'en parler encore\naujourd'hui. Et pourtant la musicologie a son mot à dire : elle a\nparticipé à cette soirée tragique ; elle en a surveillé la musique,\nassez réduite, il est vrai, puisqu'aucun compte rendu ne semble\nen avoir remarqué la présence.\nC'est le sort habituel des pièces de Shakespeare, en France, du\nmoins. On oublie qu'elles sont musicales, et disposées dès leur\norigine par un homme qui savait ce qu'est le pouvoir des sons.\nQuelques faiseurs d'opéras se sont, il est vrai, souciés des drames\ndu vieux Will, pour les exploiter à leur manière ; mais les tra-\nducteurs, adaptateurs, reconstructeurs de Shakespeare àl'usage du\npublic français sont bien, avouons-le, un peu embarrassés de la\nmusicalité évidente de ces œuvres. Le décorateur, le costumier,\nle poète translateur, n'ont qu'à laisser parler leur compétence ou\nleur imagination. Mais le musicien, auquel le Conservatoire n'a\njamais dit un mot de Shakespeare ni de la musique anglaise du\n\n4"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.68", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2335, "texte": "xvie siècle, se trouve légèrement empêtré, et alors on s'en tire\ncomme on peut.\nMme Maeterlinck, qui a non seulement le respect de l'art, mais\nencore celui de l'histoire et de la vérité, n'avait pas manqué de re-\nmarquer l'emploi de la musique dans Macbeth. Elle fit part de ses\npréoccupations à Charles Bordes, l'infatigable et audacieux Char-\nles Bordes, qui, à son tour, prit conseil de Pierre Aubry. Et je me\ntrouvai moi-même engagé dans ces consultations qui avaient bien\nquelque chose de médical : il s'agissait de rendre à Lady Mac-\nbeth et à ses partenaires l'usage de leurs organes musicaux, dont\nils étaient privés depuis longtemps, et au besoin de procéder à\nquelques amputations nécessaires.\nL'idée d'une musique contemporaine des personnages légendai-\nres fut tout d'abord écartée. Elle se serait harmonisée avec le décor\nde Saint-Wandrille, mais l'absence de texte la rendait abso-\nlument irréalisable. En outre, c'est de la conception de W. Sha-\nkespeare qu'il s'agit dans cette œuvre et non de la vérité histori-\nque du x® siècle. Le mieux eût été de restituer à le vête-\nment sonore dont cette œuvre s'est parée à sa première apparition\nsur les planches anglaises. Là encore, le mauvais sort empêcha la\nreconstitution : tout d'abord parce que les indications de Shakes-\npeare sont souvent trop vagues dans cette pièce pour permettre\nune identification, et surtout parce que M. Maeterlinck a, dans son\nadaptation particulière, sacrifié précisément les parties où la mu-\nsique aurait pu intervenir avec une certaine autonomie.\nS'appujfant sur le mauvais état des traditions, sur les interpola-\ntions reconnues ou probables, l'auteur de Pelléas a retranché de\nMacbeth tout ce qui pouvait retarder l'horreur de ce sombre\ndrame. Il a supprimé la scène narrative du sergent et le rôle d'Hé-\ncate. Celui-ci est en effet, si l'on veut, un intermède lyrique ;\npar conséquent aussi un moment musical. Les sorcières et la\nmaîtresse de leurs enchantementsévoluent dans une atmosphère\nmusicale. Le fantastique et le mystérieux se glissent un instant\navec elles parmi les conjurations et les meurtres, et tout aussitôt,\npar la force même des choses, la musique paraît, comme le rayon\nde lune sur la bruyère pâle. M. Maeterlinck n'a pas autorisé cette\ndistraction. Les deux chansons : vene\\ et"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.69", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "n'ont donc pu trouver leur place à Saint-Wandrille. Est-ce un bien\nou un mal tJe ne saurais dire.L exégèse shakespearienne est une\nterrible chose. Il reste cependant acquis à l'histoire de cette uni-\nque représentation que le traducteur a réservé ses sympathies\npour le drame et sacrifié le lyrisme.\nDans ces conditions, la musique devenait accessoire et l'ana-\nchronisme peu dangereux. Il a suffi à notre ami Aubry de puiser\ndans 1 ouvrage de Chappel, Oui english popular music, et de\nfaire choix de quelques pièces du xme au xvi° siècle. Celles-ci,\nconfiées à la famille des hautbois par Charles Bordes, suffirent aux\nentrées instrumentales indiquées par Shakespeare. On ne sau-\nrait affirmer qu'elles furent inutiles, mais elles se fondirent dans\n1 intense émotion de cet étrange spectacle. Tous ceux qui ont as-\nsisté à cette soirée historique ont eu l'impression que la musique\nn'était point absente, mais ils n'ont point songé à la juger. Un de\nnos amis, M. F. Custot, nous écrit à ce sujet : «... J'avoue que,\nfasciné par le spectacle qui se déroulait devant moi dans cet in-\ncomparable décor, subjugué, hypnotisé par la puissance de ce\ndrame, ensorcelé par ces visions où je ne démêlais plus la réalité\net la fiction, je n'ai pas écouté la musique ! Mais ce que j'ai enten-\ndu, ces sons vagues, ces harmonies lointaines, étouffées, ont inten-\nsément ajouté à mon émotion. J'étais si totalement pris, secoué, je\nme suis trouvé si brusquement transplanté de dix siècles en arrière,\nque je n'ai pu me livrer à aucune analyse de la partie musicale ;\nje ne me suis, sous ce rapport, rendu compte de rien. Il me sem-\nble d'ailleurs que l'admirable artiste qui a conçu et réalisé cette\nextraordinaire représentation a relégué la musique du drame\nau vrai plan où Shakespeare l'eût voulu placer. Ce génie drama-\ntique devait sentir que, de là, elle n'agirait que mieux sur les\nnerfs de ses auditeurs; il ne s'est pas trompé avec moi... »\nEst-ce bien ce qu'a voulu Shakespeare ? Que M. Maeterlinck me\npermette encore une fois de poser la question et de ne pas la résou-\ndre. Pour que ce débat fût intéressant, il faudrait étudier à loisir\nle rôle de la musique dans le drame shakespearien, comme l'ont\ntenté Elson, Naylor et, chez nous, M.Bellaigne. Il faudrait surtout\npouvoir entendre une de ces œuvres pourvue de la musique ori-\nginale. Et, ne nous faisons pas d'illusions : l'adaptateur qui nous"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.70", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 229, "texte": "transporterait tout à cou pen face de la réalité de 161 5 nous cau-\nserait une vive déception. Ce que nous aimons en Shakespeare,\ncomme en toutes choses, c'est nous-mêmes.\n\nJ. Ecorchevillé."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c037", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 70, "image_fin": 74, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.12.3", "titre_corps": "La musique en Suisse romande", "titre_sommaire": "La musique en Suisse romande", "signature_source": "E. Ansermet", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.70", "debut_caractere": 231, "fin_caractere_exclue": 1888, "texte": "La musique en Suisse romande\n\nMa dernière lettre de Suisse romande est trop lointaine pour\nque j'essaye de vous donner fût-ce un résumé des faits musicaux\nsurvenus dès lors dans ce coin de pays. Ce n'est pas à dire que ces\nfaits aient été d'importance première et considérable ; du moins\nfurent-ils excessivement nombreux, et de la physionomie actuelle\nde notre vie musicale, je me bornerai à dire qu'elle révèle chez\nle public une préoccupation, un besoin de musique toujours plus\naccusés, en quoi notre public ne fait que suivre, je crois, un\nmouvement général,— et ceci, qui est plus singulier, à savoir une\ncuriosité toujours plus vive et même une certaine accoutumance\nrécente du mouvement musical contemporain, des œuvres fran-\nçaises notamment.\nAprès une série d'auditions et de conférences consacrées à vos\ncompositeurs essentiels, et où se dévoua le plus souvent le talent\nprobe et distingué de Mlle Hélène Luquiens, il semble que nos\namateurs dont je vous indiquais naguère les tendances très alle-\nmandes commencent à s'enquérir de ce qui se passe outre-Jura ;\nl'attitude de la presse à l'égard de Debussy, par exemple, a changé\nà peu près du tout au tout ; elle reste assez « journaliste », si je\npuis dire, mais moins inélégante qu'elle ne fut à certain mo-\nment.\nL'évolution qui se marque ainsi dans nos concerts occasionnels\net dans le goût du public n'est guère à constater, par contre, et sauf\ndans un cas dont il sera question tout à l'heure, dans nos institu-\ntions régulières de concert. Celles-ci restent assez fidèles à leur\nroutine et répètent un répertoire presque invariable dans des pro-\ngrammes peu soucieux d'unité et d'harmonie."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.71", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2239, "texte": "A la direction des concerts symphoniques de Genève, M. Risler,\npuis M. Stavenhagen, ont succédé à M. Willy Rehberg ;M. Risler\nn'y a pas montré des dons particuliers de chef d'orchestre ; M. Sta-\nvenhagen, titulaire définitif de la place, ne s'est guère signalé\njusqu'ici, à l'exception de quelques initiatives intéressantes (exé-\ncutions de symphonies de Bruckner et de Mahler), que par des\nqualités de métier et d'habileté technique.\nA Lausanne, M. Birnbanne parti a été remplacé à la tête de\nl'orchestre, après un concours tumultueux, par M. Alonso Cor de\nLas, qui y fit une carrière brève et sans gloire. J'aurai d'ailleurs\nà reparler sans doute de l'orchestre de Lausanne, complètement\nréorganisé, et de son nouveau chef qui sera nommé au moment où\nparaîtront ces lignes.\nLe fait essentiel de la dernière saison est l'impulsion subite et\nsingulièrement vive que donna aux concerts du\nla direction nouvelle de M. F. de Lacerda. Ceux qui ont pu appré-\ncier à la Schola Cantorumde Paris, à\nriques de Nantes ou dans tant d'autres cercles musicaux l'activité\nartistique de M. de Lacerda, comprendront qu'un si vrai et si\ncomplet musicien ait attiré dès son arrivée, en septembre dernier,\nl'attention non seulement de Montreux, mais de toute la contrée..\nTout de suite on remarque dans l'organisation des concerts\nune disposition ingénieuse des ressources musicales du Kursaal.\nGrands concerts symphoniques le jeudi, concerts classiques, com-\nprenant généralement de la musique de chambre, le samedi, autres\nconcerts de tenue moins sévère, il n'est pas une de ces manifesta-\ntions pourtant bien nombreuses qui ait fait la moindre conces-\nsion au mauvais goût ; chacune a sa signification et comme son\nchaque programme réalise une unité harmonieuse et diverse,\nun équilibre sans monotonie. Enfin on ne tarda pas à s'aperce-\nvoir que la succession même de ces programmes n'était nullement\nlivrée au hasard ; dès les premiers s'esquissaient de rapides cycles\nd'évolution de l'ouverture ou de la symphonie ; et maintenant que\nla saison touche à sa fin, leur ensemble montre la réalisation de ce\nqui devrait être l'idéal des institutions de concerts comme les\nnôtres : une vue harmonieuse du passé, une étude intelligente du\nprésent."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.72", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1798, "texte": "La plupart des chefs, lorsqu'ils regardent le passé, ne vont guère\nau delà de Haydn et Mozart, sauf pour sauter à Bach et Handel\nou demander à Rameau quelques airs de ballets, toujours les\nmêmes et dans des arrangements douteux. A cet égard, en tout\ncas, l'originalité de M. de Lacerda est éclatante. Guidé moins par\nune curiosité d'archéologue que par un goût de pur musicien,\nmais de musicien érudit, celui-ci sait à merveille choisir dans le\npassé des œuvres toujours vivantes; et les vieux maîtres français,\nitaliens, allemands et anglais apportent une contribution notable\net précieuse à ses programmes.\nQuant à l'art contemporain, il est deux écoles auxquelles M. de\nLacerda a fait un appel fréquent et qui se voyaient pour la pre-\nmière fois rendre une si belle justice en Suisse romande : celle\ndes jeunes Français et celle des Cinq Russes.\nContre quelques oeuvres de Saint-Saëns, Leclerc, Grétry,\nGluck, Berlioz, Bourgault-Ducoudray, Fauré, Chausson, il faut\nciter dans les œuvres françaises jouées cet hiver :\nRameau : Fragments de Castor et Pollux.\nde Zoroastre.\ndes Festes d'Hébé.\nd'Hippolyte et Aricie.\nFranck: Fragment de Rédemption.\nLalo : Rhapsodie norwégienne, Concerto.\nD lndy : Fragment de Médée, Suite en ré, Fervaal.\nRopartz : LaCloche des Morts, Adagio pourvioloncelleetorchestre.\nChabrier: Espaùa, Suite pastorale,\nDuparc : Phydilé.\nDebussy : Prélude à l'après-midi\nRabaud : Procession nocturne.\nParmi les musiciens russes, ce sont Borodine\nde l'Asie centrale, danses du Prince Igor), Rimsky-Korsakow\n(Capriccio espagnol, Antar)et Glazounow qui ont\nle plus souvent paru au programme. Qu'on ne croie point que\ncette mise en évidence des musiques française et russe, trop igno-\nrées chez nous jusqu'ici, ait empêché M. de Lacerda de rendre"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.73", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2305, "texte": "justice à l'art allemand. Les grands maîtres d'outre-Rhin, les\ngénies de la symphonie et de l'ouverture, ont occupé dans ses pro-\ngrammes la place essentielle qui leur revenait, et l'on a pu applau-\ndir il y a quinze jours encore à un\" festival Beethoven-Wagner tel\nque n'en eut pas mieux composé un authentique Germain.\nIl ne faudrait d'ailleurs pas voir dans les programmes de ce\npremier hiver une réalisation intégrale des intentions de M. de\nLacerda. En arrivant à Montreux, celui-ci y trouvait un orchestre\nrestreint, accoutumé à des chefs allemands, et d'autre part sur-\nchargé de besogne. Que de ce premier contact entre un orchestre\nsurmené et contraint aux travaux les moins propres au perfection-\nnement musical de ses membres et un chef nouveau, étranger en\nsomme, fécond en initiatives inédites, ait pu naître cette série si\nriche et sans défaillance de beaux concerts, voilà qui est tout à\nfait surprenant et remarquable, et tout à l'honneur à la fois du chef\net de ses musiciens.\nEntretouslesconcertsdeM.de Lacerda, il en est un que je\ntiens à mentionner. C'est celui que le Kursaal de Montreux orga-\nnisa à son bénéfice et que l'on nomma très justement sa\ntique. Le programme, excessivement copieux, semblait un résumé\nquintessencié de cette première saison. Le public, compact, ma-\nnifestait par des rappels incessants et des envois abondants de\npalmes et de fleurs son enthousiasme et sa sympathie. Enfin des\nartistes avaient tenu à marquer particulièrement leur sympa-\nthie pour le chef d'orchestre, en participant au concert. C'était\nMlle Lily Béraneck, jeune cantatrice très douée, qui remplaçait au\npied levé Mme Troyon-Blaesi, une de nos bonnes artistes.\nC'était surtout M. Joachim Nin, venu tout exprès de Berlin\npour jouer le Concerto en ré de Bach. Notre public entendait\npour la première fois M. Nin, et l'impression que fit ce très sobre\net très consciencieux artiste sur des auditeurs accoutumés aux vir-\ntuoses démonstratifs fut prodigieuse. Sous l'apparente froideur\nde l'attitude et du jeu, on ne put pas ne pas sentir la vigueur pro-\nfonde de la pensée et du sentiment, l'émotion pénétrante et con-\ntenue. Ce fut une glorieuse et superbe victoire delà sincérité sur\nle charlatanisme,et qui dut encourager l'auteur delà remarquable\npetite brochure : Pour l'art."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.74", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1180, "texte": "La « fête » de M. de Lacerda a été la consécration judicieuse\nd'une saison musicale susceptible de marquer le commencement\nd'une ère nouvelle pour notre vie artistique. On tient volontiers,\ndans nos villes d'étrangers, la musique pour un accessoire coûteux\net nécessaire, mais privé d'intérêt en soi, et fait pour accompagner\nsans les gêner les thés et attractions des casinos. M. de Lacerda\nvient de démontrer qu'elle peut être autre chose; le succès de ses\nconcerts auprès de la colonie étrangère prouve à l'évidence que,\nfaite avec une réelle conscience et distinction artistique, elle est\nà elle seule un puissant élément d'intérêt.\nSouhaitons que cette vérité nouvelle soit comprise, et qu'ap-\nportant petit à petit dans la composition et l'effectif de son or-\nchestre, ainsi que dans ses conditions de travail, les améliorations\nnécessaires, M. de Lacerda poursuive son œuvre. Nos administra-\nteurs s'apercevront alors que, peu à peu, l'accessoire coûteux est\ndevenu productif, et qu'un attrait d'un ordre nouveau s'est ajouté\nà ceux que l'on ne cherchait jusqu'ici que dans le pittoresque de\nnos montagnes et de nos lacs.\n\nE. Ansermet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c039", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 74, "image_fin": 78, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.12.4", "titre_corps": "MUNICH SÉJOUR D'ÉTÉ MUSICAL.", "titre_sommaire": "MUNICH SÉJOUR D'ÉTÉ MUSICAL.", "signature_source": "William Ritter", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.74", "debut_caractere": 1182, "fin_caractere_exclue": 2278, "texte": "MUNICH SÉJOUR D'ÉTÉ MUSICAL.\n\nIl l'est, et prétend le devenir, dès l'an prochain, encore davantage.\nMais, déjà cette année-ci, la grande conception se dessine d'une sorte de\nville d'eaux, de séjour de plaisance pour mélomanes, où ils seraient as-\nsurés de trouver, dans le plus parfait recueillement et les meilleures con-\nditions d'hygiène musicale, des séries d'auditions cycliques de l'œuvre\nentier de certains maîtres, exceptionnellement soignées. Oh ! la volupté\nspirituelle d'entendre, tout à son aise, la suite entière des neuf sympho-\nnies de Beethoven, des neuf de Bruckner, des neuf de Mahler, des quatre\nde Brahms, et puis d'en faire table rase pour tout l'hiver ! Pouvoir\nconsacrer l'hiver entier aux nouveautés, aux raretés et aux exhumations.\nAu lieu d'entendre dix fois par saison l'ouverture de n° 111,\nune demi-douzaine de fois les sempiternelles 111, V, VI, VII et IXe,\nne plus les aborder qu'une seule fois (deux tout au plus avec la répétition\ngénérale), un seul jour par an, comme on fait ses pâques ! Le cycle\nBeethoven-Bruckner-Brahms, de M. Ferdinand Lœwe, àla Société des"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.75", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3026, "texte": "concerts (ancien Kaïm Saal) nous aura fait entrevoir cet idéal, et à lui\nseul aura compensé la pitoyable décadence descycles Wagner et Mozart,\ndevenus de véritables improvisations,celui-ci au\net celui-là, au Prince Régent, de simples représentations de répertoire\ncourant, tous deux désormais la proie des Américains, pour qui tout est\nbon. Un vigoureux effort cependant, réclamé avec énergie et courage par\nla presse locale, pourra, n'en doutons pas, les rendre à leur ancien lustre.\nLe projet aboutira sans doute aussi de monter, au éga-\nlement, les Troyens et les drames de M. Richard Strauss. Un essai a été\ntenté avec Elektra,qui a donné ce résultat satisfaisant d'assourdir l'or-\nchestre au point qu'une oreille un peu familière avec la musique de\ndemain n'y pouvait plus rien percevoir d'insolite ! Puis nous avons eu\nencore l'essai de fourrer dans l'Abîme même la de\nBerlioz, celui-là pas trop réussi, semble-t-il !\nEn attendant, pendant que dans les domaines de MM. von Speidel\net Mottl règne pas mal d'anarchie, qu'on cherche et que, pour le mo-\nment, on ne se retrouve même pas soi-même, la Société des concerts, dont\nM. Lœwe est l'âme, M. Koch la tête, et dont une noble Mécène, Mrae Bar-\nlof, fournit le nerf, vient d'avoir l'intelligente initiative que j'ai dite. Le\ncycle d'auditions de cette année s'est composé des neuf symphonies de\nBeethoven, une par soir, escortées, sauf la IXe, d'une de Brahms ou de\nBruckner. En plus, une soirée spéciale pour la VIIIe de Bruckner et\nune soirée spéciale consacrée à Brahms avec, outre la IIIe Symphonie,\nl'ouverture pour unt fête académique et le double Concerto pour violon\net violoncelle, exécuté à merveille par MM. Henri Marteau et Hugo\nBecker. Brahms a du reste encore bénéficié du Concerto de piano en si\nmajeur, exécuté par M. Frédéric Lamond,etde On\nannonce d'ores et déjà, pour l'été prochain, la reprise de quelque chose\nd'analogue, mais avec exclusion de Brahms cette fois, puique nous en\nallons être saturés prochainement, lors des premières grandes fêtes spé-\nciales qu'organise la nouvelle et puissante Société Brahms. Je vous en\nrendrai compte à leur heure. En attendant, il est donc décidé qu'en\n1910 M. Lœwe nous donnera les neuf symphonies de Beethoven avec\nenfin, pour la première fois consécutivement, les neuf de Bruckner.\nC'est le gros événement du cycle de cette année que cette impatroni-\nsation définitive de Bruckner dans la société des « grands B ». Et il s'y\ncomporte, à vrai dire, beaucoup mieux que son rival de la vie terrestre.\nPour la première fois, il reprend son droit d'aînesse sur Brahms et la\nplace usurpée par celui-ci. Brahms n'est plus que le Racine de ce\nCorneille, et jamais n'a été mieux démontrée l'inanité de la prétendue\naffiliation de Brahms à Beethoven. Bruckner y a droit infiniment mieux\nque lui. Si je ne venais pas d'user des noms de nos grands classiques,\nje serais tenté de les reprendre pour dire que si Beethoven représentait\ntout à la fois Corneille et Racine additionnés, il est clair que Brahms ne"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.76", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 3024, "texte": "lui serait qu'une sorte de Voltaire. Mais ce ne sont là, ce ne peuvent être\nque des façons de parler. La nature et l'histoire ont beau tout recom-\nmencer, les génies eux ne se recommencent pas. Tout au plus s'évoquent-\nils les uns les autres. Méfions-nous de la facilité de ces comparaisons :\nelles sont encore plus dangereuses que commodes, et la seule excuse du\nparallèle est de pouvoir être poussé jusqu'au point où, enfin, s'expriment\nles plus profonds traits des individualités, du frottement de l'une par\nl'autre. Un parallèle pour être bon n'est jamais court. Bruckntr, âme\nvéhémente, expansive et tendre, autrichien, catholique, autodidacte, non\npas illettré mais sans érudition, grand poète contemplatif à la François\nd'Assise, mais ni artiste, ni styliste, musicien jusqu'aux moelles et\nsachant la musique comme Raymond Lulle la logique, est l'exemple\npeut-être absolu du génie dépourvu de talent et du sens de la mesure.\nBrahms, âme bourrue, timide et retorse, esprit pondéré et minutieu-\nsement érudit dans les choses et l'esprit de son art, homme du Nord,\nprotestant, environné des princes de la science, sans imagination créa-\ntrice, mais doué de cette imagination qui invente et parfait le détail, et\nqui est la caractéristique même du talent, scoliaste de génie si l'on veut,\nmais esprit critique avant tout, féru d'admiration pour la culture uni-\nversitaire, c'est décidément, auprès du maître de Linz, l'éternelle oppo-\nsition de l'hanséate, du commerçant du Nord, devenu autorité musicale,\net de l'âme populaire danubienne et alpestre. Or Beethoven, avant eux,\na été le premier exemple de la possibilité d'une résolution harmo-\nnieuse en un seul homme de quelques-uns de ces admirables contrastes\nengendreurs de vie artistique, contrastes Nord et Sud, catholicisme et\nesprit moderne, cœur et raison, Prusse et Autriche, plaine de sables et\nrégion alpestre, dont un autre exemple encore plus complexe, encore\nplus universel, embrassant en plus l'Orient et l'Occident, le monde\nslave et le monde latin, l'allemand et l'asiatique, nous est donné aujour-\nd'hui en Gustave Mahler.\nCar Mahler, grâce à M. Lassalle, n'a pas été absent de notre été musi-\ncal. Il ne faut certes pas comparer la hâtive ébauche, pleine de fougue\net d audace, qu il nous a donnée, au moyen de son orchestre admirable-\nment routiné, mais si indiscipliné, de la IVe symphonie du Maître\nde Vienne et New-York (i), avec n'importe laquelle des auditions si\nsoignées que nous devons à M. Lœwe. Ce serait rapprocher un\ncharbonnage de M. Hœlzel d'une gravure de M. Klinger; mais j'estime\nqu une grande reconnaissance est due par nous tous à M. Lassalle pour\nce que, prisonnier des circonstances et d'un orchestre qui a les qualités\n\n(i) Celle connue des orchestres allemands sous l'indication de « au violon\ndésaccordé » (abgestimmt); celle, si l'on veut, de la cuisine des anges, pour ne\nla désigner toutefois que par un détail extérieur, comme on dit de telle de\nHaydn, celle au roulement de timbales."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.77", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2980, "texte": "de ses dé'auts, c'est-à-dire à peu près celles d'un cheval vicieux, il\nnous a permis de juger de l'effet de Mahler au beau milieu du cycle\nBeethoven-Brahms-Bruckner. Ce fut comme si l'on avait ouvert un\nparc enchanté à nos ébats, et qu'on nous eût chassés d'entre les bancs\nd'école au grand air. Le lendemain, une répétition Lœwe nous faisait\nl'effet d'une rentrée des classes.Ou bien que, revenus de l'atelier de\nKlimt, nous entrions au musée devant des Poussin, des Lebrun et des\nSalvaior Rosa. La IVe de Brahms s'écoutait comme on eût lu des pages\nde Sainte-Beuve, récrites par Brunetière, et ce fut à grand'peine que\nla VII0 de Beethoven nous fit échapper à cette vie des livres, qui tout\nsoudain semblait succéder à cette vie de la à travers l'un\ndes cerveaux les plus merveilleusement lucides de notre temps. Et\nencore était-ce pour nous montrer une bien plus\napothéose que danse tout court, et surtout que la pressentie par\nMallarmé, cette danse, idée et nature dansées, dont l'œuvre de Mahler\nnous fait si souvent entrevoir l'espérance, sinon déjà la réalisation pre-\nmière. Mon Dieu ! ce sont là choses si grandes, qu'on semble toujours\nen parler à la légère, surtout en Allemagne, dès qu'on ne se prosterne\npas. La VIIe de Beethoven n'a plus besoin que nous nous prosternions,\nDieu merci, nous l'aimons et la savons au point qu'elle fasse partie de\nnotre substance. Et l'heure de la VIIe de Mahler n'est sonnée que\nd'hier.\nIl n'est rien de tel pour donner la sensation du dimanche, à ceux à\nqui la messe ne suffit pas, que les habits du dimanche. Tous les soins\nextérieurs pris par l'Association des concerts, pour le bel ordre et la\nbonne ordonnance de ses offices de la Sainte Trinité musicale du\nxixc siècle, ont bien contribué à en augmenter l'éclat. Un concert d'hi-\nver dont le programme se composerait uniquement de et\nde l'ouverture de Léonoren° 111, risquerait beaucoup de nous sembler\nchose banale. M. Lœwe réussit à en faire un événement extraordinaire :\nc'est bien 1 Mais comme nous sommes reconnaissants à l'administra-\ntion d'avoir modifié et amélioré le podi de jadis ; repeint ou rafraîchi\nla salle, mieux harmonisé ses couleurs et ses rideaux; couvert de guir-\nlandes de roses cramoisies son buffet ; installé une librairie dans son\ncorridor ; commandé des affiches, des programmes et des billets d'un\nnoble aspect, de ce classicisme renouvelé aux meilleures sources, dont\nl'Hellène Gysis a implanté le goût, vraie réforme devenue religion, de la\nmonomanie pseudo-grecque des règnes de Louis lerIer ici, et là-bas d'Othon.\nTous ces menus soins extérieurs et matériels correspondent absolument\nà ceux tout spirituels que M. Lœwe apporte à la formation et à la dis-\ncipline de son jeune orchestre, en tel contraste d'armée régulière, in-\ntelligente, aussi bien élevée que bien astiquée, avec la bande de francs-\ntireurs qui semble avoir élu M. Lassalle pour chef, à l'unique\ncondition de n'en être jamais contrariée. Ces jeunes gens de bonnes"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.78", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1903, "texte": "manières, et aussi respectueux de la musique que de leur directeur,\nsemblent mettre leur point d'honneur à saisir les moindres finesses de\nses intentions. Tous les violons, du premier au dernier, ont été munis\ndes meilleurs instruments de fabrication récente, que l'on connaisse en\nAllemagne, ceux de la firme Neu de Berlin, en sorte que\nl'homogénéité du son soit parfaite. On n'obtiendra jamais rien de pareil\nd'un orchestre dont certains individus auraient quelque Stradivarius ou\nun Amati, tandis que la majorité jouerait sur des instruments de vingt-\ncinq ou même de dix mark. Cinq minutes avant l'entrée du chef d'or-\nchestre, tout bruit d'accordage ou d'essai de passage scabreux doit avoir\ncessé, de telle sorte qu'aucune sonorité instrumentale n'ait précédé l'at-\ntaque. C'est au moins d'aussi bon effet, pour préparer au recueillement,\nque l'extinction des lumières au théâtre. Un seul détail de ce genre serait\npeut-être négligeable ; leur réunion ennoblit à plaisir ces belles fêtes,\nuniques jusqu'ici en Europe. Est-il besoin d'ajouter que le service du\nvestiaire et des portes, la discipline de l'intérieur vont à l'unisson de\nla discipline de l'orchestre ? Le cycle de\n1901 restera un modèle de festival en soi, autant qu'un de ces modèles\nd'organisation de fêtes compliquée, dont l'Allemagne acoutume de nous\ndonner d'utiles exemples, qu'il s'agisse de la réforme de la mise en scène\nau Théâtre des Artistes, et de ses Expositions internationales d'art qua-\ndriennales, aussi bien que de son service des postes et des paquets. Mais\nle nom sur lequel il faut clore cette chronique est celui auquel de-\nmeurera à tout jamais attachée la survivance de l'œuvre de Bruckner,\net cela suffirait à la gloire d'un homme celui du parfait ami et dis-\nciple, celui de l'excellent éducateur d'orchestres, celui du directeur-\npoète Ferdinand Lœwe.\n\nWilliam Ritter."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c041", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c041", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 78, "image_fin": 81, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.12.5", "titre_corps": "LA FÊTE DES VENDANGES A BORDEAUX", "titre_sommaire": "LA FÊTE DES VENDANGES A BORDEAUX", "signature_source": "Henri Collet", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.78", "debut_caractere": 1905, "fin_caractere_exclue": 2612, "texte": "LA FÊTE DES VENDANGES A BORDEAUX\n\nLe journal la Petite Gironde eut l'heureuse idée de glorifier le bon\nvin de Bordeaux par un triduum bachique où, dans un décor naturel,\ns opéra une fois encore cette « fusion des arts » pourtant si décriée depuis\nWagner. Donc pendant trois jours le Gascon en liesse acclama de ma-\ntinales cavalcades symboliques, et remplit chaque après-midi l'immense\namphithéâtre que MM. Alfred Duprat et Ferret aménagèrent fort artis-\ntement sur la fameuse place des Quinconces.\nNous n'insisterons pas sur les défilés évocateurs des chars où les\nLandes et les Pyrénées ; Dax, Libourne, Blaye, Saint-André et laßéole ;\nArcachon et Marennes ; les vins du Médoc, des Graves, de Sauternes et"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.79", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3074, "texte": "de Barsac ; le cognac et l'armagnac ; la prune et le chasselas ; le liège,\nle verre et la résine ; enfin les vendangeurs et leurs instruments, étaient\npittoresquement figurés, sous l'égide de Cérès, de Bacchus et d'une\nreine Louis XV, grâce au talent divers de nombreux artistes décorateurs-\nIl est certain, dans l'ensemble, que les couleurs en général harmonieuses\net les groupes décoratifs ingénieusement disposés formaient un spectacle\ndoux à l'œil sinon à l'oreille, car il nous faut regretter l'absence d'un\nrythme musical par quoi le cortège se fût scandé. Quoi qu'il en soit,\nnous n'aurons que des louanges à adresser sur cet aspect très caractéris-\ntique des fêtes, aux organisateurs et à leurs auxiliaires ignorés.\nJugerons-nous aussi favorablement les représentations de l'après-midi,\nce Bacchus triomphant,poème lyrique en trois actes d'Henri Cain et\nCamille Erlanger ? Ici, nous pourrions émettre quelques réserves. Le\nlivret, écrit dans une langue assez plate, met en action anodine et par-\nfois puérile la délivrance de Burdigala, assiégée des Barbares, grâce au\nnectar divin qu'une jeune fille, nouvelle Geneviève, offre au rude Hun-\nther ; celui-ci ne résiste point au charme du philtre, et éloigne ses\nhordes mécontentes bien que chargées d'outrés pleines et de ceps dorés.\nDisons à la décharge du poète que son drame, si mince soit-il, sert de\nprétexte à de gracieux tableaux, et qu'ainsi nous lui eussions pardonné\nune trop manifeste stérilité inventive si le soleil fût venu animer ces\ntableaux d'une jolie tonalité antique, au lieu de fuir devant la grêle et\ngrignotante pluie, ou de se cacher sous de gros nuages maussades.\nLa musique est certes bien meilleure. M. Erlanger a fort bien com-\npris ce qui convenait à un théâtre de plein air, et que son ordinaire\npolyphonie, tourmentée ou enchevêtrée, fût demeurée sans écho dans\nl'immense hémicycle où vingt-cinq mille auditeurs avaient pris place,\nbruyamment. Il conçut une partition très vocale, avec d'amples mélodies\net des récitatifs lents et fortement accentués, avec des chœurs en général\nhomophones, bien que de larges accords à la Hsendel eussent été peut-\nêtre plus impressionnants. Son orchestre lui-même s'allégea volontaire-\nment, se limita aux grandes lignes rythmiques ou à la diction très\nsonore des tonalités importantes. Car c'était bien là, en effet, que devait\nporter l'effort du compositeur <XAphroditell y avait une naturelle oppo-\nsition de rythmes à établir entre ces souples chants des Méridionaux et\nles baroques hurlements des féroces Barbares. Et l'ivresse bachique que\nle bordeaux communiquait àceux-ci devait se traduireen gammesvolup-\ntueuses où s'exhalât comme un hoquet le le triton...\nM. Erlanger n'y a point manqué, et, à ce double point de vue, son\nœuvre est des plus réussies.\nLe leit-motivprincipal de la partition, celui que nous entendrons cons-\ntamment et parfois avec quelque impatience ouvre le premier\nacte : Les Fêtes de la Terre,clamé par de retentissantes trompettes. Ce\nthème, vraiment annonciateur, est d'un tour mâle et fier, d'une heureuse"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.80", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 3021, "texte": "figure rythmique. Le compositeur le travaille, l'ouvre, le cisèle, en lui\nconservant toujours sa noblesse et sa fermeté, pendant la marche et la\ndanse qui suivent. Les cordes d'abord, puis les cuivres, enfin des choeurs\nd'hommes, s'emparent en un long crescendo de cette idée musicale que\nles spectateurs eurent tôt fait de retenir. Mais ici nous parvenons à un\nautre épisode où s'inaugure une nouvelle et enlaçante figure rythmique\ntraitée polyphoniquement. Elle forme contraste avec la déclamation\nexpressive de Cérès (Mme Litvinne) et l'hymne fier de Bacchus (M. Mura-\ntore). Les voix de la déesse et du jeune dieu s'unissent en un ardent\nEvohc ! auquel les chœurs répondent par de belles imitations. La fantai-\nsie tonale la plus absolue se joue à l'orchestre au cours des évolutions\ncapricieuses du peuple, et surtout de l'agaçante (par son triton) danse\nbachique de la volupté (Mlle Regina Badet). Cependant Silène (M. Cla-\nverie) fait son entrée burlesque, et les rythmes se brisent, se déhanchent\net nasillent, tandis que le chœur mis en joie acclame son idole. Par\nainsi nous revenons au thème primitif chanté par tout l'orchestre, et qui\nclôt dans la note claire ce très remuant premier acte.\nJe préfère surtout la seconde partie :\nSi, au point de vue scénique, cette arrivée brutale de guerriers hideux ne\nproduit qu'un médiocre effet, du moins la musique se distingue par une\nvigueur d'accent, une franchise d'exécution, une diversité d'expression,\ndes plus remarquables.\nLe compositeur exprime avec bonheur l'animation du peuple de la\nville gasconne, puis son effroi lorsque les Barbares s'approchent, et son\nardente prière aux dieux qui l'ont jusqu'ici protégé. L'entrée du chef\nHunther (M. Muratore) est d'un bel emportement. La danse qui suit se\nrythme par syncopes sur des tonalités chromatiques assez volup-\ntueuses. Puis ce sont les porteurs d'amphore qui, blanche théorie,\nviennent supplier les envahisseurs. Un fort polithème de quatre notes\ntraduit l'exquise pudeur de la jeune Gauloise (MUe Chenal) qui, à l'image\nde sa sœur de Lutèce, ose intercéder pour ses frères vaincus. Ce thème\nprésente d'ailleurs des analogies avec le motif principal du Faust\nde Liszt ; mais le développement qu'il reçoit ensuite dans le long et\nbeau chœur des Gaulois lui rend son originalité. Et l'acte s'achève en\nune habile progression d'un effet bellement sonore.\nLa troisième partie, intitulée les donne à l'auteur l'oc-\ncasion de tableaux pittoresques. On remarque maintenant en sa mu-\nsique le judicieux emploi de thèmes populaires. Et l'arrivée du Prin-\ntemps (MUe Chenal) est une fort jolie chose, avec d'inévitables et wag-\nnériens Murmures,mais aussi des sonorités adoucies de cloches\njoyeuses. Bacchus s'avère ensuite en une phrase bien rythmée, « l'Eté\nresplendissant », à quoi répondent, adoratrices, les voix unies des deux\ndéesses. L'arrivée de l'Automne est saluée par le chœur ; un mouvement\nde valse anime toutes les ondes sonores ; et, par un heureux rappel des"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.81", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1344, "texte": "thèmes du premier acte, le compositeur amorce la marche triomphale\nqui clôt magnifiquement cette œuvre singulière.\nEn résumé, nous dirons que M. Erlanger a su trouver les accents qui\nconvenaient à un spectacle de plein air ; qu'il a réalisé cette couleur po-\npulaire qui seule pouvait retenir l'attention d'un public bien peu savant;\net que son ouvrage, cependant, conserve une noble tenue musicale qui\nsurprit agréablement les quelques auditeurs difficiles et naturellement\ndéfiants. Ce bel effort d'art sobre et ému méritait tous les bravos ; il\nles obtint. Et nous y joignons bien volontiers les nôtres.\nNous saluerons aussi avec admiration l'extraordinaire Litvinne,\nIsolde rêvée et Cérès idéale ; l'exquise Chenal, de voix inlassable et si\npure et d'eurythmie parfaite ; puis le splendide Muratore, comédien\nconsommé, chanteur à la voix harmonieuse ; enfin le bien Silène Clave-\nrie que nous revoyons toujours avec plaisir.\nEt quant à Réginaßadet, l'exquise ballerine s'est complu à des es-\npiègleries innocentes à coup sûr, mais qui ont un peu déçu tous ceux\nqui n'avaient point eu l'heur de la connaître dans ses créations tana-\ngréennes d'Aphrodite.\nEn terminant, nous remercierons de son heureuse\ninitiative ainsi que de l'accueil particulièrement empressé réservé par elle\nau représentant de notre S. I. M.\n\nHenri Collet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c043", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 81, "image_fin": 82, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.12.6", "titre_corps": "CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE LIÈGE.", "titre_sommaire": "CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE LIÈGE.", "signature_source": "J. 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Lavoye a traité de la musique pendant la Renaissance ; M. van\nden Borren a apporté le début de son ouvrage sur Guillaume Dufays ;\nles Drs Jorisenne et Dwelshauvers ont émis le vœu que les bibliothèques\ndes Conservatoires royaux soient régulièrement ouvertes au public. Des\ntrésors inestimables gisent là, et la science a le devoir de les revendiquer.\nA Liège en particulier, les manuscrits appartenant au fonds Terry, dont"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.82", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1041, "texte": "l'acquisition a été faite il y a vingt ans, ne sont communiqués que selon\nle bon vouloir du directeur. Ceci dépasse les bornes d une querelle d in-\ntérêt local ; certains problèmes essentiels de l'histoire musicale (les ori-\ngines de la sonate, par exemple) ne seront élucidés que le jour où cette\ncollection sera définitivement ouverte.\nUn manuscrit qui eut les honneurs du congrès, le 888 de la Biblio-\nthèque universitaire, est actuellement à Paris, entre les mains de\nM. Guilmant, qui va prochainement le publier dans sa magnifique col-\nlection des Archives de l'Orgue.ll comprend surtout des pièces ap-\npartenant au répertoire des églises liégeoises vers 1615. Quelques-unes\nde ces pièces furent exécutées au congrès par MM. Lavoye, Lucien\nMawet et Fernand Mawet, organistes. Les exécutions musicales orga-\nnisées à cette occasion comprenaient encore une sonate de Hamal\n(1738), la Symphonie concertants un concerto\npour flûte de J. Goclet, et des pièces vocales de Hamal, Grétry et\ndu Mont.\n\nJ. D."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c045", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c045", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 82, "image_fin": 83, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.12.7", "titre_corps": "A SAINT-JEAN-DE-LUZ.", "titre_sommaire": "A SAINT-JEAN-DE-LUZ.", "signature_source": "J. 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Rougier, venu tout exprès de\nMontpellier pour conseiller ces danseurs agrestes.\nL'épreuve était audacieuse. Elle réussit pleinement. En quelques jours\nces Basques montagnards se transformèrent en Scythes parfaits, sau-\nvages, souples, vigoureux et plastiques.\nIl y a une morale à tirer de cet incident artistique. La danse de nos\nprovinces françaises n'est donc pas encore remplacée par l'uniformité du\nboston. Le simple paysan, avec quelques bons avis, est capable de mon-\nter directement sur les planches et d'y faire bonne figure, sans passer par\nl'Opéra. Il a donc encore conservé des traditions qui lui permettent d'af-\nfronter les évolutions d'un ballet. Ceci posé, par l'heureuse tentative\nde Bordes, nous allons voir certainement un de ces jours les danseurs\nbasques sur une scène parisienne,l'Opéra-Comique ou la Scala. Le mou-"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.83", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 213, "texte": "vement de décentralisation artistiqueva être immédiatement exploité par\nun directeur, au profit de la capitale, et s'achever par un acte de\ncinement. Ou bien je me tromperais beaucoup.\n\nJ. E."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c047", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 83, "image_fin": 83, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.12.8", "titre_corps": "REPRISE DES COURS ET CONCERTS", "titre_sommaire": "REPRISE DES COURS ET CONCERTS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.83", "debut_caractere": 215, "fin_caractere_exclue": 1620, "texte": "REPRISE DES COURS ET CONCERTS\nAu cours Sauvrezis, la rentrée a eu lieu 82, rue de Passy, et 4, rue de\nla Sorbonne, le 4 octobre. Le cours degymnastique rythmique inauguré\na/ec succès lan dernier est continué par Mlle Bréchoux (méthode\nJ. Dalcroze).\nM.Paul Vidal devient collaborateur du cours pour la composition\net l'orchestration.\nUne place de plus en plus importante est donnée à la musi-\nque d ensemble : musique de chambre, orchestre, chant d'ensemble,\nchœurs.\nLes auditions historiques comprendront Beethoven, Mendelssohn,\nSchubert. Enfin signalons un cours d'histoire de la musique de cham-\nbre, depuis les origines, par M. Louis Laloy ; un quatuor réuni par\nM. E. Borrel donnera les exemples.\nLes cours de dessin, peinture, modelage, auront comme corollaire un\ncours d'histoire de l'art (antiquité) fait par M. I. L. Blanchot.\n*\n¥ *\nLes concerts de la Société Hœndelreprendront le mardi 14 décem-\nbre, avec une audition des œuvres de Leur vaillant directeur,\nnotre collègue Félix Raugel, ira quelques jours plus tard à Besançon\nconduire le Messie de Haendel, dont il a reconstitué l'orchestration ori-\nginale.\n*\n* *\nMlle Elisabeth DELEZ, cantatrice et professeur de chant, reprendra ses\ncours et leçons chez elle, 38, rue Pergolèse, le ier octobre.\n★\n* +\nA Versailles, notre collègue E. de Bricqueville reprend ses classes\nd instruments anciens : vielle, théorbe, trompette marine et clavicorde.\n5"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c049", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c049", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 84, "image_fin": 84, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.12.9", "titre_corps": "LA LIBERTÉ DE L'ENSEIGNEMENT MUSICAL.", "titre_sommaire": "LA LIBERTÉ DE L'ENSEIGNEMENT MUSICAL.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.84", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 591, "texte": "LA LIBERTÉ DE L'ENSEIGNEMENT MUSICAL.\nC'est là une très grave question qui a souvent préoccupé 1 opinion.\nPar ces temps de syndicats, les défauts de l'indépendance sautent aux\nyeux et les avantages de la collectivité prennent une importance consi-\ndérable. Notre collègue M. Daubresse a entrepris dans le Monde musi-\ncal sur ce sujet délicat une très intéressante étude qui a pour résultat\nen ce moment toute une organisation de diplômes et d'examens dont la\nSociété des musiciens de France a pris l'initiative. Nous reviendrons\nbientôt sur ce projet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c051", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c051", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 84, "image_fin": 84, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.12.10", "titre_corps": "LES GRANDES ÉPOQUES DE LA MUSIQUE.", "titre_sommaire": "LES GRANDES ÉPOQUES DE LA MUSIQUE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.84", "debut_caractere": 593, "fin_caractere_exclue": 2114, "texte": "LES GRANDES ÉPOQUES DE LA MUSIQUE.\nEncouragés par leur succès de la saison derniere, MESDEMOISELLES\nMARY et FERNANDE PIRONNAY et M. PAUL LANDORMY organisent pour cet\nhiver une série de dix conférences musicales avec auditions, qui auront\nlieu à 5 heures, àla salle de la Société d'Horticulture, de quinzaine en\nquinzaine, à partir du lundi 8 novembre. Ils se sont assuré le concours de\nMLLES Marthe Dron, Duranton, Gellée, Mme Marthe Landormy, WXe Blan-\nche Selva, MM. Marseillac, Motte-Lacroix, pianistes ; de Mmes Marie-\nAnne Delacre, Fournier de Nocé, Mlle Viard, cantatrices ; de\nMlles Crespi, Pitois, Durand, MM. Paul Baudoin, Daniel Hermann, vio-\nlonistes ; de M. Revel, violoncelliste, et de M. Mondain, hautboïste ;\ndu Quatuor vocal Philip et du Quatuor Parent. Le programme com-\nprendra cette année l'histoire de la musique instrumentale et plus parti-\nculièrement de l'école allemande jusqu'à la fin du xvine siècle. Ala\npremière séance on entendra des œuvres très curieuses pour violes du\nxine siècle, découvertes par M. Aubry, des danseries pour instruments\nà cordes du xvie siècle, publiées par M. Expert, et des pièces de virginale\net de clavecin des écoles anglaise, française et italienne du xvie et\ndu xviie siècle.\nEntrée : cinq francs.\nAbonnement, ou série de 10 billets : 30 francs.\nNous sommes heureux d'annoncer que de retour à Paris, M. A. DAN-\nDELOT reprend ses réceptions chaque jour de 2 à 4 heures. Les bureaux\nde l'administration de concerts sont ouverts de 9 heures à midi et de 2 à\n6 heures."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c053", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c053", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 85, "image_fin": 94, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.13", "titre_corps": "BIBLIOGRAPHIE", "titre_sommaire": "BIBLIOGRAPHIE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.85", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2485, "texte": "BIBLIOGRAPHIE\nSCHMIDT(H.) ET HARTMANN (U). Ric (Lpz.\nK. Klinner, 1909, in-12 de 140 pp. Mk. 3.)\nCe petit volume est charmant et infiniment agréable à parcourir. Il\npeut former le pendant de ces souvenirs wagnériens publiés récemment\npar Mme J. Gauthier dans la Revue de Les auteurs se sont avisés de\nrecueillir à Bayreuth, parmi les survivants de la grande époque, toutes\nles anecdotes, même les plus minimes, dont se souvenaient avec orgueil\nceux qui ont approché le maître.\nNous voyons ainsi Wagner aux prises avec son jardinier, son serru-\nrier, son entrepreneur, son relieur et... ses chiens. Ces légères silhouettes\nont, malgré tout, leur importance et leur signification historique. Elles\nprécisent assez vivement la physionomie de l'auteur de Parsifal. Celle-\nci, par exemple, est instructive. Un jour, vers 1874, la musique militaire\ndu régiment de chevau-légers, casernée à Bayreuth, vint souhaiter la\nfête du maître en exécutant devant Wahnfried la marche de\nWagner descend et demande un da général sous sa direction. «Au-\ncune musique militaire, ajoute-t-il, n'a, jusqu'à présent, donné d'exécu-\ntion satisfaisante de cette marche. Cela tient à ce que Messieurs les chefs\nde musique ne veulent pas prendre mon mouvement. » Et tout aussitôt,\nil se met à battre à 2/2 la mesure que le chef des chevau-légers venait\nde prendre à 4/4. Ce temps rapide se prolonge assez longtemps, non\nsans causer quelque flottement, puis le mouvement se ralentit et l'on\narrive à l'accord de neuvième, qui précède la fin du morceau. Ici se place\nun long point d'orgue, qui, au gré du maître, n'est pas bien observé.\n« Messieurs, s'écrie Wagner, je vais, à cet endroit, me dissimuler sous\nmon pupitre. Tant que vous ne me verrez plus, vous tiendrez l'accord en\nenflant le son ; quand je reparaîtrai vous diminuerez jusqu'au et\nalors, suivez. » Ainsi fut fait, et tout marcha bien, malgré l'accélération\nreprise par Wagner à la fin.\nCes indications sont précieuses. Une fois de plus, Wagner se montre\nici l'homme impressionnable, tyrannique, effervescent, mais bon et sen-\nsible après tout, que nous connaissons par ailleurs. En cette familiarité\napparaît très nettement un trait qui domine ce tempérament et cet art\nwagnérien : je veux dire la haine de Vimperfection. Que Wagner écrive\nun drame ou trace le projet d'un potager, qu'il songe au théâtre de l'ave-\nnir ou à l'organisation de sa basse-cour, qu'il mette en scène ou\nqu'il commande des boutons de porte, partout et toujours, il lui faut"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.86", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2778, "texte": "(( ce <ju iljr a de mieux ». Pas d accommodement, pas de moyen terme\npas d'obstacle. S'il se trompe, il se ravisera, et il paiera s'il le faut, mais\nd'abord la réalisation, sous sa forme rêvée. Louis XIV ne procédait pas\nautrement. Mais personne avant Wagner n'avait osé, dans le royaume de\nla musique, se montrer autocrate. Et je croirais volontiers que ce goût\nmonarchique ait ete pour quelque chose dans l'hostilité française. Un\nmusicien qui en 1860 ne tenait compte que de son bon plaisir devait iné-\nvitablement être sifflé par Je Jockey-Club. Et pourtant c'est le musicien\nqui a triomphé ! j jr\nFRANKENSTEIN L. —Richard Wagner-JahIII Bd. (1908, Berlin,\nHermann Paetel. in-8° de 500 p.)\nCe troisième tome parut avec un certain retard, et moi-même j'aurais\ndû le signaler depuis plusieurs mois déjà. Il contient une foule d'études\nde détail, qui témoignent de la vivacité quoi qu'en dise M. Saint-Saëns\n—de l'exégèse wagnérienne : Wagner épistolier, Wagner et la famille\nWeber, le chœur antique et V orchestre\nde Parsifal,etc...\nDe ces monographies, celle de Glasenapp sur la généalogie des Wagner\nm a particulièrement frappe. L histoire connaît maintenant les ancêtres\nde Richard depuis 1604. Elle les suit depuis ce moment, non pas dans\ntous leurs actes, mais assez sûrement cependant pour les voir émerger de\nloin en loin dans la melée de 1 humanité qui s'agite à travers trois siècles.\nMartin Wagner (1604-1669) était de Freiberg, en Saxe. Bedeau, maître\nd école, organiste d'une paroisse de campagne, il reste le type de sa\nfamille jusqu au xixc siecle. De pere en fils, les Immanuel, les Samuel, les\nGottlob Wagner vont se succéder dans l'étroit sillon d'une existence\nde pauvres « Schulmeister ». A travers la guerre de Trente ans, la guerre\nde Sept ans, à travers toutes les misères des invasions, des pillages, des\nvexations qui desolent leur malheureuxpays, les Wagner suivent la voie\ntracée qui les mène de 1 Université de Leipzig à l'orgue de leur petite\nville en passant par la chaire de l'instituteur. La théologie, la musique et\n1 instruction primaire, voila leur horizon pendant deux cents ans. En\n1800, le père de Richard est greffier adjoint au tribunal de Dresde; le\ngouvernement lui confie en 1806 l'organisation delà police, suivant les\nprincipes du Gode Napoléon.\nMais, après tant d'obscurité, après des générations de patience et\nd épreuve, voici que la nature prend sa revanche. Toute cette contention\nsemble s'être accumulée lentement dans le jeune Richard et jaillir de son\ngenie turbulent, inquiet, révolutionnaire. A son tour, l'humanité se sent\nbouleversée par 1 âme wagnérienne, par l'explosion de cette irrésistible\npuissance que le silence et la médiocrité préservaient, au fond de la Saxe\nhumiliée. j g"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.87", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2730, "texte": "BEDIER J. ET AUBRY P. Les Chansons de croisade. (Champion, 1909,\nin-8° de 3 17 p.)\nVoici un ouvrage qui offre peu de prise à la littérature. Je le constate\navec admiration et aussi avec la crainte d'être peu capable d apprécier à\nsa valeur ce travail de belle et pure érudition médiévale. Il s'agit d'un re-\ncueil de chansons en vieux français qui ont été inspirées aux xne et\nxme siècles par les croisades contre l'infidèle Orient. Chaque pièce est\nl'objet d'un commentaire historique, critique, bibliographique, littéraire\net musical qui nous documente avec une admirable précision. Malgré\ntoutes les lumières de la philologie, bien des questions posées par\nMM. Bedier et Aubry restent sans solution. Au lyrisme si souvent équi-\nvoque de ces châtelains moyenâgeux, il faut encore ajouter ici les préoc-\ncupations de la politique internationale de cette époque. Comme tout\nce qui se passe dans l'humanité, les croisades ont leurs dessous, assez\npeu édifiants d'ailleurs.\nSingulière psychologie que celle du croisé, qui va partir, qui part,\nqui est parti, ou qui finalement préfère rester chez lui ! Et quel jour\namusant ces complaintes annotées par des savants nous ouvrent sur le\nmoyen âge. A côté du bon jeune homme qui célébré 1 amour et sa dame,\non trouve le croisé rassis, pris de scrupule et qui se décide sur le tard à\nsubir les ennuis du voyage hasardeux, pour gagner son paradis. Mais on\naperçoit aussi et surtout ce que nous appellerions le leader, le porte-voix\nd'un groupe politique et local, qui se charge de formuler des craintes,\ndes remontrances, des indications, en un mot de faire de l'agitation au-\ntour d'un événement. « Aux temps pleins de félonie », la presse n existe\npas; mais la chanson, sous sa forme condensée, est, entre les mains des\nbarons musiciens, un excellent moyen de provoquer une campagne, un\nmouvement d'opinion. Ne nous y trompons pas, la musique est ici ties\nintimement mêlée à la politique des affaires du temps.\nJ. E.\nSCHOEFFER PETER.— Liederbuch. Maxn\\ 1513. (Réédition parla Gesells-\nchaft de r Miinchener Bibliojphiltn,Munich, 1909,4 parties i 11-/2 obi.\nMk. 36.)\nLa Société des Bibliophiles munichois vient de reproduire en fac-\nsimilé un très rare ouvrage de musique pratique : lelivre des chansons de\nPeter Schoeffer paru en isi3,etdont on ne connaît qu'un exemplaire.\nVoilà ce dont une société de bibliophiles français ne se serait jamais\navisée. Allez donc parler d'un pareil projet à MM. X. ou Y (pour ne\npas les nommer), et vous verrez les visages les plus accueillants prendre\naussitôt l'aspect le plus fâcheux !\nIl nous faudrait beaucoup de réimpressions semblables, n'ayant d'autre\nbut que de nous fournir le document sous sa forme originale, avec son\n\n5*"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.88", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2367, "texte": "aspect, sa physionomie, son entité bibliographique, en un mot. La com-\nmission du luth de notre société s'est déjà préoccupée d'entrer dans\ncette voie : espérons qu'elle y réussira et prendra modèle sur les biblio-\nphiles de Munich.\nJ. E.\nPEDRELL F. Catalech de la Biblioteca\ncelona.(Barcelone, 190 g, in-40 de 330p.)V. I.\nJ'attends, pour rendre compte de cet ouvrage magistral, l'apparition\ndes volumes suivants, mais je tiens dès maintenant à l'annoncer comme\nun monument somptueux de la musicologie. La bibliographie critique,\nmaniée par un savant comme M. Pedrell, nous promet de très utiles\ndécouvertes, dans cette terre espagnole qui est bien actuellement le jar-\ndin des Hespérides de la musicologie.\nJ. E.\nPÉRICAUD L. Le Théâtre de Monsieur.{Jorel, in-8° de xso pages,\n5 francs.)\nHistoire de l'histoire des grands et petits théâtres de Paris, écrit mo-\ndestement M. Péricaud en tête de son ouvrage : il eût pu sans forfan-\nterie y inscrire : Pour servir à l'histoire de la société pendant la Révolu-\ntion. Nous n'assistons pas seulement à la courte carrière de ce théâtre\ntondé en 1789, dans la « salle des machines » aux Tuileries, transporté\nensuite à la foire Saint-Germain, et transformé, au mois de juillet 1791,\nen théâtre Feydeau ; nous ne voyons pas seulement défiler des acteurs\ncomme MM. Saint-Preux, Gavaux, Martin, la Limpérani, la Mori-\nchelli, et d'autres moins connus encore, dont le nom sera ainsi sauvé de\nl'oubli. La Cour et la Ville se sont donné rendez-vous entre les pages de\nce petit livre : les événements mettent aux prises Léonard Autié, coif-\nfeur de la Reine, et Viotti, l'illustre virtuose, avec M. de Champcenetz\net le comte d'Angivillers ; plus tard, voici paraître Cherubini, Collot\nd'Herbois, Camille Desmoulins ; n'oublions pas les membres de la\nfamille royale, surtout le comte de Provence, qui va être déshabillé\nsans ménagements. Mais le véritable héros de toute l'histoire est avant\ntout le public, ce public parisien aussi facétieux, aussi prime-sautier,\naussi tapageur en ce temps que de nos jours.\nM. Péricaud n'échappera pas au reproche d'avoir fait là de l'histoire\nanecdotique. Le sujet comportait-il mieux ? Ce n'est pas prouvé. En tous\ncas, nous pouvons nous promettre un nouveau plaisir d'un volume sur\nle théâtre Feydeau, que l'auteur veut bien nous laisser espérer.\nM. A."}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.89", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2655, "texte": "Joseph Haydn und Breitkopf & Hartel. Ein Ruckblick bei der Ver-\nranstaltang der ersten vollstàndigen\nvon Dr HERMANN VON HASE. (Leipzig, 1909, Breitkopf et Hartel,\nin-8 de 64 p.)\nEntre les brochures publie'es à l'occasion du centenaire de Haydn,\nl'une des plus intéressantes est certainement celle où M. le Dr H. von\nHase a réuni et commenté tous les documents relatifs aux relations du\nmaître viennois avec la célèbre maison d'édition Breitkopf et Hartel.\nLettres originales et inédites, annonces, fac-similés d'autographes, de\ntitres de morceaux et de portraits, forment un recueil précieux de ren-\nseignements biographiques et bibliographiques qui se rapportent princi-\npalement aux dix ou douze dernières années de la vie de Haydn, à la pu-\nblication des Saisons,des Messes, des et au projet formé, du\nvivant même de Haydn, d'une édition complète de ses œuvres. Il serait\ngrandement à souhaiter que la maison Breitkopf et Hartel et ses rivales\nouvrissent souvent ainsi aux historiens de la musique leurs très riches\narchives. M. BRENET.\nPIERRE AUBRY. Trouvères et (Paris, F. Alcan, 1909,\ncollection : les Maîtres de la musique.)\n«Poète, prends ton luth», dit Musset. —« Je chante!» répond,\nd'une voix cassée, Boileau. Pas plus l'un que l'autre, ils ne songent à\nréaliser une métaphore dictée par un inconscient atavisme, par le sou-\nvenir latent de l'époque lointaine où, « autant que poètes, les trouba-\ndours et les trouvères étaient musiciens ». C'est pour restituer cette\nvérité trop longtemps négligée, c'est pour nous faire connaître en son\nentier l'art double, l'art complet de ces inventeurs de notre poésie et de\nnotre musique nationale, que M. Pierre Aubry, après nombre de sa-\nvants travaux devenus la base de toute connaissance en la même matière,\nvient d'écrire, dans la collection des un charmant\nvolume de « vulgarisation » érudite, attrayante et sûre. « Le grand\npublic, dit-il avec mille fois raison, croit assez facilement négligeable\nce qu'il ignore : ceux même qui, aujourd'hui, discutent avec faconde\nles questions de critique musicale contemporaine ne prennent qu'un\nmédiocre souci des origines de la musique française.» Nos arrière-\ngrands-pères, au temps de Boieldieu, tenaient les troubadours et les\ntrouvères pour d'excellents sujets de romances et de pendules. Dé-\nfaisons-nous de tels préjugés. Apprenons, dans les chapitres où\nM. Pierre Aubry nous explique « les genres lyriques », et plus parti-\nculièrement dans ceux, entièrement nouveaux, où il étudie chez les\ntroubadours et les trouvères les débuts de la tonalité moderne et les\nlois de la rythmique mesurée, apprenons à distinguer les éléments pre-"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.90", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2870, "texte": "miers des choses que nous regardons comme le trésor précieux de tout\nnotre développement artistique ; « écoutons chanter les contemporains\nde Philippe-Auguste ou de saint Louis. Nous le pouvons. Nous ne les\nentendons pas parler, mais nous les entendons chanter. Nous nesavons\npas au juste comment ils prononçaient leur langue, mais nous sommes\nen mesure de reconstituer leurs mélodies avec une précision véritable-\nment scientifique. Ce résultat n'est pas négligeable. » D'autres, beau-\ncoup d'autres résultats s'associent à celui-là. Nous ne nous doutons\npas de ce qu'était la vie sociale d'autrefois, si nous restons dans l'igno-\nrance du « plus aimé de ses délassements ». Nous sommes fourvoyés\ndans nos jugements sur les origines de notre poésie, si nous la déta-\nchons de sa compagne inséparable, la mélodie ; et, qui sait? dans ces\nmélodies si vieilles, si effacées, qu'on craint, en les touchant, de les voir\ntomber en poussière, il s'en trouvera peut-être de si fraîches, de si jolies,\nde si sincères, que nous serons ravis de leur jeunesse et tout surpris\nde leur voir moins de rides qu'à d'autres, nées d'hier...\nM. BRENET.\nJULLIEN (A.). Reyer.(Paris, Laurens, in-i2de 100 pages.)\nNous sommes un peu près du maître disparu pour pouvoir le juger,\nlui et son œuvre, en toute objectivité. Aussi la biographie compétente\nque mon confrère M. Adolphe Jullien consacre à l'auteur de\nest-elle avant tout un commentaire nécessaire, un souvenir que nous\nattendions tous. La carrière de Reyer, encombrée d'obstacles et de\ngrotesques incidents, aussi peu glorieux pour les directeurs de théâtre\nque pour le public français, son œuvre si imprévue dans notre opéra\nnational, sa critique où se perpétue l'esprit diabolique de Beriioz, tout\nforme autour de Reyer un ensemble de faits et d'idées bien tentant\npour un historien de l'art, sans parler ici de son caractère et de sa\npsychologie morale, sur laquelle on ne s'entend guère.\nM. Jullien, continuateur et disciple de Reyer aux nous ra-\nconte ce que fat cette lutte d'un compositeur s'avisant, vers 1860, de\nsuivre méthodiquement l'humeur de son génie, non pas en bohème\ninsoucieux, mais en artiste sûr de lui et qui veut s'imposer. Puis il\nanalyse et admire comme il convient la production musicale de Reyer,\ndepuis le Selam,qui vit le jour en même temps que le second empire,\njusqu'à cette Salammbô,dont Paris vit le triomphe en 1892. Enfin il nous\nmontre Reyer, feuilletoniste, aux prises avec les difficultés d'un métier\ningrat en lui-même et infiniment dangereux pour un auteur qui tient\nau théâtre. Ce double jeu, qui consistait à se produire sur les planches,\ntout en restant dans la salle, à s'abandonner à l'inspiration tout en cri-\ntiquant celle des autres, était extrêmement périlleux, mais séduisait\nun esprit comme celui de Reyer, aiguisé par l'épreuve. Reyer, chroni-"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.91", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2636, "texte": "queur, et chroniqueur tenu à toutes les prudences, se donnait une peine\naffreuse pour louvoyer, pour atteindre sans blesser, pour tourner ses\npointes dans le meilleur sens.\nParmi ces problèmes qui s'offrent au biographe de Reyer, un des plus\nmalaisés à résoudre est certainement celui du wagnérisme. Quels rap-\nports faut-il admettre entre l'auteur de la celui de\nIl y là d'abord une question de faits et de dates, à laquelle M. Jullien\nconsacre quelques pages. Sigurd était conçu avant que les Niebelungen\neussent fait connaissance avec le public français. Mais cette simulta-\nnéité n'exclut pas une similitude qu'il faudra bien expliquer. L'analogie\nest trop évidente entre ces deux caractères, ces deux mentalités, ces deux\ntendances esthétiques ; le romantisme commun est là pour quelque\nchose, je le sais ; et Berlioz aussi. Mais je ne puis croire, malgré tout, à\nune simple coïncidence.\nComme Gounod, comme Chabrier, comme toute la musique fran-\nçaise de la seconde moitié du xixe siècle, le drame de Reyer n'a pas\néchappé à l'ambiance wagnérienne. L'idéal intransigeant et réfor-\nmateur, le parti pris de l'épuration de l'opéra, le goût de l'héroïsme\nlégendaire, la conviction que l'artiste producteur doit faire la loi du\npublic consommateur, ne sont-ce pas les éléments essentiels de la\ndoctrine de Bayreuth, tout génie personnel mis à part?\nL'étude de M. Jullien, concise et précise, sera la première d'une\nsérie d'ouvrages de caractères divers, auxquels Reyer a droit, et que\nl'exégèse musicale ne manquera pas de faire éclore.\nBELLAIGUE (G.). Les Époques de la (2 vol. in-12 de 300 pages\nchacun, Delagrave, 1909.)\nJe signalais dernièrement le partage qui s'établit de plus en plus en\nce moment dans la musicologie, laissant l'érudit à ses archives, le cri-\ntique à son labeur quotidien, l'ami de l'esthétique à ses paraphrases, et\nsupprimant l'intermédiaire, qui avait jadis la prétention de cumuler ces\ndifférentes fonctions.\nLe nouvel ouvrage de notre éminent confrère M. Camille Bellaigue\nse place tout naturellement dans la classe de l'esthétique et confirme,\nd'une façon éclatante, d'une manière illustre, la thèse que j'avais avancée.\nLes Epoques de la musique n'auraient pu voir le jour il y a trente ans.\nElles sont nées d'un effort parallèle à celui de l'érudition maussade et\nspécialisée ; elles réconcilient dans l'inspiration l'art avec la science, la\nlittérature avec le document.\nM. Bellaigue était tout naturellement appelé à synthétiser, sous une\nforme originale et touchante, les recherches de ses confrères en musico-\nlogie. Personne mieux que lui ne sait présenter avec bonheur et auto-"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.92", "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2767, "texte": "rité au lecteur littéraire les conquêtes de l'histoire. Il semble qu'il y ait\ndans son style quelque chose de définitif qui inspire à la fois le respect\net la sympathie, et surtout une admirable limpidité. Un maître de l'éru-\ndition me confiait l'autre jour cette vérité qu'après avoir lu, sur un de\nses ouvrages, une chronique de Bellaigue, il voyait infiniment plus clair\ndans ses propres idées.\nCes études à vol d'oiseau, réunies en deux volumes, sont donc mieux\net plus quede simples comptes rendus. Elles nous donnentuneidée d'en-\nsemble, une vue générale du mouvement des idées, tel qu'il s'est accompli\ndans l'histoire de la musique depuis une vingtaine d'années. Les travaux\nde Gevaert sur la musique antique, le problème grégorien mis au point\nparles bénédictins, la polyphonie rendue à la vie et à la mode par Henry\nExpert, la cantate et l'oratorio amis de la Schola Cantorum, les récentes\nétudes sur la forme sonate chère à M. d'lndy et à l'excellent Shedlock,\nenfin l'opéra, depuis ses débuts jusqu'à ses querelles récentes, tout cet\nordre du jour déjà bien chargé, de la musicologie française et étran-\ngère, se trouve condensé et avec quel talent! dans les grandes Épo-\nques de la musique. Sans cesse le débat, dont M. Bellaigue note les\nphases principales, se trouve élevé par l'auteur, philosophe perspicace,\ncroyant convaincu de tout idéal. M. Bellaigue excelle à tirer la morale\ndes choses, à prolonger dans le sens du sentiment les simples indications\nde la réalité commune, à entourer, en un mot, le document d'une atmos-\nphère de poésie.\nIl ne m'en voudra pas de lui dire combien j'admire ses procédés d'exé-\ngèse séduisante et, s'il tient absolument à ce que je lui cherche querelle,\nqu'il me permette une question : Pourquoi la bienveillante sympathie\nrègne-t-elle si impérieusement dans ce livre, et où sont ces griffes dont la\nRevue des Deux Mondes nous apprit souvent à connaître les coups ? La\ncharité musicologique, dont l'Évangile ne parle pas, nous privera-t-elle\ndésormais de l'humeur personnelle, toujours si vive et si précieuse chez\nM. Bellaigue? Jen'en veux rien croire, et jeme sens même autorisé à lire\ncertaines pages des Epoques de la musique en y ajoutant le grain de sel\nattique.\nJ. ECORCHEVILLE.\nBAUX (Emile). Notes et documents inédits sur l'opéra comique et quel-\nques-uns de ses artistes pendant la Révolution. (Fischbacher, 1909,\nin-B°.)\nLe document a du bon, je ne cesserai de le répéter. Voyez plutôt.\nQuelques grimoires anciens, datant de la Révolution, tombent un jour\npar hasard entre les mains d'un homme intelligent, et tout aussitôt le\ntransforment en musicologue averti. M. E. Baux n'a point eu de cesse\nqu il n'eût découvert la biographie des personnages dont les noms se"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.93", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2166, "texte": "trouvaient sur les pièces manuscrites parvenues jusqu'à lui. Ses recher-\nches ont été couronnées de succès. Il nous présente un certain nombre\nd'artistes auxquels on ne songe plus guère et qui, revivant en ces pages\nbien écrites, nous apportent leur contingent de faits et d'anecdotes.\nAERDE (Raymond van). — Cyprien de Rore. (Malines, L. et A.\nGodenne, in-8°de 70 p.)\nEncore une monographie, qui, je l'espère bien, deviendra un jour un\ngros livre. M. van Aerde a réuni sur Cyprien de Rore un certain nombre\nde documents précis et sûrs, tels que lettres, portraits, manuscrits auto-\ngraphes, épitaphes et enfin une bibliographie aussi complète qu'il est pos-\nsible de la donner aujourd'hui. Je regrette (l'auteur me le pardonnera)\nde ne pas avoir appris, dans ces pages, où se trouvait en ce moment le\ncahier d'esquisses de Cyprien, jadis déposé à Milan. J'espère que\nM. Van Aerde le retrouvera.\nMAGNETTE (Paul). — Contribution à\nthovénienne.(Liège, chez l'auteur, in-8°.)\nIl n'y a rien à dire de cette liste bibliographique, très étendue, sinon\nque l'auteur lui-même demande qu'elle soit complétée par les musico-\nlogues capables de le faire. Pour ma part, je n'ai pas trouvé ici d'omis-\nsion que je puisse réparer.\nCHILESOTTI (Oscar). — Riblioteca d (Ricordi, in-40»\nvol. VI.)\nAvec un zèle pieux et infatigable, M. Oscar Chilesotti lutte depuis\ndes années contre l'inconcevable indifférence de l'Italie à l'égard du\npassé musical. Les transcriptions qu'il nous donne de quelques de\nFrescobaldi sont judicieuses et utiles. Elles nous font sentir, une fois de\nplus, l'intérêt essentiel qu'ilyauraitàposséderunebonne et complète édi-\ntion des oeuvres de Girolamo. Il est vraiment humiliant, non seulement\npour l'Italie, mais pour l'histoire musicale et pour ses adeptes, de voir cet\nartiste, delà taille de Bach et de Haendel, réduit à quelques extraits dont\nun musicologue fait tous les frais. Espérons que 1 Associatione dei musi-\ncologi italianichangera bientôt cet état de chose lamentable. Mais dans\nla joie que nous procureront ces éditions futures, nous n'oublierons pas le\ndocte Chilesotti, le premier qui eut le courage de montrer la voie."}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.94", "debut_caractere": 108, "fin_caractere_exclue": 2498, "texte": "MITJANA (Rafaël). Cincuenta y cuatr\nXVl.(Uppsala, in-8° de 60 p.)—\nuniversitets biblioteks musikadeling.(Stockholm, in-40 de 19 p.)\nL'orientalisme musical et la m (Extrait du\noriental de 1906.)\nM. Rafaël Mitjana, qui écrit aussi bien l'espagnol que le français et\nle suédois, est entré dans le domaine de l'histoire musicale par la porte\nde la bibliographie. Ces différentes monographies, auxquelles s'ajoute\nl'article du même genre qu'il vient de faire paraître dans la\nd'Olschki, nous font connaître un certain nombre de livres, qui se trou-\nvent à la bibliothèque d'Uppsala, si riche en musique. Pour moi, j'ai\nété particulièrement intéressé par les manuscrits espagnols cités dans\nl'étude sur l'orientalisme. Les lecteurs du feront prochainement\nconnaissance avec M. Mitjana.\nJahrbuch der Musikbibliothek Peter s,pour igoB. 15e année, publié par\nR. SCHWARTZ. (Lpz., 1909, in-40.)\nChaque année, notre éminent collègue M. le professeur Rudolf\nSchwartz fait au monde savant le présent de l'annuaire de la biblio-\nthèque Peters. Les professeurs Guido Adler et Kretzschmar et le docteur\nHermann Abert collaborent cette fois au volume, par des articles sur\nl'hétérophonie, sur Haydn, Logroscino et Noverre. Après cette contri-\nbution érudite, dont je n ai pas la place de faire ici l'analyse, M. Schwartz\nnous présente un catalogue des livres et brochures parus en 1908 et\ntraitant de musique. Se doute-t-on du chiffre atteint par cette produc-\ntion annuelle dans le monde entier ?Le catalogue du fort bien\nfait et qui s'entoure d'une collaboration étendue, arrive à tout près d'un\nmillier d'articles. Il est vrai que, dans ce nombre, se trouvent des volumes\nde très médiocre intérêt, de quelques pagesà peine. Faisonslargementla\npart du feu, et réduisons a cent le nombre des ouvrages utiles dépassant\ntrois cents pages et véritablement à lire. Nous arrivons ainsi à constater\nque le malheureux musicologuedoit absorber, pour se tenir au courant, de\ntrente à quarante mille pages par an. Soit cent pages par jour !On\ns'explique pourquoi certains malins dédaignent l'érudition et préfèrent\nau document péniblement acquis la phrase aimable que leur fournit leur\nimagination. On comprend aussi pourquoi la spécialisation commence\nà s établir dans nos études. Il va bientôt devenir impossible d'absorber\ncette dose de littérature. Ainsi le veut la marche des idées, la loi de\nl'évolution. j. jr."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c054", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c054", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.14", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.2", "debut_caractere": 348, "fin_caractere_exclue": 2220, "texte": "DÉPOSITAIRES DU US. 1.M.\"\nPARIS\nALIETON L., 13, rue Racine.\nE DEMETS, 2, rue de Louvois.\nDURAND & FILS, 4, place de la Madeleine.\nFLAMMARION et VAILLANT,\nGalerie de l'Odéon.\n36 bis, avenue de l'Opéra.\n20, rue des Mathurins.\nBADUEL, 52, rue des Ecoles.\nBARON, 51, rue Saint-Placide.\nBOULINIER. IQ, boulevard Saint-Michel.\nBRIQUET, 34 et 40, boulevard Haussmann\nMme CHAMBREY, 26, rue Pigalle.\n1 LOURY, 1, boulevard des Capucines.\nL. GRUSS et Cie, 1 16, bd Haussmann.\nLAPON 1 AINE, 4, rue Rougemont.\nMARTIN, 3, faubourg Saint-Honoré.\nMAX ESCHIG, 1 3, rue LafHtte.\nE. MEUDT,SS, rue de Vaugirard.\nREY, 8, boulevard des Italiens.\nKOUART, IX, boulevard de Strasbourg, et\n78, rue d'Anjou.\nSTOCK, place du Théâtre-Français..\nKIOSQUE, 213, Grand-Hôtel, boul. des\nCapucines.\nARENCIRIA, 30, faubourg Poissonnière.\nA ORPHÉE, I 14, boul. St-Germain.\nROUDANEZ, 9, rue de Médicis.\n1 OUZAA, 16, boul. St-Germain.\nEITEL, 8, rue de Richelieu.\nHIBRUIT, 1 35, boul. St-Michel.\nANDRÉE, 5, quai Voltaire.\nCOMPTOIR MUSICAL DE L'OPÉRA (Parmen-\ntier), 51, boulevard Haussmann.\nSAUVAISTRE, 72, boulevard Haussmann\nCHARTIER, 21, rue Saint-Sulpice.\nPROVINCE\nAmiens : LENOIR-BAYARD, Galerie du\nCommerce.\nBordeaux: FERET, 1 5, cours de l'lntendance.\nClermont Ferrand : SOULACROUP-LIGIER,\n1 1 bist rue Pascal.\nLille : FRANÇAIS ET Cie, 109, boulevard de\nla Liberté.\nLyon : JANIN frère?, 19, rue du Président-\nCarnot.\nMme BÉAL, 42, rue de l'Hôtel-de-Ville.\nMarseille : CARBONELL, 56, allées de\nMeilhan.\nMontpellier: LAPEYB lE, 22, rue de la Loge.\nNancy: DUPONT-METZNER, 7, r. Gambetta.\nNice : BEL.LET, 35, boulevard du Bouchage.\nNîmes : THIBAUD, 44, boul. Victor-Hugo.\nRoubaix: MARCELLI, 3, rue du Bois.\nToulouse : SOCIÉTÉ MARTIN, 7?, rue de la\nPomme.\nValence : DUREAU.\nRappelons à nos abonnés que toute demande de changement d'adresse\ndoit etre accompagnée de 5o cent. pour confection de nouvelles bandes."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c055", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c055", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.15", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.3", "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 330, "texte": "67, retendes Batignolles, 67\n= PAF? 15 -\nNouveau procédé sur papier blanc sur noir grandeur 18 x 24,0.75 par épreuve\nsur une commande de cinquante épreuves : par petite quantité, 1 fr, par epreuve\nPar ce procédé, la Maison MAYER a fourni aux Bénédictins de Solesmes\npour leur Paléographie plus de 40 000 photographies -v -y 4-"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c056", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c056", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.16", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.3", "debut_caractere": 332, "fin_caractere_exclue": 772, "texte": ",Jji\\ -frnW&tx JtUiQi tâat£Cc\nr>: 'Hur*û'.Mtë- 6 vV\n■*s3ic -mrAra*r .• -r. • UNW? WZT ' ■***- -T- ' \\\nei\nmt\nMÊÊ\nm\n|m\n■\n•V,\nvi-\n■\nm\n'éfeN>i!Ù**VtVC,iiïïk'{i$< tlUUtf \\Çivuj\n' nr»hv çjjdiîiWHffift iHi\nfit *U fciftfc ïj 3& ?\nt«V£ &il€ tUÎOsfc\ncOîi\" ixmtH'UW cdi'\n(îl tê*- tJiit çftb\n<ut tvouwCiiic f&jc&ntp c ïjHL'i$iig}ttbci ?\nHV\n%}&* ckfh fï%iu' c &Y*çwK »nn*4ï\ntjta <Mt aj cv v c(iV/£\n♦iitruCmt'w o? jxrôu if «C\n«rw* foiifi&r <(fefôf *çi5îV"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c057", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c057", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.17", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.3", "debut_caractere": 774, "fin_caractere_exclue": 1266, "texte": "A . , ? r\nISw #5wf\",\"Vfri«A £i\ntnitâtft* fa*P>\nvite\nCHU\n4Ut\nT\nffi\nlà\nW\n■ Jf*TS\nfc\n• -3\ny\nH'\nV*\nV-\nïi\nr;\nM\n£ fafjiïtfionottim\n— *- c*°r£l\\i*:it' «m* -\n»«•$**jfft?t !v **ff min i fil-fiÇiir *:/\ny**\\fîv£ii ishjiiïiï\\&p i*l>u fci>y*c<\n/ r»j »imi ef&ndèï Arj't\nïiCitiff>fft3tni* értptu yfyHiïCtj (fou \\tp\n&>} fi«X -T Jf»5?*• tfi' (i t&pifti Map*I* <fp«r\n<pxuj< T>\\i Vo»» %uiô'/>Wf muo( jti&y '\nrfiV*** U\",e *i<»V v?r yfcu%& 1ifftrhi«0ii(»*\nVfejm'HlY .1 p[q *H4tt\n(Vr£k* îiw&Çfit&fïVtK ù\\>w\nJU\ni\nQ."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c058", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c058", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.18", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.3", "debut_caractere": 1268, "fin_caractere_exclue": 1532, "texte": "PHOTOGRAPHIE ARTISTIQUE ET INDUSTRIELLE\nPRIX S Cliché 1? xlB avec une épreuve, 2 fr. ; les suivantes, chaque. 050\nCOU H ,NT t ('liché '8 x 24 aVtC unc épreuve, 3 fr. ; les suivantes, chaque. 0 75\n' Cliché 24 x3o avec une épieuve, 5 fr. ; les suivantes, chaque. 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QUITTARD.— Le Trésor d'Orphée, par Antoine Fran-\ncisque, transcrit pour piano à deux mains; i volume in-40\nde 100 pages 5 fr>\nJ. ÉCORCH EVI LLE. - Actes d état civil d'artistes musi-\nciens insinués au Chatelet de Paris (is3q-i650) * 1 vol\nln 4°** - ;• - .. ; 10 fr.\nA GASTOUE. Catalogue des mss. de musique byzan-\ntine conservés dans les Bibliothèques de France* 1 vol\n,n 4° .. . ' .. 20 fr.\nP. AUBRY. Cent motets du xme siècle, tirés du m«. Ed.\nvi-4 de la Bibliothèque de Bamberg ; 3 vol. in-40.. .. 150 fr.\nA,U,BRY- e\\ français de l'Arsenal fxine siècle),\n1 llvralsons trimestrielles de j 2 planches phototyuiques avec la\nanASC1rlptlon mélodies en notation moderne. Notices par\nM. A. Jeanroy, professeur àla Faculté des lettres de Toulouse La\nlivraison.. .> _ JQ\n(On ne souscrit qu à l'ensemble de la publication.)\nS O US JP RE SSE\nH. QUITTARD. —L'Œuvre de clavecin de Chambonniéres\nd après 1 édition de 1670 et le manuscrit Vm7 i 852 de la\nBibliothèque nationale. -Un volume in-4° de 100 paees\nde musique r &\nJacques Champion de Chambonniéres, dont quelques travaux récentsont éclairé la hin-\nf le' représente éminemment la musique instrumeniale française au milieu du xvne siècle\nISKSf SES\nI#» V n s ques pièces, lin outre, un volumineux manuscrit de la Bibliothèque Nationale"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c061", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c061", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 6, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.21", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.6", "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 3856, "texte": "J. EGORCHEVILLE. Catalogue du fonds de musique ancienne de\nla Bibliothèque Nationale (jusqu'en 1750). Huit volumes de\n2SO pages chacun, contenant dix mille thèmes de musique, et\nde nombreux fac-similé. L'ouvrage complet 400 fr.\nEN PRÉPARATION\nM. BRENET. Les Archives musicales de la Sainte-\nChapelle du Palais. - Un volume in-40 de 200 pages.. 15 fr.\nLa Sainte-Chapelle du Palais, à Paris, tient entre toutes les maîtrises françaises une des\npremières places. Fondée par saint Louis pour servir de reliquaire à la Couronne d'épines\net aux fragments de la vraie Croix, maintenue pendant toute la durée de la monarchie sous\nla protection immédiate des rois et enrichie par eux de nouveaux dons, elle était pourvue de\nressources musicales équivalentes au luxe de son architecture, de son trésor et de ses céré-\nmonies.\nTandis que sa description et son histoire ecclésiatique et administrative ont déjà fait\nl'objet de travaux considérables, aucune étude spéciale n'a jusqu'ici été tentée relativement à\nson histoire musicale. Nous nous sommes donc proposé, non pas de traiter ce sujet sous\nforme de narration littéraire, et en l'envisageant dans ses rapports avec les destinées géné-\nrales de l'art français, mais simplement de réunir et de coordonner les documents qui s'y\nrapportent et que nous avons recueillis, soit dans les registres et les liasses des anciennes\narchives de la Sainte-Chapelle, soit dans les divers manuscrits et imprimés qui peuvent, en\nune certaine mesure, les compléter. (Extrait de la Préface.)\nA. PIRRO. Les correspondants du Père Mersenne. Publication\nde la correspondance musicale adressée a Mersenne et conservée\nà la Bibliothèque Nationale. Vol. I (J.-B. Doni). Un volume\nin-40 de 200 Pages-> 15 fr.\nOn a dit que, dans ses ouvrages, Mersenne « le bon l <rron » n'a fait que nous trans-\nmettre ce que ses amis lui avaient appris. Sans accepter complètement ce jugement, il faut\ncependant reconnaître que Mersenne bien souvent a profité de l'érudition d'autrui ; il ne s'en\ncache point et nomme fréquemment ceux qui l'ont renseigné. En lisant les lettres de ces colla-\nborateurs du Père minime, il est intéressant de retrouver ce qu'il emprunte et il est plus\nintéressant encore de découvrir beaucoup de renseignements qu il n'a pas utilisés. Dans les\ntrois volumes manuscrits conservés à la Bibliothèque Nationale, dans d'autres recueils\nencore, au milieu de cette correspondance érudite et savante, on rencontre de nombreuses\nlettres, où des musiciens comme TITELOUZE, DE COUSU, BOESSET, des curieux et des archéo-\nlogues comme J.-A.. BAN, TRICHET, VILLIERS, DONI, etc., discutent les questions musicales.\nLe premier fascicule de cette correspondance contiendra les lettres de J.-B. Doni, qui,\népris de la musique des anciens, nous apporte de précieux témoignages sur l'évolution de la\nmusique en Italie au temps de MONTEVERDE, de FRESCOBALDI et de KAPSBERGER. Deux trai-\ntés français inédits de Doni seront joints à ses lettres.\nL. DE LA LAURENCIE. Les Musiciens de la Maison du Roy\naux xvue et xvme siècles. (Inventaire musical de la Série Ol des\nArchives nationales.) Deux volumes de 200 pages chacun.\nE. BLOCHET. Traité de Musique, composé par Sharaf ed-Din\nHaroun (xme siècle), d'après le manuscrit original de la Biblio-\nthèque Nationale. Traduction et fac-similé du texte arabe. Un\nvolume in-40 de 100 pages.\nH. DE CURZON. Correspondance des Directeurs de l'Opéra,\nconservée aux Archives Nationales. Un volume in-40 de\n1 5o pages.\nL LALOY. K'în poil. Recueil d'airs pour le frin ou luth chinois,\ntranscrits de la tablature.\nLe Comité de publication :\nP. AUBRY, M. BRENET, L. DAURIAC, J. ECGRCHEVILLE,\nH. EXPERT, L. DE LA LAURENCIE. CH. MALHERBE, E. POIRÉE,\nG. PKOD'HOMME, R. ROLLAND, J. TIERSOT.\nAdresser les demandes de renseignements et les bulletins de\nsouscription à la SECTION DE PARIS, 6, Chaussée d'Antin, Pans."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c062", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c062", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 8, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.22", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 48, "texte": "BULLETIN\nDE LA\nSOCIÉTÉ F\nDES\n1 MIS DE LA MUSIQUE"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c063", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c063", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 9, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.23", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1150, "texte": "CONSEIL D'ADMINISTRATION\nBUREAU\nPRÉSIDENT\nM. HENRY ROUJON, de l'Institut,\nsecrétaire perpétuel de l'Acadé-\nmie des Beaux-Arts.\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. le Prince A. D'ARENBERG, de\nl'Institut.\nM. Louis BARTHOU, député, minis-\ntre de la justice.\nM. le Comte GASTON CHANDON DE\nBRIAILLES.\nM. ADOLPHE BRISSON, homme de\nlettres.\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nDIRECTEUR ARTISTIQUE\nM. GUSTAVE BRET.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL\nM. J. ECORCHEVILLE, docteur ès\nlettres.\nMEMBRES DU CONSEIL\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME la comtesse RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, directeur général\nhonoraire au ministère des finan-\nces.\nM. GUSTAVE BERLY, banquier.\nM. I ,ÉON BOURGEOIS, sénateur, an-\ncien ministre.\nM. FRANZ CUSTOT.\nMME MICHEL EPHRUSSI.\nM. GEORGES GAIFFE.\nM. FERNAND HALPHEN.\nMme la vicomtesse D'HARCOURT.\nM. Louis HAVET, de l'Institut, pro-\nfesseur au Collège de France.\nMme la comtesse D'HAUSSONVILLE.\nMME DANIEL HERMANN.\nMme HENRY HOTTINGUER.\nMME GEORGES KINEN.\nMme la comtesse PAUL DE POUR-\nTALÈS.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND, professeur à\nla Faculté des Lettres de Paris.\nM. Louis SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nMNIE TERNAUX-COMPANS.\nM. JEAN WEBER, agrégé de l'Uni-\nversité."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1909-10-15-01-c064", "article_bluemountain": "bmtnabh_1909-10-15_01#c064", "volume": "bmtnabh_1909-10-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 18, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.2.24", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 574, "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE\n22, RUE SAINT-AUGUSTIN, 22 — PARIS\nJ'adhère à la Société Française des Amis de la Musique (/)\net m'engage à verser\ni tous les ans la somme de\nou (2)<\n( la somme de francs,\nque je M. LÉO SACHS, trésorier, de vouloir bien faire :\nle Ig\nSIGNATURE :\nFondateur : Versement unique d'une cotisation minimum de 1.000 francs.\nDonateur: Versement d'une cotisation annuelle de 100 francs.\nActif : Versement d'une cotisation annuelle de 20 francs rachetable\npar un versement unique de 500 francs.\n(2) Effacer l'une ou l'autre formule.\n(1) Membre"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.1", "texte": "ANNÉE\nNo 10\nOctobre 1909\nL'El IJN t Ç\nSOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE (Section de Paris)\nANCIEN MERCURE MUSICAL\ntéléphone\n204-20\nRÉDACTION ET ADMINISTRATION\n22, RUE SAINT-AUGUSTIN, PARIS\nFRANCE )TT .R -\n«f . Un an, 15 fr.\nETRANGER)\nLe Numéro I 50\nParaissant le 15 de chaque mois.\n\nBILLET IN DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES\nI seignement musical : Lettre de M. Bourgault-Ducoudray•\nLE PROFESSEUR HUGO RIEMANN, par J. ECORCHEVILLE * NOTICE HISTORIQUE SUR LA\nELLE, par E. DE BRICQUEVILLE * PRÉLUDES JAVANAIS, par SASTRO PRAWIRO * SANC\nMAIRES DE MUSICIENS, par MAY DE RUDDER * LE MOIS * BIBLIOGRAPHIE."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.2", "texte": "S. I. M.\nSOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE (Section de Paris)\n- - PARAISSANT LE 15\nLe Numéro : 1 franc 50\nABON'XKMKXTS . prance et Étranger, un an. . 15 francs\nTous les mandats doivent être adressés à M. le Directeur du S. I. M.\nLes Manuscrits non insérés 11e sont pas renvoyés, ils peuvent être\nrepris par leurs auteurs aux bureaux du S. I. M.\n1\n\nDÉPOSITAIRES DU US. 1.M.\"\nPARIS\nALIETON L., 13, rue Racine.\nE DEMETS, 2, rue de Louvois.\nDURAND & FILS, 4, place de la Madeleine.\nFLAMMARION et VAILLANT,\nGalerie de l'Odéon.\n36 bis, avenue de l'Opéra.\n20, rue des Mathurins.\nBADUEL, 52, rue des Ecoles.\nBARON, 51, rue Saint-Placide.\nBOULINIER. IQ, boulevard Saint-Michel.\nBRIQUET, 34 et 40, boulevard Haussmann\nMme CHAMBREY, 26, rue Pigalle.\n1 LOURY, 1, boulevard des Capucines.\nL. GRUSS et Cie, 1 16, bd Haussmann.\nLAPON 1 AINE, 4, rue Rougemont.\nMARTIN, 3, faubourg Saint-Honoré.\nMAX ESCHIG, 1 3, rue LafHtte.\nE. MEUDT,SS, rue de Vaugirard.\nREY, 8, boulevard des Italiens.\nKOUART, IX, boulevard de Strasbourg, et\n78, rue d'Anjou.\nSTOCK, place du Théâtre-Français..\nKIOSQUE, 213, Grand-Hôtel, boul. des\nCapucines.\nARENCIRIA, 30, faubourg Poissonnière.\nA ORPHÉE, I 14, boul. St-Germain.\nROUDANEZ, 9, rue de Médicis.\n1 OUZAA, 16, boul. St-Germain.\nEITEL, 8, rue de Richelieu.\nHIBRUIT, 1 35, boul. St-Michel.\nANDRÉE, 5, quai Voltaire.\nCOMPTOIR MUSICAL DE L'OPÉRA (Parmen-\ntier), 51, boulevard Haussmann.\nSAUVAISTRE, 72, boulevard Haussmann\nCHARTIER, 21, rue Saint-Sulpice.\nPROVINCE\nAmiens : LENOIR-BAYARD, Galerie du\nCommerce.\nBordeaux: FERET, 1 5, cours de l'lntendance.\nClermont Ferrand : SOULACROUP-LIGIER,\n1 1 bist rue Pascal.\nLille : FRANÇAIS ET Cie, 109, boulevard de\nla Liberté.\nLyon : JANIN frère?, 19, rue du Président-\nCarnot.\nMme BÉAL, 42, rue de l'Hôtel-de-Ville.\nMarseille : CARBONELL, 56, allées de\nMeilhan.\nMontpellier: LAPEYB lE, 22, rue de la Loge.\nNancy: DUPONT-METZNER, 7, r. Gambetta.\nNice : BEL.LET, 35, boulevard du Bouchage.\nNîmes : THIBAUD, 44, boul. 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WZT ' ■***- -T- ' \\\nei\nmt\nMÊÊ\nm\n|m\n■\n•V,\nvi-\n■\nm\n'éfeN>i!Ù**VtVC,iiïïk'{i$< tlUUtf \\Çivuj\n' nr»hv çjjdiîiWHffift iHi\nfit *U fciftfc ïj 3& ?\nt«V£ &il€ tUÎOsfc\ncOîi\" ixmtH'UW cdi'\n(îl tê*- tJiit çftb\n<ut tvouwCiiic f&jc&ntp c ïjHL'i$iig}ttbci ?\nHV\n%}&* ckfh fï%iu' c &Y*çwK »nn*4ï\ntjta <Mt aj cv v c(iV/£\n♦iitruCmt'w o? jxrôu if «C\n«rw* foiifi&r <(fefôf *çi5îV\n\nA . , ? r\nISw #5wf\",\"Vfri«A £i\ntnitâtft* fa*P>\nvite\nCHU\n4Ut\nT\nffi\nlà\nW\n■ Jf*TS\nfc\n• -3\ny\nH'\nV*\nV-\nïi\nr;\nM\n£ fafjiïtfionottim\n— *- c*°r£l\\i*:it' «m* -\n»«•$**jfft?t !v **ff min i fil-fiÇiir *:/\ny**\\fîv£ii ishjiiïiï\\&p i*l>u fci>y*c<\n/ r»j »imi ef&ndèï Arj't\nïiCitiff>fft3tni* értptu yfyHiïCtj (fou \\tp\n&>} fi«X -T Jf»5?*• tfi' (i t&pifti Map*I* <fp«r\n<pxuj< T>\\i Vo»» %uiô'/>Wf muo( jti&y '\nrfiV*** U\",e *i<»V v?r yfcu%& 1ifftrhi«0ii(»*\nVfejm'HlY .1 p[q *H4tt\n(Vr£k* îiw&Çfit&fïVtK ù\\>w\nJU\ni\nQ.\n\nPHOTOGRAPHIE ARTISTIQUE ET INDUSTRIELLE\nPRIX S Cliché 1? xlB avec une épreuve, 2 fr. ; les suivantes, chaque. 050\nCOU H ,NT t ('liché '8 x 24 aVtC unc épreuve, 3 fr. ; les suivantes, chaque. 0 75\n' Cliché 24 x3o avec une épieuve, 5 fr. ; les suivantes, chaque. I »"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.4", "texte": "111\n\nGolleetion des Bibliophiles fantaisistes\nPOUR PARAITRE\nPAR\nLOUIS\nA J\nUn volume\nAVEC PORTRAIT ET AUTOGRAPHE\nPrix : 10 francs\nTirage restreint\ni\nLes souscriptions sont, reçues aux bureaux de la S. I. M.\n6, Chaussée d'Antiii"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.5", "texte": "IV\n\nPUBLICATIONS DE LA\nSOCIÉTÉ INTERNATIO-\nNALE DE MUSIQUE\nSECTION DE PARTS\nPARUS\nH. QUITTARD.— Le Trésor d'Orphée, par Antoine Fran-\ncisque, transcrit pour piano à deux mains; i volume in-40\nde 100 pages 5 fr>\nJ. ÉCORCH EVI LLE. - Actes d état civil d'artistes musi-\nciens insinués au Chatelet de Paris (is3q-i650) * 1 vol\nln 4°** - ;• - .. ; 10 fr.\nA GASTOUE. Catalogue des mss. de musique byzan-\ntine conservés dans les Bibliothèques de France* 1 vol\n,n 4° .. . ' .. 20 fr.\nP. AUBRY. Cent motets du xme siècle, tirés du m«. Ed.\nvi-4 de la Bibliothèque de Bamberg ; 3 vol. in-40.. .. 150 fr.\nA,U,BRY- e\\ français de l'Arsenal fxine siècle),\n1 llvralsons trimestrielles de j 2 planches phototyuiques avec la\nanASC1rlptlon mélodies en notation moderne. Notices par\nM. A. Jeanroy, professeur àla Faculté des lettres de Toulouse La\nlivraison.. .> _ JQ\n(On ne souscrit qu à l'ensemble de la publication.)\nS O US JP RE SSE\nH. QUITTARD. —L'Œuvre de clavecin de Chambonniéres\nd après 1 édition de 1670 et le manuscrit Vm7 i 852 de la\nBibliothèque nationale. -Un volume in-4° de 100 paees\nde musique r &\nJacques Champion de Chambonniéres, dont quelques travaux récentsont éclairé la hin-\nf le' représente éminemment la musique instrumeniale française au milieu du xvne siècle\nISKSf SES\nI#» V n s ques pièces, lin outre, un volumineux manuscrit de la Bibliothèque Nationale"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.6", "texte": "V\n\nJ. EGORCHEVILLE. Catalogue du fonds de musique ancienne de\nla Bibliothèque Nationale (jusqu'en 1750). Huit volumes de\n2SO pages chacun, contenant dix mille thèmes de musique, et\nde nombreux fac-similé. L'ouvrage complet 400 fr.\nEN PRÉPARATION\nM. BRENET. Les Archives musicales de la Sainte-\nChapelle du Palais. - Un volume in-40 de 200 pages.. 15 fr.\nLa Sainte-Chapelle du Palais, à Paris, tient entre toutes les maîtrises françaises une des\npremières places. Fondée par saint Louis pour servir de reliquaire à la Couronne d'épines\net aux fragments de la vraie Croix, maintenue pendant toute la durée de la monarchie sous\nla protection immédiate des rois et enrichie par eux de nouveaux dons, elle était pourvue de\nressources musicales équivalentes au luxe de son architecture, de son trésor et de ses céré-\nmonies.\nTandis que sa description et son histoire ecclésiatique et administrative ont déjà fait\nl'objet de travaux considérables, aucune étude spéciale n'a jusqu'ici été tentée relativement à\nson histoire musicale. Nous nous sommes donc proposé, non pas de traiter ce sujet sous\nforme de narration littéraire, et en l'envisageant dans ses rapports avec les destinées géné-\nrales de l'art français, mais simplement de réunir et de coordonner les documents qui s'y\nrapportent et que nous avons recueillis, soit dans les registres et les liasses des anciennes\narchives de la Sainte-Chapelle, soit dans les divers manuscrits et imprimés qui peuvent, en\nune certaine mesure, les compléter. (Extrait de la Préface.)\nA. PIRRO. Les correspondants du Père Mersenne. Publication\nde la correspondance musicale adressée a Mersenne et conservée\nà la Bibliothèque Nationale. Vol. I (J.-B. Doni). Un volume\nin-40 de 200 Pages-> 15 fr.\nOn a dit que, dans ses ouvrages, Mersenne « le bon l <rron » n'a fait que nous trans-\nmettre ce que ses amis lui avaient appris. Sans accepter complètement ce jugement, il faut\ncependant reconnaître que Mersenne bien souvent a profité de l'érudition d'autrui ; il ne s'en\ncache point et nomme fréquemment ceux qui l'ont renseigné. En lisant les lettres de ces colla-\nborateurs du Père minime, il est intéressant de retrouver ce qu'il emprunte et il est plus\nintéressant encore de découvrir beaucoup de renseignements qu il n'a pas utilisés. Dans les\ntrois volumes manuscrits conservés à la Bibliothèque Nationale, dans d'autres recueils\nencore, au milieu de cette correspondance érudite et savante, on rencontre de nombreuses\nlettres, où des musiciens comme TITELOUZE, DE COUSU, BOESSET, des curieux et des archéo-\nlogues comme J.-A.. BAN, TRICHET, VILLIERS, DONI, etc., discutent les questions musicales.\nLe premier fascicule de cette correspondance contiendra les lettres de J.-B. Doni, qui,\népris de la musique des anciens, nous apporte de précieux témoignages sur l'évolution de la\nmusique en Italie au temps de MONTEVERDE, de FRESCOBALDI et de KAPSBERGER. Deux trai-\ntés français inédits de Doni seront joints à ses lettres.\nL. DE LA LAURENCIE. Les Musiciens de la Maison du Roy\naux xvue et xvme siècles. (Inventaire musical de la Série Ol des\nArchives nationales.) Deux volumes de 200 pages chacun.\nE. BLOCHET. Traité de Musique, composé par Sharaf ed-Din\nHaroun (xme siècle), d'après le manuscrit original de la Biblio-\nthèque Nationale. Traduction et fac-similé du texte arabe. Un\nvolume in-40 de 100 pages.\nH. DE CURZON. Correspondance des Directeurs de l'Opéra,\nconservée aux Archives Nationales. Un volume in-40 de\n1 5o pages.\nL LALOY. K'în poil. Recueil d'airs pour le frin ou luth chinois,\ntranscrits de la tablature.\nLe Comité de publication :\nP. AUBRY, M. BRENET, L. DAURIAC, J. ECGRCHEVILLE,\nH. EXPERT, L. DE LA LAURENCIE. CH. MALHERBE, E. POIRÉE,\nG. PKOD'HOMME, R. ROLLAND, J. TIERSOT.\nAdresser les demandes de renseignements et les bulletins de\nsouscription à la SECTION DE PARIS, 6, Chaussée d'Antin, Pans."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.7", "texte": "A nos Lecteurs\nUNE BONNE NOUVELLE\nLA DIRECTION.\nNOUS SOMMES HEUREUX D'ANNONCER A NOS\nLECTEURS QUE NOTRE\nM. GASTON CARRAUD, V\nMAIS RÉSUMER LES\nMENTS DE LA VIE MUSICALE A PARIS, DANS\nUNE CHRONIQUE MENSUELL\nS. I. M.\nIL NOUS EST INFINIMENT AGRÉABLE DE\nPOUVOIR INSCRIRE LE M. GASTON\nCARRAUD EN TÈTE DE LA LISTE DE NOS\nCOLLABORATEURS. TOUS\nRESSENT A NOTRE SOCIÉTÉ ET A SON BUL-\nLETIN APPRÉCIERONT C\nRITES I)E CE CONCOURS\nLA PREMIÈRE CHRONIQUE M.GASTON\nCARRAUD PARAITRA DANS LE NUMÉRO I)U\n15 NOVEMBRE."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.8", "texte": "BULLETIN\nDE LA\nSOCIÉTÉ F\nDES\n1 MIS DE LA MUSIQUE"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.9", "texte": "CONSEIL D'ADMINISTRATION\nBUREAU\nPRÉSIDENT\nM. HENRY ROUJON, de l'Institut,\nsecrétaire perpétuel de l'Acadé-\nmie des Beaux-Arts.\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. le Prince A. D'ARENBERG, de\nl'Institut.\nM. Louis BARTHOU, député, minis-\ntre de la justice.\nM. le Comte GASTON CHANDON DE\nBRIAILLES.\nM. ADOLPHE BRISSON, homme de\nlettres.\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nDIRECTEUR ARTISTIQUE\nM. GUSTAVE BRET.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL\nM. J. ECORCHEVILLE, docteur ès\nlettres.\nMEMBRES DU CONSEIL\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME la comtesse RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, directeur général\nhonoraire au ministère des finan-\nces.\nM. GUSTAVE BERLY, banquier.\nM. I ,ÉON BOURGEOIS, sénateur, an-\ncien ministre.\nM. FRANZ CUSTOT.\nMME MICHEL EPHRUSSI.\nM. GEORGES GAIFFE.\nM. FERNAND HALPHEN.\nMme la vicomtesse D'HARCOURT.\nM. Louis HAVET, de l'Institut, pro-\nfesseur au Collège de France.\nMme la comtesse D'HAUSSONVILLE.\nMME DANIEL HERMANN.\nMme HENRY HOTTINGUER.\nMME GEORGES KINEN.\nMme la comtesse PAUL DE POUR-\nTALÈS.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND, professeur à\nla Faculté des Lettres de Paris.\nM. Louis SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nMNIE TERNAUX-COMPANS.\nM. JEAN WEBER, agrégé de l'Uni-\nversité."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.10", "texte": "Notre enquête sur l'enseignement musical\n\nDes qualités que devraient réunir les chants scolaires. —\nLettre de M. Bourgault-Ducoudray.\nDans un précédent bulletin (1), nos lecteurs ont trouvé exposées,\nsous la plume particulièrement autorisée de M. Henry Fortis, les\nraisons principales qui empêchent, trop souvent, l'application du\nprogramme d'enseignement musical\nMais, en dehors des causes d'ordre\ntés viennent mettre obstacle à la bo\nleur tâche moins aisée encore et\ninstituteurs intelligents et \\élés : ils ne manqueront pas de déplorer\nnotamment Y insuffisance du réperto\nfait, si, d'aventure, vous passe\\\nl'heure de la leçon de musique, vous sere\\, à de rares exceptions\nprès, à même de juger de la pauvre\nmusicale qui se révèlent dans les petits morceaux que chantent les\nenfants.\nIl importe donc que la Société française des amis de la musique\nrecherche les moyens d'étendre, de\nfaisante. Désireux, comme toujours,\nde recueillir, sur chaque point d\nles mieux qualifiées, nous avons soumis la question à un musicien\nèminent, M. Bourgault-Ducoudray, dont nul lêignore la haute\n\n(0 Voir le numéro d'août-septembre 1909."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.11", "texte": "IV\nLES AMIS DE LA MUSIQUE\n\ncompétence ni la généreuse et toujours j\nsanté lettre qu'il ci bien voulu nous\nCher Monsieur Bret,\nVous me demande\\ de vous faire connaître mes idées sut les\nconditions que doivent réunir les « chants scolaires » pour remplir\ndignement leur but. Je le fais d'aut\ntion de la réorganisation de /'enseignement musical dans les écoles\nest actuellement àV ordre du jour.\nSi les progrès de Y aviation doivent assurer a l humanité la con-\nquête de la navigation aérienne, le développement de l instruction\nmusicale, sans laquelle il ne peut\nfestations chorales fréquentes et grandioses, doit servir puissant-\nment la marche en avant des idées de liberté, de justice et de soli-\ndarité.\nIl est passé le temps où la musi\n« joujou » agréable, comme un passe-temps frivole, et ravalée au\nrang des distractions futiles par la dénomination trop peu i elevée\nd'« art d'agrément ». Mettre tous les enfants de France en état\nde pouvoir communier avec famé des grands inspirés qui s appel-\nlent Bach, Hàndel, Beethoven, ce serait un résultat plutôt utile au\nprogrès de la culture morale et à la formation des caractèi es !\nA mon avis, le rôle du « chant sco\ntale. Sa mission n'est-elle pas l'âme\njeunes enfants les impressions p\nsens musical ? Il importe que\nattrayantes et faciles, soient\ndans ces sensibilités juvéniles un « ».\nces chants soient séduisants, amusants et naïfs... mais jamais\nvulgaires ! Même dans la chanso\nvolant vers le ciel, il faut qu'o « Surs\ncorda ». J'ai dit qu'une collection d'excellents chants sco-\nlaires devait produire les plus\npas pour mission de faire aimer\nmoins de goût contracté pour la m\nforts dont l'élève se sentira capable"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.12", "texte": "LES AMIS DE LA MUSIQUE\nV\n\nDe la forme poétique des chants scolaires.\nLe texte d'un chant scolaire doit\nsaisissante, capable de s'imprimer facilemen\nIl doit se rapprocher par certain\ninstinctive et na'ive qui caractérise les chants populaires.\nLa forme du couplet — ou forme « » —\nla plus naturelle et la plus convenab\nrépétition du thème mélodique, ce\nmémoire .\nCette coupe a aussi l'avantage\nphrase du texte poétique sous form «\nqu'un refrain heureux a fait la fortu\nPourtant il convient de n'imposer aucun\nles formes peuuent être bonnes,\nrythmiques et qu'elles émanent d'une\nDe la forme musicale des chants scolaires.\nLa mélodie d'un chant scolaire doit cire à la fois coulante et dis-\ntinguée, dé allure franche et spontanée, de contour simple et facile à\nretenir. Le rythme doit en être « t\nsant.\nAvant tout, le rythme musical doit être déduit rigoureusement\ndu rythme poétique : — ce qui impose au poète une sérieuse préoc-\ncupation de la conception «rythmique », conception d ailleurs in-\ndispensable dans la facture de tous les vers « lyriques », c est-à-dire\ndestinés à la musique.\nNon seulement le rythme créé par le musicien devra cadrer exac-\ntement avec le rythme des vers ; mais l'expression de la mélodie\ndevra être en parfaite concordance avec le sens des paroles. Texte\net musique, poésie et mélodie, doiven\npar une étroite union, par une alliance indissoluble : comme si\nl'élément poétique et l'élément musical avaient\ndu même cerveau.\nPresque toujours les chants scolair"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.13", "texte": "VI\nLES AMIS DE LA MUSIQUE\n\nfants. Rienn'empêche cependant\npour chœur « à toutes voix », eu vue de ici réunion possible des\nécoles primaires et des écoles nor\nnités.\nComment il faut faire chanter les enfants.\nL'instituteur devra être très atte\nla respiration. La qualité du « son » provient de la manière dont\nil est émis : une voix mal posée se\nrespiration, elle a une importance\nde vue de 1 expression musicale et littéraire, mais aussi au point\nde vue de la santé des élèves.\nL'instituteur devra donc parfaitem\nvoix et les rapports delà respiration avec\ncapable de diriger les voix sûrement et de ».\nexcellent moyen d'assouplir Vorgane de Venfant, c'est de le fairt\n« vocaliser ». Le maître habituera ses élèves à ne jamais « crier »,\nà bien phraser, à bien articuler, à « »,\nce qui fait partie intégrante de toute bonne éducation. Par ce côté,\nl'étude de la musique se reliera inti « ».\nDès leurs premiers pas dans la\nenfants débuteront donc par « faire de l'art », réduit bien entendu\nà son expression la plus simple : le chant à l'unisson.\nComment il faut apprendre les chants scolaires.\nUn chant scolaire ne devra jamais être mis à l'étude sans qui\nl'instituteur ait préparé l'esprit\nsujet qui l'a inspiré. Au moyen d'une explication préalable, il h\nprédisposera à bien comprendre, à bien sentir ce que le poète et It\nmusicien se sont proposés d'exprim\njeunes disciples un « état d'âme »\ncomme une faveur exquise, le plaisir de chanter la formule « idéale »\nd'un sentiment dont ils se sentiront\nSi ces conditions sont bien remplies,\nlaquelle le chant sera exécuté. Ains de l'ht'"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.14", "texte": "LES AMIS DE LA MUSIQUE\nVII\n\nterprélation ajoutera encore à l\npar la poésie et la musique.\nIl serait grandement à désirer que tous les chants scolaires, ou\ntout au moins les chants « favoris », puissent être chantés spontané-\nment et de mémoire, sans la préoccupation toujours un peu pro-\nsaïque de la direction et du bagage\nOn atteindra aisément ce résultat\ncien, acceptant la haute mission d\nde l'art, s'inspireront à la fois de la noblesse des sentiments à expri-\nmer et de la réceptivité particulière,\npour créer des chants scolaires en parfaite conformité avec les as-\npirations du milieu auquel ils sont destinés.\ncroire, cher Monsieur,\n{A suiv\n\nE.-A. Bourgault-Ducoudray."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.15", "texte": "VIII\nLES AMIS DE LA MUSIQUE\n\nNOS INFORMATIONS\nSous celte rubrique, nos amis trouveront désormais les nouvelles qui intéressent\nparticulièrement l'organisation et l'activité de la Société. Nous les prions instam-\nment de bien vouloir, à leur tour, nous c\nréflexions qui pourraient ici prendre place et que nous serions heureux d'accueillir.\nNotre bulletin de juillet a porté à\nnouvelle, communiquée par M. Louis Barthou, notre éminent vice-pré-\nsident, et nous annonçant que le h\nRépublique nous était acquis. Depuis lors la liste de nos membres\nd'honneur a été constituée de la façon M. Dujardin-Beaumetz,\nSous-Secrétaire d'État aux Beaux-Arts; M. Gabriel Fauré, Directeur du\nConservatoire ; M. Henri Marcel, Administrateur général de la Biblio-\nthèque Nationale.\nDans sa réunion du 24 juin dernier, notre Conseil d'administration\npriait son président, M. Henry Roujon\nRecteur de l'Académie de Paris un vœu relatif à la nécessité d'intro-\nduire dans tous les lycées un enseignement musical effectif, et analogue\nà celui qui est adopté dans les établissements primaires. Nous avons la\nsatisfaction d apprendre que ce vœu va se trouver en partie réalisé.\nM. H. Roujon a reçu récemment un\nde l'Académie de Paris, l'informant\nreuse de M. J. Combarieu, inspecteur\nprogrammes précis ainsi que des i\nadopté. Le premier effort des Amis de\nD autre part,M. Guy Ropartz, le d\nde Nancy, nous communique le résultat des discussions du Congrès des\nInstituteurs, tenu à Nancy cet été, et d\ninscrite à l'ordre du jour. Nous reviendr\nmunication de M. Ropartz."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.16", "texte": "LES AMIS DE LA MUSIQUE\nIX\n\nAvantages réservés aux membres de la Société française des\nAmis de la Musique.\nLes avantages que nous avons obte\npouvons porter à la connaissance d\nvants :\n1° La Revue musicale S. I. M. (Bulletin français de la Section de\nParis de la Société internationale de\nà titre gratuit à tous les Amis.\n2° Sur la présentation de leur carte, Amis\ntions suivantes :\nChez M. Max Eschig, 13, rue Laiïite :\n25 0/0 sur la musique ordinaire, et\nnets ;\nChez MM. Rouart, Lerolle et Cie, 18, boulevard de Strasbourg,\n25 010 sur la musique ordinaire, et 10 010 sur les ouvrages absolument\nnets.\nChez M. Alcau, 108, boulevard Saint-Germain,\nvolumes de la collection des Maîtres de la Musique.\nChez M. H. Laurens, 6, rue de Tournon,\nla collection des Musiciens célèbres.\nChez M. Fischbacher et Cie, 33, rue de Seine, 100/0 sur les ouvrages\nde leur librairie.\n3° Nos amis, de Paris et de province,\npour tous renseignements, avis et indic\nque nous nous ferons toujours un plaisir\nment.\nLa liste de tous tes Amis de la Musique étant déposée chez ces Messieurs, nos\nmembres de province n'auront qu'à adresser directement leurs commandes à ces\nMaisons, qui se feront lin plaisir de leur envoyer dès maintenant le Catalogue\nd'ouvrages parus-\n\nEXTRAIT DES STATUTS\nArt. 3.— La Société se compose de membres créateurs, de membres\nfondateurs, de membres donateurs et\nLes membres créateurs sont les pers\nSociété a pris naissance."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.17", "texte": "X\nLES AMIS DE LA MUSIQUE\n\nPour être membre fondateur, il fa\nune cotisation minimum de 1.000 francs.\nPour être membre donateur, il fa\nd au moins 100 francs.\nPour être membre actif, il faut verser une cotisation annuelle de\n20 francs, raclietable par un versement unique de 500 francs.\nLa cotisation annuelle de 20 franc\nprofessionnels.\nLe titre de membre d'honneur pourra être accordé par le Conseil\nd'administration aux personnes qui\nvices signalés à l'Association, sans\ncotisation annuelle.\nLes dames peuvent faire partie de VAssociation : elles sont éligibles à\ntoutes les fonctions.\nLa liste et les statuts sont envoyés gratuitement à tous ceux qui en\nfont la demande.\nLes adhésions et communications doivent être adressées à\nM. Ecorcheville, secrétaire général, 22, rue Saint-Augustin,\nParis.\nN. B. Les adhésions qui nous parviendront pendant ces\ntrois derniers mois s appliqueront à l année 1910. Néanmoins\nces nouveaux amis recevront immédiatement leur carte, ils\nbénéficieront du service du Bulletin mensuel et de tous les\navantages réservés à nos membres."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.18", "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE\n22, RUE SAINT-AUGUSTIN, 22 — PARIS\nJ'adhère à la Société Française des Amis de la Musique (/)\net m'engage à verser\ni tous les ans la somme de\nou (2)<\n( la somme de francs,\nque je M. LÉO SACHS, trésorier, de vouloir bien faire :\nle Ig\nSIGNATURE :\nFondateur : Versement unique d'une cotisation minimum de 1.000 francs.\nDonateur: Versement d'une cotisation annuelle de 100 francs.\nActif : Versement d'une cotisation annuelle de 20 francs rachetable\npar un versement unique de 500 francs.\n(2) Effacer l'une ou l'autre formule.\n(1) Membre"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.19", "texte": "LE PROFESSEUR HUGO RIEMANN\n\nLa musicologie vient de célébrer(i) le soixantième anniversaire\nd'un homme qui l'a soutenue courageusement et honorée de ses\nefforts depuis 40 ans. M. le professeur Hugo Riemann est un des\nreprésentants les plus en vue de l'érudition musicale allemande,\net l'un de ceux qui ont le plus contribué à populariser nos études\nNé en 184 g à Sondershausen, il parut s'orienter d'abord vers\nla poésie. Survint la guerre de 1870, et pendant cinq mois Rie-\nmann assiégea Paris en dirigeant au piano les répétitions de la\nmusique de son régiment. Sa voie était trouvée. La musique\n1 emporta. Et, tout aussitôt, nous voyons Hugo Riemann s'atta-\nquer aux problèmes les plus délicats de l'acoustique. Curieux à la\nfois de science et d'art, il se sent conduit par la nature et\npar la réflexion vers la théorie des sons. Là s'unissent en effet\n\n(1) l.'ouvrage offert à M. le professeur Riemann à l'occasion de ce jubilé\ncomprend plus de quarante monographies, signées des meilleurs noms de la\nmusicologie. Il restera par lui-même un monument de l'histoire musicale, un\ntémoignage de ce que peut donner la science en 1909. La France est en bonne\nposture dans ces Mélanges. C'est, je crois, la première fois depuis longtemps\n4U une sommité de l'Université musicale allemande réunit autour d'elle un\ngrand nombre de nos compatriotes. Ce volume de 500 pages in-B<> a été\nédité par les soins de MM. Max Hesse, auxquels le professeur Riemann a\nconfié une grande partie de ses oeuvres.\n1"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.20", "texte": "824\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nla vérité et la beauté, en une même spéculation de l'esprit, en une\nmême illusion du sentiment.\nDès ses premiers livres, Riemann apparaît comme un\nde la musique. Il démonte pièce par pièce tous les ressorts du\nlangage musical. Il analyse méthodiquement le son, la notation,\nle rythme, l'harmonie et la mélodie, le phrasé, la syntaxe, la mo-\ndulation... Effort gigantesque, dont témoignent des livres très\ningénieux, très neufs, très discutés, et qui aboutit à la\nCompositionslehre de 1902.\nCet inlassable besoin d'organiser le connu et l'inconnu suppo-\nsait un savoir immense, tout au moins par son étendue. Riemann\nparcourt tous les domaines de la musicologie. Rien ne lui demeure\nétranger. C'est un spécialiste universel. Par goût et par nécessité,\nson esprit est encyclopédique. Ainsi s'expliquent certains côtés de sa\nproduction, je veux dire, le fameux Lexikon, et ses différents\nHandbucher, sur l'opéra, sur la doctrine musicale, sur l'histoire\nelle-même. Mêmes tendances aussi dans ses Manuels, ces Kate-\nchismen répandus aujourd'hui dans le monde entier.\nL'ensemble de cette production formidable peut se représenter\nainsi : 58 volumes, 209 articles de revue, 73 rééditions de musique\nancienne, 68 compositions originales. En tout 400 « opéra »,\nd'un catalogue qui inspire l'admiration.\nLe nom de Riemann restera attaché à la découverte de certains\nproblèmes historiques : les origines de la symphonie et de l'école\nMannheim ; le style accompagné et la musique florentine en\ni3oo ; la paléographie byzantine', le principe de la carrure\ndans la rythmique grégorienne.\nComme théoricien, M. Riemann aura la très grande gloire\nd'avoir mis en valeur l'idée du Dualisme harmonique et d'en avoir\ntiré le chiffrage ingénieux que tout le monde connaît (1). Cette\nopposition des séries supérieures et inférieures, qui repose sur\nune symétrie tout idéale, et non pas sur une réalité physique\n(ainsi que le crut jadis le bouillant Marnold), est un instrument\n\n(1) Tout le monde est peut-être un euphémisme. Je ne sais trop si notre\nConservatoire se soucie beaucoup de Riemann. Je crois que le chiffrage en\nest encore, dans cet établissement, au point où l'ont laissé les Italiens du\nxvue siècle."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.21", "texte": "LE PROFESSEUR HUGO RIEMANN\n825\n\nparfait de classement des accords, un moyen infiniment précieux\nd'investigation dans le domaine de l'harmonie. On dira ce qu'on\nvoudra, on n'empêchera pas la musique d'être, avant tout, un\nphénomène psychologique, dont l'esprit aie droit d'analyser les\ndonnées par des procédés logiques Or la logique est ici d'une\nrigoureuse application, elle réduit l'infinie morphologie des\naccords à quelques formes essentielles (T. D. S.), représentants\nautorisés de l'harmonie classique. On peut concevoir d'autres\nméthodes d'analyse, on n'en trouvera pas de plus commode et de\nplus simple.\nEt que dire du maître aiïable et affectueux que j'ai connu à\nLeipzig en M. le professeur Riemann ? J'avoue, à ma honte, que\nje me suis montré un élève bien irrégulier en ces belles salles de\nl'Université, et même en ces soirées instructives du\nMusicum ! Qu'on n'accuse point quelques facétieux,\nsuivis du traditionnel Kater,mais bien au contraire l'œuvre de\nla musicologie allemande, et celle de M. Riemann lui-même.\nLorsqu'il faut en deux ans s'initier à ces méthodes si nouvelles\npour nous Français, et absorber coup sur coup le flot de ces ou-\nvrages innombrables, de ces nourritures abondantes qui ne\ntiennent généralement pas compte de l'estomac du lecteur,\ncomment conserver l'assiduité d'un étudiant normal, qui a l'éter-\nnité devant lui !\nNietzsche écrivait un jour, en visant M. Riemann : « Le wagné-\nrisme fera jaillir de- la vieille scolastique toute une éclosion de\nscience appropriée. » Oui, certes, l'activité d'un maître tel que Hugo\nRiemann correspond, dans l'histoire, à une véritable nécessité de\nl'esprit humain. Après les grandes crises du sentiment musical, l'âme\nse ressaisit. Elle fait le tour et l'inventaire de ses conquêtes, elle\nrégularise sa situation, elle légifère et systématise. Et cependant,\n1 exégèse riemannienne (son auteur me pardonnera d'en parler\naussi librement) procède non pas duwagnérisme lui-même, mais\nbien plutôt de ce grand Slurm und Drang qui s'annonce déjà chez\nHaydn et qui s'achève dans des romantiques. De même que la\ngrande polyphonie italo-flamande a trouvé son commentateur\nen Xarlido, de même que l'opéra harmonique a été codifié par\nHameau, de même la symphonie allemande classique nous vaut"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.22", "texte": "826\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\naujourd'hui Hugo Riemann. On s'est étonné de la réserve du\nmaître à l'égard de la jeune école et de Wagner lui-même. Quoi\nde plus logique au contraire, quoi de plus humain ! La doctrine\nn'est-elle pas la résultante des expériences de la pratique ? Or.\nl'expérience du wagnérisme commence à peine à porter ses fruits.\nLe grand élan de l'âme allemande, avant d'avoir gagné le drame\nlyrique, avait soulevé la musique elle-même. Cette révolution,\nachevée vers i850,a créé un nouvel état de fait dans la musique\noccidentale. Grâce à M. le professeur Riemann, cet état de fait\nest devenu un état de droit.\n\nJ. Écorcheville."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.23", "texte": "NOTICE HISTORIQUE SUR LA VIELLE\nLa musique et le jeu de la Vielle\n\nLe goût de la vielle, au xvme siècle, est né, à l'improviste, d'un\ncaprice de la mode. Il a donc fallu, au début, un genre de musi-\nque assez facile pour contenter les virtuoses inexpérimentés : des\npetits airs, comme disait le duc de Luynes en parlant du réper-\ntoire de la reine. C est à cet ordre de compositions qu appartien-\nnent les huit Recueils de l audevilles,\nautres airs choisis pour la Musette qui conviennent aux vielles,\nflûtes, etc., par Esprit-François Chedeville l'aîné (1732). Il faut\nnoter que la plupart des pièces destinées à la vielle sont aussi\ndésignées pour être jouées par la musette. Les deux instruments\navaient le même registre, sauf que la musette pouvait donnei le fci\ndièse grave au moyen de sa première clé', ils possédaient desboui-\ndons identiques, et le genre pastoral ou rustique leur convenait\nindistinctement.\nCes huit recueils de Chedeville contiennent donc des petits\nmorceaux très faciles, des rondeaux, des chansons connues, et\npeuvent être exécutés avec l'aide d une seconde vielle. Le 7e ollre\ncependant quelques pièces d'une exécution plus ardue : la Sau-\nterelle', la Difficile, le ïapage, la Chaconne. Quant au Be,8e, il est"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.24", "texte": "Cliché Berthaud frètes, Paris.\n\nVielleurs modernes."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.25", "texte": "Photographie de B. Ferrand, à Bourg.\nVielleur bressan."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.26", "texte": "830\nBULLETIN FRANÇAIS DK LA S. I. M.\n\nconsacré à des nocls entièrement. Il est probable que Chedeville\nétait d'humeur peu casanière. Au icr recueil, il loge rue des Bour-\ndonnais ;au 6e, il demeure rue de 1 Arbre-Sec ,au 7% '1 habite lue\nSaint-Honoré. Enfin, il meurt rue de Bellefond. On trouve dans\nson ouvrage quelques transcriptionsde pièces declavecin, entre au-\ntres les Bergeries de Couperin. Nicolas Chedeville, ficie cadet de\nPhilippe, écrit dans la même note les\ndédiés à M'ne Victoire de France, les les\nDeffis ouVétude amusante,etc., etc.\nCorette, dont j'analyserai plus loin la méthode, introduit la\nvielle dans des petits ensembles où elle fait sa partie avec la flûte,\nlahautbois, la musette, le pardessus et labasse de viole. Les titres\nsont à retenir: Ma mie Margot, laTante Tourlourette, la Béquille\ndu Père Barnaba,etc., etc... Quant au concerto pour vielle, deux\nviolons et basse, c'est certainement ce que Corette a écrit de mieux\nen ce genre. Il y a de la suite dans les développements, de la recher-\nche dans l'harmonie, et l'andante, accompagné seulement par les\ndeux violons, est de l'effet le plus gracieux.\nLes Loisirs du Bercail de Boismortier et les Suites de Baptiste\nAnet entrent dans la catégorie des compositions de Chedeville.\nMais avec Michon, Dupuit et Buterne, nous abordons un genre de\nmusique plus relevé. La première œuvre de Michon est intitulée\nDivertissements champêtres,et dédiée au marquis de Castel-\nnau. On y rencontre de jolies pièces, d'une difficulté déjà sérieuse.\nDes musettes en rondeaux bien tournées dont une est étiquetée :\nla Le Rebours, du nom d'un Conseiller au Parlement à qui l'au-\nteur dédiera son 2e œuvre, et un divertissement pour vielle et\nmusette concertant, dont certains numéros font de l'effet et sont\ntrès proprement harmonisés. Le second recueil a pour titre\nsements de Chambre,et le premier morceau est surmonté de\nce nota que Weckerlin a relevé dans son Musiciana : « L'on nora-\nla bonter de jouer tous sais air sur la première liggne atendus que\nle grèveur sais tromper (1). »\n\n( 1 ) On lit bien dans la Fête de Cléopâtre de Chedeville cadet cet avis prémoni-\ntoire : « L'on observera que les deux chalumeaux sois biens dacord ensemble\npour que les deux partye touche plus agréablement l'oreille. » Cela prouve que\nies maîtres de la vielle étaient plus ferrés sur la musique que sur l'orthographe-"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.27", "texte": "NOTICE HISTORIQUE SUR LA VIELLE\n831\n\nLa méthode de Dupuit est suivie de six sonates très difficiles. Il\nest vrai qu'elles sont destinées indifféremment à la vielle et au\nclavecin. La basse, chiffrée, est une vraie partie de violoncelle\nconcertant.\nQuant à Buterne, c'est incontestablement l'auteur le mieux doué\nqui ait écrit pour l'instrument. Son cachier de six sonates est\nspécialement dédié aux viellistes. Dans la préface, l'auteur, fils\nd'un capitoul de Toulouse qui fut le maître de clavecin de la\nduchesse de Bourgogne, mère de Louis XV, annonce que la musi-\nque n'a jusqu'alors amusé que ses loisirs, mais qu'à l'avenir elle\nva faire ses occupations (1).\nLes six sonates de Buterne (trois avec la basse, trois autres avec\nune seconde vielle) sont tout à fait remarquables ; je les ai jouées\ntoujours avec succès, et il n'y a rien, dans le répertoire de la\nvielle, qui puisse leur être comparé. A défaut de vielle, jouées par\nun hautbois, elles paraîtront charmantes.\nIl faut aussi mentionner les pièces de Daniel Braun, dont un\ncertain nombre valent la peine d'être entendues, et une œuvre de\nLe Menu de Saint-Philibert, la V (2).\nEncore une fois, la musique composée pour la musette sert éga-\nlement à la vielle. Les nombreuses fantaisies des frères Chede-\nville étaient donc indistinctement achetées, travaillées, exécutées\n\n(1) La dédicace est amusante : « Bien des circonstances se sont réunies\n« pour altérer la tranquillité de ma vie ; mais je cesse de m'en plaindre puis-\n« que les arts peuvent m'en dédomager. La musique, qui fait les délices de\n« tant d'honnêtes gens, vafaire aujourd'hui mon occupation. Les amusements\n« laissent toujours quelque vuide ; la vie occupée, au contraire, paraît tou-\n« jours trop courte. Eh ! quoi de plus doux que de ne pas connaître l'ennui.\n(( Tous les hommes tendent au bonheur ; je suis un peu plus homme que bien\n« d'autres. Une occupation qui me plaît doit rendre tous mes moments agréa-\n« bles, ils seront heureux, si je réussis. »\n(2) Tous les virtuoses de la vielle étaient en même temps professeurs et\ncompositeurs. Il sera peut-être intéressant de connaître leurs noms, et quand il\nse peut, leur adresse :\nMichel Corette, rue de la Ghanverrerie (ci-devant rue des Prouvaires).\nBovin, rue Saint-Louis.\nBâton le cadet, rue du Chevalier du Guet (ci-devant rue des Orfèvres).\nNicolas Chedeville, rue de Bellefond.\nColin, Charpentier, Ravet, Troussevache, Belleville, Joubert (fils du facteur),\nrue Saint-Jacques.\nMne Joubert, âgée de quinze ans, enseigne la vielle par la musique ou autre-\nment (apparemment par routine, car il n?y avait pas de tablature pour l'instru-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.28", "texte": "832\nBULLETIN KRANCAIS DE I.A S. 1. M.\n\npar les amateurs de l'instrument à sac, et par les adeptes de l'ins-\ntrument à roue. La musique est généralement écrite sur clef\nde sol première ligne :la basse est chiffrée assez pauvrement, étant\ndonné que le ton d'ut est habituel, avec quelques timides modula-\ntions dans le ton de sol.\nJe connais quatre méthodes françaises traitant de la vielle: l'une\nanonyme, l'autre de Bouin, puis celle de Dupuit et enfin celle de\nCorette.\nEn 1732, J.-8.-Ch. Ballard publia des\nvielle à l'usage des commençants avec des instructions pour toucher\net pour entretenir cet instrument (1).\nC'est un manuel assez réduit, et où l'on sent bien l'esprit de\nparcimonie des Ballard. Les auteurs n'y paraissent pas.\nTout autre est la VIELLEUSE HABILE, OU\ntrès facile et très sûre pour apprendre à jouer de la vielle, par\nM. Bouin, maître de vielle (2). Elle doit être environ de 1740, et\ncommence par l'étalage de ces notions générales de solfège dont\nles amateurs d'alors ne pouvaient se passer. Vingt grandes pages\nin-folio sont consacrées à la Théorie et pratique de la musique ins-\n\nment) et possède seule une nouvelle méthode de tours de roue qui rend la\nvielle plus douce, et fait huit croches au second et troisième temps.\nDanguy,rue Bourlabbé.\nCharpentier, rue Saint-Martin.\nCh edeville le cadet,rue Coquillière, puis rue des Bourdonnois.\nBap. Dupuit, rue Saint-Denis.\nMiehon, rue de Bussy.\nButerne, rue de la Harpe.\n( i) Bib. Nat. Vm 8 v 3. On lit à la fin l'amusante postface, A MA COMÈRE:\nMadame, depuis que ma comère a quitté sa que\nd'une lecture amusante, qu'enfin elle a scu dérober à ses comperes l'empresse-\nment d'une conversation remplie de vivacité\nconsidéré la viele comme un instrument\npas étonnant qu'à son exemple les cl\naveugles pour leur envahir (sic) un bien\ntenait sans aucuns concurrents. Cependant ce n\nde plaire, s'est enrichi de perles et de cha\npièces et les petites instructions qu'elles o\nà ma comère, aux promesses de n'en laisse\nle même hommage, persuadé que je suis,\nn'ai rien plus à cœur, que de lui prouver\ncompères du monde le plus franc et le Madame la\ncomère, votre compère.\n2) Bibl. Nat. Vm 8 v 2."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.29", "texte": "NOTICE HISTORIQUE SUR LA VIELLE\n833\n\ntrumentale, et cet exposé peut encore se lire aujourd'hui avec profit\npour l'historien de la musique. L'amateur de vielle y apprend\nen détail les secrets de son art.\n« Quoique la vielle ne soit pas un de ces instruments qui soit du\n« goût de tout le monde, écrit Bouin, cependant je ne puis m'em-\n« pêcherde dire qu'elle ne lecèdeen rien auxplusbeaux instruments,\n« pouvant, comme eux, exprimer les différents caractères, et étant\n« d'ailleurs susceptible des mêmes agréments et de la même déli-\nft catesse surtoutquand elle est touchée par d'habiles gens tels que\n« les sieurs Danguy, Ravet, Bâton, Dufour et autres. » C'est bien\nlà, en effet, la raison dessuccès delà vielle à cetteépoque, où le genre\ndescriptif et le colifichet s'étaient emparés de toute la musique\nfrançaise. Bouin continue en nous indiquant dans les plus grands\ndétails le maniement de l'instrument, son accord, les soins à lui\ndonner. Il indique la manière de garnir la vielle de cordes sym-\npathiques en léton, de doigter, et faire les cadences, et surtout\nde donner les tours de roue, ce qui est essentiel ; tout ce qui con-\ncerne cette dernière partie de la technique est extrêmement bien\ndécrit chez Bouin. L'ouvrage, qui est un des plus complets du\ngenre, se termine par 20 pages d'exemples et de musique.\nLa méthode de Dupuit, publiée en 1741 (1), forme un grand\nin-folio, orné d'un délicieux cartouche de Robert dans le goût de\nMeissonier. Dans les saillies des rocailles, des personnages de la\nComédie italienne dansent. Au-dessous du titre, Apollon joue de\nla lyre, et un couple en « grand habit » se promène. L'œuvre est\ndédiée à Mgr Jérôme Bignon, bibliothécaire de S. M., marquis de\nPlancy, etc., etc., que Dupuit commence par remercier d'avoir\nhonoré d'un favorable accueil « sa vielle naissante ». Il y a onze\npages de texte que le censeur Moncrif paraphe en ces termes : J'ai\n1u... etc... ouvrage qui suppose l'esprit de méthode dans l'auteur,\net où l'on peut trouver des vues utiles sur la manière d'indiquer\nï expression propre à différents end »\nVoilà une phrase bien contournée, alors qu'il était si simple de\ndire : c'est un ouvrage pratique.\nAprès une instruction détaillée sur la position du corps,\n\n(1) In-folio. Bibl. Nat. Vm. 8 v 1."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.30", "texte": "834\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ndes mains, des doigts, l'auteur donne les principes du doigtage.\nIl prescrit pour le jeu lié la substitution des doigts, d'autant plus\nindispensable sur la vielle que l'interruption causée par le dépla-\ncement de la main fait forcément sonner le à vide, lequel, qu'on\nle veuille ou non, est toujours soumis àl'actionde laroue. I)e plus,\ns'il y a deux notes sur un degré, et qu'elles se succèdent de même, soit\nen montant, soit en descendant, il ne faut pas les toucher du même\ndoigt.—C'est larègle desnotesrépétéessur leclavier ou surle piano.\nEnfin Dupuit préconise l'usage du pouce de la main gauche. Le\npetit doigt ayant, dans l'indication des doigtés, le chiffre 4, et\nl'index le chiffre 1, l'emploi du pouce est signalé parla lettre P.\nCette innovation me paraît discutable, .étant donnée la position de\nla main gauche pour le jeu de la vielle. La différence de longueur\ndu pouce par rapport aux autres doigts exige une contraction de\nla main de gauche adroite très préjudiciable à l'égalité du doigté.\nDe plus, le pouce est indispensable pour maintenir la main sur le\ncouvercle. Le troisième chapitre s'occupe de la cadence pincée,\ncadence liée, appuyée, doublée, fermée, du port de voix, etc. Si bien\nque, sur la vielle comme sur la musette, il y a dans tout morceau\nle double de notes à faire qu'il n'y en a d'indiquées.\nLe chapitre consacré à « la roue et le coup de poignet » est le\nplus important, et cela se comprend : le maniement de la roue\nest tout dans la vielle. C'est par elle qu'on peut jouer lié, déta-\nché ou martelé ; c'est par elle qu'on a l'articulation, mieux encore,\nl'impression, pour l'oreille de l'auditeur, de la valeur de chaque\nnote. L'explication, dans l'ouvrage de Dupuit, est fortifiée par la\nreprésentation de six grands disques dans chacun desquels un\ndisque plus petit est inscrit. Le disque n° 1 signifie le tour de la\nroue; le disque n° 2, le tour de la manivelle; il y a, en effet, une\ndifférence proportionnelle constante entre l'espace parcouru dans\nle même temps par la roue et par son agent de rotation. Un\ntour entier de roue équivaut à quatre quarts de tour de la mani-\nvelle et produit une ronde ; chaque articulation d'un quart de\nroue est donc l'équivalent d'une noire, et ainsi de suite.\nIl faut remarquer que les divisions de la manivelle à l'égard\nde celles de la roue commencent un quart plus tard. En sorte\nque, lorsque la roue donne son deuxième quart, la manivelle"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.31", "texte": "Aucune vielleuse sr belle\nNe rendit mieuœ nos jolis airs\nEt ne fūt jamais plus rébelle\na ses adorateurs divers.\nFrontispice de la méthode de Corette."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.32", "texte": "836\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\ndonne son premier : il y a donc pour commencer un quart pour\nrien en faveur de la manivelle, soit le temps nécessaire de la\ntransmission du mouvement de l'une à l'autre. Tout cela est claire-\nment expliqué, et les principes sont si exacts qu'il n'est pas possible\nau vielliste de ne pas se conformer à une des conditions essentielles\nde la musique, d'ordinaire si négligée : l'implacabilité du rythme.\nVient ensuite la théorie de l'articulation, soit du coup de poignet,\navec une planche d'exemples gravés en regard et la manière spéciale\nd'articulerles musettes,lestambourins,et autres pièces decaractère.\nLes Obsenvations sur le goût sont, en somme, les règles du\nnuancé que nous appelons : crescendo, sforzando, diminuendo,\nritenuto, etc., et qui toutes s'obtiennent par la double action\ncombinée de la manivelle et de la roue.\nLa méthode est suivie de six grandes sonates à deux parties,\navec basse chiffrée. Passage par passage, l'auteur les explique,\net montre comment les principes qu'il a énoncés s'appliquent\nà l'exécution, soit pour le doigtage, soit pour l'articulation.\nOn a réédité la mauvaise méthode de Corette pour la\nmettre entre les mains des viellistes modernes : il eût été bien\npréférable de tirer de l'oubli le traité de Dupuit ou celui de\nBouin, qui du moins apprennent quelque chose.\nCorette nous apparaît comme le type du pédagogue musical à\nl'usage des gens du monde. Clavecin, violoncelle, guitare, har-\nmonie, musette, violon, il a tout enseigné, tout réduit en instruc-\ntions. L'examen de ces traités, remplis de niaiseries, justifie\nl'appellation qu'on décernait à ceux qui y puisaient la science mu-\nsicale ; on disait d'eux : les anachorètes.\nLa Méthode de vielle de Corette est un in-folio de neuf pages\nde texte suivi d'exemples. Elle parut en 1763. Plus tard, l'auteur\npublia la Belle Vielleuse,méthode pour apprendre facilement à jouer\nde la vielle, qui est, sous le format in-quarto, la reproduction\nexacte de l'édition de 1763, avec quelques exemples de plus et\nune gravure représentant une jeune femme en jupe courte, coiffée\n« en chien couchant » et jouant de l'instrument favori. Dans le\nfond, un paysage avec un petit moulin à vent.\nPosition et accord de l'instrument, manière de gouverner la\nroue (en quatre lignes), description du clavier, rapide exposition"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.33", "texte": "NOTICE HISTORIQUE SUR LA VIELLE\n837\n\ndu coup de poignet, quelques mots sur la cadence, et c'est tout.\nFort heureusement, nous avons quelques indications sur la ma-\nnière d'entretenir la vielle, de mettre le coton, de décrasser la\nroue, de régler les sautereaux, et de remédier àla cause, il de-\nvrait dire à une des causes, —qui empêche la justesse des chan-\nterelles. C'est le seul chapitre intéressant et pratique. Rien sur les\ndoigtés, sur les substitutions de doigts ni sur les répétitions.\nCorette sait très bien que sa clientèle ne s'embarrasse pas de\nsemblables détails, et de suite il passe aux airs. On remarque\ndes contredanses populaires où nous avons reconnu : la turque,\nle pistolet et la petite chasse ; les airs de la Confession, de Figaro,\nde la Fileuse ; la musette de l'opéra d'yl/ax, celle de Desmarets,\nla romance du Devin de village, la marche du Huron de Grétry,\nle célèbre tambourin de Chedeville, la musette du rondeau de\nRameau,, deux ou trois menuets de l'auteur, deux variations sur\nla Fùrstemberg de Campra, etc., etc. Ces différents morceaux\nn'ont pas leur certificat d'origine. Il a fallu les deviner ; mais\ncertainement les dames de qualité et les gentilshommes qui ne\nsavaient que ce que cette méthode leur avait appris ne pouvaient\nguère se vanter d'avoir épuisé les secrets de l'instrument. La\nméthode de Corette, édition primitive, a été rééditée par la maison\nCostallat, textuellement, à l'aide des planches anciennes.\nJe n'ai pu trouver aucune indication touchant au musicien\nnommé Torlezquifit annoncer dans les Tablettes de Renommée de\n*\n1783 un ouvrage de sa façon intitulé :\nvielle et l'instruction des serins. Fétis signale deux Torlez : l'un,\nmaître de musique aux Académies de Grenoble et de Moulins,\nauteur en 1797 de motets à voix seule, avec symphonie ; l'autre,\nvioloniste de la Comédie italienne, qui publia en 1783 des duos\npour flûte et violon. Il y a des chances pour que l'auteur, qui\nenglobe dans un même enseignement les chrétiens et les canaris,\nsoit l'un de ces deux musiciens.\nNous voici arrivés au terme de notre étude (1). La vielle est un\ninstrument ridiculisé par ceux qui s'en sont mal servis. Mais n'en\n\n(1) Citons, parmi les modernes : H. Lapaire,FîW/es Moulins,\n1901, in-B°."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.34", "texte": "838\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nest-il pas de même du violon, du piano, du cornet à pistons ? Sa-\nvez-vous par quoi elle est remplacée dans les provinces où naguère\nelle était en honneur ? Par l'accordéon ! un engin ignoble, anti-\nmusical, qui devrait être proscrit au nom de la dignité de l'oreille !\nLa vielle, bien conduite, et associée à un violon et à une basse,\ndébarrassée de ses bourdons quand la tonalité et les modulations\nl'exigent, et, par contre, s'appuyant sur ses pédales, dans des\nmarches harmoniques régulièrement établies, la vielle, avec ses\nstaccati qui crépitent, avec son articulation nette et franche, sa\nsonorité un peu nasillarde, comme 1 alto, mais caractéristique, est\ntout a fait digne d'entrer dans la catégorie des instruments propres\nà exécuter la véritable musique. Mais, pour cela, il faut qu'elle\nsoit bien conditionnée, réglée avec soin, montée de cordes justes,\net surtout jouée par des musiciens qui aient appris à s'en servir.\nDe ce qu un violon serait raclé par un paysan grossier, il ne\ns'ensuivrait pas que le violon fût un instrument méprisable. A\nune époque où le goût de l'ancienne musique a pénétré partout,\nla place de l'instrument qui ravit les sujets de Marie Leczinska\nparaît tout indiquée dans l'ensemble charmant formé par le\nclavecin, les théorbes, les flûtes et les violes d'amour.\n\nE. de Bricqueville."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.35", "texte": "PRÉLUDES JAVANAIS\n\nI\nJe suis un Javanais. Mon nom est Sastro Prawiro. Je joue du\nkendang, le principal instrument de percussion sans marteaux de\n1 orchestre javanais, qu'on appelle Je joue du kendang\navec le bout des doigts et les paumes. Je joue du kendang, sur ses\npeaux de chèvres ou de brebis, dans des rythmes de caractères\ndivers. Le murmure des couronnes oblongues des palmiers, le\ndoux froissement des frêles tiges de riz, le fracas orageux des\ntorrents de montagne, le pilage sur les énormes mortiers à riz, le\ntrépignement de chevaux folâtres, tout cela et beaucoup plus\nencore dirige mes bras et mes mains adroites dans l'exécution de\nmouvements rythmiques sans nombre et avec une grande variété.\nJe suis un ménestrel. Dans mon pays, un ménestrel bien connu.\nMaintenant, depuis quelques années, je demeure dans un pays\noccidental. En Hollande, dont les habitants sont les dominateurs\nde mes frères, les Javanais.\nJe m appelle Sastro Prawiro. Allah donne que vous reteniez ce\n\n2"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.36", "texte": "840\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nnom. Allah est aussi votre Dieu, quoique vous l'appeliez et le\nserviez autrement.\nJ'ai appris la civilisation occidentale, tellement même, que je ne\nsuis pas tout à fait un ignorant sur le domaine terrible des cui-\nrassés, canons et systèmes de colonisation.\nPeut-être trouvez vous que ma civilisation est une teinture\nlégère, un vernis. Pourtant, je vous assure, les mains sur mon\nkendang fidèle, que j'ai fait de mon mieux pour me rendre intime\navec votre science et vos mœurs et coutumes.\nAussi avec votre art, oui, surtout avec votre art. Et puisque je\nsuis un ménestrel, il n'est pas surprenant que je me sois occupé\nprincipalement de l'art des sons et des arts analogues, dans le plus\nlarge sens du mot.\nPuis-je vous parler d'abord de la musique de l'Orient loin-\ntain ?\nJe voudrais le faire sans suivre un système positif. Plutôt sans\nfaçon, en allant de la cave au grenier. Je ne veux être ni didactique\nni pédagogique. Je ne ferai que communiquer, et les communica-\ntions auront lieu en différentes manières. Tantôt je décrirai en\nme servant de paroles ; tantôt je vous ferai voir des images. Et\nparfois des notes de musique illustreront le texte.\nJe tâcherai de vous faire discerner le caractère de la musique\naux Indes Néerlandaises. Et il ne s'agit que de cela, n'est-ce pas?\nIl y a aux Indes Néerlandaises de la musique javanaise, et ilya\nde la musique malaise. Entre ces deux il y a des formes de transi-\ntion. Dans le cours des siècles un mélange a eu lieu dans quelques\ncontrées, de sorte que l'on ne peut pas toujours fixer les bornes\nentre la musique spécialement javanaise et la musique spéciale-\nment malaise.\nEn général on peut dire que la musique malaise se rapproche,\nprobablement à la suite d'ancienne influence portugaise, plus de la\nmusique européenne que la javanaise.\nDans la reproduction des mélodies et harmonies orientales, je\nme servirai, à l'égard de la chanson, en grande partie de la langue\nmalaise. Le malais est aux Indes Néerlandaises la langue la plus"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.37", "texte": "PRÉLUDES JAVANAIS\n841\n\nparlée. Mon idiome, le javanais, n'est compris que par très peu\nde Hollandais là-bas. Ce que je trouve très étrange.\nPeut-être rapprocherai-je, en reproduisant la musique javanaise\net la musique malaise en notes européennes, les trois races prin-\ncipales en Insulinde, c'est-à-dire les Hollandais, les Javanais et les\nMalais, l'une aux autres. Ainsi soit-il !\nMabien-aimée est une ronggeng, une danseuse javanaise. C'est\nune danseuse passionnée, et ses yeux ont souvent vu le ciel de l'art.\nIl y a des Européens qui prétendent que les danseuses javanaises\nne sont pas seulement des disciples de Terpsichore, mais aussi des\nprêtresses de Vénus. Cela n'est pas vrai, pas vrai en général. Il y en\na de telles. Mais peut-on dire que les actrices européennes soient un\ngenre de femmes impudiques ? bien-aimée est en tout cas\npure, et je suis persuadé que même ses pensées n'ont jamais péché.\nMon cher et fidèle kendang, combien de fois mes mains n'ont-\nelles pas indiqué les rythmes sur lesquels ma Sarinten conduisait\nson corps souple en mouvements gracieux ? Sentiez-vous bien\ncombien mes mains étaient fiévreuses d'amour ?\nMa bien-aimée est brune, bronzée, et ses cheveux sont comme\nla splendeur des nuits.\nJe ne l'oublierai jamais.\nQuand nous étions ensemble, seuls nous deux, je lui chantais\nsouvent la suivante chanson d'amour. Je chantais alors avec une\nvoix tempérée, qui s'étouffait parfois dans ma gorge, quand mon\ndésir d'âme montait brûlant, puisque ses doux yeux s'inclinaient\ntendrement vers moi.\nBan jak bintang di langit,\nTjoema satoe pohon\nBanjak orang di doe\nTjoema satoe saia\nBanjak titik di laoet,\nTjoema satoe pohon\nBanjak mata di doeni\nTojetna doewa saia kapingin."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.38", "texte": "842\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nBanjak bintang* di langit."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.39", "texte": "PRÉLUDES JAVANAIS\n843\n\nTraduite, cette chanson d'amour, qui, selon mon opinion\nmodeste, est incontestablement tendre et molle, est comme ceci :\nIl y a beaucoup d'étoiles au firmament, mais il n'y a qu'un seul wari-\nngin (1) (dans le jardin).\nIl y a beaucoup de créatures sur terre, mais je n'en désire qu'une seule.\nIl y a beaucoup de gouttes dans l'océan, mais il n'y a qu'un seul\nwaringin.\nIl y a beaucoup d'yeux sur terre, mais je n'en désire que deux.\nCi-dessous vous trouverez la musique de cette chanson.\nJouez l'accompagnement de piano doucement, avec des nuances\nde mélancolie, un peu avec résignation.\nNe chantez et ne jouez pas avec beaucoup de bruit. Mais que\nvotre émission de voix soit en pleine floraison.\n/\nEcoutez aussi avec votre cœur, et vous sentirez dans cette chan-\nson le reflet de la silencieuse résignation des Orientaux.\nII\nSavez-vous encore comment je vous ai trouvée, Sarinten ?\nTrouvée ?\nEst-ce que chercher précède trouver ?\nJe ne vous cherchaispas, de même que vous ne me cherchiez pas.\nNous étions si jeunes et nos désirs d'âme erraientinconsciemment.\nD'abord nos corps matériels se rencontrèrent. De grand matin...\nvous le rappelez-vous encore ? Il y a un peu plus de quatre ans\nmaintenant. Je ne crois pas que je sentisse aussitôt plus pour\nvous que pour toute autre jolie fille.\nVous le rappelez-vous encore? Avant la pointe du jour j'allais\nsur monpedati,ma charrette, aux rizières lointaines de mon frère\nqui était un homme sensé, puisqu'il laissait, comme un bour-\ngeois fortuné, les soins au ménétrier. Chemin faisant je vous\nvoyais pour la première fois de ma vie. Je vous voyais porter un\npanier de légumes. Alors je vous chantais une mélodie gaie, une\nchanson de plaisir, de joie et de plaisanterie, avec, à la fin, un\nbrin de moquerie.\n\n(1) Waringin : un arbre d'énormes dimensions."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.40", "texte": "844\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nSarinten, me pardonnez-vous maintenant cette moquerie ?\nJ'étais jeune et un peu insolent. Dans le fleuve ne coule pas tou-\njours la même eau, bien que cela semble ainsi. Et comme la plus\ndouce larme est vite oubliée par un cœur endurci, même la\nmoquerie la plus mordante est pardonnée par une tendre âme\ndans un seul jour. Allah, qui est grand comme personne ne l'est,\na pourvu à l'équilibre.\nAllah vous bénisse, Sarinten, et qu'il me donne le bonheur,\nque\" ta respiration soit toujours légère.\nAu moment où j'écris ce souvenir du passé, mon âme vole du\npays lointain vers vous et voltige autour de votre charmante\nfigure en affection soigneuse.\n★\n* *\nVoici les paroles de ma chanson dont vous trouverez ci-contre\nla musique :\nAjo naik-naik di ped\nTakoet oemboen-oemboen\nAjo, samanonna soe\nAjo, ajo, nonna ja soeka\nDjangan basah-basah pada mata.\nNanti saia rabah-rabah djalan.\nDjangan kasi salah sama saia,\nKalo, kalo tidaja p\nVoulez-vous la traduction dans votre langue, avec laquelle j'ai\ntâché de me familiariser ? Voici ma chansonnette présomptueuse\nen prose française :\nAllez, grimpez sur la charrette, car j'ai peur que vos vêtements ne\ndeviennent humides par la rosée. Allons, jeune fille, faisons-le ensem-\nble et gaiment. Allons, car vous aimez la raillerie et le badinage.\nMais que vos yeux ne s'humectent pas. Car alors je tâtonnerai le\nchemin. Et ne faites pas tort à moi, si je ne puis vous tendre alors la\nmain.\n★\n* *\nLes yeux de Sarinten sont restés secs cette fois-là.\nLes, yeux de ma bien-aimée sont grands et foncés. Ils rayonnent"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.41", "texte": "PRÉLUDES JAVANAIS\n845\n\nAjo, naik-naik di pedati."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.42", "texte": "846\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\nJ\n\nune lumière qui fait brûler sans roussir. Une chaleur choyante\nse répand de ses yeux.\nQuelquefois ils peuvent sourire si mélancoliquement !\nMoi aussi, je suis mélancolique de nature, quoique je puisse\nbattre sur mon kendang des rythmes qui semblent éclater de gaîté\nexubérante, de joyeuseté folle.\nLa plupart des Orientaux sont mélancoliques de nature. Allah\nl'a disposé ainsi dans Sa souveraine sagesse.\nLes Javanais sont pour la plupart en même temps très humbles.\nNous ne sommes pas une race dure, puisque nous n'avons jamais\nà lutter avec la nature. Notre nature, notre climat nous aide effi-\ncacement, 0u... nous détruit. Cela donne de l'humilité.\nVous, Hollandais, vous savez par trop bien que nous sommes\nhumbles. Depuis trois siècles déjà. Mais, je vous prie, n'en\nabusez pas. Dans l'évolution de l'humanité parfois l'humilité va\nplus loin que l'orgueil. Mais que je ne devienne pas amer... L'a-\nmertume n'est pas dans le caractère javanais.\nLorsque le temps a rétabli un peu l'équilibre rompu, le Java-\nnais se souvient de ses expériences amères en toute humilité et\nrésignation.\nJ'étais, du moins selon le jugement général, le meilleur joueur\nde kendang du pays. Donc j'avais beaucoup d'ennemis. Je ne pou-\nvais pourtant pas présumer que je serais mis à mal dans ma plus\nproche sphère d'activité. Le Javanais n'est point méfiant, ô\nHollandais, dominateurs de mes compatriotes. Au contraire, il est\ncrédule et plein de confiance.\nMes « amis » n'évitaient pas immédiatement mon toit hospita-\nlier. Mais peu à peu et assidûment les fidèles d'autrefois dimi-\nnuaient. Le « lion » de jadis était déjà tombé et inoffensif, n'est-\nce pas ? Le vide se répandait dans mon cœur gémissant. Je me\nsentais abattu et découragé, ne voulais néanmoins pas me mé-\nfier du cœur humain. Je luttais contre moi-même laplusgrande\ndouleur.\nAprès les jours de bonheur et d'honneur, ô être humain, vien-\nnent les jours de tristesse et de désolation."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.43", "texte": "PRÉLUDES JAVANAIS\n84 7\n\nAllah dispose de l'équilibre et le soigne.\nEn ce temps-là Sarinten me soutenait par des paroles encoura-\ngeantes et des actes énergiques, bien que ses yeux parfois pussent\nsourire si mélancoliquement. Comme une lionne agacée elle se\ntenait debout devant mes ennemis. Une profonde indignation\némanait et s'élançait de son être, et son corps svelte et souple se\nraidissait souvent dans des mouvements musculaires.\nMa bien-aimée est une enfant de roi.\nPour la susdite douleur je ne peux pas battre des rythmes sur\nmon kendang. L'âme javanaise est quelquefois très fière, quoique\ntoujours en profonde résignation.\nIII\nJ'avais décidé. Non sans hésitation. Qui quitte, purement par\ncaprice, les magiquement belles montagnes pour aller au lointain\npays bas, vers un avenir inconnu et incertain ? Le caprice de qui\nva si loin qu'il parte pour la plaine éloignée, s'il se trouve, dans\nson pays natal montagneux, plus près du ciel ?\nNéanmoins j'étais bien décidé. La vie est si variable et multiple\nqu'elle peut vous éloigner de ce à quoi vous êtes cher et de ceux\nqui sont aimés de vous. Il y a des idéals, n'est-ce pas ? Et il y a\ndes désillusions douloureuses, n'est-ce pas ?Et quel mortel sait\ncomment et où son chemin de la vie serpentera ? Qui sait, si au\njour de demain le soleil brillera ou non?\nOù voulez-vous aller ?\nAux Pays-Bas, au pays de nos dominateurs.\nPourquoi ?\nPour Java et pour vous et pour moi-même.\nAvez-vous quelque prévoyance en ce qui concerne votre\navenir ?\nNon, Sarinten.\nEst-ce que votre respiration est assez libre et grande ?\nEt, Sastro, votre cœur a-t-il la force nécessaire ?\nOui, Sarinten.\nPartez alors, Sastro, et qu'Allah guide vos pas. Attrapez la\nlumière du soleil qui se trouve partout."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.44", "texte": "848\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n»\n\nElle ne demandait pas si je ne l'oublierais jamais. Elle le savait.\nJe le savais aussi.\nDeux jours après.\nQuand m'en irai-je ?\nNaturellement si tôt que possible. Une décision courageuse\ndoit être exécutée promptement.\nUne enfant à l'âme royale est énergique, même quand son\ncœur se brise.\nSes yeux échauffaient les plus profondes profondeurs de mon\nâme.\n*\n* *\nLe soir de notre adieu en fut un de triste bonheur.\nO les soirs des Indes Orientales !\nObscurité soudaine, tombée sans prudence ; la lune encore\nmate, fade et nébuleuse ; étoiles, ci et là, à rayonner commencent,\nattendant patiemment les hordes lumineuses.\nL'air devient frais, lâché par les rayons solaires, et le silence\nglisse partout, doux et calme. Les feuilles d'arbres dorment\nsommeil salutaire; seule, très doucement, berce encore une palme.\nPuis, répandant partout des lueurs vacillantes, des hordes\nd'astres tout d'un coup se firmamentent. La lune, douce, affable\net souriante, paraît se réjouir de sa tâche éclairante.\nLes hommes, épuisés, cessant tout travail, respirent longue-\nment, s'élargissent la poitrine.\nBientôt viendra la nuit, mystérieuse et plus silencieuse...\nIl règne un silence solennel et immobile. La nature tropicale,\nqui s'éveille chaque matin violemment et avec beaucoup de bruit,\nse repose le soir généralement dans un sommeil profond et\ncomme magnétique.\nLe soir de notre adieu en fut un de triste bonheur.\nAussi généreuse que la lune était avec sa lumière, aussi géné-\nreuse Sarinten était avec sa tendresse.\nJe la vois encore, dans la splendeur de la clarté de lune. Il n'y\na aucune larme dans ses yeux 5 elle pleure en son cœur, intérieu-\nrement. Seulement la voix vibre et les lèvres vibrent. Le doux"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.45", "texte": "PRÉLUDES JAVANAIS •\n849\n\ncorps tressaille quelquefois violemment. Les mains sont gla-\nciales 5 le visage brûle.\nTout à coup... des bruits, de bien loin, brisent le silence de la\nnature reposante.\n/\nEcoutez... écoutez silencieusement. C'est le gamelan qui accom-\npagne harmonieusement notre émoi. La nuit merveilleusement\nsolennelle et resplendissante, notre bonheur triste et le gamelan...\nSonne, ô sonne, gamelan ! Vois, mes mains battent les rythmes\ndans l'air vide ; je joue avec toi, quoique sans bruit, sans le moin-\ndre bruit. Sonne, ô sonne, gamelan ! Sarinten et moi, nous écou-\ntons pieusement.\nUne mélodie bien triste, comme un doux murmure, un air plain-\ntif, mais clair et sonore, comme le clair de lune dans un pays\nbrumeux, ou comme une voix splendide, entendue à travers des\nmurailles. Quels sons rêveurs, avec des frissonnements mysté-\nrieux, s'en vont, timidement et presque avec crainte, vers l'infini.\nC est de la tristesse tendre, la régénération de la mélancolie, qui\nondule en fleuve de sons, calme et pure...\nSoudain un lourd instrument à percussion rompt la suavité;\nle temps s'accélère et le rythme se raccourcit. Une tempête de sons\nfurieux monte et monte sans cesse, comme si des géants faisaient\nune levée de boucliers ; elle tonne dans les sphères, fulmine, s'a-\nlourdit, étourdissante, assouvie de douleur. Seulement de temps\nà autre d hésitantes résonances de soupirs, bientôt étouffées par les\nhordes bruyantes.\nSeul, un son tendre et frêle se fait entendre assidûment, sans\ncesse, malgré la domination et la splendeur de tous les bruits\nvigoureux... Écoutez; il gagne du terrain! Écoutez, comme les\nmonteurs à l'assaut tombent ! Quelques moments encore, et la\nforce, épuisée, s'arrête tout d'un coup.\nMaintenant autour de ce son tendre et frêle s'entortillent des\nornements mélodieux, très fins et mystérieusement subtils. Et\npaisiblement cette disposition dure longtemps, longtemps, la dis-\nposition de la résignation de lame lasse.\nPenserez-vous toujours à moi, Sarinten ?\nLisez dans mon cœur, Sastro. Un jour j'espère pouvoir, de"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.46", "texte": "850\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\ngrand cœur, vous souhaiter la bienvenue chez moi. Alors je vous\nferai oublier la largeur de l'océan et la durée de votre séjour dans\nle pays lointain et étrange.\nAlors, dans un mélange de douce tristesse et de doux espoir, la\nchanson suivante s'envolait de mes lèvres :\nTabé, nonna,\nSaia misti pigi.\nHati saia tjapé,\nBerasa sendiri.\nKalo saia mati\nSoedah masoek\nIngat, djantoeng\nSapandjangnja\nHidoep lama lagi,\nNjamanja bada\nSoreh, malam, pagi\nEnteng ja napasnja.\nLa traduction est ainsi :\nJe vous dis adieu, jeune fille. Je dois partir. Mon cœur se sent fatigué\net solitaire.\nQuand je serai mort et descendu dans la tombe,pensez,ma bien-aimée,\nà moi toute votre vie.\nRestez en vie encore longtemps, en bonne santé. Et que l'après-midi,\nle soir et le matin ta respiration soit légère.\nChantez cette chanson d'adieu avec un sentiment retenu. Le\nlarmoiement est une horreur. Si je ne dois plus voir Sarinten sur\nterre, je la reverrai certainement sous de meilleurs cieux. Les\nâmes ne périssent jamais. Jamais.\nO les rêves de bonheur qui ne se réalisent pas et qui, après\nle réveil, vous plongent dans une désillusion profonde... !\nLa veille de mon départ je rêvais que Sarinten, la douce créa-\nture, avait l'intention de m'accompagner dans mon long voyage.\nUn rêve divin, dans lequel l'imagination était d'une animation\naccrue. Et je m'entends encore chanter dans mon rêve 1\nsuivant :"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.47", "texte": "PRÉLUDES JAVANAIS\n851\n\nTabé, nonna, tabé."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.48", "texte": "852\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\ni"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.49", "texte": "PRÉLUDES JAVANAIS\n853\n\nDari mana ja datang lintah?"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.50", "texte": "854\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.51", "texte": "PRÉLUDES JAVANAIS\n855\ns. I. M.\n\nDari mana datangja lintah ?\nDari saivah toeroen ka kuli.\nDari mana datang\nDari mata toeroen\nDari mana datang ja batoe ?\nDari goenoeng toeroen kabawa.\nDari mana datang ja\nDari sorga toeroen ka doenia.\nDari mana datang katawa ?\nDari hati naik ka moeloet.\nDari mana j a saia\nSebab nonna koe\nVoici la traduction de cette chanson d'extase :\nD'où vient la vengeance ? Elle vient de la rizière et descend dans la\nrivière.\nD'où vient l'amour ? Il vient des yeux et descend au cœur.\nD'où vient la pierre ? Elle vient delà montagne et roule en bas.\nD ou vient la reine .■> Elle vient du ciel et descend sur la terre.\nD'où vient le rire ? Il vient du cœur et monte à la bouche.\nPourquoi suis-je si joyeux? Parce que ma bien-aimée veut m'accom-\npagner en voyage.\nHélas ! le rêve ne se réalisait pas. Le grand bateau à vapeur\nm'emportait, moi seul...\nLes premiers jours à bord, même mon kendang fidè le n'a pu me\nconsoler. Les rythmes que je voulais battre s'embrouillaient...\n\nSastro Prawiro.\n\nr\nù"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.52", "texte": "Sanctuaires de Musiciens\n\nA côté de la correspondance, il n'est peut-être rien qui nous\nfasse communier plus intimement avec 1 esprit et 1 âme des grands\ngénies que la visite des maisons et des lieux où ils sont nés, où ils\nont habité et travaillé, la vue des paysages et objets familiers qui\nles ont entourés et celle de leurs manuscrits. C est pourquoi on ne\npeut assez se réjouir de voir transformées en musee consacre a leur\ngloire les demeures qui les ont abrites ou qui les ont vu naître,\nce sont de petits temples très intimes dont une grande âme est le\ncentre, des sanctuaires tranquilles à la pénétrante atmosphère où\nchaque objet est chose sacrée, vénérable, révélatrice de mille détails\nou évocatrice d'une heure capitale de ces vies vraiment immor-\ntelles.\nAu cours de mon long voyage de l'été dernier, parmi les impres-\nsions multiples de nature et d'art, je me suis arrêtée avec bonheur\nà plus d'un de ces petits temples intimes, retrouvant Bach, Luther et\nWagner à Eisenach, Wagner encore à Wahnfried, et puis à Venise,\naprès Byron et Shelley; Jean-Paul à Bayreuth aussi ; le bon Hans\nSachs et le grand Durer à Niirnberg ; Roland de Lattre à Munich ;\nMozart à Salzbourg ; enfin Beethoven à Bonn. De toutes ces mai-\nsons ou chambres illustres, trois seulement peuvent réellement et\nofficiellement compter comme « musées » : ce sont les maisons\nnatales de trois grands génies de la musique, de Bach à Eisenach,\nde Mozart à Salzbourg et de Beethoven à Bonn. Quant à la de-"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.53", "texte": "SANCTUAIRES DE MUSICIENS\n857\n\nmeure de Wahnfried, elle passerait à bon droit pour le plus riche\net vivant sanctuaire, mais il n'est accessible qu'à ceux que les pro-\npriétaires (la famille Wagner), très accueillants d'ailleurs, con-\nsentent à recevoir.\nMon intention, en parlant ici de quelques-unes de ces habitations,\nn'est pas d'en décrire minutieusement le détail, ni d'en faire l'in-\nventaire des objets ; des catalogues s'en chargent ; j'aime mieux\nfaire partager à mes lecteurs les impressions qu'elles m'ont sug-\ngérées dans leur ensemble ou à la simple vue d'un de leurs trésors.\nIl est évident que cette impression a et garde toujours quelque\nchose de préconçu qui nous vient de notre connaissance antérieure\ndes œuvres et de la vie du génie qui nous attire dans ces sanc-\ntuaires ; mais quoi qu'il en soit, les objets, les petites salles., les\npierres, les jardins, les paysages environnants, exercent à leur tour\nleur fascinante et si particulière influence sur notre pensée, et\nl'impression que nous emportons à la sortie du petit temple n'est\nplus la même que celle de l'entrée. Ce n'est guère le caractère\ngénéral qui change, mais la profondeur et l'intensité.\nC'est à la maison de l'olympien et souverain\nBach que je fis la première visite. Elle est adorablement située,\net bien qu'en pleine ville, on se croirait plutôt transporté sur\nla place principale d'un bon village ancien ; car\n(ou Fraaenplan), s'embranchant à droite sur l'importante et ancienne\nroute du Frauenberg, chemin vers la Wartbourg, ne s'encadre\nque de modestes, petites et vieilles maisons, si tranquilles à l'ombre\nde leurs arbres qu'elles ont l'air mi-endormies dans le passé, comme\ndu reste les rues étroites et calmes qui viennent y aboutir et dont\nla Lutherstrasse (1) aux pittoresques pignons est la principale. Au\nloin, par-dessus les toitures, on voit s'étager les belles montagnes\nboisées de la Thuringe, vue reposante autant qu'admirable.\nC'est donc en ce paisible coin d'une ville charmante qu'est la\nmaison où Bach naquit et habita jusqu'à dix ans (2). Elle est précé-\ndée d'un joli jardinet montant en pente douce vers la demeure\ndont la famille Bach n'occupait que le premier étage et l'entresol :\n\n(1) Luther y fut l'hôte de la bonne veuve Ursula Cotta de 1498 à 1501.\n(2) Elle porte le n<> 21 ; une plaque commémorative y est apposée depuis\n1865."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.54", "texte": "858\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nen tout huit chambres, d'inégale grandeur, plafonds bas et poutres\nde bois apparentes, fenêtres doubles à petits carreaux et toutes\ngarnies de fleurs, portes en boiseries foncées munies de leurs an-\nciennes serrures. Une lumière extrêmement douce, un calme infini\nrégnent dans cet intérieur, et l'impression d'immense sérénité qui\nvous enveloppe aussitôt n'a d'égale que celle suggérée par le maître\nlui-même lorsqu'il chante dans ses immortelles compositions la\npaix des bienheureux. La maison, dans son extrême modestie,\nexhale un parfum de joie tranquille, le bonheur d'une vie familiale\noù les exigences de confort n'étaient pas grandes, mais où l'ai-\nsance, la bonne entente et l'art régnaient assurément. Voilà tout\nce que nous disent la disposition des places et quelques objets et\nsouvenirs réunis dès 1906 dans ce charmant intérieur en vue de\nla constitution du musée Bach (1).\nDe l'extrémité du large couloir au rez-de-chaussée monte l'esca-\nlier tournant qui conduit d'abord àla cuisine, située à l'entresol :\npetite, pavée de briques rouges défoncées par endroits, elle a\ngardé son aspect ancien avec sa vieille cheminée où la crémaillère\nest suspendue et où des bûches de bois jetées dans le foyer\nsemblent attendre que la ménagère d'autrefois y ranime le feu.\nQuelques pots en grès et en métal, des assiettes peintes, une\nvieille lanterne, un banc, d'autres menus objets, sont venus com-\npléter ce matériel peu compliqué. De cette chambre étroite et\nbasse, quelques marches conduisent au premier étage où l'on a\nhabilement reconstitué un intérieur de la bonne bourgeoisie d'il y\na deux cents ans.\nLa Wohnzimmer d'une famille de musiciens est là avec ses\nrouets, sa grande table, son secrétaire, un clavicorde avec péda-\nlier, un luth au mur. Le portrait à l'huile (1645) d'Ambrosius\nBach, musicien de la ville d'Eisenach et père de Jean-Sébastien,\nse trouve ici : bonne, franche et mâle figure. On s'imagine le digne\net brave homme surveillant ici les premiers exercices de ses en-\nfants, de son petit Sébastien surtout qui n'eut pas le bonheur de\nle conserver au delà de dix ans.\nA côté se trouve la chambre à coucher également reconstituée\n\n(1) Inauguré officiellement en mai 1907."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.55", "texte": "SANCTUAIRES DE MUSICIENS\n859\n\ndans son ensemble, sans que pour cela les meubles aient tous\nappartenu à la famille du maître qui nous retient. On y montre\ncependant le berceau de ce génie et un vieux lit de famille en bois\npeint abrité au fond d'une alcôve. Bahut, coffres, bancs, complètent\nce mobilier, tandis que la Bible, inspiratrice de tant de chefs-\nd'œuvre, s'ouvre sur le rebord d'une fenêtre et qu'au mur veillent\nsur ce grand souvenir de Bach deux maîtres glorieux de l'Alle-\nmagne du xvi® siècle, Hans Sachs et Durer. De ces chambres fami-\nlières nous passons au musée proprement dit : une petite salle\nnous offre une jolie collection d'instruments contemporains de\nBach cédée au musée parle Dr Obrist, de Weimar, et comprenant,\nentre autres, un clavicorde, une épinette de Silbermann, des flûtes,\ndes hautbois, une viole degambe; ils ont beau être là, muets et\nimmobiles, nous n'en pensons pas moins à tout ce qu'ils furent\npour le maître et quel monde de sonorités et de pensées il leur\nconfia tour à tour. Dans la même salle nous retrouvons encore\n/\nBach enfant, au temps de ses études à Ohrdrufer, chez son frère\naîné, Johann-Christoph; il asa place parmid'amusantes silhouettes\nde la famille, toutes alignées dans une vitrine et voisinant avec de\npetits cahiers de classe, ceux-ci de Friedemann Bach, le génial fils\naîné de Jean-Sébastien, qui ornait ses versions latines, sans doute\npeu agréables, des plus drôles caricatures. Mais l'enfant, comme\nl'homme plus tard, était au fond une nature sérieuse et noble, ce\ndont témoigne le beau portrait à l'huile cédé par la bibliothèque\nde Berlin au musée d'Eisenach. La quatrième chambre, plus\ngrande celle-ci, et donnant comme les autres sur la Frauenplan,\nse rapporte plus particulièrement au grand maître de cette famille\nillustre : plusieurs tableaux et gravures nous lemontrentà diverses\népoques de sa vie ; l'expression change peu : c'est à peu près tou-\njours la même sérénité, surtout l'invariable bonté et le calme puis-\nsant du regard qu'on dirait habitué, comme l'esprit, à ne contem-\npler l'éternité et l'au delà qu'en toute confiance et sûreté. De la\nbonhomie et l'humeur égale, mais aussi de l'autorité et de l'énergie,\nvoilà ce qui caractérise aussi bien l'image du maître à 3o ans\"; par\nle peintre de Nurnberg-Ihle (i), que Hauszmann\n\n(i) Ce tableau provient du palais margravial Je Bayreuth."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.56", "texte": "860\nBULLETIN FRANÇAIS DE-LA S. I. M.\n>\n\nd'un Bach à l'âge mûr, et qu'une reproduction d'un tableau récem-\nment retrouvé par le Dr Fritz Volbach, de Tiibingen, représentant\nJean-Sébastien vers la soixantaine. Dans ce dernier, la figure est\nd'une noblesse souveraine, comme si le visage s'éteint empreint de\ntoute la majesté de l'œuvre magnifique déjà créée alors. Auprès de\nces éloquentes images se groupent les photographies ou gravures\ndes nombreux temples où ce « prêtre unique de l'art » officia ; sur\ndes tables, dans les vitrines, quelques manuscrits précieux, de\npetites lettres, des éditions rares, dont la première de la messe en si\nmineur et Yopus i de Bach : Klavier Uebung, le petit et grand\ncahier de piano d'Anna-Magdalena Bach, etc. Les actes civils se\nrapportant à la naissance, au mariage et à la mort du maître sont\nici aussi, ainsi qu'une collection très complète de toutes les publi-\ncations et livres importants sur Bach, depuis le manuscrit de la\ngrande biographie de Spitta jusqu'aux ouvrages plus récents de\nR. Strauss, d'Albert Schweitzer, de A. Pirro, etc. Au mur encore,\nun portrait à l'huile du dernier descendant mâle de Bach, le clave-\nciniste de la reine Louise de Prusse, Ernest-Friedrich-Wilhelm,\nchef-d'orchestre de la cour royale de Prusse, mort en 1845 à Ber-\nlin. Les traits sont d'une extrême finesse et d'une grande bonté.\nLa simple croix en fer qui ornait sa tombe fut cédée au musée\nBachpar unsimple facteur des postes de Berlin qui l'avait acquise\naprès la désaffectation du cimetière. Elle se trouve dans le coin\nde droite du paisible jardin de la maison, près du mur de celle-ci.\nLes petites salles donnant sur ce jardin comprennent surtout\ndes affiches relatives aux festivals, deux intéressantes gravures\nreprésentant Bach à la Friedrichskirche de Potsdam, en présence\nde Frédéric le Grand, le roi écoutantdans leplus profond recueille-\nment le musicien qui paraît improviser à l'orgue. Une intéressante\nreconstitution du masque de Bach par Seffner, d'après le crâne re-\ntrouvé, est extrêmement curieuse aussi. Au palier, un grand buste\ndu„génial compositeur, par Seffner également, préside en quelque\nsorte l'entrée et la sortie du simple musée, pas fort riche encore,\nétant du reste de fondation récente ; mais l'impression qu'on em-\nporte de là n'est pas moins profonde et forte, et à voir toutes ces\npetites chambres si pleines de lumière et de paix, éclairées par\nleurs jolies fenêtres tout encadrées de vigne vierge et de lierre"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.57", "texte": "SANCTUAIRES DE MUSICIENS\n861\n\net chargées de fleurs, abritant le souvenir du plus olympien des\nmusiciens, je ne sais quelle sérénité enveloppe l'àme du visiteur et\nlui permet d'envisager sans trouble et dans toute son amplitude\net sa majesté la grandeur de celui qui vit le jour dans cette hospi-\ntalière, riante et calme maison, tandis que le regard et l'esprit\npeuvent, maintenant comme alors, contempler les merveilleux\nhorizons de la Thuringe, s'immergeant sans peine dans l'infini et\nl'éternel.\nGomme la patrie de Bach, celle de Mozart est d'un irrésistible\nenchantement. Pourtant, tout y est très différent. S'appuyant sur\nles premiers contreforts des Alpes géantes et sévères du Salz-\nkammergut, la ville où naquit Mozart voit cependant entre ses\nmontagnes s'étendre à perte de vue une plaine riante et fertile\nvers des sommets éloignés qui barrent l'horizon de leur grande\nombre sinueuse. La cité elle-même, avec ses maisons italiennes,\nson Dôme demarbre éclatant, ses grandes et claires résidences prin-\ncières et épiscopale, sa rivière impétueuse et large, flot de vie,\nest avenante, riante et semble heureuse, et la pluie, pourtant fré-\nquente ici, ne lui enlève pas son exquis sourire ni sa gaieté inté-\nrieure. La population a la même grâce séduisante, et l'on ne\ns'étonne pas qu'en un tel milieu soit né le plus clair et le plus mé-\nlodieux génie de la musique : Mozart. C'est au n° 9 de la Getrei-\ndestrasse, rue commerçante, étroite, animée, au troisième étage\nd'une maison où se vendent, aujourd'hui comme autrefois, épi-\nceries et graines, que cet enfant de la grâce et du génie vit le jour.\nC'est l'appartement même qui est converti en musée. On y accède,\nsur la rue, par une grande porte ancienne en fer, surmontée à la\nclef de voûte d'une fine et jolie figure féminine, symbole gracieux\nque la fantaisie d'un architecte d'autrefois disposa bien par hasard\nau-dessus de cette entrée. Un escalier obscur aux vieilles rampes\nde bois tourné nous conduit à l'étage intéressant, et nous péné-\ntrons dans la demeure peu éclairée, aux plafonds bas, de la famille\nMozart. Nous ne retrouvons pas ici., comme à la maison Bach, sur-\ntout un intérieur ancien orné de quelques portraits de famille où\nvivaient des artistes aisés et modestes ; non, ici, c'est exclusive-\nment le « musée », mais il contient une belle collection de re-"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.58", "texte": "862\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nliques ; aussi est-il suggestif et intéressant au plus haut point.\nDeux grandes chambres suffisent à peine à grouper tant de trésors.\nCe qui frappe au premier moment, c'est le nombre relativement\ngrand de portraits de la famille Mozart, originaux ou copies.\nL'illustre Wolfgang-Amédée y est représenté à tous les âges :\nfigure toujours aimable et souriante, où les coups souvent rudes\nde la destinée n'ont pas gravé de plis amers ni de rides précoces;\nla joie intérieure, une essentielle sérénité qui d'ailleurs a ses mo-\nments grands et sublimes autant que la douleur ou l'héroïsme,\nsemble n avoir jamais quitté cet enfant de lumière ; elle a souri\ndans ce petit coin tranquille ou fut son berceau, où se trouve\naujourd hui son buste glorifié entouré de couronnes et de rubans\nofferts à chaque festival. Elle l'a suivi à travers toute son enfance\ndéjà glorieuse dont plus d une chose rappelle ici les triomphes,\ncar on a fêté à l'envi le petit prodige ; voici le joli violon offert à\nVienne à l'enfant de six ans; puis la bague que lui donna à cette\népoque aussi 1 impératrice Marie-Thérèse, qu'il avait ravie au con-\ncert de la cour, autant que la toute jeune Marie-Antoinette. C'est à\nl'envi aussi que peintres et dessinateurs semblent avoir voulu\nfixei les tiaits de ce petit charmeur, délicieuse figure émergeant\ndes jabots de dentelles blanches et à laquelle l'habit de gala, un\npeu raide, ne pouvait enlever la grâce mutine et l'exquise simpli-\ncité. L'expression de Wolfgang n'a pas moins de finesse que celle\nde la sœur Nannerl, et il n est pas de groupe plus charmant que\ncelui où nous les voyons ensemble, simplement et tendrement ap-\npuyés 1 un sur l autre, ou exécutant a deux en parfaits virtuoses\nleur musique bien-aimée. Plus d'une fois le père Mozart se mêle\nau petit ensemble et le dirige avec son autorité de musicien sûr.\nQuant à la mère de Mozart, nous la retrouvons ici aussi ;un\nbeau portrait vient nous rappeler cette aimable Anna Perti, cette\népouse et mère attentive, gardienne d'un foyer d'art qu'elle ne\nquitta que pour accompagner son jeune fils à Paris où elle mourut\nsi prématurément. Ainsi nous revoyons les images si diverses du\ngénial enfant entourées de celles qui lui furent chères avant toutes\nles autres. De ces années insouciantes, d'autres témoins nous re-\ntiennent ; une epinette et un piano de concert en beau bois et aux\ntouches jaunies que le plus souvent, au gré de sa propre fantaisie,"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.59", "texte": "SANCTUAIRES DE MUSICIENS\n863\n\nle petit Mozart animait sous ses doigts agiles. Non loin des instru-\nments, des feuilles de papier nombreuses nous rappellent la pré-\ncocité du compositeur en cet enfant délicat : pages mélodiques,\nsimples d'abord, mais à 7 ans déjà une sonate (en majeur), écrite\nà Bruxelles en 1763, au cours d'une tournée. Des affiches, des\nmédailles, des autographes, nous parlent sans fin de la prodigieuse\net multiple activité de l'adolescent, enfin de l'homme parvenu à\nl'épanouissement de son génie, livrant trésor sur trésor : les ma-\nnuscrits, quels qu'ils soient, de musique de chambre, de sym-\nphonies (dont la symphonie, dite composée à Paris en\n1776), du Te Deum,d'un Kyrie,etc., accusent tous une facilité\nd'écriture étonnante, une clarté de conception si immédiate et nette\nque les ratures y sont exceptionnelles. Et vraiment on ne peut\ns'empêcher de reconnaître devant de telles preuves un pur génie\nde lumière qui créait, suivant un juste mot de Grieg, « comme\nun Dieu, sans peine et sans douleur. »\nAuprès des pages musicales sont rangées quelques lettres fine-\nment et vivement écrites un ; goût accusé pour l'emploi du fran-\nçais s'y affirme plus d'une fois ; parfois des lettres entières sont\nen cette langue, dont l'une, charmante de tendresse et d'enjoue-\nment, àsa chère Stanza (sa femme, Constance Weber); d'autres,\nécrites en allemand, ont souvent leur en-tête en français aussi.\nAu mur de la salle, des autographes, des affiches suggestives de\npremières représentations d'opéras : Titus, Constanze e Belmonte\n(1 Enlèvement au sérail), Die Zauberflôte {la Flûte enchantée). Quant\nà cette dernière, elle montre éloquemment quel cas Em. Schi-\nkaneder, auteur du livret et directeur de théâtre, faisait de son\nillustre collaborateur : tandis que le librettiste affiche en grandes\nlettres son propre nom comme « auteur » de l'opéra, celui de\nMozart n'y paraît qu'à l'arrière-plan et à l'ombre comme com-\npositeur de la musique. Au bas de l'affiche, cette amusante petite\nnote-réclame pour attirer et flatter le public : « M. Mozart, par\namabilité et considération pour le public, dirigera en personne, et\nM. Schikaneder jouera Papageno. »\nMais l'hommage des siècles suivants au musicien immortel de\nla Flûte enchantée proclame ici avec bonheur les multiples re-\nvanches que le temps apporte aux grands méconnus de certaines"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.60", "texte": "864\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M\n\nheures. Les affiches des festivals signées des plus grands noms de\nla musique, les cinq albums chargés de signatures modestes et\nillustres dont celle de Franz Liszt ouvre royalement la série, enfin\nles nombreuses médailles, en sont autant de témoignages. Dans\nune jolie bibliothèque, superbement reliées, l'imposante série\ndes œuvres complètes de Mozart évoquent magnifiquement ce\nclairet fécond génie.\nA toutes ces reliques précieuses, une autre est venue s'ajouter\ndepuis peu : le crâne de Mozart, retrouvé au vieux cimetière du\nfaubourg Saint-Marx (Vienne) et légué au musée par V. Hyrtl.\nEst-ce vraiment l'authentique? De temps en temps, des doutes\ns'élèvent encore à ce sujet, et avec raison sans doute, car il fut tou-\njours difficile de déterminer l'endroit exact où Mozart fut inhumé ;\nune gravure, bien connue par ses reproductions, le Convoi du\npauvre, nous rappelle les tristes circonstances de l'enterrement\nde Mozart : par la froide et pluvieuse journée de décembre, per-\nsonne ne suivit le grand disparu à sa dernière demeure. Cons-\ntance Mozart elle-même, dont le musée possède un joli portrait et\nla touchante page d'adieux qu'elle écrivit dans l'album de famille,\nla nuit même de la mort de son mari (5 décembre 1791 ), Cons-\ntance même, dis-je, ne put jamais le savoir avec précision. Quoi\nqu'il en soit, le crâne conservé religieusement peut très bien être\ncelui du maître ; il n'a de caractéristique que le grand dévelop-\npement de la mâchoire et de l'orbite ; une des particularités du\nvisage nous est nettement révélée dès l'entrée du musée :\nc'est la dimension de l'oreille, développée chez le maître bien au\ndelà des proportions normales. Signe assurément curieux, en ce\ncas, de facultés auditives également extraordinaires. Mais plus\nmerveilleuses encore furent la clarté de conception, la vivacité et\nla richesse de l'invention, la finesse de la sensibilité, portées àun\ndegré supérieur chez Mozart dont rien ne put voiler la pure et\nadorable sérénité. Comme Tamino, il sortait inchangé, toujours\négal à lui-même, de toutes les épreuves.\nSalzbourgtout entière est encore remplie de son clair souvenir:\nde la rue animée voisine du Monchberg au Kapuzinerberg opposé\nsur lequel fut transportée, de Vienne, la mignonne maison de bois\noù fut composée l'incomparable Flûte enchantée, tout ici parle de"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.61", "texte": "SANCTUAIRES DE MUSICIENS\n865\n\nce lumineux génie que l'histoire de la musique ne connaîtra qu'une\nfois.\nDans quel autre ciel, dans quelle atmosphère différente nous\npassons en invoquant, après le nom de Mozart, celui de Beethoven !\nLa puissance prométhéenne est là, mais c'est une grandeur tra-\ngique dominée le plus souvent par un ciel de tourmente. L'œuvre\nentier de ce maître, ses carnets de conversation, sa correspon-\ndance nous l'ont dit à chaque page. Aussi n'est ce pas sans une\némotion profonde mêlée de mélancolie et d'une immense admi-\nration que l'on pénètre dans la modeste maison qui l'a vu naître\net où sont aujourd'hui rassemblés tant d'objets qui lui furent fa-\nmiliers et une collection d'autographes et de portraits importante.\nBonn, ensontemps, n'était sans doute pas ce qu'elle est aujourd'hui ;\nd'anciennes gravures nous la montrent toujours assez animée ce-\npendant, avec ses rues étroites descendant vers le Rhin, ses mai-\nsons aux pignons pittoresques s'alignant en groupes serrés ; mais\nelle n'avait sûrement, pas plus qu'aujourd'hui, ni la sérénité en-\nveloppante d'Eisenach, ni le sourire déjà tout méridional de Salz-\nbourg. Le fleuve large et puissant, la plaine environnante s'éten-\ndant à l'infini, bornée seulement au sud par la ligne déjà loin-\ntaine des Sept-Montagnes et de forêts sévères, favorisait par contre\nl'essor des rêves les plus audacieux mêlé de la mélancolie du\nnord et de la grandeur héroïque du pays rhénan.\nC'est dans cette atmosphère que Beethoven passa ses jeunes\nannées. L'aspect de sa maison natale, arrière-bâtiment situé dans\nla cour tranquille d'une maison de la Bonngasse, donne au premier\naspect une impression de souriante retraite sous les vignes vierges\nqui tapissent gracieusement les façades. Ce calme ne vous quitte\nqu'en présence des petites chambres où habitait la famille Bee-\nthoven lorsque naquit son grand Ludwig. Elle est toujours là,\ncette mansarde exigtie à fenêtre unique et basse où est né ce roi\nde la symphonie. Ce n'est pas sans émotion que l'on regarde ce\nlieu de naissance si humble où le buste du compositeur et quel-\nques couronnes parlent seuls de sa haute et vraie gloire issue de\nce petit coin modeste. Aucune image de Beethoven enfant ne\nnous est parvenue. On n'a pas fixé à l'envi ses traits comme ceux"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.62", "texte": "866\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\ndu petit Mozart ; il ne connut jamais non plus aussi brillante jeu-\nnesse. Les premiers portraits du maître de Bonn sont de la quin-\nzième à la vingtième année, et nous révèlent une physionomie un\npeu farouche dans sa mélancolie précoce, mais néanmoins em-\npreinte d'une extrême bonté. Témoin de ses jeunes années aussi,\nle vieil orgue de l'église Saint-Remi, sur lequel il joua si souvent\net qu'un curé de la paroisse s'est fait un devoir d'offrir au musée.\nTous les autres souvenirs ont rapport au « grand Beethoven ».\nLes portraits, originaux ou reproductions, deviennent nombreux\nà partir de la 25e année.\nL'un des plus expressifs est, certes, le tableau original de Ferdi-\nnand Schimon, de 1819. Le génie, la force de concentration, la\nbonté profonde du maître, y parlent avec une éloquence rare, et\nl'impression produite par cette image est peut-être d'autant plus\nintense qu'elle est complétée par celle des deux portraits qui l'en-\ncadrent à droite et à gauche : d'une part, celui de sa mère, simple et\nsympathique créature, la seule peut-être dont le jeune enfant eut\nquelque caresse; d'autre part, celui de la noble, belle et si bonne\nThérèse de Brunswick, « l'immortelle bien-aimée », certes bien\nsupérieure àla Guicciardi qui ne peut lui disputer ce titre. La\ndouceur et la modestie de son profil de vierge sont d'une pénétrante\nsuavité, et tout dans ses traits et son attitude annonce autant\nde grandeur d'âme que de bonté et de simplicité apparentes. C'est\nce tableau même qu'elle offrit à Beethoven en témoignage d'affec-\ntueuse admiration, avec cette courte mais suggestive inscription au\nverso qui honore autant celui à qui elle fut dédiée que celle\nqui l'écrivit : Dem seltenen Genie,\nMenschen. (Au rare génie, au grand artiste, à l'excellent homme.)\nCelle qui avait si entièrement, si parfaitement compris toute la\nsupériorité de l'artiste et la bonté de cet être aux dehors plutôt\nfarouches, ne put malheureusement créer pour celui qu'elle\naimait et vénérait ainsi le foyer de paix et de joie familiale; mais\nelle n en fut pas moins une puissante inspiratrice et un bon génie,\naimant et consolant pendant toute la vie de ce grand solitaire.\nAprès la mort de Beethoven, ce fut elle encore qui s'occupa acti-\nvement de rassembler ce qu'elle put de souvenirs du maître, afin\nde pouvoir les léguer un jour au musée dont elle caressait déjà en"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.63", "texte": "SANCTUAIRES DE MUSICIENS\n867\n\nesprit le projet de fondation. Son image dans ce sanctuaire est la\nplus douce, la plus lumineuse de toutes ; qu'elle rappelle la suave\njeune femme ou la vieille dame dans sa coiffe de dentelles noires,\ntoujours elle semble veiller avec une immortelle bonté sur ces lieux\noù tout repose si tranquillement aujourd'hui.\nD'autres grandes affections de Beethoven sont encore évoquées\nauprès de celle-ci en une série importante de gravures, de photo-\ngraphies, de tableaux ; je citerai au hasard ceux de Haydn, de\nRiess, de Schindler, des nobles familles von Breuning et Wegeler,\nde Giulietta Guicciardi, celle-ci d'apparence un peu hautaine ;\nenfin ceux des illustres protecteurs, princes et évêques que\nBeethoven rencontra pendant sa vie d'artiste.\nL'image attachante de Thérèse de Brunswick nous a distraits\nun moment de celle de Beethoven même, et c'est elle qui fait\npenser aux autres amis ; mais revenons-en à celles encore si\nmaître. Les énumérer toutes serait une fasti-\ndieuse et sèche nomenclature, et je préfère n'en rappeler ici que\nquelques-unes caractéristiques. Une jolie miniature d'Hornemann,\nde 1802, nous montre Beethoven au temps du testament d'Heili-\ngenstadt, noble et sérieux, mais sans la marque du désespoir qui\nl'envahit si profondément à ce moment. Un autre portrait, de\n1818, par Schuster, précédant donc un peu celui peint par\nSchimon dont nous avons parlé, nous le représente cette fois par-\nfaitement heureux et calme, d'une sérénité totale, comme nous ne\nle reverrons guère plus : ce fut l'image d'un court moment de paix\nà Modling, dans la verdoyante et belle campagne viennoise toute\nfleurie ; l'esprit de Beethoven est au reste dans les régions supra-\nterrestres : les premières esquisses de la Messe solennelle sont de\ncette époque, et la Symphonie avec chœurs hantait déjà aussi sa\npensée. Mais bientôt une vie terrestre plus âpre le rappelle de ce\npays de rêve et plonge Beethoven dans l'humeur sombre et\nfarouche que nous lui voyons sur la plupart des autres portraits.\nCette image heureuse de Modling n'est elle-même qu'une exception,\ncar toute une série de portraits du maître vers 38 et 45 ans nous\nmontrent, sous une mobilité d'expression extrême, un même fond\nde souffrance et de grandeur, d'amertume et de bonté. Toujours\nl'orage et la tempête autour de ce front, mais une force morale"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.64", "texte": "868\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nsupérieure et puissante semble avoir enfin élevé le Beethoven de\n4Ô ans au-dessus des atteintes de la tourmente. La différence\nd'expression entre les deux séries de ces portraits accuse forte-\nment une transformation, plutôt une ascension morale considé-\nrable. Elle est d'ailleurs constante chez cet idéaliste génial, et les\ndernières images, nombreuses, de 1825 à 1827, nous en donnent\nde frappants témoignages. Quelques-unes même avec leur note un\npeu comique, tel le Beethoven méditant tout en cheminant, coiffé\nd'un haut de forme rejeté dans le cou, l'habit négligé et n'ayant\nplus de façon, celles-là même ne peuvent faire rire, tant il y a\nautour de cette tête, sous ces apparences, de douleur et de gran-\ndeur tout à la fois.\nCette lutte et cette tourmente perpétuelles dont quelque chose\nde beau et de grand se dégage toujours victorieusement, caracté-\nrisant ce visage, voilà aussi ce qui nous frappe, au premier regard\njeté sur les manuscrits. Toute cette sublime musique a coûté le\nplus souvent une peine immense ; l'œuvre a été forgée par la main\nd'un martyr à la pensée prométhéenne, parmi les éclairs et la\nfoudre ; les copies les plus nettes elle-mêmes n'ont jamais la\nclarté sereine d'une page de Mozart. Qu'il s'agisse de quatuors,\nde sonates, la 27 comme la 111, de l'ouverture de Coriolan, d'es-\nquisses de la Missa solemnis, de simples lieder, c'est toujours la\nmême nature tourmentée, ardente, jamais satisfaite, pour qui les\nnotes sublimes semblent sans doute toujours encore en dessous\nde la pensée inspiratrice. Beethoven ne se plaisait au reste qu'aux\nchoses les plus élevées ou à la simple et si grande nature, sources\npremières de ses émotions transcendantes. Quelques objets fami-\nliers de sa table de travail conservés au musée (buste de Brutus,\ninscriptions encadrées de temples d'Égypte, etc.) nous le rappellent\nici encore. Une autre vitrine contient les quatre précieux instru-\nments à cordes, tous beaux spécimens de la lutherie italienne, sur\nlesquels furent joués, du temps de l'auteur même, ses merveilleux\nquatuors ; ceux-ci reliés en séries, sous couverture de maroquin\nrouge, occupent la partie inférieure du meuble. Non loin de ces\nglorieux souvenirs sont disposés sur une petite table vitrée les\ncornets acoustiques de toutes dimensions dont Beethoven s'aidait\npour entendre ; quelques-uns sont étonnamment grands, mais,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.65", "texte": "SANCTUAIRES DE MUSICIENS\n869\n\nhélas ! pas beaucoup plus qu'avec l'instrument familier d'environ\n3o cm. de long, le pauvre grand artiste ne pouvait ouïr ses chefs-\nd'œuvre, et dans la conversation, les petits « carnets » furent\nencore les meilleurs aides. C'est pour ce sublime et malheureux\nsourd aussi que Conrad Graf, de Vienne, construisit le piano à\nquadruples cordes, dernier instrument de Beethoven, que le musée\nconserve à côté d'un beau clavecin de prix sur lequel le maître\njoua souvent, mais qui appartenait au prince Lichnowski.\nComme au musée Mozart, les médailles à l'effigie de l'artiste\nsont nombreuses ; on y voit égalemeent deux moulages de la\nfigure du maître, des plus intéressants: l'un par Heckel (Beetho-\nven à quarante-cinq ans), l'autre par Dannhauser, pris le jour de\nl'autopsie, au lendemain de la mort du compositeur, en 1827. Ce\ndernier masque est celui dont quelques œuvres d'art importantes\nde ces dernières années se sont particulièrement inspirées pour la\nreproduction du visage du maître. Celle de Max Klinger, dont il\nfut beaucoup question ces derniers temps, est du nombre ; une\nphotographie du célèbre monument se trouve au musée ; la con-\nception, certes originale, du statuaire ne nous semble pourtant pas\ntrès heureuse, et nous lui préférons infiniment le monument élevé\nau Central Friedhof de Vienne, avec ses belles figures allégo-\nriques, et même la simple mais belle statue en pied qui se trouve\nà Bonn (1), et dont une série de gravures au musée nous racontent\nl'inauguration. C'est d'abord l'arrivée par le Rhin ; une foule\nconsidérable était au débarcadère pour recevoir la statue ; avec\nnon moins d'empressement, on la retrouve aux cérémonies musi-\ncales, dans les églises et les salles de concert de la ville, puis à\nl'inauguration proprement dite du monument, qui eut lieu en\nprésence de toutes les hautes personnalités et autorités de Bonn,\ndes environs, de l'étranger même ; au premier rang, on remarquait\nla reine d'Angleterre Victoria et Albert, le prince consort; parmi les\nmusiciens, le grand Franz Liszt apportant ici encore l'hommage de\nsa haute admiration et l'appoint de son inappréciable concours\n\n(1) On sait qu'elle fut le but de fréquentes promenades de Robert Schu-\nmann, pendant ses dernières et tristes années à l'asile de santé d'Endenich,\nprès de Bonn."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.66", "texte": "870\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nartistique. Le musée conserve, à côté des gravures, le procès-ver-\nbal de la cérémonie signé de noms illustres.\nUne petite salle est réservée presque exclusivement aux portraits\net bustes des admirateurs et interprètes célèbres de Beethoven,\nparmi lesquels Joachim et Hans de Biïlow brillent au premier rang.\nL'hommage des siècles et des pays s'inscrit au reste modestement\nde jour en jour, au livre des visiteurs, et je crois que peu le signent\nd'une main indifférente, car s'il est une chose émouvante, c'est\nbien la visite de cette petite maison tranquille, isolée des bruits\nde la rue, où tout respire le silence et la grandeur, mais qui rap-\npelle aussi tant de tragiques et sombres journées accumulées sur\nla tête de celui qui reste l'un des plus profonds musiciens de tous\nles temps. C'est à ce grand souvenir que j'arrêterai mon étude,\nme réservant de parler une autre fois des sanctuaires wagnériens\net autres. J'ai préféré ne grouper en ces pages que les impressions\nressenties dans ces temples modestes et calmes autour desquels\nrègne sans plus de discussions l'universelle admiration. Eisenach,\nSalzbourg et Bonn ont chacune le leur, et quand on considère\ntour à tour les grands génies qu'on y vénère, on ne saurait dire où\nl'on adore avec le plus de ferveur : dans l'olympienne sérénité de\nBach, dans la lumière radieuse de Mozart ou dans la grandeur\nprométhéenne de Beethoven. Auprès des trois maîtres, on se sent\nsur des çimes différentes, mais de clarté égale et rayonnante.\n\nMay de Rudder."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.67", "texte": "LE MOIS\n\nA SAINT-WANDRILLE.\n\nM. et Mrae Maeterlinck ont fait à William Shakespeare les hon-\nneurs de leur abbaye de Saint-Wandrille. Toute la presse, Figaro\nen tête, a bruyamment informé le public de cette imposante\nmanifestation. Il pourrait sembler inutile d'en parler encore\naujourd'hui. Et pourtant la musicologie a son mot à dire : elle a\nparticipé à cette soirée tragique ; elle en a surveillé la musique,\nassez réduite, il est vrai, puisqu'aucun compte rendu ne semble\nen avoir remarqué la présence.\nC'est le sort habituel des pièces de Shakespeare, en France, du\nmoins. On oublie qu'elles sont musicales, et disposées dès leur\norigine par un homme qui savait ce qu'est le pouvoir des sons.\nQuelques faiseurs d'opéras se sont, il est vrai, souciés des drames\ndu vieux Will, pour les exploiter à leur manière ; mais les tra-\nducteurs, adaptateurs, reconstructeurs de Shakespeare àl'usage du\npublic français sont bien, avouons-le, un peu embarrassés de la\nmusicalité évidente de ces œuvres. Le décorateur, le costumier,\nle poète translateur, n'ont qu'à laisser parler leur compétence ou\nleur imagination. Mais le musicien, auquel le Conservatoire n'a\njamais dit un mot de Shakespeare ni de la musique anglaise du\n\n4\n\nS. I M."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.68", "texte": "872\nBULLITIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\nJ\n\nxvie siècle, se trouve légèrement empêtré, et alors on s'en tire\ncomme on peut.\nMme Maeterlinck, qui a non seulement le respect de l'art, mais\nencore celui de l'histoire et de la vérité, n'avait pas manqué de re-\nmarquer l'emploi de la musique dans Macbeth. Elle fit part de ses\npréoccupations à Charles Bordes, l'infatigable et audacieux Char-\nles Bordes, qui, à son tour, prit conseil de Pierre Aubry. Et je me\ntrouvai moi-même engagé dans ces consultations qui avaient bien\nquelque chose de médical : il s'agissait de rendre à Lady Mac-\nbeth et à ses partenaires l'usage de leurs organes musicaux, dont\nils étaient privés depuis longtemps, et au besoin de procéder à\nquelques amputations nécessaires.\nL'idée d'une musique contemporaine des personnages légendai-\nres fut tout d'abord écartée. Elle se serait harmonisée avec le décor\nde Saint-Wandrille, mais l'absence de texte la rendait abso-\nlument irréalisable. En outre, c'est de la conception de W. Sha-\nkespeare qu'il s'agit dans cette œuvre et non de la vérité histori-\nque du x® siècle. Le mieux eût été de restituer à le vête-\nment sonore dont cette œuvre s'est parée à sa première apparition\nsur les planches anglaises. Là encore, le mauvais sort empêcha la\nreconstitution : tout d'abord parce que les indications de Shakes-\npeare sont souvent trop vagues dans cette pièce pour permettre\nune identification, et surtout parce que M. Maeterlinck a, dans son\nadaptation particulière, sacrifié précisément les parties où la mu-\nsique aurait pu intervenir avec une certaine autonomie.\nS'appujfant sur le mauvais état des traditions, sur les interpola-\ntions reconnues ou probables, l'auteur de Pelléas a retranché de\nMacbeth tout ce qui pouvait retarder l'horreur de ce sombre\ndrame. Il a supprimé la scène narrative du sergent et le rôle d'Hé-\ncate. Celui-ci est en effet, si l'on veut, un intermède lyrique ;\npar conséquent aussi un moment musical. Les sorcières et la\nmaîtresse de leurs enchantementsévoluent dans une atmosphère\nmusicale. Le fantastique et le mystérieux se glissent un instant\navec elles parmi les conjurations et les meurtres, et tout aussitôt,\npar la force même des choses, la musique paraît, comme le rayon\nde lune sur la bruyère pâle. M. Maeterlinck n'a pas autorisé cette\ndistraction. Les deux chansons : vene\\ et"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.69", "texte": "LE MOIS\n873\n\nn'ont donc pu trouver leur place à Saint-Wandrille. Est-ce un bien\nou un mal tJe ne saurais dire.L exégèse shakespearienne est une\nterrible chose. Il reste cependant acquis à l'histoire de cette uni-\nque représentation que le traducteur a réservé ses sympathies\npour le drame et sacrifié le lyrisme.\nDans ces conditions, la musique devenait accessoire et l'ana-\nchronisme peu dangereux. Il a suffi à notre ami Aubry de puiser\ndans 1 ouvrage de Chappel, Oui english popular music, et de\nfaire choix de quelques pièces du xme au xvi° siècle. Celles-ci,\nconfiées à la famille des hautbois par Charles Bordes, suffirent aux\nentrées instrumentales indiquées par Shakespeare. On ne sau-\nrait affirmer qu'elles furent inutiles, mais elles se fondirent dans\n1 intense émotion de cet étrange spectacle. Tous ceux qui ont as-\nsisté à cette soirée historique ont eu l'impression que la musique\nn'était point absente, mais ils n'ont point songé à la juger. Un de\nnos amis, M. F. Custot, nous écrit à ce sujet : «... J'avoue que,\nfasciné par le spectacle qui se déroulait devant moi dans cet in-\ncomparable décor, subjugué, hypnotisé par la puissance de ce\ndrame, ensorcelé par ces visions où je ne démêlais plus la réalité\net la fiction, je n'ai pas écouté la musique ! Mais ce que j'ai enten-\ndu, ces sons vagues, ces harmonies lointaines, étouffées, ont inten-\nsément ajouté à mon émotion. J'étais si totalement pris, secoué, je\nme suis trouvé si brusquement transplanté de dix siècles en arrière,\nque je n'ai pu me livrer à aucune analyse de la partie musicale ;\nje ne me suis, sous ce rapport, rendu compte de rien. Il me sem-\nble d'ailleurs que l'admirable artiste qui a conçu et réalisé cette\nextraordinaire représentation a relégué la musique du drame\nau vrai plan où Shakespeare l'eût voulu placer. Ce génie drama-\ntique devait sentir que, de là, elle n'agirait que mieux sur les\nnerfs de ses auditeurs; il ne s'est pas trompé avec moi... »\nEst-ce bien ce qu'a voulu Shakespeare ? Que M. Maeterlinck me\npermette encore une fois de poser la question et de ne pas la résou-\ndre. Pour que ce débat fût intéressant, il faudrait étudier à loisir\nle rôle de la musique dans le drame shakespearien, comme l'ont\ntenté Elson, Naylor et, chez nous, M.Bellaigne. Il faudrait surtout\npouvoir entendre une de ces œuvres pourvue de la musique ori-\nginale. Et, ne nous faisons pas d'illusions : l'adaptateur qui nous"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.70", "texte": "874\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\nJ\n\ntransporterait tout à cou pen face de la réalité de 161 5 nous cau-\nserait une vive déception. Ce que nous aimons en Shakespeare,\ncomme en toutes choses, c'est nous-mêmes.\n\nJ. Ecorchevillé.\n\nLa musique en Suisse romande\n\nMa dernière lettre de Suisse romande est trop lointaine pour\nque j'essaye de vous donner fût-ce un résumé des faits musicaux\nsurvenus dès lors dans ce coin de pays. Ce n'est pas à dire que ces\nfaits aient été d'importance première et considérable ; du moins\nfurent-ils excessivement nombreux, et de la physionomie actuelle\nde notre vie musicale, je me bornerai à dire qu'elle révèle chez\nle public une préoccupation, un besoin de musique toujours plus\naccusés, en quoi notre public ne fait que suivre, je crois, un\nmouvement général,— et ceci, qui est plus singulier, à savoir une\ncuriosité toujours plus vive et même une certaine accoutumance\nrécente du mouvement musical contemporain, des œuvres fran-\nçaises notamment.\nAprès une série d'auditions et de conférences consacrées à vos\ncompositeurs essentiels, et où se dévoua le plus souvent le talent\nprobe et distingué de Mlle Hélène Luquiens, il semble que nos\namateurs dont je vous indiquais naguère les tendances très alle-\nmandes commencent à s'enquérir de ce qui se passe outre-Jura ;\nl'attitude de la presse à l'égard de Debussy, par exemple, a changé\nà peu près du tout au tout ; elle reste assez « journaliste », si je\npuis dire, mais moins inélégante qu'elle ne fut à certain mo-\nment.\nL'évolution qui se marque ainsi dans nos concerts occasionnels\net dans le goût du public n'est guère à constater, par contre, et sauf\ndans un cas dont il sera question tout à l'heure, dans nos institu-\ntions régulières de concert. Celles-ci restent assez fidèles à leur\nroutine et répètent un répertoire presque invariable dans des pro-\ngrammes peu soucieux d'unité et d'harmonie."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.71", "texte": "LE MOIS\n875\n\nA la direction des concerts symphoniques de Genève, M. Risler,\npuis M. Stavenhagen, ont succédé à M. Willy Rehberg ;M. Risler\nn'y a pas montré des dons particuliers de chef d'orchestre ; M. Sta-\nvenhagen, titulaire définitif de la place, ne s'est guère signalé\njusqu'ici, à l'exception de quelques initiatives intéressantes (exé-\ncutions de symphonies de Bruckner et de Mahler), que par des\nqualités de métier et d'habileté technique.\nA Lausanne, M. Birnbanne parti a été remplacé à la tête de\nl'orchestre, après un concours tumultueux, par M. Alonso Cor de\nLas, qui y fit une carrière brève et sans gloire. J'aurai d'ailleurs\nà reparler sans doute de l'orchestre de Lausanne, complètement\nréorganisé, et de son nouveau chef qui sera nommé au moment où\nparaîtront ces lignes.\nLe fait essentiel de la dernière saison est l'impulsion subite et\nsingulièrement vive que donna aux concerts du\nla direction nouvelle de M. F. de Lacerda. Ceux qui ont pu appré-\ncier à la Schola Cantorumde Paris, à\nriques de Nantes ou dans tant d'autres cercles musicaux l'activité\nartistique de M. de Lacerda, comprendront qu'un si vrai et si\ncomplet musicien ait attiré dès son arrivée, en septembre dernier,\nl'attention non seulement de Montreux, mais de toute la contrée..\nTout de suite on remarque dans l'organisation des concerts\nune disposition ingénieuse des ressources musicales du Kursaal.\nGrands concerts symphoniques le jeudi, concerts classiques, com-\nprenant généralement de la musique de chambre, le samedi, autres\nconcerts de tenue moins sévère, il n'est pas une de ces manifesta-\ntions pourtant bien nombreuses qui ait fait la moindre conces-\nsion au mauvais goût ; chacune a sa signification et comme son\nchaque programme réalise une unité harmonieuse et diverse,\nun équilibre sans monotonie. Enfin on ne tarda pas à s'aperce-\nvoir que la succession même de ces programmes n'était nullement\nlivrée au hasard ; dès les premiers s'esquissaient de rapides cycles\nd'évolution de l'ouverture ou de la symphonie ; et maintenant que\nla saison touche à sa fin, leur ensemble montre la réalisation de ce\nqui devrait être l'idéal des institutions de concerts comme les\nnôtres : une vue harmonieuse du passé, une étude intelligente du\nprésent."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.72", "texte": "876\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLa plupart des chefs, lorsqu'ils regardent le passé, ne vont guère\nau delà de Haydn et Mozart, sauf pour sauter à Bach et Handel\nou demander à Rameau quelques airs de ballets, toujours les\nmêmes et dans des arrangements douteux. A cet égard, en tout\ncas, l'originalité de M. de Lacerda est éclatante. Guidé moins par\nune curiosité d'archéologue que par un goût de pur musicien,\nmais de musicien érudit, celui-ci sait à merveille choisir dans le\npassé des œuvres toujours vivantes; et les vieux maîtres français,\nitaliens, allemands et anglais apportent une contribution notable\net précieuse à ses programmes.\nQuant à l'art contemporain, il est deux écoles auxquelles M. de\nLacerda a fait un appel fréquent et qui se voyaient pour la pre-\nmière fois rendre une si belle justice en Suisse romande : celle\ndes jeunes Français et celle des Cinq Russes.\nContre quelques oeuvres de Saint-Saëns, Leclerc, Grétry,\nGluck, Berlioz, Bourgault-Ducoudray, Fauré, Chausson, il faut\nciter dans les œuvres françaises jouées cet hiver :\nRameau : Fragments de Castor et Pollux.\nde Zoroastre.\ndes Festes d'Hébé.\nd'Hippolyte et Aricie.\nFranck: Fragment de Rédemption.\nLalo : Rhapsodie norwégienne, Concerto.\nD lndy : Fragment de Médée, Suite en ré, Fervaal.\nRopartz : LaCloche des Morts, Adagio pourvioloncelleetorchestre.\nChabrier: Espaùa, Suite pastorale,\nDuparc : Phydilé.\nDebussy : Prélude à l'après-midi\nRabaud : Procession nocturne.\nParmi les musiciens russes, ce sont Borodine\nde l'Asie centrale, danses du Prince Igor), Rimsky-Korsakow\n(Capriccio espagnol, Antar)et Glazounow qui ont\nle plus souvent paru au programme. Qu'on ne croie point que\ncette mise en évidence des musiques française et russe, trop igno-\nrées chez nous jusqu'ici, ait empêché M. de Lacerda de rendre"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.73", "texte": "LE MOIS\n877\n\njustice à l'art allemand. Les grands maîtres d'outre-Rhin, les\ngénies de la symphonie et de l'ouverture, ont occupé dans ses pro-\ngrammes la place essentielle qui leur revenait, et l'on a pu applau-\ndir il y a quinze jours encore à un\" festival Beethoven-Wagner tel\nque n'en eut pas mieux composé un authentique Germain.\nIl ne faudrait d'ailleurs pas voir dans les programmes de ce\npremier hiver une réalisation intégrale des intentions de M. de\nLacerda. En arrivant à Montreux, celui-ci y trouvait un orchestre\nrestreint, accoutumé à des chefs allemands, et d'autre part sur-\nchargé de besogne. Que de ce premier contact entre un orchestre\nsurmené et contraint aux travaux les moins propres au perfection-\nnement musical de ses membres et un chef nouveau, étranger en\nsomme, fécond en initiatives inédites, ait pu naître cette série si\nriche et sans défaillance de beaux concerts, voilà qui est tout à\nfait surprenant et remarquable, et tout à l'honneur à la fois du chef\net de ses musiciens.\nEntretouslesconcertsdeM.de Lacerda, il en est un que je\ntiens à mentionner. C'est celui que le Kursaal de Montreux orga-\nnisa à son bénéfice et que l'on nomma très justement sa\ntique. Le programme, excessivement copieux, semblait un résumé\nquintessencié de cette première saison. Le public, compact, ma-\nnifestait par des rappels incessants et des envois abondants de\npalmes et de fleurs son enthousiasme et sa sympathie. Enfin des\nartistes avaient tenu à marquer particulièrement leur sympa-\nthie pour le chef d'orchestre, en participant au concert. C'était\nMlle Lily Béraneck, jeune cantatrice très douée, qui remplaçait au\npied levé Mme Troyon-Blaesi, une de nos bonnes artistes.\nC'était surtout M. Joachim Nin, venu tout exprès de Berlin\npour jouer le Concerto en ré de Bach. Notre public entendait\npour la première fois M. Nin, et l'impression que fit ce très sobre\net très consciencieux artiste sur des auditeurs accoutumés aux vir-\ntuoses démonstratifs fut prodigieuse. Sous l'apparente froideur\nde l'attitude et du jeu, on ne put pas ne pas sentir la vigueur pro-\nfonde de la pensée et du sentiment, l'émotion pénétrante et con-\ntenue. Ce fut une glorieuse et superbe victoire delà sincérité sur\nle charlatanisme,et qui dut encourager l'auteur delà remarquable\npetite brochure : Pour l'art."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.74", "texte": "878\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nLa « fête » de M. de Lacerda a été la consécration judicieuse\nd'une saison musicale susceptible de marquer le commencement\nd'une ère nouvelle pour notre vie artistique. On tient volontiers,\ndans nos villes d'étrangers, la musique pour un accessoire coûteux\net nécessaire, mais privé d'intérêt en soi, et fait pour accompagner\nsans les gêner les thés et attractions des casinos. M. de Lacerda\nvient de démontrer qu'elle peut être autre chose; le succès de ses\nconcerts auprès de la colonie étrangère prouve à l'évidence que,\nfaite avec une réelle conscience et distinction artistique, elle est\nà elle seule un puissant élément d'intérêt.\nSouhaitons que cette vérité nouvelle soit comprise, et qu'ap-\nportant petit à petit dans la composition et l'effectif de son or-\nchestre, ainsi que dans ses conditions de travail, les améliorations\nnécessaires, M. de Lacerda poursuive son œuvre. Nos administra-\nteurs s'apercevront alors que, peu à peu, l'accessoire coûteux est\ndevenu productif, et qu'un attrait d'un ordre nouveau s'est ajouté\nà ceux que l'on ne cherchait jusqu'ici que dans le pittoresque de\nnos montagnes et de nos lacs.\n\nE. Ansermet.\n\nMUNICH SÉJOUR D'ÉTÉ MUSICAL.\n\nIl l'est, et prétend le devenir, dès l'an prochain, encore davantage.\nMais, déjà cette année-ci, la grande conception se dessine d'une sorte de\nville d'eaux, de séjour de plaisance pour mélomanes, où ils seraient as-\nsurés de trouver, dans le plus parfait recueillement et les meilleures con-\nditions d'hygiène musicale, des séries d'auditions cycliques de l'œuvre\nentier de certains maîtres, exceptionnellement soignées. Oh ! la volupté\nspirituelle d'entendre, tout à son aise, la suite entière des neuf sympho-\nnies de Beethoven, des neuf de Bruckner, des neuf de Mahler, des quatre\nde Brahms, et puis d'en faire table rase pour tout l'hiver ! Pouvoir\nconsacrer l'hiver entier aux nouveautés, aux raretés et aux exhumations.\nAu lieu d'entendre dix fois par saison l'ouverture de n° 111,\nune demi-douzaine de fois les sempiternelles 111, V, VI, VII et IXe,\nne plus les aborder qu'une seule fois (deux tout au plus avec la répétition\ngénérale), un seul jour par an, comme on fait ses pâques ! Le cycle\nBeethoven-Bruckner-Brahms, de M. Ferdinand Lœwe, àla Société des"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.75", "texte": "LE MOIS\n879\n\nconcerts (ancien Kaïm Saal) nous aura fait entrevoir cet idéal, et à lui\nseul aura compensé la pitoyable décadence descycles Wagner et Mozart,\ndevenus de véritables improvisations,celui-ci au\net celui-là, au Prince Régent, de simples représentations de répertoire\ncourant, tous deux désormais la proie des Américains, pour qui tout est\nbon. Un vigoureux effort cependant, réclamé avec énergie et courage par\nla presse locale, pourra, n'en doutons pas, les rendre à leur ancien lustre.\nLe projet aboutira sans doute aussi de monter, au éga-\nlement, les Troyens et les drames de M. Richard Strauss. Un essai a été\ntenté avec Elektra,qui a donné ce résultat satisfaisant d'assourdir l'or-\nchestre au point qu'une oreille un peu familière avec la musique de\ndemain n'y pouvait plus rien percevoir d'insolite ! Puis nous avons eu\nencore l'essai de fourrer dans l'Abîme même la de\nBerlioz, celui-là pas trop réussi, semble-t-il !\nEn attendant, pendant que dans les domaines de MM. von Speidel\net Mottl règne pas mal d'anarchie, qu'on cherche et que, pour le mo-\nment, on ne se retrouve même pas soi-même, la Société des concerts, dont\nM. Lœwe est l'âme, M. Koch la tête, et dont une noble Mécène, Mrae Bar-\nlof, fournit le nerf, vient d'avoir l'intelligente initiative que j'ai dite. Le\ncycle d'auditions de cette année s'est composé des neuf symphonies de\nBeethoven, une par soir, escortées, sauf la IXe, d'une de Brahms ou de\nBruckner. En plus, une soirée spéciale pour la VIIIe de Bruckner et\nune soirée spéciale consacrée à Brahms avec, outre la IIIe Symphonie,\nl'ouverture pour unt fête académique et le double Concerto pour violon\net violoncelle, exécuté à merveille par MM. Henri Marteau et Hugo\nBecker. Brahms a du reste encore bénéficié du Concerto de piano en si\nmajeur, exécuté par M. Frédéric Lamond,etde On\nannonce d'ores et déjà, pour l'été prochain, la reprise de quelque chose\nd'analogue, mais avec exclusion de Brahms cette fois, puique nous en\nallons être saturés prochainement, lors des premières grandes fêtes spé-\nciales qu'organise la nouvelle et puissante Société Brahms. Je vous en\nrendrai compte à leur heure. En attendant, il est donc décidé qu'en\n1910 M. Lœwe nous donnera les neuf symphonies de Beethoven avec\nenfin, pour la première fois consécutivement, les neuf de Bruckner.\nC'est le gros événement du cycle de cette année que cette impatroni-\nsation définitive de Bruckner dans la société des « grands B ». Et il s'y\ncomporte, à vrai dire, beaucoup mieux que son rival de la vie terrestre.\nPour la première fois, il reprend son droit d'aînesse sur Brahms et la\nplace usurpée par celui-ci. Brahms n'est plus que le Racine de ce\nCorneille, et jamais n'a été mieux démontrée l'inanité de la prétendue\naffiliation de Brahms à Beethoven. Bruckner y a droit infiniment mieux\nque lui. Si je ne venais pas d'user des noms de nos grands classiques,\nje serais tenté de les reprendre pour dire que si Beethoven représentait\ntout à la fois Corneille et Racine additionnés, il est clair que Brahms ne"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.76", "texte": "880\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nlui serait qu'une sorte de Voltaire. Mais ce ne sont là, ce ne peuvent être\nque des façons de parler. La nature et l'histoire ont beau tout recom-\nmencer, les génies eux ne se recommencent pas. Tout au plus s'évoquent-\nils les uns les autres. Méfions-nous de la facilité de ces comparaisons :\nelles sont encore plus dangereuses que commodes, et la seule excuse du\nparallèle est de pouvoir être poussé jusqu'au point où, enfin, s'expriment\nles plus profonds traits des individualités, du frottement de l'une par\nl'autre. Un parallèle pour être bon n'est jamais court. Bruckntr, âme\nvéhémente, expansive et tendre, autrichien, catholique, autodidacte, non\npas illettré mais sans érudition, grand poète contemplatif à la François\nd'Assise, mais ni artiste, ni styliste, musicien jusqu'aux moelles et\nsachant la musique comme Raymond Lulle la logique, est l'exemple\npeut-être absolu du génie dépourvu de talent et du sens de la mesure.\nBrahms, âme bourrue, timide et retorse, esprit pondéré et minutieu-\nsement érudit dans les choses et l'esprit de son art, homme du Nord,\nprotestant, environné des princes de la science, sans imagination créa-\ntrice, mais doué de cette imagination qui invente et parfait le détail, et\nqui est la caractéristique même du talent, scoliaste de génie si l'on veut,\nmais esprit critique avant tout, féru d'admiration pour la culture uni-\nversitaire, c'est décidément, auprès du maître de Linz, l'éternelle oppo-\nsition de l'hanséate, du commerçant du Nord, devenu autorité musicale,\net de l'âme populaire danubienne et alpestre. Or Beethoven, avant eux,\na été le premier exemple de la possibilité d'une résolution harmo-\nnieuse en un seul homme de quelques-uns de ces admirables contrastes\nengendreurs de vie artistique, contrastes Nord et Sud, catholicisme et\nesprit moderne, cœur et raison, Prusse et Autriche, plaine de sables et\nrégion alpestre, dont un autre exemple encore plus complexe, encore\nplus universel, embrassant en plus l'Orient et l'Occident, le monde\nslave et le monde latin, l'allemand et l'asiatique, nous est donné aujour-\nd'hui en Gustave Mahler.\nCar Mahler, grâce à M. Lassalle, n'a pas été absent de notre été musi-\ncal. Il ne faut certes pas comparer la hâtive ébauche, pleine de fougue\net d audace, qu il nous a donnée, au moyen de son orchestre admirable-\nment routiné, mais si indiscipliné, de la IVe symphonie du Maître\nde Vienne et New-York (i), avec n'importe laquelle des auditions si\nsoignées que nous devons à M. Lœwe. Ce serait rapprocher un\ncharbonnage de M. Hœlzel d'une gravure de M. Klinger; mais j'estime\nqu une grande reconnaissance est due par nous tous à M. Lassalle pour\nce que, prisonnier des circonstances et d'un orchestre qui a les qualités\n\n(i) Celle connue des orchestres allemands sous l'indication de « au violon\ndésaccordé » (abgestimmt); celle, si l'on veut, de la cuisine des anges, pour ne\nla désigner toutefois que par un détail extérieur, comme on dit de telle de\nHaydn, celle au roulement de timbales."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.77", "texte": "LE MOIS\n881\n\nde ses dé'auts, c'est-à-dire à peu près celles d'un cheval vicieux, il\nnous a permis de juger de l'effet de Mahler au beau milieu du cycle\nBeethoven-Brahms-Bruckner. Ce fut comme si l'on avait ouvert un\nparc enchanté à nos ébats, et qu'on nous eût chassés d'entre les bancs\nd'école au grand air. Le lendemain, une répétition Lœwe nous faisait\nl'effet d'une rentrée des classes.Ou bien que, revenus de l'atelier de\nKlimt, nous entrions au musée devant des Poussin, des Lebrun et des\nSalvaior Rosa. La IVe de Brahms s'écoutait comme on eût lu des pages\nde Sainte-Beuve, récrites par Brunetière, et ce fut à grand'peine que\nla VII0 de Beethoven nous fit échapper à cette vie des livres, qui tout\nsoudain semblait succéder à cette vie de la à travers l'un\ndes cerveaux les plus merveilleusement lucides de notre temps. Et\nencore était-ce pour nous montrer une bien plus\napothéose que danse tout court, et surtout que la pressentie par\nMallarmé, cette danse, idée et nature dansées, dont l'œuvre de Mahler\nnous fait si souvent entrevoir l'espérance, sinon déjà la réalisation pre-\nmière. Mon Dieu ! ce sont là choses si grandes, qu'on semble toujours\nen parler à la légère, surtout en Allemagne, dès qu'on ne se prosterne\npas. La VIIe de Beethoven n'a plus besoin que nous nous prosternions,\nDieu merci, nous l'aimons et la savons au point qu'elle fasse partie de\nnotre substance. Et l'heure de la VIIe de Mahler n'est sonnée que\nd'hier.\nIl n'est rien de tel pour donner la sensation du dimanche, à ceux à\nqui la messe ne suffit pas, que les habits du dimanche. Tous les soins\nextérieurs pris par l'Association des concerts, pour le bel ordre et la\nbonne ordonnance de ses offices de la Sainte Trinité musicale du\nxixc siècle, ont bien contribué à en augmenter l'éclat. Un concert d'hi-\nver dont le programme se composerait uniquement de et\nde l'ouverture de Léonoren° 111, risquerait beaucoup de nous sembler\nchose banale. M. Lœwe réussit à en faire un événement extraordinaire :\nc'est bien 1 Mais comme nous sommes reconnaissants à l'administra-\ntion d'avoir modifié et amélioré le podi de jadis ; repeint ou rafraîchi\nla salle, mieux harmonisé ses couleurs et ses rideaux; couvert de guir-\nlandes de roses cramoisies son buffet ; installé une librairie dans son\ncorridor ; commandé des affiches, des programmes et des billets d'un\nnoble aspect, de ce classicisme renouvelé aux meilleures sources, dont\nl'Hellène Gysis a implanté le goût, vraie réforme devenue religion, de la\nmonomanie pseudo-grecque des règnes de Louis lerIer ici, et là-bas d'Othon.\nTous ces menus soins extérieurs et matériels correspondent absolument\nà ceux tout spirituels que M. Lœwe apporte à la formation et à la dis-\ncipline de son jeune orchestre, en tel contraste d'armée régulière, in-\ntelligente, aussi bien élevée que bien astiquée, avec la bande de francs-\ntireurs qui semble avoir élu M. Lassalle pour chef, à l'unique\ncondition de n'en être jamais contrariée. Ces jeunes gens de bonnes"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.78", "texte": "882\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nmanières, et aussi respectueux de la musique que de leur directeur,\nsemblent mettre leur point d'honneur à saisir les moindres finesses de\nses intentions. Tous les violons, du premier au dernier, ont été munis\ndes meilleurs instruments de fabrication récente, que l'on connaisse en\nAllemagne, ceux de la firme Neu de Berlin, en sorte que\nl'homogénéité du son soit parfaite. On n'obtiendra jamais rien de pareil\nd'un orchestre dont certains individus auraient quelque Stradivarius ou\nun Amati, tandis que la majorité jouerait sur des instruments de vingt-\ncinq ou même de dix mark. Cinq minutes avant l'entrée du chef d'or-\nchestre, tout bruit d'accordage ou d'essai de passage scabreux doit avoir\ncessé, de telle sorte qu'aucune sonorité instrumentale n'ait précédé l'at-\ntaque. C'est au moins d'aussi bon effet, pour préparer au recueillement,\nque l'extinction des lumières au théâtre. Un seul détail de ce genre serait\npeut-être négligeable ; leur réunion ennoblit à plaisir ces belles fêtes,\nuniques jusqu'ici en Europe. Est-il besoin d'ajouter que le service du\nvestiaire et des portes, la discipline de l'intérieur vont à l'unisson de\nla discipline de l'orchestre ? Le cycle de\n1901 restera un modèle de festival en soi, autant qu'un de ces modèles\nd'organisation de fêtes compliquée, dont l'Allemagne acoutume de nous\ndonner d'utiles exemples, qu'il s'agisse de la réforme de la mise en scène\nau Théâtre des Artistes, et de ses Expositions internationales d'art qua-\ndriennales, aussi bien que de son service des postes et des paquets. Mais\nle nom sur lequel il faut clore cette chronique est celui auquel de-\nmeurera à tout jamais attachée la survivance de l'œuvre de Bruckner,\net cela suffirait à la gloire d'un homme celui du parfait ami et dis-\nciple, celui de l'excellent éducateur d'orchestres, celui du directeur-\npoète Ferdinand Lœwe.\n\nWilliam Ritter.\n\nLA FÊTE DES VENDANGES A BORDEAUX\n\nLe journal la Petite Gironde eut l'heureuse idée de glorifier le bon\nvin de Bordeaux par un triduum bachique où, dans un décor naturel,\ns opéra une fois encore cette « fusion des arts » pourtant si décriée depuis\nWagner. Donc pendant trois jours le Gascon en liesse acclama de ma-\ntinales cavalcades symboliques, et remplit chaque après-midi l'immense\namphithéâtre que MM. Alfred Duprat et Ferret aménagèrent fort artis-\ntement sur la fameuse place des Quinconces.\nNous n'insisterons pas sur les défilés évocateurs des chars où les\nLandes et les Pyrénées ; Dax, Libourne, Blaye, Saint-André et laßéole ;\nArcachon et Marennes ; les vins du Médoc, des Graves, de Sauternes et"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.79", "texte": "LE MOIS\n883\n\nde Barsac ; le cognac et l'armagnac ; la prune et le chasselas ; le liège,\nle verre et la résine ; enfin les vendangeurs et leurs instruments, étaient\npittoresquement figurés, sous l'égide de Cérès, de Bacchus et d'une\nreine Louis XV, grâce au talent divers de nombreux artistes décorateurs-\nIl est certain, dans l'ensemble, que les couleurs en général harmonieuses\net les groupes décoratifs ingénieusement disposés formaient un spectacle\ndoux à l'œil sinon à l'oreille, car il nous faut regretter l'absence d'un\nrythme musical par quoi le cortège se fût scandé. Quoi qu'il en soit,\nnous n'aurons que des louanges à adresser sur cet aspect très caractéris-\ntique des fêtes, aux organisateurs et à leurs auxiliaires ignorés.\nJugerons-nous aussi favorablement les représentations de l'après-midi,\nce Bacchus triomphant,poème lyrique en trois actes d'Henri Cain et\nCamille Erlanger ? Ici, nous pourrions émettre quelques réserves. Le\nlivret, écrit dans une langue assez plate, met en action anodine et par-\nfois puérile la délivrance de Burdigala, assiégée des Barbares, grâce au\nnectar divin qu'une jeune fille, nouvelle Geneviève, offre au rude Hun-\nther ; celui-ci ne résiste point au charme du philtre, et éloigne ses\nhordes mécontentes bien que chargées d'outrés pleines et de ceps dorés.\nDisons à la décharge du poète que son drame, si mince soit-il, sert de\nprétexte à de gracieux tableaux, et qu'ainsi nous lui eussions pardonné\nune trop manifeste stérilité inventive si le soleil fût venu animer ces\ntableaux d'une jolie tonalité antique, au lieu de fuir devant la grêle et\ngrignotante pluie, ou de se cacher sous de gros nuages maussades.\nLa musique est certes bien meilleure. M. Erlanger a fort bien com-\npris ce qui convenait à un théâtre de plein air, et que son ordinaire\npolyphonie, tourmentée ou enchevêtrée, fût demeurée sans écho dans\nl'immense hémicycle où vingt-cinq mille auditeurs avaient pris place,\nbruyamment. Il conçut une partition très vocale, avec d'amples mélodies\net des récitatifs lents et fortement accentués, avec des chœurs en général\nhomophones, bien que de larges accords à la Hsendel eussent été peut-\nêtre plus impressionnants. Son orchestre lui-même s'allégea volontaire-\nment, se limita aux grandes lignes rythmiques ou à la diction très\nsonore des tonalités importantes. Car c'était bien là, en effet, que devait\nporter l'effort du compositeur <XAphroditell y avait une naturelle oppo-\nsition de rythmes à établir entre ces souples chants des Méridionaux et\nles baroques hurlements des féroces Barbares. Et l'ivresse bachique que\nle bordeaux communiquait àceux-ci devait se traduireen gammesvolup-\ntueuses où s'exhalât comme un hoquet le le triton...\nM. Erlanger n'y a point manqué, et, à ce double point de vue, son\nœuvre est des plus réussies.\nLe leit-motivprincipal de la partition, celui que nous entendrons cons-\ntamment et parfois avec quelque impatience ouvre le premier\nacte : Les Fêtes de la Terre,clamé par de retentissantes trompettes. Ce\nthème, vraiment annonciateur, est d'un tour mâle et fier, d'une heureuse"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.80", "texte": "884\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\nJ\n\nfigure rythmique. Le compositeur le travaille, l'ouvre, le cisèle, en lui\nconservant toujours sa noblesse et sa fermeté, pendant la marche et la\ndanse qui suivent. Les cordes d'abord, puis les cuivres, enfin des choeurs\nd'hommes, s'emparent en un long crescendo de cette idée musicale que\nles spectateurs eurent tôt fait de retenir. Mais ici nous parvenons à un\nautre épisode où s'inaugure une nouvelle et enlaçante figure rythmique\ntraitée polyphoniquement. Elle forme contraste avec la déclamation\nexpressive de Cérès (Mme Litvinne) et l'hymne fier de Bacchus (M. Mura-\ntore). Les voix de la déesse et du jeune dieu s'unissent en un ardent\nEvohc ! auquel les chœurs répondent par de belles imitations. La fantai-\nsie tonale la plus absolue se joue à l'orchestre au cours des évolutions\ncapricieuses du peuple, et surtout de l'agaçante (par son triton) danse\nbachique de la volupté (Mlle Regina Badet). Cependant Silène (M. Cla-\nverie) fait son entrée burlesque, et les rythmes se brisent, se déhanchent\net nasillent, tandis que le chœur mis en joie acclame son idole. Par\nainsi nous revenons au thème primitif chanté par tout l'orchestre, et qui\nclôt dans la note claire ce très remuant premier acte.\nJe préfère surtout la seconde partie :\nSi, au point de vue scénique, cette arrivée brutale de guerriers hideux ne\nproduit qu'un médiocre effet, du moins la musique se distingue par une\nvigueur d'accent, une franchise d'exécution, une diversité d'expression,\ndes plus remarquables.\nLe compositeur exprime avec bonheur l'animation du peuple de la\nville gasconne, puis son effroi lorsque les Barbares s'approchent, et son\nardente prière aux dieux qui l'ont jusqu'ici protégé. L'entrée du chef\nHunther (M. Muratore) est d'un bel emportement. La danse qui suit se\nrythme par syncopes sur des tonalités chromatiques assez volup-\ntueuses. Puis ce sont les porteurs d'amphore qui, blanche théorie,\nviennent supplier les envahisseurs. Un fort polithème de quatre notes\ntraduit l'exquise pudeur de la jeune Gauloise (MUe Chenal) qui, à l'image\nde sa sœur de Lutèce, ose intercéder pour ses frères vaincus. Ce thème\nprésente d'ailleurs des analogies avec le motif principal du Faust\nde Liszt ; mais le développement qu'il reçoit ensuite dans le long et\nbeau chœur des Gaulois lui rend son originalité. Et l'acte s'achève en\nune habile progression d'un effet bellement sonore.\nLa troisième partie, intitulée les donne à l'auteur l'oc-\ncasion de tableaux pittoresques. On remarque maintenant en sa mu-\nsique le judicieux emploi de thèmes populaires. Et l'arrivée du Prin-\ntemps (MUe Chenal) est une fort jolie chose, avec d'inévitables et wag-\nnériens Murmures,mais aussi des sonorités adoucies de cloches\njoyeuses. Bacchus s'avère ensuite en une phrase bien rythmée, « l'Eté\nresplendissant », à quoi répondent, adoratrices, les voix unies des deux\ndéesses. L'arrivée de l'Automne est saluée par le chœur ; un mouvement\nde valse anime toutes les ondes sonores ; et, par un heureux rappel des"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.81", "texte": "LE MOIS\n885\n\nthèmes du premier acte, le compositeur amorce la marche triomphale\nqui clôt magnifiquement cette œuvre singulière.\nEn résumé, nous dirons que M. Erlanger a su trouver les accents qui\nconvenaient à un spectacle de plein air ; qu'il a réalisé cette couleur po-\npulaire qui seule pouvait retenir l'attention d'un public bien peu savant;\net que son ouvrage, cependant, conserve une noble tenue musicale qui\nsurprit agréablement les quelques auditeurs difficiles et naturellement\ndéfiants. Ce bel effort d'art sobre et ému méritait tous les bravos ; il\nles obtint. Et nous y joignons bien volontiers les nôtres.\nNous saluerons aussi avec admiration l'extraordinaire Litvinne,\nIsolde rêvée et Cérès idéale ; l'exquise Chenal, de voix inlassable et si\npure et d'eurythmie parfaite ; puis le splendide Muratore, comédien\nconsommé, chanteur à la voix harmonieuse ; enfin le bien Silène Clave-\nrie que nous revoyons toujours avec plaisir.\nEt quant à Réginaßadet, l'exquise ballerine s'est complu à des es-\npiègleries innocentes à coup sûr, mais qui ont un peu déçu tous ceux\nqui n'avaient point eu l'heur de la connaître dans ses créations tana-\ngréennes d'Aphrodite.\nEn terminant, nous remercierons de son heureuse\ninitiative ainsi que de l'accueil particulièrement empressé réservé par elle\nau représentant de notre S. I. M.\n\nHenri Collet.\n\nCONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE DE LIÈGE.\n\nLe 21e congrès d'archéologie et d'histoire s'est réuni à Liège cet été.\nCes congrès, qui se répètent tous les deux ans, constituent à peu près\nles seules occasions où les Belges puissent prendre rang parmi les musi-\ncologues. L'érudition musicale ne possède en Belgique ni organe, ni\nmoyens de groupement, ni possibilité d'atteindre le grand public. L'his-\ntoire de la musique n'est point enseignée dans les Conservatoires et la\nSociété Internationale compte cinq membres dans la Belgique tout\nentière !\nOnze communications concernant la musique ont été faites à ce con-\ngrès. M. Lavoye a traité de la musique pendant la Renaissance ; M. van\nden Borren a apporté le début de son ouvrage sur Guillaume Dufays ;\nles Drs Jorisenne et Dwelshauvers ont émis le vœu que les bibliothèques\ndes Conservatoires royaux soient régulièrement ouvertes au public. Des\ntrésors inestimables gisent là, et la science a le devoir de les revendiquer.\nA Liège en particulier, les manuscrits appartenant au fonds Terry, dont"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.82", "texte": "886\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\nl'acquisition a été faite il y a vingt ans, ne sont communiqués que selon\nle bon vouloir du directeur. Ceci dépasse les bornes d une querelle d in-\ntérêt local ; certains problèmes essentiels de l'histoire musicale (les ori-\ngines de la sonate, par exemple) ne seront élucidés que le jour où cette\ncollection sera définitivement ouverte.\nUn manuscrit qui eut les honneurs du congrès, le 888 de la Biblio-\nthèque universitaire, est actuellement à Paris, entre les mains de\nM. Guilmant, qui va prochainement le publier dans sa magnifique col-\nlection des Archives de l'Orgue.ll comprend surtout des pièces ap-\npartenant au répertoire des églises liégeoises vers 1615. Quelques-unes\nde ces pièces furent exécutées au congrès par MM. Lavoye, Lucien\nMawet et Fernand Mawet, organistes. Les exécutions musicales orga-\nnisées à cette occasion comprenaient encore une sonate de Hamal\n(1738), la Symphonie concertants un concerto\npour flûte de J. Goclet, et des pièces vocales de Hamal, Grétry et\ndu Mont.\n\nJ. D.\n\nA SAINT-JEAN-DE-LUZ.\n\nNotre ami Bordes, dont l'initiative est inlassable et dont les rêves\ntrouvent toujours le moyen de se réaliser, vient d offrir aux amateurs\nde musique ancienne un spectacle original. Il a fait représenter, a\nSaint-Jean-de-Luz, \\iphi génie de Gluck sur un théâtre de verdure,\navec le concours d'éléments chorégraphiques tout à fait inattendus.\nDans le domaine de M. le vicomte de Gironde, à côté de Mlle Nougaret\n(Iphigénie) et de M. Simonet (Thoas), on vit le 29 août le ballet des\nguerriers exécuté par un double quadrille de danseurs basques, descen-\ndus des hautes vallées, et stylés par M. Rougier, venu tout exprès de\nMontpellier pour conseiller ces danseurs agrestes.\nL'épreuve était audacieuse. Elle réussit pleinement. En quelques jours\nces Basques montagnards se transformèrent en Scythes parfaits, sau-\nvages, souples, vigoureux et plastiques.\nIl y a une morale à tirer de cet incident artistique. La danse de nos\nprovinces françaises n'est donc pas encore remplacée par l'uniformité du\nboston. Le simple paysan, avec quelques bons avis, est capable de mon-\nter directement sur les planches et d'y faire bonne figure, sans passer par\nl'Opéra. Il a donc encore conservé des traditions qui lui permettent d'af-\nfronter les évolutions d'un ballet. Ceci posé, par l'heureuse tentative\nde Bordes, nous allons voir certainement un de ces jours les danseurs\nbasques sur une scène parisienne,l'Opéra-Comique ou la Scala. Le mou-"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.83", "texte": "LE MOIS\n887\nS. I. M.\n\nvement de décentralisation artistiqueva être immédiatement exploité par\nun directeur, au profit de la capitale, et s'achever par un acte de\ncinement. Ou bien je me tromperais beaucoup.\n\nJ. E.\n\nREPRISE DES COURS ET CONCERTS\nAu cours Sauvrezis, la rentrée a eu lieu 82, rue de Passy, et 4, rue de\nla Sorbonne, le 4 octobre. Le cours degymnastique rythmique inauguré\na/ec succès lan dernier est continué par Mlle Bréchoux (méthode\nJ. Dalcroze).\nM.Paul Vidal devient collaborateur du cours pour la composition\net l'orchestration.\nUne place de plus en plus importante est donnée à la musi-\nque d ensemble : musique de chambre, orchestre, chant d'ensemble,\nchœurs.\nLes auditions historiques comprendront Beethoven, Mendelssohn,\nSchubert. Enfin signalons un cours d'histoire de la musique de cham-\nbre, depuis les origines, par M. Louis Laloy ; un quatuor réuni par\nM. E. Borrel donnera les exemples.\nLes cours de dessin, peinture, modelage, auront comme corollaire un\ncours d'histoire de l'art (antiquité) fait par M. I. L. Blanchot.\n*\n¥ *\nLes concerts de la Société Hœndelreprendront le mardi 14 décem-\nbre, avec une audition des œuvres de Leur vaillant directeur,\nnotre collègue Félix Raugel, ira quelques jours plus tard à Besançon\nconduire le Messie de Haendel, dont il a reconstitué l'orchestration ori-\nginale.\n*\n* *\nMlle Elisabeth DELEZ, cantatrice et professeur de chant, reprendra ses\ncours et leçons chez elle, 38, rue Pergolèse, le ier octobre.\n★\n* +\nA Versailles, notre collègue E. de Bricqueville reprend ses classes\nd instruments anciens : vielle, théorbe, trompette marine et clavicorde.\n5"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.84", "texte": "888\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nLA LIBERTÉ DE L'ENSEIGNEMENT MUSICAL.\nC'est là une très grave question qui a souvent préoccupé 1 opinion.\nPar ces temps de syndicats, les défauts de l'indépendance sautent aux\nyeux et les avantages de la collectivité prennent une importance consi-\ndérable. Notre collègue M. Daubresse a entrepris dans le Monde musi-\ncal sur ce sujet délicat une très intéressante étude qui a pour résultat\nen ce moment toute une organisation de diplômes et d'examens dont la\nSociété des musiciens de France a pris l'initiative. Nous reviendrons\nbientôt sur ce projet.\n\nLES GRANDES ÉPOQUES DE LA MUSIQUE.\nEncouragés par leur succès de la saison derniere, MESDEMOISELLES\nMARY et FERNANDE PIRONNAY et M. PAUL LANDORMY organisent pour cet\nhiver une série de dix conférences musicales avec auditions, qui auront\nlieu à 5 heures, àla salle de la Société d'Horticulture, de quinzaine en\nquinzaine, à partir du lundi 8 novembre. Ils se sont assuré le concours de\nMLLES Marthe Dron, Duranton, Gellée, Mme Marthe Landormy, WXe Blan-\nche Selva, MM. Marseillac, Motte-Lacroix, pianistes ; de Mmes Marie-\nAnne Delacre, Fournier de Nocé, Mlle Viard, cantatrices ; de\nMlles Crespi, Pitois, Durand, MM. Paul Baudoin, Daniel Hermann, vio-\nlonistes ; de M. Revel, violoncelliste, et de M. Mondain, hautboïste ;\ndu Quatuor vocal Philip et du Quatuor Parent. Le programme com-\nprendra cette année l'histoire de la musique instrumentale et plus parti-\nculièrement de l'école allemande jusqu'à la fin du xvine siècle. Ala\npremière séance on entendra des œuvres très curieuses pour violes du\nxine siècle, découvertes par M. Aubry, des danseries pour instruments\nà cordes du xvie siècle, publiées par M. Expert, et des pièces de virginale\net de clavecin des écoles anglaise, française et italienne du xvie et\ndu xviie siècle.\nEntrée : cinq francs.\nAbonnement, ou série de 10 billets : 30 francs.\nNous sommes heureux d'annoncer que de retour à Paris, M. A. DAN-\nDELOT reprend ses réceptions chaque jour de 2 à 4 heures. Les bureaux\nde l'administration de concerts sont ouverts de 9 heures à midi et de 2 à\n6 heures."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.85", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\nSCHMIDT(H.) ET HARTMANN (U). Ric (Lpz.\nK. Klinner, 1909, in-12 de 140 pp. Mk. 3.)\nCe petit volume est charmant et infiniment agréable à parcourir. Il\npeut former le pendant de ces souvenirs wagnériens publiés récemment\npar Mme J. Gauthier dans la Revue de Les auteurs se sont avisés de\nrecueillir à Bayreuth, parmi les survivants de la grande époque, toutes\nles anecdotes, même les plus minimes, dont se souvenaient avec orgueil\nceux qui ont approché le maître.\nNous voyons ainsi Wagner aux prises avec son jardinier, son serru-\nrier, son entrepreneur, son relieur et... ses chiens. Ces légères silhouettes\nont, malgré tout, leur importance et leur signification historique. Elles\nprécisent assez vivement la physionomie de l'auteur de Parsifal. Celle-\nci, par exemple, est instructive. Un jour, vers 1874, la musique militaire\ndu régiment de chevau-légers, casernée à Bayreuth, vint souhaiter la\nfête du maître en exécutant devant Wahnfried la marche de\nWagner descend et demande un da général sous sa direction. «Au-\ncune musique militaire, ajoute-t-il, n'a, jusqu'à présent, donné d'exécu-\ntion satisfaisante de cette marche. Cela tient à ce que Messieurs les chefs\nde musique ne veulent pas prendre mon mouvement. » Et tout aussitôt,\nil se met à battre à 2/2 la mesure que le chef des chevau-légers venait\nde prendre à 4/4. Ce temps rapide se prolonge assez longtemps, non\nsans causer quelque flottement, puis le mouvement se ralentit et l'on\narrive à l'accord de neuvième, qui précède la fin du morceau. Ici se place\nun long point d'orgue, qui, au gré du maître, n'est pas bien observé.\n« Messieurs, s'écrie Wagner, je vais, à cet endroit, me dissimuler sous\nmon pupitre. Tant que vous ne me verrez plus, vous tiendrez l'accord en\nenflant le son ; quand je reparaîtrai vous diminuerez jusqu'au et\nalors, suivez. » Ainsi fut fait, et tout marcha bien, malgré l'accélération\nreprise par Wagner à la fin.\nCes indications sont précieuses. Une fois de plus, Wagner se montre\nici l'homme impressionnable, tyrannique, effervescent, mais bon et sen-\nsible après tout, que nous connaissons par ailleurs. En cette familiarité\napparaît très nettement un trait qui domine ce tempérament et cet art\nwagnérien : je veux dire la haine de Vimperfection. Que Wagner écrive\nun drame ou trace le projet d'un potager, qu'il songe au théâtre de l'ave-\nnir ou à l'organisation de sa basse-cour, qu'il mette en scène ou\nqu'il commande des boutons de porte, partout et toujours, il lui faut"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.86", "texte": "890\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n\n(( ce <ju iljr a de mieux ». Pas d accommodement, pas de moyen terme\npas d'obstacle. S'il se trompe, il se ravisera, et il paiera s'il le faut, mais\nd'abord la réalisation, sous sa forme rêvée. Louis XIV ne procédait pas\nautrement. Mais personne avant Wagner n'avait osé, dans le royaume de\nla musique, se montrer autocrate. Et je croirais volontiers que ce goût\nmonarchique ait ete pour quelque chose dans l'hostilité française. Un\nmusicien qui en 1860 ne tenait compte que de son bon plaisir devait iné-\nvitablement être sifflé par Je Jockey-Club. Et pourtant c'est le musicien\nqui a triomphé ! j jr\nFRANKENSTEIN L. —Richard Wagner-JahIII Bd. (1908, Berlin,\nHermann Paetel. in-8° de 500 p.)\nCe troisième tome parut avec un certain retard, et moi-même j'aurais\ndû le signaler depuis plusieurs mois déjà. Il contient une foule d'études\nde détail, qui témoignent de la vivacité quoi qu'en dise M. Saint-Saëns\n—de l'exégèse wagnérienne : Wagner épistolier, Wagner et la famille\nWeber, le chœur antique et V orchestre\nde Parsifal,etc...\nDe ces monographies, celle de Glasenapp sur la généalogie des Wagner\nm a particulièrement frappe. L histoire connaît maintenant les ancêtres\nde Richard depuis 1604. Elle les suit depuis ce moment, non pas dans\ntous leurs actes, mais assez sûrement cependant pour les voir émerger de\nloin en loin dans la melée de 1 humanité qui s'agite à travers trois siècles.\nMartin Wagner (1604-1669) était de Freiberg, en Saxe. Bedeau, maître\nd école, organiste d'une paroisse de campagne, il reste le type de sa\nfamille jusqu au xixc siecle. De pere en fils, les Immanuel, les Samuel, les\nGottlob Wagner vont se succéder dans l'étroit sillon d'une existence\nde pauvres « Schulmeister ». A travers la guerre de Trente ans, la guerre\nde Sept ans, à travers toutes les misères des invasions, des pillages, des\nvexations qui desolent leur malheureuxpays, les Wagner suivent la voie\ntracée qui les mène de 1 Université de Leipzig à l'orgue de leur petite\nville en passant par la chaire de l'instituteur. La théologie, la musique et\n1 instruction primaire, voila leur horizon pendant deux cents ans. En\n1800, le père de Richard est greffier adjoint au tribunal de Dresde; le\ngouvernement lui confie en 1806 l'organisation delà police, suivant les\nprincipes du Gode Napoléon.\nMais, après tant d'obscurité, après des générations de patience et\nd épreuve, voici que la nature prend sa revanche. Toute cette contention\nsemble s'être accumulée lentement dans le jeune Richard et jaillir de son\ngenie turbulent, inquiet, révolutionnaire. A son tour, l'humanité se sent\nbouleversée par 1 âme wagnérienne, par l'explosion de cette irrésistible\npuissance que le silence et la médiocrité préservaient, au fond de la Saxe\nhumiliée. j g"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.87", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n891\n\nBEDIER J. ET AUBRY P. Les Chansons de croisade. (Champion, 1909,\nin-8° de 3 17 p.)\nVoici un ouvrage qui offre peu de prise à la littérature. Je le constate\navec admiration et aussi avec la crainte d'être peu capable d apprécier à\nsa valeur ce travail de belle et pure érudition médiévale. Il s'agit d'un re-\ncueil de chansons en vieux français qui ont été inspirées aux xne et\nxme siècles par les croisades contre l'infidèle Orient. Chaque pièce est\nl'objet d'un commentaire historique, critique, bibliographique, littéraire\net musical qui nous documente avec une admirable précision. Malgré\ntoutes les lumières de la philologie, bien des questions posées par\nMM. Bedier et Aubry restent sans solution. Au lyrisme si souvent équi-\nvoque de ces châtelains moyenâgeux, il faut encore ajouter ici les préoc-\ncupations de la politique internationale de cette époque. Comme tout\nce qui se passe dans l'humanité, les croisades ont leurs dessous, assez\npeu édifiants d'ailleurs.\nSingulière psychologie que celle du croisé, qui va partir, qui part,\nqui est parti, ou qui finalement préfère rester chez lui ! Et quel jour\namusant ces complaintes annotées par des savants nous ouvrent sur le\nmoyen âge. A côté du bon jeune homme qui célébré 1 amour et sa dame,\non trouve le croisé rassis, pris de scrupule et qui se décide sur le tard à\nsubir les ennuis du voyage hasardeux, pour gagner son paradis. Mais on\naperçoit aussi et surtout ce que nous appellerions le leader, le porte-voix\nd'un groupe politique et local, qui se charge de formuler des craintes,\ndes remontrances, des indications, en un mot de faire de l'agitation au-\ntour d'un événement. « Aux temps pleins de félonie », la presse n existe\npas; mais la chanson, sous sa forme condensée, est, entre les mains des\nbarons musiciens, un excellent moyen de provoquer une campagne, un\nmouvement d'opinion. Ne nous y trompons pas, la musique est ici ties\nintimement mêlée à la politique des affaires du temps.\nJ. E.\nSCHOEFFER PETER.— Liederbuch. Maxn\\ 1513. (Réédition parla Gesells-\nchaft de r Miinchener Bibliojphiltn,Munich, 1909,4 parties i 11-/2 obi.\nMk. 36.)\nLa Société des Bibliophiles munichois vient de reproduire en fac-\nsimilé un très rare ouvrage de musique pratique : lelivre des chansons de\nPeter Schoeffer paru en isi3,etdont on ne connaît qu'un exemplaire.\nVoilà ce dont une société de bibliophiles français ne se serait jamais\navisée. Allez donc parler d'un pareil projet à MM. X. ou Y (pour ne\npas les nommer), et vous verrez les visages les plus accueillants prendre\naussitôt l'aspect le plus fâcheux !\nIl nous faudrait beaucoup de réimpressions semblables, n'ayant d'autre\nbut que de nous fournir le document sous sa forme originale, avec son\n\n5*"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.88", "texte": "892\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. F. M.\n>\n\naspect, sa physionomie, son entité bibliographique, en un mot. La com-\nmission du luth de notre société s'est déjà préoccupée d'entrer dans\ncette voie : espérons qu'elle y réussira et prendra modèle sur les biblio-\nphiles de Munich.\nJ. E.\nPEDRELL F. Catalech de la Biblioteca\ncelona.(Barcelone, 190 g, in-40 de 330p.)V. I.\nJ'attends, pour rendre compte de cet ouvrage magistral, l'apparition\ndes volumes suivants, mais je tiens dès maintenant à l'annoncer comme\nun monument somptueux de la musicologie. La bibliographie critique,\nmaniée par un savant comme M. Pedrell, nous promet de très utiles\ndécouvertes, dans cette terre espagnole qui est bien actuellement le jar-\ndin des Hespérides de la musicologie.\nJ. E.\nPÉRICAUD L. Le Théâtre de Monsieur.{Jorel, in-8° de xso pages,\n5 francs.)\nHistoire de l'histoire des grands et petits théâtres de Paris, écrit mo-\ndestement M. Péricaud en tête de son ouvrage : il eût pu sans forfan-\nterie y inscrire : Pour servir à l'histoire de la société pendant la Révolu-\ntion. Nous n'assistons pas seulement à la courte carrière de ce théâtre\ntondé en 1789, dans la « salle des machines » aux Tuileries, transporté\nensuite à la foire Saint-Germain, et transformé, au mois de juillet 1791,\nen théâtre Feydeau ; nous ne voyons pas seulement défiler des acteurs\ncomme MM. Saint-Preux, Gavaux, Martin, la Limpérani, la Mori-\nchelli, et d'autres moins connus encore, dont le nom sera ainsi sauvé de\nl'oubli. La Cour et la Ville se sont donné rendez-vous entre les pages de\nce petit livre : les événements mettent aux prises Léonard Autié, coif-\nfeur de la Reine, et Viotti, l'illustre virtuose, avec M. de Champcenetz\net le comte d'Angivillers ; plus tard, voici paraître Cherubini, Collot\nd'Herbois, Camille Desmoulins ; n'oublions pas les membres de la\nfamille royale, surtout le comte de Provence, qui va être déshabillé\nsans ménagements. Mais le véritable héros de toute l'histoire est avant\ntout le public, ce public parisien aussi facétieux, aussi prime-sautier,\naussi tapageur en ce temps que de nos jours.\nM. Péricaud n'échappera pas au reproche d'avoir fait là de l'histoire\nanecdotique. Le sujet comportait-il mieux ? Ce n'est pas prouvé. En tous\ncas, nous pouvons nous promettre un nouveau plaisir d'un volume sur\nle théâtre Feydeau, que l'auteur veut bien nous laisser espérer.\nM. A."}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.89", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n893\n\nJoseph Haydn und Breitkopf & Hartel. Ein Ruckblick bei der Ver-\nranstaltang der ersten vollstàndigen\nvon Dr HERMANN VON HASE. (Leipzig, 1909, Breitkopf et Hartel,\nin-8 de 64 p.)\nEntre les brochures publie'es à l'occasion du centenaire de Haydn,\nl'une des plus intéressantes est certainement celle où M. le Dr H. von\nHase a réuni et commenté tous les documents relatifs aux relations du\nmaître viennois avec la célèbre maison d'édition Breitkopf et Hartel.\nLettres originales et inédites, annonces, fac-similés d'autographes, de\ntitres de morceaux et de portraits, forment un recueil précieux de ren-\nseignements biographiques et bibliographiques qui se rapportent princi-\npalement aux dix ou douze dernières années de la vie de Haydn, à la pu-\nblication des Saisons,des Messes, des et au projet formé, du\nvivant même de Haydn, d'une édition complète de ses œuvres. Il serait\ngrandement à souhaiter que la maison Breitkopf et Hartel et ses rivales\nouvrissent souvent ainsi aux historiens de la musique leurs très riches\narchives. M. BRENET.\nPIERRE AUBRY. Trouvères et (Paris, F. Alcan, 1909,\ncollection : les Maîtres de la musique.)\n«Poète, prends ton luth», dit Musset. —« Je chante!» répond,\nd'une voix cassée, Boileau. Pas plus l'un que l'autre, ils ne songent à\nréaliser une métaphore dictée par un inconscient atavisme, par le sou-\nvenir latent de l'époque lointaine où, « autant que poètes, les trouba-\ndours et les trouvères étaient musiciens ». C'est pour restituer cette\nvérité trop longtemps négligée, c'est pour nous faire connaître en son\nentier l'art double, l'art complet de ces inventeurs de notre poésie et de\nnotre musique nationale, que M. Pierre Aubry, après nombre de sa-\nvants travaux devenus la base de toute connaissance en la même matière,\nvient d'écrire, dans la collection des un charmant\nvolume de « vulgarisation » érudite, attrayante et sûre. « Le grand\npublic, dit-il avec mille fois raison, croit assez facilement négligeable\nce qu'il ignore : ceux même qui, aujourd'hui, discutent avec faconde\nles questions de critique musicale contemporaine ne prennent qu'un\nmédiocre souci des origines de la musique française.» Nos arrière-\ngrands-pères, au temps de Boieldieu, tenaient les troubadours et les\ntrouvères pour d'excellents sujets de romances et de pendules. Dé-\nfaisons-nous de tels préjugés. Apprenons, dans les chapitres où\nM. Pierre Aubry nous explique « les genres lyriques », et plus parti-\nculièrement dans ceux, entièrement nouveaux, où il étudie chez les\ntroubadours et les trouvères les débuts de la tonalité moderne et les\nlois de la rythmique mesurée, apprenons à distinguer les éléments pre-"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.90", "texte": "894\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nmiers des choses que nous regardons comme le trésor précieux de tout\nnotre développement artistique ; « écoutons chanter les contemporains\nde Philippe-Auguste ou de saint Louis. Nous le pouvons. Nous ne les\nentendons pas parler, mais nous les entendons chanter. Nous nesavons\npas au juste comment ils prononçaient leur langue, mais nous sommes\nen mesure de reconstituer leurs mélodies avec une précision véritable-\nment scientifique. Ce résultat n'est pas négligeable. » D'autres, beau-\ncoup d'autres résultats s'associent à celui-là. Nous ne nous doutons\npas de ce qu'était la vie sociale d'autrefois, si nous restons dans l'igno-\nrance du « plus aimé de ses délassements ». Nous sommes fourvoyés\ndans nos jugements sur les origines de notre poésie, si nous la déta-\nchons de sa compagne inséparable, la mélodie ; et, qui sait? dans ces\nmélodies si vieilles, si effacées, qu'on craint, en les touchant, de les voir\ntomber en poussière, il s'en trouvera peut-être de si fraîches, de si jolies,\nde si sincères, que nous serons ravis de leur jeunesse et tout surpris\nde leur voir moins de rides qu'à d'autres, nées d'hier...\nM. BRENET.\nJULLIEN (A.). Reyer.(Paris, Laurens, in-i2de 100 pages.)\nNous sommes un peu près du maître disparu pour pouvoir le juger,\nlui et son œuvre, en toute objectivité. Aussi la biographie compétente\nque mon confrère M. Adolphe Jullien consacre à l'auteur de\nest-elle avant tout un commentaire nécessaire, un souvenir que nous\nattendions tous. La carrière de Reyer, encombrée d'obstacles et de\ngrotesques incidents, aussi peu glorieux pour les directeurs de théâtre\nque pour le public français, son œuvre si imprévue dans notre opéra\nnational, sa critique où se perpétue l'esprit diabolique de Beriioz, tout\nforme autour de Reyer un ensemble de faits et d'idées bien tentant\npour un historien de l'art, sans parler ici de son caractère et de sa\npsychologie morale, sur laquelle on ne s'entend guère.\nM. Jullien, continuateur et disciple de Reyer aux nous ra-\nconte ce que fat cette lutte d'un compositeur s'avisant, vers 1860, de\nsuivre méthodiquement l'humeur de son génie, non pas en bohème\ninsoucieux, mais en artiste sûr de lui et qui veut s'imposer. Puis il\nanalyse et admire comme il convient la production musicale de Reyer,\ndepuis le Selam,qui vit le jour en même temps que le second empire,\njusqu'à cette Salammbô,dont Paris vit le triomphe en 1892. Enfin il nous\nmontre Reyer, feuilletoniste, aux prises avec les difficultés d'un métier\ningrat en lui-même et infiniment dangereux pour un auteur qui tient\nau théâtre. Ce double jeu, qui consistait à se produire sur les planches,\ntout en restant dans la salle, à s'abandonner à l'inspiration tout en cri-\ntiquant celle des autres, était extrêmement périlleux, mais séduisait\nun esprit comme celui de Reyer, aiguisé par l'épreuve. Reyer, chroni-"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.91", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n895\n\nqueur, et chroniqueur tenu à toutes les prudences, se donnait une peine\naffreuse pour louvoyer, pour atteindre sans blesser, pour tourner ses\npointes dans le meilleur sens.\nParmi ces problèmes qui s'offrent au biographe de Reyer, un des plus\nmalaisés à résoudre est certainement celui du wagnérisme. Quels rap-\nports faut-il admettre entre l'auteur de la celui de\nIl y là d'abord une question de faits et de dates, à laquelle M. Jullien\nconsacre quelques pages. Sigurd était conçu avant que les Niebelungen\neussent fait connaissance avec le public français. Mais cette simulta-\nnéité n'exclut pas une similitude qu'il faudra bien expliquer. L'analogie\nest trop évidente entre ces deux caractères, ces deux mentalités, ces deux\ntendances esthétiques ; le romantisme commun est là pour quelque\nchose, je le sais ; et Berlioz aussi. Mais je ne puis croire, malgré tout, à\nune simple coïncidence.\nComme Gounod, comme Chabrier, comme toute la musique fran-\nçaise de la seconde moitié du xixe siècle, le drame de Reyer n'a pas\néchappé à l'ambiance wagnérienne. L'idéal intransigeant et réfor-\nmateur, le parti pris de l'épuration de l'opéra, le goût de l'héroïsme\nlégendaire, la conviction que l'artiste producteur doit faire la loi du\npublic consommateur, ne sont-ce pas les éléments essentiels de la\ndoctrine de Bayreuth, tout génie personnel mis à part?\nL'étude de M. Jullien, concise et précise, sera la première d'une\nsérie d'ouvrages de caractères divers, auxquels Reyer a droit, et que\nl'exégèse musicale ne manquera pas de faire éclore.\nBELLAIGUE (G.). Les Époques de la (2 vol. in-12 de 300 pages\nchacun, Delagrave, 1909.)\nJe signalais dernièrement le partage qui s'établit de plus en plus en\nce moment dans la musicologie, laissant l'érudit à ses archives, le cri-\ntique à son labeur quotidien, l'ami de l'esthétique à ses paraphrases, et\nsupprimant l'intermédiaire, qui avait jadis la prétention de cumuler ces\ndifférentes fonctions.\nLe nouvel ouvrage de notre éminent confrère M. Camille Bellaigue\nse place tout naturellement dans la classe de l'esthétique et confirme,\nd'une façon éclatante, d'une manière illustre, la thèse que j'avais avancée.\nLes Epoques de la musique n'auraient pu voir le jour il y a trente ans.\nElles sont nées d'un effort parallèle à celui de l'érudition maussade et\nspécialisée ; elles réconcilient dans l'inspiration l'art avec la science, la\nlittérature avec le document.\nM. Bellaigue était tout naturellement appelé à synthétiser, sous une\nforme originale et touchante, les recherches de ses confrères en musico-\nlogie. Personne mieux que lui ne sait présenter avec bonheur et auto-"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.92", "texte": "896\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\n\nrité au lecteur littéraire les conquêtes de l'histoire. Il semble qu'il y ait\ndans son style quelque chose de définitif qui inspire à la fois le respect\net la sympathie, et surtout une admirable limpidité. Un maître de l'éru-\ndition me confiait l'autre jour cette vérité qu'après avoir lu, sur un de\nses ouvrages, une chronique de Bellaigue, il voyait infiniment plus clair\ndans ses propres idées.\nCes études à vol d'oiseau, réunies en deux volumes, sont donc mieux\net plus quede simples comptes rendus. Elles nous donnentuneidée d'en-\nsemble, une vue générale du mouvement des idées, tel qu'il s'est accompli\ndans l'histoire de la musique depuis une vingtaine d'années. Les travaux\nde Gevaert sur la musique antique, le problème grégorien mis au point\nparles bénédictins, la polyphonie rendue à la vie et à la mode par Henry\nExpert, la cantate et l'oratorio amis de la Schola Cantorum, les récentes\nétudes sur la forme sonate chère à M. d'lndy et à l'excellent Shedlock,\nenfin l'opéra, depuis ses débuts jusqu'à ses querelles récentes, tout cet\nordre du jour déjà bien chargé, de la musicologie française et étran-\ngère, se trouve condensé et avec quel talent! dans les grandes Épo-\nques de la musique. Sans cesse le débat, dont M. Bellaigue note les\nphases principales, se trouve élevé par l'auteur, philosophe perspicace,\ncroyant convaincu de tout idéal. M. Bellaigue excelle à tirer la morale\ndes choses, à prolonger dans le sens du sentiment les simples indications\nde la réalité commune, à entourer, en un mot, le document d'une atmos-\nphère de poésie.\nIl ne m'en voudra pas de lui dire combien j'admire ses procédés d'exé-\ngèse séduisante et, s'il tient absolument à ce que je lui cherche querelle,\nqu'il me permette une question : Pourquoi la bienveillante sympathie\nrègne-t-elle si impérieusement dans ce livre, et où sont ces griffes dont la\nRevue des Deux Mondes nous apprit souvent à connaître les coups ? La\ncharité musicologique, dont l'Évangile ne parle pas, nous privera-t-elle\ndésormais de l'humeur personnelle, toujours si vive et si précieuse chez\nM. Bellaigue? Jen'en veux rien croire, et jeme sens même autorisé à lire\ncertaines pages des Epoques de la musique en y ajoutant le grain de sel\nattique.\nJ. ECORCHEVILLE.\nBAUX (Emile). Notes et documents inédits sur l'opéra comique et quel-\nques-uns de ses artistes pendant la Révolution. (Fischbacher, 1909,\nin-B°.)\nLe document a du bon, je ne cesserai de le répéter. Voyez plutôt.\nQuelques grimoires anciens, datant de la Révolution, tombent un jour\npar hasard entre les mains d'un homme intelligent, et tout aussitôt le\ntransforment en musicologue averti. M. E. Baux n'a point eu de cesse\nqu il n'eût découvert la biographie des personnages dont les noms se"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.93", "texte": "BIBLIOGRAPHIE\n897\n\ntrouvaient sur les pièces manuscrites parvenues jusqu'à lui. Ses recher-\nches ont été couronnées de succès. Il nous présente un certain nombre\nd'artistes auxquels on ne songe plus guère et qui, revivant en ces pages\nbien écrites, nous apportent leur contingent de faits et d'anecdotes.\nAERDE (Raymond van). — Cyprien de Rore. (Malines, L. et A.\nGodenne, in-8°de 70 p.)\nEncore une monographie, qui, je l'espère bien, deviendra un jour un\ngros livre. M. van Aerde a réuni sur Cyprien de Rore un certain nombre\nde documents précis et sûrs, tels que lettres, portraits, manuscrits auto-\ngraphes, épitaphes et enfin une bibliographie aussi complète qu'il est pos-\nsible de la donner aujourd'hui. Je regrette (l'auteur me le pardonnera)\nde ne pas avoir appris, dans ces pages, où se trouvait en ce moment le\ncahier d'esquisses de Cyprien, jadis déposé à Milan. J'espère que\nM. Van Aerde le retrouvera.\nMAGNETTE (Paul). — Contribution à\nthovénienne.(Liège, chez l'auteur, in-8°.)\nIl n'y a rien à dire de cette liste bibliographique, très étendue, sinon\nque l'auteur lui-même demande qu'elle soit complétée par les musico-\nlogues capables de le faire. Pour ma part, je n'ai pas trouvé ici d'omis-\nsion que je puisse réparer.\nCHILESOTTI (Oscar). — Riblioteca d (Ricordi, in-40»\nvol. VI.)\nAvec un zèle pieux et infatigable, M. Oscar Chilesotti lutte depuis\ndes années contre l'inconcevable indifférence de l'Italie à l'égard du\npassé musical. Les transcriptions qu'il nous donne de quelques de\nFrescobaldi sont judicieuses et utiles. Elles nous font sentir, une fois de\nplus, l'intérêt essentiel qu'ilyauraitàposséderunebonne et complète édi-\ntion des oeuvres de Girolamo. Il est vraiment humiliant, non seulement\npour l'Italie, mais pour l'histoire musicale et pour ses adeptes, de voir cet\nartiste, delà taille de Bach et de Haendel, réduit à quelques extraits dont\nun musicologue fait tous les frais. Espérons que 1 Associatione dei musi-\ncologi italianichangera bientôt cet état de chose lamentable. Mais dans\nla joie que nous procureront ces éditions futures, nous n'oublierons pas le\ndocte Chilesotti, le premier qui eut le courage de montrer la voie."}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19091015-01.1.94", "texte": "BgB\nBULLETIN FRANÇAIS DE LA S. I. M.\n>\nLe Gérant : MARCEL FREDET.\nPoitiers. - Société franpss d'imprimerie\n\nMITJANA (Rafaël). Cincuenta y cuatr\nXVl.(Uppsala, in-8° de 60 p.)—\nuniversitets biblioteks musikadeling.(Stockholm, in-40 de 19 p.)\nL'orientalisme musical et la m (Extrait du\noriental de 1906.)\nM. Rafaël Mitjana, qui écrit aussi bien l'espagnol que le français et\nle suédois, est entré dans le domaine de l'histoire musicale par la porte\nde la bibliographie. Ces différentes monographies, auxquelles s'ajoute\nl'article du même genre qu'il vient de faire paraître dans la\nd'Olschki, nous font connaître un certain nombre de livres, qui se trou-\nvent à la bibliothèque d'Uppsala, si riche en musique. Pour moi, j'ai\nété particulièrement intéressé par les manuscrits espagnols cités dans\nl'étude sur l'orientalisme. Les lecteurs du feront prochainement\nconnaissance avec M. Mitjana.\nJahrbuch der Musikbibliothek Peter s,pour igoB. 15e année, publié par\nR. SCHWARTZ. (Lpz., 1909, in-40.)\nChaque année, notre éminent collègue M. le professeur Rudolf\nSchwartz fait au monde savant le présent de l'annuaire de la biblio-\nthèque Peters. Les professeurs Guido Adler et Kretzschmar et le docteur\nHermann Abert collaborent cette fois au volume, par des articles sur\nl'hétérophonie, sur Haydn, Logroscino et Noverre. Après cette contri-\nbution érudite, dont je n ai pas la place de faire ici l'analyse, M. Schwartz\nnous présente un catalogue des livres et brochures parus en 1908 et\ntraitant de musique. Se doute-t-on du chiffre atteint par cette produc-\ntion annuelle dans le monde entier ?Le catalogue du fort bien\nfait et qui s'entoure d'une collaboration étendue, arrive à tout près d'un\nmillier d'articles. Il est vrai que, dans ce nombre, se trouvent des volumes\nde très médiocre intérêt, de quelques pagesà peine. Faisonslargementla\npart du feu, et réduisons a cent le nombre des ouvrages utiles dépassant\ntrois cents pages et véritablement à lire. Nous arrivons ainsi à constater\nque le malheureux musicologuedoit absorber, pour se tenir au courant, de\ntrente à quarante mille pages par an. Soit cent pages par jour !On\ns'explique pourquoi certains malins dédaignent l'érudition et préfèrent\nau document péniblement acquis la phrase aimable que leur fournit leur\nimagination. On comprend aussi pourquoi la spécialisation commence\nà s établir dans nos études. Il va bientôt devenir impossible d'absorber\ncette dose de littérature. Ainsi le veut la marche des idées, la loi de\nl'évolution. j. jr."}]}