{"numero_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_sha256": "d760e8521f6789bd932c4157c3a7386f8581b819a1eceb613f94fe819b255c3a", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1910/03/15_01/bmtnabh_1910-03-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1910/03/15_01/bmtnabh_1910-03-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.2", "titre_corps": "BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE.", "titre_sommaire": "BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.1", "debut_caractere": 319, "fin_caractere_exclue": 875, "texte": "BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE.\nLa Salle du Conservatoire.\nLETTRES DE MORITZ HAUPTMANN, par A. de Bertha. SOUVENIRS INÉDITS DE FERDI-\nNAND HEROLD. 4 LE SOCIALISME DANS L'OR DU RHIN, par Bernard Shaw. 4» UN NOU-\nVEAU CHIFFRAGE DE LA BASSE, par H. Keefer. LA CRITIQUE MUSICALE DU TEMPS\nPRÉSENT, par L. Dauriac. # NOTES JURIDIQUES par G. Baudin. # LE MOIS A PARIS, par Gaston\nCarraud. LETTRES DE MUNICH, DE ROME ET DASTRAKAN. LES LIVRES. * ILLUSTRA-\n■ 4 TIONS : - Debussy, Pierné, Rhené-Bâton, Witkowski, croquis par Bils. L'ACTUALITÉ"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c003", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.3", "titre_corps": "LA SALLE DU CONSERVATOIRE", "titre_sommaire": "LA SALLE DU CONSERVATOIRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1924, "texte": "LA SALLE DU CONSERVATOIRE\nComme nous l avons indique a nos Amis le mois dernier, nous avons cherché par\nquels moyens il était possible de sauvev la Salle des Concevts du Gonsevvatoive menacée\npar les transformations que va subir cet établissement. On verra plus loin, que le Prési-\ndent de ta Section de Paris de la Société Internationale de IS/Lusique a obtenu de M. le\nSous—Secrétaire d Etat aux H e aux—Arts une Z)\nAmis M. Théodore Reinach député de la Savoie, a pris la parole à la Chambre lors du\nrapport du budget, pour défendre la cause de\nMalgré ces hautes interventions, et malg\nmême nos plus grands Maîtres de la musiqu\nl'Etat à l'entente souhaitable.\nTout d'abordl'opinion publique, et un certain nombre de nos confrères de la presse\nont cru que le sort de cette Salle était lié en q\ns'édifier rue de Madrid, et que le passé ferait\nà fait fausse du problème. Si la Salle doit\nmonument historique, et en séparant complètement sa cause de celle du Conservatoire qui\nn'a plus rien a voir, ni à faire avec les immeubl\ndu Conservatoire est monument historique\nPhilippe-Auguste sont monuments historiques de l'art militaire, comme la Tour Saint-\nJacques est un monument historique de l'art religieux.\nAussi n'y a-t-il pas lieu de faire entrer\ndes Concerts du Conservatoire. Cette Société,\nest obligée de se transformer et de s'adapter aux besoins présents de la musique. Elle\némigrera donc, cela est de toute évidence.\nDans cette question de la Salle du Conservat\nqui doit l'emporter. La Salle doit être conservée,\nmusique symphonique en France, elle doit être\nà certaines réalisations qu'on ne retrouvera pas ailleurs, ou tout au moins, qu'on est sûr de\ntrouver ici. TA un de nos Amis Ml. Charles Widor nous faisait remarquer dernièrement les\ncauses de l'acoustique particulières de la Salle du Conservatoire, on les ignore générale-\nment. Elles proviennent de l'extrême sécheresse de la sonorité de ce monument. Cette"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.4", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 1778, "texte": "sécheresse permet d'augmenter ici le quatuor dans des proportions tout à fait anormales,\net,par de nourrir le son très fortement^\nLe pléthore des instruments a cordes donne aux auditions du Conservatoire cette précision,\nce brillant qui ne s obtiendraient ailleurs qu'aux dépens de la netteté. Il faut remarquer,\nque les musiciens occupent ici la même superficie que le public des fauteuils d'orchestre.\nTransportez ces proportions a V Opéra et vous verrez à quel orchestre vous arriverez.\nIl y a donc a la Salle des Concerts du Conservatoire des conditions particulières qui ont été\nfavorables à Véclosion d'une certaine musique, à la formation d'une certaine mentalité\nartistique, et qui peuvent par conséquent encore, faire vivre parmi nous cette conception\nparticulière de /'art symphonique. Détruire cette atmosphère, supprimer cette survivance,\nréduire à néant tous ces c est faire\nLe public le comprendra-t-il ? Et ceux qui le comprendront seront-ils assez nombreux\npour accomplir V œuvre financière que réclamerait\nNous tiendrons nos amis au courant des démarches qui seront faites en ce sens.\nNOS INFORMAT\nNotre Directeur artistique, M. Bret, est\nde la Passion selon S 1 Jean, de Bach. On verra plus loin dans VActualité Musicale, le\ncompte-rendu de cette qui prouve une plus,\nh la bonne et combien les efforts pourra\ndirigés et entrepris avec vigueur.\nOn nous annonce la formation en Russ\nMusique, dont nous exposerons le fonctionnement dans notre prochain bulletin.\nUn groupe d'Amis de la Musique nous\nde marbre au palais Vendramin a Venise où W\nla Musique et la Société Internationale prendront très volontiers cette souscription sous\nleur patronage. Notre Bulletin d avril rendra compte des réponses que nous auront reçues\nà ce sujet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c004", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 7, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.4", "titre_corps": "LETTRES DE MORITZ HAUPTMANN", "titre_sommaire": "LETTRES DE MORITZ HAUPTMANN", "signature_source": "A. de Bertha", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1622, "texte": "LETTRES DE MORITZ HAUPTMANN\n\nVoici un grand artiste allemand, peu connu même dans son pays. Je voudrais le présen-\nter au lecteur français, non dans sa biographie, on la trouvera dans tous les manuels, ni\ndans l'analyse de ses compositions (assez nombreuses cependant), mais en traduisant quelques\nlettres de lui, pieusement réunies après sa mort. 1 Ce n'est pas là seulement l'acte de piété d'un\nélève reconnaissant, élève de quelques mois, d'ailleurs. Je me sens surtout poussé par le\ndésir d'initier le lecteur français à l'état d'âme d'un musicien allemand, assistant au début du\nmouvement musical actuel, mouvement d'inévitable décadence, dont les natures privilégiées\ncommençaient alors à s'affliger. Le témoignage d'Hauptmann est à cet égard d'autant plus\nprobant qu'il est tout à fait impartial. Modeste violoniste à l'orchestre de Cassel, sous la direction\nde Louis Spohr, (1822 à 1842), puis quatrième successeur de Sébastien Bach à la Thomas-\nschule de Leipzick, et enfin, professeur de contrepoint au Conservatoire de cette ville jusqu'à\nsa mort (1868), Hauptmann ne fut jamais un polémiste.\nJe crois donc utile de faire connaître la mentalité d'un Allemand de l'école de Herder,\nde Wieland et de Gœthe, cosmopolites dans l'acception la plus élevée du mot et qui, recon-\nnaissant avec plaisir la supériorité du génie français, souhaitaient de tout cœur la collaboration\nde la France et de l'Allemagne.\nIl faut attribuer l'oubli dans lequel est tombé le nom de Hauptmann d'une part au bruit\n\n1 Voir: Brieje M. Hauptmann s an Hauser. (Leipzig 1871, 2 vol. 12) et Briefe an L. Spohr und andre (ibid,\n1876, in 12)."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.8", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2625, "texte": "que commençait à faire à ce moment le Wagnerisme et d'autre part à cette phraséologie\nallemande alors en honneur, qui rend si souvent son style opaque. Nous espérons que notre\ntraduction clarifiera pour le lecteur français ces réflexions d'un des esprits les plus avisés, d'une\ndes âmes les plus hautes que le XIXe siècle ait vu naître.\nLes préférences de Hauptmann vont au style classique ; il nous en\navertit avec émotion : \" Il suffit que le souvenir de Mozart se présente à\nmon esprit pour qu'une paix délicieuse se répande en moi. Il est possible\nqu'un génie de cette sorte apparaisse tous les cinq cents ans, mais pour\nmoi, qui ne vivrai pas cinq cents ans, il est là en quelque sorte pour\nl'éternité. Et je n'ai pas honte d'avouer qu'en ce moment où j'évoque en\nmoi \" Don Juan \", les \" Noces de Figaro \", la \" Flûte Enchantée \", \" Cosi\nfan Tutte \", je sens des larmes chaudes couler sur mes joues. \"\nCet enthousiasme quasi religieux n'est pas chez Hauptmann une\nexaltation passagère. Le 24 Mai 1855, il écrit au compositeur Edouard\nHille : \" Nous avons beaucoup moins de musique du temps de Mozart\net pouvant être attribuée à son influence que nous n'en possédons actuel-\nlement de l'école Berliozo-Lisztienne ; et celle-ci produira encore de nou-\nvelles œuvres. Mozart, lui, est original par sa profondeur et ne diffère\npresque pas de ses contemporains. Un homme distingué ne cherche pas\nà se faire remarquer par des signes extérieurs, par sa tenue ou son atti-\ntude : un grand seigneur, encore moins. L'originalité de Mozart consiste\nen ceci : il exprime des sentiments qui lui sont personnels et qui n'ont\npoint été éprouvés avant lui, de même que Goethe n'exprime que ce qu'il\na ressenti dans son âme, sans être!obligé de se monter l'imagination comme\nla plupart des autres poètes. De|cette inspiration factice, il ne peut sortir\nqu'une phraséologie ampoulée et sentimentale, dont la source ne se trouve\npas au cœur. Tandisque le sentiment personnel est si finement nuancé, si\nintimement lié à un tout complet qu'on ne peut rien en disjoindre, en\nextraire ou en imiter. Il faudrait être tout Mozart ou tout Gœthe pour\nécrire à la Mozart ou à la Gœthe. \"\nA Otto Jahn, le biographe de Mozart, Hauptmann écrit le 16 Octo-\nbre 1855 : \"Nos maîtres naissaient avec leur métier, d'abord ; nos modernes\nconservent jusqu'à la fin de leur vie un peu du dilettante. Qui d'entre eux\npourrait faire quelque chose avec 2 hautbois, trompettes et timbales, dans\nle genre de la petite Messe en Ut de Mozart ?Ni Mendelssohn ni Spohr.\nEt non pas parceque c'est de Mozart, mais parceque c'est l'œuvre d'un\n\nA. de Bertha."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.9", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2605, "texte": "musicien parfait de cette époque. Je ne parle pas du contenu poétique de\ncette œuvre, mais de sa facture, qui est si naturelle qu'on ne pourrait rien\nchanger sans commettre une de ces maladresses visibles à l'œil nu \"\nA Mozart,Hauptmann aime à comparer pour qui il professe\nune égale admiration : \" Haydn est encore plus varié, plus libéré dans sa\nforme, que Mozart Considérez n'importe quel air des Oratorios\nd'Haydn, vous remarquerez un développement constant et logique d'un\nbout à 1 autre, qui rappelle le processus du règne végétal. Depuis le germe\njusqu'au fruit, tout se suit ; c'est le produit d'une nature saine. L'arbitraire\nn'est ici qu'en apparence ; chez Haydn, les noix et les prunes ne poussent\npas sur les pommiers. (Aujourd'hui, la pomologie a fait des progrès !)\nCe bourgeonnement manque à Mozart. Même si le texte le prescrivait\nnous trouverions chez Mozart une configuration musicale tout autre. Ce\nne seraient plus des branches, des feuilles et des fleurs, mais un corps et\ndes membres. On pourrait dire qu'il y a entre ces deux artistes la diffé-\nrences des deux règnes de la nature. Le règne végétal, c'est Haydn, qui\ns'étale et pousse toujours en dehors. Mozart est le règne animal qui se\nconcentre et où chaque individu forme un tout qui se suffit. En un cer-\ntain sens, c'est là aussi ce qui différencie la Fugue de la Sonate, et le style\ngothique du style Grec. Un clocher veut toujours monter plus haut.\nMais avec la colonne et son architrave, comme avec la tête sur le corps\nhumain, la poussée est arrêtée. On ne va pas plus loin. Et cette limite\ns'impose à son tour à l'organisme tout entier, dont elle conditionne toutes\nles parties sous la contrainte d'une même loi. Mozart est de cette espèce,\nainsi que les Italiens, les meilleurs du moins. L'adorable variété de la\nnature, qui touche parfois à l'arbitraire, perd avec eux de sa liberté, mais\nc'est au profit d'une admirable unité. Il y a là un idéal de perfection\nqui demande à être embrassé tout d'un coup et à rencontrer chez l'audi-\nteur un sens de l'harmonie totale, un désir de contempler un organisme et\nnon pas des éléments ajustés les uns aux autres. Cela ne veut pas dire que\nMozart manque de charme et Haydn d'unité. Il ne s'agit ici que de\ndistinguer entre eux. Quant à croire comme le font les jeunes, qu'en\nabandonnant le formel pour 1' informe on est en progrès, c'est à mon sens\ndonner une triste preuve de notre état de civilisation. \"\nA propos d'une exécution de la c'est entre Beethoven et\nMozart que Hauptmann établit un parallèle. 1\n\n1 Lettre à Hausser, 14 Mars 1828."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.10", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2704, "texte": "\"... Ne nous plaçons pas au point de vue très inférieur de ceux qui ne\nveulent voir dans ces combinaisons inouïes qu'une manière de se singula-\nriser et une recherche de l'effet que je n'ai, pour ma part, jamais décou-\nvertes dans la musique de Beethoven, ou du moins pas depuis longtemps.\nEt supposons plutôt dans cette œuvre colossale un sens caché, une évolu-\ntion qui a ses raisons, et qui engendre les beautés et les laideurs, la logique\net l'incohérence, le compréhensible et l'incompréhensible. Aujourd'hui je\nlisais un passage de Schlegel qui dit : L'art et la poésie grecques étaient\nl\\expression d'un parfait état de santé,\ntoutes les forces dans les limites du Fini \". En s'inspirant de cette réflexion\nne pourrait-on trouver que Mozart est antique et Beethoven moderne, ou,\npour éviter la fatalité d'un jeu de mots, 1 dire qu'il était romantique. L'art\ndu premier me représente la réalité parfaitement saine, l'harmonie dans\nles limites du Fini. Vouloir chercher cette perfection, qui se suffit à elle-\nmême, dans Beethoven, c'est ne rien entendre à ce génie, qui est en quelque\nsorte ouvert sur l'infini. Ici, nous avons le cercle qui tourne sur lui-même\n(Mozart,) là, l'hyperbole qui tend sans cesse vers son asymptote et s'en\nrapproche, sans jamais l'atteindre. Voyez ces cadences finales de Mozart,\nsi brèves et cependant si satisfaisantes, tandisque celles de Beethoven n'en\nfinissent plus et épuisent plutôt notre faculté auditive que le sens du dis-\ncours musical. (Par exemple, celle du Menuet de la Symphonie en La\nMajeur). Elles ont l'air de terminer la phrase; elles ne font que nous\nrendre plus sensible l'éternel inachevé de ces œuvres\nOn pourrait suivre le parallèle symbolique et dire que si la musique\nde Mozart n'a qu'un centre, celle de Beethoven en a deux ; ou encore que\nMozart représente l'unité, Beethoven la dualité. Rappelons-nous le mot\nde Faust à Wagner, chez Gœthe. \" Tu ne connais encore quun instinct,\noh ! n'apprends jamais a connaître l'au \" Chacune des œuvres de\nMozart est l'expression d'une seule émotion, (du moins dans la musique\ninstrumentale). Je me représente très bien, dans la Symphonie en Sol\nMineur le dernier morceau à la place du premier. L'inversion serait toute\naccidentelle et non pas essentielle comme s'il s'agissait de transformer l'effet\nen cause. Chez Beethoven, dans la symphonie en Ut, cela n'irait plus, car,\ntout est ici de transition ; le contenu se modifie sans cesse ; là il persiste.\nJ'aime mieux Mozart gai que Mozart triste. Sa mélancolie me pa-\nraît souvent manquer de motifs suffisants. Je me dis : il pourrait etre gai;\n\n1 Modem, avec Faccent sur la première syllabe veut en effet dire en Allemand, se putréfier,"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.11", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2512, "texte": "que ne l'est-il ? Et je ne compatis pas à son chagrin. Le mineur de\nBeethoven m'éprouve horriblement, mais je m'y abandonne, je ne l'évite\npas, comme une douleur indigne. Je me sens vibrer en combattant avec\nlui contre V inéluctable monstruosité....\"\nBeethoven bouscule souvent les rythmes, transgresse des règles\nd'harmonie excellentes en elles-mêmes. Et tout ce qui ailleurs seraient\ndes fautes n'en sont pas ici ! Car il n'y a pas de règle qui ne soit soumise\nà une règle supérieure, ou plutôt la règle n'est que la subordination de\nl'accessoire au principal.\nMalgré ces éloges, il semble que l'admiration de Hauptmann pour\nBeethoven n'a pas été sans réserve. Voici comment il juge la Messe en\nRé : 1 \" J'ai dû céder aux sollicitations des Haertel et parler de cette\nexécution dans la Musikalische Zeitung, mais sans enthousiasme. Cette\nfaçon d'user et d'abuser des voix m'énerve ; je trouve très singulier d'écrire\ndes passages qu'aucune voix humaine ne peut rendre et où les instruments\nsont obligés de nous donner une idée des parties chantées. Le Kyrie me\nplaît, la fin du Gloria m'est odieuse. Je déteste dans la musique religieuse\nces finales démesurés où s'étale toute la vanité de l'auteur. \"\nHauptmann est un des premiers à avoir aperçu la gloire de Bach.\nDès 1825, il écrit à Hauser : 2 \" Cette Missa Canonica de Palestrina n'est\nqu'une froide cristallisation. Quand Bach fait quelque chose de ce genie\ncomme cela vit et palpite ! Il y a dans le Clavecin bien tempéré des cho-\nses auprès desquelles tout s'anéantit. Je ne parle pas seulement de la\nrichesse des combinaisons, que personne ne conteste, mais de la profon-\ndeur du sentiment. A la vérité, ce n'est pas plus aisé à entendre qu'à jouer.\nPour bien les entendre, il faut les connaître jusqu'à ce qu'on se soit\ndébarrassé des notes ; et c'est un vrai travail. Ces créations admirables ont\nl'air de porter en elles-mêmes les raisons d'être de leur existence et de\nleur développement ; on serait tenté d'oublier en elles 1 art et 1 artiste\ncomme on est tenté d'oublier dans la nature le Créateur...\" Et plus tard,\nen 1859, à propos des Cantates: 3 \" A l'égard de ces airs en Solo, on\npasse par trois états : l'aversion, l'enthousiasme et l'appréciation calme.\nPour admirer ici le naturel du chant il faut en etre a la seconde période,\ncelle où tout est, par définition, parfait et divin. Pour moi, ces solos me\n\n1 Lettre à Hauser, 31 Mai 1845.\n2 Lettre du 27 Novembre 1825.\n3 Lettre à Hauser, du 11 Avril 1859."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.12", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2388, "texte": "font l'effet que j'éprouverais à me trouver dans une serre d'orchidées,\npeuplée de plantes grimpantes s'enroulant les unes aux autres. Pas de\ntronc, ni de branches, comme dans le chant italien, où le mot et l'accent\ndéterminent le mètre et le mélos, où tout s'organise en vue des chanteurs\net indépendamment de 1 accompagnement. Tout est écrit et senti d'une\nmanière instrumentale. Je voudrais bien quitter parfois la serre d'orchidées\net men aller dans le jardin ou les plantes poussent du sol nourricier et\nlaissent croître leurs tiges et leurs branches tout naturellement... Et puis,\non tremble toujours quand on entend chanter les Airs, même très bien, à\nplus forte raison quand ils le sont mal, ce qui est l'habitude. Combien\npeu de chanteurs arrivent à donner à ces mélodies la simple fluidité ! \"\nAu sujet de l'exécution de Bach, Hauptmann écrit 1 : \" Toutes\nles œuvres de Bach ne réclament pas un grand ensemble, à moins qu'on\nne veuille produire un effet purement matériel. C'est comme les Noces\nde Figaro ; on ne les conçoit pas au Crystal-Palace. Haendel n'est jamais\ntrop gros, mais c'est qu'il avait à Londres de grandes masses et qu'il écri-\nvait pour elles. Son écriture est transparente : elle demande le remplissage\ndes ensembles... \" Et il ajoute: 2 \"Je fais exécuter de temps à autre des\nœuvres de Bach avec orchestre, les instruments sonnent parfois très drôle-\nment. C'est toujours Voix contre Voix. Seulement, l'une est confiée à dix\nbasses ou à six violons et l'autre à une flûte ou à un hautbois. Nous\ntâchons de choisir les morceaux les plus pratiques, sans cela ce serait\nimpossible. J'aurais voulu les avoir entendus, ou plutôt les entendre,\ncomme cela sonnait dans ce temps là ! Cela ne devait pas toujours être\nbien beau !\nHauptmann connaît Palestrina, Allegri et leur style. Il s'est aussi\nfamiliarisé à Rome, avec les Italiens du XVIIe et du XVIIIe siècle. Il\nn'accorde pas grande valeur à Paisiello, à Cimarosa, trouve Pergolèse\n\" peu profond, comme toute son époque, mais très expressif, quoique son\nStabat et son Salve Regina puissent être pris indifféremment l'un pour\nl'autre. \"\nRossini est naturellement l'objet des appréciations de Hauptmann.\nEn Décembre 1827, il écrit 3 : \" Voici la répétition générale du Siège de\nCorinthe. Je suis curieux de voir quel effet produira cette œuvre. Comme\n\n1 Idem.\n2 13 Février 1843.\n3 Lettre à Hauser."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.13", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2664, "texte": "c'est amusant de voir les compositeurs d'Opéra renchérir les uns sur les\nautres en fait d'instrumentation, et trouver toujours du nouveau. Cette\nfois, Rossini a introduit un Ophiclèide —, d'après son nom, probablement\nun serpent —. Qu'a-t-on fait à Francfort de cette partie? Ici, on l'a con-\nfiée à un quatrième trombonne. Du reste, elle figure sur l'accolade des\ntrombonnes dans la partition. La Banda Turca ne cesse pas un instant son\ntapage. Je tiens pourtant cet Opéra pour un des meilleurs de Rossini, et\nquelques récitatifs qui semblent faits à Paris, sont très bons. Ce que je\ntrouve de meilleur est ce qui ressemble à du Spontini. Si jamais Rossini\ns'avisait d'écrire un Opéra tout entier dans la manière de Spontini, ce\nserait joliment fâcheux pour ce dernier ; car l'imitateur aurait beaucoup\nplus de feu et de liberté que le modèle Voilà qui peut s'appeler de la\ndivination, un an avant l'apparition de Guillaume Tell.\nEt en 1865, nous voyons Hauptmann reprendre la même idée dans\nune lettre à Wehner.1 \" Rossini est toujours plein de rondeur et a toujours\nfait ce qu'il a voulu : il faut remonter très loin chez lui pour découvrir\nquelque chose d'incomplet. Ça ne sent pas l'écriture ou, si vous voulez,\nentre le cerveau et la plume, rien ne se perd... Quel mal n'a-t-on pas chez\nles compositeurs Allemands, même les meilleurs, pour se débarrasser de ce\nqu'ils ont fourré de trop dans leurs œuvres ? On voudrait, quand ils ont\npassé des semaines sur leur tâche, leur conseiller de passer des mois encore\npour que les traces du labeur disparaissent. Où remarquerez-vous chez\nRossini des difficultés techniques qui ne soient pas surmontées ? Et pour-\ntant, ces difficultés se sont aussi présentées à lui, très importantes. Mais ce\nne sont pas des contre-points sur un chant donné, ni des mouvements con-\ntraires. Le contraste nait ici de l'ensemble et concourt à l'effet de cet\nensemble. Weber, dans sa biographie, affiche son dédain de Rossini et meme\nson antipathie. Mais l'agencement du tout est justement la force de\nRossini et la faiblesse de Weber ; et, comme disait Hofmann, Weber\nsouvent ne sait quelle conclusion donner à ses prémisses mélodiques... On\nne peut méconnaître le génie de Weber ; il a introduit dans la musique\ndes éléments nouveaux. Mais nous parlons ici d'architecture musicale,\nnon de motifs mélodiques caractéristiques ; là, il le cède à bien des artistes\nqu'il considérait de son haut. Et comme tout se tient dans son œuvre,\nson harmonie elle-même n'est pas ce qu'il y a de mieux dans sa musique,\nelle confine parfois au dilettantisme. Meyerbeer, un condisciple de Weber,\n\n1 31 Octobre 1865."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.14", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2590, "texte": "s'est débarrassé bien plus complètement que lui des illogismes harmoniques\nde leur maître commun, l'Abbé Yogler. Weber n'a jamais pu renoncer à\nses fameuses sixtes et quartes. Meyerbeer et son Opéra avaient encore passé\npar l'école italienne. \" ... Et Hauptmann précise ses griefs à propos d'une\nboutade 1 : \" C'est une fatalité d'être toujours obligé de passer par Leipzig,\nquand on va d'Alexanderbad à Dresde et surtout d'arriver chez soi la nuit\npour repartir le lendemain. C'est comme quand, à la seconde reprise d'une\nSonate, le ton principal n'apparaît qu'incidemment. Cela choque toujours\net c'est une faute, car pourquoi continuer lorsqu'on est arrivé là ou l'on\nveut aller et où l'on a sa place? Vous ne trouverez cela que dans le style\nsoi-disant libre, c'est à dire d'une liberté artificielle. Ainsi, dans l'ouverture\nd'OA?ro//,je ne trouve pas heureux que la tonique apparaisse tout à coup et\nqu'il faille remonter à la dominante pour recommencer à nouveau. C'est\npeut-être moins ici l'arbitraire que le hasard ; mais ni l'un ni l'autre n'ont leur\nplace dans l'art. Vous voyez à un moment, parmi toutes sortes de tonali-\ntés, arriver Ré Majeur et vous vous dites : \" Tiens,\ncharmant; eh bien, restons y.\" La modulation nous aurait tout aussi bien\npermis de nous établir dans le Fa dieze qui précède. A quoi pour-\nrait-on donc reconnaître que Ré majeur est le ton principal, s'il ne se rend\npas nécessaire dans le marche de l'œuvre. Il y aura toujours du dilettante\nchez M. Weber, aussi est-ce une niaiserie de le placer au premier rang. \"\nCes critiques nous montrent où vont les préférences esthétiques de\nHauptmann. Les réserves que lui inspirait la nouvelle école de Roman-\ntiques, se précisent dans une lettre de 1848. 2\n\" ... Cela me fait mal d'entrer le matin au Conservatoire et d'enten-\ndre de toutes les classes une musique aussi anti-musicale. Ajoutez encore\nla musique moderne des virtuoses, pleurarde et désespérée, et qui n'éveille\ncependant aucune pitié. On s'en va et on laisse le type se lamenter tout\nseul. Dans Don Juan, il n'y a que deux morceaux en mineur. Je voudrais\nvoir cette partition aux mains des compositeurs du jour. Il leur faudrait\nune lanterne pour trouver le Majeur ; et 1' du premier final\ndeviendrait pour eux Ut bémol mineur qui est encore plus faux que du\nmineur, par conséquent plus dramatique. C'est comme Meyerbeer, avec\nqui je parlais une fois à Vienne, de l'unisson des clarinettes et des haut-\nbois, défendue par Spohr, et qui déclarait en être partisan dans certaines\n\n1 Hauser, 5 Juillet 1857.\n2 A. Hauser, 24 Août 1848."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.15", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2510, "texte": "situations, ajoutant : cela sonne si délicieus On comprend bien\nce qu'il voulait dire : il y a dans le faux comme une sorte de poison.\nMais ce qui est plus faux encore, s'est de vouloir s'en servir. Que les\nClarinettes et les Hautbois puissent aller parfois à l'unisson, soit ; mais\nmalgré leur fausseté non pas a cause d'elle. \"\nNe croyons pas cependant qu'Hauptmann soit victime de la routine;\nil sait se défendre et écrit à propos du répertoire qu'il avait à jouer en sa\nqualité de violon au théâtre de Cassel : 1 \"Une de mes plaies, en ce\nmoment, ce sont les Opéras d'Auber ; je n'y tiens plus ; quelques mesures,\ncela va bien, mais quand c'est toujours à recommencer !... et ces éternels\n6/8; et jamais l'espoir d'une progression avant la ioe mesure : on en a\nplein le dos ! Le Postillon de Longjumeau est bien gentil ; c'est propre. Pour\nun compositeur débutant de l'Opéra, c'est déjà trop mécanique ; c'est déjà\npresqu'aussi léché que la Dame Blanche,et cependant très pauvre par endroits.\nToutefois, je m'associe volontiers aux louanges générales. Ces louanges\nparaissent appliquées à l'artiste ; les critiques au contraire à l'œuvre. Dans\nle premier cas, il faut faire preuve d'humanité et songer à ce qu'il en\ncoûte pour mettre au jour n'importe quoi de supportable. Mais si l'on\nconsidère l'œuvre, il faut critiquer tout ce qui est mauvais. \"\nEt à propos d'Halévy : 2 \" Avez vous vu les C'est l'objet le\nplus nul, le plus écœurant et le plus abject qui ait jamais existé, mais\ntraité avec une virtuosité, dont seul le Français est capable. La musique,\ntrès cherchée, très hachée, spirituelle, jolie parfois, se tenant dans les\nlieux communs à la façons d'Adam, fantastiquement difficile à rendre,\nmais en somme cependant un scandale. C'est vraiment dommage qu'Ha-\nlévy soit Juif et qu'il habite Paris \".\nA l'égard de Félicien David, Hauptmann conserve la même indé-\npendance de jugement : 3 \" Le Désert est fort joli, et je prends sa défense\ncontre ceux qui voudraient le réduire à rien ; mais cela manque de travail.\nPour composer une œuvre pareille il faut plus de naturel que de mérite.\nJe sais bien qu'il est plus agréable d'être ainsi légèrement touché que de\nsubir la torture d'une technique pesante. Mais on ne saurait entendre et\nréentendre le Désert,comme un Quatuor d'Haydn ou comme une fugue\nde Bach. C'est une impression agréable, dont on ne tire rien de plus qu'on\n\n1 Lettre à Hauser, 5 Juin 1846.\n2 Idem. 13 Avril 1840.\n3 Lettre à Hauser, 5 Juin 1846."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.16", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2548, "texte": "n'en a tiré la première fois. D'ailleurs, David semble s être consumé dans son\nDésert;un nouvel ouvrage de lui qui vient d'être représenté à Paris, a mis\nsa gloire au tombeau. Cet ouvrage est peut-être tout à fait digne de ce\nque nous aurions attendu et digne du Désert même. Mais David se trou-\nvait obligé de produire quelque chose en proportion avec les louanges\ndont on l'avait accablé, alors qu'il était tout simplement capable de don-\nner ce que son talent très relatif lui permet \".\nHauptmann a naturellement vu les débuts de Wagner et de Berlioz.\nSur le premier, il dit peu de chose et sa réserve s'explique par une natu-\nrelle antipathie. 1 Sur Berlioz, il est plus explicite. En 1842, il écrit à\nHauser: 2 \" Nous avons eu cet hiver l'ouverture composée par Berlioz\nsur le Roi Lear.Dans un compte-rendu musical, je ne sais plus où, j'ai lu\ndernièrement : L' Ouverture du Roi L\nVhonneur de notre goût. \" Cela voudrait dire que l'œuvre est nulle et ce\nn'est pas vrai. Mais ici on se demande si certaines singularités qu'elle\ncontient, doivent être mises sur le compte du Roi Lear ou de Berlioz.\nEn admettant même cette dernière hypothèse, on serait encore loin de\nla stupidité ou de la bêtise. Et puis un homme, fut-il singulier, vaut\nmieux qu'un chien. Je m'étonne beaucoup moins de voir les Symphonies\nde Berlioz réussir à Paris, que du succès de Meyerbeer. Dans une page\nde Berlioz, il y a plus de musique que dans tout Robert. C'est quelque-\nfois plus beau que le plus beau Beethoven, puis la singularité le reprend.\nEt dans l'ensemble, on éprouve un sentiment de malaise, malgré la présence\nde l'élément musical. C'est précisément ce côté élémentaire, ce démon\nnaturel, qui indispose chez Berlioz. La raison fait défaut ; cela sort tou-\njours et cela ne rentre jamais en soi-même. Ce que je ne conçois pas,\nc'est comment un homme peut se persuader qu'il produit ainsi une\nœuvre d'art, comment il peut porter cette œuvre en lui, la construire et\nla réaliser sans que ce soit jamais autre chose qu'une improvisation\nde génie. L'émotion, je le sais, justifie bien des choses, et jusque à\nYinforme même dans certains cas ; mais vraiment, quand un artiste a\npassé par là, on doit trouver les traces d'un autre critérium que celui de\nl'émotion \".\nEt plus loin encore : 3 \" Berlioz vient de donner au Gewandhaus une\n\n1 II prédit cependant quelque part : \"Je ne crois pas qu'une seule œuvre de Wagner survive à son auteur\n(Lettre à Hauser, 3 Février 1849.)\n2 Lettre du 2 Mars 1842.\n3 Lettre à Hauser. Leipzig, le 14 Décembre 1853."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.17", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 890, "texte": "multitude de choses. Mais c'est drôle que ce soient toujours les mêmes\nœuvres dont on entend parler depuis i 5 ou 20 ans : Romeo, Faust, Harold...\nEt toujours d'ailleurs de la musique de barricade (Barricadenmusik), souvent\npleine de reflets et de brillant, jamais chaleureuse. Enfin, qu'il en soit\ncomme il voudra, mais qu'on finisse d'en discuter avec cet acharnement\nqui extenue. Le vrai comme le faux sont également ennuyeux ; l'un\nparce qu'il se répète toujours, l'autre parcequ'il est idiot. Malgré tout son\nesprit de Français cultive, Berlioz doit être cependant assez borné, pour\nconcevoir un Faust aussi rapiécé, formé de bribes et de morceaux, sans\ngoût et sans unité. 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Herold", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 949, "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE FERDINAND HEROLD\nUN MUSICIEN FRANÇAIS A VIENNE, EN 1815\n\n1\nJe sors de Don Juan : j'étais curieux d'entendre exécuter à Vienne\nla musique de Mozart. C'est bien ; mais ce n'est guères mieux que chez\nnous : si ce n'est qu'on entend continuellement la trompette et qu'ils\nprennent les lersIers mouvements de l'ouverture et de sextetto plus vite\nqu'à Paris. J'ai entendu la musique de Mozart à Paris, à Naples et à\nVienne et plus je l'entends plus je me convainc qu'elle fait mieux au\npiano qu'au théâtre. Ici on a passé plusieurs morceaux, entr'autres l'air\ndu ténor, le icr air de Zerline et un autre de femme en mi bémol.\nJe ne sais si c'est l'habitude que les Allemands ont d'entendre cette\nmusique, mais on n'a pas beaucoup applaudi. Le sextetto ne m'a pas\nfait d'effet ce soir. Il y a vraiment deux genres de musique pour le\nthéâtre ; certainement Mozart et Grétry sont 2 hommes de génie ; ils\n\n1 Voir le n° du mois de février."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.19", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2438, "texte": "ont travaillé tous deux pour la scène, tous deux ont eu et auront toujours\nde grands succès : ils ont suivi, il me semble, une marche tout à fait\ncontraire. Quelle est la meilleure ? Gluck nous l'a dit. Quelque tems\naprès que Gluck eut donné Alceste, un baron, grand connaisseur, le\nrencontre et lui dit : Parbleu, M. Gluck, pourriez-vous me dire pourquoi\nvous faites chanter vos diables lorsqu'ils appellent leur victime, précisé-\nment comme chantent nos capucins ? M. le baron, répond Gluck, ce ne\nsont pas mes diables qui chantent comme des capucins, ce sont vos\ncapucins qui chantent comme des diables.\nQue M. Méhul est heureux sans s'en douter ! Son Joseph fait fureur\ndans ce moment. Ce soir je voyais à côté de moi (car les femmes vont\nici au parterre, comme en Italie : mais ce n'est pas, comme en Italie,\nune seule femme par rang, grosse, laide, bien noire, bien triste et sale :\nce sont de charmantes femmes et en quantité) ce soir donc je voyais\nautour de moi une foule de jeunes et jolies dames qui se disaient à\nchaque instant : Oh le beau morceau, oh la belle musique ! Et l'auteur\nne s'en doute pas. Il y en a une qui pleurait pendant l'air de Siméon.\nAvouez-le, belles, ou c'est-à-dire jolies Parisiennes, quand par malheur\nvous ne trouvez pas une petite chanson bien commune ou une triste\nromance bien fade, c'est fini, tout est mauvais pour vous. Pourtant,\nconsolez-vous, comme c'est vous qui donnez le bon ton, il viendra sans\ndoute un temps où ies Allemandes, des femmes,\nvous imiteront, de même qu'il me semble que les Italiens et les Français\ngâtent journellement le bon naturel des hommes de ce pays.\nM. Salieri, fort jeune, avait fait son lerIer opéra sans le dire à\npersonne. Il attendait son maître qui dans ce moment voyageait, pour lui\nfaire corriger ses fautes. On était dans le carnaval. Le directeur du\nthéâtre se trouve sans nouvel opéra avant la fin de la saison : il apprend\nque M. Salieri en a écrit un (Il mondo alla rovescia) et lui fait demander\ns'il veut le lui donner. Celui-ci est enchanté. On nomme deux personnes\npour décider si l'opéra pouvait aller. Ces 2 personnes étaient Gluck\net Scarlatti: L'opéra est trouvé bon. On travaille nuit et jour pour\nmonter la pièce. Salieri court chez ses acteurs. Un nommé ..., chanteur\nde la plus grande réputation devait jouer. Ce monsieur ne savait pas une\nnote de musique. La première fois qu'il avait chanté au théâtre, il avait\n\n2"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.20", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2612, "texte": "chanté un air en mi bémol et il s'était tellement mis en tête qu'il ne pouvait\nchanter que dans ce ton, que tous les compositeurs étaient obligés de les\nlui écrire ainsi. Notre pauvre débutant Salieri savait cela et il avait fini\nson opéra. Il n'avait pas le tems ni l'envie d'écrire un nouvel air. Il va\nchez son chanteur. Celui-ci lui demande : Avez-vous fait les airs ?\nOui, lui dit Salieri. Celui du lerIer acte est-il en mi bémol ? Oui,\nsûrement, répond notre jeune auteur. Oh, c'est fort bien, lui dit le\nchanteur, quand me l'apporterez-vous ? Demain matin. Cela dit,\nSalieri va trouver un des compositeurs du théâtre, lui avoue qu'il n'a pas\neu le courage de dire à ... que son air était en si bémol et non en mi\nbémol. Cet artiste répond à Salieri : Ne vous inquiétez pas tant, ...\nne connaît rien à la musique; dites au copiste de mettre trois bémols à sa\npartie et il ne s'apercevra de rien. Aussitôt Salieri court chez le copiste.\nLe lendemain il va trouver son chanteur et lui montre son air. La\npremière chose que fait ... est de regarder à la clef: il voit 3 bémols\net il est enchanté. Il prie Salieri de lui chanter son air. Celui-ci\ntremble, commence et finit. Bravo, bravissimo, s'écrie ..., cet air m'ira\ncomme un ange ; chantez-le encore une fois et je le sais. Salieri\nrechante, et l'autre le répète d'un bout à l'autre sans se tromper.\n(Ceci est dans le genre de notre Garat). La pièce se donne, a un grand\nsuccès et ..., surtout, est extrêmement applaudi dans son air. Le lende-\nmain 011 redonne II mondo alla revescia. Le soir, au théâtre, le chef\nd'orchestre rencontre notre chanteur et lui dit : Eh bien, tu ne nous\nsoutiendras plus que tu ne peux chanter qu'en mi bémol ? Comment,\npourquoi cela ? Eh, puisque tu chantes en si bémol dans cet opéra\nnouveau. Pas du tout, mon air est en mi bémol. Non, il est en si\nbémol. Ah, cela est un peu fort ; je ne sais peut-être pas compter les\n3 bémols. Oh bien, attends un moment. Le chef d'orchestre\nprend la partition et lui montre : Est-ce là ton air ? Oui. Compte\nles bémols. Deux !! ! ! Ah ! briccone, briccone, sor, maestrino ! Salieri\narrivait dans ce moment : devinant tout de suite le sujet de la dispute, il\nse met à genoux et chante un air que ... chantait supérieurement et\noù les paroles convenaient parfaitement à sa situation ; ensuite il lui dit :\nJe vous en fais un autre demain. Non, non, non, vous ne le\nferiez pas si bon. Depuis ce temps, ... chanta dans tous les tons.\nUn prince disait un jour à Salieri, en sortant d'entendre une de ses\nmesses : \" Monsieur, j'ai eu tant de plaisir à entendre votre musique que"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.21", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2563, "texte": "je n'ai rien écouté de la messe et que je n'ai pas prié. \" \" Altesse, répond\nSalieri, la musique d'Eglise, quand elle est bien faite, prie pour ceux qui\nl'écoutent. \" Quelle leçon pour les compositeurs de messes !\nJe croyais presque mes chagrins finis et voilà qu'ils recommencent.\nCe matin je vais à la police pour faire renouveler ma carte de sûreté :\nMonsieur, le ministre a fait dire que vous devez partir sitôt après M. le\nprince Talleyrand, et celui-ci est parti il y a 4 jours. —Jugez de ma\npeine. Mais au moins je puis faire quelques démarches pour tâcher\nd'obtenir la permission de rester ? Monsieur, je crois qu'elles seront\ninutiles, parce que c'est un ordre général, et j'ai ordre de vous demander\npar quelle route vous désirez passer pour retourner dans votre patrie ?\nMonsieur, au moins, donnez-moi jusqu'à ce soir pour consulter quel-\nques personnes. Ah ! Monsieur, avec toute liberté, mais ayez la com-\nplaisance de revenir ce soir me dire quelque résultat, parce que je dois\naussi rendre mes comptes. —Je pars, le désespoir au cœur, je cours à droite,\nà gauche. Un conseiller pour lequel j'ai eu une recommandation, s'intéresse\nà moi, vient avec moi à la police, et après quelques discussions qui m'ont\nfait trembler (bien que je n'entendisse pas un mot de la langue), on m'a\ndit qu'il faut que je présente une pétition, faite de telle et telle manière,\nprouvant tel et tel cas, et qu'alors on verra s'il est possible de m'obtenir\nune permission pour quelque tems.\nMalgré ces embarras et ces ennuis continuels, je ne puis que me\nlouer de la manière dont tout se fait dans ce pays. Je suis arrivé d'une\nmanière si équivoque, pour ne pas dire pis, que si j'étais moi-même mon\njuge, je ne sais ce que je déciderais. Enfin je vais travailler à ma pétition\net nous verrons. Que de peines pour peut-être n'en tirer aucun fruit !\nM. le conseiller veut bien se charger de la faire. Il a l'extraordinaire\nbonté de me garantir, ainsi que M. Salieri. Ceci me fait espérer beaucoup.\nMais d'un autre côté me voilà dans une drôle de situation. Je suis oblige\npour pouvoir rester de prouver que j'ai suffisamment d'argent ; de l'autre,\nje suis obligé d'écrire à mon directeur de Rome que je meurs de faim,\nsans quoi il ne me donnerait pas un sou.\nEnfin, c'est demain que ma pétition sera présentée. Je ne saurai sans\ndoute de réponse que dans quelques jours, jours d'une grande inquiétude\npour moi, je vous assure. Cela ne m'a pas empêché d'aller voir hier une\nmauvaise pièce nouvelle. Le lerIer acte fit tant de plaisir que sans attendre"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.22", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2418, "texte": "le second on fit venir sur la scène l'auteur de la musique, des paroles et\nle lerIer acteur. Le 2d acte ennuie ; quelques-uns veulent applaudir, tout le\nmonde aussitôt leur impose silence et chacun s'en va muet à la maison :\ndrôle de succès !\nJe viens encore de changer de logement et je prie Dieu qu'il me\npermette d'en changer encore une fois ; car mon intention est de ne quit-\nter celui-ci que dans longtems et si je trouve un miracle d'appartement.\nOr, pour cela, il faut que je demeure longtems à Vienne, et c'est ce que\nje désire beaucoup. Au reste j'ai quitté un charmant logement fort cher ;\nj'en trouve un autre fort joli, un peu meilleur marché, au premier étage,\net dans un beau quartier. Ma padrone m'a l'air fort honnête et tort com-\nplaisante : nous verrons si je me trompe.\nC'est aujourd'hui que le conseiller doit présenter ma pétition ; je\nserai dans une grande inquiétude pendant quelques jours.\nJe viens d'entendre la Flûte enchantée, et elle m'a enchanté. Comme\nnotre traduction est niaise et mal faite. On a mis dans nos Mystères d'lsis\nen tragique tout ce qui se trouve en comique ici. La musique est vrai-\nment délicieuse. Les trios des génies sont charmans ; c'est dommage\nqu'on les chante ordinairement mal. L'ouvrage cependant m'a paru bien\nexécuté, surtout par l'orchestre qui, comme je le vois, un jour est excel-\nlent et un autre faible ; mais ce soir, c'était son bon jour. Le chef-d'œu-\nvre d'ouverture a été parfaitement exécuté ainsi que tout le reste.\nVoici ce que me contait ce matin M. le Conseiller. L'entrepreneur\nd'un théâtre de Vienne était presque ruiné. Il va un beau matin chez\nMozart. Monsieur, lui dit-il, je suis un homme perdu : à peine si j'ai\nde quoi payer et congédier mes acteurs ; seul vous pouvez me sauver.\nVoulez-vous écrire un opéra pour mon théâtre ? mais je ne puis rien vous\noffrir en récompense. Oui, monsieur, dit Mozart, je l'écrirai. Mais\nil faudrait que ce fut bien promptement. Aujourd'hui, je commence.\n3 semaines après l'opéra était en répétition. La veille de la repré-\nsentation, l'ouverture n'était pas faite. \" Mais, M. Mozart, l'ouverture,\nl'ouverture ? Envoyez-moi des copistes. Les copistes arrivent. Mozart\nécrit et donne feuille par feuille ; à 7 h. du soir l'ouverture était faite.\nOn la répète, elle ne va pas, on recommence 3, 4 fois : mal, mal ; Mozart\ndit : A demain matin, une répétition générale et demain soir la repré-"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.23", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2389, "texte": "sentation. L'ouverture va un peu mieux le lendemain. Le soir le public\ncriait de plaisir et on la fait dire deux fois. Quelle était cette ouverture ?\nQuel était cet opéra fait par charité ? Die Zauberflote ! ! ! M. le Conseiller\nétait témoin oculaire. (On m'a dit depuis que Mozart avait été fort bien\npayé pour cet opéra).\nJoseph fait toujours les délices de la ville et de la cour. A la dernière\nreprésentation, l'impératrice y était avec 2 de ses filles. Honneur à notre\nnation ! On me demandait s'il est bien vrai que M. Méhul est français\net sur mon affirmation, on disait : C'est bien étonnant !!! car... mais avec\nhonnêteté.\nC'était trop ! Depuis 2 jours j'étais tranquile ; j'étais dans l'espé-\nrance d'obtenir une réponse favorable à ma pétition. Une visite imprévue\nme rejette dans les cruelles angoisses que j'ai tant et trop éprouvées\ndepuis plus d'un mois. Bien heureux encore de ne pas tomber malade en\nces moments fâcheux ! Oh ! quelle leçon j'ai reçue là. Je jure bien que\njamais de mon gré je ne me remettrai dans une pareille situation. C'est\nune combinaison singulière qui me tourmente tant ce soir. Je ne m'en\nserais jamais douté. Il faut avouer qu'il y a des hommes méchants.\nHeureusement que celui dont je veux parler est d'une nation que je\nn'aime pas et cela me confirme dans 1 idée que je m'en étais faite, je ne\ndormirai certes pas tranquillement cette nuit.\nAh ! M. le Secrétaire ! vos cruelles prédictions s'accompliraient-elles ?\nJe crains même qu'on aille bien plus loin encore.\nM... ayant fait le poème d'Echo et Narcisse, le donna à Gluck pour\nle mettre en musique ; mais Gluck le trouvait mauvais et n'y travaillait\npas. M... allait souvent chez Gluck et le suppliait de travailler. Gluck\nrépondait toujours oui et n'en faisait rien. Notre Dieu Gluck aimait beau-\ncoup l'argent, M... le savait: que fait-il? Comme il voulait absolument\naller à la postérité par le moyen de Gluck, il va un matin chez lui et lui\ndit : Eh bien, avez-vous travaillé un peu à notre opéra? Oh oui,\ncertainement, j'ai déjà fait quelques morceaux sans les écrire. A pro-\npos, monsieur Gluck, j'ai oublié de vous dire que j'ai dessein de vous cé-\nder ma part d'auteur quand on donnera notre ouvrage, parce que je ne\nveux pas me mêler de tous ces embarras. \" Trois jours après, Gluck, (il\neut même le courage de prier M... de lui faire un billet par lequel il"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.24", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2312, "texte": "reconnaissait lui avoir cédé ses droits d'auteur, avait déjà fait tout le\nplan de sa musique. Le grand Gluck avait aussi son petit côté faible.\nJe m'apperçois que Salieri n'aime pas du tout Haydn, ni Mozart ; il a\nun soin tout particulier de nous faire appercevoir leurs fautes et ne nous\narrête pas sur leurs beautés.\nSi l'on m'eut dit la nuit de Clagenfurth : Allons, courage ! précisément\ndans un mois d'ici, tu seras à Vienne, à ton piano, avec la partition de\nJoseph ; tu auras déjà plusieurs bonnes connaissances, tu auras entendu\ndes ouvrages de Mozart, tu auras reçu des nouvelles de ta mère, etc., etc.,\ncertes j'aurais été dans l'enchantement, tout ce que j'ai souffert ne m'au-\nrait rien paru que des délices : eh bien, aujourd'hui, je suis dans cette situa-\ntion et je suis dans une grande peine, car je crains pour l'avenir, ce qui\nm'empeche de jouir du présent. Avouons que notre pauvre humanité\nest bien infirme sous tous les rapports ! ! !... Belles réflexions que je viens\nde faire et surtout bien utiles ! Elles me mènent naturellement à dire que\nquand je reviendrai au monde je me ferai Dieu.\nJe viens d'entendre une des pièces le plus en réputation dans ce\npays, die Schweitzer-Familie, de Weigl. Elle ne m'a pas fait plaisir et\nm'a fait naître de singulières idées sur mon séjour en Allemagne. C'est\nbien fait ; mais du commencement jusqu'à la fin, c'est toujours la même\nchose : il n'y a rien pour le chanteur ; et pour l'orchestre ?. qu'est-ce\nqu'il y a ?... Oh que je suis content d'être venu ici et d'avoir été en\nItalie ! Bonsoir, je vais me coucher.\nC'est tout particulier, comme depuis 4 jours j'ai des idées toutes\nnouvelles. J'ai été hier voir cette éternelle Cendrillon. La musique\nne m'a pas déplu ; mais pourquoi ne donne-t-on ici que des pièces de\nchez nous ? Qu'est-ce que cela veut dire ? Je me suis bien informé de ce\nqu'on donnait cet hyver ici, et j'ai appris qu'on y donnait : Cendrillon,\nJoconde, Jean de Paris, La Vestale, etc., etc. A Vienne, pendant le congrès !\npendant que toute l'Europe était ici ! l'hiver le plus brillant ! Oh !... Atten-\ndons les événements et prenons un parti : je commence à devenir vieux !\ndans sept mois j'aurai 25 ans et je n'aurai fait qu'un mauvais ouvrage?\nRéfléchissons, ne nous précipitons pas, mais prenons le bon parti."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.25", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2277, "texte": "On demandait un jour à Gluck ce qu'il aimait le mieux au monde.\nTrois choses, répondit-il, l'argent, le vin et la gloire. Ah, Monsieur,\ncomment ? vous mettez l'argent et le vin avant la gloire ; cela ne se peut\npas, vous nous trompez. Point du tout, dit Gluck. J'aime d'abord l'ar-\ngent, parce qu'avec l'argent j'achète du vin, le vin me fait composer, et\nc'est la composition qui me donne un peu de gloire : vous voyez donc\nque j'ai bien dit.\nJe sors d'un Te Deum que l'on vient de chanter pour la victoire\nde Mont-Saint-Jean, le 18 juin, par les Alliés !Ce qu'il ya de plus fâcheux\npour nous, c'est que je ne doute nullement qu'on n'en ait aussi chanté un\nà Paris.\nJe sors du théâtre. Je viens d'entendre Iphigénie en Tauride, de\nGluck: j'étais aux côtés de M. Salieri... Cette soirée vaut-elle la peine\nde faire i 30 lieues sans passe port ?\nPar exemple, je suis trop fier ce soir pour ne pas vous conter le sujet\nde mon orgueil. Voyez-vous cette chambre qui n'a pas été très bien\nrangée, quoique ma propriétaire soit extraordinairement propre, mais je\nsuis rentré 2 ou 3 fois aujourd'hui, ainsi il est clair que ma chambre ne\npeut pas être bien en ordre : eh bien, cette chambre, elle a été\nhonorée ce soir, mercredi 5 juillet, de la visite de M. Salieri. Ce dernier\ndes Romains est venu sans aucune façon me voir ce soir, a joué\nsur mon mauvais piano, m'a fait jouer une scène de ma composition et\nquand j'ai eu fini de lui déchirer les oreilles, nous avons été en com-\npagnie d'un jeune allemand qui se trouvait chez moi, nous avons été...\n0ù?... Vous le dirai-je ?... am Bierhause, c'est-à-dire au cabaret. Mais\npuisque je suis en train de me vanter des faveurs que j'ai reçues de\nM. Salieri, il faut que je vous dise que, dans le billet qu'il a eu la bonté de\nme donner pour prier le ministre de la police de me laisser séjourner ici,\nil finissait par ces mots : \" Ed oltre la racommandazione fattami in per-\nsona dal principe Talleyrand, tali sono i sentimenti particolari di stima\ne d'amicizia che mi legano a quel giovine, che io mi dichiaro per lui\nmaestro, amico, e padre. \" Wieviel ich muss stoltz seyn !\nUn jour notre grand Gluck était à table chez le prince Lobkowitz.\nA la fin du dîner arrive sur un plat d'argent un superbe pâté. Chaque"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.26", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2557, "texte": "personne vantait le pâté : Eh bien, M. Gluck, vous ne dites rien ?\nMoi, ce que je préférerais, ce serait le plat. Le prince, surpris\nlui dit : Eh bien, Gluck, si vous êtes capable de porter le plat et le pâté\njusqu'à votre maison, il est à vous. Gluck ne répond point, se lève de\ntable, prend le plat et le pâté, va chez lui et le lendemain racontait son\nhistoire à tout le monde. Authentique.\nGluck avouait qu'il avait toujours eu la passion de faire fortune et\nque sans les Français il aurait toujours été malheureux. Il avait épousé la\nplus laide femme du monde parce qu'elle avait <;o mille florins de dot.\nQue l'humanité est changeante ! A présent que je suis bien tranquile\nsur mon séjour à Vienne, je brûle du désir de partir. Je n'ai rien à\napprendre ici pour la composition théâtrale, ou du moins ce que j'y\napprendrais, je puis l'apprendre mieux à Paris. Il n'y a que M. Salieri\nqu'on ne quitte pas aisément. Sans lui je serais déjà dans mon pays.\nPresque tous les jours on donne des opéras trançais et je les entendrai\nmieux à Paris. Pour la musique instrumentale, on est fort, c'est vrai : mais\non m'assure que l'on donne 4 concerts par an ; encore faut-il qu'il y ait de\ngrandes occasions, comme la bataille de Leipsik ou le Congrès ! Il est vrai\nque je trouve des amateurs très forts pour le piano, mais le piano m'en-\nnuie !.. Que dois-je donc faire ? Je sens mon aimable caractère. Que l'on\nm'envoie ce soir une permission de séjour indéfini et je pars demain. Oh !\ngirouette !!! Ce n'est pas que le séjour de Vienne m'ennuie ; mais je vois\nqu'il ne m'est pas très utile d'y rester longtems. Autant je suis content\nd'avoir vu le goût allemand au sortir de l'ltalie, autant peut-être il me serait\ndangereux d'entendre longtems cette musique serrée qui parle toujours\naux oreilles et jamais à l'âme. Les opéras modernes qui me font le plus\nde plaisir sont ceux de Girowetz. Ceux de Weigl sont des chefs-d'oeuvres\nd'écriture, mais je n'y trouve pas ce que je veux dans la\nmusique. Les morceaux d'ensemble sont de la musique excellente, mais\noù est l'esprit de la musique italienne ? Ah, j'ai dit autrefois bien du\nmal de cette musique italienne ; je reconnais mes torts tous les jours\ndavantage. Certes quelquefois l'orchestre italien est dans notre\nmanière de parler : mais en quoi consiste la richesse d'une musique ?\nEst-ce dans la manière de traiter ses idées ? ou dans les idées mêmes ?\nMa manière de voir en musique a changé beaucoup depuis 3 ans et\nj'ose dire qu'elle n'a pas tourné à mal. Si je me décide à partir dans peu"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.27", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2557, "texte": "pour la France, comme je le crois, il me semble que j'y trouverai deux\navantages : i° de gagner une demi-année de ma vie, 2\" d'épargner\nbeaucoup d'argent. Mais M. Salieri ! M. Salieri ! Eh bien, je lirai ses\nouvrages.\nJ'ai oublié de vous raconter le sujet de l'allarme que j'eus il y a\n15 jours et dont je n'ai dit que deux mots. Un de nos voyageurs a eu\nen route une discussion vive avec le voiturin, parce qu'il lui ajoutait\nchaque jour quelque nouvelle caisse de tableaux. Le voiturin en arrivant\nà Vienne prie ce monsieur de lui payer telle somme en plus pour les\ncaisses qu'il a prises en chemin : celui-ci refuse. Grands débats : chacun\nmenace l'autre de porter ses plaintes à la justice : des menaces on va au\nfait : la justice, qui fut juste, ordonna au monsieur de payer : il paya ;\nmais il voulait se venger du voiturier : c'était bien naturel : la vengeance est\nle plaisir des dieux et des 1... Ce monsieur donc va à la police et dénonce le\nvoiturin comme ayant amené de Venise à Vienne un Français sans passe-\nport, et il finit en suppliant la police de faire mettre le voiturin en prison.\nLa police, qui dans ce pays aime plutôt à trouver des innocents que\ndes coupables, répond qu'on examinera l'affaire. Je ne sais ce qu'on a\nfait pendant plusieurs jours. Un matin je suis appelé à la police : on me\ndemande depuis combien de tems je suis à Vienne, etc., etc. Je réponds\nclairement, et lorsqu'on vient à me demander avec quel passe-port, je\nréponds que je suis venu le lendemain de mon arrivée déclarer que mon\npasse-port était pour le Tyrol. Ah, c'est vous, monsieur, qui avez pré-\nsenté cette pétition et cette lettre du prince Talleyrand ? Oui, mon-\nsieur, précisément. |e vous demande pardon de vous avoir dérangé.\nJe me retire donc et depuis ce tems je n'ai entendu rien de cette\naffaire. J'ai rencontré il y a quelques jours le voiturin, qui m'a dit que le\nmonsieur en question avait eu une peur de diable et s'était désisté de son\nidée incarcérante, quand la police lui avait déclaré qu'il devait être bien\nsur ses gardes, parce que s'il poursuivait injustement ce voiturin avec\nlequel on savait déjà qu'il avait eu quelque affaire, il pairait une amende\nénorme et peut-être n'en serait-il pas quitte pour cela. J'avoue que je me\ntrouve malheureux d'avoir passé pas mal de tems avec des gens de cette\nfaçon et surtout par mon imprudence d'avoir pu pendant quelques jours\ndonner de moi une idée fort fâcheuse. Mais heureusement de ce côté je\nn'ai rien à craindre : bien au contraire ; mon voyage m'a fait ici une"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.28", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2282, "texte": "réputation d'enragé et toutes mes connaissances me disent : Mais quel\ncourage vous fallait-il donc pour une telle entreprise ? Comme vous avez\ndû souffrir ! Etc. etc.\nJ'ai vu hier die Hochzeit des Figaro. J'ai été extrêmement content,\nOn passe beaucoup de morceaux, mais pourtant moins que chez nous et\nau moins le page a un rôle intéressant. L'orchestre a été délicieux : à\nNaples la musique de Figaro m'avait paru un peu cuivrée ; ici, elle m'a\nseulement paru très harmonieuse. Les instruments à vent ont accompa-\ngne comme des anges. Chose remarquable ! On fit répéter un air à Figaro\nau 2d acte. L'acteur avant de recommencer s'avance humblement\nvers le public et lui dit qu'étant extrêmement fatigué, il le prie de lui\npermettre de chanter cet air seulement à demi-voix. Il chante pppp ;\nl'orchestre se mit si bien à l'unisson du chanteur que de ma vie je n'ai\nentendu quelque chose de plus ravissant. Les instruments à vent ont fait\nce que je croyais jusqu'ici impossible : ils ne soufflaient qu'à moitié.\nPour m'acquitter en quelque façon avec M. le Conseiller qui m'a\nprocuré la permission de séjourner à Vienne, je lui ai offert de donner\nquelques leçons à l'une de ses filles qui, par parenthèse, sont très jolies.\nIl a été si enchanté de cette proposition qu'il ne trouvait pas d'expression,\nmême en allemand, pour m'en remercier. Pourtant, à vous le dire fran-\nchement, je pense que je ne resterai pas bien longtems ici ; car sans\ncela je n'aurais pas pu me décider à donner des leçons de piano, la chose\ndu monde la plus fâcheuse, après celle de voyager sans passe port.\nLa fin du Requiem de Mozart depuis le Sanctus n'est pas de lui,\nmais d'un de ses élèves favoris nommé ....\nJe suis retourné hier entendre encore la Vestale : on l'exécute pitoya-\nblement. Ces messieurs les compositeurs du théâtre, coupent, taillent,\nchangent selon leur goût lourd et pesant : ils ont gâté, selon mon idée,\nplusieurs beaux chœurs, de même que dans Joseph, ils ont abîmé infini-\nment l'ouverture en l'allongeant de 2 tiers. Je suis presque décidé\na partir, car l'envie me vient tous les jours davantage d'écrire un nou-\nvel opéra et il ne m'est pas avantageux d'en écrire un ici, parce que s'il\nréussissait, on ne le donnerait certainement pas en France, au lieu que si"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.29", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2439, "texte": "j'en fais un bon à Paris, je suis presque sûr qu'on le donnera ensuite à\nVienne.\nJe suis dans une extrême indécision. Veux-je partir ? Veux-je res-\nter ? Si je pars, je quitte cette chère ville de Vienne, où vraiment je me\nplais beaucoup, je me prive de ces charmantes soirées que je passe au\nthéâtre Kârthnerthor, je ne vois plus ces femmes si douces, si sensibles\nà la musique ! j'abandonne cette belle promenade du Prater où règne une\nsimple gaîté et une franchise générale : oh ! je ne partirai pas. Si je\nreste? Si je reste, j'entendrai en allemand Joconde, la Vestale, le Nouveau\nSeigneur de Village, Cendrillon, Joseph, Jean de Paris, Iphigénie en\nTauride, etc., etc., toutes pièces de chez nous. On ne donne pas\ntrois opéras nouveaux par an, à ce qu'on m'a assuré. Oh, je ne\nresterai pas.\nLa ville de Vienne est fort petite et c'est pour cela qu'il me semble\nagréable de l'habiter ; une maison dans les faubourgs qui sont immenses,\npeut passer pour une maison de campagne. Le Langarten est un immense\njardin extrêmement beau qui est entouré par le Danube ; c'est de là que\nl'on voit ce fleuve dans sa grande largeur. Schônbrunn qu'habitent en ce\nmoment Marie-Louise et son fils, est un palais impérial d'une immense\nétendue. Le parc est fort beau ; il y a de beaux points de vue. Si je devais\nvivre autre part que dans mon pays, je voudrais vivre ici. D'abord on\nn'a pas besoin pour faire bonne figure de dépenser beaucoup. Les\ncoutumes des Allemands me plaisent autant que celles de l'ltalie me\nrebuttent. Ici il n'y a pas d'orgueil, de fanfaronnade : on ne dit\npas : Je demeure à tel palais, et on ne dîne pas avec de simples\nbroccoli stracinati. On dit : J'ai un petit logement au 4e dans telle\nmaison, et on y dîne avec abondance et gaîté. A 3 et 4 heures,\non rencontre ici presque toutes les dames, même les plus élégantes, avec\nun petit panier à ouvrage ; à la promenade du rampart, sur chaque banc,\nvous voyez de jeunes et jolies demoiselles qui tricottent et rient de tout\nleur cœur. Parlez donc de cette manière de vivre à une Italienne ? Vous\nserez bien reçu. Depuis que je suis à Vienne, il a presque toujours fait\nvilain tems ; cependant depuis quelques jours le soleil a reparu avec un\néclat extrêmement calorique. Ce beau tems pourrait bien me décider à\nentreprendre un long voyage, car il faut profiter de tout dans ce monde.\nEn attendant je vais aller au théâtre où l'on donne pour changer le"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.30", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2406, "texte": "Nouveau Seigneur de Village et le ballet des Bayadères dont la\nmusique est presque entièrement tirée de M. Catel. Dans ce ballet, il\ny a un fort joli pas, dansé sur l'air de Boieldieu : De tous les pays pour\nvous plaire.\nAllons, je ne souperai plus au cabaret, c'est-à-dire am Bierhause,\navec mes bons Allemands ; je ne déjeunerai plus à ce fameux café qu'on\npeut appeler le café des Emigrés ; je n'assisterai plus à cette haute et\nintelligible lecture du Journal de Francfort ; je ne verrai plus ce second\ntome de la plus jolie femme du monde dont je suis devenu amoureux\ndepuis 15 jours. Je ne sais qui me disait, je ne sais ni où ni quand :\nPrenez bien garde aux ressemblances, elles vous mènent plus loin que\nvous ne pensez. Et là-dessus, je ne sais qui me racontait qu'un de ses\namis s'était pris d une passion subite pour une inconnue qui ressemblait\nà l'objet de son premier amour et que cette nouvelle passion l'avait conduit\nà mal ; je me moquai dans le tems de ce bon je ne sais qui, et depuis\n15 jours je ne m'en moque plus : aussi il faut avouer que le portrait\nfrappant de la plus jolie femme du monde (du moins pour moi) est quelque\nchose de séduisant. Si je restais ici, je suis sûr que cette ressemblance\npourrait bien m'être fatale, ou peut-être avantageuse. Mais je ne puis sans\ndanger me livrer à mes douces pensées, car il est vraisemblable que dans\nle courant de la semaine prochaine, j'aurai vu pour la dernière fois ce\ncharmant objet. Je suis tous les jours plus en colère contre le théâtre.\nLe répertoire consiste en une dizaine de pièces qu'ils donnent et re-\ndonnent toujours ; mais calmons notre colère : trois heures sonnent, je\nvais voir M. Salieri.\nJe viens d'entendre la première représentation de die Ehrenpforten,\nc'est-à-dire les Portes de l'Honneur. Que sont ces portes ? Naples, la\nBelle Alliance et Paris. 11 est inutile de vous dire que c'est une pièce de\ncirconstance : je n'ai pas compris grand'chose ; mais du moins j'ai vu que\nles Allemands sont plus honnêtes que nous, car la pièce n'a pas fait trop rire\nà nos dépends. La musique consiste en neuf morceaux et une ouverture.\nChaque morceau a un auteur différent : l'ouverture de Hummel ; un\nchœur de Weber ; un air de Weigl ; un sextetto de Seyfried ; un air de\nGirowetz, un chœur de Hândel, un chœur de Beethoven, etc., etc.\nPeut-être que vous allez croire que c'est une merveille : pas du tout. Ce"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.31", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2302, "texte": "qui m'a fait le plus de plaisir est le chœur de Hàndel et l'air de Girowetz ;\nj'oubliais l'air divin et national de Haydn qui produit un grand effet.\nSi vous êtes heureux\nJouissez en silence :\nLe bonheur fastueux\nEst presque l'impudence.\nbelle pensée ! beaux vers ! de ma composition sur lesquels j'ai fait un beau\ncanon. C'est moi qui le dis.\nMon idée de partir s'étant extraordinairement affermie dans ma\ntête, j'ai été de suite m'informer si l'on voulait me délivrer un passe port.\nIl y a deux mois, on voulait me chasser, aujourd'hui on m'empêche de\npartir : c'est charmant. Pourtant, comme nos affaires de France paraissent\nà peu près achevées, je crois que je ne serai pas prisonnier bien\nlongtems. C'est un charme tout particulier, depuis que j'ai quitté\nNaples, j'en ai éprouvé de toutes les couleurs et de toutes les façons,\net encore de plus cruelles que je ne l'ai dit : mais je ne l'osais pas.\nJ'ai été voir le Belvédère, qui renferme une belle et nombreuse col-\nlection de tableaux, le jardin du prince Schwarzenberg qui est fort\nbeau ; j'ai même poussé jusqu'à Baden, à 7 ou 8 lieues de Vienne,\nlieu renommé par ses eaux minérales. J'ai vu la source de ces eaux et les\nbains. Il y a à Baden un fort joli parc, et la vue du côté de la montagne\nest tort belle. La ville est gentille et petite. 11 y a aussi un théâtre ; on y\ndonnait ce jour-là Lodoïska de Cherubini ; c'est dommage que j'eusse\ndéjà la voiture pour partir, j'aurais voulu entendre cet ouvrage que je\nn'entendrai sans doute nulle autre part. Je vais ces jours-ci travailler à mon\npasse port, car je ne veux certes pas voyager une seconde fois sans mes\npapiers en règle.\nJ'étais désespéré de penser à quitter Vienne, sans avoir entendu son\nplus bel ornement : Hummel. Il était en voyage, et mon bonheur a voulu\nqu'il revînt il y a quelques jours. Je l'ai déjà entendu 4 fois. C'est le\nmeilleur enfant du monde. Ce matin j'ai passé 3 heures avec lui à son\npiano. Il a préludé pendant près d'une heure et j'étais ravi : nous avons\nchanté toute une messe de lui. Il m'a joué un concerto manuscrit, 2 fan-\ntaisies, des variations, enfin tout ce que j'ai voulu. Je suis fâché de\npenser à le quitter, mais il viendra voir Paris dans un an.\nM. Beethoven n'est pas de même : j'ai une lettre pour lui et je n'ose"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.32", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 600, "texte": "pas lui porter. Il est malheureusement sourd et farouche comme sa\nligure. Je l'ai vu dans une maison. Il n'a pas voulu jouer de piano et on\nn a pas insiste beaucoup, parce que l'on sait qu'il ne jouerait pas pour\n1 empereur de Maroc quand cela ne lui convient pas. On donne ici\nquelquefois Fidelio, un opéra de lui que je n'ai vu qu'au piano: c'est\ncomme toute sa musique, d'un bizarre trop étonnant. Je serais\ncurieux ele voii au theatre ; mais 1 actrice qui le joue est en voyage et\nmoi-même, j espère être bientôt en voyage aussi pour revoir mon cher et\nmalheureux pays !\n\nF. Herold."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c010", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 33, "image_fin": 41, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.6", "titre_corps": "LE SOCIALISME DANS L'OR DU RHIN", "titre_sommaire": "LE SOCIALISME DANS L'OR DU RHIN", "signature_source": "X.-Marcel Boulestin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.33", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1350, "texte": "Le théâtre, le livre, la revue, le journal ne furent jamais pour\nMr. Bernard Shaw que prétextes à exposer ses idées personnelles en une\ncomédie, un essai, une critique dramatique ou un article. L'on ne s'accorde\npas trop en Angleterre sur la valeur intrinsèque des dites idées person-\nnelles ; mais rien de ce que décrète l'auteur de Man and Superman ne\nsaurait laisser indifférent le public britannique : les uns se pâment, les\nautres se fâchent, d'aucuns rient et l'on discute à perte de vue ;\nMr. Bernard Shaw étant certainement une des intelligences dont l'Angleterre\ns'honore ; et après S. M. Edouard VII la personnalité anglaise actuelle\nirlandaise en fait la plus paragraphée dans les feuilles quotidiennes\net les magazines hebdomadaires. Une fois même une revue très vieux-jeu\nlui consacra un éreintement passionné et anonyme. Ses faits et gestes\ndéplacent toujours plusieurs interviewers et ses déclarations obtiennent les\nhonneurs d'un titre en gros caractère, tout comme le dernier incident\ninternational, le vol d'un Gainsborough, le match annuel Eton V. Harrow,\nou l'infériorité de l'équipe nationale aux régates d'Henley.\nUn jour, Mr. Bernard Shaw, lassé d'entendre formuler les mêmes\nopinions (qu'il étiquettait absurdités) sur XAnneau des Niebelungen par les\ncritiques anglais et de voir ces opinions admises comme articles de foi par"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.34", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2302, "texte": "les lecteurs des dits critiques, voulut donner son avis quant à Wagner.\nDepuis assez longtemps on s'égarait sur la vraie valeur de son œuvre, sa\nphilosophie, le réel sens de son symbolisme. Il était temps de rabaisser\ncette épopée à la hauteur de sa signification véritable ; il écrivit donc un\npetit volume de quatorze chapitres, T\nDans des \" encouragements préliminaires \" Mr. Bernard Shaw divise\nles Wagnériens en plusieurs catégories: une première, de spectateurs\nbornés et pleins de bonne volonté qu'il laisse en paix, de ces êtres sensitifs\net superficiels, simples musiciens qui ne font que subir la seule musique\ndu Ring bercements lents des flots du Rhin, murmures rêveurs de la\nforêt, extases amoureuses de Brunhilde, bruissante traversée du feu,\nhéroïque marche funèbre de Siegfried et ne voient dans les discours\net les discussions de Wotan que des récitatifs un peu longs, ternes et\nobscurément philosophiques ; une seconde classe, composée de ceux\nqui reconnaissent en la Tétralogie un drame d'actualité et non d'anti-\nquité fabuleuse, qui n'aurait pu être écrit avant la seconde moitié du\nXIXme Siècle, \" pour ce que les événements auxquels Wagner fait allusion\nn'avaient pas encore eu lieu \" classe de citoyens qui désirent s'instruire et\nque l'on peut éduquer ; enfin un cercle assez fermé d'esprits supérieurs\npour qui l'œuvre possède une signification impérieusement philosophique et\nsociale ; et \" j'ai la prétention d'être un de ces esprits supérieurs \" ajoute,\nmodeste, Mr. G. Bernard Shaw ; ainsi écrit-il ce pamphlet pour aider de\nses lumières les gens assez confiants et assez intelligents pour le suivre par\nles chemins perfides du Socialisme wagnérien.\nAyant prodigué ces quelques bonnes paroles, Mr. Bernard Shaw passe\nau très long compte-rendu des quatre drames lyriques de la (ou\nplutôt des trois drames et de l'opéra qui les conclut, car il s'obstine, et\nnon sans raison à qualifier d'opéra le final au cours\nduquel il interprétera, montrant leur réalité moderne, toutes les scènes\nwagnériennes susceptibles de prouver les idées socialistes de Wagner, et\nson but.\nVingt-deux pages du livre sont consacrées à l'analyse de l'Or\ndu Rhin ; cela débute par une aimable supposition : \" Admettons un\ninstant que vous soyez une jeune femme charmante vivant au Klon-"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 31, "texte": "LE SOCIALISME DANS L'OR DU RHIN"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.35", "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 2631, "texte": "dyke il y a cinq ans1 à l'époque où ce pays regorgeait d'or. \" Si vous\nvous contentez d'en jouir comme les sages jouissent des fleurs, sans les\ncueillir, l'or ne souillera, ne pervertira aucun être humain. Mais que vienne\nun homme cupide, ambitieux, aux appétits ordinaires \" comme la plupart\ndes hommes que vous connaissez \" ; si vous lui révélez l'existence de cet\nor et si vous lui dites qu'en le changeant en monnaie il pourra à son gré\ncommander au monde ; vous verrez que tout cela ne le tente pas autant\nque vous auriez cru ; parce que cela l'entraînerait dans des complications\net des dangers et parce qu'il y a autre chose qu'il désire plus passionné-\nment : vous-même ! Cet homme peut être laid, disgracieux, son amour peut\nvous paraître odieux, sa personnalité détestable, un nain, ( \" ces nains\nsont légion à Londres \" ) vous riez de l'amour qu'il vous offre et le\nméprisez, comme méprisèrent Alberich les Filles du Rhin, comme mé-\npriseraient une telle créature des êtres simplistes sans réel caractère\n\" comme beaucoup de jeunes femmes modernes \" uniquement parce que\nle pauvre nain ne correspond pas à un idéal de beauté physique et d'héroïsme\nromantique.\nElles joignent l'ironie à l'insulte, ces Filles du Rhin, se conduisant en\nflirteuses émérites, en méprisables \" allumeuses \". Tout d'un coup, le\npremier rayon du soleil filtre jusqu'à leur trésor. Elles oublient tout et\ntournoient autour de l'or. Elles ne se souviennent plus que le nain sait\nque seul celui qui maudira l'amour pourra s'en emparer ; qu'il sait\naussi qu'elles se riront toujours de son amour. Il se trouve dans la situation\n\" d'un homme pauvre et vulgaire qui voudrait pénétrer dans une société\naristocratique et à qui on ferait comprendre avec mépris que seulement en\nqualité de millionnaire, il pourra être des leurs, et au besoin s'acheter\navec son argent une femme élégante et bien élevée. \" Il ne peut plus\nchoisir, et l'Alberich, quel qu'il soit, maudira l'amour et choisira l'or,\nsans hésitations. L'or du Klondyke se répandra dans les grandes cités et le\nvieux dilemne se perpétuera à l'infini.\nEt voici que rien ne résistera au ploutocrate Alberich ; des hommes\npeineront comme des esclaves à augmenter ses richesses, à doubler ses reve>-\nnus \" excités par le fouet invisible de la misère Ils ne le voient pas, ce\nmaître tout puissant, pas plus que les allumetiers victimes du phosphore et\nles peintres victimes de la céruse ne voient les actionnaires des sociétés\nqui les emploient. \" Cela se passe ainsi dans chaque contrée civilisée,\n\n1 La première édition du Perfect Wagnerite date de 1898.\n3"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.36", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2704, "texte": "où des millions d'ouvriers travaillent misérables et appauvris à amasser des\nfortunes pour nos Alberichs, sans y gagner quoi que ce soit, sauf quelquefois\ndes maladies horribles et incurables et la certitude d'une mort prématurée.\nCette histoire est terriblement réelle et terriblement moderne ; mais seul\nle poète, avec sa vision de ce que la vie devrait être, trouve la situation\nintolérable. Si nous étions une race de poètes, nous y mettrions un terme\navant la fin de ce misérable siècle. Etant une race de nains moraux, nous\ntrouvons cela, convenable, respectable et pratique . \"\nUne force cependant s'oppose à ce que la tyrannie d'Alberich devienne\npar trop insupportable, une force plus élevée, la loi inventée par des gens\ncapables de pensée, de prévoyance qui se sont aperçus que \" sans l'établis-\nsement d'un ordre social fondé sur la foi morale, le monde ne s'élèverait\njamais au-dessus de la sauvagerie primordiale Ces gens correspondent au\nWotan wagnérien. Les dieux, faiseurs de l'or, en sont malheureusement\nréduits à des compromis, parce que des lois établies hier ne rendent plus\nles mêmes services aujourd'hui, que des questions de responsabilité,\nd'égoïsme et d'intérêt s'y mêlent fatalement.\nCela coûte aussi de maintenir l'ordre des choses établi et de faire\nobéir la Loi. \" Il faut acheter la force brute qui exécutera ses décrets ; et\nla masse des sujets devra être persuadée de respecter l'autorité qui emploie\ncette force. Comment leur inculper cette idée de respect ? Naturellement\nen associant cette idée de pouvoir législatif avec un luxe de mise en scène\nun déploiement de splendeur qui fera impression sur leurs sens et effraiera\nleur imagination. Le dieu devenu législateur devra être couronné Roi et\nPontife. Du moment que le populaire ne sait reconnaître sa supériorité\nen sagesse, du moins devra-t-il être admis comme leur supérieur en richesse,\ncomme celui qui bâtit des châteaux, porte l'or et la pourpre, s'assied à des\nfestins somptueux, commande aux armées, possède le droit de vie et de\nmort et tient entre ses mains le salut ou la damnation éternels. Aux\ntemps de l'âge d'or tout ceci était possible sans corruptions... Mais du\nmoment qu'un Alberich sans amour se trouve dans le monde, libre d'agir\net aidé par la puissance de ses millions, les dieux sont voués à la destruc-\ntion. Du moment qu'Albérich peut forcer le travail des nains et acheter les\nservices des géants, puisque son pouvoir chaque jour grandissant le ferait\nmaître du monde, \" les dieux se voient dans la douloureuse nécessité ou\nou d'abdiquer, ou, se servant de leur intelligence supérieure, d'essayer de\ns'approprier son or. \" Ceci, le dilemne où se trouve aujourd'hui emprison-"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.37", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2618, "texte": "née l'Eglise, est la situation créée par Alberich dans les profondeurs du\nRhin. \"\nCependant perdu dans ses rêves de grandeur, Wotan a oublié qu'il\ndevra payer pour son pouvoir Olympien le même prix que le nain a payé\npour son pouvoir Ploutonique, quand Fricka le lui rappelle, il décide\ns'appeler à son aide pour duper les géants une des grandes forces du monde,\nle mensonge ; c'est Loge qui sera son complice. Et quand les géants\nviennent réclamer leur salaire, ils se heurtent à la mauvaise foi des dieux.\n\" Il n'y a pas dans la vie de moments plus tragiques que quand l'humble\ntravailleur manuel, confiant en ses supérieurs, et les respectant parce qu'il\na confiance en eux, découvre que les dits supérieurs sont faux, avaricieux,\ncorrompus, injustes et traîtres. \" Les discussions continuent ; l'arrivée de\nLoge n'arrange pas les affaires puisqu'il n'a pu trouver de trésor plus\nprécieux aux yeux des géants que Freia. Puis, insidieux, il parle des plaintes\ndes Filles du Rhin et du vol d'Albérich. \" Il n'a pas plus tôt dit ces mots\nque les géants s'abaissent plus bas encore que le nain. Albéric renia l'amour\nqui lui était défendu ; les géants renoncent pour les trésors d'Albérich à\nl'amour qu'ils pourraient obtenir. Remarquez que ce n'est que le trésor\nqu'ils convoitent. Ils n'ont au cœur aucun fier désir de dominer leurs\nsupérieurs ou de transformer le monde au gré de leurs fantaisies. Ils ne\nsont ni intelligents ni ambitieux. \"\nFreia emmenée comme otage, il ne reste au Dieu qu'une ressource:\nvoler à Albérich son trésor. Rien, qu'un vague scrupule moral, ne peut\nempêcher Wotan de se décider à ce vol, et à réussir.\n... Et, dans son royaume souterrain le nain force ses esclaves au travail :\n\" Il n'est pas obligé que ce soit une mine, cela peut être tout aussi bien\nune fabrique d'allumettes avec phosphore rouge, carie des os, énormes\ndividendes et clergymen actionnaires. Ou ce pourrait être une poterie, un\nchantier de chemins de fer, un atelier de tailleurs, ou n'importe quel\nespèce d'endroit où la vie humaine est chaque jour sacrifiée \"... Alberich\npossède un anneau et un heaume qui lui donne le singulier pouvoir d'ap-\nparaître et de disparaître, ou de changer de forme à volonté. \" ... Ce\nheaume est un article commun dans nos rues, où il prend l'apparence d'un\nchapeau haut de forme —. Il peut rendre un actionnaire invisible, ou lui\nprêter des aspects très différents tels que preux chrétien, souscripteur aux\nHôpitaux, bienfaiteur du pauvre, père et mari modèle, anglais pratique\nindépendant et rusé, tandis que cet actionnaire n'est en réalité qu'un"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.38", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2599, "texte": "piteux parasite vivant sur la richesse commune, conservant beaucoup et ne\nproduisant rien, ne sentant rien, ne croyant en rien, ne sachant rien, ne\nfaisant rien excepté ce que tout le monde fait, et encore parce qu'il a peur\nde ne pas faire comme tout le monde\nAlberich reçoit Wotan et Loge sans enthousiasme. Il leur montre son\nterrible pouvoir et leur dépeint le monde \" tel qu'il sera quand il le\ndominera absolument, quand les douces mousses et les tendres feuillages\nde ses vallées auront été transformées en boue, en fumées et en poussières,\nquand l'esclavage et la maladie adoucies par l'ivrognerie et menées par le\nbâton du policeman seront devenues les bases de la société ; et quand\nseulement seront sauvés de la ruine les quelques jolis endroits et les quel-\nques jolies femmes qu'il lui plaira de se payer pour l'assouvissement de\nses propres plaisirs. Dans ce royaume du mal, nul pouvoir que le sien.\nLes dieux avec leurs légalités et leurs moralités seront vaincus et chassés...\nWotan s'indigne, mais Loge reste indifférent ; il est sans passions morales ;\nà ses yeux l'indignation aussi bien que l'enthousiasme paraissent absurdes.\nIl trouve délicieusement amusant de voir que le nain en excitant la\nferveur morale de Wotan détruit en même temps le scrupule moral qui\nl'empêchait de devenir un voleur. Maintenant Wotan a résolu et sans\nremords de voler le trésor du nain ; car n'est-ce pas positivement son\ndevoir d'arracher la puissance à des mains aussi criminelles ? S'appuyant\nsur ces beaux principes moraux il laisse Loge employer la ruse... \"\nComme l'on sait, avec l'aide de Loge, \" le Dieu de l'lntellect, de\nl'lmagination, du Raisonnement, de l'lllusion et de la Raison Wotan\ndérobe à Alberich son chapeau haut-de-forme magique, au nom de la\nmoralité et de la légalité, puis réclame l'anneau. \" Alors le nain, comme\ntout à l'heure le géant, sent les fondations du monde trembler et s'écrouler\nsous lui quand il retrouve sa propre vile cupidité en une personne d'ordre\nsupérieur. Il lui paraît naturel que le mal, ayant maudit l'amour, puisse\nengendrer des pouvoirs mauvais ; mais que les dieux lui dérobent cette\npuissance néfaste et s'en servent, cela lui semble une monstrueuse perver-\nsion A ses plaintes le Dieu oppose une vertueuse indignation \" lui\nreprochant avec l'attitude d'un juge intègre \" d'avoir jadis volé l'or aux\nFilles du Rhin.\n\" Ainsi va le monde. Autrefois quand le travailleur chrétien était\ndépossédé par le noble prodigue, et le prodigue par l'Usurier Juif, l'Eglise\net l'Etat, la religion et la loi s'emparèrent du Juif, considérant comme"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.39", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2365, "texte": "un devoir chrétien de le déposséder à son tour. Quand les forces égoïstes\net l'appât du gain, volant le pauvre et déshonorant la terre, eurent\nconstitué nos sordides systèmes capitalistes, alors l'lntelligence, la Religion\net la Loi, qui n'auraient pas inventé eux-mêmes de tels systèmes, crurent\ndevoir s'emparer néanmoins de ces pouvoirs diaboliques sous couleur\nde justice et de bien. Il arrive inévitablement que quand les Talents, la\nLoi et l'Eglise ont fait cause commune pour dépouiller le peuple, cette\ndernière se trouve plus blessée par ce reniement de ses propres principes\nque ses alliés ; et finalement ceux-ci se mettent à voler l'Eglise avec\nl'aide d'un Loge amusé, comme cela se passe par exemple en France et\nen Italie \".\nPour payer le salaire des géants, architectes du Walhalla, Wotan est\nobligé de sacrifier l'or une seconde fois volé. \" Mais maintenant quelle\nLoi reste-t-il à ces deux stupides travailleurs ?... Par habitude ils s'en\nrapportent au Dieu qui décidera pour eux ce que chacun d'eux doit\nrecevoir du trésor. Mais lui se détourne avec dégoût de ces forces\nbrutales. Ils s'arrangent comme deux loups et Fafner, d'un coup de son\népieu, tue son frère. C'est horrible à voir et à entendre pour quiconque\nsait, comme, de la même façon, le sang est versé en ce monde par les\ntravailleurs brutalisés, d'assez honnêtes gens en somme jusqu'au moment\noù ils s'aperçoivent qu'ils ont été trahis par leurs supérieurs Fafner\nemporte son butin dans une caverne, et s'étant transformé en dragon,\nesclave de son trésor, le veille nuit et jour. \" Son cas est trop commun\npour nous surprendre. Le monde est encombré de gens qui sacrifient\ntoute affection et toute charité pour se procurer des richesses, desquelles\nensuite, esclaves misérables, ils se sentent incapables de faire le moindre\nusage\nCependant les Dieux entrent au Walhalla, sur l'arc-en-ciel édifié\npar Donner et Froh ; c'est alors que Wotan, soucieux de voir que\nlui-même ne peut échapper ni à sa destinée ni à ses propres lois, songe à\ncréer un être libre, le premier d'une race de héros ; ce sera Siegfried,\nsurhomme Nietzschéen que Mr. Bernard Shaw se plaît à considérer\ncomme un Anarchiste et un Protestant.\nA cette analyse de l'Or du Rhin, Mr. Bernard Shaw ajoute quelques\nremarques complémentaires. Pour la plupart des spectateurs, dit-il, ce"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.40", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2611, "texte": "prologue n'est qu'une lutte entre une demi douzaine de personnages de\nconte de fée à propos d'une bague. \" Seuls, les plus clairvoyants, angoissés,\nsuivent le drame sans respirer, y apercevant l'entière tragédie de l'histoire\ndu genre humain et toute l'horreur des dilemmes en lesquels le monde se\ndébat aujourd'hui... En somme les gens qui n'ont pas d'idées générales,\nqui ne comprennent pas l'intérêt qu'un philosophe ou un politicien\nporte à la race humaine, ne peuvent comprendre le sens dramatique\nde l'Or du Rhin.... Et maintenant quelque lecteur superficiel va certaine-\nment nous interrompre, déclarant que l'Or est une œuvre d'art\npure et simple, que Wagner n'a jamais pensé à des actionnaires, des\nchapeaux haut-de-forme, des mines et des manufactures ; qu'il n'a jamais\nsongé à ces questions industrielles et politiques considérées au point de\nvue humanitaire et socialiste. Ce sont là des impertinences ; les faits de\nla vie de Wagner suffisent à le prouver\nSuivent des explications un peu longues sur la vie de Wagner, son\ntraité avec l'opéra de Dresde, son amitié avec August Roeckel, ses\nrelations avec Michaël Bakounin, la Révolution de 1849, ses pamphlets\net ses compositions, enfin un avertissement au spectateur de bonne volonté.\n\" Dans l'ancienne création, les personnages surnaturels sont invaria-\nblement présentés comme plus grands que l'homme et au-dessus de lui.\nWagner donne à l'Homme la plus haute place. Dans l'Or du Rhin, il n'y\na pas encore d'hommes sur la terre. Il y a les nains, les géants et les\ndieux. Ne vous y trompez pas, le monde est dans l'attente de l'Homme\nqui le délivrera du gouvernement boiteux des dieux ; aussitôt l'allégorie\nvous paraîtra très simple. Naturellement les nains, les géants et les dieux\nne sont que la dramatisation des trois principales catégories d'hommes,\nc'est à dire : les gens avares, instinctifs, luxurieux ; les gens stupides,\nlaborieux, respectueux, qui adorent l'argent ; et les esprits supérieurs,\nmoraux et intellectuels, qui arrangent et administrent les Eglises et les\nEtats. L'Histoire nous montre qu'une seule classe d'hommes est supérieure\nà la plus élevée de ces trois catégories : les Héros...\n... Peut-être n'y avez-vous jamais songé, mais il est évident que si\nla prochaine génération d'Anglais était uniquement composée de Jules\nCésars, toutes nos institutions politiques, ecclésiastiques et morales dis-\nparaîtraient instantanément... Des Jules Césars ne s'inquiéteraient guère\nde nos Codes et de nos Eglises... Dans l'Or nous voyons le Héros\nsurgir et détruire nains, géants et dieux... Surtout nous devons com-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.41", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1865, "texte": "prendre que le Dieu, dans son désir d'une vie plus haute et plus pleine,\nattend avec impatience l'arrivée de ce pouvoir plus puissant que le sien,\nde ce Héros dont le premier soin sera de détruire la race des dieux\nTelles sont les idées de Mr. Bernard Shaw au sujet de\nen général et de l'Or du Rhin en particulier. Il ajoute, sûr de soi-même :\nque quiconque, (connaissant sa réputation de socialiste), ne voit dans son\nanalyse que \" son socialisme \" découvert dans l'œuvre d'un dilettante qui\nfonda sur une vieille légende un livret d'opéra, peut-être en toute\nsûreté considéré comme un âne bâté. \" Ce sont des faits que ce livre\nrelate. Il existe des gens qui ne veulent pas admettre qu'on leur montre\nleur héros lié avec un fameux rebelle anarchiste, recherché par la police,\nauteur de pamphlets révolutionnaires, et que la peinture de Nibelung-\nhome sous le règne d'Alberich soit une vision poétique du capitalisme\nindustriel non-réglé, comme on le connaissait en Allemagne au milieu\ndu XIXme siècle par la Condition des classes laborieuses d'En gel. Ces gens\nnient ces faits et déclarent que je les rapproche de Wagner dans un\nparoxysme de perversité insensée. Je regrette de les avoir blessés. Et je\nsupplie les éditeurs de publier, de Wagner, une nouvelle biographie qui\nle décrira comme un musicien de cour, orthodoxe et indiscutablement\nà la mode et un pilier des cercles de Dresde les mieux pensants...\nMr. Bernard Shaw n'oublie pas non plus de nous prévenir de la\nperfection de ses connaissances aussi musicales que sociales : ni défor-\nmations de thèmes, ni doctrines révolutionnaires n'ont de secret pour\nlui ; c'est pourquoi il se décide à ajouter son commentaire wagnérien à\nceux \" écrits par des musiciens qui ne sont pas révolutionnaires et des\nrévolutionnaires qui ne sont pas musiciens \".\n\nX.-Marcel Boulestin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c013", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 42, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.7", "titre_corps": "UN NOUVEAU CHIFFRAGE DE LA BASSE", "titre_sommaire": "UN NOUVEAU CHIFFRAGE DE LA BASSE", "signature_source": "Charles H. 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En examinant attentivement mon système, on reconnaîtra\nqu il n y a guere de combinaison harmonique, qui ne se laisse indiquer par lui avec précision et\nclarté.\nNous partons de cette convention que les chiffres impairs représentent des accords, et les\nchiffres pairs des altérations, et nous suivrons l'ordre habituel par les traités en usage.\nCommençons par les renversements de l'accord parfait. Le chiffre 3 indiquera l'accord\nde sixte, et 5 1 accord de quatre et sixte. L'élève distinguera de suite, par ce procédé, la fonda-\nmentale de l'accord :\nPour les accords de septième on se servira de l'exposant 7 joint aux chiffres 1, 3, 5, 7 :\nL'accord de neuvième 1 emploiera l'exposant 9, avec les mêmes chiffres.\nLes chiffres pairs sont réservés aux altérations (retards, anticipations, appogiatures etc...)\nAinsi, 6 sera une altération de la quinte, 4 une altération de la tierce, et 2 une altération de\nla basse. Nous aurons donc des formations de ce genre , indiquant à la basse une note\nde l'accord et en-dessus une note altérée.\nUne simple comparaison avec le chiffrage habituel, montrera l'avantage de notre méthode:\nOn remarquera que l'altération de la note fondamentale est toujours représentée par\nun 2, tandis que l'ancienne méthode employait six chiffres pour l'accord parfait, et huit pour\nl'accord de septième.\n\n1 A. moins que 1e neuvième n'ait réellement le caractère d'une altération : elle se chiffrerait alors comme\ntelle."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.43", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1571, "texte": "Le chiffrage de altérations dans l'accord parfait reste donc toujours le même, quelque\nsoit le renversement de l'accord.\nUne ligne oblique placée à droite d'un chiffre, indiquera un mouvement diatonique ascen-\ndant. Ce chiffrage s'appliquera donc au retard ascendant :\nLes altérations qui se résolvent à la fois dans les deux sens auront le chiffrage suivant :\nUn chiffre pair sur la basse indique que l'altération est à la basse. Il n'y a donc pas\nd erreur possible, puisque un chiffre pair représente toujours une altération par rapport au\nchiffre impair, écrit en petits caractères, qui le suit immédiatement.\nLes anticipations sont indiquées par un trait oblique, placé derrière les nombres impairs\ndes accords :\nQuelques théoriciens nomment l'exemple suivant l'accord de onzième, d'autres le consi-\ndèrent comme un accord anticipé. Notre chiffrage peut indiquer avec une égale facilité l'une\net l'autre de ces interprétations :\nDans l'exemple 10, la ligne oblique, placée devant le 4, indique que ce 4 tient la place\nd'une note, qui lui est inférieure d'un ton.\nUn trait oblique en travers du chiffre indique un dièze, deux traits un double dièze ; un\ntrait horizontal indique un bémol, deux traits horizontaux un double bémol ; si le trait hori-\nzontal est terminé par un crochet, il indique un bécarre. Là où, toutefois, le bécarre doit\nexpressément figurer à côté du dièze ou du bémol, on lui conservera sa forme ordinaire.\nD'ailleurs notre système permet de se servir, si l'on y tient, des signes habituels de ces\naccidents."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.44", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1195, "texte": "Voici quelques exemples du chiffrage d'accords altérés. Le mérite de cette manière\nnouvelle est que les altérations sont ici expressément désignées à leur place, tandis que l'ancien\nsystème ne peut que signaler la présence d'altérations parmi les intervalles de l'accord.\nMon système permet également de suivre la conduite de chaque voix dans un texte\nmusical à plusieurs parties, ce qu'il était impossible d'obtenir avec l'ancienne méthode.\nUne altération qui se produit par mouvement disjoint pourra se représenter de la façon\nsuivante :\nComme, dans mon système, le chiffre inférieur indique la situation de la note de basse\ndans l'accord, et la nature même de cet accord, toute la série des chiffres placés au-dessus de\ncelui-ci restent à la disposition du chiffrage.\nUn trait oblique devant un chiffre veut dire que ce chiffre (et la note qu'il représente)\nremplace le chiffre placé dans l'échelle immédiatement au-dessus ou au-dessous de lui.. Un >\nindique que le chiffre remplace à la fois les deux degrés qui lui sont conjoints Un < représente\nune double suspension :\nIl ne sera pas sans intérêt d'établir un parallèle entre ma notation et celle de la pédagogie\nofficielle :"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.45", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 468, "texte": "ne tettrf T TT °\" '• VOit' beaucouP P,us Pratiq« 1»e 'es autres,\néditions musicales? eprerne e a pratique, et la faire entrer en vigueur dans les\nConvaincu que cette méthode est capable de s'adapter à n'importe quelle harmonie ie\nprte ceux qu, s'intéressent à ces questions, de me dire leur avis, et de? m'envoyer des \" emplis\nsaJr \"5 a Je me déclare prêt 4 leur fournir un c,\"#'rag« toujours clair et facile à\n\nCharles H. Keefer."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c029", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 46, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.8", "titre_corps": "A TRAVERS L'ESTHÉTIQUE", "titre_sommaire": "A TRAVERS L'ESTHÉTIQUE", "signature_source": "L. Dauriac", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.46", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3432, "texte": "A TRAVERS L'ESTHÉTIQUE\nLA CRITIQUE MUSICALE DU TEMPS PRÉSENT\n\nJ aborde aujourd hui un sujet d'une fécondité inépuisable. Je ne l'épuiserai pas bien\nentendu ni aujourd hui, ni le mois prochain, ni dans trois mois, car ayant trop à dire, il est\nsage de renoncer a tout dire. Je n'ai point non plus l'intention de louer notre critique\nmusicale contemporaine. A quoi bon parler de ce qui serait sans défaut ? Je parlerai donc de\nses défauts et (pour éviter d'être en même temps trop long et trop dur) d'un seul de ses\ndéfauts. Elle est inhospitalière. Il faut avoir l'esprit hospitalier. Jadis on disait de certaines\nfemmes : a Elles ont un cœur d'hôpital cela voulait dire : u Elles ont pour tous le même\nsourire , u Elles préfèrent tout le monde \". C'est donc un mal que d'aimer sans préférer ?\nMais alors pourquoi demander à notre critique musicale d'être hospitalière ? N'est-ce pas lui\ndemander de n'être plus intelligente ?\nJe ne suis pas de cet avis. Je m'étonne en effet que cette critique musicale représentée\nchez nous par des hommes de plus que suffisante culture, et tous, ou presque tous, sur ou\nau-delà du seuil de notre élite intellectuelle, n'ait pas encore réussi à faire brèche.\nOn se souvient de Brunetière, déclarant, sans le moindre euphémisme, qu'il n'aimait\nni les Juifs, ni la musique \". Demandez à Lemaître s'il aime la musique : peut-être vous\nrépondra-t-il que \" son bruit ne l'incommode pas \". M. Faguet lui, s'intéresse à la musique.\nIl ne s'y intéresse pas directement, à vrai dire, mais quand on en parle devant lui, il écoute, il\nquestionne, il objecte. On peut être un critique d'un grand talent, en littérature, en art\ndramatique, et se sentir incapable de juger un tableau ou une symphonie. L'essentiel est qu'il\ny ait des jugements à travers lesquels celui qui ne s'y connaît pas puisse se rendre compte ou\ndes caractères de l'œuvre ou du genre d'émotion qu'elle peut exciter. La critique dramatique\nd'un Faguet est intéressante, même pour les gens qui ne vont jamais au théâtre et ne lisent\njamais de comédies ou de drames.\nNotre critique musicale est généralement insignifiante au regard de ceux qui ne savent\npas écouter la musique : elle n'apprend rien. Quant à ceux qui savent ou croient savoir\nl'écouter, tantôt elle les irrite, tantôt elle les déconcerte, tantôt elle les ennuie.\nElle les ennuie. Et le motif de cet ennui veut être cherché dans l'abondance des digres-\nsions. Quand on entame l'exposition d'une œuvre, on a généralement peur d'être trop bref*\nAlors on parle du sujet, de son contenu émotionnel, des différentes façons dont il pourrait être\ntraité. Puis on aborde l'œuvre. Des difficultés, et très grandes, surgissent : comment exposer\nune œuvre musicale ? Décrire un tableau, passe encore ; mais une symphonie ? Notre avis est\nqu'une symphonie peut se décrire. Au point de vue, notre ami Prod'homme a très exactement\nanalysé les symphonies de Beethoven. Mais il a cite. Et l'usage n'est pas de citer dans les\nfeuilletons musicaux. D où résulte que le critique sait de quoi il parle, et le public n'en sait rien.\nA ces raisons d'être ennuyé s'ajoutent des motifs d'être déconcerté, irrité même. Si l'on a\nentendu 1 œuvre dont le critique nous parle, il se peut qu'on l'ait applaudie, qu'on l'ait\nadmirée meme. Or voici que le critique vient nous dire : u C'est une œuvre ambitieuse ; mais\n1 audace y est grande le résultat médiocre. \" Et il ne se prive pas de faire la leçon, au"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.47", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2996, "texte": "compositeur, d'abord, au public ensuite. Le compositeur se fâche. Le public hausse les épaules\net, tout compte fait, le critique ne se trouve avoir écrit que pour lui seul. Ce n'est peut-être\npas assez.\nEntre un public comme celui de nos concerts et une critique comme celle qui a mission\nde statuer sur ce que l'on va entendre à nos concerts le désaccord est inévitable. Le public va\ny chercher de l'émotion. La critique va y chercher de l'originalité. Est-elle bien dans son\nrôle, cette critique ? Oui, quand elle aperçoit dans une oeuvre des traces d'originalité et qu'elle\nles souligne. Non, quand elle en cherche, sans en trouver, et que n'en trouvant pas, elle s'irrite\net s'obstine à demander ce que l'on est en droit de ne lui point offrir.\nJe me demande si ce genre d irritation est exempt de tout ridicule. Je me demande si\ncette aisance a se fâcher contie qui nous refuse du nouveau ne part pas d'exigences singulières,\nnon seulement injustes, mais qui, si elles étaient satisfaites, nuiraient à l'évolution de\nl'art musical.\nLe but de 1 art est-il 1 innovation ? Oui j mais par quel sophisme en est-on venu à se\nfigurer que les germes d'un art nouveau doivent se laisser découvrir dans toute création vraie ?\nLes Lanson, les Faguet, les Brunetiére se sont toujours garés du sophisme. Brunetière même\nnous apprenait jadis que le chef-d ceuvre d un genre doit attendre, pour éclore, que le genre ait\ndéjà vécu. Nos critiques musicaux savent cela apparemment. D'où vient que chaque fois qu'ils\nprennent la plume ils aient l'air de l'oublier ?\nLes Faguet, les Lanson, les Dounuc, s ils avaient a rendre compte d'un drame composé\nd'une façon classique, le constateraient, mais ne se fâcheraient pas contre le classicisme de\nl'auteur. D'où vient que M. Pierre Lalo ne manque jamais de se fâcher contre un Mascagni\nou un Leoncavallo, sous prétexte que ces deux compositeurs prolongent inutilement l'art de\nGiuseppe Verdi? Je ne comparerai jamais l'entr'acte de Cavalleria Rusticana à celui de\nl'Etranger. Mais j'affirme que la page de Mascagni valait la peine d'être. J'en sais peu de plus\nviolemment expressives. Et que ce ne soit point là du grand art, peu m'importe. La de\nSardou n'est pas non plus du grand art que je sache. La critique du temps a félicité Sardou\nd'avoir écrit ce drame. La critique musicale française a cru faire preuve d'intelligence en\ndénigrant Cavalleria.Elle s'est trompée.\nEt elle s'est trompée en raison de tendances délibérément \" inhospitalières Chaque\nfois qu'elle cédera à ces tendances, elle manquera d'autorité. Ni le public ne tiendra compte de\nses jugements, ni les représentants de la critique littéraire ou dramatique ne consentiront\nà voir dans ceux de la critique musicale de véritables collaborateurs.\nAprès tout, est-ce un si grand mal, nous sera-t-il objecté peut-être ?\nMon opinion est que le mal existe. Elle est aussi qu'il n'a rien d'irréparable. Nous nous\nexpliquerons sur ce point un jour ou l'autre.\n\nL. Dauriac."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c030", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.9", "titre_corps": "NOTES JURIDIQUES", "titre_sommaire": "NOTES JURIDIQUES", "signature_source": "Georges Baudin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.48", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3356, "texte": "NOTES JURIDIQUES\nLA COLLABORATION DRAMATICO-MUSICALE\n\nLe drame musical est rarement l'œuvre d'un seul artiste ; il est dû, le plus souvent, à la\ncollaboration dun poète et d'un musicien ; et, quelqu'opinion que l'on ait à l'égard de ce\nmode de création artistique, il faut reconnnaître que nous lui devons un certain nombre de\nche s-d œuvres. D ailleurs, il ne saurait s'agir ici de discussions esthétiques, mais seulement de\nnotions juridiques ; quoique cependant, les très nombreuses questions de droit que soulève la\ncollaboration dramatico-musicale, tant par les rapports qu'elle fait naître entre l'auteur et le\ncompositeur que par la nature même de l'œuvre qu'elle engendre, ne peuvent être tranchées\nque selon la conception que l'on se forme du drame lyrique.\nOn peut, ainsi que certains l'ont fait, considérer la musique comme prépondérante : la\npartie itteraire n est qu un prétexte pour diriger l'inspiration du musicien ; son rôle est\naccessoire ; les vers du poète seraient sans vie et dénués d'intérêt, sans le souffle puissant de\nharmonies qui les viennent animer. «Si telle ou telle poésie inspire le musicien, dit M.\n\\ Schuster, un (]es partisans de cette théorie, on peut dire que ce dernier en exprimant en\nSC<nS uiCS concePtlons qui n'étaient jusqu'alors qu'indiquées par des mots, transforme\n(< véntablement quelque chose d'abstrait et d'inanimé en une manifestation concrète et\nvivante. C'est comme si une statue était animée et exécutait le geste qu'elle ne faisait\n' qu indiquer. Mais, il y a plus ; nous ne reproduisons pas seulement les sentiments que le\nu Poete exprimait, ne fût-ce que d'une façon abstraite, par des mots, mais nous révélons aussi\nceux qu il ne pouvait traduire au moyen du langage et qui étaient cependant à la base de\n\" sa exception et de sa poésie : ce sont ces manifestations inspiratrices du monde extérieur,\n<t clue. la musique peut, malgré leur caractère impersonnel, rapprocher du domaine des\nu sentiments, de telle sorte qu'elle rend perceptibles, grâce aussi à l'accompagnement, des\nsensations que le poète ne pouvait parvenir à exprimer \". En donnant au texte du drame\nmusical une importance aussi minime on doit arriver tout naturellement dans la réglementation\ndes droits des collaborateurs, à favoriser le musicien. Malheureusement sa situation privilégiée\nne peut etre telle qu'au détriment de l'écrivain. Cette solution regrettable a cependant été\nsanctionnée par diverses législations : en Allemagne et en Hongrie, le compositeur de musique\npeut, a lui seul et sans le consentement de son co-auteur, autoriser la représentation publique\nde œuvre faite en collaboration ; de même les lois Italienne, Espagnole et Vénézuélienne\npermettent au musicien de faire reproduire et vendre, à son gré et librement, la musique\naccompagnée du texte.1 Le droit réciproque n'est, bien entendu, pas accordé au littérateur,\n\n1 Allemagne. Loi de-ii Juin 1870.\n« ♦Alt t) 1 ' iS 11 7 3 Plusieurs auteurs, il faut, pour la représentation publique, le consentement de chaque\n„ aute.ur- Fo\"r œuvres musicales accompagnées d'un texte, y compris les œuvres àla fois dramatiques et\nmusicales, il surnt du consentement du compositeur seul\nHongrie. Loi du 26 avril 1884.\nArt. 52. \" pour l'exécution des oeuvres musicales accompagnées d'un texte, y compris les opéras, le\nconsentement du compositeur suffit en règle générale"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.49", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 4284, "texte": "qui peut dans cas se trouver singulièrement lésé par une exploitation abusive ou\nmaladroite de l'œuvre commune, à laquelle il ne peut pas s'opposer. Ce système, qui a pour\nbase une fausse conception du drame lyrique, n'est ni juste ni conforme aux principes\ngénéraux du droit. Il semble donc qu'on doive, sans hésitation, en rejeter les conclusions.\nA l'inverse, on pourrait soutenir que la partie essentielle du drame musical est le texte\nlittéraire ; que la musique vient seulement souligner le sens des paroles, en accentuer le rythme\nrendre plus agréable l'audition de la voix par les modulations du chant et les harmonies de\n1 orchestre ; qu'enfin le drame n'existe que par le sens précis des mots et non par les sonorités\nvagues de la musique qui leur emprunte toute sa signification et qui serait incapable à elle\nseule de nous indiquer et de nous faire comprendre les pensées des personnages et les épisodes\nde action dans tous leurs détails. La conséquence logique d'une telle opinion serait de donner\nà 1 écrivain les privilèges qui sont accordes au musicien dans le système précédent. Mais cette\nthéorie n'a guère, à ma connaissance, trouvé de partisans parmi les législateurs de' la propriété\nartistique.1\nf Un troisième système a ete adopte par les lois Belge, Monégasque et Mexicaine : celui de\n1 indépendance des collaboiateurs. Chacun deux est considéré, au point de vue de l'exercice\ndu droit d'auteur comme seul propriétaire de l'œuvre commune : chacun d'eux peut l'exploiter\nséparément par la publication ou la représentation publique.\nAinsi, le musicien et l'écrivain sont traités également : c'est déjà bien.\nMais cette solution ne tient pas compte de la nature de l'œuvre dramatico-musicale, ni\ndes circonstances dans lesquelles elle a été créée. Elle évite peut-être en pratique des difficultés\nentre les collaborateurs ; mais par contre l'action indépendante de ces derniers peut s'exercer\nen des sens opposés ou de façon inopportune et avoir de très fâcheux résultats pour la renommée\nde l'œuvre et de ses auteurs.\nItalie. Loi du 19 septembre 1882.\nArt. 6. \" L'auteur d'un livret ou d'une composition quelconque mise en musique ne peut disposer du\n\" droit de reproduire et de vendre la musique ; mais le compositeur de la musique peut la faire reproduire et la\n\" vendre avec les paroles sur lesquelles la musique a été écrite\nEspagne. Règlement du 30 septembre 1880 pour l'exécution de la loi du 10 janvier 1879.\nArt. 112, §2.— \" A défaut de convention, l'auteur de la musique peut imprimer ou céder sa composition\n\" séparément ou accompagnée des paroles du chant correspondantes\nVenezuela. Loi du 17 mai 1894.\nArt. 20. \"Lorsqu'il s'agit d'œuvres lyrico-dramatiques créées en collaboration, l'auteur du livret aussi\n\" bien que celui de la partie musicale pourra imprimer et vendre séparément la partie de l'œuvre dont il est le\n\" créateur ; toutefois dans la partie musicale le texte correspondant au chant pourra être ajoutée\n1 La loi Suédoise du 10 Août 1877 applique ce système dans certains cas :\nArt. 2° \" ..... s'il s'agit d'une œuvre dramatico-musicale, le consentement de l'auteur suffit, si le texte est\n\" la partie principale, et celui du compositeur dans le cas contraire. \"\n2 Belgique loi du 22 Mars 1886.\nArt. 18. \" Lorsqu'il s'agit d'ouvrages qui se composent de paroles ou de livrets et de musique, le compo-\nsiteur et l'auteur ne pourront traiter de leur œuvre avec un collaborateur nouveau. Néanmoins ils auront le\n\" droit de l'exploiter isolément par des publications, des traductions ou des exécutions publiques\nMonaco. Ordonnance souveraine du 27 février 1889.\nArt. 7. § 2. \" L'ouvrage composé de paroles et de musique ne doit pas être réputé indivisible. L'auteur et\n\" le compositeur peuvent l'exploiter séparément, chacun pour sa part, par des publications, des traductions ou\ndes exécutions publiques, mais ni l'un ni l'autre ne peut traiter avec un collaborateur nouveau pour l'autre\n\" partie r\nMexique. Code civil révisé de 1884.\nArt. 1184. \" Si une œuvre dramatique est composée par plusieurs personnes, chacune d'elles a le droit\nd en autoriser la représentation, sauf convention contraire, ou lorsqu'il est invoqué une cause légitime, reconnue\n\" comme telle par l'autorité administrative, après avis d'experts"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.50", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3958, "texte": "Ces différentes réglementations de la collaboration dramatico-musicale n'étant ni théori-\nquement, ni pratiquement satisfaisantes, il faut se rallier à une autre doctrine qui se fonde sur\nune conception très rationnelle du drame lyrique et sur de très solides principes juridiques : la\nthéorie de l'indivisibilité.\nSi nous considérons que les collaborateurs, par l'échange et la fusion de leurs idées ont créé\ncomme résultat de leurs aspirations communes une œuvre dans laquelle il est impossible de\nreconnaître de façon précise la part exacte et l'importance réelle du travail de chacun deux ; si\nnous ne voyons pas seulement leur besogne matérielle, et si nous pensons que le littérateur n'a\npas uniquement écrit un livret et le musicien une partition, mais qu'ils ont réalisé ensemble\nl'œuvre conçue en commun en exprimant leurs pensées et leurs sentiments par deux moyens\nqui, bien que très différents par leur technique, peuvent s'unir très étroitement, nous devons\ndire que l'œuvre ainsi créée, qui renferme en elle le fruit d'une inspiration unique développée\npar les efforts réunis de deux artistes de talents divers en vue d'atteindre un même idéal de\nbeauté, est indivisible, d'une indivisibilité absolue ; et nous devons admettre dans toute leur\nrigueur les conséquences de cette indivisibilité. En effet, dans l'œuvre dramatico-musicale, le\nbut que doivent atteindre les collaborateurs, c'est le drame, l'action, qui résulte à la fois des\nsentiments des personnages et des péripéties au milieu desquelles ils s'agitent. Pour atteindre\nce but, pour faire vivre ce drame, les deux moyens d'expression les plus sublimes et les plus\npuissants, ceux qui peuvent faire éprouver à l'âme humaine les émotions les plus intenses, aussi\nbien que les plus délicates et les plus subtiles, la poésie et la musique, s'unissent intimement et\nindissolublement, se fondent l'une dans l'autre et se renforcent mutuellement. Cette union est\nl'essence même du drame musical. Le musicien et le poète ne se bornent pas à adapter, à\nsuperposer l'une à l'autre deux œuvres composées séparément : le travail de chacun est sans\ncesse inspiré par celui de l'autre, dirigé et modifié par des critiques réciproques. Peut-on consi-\ndérer le drame musical ainsi conçu autrement que comme une œuvre absolument indivisible,\nune œuvre dont les auteurs ne peuvent user et disposer que d'un commun accord ?\nEn l'absence de texte précis, 1 la jurisprudence française a sanctionné ce système et\nl'applique d'une façon générale dans tous les cas où la collaboration a été effective, et où le\ndrame musical, quelle que soit sa valeur artistique, a été composé en commun. 2 Ainsi, les\ntribunaux décident que l'édition du drame musical et sa représentation publique ne sont licites\nque faites avec le consentement des deux collaborateurs. Car il est constant, dit la Cour de\nParis 3 \" qu'entre deux collaborateurs travaillant à une même œuvre, s'établit un perpétuel\n\" échange d'idées et une critique mutuelle qui font que, l'ouvrage terminé, il devient impossible\n\n1 Une proposition de loi présentée le 19 mai 1886 par M. Philippon contenant la disposition suivante\nrelative aux œuvres dramatico-musicales.\nart. 19. \"Le compositeur d'une œuvre lyrique et l'auteur des paroles qui l'accompagnent ont des droits\nM égaux sur elle. Il leur sera loisible, à moins de convention contraires, d'exploiter isolément leur œuvre, mais\n\" ils ne pourront en aucun cas traiter de cette œuvre avec un nouveau collaborateur,\"\n* C. Paris 12 Juillet 1855 Dalloz 1855 - 2 - 257\nC. Paris 27 Juin 1866 Pataille 1866 - 299\nC. Nancy 13 Août 1867 Pataille 1869 - 246\nT. C. Seine 28 Août 1868 Pataille 1870 - 306\nT. C. Seine 19 Août 1872 Dalloz 1874 - 5 - 414\nCass. 4 Février 1881 Dalloz 1881 - 1 - 331.\nC. Paris 13 Mai 1884 R. gaz. Pal. 1884.\nT. C. Seine 16 Avril 1886 La loi 17 Avril 1887.\nC. Paris 9 Décembre 1905 - Gaz. Trib 24 Février 1906.\n8 C. Paris 9 Décembre 1905 Gaz. Trib. 24 Février 1906"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.51", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 4015, "texte": "\" de distinguer le rôle et la part exacte ou l'importance du travail personnel non plus que\n'' l'influence des idées de chacun sur l'ensemble de l'œuvre qui apparaît dès lors, une fois\n'' achevée, comme une émanation indivisible des personnalités distinctes qui la signent et le\n<c fruit de leurs communs efforts ; qu'il en est ainsi, non seulement dans les œuvres littéraires,\nmais aussi dans les productions dramatico-musicales, où la musique, associée à un drame,\n(< approprie à chacun des épisodes des sonorités évocatrices conformes aux milieux où ils se\n<( déroulent, comme à la psychologie, au langage et à la manière d'être des divers personnages\n112( qui y figurent, si bien que la musique et le livret s'harmonisent et se poétisent en se fondant\n*' dans l'intimité d'une œuvre scènique formée de deux éléments différents, réunis non par\n(( juxtaposition, mais par une fusion étroite, qui crée entre eux la plus parfaite indivisibilité. \"\nDe même, l'autorisation des deux collaborateurs est nécessaire pour l'édition, l'exécution\nou la représentation de la partie littéraire seule ou de la partie musicale seule, ou même d'un\nfragment de l'une d'elles. C'est notamment dans ces conditions que doit avoir lieu l'exécution\nisolée des ouvertures, préludes, entr'actes symphoniques. Et, dans un autre arrêt1 la Cour de\nParis décide \" que cette collaboration en commun de deux intelligences pour la création d'un\n<< même ouvrage donne aux auteurs, indistinctement, un droit commun sur ce qui est le\n<( produit de talents d'une nature, diverse ; que vainement on opposerait au droit revendiqué\n'' par H. au nom de P. qu'il s'agit dans l'ouverture exécutée au cirque, d'une œuvre purement\n'' symphonique, à laquelle les paroles sont complètement étrangères. Qu'en effet, c'est l'auteur\ndes paroles qui donne au musicien la situation propre à mettre en relief le génie de ce\n<< dernier et qui lui inspire les motifs qui distinguent son œuvre ; que l'ouverture d'un opéra\n<< en rappelle toujours les situations principales, dont elle est en quelque sorte le reflet, par la\nreproduction des motifs évidemment amenés par la situation dramatique qu'ils doivent\nexprimer; qu'on ne saurait donc méconnaître que l'ouverture d'un opéra fait partie intégrante\nde l'ouvrage et qu'en conséquence, elle devient, aux mêmes titres que les passages dialogués,\n4' une propriété commune aux auteurs. \"\nEnfin, une autre conséquence de l'indivisibilité est de maintenir l'œuvre dans le domaine\nprivé jusqu'à l'expiration des cinquante années qui suivent la mort du survivant des collabora-\nteurs, une œuvre ne pouvant appartenir en même temps au domaine privé et au domaine\npublic.\nCes conséquences de l'indivisibilité 2 absolue ont pu paraître assez rigoureuses ; certains\nont refusé de les admettre, effrayés surtout par les résultats que peut amener un désaccord\nsurvenu entre les collaborateurs, la mauvaise volonté d'un seul d'entre eux pouvant compro-\nmettre le succès de l'œuvre. Mais, il n'est guère de conflit insoluble : si pour des raison plus\nou moins fondées d'utilité, si par suite de divergence de vues, l'un des auteurs s'oppose à la\npublication de l'œuvre, l'autre peut s'adresser à la justice pour faire trancher la difficulté. On\ns'accorde pour reconnaître aux tribunaux le pouvoir d'apprécier les raisons invoquées et les\ncirconstances de fait et d'ordonner la publication, si l'opposition est reconnue malveillante ou\nnon fondée. Ils peuvent légitimement s'appuyer sur cette présomption qu'il existe entre deux\nartistes travaillant à une même œuvre une sorte de contrat tacite : leur intention évidente,\nressortant de leurs travaux et de leurs efforts est, non pas de conserver dans leurs cartons le\ndrame qu'ils ont composé, mais bien de le publier par tous moyens propres à en assurer le\n\n1 C. Paris 12 Juillet 1855 Dalloz 1855 - 2 - 257.\n2 L'indivisibilité est admise par la loi Colombienne du 26 octobre 1886 et aussi dans une certaine mesure\npar la loi Norwègienne du 4 Juillet 1893.\n4"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.52", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1737, "texte": "succès. 1 Ordonner l'exécution de ce contrat tacite n'a rien d'abusif. Toutefois, il est bien\névident que ces décisions délicates ne doivent être rendues qu'avec circonspection.\nEnfin, il faut remarquer que l'indivisibilité n'empêche en aucune façon chacun des colla-\nborateurs de céder sa part indivise de copropriété du drame lyrique ; seulement, en cas de\ncession, le cessionnaire est aux lieu et place de l'artiste cédant, et comme lui uni à l'autre\ncollaborateur par les mêmes liens. 2\nLa réglementation de la collaboration dramatico-musicale basée sur l'indivisibilité semble\ndonc bien être la plus logique et aussi la plus juridique. Mais si nous devons la préférer à toutes\nles autres, c'est surtout parce qu'elle est conforme à l'essence même du drame lyrique dans\nlequel \" la musique, par son association avec une poésie dramatique plus riche encore, atteint à\ntoute \" sa richesse, où la poésie même, par le libre épanouissement de la musique en elle, devient\nenfin l'art dramatique tout puissant \" (Wagner).\n\nGeorges Baudin.\n\n1 Si les collaborateurs ont fait recevoir leur drame dans un théâtre, Pun d'eux peut à lui seul, réclamer la\nreprésentation, nonobstant la volonté contraire de l'autre auteur. Le fait d'avoir présenté et fait recevoir une\noeuvre dans un théâtre semble nettement indiquer la volonté de le faire représenter sur cette scène.\nC. Paris 21 Février 1873 Pataille 1873 ~ 153-\n2 II est bien entendu que les collaborateurs conservent toujours l'absolue liberté de régler leurs droits\nrespectifs comme ils l'entendent, par des conventions particulières. Les règles qui font l'objet de cette étude ne\ns'appliquent qu'à défaut de contrat exprès, ce qui est d'ailleurs la règle générale en pratique,"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c031", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 53, "image_fin": 66, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.10", "titre_corps": "LE MOIS", "titre_sommaire": "LE MOIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.53", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 656, "texte": "PARIS.\nFévrier.\nL'Opéra a composé des deux seuls ouvrages nouveaux qu'il semble\nvouloir représenter cette saison, un spectacle dont la diversité extrême\nrisque plutôt d'indisposer que de contenter tout le monde. C'est une\nfaute de goût, que de les avoir associés. Non pas que l'antithèse soit\nforcément chose fâcheuse dans ce qu'on appelle un spectacle coupé.\nPersonne, par exemple, ne serait choqué d'entendre dans la même soirée\n1 Etranger et Ncrniounu. IVlais ce ne sont pas seulement deux ouvrages de\ngenre, de caractère et d'esprit radicalement différents, que la Forêt et la\nFête chez Thérèse : ce sont deux ouvrages qui se nient l'un l'autre dans la"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.54", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2597, "texte": "conception essentielle de la musique qui embrasse tous les genres, et la\nrévérence qu'elle mérite. Qui prendra de l'intérêt ou de l'agrément à l'un,\nne pourra sans déplaisir écouter l'autre. Eussiez-vous pensé que le composi-\nteur de la Carmélite et de Prométhée ele musicien qui au concert\ndirigea Lulli, Rameau, Mozart surtout, avec l'exacte et ferme délicatesse\nque vous savez, se complairait en la Fête chez Thérèse ?\nLe hasard qui confronte ainsi M. Augustin Savard et M. Reynaldo\nHahn a ceci de piquant, que tous deux furent élèves de M. Massenet,\net à peu près dans le même temps. M. Savard n'a jamais ressemblé à son\nmaître ; M. Hahn, gagné à l'exemple de M. Saint-Saëns, ne lui ressemble\nplus beaucoup. Voilà qui est pour confondre ceux qui pensent que\nl'enseignement de M. Massenet devait marquer tous ses élèves d'une\nempreinte uniforme. La vérité est que M. Massenet professait de la façon\nla plus libérale, et n'encourageait nullement le penchant à l'imiter. Ce\npenchant, ses élèves n'étaient pas seuls à le connaître. Bien des musiciens,\net non des moindres, au temps dont je parle, y cédaient. Il ne tenait pas\naux leçons de M. Massenet, mais à la séduction propre de ses œuvres, et\nà ses succès : et au Conservatoire, ce n'était pas seulement dans sa classe,\ncroyez-le bien, qu'on faisait \" du Massenet \".\nC'est une conception du théâtre bien opposée à la sienne qui a\ninspiré la Foret.Elle est même opposée, je pense, à la conception\ngénérale des ouvrages qu'ont représentés jusqu'ici les scènes musicales.\nAussi n'a-t-on pas manqué de reprocher à la de n'être pas du\nthéâtre, puisqu'elle n'était pas dans la forme, ou, si vous voulez, dans une\ndes quelques formes toujours parentes en quelque point que nous\nvoyons régner au théâtre. Cependant, dès qu'une œuvre admet la nécessité\nd'une impression plastique simultanée à une impression poétique et à une\nimpression musicale, il faut bien que cette œuvre soit du théâtre. La\ncondition commune de toutes les formes employées à la scène fut\nl'action. L'action, soit extérieure, soit intérieure, plus ou moins mêlée\nd'épisodes lyriques, et menée avec un sens plus ou moins juste de la\nnature de la musique, reste le fond du théâtre musical tout entier. Le\npoète de la Forêt a voulu se passer de toute action, même intérieure. Il y\na mis de l'exagération, et probablement quelque gaucherie. Il aurait pu,\nsans altérer rien de son sentiment, tenir l'œuvre un peu moins immobile\ndans le domaine de l'imagination pure. Vous savez déjà le fond élémen-\ntaire du sujet. Un bûcheron est comme ensorcelé par la forêt : il y est"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.55", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 7, "texte": "LE MOIS"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.55", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2674, "texte": "constamment attiré et retenu par des apparitions fugitives, des voix\ncharmeresses. Son maître lui ordonne d'abattre ces arbres, qu'il chérit et\nredoute à la fois : il veut obéir ; mais la forêt l'étouffé avant qu'il ait pu\nla frapper. Deux des personnages sont humains. M. Laurent Tailhade les\neût faits plus clairement humains, que leur signification symbolique n'y\neût rien perdu. Certes je ne demanderais point que le bûcheron Pierre\nfût un bûcheron authentique, sentant, pensant et parlant comme un\nsimple bûcheron, qui aime bien ses arbres. J'accepte volontiers que, sans\nparticularités topiques, il soit seulement l'Homme, en lutte avec cette\nformidable délectation du rêve, qui, si nous lui accordons la moindre\nprise sur notre âme, peut l'envahir et la dissoudre peu à peu toute\nentière. Mais les sursauts de son désir et les défaites de sa volonté\nmanquent de vie et de netteté. Nous comprenons bien, en prenant le\ntemps d'y réfléchir, comment il oublie tout, femme et enfants, dans sa\npassion hallucinée pour la forêt, et cependant se rue, contre tout obstacle,\nà la destruction de cette même forêt : à la scène, il paraît hésitant\net contradictoire. Et le caractère de sa femme Jeanne, que n'a pas\ntouché le rêve, n'est point assez fortement tracé pour marquer le con-\ntraste de la vérité des affections naturelles avec l'illusion et ces satis-\nfactions imaginaires du cœur et des sens, qui les rendent inaptes à la vie\nnormale. Que si plutôt il s'agissait de nous montrer la revanche de la\nNature sur l'homme qui la mutile, l'enlaidit et prétend l'asservir, cet\nantagonisme devait alors, par quelque artifice, nous être rendu plus\nsensible. Tel qu'il est cependant, ce poème, outre qu'il n'a rien de\nvulgaire, possède un mérite, qui le met au-dessus de bien d'autres plus\négaux ou plus adroits : il est, sinon dans l'expression quelquefois malen-\ncontreuse, du moins dans le sentiment et la ligne : musical.\nIl a paru obscur. Une mise-en-scène intelligente, ou seulement\nsoignée, l'aurait éclairé facilement. Et dans le texte cette mise-en-scène est\nexplicite. Il précise en chaque endroit des visions qu'il n'était pas du tout\nimpossible de réaliser en conscience. La question particulière du décor\navait ici une importance qu'elle n'a pas toujours dans les drames d'action,\noù le jeu des personnages, les mouvements de scène deviennent l'essentiel.\nIl eût fallu, par des tableaux de nature et de mystère, des jeux originaux\nde lumière et de couleur, exposer un symbole des yeux pendant que se\ndéroulait le symbole des oreilles et de l'esprit : ils se fussent expliqués l'un\npar l'autre. Et c'était une occasion de réagir contre cette tendance que"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.56", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "nous exagérons tous les jours encore, à rechercher dans la décoration le\ndétail réaliste. Tendance, à y regarder de près, un peu bien puérile. Souve-\nnons nous des étonnants effets qu'obtenaient les Russes avec leur parti-\npris de peintures simplifiées, de représentations stylisées, avec l'harmonie\npuissante et hardie de leurs costumes jouant dans ce décor. Les spécimens\nen étaient barbares peut-être : mais quelle leçon ils nous offraient, et\nqu'elle était conforme à l'esprit de la musique ! Dans une œuvre toute\nlyrique comme la Forêt, il y avait assurément une tentative neuve à faire\nen ce sens. On n'a rien tenté du tout. On n'a rien cherché. On ne nous\na rien montré que sordide banalité. Et dans une même soirée l'Opéra a\nprouvé qu'il pouvait, pour un ballet tout juste aimable, faire beaucoup\nmieux qu'il n'avait jamais fait, et pour une œuvre de la plus haute valeur\nartistique, faire aussi mal qu'aux plus sombres jours de son histoire. C'est\ncette œuvre précisément qui était digne du plus grand effort, et qui en\navait besoin. On nous réduit à l'écouter les yeux fermés, comme une\nœuvre de concert. Elle est fort loin pourtant d'être privée musicalement\nde toutes les qualités propres au théâtre.\nIl est vrai que M. Augustin Savard n'avait encore donné que des ouvrages\nsymphoniques ou de la musique de chambre, et des ouvrages trop rares.\nLes soucis de la direction du Conservatoire de Lyon, et plus encore, je\ncrois, l'esprit de scrupule, de noblesse et de réserve qui forme à l'auteur\nde la Forêt un si beau caractère, l'ont empêché jusqu'ici de produire\nbeaucoup. Mais, dans tout ce qu'il a produit, la réflexion a concentré des\nrichesses de pensée ; et sa sensibilité, si simple et si saine d'origine, s'est\napprofondie, et comme transposée aux régions de l'idée. Ce sont bien là\nles qualités de la symphonie ou du quatuor. Si la partition de la Forêt a\ngardé de la musique pure quelque chose de général dans l'expression,\nd'intérieur et de contenu, si la traduction des sentiments comme la pein-\nture des choses y demeure idéalement subjective, l'une et l'autre n'en ont\npas moins la justesse, et la force, et la chaleur intime, qui, sur le théâtre\ncréent de la vie. Le mouvement des scènes est aussi bien conduit et soutenu\nque l'a permis le poète : tout y apparaît en place et en proportion, et la\nconcision du commentaire musical est frappante. Toujours en équilibre\navec une déclamation excellente et souvent mélodique, l'orchestre, pour\nintéressante qu'en soit l'écriture et savoureux le coloris, reste sobre, net,\nnerveux, sans jamais s'empâter. Que sa sonorité, que l'harmonie aussi et\ncertains intervalles aient quelquefois trop d'âpreté, c'est une critique qu'on"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.57", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2638, "texte": "peut faire à M. Savard. Mais ces rudesses ne sont jamais des laideurs : et\non leur trouverait des raisons de couleur ou d'expression.\nOn critiquerait avec plus de justice la forme hachée à l'excès, qui\nse remarque surtout dans la première partie de l'ouvrage. La qualité du\nstyle et de l'idée musicale elle-même, et jusqu'aux procédés de l'écriture\nde M. Savard sembleraient plutôt s'accorder avec un discours plus\nsuivi. Peut-être est-ce précisément sa longue habitude des formes sym-\nphoniques, qui l'a conduit à s'en défier le jour qu'il abordait le théâtre,\net à abonder dans le sens opposé. C'est d'ailleurs un défaut qui\ns'efface au cours même du drame, à mesure que se développe la\ncapacité musicale du sujet, et qui paraît volontaire. Si les thèmes,\nquoique significatifs, sont en eux-mêmes un peu brefs, on sent que\nce n'est point du tout manque de souffle. La musique pendant le premier\nacte fort court, et qui n'a point été écrit pour se séparer du second\ns'insinue peu à peu au travers des souvenirs dont la magie hante le\nbûcheron ; l'expression en est déjà saisissante : à la fin, la lointaine\nvocalise tentatrice de la Dryade semble ouvrir les routes secrètes de la\nforêt. Nous n'en avions touché que la lisière : nous voici au cœur. Ce\nn'est point la forêt subtile et fraîche, qui murmure ses conseils à l'oreille\njuvénile de Siegfried : c'est la forêt puissante où marche l'homme mûr,\ncomme congestionnée de vies infiniment diverses, une force de la nature.\nUn interlude symphonique peint sa splendeur totale, avec des tons\naux vibrations profondes, un tout synthétique, qui ne sont guère dans\nnotre petite manière impressioniste. Dès lors, la beauté de l'œuvre\nva toujours s'élargissant. Chaque arbre parle à Pierre : le hêtre, le tilleul,\nle bouleau, le chêne, le cyprès disent tour à tour, tendres, mélancoliques,\naugustes ou terribles, la part fraternelle qu'ils prennent à chaque heure\nde notre vie : cycle de lieder, où la nature et l'homme mêlent intimement\nleurs émotions. L'humanité proche rompt un moment le cercle enchanté:\nle chant d'une procession qui passe propose au bûcheron, contre les\nforces brutes de la matière, l'arme spirituelle de la foi. Mais la Dryade\nenfin qui personnifie la forêt elle-même vient lui tendre des bras\nirrésistibles : la volonté humaine s'engourdit lentement en une tendresse\net une volupté poétiques, où l'on sent déjà sourdre le poison, l'acide\ndoucereux qui ronge les résistances pour le dernier combat. C'est la\nscène la plus importante et la plus belle de la partition, celle qui résume\ntoute sa pensée. La symphonie ensuite prend le pas : épisodes fantastiques"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.58", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2376, "texte": "vigoureusement traités, catastrophe simplement grandiose, sublime paix\nbruissante de la forêt couvrant les désastres qu'elle a faits.\nL'originalité de la musique de M. Savard est moins dans le con-\ntenant que dans le contenu. On y pourrait relever l'influence primitive\nde Wagner, et, plus à la surface, celle de M. d'lndy, avec quelques traces\nà peine de M. Debussy. Son inestimable sincérité ne s'inquiète point\ntant de chercher des tournures nouvelles, que de bien dire ce qu'elle a\nà dire, et de ne parler que lorsqu'elle se sent quelque chose à dire.\nM. Savard s'exprime avec une science et une pureté parfaites; mais ce\nqu'il faut admirer en lui, c'est surtout la personnalité morale qui paraît\nau travers de sa musique : personnalité fière, mais cordialement sensible\net profondément artiste. Quand on a bien écouté son œuvre, si intellec-\ntuelle d'apparence, quelque chose en demeure, après les grandes idées\nqu'elle agite : c'est un sentiment intense de l'amour et de la mort, con-\nstamment mêlés dans la nature et dans l'esprit ; non pas la frénésie\nsensuelle de Tristan^mais une confiance sereinement ardente en l'apaise-\nment d'une beauté conciliatrice. Et ceci n'est que dans la musique. C'est\nle parfum qu'elle élève au-dessus des mots.\nAprès nous avoir offert quinze programmes incomparablement dénués\nd'effort et d'intérêt, les Concerts-Colonne montrent à se libérer de leurs\nobligations un zèle subit, un peu tardif, mais efficace. Tandis que les\nConcerts-Lamoureux à leur tour laissaient sommeiller leur activité,\nM. Gabriel Pierné vient de diriger coup sur coup deux premières\nauditions, et fort considérables. Ulbéria de M. Claude Debussy a\nrencontré au Châtelet un accueil mélangé d'enthousiasme bruyant et\nd'aigre protestation qui est pour étonner, aujourd'hui que l'auteur de\nPelléas et Mélisandesemble au comble de la faveur, et le public accou-\ntumé à son art. Ses premières œuvres n'ont pas soulevé une résistance\naussi vive. D'où vient cette nouvelle attitude ? Est-ce du vieux parti\nrétrograde, que le charme du jeune dieu surgissant a pu réduire tout\nd'abord au silence, et qui reprendrait désormais quelque espoir de trouver\nsa défensive en défaut dans une maturité prospère ? Est-ce au contraire,\nbelliqueux et rapace, le parti nouveau-né, qui sorti de la côte de cet\nAdam et nourri de sa substance, repousserait du pied un ancêtre"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.59", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2527, "texte": "déjà ! qui le gêne au soleil ? Les extrêmes s'unissent peut-être, comme\non fait en politique ; et l'évolution de M. Debussy lui-même explique\nque ses admirateurs se déplacent. Cette évolution est extrêmement\nintéressante à étudier. Le petit triptyque fait partie d'une suite\nà' Images pour orchestre dont un second numéro,\naura été exécuté quand paraîtront ces lignes, mais trop tard pour que je\npuisse en parler ce mois-ci. Remettons donc au prochain numéro et\nM. Debussy et l'ensemble des beaux concerts organisés par la maison\nDurand, où se résume glorieusement l'œuvre des seuls grands et anciens\néditeurs de Paris qui aient fait servir leur fortune et leur autorité au\nbien de la musique pure.\nLe second ouvrage qu'ont donné les Concerts Colonne est une Troi-\nsième Symphonie de M. André Gédalge. Beaucoup des choses que j'ai dites\nde M. Savard se pourraient redire de cet autre bon musicien, de tempé-\nrament très différent, qui appartient à la même génération. Nul n'ignore\ncombien son enseignement est fécond, et son remarquable Traité de\nFugue fait autorité définitive en la matière. Malgré sa haute situation,\nc'est la première partition vraiment importante que nous entendions de\nlui. De ses deux premières symphonies nous n'avons rien su. Ce peu de\nhâte à se pousser ; cet éloignement du bruit et de l'intrigue ; cette\nmodestie et cette loyauté de jugement sur soi-même, qui attendent pour\npublier une œuvre, bien après l'assurance parfaite de la technique, la pleine\nmaturité de l'esprit, sont des traits de caractère exceptionnels en ce temps,\net du meilleur exemple. Sérieuse sans être jamais morose, l'œuvre elle-\nmême n'est pas d'un exemple moindre, par sa dignité avenante, sa probité,\nsa mesure, par tout ce qu'elle a de très simplement sincère, en même\ntemps que de solidement achevé dans l'ensemble et dans le détail. Et ce\nqu'elle a aussi d'ouvert, de franc, de net, a dès le premier abord séduit le\npublic tout entier, sans que l'ombre d'une concession pourtant ait été faite\nà son mauvais goût.\n\" Ni littérature, ni peinture. \" Telle est l'épigraphe que M. Gédalge\na mise à son manuscrit. J'avoue que j'aime assez à condition qu'on\nentende bien la chose un peu de peinture ou de littérature dans la\nmusique : je ne la trouve pas, sans cela, absolument complète. Mais la\nlittérature et la peinture l'ont entraînée parfois à de tels excès, elle s'est\nsi bien reniée elle-même, qu'on se prend de sympathie pour une réaction\ndont M. Gédalge indique spirituellement le sens, et qui pourrait bien"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.60", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2401, "texte": "appartenir à l'avenir tout autant qu'au passé. Sa symphonie n'a qu'une vie\npurement musicale, mais cette vie est réelle : elle agit, et elle s'émeut.\nOn n'y sent point cependant cette longue volonté qui coordonne étroite-\nment toutes les parties des symphonies pures de M. d'lndy, par exemple,\nou de son école. Le plan général n'est point irréprochable autant que le\nplan de chacun des morceaux. Les quatre parties traditionnelles n'obser-\nvent pas entre elles ces lois de rapports, de symétries ou de constrastes,\ndont les maîtres classiques ne se libéraient que lorsqu'ils se sentaient\nsoutenus par quelque pensée extra-musicale. M. Gédalge accorde aux\nmouvements lents une prédominance dangereuse. Après\nqui tient la place du scherzo est un véritable andante ;et le finale joint à\ndes développements fougueux, à d'allègres allusions populaires, un retour\nà la lenteur dont les proportions dépassent de beaucoup celles d'un\nsimple épisode. L'effet en est neuf, et pourrait être excellent :il fatigue,\naprès tant d'autres lenteurs. Ce fut du moins mon impression de première\naudition. Il est possible qu'à mieux connaître la symphonie de M. Gé-\ndalge, on découvre l'harmonie de ses mobiles. Et cela ne doit point empêcher\nde goûter à sa valeur chaque morceau. Les deux thèmes contrastants du\npremier qui font un peu penser, l'un à Schumann, l'autre à Mendels-\nsohn sont développés avec une sûreté et une animation rares. La grâce\npaisible de Y allegretto est pleine de fraîcheur. a des qualités plus\nprofondes : le sentiment mélancolique qui l'emplit ne semble pas au début\ndevoir prendre la voie où il nous engage peu à peu ; mais c'est une chose\ndont on ne s'aperçoit qu'au bout. L'expression est assez soutenue, la\ngradation menée avec assez d'ampleur et d'art, pour qu'on soit contraint\nde suivre l'auteur où il veut arriver. Quant au style, n'allez pas craindre,\nparce que l'auteur est professeur et théoricien, qu'il sente jamais le\ncuistre. Très rythmique et volontiers mélodique, il est au contraire clair,\nvif, dégagé, sans prétentions : nulle rhétorique ne l'alourdit ;et la science\ny est trop sûre de soi pour faire sa pédante.\n\nGaston Carraud.\n\nLETTRE DE MUNICH\n\nSi je ne craignais de fatiguer vos lecteurs par le retour périodique\net pourtant nécessaire des mêmes noms, l'occasion serait excellente pour\nrevenir sur ceux de MM. Max Reger et Hans Pfitzner, dont les soirées"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.61", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2585, "texte": "de musique de chambre ont été les hauts faits musicaux de décembre et\nde janvier. Le premier nous apportait son grand trio 102 dont il tint\nla partie de piano, et le lendemain, 2 décembre, nous jouait avec\nM. Schmid-Lindner son opB6, Variations\npuis X Passacaille et Fu 96, dont s'est enrichi le\nrépertoire de la musique à deux pianos. Le second nous offrit, le 11 jan-\nvier, une pleine soirée de ses œuvres, composée du quatuor r/-majeur\nop. 13,' du grand quintette op. 23, qui renferme un et surtout\nun adagio, dont on parlera dans un avenir et prochain et lointain, enfin\nune douzaine de lieder,dont la profonde humanité nous montre un Hans\nPfitzner de plus en plus intérieur et apaisé, et encore plus touchant\npeut-être qu'aux heures de souffrance suraigue et d'énervement félin,\ndans ce décor fantasque de vieille Allemagne baltique, que tant d'autres\nde ces étranges, discords et lunatiques nous ont raconté. Hélas ! il\nferait si bon s'attarder à de telles soirées au lieu de passer,... par exemple\nà l'oratorio du Père Hartmann, de An der Lan-Hochbrunn.\nNe croyez ni les foules catholiques allemandes, qui exaltent cette\nDernière Cène, ni la critique libre-penseuse, qui en déclare la musique\nabsolument dénuée de valeur. Certes le sentiment de méfiance doit être\nextrême, lorsqu'on la voit soutenue exactement par le même public de\nprinces du Siècle et de l'Eglise, de grands seigneurs et de mondaines, qui\nne prirent jamais garde, du vivant de Bruckner, de Franck et de Dvorak,\nqu'ils fussent d'aussi grands chrétiens que de grands musiciens. Il ne doit\ncependant pas nous rendre injuste à l'égard de ce cordelier, dont l'œuvre\nest toute de sincérité et de candeur, et qui travaille sur des textes latins\nde l'évêque franciscain Ghezzi, lesquels sont d'une vraie splendeur théo-\nlogique. Je n'en veux pour preuve que ce dernier avec sa superposition de\nla Pâque symbolique juive, de la Cène évangélique et de l'Eucharistie\nchrétienne. Ce sont œuvres évidemment qu'il faut entendre d'une âme\nreligieuse, mais toute bonne foi accordera au père Hartmann que la\npartie eucharistique de son oratorio n'est pas seulement d'un chrétien,\nmais d'un artiste dont le cœur est grand. Et le catholique que je suis ne\ncachera pas sa satisfaction de voir des coreligionnaires, pour lesquels il\nn'éprouve pas la moindre estime, hélas, s'éprendre d'œuvres qui, enfin,\nleur montrent le chemin d'un art sérieux. J'ai dit le chemin. Personnelle-\nment je ne raffole pas plus de cette musique que de l'esthétique de\nBeuron. Ce n'est ni assez archaïque, ni assez moderne. Je voudrais un"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.62", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2603, "texte": "catholicisme d'audaces toujours plus grandes. Après les œuvres pour\norgue de Franck, la grand'messe de Bruckner, le Requiem de paysan\ntchèque de Dvorak, la musique catholique doit s'inspirer de la vie et de\nl'amour, sans craindre la lumière moderne, et ne pas demeurer dans les\npénombres monastiques, dont elle est à tout jamais émancipée. Le Père\nHartmann a, en Allemagne, le public que Gounod eut en France, que\nPerosi a en Italie ; il est pourtant digne de mieux ! S'il pouvait donc le\ndevenir de n'en avoir plus du tout ! Je lui en veux de ne pas borner,\nc'est à dire hausser ses ambitions à son seul ordre religieux. Et je trouve\nun vague fumet de sacrilège à toutes ces épaules nues, qui viennent se\nmontrer à ce moine, dans un pays où, ordinairement, on ne va pas au\nconcert décolleté. Il ne les voit du reste pas !.. Car s'il est une chose\nqu'il faut préférer à la musique du Père Hartmann, c'est sa modestie et\nson maintien, sous le feu croisé des regards et la chaîne des décorations,\nque la vanité de son ordre impose à son humilité et à sa piété.\nAu Konzertvérein,MM. Lœwe et Prill continuent à faire merveille,\ndans le sens que j'ai indiqué, le premier prêtant son appui, auprès du public\nfashionable, à toute œuvre moderne de valeur, le second mettant son élite\nd'étudiants, d'artistes, de pensionnaires, ou tout simplement de braves\ngens, à même de compléter une éducation musicale, ici comme partout,\nbeaucoup trop générale, par des exhumations d'œuvres injustement\noubliées et dédaignées. Restons-en d'abord à celles-ci : Raff a une seconde\nfois bénéficié de la curiosité intelligente de M. Prill et nous avons ainsi\nappris, que du temps de ce maître charmant, un \" \" pour instru-\nments à vent s'appelait tout uniment Cet 18 8, enjoué,\ngracieux, naturel, mais un peu facile, ne m'a pas laissé une impression\naussi favorable que les belles grandes symphonies et forêt.\nIl est vrai que j'étais mal disposé. Tandis que le plus écouté des profes-\nsionnels d'ici l'a taxée & exquise.Le concerto en mineur, pour flûte, de\nMozart, exécuté par un frère de M. Prill, Emile, flûtiste de renom, le\nQuatuor concertant en mi bémol majeur du même maître, pour les bois, et\nsurtout sa grandiose et poignante Symph pour violon et alto,\noù nous touchons véritablement à Beethoven, ont alterné avec la Sym-\nphonie op. 12 (1883) de Richard Strauss, l'ouverture de Dmitri Donskoïde\nRubinstein, le petit rondino pour les bois de la période adolescente de\nBeethoven, et son fragment de concerto abandonné en majeur, dont le\nmanuscrit est la propriété de la Philharmonie de Vienne, enfin avec la"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.63", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2516, "texte": "sérénade op. 11 de Brahms, presque une symphonie, avec la vnme sym-\nphonie de Bruckner, et même la ire de Weber. Le 200me anniversaire de\nnaissance de Pergolese a été célébré, toujours par M. Prill, par deux sym-\nphonies (ouvertures), auprès desquelles détonnèrent trois pièces de Grétry,\ninstrumentées par Mottl.\nQuant à M. Lœwe la liste serait longue des œuvres dont nous avons\nà lui savoir gré. Ne retenons comme toujours que les nouveautés, quitte\nà omettre le triomphe remporté par M. Raoul Pugno avec un concerto\nde Mozart : Variations Symphoniques sur une chanson enfantine française de\nM. Walter Braunfels, pleines de charmants artifices d'orchestration les\nuns assez neufs, les autres apparentés aux plus récents de Mahler ; Danse\nde gnomes de M. Bleyle, du gros humour allemand, rupestre et même\nalpestre, flanqué, comme pour une leçon, des Rondes d'elfes, du ballet, très\npoétique et très délicat, de M. Frédéric Kloze, l'auteur de cette\nqui est une des bonnes fortunes du répertoire de l'Opéra ; la balourde et\ntrès indifférente Symphonie op. 55 de M. Elgar (\" rien à dire, mais dit\nen langage soigné \" affirme un mauvais plaisant) ; enfin le\noù M. Rudolph Siegel fait preuve d'une âme romantique, d'un robuste\ntempérament musical et de facultés d'invention délicate dans tels détails\nd'orchestration.\nJ'aurais une belle liste de solistes à épuiser. Elaguons le plus possible,\nsi vous le voulez bien. Cari Friedberg et Wilhelm Backhaus sont certaine-\nment comme s'appelait un jour lui-même Emile Sauer, des \" Majestés de\npiano, \" qu'il faut aimer autant pour elles-mêmes que pour le soin délicat\nqu'elles apportent àla composition de leurs programmes. Mlles de Stuben-\nrauch et de Binzer ont eu la bonne idée d'exhumer le rondeau brillant, si\nmineur, op 70, pour piano et violon, de Schubert et il faut leur être\nreconnaissant d'avoir inauguré à Munich la belle sonate en mineur op\n33 de H. C. Noren, un continuateur de Grieg, mais qui compose avec\nbeaucoup plus d'art. Avec Mlle Suzanne Metcalf nous avons fait la con-\nnaissance d'une chanteuse, parfaite toujours, exquise dans l'ancienne\nmusique italienne et dans la jeune musique française.\npour Cythere de Chansarel et les Fantoches de Debussy ont produit\nleur effet de ravissement accoutumé. On en peut dire presque autant\nd'Henri Duparc et de Gabriel Fauré. Arrigo Serato, porté aux nues par\nla critique, après une soirée consacrée à Bach, m'a paru le dévider plus\nque l'exprimer. Il faut avoir entendu Isaïe révéler toute la poésie du"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.64", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2195, "texte": "concerto en mi majeur, par exemple, pour comprendre à quel point\nl'interprétation sans nuances de Serato est toute mécanique. Sa fougue\nitalienne n'a le sens ni des valeurs, ni des variétés de et à la\nlongue produit une décourageante impression de monotonie. Il faut en\nrevanche noter à son actif le soin qu'il a mis à se faire accompagner, non\nplus par le grand orchestre moderne, mais par un petit orchestre réduit,\nautant que possible semblable à celui qui pouvait fonctionner, auprès de\nBach lui-même, dans les séances de musique intime.\nPour finir nous avons la joie d'annoncer que les préparatifs des\ngrandes semaines musicales Strauss et Mahler de notre été avancent grand\ntrain. Munich va être désormais dotée, après tant de belles salles de con-\ncert grandes et petites, d'un hall à fêtes musicales vraiment grandiose.\nDe telles constructions paraissent décidément inaugurer une ère nouvelle\npour l'orchestre moderne, et annoncer le retour aux compositions pour\nimmenses masses chorales. Les dimensions des symphonies d'un Mahler,\nd'un Strauss, d'un Nicodé préparées par celles des œuvres de Liszt, de\nBrahms et de Bruckner ont enfin trouvé un premier local à leur taille. Le\nmonde de l'orchestre Beethovenien, sorti des salles des palais de Vienne\nrisque de n'y être plus dans son cadre que renforcé de la manière dont se\nscandalisait naguère, à tort selon nous, votre correspondant de New-York.\nAutres temps, autres orchestres et autres architectures. Et pourquoi ne\npas renforcer les bois de Beethoven proportionnellement aux cordes ? Là\noù son orchestre comportait une vingtaine de violons n'en fourre-t-on pas\ncommunément une soixantaine aujourd'hui ?\n\nWilliam Ritter.\n\nLETTRE DE ROME\n\nLa saison musicale de Rome a commencé deux mois plus tôt que\nd'habitude ; elle a débuté par cinq concerts exclusivement consacrés à\nBeethoven, et dirigés par un chef d'orchestre allemand, Balling. Le\nmonumental amphithéâtre Corea, érigé sur les fondements du mausolée\nd'Auguste et transformé en immense salle de concert pouvant contenir\ntrois mille personnes, est devenu depuis trois ans le centre de ces exécu-\ntions musicales ;il est à remarquer que \" Augusteum \" (tel est le nom"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.65", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2705, "texte": "définitivement adopté pour cette salle) a toujours un public nombreux et\nque les galeries supérieures qui étaient moins fréquentées que les autres au\ncours des saisons précédentes sont au contraire combles cette année. Après\nle festival Beethoven, M. Mancinelli, qui a conduit pendant quelques an-\nnées l'un des principaux orchestres d'opéra des Etats-Unis, a dirigé cinq\nconcerts aux programmes variés. L'avant-dernière de ces séances était\nconsacrée à divers fragments des opéras de Wagner, de Smeraglia (un\njeune compositeur de Trieste, d'un talent distingué, dont les opéras\n\" Accana, \" les \" Noces Istriennes \" figurent aux répertoires des théâtres\nde musique en Autriche et ont été représentés avec succès à la Scala de\nMilan) et enfin à deux \" Nocturnes \" de Debussy ; le second de ces deux\nmorceaux a été accueilli par des applaudissements enthousiastes qu'une\nmanifestation contraire n'a pas réussi à intimider ; le \" bis \" ayant été\naccordé, le morceau a été exécuté une seconde fois et sans la moindre\ninterruption. Il est d'ailleurs à observer que la musique de M. Debussy a\nplus que toute autre le don d'exciter le public romain, si peu démonstra-\ntif en général et que ces manifestations soit enthousiastes, soit hostiles,\nsont chacune à sa manière un hommage rendu à un compositeur qui ne\nsaurait laisser indifférent, quelle que soit la sympathie ou l'antipathie\nqu'il éveille. Il serait fort à désirer d'ailleurs que le public d'ici soit enfin\ninitié à notre école symphonique moderne à laquelle les artistes de Rome\nne sont pas restés étrangers mais dont les auditions n'ont été que trop\nrares jusqu'ici. Nous espérons que M. Vincent d'lndy qui doit diriger\nl'un des concerts de l'Augusteum cet hiver, contribuera à combler cette\nlacune en faisant exécuter par ex., en même temps que quelques unes de\nses œuvres, la symphonie de César Franck et quelques morceaux d'or-\nchestre d'Albéric Magnard. En derniers temps, l'orchestre \" stabile \" de\nl'Augusteum est devenu beaucoup plus souple et plus nuancé ; dirigé par\nune main ferme, il peut donner de bonnes exécutions, surtout pour la\nmusique moderne. Les chœurs ont été jusqu'ici la partie faible de ces\nconcerts, car il n'existe malheureusement pas de société de chœur régu-\nlière pour le moment. 1\nParallèlement à ces grandes auditions, trois sociétés de musique de\nchambre ont commencé leurs séances : ce sont le quintette Cristiani, le\n\n1 II y a régulièrement un concert d'orchestre tous les Dimanches à l'Augusteum, et à peu près une séance\nconsacrée à un virtuose dans le courant de la semaine : Gulli, Vecsey, Hubermann, Paderewsky. Comme\nchefs d'orchestre, Balling, d'lndy, Mahler, Mengelberg, Safonoff, Molinary, etc."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.66", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2463, "texte": "quintette de Sainte Cécile, dirigé par le pianiste Ariani (avec des pro-\ngrammes variés de musique classique et de Brahms, de Franck, de Reger,\netc.,) et la Société Internationale de Musique de chambre ; cette dernière\na donné la première audition d'un quatuor de cordes du jeune compositeur\nromain Alberto Gasco et une série de mélodies faisant partie d'un recueil\nde compositions du même auteur. Poeme délia Notte et dell'Aurora, il est\nbien à espérer que le talent fin et distingué de M. Gasco, qui sait choisir\nle texte de ses mélodies chez les meilleurs poètes modernes de son pays,\nréussira à relever en Italie ce genre du \" lied \" si négligé par les compo-\nsiteurs italiens au réduit par certains d'entre eux à la mélodie de salon\nbanale et fade.\nA l'Opéra (Teatro Cortanzi), M. Mascagni a dirigé de bonnes repré-\nsentations de \" Tristan et Yseult les deux rôles principaux étaient tenus\npar M. Rousselière de Paris et Mme Kashowska (de Varsovie). Il est\nremarquable que M. Mascagni dont la personnalité domine parfois\nfâcheusement les œuvres qu'il dirige, ait su entrer cette fois-ci dans\nl'esprit du chef-d'œuvre wagnérien ; sauf l'altération de quelques rythmes\nessentiels, l'exécution de l'orchestre a été vivante, colorée et mesurée à la\nfois. Malgré cela, le public de Rome continue à faire peu de cas de la\ndirection de Mascagni qui a cessé d'être populaire ici.\nAprès plusieurs représentations de la \" Bohême \" de Buccini et du\n\" Mefistofele\" de Boïto, nous avons eu une \" première \" de Leoncavallo,\n\" Maja \" ; cet opéra a marqué un nouvel insuccès pour l'auteur des\n\" Pagliacci\nSignalons aussi à Rome l'ouverture d'une nouvelle salle pour la\nmusique de chambre due à la générosité de Miss Harry Herz ; la\nnouvelle salle Bach est munie d'un orgue magnifique de Bozzi Vegessi\nde Turin : elle serait tout-à-fait adaptée pour des séances de musique\npalestinienne et de musique ancienne en général, telles que l'ancienne\nsociété Bach nous en avait fait entendre il y a quelques années ; cette\nsociété qui avait pour directeur M. A. Costa et pour principales inter-\nprètes Mmes Teresina Tua (violon) et Pettigiani (chant) pourrait bien\nrenaître un de ces jours. Est-il permis d'espérer que la ville des \" cora-\nbinazioni \" réalisera la réunion des deux plus grands noms de la musique\nallemande du XVIIIe siècle, de Bach et de Hândel, que l'on a jusqu'ici\ntoujours séparés ou opposés l'un à l'autre ? Cela serait fort à souhaiter.\n\nH. A. M."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c033", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 53, "image_fin": 60, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.10.2", "titre_corps": "PARIS.", "titre_sommaire": "PARIS.", "signature_source": "Gaston Carraud", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.53", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 656, "texte": "PARIS.\nFévrier.\nL'Opéra a composé des deux seuls ouvrages nouveaux qu'il semble\nvouloir représenter cette saison, un spectacle dont la diversité extrême\nrisque plutôt d'indisposer que de contenter tout le monde. C'est une\nfaute de goût, que de les avoir associés. Non pas que l'antithèse soit\nforcément chose fâcheuse dans ce qu'on appelle un spectacle coupé.\nPersonne, par exemple, ne serait choqué d'entendre dans la même soirée\n1 Etranger et Ncrniounu. IVlais ce ne sont pas seulement deux ouvrages de\ngenre, de caractère et d'esprit radicalement différents, que la Forêt et la\nFête chez Thérèse : ce sont deux ouvrages qui se nient l'un l'autre dans la"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.54", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2597, "texte": "conception essentielle de la musique qui embrasse tous les genres, et la\nrévérence qu'elle mérite. Qui prendra de l'intérêt ou de l'agrément à l'un,\nne pourra sans déplaisir écouter l'autre. Eussiez-vous pensé que le composi-\nteur de la Carmélite et de Prométhée ele musicien qui au concert\ndirigea Lulli, Rameau, Mozart surtout, avec l'exacte et ferme délicatesse\nque vous savez, se complairait en la Fête chez Thérèse ?\nLe hasard qui confronte ainsi M. Augustin Savard et M. Reynaldo\nHahn a ceci de piquant, que tous deux furent élèves de M. Massenet,\net à peu près dans le même temps. M. Savard n'a jamais ressemblé à son\nmaître ; M. Hahn, gagné à l'exemple de M. Saint-Saëns, ne lui ressemble\nplus beaucoup. Voilà qui est pour confondre ceux qui pensent que\nl'enseignement de M. Massenet devait marquer tous ses élèves d'une\nempreinte uniforme. La vérité est que M. Massenet professait de la façon\nla plus libérale, et n'encourageait nullement le penchant à l'imiter. Ce\npenchant, ses élèves n'étaient pas seuls à le connaître. Bien des musiciens,\net non des moindres, au temps dont je parle, y cédaient. Il ne tenait pas\naux leçons de M. Massenet, mais à la séduction propre de ses œuvres, et\nà ses succès : et au Conservatoire, ce n'était pas seulement dans sa classe,\ncroyez-le bien, qu'on faisait \" du Massenet \".\nC'est une conception du théâtre bien opposée à la sienne qui a\ninspiré la Foret.Elle est même opposée, je pense, à la conception\ngénérale des ouvrages qu'ont représentés jusqu'ici les scènes musicales.\nAussi n'a-t-on pas manqué de reprocher à la de n'être pas du\nthéâtre, puisqu'elle n'était pas dans la forme, ou, si vous voulez, dans une\ndes quelques formes toujours parentes en quelque point que nous\nvoyons régner au théâtre. Cependant, dès qu'une œuvre admet la nécessité\nd'une impression plastique simultanée à une impression poétique et à une\nimpression musicale, il faut bien que cette œuvre soit du théâtre. La\ncondition commune de toutes les formes employées à la scène fut\nl'action. L'action, soit extérieure, soit intérieure, plus ou moins mêlée\nd'épisodes lyriques, et menée avec un sens plus ou moins juste de la\nnature de la musique, reste le fond du théâtre musical tout entier. Le\npoète de la Forêt a voulu se passer de toute action, même intérieure. Il y\na mis de l'exagération, et probablement quelque gaucherie. Il aurait pu,\nsans altérer rien de son sentiment, tenir l'œuvre un peu moins immobile\ndans le domaine de l'imagination pure. Vous savez déjà le fond élémen-\ntaire du sujet. Un bûcheron est comme ensorcelé par la forêt : il y est"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.55", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2674, "texte": "constamment attiré et retenu par des apparitions fugitives, des voix\ncharmeresses. Son maître lui ordonne d'abattre ces arbres, qu'il chérit et\nredoute à la fois : il veut obéir ; mais la forêt l'étouffé avant qu'il ait pu\nla frapper. Deux des personnages sont humains. M. Laurent Tailhade les\neût faits plus clairement humains, que leur signification symbolique n'y\neût rien perdu. Certes je ne demanderais point que le bûcheron Pierre\nfût un bûcheron authentique, sentant, pensant et parlant comme un\nsimple bûcheron, qui aime bien ses arbres. J'accepte volontiers que, sans\nparticularités topiques, il soit seulement l'Homme, en lutte avec cette\nformidable délectation du rêve, qui, si nous lui accordons la moindre\nprise sur notre âme, peut l'envahir et la dissoudre peu à peu toute\nentière. Mais les sursauts de son désir et les défaites de sa volonté\nmanquent de vie et de netteté. Nous comprenons bien, en prenant le\ntemps d'y réfléchir, comment il oublie tout, femme et enfants, dans sa\npassion hallucinée pour la forêt, et cependant se rue, contre tout obstacle,\nà la destruction de cette même forêt : à la scène, il paraît hésitant\net contradictoire. Et le caractère de sa femme Jeanne, que n'a pas\ntouché le rêve, n'est point assez fortement tracé pour marquer le con-\ntraste de la vérité des affections naturelles avec l'illusion et ces satis-\nfactions imaginaires du cœur et des sens, qui les rendent inaptes à la vie\nnormale. Que si plutôt il s'agissait de nous montrer la revanche de la\nNature sur l'homme qui la mutile, l'enlaidit et prétend l'asservir, cet\nantagonisme devait alors, par quelque artifice, nous être rendu plus\nsensible. Tel qu'il est cependant, ce poème, outre qu'il n'a rien de\nvulgaire, possède un mérite, qui le met au-dessus de bien d'autres plus\négaux ou plus adroits : il est, sinon dans l'expression quelquefois malen-\ncontreuse, du moins dans le sentiment et la ligne : musical.\nIl a paru obscur. Une mise-en-scène intelligente, ou seulement\nsoignée, l'aurait éclairé facilement. Et dans le texte cette mise-en-scène est\nexplicite. Il précise en chaque endroit des visions qu'il n'était pas du tout\nimpossible de réaliser en conscience. La question particulière du décor\navait ici une importance qu'elle n'a pas toujours dans les drames d'action,\noù le jeu des personnages, les mouvements de scène deviennent l'essentiel.\nIl eût fallu, par des tableaux de nature et de mystère, des jeux originaux\nde lumière et de couleur, exposer un symbole des yeux pendant que se\ndéroulait le symbole des oreilles et de l'esprit : ils se fussent expliqués l'un\npar l'autre. Et c'était une occasion de réagir contre cette tendance que"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.56", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "nous exagérons tous les jours encore, à rechercher dans la décoration le\ndétail réaliste. Tendance, à y regarder de près, un peu bien puérile. Souve-\nnons nous des étonnants effets qu'obtenaient les Russes avec leur parti-\npris de peintures simplifiées, de représentations stylisées, avec l'harmonie\npuissante et hardie de leurs costumes jouant dans ce décor. Les spécimens\nen étaient barbares peut-être : mais quelle leçon ils nous offraient, et\nqu'elle était conforme à l'esprit de la musique ! Dans une œuvre toute\nlyrique comme la Forêt, il y avait assurément une tentative neuve à faire\nen ce sens. On n'a rien tenté du tout. On n'a rien cherché. On ne nous\na rien montré que sordide banalité. Et dans une même soirée l'Opéra a\nprouvé qu'il pouvait, pour un ballet tout juste aimable, faire beaucoup\nmieux qu'il n'avait jamais fait, et pour une œuvre de la plus haute valeur\nartistique, faire aussi mal qu'aux plus sombres jours de son histoire. C'est\ncette œuvre précisément qui était digne du plus grand effort, et qui en\navait besoin. On nous réduit à l'écouter les yeux fermés, comme une\nœuvre de concert. Elle est fort loin pourtant d'être privée musicalement\nde toutes les qualités propres au théâtre.\nIl est vrai que M. Augustin Savard n'avait encore donné que des ouvrages\nsymphoniques ou de la musique de chambre, et des ouvrages trop rares.\nLes soucis de la direction du Conservatoire de Lyon, et plus encore, je\ncrois, l'esprit de scrupule, de noblesse et de réserve qui forme à l'auteur\nde la Forêt un si beau caractère, l'ont empêché jusqu'ici de produire\nbeaucoup. Mais, dans tout ce qu'il a produit, la réflexion a concentré des\nrichesses de pensée ; et sa sensibilité, si simple et si saine d'origine, s'est\napprofondie, et comme transposée aux régions de l'idée. Ce sont bien là\nles qualités de la symphonie ou du quatuor. Si la partition de la Forêt a\ngardé de la musique pure quelque chose de général dans l'expression,\nd'intérieur et de contenu, si la traduction des sentiments comme la pein-\nture des choses y demeure idéalement subjective, l'une et l'autre n'en ont\npas moins la justesse, et la force, et la chaleur intime, qui, sur le théâtre\ncréent de la vie. Le mouvement des scènes est aussi bien conduit et soutenu\nque l'a permis le poète : tout y apparaît en place et en proportion, et la\nconcision du commentaire musical est frappante. Toujours en équilibre\navec une déclamation excellente et souvent mélodique, l'orchestre, pour\nintéressante qu'en soit l'écriture et savoureux le coloris, reste sobre, net,\nnerveux, sans jamais s'empâter. Que sa sonorité, que l'harmonie aussi et\ncertains intervalles aient quelquefois trop d'âpreté, c'est une critique qu'on"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.57", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2638, "texte": "peut faire à M. Savard. Mais ces rudesses ne sont jamais des laideurs : et\non leur trouverait des raisons de couleur ou d'expression.\nOn critiquerait avec plus de justice la forme hachée à l'excès, qui\nse remarque surtout dans la première partie de l'ouvrage. La qualité du\nstyle et de l'idée musicale elle-même, et jusqu'aux procédés de l'écriture\nde M. Savard sembleraient plutôt s'accorder avec un discours plus\nsuivi. Peut-être est-ce précisément sa longue habitude des formes sym-\nphoniques, qui l'a conduit à s'en défier le jour qu'il abordait le théâtre,\net à abonder dans le sens opposé. C'est d'ailleurs un défaut qui\ns'efface au cours même du drame, à mesure que se développe la\ncapacité musicale du sujet, et qui paraît volontaire. Si les thèmes,\nquoique significatifs, sont en eux-mêmes un peu brefs, on sent que\nce n'est point du tout manque de souffle. La musique pendant le premier\nacte fort court, et qui n'a point été écrit pour se séparer du second\ns'insinue peu à peu au travers des souvenirs dont la magie hante le\nbûcheron ; l'expression en est déjà saisissante : à la fin, la lointaine\nvocalise tentatrice de la Dryade semble ouvrir les routes secrètes de la\nforêt. Nous n'en avions touché que la lisière : nous voici au cœur. Ce\nn'est point la forêt subtile et fraîche, qui murmure ses conseils à l'oreille\njuvénile de Siegfried : c'est la forêt puissante où marche l'homme mûr,\ncomme congestionnée de vies infiniment diverses, une force de la nature.\nUn interlude symphonique peint sa splendeur totale, avec des tons\naux vibrations profondes, un tout synthétique, qui ne sont guère dans\nnotre petite manière impressioniste. Dès lors, la beauté de l'œuvre\nva toujours s'élargissant. Chaque arbre parle à Pierre : le hêtre, le tilleul,\nle bouleau, le chêne, le cyprès disent tour à tour, tendres, mélancoliques,\naugustes ou terribles, la part fraternelle qu'ils prennent à chaque heure\nde notre vie : cycle de lieder, où la nature et l'homme mêlent intimement\nleurs émotions. L'humanité proche rompt un moment le cercle enchanté:\nle chant d'une procession qui passe propose au bûcheron, contre les\nforces brutes de la matière, l'arme spirituelle de la foi. Mais la Dryade\nenfin qui personnifie la forêt elle-même vient lui tendre des bras\nirrésistibles : la volonté humaine s'engourdit lentement en une tendresse\net une volupté poétiques, où l'on sent déjà sourdre le poison, l'acide\ndoucereux qui ronge les résistances pour le dernier combat. C'est la\nscène la plus importante et la plus belle de la partition, celle qui résume\ntoute sa pensée. La symphonie ensuite prend le pas : épisodes fantastiques"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.58", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2376, "texte": "vigoureusement traités, catastrophe simplement grandiose, sublime paix\nbruissante de la forêt couvrant les désastres qu'elle a faits.\nL'originalité de la musique de M. Savard est moins dans le con-\ntenant que dans le contenu. On y pourrait relever l'influence primitive\nde Wagner, et, plus à la surface, celle de M. d'lndy, avec quelques traces\nà peine de M. Debussy. Son inestimable sincérité ne s'inquiète point\ntant de chercher des tournures nouvelles, que de bien dire ce qu'elle a\nà dire, et de ne parler que lorsqu'elle se sent quelque chose à dire.\nM. Savard s'exprime avec une science et une pureté parfaites; mais ce\nqu'il faut admirer en lui, c'est surtout la personnalité morale qui paraît\nau travers de sa musique : personnalité fière, mais cordialement sensible\net profondément artiste. Quand on a bien écouté son œuvre, si intellec-\ntuelle d'apparence, quelque chose en demeure, après les grandes idées\nqu'elle agite : c'est un sentiment intense de l'amour et de la mort, con-\nstamment mêlés dans la nature et dans l'esprit ; non pas la frénésie\nsensuelle de Tristan^mais une confiance sereinement ardente en l'apaise-\nment d'une beauté conciliatrice. Et ceci n'est que dans la musique. C'est\nle parfum qu'elle élève au-dessus des mots.\nAprès nous avoir offert quinze programmes incomparablement dénués\nd'effort et d'intérêt, les Concerts-Colonne montrent à se libérer de leurs\nobligations un zèle subit, un peu tardif, mais efficace. Tandis que les\nConcerts-Lamoureux à leur tour laissaient sommeiller leur activité,\nM. Gabriel Pierné vient de diriger coup sur coup deux premières\nauditions, et fort considérables. Ulbéria de M. Claude Debussy a\nrencontré au Châtelet un accueil mélangé d'enthousiasme bruyant et\nd'aigre protestation qui est pour étonner, aujourd'hui que l'auteur de\nPelléas et Mélisandesemble au comble de la faveur, et le public accou-\ntumé à son art. Ses premières œuvres n'ont pas soulevé une résistance\naussi vive. D'où vient cette nouvelle attitude ? Est-ce du vieux parti\nrétrograde, que le charme du jeune dieu surgissant a pu réduire tout\nd'abord au silence, et qui reprendrait désormais quelque espoir de trouver\nsa défensive en défaut dans une maturité prospère ? Est-ce au contraire,\nbelliqueux et rapace, le parti nouveau-né, qui sorti de la côte de cet\nAdam et nourri de sa substance, repousserait du pied un ancêtre"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.59", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2527, "texte": "déjà ! qui le gêne au soleil ? Les extrêmes s'unissent peut-être, comme\non fait en politique ; et l'évolution de M. Debussy lui-même explique\nque ses admirateurs se déplacent. Cette évolution est extrêmement\nintéressante à étudier. Le petit triptyque fait partie d'une suite\nà' Images pour orchestre dont un second numéro,\naura été exécuté quand paraîtront ces lignes, mais trop tard pour que je\npuisse en parler ce mois-ci. Remettons donc au prochain numéro et\nM. Debussy et l'ensemble des beaux concerts organisés par la maison\nDurand, où se résume glorieusement l'œuvre des seuls grands et anciens\néditeurs de Paris qui aient fait servir leur fortune et leur autorité au\nbien de la musique pure.\nLe second ouvrage qu'ont donné les Concerts Colonne est une Troi-\nsième Symphonie de M. André Gédalge. Beaucoup des choses que j'ai dites\nde M. Savard se pourraient redire de cet autre bon musicien, de tempé-\nrament très différent, qui appartient à la même génération. Nul n'ignore\ncombien son enseignement est fécond, et son remarquable Traité de\nFugue fait autorité définitive en la matière. Malgré sa haute situation,\nc'est la première partition vraiment importante que nous entendions de\nlui. De ses deux premières symphonies nous n'avons rien su. Ce peu de\nhâte à se pousser ; cet éloignement du bruit et de l'intrigue ; cette\nmodestie et cette loyauté de jugement sur soi-même, qui attendent pour\npublier une œuvre, bien après l'assurance parfaite de la technique, la pleine\nmaturité de l'esprit, sont des traits de caractère exceptionnels en ce temps,\net du meilleur exemple. Sérieuse sans être jamais morose, l'œuvre elle-\nmême n'est pas d'un exemple moindre, par sa dignité avenante, sa probité,\nsa mesure, par tout ce qu'elle a de très simplement sincère, en même\ntemps que de solidement achevé dans l'ensemble et dans le détail. Et ce\nqu'elle a aussi d'ouvert, de franc, de net, a dès le premier abord séduit le\npublic tout entier, sans que l'ombre d'une concession pourtant ait été faite\nà son mauvais goût.\n\" Ni littérature, ni peinture. \" Telle est l'épigraphe que M. Gédalge\na mise à son manuscrit. J'avoue que j'aime assez à condition qu'on\nentende bien la chose un peu de peinture ou de littérature dans la\nmusique : je ne la trouve pas, sans cela, absolument complète. Mais la\nlittérature et la peinture l'ont entraînée parfois à de tels excès, elle s'est\nsi bien reniée elle-même, qu'on se prend de sympathie pour une réaction\ndont M. Gédalge indique spirituellement le sens, et qui pourrait bien"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.60", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2171, "texte": "appartenir à l'avenir tout autant qu'au passé. Sa symphonie n'a qu'une vie\npurement musicale, mais cette vie est réelle : elle agit, et elle s'émeut.\nOn n'y sent point cependant cette longue volonté qui coordonne étroite-\nment toutes les parties des symphonies pures de M. d'lndy, par exemple,\nou de son école. Le plan général n'est point irréprochable autant que le\nplan de chacun des morceaux. Les quatre parties traditionnelles n'obser-\nvent pas entre elles ces lois de rapports, de symétries ou de constrastes,\ndont les maîtres classiques ne se libéraient que lorsqu'ils se sentaient\nsoutenus par quelque pensée extra-musicale. M. Gédalge accorde aux\nmouvements lents une prédominance dangereuse. Après\nqui tient la place du scherzo est un véritable andante ;et le finale joint à\ndes développements fougueux, à d'allègres allusions populaires, un retour\nà la lenteur dont les proportions dépassent de beaucoup celles d'un\nsimple épisode. L'effet en est neuf, et pourrait être excellent :il fatigue,\naprès tant d'autres lenteurs. Ce fut du moins mon impression de première\naudition. Il est possible qu'à mieux connaître la symphonie de M. Gé-\ndalge, on découvre l'harmonie de ses mobiles. Et cela ne doit point empêcher\nde goûter à sa valeur chaque morceau. Les deux thèmes contrastants du\npremier qui font un peu penser, l'un à Schumann, l'autre à Mendels-\nsohn sont développés avec une sûreté et une animation rares. La grâce\npaisible de Y allegretto est pleine de fraîcheur. a des qualités plus\nprofondes : le sentiment mélancolique qui l'emplit ne semble pas au début\ndevoir prendre la voie où il nous engage peu à peu ; mais c'est une chose\ndont on ne s'aperçoit qu'au bout. L'expression est assez soutenue, la\ngradation menée avec assez d'ampleur et d'art, pour qu'on soit contraint\nde suivre l'auteur où il veut arriver. Quant au style, n'allez pas craindre,\nparce que l'auteur est professeur et théoricien, qu'il sente jamais le\ncuistre. Très rythmique et volontiers mélodique, il est au contraire clair,\nvif, dégagé, sans prétentions : nulle rhétorique ne l'alourdit ;et la science\ny est trop sûre de soi pour faire sa pédante.\n\nGaston Carraud."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c034", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 60, "image_fin": 64, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.10.3", "titre_corps": "LETTRE DE MUNICH", "titre_sommaire": "LETTRE DE MUNICH", "signature_source": "William Ritter", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.60", "debut_caractere": 2173, "fin_caractere_exclue": 2401, "texte": "LETTRE DE MUNICH\n\nSi je ne craignais de fatiguer vos lecteurs par le retour périodique\net pourtant nécessaire des mêmes noms, l'occasion serait excellente pour\nrevenir sur ceux de MM. Max Reger et Hans Pfitzner, dont les soirées"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.61", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2585, "texte": "de musique de chambre ont été les hauts faits musicaux de décembre et\nde janvier. Le premier nous apportait son grand trio 102 dont il tint\nla partie de piano, et le lendemain, 2 décembre, nous jouait avec\nM. Schmid-Lindner son opB6, Variations\npuis X Passacaille et Fu 96, dont s'est enrichi le\nrépertoire de la musique à deux pianos. Le second nous offrit, le 11 jan-\nvier, une pleine soirée de ses œuvres, composée du quatuor r/-majeur\nop. 13,' du grand quintette op. 23, qui renferme un et surtout\nun adagio, dont on parlera dans un avenir et prochain et lointain, enfin\nune douzaine de lieder,dont la profonde humanité nous montre un Hans\nPfitzner de plus en plus intérieur et apaisé, et encore plus touchant\npeut-être qu'aux heures de souffrance suraigue et d'énervement félin,\ndans ce décor fantasque de vieille Allemagne baltique, que tant d'autres\nde ces étranges, discords et lunatiques nous ont raconté. Hélas ! il\nferait si bon s'attarder à de telles soirées au lieu de passer,... par exemple\nà l'oratorio du Père Hartmann, de An der Lan-Hochbrunn.\nNe croyez ni les foules catholiques allemandes, qui exaltent cette\nDernière Cène, ni la critique libre-penseuse, qui en déclare la musique\nabsolument dénuée de valeur. Certes le sentiment de méfiance doit être\nextrême, lorsqu'on la voit soutenue exactement par le même public de\nprinces du Siècle et de l'Eglise, de grands seigneurs et de mondaines, qui\nne prirent jamais garde, du vivant de Bruckner, de Franck et de Dvorak,\nqu'ils fussent d'aussi grands chrétiens que de grands musiciens. Il ne doit\ncependant pas nous rendre injuste à l'égard de ce cordelier, dont l'œuvre\nest toute de sincérité et de candeur, et qui travaille sur des textes latins\nde l'évêque franciscain Ghezzi, lesquels sont d'une vraie splendeur théo-\nlogique. Je n'en veux pour preuve que ce dernier avec sa superposition de\nla Pâque symbolique juive, de la Cène évangélique et de l'Eucharistie\nchrétienne. Ce sont œuvres évidemment qu'il faut entendre d'une âme\nreligieuse, mais toute bonne foi accordera au père Hartmann que la\npartie eucharistique de son oratorio n'est pas seulement d'un chrétien,\nmais d'un artiste dont le cœur est grand. Et le catholique que je suis ne\ncachera pas sa satisfaction de voir des coreligionnaires, pour lesquels il\nn'éprouve pas la moindre estime, hélas, s'éprendre d'œuvres qui, enfin,\nleur montrent le chemin d'un art sérieux. J'ai dit le chemin. Personnelle-\nment je ne raffole pas plus de cette musique que de l'esthétique de\nBeuron. Ce n'est ni assez archaïque, ni assez moderne. Je voudrais un"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.62", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2603, "texte": "catholicisme d'audaces toujours plus grandes. Après les œuvres pour\norgue de Franck, la grand'messe de Bruckner, le Requiem de paysan\ntchèque de Dvorak, la musique catholique doit s'inspirer de la vie et de\nl'amour, sans craindre la lumière moderne, et ne pas demeurer dans les\npénombres monastiques, dont elle est à tout jamais émancipée. Le Père\nHartmann a, en Allemagne, le public que Gounod eut en France, que\nPerosi a en Italie ; il est pourtant digne de mieux ! S'il pouvait donc le\ndevenir de n'en avoir plus du tout ! Je lui en veux de ne pas borner,\nc'est à dire hausser ses ambitions à son seul ordre religieux. Et je trouve\nun vague fumet de sacrilège à toutes ces épaules nues, qui viennent se\nmontrer à ce moine, dans un pays où, ordinairement, on ne va pas au\nconcert décolleté. Il ne les voit du reste pas !.. Car s'il est une chose\nqu'il faut préférer à la musique du Père Hartmann, c'est sa modestie et\nson maintien, sous le feu croisé des regards et la chaîne des décorations,\nque la vanité de son ordre impose à son humilité et à sa piété.\nAu Konzertvérein,MM. Lœwe et Prill continuent à faire merveille,\ndans le sens que j'ai indiqué, le premier prêtant son appui, auprès du public\nfashionable, à toute œuvre moderne de valeur, le second mettant son élite\nd'étudiants, d'artistes, de pensionnaires, ou tout simplement de braves\ngens, à même de compléter une éducation musicale, ici comme partout,\nbeaucoup trop générale, par des exhumations d'œuvres injustement\noubliées et dédaignées. Restons-en d'abord à celles-ci : Raff a une seconde\nfois bénéficié de la curiosité intelligente de M. Prill et nous avons ainsi\nappris, que du temps de ce maître charmant, un \" \" pour instru-\nments à vent s'appelait tout uniment Cet 18 8, enjoué,\ngracieux, naturel, mais un peu facile, ne m'a pas laissé une impression\naussi favorable que les belles grandes symphonies et forêt.\nIl est vrai que j'étais mal disposé. Tandis que le plus écouté des profes-\nsionnels d'ici l'a taxée & exquise.Le concerto en mineur, pour flûte, de\nMozart, exécuté par un frère de M. Prill, Emile, flûtiste de renom, le\nQuatuor concertant en mi bémol majeur du même maître, pour les bois, et\nsurtout sa grandiose et poignante Symph pour violon et alto,\noù nous touchons véritablement à Beethoven, ont alterné avec la Sym-\nphonie op. 12 (1883) de Richard Strauss, l'ouverture de Dmitri Donskoïde\nRubinstein, le petit rondino pour les bois de la période adolescente de\nBeethoven, et son fragment de concerto abandonné en majeur, dont le\nmanuscrit est la propriété de la Philharmonie de Vienne, enfin avec la"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.63", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2516, "texte": "sérénade op. 11 de Brahms, presque une symphonie, avec la vnme sym-\nphonie de Bruckner, et même la ire de Weber. Le 200me anniversaire de\nnaissance de Pergolese a été célébré, toujours par M. Prill, par deux sym-\nphonies (ouvertures), auprès desquelles détonnèrent trois pièces de Grétry,\ninstrumentées par Mottl.\nQuant à M. Lœwe la liste serait longue des œuvres dont nous avons\nà lui savoir gré. Ne retenons comme toujours que les nouveautés, quitte\nà omettre le triomphe remporté par M. Raoul Pugno avec un concerto\nde Mozart : Variations Symphoniques sur une chanson enfantine française de\nM. Walter Braunfels, pleines de charmants artifices d'orchestration les\nuns assez neufs, les autres apparentés aux plus récents de Mahler ; Danse\nde gnomes de M. Bleyle, du gros humour allemand, rupestre et même\nalpestre, flanqué, comme pour une leçon, des Rondes d'elfes, du ballet, très\npoétique et très délicat, de M. Frédéric Kloze, l'auteur de cette\nqui est une des bonnes fortunes du répertoire de l'Opéra ; la balourde et\ntrès indifférente Symphonie op. 55 de M. Elgar (\" rien à dire, mais dit\nen langage soigné \" affirme un mauvais plaisant) ; enfin le\noù M. Rudolph Siegel fait preuve d'une âme romantique, d'un robuste\ntempérament musical et de facultés d'invention délicate dans tels détails\nd'orchestration.\nJ'aurais une belle liste de solistes à épuiser. Elaguons le plus possible,\nsi vous le voulez bien. Cari Friedberg et Wilhelm Backhaus sont certaine-\nment comme s'appelait un jour lui-même Emile Sauer, des \" Majestés de\npiano, \" qu'il faut aimer autant pour elles-mêmes que pour le soin délicat\nqu'elles apportent àla composition de leurs programmes. Mlles de Stuben-\nrauch et de Binzer ont eu la bonne idée d'exhumer le rondeau brillant, si\nmineur, op 70, pour piano et violon, de Schubert et il faut leur être\nreconnaissant d'avoir inauguré à Munich la belle sonate en mineur op\n33 de H. C. Noren, un continuateur de Grieg, mais qui compose avec\nbeaucoup plus d'art. Avec Mlle Suzanne Metcalf nous avons fait la con-\nnaissance d'une chanteuse, parfaite toujours, exquise dans l'ancienne\nmusique italienne et dans la jeune musique française.\npour Cythere de Chansarel et les Fantoches de Debussy ont produit\nleur effet de ravissement accoutumé. On en peut dire presque autant\nd'Henri Duparc et de Gabriel Fauré. Arrigo Serato, porté aux nues par\nla critique, après une soirée consacrée à Bach, m'a paru le dévider plus\nque l'exprimer. Il faut avoir entendu Isaïe révéler toute la poésie du"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.64", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1696, "texte": "concerto en mi majeur, par exemple, pour comprendre à quel point\nl'interprétation sans nuances de Serato est toute mécanique. Sa fougue\nitalienne n'a le sens ni des valeurs, ni des variétés de et à la\nlongue produit une décourageante impression de monotonie. Il faut en\nrevanche noter à son actif le soin qu'il a mis à se faire accompagner, non\nplus par le grand orchestre moderne, mais par un petit orchestre réduit,\nautant que possible semblable à celui qui pouvait fonctionner, auprès de\nBach lui-même, dans les séances de musique intime.\nPour finir nous avons la joie d'annoncer que les préparatifs des\ngrandes semaines musicales Strauss et Mahler de notre été avancent grand\ntrain. Munich va être désormais dotée, après tant de belles salles de con-\ncert grandes et petites, d'un hall à fêtes musicales vraiment grandiose.\nDe telles constructions paraissent décidément inaugurer une ère nouvelle\npour l'orchestre moderne, et annoncer le retour aux compositions pour\nimmenses masses chorales. Les dimensions des symphonies d'un Mahler,\nd'un Strauss, d'un Nicodé préparées par celles des œuvres de Liszt, de\nBrahms et de Bruckner ont enfin trouvé un premier local à leur taille. Le\nmonde de l'orchestre Beethovenien, sorti des salles des palais de Vienne\nrisque de n'y être plus dans son cadre que renforcé de la manière dont se\nscandalisait naguère, à tort selon nous, votre correspondant de New-York.\nAutres temps, autres orchestres et autres architectures. Et pourquoi ne\npas renforcer les bois de Beethoven proportionnellement aux cordes ? Là\noù son orchestre comportait une vingtaine de violons n'en fourre-t-on pas\ncommunément une soixantaine aujourd'hui ?\n\nWilliam Ritter."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c035", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 64, "image_fin": 66, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.10.4", "titre_corps": "LETTRE DE ROME", "titre_sommaire": "LETTRE DE ROME", "signature_source": "H. A. 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Le\nmonumental amphithéâtre Corea, érigé sur les fondements du mausolée\nd'Auguste et transformé en immense salle de concert pouvant contenir\ntrois mille personnes, est devenu depuis trois ans le centre de ces exécu-\ntions musicales ;il est à remarquer que \" Augusteum \" (tel est le nom"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.65", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2705, "texte": "définitivement adopté pour cette salle) a toujours un public nombreux et\nque les galeries supérieures qui étaient moins fréquentées que les autres au\ncours des saisons précédentes sont au contraire combles cette année. Après\nle festival Beethoven, M. Mancinelli, qui a conduit pendant quelques an-\nnées l'un des principaux orchestres d'opéra des Etats-Unis, a dirigé cinq\nconcerts aux programmes variés. L'avant-dernière de ces séances était\nconsacrée à divers fragments des opéras de Wagner, de Smeraglia (un\njeune compositeur de Trieste, d'un talent distingué, dont les opéras\n\" Accana, \" les \" Noces Istriennes \" figurent aux répertoires des théâtres\nde musique en Autriche et ont été représentés avec succès à la Scala de\nMilan) et enfin à deux \" Nocturnes \" de Debussy ; le second de ces deux\nmorceaux a été accueilli par des applaudissements enthousiastes qu'une\nmanifestation contraire n'a pas réussi à intimider ; le \" bis \" ayant été\naccordé, le morceau a été exécuté une seconde fois et sans la moindre\ninterruption. Il est d'ailleurs à observer que la musique de M. Debussy a\nplus que toute autre le don d'exciter le public romain, si peu démonstra-\ntif en général et que ces manifestations soit enthousiastes, soit hostiles,\nsont chacune à sa manière un hommage rendu à un compositeur qui ne\nsaurait laisser indifférent, quelle que soit la sympathie ou l'antipathie\nqu'il éveille. Il serait fort à désirer d'ailleurs que le public d'ici soit enfin\ninitié à notre école symphonique moderne à laquelle les artistes de Rome\nne sont pas restés étrangers mais dont les auditions n'ont été que trop\nrares jusqu'ici. Nous espérons que M. Vincent d'lndy qui doit diriger\nl'un des concerts de l'Augusteum cet hiver, contribuera à combler cette\nlacune en faisant exécuter par ex., en même temps que quelques unes de\nses œuvres, la symphonie de César Franck et quelques morceaux d'or-\nchestre d'Albéric Magnard. En derniers temps, l'orchestre \" stabile \" de\nl'Augusteum est devenu beaucoup plus souple et plus nuancé ; dirigé par\nune main ferme, il peut donner de bonnes exécutions, surtout pour la\nmusique moderne. Les chœurs ont été jusqu'ici la partie faible de ces\nconcerts, car il n'existe malheureusement pas de société de chœur régu-\nlière pour le moment. 1\nParallèlement à ces grandes auditions, trois sociétés de musique de\nchambre ont commencé leurs séances : ce sont le quintette Cristiani, le\n\n1 II y a régulièrement un concert d'orchestre tous les Dimanches à l'Augusteum, et à peu près une séance\nconsacrée à un virtuose dans le courant de la semaine : Gulli, Vecsey, Hubermann, Paderewsky. Comme\nchefs d'orchestre, Balling, d'lndy, Mahler, Mengelberg, Safonoff, Molinary, etc."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.66", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2463, "texte": "quintette de Sainte Cécile, dirigé par le pianiste Ariani (avec des pro-\ngrammes variés de musique classique et de Brahms, de Franck, de Reger,\netc.,) et la Société Internationale de Musique de chambre ; cette dernière\na donné la première audition d'un quatuor de cordes du jeune compositeur\nromain Alberto Gasco et une série de mélodies faisant partie d'un recueil\nde compositions du même auteur. Poeme délia Notte et dell'Aurora, il est\nbien à espérer que le talent fin et distingué de M. Gasco, qui sait choisir\nle texte de ses mélodies chez les meilleurs poètes modernes de son pays,\nréussira à relever en Italie ce genre du \" lied \" si négligé par les compo-\nsiteurs italiens au réduit par certains d'entre eux à la mélodie de salon\nbanale et fade.\nA l'Opéra (Teatro Cortanzi), M. Mascagni a dirigé de bonnes repré-\nsentations de \" Tristan et Yseult les deux rôles principaux étaient tenus\npar M. Rousselière de Paris et Mme Kashowska (de Varsovie). Il est\nremarquable que M. Mascagni dont la personnalité domine parfois\nfâcheusement les œuvres qu'il dirige, ait su entrer cette fois-ci dans\nl'esprit du chef-d'œuvre wagnérien ; sauf l'altération de quelques rythmes\nessentiels, l'exécution de l'orchestre a été vivante, colorée et mesurée à la\nfois. Malgré cela, le public de Rome continue à faire peu de cas de la\ndirection de Mascagni qui a cessé d'être populaire ici.\nAprès plusieurs représentations de la \" Bohême \" de Buccini et du\n\" Mefistofele\" de Boïto, nous avons eu une \" première \" de Leoncavallo,\n\" Maja \" ; cet opéra a marqué un nouvel insuccès pour l'auteur des\n\" Pagliacci\nSignalons aussi à Rome l'ouverture d'une nouvelle salle pour la\nmusique de chambre due à la générosité de Miss Harry Herz ; la\nnouvelle salle Bach est munie d'un orgue magnifique de Bozzi Vegessi\nde Turin : elle serait tout-à-fait adaptée pour des séances de musique\npalestinienne et de musique ancienne en général, telles que l'ancienne\nsociété Bach nous en avait fait entendre il y a quelques années ; cette\nsociété qui avait pour directeur M. A. Costa et pour principales inter-\nprètes Mmes Teresina Tua (violon) et Pettigiani (chant) pourrait bien\nrenaître un de ces jours. Est-il permis d'espérer que la ville des \" cora-\nbinazioni \" réalisera la réunion des deux plus grands noms de la musique\nallemande du XVIIIe siècle, de Bach et de Hândel, que l'on a jusqu'ici\ntoujours séparés ou opposés l'un à l'autre ? Cela serait fort à souhaiter.\n\nH. A. M."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c036", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 67, "image_fin": 68, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.11", "titre_corps": "LETTRE D'ASTRAKAN", "titre_sommaire": "LETTRE D'ASTRAKAN", "signature_source": "Wanda Landowska", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.67", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2381, "texte": "LETTRE D'ASTRAKAN\n\n15 février 1910.\nCHER AMI !\n\" Je mets la mer Caspienne à la disposition des Amis de la musique ! \"\nVoici le télégramme, à l'instar de celui de Cook ou de Peary que je me\nproposais de vous adresser. Depuis le mois dernier, Astrakan a une ligne\nde chemin de fer, et les artistes qui voudraient venir donner ici des\nconcerts, ou les amateurs désirant assister à des séances intéressantes\nn'auront plus à faire des centaines de verstes en traîneau. C'est une toute\npetite promenade. Vous prenez le Nord-Express, vous êtes le lendemain\nà Berlin, le surlendemain à Varsovie, en moins de 26 heures vous êtes\nà Moscou, le lendemain à Saratov, vous changez ensuite trois fois de\ntrains, vous passez la Volga en traîneau, ou sur un bateau \" ledokal \",\nqui brise la glace, vous traversez durant deux nuits et un jour, les\nSteppes de Kalmouk, et vous voilà tout frais et pimpant dans la capitale\ndu caviar. Un majestueux chameau attendait à la gare pour transporter\nmon clavecin dans la salle du concert. (M. Lyon n'a jamais rêvé de tels\nhonneurs...) Une certaine excitation régnait dans la ville, qui n'avait pas\nencore vu d'artiste venant de l'étranger. Le mérite d'être le premier\nn'est pas grand, mais c'est toujours amusant. D'ailleurs. Astrakan, dit le\nGuide de la Volga,est la première ville d'Europe pour sa saleté, mais en\nrevanche (sic !) aucune ville ne la surpasse pour la mortalité. L'épidémie\nde la peste battait son plein dans les environs de la ville, principalement\nparmi les Kalmouks. C'est une population nomade, au type mongol très\nprononcé, d'une nature calme, bon enfant et très modeste. Leur religion\nleur permet de prendre jusqu'à quatorze femmes, et ils se contentent de\ntrois, tout au plus de quatre. Le Kalmouk qui a plus de six chevaux a le\ndroit de porter le titre de prince. On trouve parmi les princes des gens\nqui savent lire et signer. Il y avait, paraît-il, quelques princes à mes con-\ncerts. Les Perses et les Kirguizes ne sont pas non plus très cultivés au\npoint de vue musical, ni les Tartares d'ici, (à Kasan j'en ai vu pas mal à\nmes concerts). Le public se compose presque exclusivement de Russes,\npublic excellent, très attentif, capable d'écouter avec intérêt, deux soirées\nde suite, du Bach et du Couperin, et d'en réclamer une troisième. Il est\nintéressant mais peut-être honteux d'avouer, que la province russe est\n\n5"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.68", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1755, "texte": "mieux organisée pour la musique que la province française. Dans une\nville aussi éloignée qu'Astrakan, nous trouvons un conservatoire, une\nsociété musicale, qui donne chaque année plusieurs séances de musique\nde chambre, et même quelques concerts symphoniques. Et toutes les\nvilles plus ou moins importantes comme Zaroslav, Rostoff, TamleofF,\nKharkoff, Orel, Woronèje, Stavropole, Kasan, et tant d'autres possèdent\ndes sociétés semblables. Je mets à part les conservatoires de Saratoff et\nKieff. Ce sont là des institutions conçues dans un style plus large et qui\nont atteint un très grand développement. La société musicale de Kieff est\ndirigée par le fameux chef d'orchestre Winogradski, et celle de Saratoff\npar le professeur von Exner. Cette dernière possède sa propre salle de\nconcerts, pouvant contenir près de 2000 personnes, construite avec infini-\nment de goût, et d'une acoustique parfaite, comme nous n'en avons\npeut-être pas à Paris. Le conservatoire de Saratoff compte près de\n600 élèves. Et des institutions semblables existent non seulement dans\nla Russie Centrale mais aussi au Caucase et en Sibérie. Cette décentrali-\nsation musicale est dûe à l'institution créée par Antoine et Nicolas\nRubinstein sous le nom de Sociétés Impériales de Musique1. D' \" impérial \"\nelles n'ont que le nom, le subside du Gouvernement étant très modeste.\nC'est l'énergie des directeurs et la générosité de quelques présidents-\nmécènes qui ont fait la prospérité de certaines sections et ont\nrépandu le goût musical jusqu'au fond de la province. Le conservatoire\net la société musicale d'Astrakan sont dirigés par M. Kapp, organiste de\nprofession.\n\nWanda Landowska.\n\n1 M* Findeisen a rappelé dans l'Actualité de férrier l'histoire de cette Société."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c038", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 69, "image_fin": 77, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.12", "titre_corps": "LES LIVRES", "titre_sommaire": "LES LIVRES", "signature_source": "Louis Thomas", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.69", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2768, "texte": "t LALOY (LOUIS). CLAUDE DEBUSSY. (Collection des\nBibliophiles fantaisistes. Paris, Dorbon. in B°. io frs).\nJ'arrive enfin au livre de mon excellent ami et collègue\nLouis Laloy, à ce Debussy dont nous attendions l'apparition et qui\na vu le jour en novembre dernier.\nTous les maîtres de la musique envieront Claude Debussy\nd'avoir à ses côtés un exégète aussi merveilleusement compréhensif\nque l'est Laloy, un champion aussi décidé. Car, le commentaire\nhistorique et critique présenté dans les cent pages de ce petit\nvolume, peut bien passer pour un chef-d'œuvre de pénétration\npsychologique. Le mérite de cet ouvrage est de montrer à côté\nde Debussy, le \" debussysme, \" à côté de l'homme et des œuvres,\nla doctrine et le dogme. Ce généreux apostolat a fait pleuvoir sur\nLaloy bien des coups. La France a toujours été le pays de l'intolé-\nrance. Un prosélytisme aussi sincère en faveur d'une évolution ;\nparticulière de notre musique, a ranimé les vieilles querelles, dont\nGluck et Rameau avaient déjà subi les assauts.\nL'esthétique de Laloy s'est heurtée à cette mentalité française,\nqui, depuis qu'elle réfléchit, cherche des prétextes contre la musique ;\nprétextes de morale, de littérature, de sentiment même. Et Dieu\nsait si nous avons été habiles à éluder les enchantements de cette\ngrande magicienne qu'est la musique ! L'histoire de la musique, dans notre pays, est celle d'une\nperpétuelle dérobade devant l'émoi sonore. Longtemps la chanson (dite française) et la danse\nnous ont servi de moyens dilatoires. Grâce à elles la musique, enchaînée au divertissement,\nfut classée, avec d'autres plaisirs, parmi les objets de tolérance. Puis, les subtilités prosodiques\net métriques de la Renaissance, autre subterfuge. Puis, la tragédie lyrique, nouveau procédé\nde captation. Enfin voici les romantiques, tout penauds, tout ahuris de se trouver un beau\njour face à face avec la musique, et cachant mal leur trouble sous des attitudes outranciéres.1\nAujourd'hui, il en est de même. N'avons-nous pas cherché dans le formalisme et l'architec-\nture de nouveaux moyens d'entraver la musique. Pour conjurer le danger, on\" prononce les\nmots de drame lyrique et de sonate ; et l'on se croit encore une fois sauvé. Ou bien, on\nt\n1 C est en ce sens qu il iaut évidemment entendre les jugements de Laloy sur Beethoven et sur Wagner, 1\nqui scandalisent tant de gens. Lorsque Laloy écrit : \" W \"\nil suppose que le lecteur ajoutera : \" oui, mais l'invention Car, en\nsomme si la musique n'avait pas été violentée par la Neuvième et par Tristan, elle ne filerait pas aujourd'hui le\nparfait amour avec Claude Debussy. Nous aurions mauvaise grâce, en France, à reprocher à la musique ses\nannées tumultueuses et son passé turbulent, puisque nous en profitons plus que personne au monde."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.70", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3270, "texte": "s'absorbe dans la contemplation du matériel sonore, et l'audition d'une œuvre devient une\nexpérimentation pour les amateurs d'harmoniques. Tant il est difficile en France de s'en tenir\nà la musique !\nLaloy, apôtre de l'art sensuel et libéré, aura contre lui toute notre civilisation latine. Car\ncelle-ci représente dans l'histoire de l'humanité un moment de tyrannie intellectuelle, un\neffort de stabilité, d'ordre et de classification.La lutte entre ces deux grandes puissances, sur le\nterrain même de la musique, est un des spectacles les plus passionnants de notre époque.\nJ. E.\nLE NOMBRE MUSICAL GRÉGORIEN ou Rythmique grégorien\npratique par le R. P. Dom André Mocquereau prieur de Solesmes, tome I. Tournai, impr.\nDesclée et Cle. 1908, 430 pages in-B°.\nCe livre, complément heureux des Mélodies Grégoriennes du Rme Dom J. Pothier, prend\nincontestablement place parmi les meilleurs travaux consacrés à la tradition du chant liturgique\nde l'Eglise latine. C'està vrai dire, un manuel supérieur de la \"Méthode bénédictine\" d'inter-\nprétation du chant dit grégorien. Comme tel, cet ouvrage est irréprochable et digne de tous les\néloges ; il remplit parfaitement son but : là est son mérite, et, il faut bien l'avouer, là est aussi\nson défaut.\nDans l'état actuel de nos connaissances sur le chant liturgique, ce que l'on pouvait\nsouhaiter de mieux était moins eu effet, une \" méthode bénédictine \" relative à la parfaite\nexécution de ce chant, qu'une \" méthode \" sans épithéte, basée sur les enseignements des\nmeilleurs théoriciens du moyen âge et l'étude directe des principaux monuments neumatiques\net guidoniens.\nLe fait n'est pas niable : après un demi siècle de laborieuses recherches nous ignorons\nencore pour une bonne part, l'exacte signification rythmique de la notation neumatique pure,\npremier fondement de toute interprétation des cantilènes sacrées de l'Eglise romaine. Or, comme\nle déclarait naguère fort à propos le R. P. Thibaut dans son remarquable ouvrage : \"\nbyzantine de la notation neumatique de F Eglise latine\" : \" Qu'on ne se fasse pas illusion !Il\nfaut pénétrer l'énigme des neumes ou c'est en vain que l'on voudra édifier la théorie du rythme\ngrégorien, et lever cette multitude de difficultés qui nous dérobent la connaissance des fonde-\nments du plain-chant \".\nL'ouvrage du R. P. Dom Mocquereau en dépit de ses nombreux mérites, en dépit de son\nremarquable apparareil scientifique, en est la meilleure preuve : n'étant point établi d'une\nmanière rigoureuse sur une parfaite connaissance de la séméiographie neumatique pure et de la\nnotation guidonienne qui est le terme naturel de son évolution, il est évident qu'il doit\nlaisser prise à la critique.\n\" i° Déterminer, préciser, développer la théorie rythmique, non seulement dans ses\ngrandes lignes, mais, autant que possible, jusque dans ses moindres détails ; 2° Fixer ce rythme\nau moyen d'une notation claire, précise, à la portée de nos plus humbles enfants et chantres\nde campagne.\nTel est, écrit le docte bénédictin, le double problème en face duquel se trouve le\nrythmicien qui veut être utile et pratique.\nLa solution de ce problème est-elle possible aujourd'hui ? Oui, sans aucun doute, et elle\npeut être donnée d'une manière presque objective \". 1\n\n1 Op. cit. pp. 7-8."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.71", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 10, "texte": "LES LIVRES"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.71", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 3677, "texte": "Rien de plus juste, mais le R. P. nous a-t-il donné cette importante solution ? Là est\nla question.\nDans une certaine mesure, oui bien, mais non pas d'une manière aussi péremptoire qu'on\neût été en droit de l'attendre du savant promoteur et directeur de la Paléographie musicale.\nDans la iIL partie de son ouvrage qui va du chap. lerIer au chap. XI, D. Mocquereau\nétablit à merveille la théorie générale du rythme dont on fait, d'ordinaire, trop peu de cas tant\ndans l'enseignement théorique et pratique du chant sacré que de la musique profane. Mais\n1 application que le R. P. fait de cette théorie au rythme grégorien, dans sa 2e partie, soulève\na chaque pas de nombreuses difficultés, appelle bien des réserves. On comprendra aisément\nqu'il est impossible de les formuler toutes ici, car elles peuvent fournir matière à tout un\nvolume. Force nous est donc de nous en tenir aux grandes lignes, aux points les plus saillants.\nEt d'abord, c'est une erreur fondamentale de tenir la notation neumatique pure et la\nnotation guidonienne pour aussi imparfaites au point de vue de l'expression rythmique qu'on se\nplaît d'ordinaire à l'insinuer, voire, à l'enseigner :\nu Les accents neumatiques et tous les groupes qui en dérivent sont, en tant que signes\nfiguratifs des intervalles mélodiques, extrêmement imparfaits ; ils le sont plus encore peut-être,\nen tant que signes rythmiques \". 1\n\" Il paraîtra invraisemblable aux musiciens modernes, en possession d'un admirable\nsystème de séméiographie, qu'une notation ne parvienne pas à figurer clairement le rythme de\nses mélopées, plus invraisemblable encore qu'elle ne soit pas même capable d'en indiquer les\nintervalles précis ! Et cependant c'est le cas des antiques notations neumatiques. La présence\nd'un maître était indispensable à l'élève, tant pour chanter les intervalles que pour rythmer :\nla tradition orale, en définitive, était double, tonale et rythmique \". 2\nCertes, il paraîtrait souverainement invraisemblable aux musiciens modernes et à venir\nqu'une notation n'ait pu parvenir à figurer clairement, et le rythme et l'intonation de ses\nmélopées. Ne l'oublions pas. La notation neumatique pure et la notation guidonienne ne sont,\nen soi, qu'une seule et même séméiographie envisagée à deux époques distinctes de son\névolution.\nLa notation neumatique pure essentiellement rythmique à son origine fut, à la vérité,\ntrès imparfaite dès l'abord, mais elle ne laissa pas cependant d'être portée, par la suite, au plus\nhaut point de perfection qu'elle était susceptible de recevoir ; le tout est précisément de savoir\nle reconnaître.\nArrivée à son apogée au point de vue rythmique, les lois de l'évolution qui commandent\nla destinée de la notation neumatique l'appelèrent à un nouveau perfectionnement au point de\nvue de la diastématie. Perfectionnement qu'elle réalisa aux Xe et XIe siècles sans rien\nabandonner de ses qualités rythmiques essentielles contrairement à ce que l'on croit et enseigne\nd'ordinaire. Si par la suite, la notation guidonienne perdit quelques-unes de ses propriétés\nrythmiques, ce ne fut pas par \" manque de netteté dans l'enseignement et dans la notation du\nrythme \", 3 ce qui est prendre l'effet pour la cause ; ce fut uniquement en raison même de\nl'altération soudaine du mode traditionnel d'interprétation rythmique du chant sacré, con-\nséquence immédiate et imprévue de l'adoption générale de la nouvelle méthode diaphonique\nde YOrganum.\nCeci posé, voici au courant de la plume, les principaux points de la théorie rythmique de\nD. Mocquereau qui me paraissent devoir appeler quelques desiderata ou certaines réserves :\n\n1 Op. cit. p. 156.\n2 Op. cit. p. 158.\n3 Op. cit. p. 156."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.72", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3703, "texte": "Le chapitre Ie de la IIe partie qui traite de l'origine, des noms et de la forme des notes\net des groupes de notes demande à être complètement refondu en tenant compte des précieuses\ndécouvertes et données séméiographiques exposées nouvellement.\nA propos du chapitre suivant (chap. II), qui a trait aux \" signes rythmiques dans les\nanciens manuscrits il importe de faire observer que cette expression \" signes rythmiques \"\nappliquée d'une manière exclusive aux signes sangalliens qui affectent les neumes purs soit en\nles modifiant soit en s'ajoutant à leur forme primitive, ainsi qu'aux lettres dites romaniennes,\nest, comme telle, une expression inexacte, attendu que dans son ensemble comme en chacun de\nses éléments, la notation neumatique pure comporte, avant tout, une signification essentiellement\nrythmique. Partant, il faudra récuser comme trop absolue l'affirmation générale suivante :\"Par\neux-mêmes les neumes pursy avec lignes ou sans lignes, ne déterminent ni la durée, ni la force,\nni le mouvement rythmique des sons 'V\nJ'ajouterai à propos des signes rythmiques complémentaires de l'école sangallienne, qu'ils\nsont plutôt explétifs que complétifs de leur nature, et la comparaison que D. Mocquereau\nétablit entre les mss. sangalliens qui les emploient et les mss. d'origines diverses qui en\nsont dépourvus me semble fort juste.\nLes premiers sont en effet par rapport aux seconds \"comme serait un texte sans ponctua-\ntion, sans accentuation, en face d'un texte soigneusement accentué et ponctué ; comme sont,\nde fait, les textes primitifs hébraïques de la Bible, en face des mêmes textes munis de points-\nvoyelles, et des accents massorétiques qui en arrêtent et en définissent la ponctuation,\nl'accentuation, la lecture et jusqu'au sens lui-même. Il y a d'un côté précision, de l'autre\nincertitude ici perfection ; là imperfection ; et nullement contradiction \". 2\nIl ressort de tout ceci, qu'une édition des livres de chant liturgiques en notation\nguidonienne sera d'autant plus parfaite qu'elle reproduira plus fidèlement toutes les particula-\nrités de la séméiographie primitive conformées par les traditions artistiques de la grande abbaye\nde S 1 Gall. Or, toute la question est précisément de savoir si les signes rythmiques explétifs des\nmanuscrits de l'école sangallienne comportent de leur nature, une signification contraire ou\nconforme à la pratique traditionnelle du chant liturgique.\nLes chapitres VI et VII du \" Nombre musical grégorien \" traitant de l'exécution\nrythmique des groupes mélodiques pris isolément et en composition, me paraissent excellents\ndans leur ensemble. Je signalerai toutefois comme erroné le principe suivant : \"La première\nnote de tous les groupes, quelle que soit la forme de cette note, porte un ictus rythmique\ninvariable à moins qu'elle ne soit précédée ou suivie d'une note épisématique ; car l'épisème,\nen cas de conflit, l'emporte toujours sur toutes les autres indications ictiques. \" 3\nTout caractère neumatique porte un ictus rythmique invariable et cet ictus peut en certains\ncas dans le podatus bref par exemple, être situé sur une note du groupe autre que la\npremière. De plus, l'allongement épisématique n'entraîne nullement de sa nature, un changement\nictique bien qu'il coïncide souvent avec le temps fort des groupes neumatiques.\nJ'écarte également et pour la même raison, le principe suivant : \" Deux notes ictiques sur\nle même degré dans un même groupe, donnent lieu à une indécision sur la place de l'accent\nrythmique : le choix est libre. On peut le placer sur la première note ou sur la troisième et\nconduire l'intensité en conséquence. \" 4\n\n1 Op. cit. p. 14.\n2 Op. cit. p. 15.\n3 Op. cit. p. 236.\n4 Op. cit. p. 251."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.73", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3082, "texte": "Les derniers chapitres du Nombre musical Grégorien (VIII-XII) qui ont trait à l'exécution\nrythmique de chacun des neumes primitifs, renferment également nombre de données excel-\nlentes, mais c'est ici surtout, qu'il y aurait de nombreuses réserves à formuler. Cela nous\nentraînerait trop loin. Force nous est de rester dans les limites étroites d'un compte-rendu et de\nnous en tenir à cette analyse incomplète.\nEn résumé, l'ouvrage de Dom Mocquereau témoigne d'un immense labeur dans la\nrecherche des principes qui ont présidé jadis à la parfaite exécution du chant sacré, mais il a le\ndéfaut de rester le livre d'une école.\nOn peut le considérer comme un excellent manuel de la \" Méthode bénédictine \" d'inter-\nprétation du chant dit grégorien, méthode qui est incontestablement une des meilleures qui nous\naient été proposées jusqu'ici ; est-elle la plus parfaite ? nous ramène-t-elle vraiment à l'exécution\ntraditionnelle des mélodies liturgiques de l'Eglise latine ? C'est ce que je ne me charge pas de\nprouver. J.-B. BOGUILARD.\nDOMINGUEZ BERRUETA J. Rigenerazione dei Suoni. (1908. Torino.\nFratelli Bocca, 8°).\nVoici une étude de régénération de la gamme, basée sur le tempérament naturel.\nL'auteur, professeur de Sciences à l'Université espagnole de Salamanque, et très averti des\nthéories anciennes, ne se perd pas dans les aperçus d'une érudition pénible. Il se limite à\nl'exposé des doctrines de Pythagore et de Ptolémée, pour mieux aller de l'avant, car il n'est\npas un révolutionnaire, mais un continuateur lucide. Après avoir signalé le caractère inharmo-\nnique de l'exacte génération pythagoricienne par quintes justes, et avoir confronté celle-ci avec\nla grande innovation de Ptolémée *, M. Berrueta attaque la gamme tempérée actuelle suivant\nlaquelle la musique instrumentale à sons fixes est dissonante et ne peut sortir du demi-ton\nr 12 , .\nmétrique \\~2 totalement inexact. Puis il s'étend sur ce qu'il appelle le \" préjugé de la\ntransposition \" qui a imposé la gamme unique en dépit du principe de variété de toute harmonie.\nL'auteur analyse alors la gamme de Ptolémée, et sans s'éloigner du principe d'Euler, formule\nà son tour une proposition très plausible, suivant laquelle le \" ton majeur serait divisé en deux\ndemi-tons, majeur et mineur, xf et et la note intermédiaire entre do-ré, ré-mi, fa-sol,\nsol-la, la-si, suivrait la loi de l'enharmonie, mais en restant note unique, définitive, pour l'échelle\ndes sons fixes. \"\nL'octave reste ainsi divisée en 12 demi-tons ayant chacun son harmonie propre.\nM. Berrueta termine son intéressant fascicule par un clair tableau de la gamme ayant do\ncomme unité, avec la longueur de la corde du sonomètre pour chaque note, calculée en\nmillimètres.\nEspérons une réalisation prochaine de cet heureux essai de théorie vivante, pour laquelle\nnous félicitons bien sincèrement le savant physicien de Salamanque.\nHENRI COLLET.\n\n1 Les notes de la gai ta pastoril de Castille apparurent à notre auteur au moyen du sonomètre différentiel\néquivalentes à celles du tetrachorde la, si> do, r/, de la gamme de Ptolémée."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.74", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3577, "texte": "CHABRIER (EMMANUEL). LETTRES A NANINE, publiées par LEGRAND-\nCHABRIER. (Collection de la Grande Revue, in 12° de 66 pp.)\nCette Nanine est la fidèle et brave femme qui éleva Chabrier et fut pour l'auteur de\nGwendoline comme une mère supplémentaire. En 1889 e^e quitter la maison, où depuis\n45 ans elle jouait un si grand rôle. Elle prit sa retraite à Arcueil, et Chabrier la tint au courant\nde tout ce qui se passait autour de lui. Rien ne montre mieux l'âme bonne et bouillonnante\nde cet artiste, que ces quelques lettres attendries et plaisantes. Il y a même des documents à\nglaner dans ces pages familières. Exemple cette phrase, qui nous ramène à Chantecler, et qui est\ndatee du 4 avril 1890 : \" Mardi prochain, M. Rostand, tu sais ce jeune homme avec qui je\nfais des romances, épouse Mlle Gérard ; je t'avais bien parlé de ce mariage. \"\nCATALOGUE OF MANUSCRIPT MUSIC IN THE BRITISH MUSÉUM, by HUGHES-HUGHES.\nTrois vol in 40. (London 1906, 1908, 1909.) GUIDE DE L'AMATEUR D'OUVRAGES\nSUR LA MUSIQUE... (Fischbacher 1909 in 8° de 65 pp. 1 fr.) WOTQUENNE (A.) ETUDE\nBIBLIOGRAPHIQUE SUR LUIGI Rossi. (Bruxelles 1909 in 8° de 52 pp.)\nVoici bien de la Bibliographie, et je m'en réjouis. Le catalogue du British Muséum est\nconnu de tous. J'ai dit jadis que je trouvais son plan un peu difficile à suivre, et que je préférais\nle classement alphabétique à tous les procédés méthodiques du monde. La même observation\ns applique a ce dernier volume, qui contient les mss. de musique instrumentale et les œuvres\nthéoriques. C'est la, en tout cas, un très utile répertoire, et tel que nous devrions en posséder\npour toutes les collections musicales d'Europe.\nBeaucoup plus spéciale est l'étude de notre collègue M. Wotquenne sur les mss. de\nLuigi Rossi. L'intérêt de cette monographie est de nous donner les premières mesures de toutes\nles œuvres de Rossi, qui se trouvent dans les bibliothèques accessibles en Europe. On en\nviendra de plus en plus à ces catalogues thématiques, qui permettront un jour de posséder, à\nportée de la main, une véritable bibliographie musicale dont les dictionnaires actuels ne sont\nque l'ébauche. Mais quelle érudition supposent ces cinquante pages de la brochure de\nM. Wotquenne !\nMichel Brenet a préfacé le GUIDE, publié par Fischbacher et qui nous oriente dans la\nlittérature musicale de ces dernières années. M. Fischbacher est en effet le seul éditeur français\nqui se soit intéressé véritablement à la musique. D'autres que lui publient çà et là des ouvrages,\nvoire même des séries bien déterminées, mais, personne n'a osé encore ouvrir un rayon de\nmusique ! L'édition, qu'elle soit livresque ou musicale, partage à l'égard du volume qui traite\nde musique une crainte qui ne durera pas toujours, mais qui semble encore invincible. Aussi\nM. Fischbacher a-t-il une situation toute privilégiée, et une avance considérable. Je lui souhaite\nde pouvoir en profiter largement, et avant que le mouvement qui se dessine en ce moment, ne\nlui ait fait concurrence. Son guide nous est garant de ses intentions.\nHARDER (Knud). FANTASIA APPASIONATA. (Strasbourg, J. Singer 19ZO in 8° de\n22 pp.)\nCette petite brochure, traduite par notre collègue de Bruxelles, Mlle May de Rudder,\nest empreinte d'un généreux idéalisme. Elle nous propose une idée qui intéressera le Salon\nd'automne : l'union de la sculpture et de la musique au sein d'une même exposition. L'auteur\npart d'une impression qu'il eut en admirant \" L'Age de Bronze \"de Rodin, et qui fit naître en\nlui la nécessité d'une expression musicale. Notre collègue, Jean d'Udine comprendra certai-"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.75", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3213, "texte": "nement cet état d'âme, qui ne peut s'en tenir à l'immobilité de la plastique, et qui cherche à\nprolonger l'émoi par une excitation sensorielle d'un autre ordre. De là à concevoir le plan d'un\nédifice, où les sculptures exposées voisineraient avec la musique symphonique, il n'y a qu'un pas.\nJ'avoue que, malgré la clarté de la traduction de Mlle de Rudder, je n'ai pas absolument bien\nsaisi la conception pratique de M. Harder. Mais, en ces sortes de choses, la réalisation n'ap-\npartient pas toujours à celui qui a lancé l'idée. Et l'idée mérite de faire son chemin. Les\nAllemands comme M. Harder, et (ici à Paris) le Dr Westarp semblent chercher une nouvelle\nformule de l'union des arts. Celle de Wagner ne les satisfait pas. De tous ces efforts\nsortira évidemment quelque chose, et nous ne saurions trop, en France, oublier nos préjugés\nséparatistes devant ces généreuses tendances unionistes.\nEBEL (OTTO). LES FEMMES COMPOSITEURS DE MUSIQUE, dictionnaire biographique\ntraduit en français par Louis Pennequin. (Paris, Paul Rosier 1910. in 120 de 192 pp. 4 frs.)\nBonne nomenclature, qui contient un très grand nombre de noms. Il est évident\nque la musique et le féminisme auront de plus en plus des points de contact ; l'une et l'autre,\ndu moins en Occident, sont un aspect du même sentimentalisme.\nCUMBERLAND (GERALD). —IMAGINARY INTERVIEWS WITH GREAT COMPOSERS.\n(London W. Reeves 1910 in 120 de 232 pp.)\nSous une forme imprévue et humoristique, cet ouvrage nous donne la physionomie d'une\nvingtaine de musiciens fameux. Chopin, Haydn, Mendelssohn, Paganini, Beethoven, Haendel,\nRossini, Schubert, Liszt, Berlioz, Mozart, Wagner, Tchaïkovsky, Cherubini, Hugo Wolf,\nBorodin, Schumann, Sullivan.\nL'auteur a feint un interview avec chacun de ces maîtres, ce qui est une façon de faire\ndu reportage rétrospectif. L'esquisse devient ainsi vivante et les traits accusés. C'est le journa-\nlisme appliqué à la musicologie. L'ideé est ingénieuse et M. Cumberland en a tiré un excellent\nparti.\nPROCEEDINGS OF THE MUSICAL ASSOCIATION. Quarante-cinquième année 1908-1909.\n(London Novello. in 8° de 204 pp. Prix : une guinée.)\nExcellent volume des comptes rendus de cette association, qui forme maintenant la section\nanglaise de notre société. On y peut lire les communications suivantes, présentées dans le cou-\nrant de l'année 1908-1909 : \" The Harp \" par A. Kastner ; \" Jacob Handl \" par W.\nNaylor ; \"Music in rhythm \"par C. Cleatlier ; \" par\nR. Terry ; \" Dr John Blow\" par H. Cummings ; \" par H. Watson ; \"\nfrench horn\" par J. Blaikley ; \" The effect of the \" par P. Allen.\nFROMAGEOT (P.). UN DISCIPLE DE BACH : P.-F. BOELY. (Versailles L. Bernard\n1909 in 8°)\nIl s'agit d'un organiste français qui vécut de 1785 à 1858, et dont St. Saëns a vanté les\nœuvres en les égalant à celles de Sébastien Bach. Son père, né en 17 et ordinaire de la\nmusique du Roi, fut un personnage assez amusant. Il entreprit après la révolution une cam-\npagne énergique contre Gossec et contre l'enseignement de l'harmonie et contre-point du\nConservatoire, ; son but était de faire revenir l'école française aux principes de Rameau,\nScarlatti, Haendel et Bach. Tout cela fut considéré comme \" \" par une\nlettre typique de Gossec."}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.76", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3586, "texte": "Elevé dans ces idées rétrogrades en 1810, Boely, le fils, se trouva en 1858 un novateur\nhardi, que Morelo, d'Ortigue, et St Saëns rencontrèrent à point nommé, et qui fut un cham-\npion de la renaissance de la musique religieuse en France, sous le second empire. Ajoutons\nque le conseil de fabrique de St. Germain l'Auxerrois eut le triste courage de congédier Boely,\nen pleine possesion de son talent, en 1852, sous le prétexte qu'il était arriéré. On lui préféra\nun jeune émule de Lefébure-Wély !\nTout cela est fort bien conté par M. Fromageot. Je ne déplore qu'une chose, c'est la\nbrièveté de cette monographie. Elle méritait cinquante pages. L'auteur ne m'en voudra pas de\nlui dire que sa modestie est trop grande.\nMARKHAM LEE (E.). THE STORY OF THE OPÉRA. (Londen Walter-Scott publishing\nC°. 1909, in 12° de 275 pp.; prix 0-3-6).\nCette collection \" The Music Story Sériés \" publiée sous la direction de notre confrère\nanglais F. J. Crowest, a déjà rendu de grands services. Le présent volume est avant tout de\nvulgarisation. Il donne une vue d'ensemble sur la question. Nous n'avons pas en France\nd'ouvrages de ce genre. Nous nous occupons toujours des personnes, et fort peu des œuvres\net des genres. Nous sommes anecdotiers ; et nous le devenons de plus en plus. Sous ce rapport\nl'Angleterre montre une plus large curiosité que nous.\nEn 19 chapitres ce livre nous dit ce qu'est un opéra, quelles sont les écoles, les styles, les\nréformateurs, et les plus grands hommes de la musique dramatique. Il arrive ainsi jusqu'aux\nplus modernes des maîtres, à Cilea, Mackenzie, Bruneau etc... Puis, il passe en revue les\nsalles du monde entier, réserve un chapitre aux curiosités, aux impressarios, et, se rangeant du\ncôté du public, montre comment il faut entendre un opéra. Enfin le tout est complété par des\nappendices (listes chronologiques, budgets, glossaires, tableau des instruments d'orchestre,\nbibliographie) et par une belle iconographie. Excellent manuel sur cette matière.\nJ. E.\nLANDORMY (P.). HISTOIRE DE LA MUSIQUE. (P. Delaplane 1910, in-120, de 360\npp., 4,50 fr.).\nNotre collègue a voulu faire ici œuvre d'enseignement secondaire, et mettre les résultats\ndes efforts musicologiques des ces dix dernières années à la portée de ceux qui veulent être\nrenseignés sûrement sans affronter l'érudition elle-même. Il y a en effet en France un public\npour un Manuel de genre, très averti, très respectueux de la vérité et présenté d'une\nmanière pédagogique. L'Histoire de la musique de Landormy correspond à un besoin de\nconnaître la part de vérité dont, en ce moment, tout le monde peut tomber d'accord. Avec\nun sens très fin de l'équilibre dans l'érudition et dans la vulgarisation, notre collègue conserve\nsa neutralité parmi toutes nos opinions, si souvent divergentes et parmi toutes nos polémiques.\nLa tâche n'était pas facile, et tel chapitre, qui se lira avec la plus grande aisance suppose\ncependant chez Landormy un effort considérable d'assimilation et d'impartialité.\nUne petite querelle cependant, à propos de la page 120. On ne saurait écrire \"Le\nclavicorde, de son nom anglais le virginal \" ! On peut discuter sur quelques homonymes :\nclavecin, épinette, virginal, harpsichord. Mais le clavicorde est tout à fait à part ; il représente\nl'instrument à cordes frappées, véritable ancêtre du piano. De même si l'on veut définir le\nvirginal, il ne conviendrait pas de le présenter comme un meuble destiné à être placé sur une\ntable. Ce n'est pas en cela qu'il se distingue essentiellement de ses congénères. M. Landormy\nme pardonnera de faire ici le pédant."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.77", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1429, "texte": "LICHTENBERGER. (H.) Wagner. (Collection des maîtres de la musique, Gay\nin-12). Pour écrire un ouvrage entrant dans une collection à cadre fixe et destinée à un\nnombreux public, comme celle dirigée chez Alcan par M. Jean Chantavoine, il faut dominer\nentièrement son sujet, et n'avoir d'autre travail à faire que d'écrire le volume que l'on a\npromis de faire.\nC'est ce qui est arrivé pour le IVI agnerde M. Lichtenberger, spécialiste de l'étude de\nWagner. L'auteur de Wagner penseur et poète n'avait qu'à prendre la plume, pour ainsi dire, et\nil est vrai que son volume extrêmement clair et simple, est tout à fait agréable à lire, et qu'on\npeut le mettre avec fruit entre les mains de gens d'une culture très différente.\nLe volume comprend deux parties, sur la vie et l'œuvre, et un catalogue sommaire. C'est\nun excellent manuel, un ouvrage que l'on ne saurait trop recommander.\nPOUR PRENDRE DATE. Notre collègue M. Henri Collet, agrégé de l'Université,\nnous prie d'annoncer qu'il a déposé en Sorbonne, il y a plus d'un an, le titre de sa prochaine\nthèse de doctorat-ès-lettres : \" VITTORIA et le mys \" Les\ntrès longs séjours de M. Collet en Espagne, depuis plusieurs années ont eu précisément pour\nbut de réunir les éléments de ce vaste travail.\nRECTIFICATION. Dans la bibliographie du 15 février nous avons annoncé l'ouvrage\nillustré de M. Hendrich au prix de 50 fr., c'est 20 fr. qu'il faut dire.\n\nLouis Thomas."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c042", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 78, "image_fin": 78, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.13", "titre_corps": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.78", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3017, "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSECTION DE PARIS. - SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1910\nLa Séance est ouverte à 4 heures 1/2, sous la présidence de M. Charles\nprésident, chez M. M. Gaveau.\nAssistaient à la Séance : M. M. L. Dauriac, J. Ecorcheville, J.-G. Prod'Homme, L. de\nLa Laurencie, A. Boschot & E. Wagner membres du Bureau.\nM. M. A. de Bertha, P. Cesbron, L. Delune, M.-G. Gariel, F. Guérillot, André\nLaugier, Ch. Legrand, Docteur Marage, E. de Marsay, A. Mutin, Ch. Petit, Salabert,\nDocteur Westarp, Ansermet, E. Baux, E. Willfort. Mmes Delhez, Gallet, Pereyra, Neufeld\n& Wiener-Newton.\nCandidature :\nBibliothèque de l'lnstitut de Florence, présentée par M. M. Romain Rolland &\nPaul-Marie Masson.\nCette candidature est admise à l'unanimité.\nLe Président prend la parole pour rappeler qu'une délégation de la Société avait été\nchargée à la dernière Séance, d'intervenir auprès des pouvoirs publics, pour sauver la Salle des\nConcerts du Conservatoire. Cette délégation composée du Président et de M. A. Boschot\nmembre du bureau, a été reçue par le Sous-Secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts. M. Dujardin-\nBeaumetz, après avoir indiqué l'état présent de la question a répondu, que les Beaux-Arts se\ntrouvaient en quelque sorte désaisis, et que tout dépendait désormais du Ministère des Finances,\ngrâce auquel le Conservatoire avait pu faire l'acquisition des terrains et des immeubles de la\nrue de Madrid. M. Malherbe indique les difficultés que pourra rencontrer une combinaison\nfinancière de ce genre, étant donnés les différents intérêts en présence, mais il ne désespère pas\nde pouvoir cependant obtenir gain de cause, si toutefois l'opinion publique se manifeste\nrésolument pour la conservation de la Salle. La Section charge son Président de bien vouloir\ncontinuer les négociations, tant avec le Ministère des Finances, qu'avec la Préfecture de Police.\nUne discussion s'engage au sujet des nouveaux locaux affectés au Conservatoire, et de la\nconstruction éventuelle d'une Salle de Concert rue de Madrid. M. Mutin rappelle que la\nSociété qui doit se charger d'édifier cette salle à ses frais, et dans certaines conditions est\ndéfinitivement constituée.\nM. Dauriac demande la parole pour rendre hommage à la mémoire de notre Collègue\nM. Mathis Lussy, dont les travaux, les innovations et la modestie méritent d'être rappelés.\nM. Dauriac publiera prochainement dans notre Bulletin, une étude sur Mathis Lussy et son\nœuvre. M. Ecorcheville rend compte de la pieuse mission accomplie par notre collègue\nM. Marcel Herwegh, qui est allé, au nom de les Section de Taris, prononcer sur la tombe de\nLussy, à Stans, des paroles émues. La Section félicite et remercie M. Herwegh de son\nintervention.\nLa parole est ensuite donnée à M. J.-G. Prod'homme pour une communication sur :\nLa Musique et les Musiciens en 1848, et sous la seconde République. Cette communication fut\nillustrée par M. Baudin de l'Opéra d'un certain nombre de chants patriotiques et politiques.\nM. E. Wagner accompagnait au piano.\nLa Séance est levée à 7 heures."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c043", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 80, "image_fin": 80, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.14", "titre_corps": "SOMMAIRE DE L'ACTUALITÉ", "titre_sommaire": "SOMMAIRE DE L'ACTUALITÉ", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.80", "debut_caractere": 341, "fin_caractere_exclue": 834, "texte": "SOMMAIRE DE L'ACTUALITÉ\nDU 15 MARS\nTHEATRES ET CONCERTS, à Paris par GUÈRILLOT Province. Belgique.\nr\nEtranger. LES INSTRUMENTS: les nouveautés de partout par L. GREILSAMER.\nNotice historique sur le hautbois par BRIDET. QUESTIONS SOCIALES ; le Gracieux\nConcours (fin) par M. DAUBRESSE. COURS ET CONFÉRENCES : à l'Ecole des\nHautes Etudes Sociales; à l'lnstitut Français de Florence ; les grandes époques de la musique ;\nà la Faculté de théologie; à l'lnstitut Pschygologique. L'EDITION MUSICALE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c044", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c044", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 81, "image_fin": 87, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.15", "titre_corps": "Théâtres et Concerts", "titre_sommaire": "Théâtres et Concerts", "signature_source": "F. Guérillot", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.81", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2205, "texte": "Théâtres et Concerts\n\nNotre monde des Concerts s'est assez vite\nremis des émotions de la fin de Janvier et des\nperturbations que la Seine avait apportées à\nl'emploi de ses soirées. Il n'en est plus resté\nque quelques interversions dans l'ordre prévu.\nBref, nous voici en pleine ferveur musicale\npour trois mois, avec six, peut-être bien\nsept concerts dominicaux et les infortunés\ncritiques sont terrifiés par l'invasion toujours\ncroissante des exécutants de tout ordre.\nLe Conservatoire a eu un a;rand succès\no\navec la Symphonie le M. Paul Dukas qu'il\ndonnait pour la première fois. On ne l'avait,\ncroyons-nous, entendue qu'en 1897 aux assez\nmédiocres concerts de l'Opéra. C'était donc\nà peu près une nouveauté et l'on pouvait redou-\nter la réserve traditionnelle des abonnés. Bien\nau contraire, l'accueil fut presque triomphal.\nLes œuvres nouvelles que donne cette année\nle Concert LamotireilX ne nous révèlent\nrien jusqu'à maintenant, ou peu de chose :\ncependant le Rêve de Ste Thérèse, poème\nsymphonique de M. Raoul Brunei mérite la\nmention très honorable que le public lui a\ndécernée. Un thème fort simple a fourni à\nl'auteur qui, sous son nom de nuance différente\nappartient, comme on sait, au corps médi-\ncal, l'occasion d'une étude musico-physioloo;i-\nque. Cela rappelle un peu l'entracte connu\nd'Esclarmonde.\nAux Concerts Colonne, M. Pierné fait\ndans ses trop ' copieux programmes plus de\nplace aux œuvres nouvelles. Iberia, de M.\nDebussy ne nuit pas aux pièces analogues\nd'Albeniz et de Ravel. Un fragment d'un\ndrame lyrique de M. H. Maréchal \" Autour\nd une tiare \" dont M. Delmas toujours\ntrop Wotan fût le protagoniste, a paru\nlanguissant au Concert. Il faudrait le voir et\nl'entendre au théâtre.\nIl manque encore aux Concerts Sympho-\nnia une exécution plus corsée, plus homogène\net un public plus nombreux. N'y a-t-il pas\ntémérité à donner un quatrième Concert régu-\nlier le dimanche ?\nDeuxième Concert Sechiari (cinquième\nconcert du dimanche). En quête de nouveau-\ntés, l'excellent artiste a révélé une symphonie\nd'Haydn, qui n'avait pas encore paru sur\nnos programmes. Pourquoi ? car elle est char-\nmante. Elle a cette particularité d'être écrite\npour deux violons et violoncelle principaux."}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.82", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 3172, "texte": "L'orchestre est bon et nous donnera certaine-\nment d'autres séances intéressantes.\nIl faudrait encore parler des Concerts popu-\nlaires de M. de Léry, donnés à la Salle\nBerlioz. Nous reviendrons à ce sixième Con-\ncert dominical. Arrivons aux Concerts de\nMusique française moderne que M.\nDurand organisa et où M. Rhené-Baton\ns'est révélé vrai chef d'Orchestre. La deuxiè-\nme séance nous a fait regretter d'avoir manqué\nla première. Programme très moderne, en\neffet ; les belles Variations pour piano (M.\nFerté) et Orchestre de M. Rhené-Baton,\npeuvent être rapprochées des variations sym-\nphoniques de Franck dont elles procèdent.\nEnfin M. d'lndy conduisit sa deuxième\nsymphonie, œuvre considérable où il a mis\ntoute sa science, dont on ne peut parler sérieu-\nsement en deux lignes. Tous l'ont applaudie,\ncombien l'ont pleinement comprise ?\nLa seconde partie de la Messe en si mineur\net la Passion selon St. Jean ont été données\nce mois-ci par la Société J. S. Bach.\nTrès Bonne exécution surtout par les solistes\net l'orchestre.\nA la Société Hsendel, le programme\nfaisait honneur à M. Raugel. Avec quelques\nfragments d'œuvres du glorieux patron, il\ncomprenait des pièces de Schutz, ce grand\nprécurseur, de Hasse, une sonate pour violon\nde Rust (M. Borrel) et une cantate de Bux-\ntehude. La société n'a encore que des moyens\nlimités. Mais, avec de la foi et de la persévé-\nrance, elle remplira son but, donner de bonnes\nexécutions de Hrendel et de l'école Allemande\ndes XVIe et XVIIe siècles.\nLe Quatuor Rosé, de Vienne, nous a\nprocuré, ainsi qu'on pouvait s'y attendre, une\nsatisfaction absolue, à deux séances de la\nSociété Philarmonique. C'est la per-\nfection de ]a musique de chambre, le quatuor\nidéalement homogène et sonore, à la fois précis\net souple. Au second concert M. Fauré tint\nla partie de piano dans son ir Quatuor. Mme\nPowla Frisch chanta des lieder d'une voix splen-\ndide,mais avec un peu de prétention. Mlle Hanna\nVerbena a moins plu, en raison du choix des\nmorceaux, mais elle a un bien joli timbre de\nvoix. M. Sauer est un grand pianiste, c'est\nsûr, mais il ne fait pourtant pas oublier certains\ndes nôtres.\nM. Astruc continue avec des salles combles\nses matinées et soirées \" Musica\". Peut -il en\nêtre autrement avec le Quatuor Sechiari, avec\nM. Georges Enesco, avec Mlle Germaine\nSchnitzler (excellente dans le Carnaval de\nSchumann), avec Mme René Doire, tout à fait\nremarquable dans des œuvres de Max Reger\net de R. Strauss, pour piano, enfin avec\nMme Maggie Teyte et surtout Mlle Marcelle\nDemougeot qui tient enfin à l'opéra la place\nqu 'elle mérite ? La danse classique fut bien\nreprésentée par MlleS Lobstein et Piron.\nQuant aux \" interprétations \" mimées par\nMll, Celia Claud de la Sonate au Clair de Lune,\nelles nous échappent. Pourquoi préciser par\ndes gestes des œuvres que leurs auteurs ont\nvoulues imprécises ?\nAu Théâtre Fémina, MM. Rouart et\nLerolle ont présenté tout une série de mélo-\ndies françaises et de pièces instrumentales,\nexécutées par d'excellents artistes, œuvres de\nvaleur assez inégale, plusieurs intéressantes,\ncomme les mélodies celtiques de M. Bourgault\nDucoudray (MIlie Judith Lassalle), deux pièces"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.85", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 3876, "texte": "de Ch. Bordes (Mme Raunay) des œuvres de\npiano de MM. de Castéra et de Séverac\n(Melle Selva), etc.\nM. Reynaldo Hahn a dirigé à la Société\nModerne d'lnstruments à vent son\n\" Bal de Béatrice d'Esté \" qui est un exquis\npetit pastiche et M. Georges Enesco son\nDixtuor, un peu long mais original et dont\nil faudrait pouvoir dire quelques mots.\nDans la même salle, rue d'Athènes, M. Bar-\nrau a célébré Beethoven à ses Soirées d'Art,\ntous ces derniers samedis, avec le Quatuor\nGeloso, M. Diémer, Mme Povla Frïsch, M,m' de\nMontalant.\nVoici deux œuvres dignes d'intérêt, la pre-\nmière uniquement artistique, la seconde en\nmême temps charitable. M. Emile De Meo\ngroupe sous le patronage de Mozart, l'enfant\nmusicien idéal, de jeunes instrumentistes de\ndouze à seize ans. La première audition de cet\nOrchestre Mozart est très encourageante\net nous lui adressons tous nos vœux. Il a été\nparlé ici de la Manécanterie des Petits\nChanteurs à 1& Croix de Bois. Elle\nvient de donner un Concert auquel ont parti-\ncipé Mlle Selva, M. d'lndy et M. Tournemire,\navec le chœur à Capella de ces tout jeunes\nenfants. Il y a là une sonorité spéciale\nque n'ont pas les chœurs mixtes. L'œuvre est\ndigne de tous les encouragements.\nNous regrettons de rappeler seulement le\nQuatuor Lejeune (histoire du Quatuor à\nCordes en Russie) dont les deuxièmes et troi-\nsièmes séances ont été fort intéressantes ; la\nBritish Concerts Society qui le 7 Fé-\nvrier a fait entendre, parmi d'autres œuvres\nde moindre valeur, un beau Quintette de\nM. Vaughan William ; la Société Artis-\ntique de l'Ouest dont les deux concerts\ncomprenaient des œuvres comme le Quintette\nde M. Alary et toute une série de composi-\ntions de M. Bourgault Ducoudray ; le Pax-\nQuatuor (Quatuor Feuillard) qui donne\ndeux séances classiques chaque mois ; la\nSociété Haydn Mozart Beethoven\n(Quatuor Calliat) qui est digne de son nom ;\nle Quatuor Rimé Saintel, qui vient de\njouer des œuvres de M. Colomer et de M. Ga-\nbriel Fabre ; le Lied en tous Pays, d'un\nsage éclectisme, que dirige avec foi artistique\nM. René Lenormand ; des groupes musicaux\nqui comme 1' \" Orchestre au Palais \" et\nu l'Orchestre Médical \" demanderaient\nmieux qu'une mention.\nParmi les Cercles Artistiques, nous retrou-\nvons le Lyceum, où nous sommes heureux\nd'applaudir, avec MUe Marthe Girod, que\nnous n'avions pas entendue depuis trop\nlongtemps : M.lles Gignoux, Delhez, Decourt,\nMlle Marguerite Achard, l'excellente har-\npiste, M. Monys, etc. A la société \"La\nPoétique \" nous entendîmes des œuvres du\ncompositeur belge Louis Delune, des mélodies\ntrès fines et surtout un exquis poème pour\nvioloncelle que Mme Jeanne Delune joua\nen grande artiste.\nComment répartir les quelques lignes dont\nnous disposons encore entre quelques uns des\nConcerts d'artistes donnés en Février r Nous\nn'en donnerons que deux au dernier récital de\nM. Risler, où cet artiste si complet joua,\ncomme lui seul les joue, des œuvres modernes.\nLes autres virtuoses excuseront ainsi notre\nlaconisme à leur égard.\nIl nous faut nommer tout d'abord M.\nGeorge Walter que nous avons souvent\napplaudi à la société Bach. Il a donné à lui\nseul une séance de chant allemand : Bach,\nSchubert, Schumann, Hugo Wolff, où il a\nmontré une compréhension aussi parfaite des\nlieder modernes que des cantates d'Eglise et\ndes Geistliche lieder. Mme Emma Holm-\nstrand, cantatrice suédoise a donné rue\nd'Athènes un concert tout à l'honneur des\nœuvres modernes de son pays, qu'elle a fait\nvaloir par sa belle voix M. (xottfried\nGalston, fit apprécier, dans des sonates de\nBeethoven, des Etudes de Chopin, des pièces\nde Liszt et de J. S. Bach, une admirable\ntechnique.\nNotre grand artiste M. Ricardo Vinès,\ndont le style est idéal dans la musique roman-\ntique et les œuvres modernes, a célébré le\ncentenaire de Chopin.\nM. de Radwan qui a fait de même, joue\nChopin tel qu'il est écrit et le joue en mesure,"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.87", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2471, "texte": "rigoureusement, comme Chopin lui-même\njouait sa musique. L'absence de fantaisie\nn'exclut pas la vigueur et la passion.\nNommons enfin M. Szanto, M. Boes-\nwillwald et Mlle Veluard qui ont joué\nsurtout des œuvres modernes de piano. Le\nmois dernier nous avons dit quelles espérances\non pouvait fonder sur cette jeune artiste à qui\npeu de chose manque pour arriver aux tout\npremiers rangs. Elle a fort bien joué les\nœuvres de Schumann qui formaient son pro-\ngramme du 25 Février.\nM 11(\" Geneviève Abadie, à la fois canta-\ntrice et pianiste ce qui n'est pas banal —s'est\nfait entendre à ces deux titres à la Salle Erard.\nC'est une bonne pianiste et une cantatrice\nagréable. MllL' Claire HllgOïl a fait applaudir\nà défaut de grands moyens vocaux, une réelle\nintelligence artistique dans des lieder de\nMozart et de Beethoven.\nParmi les violonistes, M. Debroux con-\ntinue à révéler l'école française du XVIII1'\nsiècle mais il fait à chaque concert une excur-\nsion dans les œuvres contemporaines où son\nsouple talent est aussi à l'aise que dans les\nconcertos d'Aubert et les sonates de Leclair.\nLe trio des frères Kellert que nous avons\napprécié en Janvier a donné une séance\nd'œuvres de Beethoven avec le concours de\nM. Plamondon. Deux mots enfin de la toute\njeune Mlk' Yvonne AstITLC, au talent très\ndélicat, très féminin, qui a su choisir des\nœuvres en rapport avec son tempérament\nartistique.\nNous ne pouvons donner ici à M. Sli-\nwinski la place qu'il mérite. S'il est un\npianiste dont le jeu mériterait d'être loué sans\nréserves c'est bien celui qui nous donna une si\nmerveillence audition de Chopin le mois\ndernier.\nMlle Stella Goudeket et Mme Wurm-\nSer Delcourt sont des virtuoses de la\nharpe chromatique. Mme Wurmser qui\ncharme les oreilles et les yeux a joué des\nœuvres modernes spéciales pour l'instrument\net des transpositions du piano (la fantaisie\nchromatique et une gigue de Bach, une\nGavotte, de Rameau, etc).\nNous ne pouvons mieux finir que par le\ngracieux concert organisé par M. de Bric-\nqueville. Avec un quintette original et\nbien écrit, de M. Destenay pour deux violons\nalto, violoncelle et harpe, on eut deux nou-\nveautés de M. de Bricqueville, une Gavotte\npour harpe (M. André Mullot) et un charmant\npastiche ancien, Concert Champêtre, pour\nchant, flûte, vielle (oui, pour vielle, et c'est\nl'auteur qui en joua) violon, basse, harpe et\ntambourin. Pourquoi les artistes n'étaient-ils\npas costumés en bergers Louis XV ?\n\nF. Guérillot."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c046", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 83, "image_fin": 83, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.15.2", "titre_corps": "Ricardo Vines.", "titre_sommaire": "Ricardo Vines.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.83", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 39, "texte": "Ricardo Vines."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c047", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 87, "image_fin": 87, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.15.3", "titre_corps": "Ricardo Vines", "titre_sommaire": "Ricardo Vines", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.87", "debut_caractere": 2473, "fin_caractere_exclue": 2486, "texte": "Ricardo Vines"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c048", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c048", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 82, "image_fin": 82, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.16", "titre_corps": "AUX ARTISTES SINISTRÉS", "titre_sommaire": "AUX ARTISTES SINISTRÉS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.82", "debut_caractere": 3174, "fin_caractere_exclue": 3870, "texte": "AUX ARTISTES SINISTRÉS\nLes artistes sinistrés peuvent s'adresser\n(munis d'un certificat du commissaire de\npolice) à VActualité Musicale (22 R. St.\nAugustin) où ils trouveront quelques adres-\nses utiles ; à l'Action Sociale de la Femme\n(35 rue Boissy-d'Anglas 2 h. à 5 h.) où on\nleur indiquera les œuvres d'assistance qui\npourraient leur convenir immédiatement\n(prêts de meubles, vêtements, secours divers).\nLes professeurs, momentanément privés\nde leurs salles de cours et leçons, peuvent\naller à Vlnstitut de la Femme Contemporaine\n(27 R. de la Chaussée d'Antin) où 011 serait\ndisposé à prêter momentanément quelques\nsalles disponibles. (Ecrire, ou demander\nMUe J. P. 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En se rendant à Genève, VOr-\nchestre Lamoureux nous a gratifié d'une splen-\ndide audition, organisée par les soins de\nM. Dulieux. Je me permettrai toutefois deux\nremarques : pourquoi M. Plamondon a-t-il\nchanté seul l'Alleluya final de l'Enfance du\nChrist, réservé aux Chœurs dans le lointain ?"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.88", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3847, "texte": "Pourquoi aussi le programme s'est-il complu\nà un éclutisme aussi généreux ? Tous les con-\ncerts lyonnais semblent s'être concentrés dans\nmois de février : concerts de la Symphonie\nLyonnaise qui s'unit al' Union Chorale, concerts\nde 1 & 'Société des Grands Concerts, vraiment\nexcellente, concert de la Société Lyonnaise de\nmusique ancienne et moderne. Lyon serait-il en\ntrain de devenir une ville de musique ?\nE. B.\n11 BORDEAUX. A la Société Sw Cécile,\ndeux œuvres de longue digestion, la symphonie\nénrfmi mineur de Brahms et la Fantaisie en ré\nude.Guy Ropartz ; puis la défaite de Sennache-\nrib de Moussorgski et enfin la symphonie de\n■ sèomajeur de notre compatriote Tournemire.\nLe public a-t-il bien saisi cette œuvre élégante\net solide à la fois ? Une société de musique an-\nuu cimne vient d'être fondée, par des jeunes\nnaturellement, et nous a donné une fort bonne\ninauguration à la salle Bernard. Je reviendrai\nsur cette société. Signalons enfin une belle\nO\nséance du quatuor Pennequin.1\n3iïlf\nMONTPELLIER. A l'Opéra, où\n. «sévissent avec fureur les œuvres italiennes, un\ncurieux incident : Mme Jane Mercy s'évanouit\nau 2e acte du Barbier, et fit le lendemain\nplacarder des affiches pleines de récriminations\ncontre le directeur. La Schola n'existant plus\nnous nous rattraperons sur les artistes de pas-\nsage ; de Greef, Spalding, Blanche Selva et\nThibaud. En fait de virtuoses nous avons eu\nle plaisir d'applaudir Jean d'Udine venu pour\nprésider une séance de Gymnastique ryth-\nmique. Montpellier possède en effet depuis peu\nun cours de ce genre, dirigé par M. Paul\nAndré, qui fait pénétrer chez nos méridionaux\nles méthodes de Dalcroze et le sens du rythme.\nCette école a un succès fou.\n1 Dans le n° de février une erreur de mise en page a\nattribué à M. Pennequin les traits de M. Sarreau. Et\npour compléter la confusion le nom de Sarreau était\nécrit Sarraut, de telle sorte qu'on pouvait croire qu'il\ns'agissait du chef de musique du 144e. Tous les\nBordelais ont d'eux-mêmes rétablis la vérité, et nous\nont pardonné cette méprise.\nBEZIERS. M. Castelbon de Beaux-\nhostes abandonne les arènes de Béziers. Sa\nsuccession est confiée au Dr Chavry, qui don-\nnera cet été une tragédie de Sicard avec\nmusique de Déodat de Séverac : Héliogabale.\nOn parle d'une partie chorégraphique con-\nfiée à Résina Badet et d'un orchestre de\no\n130 musiciens.\nNANCY. Applaudissements frénétiques\npour Boucherit dans le Concerto pour violon\nd'Haydn, œuvre simpliste mais d'une sonorité\nexquise, si l'on excepte les traits de virtuosité\nsemés ça et là par le brave Haydn. L'orchestre\navait à nous révéler la Marche Ecossaise de\nDebussy qui présente avec diversité un thème\npopulaire.\nH. P.\nALENÇON. Pour une petite ville,\ndeux concerts comme celui de la Société Phil-\nharmonique et celui de la Musique Municipale,\nc'est très joli. Peut-être les voix manquent\nelles encore un peu d'assurance, mais la foi\nartistique y est, et c'est elle qui sauve. Nous\navons pu entendre un morceau qui n'est cer-\ntainement pas au répertoire parisien : Le\ndernier jour de la Terreur, de Littolf ! Appels\nà la Liberté, ébranlement des faubourgs,\ntumulte à l'Assemblée, accusation et arresta-\ntion de Robespierre et sa chute finale dans un\ncrescendo monstre,t dominé par la Marseil-\nlaise... le tout d'un grand effet. Je m'en\nvoudrais d'oublier M11(> Niverd, qui avec une\nvoix de jeune fillette de 14 ans nous a ravis\npar quelques romances aimables.\nV. A.\nANGERS. Tout le monde connaît\nl'Association artistique d'Angers et son président\nle comte L. de Romain. On y exécute les\nœuvres les plus modernes, de Glazounov à\nLekeu, et de Debussy à Marcel Labey. Les\nchefs d'orchestre E. Brahy, Max d'Ollone, et\nl'admirable Rhené-Baton nous ont permis\nd'attirer les meilleurs solistes : Mark Ham-\nbourg, Paola Frisch, Corrot...\nA cette symphonie, il faut joindre une"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.89", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3737, "texte": "musique de chambre dont M. M. Lagarde,\nBourgault, Bailly, Becker et M. d'Ollone\nsoutiennent très heureusement l'éclat, et qui\nnous font goûter non seulement du Franck,\nmais le quatuor de Ravel est celui de Doh-\nnanyi !\nM. B.\nMOULINS. Voici le moment de la\nFête des Brandons,qui met en liesse toute notre\nrégion au premier dimanche de carême. A la\ntombée de la nuit de petites lueurs sautent de\nci et de là à travers la campagne, jetant soudain\nune grande clarté avant de s'éteindre. Ce sont\nles brandon ni ers qui vont avec une torche de\nbrandes à la main (aujourd'hui remplacé par\nde la paille) pour tracer, autour des arbres et\ndes champs, le cercle de feu qui doit les pré-\nserver de tous leurs ennemis. Et la musette\naccompagne de ses jolis airs ce cortège de\nquelque fête païenne, consacrée jadis à Cérès.\nLE PUY.— Tous! es journaux ont raconté\nl'histoire de M\"u\" de Vaugelet, qui vient de\nléguer en mourant mille francs à la Société\norphéonique de Gannat, sous la condition que\ncette société accompagnerait son cercueil en\njouant un air funèbre. La dite société ne\nconnaissant en fait d'airs funèbres que la\nMarche de Chopin, la joua autant de fois qu'il\nfut nécessaire pour arriver jusqu'au cimetière;\nce fut exactement 12 fois. Mme de Vaugelet\nétait connue à Vichy pour sa passion des\nmodes antiques et pour ses papillottes. Ce\nqu'on sait moins c'est qu'elle voulut, (bien que\nmariée jadis à un capitaine de gendarmerie) se\nfaire délivrer il y a quelques mois, par une\ndoctoresse de Vichy, Mlle Bouet, un certificat\nde virginité. Elle y réussit et son testament\nprescrivit un enterrement blanc !\nSAINT ETIENNE. On nous signale\nle succès de Mn<' Chevalet, dans des mélodies\nde Schubert et de Duparc.\nTOURS. Voici tout d'abord la soirée\ndes Amis des Arts, qui nous a révélé une\nexquise tourangelle Mlk' Antoinette Pradier ;\npuis TU. F. P. C. Un bon point à Mme Gallet\npour avoir conduit vers nous Mlle Renée Bil-\nlard, une violoniste étonnante. Enfin laisoirée\nconsacrée par la Société artistique et littéraire\nde Touraine à la mémoire de cet excellent\nBordes, et dans laquelle Mlle Wyder M.\nLieron et Mn° de la Barthe se sont fait\napplaudir. Une conférence de Horace Hennion\nsur la carrière et les œuvres de Bordes précé-\ndait cette touchante manifestation.\nS H.\nr\n\\.ij o O\nLE HAVRE. L'église St-Michel vient\nd'être le théâtre d'une très remarquableanani-\nfestation artistique et religieuse. Sous la direction\nde M. Gustave Bret, le distingué directeur de\nla Société Française des Amis de la Musique,\nnous avons eu la joie d'entendre la Passion\nselon St. Jean de Bach, exécuté par les chœurs\net l'orchestre de la Société Ste Cécile unis\nau chœur de la Lyre Havraise. ru\nCette preuve admirable de la vitalité du\nsentiment musical au Havre montre que tout\nest possible dans une grande ville comme la\nnôtre et qu'il suffit d'es-ayer pour réussir.\nToutes ces forces latentes qui viennent de\nse réunir autour du grand Bach ont désormais\npris conscience d'elles-mêmes. Nos sociétés\nd'amateurs qui sommeillaient ont repris courage\ndevant ce succès éclatant.\nLILLE. Avec son inlassable vaillance\nMadame M. S. Maquet-Devilder continue\nauprès du peuple de Flandre l'œuvre de\nMaurice Maquet. Elle conduit avec une réelle\nautorité son bel orchestre parisien à la disci-\npline stricte, à la cohésion merveilleuse, et\nses masses chantantes remarquables.\nLa grande tache lumineuse de ce concert\nfut la magistrale Symphonie en si bémol majeur\nde Chausson ; cette œuvre forte et véritable-\nment inspirée est de celles qui forcent l'ad-\nmiration. La clarté du style et la noblesse des\nidées, la somptuosité des détails et la richesse\ndu coloris orchestral, l'originalité des com-\nbinaisons sonores et de ses développements"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.90", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2942, "texte": "très fouillés, lui donnent une étonnante saveur\ndans sa sérénité et sa sincérité. L'exécution\nen fut excellente, pleine de cœur et de\nsensibilité.\nU ouverture de Benvenuto Ceïïini de Berlioz,\ndébordante de lyrisme et d'enthousiasme, à\nl'orchestration extrêmement brillante, nous à\nsubjugué et transporté. Et Ton ovationna\nlonguement, avec le Concerto pour flûte et or-\nchestre de Mozart, le remarquable flûtiste-solo\nde T orchestre M. Gaston Blanquart. De son\njeu élégant, fin et délicat, il en a donné une\ninterprétation si délicieuse et si pure qu'il\nsemblait avoir toute la belle âme d'artiste du\ndivin Mozart.\nComment ne pas être ravi par le charme\npittoresque, la perfection des détails, la déli-\ncieuse fraîcheur avec lesquels Mlne Maquet a\nconduit le Siegfried-Idyll de Wagner, ce\nbijou musical ?\nEnfin pour la première fois à Lille on\ninscrivait à un programme de concert une\npage de Smetana. Yltavaest un poème sym-\nphonique original et pittoresque ; aux thèmes\ntrès-descriptifs et d'une belle venue, harmo-\nnieusement enlacés de dessins et d'accom-\npagnements d'une extraordinaire variété.\nL'interprétation très-colorée, pleine de mou-\nvement et de contrastes, a laissé une fraîche\nimpression de poésie et de grandeur.\nCe troisième concert de la saison était\ndonne au profit des Inondés de Paris, suivant\nen cela la parole de Liszt. \" L'art doit être\nenvisagé comme une force qui rapproche et\nunit les hommes. \" Nous eûmes à cette\noccasion une triomphale exécution de La\nMarseillaise arrangée à grand orchestre et\ndouble chœur par Hector Berlioz ; les choris-\ntes 1 ont chantée avec une réelle puissance et\nun bel enthousiasme, tandis que Mme Maquet-\nDevilder, qui la conduisit de façon remar-\nquable, reçut du public de frénétiques ovations.\nP. C.\nNAN l I.S. Nantes à vu naître cette\nannee deux nouvelles sociétés de musique de\nchambre : le trio Hallez-Muller-Jandin et la\nsociété Beethoven. Chacune a donné quatre\nconcerts très suivis.\nLe trio Hallez-Muller-Jandin nous a don-\nné, entre autres œuvres intéressantes, le déli-\ncieux de César Franck, le \" trio à\nl'Archiduc\" de Beethoven, le trio op. 18 de\nSt Saëns etc...; nous devons féliciter les artis-\ntes pour le soin qu'ils ont pris d'obtenir une\nmise au point parfaite et une exécution abso-\nlument homogène. M. Millier nous a joué\navec le son exquis et la sûre technique qui lui\nsont habituels la sonate à Kreutzer et les\nsonates de C. Franck et de G. Lekeu. M.\nJandin nous a fait le plus grand plaisir avec\nla sonate pour violoncelle et piano de Grieg\net surtout avec la sonate de Caix d'Hervelois\nqui a toute la grâce un peu compassée de la\nmusique du début du XVIIIe siècle. Enfin\nMlle A. Hallez a tenu avec le jeu souple et\nvarié que nous lui connaissons la partie de\npiano.\nLa société Beethoven a été fondée cette\nannée par MM. Arcouët, pianiste et Lonati,\nvioloniste qui se sont adjoint le concours de\nM. Babin, violoniste et de deux angevins"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.91", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2574, "texte": "MM. Bailly, altiste, et Becker, violoncelliste.\nCes - artistes nous ont donné une exécution\nexcellente des difficiles quatuors à corde nos 8,\n9 et 10 de Beethoven, du quintette de C.\nFranck, du quatuor avec piano (inachevé) de\nLekeu et d'un quatuor à cordes très original\nde Rimsky-Korsakow.\nM. Lonati a exécuté en musicien consommé\nla sonate n° i de Schumann et la sonate\n(op. 30) de Beethoven. M. Bailly a rendu,\navec une belle maîtrise, la sonate pour alto et\npiano de Rubinstein. Quant à M. Becker, il\nnous a fait connaître l'œuvre très neuve et\ntrès originale de notre compatriote J. de\nGibon : concerto en mi majeur pour violon-\ncelle et piano, accompagné par l'auteur. Enfin\nM. Arcouët nous a donné une exécution hors\nde pair de la sonate appasionata.\nDepuis huit années, M. R. Herrmann,\nvioloniste, organise des concerts très goûtés\ndes amis de la musique. Ceux de cette année\nont été particulièrement brillants et nous ont\npermis d'entendre le quatuor féminin Mor-\ntrange-Pelletier, Mll(> O'Déyé, M. P. Viardot,\nMme Auguez de Montalant, Mlle Lucie\nCaffaret et M. Rodolphe Plamondon. Je\ntiens à noter le remarquable tempérament\nd'artiste de Mlle Caffaret, une toute jeune\npianiste qui joint, à une parfaite compréhension\nde la musique, une souplesse, une variété et\nune puissance extraordinaires. Elle se montra\nsupérieure dans tous les genres depuis de petites\npièces de Rameau jusqu'à la transcription du\nPrélude de Messidor.\nJ. B.\nAUTUN. Nous avons eu en Février la\nsatisfaction, trop rare ici, d'un concert de vraie\nmusique donné par un Quatuor de Paris et\ndeux artistes de notre ville M. et Mme Pla-\nmondon. (M. Plamondon est le frère de\nl'excellent ténor de Paris). Au programme :\nAndante et menuet d'Haydn, 4e Quatuor de\nBeethoven, Andante et final du 17e Quatuor\nde Mozart, ire Acte de Lakmé, etc.\nPAU. La Schola fondée à Paris par le\nregretté Charles Bordes . reste agissante et\nprospère, malgré une certaine résistance de ses\nauditeurs à accueillir les œuvres anciennes.\n■ V ■ ,\nElle adonné le 14 Février un beau concert avec\nle concours de MM. Bourgeois et Gibert de\nla Schola de Paris.\nROUEN. Nous sommes obligés de re-\nmettre à avril la lettre de Rouen qui nous\nparvient trop tard et qui signale l'inlassable\nactivité déployée par notre collègue madame\nCapoy, pour attirer les Normands à la musi-\ncologie.\n1J £ i *\nGRENOBLE. Le très-probe et très-\nconsciencieux artiste qu'est M. Edmond Ar-\nnaud, poursuivant avec autant de modestie que\nde talent l'œuvre qu'il a entreprise depuis\ntantôt dix ans, nous a offert le 10 février un"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.93", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1149, "texte": "excellent concert de musique de chambre. Les\nnoms d'André Hekking et de S. Gillardini,\naussi bien que l'annonce du trio en si à\nl'archiduc Rodolphe et de la sonate de Franck,\navaient plus que rempli la médiocre et disgra-\ncieuse Salle des Concerts de l'Hôtel de Ville.\nUne seconde fois, le 10 février, la sonate\nde Franck nous fut donnée, mais avec moins\nde sûreté et surtout d'homogénéité, par un\njeune violoniste local, M. Graen, qu'accom-\npagnait ou plutôt qui accompagnait M.\nLazare-Lévy. Celui-ci nous donna ensuite,\navec moins de flamme que de correction, le\nNocturne de Fauré, la Fête-Dieu à Séville\nr T *\nd'Albeniz, et les légendes consacrées par Liszt\nà 2 de ses patrons.\nEnfin, le 24 février, Mlle Yvonne Tardy,\nla plus récente et aussi la plus séduisante\nillustration d'une famille de musiciens greno-\nblois, a magistralement exécuté avec le Quatuor\nZimmer, que notre ville ne se lasse pas d'en-\ntendre, un programme d'un exceptionnel\nintérêt : quatuor en ut min. piano et cordes de\nSchubert (la jeune fille et la mort) ; enfin ce\nque la critique locale appelle \" la triomphe\nquintette \" de Franck.\n\nAndré Allix."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c050", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 93, "image_fin": 101, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.18", "titre_corps": "Belgique.", "titre_sommaire": "Belgique.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.93", "debut_caractere": 1151, "fin_caractere_exclue": 4029, "texte": "Belgique.\nBRUXELLES. Les concerts ont repris\nde plus belle après l'arrêt momentané causé\npar le deuil de la Cour. Je ne crois pas que\nl'on entendit jamais, à Bruxelles, autant de\nmusique, de bonne musique. On aurait tort\nvraiment d'encore se plaindre du public : il\nest indéniable que son éducation a fait d'im-\nmenses progrès. Et je n'en veux pour preuve\nque l'opinion que m'exprimait un de nos plus\nbrillants artistes du clavier. \" Il est intéressant\nde remarquer l'évolution accomplie depuis quel-\nques années par le goût du public. Réunir une\nchambrée complète pour entendre uniquement\ndes œuvres de Franck dont certaines, comme\nPrélude, Aria, et Fugue, sont ardues pour le\nprofane, et de grande envergure ; et retenir ce\npublic, pendant 2 heures sans qu'il se lasse,\nprouve que l'on peut maintenant, au concert,\naborder sans crainte ;1, les œuvres de r pure\nmusicalité, et laisser désormais, les œuvres\n..' . i\nde pure virtuosité où l'on ne peut briller\nque par des effets factices, souvent peu\nmusicaux. \" Ce qui est vrai pour Franck l'est\npour Beethoven, pour Schumann,pour Schubert\npour, Bach, pour Monteverde, pour Boro-\ndine, Moussorgsky, Dukas, Ravel, Debussy.\nC'est vrai pour les anciens et pourr4fcs\nmodernes : ce sera vrai aussi pour les com-\npositeurs belges quand ils \" voudront \",\nenfin, quitter leur ombre, laborieuse et féconde,\nje veux bien, mais qui nous prive d'un\nparticulièrement cher. Les mercantis se trom-\npent, voire jusque dans leur plus vils calculs, la\nfoule est tout prête à imposer elle-même notre\nArt. Vox populi, Vox Dei.\nA La Monnaie. M. Van Rooy a rem-\nporté un succès considérable, et dont il gardera\nsouvenir. L'artiste, d'ailleurs, est en tous points\nadmirable ; voix souple et sûre ; incarnation\nfidèle et inspirée ; culture musicale et artistique\ntrès complète. Il a rendu hommage au public\nbruxellois, qui lui parut des plus subtils, des\nplus intelligents et sympathiques.\nLe quatrième Concert Durant était consacré\nà Haendel, Bach Brahms, Mozart\net d'lndy. M. Capet y prêtait son con-\ncours. Il fut irréprochable, et distingué. Les\nconcertos en mi majeur de Bach, et de Brahms\nfurent tout spécialement goûtés. Par contre, la\nsérénade en si bémol de Mozart d'une exécu-\ntion moins heureuse, et d'un caractère assez\nétrange, n'eut pas l'heur de nous charmer.\nConfessons d'ailleurs notre peu d'enthousiasme,\nà l'ordinaire pour la musique, pourtant intan-\ngible, du divin Mozart. Question de tem-\npérament, sans doute.—Laséancese terminait\npar le Camp de IVallensteinfa Vincent d'lndy.\nCette composition mouvementée fut très bien\nenlevée par l'orchestre, que M. Durant conduit\ndécidément aux bonnes conquêtes.\nLe 5e Concert Durant avait au programme\nla 2e symphonie en si mineur de Borodine, de\ncaractère original ; le 2e concerto de S 1 Saënsy\nqui interprétait M. Jos. Hollman, l'excellent\nvioloncelliste, l'Andante de Maligne, YA b end-"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.94", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3985, "texte": "lied de Schumann, le Tasse de Liszt, et l'Apprenti\nSorcier, l'œuvre célèbre de Dukas. Le plus grand\nsuccès fut fait au virtuose et à l'orchestre.\nAu Conservatoire : Bach, Beethoven et Brahms\nfirent le programme de la première audition.\nLa septième symphonie de Beethoven, bien\ninterprétée par M. Tinel, fit passer la grande\nâme chantante du Maître sur un auditoire\nrecueilli. De Brahms : deux partitions : La\nNanie et le Chant des Parques, pour chœurs et\norchestre, empreintes d'une belle élévation,\ndans une forme rigoureusement classique.\nUActus Tragicus de Bach terminait le concert.\nInutile de dire combien M. Tinel possède le\nstyle et l'ampleur, pénètre l'art et la pensée de\nces œuvres, qu'il ressuscite véritablement,\navec un soin tout religieux.\nM. Théo Isaye, a donné, salle Patria, une\nfort belle audition avec le concours du violoniste\nhongrois Szigeti, de Mlle Denise Callemen\ndu théâtre lyrique d'Anvers, et de l'orchestre\ndes concerts Isaye.\nExcellente interprétation d'un concerto de\nTschaïkowsky, une chanson de Bach dont\nle nom s'inscrit à tous les programmes de la\nsaison—et d'un \" Rêve de sorcière\" d'Arnold\nun jeune, dont le talent se manifeste sous\ndes formes autant multiples que distinguées.\nCes compositions, dans lesquelles il serait\ndifficile de discerner une personnalité bien\nconsistante révèlent néanmoins une connais-\nsance souvent profonde de la science musi-\ncale.\nLe programme du 4e concert Isaye, avec le\nconcours de M. Pablo Casais, le célèbre\nvioloncelliste, comportait : 1. Symphonie n° 4,\nde Mendelssohn. 2. Concerto de Schumann.\n3. A. Prélude, B. Danse, (première exécu-\ntion) de J. Jongen. 4. Concerto en ré\nmajeur d'Haydn.— 5. Catalona, de Aibeniz.\nCe superbe programme jouit d'une interpré-\ntation parfaite, sous la conduite du très artiste\nM. Théo Isaye, et grâce au jeu tout en nuan-\nces de M. Casais.\nLe cercle artistique a commémoré le cente-\nnaire d'Haydn, avec la participation du quatuor\nRosé, de Vienne.\nLe pianiste Emile Sauer, toujours pres-\ntigieux, je dirais volontiers \" acrobatique \"\na fait une fois de plus apprécier son extraor-\ndinaire virtuosité dans \" l'appassionata \" de\nBeethoven ; la sonate op 35 de Chopin, le pré-\nlude op 104 de Mendelssohn, le \" Clair de\nlune \" si délicatement inspiré, si subtil, de\nDebussy, et dans quelques études de sa com-\nposition.\nLe groupe de Compositeurs a donné sa première\nséance. Elle fut malheureusement consacrée\nà des compositions peu intéressantes, en som-\nme, et nous le regrettons sincèrement ; de\ntelles \" fautes\", quelque pieuse pensée trouvent-\nelles pour excuse, il faut le dire franche-\nment, sont de nature à mettre le public,\nen défiance. Espérons que les prochaines\nauditions seront plus audacieuses c'est néces-\nsaire, c'est urgent. Il ne manque pas, Dieu\nmerci, de compositeurs remarquables, d'artistes\néminents, au sein du groupe ; cet organisme\ndoit prendre effectivement la première place,\ndans la musique belge : elle lui revient à tous\nles titres.\nLe quatuor Piano et Archets : continue la série\nde ses très belles séances. La quatrième avait\npour programme : trio en fa majeur de Mozart\nquatuor en ut mineur, op 15, de Fauré— et\nle quintette de Franck. Avec ce souci de\nl'interprétation impeccable et la compréhen-\nsion délicate qui les caractérise, les artistes\nsurent gagner la croissante sympathie de\nl'auditoire. A noter que la partie de\ndeuxième violon fut excellement tenue par\nMlle Delstanche, qui fut remarquée déjà par\nnotre correspondant liégeois, M. le docteur\nDwelshauwers.\nM]w Clémence De Cock : trouve un succès\ntrès encourageant, à son récital de la grande\nHarmonie. L'artiste témoigne d'une bonne\ntechnique qu'elle ne peut manquer de faire\napprécier mieux encore, lorsque son réel talent\nsecondera avec plus de souplesse, l'émotion\nplus vibrante.\nEmma Beauck nous a offert dans la\ntrès jolie salle, modern-style de sa villa Avenue\ndes Fleurs, l'exquis plaisir d'une heure musi-\ncale de la plus pure élévation. Une voix jeune,"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.95", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 4066, "texte": "aux intonations merveilleusement souples, en-\nveloppantes et chaudes. Une belle égalité\nd'émission, nuancée, une diction caressante et\nvive, un art enfin, de distinction et de finesse.\nAu programme : J. S. Bach, A. Stradella,\nBenati, Franck, Borodine.\nLe piano était tenu par Mlle Devos, une\nartiste de tempérament tout à fait remarquable.\nElle eut grande part des applaudissements\nd'ailleurs regrettables, vu qu'ils détruisent par\nleur insupportable claquement d'hélices, l'im-\npression encore flottante après chaque audition.\nLe pianiste Charles Delgoujfre, avec le con-\ncours du violoniste Ed. Lambert, de Madame\nLambert, cantatrice, et de Mine B. donnait,\nen la salle Erard, (le 18 de ce mois) une séance\nCésar Franck.\nAu programme: Le Vase Brise. Roses et\nPapillons. Nocturne. Mariage des Roses, l'admi-\nrable Sonate. Prélude. Air et final.\nM. Charles Delgoujfre est un virtuose, pour\nqui le clavier n'a point de secret, c'est aussi\n1111 artiste. M. Lambert et lui firent apprécier\ndans la sonate, la beauté d'un sentiment élevé\nd'une grand style.\nMme 8... joua adorablement les pièces\nd'harmonium. Les lieder furent chantés par\nM,ne Lambert. Une salle comble rappela les\nartistes après chaque exécution.\nLa fanfare royale \" 'Phalange artistique \"\n(directeur : M. J. E. Strauwen) a donné son\n4e concert à l'Alhambra, l'excellence de cette\nsociété n'est plus à dire ; elle possède des\néléments de tout premier choix, et sa Direction\nest confiée à un. musicien consommé. Il tire\nde cet incomparable clavier sonore, bien équi-\nlibré, de puissants effets musicaux.\nLa chorale de Maestrichter Star, masse de\n228 chanteurs, compose un ensemble plus\nimpressionnant, encore, et il faut en féliciter\nM. Gielen, ainsi que les participants, des\namateurs fort bien éduqués. Le succès de ces\ndeux sociétés fut très vif, au milieu d'une\nassistance compacte.\nM. Deru, le violoniste bien connu, prêtait\nl'attrait de son concours à la séance. Il fut\nfêté !\nM]]e G. Tambuyser s'est fait applaudir, à son\nrécital de piano, donné le iyr mars au Palais\ndes Arts. Le programme, peu audacieux,\nmit en valeur une virtuosité remarquable, et\nun sentiment souvent personnel dans l'inter-\nprétation. La jeune artiste promet beaucoup.\nNous avons appris, avec le plus vif plaisir,\nle triomphal succès remporté à Vienne par\nnotre ami M. Gulry Isaye, fils du grand\nvioloniste et violoniste lui-même. Le talent\nde M. G. Isaye se montre digne, et c'est\nloyal compliment d'une glorieuse renom-\nmée. Nos félicitations.\nLa musique à /'Exposition, L'inaugura-\ntion se fera, le 23 avril par une ouverture\nsolennelle pour grand orchestre de M. Paul\nGilson. Il y aura ensuite toute une série de\nconcerts soit purement symphoniques, soit à\nla fois symphoniques et choraux, dont l'en-\nsemble constituera une sorte de revue inter-\nnationale de la musique.\nEn mai, on entendra un concert de l'orches-\ntre et des chœurs du Conservatoire royal de\nBruxelles, sous la direction de M. E.Tinel ; en\njuin, une exécution de Franciscus, de M.Tinel,\nsous la direction de M. Sylvain Dupuis avec\nle concours de l'orchestre et des chœurs du\nthéâtre de la Monnaie renforcés ; un concert\npar l'orchestre Ysaye, dans lequel l'illustre\nvioloniste belge jouera un concerto de Vieux-\ntemps et dirigera les Béatitudes de César\nFranck ; puis, trois concerts entièrement con-\nsacrés à la musique et aux virtuoses belges,\nsous la direction de M. François Rasse. A un\nde ces concerts on entendra pour la première\nfois une nouvelle composition de M. Léon\nDubois, Nos Carillons, pour petit orchestre et\nvoix d'enfants. Au mois d'août, l'orchestre et\nles grands chœurs du Benoit's Fond d'Anvers\nviendront donner une exécution intégrale de\nla Rubens-Kantate de Benoit.\nLe 9 juillet, l'illustre orchestre du Conser-\nvatoire de Paris viendra au grand complet\nsous la direction de son chef, M. André\nMessager, donner une audition de musique\nfrançaise. Un peu plus tard se donnera un\nconcert allemand, probablement sous la direc-\ntion de M. Steinbach, avec, au programme,\ndu Brahms, du Bach et la 9e symphonie de"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.97", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3806, "texte": "Beethoven. Un concert de musique espagnole,\nqui ne manquera certes pas d'intérêt, se don-\nnera par un des célèbres chorals de Barcelone.\nIl est question encore d'un concert italien,\nau sujet duquel des pourparlers sont engagés ;\npeut-être aussi fera-t-on un concert russe et\nun concert anglais.\nAu théâtre de la Monnaie il y aura en mai\net juin une série de représentations extra-\nordinaires, un véritable festival dramatique,\nauquel participeront les artistes les plus cé-\nlèbres du moment : représentations italiennes,\nreprésentations d'opéra et de ballet russes, le\nRing en allemand avec les interprètes de\nMunich et de Bayreuth, le cycle de Gluck\nen une semaine, enfin Elektra et Salomè de\nR. Strauss.\nDon Juan, opéra en 2 parties, de W. A.\nMozart, (nouvelle version française de A.\nMaquaire) sera donné en répétition générale\npublique le 18 mars, au profit des inondés de\nFrance, sous les auspices de la société belge :\nla Villégiature scolaire cVlxelles. (Théâtre Varia).\nCette œuvre fait partie du répertoire de la\ntournée de vulgarisation entreprise par l'im-\npresario-compositeur Maquaire, en Belgique\net Nord de la France. M. Maquaire nous\nprie de faire appel aux compositeurs belges,\ndont il est un admirateur dévoué, pour la\nreprésentation (Vouvrages en un acte.— Adresse :\nà Boit s for t.\nBIBLIOGRAPHIE. Publications musicales.\nChez Schott : rue Coudenber£, Bruxelles.\nO '\nJean Strauwen : Nocturnes pour violoncelle et\npiano.\nJean Strauwen : Canzonetta pour violoncelle\net piano.\nL. TValner : Berceuses pour alto.\nid. : Rhapsodie russe pour alto.\nJoseph Jongen : trois pièces pour orgue.\n/. Callaerts : Album pour orgue. 5 pièces\npour orgue.\nChez Lauweryns, rue du Treurenberg,\nBruxelles.\nCarlo Guillaume : Charmeuse, valse pour piano.\nid. Idylle, id. id.\nid. Gavotte, id. id.\nLIVRES. Jules Camailer. Essai de\ncritique musicale : Edgard Tinel, opus 40 et\nopus 41. (Breitkopf et Haërtel, Bruxelles.)\nCe livret témoigne d'une connaissance\nmusicologique étendue, et d'un bel enthou-\nsiasme M. Camauer tient une plume alerte ;\nil l'a vouée à la défense des traditions à l'école\ndu chant. u La voix humaine, dit-il, est l'ex-\npression directe de l'âme, \" et nous sommes? en\ncela tout à fait d'accord avec lui. Selon Madame\nDe Bériot Malibran, il veut que quiconque\nchante,apprenne d'abord à poser la voix, à\narticuler la parole, à rejeter le timbre guttural,\net le timbre nasal. Parfaitement. Edgard TineL\nO 1 /\npour qui le critique professe une vénération à\nlaquelle il nous plaît de rendre hommage,\npossède l'art d'écrire merveilleusement pour la.\nvoix. Voyez son opus 42 et son opus 40.\nMais M. Camauer manie l'étrivière, sans,\nmerci, pour les diciples et admirateurs de\nRavel et Debussy, \" jeunes illuminés d'une\npetite école \" ; et il exagère certainement.\nSi le génie de Wagner fait pardonner les dis-\nsonances \" excessivement \" hardies qu'il s'est\npermises, pourquoi donc Debussy n'aurait-il\npas la même excuse r L'harmonie n'a certes pas\nune seule forme celle qu'affectionne M.\nCamauer,— les jeunes illuminés d'aujourd'hui\nseront, demain les classiques, et leur vérité\nvaut bien la vérité d'hier.\nR. L.\nLIEGE, 1 5 février. Le récital de piano\ndonné par notre compatriote Louis Closson\nl'un des meilleurs élèves de Busoni a fait\nsensation. Il possède un mécanisme étonnant\nd'habileté, un son d'une rare puissance, un jeu\nviril et coloré. Son interprétation de Bach et\nde Liszt est remarquable.\nMlle Léonie Neutelaers, élève de M. Jules\nGhymers, a fait preuve par contre d'une dis-\ntinction toute féminine dans le concerto en sol\nmineur de Mendelssohn, à l'Audition dirigée\npar M. ]aspar. Ce dernier a donné une bonne\ninterprétation de la symphonie en si be?nol de\nSchumann.\nA l'Œuvre des Artistes, le Quator Charlier\na fait entendre le très intéressant Quatuor n° 3"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.98", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3924, "texte": "en la mineur de Scontrino, si différent des\nœuvres classiques mais imprégné d'un charme\nétrange, exotique un peu. Cette page vetilleuse\nétait excellemment exécutée. Ajoutons qu'a la\nmême séance, Mlle Marguerite Rollet a rem-\nporté un beau succès en interprétant avec l'art\nqu'on sait des mélodies de Chabrier, Chauson,\nFauré, Debussy et de Castéra.\nDeux verviétois se sont partagé le reste de\nl'intérêt.\nLes œuvres du regretté Lekeu faisaient\nl'objet d'une audition arrangée par Mlle Marthe\nLorrain et à laquelle collaboraient des mem-\nbres du cercle \" Piano et Archets La musi-\nque de Lekeu mort à 24 ans ! a con-\nservé une vivacité d'expression singulière, elle\nest presque plus \" neuve \" qu'il y a seize ans !\nRien de vieilli, rien de passé. C'est la marque\ndes pensées profondes.\nLe poème symphonique lï erther de M.\nVictor Vreuls que son auteur dirigea au Con-\ncert Debefve a remporté un très grand et très\nsympathique succès. La partition paraît sur-\nchargée à la lecture et exige la collaboration\nde 102 musiciens. Mais à l'audition, grâce à\nl'excellent équilibre sonore que l'auteur obtient,\nla belle et riche mélodie est mise en vedette,\n/l'œuvre chante et impressionne. A côté de sa\nscience, c'est une page inspirée, dramatique,\nd'une psychologie profonde et d'une grande\nbeauté de timbres. L'emploi des saxophones et\ndu bugle obligé, qui souvent jouent à décou-\nvert, lui donne un coloris très neuf.\nDR DWELSHAUWERS.\nReprésentation de Noël Sanglant de M.\nFernand Mawet. 1 Cette œuvre du début, au\nthéâtre, de l'excellent compositeur, est très\nattachante par l'emploi de thèmes populaires,\nnoëls et cramignons liégeois ; au surplus, M.\nMawet y déploie les ressources d'un talent\ndistingué et d'une profonde érudition.\nNOMINATION. M. Mathieu Crick-\nboom est nommé professeur de violon au\nconservatoire de Liège. C'est que nous\n1 Frère de M. Lucien Mawet.\nfélicitons de s'être attaché renseignement d'un\ntel artiste qui l'honore d'une mondiale\nconsécration.\nMALINES. La vie artistique ne se\nmanifeste en ces derniers temps que d'une\nfaçon très modeste. Deux ou trois expositions\nde peinture, quelques concerts en général fort\nmédiocres, voilà le bilan de la saison. Est-ce\nau voisinage de Bruxelles, dont les concerts et\nthéâtres attirent le public malinois, qu'il faut\nattribuer cette absence regrettable de manifes-\ntations d'art r\nLe manque total d'auditions de bonne\nmusique ne signifie pourtant pas que tout\nmouvement musical ait cessé ici ; mais ce\nmouvement se fait jour d'une toute autre\nfaçon que par des concerts et des représenta-\ntions théâtrales. A l'instar de ce qui se fait à\nAnvers, la section du u Algemeen Nederlandsch\nVerbond \" a entrepris d'améliorer le mauvais\ngoût musical du peuple. C'est là un but fort\nlouable, et qui mérite d'attirer l'attention de\ntous les amis de notre art.\nA cet effet, des \" Soirées de chant pour le\npeuple \" ont été instituées. Plusieurs amateurs\nde musique y enseignent au public, avec une\npatience admirable, des chansons populaires\nanciennes et modernes, des chansons saines,\ndont la musique ne nous vient pas des cafés-\nconcerts de la capitale. Les professeurs chan-\ntent les airs strophe par strophe, les élèves les\nreprennent en chœur, on corrige leur manière\nde chanter et de prononcer.\nIl vient à ces réunions des gens de tous âges\net de toutes conditions, et le public se fait de\nplus en plus nombreux, montrant ainsi le\ngoût qu'il prend à ces séances intéressantes.\nLes résultats sont tout-à-fait concluants. Déjà,\naprès trois mois de travail, on peut constater\nque les efforts n'ont pas été dépensés vaine-\nment. Peu à peu, les chansons insipides et\nmalsaines commencent à faire place aux bon-\nnes mélodies dans le répertoire des ménagères.\nC'est aussi une grande satisfaction et un bon\nstimulant pour les organisateurs, que d'enten-\ndre parfois les ouvriers à leur travail chanter\nles airs qu'ils viennent apprendre le jeudi soir,"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.99", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3870, "texte": "et cela non pas en un vulgaire patois, mais\nen un langage convenable.\nIl est à espérer que dans quelque temps les\nvaillants organisateurs de ces soirées de chant\nprésenteront au peuple, par voie progressive,\nles purs chefs-d'œuvre de la musique. Peut-\nêtre alors, quand le public goûtera notre art,\ny aura-t-il moyen de donner de beaux con-\ncerts à Malines. PAUL C.\nANVERS. Théâtre Royal. Nous\navons eu une serie de Grands Galas de bien-\nfaisance, tous réussis, tant au point de vue\nartistique que financier.\nLes Sourds Muets choisirent \"Le Chemi-\nneau \", le drame empoignant de Jean Riche-\npin, si superbement inspiré par Xavier Leroux\net Henri Albers, de l'Opéra Comique, a ravi\nson auditoire grâce à sa voix toujours ample et\nson jeu impeccable et étudié. MlJe Demellier,\nqui nous vint également de la salle Favart, ne\nm'a guère enthousiasmé.\nLa Tuberculose nous offrit \" Carmen Mme\nBreval fut une intéressante bohémienne, avec\ngestes nouveaux et jeux de scène du meilleur\ngoût. Jadis elle remporta d'immenses succès\ncomme chanteuse. Son partenaire fut Muratore,\nde l'Opéra, un peu lourd comme jeu, mais\nfort joli garçon. La voix ne manque pas de\ncharme, mais elle a une tendance au chevrotte-\nment.\nM. Noté, toujours le merveilleux baryton\nque tout le monde connaît, prêta son concours\ndans \" Rigoletto \" pour les Aveugles. Je vous\nlaisse à penser l'ovation que déchaîna le célèbre\nduo avec Mlue Rossi, notre brillante chanteuse\nlégère. La page fut bissée. Le duc de Mantoue\nfut M. Dubois, encore de l'Opéra : timbré\ntoujours fort agréable, et acteur plein de dis-\ntinction.\nA part ces grands galas, nous avons eu les\nsoirées à honneur ou à bénéfice, comme vous\nvoulez. MllR' Rossi, l'idole de la troupe fut\nfêtée et fleurie dans Gilda de \" Rigoletto.\"\nMme Etty, notre jeune falcon, qui promet\npour l'avenir, a pu voir dans \" Hérodiade \"\nque le public lui sait gré de ses progrès.\nQuant à M. Girod, que la Monnaie s'est\nassuré pour trois années consécutives, il a\ntriomphé en Don José ; fleurs, cadeaux, rap-\npels, rien ne manquait.\nAbonnement courant, nous eûmes un oiseau\nde passage : M. Imbart de la Tour dans Raoul\nde Nangis. Comédien incomparable, il pro-\nvoqua cinq rappels après le quatrième acte.\nJe ne dirai rien du chanteur, pour ne pas\nblesser un artiste qui a eu une carrière glorieuse,\net dont les leçons profiteront à bien des jeunes\ncommençants.\nEnfin, toujours pendant le même mois, en\nprésence de l'auteur M. Félix Fourdrain, on a\ncréé avec un succès inoui \" La Glaneuse \" :\nle compositeur fut traîné devant le public et\nvint saluer un auditoire emballé. Interprétation\nhors ligne confiée à Mmes Gavelle, Rossi ;\nMM. Girod, Mezy, Hardy. Excellent, l'or-\nchestre sous la direction de M. Bovy.\nOpéra Flamand. On vient de mon-\nter \" Amours de Brigands \" ; M. Paul Gilson\na écrit une musique délicate, prenante, pleine\nde sentiment sur un livret peu heureux. C'est\ndommage pour l'éminent compositeur. 1\nLa première de \" Zigeunerbaron \", par\nJohan Strauss, eut plus de succès ; le public\ns'est laissé prendre aux flonflons légers du\ngracieux musicien.\nMme Feltesse, la forte chanteuse, a été fêtée\ndans \" la Walkyrie \" ; son réengagement pour\nla saison prochaine a été accueilli par un ton-\nnerre de bravos.\n\" L'Or du Rhin\", avec le brillant concours\nd'Ernest Van Dyck a fait sensation. Interpré-\ntation parfaite. Recettes : quinze mille francs\nnets pour \" Le Lait pour les Petits \". Brillant\nrésultat, et félicitations aux organisateurs.\nMmc Ida Isori, la célèbre cantatrice\nflorentine, des concerts de la \" Libéra Estetica\"\na donné une audition de douze petites œuvres\nde maîtres italiens du \" bel canto \" du XVI,\nXVII et XVIII siècle. Les membres de la \" So-\nciété Royale d'Harmonie \" lui ont fait un succès\nréel.\nGEORGES DE GERS.\n1 Nous parlerons de cette dernière œuvre du Maître\nde façon complète dans une étude prochaine."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.100", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3614, "texte": "CHARLEROI. 20 Février. Le\n\" Foyer d'Art, \" cercle d'expansion et de\ndécentralisation artistique et littéraire, nous a\ndonné une séance de sonates d'un grand\nintérêt.\nAu programme :\ni° Sonate n° 3 en sol mineur pour piano et\nvioloncelle, de Haendel.\n2° Sonate en fa majeur pour piano et vio-\nloncelle, op. 4, de Wilhem de Fesch (1695-\n1758).\n30 Sonate en fa majeur pour piano et violon\nop 24 de L. Van Beethoven.\n4° Adagio de Mozart et Presto d'Haydn\npour piano et violoncelle.\n5° Sonate en fa majeur pour piano et violon,\nop 8, de Grieg.\n6° Petites pièces de R. Schumann pour\npiano et violon.\nExécutants : MM. Henri Van Hecke, vio-\nloniste, Louis Miry, violoncelliste, Francis de\nBourguignon, pianiste.\nCes artistes de valeur ont très bien inter-\nprété ces œuvres des princes et roi de la sonate.\nLe jeu de M„ Van Hecke a été particulière-\nment remarquable.\nPourquoi cette exhumation de la sonate de\nWilhem de Fesch.\nAmour de la moisissure ? Enfantine curio-\nsité ? C'est du temps perdu.\nLe public avait répondu nombreux à l'appel\ndu \" Foyer (Vart \" dont l'effort doit être\nencouragé.\n21 Février. Le langage mystérieux de\nla musique agirait-il enfin sur mes concitoyens\njusqu'à les détourner de leurs préoccupations\ncoutumières ? Il faut bien le croire : il y avait\nsalle complète à la deuxième séance de musi-\nque de Chambre qui se donnait dans le salon\ntrop bas et sans acoustique du Grand Hôtel\nGruber.\nCette séance s'est ouverte par les Prélude et\nMenuet extraits du Quintette de E. Pessart,\nécrit pour instruments à vent : musique sim-\nplement agréable ; la première partie du sex-\ntuor pour instruments à vent et piano 11e nous\na guère dédommagés : elle était insignifiante\net diffuse.\nMais nous avons été largement récompensés\npar la sérénade pour flûte, violon et alto ainsi\nque par le quintette pour piano, hautbois,\nclarinette, cor et basson de L. Van Beethoven.\nO, Beethoven !\nLa sérénade fut merveilleusement ciselée\npar M. Quinet, flûtiste de grand talent,\nMM. Lefèvre, altiste et Doneux, violoniste.\nLe quintette fut interprété avec une belle\nconscience artistique par Mlle Privé (piano) et\nMM. Bertiaux (Hautbois), Bruyerre (clari-\nnette), Henry (cor), Aveau (basson).\nL'andante menuet pour viole d'amour de\nMilandre (1750) fut délicatement joué par\nM. Lefèvre que le public a acclamé.\nBref, séance remarquable qui permet de\nconstater qu'il existe en notre pays de fer et\nde charbon, des artistes de grande capacité et\ndes auditeurs accessibles au langage élevé de\nla vraie musique.\nFRANZ RUTY.\nBRUXELLES. M ademoiselle M argue-\nrite Rollet, la talentueuse cantatrice avec le\nconcours de Mademoiselle Germaine Schellin\nO 7\nvioloniste distinguée donnait un récital, le 18 à\nsalle Pétrin. Vif succès, pour un programme\néclectique, avec les noms de Bach, Schubert,\nBrahms, Wolf, Mozart, Rimsky-Korsakof,\nChausson, Debussy, de Bréville, d'lndy. Inter-\nprétation très remarquable, M]lt' Rollet a con-\nquis, d'ailleurs, toutes les sympathies du public\nbruxellois : c'est une artiste de grande distinc-\ntion de grande valeur. Mademoiselle Schel-\nling joue avec âme, et finesse.\nL'accompagnateur Minet.\nComme toujours fut parfait.\n*\nARLON. Un groupe d'artistes-amateurs\nbruxellois est venu, sous les auspices de \" La\nWallone, \" donner, le samedi 19 février, un\nconcert-spectacle artistique qui a été un gros\nsuccès. On a eu l'occasion, entre autres, d'en-\ntendre M 11( Henriette Clément (Air des Bijoux,\nde Faust), M. Emile Léger, ténor (Air des\nLettres, de La Tosca), Mlle M. Goldschmidt,\ni( prix du Conservatoire royal de Bruxelles, a\njoué, avec beaucoup d'art, trois morceaux de"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.101", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 371, "texte": "harpe, dont Nocturne, de Pessard, et Idylle, de\nHolz. M]le Clément et M. Léger ont, en\noutre, interprété avec succès un fragment du\nIe acte de Lakrnè. Enfin on a entendu, à cette\nsoirée, un opéra-comique : Qui perd gagne,\nparoles de MM, Julal et Emile Lecomte,\nmusique de Arthur Norel.\nSamedi 12 mars, distribution des prix à\nl'Ecole de musique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c051", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c051", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 101, "image_fin": 103, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.19", "titre_corps": "Étranger", "titre_sommaire": "Étranger", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.101", "debut_caractere": 373, "fin_caractere_exclue": 3877, "texte": "Étranger\nFLORENCE. Le grand événement\nmusical de ces temps derniers a été la vente\ndes collections ayant appartenues à Paganini.\net que ces descendants avaient résolu de ne\npas garder. Il y avait de tout : des auto-\ngraphes, des habits, des cadeaux et jusqu'à une\nvoiture.\nPuis, plusieurs objets d'usage courant dont\nPaganini s'est servi, (les héritiers s'en portent\ngarants) : des montres, des lorgnons, un couvert\nde voyage, des tabatières, une petite épée,\nquelques mouchoirs, un habit de cérémonie en\ndrap marron foncé, avec la culotte noire et le\ngilet brodé d'argent. Il faut y ajouter la\nvoiture de voyage, achetée en Angleterre, qui\na roulé avec l'artiste sur toutes les routes de\nl'Europe.\nM. Olschki, le libraire florentin bien connu,\na acquis pour 17.500 francs tout un lot fort\nconsidérable de musique inédite et d'auto-\ngraphes musicaux (duos, trios, quatuors, me-\nnuets, caprices, sonates, morceaux de genre)\ndont il nous donnera sans doute prochainement\nla liste et la description détaillée dans quelqu'un\nde ses beaux catalogues. Un autre lot intéres-\nsant pour la biographie de Paganini a été cédé\npour 3050 francs au libraire De Marinis. Il\ncomprend, outre quelques manuscrits musicaux\ndéjà publiés par Schônenberger, les brevets et\nles diplômes attestant les nombreuses distinc-\ntions honorifiques décernées au virtuose, et\nsurtout un grand nombre de lettres, opuscules\net papiers divers qui nous font pénétrer dans\nl'intimité de sa vie. A côté des lettres d'admi-\nration signées des plus grands noms de l'Europe,\non trouve une quittance datée du 19 mars\n1831 pour huit mille francs donnés par l'artiste\naux pauvres des hôpitaux de Paris ; sous la\nrubrique 66 autographes divers de Nicolo Paga-\nnini \", on remarque une \"recette pour faire\nles ravioli \", une autre \" pour fabriquer une\nliqueur\"; des recueils de formules pour ter-\nminer les lettres ou pour y signifier un refus ;\net quatre petites pages de notes qu'il écrivit\npendant les derniers jours de sa vie, quand il\nne pouvait plus parler.\nSon archet a été acquis, pour une somme de\nhuit cents francs, offerte avant la vente, par la\nville de Gênes, qui possédait déjà le violon.\nDevant le désir exprimé par la patrie du grand\nvirtuose, les nombreux amateurs réunis chez\nM. Battistelli se sont généreusement abstenus\nde toute surenchère. On a aussi vendu un beau\nvioloncelle de Ruggieri (1734) pour\nfrancs et un petit violon antique, le premier\nviolon sur lequel s'exerça l'artiste, ainsi que la\nmandoline avec laquelle, étant enfant, il donna\ndes concerts à Gênes.\nEnfin, avec une grande mosaïque de Flo-\nrence, cadeau de la princesse Baciocchi, la plus\nbelle pièce de la vente est sans contredit\nl'admirable portrait de Paganini par le peintre\nanglais Georges Patten. Paganini lui-même en\nvante la ressemblance dans la lettre suivante\nécrite à Patten, et dont l'autographe a ete\nvendu avec le lot De Marinis :\n\" Illustre ami,\n\" Le portrait que vous avez bien voulu me faire est\ntellement ressemblant que je ne pourrai jamais vous en\nexprimer assez ma satisfaction. J'en attends la copie\navec impatience et un tel don sera un précieux\nsouvenir pour mes descendants, et l'ltalie verra avec\nadmiration l'œuvre d'un génie britannique tel que\nvous.\n\" Agréez les sentiments de haute estime, de grati-\ntude et de reconnaissance avec lesquelles j'ai l'hcnneur\nde me dire votre ami très affectionné\nN. PAGANINI.\nParis, 10 novembre 1832. \"\nPaul-Marie MASSON.\nNAPLES. Deux concerts à sensation\ndonnés à la Société Gluseppe Martucci par le"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.103", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3743, "texte": "violoniste Vecsey, 1 le jeune prodige que vous\nentendrez un jour ou 1 autre a Paris. Ce qui\nest étonnant chez cet artiste c est le calme\nparfait avec lequel il aborde les œuvres les plus\ndifficiles ; il semble même indifférent à l'émo-\ntion esthétique qu'il cherche à produire sur le\npublic. Peut-être est-ce la conséquence de ce sur-\nmenage imposé à tous les virtuoses qui veulent\nse produire à travers le monde, dans le moins\nde temps possible. Je causais avec M,n\" Vecsey,\nmère, derrière les décors du Politeama, pendant\nque son fils exécutait le Concerto en ré de\nPaganini.\nNous sommes arrivés hier soir, me\ndisait-elle, nous partons tout à l'heure pour\nRome, puis pour Bologne, I urin, Gênes, et\ndimanche prochain nous donnons ici, a Naples,\nnotre second concert.\nEt le temps de repasser les programmes?\nQuelques minutes seulement ; le matin\npar exemple il a répété une heure avec son\naccompagnateur.\nNous avons pu comparer le jeune Hongrois\navec deux autres de ses confrères : Gérardy et\nThomson.\nGENNARO DE LEVA.\nDRESDE. Le Voile de Pierrette de M.\nA. Schnitzler est une pantomime qui se passe\nà Vienne dans le même temps que le premier\nacte de la Fête chez Thérèse à Paris. C'est ce\nque nous appelons ici le \" Biedermeyerzeit \".\nLe compositeur Dohnanyi, de Pressbourg, un\njeune (34 ans) que vous commencez à con-\nnaître en France a écrit sur cette donnée une\nmusique infiniment habile. Dohnanyi est un\nde ces compositeurs dont 011 doit attendre\nquelque chose.\nMile Marie Dubois, parcourt l'Allemagne\navec la volonté de faire connaître l'école fran-\nçaise du piano, elle nous a intéressé avec un\nprogramme peut-être un peu trop éclectique,\net où certaines pièces de second ordre auraient\n1 Un de nos lecteurs de Constantinople, M. Louis\nBenci nous signale d'autre part le succès de Vecsey\ndans la capitale de Turquie, et nous prédit son\ntriomphe à Paris.\npu être remplacées par d'autres plus significa-\ntives.\nDR E. NEUFELDT.\nVIENNE. Passons sur la première de\nTosca, et sur la Société des Instruments Anciens,\net signalons les séances du Verein fur Kunst\nund Kultur consacrées à Arnold Schœnberg, à\nBruno Walter, et à Karl Weigl, des noms que\nvous ignorez sans doute. Et surtout la soirée\nO\nréservé à Anton von JVebern, élève de Schœn-\nberg, qui a fait scandale. Webern tient ces\nmélodies dans les limites d'une simple psalmo-\ndie, mais son harmonie est des plus étranges. Il\na aussi composé cinq pièces pour quatuor dont\nchacune ne dure pas plus de 10 minutes et qui\nrompent avec toutes les lois acceptées. Je les\ntiens pour des recherches d'impressions plutôt\nque pour des œuvres définitives.\n- E. W.\nROUMANIE. —? Pugno triomphe à Bu-\ncarest, et à propos de la Fileuse de Mendels-\nsohn, exécutée par lui, un critique du lieu,\nM. Georgescu Stefanesti se plaît à écrire :\n\" Toute l'âme de Mendelssohn apparut en sa\nsubtilité, et nous nous sentions involontaire-\nment reportés à l'époque des dentelles des\njabots et des perruques blanches\". Voilà ce\nqui peut s'appeler de l'admiration histori-\nque ! D'ailleurs la musicologie est ici dans de\nmauvaises conditions. Lors du congrès récent,\nqui a réuni tous les maîtres de musique des\nécoles de Roumanie, l'orchestre officiel exécuta\ndeux morceaux de l'Héroïque. Plusieurs de ces\nexcellents professeurs furent émus jusqu'aux\nlarmes, mais peu d'entre eux ce savaient qu'ils\navaient entendu. La joie fut grande quand on\nsut que c'était de Beethoven. L'un des assis-\ntants avoua que depuis 12 ans qu'il avait\nquitté Bucarest, il n'avait plus entendu de\nmusique. Aussi est-il question d'organiser des\ntournées de l'orchestre officiel.\nM. M.\nMADRID. La Colomba du maestro\nVives nous a un peu déçus. Nous attendions\nplus d'originalité de l'auteur d'Euda d'Uriach.\nH. C."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c052", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c052", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 104, "image_fin": 105, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.20", "titre_corps": "Les Instruments", "titre_sommaire": "Les Instruments", "signature_source": "Lucien Greilsamer", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.104", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3236, "texte": "Les Instruments\n\nLES NOUVEAUTÉS DE PARTOUT\nLa musique viendrait-elle troubler la paix\ndu monde? Partout on récrimine contre l'en-\nvahissement des instruments étrangers. En\nAngleterre, à l'occasion des récentes élections,\ndes feuilles violentes, signées des plus impor-\ntants producteurs de pianos londoniens, récla-\nmaient des tarifs douaniers élevés pour protéger\nl'industrie anglaise contre la concurrence\nallemande qu'elles allaient jusqu'à qualifier de\ndéloyale (Unfair compétition). Rien que cela!\nLa presse allemande releva comme il convenait\nune telle intempérance de langage. Mais voilà\nque de son côté cette même presse, devant le\nprojet soumis aux chambres françaises, d'élever\nles droits d'entrée des instruments de musique\nmenace à son tour notre pays de terribles\nreprésailles. \" Celui qui habite une maison de\nverre ne doit pas jeter de pierres ! \" s'écrie-t-\n-on de l'autre côté du Rhin.\nD'autre part, le Japon est en train de\nprendre à l'Amérique toute l'exportation\nd'instruments de musique pour la Chine et\nune partie de l'extrême Orient. Le Japon\npossède actuellement près de 2000 vapeurs et\nde 5000 voiliers; avec cela 011 peut faire un\npeu d'exportation. Il s'agit surtout d'harmo-\nniums et de gramophones dont les chinois\nsont très amateurs. Les américains pour parer\nle coup imaginèrent d'établir des fabriques en\nChine même, pour pouvoir abaisser leurs prix.\nLes Japonais ripostèrent en faisant venir\nd'Amérique les machines les plus nouvelles\net les mieux perfectionnées, et ils en pour-\nvurent leurs fabriques. Grâce au bon marché\nde la main d'œuvre au Japon, ils sont arrivés\nà livrer aussi bien et à plus bas prix que les\nAméricains, et les voilà maîtres du marché\ninstrumental. Comment tout cela va-t-il finir?\nEn attendant le cataclysme qui pourrait\nrésulter du choc de tant d'intérêts, nous som-\nmes menacés d'un piano monstre. Paderewski\nqui vient de faire rouler le tonnerre au moyen\nd'un appareil de son invention, peut bien\nactuellement être surnommé le génie des\ngrandeurs. Il a donné ces jours passés à Vienne\nau concert sur un piano monstre de huit\noctaves, construit par la maison Bosendorfer.\nOn se demande si les notes extrêmes de cet\ninstrument sont bien perceptibles, et on envi-\nsage avec effroi l'envahissement de nos salons\net salles de concerts par de tels surpianos.\nPuisque nous sommes sur le chapitre des\npianos il convient de signaler une invention\nqui fait pendant au Piano-Harpe dont j'ai\nparlé dans ma dernière causerie. C'est le Piano-\nOrgue, dont la Zeitschrift fur Instrumentenbau\nnous donne la description.\nCet instrument fabriqué par la maison\nPopper et C° à Leipzig est à la fois un piano\net un orgue ainsi que son nom l'indique. On\npeut jouer séparément ou simultanément de\nl'un et de l'autre. Il est destiné aux représen-\ntations cinématographiques, dans lesquelles le\npianiste improvisateur trouvera sous la main\ntoutes les ressources nécessaires pour suivre\nl'action qui se déroule, et la souligner, ou\nl'illustrer si l'on veut, avec variété.\nLes intruments anciens font aussi parler\nd'eux. A propos de la dernière vente d'anti-\nques qui eut lieu récemment à Londres, le\nMenestrel publiait la note suivante :\n\" Prix de violons vendus à Londres en"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.105", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1632, "texte": "décembre dernier: Grancino, 1.15° C.G.\nTestore, 1.1 75 fr.; Rocca, i.ooofr.; Guar-\nnerius, 2.500 fr,; Maggini, 1.750 fr.; A. et\nH. Amati, 3.500 fr.; C. A. Testore, 1.350 fr.;\nLandolfi, i.ooofr.; Montagnana, 1.650 fr.;\nGabrielli, 1.125 fr.; P. Guarnerius, 4.250 fr.;\nGragnani, 1.150 fr. ; Gagliano, 1,500 fr.;\nN. Amati, 1.500 et 1.625 fr.; San Serafino,\n1.375 fr.; Stradivarius, 14.375 fr.; Klotz,\n1.875 fr.; J. Guarnerius, 4.000 fr.; Ruggerius,\n1.650 fr.; un violoncelle de Ruggerius, 1.200\nfr. ; une guitare du XVII( siècle, 2.000 fr.\nTous ces prix ont été considérés comme\nnormaux et non entachés de l'exagération que\nbien des maisons allemandes ou autres cher-\nchent à faire accepter comme la conséquence\nd'une hausse régulière provenant de l'extension\ndes demandes, ce qui peut paraître contes-\ntable. \"\nLa Zeitschrift au nom du Commerce\nallemand répondit avec beaucoup de raison\net de modération que la marque d'un instru-\nment n'en fait pas uniquement la valeur, et\nque les tares dont il peut être affligé sont\nsusceptibles de diminuer singulièrement cette\nvaleur.\nJ'ai personnellement traité la question en\ndétail dans \"l'Hygiène du Violon\" (Bulletin\nS. I. M.), et j'y reviens ici, uniquement pour\nmettre les amateurs en garde contre certains\npréjugés surannés. Sur cent violons de maîtres\nanciens, combien sont actuellement jouables\nau concert ? Demandez-le aux virtuoses, aux\nartistes professionnels qui se produisent en\npublic, et ils vous raconteront les déceptions\nqu'ils ont éprouvées à ce sujet, et vous diront\naussi tout l'argent qu'ils ont englouti d'échange\nen échange.\n\nLucien Greilsamer."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c054", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c054", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 105, "image_fin": 110, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.21", "titre_corps": "NOTICE HISTORIQUE SUR LE HAUTBOIS", "titre_sommaire": "NOTICE HISTORIQUE SUR LE HAUTBOIS", "signature_source": "A. Bridet", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.105", "debut_caractere": 1634, "fin_caractere_exclue": 4428, "texte": "NOTICE HISTORIQUE\nSUR LE HAUTBOIS\n\n(Suite) 1\nEn ce qui concerne les anches des u auloi \"\n\" tibiae \" greco-romaines, je laisserai parler les\n1 Voir les nos de décembre 1909 et février 1910.\nA propos du premier article de décembre 1909, j'ai\nauteurs qui ont rapporté et traité cette obscure\nquestion et me contenterai de les commenter.\nLes documents les plus importants nous\nsont donnés par Aug. Wagener :\nSur la signification du mot \" zeugos\net de quelques autres termes se rapportant aux\ninstruments à anche 1\nreçu de M. E. Closson, le distingué conservateur\nadjoint du Musée du Conservatoire de Bruxelles,\nl'obligeante observation suivante :\n\" Monsieur,\n\" J'ai lu avec intérêt votre article si documenté dans le\n\" dernier S.I.M. (décembre) sur les origines du hautbois.\n\" Permettez moi de vous faire remarquer que le \" sour-\n\" nay \" persan que vous dites ne pas se trouver dans\n\" les musées européens, est représenté dans celui du\n\" Musée du Conservatoire de Bruxelles \".\nu \"\nJe suis heureux d'enregistrer cette rectification et\nj'en remercie Monsieur Closson ; en signalant l'absence\ndu \" Sournay \" je n'ai fait que reproduire l'assertion de\nFétis (Hist. gle de la musique. Liv. 2, page 409).\n1 Gevaert (La Musique de l'Antiquité. T. 2, appen-\ndice p. 647) rapporte aussi cette opinion et en conclut,\nque les flûtes greco-romaines possédaient en général des\nanches simples ; il semble avoir été influencé par la\ndécouverte, dans les ruines de Pompéï, de plusieurs\n\" tibiae \" romaines à tuyau cylindrique, mais est-ce\nbien là une preuve pour avancer que les anches de ces\n\" tibiae \" et conséquemment des \" auloi \" grecs étaient\nsimples ; on verra par la suite que certains instruments\nà tuyau cylindrique se jouaient avec des anches\ndoubles.\nCe même auteur fait remarquer que les \" auloi \"\nétaient pour la plupart des tuyaux de médiocre\nlongueur ; ce n'est pas encore une preuve suffisante\npour en déduire que ces instruments possédaient des\nanches simples.\nGevaert ajoute : (T. 2, p. 282) \" Il est permis de\n\" dire d'une manière générale que les tuyaux cylin-\n\" driques ne s'associent qu'à des anches battantes\n\" (anches simples), les tuyaux coniques par contre,\n\" veulent des anches doubles ; conséquemment tous les\n\" instruments à anche se rattachent soit à la famille\n\" des chalumeaux ou clarinettes (anche battante tuyau\n\" cylindrique), soit à la famille des hautbois (anche\n\" double tuyau conique). Or, comme les anciens\n\" utilisaient de préférence les tuyaux cylindriques, nous\n\" sommes fondés à en conclure que la plupart de leurs\n\" \" auloi \" appartenaient à la première famille \".\nGevaert en employant le mot \" chalumeau \" lui\ndonne un sens déterminé l'assimilant à la clarinette\n(anche simple) ; il me faut chercher l'origine du mot\nu chalumeau \" G. A. Villoteau (De l'analogie de la"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.106", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 4833, "texte": "\" Tout ce qu'on a dit de la signification du\n\" mot \" zeugos \" pour désigner une des parties\n\" de F \" aulos \" est en contradiction formelle\nu avec les termes qui en parlent d'une manière\na explicite. Partant de l'idée précoiiçue que\n\" ce mot devait indiquer l'accouplement de\n\" deux choses égales, à l'instar du \" joug \"\n\" \" zeugos \" qui unit une couple de bœufs, on\n\" l'a mis en rapport avec la double flûte. 1\n\" Mais 011 ne saurait invoquer aucun texte à\n\" l'appui de cette interprétation, tandis que la\n\" véritable signification du mot \" zeugos \" se\n\" dégage clairement de l'examen attentif, de\n\" la comparaison d'un chapitre de Théophraste\n\" et de deux passages d'Aristote.\nmusique avec le langage. L. 1, p. 206 et suiv.) nous\nen donne l'explication :\n\" Les Hébreux nommaient leurs poèmes \" miz-\n\" mour \". Ce mot dans son acception étymologique,\n\" signifie un discours d'un style coupé et bien ordonné;\n\" il vient de la racine \" zamara \" (il a coupé, il a taillé) :\n\" on l'a appliqué à la poésie et à la musique par\n\" allusion à la manière de tailler les arbres, en coupant\n\" les branches gourmandes qui en épuisent la sève ;\n\" de là vient qu'on appelle \" mézamerah \", une ser-\n\" pette de vigneron. Ainsi du mot \" zamarah \" (il a\n\" coupé, il a taillé), on a fait \" zemmera \" (il a mo-\n\" dulé, il a chanté soit avec la voix,, soit avec un\n\" instrument) ; et du ftiot \"zamourah\" qui signifie\n\" un rejeton, un provin, et par extension, un discours\n\" mesuré et coupé par petites phrases distribuées en un\n\" certain ordre, de même que le sont les branches de\n\" vigne que le vigneron a taillées en retranchant toutes\n\" celles qui auraient fatigué inutilement le cep, on a\n\" fait \" zémirah \" (cantique, psaume, poème, discours\n\" d'un style coupé) et \"zamir\" (chant, inflexion\n\" cadencé de la voix).\n44 Zamir\" est le nom du hautbois égyptien, \" zamar \"\nou \" zamir \" est le nom du hautbois arabe et persan.\n\" Schalmey \" dont le radical \" schal \" signifie en\nAllemand chant, est le nom du hautbois allemand ;\nde là vient le mot \" chalumeau \" ; son emploi, pour\ndéterminer ou indiquer un instrument à anche simple,\nest tout au moins curieux !\nJe suis, d'accord avec Riemann (Dictionnaire mu-\nsical, p. 131);\" Chalumeau \" (du latin calamus, tuyau\n\" tige ; en Allemand Schalmei). Ancien instrument à\n\" vent à anche double insérée dans une sorte de bassine,\n\" l'ancêtre du hautbois obtenu par la simple suppres-\n\" sion de la bassine et l'obligation pour l'instrumen-\n\" tiste de pincer l'anche entre ses lèvres \".\n1 L'accouplement de deux choses égales mis en\nrapport avec la double flûte est certes une erreur, mais\npeut logiquement s'appliquer une anche double dont\nles deux parties égales sont accouplées.\n\" Voici d'abord ces derniers textes litté-\n\" ralement traduits :\nAristote. De Aubid. p. 802, b; (éd. Bekker) :\nuII faut que les anches (yXwrraf) des\n\" \" aùlbi \" soient compactes, lisses et uni-\n\" formes, afin que grâce à elles, le souffle qui\nu les pénètre soit de même doux, uniforme\n66 et sans intermitance. C'est pourquoi les\n\" \" zeugé \" humectés et imbibés de salive ont\n\" un son plus moelleux, tandis que secs ils\n\" donnent un mauvais son. Car l'air qui tra-\nu verse (un corps) humide et lisse est doux et\n\" uniforme. La preuve c'est que le souffle\n\" lui-même, lorsqu'il est chargé d'humidité\nu va beaucoup moins se heurter contre les\nu u zeugé \" et se disperser, tandis que s'il est\n\" sec, il s'accroche davantage et rend par sa\nu violence l'attaque plus dure. \" 1\nIbid. p. 804, a v\" Les sons épais sont ceux\n66 qui se produisent lorsqu'une grande quantité\n\"de souffle se projette simultanément au\nu dehors. C'est ce qui donne plus d'épaisseur\nu à la voix des hommes et aux sons des\n\" chalumeaux-parfaits, surtout lorsqu'on les\n\" remplit de souffle. La preuve c'est que lors-\n\" qu'on pince les \" zeugé \" le son est plus\n\" élevé et plus fin. 2 II en est de même\n\" lorsqu'on raccourcit les syringes. Mais lors-\n-66 qu'on les allonge, on obtient un son beaucoup\n\" plus plein, à cause de la quantité de souffle\n\" (qui s'y engage) comme c'est aussi le cas\n\" pour les cordes qui ont une plus grande\n\" épaisseur.\nMaintenant voici le texte de Théophraste,\nHist. plant., IV, 11, (éd. Wimmer) : \" On\n\" dit qu'il y a deux espèces de roseaux : celui\n\" pour les instruments à vent (l'aulétique) et\nu l'autre ?\n\" Ce qu'on raconte au sujet du roseau pour\n\" instruments, à savoir qu'il pousse tous les\n\n1 Pour qu'une anche de hautbois donne un son\nmoelleux, il faut qu'elle soit imbibée d'eau ou de\nsalive, pour l'anche simple de la clarinette, il suffit\nqu'elle soit légèrement humectée.\n2 ... Lorsqu'on pince les \" zeugé \" le son est plus\nélevé et plus fin ; ceci peut se produire sur un instru-\nment de la famille du hautbois (anche double) et non\nsur un instrument appartenant à la famille clarinette\n(anche simple)."}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.107", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 4287, "texte": "\" neuf ans, en *vertu d'une loi naturelle, n'est\n\" pas exact. En somme il se produit lorsqu'il\n\" y 3. crue du lac (d'Orchomène) ......;\n\" Le roseau aulétique réussit lorsqu'après\n\" de fortes pluies l'eau demeure pendant deux\nu ans au moins\n\" On dit, et la chose paraît exacte, que\n\" lorsque le lac gagne en protondeur, le roseau\n\" atteint (dès la première année) toute sa\na longueur, mais que l'année suivante seule-\n\" ment, en demeurant sur place, il atteint sa\n\" maturité. On ajoute que le roseau arrivé à\n\" maturité est celui qui sert à fabriquer les\n\" \" zeugé \" (le roseau \" zeugite \") tandis que\n\" celui dont l'eau s'est retirée est le \" bomby-\n\" cios \" (le roseau pour tuyau). On dit qu'il\n\" (le roseau \" zeugite \") diffère en général\n\" des autres roseaux par je 11e sais quoi de\n\" plantureux : il est plus plein, plus charnu et\n\" a dans l'ensemble un aspect féminin. Son\n\" feuillage est plus large et plus clair, et il a\n\" la panicule plus petite que les autres ;\n\" quelques (exemplaires) même n'en ont pas\n\" du tout, ce qui fait qu'on les appelle des\n\" ennuques. On prétend que ceux-ci sont les\n\" meilleurs pour les u zeugé \", mais que\n\" bien peu réussissent pendant la fabrication.1\nu Avant l'époque d'Antigénide (v. 380 av.\n\" J.-C.) lorsqu'on jouait u sans ornements\nu la coupe, dit-on, se faisait au mois de\n\" Boédromion, vers le lever du Bouvier (mi-\nu septembre). Celui que l'on coupe alors ne\n\" peut être employé que plusieurs années plus\n\" tard ; il doit être joué longtemps avant (de\n\" pouvoir servir) et l'ouverture (ro des\nu anches se contracte, ce qui est utile pour le\n\" jeu ordinaire. Mais lorsqu'on en vint à la\n\" musique \" figurée \", l'époque de la coupe\nu fut changée, car on coupe maintenant le\nu roseau au mois de Scirrophorion ou d'Héca-\n-66 tombéon (juin), un peu avant le solstice\n\" d'été, ou à cette époque même. On peut\nu l'employer au bout de trois ans ; 2 il ne doit\n\" pas être joué longtemps et les anches se\n\" prêtent aux entrebâillements nécessaires pour\n\" jouer des morceaux de virtuosité.\n\" Telles sont donc les époques de la coupe\n\" du (roseau) \" zeugite \". Quant à la manière\n\" de le travailler, la voici En été\n\" on le coupe aux nœuds On laisse à\n\" la partie comprise entre deux nœuds, le\n\" nœud supérieur Les entre-nœuds\n\" les plus propres à la fabrication des \" zeugé \"\n\" sont ceux qui occupent le milieu du roseau ;\n\" les entre-nœuds les plus rapprochés des\n\" branches fournissent les \" zeugé \" les plus\nu doux ; ceux qui sont voisins de la racine\n\" fournissent au contraire les plus durs. Les\n\" anches faites du même entre-nœud sont\n\" dit-on d'accord entre elles, tandis que les\n\" autres ne le sont pas. L'anche prise du côté\n\" de la racine est pour le tuyau de gauche (le\n\" plus aigu) ; celle que l'on prend du côté des\n\" branches est pour le tuyau de droite (le\n\" plus grave). 1 Lorsque l'entre-nœud est\n\" coupé en deux, l'ouverture (ro crro/xa) de\n\" chaque anche se trouve du côté de l'incision.\n\" Si les anches sont faites autrement, elles ne\n\" s'harmonisent pas. 2\nAug. Wagener : \" Pour peu qu'on se donne\n\" la peine de lire attentivement les passages\nu que nous venons de transcrire, on verra\n\" clairement que le \" zeugos \" ne peut être\nc' autre chose que l'ouverture de 1' u aulos \".\n\" En effet d'après Aristote, il est imbibé de\n\" salive, et lorsque cet auteur dit qu'en le\n\" pinçant on rend le son plus èlevè et plus fin,\n\" il ne peut être question que de l'action\n\" exercée sur le \" zeugos \" par les lèvres. 3\n\" La preuve c'est qu'Aristote emploie le\n\" même mot (7 dans le passage suivant.\nparties de l'instrument il y a le facteur d'anches\n(y\\ù)TTo7roioç) et le foreur (civ\\oTpv7ni^).\nLes Grecs avaient particulièrement observé ce qui\nconvenait le mieux pour la qualité des anches et\n\" zeugé \" de leurs \" auloi \" ; nos fabricants d'anches\net nos marchands de roseaux actuels feraient bien\nparfois de les imiter.\n1 Le contraire s'expliquerait mieux.\n2 Ces dernières phrases s'appliquent, je l'avoue, à un\nsystème d'anche simple.\n3 Voir note 5.\n\n1 ... bien peu réussissent..., peut s'appliquer à l'anche\nsimple, mais combien mieux à l'anche double.\n2 Pollux sect. 71. La préparation des anches formait\nune industrie à part. Celui qui fabrique les \" auloi \"\ns'appelle \" Aulopios \" et pour ce qui concerne les"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.108", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 4632, "texte": "\" De Aud., p. 801, b : \" Quand les anches\n\" sont plus étroitement unies (au bec), le son\n\" devient plus dur, et plus éclatant lorsqu'on\n\" les pince davantage au moyen des lèvres,\n\" parce que le souffle est projeté avec plus de\n\" violence. 1 D'autre part le 66 zeugos \" n'est\nu pas la même chose que l'anche (yXwrra).\n\" Ceci n'a pas besoin de démonstration pour\n\" ceux qui connaissent le langage précis\n\" d'Aristote et de Théophraste, lesquels n'em-\n\" ploient jamais des synonymes inutiles propres\n\" à introduire de la confusion dans l'esprit.\n\" Toutefois il doit y avoir une étroite\n\" relation entre le \" zeugos \" et 1' \" anche\n\" En effet les \" entre-nœuds \" du roseau\n\" \" zeugite \" servent à la fabrication des\n\" \"zeugé \". Mais ces mêmes \" entre-nœuds \"\n\" servent aussi à la fabrication des \" anches \".\n\" Qu'est-ce à dire ? c'est que l'entre-nœud est\n1 Aristote, parlant des \"zeugé\" dit: \"Lorsqu'on\n44 pince les \" zeugé \" le son devient plus élevé et plus\n44fin \" (voir la note 5) ; mais l'effet n'est plus le même\nquand cet auteur parle des anches : \" lorsqu'on les\n\" pince le son devient plus éclatant \" ; il faut néces-\nsairement admettre pour le second cas une autre dis-\nposition de l'anche.\nGevaert, ibid, annote aussi ce passage : 44 Le manus-\n-44 crit porte (rvyicpoTÉpaiç, ce que Bekker a changé en\n44 (TicXiipoTepaiç. Ce changement ne nous paraît pas\n44 heureux. Aristote vient de dire que les instruments\n44 à anches 44 obliques \" (quelle forme d'anches entend-\n-44 t-il par là ?) ont des sons plus doux, parce que le\n44 souffle y pénètre immédiatement dans un espace plus\n44 large. Il s'agit donc de trouver un adjectif qualifiant\ndes anches à disposition différente • . \"\nAnches 44 obliques quelle forme d'anche entend-\nt-il par là ?\nL'anche simple et le bec, comme dans nos clari-\nnettes, ne peuvent être désignés plus clairement et c'est\nbien la seule fois qu'ils sont indiqués d'une façon aussi\nprécise ; en effet, le roseau servant de bec devait être\ntaillé de manière à recevoir l'anche (simple), et pour\nque l'ouverture de l'anche fut réduite à des proportions\nraisonnables, le roseau devait être entaillé oblique-\nment ; la position de l'anche sur ce roseau (bec) était\ndonc oblique et le souffle y pénétrait immédiate-\nment dans un espace plus large y de nos jours c'est le\nbec même de la clarinette qui est taillé obliquement.\nCes anches (unies au bec) ont des* sons plus doux,\npourtant les auteurs Grecs dépeignent les sons de\n1' 44 aulos \" comme strident horrible ; ils emploient\naussi des qualificatifs p1u5..... aimables, il faut donc\nreconnaître qu'il existait différentes dispositions des\nanches. v\n\" d'abord divisé en deux parties, probablement\n\" égales, dont chacune sert à fabriquer un\n\" u zeugos \". Celui-ci s'obtient ensuite en\n\" pratiquant dans le demi entre-nœud une\n\" incision longitudale, de telle sorte que l'une\nu des deux parties ainsi obtenues soit assez\nu mince pour pouvoir vibrer comme une\n\" anche (yÀwrra, lingula). Elle peut par l'une\n\" de ses extrémités rester attachée à l'autre\n\" partie, comme dans 1' \" Arghoul \" des\n\" Arabes. Elle peut aussi en être détachée, sauf\nu à s'y rajuster ensuite au moyen d'un fil ou\n\" autrement. C'est ce dernier procédé qui paraît\n\" avoir été pratiqué habituellement à l'époque\n\" Alexandrine, puisque les aulètes avaient alors\n\" un récipient spécial pour\n\" y enfermer leurs anches (v. Pollux, 11, 103;\n\"x- !53) \" 1\nIl y a d'autres preuves encore pour avancer\nque les instruments de la famille des hautbois\nont tenu une place plus large que ne veulent\nlui accorder certains auteurs ; je dois citer les\npassages suivants : 2\n\" On louera un aulète en parlant de sa respi-\n\" ration impétueuse, par rapport à la quantité\n\" de son, au timbre et à la vigueur du souffle,\n\" et à l'absence de grimaces \" (Pollux,\n1. IV, sect. 68.)\n\" Si l'on en croit certains auteurs de l'époque\n\" romaine, les instruments à vent n'auraient\n\" eu que 4 trous et moins encore. \"\n3 u Anciennement les trous n'étaient qu'au\n\" nombre de 4 ; mais Diodore de Thèbes en\nu perça plusieurs, ouvrant, au moyen d'orifices\nu latéraux, des issues au souffle. \" (Pollux,\n1. IV, sect 80.)\n4 a Toutefois des instruments aussi primi-\n\" tifs se rapportent à une époque légendaire.\n\" De bonne heure les \" flûtes \" simples furent\n/ 1\nu percées d'une assez grande quantité de\na trous. Si nous acceptons comme normal le\na nombre sept, lequel se représente avec une\n\n1 Ce récipient pouvait servir à y enfermer aussi bien\ndes anches doubles qui se détachent de l'instrument.\n2 Gevaert, Histoire de la musique de l'antiquité.\nL. 2, p. 293, note 1.\n3 Id., note 3.\n4 Id., p. 294."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.109", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3645, "texte": "\" persistance remarquable sur les instruments\n\" arabes et indous. \" (Pollux, 1. IV, sect. 72.)\n1 \" Les qualités que l'on recherchait chez\n\" l'aulète étaient la longueur et l'égalité de la\n\" respiration, la variété du timbre et des\n\" nuances, mais avant tout la prestesse de la\n\" main, l'agilité des doigts. \" (Nonn.., Dionys.,\nCh. 111, v. 234-242.)\n2 \" Les épithètes propres à un aulète sont :\n\" soufflant bien.... ayant un son mâle, ner-\n\" veux, fort, juste, retentissant, saisissant,\n\" suave ; ayant une émission douce, plaintive,\n\" gracieuse, séductrice Notez aussi chez\n\" l'aulète l'agilité, la dextérité et la facilité de\n\"la main de la langue et de la bouche, la\n\" plénitude et la continuité du son. \" (Cf. Bar-\nthol, de Tib. vet. 1. 1, ch. 7 et 8.)\nLa longueur de la respiration, la continuité\ndu son étaient les qualités que l'on recherchait\nchez l'aulète; il faut y voir une étroite rela-\ntion avec les instruments indous 3 ancêtres du\nhautbois ; l'anche simple qui occasionne une\ndéperdition de souffle beaucoup plus grande,\nplus rapide, puisque F air y pénétre immédiate-\nment dans un espace plus large n'aurait pu con-\nvenir à l'aulète pour acquérir cette continuité.\nLes mêmes nombres de trous 4 et 7 se re-\ntrouvent dans les instruments (de la famille du\nhautbois) arabes et indous, les instruments à\nanche simple y tiennent une place relative-\nment restreinte, alors pourquoi voir le contraire\nchez les grecs et Romains.\nUne dernière preuve que les \" auloi \" grecs\ndevaient posséder en général des anches dou-\nbles nous sera fournie par le rapprochement\ndes deux textes suivants l'un d'un ancien,\nl'autre d'un moderne :\nPtolomée, dans le chapitre 3 du livre pre-\nmier des Harmoniques, dit : \" la trachée artère\n\" est une flûte (aulos) naturelle.\nVoici maintenant l'opinion de M. Alb.\nLavignac (La Musique et les Musiciens Bme8me\nédit. p. 29) : \" Les instruments employés en\nu musique obéissent tous aux lois que nous\n\" avons précédemment étudiées ; (lois d'acou-\n\" stique). Le classement suivant montre à\n\" laquelle de ces lois est soumis chacun d'eux\n\" en particulier.\nJe n'indique que ce qui peut nous intéres-\nser ici et je trouve dans ce classement :\n( Clarinette\n\" Tuyaux à anches Cor de Basset\n(Clarinette Basse\nhumaine\nHautbois\n\" Xuyaux ouverts à anche double< or &\nJ Basson\nContre Basson\nTout commentaire est je crois inutile.\nLes\" flûtes\" grecques étaient très nombreuses\nmais on peut juger par ce qui précède qu'il est\ndifficile si non impossible d'en établir une\nexacte classification, on trouvera leurs noms\ndans les écrits des auteurs que j'ai cite. Je\nreproduirai pourtant un passage de Gevaert\noù cet auteur cite les \" auloi \" qu'il admet\ndans la famille des hautbois :\n1 •< La famille des hautbois avait donc chez\n\" les anciens un domaine singulièrement re-\n\" streint ; ses représentants doivent être cher-\n\" chés parmi les variétés secondaires des\n\" \" auloi enfantins \" 2 ; c'étaient pour la\n\" plupart des instruments étrangers, peu cul-\n\" tivés par les Grecs et destinés à être joués\n\" sans chant. Tel est leagingros\" dont le\n\" tuyau n'avait que la longueur d'un empan\n\" (20 à 25 cent.) dimension qui lui assigne une\n\" place dans la classe la plus aiguë représentée\n\" par \" l'aulos parthénien \" (Mi 3 mi 5 au\n\" diapason moderne). 3 Ses sons étaient aigres\n1 Gevaert, id., p. 284.\n2 Id., p. 273 (Division Aristoxénienne).\n3 L' \" e, ràqyeh \" dont il sera parlé par la suite est\nun hautbois persan (Fétis, t. 2, p. 152) ; il ne mesure\nque 244 millimètres et possède cependant une échelle\ndivisée par quarts de tons qui va du\n\n1 Id., p. 300.\n2 Id., p. 300, note 3.\n3 Voir le n° de décembre."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.110", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1844, "texte": "et plaintifs. (Ath., 1. IV, p. 174 112. cf. Pollux,\n\" 1. IV, sect. 76.) \"\n\" Les Phéniciens auxquels on attribue l'in-\n\" vention de ce petit hautbois, l'appelaient\n\" \" Adonis \" du nom de certains chants mé-\n\" lancoliques sur la mort du jeune dieu tué\n\" par un sanglier. Les Athéniens du IVe siècle\n\" av. J. C. s'en servaient parfois dans leurs\n\" banquets. (Amphis et Axionicos, ap. Athen.\n\" liv. IV, p. 175, a. b.)\nNous rangerons aussi parmi les hautbois,\n1 \" aulos \" funèbre de la Phrygie, en usa«;e\n\" également chez les Cariens (Pollux, 1. IV,\n\" sect. 75.)\n1 \"Un renseignement d'Elien, recueilli par\nPoiphyre, nous apprend que les auloi phry-\ngiens avaient un diamètre plus étroit que\nceux d origine grecque. Leur timbre était\n\" en conséquence moins plein que celui des\n\" instruments à gros tuyau (bombykoi) ; les\nlittérateurs Romains le dépeignent comme\n\" terrifiant, strident, horrible. \"\nL art aulétique fut cultivé avec un grand\nsoin chez les Grecs, et l'aulète (le joueur\nd \" aulos \") l'objet d'une admiration et d'une\nconsidération très enviables ; point de funérail-\nles ni de noces d'où les aulètes fussent absents.\nLes musiciens Romains des deux premiers\nsiècles ne portèrent pas moins leur attention\nvers cette partie de l'art pratique; les \" tibiae \"\naccompagnaient au théâtre les ensembles dra-\nmatiques, les tibiae longues et graves étaient\nafFectees a l'usage du culte Romain.\nMais vers le V( siècle les \" auloi \" cessèrent\nd etre cultivés avec soin, le christianisme con-\ndamna 1 instrument auquel les païens attri-\nbuaient le pouvoir d'apaiser les dieux ; les\n\"auloi \" furent abandonnés aux musiciens po-\npulaires pour une longue suite de siècles; nous\nles retrouverons chez les Arabes et les Egyp-\ntiens sous les noms de \" zamr \" et \" zamir \". 2\n\n1 Gevaert, id., p. 288.\n2 Voir la note 2.\n\nA. Bridet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c057", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c057", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 110, "image_fin": 113, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.22", "titre_corps": "Questions Sociales", "titre_sommaire": "Questions Sociales", "signature_source": "M. D", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.110", "debut_caractere": 1846, "fin_caractere_exclue": 3279, "texte": "Questions\nSociales\n\nET INTÉRÊTS PROFESSIONNELS\nLE GRACIEUX CONCOURS\nRemercions vivement tous les artistes qui\nont bien voulu répondre à notre enquête sur\ncette importante question du gracieux concours.\nIls témoignent, en écrivant, d'un esprit de\nsolidarité tout à leur honneur et aussi d'un\ncertain courage puisqu'ils osent, en toute\nfranchise, donner leur opinion et leur signa-\nture. C est d un bel et bon exemple. L'énergie,\nla décision prompte, la rectitude du caractère\nsont les premières des qualités pour un artiste...\net pour un homme.\nRendons hommage, tout d'abord, au maître\nvénéré qui nous adresse la lettre suivante, à\nM. Théodore Dubois.\nM.,\nA mon avis le \" gracieux concours \" ne devrait\njamais être sollicité par les gens du monde ni accordé\npar les artistes.\nMais comment empêcher cela ? Grève, agence,\nsyndicats, me paraissent moyens détestables, dont le\nrésultat serait finalement, et fatalement, de nuire aux\naltistes, car ce serait alors les gens du monde qui\nferaient la grève et qui auraient recours aux amateurs,\naujourd'hui très nombreux et dont beaucoup ont un\nréel talent.\nLes pauvres artistes sont souvent victimes de cette\nespèce d indiscrétion qui les poursuit, inconsciemment\nle plus souvent. Combien de maîtresses de maison\ndonnent, ainsi, chez elles, de magnifiques concerts qui\nne leur coûtent rien !\nEn somme, le \" gracieux concours \" ne devrait\nexister que d'artiste à. artiste, ou encore lorsqu'il"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.111", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 4792, "texte": "s'agit d'œuvres de bienfaisance notoires. Comment le\ncombattre sous les autres formes ? Je crois que l'inter-\nvention à peu près unanime de la presse pourrait avoir\nun bon résultat si elle s'efforçait, par des arguments\nsolides, et sous une forme courtoise, de faire com-\nprendre aux gens du monde qu'ils commettent une\naction peu digne d'eux et de leur situation en récla-\nmant et en acceptant le concours d'artistes sans\nrétribution. Le comprendront-ils ? Là est la\nquestion. Ne se feront-ils pas ce raisonnement : Il est\nvrai que nous ne payons pas les artistes, mais lorsqu'ils\ndonnent des concerts, nous leur prenons des billets ?\nC'est possible et même vrai, mais combien en prennent-\nils ? Un, deux, trois. Ils vont rarement au-delà ! Il\nfaut avouer que c'est une mesquine rétribution.\nQuoi qu'il en soit, je ne vois guère d'autre moyen\nde combattre le \" gracieux concours \" que la per-\nsuasion. Tout autre serait une atteinte à la liberté\nde chacun.\nTHÉODORE DUBOIS.\nOn reconnaît, dans cette lettre, l'esprit de\ntact, de modération, de courtoisie qui caracté-\nrisent M. Th. Dubois. La \" persuasion\nest-elle suffisante pour déterminer ceux qui en\nprofitent à renoncer à leurs avantages ? C'est\nce que l'avenir montrera.\nM. Georges Sporck est très net dans sa\nréponse.\nMonsieur et cher Collègue,\nJe me fais un devoir de répondre à la question que\nvous posez : le gracieux concours doit-il être toléré,\nencouragé ou combattu ?\nEncouragé, quand, par devoir professionnel, nous\nle prêtons entre artistes, c'est-à-dire dans la grande\nfamille intellectuelle que nous formons.\nAbsolument supprimé pour toute autre cause.\nIl y a trop d'abus.\nLes artistes auront toujours à cœur de ne demander\nou d'accepter de gros cachets quand on les sollicitera\npour des œuvres de bienfaisance ; mais là, où il y\naura recette, on devra leur donner autre chose que\ncent sous pour leurs voitures et un bouquet de\ntrois francs cinquante. Les femmes, notamment, ont\ndes frais de toilette dont il faut bien tenir compte.\nPour les soirées mondaines, je suis tout aussi radical.\nLes personnes qui reçoivent devront envisager les\ndeux solutions suivantes : ou bien s'imposer une\ndépense de quelques louis de plus ; ou restreindre\nleurs frais de réception.\nN'est-il pas navrant de penser qu'après avoir\ntravaillé toute la journée, nous devions continuer le\nsoir en exécutant une partie de concert qui nous fait\ncoucher tard, nous fatigue, et ne nous rapporte que\nde l'eau bénite de cour.\nVoici, cher Monsieur, mon impression personnelle,\nqui, je le sais, est celle de beaucoup de mes confrères.\nG. SPORCK.\n•*' r ;\nCeci est net, et rempli de bon sens\nqualité plus rare qu'on ne suppose —. Si tous\nles confrères de M. Sporck sont de son avis,\nle \" gracieux concours \" sera bientôt supprimé.\nM. Roger de Beaumercy, organisateur de\nsoirées mondaines, paraît fort bien placé pour\nconnaître la question. Sa lettre est trop longue\npour être publiée intégralement ; c'est dom-\nmage, car elle est fort humoristique. En voici\nquelques passages :\n\" A mon avis, le \" gracieux concours \" doit être\ncombattu.\nL'artiste a trois ennemis : le gâcheur, Y amateur, et\nle \" tapeur de concours gracieux \".\nLe gâcheur, c'est l'artiste de métier qui se dérange à\nn'importe quel prix, celui qui va jouer une revuette\ndans une société à 100 kilomètres de Paris pour 25 fr. 5\ncelui qui ira chanter à Bondy ou à Bourg-la Reine\npour 10 fr. et ainsi de suite. J'en connais. L'amateur\nest toujours doublé d'un gâcheur et d'un artiste\nmédiocre, il se dérange pour rien, ou presque, et rend\nridicule le genre qu'il exploite. \"\nIci nous protestons. M. de Beaumercy, en\nécrivant cette phrase, a en vue un certain\ngenre de productions, mais, à notre tour nous\ndirons :je connais des \" amateurs canta-\ntrices, instrumentistes, chanteurs, bien au-\ndessus de certains professionnels, allons plus\nloin, doués d'un très réel talent et s'étant\nastreints à un très sérieux travail ce qui\nrend, pour les artistes, leur concurrence d'au-\ntant plus dangereuse.\nReprenons notre lettre.\n\" Au point de vue salon. Une maîtresse de\nmaison a toujours, plus ou moins, un professeur de\nchant ou de piano pour sa fi11e.... le concours du\nprofesseur est acquis de droit ; mais la maîtresse de\nmaison, roublarde, le prie d'amener, pour sa soirée,\nquelques camarades. Alors le professeur, pour\ngarder sa cliente, prie des amis de venir et ceux-ci\nviennent en effet, pour être agréables à leur collègue.\nLe tour est joué.\nUne autre forme de tapage c'est celle qui consiste à\ndemander votre \" gracieux concours \" en vous faisant\nvaloir qu'il y aura dans le salon en question : M. X,\nle gros banquier, M. Y, l'industriel bien connu, ou\nM. Z, le notaire, qui donnent des fêtes magnifiques\net qui vous prendront sûrement en vous donnant un\ngros cachet."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.112", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 4952, "texte": "Bref, pour les salons, il n'y a qu'un moyen, c'est\nde refuser.\nPour les sociétés... je répondrai que les plus chics\nde Paris sont celles qui payent le moins et elles ont\nà l'œil : la Comédie-Française, l'Opéra, l'Opéra-\nComique... comment voulez-vous que ceux qui n'ont\nqu'une demi-vedette se fassent payer ?.. Le mal vient\nd'en haut.\nLe remède ?\nPour les salons, rien à faire. On ne peut empêcher\nun artiste d'aller dans un salon ami. Pour les sociétés\nqui ont un caractère public (puisqu'on peut payer sa\nplace) il faut exiger un minimum d'un louis par\nartiste. Ce jour-là, au lieu de donner des concerts avec\n20 artistes, de 1 h. | à 6 h. ils commenceront à\n3 heures jusqu'à 5 h. avec 6 ou 7 artistes de métier,\nqui garderont la scène d'heure au lieu de dire juste\nune poésie et de s'en a11er.... Il faudrait créer un\nSyndicat des artistes Professionnels concertistes. Ce grou-\npement pourrait lutter efficacement contre les fâcheux\nen les boycottant, en clouant leur nom au pilori...\nEnfin ce syndicat ferait distribuer, à toutes les sociétés,\nla liste des amateurs moitié-professionnels qui encom-\nbrent la situation :\nM. un tel, chanteur, est un courtier en vins.\nM. un tel, humoriste (?), est un calicot.\nM. un tel, violoniste, est un fonctionnaire,\nvivant de leur métier et faisant \" l'artiste \" pour leur\nargent de poche.\nVoilà la bonne besogne à faire, etc.\nR. DE BEAUMERCY.\nCette lettre est extrêmement intéressante,\nnon seulement par elle-même, mais par l'état\nd'esprit qu'elle dénote. Nous n'en connaissons\npas personnellement l'auteur ; peut-être a-t-il\nsouffert lui-même de l'état des choses, certai-\nnement il en a vu beaucoup souffrir et,\npassionnément, il entreprend de se défendre,\nlui, et les autres. Il connaît bien la question,\nmais l'examine d'un point de vue trop parti-\nculier : celui du genre qu'il cultive ; cependant\nil est pratique, le chiffre ne l'effraie point, ni\nle détail pittoresque. Certains de nos lecteurs\ntrouveront peut-être que ces questions de\n\" gros sous \" manquent d'élégance. Qu'ils\nveuillent bien se représenter la condition\nmédiocre de beaucoup de pauvres hères qui\nont cru se vouer au \" Grand Art \" et qui\nvoient se dérouler, affreusement tristes, non\npas le collier, mais la lourde chaîne des jours ;\nceux qui sourient en scène et se demandent\ndans la coulisse, avec un serrement de cœur,\ncomment ils régleront le terme à venir ou la\nnote d'un fournisseur impayé. Il y a là de\ngrandes détresses, et loin de cultiver nos sen-\nsibilités exigeantes en nous plaignant de les\nconnaître, il faut nous pencher sur elles et\nleur tendre une fraternelle main.\nAjoutons que, comme pour nuire à sa cause,\nnotre correspondant nous dévoile inconsciem-\nment tous les désavantages du moyen qu'il\npréconise. Le syndicat s'affirme ici avec sa\ntyrannie possible. Nous \" boycotterons \" les\nfâcheux ; nous \" démolirons \" (le mot y est)\nles amateurs.... C'est l'attitude du combat, et,\npar définition, celle de l'injustice, car le com-\nbat, bien mené, c'est l'espérance de la victoire\na tout prix. \" J'aime mieux l'injustice que le\ndésordre \", disait Gœthe. Parole étonnante\nchez un tel homme et faite pour déshonorer\nune telle bouche. Il ne faut jamais aimer\nl'injustice.\nDe Mme Jane Arger, l'aimable cantatrice,\nnous recevons la lettre suivante qui fait autant\nd'honneur à la femme qu'à l'artiste :\n\" Supprimer le \" gracieux concours \" ? Je ne crois\npas que vous trouviez une solution radicale. Mais on\npeut l'endiguer peut-être. Car enfin il faut bien\navouer qu'il n'est pas toujours l'ennemi de l'artiste.\nVous avez dit si joliment le rôle des artistes dans les\nbonnes œuvres, qu'il est inutile d'ajouter un mot à\nvos lignes. Mais l'interprète a, je crois, une autre\nraison d'accepter le très onéreux \" gracieux concours \".\nC'est la joie désintéressée, irrésistible pour lui de\nprendre part à l'exécution d'une belle œuvre. Si, par\nsurcroît, cette œuvre est celle d'un auteur inconnu,\ndigne d'être secondé, (combien de jeunes musiciens ne\npourraient faire connaître leurs œuvres sans le secours\ndu \" gracieux concours \"... hélas !) l'action est plus\ndigne encore.\nMais... mais... il y a les abus.\nContre ces abus, il faut que les amateurs de musique\nnous aident eux-mêmes à réagir. Il faut que vous leur\nfassiez comprendre la grave responsabilité qu'ils assu-\nment. Lorsqu'il s'agit des cas mentionnés dans votre\nétude (concerts mondains, tasse de thé) le temps que\nle \" gracieux concours \" dérobe à l'artiste est perdu\npour l'art ; car, en outre du temps qu'il donne,\nl'artiste est entraîné à quelques dépenses obligatoires ;\nil doit regagner tout cela difficilement d'un autre côté.\nComment ? En faisant ce que les professionnels ap-\npellent avec tristesse : du métier. Car il faut vivre !\nIl me semble qu'en mettant de part et d'autre de la\nbonne volonté, artistes et amateurs de musique pour-\nraient facilement s'entendre. Un bon exemple est\nfourni actuellement par les docteurs en médecine."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.113", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 5, "texte": "M. D."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.113", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 4649, "texte": "Tous, célèbres ou inconnus, appliquent à la société la\nmême loi d'équilibre ; dévoués également aux riches et\naux pauvres, ils demandent à ceux qui peuvent donner\net n'exigent rien de ceux qui ne possèdent rien. Les\nartistes créent la beauté pour Pâme. Pourquoi les\ninterprètes ne suivraient-ils pas tous cette voie si bien\ntracée ? Ils ne se feraient d'ennemis que parmi ceux\nqui ne comprennent pas le noble rôle joué par l'art\ndans la société.\nJANE ARGER.\nUn excellent professeur de chant, Mme\nJacquemin, nous écrit d'autre part :\n\" Que faire ? Il faudrait que tous les artistes fussent\nligués et se missent en grève. Jamais on n'arrivera à\ncela... De plus, si nous refusons tous notre \" gracieux\nconcours \", les amateurs nous remplaceront sans peine,\nil y en a de fort intéressants.\nIl y a du vrai dans cette dernière phrase.\nPour finir, l'avis, très pratique et très net,\nde Mlle Delhez, la gracieuse cantatrice qui\norganise les séances du Lyceum Club :\n\" Dans tous les cas, les frais de voiture et de dé-\nplacement exigés par les répétitions, de même que\nl'accompagnateur (pour les chanteurs, violonistes, etc.)\ndevraient être remboursés. Même dans les concerts de\nbienfaisance une redevance doit être allouée aux\nartistes. Sans eux, il n'y aurait pas de concert possible...\nIl faudrait s'entendre ; nous pourrions nous syndiquer.\nLes pianistes-accompagnateurs se sont syndiqués ; je\nne crois pas que cela leur ait nui...\nLes choses de luxe s'apprécient seulement lorsqu'elles\ncoûtent cher, et, en discréditant la musique, nous\nnous tuons nous-mêmes.\nCette philosophique réflexion devrait être\ninscrite en lettres d'or dans toutes les salles de\nconcert et méditée longuement par tous les\nauditeurs.... et les exécutants. Elle comporte\ndes sens nombreux, divers, et fort attachants.\n*\n* *\nNous donnerons dans le prochain numéro\nles lettres de Mrs Mulet, Schmoll, Godebski,\nLebome, Weiller ; de Mmes Delage-Prat,\nCarissan, compositrices ; Caillé, etc.\nM. DAUBRESSE.\nFAITS SOCIAUX\nTHEATRE. Un groupe d'artistes lyriques va\ndonner, à Liège, une série d'opéras-comiques du\nXVIIIe et du début du XIXe siècles. A Berlin on\nse sert du gramophone pour imiter les murmures de la\nfoule dans le Forum ; à Londres pour \" la musique\ndans l'éloignement \" ; à Moscou pour les plaintes et\nles cris des enfants dans un drame de Gorki. A\nNew-York, depuis le mois de janvier 1910, première\nsaison d'opéra par la téléphonie sans fil, porte à\n100 kilom. A Calcutta, à une représentation du\nRoi Cadore, les artistes portaient tous de vrais bijoux :\nla chanteuse avait une tiare de diamants et de rubis,\nun collier de brillants, un bracelet de saphirs. Le total\nmontait à 10 millions. Si non e <vere. A Munich,\nfondation d'un Opéra populaire. A Buenos-Ayres,\nune nouvelle société, La Teatrale, va truster les\nthéâtres sud-américains, elle forme aussi une troupe\nd'opérettes. A Alexandrie une troupe française\nd'opéra comique s'installe à l'Alhambra et une troupe\nitalienne au Petit-Théâtre. Depuis la Noël les\nthéâtres de Londres n'ont pas représenté moins de\ncinq pièces pour enfants, jouées par des enfants.\nAu Lyceum, à Londres, dans la pantomine Aladin\nle principal tableau est un parc d'aviation avec aéro-\nplanes de modèle réduit.\nCONCERT. A New-York, Mr. Harding a joué\ndu piano pendant 36 heures 32 minutes. C'est le\nrecord. Une société musicale indienne, sous la\nconduite d'un chef indien, fera une tournée européenne\ndu 15 juin au 15 septembre. M11(' Pilar Osorio est\nune pianiste espagnole de 3 ans qui joue les morceaux\nles plus difficiles (!) sur un petit piano à son usage.\nA Bruxelles, lors de la future exposition, audition\nd'une Cantate avec 1400 exécutants.\nMOUVEMENT SOCIAL. Les machinistes de l'Opéra\net de la Hofburg (Vienne) se mettent en grève,\ndemandent une augmentaticn de salaire et la recon-\nnaissance de leur syndicat. A Trieste le conseil\ncommunal refuse la subvention annuelle de 40.000\ncouronnes. Il n'y aura que quelques représentations\npopulaires. A Biella, on donnait Ernani ; les\n•artistes qui n'étaient pas payés, refusent d'entrer en\nscène ; le directeur s'étant absenté avec la recette, cris,\ntumulte. On menace les malheureux de prison. Ils\njouent et le lendemain décampent.— Les choristes de\nBudapesth sollicitent une augmentation ; la direction\nles licencie, ils rentrent sans avoir rien gagné. A\nKiel, de jeunes enfants, engagés pour jouer Cendrillon\net non payés, se mettent en grève. On fait venir des\nbonbons, la grève échoue. A Budapesth le directeur\nde la police exige des artistes de Music-hall un\nbrevet de capacité (!) et des tenanciers de bars, au\nthéâtre, un brevet de moralité (!!)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c059", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c059", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 115, "image_fin": 117, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.23", "titre_corps": "Cours et Conférences", "titre_sommaire": "Cours et Conférences", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.115", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3728, "texte": "Cours et Conférences\nHAUTES ÉTUDES SOCIALES\ni février : M. Pirro termine l'étude de\nBuxtehude (A ce propos, je rectifie une\ncoquille égarée dans le dernier compte rendu :\nlire la et non sa bergamasque) en parlant des\nintentions symboliques de ses compositions.\nLes contemporains avaient adopté des formes\ncorrespondant à des pensées. B. n'en abuse\npas, très simple et d'ailleurs empêché par son\nharmonie homophone et par son instrumenta-\ntion peu souple. En somme il use exception-\nnellement des valeurs musicales. Il se sert plus\nfréquemment des procédés expressifs, obligé de\ncompter avec un public des négociants qu'il\nfallait distraire et émouvoir : il emploie les\nsixtes mineures pour les implorations, les tons\nchromatiques exaspérés pour rajeunir les\nthèmes et les chorals usuels, les interruptions\naux effets dramatiques et enfin la mélodie\nample qui, venue d'ltalie, apparaît en Alle-\nmagne et va se développer. Elle surgit à\nl'époque du Piétisme, mouvement pieux des\nLuthériens autour des souffrances de Jésus.\nB. a pris part sinon au Piétisme ennemi des\narts, du moins à l'esprit piétiste avant sa\nlettre, nourri de textes pathétiques d'origine\ncatholique. B. le reflète. Il remplit vraiment\npar là sa fonction sociale du musicien qui sert\nde lien entre ses contemporains de mêmes\ntendances.\ni 6 et 22 Février : M. de la Laurencie\ntraite du ballet de cour où la poésie et la\nmusique se combinent avec la danse qui\ndomine. Ce genre comprend des entrée, des\nrécits chantés surtout explicatifs et des danses.\nL'origine du ballet, il faut la chercher non\nseulement d.ins le ballet italien, mais dans nos\ntournois et nos mascarades accompagnés de\nmusique. Sa poétique, comme il tend seule-\nment à distraire, n'est pas rigoureuse. On\nmet en scène des entités métaphysiques ou\nbien des actions romanesques. L'opéra est sorti\nde là. M. de la Laurencie donne la biblioera-\nphie des principaux ouvrages concernant le\nballet : traités, livrets, relations de l'époque,\nétudes modernes. La vogue de ce spectacle\nfut très grande. Poètes et renom et grands\nseigneurs s'en occupèrent. La musique com-\nprend de courtes symphonies et des entrées.\nElle est généralement composée en collabora-\ntion. Elle est froide et monotone, mais elle\nprend de plus en plus d'importance. M. de la\nL. indique les éléments qui rehaussaient l'ac-\ntion: les actualités, l'exotisme, les bouffonneries\nsurtout au début et enfin les décors, les ma-\nchines et la mise en scène qui, sommaire au\nXVIe siècle se perfectionna. C'est surtout dans\nla danse qu'on doit chercher le caractère\nexpressif. Dans la musique qui raccompagné,\nil y a des essais de description et aussi de psy-\nchologie. M. de la L. nous indique la compo-\nsition de l'orchestre. Les musiciens se trouvent\n■«v •\nsouvent en scène, costumés, soit pour accom-\npagner les personnages, soit sur les machinés,\ndans les décors. Le chant comprend des récits\npurement explicatifs ou bien dramatiques, des\ndialogues toujours symétriques et des chœurs\nà deux ou trois voix. De vrais finals d'Opéra\nterminaient chaque partie. En terminant, M. de\nla L. mentionne un élément assez fréquent :\nl'air à boire, qui émigrera dans l'Opéra.\nA la fin de la deuxième conférence, accom-\npagnés par M. Wagner, M. Sautelet et Mli(\"\nBonnard chantèrent divers airs ou dialogues\navec infiniment de goût.\n—Je suis obligé de parler très brièvement,—\net je le regrette beaucoup —, des quatre der-\nniers concerts donnés par M. Expert. Comme\nles deux premiers, ils ont été d'un très grand\nintérêt en nous révélant bien des œuvres in-\njustement oubliées. Les maîtres grands ou petits\nitaliens ou français, du XVIIe et du XVIIIe\nsiècles nous sont maintenant plus familiers et\nnotre reconnaissance pour M. Expert en est\ngrande.\nO"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.117", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3766, "texte": "LES GRANDES ÉPOQUES DE LA\nMUSIQUE\n. t\nSous ce titre, M. Landormy et MllePironnay\nont entrepris, il y a deux ans, une œuvre très\nutile : sans tomber dans le banal cours mon-\ndain, apprendre à un publie désireux, de s'in-\nstruire ce qu'est la véritable musique. Cette\nannée, M. Landormy, appuyant ses leçons\nd'exemples nombreux et caractéristiques, a\nparlé de la musique instrumentale. Il en a\nretracé dans ses grandes lignes, l'origine dans\nl'antiquité, ensuite au Moyen Age et pendant\nla Renaissance, en Angleterre, en Italie et en\nFrance puis il en Allemagne. Il nous a\nmontré le développement de l'art religieux à\nl'église, et celui de l'art profane grâce aux\nminnesinger et aux meistersinger, puis la trans-\nformation qu'amène la Réforme. Il fut ensuite\nquestion des grands précurseurs, Schûtz, Swe-\nlinck, Buxtehude, Kuhnau et des Italiens\nvenus dans les cours allemandes.\nA. Bach furent consacrées deux conférences\noù M. Landormy étudia la structure et le\nstyle des cantates, notamment leur significa-\ntion symbolique, puis la technique du maître,\nses modifications concernant l'étude du clave-\ncin et enfin l'emploi qu'il fit de la fugue et du\nchoral. Haendel fut l'objet d'une autre leçon\noù furent retracées les péripéties d'une existence\ncourageuse et mouvementée. A propos d'\nHaydn, M. Landormy montra la transforma-\ntion qui s'accomplit dans l'art classique. Il fit\nrevivre pour nous le maître viennois, musicien\nvalet, brave homme sans passions dont le\nrôle fut des plus utiles, car il contribua à créer\nla sonate et la Symphonie.\nGABRIEL ROUCHES.\nUNIVERSITÉ DE GRENOBLE.\nCours d'histoire de la musique, professé à\nl'lnstitut Français de Florence, .annexe de la\nFaculté des Lettres de l'Université de Gre-\nnoble, par M. Paul-Marie Masson.\nUArt musical dans l'histoire de la civilisation\neuropéenne. Introduction à l'étude de la musique\neuropéenne.\nDans le cours de cette année, M. Paul-\nMarie Masson s'attache surtout à montrer\nl'importance de l'histoire de la musique pour\nl'étude des questions d'histoire générale, et\ninversement, la nécessité de faire appel à l'his-j\ntoire générale pour expliquer l'évolution de\nl'histoire de la musique. M. Masson étudie les\ngrandes époques de la musique, depuis l'anti-\nquité gréco-latine jusqu'à la période contem-\nporaine, au point de vue de leurs rapports avec\nles divers courants de pensée et de civilisation,\navec la littérature et les arts plastiques, avec\nles grandes transformations politiques ou so-\nciales. L'enrichissement progressif de la tech-,\nnique et les principaux caractères des différentes\nmodes musicales sont mis en lumière à l'aide\nde quelques textes choisis, analysés au piano..\nC'est là surtout, comme le titre l'indique, un\ncours d'introduction, destiné à familiariser les\nétudiants français et italiens avec cet ordre de\nquestions, encore nouveau pour eux. M. Mas-\nson commencera dès l'année prochaine, l'étude\ndétaillée de la musique française. L'empresse-\nment avec lequel le nouveau cours est suivi\npar les étudiants français, par le public florentin\net par la colonie étrangère fait bien augurer de\nl'avenir de la section d'histoire musicale orga-\nnisée à l'lnstitut français de Florence par\nM. Paul-Marie Masson sous la haute direction\nde M. Romain Rolland.\nt\nFACULTÉ DE THÉOLOGIE PROTESTANTS.\nM. JEAN LEMONNiER, professeur à la\nfaculté, a donne les 17 février et 3 mars deux\nconférences sur l'histoire du Choral Luthérien\nque nous citerons pour l'audition musicale\ntrès bien comprise qui les accompagna. (Cho-\nrals de Bach, de Goudimel, et anonymes).\nINSTITUT GÉNÉRAL PSCHYGOLOGIQUE.\nNotre collègue M. A. de Bertha a très judi-\ncieusement caractérisé en une conférence la\npsychologie des I ziganes, et fait entendre au\npiano quelques pièces de leur musique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c061", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c061", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 119, "image_fin": 119, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.24", "titre_corps": "L'Édition Musicale", "titre_sommaire": "L'Édition Musicale", "signature_source": "J. 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Broqua a écrit de la\nmusique française : française par les qualités\ncomme par les défauts : discrétion parfaite,\nsens des demi-teintes, incertitude perpé-\ntuelle de la mesure et du contour ; çà et là,\nquelques souvenirs opiniâtres de la Bonne\nChanson ; et à peine, de temps à autres,\nquelques singulières formules rythmiques, qui\nse faufilent et font une petite tache d'exotisme\ntout à fait savoureuse.\nLa Sonate piano et violon de M. Stan Go'e-\nstan 1 est évidemment une œuvre de jeunesse.\nElle sera toutefois lue avec le plus grand\nplaisir par tous ceux que déroute notre\nmusique ultra-moderne ; ils y trouveront a\ndéfaut d'un coloris bien vif ou d'un lyrisme\nbien intense, une grande facilité mélodique,\nde la bonne foi, et même de l'enthousiasme,\nchose rare aujourd'hui.\nM. Richard Buchmayer édite une Cantate\nde Georg Bohm : 4 \"Mein Freund ist mein \",\npour quatre Solistes et pour Chœur, avec\naccompagnement réduit au piano. Malgré\nquelque monotonie due à la répétition con-\nstante des mêmes paroles et du même thème,\ntoute l'œuvre, saine et forte, peut rivaliser .\navec les productions analogues de Haendel ou\nde Bach, dont elle est contemporaine.\nM. Shapleigh représente l'Ecole américaine,\npresque totalement inconnue en France :\nnous avons ici sous les yeux trois Suites d'Or-\nchestre : Mirages, Ramayana, et Gur AmirA\nIl faudrait entendre ces œuvres pour pouvoir\nles juger équitablement. Quand donc aurons-\nnous une séance de musique américaine ?\nV. P.\nNotre collègue CHARLES BOUVET1 continue\navec la patience qui convient à la musicologie\nsa publication de textes. Après s'être attaqué\nà Leclair et avoir payé son tribut à Bach, il a\nrestitué très heureusement quelques œuvres\nbien injustement oubliées des deux vieux\nCouperin, le Sieur de Crouilly et Louis\nCouperin. Puis il est passé en Espagne avec\nun air de délia Torre (XVe siècle) et avec ce\nmystérieux Pierre Bucquet, Français égaré à\nMadrid. Voici enfin que cette collection arrive\nà l'Allemagne italianisante avec deux Sonates\nde Gluck et à l'ltalie proprement dite, avec un\nconcerto de Vivaldi pour quatre violons, l'un\nde ceux que Bach se plut à transformer pour\ninstruments à clavier.\nM. Bouvet, en se vouant à cette tâche de\nfaire admirer et surtout goûter les belles\nœuvres des anciens s'est mis à la tête d'une\nentreprise extrêmement délicate et qui réclame\nà la fois un artiste, un érudit, un connaisseur\ndu public et même un capitaliste. Car il\ns'agit de rendre accessible au goût moderne\ndes amateurs des ouvrages écrits il y a plusieurs\nsiècles, et toutefois sans que ces ouvrages per-\ndent rien de ce qui les fit jadis admirer. Tout\nen ayant l'air de travailler pour le public,\nil faut en réalité faire son éducation, et sans\nêtre pédant, se défendre contre la critique.\nLa collection Bouvet fait peu à peu son\nchemin dans le monde ; elle a déjà rendu de\ngrands services à la cause de l'art ancien.\n1 chez Gallet.\n2 chez Fœtisch à Lausanne.\n3 chez Medina et Higo à Buenos-Aires.\n1 chez Breitkopf et Hârtel. 2 chez Demets."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c063", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c063", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.25", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1222, "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE \"DES\nAMIS T)E LA MUSIQUE\nCOMITE D'HONNEUR\nM. le Président de la République.\nM. le Ministre de V Instruction\nM. le Sous-Secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts.\nM. Gabriel FAU RÉ Directeur du Conservatoire.\nM. Henry MARCEL, ancien Directeur\nde la Bibliothèque Nationale.\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nBUREAU\nPRESIDENT\nM. HENRY ROUJON, /' secrétaire\nperpétuel deT Académie\nVICE-PRÉSIDENTS\nM\nM. Louis BARTHOU,\nla justice.\nM. LE COMTE GASTON CHANDON DE\nBRIAILLES.\nM. ADOLPHE BRISSON, homme de lettres.\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nDIRECTEUR ARTISTIQUE\nM. GUSTAVE BRET.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL\nM. J. ECORCHEVILLE,\nMEMBRES DU CONSEIL\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, dir\nraire au ministère\nM. GUSTAVE BERLY,\nM. LÉON BOURGEOIS, sénateur, ancien\nministre.\nM. FRANZ CUSTOT.\nMME MICHEL EPHRUSSI.\nM. GEORGES GAIFFE.\nM. FERNAND HALPHEN.\nMME LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMME LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nM. Louis HAVET, de\nau Collège de France.\nMME DANIEL HERMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nM™* GEORGES KINEN.\nMME LA COMTESSE PAUL DE PoURTALÈS.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. 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I. M. (Bulletin français de la Section de Paris de la Société\ninternationale de Musique) est envoyée régulièrement à titre gratuit a tous les Amis.\n2° Sur la présentation de leur carte, les Amis °J\nles ouvrages absolument nets.\nChez MM. Bouwens van der Boijen et Cie, 6, Square de l'Opéra.\nChez M. Demets, 2, rue de Louvois ;\nChez M. Max Eschig, 3, rue Laffitte ;\nChez M. Marcel Jumade, 69, rue Condorcet ;\nChez M. Z. Mathot, 11, rue Bergère ;\nChez MM. Rouart, Lerolle et Cie, 18, boulevard de Strasbourg.\nChez M. Alcan, 103, boulevard Saint Germain, 10 °/0 sur les volumes de la collection\ndes Maîtres de la Musique.\nChez M. Delaplane, 48, rue Monsieur le Prince, 10 u/0 sur l'Histoire de la Musique\nde M. Landormy.\nChez M. Fischbacher et C'e, 33, rue de Seine, 10 °/0 sur les ouvrages de leur librairie.\nChez M. H. 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PAR AN.\nLe \" MUSIKALISCHES WOCHENBLATT \" publie des articles de fond\ndes nouvelles et des critiques, rédigés par les musiciens et les musicologues les plus\néminents. Cette revue abondante donne un tableau complet de la vie musicale\ndu monde entier. Elle est connue pour ses tendances progressistes.\nLe \" MUSIKALISCHES WOCHENBLATT \" se recommande aux artistes,\néditeurs, luthiers et établissements de tout genre, qui désirent se faire connaître\npar des insertions.\nEnvoi gratuit d'un numéro spécimen.\nADMINISTRATION: OSWALD MUTZE, LEIPZIG\n4, LINDENSTRASSE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c070", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c070", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 90, "image_fin": 90, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.32", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.90", "debut_caractere": 2944, "fin_caractere_exclue": 3174, "texte": "Application\nraisonnes des\nmeilleurs procédés\npédagogiques\net techniques\nemployés par les\ngrands maîtres\ncontemporains\nfrançais\net étrangers.\nLEÇONS de PIANO\nVIOLONS, SOLFÈGE HARMONIE\nPAR CORRESPOND\nCOURS SINAT\nRue Franklin, 5, PAR"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c071", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c071", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 91, "image_fin": 91, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.33", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.91", "debut_caractere": 2576, "fin_caractere_exclue": 3444, "texte": "Agence Musicale E. DEMETS, 2, rue de Louvois\nORGANISATION DE CONCERTÉ»\nT F\nSALLE DE LA SCHOLA CANTORUM.\n269, RUE ST. JACQUES\nVENDREDI 18 MARS 1910, à 9 heures dusoir\n(OUVERTURE DES PORTES A 8 H. IP)\n? - • »;\nM,le Antoinette VELUARD\n3111 e RÉCITAL DE MUSIQUE MODERNE\n1. SONATE . . . . , PAUL DURAS\nI. Modérément vite\n11. Calme un peu lent très soutenu\nin. Vivement avec légèreté\nIV. Très-lent, animé, vif\n2. PRELUDE, CHORAL et FUGUE . . CÉSAR FRANCK\n3. SONATE EN MI VINCENT D'INDY\nI. Modéré\n11. Très animé\n111. Modéré\nSALLE ÉRARD, 13 RUE DU MAIL\"\nJEUDI 14 AVRIL 1910, à 9 heures du soir\n(OUVERTURE DES PORTES A 8 H. IJ2)\n4me RÉCITAL AVEC ORCHESTRE\nsous la direction de M. VINCENT D'INDY\n1. CONCERTO op. 54 SCHUMANN\nAllegro affectuoso\nIntermezzo\nAllegro vivace\n2. VARIATIONS SYMPHONIQUES , . . CÉSAR FRANCK\n3. CONCERTO en mi b majeur .... BEETHOVEN\nAllegro\nAdagio\nRondo."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c072", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c072", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 92, "image_fin": 92, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.34", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.92", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 642, "texte": "FACTEUR\nDE\nPIANOS\nFACTEUR\nDE\nPIANOS\nv-\n-1 ; Ji) ' J\nSiège Social : 45 et 47,. rue de la Boëtie (VIIIe) PARIS\n■tw ■ : » ; I ;\nRayon spécial de Musique\n(vente et abonnement)\nTÉLÉPHONE : 528=20\n\" ..\nr\nAdresse Télégraphique :\nGAVEAU=PIANOS=PARIS\n-me\n3130 i\nSALLES\nDE\nCONCERTS\n. -j « i < * .\nUsine modèle à Fontenay=\nsous=Bois (Seine)\nAgence générale à Bruxelles\nDépôt des éditions\nde la S.I.M.\n! 19L\nn\n?r\n«\nVV^'Y',\nMv&iï ' .v.'Wï-.; v!- •'\ni#\n-S«o\nMEMBRE DU JURY HORS CONCOURS\nBARCELONE 1888, Moscou 1891, CHICAGO 1893, AMSTERDAM 1895\nPARIS 1900.\nDIPLÔMES D'HONNEUR\nAMSTERDAM 1883, ANVERS 1885, BRUXELLES 1888.\nGRANDS PRIX\nHANOÏ 1893, LIÈGE 1905."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c073", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c073", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 96, "image_fin": 96, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.35", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.96", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 588, "texte": "A J?\"\\J ïp ip Photographie documentaire\net artistique\n67, rue des Batignolles, 67, PARIS.\nNouveau procédé sur papier; blanc sur noir, grandeur 18x24:\nPour une commande de cinquante épreuves 0.75 par épreuve.\nPar petite quantité: 1 fr. par épreuve.\n(\nPar ce procédé, la Maison CHATENET a fourni aux Bénédictins\nde Solesmes pour leur Paléographie plus de 40.000 photographies.\nPRIX-COURANT :\nCliché 13x18 avec une épreuve, 3 fr.; les suivantes, chaque 0.75\nCliché 18x24 avec une épreuve, 4 fr. ; les suivantes, chaque 1.00\nCliché 24 x 30 avec une épreuve, 5 fr. ; les suivantes, chaque 1.50"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c074", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c074", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 96, "image_fin": 96, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.36", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.96", "debut_caractere": 590, "fin_caractere_exclue": 662, "texte": "Extrait du roman de Fauvel (1315) publié en reproduction photographique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c075", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c075", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 102, "image_fin": 102, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.37", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.102", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 405, "texte": "VIENT DE PARAITRE\nA LA\nMAISON BEETHOVEN\n(GEORGES OERTEL)\nRUE DE LA RÉGENCE, 17-19, BRUXELLES.\nC. THOMSEN :\nZIGEUNERMUSIK\nRhapsodie à la Zingaeres pour Violon et Orchestre\nRéduction : VIOLON ET PIANO, net 6.00\nEN LOCATION LE MATÉRIEL D'ORCHESTRE\nCHOPIN-THOMSON :\nMAZURKA op. 7 No. I. Violon et Piano, net 2.00\nEN PRÉPARATION :\nROOVERSLIEFDE\nDRAME LYRIQUE EN UN ACTE DE P. GILSON\nPARTITION : Piano et Chant."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c076", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c076", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 114, "image_fin": 114, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.38", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.114", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 580, "texte": "DÉSIREZ-VOUS CONNAITRE L'ADRESSE\nd'une Maison donnant en LECTURE non seulement de la\n\\ I usique Française\nMAIS ÉGALEMENT ET SURTOUT\nfïr\nToute la Musique Etrangère\n\\ . J\n-\nET MÊME DES\nPartitions d'Orchestre ?\nADRESSEZ-VOUS A\nM. MA X ESC HIG, 13, RUE LAFFITTE, 13, PARIS\nî- ' ?\"f • !\nTÉLÉPHONE 108-I4\n. , pf ■ :\nqui vous enverra immédiatement toutes les conditions\n, ni\ni\nSERVICE POUR PARIS ET LA PROVINCE\n* I\n—.... » 1 • • • •\nÉDITION POPULAIRE SIMROCK\nLES CHEFS-D'ŒUVRE DE BRAHMS, BRUCH,\nDVORAK, SCHUTT, ETC.\nPOUR LA MOITIÉ DE LEURS PRIX ANCIENS!\nI\nt\nDEMANDEZ LE CATALOGUE SPÉCIAL"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c077", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c077", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 116, "image_fin": 116, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.39", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 116, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.116", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 374, "texte": "LEO OLSCHKI\nIJI\nj\nS\n;iq\n&\"\nFLORENCE Lungarno Acciaioli 4.\nLIBRAIRIE ANCIENNE\n#1\nfl\nfl\n• \\\n\\ \\\nO\nA\n$\n$\nA\ng\nT>\n»\n*\n□\nïlL*\nf#\nHt\n> i\nyg—\nPulci (Luigi), DriaJes d'amore s a.\nCatalogues de Musique ancienne Rarissime\nManuscrits, Tablatures, Antiphonaires\nHymnologie, Chansons.\nBIBLÎOFÎLIA, revue mensuelle, illustrée et connue dans\nle monde entier des bibliophiles. (Un an 30 fr.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c078", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c078", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 118, "image_fin": 118, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.40", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.118", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 965, "texte": "0. BOUWENS VAN DER BOIJEN & C\nEDITEURS\n6, Square de l'Opér\nt.* 5\n1\ny. ) ■ ■\nIfll\nMORCEAUX POUR PIANO\nPIANO A 2 MAINS\nO. BOUWENS VAN DER BOIJEN\nEtude en sol bémol majeur net 2 fr.\nFantaisie en ut mineur 6 fr.\n(réduction de l'orchestre pour un 2e piano.)\nFeuillets d'Album 3 fr.\nImpromptu 2 fr.\nTrois Bagatelles . 3 fr.\nUn soir. 2 fr.\nWALTER BRAUNFELS\nDeux pièces d'orgue de J.-S. BACH (tr. p. piano) net sf-5f-5sd-5mk\nJACQUES LARMANJAT\nValse-Impromptu net 2 fr.\nCHARLES MALHERBE\nEn Route (pas redoublé) net 2f-2sd-2mk\nScherzetto net 2 fr.\nANDRÉ POLLONNAIS\nFileuse net 2 fr.\nIris (Valse) 2 fr.\nPavane 2 fr.\nSuite Romanesq.ue 8 fr.\nJOSEPH SZULC\nValse de Cynthia (du ballet \" Une Nuit d'lspahan \") net 2f-2s<l-2~lk\nHENRI WELSCH\nSoir sur l'eau net 2 fr*\nPIANO A 4 MAINS\nO. BOUWENS VAN DER BOIJEN\nPrélude en fa mineur net 3 fr.\nCHARLES MALHERBE\nEn Route (pas redoublé) net sf-5f-5sd-5nik\nPAUL LADMIRAULT\nRhapsodie Gaélique (en 6 parties) net Bf-8f-8sd-8mk\nLaLUfWBB—\nC2fif"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-03-15-01-c079", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-03-15_01#c079", "volume": "bmtnabh_1910-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 120, "image_fin": 120, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.2.41", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 120, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.120", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1678, "texte": "Concerts annoncés pour la seconde quinzaine\n=cie Mars\nSALLE ERAKD\n16.\n17-\n18.\n19.\n20.\n21.\n22.\n23.\n24.\nM. PHILIPP ....\nMme BEA\nMme ALEM-CHENE\nM. GOLDSCHMIDT.\nMme CHENE .\nM. SAUER .\nMme LEROY-DETOURNELLE\nMme CHENE .\nMiss GRACE EHRLICH .\n. !\nPiano\nAudition d'Elèves\nPiano\ndo.\nMatinée d'Elèves\nPiano\ndo.\nAudition d'Elèves\nPiano\nSALLES GAVEAU\nSalle des Quatuors\n16. 2e Concert de Mademoiselle S. Pecheron.\n17. Audition des élèves de Mademoiselle Roger\n22. Concert donné par M. Edouard Bernard .\n22. Concert de MM. Van Isterdael et de Vogel\nGrande Salle des Concerts.\n17. 2e Coucert des Frères Kellaert .....\nRépétition publique de la Schola Cantorum\nConcert de la Schola Cantorum. ....\nConcert Lamoureux .......\nConcert de la Schola Cantorum. .\nConcert Lamoureux ...... i\nConcert du Cercle Militaire . . . • .\n18.\n19.\n20.\n23-\n25«\n29.\nmatinée\nmatinée\nmatinée\nsoiree\nsoirée\nmatinée\nsoirée\nsoirée\nsoirée\nsoireé\nsoirée\nSALLES PLEYEL\nGrande Salle\n16. Mme Roger Miclos Battaille (Fest. Chopin) ...... matinée\n16. Le quatuor Lejeune (4111 e séance) ........ soirée\n17. Mme J. Mortier (lère séance) ......... soirée\n18. Audition de Harpe Chromatique ........ matinée\n18. La Société Nationale de Musique (5111 e séance) ..... soirée\n19. Mademoiselle A. Bailet .......... soirée\n20. Mademoiselle Toulouse (Elèves) ........ matinée\n21. Mr. Waël-Munk ........... soirée\n22. Le Trio Devade Chrétien (2e séance) ....... soirée\n23. Mme J. Mortier (2e séance) ......... soirée\nSalle des Quatuors\n16. Mme Chassein-Hertzog .......... soirée\n17. Mademoiselle Hortense Parent (Elèves) ....... matinée\n20. Mademoiselle Hortense Parent (Elèves) ....... matinée\n22. Les Auditions Modernes .......... soirée"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.1", "texte": "iVI® Année.\nN° 3.\n15 Mars 1910.\nREVUE MUSICALE MENSUELLE\n,\npubliée par la Société Internationale de Musique (Section de Paris)\n(RÉDACTION :\n2, RUE ST. AUGUSTIN\nPARIS.\nLibrairie CH. DELAGRAVE\n25, rue Soufflet, PARIS,\nLe numéro :\nFrance et Belgiq. 1fr.50 Union 2 fr.\nUn an 15fr. —2O fr.\nParaissant le 15 de chaque mois.\n\nBULLETIN DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE.\nLa Salle du Conservatoire.\nLETTRES DE MORITZ HAUPTMANN, par A. de Bertha. SOUVENIRS INÉDITS DE FERDI-\nNAND HEROLD. 4 LE SOCIALISME DANS L'OR DU RHIN, par Bernard Shaw. 4» UN NOU-\nVEAU CHIFFRAGE DE LA BASSE, par H. Keefer. LA CRITIQUE MUSICALE DU TEMPS\nPRÉSENT, par L. Dauriac. # NOTES JURIDIQUES par G. Baudin. # LE MOIS A PARIS, par Gaston\nCarraud. LETTRES DE MUNICH, DE ROME ET DASTRAKAN. LES LIVRES. * ILLUSTRA-\n■ 4 TIONS : - Debussy, Pierné, Rhené-Bâton, Witkowski, croquis par Bils. L'ACTUALITÉ"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.2", "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE \"DES\nAMIS T)E LA MUSIQUE\nCOMITE D'HONNEUR\nM. le Président de la République.\nM. le Ministre de V Instruction\nM. le Sous-Secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts.\nM. Gabriel FAU RÉ Directeur du Conservatoire.\nM. Henry MARCEL, ancien Directeur\nde la Bibliothèque Nationale.\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nBUREAU\nPRESIDENT\nM. HENRY ROUJON, /' secrétaire\nperpétuel deT Académie\nVICE-PRÉSIDENTS\nM\nM. Louis BARTHOU,\nla justice.\nM. LE COMTE GASTON CHANDON DE\nBRIAILLES.\nM. ADOLPHE BRISSON, homme de lettres.\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nDIRECTEUR ARTISTIQUE\nM. GUSTAVE BRET.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL\nM. J. ECORCHEVILLE,\nMEMBRES DU CONSEIL\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, dir\nraire au ministère\nM. GUSTAVE BERLY,\nM. LÉON BOURGEOIS, sénateur, ancien\nministre.\nM. FRANZ CUSTOT.\nMME MICHEL EPHRUSSI.\nM. GEORGES GAIFFE.\nM. FERNAND HALPHEN.\nMME LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMME LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nM. Louis HAVET, de\nau Collège de France.\nMME DANIEL HERMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nM™* GEORGES KINEN.\nMME LA COMTESSE PAUL DE PoURTALÈS.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND, professeur à la\nFaculté des Lettres de Paris.\nM. Louis SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nMME TERNAUX-COMPANS.\nM. JEAN WEBER, agrégé"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.3", "texte": "LA SALLE DU CONSERVATOIRE\nComme nous l avons indique a nos Amis le mois dernier, nous avons cherché par\nquels moyens il était possible de sauvev la Salle des Concevts du Gonsevvatoive menacée\npar les transformations que va subir cet établissement. On verra plus loin, que le Prési-\ndent de ta Section de Paris de la Société Internationale de IS/Lusique a obtenu de M. le\nSous—Secrétaire d Etat aux H e aux—Arts une Z)\nAmis M. Théodore Reinach député de la Savoie, a pris la parole à la Chambre lors du\nrapport du budget, pour défendre la cause de\nMalgré ces hautes interventions, et malg\nmême nos plus grands Maîtres de la musiqu\nl'Etat à l'entente souhaitable.\nTout d'abordl'opinion publique, et un certain nombre de nos confrères de la presse\nont cru que le sort de cette Salle était lié en q\ns'édifier rue de Madrid, et que le passé ferait\nà fait fausse du problème. Si la Salle doit\nmonument historique, et en séparant complètement sa cause de celle du Conservatoire qui\nn'a plus rien a voir, ni à faire avec les immeubl\ndu Conservatoire est monument historique\nPhilippe-Auguste sont monuments historiques de l'art militaire, comme la Tour Saint-\nJacques est un monument historique de l'art religieux.\nAussi n'y a-t-il pas lieu de faire entrer\ndes Concerts du Conservatoire. Cette Société,\nest obligée de se transformer et de s'adapter aux besoins présents de la musique. Elle\némigrera donc, cela est de toute évidence.\nDans cette question de la Salle du Conservat\nqui doit l'emporter. La Salle doit être conservée,\nmusique symphonique en France, elle doit être\nà certaines réalisations qu'on ne retrouvera pas ailleurs, ou tout au moins, qu'on est sûr de\ntrouver ici. TA un de nos Amis Ml. Charles Widor nous faisait remarquer dernièrement les\ncauses de l'acoustique particulières de la Salle du Conservatoire, on les ignore générale-\nment. Elles proviennent de l'extrême sécheresse de la sonorité de ce monument. Cette\n\nI"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.4", "texte": "• •\n11\nLES AMIS DE LA MUSIQUE\n\nsécheresse permet d'augmenter ici le quatuor dans des proportions tout à fait anormales,\net,par de nourrir le son très fortement^\nLe pléthore des instruments a cordes donne aux auditions du Conservatoire cette précision,\nce brillant qui ne s obtiendraient ailleurs qu'aux dépens de la netteté. Il faut remarquer,\nque les musiciens occupent ici la même superficie que le public des fauteuils d'orchestre.\nTransportez ces proportions a V Opéra et vous verrez à quel orchestre vous arriverez.\nIl y a donc a la Salle des Concerts du Conservatoire des conditions particulières qui ont été\nfavorables à Véclosion d'une certaine musique, à la formation d'une certaine mentalité\nartistique, et qui peuvent par conséquent encore, faire vivre parmi nous cette conception\nparticulière de /'art symphonique. Détruire cette atmosphère, supprimer cette survivance,\nréduire à néant tous ces c est faire\nLe public le comprendra-t-il ? Et ceux qui le comprendront seront-ils assez nombreux\npour accomplir V œuvre financière que réclamerait\nNous tiendrons nos amis au courant des démarches qui seront faites en ce sens.\nNOS INFORMAT\nNotre Directeur artistique, M. Bret, est\nde la Passion selon S 1 Jean, de Bach. On verra plus loin dans VActualité Musicale, le\ncompte-rendu de cette qui prouve une plus,\nh la bonne et combien les efforts pourra\ndirigés et entrepris avec vigueur.\nOn nous annonce la formation en Russ\nMusique, dont nous exposerons le fonctionnement dans notre prochain bulletin.\nUn groupe d'Amis de la Musique nous\nde marbre au palais Vendramin a Venise où W\nla Musique et la Société Internationale prendront très volontiers cette souscription sous\nleur patronage. Notre Bulletin d avril rendra compte des réponses que nous auront reçues\nà ce sujet."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.5", "texte": "LES AMIS DE\n• • •\n111\n\nAvantages réservés aux membres de la Société Française des\nAmis de la Musique.\nLes avantages permanents que nous avons obtenus jusqua présent, et que nous pouvons\nporter à la connaissance de tous nos membre\ni° La revue musicale S. I. M. (Bulletin français de la Section de Paris de la Société\ninternationale de Musique) est envoyée régulièrement à titre gratuit a tous les Amis.\n2° Sur la présentation de leur carte, les Amis °J\nles ouvrages absolument nets.\nChez MM. Bouwens van der Boijen et Cie, 6, Square de l'Opéra.\nChez M. Demets, 2, rue de Louvois ;\nChez M. Max Eschig, 3, rue Laffitte ;\nChez M. Marcel Jumade, 69, rue Condorcet ;\nChez M. Z. Mathot, 11, rue Bergère ;\nChez MM. Rouart, Lerolle et Cie, 18, boulevard de Strasbourg.\nChez M. Alcan, 103, boulevard Saint Germain, 10 °/0 sur les volumes de la collection\ndes Maîtres de la Musique.\nChez M. Delaplane, 48, rue Monsieur le Prince, 10 u/0 sur l'Histoire de la Musique\nde M. Landormy.\nChez M. Fischbacher et C'e, 33, rue de Seine, 10 °/0 sur les ouvrages de leur librairie.\nChez M. H. Laurens, 6, rue de Tournon, 10 °/0 sur ?es volumes de la collection des\nMusiciens célèbres.\nChez Grus et Cie, Place St-Augustin.\nLa liste de tous les Amis de la Musique\nprovince n auront quà adresser directement leurs com\nleur envoyer dès maintenant le Catalogue d ouvrages\nA /'Ecole des Hautes Etudes sociales, 3, rue de la Sorbonne, 50 °/0 es\ndroits d'inscription à toutes les sections.\n30 Nos amis, de Paris et de province, peuvent s'adresser à la Société four tous\nrenseignements, avis et indications dont ils auraient besoin, et que nous nous ferons toujours\nun plaisir de leur communiquer gratuitement."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.6", "texte": "iv\nLES AMIS DE LA MUSIQUE\n\nEXTRAIT DES STATUTS\nArt. 3. —La Société se compose de membres\ndonateurs et de membres actifs.\nLes membres créateurs sont les personnes sous les auspices de qui la Société a pris naissance.\nFour être membre fondateur, il faut avoir versé au moins une fois une cotisation minimum\nde 1.000 francs.\nPour être membre donateur, il faut verser une 100\nPour être membre actif il faut verser une cotisation annuelle de 20 francs, rachetable par\nun versement unique de 500 francs.\nLa cotisation annuelle de 20 francs est réduite de moitié pour les professionnels.\nLe titre de membre d'honneur pourra être accordé par le Conseil d'administration aux\npersonnes qui rendront ou auront rendu V Association,\nqu elles soient tenues de payer une cotisation\nLes dames peuvent faire partie de la Société : elles sont éligibles à toutes les fonctions.\nLa liste et les statuts sont envoyés gratuitement\nLes adhésions et communications doivent être adressées à M. ECOR.CHE VILLE\nsecrétaire général, 22, rue Saint Augustin, Paris.\n\nSOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE\n22, RUE SAINT AUGUSTIN, 22, PARIS\nJ'adhère à la Société Française des Amis de la Musique comme membre (i)\net m engage a verser\n{tous les ans la somme de francs,\nla somme de •francs,\nque je prie M. LÉO SACHS, trésorier, de vouloir bien percevoir a F adresse suivante :\nA , le :\nSIGNATURE\n{Fondateur : Versement unique d'une cotisation minimum de 1.000 francs.\nDonateur : Versement d'une cotisation annuelle de 100 Jrancs.\nActif : Versement d'une cotisation annuelle de 20 francs rachetable par\nun versement unique de 500 Jrancs.\n(2) Ejjacer Vune ou Vautre Jormule."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.7", "texte": "LETTRES DE MORITZ HAUPTMANN\n\nVoici un grand artiste allemand, peu connu même dans son pays. Je voudrais le présen-\nter au lecteur français, non dans sa biographie, on la trouvera dans tous les manuels, ni\ndans l'analyse de ses compositions (assez nombreuses cependant), mais en traduisant quelques\nlettres de lui, pieusement réunies après sa mort. 1 Ce n'est pas là seulement l'acte de piété d'un\nélève reconnaissant, élève de quelques mois, d'ailleurs. Je me sens surtout poussé par le\ndésir d'initier le lecteur français à l'état d'âme d'un musicien allemand, assistant au début du\nmouvement musical actuel, mouvement d'inévitable décadence, dont les natures privilégiées\ncommençaient alors à s'affliger. Le témoignage d'Hauptmann est à cet égard d'autant plus\nprobant qu'il est tout à fait impartial. Modeste violoniste à l'orchestre de Cassel, sous la direction\nde Louis Spohr, (1822 à 1842), puis quatrième successeur de Sébastien Bach à la Thomas-\nschule de Leipzick, et enfin, professeur de contrepoint au Conservatoire de cette ville jusqu'à\nsa mort (1868), Hauptmann ne fut jamais un polémiste.\nJe crois donc utile de faire connaître la mentalité d'un Allemand de l'école de Herder,\nde Wieland et de Gœthe, cosmopolites dans l'acception la plus élevée du mot et qui, recon-\nnaissant avec plaisir la supériorité du génie français, souhaitaient de tout cœur la collaboration\nde la France et de l'Allemagne.\nIl faut attribuer l'oubli dans lequel est tombé le nom de Hauptmann d'une part au bruit\n\n1 Voir: Brieje M. Hauptmann s an Hauser. (Leipzig 1871, 2 vol. 12) et Briefe an L. Spohr und andre (ibid,\n1876, in 12)."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.8", "texte": "146\nS. 1. M.\n\nque commençait à faire à ce moment le Wagnerisme et d'autre part à cette phraséologie\nallemande alors en honneur, qui rend si souvent son style opaque. Nous espérons que notre\ntraduction clarifiera pour le lecteur français ces réflexions d'un des esprits les plus avisés, d'une\ndes âmes les plus hautes que le XIXe siècle ait vu naître.\nLes préférences de Hauptmann vont au style classique ; il nous en\navertit avec émotion : \" Il suffit que le souvenir de Mozart se présente à\nmon esprit pour qu'une paix délicieuse se répande en moi. Il est possible\nqu'un génie de cette sorte apparaisse tous les cinq cents ans, mais pour\nmoi, qui ne vivrai pas cinq cents ans, il est là en quelque sorte pour\nl'éternité. Et je n'ai pas honte d'avouer qu'en ce moment où j'évoque en\nmoi \" Don Juan \", les \" Noces de Figaro \", la \" Flûte Enchantée \", \" Cosi\nfan Tutte \", je sens des larmes chaudes couler sur mes joues. \"\nCet enthousiasme quasi religieux n'est pas chez Hauptmann une\nexaltation passagère. Le 24 Mai 1855, il écrit au compositeur Edouard\nHille : \" Nous avons beaucoup moins de musique du temps de Mozart\net pouvant être attribuée à son influence que nous n'en possédons actuel-\nlement de l'école Berliozo-Lisztienne ; et celle-ci produira encore de nou-\nvelles œuvres. Mozart, lui, est original par sa profondeur et ne diffère\npresque pas de ses contemporains. Un homme distingué ne cherche pas\nà se faire remarquer par des signes extérieurs, par sa tenue ou son atti-\ntude : un grand seigneur, encore moins. L'originalité de Mozart consiste\nen ceci : il exprime des sentiments qui lui sont personnels et qui n'ont\npoint été éprouvés avant lui, de même que Goethe n'exprime que ce qu'il\na ressenti dans son âme, sans être!obligé de se monter l'imagination comme\nla plupart des autres poètes. De|cette inspiration factice, il ne peut sortir\nqu'une phraséologie ampoulée et sentimentale, dont la source ne se trouve\npas au cœur. Tandisque le sentiment personnel est si finement nuancé, si\nintimement lié à un tout complet qu'on ne peut rien en disjoindre, en\nextraire ou en imiter. Il faudrait être tout Mozart ou tout Gœthe pour\nécrire à la Mozart ou à la Gœthe. \"\nA Otto Jahn, le biographe de Mozart, Hauptmann écrit le 16 Octo-\nbre 1855 : \"Nos maîtres naissaient avec leur métier, d'abord ; nos modernes\nconservent jusqu'à la fin de leur vie un peu du dilettante. Qui d'entre eux\npourrait faire quelque chose avec 2 hautbois, trompettes et timbales, dans\nle genre de la petite Messe en Ut de Mozart ?Ni Mendelssohn ni Spohr.\nEt non pas parceque c'est de Mozart, mais parceque c'est l'œuvre d'un\n\nA. de Bertha."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.9", "texte": "LETTRES DE MORITZ HAUPTMANN\n*47\n\nmusicien parfait de cette époque. Je ne parle pas du contenu poétique de\ncette œuvre, mais de sa facture, qui est si naturelle qu'on ne pourrait rien\nchanger sans commettre une de ces maladresses visibles à l'œil nu \"\nA Mozart,Hauptmann aime à comparer pour qui il professe\nune égale admiration : \" Haydn est encore plus varié, plus libéré dans sa\nforme, que Mozart Considérez n'importe quel air des Oratorios\nd'Haydn, vous remarquerez un développement constant et logique d'un\nbout à 1 autre, qui rappelle le processus du règne végétal. Depuis le germe\njusqu'au fruit, tout se suit ; c'est le produit d'une nature saine. L'arbitraire\nn'est ici qu'en apparence ; chez Haydn, les noix et les prunes ne poussent\npas sur les pommiers. (Aujourd'hui, la pomologie a fait des progrès !)\nCe bourgeonnement manque à Mozart. Même si le texte le prescrivait\nnous trouverions chez Mozart une configuration musicale tout autre. Ce\nne seraient plus des branches, des feuilles et des fleurs, mais un corps et\ndes membres. On pourrait dire qu'il y a entre ces deux artistes la diffé-\nrences des deux règnes de la nature. Le règne végétal, c'est Haydn, qui\ns'étale et pousse toujours en dehors. Mozart est le règne animal qui se\nconcentre et où chaque individu forme un tout qui se suffit. En un cer-\ntain sens, c'est là aussi ce qui différencie la Fugue de la Sonate, et le style\ngothique du style Grec. Un clocher veut toujours monter plus haut.\nMais avec la colonne et son architrave, comme avec la tête sur le corps\nhumain, la poussée est arrêtée. On ne va pas plus loin. Et cette limite\ns'impose à son tour à l'organisme tout entier, dont elle conditionne toutes\nles parties sous la contrainte d'une même loi. Mozart est de cette espèce,\nainsi que les Italiens, les meilleurs du moins. L'adorable variété de la\nnature, qui touche parfois à l'arbitraire, perd avec eux de sa liberté, mais\nc'est au profit d'une admirable unité. Il y a là un idéal de perfection\nqui demande à être embrassé tout d'un coup et à rencontrer chez l'audi-\nteur un sens de l'harmonie totale, un désir de contempler un organisme et\nnon pas des éléments ajustés les uns aux autres. Cela ne veut pas dire que\nMozart manque de charme et Haydn d'unité. Il ne s'agit ici que de\ndistinguer entre eux. Quant à croire comme le font les jeunes, qu'en\nabandonnant le formel pour 1' informe on est en progrès, c'est à mon sens\ndonner une triste preuve de notre état de civilisation. \"\nA propos d'une exécution de la c'est entre Beethoven et\nMozart que Hauptmann établit un parallèle. 1\n\n1 Lettre à Hausser, 14 Mars 1828."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.10", "texte": "148\nS. I. M.\n\n\"... Ne nous plaçons pas au point de vue très inférieur de ceux qui ne\nveulent voir dans ces combinaisons inouïes qu'une manière de se singula-\nriser et une recherche de l'effet que je n'ai, pour ma part, jamais décou-\nvertes dans la musique de Beethoven, ou du moins pas depuis longtemps.\nEt supposons plutôt dans cette œuvre colossale un sens caché, une évolu-\ntion qui a ses raisons, et qui engendre les beautés et les laideurs, la logique\net l'incohérence, le compréhensible et l'incompréhensible. Aujourd'hui je\nlisais un passage de Schlegel qui dit : L'art et la poésie grecques étaient\nl\\expression d'un parfait état de santé,\ntoutes les forces dans les limites du Fini \". En s'inspirant de cette réflexion\nne pourrait-on trouver que Mozart est antique et Beethoven moderne, ou,\npour éviter la fatalité d'un jeu de mots, 1 dire qu'il était romantique. L'art\ndu premier me représente la réalité parfaitement saine, l'harmonie dans\nles limites du Fini. Vouloir chercher cette perfection, qui se suffit à elle-\nmême, dans Beethoven, c'est ne rien entendre à ce génie, qui est en quelque\nsorte ouvert sur l'infini. Ici, nous avons le cercle qui tourne sur lui-même\n(Mozart,) là, l'hyperbole qui tend sans cesse vers son asymptote et s'en\nrapproche, sans jamais l'atteindre. Voyez ces cadences finales de Mozart,\nsi brèves et cependant si satisfaisantes, tandisque celles de Beethoven n'en\nfinissent plus et épuisent plutôt notre faculté auditive que le sens du dis-\ncours musical. (Par exemple, celle du Menuet de la Symphonie en La\nMajeur). Elles ont l'air de terminer la phrase; elles ne font que nous\nrendre plus sensible l'éternel inachevé de ces œuvres\nOn pourrait suivre le parallèle symbolique et dire que si la musique\nde Mozart n'a qu'un centre, celle de Beethoven en a deux ; ou encore que\nMozart représente l'unité, Beethoven la dualité. Rappelons-nous le mot\nde Faust à Wagner, chez Gœthe. \" Tu ne connais encore quun instinct,\noh ! n'apprends jamais a connaître l'au \" Chacune des œuvres de\nMozart est l'expression d'une seule émotion, (du moins dans la musique\ninstrumentale). Je me représente très bien, dans la Symphonie en Sol\nMineur le dernier morceau à la place du premier. L'inversion serait toute\naccidentelle et non pas essentielle comme s'il s'agissait de transformer l'effet\nen cause. Chez Beethoven, dans la symphonie en Ut, cela n'irait plus, car,\ntout est ici de transition ; le contenu se modifie sans cesse ; là il persiste.\nJ'aime mieux Mozart gai que Mozart triste. Sa mélancolie me pa-\nraît souvent manquer de motifs suffisants. Je me dis : il pourrait etre gai;\n\n1 Modem, avec Faccent sur la première syllabe veut en effet dire en Allemand, se putréfier,"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.11", "texte": "LETTRES DE MORITZ HAUPTMANN\n149\n\nque ne l'est-il ? Et je ne compatis pas à son chagrin. Le mineur de\nBeethoven m'éprouve horriblement, mais je m'y abandonne, je ne l'évite\npas, comme une douleur indigne. Je me sens vibrer en combattant avec\nlui contre V inéluctable monstruosité....\"\nBeethoven bouscule souvent les rythmes, transgresse des règles\nd'harmonie excellentes en elles-mêmes. Et tout ce qui ailleurs seraient\ndes fautes n'en sont pas ici ! Car il n'y a pas de règle qui ne soit soumise\nà une règle supérieure, ou plutôt la règle n'est que la subordination de\nl'accessoire au principal.\nMalgré ces éloges, il semble que l'admiration de Hauptmann pour\nBeethoven n'a pas été sans réserve. Voici comment il juge la Messe en\nRé : 1 \" J'ai dû céder aux sollicitations des Haertel et parler de cette\nexécution dans la Musikalische Zeitung, mais sans enthousiasme. Cette\nfaçon d'user et d'abuser des voix m'énerve ; je trouve très singulier d'écrire\ndes passages qu'aucune voix humaine ne peut rendre et où les instruments\nsont obligés de nous donner une idée des parties chantées. Le Kyrie me\nplaît, la fin du Gloria m'est odieuse. Je déteste dans la musique religieuse\nces finales démesurés où s'étale toute la vanité de l'auteur. \"\nHauptmann est un des premiers à avoir aperçu la gloire de Bach.\nDès 1825, il écrit à Hauser : 2 \" Cette Missa Canonica de Palestrina n'est\nqu'une froide cristallisation. Quand Bach fait quelque chose de ce genie\ncomme cela vit et palpite ! Il y a dans le Clavecin bien tempéré des cho-\nses auprès desquelles tout s'anéantit. Je ne parle pas seulement de la\nrichesse des combinaisons, que personne ne conteste, mais de la profon-\ndeur du sentiment. A la vérité, ce n'est pas plus aisé à entendre qu'à jouer.\nPour bien les entendre, il faut les connaître jusqu'à ce qu'on se soit\ndébarrassé des notes ; et c'est un vrai travail. Ces créations admirables ont\nl'air de porter en elles-mêmes les raisons d'être de leur existence et de\nleur développement ; on serait tenté d'oublier en elles 1 art et 1 artiste\ncomme on est tenté d'oublier dans la nature le Créateur...\" Et plus tard,\nen 1859, à propos des Cantates: 3 \" A l'égard de ces airs en Solo, on\npasse par trois états : l'aversion, l'enthousiasme et l'appréciation calme.\nPour admirer ici le naturel du chant il faut en etre a la seconde période,\ncelle où tout est, par définition, parfait et divin. Pour moi, ces solos me\n\n1 Lettre à Hauser, 31 Mai 1845.\n2 Lettre du 27 Novembre 1825.\n3 Lettre à Hauser, du 11 Avril 1859."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.12", "texte": "!5°\nS. I. M.\n\nfont l'effet que j'éprouverais à me trouver dans une serre d'orchidées,\npeuplée de plantes grimpantes s'enroulant les unes aux autres. Pas de\ntronc, ni de branches, comme dans le chant italien, où le mot et l'accent\ndéterminent le mètre et le mélos, où tout s'organise en vue des chanteurs\net indépendamment de 1 accompagnement. Tout est écrit et senti d'une\nmanière instrumentale. Je voudrais bien quitter parfois la serre d'orchidées\net men aller dans le jardin ou les plantes poussent du sol nourricier et\nlaissent croître leurs tiges et leurs branches tout naturellement... Et puis,\non tremble toujours quand on entend chanter les Airs, même très bien, à\nplus forte raison quand ils le sont mal, ce qui est l'habitude. Combien\npeu de chanteurs arrivent à donner à ces mélodies la simple fluidité ! \"\nAu sujet de l'exécution de Bach, Hauptmann écrit 1 : \" Toutes\nles œuvres de Bach ne réclament pas un grand ensemble, à moins qu'on\nne veuille produire un effet purement matériel. C'est comme les Noces\nde Figaro ; on ne les conçoit pas au Crystal-Palace. Haendel n'est jamais\ntrop gros, mais c'est qu'il avait à Londres de grandes masses et qu'il écri-\nvait pour elles. Son écriture est transparente : elle demande le remplissage\ndes ensembles... \" Et il ajoute: 2 \"Je fais exécuter de temps à autre des\nœuvres de Bach avec orchestre, les instruments sonnent parfois très drôle-\nment. C'est toujours Voix contre Voix. Seulement, l'une est confiée à dix\nbasses ou à six violons et l'autre à une flûte ou à un hautbois. Nous\ntâchons de choisir les morceaux les plus pratiques, sans cela ce serait\nimpossible. J'aurais voulu les avoir entendus, ou plutôt les entendre,\ncomme cela sonnait dans ce temps là ! Cela ne devait pas toujours être\nbien beau !\nHauptmann connaît Palestrina, Allegri et leur style. Il s'est aussi\nfamiliarisé à Rome, avec les Italiens du XVIIe et du XVIIIe siècle. Il\nn'accorde pas grande valeur à Paisiello, à Cimarosa, trouve Pergolèse\n\" peu profond, comme toute son époque, mais très expressif, quoique son\nStabat et son Salve Regina puissent être pris indifféremment l'un pour\nl'autre. \"\nRossini est naturellement l'objet des appréciations de Hauptmann.\nEn Décembre 1827, il écrit 3 : \" Voici la répétition générale du Siège de\nCorinthe. Je suis curieux de voir quel effet produira cette œuvre. Comme\n\n1 Idem.\n2 13 Février 1843.\n3 Lettre à Hauser."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.13", "texte": "LETTRES DE MORITZ HAUPTMANN\nI «SI\n\nc'est amusant de voir les compositeurs d'Opéra renchérir les uns sur les\nautres en fait d'instrumentation, et trouver toujours du nouveau. Cette\nfois, Rossini a introduit un Ophiclèide —, d'après son nom, probablement\nun serpent —. Qu'a-t-on fait à Francfort de cette partie? Ici, on l'a con-\nfiée à un quatrième trombonne. Du reste, elle figure sur l'accolade des\ntrombonnes dans la partition. La Banda Turca ne cesse pas un instant son\ntapage. Je tiens pourtant cet Opéra pour un des meilleurs de Rossini, et\nquelques récitatifs qui semblent faits à Paris, sont très bons. Ce que je\ntrouve de meilleur est ce qui ressemble à du Spontini. Si jamais Rossini\ns'avisait d'écrire un Opéra tout entier dans la manière de Spontini, ce\nserait joliment fâcheux pour ce dernier ; car l'imitateur aurait beaucoup\nplus de feu et de liberté que le modèle Voilà qui peut s'appeler de la\ndivination, un an avant l'apparition de Guillaume Tell.\nEt en 1865, nous voyons Hauptmann reprendre la même idée dans\nune lettre à Wehner.1 \" Rossini est toujours plein de rondeur et a toujours\nfait ce qu'il a voulu : il faut remonter très loin chez lui pour découvrir\nquelque chose d'incomplet. Ça ne sent pas l'écriture ou, si vous voulez,\nentre le cerveau et la plume, rien ne se perd... Quel mal n'a-t-on pas chez\nles compositeurs Allemands, même les meilleurs, pour se débarrasser de ce\nqu'ils ont fourré de trop dans leurs œuvres ? On voudrait, quand ils ont\npassé des semaines sur leur tâche, leur conseiller de passer des mois encore\npour que les traces du labeur disparaissent. Où remarquerez-vous chez\nRossini des difficultés techniques qui ne soient pas surmontées ? Et pour-\ntant, ces difficultés se sont aussi présentées à lui, très importantes. Mais ce\nne sont pas des contre-points sur un chant donné, ni des mouvements con-\ntraires. Le contraste nait ici de l'ensemble et concourt à l'effet de cet\nensemble. Weber, dans sa biographie, affiche son dédain de Rossini et meme\nson antipathie. Mais l'agencement du tout est justement la force de\nRossini et la faiblesse de Weber ; et, comme disait Hofmann, Weber\nsouvent ne sait quelle conclusion donner à ses prémisses mélodiques... On\nne peut méconnaître le génie de Weber ; il a introduit dans la musique\ndes éléments nouveaux. Mais nous parlons ici d'architecture musicale,\nnon de motifs mélodiques caractéristiques ; là, il le cède à bien des artistes\nqu'il considérait de son haut. Et comme tout se tient dans son œuvre,\nson harmonie elle-même n'est pas ce qu'il y a de mieux dans sa musique,\nelle confine parfois au dilettantisme. Meyerbeer, un condisciple de Weber,\n\n1 31 Octobre 1865."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.14", "texte": "r52\nS. I. M.\n\ns'est débarrassé bien plus complètement que lui des illogismes harmoniques\nde leur maître commun, l'Abbé Yogler. Weber n'a jamais pu renoncer à\nses fameuses sixtes et quartes. Meyerbeer et son Opéra avaient encore passé\npar l'école italienne. \" ... Et Hauptmann précise ses griefs à propos d'une\nboutade 1 : \" C'est une fatalité d'être toujours obligé de passer par Leipzig,\nquand on va d'Alexanderbad à Dresde et surtout d'arriver chez soi la nuit\npour repartir le lendemain. C'est comme quand, à la seconde reprise d'une\nSonate, le ton principal n'apparaît qu'incidemment. Cela choque toujours\net c'est une faute, car pourquoi continuer lorsqu'on est arrivé là ou l'on\nveut aller et où l'on a sa place? Vous ne trouverez cela que dans le style\nsoi-disant libre, c'est à dire d'une liberté artificielle. Ainsi, dans l'ouverture\nd'OA?ro//,je ne trouve pas heureux que la tonique apparaisse tout à coup et\nqu'il faille remonter à la dominante pour recommencer à nouveau. C'est\npeut-être moins ici l'arbitraire que le hasard ; mais ni l'un ni l'autre n'ont leur\nplace dans l'art. Vous voyez à un moment, parmi toutes sortes de tonali-\ntés, arriver Ré Majeur et vous vous dites : \" Tiens,\ncharmant; eh bien, restons y.\" La modulation nous aurait tout aussi bien\npermis de nous établir dans le Fa dieze qui précède. A quoi pour-\nrait-on donc reconnaître que Ré majeur est le ton principal, s'il ne se rend\npas nécessaire dans le marche de l'œuvre. Il y aura toujours du dilettante\nchez M. Weber, aussi est-ce une niaiserie de le placer au premier rang. \"\nCes critiques nous montrent où vont les préférences esthétiques de\nHauptmann. Les réserves que lui inspirait la nouvelle école de Roman-\ntiques, se précisent dans une lettre de 1848. 2\n\" ... Cela me fait mal d'entrer le matin au Conservatoire et d'enten-\ndre de toutes les classes une musique aussi anti-musicale. Ajoutez encore\nla musique moderne des virtuoses, pleurarde et désespérée, et qui n'éveille\ncependant aucune pitié. On s'en va et on laisse le type se lamenter tout\nseul. Dans Don Juan, il n'y a que deux morceaux en mineur. Je voudrais\nvoir cette partition aux mains des compositeurs du jour. Il leur faudrait\nune lanterne pour trouver le Majeur ; et 1' du premier final\ndeviendrait pour eux Ut bémol mineur qui est encore plus faux que du\nmineur, par conséquent plus dramatique. C'est comme Meyerbeer, avec\nqui je parlais une fois à Vienne, de l'unisson des clarinettes et des haut-\nbois, défendue par Spohr, et qui déclarait en être partisan dans certaines\n\n1 Hauser, 5 Juillet 1857.\n2 A. Hauser, 24 Août 1848."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.15", "texte": "LETTRES DE MORITZ HAUPTMANN\n15 3\n\nsituations, ajoutant : cela sonne si délicieus On comprend bien\nce qu'il voulait dire : il y a dans le faux comme une sorte de poison.\nMais ce qui est plus faux encore, s'est de vouloir s'en servir. Que les\nClarinettes et les Hautbois puissent aller parfois à l'unisson, soit ; mais\nmalgré leur fausseté non pas a cause d'elle. \"\nNe croyons pas cependant qu'Hauptmann soit victime de la routine;\nil sait se défendre et écrit à propos du répertoire qu'il avait à jouer en sa\nqualité de violon au théâtre de Cassel : 1 \"Une de mes plaies, en ce\nmoment, ce sont les Opéras d'Auber ; je n'y tiens plus ; quelques mesures,\ncela va bien, mais quand c'est toujours à recommencer !... et ces éternels\n6/8; et jamais l'espoir d'une progression avant la ioe mesure : on en a\nplein le dos ! Le Postillon de Longjumeau est bien gentil ; c'est propre. Pour\nun compositeur débutant de l'Opéra, c'est déjà trop mécanique ; c'est déjà\npresqu'aussi léché que la Dame Blanche,et cependant très pauvre par endroits.\nToutefois, je m'associe volontiers aux louanges générales. Ces louanges\nparaissent appliquées à l'artiste ; les critiques au contraire à l'œuvre. Dans\nle premier cas, il faut faire preuve d'humanité et songer à ce qu'il en\ncoûte pour mettre au jour n'importe quoi de supportable. Mais si l'on\nconsidère l'œuvre, il faut critiquer tout ce qui est mauvais. \"\nEt à propos d'Halévy : 2 \" Avez vous vu les C'est l'objet le\nplus nul, le plus écœurant et le plus abject qui ait jamais existé, mais\ntraité avec une virtuosité, dont seul le Français est capable. La musique,\ntrès cherchée, très hachée, spirituelle, jolie parfois, se tenant dans les\nlieux communs à la façons d'Adam, fantastiquement difficile à rendre,\nmais en somme cependant un scandale. C'est vraiment dommage qu'Ha-\nlévy soit Juif et qu'il habite Paris \".\nA l'égard de Félicien David, Hauptmann conserve la même indé-\npendance de jugement : 3 \" Le Désert est fort joli, et je prends sa défense\ncontre ceux qui voudraient le réduire à rien ; mais cela manque de travail.\nPour composer une œuvre pareille il faut plus de naturel que de mérite.\nJe sais bien qu'il est plus agréable d'être ainsi légèrement touché que de\nsubir la torture d'une technique pesante. Mais on ne saurait entendre et\nréentendre le Désert,comme un Quatuor d'Haydn ou comme une fugue\nde Bach. C'est une impression agréable, dont on ne tire rien de plus qu'on\n\n1 Lettre à Hauser, 5 Juin 1846.\n2 Idem. 13 Avril 1840.\n3 Lettre à Hauser, 5 Juin 1846."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.16", "texte": "iS+\nS. I. M.\n\nn'en a tiré la première fois. D'ailleurs, David semble s être consumé dans son\nDésert;un nouvel ouvrage de lui qui vient d'être représenté à Paris, a mis\nsa gloire au tombeau. Cet ouvrage est peut-être tout à fait digne de ce\nque nous aurions attendu et digne du Désert même. Mais David se trou-\nvait obligé de produire quelque chose en proportion avec les louanges\ndont on l'avait accablé, alors qu'il était tout simplement capable de don-\nner ce que son talent très relatif lui permet \".\nHauptmann a naturellement vu les débuts de Wagner et de Berlioz.\nSur le premier, il dit peu de chose et sa réserve s'explique par une natu-\nrelle antipathie. 1 Sur Berlioz, il est plus explicite. En 1842, il écrit à\nHauser: 2 \" Nous avons eu cet hiver l'ouverture composée par Berlioz\nsur le Roi Lear.Dans un compte-rendu musical, je ne sais plus où, j'ai lu\ndernièrement : L' Ouverture du Roi L\nVhonneur de notre goût. \" Cela voudrait dire que l'œuvre est nulle et ce\nn'est pas vrai. Mais ici on se demande si certaines singularités qu'elle\ncontient, doivent être mises sur le compte du Roi Lear ou de Berlioz.\nEn admettant même cette dernière hypothèse, on serait encore loin de\nla stupidité ou de la bêtise. Et puis un homme, fut-il singulier, vaut\nmieux qu'un chien. Je m'étonne beaucoup moins de voir les Symphonies\nde Berlioz réussir à Paris, que du succès de Meyerbeer. Dans une page\nde Berlioz, il y a plus de musique que dans tout Robert. C'est quelque-\nfois plus beau que le plus beau Beethoven, puis la singularité le reprend.\nEt dans l'ensemble, on éprouve un sentiment de malaise, malgré la présence\nde l'élément musical. C'est précisément ce côté élémentaire, ce démon\nnaturel, qui indispose chez Berlioz. La raison fait défaut ; cela sort tou-\njours et cela ne rentre jamais en soi-même. Ce que je ne conçois pas,\nc'est comment un homme peut se persuader qu'il produit ainsi une\nœuvre d'art, comment il peut porter cette œuvre en lui, la construire et\nla réaliser sans que ce soit jamais autre chose qu'une improvisation\nde génie. L'émotion, je le sais, justifie bien des choses, et jusque à\nYinforme même dans certains cas ; mais vraiment, quand un artiste a\npassé par là, on doit trouver les traces d'un autre critérium que celui de\nl'émotion \".\nEt plus loin encore : 3 \" Berlioz vient de donner au Gewandhaus une\n\n1 II prédit cependant quelque part : \"Je ne crois pas qu'une seule œuvre de Wagner survive à son auteur\n(Lettre à Hauser, 3 Février 1849.)\n2 Lettre du 2 Mars 1842.\n3 Lettre à Hauser. Leipzig, le 14 Décembre 1853."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.17", "texte": "LETTRES DE MORITZ HAUPTMANN\n155\n\nmultitude de choses. Mais c'est drôle que ce soient toujours les mêmes\nœuvres dont on entend parler depuis i 5 ou 20 ans : Romeo, Faust, Harold...\nEt toujours d'ailleurs de la musique de barricade (Barricadenmusik), souvent\npleine de reflets et de brillant, jamais chaleureuse. Enfin, qu'il en soit\ncomme il voudra, mais qu'on finisse d'en discuter avec cet acharnement\nqui extenue. Le vrai comme le faux sont également ennuyeux ; l'un\nparce qu'il se répète toujours, l'autre parcequ'il est idiot. Malgré tout son\nesprit de Français cultive, Berlioz doit être cependant assez borné, pour\nconcevoir un Faust aussi rapiécé, formé de bribes et de morceaux, sans\ngoût et sans unité. Plus triste est encore le spectacle d'un grand public\nqui veut etre intelligent, et qui montre assez peu de sens pour ne pas\ntrouver absurde ce qui est effectivement absurde \"..."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.18", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS DE FERDINAND HEROLD\nUN MUSICIEN FRANÇAIS A VIENNE, EN 1815\n\n1\nJe sors de Don Juan : j'étais curieux d'entendre exécuter à Vienne\nla musique de Mozart. C'est bien ; mais ce n'est guères mieux que chez\nnous : si ce n'est qu'on entend continuellement la trompette et qu'ils\nprennent les lersIers mouvements de l'ouverture et de sextetto plus vite\nqu'à Paris. J'ai entendu la musique de Mozart à Paris, à Naples et à\nVienne et plus je l'entends plus je me convainc qu'elle fait mieux au\npiano qu'au théâtre. Ici on a passé plusieurs morceaux, entr'autres l'air\ndu ténor, le icr air de Zerline et un autre de femme en mi bémol.\nJe ne sais si c'est l'habitude que les Allemands ont d'entendre cette\nmusique, mais on n'a pas beaucoup applaudi. Le sextetto ne m'a pas\nfait d'effet ce soir. Il y a vraiment deux genres de musique pour le\nthéâtre ; certainement Mozart et Grétry sont 2 hommes de génie ; ils\n\n1 Voir le n° du mois de février."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.19", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS\nÎ57\n\nont travaillé tous deux pour la scène, tous deux ont eu et auront toujours\nde grands succès : ils ont suivi, il me semble, une marche tout à fait\ncontraire. Quelle est la meilleure ? Gluck nous l'a dit. Quelque tems\naprès que Gluck eut donné Alceste, un baron, grand connaisseur, le\nrencontre et lui dit : Parbleu, M. Gluck, pourriez-vous me dire pourquoi\nvous faites chanter vos diables lorsqu'ils appellent leur victime, précisé-\nment comme chantent nos capucins ? M. le baron, répond Gluck, ce ne\nsont pas mes diables qui chantent comme des capucins, ce sont vos\ncapucins qui chantent comme des diables.\nQue M. Méhul est heureux sans s'en douter ! Son Joseph fait fureur\ndans ce moment. Ce soir je voyais à côté de moi (car les femmes vont\nici au parterre, comme en Italie : mais ce n'est pas, comme en Italie,\nune seule femme par rang, grosse, laide, bien noire, bien triste et sale :\nce sont de charmantes femmes et en quantité) ce soir donc je voyais\nautour de moi une foule de jeunes et jolies dames qui se disaient à\nchaque instant : Oh le beau morceau, oh la belle musique ! Et l'auteur\nne s'en doute pas. Il y en a une qui pleurait pendant l'air de Siméon.\nAvouez-le, belles, ou c'est-à-dire jolies Parisiennes, quand par malheur\nvous ne trouvez pas une petite chanson bien commune ou une triste\nromance bien fade, c'est fini, tout est mauvais pour vous. Pourtant,\nconsolez-vous, comme c'est vous qui donnez le bon ton, il viendra sans\ndoute un temps où ies Allemandes, des femmes,\nvous imiteront, de même qu'il me semble que les Italiens et les Français\ngâtent journellement le bon naturel des hommes de ce pays.\nM. Salieri, fort jeune, avait fait son lerIer opéra sans le dire à\npersonne. Il attendait son maître qui dans ce moment voyageait, pour lui\nfaire corriger ses fautes. On était dans le carnaval. Le directeur du\nthéâtre se trouve sans nouvel opéra avant la fin de la saison : il apprend\nque M. Salieri en a écrit un (Il mondo alla rovescia) et lui fait demander\ns'il veut le lui donner. Celui-ci est enchanté. On nomme deux personnes\npour décider si l'opéra pouvait aller. Ces 2 personnes étaient Gluck\net Scarlatti: L'opéra est trouvé bon. On travaille nuit et jour pour\nmonter la pièce. Salieri court chez ses acteurs. Un nommé ..., chanteur\nde la plus grande réputation devait jouer. Ce monsieur ne savait pas une\nnote de musique. La première fois qu'il avait chanté au théâtre, il avait\n\n2"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.20", "texte": "i5B\nS. I. M.\n\nchanté un air en mi bémol et il s'était tellement mis en tête qu'il ne pouvait\nchanter que dans ce ton, que tous les compositeurs étaient obligés de les\nlui écrire ainsi. Notre pauvre débutant Salieri savait cela et il avait fini\nson opéra. Il n'avait pas le tems ni l'envie d'écrire un nouvel air. Il va\nchez son chanteur. Celui-ci lui demande : Avez-vous fait les airs ?\nOui, lui dit Salieri. Celui du lerIer acte est-il en mi bémol ? Oui,\nsûrement, répond notre jeune auteur. Oh, c'est fort bien, lui dit le\nchanteur, quand me l'apporterez-vous ? Demain matin. Cela dit,\nSalieri va trouver un des compositeurs du théâtre, lui avoue qu'il n'a pas\neu le courage de dire à ... que son air était en si bémol et non en mi\nbémol. Cet artiste répond à Salieri : Ne vous inquiétez pas tant, ...\nne connaît rien à la musique; dites au copiste de mettre trois bémols à sa\npartie et il ne s'apercevra de rien. Aussitôt Salieri court chez le copiste.\nLe lendemain il va trouver son chanteur et lui montre son air. La\npremière chose que fait ... est de regarder à la clef: il voit 3 bémols\net il est enchanté. Il prie Salieri de lui chanter son air. Celui-ci\ntremble, commence et finit. Bravo, bravissimo, s'écrie ..., cet air m'ira\ncomme un ange ; chantez-le encore une fois et je le sais. Salieri\nrechante, et l'autre le répète d'un bout à l'autre sans se tromper.\n(Ceci est dans le genre de notre Garat). La pièce se donne, a un grand\nsuccès et ..., surtout, est extrêmement applaudi dans son air. Le lende-\nmain 011 redonne II mondo alla revescia. Le soir, au théâtre, le chef\nd'orchestre rencontre notre chanteur et lui dit : Eh bien, tu ne nous\nsoutiendras plus que tu ne peux chanter qu'en mi bémol ? Comment,\npourquoi cela ? Eh, puisque tu chantes en si bémol dans cet opéra\nnouveau. Pas du tout, mon air est en mi bémol. Non, il est en si\nbémol. Ah, cela est un peu fort ; je ne sais peut-être pas compter les\n3 bémols. Oh bien, attends un moment. Le chef d'orchestre\nprend la partition et lui montre : Est-ce là ton air ? Oui. Compte\nles bémols. Deux !! ! ! Ah ! briccone, briccone, sor, maestrino ! Salieri\narrivait dans ce moment : devinant tout de suite le sujet de la dispute, il\nse met à genoux et chante un air que ... chantait supérieurement et\noù les paroles convenaient parfaitement à sa situation ; ensuite il lui dit :\nJe vous en fais un autre demain. Non, non, non, vous ne le\nferiez pas si bon. Depuis ce temps, ... chanta dans tous les tons.\nUn prince disait un jour à Salieri, en sortant d'entendre une de ses\nmesses : \" Monsieur, j'ai eu tant de plaisir à entendre votre musique que"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.21", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS\n159\n\nje n'ai rien écouté de la messe et que je n'ai pas prié. \" \" Altesse, répond\nSalieri, la musique d'Eglise, quand elle est bien faite, prie pour ceux qui\nl'écoutent. \" Quelle leçon pour les compositeurs de messes !\nJe croyais presque mes chagrins finis et voilà qu'ils recommencent.\nCe matin je vais à la police pour faire renouveler ma carte de sûreté :\nMonsieur, le ministre a fait dire que vous devez partir sitôt après M. le\nprince Talleyrand, et celui-ci est parti il y a 4 jours. —Jugez de ma\npeine. Mais au moins je puis faire quelques démarches pour tâcher\nd'obtenir la permission de rester ? Monsieur, je crois qu'elles seront\ninutiles, parce que c'est un ordre général, et j'ai ordre de vous demander\npar quelle route vous désirez passer pour retourner dans votre patrie ?\nMonsieur, au moins, donnez-moi jusqu'à ce soir pour consulter quel-\nques personnes. Ah ! Monsieur, avec toute liberté, mais ayez la com-\nplaisance de revenir ce soir me dire quelque résultat, parce que je dois\naussi rendre mes comptes. —Je pars, le désespoir au cœur, je cours à droite,\nà gauche. Un conseiller pour lequel j'ai eu une recommandation, s'intéresse\nà moi, vient avec moi à la police, et après quelques discussions qui m'ont\nfait trembler (bien que je n'entendisse pas un mot de la langue), on m'a\ndit qu'il faut que je présente une pétition, faite de telle et telle manière,\nprouvant tel et tel cas, et qu'alors on verra s'il est possible de m'obtenir\nune permission pour quelque tems.\nMalgré ces embarras et ces ennuis continuels, je ne puis que me\nlouer de la manière dont tout se fait dans ce pays. Je suis arrivé d'une\nmanière si équivoque, pour ne pas dire pis, que si j'étais moi-même mon\njuge, je ne sais ce que je déciderais. Enfin je vais travailler à ma pétition\net nous verrons. Que de peines pour peut-être n'en tirer aucun fruit !\nM. le conseiller veut bien se charger de la faire. Il a l'extraordinaire\nbonté de me garantir, ainsi que M. Salieri. Ceci me fait espérer beaucoup.\nMais d'un autre côté me voilà dans une drôle de situation. Je suis oblige\npour pouvoir rester de prouver que j'ai suffisamment d'argent ; de l'autre,\nje suis obligé d'écrire à mon directeur de Rome que je meurs de faim,\nsans quoi il ne me donnerait pas un sou.\nEnfin, c'est demain que ma pétition sera présentée. Je ne saurai sans\ndoute de réponse que dans quelques jours, jours d'une grande inquiétude\npour moi, je vous assure. Cela ne m'a pas empêché d'aller voir hier une\nmauvaise pièce nouvelle. Le lerIer acte fit tant de plaisir que sans attendre"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.22", "texte": "160\nS. I. M.\n\nle second on fit venir sur la scène l'auteur de la musique, des paroles et\nle lerIer acteur. Le 2d acte ennuie ; quelques-uns veulent applaudir, tout le\nmonde aussitôt leur impose silence et chacun s'en va muet à la maison :\ndrôle de succès !\nJe viens encore de changer de logement et je prie Dieu qu'il me\npermette d'en changer encore une fois ; car mon intention est de ne quit-\nter celui-ci que dans longtems et si je trouve un miracle d'appartement.\nOr, pour cela, il faut que je demeure longtems à Vienne, et c'est ce que\nje désire beaucoup. Au reste j'ai quitté un charmant logement fort cher ;\nj'en trouve un autre fort joli, un peu meilleur marché, au premier étage,\net dans un beau quartier. Ma padrone m'a l'air fort honnête et tort com-\nplaisante : nous verrons si je me trompe.\nC'est aujourd'hui que le conseiller doit présenter ma pétition ; je\nserai dans une grande inquiétude pendant quelques jours.\nJe viens d'entendre la Flûte enchantée, et elle m'a enchanté. Comme\nnotre traduction est niaise et mal faite. On a mis dans nos Mystères d'lsis\nen tragique tout ce qui se trouve en comique ici. La musique est vrai-\nment délicieuse. Les trios des génies sont charmans ; c'est dommage\nqu'on les chante ordinairement mal. L'ouvrage cependant m'a paru bien\nexécuté, surtout par l'orchestre qui, comme je le vois, un jour est excel-\nlent et un autre faible ; mais ce soir, c'était son bon jour. Le chef-d'œu-\nvre d'ouverture a été parfaitement exécuté ainsi que tout le reste.\nVoici ce que me contait ce matin M. le Conseiller. L'entrepreneur\nd'un théâtre de Vienne était presque ruiné. Il va un beau matin chez\nMozart. Monsieur, lui dit-il, je suis un homme perdu : à peine si j'ai\nde quoi payer et congédier mes acteurs ; seul vous pouvez me sauver.\nVoulez-vous écrire un opéra pour mon théâtre ? mais je ne puis rien vous\noffrir en récompense. Oui, monsieur, dit Mozart, je l'écrirai. Mais\nil faudrait que ce fut bien promptement. Aujourd'hui, je commence.\n3 semaines après l'opéra était en répétition. La veille de la repré-\nsentation, l'ouverture n'était pas faite. \" Mais, M. Mozart, l'ouverture,\nl'ouverture ? Envoyez-moi des copistes. Les copistes arrivent. Mozart\nécrit et donne feuille par feuille ; à 7 h. du soir l'ouverture était faite.\nOn la répète, elle ne va pas, on recommence 3, 4 fois : mal, mal ; Mozart\ndit : A demain matin, une répétition générale et demain soir la repré-"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.23", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS\n161\n\nsentation. L'ouverture va un peu mieux le lendemain. Le soir le public\ncriait de plaisir et on la fait dire deux fois. Quelle était cette ouverture ?\nQuel était cet opéra fait par charité ? Die Zauberflote ! ! ! M. le Conseiller\nétait témoin oculaire. (On m'a dit depuis que Mozart avait été fort bien\npayé pour cet opéra).\nJoseph fait toujours les délices de la ville et de la cour. A la dernière\nreprésentation, l'impératrice y était avec 2 de ses filles. Honneur à notre\nnation ! On me demandait s'il est bien vrai que M. Méhul est français\net sur mon affirmation, on disait : C'est bien étonnant !!! car... mais avec\nhonnêteté.\nC'était trop ! Depuis 2 jours j'étais tranquile ; j'étais dans l'espé-\nrance d'obtenir une réponse favorable à ma pétition. Une visite imprévue\nme rejette dans les cruelles angoisses que j'ai tant et trop éprouvées\ndepuis plus d'un mois. Bien heureux encore de ne pas tomber malade en\nces moments fâcheux ! Oh ! quelle leçon j'ai reçue là. Je jure bien que\njamais de mon gré je ne me remettrai dans une pareille situation. C'est\nune combinaison singulière qui me tourmente tant ce soir. Je ne m'en\nserais jamais douté. Il faut avouer qu'il y a des hommes méchants.\nHeureusement que celui dont je veux parler est d'une nation que je\nn'aime pas et cela me confirme dans 1 idée que je m'en étais faite, je ne\ndormirai certes pas tranquillement cette nuit.\nAh ! M. le Secrétaire ! vos cruelles prédictions s'accompliraient-elles ?\nJe crains même qu'on aille bien plus loin encore.\nM... ayant fait le poème d'Echo et Narcisse, le donna à Gluck pour\nle mettre en musique ; mais Gluck le trouvait mauvais et n'y travaillait\npas. M... allait souvent chez Gluck et le suppliait de travailler. Gluck\nrépondait toujours oui et n'en faisait rien. Notre Dieu Gluck aimait beau-\ncoup l'argent, M... le savait: que fait-il? Comme il voulait absolument\naller à la postérité par le moyen de Gluck, il va un matin chez lui et lui\ndit : Eh bien, avez-vous travaillé un peu à notre opéra? Oh oui,\ncertainement, j'ai déjà fait quelques morceaux sans les écrire. A pro-\npos, monsieur Gluck, j'ai oublié de vous dire que j'ai dessein de vous cé-\nder ma part d'auteur quand on donnera notre ouvrage, parce que je ne\nveux pas me mêler de tous ces embarras. \" Trois jours après, Gluck, (il\neut même le courage de prier M... de lui faire un billet par lequel il"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.24", "texte": "162\nS. I. M.\n\nreconnaissait lui avoir cédé ses droits d'auteur, avait déjà fait tout le\nplan de sa musique. Le grand Gluck avait aussi son petit côté faible.\nJe m'apperçois que Salieri n'aime pas du tout Haydn, ni Mozart ; il a\nun soin tout particulier de nous faire appercevoir leurs fautes et ne nous\narrête pas sur leurs beautés.\nSi l'on m'eut dit la nuit de Clagenfurth : Allons, courage ! précisément\ndans un mois d'ici, tu seras à Vienne, à ton piano, avec la partition de\nJoseph ; tu auras déjà plusieurs bonnes connaissances, tu auras entendu\ndes ouvrages de Mozart, tu auras reçu des nouvelles de ta mère, etc., etc.,\ncertes j'aurais été dans l'enchantement, tout ce que j'ai souffert ne m'au-\nrait rien paru que des délices : eh bien, aujourd'hui, je suis dans cette situa-\ntion et je suis dans une grande peine, car je crains pour l'avenir, ce qui\nm'empeche de jouir du présent. Avouons que notre pauvre humanité\nest bien infirme sous tous les rapports ! ! !... Belles réflexions que je viens\nde faire et surtout bien utiles ! Elles me mènent naturellement à dire que\nquand je reviendrai au monde je me ferai Dieu.\nJe viens d'entendre une des pièces le plus en réputation dans ce\npays, die Schweitzer-Familie, de Weigl. Elle ne m'a pas fait plaisir et\nm'a fait naître de singulières idées sur mon séjour en Allemagne. C'est\nbien fait ; mais du commencement jusqu'à la fin, c'est toujours la même\nchose : il n'y a rien pour le chanteur ; et pour l'orchestre ?. qu'est-ce\nqu'il y a ?... Oh que je suis content d'être venu ici et d'avoir été en\nItalie ! Bonsoir, je vais me coucher.\nC'est tout particulier, comme depuis 4 jours j'ai des idées toutes\nnouvelles. J'ai été hier voir cette éternelle Cendrillon. La musique\nne m'a pas déplu ; mais pourquoi ne donne-t-on ici que des pièces de\nchez nous ? Qu'est-ce que cela veut dire ? Je me suis bien informé de ce\nqu'on donnait cet hyver ici, et j'ai appris qu'on y donnait : Cendrillon,\nJoconde, Jean de Paris, La Vestale, etc., etc. A Vienne, pendant le congrès !\npendant que toute l'Europe était ici ! l'hiver le plus brillant ! Oh !... Atten-\ndons les événements et prenons un parti : je commence à devenir vieux !\ndans sept mois j'aurai 25 ans et je n'aurai fait qu'un mauvais ouvrage?\nRéfléchissons, ne nous précipitons pas, mais prenons le bon parti."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.25", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS\n163\n\nOn demandait un jour à Gluck ce qu'il aimait le mieux au monde.\nTrois choses, répondit-il, l'argent, le vin et la gloire. Ah, Monsieur,\ncomment ? vous mettez l'argent et le vin avant la gloire ; cela ne se peut\npas, vous nous trompez. Point du tout, dit Gluck. J'aime d'abord l'ar-\ngent, parce qu'avec l'argent j'achète du vin, le vin me fait composer, et\nc'est la composition qui me donne un peu de gloire : vous voyez donc\nque j'ai bien dit.\nJe sors d'un Te Deum que l'on vient de chanter pour la victoire\nde Mont-Saint-Jean, le 18 juin, par les Alliés !Ce qu'il ya de plus fâcheux\npour nous, c'est que je ne doute nullement qu'on n'en ait aussi chanté un\nà Paris.\nJe sors du théâtre. Je viens d'entendre Iphigénie en Tauride, de\nGluck: j'étais aux côtés de M. Salieri... Cette soirée vaut-elle la peine\nde faire i 30 lieues sans passe port ?\nPar exemple, je suis trop fier ce soir pour ne pas vous conter le sujet\nde mon orgueil. Voyez-vous cette chambre qui n'a pas été très bien\nrangée, quoique ma propriétaire soit extraordinairement propre, mais je\nsuis rentré 2 ou 3 fois aujourd'hui, ainsi il est clair que ma chambre ne\npeut pas être bien en ordre : eh bien, cette chambre, elle a été\nhonorée ce soir, mercredi 5 juillet, de la visite de M. Salieri. Ce dernier\ndes Romains est venu sans aucune façon me voir ce soir, a joué\nsur mon mauvais piano, m'a fait jouer une scène de ma composition et\nquand j'ai eu fini de lui déchirer les oreilles, nous avons été en com-\npagnie d'un jeune allemand qui se trouvait chez moi, nous avons été...\n0ù?... Vous le dirai-je ?... am Bierhause, c'est-à-dire au cabaret. Mais\npuisque je suis en train de me vanter des faveurs que j'ai reçues de\nM. Salieri, il faut que je vous dise que, dans le billet qu'il a eu la bonté de\nme donner pour prier le ministre de la police de me laisser séjourner ici,\nil finissait par ces mots : \" Ed oltre la racommandazione fattami in per-\nsona dal principe Talleyrand, tali sono i sentimenti particolari di stima\ne d'amicizia che mi legano a quel giovine, che io mi dichiaro per lui\nmaestro, amico, e padre. \" Wieviel ich muss stoltz seyn !\nUn jour notre grand Gluck était à table chez le prince Lobkowitz.\nA la fin du dîner arrive sur un plat d'argent un superbe pâté. Chaque"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.26", "texte": "164\nS. I. M.\n\npersonne vantait le pâté : Eh bien, M. Gluck, vous ne dites rien ?\nMoi, ce que je préférerais, ce serait le plat. Le prince, surpris\nlui dit : Eh bien, Gluck, si vous êtes capable de porter le plat et le pâté\njusqu'à votre maison, il est à vous. Gluck ne répond point, se lève de\ntable, prend le plat et le pâté, va chez lui et le lendemain racontait son\nhistoire à tout le monde. Authentique.\nGluck avouait qu'il avait toujours eu la passion de faire fortune et\nque sans les Français il aurait toujours été malheureux. Il avait épousé la\nplus laide femme du monde parce qu'elle avait <;o mille florins de dot.\nQue l'humanité est changeante ! A présent que je suis bien tranquile\nsur mon séjour à Vienne, je brûle du désir de partir. Je n'ai rien à\napprendre ici pour la composition théâtrale, ou du moins ce que j'y\napprendrais, je puis l'apprendre mieux à Paris. Il n'y a que M. Salieri\nqu'on ne quitte pas aisément. Sans lui je serais déjà dans mon pays.\nPresque tous les jours on donne des opéras trançais et je les entendrai\nmieux à Paris. Pour la musique instrumentale, on est fort, c'est vrai : mais\non m'assure que l'on donne 4 concerts par an ; encore faut-il qu'il y ait de\ngrandes occasions, comme la bataille de Leipsik ou le Congrès ! Il est vrai\nque je trouve des amateurs très forts pour le piano, mais le piano m'en-\nnuie !.. Que dois-je donc faire ? Je sens mon aimable caractère. Que l'on\nm'envoie ce soir une permission de séjour indéfini et je pars demain. Oh !\ngirouette !!! Ce n'est pas que le séjour de Vienne m'ennuie ; mais je vois\nqu'il ne m'est pas très utile d'y rester longtems. Autant je suis content\nd'avoir vu le goût allemand au sortir de l'ltalie, autant peut-être il me serait\ndangereux d'entendre longtems cette musique serrée qui parle toujours\naux oreilles et jamais à l'âme. Les opéras modernes qui me font le plus\nde plaisir sont ceux de Girowetz. Ceux de Weigl sont des chefs-d'oeuvres\nd'écriture, mais je n'y trouve pas ce que je veux dans la\nmusique. Les morceaux d'ensemble sont de la musique excellente, mais\noù est l'esprit de la musique italienne ? Ah, j'ai dit autrefois bien du\nmal de cette musique italienne ; je reconnais mes torts tous les jours\ndavantage. Certes quelquefois l'orchestre italien est dans notre\nmanière de parler : mais en quoi consiste la richesse d'une musique ?\nEst-ce dans la manière de traiter ses idées ? ou dans les idées mêmes ?\nMa manière de voir en musique a changé beaucoup depuis 3 ans et\nj'ose dire qu'elle n'a pas tourné à mal. Si je me décide à partir dans peu"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.27", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS\n16 5\n\npour la France, comme je le crois, il me semble que j'y trouverai deux\navantages : i° de gagner une demi-année de ma vie, 2\" d'épargner\nbeaucoup d'argent. Mais M. Salieri ! M. Salieri ! Eh bien, je lirai ses\nouvrages.\nJ'ai oublié de vous raconter le sujet de l'allarme que j'eus il y a\n15 jours et dont je n'ai dit que deux mots. Un de nos voyageurs a eu\nen route une discussion vive avec le voiturin, parce qu'il lui ajoutait\nchaque jour quelque nouvelle caisse de tableaux. Le voiturin en arrivant\nà Vienne prie ce monsieur de lui payer telle somme en plus pour les\ncaisses qu'il a prises en chemin : celui-ci refuse. Grands débats : chacun\nmenace l'autre de porter ses plaintes à la justice : des menaces on va au\nfait : la justice, qui fut juste, ordonna au monsieur de payer : il paya ;\nmais il voulait se venger du voiturier : c'était bien naturel : la vengeance est\nle plaisir des dieux et des 1... Ce monsieur donc va à la police et dénonce le\nvoiturin comme ayant amené de Venise à Vienne un Français sans passe-\nport, et il finit en suppliant la police de faire mettre le voiturin en prison.\nLa police, qui dans ce pays aime plutôt à trouver des innocents que\ndes coupables, répond qu'on examinera l'affaire. Je ne sais ce qu'on a\nfait pendant plusieurs jours. Un matin je suis appelé à la police : on me\ndemande depuis combien de tems je suis à Vienne, etc., etc. Je réponds\nclairement, et lorsqu'on vient à me demander avec quel passe-port, je\nréponds que je suis venu le lendemain de mon arrivée déclarer que mon\npasse-port était pour le Tyrol. Ah, c'est vous, monsieur, qui avez pré-\nsenté cette pétition et cette lettre du prince Talleyrand ? Oui, mon-\nsieur, précisément. |e vous demande pardon de vous avoir dérangé.\nJe me retire donc et depuis ce tems je n'ai entendu rien de cette\naffaire. J'ai rencontré il y a quelques jours le voiturin, qui m'a dit que le\nmonsieur en question avait eu une peur de diable et s'était désisté de son\nidée incarcérante, quand la police lui avait déclaré qu'il devait être bien\nsur ses gardes, parce que s'il poursuivait injustement ce voiturin avec\nlequel on savait déjà qu'il avait eu quelque affaire, il pairait une amende\nénorme et peut-être n'en serait-il pas quitte pour cela. J'avoue que je me\ntrouve malheureux d'avoir passé pas mal de tems avec des gens de cette\nfaçon et surtout par mon imprudence d'avoir pu pendant quelques jours\ndonner de moi une idée fort fâcheuse. Mais heureusement de ce côté je\nn'ai rien à craindre : bien au contraire ; mon voyage m'a fait ici une"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.28", "texte": "166\nS. 1. M.\n\nréputation d'enragé et toutes mes connaissances me disent : Mais quel\ncourage vous fallait-il donc pour une telle entreprise ? Comme vous avez\ndû souffrir ! Etc. etc.\nJ'ai vu hier die Hochzeit des Figaro. J'ai été extrêmement content,\nOn passe beaucoup de morceaux, mais pourtant moins que chez nous et\nau moins le page a un rôle intéressant. L'orchestre a été délicieux : à\nNaples la musique de Figaro m'avait paru un peu cuivrée ; ici, elle m'a\nseulement paru très harmonieuse. Les instruments à vent ont accompa-\ngne comme des anges. Chose remarquable ! On fit répéter un air à Figaro\nau 2d acte. L'acteur avant de recommencer s'avance humblement\nvers le public et lui dit qu'étant extrêmement fatigué, il le prie de lui\npermettre de chanter cet air seulement à demi-voix. Il chante pppp ;\nl'orchestre se mit si bien à l'unisson du chanteur que de ma vie je n'ai\nentendu quelque chose de plus ravissant. Les instruments à vent ont fait\nce que je croyais jusqu'ici impossible : ils ne soufflaient qu'à moitié.\nPour m'acquitter en quelque façon avec M. le Conseiller qui m'a\nprocuré la permission de séjourner à Vienne, je lui ai offert de donner\nquelques leçons à l'une de ses filles qui, par parenthèse, sont très jolies.\nIl a été si enchanté de cette proposition qu'il ne trouvait pas d'expression,\nmême en allemand, pour m'en remercier. Pourtant, à vous le dire fran-\nchement, je pense que je ne resterai pas bien longtems ici ; car sans\ncela je n'aurais pas pu me décider à donner des leçons de piano, la chose\ndu monde la plus fâcheuse, après celle de voyager sans passe port.\nLa fin du Requiem de Mozart depuis le Sanctus n'est pas de lui,\nmais d'un de ses élèves favoris nommé ....\nJe suis retourné hier entendre encore la Vestale : on l'exécute pitoya-\nblement. Ces messieurs les compositeurs du théâtre, coupent, taillent,\nchangent selon leur goût lourd et pesant : ils ont gâté, selon mon idée,\nplusieurs beaux chœurs, de même que dans Joseph, ils ont abîmé infini-\nment l'ouverture en l'allongeant de 2 tiers. Je suis presque décidé\na partir, car l'envie me vient tous les jours davantage d'écrire un nou-\nvel opéra et il ne m'est pas avantageux d'en écrire un ici, parce que s'il\nréussissait, on ne le donnerait certainement pas en France, au lieu que si"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.29", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS\n167\n\nj'en fais un bon à Paris, je suis presque sûr qu'on le donnera ensuite à\nVienne.\nJe suis dans une extrême indécision. Veux-je partir ? Veux-je res-\nter ? Si je pars, je quitte cette chère ville de Vienne, où vraiment je me\nplais beaucoup, je me prive de ces charmantes soirées que je passe au\nthéâtre Kârthnerthor, je ne vois plus ces femmes si douces, si sensibles\nà la musique ! j'abandonne cette belle promenade du Prater où règne une\nsimple gaîté et une franchise générale : oh ! je ne partirai pas. Si je\nreste? Si je reste, j'entendrai en allemand Joconde, la Vestale, le Nouveau\nSeigneur de Village, Cendrillon, Joseph, Jean de Paris, Iphigénie en\nTauride, etc., etc., toutes pièces de chez nous. On ne donne pas\ntrois opéras nouveaux par an, à ce qu'on m'a assuré. Oh, je ne\nresterai pas.\nLa ville de Vienne est fort petite et c'est pour cela qu'il me semble\nagréable de l'habiter ; une maison dans les faubourgs qui sont immenses,\npeut passer pour une maison de campagne. Le Langarten est un immense\njardin extrêmement beau qui est entouré par le Danube ; c'est de là que\nl'on voit ce fleuve dans sa grande largeur. Schônbrunn qu'habitent en ce\nmoment Marie-Louise et son fils, est un palais impérial d'une immense\nétendue. Le parc est fort beau ; il y a de beaux points de vue. Si je devais\nvivre autre part que dans mon pays, je voudrais vivre ici. D'abord on\nn'a pas besoin pour faire bonne figure de dépenser beaucoup. Les\ncoutumes des Allemands me plaisent autant que celles de l'ltalie me\nrebuttent. Ici il n'y a pas d'orgueil, de fanfaronnade : on ne dit\npas : Je demeure à tel palais, et on ne dîne pas avec de simples\nbroccoli stracinati. On dit : J'ai un petit logement au 4e dans telle\nmaison, et on y dîne avec abondance et gaîté. A 3 et 4 heures,\non rencontre ici presque toutes les dames, même les plus élégantes, avec\nun petit panier à ouvrage ; à la promenade du rampart, sur chaque banc,\nvous voyez de jeunes et jolies demoiselles qui tricottent et rient de tout\nleur cœur. Parlez donc de cette manière de vivre à une Italienne ? Vous\nserez bien reçu. Depuis que je suis à Vienne, il a presque toujours fait\nvilain tems ; cependant depuis quelques jours le soleil a reparu avec un\néclat extrêmement calorique. Ce beau tems pourrait bien me décider à\nentreprendre un long voyage, car il faut profiter de tout dans ce monde.\nEn attendant je vais aller au théâtre où l'on donne pour changer le"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.30", "texte": "168\nS. I. M.\n\nNouveau Seigneur de Village et le ballet des Bayadères dont la\nmusique est presque entièrement tirée de M. Catel. Dans ce ballet, il\ny a un fort joli pas, dansé sur l'air de Boieldieu : De tous les pays pour\nvous plaire.\nAllons, je ne souperai plus au cabaret, c'est-à-dire am Bierhause,\navec mes bons Allemands ; je ne déjeunerai plus à ce fameux café qu'on\npeut appeler le café des Emigrés ; je n'assisterai plus à cette haute et\nintelligible lecture du Journal de Francfort ; je ne verrai plus ce second\ntome de la plus jolie femme du monde dont je suis devenu amoureux\ndepuis 15 jours. Je ne sais qui me disait, je ne sais ni où ni quand :\nPrenez bien garde aux ressemblances, elles vous mènent plus loin que\nvous ne pensez. Et là-dessus, je ne sais qui me racontait qu'un de ses\namis s'était pris d une passion subite pour une inconnue qui ressemblait\nà l'objet de son premier amour et que cette nouvelle passion l'avait conduit\nà mal ; je me moquai dans le tems de ce bon je ne sais qui, et depuis\n15 jours je ne m'en moque plus : aussi il faut avouer que le portrait\nfrappant de la plus jolie femme du monde (du moins pour moi) est quelque\nchose de séduisant. Si je restais ici, je suis sûr que cette ressemblance\npourrait bien m'être fatale, ou peut-être avantageuse. Mais je ne puis sans\ndanger me livrer à mes douces pensées, car il est vraisemblable que dans\nle courant de la semaine prochaine, j'aurai vu pour la dernière fois ce\ncharmant objet. Je suis tous les jours plus en colère contre le théâtre.\nLe répertoire consiste en une dizaine de pièces qu'ils donnent et re-\ndonnent toujours ; mais calmons notre colère : trois heures sonnent, je\nvais voir M. Salieri.\nJe viens d'entendre la première représentation de die Ehrenpforten,\nc'est-à-dire les Portes de l'Honneur. Que sont ces portes ? Naples, la\nBelle Alliance et Paris. 11 est inutile de vous dire que c'est une pièce de\ncirconstance : je n'ai pas compris grand'chose ; mais du moins j'ai vu que\nles Allemands sont plus honnêtes que nous, car la pièce n'a pas fait trop rire\nà nos dépends. La musique consiste en neuf morceaux et une ouverture.\nChaque morceau a un auteur différent : l'ouverture de Hummel ; un\nchœur de Weber ; un air de Weigl ; un sextetto de Seyfried ; un air de\nGirowetz, un chœur de Hândel, un chœur de Beethoven, etc., etc.\nPeut-être que vous allez croire que c'est une merveille : pas du tout. Ce"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.31", "texte": "SOUVENIRS INÉDITS\n169\n\nqui m'a fait le plus de plaisir est le chœur de Hàndel et l'air de Girowetz ;\nj'oubliais l'air divin et national de Haydn qui produit un grand effet.\nSi vous êtes heureux\nJouissez en silence :\nLe bonheur fastueux\nEst presque l'impudence.\nbelle pensée ! beaux vers ! de ma composition sur lesquels j'ai fait un beau\ncanon. C'est moi qui le dis.\nMon idée de partir s'étant extraordinairement affermie dans ma\ntête, j'ai été de suite m'informer si l'on voulait me délivrer un passe port.\nIl y a deux mois, on voulait me chasser, aujourd'hui on m'empêche de\npartir : c'est charmant. Pourtant, comme nos affaires de France paraissent\nà peu près achevées, je crois que je ne serai pas prisonnier bien\nlongtems. C'est un charme tout particulier, depuis que j'ai quitté\nNaples, j'en ai éprouvé de toutes les couleurs et de toutes les façons,\net encore de plus cruelles que je ne l'ai dit : mais je ne l'osais pas.\nJ'ai été voir le Belvédère, qui renferme une belle et nombreuse col-\nlection de tableaux, le jardin du prince Schwarzenberg qui est fort\nbeau ; j'ai même poussé jusqu'à Baden, à 7 ou 8 lieues de Vienne,\nlieu renommé par ses eaux minérales. J'ai vu la source de ces eaux et les\nbains. Il y a à Baden un fort joli parc, et la vue du côté de la montagne\nest tort belle. La ville est gentille et petite. 11 y a aussi un théâtre ; on y\ndonnait ce jour-là Lodoïska de Cherubini ; c'est dommage que j'eusse\ndéjà la voiture pour partir, j'aurais voulu entendre cet ouvrage que je\nn'entendrai sans doute nulle autre part. Je vais ces jours-ci travailler à mon\npasse port, car je ne veux certes pas voyager une seconde fois sans mes\npapiers en règle.\nJ'étais désespéré de penser à quitter Vienne, sans avoir entendu son\nplus bel ornement : Hummel. Il était en voyage, et mon bonheur a voulu\nqu'il revînt il y a quelques jours. Je l'ai déjà entendu 4 fois. C'est le\nmeilleur enfant du monde. Ce matin j'ai passé 3 heures avec lui à son\npiano. Il a préludé pendant près d'une heure et j'étais ravi : nous avons\nchanté toute une messe de lui. Il m'a joué un concerto manuscrit, 2 fan-\ntaisies, des variations, enfin tout ce que j'ai voulu. Je suis fâché de\npenser à le quitter, mais il viendra voir Paris dans un an.\nM. Beethoven n'est pas de même : j'ai une lettre pour lui et je n'ose"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.32", "texte": "170\ns. I. M.\n\npas lui porter. Il est malheureusement sourd et farouche comme sa\nligure. Je l'ai vu dans une maison. Il n'a pas voulu jouer de piano et on\nn a pas insiste beaucoup, parce que l'on sait qu'il ne jouerait pas pour\n1 empereur de Maroc quand cela ne lui convient pas. On donne ici\nquelquefois Fidelio, un opéra de lui que je n'ai vu qu'au piano: c'est\ncomme toute sa musique, d'un bizarre trop étonnant. Je serais\ncurieux ele voii au theatre ; mais 1 actrice qui le joue est en voyage et\nmoi-même, j espère être bientôt en voyage aussi pour revoir mon cher et\nmalheureux pays !\n\nF. Herold."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.33", "texte": "Le théâtre, le livre, la revue, le journal ne furent jamais pour\nMr. Bernard Shaw que prétextes à exposer ses idées personnelles en une\ncomédie, un essai, une critique dramatique ou un article. L'on ne s'accorde\npas trop en Angleterre sur la valeur intrinsèque des dites idées person-\nnelles ; mais rien de ce que décrète l'auteur de Man and Superman ne\nsaurait laisser indifférent le public britannique : les uns se pâment, les\nautres se fâchent, d'aucuns rient et l'on discute à perte de vue ;\nMr. Bernard Shaw étant certainement une des intelligences dont l'Angleterre\ns'honore ; et après S. M. Edouard VII la personnalité anglaise actuelle\nirlandaise en fait la plus paragraphée dans les feuilles quotidiennes\net les magazines hebdomadaires. Une fois même une revue très vieux-jeu\nlui consacra un éreintement passionné et anonyme. Ses faits et gestes\ndéplacent toujours plusieurs interviewers et ses déclarations obtiennent les\nhonneurs d'un titre en gros caractère, tout comme le dernier incident\ninternational, le vol d'un Gainsborough, le match annuel Eton V. Harrow,\nou l'infériorité de l'équipe nationale aux régates d'Henley.\nUn jour, Mr. Bernard Shaw, lassé d'entendre formuler les mêmes\nopinions (qu'il étiquettait absurdités) sur XAnneau des Niebelungen par les\ncritiques anglais et de voir ces opinions admises comme articles de foi par"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.34", "texte": "IJ2\nS. I. M.\n\nles lecteurs des dits critiques, voulut donner son avis quant à Wagner.\nDepuis assez longtemps on s'égarait sur la vraie valeur de son œuvre, sa\nphilosophie, le réel sens de son symbolisme. Il était temps de rabaisser\ncette épopée à la hauteur de sa signification véritable ; il écrivit donc un\npetit volume de quatorze chapitres, T\nDans des \" encouragements préliminaires \" Mr. Bernard Shaw divise\nles Wagnériens en plusieurs catégories: une première, de spectateurs\nbornés et pleins de bonne volonté qu'il laisse en paix, de ces êtres sensitifs\net superficiels, simples musiciens qui ne font que subir la seule musique\ndu Ring bercements lents des flots du Rhin, murmures rêveurs de la\nforêt, extases amoureuses de Brunhilde, bruissante traversée du feu,\nhéroïque marche funèbre de Siegfried et ne voient dans les discours\net les discussions de Wotan que des récitatifs un peu longs, ternes et\nobscurément philosophiques ; une seconde classe, composée de ceux\nqui reconnaissent en la Tétralogie un drame d'actualité et non d'anti-\nquité fabuleuse, qui n'aurait pu être écrit avant la seconde moitié du\nXIXme Siècle, \" pour ce que les événements auxquels Wagner fait allusion\nn'avaient pas encore eu lieu \" classe de citoyens qui désirent s'instruire et\nque l'on peut éduquer ; enfin un cercle assez fermé d'esprits supérieurs\npour qui l'œuvre possède une signification impérieusement philosophique et\nsociale ; et \" j'ai la prétention d'être un de ces esprits supérieurs \" ajoute,\nmodeste, Mr. G. Bernard Shaw ; ainsi écrit-il ce pamphlet pour aider de\nses lumières les gens assez confiants et assez intelligents pour le suivre par\nles chemins perfides du Socialisme wagnérien.\nAyant prodigué ces quelques bonnes paroles, Mr. Bernard Shaw passe\nau très long compte-rendu des quatre drames lyriques de la (ou\nplutôt des trois drames et de l'opéra qui les conclut, car il s'obstine, et\nnon sans raison à qualifier d'opéra le final au cours\nduquel il interprétera, montrant leur réalité moderne, toutes les scènes\nwagnériennes susceptibles de prouver les idées socialistes de Wagner, et\nson but.\nVingt-deux pages du livre sont consacrées à l'analyse de l'Or\ndu Rhin ; cela débute par une aimable supposition : \" Admettons un\ninstant que vous soyez une jeune femme charmante vivant au Klon-"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.35", "texte": "LE SOCIALISME DANS L'OR DU RHIN\n\nx 73\n\ndyke il y a cinq ans1 à l'époque où ce pays regorgeait d'or. \" Si vous\nvous contentez d'en jouir comme les sages jouissent des fleurs, sans les\ncueillir, l'or ne souillera, ne pervertira aucun être humain. Mais que vienne\nun homme cupide, ambitieux, aux appétits ordinaires \" comme la plupart\ndes hommes que vous connaissez \" ; si vous lui révélez l'existence de cet\nor et si vous lui dites qu'en le changeant en monnaie il pourra à son gré\ncommander au monde ; vous verrez que tout cela ne le tente pas autant\nque vous auriez cru ; parce que cela l'entraînerait dans des complications\net des dangers et parce qu'il y a autre chose qu'il désire plus passionné-\nment : vous-même ! Cet homme peut être laid, disgracieux, son amour peut\nvous paraître odieux, sa personnalité détestable, un nain, ( \" ces nains\nsont légion à Londres \" ) vous riez de l'amour qu'il vous offre et le\nméprisez, comme méprisèrent Alberich les Filles du Rhin, comme mé-\npriseraient une telle créature des êtres simplistes sans réel caractère\n\" comme beaucoup de jeunes femmes modernes \" uniquement parce que\nle pauvre nain ne correspond pas à un idéal de beauté physique et d'héroïsme\nromantique.\nElles joignent l'ironie à l'insulte, ces Filles du Rhin, se conduisant en\nflirteuses émérites, en méprisables \" allumeuses \". Tout d'un coup, le\npremier rayon du soleil filtre jusqu'à leur trésor. Elles oublient tout et\ntournoient autour de l'or. Elles ne se souviennent plus que le nain sait\nque seul celui qui maudira l'amour pourra s'en emparer ; qu'il sait\naussi qu'elles se riront toujours de son amour. Il se trouve dans la situation\n\" d'un homme pauvre et vulgaire qui voudrait pénétrer dans une société\naristocratique et à qui on ferait comprendre avec mépris que seulement en\nqualité de millionnaire, il pourra être des leurs, et au besoin s'acheter\navec son argent une femme élégante et bien élevée. \" Il ne peut plus\nchoisir, et l'Alberich, quel qu'il soit, maudira l'amour et choisira l'or,\nsans hésitations. L'or du Klondyke se répandra dans les grandes cités et le\nvieux dilemne se perpétuera à l'infini.\nEt voici que rien ne résistera au ploutocrate Alberich ; des hommes\npeineront comme des esclaves à augmenter ses richesses, à doubler ses reve>-\nnus \" excités par le fouet invisible de la misère Ils ne le voient pas, ce\nmaître tout puissant, pas plus que les allumetiers victimes du phosphore et\nles peintres victimes de la céruse ne voient les actionnaires des sociétés\nqui les emploient. \" Cela se passe ainsi dans chaque contrée civilisée,\n\n1 La première édition du Perfect Wagnerite date de 1898.\n3"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.36", "texte": "174\nS. I. M.\n\noù des millions d'ouvriers travaillent misérables et appauvris à amasser des\nfortunes pour nos Alberichs, sans y gagner quoi que ce soit, sauf quelquefois\ndes maladies horribles et incurables et la certitude d'une mort prématurée.\nCette histoire est terriblement réelle et terriblement moderne ; mais seul\nle poète, avec sa vision de ce que la vie devrait être, trouve la situation\nintolérable. Si nous étions une race de poètes, nous y mettrions un terme\navant la fin de ce misérable siècle. Etant une race de nains moraux, nous\ntrouvons cela, convenable, respectable et pratique . \"\nUne force cependant s'oppose à ce que la tyrannie d'Alberich devienne\npar trop insupportable, une force plus élevée, la loi inventée par des gens\ncapables de pensée, de prévoyance qui se sont aperçus que \" sans l'établis-\nsement d'un ordre social fondé sur la foi morale, le monde ne s'élèverait\njamais au-dessus de la sauvagerie primordiale Ces gens correspondent au\nWotan wagnérien. Les dieux, faiseurs de l'or, en sont malheureusement\nréduits à des compromis, parce que des lois établies hier ne rendent plus\nles mêmes services aujourd'hui, que des questions de responsabilité,\nd'égoïsme et d'intérêt s'y mêlent fatalement.\nCela coûte aussi de maintenir l'ordre des choses établi et de faire\nobéir la Loi. \" Il faut acheter la force brute qui exécutera ses décrets ; et\nla masse des sujets devra être persuadée de respecter l'autorité qui emploie\ncette force. Comment leur inculper cette idée de respect ? Naturellement\nen associant cette idée de pouvoir législatif avec un luxe de mise en scène\nun déploiement de splendeur qui fera impression sur leurs sens et effraiera\nleur imagination. Le dieu devenu législateur devra être couronné Roi et\nPontife. Du moment que le populaire ne sait reconnaître sa supériorité\nen sagesse, du moins devra-t-il être admis comme leur supérieur en richesse,\ncomme celui qui bâtit des châteaux, porte l'or et la pourpre, s'assied à des\nfestins somptueux, commande aux armées, possède le droit de vie et de\nmort et tient entre ses mains le salut ou la damnation éternels. Aux\ntemps de l'âge d'or tout ceci était possible sans corruptions... Mais du\nmoment qu'un Alberich sans amour se trouve dans le monde, libre d'agir\net aidé par la puissance de ses millions, les dieux sont voués à la destruc-\ntion. Du moment qu'Albérich peut forcer le travail des nains et acheter les\nservices des géants, puisque son pouvoir chaque jour grandissant le ferait\nmaître du monde, \" les dieux se voient dans la douloureuse nécessité ou\nou d'abdiquer, ou, se servant de leur intelligence supérieure, d'essayer de\ns'approprier son or. \" Ceci, le dilemne où se trouve aujourd'hui emprison-"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.37", "texte": "LE SOCIALISME DANS L'OR DU RHIN\nr75\n\nnée l'Eglise, est la situation créée par Alberich dans les profondeurs du\nRhin. \"\nCependant perdu dans ses rêves de grandeur, Wotan a oublié qu'il\ndevra payer pour son pouvoir Olympien le même prix que le nain a payé\npour son pouvoir Ploutonique, quand Fricka le lui rappelle, il décide\ns'appeler à son aide pour duper les géants une des grandes forces du monde,\nle mensonge ; c'est Loge qui sera son complice. Et quand les géants\nviennent réclamer leur salaire, ils se heurtent à la mauvaise foi des dieux.\n\" Il n'y a pas dans la vie de moments plus tragiques que quand l'humble\ntravailleur manuel, confiant en ses supérieurs, et les respectant parce qu'il\na confiance en eux, découvre que les dits supérieurs sont faux, avaricieux,\ncorrompus, injustes et traîtres. \" Les discussions continuent ; l'arrivée de\nLoge n'arrange pas les affaires puisqu'il n'a pu trouver de trésor plus\nprécieux aux yeux des géants que Freia. Puis, insidieux, il parle des plaintes\ndes Filles du Rhin et du vol d'Albérich. \" Il n'a pas plus tôt dit ces mots\nque les géants s'abaissent plus bas encore que le nain. Albéric renia l'amour\nqui lui était défendu ; les géants renoncent pour les trésors d'Albérich à\nl'amour qu'ils pourraient obtenir. Remarquez que ce n'est que le trésor\nqu'ils convoitent. Ils n'ont au cœur aucun fier désir de dominer leurs\nsupérieurs ou de transformer le monde au gré de leurs fantaisies. Ils ne\nsont ni intelligents ni ambitieux. \"\nFreia emmenée comme otage, il ne reste au Dieu qu'une ressource:\nvoler à Albérich son trésor. Rien, qu'un vague scrupule moral, ne peut\nempêcher Wotan de se décider à ce vol, et à réussir.\n... Et, dans son royaume souterrain le nain force ses esclaves au travail :\n\" Il n'est pas obligé que ce soit une mine, cela peut être tout aussi bien\nune fabrique d'allumettes avec phosphore rouge, carie des os, énormes\ndividendes et clergymen actionnaires. Ou ce pourrait être une poterie, un\nchantier de chemins de fer, un atelier de tailleurs, ou n'importe quel\nespèce d'endroit où la vie humaine est chaque jour sacrifiée \"... Alberich\npossède un anneau et un heaume qui lui donne le singulier pouvoir d'ap-\nparaître et de disparaître, ou de changer de forme à volonté. \" ... Ce\nheaume est un article commun dans nos rues, où il prend l'apparence d'un\nchapeau haut de forme —. Il peut rendre un actionnaire invisible, ou lui\nprêter des aspects très différents tels que preux chrétien, souscripteur aux\nHôpitaux, bienfaiteur du pauvre, père et mari modèle, anglais pratique\nindépendant et rusé, tandis que cet actionnaire n'est en réalité qu'un"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.38", "texte": "176\nS. I. M.\n\npiteux parasite vivant sur la richesse commune, conservant beaucoup et ne\nproduisant rien, ne sentant rien, ne croyant en rien, ne sachant rien, ne\nfaisant rien excepté ce que tout le monde fait, et encore parce qu'il a peur\nde ne pas faire comme tout le monde\nAlberich reçoit Wotan et Loge sans enthousiasme. Il leur montre son\nterrible pouvoir et leur dépeint le monde \" tel qu'il sera quand il le\ndominera absolument, quand les douces mousses et les tendres feuillages\nde ses vallées auront été transformées en boue, en fumées et en poussières,\nquand l'esclavage et la maladie adoucies par l'ivrognerie et menées par le\nbâton du policeman seront devenues les bases de la société ; et quand\nseulement seront sauvés de la ruine les quelques jolis endroits et les quel-\nques jolies femmes qu'il lui plaira de se payer pour l'assouvissement de\nses propres plaisirs. Dans ce royaume du mal, nul pouvoir que le sien.\nLes dieux avec leurs légalités et leurs moralités seront vaincus et chassés...\nWotan s'indigne, mais Loge reste indifférent ; il est sans passions morales ;\nà ses yeux l'indignation aussi bien que l'enthousiasme paraissent absurdes.\nIl trouve délicieusement amusant de voir que le nain en excitant la\nferveur morale de Wotan détruit en même temps le scrupule moral qui\nl'empêchait de devenir un voleur. Maintenant Wotan a résolu et sans\nremords de voler le trésor du nain ; car n'est-ce pas positivement son\ndevoir d'arracher la puissance à des mains aussi criminelles ? S'appuyant\nsur ces beaux principes moraux il laisse Loge employer la ruse... \"\nComme l'on sait, avec l'aide de Loge, \" le Dieu de l'lntellect, de\nl'lmagination, du Raisonnement, de l'lllusion et de la Raison Wotan\ndérobe à Alberich son chapeau haut-de-forme magique, au nom de la\nmoralité et de la légalité, puis réclame l'anneau. \" Alors le nain, comme\ntout à l'heure le géant, sent les fondations du monde trembler et s'écrouler\nsous lui quand il retrouve sa propre vile cupidité en une personne d'ordre\nsupérieur. Il lui paraît naturel que le mal, ayant maudit l'amour, puisse\nengendrer des pouvoirs mauvais ; mais que les dieux lui dérobent cette\npuissance néfaste et s'en servent, cela lui semble une monstrueuse perver-\nsion A ses plaintes le Dieu oppose une vertueuse indignation \" lui\nreprochant avec l'attitude d'un juge intègre \" d'avoir jadis volé l'or aux\nFilles du Rhin.\n\" Ainsi va le monde. Autrefois quand le travailleur chrétien était\ndépossédé par le noble prodigue, et le prodigue par l'Usurier Juif, l'Eglise\net l'Etat, la religion et la loi s'emparèrent du Juif, considérant comme"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.39", "texte": "LE SOCIALISME DANS L'OR DU RHIN\n177\n\nun devoir chrétien de le déposséder à son tour. Quand les forces égoïstes\net l'appât du gain, volant le pauvre et déshonorant la terre, eurent\nconstitué nos sordides systèmes capitalistes, alors l'lntelligence, la Religion\net la Loi, qui n'auraient pas inventé eux-mêmes de tels systèmes, crurent\ndevoir s'emparer néanmoins de ces pouvoirs diaboliques sous couleur\nde justice et de bien. Il arrive inévitablement que quand les Talents, la\nLoi et l'Eglise ont fait cause commune pour dépouiller le peuple, cette\ndernière se trouve plus blessée par ce reniement de ses propres principes\nque ses alliés ; et finalement ceux-ci se mettent à voler l'Eglise avec\nl'aide d'un Loge amusé, comme cela se passe par exemple en France et\nen Italie \".\nPour payer le salaire des géants, architectes du Walhalla, Wotan est\nobligé de sacrifier l'or une seconde fois volé. \" Mais maintenant quelle\nLoi reste-t-il à ces deux stupides travailleurs ?... Par habitude ils s'en\nrapportent au Dieu qui décidera pour eux ce que chacun d'eux doit\nrecevoir du trésor. Mais lui se détourne avec dégoût de ces forces\nbrutales. Ils s'arrangent comme deux loups et Fafner, d'un coup de son\népieu, tue son frère. C'est horrible à voir et à entendre pour quiconque\nsait, comme, de la même façon, le sang est versé en ce monde par les\ntravailleurs brutalisés, d'assez honnêtes gens en somme jusqu'au moment\noù ils s'aperçoivent qu'ils ont été trahis par leurs supérieurs Fafner\nemporte son butin dans une caverne, et s'étant transformé en dragon,\nesclave de son trésor, le veille nuit et jour. \" Son cas est trop commun\npour nous surprendre. Le monde est encombré de gens qui sacrifient\ntoute affection et toute charité pour se procurer des richesses, desquelles\nensuite, esclaves misérables, ils se sentent incapables de faire le moindre\nusage\nCependant les Dieux entrent au Walhalla, sur l'arc-en-ciel édifié\npar Donner et Froh ; c'est alors que Wotan, soucieux de voir que\nlui-même ne peut échapper ni à sa destinée ni à ses propres lois, songe à\ncréer un être libre, le premier d'une race de héros ; ce sera Siegfried,\nsurhomme Nietzschéen que Mr. Bernard Shaw se plaît à considérer\ncomme un Anarchiste et un Protestant.\nA cette analyse de l'Or du Rhin, Mr. Bernard Shaw ajoute quelques\nremarques complémentaires. Pour la plupart des spectateurs, dit-il, ce"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.40", "texte": "178\nS. I. M.\n\nprologue n'est qu'une lutte entre une demi douzaine de personnages de\nconte de fée à propos d'une bague. \" Seuls, les plus clairvoyants, angoissés,\nsuivent le drame sans respirer, y apercevant l'entière tragédie de l'histoire\ndu genre humain et toute l'horreur des dilemmes en lesquels le monde se\ndébat aujourd'hui... En somme les gens qui n'ont pas d'idées générales,\nqui ne comprennent pas l'intérêt qu'un philosophe ou un politicien\nporte à la race humaine, ne peuvent comprendre le sens dramatique\nde l'Or du Rhin.... Et maintenant quelque lecteur superficiel va certaine-\nment nous interrompre, déclarant que l'Or est une œuvre d'art\npure et simple, que Wagner n'a jamais pensé à des actionnaires, des\nchapeaux haut-de-forme, des mines et des manufactures ; qu'il n'a jamais\nsongé à ces questions industrielles et politiques considérées au point de\nvue humanitaire et socialiste. Ce sont là des impertinences ; les faits de\nla vie de Wagner suffisent à le prouver\nSuivent des explications un peu longues sur la vie de Wagner, son\ntraité avec l'opéra de Dresde, son amitié avec August Roeckel, ses\nrelations avec Michaël Bakounin, la Révolution de 1849, ses pamphlets\net ses compositions, enfin un avertissement au spectateur de bonne volonté.\n\" Dans l'ancienne création, les personnages surnaturels sont invaria-\nblement présentés comme plus grands que l'homme et au-dessus de lui.\nWagner donne à l'Homme la plus haute place. Dans l'Or du Rhin, il n'y\na pas encore d'hommes sur la terre. Il y a les nains, les géants et les\ndieux. Ne vous y trompez pas, le monde est dans l'attente de l'Homme\nqui le délivrera du gouvernement boiteux des dieux ; aussitôt l'allégorie\nvous paraîtra très simple. Naturellement les nains, les géants et les dieux\nne sont que la dramatisation des trois principales catégories d'hommes,\nc'est à dire : les gens avares, instinctifs, luxurieux ; les gens stupides,\nlaborieux, respectueux, qui adorent l'argent ; et les esprits supérieurs,\nmoraux et intellectuels, qui arrangent et administrent les Eglises et les\nEtats. L'Histoire nous montre qu'une seule classe d'hommes est supérieure\nà la plus élevée de ces trois catégories : les Héros...\n... Peut-être n'y avez-vous jamais songé, mais il est évident que si\nla prochaine génération d'Anglais était uniquement composée de Jules\nCésars, toutes nos institutions politiques, ecclésiastiques et morales dis-\nparaîtraient instantanément... Des Jules Césars ne s'inquiéteraient guère\nde nos Codes et de nos Eglises... Dans l'Or nous voyons le Héros\nsurgir et détruire nains, géants et dieux... Surtout nous devons com-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.41", "texte": "LE SOCIALISME DANS L'OR DU RHIN\nï79\n\nprendre que le Dieu, dans son désir d'une vie plus haute et plus pleine,\nattend avec impatience l'arrivée de ce pouvoir plus puissant que le sien,\nde ce Héros dont le premier soin sera de détruire la race des dieux\nTelles sont les idées de Mr. Bernard Shaw au sujet de\nen général et de l'Or du Rhin en particulier. Il ajoute, sûr de soi-même :\nque quiconque, (connaissant sa réputation de socialiste), ne voit dans son\nanalyse que \" son socialisme \" découvert dans l'œuvre d'un dilettante qui\nfonda sur une vieille légende un livret d'opéra, peut-être en toute\nsûreté considéré comme un âne bâté. \" Ce sont des faits que ce livre\nrelate. Il existe des gens qui ne veulent pas admettre qu'on leur montre\nleur héros lié avec un fameux rebelle anarchiste, recherché par la police,\nauteur de pamphlets révolutionnaires, et que la peinture de Nibelung-\nhome sous le règne d'Alberich soit une vision poétique du capitalisme\nindustriel non-réglé, comme on le connaissait en Allemagne au milieu\ndu XIXme siècle par la Condition des classes laborieuses d'En gel. Ces gens\nnient ces faits et déclarent que je les rapproche de Wagner dans un\nparoxysme de perversité insensée. Je regrette de les avoir blessés. Et je\nsupplie les éditeurs de publier, de Wagner, une nouvelle biographie qui\nle décrira comme un musicien de cour, orthodoxe et indiscutablement\nà la mode et un pilier des cercles de Dresde les mieux pensants...\nMr. Bernard Shaw n'oublie pas non plus de nous prévenir de la\nperfection de ses connaissances aussi musicales que sociales : ni défor-\nmations de thèmes, ni doctrines révolutionnaires n'ont de secret pour\nlui ; c'est pourquoi il se décide à ajouter son commentaire wagnérien à\nceux \" écrits par des musiciens qui ne sont pas révolutionnaires et des\nrévolutionnaires qui ne sont pas musiciens \".\n\nX.-Marcel Boulestin."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.42", "texte": "UN NOUVEAU CHIFFRAGE DE LA BASSE\n\nLe système dont nous avons hérité, et que nous employons dans le chiffrage des basses\nd'harmonie est lourd et compliqué, difficile à apprendre et à retenir. En outre la précision lui\nfait défaut. En présentant 1 idee d'un chiffrage nouveau je me flatte d'avoir donné un moyen\nfacile et qui évité toute confusion. En examinant attentivement mon système, on reconnaîtra\nqu il n y a guere de combinaison harmonique, qui ne se laisse indiquer par lui avec précision et\nclarté.\nNous partons de cette convention que les chiffres impairs représentent des accords, et les\nchiffres pairs des altérations, et nous suivrons l'ordre habituel par les traités en usage.\nCommençons par les renversements de l'accord parfait. Le chiffre 3 indiquera l'accord\nde sixte, et 5 1 accord de quatre et sixte. L'élève distinguera de suite, par ce procédé, la fonda-\nmentale de l'accord :\nPour les accords de septième on se servira de l'exposant 7 joint aux chiffres 1, 3, 5, 7 :\nL'accord de neuvième 1 emploiera l'exposant 9, avec les mêmes chiffres.\nLes chiffres pairs sont réservés aux altérations (retards, anticipations, appogiatures etc...)\nAinsi, 6 sera une altération de la quinte, 4 une altération de la tierce, et 2 une altération de\nla basse. Nous aurons donc des formations de ce genre , indiquant à la basse une note\nde l'accord et en-dessus une note altérée.\nUne simple comparaison avec le chiffrage habituel, montrera l'avantage de notre méthode:\nOn remarquera que l'altération de la note fondamentale est toujours représentée par\nun 2, tandis que l'ancienne méthode employait six chiffres pour l'accord parfait, et huit pour\nl'accord de septième.\n\n1 A. moins que 1e neuvième n'ait réellement le caractère d'une altération : elle se chiffrerait alors comme\ntelle."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.43", "texte": "UN NOUVEAU CHIFFRAGE DE LA BASSE\n181\n\nLe chiffrage de altérations dans l'accord parfait reste donc toujours le même, quelque\nsoit le renversement de l'accord.\nUne ligne oblique placée à droite d'un chiffre, indiquera un mouvement diatonique ascen-\ndant. Ce chiffrage s'appliquera donc au retard ascendant :\nLes altérations qui se résolvent à la fois dans les deux sens auront le chiffrage suivant :\nUn chiffre pair sur la basse indique que l'altération est à la basse. Il n'y a donc pas\nd erreur possible, puisque un chiffre pair représente toujours une altération par rapport au\nchiffre impair, écrit en petits caractères, qui le suit immédiatement.\nLes anticipations sont indiquées par un trait oblique, placé derrière les nombres impairs\ndes accords :\nQuelques théoriciens nomment l'exemple suivant l'accord de onzième, d'autres le consi-\ndèrent comme un accord anticipé. Notre chiffrage peut indiquer avec une égale facilité l'une\net l'autre de ces interprétations :\nDans l'exemple 10, la ligne oblique, placée devant le 4, indique que ce 4 tient la place\nd'une note, qui lui est inférieure d'un ton.\nUn trait oblique en travers du chiffre indique un dièze, deux traits un double dièze ; un\ntrait horizontal indique un bémol, deux traits horizontaux un double bémol ; si le trait hori-\nzontal est terminé par un crochet, il indique un bécarre. Là où, toutefois, le bécarre doit\nexpressément figurer à côté du dièze ou du bémol, on lui conservera sa forme ordinaire.\nD'ailleurs notre système permet de se servir, si l'on y tient, des signes habituels de ces\naccidents."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.44", "texte": "182\nS. I. M.\n\nVoici quelques exemples du chiffrage d'accords altérés. Le mérite de cette manière\nnouvelle est que les altérations sont ici expressément désignées à leur place, tandis que l'ancien\nsystème ne peut que signaler la présence d'altérations parmi les intervalles de l'accord.\nMon système permet également de suivre la conduite de chaque voix dans un texte\nmusical à plusieurs parties, ce qu'il était impossible d'obtenir avec l'ancienne méthode.\nUne altération qui se produit par mouvement disjoint pourra se représenter de la façon\nsuivante :\nComme, dans mon système, le chiffre inférieur indique la situation de la note de basse\ndans l'accord, et la nature même de cet accord, toute la série des chiffres placés au-dessus de\ncelui-ci restent à la disposition du chiffrage.\nUn trait oblique devant un chiffre veut dire que ce chiffre (et la note qu'il représente)\nremplace le chiffre placé dans l'échelle immédiatement au-dessus ou au-dessous de lui.. Un >\nindique que le chiffre remplace à la fois les deux degrés qui lui sont conjoints Un < représente\nune double suspension :\nIl ne sera pas sans intérêt d'établir un parallèle entre ma notation et celle de la pédagogie\nofficielle :"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.45", "texte": "UN NOUVEAU CHIFFRAGE DE LA BASSE\n183\n\nne tettrf T TT °\" '• VOit' beaucouP P,us Pratiq« 1»e 'es autres,\néditions musicales? eprerne e a pratique, et la faire entrer en vigueur dans les\nConvaincu que cette méthode est capable de s'adapter à n'importe quelle harmonie ie\nprte ceux qu, s'intéressent à ces questions, de me dire leur avis, et de? m'envoyer des \" emplis\nsaJr \"5 a Je me déclare prêt 4 leur fournir un c,\"#'rag« toujours clair et facile à\n\nCharles H. Keefer."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.46", "texte": "A TRAVERS L'ESTHÉTIQUE\nLA CRITIQUE MUSICALE DU TEMPS PRÉSENT\n\nJ aborde aujourd hui un sujet d'une fécondité inépuisable. Je ne l'épuiserai pas bien\nentendu ni aujourd hui, ni le mois prochain, ni dans trois mois, car ayant trop à dire, il est\nsage de renoncer a tout dire. Je n'ai point non plus l'intention de louer notre critique\nmusicale contemporaine. A quoi bon parler de ce qui serait sans défaut ? Je parlerai donc de\nses défauts et (pour éviter d'être en même temps trop long et trop dur) d'un seul de ses\ndéfauts. Elle est inhospitalière. Il faut avoir l'esprit hospitalier. Jadis on disait de certaines\nfemmes : a Elles ont un cœur d'hôpital cela voulait dire : u Elles ont pour tous le même\nsourire , u Elles préfèrent tout le monde \". C'est donc un mal que d'aimer sans préférer ?\nMais alors pourquoi demander à notre critique musicale d'être hospitalière ? N'est-ce pas lui\ndemander de n'être plus intelligente ?\nJe ne suis pas de cet avis. Je m'étonne en effet que cette critique musicale représentée\nchez nous par des hommes de plus que suffisante culture, et tous, ou presque tous, sur ou\nau-delà du seuil de notre élite intellectuelle, n'ait pas encore réussi à faire brèche.\nOn se souvient de Brunetière, déclarant, sans le moindre euphémisme, qu'il n'aimait\nni les Juifs, ni la musique \". Demandez à Lemaître s'il aime la musique : peut-être vous\nrépondra-t-il que \" son bruit ne l'incommode pas \". M. Faguet lui, s'intéresse à la musique.\nIl ne s'y intéresse pas directement, à vrai dire, mais quand on en parle devant lui, il écoute, il\nquestionne, il objecte. On peut être un critique d'un grand talent, en littérature, en art\ndramatique, et se sentir incapable de juger un tableau ou une symphonie. L'essentiel est qu'il\ny ait des jugements à travers lesquels celui qui ne s'y connaît pas puisse se rendre compte ou\ndes caractères de l'œuvre ou du genre d'émotion qu'elle peut exciter. La critique dramatique\nd'un Faguet est intéressante, même pour les gens qui ne vont jamais au théâtre et ne lisent\njamais de comédies ou de drames.\nNotre critique musicale est généralement insignifiante au regard de ceux qui ne savent\npas écouter la musique : elle n'apprend rien. Quant à ceux qui savent ou croient savoir\nl'écouter, tantôt elle les irrite, tantôt elle les déconcerte, tantôt elle les ennuie.\nElle les ennuie. Et le motif de cet ennui veut être cherché dans l'abondance des digres-\nsions. Quand on entame l'exposition d'une œuvre, on a généralement peur d'être trop bref*\nAlors on parle du sujet, de son contenu émotionnel, des différentes façons dont il pourrait être\ntraité. Puis on aborde l'œuvre. Des difficultés, et très grandes, surgissent : comment exposer\nune œuvre musicale ? Décrire un tableau, passe encore ; mais une symphonie ? Notre avis est\nqu'une symphonie peut se décrire. Au point de vue, notre ami Prod'homme a très exactement\nanalysé les symphonies de Beethoven. Mais il a cite. Et l'usage n'est pas de citer dans les\nfeuilletons musicaux. D où résulte que le critique sait de quoi il parle, et le public n'en sait rien.\nA ces raisons d'être ennuyé s'ajoutent des motifs d'être déconcerté, irrité même. Si l'on a\nentendu 1 œuvre dont le critique nous parle, il se peut qu'on l'ait applaudie, qu'on l'ait\nadmirée meme. Or voici que le critique vient nous dire : u C'est une œuvre ambitieuse ; mais\n1 audace y est grande le résultat médiocre. \" Et il ne se prive pas de faire la leçon, au"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.47", "texte": "A TRAVERS L'ESTHÉTIQUE\n185\n\ncompositeur, d'abord, au public ensuite. Le compositeur se fâche. Le public hausse les épaules\net, tout compte fait, le critique ne se trouve avoir écrit que pour lui seul. Ce n'est peut-être\npas assez.\nEntre un public comme celui de nos concerts et une critique comme celle qui a mission\nde statuer sur ce que l'on va entendre à nos concerts le désaccord est inévitable. Le public va\ny chercher de l'émotion. La critique va y chercher de l'originalité. Est-elle bien dans son\nrôle, cette critique ? Oui, quand elle aperçoit dans une oeuvre des traces d'originalité et qu'elle\nles souligne. Non, quand elle en cherche, sans en trouver, et que n'en trouvant pas, elle s'irrite\net s'obstine à demander ce que l'on est en droit de ne lui point offrir.\nJe me demande si ce genre d irritation est exempt de tout ridicule. Je me demande si\ncette aisance a se fâcher contie qui nous refuse du nouveau ne part pas d'exigences singulières,\nnon seulement injustes, mais qui, si elles étaient satisfaites, nuiraient à l'évolution de\nl'art musical.\nLe but de 1 art est-il 1 innovation ? Oui j mais par quel sophisme en est-on venu à se\nfigurer que les germes d'un art nouveau doivent se laisser découvrir dans toute création vraie ?\nLes Lanson, les Faguet, les Brunetiére se sont toujours garés du sophisme. Brunetière même\nnous apprenait jadis que le chef-d ceuvre d un genre doit attendre, pour éclore, que le genre ait\ndéjà vécu. Nos critiques musicaux savent cela apparemment. D'où vient que chaque fois qu'ils\nprennent la plume ils aient l'air de l'oublier ?\nLes Faguet, les Lanson, les Dounuc, s ils avaient a rendre compte d'un drame composé\nd'une façon classique, le constateraient, mais ne se fâcheraient pas contre le classicisme de\nl'auteur. D'où vient que M. Pierre Lalo ne manque jamais de se fâcher contre un Mascagni\nou un Leoncavallo, sous prétexte que ces deux compositeurs prolongent inutilement l'art de\nGiuseppe Verdi? Je ne comparerai jamais l'entr'acte de Cavalleria Rusticana à celui de\nl'Etranger. Mais j'affirme que la page de Mascagni valait la peine d'être. J'en sais peu de plus\nviolemment expressives. Et que ce ne soit point là du grand art, peu m'importe. La de\nSardou n'est pas non plus du grand art que je sache. La critique du temps a félicité Sardou\nd'avoir écrit ce drame. La critique musicale française a cru faire preuve d'intelligence en\ndénigrant Cavalleria.Elle s'est trompée.\nEt elle s'est trompée en raison de tendances délibérément \" inhospitalières Chaque\nfois qu'elle cédera à ces tendances, elle manquera d'autorité. Ni le public ne tiendra compte de\nses jugements, ni les représentants de la critique littéraire ou dramatique ne consentiront\nà voir dans ceux de la critique musicale de véritables collaborateurs.\nAprès tout, est-ce un si grand mal, nous sera-t-il objecté peut-être ?\nMon opinion est que le mal existe. Elle est aussi qu'il n'a rien d'irréparable. Nous nous\nexpliquerons sur ce point un jour ou l'autre.\n\nL. Dauriac."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.48", "texte": "NOTES JURIDIQUES\nLA COLLABORATION DRAMATICO-MUSICALE\n\nLe drame musical est rarement l'œuvre d'un seul artiste ; il est dû, le plus souvent, à la\ncollaboration dun poète et d'un musicien ; et, quelqu'opinion que l'on ait à l'égard de ce\nmode de création artistique, il faut reconnnaître que nous lui devons un certain nombre de\nche s-d œuvres. D ailleurs, il ne saurait s'agir ici de discussions esthétiques, mais seulement de\nnotions juridiques ; quoique cependant, les très nombreuses questions de droit que soulève la\ncollaboration dramatico-musicale, tant par les rapports qu'elle fait naître entre l'auteur et le\ncompositeur que par la nature même de l'œuvre qu'elle engendre, ne peuvent être tranchées\nque selon la conception que l'on se forme du drame lyrique.\nOn peut, ainsi que certains l'ont fait, considérer la musique comme prépondérante : la\npartie itteraire n est qu un prétexte pour diriger l'inspiration du musicien ; son rôle est\naccessoire ; les vers du poète seraient sans vie et dénués d'intérêt, sans le souffle puissant de\nharmonies qui les viennent animer. «Si telle ou telle poésie inspire le musicien, dit M.\n\\ Schuster, un (]es partisans de cette théorie, on peut dire que ce dernier en exprimant en\nSC<nS uiCS concePtlons qui n'étaient jusqu'alors qu'indiquées par des mots, transforme\n(< véntablement quelque chose d'abstrait et d'inanimé en une manifestation concrète et\nvivante. C'est comme si une statue était animée et exécutait le geste qu'elle ne faisait\n' qu indiquer. Mais, il y a plus ; nous ne reproduisons pas seulement les sentiments que le\nu Poete exprimait, ne fût-ce que d'une façon abstraite, par des mots, mais nous révélons aussi\nceux qu il ne pouvait traduire au moyen du langage et qui étaient cependant à la base de\n\" sa exception et de sa poésie : ce sont ces manifestations inspiratrices du monde extérieur,\n<t clue. la musique peut, malgré leur caractère impersonnel, rapprocher du domaine des\nu sentiments, de telle sorte qu'elle rend perceptibles, grâce aussi à l'accompagnement, des\nsensations que le poète ne pouvait parvenir à exprimer \". En donnant au texte du drame\nmusical une importance aussi minime on doit arriver tout naturellement dans la réglementation\ndes droits des collaborateurs, à favoriser le musicien. Malheureusement sa situation privilégiée\nne peut etre telle qu'au détriment de l'écrivain. Cette solution regrettable a cependant été\nsanctionnée par diverses législations : en Allemagne et en Hongrie, le compositeur de musique\npeut, a lui seul et sans le consentement de son co-auteur, autoriser la représentation publique\nde œuvre faite en collaboration ; de même les lois Italienne, Espagnole et Vénézuélienne\npermettent au musicien de faire reproduire et vendre, à son gré et librement, la musique\naccompagnée du texte.1 Le droit réciproque n'est, bien entendu, pas accordé au littérateur,\n\n1 Allemagne. Loi de-ii Juin 1870.\n« ♦Alt t) 1 ' iS 11 7 3 Plusieurs auteurs, il faut, pour la représentation publique, le consentement de chaque\n„ aute.ur- Fo\"r œuvres musicales accompagnées d'un texte, y compris les œuvres àla fois dramatiques et\nmusicales, il surnt du consentement du compositeur seul\nHongrie. Loi du 26 avril 1884.\nArt. 52. \" pour l'exécution des oeuvres musicales accompagnées d'un texte, y compris les opéras, le\nconsentement du compositeur suffit en règle générale"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.49", "texte": "NOTES JURIDIQUES\n187\n\nqui peut dans cas se trouver singulièrement lésé par une exploitation abusive ou\nmaladroite de l'œuvre commune, à laquelle il ne peut pas s'opposer. Ce système, qui a pour\nbase une fausse conception du drame lyrique, n'est ni juste ni conforme aux principes\ngénéraux du droit. Il semble donc qu'on doive, sans hésitation, en rejeter les conclusions.\nA l'inverse, on pourrait soutenir que la partie essentielle du drame musical est le texte\nlittéraire ; que la musique vient seulement souligner le sens des paroles, en accentuer le rythme\nrendre plus agréable l'audition de la voix par les modulations du chant et les harmonies de\n1 orchestre ; qu'enfin le drame n'existe que par le sens précis des mots et non par les sonorités\nvagues de la musique qui leur emprunte toute sa signification et qui serait incapable à elle\nseule de nous indiquer et de nous faire comprendre les pensées des personnages et les épisodes\nde action dans tous leurs détails. La conséquence logique d'une telle opinion serait de donner\nà 1 écrivain les privilèges qui sont accordes au musicien dans le système précédent. Mais cette\nthéorie n'a guère, à ma connaissance, trouvé de partisans parmi les législateurs de' la propriété\nartistique.1\nf Un troisième système a ete adopte par les lois Belge, Monégasque et Mexicaine : celui de\n1 indépendance des collaboiateurs. Chacun deux est considéré, au point de vue de l'exercice\ndu droit d'auteur comme seul propriétaire de l'œuvre commune : chacun d'eux peut l'exploiter\nséparément par la publication ou la représentation publique.\nAinsi, le musicien et l'écrivain sont traités également : c'est déjà bien.\nMais cette solution ne tient pas compte de la nature de l'œuvre dramatico-musicale, ni\ndes circonstances dans lesquelles elle a été créée. Elle évite peut-être en pratique des difficultés\nentre les collaborateurs ; mais par contre l'action indépendante de ces derniers peut s'exercer\nen des sens opposés ou de façon inopportune et avoir de très fâcheux résultats pour la renommée\nde l'œuvre et de ses auteurs.\nItalie. Loi du 19 septembre 1882.\nArt. 6. \" L'auteur d'un livret ou d'une composition quelconque mise en musique ne peut disposer du\n\" droit de reproduire et de vendre la musique ; mais le compositeur de la musique peut la faire reproduire et la\n\" vendre avec les paroles sur lesquelles la musique a été écrite\nEspagne. Règlement du 30 septembre 1880 pour l'exécution de la loi du 10 janvier 1879.\nArt. 112, §2.— \" A défaut de convention, l'auteur de la musique peut imprimer ou céder sa composition\n\" séparément ou accompagnée des paroles du chant correspondantes\nVenezuela. Loi du 17 mai 1894.\nArt. 20. \"Lorsqu'il s'agit d'œuvres lyrico-dramatiques créées en collaboration, l'auteur du livret aussi\n\" bien que celui de la partie musicale pourra imprimer et vendre séparément la partie de l'œuvre dont il est le\n\" créateur ; toutefois dans la partie musicale le texte correspondant au chant pourra être ajoutée\n1 La loi Suédoise du 10 Août 1877 applique ce système dans certains cas :\nArt. 2° \" ..... s'il s'agit d'une œuvre dramatico-musicale, le consentement de l'auteur suffit, si le texte est\n\" la partie principale, et celui du compositeur dans le cas contraire. \"\n2 Belgique loi du 22 Mars 1886.\nArt. 18. \" Lorsqu'il s'agit d'ouvrages qui se composent de paroles ou de livrets et de musique, le compo-\nsiteur et l'auteur ne pourront traiter de leur œuvre avec un collaborateur nouveau. Néanmoins ils auront le\n\" droit de l'exploiter isolément par des publications, des traductions ou des exécutions publiques\nMonaco. Ordonnance souveraine du 27 février 1889.\nArt. 7. § 2. \" L'ouvrage composé de paroles et de musique ne doit pas être réputé indivisible. L'auteur et\n\" le compositeur peuvent l'exploiter séparément, chacun pour sa part, par des publications, des traductions ou\ndes exécutions publiques, mais ni l'un ni l'autre ne peut traiter avec un collaborateur nouveau pour l'autre\n\" partie r\nMexique. Code civil révisé de 1884.\nArt. 1184. \" Si une œuvre dramatique est composée par plusieurs personnes, chacune d'elles a le droit\nd en autoriser la représentation, sauf convention contraire, ou lorsqu'il est invoqué une cause légitime, reconnue\n\" comme telle par l'autorité administrative, après avis d'experts"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.50", "texte": "188\nS. I. M.\n\nCes différentes réglementations de la collaboration dramatico-musicale n'étant ni théori-\nquement, ni pratiquement satisfaisantes, il faut se rallier à une autre doctrine qui se fonde sur\nune conception très rationnelle du drame lyrique et sur de très solides principes juridiques : la\nthéorie de l'indivisibilité.\nSi nous considérons que les collaborateurs, par l'échange et la fusion de leurs idées ont créé\ncomme résultat de leurs aspirations communes une œuvre dans laquelle il est impossible de\nreconnaître de façon précise la part exacte et l'importance réelle du travail de chacun deux ; si\nnous ne voyons pas seulement leur besogne matérielle, et si nous pensons que le littérateur n'a\npas uniquement écrit un livret et le musicien une partition, mais qu'ils ont réalisé ensemble\nl'œuvre conçue en commun en exprimant leurs pensées et leurs sentiments par deux moyens\nqui, bien que très différents par leur technique, peuvent s'unir très étroitement, nous devons\ndire que l'œuvre ainsi créée, qui renferme en elle le fruit d'une inspiration unique développée\npar les efforts réunis de deux artistes de talents divers en vue d'atteindre un même idéal de\nbeauté, est indivisible, d'une indivisibilité absolue ; et nous devons admettre dans toute leur\nrigueur les conséquences de cette indivisibilité. En effet, dans l'œuvre dramatico-musicale, le\nbut que doivent atteindre les collaborateurs, c'est le drame, l'action, qui résulte à la fois des\nsentiments des personnages et des péripéties au milieu desquelles ils s'agitent. Pour atteindre\nce but, pour faire vivre ce drame, les deux moyens d'expression les plus sublimes et les plus\npuissants, ceux qui peuvent faire éprouver à l'âme humaine les émotions les plus intenses, aussi\nbien que les plus délicates et les plus subtiles, la poésie et la musique, s'unissent intimement et\nindissolublement, se fondent l'une dans l'autre et se renforcent mutuellement. Cette union est\nl'essence même du drame musical. Le musicien et le poète ne se bornent pas à adapter, à\nsuperposer l'une à l'autre deux œuvres composées séparément : le travail de chacun est sans\ncesse inspiré par celui de l'autre, dirigé et modifié par des critiques réciproques. Peut-on consi-\ndérer le drame musical ainsi conçu autrement que comme une œuvre absolument indivisible,\nune œuvre dont les auteurs ne peuvent user et disposer que d'un commun accord ?\nEn l'absence de texte précis, 1 la jurisprudence française a sanctionné ce système et\nl'applique d'une façon générale dans tous les cas où la collaboration a été effective, et où le\ndrame musical, quelle que soit sa valeur artistique, a été composé en commun. 2 Ainsi, les\ntribunaux décident que l'édition du drame musical et sa représentation publique ne sont licites\nque faites avec le consentement des deux collaborateurs. Car il est constant, dit la Cour de\nParis 3 \" qu'entre deux collaborateurs travaillant à une même œuvre, s'établit un perpétuel\n\" échange d'idées et une critique mutuelle qui font que, l'ouvrage terminé, il devient impossible\n\n1 Une proposition de loi présentée le 19 mai 1886 par M. Philippon contenant la disposition suivante\nrelative aux œuvres dramatico-musicales.\nart. 19. \"Le compositeur d'une œuvre lyrique et l'auteur des paroles qui l'accompagnent ont des droits\nM égaux sur elle. Il leur sera loisible, à moins de convention contraires, d'exploiter isolément leur œuvre, mais\n\" ils ne pourront en aucun cas traiter de cette œuvre avec un nouveau collaborateur,\"\n* C. Paris 12 Juillet 1855 Dalloz 1855 - 2 - 257\nC. Paris 27 Juin 1866 Pataille 1866 - 299\nC. Nancy 13 Août 1867 Pataille 1869 - 246\nT. C. Seine 28 Août 1868 Pataille 1870 - 306\nT. C. Seine 19 Août 1872 Dalloz 1874 - 5 - 414\nCass. 4 Février 1881 Dalloz 1881 - 1 - 331.\nC. Paris 13 Mai 1884 R. gaz. Pal. 1884.\nT. C. Seine 16 Avril 1886 La loi 17 Avril 1887.\nC. Paris 9 Décembre 1905 - Gaz. Trib 24 Février 1906.\n8 C. Paris 9 Décembre 1905 Gaz. Trib. 24 Février 1906"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.51", "texte": "NOTES JURIDIQUES\n189\n\n\" de distinguer le rôle et la part exacte ou l'importance du travail personnel non plus que\n'' l'influence des idées de chacun sur l'ensemble de l'œuvre qui apparaît dès lors, une fois\n'' achevée, comme une émanation indivisible des personnalités distinctes qui la signent et le\n<c fruit de leurs communs efforts ; qu'il en est ainsi, non seulement dans les œuvres littéraires,\nmais aussi dans les productions dramatico-musicales, où la musique, associée à un drame,\n(< approprie à chacun des épisodes des sonorités évocatrices conformes aux milieux où ils se\n<( déroulent, comme à la psychologie, au langage et à la manière d'être des divers personnages\n112( qui y figurent, si bien que la musique et le livret s'harmonisent et se poétisent en se fondant\n*' dans l'intimité d'une œuvre scènique formée de deux éléments différents, réunis non par\n(( juxtaposition, mais par une fusion étroite, qui crée entre eux la plus parfaite indivisibilité. \"\nDe même, l'autorisation des deux collaborateurs est nécessaire pour l'édition, l'exécution\nou la représentation de la partie littéraire seule ou de la partie musicale seule, ou même d'un\nfragment de l'une d'elles. C'est notamment dans ces conditions que doit avoir lieu l'exécution\nisolée des ouvertures, préludes, entr'actes symphoniques. Et, dans un autre arrêt1 la Cour de\nParis décide \" que cette collaboration en commun de deux intelligences pour la création d'un\n<< même ouvrage donne aux auteurs, indistinctement, un droit commun sur ce qui est le\n<( produit de talents d'une nature, diverse ; que vainement on opposerait au droit revendiqué\n'' par H. au nom de P. qu'il s'agit dans l'ouverture exécutée au cirque, d'une œuvre purement\n'' symphonique, à laquelle les paroles sont complètement étrangères. Qu'en effet, c'est l'auteur\ndes paroles qui donne au musicien la situation propre à mettre en relief le génie de ce\n<< dernier et qui lui inspire les motifs qui distinguent son œuvre ; que l'ouverture d'un opéra\n<< en rappelle toujours les situations principales, dont elle est en quelque sorte le reflet, par la\nreproduction des motifs évidemment amenés par la situation dramatique qu'ils doivent\nexprimer; qu'on ne saurait donc méconnaître que l'ouverture d'un opéra fait partie intégrante\nde l'ouvrage et qu'en conséquence, elle devient, aux mêmes titres que les passages dialogués,\n4' une propriété commune aux auteurs. \"\nEnfin, une autre conséquence de l'indivisibilité est de maintenir l'œuvre dans le domaine\nprivé jusqu'à l'expiration des cinquante années qui suivent la mort du survivant des collabora-\nteurs, une œuvre ne pouvant appartenir en même temps au domaine privé et au domaine\npublic.\nCes conséquences de l'indivisibilité 2 absolue ont pu paraître assez rigoureuses ; certains\nont refusé de les admettre, effrayés surtout par les résultats que peut amener un désaccord\nsurvenu entre les collaborateurs, la mauvaise volonté d'un seul d'entre eux pouvant compro-\nmettre le succès de l'œuvre. Mais, il n'est guère de conflit insoluble : si pour des raison plus\nou moins fondées d'utilité, si par suite de divergence de vues, l'un des auteurs s'oppose à la\npublication de l'œuvre, l'autre peut s'adresser à la justice pour faire trancher la difficulté. On\ns'accorde pour reconnaître aux tribunaux le pouvoir d'apprécier les raisons invoquées et les\ncirconstances de fait et d'ordonner la publication, si l'opposition est reconnue malveillante ou\nnon fondée. Ils peuvent légitimement s'appuyer sur cette présomption qu'il existe entre deux\nartistes travaillant à une même œuvre une sorte de contrat tacite : leur intention évidente,\nressortant de leurs travaux et de leurs efforts est, non pas de conserver dans leurs cartons le\ndrame qu'ils ont composé, mais bien de le publier par tous moyens propres à en assurer le\n\n1 C. Paris 12 Juillet 1855 Dalloz 1855 - 2 - 257.\n2 L'indivisibilité est admise par la loi Colombienne du 26 octobre 1886 et aussi dans une certaine mesure\npar la loi Norwègienne du 4 Juillet 1893.\n4"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.52", "texte": "190\nS. I. M.\n\nsuccès. 1 Ordonner l'exécution de ce contrat tacite n'a rien d'abusif. Toutefois, il est bien\névident que ces décisions délicates ne doivent être rendues qu'avec circonspection.\nEnfin, il faut remarquer que l'indivisibilité n'empêche en aucune façon chacun des colla-\nborateurs de céder sa part indivise de copropriété du drame lyrique ; seulement, en cas de\ncession, le cessionnaire est aux lieu et place de l'artiste cédant, et comme lui uni à l'autre\ncollaborateur par les mêmes liens. 2\nLa réglementation de la collaboration dramatico-musicale basée sur l'indivisibilité semble\ndonc bien être la plus logique et aussi la plus juridique. Mais si nous devons la préférer à toutes\nles autres, c'est surtout parce qu'elle est conforme à l'essence même du drame lyrique dans\nlequel \" la musique, par son association avec une poésie dramatique plus riche encore, atteint à\ntoute \" sa richesse, où la poésie même, par le libre épanouissement de la musique en elle, devient\nenfin l'art dramatique tout puissant \" (Wagner).\n\nGeorges Baudin.\n\n1 Si les collaborateurs ont fait recevoir leur drame dans un théâtre, Pun d'eux peut à lui seul, réclamer la\nreprésentation, nonobstant la volonté contraire de l'autre auteur. Le fait d'avoir présenté et fait recevoir une\noeuvre dans un théâtre semble nettement indiquer la volonté de le faire représenter sur cette scène.\nC. Paris 21 Février 1873 Pataille 1873 ~ 153-\n2 II est bien entendu que les collaborateurs conservent toujours l'absolue liberté de régler leurs droits\nrespectifs comme ils l'entendent, par des conventions particulières. Les règles qui font l'objet de cette étude ne\ns'appliquent qu'à défaut de contrat exprès, ce qui est d'ailleurs la règle générale en pratique,"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.53", "texte": "PARIS.\nFévrier.\nL'Opéra a composé des deux seuls ouvrages nouveaux qu'il semble\nvouloir représenter cette saison, un spectacle dont la diversité extrême\nrisque plutôt d'indisposer que de contenter tout le monde. C'est une\nfaute de goût, que de les avoir associés. Non pas que l'antithèse soit\nforcément chose fâcheuse dans ce qu'on appelle un spectacle coupé.\nPersonne, par exemple, ne serait choqué d'entendre dans la même soirée\n1 Etranger et Ncrniounu. IVlais ce ne sont pas seulement deux ouvrages de\ngenre, de caractère et d'esprit radicalement différents, que la Forêt et la\nFête chez Thérèse : ce sont deux ouvrages qui se nient l'un l'autre dans la"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.54", "texte": "I 92\nS. I. M.\n\nconception essentielle de la musique qui embrasse tous les genres, et la\nrévérence qu'elle mérite. Qui prendra de l'intérêt ou de l'agrément à l'un,\nne pourra sans déplaisir écouter l'autre. Eussiez-vous pensé que le composi-\nteur de la Carmélite et de Prométhée ele musicien qui au concert\ndirigea Lulli, Rameau, Mozart surtout, avec l'exacte et ferme délicatesse\nque vous savez, se complairait en la Fête chez Thérèse ?\nLe hasard qui confronte ainsi M. Augustin Savard et M. Reynaldo\nHahn a ceci de piquant, que tous deux furent élèves de M. Massenet,\net à peu près dans le même temps. M. Savard n'a jamais ressemblé à son\nmaître ; M. Hahn, gagné à l'exemple de M. Saint-Saëns, ne lui ressemble\nplus beaucoup. Voilà qui est pour confondre ceux qui pensent que\nl'enseignement de M. Massenet devait marquer tous ses élèves d'une\nempreinte uniforme. La vérité est que M. Massenet professait de la façon\nla plus libérale, et n'encourageait nullement le penchant à l'imiter. Ce\npenchant, ses élèves n'étaient pas seuls à le connaître. Bien des musiciens,\net non des moindres, au temps dont je parle, y cédaient. Il ne tenait pas\naux leçons de M. Massenet, mais à la séduction propre de ses œuvres, et\nà ses succès : et au Conservatoire, ce n'était pas seulement dans sa classe,\ncroyez-le bien, qu'on faisait \" du Massenet \".\nC'est une conception du théâtre bien opposée à la sienne qui a\ninspiré la Foret.Elle est même opposée, je pense, à la conception\ngénérale des ouvrages qu'ont représentés jusqu'ici les scènes musicales.\nAussi n'a-t-on pas manqué de reprocher à la de n'être pas du\nthéâtre, puisqu'elle n'était pas dans la forme, ou, si vous voulez, dans une\ndes quelques formes toujours parentes en quelque point que nous\nvoyons régner au théâtre. Cependant, dès qu'une œuvre admet la nécessité\nd'une impression plastique simultanée à une impression poétique et à une\nimpression musicale, il faut bien que cette œuvre soit du théâtre. La\ncondition commune de toutes les formes employées à la scène fut\nl'action. L'action, soit extérieure, soit intérieure, plus ou moins mêlée\nd'épisodes lyriques, et menée avec un sens plus ou moins juste de la\nnature de la musique, reste le fond du théâtre musical tout entier. Le\npoète de la Forêt a voulu se passer de toute action, même intérieure. Il y\na mis de l'exagération, et probablement quelque gaucherie. Il aurait pu,\nsans altérer rien de son sentiment, tenir l'œuvre un peu moins immobile\ndans le domaine de l'imagination pure. Vous savez déjà le fond élémen-\ntaire du sujet. Un bûcheron est comme ensorcelé par la forêt : il y est"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.55", "texte": "LE MOIS\n\n193\n\nconstamment attiré et retenu par des apparitions fugitives, des voix\ncharmeresses. Son maître lui ordonne d'abattre ces arbres, qu'il chérit et\nredoute à la fois : il veut obéir ; mais la forêt l'étouffé avant qu'il ait pu\nla frapper. Deux des personnages sont humains. M. Laurent Tailhade les\neût faits plus clairement humains, que leur signification symbolique n'y\neût rien perdu. Certes je ne demanderais point que le bûcheron Pierre\nfût un bûcheron authentique, sentant, pensant et parlant comme un\nsimple bûcheron, qui aime bien ses arbres. J'accepte volontiers que, sans\nparticularités topiques, il soit seulement l'Homme, en lutte avec cette\nformidable délectation du rêve, qui, si nous lui accordons la moindre\nprise sur notre âme, peut l'envahir et la dissoudre peu à peu toute\nentière. Mais les sursauts de son désir et les défaites de sa volonté\nmanquent de vie et de netteté. Nous comprenons bien, en prenant le\ntemps d'y réfléchir, comment il oublie tout, femme et enfants, dans sa\npassion hallucinée pour la forêt, et cependant se rue, contre tout obstacle,\nà la destruction de cette même forêt : à la scène, il paraît hésitant\net contradictoire. Et le caractère de sa femme Jeanne, que n'a pas\ntouché le rêve, n'est point assez fortement tracé pour marquer le con-\ntraste de la vérité des affections naturelles avec l'illusion et ces satis-\nfactions imaginaires du cœur et des sens, qui les rendent inaptes à la vie\nnormale. Que si plutôt il s'agissait de nous montrer la revanche de la\nNature sur l'homme qui la mutile, l'enlaidit et prétend l'asservir, cet\nantagonisme devait alors, par quelque artifice, nous être rendu plus\nsensible. Tel qu'il est cependant, ce poème, outre qu'il n'a rien de\nvulgaire, possède un mérite, qui le met au-dessus de bien d'autres plus\négaux ou plus adroits : il est, sinon dans l'expression quelquefois malen-\ncontreuse, du moins dans le sentiment et la ligne : musical.\nIl a paru obscur. Une mise-en-scène intelligente, ou seulement\nsoignée, l'aurait éclairé facilement. Et dans le texte cette mise-en-scène est\nexplicite. Il précise en chaque endroit des visions qu'il n'était pas du tout\nimpossible de réaliser en conscience. La question particulière du décor\navait ici une importance qu'elle n'a pas toujours dans les drames d'action,\noù le jeu des personnages, les mouvements de scène deviennent l'essentiel.\nIl eût fallu, par des tableaux de nature et de mystère, des jeux originaux\nde lumière et de couleur, exposer un symbole des yeux pendant que se\ndéroulait le symbole des oreilles et de l'esprit : ils se fussent expliqués l'un\npar l'autre. Et c'était une occasion de réagir contre cette tendance que"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.56", "texte": "194\nS. I. M.\n\nnous exagérons tous les jours encore, à rechercher dans la décoration le\ndétail réaliste. Tendance, à y regarder de près, un peu bien puérile. Souve-\nnons nous des étonnants effets qu'obtenaient les Russes avec leur parti-\npris de peintures simplifiées, de représentations stylisées, avec l'harmonie\npuissante et hardie de leurs costumes jouant dans ce décor. Les spécimens\nen étaient barbares peut-être : mais quelle leçon ils nous offraient, et\nqu'elle était conforme à l'esprit de la musique ! Dans une œuvre toute\nlyrique comme la Forêt, il y avait assurément une tentative neuve à faire\nen ce sens. On n'a rien tenté du tout. On n'a rien cherché. On ne nous\na rien montré que sordide banalité. Et dans une même soirée l'Opéra a\nprouvé qu'il pouvait, pour un ballet tout juste aimable, faire beaucoup\nmieux qu'il n'avait jamais fait, et pour une œuvre de la plus haute valeur\nartistique, faire aussi mal qu'aux plus sombres jours de son histoire. C'est\ncette œuvre précisément qui était digne du plus grand effort, et qui en\navait besoin. On nous réduit à l'écouter les yeux fermés, comme une\nœuvre de concert. Elle est fort loin pourtant d'être privée musicalement\nde toutes les qualités propres au théâtre.\nIl est vrai que M. Augustin Savard n'avait encore donné que des ouvrages\nsymphoniques ou de la musique de chambre, et des ouvrages trop rares.\nLes soucis de la direction du Conservatoire de Lyon, et plus encore, je\ncrois, l'esprit de scrupule, de noblesse et de réserve qui forme à l'auteur\nde la Forêt un si beau caractère, l'ont empêché jusqu'ici de produire\nbeaucoup. Mais, dans tout ce qu'il a produit, la réflexion a concentré des\nrichesses de pensée ; et sa sensibilité, si simple et si saine d'origine, s'est\napprofondie, et comme transposée aux régions de l'idée. Ce sont bien là\nles qualités de la symphonie ou du quatuor. Si la partition de la Forêt a\ngardé de la musique pure quelque chose de général dans l'expression,\nd'intérieur et de contenu, si la traduction des sentiments comme la pein-\nture des choses y demeure idéalement subjective, l'une et l'autre n'en ont\npas moins la justesse, et la force, et la chaleur intime, qui, sur le théâtre\ncréent de la vie. Le mouvement des scènes est aussi bien conduit et soutenu\nque l'a permis le poète : tout y apparaît en place et en proportion, et la\nconcision du commentaire musical est frappante. Toujours en équilibre\navec une déclamation excellente et souvent mélodique, l'orchestre, pour\nintéressante qu'en soit l'écriture et savoureux le coloris, reste sobre, net,\nnerveux, sans jamais s'empâter. Que sa sonorité, que l'harmonie aussi et\ncertains intervalles aient quelquefois trop d'âpreté, c'est une critique qu'on"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.57", "texte": "LE MOIS\nI9S\n\npeut faire à M. Savard. Mais ces rudesses ne sont jamais des laideurs : et\non leur trouverait des raisons de couleur ou d'expression.\nOn critiquerait avec plus de justice la forme hachée à l'excès, qui\nse remarque surtout dans la première partie de l'ouvrage. La qualité du\nstyle et de l'idée musicale elle-même, et jusqu'aux procédés de l'écriture\nde M. Savard sembleraient plutôt s'accorder avec un discours plus\nsuivi. Peut-être est-ce précisément sa longue habitude des formes sym-\nphoniques, qui l'a conduit à s'en défier le jour qu'il abordait le théâtre,\net à abonder dans le sens opposé. C'est d'ailleurs un défaut qui\ns'efface au cours même du drame, à mesure que se développe la\ncapacité musicale du sujet, et qui paraît volontaire. Si les thèmes,\nquoique significatifs, sont en eux-mêmes un peu brefs, on sent que\nce n'est point du tout manque de souffle. La musique pendant le premier\nacte fort court, et qui n'a point été écrit pour se séparer du second\ns'insinue peu à peu au travers des souvenirs dont la magie hante le\nbûcheron ; l'expression en est déjà saisissante : à la fin, la lointaine\nvocalise tentatrice de la Dryade semble ouvrir les routes secrètes de la\nforêt. Nous n'en avions touché que la lisière : nous voici au cœur. Ce\nn'est point la forêt subtile et fraîche, qui murmure ses conseils à l'oreille\njuvénile de Siegfried : c'est la forêt puissante où marche l'homme mûr,\ncomme congestionnée de vies infiniment diverses, une force de la nature.\nUn interlude symphonique peint sa splendeur totale, avec des tons\naux vibrations profondes, un tout synthétique, qui ne sont guère dans\nnotre petite manière impressioniste. Dès lors, la beauté de l'œuvre\nva toujours s'élargissant. Chaque arbre parle à Pierre : le hêtre, le tilleul,\nle bouleau, le chêne, le cyprès disent tour à tour, tendres, mélancoliques,\naugustes ou terribles, la part fraternelle qu'ils prennent à chaque heure\nde notre vie : cycle de lieder, où la nature et l'homme mêlent intimement\nleurs émotions. L'humanité proche rompt un moment le cercle enchanté:\nle chant d'une procession qui passe propose au bûcheron, contre les\nforces brutes de la matière, l'arme spirituelle de la foi. Mais la Dryade\nenfin qui personnifie la forêt elle-même vient lui tendre des bras\nirrésistibles : la volonté humaine s'engourdit lentement en une tendresse\net une volupté poétiques, où l'on sent déjà sourdre le poison, l'acide\ndoucereux qui ronge les résistances pour le dernier combat. C'est la\nscène la plus importante et la plus belle de la partition, celle qui résume\ntoute sa pensée. La symphonie ensuite prend le pas : épisodes fantastiques"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.58", "texte": "i g\nS. I. M.\n\nvigoureusement traités, catastrophe simplement grandiose, sublime paix\nbruissante de la forêt couvrant les désastres qu'elle a faits.\nL'originalité de la musique de M. Savard est moins dans le con-\ntenant que dans le contenu. On y pourrait relever l'influence primitive\nde Wagner, et, plus à la surface, celle de M. d'lndy, avec quelques traces\nà peine de M. Debussy. Son inestimable sincérité ne s'inquiète point\ntant de chercher des tournures nouvelles, que de bien dire ce qu'elle a\nà dire, et de ne parler que lorsqu'elle se sent quelque chose à dire.\nM. Savard s'exprime avec une science et une pureté parfaites; mais ce\nqu'il faut admirer en lui, c'est surtout la personnalité morale qui paraît\nau travers de sa musique : personnalité fière, mais cordialement sensible\net profondément artiste. Quand on a bien écouté son œuvre, si intellec-\ntuelle d'apparence, quelque chose en demeure, après les grandes idées\nqu'elle agite : c'est un sentiment intense de l'amour et de la mort, con-\nstamment mêlés dans la nature et dans l'esprit ; non pas la frénésie\nsensuelle de Tristan^mais une confiance sereinement ardente en l'apaise-\nment d'une beauté conciliatrice. Et ceci n'est que dans la musique. C'est\nle parfum qu'elle élève au-dessus des mots.\nAprès nous avoir offert quinze programmes incomparablement dénués\nd'effort et d'intérêt, les Concerts-Colonne montrent à se libérer de leurs\nobligations un zèle subit, un peu tardif, mais efficace. Tandis que les\nConcerts-Lamoureux à leur tour laissaient sommeiller leur activité,\nM. Gabriel Pierné vient de diriger coup sur coup deux premières\nauditions, et fort considérables. Ulbéria de M. Claude Debussy a\nrencontré au Châtelet un accueil mélangé d'enthousiasme bruyant et\nd'aigre protestation qui est pour étonner, aujourd'hui que l'auteur de\nPelléas et Mélisandesemble au comble de la faveur, et le public accou-\ntumé à son art. Ses premières œuvres n'ont pas soulevé une résistance\naussi vive. D'où vient cette nouvelle attitude ? Est-ce du vieux parti\nrétrograde, que le charme du jeune dieu surgissant a pu réduire tout\nd'abord au silence, et qui reprendrait désormais quelque espoir de trouver\nsa défensive en défaut dans une maturité prospère ? Est-ce au contraire,\nbelliqueux et rapace, le parti nouveau-né, qui sorti de la côte de cet\nAdam et nourri de sa substance, repousserait du pied un ancêtre"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.59", "texte": "LE MOIS\nr97\n\ndéjà ! qui le gêne au soleil ? Les extrêmes s'unissent peut-être, comme\non fait en politique ; et l'évolution de M. Debussy lui-même explique\nque ses admirateurs se déplacent. Cette évolution est extrêmement\nintéressante à étudier. Le petit triptyque fait partie d'une suite\nà' Images pour orchestre dont un second numéro,\naura été exécuté quand paraîtront ces lignes, mais trop tard pour que je\npuisse en parler ce mois-ci. Remettons donc au prochain numéro et\nM. Debussy et l'ensemble des beaux concerts organisés par la maison\nDurand, où se résume glorieusement l'œuvre des seuls grands et anciens\néditeurs de Paris qui aient fait servir leur fortune et leur autorité au\nbien de la musique pure.\nLe second ouvrage qu'ont donné les Concerts Colonne est une Troi-\nsième Symphonie de M. André Gédalge. Beaucoup des choses que j'ai dites\nde M. Savard se pourraient redire de cet autre bon musicien, de tempé-\nrament très différent, qui appartient à la même génération. Nul n'ignore\ncombien son enseignement est fécond, et son remarquable Traité de\nFugue fait autorité définitive en la matière. Malgré sa haute situation,\nc'est la première partition vraiment importante que nous entendions de\nlui. De ses deux premières symphonies nous n'avons rien su. Ce peu de\nhâte à se pousser ; cet éloignement du bruit et de l'intrigue ; cette\nmodestie et cette loyauté de jugement sur soi-même, qui attendent pour\npublier une œuvre, bien après l'assurance parfaite de la technique, la pleine\nmaturité de l'esprit, sont des traits de caractère exceptionnels en ce temps,\net du meilleur exemple. Sérieuse sans être jamais morose, l'œuvre elle-\nmême n'est pas d'un exemple moindre, par sa dignité avenante, sa probité,\nsa mesure, par tout ce qu'elle a de très simplement sincère, en même\ntemps que de solidement achevé dans l'ensemble et dans le détail. Et ce\nqu'elle a aussi d'ouvert, de franc, de net, a dès le premier abord séduit le\npublic tout entier, sans que l'ombre d'une concession pourtant ait été faite\nà son mauvais goût.\n\" Ni littérature, ni peinture. \" Telle est l'épigraphe que M. Gédalge\na mise à son manuscrit. J'avoue que j'aime assez à condition qu'on\nentende bien la chose un peu de peinture ou de littérature dans la\nmusique : je ne la trouve pas, sans cela, absolument complète. Mais la\nlittérature et la peinture l'ont entraînée parfois à de tels excès, elle s'est\nsi bien reniée elle-même, qu'on se prend de sympathie pour une réaction\ndont M. Gédalge indique spirituellement le sens, et qui pourrait bien"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.60", "texte": "latt\nS. I. M.\n\nappartenir à l'avenir tout autant qu'au passé. Sa symphonie n'a qu'une vie\npurement musicale, mais cette vie est réelle : elle agit, et elle s'émeut.\nOn n'y sent point cependant cette longue volonté qui coordonne étroite-\nment toutes les parties des symphonies pures de M. d'lndy, par exemple,\nou de son école. Le plan général n'est point irréprochable autant que le\nplan de chacun des morceaux. Les quatre parties traditionnelles n'obser-\nvent pas entre elles ces lois de rapports, de symétries ou de constrastes,\ndont les maîtres classiques ne se libéraient que lorsqu'ils se sentaient\nsoutenus par quelque pensée extra-musicale. M. Gédalge accorde aux\nmouvements lents une prédominance dangereuse. Après\nqui tient la place du scherzo est un véritable andante ;et le finale joint à\ndes développements fougueux, à d'allègres allusions populaires, un retour\nà la lenteur dont les proportions dépassent de beaucoup celles d'un\nsimple épisode. L'effet en est neuf, et pourrait être excellent :il fatigue,\naprès tant d'autres lenteurs. Ce fut du moins mon impression de première\naudition. Il est possible qu'à mieux connaître la symphonie de M. Gé-\ndalge, on découvre l'harmonie de ses mobiles. Et cela ne doit point empêcher\nde goûter à sa valeur chaque morceau. Les deux thèmes contrastants du\npremier qui font un peu penser, l'un à Schumann, l'autre à Mendels-\nsohn sont développés avec une sûreté et une animation rares. La grâce\npaisible de Y allegretto est pleine de fraîcheur. a des qualités plus\nprofondes : le sentiment mélancolique qui l'emplit ne semble pas au début\ndevoir prendre la voie où il nous engage peu à peu ; mais c'est une chose\ndont on ne s'aperçoit qu'au bout. L'expression est assez soutenue, la\ngradation menée avec assez d'ampleur et d'art, pour qu'on soit contraint\nde suivre l'auteur où il veut arriver. Quant au style, n'allez pas craindre,\nparce que l'auteur est professeur et théoricien, qu'il sente jamais le\ncuistre. Très rythmique et volontiers mélodique, il est au contraire clair,\nvif, dégagé, sans prétentions : nulle rhétorique ne l'alourdit ;et la science\ny est trop sûre de soi pour faire sa pédante.\n\nGaston Carraud.\n\nLETTRE DE MUNICH\n\nSi je ne craignais de fatiguer vos lecteurs par le retour périodique\net pourtant nécessaire des mêmes noms, l'occasion serait excellente pour\nrevenir sur ceux de MM. Max Reger et Hans Pfitzner, dont les soirées"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.61", "texte": "LE MOIS\nÏ99\n\nde musique de chambre ont été les hauts faits musicaux de décembre et\nde janvier. Le premier nous apportait son grand trio 102 dont il tint\nla partie de piano, et le lendemain, 2 décembre, nous jouait avec\nM. Schmid-Lindner son opB6, Variations\npuis X Passacaille et Fu 96, dont s'est enrichi le\nrépertoire de la musique à deux pianos. Le second nous offrit, le 11 jan-\nvier, une pleine soirée de ses œuvres, composée du quatuor r/-majeur\nop. 13,' du grand quintette op. 23, qui renferme un et surtout\nun adagio, dont on parlera dans un avenir et prochain et lointain, enfin\nune douzaine de lieder,dont la profonde humanité nous montre un Hans\nPfitzner de plus en plus intérieur et apaisé, et encore plus touchant\npeut-être qu'aux heures de souffrance suraigue et d'énervement félin,\ndans ce décor fantasque de vieille Allemagne baltique, que tant d'autres\nde ces étranges, discords et lunatiques nous ont raconté. Hélas ! il\nferait si bon s'attarder à de telles soirées au lieu de passer,... par exemple\nà l'oratorio du Père Hartmann, de An der Lan-Hochbrunn.\nNe croyez ni les foules catholiques allemandes, qui exaltent cette\nDernière Cène, ni la critique libre-penseuse, qui en déclare la musique\nabsolument dénuée de valeur. Certes le sentiment de méfiance doit être\nextrême, lorsqu'on la voit soutenue exactement par le même public de\nprinces du Siècle et de l'Eglise, de grands seigneurs et de mondaines, qui\nne prirent jamais garde, du vivant de Bruckner, de Franck et de Dvorak,\nqu'ils fussent d'aussi grands chrétiens que de grands musiciens. Il ne doit\ncependant pas nous rendre injuste à l'égard de ce cordelier, dont l'œuvre\nest toute de sincérité et de candeur, et qui travaille sur des textes latins\nde l'évêque franciscain Ghezzi, lesquels sont d'une vraie splendeur théo-\nlogique. Je n'en veux pour preuve que ce dernier avec sa superposition de\nla Pâque symbolique juive, de la Cène évangélique et de l'Eucharistie\nchrétienne. Ce sont œuvres évidemment qu'il faut entendre d'une âme\nreligieuse, mais toute bonne foi accordera au père Hartmann que la\npartie eucharistique de son oratorio n'est pas seulement d'un chrétien,\nmais d'un artiste dont le cœur est grand. Et le catholique que je suis ne\ncachera pas sa satisfaction de voir des coreligionnaires, pour lesquels il\nn'éprouve pas la moindre estime, hélas, s'éprendre d'œuvres qui, enfin,\nleur montrent le chemin d'un art sérieux. J'ai dit le chemin. Personnelle-\nment je ne raffole pas plus de cette musique que de l'esthétique de\nBeuron. Ce n'est ni assez archaïque, ni assez moderne. Je voudrais un"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.62", "texte": "200\nS. I. M.\n\ncatholicisme d'audaces toujours plus grandes. Après les œuvres pour\norgue de Franck, la grand'messe de Bruckner, le Requiem de paysan\ntchèque de Dvorak, la musique catholique doit s'inspirer de la vie et de\nl'amour, sans craindre la lumière moderne, et ne pas demeurer dans les\npénombres monastiques, dont elle est à tout jamais émancipée. Le Père\nHartmann a, en Allemagne, le public que Gounod eut en France, que\nPerosi a en Italie ; il est pourtant digne de mieux ! S'il pouvait donc le\ndevenir de n'en avoir plus du tout ! Je lui en veux de ne pas borner,\nc'est à dire hausser ses ambitions à son seul ordre religieux. Et je trouve\nun vague fumet de sacrilège à toutes ces épaules nues, qui viennent se\nmontrer à ce moine, dans un pays où, ordinairement, on ne va pas au\nconcert décolleté. Il ne les voit du reste pas !.. Car s'il est une chose\nqu'il faut préférer à la musique du Père Hartmann, c'est sa modestie et\nson maintien, sous le feu croisé des regards et la chaîne des décorations,\nque la vanité de son ordre impose à son humilité et à sa piété.\nAu Konzertvérein,MM. Lœwe et Prill continuent à faire merveille,\ndans le sens que j'ai indiqué, le premier prêtant son appui, auprès du public\nfashionable, à toute œuvre moderne de valeur, le second mettant son élite\nd'étudiants, d'artistes, de pensionnaires, ou tout simplement de braves\ngens, à même de compléter une éducation musicale, ici comme partout,\nbeaucoup trop générale, par des exhumations d'œuvres injustement\noubliées et dédaignées. Restons-en d'abord à celles-ci : Raff a une seconde\nfois bénéficié de la curiosité intelligente de M. Prill et nous avons ainsi\nappris, que du temps de ce maître charmant, un \" \" pour instru-\nments à vent s'appelait tout uniment Cet 18 8, enjoué,\ngracieux, naturel, mais un peu facile, ne m'a pas laissé une impression\naussi favorable que les belles grandes symphonies et forêt.\nIl est vrai que j'étais mal disposé. Tandis que le plus écouté des profes-\nsionnels d'ici l'a taxée & exquise.Le concerto en mineur, pour flûte, de\nMozart, exécuté par un frère de M. Prill, Emile, flûtiste de renom, le\nQuatuor concertant en mi bémol majeur du même maître, pour les bois, et\nsurtout sa grandiose et poignante Symph pour violon et alto,\noù nous touchons véritablement à Beethoven, ont alterné avec la Sym-\nphonie op. 12 (1883) de Richard Strauss, l'ouverture de Dmitri Donskoïde\nRubinstein, le petit rondino pour les bois de la période adolescente de\nBeethoven, et son fragment de concerto abandonné en majeur, dont le\nmanuscrit est la propriété de la Philharmonie de Vienne, enfin avec la"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.63", "texte": "LE MOIS\n201\n\nsérénade op. 11 de Brahms, presque une symphonie, avec la vnme sym-\nphonie de Bruckner, et même la ire de Weber. Le 200me anniversaire de\nnaissance de Pergolese a été célébré, toujours par M. Prill, par deux sym-\nphonies (ouvertures), auprès desquelles détonnèrent trois pièces de Grétry,\ninstrumentées par Mottl.\nQuant à M. Lœwe la liste serait longue des œuvres dont nous avons\nà lui savoir gré. Ne retenons comme toujours que les nouveautés, quitte\nà omettre le triomphe remporté par M. Raoul Pugno avec un concerto\nde Mozart : Variations Symphoniques sur une chanson enfantine française de\nM. Walter Braunfels, pleines de charmants artifices d'orchestration les\nuns assez neufs, les autres apparentés aux plus récents de Mahler ; Danse\nde gnomes de M. Bleyle, du gros humour allemand, rupestre et même\nalpestre, flanqué, comme pour une leçon, des Rondes d'elfes, du ballet, très\npoétique et très délicat, de M. Frédéric Kloze, l'auteur de cette\nqui est une des bonnes fortunes du répertoire de l'Opéra ; la balourde et\ntrès indifférente Symphonie op. 55 de M. Elgar (\" rien à dire, mais dit\nen langage soigné \" affirme un mauvais plaisant) ; enfin le\noù M. Rudolph Siegel fait preuve d'une âme romantique, d'un robuste\ntempérament musical et de facultés d'invention délicate dans tels détails\nd'orchestration.\nJ'aurais une belle liste de solistes à épuiser. Elaguons le plus possible,\nsi vous le voulez bien. Cari Friedberg et Wilhelm Backhaus sont certaine-\nment comme s'appelait un jour lui-même Emile Sauer, des \" Majestés de\npiano, \" qu'il faut aimer autant pour elles-mêmes que pour le soin délicat\nqu'elles apportent àla composition de leurs programmes. Mlles de Stuben-\nrauch et de Binzer ont eu la bonne idée d'exhumer le rondeau brillant, si\nmineur, op 70, pour piano et violon, de Schubert et il faut leur être\nreconnaissant d'avoir inauguré à Munich la belle sonate en mineur op\n33 de H. C. Noren, un continuateur de Grieg, mais qui compose avec\nbeaucoup plus d'art. Avec Mlle Suzanne Metcalf nous avons fait la con-\nnaissance d'une chanteuse, parfaite toujours, exquise dans l'ancienne\nmusique italienne et dans la jeune musique française.\npour Cythere de Chansarel et les Fantoches de Debussy ont produit\nleur effet de ravissement accoutumé. On en peut dire presque autant\nd'Henri Duparc et de Gabriel Fauré. Arrigo Serato, porté aux nues par\nla critique, après une soirée consacrée à Bach, m'a paru le dévider plus\nque l'exprimer. Il faut avoir entendu Isaïe révéler toute la poésie du"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.64", "texte": "202\nS. I. M.\n\nconcerto en mi majeur, par exemple, pour comprendre à quel point\nl'interprétation sans nuances de Serato est toute mécanique. Sa fougue\nitalienne n'a le sens ni des valeurs, ni des variétés de et à la\nlongue produit une décourageante impression de monotonie. Il faut en\nrevanche noter à son actif le soin qu'il a mis à se faire accompagner, non\nplus par le grand orchestre moderne, mais par un petit orchestre réduit,\nautant que possible semblable à celui qui pouvait fonctionner, auprès de\nBach lui-même, dans les séances de musique intime.\nPour finir nous avons la joie d'annoncer que les préparatifs des\ngrandes semaines musicales Strauss et Mahler de notre été avancent grand\ntrain. Munich va être désormais dotée, après tant de belles salles de con-\ncert grandes et petites, d'un hall à fêtes musicales vraiment grandiose.\nDe telles constructions paraissent décidément inaugurer une ère nouvelle\npour l'orchestre moderne, et annoncer le retour aux compositions pour\nimmenses masses chorales. Les dimensions des symphonies d'un Mahler,\nd'un Strauss, d'un Nicodé préparées par celles des œuvres de Liszt, de\nBrahms et de Bruckner ont enfin trouvé un premier local à leur taille. Le\nmonde de l'orchestre Beethovenien, sorti des salles des palais de Vienne\nrisque de n'y être plus dans son cadre que renforcé de la manière dont se\nscandalisait naguère, à tort selon nous, votre correspondant de New-York.\nAutres temps, autres orchestres et autres architectures. Et pourquoi ne\npas renforcer les bois de Beethoven proportionnellement aux cordes ? Là\noù son orchestre comportait une vingtaine de violons n'en fourre-t-on pas\ncommunément une soixantaine aujourd'hui ?\n\nWilliam Ritter.\n\nLETTRE DE ROME\n\nLa saison musicale de Rome a commencé deux mois plus tôt que\nd'habitude ; elle a débuté par cinq concerts exclusivement consacrés à\nBeethoven, et dirigés par un chef d'orchestre allemand, Balling. Le\nmonumental amphithéâtre Corea, érigé sur les fondements du mausolée\nd'Auguste et transformé en immense salle de concert pouvant contenir\ntrois mille personnes, est devenu depuis trois ans le centre de ces exécu-\ntions musicales ;il est à remarquer que \" Augusteum \" (tel est le nom"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.65", "texte": "LE MOIS\n203\n\ndéfinitivement adopté pour cette salle) a toujours un public nombreux et\nque les galeries supérieures qui étaient moins fréquentées que les autres au\ncours des saisons précédentes sont au contraire combles cette année. Après\nle festival Beethoven, M. Mancinelli, qui a conduit pendant quelques an-\nnées l'un des principaux orchestres d'opéra des Etats-Unis, a dirigé cinq\nconcerts aux programmes variés. L'avant-dernière de ces séances était\nconsacrée à divers fragments des opéras de Wagner, de Smeraglia (un\njeune compositeur de Trieste, d'un talent distingué, dont les opéras\n\" Accana, \" les \" Noces Istriennes \" figurent aux répertoires des théâtres\nde musique en Autriche et ont été représentés avec succès à la Scala de\nMilan) et enfin à deux \" Nocturnes \" de Debussy ; le second de ces deux\nmorceaux a été accueilli par des applaudissements enthousiastes qu'une\nmanifestation contraire n'a pas réussi à intimider ; le \" bis \" ayant été\naccordé, le morceau a été exécuté une seconde fois et sans la moindre\ninterruption. Il est d'ailleurs à observer que la musique de M. Debussy a\nplus que toute autre le don d'exciter le public romain, si peu démonstra-\ntif en général et que ces manifestations soit enthousiastes, soit hostiles,\nsont chacune à sa manière un hommage rendu à un compositeur qui ne\nsaurait laisser indifférent, quelle que soit la sympathie ou l'antipathie\nqu'il éveille. Il serait fort à désirer d'ailleurs que le public d'ici soit enfin\ninitié à notre école symphonique moderne à laquelle les artistes de Rome\nne sont pas restés étrangers mais dont les auditions n'ont été que trop\nrares jusqu'ici. Nous espérons que M. Vincent d'lndy qui doit diriger\nl'un des concerts de l'Augusteum cet hiver, contribuera à combler cette\nlacune en faisant exécuter par ex., en même temps que quelques unes de\nses œuvres, la symphonie de César Franck et quelques morceaux d'or-\nchestre d'Albéric Magnard. En derniers temps, l'orchestre \" stabile \" de\nl'Augusteum est devenu beaucoup plus souple et plus nuancé ; dirigé par\nune main ferme, il peut donner de bonnes exécutions, surtout pour la\nmusique moderne. Les chœurs ont été jusqu'ici la partie faible de ces\nconcerts, car il n'existe malheureusement pas de société de chœur régu-\nlière pour le moment. 1\nParallèlement à ces grandes auditions, trois sociétés de musique de\nchambre ont commencé leurs séances : ce sont le quintette Cristiani, le\n\n1 II y a régulièrement un concert d'orchestre tous les Dimanches à l'Augusteum, et à peu près une séance\nconsacrée à un virtuose dans le courant de la semaine : Gulli, Vecsey, Hubermann, Paderewsky. Comme\nchefs d'orchestre, Balling, d'lndy, Mahler, Mengelberg, Safonoff, Molinary, etc."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.66", "texte": "204\nS. I. M.\n\nquintette de Sainte Cécile, dirigé par le pianiste Ariani (avec des pro-\ngrammes variés de musique classique et de Brahms, de Franck, de Reger,\netc.,) et la Société Internationale de Musique de chambre ; cette dernière\na donné la première audition d'un quatuor de cordes du jeune compositeur\nromain Alberto Gasco et une série de mélodies faisant partie d'un recueil\nde compositions du même auteur. Poeme délia Notte et dell'Aurora, il est\nbien à espérer que le talent fin et distingué de M. Gasco, qui sait choisir\nle texte de ses mélodies chez les meilleurs poètes modernes de son pays,\nréussira à relever en Italie ce genre du \" lied \" si négligé par les compo-\nsiteurs italiens au réduit par certains d'entre eux à la mélodie de salon\nbanale et fade.\nA l'Opéra (Teatro Cortanzi), M. Mascagni a dirigé de bonnes repré-\nsentations de \" Tristan et Yseult les deux rôles principaux étaient tenus\npar M. Rousselière de Paris et Mme Kashowska (de Varsovie). Il est\nremarquable que M. Mascagni dont la personnalité domine parfois\nfâcheusement les œuvres qu'il dirige, ait su entrer cette fois-ci dans\nl'esprit du chef-d'œuvre wagnérien ; sauf l'altération de quelques rythmes\nessentiels, l'exécution de l'orchestre a été vivante, colorée et mesurée à la\nfois. Malgré cela, le public de Rome continue à faire peu de cas de la\ndirection de Mascagni qui a cessé d'être populaire ici.\nAprès plusieurs représentations de la \" Bohême \" de Buccini et du\n\" Mefistofele\" de Boïto, nous avons eu une \" première \" de Leoncavallo,\n\" Maja \" ; cet opéra a marqué un nouvel insuccès pour l'auteur des\n\" Pagliacci\nSignalons aussi à Rome l'ouverture d'une nouvelle salle pour la\nmusique de chambre due à la générosité de Miss Harry Herz ; la\nnouvelle salle Bach est munie d'un orgue magnifique de Bozzi Vegessi\nde Turin : elle serait tout-à-fait adaptée pour des séances de musique\npalestinienne et de musique ancienne en général, telles que l'ancienne\nsociété Bach nous en avait fait entendre il y a quelques années ; cette\nsociété qui avait pour directeur M. A. Costa et pour principales inter-\nprètes Mmes Teresina Tua (violon) et Pettigiani (chant) pourrait bien\nrenaître un de ces jours. Est-il permis d'espérer que la ville des \" cora-\nbinazioni \" réalisera la réunion des deux plus grands noms de la musique\nallemande du XVIIIe siècle, de Bach et de Hândel, que l'on a jusqu'ici\ntoujours séparés ou opposés l'un à l'autre ? Cela serait fort à souhaiter.\n\nH. A. M."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.67", "texte": "LE MOIS\n205\n\nLETTRE D'ASTRAKAN\n\n15 février 1910.\nCHER AMI !\n\" Je mets la mer Caspienne à la disposition des Amis de la musique ! \"\nVoici le télégramme, à l'instar de celui de Cook ou de Peary que je me\nproposais de vous adresser. Depuis le mois dernier, Astrakan a une ligne\nde chemin de fer, et les artistes qui voudraient venir donner ici des\nconcerts, ou les amateurs désirant assister à des séances intéressantes\nn'auront plus à faire des centaines de verstes en traîneau. C'est une toute\npetite promenade. Vous prenez le Nord-Express, vous êtes le lendemain\nà Berlin, le surlendemain à Varsovie, en moins de 26 heures vous êtes\nà Moscou, le lendemain à Saratov, vous changez ensuite trois fois de\ntrains, vous passez la Volga en traîneau, ou sur un bateau \" ledokal \",\nqui brise la glace, vous traversez durant deux nuits et un jour, les\nSteppes de Kalmouk, et vous voilà tout frais et pimpant dans la capitale\ndu caviar. Un majestueux chameau attendait à la gare pour transporter\nmon clavecin dans la salle du concert. (M. Lyon n'a jamais rêvé de tels\nhonneurs...) Une certaine excitation régnait dans la ville, qui n'avait pas\nencore vu d'artiste venant de l'étranger. Le mérite d'être le premier\nn'est pas grand, mais c'est toujours amusant. D'ailleurs. Astrakan, dit le\nGuide de la Volga,est la première ville d'Europe pour sa saleté, mais en\nrevanche (sic !) aucune ville ne la surpasse pour la mortalité. L'épidémie\nde la peste battait son plein dans les environs de la ville, principalement\nparmi les Kalmouks. C'est une population nomade, au type mongol très\nprononcé, d'une nature calme, bon enfant et très modeste. Leur religion\nleur permet de prendre jusqu'à quatorze femmes, et ils se contentent de\ntrois, tout au plus de quatre. Le Kalmouk qui a plus de six chevaux a le\ndroit de porter le titre de prince. On trouve parmi les princes des gens\nqui savent lire et signer. Il y avait, paraît-il, quelques princes à mes con-\ncerts. Les Perses et les Kirguizes ne sont pas non plus très cultivés au\npoint de vue musical, ni les Tartares d'ici, (à Kasan j'en ai vu pas mal à\nmes concerts). Le public se compose presque exclusivement de Russes,\npublic excellent, très attentif, capable d'écouter avec intérêt, deux soirées\nde suite, du Bach et du Couperin, et d'en réclamer une troisième. Il est\nintéressant mais peut-être honteux d'avouer, que la province russe est\n\n5"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.68", "texte": "206\nS. I. M.\n\nmieux organisée pour la musique que la province française. Dans une\nville aussi éloignée qu'Astrakan, nous trouvons un conservatoire, une\nsociété musicale, qui donne chaque année plusieurs séances de musique\nde chambre, et même quelques concerts symphoniques. Et toutes les\nvilles plus ou moins importantes comme Zaroslav, Rostoff, TamleofF,\nKharkoff, Orel, Woronèje, Stavropole, Kasan, et tant d'autres possèdent\ndes sociétés semblables. Je mets à part les conservatoires de Saratoff et\nKieff. Ce sont là des institutions conçues dans un style plus large et qui\nont atteint un très grand développement. La société musicale de Kieff est\ndirigée par le fameux chef d'orchestre Winogradski, et celle de Saratoff\npar le professeur von Exner. Cette dernière possède sa propre salle de\nconcerts, pouvant contenir près de 2000 personnes, construite avec infini-\nment de goût, et d'une acoustique parfaite, comme nous n'en avons\npeut-être pas à Paris. Le conservatoire de Saratoff compte près de\n600 élèves. Et des institutions semblables existent non seulement dans\nla Russie Centrale mais aussi au Caucase et en Sibérie. Cette décentrali-\nsation musicale est dûe à l'institution créée par Antoine et Nicolas\nRubinstein sous le nom de Sociétés Impériales de Musique1. D' \" impérial \"\nelles n'ont que le nom, le subside du Gouvernement étant très modeste.\nC'est l'énergie des directeurs et la générosité de quelques présidents-\nmécènes qui ont fait la prospérité de certaines sections et ont\nrépandu le goût musical jusqu'au fond de la province. Le conservatoire\net la société musicale d'Astrakan sont dirigés par M. Kapp, organiste de\nprofession.\n\nWanda Landowska.\n\n1 M* Findeisen a rappelé dans l'Actualité de férrier l'histoire de cette Société."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.69", "texte": "t LALOY (LOUIS). CLAUDE DEBUSSY. (Collection des\nBibliophiles fantaisistes. Paris, Dorbon. in B°. io frs).\nJ'arrive enfin au livre de mon excellent ami et collègue\nLouis Laloy, à ce Debussy dont nous attendions l'apparition et qui\na vu le jour en novembre dernier.\nTous les maîtres de la musique envieront Claude Debussy\nd'avoir à ses côtés un exégète aussi merveilleusement compréhensif\nque l'est Laloy, un champion aussi décidé. Car, le commentaire\nhistorique et critique présenté dans les cent pages de ce petit\nvolume, peut bien passer pour un chef-d'œuvre de pénétration\npsychologique. Le mérite de cet ouvrage est de montrer à côté\nde Debussy, le \" debussysme, \" à côté de l'homme et des œuvres,\nla doctrine et le dogme. Ce généreux apostolat a fait pleuvoir sur\nLaloy bien des coups. La France a toujours été le pays de l'intolé-\nrance. Un prosélytisme aussi sincère en faveur d'une évolution ;\nparticulière de notre musique, a ranimé les vieilles querelles, dont\nGluck et Rameau avaient déjà subi les assauts.\nL'esthétique de Laloy s'est heurtée à cette mentalité française,\nqui, depuis qu'elle réfléchit, cherche des prétextes contre la musique ;\nprétextes de morale, de littérature, de sentiment même. Et Dieu\nsait si nous avons été habiles à éluder les enchantements de cette\ngrande magicienne qu'est la musique ! L'histoire de la musique, dans notre pays, est celle d'une\nperpétuelle dérobade devant l'émoi sonore. Longtemps la chanson (dite française) et la danse\nnous ont servi de moyens dilatoires. Grâce à elles la musique, enchaînée au divertissement,\nfut classée, avec d'autres plaisirs, parmi les objets de tolérance. Puis, les subtilités prosodiques\net métriques de la Renaissance, autre subterfuge. Puis, la tragédie lyrique, nouveau procédé\nde captation. Enfin voici les romantiques, tout penauds, tout ahuris de se trouver un beau\njour face à face avec la musique, et cachant mal leur trouble sous des attitudes outranciéres.1\nAujourd'hui, il en est de même. N'avons-nous pas cherché dans le formalisme et l'architec-\nture de nouveaux moyens d'entraver la musique. Pour conjurer le danger, on\" prononce les\nmots de drame lyrique et de sonate ; et l'on se croit encore une fois sauvé. Ou bien, on\nt\n1 C est en ce sens qu il iaut évidemment entendre les jugements de Laloy sur Beethoven et sur Wagner, 1\nqui scandalisent tant de gens. Lorsque Laloy écrit : \" W \"\nil suppose que le lecteur ajoutera : \" oui, mais l'invention Car, en\nsomme si la musique n'avait pas été violentée par la Neuvième et par Tristan, elle ne filerait pas aujourd'hui le\nparfait amour avec Claude Debussy. Nous aurions mauvaise grâce, en France, à reprocher à la musique ses\nannées tumultueuses et son passé turbulent, puisque nous en profitons plus que personne au monde."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.70", "texte": "208\nS. I. M.\n\ns'absorbe dans la contemplation du matériel sonore, et l'audition d'une œuvre devient une\nexpérimentation pour les amateurs d'harmoniques. Tant il est difficile en France de s'en tenir\nà la musique !\nLaloy, apôtre de l'art sensuel et libéré, aura contre lui toute notre civilisation latine. Car\ncelle-ci représente dans l'histoire de l'humanité un moment de tyrannie intellectuelle, un\neffort de stabilité, d'ordre et de classification.La lutte entre ces deux grandes puissances, sur le\nterrain même de la musique, est un des spectacles les plus passionnants de notre époque.\nJ. E.\nLE NOMBRE MUSICAL GRÉGORIEN ou Rythmique grégorien\npratique par le R. P. Dom André Mocquereau prieur de Solesmes, tome I. Tournai, impr.\nDesclée et Cle. 1908, 430 pages in-B°.\nCe livre, complément heureux des Mélodies Grégoriennes du Rme Dom J. Pothier, prend\nincontestablement place parmi les meilleurs travaux consacrés à la tradition du chant liturgique\nde l'Eglise latine. C'està vrai dire, un manuel supérieur de la \"Méthode bénédictine\" d'inter-\nprétation du chant dit grégorien. Comme tel, cet ouvrage est irréprochable et digne de tous les\néloges ; il remplit parfaitement son but : là est son mérite, et, il faut bien l'avouer, là est aussi\nson défaut.\nDans l'état actuel de nos connaissances sur le chant liturgique, ce que l'on pouvait\nsouhaiter de mieux était moins eu effet, une \" méthode bénédictine \" relative à la parfaite\nexécution de ce chant, qu'une \" méthode \" sans épithéte, basée sur les enseignements des\nmeilleurs théoriciens du moyen âge et l'étude directe des principaux monuments neumatiques\net guidoniens.\nLe fait n'est pas niable : après un demi siècle de laborieuses recherches nous ignorons\nencore pour une bonne part, l'exacte signification rythmique de la notation neumatique pure,\npremier fondement de toute interprétation des cantilènes sacrées de l'Eglise romaine. Or, comme\nle déclarait naguère fort à propos le R. P. Thibaut dans son remarquable ouvrage : \"\nbyzantine de la notation neumatique de F Eglise latine\" : \" Qu'on ne se fasse pas illusion !Il\nfaut pénétrer l'énigme des neumes ou c'est en vain que l'on voudra édifier la théorie du rythme\ngrégorien, et lever cette multitude de difficultés qui nous dérobent la connaissance des fonde-\nments du plain-chant \".\nL'ouvrage du R. P. Dom Mocquereau en dépit de ses nombreux mérites, en dépit de son\nremarquable apparareil scientifique, en est la meilleure preuve : n'étant point établi d'une\nmanière rigoureuse sur une parfaite connaissance de la séméiographie neumatique pure et de la\nnotation guidonienne qui est le terme naturel de son évolution, il est évident qu'il doit\nlaisser prise à la critique.\n\" i° Déterminer, préciser, développer la théorie rythmique, non seulement dans ses\ngrandes lignes, mais, autant que possible, jusque dans ses moindres détails ; 2° Fixer ce rythme\nau moyen d'une notation claire, précise, à la portée de nos plus humbles enfants et chantres\nde campagne.\nTel est, écrit le docte bénédictin, le double problème en face duquel se trouve le\nrythmicien qui veut être utile et pratique.\nLa solution de ce problème est-elle possible aujourd'hui ? Oui, sans aucun doute, et elle\npeut être donnée d'une manière presque objective \". 1\n\n1 Op. cit. pp. 7-8."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.71", "texte": "LES LIVRES\n\n209\n\nRien de plus juste, mais le R. P. nous a-t-il donné cette importante solution ? Là est\nla question.\nDans une certaine mesure, oui bien, mais non pas d'une manière aussi péremptoire qu'on\neût été en droit de l'attendre du savant promoteur et directeur de la Paléographie musicale.\nDans la iIL partie de son ouvrage qui va du chap. lerIer au chap. XI, D. Mocquereau\nétablit à merveille la théorie générale du rythme dont on fait, d'ordinaire, trop peu de cas tant\ndans l'enseignement théorique et pratique du chant sacré que de la musique profane. Mais\n1 application que le R. P. fait de cette théorie au rythme grégorien, dans sa 2e partie, soulève\na chaque pas de nombreuses difficultés, appelle bien des réserves. On comprendra aisément\nqu'il est impossible de les formuler toutes ici, car elles peuvent fournir matière à tout un\nvolume. Force nous est donc de nous en tenir aux grandes lignes, aux points les plus saillants.\nEt d'abord, c'est une erreur fondamentale de tenir la notation neumatique pure et la\nnotation guidonienne pour aussi imparfaites au point de vue de l'expression rythmique qu'on se\nplaît d'ordinaire à l'insinuer, voire, à l'enseigner :\nu Les accents neumatiques et tous les groupes qui en dérivent sont, en tant que signes\nfiguratifs des intervalles mélodiques, extrêmement imparfaits ; ils le sont plus encore peut-être,\nen tant que signes rythmiques \". 1\n\" Il paraîtra invraisemblable aux musiciens modernes, en possession d'un admirable\nsystème de séméiographie, qu'une notation ne parvienne pas à figurer clairement le rythme de\nses mélopées, plus invraisemblable encore qu'elle ne soit pas même capable d'en indiquer les\nintervalles précis ! Et cependant c'est le cas des antiques notations neumatiques. La présence\nd'un maître était indispensable à l'élève, tant pour chanter les intervalles que pour rythmer :\nla tradition orale, en définitive, était double, tonale et rythmique \". 2\nCertes, il paraîtrait souverainement invraisemblable aux musiciens modernes et à venir\nqu'une notation n'ait pu parvenir à figurer clairement, et le rythme et l'intonation de ses\nmélopées. Ne l'oublions pas. La notation neumatique pure et la notation guidonienne ne sont,\nen soi, qu'une seule et même séméiographie envisagée à deux époques distinctes de son\névolution.\nLa notation neumatique pure essentiellement rythmique à son origine fut, à la vérité,\ntrès imparfaite dès l'abord, mais elle ne laissa pas cependant d'être portée, par la suite, au plus\nhaut point de perfection qu'elle était susceptible de recevoir ; le tout est précisément de savoir\nle reconnaître.\nArrivée à son apogée au point de vue rythmique, les lois de l'évolution qui commandent\nla destinée de la notation neumatique l'appelèrent à un nouveau perfectionnement au point de\nvue de la diastématie. Perfectionnement qu'elle réalisa aux Xe et XIe siècles sans rien\nabandonner de ses qualités rythmiques essentielles contrairement à ce que l'on croit et enseigne\nd'ordinaire. Si par la suite, la notation guidonienne perdit quelques-unes de ses propriétés\nrythmiques, ce ne fut pas par \" manque de netteté dans l'enseignement et dans la notation du\nrythme \", 3 ce qui est prendre l'effet pour la cause ; ce fut uniquement en raison même de\nl'altération soudaine du mode traditionnel d'interprétation rythmique du chant sacré, con-\nséquence immédiate et imprévue de l'adoption générale de la nouvelle méthode diaphonique\nde YOrganum.\nCeci posé, voici au courant de la plume, les principaux points de la théorie rythmique de\nD. Mocquereau qui me paraissent devoir appeler quelques desiderata ou certaines réserves :\n\n1 Op. cit. p. 156.\n2 Op. cit. p. 158.\n3 Op. cit. p. 156."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.72", "texte": "210\nS. I. M.\n\nLe chapitre Ie de la IIe partie qui traite de l'origine, des noms et de la forme des notes\net des groupes de notes demande à être complètement refondu en tenant compte des précieuses\ndécouvertes et données séméiographiques exposées nouvellement.\nA propos du chapitre suivant (chap. II), qui a trait aux \" signes rythmiques dans les\nanciens manuscrits il importe de faire observer que cette expression \" signes rythmiques \"\nappliquée d'une manière exclusive aux signes sangalliens qui affectent les neumes purs soit en\nles modifiant soit en s'ajoutant à leur forme primitive, ainsi qu'aux lettres dites romaniennes,\nest, comme telle, une expression inexacte, attendu que dans son ensemble comme en chacun de\nses éléments, la notation neumatique pure comporte, avant tout, une signification essentiellement\nrythmique. Partant, il faudra récuser comme trop absolue l'affirmation générale suivante :\"Par\neux-mêmes les neumes pursy avec lignes ou sans lignes, ne déterminent ni la durée, ni la force,\nni le mouvement rythmique des sons 'V\nJ'ajouterai à propos des signes rythmiques complémentaires de l'école sangallienne, qu'ils\nsont plutôt explétifs que complétifs de leur nature, et la comparaison que D. Mocquereau\nétablit entre les mss. sangalliens qui les emploient et les mss. d'origines diverses qui en\nsont dépourvus me semble fort juste.\nLes premiers sont en effet par rapport aux seconds \"comme serait un texte sans ponctua-\ntion, sans accentuation, en face d'un texte soigneusement accentué et ponctué ; comme sont,\nde fait, les textes primitifs hébraïques de la Bible, en face des mêmes textes munis de points-\nvoyelles, et des accents massorétiques qui en arrêtent et en définissent la ponctuation,\nl'accentuation, la lecture et jusqu'au sens lui-même. Il y a d'un côté précision, de l'autre\nincertitude ici perfection ; là imperfection ; et nullement contradiction \". 2\nIl ressort de tout ceci, qu'une édition des livres de chant liturgiques en notation\nguidonienne sera d'autant plus parfaite qu'elle reproduira plus fidèlement toutes les particula-\nrités de la séméiographie primitive conformées par les traditions artistiques de la grande abbaye\nde S 1 Gall. Or, toute la question est précisément de savoir si les signes rythmiques explétifs des\nmanuscrits de l'école sangallienne comportent de leur nature, une signification contraire ou\nconforme à la pratique traditionnelle du chant liturgique.\nLes chapitres VI et VII du \" Nombre musical grégorien \" traitant de l'exécution\nrythmique des groupes mélodiques pris isolément et en composition, me paraissent excellents\ndans leur ensemble. Je signalerai toutefois comme erroné le principe suivant : \"La première\nnote de tous les groupes, quelle que soit la forme de cette note, porte un ictus rythmique\ninvariable à moins qu'elle ne soit précédée ou suivie d'une note épisématique ; car l'épisème,\nen cas de conflit, l'emporte toujours sur toutes les autres indications ictiques. \" 3\nTout caractère neumatique porte un ictus rythmique invariable et cet ictus peut en certains\ncas dans le podatus bref par exemple, être situé sur une note du groupe autre que la\npremière. De plus, l'allongement épisématique n'entraîne nullement de sa nature, un changement\nictique bien qu'il coïncide souvent avec le temps fort des groupes neumatiques.\nJ'écarte également et pour la même raison, le principe suivant : \" Deux notes ictiques sur\nle même degré dans un même groupe, donnent lieu à une indécision sur la place de l'accent\nrythmique : le choix est libre. On peut le placer sur la première note ou sur la troisième et\nconduire l'intensité en conséquence. \" 4\n\n1 Op. cit. p. 14.\n2 Op. cit. p. 15.\n3 Op. cit. p. 236.\n4 Op. cit. p. 251."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.73", "texte": "LES LIVRES\n211\n\nLes derniers chapitres du Nombre musical Grégorien (VIII-XII) qui ont trait à l'exécution\nrythmique de chacun des neumes primitifs, renferment également nombre de données excel-\nlentes, mais c'est ici surtout, qu'il y aurait de nombreuses réserves à formuler. Cela nous\nentraînerait trop loin. Force nous est de rester dans les limites étroites d'un compte-rendu et de\nnous en tenir à cette analyse incomplète.\nEn résumé, l'ouvrage de Dom Mocquereau témoigne d'un immense labeur dans la\nrecherche des principes qui ont présidé jadis à la parfaite exécution du chant sacré, mais il a le\ndéfaut de rester le livre d'une école.\nOn peut le considérer comme un excellent manuel de la \" Méthode bénédictine \" d'inter-\nprétation du chant dit grégorien, méthode qui est incontestablement une des meilleures qui nous\naient été proposées jusqu'ici ; est-elle la plus parfaite ? nous ramène-t-elle vraiment à l'exécution\ntraditionnelle des mélodies liturgiques de l'Eglise latine ? C'est ce que je ne me charge pas de\nprouver. J.-B. BOGUILARD.\nDOMINGUEZ BERRUETA J. Rigenerazione dei Suoni. (1908. Torino.\nFratelli Bocca, 8°).\nVoici une étude de régénération de la gamme, basée sur le tempérament naturel.\nL'auteur, professeur de Sciences à l'Université espagnole de Salamanque, et très averti des\nthéories anciennes, ne se perd pas dans les aperçus d'une érudition pénible. Il se limite à\nl'exposé des doctrines de Pythagore et de Ptolémée, pour mieux aller de l'avant, car il n'est\npas un révolutionnaire, mais un continuateur lucide. Après avoir signalé le caractère inharmo-\nnique de l'exacte génération pythagoricienne par quintes justes, et avoir confronté celle-ci avec\nla grande innovation de Ptolémée *, M. Berrueta attaque la gamme tempérée actuelle suivant\nlaquelle la musique instrumentale à sons fixes est dissonante et ne peut sortir du demi-ton\nr 12 , .\nmétrique \\~2 totalement inexact. Puis il s'étend sur ce qu'il appelle le \" préjugé de la\ntransposition \" qui a imposé la gamme unique en dépit du principe de variété de toute harmonie.\nL'auteur analyse alors la gamme de Ptolémée, et sans s'éloigner du principe d'Euler, formule\nà son tour une proposition très plausible, suivant laquelle le \" ton majeur serait divisé en deux\ndemi-tons, majeur et mineur, xf et et la note intermédiaire entre do-ré, ré-mi, fa-sol,\nsol-la, la-si, suivrait la loi de l'enharmonie, mais en restant note unique, définitive, pour l'échelle\ndes sons fixes. \"\nL'octave reste ainsi divisée en 12 demi-tons ayant chacun son harmonie propre.\nM. Berrueta termine son intéressant fascicule par un clair tableau de la gamme ayant do\ncomme unité, avec la longueur de la corde du sonomètre pour chaque note, calculée en\nmillimètres.\nEspérons une réalisation prochaine de cet heureux essai de théorie vivante, pour laquelle\nnous félicitons bien sincèrement le savant physicien de Salamanque.\nHENRI COLLET.\n\n1 Les notes de la gai ta pastoril de Castille apparurent à notre auteur au moyen du sonomètre différentiel\néquivalentes à celles du tetrachorde la, si> do, r/, de la gamme de Ptolémée."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.74", "texte": "2 1 2\nS. I. M.\n\nCHABRIER (EMMANUEL). LETTRES A NANINE, publiées par LEGRAND-\nCHABRIER. (Collection de la Grande Revue, in 12° de 66 pp.)\nCette Nanine est la fidèle et brave femme qui éleva Chabrier et fut pour l'auteur de\nGwendoline comme une mère supplémentaire. En 1889 e^e quitter la maison, où depuis\n45 ans elle jouait un si grand rôle. Elle prit sa retraite à Arcueil, et Chabrier la tint au courant\nde tout ce qui se passait autour de lui. Rien ne montre mieux l'âme bonne et bouillonnante\nde cet artiste, que ces quelques lettres attendries et plaisantes. Il y a même des documents à\nglaner dans ces pages familières. Exemple cette phrase, qui nous ramène à Chantecler, et qui est\ndatee du 4 avril 1890 : \" Mardi prochain, M. Rostand, tu sais ce jeune homme avec qui je\nfais des romances, épouse Mlle Gérard ; je t'avais bien parlé de ce mariage. \"\nCATALOGUE OF MANUSCRIPT MUSIC IN THE BRITISH MUSÉUM, by HUGHES-HUGHES.\nTrois vol in 40. (London 1906, 1908, 1909.) GUIDE DE L'AMATEUR D'OUVRAGES\nSUR LA MUSIQUE... (Fischbacher 1909 in 8° de 65 pp. 1 fr.) WOTQUENNE (A.) ETUDE\nBIBLIOGRAPHIQUE SUR LUIGI Rossi. (Bruxelles 1909 in 8° de 52 pp.)\nVoici bien de la Bibliographie, et je m'en réjouis. Le catalogue du British Muséum est\nconnu de tous. J'ai dit jadis que je trouvais son plan un peu difficile à suivre, et que je préférais\nle classement alphabétique à tous les procédés méthodiques du monde. La même observation\ns applique a ce dernier volume, qui contient les mss. de musique instrumentale et les œuvres\nthéoriques. C'est la, en tout cas, un très utile répertoire, et tel que nous devrions en posséder\npour toutes les collections musicales d'Europe.\nBeaucoup plus spéciale est l'étude de notre collègue M. Wotquenne sur les mss. de\nLuigi Rossi. L'intérêt de cette monographie est de nous donner les premières mesures de toutes\nles œuvres de Rossi, qui se trouvent dans les bibliothèques accessibles en Europe. On en\nviendra de plus en plus à ces catalogues thématiques, qui permettront un jour de posséder, à\nportée de la main, une véritable bibliographie musicale dont les dictionnaires actuels ne sont\nque l'ébauche. Mais quelle érudition supposent ces cinquante pages de la brochure de\nM. Wotquenne !\nMichel Brenet a préfacé le GUIDE, publié par Fischbacher et qui nous oriente dans la\nlittérature musicale de ces dernières années. M. Fischbacher est en effet le seul éditeur français\nqui se soit intéressé véritablement à la musique. D'autres que lui publient çà et là des ouvrages,\nvoire même des séries bien déterminées, mais, personne n'a osé encore ouvrir un rayon de\nmusique ! L'édition, qu'elle soit livresque ou musicale, partage à l'égard du volume qui traite\nde musique une crainte qui ne durera pas toujours, mais qui semble encore invincible. Aussi\nM. Fischbacher a-t-il une situation toute privilégiée, et une avance considérable. Je lui souhaite\nde pouvoir en profiter largement, et avant que le mouvement qui se dessine en ce moment, ne\nlui ait fait concurrence. Son guide nous est garant de ses intentions.\nHARDER (Knud). FANTASIA APPASIONATA. (Strasbourg, J. Singer 19ZO in 8° de\n22 pp.)\nCette petite brochure, traduite par notre collègue de Bruxelles, Mlle May de Rudder,\nest empreinte d'un généreux idéalisme. Elle nous propose une idée qui intéressera le Salon\nd'automne : l'union de la sculpture et de la musique au sein d'une même exposition. L'auteur\npart d'une impression qu'il eut en admirant \" L'Age de Bronze \"de Rodin, et qui fit naître en\nlui la nécessité d'une expression musicale. Notre collègue, Jean d'Udine comprendra certai-"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.75", "texte": "LES LIVRES\n213\n\nnement cet état d'âme, qui ne peut s'en tenir à l'immobilité de la plastique, et qui cherche à\nprolonger l'émoi par une excitation sensorielle d'un autre ordre. De là à concevoir le plan d'un\nédifice, où les sculptures exposées voisineraient avec la musique symphonique, il n'y a qu'un pas.\nJ'avoue que, malgré la clarté de la traduction de Mlle de Rudder, je n'ai pas absolument bien\nsaisi la conception pratique de M. Harder. Mais, en ces sortes de choses, la réalisation n'ap-\npartient pas toujours à celui qui a lancé l'idée. Et l'idée mérite de faire son chemin. Les\nAllemands comme M. Harder, et (ici à Paris) le Dr Westarp semblent chercher une nouvelle\nformule de l'union des arts. Celle de Wagner ne les satisfait pas. De tous ces efforts\nsortira évidemment quelque chose, et nous ne saurions trop, en France, oublier nos préjugés\nséparatistes devant ces généreuses tendances unionistes.\nEBEL (OTTO). LES FEMMES COMPOSITEURS DE MUSIQUE, dictionnaire biographique\ntraduit en français par Louis Pennequin. (Paris, Paul Rosier 1910. in 120 de 192 pp. 4 frs.)\nBonne nomenclature, qui contient un très grand nombre de noms. Il est évident\nque la musique et le féminisme auront de plus en plus des points de contact ; l'une et l'autre,\ndu moins en Occident, sont un aspect du même sentimentalisme.\nCUMBERLAND (GERALD). —IMAGINARY INTERVIEWS WITH GREAT COMPOSERS.\n(London W. Reeves 1910 in 120 de 232 pp.)\nSous une forme imprévue et humoristique, cet ouvrage nous donne la physionomie d'une\nvingtaine de musiciens fameux. Chopin, Haydn, Mendelssohn, Paganini, Beethoven, Haendel,\nRossini, Schubert, Liszt, Berlioz, Mozart, Wagner, Tchaïkovsky, Cherubini, Hugo Wolf,\nBorodin, Schumann, Sullivan.\nL'auteur a feint un interview avec chacun de ces maîtres, ce qui est une façon de faire\ndu reportage rétrospectif. L'esquisse devient ainsi vivante et les traits accusés. C'est le journa-\nlisme appliqué à la musicologie. L'ideé est ingénieuse et M. Cumberland en a tiré un excellent\nparti.\nPROCEEDINGS OF THE MUSICAL ASSOCIATION. Quarante-cinquième année 1908-1909.\n(London Novello. in 8° de 204 pp. Prix : une guinée.)\nExcellent volume des comptes rendus de cette association, qui forme maintenant la section\nanglaise de notre société. On y peut lire les communications suivantes, présentées dans le cou-\nrant de l'année 1908-1909 : \" The Harp \" par A. Kastner ; \" Jacob Handl \" par W.\nNaylor ; \"Music in rhythm \"par C. Cleatlier ; \" par\nR. Terry ; \" Dr John Blow\" par H. Cummings ; \" par H. Watson ; \"\nfrench horn\" par J. Blaikley ; \" The effect of the \" par P. Allen.\nFROMAGEOT (P.). UN DISCIPLE DE BACH : P.-F. BOELY. (Versailles L. Bernard\n1909 in 8°)\nIl s'agit d'un organiste français qui vécut de 1785 à 1858, et dont St. Saëns a vanté les\nœuvres en les égalant à celles de Sébastien Bach. Son père, né en 17 et ordinaire de la\nmusique du Roi, fut un personnage assez amusant. Il entreprit après la révolution une cam-\npagne énergique contre Gossec et contre l'enseignement de l'harmonie et contre-point du\nConservatoire, ; son but était de faire revenir l'école française aux principes de Rameau,\nScarlatti, Haendel et Bach. Tout cela fut considéré comme \" \" par une\nlettre typique de Gossec."}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.76", "texte": "2 14\nS. I. M.\n\nElevé dans ces idées rétrogrades en 1810, Boely, le fils, se trouva en 1858 un novateur\nhardi, que Morelo, d'Ortigue, et St Saëns rencontrèrent à point nommé, et qui fut un cham-\npion de la renaissance de la musique religieuse en France, sous le second empire. Ajoutons\nque le conseil de fabrique de St. Germain l'Auxerrois eut le triste courage de congédier Boely,\nen pleine possesion de son talent, en 1852, sous le prétexte qu'il était arriéré. On lui préféra\nun jeune émule de Lefébure-Wély !\nTout cela est fort bien conté par M. Fromageot. Je ne déplore qu'une chose, c'est la\nbrièveté de cette monographie. Elle méritait cinquante pages. L'auteur ne m'en voudra pas de\nlui dire que sa modestie est trop grande.\nMARKHAM LEE (E.). THE STORY OF THE OPÉRA. (Londen Walter-Scott publishing\nC°. 1909, in 12° de 275 pp.; prix 0-3-6).\nCette collection \" The Music Story Sériés \" publiée sous la direction de notre confrère\nanglais F. J. Crowest, a déjà rendu de grands services. Le présent volume est avant tout de\nvulgarisation. Il donne une vue d'ensemble sur la question. Nous n'avons pas en France\nd'ouvrages de ce genre. Nous nous occupons toujours des personnes, et fort peu des œuvres\net des genres. Nous sommes anecdotiers ; et nous le devenons de plus en plus. Sous ce rapport\nl'Angleterre montre une plus large curiosité que nous.\nEn 19 chapitres ce livre nous dit ce qu'est un opéra, quelles sont les écoles, les styles, les\nréformateurs, et les plus grands hommes de la musique dramatique. Il arrive ainsi jusqu'aux\nplus modernes des maîtres, à Cilea, Mackenzie, Bruneau etc... Puis, il passe en revue les\nsalles du monde entier, réserve un chapitre aux curiosités, aux impressarios, et, se rangeant du\ncôté du public, montre comment il faut entendre un opéra. Enfin le tout est complété par des\nappendices (listes chronologiques, budgets, glossaires, tableau des instruments d'orchestre,\nbibliographie) et par une belle iconographie. Excellent manuel sur cette matière.\nJ. E.\nLANDORMY (P.). HISTOIRE DE LA MUSIQUE. (P. Delaplane 1910, in-120, de 360\npp., 4,50 fr.).\nNotre collègue a voulu faire ici œuvre d'enseignement secondaire, et mettre les résultats\ndes efforts musicologiques des ces dix dernières années à la portée de ceux qui veulent être\nrenseignés sûrement sans affronter l'érudition elle-même. Il y a en effet en France un public\npour un Manuel de genre, très averti, très respectueux de la vérité et présenté d'une\nmanière pédagogique. L'Histoire de la musique de Landormy correspond à un besoin de\nconnaître la part de vérité dont, en ce moment, tout le monde peut tomber d'accord. Avec\nun sens très fin de l'équilibre dans l'érudition et dans la vulgarisation, notre collègue conserve\nsa neutralité parmi toutes nos opinions, si souvent divergentes et parmi toutes nos polémiques.\nLa tâche n'était pas facile, et tel chapitre, qui se lira avec la plus grande aisance suppose\ncependant chez Landormy un effort considérable d'assimilation et d'impartialité.\nUne petite querelle cependant, à propos de la page 120. On ne saurait écrire \"Le\nclavicorde, de son nom anglais le virginal \" ! On peut discuter sur quelques homonymes :\nclavecin, épinette, virginal, harpsichord. Mais le clavicorde est tout à fait à part ; il représente\nl'instrument à cordes frappées, véritable ancêtre du piano. De même si l'on veut définir le\nvirginal, il ne conviendrait pas de le présenter comme un meuble destiné à être placé sur une\ntable. Ce n'est pas en cela qu'il se distingue essentiellement de ses congénères. M. Landormy\nme pardonnera de faire ici le pédant."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.77", "texte": "LES LIVRES\n215\n\nLICHTENBERGER. (H.) Wagner. (Collection des maîtres de la musique, Gay\nin-12). Pour écrire un ouvrage entrant dans une collection à cadre fixe et destinée à un\nnombreux public, comme celle dirigée chez Alcan par M. Jean Chantavoine, il faut dominer\nentièrement son sujet, et n'avoir d'autre travail à faire que d'écrire le volume que l'on a\npromis de faire.\nC'est ce qui est arrivé pour le IVI agnerde M. Lichtenberger, spécialiste de l'étude de\nWagner. L'auteur de Wagner penseur et poète n'avait qu'à prendre la plume, pour ainsi dire, et\nil est vrai que son volume extrêmement clair et simple, est tout à fait agréable à lire, et qu'on\npeut le mettre avec fruit entre les mains de gens d'une culture très différente.\nLe volume comprend deux parties, sur la vie et l'œuvre, et un catalogue sommaire. C'est\nun excellent manuel, un ouvrage que l'on ne saurait trop recommander.\nPOUR PRENDRE DATE. Notre collègue M. Henri Collet, agrégé de l'Université,\nnous prie d'annoncer qu'il a déposé en Sorbonne, il y a plus d'un an, le titre de sa prochaine\nthèse de doctorat-ès-lettres : \" VITTORIA et le mys \" Les\ntrès longs séjours de M. Collet en Espagne, depuis plusieurs années ont eu précisément pour\nbut de réunir les éléments de ce vaste travail.\nRECTIFICATION. Dans la bibliographie du 15 février nous avons annoncé l'ouvrage\nillustré de M. Hendrich au prix de 50 fr., c'est 20 fr. qu'il faut dire.\n\nLouis Thomas."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.78", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSECTION DE PARIS. - SÉANCE DU 28 FÉVRIER 1910\nLa Séance est ouverte à 4 heures 1/2, sous la présidence de M. Charles\nprésident, chez M. M. Gaveau.\nAssistaient à la Séance : M. M. L. Dauriac, J. Ecorcheville, J.-G. Prod'Homme, L. de\nLa Laurencie, A. Boschot & E. Wagner membres du Bureau.\nM. M. A. de Bertha, P. Cesbron, L. Delune, M.-G. Gariel, F. Guérillot, André\nLaugier, Ch. Legrand, Docteur Marage, E. de Marsay, A. Mutin, Ch. Petit, Salabert,\nDocteur Westarp, Ansermet, E. Baux, E. Willfort. Mmes Delhez, Gallet, Pereyra, Neufeld\n& Wiener-Newton.\nCandidature :\nBibliothèque de l'lnstitut de Florence, présentée par M. M. Romain Rolland &\nPaul-Marie Masson.\nCette candidature est admise à l'unanimité.\nLe Président prend la parole pour rappeler qu'une délégation de la Société avait été\nchargée à la dernière Séance, d'intervenir auprès des pouvoirs publics, pour sauver la Salle des\nConcerts du Conservatoire. Cette délégation composée du Président et de M. A. Boschot\nmembre du bureau, a été reçue par le Sous-Secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts. M. Dujardin-\nBeaumetz, après avoir indiqué l'état présent de la question a répondu, que les Beaux-Arts se\ntrouvaient en quelque sorte désaisis, et que tout dépendait désormais du Ministère des Finances,\ngrâce auquel le Conservatoire avait pu faire l'acquisition des terrains et des immeubles de la\nrue de Madrid. M. Malherbe indique les difficultés que pourra rencontrer une combinaison\nfinancière de ce genre, étant donnés les différents intérêts en présence, mais il ne désespère pas\nde pouvoir cependant obtenir gain de cause, si toutefois l'opinion publique se manifeste\nrésolument pour la conservation de la Salle. La Section charge son Président de bien vouloir\ncontinuer les négociations, tant avec le Ministère des Finances, qu'avec la Préfecture de Police.\nUne discussion s'engage au sujet des nouveaux locaux affectés au Conservatoire, et de la\nconstruction éventuelle d'une Salle de Concert rue de Madrid. M. Mutin rappelle que la\nSociété qui doit se charger d'édifier cette salle à ses frais, et dans certaines conditions est\ndéfinitivement constituée.\nM. Dauriac demande la parole pour rendre hommage à la mémoire de notre Collègue\nM. Mathis Lussy, dont les travaux, les innovations et la modestie méritent d'être rappelés.\nM. Dauriac publiera prochainement dans notre Bulletin, une étude sur Mathis Lussy et son\nœuvre. M. Ecorcheville rend compte de la pieuse mission accomplie par notre collègue\nM. Marcel Herwegh, qui est allé, au nom de les Section de Taris, prononcer sur la tombe de\nLussy, à Stans, des paroles émues. La Section félicite et remercie M. Herwegh de son\nintervention.\nLa parole est ensuite donnée à M. J.-G. Prod'homme pour une communication sur :\nLa Musique et les Musiciens en 1848, et sous la seconde République. Cette communication fut\nillustrée par M. Baudin de l'Opéra d'un certain nombre de chants patriotiques et politiques.\nM. E. Wagner accompagnait au piano.\nLa Séance est levée à 7 heures."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.79", "texte": "L'ACTUALITÉ\nMUSICALE\nANNEXE DE LA REVUE MUSICALE S.I.M.\nPUBLIÉE PAR LA SECTION DE PARIS DE LA\nSOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE\n15 MARS 1910\nFRANCE ET BELGIQUE\nLe numéro : 0.40 - Un an: 4.00\nUNION POSTALE\nLe numéro: 0.60 - Un an: 6.00"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.80", "texte": "L'JICTUALITÉ MUSICALE\ni\n, f -\nREDACTION :\nfe '\nPARIS: 22, RUE ST. AUGUSTIN\nBELGIQUE: RENE LYR A BOITSFORT, BRUXELLES\nJ'i'\"' Woi'. ' -\nilï '■' ' ' ■\nif ?V V . '>\" . .\nADMINISTRATION :\ny-f'' - >- j :\nLIBRAIRIE CH. DELAGRAVE, 15, rue Soufflet, PARIS.\nTous les mandats doivent être adressés soit à la librairie DELAGRjIVE,\nsoit à M. REtKÉ LYR.\n\nSOMMAIRE DE L'ACTUALITÉ\nDU 15 MARS\nTHEATRES ET CONCERTS, à Paris par GUÈRILLOT Province. Belgique.\nr\nEtranger. LES INSTRUMENTS: les nouveautés de partout par L. GREILSAMER.\nNotice historique sur le hautbois par BRIDET. QUESTIONS SOCIALES ; le Gracieux\nConcours (fin) par M. DAUBRESSE. COURS ET CONFÉRENCES : à l'Ecole des\nHautes Etudes Sociales; à l'lnstitut Français de Florence ; les grandes époques de la musique ;\nà la Faculté de théologie; à l'lnstitut Pschygologique. L'EDITION MUSICALE."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.81", "texte": "Théâtres et Concerts\n\nNotre monde des Concerts s'est assez vite\nremis des émotions de la fin de Janvier et des\nperturbations que la Seine avait apportées à\nl'emploi de ses soirées. Il n'en est plus resté\nque quelques interversions dans l'ordre prévu.\nBref, nous voici en pleine ferveur musicale\npour trois mois, avec six, peut-être bien\nsept concerts dominicaux et les infortunés\ncritiques sont terrifiés par l'invasion toujours\ncroissante des exécutants de tout ordre.\nLe Conservatoire a eu un a;rand succès\no\navec la Symphonie le M. Paul Dukas qu'il\ndonnait pour la première fois. On ne l'avait,\ncroyons-nous, entendue qu'en 1897 aux assez\nmédiocres concerts de l'Opéra. C'était donc\nà peu près une nouveauté et l'on pouvait redou-\nter la réserve traditionnelle des abonnés. Bien\nau contraire, l'accueil fut presque triomphal.\nLes œuvres nouvelles que donne cette année\nle Concert LamotireilX ne nous révèlent\nrien jusqu'à maintenant, ou peu de chose :\ncependant le Rêve de Ste Thérèse, poème\nsymphonique de M. Raoul Brunei mérite la\nmention très honorable que le public lui a\ndécernée. Un thème fort simple a fourni à\nl'auteur qui, sous son nom de nuance différente\nappartient, comme on sait, au corps médi-\ncal, l'occasion d'une étude musico-physioloo;i-\nque. Cela rappelle un peu l'entracte connu\nd'Esclarmonde.\nAux Concerts Colonne, M. Pierné fait\ndans ses trop ' copieux programmes plus de\nplace aux œuvres nouvelles. Iberia, de M.\nDebussy ne nuit pas aux pièces analogues\nd'Albeniz et de Ravel. Un fragment d'un\ndrame lyrique de M. H. Maréchal \" Autour\nd une tiare \" dont M. Delmas toujours\ntrop Wotan fût le protagoniste, a paru\nlanguissant au Concert. Il faudrait le voir et\nl'entendre au théâtre.\nIl manque encore aux Concerts Sympho-\nnia une exécution plus corsée, plus homogène\net un public plus nombreux. N'y a-t-il pas\ntémérité à donner un quatrième Concert régu-\nlier le dimanche ?\nDeuxième Concert Sechiari (cinquième\nconcert du dimanche). En quête de nouveau-\ntés, l'excellent artiste a révélé une symphonie\nd'Haydn, qui n'avait pas encore paru sur\nnos programmes. Pourquoi ? car elle est char-\nmante. Elle a cette particularité d'être écrite\npour deux violons et violoncelle principaux."}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.82", "texte": "96\nL'ACTUALITE MUSICALE\n\nL'orchestre est bon et nous donnera certaine-\nment d'autres séances intéressantes.\nIl faudrait encore parler des Concerts popu-\nlaires de M. de Léry, donnés à la Salle\nBerlioz. Nous reviendrons à ce sixième Con-\ncert dominical. Arrivons aux Concerts de\nMusique française moderne que M.\nDurand organisa et où M. Rhené-Baton\ns'est révélé vrai chef d'Orchestre. La deuxiè-\nme séance nous a fait regretter d'avoir manqué\nla première. Programme très moderne, en\neffet ; les belles Variations pour piano (M.\nFerté) et Orchestre de M. Rhené-Baton,\npeuvent être rapprochées des variations sym-\nphoniques de Franck dont elles procèdent.\nEnfin M. d'lndy conduisit sa deuxième\nsymphonie, œuvre considérable où il a mis\ntoute sa science, dont on ne peut parler sérieu-\nsement en deux lignes. Tous l'ont applaudie,\ncombien l'ont pleinement comprise ?\nLa seconde partie de la Messe en si mineur\net la Passion selon St. Jean ont été données\nce mois-ci par la Société J. S. Bach.\nTrès Bonne exécution surtout par les solistes\net l'orchestre.\nA la Société Hsendel, le programme\nfaisait honneur à M. Raugel. Avec quelques\nfragments d'œuvres du glorieux patron, il\ncomprenait des pièces de Schutz, ce grand\nprécurseur, de Hasse, une sonate pour violon\nde Rust (M. Borrel) et une cantate de Bux-\ntehude. La société n'a encore que des moyens\nlimités. Mais, avec de la foi et de la persévé-\nrance, elle remplira son but, donner de bonnes\nexécutions de Hrendel et de l'école Allemande\ndes XVIe et XVIIe siècles.\nLe Quatuor Rosé, de Vienne, nous a\nprocuré, ainsi qu'on pouvait s'y attendre, une\nsatisfaction absolue, à deux séances de la\nSociété Philarmonique. C'est la per-\nfection de ]a musique de chambre, le quatuor\nidéalement homogène et sonore, à la fois précis\net souple. Au second concert M. Fauré tint\nla partie de piano dans son ir Quatuor. Mme\nPowla Frisch chanta des lieder d'une voix splen-\ndide,mais avec un peu de prétention. Mlle Hanna\nVerbena a moins plu, en raison du choix des\nmorceaux, mais elle a un bien joli timbre de\nvoix. M. Sauer est un grand pianiste, c'est\nsûr, mais il ne fait pourtant pas oublier certains\ndes nôtres.\nM. Astruc continue avec des salles combles\nses matinées et soirées \" Musica\". Peut -il en\nêtre autrement avec le Quatuor Sechiari, avec\nM. Georges Enesco, avec Mlle Germaine\nSchnitzler (excellente dans le Carnaval de\nSchumann), avec Mme René Doire, tout à fait\nremarquable dans des œuvres de Max Reger\net de R. Strauss, pour piano, enfin avec\nMme Maggie Teyte et surtout Mlle Marcelle\nDemougeot qui tient enfin à l'opéra la place\nqu 'elle mérite ? La danse classique fut bien\nreprésentée par MlleS Lobstein et Piron.\nQuant aux \" interprétations \" mimées par\nMll, Celia Claud de la Sonate au Clair de Lune,\nelles nous échappent. Pourquoi préciser par\ndes gestes des œuvres que leurs auteurs ont\nvoulues imprécises ?\nAu Théâtre Fémina, MM. Rouart et\nLerolle ont présenté tout une série de mélo-\ndies françaises et de pièces instrumentales,\nexécutées par d'excellents artistes, œuvres de\nvaleur assez inégale, plusieurs intéressantes,\ncomme les mélodies celtiques de M. Bourgault\nDucoudray (MIlie Judith Lassalle), deux pièces\n\nAUX ARTISTES SINISTRÉS\nLes artistes sinistrés peuvent s'adresser\n(munis d'un certificat du commissaire de\npolice) à VActualité Musicale (22 R. St.\nAugustin) où ils trouveront quelques adres-\nses utiles ; à l'Action Sociale de la Femme\n(35 rue Boissy-d'Anglas 2 h. à 5 h.) où on\nleur indiquera les œuvres d'assistance qui\npourraient leur convenir immédiatement\n(prêts de meubles, vêtements, secours divers).\nLes professeurs, momentanément privés\nde leurs salles de cours et leçons, peuvent\naller à Vlnstitut de la Femme Contemporaine\n(27 R. de la Chaussée d'Antin) où 011 serait\ndisposé à prêter momentanément quelques\nsalles disponibles. (Ecrire, ou demander\nMUe J. P. Ferrier le jeudi de 2 à 5.)"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.83", "texte": "L'ACTUALITE MUSICALE\n97\n\nRicardo Vines."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.84", "texte": "Rouart, Lerolle ù Cle\nÉDITEURS DE MUSIQUE\n18, BOULEVARD DE STRASBOURG - PARIS\nLe plus grand abonnement de France\nservice : Maison GAVEAU, 45, rue de la Boëtie.\nTOUTE LA MUSIQUE en lecture\nReprésentation exclusive des Editions Bélaïeff, Hansen,\nJurgenson, Universelle et Zimmermann.\nVIENNENT DE \"PARAITRE ;\n<'> . «\nDéodat de Séverac : LE CŒUR DU MOULIN, Drame-Lyrique en\n2 actes, la partition 15 franc?.\nPierre de Bréville : EROS VAINQUEUR, Conte Lyrique en 3 actes\nla partition net 20 francs.\nAlbert Roussel : POÈME DE LA FORÊT, Symphonie réduite â\nJ\n4 mains, net 10 francs."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.85", "texte": "L'ACTUALITE MUSICALE\n99\n\nde Ch. Bordes (Mme Raunay) des œuvres de\npiano de MM. de Castéra et de Séverac\n(Melle Selva), etc.\nM. Reynaldo Hahn a dirigé à la Société\nModerne d'lnstruments à vent son\n\" Bal de Béatrice d'Esté \" qui est un exquis\npetit pastiche et M. Georges Enesco son\nDixtuor, un peu long mais original et dont\nil faudrait pouvoir dire quelques mots.\nDans la même salle, rue d'Athènes, M. Bar-\nrau a célébré Beethoven à ses Soirées d'Art,\ntous ces derniers samedis, avec le Quatuor\nGeloso, M. Diémer, Mme Povla Frïsch, M,m' de\nMontalant.\nVoici deux œuvres dignes d'intérêt, la pre-\nmière uniquement artistique, la seconde en\nmême temps charitable. M. Emile De Meo\ngroupe sous le patronage de Mozart, l'enfant\nmusicien idéal, de jeunes instrumentistes de\ndouze à seize ans. La première audition de cet\nOrchestre Mozart est très encourageante\net nous lui adressons tous nos vœux. Il a été\nparlé ici de la Manécanterie des Petits\nChanteurs à 1& Croix de Bois. Elle\nvient de donner un Concert auquel ont parti-\ncipé Mlle Selva, M. d'lndy et M. Tournemire,\navec le chœur à Capella de ces tout jeunes\nenfants. Il y a là une sonorité spéciale\nque n'ont pas les chœurs mixtes. L'œuvre est\ndigne de tous les encouragements.\nNous regrettons de rappeler seulement le\nQuatuor Lejeune (histoire du Quatuor à\nCordes en Russie) dont les deuxièmes et troi-\nsièmes séances ont été fort intéressantes ; la\nBritish Concerts Society qui le 7 Fé-\nvrier a fait entendre, parmi d'autres œuvres\nde moindre valeur, un beau Quintette de\nM. Vaughan William ; la Société Artis-\ntique de l'Ouest dont les deux concerts\ncomprenaient des œuvres comme le Quintette\nde M. Alary et toute une série de composi-\ntions de M. Bourgault Ducoudray ; le Pax-\nQuatuor (Quatuor Feuillard) qui donne\ndeux séances classiques chaque mois ; la\nSociété Haydn Mozart Beethoven\n(Quatuor Calliat) qui est digne de son nom ;\nle Quatuor Rimé Saintel, qui vient de\njouer des œuvres de M. Colomer et de M. Ga-\nbriel Fabre ; le Lied en tous Pays, d'un\nsage éclectisme, que dirige avec foi artistique\nM. René Lenormand ; des groupes musicaux\nqui comme 1' \" Orchestre au Palais \" et\nu l'Orchestre Médical \" demanderaient\nmieux qu'une mention.\nParmi les Cercles Artistiques, nous retrou-\nvons le Lyceum, où nous sommes heureux\nd'applaudir, avec MUe Marthe Girod, que\nnous n'avions pas entendue depuis trop\nlongtemps : M.lles Gignoux, Delhez, Decourt,\nMlle Marguerite Achard, l'excellente har-\npiste, M. Monys, etc. A la société \"La\nPoétique \" nous entendîmes des œuvres du\ncompositeur belge Louis Delune, des mélodies\ntrès fines et surtout un exquis poème pour\nvioloncelle que Mme Jeanne Delune joua\nen grande artiste.\nComment répartir les quelques lignes dont\nnous disposons encore entre quelques uns des\nConcerts d'artistes donnés en Février r Nous\nn'en donnerons que deux au dernier récital de\nM. Risler, où cet artiste si complet joua,\ncomme lui seul les joue, des œuvres modernes.\nLes autres virtuoses excuseront ainsi notre\nlaconisme à leur égard.\nIl nous faut nommer tout d'abord M.\nGeorge Walter que nous avons souvent\napplaudi à la société Bach. Il a donné à lui\nseul une séance de chant allemand : Bach,\nSchubert, Schumann, Hugo Wolff, où il a\nmontré une compréhension aussi parfaite des\nlieder modernes que des cantates d'Eglise et\ndes Geistliche lieder. Mme Emma Holm-\nstrand, cantatrice suédoise a donné rue\nd'Athènes un concert tout à l'honneur des\nœuvres modernes de son pays, qu'elle a fait\nvaloir par sa belle voix M. (xottfried\nGalston, fit apprécier, dans des sonates de\nBeethoven, des Etudes de Chopin, des pièces\nde Liszt et de J. S. Bach, une admirable\ntechnique.\nNotre grand artiste M. Ricardo Vinès,\ndont le style est idéal dans la musique roman-\ntique et les œuvres modernes, a célébré le\ncentenaire de Chopin.\nM. de Radwan qui a fait de même, joue\nChopin tel qu'il est écrit et le joue en mesure,"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.86", "texte": "COURS de CHŒUR\n11 RUE DEC H ANALE i\nOIRIGÉ PAR GERMAINE\nCHEVALET AVEC LE C ONCOURS\nde n» JLAN V E.RD LT oe\nMARCELLE CROUEL =\nLE SAMEDI of 2* ASh-«\nDÉCEMBRE A nAi i\n\nMUSIKALISCHES WOCHENBLATT m\nDirecteur: LUDWIG FRANKENSTEIN\nABONNEMENT 13 FR. PAR AN.\nLe \" MUSIKALISCHES WOCHENBLATT \" publie des articles de fond\ndes nouvelles et des critiques, rédigés par les musiciens et les musicologues les plus\néminents. Cette revue abondante donne un tableau complet de la vie musicale\ndu monde entier. Elle est connue pour ses tendances progressistes.\nLe \" MUSIKALISCHES WOCHENBLATT \" se recommande aux artistes,\néditeurs, luthiers et établissements de tout genre, qui désirent se faire connaître\npar des insertions.\nEnvoi gratuit d'un numéro spécimen.\nADMINISTRATION: OSWALD MUTZE, LEIPZIG\n4, LINDENSTRASSE."}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.87", "texte": "L'ACTUALITÉ MUSICALE\n101\n\nrigoureusement, comme Chopin lui-même\njouait sa musique. L'absence de fantaisie\nn'exclut pas la vigueur et la passion.\nNommons enfin M. Szanto, M. Boes-\nwillwald et Mlle Veluard qui ont joué\nsurtout des œuvres modernes de piano. Le\nmois dernier nous avons dit quelles espérances\non pouvait fonder sur cette jeune artiste à qui\npeu de chose manque pour arriver aux tout\npremiers rangs. Elle a fort bien joué les\nœuvres de Schumann qui formaient son pro-\ngramme du 25 Février.\nM 11(\" Geneviève Abadie, à la fois canta-\ntrice et pianiste ce qui n'est pas banal —s'est\nfait entendre à ces deux titres à la Salle Erard.\nC'est une bonne pianiste et une cantatrice\nagréable. MllL' Claire HllgOïl a fait applaudir\nà défaut de grands moyens vocaux, une réelle\nintelligence artistique dans des lieder de\nMozart et de Beethoven.\nParmi les violonistes, M. Debroux con-\ntinue à révéler l'école française du XVIII1'\nsiècle mais il fait à chaque concert une excur-\nsion dans les œuvres contemporaines où son\nsouple talent est aussi à l'aise que dans les\nconcertos d'Aubert et les sonates de Leclair.\nLe trio des frères Kellert que nous avons\napprécié en Janvier a donné une séance\nd'œuvres de Beethoven avec le concours de\nM. Plamondon. Deux mots enfin de la toute\njeune Mlk' Yvonne AstITLC, au talent très\ndélicat, très féminin, qui a su choisir des\nœuvres en rapport avec son tempérament\nartistique.\nNous ne pouvons donner ici à M. Sli-\nwinski la place qu'il mérite. S'il est un\npianiste dont le jeu mériterait d'être loué sans\nréserves c'est bien celui qui nous donna une si\nmerveillence audition de Chopin le mois\ndernier.\nMlle Stella Goudeket et Mme Wurm-\nSer Delcourt sont des virtuoses de la\nharpe chromatique. Mme Wurmser qui\ncharme les oreilles et les yeux a joué des\nœuvres modernes spéciales pour l'instrument\net des transpositions du piano (la fantaisie\nchromatique et une gigue de Bach, une\nGavotte, de Rameau, etc).\nNous ne pouvons mieux finir que par le\ngracieux concert organisé par M. de Bric-\nqueville. Avec un quintette original et\nbien écrit, de M. Destenay pour deux violons\nalto, violoncelle et harpe, on eut deux nou-\nveautés de M. de Bricqueville, une Gavotte\npour harpe (M. André Mullot) et un charmant\npastiche ancien, Concert Champêtre, pour\nchant, flûte, vielle (oui, pour vielle, et c'est\nl'auteur qui en joua) violon, basse, harpe et\ntambourin. Pourquoi les artistes n'étaient-ils\npas costumés en bergers Louis XV ?\n\nF. Guérillot.\n\nRicardo Vines\n\nEn Province.\n\nLYON. En se rendant à Genève, VOr-\nchestre Lamoureux nous a gratifié d'une splen-\ndide audition, organisée par les soins de\nM. Dulieux. Je me permettrai toutefois deux\nremarques : pourquoi M. Plamondon a-t-il\nchanté seul l'Alleluya final de l'Enfance du\nChrist, réservé aux Chœurs dans le lointain ?"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.88", "texte": "102\nL'ACTUALITÉ MUSICALE\n\nPourquoi aussi le programme s'est-il complu\nà un éclutisme aussi généreux ? Tous les con-\ncerts lyonnais semblent s'être concentrés dans\nmois de février : concerts de la Symphonie\nLyonnaise qui s'unit al' Union Chorale, concerts\nde 1 & 'Société des Grands Concerts, vraiment\nexcellente, concert de la Société Lyonnaise de\nmusique ancienne et moderne. Lyon serait-il en\ntrain de devenir une ville de musique ?\nE. B.\n11 BORDEAUX. A la Société Sw Cécile,\ndeux œuvres de longue digestion, la symphonie\nénrfmi mineur de Brahms et la Fantaisie en ré\nude.Guy Ropartz ; puis la défaite de Sennache-\nrib de Moussorgski et enfin la symphonie de\n■ sèomajeur de notre compatriote Tournemire.\nLe public a-t-il bien saisi cette œuvre élégante\net solide à la fois ? Une société de musique an-\nuu cimne vient d'être fondée, par des jeunes\nnaturellement, et nous a donné une fort bonne\ninauguration à la salle Bernard. Je reviendrai\nsur cette société. Signalons enfin une belle\nO\nséance du quatuor Pennequin.1\n3iïlf\nMONTPELLIER. A l'Opéra, où\n. «sévissent avec fureur les œuvres italiennes, un\ncurieux incident : Mme Jane Mercy s'évanouit\nau 2e acte du Barbier, et fit le lendemain\nplacarder des affiches pleines de récriminations\ncontre le directeur. La Schola n'existant plus\nnous nous rattraperons sur les artistes de pas-\nsage ; de Greef, Spalding, Blanche Selva et\nThibaud. En fait de virtuoses nous avons eu\nle plaisir d'applaudir Jean d'Udine venu pour\nprésider une séance de Gymnastique ryth-\nmique. Montpellier possède en effet depuis peu\nun cours de ce genre, dirigé par M. Paul\nAndré, qui fait pénétrer chez nos méridionaux\nles méthodes de Dalcroze et le sens du rythme.\nCette école a un succès fou.\n1 Dans le n° de février une erreur de mise en page a\nattribué à M. Pennequin les traits de M. Sarreau. Et\npour compléter la confusion le nom de Sarreau était\nécrit Sarraut, de telle sorte qu'on pouvait croire qu'il\ns'agissait du chef de musique du 144e. Tous les\nBordelais ont d'eux-mêmes rétablis la vérité, et nous\nont pardonné cette méprise.\nBEZIERS. M. Castelbon de Beaux-\nhostes abandonne les arènes de Béziers. Sa\nsuccession est confiée au Dr Chavry, qui don-\nnera cet été une tragédie de Sicard avec\nmusique de Déodat de Séverac : Héliogabale.\nOn parle d'une partie chorégraphique con-\nfiée à Résina Badet et d'un orchestre de\no\n130 musiciens.\nNANCY. Applaudissements frénétiques\npour Boucherit dans le Concerto pour violon\nd'Haydn, œuvre simpliste mais d'une sonorité\nexquise, si l'on excepte les traits de virtuosité\nsemés ça et là par le brave Haydn. L'orchestre\navait à nous révéler la Marche Ecossaise de\nDebussy qui présente avec diversité un thème\npopulaire.\nH. P.\nALENÇON. Pour une petite ville,\ndeux concerts comme celui de la Société Phil-\nharmonique et celui de la Musique Municipale,\nc'est très joli. Peut-être les voix manquent\nelles encore un peu d'assurance, mais la foi\nartistique y est, et c'est elle qui sauve. Nous\navons pu entendre un morceau qui n'est cer-\ntainement pas au répertoire parisien : Le\ndernier jour de la Terreur, de Littolf ! Appels\nà la Liberté, ébranlement des faubourgs,\ntumulte à l'Assemblée, accusation et arresta-\ntion de Robespierre et sa chute finale dans un\ncrescendo monstre,t dominé par la Marseil-\nlaise... le tout d'un grand effet. Je m'en\nvoudrais d'oublier M11(> Niverd, qui avec une\nvoix de jeune fillette de 14 ans nous a ravis\npar quelques romances aimables.\nV. A.\nANGERS. Tout le monde connaît\nl'Association artistique d'Angers et son président\nle comte L. de Romain. On y exécute les\nœuvres les plus modernes, de Glazounov à\nLekeu, et de Debussy à Marcel Labey. Les\nchefs d'orchestre E. Brahy, Max d'Ollone, et\nl'admirable Rhené-Baton nous ont permis\nd'attirer les meilleurs solistes : Mark Ham-\nbourg, Paola Frisch, Corrot...\nA cette symphonie, il faut joindre une"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.89", "texte": "L'ACTUALITÉ MUSICALE\n103\n\nmusique de chambre dont M. M. Lagarde,\nBourgault, Bailly, Becker et M. d'Ollone\nsoutiennent très heureusement l'éclat, et qui\nnous font goûter non seulement du Franck,\nmais le quatuor de Ravel est celui de Doh-\nnanyi !\nM. B.\nMOULINS. Voici le moment de la\nFête des Brandons,qui met en liesse toute notre\nrégion au premier dimanche de carême. A la\ntombée de la nuit de petites lueurs sautent de\nci et de là à travers la campagne, jetant soudain\nune grande clarté avant de s'éteindre. Ce sont\nles brandon ni ers qui vont avec une torche de\nbrandes à la main (aujourd'hui remplacé par\nde la paille) pour tracer, autour des arbres et\ndes champs, le cercle de feu qui doit les pré-\nserver de tous leurs ennemis. Et la musette\naccompagne de ses jolis airs ce cortège de\nquelque fête païenne, consacrée jadis à Cérès.\nLE PUY.— Tous! es journaux ont raconté\nl'histoire de M\"u\" de Vaugelet, qui vient de\nléguer en mourant mille francs à la Société\norphéonique de Gannat, sous la condition que\ncette société accompagnerait son cercueil en\njouant un air funèbre. La dite société ne\nconnaissant en fait d'airs funèbres que la\nMarche de Chopin, la joua autant de fois qu'il\nfut nécessaire pour arriver jusqu'au cimetière;\nce fut exactement 12 fois. Mme de Vaugelet\nétait connue à Vichy pour sa passion des\nmodes antiques et pour ses papillottes. Ce\nqu'on sait moins c'est qu'elle voulut, (bien que\nmariée jadis à un capitaine de gendarmerie) se\nfaire délivrer il y a quelques mois, par une\ndoctoresse de Vichy, Mlle Bouet, un certificat\nde virginité. Elle y réussit et son testament\nprescrivit un enterrement blanc !\nSAINT ETIENNE. On nous signale\nle succès de Mn<' Chevalet, dans des mélodies\nde Schubert et de Duparc.\nTOURS. Voici tout d'abord la soirée\ndes Amis des Arts, qui nous a révélé une\nexquise tourangelle Mlk' Antoinette Pradier ;\npuis TU. F. P. C. Un bon point à Mme Gallet\npour avoir conduit vers nous Mlle Renée Bil-\nlard, une violoniste étonnante. Enfin laisoirée\nconsacrée par la Société artistique et littéraire\nde Touraine à la mémoire de cet excellent\nBordes, et dans laquelle Mlle Wyder M.\nLieron et Mn° de la Barthe se sont fait\napplaudir. Une conférence de Horace Hennion\nsur la carrière et les œuvres de Bordes précé-\ndait cette touchante manifestation.\nS H.\nr\n\\.ij o O\nLE HAVRE. L'église St-Michel vient\nd'être le théâtre d'une très remarquableanani-\nfestation artistique et religieuse. Sous la direction\nde M. Gustave Bret, le distingué directeur de\nla Société Française des Amis de la Musique,\nnous avons eu la joie d'entendre la Passion\nselon St. Jean de Bach, exécuté par les chœurs\net l'orchestre de la Société Ste Cécile unis\nau chœur de la Lyre Havraise. ru\nCette preuve admirable de la vitalité du\nsentiment musical au Havre montre que tout\nest possible dans une grande ville comme la\nnôtre et qu'il suffit d'es-ayer pour réussir.\nToutes ces forces latentes qui viennent de\nse réunir autour du grand Bach ont désormais\npris conscience d'elles-mêmes. Nos sociétés\nd'amateurs qui sommeillaient ont repris courage\ndevant ce succès éclatant.\nLILLE. Avec son inlassable vaillance\nMadame M. S. Maquet-Devilder continue\nauprès du peuple de Flandre l'œuvre de\nMaurice Maquet. Elle conduit avec une réelle\nautorité son bel orchestre parisien à la disci-\npline stricte, à la cohésion merveilleuse, et\nses masses chantantes remarquables.\nLa grande tache lumineuse de ce concert\nfut la magistrale Symphonie en si bémol majeur\nde Chausson ; cette œuvre forte et véritable-\nment inspirée est de celles qui forcent l'ad-\nmiration. La clarté du style et la noblesse des\nidées, la somptuosité des détails et la richesse\ndu coloris orchestral, l'originalité des com-\nbinaisons sonores et de ses développements"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.90", "texte": "104\nL'ACTUALITÉ MUSICALE\n\ntrès fouillés, lui donnent une étonnante saveur\ndans sa sérénité et sa sincérité. L'exécution\nen fut excellente, pleine de cœur et de\nsensibilité.\nU ouverture de Benvenuto Ceïïini de Berlioz,\ndébordante de lyrisme et d'enthousiasme, à\nl'orchestration extrêmement brillante, nous à\nsubjugué et transporté. Et Ton ovationna\nlonguement, avec le Concerto pour flûte et or-\nchestre de Mozart, le remarquable flûtiste-solo\nde T orchestre M. Gaston Blanquart. De son\njeu élégant, fin et délicat, il en a donné une\ninterprétation si délicieuse et si pure qu'il\nsemblait avoir toute la belle âme d'artiste du\ndivin Mozart.\nComment ne pas être ravi par le charme\npittoresque, la perfection des détails, la déli-\ncieuse fraîcheur avec lesquels Mlne Maquet a\nconduit le Siegfried-Idyll de Wagner, ce\nbijou musical ?\nEnfin pour la première fois à Lille on\ninscrivait à un programme de concert une\npage de Smetana. Yltavaest un poème sym-\nphonique original et pittoresque ; aux thèmes\ntrès-descriptifs et d'une belle venue, harmo-\nnieusement enlacés de dessins et d'accom-\npagnements d'une extraordinaire variété.\nL'interprétation très-colorée, pleine de mou-\nvement et de contrastes, a laissé une fraîche\nimpression de poésie et de grandeur.\nCe troisième concert de la saison était\ndonne au profit des Inondés de Paris, suivant\nen cela la parole de Liszt. \" L'art doit être\nenvisagé comme une force qui rapproche et\nunit les hommes. \" Nous eûmes à cette\noccasion une triomphale exécution de La\nMarseillaise arrangée à grand orchestre et\ndouble chœur par Hector Berlioz ; les choris-\ntes 1 ont chantée avec une réelle puissance et\nun bel enthousiasme, tandis que Mme Maquet-\nDevilder, qui la conduisit de façon remar-\nquable, reçut du public de frénétiques ovations.\nP. C.\nNAN l I.S. Nantes à vu naître cette\nannee deux nouvelles sociétés de musique de\nchambre : le trio Hallez-Muller-Jandin et la\nsociété Beethoven. Chacune a donné quatre\nconcerts très suivis.\nLe trio Hallez-Muller-Jandin nous a don-\nné, entre autres œuvres intéressantes, le déli-\ncieux de César Franck, le \" trio à\nl'Archiduc\" de Beethoven, le trio op. 18 de\nSt Saëns etc...; nous devons féliciter les artis-\ntes pour le soin qu'ils ont pris d'obtenir une\nmise au point parfaite et une exécution abso-\nlument homogène. M. Millier nous a joué\navec le son exquis et la sûre technique qui lui\nsont habituels la sonate à Kreutzer et les\nsonates de C. Franck et de G. Lekeu. M.\nJandin nous a fait le plus grand plaisir avec\nla sonate pour violoncelle et piano de Grieg\net surtout avec la sonate de Caix d'Hervelois\nqui a toute la grâce un peu compassée de la\nmusique du début du XVIIIe siècle. Enfin\nMlle A. Hallez a tenu avec le jeu souple et\nvarié que nous lui connaissons la partie de\npiano.\nLa société Beethoven a été fondée cette\nannée par MM. Arcouët, pianiste et Lonati,\nvioloniste qui se sont adjoint le concours de\nM. Babin, violoniste et de deux angevins\n\nApplication\nraisonnes des\nmeilleurs procédés\npédagogiques\net techniques\nemployés par les\ngrands maîtres\ncontemporains\nfrançais\net étrangers.\nLEÇONS de PIANO\nVIOLONS, SOLFÈGE HARMONIE\nPAR CORRESPOND\nCOURS SINAT\nRue Franklin, 5, PAR"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.91", "texte": "L'ACTUALITE MUSICALE\n105\n\nMM. Bailly, altiste, et Becker, violoncelliste.\nCes - artistes nous ont donné une exécution\nexcellente des difficiles quatuors à corde nos 8,\n9 et 10 de Beethoven, du quintette de C.\nFranck, du quatuor avec piano (inachevé) de\nLekeu et d'un quatuor à cordes très original\nde Rimsky-Korsakow.\nM. Lonati a exécuté en musicien consommé\nla sonate n° i de Schumann et la sonate\n(op. 30) de Beethoven. M. Bailly a rendu,\navec une belle maîtrise, la sonate pour alto et\npiano de Rubinstein. Quant à M. Becker, il\nnous a fait connaître l'œuvre très neuve et\ntrès originale de notre compatriote J. de\nGibon : concerto en mi majeur pour violon-\ncelle et piano, accompagné par l'auteur. Enfin\nM. Arcouët nous a donné une exécution hors\nde pair de la sonate appasionata.\nDepuis huit années, M. R. Herrmann,\nvioloniste, organise des concerts très goûtés\ndes amis de la musique. Ceux de cette année\nont été particulièrement brillants et nous ont\npermis d'entendre le quatuor féminin Mor-\ntrange-Pelletier, Mll(> O'Déyé, M. P. Viardot,\nMme Auguez de Montalant, Mlle Lucie\nCaffaret et M. Rodolphe Plamondon. Je\ntiens à noter le remarquable tempérament\nd'artiste de Mlle Caffaret, une toute jeune\npianiste qui joint, à une parfaite compréhension\nde la musique, une souplesse, une variété et\nune puissance extraordinaires. Elle se montra\nsupérieure dans tous les genres depuis de petites\npièces de Rameau jusqu'à la transcription du\nPrélude de Messidor.\nJ. B.\nAUTUN. Nous avons eu en Février la\nsatisfaction, trop rare ici, d'un concert de vraie\nmusique donné par un Quatuor de Paris et\ndeux artistes de notre ville M. et Mme Pla-\nmondon. (M. Plamondon est le frère de\nl'excellent ténor de Paris). Au programme :\nAndante et menuet d'Haydn, 4e Quatuor de\nBeethoven, Andante et final du 17e Quatuor\nde Mozart, ire Acte de Lakmé, etc.\nPAU. La Schola fondée à Paris par le\nregretté Charles Bordes . reste agissante et\nprospère, malgré une certaine résistance de ses\nauditeurs à accueillir les œuvres anciennes.\n■ V ■ ,\nElle adonné le 14 Février un beau concert avec\nle concours de MM. Bourgeois et Gibert de\nla Schola de Paris.\nROUEN. Nous sommes obligés de re-\nmettre à avril la lettre de Rouen qui nous\nparvient trop tard et qui signale l'inlassable\nactivité déployée par notre collègue madame\nCapoy, pour attirer les Normands à la musi-\ncologie.\n1J £ i *\nGRENOBLE. Le très-probe et très-\nconsciencieux artiste qu'est M. Edmond Ar-\nnaud, poursuivant avec autant de modestie que\nde talent l'œuvre qu'il a entreprise depuis\ntantôt dix ans, nous a offert le 10 février un\n\nAgence Musicale E. DEMETS, 2, rue de Louvois\nORGANISATION DE CONCERTÉ»\nT F\nSALLE DE LA SCHOLA CANTORUM.\n269, RUE ST. JACQUES\nVENDREDI 18 MARS 1910, à 9 heures dusoir\n(OUVERTURE DES PORTES A 8 H. IP)\n? - • »;\nM,le Antoinette VELUARD\n3111 e RÉCITAL DE MUSIQUE MODERNE\n1. SONATE . . . . , PAUL DURAS\nI. Modérément vite\n11. Calme un peu lent très soutenu\nin. Vivement avec légèreté\nIV. Très-lent, animé, vif\n2. PRELUDE, CHORAL et FUGUE . . CÉSAR FRANCK\n3. SONATE EN MI VINCENT D'INDY\nI. Modéré\n11. Très animé\n111. Modéré\nSALLE ÉRARD, 13 RUE DU MAIL\"\nJEUDI 14 AVRIL 1910, à 9 heures du soir\n(OUVERTURE DES PORTES A 8 H. IJ2)\n4me RÉCITAL AVEC ORCHESTRE\nsous la direction de M. VINCENT D'INDY\n1. CONCERTO op. 54 SCHUMANN\nAllegro affectuoso\nIntermezzo\nAllegro vivace\n2. VARIATIONS SYMPHONIQUES , . . CÉSAR FRANCK\n3. CONCERTO en mi b majeur .... BEETHOVEN\nAllegro\nAdagio\nRondo."}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.92", "texte": "FACTEUR\nDE\nPIANOS\nFACTEUR\nDE\nPIANOS\nv-\n-1 ; Ji) ' J\nSiège Social : 45 et 47,. rue de la Boëtie (VIIIe) PARIS\n■tw ■ : » ; I ;\nRayon spécial de Musique\n(vente et abonnement)\nTÉLÉPHONE : 528=20\n\" ..\nr\nAdresse Télégraphique :\nGAVEAU=PIANOS=PARIS\n-me\n3130 i\nSALLES\nDE\nCONCERTS\n. -j « i < * .\nUsine modèle à Fontenay=\nsous=Bois (Seine)\nAgence générale à Bruxelles\nDépôt des éditions\nde la S.I.M.\n! 19L\nn\n?r\n«\nVV^'Y',\nMv&iï ' .v.'Wï-.; v!- •'\ni#\n-S«o\nMEMBRE DU JURY HORS CONCOURS\nBARCELONE 1888, Moscou 1891, CHICAGO 1893, AMSTERDAM 1895\nPARIS 1900.\nDIPLÔMES D'HONNEUR\nAMSTERDAM 1883, ANVERS 1885, BRUXELLES 1888.\nGRANDS PRIX\nHANOÏ 1893, LIÈGE 1905."}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.93", "texte": "L'ACTUALITÉ MUSICALE\n107\n\nexcellent concert de musique de chambre. Les\nnoms d'André Hekking et de S. Gillardini,\naussi bien que l'annonce du trio en si à\nl'archiduc Rodolphe et de la sonate de Franck,\navaient plus que rempli la médiocre et disgra-\ncieuse Salle des Concerts de l'Hôtel de Ville.\nUne seconde fois, le 10 février, la sonate\nde Franck nous fut donnée, mais avec moins\nde sûreté et surtout d'homogénéité, par un\njeune violoniste local, M. Graen, qu'accom-\npagnait ou plutôt qui accompagnait M.\nLazare-Lévy. Celui-ci nous donna ensuite,\navec moins de flamme que de correction, le\nNocturne de Fauré, la Fête-Dieu à Séville\nr T *\nd'Albeniz, et les légendes consacrées par Liszt\nà 2 de ses patrons.\nEnfin, le 24 février, Mlle Yvonne Tardy,\nla plus récente et aussi la plus séduisante\nillustration d'une famille de musiciens greno-\nblois, a magistralement exécuté avec le Quatuor\nZimmer, que notre ville ne se lasse pas d'en-\ntendre, un programme d'un exceptionnel\nintérêt : quatuor en ut min. piano et cordes de\nSchubert (la jeune fille et la mort) ; enfin ce\nque la critique locale appelle \" la triomphe\nquintette \" de Franck.\n\nAndré Allix.\n\nBelgique.\nBRUXELLES. Les concerts ont repris\nde plus belle après l'arrêt momentané causé\npar le deuil de la Cour. Je ne crois pas que\nl'on entendit jamais, à Bruxelles, autant de\nmusique, de bonne musique. On aurait tort\nvraiment d'encore se plaindre du public : il\nest indéniable que son éducation a fait d'im-\nmenses progrès. Et je n'en veux pour preuve\nque l'opinion que m'exprimait un de nos plus\nbrillants artistes du clavier. \" Il est intéressant\nde remarquer l'évolution accomplie depuis quel-\nques années par le goût du public. Réunir une\nchambrée complète pour entendre uniquement\ndes œuvres de Franck dont certaines, comme\nPrélude, Aria, et Fugue, sont ardues pour le\nprofane, et de grande envergure ; et retenir ce\npublic, pendant 2 heures sans qu'il se lasse,\nprouve que l'on peut maintenant, au concert,\naborder sans crainte ;1, les œuvres de r pure\nmusicalité, et laisser désormais, les œuvres\n..' . i\nde pure virtuosité où l'on ne peut briller\nque par des effets factices, souvent peu\nmusicaux. \" Ce qui est vrai pour Franck l'est\npour Beethoven, pour Schumann,pour Schubert\npour, Bach, pour Monteverde, pour Boro-\ndine, Moussorgsky, Dukas, Ravel, Debussy.\nC'est vrai pour les anciens et pourr4fcs\nmodernes : ce sera vrai aussi pour les com-\npositeurs belges quand ils \" voudront \",\nenfin, quitter leur ombre, laborieuse et féconde,\nje veux bien, mais qui nous prive d'un\nparticulièrement cher. Les mercantis se trom-\npent, voire jusque dans leur plus vils calculs, la\nfoule est tout prête à imposer elle-même notre\nArt. Vox populi, Vox Dei.\nA La Monnaie. M. Van Rooy a rem-\nporté un succès considérable, et dont il gardera\nsouvenir. L'artiste, d'ailleurs, est en tous points\nadmirable ; voix souple et sûre ; incarnation\nfidèle et inspirée ; culture musicale et artistique\ntrès complète. Il a rendu hommage au public\nbruxellois, qui lui parut des plus subtils, des\nplus intelligents et sympathiques.\nLe quatrième Concert Durant était consacré\nà Haendel, Bach Brahms, Mozart\net d'lndy. M. Capet y prêtait son con-\ncours. Il fut irréprochable, et distingué. Les\nconcertos en mi majeur de Bach, et de Brahms\nfurent tout spécialement goûtés. Par contre, la\nsérénade en si bémol de Mozart d'une exécu-\ntion moins heureuse, et d'un caractère assez\nétrange, n'eut pas l'heur de nous charmer.\nConfessons d'ailleurs notre peu d'enthousiasme,\nà l'ordinaire pour la musique, pourtant intan-\ngible, du divin Mozart. Question de tem-\npérament, sans doute.—Laséancese terminait\npar le Camp de IVallensteinfa Vincent d'lndy.\nCette composition mouvementée fut très bien\nenlevée par l'orchestre, que M. Durant conduit\ndécidément aux bonnes conquêtes.\nLe 5e Concert Durant avait au programme\nla 2e symphonie en si mineur de Borodine, de\ncaractère original ; le 2e concerto de S 1 Saënsy\nqui interprétait M. Jos. Hollman, l'excellent\nvioloncelliste, l'Andante de Maligne, YA b end-"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.94", "texte": "108\nL'ACTUALITÉ MUSICALE\n\nlied de Schumann, le Tasse de Liszt, et l'Apprenti\nSorcier, l'œuvre célèbre de Dukas. Le plus grand\nsuccès fut fait au virtuose et à l'orchestre.\nAu Conservatoire : Bach, Beethoven et Brahms\nfirent le programme de la première audition.\nLa septième symphonie de Beethoven, bien\ninterprétée par M. Tinel, fit passer la grande\nâme chantante du Maître sur un auditoire\nrecueilli. De Brahms : deux partitions : La\nNanie et le Chant des Parques, pour chœurs et\norchestre, empreintes d'une belle élévation,\ndans une forme rigoureusement classique.\nUActus Tragicus de Bach terminait le concert.\nInutile de dire combien M. Tinel possède le\nstyle et l'ampleur, pénètre l'art et la pensée de\nces œuvres, qu'il ressuscite véritablement,\navec un soin tout religieux.\nM. Théo Isaye, a donné, salle Patria, une\nfort belle audition avec le concours du violoniste\nhongrois Szigeti, de Mlle Denise Callemen\ndu théâtre lyrique d'Anvers, et de l'orchestre\ndes concerts Isaye.\nExcellente interprétation d'un concerto de\nTschaïkowsky, une chanson de Bach dont\nle nom s'inscrit à tous les programmes de la\nsaison—et d'un \" Rêve de sorcière\" d'Arnold\nun jeune, dont le talent se manifeste sous\ndes formes autant multiples que distinguées.\nCes compositions, dans lesquelles il serait\ndifficile de discerner une personnalité bien\nconsistante révèlent néanmoins une connais-\nsance souvent profonde de la science musi-\ncale.\nLe programme du 4e concert Isaye, avec le\nconcours de M. Pablo Casais, le célèbre\nvioloncelliste, comportait : 1. Symphonie n° 4,\nde Mendelssohn. 2. Concerto de Schumann.\n3. A. Prélude, B. Danse, (première exécu-\ntion) de J. Jongen. 4. Concerto en ré\nmajeur d'Haydn.— 5. Catalona, de Aibeniz.\nCe superbe programme jouit d'une interpré-\ntation parfaite, sous la conduite du très artiste\nM. Théo Isaye, et grâce au jeu tout en nuan-\nces de M. Casais.\nLe cercle artistique a commémoré le cente-\nnaire d'Haydn, avec la participation du quatuor\nRosé, de Vienne.\nLe pianiste Emile Sauer, toujours pres-\ntigieux, je dirais volontiers \" acrobatique \"\na fait une fois de plus apprécier son extraor-\ndinaire virtuosité dans \" l'appassionata \" de\nBeethoven ; la sonate op 35 de Chopin, le pré-\nlude op 104 de Mendelssohn, le \" Clair de\nlune \" si délicatement inspiré, si subtil, de\nDebussy, et dans quelques études de sa com-\nposition.\nLe groupe de Compositeurs a donné sa première\nséance. Elle fut malheureusement consacrée\nà des compositions peu intéressantes, en som-\nme, et nous le regrettons sincèrement ; de\ntelles \" fautes\", quelque pieuse pensée trouvent-\nelles pour excuse, il faut le dire franche-\nment, sont de nature à mettre le public,\nen défiance. Espérons que les prochaines\nauditions seront plus audacieuses c'est néces-\nsaire, c'est urgent. Il ne manque pas, Dieu\nmerci, de compositeurs remarquables, d'artistes\néminents, au sein du groupe ; cet organisme\ndoit prendre effectivement la première place,\ndans la musique belge : elle lui revient à tous\nles titres.\nLe quatuor Piano et Archets : continue la série\nde ses très belles séances. La quatrième avait\npour programme : trio en fa majeur de Mozart\nquatuor en ut mineur, op 15, de Fauré— et\nle quintette de Franck. Avec ce souci de\nl'interprétation impeccable et la compréhen-\nsion délicate qui les caractérise, les artistes\nsurent gagner la croissante sympathie de\nl'auditoire. A noter que la partie de\ndeuxième violon fut excellement tenue par\nMlle Delstanche, qui fut remarquée déjà par\nnotre correspondant liégeois, M. le docteur\nDwelshauwers.\nM]w Clémence De Cock : trouve un succès\ntrès encourageant, à son récital de la grande\nHarmonie. L'artiste témoigne d'une bonne\ntechnique qu'elle ne peut manquer de faire\napprécier mieux encore, lorsque son réel talent\nsecondera avec plus de souplesse, l'émotion\nplus vibrante.\nEmma Beauck nous a offert dans la\ntrès jolie salle, modern-style de sa villa Avenue\ndes Fleurs, l'exquis plaisir d'une heure musi-\ncale de la plus pure élévation. Une voix jeune,"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.95", "texte": "L'ACTUALITÉ MUSICALE\n109\n\naux intonations merveilleusement souples, en-\nveloppantes et chaudes. Une belle égalité\nd'émission, nuancée, une diction caressante et\nvive, un art enfin, de distinction et de finesse.\nAu programme : J. S. Bach, A. Stradella,\nBenati, Franck, Borodine.\nLe piano était tenu par Mlle Devos, une\nartiste de tempérament tout à fait remarquable.\nElle eut grande part des applaudissements\nd'ailleurs regrettables, vu qu'ils détruisent par\nleur insupportable claquement d'hélices, l'im-\npression encore flottante après chaque audition.\nLe pianiste Charles Delgoujfre, avec le con-\ncours du violoniste Ed. Lambert, de Madame\nLambert, cantatrice, et de Mine B. donnait,\nen la salle Erard, (le 18 de ce mois) une séance\nCésar Franck.\nAu programme: Le Vase Brise. Roses et\nPapillons. Nocturne. Mariage des Roses, l'admi-\nrable Sonate. Prélude. Air et final.\nM. Charles Delgoujfre est un virtuose, pour\nqui le clavier n'a point de secret, c'est aussi\n1111 artiste. M. Lambert et lui firent apprécier\ndans la sonate, la beauté d'un sentiment élevé\nd'une grand style.\nMme 8... joua adorablement les pièces\nd'harmonium. Les lieder furent chantés par\nM,ne Lambert. Une salle comble rappela les\nartistes après chaque exécution.\nLa fanfare royale \" 'Phalange artistique \"\n(directeur : M. J. E. Strauwen) a donné son\n4e concert à l'Alhambra, l'excellence de cette\nsociété n'est plus à dire ; elle possède des\néléments de tout premier choix, et sa Direction\nest confiée à un. musicien consommé. Il tire\nde cet incomparable clavier sonore, bien équi-\nlibré, de puissants effets musicaux.\nLa chorale de Maestrichter Star, masse de\n228 chanteurs, compose un ensemble plus\nimpressionnant, encore, et il faut en féliciter\nM. Gielen, ainsi que les participants, des\namateurs fort bien éduqués. Le succès de ces\ndeux sociétés fut très vif, au milieu d'une\nassistance compacte.\nM. Deru, le violoniste bien connu, prêtait\nl'attrait de son concours à la séance. Il fut\nfêté !\nM]]e G. Tambuyser s'est fait applaudir, à son\nrécital de piano, donné le iyr mars au Palais\ndes Arts. Le programme, peu audacieux,\nmit en valeur une virtuosité remarquable, et\nun sentiment souvent personnel dans l'inter-\nprétation. La jeune artiste promet beaucoup.\nNous avons appris, avec le plus vif plaisir,\nle triomphal succès remporté à Vienne par\nnotre ami M. Gulry Isaye, fils du grand\nvioloniste et violoniste lui-même. Le talent\nde M. G. Isaye se montre digne, et c'est\nloyal compliment d'une glorieuse renom-\nmée. Nos félicitations.\nLa musique à /'Exposition, L'inaugura-\ntion se fera, le 23 avril par une ouverture\nsolennelle pour grand orchestre de M. Paul\nGilson. Il y aura ensuite toute une série de\nconcerts soit purement symphoniques, soit à\nla fois symphoniques et choraux, dont l'en-\nsemble constituera une sorte de revue inter-\nnationale de la musique.\nEn mai, on entendra un concert de l'orches-\ntre et des chœurs du Conservatoire royal de\nBruxelles, sous la direction de M. E.Tinel ; en\njuin, une exécution de Franciscus, de M.Tinel,\nsous la direction de M. Sylvain Dupuis avec\nle concours de l'orchestre et des chœurs du\nthéâtre de la Monnaie renforcés ; un concert\npar l'orchestre Ysaye, dans lequel l'illustre\nvioloniste belge jouera un concerto de Vieux-\ntemps et dirigera les Béatitudes de César\nFranck ; puis, trois concerts entièrement con-\nsacrés à la musique et aux virtuoses belges,\nsous la direction de M. François Rasse. A un\nde ces concerts on entendra pour la première\nfois une nouvelle composition de M. Léon\nDubois, Nos Carillons, pour petit orchestre et\nvoix d'enfants. Au mois d'août, l'orchestre et\nles grands chœurs du Benoit's Fond d'Anvers\nviendront donner une exécution intégrale de\nla Rubens-Kantate de Benoit.\nLe 9 juillet, l'illustre orchestre du Conser-\nvatoire de Paris viendra au grand complet\nsous la direction de son chef, M. André\nMessager, donner une audition de musique\nfrançaise. Un peu plus tard se donnera un\nconcert allemand, probablement sous la direc-\ntion de M. Steinbach, avec, au programme,\ndu Brahms, du Bach et la 9e symphonie de"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.96", "texte": "A J?\"\\J ïp ip Photographie documentaire\net artistique\n67, rue des Batignolles, 67, PARIS.\nNouveau procédé sur papier; blanc sur noir, grandeur 18x24:\nPour une commande de cinquante épreuves 0.75 par épreuve.\nPar petite quantité: 1 fr. par épreuve.\n(\nPar ce procédé, la Maison CHATENET a fourni aux Bénédictins\nde Solesmes pour leur Paléographie plus de 40.000 photographies.\nPRIX-COURANT :\nCliché 13x18 avec une épreuve, 3 fr.; les suivantes, chaque 0.75\nCliché 18x24 avec une épreuve, 4 fr. ; les suivantes, chaque 1.00\nCliché 24 x 30 avec une épreuve, 5 fr. ; les suivantes, chaque 1.50\n\nExtrait du roman de Fauvel (1315) publié en reproduction photographique."}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.97", "texte": "L'ACTUALITÉ MUSICALE\n111\n\nBeethoven. Un concert de musique espagnole,\nqui ne manquera certes pas d'intérêt, se don-\nnera par un des célèbres chorals de Barcelone.\nIl est question encore d'un concert italien,\nau sujet duquel des pourparlers sont engagés ;\npeut-être aussi fera-t-on un concert russe et\nun concert anglais.\nAu théâtre de la Monnaie il y aura en mai\net juin une série de représentations extra-\nordinaires, un véritable festival dramatique,\nauquel participeront les artistes les plus cé-\nlèbres du moment : représentations italiennes,\nreprésentations d'opéra et de ballet russes, le\nRing en allemand avec les interprètes de\nMunich et de Bayreuth, le cycle de Gluck\nen une semaine, enfin Elektra et Salomè de\nR. Strauss.\nDon Juan, opéra en 2 parties, de W. A.\nMozart, (nouvelle version française de A.\nMaquaire) sera donné en répétition générale\npublique le 18 mars, au profit des inondés de\nFrance, sous les auspices de la société belge :\nla Villégiature scolaire cVlxelles. (Théâtre Varia).\nCette œuvre fait partie du répertoire de la\ntournée de vulgarisation entreprise par l'im-\npresario-compositeur Maquaire, en Belgique\net Nord de la France. M. Maquaire nous\nprie de faire appel aux compositeurs belges,\ndont il est un admirateur dévoué, pour la\nreprésentation (Vouvrages en un acte.— Adresse :\nà Boit s for t.\nBIBLIOGRAPHIE. Publications musicales.\nChez Schott : rue Coudenber£, Bruxelles.\nO '\nJean Strauwen : Nocturnes pour violoncelle et\npiano.\nJean Strauwen : Canzonetta pour violoncelle\net piano.\nL. TValner : Berceuses pour alto.\nid. : Rhapsodie russe pour alto.\nJoseph Jongen : trois pièces pour orgue.\n/. Callaerts : Album pour orgue. 5 pièces\npour orgue.\nChez Lauweryns, rue du Treurenberg,\nBruxelles.\nCarlo Guillaume : Charmeuse, valse pour piano.\nid. Idylle, id. id.\nid. Gavotte, id. id.\nLIVRES. Jules Camailer. Essai de\ncritique musicale : Edgard Tinel, opus 40 et\nopus 41. (Breitkopf et Haërtel, Bruxelles.)\nCe livret témoigne d'une connaissance\nmusicologique étendue, et d'un bel enthou-\nsiasme M. Camauer tient une plume alerte ;\nil l'a vouée à la défense des traditions à l'école\ndu chant. u La voix humaine, dit-il, est l'ex-\npression directe de l'âme, \" et nous sommes? en\ncela tout à fait d'accord avec lui. Selon Madame\nDe Bériot Malibran, il veut que quiconque\nchante,apprenne d'abord à poser la voix, à\narticuler la parole, à rejeter le timbre guttural,\net le timbre nasal. Parfaitement. Edgard TineL\nO 1 /\npour qui le critique professe une vénération à\nlaquelle il nous plaît de rendre hommage,\npossède l'art d'écrire merveilleusement pour la.\nvoix. Voyez son opus 42 et son opus 40.\nMais M. Camauer manie l'étrivière, sans,\nmerci, pour les diciples et admirateurs de\nRavel et Debussy, \" jeunes illuminés d'une\npetite école \" ; et il exagère certainement.\nSi le génie de Wagner fait pardonner les dis-\nsonances \" excessivement \" hardies qu'il s'est\npermises, pourquoi donc Debussy n'aurait-il\npas la même excuse r L'harmonie n'a certes pas\nune seule forme celle qu'affectionne M.\nCamauer,— les jeunes illuminés d'aujourd'hui\nseront, demain les classiques, et leur vérité\nvaut bien la vérité d'hier.\nR. L.\nLIEGE, 1 5 février. Le récital de piano\ndonné par notre compatriote Louis Closson\nl'un des meilleurs élèves de Busoni a fait\nsensation. Il possède un mécanisme étonnant\nd'habileté, un son d'une rare puissance, un jeu\nviril et coloré. Son interprétation de Bach et\nde Liszt est remarquable.\nMlle Léonie Neutelaers, élève de M. Jules\nGhymers, a fait preuve par contre d'une dis-\ntinction toute féminine dans le concerto en sol\nmineur de Mendelssohn, à l'Audition dirigée\npar M. ]aspar. Ce dernier a donné une bonne\ninterprétation de la symphonie en si be?nol de\nSchumann.\nA l'Œuvre des Artistes, le Quator Charlier\na fait entendre le très intéressant Quatuor n° 3"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.98", "texte": "112\nL'ACTUALITÉ MUSICALE\n\nen la mineur de Scontrino, si différent des\nœuvres classiques mais imprégné d'un charme\nétrange, exotique un peu. Cette page vetilleuse\nétait excellemment exécutée. Ajoutons qu'a la\nmême séance, Mlle Marguerite Rollet a rem-\nporté un beau succès en interprétant avec l'art\nqu'on sait des mélodies de Chabrier, Chauson,\nFauré, Debussy et de Castéra.\nDeux verviétois se sont partagé le reste de\nl'intérêt.\nLes œuvres du regretté Lekeu faisaient\nl'objet d'une audition arrangée par Mlle Marthe\nLorrain et à laquelle collaboraient des mem-\nbres du cercle \" Piano et Archets La musi-\nque de Lekeu mort à 24 ans ! a con-\nservé une vivacité d'expression singulière, elle\nest presque plus \" neuve \" qu'il y a seize ans !\nRien de vieilli, rien de passé. C'est la marque\ndes pensées profondes.\nLe poème symphonique lï erther de M.\nVictor Vreuls que son auteur dirigea au Con-\ncert Debefve a remporté un très grand et très\nsympathique succès. La partition paraît sur-\nchargée à la lecture et exige la collaboration\nde 102 musiciens. Mais à l'audition, grâce à\nl'excellent équilibre sonore que l'auteur obtient,\nla belle et riche mélodie est mise en vedette,\n/l'œuvre chante et impressionne. A côté de sa\nscience, c'est une page inspirée, dramatique,\nd'une psychologie profonde et d'une grande\nbeauté de timbres. L'emploi des saxophones et\ndu bugle obligé, qui souvent jouent à décou-\nvert, lui donne un coloris très neuf.\nDR DWELSHAUWERS.\nReprésentation de Noël Sanglant de M.\nFernand Mawet. 1 Cette œuvre du début, au\nthéâtre, de l'excellent compositeur, est très\nattachante par l'emploi de thèmes populaires,\nnoëls et cramignons liégeois ; au surplus, M.\nMawet y déploie les ressources d'un talent\ndistingué et d'une profonde érudition.\nNOMINATION. M. Mathieu Crick-\nboom est nommé professeur de violon au\nconservatoire de Liège. C'est que nous\n1 Frère de M. Lucien Mawet.\nfélicitons de s'être attaché renseignement d'un\ntel artiste qui l'honore d'une mondiale\nconsécration.\nMALINES. La vie artistique ne se\nmanifeste en ces derniers temps que d'une\nfaçon très modeste. Deux ou trois expositions\nde peinture, quelques concerts en général fort\nmédiocres, voilà le bilan de la saison. Est-ce\nau voisinage de Bruxelles, dont les concerts et\nthéâtres attirent le public malinois, qu'il faut\nattribuer cette absence regrettable de manifes-\ntations d'art r\nLe manque total d'auditions de bonne\nmusique ne signifie pourtant pas que tout\nmouvement musical ait cessé ici ; mais ce\nmouvement se fait jour d'une toute autre\nfaçon que par des concerts et des représenta-\ntions théâtrales. A l'instar de ce qui se fait à\nAnvers, la section du u Algemeen Nederlandsch\nVerbond \" a entrepris d'améliorer le mauvais\ngoût musical du peuple. C'est là un but fort\nlouable, et qui mérite d'attirer l'attention de\ntous les amis de notre art.\nA cet effet, des \" Soirées de chant pour le\npeuple \" ont été instituées. Plusieurs amateurs\nde musique y enseignent au public, avec une\npatience admirable, des chansons populaires\nanciennes et modernes, des chansons saines,\ndont la musique ne nous vient pas des cafés-\nconcerts de la capitale. Les professeurs chan-\ntent les airs strophe par strophe, les élèves les\nreprennent en chœur, on corrige leur manière\nde chanter et de prononcer.\nIl vient à ces réunions des gens de tous âges\net de toutes conditions, et le public se fait de\nplus en plus nombreux, montrant ainsi le\ngoût qu'il prend à ces séances intéressantes.\nLes résultats sont tout-à-fait concluants. Déjà,\naprès trois mois de travail, on peut constater\nque les efforts n'ont pas été dépensés vaine-\nment. Peu à peu, les chansons insipides et\nmalsaines commencent à faire place aux bon-\nnes mélodies dans le répertoire des ménagères.\nC'est aussi une grande satisfaction et un bon\nstimulant pour les organisateurs, que d'enten-\ndre parfois les ouvriers à leur travail chanter\nles airs qu'ils viennent apprendre le jeudi soir,"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.99", "texte": "L'ACTUALITÉ MUSICALE\n113\n\net cela non pas en un vulgaire patois, mais\nen un langage convenable.\nIl est à espérer que dans quelque temps les\nvaillants organisateurs de ces soirées de chant\nprésenteront au peuple, par voie progressive,\nles purs chefs-d'œuvre de la musique. Peut-\nêtre alors, quand le public goûtera notre art,\ny aura-t-il moyen de donner de beaux con-\ncerts à Malines. PAUL C.\nANVERS. Théâtre Royal. Nous\navons eu une serie de Grands Galas de bien-\nfaisance, tous réussis, tant au point de vue\nartistique que financier.\nLes Sourds Muets choisirent \"Le Chemi-\nneau \", le drame empoignant de Jean Riche-\npin, si superbement inspiré par Xavier Leroux\net Henri Albers, de l'Opéra Comique, a ravi\nson auditoire grâce à sa voix toujours ample et\nson jeu impeccable et étudié. MlJe Demellier,\nqui nous vint également de la salle Favart, ne\nm'a guère enthousiasmé.\nLa Tuberculose nous offrit \" Carmen Mme\nBreval fut une intéressante bohémienne, avec\ngestes nouveaux et jeux de scène du meilleur\ngoût. Jadis elle remporta d'immenses succès\ncomme chanteuse. Son partenaire fut Muratore,\nde l'Opéra, un peu lourd comme jeu, mais\nfort joli garçon. La voix ne manque pas de\ncharme, mais elle a une tendance au chevrotte-\nment.\nM. Noté, toujours le merveilleux baryton\nque tout le monde connaît, prêta son concours\ndans \" Rigoletto \" pour les Aveugles. Je vous\nlaisse à penser l'ovation que déchaîna le célèbre\nduo avec Mlue Rossi, notre brillante chanteuse\nlégère. La page fut bissée. Le duc de Mantoue\nfut M. Dubois, encore de l'Opéra : timbré\ntoujours fort agréable, et acteur plein de dis-\ntinction.\nA part ces grands galas, nous avons eu les\nsoirées à honneur ou à bénéfice, comme vous\nvoulez. MllR' Rossi, l'idole de la troupe fut\nfêtée et fleurie dans Gilda de \" Rigoletto.\"\nMme Etty, notre jeune falcon, qui promet\npour l'avenir, a pu voir dans \" Hérodiade \"\nque le public lui sait gré de ses progrès.\nQuant à M. Girod, que la Monnaie s'est\nassuré pour trois années consécutives, il a\ntriomphé en Don José ; fleurs, cadeaux, rap-\npels, rien ne manquait.\nAbonnement courant, nous eûmes un oiseau\nde passage : M. Imbart de la Tour dans Raoul\nde Nangis. Comédien incomparable, il pro-\nvoqua cinq rappels après le quatrième acte.\nJe ne dirai rien du chanteur, pour ne pas\nblesser un artiste qui a eu une carrière glorieuse,\net dont les leçons profiteront à bien des jeunes\ncommençants.\nEnfin, toujours pendant le même mois, en\nprésence de l'auteur M. Félix Fourdrain, on a\ncréé avec un succès inoui \" La Glaneuse \" :\nle compositeur fut traîné devant le public et\nvint saluer un auditoire emballé. Interprétation\nhors ligne confiée à Mmes Gavelle, Rossi ;\nMM. Girod, Mezy, Hardy. Excellent, l'or-\nchestre sous la direction de M. Bovy.\nOpéra Flamand. On vient de mon-\nter \" Amours de Brigands \" ; M. Paul Gilson\na écrit une musique délicate, prenante, pleine\nde sentiment sur un livret peu heureux. C'est\ndommage pour l'éminent compositeur. 1\nLa première de \" Zigeunerbaron \", par\nJohan Strauss, eut plus de succès ; le public\ns'est laissé prendre aux flonflons légers du\ngracieux musicien.\nMme Feltesse, la forte chanteuse, a été fêtée\ndans \" la Walkyrie \" ; son réengagement pour\nla saison prochaine a été accueilli par un ton-\nnerre de bravos.\n\" L'Or du Rhin\", avec le brillant concours\nd'Ernest Van Dyck a fait sensation. Interpré-\ntation parfaite. Recettes : quinze mille francs\nnets pour \" Le Lait pour les Petits \". Brillant\nrésultat, et félicitations aux organisateurs.\nMmc Ida Isori, la célèbre cantatrice\nflorentine, des concerts de la \" Libéra Estetica\"\na donné une audition de douze petites œuvres\nde maîtres italiens du \" bel canto \" du XVI,\nXVII et XVIII siècle. Les membres de la \" So-\nciété Royale d'Harmonie \" lui ont fait un succès\nréel.\nGEORGES DE GERS.\n1 Nous parlerons de cette dernière œuvre du Maître\nde façon complète dans une étude prochaine."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.100", "texte": "114\nL'ACTUALITÉ MUSICALE\n\nCHARLEROI. 20 Février. Le\n\" Foyer d'Art, \" cercle d'expansion et de\ndécentralisation artistique et littéraire, nous a\ndonné une séance de sonates d'un grand\nintérêt.\nAu programme :\ni° Sonate n° 3 en sol mineur pour piano et\nvioloncelle, de Haendel.\n2° Sonate en fa majeur pour piano et vio-\nloncelle, op. 4, de Wilhem de Fesch (1695-\n1758).\n30 Sonate en fa majeur pour piano et violon\nop 24 de L. Van Beethoven.\n4° Adagio de Mozart et Presto d'Haydn\npour piano et violoncelle.\n5° Sonate en fa majeur pour piano et violon,\nop 8, de Grieg.\n6° Petites pièces de R. Schumann pour\npiano et violon.\nExécutants : MM. Henri Van Hecke, vio-\nloniste, Louis Miry, violoncelliste, Francis de\nBourguignon, pianiste.\nCes artistes de valeur ont très bien inter-\nprété ces œuvres des princes et roi de la sonate.\nLe jeu de M„ Van Hecke a été particulière-\nment remarquable.\nPourquoi cette exhumation de la sonate de\nWilhem de Fesch.\nAmour de la moisissure ? Enfantine curio-\nsité ? C'est du temps perdu.\nLe public avait répondu nombreux à l'appel\ndu \" Foyer (Vart \" dont l'effort doit être\nencouragé.\n21 Février. Le langage mystérieux de\nla musique agirait-il enfin sur mes concitoyens\njusqu'à les détourner de leurs préoccupations\ncoutumières ? Il faut bien le croire : il y avait\nsalle complète à la deuxième séance de musi-\nque de Chambre qui se donnait dans le salon\ntrop bas et sans acoustique du Grand Hôtel\nGruber.\nCette séance s'est ouverte par les Prélude et\nMenuet extraits du Quintette de E. Pessart,\nécrit pour instruments à vent : musique sim-\nplement agréable ; la première partie du sex-\ntuor pour instruments à vent et piano 11e nous\na guère dédommagés : elle était insignifiante\net diffuse.\nMais nous avons été largement récompensés\npar la sérénade pour flûte, violon et alto ainsi\nque par le quintette pour piano, hautbois,\nclarinette, cor et basson de L. Van Beethoven.\nO, Beethoven !\nLa sérénade fut merveilleusement ciselée\npar M. Quinet, flûtiste de grand talent,\nMM. Lefèvre, altiste et Doneux, violoniste.\nLe quintette fut interprété avec une belle\nconscience artistique par Mlle Privé (piano) et\nMM. Bertiaux (Hautbois), Bruyerre (clari-\nnette), Henry (cor), Aveau (basson).\nL'andante menuet pour viole d'amour de\nMilandre (1750) fut délicatement joué par\nM. Lefèvre que le public a acclamé.\nBref, séance remarquable qui permet de\nconstater qu'il existe en notre pays de fer et\nde charbon, des artistes de grande capacité et\ndes auditeurs accessibles au langage élevé de\nla vraie musique.\nFRANZ RUTY.\nBRUXELLES. M ademoiselle M argue-\nrite Rollet, la talentueuse cantatrice avec le\nconcours de Mademoiselle Germaine Schellin\nO 7\nvioloniste distinguée donnait un récital, le 18 à\nsalle Pétrin. Vif succès, pour un programme\néclectique, avec les noms de Bach, Schubert,\nBrahms, Wolf, Mozart, Rimsky-Korsakof,\nChausson, Debussy, de Bréville, d'lndy. Inter-\nprétation très remarquable, M]lt' Rollet a con-\nquis, d'ailleurs, toutes les sympathies du public\nbruxellois : c'est une artiste de grande distinc-\ntion de grande valeur. Mademoiselle Schel-\nling joue avec âme, et finesse.\nL'accompagnateur Minet.\nComme toujours fut parfait.\n*\nARLON. Un groupe d'artistes-amateurs\nbruxellois est venu, sous les auspices de \" La\nWallone, \" donner, le samedi 19 février, un\nconcert-spectacle artistique qui a été un gros\nsuccès. On a eu l'occasion, entre autres, d'en-\ntendre M 11( Henriette Clément (Air des Bijoux,\nde Faust), M. Emile Léger, ténor (Air des\nLettres, de La Tosca), Mlle M. Goldschmidt,\ni( prix du Conservatoire royal de Bruxelles, a\njoué, avec beaucoup d'art, trois morceaux de"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.101", "texte": "L'ACTUALITÉ MUSICALE\n115\n\nharpe, dont Nocturne, de Pessard, et Idylle, de\nHolz. M]le Clément et M. Léger ont, en\noutre, interprété avec succès un fragment du\nIe acte de Lakrnè. Enfin on a entendu, à cette\nsoirée, un opéra-comique : Qui perd gagne,\nparoles de MM, Julal et Emile Lecomte,\nmusique de Arthur Norel.\nSamedi 12 mars, distribution des prix à\nl'Ecole de musique.\n\nÉtranger\nFLORENCE. Le grand événement\nmusical de ces temps derniers a été la vente\ndes collections ayant appartenues à Paganini.\net que ces descendants avaient résolu de ne\npas garder. Il y avait de tout : des auto-\ngraphes, des habits, des cadeaux et jusqu'à une\nvoiture.\nPuis, plusieurs objets d'usage courant dont\nPaganini s'est servi, (les héritiers s'en portent\ngarants) : des montres, des lorgnons, un couvert\nde voyage, des tabatières, une petite épée,\nquelques mouchoirs, un habit de cérémonie en\ndrap marron foncé, avec la culotte noire et le\ngilet brodé d'argent. Il faut y ajouter la\nvoiture de voyage, achetée en Angleterre, qui\na roulé avec l'artiste sur toutes les routes de\nl'Europe.\nM. Olschki, le libraire florentin bien connu,\na acquis pour 17.500 francs tout un lot fort\nconsidérable de musique inédite et d'auto-\ngraphes musicaux (duos, trios, quatuors, me-\nnuets, caprices, sonates, morceaux de genre)\ndont il nous donnera sans doute prochainement\nla liste et la description détaillée dans quelqu'un\nde ses beaux catalogues. Un autre lot intéres-\nsant pour la biographie de Paganini a été cédé\npour 3050 francs au libraire De Marinis. Il\ncomprend, outre quelques manuscrits musicaux\ndéjà publiés par Schônenberger, les brevets et\nles diplômes attestant les nombreuses distinc-\ntions honorifiques décernées au virtuose, et\nsurtout un grand nombre de lettres, opuscules\net papiers divers qui nous font pénétrer dans\nl'intimité de sa vie. A côté des lettres d'admi-\nration signées des plus grands noms de l'Europe,\non trouve une quittance datée du 19 mars\n1831 pour huit mille francs donnés par l'artiste\naux pauvres des hôpitaux de Paris ; sous la\nrubrique 66 autographes divers de Nicolo Paga-\nnini \", on remarque une \"recette pour faire\nles ravioli \", une autre \" pour fabriquer une\nliqueur\"; des recueils de formules pour ter-\nminer les lettres ou pour y signifier un refus ;\net quatre petites pages de notes qu'il écrivit\npendant les derniers jours de sa vie, quand il\nne pouvait plus parler.\nSon archet a été acquis, pour une somme de\nhuit cents francs, offerte avant la vente, par la\nville de Gênes, qui possédait déjà le violon.\nDevant le désir exprimé par la patrie du grand\nvirtuose, les nombreux amateurs réunis chez\nM. Battistelli se sont généreusement abstenus\nde toute surenchère. On a aussi vendu un beau\nvioloncelle de Ruggieri (1734) pour\nfrancs et un petit violon antique, le premier\nviolon sur lequel s'exerça l'artiste, ainsi que la\nmandoline avec laquelle, étant enfant, il donna\ndes concerts à Gênes.\nEnfin, avec une grande mosaïque de Flo-\nrence, cadeau de la princesse Baciocchi, la plus\nbelle pièce de la vente est sans contredit\nl'admirable portrait de Paganini par le peintre\nanglais Georges Patten. Paganini lui-même en\nvante la ressemblance dans la lettre suivante\nécrite à Patten, et dont l'autographe a ete\nvendu avec le lot De Marinis :\n\" Illustre ami,\n\" Le portrait que vous avez bien voulu me faire est\ntellement ressemblant que je ne pourrai jamais vous en\nexprimer assez ma satisfaction. J'en attends la copie\navec impatience et un tel don sera un précieux\nsouvenir pour mes descendants, et l'ltalie verra avec\nadmiration l'œuvre d'un génie britannique tel que\nvous.\n\" Agréez les sentiments de haute estime, de grati-\ntude et de reconnaissance avec lesquelles j'ai l'hcnneur\nde me dire votre ami très affectionné\nN. PAGANINI.\nParis, 10 novembre 1832. \"\nPaul-Marie MASSON.\nNAPLES. Deux concerts à sensation\ndonnés à la Société Gluseppe Martucci par le"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.102", "texte": "VIENT DE PARAITRE\nA LA\nMAISON BEETHOVEN\n(GEORGES OERTEL)\nRUE DE LA RÉGENCE, 17-19, BRUXELLES.\nC. THOMSEN :\nZIGEUNERMUSIK\nRhapsodie à la Zingaeres pour Violon et Orchestre\nRéduction : VIOLON ET PIANO, net 6.00\nEN LOCATION LE MATÉRIEL D'ORCHESTRE\nCHOPIN-THOMSON :\nMAZURKA op. 7 No. I. Violon et Piano, net 2.00\nEN PRÉPARATION :\nROOVERSLIEFDE\nDRAME LYRIQUE EN UN ACTE DE P. GILSON\nPARTITION : Piano et Chant."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.103", "texte": "L'ACTUALITÉ MUSICALE\n117\n\nvioloniste Vecsey, 1 le jeune prodige que vous\nentendrez un jour ou 1 autre a Paris. Ce qui\nest étonnant chez cet artiste c est le calme\nparfait avec lequel il aborde les œuvres les plus\ndifficiles ; il semble même indifférent à l'émo-\ntion esthétique qu'il cherche à produire sur le\npublic. Peut-être est-ce la conséquence de ce sur-\nmenage imposé à tous les virtuoses qui veulent\nse produire à travers le monde, dans le moins\nde temps possible. Je causais avec M,n\" Vecsey,\nmère, derrière les décors du Politeama, pendant\nque son fils exécutait le Concerto en ré de\nPaganini.\nNous sommes arrivés hier soir, me\ndisait-elle, nous partons tout à l'heure pour\nRome, puis pour Bologne, I urin, Gênes, et\ndimanche prochain nous donnons ici, a Naples,\nnotre second concert.\nEt le temps de repasser les programmes?\nQuelques minutes seulement ; le matin\npar exemple il a répété une heure avec son\naccompagnateur.\nNous avons pu comparer le jeune Hongrois\navec deux autres de ses confrères : Gérardy et\nThomson.\nGENNARO DE LEVA.\nDRESDE. Le Voile de Pierrette de M.\nA. Schnitzler est une pantomime qui se passe\nà Vienne dans le même temps que le premier\nacte de la Fête chez Thérèse à Paris. C'est ce\nque nous appelons ici le \" Biedermeyerzeit \".\nLe compositeur Dohnanyi, de Pressbourg, un\njeune (34 ans) que vous commencez à con-\nnaître en France a écrit sur cette donnée une\nmusique infiniment habile. Dohnanyi est un\nde ces compositeurs dont 011 doit attendre\nquelque chose.\nMile Marie Dubois, parcourt l'Allemagne\navec la volonté de faire connaître l'école fran-\nçaise du piano, elle nous a intéressé avec un\nprogramme peut-être un peu trop éclectique,\net où certaines pièces de second ordre auraient\n1 Un de nos lecteurs de Constantinople, M. Louis\nBenci nous signale d'autre part le succès de Vecsey\ndans la capitale de Turquie, et nous prédit son\ntriomphe à Paris.\npu être remplacées par d'autres plus significa-\ntives.\nDR E. NEUFELDT.\nVIENNE. Passons sur la première de\nTosca, et sur la Société des Instruments Anciens,\net signalons les séances du Verein fur Kunst\nund Kultur consacrées à Arnold Schœnberg, à\nBruno Walter, et à Karl Weigl, des noms que\nvous ignorez sans doute. Et surtout la soirée\nO\nréservé à Anton von JVebern, élève de Schœn-\nberg, qui a fait scandale. Webern tient ces\nmélodies dans les limites d'une simple psalmo-\ndie, mais son harmonie est des plus étranges. Il\na aussi composé cinq pièces pour quatuor dont\nchacune ne dure pas plus de 10 minutes et qui\nrompent avec toutes les lois acceptées. Je les\ntiens pour des recherches d'impressions plutôt\nque pour des œuvres définitives.\n- E. W.\nROUMANIE. —? Pugno triomphe à Bu-\ncarest, et à propos de la Fileuse de Mendels-\nsohn, exécutée par lui, un critique du lieu,\nM. Georgescu Stefanesti se plaît à écrire :\n\" Toute l'âme de Mendelssohn apparut en sa\nsubtilité, et nous nous sentions involontaire-\nment reportés à l'époque des dentelles des\njabots et des perruques blanches\". Voilà ce\nqui peut s'appeler de l'admiration histori-\nque ! D'ailleurs la musicologie est ici dans de\nmauvaises conditions. Lors du congrès récent,\nqui a réuni tous les maîtres de musique des\nécoles de Roumanie, l'orchestre officiel exécuta\ndeux morceaux de l'Héroïque. Plusieurs de ces\nexcellents professeurs furent émus jusqu'aux\nlarmes, mais peu d'entre eux ce savaient qu'ils\navaient entendu. La joie fut grande quand on\nsut que c'était de Beethoven. L'un des assis-\ntants avoua que depuis 12 ans qu'il avait\nquitté Bucarest, il n'avait plus entendu de\nmusique. Aussi est-il question d'organiser des\ntournées de l'orchestre officiel.\nM. M.\nMADRID. La Colomba du maestro\nVives nous a un peu déçus. Nous attendions\nplus d'originalité de l'auteur d'Euda d'Uriach.\nH. C."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.104", "texte": "118\nL'ACTUALITÉ MUSICALE\n\nLes Instruments\n\nLES NOUVEAUTÉS DE PARTOUT\nLa musique viendrait-elle troubler la paix\ndu monde? Partout on récrimine contre l'en-\nvahissement des instruments étrangers. En\nAngleterre, à l'occasion des récentes élections,\ndes feuilles violentes, signées des plus impor-\ntants producteurs de pianos londoniens, récla-\nmaient des tarifs douaniers élevés pour protéger\nl'industrie anglaise contre la concurrence\nallemande qu'elles allaient jusqu'à qualifier de\ndéloyale (Unfair compétition). Rien que cela!\nLa presse allemande releva comme il convenait\nune telle intempérance de langage. Mais voilà\nque de son côté cette même presse, devant le\nprojet soumis aux chambres françaises, d'élever\nles droits d'entrée des instruments de musique\nmenace à son tour notre pays de terribles\nreprésailles. \" Celui qui habite une maison de\nverre ne doit pas jeter de pierres ! \" s'écrie-t-\n-on de l'autre côté du Rhin.\nD'autre part, le Japon est en train de\nprendre à l'Amérique toute l'exportation\nd'instruments de musique pour la Chine et\nune partie de l'extrême Orient. Le Japon\npossède actuellement près de 2000 vapeurs et\nde 5000 voiliers; avec cela 011 peut faire un\npeu d'exportation. Il s'agit surtout d'harmo-\nniums et de gramophones dont les chinois\nsont très amateurs. Les américains pour parer\nle coup imaginèrent d'établir des fabriques en\nChine même, pour pouvoir abaisser leurs prix.\nLes Japonais ripostèrent en faisant venir\nd'Amérique les machines les plus nouvelles\net les mieux perfectionnées, et ils en pour-\nvurent leurs fabriques. Grâce au bon marché\nde la main d'œuvre au Japon, ils sont arrivés\nà livrer aussi bien et à plus bas prix que les\nAméricains, et les voilà maîtres du marché\ninstrumental. Comment tout cela va-t-il finir?\nEn attendant le cataclysme qui pourrait\nrésulter du choc de tant d'intérêts, nous som-\nmes menacés d'un piano monstre. Paderewski\nqui vient de faire rouler le tonnerre au moyen\nd'un appareil de son invention, peut bien\nactuellement être surnommé le génie des\ngrandeurs. Il a donné ces jours passés à Vienne\nau concert sur un piano monstre de huit\noctaves, construit par la maison Bosendorfer.\nOn se demande si les notes extrêmes de cet\ninstrument sont bien perceptibles, et on envi-\nsage avec effroi l'envahissement de nos salons\net salles de concerts par de tels surpianos.\nPuisque nous sommes sur le chapitre des\npianos il convient de signaler une invention\nqui fait pendant au Piano-Harpe dont j'ai\nparlé dans ma dernière causerie. C'est le Piano-\nOrgue, dont la Zeitschrift fur Instrumentenbau\nnous donne la description.\nCet instrument fabriqué par la maison\nPopper et C° à Leipzig est à la fois un piano\net un orgue ainsi que son nom l'indique. On\npeut jouer séparément ou simultanément de\nl'un et de l'autre. Il est destiné aux représen-\ntations cinématographiques, dans lesquelles le\npianiste improvisateur trouvera sous la main\ntoutes les ressources nécessaires pour suivre\nl'action qui se déroule, et la souligner, ou\nl'illustrer si l'on veut, avec variété.\nLes intruments anciens font aussi parler\nd'eux. A propos de la dernière vente d'anti-\nques qui eut lieu récemment à Londres, le\nMenestrel publiait la note suivante :\n\" Prix de violons vendus à Londres en"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.105", "texte": "L'ACTUALITÉ MUSICALE\n119\n\ndécembre dernier: Grancino, 1.15° C.G.\nTestore, 1.1 75 fr.; Rocca, i.ooofr.; Guar-\nnerius, 2.500 fr,; Maggini, 1.750 fr.; A. et\nH. Amati, 3.500 fr.; C. A. Testore, 1.350 fr.;\nLandolfi, i.ooofr.; Montagnana, 1.650 fr.;\nGabrielli, 1.125 fr.; P. Guarnerius, 4.250 fr.;\nGragnani, 1.150 fr. ; Gagliano, 1,500 fr.;\nN. Amati, 1.500 et 1.625 fr.; San Serafino,\n1.375 fr.; Stradivarius, 14.375 fr.; Klotz,\n1.875 fr.; J. Guarnerius, 4.000 fr.; Ruggerius,\n1.650 fr.; un violoncelle de Ruggerius, 1.200\nfr. ; une guitare du XVII( siècle, 2.000 fr.\nTous ces prix ont été considérés comme\nnormaux et non entachés de l'exagération que\nbien des maisons allemandes ou autres cher-\nchent à faire accepter comme la conséquence\nd'une hausse régulière provenant de l'extension\ndes demandes, ce qui peut paraître contes-\ntable. \"\nLa Zeitschrift au nom du Commerce\nallemand répondit avec beaucoup de raison\net de modération que la marque d'un instru-\nment n'en fait pas uniquement la valeur, et\nque les tares dont il peut être affligé sont\nsusceptibles de diminuer singulièrement cette\nvaleur.\nJ'ai personnellement traité la question en\ndétail dans \"l'Hygiène du Violon\" (Bulletin\nS. I. M.), et j'y reviens ici, uniquement pour\nmettre les amateurs en garde contre certains\npréjugés surannés. Sur cent violons de maîtres\nanciens, combien sont actuellement jouables\nau concert ? Demandez-le aux virtuoses, aux\nartistes professionnels qui se produisent en\npublic, et ils vous raconteront les déceptions\nqu'ils ont éprouvées à ce sujet, et vous diront\naussi tout l'argent qu'ils ont englouti d'échange\nen échange.\n\nLucien Greilsamer.\n\nNOTICE HISTORIQUE\nSUR LE HAUTBOIS\n\n(Suite) 1\nEn ce qui concerne les anches des u auloi \"\n\" tibiae \" greco-romaines, je laisserai parler les\n1 Voir les nos de décembre 1909 et février 1910.\nA propos du premier article de décembre 1909, j'ai\nauteurs qui ont rapporté et traité cette obscure\nquestion et me contenterai de les commenter.\nLes documents les plus importants nous\nsont donnés par Aug. Wagener :\nSur la signification du mot \" zeugos\net de quelques autres termes se rapportant aux\ninstruments à anche 1\nreçu de M. E. Closson, le distingué conservateur\nadjoint du Musée du Conservatoire de Bruxelles,\nl'obligeante observation suivante :\n\" Monsieur,\n\" J'ai lu avec intérêt votre article si documenté dans le\n\" dernier S.I.M. (décembre) sur les origines du hautbois.\n\" Permettez moi de vous faire remarquer que le \" sour-\n\" nay \" persan que vous dites ne pas se trouver dans\n\" les musées européens, est représenté dans celui du\n\" Musée du Conservatoire de Bruxelles \".\nu \"\nJe suis heureux d'enregistrer cette rectification et\nj'en remercie Monsieur Closson ; en signalant l'absence\ndu \" Sournay \" je n'ai fait que reproduire l'assertion de\nFétis (Hist. gle de la musique. Liv. 2, page 409).\n1 Gevaert (La Musique de l'Antiquité. T. 2, appen-\ndice p. 647) rapporte aussi cette opinion et en conclut,\nque les flûtes greco-romaines possédaient en général des\nanches simples ; il semble avoir été influencé par la\ndécouverte, dans les ruines de Pompéï, de plusieurs\n\" tibiae \" romaines à tuyau cylindrique, mais est-ce\nbien là une preuve pour avancer que les anches de ces\n\" tibiae \" et conséquemment des \" auloi \" grecs étaient\nsimples ; on verra par la suite que certains instruments\nà tuyau cylindrique se jouaient avec des anches\ndoubles.\nCe même auteur fait remarquer que les \" auloi \"\nétaient pour la plupart des tuyaux de médiocre\nlongueur ; ce n'est pas encore une preuve suffisante\npour en déduire que ces instruments possédaient des\nanches simples.\nGevaert ajoute : (T. 2, p. 282) \" Il est permis de\n\" dire d'une manière générale que les tuyaux cylin-\n\" driques ne s'associent qu'à des anches battantes\n\" (anches simples), les tuyaux coniques par contre,\n\" veulent des anches doubles ; conséquemment tous les\n\" instruments à anche se rattachent soit à la famille\n\" des chalumeaux ou clarinettes (anche battante tuyau\n\" cylindrique), soit à la famille des hautbois (anche\n\" double tuyau conique). Or, comme les anciens\n\" utilisaient de préférence les tuyaux cylindriques, nous\n\" sommes fondés à en conclure que la plupart de leurs\n\" \" auloi \" appartenaient à la première famille \".\nGevaert en employant le mot \" chalumeau \" lui\ndonne un sens déterminé l'assimilant à la clarinette\n(anche simple) ; il me faut chercher l'origine du mot\nu chalumeau \" G. A. Villoteau (De l'analogie de la"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.106", "texte": "120\nL'ACTUALITÉ MUSICALE\n\n\" Tout ce qu'on a dit de la signification du\n\" mot \" zeugos \" pour désigner une des parties\n\" de F \" aulos \" est en contradiction formelle\nu avec les termes qui en parlent d'une manière\na explicite. Partant de l'idée précoiiçue que\n\" ce mot devait indiquer l'accouplement de\n\" deux choses égales, à l'instar du \" joug \"\n\" \" zeugos \" qui unit une couple de bœufs, on\n\" l'a mis en rapport avec la double flûte. 1\n\" Mais 011 ne saurait invoquer aucun texte à\n\" l'appui de cette interprétation, tandis que la\n\" véritable signification du mot \" zeugos \" se\n\" dégage clairement de l'examen attentif, de\n\" la comparaison d'un chapitre de Théophraste\n\" et de deux passages d'Aristote.\nmusique avec le langage. L. 1, p. 206 et suiv.) nous\nen donne l'explication :\n\" Les Hébreux nommaient leurs poèmes \" miz-\n\" mour \". Ce mot dans son acception étymologique,\n\" signifie un discours d'un style coupé et bien ordonné;\n\" il vient de la racine \" zamara \" (il a coupé, il a taillé) :\n\" on l'a appliqué à la poésie et à la musique par\n\" allusion à la manière de tailler les arbres, en coupant\n\" les branches gourmandes qui en épuisent la sève ;\n\" de là vient qu'on appelle \" mézamerah \", une ser-\n\" pette de vigneron. Ainsi du mot \" zamarah \" (il a\n\" coupé, il a taillé), on a fait \" zemmera \" (il a mo-\n\" dulé, il a chanté soit avec la voix,, soit avec un\n\" instrument) ; et du ftiot \"zamourah\" qui signifie\n\" un rejeton, un provin, et par extension, un discours\n\" mesuré et coupé par petites phrases distribuées en un\n\" certain ordre, de même que le sont les branches de\n\" vigne que le vigneron a taillées en retranchant toutes\n\" celles qui auraient fatigué inutilement le cep, on a\n\" fait \" zémirah \" (cantique, psaume, poème, discours\n\" d'un style coupé) et \"zamir\" (chant, inflexion\n\" cadencé de la voix).\n44 Zamir\" est le nom du hautbois égyptien, \" zamar \"\nou \" zamir \" est le nom du hautbois arabe et persan.\n\" Schalmey \" dont le radical \" schal \" signifie en\nAllemand chant, est le nom du hautbois allemand ;\nde là vient le mot \" chalumeau \" ; son emploi, pour\ndéterminer ou indiquer un instrument à anche simple,\nest tout au moins curieux !\nJe suis, d'accord avec Riemann (Dictionnaire mu-\nsical, p. 131);\" Chalumeau \" (du latin calamus, tuyau\n\" tige ; en Allemand Schalmei). Ancien instrument à\n\" vent à anche double insérée dans une sorte de bassine,\n\" l'ancêtre du hautbois obtenu par la simple suppres-\n\" sion de la bassine et l'obligation pour l'instrumen-\n\" tiste de pincer l'anche entre ses lèvres \".\n1 L'accouplement de deux choses égales mis en\nrapport avec la double flûte est certes une erreur, mais\npeut logiquement s'appliquer une anche double dont\nles deux parties égales sont accouplées.\n\" Voici d'abord ces derniers textes litté-\n\" ralement traduits :\nAristote. De Aubid. p. 802, b; (éd. Bekker) :\nuII faut que les anches (yXwrraf) des\n\" \" aùlbi \" soient compactes, lisses et uni-\n\" formes, afin que grâce à elles, le souffle qui\nu les pénètre soit de même doux, uniforme\n66 et sans intermitance. C'est pourquoi les\n\" \" zeugé \" humectés et imbibés de salive ont\n\" un son plus moelleux, tandis que secs ils\n\" donnent un mauvais son. Car l'air qui tra-\nu verse (un corps) humide et lisse est doux et\n\" uniforme. La preuve c'est que le souffle\n\" lui-même, lorsqu'il est chargé d'humidité\nu va beaucoup moins se heurter contre les\nu u zeugé \" et se disperser, tandis que s'il est\n\" sec, il s'accroche davantage et rend par sa\nu violence l'attaque plus dure. \" 1\nIbid. p. 804, a v\" Les sons épais sont ceux\n66 qui se produisent lorsqu'une grande quantité\n\"de souffle se projette simultanément au\nu dehors. C'est ce qui donne plus d'épaisseur\nu à la voix des hommes et aux sons des\n\" chalumeaux-parfaits, surtout lorsqu'on les\n\" remplit de souffle. La preuve c'est que lors-\n\" qu'on pince les \" zeugé \" le son est plus\n\" élevé et plus fin. 2 II en est de même\n\" lorsqu'on raccourcit les syringes. Mais lors-\n-66 qu'on les allonge, on obtient un son beaucoup\n\" plus plein, à cause de la quantité de souffle\n\" (qui s'y engage) comme c'est aussi le cas\n\" pour les cordes qui ont une plus grande\n\" épaisseur.\nMaintenant voici le texte de Théophraste,\nHist. plant., IV, 11, (éd. Wimmer) : \" On\n\" dit qu'il y a deux espèces de roseaux : celui\n\" pour les instruments à vent (l'aulétique) et\nu l'autre ?\n\" Ce qu'on raconte au sujet du roseau pour\n\" instruments, à savoir qu'il pousse tous les\n\n1 Pour qu'une anche de hautbois donne un son\nmoelleux, il faut qu'elle soit imbibée d'eau ou de\nsalive, pour l'anche simple de la clarinette, il suffit\nqu'elle soit légèrement humectée.\n2 ... Lorsqu'on pince les \" zeugé \" le son est plus\nélevé et plus fin ; ceci peut se produire sur un instru-\nment de la famille du hautbois (anche double) et non\nsur un instrument appartenant à la famille clarinette\n(anche simple)."}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.107", "texte": "L'ACTUALITÉ MUSICALE\n121\n\n\" neuf ans, en *vertu d'une loi naturelle, n'est\n\" pas exact. En somme il se produit lorsqu'il\n\" y 3. crue du lac (d'Orchomène) ......;\n\" Le roseau aulétique réussit lorsqu'après\n\" de fortes pluies l'eau demeure pendant deux\nu ans au moins\n\" On dit, et la chose paraît exacte, que\n\" lorsque le lac gagne en protondeur, le roseau\n\" atteint (dès la première année) toute sa\na longueur, mais que l'année suivante seule-\n\" ment, en demeurant sur place, il atteint sa\n\" maturité. On ajoute que le roseau arrivé à\n\" maturité est celui qui sert à fabriquer les\n\" \" zeugé \" (le roseau \" zeugite \") tandis que\n\" celui dont l'eau s'est retirée est le \" bomby-\n\" cios \" (le roseau pour tuyau). On dit qu'il\n\" (le roseau \" zeugite \") diffère en général\n\" des autres roseaux par je 11e sais quoi de\n\" plantureux : il est plus plein, plus charnu et\n\" a dans l'ensemble un aspect féminin. Son\n\" feuillage est plus large et plus clair, et il a\n\" la panicule plus petite que les autres ;\n\" quelques (exemplaires) même n'en ont pas\n\" du tout, ce qui fait qu'on les appelle des\n\" ennuques. On prétend que ceux-ci sont les\n\" meilleurs pour les u zeugé \", mais que\n\" bien peu réussissent pendant la fabrication.1\nu Avant l'époque d'Antigénide (v. 380 av.\n\" J.-C.) lorsqu'on jouait u sans ornements\nu la coupe, dit-on, se faisait au mois de\n\" Boédromion, vers le lever du Bouvier (mi-\nu septembre). Celui que l'on coupe alors ne\n\" peut être employé que plusieurs années plus\n\" tard ; il doit être joué longtemps avant (de\n\" pouvoir servir) et l'ouverture (ro des\nu anches se contracte, ce qui est utile pour le\n\" jeu ordinaire. Mais lorsqu'on en vint à la\n\" musique \" figurée \", l'époque de la coupe\nu fut changée, car on coupe maintenant le\nu roseau au mois de Scirrophorion ou d'Héca-\n-66 tombéon (juin), un peu avant le solstice\n\" d'été, ou à cette époque même. On peut\nu l'employer au bout de trois ans ; 2 il ne doit\n\" pas être joué longtemps et les anches se\n\" prêtent aux entrebâillements nécessaires pour\n\" jouer des morceaux de virtuosité.\n\" Telles sont donc les époques de la coupe\n\" du (roseau) \" zeugite \". Quant à la manière\n\" de le travailler, la voici En été\n\" on le coupe aux nœuds On laisse à\n\" la partie comprise entre deux nœuds, le\n\" nœud supérieur Les entre-nœuds\n\" les plus propres à la fabrication des \" zeugé \"\n\" sont ceux qui occupent le milieu du roseau ;\n\" les entre-nœuds les plus rapprochés des\n\" branches fournissent les \" zeugé \" les plus\nu doux ; ceux qui sont voisins de la racine\n\" fournissent au contraire les plus durs. Les\n\" anches faites du même entre-nœud sont\n\" dit-on d'accord entre elles, tandis que les\n\" autres ne le sont pas. L'anche prise du côté\n\" de la racine est pour le tuyau de gauche (le\n\" plus aigu) ; celle que l'on prend du côté des\n\" branches est pour le tuyau de droite (le\n\" plus grave). 1 Lorsque l'entre-nœud est\n\" coupé en deux, l'ouverture (ro crro/xa) de\n\" chaque anche se trouve du côté de l'incision.\n\" Si les anches sont faites autrement, elles ne\n\" s'harmonisent pas. 2\nAug. Wagener : \" Pour peu qu'on se donne\n\" la peine de lire attentivement les passages\nu que nous venons de transcrire, on verra\n\" clairement que le \" zeugos \" ne peut être\nc' autre chose que l'ouverture de 1' u aulos \".\n\" En effet d'après Aristote, il est imbibé de\n\" salive, et lorsque cet auteur dit qu'en le\n\" pinçant on rend le son plus èlevè et plus fin,\n\" il ne peut être question que de l'action\n\" exercée sur le \" zeugos \" par les lèvres. 3\n\" La preuve c'est qu'Aristote emploie le\n\" même mot (7 dans le passage suivant.\nparties de l'instrument il y a le facteur d'anches\n(y\\ù)TTo7roioç) et le foreur (civ\\oTpv7ni^).\nLes Grecs avaient particulièrement observé ce qui\nconvenait le mieux pour la qualité des anches et\n\" zeugé \" de leurs \" auloi \" ; nos fabricants d'anches\net nos marchands de roseaux actuels feraient bien\nparfois de les imiter.\n1 Le contraire s'expliquerait mieux.\n2 Ces dernières phrases s'appliquent, je l'avoue, à un\nsystème d'anche simple.\n3 Voir note 5.\n\n1 ... bien peu réussissent..., peut s'appliquer à l'anche\nsimple, mais combien mieux à l'anche double.\n2 Pollux sect. 71. La préparation des anches formait\nune industrie à part. Celui qui fabrique les \" auloi \"\ns'appelle \" Aulopios \" et pour ce qui concerne les"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.108", "texte": "122\nL'ACTUALITÉ MUSICALE\n\n\" De Aud., p. 801, b : \" Quand les anches\n\" sont plus étroitement unies (au bec), le son\n\" devient plus dur, et plus éclatant lorsqu'on\n\" les pince davantage au moyen des lèvres,\n\" parce que le souffle est projeté avec plus de\n\" violence. 1 D'autre part le 66 zeugos \" n'est\nu pas la même chose que l'anche (yXwrra).\n\" Ceci n'a pas besoin de démonstration pour\n\" ceux qui connaissent le langage précis\n\" d'Aristote et de Théophraste, lesquels n'em-\n\" ploient jamais des synonymes inutiles propres\n\" à introduire de la confusion dans l'esprit.\n\" Toutefois il doit y avoir une étroite\n\" relation entre le \" zeugos \" et 1' \" anche\n\" En effet les \" entre-nœuds \" du roseau\n\" \" zeugite \" servent à la fabrication des\n\" \"zeugé \". Mais ces mêmes \" entre-nœuds \"\n\" servent aussi à la fabrication des \" anches \".\n\" Qu'est-ce à dire ? c'est que l'entre-nœud est\n1 Aristote, parlant des \"zeugé\" dit: \"Lorsqu'on\n44 pince les \" zeugé \" le son devient plus élevé et plus\n44fin \" (voir la note 5) ; mais l'effet n'est plus le même\nquand cet auteur parle des anches : \" lorsqu'on les\n\" pince le son devient plus éclatant \" ; il faut néces-\nsairement admettre pour le second cas une autre dis-\nposition de l'anche.\nGevaert, ibid, annote aussi ce passage : 44 Le manus-\n-44 crit porte (rvyicpoTÉpaiç, ce que Bekker a changé en\n44 (TicXiipoTepaiç. Ce changement ne nous paraît pas\n44 heureux. Aristote vient de dire que les instruments\n44 à anches 44 obliques \" (quelle forme d'anches entend-\n-44 t-il par là ?) ont des sons plus doux, parce que le\n44 souffle y pénètre immédiatement dans un espace plus\n44 large. Il s'agit donc de trouver un adjectif qualifiant\ndes anches à disposition différente • . \"\nAnches 44 obliques quelle forme d'anche entend-\nt-il par là ?\nL'anche simple et le bec, comme dans nos clari-\nnettes, ne peuvent être désignés plus clairement et c'est\nbien la seule fois qu'ils sont indiqués d'une façon aussi\nprécise ; en effet, le roseau servant de bec devait être\ntaillé de manière à recevoir l'anche (simple), et pour\nque l'ouverture de l'anche fut réduite à des proportions\nraisonnables, le roseau devait être entaillé oblique-\nment ; la position de l'anche sur ce roseau (bec) était\ndonc oblique et le souffle y pénétrait immédiate-\nment dans un espace plus large y de nos jours c'est le\nbec même de la clarinette qui est taillé obliquement.\nCes anches (unies au bec) ont des* sons plus doux,\npourtant les auteurs Grecs dépeignent les sons de\n1' 44 aulos \" comme strident horrible ; ils emploient\naussi des qualificatifs p1u5..... aimables, il faut donc\nreconnaître qu'il existait différentes dispositions des\nanches. v\n\" d'abord divisé en deux parties, probablement\n\" égales, dont chacune sert à fabriquer un\n\" u zeugos \". Celui-ci s'obtient ensuite en\n\" pratiquant dans le demi entre-nœud une\n\" incision longitudale, de telle sorte que l'une\nu des deux parties ainsi obtenues soit assez\nu mince pour pouvoir vibrer comme une\n\" anche (yÀwrra, lingula). Elle peut par l'une\n\" de ses extrémités rester attachée à l'autre\n\" partie, comme dans 1' \" Arghoul \" des\n\" Arabes. Elle peut aussi en être détachée, sauf\nu à s'y rajuster ensuite au moyen d'un fil ou\n\" autrement. C'est ce dernier procédé qui paraît\n\" avoir été pratiqué habituellement à l'époque\n\" Alexandrine, puisque les aulètes avaient alors\n\" un récipient spécial pour\n\" y enfermer leurs anches (v. Pollux, 11, 103;\n\"x- !53) \" 1\nIl y a d'autres preuves encore pour avancer\nque les instruments de la famille des hautbois\nont tenu une place plus large que ne veulent\nlui accorder certains auteurs ; je dois citer les\npassages suivants : 2\n\" On louera un aulète en parlant de sa respi-\n\" ration impétueuse, par rapport à la quantité\n\" de son, au timbre et à la vigueur du souffle,\n\" et à l'absence de grimaces \" (Pollux,\n1. IV, sect. 68.)\n\" Si l'on en croit certains auteurs de l'époque\n\" romaine, les instruments à vent n'auraient\n\" eu que 4 trous et moins encore. \"\n3 u Anciennement les trous n'étaient qu'au\n\" nombre de 4 ; mais Diodore de Thèbes en\nu perça plusieurs, ouvrant, au moyen d'orifices\nu latéraux, des issues au souffle. \" (Pollux,\n1. IV, sect 80.)\n4 a Toutefois des instruments aussi primi-\n\" tifs se rapportent à une époque légendaire.\n\" De bonne heure les \" flûtes \" simples furent\n/ 1\nu percées d'une assez grande quantité de\na trous. Si nous acceptons comme normal le\na nombre sept, lequel se représente avec une\n\n1 Ce récipient pouvait servir à y enfermer aussi bien\ndes anches doubles qui se détachent de l'instrument.\n2 Gevaert, Histoire de la musique de l'antiquité.\nL. 2, p. 293, note 1.\n3 Id., note 3.\n4 Id., p. 294."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.109", "texte": "L'ACTUALITÉ MUSICALE\n123\n\n\" persistance remarquable sur les instruments\n\" arabes et indous. \" (Pollux, 1. IV, sect. 72.)\n1 \" Les qualités que l'on recherchait chez\n\" l'aulète étaient la longueur et l'égalité de la\n\" respiration, la variété du timbre et des\n\" nuances, mais avant tout la prestesse de la\n\" main, l'agilité des doigts. \" (Nonn.., Dionys.,\nCh. 111, v. 234-242.)\n2 \" Les épithètes propres à un aulète sont :\n\" soufflant bien.... ayant un son mâle, ner-\n\" veux, fort, juste, retentissant, saisissant,\n\" suave ; ayant une émission douce, plaintive,\n\" gracieuse, séductrice Notez aussi chez\n\" l'aulète l'agilité, la dextérité et la facilité de\n\"la main de la langue et de la bouche, la\n\" plénitude et la continuité du son. \" (Cf. Bar-\nthol, de Tib. vet. 1. 1, ch. 7 et 8.)\nLa longueur de la respiration, la continuité\ndu son étaient les qualités que l'on recherchait\nchez l'aulète; il faut y voir une étroite rela-\ntion avec les instruments indous 3 ancêtres du\nhautbois ; l'anche simple qui occasionne une\ndéperdition de souffle beaucoup plus grande,\nplus rapide, puisque F air y pénétre immédiate-\nment dans un espace plus large n'aurait pu con-\nvenir à l'aulète pour acquérir cette continuité.\nLes mêmes nombres de trous 4 et 7 se re-\ntrouvent dans les instruments (de la famille du\nhautbois) arabes et indous, les instruments à\nanche simple y tiennent une place relative-\nment restreinte, alors pourquoi voir le contraire\nchez les grecs et Romains.\nUne dernière preuve que les \" auloi \" grecs\ndevaient posséder en général des anches dou-\nbles nous sera fournie par le rapprochement\ndes deux textes suivants l'un d'un ancien,\nl'autre d'un moderne :\nPtolomée, dans le chapitre 3 du livre pre-\nmier des Harmoniques, dit : \" la trachée artère\n\" est une flûte (aulos) naturelle.\nVoici maintenant l'opinion de M. Alb.\nLavignac (La Musique et les Musiciens Bme8me\nédit. p. 29) : \" Les instruments employés en\nu musique obéissent tous aux lois que nous\n\" avons précédemment étudiées ; (lois d'acou-\n\" stique). Le classement suivant montre à\n\" laquelle de ces lois est soumis chacun d'eux\n\" en particulier.\nJe n'indique que ce qui peut nous intéres-\nser ici et je trouve dans ce classement :\n( Clarinette\n\" Tuyaux à anches Cor de Basset\n(Clarinette Basse\nhumaine\nHautbois\n\" Xuyaux ouverts à anche double< or &\nJ Basson\nContre Basson\nTout commentaire est je crois inutile.\nLes\" flûtes\" grecques étaient très nombreuses\nmais on peut juger par ce qui précède qu'il est\ndifficile si non impossible d'en établir une\nexacte classification, on trouvera leurs noms\ndans les écrits des auteurs que j'ai cite. Je\nreproduirai pourtant un passage de Gevaert\noù cet auteur cite les \" auloi \" qu'il admet\ndans la famille des hautbois :\n1 •< La famille des hautbois avait donc chez\n\" les anciens un domaine singulièrement re-\n\" streint ; ses représentants doivent être cher-\n\" chés parmi les variétés secondaires des\n\" \" auloi enfantins \" 2 ; c'étaient pour la\n\" plupart des instruments étrangers, peu cul-\n\" tivés par les Grecs et destinés à être joués\n\" sans chant. Tel est leagingros\" dont le\n\" tuyau n'avait que la longueur d'un empan\n\" (20 à 25 cent.) dimension qui lui assigne une\n\" place dans la classe la plus aiguë représentée\n\" par \" l'aulos parthénien \" (Mi 3 mi 5 au\n\" diapason moderne). 3 Ses sons étaient aigres\n1 Gevaert, id., p. 284.\n2 Id., p. 273 (Division Aristoxénienne).\n3 L' \" e, ràqyeh \" dont il sera parlé par la suite est\nun hautbois persan (Fétis, t. 2, p. 152) ; il ne mesure\nque 244 millimètres et possède cependant une échelle\ndivisée par quarts de tons qui va du\n\n1 Id., p. 300.\n2 Id., p. 300, note 3.\n3 Voir le n° de décembre."}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.110", "texte": "124\nL'ACTUALITÉ MUSICALE\n\net plaintifs. (Ath., 1. IV, p. 174 112. cf. Pollux,\n\" 1. IV, sect. 76.) \"\n\" Les Phéniciens auxquels on attribue l'in-\n\" vention de ce petit hautbois, l'appelaient\n\" \" Adonis \" du nom de certains chants mé-\n\" lancoliques sur la mort du jeune dieu tué\n\" par un sanglier. Les Athéniens du IVe siècle\n\" av. J. C. s'en servaient parfois dans leurs\n\" banquets. (Amphis et Axionicos, ap. Athen.\n\" liv. IV, p. 175, a. b.)\nNous rangerons aussi parmi les hautbois,\n1 \" aulos \" funèbre de la Phrygie, en usa«;e\n\" également chez les Cariens (Pollux, 1. IV,\n\" sect. 75.)\n1 \"Un renseignement d'Elien, recueilli par\nPoiphyre, nous apprend que les auloi phry-\ngiens avaient un diamètre plus étroit que\nceux d origine grecque. Leur timbre était\n\" en conséquence moins plein que celui des\n\" instruments à gros tuyau (bombykoi) ; les\nlittérateurs Romains le dépeignent comme\n\" terrifiant, strident, horrible. \"\nL art aulétique fut cultivé avec un grand\nsoin chez les Grecs, et l'aulète (le joueur\nd \" aulos \") l'objet d'une admiration et d'une\nconsidération très enviables ; point de funérail-\nles ni de noces d'où les aulètes fussent absents.\nLes musiciens Romains des deux premiers\nsiècles ne portèrent pas moins leur attention\nvers cette partie de l'art pratique; les \" tibiae \"\naccompagnaient au théâtre les ensembles dra-\nmatiques, les tibiae longues et graves étaient\nafFectees a l'usage du culte Romain.\nMais vers le V( siècle les \" auloi \" cessèrent\nd etre cultivés avec soin, le christianisme con-\ndamna 1 instrument auquel les païens attri-\nbuaient le pouvoir d'apaiser les dieux ; les\n\"auloi \" furent abandonnés aux musiciens po-\npulaires pour une longue suite de siècles; nous\nles retrouverons chez les Arabes et les Egyp-\ntiens sous les noms de \" zamr \" et \" zamir \". 2\n\n1 Gevaert, id., p. 288.\n2 Voir la note 2.\n\nA. Bridet.\n\nQuestions\nSociales\n\nET INTÉRÊTS PROFESSIONNELS\nLE GRACIEUX CONCOURS\nRemercions vivement tous les artistes qui\nont bien voulu répondre à notre enquête sur\ncette importante question du gracieux concours.\nIls témoignent, en écrivant, d'un esprit de\nsolidarité tout à leur honneur et aussi d'un\ncertain courage puisqu'ils osent, en toute\nfranchise, donner leur opinion et leur signa-\nture. C est d un bel et bon exemple. L'énergie,\nla décision prompte, la rectitude du caractère\nsont les premières des qualités pour un artiste...\net pour un homme.\nRendons hommage, tout d'abord, au maître\nvénéré qui nous adresse la lettre suivante, à\nM. Théodore Dubois.\nM.,\nA mon avis le \" gracieux concours \" ne devrait\njamais être sollicité par les gens du monde ni accordé\npar les artistes.\nMais comment empêcher cela ? Grève, agence,\nsyndicats, me paraissent moyens détestables, dont le\nrésultat serait finalement, et fatalement, de nuire aux\naltistes, car ce serait alors les gens du monde qui\nferaient la grève et qui auraient recours aux amateurs,\naujourd'hui très nombreux et dont beaucoup ont un\nréel talent.\nLes pauvres artistes sont souvent victimes de cette\nespèce d indiscrétion qui les poursuit, inconsciemment\nle plus souvent. Combien de maîtresses de maison\ndonnent, ainsi, chez elles, de magnifiques concerts qui\nne leur coûtent rien !\nEn somme, le \" gracieux concours \" ne devrait\nexister que d'artiste à. artiste, ou encore lorsqu'il"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.111", "texte": "L'ACTUALITÉ MUSICALE\n125\n\ns'agit d'œuvres de bienfaisance notoires. Comment le\ncombattre sous les autres formes ? Je crois que l'inter-\nvention à peu près unanime de la presse pourrait avoir\nun bon résultat si elle s'efforçait, par des arguments\nsolides, et sous une forme courtoise, de faire com-\nprendre aux gens du monde qu'ils commettent une\naction peu digne d'eux et de leur situation en récla-\nmant et en acceptant le concours d'artistes sans\nrétribution. Le comprendront-ils ? Là est la\nquestion. Ne se feront-ils pas ce raisonnement : Il est\nvrai que nous ne payons pas les artistes, mais lorsqu'ils\ndonnent des concerts, nous leur prenons des billets ?\nC'est possible et même vrai, mais combien en prennent-\nils ? Un, deux, trois. Ils vont rarement au-delà ! Il\nfaut avouer que c'est une mesquine rétribution.\nQuoi qu'il en soit, je ne vois guère d'autre moyen\nde combattre le \" gracieux concours \" que la per-\nsuasion. Tout autre serait une atteinte à la liberté\nde chacun.\nTHÉODORE DUBOIS.\nOn reconnaît, dans cette lettre, l'esprit de\ntact, de modération, de courtoisie qui caracté-\nrisent M. Th. Dubois. La \" persuasion\nest-elle suffisante pour déterminer ceux qui en\nprofitent à renoncer à leurs avantages ? C'est\nce que l'avenir montrera.\nM. Georges Sporck est très net dans sa\nréponse.\nMonsieur et cher Collègue,\nJe me fais un devoir de répondre à la question que\nvous posez : le gracieux concours doit-il être toléré,\nencouragé ou combattu ?\nEncouragé, quand, par devoir professionnel, nous\nle prêtons entre artistes, c'est-à-dire dans la grande\nfamille intellectuelle que nous formons.\nAbsolument supprimé pour toute autre cause.\nIl y a trop d'abus.\nLes artistes auront toujours à cœur de ne demander\nou d'accepter de gros cachets quand on les sollicitera\npour des œuvres de bienfaisance ; mais là, où il y\naura recette, on devra leur donner autre chose que\ncent sous pour leurs voitures et un bouquet de\ntrois francs cinquante. Les femmes, notamment, ont\ndes frais de toilette dont il faut bien tenir compte.\nPour les soirées mondaines, je suis tout aussi radical.\nLes personnes qui reçoivent devront envisager les\ndeux solutions suivantes : ou bien s'imposer une\ndépense de quelques louis de plus ; ou restreindre\nleurs frais de réception.\nN'est-il pas navrant de penser qu'après avoir\ntravaillé toute la journée, nous devions continuer le\nsoir en exécutant une partie de concert qui nous fait\ncoucher tard, nous fatigue, et ne nous rapporte que\nde l'eau bénite de cour.\nVoici, cher Monsieur, mon impression personnelle,\nqui, je le sais, est celle de beaucoup de mes confrères.\nG. SPORCK.\n•*' r ;\nCeci est net, et rempli de bon sens\nqualité plus rare qu'on ne suppose —. Si tous\nles confrères de M. Sporck sont de son avis,\nle \" gracieux concours \" sera bientôt supprimé.\nM. Roger de Beaumercy, organisateur de\nsoirées mondaines, paraît fort bien placé pour\nconnaître la question. Sa lettre est trop longue\npour être publiée intégralement ; c'est dom-\nmage, car elle est fort humoristique. En voici\nquelques passages :\n\" A mon avis, le \" gracieux concours \" doit être\ncombattu.\nL'artiste a trois ennemis : le gâcheur, Y amateur, et\nle \" tapeur de concours gracieux \".\nLe gâcheur, c'est l'artiste de métier qui se dérange à\nn'importe quel prix, celui qui va jouer une revuette\ndans une société à 100 kilomètres de Paris pour 25 fr. 5\ncelui qui ira chanter à Bondy ou à Bourg-la Reine\npour 10 fr. et ainsi de suite. J'en connais. L'amateur\nest toujours doublé d'un gâcheur et d'un artiste\nmédiocre, il se dérange pour rien, ou presque, et rend\nridicule le genre qu'il exploite. \"\nIci nous protestons. M. de Beaumercy, en\nécrivant cette phrase, a en vue un certain\ngenre de productions, mais, à notre tour nous\ndirons :je connais des \" amateurs canta-\ntrices, instrumentistes, chanteurs, bien au-\ndessus de certains professionnels, allons plus\nloin, doués d'un très réel talent et s'étant\nastreints à un très sérieux travail ce qui\nrend, pour les artistes, leur concurrence d'au-\ntant plus dangereuse.\nReprenons notre lettre.\n\" Au point de vue salon. Une maîtresse de\nmaison a toujours, plus ou moins, un professeur de\nchant ou de piano pour sa fi11e.... le concours du\nprofesseur est acquis de droit ; mais la maîtresse de\nmaison, roublarde, le prie d'amener, pour sa soirée,\nquelques camarades. Alors le professeur, pour\ngarder sa cliente, prie des amis de venir et ceux-ci\nviennent en effet, pour être agréables à leur collègue.\nLe tour est joué.\nUne autre forme de tapage c'est celle qui consiste à\ndemander votre \" gracieux concours \" en vous faisant\nvaloir qu'il y aura dans le salon en question : M. X,\nle gros banquier, M. Y, l'industriel bien connu, ou\nM. Z, le notaire, qui donnent des fêtes magnifiques\net qui vous prendront sûrement en vous donnant un\ngros cachet."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.112", "texte": "126\nL'ACTUALITÉ MUSICALE\n\nBref, pour les salons, il n'y a qu'un moyen, c'est\nde refuser.\nPour les sociétés... je répondrai que les plus chics\nde Paris sont celles qui payent le moins et elles ont\nà l'œil : la Comédie-Française, l'Opéra, l'Opéra-\nComique... comment voulez-vous que ceux qui n'ont\nqu'une demi-vedette se fassent payer ?.. Le mal vient\nd'en haut.\nLe remède ?\nPour les salons, rien à faire. On ne peut empêcher\nun artiste d'aller dans un salon ami. Pour les sociétés\nqui ont un caractère public (puisqu'on peut payer sa\nplace) il faut exiger un minimum d'un louis par\nartiste. Ce jour-là, au lieu de donner des concerts avec\n20 artistes, de 1 h. | à 6 h. ils commenceront à\n3 heures jusqu'à 5 h. avec 6 ou 7 artistes de métier,\nqui garderont la scène d'heure au lieu de dire juste\nune poésie et de s'en a11er.... Il faudrait créer un\nSyndicat des artistes Professionnels concertistes. Ce grou-\npement pourrait lutter efficacement contre les fâcheux\nen les boycottant, en clouant leur nom au pilori...\nEnfin ce syndicat ferait distribuer, à toutes les sociétés,\nla liste des amateurs moitié-professionnels qui encom-\nbrent la situation :\nM. un tel, chanteur, est un courtier en vins.\nM. un tel, humoriste (?), est un calicot.\nM. un tel, violoniste, est un fonctionnaire,\nvivant de leur métier et faisant \" l'artiste \" pour leur\nargent de poche.\nVoilà la bonne besogne à faire, etc.\nR. DE BEAUMERCY.\nCette lettre est extrêmement intéressante,\nnon seulement par elle-même, mais par l'état\nd'esprit qu'elle dénote. Nous n'en connaissons\npas personnellement l'auteur ; peut-être a-t-il\nsouffert lui-même de l'état des choses, certai-\nnement il en a vu beaucoup souffrir et,\npassionnément, il entreprend de se défendre,\nlui, et les autres. Il connaît bien la question,\nmais l'examine d'un point de vue trop parti-\nculier : celui du genre qu'il cultive ; cependant\nil est pratique, le chiffre ne l'effraie point, ni\nle détail pittoresque. Certains de nos lecteurs\ntrouveront peut-être que ces questions de\n\" gros sous \" manquent d'élégance. Qu'ils\nveuillent bien se représenter la condition\nmédiocre de beaucoup de pauvres hères qui\nont cru se vouer au \" Grand Art \" et qui\nvoient se dérouler, affreusement tristes, non\npas le collier, mais la lourde chaîne des jours ;\nceux qui sourient en scène et se demandent\ndans la coulisse, avec un serrement de cœur,\ncomment ils régleront le terme à venir ou la\nnote d'un fournisseur impayé. Il y a là de\ngrandes détresses, et loin de cultiver nos sen-\nsibilités exigeantes en nous plaignant de les\nconnaître, il faut nous pencher sur elles et\nleur tendre une fraternelle main.\nAjoutons que, comme pour nuire à sa cause,\nnotre correspondant nous dévoile inconsciem-\nment tous les désavantages du moyen qu'il\npréconise. Le syndicat s'affirme ici avec sa\ntyrannie possible. Nous \" boycotterons \" les\nfâcheux ; nous \" démolirons \" (le mot y est)\nles amateurs.... C'est l'attitude du combat, et,\npar définition, celle de l'injustice, car le com-\nbat, bien mené, c'est l'espérance de la victoire\na tout prix. \" J'aime mieux l'injustice que le\ndésordre \", disait Gœthe. Parole étonnante\nchez un tel homme et faite pour déshonorer\nune telle bouche. Il ne faut jamais aimer\nl'injustice.\nDe Mme Jane Arger, l'aimable cantatrice,\nnous recevons la lettre suivante qui fait autant\nd'honneur à la femme qu'à l'artiste :\n\" Supprimer le \" gracieux concours \" ? Je ne crois\npas que vous trouviez une solution radicale. Mais on\npeut l'endiguer peut-être. Car enfin il faut bien\navouer qu'il n'est pas toujours l'ennemi de l'artiste.\nVous avez dit si joliment le rôle des artistes dans les\nbonnes œuvres, qu'il est inutile d'ajouter un mot à\nvos lignes. Mais l'interprète a, je crois, une autre\nraison d'accepter le très onéreux \" gracieux concours \".\nC'est la joie désintéressée, irrésistible pour lui de\nprendre part à l'exécution d'une belle œuvre. Si, par\nsurcroît, cette œuvre est celle d'un auteur inconnu,\ndigne d'être secondé, (combien de jeunes musiciens ne\npourraient faire connaître leurs œuvres sans le secours\ndu \" gracieux concours \"... hélas !) l'action est plus\ndigne encore.\nMais... mais... il y a les abus.\nContre ces abus, il faut que les amateurs de musique\nnous aident eux-mêmes à réagir. Il faut que vous leur\nfassiez comprendre la grave responsabilité qu'ils assu-\nment. Lorsqu'il s'agit des cas mentionnés dans votre\nétude (concerts mondains, tasse de thé) le temps que\nle \" gracieux concours \" dérobe à l'artiste est perdu\npour l'art ; car, en outre du temps qu'il donne,\nl'artiste est entraîné à quelques dépenses obligatoires ;\nil doit regagner tout cela difficilement d'un autre côté.\nComment ? En faisant ce que les professionnels ap-\npellent avec tristesse : du métier. Car il faut vivre !\nIl me semble qu'en mettant de part et d'autre de la\nbonne volonté, artistes et amateurs de musique pour-\nraient facilement s'entendre. Un bon exemple est\nfourni actuellement par les docteurs en médecine."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.113", "texte": "M. D.\n\nL'ACTUALITÉ MUSICALE\n127\n\nTous, célèbres ou inconnus, appliquent à la société la\nmême loi d'équilibre ; dévoués également aux riches et\naux pauvres, ils demandent à ceux qui peuvent donner\net n'exigent rien de ceux qui ne possèdent rien. Les\nartistes créent la beauté pour Pâme. Pourquoi les\ninterprètes ne suivraient-ils pas tous cette voie si bien\ntracée ? Ils ne se feraient d'ennemis que parmi ceux\nqui ne comprennent pas le noble rôle joué par l'art\ndans la société.\nJANE ARGER.\nUn excellent professeur de chant, Mme\nJacquemin, nous écrit d'autre part :\n\" Que faire ? Il faudrait que tous les artistes fussent\nligués et se missent en grève. Jamais on n'arrivera à\ncela... De plus, si nous refusons tous notre \" gracieux\nconcours \", les amateurs nous remplaceront sans peine,\nil y en a de fort intéressants.\nIl y a du vrai dans cette dernière phrase.\nPour finir, l'avis, très pratique et très net,\nde Mlle Delhez, la gracieuse cantatrice qui\norganise les séances du Lyceum Club :\n\" Dans tous les cas, les frais de voiture et de dé-\nplacement exigés par les répétitions, de même que\nl'accompagnateur (pour les chanteurs, violonistes, etc.)\ndevraient être remboursés. Même dans les concerts de\nbienfaisance une redevance doit être allouée aux\nartistes. Sans eux, il n'y aurait pas de concert possible...\nIl faudrait s'entendre ; nous pourrions nous syndiquer.\nLes pianistes-accompagnateurs se sont syndiqués ; je\nne crois pas que cela leur ait nui...\nLes choses de luxe s'apprécient seulement lorsqu'elles\ncoûtent cher, et, en discréditant la musique, nous\nnous tuons nous-mêmes.\nCette philosophique réflexion devrait être\ninscrite en lettres d'or dans toutes les salles de\nconcert et méditée longuement par tous les\nauditeurs.... et les exécutants. Elle comporte\ndes sens nombreux, divers, et fort attachants.\n*\n* *\nNous donnerons dans le prochain numéro\nles lettres de Mrs Mulet, Schmoll, Godebski,\nLebome, Weiller ; de Mmes Delage-Prat,\nCarissan, compositrices ; Caillé, etc.\nM. DAUBRESSE.\nFAITS SOCIAUX\nTHEATRE. Un groupe d'artistes lyriques va\ndonner, à Liège, une série d'opéras-comiques du\nXVIIIe et du début du XIXe siècles. A Berlin on\nse sert du gramophone pour imiter les murmures de la\nfoule dans le Forum ; à Londres pour \" la musique\ndans l'éloignement \" ; à Moscou pour les plaintes et\nles cris des enfants dans un drame de Gorki. A\nNew-York, depuis le mois de janvier 1910, première\nsaison d'opéra par la téléphonie sans fil, porte à\n100 kilom. A Calcutta, à une représentation du\nRoi Cadore, les artistes portaient tous de vrais bijoux :\nla chanteuse avait une tiare de diamants et de rubis,\nun collier de brillants, un bracelet de saphirs. Le total\nmontait à 10 millions. Si non e <vere. A Munich,\nfondation d'un Opéra populaire. A Buenos-Ayres,\nune nouvelle société, La Teatrale, va truster les\nthéâtres sud-américains, elle forme aussi une troupe\nd'opérettes. A Alexandrie une troupe française\nd'opéra comique s'installe à l'Alhambra et une troupe\nitalienne au Petit-Théâtre. Depuis la Noël les\nthéâtres de Londres n'ont pas représenté moins de\ncinq pièces pour enfants, jouées par des enfants.\nAu Lyceum, à Londres, dans la pantomine Aladin\nle principal tableau est un parc d'aviation avec aéro-\nplanes de modèle réduit.\nCONCERT. A New-York, Mr. Harding a joué\ndu piano pendant 36 heures 32 minutes. C'est le\nrecord. Une société musicale indienne, sous la\nconduite d'un chef indien, fera une tournée européenne\ndu 15 juin au 15 septembre. M11(' Pilar Osorio est\nune pianiste espagnole de 3 ans qui joue les morceaux\nles plus difficiles (!) sur un petit piano à son usage.\nA Bruxelles, lors de la future exposition, audition\nd'une Cantate avec 1400 exécutants.\nMOUVEMENT SOCIAL. Les machinistes de l'Opéra\net de la Hofburg (Vienne) se mettent en grève,\ndemandent une augmentaticn de salaire et la recon-\nnaissance de leur syndicat. A Trieste le conseil\ncommunal refuse la subvention annuelle de 40.000\ncouronnes. Il n'y aura que quelques représentations\npopulaires. A Biella, on donnait Ernani ; les\n•artistes qui n'étaient pas payés, refusent d'entrer en\nscène ; le directeur s'étant absenté avec la recette, cris,\ntumulte. On menace les malheureux de prison. Ils\njouent et le lendemain décampent.— Les choristes de\nBudapesth sollicitent une augmentation ; la direction\nles licencie, ils rentrent sans avoir rien gagné. A\nKiel, de jeunes enfants, engagés pour jouer Cendrillon\net non payés, se mettent en grève. On fait venir des\nbonbons, la grève échoue. A Budapesth le directeur\nde la police exige des artistes de Music-hall un\nbrevet de capacité (!) et des tenanciers de bars, au\nthéâtre, un brevet de moralité (!!)."}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.114", "texte": "DÉSIREZ-VOUS CONNAITRE L'ADRESSE\nd'une Maison donnant en LECTURE non seulement de la\n\\ I usique Française\nMAIS ÉGALEMENT ET SURTOUT\nfïr\nToute la Musique Etrangère\n\\ . J\n-\nET MÊME DES\nPartitions d'Orchestre ?\nADRESSEZ-VOUS A\nM. 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En somme il use exception-\nnellement des valeurs musicales. Il se sert plus\nfréquemment des procédés expressifs, obligé de\ncompter avec un public des négociants qu'il\nfallait distraire et émouvoir : il emploie les\nsixtes mineures pour les implorations, les tons\nchromatiques exaspérés pour rajeunir les\nthèmes et les chorals usuels, les interruptions\naux effets dramatiques et enfin la mélodie\nample qui, venue d'ltalie, apparaît en Alle-\nmagne et va se développer. Elle surgit à\nl'époque du Piétisme, mouvement pieux des\nLuthériens autour des souffrances de Jésus.\nB. a pris part sinon au Piétisme ennemi des\narts, du moins à l'esprit piétiste avant sa\nlettre, nourri de textes pathétiques d'origine\ncatholique. B. le reflète. Il remplit vraiment\npar là sa fonction sociale du musicien qui sert\nde lien entre ses contemporains de mêmes\ntendances.\ni 6 et 22 Février : M. de la Laurencie\ntraite du ballet de cour où la poésie et la\nmusique se combinent avec la danse qui\ndomine. Ce genre comprend des entrée, des\nrécits chantés surtout explicatifs et des danses.\nL'origine du ballet, il faut la chercher non\nseulement d.ins le ballet italien, mais dans nos\ntournois et nos mascarades accompagnés de\nmusique. Sa poétique, comme il tend seule-\nment à distraire, n'est pas rigoureuse. On\nmet en scène des entités métaphysiques ou\nbien des actions romanesques. L'opéra est sorti\nde là. M. de la Laurencie donne la biblioera-\nphie des principaux ouvrages concernant le\nballet : traités, livrets, relations de l'époque,\nétudes modernes. La vogue de ce spectacle\nfut très grande. Poètes et renom et grands\nseigneurs s'en occupèrent. La musique com-\nprend de courtes symphonies et des entrées.\nElle est généralement composée en collabora-\ntion. Elle est froide et monotone, mais elle\nprend de plus en plus d'importance. M. de la\nL. indique les éléments qui rehaussaient l'ac-\ntion: les actualités, l'exotisme, les bouffonneries\nsurtout au début et enfin les décors, les ma-\nchines et la mise en scène qui, sommaire au\nXVIe siècle se perfectionna. C'est surtout dans\nla danse qu'on doit chercher le caractère\nexpressif. Dans la musique qui raccompagné,\nil y a des essais de description et aussi de psy-\nchologie. M. de la L. nous indique la compo-\nsition de l'orchestre. Les musiciens se trouvent\n■«v •\nsouvent en scène, costumés, soit pour accom-\npagner les personnages, soit sur les machinés,\ndans les décors. Le chant comprend des récits\npurement explicatifs ou bien dramatiques, des\ndialogues toujours symétriques et des chœurs\nà deux ou trois voix. De vrais finals d'Opéra\nterminaient chaque partie. En terminant, M. de\nla L. mentionne un élément assez fréquent :\nl'air à boire, qui émigrera dans l'Opéra.\nA la fin de la deuxième conférence, accom-\npagnés par M. Wagner, M. Sautelet et Mli(\"\nBonnard chantèrent divers airs ou dialogues\navec infiniment de goût.\n—Je suis obligé de parler très brièvement,—\net je le regrette beaucoup —, des quatre der-\nniers concerts donnés par M. Expert. Comme\nles deux premiers, ils ont été d'un très grand\nintérêt en nous révélant bien des œuvres in-\njustement oubliées. Les maîtres grands ou petits\nitaliens ou français, du XVIIe et du XVIIIe\nsiècles nous sont maintenant plus familiers et\nnotre reconnaissance pour M. Expert en est\ngrande.\nO"}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.116", "texte": "LEO OLSCHKI\nIJI\nj\nS\n;iq\n&\"\nFLORENCE Lungarno Acciaioli 4.\nLIBRAIRIE ANCIENNE\n#1\nfl\nfl\n• \\\n\\ \\\nO\nA\n$\n$\nA\ng\nT>\n»\n*\n□\nïlL*\nf#\nHt\n> i\nyg—\nPulci (Luigi), DriaJes d'amore s a.\nCatalogues de Musique ancienne Rarissime\nManuscrits, Tablatures, Antiphonaires\nHymnologie, Chansons.\nBIBLÎOFÎLIA, revue mensuelle, illustrée et connue dans\nle monde entier des bibliophiles. (Un an 30 fr.)"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.117", "texte": "L'ACTUALITÉ MUSICALE\n131\n\nLES GRANDES ÉPOQUES DE LA\nMUSIQUE\n. t\nSous ce titre, M. Landormy et MllePironnay\nont entrepris, il y a deux ans, une œuvre très\nutile : sans tomber dans le banal cours mon-\ndain, apprendre à un publie désireux, de s'in-\nstruire ce qu'est la véritable musique. Cette\nannée, M. Landormy, appuyant ses leçons\nd'exemples nombreux et caractéristiques, a\nparlé de la musique instrumentale. Il en a\nretracé dans ses grandes lignes, l'origine dans\nl'antiquité, ensuite au Moyen Age et pendant\nla Renaissance, en Angleterre, en Italie et en\nFrance puis il en Allemagne. Il nous a\nmontré le développement de l'art religieux à\nl'église, et celui de l'art profane grâce aux\nminnesinger et aux meistersinger, puis la trans-\nformation qu'amène la Réforme. Il fut ensuite\nquestion des grands précurseurs, Schûtz, Swe-\nlinck, Buxtehude, Kuhnau et des Italiens\nvenus dans les cours allemandes.\nA. Bach furent consacrées deux conférences\noù M. Landormy étudia la structure et le\nstyle des cantates, notamment leur significa-\ntion symbolique, puis la technique du maître,\nses modifications concernant l'étude du clave-\ncin et enfin l'emploi qu'il fit de la fugue et du\nchoral. Haendel fut l'objet d'une autre leçon\noù furent retracées les péripéties d'une existence\ncourageuse et mouvementée. A propos d'\nHaydn, M. Landormy montra la transforma-\ntion qui s'accomplit dans l'art classique. Il fit\nrevivre pour nous le maître viennois, musicien\nvalet, brave homme sans passions dont le\nrôle fut des plus utiles, car il contribua à créer\nla sonate et la Symphonie.\nGABRIEL ROUCHES.\nUNIVERSITÉ DE GRENOBLE.\nCours d'histoire de la musique, professé à\nl'lnstitut Français de Florence, .annexe de la\nFaculté des Lettres de l'Université de Gre-\nnoble, par M. Paul-Marie Masson.\nUArt musical dans l'histoire de la civilisation\neuropéenne. Introduction à l'étude de la musique\neuropéenne.\nDans le cours de cette année, M. Paul-\nMarie Masson s'attache surtout à montrer\nl'importance de l'histoire de la musique pour\nl'étude des questions d'histoire générale, et\ninversement, la nécessité de faire appel à l'his-j\ntoire générale pour expliquer l'évolution de\nl'histoire de la musique. M. Masson étudie les\ngrandes époques de la musique, depuis l'anti-\nquité gréco-latine jusqu'à la période contem-\nporaine, au point de vue de leurs rapports avec\nles divers courants de pensée et de civilisation,\navec la littérature et les arts plastiques, avec\nles grandes transformations politiques ou so-\nciales. L'enrichissement progressif de la tech-,\nnique et les principaux caractères des différentes\nmodes musicales sont mis en lumière à l'aide\nde quelques textes choisis, analysés au piano..\nC'est là surtout, comme le titre l'indique, un\ncours d'introduction, destiné à familiariser les\nétudiants français et italiens avec cet ordre de\nquestions, encore nouveau pour eux. M. Mas-\nson commencera dès l'année prochaine, l'étude\ndétaillée de la musique française. L'empresse-\nment avec lequel le nouveau cours est suivi\npar les étudiants français, par le public florentin\net par la colonie étrangère fait bien augurer de\nl'avenir de la section d'histoire musicale orga-\nnisée à l'lnstitut français de Florence par\nM. Paul-Marie Masson sous la haute direction\nde M. Romain Rolland.\nt\nFACULTÉ DE THÉOLOGIE PROTESTANTS.\nM. JEAN LEMONNiER, professeur à la\nfaculté, a donne les 17 février et 3 mars deux\nconférences sur l'histoire du Choral Luthérien\nque nous citerons pour l'audition musicale\ntrès bien comprise qui les accompagna. (Cho-\nrals de Bach, de Goudimel, et anonymes).\nINSTITUT GÉNÉRAL PSCHYGOLOGIQUE.\nNotre collègue M. A. de Bertha a très judi-\ncieusement caractérisé en une conférence la\npsychologie des I ziganes, et fait entendre au\npiano quelques pièces de leur musique."}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.118", "texte": "0. BOUWENS VAN DER BOIJEN & C\nEDITEURS\n6, Square de l'Opér\nt.* 5\n1\ny. ) ■ ■\nIfll\nMORCEAUX POUR PIANO\nPIANO A 2 MAINS\nO. BOUWENS VAN DER BOIJEN\nEtude en sol bémol majeur net 2 fr.\nFantaisie en ut mineur 6 fr.\n(réduction de l'orchestre pour un 2e piano.)\nFeuillets d'Album 3 fr.\nImpromptu 2 fr.\nTrois Bagatelles . 3 fr.\nUn soir. 2 fr.\nWALTER BRAUNFELS\nDeux pièces d'orgue de J.-S. BACH (tr. p. piano) net sf-5f-5sd-5mk\nJACQUES LARMANJAT\nValse-Impromptu net 2 fr.\nCHARLES MALHERBE\nEn Route (pas redoublé) net 2f-2sd-2mk\nScherzetto net 2 fr.\nANDRÉ POLLONNAIS\nFileuse net 2 fr.\nIris (Valse) 2 fr.\nPavane 2 fr.\nSuite Romanesq.ue 8 fr.\nJOSEPH SZULC\nValse de Cynthia (du ballet \" Une Nuit d'lspahan \") net 2f-2s<l-2~lk\nHENRI WELSCH\nSoir sur l'eau net 2 fr*\nPIANO A 4 MAINS\nO. BOUWENS VAN DER BOIJEN\nPrélude en fa mineur net 3 fr.\nCHARLES MALHERBE\nEn Route (pas redoublé) net sf-5f-5sd-5nik\nPAUL LADMIRAULT\nRhapsodie Gaélique (en 6 parties) net Bf-8f-8sd-8mk\nLaLUfWBB—\nC2fif"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.119", "texte": "L'ACTUALITÉ MUSICALE\n133\n\nL'Édition\nMusicale\nJ. E.\nNous avons reçu \" Calme Lunaire1\" de\nM. Stan Golestan, (pour chant, piano et flûte),\net les \" Adieux (f un Page (pour chant), de\nla Baronne de Kabath. 2 Nous avons été quel-\nque peu intrigués en voyant arriver de Buenos-\nAires un petit recueil intitulé \" Tabarè 3 \"\ncontenant onze Mélodies, Duos et Trios pour\nvoix de femmes. En ouvrant le volume, autre\nsurprise sur ces poèmes espagnols de Zorilla\nde San Martin, M. Broqua a écrit de la\nmusique française : française par les qualités\ncomme par les défauts : discrétion parfaite,\nsens des demi-teintes, incertitude perpé-\ntuelle de la mesure et du contour ; çà et là,\nquelques souvenirs opiniâtres de la Bonne\nChanson ; et à peine, de temps à autres,\nquelques singulières formules rythmiques, qui\nse faufilent et font une petite tache d'exotisme\ntout à fait savoureuse.\nLa Sonate piano et violon de M. Stan Go'e-\nstan 1 est évidemment une œuvre de jeunesse.\nElle sera toutefois lue avec le plus grand\nplaisir par tous ceux que déroute notre\nmusique ultra-moderne ; ils y trouveront a\ndéfaut d'un coloris bien vif ou d'un lyrisme\nbien intense, une grande facilité mélodique,\nde la bonne foi, et même de l'enthousiasme,\nchose rare aujourd'hui.\nM. Richard Buchmayer édite une Cantate\nde Georg Bohm : 4 \"Mein Freund ist mein \",\npour quatre Solistes et pour Chœur, avec\naccompagnement réduit au piano. Malgré\nquelque monotonie due à la répétition con-\nstante des mêmes paroles et du même thème,\ntoute l'œuvre, saine et forte, peut rivaliser .\navec les productions analogues de Haendel ou\nde Bach, dont elle est contemporaine.\nM. Shapleigh représente l'Ecole américaine,\npresque totalement inconnue en France :\nnous avons ici sous les yeux trois Suites d'Or-\nchestre : Mirages, Ramayana, et Gur AmirA\nIl faudrait entendre ces œuvres pour pouvoir\nles juger équitablement. Quand donc aurons-\nnous une séance de musique américaine ?\nV. P.\nNotre collègue CHARLES BOUVET1 continue\navec la patience qui convient à la musicologie\nsa publication de textes. Après s'être attaqué\nà Leclair et avoir payé son tribut à Bach, il a\nrestitué très heureusement quelques œuvres\nbien injustement oubliées des deux vieux\nCouperin, le Sieur de Crouilly et Louis\nCouperin. Puis il est passé en Espagne avec\nun air de délia Torre (XVe siècle) et avec ce\nmystérieux Pierre Bucquet, Français égaré à\nMadrid. Voici enfin que cette collection arrive\nà l'Allemagne italianisante avec deux Sonates\nde Gluck et à l'ltalie proprement dite, avec un\nconcerto de Vivaldi pour quatre violons, l'un\nde ceux que Bach se plut à transformer pour\ninstruments à clavier.\nM. Bouvet, en se vouant à cette tâche de\nfaire admirer et surtout goûter les belles\nœuvres des anciens s'est mis à la tête d'une\nentreprise extrêmement délicate et qui réclame\nà la fois un artiste, un érudit, un connaisseur\ndu public et même un capitaliste. Car il\ns'agit de rendre accessible au goût moderne\ndes amateurs des ouvrages écrits il y a plusieurs\nsiècles, et toutefois sans que ces ouvrages per-\ndent rien de ce qui les fit jadis admirer. Tout\nen ayant l'air de travailler pour le public,\nil faut en réalité faire son éducation, et sans\nêtre pédant, se défendre contre la critique.\nLa collection Bouvet fait peu à peu son\nchemin dans le monde ; elle a déjà rendu de\ngrands services à la cause de l'art ancien.\n1 chez Gallet.\n2 chez Fœtisch à Lausanne.\n3 chez Medina et Higo à Buenos-Aires.\n1 chez Breitkopf et Hârtel. 2 chez Demets."}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100315-01.1.120", "texte": "Concerts annoncés pour la seconde quinzaine\n=cie Mars\nSALLE ERAKD\n16.\n17-\n18.\n19.\n20.\n21.\n22.\n23.\n24.\nM. PHILIPP ....\nMme BEA\nMme ALEM-CHENE\nM. GOLDSCHMIDT.\nMme CHENE .\nM. SAUER .\nMme LEROY-DETOURNELLE\nMme CHENE .\nMiss GRACE EHRLICH .\n. !\nPiano\nAudition d'Elèves\nPiano\ndo.\nMatinée d'Elèves\nPiano\ndo.\nAudition d'Elèves\nPiano\nSALLES GAVEAU\nSalle des Quatuors\n16. 2e Concert de Mademoiselle S. Pecheron.\n17. Audition des élèves de Mademoiselle Roger\n22. Concert donné par M. Edouard Bernard .\n22. Concert de MM. Van Isterdael et de Vogel\nGrande Salle des Concerts.\n17. 2e Coucert des Frères Kellaert .....\nRépétition publique de la Schola Cantorum\nConcert de la Schola Cantorum. ....\nConcert Lamoureux .......\nConcert de la Schola Cantorum. .\nConcert Lamoureux ...... i\nConcert du Cercle Militaire . . . • .\n18.\n19.\n20.\n23-\n25«\n29.\nmatinée\nmatinée\nmatinée\nsoiree\nsoirée\nmatinée\nsoirée\nsoirée\nsoirée\nsoireé\nsoirée\nSALLES PLEYEL\nGrande Salle\n16. Mme Roger Miclos Battaille (Fest. Chopin) ...... matinée\n16. Le quatuor Lejeune (4111 e séance) ........ soirée\n17. Mme J. Mortier (lère séance) ......... soirée\n18. Audition de Harpe Chromatique ........ matinée\n18. La Société Nationale de Musique (5111 e séance) ..... soirée\n19. Mademoiselle A. Bailet .......... soirée\n20. Mademoiselle Toulouse (Elèves) ........ matinée\n21. Mr. Waël-Munk ........... soirée\n22. Le Trio Devade Chrétien (2e séance) ....... soirée\n23. Mme J. Mortier (2e séance) ......... soirée\nSalle des Quatuors\n16. Mme Chassein-Hertzog .......... soirée\n17. Mademoiselle Hortense Parent (Elèves) ....... matinée\n20. Mademoiselle Hortense Parent (Elèves) ....... matinée\n22. Les Auditions Modernes .......... soirée"}]}