{"numero_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_sha256": "0019eb0b495a99ddcdec320d4aa87313d3d065491d10174d512a858fb036cc55", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1910/06/15_01/bmtnabh_1910-06-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1910/06/15_01/bmtnabh_1910-06-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.2", "titre_corps": "BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE.", "titre_sommaire": "BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.1", "debut_caractere": 414, "fin_caractere_exclue": 862, "texte": "BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE.\nFestival de mimique Française à SXCunich. — du {Bureau.\nTOMBEAU SUR LA MORT DU ROI D'ANGLETERRE, par Mercure,\nLE DOGME EN MUSIQUE, par J. E. 4 UN THÈME DE HAENDEL CHEZ BEETHOVEN, par\nJ. Tiersot. £ LE THÉORBE COMME INSTRUMENT D'ACCOMPAGNEMENT, par H Quittard\nUN CROQUIS DE J.-B. WECKERLIN. * LE MOIS à Paris, par Gaston Carraud. Lettre de Rome,\nLettre de Hongrie. # LES LIVRES. # L'ACTUALITÉ."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c003", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 6, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.3", "titre_corps": "NOS FESTIVALS DE MUSIQUE FRANÇAISE A MUNICH", "titre_sommaire": "NOS FESTIVALS DE MUSIQUE FRANÇAISE A MUNICH", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.6", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1793, "texte": "NOS FESTIVALS DE MUSIQUE FRANÇAISE\nA MUNICH\nV Exposition d'Art Oriental qui aura\ngrandes manifestations musicales telles que Fê\nRichard Strauss, Première audition de la huitiè Mahler,\nId Exposition de Munich a eu Vheureuse idée de clore ces Fêtes par un grand\nFestival réservé a la musique française. File s'est adressée h notre Société pour lui\ndemander son patronage, son appui moral et financier. Nous avons considéré qu'il était de\nnotre devoir de répondre à cet appel et de ne rien négliger en vue de la réussite d'un\nprojet dont la réalisation constituerait un éclatant\nconséquence, nous avons prié notre Directeur- M. Gustave Brety de se rendre a\nMunich afin de s'entourer, sur place, de tous les renseignements relatifs à Vétude de ce\nprojet.\nM. Bret, à son retour, a soumis à la Commission d'organisation d'abord, au Conseil\nd'Administration un rapport détaillé^\nété d'accord avec le Comité de VExposition\nLa Société Française des Amis de la M\nfinancier à l'Exposition de Munich pour l'organisation de 3 concerts d'orchestre et\nchoeurs, et de 2 concerts de musique de chambre qui auront lieu les 18, 19 et 20\nseptembre 1910. Les programmes, minutieusement étudiés de façon à n'offrir que des\nœuvres consacrées, comprennent: les Béatitudes de César Franck, une Symphonie de\nSaint-Saëns et une de Vincent d'lndy, le Requiem de Fauré, diverses œuvres de\nChausson, Debussy, Dukasy Lalo et JVidor. Dès maintenant, nous sommes heureux\nd'annoncer en attendant de nouvelles acceptations que MM. Saint-Saëns et\nGabriel Fauré dirigeront eux-mêmes leurs œuvres, ainsi que M. Widor qui, de plus,\ns est spontanément offert pour tenir l'orgue dans la Symphonie de Saint-Saëns.\nLe Comité de l'Exposition et la ville de Munich s'engagent de leur côté à nous\naider dans la plus large mesure à donner a"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.7", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1772, "texte": "nous n avons pas a souligner V importance — tout /'éclat quelle mérite. Ils se chargent\ngracieusement des détails de Vorganisation matérielle. Par leurs soins, ce festival sera\nentouré de fêtes diverses telles que représentations au Residenz-Theater et Hoftheater,\nsous la direction de Mottl, (Béatrice et Bénédict et Benvenuto Cellini de Berlioz),\nreprésentation de gala d'un opéra de Wagner\nPour la réalisation de ce projet, un fonds 40.000\nsouscrit par notre Société.\nNous publierons ultérieurement tous les détails de cette organisation, ainsi que les\ncomités d'honneur français et allemands formés spécialement en vue de ce projet consi-\ndérable. Nous indiquerons enfin a tous nos mem\nceux qui voudraient prendre part à ces fêtes e\ndes maintenant nous faire parvenir leur adhésion\n*\n%\nÉLECTION D\nDans sa Séance duIer Iuiny notre Conseild'Administration\na procédé a Pélection de son Bureau. ISA. Henry Roujon, trop absorbé par ses hautes\nfonctions et ses occupations personnelles pour nous consacrer tout le temps que nécessiterait\nnotre Société en plein développement, ayant cru, à notre vif regret, devoir nous prier de\nne pas le maintenir à la présidence de notre Société, celle-ci a été offerte à M. le Comte\nGaston Chandon de Briailles qui cédant au v d'administration\nbien voulu l'accepter. M. Gustave Berly Vun des membres de notre Conseil a été nommé\nvice-président en remplacement du Comte Gaston Chandon de Briailles. M. I. Pasquier a\nété nommé membre et secrétaire du Conseil d'A\nsera soumis à P agrément de la prochaine Assemb\n*\n*\nMONUMENT\nNous sommes heureux d'ajouter aux souscriptions qui nous avions déjà reçues pour le\nmonument Wagner a Vénise celles de :\nM. Camille Chevillard. . 50 fr. ISA. Max Rikoff. . . . 50 fr."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c004", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 8, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.4", "titre_corps": "Avantages réservés aux membres de la Société Française des Amis de la Musique.", "titre_sommaire": "Avantages réservés aux membres de la Société Française des Amis de la Musique.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.8", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1970, "texte": "Avantages réservés aux membres de la Société Française des\nAmis de la Musique.\nLes avantages permanents que nous avons obt\nporter a la connaissance de tous nos membres, sont les suivants :\ni° La revue musicale S. I. M. (Bulletin français de la Section de Paris de la Société\ninternationale de Musique) est envoyée régulièrement a titre gratuit à tous les Amis.\n2° Sur la présentation de leur carte, les Amis bénéficieront d'une réduction de 10 °/0 sur\nles ouvrages absolument nets.\nChez MM. Bouwens van der Boijen et Cie, 6, Square de l'Opéra.\nChez M. Demets, 2, rue de Louvois ;\nChez M. Max Eschig, 3, rue Laffitte ;\nChez M. M. Gaveau, 45, rue La Boëtie.\nChez M. Marcel Jumade, 69, rue Condorcet ;\nChez M. Z. Mathot, 11, rue Bergère ;\nChez MM. Rouart, Lerolle et Cie, 18, boulevard de Strasbourg.\nChez M. Alcan, 103, boulevard Saint Germain, 10 °/0 sur les volumes de la collection\ndes Maîtres de la Musique.\nChez M. Delaplane, 48, rue Monsieur le Prince, 10 °/0 sur F Histoire de la Musique\nde M. Landormy.\nChez M. Fischbacher et C'e, 33, rue de Seine, 10 °/0 sur les ouvrages de leur librairie.\nChez M. H. Laurens, 6, rue de Tournon, 10 °/0 sur es volumes de la collection des\nMusiciens célèbres.\nChez MM. Grus et Cie, Place St-Augustin.\nLa liste de tous les Amis de la Musique\nprovince n'auront qu à adresser directement leurs com\nleur envoyer dès maintenant le Catalogue d'ouvrages\nQuelques erreurs se sont produites au sujet de ces réductions chez plusieurs éditeurs, nous prions\ninstamment nos membres de ne pas hésiter à nous envoyer directement les réclamations qu'ils auraient\nlieu de formuler à ce sujet.\nA /'Ecole des Hautes Etudes sociales, 3, rue de la Sorbonne, 50 °/ sur les\ndroits d'inscription a toutes les sections.\n30 Nos amis, de Paris et de province, peuvent s adresser à la Société pour tous\nrenseignements, avis et indications dont ils auraient besoin, et que nous nous ferons toujours\nun plaisir de leur communiquer gratuitement."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c005", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 9, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.5", "titre_corps": "PAR MERCURE", "titre_sommaire": "PAR MERCURE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 896, "texte": "PAR MERCURE\nComme presque tous les luthistes du XVIIe siècle, Mercure est inconnu\naux biographes. Un Mercure d'Orléans (Aureliensis) figure dans les\nanthologies de Bésard (1603) et de Fuhrmann (1615). Ce n'est pas lui,\nsans doute, 1 auteur de ce Tombeau, mais bien plutôt l'artiste qui entra au\nservice du roi d'Angleterre, à la mort de John Dowland en 1641 et céda\nlui-meme la place a Stephen Nau, en 1660. Les états du Reccord\nOffice le nomment Monsieur Mercure, indiquant ainsi son origine française.\nLa pièce suivante est extraite d'un mss. de tablature de luth de la\nbibliothèque de Rostock, où se rencontrent les plus fameux luthistes\nfrançais de l'école de 1630. On peut donc croire que cette oraison\nfunèbre a été composée après la mort du roi Charles I. La musicologie\nfrançaise tient à honneur de s'associer par ce souvenir au deuil qui vient\nde frapper si douloureusement l'Angleterre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c008", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 11, "image_fin": 20, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.6", "titre_corps": "LE DOGME EN MUSIQUE", "titre_sommaire": "LE DOGME EN MUSIQUE", "signature_source": "J. Ecorcheville", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1843, "texte": "LE DOGME EN MUSIQUE\nA PROPOS D'UN LIVRE RÉCENT\n\n1\n\" Ceci est un livre -plein d* inconscientes insultes, que les\ninsultés ne pardonneront jamais à son auteur\nAinsi s'exprime M. J. Huré, en un livre qui vient de paraître.\nM. Huré se vante. Il n'est pas si méchant qu'il voudrait s'en donner l'air.\nIl me paraît au contraire qu'il appartient à la famille de ces âmes droites\nque l'injustice révolte, mais chez qui l'injure est un aspect de la timidité.\nQuoiqu'il en soit du reste, seule importe ici la question posée par les\n460 pages de cet volume.\nIl s'agit du dogmatisme, qui s'est établi depuis toujours dans notre\nenseignement de la musique, et que M. Huré voudrait en expulser une\nbonne fois.\nLa tentative est séduisante, par ces temps de libre pensée. Et certes\nle dogme a ses défauts ! Il faut se hâter de reconnaître la faiblesse\nhumaine dans l'exercice de cette faculté dogmatique. Le dogme pèse, et\nempêtre souvent les meilleures volontés. Il est commode, mais fâcheux, et\nressemble à ces nodosités qui, dans la vieillesse, gênent la liberté de nos\nmouvements. L'humanité soumet de temps à autre les croyances de ce\ngenre à de vigoureux traitements, qui peuvent aller nous en voyons\nla preuve—jusqu'à l'insulte directe. La violence, l'amertume, l'ironie sont\nici d'utiles pratiques d'assouplissement. Le dogme ainsi malmené change\nde forme. Mais le dogmatisme 11e s'en porte pas plus mal.\nEt pourquoi n'aurait-il pas droit à l'existence, comme tout autre\nproduit de l'âme humaine ? Si l'homme se plaît à accepter des idées\ngénérales sans contrôle, c'est qu'il y trouve son avantage, et que les\ndogmes ont aussi leur bon côté. Toutes les espèces de la certitude psycho-\nlogique depuis l'aphorisme jusqu'au principe, s'inspirent d'une même\n\n1 Jean Huré. Dogmes Musicaux. Edition du \" Monde Musicale(Paris 1910 in i2°de 460 pp. Fr. 3,50.)"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.12", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2141, "texte": "nécessité de s'en rapporter à quelque chose. Et, particulièrement en musi-\nque où l'élève veut arriver rapidement à un résultat, la confiance est\nl'habitude, la méfiance est l'exception. Les dogmes et leurs congénères de\nla pensée nous protègent contre l'incertitude d'une vie intérieure, où tout\nserait sans cesse à recommencer. Ils nous pçrmettent de tirer parti de\nl'effort accompli et expérimenté par quelques-uns.\nCe que l'humanité attend du dogme, M. Huré l'a reconnu lui-même\nlorsqu'il s'est écrié, avec sa naturelle malignité : \" Les dogmes interdisent\naux individus dépourvus de sens esthétique, la production d'œuvres assez laides\net maladroites pour que tout être sensible en soit aussitôt impressionné désagréa-\nblement... '\"Par cet enseignement... F homme Autrement dit,\nle dogme transporte à tous ceux qui veulent s'en servir les énergies\naccumulées par les mieux doués d'entre nous. Ce n'est déjà pas si mal, et\nvraiment l'homme ne serait qu'une bête s'il refusait, pour plaire à\nM. Huré, de tirer parti d'une ressource que lui offre si généreusement sa\npropre nature.\nLe philosophe, et surtout le savant auquel suffit la vérité, ne criera\ndonc jamais \" A bas les dogmes ! \" Il reconnaîtra simplement que\nl'homme est un être qui dogmatise par nature et par intérêt, et il s'en\ntiendra à la recherche des causes et des effets.\nMais le moraliste va plus loin ; et M. Huré est moraliste, bien\nplutôt que scientiste. Cela veut dire qu'il a souci de ce qui devrait être,\nbeaucoup plus que de ce qui est. Le dogme est malfaisant à ses yeux ;\nnous ne changerons rien à cette opinion (qui, entre nous, me paraît\nfortement frottée de dogmatisme). Suivons-le donc dans la voie du\nbien et du mal, et apprêtons-nous à recevoir des coups. La critique\nmusicale aime assez ce genre de sport.\nLe problème se pose ainsi : Avons-nous les moyens d'éliminer de\nnotre pédagogie musicale les a priori qui résistent à une démonstration\nexpérimentale ?\nM. Huré le croit et l'intérêt de son livre repose sur cette croyance.\nPour mettre le dogme en fuite, il compte sur deux méthodes : la méthode\nscientifique, et la méthode sentimentale."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.13", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2524, "texte": "La première consiste à élever le dogme à la dignité d'une LOI NATU-\nRELLE. Vous prenez dans l'arsenal des affirmations catégoriques de nos\nprofesseurs une opinion quelconque ; vous lui imposez l'épreuve d'une\nrigoureuse vérification. Si cette expérience réussit le dogme a force de\nloi, et du même coup il cesse d'être dogme.\nLa seconde manière suit la route inverse. Elle ramène le dogme aux\ncauses qui l'ont provoqué, le rattache aux phénomènes historiques qui\nl'expliquent, le montre tout fraîchement éclos de la spontanéité des goûts.\nAinsi humanisé^le dogme perd sa valeur objective, son prestige acquis, sa\nforce dogmatique, et, s'il résiste à toute explication plausible, il se place,\npar là même, au rang des chimères inutiles.\nM. Huré connaît ces deux méthodes et avec la vivacité de son\nesprit les mêle souvent de telle sorte que le lecteur en est dérouté. Tantôt\nil impose au dogme la comparaison de la pratique des grands musiciens\net cette vérification, présentée de certaine façon, tourne, comme il con-\nvient, à la confusion du dogme. Ou bien encore il dévoile les humbles\norigines d'un dogme arrogant, et fait tomber ses prétentions. Je regrette\nde ne pouvoir citer ici des chapitres vivants, hardis, perspicaces et qui\nferont certainement le succès de l'ouvrage.\nMais où allons-nous ainsi ? A la 460e page du livre, je le vois bien.\nEt après ? Une fois le volume fermé, nous restons sur une impression\ndissonnante. Nous sommes irrités mais pas convaincus. Pourquoi ? Parce-\nque nous sentons bien que ces procédés, où triomphe l'ardeur d'une belle\nlogique, n'ont pas résolu le problème. Ou plutôt ils l'ont orienté contre\nl'art lui-même, qu'il s'agissait de protéger. Les dogmes sont morts, je le\nveux bien, mais l'enseignement artistique est privé de ses moyens, expulsé\nde chez lui, dessaisi par l'autorité de juges qu'il ne connaît pas et ne\nreconnait pas.\nSi, en effet, nous remplaçons les dogmes musicaux par des Lois\nNaturelles, nous faisons de la musique une science exacte. Si nous leur\nopposons le démenti des faits, nous arrivons à un je m'enfichisme total ;\ncar les malins expliquent tout. Or la mission de l'artiste, et surtout de\nl'artiste pédagogue est rendue inutile par l'une et l'autre de ces hypothèses.\nQu'on me permette d'en donner quelques preuves.\nLa Loi appartient à la science ; personne n'en doute. Quand nous\nparlons de la loi de pesanteur, nous savons ce que nous disons, parceque\nl'expérience nous permet d'admettre a priori des conditions et des éléments"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.14", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2534, "texte": "invariables, des constantes.Or, en musique, ces constantes font défaut, et\ndès que nous constatons leur approche, nous sommes sûrs que nous\ntournons le dos à la musique ; comme il arrive pour l'acoustique, par\nexemple, qui est à la musique ce que la chimie est à l'art culinaire. A\ntravers les variations du goût musical proprement dit, que reste-t-il de\ncommun entre les hommes dans le temps et dans l'espace ? Bien peu de\nchose : des tendances imprécises, des grands principes susceptibles de mille\napplications diverses. Les exigeances des oreilles ne semblent pas près de\ns'accorder. Certes non ! A mesure que la science s'affermit dans son\ndomaine, la musique s'individualise dans le sien.\nJe vois bien que M. Huré va protester aussitôt. Cette loi constante,\nc'est son ambition de la découvrir dans la musique. S'il prouvait que les\nréactions sensorielles de l'individu obéissent et obéiront toujours ici à des\nnécessités fixes, \" il ne resterait plus qu\nde ces lois, pour faire entrer définitivement dans F enseignement musical la part\nde science vraie et incontestable qui peut \"\nM. Huré échouera ; du moins dans le présent ouvrage. Comme tous\nceux (ils sont légion), qui ont avant lui tenté cette poursuite vaine d'une\nlégalité de la composition musicale, il trouvera en face de lui la perpétuelle\ninstabilité des sentiments et des opinions qui permet à la musique de recréer\ndes formes toujours nouvelles. Et, comme eux, que fera-t-il ? Il éliminera\nde la musique tout ce qui ne correspond pas à son propre sentiment. Il\nimposera par la violence, ce que le consentement général lui refuse et\nn'admettera à son enseignement que les \" hommes doués selon la nature et\nrestés soumis à ses seules lois.\" Remarquez bien cette définition ; elle\nrésout d'un coup le problème; elle détermine les conditions invariables\nde l'expérience. Le musicien né musicien,\ninitiée, toutes ces entités dont M. Huré ale prototype dans son imagina-\ntion, voilà la constante cherchée. En d'autres termes M. H. nous dit :\nallons découvrir la nature chez le musicien naturel, parceque le musicien\nnaturel obéit aux lois de la nature !\nUne fois de plus le tour classique de prestidigitation esthétique est\njoué devant nous. Ce qui sortira de cet homme-nature, nous le savons\nd'avance ; c'est ce que l'auteur y a mis lui-même. Mais, dira-t-on, et les\ngens mal doués, ceux qui ne sont pas nés musiciens au gré de M. Huré ?\nCeux-là \" il faudra leur expliquer que\njoie, les décourager par tous les moyens possibles...\" les prier de s'abstenir."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.15", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2267, "texte": "En attendant, chacun continuera à se croire aussi naturel et aussi bien\ndoué que le voisin, et rien ne sera changé.\nJe ne vois donc pas comment M. Huré donnerait à notre pédagogie\nle régime d'une science véritable, sinon par une argumentation arbitraire\nqu'il vaut mieux laisser aux grands ennemis de la musique, aux Lecerf\nde la Vieuville, aux Fontenelle et aux Lamotte-Houdar.\nCar, au moins, ces esprits audacieux et tendancieux ne se cachaient\npas d'en vouloir à la musique. Leur but était de stabiliser définitivement\net de stériliser pour ainsi dire l'art, que sa mobilité dérobait à la loi. Pour\ny arriver ils faisaient gaiement le sacrifice de toute variété, de toute\névolution. \"La nature dicte à tout le \"\ns'écriait l'un d'eux, et il ajoutait : \"je\npoint être diversifiées, qu'il faut que tout le monde les dise lyun comme Vautre\net que le défaut est de savoir les dire Le maître de\nmusique aura donc à sa disposition les formes convenues du langage\nadmis. Le dogme lui sera bien inutile, puisqu'il possédra des formules, ce\nqui est encore plus sûr. M. Huré voudra-t-il aller jusque là et recom-\nmander l'esthétique dont est sorti naturellement l'effroyable monotonie de\nla musique française du XVIIIe siècle ! Il le faut cependant. Dura lex,\nsed lex !\nNon, la musique échappera toujours, tant qu'elle sera la musique, à\nla fixité théorique, réclamée par les sciences exactes. Ce concept de la\nloi n'est à sa place que sur les limites de l'art, et là où il ne s'agit plus de\ncréer l'œuvre, mais de la comprendre. J'insiste sur cette distinction\nparce qu'il me paraît que M. Huré ne l'a point faite. M. Huré voudrait\nopposer l'histoire naturelle et la biologie musicale aux superstitions de\nl'école, c'est à dire à l'enseignement dogmatique. Mais il n'est pas du\ntout possible de comparer ensemble deux ordres de choses aussi radicale-\nment différents. Qu'il préfère la sécurité de la science à l'incertitude de\nl'art en matière de principes, c'est son droit. Mais qu'il se garde de\nles substituer l'une à l'autre en musique.\nQuand nous étudions la biologie d'un phénomène, nous cherchons\nà savoir ce qui se passe en un point de l'espace, puis, nous généralisons\nnos observations et les projettons en quelque sorte dans l'infini. Nous"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.16", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2365, "texte": "n'avons aucunement l'intention de créer à notre toui un phénomène\nbiologique comme celui dont nous sommes témoins. Nous constatons,\nnous ne produisons pas.\nEn musique au contraire le pédagogue se soucie peu de constater, la\nconstatation lui est même quelquefois tout à fait désagréable. Il s'efforce\nde produire et de provoquer ce phénomène qui s'appelle l'état d'âme\nmusical. Son rôle n'est pas de regarder pousser l'arbre, mais de le faire\ncroître, et de faire lui-même fonction d'arbre vivant, de sève communi-\ncative. Certes, la biologie, la mécanique, la philologie, la physiologie et\nautres disciplines de l'esprit pourront faire passer le problème sonore sur\nleur domaine, et là, le faire entrer dans les catégories de l'absolu. Si c'est\nà ce moment que M.Huré nous présente ses lois naturelles, je l'écouterai\nvolontiers. Mais nous serons loin de la composition et de son enseigne-\nment pratique. Toutes les recherches savantes et méthodisées nous\nmontreront ce qui se passe, mais ne feront pas\nOr s'il ne se passe rien le maître a perdu son temps. Car il est là pour\nprovoquer l'acte de création, pour stimuler la vie. C'est sa propre nature,\nson idéal qu'il fait passer dans ses élèves. Ses préceptes, ses avis, ses pré-\nférences, ses exemples fécondent. Sa mentalité est comme un terrain de\nculture où va germer le talent. En enseignant il se communique, il\ns'affirme, il se donne, il procrée. Et vous voudriez qu'il ne fut pas\nl'arbitre de son propre goût? Vous lui opposez les idées de X., les procé-\ndés de Z, les exemples d'Y, et tout ce que d'autres, avec leurs moyens et\nleur nature, ont réalisé. Que voulez-vous que cela lui fasse ! Vous lui\ndites : la forme Sonate n'a rien d'essentiel. Et si elle est essentielle pour\nlui, cela lui suffit. Vous lui représentez que la modulation n'est pas le\nprincipal dans la composition, ou que l'harmonie vaut bien le contre-\npoint ! Au nom de qui et de quoi ? C'est absolument comme si vous\nveniez reprocher au pommier de ne pas porter des arbouses, ou au rossi-\ngnol de ne pas être un crustacé. Ces reproches méconnaissant totalement\nl'activité du créateur musical, et celle de son entraîneur, qui n'ont rien\nde celle d'un musicologue ou d'un critique.\nHé bien, soit, dira-t-on. L'enseignement repose sur la foi musicale\nde celui qui le distribue. Mais alors, que le maître de musique parle au"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.17", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2489, "texte": "nom du bon plaisir, qu'il dise comme Louis XIV, voulant mettre fin à\nune longue discussion musicale : Voici mon goût à moi. De ce côté au\nmoins le dogme sera vaincu.\nN'en croyez rien. Si le dogme persiste dans l'enseignement musical\ndepuis si longtemps c'est qu'il est un EXPÉDIENT D'AUTORITÉ, dont toute\npédagogie a besoin. Autorité plus ou moins discutée, que personne\nd'ailleurs ne prend au tragique. Autorité instable et passagère, je le veux\nbien. Mais autorité quand même, et subie par ceux que l'influence du\nMaître a conquis.\nOh, je sais combien il serait séduisant de transformer les traités\nd'harmonie et de Contrepoint en monographies historiques. Tous les\nprocédés de l'art, tous les gestes de la musique seraient alors exposés aux\nyeux émerveillés de l'apprenti, et le maître, aidé de l'érudition, présen-\nterait les cas les plus typiques, les plus frappants exemples de chacun\nd'eux. Plus d'obligations imposées mais seulement des moyens sonores\nd'expression rattachés à leurs effets auditifs, par un lien de fait et non de\ndroit. Des possibilités, l'infini des possibilités présenté à l'élève, sans rien\nqui l'engage au choix, sans norme qui conduise ses préférences. J'entends\nd'ici la voix du maître. \"Messieurs le triton s'est trouvé à certain moment\nde notre histoire en fâcheuse position, il eut contre lui telles influences\nesthétiques, morales, sociales, rencontra tels obstacles de la technique.\nLa défense d'employer ce procédé eut tel résultat. Elle fut levée à telle\népoque pour telles raisons. Voici de nos jours l'état de la question,\net voici l'avenir possible du triton. A vous d'en faire ce que vous\nvoudrez.\"\nEt croit-on que la musicologie toute entière n'applaudirait pas à\nune révolution pédagogique, toute à son honneur ? Car c'est un peu\ngrâce à elle, si les méthodes expérimentales sévissent aujourd'hui\ndans la musique et entraînent des esprits hardis comme celui de M.\nuré. On sait donc où vont nos sympathies dans ce débat. Mais on\ncomprendra nos scrupules. Le moment n'est-il pas venu de se demander\nsi l'historien de la musique et le compositeur de cette même musique,\nqui se rencontrent sur le terrain de la pédagogie, ne vont pas se gêner\nmutuellement ? Déjà l'Allemagne, où le mouvement est en avance sur le\nnôtre, témoigne d'un certain malaise. On n'a pas oublié le bruyant\nincident causé par un jeune érudit d'outre Rhin, qui après avoir publié\nun très remarquable travail sur la Notation Proportionnelle, fit soudain"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.18", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2587, "texte": "volte face, et lâcha l'histoire pour la pratique, en exposant les'motifs de\nsa défection. Çà et là on peut lire dans les revues germaniques de petites\nattaques sournoises, pas méchantes d'ailleurs mais symptomatiques \\\nEn France nous avons vu notre confrère Vuillermoz pousser déjà\nquelques pointes de ce côté. Et ce n'est pas croyez le bien, la simple\nconcurrence qui provoque ces légers froissements. Ce n'est pas une\nquestion de débouchés, une contestation entre la musique ancienne qui\nveut revivre et la musique moderne qui ne veut pas céder la place. Non\nla discussion a des raisons plus hautes.\nLe compositeur, épris de son rêve et qui cherche à le réaliser en\nlui ou en autrui, ne peut se laisser donner des leçons par l'historien. Il\nsent bien que son art a un ennemi dans cette relativité qui nous est\nchère, dans cette curiosité satisfaite de savoir, et qui finirait par être\ninsensible à la beauté même. Il commence à voir les dangers de cet état\nd'esprit, si bien décrit par Mauclair dans sa Religion de la musique.\nAttentifs aux rites et à l'exégèse, nous oublions la Déesse. C'est notre\ndroit. Mais c'est aussi le droit du pontife et de l'officiant (c'est à dire du\nmusicien) de ne pas partager cette mentalité. L'admiration historique et\nl'éclectisme qui l'accompagne doivent donc nécessairement provoquer\nl'antipathie de l'artiste créateur parce qu'ils sont d'ordre purement\nintellectuel. Au maître de musique plus qu'à n'importe qui ils doivent\ninspirer la méfiance. Car la musique, privée de l'imitation des objets\nmatériels, a éminemment besoin d'un point d'appui solide. Or, ce point\nd'appui lui est enlevé si le bon plaisir de l'élève est substitué au précepte\nimpératif de l'école. Il ne suffit pas de laisser le maître dire : j'aime ou\nje n'aime pas. Il faut encore qu'il puisse ajouter: ce que je n'aime pas est\ndéfendu, et ce que j'aime est permis. Il faut que ses préférences, son\ngoût, ce qui forment sa personnalité soient revêtus de l'autorité qui\nleur permette de se communiquer, sans quoi cette personnalité est\ncomme si elle n'existait pas. Le maître n'est plus un modèle, mais\nun Bottin.\nEn réalité cette question, qui n'a l'air de rien, est celle même de la\nneutralité dans l'enseignement musical. Je n'aurais pas voulu l'aborder\ndans ces quelques pages de compte-rendu, si je n'y avais été entraîné par\nla musicologie elle-même. Il est de notre devoir, à nous qui ne reconnais-\n\n1 Pour tout dire, il faut avouer que l'essor rapide de notre Société Internationale et 1 éclat du congrès de\nVienne sont pour quelque chose dans cette humeur."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.19", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2574, "texte": "sons d'autre autorité que celle de la vérité objective, de crier \" Casse-cou\nà ceux qui appliquent à l'art nos méthodes expérimentales. Nous sommes\ndes spectateurs ; le parti pris nous est défendu. Mais si l'acteur voulait se\ncomporter sur la scène comme le spectateur dans son fauteuil, il n'y\naurait plus ni pièces ni théâtres. L'acteur agit, et il agit parcequ'il se sent\nentraîné vers l'action. Si au moment d'exprimer un sentiment il n'avait\npas confiance dans son geste, dans son intonation, s'il apercevait au con-\ntraire l'infini des possibilités que cette expression comporte, il serait bien\nvite désabusé, et le public aussi. Il passerait du côté des spectateurs. En\ncomposant son personnage il obéit à un parti-pris, et c'est ce choix, cette\ninterprétation personnelle, qui donne la vie à sa figure. Son maître lui\ninculque la science des parti-pris, et le génie de l'exclusion ; il\nbien plutôt qu'il ne se documente pas. C'est là le rôle de l'enseignement\nartistique, et ce rôle est dogmatique.\nVeut-on connaître un exemple de la pédagogie historique et anti-\ndogmatique. Regardez M. Max Reger, qui est l'élève le plus brillant de\nl'école du Professeur Hugo Riemann, très grand savant, dont la curiosité\nn'a laissé intacte aucune parcelle de l'histoire. Vous verrez là les avan-\ntages et les défauts du système. M. Reger, qui est admirablement doué,\nfait tout ce qu'il veut, il connaît tout, il emploie tout. Mais il semble\nqu'il ait perdu ce que les Anciens auraient appelé le sentiment du bien\net du mal en musique. Nous parlions plus haut des symphonistes français\nde 1750, auxquels le formalisme refusait toute liberté. M. Reger offre\nl'exemple directement opposé. Et, vraiment, ne tombons-nous pas avec\nlui dans un autre difficulté. Ici la rétention, là l'incontinence. Quel est le\npire ? C'est au goût d'en décider. Le goût présent concluera sans doute\nen faveur de Max Reger. Mais l'absence de style en musique, ou le\nmélange de tous les styles (ce qui revient au même), n'en sera pas moins\nla conséquence de ce mépris de l'école, affiché par M. Huré et professé\npar tant d'autres. C'est là ce que nous voulions constater. Pas de dogme\npas de style. Pas de discernement imposé par le goût du maître. Mais la\nliberté d'errer à l'aventure parmi les richesses de l'art et de jeter dans un\nmême creuset Josquin et Beethoven, Offenbach et Guillaume de\nMachault.\nEt ainsi, en voulant éviter l'aléa des dogmes on s'expose à l'arbitraire\nle plus naïf, on rejette des présomptions de vérité, et l'on s'en remet au\nhasard. Qu'a-t-on gagné ?"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.20", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1429, "texte": "On le voit le dogme n'est pas si aisé à expulser de cette situation\nqu'il tient de la nature, et qui se trouve à mi-chemin de la certitude\nmathématique et de l'instinct aveugle. Il rend service, on ne peut se\npasser de lui. C'est peut-être un mal aux yeux des rigoristes, mais un mal\ncertainement nécessaire. Il a la valeur d'une approximation, qui rem-\nplace la Loi naturelle, dont l'art repousse la tyrannie. Il a l'efficacité d'une\nformule imposante, dont le sentiment ne saurait se passer sous peine\nd'être désemparé.\n\" Il faut avant tout que l'instinct domine dans V art \" écrit M. Huré.\nHé bien ! si l'instinct est infaillible le dogme l'est aussi. Car l'un n'est que\nl'expression de l'autre. C'est parce que l'artiste est un impulsif qu'il donne\nà ses préférences la valeur d'une idée générale. On pourrait dire, en re-\nprenant un mot célèbre, que le dogme est la splendeur du goût. Lorsqu'on\nvient lui demander avis et enseignement, le musicien s'affirme donc natu-\nrellement et légitimement par le moyen des dogmes musicaux. Ses dogmes\nne sont que l'émanation de sa foi artistique. Libre à vous de ne pas y\ncroire, libre à vous d'engager les autres à se détacher de cette croyance,\net d'écrire de beaux ouvrages comme celui-ci, véhéments et sincères. Mais\nsongez bien qu'en attaquant le dogmatisme vous attaquez un droit de la\nnature humaine, un procédé légitime de l'activité artistique.\n\nJ. Ecorcheville."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c010", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 21, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.7", "titre_corps": "UN THÈME DE HAENDEL DANS LA NEUVIÈME SYMPHONIE DE BEETHOVEN", "titre_sommaire": "UN THÈME DE HAENDEL DANS LA NEUVIÈME SYMPHONIE DE BEETHOVEN", "signature_source": "Julien Tiersot", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.21", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1585, "texte": "UN THÈME DE HAENDEL\nDANS LA NEUVIÈME SYMPHONIE DE BEETHOVEN\n\nL'on a constaté maintes fois, qu'en écrivant le finale de la Neuvième\nSymphonie, Beethoven, plus préoccupé d'exprimer par les sons les hautes\naspirations de sa grande âme que de faire œuvre musicalement originale,\nn'a pas craint de subir le reproche d'avoir donné à ses thèmes un tour\npopulaire ou familier qui les apparente à d'autres compositions. C'est\nainsi que, dans une note d'un article paru dans la Reloue de Paris le\n15 février dernier {Beethoven musicien de la Révolution française), je signalais\ncertaines analogies entre le chant : Freude, schœner Gœtterfunken et diverses\nmélodies antérieures : un psaume huguenot, un chant historique hongrois\ndu XVIe siècle, et, mieux encore, un Lied de Beethoven lui-même composé\nen 1795 e*- replacé dans la Fantasie pour piano avec orchestre et chœur, op. 80.\nOr, le lendemain même de l'apparition de cet article, à un concert\ndonné par la Société Haendel, je fus amené à faire une nouvelle observa-\ntion non moins caractéristique. Le programme comprenait un\nen sol mineur qui porte le n° 5 dans la deuxième série des douze concertos\nd'orgue publiés dans le 28me volume de la grande collection des\nœuvres de Haendel (édition Breitkopf et Haertel). Le deuxième mouve-\nment de ce concerto est un Andante construit sur un dessin\nobstiné auquel l'orgue superpose des variations de plus en plus chargées\nde dessins et d'harmonies. Voici ce dessin, qui n'est pas entendu moins de\nvingt-neuf fois au cours de morceau :\nRapprochons en le thème de à dans la\nSymphonie avec chœur :\n\n2"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.22", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1517, "texte": "C'est, d'un bout à l'autre de la phrase,la même intonation! L'analogie\npourrait encore passer pour négligeable si elle ne portait que sur la première\npartie du thème, lequel est formé de quatre notes répétées trois fois de suite\nen une progression descendante par tierce (ou ascendante par sixte). Si cette\nprogression se prolongeait une quatrième fois, la mélodie aboutirait à la\nconclusion naturelle d'ailleurs banale sur la tonique. Mais il n'en est pas\nainsi: après le troisième énoncé du dessin, la ligne mélodique, qui précédem-\nment se déroulait en se rattachant à la formule génératrice par un simple\nmouvement de seconde, se relève en montant d'une sixte (ou s'infléchit\nen descendant d'une tierce) pour aboutir à une cadence à la dominante\nqui donne à la mélodie toute sa signification. Or, cette conclusion, aussi\nbien que le point de départ, se retrouve parfaitement semblable chez\nBeethoven et chez Haendel. Les deux seules notes qui varient dans l'in-\ntonation des deux chants sont sans importance, étant sur les temps faibles\net participant aux mêmes harmonies. Quant aux sauts d'octave, ils consti-\ntuent une différence d'autant moins digne d'être remarquée que Beethoven\nlui-même en a tenu peu de compte ; la façon dont il reproduit le thème\nquand, dans le tutti, il le fait chanter par les soprani, l'indique manifeste-\nment : il y supprime le saut du neuvième et le remplace par une simple\nseconde ; son chant, sous cette nouvelle forme, est plus sembable encore\nau thème de Haendel :"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.23", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1398, "texte": "Est-il besoin de spécifier qu'en faisant ce rapprochement nous ne\nsongeons en rien à incriminer Beethoven d'avoir plagié Haendel, pas même\nd'en avoir eu la moindre réminiscence ? Il n'est pas douteux que le chant\ndont il a formé la base du plus grandiose épisode de la symphonie soit\nissu du plus profond de son âme, et que la formation n'en doive rien à\npersonne, si ce n'est au poète sur les vers duquel il fut modelé, mais\nassurément à aucun musicien. Nous ne faisons donc ici que donner un\nnouvel exemple de ces rencontres d'idées si fréquentes entre les grands\ngénies. Le rapprochement n'en était pas moins bon à relever, ne fût-ce\nqu'afin d'en faire profiter la mémoire de Haendel, pour qui Beethoven\néprouvait l'admiration la plus vive, et qui, par là, nous apparaît plus\nmanifestement encore comme étant de même lignée que l'auteur des\nNeuf Symphonies.1\n\nJulien Tiersot.\n\n1 Postérieurement à la rédaction des notes ci-dessus, nous avons lu, sous la signature de M. Romain\nRolland, les lignes suivantes détachés d'une étude sur Haendel :\n\" Comme il est naturel que Beethoven, aspirant à écrire la Symphonie de la Joie, ait été fasciné par\nHaendel ! \" Revue de Paris du 15 avril 1910.\nCette fascination fut bien réelle, puisqu'elle alla, nous venons de le voir, jusqu'à faire retrouver par Beethoven\nl'extérieur même d'une forme musicale que Haendel avait déjà créée."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c015", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 24, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.8", "titre_corps": "LE THÉORBE", "titre_sommaire": "LE THÉORBE", "signature_source": "Henri Quittard", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1128, "texte": "LE THÉORBE\nCOMME INSTRUMENT D'ACCOMPAGNEMENT\n\n'\nAu reste, si j'admets volontiers que cette transposition à l'octave de\nla basse écrite dut être usuelle et fréquente, elle ne pouvait avoir lieu\npartout. Dans l'exemple cité de Fleury, il est plusieurs passages où la\nbasse dépasse l'étendue qu'elle pourrait avoir, baissée d'une octave, sur\nles cordes à vides. L'exécuter, à l'aide de la main gauche, en positions, ne\nserait ni commode ni faisable toujours, sans modifier la disposition\nmarquée de l'accord.\nPeut-être le toucher propre au théorbe dissimulait-il aussi quelque\npeu le désordre de cette harmonie confuse. Le Chitarone, paraît-il, se\njouait toujours en arpégeant : \" Si l'on a à pincer un accord de trois\nnotes, écrit Piccinini, cela doit se faire en trois percussions l'une\naprès l'autre ; si c'est un accord de quatre notes, en quatre percussions. \"\nEt ainsi de suite, en n'employant toujours, pour le pincé, que le pouce,\nl'index et le médius de la main droite, le pouce passant sur deux ou trois\ncordes quand l'accord compte cinq ou six notes. C'est ainsi que ces\ntablatures :\n\n1 Voir S. I. M. du 15 avril dernier"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.25", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1159, "texte": "s'exécutent en réalité, dit-il, comme si elles étaient notées : 1\nC'est à dire :\nQuelque chose de ces habitudes d'exécution, usitées en Italie vers\n1623, 2 pouvait s'être conservé, puisqu'en 1690 Delair observe encore\nque, sur le théorbe, la note de basse doit toujours précéder les accords.\nRègle, à la vérité, qui n'est point toujours commode à suivre, pour peu\nque la basse ait quelque mouvement. Mais enfin, quand cela était possible,\ncette basse, pincée la première et d'un timbre sans doute un peu plus\n\nlOn ne manquera pas de remarquer, dans ces divers exemples, que Piccinini ne suit pas, en arpégeant\nl'ordre des cordes. Il a toujours soin de pincer la 3e (la plus aiguë) la dernière, de façon à garder sa position\nnaturelle à la note supérieure de l'accord.\n3 Piccinini insiste fort sur ce toucher arpégé du théorbe, tout différent de celui du luth. Il indique d'autres\nformules d'arpèges. Celle-ci par exemple, pour remplacer les tenues ou les répétitions d'accords :\nCe qui donne, réalisé, les figures suivantes :\nCette manière d'arpéger, dit-il, est nouvelle et fait un excellent effet, surtout dans les mouvements un peu\nrapides."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.26", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2506, "texte": "sonore, se trouvait mise assez en dehors, fut-elle écrite du reste au milieu\nd'un accord.\nPeut-être enfin ne convient-il pas de prendre trop à la lettre des\nexemples qui, en somme, ne sont que des manières d'exercices destinés à\nformer la main et dont l'effet réel importait assez peu. J'y consens. Mais\nil faut pourtant bien se persuader que ces renversements disgracieux et\nincorrects, s'ils pouvaient souvent se dissimuler grâce à quelques judicieux\nartifices, ne le pouvaient cependant pas toujours. Ils sont à ce point\ninhérents au mode d'accord de l'instrument qu'à moins de se réduire à\nune unique consonnance sur la basse, il était tels cas où les éviter devenait\ntout à fait impossible.\nA moins de se réduire aune seule consonnance sur la basse, disais-je.\nIl ne serait pas impossible que le théorbe s'en tint là ou à peu près\nquand il jouait à l'orchestre ou en concert avec d'autres instruments.\n\" On s'en sert avec la basse ou à la place de cette même basse \", dit\nPraetorius. C'est en pareil cas, j'imagine, que les longues cordes du second\nmanche trouvaient leur emploi le plus fréquent. Elles descendaient pins\nbas qu'aucun autre instrument communément en usage. Puisqu'on les\navait sous la main, c'était bien le cas de s'en servir. Exécuter la basse, en\noctaves sans doute, en y joignant le plus souvent possible une ou deux\nconsonnances, suivant la commodité de la main, c'était assurément tout\nce que l'on attendait des théorbistes, au moins dans les tutti un peu\nmouvementés.\nQuelquefois, surtout si le compositeur avait exigé pour le\n(c'est à dire la réalisation de l'harmonie) d'autres instruments (le clavecin\npar exemple, ou l'orgue), le théorbe ne se faisait entendre que dans les\ngrands ensembles. M. D. Alaleona a retrouvé, à la biblothèque Vallicel-\nliana, un exemplaire de la Rappresentahone d'Emilio\ndel Cavalliere, exemplaire qui, dans les exécutions de l'ouvrage à la\nVallicella, avait servi au théorbiste: partout ailleurs que dans les morceaux\nà plusieurs voix, un \" Tace \", écrit à la main, marque que l'instrument\ndevait garder le silence. 1\nAu contraire, quand le théorbe était employé seul ou presque\nà soutenir la voix d'un ou deux chanteurs, une plus grande plénitude\n\n1 (Studi sulla storia delV Oratorio musicale in îtalia, 1908, p. 330). On trouvera dans le même ouvrage\nune curieuse \" Symphonia \" du dialogue de l'Enfant prodigue tirée du Teatro armonico spirituale d Anerio\n(1619). Elle est écrite pour violon, deux cornetti, luth, théorbe et orgue."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.27", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1889, "texte": "harmonique était requise. Cependant, il semble que l'on n'exigeât point la\nrégularité et la plénitude d'accords qui était de rigueur à l'orgue ou au\nclavecin (surtout en France à la fin du siècle). Delair, après avoir exposé\nses paradigmes d'accompagnement, (pour le clavecin, puisque son traité est\npour les deux instruments), le remarque expressément. \" Tous les accom-\n\" pagnements précédents [c'est-à-dire les diverses notes constituant\n\" l'accord], dit-il, ne sont pas absolument nécessaires, se pouvant passer\n\" de quelques-uns, principalement sur les Instruments où l'on ne trouve\n\" pas facilement tous les accompagnements que l'on voudroit, comme sur\n\" le théorbe où la main peine en beaucoup d'endroits lorsqu'on les veut\n\" tous faire régulièrement surtout dans les pièces de mouvement léger...\n\" mais pour donner quelque facilité... on remarquera... que la tierce\n\" suffit à quelque accord [intervalle] que ce puisse estre, excepté à la\n\" seconde et à la quarte. Ainsi la tierce est un accompagnement\n\" suffisant à la quinte, à la sexte, à la septiesme, à l'octave et à la\n\" neufviesme de quelque espèce que soient ces accords... Il faut de plus\n\" remarquer que la quarte tenant lieu de la tierce est un accompagnement\n\" suffisant aux accords auxquels elle est jointe... \" Ceci se comprend de\nreste. Et l'on remarquera d'ailleurs que, presque partout, dans l'exemple\nde Fleury, l'auteur s'est contenté d'accords à trois parties.\nCe n'est guère que dans les passages de style récitatif, où la basse\nprocède ordinairement par longues notes tenues, que les grands accords\narpégés, tels que Piccinini les transcrit, pouvaient commodément s'em-\nployer. Dans les formules de cadences aussi, où il v a une tendance\nmanifeste et compréhensible à élargir, en augmentant la sonorité. Voici\ndivers exemples que j'emprunte à Angelo Michèle.\n\" Exemple pour le récit \".\nTHÉORBE"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.28", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 693, "texte": "\" Exemple pour terminer la cadence en descendant. \"\nTHÉORBE\n(Trois, versions)\n\" Exemple pour terminer la cadence en montant\nTHÉORBE\nCes combinaisons d'accords sont assez simples. Le virtuosisme\nintempérant de certains artistes pouvait les compliquer à plaisir. Ce sont\nceux-là sans doute que reprenait sévèrement Bacilly\nsur F Art de bien chanter 1679), les accusant d'être plus soucieux de faire\nvaloir la souplesse de leurs doigts que de faire paraître la voix qu'ils\naccompagnent. \" C'est pour lors, ajoute-il, accompagner le Théorbe de\n\" la voix et non la voix du Théorbe. Il faut donc se ménager en ce ren-\n\" contre et ne pas se figurer que, dans ce mariage, le Théorbe soit"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.30", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 660, "texte": "\" nommé le mary de la voix pour l'accabler et la gourmander, mais bien\n\" pour la flatter, l'adoucir et en cacher les défFauts.\"\nMace a réuni avec complaisance un grand nombre de ces formules\nextravagantes, dont un emploi à peu près judicieux ne pouvait être que\nbien rare. Sur cette simple basse donnée\nil superpose des\naccords et des dessins fort variés, de plus en plus \" diminués En voici\nquelques-uns, à titre de curiosité. 1\n\nIJe rappelle que Mace se sert d'un théorbe dont la chanterelle seule est baissée d'une octave. La 2e corde\nreste à son diapason véritable, ce qui augmente sensiblement dans le haut l'étendue praticable des traits."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.31", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1699, "texte": "De semblables figurations, malgré l'intempérance de virtuoses tou-\njours disposés à se pousser au premier plan, devaient être assez exception-\nnelles. Et j'imagine que, pour une restitution moderne de l'accompagne-\nment, dans le goût du temps, de quelque pièce de chant, il conviendrait\nde s'en inspirer de façon fort discrète. Elles sont pourtant révélatrices\nd'un côté significatif des habitudes anciennes qu'il ne sied pas de passer\ntout à fait sous silence.\nExaminons d'un peu près les variations de Mace. Celles marquées\n(g) et (/') offrent cette particularité d'ajouter à la basse donnée un accord\nqu'elle ne supposait point dans son texte : la sixte sur la sous-dominante\ndu ton. Que l'on considère cette sixte comme une broderie de la basse et\ndes autres parties, soit. Ce n'en est pas moins une liberté que pas un\naccompagnateur moderne n'oserait prendre et qui paraît cependant avoir\nété tout à fait courante. Un des exemples d'Angelo Michèle confirme\ncette induction. Car voici comme il traduit la basse d'un fragment de\nrécit :\nC'en est assez pour prouver que les théorbistes ne se croyaient nul-\nlement asservis étroitement à la note de la partie de basse laquelle,\ncouramment, remplaçait pour eux la tablature. Un virtuose sur le théorbe\nn'est pas digne de ce nom, affirme Mace, s'il n'est pas en même temps\nconsommé dans la théorie musicale. Il fallait l'être en effet pour se per-\nmettre impunément et légitimer en même temps ces fantaisies. Mais les\ngens habiles étaient rares,du moins dans le monde des amateurs. \" L'accom-\n\" pagnement n'a jamais été si commun qu'il l'est, écrit Delair ; presque\n\" tous ceux qui jouent des instruments se meslent d'accompagner : mais"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.32", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1940, "texte": "\" il y en a très peu qui accompagnent régulièrement. On se contente\nd'une certaine routine, laquelle n'estant pas soutenue de la science\n\" n'empesche pas que l'on tombe dans quantité de fautes que l'on peut\n\" d'autant moins éviter qu'on ne les connoist pas... \"\nA ces exécutants novices il semble qu'on ait voulu parfois apporter\nun secours bien nécessaire. Je signalerai à ce propos quelques particula-\nrités d'un recueil, très rare et assez peu connu :\nLambert, maistre de la musique de la\n(Paris 1669). 1\nCe sont des airs à une voix, avec une basse vocale et une basse instru-\nmentale chiffrée. Que celle-ci ait supposé dans la pensée de l'auteur une\nréalisation au théorbe, cela ne fait pas doute. Lambert s'accompagnait\ntoujours lui-même sur cet instrument à l'imitation de de Nyert, son\nmaître et son modèle, et il était virtuose excellent. De plus, le diapason\ngénéral de cette basse, écrite tout à fait au grave, à l'octave assez souvent\nde la basse vocale qu'elle double, concorde parfaitement bien avec celui\nqui convenait au théorbe. Et nous connaissons assez les habitudes du\ntemps pour affirmer que ces airs, presque toujours, ont été entendus, sou-\ntenus des accords de l'instrument à la mode.\nLe chiffrage est établi avec beaucoup de soin. Non que l'auteur ait\nmultiplié les chiffres sur chaque note. Au contraire. Mais ces chiffres,\nsont choisis de telle sorte qu'ils indiquent bien souvent un dessin mélo-\ndique très perceptible, lequel n'apparaîtrait pas avec les autres signes qui\npourraient, tout aussi bien, désigner les mêmes accords. Par exemple,\ndans le premier air :\nCette notation ne suppose-t-elle pas que Lambert tenait à faire\nentendre ce dessin (avec les notes de remplissage en plus, peut-être, s'il\nétait possible) ?\nL'intention paraît évidente. Sans quoi le si bémol de la première\n\n1 Le seul exemplaire que je connaisse de cette collection se trouve dans la bibliothèque de M. Ecorcheville."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.33", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2063, "texte": "mesure et le fa diezede la seconde eussent reçu le chiffre 6, notation\nusuelle de l'accord de sixte.\nOn trouverait maint et maint passage tout pareil. D'autrefois, Lam-\nbert a marqué, de temps en temps, des indications de valeur tout aussi\nprécises. Il emprunte pour cela aux tablatures les petites notes qui s'ins-\ncrivaient au-dessus des lettres.\nOn remarquera enfin des signes de liaison sur certains chiffres, tou-\njours consécutifs : 56, 76, 65. C'est encore un emprunt aux tablatures.\nCe signe de liaison, Piccinini l'appelle le Il s'en sert pour mar-\nquer les traits diatoniques montants ou descendants dont le luthiste ne doit\npincer que la première note, les suivantes résonnant sous les doigts de la main\ngauche seule. Ce genre de traits réussissait très bien au théorbe où les\ncordes vibraient fort longuement.Les Français n'en ignoraient pas l'usage :\non en trouve souvent le signe dans les tablatures de Ballard. Il ne paraît\npas douteux que Lambert ait voulu, en plaçant cette liaison au-dessus de\ncertains chiffres (et aussi en quelques endroits de ses basses), signaler aux\nexécutants les passages où cet effet particulier était de mise.\nNous en serons naturellement privés dans les exécutions modernes\nd'accompagnements de théorbe ou de luth, puisque ces instruments ne\nsont plus pratiqués de nos jours et qu'il les faut remplacer d'ordinaire par\nle clavecin ou la harpe, sinon le piano. Il en est à peu près de même, du\nreste, de tous les autres menus ornements qui jouaient alors un rôle indis-\npensable. \" Ce qui fait par dessus tout l'excellence particulière du théorbe,\n\" dit Prastorius, ce sont les \" trilles et accents en sourdine \" que l'on fait\n\" avec la main sur le bas de la touche. \" Il traduit ici textuellement\n(Utile und messigen Trillen und Accenten) le texte d'Agazzari (trilli ed\naccenti muti) dont il s'inspire,1 sans donner d'ailleurs plus de détails. Mais\nPiccinini s'étend assez longuement sur ces agréments (gruppo, tremolï) et\n\n1 Agostino Aggazzari : (Del sonare sopra il basso con tutti le stromenti, 1607)."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.34", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2897, "texte": "Mersenne a consacré un ample paragraphe aux divers \" tremblements \"\nque l'on peut pratiquer sur le luth. Le clavecin en héritera plus tard.\nSeulement, en passant au clavier, ils avaient perdu cette grâce\nvaporeuse qui résulte de la modification soudaine de la corde vibrante,\nsans que le doigt ou le sautereau la pince. Tous les ornements du luth,\ndu théorbe et des instruments de cette famille se résument en un batte-\nment rapide, inférieur ou supérieur, sur la corde déjà pincée. Ils ne\ndonnent point l'impression de deux notes distinctes mais d'un son unique,\nondulant doucement pour revenir à son point de départ. Rien ne peut en\nsuggérer l'idée à qui ne les a point entendus. Rien ne le saurait rem-\nplacer. Et comme l'accompagnement ne se les interdit pas le moins du\nmonde, c'est là un caractère qui nous échappera toujours, au cours de\nnos restitutions de musique ancienne.\nMalgré cette lacune, j'imagine que, grâce aux textes ici rassemblés,\nil sera désormais possible de conférer aux accompagnements, jadis\nexécutés sur le théorbe, une figure beaucoup plus voisine qu'on ne le fit\njusqu'à présent de celle qui fut la leur. Nous avons vu que la nature de\nl'instrument commandait impérieusement certaines formes, souvent fort\nimparfaites ou du moins fort spéciales.\nSans s'attacher outre mesure au défaut principal (le bouleversement\nharmonique qui résulte de la transposition à l'octave grave des deux\ncordes supérieures), il faut reconnaître que cet accompagnement demeurait\nretenu dans des bornes fort étroites. L'instrument n'avait pas de registre\naigu. Les accords qu'il peut fournir ne sauraient donc guère dépasser le\nmédium de la clef de fa. De plus tout dessin d'imitation, toute harmonie\ntant soit peu figurée ou mouvementée lui restent interdits. ; En revanche,\nla belle sonorité, la richesse et l'étendue du jeu des grosses cordes graves\nassurent à la basse une prédominance marquée : les autres parties ne sont\nplus là que pour la parer et la soutenir.\nCe fut cette supériorité de son registre grave qui fit la fortune du\nthéorbe. Ou pour mieux dire, il ne fut créé, il ne se différencia du luth\nque pour offrir aux musiciens, aux virtuoses du chant nouveau que les\n\n1 Telles sont les considérations principales dont il conviendra de s'inspirer pour la restitution moderne des\naccompagnements de théorbe ou de chitarone dans l'ancienne musique. C'est généralement la harpe qui supplée\naujourd'hui l'instrument hors d'usage. Il sera donc bon de toujours l'écrire exclusivement dans le registre grave\nce qui ne s'est guère fait jusqu'ici en accord serrés. Certains morceaux, par exemple le récit de la\nMessagère au premier acte de YOrfeo de Monteverde, prendront ainsi un aspect assez différent de celui que leur\ndonnent à tort les restitutions modernes.\nOn aura pareillement à tenir compte de l'exécution arpégée qui, selon Piccinini, était celle du chitarone."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.35", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2940, "texte": "dernières années du XVIe siècle voient s'élaborer peu à peu, l'instrument\naccompagnateur qu'ils rêvaient. Le théorbe est né avec la musique dite\nrécitativè, avec ces airs à voix seule, soit disant renouvelés de l'antiquité,\nqu'écrivent les musiciens nourris de l'humanisme florentin de la\nde Bardi. Ce sont les premiers adeptes du \" bel cantare comme le dit\nPiccinini, qui recherchent pour soutenir leur voix ces grands luths de\nBologne, accordés à un diapason grave pour servir dans les concerts\nd'instruments. Ils n'ont qu'à en modifier l'accord ou quelques détails de\nfacture. Et voici le théorbe (ou le créalisé, tel qu'il apparaît\naux mains de Giulio Caccini, quand il vient à Ferrare, vers 1594. C'est\nbien l'instrument qu'il faut à ses Nuove\nCaccini méprise assez le contrepoint pour n'être pas gêné\nau contraire de l'incapacité du théorbe à en rendre les figures les plus\ninnocentes. Aux chanteurs à voix seule de la génération précédente,\nlesquels ne faisaient que transposer sur les cordes l'architecture sonore\nd'ensembles conçus pour quatre ou cinq voix théoriques, il avait fallu le\nluth, si propre, avec la riche étendue de ses divers régistres, à l'exacte\ntranscription de polyphonies assez complexes. Les novateurs ne sont plus\nsoucieux que d'assurer, avec l'absolue prédominance de la voix,l'intelligence\nparfaite des paroles. A ces exigences moins musicales, il faut un\naccompagnement aussi moins musical et plus abstrait. Au nom de\nl'antiquité, on renoncerait presque à l'harmonie toute entière. Du moins\nconvient-il de la réduire à d'humbles proportions. Une seule note\nde basse, faisant consonnance avec la voix, paraîtrait presque la formule\nde cette simplicité qui seule, croit-on, peut produire les grands effets. Et\nil n'est pas sûr que Caccini ne s'en soit pas contenté bien souvent\nalors qu'il exécutait ses œuvres.1 Le luth, justement, manquait de force\net de vigueur dans son registre grave et ses dessus, trop séduisants et\ntrop sonores, eussent risqué de détourner l'attention de l'auditeur. Ce sont\ndes inconvénients que ne balanceront point ses avantages, inutiles\ndésormais. 2\n\n1 On serait tenté de le croire, à lire certains passages de sa préface : \"... usando in essa... una certa nobile\n\" sprezzatura di canto, trapassando talora per alcune false, tenendo perô la corda del basso ferma, eccetto che\n\" quando io me ne volea servire ail' uso commune, con le parti di mezzo tocche dall' istrumento per esprimere\n\" qualch* affetto, non essendo buone per altro\n2 \"Toutes sortes d'instruments ne sont pas propres pour accompagner, d'autant qu'il ne faut pas dans\nl'accompagnement que les dessus dominent sur les basses, parce qu'il n'est pas question de faire briller l'instru-\nment... mais seulement de soutenir la voix qu'on accompagne. Ainsi il faut que les basses y dominent, c'est la\nraison pour laquelle on ne se sert pas ordinairement du Luth ni de la Guitarre pour accompagner, d'autant"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.36", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3303, "texte": "La vogue du théorbe suivit partout celle des œuvres mélodiques ou\ndramatiques de l'école nouvelle. Générale en Italie dès les premières\nannées du XVIIe siècle, elle sera donc en France tant soit peu plus\ntardive. Nos chanteurs d'airs de cour ou de ballet ne renoncèrent pas\ntout de suite à leurs tablatures de luth où ils notaient, avec une précise\nexactitude, l'ordonnance et les mouvements de leurs accords.\nCe n'est pas qu'ils soient demeurés ignorants de ce qui se passait au\ndelà des Alpes. Ni les drames récitatifs, ni la musique de chambre\nitalienne n'étaient choses inconnues pour nos maîtres ou nos amateurs.\nAssez de gens de toute condition avaient voyagé en Italie. Assez d'artistes\nd'outre-monts avaient accompagnés en France la Reine Marie de Medicis.\nLe poète Rinuccini, qui exerça une si grande influence sur Péri et sur\ntous les musiciens florentins, fit trois voyages en France (et en Flandre)\nde 1600 à 1601, de 1602 à 1603 et en 1604. Cette dernière année très\nproblablement, ou la suivante, Caccini lui-même avec ses filles, séjourna\nquelque temps à la cour de Henri IV. 1 II eut tout le loisir d'y faire\nentendre ses œuvres et connaître sa façon de les accompagner.\nIl n'apparaît pas qu'elle ait prévalu sur les habitudes de nos compo-\nsiteurs et de nos virtuoses. Il restent vingt-cinq ans encore fidèles à leurs\nminutieuses tablatures de luth, ainsi que l'attestent tous les recueils publiés\nen cette période.\nC'est qu'en effet la simplification de l'harmonie qu'entraînait l'usage\ndu théorbe répugnait excessivement au caractère du contrepoint français,\ntel que le pratiquaient Claudin, Du Caurroy et un peu après eux, Bour-\nnonville. Ces maîtres (qui seront tenus longtemps pour des modèles clas-\n\nque les Dessus y dominent trop et que les Basses n'y fournissent pas assez (Delair)\nAjoutons que le diapason grave du théorbe maintenait constamment l'harmonie très au-dessous du chant\nquand le chanteur était un Soprano. Fut-il même un Ténor, cet avantage persistait. Tandis qu'un Ténor,\naccompagné au luth ne domine l'accompagnement que par cette convention qui suppose sa voix plus haute\nd'une octave. Convention que traduit graphiquement notre habitude de l'écrire en clef de sol.\n1 M. Ademollo, du moins, l'affirme. Et ce voyage, dont je n'ai pas retrouvé de mention contemporaine,\nparaît à peu près certain, si l'on considère que le roi écrivit lui-même au grand-duc de Toscane pour mander\nCaccini auprès de lui. Voici cette lettre. ('Lettres missives de Henri IV, ed. Berger de Xivrey, VIII, 908), Elle\nest vraisemblablement, de 1604.\nA mon oncle le grand-duc de Toscane\nMon oncle, le récit que j'ay ouy faire du bon concert de musique de Jules Romane avec ses filles me fait\nvous faire ce mot et prier par Rinuccini, qui le vous mandera, de me le vouloir prester pour deux ou trois mois,\naffin que les ayant ouys, je vous puisse mander si la renommée qui vole d'elles est véritable. Et remettant le\nsurplus à la suffisance dudict Rinuccini, je vous prieray de le croire, et Dieu vous avoir, mon oncle en sa\nsaincte et digne garde. Ce XXIIIe aoust, à Fontainebleau. HENRY.\nCe Rinuccini, à qui le roi Henri confie son message, n'est pas le poète dont le rôle fut si décisif pour\nl'établissement de l'art nouveau. Mais il lui était très certainement apparenté."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.37", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2688, "texte": "siques) n'auraient certes pu admettre cette confusion dans l'ordre des\nparties, cette impossibilité de distinguer les figures originales d'un groupe\nde sons. Pour Claudin, cela va de soi : c'est encore un polyphoniste à la\nmode ancienne. Du Caurroy et Bournonville suivent une autre tradition.\nS'ils font dans leurs musiques une place assez discrète au jeu subtil et\nsavant des imitations suivies, il attachent en revanche une importance\nextrême à l'architecture de leurs accords. Ce n'est pas qu'ils enrichissent de\ncombinaisons impratiquées le matériel harmonique. Mais il s'appliquent\navec zèle à l'étude des sonorités diverses résultant des positions différentes.\nDe cette variété, ils entendent tirer leurs plus beaux effets. Qu'un accord\nparfait soit composé de quinte et tierce disposées au hasard sur la tonique,\nc'est là une vue abstraite qui les laisse indifférents. Ce qui leur importe,\nc'est tel accord parfait qu'ils ont réalisé, à telle place, à tant de voix,\nécartées, rapprochées, redoublées de telle façon et non d'une autre.\nDisposer les intervalles autrement qu'ils ne l'ont fait ce serait trahir ou\nmutiler leur pensée et les perpétuelles mutations des théorbistes leur\neussent été assurément odieuses.\nQuant aux compositeurs d'airs de cour, il est bien vrai qu'ils sont\nplus soucieux du charme, de l'élégance ou de l'expression de leurs mélo-\ndies que de toute autre chose. Mais le détail de leur texte les préoccupe\nfort peu. Pour peu qu'ils en rendent le sentiment général, ils sont satis-\nfaits et ils n'ont pas la moindre idée de la juste déclamation ni de l'accent\nvéritable de la langue. Pourquoi seraient-ils disposés à sacrifier quoi que\nce soit de leur musique afin que soient mieux entendus ces petits vers,\ninsignifiants si souvent ? Et comme Guesdron et ses contemporains (et\naussi Boesset, quoi qu'à un moindre degré) sont encore des polyphonistes\nqui n'oublient pas tout à fait qu'ils écrivent aussi leurs airs à quatre ou\ncinq voix, ils tiennent à ce que leurs accompagnements subsistent avec\nleurs détails et leurs mouvements, simplifiés sans doute mais non pas\neffacés. Ils résisteront donc. Mais la génération qui les suit n'aura plus\nleurs exigences ni leurs scrupules. De Nyert qui pratiqua en Italie le chant\net l'accompagnement à la manière nouvelle, Lambert, son admirateur et\nson élève introduiront définitivement l'usage du théorbe en France.\nCette innovation devait avoir peut-être plus d'importance qu'ils ne\nse l'imaginaient. Que le théorbe ait eu pour lui la beauté et la puissance\ndu timbre, que l'ampleur et l'étendue de son registre grave l'aient fait\nriche de certains effets et plus commode à jouer, qu'en un mot il ait"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.38", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1613, "texte": "réalisé parfaitement ce que ses inventeurs en attendaient, ce sont des\nmérites que personne ne voudra contester. Ils ont leur prix. Et l'on\ncomprend qu'ils aient séduit les contemporains, les Français comme les\nautres. Les artistes ont goûté le charme de cette sonorité captivante,\nsans se douter qu'ils travaillaient efficacement à bouleverser les fondements\nmêmes de l'art de leur temps.\nCar si l'on songe aux transformations que le théorbe apportait dans\nla pratique de l'accompagnement (je me suis efforcé de les mettre en\nlumière), si l'on réfléchit aux habitudes d'oreille qui ne pouvaient manquer\nd'en résulter, étant donné la vogue et l'emploi journalier de l'instrument\nqui créait ces formules, on en viendra à penser que les virtuoses qui le\njouaient ont grandement contribué, sans le savoir, à l'évolution du sens\nharmonique.\nAu moins en France. Des doctes combinaisons où se plaisaient les\nmusiciens d'église du temps de Henri IV et de l'art, alerte en son élégance\nun peu sèche, des compositeurs d'airs de cour ou de chanson à voix seule\njusqu'à l'harmonie purement abstraite du XVIIIe siècle, laquelle s'est\nthéoriquement compliquée de dissonances nouvelles tout en s'appauvris-\nsant en même temps dans sa technique, la distance paraît énorme. Moins\nd'un siècle cependant a suffi à la franchir. Le goût se serait-il aussi radi-\ncalement transformé sans la quotidienne pratique d'un instrument impro-\npre à toute harmonie figurée, où tout contrepoint indépendant se trans-\nformait presque nécessairement en harmonies immobiles et, pour ainsi\ndire, impersonnelles ?\n\nHenri Quittard.\n\n3"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.39", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 971, "texte": "Bien qu'en cette étude, je n'ai eu dessein de m'occuper du théorbe qu'en tant qu'instrument d'ao\ncompagnement, j'ai cru devoir joindre ici la transcription de quelques pièces écrites pour l'instrument solo,\npièces tirées des recueils de Piccinini et de Mace et d'un manuscrit de la Bibliothèque nationale renfermant\ndes pièces de de Visée.\nElles auront au moins l'utilité de donner une idée pratique des ressources générales du théorbe, de son\ndiapason et du caractère extérieur de la musique qu'il était propre à rendre. La Fantaisie de Mace, d'ailleurs,\ncomposée d'une réunion assez arbitraire de préludes en différents tons, pouvant se jouer d'un bout à l'autre ou\npar fragments, représente assez justement les introductions instrumentales qui devaient précéder toujours\nl'exécution d'un air accompagné. Le Prélude de de Visée offre un caractère analogue, en étant d'une date de\nquelques années plus récente.\nTOCCATA PRIMA\nPICCININI ( Intavolatura p. 86)"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.40", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 60, "texte": "TENORE DETTO »ILMERCATELLO«\n% (I\"bid p. 110)"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.42", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 59, "texte": "PRÉLUDE\nI\nDE VISÉE (B2J.Nat.Vm7. 6265, p.?)"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.43", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 78, "texte": "A FANCY PRELUDE OR VOLUNTARY®\nTH. MACE (Musick's Monument p.&tl}"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c040", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 29, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.9", "titre_corps": "LE CONCERT", "titre_sommaire": "LE CONCERT", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 108, "texte": "LE CONCERT\nTableau attribue à Lenain,\nBASSE DE VIOLE. LUTH. THÉORBE. POCHETTE.\nCOLLECTION HAYER, DE COLOGNE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c042", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 49, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.10", "titre_corps": "J. B. WECKERLIN", "titre_sommaire": "J. B. WECKERLIN", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.48", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1797, "texte": "J. B. WECKERLIN\nJ. B. Weckerlin s'est éteint à Guebwiller en Alsace, où il était\nné le neuf novembre 1821. Son père, qui possédait une teinturerie\nlui fit faire des études savantes. Il apprit la mécanique et la chimie,\nmais avec l'arrière-pensée de tout abandonner pour la musique. En 1844\nil quitta définitivement l'Alsace et les colorants pour venir à Paris suivre\nles cours de Ponchard et d'Halévy. Il sort du Conservatoire en 1849 et\nse voue à l'enseignement du chant. Le lerIer juin 1871 il est nommé\nsous-bibliothécaire du Conservatoire, et en 1876 bibliothécaire, en rem-\nplacement de Félicien David. Il prit sa retraite en 1909.\nWeckerlin avait beaucoup composé; ses œuvres n'ont pas connu\nle succès, sauf peut-être son \" Org \" qui eut\n100 représentations en 1853. Il se livra à de nombreux arrangements\nd'ceuvres anciennes, et s'était voué surtout à la passion de la chanson\npopulaire. Il avait réuni une volumineuse collection d'ouvrages sur ce\nsujet, dont notre président Charles Malherbe fit l'acquisition il y a\ntrois ans.\nLe nom de Weckerlin restera surtout associé à celui de la Biblio-\nthèque du Conservatoire. Pendant quarante ans il ne cessa d'accroître\net de mettre en ordre ce fonds musical, qui est maintenant un des plus\nimportants d'Europe. Ses méthodes bibliographiques étaient des plus\nsommaires, il faut bien l'avouer, et Weckerlin, très ennemi de toute\nintrusion étrangère n'avait jamais voulu s'associer aux progrès de la\nscience moderne. Il n'en a pas moins été une véritable bonne fortune\npour cette bibliothèque, dépouillée par Fétis, méprisée par Berlioz\net dédaignée par Félicien David. N'oublions pas qu'en 1871, personne\nne soutenait un curieux des livres de musique, et personne ne le guidait.\nLe Weckerlin que nous avons connu en 1900, eut été tout autre si la"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.49", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 884, "texte": "musicologie eut existé quarante ans plus tôt, avec son internationalisme\nfécond.\nJ. B. Weckerlin avait l'âme gaie, du moins en 1858, comme le\ntémoigne le croquis ci-joint, exécuté lors des concours d'harmonie et de\ncontrebasse de juillet de cette année. La musique ne se souvient plus\nguère des professionnels nommés : Marix (Israël), Desfourneaux (Jules)\nBricart (Auguste), Zimmermann (Léon), Delamour (Charles) et Héblot\n(Etienne), tous concurrents pour la contrebasse.\nPar contre le concours \" d'harmonie et d'accompagnement pratique\nréunis\" de 1858, dont Weckerlin fut un des juges sévères et convaincus,\nnous montre des noms connus : Mangin, Diémer, Roques, Bernardel,\nDuvernoy (Alphonse), Hess, Goblin, Minard. Les survivants actuels\nde ce concours ne nous en voudront pas d'avoir rendu publique l'opinion\nde Weckerlin sur leur compte à ce moment de leur carrière."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c045", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c045", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 51, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.12", "titre_corps": "Croquis exécuté par J. B. WECKERLIN, aux Concours du Conservatoire de 1858.", "titre_sommaire": "Croquis exécuté par J. B. WECKERLIN, aux Concours du Conservatoire de 1858.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.51", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 75, "texte": "Croquis exécuté par J. B. WECKERLIN, aux Concours du Conservatoire de 1858."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c046", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 52, "image_fin": 67, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.13", "titre_corps": "LE MOIS", "titre_sommaire": "LE MOIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.52", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 715, "texte": "PARIS.\nMai.\nNous liquiderons aujourd'hui les dernières manifestations de cette\nsaison musicale, qui fut en somme assez pauvre, tout au moins en qualité.\nNous ne parlerons, si vous le voulez bien, ni de la saison russe de l'Opéra\nqui reste cette année, et il est permis de le regretter, purement choré-\ngraphique ni de la saison italienne du Châtelet : saison américaine\nplutôt, et à tous égards ; humiliante par le déchaînement de la réclame,\nmême pour le public spécial à qui elle s'est adressée. Ce sont là des\nchoses qui n'ont avec la musique véritable que de très vagues liens. Mais\nl'Opéra et l'Opéra-Comique ont lutté d'activité, en cette dernière période,\nd'une façon qu'on n'avait, je crois, pas encore vue."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.53", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2617, "texte": "Il vaudrait mieux, à la vérité, ne rien faire du tout que de mettre à\nla scène la Damnation de Faust.Ceci encore est bon pour l'Amérique, ou\npis : pour Monte-Carlo. Je ne parle pas de la réalisation de l'Opéra,\nque je ne connais pas au moment où j'écris ces lignes, mais du prin-\ncipe même. Lorsque cette tentative fut faite pour la première fois\net avec quels monstrueux attentats au texte ! on essaya de la\njustifier. Reprendre la discussion aujourd'hui ferait sourire. Il n'existe\npas une ligne, pas un mot de Berlioz, pas un trait dans sa partition\ndont on puisse se servir pour défendre sérieusement l'idée de porter cet\nouvrage au théâtre. Tant que cela se passait dans les coulisses d'une\nmaison de jeu ou une entreprise particulière, on n'y pouvait rien faire,\npuisqu'aucune loi ne saurait, paraît-il, contraindre à protéger les chefs-\nd'œuvre contre d'outrecuidantes exploitations, des éditeurs et des héritiers\ntrop âpres au gain. La honte en reste sur eux ! Mais que l'Académie\nNationale de Musique, qui est notre Louvre, s'en mêle, cela touche au\nscandale : il faut le dire, tout net, tel que cela est. Il faut exprimer sa\ndouloureuse stupéfaction, que des musiciens comme Edouard Colonne\nautrefois, comme M. Messager et M. Rabaud aujourd'hui ', acceptent une\ncomplicité dans de pareilles profanations. Berlioz, qui écrivit spéciale-\nment pour le théâtre des ouvrages admirables, d'une autre unité, d'une\nautre force de construction, d'une autre vie dramatique que la Damnation\nde Faust, des ouvrages, cependant, qui ne sont représentés qu'en Allemagne,\nBerlioz a écrit aussi quelque part que le théâtre est à la musique sauf\nvotre respect \" sicut amori lupanar. \"\nMais l'Opéra a enfin représenté la célèbre de M. Richard\nStrauss. Il pourrait l'avoir fait depuis longtemps, et ce serait plutôt\nl'heure, assurément, de nous donner Elektra. Excusons le retard, en\nfaveur d'une exécution extrêmement soignée, irréprochable de la part de\nl'orchestre dirigé par M. Messager, originale et curieuse, un peu trop de\nChicago tout de même et vocalement insuffisante, de la part de Mlle\nGarden. L'impression produite a été assez différente de celle des repré-\ntations que donna au Châtelet, en 1907, une troupe allemande sous la\npropre direction de l'auteur. L'œuvre était alors dans sa nouveauté pour\nnous ; elle nous arrivait entourée d'une atmosphère formidable, roulant\n\n1 Je dois à ces deux derniers de dire qu'ils ont nettoyé la Damnation des fantaisies de 1 auteur du Vieil\nAigley et que le texte de Berlioz n'est pas beaucoup plus défiguré à F Opéra que celui des autres ouvrages du\nrépertoire."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.54", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 7, "texte": "LE MOIS"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.54", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2558, "texte": "depuis deux ans sur les deux mondes un fracas de tonnerre et des brasille-\nments de météore ; monstre d'Apocalypse ou courtisane de quelque\nGomorrhe rêvée dans le futur par un Wells musicien, on ne savait encore:\nmais elle avait soulevé partout, avec un peu de scandale, de trop bruyants\nenthousiasmes pour qu'on pût accueillir de sangfroid une hôtesse si\nannoncée.\nElle frappa chacun de nous d'une émotion, peut-être d'une impres-\nsion plutôt, dont la violence était extraordinaire. Le temps ayant passé,\nnous étant accoutumés toujours davantage à l'art de M. Strauss, et Salomé\nse présentant désormais dans les conditions où nous entendons tous les\nautres opéras, la retrouverions-nous aussi fascinante qu'à son premier\npassage ? N'aurions-nous pas une déception ?\nNous n'avons pas eu de déception. Mais pour l'émotion, il n'y faut\nplus compter. Etant toute physique et faite en grande partie d'une sorte\nde stupeur épouvantée, cette émotion se produit toute au premier choc,\net ne se renouvelle pas. Le mystère de n'est qu'à la surface. Il se\ndéchire rapidement. Il n'enferme pas une âme qu'il faille approfondir\naprès l'avoir déchiré. Et il ne parle pas à notre âme. Ces personnages\nn'ont point des sentiments ni des pensées, mais seulement des instincts et\ndes appétits : êtres élémentaires se dépensant tout en gestes et en accents,\nqui ont, il est vrai, une force et une vivacité uniques, ils donnent l'im-\npression furieuse de la vie, mais d'une vie animale et détraquée, dont on\nest vite excédé.\nCe qui subiste tout entier, en revanche, et d'autant plus sensible\npeut-être qu'on aborde l'œuvre de sens rassis, c'est l'intérêt musical ; je\ndirais presque : l'amusement technique, passionné, que l'on trouve à l'en-\ntendre. Il fait presque oublier, sur le moment, le goût effroyable de cet\nart composite et démesuré, et ce qu'il a, même au point de vue purement\nmusical, de suspect et d'équivoque. A la réflexion l'impression devient\nantipathique ; on s'aperçoit que si l'on a vibré, ce n'est point noblement ;\net le soupçon vous traverse qu'on pourrait bien avoir été \" mis dedans \".\nEst-il possible qu'une chose qui a soulevé tout de suite un tel bruit dans\nle monde entier, et qui s'est prêtée si bien aux affaires qui sont les affaires,\nsoit une chose vraiment belle ? Ce serait la première fois. Est-ce que cette\nmusique toute célébrale, ordonnée peut-être bien avec plus de sangfroid\net de facilité qu'il ne paraît ; cette musique qui n'est point du tout un\nsymbole de vie intérieure, mais rien, en somme, qu'une sorte de plastique"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.55", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2704, "texte": "sonore, est un art élevé et complet ? Est-ce une bonne note pour cet art,\nqu'il s'applique aux pires littératures ; et n'incline-t-il pas facilement un\ndilettantisme, n'ayant ni émotion ni grandeur véritable ?\nCet art est d'une technique prodigieuse, et il est intelligent et spirituel\nautant que vigoureux. Les idées peuvent avoir la plus fréquente banalité,\nou bien une mollesse triviale, tantôt italienne et tantôt viennoise, ou bien\nune primordialité quasi amorphe : elles sont placées et traitées de telle\nmanière qu'elles prennent la signification la plus topique et la plus\nvéhémente. Et la dépense effrénée de toutes les forces sonores, l'accumu-\nlation disproportionnée des moyens, le caprice déréglé du détail aboutis-\nsent au résultat le plus clair, le plus souple et le plus vif, aux oppositions\nles plus justes et les plus harmonieuses, à la composition la plus judicieuse-\nment pondérée dans l'énorme. Cette imagination qui paraît délirante,\nobéit à un flair infaillible de la limite où l'on peut mener la patience du\npublic en prenant l'air d'en abuser. Quel tact de l'amadouer à temps\nquand il va se révolter, de le piquer au moment qu'il pourrait s'ennuyer,\nde le bousculer avant qu'il s'aperçoive qu'on le flatte ! Quelle culture\nintensive de l'effet, et quelle variété d'effets ! Est-ce que cela avec la\ncontrainte d'une de ces volontés contre lesquelles on ne raisonne pas\nn'explique pas pour la plus grande part la surprenante rapidité d'action\nde cette musique pourtant inusitée sur tous les publics? Et n'y a-t-il pas\naussi, qu'après la première secousse de surprise, on se trouve moins dépaysé\nqu'on pouvait le craindre? Ce thaumaturge qui mêle en son creuset\nardent les débris de tout ce qui l'a précédé, n'emploie en réalité que les\nplus ordinaires éléments de la musique. Il les porte à la dernière puis-\nsance ; il les agite dans un paroxysme continu ; il les entasse, les astreint\nà s'accorder avec une audace sans scrupule et une incroyable habileté ; il\nleur impose son individualité : mais ces éléments restent reconnaissables,\net pour ceux précisément qui sont en possession des plus faciles faveurs\ndu public. Qu'on voudrait être sûr que M. Strauss ne le fait pas exprès.\nQu'on voudrait être sûr qu'il n'apparaîtra pas un jour comme le Meyer-\nbeer de ce siècle : un Meyerbeer de race supérieure, un Meyerbeer doué\nd'une vraie personnalité, d'un vrai tempérament, et d'une des plus puis-\nsantes organisations musicales qu'on ait jamais vues. Mais tenons compte\nde la marche des temps. A son époque, qu'il révolutionna aussi et\nnon sans quelque chose qui ressemblait déjà à notre moderne bluff\nMeyerbeer ne fut-il pas universellement considéré comme un grand"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.56", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2353, "texte": "esprit, un musicien original et hardi entre tous, un homme \" très fort \" ?\nIl n'en reste pas moins que la plus grande chose que la scène lyrique\nait produite depuis Wagner, c'est encore Salomé. Il est inquiétant pour la\nmusique, et particulèrement pour la musique allemande, que ce soit\ncette chose-là. On aime beaucoup, outre Rhin, à rapprocher \" les deux\nRichard\". Il est certain que le second est à bien des égards le fils du\npremier. Il est presque autant le fils de notre Berlioz, dont l'action reste\nbeaucoup plus forte aujourd'hui sur les Allemands que sur nous. C'est\neux qui, avec ce dédain du temps, de la mesure et du goût, si bien\ncongénital qu'un esprit blasphémateur en relèverait déjà des traces chez\nBach le Père, travaillent à réaliser la conception berliozienne d'un art\ngigantesque, anormal, tout extérieur, qui ferait éclater les orchestres, et\nles heures, et les nerfs.\nMais à quarante ans, le premier Richard, exilé de sa patrie, chassé de\nParis par la misère, ne subsistant à Zurich que d'aumônes amicales, avait\nachevé Tannhduser, Lohengrin, le poème de la Tétralogie et la partition\ndu Rheingold: c'était tout de même autre chose que\nDans l'espace de vingt-six jours, l'Opéra-Comique a donné deux\nouvrages nouveaux, qui ne se peuvent en aucune façon comparer, et qui\nmarquent cependant l'un et l'autre un retour au ton et même aux formes\nautrefois en faveur dans la maison. Ce n'est point du tout là une chose\ndont il faille se plaindre.\nLe premier de ces ouvrages, qui a trouvé en Mme Marguerite Carré\nune interprète d'une grâce et d'une finesse rares, nous arrêtera peu. Ce\nn'est pas qu'on doive s'indigner bien fort que l'Opéra-Comique ait admis\nsur ses augustes planches une opérette. Mais cette opérette n'est pas une\nbonne opérette. Il semble d'ailleurs, d'après le titre de que\nles auteurs ont adopté, et d'après les interviews qu'ils se sont laissé arracher\nà l'envi, qu'ils aient eu des prétentions plus hautes. Voilà où il est impos-\nsible de les suivre. Sans la musique, le Mariage de Télémaque pourrait être\nune comédie charmante : et je ne dis pas que le sujet, l'esprit si fin, le\nsentiment un peu sournois, le langage même de cette comédie n'auraient\npu servir au dessein de renouveler en notre âge le genre des Mozart ou\ndes Grétry, des Pergolèse ou des Rossini. Mais un tel dessein appelle aussi\n\n4"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.57", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2559, "texte": "des formes renouvelées, et ne peut naître et aboutir que dans la musique\net par un musicien. Or le musicien du Télémaque n'a fait que\nsaupoudrer au hasard une œuvre infiniment littéraire de quelques morceaux\nd'un style inférieur et d'une coupe convenue. Ces morceaux n'ont, la\nplupart, point trop de vulgarité, et c'est une partition qui vaut mieux\nsans doute que celles de M. Leoncavallo. Mais elle manque d'imagination\nà un point qui navre. Tout son comique réside en quelques parodies\nassez ternes, et tout son charme en banales fadeurs. Pas une trouvaille\nrythmique qui éveille une étincelle de gaîté ; pas une mélodie dont\nl'amabilité soit personnelle. M. Claude Terrasse, un moment, avait\npromis davantage.\nC'est tout autre chose, évidemment, que nous apporte M. Gabriel\nPierné. Certes il faut regretter que ce musicien si sûr et fin, qui sait\navec une égale aisance détailler d'un pinceau précis et leger les plus\nfragiles miniatures, ou composer solidement les vastes fresques d'un An\nMil ou d'une Croisade des Enfants,accepte obstinément des livrets\nexécrables, avec lesquels il est impossible qu'on se rende seulement\ncompte de ce que son tempérament et son art pourraient donner à la\nscène. Il n'est pas le premier qui commette l'erreur de mettre en\nmusique une pièce de Musset. Il n'est pas le dernier, soyez en certains :\net tout ce théâtre admirable y passera, ce théâtre qui est le moins\nmusical du monde, ou du moins qui porte en soi déjà toute sa musique ;\nce théâtre si complet et si exact dans sa pensée, si parfait dans son lan-\ngage, qu'aucun art ne saurait y ajouter quoi que ce soit, ni l'approcher\nque pour le gâter et se gâter soi-même avec lui, celui même du décora-\nteur et de l'acteur y paraissant, sinon nuisible, superflu. Ce qui n'est\nqu'erreur de la part d'un musicien devient au reste sombre sacrilège de\nla part d'un littérateur. Encore peut-il y avoir la manière. Celle des\nlibrettistes de On ne badine pas avec V n'est pas à recommander.\nSi je vous ai dit que cet ouvrage aussi pouvait se rapprocher de\nl'ancien opéra-comique, c'est que par la façon dont la pièce a été traitée,\nd'une part les personnages vidés de toute vérité humaine, sont devenus\ndes fantoches aux actes et aux propos inexpliqués, et que la musique\nreste forcément toute en surface ; et c'est d'autre part que M. Pierne a\nemployé, non point assurément l'horrible mélange de la musique et du\nparlé, mais celui du style récitatif et d'un style mélodique qui ne craint\npas d'aller jusqu'au morceau périodique. Avec quelle dextérité raffinée !"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.58", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2238, "texte": "Le récitatif est d'un ton assez soutenu et d'une ligne assez chantante pour\nne point faire trop violent contraste avec les mélodies ; et ces mélodies\nsont placées, amenées, résolues, liées à la déclamation avec tant de souplesse\nqu'on aperçoit à peine leurs lignes arrêtées. L'artifice ingénieux inter-\nvient encore de tout un travail discret de motifs conducteurs, qui s'adap-\ntent à merveille aux différents personnages, et soutiennent, sans insistance,\nsans pédanterie, mais fermement, l'unité de l'ensemble. Ce n'est pas la\nfaute de M. Pierné si Camille est totalement dénuée d'âme, au point qu'il\nn'a pu lui donner, pour ainsi dire, une mesure à chanter ; si Perdican n'est\nplus qu'un ténor à romances, et Rosette une niaise langoureuse, qui aime son\nseigneur, hélas ! depuis l'âge de six ans ; si Blazius dépareillé de son Bridaine\ncultive le sous-entendu le plus grossier, et si Dame Pluche ressemble à\nMarie-Antoinette. La musique fait ici ce qu'elle peut en étant partout\nd'un sentiment délicat, qui prendrait sans doute plus de chaleur et\nd'émotion intime si le poète ce n'est pas Musset que je veux dire\nle lui avait permis. Voyez seulement la sensibilité exquise de la scène où\nPerdican se fait reconnaître des vieillards, à la fin du premier acte. Et\nsachez encore gré à cette musique de la fraîcheur de son imagination,\nde la grâce de son allure, de son style subtil et clair : l'écriture harmoni-\nque en est particulièrement captivante, et l'orchestre plein de sonorités\ndélicieuses. Si l'on vous tient sur cette partition raisonnements et chicanes,\nrépondez donc comme Perdican au cuistre qui l'interroge sur une fleur\nqu'il tient à la main : \" Je trouve qu'elle sent bon, voilà tout. \"\n\nGaston Carraud.\n\nLETTRE DE ROME\n\nLes concerts d'orchestre de l'Augusteum dont je vous avais signalé\nles brillants débuts au commencement de la saison, continuent à attirer\nun public de plus en plus nombreux, à mesure que les étrangers en séjour\ndans cette ville viennent encore augmenter le nombre des auditeurs.\nRome devient décidément mélomane. Et ne faut-il pas l'être à l'excès\npour quitter les ombrages de Villa Borghese et renoncer, pour aller s'en-\nfermer dans une salle de concert des plus vastes, il est vrai, au"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.59", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2567, "texte": "spectacle glorieux du coucher du soleil, qu'accompagment les joyeuses\nenvolées des cloches du dimanche et les innombrables concerts d'oiseaux\ndes jardins de Rome ?\nParmi les derniers concerts, ceux qu'a dirigés le hollandais Mengel-\nberg ont remporté le plus grand succès. Il a été, parmi les hôtes musicaux\nde cette saison, le plus fêté de tous. Sa vogue a encore augmenté depuis\nl'an dernier. Et cependant les auditeurs plus calmes et moins \" emballés \"\nn'ont pas manqué de remarquer qu'en dépit de la verve et du tempé-\nrament extraordinaires de Mengelberg, celui-ci n'a électrisé l'orchestre\nque d'une manière fort superficielle et parfois très blessante pour\nl'oreille : dans la \" Vie de Héros \" de Strauss, la fatigue évidente de\nl'orchestre, le manque d'équilibre entre les divers groupes d'instruments,\nle \" fortissimo \" excessif des cuivres ont donné une idée très confuse et\npresque baroque de cette œuvre. Sans doute le changement si fréquent\nde direction nuit à l'équilibre de l'orchestre, et les concerts étant trop\nrapprochés les uns des autres, les exécutants ne peuvent fournir le nombre\nde répétitions qui seraient nécessaires pour arriver à une ensemble plus\nparfait.\nLes deux concerts de Vincent d'lndy ont en grande partie réalisé\nles vœux des amateurs de musique française dont je m'étais faite ici l'in-\nterprète. Les programmes du directeur de la Schola étaient choisis avec\nun grand éclectisme : nous regrettons cependant qu'il n'ait pas jugé à\npropos de nous faire entendre parmi des œuvres qui révélaient les tendan-\nces les plus diverses, la Symphonie de César Franck, cette œuvre si magis-\ntrale qui eût donné une idée bien plus juste de ce grand musicien que\nle fragment peu caractéristique d'\"Eros et Psyché\". La grandeur\nexceptionnelle de l'Augusteum ne nous pas permis de goûter com-\nplètement l'exquise interprétation de MUe Blanche Sel va, dans les variations\nSymphoniques de Franck et la Symphonie avec piano de d'lndy. Le\npublic a accueilli avec chaleur plusieurs morceaux de ce maître et d'autres\nde Debussy ; et seule la loge des professeurs de Sainte Cécile n'a pas\nsemblé participer à l'intérêt général éveillé par ces concerts : il n'y a pas\nlieu de s'en étonner par trop, car ces messieurs ne se laissent tirer de leur\nrêverie musicale un peu distraite que par les gestes plus ou moins violents\nd'un chef d'orchestre virtuose, qui récrée leurs yeux autant que leurs\noreilles ; et puis, c'est si fatigant d'applaudir par une chaude après-midi\nde printemps ! Les jeunes musiciens de Rome par contre, ont fort bien"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.60", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2577, "texte": "rendu hommage à la personnalité musicale qu'est M. d'lndy, et les arti-\ncles du \" Tirso \" 1 ainsi que les critiques des journaux en général, ont\ntémoigné de l'admiration et de l'intérêt, qu'il a éveillés parmi eux.\nParmi les nombreuses exécutions de musique de chambre, trois\nauditions de la violoniste Teresina Tua et du pianiste Ariano Ariani ont\nréuni un public très choisi et très recueilli dans la salle Bach, l'élégance\net la pureté du style des deux interprètes, la grâce toute italienne avec\nlaquelle ils ont \" chanté \" sans aucune exagération les phrases mélodiques\ndes premières sonates de Mozart et de Beethoven, nous les ont fait goûter\ncomme des œuvres nouvelles ; pour l'exécution de la musique de Mozart,\nTeresina Tua n'a pas sa pareille ; son archet de virtuose et d'artiste fait\nrevivre tout l'esprit, toute la tendresse riante, toute la naïveté profonde\nde Mozart. C'est une vraie joie de retrouver dans une exécution comme\nla sienne, la ligne mélodique et le sentiment de la proportion si essentiels à\nl'interprétation de la musique classique, ces qualités si négligées par les\nchefs d'orchestre allemands que leurs jeunes émules de Rome auraient\ngrand tort d'imiter sous ce rapport.\nAu lieu de vous parler plus longuement des autres manifestations\nmusicales de Rome, qui après tout ressemblent beaucoup à celles des\nautres pays, je préfère vous entretenir aujourd'hui de quelques livres de\ncritique ou de musicologie : parmi ceux-ci il faut signaler une biographie\nde Chopin le premier ouvrage de ce genre en Italie de Ippolito\nValetta (Torino Fratelli Bocca). L'auteur s'est vastement documenté dans\nla littérature \" Chopinienne et principalement dans les études de\nHoesick. Son récit de la vie du musicien polonais et l'analyse critique de\nses œuvres font de son livre un ouvrage de lecture instructive et facile.\nIppolito Valetta est d'ailleurs, parmi les musicologues italiens, l'un des\nplus actifs et des plus vivants, il a consacré il y a quelques années un de\nses livres à l'histoire de la Villa Médicis. Ce gentilhomme piémontais\nun peu rude qui vit depuis de longues années à Turin et à Rome, en\ncontact avec les personnalités artistiques ou musicales les plus en vue, est\naussi l'un de ceux qui ont le plus contribué à l'introduction de la musique\nclassique orchestrale en Italie, et à la préservation de la bonne tradition.\nSi, le critique musical de la Nuova Antologia, montre parfois le bout de\nl'oreille du conservateur piémontais, il n'en est pas moins accessible à\n\n1 Journal musical hebdomadaire de Rome. S. M. Viti, directeur."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.61", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2593, "texte": "toutes les formes d'art sincères et vraies, ainsi que le témoigne l'étude\nqu'il a faite l'an dernier de la musique du compositeur français Paul\nDupin. Les compte-rendus musicaux mensuels de Valetta dans la Nuova\nAntologia sont d'ailleurs écrits avec beaucoup de mesuie et de sagacité.\nAvant de vous parler d'un autre livre de musique, Il Dopo Wagner-\nDebussy et Strauss par Fr. Santo Liquido-Roma, W. Modes Edit. paiu\ncette année, ie voudrais signaler à votre attention quelques jeunes musi-\nciens de Rome, dont plusieurs sont sortis du conservatoire de b Cecile.\nMalgré leurs études classiques, il me semble qu'ils sont beaucoup plus\nattirés vers la musique moderne que par Schumann, Chopin ou Mendels-\nsohn, les dieux lares de la Maison qui les a formes. Lun de ces jeunes\ncompositeurs, M. Tommasini a révélé, il y a deux ou trois ans Debussy\nà ses compatriotes en un article de la Nuova Antologia, et a partir de ce\nmoment, l'exécution des œuvres principales pour orchestre de ce musicien\net les concerts consacrés aux poemes symphoniques de Strauss ont achevé\nde familiariser ces jeunes gens avec ces formes musicales si nouvelles pour\neux. En dépit du prestige du maître allemand, il n est cependant pas\ndouteux que les jeunes italiens en question soient plus sensibles a la séduc-\ntion vague et au raffinement extrême de Debussy qu'à \" l'Ultra-sympho-\nnisme \" des lourdes architectures musicales de Strauss. Cela ressort, non\nseulement de leurs compositions, mais aussi de leurs écrits : car Albert\nGarso, Gui, Santo Liquido, Tommasini, Molinari etc. ne sont pas\nseulement compositeurs, ce sont aussi des lettrés, des jeunes hommes très\ncultivés, chez qui le sens de la critique me semble jusqu'ici encore plus\ndéveloppé que la faculté créatrice. L'influence exercée sur eux par la\nmusique de Debussy est peut-être encore plus esthétique que musicale ;\nla contagion \" Debussyste devait tout naturellement les gagner et les\nséduire, comme ils avaient été séduits par d Annunzio, Maeterlinck\nou Wilde. \"\nJe croirais volontiers que cette mode sera passagère chez eux ; le\nlivre de Francesco Santo Liquido l'indique déjà (de même que son poème\nmusical exécuté cet hiver me semble un essai pour employer les procédés\nde \" couleur sonorisée \" afin d'arriver a un impressionisme musical plus\npersonnel !) Dans sa brochure \" Dopo Wagner \", M. Santo Liquido qui\nest aussi poète et s'est déjà essayé à une œuvre dramatique, s'est pose\nvis_à-vis des deux formes les plus caractéristiques de l'évolution musicale\nmoderne, de Debussy et de Strauss, en observateur plutôt qu'en critique."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.62", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2319, "texte": "Selon lui, le système de Debussy ne résiste pas à un examen critique ; et\nsi Pelléas et Mélisande \" s'impose par la séduction particulière que\n\" répand cette œuvre, c'est que Xartiste triomphe, et non la théorie. Ce\n\" n'est pas le système du maître qui justifie et impose Pelléas ; c'est au\nc< contraire l'œuvre qui par une séduction spéciale et indépendante du\n\" système, s'impose et attire l'attention sur les théories qui prétendent\n\" lui avoir donné naissance. \" Très juste aussi me semble l'observation\nsuivante : \" Les deux tendances de ces musiciens sont diamétralement\n\" contraire et n'ont pour base commune qu'un curieux \" confustonisme\n\" esthétique \" qui les rapproche des autres formes de l'art et les confond\n\" avec la peinture, la sculpture, l'achitecture. Et encore : le substratum\n\" littéraire qui anime et soutient toute cette floraison post-wagnérienne\n\" est considérable. \" M. Santo Liquido pense que cette musique de\nDebussy et de Strauss imprégnée \" d'une intellectualité extrême qui\n\" s'unit assez souvent à des manifestations grossières et informes, à de\n\" purs instincts encore embryonaires et vagues \" est un élément de\ntransition et non de décadence qui conduira à une forme musicale plus\ncoordonnée. Santo Liquido estime aussi que le principal mérite du\nmouvement actuel est \"de détruire définitivement le mélodrame en le\n\" guidant vers des formes plus hautes et plus nobles de la tragédie.\nA vrai dire, si nous ne trouvons pas de trace de cette évolution dans la\nmusique de théâtre italienne actuelle, et si le et la dont\nle règne serait terminé, selon M. Santo Liquido, ont cependant encore\nbeaucoup de prestige auprès des spectateurs italiens, il n'est pas dit que\nl'un ou l'autre des jeunes romains dont j'ai cité les noms, ne tentera pas\nde réaliser un plus noble idéal de drame musical.\nEn entendant, l'autre soir un fragment trop court, malheureuse-\nment, de \" Roméo et Juliette \" de Berlioz dont la beauté intellectuelle\net plastique à la fois parle si clairement à nos âmes latines, je me suis\ndemandé si les musiciens italiens ne trouveraient pas dans les œuvres\ndramatiques et symphoniques de l'auteur des '* Troyens\" et de \" Benve-\nnuto Cellini \" une forme d'art accessible à tous, et directement inspirée\npar les émotions humaines, par l'amour de la nature.\n\nH. A. M."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.63", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2250, "texte": "LETTRE DE HONGRIE\n\nOn s'imagine assez volontiers, d'après les romans ou les livres de\nvoyages, qu'il n'y a guère d'autre musique en Hongrie que celle des\ntziganes, et que l'instrument dont les Hongrois jouent le mieux est le\ncymbalon. C'est une erreur. S'il est vrai que la musique tzigane tient une\nplace importante dans la vie hongroise, il y a, en dehors d'elle, une vie\nmusicale très intense en Hongrie et particulièrement à Budapest. Qu'on\nen juge par la simple énumération des concerts.\nLa Société Philharmonique formée par une centaine de musiciens\ndonne dix concerts par saison, sous la direction de M. Kerner, lerIer chef\nd'orchestre de l'Opéra ; X Orchestre sym six avec abonne-\nment, et six autres pour les écoles ; X (ou Conserva-\ntoire) en donne quatre avec abonnements, précédés de répétitions générales\npubliques. Cette année, en outre, deux sociétés musicales autrichiennes\nsont venues donner des concerts à Budapest : le Conzert-Verein, dirigé par\nM. Love, a joué quatre fois, les Ton-Kûstler, sous la direction de\nMM. Nedbal ou Weingartner, six fois. La plupart de ces concerts se\ndonnent dans la salle du Vigado, (ou la Redoute), qui a été construite pour\nles grands bals. Elle peut contenir 1500 personnes ; c'est une belle salle,\nhaute et commodément disposée ; les effets de délicatesse s'y perdent un\npeu, mais l'acoustique est bonne pour les effets de force : il y a quelques\nannées, par exemple, le Requiem de Berlioz y fut exécutée par 160 musi-\nciens et 400 choristes, d'une manière remarquable et impressionnante.\nIl y a dans la ville trois sociétés de musique de chambre. Enfin,\ncomme on peut y entendre souvent des quatuors de passage, sans compter\nles solistes du pays ou de l'étranger, les concerts sont si nombreux à\nBudapest que cette année, pendant quelques mois, nous en avons eu un\npresque tous les soirs, quelquefois deux ou trois dans la même soirée : c'est\nun véritable débordement de musique.\nIl s'explique, non seulement par les dispositions naturelles de la race,\nmais encore par la forte éducation musicale que les Hongrois ont pu\nrecevoir depuis le siècle dernier, grâce à deux institutions :\nde musique (Nemzeti Zenede), et XAcadémie royale de musique (Orszagos\nmagyar Kiraly ZeneakademiaJ."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.64", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2436, "texte": "La première, qui fut fondée en 1839 par des amateurs, a pris un\ngrand développement. On y enseigne tous les instruments, le chant, la\nthéorie et l'orchestre. Elle a plus de 60 professeurs, parmi lesquels des\nartistes de premier ordre, et compte actuellement 900 élèves ; leur\norchestre donne plusieurs grands concerts par an. Le célèbre violoniste\nHubay est sorti de cette école, qui a pour président le comte Géza Zichy,\nélève de Liszt.\nL'Académie de musique a été fondée en 1875 ; son premier direc-\nteur, François Liszt, quitta Weimar pour venir établir la première école\nsupérieure de musique dans son pays natal et y installer des professeurs\ntels que Volkmann, Erkel et Abranyi. A sa mort, la direction fut confiée\nau compositeur Edouard Mihalovich qui l'occupe aujourd'hui et y fait\npreuve de la plus intelligente activité. Parmi les 54 professeurs actuels,\nnous nommerons, pour la composition : MM. Herzfeld, Koessler et\nKodâly ; pour le violon, MM. Hubay, Kèmény et Mambriny ; pour le\nvioloncelle, M. Popper ; pour le piano, MM. Szendy et Thoman, qui\nfurent élèves de Liszt, Bartok et Butykây ; pour l'orgue, M. AntalfFy.\nLe bâtiment de l'Académie contient deux salles de concerts, l'une de\n300 places, l'autre de 1100. Celle-ci est un modèle. Les places sont\ndistribuées au parquet et dans trois tribunes ; au fond de la salle, un orgue\nexcellent, devant lequel est placé l'orchestre. L'acoustique est fine, la\ndécoration riche et sobre, les dégagements commodes. Dans l'en-\nsemble comme dans les détails, cette salle répond parfaitement à sa\ndestination.\nL'Académie instruit actuellement 500 élèves, parmi lesquels se\ntrouvent un grand nombre d'étrangers. Son orchestre, composé des profes-\nseurs et des meilleurs élèves, est formé de 80 exécutants, il y en a\nde tout jeunes est d'une exactitude et d'un élan admirables. Entre\nautres choses, il a joué d'une façon remarquable la\nde Haydn, lorsqu'on a célébré l'anniversaire du compositeur. Les élèves\nles plus renommés de l'Académie sont, pour le violon, M. Vecsey, âgé de\n17 ans, Mlle Stéphanie Geyer ; pour le piano, M. Dohnânyi, professeur à\nl'Académie de musique de Berlin, M. Kéry-Szanto, Mlles Yolande Méro,\nLily Markus. Il est certain que l'Académie produit actuellement plus\nde virtuoses et de solistes remarquables que les scènes ou les salles de\nconcerts de Hongrie n'en peuvent recevoir.\nL'Académie, mère féconde, a déterminé la fondation de nouvelles"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.65", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2512, "texte": "écoles de musique. Il y en a une dizaine à Budapest ; il y en a d'autres\nen province, surtout dans les villes purement magyares, telles que Szeged,\nKecskémet, Szabadka, Kolozsvar, Debreczen, Arad, Temesvar et Gyôr.\nCes écoles, qui ont pour directeurs et processeurs d'anciens élèves de\nl'Académie, ont créé des Sociétés philharmoniques, et contribué ainsi à\nrépandre dans toutes les provinces la connaissance et le goût de l'art\nclassique.\nNous ne voulons pas laisser de côté le chapitre des concerts sans\nciter encore une très belle et utile institution musicale, celle de l'Orchestre\nsymphonique National fOrszagos Symfoniai Zene Kar). Le noyau de cette\nsociété est l'orchestre du Théâtre-National, où l'on joue à ravir des\npièces telles que le Bourgeois gentilhomme^avec la musique de Lulli, on le\nSonge d'une nuit avec celle de Mendelssohn. A cet orchestre sont\nattachés encore d'autres musiciens : ils forment une troupe de 70 exécu-\ntants, très jeunes pour la plupart, sous la direction de M. Landislas Kun,\nprofesseur à l'i\\cadémie.\nLa Société, qui est subventionnée par l'Etat, est tenue de donner\nplusieurs concerts à bon marché, dans la capitale et dans quelques villes\nde province. A Budapest chacun d'eux est donné deux fois : d'abord le\ndimanche dans l'après-midi : les places les plus chères sont de 3 couron-\nnes, les moins chères de 20 Jîlleé (à peu près 20 centimes). La seconde\nSéance a lieu le dimanche suivant, le matin. Aucune place n'est vendue ;\ntoutes sont distribuées aux élèves des écoles secondaires de garçons et de\nfilles, moyennant 40 centimes par place. On ne peut voir d'auditoire plus\nsilencieux et plus recueilli ; Les programmes de ces concerts sont très\néclectiques, puisqu'on peut entendre le même jour de Bach et du Vincent\nd'lndy, du Mozart et du Richard Strauss ; les œuvres de Liszt y occupent\nnaturellement une place importante.\nIl me reste à parler de l'Opéra de Budapest.\nL'édifice actuel date de 1884, et l'on y a donné récemment la\n5000e représentation. Si l'on considère que la saison dure de la fin de\nSeptembre à la fin de Juin, les chiffres suffiront à montrer combien elle\nest active. En effet, on joue tous les soirs, sauf, parfois, le lundi, lorsque\nce jour-là l'orchestre est occupé à la société philharmonique; et encore,\ndans ce cas, y a-t-il, à 4 heures, une représentation pour les enfants, à qui\nl'on fait entendre, par exemple, Hdnsel et Gretel. Le répertoire comprend\nles œuvres que l'on joue à notre Opéra et à l'Opéra-Comique. Celui de"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.66", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "la saison qui va finir se compose de plus de cinquante œuvres sans\ncompter les ballets.\nSignalons en passant cette particularité : tous les opéras sont chantés\nen hongrois ; les artistes étrangers en représentation se servent de la\nlangue qui leur est familière, l'italien ou le français généralement : l'usage\nde l'allemand, seul, est formellement interdit, pour une raison patriotique,\nd'abord, et aussi pour un motif économique : on craint l'invasion des\nartistes allemands, qui sont innombrables, et qui se contentent d'appoin-\ntements moindres que les artistes du pays.\nVoici enfin la liste des œuvres hongroises jouées à l'opéra cette\nannée Bank ban et Ladislas Hungadi, opéras historiques de François Erkel,\nle créateur de l'opéra hongrois ; la Re et le de\nM. Charles Goldmark, dont on va fêter solennellement dans quelques\njours, le quatre-vingtième anniversaire; Nemo et François Rakoczt du\ndu comte Géza Zichy ; enfin VAmour de Toldi, de M. Mihalovich et le\nChemineau et la Princesse, de M. Poldini.\nUne activité pareille fait honneur au directeur de l'opéra, M.\nEmeric Mészâros et à ses collaborateurs, en particulier à M. Vidor,\nsecrétaire général, et à M. Alzseghy, régisseur en chef. L'orchestre,\ndirigé par M. Kerner ou par un de ses quatre collègues, est précis et\nnuancé ; les chœurs chantent avec justesse et vigueur ; la décoration, à la\nquelle préside un peintre de talent, M. Eugène Kéméndy, est le plus\nsouvent belle et ingénieuse ; elle est d'ailleurs favorisée par une machine-\nrie plus puissante et plus perfectionnée que celle de l'Opéra de Paris.\nJe ne nommerai pas tous les chanteurs ou les cantatrices célèbres qui\nont été appelés de l'étranger pour des représentations extraordinaires; mais\nje veux citer du moins quelques-uns des meilleurs artistes hongrois qui\nfont partie de la troupe, ténors Anthes, Arânyi, Kôrnyey et Székelyhidy,\nles barytons Rôzsa, Szemere et Takâts, les basses Erdôs, Kornai Szendrôs\net Venczell. Parmi les femmes, Mmes Flatt, Fodor, Medek, Sandor, Sebeôk,\nSzoyer et la comtesse Vasquez. D'eux d'entre elles m'ont particulièrement\nfrappé, en outre, par l'originalité et la science de leur jeu : Mme Szamosi\nest une admirable Carmen, fantasque, nerveuse et terriblement bohé-\nmienne ; elle serait digne de s'essayer à Paris après les plus célèbres inter-\nprètes du rôle. Mme Krammer fait de l'Electra de Strauss une figure d'un\ntragique effroyable ; elle ne recherche pas un instant la beauté des lignes,\ntelle que l'on peut se l'imaginer après avoir vu Rose Caron, mais seule-"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.67", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1929, "texte": "ment la vérité et la force de l'expression, et elle arrive à la beauté par\nsurcroît. Lorsque Oreste est entré dans le palais où il doit trouver\nClytemnestre et l'égorger, cette actrice, après s'être assurée que la porte\nest bien fermée, va et vient rapidement le long du mur, les cheveux épars,\nle dos courbé, sans arrêt, jusqu'à ce que des cris poussés à l'intérieur lui\nannoncent que sa vengeance est accomplie. Cette promenade de fauve,\ndont Mme Krammer a sans doute eu l'idée en regardant quelque cage de\nlions, restera dans mon souvenir comme une horrible et magnifique image\nde la haine.\nPour tant de musique, dans une ville de 800.000 habitants, il y a un\npublic régulier et assidu : cette constatation seule est un grand éloge. Je\ndois y joindre une critique qui s'adresse à une partie du public, petite\ncertes, mais trop grande encore au gré de tous ceux qui aiment vraiment\nla musique : je n'ai pas assisté une seule fois à un concert, à une repré-\nsentation d'opéra ou de pièce quelconque sans être dérangé par un certain\nnombre de personnes qui éprouvent le besoin de quitter la salle quelques\nminutes avant la fin de la séance ou du dernier acte, c'est à dire à\nl'instant même où les artistes, soit sur la scène, soit à l'orchestre, sont\ndéjà fatigués et donnent leur suprême effort pour bien rendre leurs der-\nnières mesures de l'œuvre, où l'auteur a dépensé d'ordinaire le meilleur de\nson génie. Rien ne saurait être plus désobligeant pour le compositeur\ncomme pour les exécutants. Cet exode ne s'explique point par l'heure\ntardive des représentations, puisqu'elles commencent à y heures 1/2 et\nsont presque toujours finies avant dix heures, et pas davantage par\nl'ennui d'attendre au vestiaire, car ce service est fait avec une rapidité\nqui pourrait servir d'exemple à bien des théâtres parisiens. Est-ce donc par\nune recherche de \" chic \" ? Il vaudrait mieux en adopter une autre !\n\nHubert Morand."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c048", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c048", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 52, "image_fin": 58, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.13.2", "titre_corps": "PARIS.", "titre_sommaire": "PARIS.", "signature_source": "Gaston Carraud", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.52", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 715, "texte": "PARIS.\nMai.\nNous liquiderons aujourd'hui les dernières manifestations de cette\nsaison musicale, qui fut en somme assez pauvre, tout au moins en qualité.\nNous ne parlerons, si vous le voulez bien, ni de la saison russe de l'Opéra\nqui reste cette année, et il est permis de le regretter, purement choré-\ngraphique ni de la saison italienne du Châtelet : saison américaine\nplutôt, et à tous égards ; humiliante par le déchaînement de la réclame,\nmême pour le public spécial à qui elle s'est adressée. Ce sont là des\nchoses qui n'ont avec la musique véritable que de très vagues liens. Mais\nl'Opéra et l'Opéra-Comique ont lutté d'activité, en cette dernière période,\nd'une façon qu'on n'avait, je crois, pas encore vue."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.53", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2617, "texte": "Il vaudrait mieux, à la vérité, ne rien faire du tout que de mettre à\nla scène la Damnation de Faust.Ceci encore est bon pour l'Amérique, ou\npis : pour Monte-Carlo. Je ne parle pas de la réalisation de l'Opéra,\nque je ne connais pas au moment où j'écris ces lignes, mais du prin-\ncipe même. Lorsque cette tentative fut faite pour la première fois\net avec quels monstrueux attentats au texte ! on essaya de la\njustifier. Reprendre la discussion aujourd'hui ferait sourire. Il n'existe\npas une ligne, pas un mot de Berlioz, pas un trait dans sa partition\ndont on puisse se servir pour défendre sérieusement l'idée de porter cet\nouvrage au théâtre. Tant que cela se passait dans les coulisses d'une\nmaison de jeu ou une entreprise particulière, on n'y pouvait rien faire,\npuisqu'aucune loi ne saurait, paraît-il, contraindre à protéger les chefs-\nd'œuvre contre d'outrecuidantes exploitations, des éditeurs et des héritiers\ntrop âpres au gain. La honte en reste sur eux ! Mais que l'Académie\nNationale de Musique, qui est notre Louvre, s'en mêle, cela touche au\nscandale : il faut le dire, tout net, tel que cela est. Il faut exprimer sa\ndouloureuse stupéfaction, que des musiciens comme Edouard Colonne\nautrefois, comme M. Messager et M. Rabaud aujourd'hui ', acceptent une\ncomplicité dans de pareilles profanations. Berlioz, qui écrivit spéciale-\nment pour le théâtre des ouvrages admirables, d'une autre unité, d'une\nautre force de construction, d'une autre vie dramatique que la Damnation\nde Faust, des ouvrages, cependant, qui ne sont représentés qu'en Allemagne,\nBerlioz a écrit aussi quelque part que le théâtre est à la musique sauf\nvotre respect \" sicut amori lupanar. \"\nMais l'Opéra a enfin représenté la célèbre de M. Richard\nStrauss. Il pourrait l'avoir fait depuis longtemps, et ce serait plutôt\nl'heure, assurément, de nous donner Elektra. Excusons le retard, en\nfaveur d'une exécution extrêmement soignée, irréprochable de la part de\nl'orchestre dirigé par M. Messager, originale et curieuse, un peu trop de\nChicago tout de même et vocalement insuffisante, de la part de Mlle\nGarden. L'impression produite a été assez différente de celle des repré-\ntations que donna au Châtelet, en 1907, une troupe allemande sous la\npropre direction de l'auteur. L'œuvre était alors dans sa nouveauté pour\nnous ; elle nous arrivait entourée d'une atmosphère formidable, roulant\n\n1 Je dois à ces deux derniers de dire qu'ils ont nettoyé la Damnation des fantaisies de 1 auteur du Vieil\nAigley et que le texte de Berlioz n'est pas beaucoup plus défiguré à F Opéra que celui des autres ouvrages du\nrépertoire."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.54", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2558, "texte": "depuis deux ans sur les deux mondes un fracas de tonnerre et des brasille-\nments de météore ; monstre d'Apocalypse ou courtisane de quelque\nGomorrhe rêvée dans le futur par un Wells musicien, on ne savait encore:\nmais elle avait soulevé partout, avec un peu de scandale, de trop bruyants\nenthousiasmes pour qu'on pût accueillir de sangfroid une hôtesse si\nannoncée.\nElle frappa chacun de nous d'une émotion, peut-être d'une impres-\nsion plutôt, dont la violence était extraordinaire. Le temps ayant passé,\nnous étant accoutumés toujours davantage à l'art de M. Strauss, et Salomé\nse présentant désormais dans les conditions où nous entendons tous les\nautres opéras, la retrouverions-nous aussi fascinante qu'à son premier\npassage ? N'aurions-nous pas une déception ?\nNous n'avons pas eu de déception. Mais pour l'émotion, il n'y faut\nplus compter. Etant toute physique et faite en grande partie d'une sorte\nde stupeur épouvantée, cette émotion se produit toute au premier choc,\net ne se renouvelle pas. Le mystère de n'est qu'à la surface. Il se\ndéchire rapidement. Il n'enferme pas une âme qu'il faille approfondir\naprès l'avoir déchiré. Et il ne parle pas à notre âme. Ces personnages\nn'ont point des sentiments ni des pensées, mais seulement des instincts et\ndes appétits : êtres élémentaires se dépensant tout en gestes et en accents,\nqui ont, il est vrai, une force et une vivacité uniques, ils donnent l'im-\npression furieuse de la vie, mais d'une vie animale et détraquée, dont on\nest vite excédé.\nCe qui subiste tout entier, en revanche, et d'autant plus sensible\npeut-être qu'on aborde l'œuvre de sens rassis, c'est l'intérêt musical ; je\ndirais presque : l'amusement technique, passionné, que l'on trouve à l'en-\ntendre. Il fait presque oublier, sur le moment, le goût effroyable de cet\nart composite et démesuré, et ce qu'il a, même au point de vue purement\nmusical, de suspect et d'équivoque. A la réflexion l'impression devient\nantipathique ; on s'aperçoit que si l'on a vibré, ce n'est point noblement ;\net le soupçon vous traverse qu'on pourrait bien avoir été \" mis dedans \".\nEst-il possible qu'une chose qui a soulevé tout de suite un tel bruit dans\nle monde entier, et qui s'est prêtée si bien aux affaires qui sont les affaires,\nsoit une chose vraiment belle ? Ce serait la première fois. Est-ce que cette\nmusique toute célébrale, ordonnée peut-être bien avec plus de sangfroid\net de facilité qu'il ne paraît ; cette musique qui n'est point du tout un\nsymbole de vie intérieure, mais rien, en somme, qu'une sorte de plastique"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.55", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2704, "texte": "sonore, est un art élevé et complet ? Est-ce une bonne note pour cet art,\nqu'il s'applique aux pires littératures ; et n'incline-t-il pas facilement un\ndilettantisme, n'ayant ni émotion ni grandeur véritable ?\nCet art est d'une technique prodigieuse, et il est intelligent et spirituel\nautant que vigoureux. Les idées peuvent avoir la plus fréquente banalité,\nou bien une mollesse triviale, tantôt italienne et tantôt viennoise, ou bien\nune primordialité quasi amorphe : elles sont placées et traitées de telle\nmanière qu'elles prennent la signification la plus topique et la plus\nvéhémente. Et la dépense effrénée de toutes les forces sonores, l'accumu-\nlation disproportionnée des moyens, le caprice déréglé du détail aboutis-\nsent au résultat le plus clair, le plus souple et le plus vif, aux oppositions\nles plus justes et les plus harmonieuses, à la composition la plus judicieuse-\nment pondérée dans l'énorme. Cette imagination qui paraît délirante,\nobéit à un flair infaillible de la limite où l'on peut mener la patience du\npublic en prenant l'air d'en abuser. Quel tact de l'amadouer à temps\nquand il va se révolter, de le piquer au moment qu'il pourrait s'ennuyer,\nde le bousculer avant qu'il s'aperçoive qu'on le flatte ! Quelle culture\nintensive de l'effet, et quelle variété d'effets ! Est-ce que cela avec la\ncontrainte d'une de ces volontés contre lesquelles on ne raisonne pas\nn'explique pas pour la plus grande part la surprenante rapidité d'action\nde cette musique pourtant inusitée sur tous les publics? Et n'y a-t-il pas\naussi, qu'après la première secousse de surprise, on se trouve moins dépaysé\nqu'on pouvait le craindre? Ce thaumaturge qui mêle en son creuset\nardent les débris de tout ce qui l'a précédé, n'emploie en réalité que les\nplus ordinaires éléments de la musique. Il les porte à la dernière puis-\nsance ; il les agite dans un paroxysme continu ; il les entasse, les astreint\nà s'accorder avec une audace sans scrupule et une incroyable habileté ; il\nleur impose son individualité : mais ces éléments restent reconnaissables,\net pour ceux précisément qui sont en possession des plus faciles faveurs\ndu public. Qu'on voudrait être sûr que M. Strauss ne le fait pas exprès.\nQu'on voudrait être sûr qu'il n'apparaîtra pas un jour comme le Meyer-\nbeer de ce siècle : un Meyerbeer de race supérieure, un Meyerbeer doué\nd'une vraie personnalité, d'un vrai tempérament, et d'une des plus puis-\nsantes organisations musicales qu'on ait jamais vues. Mais tenons compte\nde la marche des temps. A son époque, qu'il révolutionna aussi et\nnon sans quelque chose qui ressemblait déjà à notre moderne bluff\nMeyerbeer ne fut-il pas universellement considéré comme un grand"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.56", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2353, "texte": "esprit, un musicien original et hardi entre tous, un homme \" très fort \" ?\nIl n'en reste pas moins que la plus grande chose que la scène lyrique\nait produite depuis Wagner, c'est encore Salomé. Il est inquiétant pour la\nmusique, et particulèrement pour la musique allemande, que ce soit\ncette chose-là. On aime beaucoup, outre Rhin, à rapprocher \" les deux\nRichard\". Il est certain que le second est à bien des égards le fils du\npremier. Il est presque autant le fils de notre Berlioz, dont l'action reste\nbeaucoup plus forte aujourd'hui sur les Allemands que sur nous. C'est\neux qui, avec ce dédain du temps, de la mesure et du goût, si bien\ncongénital qu'un esprit blasphémateur en relèverait déjà des traces chez\nBach le Père, travaillent à réaliser la conception berliozienne d'un art\ngigantesque, anormal, tout extérieur, qui ferait éclater les orchestres, et\nles heures, et les nerfs.\nMais à quarante ans, le premier Richard, exilé de sa patrie, chassé de\nParis par la misère, ne subsistant à Zurich que d'aumônes amicales, avait\nachevé Tannhduser, Lohengrin, le poème de la Tétralogie et la partition\ndu Rheingold: c'était tout de même autre chose que\nDans l'espace de vingt-six jours, l'Opéra-Comique a donné deux\nouvrages nouveaux, qui ne se peuvent en aucune façon comparer, et qui\nmarquent cependant l'un et l'autre un retour au ton et même aux formes\nautrefois en faveur dans la maison. Ce n'est point du tout là une chose\ndont il faille se plaindre.\nLe premier de ces ouvrages, qui a trouvé en Mme Marguerite Carré\nune interprète d'une grâce et d'une finesse rares, nous arrêtera peu. Ce\nn'est pas qu'on doive s'indigner bien fort que l'Opéra-Comique ait admis\nsur ses augustes planches une opérette. Mais cette opérette n'est pas une\nbonne opérette. Il semble d'ailleurs, d'après le titre de que\nles auteurs ont adopté, et d'après les interviews qu'ils se sont laissé arracher\nà l'envi, qu'ils aient eu des prétentions plus hautes. Voilà où il est impos-\nsible de les suivre. Sans la musique, le Mariage de Télémaque pourrait être\nune comédie charmante : et je ne dis pas que le sujet, l'esprit si fin, le\nsentiment un peu sournois, le langage même de cette comédie n'auraient\npu servir au dessein de renouveler en notre âge le genre des Mozart ou\ndes Grétry, des Pergolèse ou des Rossini. Mais un tel dessein appelle aussi\n\n4"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.57", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2559, "texte": "des formes renouvelées, et ne peut naître et aboutir que dans la musique\net par un musicien. Or le musicien du Télémaque n'a fait que\nsaupoudrer au hasard une œuvre infiniment littéraire de quelques morceaux\nd'un style inférieur et d'une coupe convenue. Ces morceaux n'ont, la\nplupart, point trop de vulgarité, et c'est une partition qui vaut mieux\nsans doute que celles de M. Leoncavallo. Mais elle manque d'imagination\nà un point qui navre. Tout son comique réside en quelques parodies\nassez ternes, et tout son charme en banales fadeurs. Pas une trouvaille\nrythmique qui éveille une étincelle de gaîté ; pas une mélodie dont\nl'amabilité soit personnelle. M. Claude Terrasse, un moment, avait\npromis davantage.\nC'est tout autre chose, évidemment, que nous apporte M. Gabriel\nPierné. Certes il faut regretter que ce musicien si sûr et fin, qui sait\navec une égale aisance détailler d'un pinceau précis et leger les plus\nfragiles miniatures, ou composer solidement les vastes fresques d'un An\nMil ou d'une Croisade des Enfants,accepte obstinément des livrets\nexécrables, avec lesquels il est impossible qu'on se rende seulement\ncompte de ce que son tempérament et son art pourraient donner à la\nscène. Il n'est pas le premier qui commette l'erreur de mettre en\nmusique une pièce de Musset. Il n'est pas le dernier, soyez en certains :\net tout ce théâtre admirable y passera, ce théâtre qui est le moins\nmusical du monde, ou du moins qui porte en soi déjà toute sa musique ;\nce théâtre si complet et si exact dans sa pensée, si parfait dans son lan-\ngage, qu'aucun art ne saurait y ajouter quoi que ce soit, ni l'approcher\nque pour le gâter et se gâter soi-même avec lui, celui même du décora-\nteur et de l'acteur y paraissant, sinon nuisible, superflu. Ce qui n'est\nqu'erreur de la part d'un musicien devient au reste sombre sacrilège de\nla part d'un littérateur. Encore peut-il y avoir la manière. Celle des\nlibrettistes de On ne badine pas avec V n'est pas à recommander.\nSi je vous ai dit que cet ouvrage aussi pouvait se rapprocher de\nl'ancien opéra-comique, c'est que par la façon dont la pièce a été traitée,\nd'une part les personnages vidés de toute vérité humaine, sont devenus\ndes fantoches aux actes et aux propos inexpliqués, et que la musique\nreste forcément toute en surface ; et c'est d'autre part que M. Pierne a\nemployé, non point assurément l'horrible mélange de la musique et du\nparlé, mais celui du style récitatif et d'un style mélodique qui ne craint\npas d'aller jusqu'au morceau périodique. Avec quelle dextérité raffinée !"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.58", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1732, "texte": "Le récitatif est d'un ton assez soutenu et d'une ligne assez chantante pour\nne point faire trop violent contraste avec les mélodies ; et ces mélodies\nsont placées, amenées, résolues, liées à la déclamation avec tant de souplesse\nqu'on aperçoit à peine leurs lignes arrêtées. L'artifice ingénieux inter-\nvient encore de tout un travail discret de motifs conducteurs, qui s'adap-\ntent à merveille aux différents personnages, et soutiennent, sans insistance,\nsans pédanterie, mais fermement, l'unité de l'ensemble. Ce n'est pas la\nfaute de M. Pierné si Camille est totalement dénuée d'âme, au point qu'il\nn'a pu lui donner, pour ainsi dire, une mesure à chanter ; si Perdican n'est\nplus qu'un ténor à romances, et Rosette une niaise langoureuse, qui aime son\nseigneur, hélas ! depuis l'âge de six ans ; si Blazius dépareillé de son Bridaine\ncultive le sous-entendu le plus grossier, et si Dame Pluche ressemble à\nMarie-Antoinette. La musique fait ici ce qu'elle peut en étant partout\nd'un sentiment délicat, qui prendrait sans doute plus de chaleur et\nd'émotion intime si le poète ce n'est pas Musset que je veux dire\nle lui avait permis. Voyez seulement la sensibilité exquise de la scène où\nPerdican se fait reconnaître des vieillards, à la fin du premier acte. Et\nsachez encore gré à cette musique de la fraîcheur de son imagination,\nde la grâce de son allure, de son style subtil et clair : l'écriture harmoni-\nque en est particulièrement captivante, et l'orchestre plein de sonorités\ndélicieuses. Si l'on vous tient sur cette partition raisonnements et chicanes,\nrépondez donc comme Perdican au cuistre qui l'interroge sur une fleur\nqu'il tient à la main : \" Je trouve qu'elle sent bon, voilà tout. \"\n\nGaston Carraud."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c049", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c049", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 58, "image_fin": 62, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.13.3", "titre_corps": "LETTRE DE ROME", "titre_sommaire": "LETTRE DE ROME", "signature_source": "H. A. M", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.58", "debut_caractere": 1734, "fin_caractere_exclue": 2238, "texte": "LETTRE DE ROME\n\nLes concerts d'orchestre de l'Augusteum dont je vous avais signalé\nles brillants débuts au commencement de la saison, continuent à attirer\nun public de plus en plus nombreux, à mesure que les étrangers en séjour\ndans cette ville viennent encore augmenter le nombre des auditeurs.\nRome devient décidément mélomane. Et ne faut-il pas l'être à l'excès\npour quitter les ombrages de Villa Borghese et renoncer, pour aller s'en-\nfermer dans une salle de concert des plus vastes, il est vrai, au"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.59", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2567, "texte": "spectacle glorieux du coucher du soleil, qu'accompagment les joyeuses\nenvolées des cloches du dimanche et les innombrables concerts d'oiseaux\ndes jardins de Rome ?\nParmi les derniers concerts, ceux qu'a dirigés le hollandais Mengel-\nberg ont remporté le plus grand succès. Il a été, parmi les hôtes musicaux\nde cette saison, le plus fêté de tous. Sa vogue a encore augmenté depuis\nl'an dernier. Et cependant les auditeurs plus calmes et moins \" emballés \"\nn'ont pas manqué de remarquer qu'en dépit de la verve et du tempé-\nrament extraordinaires de Mengelberg, celui-ci n'a électrisé l'orchestre\nque d'une manière fort superficielle et parfois très blessante pour\nl'oreille : dans la \" Vie de Héros \" de Strauss, la fatigue évidente de\nl'orchestre, le manque d'équilibre entre les divers groupes d'instruments,\nle \" fortissimo \" excessif des cuivres ont donné une idée très confuse et\npresque baroque de cette œuvre. Sans doute le changement si fréquent\nde direction nuit à l'équilibre de l'orchestre, et les concerts étant trop\nrapprochés les uns des autres, les exécutants ne peuvent fournir le nombre\nde répétitions qui seraient nécessaires pour arriver à une ensemble plus\nparfait.\nLes deux concerts de Vincent d'lndy ont en grande partie réalisé\nles vœux des amateurs de musique française dont je m'étais faite ici l'in-\nterprète. Les programmes du directeur de la Schola étaient choisis avec\nun grand éclectisme : nous regrettons cependant qu'il n'ait pas jugé à\npropos de nous faire entendre parmi des œuvres qui révélaient les tendan-\nces les plus diverses, la Symphonie de César Franck, cette œuvre si magis-\ntrale qui eût donné une idée bien plus juste de ce grand musicien que\nle fragment peu caractéristique d'\"Eros et Psyché\". La grandeur\nexceptionnelle de l'Augusteum ne nous pas permis de goûter com-\nplètement l'exquise interprétation de MUe Blanche Sel va, dans les variations\nSymphoniques de Franck et la Symphonie avec piano de d'lndy. Le\npublic a accueilli avec chaleur plusieurs morceaux de ce maître et d'autres\nde Debussy ; et seule la loge des professeurs de Sainte Cécile n'a pas\nsemblé participer à l'intérêt général éveillé par ces concerts : il n'y a pas\nlieu de s'en étonner par trop, car ces messieurs ne se laissent tirer de leur\nrêverie musicale un peu distraite que par les gestes plus ou moins violents\nd'un chef d'orchestre virtuose, qui récrée leurs yeux autant que leurs\noreilles ; et puis, c'est si fatigant d'applaudir par une chaude après-midi\nde printemps ! Les jeunes musiciens de Rome par contre, ont fort bien"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.60", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2577, "texte": "rendu hommage à la personnalité musicale qu'est M. d'lndy, et les arti-\ncles du \" Tirso \" 1 ainsi que les critiques des journaux en général, ont\ntémoigné de l'admiration et de l'intérêt, qu'il a éveillés parmi eux.\nParmi les nombreuses exécutions de musique de chambre, trois\nauditions de la violoniste Teresina Tua et du pianiste Ariano Ariani ont\nréuni un public très choisi et très recueilli dans la salle Bach, l'élégance\net la pureté du style des deux interprètes, la grâce toute italienne avec\nlaquelle ils ont \" chanté \" sans aucune exagération les phrases mélodiques\ndes premières sonates de Mozart et de Beethoven, nous les ont fait goûter\ncomme des œuvres nouvelles ; pour l'exécution de la musique de Mozart,\nTeresina Tua n'a pas sa pareille ; son archet de virtuose et d'artiste fait\nrevivre tout l'esprit, toute la tendresse riante, toute la naïveté profonde\nde Mozart. C'est une vraie joie de retrouver dans une exécution comme\nla sienne, la ligne mélodique et le sentiment de la proportion si essentiels à\nl'interprétation de la musique classique, ces qualités si négligées par les\nchefs d'orchestre allemands que leurs jeunes émules de Rome auraient\ngrand tort d'imiter sous ce rapport.\nAu lieu de vous parler plus longuement des autres manifestations\nmusicales de Rome, qui après tout ressemblent beaucoup à celles des\nautres pays, je préfère vous entretenir aujourd'hui de quelques livres de\ncritique ou de musicologie : parmi ceux-ci il faut signaler une biographie\nde Chopin le premier ouvrage de ce genre en Italie de Ippolito\nValetta (Torino Fratelli Bocca). L'auteur s'est vastement documenté dans\nla littérature \" Chopinienne et principalement dans les études de\nHoesick. Son récit de la vie du musicien polonais et l'analyse critique de\nses œuvres font de son livre un ouvrage de lecture instructive et facile.\nIppolito Valetta est d'ailleurs, parmi les musicologues italiens, l'un des\nplus actifs et des plus vivants, il a consacré il y a quelques années un de\nses livres à l'histoire de la Villa Médicis. Ce gentilhomme piémontais\nun peu rude qui vit depuis de longues années à Turin et à Rome, en\ncontact avec les personnalités artistiques ou musicales les plus en vue, est\naussi l'un de ceux qui ont le plus contribué à l'introduction de la musique\nclassique orchestrale en Italie, et à la préservation de la bonne tradition.\nSi, le critique musical de la Nuova Antologia, montre parfois le bout de\nl'oreille du conservateur piémontais, il n'en est pas moins accessible à\n\n1 Journal musical hebdomadaire de Rome. S. M. Viti, directeur."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.61", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2593, "texte": "toutes les formes d'art sincères et vraies, ainsi que le témoigne l'étude\nqu'il a faite l'an dernier de la musique du compositeur français Paul\nDupin. Les compte-rendus musicaux mensuels de Valetta dans la Nuova\nAntologia sont d'ailleurs écrits avec beaucoup de mesuie et de sagacité.\nAvant de vous parler d'un autre livre de musique, Il Dopo Wagner-\nDebussy et Strauss par Fr. Santo Liquido-Roma, W. Modes Edit. paiu\ncette année, ie voudrais signaler à votre attention quelques jeunes musi-\nciens de Rome, dont plusieurs sont sortis du conservatoire de b Cecile.\nMalgré leurs études classiques, il me semble qu'ils sont beaucoup plus\nattirés vers la musique moderne que par Schumann, Chopin ou Mendels-\nsohn, les dieux lares de la Maison qui les a formes. Lun de ces jeunes\ncompositeurs, M. Tommasini a révélé, il y a deux ou trois ans Debussy\nà ses compatriotes en un article de la Nuova Antologia, et a partir de ce\nmoment, l'exécution des œuvres principales pour orchestre de ce musicien\net les concerts consacrés aux poemes symphoniques de Strauss ont achevé\nde familiariser ces jeunes gens avec ces formes musicales si nouvelles pour\neux. En dépit du prestige du maître allemand, il n est cependant pas\ndouteux que les jeunes italiens en question soient plus sensibles a la séduc-\ntion vague et au raffinement extrême de Debussy qu'à \" l'Ultra-sympho-\nnisme \" des lourdes architectures musicales de Strauss. Cela ressort, non\nseulement de leurs compositions, mais aussi de leurs écrits : car Albert\nGarso, Gui, Santo Liquido, Tommasini, Molinari etc. ne sont pas\nseulement compositeurs, ce sont aussi des lettrés, des jeunes hommes très\ncultivés, chez qui le sens de la critique me semble jusqu'ici encore plus\ndéveloppé que la faculté créatrice. L'influence exercée sur eux par la\nmusique de Debussy est peut-être encore plus esthétique que musicale ;\nla contagion \" Debussyste devait tout naturellement les gagner et les\nséduire, comme ils avaient été séduits par d Annunzio, Maeterlinck\nou Wilde. \"\nJe croirais volontiers que cette mode sera passagère chez eux ; le\nlivre de Francesco Santo Liquido l'indique déjà (de même que son poème\nmusical exécuté cet hiver me semble un essai pour employer les procédés\nde \" couleur sonorisée \" afin d'arriver a un impressionisme musical plus\npersonnel !) Dans sa brochure \" Dopo Wagner \", M. Santo Liquido qui\nest aussi poète et s'est déjà essayé à une œuvre dramatique, s'est pose\nvis_à-vis des deux formes les plus caractéristiques de l'évolution musicale\nmoderne, de Debussy et de Strauss, en observateur plutôt qu'en critique."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.62", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2319, "texte": "Selon lui, le système de Debussy ne résiste pas à un examen critique ; et\nsi Pelléas et Mélisande \" s'impose par la séduction particulière que\n\" répand cette œuvre, c'est que Xartiste triomphe, et non la théorie. Ce\n\" n'est pas le système du maître qui justifie et impose Pelléas ; c'est au\nc< contraire l'œuvre qui par une séduction spéciale et indépendante du\n\" système, s'impose et attire l'attention sur les théories qui prétendent\n\" lui avoir donné naissance. \" Très juste aussi me semble l'observation\nsuivante : \" Les deux tendances de ces musiciens sont diamétralement\n\" contraire et n'ont pour base commune qu'un curieux \" confustonisme\n\" esthétique \" qui les rapproche des autres formes de l'art et les confond\n\" avec la peinture, la sculpture, l'achitecture. Et encore : le substratum\n\" littéraire qui anime et soutient toute cette floraison post-wagnérienne\n\" est considérable. \" M. Santo Liquido pense que cette musique de\nDebussy et de Strauss imprégnée \" d'une intellectualité extrême qui\n\" s'unit assez souvent à des manifestations grossières et informes, à de\n\" purs instincts encore embryonaires et vagues \" est un élément de\ntransition et non de décadence qui conduira à une forme musicale plus\ncoordonnée. Santo Liquido estime aussi que le principal mérite du\nmouvement actuel est \"de détruire définitivement le mélodrame en le\n\" guidant vers des formes plus hautes et plus nobles de la tragédie.\nA vrai dire, si nous ne trouvons pas de trace de cette évolution dans la\nmusique de théâtre italienne actuelle, et si le et la dont\nle règne serait terminé, selon M. Santo Liquido, ont cependant encore\nbeaucoup de prestige auprès des spectateurs italiens, il n'est pas dit que\nl'un ou l'autre des jeunes romains dont j'ai cité les noms, ne tentera pas\nde réaliser un plus noble idéal de drame musical.\nEn entendant, l'autre soir un fragment trop court, malheureuse-\nment, de \" Roméo et Juliette \" de Berlioz dont la beauté intellectuelle\net plastique à la fois parle si clairement à nos âmes latines, je me suis\ndemandé si les musiciens italiens ne trouveraient pas dans les œuvres\ndramatiques et symphoniques de l'auteur des '* Troyens\" et de \" Benve-\nnuto Cellini \" une forme d'art accessible à tous, et directement inspirée\npar les émotions humaines, par l'amour de la nature.\n\nH. A. M."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c050", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 63, "image_fin": 67, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.13.4", "titre_corps": "LETTRE DE HONGRIE", "titre_sommaire": "LETTRE DE HONGRIE", "signature_source": "Hubert Morand", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.63", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2250, "texte": "LETTRE DE HONGRIE\n\nOn s'imagine assez volontiers, d'après les romans ou les livres de\nvoyages, qu'il n'y a guère d'autre musique en Hongrie que celle des\ntziganes, et que l'instrument dont les Hongrois jouent le mieux est le\ncymbalon. C'est une erreur. S'il est vrai que la musique tzigane tient une\nplace importante dans la vie hongroise, il y a, en dehors d'elle, une vie\nmusicale très intense en Hongrie et particulièrement à Budapest. Qu'on\nen juge par la simple énumération des concerts.\nLa Société Philharmonique formée par une centaine de musiciens\ndonne dix concerts par saison, sous la direction de M. Kerner, lerIer chef\nd'orchestre de l'Opéra ; X Orchestre sym six avec abonne-\nment, et six autres pour les écoles ; X (ou Conserva-\ntoire) en donne quatre avec abonnements, précédés de répétitions générales\npubliques. Cette année, en outre, deux sociétés musicales autrichiennes\nsont venues donner des concerts à Budapest : le Conzert-Verein, dirigé par\nM. Love, a joué quatre fois, les Ton-Kûstler, sous la direction de\nMM. Nedbal ou Weingartner, six fois. La plupart de ces concerts se\ndonnent dans la salle du Vigado, (ou la Redoute), qui a été construite pour\nles grands bals. Elle peut contenir 1500 personnes ; c'est une belle salle,\nhaute et commodément disposée ; les effets de délicatesse s'y perdent un\npeu, mais l'acoustique est bonne pour les effets de force : il y a quelques\nannées, par exemple, le Requiem de Berlioz y fut exécutée par 160 musi-\nciens et 400 choristes, d'une manière remarquable et impressionnante.\nIl y a dans la ville trois sociétés de musique de chambre. Enfin,\ncomme on peut y entendre souvent des quatuors de passage, sans compter\nles solistes du pays ou de l'étranger, les concerts sont si nombreux à\nBudapest que cette année, pendant quelques mois, nous en avons eu un\npresque tous les soirs, quelquefois deux ou trois dans la même soirée : c'est\nun véritable débordement de musique.\nIl s'explique, non seulement par les dispositions naturelles de la race,\nmais encore par la forte éducation musicale que les Hongrois ont pu\nrecevoir depuis le siècle dernier, grâce à deux institutions :\nde musique (Nemzeti Zenede), et XAcadémie royale de musique (Orszagos\nmagyar Kiraly ZeneakademiaJ."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.64", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2436, "texte": "La première, qui fut fondée en 1839 par des amateurs, a pris un\ngrand développement. On y enseigne tous les instruments, le chant, la\nthéorie et l'orchestre. Elle a plus de 60 professeurs, parmi lesquels des\nartistes de premier ordre, et compte actuellement 900 élèves ; leur\norchestre donne plusieurs grands concerts par an. Le célèbre violoniste\nHubay est sorti de cette école, qui a pour président le comte Géza Zichy,\nélève de Liszt.\nL'Académie de musique a été fondée en 1875 ; son premier direc-\nteur, François Liszt, quitta Weimar pour venir établir la première école\nsupérieure de musique dans son pays natal et y installer des professeurs\ntels que Volkmann, Erkel et Abranyi. A sa mort, la direction fut confiée\nau compositeur Edouard Mihalovich qui l'occupe aujourd'hui et y fait\npreuve de la plus intelligente activité. Parmi les 54 professeurs actuels,\nnous nommerons, pour la composition : MM. Herzfeld, Koessler et\nKodâly ; pour le violon, MM. Hubay, Kèmény et Mambriny ; pour le\nvioloncelle, M. Popper ; pour le piano, MM. Szendy et Thoman, qui\nfurent élèves de Liszt, Bartok et Butykây ; pour l'orgue, M. AntalfFy.\nLe bâtiment de l'Académie contient deux salles de concerts, l'une de\n300 places, l'autre de 1100. Celle-ci est un modèle. Les places sont\ndistribuées au parquet et dans trois tribunes ; au fond de la salle, un orgue\nexcellent, devant lequel est placé l'orchestre. L'acoustique est fine, la\ndécoration riche et sobre, les dégagements commodes. Dans l'en-\nsemble comme dans les détails, cette salle répond parfaitement à sa\ndestination.\nL'Académie instruit actuellement 500 élèves, parmi lesquels se\ntrouvent un grand nombre d'étrangers. Son orchestre, composé des profes-\nseurs et des meilleurs élèves, est formé de 80 exécutants, il y en a\nde tout jeunes est d'une exactitude et d'un élan admirables. Entre\nautres choses, il a joué d'une façon remarquable la\nde Haydn, lorsqu'on a célébré l'anniversaire du compositeur. Les élèves\nles plus renommés de l'Académie sont, pour le violon, M. Vecsey, âgé de\n17 ans, Mlle Stéphanie Geyer ; pour le piano, M. Dohnânyi, professeur à\nl'Académie de musique de Berlin, M. Kéry-Szanto, Mlles Yolande Méro,\nLily Markus. Il est certain que l'Académie produit actuellement plus\nde virtuoses et de solistes remarquables que les scènes ou les salles de\nconcerts de Hongrie n'en peuvent recevoir.\nL'Académie, mère féconde, a déterminé la fondation de nouvelles"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.65", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2512, "texte": "écoles de musique. Il y en a une dizaine à Budapest ; il y en a d'autres\nen province, surtout dans les villes purement magyares, telles que Szeged,\nKecskémet, Szabadka, Kolozsvar, Debreczen, Arad, Temesvar et Gyôr.\nCes écoles, qui ont pour directeurs et processeurs d'anciens élèves de\nl'Académie, ont créé des Sociétés philharmoniques, et contribué ainsi à\nrépandre dans toutes les provinces la connaissance et le goût de l'art\nclassique.\nNous ne voulons pas laisser de côté le chapitre des concerts sans\nciter encore une très belle et utile institution musicale, celle de l'Orchestre\nsymphonique National fOrszagos Symfoniai Zene Kar). Le noyau de cette\nsociété est l'orchestre du Théâtre-National, où l'on joue à ravir des\npièces telles que le Bourgeois gentilhomme^avec la musique de Lulli, on le\nSonge d'une nuit avec celle de Mendelssohn. A cet orchestre sont\nattachés encore d'autres musiciens : ils forment une troupe de 70 exécu-\ntants, très jeunes pour la plupart, sous la direction de M. Landislas Kun,\nprofesseur à l'i\\cadémie.\nLa Société, qui est subventionnée par l'Etat, est tenue de donner\nplusieurs concerts à bon marché, dans la capitale et dans quelques villes\nde province. A Budapest chacun d'eux est donné deux fois : d'abord le\ndimanche dans l'après-midi : les places les plus chères sont de 3 couron-\nnes, les moins chères de 20 Jîlleé (à peu près 20 centimes). La seconde\nSéance a lieu le dimanche suivant, le matin. Aucune place n'est vendue ;\ntoutes sont distribuées aux élèves des écoles secondaires de garçons et de\nfilles, moyennant 40 centimes par place. On ne peut voir d'auditoire plus\nsilencieux et plus recueilli ; Les programmes de ces concerts sont très\néclectiques, puisqu'on peut entendre le même jour de Bach et du Vincent\nd'lndy, du Mozart et du Richard Strauss ; les œuvres de Liszt y occupent\nnaturellement une place importante.\nIl me reste à parler de l'Opéra de Budapest.\nL'édifice actuel date de 1884, et l'on y a donné récemment la\n5000e représentation. Si l'on considère que la saison dure de la fin de\nSeptembre à la fin de Juin, les chiffres suffiront à montrer combien elle\nest active. En effet, on joue tous les soirs, sauf, parfois, le lundi, lorsque\nce jour-là l'orchestre est occupé à la société philharmonique; et encore,\ndans ce cas, y a-t-il, à 4 heures, une représentation pour les enfants, à qui\nl'on fait entendre, par exemple, Hdnsel et Gretel. Le répertoire comprend\nles œuvres que l'on joue à notre Opéra et à l'Opéra-Comique. Celui de"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.66", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "la saison qui va finir se compose de plus de cinquante œuvres sans\ncompter les ballets.\nSignalons en passant cette particularité : tous les opéras sont chantés\nen hongrois ; les artistes étrangers en représentation se servent de la\nlangue qui leur est familière, l'italien ou le français généralement : l'usage\nde l'allemand, seul, est formellement interdit, pour une raison patriotique,\nd'abord, et aussi pour un motif économique : on craint l'invasion des\nartistes allemands, qui sont innombrables, et qui se contentent d'appoin-\ntements moindres que les artistes du pays.\nVoici enfin la liste des œuvres hongroises jouées à l'opéra cette\nannée Bank ban et Ladislas Hungadi, opéras historiques de François Erkel,\nle créateur de l'opéra hongrois ; la Re et le de\nM. Charles Goldmark, dont on va fêter solennellement dans quelques\njours, le quatre-vingtième anniversaire; Nemo et François Rakoczt du\ndu comte Géza Zichy ; enfin VAmour de Toldi, de M. Mihalovich et le\nChemineau et la Princesse, de M. Poldini.\nUne activité pareille fait honneur au directeur de l'opéra, M.\nEmeric Mészâros et à ses collaborateurs, en particulier à M. Vidor,\nsecrétaire général, et à M. Alzseghy, régisseur en chef. L'orchestre,\ndirigé par M. Kerner ou par un de ses quatre collègues, est précis et\nnuancé ; les chœurs chantent avec justesse et vigueur ; la décoration, à la\nquelle préside un peintre de talent, M. Eugène Kéméndy, est le plus\nsouvent belle et ingénieuse ; elle est d'ailleurs favorisée par une machine-\nrie plus puissante et plus perfectionnée que celle de l'Opéra de Paris.\nJe ne nommerai pas tous les chanteurs ou les cantatrices célèbres qui\nont été appelés de l'étranger pour des représentations extraordinaires; mais\nje veux citer du moins quelques-uns des meilleurs artistes hongrois qui\nfont partie de la troupe, ténors Anthes, Arânyi, Kôrnyey et Székelyhidy,\nles barytons Rôzsa, Szemere et Takâts, les basses Erdôs, Kornai Szendrôs\net Venczell. Parmi les femmes, Mmes Flatt, Fodor, Medek, Sandor, Sebeôk,\nSzoyer et la comtesse Vasquez. D'eux d'entre elles m'ont particulièrement\nfrappé, en outre, par l'originalité et la science de leur jeu : Mme Szamosi\nest une admirable Carmen, fantasque, nerveuse et terriblement bohé-\nmienne ; elle serait digne de s'essayer à Paris après les plus célèbres inter-\nprètes du rôle. Mme Krammer fait de l'Electra de Strauss une figure d'un\ntragique effroyable ; elle ne recherche pas un instant la beauté des lignes,\ntelle que l'on peut se l'imaginer après avoir vu Rose Caron, mais seule-"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.67", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1929, "texte": "ment la vérité et la force de l'expression, et elle arrive à la beauté par\nsurcroît. Lorsque Oreste est entré dans le palais où il doit trouver\nClytemnestre et l'égorger, cette actrice, après s'être assurée que la porte\nest bien fermée, va et vient rapidement le long du mur, les cheveux épars,\nle dos courbé, sans arrêt, jusqu'à ce que des cris poussés à l'intérieur lui\nannoncent que sa vengeance est accomplie. Cette promenade de fauve,\ndont Mme Krammer a sans doute eu l'idée en regardant quelque cage de\nlions, restera dans mon souvenir comme une horrible et magnifique image\nde la haine.\nPour tant de musique, dans une ville de 800.000 habitants, il y a un\npublic régulier et assidu : cette constatation seule est un grand éloge. Je\ndois y joindre une critique qui s'adresse à une partie du public, petite\ncertes, mais trop grande encore au gré de tous ceux qui aiment vraiment\nla musique : je n'ai pas assisté une seule fois à un concert, à une repré-\nsentation d'opéra ou de pièce quelconque sans être dérangé par un certain\nnombre de personnes qui éprouvent le besoin de quitter la salle quelques\nminutes avant la fin de la séance ou du dernier acte, c'est à dire à\nl'instant même où les artistes, soit sur la scène, soit à l'orchestre, sont\ndéjà fatigués et donnent leur suprême effort pour bien rendre leurs der-\nnières mesures de l'œuvre, où l'auteur a dépensé d'ordinaire le meilleur de\nson génie. Rien ne saurait être plus désobligeant pour le compositeur\ncomme pour les exécutants. Cet exode ne s'explique point par l'heure\ntardive des représentations, puisqu'elles commencent à y heures 1/2 et\nsont presque toujours finies avant dix heures, et pas davantage par\nl'ennui d'attendre au vestiaire, car ce service est fait avec une rapidité\nqui pourrait servir d'exemple à bien des théâtres parisiens. Est-ce donc par\nune recherche de \" chic \" ? Il vaudrait mieux en adopter une autre !\n\nHubert Morand."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c051", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c051", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 68, "image_fin": 77, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.14", "titre_corps": "LES LIVRES", "titre_sommaire": "LES LIVRES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.68", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2639, "texte": "ADLER (GUIDO). Richard \\\nde L. Laloy(Breitkopf et Hârtel 1909 8°).\nCe livre de M. Guido Adler est un livre d'idées et un\nlivre d'histoire. C'est l'œuvre d'un admirateur intelligent qui ne\nveut pas être dupe. Et de plus c'est l'œuvre d'un penseur. Je\nregrette que Ferdinand Brunetière ne soit plus là pour en signaler\net en souligner l'originalité. Brunetière n'entendait rien à la\nmusique. Au besoin même, il se serait vanté de n'y rien entendre.\nPeu importe. Le livre de notre collègue Guido Adler lui aurait\nplu, comme un vivant témoignage de \" l'évolution des genres. \"\nQui dit évolution nie la révolution. Or Richard Wagner a\ncru faire une révolution. Donc Richard Wagner s'est trompé.\nDe bonne foi ! Peut-être. Mais il s'est trompé. Le syllogisme\nest irréprochable. Quant à la prémisse même du syllogisme,\nl'existence de l'histoire lui servirait aisément de preuve.\nDès lors M. Guido Adler est venu nous apprendre ce que,\nnaguère, par la plume de M. J. Ecorcheville, nous affirmait\nM. L. Laloy : Richard Wagner n'a rien inventé.\nEn effet ce que Richard Wagner a voulu, Monteverde l'avait\naussi voulu en son temps. Les moyens, pour le réaliser, man-\nquaient à Monteverde. Il l'a réalisé quand même. Dès lors, le\nmouvement wagnérien se rattacherait à un mouvement qui date de la Renaissance et qui\neut son point de départ en Italie. N'oublions pas que si l'opinion de M. Guido Adler devait\ntrouver des approbateurs quelque part, ce serait en France où, vers 1895, Romain Rolland,\ndans son livre sur les Origines de l'Opéra en nous montrait, dans Monteverde, un\nprécurseur de Richard Wagner.\nDans le genre opéra, deux éléments ont fait alliance. Or une alliance suppose un traité\npréalable, toujours révisible : car il s'agit de sauvegarder les droits de cet allié qui est la parole\net ceux de cet autre allié qui est la musique. Et c'est pourquoi la naissance du genre opéra\nsoulève un problème : nous disons \"soulève \" et non pas \"résout.\" En effet une solution n'en\nest vraiment pas une, dont chaque nouvel arrivant dans l'histoire entend corriger les résultats.\nIl n'est pas douteux que l'opéra ne soit une espèce du genre théâtre et que les lois du théâtre\nn'y doivent prévaloir. A moins qu'il ne soit une espèce du genre concert et que les usages\ndu concert n'influent sur la conduite de l'action, au besoin même ne la suppriment? Voilà\ndeux formules dont, si la première est plus que soutenable, la seconde est, à la rigueur, plausible.\n\n1 Richard Wagner, conférences faites à l'Université de Vienne et revues pour la traduction française par Guido Adler.\nTraduites en français par Louis Laloy. Leipzig, Breitkopf et Haertel 1909."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.69", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 4097, "texte": "Au moment où parut Richard Wagner, et à n'entendre que Richard Wagner, ne semble-t-il\npas que l'opéra concert règne partout sans partage ? M. Guido Adler est d'un autre avis.\nEt non seulement il est d'un autre avis, mais quand il s'applique à considérer l'œuvre même\ndu Musicien-Poète, il y trouve des traces de grand opéra, jusque dans la Tétralogie. Et il n'y\na pas à se récrier. Souvenons-nous du Rheingold.Et si l'on vient nous parler du \" grand air \"\nde Logue, ne nous indignons pas. Souvenons-nous du chant de Siegmund dans la Walkyrie, de\ncelui de Siegfried dans le drame qui porte le nom du héros. Et si je disais, pour suivre M. Guido\nAdler, à la trace, dans sa démonstration, que finit par un \" grand air \" d'lsolde,\nj'aurais beau faire frémir Camille Chevillard, c'est lui, quand même, dont j'invoquerais le\ntémoignage, puisqu'il fait chanter dans ses concerts la \" transfiguration \" de l'héroïne. Enfin,\net ici, je recours à d'autres témoins : MM. Henri Lichtenberger, Victor Basch, Gabriel\nMonod. Après le second acte du Crépuscule,pendant le festival de 1896, à Bayreuth, nous,\nnous affirmions déçus les uns et les autres. Nous nous figurions sortir d'un acte d'opéra. L'un\nde nous, moi, peut-être, hasarda cette remarque : \" La musique de ce second acte ne serait-elle\npoint celle de la primitive Mort de Siegfried ? Et celle-ci date de 1848. \" Vérification faite, la\nmusique de la G Mter-Ddmmerungest postérieure à celle de Et l'on pourrait aisément\ns'en convaincre. Une impression d'opéra assez analogue, se dégage du second acte de\npendant le deuxième tableau. Quant aux derniers tableaux de l'acte premier et de l'acte\ntroisième, ce sont de vrais finals.\nVoilà donc Richard Wagner remis à sa place, à son rang historique dans l'évolution du\ndrame musical. Quel sacrilège ! Oui, mais il faut savoir en commettre de ce genre. Et\ndisons-nous bien que chaque mort d'un Dieu se chiffre par un progrès de l'intelligence histo-\nrique, par suite de l'intelligence humaine.\nAlors on pourra dire avec L. Laloy que Richard Wagner \" n'a rien inventé.\" Cela\nrevient â dire avec l'auteur du présent livre que Richard Wagner eut des précurseurs et des\nprédécesseurs : telle est la thèse.\nM. Guido Adler a raison de la soutenir. Et il a d'autant plus raison que Richard Wagner,\ndans ses écrits théoriques, s'est présenté comme un révolutionnaire, donc un destructeur. Il a\ncru détruire alors qu'il ne faisait que perfectionner. Les chapitres que M. Adler consacre à\nl'examen des écrits de Richard Wagner et qui forment le quart du volume sont de véritables\nmodèles de critique. Tout y est appuyé, mesuré, par là même, modéré. Mais la fermeté du\njuge n'a rien à craindre de sa modération. Je ne me souviens pas avoir lu souvent des pages de\nde cette valeur, dans le genre critique. Je les recommande à tous nos étudiants, à tous ceux\nqui veulent apprendre à lire et à juger. Je les recommande aux représentants de notre critique\ncontemporaine. Le livre de M. Guido Adler porte décidément plus loin que le sujet et cela,\ngrâce à l'excellence de la méthode et aux dons de clarté qui la rendent communicable et, par\nlà même, praticable.\nIl va sans dire que si je loue M. Guido Adler et j'ai conscience de le louer grandement,\npresque sans réserves, le \" presque \" que je viens d'écrire n'a point échappé à ma plume. Je\npense, en effet, qu'en histoire humaine il n'est que des différences de degré. Je pense aussi que,\nlà où cette différence de degré est énorme, comparable à celle du \" quelquefois \" au \" toujours \"\nelle équivaut au passage de l'exception à la règle, de l'accident à la loi. Les grands hommes,\npar qui s'effectuent un passage de ce genre, ne deviennent grands que pour l'avoir effectué.\nAussi reçoivent-ils le nom de novateurs et de créateurs. Et voici la question que je poserai, en\nterminant, à mon éminent collègue de l'Université de Vienne ainsi qu'à son excellent traduc-\nteur L. Laloy : \" Puisque dans la nature vivante, et malgré la loi de l'évolution, on reconnaît\ndes espèces \" nouvelles encore que certains traits de ces espèces se rencontrent chez d'autres"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.70", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 10, "texte": "LES LIVRES"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.70", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2789, "texte": "préexistantes, à l'état d'ébauche, de préparation ou d'essai pourquoi nous montrerions-nous\nplus réservés que les professionnels de la science dans l'emploi du terme \" nouveau \" ? Rien ne\ns'improvise dans la nature : c'est une chose jugée. Rien ne mérite d'être appelé nouveau que\nselon le degré et par comparaison. C'est encore une chose jugée, puisque notre deuxième\naffirmation n'est que le développement de la première. Et nous en tirerons cette morale:\n\" N'adorons plus Richard Wagner à l'égal d'un Dieu. Contentons-nous de l'admirer à l'égal\ndes plus grands qui ont traversé la vie. \" C'est ainsi que nous terminions notre Musicien Poëte\nRichardW agner.Et telle est la morale qui se dégage du très beau livre de M. Guido Adler, un\nlivre dont l'apparition est un événement véritable dans l'histoire de la littérature Wagnérienne.\nLIONEL DAURIAC.\nJ. WIHTOLS. 100 Latweeschu tautas dseesmas. Riga. 1907.\nCet intéressant recueil échappe absolument à notre compétence. Il y a là une centaine\nde chants populaires dans la langue lette, qui est parlée au nord de la Lituanie et dont les\nlinguistes, comme pour le lituanien, admirent le merveilleux archaïsme. Nous pensons donc\nque le texte original de ces poésies a déjà son intérêt pour d'autres que les musicistes. Une\ntraduction allemande rend ces compositions intelligibles à la majorité des lecteurs.\nLa notation musicale doit être fort bien écrite, étant signée de J. Wihtol. Le musicien\nseul peut en savoir l'exactitude. Nous avons la tentation de faire quelques réserves de rythmique.\nA diverses reprises (nos 3, 7, 43, 52, 56, 71,) nous trouvons des mélodies à trois temps écrites\nsur le dessin.\n. ' j\nOr, les accents mélodiques tomberaient en meilleure place et d'accord avec les accents rythmi-\nques, si nous déplacions le barre de mesure.\nNulle part nous ne trouvons ce rythme anacrousique dans le recueil de Wihtol. De même, à\nla pièce 68, en six quatre, la barre de mesure devrait être avancée d'un temps, la mélodie\ncommençant par un anacrouse. Signalons un très curieux mode iambique (n° 51).\nanalogue au second mode des mensuralistes du moyen âge. Si l'on admet une fois pour toutes\nle principe de l'accompagnement au piano, la manière dont il est traité dans ce recueil est bien\nfaite pour nous plaire.\nKUN LASZLO. A magyar dal. Ezer magyar nepdal, etc. Budapest, Kônyves Kalman,\n1907-1908. Cinq recueils in-folio piano et chant.\nQuand nous aurons dit que le recueil de Kun Lazlo est le plus considérable de tous ceux\nqui ont été consacrés au folk-lore musical hongrois et qu'à ce point de vue, il surpasse encore\nles belles publications de Palotasy Gyula, de Huber Sandor et de Nagy Zoltan ; quand nous\naurons pris plaisir à louer le sentiment folkloristique qui domine ces transcriptions et fait revivre"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.71", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3849, "texte": "en notre souvenir charmé les heures passées, trop courtes, dans la campagne entre Esztergom,\nNagy-Maros, Vacz et Buda-Pest à écouter, au crépuscule les rythmes caractérisés du\nmagyar; quand nous aurons regretté qu'un travail aussi important que la publication de\nKun soit partiellement fermé à la grande majorité du public européen, par l'emploi exclusif de\nla langue hongroise, nous aurons épuisé le cercle étroit de nos observations et de nos critiques.\nPourtant avant de terminer cette notice bibliographique trop sommaire, nous aimerions\nmettre le lecteur en garde contre une confusion généralement répandue : le chant populaire\nhongrois évoque ordinairement l'idée du tsigane. Or, il y a le tsigane, type éternel du nomade,\net il y a le Hongrois ou, dans sa langue, le Magyar. En réalité entre le magyar et le tsigane,\nil n'est rien de commun, que l'habitat. Cette confusion bizarre tient, croyons nous, à la locution\ncourante, mais défectueuse, par laquelle nous donnons le nom de tsiganes aux musiciens en\nhabits de drap rouge à galons noirs, qui, depuis quelques trente années, font la joie bruyante\ndes restaurants et des casinos. Sait-on jamais d'où ils sont, d'où ils viennent, à moins cepen-\ndant qu'ils ne soient de Montmartre et n'en descendent?\nLe folk-lore musical magyar est infiniment riche. Au contraire, la musique tsigane nous\nest à peu près inconnue. Au cours de nos voyages, nous avons sur notre route croisé des\ntsiganes en divers points de leur incessant pèlerinage : en Asie Centrale, en Arménie, à Con-\nstantinople, en Hongrie, dans le midi de la France, en Espagne, et jamais, nous n'avons pu\nprendre de leur langue musicale une notion quelconque.\nNous serions reconnaissant que l'on voulût bien nous signaler quelque source authentique\nsur la musique des tsiganes : mais c'est une bonne fortune que nous n'osons point espérer. Le\nlivre de Liszt ne nous a point d'ailleurs, à beaucoup près, satisfait.\nRÉPERTOIRE DE MUSIQUE ARABE ET MAURE. Collection de mélodies,\nouvertures, noubet, chansons, préludes, etc. recueillie M. E. N. YAFIL, SOUS\nM. JULES ROUANET. Alger, s. d. (1909).\nL'éditeur, M. J. Rouanet, a déjà présenté lui-même sa précieuse collection aux lecteurs\nde cette revue en esquissant les caractéristiques principales de la musique arabe d'Algérie : il\nfaut ajouter que cette étude s'applique également en dehors de l'Algérie à la musique de la\nTunisie, qui est la continuation naturelle de notre grande colonie d'Afrique, mais qu'en Algérie\nmême, ce qui est vrai pour les populations arabes ne l'est pas pour les indigènes de la Kabylie,\nni pour les grands nomades du sud, Touaregs ou Chambaa, qui ont une origine ethnique\ndifférente. Dans toutes les études de folk-lore musical, on oublie souvent de délimiter, à\nl'intérieur des frontières politiques, les différences de race qui entraînent avec elles des\ndifférences considérables dans les manifestations spontanées et naturelles de la mentalité artis-\ntique. Grâce à MM. Rouanet et Yafil, nous avons entre les mains un corpus déjà imposant\nde la musique arabe d'Algérie, mais nous ne connaissons rien du chant populaire des popula-\ntions kabyles et berbères, et peut-être, historiquement, leur patrimoine artistique serait-il\njustement curieux à connaître, s'il est vrai, comme d'aucuns l'ont dit, qu'au temps de saint\nAugustin, ce soit parmi elles que le christianisme se soit tout d'abord développé dans\nl'Afrique du Nord.\nCe que nos éditeurs nous découvrent dans sa belle richesse, c'est la civilisation musicale\ndes Arabes proprement dits et surtout celle qui, de siècle en siècle, découle de la production\ncontemporaine des Kalifats d'Espagne : ils nous l'assurent au moins, mais sans nous donner\nleurs raisons et leur affirmation vaut ce que vaut la tradition.\nLa première série du Répertoire de musique est achevée : elle comprend les"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.72", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3709, "texte": "22 fascicules annoncés. C'est un notable succès : que de publications semblables sont restées en\ncours de route ! Nous avons là des textes musicaux, base première et sérieuse de toutes recherches\nsubséquentes. M. Rouanet accompagne ces documents de commentaires excellents, dont\nl'ensemble constitue une théorie modale de la musique arabe, précise et claire. N'est-elle pas\ntrop précise et trop claire ? Les qualités de l'exposition ne sont-elles pas ici un défaut ? Par trois\nfois, nous avons parcouru l'Algérie et la Tunisie dans tous les sens, de Tunis à Oran et\nd'Alger aux grands chotts, et toujours nous avons prêté l'oreille aux voix qui chantaient. Nos\nimpressions de route ne concordent pas avec la précision toute européenne des transcriptions\nque nous avons sous les yeux. Il y a l'indigène qui chante faux, c'est entendu, mais il y a\naussi l'exécutant qui, par tradition, chante plus haut ou plus bas que l'intonation rigoureuse\nindiquée sur la portée dans la transcription, et cet exécutant indigène, s'il ne se conforme pas\nà notre théorie musicale, se conforme peut-être à la sienne. Nous aurions aimé que par des\nsignes conventionnels de + ou de —, les éditeurs indiquassent ces différenciations de l'exécu-\ntion réelle avec le son écrit. Mais, hâtons-nous de le dire, nous n'opposons pas notre incom-\npétence à la longue habitude que MM. Rouanet et Yafil ont de la musique arabe, nous\nparlons un peu en critique qui cherche le mieux et demande des certitudes. Il nous semble\nqu'un jour le complément de ce beau Répertoire de musique arabe serait, mise à la portée des\nmusicologues européens qui n'entendent point et ne lisent pas l'arabe, une édition des théo-\nriciens principaux de cette même civilisation musicale, à laquelle les œuvres publiées précé-\ndemment seraient d'incomparables illustrations.\nPIERRE AUBRY.\nQUELLEN UND FORSCHUNGEN ZUR DEUTSCHEN VOLKSKUNDE.\nBand VI. Beitraege %ur deutschen Volksdichtung, par E. K. BLUEMML. Vienne. 1908, in-8. 197 pp.\nDans cet ensemble d'articles réunis par E. K. Bluemml et consacrés soit à la poésie, soit\nà la musique populaire, nous retiendrons plus particulièrement le travail de M. Gustav\nJungbauer die deutsche Volksdichtung, quelques chants nuptiaux, Hochzeitslieder aus Tirol, réunis\npar MM. L. Pirkl et P. Kohi, enfin et surtout l'excellente revue bibliographique de\nM. Bluemml, die deutsche Volksdichtung im Jahre 1907, qui est une précieuse contribution à\nquelque future bibliographie de la chanson populaire dans les pays de langue germanique.\nLIEDERHEFTE DES DEUTSCHEN VOLKSLIED-VEREINES IN WIEN.\nHeft I. 40 Volkslieder aus dem deutschen Liederhort von L. Erk und Fr. M. Boehme\nausgewaehlt, fuer Sopran, Alt, Ténor und Bass, gesetzt von JOSEF REITER. Vienne, 1906. 52 p.\nHeft 11/111. Heimatlieder aus Deutschboehmen, Oberoesterreich, Niederoesterreich,\nSteiermark, Kaernten, Salzburg, Tirol, Schweiz und Bayern fuer gemischten Chor gesetzt von\nJOSEF REITER und F. F. KOHL. Vienne. 1905. 11. 40 p. 111. 42 p.\nHeft IV. 36 Volkslieder aus dem deutschen Liederhort von E. und B, ausgewaehlt\nund fuer s. a. t. und b. gesetzt von J. R. Vienne 1906. 60 p.\nHeft V. Volkslieder aus Tirol. Dritte Nachlese zur Sammlung \"Echte Tirolerlieder \"\nfuer s. a. t. und b. gesammelt und gesetzt von F. F. KOHL. Vienne 1907. 48 p.\nHeft VI. 12 echte deutsche Volkslieder fuer vier Maennerstimmen, gesammelt und\ngesetzt von J. R. und F. F. KOHL. Vienne 1908, 18 p.\nLe Deutsche Volksliederverein de Vienne témoigne d'une jolie activité. Le chant populaire\nne lui apparaît pas uniquement comme objet de collection ou d'études musicologiques. Cette\nassociation cherche par la publication de ses liederhefte à redonner aux chants rustiques de\n\n5"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.73", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3996, "texte": "l'Allemagne, de la Bohême, de la Haute et de la Basse Autriche, de la Styrie ou du Tyrol\nun regain de jeunesse et de vitalité. Nous avons présentement six de ces recueils. De prétention\nscientifique, point. Ce sont des publications de seconde main, en ce sens que l'éditeur,\nM. Joseph Reiter, a transcrit pour quatuor vocal des chants populaires précédemment parus\nen d'autres recueils. Ainsi deux de ces cahiers ont pour première assise la grande collection\nd'Erk et Boehme, le Deutscher Liederhort.\nNous ne sommes, en ce qui nous concerne, que médiocrement partisan de ces remanie-\nments opérés en vue d'une réalisation pratique : tous les essais que nous en connaissons et les\nexécutions qui en sont données altèrent considérablement le caractère primitif et le sentiment\npopulaire. Ils ont en revanche un double avantage : d'abord, en faisant revivre par le moyen\nde l'art des chants qui s'éteignent sur les lèvres du peuple, ils ramènent au peuple un patri-\nmoine qui tombait en déshérence. En second lieu, de pareilles tentatives ont pour effet de\nsubstituer au répertoire souvent abject de la production populacière contemporaine des œuvres\nsaines qui sont comme une émanation de l'âme collective des nations.\nLe travail technique de l'écriture à quatre voix nous semble en général bien compris dans\nun esprit de clarté et de simplicité ; mais, dans le grave comme dans l'aigu, les parties atteignent\ntrop souvent les confins de la voix humaine, et ces harmonisations seraient difficilement exécu-\ntables par des choristes français. Il est vrai que c'est à d'autres qu'elles sont destinées.\nUN PROBLÈME DE BIBLIOGRAPHIE. Notre compte rendu du Bollettino de\nl'Association des Musicologues Italiens, paru le mois dernier nous a valu une lettre fort cour-\ntoise de notre collègue Guido Gasperini président de l'Association ; et à laquelle nous sommes\ntrès heureux de répondre quelques mots.\nM. Gasperini rappelle tout d'abord que l'importance de la tâche entreprise par le Bollet-\ntino n'effraie aucun de ses collaborateurs et n'empêchera pas de la mener à bien rapidement.\nJe ne puis que m'associer et de tout mon cœur à cet espoir ; personne plus que moi n'est avide\nde voir paraître une Bibliographie générale des richesses enfouies dans les bibliothèques de la\nPéninsule. Mes appréhensions se fondaient sur quelques expériences, que nous avons tous\nfaites ; elles nous ont montré que certains dépôts tenaient avant tout à ne pas révéler le secret\nde leurs collections bien gardées. Certes, nous comptons d'excellents collègues en Italie, à\nMilan, à Bologne, à Florence ; mais nous connaissons aussi un certain Pagliarra, à Naples, dont\nla force d'inertie est une des plus remarquables, et devant qui sont venus se heurter les savants\ndu monde entier. Si l'Association des Musicologues Italiens peut débarrasser l'érudition des\nPagliarra, et à bref délai, tant mieux, nous serons tous enchantés.\nNotre collègue et ceci est plus important - insiste sur la nécessité des descriptions\nbibliographiques étendues et invoque pour soutenir cette opinion deux raison : i° la nécessité\nd'une description uniforme ; 2° l'obligation de donner un certain relief à l'entreprise du\nBollettino.\nJe ne me rends pas à la première raison. Il n'est pas plus difficile de donner un titre som-\nmaire, avec date, format et lieux d'impression que de copier en entier ledit tittre. En outre\nc'est contre la description de l'ouvrage lui-même que je m'élevais avec ses chapitres, dédicaces,\nfigures, notation, planches etc..., en un mot contre tout l'appareil de critique et d'archéologie,\ndont le Bollettino n'a pas cru devoir se passer. Je suis tout à fait convaincu, que ce luxe de\ndescriptions est superflu lorsqu'il s'agit d'un dépouillement aussi considérable que celui des\nbibliothèques du royaume d'ltalie. Et ce qui me désole c'est de voir suivre les mêmes errements\nà Barcelone (Deputacio), à Uppsala (Bib. de l'Université) et probablement partout, où un\ncatalogue de musique va être dressé."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.74", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 3563, "texte": "Qu'on veuille donc bien réfléchir au temps perdu, à la typographie mal employée, et\nmême à l'effort de curiosité accompli en vain par de pareilles recherches. Prenons un exemple :\nadmettons qu'il subsiste en Europe cinq cents exemplaires du Thésaurus de Besard. Voilà un\nlivre à qui nos bibliographes-archéologues vont accorder une page, et peut-être même une\nplanche phototypique. Résultat cinq cents pages pour un ouvrage. Multipliez ce raisonnement\npar trente mille, et vous voyez où nous allons ! On ne veut pas remarquer qu'une fiche de\ncatalogue est une indication de présence, et non pas une monographie. Nos catalogues ne\nseront jamais assez complets pour décrire un volume précieux comme il convient de le faire.\nMieux vaut renoncer de suite à ce projet et réserver la description pour une œuvre de biblio-\ngraphie générale, à laquelle nous devrions nous hâter par une rédaction rapide et sommaire des\nfiches de toutes les bibliothèques du monde.\nEn réalité la seconde raison invoquée par notre éminent collègue de Parme est la vraie.\nOn n'ose pas s'en tenir à la fiche sommaire, parce que ni les pouvoirs publics, qui encouragent\nces travaux, ni les bibliothécaires qui les poursuivent, ni le public qui les suit de loin, ne croi-\nraient faire œuvre d'érudition en allant si vite en besogne. Et en Italie surtout où la musicologie\nnaît à peine, il est besoin de la montrer digne de l'attention générale. C'est ce que M. Gaspe-\nrini appelle très justement \"de hautes raisons de conservation artistique. \" C'est d'ailleurs une\ntendance des peuples latins de s'arrêter à cueillir des fleurs sur le chemin, plutôt que de mar-\ncher droit au but. Le beau livre in 40 avec ses habiles dispositions typographiques, avec ses\nreproductions, avec sa parure savante, a donc été préféré à la fiche sommaire, mais rapide et\ncommode. Je ne m'en plains pas et j'admire ; mais, dans mon impatience de faire usage d'un\ninstrument de travail qui nous manque, j'aurais souhaité qu'on eut pris le \" moyen court\nOn ne saurait m'en vouloir de ce souhait.\nJ. E.\nLA MARA, Musikalische Studienkopfe,Dritter Band : (Breitkopf et\nHaertel édit. Leipzig, 1910.)\nMme La Mara, qui nous a donné ces dernières années l'admirable correspondance de\nLiszt, celles de Bulow, de Berlioz avec la princesse Sayn-Wûttgenstein, s'est depuis longtemps\nconsacrée à la biographie des musiciens. Sous ce titre emprunté au langage des peintres :\nTêtes d'étude musicale, elle a fait paraître toute une série de petits volumes qui résument toute\nl'histoire de la musique depuis un siècle, et dont le succès a été tel que certains ont déjà atteint\nleur neuvième édition.\nCelui que Mme La Mara réédite aujourd'hui, le troisième, était consacré naguère à\nAdolf Henselt, Robert Franz, Anton Rubinstein, Brahms, Moscheles, David et Tausig.\nPour cette nouvelle édition, qui est la septième, ces trois derniers musiciens ont été remplacés\npar Hans von Bulow et Grieg. Le choix est heureux de ces deux nouvelles \" têtes \" qui\nmanquaient jusqu'ici à la série.\nD'une documentation précise, exacte, d'une lecture agréable et rapide (chaque biographie\nne dépasse guère 50 ou 60 pages), le volume de Mme La Mara est en outre fort utile à\nconsulter, car, suivant le plan immuable de l'auteur chaque biographie est suivie d'une biblio-\ngraphie complète de ses œuvres ; des portraits complètent cette documentation sommaire et\nsubstantielle.\nJ. G. P.\nLULLY, par HENRY PRUNIÈRES. {Les Mu Paris, Henri Laurens.)\nSi l'on regarde seulement la situation conquise et la fortune réalisée, on peut admettre que"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.75", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 4344, "texte": "parmi les compositeurs passés, présents et futurs, nul ne fut, n'est ou ne sera l'égal de Lully.\nVenu de loin et parti de bas, il sut quand même s'élever assez haut pour être admis chez les\npremiers de son temps, grands seigneurs ou nobles esprits ; il fut de ceux qu'on jalouse et qu'on\ndécrie, mais dont on sollicite la faveur. En un temps où la naissance semblait nécessaire à qui\nprétendait faire figure à la cour, il approcha Louis XIV plus encore peut-être que de l'appro-\nchait Molière : ne dansait-il pas à ses côtés ? Indispensable aux plaisirs de Sa Majesté, il orga-\nnisait des fêtes musicales qui lui valaient, entre autres avantages, des succès d'honneur et des\nsuccès d'argent. La musique devint à son profit un domaine où nul n'avait le droit de s'aven-\nturer sans sa permission ; il imposait sa volonté comme un souverain, il brisait les résistances\nhostiles, et son bâton de mesure finit par ressembler presque au sceptre d'un roi.\nSans rivaux, car ses ouvrages alimentaient seuls le répertoire de cette Académie, dont son\nastuce lui avait conquis le fructueux privilège, il défiait toute concurrence et toute compa-\nraison. La cour et la ville se délectaient de ses chants, d'autant mieux qu'elles n'en pouvaient\nguère entendre d'autres. Et telle fut la renommé de l'artiste, telle fut son action sur le public,\ntelle fut, en un mot, sa popularité, qu'il s'imposa pendant plus d'un siècle après sa mort ; ses\nopéras comptaient de fidèles partisans, même à l'époque où florissait Rameau, et il ne fallut\nrien moins que le génie de Gluck pour lui porter le coup suprême.\nLors donc qu'on songe à cette vie heureuse, à cette carrière brillante, à cette fortune sans\npareille, on s'étonne du peu d'attention que lui ont accordé les historiens. Sans doute, les\npamphlets et satires abondent, comme il arrive aux puissants du jour qu'on raille faute de les\npouvoir abattre, sans doute aussi l'on retrouve son nom cité dans les mémoires des contempo-\nrains, tandisque ses œuvres fournissent la matière d'observations générales dans les écrits d'un\nTiton du Tillet, d'un Lecerf de la Vieville, et de tant d'autres. Mais en l'espace de deux\nsiècles, jamais sa production musicale ne fut l'objet d'un travail sérieux ; jamais sa biographie\nne fut rédigée avec quelque souci de l'exactitude et de la vérité, avec quelques pièces ou docu-\nments à l'appui. Les musicographes et compositeurs de dictionnaires se repassaient certaines\nanecdotes qu'ils avaient bien garde de contrôler, et la légende se maintenait du petit marmiton\nau service de Mademoiselle, jouant en cachette du violon au lieu de tourner prosaïquement\nles sauces.\nC'est de nos jours seulement que son acte de naissance a été retrouvé, grâce aux recher-\nches d'un de nos plus érudits confrères, M. Lionel de la Laurencie. La maison de Lully avait\ninspiré, il est vrai, à M. Ernest Prader, un livre fort intéressant, qui nous offrait surtout deux\naspects du personnage : le propriétaire et l'homme d'affaires. Enfin, n'oublions pas que dans\nleur étude sur les origines de notre opéra, MM. Thoissan et Nuitter avaient mis en lumière\nle Lully directeur obtenant du Roi un privilège et luttant pour en tirer parti, se débattant au\nmilieu des gens de loi, rédigeant mémoires et requêtes, tour à tour poursuivant et poursuivi.\nMais nul encore n'avait présenté la figure d'ensemble, et donné au personnage sa juste et\ncomplète physionomie ; nul n'avait remonté aux sources pour déterminer la part de la légende\net celle de l'histoire; nul n'avait fait œuvre de critique. Voilà qu'une aussi regrettable lacune\nest enfin comblée, grâce à M. Henry Prunières, et au livre qu'il consacre à Lully dans la\ncollection \" Les musiciens célèbres \" parue chez l'éditeur Laurens. Ce volume n'a qu'une\ncentaine de pages, comme tous ceux de la même publication ; c'est un chiffre de rigueur, et\nl'on conçoit que, dans les limites étroites de ce cadre imposé, l'auteur n'ait pu se permettre de\nlongs développements. On sent, du moins, qu'il domine son sujet ; il en sait plus qu'il n'en\ndit, et il dit tout ce qu'il importe au lecteur de savoir. Il dégage de tous les racontars qui en\nattiraient la vérité, cette existence curieuse, cette vie de travail et de plaisir. Il nous montre les\norigines humbles de son héros, ses premiers pas sur le chemin du succès, son activité jointe à"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.76", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 3576, "texte": "une rare souplesse qui lui ouvrait les portes utiles et lui procurait les résultats avantageux. Il le\nprend en Italie, l'amène en France, l'introduit à la cour, le suit dans son ascension rapide vers\nla gloire, et le quitte au seuil du mausolée somptueux que ses héritiers lui érigèrent, comme\nau prince de la musique, dans l'église des Petits-Pères.\nLully donc revit sous nos yeux avec ses qualités et ses défauts. Il danse, il compose : il\nest chorégraphe, maître de chant et entrepreneur de spectacles ; il est à tout et à tous ; et\ncommande à ses collaborateurs comme à ses interprètes, et la série de ses ouvrages dramatiques\ndéfile, notée au passage d'un trait juste et précis. L'esthétique du musicien, le caractère parti-\nculier de ses principaux opéras, leur importance dans l'histoire du maître en France, tout se\ndéfinit et s'explique en une langue souple et claire qui fait le récit attrayant. D'intéressantes\nillustrations agrémentent le volume, où Lully nous apparaît sous les aspects les plus variés, et\njusque sous les \" habits \" qu'il portait en dansant dans les Ballets du Roi : curieuses aquarelles\nretrouvées à la Bibliothèque Mazarine. Enfin une liste détaillée résume la production musicale\ndu fécond auteur.\nDans la collection Laurens des Biographies de musiciens, celle-ci me semble des plus\nutiles et des mieux faites. Il reste à souhaiter que la cause plaidée par M. Henry Prunières\nsoit gagnée devant l'opinion, que cette vieille musique retrouve de jeunes admirateurs, et que,\nsuivant l'exemple de la maison Durand, un éditeur fasse pour Lully ce qu'elle a fait pour\nRameau : après la biographie, une édition complète des œuvres serait le moment le plus glo-\nrieux pour la mémoire du fondateur de l'opéra français.\nCHARLES MALHERBE.\nTHUREN (HJALMAR). FOLKESANGEN JAR FJEROERNE: LA CHANSON POPU-\nLAIRE AUX ÎLES (in 8° de 337 pages dont 56 de musique lithographiée. Copenhague\n1908: Andr% Fred. Host et filsJ.\nCet ouvrage qui forme la deuxième série des publications consacrées par la Société\n\" Folklore Fellows \" a été édité et imprimé au Folklore du Nord, aux frais du legs Carlsberg,\nfondation danoise.\nM. Thuren expose d'abord l'importance de la danse aux îles Faeroë où, dans les réunions\net réceptions des insulaires, les rondes accompagnées de chants sortes de branles tantôt tristes,\ntantôt gais comme ceux du moyen âge tenaient la première place des divertissements.\nCes chansons ou caroles, qui menaient la danse ne comprenaient ni harmonie ni accompagne-\nment instrumental et étaient chantées à l'unisson par tous les assistants.\nL'auteur a consacré aux ballades dansées une étude très documentée, tant au point de vue\ndu rythme en général et du rythme particulier à l'île, qu'au point de vue de la tonalité,\nfaisant ressortir leur caractère principalement pentatonique.\nEn examinant l'origine de ces ballades et leur valeur esthétique, il y a retrouvé des formes\nmélodiques internationales adaptées cependant au goût du pays.\nLes îles Faeroë étant sous la dépendance du Danemark, rien d'étonnant à ce que\nles vieilles chansons populaires danoises et même norvégiennes, y aient été en honneur\net qu'elles y soient encore conservées de nos jours.\nM. Thuren a complété son travail historique par un appendice musical contenant avec\nleurs variantes les mélodies les plus typiques recueillies et enregistrées à l'aide d'un phono-\ngraphe qu'il avait emporté dans son voyage à ces îles danoises.\nLa collaboration imprévue d'une invention toute moderne à l'histoire de la musique\ndu passé, mérite d'être signalée.\nWILLIAM MOLARD."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.77", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1997, "texte": "KONZERT TASCHEN-BUCH. (Munich 1910 in 120).\nPetit agenda, qui contient quelques articles amusants : une enquête sur l'opportunité de\nla réclame, une discussion sur les cartes de presse, et quelques anecdotes. Le tout édité par les\nsoins d'Emil Gutmann, le très sympathique impressario de Munich.\nJAHRBUCH der Musikbibliothek Peters. (XVQ annèey 1910, in-4 0 Lpz.)\nJe revois toujours avec plaisir le Jahrbuch de la bibliothèque Peters, si admirablement\nrédigé par notre collègue le professeur Rudolf Schwartz. Cette année il comprend les articles\nsuivants : T. Kroy er, Dialogue und Echo in der alten Chormusik. H, Riemann, Spontané Phantasie-\ntœtigkeit und verstandesmaessige Arbeit in der tonkuenstlerischen Produktion. Max Friedlaender, van\nSwieten. H. Kretzshmar das Notenbuch der Zeumerin, und Volksmusik und hoehere Kunst.\nComme d'habitude une bibliographie des livres sur la musique fait le principal de cet\nannuaire, bibliographie qui est indispensable à tous ceux qui veulent connaître le résultat de\nl'effort musicologique au cours de l'année écoulée. J. E.\n\nOUVRAGES REÇUS\nANGLAS (J.). Précis d'acoustique physique, musicale et physiologique. (Paris\nH. Paulin, in 8° de 382 pp. ; 12 fcs.)\n- BOSCHOT (A.) Le Faust de Berlioz. (Costallat et Cie, in 12° de 70 pp.)\nBECK (Jean). La musique des Troubadours. (Collection des musiciens célèbres.\nH. Laurens in 120.)\nLALOY (Louis). La musique chinoise. (Idem, in 20.)\nHUET (Emile). Jeanne d'Arc et la musique. Deuxième édition. (Orléans 11 rue\nJeanne d'Arc. 1909 in 40 de 229 pages.)\nRIEMANN (Hugo). L. van Beethovens Leben, von A. W. Thayer, vol 11,\nseconde éd. (Breitkopf & Haertel 1910 in 8° de 645 pp. ; Mk. 12.)\nMusik-Lexicon. 7e éd. (Lpz. Max Hesse, in 8° de 1600 pp. Mk. 14.)\nBERENZI (Angelo). La patria del lutaio G. P. Maggini. (Cremona in 8° de 11 pp»)\nDi G. P. Maggini. (Id. ibid.)\nDi alcuni strumenti fabricati da Gasparo di Salo posseduti da Ole Bull, da Dragonetti\ne dalle sorelle Milanollo. (Brescia in 8° de 50 pp.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c053", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c053", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 68, "image_fin": 77, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.14.2", "titre_corps": "ADLER (GUIDO). Richard \\", "titre_sommaire": "ADLER (GUIDO). Richard \\", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.68", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2639, "texte": "ADLER (GUIDO). Richard \\\nde L. Laloy(Breitkopf et Hârtel 1909 8°).\nCe livre de M. Guido Adler est un livre d'idées et un\nlivre d'histoire. C'est l'œuvre d'un admirateur intelligent qui ne\nveut pas être dupe. Et de plus c'est l'œuvre d'un penseur. Je\nregrette que Ferdinand Brunetière ne soit plus là pour en signaler\net en souligner l'originalité. Brunetière n'entendait rien à la\nmusique. Au besoin même, il se serait vanté de n'y rien entendre.\nPeu importe. Le livre de notre collègue Guido Adler lui aurait\nplu, comme un vivant témoignage de \" l'évolution des genres. \"\nQui dit évolution nie la révolution. Or Richard Wagner a\ncru faire une révolution. Donc Richard Wagner s'est trompé.\nDe bonne foi ! Peut-être. Mais il s'est trompé. Le syllogisme\nest irréprochable. Quant à la prémisse même du syllogisme,\nl'existence de l'histoire lui servirait aisément de preuve.\nDès lors M. Guido Adler est venu nous apprendre ce que,\nnaguère, par la plume de M. J. Ecorcheville, nous affirmait\nM. L. Laloy : Richard Wagner n'a rien inventé.\nEn effet ce que Richard Wagner a voulu, Monteverde l'avait\naussi voulu en son temps. Les moyens, pour le réaliser, man-\nquaient à Monteverde. Il l'a réalisé quand même. Dès lors, le\nmouvement wagnérien se rattacherait à un mouvement qui date de la Renaissance et qui\neut son point de départ en Italie. N'oublions pas que si l'opinion de M. Guido Adler devait\ntrouver des approbateurs quelque part, ce serait en France où, vers 1895, Romain Rolland,\ndans son livre sur les Origines de l'Opéra en nous montrait, dans Monteverde, un\nprécurseur de Richard Wagner.\nDans le genre opéra, deux éléments ont fait alliance. Or une alliance suppose un traité\npréalable, toujours révisible : car il s'agit de sauvegarder les droits de cet allié qui est la parole\net ceux de cet autre allié qui est la musique. Et c'est pourquoi la naissance du genre opéra\nsoulève un problème : nous disons \"soulève \" et non pas \"résout.\" En effet une solution n'en\nest vraiment pas une, dont chaque nouvel arrivant dans l'histoire entend corriger les résultats.\nIl n'est pas douteux que l'opéra ne soit une espèce du genre théâtre et que les lois du théâtre\nn'y doivent prévaloir. A moins qu'il ne soit une espèce du genre concert et que les usages\ndu concert n'influent sur la conduite de l'action, au besoin même ne la suppriment? Voilà\ndeux formules dont, si la première est plus que soutenable, la seconde est, à la rigueur, plausible.\n\n1 Richard Wagner, conférences faites à l'Université de Vienne et revues pour la traduction française par Guido Adler.\nTraduites en français par Louis Laloy. Leipzig, Breitkopf et Haertel 1909."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.69", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 4097, "texte": "Au moment où parut Richard Wagner, et à n'entendre que Richard Wagner, ne semble-t-il\npas que l'opéra concert règne partout sans partage ? M. Guido Adler est d'un autre avis.\nEt non seulement il est d'un autre avis, mais quand il s'applique à considérer l'œuvre même\ndu Musicien-Poète, il y trouve des traces de grand opéra, jusque dans la Tétralogie. Et il n'y\na pas à se récrier. Souvenons-nous du Rheingold.Et si l'on vient nous parler du \" grand air \"\nde Logue, ne nous indignons pas. Souvenons-nous du chant de Siegmund dans la Walkyrie, de\ncelui de Siegfried dans le drame qui porte le nom du héros. Et si je disais, pour suivre M. Guido\nAdler, à la trace, dans sa démonstration, que finit par un \" grand air \" d'lsolde,\nj'aurais beau faire frémir Camille Chevillard, c'est lui, quand même, dont j'invoquerais le\ntémoignage, puisqu'il fait chanter dans ses concerts la \" transfiguration \" de l'héroïne. Enfin,\net ici, je recours à d'autres témoins : MM. Henri Lichtenberger, Victor Basch, Gabriel\nMonod. Après le second acte du Crépuscule,pendant le festival de 1896, à Bayreuth, nous,\nnous affirmions déçus les uns et les autres. Nous nous figurions sortir d'un acte d'opéra. L'un\nde nous, moi, peut-être, hasarda cette remarque : \" La musique de ce second acte ne serait-elle\npoint celle de la primitive Mort de Siegfried ? Et celle-ci date de 1848. \" Vérification faite, la\nmusique de la G Mter-Ddmmerungest postérieure à celle de Et l'on pourrait aisément\ns'en convaincre. Une impression d'opéra assez analogue, se dégage du second acte de\npendant le deuxième tableau. Quant aux derniers tableaux de l'acte premier et de l'acte\ntroisième, ce sont de vrais finals.\nVoilà donc Richard Wagner remis à sa place, à son rang historique dans l'évolution du\ndrame musical. Quel sacrilège ! Oui, mais il faut savoir en commettre de ce genre. Et\ndisons-nous bien que chaque mort d'un Dieu se chiffre par un progrès de l'intelligence histo-\nrique, par suite de l'intelligence humaine.\nAlors on pourra dire avec L. Laloy que Richard Wagner \" n'a rien inventé.\" Cela\nrevient â dire avec l'auteur du présent livre que Richard Wagner eut des précurseurs et des\nprédécesseurs : telle est la thèse.\nM. Guido Adler a raison de la soutenir. Et il a d'autant plus raison que Richard Wagner,\ndans ses écrits théoriques, s'est présenté comme un révolutionnaire, donc un destructeur. Il a\ncru détruire alors qu'il ne faisait que perfectionner. Les chapitres que M. Adler consacre à\nl'examen des écrits de Richard Wagner et qui forment le quart du volume sont de véritables\nmodèles de critique. Tout y est appuyé, mesuré, par là même, modéré. Mais la fermeté du\njuge n'a rien à craindre de sa modération. Je ne me souviens pas avoir lu souvent des pages de\nde cette valeur, dans le genre critique. Je les recommande à tous nos étudiants, à tous ceux\nqui veulent apprendre à lire et à juger. Je les recommande aux représentants de notre critique\ncontemporaine. Le livre de M. Guido Adler porte décidément plus loin que le sujet et cela,\ngrâce à l'excellence de la méthode et aux dons de clarté qui la rendent communicable et, par\nlà même, praticable.\nIl va sans dire que si je loue M. Guido Adler et j'ai conscience de le louer grandement,\npresque sans réserves, le \" presque \" que je viens d'écrire n'a point échappé à ma plume. Je\npense, en effet, qu'en histoire humaine il n'est que des différences de degré. Je pense aussi que,\nlà où cette différence de degré est énorme, comparable à celle du \" quelquefois \" au \" toujours \"\nelle équivaut au passage de l'exception à la règle, de l'accident à la loi. Les grands hommes,\npar qui s'effectuent un passage de ce genre, ne deviennent grands que pour l'avoir effectué.\nAussi reçoivent-ils le nom de novateurs et de créateurs. Et voici la question que je poserai, en\nterminant, à mon éminent collègue de l'Université de Vienne ainsi qu'à son excellent traduc-\nteur L. Laloy : \" Puisque dans la nature vivante, et malgré la loi de l'évolution, on reconnaît\ndes espèces \" nouvelles encore que certains traits de ces espèces se rencontrent chez d'autres"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.70", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2789, "texte": "préexistantes, à l'état d'ébauche, de préparation ou d'essai pourquoi nous montrerions-nous\nplus réservés que les professionnels de la science dans l'emploi du terme \" nouveau \" ? Rien ne\ns'improvise dans la nature : c'est une chose jugée. Rien ne mérite d'être appelé nouveau que\nselon le degré et par comparaison. C'est encore une chose jugée, puisque notre deuxième\naffirmation n'est que le développement de la première. Et nous en tirerons cette morale:\n\" N'adorons plus Richard Wagner à l'égal d'un Dieu. Contentons-nous de l'admirer à l'égal\ndes plus grands qui ont traversé la vie. \" C'est ainsi que nous terminions notre Musicien Poëte\nRichardW agner.Et telle est la morale qui se dégage du très beau livre de M. Guido Adler, un\nlivre dont l'apparition est un événement véritable dans l'histoire de la littérature Wagnérienne.\nLIONEL DAURIAC.\nJ. WIHTOLS. 100 Latweeschu tautas dseesmas. Riga. 1907.\nCet intéressant recueil échappe absolument à notre compétence. Il y a là une centaine\nde chants populaires dans la langue lette, qui est parlée au nord de la Lituanie et dont les\nlinguistes, comme pour le lituanien, admirent le merveilleux archaïsme. Nous pensons donc\nque le texte original de ces poésies a déjà son intérêt pour d'autres que les musicistes. Une\ntraduction allemande rend ces compositions intelligibles à la majorité des lecteurs.\nLa notation musicale doit être fort bien écrite, étant signée de J. Wihtol. Le musicien\nseul peut en savoir l'exactitude. Nous avons la tentation de faire quelques réserves de rythmique.\nA diverses reprises (nos 3, 7, 43, 52, 56, 71,) nous trouvons des mélodies à trois temps écrites\nsur le dessin.\n. ' j\nOr, les accents mélodiques tomberaient en meilleure place et d'accord avec les accents rythmi-\nques, si nous déplacions le barre de mesure.\nNulle part nous ne trouvons ce rythme anacrousique dans le recueil de Wihtol. De même, à\nla pièce 68, en six quatre, la barre de mesure devrait être avancée d'un temps, la mélodie\ncommençant par un anacrouse. Signalons un très curieux mode iambique (n° 51).\nanalogue au second mode des mensuralistes du moyen âge. Si l'on admet une fois pour toutes\nle principe de l'accompagnement au piano, la manière dont il est traité dans ce recueil est bien\nfaite pour nous plaire.\nKUN LASZLO. A magyar dal. Ezer magyar nepdal, etc. Budapest, Kônyves Kalman,\n1907-1908. Cinq recueils in-folio piano et chant.\nQuand nous aurons dit que le recueil de Kun Lazlo est le plus considérable de tous ceux\nqui ont été consacrés au folk-lore musical hongrois et qu'à ce point de vue, il surpasse encore\nles belles publications de Palotasy Gyula, de Huber Sandor et de Nagy Zoltan ; quand nous\naurons pris plaisir à louer le sentiment folkloristique qui domine ces transcriptions et fait revivre"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.71", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3849, "texte": "en notre souvenir charmé les heures passées, trop courtes, dans la campagne entre Esztergom,\nNagy-Maros, Vacz et Buda-Pest à écouter, au crépuscule les rythmes caractérisés du\nmagyar; quand nous aurons regretté qu'un travail aussi important que la publication de\nKun soit partiellement fermé à la grande majorité du public européen, par l'emploi exclusif de\nla langue hongroise, nous aurons épuisé le cercle étroit de nos observations et de nos critiques.\nPourtant avant de terminer cette notice bibliographique trop sommaire, nous aimerions\nmettre le lecteur en garde contre une confusion généralement répandue : le chant populaire\nhongrois évoque ordinairement l'idée du tsigane. Or, il y a le tsigane, type éternel du nomade,\net il y a le Hongrois ou, dans sa langue, le Magyar. En réalité entre le magyar et le tsigane,\nil n'est rien de commun, que l'habitat. Cette confusion bizarre tient, croyons nous, à la locution\ncourante, mais défectueuse, par laquelle nous donnons le nom de tsiganes aux musiciens en\nhabits de drap rouge à galons noirs, qui, depuis quelques trente années, font la joie bruyante\ndes restaurants et des casinos. Sait-on jamais d'où ils sont, d'où ils viennent, à moins cepen-\ndant qu'ils ne soient de Montmartre et n'en descendent?\nLe folk-lore musical magyar est infiniment riche. Au contraire, la musique tsigane nous\nest à peu près inconnue. Au cours de nos voyages, nous avons sur notre route croisé des\ntsiganes en divers points de leur incessant pèlerinage : en Asie Centrale, en Arménie, à Con-\nstantinople, en Hongrie, dans le midi de la France, en Espagne, et jamais, nous n'avons pu\nprendre de leur langue musicale une notion quelconque.\nNous serions reconnaissant que l'on voulût bien nous signaler quelque source authentique\nsur la musique des tsiganes : mais c'est une bonne fortune que nous n'osons point espérer. Le\nlivre de Liszt ne nous a point d'ailleurs, à beaucoup près, satisfait.\nRÉPERTOIRE DE MUSIQUE ARABE ET MAURE. Collection de mélodies,\nouvertures, noubet, chansons, préludes, etc. recueillie M. E. N. YAFIL, SOUS\nM. JULES ROUANET. Alger, s. d. (1909).\nL'éditeur, M. J. Rouanet, a déjà présenté lui-même sa précieuse collection aux lecteurs\nde cette revue en esquissant les caractéristiques principales de la musique arabe d'Algérie : il\nfaut ajouter que cette étude s'applique également en dehors de l'Algérie à la musique de la\nTunisie, qui est la continuation naturelle de notre grande colonie d'Afrique, mais qu'en Algérie\nmême, ce qui est vrai pour les populations arabes ne l'est pas pour les indigènes de la Kabylie,\nni pour les grands nomades du sud, Touaregs ou Chambaa, qui ont une origine ethnique\ndifférente. Dans toutes les études de folk-lore musical, on oublie souvent de délimiter, à\nl'intérieur des frontières politiques, les différences de race qui entraînent avec elles des\ndifférences considérables dans les manifestations spontanées et naturelles de la mentalité artis-\ntique. Grâce à MM. Rouanet et Yafil, nous avons entre les mains un corpus déjà imposant\nde la musique arabe d'Algérie, mais nous ne connaissons rien du chant populaire des popula-\ntions kabyles et berbères, et peut-être, historiquement, leur patrimoine artistique serait-il\njustement curieux à connaître, s'il est vrai, comme d'aucuns l'ont dit, qu'au temps de saint\nAugustin, ce soit parmi elles que le christianisme se soit tout d'abord développé dans\nl'Afrique du Nord.\nCe que nos éditeurs nous découvrent dans sa belle richesse, c'est la civilisation musicale\ndes Arabes proprement dits et surtout celle qui, de siècle en siècle, découle de la production\ncontemporaine des Kalifats d'Espagne : ils nous l'assurent au moins, mais sans nous donner\nleurs raisons et leur affirmation vaut ce que vaut la tradition.\nLa première série du Répertoire de musique est achevée : elle comprend les"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.72", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3709, "texte": "22 fascicules annoncés. C'est un notable succès : que de publications semblables sont restées en\ncours de route ! Nous avons là des textes musicaux, base première et sérieuse de toutes recherches\nsubséquentes. M. Rouanet accompagne ces documents de commentaires excellents, dont\nl'ensemble constitue une théorie modale de la musique arabe, précise et claire. N'est-elle pas\ntrop précise et trop claire ? Les qualités de l'exposition ne sont-elles pas ici un défaut ? Par trois\nfois, nous avons parcouru l'Algérie et la Tunisie dans tous les sens, de Tunis à Oran et\nd'Alger aux grands chotts, et toujours nous avons prêté l'oreille aux voix qui chantaient. Nos\nimpressions de route ne concordent pas avec la précision toute européenne des transcriptions\nque nous avons sous les yeux. Il y a l'indigène qui chante faux, c'est entendu, mais il y a\naussi l'exécutant qui, par tradition, chante plus haut ou plus bas que l'intonation rigoureuse\nindiquée sur la portée dans la transcription, et cet exécutant indigène, s'il ne se conforme pas\nà notre théorie musicale, se conforme peut-être à la sienne. Nous aurions aimé que par des\nsignes conventionnels de + ou de —, les éditeurs indiquassent ces différenciations de l'exécu-\ntion réelle avec le son écrit. Mais, hâtons-nous de le dire, nous n'opposons pas notre incom-\npétence à la longue habitude que MM. Rouanet et Yafil ont de la musique arabe, nous\nparlons un peu en critique qui cherche le mieux et demande des certitudes. Il nous semble\nqu'un jour le complément de ce beau Répertoire de musique arabe serait, mise à la portée des\nmusicologues européens qui n'entendent point et ne lisent pas l'arabe, une édition des théo-\nriciens principaux de cette même civilisation musicale, à laquelle les œuvres publiées précé-\ndemment seraient d'incomparables illustrations.\nPIERRE AUBRY.\nQUELLEN UND FORSCHUNGEN ZUR DEUTSCHEN VOLKSKUNDE.\nBand VI. Beitraege %ur deutschen Volksdichtung, par E. K. BLUEMML. Vienne. 1908, in-8. 197 pp.\nDans cet ensemble d'articles réunis par E. K. Bluemml et consacrés soit à la poésie, soit\nà la musique populaire, nous retiendrons plus particulièrement le travail de M. Gustav\nJungbauer die deutsche Volksdichtung, quelques chants nuptiaux, Hochzeitslieder aus Tirol, réunis\npar MM. L. Pirkl et P. Kohi, enfin et surtout l'excellente revue bibliographique de\nM. Bluemml, die deutsche Volksdichtung im Jahre 1907, qui est une précieuse contribution à\nquelque future bibliographie de la chanson populaire dans les pays de langue germanique.\nLIEDERHEFTE DES DEUTSCHEN VOLKSLIED-VEREINES IN WIEN.\nHeft I. 40 Volkslieder aus dem deutschen Liederhort von L. Erk und Fr. M. Boehme\nausgewaehlt, fuer Sopran, Alt, Ténor und Bass, gesetzt von JOSEF REITER. Vienne, 1906. 52 p.\nHeft 11/111. Heimatlieder aus Deutschboehmen, Oberoesterreich, Niederoesterreich,\nSteiermark, Kaernten, Salzburg, Tirol, Schweiz und Bayern fuer gemischten Chor gesetzt von\nJOSEF REITER und F. F. KOHL. Vienne. 1905. 11. 40 p. 111. 42 p.\nHeft IV. 36 Volkslieder aus dem deutschen Liederhort von E. und B, ausgewaehlt\nund fuer s. a. t. und b. gesetzt von J. R. Vienne 1906. 60 p.\nHeft V. Volkslieder aus Tirol. Dritte Nachlese zur Sammlung \"Echte Tirolerlieder \"\nfuer s. a. t. und b. gesammelt und gesetzt von F. F. KOHL. Vienne 1907. 48 p.\nHeft VI. 12 echte deutsche Volkslieder fuer vier Maennerstimmen, gesammelt und\ngesetzt von J. R. und F. F. KOHL. Vienne 1908, 18 p.\nLe Deutsche Volksliederverein de Vienne témoigne d'une jolie activité. Le chant populaire\nne lui apparaît pas uniquement comme objet de collection ou d'études musicologiques. Cette\nassociation cherche par la publication de ses liederhefte à redonner aux chants rustiques de\n\n5"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.73", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3996, "texte": "l'Allemagne, de la Bohême, de la Haute et de la Basse Autriche, de la Styrie ou du Tyrol\nun regain de jeunesse et de vitalité. Nous avons présentement six de ces recueils. De prétention\nscientifique, point. Ce sont des publications de seconde main, en ce sens que l'éditeur,\nM. Joseph Reiter, a transcrit pour quatuor vocal des chants populaires précédemment parus\nen d'autres recueils. Ainsi deux de ces cahiers ont pour première assise la grande collection\nd'Erk et Boehme, le Deutscher Liederhort.\nNous ne sommes, en ce qui nous concerne, que médiocrement partisan de ces remanie-\nments opérés en vue d'une réalisation pratique : tous les essais que nous en connaissons et les\nexécutions qui en sont données altèrent considérablement le caractère primitif et le sentiment\npopulaire. Ils ont en revanche un double avantage : d'abord, en faisant revivre par le moyen\nde l'art des chants qui s'éteignent sur les lèvres du peuple, ils ramènent au peuple un patri-\nmoine qui tombait en déshérence. En second lieu, de pareilles tentatives ont pour effet de\nsubstituer au répertoire souvent abject de la production populacière contemporaine des œuvres\nsaines qui sont comme une émanation de l'âme collective des nations.\nLe travail technique de l'écriture à quatre voix nous semble en général bien compris dans\nun esprit de clarté et de simplicité ; mais, dans le grave comme dans l'aigu, les parties atteignent\ntrop souvent les confins de la voix humaine, et ces harmonisations seraient difficilement exécu-\ntables par des choristes français. Il est vrai que c'est à d'autres qu'elles sont destinées.\nUN PROBLÈME DE BIBLIOGRAPHIE. Notre compte rendu du Bollettino de\nl'Association des Musicologues Italiens, paru le mois dernier nous a valu une lettre fort cour-\ntoise de notre collègue Guido Gasperini président de l'Association ; et à laquelle nous sommes\ntrès heureux de répondre quelques mots.\nM. Gasperini rappelle tout d'abord que l'importance de la tâche entreprise par le Bollet-\ntino n'effraie aucun de ses collaborateurs et n'empêchera pas de la mener à bien rapidement.\nJe ne puis que m'associer et de tout mon cœur à cet espoir ; personne plus que moi n'est avide\nde voir paraître une Bibliographie générale des richesses enfouies dans les bibliothèques de la\nPéninsule. Mes appréhensions se fondaient sur quelques expériences, que nous avons tous\nfaites ; elles nous ont montré que certains dépôts tenaient avant tout à ne pas révéler le secret\nde leurs collections bien gardées. Certes, nous comptons d'excellents collègues en Italie, à\nMilan, à Bologne, à Florence ; mais nous connaissons aussi un certain Pagliarra, à Naples, dont\nla force d'inertie est une des plus remarquables, et devant qui sont venus se heurter les savants\ndu monde entier. Si l'Association des Musicologues Italiens peut débarrasser l'érudition des\nPagliarra, et à bref délai, tant mieux, nous serons tous enchantés.\nNotre collègue et ceci est plus important - insiste sur la nécessité des descriptions\nbibliographiques étendues et invoque pour soutenir cette opinion deux raison : i° la nécessité\nd'une description uniforme ; 2° l'obligation de donner un certain relief à l'entreprise du\nBollettino.\nJe ne me rends pas à la première raison. Il n'est pas plus difficile de donner un titre som-\nmaire, avec date, format et lieux d'impression que de copier en entier ledit tittre. En outre\nc'est contre la description de l'ouvrage lui-même que je m'élevais avec ses chapitres, dédicaces,\nfigures, notation, planches etc..., en un mot contre tout l'appareil de critique et d'archéologie,\ndont le Bollettino n'a pas cru devoir se passer. Je suis tout à fait convaincu, que ce luxe de\ndescriptions est superflu lorsqu'il s'agit d'un dépouillement aussi considérable que celui des\nbibliothèques du royaume d'ltalie. Et ce qui me désole c'est de voir suivre les mêmes errements\nà Barcelone (Deputacio), à Uppsala (Bib. de l'Université) et probablement partout, où un\ncatalogue de musique va être dressé."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.74", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 3563, "texte": "Qu'on veuille donc bien réfléchir au temps perdu, à la typographie mal employée, et\nmême à l'effort de curiosité accompli en vain par de pareilles recherches. Prenons un exemple :\nadmettons qu'il subsiste en Europe cinq cents exemplaires du Thésaurus de Besard. Voilà un\nlivre à qui nos bibliographes-archéologues vont accorder une page, et peut-être même une\nplanche phototypique. Résultat cinq cents pages pour un ouvrage. Multipliez ce raisonnement\npar trente mille, et vous voyez où nous allons ! On ne veut pas remarquer qu'une fiche de\ncatalogue est une indication de présence, et non pas une monographie. Nos catalogues ne\nseront jamais assez complets pour décrire un volume précieux comme il convient de le faire.\nMieux vaut renoncer de suite à ce projet et réserver la description pour une œuvre de biblio-\ngraphie générale, à laquelle nous devrions nous hâter par une rédaction rapide et sommaire des\nfiches de toutes les bibliothèques du monde.\nEn réalité la seconde raison invoquée par notre éminent collègue de Parme est la vraie.\nOn n'ose pas s'en tenir à la fiche sommaire, parce que ni les pouvoirs publics, qui encouragent\nces travaux, ni les bibliothécaires qui les poursuivent, ni le public qui les suit de loin, ne croi-\nraient faire œuvre d'érudition en allant si vite en besogne. Et en Italie surtout où la musicologie\nnaît à peine, il est besoin de la montrer digne de l'attention générale. C'est ce que M. Gaspe-\nrini appelle très justement \"de hautes raisons de conservation artistique. \" C'est d'ailleurs une\ntendance des peuples latins de s'arrêter à cueillir des fleurs sur le chemin, plutôt que de mar-\ncher droit au but. Le beau livre in 40 avec ses habiles dispositions typographiques, avec ses\nreproductions, avec sa parure savante, a donc été préféré à la fiche sommaire, mais rapide et\ncommode. Je ne m'en plains pas et j'admire ; mais, dans mon impatience de faire usage d'un\ninstrument de travail qui nous manque, j'aurais souhaité qu'on eut pris le \" moyen court\nOn ne saurait m'en vouloir de ce souhait.\nJ. E.\nLA MARA, Musikalische Studienkopfe,Dritter Band : (Breitkopf et\nHaertel édit. Leipzig, 1910.)\nMme La Mara, qui nous a donné ces dernières années l'admirable correspondance de\nLiszt, celles de Bulow, de Berlioz avec la princesse Sayn-Wûttgenstein, s'est depuis longtemps\nconsacrée à la biographie des musiciens. Sous ce titre emprunté au langage des peintres :\nTêtes d'étude musicale, elle a fait paraître toute une série de petits volumes qui résument toute\nl'histoire de la musique depuis un siècle, et dont le succès a été tel que certains ont déjà atteint\nleur neuvième édition.\nCelui que Mme La Mara réédite aujourd'hui, le troisième, était consacré naguère à\nAdolf Henselt, Robert Franz, Anton Rubinstein, Brahms, Moscheles, David et Tausig.\nPour cette nouvelle édition, qui est la septième, ces trois derniers musiciens ont été remplacés\npar Hans von Bulow et Grieg. Le choix est heureux de ces deux nouvelles \" têtes \" qui\nmanquaient jusqu'ici à la série.\nD'une documentation précise, exacte, d'une lecture agréable et rapide (chaque biographie\nne dépasse guère 50 ou 60 pages), le volume de Mme La Mara est en outre fort utile à\nconsulter, car, suivant le plan immuable de l'auteur chaque biographie est suivie d'une biblio-\ngraphie complète de ses œuvres ; des portraits complètent cette documentation sommaire et\nsubstantielle.\nJ. G. P.\nLULLY, par HENRY PRUNIÈRES. {Les Mu Paris, Henri Laurens.)\nSi l'on regarde seulement la situation conquise et la fortune réalisée, on peut admettre que"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.75", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 4344, "texte": "parmi les compositeurs passés, présents et futurs, nul ne fut, n'est ou ne sera l'égal de Lully.\nVenu de loin et parti de bas, il sut quand même s'élever assez haut pour être admis chez les\npremiers de son temps, grands seigneurs ou nobles esprits ; il fut de ceux qu'on jalouse et qu'on\ndécrie, mais dont on sollicite la faveur. En un temps où la naissance semblait nécessaire à qui\nprétendait faire figure à la cour, il approcha Louis XIV plus encore peut-être que de l'appro-\nchait Molière : ne dansait-il pas à ses côtés ? Indispensable aux plaisirs de Sa Majesté, il orga-\nnisait des fêtes musicales qui lui valaient, entre autres avantages, des succès d'honneur et des\nsuccès d'argent. La musique devint à son profit un domaine où nul n'avait le droit de s'aven-\nturer sans sa permission ; il imposait sa volonté comme un souverain, il brisait les résistances\nhostiles, et son bâton de mesure finit par ressembler presque au sceptre d'un roi.\nSans rivaux, car ses ouvrages alimentaient seuls le répertoire de cette Académie, dont son\nastuce lui avait conquis le fructueux privilège, il défiait toute concurrence et toute compa-\nraison. La cour et la ville se délectaient de ses chants, d'autant mieux qu'elles n'en pouvaient\nguère entendre d'autres. Et telle fut la renommé de l'artiste, telle fut son action sur le public,\ntelle fut, en un mot, sa popularité, qu'il s'imposa pendant plus d'un siècle après sa mort ; ses\nopéras comptaient de fidèles partisans, même à l'époque où florissait Rameau, et il ne fallut\nrien moins que le génie de Gluck pour lui porter le coup suprême.\nLors donc qu'on songe à cette vie heureuse, à cette carrière brillante, à cette fortune sans\npareille, on s'étonne du peu d'attention que lui ont accordé les historiens. Sans doute, les\npamphlets et satires abondent, comme il arrive aux puissants du jour qu'on raille faute de les\npouvoir abattre, sans doute aussi l'on retrouve son nom cité dans les mémoires des contempo-\nrains, tandisque ses œuvres fournissent la matière d'observations générales dans les écrits d'un\nTiton du Tillet, d'un Lecerf de la Vieville, et de tant d'autres. Mais en l'espace de deux\nsiècles, jamais sa production musicale ne fut l'objet d'un travail sérieux ; jamais sa biographie\nne fut rédigée avec quelque souci de l'exactitude et de la vérité, avec quelques pièces ou docu-\nments à l'appui. Les musicographes et compositeurs de dictionnaires se repassaient certaines\nanecdotes qu'ils avaient bien garde de contrôler, et la légende se maintenait du petit marmiton\nau service de Mademoiselle, jouant en cachette du violon au lieu de tourner prosaïquement\nles sauces.\nC'est de nos jours seulement que son acte de naissance a été retrouvé, grâce aux recher-\nches d'un de nos plus érudits confrères, M. Lionel de la Laurencie. La maison de Lully avait\ninspiré, il est vrai, à M. Ernest Prader, un livre fort intéressant, qui nous offrait surtout deux\naspects du personnage : le propriétaire et l'homme d'affaires. Enfin, n'oublions pas que dans\nleur étude sur les origines de notre opéra, MM. Thoissan et Nuitter avaient mis en lumière\nle Lully directeur obtenant du Roi un privilège et luttant pour en tirer parti, se débattant au\nmilieu des gens de loi, rédigeant mémoires et requêtes, tour à tour poursuivant et poursuivi.\nMais nul encore n'avait présenté la figure d'ensemble, et donné au personnage sa juste et\ncomplète physionomie ; nul n'avait remonté aux sources pour déterminer la part de la légende\net celle de l'histoire; nul n'avait fait œuvre de critique. Voilà qu'une aussi regrettable lacune\nest enfin comblée, grâce à M. Henry Prunières, et au livre qu'il consacre à Lully dans la\ncollection \" Les musiciens célèbres \" parue chez l'éditeur Laurens. Ce volume n'a qu'une\ncentaine de pages, comme tous ceux de la même publication ; c'est un chiffre de rigueur, et\nl'on conçoit que, dans les limites étroites de ce cadre imposé, l'auteur n'ait pu se permettre de\nlongs développements. On sent, du moins, qu'il domine son sujet ; il en sait plus qu'il n'en\ndit, et il dit tout ce qu'il importe au lecteur de savoir. Il dégage de tous les racontars qui en\nattiraient la vérité, cette existence curieuse, cette vie de travail et de plaisir. Il nous montre les\norigines humbles de son héros, ses premiers pas sur le chemin du succès, son activité jointe à"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.76", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 3576, "texte": "une rare souplesse qui lui ouvrait les portes utiles et lui procurait les résultats avantageux. Il le\nprend en Italie, l'amène en France, l'introduit à la cour, le suit dans son ascension rapide vers\nla gloire, et le quitte au seuil du mausolée somptueux que ses héritiers lui érigèrent, comme\nau prince de la musique, dans l'église des Petits-Pères.\nLully donc revit sous nos yeux avec ses qualités et ses défauts. Il danse, il compose : il\nest chorégraphe, maître de chant et entrepreneur de spectacles ; il est à tout et à tous ; et\ncommande à ses collaborateurs comme à ses interprètes, et la série de ses ouvrages dramatiques\ndéfile, notée au passage d'un trait juste et précis. L'esthétique du musicien, le caractère parti-\nculier de ses principaux opéras, leur importance dans l'histoire du maître en France, tout se\ndéfinit et s'explique en une langue souple et claire qui fait le récit attrayant. D'intéressantes\nillustrations agrémentent le volume, où Lully nous apparaît sous les aspects les plus variés, et\njusque sous les \" habits \" qu'il portait en dansant dans les Ballets du Roi : curieuses aquarelles\nretrouvées à la Bibliothèque Mazarine. Enfin une liste détaillée résume la production musicale\ndu fécond auteur.\nDans la collection Laurens des Biographies de musiciens, celle-ci me semble des plus\nutiles et des mieux faites. Il reste à souhaiter que la cause plaidée par M. Henry Prunières\nsoit gagnée devant l'opinion, que cette vieille musique retrouve de jeunes admirateurs, et que,\nsuivant l'exemple de la maison Durand, un éditeur fasse pour Lully ce qu'elle a fait pour\nRameau : après la biographie, une édition complète des œuvres serait le moment le plus glo-\nrieux pour la mémoire du fondateur de l'opéra français.\nCHARLES MALHERBE.\nTHUREN (HJALMAR). FOLKESANGEN JAR FJEROERNE: LA CHANSON POPU-\nLAIRE AUX ÎLES (in 8° de 337 pages dont 56 de musique lithographiée. Copenhague\n1908: Andr% Fred. Host et filsJ.\nCet ouvrage qui forme la deuxième série des publications consacrées par la Société\n\" Folklore Fellows \" a été édité et imprimé au Folklore du Nord, aux frais du legs Carlsberg,\nfondation danoise.\nM. Thuren expose d'abord l'importance de la danse aux îles Faeroë où, dans les réunions\net réceptions des insulaires, les rondes accompagnées de chants sortes de branles tantôt tristes,\ntantôt gais comme ceux du moyen âge tenaient la première place des divertissements.\nCes chansons ou caroles, qui menaient la danse ne comprenaient ni harmonie ni accompagne-\nment instrumental et étaient chantées à l'unisson par tous les assistants.\nL'auteur a consacré aux ballades dansées une étude très documentée, tant au point de vue\ndu rythme en général et du rythme particulier à l'île, qu'au point de vue de la tonalité,\nfaisant ressortir leur caractère principalement pentatonique.\nEn examinant l'origine de ces ballades et leur valeur esthétique, il y a retrouvé des formes\nmélodiques internationales adaptées cependant au goût du pays.\nLes îles Faeroë étant sous la dépendance du Danemark, rien d'étonnant à ce que\nles vieilles chansons populaires danoises et même norvégiennes, y aient été en honneur\net qu'elles y soient encore conservées de nos jours.\nM. Thuren a complété son travail historique par un appendice musical contenant avec\nleurs variantes les mélodies les plus typiques recueillies et enregistrées à l'aide d'un phono-\ngraphe qu'il avait emporté dans son voyage à ces îles danoises.\nLa collaboration imprévue d'une invention toute moderne à l'histoire de la musique\ndu passé, mérite d'être signalée.\nWILLIAM MOLARD."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.77", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1080, "texte": "KONZERT TASCHEN-BUCH. (Munich 1910 in 120).\nPetit agenda, qui contient quelques articles amusants : une enquête sur l'opportunité de\nla réclame, une discussion sur les cartes de presse, et quelques anecdotes. Le tout édité par les\nsoins d'Emil Gutmann, le très sympathique impressario de Munich.\nJAHRBUCH der Musikbibliothek Peters. (XVQ annèey 1910, in-4 0 Lpz.)\nJe revois toujours avec plaisir le Jahrbuch de la bibliothèque Peters, si admirablement\nrédigé par notre collègue le professeur Rudolf Schwartz. Cette année il comprend les articles\nsuivants : T. Kroy er, Dialogue und Echo in der alten Chormusik. H, Riemann, Spontané Phantasie-\ntœtigkeit und verstandesmaessige Arbeit in der tonkuenstlerischen Produktion. Max Friedlaender, van\nSwieten. H. Kretzshmar das Notenbuch der Zeumerin, und Volksmusik und hoehere Kunst.\nComme d'habitude une bibliographie des livres sur la musique fait le principal de cet\nannuaire, bibliographie qui est indispensable à tous ceux qui veulent connaître le résultat de\nl'effort musicologique au cours de l'année écoulée. J. E."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c057", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c057", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 77, "image_fin": 77, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.14.3", "titre_corps": "OUVRAGES REÇUS", "titre_sommaire": "OUVRAGES REÇUS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.77", "debut_caractere": 1082, "fin_caractere_exclue": 1997, "texte": "OUVRAGES REÇUS\nANGLAS (J.). Précis d'acoustique physique, musicale et physiologique. (Paris\nH. Paulin, in 8° de 382 pp. ; 12 fcs.)\n- BOSCHOT (A.) Le Faust de Berlioz. (Costallat et Cie, in 12° de 70 pp.)\nBECK (Jean). La musique des Troubadours. (Collection des musiciens célèbres.\nH. Laurens in 120.)\nLALOY (Louis). La musique chinoise. (Idem, in 20.)\nHUET (Emile). Jeanne d'Arc et la musique. Deuxième édition. (Orléans 11 rue\nJeanne d'Arc. 1909 in 40 de 229 pages.)\nRIEMANN (Hugo). L. van Beethovens Leben, von A. W. Thayer, vol 11,\nseconde éd. (Breitkopf & Haertel 1910 in 8° de 645 pp. ; Mk. 12.)\nMusik-Lexicon. 7e éd. (Lpz. Max Hesse, in 8° de 1600 pp. Mk. 14.)\nBERENZI (Angelo). La patria del lutaio G. P. Maggini. (Cremona in 8° de 11 pp»)\nDi G. P. Maggini. (Id. ibid.)\nDi alcuni strumenti fabricati da Gasparo di Salo posseduti da Ole Bull, da Dragonetti\ne dalle sorelle Milanollo. (Brescia in 8° de 50 pp.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c058", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c058", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 78, "image_fin": 78, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.15", "titre_corps": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.78", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1852, "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSECTION DE PARIS SÉANCE DU LUNDI 6 JUIN 1910\nLa Séance est ouverte à 4 heures 1/2 à la Bibliothèque Nationale.\nAssistaient à cette Séance : M. Malherbe, président ; MM. Ecorcheville, J.-G. Prod'homme,\nL. de La Laurencie, L. Dauriac, Ch. Legrand, A. de Bertha, Ch. Bouvet, André Laugier,\nDocteur Maurice Laugier, Ch. Ruelle, M.-G. Gariel, Ch. Petit, G. Lefeuve, A. Mutin,\nE. de Marsay, E. Willfort, Trotrot ; Mesdames Daubresse, Capoy, Hibert, Pereyra, Fouquier.\nApres la lecture du proces-verbal et des correspondances, le Président communique à la\nSection la nouvelle suivante : Le Conservateur Honoraire de Genève, M. Dufour, vient de\nretrouver dans cette Bibliothèqne un manuscrit attribué jusqu'ici à Jean-Jacques Rousseau, et\ncomprenant des leçons de théorie musicale. L'écriture de ce manuscrit a été reconnue par\nnotre Président comme étant celle de Rameau. Notre Bulletin rendra compte avec plus de\ndétails tout prochainement de cette très importante découverte.\nM. Prod'homme a la parole pour une communication sur la Salle du Conservatoire.\nM. Prod homme fait 1 historique de l'emplacement du Conservatoire depuis les temps les plus\nrecules (Xme siecle) jusqu'à 1850, en soumettant à l'Assemblée de nombreux plans et états\nd'archives.\nM. Ecorcheville a la parole pour présenter une communication sur le Launeddas de\nSar instrument tout à fait semblable à l'aulos double des anciens. M. Ecorcheville\napporte un launeddas, et une discussion s'engage à ce sujet. Cette communication était\nappuyée sur un récent acticle de M. Farra-Dessy paru dans la Revista Musicale, et dont les\nmembres présents discutent certaines conclusions. M. Ecorcheville invite nos Collègues qui\ns intéresseraient a cette question de l'aulos, à demander à la Section communication du\nlauneddas Sarde. La Séance est levée à 6 heures 1/4."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c059", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c059", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 81, "image_fin": 83, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.16", "titre_corps": "LA SEMAINE DE MUSIQUE FRANÇAISE A MUNICH", "titre_sommaire": "LA SEMAINE DE MUSIQUE FRANÇAISE A MUNICH", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.81", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1167, "texte": "LA SEMAINE DE MUSIQUE FRANÇAISE\nA MUNICH\nPour la première fois depuis bien des années, la musique française va être reçue\nofficiellement en Allemagne. Les trois grandes journée\nFrançaise des Amis de la musique, à /'Exposition de Munich en septembre prochain,\ncompteront dans Vhistoire de notre art national comme un événement. ILa présence réelle et\nle concours de maîtres éminents5 tels que M. M. Saint Saè'ns, Fauré, Dukas et JVidor,\nV empressement des Princes de la maison de Ba\nMunich a recevoir royalement les hôtes français, V affluence des membres de notre société à\ncette manifestation, tout nous laisse prévoir\nannoncé déjà dans notre bulletin de juin, et dont nons allons donner le programme plus\nprécis.\nSamedi 1 7 septembre : Réception\nLe soir : Représentation de Gala au Prinzregententheater.\nBéatrice et Bénédict ...... Berlioz.\nDimanche ÎS. Matin : Promenade a M\nABh. et demie du soir, LES BEATITUDES . . César Frank.\nSous la direction de M. G. Bret.\nLundi 19, AII h. et demie: CONCERT\nDE CHAMBRE.\n2e Sonate pour Piano et Violoncelle .... Saint Saè'ns.\nDAuteur et M. Maas.\nMélodies\nM\"e Rose Féart.\n2e Trio Saint Saëns.\nM. M. Saint Saëns, Heyde et Maas."}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.82", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 962, "texte": "Pièces pour le Clavecin : Rigaudon et Tambourin . . Rameau.\nLe Rossignol en amour . . Fr. Qouperin.\nLes Viéleux et les Gueux . . „\nLes Jongleurs, Sauteurs, etc. . „\nMme Landowska.\nSeptuor ......... <\nA % h. et demie du soir: CONCERT D'OR\nSymphonie avec Orgue ...... Saint Saëns.\nSous la direction de VAuteur.\nGrand Orgue : M. Ch. Widor.\nSymphonie ........ César Franck.\nSous la direction de M. Rhenè\nSymphonie sur un Thème montagnard .... Vincent dlndy\nSous la direction de M. Rhenè Bâton.\nMardi 20. An h. et demie. DEUXIÈME CONCERT DE\nMUSIQUE DE CHAMBRE.\nSonate pour piano et violon ..... G.Faurè.\nTrois mé10die5........ G. Fauré.\na) Au bord de Veau.\nh ) Les berceaux,\nc) Les roses d'lspahan.\nMll6 Rose Fèart.\nPièces de Piano ......\nM. Alfred Cortot.\nTrois mé10die5........ G. Fauré.\na) Le parfum impérissable.\nb) Mandoline.\nc) Soir.\nMUe Rose Fèart.\nPièces Polyphoniques. Œuvres du XVI\nLa Madrigal Vereinigung.\nDeuxième Quatuor ....... G. Fauré."}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.83", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1284, "texte": "A% h. et demie du soir :2e CONCERT\nRhapsodie Norwégienne ...... E. halo.\nSous la direction de M. Rhenè Bâton.\nSinfonia Sacra. ....... Widor.\nSous la direction de V auteur.\nRequiem ........ G\nSous la direction de V auteur.\nNocturnes ........\nSous la direction de M. Rhenè Bâton.\nL'Apprenti Sorcier ....... P. Dukas.\nSous la direction de Vauteur.\nMercredi Matin, Visite de V Exposition.\nLe soir : Représentation de Gala au Prinz\nBenvenuto Ce11ini......\nJeudi 22. Excursion au lac de Starnberg.\nLe soir : Représentation d'un Opéra de Wigner.\nÇomme on le voit, ce programme n est pas\ny manque fort peu de choses. La liste des deux\nsera publiée ultérieurement.\nPour tout ce qui concerne les places des billets, nos Amis pourront s adresser :\nA Paris : a la Société Musicale, G. Astruc et Ce 32, rue Louis-le-Grand. (Pavillon\nde Hanovre ).\nA Munich : Soit au Bureau des Fêtes 38, Theatinerstrasse,\nà l'Office des Voyages Schenker et oe,0e, 16, Promenadeplatz.\nLaCie Cook, place de 1' Opéra, a bien\nl'art Français à l'étranger, organiser personnellement\nqui coïncidera avec ces fêtes et s'effectuera à prix très réduits.\nTous ceux de nos Amis qui en feront la demande, seront tenus au courant et renseignés.\nNous leur donnons rendez-vous a Munich^\nnombre que possible."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c060", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c060", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 84, "image_fin": 84, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.17", "titre_corps": "MONUMENT WAGNER", "titre_sommaire": "MONUMENT WAGNER", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.84", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1559, "texte": "MONUMENT WAGNER\nLe Comité formé pour élever une Stèle à Richard Wagner au Palais Vendramin\nà Venise, a reçu une lettre fort obligeante de M. Siegfried Wagner, en son nom et au nom\nde Wahnfried) adressée à Mme la Comtesse S\nNous n avons pas encore le résultat de la souscription ouverte par la Société Interna-\ntionale de Musique, mais nous sommes heureux de publier dès maintenant la première liste\nde souscription qui nous est parvenue, et nous espérons bien que le léger effort à accomplir\nencore ne fera pas reculer r enthousiasme des\nM. P. A. Cheramy Paris 50\nM. L. Tauber „ 50\nM. F. Custot „ 50\nM. Lehmann „ 20\n/ /\nM. H. Sternberg „ 20\nM. E. Marx „ 20\nM. J. Schloss „ 20\nAT. £. Debenham „ 100\nM. E. Stem „ 100\nM\". Léo Sachs „ 3°\nM. Max Rikoff „ 50\nM. Feld-Degen „ 20\nM. i?. Esnault-Pelterie „ 10\nM. Schumann „ 40\nM. Dr Michel ~ 30\nMM. L. & O. Guttman„ 100\niVfme Emma Schrœder „ 20\niWme la Baronne Franchet„ 10\nMme la Comtesse Seilern „ 100\nMme Chenu „ 20\nM. 7%. Dubois „ 10\nMltie Pleyel, Lyon & Cie „ 50\nM. Camille Chevillard „ 50\nM. Pregre „ 20\nMme la Baronne Biedermann Vienne 100\nM. M. Cohn „ 100\nM. R. Winterberg „ 100\nM. Hatvany Deutsch Budapest 200\nM. M. Schlesinger „ 10\nMme Schlesinger „ 10\nM. L. Métal Berlin 100\nM. P. Sonnenschein Prague 50\nM. Henri Koenigswarther 50\nM. & Mme Hugo Nath,, 40\nM. du Chastin 10\nMlle du Chastin „ 10\nM. M. Grotrian 20\nM. Louis Bonfiglio Nice 10\nMme la Comtesse Sorman 40\nMme la Comtesse Albrizz„ 25\nM. M. Manrener „ 5\nMme Fontaine „ 50\nMlle Michelsen 25\nTotal de la première liste. 1.995"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c061", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c061", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 85, "image_fin": 85, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.18", "titre_corps": "PROJET DU MONUMENT WAGNER AU PALAIS VENDRAMIN par Ettore CADORIES.", "titre_sommaire": "PROJET DU MONUMENT WAGNER AU PALAIS VENDRAMIN par Ettore CADORIES.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.85", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 66, "texte": "PROJET DU MONUMENT WAGNER AU PALAIS VENDRAMIN\npar Ettore CADORIES."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c062", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c062", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 86, "image_fin": 89, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.19", "titre_corps": "LES DÉBUTS DE BALAKIREV", "titre_sommaire": "LES DÉBUTS DE BALAKIREV", "signature_source": "Nicolas Findeisen", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.86", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1732, "texte": "Le Maître de l'école Russe moderne, le chef des Cinq, Mili Balakirev vient de\ns'éteindre. Toutes les gazettes ont publié sa biographie, mais ce qu'on ne saurait trop\nrépéter, c'est que l'exemple de Balakirev et de son école est un argument frappant en faveur\nde la liberté de l'art musical. La crainte de l'opinion, la pusillanimité qui ont fait tant de\ntort à notre musique française du XIXe siècle, ont trouvé dans ces quelques audacieux des\nennemis déclarés. Nous sommes heureux de pouvoir publier ici quelques documents inédits\nsur la jeunesse du Maître.\nLe sort ne s'est guère montré favorable à l'égard des grands\ncompositeurs russes ; aucun d'eux n'a eu, de son vivant, sa biographie\nimprimée. Il en a été de même pour l'auteur défunt d'\"\nPamaré \" si l'on excepte une petite notice biographique qui a paru dans\nles journaux russes il y a quelques 15 ans. Or, cette absence de détails\nbiographiques, dûment contrôlés, prive l'historien de la possibilité de\npréciser et de commenter la vie d'un compositeur. En ce qui concerne,\nplus particulièrement, M. Balakirev, les détails de sa vie, aussi bien\nprivée que musicale, ont grand besoin d'être commentés d'une façon\nfort précise, car il fut, pour ainsi dire, le point de départ et d'appui de\ntoute une école musicale russe, une école qui, tout en continuant les\ntraditions de Glinka et Dargomijsky a posé, chez nous, les principes du\nnationalisme artistique et les bases de la libre esthétique.\nSi, cependant, jusqu'à présent, nous ne possédons point de biographie\nde Balaki rev, plus ou moins vérifiée par le compositeur lui-même, il\nconvient de procéder, dès maintenant, à la réunion et la publication\ndes documents sûrs, afin de mettre les musicographes de l'avenir à l'abri"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.87", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2481, "texte": "de toutes sortes de racontars et même \" faits qui, ne font que com-\npliquer et embrouiller la tâche et donnent d'ailleurs un tableau absolument\nfaux de la vie du musicien.\nLa notice présente est basée sur des lettres de Balakirev\nadressées à l'auteur de ces lignes, ainsi que sur quelques manuscrits, remis\npar feu Wladimir Stassow à la Bibliotèque Impériale de St. Pétersbourg.\nLes faits mentionnés ci-dessous peuvent donc être considérés comme\nabsolument authentiques.\nBalakirev m'écrivait, un jour, (le 16 mars 1907) : Je n'ai qu'un\nsouvenir fort vague de mon développement musical à l'époque de mon\nenfance. Autant que je me rappelle, dès l'âge de huit ans, je ne quittais\nguère mon piano, cherchant à jouer la musique que j'avais entendue\nquelque part. Je me souviens fort bien avoir eu, dès mon enfance, le\nsentiment du son très développé, car étant en visite chez M. Wasili\nYacherov, mon oncle, je me rendais compte que son piano était accordé\nun ton plus bas que le nôtre. Dans une autre lettre (12 mars 1907)\n\" Balakirev répétait l'opinion très répandue laquelle, qui faisait de lui un\nélève d'Antoine Koutski: \" Cela est faux, écrivait-il. Je n'ai eu, comme\nprofesseurs, que ma mère, ensuite le maître bien connu Alexandre\nIwanowich Dubuc, 1 chez qui j'ai pris dix leçons pendant mes vacances\net, finalement, Charles Eisrich. Après, étant déjà à Kasan, j'ai, sans doute,\nprofité du passage, dans cette ville de deux artistes. : Seymour Chif et\nensuite Antoine Koutski ; le premier, au point de vue musical, en général,\nle second en tant que pianiste, plus particulièrement. Ayant appris que\nM. Kontski avait, comme moi-même l'intention de se fixer à St. Péters-\nbourg, j'étais décidé à devenir son élève, mais ses idées artistiques m'ont\nfait revenir sur ma décision, et nos rapports ne dépassèrent point les\nlimites d'une simple relation.\nDonc lors de son arrivée à St. Pétersbourg (en hiver 1855), où\nBalakirev se révéla comme un pianiste et professeur accompli, le futur\nfondateur de l'école russe moderne, n'avait eu comme maîtres que deux\nprofessionnels, savoir Dubuc et Eisrich. Celui-ci a, sans doute, joué un\nrôle plus important que Dubuc, dans la vie de Balakirev. La preuve en\nest fournie que la première œuvre importante de Balakirev a été dédiée à\nEisrich. Le manuscrit original de cette œuvre juvénile est conservé, dans\n\n1 Alexandre Dubuc (1812-1897), élève de Field, auteur de la \"Technique du jeu de piano\" très\npopulaire à cette époque-là."}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.88", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 23, "texte": "LES DÉBUTS DE BALAKIREV"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.88", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2357, "texte": "la Bibliothèque Impériale Publique et porte l'inscription suivante : 1\nct Grande fantaisie sur airs nationaux r\ngnement d\" orchestre composée et dédiée a\npar éMily op4. \" La date porte : \" 1852, 12\nIl convient d'ajouter qu'en dehors de deux autres manuscrits bien\nconnus de Balakirev (octuor pour piano et fantaisie sur le trio de la \" Vie\npour le Tzar\", devenue par la suite, variations pour piano seul), on\nconserve, dans une bibliothèque de Moscou, le manuscrit d'un \" \"\npour piano, œuvre juvénile, complètement inconnue.\nBientôt après son arrivée à St. Pétersbourg, Mily Alexandrowitch,\njoua en public, à deux reprises, et avec un incontestable succès, savoir :\nle 12 février 1856 au \" Concert Universoù, sous la direction de\nCharles Schubert, fit connaître son concert, et le 22 mars même année,\ndans une matinée consacrée à ses œuvres, dont programme comportait,\nentre autres X \" Allegro de l'Octuor\",le et le ainsi\nque la Grande fantaisie de l'opéra\" Enfin,\" l'année\nsuivante, première audition publique d'une œuvre symphonique \"\nverture\" (inédite jusqu'à ce jour), jouée au \"Concert Universitaire\",\n(8 décembre 1857).\nTels furent les débuts du jeune compositeur à St. Pétersbourg.\nCependant ils n'eurent guère d'influence décisive sur l'avenir musical de\nBalakirev. De beaucoup plus importante aura été pour lui son amitié\navec Glinka, celui-ci ayant distingué le génie musical du jeune composi-\nteur russe. Dans les mémoires, inédits jusqu'à présent de la sœur du\ngrand compositeur de \" Roustan \", Mme Ludmila Chestakowa, nous\ntrouvons quelques détails intéressants sur la première rencontre des deux\nmaîtres. Je les emprunte à la copie d'un manuscrit de Mme Chestakowa\nque je possède : \" Vers la fin de l'année 1855, M. Oulybychev, l'auteur\nbien connu de la \"Nouvelle biographie de Mozart\" est venu rendre\nvisite à mon frère, accompagné de M. A. Balakirev, qu'il présenta comme\nun bon pianiste, ayant une prédilection pour la musique sérieuse. Glinka\ndemanda à Balakirev de lui jouer quelque chose ; celui-ci exécuta sa\ntranscription du trio de la \" Vie pour le Tzar\". Mon frère écoutait avec\nbeaucoup d'attention et ensuite ils causèrent tous deux pendant longtemps\nmusique. Au moment de se séparer, Glinka pria Balakirev de venir le\nvoir souvent et exprima le regret que celui-ci ne fut pas arrivé à\n\n1 En français."}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.89", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1468, "texte": "St. Pétersbourg plutôt. Il ajouta qu'au printemps il partirait pour Berlin,\nafin d'étudier le plain-chant chez Dehn. A moi, il me dit qu'il considérait\nBalakirev comme un musicien de grande valeur \". On sait que Glinka\ndonna à Balakirev le thème, qu'il avait apporté d'Espagne, de la\n\" nationale espagnole'\",thème, qui servit ensuite à Balakirev de\nbase pour son Ouverture. Encore plus curieux est le désir exprimé par\nGlinka de voir précisément Balakirev veiller à l'éducation musicale de sa\nnièce et filleule Olga Chestakowa. \" Donne-moi ta parole, écrivait-il à\nMme Chestakowa, que tu ne permettras à personne, sauf à Balakirev, de\ns'occuper de l'éducation musicale de la petite. Lui seul a des idées si\nvoisines des miennes en tout ce qui concerne la musique. Tu peux lui\nconfier Olga et sois sûre qu'il suivra les traces de ton frère ; ce sera, avec\nle temps, le second Glinka \".\nCette prédiction s'est réalisée. Dix années s'étaient à peine écoulées,\nque Balakirev se trouva à la tête de l'école russe moderne, dont il aura\nété le fondateur. Et pourtant le grand musicien russe a failli finir ses\njours dans la solitude, où il commença sa carrière musicale. Faut-il le\ndire: son dernier concert, qui avait été fixé au 18 février 1909 (Balakirev\ndevait y diriger son ouverture Le Roi Lear) ne put avoir lieu ; la vente\nde billets ayant été presque nulle ! N'est-ce pas une preuve de plus de\nl'ingratitude incorrigible du public ?\n\nNicolas Findeisen."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c065", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c065", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 90, "image_fin": 114, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.20", "titre_corps": "LES “PLAGIATS” DE HAENDEL", "titre_sommaire": "LES “PLAGIATS” DE HAENDEL", "signature_source": "Romain Rolland", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.90", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1014, "texte": "LES “PLAGIATS” DE HAENDEL\n\n'\nNul exemple plus frappant de la façon dont Haendel transfigure ce\nqu'il imite, que le fameux chœur de la grêle, dans\n\"Et la grêle tomba, la grêle mêlée de jeu, elle se rua en torrents sur\nPEgypte. \"\nVoilà une des pages les plus célèbres qui soient, au monde, la\npeinture grandiose et simple d'un cataclysme effrayant. Les versets\nqu'elle traduit sont des plus impressionnants de l'Exode ; et on sait que\nHaendel en était pénétré. C'est, comme on l'a dit, une montagne en\nmusique ; la puissance d'effet n'en a d'égale que la simplicité des\nmoyens. Eh bien, ce monument colossal est presque tout emprunté à la\nSinfonia d'ouverture de la Serenatade Stradella, et, pour quelques mesures,\nau chant bouffe de la basse : Più s Lisez les deux\ntextes : ils sont presque identiques. Et pourtant, il n'y a rien de pareil,\ndans l'esprit. Rien. C'est une chose singulière. Dans Stradella, des instru-\nments qui s'accordent, en badinant. Dans Haendel, une trombe qui passe.\n\n1 Voir S.I.M. du 15 mai."}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.91", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 92, "texte": "Stradella: SINFONIA D'OUVERTURE DE LA SERENATA\nEœ.3 CONCERTINO\nCONCERTO\nGROSSO"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.92", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 248, "texte": "Haendel: chœur de la grelè\n£xj\nC'est ici que l'on voit comme quelques changements imperceptibles\npeuvent modifier le tableau tout entier. Chez Stradella, le mouvement\nest interrompu, rompu ; il s'arrête, puis recommence sur de nouveaux"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.93", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1242, "texte": "frais. Une fois commencé chez Haendel, il ne s'arrête plus, même la valeur\nd'un demi-temps : c'est l'implacable choc des grêlons qui tombent, sans\nqu'il y ait un seul vide dans cette masse serrée. Evidemment, Haendel a été\nattiré, dans l'original de Stradella, par le dessin des deux mouvements\ncontraires dans la basse et dans le reste de l'orchestre, qui se heurtent. Mais\nà ce heurt il donne un bien autre accent: les notes, piquées chez Stradella,\nsont écrasées chez lui. Et l'instant où Stradella interrompt son mouvement\nest justement celui où Haendel en redouble la violence, où toutes les\ncataractes de l'orchestre s'écroulent sur la terre. Et de même, toutes les\nfois qu'il reprend le dessin de Stradella, non seulement il donne çà et là\nun coup de pouce au modelé de tel accord, pour rendre l'harmonie plus\nrude, pour accentuer le choc, mais il ajoute au bon endroit une mesure\nou deux, qui fouettent la chevauchée, qui la font monter plus haut, qui\nlui donnent une violence à laquelle Stradella n'avait guère pensé.\nEnfin, tout ce furieux courant aboutit au fleuve des deux chœurs colossaux\nqui se répondent avec une exactitude, une impassibilité implacable.\nHaendel; CHŒOR DE LA GRÊLE (suite)\nEx.4 CHŒUR I\nCHŒUR II"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.95", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 485, "texte": "On avouera que s'il y a emprunt, l'emprunt témoigne de plus de\ngénie que le modèle.\nJe dis : \" s'il y a emprunt ; \" car le plus étonnant n'est pas que\nHaendel ait repris et transformé une de Stradella, pour un chœur\nà'lsraël, mais que, dans ce même chœur, d'autres mesures soient calquées\nsur des fragments d'autres chants de la même de Stradella. Par\nexemple, ce motif saisissant peint l'éclair qui déchire le nuage et qui\ntombe.\nHaendel: CHŒUR DE LA GRÊLE (suite)\nBcc.s"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.96", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1052, "texte": "Or, il est à peu près identique à cette phrase de l'air bouffe de la\nbasse : seguir nonlpoglio piu:\nStmdella: AIR DE LA BASSE DE SERENATA\nEt la phrase claironnante de Haendel : Hagel\nin SirSmen auf das Land:\nHœndel: CHŒUR DE LA GRÊLE Uuite)\nest issue de la phrase du premier violon, qui prélude au même air\nde Stradella.\nStradella (idj\nE&.B\nComment est-il possible que Haendel, au milieu du tourbillon de ce\nchœur furieux, ait été froidement chercher, à travers toutes les pages d'une\nSerenata étrangère, deux mesures ici, deux mesures là, pour les intercaler\ndans son ouragan ? Et que ces mesures intercalées se soient trouvées si\nprodigieusement à leur place, dans cette nouvelle place ? Il fallait donc\nque Haendel eût l'œuvre de Stradella non seulement sous les yeux, mais dans\nle sang ! Il fallait qu'elle fût devenue sienne.\nMais poursuivons notre examen, avant de tirer une conclusion :\nLe fameux chœur n° i o : \" M\npâtre \" fait un lumineux constraste avec les sombres peintures qui pré-\ncèdent : l'orage, les ténèbres (chœur 8 : et"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.97", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 996, "texte": "cette fugue chorale (Er schlug aile Erstgeburt Egyptens), grise comme le\nDéluge de Poussin. De ces pages admirables, des plus Haendeliennes\nqu'on connaisse, presque rien ne semble appartenir à Haendel. Des deux\nparties dont le chœur se compose, la première, l'exquise Pastorale, vient\nde la Serenata de Stradella ;1 l'autre, la fugue, (Er fûhrte sie aus, mit Silber\nund Gold) vient d'un Capriccio de Strunck. 2 La phrase de Stradella est\ntextuellement reprise. Et pourtant n'est-il pas curieux qu'elle n'ait tout\nson sens que dans l'œuvre de Haendel ? ï Dans la Sérénade, c'est l'air d'un\namant qui déclare qu'en dépit de tout il suivra la coquette qu'il aime :\n\"Io pur seguiro. \" Le mouvement est allègre : Aria allegra, et le rythme\nrapide et sautillant.\nStradella: AIR DU SOPRANO\n.CANTO\nEx 9COKOBBTIKO\n\n1 Voir Sedley Taylor, op. cit. p. 73-75.\n2 Capriccio sopra Ich dir schon durch deinen Sohn. M. Seiffert a été le premier à signaler cet emprunt,\nqui avait échappé à S. Taylor."}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.98", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 511, "texte": "Chez Haendel, le morceau débute par quelques mesures instrumen-\ntales et chorales, graves, massives, guerrières, qui s'entre-choquent ; puis,\napparaît la suave mélodie. Il y a déjà là un effet de contraste, qui met en\npleine lumière la signification de la phrase. (Rappelons-nous le mot de\nGluck, que je citais, la dernière fois). Le rythme est d'ailleurs différent de\ncelui de Stradella : c'est un andante tranquille, un peu lent, au balance-\nment harmonieux.\nHaendel: CHŒUR DU BON PASTEUR\nEx. 10"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.99", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 551, "texte": "Le sommet de la phrase, dans Stradella, est sur le second io pur\nseguiro.\nStradelîa\nCela donne à tout l'ensemble un caractère de bonne humeur,\nun peu plate, qu'accentue encore le second motif : où\nle sens riant et badin de l'air est nettement marqué :\nStradella\nBûC. 12\nHaendel retient la phrase, à mi-chemin.\nHaendel\nEx.13\nIl lui communique ainsi un caractère de rêverie heureuse, qui se\nperd dans une sorte d'extase. La mélodie acquiert une beauté, une paix\npastorale. Mais surtout la poésie de cette page est dans le coloris frais et"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.100", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 300, "texte": "tendre des voix qui, l'une après l'autre, sur une pédale en puis en sol,\npuis en ré, reprennent le délicieux motif, le prolongent dans le calme\nharmonieux. Il flotte de toutes parts, il n'est plus seulement une phrase\nvocale, mais toute une atmosphère. On en est enveloppé.\nHœndel\nEx. 14"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.102", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1043, "texte": ".8cc.14 suite\nQui ne voit que de la figurine d'argile de Stradella Haendel a fait\nun divin marbre grec ? 1\nJe ne puis poursuivre cet examen de la partition : la place\nm'est mesurée. Je me contenterai de signaler un dernier morceau, le duo\ncélèbre des basses : Der Herr ist der s ces deux guerriers qui\nchantent l'écrasement de Pharaon, sur un rythme de jubilation héroïque,\nHaendel\nWœ.îS\ntandis que l'orchestre danse de joie.\n\n1 Le chœur suivant : Froh sah Egypten fournit un exemple curieux des limites que Haendel lui-même semblait\nfixer à ses droits d'emprunteur. C'est l'unique morceau d'lsraël qui soit presque textuellement calqué sur\nune œuvre étrangère (une pour orgue, de Kerl). Or, Haendel le supprima, de lui-même, dès la\nseconde audition d'lsraël. Cependant, la page est d'un grand effet. Mais Haendel paraît avoir senti qu'elle ne\nlui appartenait point : il ne l'avait pas suffisamment assimilée, transformée, refaite à son image ; il s'était\nconten té d'y attacher un sens précis par des mots : ce n'était pas assez."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.103", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1535, "texte": "•&*. 16\nCette scène si frappante par sa physionomie d'allégresse cruelle\nsemble bien une invention originale de Haendel. Or, elle est faite de\ndeux tronçons soudés de deux œuvres différentes : le Te Deum d Urio et\nle Magnificat d'Erba. Le prélude est fourni par Urio. 1 Dès la sixième\nmesure, est cousu à la phrase d'Urio un motif du Magnificat d'Erba, qui\nparaît aussitôt avoir été créé expressément pour cette place, où il donne\nà la phrase d'Urio son caractère exultant. Le duo proprement dit, dont\nHaendel reprendra presque textuellement le motif dans le Dettinger Te\nDeum, a pour accompagnement le thème d'Urio, entre-mêlé des phrases\njubilantes d'Erba. Un peu plus loin, le motif même du chant est pris au\nMagnificat, qui dès lors est suivi fidèlement. Urio lui succède, pour\nquelques mesures. Puis, le Magnificat reprend, mais singulièrement élargi,\nagrandi, emporté d'un souffle plus passionné.\nOn voit le pouvoir singulier qu'avait Haendel de s'assimiler l'être\ndes autres pensées et d'en taire sa chair et son sang. 2\n\n* Pour ne pas allonger indéfiniment ces citations, je renvoie au livre de M. Sedley Taylor, p. 117-137, où\n011 les trouvera in extenso.\n2On est aussi frappé de la parenté qui existe entre les passages du d'Urio et du d'Erba\nsoudés ensemble. Rien ne me semblerait plus propre à faire naître dans l'esprit des doutes analogues à ceux de\nM. Robinson, et à suggérer cette conclusion : Urio et Erba ne seraient-ils, par hasard, qu'un seul homme ?\nEt quel homme ce pourrait-il être, sinon Haendel ?"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.104", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2634, "texte": "L'imitation et l'assimilation des pensées et des formes étrangères\nsont, en soi, un phénomène très normal dans l'art. On pourrait dire que\nc'est un trait essentiel du grand artiste. On a souvent répété que le génie\nétait celui qui inventait des formes et des pensées nouvelles. Je le veux\nbien; mais, à ce compte, il faut rayer de la liste des génies les plus grands\ncréateurs artistiques. Si J. S. Bach, Haendel, Gluck, Mozart, Beethoven,\nnous ont paru des inventeurs originaux, cela provient en grande partie\nde notre ignorance. En réalité, toutes les fois qu'on étudie la période qui\nprécède un âge de floraison classique, on est frappé d'y trouver, non pas\nen germe, mais nettement constituées et déjà clairement conscientes\nd'elles-mêmes, toutes les formes et les pensées des grands classiques,\nou peu s'en faut. Cela est surtout remarquable pour la période qui\nprécède immédiatement Haydn, Gluck et Mozart. Si le génie est\nl'invention, on peut dire que l'âge qui va de la mort de J. S. Bach aux\npremières œuvres importantes de Mozart brûle de génie. Dans tous les\ngenres : symphonie, musique de chambre, drame lyrique, lied, etc. vous\ntrouvez les routes nouvelles vigoureusement et largement ouvertes. Les\nmaîtres qui sont venus après, et, d'une façon générale, les génies classiques,\ndont les noms sont les plus glorieux de l'art, inventent beaucoup moins\nqu'ils n'absorbent. Leur grandeur est, pour une bonne part, dans leur\ncapacité d'absorption. Ils sont larges, vastes, robustes ; ils ont un esprit\nlumineux et un appétit magnifique ; ils assimilent et coordonnent superbe-\nment toute la pensée artistique de leur temps. Leur originalité n'est pas\ndans les éléments dont est constituée leur personnalité {il\nêtre pas un seul élément original dans la elle est\ndans la loi instinctive qui a présidé au groupement de ces éléments, dans\nla somme et dans l'ordre de ces éléments groupés en eux : c'est cette\nloi, c'est cet ordre qui constituent leur personnalité même.\nCet instinct puissant d'absorption, qui est une loi du génie, est\nparticulièrement caractéristique du génie musical allemand. Les Alle-\nmands, qui disent avoir une personnalité spéciale, et qui l'ont en effet,\npar certains côtés, au point de se heurter à tant d'incompréhensions de\nla part de l'étranger, sont pourtant essentiellement assimilateurs et\nassimilables. Ils se fondent volontiers dans la forme d'autres races. Un\nFrançais pourra bien copier des traits d'une autre race ; mais ces traits\nresteront toujours, si je puis dire, plus ou moins dépaysés chez lui : il\ndemeure Français, même s'il s'est dénationalisé depuis des siècles, comme"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.105", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2686, "texte": "tant de réfugiés huguenots du XVIIe Siècle. Tous, nous connaissons à Paris\ndes compositeurs, qui dans leur admiration pour Wagner, ont calqué des\nformules, des tics de Wagner, (comme les imitateurs de la voûte de la\nSixtine et du Jugement dernier copiaient, au XVIe Siècle, jusqu'aux\nmoisissures de la fresque), et qui n'en gardent pas moins la physionomie\ndu Français, avec ses qualités et ses défauts Un artiste allemand se fond\nbien davantage, il épouse les autres formes. Nous en avons cent exemples,\nau XVIIIe et au XIXe Siècles. Tel, au temps de Haendel, ce J. Adolphe\nHasse, cet Allemand du Nord, qui fut le plus parfait Italien de la\nmusique du XVIIIe Siècle. Quelle est la principale différence entre les\ngrands Allemands italianisés du XVIIIe Siècle et les Italiens du même\ntemps ? Une différence de nature ? Il ne semble pas. Beaucoup plutôt\nune différence de quantité qu'une différence de qualité. Un Hasse\ncommunique à la musique italienne qu'il fait sienne son souffle et son\nembonpoint ; il lui transfuse son sang ; elle ne se donne pas à lui : c'est\nlui qui se donne à elle.\nMais la grande distinction qu'il faut faire entre Haendel et les autres\nmaîtres allemands de son temps, c'est que justement il n'en reste pas,\ncomme eux, à cet état passif où l'artiste est conquis par une forme et une\npensée étrangères : il les domine, il les conquiert, il les maîtrise, et il\nles pétrit à sa volonté. Une œuvre comme Israël réalise ce tour de force\nunique d'être l'œuvre la plus homogène, la plus une, la plus serrée, tout\nentière marquée du sceau du génie Haendelien, —et d'être un composé\nde matériaux de toutes provenances. Tout ce qu'il touche, Haendel le\nfait sien : car il transfigure instantanément tout ce qu'il voit, par un\npouvoir de visionnaire presque halluciné, qui soudain lui fait apparaître\nau travers de pauvres phrases vagues et banales de Stradella ou de\nMuffat 1 des images éblouissantes, des scènes tragiques, des catastrophes\ncosmiques, Dieu sur le Sinaï. Et, par un don étrange, ce génie évocateur\ns'unit chez lui à une volonté souverainement intelligente qui observe ses\nvisions et exerce sur elles une critique clairvoyante et sereine. Cette\ndouble nature se retrouve, chez Haendel, du commencement à la fin de\nsa vie. Son éducation avait beaucoup contribué à la développer. Son\npremier maître à Halle, l'excellent F. W. Zachow, dont l'intérêt historique\net le charme poétique viennent d'être révélés par la publication de ses\n\n1 Voyez, au début de la petite Ode à Ste Cécile, comment Haendel a dégagé l'âme cachée d'un prélude de\nMuffat inconscient de lui-même, et a traduit avec ses arpèges imprécis la création du monde par l'Harmonie."}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.106", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1842, "texte": "œuvres jusqu'alors inédites,1 possédait, dit Mattheson,2 \"une remarquable\ncollection de musique italienne et allemande. Il montra à Haendei les\nfaçons d'écrire et les styles variés des différents peuples, en même temps\nque les qualités et les défauts de chaque compositeur. Et afin que cet\nenseignement ne fût pas seulement théorique, mais pratique, il lui donnait\nsouvent à faire des compositions dans ces différents styles. \" 3\nAinsi, dès sa dixième année, Haendei apprenait à parler toutes les\nlangues musicales de l'Europe de son temps. Et ce n'était pas chez lui\nce travail machinal de perroquets de Conservatoire, qui répètent sans les\ncomprendre les mots appris par cœur. La méthode de Zachow, à la fois\ncritique et créatrice, lui enseignait à chercher l'âme cachée des œuvres\nd'art, et, comme dit M. Seiffert, \" à s'approprier leur contenu, par un\nusage constant, comme un matériel d'expression personnelle, \" qu'il\ntravaillait ensuite à améliorer. 11 ne se livrait pas seulement à cet exercice\nde critique incessante sur les œuvres des autres, mais sur les siennes. Il\nest telles de ses propres phrases, des plus célèbres et de celles qui lui\nétaient le plus chères, qu'il a gardées sur le chantier, pendant toute\nsa vie, ne se lassant pas d'y retoucher, comme Michel-Ange à son Moïse,\nles reprenant sans cesse, et à chaque fois y introduisant un changement\nimperceptible, un léger coup de crayon, qui les rendait plus parfaites.\nTelle, la mélodie de Rodrigo(l7o7) : reprise,\nl'année suivante, dans Agrippina,pour l'air de Poppea :\nsol volta.\nHaendei: RODRIGO, 1707, (Florence)\n£ f*\"\nO\nEx. 17\n\n1 Denkmàler deutscher Tonhtnsî, t. XXI et XXII. Edition de M. Max Seiffert, 1905.\n2 Lebensbeschreibung Haendels, 1761.\n3 Dès cette époque Haendei eut connaissance de Kerl, Strunck, etc. dont il utilisa des pensées dans Israël."}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.107", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 57, "texte": "Haendel: AGRIPPINA, 1708 (Venise)\nEx.l 7***"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.108", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1396, "texte": "La période est ici en cinq mesures, au lieu de la coupe précédente\nen quatre, et reste suspendue. De plus, les deux soli de violons qui\naccompagnaient, dans le premier exemple, les périodes i et 3, sont ren-\nforcés par les hautbois qui s'unissent aux cordes. C'est la même mélodie,\navec des riens qui suffisent à changer le dessin du nez, l'ovale du visage,\nle pli de la bouche. 1 Pour un artiste ayant le sens et l'amour passionné\nde la ligne en musique, l'étude des \" états \" successifs d'une même\nmélodie de Haendel est une source de joie et le plus haut enseignement.\nSupposez une série de dessins d'une même figure par Léonard. L'idéal\nde Haendel est celui de tous les grands classiques; ce n'est pas l'originalité\nni l'invention, c'est la perfection.\nEn même temps qu'il cherche sans relâche le dessin le plus pur, il\npoursuit l'expression la plus précise. Génie essentiellement subjectif,\nlyrique, musical, et non pas musico-littéraire, il ignore le plus souvent la\nsignification consciente des phrases mélodiques qu'il invente. Certaines,\nune fois écrites, continuent de sommeiller en lui pendant des années,\njusqu'à ce qu'il en ait pénétré le sens intime. Appliquées d'abord, suivant\nles hasards du moment, à telle ou telle situation qui leur convient\n\n1 Voyez encore comment la mélodie : Vaima mia d*Agrippina est reprise dans la Resurrexione, dans Rinaldof\net dans Joshua."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.109", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 862, "texte": "médiocrement, elles sont pour ainsi dire en quête d'un corps où s'incarner;\nelles cherchent la situation vraie, le sentiment précis dont elles sont\nl'expression latente ; et une fois qu'elles l'ont trouvé, elles s'épanouissent\nà l'aise. Voyez deux airs d'Almira, le premier opéra de Haendel joué à\nHambourg en 1705 : l'air da capo de Osman : Du irrst dich, mein Licht,\net la danse des Asiatiques devant le char de Consalvo, traîné par des lions.\nLe premier est chanté, dans la situation suivante : La princesse Edilia\naime le prince Osman, et le lui dit dans un air admirable. Osman, qui\nl'aime aussi, mais qui refuse de s'engager avec elle, lui répond sur\nl'accompagnement que voici :\n! m leli il MlfU til 5, AIR m SMAK\nEctc. 18\nOn reconnaît la belle gigue de la sixième suite en du\nsecond volume des pour le clavecinparues à Londres en 1733• Ici,"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.110", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 847, "texte": "elle prend un caractère impertinent et burlesque, qui ne convient nulle-\nment au personnage, ni au sentiment. Il est évident que Haendel a conçu\nson air, sans égards à la situation théâtrale. Pour la danse des\nAsiatiques, le motif était mieux à sa place : c'est une Sarabande du type\nhabituel ;\nH.-vndeIrALMÎRA DANSE DES ASIATIQUES\nEoo.îî)\nMais combien Haendel s'est montré profondément inspiré, en\nextrayant de cette petite danse l'air immortel de Rinaldo : Lascia cKio\npianga, cet air de douleur sculpturale et d'amour, qui y était virtuellement\ncontenu !\nComme le statuaire de La Fontaine, bien souvent il ignore lui-même\nce qui sortira du bloc de marbre, (admirable toujours,) sur lequel il\ntravaille.\n\" Sera-t-il dieu,table, ou cuvette F\"\nPouvait-il se douter, quand il écrivait ce badinage de la seconde\nouverture du Fid0(1733),"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.111", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 462, "texte": "H rende!: PASTOR FIDO, 1733\nEûC. 20\nque cette phrase indifférente enfermait l'affectueuse et touchante\nmélodie, qui évoqué la bonté de la reine morte, dans le Futieral Anthem\n(Trauer Ode)de 1737 ?\nHœndehTRAUER ODE\nEx. 2i\nBien des fois, il a dû être le premier surpris de voir surgir d'une\nnébuleuse musicale le Dieu de Moïse, au milieu de la foudre et des\néclairs.\n\" Même Von dit\nEut à peine achevé\nQu'on le vit frémir premier,\nEt redouter son pr \""}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.112", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2295, "texte": "Son valet le trouvait en larmes, au milieu de son travail. \"Si\nj étais dans mon corps, ou hors de mon corps, disait-il lui-même à propos\nde YHalleluja du Messie, je ne sais pas. Dieu le sait. \"\nMais toujours ce génie halluciné allait de pair avec le génie\ncritique ; presque toujours ces visions succédaient à un travail réfléchi sur\nun texte musical précis, de même qu'une découverte scientifique est\nune lumière qui jaillit subitement au choc d'expérimentations minutieuses\nde laboratoire.\nIl n'opérait pas autrement avec les inspirations étrangères qu'il\nutilisait qu'avec les siennes. Il avait sa mémoire et ses carnets remplis de\nnotes qu'il avait prises partout autour de lui, au cours de ses voyages, de\nses promenades, de ses lectures, aussi bien d'après les chants populaires,\nles cris des rues, les bruits de la nature,1 que d'après les œuvres savantes.3\nC 5 f # •\nétait pour lui un réservoir d'impressions et d'expressions. Ces notes\nétaient souvent hâtives et inexactes, comme les dessins qu'un Raphaël ou\nun Rembrandt faisait d'oeuvres étrangères : car leur objet n'était pas de\nreproduire exactement des œuvres ; ils saisissaient dans ces\nœuvres ce qui leur ressemblait, ce qu'ils reconnaissaient sur-le-champ\ncomme leur bien ; au moment même qu'ils le notaient, cela devenait un\nmorceau de leur vie. Tel air de Y Octaviade Keiser a été si bien absorbé\npar Haendel qu'il ne l'a plus quitté pendant cinquante ans, tour à tour\nrepris dans 1 Agrippina pour un air d'Ottone, dans le Trionfo del Tempo de\n1708 pour un air de Disinganno, dans le Messie de 1742 pour le premier\nrécitatif, et jusque dans la dernière œuvre qu'il ait écrite, aveugle et près\nde mourir, TheTriumph oj Time and Trde 1757, pour l'air de Counsel:\nMortals think.\nHaendel: TRIUMBH OF TIME 1757\nEx,22\n\nIl disait îui-meme a une amie qu il devait aux cris des rues et aux chants populaires les inspirations de\nplusieurs de ses meilleures pages. Chrysander a retrouvé dans ses carnets telle notation de ce genre : ainsi, le cri\nd'un marchand, \" qui vendait des allumettes près de la taverne à eau-de-vie S. Giles, Tyburn Road, 1735.\" Je\ncompte traiter ailleurs cette question des inspirations populaires de Haendel, dans ses oratorios.\n1 Voir le» manuscrits de Haendel au Fitzwilliam Muséum de Cambridge."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.113", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 885, "texte": "Visiblement, cette phrase lui a été si chère qu'on se demande si elle\nn'était pas associée pour lui à quelque souvenir de sa vie. A tout le moins,\nelle était î devenue sienne; et il est bien certain qu'il en avait oublie\nl'origine étrangère.\nC'est qu'il apportait à la lecture des œuvres étrangères une passion\nque leurs propres auteurs n'avaient jamais mise à les creer, et qui trans-\nfigurait leurs pensées le plus banales. 11 prenait une phrase placide d un\nmotet de Jacob Gallus (Hândl) :\nJacob Gallus. MOTET: ECCE QUOMODO MORITUR JUSTUS\nEx.\ni\nIl la lisait, de toute son âme brûlante de foi et d'amour ; et elle de-\nvenait ce cri enivré, presque douloureux, de la qui se répété\nhuit fois, au cours du morceau, et qui huit fois retombe, cet élan d extase\nde l'âme chrétienne, qui tend les bras vers Dieu, et s'arrête, ne pouvant\nplus parler :\nHsendel: TRAUER ODE\nEx.24"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.114", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 737, "texte": "Il voyait dans ces phrases ce qui n'y était point. Il fallait son œil\nou son oreille pour découvrir dans la Sérénade de Stradella les\ncataclysmes de la Bible. Chacun lit et entend différemment une œuvre\nd'art ; et il peut arriver que ce ne soit pas le créateur qui en ait l'idée la\nplus riche et la plus vivante. L'exemple de Haendel est là pour le\nprouver. Non seulement il créait sa musique ;\nStradella, ou Erba, n'étaient pour lui, (si humiliante que soit la com-\nparaison), que ce qu'étaient pour Léonard les flammes du foyer et\nles crevasses des murs, où il voyait des figures vivantes. Haendel entendait\npasser le Jugement Dernier dans les grattements de guitare de Stradella.\nEt c'est là le génie.\n\nRomain Rolland.\n\n3"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c108", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c108", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 115, "image_fin": 123, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.21", "titre_corps": "LES RICHESSES MODALES DE LA MUSIQUE BRETONNE", "titre_sommaire": "LES RICHESSES MODALES DE LA MUSIQUE BRETONNE", "signature_source": "Maurice Duhamel", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.115", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1691, "texte": "LES RICHESSES MODALES DE LA\nMUSIQUE BRETONNE\n\nParmi les pays où, dans la musique du peuple, les modes antiques\ncontinuent d'être employés et de vivre, la Bretagne figure au premier\nplan.\nSi ses chansons n'ont guère subi l'influence de la musique moderne,\nla vieille presqu'île le doit à l'isolement où l'ont maintenue sa situation\ngéographique et la conservation de sa langue. Mais cette dernière\nparticularité est précisément le plus pénible obstacle aux efforts du cher-\ncheur. Car ceux qui chantent encore les gwerzes et les sônes tradition-\nnelles, et ceux qui continuent d'en composer les chercheuses d'épaves,\nles mendiants, les pâtres, les \" sonneurs \" de bombarde et de biniou\nparlant rarement français, il est impossible de s'en faire comprendre à\nl'étranger non familiarisé avec les difficultés de la syntaxe celtique. Et\nainsi s'explique que cette incomparable mine mélodique qu'est la musique\nbretonne soit demeurée assez peu explorée jusqu'à présent.\nIl y a une trentaine d'années, M. Bourgault-Ducoudray, grâce au\nconcours de quelques amis bretonnants, put recueillir un certain nombre\nde thèmes armoricains, et il publia les plus beaux, dans un recueil célèbre,\nqui fut une révélation. L'été dernier, reprenant son exploration, j'ai\neu la bonne fortune de trouver, dans les quelques cinq cents airs que j'ai\nnotés, 1 non seulement les modes déjà découverts par l'éminent auteur de\nThamara, mais encore tous les modes diatoniques de la musique antique,\net quelques autres par surcroît.\nLes modes les plus communs, en Bretagne, sont 1 'hypodorien,\n(gamme de la sans accident) et le premier mode du plain chant (gamme\n«\n\n1 Pour paraître prochainement chez Rouart, Lerolle et Cie."}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.116", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1344, "texte": "de ré avec si naturel). On les rencontre à chaque pas, et il est inutile\nd'en citer des exemples.\nLe majeur et le mineur s'y trouvent également. Mais il faut prendre\ngarde : ils ne sont souvent qu'une altération de modes antiques. C est\nainsi que la fameuse An hini gozest généralement notée ainsi :\nTRADUCTION. C'est la vieille qui est ma \" douce, \" C'est la vieille, bien sûr...\nOr, en Basse-Carnouaille, on chante cet air avec le sol naturel, et\ntelle est évidemment sa forme primitive. La mélodie mineure n'est donc\nici que la déformation d'une mélodie originairement hypodorienne.\nDe même, sur la côte trégorroire, où de tristes échantillons de\nmusique parisienne, apportés par les matelots, influencent parfois les\nthèmes nationaux, on m'a chanté une sône dont voici le début :\nTRADUCTION. Je vous prie, jeunes filles, je vous prie et vous supplie, Quand vous\nirez à Saint-Jacques, n'y allez pas sans souci...\nUne vieille femme qui ne parle pas français, et qui habite un petit\nvillage éloigné du chemin de fer, par suite soustrait à l'action de la\nmusique savante, m'a chanté ainsi le même air :\nCette fois, le thème d'apparence majeure est une altération d'un\nthème hypolydien.\nCes deux exemples prouvent qu'il ne faut rien conclure à la légère,\nde la fréquence apparente des modes majeur et mineur en Bretagne."}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.117", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1294, "texte": "Le dorien (gamme de mi sans accidents) était considéré par les\nanciens comme \" grandiose, calme et digne les théoriciens ne sont pas\nd'accord au sujet de sa division, arithmétique ou harmonique. M. Bour-\ngault-Ducoudray en a publie un admirable échantillon 1, basé sur une\ngamme dont la division en quarte et quinte (division arithmétique) est\nincontestable. En voici un autre de même sorte :\nTRADUCTION. Ecoutez, jeunes garçons, à l'instant, je vous prie, je vous apprendrai,\nsans changement, en quel état vous vivez. (.Recueilli à Kermaria-Sulard, Trêgor).\nMais j'ai recueilli un autre thème dont les deux premières mesures\nsont certainement doriennes, mais cette fois basées sur une gamme divisée\nen quinte et quarte (division harmonique) :\nTRADUCTION. La Fontenelle, de la paroisse de Prat, le plus beau gentilhomme\nqui porte des habits, a volé une héritière sur les genoux de sa nourrice. (Chanté par\nYves Menguy, Pleven, Haute-Cornouailles).\nFaut-il inférer de ces deux modèles différents que la double division\nétait usitée chez les anciens ?\nLe phrygien,mode de Bacchus (gamme de sans accidents, basée\nsur une dominante) est fréquent en Cornouailles, où la race est exhubé-\n\n1 BOURGAULT-DUCOUDRAY; Trente Mélodies Populaires recueillies en Basse-Bretagne (Paris, Lemoine)."}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.118", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1073, "texte": "rante et gaie, et la nature riante. La seconde moitié de la mélodie précé-\ndente appartient à ce mode. En voici un autre exemple :\nTRADUCTION. Le Seigneur Comte et sa femme se sont mariés de bien bonne\nheure Ho ! se sont mariés de bien bonne heure. (Mélodie de Haute-Cornouailles, commu-\nniquée par M. Vallée,)\nLe lydien (gamme de do basée sur une dominante) est extrêmement\nrare, dans tous les pays. \" Il est presque introuvable aujourd'hui, même tant\nen Grèce \", écrit M. Bourgault-Ducoudray, qui, avec moi, croit pouvoir\nle reconnaître dans cet air que me chanta, en Trégor, une chercheuse de\nlichen, conteuse attitrée d'Anatole le Braz :\nTRADUCTION. Débouchez vos oreilles, pour entendre une chanson, pour entendre\nune chanson, laquelle a été composée treï la la lay etc. laquelle a été composée, ce\nn'est pas sans raison. (Chante par Maryvonne le Flem, Port-Blanc,)\nLe Mixolydien(gamme de si basée sur une dominante) n'est guère plus\ncommun, et M. Bourgault-Ducoudry n'en rencontra aucun exemple.\nEn voici un, que je dois à la même chanteuse :"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.119", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 687, "texte": "TRADUCTION. En m'en revenant d'une aire neuve, j'avais fait une promesse ;\nUne fillette gentille j'avais rencontré, et qui m'avait plu à souhait (Eadem).\nLe locrien de Westphal (gamme de la sans accident, basé sur une\ndominante) n'avait jamais, à ma connaissance, été découvert en Bretagne.\nVoici un superbe appel de pâtres, chanté en Cornouailles, et qui est\ncomposé sur ce mode :\nL'hypophrygien (gamme de sol avec fa naturel), paraît à première vue,\nassez fréquent. A la vérité, dans la plupart des mélodies comportant un\nfa naturel et finissant sur un sol que l'on entend en Bretagne, la répétition\nconstante de Yut,qui révèle une division arithmétique, indique que l'on"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.120", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 683, "texte": "TRADUCTION. En m'en revenant d'une aire neuve, —j'avais fait une promesse ,\nne îilette gentille j avais rencontré, et qui m'avait plu à souhait (Eadem).\nLe locriende Westphal (gamme de sans accident, basé sur une\ndominante) n'avait jamais, à ma connaissance, été découvert en Bretagne.\nVoici un superbe appel de pâtres, chanté en Cornouailles, et qui est\ncomposé sur ce mode :\nL hypophrygien (gamme de sol avec fa naturel), paraît à première vue,\nassez fréquent. A la vérité, dans la plupart des mélodies comportant un\nja naturel et finissant sur un sol que l'on entend en Bretagne, la répétition\nconstante de 1 ut^qui revele une division arithmétique, indique que l'on"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.121", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 851, "texte": "se trouve en présence d'une gamme majeure retournée. Je crois pourtant\navoir trouvé l'hypophrygien dans l'exemple ci-dessous :\nTRADUCTION. Dans une petite maison, au faîte de la montagne,— 0 gai|/ Est\nma \" douce,\" mon amour. (Chanté par M. Alfred Lajat, Skrignak, Haute-Cornouailles).\nM. Bourgault-Ducoudray n'a rencontré Yhypolidien (gamme de fa\navec si naturel), tant en Grèce qu'en Bretagne, que dans des mélodies\nhybrides. Je n'ai pas été plus heureux sous ce rapport, et si les trois\npremières mesures du thème ci-dessous (très populaire en Tregor) sont\nnettement hypolidiennes, les deux suivantes sont majeures, et les dernieres\nhypodoriennes.\nTRADUCTION. Ecoutez, jeunes gens, et vous entendrez chanter, et vous entendrez\nchanter une chanson divertissante, composée cette année-ci. (Chanté par Maria Raoul,\nPort-Blanc)."}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.122", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1405, "texte": "Les mélodies hybrides sont d'ailleurs courantes en Bretagne, et j'en\nai recueillies de toutes sortes. J'y ai trouvé également divers types de\nmajeur, avec finale sur la tonique, la médiante et la dominante, et une\nvariété de mineur, dit \" mineur de Lully, \" qui n'est que la gamme de\nré sans si bémol, mais avec do dièse, basée sur la dominante la.\nMais la mélodie la plus curieuse, au point de vue tonal, que j'aie\nrencontrée en Bretagne est à coup sûr Maro al laouenanig (la mort du\nroitelet), qui fut enregistrée au phonographe par l'excellent écrivain\nbreton Yves le Moal, et que je notai d'après le cylindre impressionné :\nTRADUCTION. J'étais allé chasser au bois. Jamais là je n arriverai ! Un roitelet\nj'avais pris. Jamais la, lày lày \"Jamais la je n arriverai ! (Chante par Françoise le Bon,\nCoadout, Goelo).\nEn extrayant de cette mélodie, et en les ordonnant, les notes mar-\nquées d'une croix, on obtient une octave complète de la gamme que voici,\net qui est celle du mode chromatique or\nOn sait que le chromatique oriental, d'origine mauresque, n'avait\njamais été découvert non seulement en Bretagne, mais encore chez aucun\npeuple d'Occident, et M. Bourgault-Ducoudray avait déduit de sa locali-\nsation \" chez les peuples qui ont une communauté d'origine avec les\nArabes, ou qui ont été asservis à leur domination \" l'existence probable\nd'un système musical particulier aux Aryens."}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.123", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1721, "texte": "La mise au jour de Maro al laoueruine-t-elle cette séduisante\nhypothèse ? Je ne le pense pas. L'auteur de la chanson avait pu voyager\nen Orient et utiliser un thème entendu au pays du soleil ; peut-être l'avait-\nil simplement emprunté aux soldats espagnols dont la gwerz de\nCharlez nous rappelle les passages en Bretagne, au XVIme siècle, et qui\ntenaient le chromatique oriental de leurs anciens conquérants mauresques ;\nou peut-être encore était-il lui-même d'origine ibérienne, 1 et son œuvre\nne nous offre-t-elle que le fruit d'un atorisme obscur.\nQuoiqu'il en soit, là encore, ne nous hâtons pas de conclure. La\nrencontre d'une seule mélodie basée sur le chromatique oriental, dans un\nensemble de douze ou quinze cents thèmes recueillis à ce jour par\nM. Bourgault-Ducoudray, M. l'abbé Guillerin, les directeurs de\net de Klochdi Bretz,et moi-même, ne suffit pas à prouver la coexistence\noriginelle de ce mode et des modes diatoniques anciens, à entamer l'hy-\npothèse vraisemblable de l'unité musicale âryenne. Et si\nmérite d'attirer l'attention, tant pour sa grâce étrange que pour l'imprévu\nde sa présence en Bretagne, je crois qu'il ne faut cependant voir en elle\nqu'une curiosité musicale, une anomalie artistique, un peu ce que\nserait, pour un botaniste, la découverte d'un chêne-liège ou d'un olivier,\ndans une lande de bruyères et d'ajoncs.\n\nMaurice Duhamel.\n\n1 Les habitants de plusieurs régions de Bretagne, notamment celle de Plougastel-Daoulas, viennent\nd'Espagne. Rien ne trahit en eux cette origine, du reste, les peuples celtiques Bretons et Gaëls ayant\nce privilège singulier de façonner totalement les immigrés à leur image, d'où qu'ils viennent, en deux ou trois\ngénérations. *"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c125", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c125", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 124, "image_fin": 134, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.22", "titre_corps": "LA DAMNATION DE FAUST", "titre_sommaire": "LA DAMNATION DE FAUST", "signature_source": "Adolphe Boschot", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 124, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.124", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1108, "texte": "Sitôt finie (19 Octobre 1846), Berlioz veut faire entendre la\nnation. Qu'on la copie, qu'on tire les parties pour l'orchestre et les chœurs.\nOù la donnera-t-il ? Et comment ? Qui fera les frais ? Quel éditeur, quel\ndirecteur de théâtre, ou entrepreneur de concerts, intéresser à cette affaire ?\nEt quels chanteurs obtenir ?\nL'échec de ses concerts, au Cirque Olympique, n'était engageant\npour personne. Sauf l'auteur, qui donc peut avoir confiance dans cette\npartition nouvelle, rompant avec les habitudes du public, coûteuse à\nmonter, et qui fournira, pour une matinée ou deux, des recettes bien\naléatoires ? Avec l'Opéra où Habeneck est tout puissant, la guerre est\ndéclarée. A la Société des Concerts, c'est encore Habeneck qui règne.\nReste l'Opéra-Comique, que Berlioz encense alors dans ses feuilletons.\nAvec le directeur Basset, il passe cette convention : il loue la salle ;\nil y donnera son œuvre à ses frais, à ses risques et périls. Et c'est lui-même\nqui conduira l'orchestre.\nA la fin du mois d'octobre, les chanteurs sont recrutés. Tout de suite\nles annonces paraissent, et l'on précise le jour :"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.125", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 21, "texte": "LA DAMNATION DE FAUST"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.125", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2585, "texte": "—\" Ce sera le 29 Novembre, à l'Opéra-Comique cette grande\nsolennité excite au plus haut degré la curiosité du public musical.\"\nUn mois durant, dans les journaux amis, la série des annonces, sans\naucune cesse, fut adroitement variée et dosée. De fait, Berlioz jouait une\npartie désespérée. La reculade, la défaite du romantisme, chaque jour,\ndepuis cinq ou six ans, s'était accentuée. Et, cette saison même, dans ce\nParis où Berlioz n'avait pas encore trouvé de public, pourrait-il, à moins\nd'un miracle de la publicité, se susciter des auditeurs ? Alors on respirait\nune fièvre, on souffrait d'un malaise général qui allait aboutir, quinze\nmois plus tard, à la révolution de 48. Plus d'affaires ; l'argent se cachait ;\nle bourgeois pris de peur, en venait à douter de Louis-Philippe. Louis-\nNapoleon évadé du fort de Ham ; la Chambre dissoute, les élections de\nParis favorables à l'opposition ; la rente qui baisse et le prix du pain qui\naugmente ; ce mois-ci, les ravages d'une inondation ; le mois dernier, une\nemeute au faubourg Saint-Antoine : vraiment, comment drainer quelques\nmilliers d'auditeurs vers un \" opéra de concert \" dont nul ne se souciait ?\nInfatigable, indomptable, Berlioz se multiplie. Par la presse, un\nchroniqueur doit tout emporter. Un mois durant, c'est une pluie, un\ntorrent de communiqués. Des manuscrits d'articles (au moins quatre) et\ndes lettres subsistent encore dans les collections. Mais au style, et à des\ndétails que Berlioz seul alors peut savoir, on reconnaît sa main :\n\" Une des plus importantes scènes de la a été écrite à\nPrague, pendant (sic) une répétition de la \"... Et la\nFrance musicale,dans six de ses hautes et larges colonnes, citait le livret...\n\"Mon cher Ami (écrivait Berlioz), voilà trois réclames telles\nquelles. Je suis abruti par tous les préparatifs...\"\n... \" UOpèra Légende, conçu pendant le dernier et brillant voyage de M. Berlioz en\nAllemagne présente, dit-on, une variété de caractères et un éclat de coloris propres à justifier\nl'intérêt extraordinaire qu'il excite déjà dans le public musical... On s'inscrit dès aujourd'hui\npour les loges au Bureau de location. \"\nOu encore :\n\" Le Faust de M. Berlioz met en mouvement tout notre monde musical... Les Répétitions\npréliminaires de ce grand ouvrage, ont déjà révélé des morceaux d'un effet extraordinaire et\npour lesquels les exécutants se passionnent d'une façon inaccoutumée...\nEt le journal affirme que M. de Montalivet, ancien Ministre (et\nancien protecteur de Berlioz), retarde un concert de Bienfaisance afin de\nne pas nuire à la Damnation."}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.126", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2342, "texte": "Autre communiqué :\n... \" L'orchestre, composé de deux cents musiciens, sera conduit par l'illustre Maître lui-\nmême... Cette belle représentation, qui intéresse au plus haut degré les dilettantes, attirera\nindubitablement une nombreuse affluence.\nDans d'autres journaux amis :\n\" On assure qu'il n'y a déjà presque plus de places à louer.\"\nDans la Presse, Théophile Gautier, le \" bon Théo \" qui avait com-\nplaisamment exposé, avec l'accent le plus berliozien, une théorie sur\nVinterprétation harmonique des pédales J, le \" bon Théo \"\ncommence par faire allusion à ce qui frappe le plus l'imagination de la\nfoule, c'est-à-dire l'agenouillement de Paganini devant Berlioz et le chèque\nde vingt mille francs signé par le \" Virtuose infernal. \" Puis il brode sur\nle livret, lance de pimpantes goguenarderies à propos du langage sweden-\nborgien du — et il glisse :\n\" On annonce, pour le 29 Novembre l'exécution d'une œuvre de la plus haute impor-\ntance : la Damnation de Faust....Par la variété des scènes et la couleur romantique, c'est un des\nplus beaux sujets que puisse traiter un compositeur... M. Hector Berlioz a tout ce qu'il faut\npour réussir... Rien ne lui manque, pas même un peu de bizarrerie.\"\nDans les Débats^\" le prince de la critique \" développait une note\nfournie par Berlioz. Entre ces deux camarades de c'était\nune habitude ancienne que de collaborer ainsi ; d'ailleurs certains détails\nsur l'instrumentation, familiers au musicien, prouvent la provenance. Donc\nJanin, avec une brillante abondance, annonçait la Damnation. Il louait\nBerlioz d'avoir remplacé lui-même le décorateur et le librettiste : \" quand\nles paroles lui manquent, Berlioz n'est guère embarrassé pour trouver un\nsens (m-), un vers, un rime, quelquefois même une terreur Et le\nsémillant \" J.J. \", paraphrasant le libretto imprimé, continuait de lancer,\nen gerbe de feu d'artifice, les fleurs phosphorescentes de la plus fashion-\nnable rhétorique... Enfin il concluait :\n\" Quel courage dans le musicien qui sait se passer de tous les\naccessoires usités : le costume, le ballet, le décor !\nJanin, boulevardier sans illusions, pressentait-il un échec ?\nLes satiriques, stimulés par cette publicité, ajoutaient la leur :\nBerlioz qui n'est pas pianiste, improvise ses partitions sur une grosse\n\n1 Voir Un Romantique sous Louis-Philippe, p. 495 et 511."}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.127", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2447, "texte": "caisse, et ce diable d'homme la crève d'un doigt ; pour diapasons, il lui\nfaut prendre des canons et des obusiers d'ailleurs il n'oublie pas sa\nréclame :\n\" Bonne ou mauvaise, sa musiqu G fera\nCette première audition s'annonçait donc, ou plutôt était annoncée,\ncomme un grand événement parisien. Bien plus, la présence des Princes\nRoyaux était assurée. A un journaliste, Berlioz demande ;\n\" Trouvez moyen, je vous prie, de glisser que M. le duc et Mrne la\nduchesse de Montpensier doivent y assister. Cela peut influer beaucoup\nsur la recette... J'ai effectivement reçu avant-hier une lettre du Secrétaire\nintime m'annonçant que Leurs Altesses viendraient.\"\nAu dernier moment, il fallut remettre au dimanche suivant,\n6 Décembre. Pendant huit jours, nouvel effort de publicité :\n\" Cette fois, nous le croyons, M. Berlioz remportera une grande\nvictoire ! \"\nA la répétition générale, le vendredi matin (4 déc.), les amis sont\nlà, les camarades de journalisme. Ceux des ceux de la\nMusicale, figures familières ; et les chroniqueurs des autres feuilles,\naimables garçons qu'il interpelle et entretient volontiers aux premières\nou sur le boulevard ; et les autres gens de plume, librettistes, paroliers de\nromances, courriéristes musicaux, qui peuvent avoir besoin de ses\nfeuilletons si amusants, si adroits et si lus. Parmi ce \" parti \" Berliozien,\nc'est une atmosphère d'admiration. Lui, petit, trépidant, présent partout,\nil électrise, il fanatise cet auditoire restreint. Et chacun s'exhalte, grisé\npar une musique encore inentendue, et songe que cette révélation n'aura\npeut-être pas d'auditeurs. Hors cette chambrée de prosélytes, ce sera sans\ndoute, dans deux jours, un désert d'indifférence.\nMais qu'il est beau, et conquérant, ce Berlioz. Figure énergique,\nfauve, à profil d'aigle. Dominateur, soulevé par sa foi en lui-même, la\ncommuniquant, l'imposant, combien alors on le \" vénère.\" Eh oui, on\nsait ses incorrigibles bizarreries, ses faiblesses, ses brèves et fulminantes,\nses \" volcaniques \" toquades d'amour, et ses romans, ses suicides qu'il a\nracontés à tout le boulevard ; on a encore dans la poche telle lettre sans\nvergogne, telle incidieuse réclame qu'il vient d'écrire avec une déconcer-\ntante et trop avisée gaminerie... Malgré tout, où sont-ils donc, dans ce\nParis de spéculations, de bavardages parlementaires, de mascarades données\npar la garde nationale, où sont-ils donc les vrais artistes ? Avec lui,"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.128", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1998, "texte": "combien y en a-t-il qui luttent et souffrent pour leur art, qui se sacrifient\nà leur œuvre, et qui acceptent l'existence comme une sorte de long mar-\ntyre pour l'idéal ? Oui, dans ces années où triomphent de rusés fournis-\nseurs, comme Ponsard, Scribe, Delaroche, et Clapisson, combien sont-ils\nà méritér le nom de maître ?\nEt Gautier, l'indulgent Théo, qui frémit d'enthousiasme quand\npasse le mystérieux souffle du grand art, Gautier prophétise, dès la\nrépétition ,du vendredi, que Berlioz est l'un des grands hommes du\nsiècle :\n\" Hector Berlioz nous paraît former, avec Hugo et Eugène\nDelacroix, la trinité de l'art romantique\".\nIl vint enfin, le Dimanche de la première audition.\n\" Cette solennité (annonçaient encore les journaux du matin)\nréunira l'élite du monde artistique et du monde élégant.\"\nA deux heures, la salle de l'Opéra-Comique est à moitié vide.\nBerlioz, quand il monte au pupitre directeur, peut voir que son œuvre\nva mourir, faute de public. Partie perdue... Il est ruiné... Tout l'avenir\ns'écroule.\nEt là, sous sa main, il tient son chef-d'œuvre, son chef-d'œuvre in-\nconnu. En vain, désespérément, il va le faire retentir dans une salle indif-\nférente. Quelques amis applaudiront. A quoi bon ?... On écrira d'excel-\nlents articles. A quoi bon ?... Son génie est condamné à l'asphyxie de\nl'isolement. Pour Berlioz, pas de public... Il est ruiné... Paris, indifférent\nencore une fois, le rejette.\nMinute horrible... Quiconque aimait Berlioz fut étreint de douleur.\nLe soir même Jules Janin, qui avait réservé la fin de son feuilleton (im-\nprimé dans la soirée du dimanche) pour applaudir au triomphe de son\nami, Jules Janin ne pouvait qu'écrire des phrases dont il faut peser\ntoute la tristesse. A ses lecteurs, publiquement, il ne pouvait en dire\ndavantage. Mais qu'on imagine Janin renseigné par quelqu'un ou présent\ndans la salle : pas de public... L'avenir de Berlioz, tout à coup, lui\napparaît et pour masquer la défaite, Janin envoie ces lignes aux\nDébats :"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.129", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2625, "texte": "... \"Du côté de l'Opéra-Comique, avez-vous entendu sur les quatre heures, aujourd'hui,\nles applaudissements les plus difficiles à obtenir ? Je veux parler de ces louanges si pénibles à\narracher, qui coûtent à l'artiste les parcelles les plus précieuses de sa vie, moments si courts\nqu'il faut payer par les angoisses les plus cruelles ; gloire impitoyable, cruellement débattue,\ngloire contestée, terrain vague disputé à l'oubli, qu'il faut gagner pied à pied, à la sueur de son\nfront, par les tortures de son cœur.\n... Luttes terribles, luttes cruelles, duel infini de l'homme qui sait oser, qui sait vouloir, et\nqui mourra plutôt que de ne rien céder aux habitudes de la foule, à ses instincts aveugles, à ses\nstupides volontés !\nHeureux, trois fois heureux, qui pourrait être applaudi comme M. Scribe ! Que je plains,\nhélas ! et que j'envie, l'infortuné qui force les louanges à la façon de Berlioz !\nJ- J- \"\nPas de public... La présence de LL. AA. RR. ne rend que plus sen-\nsible le vide de la salle. Les amis, les camarades, font bisser la Marche\nHongroise, puis le Ballet des Sylphes : leurs applaudissements, violents mais\nclairsemés, sonnent faux, lugubrement... Et l'exécution est incertaine,\nmolle, faute de répétitions qui auraient augmenté les frais. Le chant des\nchoristes est même si inquiétant que Berlioz, par crainte d'un accident,\nsupprime le Pandoemonium.Quant aux solistes, déroutés par cette musique\net découragés par une salle à demi-déserte, ils défendent mal cette\nœuvre qui meurt dans leurs voix. 1\nPas de public.\nMais Berlioz ne désespère pas : les Princes sont venus ; dans deux se-\nmaines, le 20, une nouvelle audition sera peut-être une revanche. D'ailleurs\nil tombait de la neige ; et il y avait une double concurrence : la distribu-\ntion des prix au Conservatoire et le Concert de Bienfaisance organisé sous\nles auspices de M. de Montalivet... A la seconde audition, les frais seront\nbien moindres ; la recette pourra combler le déficit.\nDonc, dans les feuilles, nouvel effort de publicité.\nComptes-rendus excellents. Aux (où le musicien-journa-\nliste est chez-lui), longue analyse dominée par ces mots :\n\" L'œuvre nouvelle de M. Berlioz vient d'obtenir un succès trop\ncomplet, trop éclatant, pour que ses amis ne regardent pas désormais\ncomme à l'abri de toute atteinte le triomphe d'une cause qui se défend\nsi magnifiquement elle-même...\" 2\n\n1 Distribution : Roger (Faust), Hermann Léon (Méphistophélés), Henri (Brander) Mrae Duflot-Maillard\n(Marguerite).\n■ Article signé E.D. Deldevez, ou Démarest qui suivait l'Opéra en l'absence de Berlioz (Archives de\nl'Opéra)."}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.130", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2741, "texte": "A la Gazette Musicale, — où Berlioz exerce depuis si longtemps une\ncollaboration prédominante et presque une direction effective, — autre\nanalyse enthousiaste :\n... \" M. Berlioz est l'artiste par excellence pour hasarder victorieuse-\nment les extrêmes hardiesses, et lutter corps à corps avec l'impossible...\nCette physionomie excentrique de Faust, curieux mélange de rêverie et\nd'action, de scepticisme raisonneur et de passion fougueuse, devait merveil-\nleusement séduire l'homme qui a déjà écrit Harold,... et qui a longtemps\nmédité un Hamlet...\"\nLe \" bon Théo \", dans la Presse, combat pour Berlioz et pour l'art :\n\" M. Hector Berlioz, quel que soit le jugement qu'on porte sur ses œuvres, est un artiste\ndans la force du mot. Chez lui jamais de lâche concession aux Philistins, jamais de sacrifice à\nla vente et au succès du moment : ce n'est pas lui qui énerverait son mâle talent en vue des\npianos et des quadrilles. Il n'a pas peur de son originalité et ne recule pas devant une beauté\nchoquante. En ce temps de molesse où la platitude, sous le nom de bon sens, cherche à faire\nécole et rallie les esprits prosaïques, il conserve la même verve furieuse et la même passion\ndésordonnée qu'à son début,... bien que quelques poils gris commencent à briller dans ses\nfavoris et sa chevelure...\"\nMarqué par l'âge, Berlioz ne conservait pas tout entier son admira-\nteur le plus véhément et le plus ancien. Et cela, qui est très symptomati-\nque, mérite d'être médité. — Joseph d'Ortigue, qui jadis avait signé\nl'autobiographie de Berlioz écrite par Berlioz, qui avait défendu Benvenuto\npar un in-folio \\ — le fidèle d'Ortigue lui-même n'admirait plus sans\nréserve le novateur trop révolutionnaire. L'ancien gonfalonier du mu-\nsicien romantique, maintenant assagi ou refroidi, dodelinait ses quarante\nans et ses déceptions dans la musique des \" vieux maîtres \", dans la\ndouceur mystique du plain chant ; et il parlait doctoralement de la puis-\nsance des bonnes traditions : sans se fâcher, Berlioz ne tardera pas à\nl'appeler \" l'abbé d'Ortigue \"... A la Quotidienne, d'Ortigue fit un long\narticle amical et cruel: malgré quinze ans de lutte disait-il, M. Berlioz\nn'arrive pas à \" se jaire accepter \"... Pourtant ce n'est pas un homme\nordinaire ;... bien qu'on le lui conteste, il a un \" génie mélodique\nmais sa mélodie n'est pas \" la mélodie italienne dont nous avons fait\nnotre type et avec laquelle nos oreilles se sont familiarisées... Sous\nl'ascendant de Gluck et de Weber,\n... M. Berlioz se posa de prime-abord en compositeur romantique. Avec cet instinct mer-\nveilleux de l'orchestration, avec ce génie particulier des timbres, des effets nouveaux, des\n\n1 Voir un Romantique sous Louis Philippe, p. 139 à 149 et 462 à 465."}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.131", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3016, "texte": "nuances de sonorités que personne ne lui conteste, il sut reproduire fort heureusement des\nimages appartenant à la poésie et à la peinture.\n... Tout entier préoccupé de ses innovations, séduit par ses combinaisons et par les effets\nneufs qu'il produit, M. Berlioz perd tout à fait de vue son public et dépasse cette mesure, ce\nniveau au-delà desquels les perceptions du public s'arrêtent. C'est alors qu'il lui arrive de com-\nmettre ces fautes que des compositeurs souvent fort inférieurs à lui évitent... Alors, il donne\nraison, aux yeux du public, à ses adversaires les plus déclarés. Croit-on, de bonne foi, que tel\nmembre du Conservatoire, que tel faiseur d'opéras, de ballets, de contre-point, etc., ... se fasse\nillusion sur le valeur, la portée, la supériorité réelle de M. Berlioz ? Ils ne l'attaqueraient pas\navec tant d'acharnement s'ils le redoutaient moins...\nJe peux à présent le proclamer sans crainte : M. Berlioz est de la taille des grands\nmaîtres... Comme musicien lyrique, comme poète, comme instrumentaliste, il a ouvert à l'art\ndes horizons nouveaux.\n... Pour ce qui est de l'instrumentation, de l'entente des grands effets, des nuances infinies\nde la passion, des fantaisies poétiques, M. Berlioz est parmi nous sans rival. Sous ces divers\naspects, il est allé plus loin que Mozart, que Beethoven et Weber, non qu'il leur soit supérieur,\nmais parce que l'art a marché entre ses mains.\nNéanmoins, M. Berlioz luttera toujours...\nIl y aura toujours un abîme entre la manière dont la masse de notre public (grâce aux\nthéories qu'on lui a faites) conçoit l'art, et l'art tel que le conçoit M. Berlioz...\nAveu cruel mais sincère : oui, le public et Berlioz sont séparés par\nun abîme. Mais pourquoi le fidèle d'Ortigue a-t-il la naïveté de le\nreconnaître ? Cela peut nuire à la seconde audition...\nMoins consciencieux, et beaucoup plus journalistiques, vingt autres\narticles pourront séduire davantage le lecteur. Tous mettent hors de\ndoute l'énergie de M. Berlioz, sa constance à soutenir une lutte héroïque,\net son originalité de véritable novateur. Et même les amis ajoutent,\ncomme pour stimuler la curiosité, que M. Berlioz est excentrique avec\nconviction :\n\" Il se brûlera la cervelle, si jamais il est assailli par une idée banale ! \"\nQuant aux confrères jaloux, s'ils font quelques réserves, ils abondent\naussi en éloges, puisque le concert n'a pas réussi. Que leur servirait-il de\ndénigrer la Damnation : l'œuvre est à terre, morte. Est-ce la peine de se\nbrouiller avec l'auteur, journaliste spirituel et à craindre, et avec les gens\nde la Gazette Musicale, de la Presse, et surtout des officieux Débats, et\navec l'omnipotent \" J. J. \", prince de la critique ? Aussi bien, bon nombre\nde chroniqueurs, braves garçons quand leur intérêt n'intervient pas, ont\npu être gagnés par l'enthousiasme de la répétition du vendredi, ou par\nl'ardeur de Maurice Bourge/, Morel, et autres berlioziens.\nEt puis, Berlioz n'est le concurrent de personne, et les faiseurs d'articles\n\n4"}, {"page_pdf": 132, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.132", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2411, "texte": "peuvent subir une double raison d'aimer cet artiste véritable : en lui, vit\nla flamme sacrée, et il ne fait pas de recette.\nQuelques \" insectes du feuilleton \", çà et là, firent leurs habituelles\npiqûres. La Critique Musicale petite feuille débutante essaya d'attirer l'at-\ntention sur elle par un éreintement féroce. Mais qui donc le lut ? Même,\nelle collectionna les phrases les plus désagréables qu'on avait imprimées :\nelles font sourire. Sous les épithètes choisies parfois pour blesser, sous les\nhautaines réserves des Fiorentino, Jouvin et autres, il n'y a rien de sérieux,\nsinon les éternelles et sottes critiques faites à toute musique nouvelle : pas\nde mélodie, rythmes brisés, asymétrie des périodes musicales, destruction\ndu sentiment de la tonalité, surcharge de l'orchestre. Reproches qu'en-\ntendirent tour à tour Lully, Rameau, Gluck, Mozart, et tous les\nnovateurs.1\nLes articles sur le concert du 6 Décembre, les annonces et commu-\nniqués pour celui du 20, toute cette publicité, ce tutti d'éloges auquel\nde menues critiques ou les railleries des satiriques ne donnaient que plus\nde relief, allait-il amener enfin le public à Berlioz ?\nLe Dimanche 20 Décembre, la salle de l'Opéra-Comique est aux\ntrois quarts vide... Sans cette neige qui tombe encore, le serait-elle\nbeaucoup moins ? Le mauvais temps est impuissant pour retenir chez\neux, par ces soirées de Décembre, les admirateurs des Diamans de la\nCouronne. Gibby-la-Cornemuse\"fait des recettes inouïes\"...\nPour la Damnation,le second comme le premier jour, pas de public...\nDéjà les malveillants, tel le chroniqueur du Charivari, essaient leurs\npointes et traits spirituels : \"La Chanson du Rat va passer inaperçue,\npuisqu'il n'y a pas un chat dans la salle.\"\nSalle presque déserte. Quelques mains applaudissent, mais les mali-\ncieux remarquent : \" la salle est mieux que la musique \"... Et\nBerlioz, dans ce vide sans écho, continue de conduire la et de\nla voir mourir... Le ténor Roger ne veut même pas chanter F Invocation\n\n1 Sur Paccueil fait par la Presse àla Damnation, un erreur s'est accréditée.\nBerlioz même écrit (fin décembre, voir plus loin) :\n\" Trente journaux en ont fait l'éloge.\"\nDans ses Mémoires (Ch. LIV), il écrira un phrase que Pon cite à faux :\n\" Rien, dans ma carrière d'artiste, ne m'a plus profondément blessé que cette indifférence... Mais dans\nce qui précède, il parle du public, et non des journaux."}, {"page_pdf": 133, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.133", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2069, "texte": "ala nature... L'lnvocation, la page maîtresse !... Qu'importe :on peut déca-\npiter l'œuvre, ce n'est déjà plus qu'un cadavre.\n\" Enthousiasme immense !... Quatre morceaux bissés\", publient dès\nle lendemain les camarades de journalisme. Et, en hâte, sous leur impul-\nsion, on se réunit, on se cotise, on organise un banquet. Est-ce pour\namorcer une troisième audition ? Est-ce pour couvrir la déroute ?\nLe 29 Décembre, banquet, avec toasts, en l'honneur de la\nLe baron Taylor préside : il porte la parole au nom des artistes ; puis\nDumas parle au nom des hommes de lettres ; Roger (qui n'avait pas\nchanté /'lnvocation) retrouve sa voix et parle au nom des chanteurs ;\nOsborne, au nom des artistes anglais ; et Offenbach au nom des artistes\nallemands.\nEt l'on décide \" d'ouvrir une souscription pour faire frapper une\ngrande médaille d'or commémorative\".\nComédie sinistre. On couronne une victime. \"On étouffe ses cris\n(ainsi le constate un ennemi clairvoyant), sous le bâillon des éloges.\"\nComédie nécessaire. Il faut ou que Berlioz s'avoue vaincu, ou\nqu'il se pose en vainqueur. Peut-il être dupe de cette attitude ? Est-il\nvainqueur, quand le public se dérobe ? Mais fatalement il la joue, cette\ncomédie, pour le public qui n'est pas venu ; il la joue pour les crédules\namis de province, pour les correspondants de l'étranger ; il l'a joue pour\nses parents. A tous, il mande et son succès, \" le plus grand de sa vie ! \" et\nle banquet d'admirateurs et la médaille d'or :\n- \" L'Ouvrage est lancé (écrit-il àsa sœur Nanci), on en parle\npartout, trente journaux en ont fait l'éloge 1\nCe triomphateur n'a plus qu'à fuir.\nPour ses deux auditions, il vient de \" dépenser un argent fou Et\nil ne l'a pas. Le voilà endetté, lui qui n'a aucune avance, aucune réserve.\nComment va-t-il payer ? Et comment vivre lui-même, et alimenter ses\ndeux ménages ?\n\"Je suis (même lettre) comme les oiseaux de proie, obligé\nd'aller chercher ma vie au loin. Les oiseaux de basse-cour, seuls, vivent\n\n1 Lettre inédite. Autographe communiqué par les héritiers de Berlioz."}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.134", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 411, "texte": "bien sur leur fumier... Je suis entouré de crétins qui cumulent jusqu'à\ntrois places largement rétribuées, tel que Caraffa, par exemple, un musi-\ncien de pacotille, qui n'a pour lui que de n'être pas français... Il n'y a rien\nà faire dans cet atroce pays, et je ne puis que désirer de le quitter au plus\nvite.\" (fin Décembre 1846).\nLe chef-d'œuvre de Berlioz venait de le ruiner.\n\nAdolphe Boschot."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c128", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c128", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 135, "image_fin": 142, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.23", "titre_corps": "LETTRE DE NAPLES", "titre_sommaire": "LETTRE DE NAPLES", "signature_source": "G. de Leva", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 135, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.135", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1756, "texte": "LETTRE DE NAPLES\nUNE VISITE AU R. P. HARTMANN\n\nDimanche des rameaux ! Le printemps s'annonce par une journée\ndouce et embaumée. Tout le monde porte dans ses mains les rameaux, à\npetites feuilles vertes ou en grandes branches jaunes distribués dans\nles églises ; à tous les coins de rues les bouquetiers vous offrent des fleurs\nd'amandier et des violettes.\nLe tramway électrique, que je prends au Musée National, suit la\nrue de Capodimonte, longe le parc royal dans toute son étendue et suit\nla large voie Appienne, à travers les campagnes verdoyantes, jusqu'à\nMarano, où je descends après une heure de trajet. Le village est aussi en\nfête. Ici-même fleurs et rameaux partout.\nLe couvent des moines franciscains se trouve à gauche du pays, sur\nune colline d'où l'on jouit d'une vue superbe ; tout le panorama de la\nCampanie. A gauche la mer du golfe de Gaëte, puis, au loin, les mon-\ntagnes de l'appenin napolitain, Caserte avec sa cascade, le Vésuve et le\ngolfe ! A la porte du cloître, un moine mince et pâle, aux cheveux très\nras, m'annonce au P. Bernardin, qui me fait passer dans le parloir, petite\nchambre proprement meublée d'un divan, de quatre chaises de paille,\nd'une table avec des livres et... d'un piano. Tandis que je regarde le\npiano, le P. Bernardin me dit :\nC'est le piano que M. Clausetti, le directeur de la Société de\nConcerts nous a envoyé pour le P. Hartmann. Notre est au\nChœur et il va venir tout à l'heure.\nEn effet, le célèbre musicien franciscain arrive et je lui annonce mes\nintentions: \" C'est la troisième fois que vous venez à Naples et il me\nsemble important de connaître votre opinion que pensez vous de notre\npublic et des éléments dont vous vous êtes servi pour donner la première\nfois en Italie, votre Morte del Signore\"."}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.136", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2104, "texte": "Le P. Hartmann me conduit dans sa cellule. Il prend place devant\nune petite table, sur laquelle est ouverte la partition du de\nRossini et, en m'offrant une chaise, me dit :\nIci nous sommes à notre aise, n'est-ce pas ?\nOui, nous sommes aussi bien qu'au confessional. Seulement c'est\nvous, Padre,qui devez me répondre. Voilà la différence.\nLe P. Hartmann sourit et j'en profite pour lui demander quelques\nindications biographiques.\nJe suis né à Salurno, dans le Tirol, le 31 Décembre 1863, et à\nseize ans j'entrais dans l'ordre de Saint François. La paix du cloître et les\nchants liturgiques développèrent mon goût des études musicales. Je fis des\ndémarches pour être admis à l'école du père Pierre Singer, à Salzburg,\ncélèbre organiste et inventeur du PansyMes études achevées,\non m'envoya organiste à Linz, puis à Reuth et, en 1893, Jérusalem, pour\ntenir l'orgue à l'église au Saint-Sépulcre ; j'y restai pendant deux ans.\nEnsuite je passai à Rome, à l'église d'Aracœli. Là, je séjournai onze\nannées, et entre temps fus nommé directeur et professeur de composition\net d'instrumentation à l'École Musicale En 1906, enfin, sur\nl'ordre de notre Général, j'allai à Munich, où je suis actuellement. Voilà\ntout.\non m'a dit que vous êtes aussi professeur de\nphilosophie\nNon, en 1905 l'Université de Wurzburg me donna le grade de\ndocteur en théologie ; c'est différent.\nVoulez-vous me dire, Maestro,quel genre de composition vous\npréférez ?\nJ'ai écrit des Lieder, des Messes, des Motets, des quatuors, des\ntrios, des sonates et, surtout, des oratorios.\nCombien d'oratorios avez vous composés jusqu'ici ?\nCinq. Le San Pietro,écrit en 1899, et donné à Rome, la pre-\nmière fois ; puis le San Francescoen 1900, exécuté à Saint Pétersbourg ;\nla Cena del Signore,(que j'ai dirigée l'année dernière à Naples au\nécrite entre 1902 et 1903 et chantée, pour la première fois à Wurzburg ;\nla éMorte del Signoreen 1905, que je viens de diriger encore ici, cette\nsemaine, à Santa Chiara et les Sette Parole, écrites en 1907 et exécutées à\nNew-York, où j'ai habité, deux ans. Le climat de ce pays, trop froid pour"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.137", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2066, "texte": "moi, me rendit gravement malade. Je ne me suis guéri, grâce à Dieu,\nqu'à après mon retour en Europe,\nEt à présent que composez-vous ?\nJe travaille à un autre oratorio, pour voci chœurs et orche-\nstre, comme tous les précédents. Je ne puis vous en dire grand chose, je\nn'en ai pas encore écrit une mesure. Je puis seulement vous donner son\ntitre le Te Deum.\nJe voudrais savoir, Maestro,comment vous préparez les textes de\nvos oratorios.\nC'est très facile : je les emprunte à la liturgie, source intarissable\nde toutes mes inspirations. D'abord je choisis le sujet. Ensuite j'y adapte\nle texte correspondant des évangiles. Cela fait il ne me reste qu'à répartir\nles morceaux. Lorsque ce travail est achevé, je commence la composition\nmusicale, et, enfin, l'instrumentation.\nEt tout ce travail vous prend-il beaucoup de temps ?\nNaturellement, de mois, une année et, quelquefois, même\ndavantage.\nOn frappe à la porte. Notre conversation amicale pendant\nlaquelle j'ai pris, effrontément, place à la table, pour noter la parole lente\net douce du P. Hartmann est interrompue par un moine qui nous\napporte le café. Le père n'en prend pas. J'accepte ma tasse et tandis que\nje bois le moine avec l'intention de se montrer aimable dit : Ça ne fait\npas mal : c'est de l'eau chaude !\nEncouragé par sa bonté et par sa patience, je priai le P. Hartmann\nde m'écrire les thèmes principaux de son oratorio, la morte del Signore. Il\nprit la plume et après avoir tracé quelques lignes de musique, que je vous\nenvoie, il me dit.\nLe texte des évangiles de Saint Mathieu, de Saint Luc et de\nSaint Jean, sur la mort du Seigneur, la plus grande tragédie de l'huma-\nnité, me subjugua littéralement. La première partie de mon oratorio\nreprésente l'humiliation de Jésus, qui souffre le supplice de la croix et\nl'exaltation de ce sinistre instrument de mort, auquel les hommes ont voué\nleur Dieu. Cinq mesures à peine de prélude orchestral précédent le chant\ndu contralto ( Une voix mystérieuse) : Ecce crucem Domini. C'est l'Ame\nrepentie, souffrante à la vue du Très-Haut."}, {"page_pdf": 138, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.138", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 381, "texte": "Toutes les voix se fondent dans le Venite adoremus.\nU Histoire (soprano), dans son récitatif raconte de supplice-et rappelle\nla :\nEt la voix mystérieuse reprend suivie du chœur qui répété l'invo-\ncation.\nVoici maintenant Jésus sur la croix. montre le peuple\ninsultant et blasphémateur, et le baryton {Jésus), que l'on ne voit pas,\naccompagné par l'orgue, répond : Oh,"}, {"page_pdf": 140, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.140", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 198, "texte": "Le chœur :\nPuis viennent les épisodes du mauvais larron et des soldats se\ndisputant.\nLa seconde partie comprend deux thèmes, confiés à l'orchestre, aux\nchœurs et au contralto ;"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.141", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 336, "texte": "Auquel s'unit le soprano dans un duo sur les premières phrases\ndu Stabat éMater.\nIci se place la scène de Marie et de Jean. Puis le peuple entonne :\nO Maria, aiaterXW, (choral d'hommes) et : (voix\nde femmes).\nU Histoire,continue le drame jusqu'au bout et les voix de l'huma-\nnité entière terminent par un hymne de gloire :"}, {"page_pdf": 142, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.142", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1282, "texte": "Le P. Hartmann inépuisable de bienveillance continue et m'expose\nainsi ses œuvres et ses goûts. Il ne peut me cacher sa grande admiration\npour Beethoven.\nLe génie supérieur du titan de Bonn, particulièrement dans ses\nsymphonies, a ouvert à notre art, enfermé dans les lignes sévères du\nclassicisme, un nouvel horizon.\nMais ce qu'il nous a surtout appris c'est à penser en musique, à\nmettre les ressources de notre art symphoniques au service d'un idée, à\nsubordonner l'œuvre à une psychologie particulière, qui l'anime, qui au\nlieu de provoquer un simple plaisir passager, laisse un impression de véri-\ntable recueillement... Aussi je vous avoue que je ne cesse de relire les\ndernières œuvres du maître.\nEt parmi les modernes ?\nBien entendu, j'aime et j'admire Berlioz, Liszt, Wagner, Bruck-\nner et Brahms ont toutes mes sympathies, ainsi que Bizet, Franck, Saint\nSaëns, Dubois et Pierné... Quant au présent, nous sommes sous le coup\nde l'impressionisme de Debussy et du modernisme de Reger. Le moment\nn'est pas venu de se prononcer encore...\nUne clochette, résonne aigrement à travers les couloirs déserts et\ndiscrets. C'est l'heure du réfectoire, ma visite est finie et je prends congé\ndu Père après m'être excusé de l'avoir si longtemps retenu.\n\nG. de Leva."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c140", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c140", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 139, "image_fin": 139, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.24", "titre_corps": "LE R. P. HARTMANN (Croquis de Labella)", "titre_sommaire": "LE R. P. HARTMANN (Croquis de Labella)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 139, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.139", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 38, "texte": "LE R. P. HARTMANN\n(Croquis de Labella)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c141", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c141", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 143, "image_fin": 144, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.25", "titre_corps": "A TRAVERS L'ESTHÉTIQUE MUSICALE", "titre_sommaire": "A TRAVERS L'ESTHÉTIQUE MUSICALE", "signature_source": "Lionel Dauriac", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 143, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.143", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3288, "texte": "A TRAVERS L'ESTHÉTIQUE MUSICALE\nLA CRITIQUE MUSICALE AU TEMPS PRÉSENT\n\nJ'ai longtemps et vainement souhaité, en France, une critique musicale représentée par\ndes écrivains au courant des choses de la musique, au besoin même de la technique de cet art,\net pourvus d'une culture générale qui leur permît d'en parler en humanistes. \" Humaniste \"\nfut jadis un terme à la mode. Ce terme paraît bien tombé en désuétude, et cela par une raison\ndes plus simples. Les humanistes, aujourd'hui, sont en baisse. Ils se font de plus en plus rares.\nIls se font de moins en moins entendre. Ils se feraient entendre, qu'ils ne se feraient pas\nécouter... Tel est le bruit qui court. Je ne suis pas sûr qu'il ait raison de courir. Ce dont je\nsuis malheureusement sûr, c'est que nous avons aujourd'hui des critiques musicaux très doués,\ntrès cultivés, capables de penser, sans doute mais réussissant mal à faire penser le lecteur. De là\nvient qu'ils ennuient, qu'ils m'ennuient. Un seul m'amuse, c'est l'Ouvreuse, dont vous\nm'accorderez bien que l'ouverture d'esprit ne laisse guère à désirer.\nJe ne parle point du court du trop court passage de Romain Rolland à la Revue de Paris.\nDurant le temps qu'il y écrivit, ses articles surprirent par la richesse du contenu, par l'audace\ndes thèses exprimées ou suggérées, par la solidité des raisons qui autorisaient cette audace.\nRomain Rolland réfléchissait sur la musique à la manière d'un musicien, et surtout, d'un\nvivant. Et voilà pourquoi il nous faisait penser et réfléchir.\n\" Faire penser et réfléchir \" voilà ce dont se soucient, moins que de tout le reste, nos\ncritiques musicaux contemporains, plus chroniqueurs, à vrai dire, que critiques véritables. Ils\npensent juger du bon, du médiocre et du meilleur. Si trancher, c'est juger, à la rigueur ils\njugent. Mais on dirait que la direction du journal où ils écrivent leur interdit de motiver leurs\njugements. Notez qu'en leur demandant des \"motifs \" je ne leur demande pas de \" preuves \"\nau sens fort du terme. Je voudrais seulement qu'ils n'affirmassent rien sans dire pourquoi. Or\nc'est ce dont ils n'ont cure.\n\" Faire penser et réfléchir \" voilà ce que Gœthe appréciait chez son ami Zelter. Gœthe\nétait, quant à lui, médiocrement sensible aux beautés musicales. La perception directe de ces\nbeautés lui faisait naturellement défaut. Mais il les apercevait quand on les lui montrait. Le cas\nde Gœthe est assez répandu, très répandu même en France. Je parle de notre élite intellec-\ntuelle, à qui très souvent, trop souvent la musique ne dit rien. On lui reproche de ne point\nfaire penser, on constate le plaisir qu'elle procure, celui que par intervalles, on y prend soi-\nmême. Il est même aisé de s'apercevoir, à quel point la musique tient peu de place dans les\npréoccupations de nos meilleurs critiques littéraires. Les images, les comparaisons, les\nmétaphores d'origine musicale sont loin de leur être familières. Tant il est vrai que la musique\n\" ne les fait point penser\nNe pourrait-on, ici, généraliser, et soutenir, qu'au sens propre du terme la musique ne\nsaurait exercer sur la pensée aucune action directe ?\nPour mieux s'en rendre compte, il conviendrait peut-être de serrer de près la formule :\nfaire penser \" ? Quel sens lui donnerons-nous, si même il est possible de lui donner un sens ?"}, {"page_pdf": 144, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.144", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 3736, "texte": "Quand Brunetière parlait de ses maîtres, et il en parlait volontiers, il citait au premier\nrang, l'auteur des Maîtres d'>Autrefois Eugène Fromentin. Il considérait les leçons de Taine\nsur l'ldéal dans C Art comme un livre digne d'avoir fait une révolution dans la Critique. D'où\nl'on peut conclure : i° que la critique d'art, passé une certaine hauteur, domine non seulement\nl'art qui lui a servi de cause occasionnelle, mais tous les arts et, plus encore: 2° que les formules\nmises en circulation par cette critique comportent une application générale. On admet\nordinairement que plus un auteur sème ou soulève d'idées générales, plus cet auteur fait penser.\nReste à se demander à quoi nous pensons quand on nous fait penser ? A quelles personnes\nou à quelles choses ? A nous-mêmes ? A nos semblables ? Aux événements qui jalonnent la vie\nde chaque jour ? A moins que ce ne soit à ceux qui la troublent et, en la bouleversant, nous\nbouleversent ? A la vie, en un mot ? Est-ce ainsi qu'il faut répondre ?\nEn tout cas, à moins de se taire, on ne saurait répondre autrement.\nEt cette réponse nous conduirait aisément, sinon immédiatement, mais supprimons les\nintermédiaires à cette autre : \"La critique musicale ne fait point penser parce qu'elle\nmanque de psychologie\nIl est certain que, la plupart du temps, elle en manque ? Peut-on lui en faire un reproche!\nNous écrivions jadis que la psychologie musicale est inséparable de la musique. Nous distin-\nguons dans toute œuvre musicale : i° la forme ; 2° le fond. Nous allions même jusqu'à soutenir\nqu'une musique très expressive n'est point nécessairement très belle. Peut-être en ce temps là,\nétions-nous sur le chemin de l'erreur. Et pourtant que d'opéras s'imposent à l'admiration du\npublic, dont on dirait volontiers, comme de certains romans ou de certains drames : \" qu'ils ne\nsont pas écrits ! \"\nDans ces conditions, une critique musicale limitée, l'examen de la valeur ou de la puis-\nsance expressive des œuvres risquerait de faire fausse route et de pécher par de regrettables\nexcès d'indulgence. Et les excès d'indulgence conduisent souvent à de véritables devis de\njustice. Du point de vue de la psychologie musicale l'air de la Calomnie dyH. Barbière est un\nincontestable chef-d'œuvre, l'un des chefs-d'œuvre de Rossini. Ce chef-d'œuvre est pourtant\nécrit à la diable. Le style musical est, on ne saurait mieux approprié à la situation. Le com-\npositeur a écrit ce qu'il y avait à dire. Il s'est plié fort heureusement aux exigences du drame,\nce qui nous a valu un chef-d'œuvre de psychologie musicale. Cela ne veut pas dire un chef-\nd'œuvre de musique.\nLa Vie de Rossini par Stendhal est semée de jugements qui font grand honneur au psy-\nchologue : on ne l'a pas assez dit. On s'est contenté de récuser les jugements \" musicaux \" de\nl'auteur. On a eu tort ; il est vrai, de les récuser en bloc. Si je rappelle ici cette œuvre injuste-\nment négligée de Stendhal, c'est qu'elle ne fait pas penser sensiblement moins que la plupart\nde ses livres. D'où l'on serait tenté de conclure qu'une critique musicale capable d'éveiller ou\nde suggérer des idées générales, y réussirait d'autant mieux qu'elle s'écarterait de sa véritable\nvoie. Car le propre de la critique d'art n'est-il pas de juger une œuvre d'art en tant que telle.\nOr si l'on réduisait la critique musicale, à l'examen de la valeur psychologique d'une œuvre,\non lui imposerait une tâche qui n'est point la sienne.\nNous avons donc, nous, deux tâches à remplir, deux démonstrations à entreprendre: i° La\nmusique est un art qui fait penser ; 2° par des vertus propres et qui sont indépendantes de sa\nvaleur ou de son contenu psychologique. Mais ce sera pour le mois prochain.\n\nLionel Dauriac."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c142", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c142", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 145, "image_fin": 153, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.26", "titre_corps": "LES LIVRES", "titre_sommaire": "LES LIVRES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 145, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.145", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2315, "texte": "BELLAIGUE C. Gounod. (Collection des Maîtres de la\nmusique. Alcan 1910 in-120).\nRemercions M. Bellaigue d'avoir fixé ses souvenirs sur\nGounod et d'avoir consacré à l'auteur de Faust 300 pages élégantes,\npleines de vues esthétiques nouvelles. M. Bellaigue est avec\nM. Saint Saëns, le meilleur juge de l'œuvre de Gounod, parce\nqu'il a vécu dans sa familiarité, parce qu'il la connaît et parce\nqu'il l'aime.\nGounod représente, dans la musique française, un bel et\nnoble effort d'adaptation. C'est lui, plus encore que Berlioz, qui\na réconcilié l'art d'Auber et de Boïeldieu avec celui de Beethoven\net de Mendelssohn. Il a, comme le dit excellemment M. Bellaigue,\nramené la musique française du dehors au dedans ; il a mis fin a ses\négarements et lui a pour ainsi dire rendu une patrie, celle de\nl'âme et du sentiment. Aussi le caractère dominant de son œuvre\nest-il celui de la conciliation : conciliation du mysticisme et de la\nsensibilité profane, conciliation du romantique et de l'antique,\nconciliation de l'esprit français (car il était infiniment spirituel)\navec la rêverie germanique. Tout cela avec onction, chaleur,\nnaïveté. Et n'est-ce pas dans le duo que la musique de Gounod a toujours triomphe, c est\nà dire dans les moments où il s'agit de fondre dans un même sentiment deux éléments diffé-\nrents, de passer de la dualité à l'unité.\nEn notre pays séparatiste et chicaneur, et vers 1860, cet art de sympathie et de paifait\namour était héroïque. Aujourd'hui, nous le trouvons un peu demode. Pourquoi ? Parce que\nGounod, en ramenant la musique française vers l'intériorité des émotions sentimentales n a\nfait pour ainsi dire que son devoir de musicien de génie. Et on ne sait jamais aux gens de\nfaire leur devoir. De son vivant même Gounod a été dépassé dans la voie ou il s était engage,\ndépassé par ses élèves, dépassé par les Allemands, si bien qu'il s'est trouve dans situation\npénible d'un progressiste qui devient réactionnaire. Il avait mis en marche une génération, i\navait provoqué un mouvement, et dans le temps même qu'il cherchait la formule aitistique\nde son enthousiasme, le siècle l'entraînait au lieu de se laisser guider par lui. L admiiateur de\nMendelssohn se trouvait tout à coup en face de Parsifal et de la Demoiselle Elue. Toute son\nœuvre se ressentit de cette perpétuelle concurrence."}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.146", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 10, "texte": "LES LIVRES"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.146", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 3812, "texte": "Gounod ne parvint pas à arrêter à son profit la marche rapide de l'évolution de notre\nmusique moderne, il ne voulut pas non plus la suivre. Tel était sa crainte des excès, son goût\nde l'opportunisme. Et peut-être doit-on voir dans ces hésitations l'influence de Rome, qui fut\nextrême chez Gounod. S'il est au monde une ville antimusicale, c'est bien la Rome des\nCésars et des Papes, lieu de diplomatie et d'administration, centre ambitieux d'éternité et de\nperpétuel statu quo, dont la plus grande gloire se résume dans le Pontifex, l'ingénieur des\nponts et chaussées ! Dans le musicien Gounod s'aperçoit clairement la lutte des deux grandes\nénergies qui stimulent l'activité humaine, celle de la vie intérieure (Bach, Beethoven,\nMendelssohn) et celle de la vie extérieure (Rome). Et l'originalité de l'auteur de Faust est\nprécisément d'avoir cherché un compromis entre ces deux puissances, compromis délicieusement\ninstable.\nM. Bellaigue semble tenté de faire un mérite à Gounod de cette réserve prudente. Et\nc'est bien son droit. Il y a là en effet une certaine modération à laquelle les Français ont\ntoujours été sensibles en musique. Toutefois, il faudrait se garder d'opposer cette apparente\nsimplicité à la complexité d'un Wagner, comme le tente plusieurs fois dans ce livre M.\nBellaigue. S'il est bien entendu que Gounod a cédé à l'entraînement des grands maîtres\nAllemands, et s'est engagé à leur suite dans la voie qui mène à la complexité des sentiments\nintimes, s'il l'on tombe d'accord pour reconnaître que cette orientation est la caractéristique\nde son génie, et représente la nouveauté apportée par lui dans la musique française, alors\nGounod n'est qu'un prédécesseur de Schumann et de Wagner, et il n'y a qu'une différence de\nmesure entre Sapho et Brunnhilde, entre Roméo et Tristan. M. Bellaigue, reprenant une\nargumentation chère à l'esthétique française, voudrait opposer \" le conflit des pensées innombrables\net véhémentes \" de Wagner à u Tunité de la sereine et profonde pensée \" chez Gounod. Il voudrait\nnous faire admettre qu'il y a dans Gounod un effort de concentration et de réduction à\nl'unité tout aussi puissant que l'amoncellement édifié par Wagner. Hé bien non. Sans même\nentrer dans le fond du début, qui est celui du classicisme et du romantisme4 on doit avouer\nque Gounod ne procède pas par concentration mais par élimination. Comme le dit si bien\nM. Bellaigue \" il se restreint a ce qu 'il sent le mieux convenir a la discrétion et a Vintimité de son\ngénie \". Son goût, son tempérament le portent vers les paysages d'âmes qui sont ceux de\nShakespeare, de Goethe et de Wagner, mais arrivé là, son audace tombe. Il choisit dans Faust\nl'épisode de Marguerite ; il passe à côté de Schopenhauer et s'en tient à l'antithèse du\nrossignol et de l'alouette. Devant ce flot qui monte de la musique moderne, Gounod ne se\nsent pas en sûreté ; sa religion s'alarme ; il cherche son salut du côté de l'oratorio. L'exaltation\nqu'il a connue jadis à la Villa Médicis en 1840, lorsque Fanny Mendelssohn lui jouait les\nœuvres allemandes, il voudrait la capter au profit de ses convictions religieuses, de son idéal\nsecond empire, de son esthétique romaine. Mais Y esprit de la musique, était ailleurs déjà, il\ncomposait le quatuor de Franck, il préparait Fervaal, la Bonne Chanson, Tod und Verklaerung.\nGounod, comme toute l'école française qui procède immédiatement de lui, n'a pu se livrer\nsans réserves au sentiment musical. Il fut par contre laissons lui ce beau rôle - un\nmerveilleux initiateur. A notre musique française, asservie par l'opéra, et brutalisée par Berlioz,\nil a rendu la confiance, le sourire et la beauté. Ne lui demandons pas davantage.\nJ. E.\nLEICHTENTRITT (HUGO). Geschichte der Musik von W. AMBROS. Band IV.\n(Lpz. Leuckart, 1909 in-8° de 906 pp. Mk. 15.)"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.147", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3868, "texte": "Je suis bien en retard avec cet ouvrage de notre excellent collègue le Dr. Leichtentritt.\nMais un in-octavo de cette importance ne se parcourt pas en quelques heures. Il ne s'agit rien\nmoins ici que de la refonte complète du tome IV de l'histoire de la musique d'Ambros, parue en\n1878 et que M. Leichtentritt a doublé en 1909. Que l'on songe en effet à tout ce qui s'est\npassé dans la musicologie depuis trente ans 1\nCe volume traite de la musique italienne de 1550 à 1650, c'est à dire de l'époque\npalestinienne et de la grande révolution de la monodie. Il n'est pas sans doute en Europe de\nmoment plus impressionnant dans notre histoire artistique. Cet apogée de la polyphonie,\nimmédiatement suivi d'une réaction totale, intransigeante, est un spectacle bien curieux. Et\nvraiment on serait fondé à croire que Palestrina, avec son idéal d'un art compréhensible et\nverbal, a été un homophone beaucoup plutôt qu'un polyphone. Ce que l'Eglise repoussait\n(et depuis longtemps) dans la polyphon:e, c'était l'indépendance des parties, et la prédominance\ndu sentiment musical sur le sens intellectuel des mots. Palestrina l'homme de cette réforme,\nn'a-t-il pas été l'instrument de la réduction à l'unité, si rapidement accomplie par l'opéra, après\nlui, et presque à côté de lui ?\nM. Leichtentritt avait, on le voit, la part très belle. Il dut cependant tenir compte de\nl'auteur qu'il représentait au public, et Ambros avait ses points de vue. M. L. les a conservés,\ntout en ajoutant ses idées personnelles ; le livre perd en unité, mais il gagne en sincérité. Les\ngrands travaux sur lesquels M. L. eut à s'appuyer furent ceux du Dr. Vogel, de Haberl, de\nKretzschmar, de Goldschmidt et de Romain Rolland. On est heureux de citer un nom\nfrançais parmi tant d'étrangers, et pour nous, cet isolement est à méditer. Dans l'histoire d'un\nmoment essentiel de notre évolution musicale, la France se trouve représentée par un seul\nérudit ! Cela est fâcheux, et devrait faire réfléchir nos candidats aux doctorat, pour lesquels il\nne paraît pas exister d'autres sujets que ceux du XVII-XVIIP siècle parisien. La spécialisation\na du bon, mais vraiment Rameau commence à être connu. Les monodistes italiens de 1640\nne le sont pas du tout, et, pour nous modernes, leurs \" lieds \" sont infiniment plus intéressants\nque les musiques de fermiers généraux qui sévissaient en France vers 1750. Que dire de\nLuca Marenzio ? Que dire sur tout de ce prodigieux Gesualdo, prince de Venose, le Debussy\nitalien, l'homme qui a réellement tout osé, tout tenté en fait d'aggrégations sonores ? Voilà des\nhommes avec lesquels l'histoire de la musique devrait nous faire reprendre contact. C'est son\ndevoir.\nJ'espère que le volume de M. Leichtentritt attirera la curiosité des lecteurs, des auditeurs\ndes travailleurs et des organisateurs de concerts vers ce grand siècle de l'art musical italien, et\nque les textes, cités par lui en si grand nombre, piqueront la curiosité de tous les curieux de\nmusique rétrospective. J* E.\nBARCLAY SQUIRE. Catalogue of the printed Music in the Library of the Royal\nCollège of Music, London. (London, Novelle, in 40 de 368 pp.)\nCette bibliothèque du Royal Collège n'est pas destinée aux historiens, mais a la consul-\ntation d'élèves. Elle contient cependant bon nombre d'ouvrages anciens et rares. Car son\npremier fond lui est venu de l'achat de la bibliothèque de la \" Sacred Harmony Society, dont\nl'inventaire a été publié en 1872, et qui formait une série très respectable. Puis vinrent\ns'ajouter la bibliothèque des \" Concerts of Ancient Music \", offerte par la Reine Victoria, la\nbibliothèque désir George Grove, celle de la \"Musical Union,\" plusieurs autres, et des\ndoubles du British Muséum. Le présent volume, fort minutieusement rédigé par notre collègue\nM. Barclay Squire, ne contient que les ouvrages de musique pratique imprimés (y compris les"}, {"page_pdf": 148, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.148", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 3416, "texte": "méthodes). Un autre volume donnera les manuscrits. Un troisième sera réservé aux ouvrages\nthéoriques. Quand aurons-nous traversé cet âge de bibliographie, et pourrons-nous, posséder le\ngrand inventaire général des livres de musique du monde entier ?\nINTERNATIONALE MUSIKGESELLSCHAFT ; 111 Kongress. (Artaria à Vienne\net Breitkopf à Leipzig, in 8° de 700 pp.)\nVoici que paraissent enfin les Actes de notre congrès de Vienne. Cet ouvrage est un\nvéritable monument élevé à la science et à l'histoire de la musique, et dont notre Société\nInternationale peut être fîère. Qui l'eut dit, il y a 11 ans, quand notre Société s'est formée\ntimidement, au milieu des rivalités de personnes et d'institutions, que nous arriverions à\ngrouper en une magnifique manifestation tout ce que le monde de l'érudition compte de\nsavants et de travailleurs éminents* Ceux qui n'ont pas compris ce mouvement de la solidarité\nou qui auraient voulu le confisquer à leur profit, se voient aujourd'hui perdus et impuissants\ndans le domaine de la musicologie organisée.\nJe me garderais de rendre compte dès maintenant de ce volume. Je le réserve pour la\npériode d'été où les obligations de la vie parisienne nous laissent quelque répit. Je tiens cepen-\nà féliciter l'éminent Professeur Guido Adler qui a été l'âme du Congrès, et MM. Koczirz et\nHaas qui en furent les bsas actifs et rapides. J. E.\nHUET (Emile). Jeanne <TArc et la musique. (Orléans, 11 rue Jeanne d'Arc I9°9>\nin 8° de 230 p.)\nCe livre est la seconde édition d'un volume qui parut en 1894, et que son auteur a\nconsidérablement augmenté. Il s'agit de nous présenter ici une bibliographie de toutes les\nœuvres que la Pucelle a pu inspirer au sentiment musical de ses admirateurs. Car on a chanté\nJeanne d'Arc et un peu en toutes les langues de l'Europe. De Tschaikowski à Dubois, de\nGounod à Liszt, de Widor à Verdi, un grand nombre de compositeurs ont été séduits par la\nmystique légende de Jeanne. Les uns lui ont consacré un lied, d'autres un poème d'orchestre\net chœurs, d'autres un opéra tout entier.\nChose singulière, la chanson populaire ne s'est emparé de ce sujet qu'assez tard. On ne\ntrouve pas dès le quinzième siècle un mouvement musical en faveur de la Pucelle. M. Huet\ncite un motet, perdu d'ailleurs d'Elsy d'Amerval (1483) et un mystère de la prise d'Orléans,\nqui ne signifient pas grand chose. Sous Louis XIII la Pucelle apparaît dans le Ballet\ndes Modes (1633), comme le représentant d'un personnage antique, et assez imprécis. 1\nIl faut attendre la fin du XVIIIe siècle pour voir une orientation de la favuer musicale vers\nJeanne,\nM. Huet attribue cette attitude de la musique, à la lenteur même des progrès de cet art.\nJe ne pense pas tout à fait comme lui. Les romans de chevalerie du moyen âge étaient déjà\nentrés dans le matériel de notre opéra, que personne ne songeait encore à mettre la Pucelle en\nmusique. D'autre part, et sans faire tort aux maîtres qui ont illustré ce sujet de leur art, on\npeut dire qu'aucune Jeanne d'Arc musicalisée n'a atteint un succès définitif. L'histoire de\nJeanne d'Arc ne paraît pas se prêter à une mise en œuvre artistique, du moins dans le domaine\ndu lyrisme. Malgré l'effort des romantiques, malgré la pieuse vénération des catholiques,\n\n1 A ce sujet je ne saurais trop protester contre la mauvaise opinion que M. Huet, à la suite de M.\nGermain Bapst, paraît avoir de la musique des ballets de Louis XIII.\ns"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.149", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3157, "texte": "Jeanne ne représente pas dans l'humanité une de ces figures que l'artiste peut transposer\ndans son imagination, et isoler, en quelque sorte de la réalité historique. N'avons nous pas vu\ntout dernièrement un de nos plus célèbres écrivains, mettre tout son talent à replacer Jeanne\ndans le terre à terre des fait divers de l'histoire. D'autre part l'Eglise en revendiquant pour la\nreligion la gloire de la Pucelle rend encore la tâche de l'artiste plus difficile. En un mot\nJeanne est venue trop tard dans notre Occident, pour que sa légende fasse oublier son histoire.\nVerrons-nous un jour un grand musicien, qui serait en même temps un penseur et un poète,\nsynthétiser en Jeanne d'Arc, comme on l'a fait en Parsifal ou en Œdipe les préoccupations\néternelles et mystérieuses de l'humanité qui rêve ? Je ne le crois pas. Jeanne a maintenant son\nétiquette. Pour les uns elle est Sainte ; pour les autres elle est phénomène historique. Et le\nFrançais, ami des solutions simplistes, s'en tiendra là. L'affaire est classée. Toute la musique\ndu monde n'y changera rien. C'est dommage.\nJ. E.\nRIEMANN (Hugo). Music-Lexikon. (Lpz. Max Hesse in 8° de 1600 p. Mk. 14.)\nTout le monde connaît le Dictionnaire biographique du Professeur H. Riemann. La\nseptième édition que nous avons sous les yeux atteste de l'intérêt de cet instrument indispen-\nsable à tous les travailleurs. L'esprit encyclopédique de M. Riemann était bien fait pour\nconcevoir et réaliser un semblable ouvrage, en lui donnant, dès sa première édition, un\ncaractère d'éminente vulgarisation. Je serais curieux des savoir combien de lecteurs a trouvé le\nLexicon, en France. Cela nous donnerait une statistique intéressante.\nBECK (Jean). La musique des Troubadours. (Collection Laurens in 12°).\nMalgré la difficulté de résumer en 96 pages in 12° un sujet aussi vaste et aussi neuf,\nque celui de la poésie vulgaire musicalisée par le moyen âge, M. Beck a réussi à nous donner\nune idée attrayante de ces questions ardues et controversées. Il ne pouvait guère que présenter\nles éléments d'une initiation première, dont presque tous ses lecteurs avaient besoin. C'est là\nun nouveau pas, fait avec beaucoup de précision et d'assurance, dans la voie de la vulgarisation\nde notre musicologie médiévale. Le volume, selon les traditions de cette collection est orné\nd'une multiple iconographie, qui égaie encore cette étude.\nJ. E.\nBOSCHOT (A.). —Le Faust de Berlioz. (Constallat in 12° de 72 p., 1 fr.)\nCe petit volume est ce qu'on nomme en Allemagne un u Fuehrer \". Il ne contient\ncependant pas de thèmes de musique ; probablement M. Boschot a pensé, avec raison, que\nl'œuvre de Berlioz était trop populaire à Paris pour réclamer encore une analyse thématique.\nCe commentaire condensé arrive parfaitement bien, au moment où l'Opéra nous donne la\nDamnation.\nJ. E.\nLALOY (L.). La musique chinoise. (Collection Laurens in 12°.)\nNotre collègue et ami Laloy, aurait avec une égale facilité écrit un livre en chinois, sur\nla musique française. Il lui a plu de nous donner d'abord un volume français sur la musique\nchinoise. Nous lui en saurons tous gré. Cette musique chinoise ne nous est pas tout à fait"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.150", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3556, "texte": "inconnue depuis que la gamme à cinq tons sévit dans notre modernisme, et nous avons déjà\nmordu à ce fruit exotique sans le savoir. Ce que nous ne connaissions pas, c'est la doctrine, et\nYethos chinois. Le livre de Laloy nous l'apprend avec concision. Il nous montre un ensemble\nd'idées et de convictions esthétiques vieilles de quelques milliers d'années. Je ne connais rien\nde plus passionnant que de surprendre ainsi les premiers pas de nos civilisations musicales.\nUne conclusion se dégage de cet ouvrage précis, c'est que l'humanité musicale a débuté par le\ndogme, par l'abstraction et le formalisme. L'indépendance et la liberté sont des conquêtes\ntardives et toujours discutées.\nJ. E.\nBOTSTIBER (Hugo). Musikbuch aus Oesterreich, année VIL (Vienne C. Fromme\n1910, in 8° de 425 p.)\nExcellent annuaire de la musique en Autriche, rédigé par notre collègue viennois, le\nDr. Botstiber, secrétaire de l'Académie des Beaux-Arts. Je ne peux qu'admirer un pays où\nl'Académie des Beaux-Arts prend elle-même l'initiative de publier un volume, qui chez nous\nest abandonné aux spéculations de librairie. Nous sommes loin encore ici de cette sollicitude.\nLe plan de ce volume ressemble à celui des annuaires de musique qui se publient un peu\npartout. Cependant sa tenue est meilleure que celle de beaucoup d'entre eux. Aucune publicité\nne vient nous rappeler, dans le cours de l'ouvrage que nous sommes ici en présence du bottin\nde la vanité artistique. Quelques articles musicologiques, en tête, nous donnent au contraire\nl'impression qu'il s'agit d'une œuvre sérieuse. Une remarque cependant. Il me semble qu'il\nvaudrait mieux renoncer dans ces annuaires à l'indication sommaire de l'étranger, qu'on veut y\nfaire entrer malgré tout et au prix d'inévitables erreurs. Ainsi, nous apprenons par exemple,\nque notre S. I. M., est édité chez Astruc. Ou bien encore que le Secrétaire de l'Association\ndes Concerts Lamoureux se nomme Vincent d'lndy. Il serait préférable de s'en tenir au pays\nde l'annuaire lui-même. Le livre serait ainsi parfait.\nJ. E.\nDr HUGO RIEMANN : Die Byzantinische notenschrift im 10 bis 15. Jahrhundert.\n(Leipzig, Breitkopf & Haertel, 1909. In-8° grand de 98 pages, avec 8 phototypies et trans-\ncriptions, 5 mark).\nLe savant professeur de l'Université de Leipzig a tour à tour porté ses investigations dans\nles coins les plus divers de la musique. Une étude de lui, déjà assez lointaine, sur les Martyries,\nces curieuses \" clefs \" byzantines, une autre plus récente, sur la Mètrophonie, du chant\nPapadique, indiquait que la musique byzantine avait une porte dans ses préoccupations. La\npublication de mon Catalogue de musique byzantine par la S. I. M. a décidé M. Riemann, au\ncours de l'été dernier, à publier cet ouvrage, où il étudie paléographiquement soixante-dix\nchants attribués à Saint André de Crète, Saint Jean Damanène, Saint Côme, le moine Jean, etc.\nMais l'histoire et la transcription de la musique byzantine sont encore si peu connues, que\nles travaux consacrés à cette science depuis quelques années doivent être considérés comme des\ntravaux d'avancement. Aussi, M. Hugo Riemann, Dom Athanase Qaïsser, le P. Thibaut, et\nmoi-même, qui avons consacré à ce sujet, d'importantes études, ne pas d'accord\nsur plusieurs points. Tantôt deux ou trois d'entre nous pensent de même sur une question, où\nles autres diffèrent d'avis ; tantôt un seul soutient mordicus son opinion, la considérant comme\nla seule vraiment scientifique. Tout cela demanderait une étude d'ensemble, que j'ai bien\nl'intention de faire quelque jour."}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.151", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3317, "texte": "Or, ce dernier ouvrage de M. Riemann est principalement dirigé contre les résultats que\nj'ai proposés dans mon Introduction à la Paléographie musicale byzantine. Mais, si je suis prêt à\nrendre hommage au savant musicologue sur plusieurs points, si je dois même le remercier de\nquelques observations qui relèvent certains détails de mon ouvrage, il n'est pas possible de laisser\nentrer dans le bagage scientifique byzantin toutes les conclusions de M. Riemann. En quelques\nlignes, je ne puis ici instituer une discussion en règle, mais je tiens à relever, page 5, l'opinion\nmanifestement erronée sur l'origine des signes modernes des où M. Riemann voit la\ntransformation des lettres abréviatrices de Dorien, Phygien, Lydien, Mixolydien, tandis que le\ndépouillement que j'ai fait de près de cent manuscrits byzantins de diverses époques, et dont le\nrésultat est consigné pages 25-26 de mon Ca démontre à l'évidence que, par une\névolution continue, ces signes proviennent des quatre premières lettres de l'alphabet, indicatrices\ndes quatre tons authentes.\nD'autre part, la théorie générale de M. Riemann sur ce que j'appellerai la quadrature du\nrythme il l'a appliquée à la musique byzantine, de telle sorte que, bon gré mal gré, les accents\ndoivent régulièrement tomber sur les temps forts d'une mesure à quatre temps, les autres notes\nétant distribuées dans l'intervalle, d'une manière plutôt arbitraire. Il en résulte que, assez\nsouvent où les manuscrits indiquent un temps long, M. Riemann note un son bref, et vice-\nversa, parce que ces indications ne rentrent pas dans sa théorie : c'est grave.\nEnfin, l'idée de M. Riemann de vouloir traduire mélodiquement et en mesure les signes\nd'ornement dont le sens est inconnu, modifient la phrase d'une manière parfois extraordinaire.\nLa méthode suivie dans ce cas, et principalement par suite des règles de la métrophonie, peut\nêtre acceptée lorsqu'il s'agit des chants de l'époque où ces règles se font jour, et spécialement\ndans la seconde moitié du XVIIIe siècle : on ne saurait, à mon avis, les expliquer en aucune\nmanière au déchiffrage des manuscrits du Xe.\nAMÉDEE GASTOUE.\nBULLETIN DE LA SOCIÉTÉ FRANCO-JAPONAISE. (Taris,, Dèc. 1909\nXVII,. p. 82).\nDans un article intitulé: Art japonais et art européen, notes recueillies et traduites\npar M. Ed. Claverie, l'auteur, M. Kakusen Tokunaga, de Tokio, parle de différentes questions\nartistiques. Il est ainsi amené à consacrer quelques pages à la musique. Malheureusement,\nl'auteur ne semble pas posséder son sujet d'une façon complète ; il mêle les subtiles réflexions\némises par notre collègue Louis Laloy, aux tentatives de musique exotique de M. Benedictus,\net va jusqu'à mentionner l'opérette anglaise. Il eut été préférable, ce nous semble, que ce cri-\ntique japonais nous livrât de vrais documents, c'est à dire des musiques des airs japonais...\nGASTON KNOSP.\nBULLETIN DE L'ÉCOLE FRANÇAISE D'EXTRÊME-ORIENT {IX N° 2\net 4. Oet.-Dèc. 1909.)\nCette publication a toujours témoigné d'un haut souci de précision scientifique; les\ntravaux qu'elle livre aux savants sont frappés au coin d'une solide érudition. M. Noël Péri\ny signe une belle et scrupuleuse étude du \" Drame lyrique japonais \", (Le Nô). Que M. Péri\nnous permette cependant une réflexion assez naturelle et que nous suggère le programme qu'il"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.152", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2772, "texte": "s'est tracé ; il nous apprend que le No est avant tout une œuvre lyrique, que divers modes de\nrécitatifs ou de chants rythmés par un orchestre rudimentaire ajoutent leur cadence à celle des vers, que\nle iC Shite\" est à lafois chanteur et danseur... c'est assez dire combien l'intéressant ouvrage de\nM. Péri aurait gagné à se compléter d'une partie musicale, puisque cette dernière, aux dires de\nl'auteur occupe une place assez importante dans le théâtre japonais. Quelques rouleaux phono-\ngraphiques lui auraient permis de curieux enregistrements dont la transcription en notation\naurait constitué un utile apport à son étude.\nCe dont il convient de féliciter M. Péri, c'est de la substantielle bibliographie qu'il établit\ndu répertoire théâtral japonais ; c'est là un précieux outil pour les travailleurs ; sous ce rapport,\nl'auteur s'est acquis un titre à la reconnaissance des érudits japonisants.\nBIBLIOTHEQUE BECKER. Plusieurs revues musicales ont parlé ces temps derniers\nde la bibliothèque vendue à la ville de Lyon par M. Becker de Genève en 1894, et restée\nsoigneusement empaquetée à la Bibliothèque de la Ville, jusqu'au jour où notre confrère\nM. Vallas en fît le dépouillement et la rendit accessible au public. De différents côtés on nous\ndemande quel était ce M. Becker et quelle fut la destinée de ses livres. Georges Becker\nbibliophile naquit dans le Palatinat en 1834, et se fixa en Suisse au Grand Lancy, près Genève.\nIl ne faut pas le confondre avec C. F. Becker l'auteur de la bibliographie bien connue.\nDie Tonwerke des XVP und XVIP Jahrhunderts (Lpz. 1855)» Voici du reste ce que M. Becker\na lui-même l'obligeance de nous écrire.\nLancy le 28 mai 1910.\nMa bibliothèque musicale il y a vingt-cinq ans, était composée de 2500 ouvrages. Quinze\ncents volumes (la partie pratique) sont allés à Lyon par les soins de mon regretté ami le\nDr. Coutagne. Ma collection de psautiers a été vendue en 1886 à M. E. André, banquier à\nParis, et léguée par celui-ci à la Société de Protestatisme. Deux cents ouvrages des XVIe et\nXVIIe siècles ont été éparpillés. Ces dernières années j'ai fait don de 250 à 300 volumes à\ndifférentes bibliothèques de Suisse et les livres qui me restent sont destinés à la Bibliothèque de\nGenève...\n\nG. Becker.\n\nLIVRES REÇUS.\nMAGNETTE (Paul). Les grandes étapes dans l'œuvre de Berlioz. I. La Sym-\nphonie Fantastique. (Liège, Muraille 1908 in-8° de 54 pages).\nAnton Bruckner (Bruxelles, Weissenbruch, in-8° de 22 pages).\nWELLESZ (Egon). J. J. Fux \" Constanza e Fortezza \". (Denkmaeler autrichien\nVienne, Artaria. In fol. de 263 pages. K. 36).\nDAFFNER (Hugo), Musikwissenschaft und Universitaet. (Breitkopf in-120 de\n23 pages. M. 50).\nHAMMERICH (Angul). Musikhistorisk Muséum de Copenhague. (Cop. 1909\nin-8° de 151 pages)."}, {"page_pdf": 153, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.153", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 759, "texte": "UNE VENTE D'AUTOGRAPHES MUSICAUX.\nUne importante réunion d'autographes a été vendue à l'Hôtel Drouot par les soins de\nM. Charavay. Voici quelques prix atteints par les autographes concernant la musique :\nBéranger. 2 lettres : 15 et 31 frs. Méhul. Lettre : 25 frs.\nBerlioz. Lettre : 30 frs. Paganini. Lettre : 40 frs.\n„ Manuscrit aut :40 frs. Piccini. Lettre :26 frs.\nBoieldieu. Lettre : 35 frs. Robert (Pierre). Un Reçu : 22 frs.\nChérubini. Lettre : 10 frs. Rode. Lettre : 15 frs.\nLalande (Michel de). Signature : 12 frs. Rossini. Lettre : 45 frs.\nLe Sueur. Lettre : 14 frs. Sateri. Quittance et morceau de musique\nLully. Un Reçu : 76 frs. autographe : 78 frs.\nLe prix le plus élevé a été atteint par une Mazurka autographe de Chopin : 1110 frs."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c144", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c144", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 145, "image_fin": 152, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.26.2", "titre_corps": "BELLAIGUE C. Gounod. (Collection des Maîtres de la", "titre_sommaire": "BELLAIGUE C. Gounod. (Collection des Maîtres de la", "signature_source": "G. Becker", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 145, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.145", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2315, "texte": "BELLAIGUE C. Gounod. (Collection des Maîtres de la\nmusique. Alcan 1910 in-120).\nRemercions M. Bellaigue d'avoir fixé ses souvenirs sur\nGounod et d'avoir consacré à l'auteur de Faust 300 pages élégantes,\npleines de vues esthétiques nouvelles. M. Bellaigue est avec\nM. Saint Saëns, le meilleur juge de l'œuvre de Gounod, parce\nqu'il a vécu dans sa familiarité, parce qu'il la connaît et parce\nqu'il l'aime.\nGounod représente, dans la musique française, un bel et\nnoble effort d'adaptation. C'est lui, plus encore que Berlioz, qui\na réconcilié l'art d'Auber et de Boïeldieu avec celui de Beethoven\net de Mendelssohn. Il a, comme le dit excellemment M. Bellaigue,\nramené la musique française du dehors au dedans ; il a mis fin a ses\négarements et lui a pour ainsi dire rendu une patrie, celle de\nl'âme et du sentiment. Aussi le caractère dominant de son œuvre\nest-il celui de la conciliation : conciliation du mysticisme et de la\nsensibilité profane, conciliation du romantique et de l'antique,\nconciliation de l'esprit français (car il était infiniment spirituel)\navec la rêverie germanique. Tout cela avec onction, chaleur,\nnaïveté. Et n'est-ce pas dans le duo que la musique de Gounod a toujours triomphe, c est\nà dire dans les moments où il s'agit de fondre dans un même sentiment deux éléments diffé-\nrents, de passer de la dualité à l'unité.\nEn notre pays séparatiste et chicaneur, et vers 1860, cet art de sympathie et de paifait\namour était héroïque. Aujourd'hui, nous le trouvons un peu demode. Pourquoi ? Parce que\nGounod, en ramenant la musique française vers l'intériorité des émotions sentimentales n a\nfait pour ainsi dire que son devoir de musicien de génie. Et on ne sait jamais aux gens de\nfaire leur devoir. De son vivant même Gounod a été dépassé dans la voie ou il s était engage,\ndépassé par ses élèves, dépassé par les Allemands, si bien qu'il s'est trouve dans situation\npénible d'un progressiste qui devient réactionnaire. Il avait mis en marche une génération, i\navait provoqué un mouvement, et dans le temps même qu'il cherchait la formule aitistique\nde son enthousiasme, le siècle l'entraînait au lieu de se laisser guider par lui. L admiiateur de\nMendelssohn se trouvait tout à coup en face de Parsifal et de la Demoiselle Elue. Toute son\nœuvre se ressentit de cette perpétuelle concurrence."}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.146", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 3812, "texte": "Gounod ne parvint pas à arrêter à son profit la marche rapide de l'évolution de notre\nmusique moderne, il ne voulut pas non plus la suivre. Tel était sa crainte des excès, son goût\nde l'opportunisme. Et peut-être doit-on voir dans ces hésitations l'influence de Rome, qui fut\nextrême chez Gounod. S'il est au monde une ville antimusicale, c'est bien la Rome des\nCésars et des Papes, lieu de diplomatie et d'administration, centre ambitieux d'éternité et de\nperpétuel statu quo, dont la plus grande gloire se résume dans le Pontifex, l'ingénieur des\nponts et chaussées ! Dans le musicien Gounod s'aperçoit clairement la lutte des deux grandes\nénergies qui stimulent l'activité humaine, celle de la vie intérieure (Bach, Beethoven,\nMendelssohn) et celle de la vie extérieure (Rome). Et l'originalité de l'auteur de Faust est\nprécisément d'avoir cherché un compromis entre ces deux puissances, compromis délicieusement\ninstable.\nM. Bellaigue semble tenté de faire un mérite à Gounod de cette réserve prudente. Et\nc'est bien son droit. Il y a là en effet une certaine modération à laquelle les Français ont\ntoujours été sensibles en musique. Toutefois, il faudrait se garder d'opposer cette apparente\nsimplicité à la complexité d'un Wagner, comme le tente plusieurs fois dans ce livre M.\nBellaigue. S'il est bien entendu que Gounod a cédé à l'entraînement des grands maîtres\nAllemands, et s'est engagé à leur suite dans la voie qui mène à la complexité des sentiments\nintimes, s'il l'on tombe d'accord pour reconnaître que cette orientation est la caractéristique\nde son génie, et représente la nouveauté apportée par lui dans la musique française, alors\nGounod n'est qu'un prédécesseur de Schumann et de Wagner, et il n'y a qu'une différence de\nmesure entre Sapho et Brunnhilde, entre Roméo et Tristan. M. Bellaigue, reprenant une\nargumentation chère à l'esthétique française, voudrait opposer \" le conflit des pensées innombrables\net véhémentes \" de Wagner à u Tunité de la sereine et profonde pensée \" chez Gounod. Il voudrait\nnous faire admettre qu'il y a dans Gounod un effort de concentration et de réduction à\nl'unité tout aussi puissant que l'amoncellement édifié par Wagner. Hé bien non. Sans même\nentrer dans le fond du début, qui est celui du classicisme et du romantisme4 on doit avouer\nque Gounod ne procède pas par concentration mais par élimination. Comme le dit si bien\nM. Bellaigue \" il se restreint a ce qu 'il sent le mieux convenir a la discrétion et a Vintimité de son\ngénie \". Son goût, son tempérament le portent vers les paysages d'âmes qui sont ceux de\nShakespeare, de Goethe et de Wagner, mais arrivé là, son audace tombe. Il choisit dans Faust\nl'épisode de Marguerite ; il passe à côté de Schopenhauer et s'en tient à l'antithèse du\nrossignol et de l'alouette. Devant ce flot qui monte de la musique moderne, Gounod ne se\nsent pas en sûreté ; sa religion s'alarme ; il cherche son salut du côté de l'oratorio. L'exaltation\nqu'il a connue jadis à la Villa Médicis en 1840, lorsque Fanny Mendelssohn lui jouait les\nœuvres allemandes, il voudrait la capter au profit de ses convictions religieuses, de son idéal\nsecond empire, de son esthétique romaine. Mais Y esprit de la musique, était ailleurs déjà, il\ncomposait le quatuor de Franck, il préparait Fervaal, la Bonne Chanson, Tod und Verklaerung.\nGounod, comme toute l'école française qui procède immédiatement de lui, n'a pu se livrer\nsans réserves au sentiment musical. Il fut par contre laissons lui ce beau rôle - un\nmerveilleux initiateur. A notre musique française, asservie par l'opéra, et brutalisée par Berlioz,\nil a rendu la confiance, le sourire et la beauté. Ne lui demandons pas davantage.\nJ. E.\nLEICHTENTRITT (HUGO). Geschichte der Musik von W. AMBROS. Band IV.\n(Lpz. Leuckart, 1909 in-8° de 906 pp. Mk. 15.)"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.147", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3868, "texte": "Je suis bien en retard avec cet ouvrage de notre excellent collègue le Dr. Leichtentritt.\nMais un in-octavo de cette importance ne se parcourt pas en quelques heures. Il ne s'agit rien\nmoins ici que de la refonte complète du tome IV de l'histoire de la musique d'Ambros, parue en\n1878 et que M. Leichtentritt a doublé en 1909. Que l'on songe en effet à tout ce qui s'est\npassé dans la musicologie depuis trente ans 1\nCe volume traite de la musique italienne de 1550 à 1650, c'est à dire de l'époque\npalestinienne et de la grande révolution de la monodie. Il n'est pas sans doute en Europe de\nmoment plus impressionnant dans notre histoire artistique. Cet apogée de la polyphonie,\nimmédiatement suivi d'une réaction totale, intransigeante, est un spectacle bien curieux. Et\nvraiment on serait fondé à croire que Palestrina, avec son idéal d'un art compréhensible et\nverbal, a été un homophone beaucoup plutôt qu'un polyphone. Ce que l'Eglise repoussait\n(et depuis longtemps) dans la polyphon:e, c'était l'indépendance des parties, et la prédominance\ndu sentiment musical sur le sens intellectuel des mots. Palestrina l'homme de cette réforme,\nn'a-t-il pas été l'instrument de la réduction à l'unité, si rapidement accomplie par l'opéra, après\nlui, et presque à côté de lui ?\nM. Leichtentritt avait, on le voit, la part très belle. Il dut cependant tenir compte de\nl'auteur qu'il représentait au public, et Ambros avait ses points de vue. M. L. les a conservés,\ntout en ajoutant ses idées personnelles ; le livre perd en unité, mais il gagne en sincérité. Les\ngrands travaux sur lesquels M. L. eut à s'appuyer furent ceux du Dr. Vogel, de Haberl, de\nKretzschmar, de Goldschmidt et de Romain Rolland. On est heureux de citer un nom\nfrançais parmi tant d'étrangers, et pour nous, cet isolement est à méditer. Dans l'histoire d'un\nmoment essentiel de notre évolution musicale, la France se trouve représentée par un seul\nérudit ! Cela est fâcheux, et devrait faire réfléchir nos candidats aux doctorat, pour lesquels il\nne paraît pas exister d'autres sujets que ceux du XVII-XVIIP siècle parisien. La spécialisation\na du bon, mais vraiment Rameau commence à être connu. Les monodistes italiens de 1640\nne le sont pas du tout, et, pour nous modernes, leurs \" lieds \" sont infiniment plus intéressants\nque les musiques de fermiers généraux qui sévissaient en France vers 1750. Que dire de\nLuca Marenzio ? Que dire sur tout de ce prodigieux Gesualdo, prince de Venose, le Debussy\nitalien, l'homme qui a réellement tout osé, tout tenté en fait d'aggrégations sonores ? Voilà des\nhommes avec lesquels l'histoire de la musique devrait nous faire reprendre contact. C'est son\ndevoir.\nJ'espère que le volume de M. Leichtentritt attirera la curiosité des lecteurs, des auditeurs\ndes travailleurs et des organisateurs de concerts vers ce grand siècle de l'art musical italien, et\nque les textes, cités par lui en si grand nombre, piqueront la curiosité de tous les curieux de\nmusique rétrospective. J* E.\nBARCLAY SQUIRE. Catalogue of the printed Music in the Library of the Royal\nCollège of Music, London. (London, Novelle, in 40 de 368 pp.)\nCette bibliothèque du Royal Collège n'est pas destinée aux historiens, mais a la consul-\ntation d'élèves. Elle contient cependant bon nombre d'ouvrages anciens et rares. Car son\npremier fond lui est venu de l'achat de la bibliothèque de la \" Sacred Harmony Society, dont\nl'inventaire a été publié en 1872, et qui formait une série très respectable. Puis vinrent\ns'ajouter la bibliothèque des \" Concerts of Ancient Music \", offerte par la Reine Victoria, la\nbibliothèque désir George Grove, celle de la \"Musical Union,\" plusieurs autres, et des\ndoubles du British Muséum. Le présent volume, fort minutieusement rédigé par notre collègue\nM. Barclay Squire, ne contient que les ouvrages de musique pratique imprimés (y compris les"}, {"page_pdf": 148, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.148", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 3416, "texte": "méthodes). Un autre volume donnera les manuscrits. Un troisième sera réservé aux ouvrages\nthéoriques. Quand aurons-nous traversé cet âge de bibliographie, et pourrons-nous, posséder le\ngrand inventaire général des livres de musique du monde entier ?\nINTERNATIONALE MUSIKGESELLSCHAFT ; 111 Kongress. (Artaria à Vienne\net Breitkopf à Leipzig, in 8° de 700 pp.)\nVoici que paraissent enfin les Actes de notre congrès de Vienne. Cet ouvrage est un\nvéritable monument élevé à la science et à l'histoire de la musique, et dont notre Société\nInternationale peut être fîère. Qui l'eut dit, il y a 11 ans, quand notre Société s'est formée\ntimidement, au milieu des rivalités de personnes et d'institutions, que nous arriverions à\ngrouper en une magnifique manifestation tout ce que le monde de l'érudition compte de\nsavants et de travailleurs éminents* Ceux qui n'ont pas compris ce mouvement de la solidarité\nou qui auraient voulu le confisquer à leur profit, se voient aujourd'hui perdus et impuissants\ndans le domaine de la musicologie organisée.\nJe me garderais de rendre compte dès maintenant de ce volume. Je le réserve pour la\npériode d'été où les obligations de la vie parisienne nous laissent quelque répit. Je tiens cepen-\nà féliciter l'éminent Professeur Guido Adler qui a été l'âme du Congrès, et MM. Koczirz et\nHaas qui en furent les bsas actifs et rapides. J. E.\nHUET (Emile). Jeanne <TArc et la musique. (Orléans, 11 rue Jeanne d'Arc I9°9>\nin 8° de 230 p.)\nCe livre est la seconde édition d'un volume qui parut en 1894, et que son auteur a\nconsidérablement augmenté. Il s'agit de nous présenter ici une bibliographie de toutes les\nœuvres que la Pucelle a pu inspirer au sentiment musical de ses admirateurs. Car on a chanté\nJeanne d'Arc et un peu en toutes les langues de l'Europe. De Tschaikowski à Dubois, de\nGounod à Liszt, de Widor à Verdi, un grand nombre de compositeurs ont été séduits par la\nmystique légende de Jeanne. Les uns lui ont consacré un lied, d'autres un poème d'orchestre\net chœurs, d'autres un opéra tout entier.\nChose singulière, la chanson populaire ne s'est emparé de ce sujet qu'assez tard. On ne\ntrouve pas dès le quinzième siècle un mouvement musical en faveur de la Pucelle. M. Huet\ncite un motet, perdu d'ailleurs d'Elsy d'Amerval (1483) et un mystère de la prise d'Orléans,\nqui ne signifient pas grand chose. Sous Louis XIII la Pucelle apparaît dans le Ballet\ndes Modes (1633), comme le représentant d'un personnage antique, et assez imprécis. 1\nIl faut attendre la fin du XVIIIe siècle pour voir une orientation de la favuer musicale vers\nJeanne,\nM. Huet attribue cette attitude de la musique, à la lenteur même des progrès de cet art.\nJe ne pense pas tout à fait comme lui. Les romans de chevalerie du moyen âge étaient déjà\nentrés dans le matériel de notre opéra, que personne ne songeait encore à mettre la Pucelle en\nmusique. D'autre part, et sans faire tort aux maîtres qui ont illustré ce sujet de leur art, on\npeut dire qu'aucune Jeanne d'Arc musicalisée n'a atteint un succès définitif. L'histoire de\nJeanne d'Arc ne paraît pas se prêter à une mise en œuvre artistique, du moins dans le domaine\ndu lyrisme. Malgré l'effort des romantiques, malgré la pieuse vénération des catholiques,\n\n1 A ce sujet je ne saurais trop protester contre la mauvaise opinion que M. Huet, à la suite de M.\nGermain Bapst, paraît avoir de la musique des ballets de Louis XIII.\ns"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.149", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3157, "texte": "Jeanne ne représente pas dans l'humanité une de ces figures que l'artiste peut transposer\ndans son imagination, et isoler, en quelque sorte de la réalité historique. N'avons nous pas vu\ntout dernièrement un de nos plus célèbres écrivains, mettre tout son talent à replacer Jeanne\ndans le terre à terre des fait divers de l'histoire. D'autre part l'Eglise en revendiquant pour la\nreligion la gloire de la Pucelle rend encore la tâche de l'artiste plus difficile. En un mot\nJeanne est venue trop tard dans notre Occident, pour que sa légende fasse oublier son histoire.\nVerrons-nous un jour un grand musicien, qui serait en même temps un penseur et un poète,\nsynthétiser en Jeanne d'Arc, comme on l'a fait en Parsifal ou en Œdipe les préoccupations\néternelles et mystérieuses de l'humanité qui rêve ? Je ne le crois pas. Jeanne a maintenant son\nétiquette. Pour les uns elle est Sainte ; pour les autres elle est phénomène historique. Et le\nFrançais, ami des solutions simplistes, s'en tiendra là. L'affaire est classée. Toute la musique\ndu monde n'y changera rien. C'est dommage.\nJ. E.\nRIEMANN (Hugo). Music-Lexikon. (Lpz. Max Hesse in 8° de 1600 p. Mk. 14.)\nTout le monde connaît le Dictionnaire biographique du Professeur H. Riemann. La\nseptième édition que nous avons sous les yeux atteste de l'intérêt de cet instrument indispen-\nsable à tous les travailleurs. L'esprit encyclopédique de M. Riemann était bien fait pour\nconcevoir et réaliser un semblable ouvrage, en lui donnant, dès sa première édition, un\ncaractère d'éminente vulgarisation. Je serais curieux des savoir combien de lecteurs a trouvé le\nLexicon, en France. Cela nous donnerait une statistique intéressante.\nBECK (Jean). La musique des Troubadours. (Collection Laurens in 12°).\nMalgré la difficulté de résumer en 96 pages in 12° un sujet aussi vaste et aussi neuf,\nque celui de la poésie vulgaire musicalisée par le moyen âge, M. Beck a réussi à nous donner\nune idée attrayante de ces questions ardues et controversées. Il ne pouvait guère que présenter\nles éléments d'une initiation première, dont presque tous ses lecteurs avaient besoin. C'est là\nun nouveau pas, fait avec beaucoup de précision et d'assurance, dans la voie de la vulgarisation\nde notre musicologie médiévale. Le volume, selon les traditions de cette collection est orné\nd'une multiple iconographie, qui égaie encore cette étude.\nJ. E.\nBOSCHOT (A.). —Le Faust de Berlioz. (Constallat in 12° de 72 p., 1 fr.)\nCe petit volume est ce qu'on nomme en Allemagne un u Fuehrer \". Il ne contient\ncependant pas de thèmes de musique ; probablement M. Boschot a pensé, avec raison, que\nl'œuvre de Berlioz était trop populaire à Paris pour réclamer encore une analyse thématique.\nCe commentaire condensé arrive parfaitement bien, au moment où l'Opéra nous donne la\nDamnation.\nJ. E.\nLALOY (L.). La musique chinoise. (Collection Laurens in 12°.)\nNotre collègue et ami Laloy, aurait avec une égale facilité écrit un livre en chinois, sur\nla musique française. Il lui a plu de nous donner d'abord un volume français sur la musique\nchinoise. Nous lui en saurons tous gré. Cette musique chinoise ne nous est pas tout à fait"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.150", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3556, "texte": "inconnue depuis que la gamme à cinq tons sévit dans notre modernisme, et nous avons déjà\nmordu à ce fruit exotique sans le savoir. Ce que nous ne connaissions pas, c'est la doctrine, et\nYethos chinois. Le livre de Laloy nous l'apprend avec concision. Il nous montre un ensemble\nd'idées et de convictions esthétiques vieilles de quelques milliers d'années. Je ne connais rien\nde plus passionnant que de surprendre ainsi les premiers pas de nos civilisations musicales.\nUne conclusion se dégage de cet ouvrage précis, c'est que l'humanité musicale a débuté par le\ndogme, par l'abstraction et le formalisme. L'indépendance et la liberté sont des conquêtes\ntardives et toujours discutées.\nJ. E.\nBOTSTIBER (Hugo). Musikbuch aus Oesterreich, année VIL (Vienne C. Fromme\n1910, in 8° de 425 p.)\nExcellent annuaire de la musique en Autriche, rédigé par notre collègue viennois, le\nDr. Botstiber, secrétaire de l'Académie des Beaux-Arts. Je ne peux qu'admirer un pays où\nl'Académie des Beaux-Arts prend elle-même l'initiative de publier un volume, qui chez nous\nest abandonné aux spéculations de librairie. Nous sommes loin encore ici de cette sollicitude.\nLe plan de ce volume ressemble à celui des annuaires de musique qui se publient un peu\npartout. Cependant sa tenue est meilleure que celle de beaucoup d'entre eux. Aucune publicité\nne vient nous rappeler, dans le cours de l'ouvrage que nous sommes ici en présence du bottin\nde la vanité artistique. Quelques articles musicologiques, en tête, nous donnent au contraire\nl'impression qu'il s'agit d'une œuvre sérieuse. Une remarque cependant. Il me semble qu'il\nvaudrait mieux renoncer dans ces annuaires à l'indication sommaire de l'étranger, qu'on veut y\nfaire entrer malgré tout et au prix d'inévitables erreurs. Ainsi, nous apprenons par exemple,\nque notre S. I. M., est édité chez Astruc. Ou bien encore que le Secrétaire de l'Association\ndes Concerts Lamoureux se nomme Vincent d'lndy. Il serait préférable de s'en tenir au pays\nde l'annuaire lui-même. Le livre serait ainsi parfait.\nJ. E.\nDr HUGO RIEMANN : Die Byzantinische notenschrift im 10 bis 15. Jahrhundert.\n(Leipzig, Breitkopf & Haertel, 1909. In-8° grand de 98 pages, avec 8 phototypies et trans-\ncriptions, 5 mark).\nLe savant professeur de l'Université de Leipzig a tour à tour porté ses investigations dans\nles coins les plus divers de la musique. Une étude de lui, déjà assez lointaine, sur les Martyries,\nces curieuses \" clefs \" byzantines, une autre plus récente, sur la Mètrophonie, du chant\nPapadique, indiquait que la musique byzantine avait une porte dans ses préoccupations. La\npublication de mon Catalogue de musique byzantine par la S. I. M. a décidé M. Riemann, au\ncours de l'été dernier, à publier cet ouvrage, où il étudie paléographiquement soixante-dix\nchants attribués à Saint André de Crète, Saint Jean Damanène, Saint Côme, le moine Jean, etc.\nMais l'histoire et la transcription de la musique byzantine sont encore si peu connues, que\nles travaux consacrés à cette science depuis quelques années doivent être considérés comme des\ntravaux d'avancement. Aussi, M. Hugo Riemann, Dom Athanase Qaïsser, le P. Thibaut, et\nmoi-même, qui avons consacré à ce sujet, d'importantes études, ne pas d'accord\nsur plusieurs points. Tantôt deux ou trois d'entre nous pensent de même sur une question, où\nles autres diffèrent d'avis ; tantôt un seul soutient mordicus son opinion, la considérant comme\nla seule vraiment scientifique. Tout cela demanderait une étude d'ensemble, que j'ai bien\nl'intention de faire quelque jour."}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.151", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3317, "texte": "Or, ce dernier ouvrage de M. Riemann est principalement dirigé contre les résultats que\nj'ai proposés dans mon Introduction à la Paléographie musicale byzantine. Mais, si je suis prêt à\nrendre hommage au savant musicologue sur plusieurs points, si je dois même le remercier de\nquelques observations qui relèvent certains détails de mon ouvrage, il n'est pas possible de laisser\nentrer dans le bagage scientifique byzantin toutes les conclusions de M. Riemann. En quelques\nlignes, je ne puis ici instituer une discussion en règle, mais je tiens à relever, page 5, l'opinion\nmanifestement erronée sur l'origine des signes modernes des où M. Riemann voit la\ntransformation des lettres abréviatrices de Dorien, Phygien, Lydien, Mixolydien, tandis que le\ndépouillement que j'ai fait de près de cent manuscrits byzantins de diverses époques, et dont le\nrésultat est consigné pages 25-26 de mon Ca démontre à l'évidence que, par une\névolution continue, ces signes proviennent des quatre premières lettres de l'alphabet, indicatrices\ndes quatre tons authentes.\nD'autre part, la théorie générale de M. Riemann sur ce que j'appellerai la quadrature du\nrythme il l'a appliquée à la musique byzantine, de telle sorte que, bon gré mal gré, les accents\ndoivent régulièrement tomber sur les temps forts d'une mesure à quatre temps, les autres notes\nétant distribuées dans l'intervalle, d'une manière plutôt arbitraire. Il en résulte que, assez\nsouvent où les manuscrits indiquent un temps long, M. Riemann note un son bref, et vice-\nversa, parce que ces indications ne rentrent pas dans sa théorie : c'est grave.\nEnfin, l'idée de M. Riemann de vouloir traduire mélodiquement et en mesure les signes\nd'ornement dont le sens est inconnu, modifient la phrase d'une manière parfois extraordinaire.\nLa méthode suivie dans ce cas, et principalement par suite des règles de la métrophonie, peut\nêtre acceptée lorsqu'il s'agit des chants de l'époque où ces règles se font jour, et spécialement\ndans la seconde moitié du XVIIIe siècle : on ne saurait, à mon avis, les expliquer en aucune\nmanière au déchiffrage des manuscrits du Xe.\nAMÉDEE GASTOUE.\nBULLETIN DE LA SOCIÉTÉ FRANCO-JAPONAISE. (Taris,, Dèc. 1909\nXVII,. p. 82).\nDans un article intitulé: Art japonais et art européen, notes recueillies et traduites\npar M. Ed. Claverie, l'auteur, M. Kakusen Tokunaga, de Tokio, parle de différentes questions\nartistiques. Il est ainsi amené à consacrer quelques pages à la musique. Malheureusement,\nl'auteur ne semble pas posséder son sujet d'une façon complète ; il mêle les subtiles réflexions\némises par notre collègue Louis Laloy, aux tentatives de musique exotique de M. Benedictus,\net va jusqu'à mentionner l'opérette anglaise. Il eut été préférable, ce nous semble, que ce cri-\ntique japonais nous livrât de vrais documents, c'est à dire des musiques des airs japonais...\nGASTON KNOSP.\nBULLETIN DE L'ÉCOLE FRANÇAISE D'EXTRÊME-ORIENT {IX N° 2\net 4. Oet.-Dèc. 1909.)\nCette publication a toujours témoigné d'un haut souci de précision scientifique; les\ntravaux qu'elle livre aux savants sont frappés au coin d'une solide érudition. M. Noël Péri\ny signe une belle et scrupuleuse étude du \" Drame lyrique japonais \", (Le Nô). Que M. Péri\nnous permette cependant une réflexion assez naturelle et que nous suggère le programme qu'il"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.152", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2261, "texte": "s'est tracé ; il nous apprend que le No est avant tout une œuvre lyrique, que divers modes de\nrécitatifs ou de chants rythmés par un orchestre rudimentaire ajoutent leur cadence à celle des vers, que\nle iC Shite\" est à lafois chanteur et danseur... c'est assez dire combien l'intéressant ouvrage de\nM. Péri aurait gagné à se compléter d'une partie musicale, puisque cette dernière, aux dires de\nl'auteur occupe une place assez importante dans le théâtre japonais. Quelques rouleaux phono-\ngraphiques lui auraient permis de curieux enregistrements dont la transcription en notation\naurait constitué un utile apport à son étude.\nCe dont il convient de féliciter M. Péri, c'est de la substantielle bibliographie qu'il établit\ndu répertoire théâtral japonais ; c'est là un précieux outil pour les travailleurs ; sous ce rapport,\nl'auteur s'est acquis un titre à la reconnaissance des érudits japonisants.\nBIBLIOTHEQUE BECKER. Plusieurs revues musicales ont parlé ces temps derniers\nde la bibliothèque vendue à la ville de Lyon par M. Becker de Genève en 1894, et restée\nsoigneusement empaquetée à la Bibliothèque de la Ville, jusqu'au jour où notre confrère\nM. Vallas en fît le dépouillement et la rendit accessible au public. De différents côtés on nous\ndemande quel était ce M. Becker et quelle fut la destinée de ses livres. Georges Becker\nbibliophile naquit dans le Palatinat en 1834, et se fixa en Suisse au Grand Lancy, près Genève.\nIl ne faut pas le confondre avec C. F. Becker l'auteur de la bibliographie bien connue.\nDie Tonwerke des XVP und XVIP Jahrhunderts (Lpz. 1855)» Voici du reste ce que M. Becker\na lui-même l'obligeance de nous écrire.\nLancy le 28 mai 1910.\nMa bibliothèque musicale il y a vingt-cinq ans, était composée de 2500 ouvrages. Quinze\ncents volumes (la partie pratique) sont allés à Lyon par les soins de mon regretté ami le\nDr. Coutagne. Ma collection de psautiers a été vendue en 1886 à M. E. André, banquier à\nParis, et léguée par celui-ci à la Société de Protestatisme. Deux cents ouvrages des XVIe et\nXVIIe siècles ont été éparpillés. Ces dernières années j'ai fait don de 250 à 300 volumes à\ndifférentes bibliothèques de Suisse et les livres qui me restent sont destinés à la Bibliothèque de\nGenève...\n\nG. Becker."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c145", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c145", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 152, "image_fin": 152, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.26.3", "titre_corps": "LIVRES REÇUS.", "titre_sommaire": "LIVRES REÇUS.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 152, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.152", "debut_caractere": 2263, "fin_caractere_exclue": 2772, "texte": "LIVRES REÇUS.\nMAGNETTE (Paul). Les grandes étapes dans l'œuvre de Berlioz. I. La Sym-\nphonie Fantastique. (Liège, Muraille 1908 in-8° de 54 pages).\nAnton Bruckner (Bruxelles, Weissenbruch, in-8° de 22 pages).\nWELLESZ (Egon). J. J. Fux \" Constanza e Fortezza \". (Denkmaeler autrichien\nVienne, Artaria. In fol. de 263 pages. K. 36).\nDAFFNER (Hugo), Musikwissenschaft und Universitaet. (Breitkopf in-120 de\n23 pages. M. 50).\nHAMMERICH (Angul). Musikhistorisk Muséum de Copenhague. (Cop. 1909\nin-8° de 151 pages)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c146", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c146", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 153, "image_fin": 153, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.26.4", "titre_corps": "UNE VENTE D'AUTOGRAPHES MUSICAUX.", "titre_sommaire": "UNE VENTE D'AUTOGRAPHES MUSICAUX.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 153, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.153", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 759, "texte": "UNE VENTE D'AUTOGRAPHES MUSICAUX.\nUne importante réunion d'autographes a été vendue à l'Hôtel Drouot par les soins de\nM. Charavay. Voici quelques prix atteints par les autographes concernant la musique :\nBéranger. 2 lettres : 15 et 31 frs. Méhul. Lettre : 25 frs.\nBerlioz. Lettre : 30 frs. Paganini. Lettre : 40 frs.\n„ Manuscrit aut :40 frs. Piccini. Lettre :26 frs.\nBoieldieu. Lettre : 35 frs. Robert (Pierre). Un Reçu : 22 frs.\nChérubini. Lettre : 10 frs. Rode. Lettre : 15 frs.\nLalande (Michel de). Signature : 12 frs. Rossini. Lettre : 45 frs.\nLe Sueur. Lettre : 14 frs. Sateri. Quittance et morceau de musique\nLully. Un Reçu : 76 frs. autographe : 78 frs.\nLe prix le plus élevé a été atteint par une Mazurka autographe de Chopin : 1110 frs."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c148", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c148", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 154, "image_fin": 155, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.27", "titre_corps": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 154, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.154", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2848, "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSECTION DE PARIS - SÉANCE DU 20 JUIN 1910\nLa séance est ouverte à 4 heures et demie chez MM. Gaveau, sous la présidence de\nCharles Malherbe, président.\nEtaient présents : MM. Prod'homme, Ecorcheville, Poirée, A. Laugier, I. Philipp,\nCh. Legrand, Lefeuve, Wagner, Ruelle, Gaveau, Greilsamer, A, de Bertha, Mmes Lefeuve,\nGallet, Mlles Pereyra et Daubresse.\nAprès la lecture du procès verbal de la dernière séance, M. Ecorcheville annonce que la\ncommunication sur le Launeddas a attiré l'attention de notre collège M. Théodore Reinach,\nauquel a été envoyé l'instrument présenté à la section et le texte de M. Fara Dessy.\nLe président prend la parole pour expliquer l'ordre du jour qui a trait à la revue S. I. M.\nIl rappelle que cette revue fait partie des publications auxquelles la section accorde son patron-\nnage et le droit de se servir de la mention : Publications de la Société Internationale de musique\n{Section de Paris\\ et ajoute que cette mention devra être rétablie sur la revue de préférence à\nla rédaction qui figure actuellement, dès que cela sera possible. Les droits de la section et le lien\nqui la rattache à cette publication périodique seront ainsi précisés, tout en reconnaissant\nd'autre part à M. Ecorcheville la propriété de la revue elle-même, avec son titre, format et\ncouverture. Cette proposition est adoptée à l'unanimité.\nLe président ajoute qu'il est heureux de constater que la prospérité de notre organe\nmensuel a rendu nécessaire la présence d'un secrétaire de rédaction, et demande à la section de\nremercier notre collègue M. Charles Legrand, qui a bien voulu assumer cette tâche.\nLa président donne ensuite lecture d'une lettre qui demande : i° que nos séances aient\nlieu à des dates fixes ; 2° que la durée des communications soit limitée ; 30 que chacun de nos\nmembres s'engagent à donner une communication par an.\nCes différents articles sont mis en discussion. La section se prononce en faveur de la\nfixation d'un quantième fixé pour chaque mois au début de la saison. Elle adopte la limite de\n45 minute pour la durée comme un maximum pour les communications, en faisant observer\nque la musique, qui sert souvent d'illustration à ces communications, n'est pas comprise dans\ncette limite. Enfin elle émet le vœux de voir le plus grand nombre possible de nos membres\nprésenter des communications à nos séances.\nM. I. Philip a la parole. Il invite la section à demander officiellement la croix de la légion\nd'honneur pour le grand pianiste FERUCCIO BUSONI. A ce propos M. Greilsamer fait observer\nque la France se montre toujours fort généreuse de décorations lorsqu'il s'agit d'artistes étrangers,\nmais qu'elle se soucie très peu de demander à l'étranger des décorations pour ses propres\nnationaux. La section s'associe toute entière au vœu présenté par M. Philipp et le président"}, {"page_pdf": 155, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.155", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 538, "texte": "s'engage à faire à bref délai une démarche officieuse au ministère des Affaires Etrangères. Une\ndélégation de la Société sera ensuite reçue officiellement et insistera en ce sens auprès du\nMinistre.\nLe secrétaire met la section au courant des démarches qu'il a faites et qui sont sur le point\nd'aboutir, pour faire apposer des plaques commémoratives sur les maisons de Paris où ont résidé\nMozart et Chopin. Il exprime le désir qu'il en soit fait de même pour la maison habitée par\nWagner.\nLa séance est levée à 6 heures 1/4."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c150", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c150", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.28", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1423, "texte": "COMITÉ DE PUBLICATION DE LA S. I. M.\nPRÉSIDENT :\nCH. MALHERBE. Bibliothécaire de l'Opéra.\nMEMBRES :\nA. BOSCHOT, Critique Musical.\nM. BRENET.\nL. DAURIAC, Conservateur de la Biblio-\nthèque Victor Cousin.\nJ. ECORCHEVILLE, Docteur ès-Lettres.\nM. EMMANUEL, Professeur d'Histoire de\nla Musique au Conservatoire.\nI-#. DE LA LAURENCIE.\nL. LALOY, Docteur ès-Lettres.\nE. POIRÉE, Conservateur adjoint de la\nBibliothèque Ste Geneviève.\nG. PROD'HOMME, Critique Musical.\nJ. TIERSOT, Bibliothécaire du Conserva-\ntoire.\nE. WAGNER.\n'\n\"A\nCOMITÉ CONSULTATIF ARTISTIQUE\nDE LA\nf /\nSOCIETE FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE\nMM.\nR. BRUSSEL,\nG. CARRAUD,\nJ. CHANTAVOINE,\nA. DE CHEVIGNÉ,\nA. CoQUARD,\nH. DE CURZON,\nM. ËMMANUEL,\nB. DE FOURCAUD,\nA. JULLIEN,\nL. LALOY,\nH. LICHTENBERGER,\nP. LOCARD,\nCH. MALHERBE,\nJ. MARNOLD,\nG. DE PAWLOWSKI,\nG. PLOCH,\nL. SCHNEIDER,\nP. SOUDAY,\nE. STOULLIG,\nJ. TIERSOT,\nyy\nyy\ny y\nyy\nyy\ny y\nyy\nCritique Musical du Figaro.\nde La Liberté.\nde la Revue Hebdomadaire.\ndu New-York\nr\nde l'Echo de Paris.\nRédacteur en Chef du Guide Musical.\nProfesseur d'histoire de la musique au Conservatoire\nde Musique.\nCritique Musical du Gaulois.\ndes Débats.\nde la Grande Revue.\nde V Opinion.\ndu Petit Journal.\nBibliothécaire de V Opéra.\nCritique Musical du Mercure de France.\nRédacteur en Chef de Comœdia.\n\" \" de Musica.\nCritique Musical du Gil B\nde r Éclair.\ndu Monde artiste.\nBibliothécaire du Conservatoire\nyy\nyy\nyy\nyy\nyy\nyy\nyy\nyy\nyy\ny 9\n35"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c151", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c151", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.29", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.3", "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 95, "texte": "AGENCE MUSICALE E. DEMETS, 2, RUE DE LOUVOIS PAIRS (Ile ARR.)\nEXTRAIT DU CATALOGUE GÉNÉRAL"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c152", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c152", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.30", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.3", "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 2385, "texte": "CHANT ET PIANO\nBECLARD (M.). L'amour par terre (P. Verlaine) . 2.50\nPéristéris (Leconte de Lisle) 2.50\nLe Sentier (M. Bouchor) 1.70\nSilence ! (A. Samain) 1.70\nBERTELIN (A). La Chimère (A. Samain) . . . 2.50\nDans le cristal des eaux (A. Samain) 1.70\nDilection (A. Samain) 1.70\nUne douceur splendide (A. Samain) 2.00\nCHANSAREL (René). Caresses (Jean de l'Estoille) . 1.50\nDédicace (Tristan Klingsor) 1.00\nL'lnvitation au Voyage (Ch. Baudelaire) . . . 2.50\nPastel (Gustave Soulier) 1.50\nSonnet élégiaque (P. de Ronsard) 2.00\nRequiem d'Amour (L. Taillade) 1.50\nCRÈVECŒUR (de) Chant de mort (M. Heim) . 1.50\nLa prairie permanente (M. Danguet) 1.50\nDÉODAT DE SEVÉRAC.\nChanson de Blaisine(M. Magré) 1.50\nLe Chevrier (P. Rey) » 1.70\nLes Cors (P. Rey) 2.00\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren) 1.70\nL'lnfidèle (Maeterlinck) 1.70\nDUPARC (H.). La Fuite (Th. Gauthier) duo pour\nSoprano et Ténor 2.50\nHERVÉ (Raymond). Au large (L. Even) . . . . 1.75\nLes Fontaines (L. Even) 2.00\nLes Jardins (L.Even) 1.75\nMarine (L. Even) 1.00\nKOMITAS WARDAPET. La Lyre arménienne,\nrecueil de chansons rustiques 10.00\nLABEY (M.). Chanson du rayon de lune (Guy de\nMaupassant) 2.50\nDe sa grande Amye (C. Marot) 1.50\nRondel (Ch. d'Orléans) 1.50\nLAMOTTE (Daniel). Chansons naïves (Paul Gérardy)\nI. Il neige. 11. Amour mauvais. 111. Croix de bois 4.00\nPOLLET (M.). 3 Chansons de Bilitis (Pierre Louys).\nI. La Pluie. 11. Volupté. 111. Le Souvenir de Mna~\nsidika 4.00\nRAVEL (M.). D'Anne jouant de l'Espinette . . . 1.00\nD'Anne qui me jecta de la neige (Epigrammes de\nCl. Marot) 1.70\nMUSIQUE DE PIANO\nBARDAC (R.) \" Horizons \" Les Cloches de Casbeno\nJeux. Sur la Tresa 4.00\nBILL A (R.) En rythme de Valse 2.00\nBRÉVILLE (P. de.) Portraits de maîtres : Gabriel\nFauré. Vincent d'lndy. Ernest Chausson. César\nFranck s'°°\nBRUGNOLI (A.) Mazurka italienne 2.00\nMinuetto 2.00\nValse, en sol mineur 2»5°\nHENNESSY (S.) Op. 21. Au bord de la forêt . . 1.70\n\"Au Village „ (petite suite caractéristique). . . 5.00\nop. 24 Eaux-fortes 2.00\nop. 25 Etude 1.70\nop. 27 Nouvelles feuilles d'album 2.50\nop. 32 Valses 3.00\nINGHELBRECHT (D.-E.). \" Suite petite-russien-\nne\" sur des thèmes populaires. 7.00\nLABEY (M.). Sonate en 4 parties ...... 8.00\nLADMIRAULT (P.). 4 Esquisses :\nChemin creux , 1.00\nValse mélancolique 2*50\nVers l'église dans le soir . 2.00"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c153", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c153", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.31", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.3", "debut_caractere": 2387, "fin_caractere_exclue": 4480, "texte": "Minuit dans les Clairières 3.35\nLUZZATI (A.). Impromptu. Op. 12 2.50\nNocturne. Op. 15 1.70\nScherzando. Op. 16 . . . 2.50\nRomance. Op. 17 2.00\nMEL-BONIS. Barcarolle 2.50\nBourrée 1.70\nLe Moustique 2.00\nPavane 1.50\nSarabande 1.50\nPOUEIGH (J.). \"Pointes Sèches\". Cerfs-volants.\nParc d'automne. Combat de coqs 4.00\nRAVEL (M.). Jeux d'eau 3.35\nPavane pour une infante défunte 2.00\n\"Miroirs\" Noctuelles. Oiseaux tristes. Une barque\nsur l'Océan. Alborada del Gracioso. La Vallée des\nCloches 10.00\nTHIRION (L.). Rêves, 3 nocturnes 5.00\nSonate en 4 parties 7.00\nTURINA (Joaquin). Sévilla. Suite pittoresque.\nI. Sous les orangers. 11. Le Jeudi Saint à minuit.\n111. La Feria 6.00\nSonate romantique sur un thème espagnol . . . 7.00\nPIANO A 4 MAINS\nHENNESSY (S.). Petite Suite irlandaise .... 4.00\nLABEY (M.). 1™ Symphonie en mi 8.00\n2e Symphonie en la majeur 8.00\nLADMIRAULT (P.). Musiques rustiques . • . 5.00\nVariations sur des airs de biniou trécorois . . . 4.00\nDEUX PIANOS A 4 MAINS\nDE CREVECŒUR (L.). Moulins d'Orient . . . 4.00\nDanseurs sartes 2.50\nJardins impériaux 4.00\nMEL-BONIS. Variations 7.00\nVIOLON ET PIANO\nALQUIER (M.). Sonate en 4 parties 10.00\nBERTELIN (A.). Sonate en 4 parties 10.00\nMEL-BONIS. Largo en mi attribué à Haëndel 1.70\nMUNKTELL (H.). Sonate en 4 parties .... 8.00\nPOUEIGH (J.). Sonate en 4 parties 8.00\nSERIEYX (A.). Sonate en sol en 3 parties .... 8.00\nALTO ET PIANO\nLABEY (M.). Sonate en 3 parties ...... 7.00\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMEL-BONIS. Sonate en 3 parties 6.,00\nFLUTE ET PIANO\nÏNGHELBRECHT (D.). Deux esquisses antiques\nDryades ï'50\nScaphé 1.70\nLECLAIR (J.-M.) 2e Sonate {ut majeur) 2.55\n6e Sonate (mi mineur) 2.70\nMEL-BONIS. Sonate 7.00\nRAVEL (M.). Pavane. Arrangement de Fleury . . 2.50\nTRIOS\nMEL-BONIS. Suite pour Flûte, Violon et Piano. . 5.00\n2 Trios pour Violon, Violoncelle et Piano:\nMatin 4.00\nSoir • 3.00\nQUATUORS\nMEL-BONIS. Quatuor pour Piano, Violon, Alto,\nVioloncelle 12.00\nSEITZ (A.). Quatuor pour instruments à cordes . . 12.00\nQUINTETTES\nLACROIX (E.). Quintette pour Piano et cordes . . 15.00\nSACHS (L éo )• Op. 77. Quintette pour Piano et cordes 12.00"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c154", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c154", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 4, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.32", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.4", "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 36, "texte": "NOS CORRESPONDANTS EN PROVINCE"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c155", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c155", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 4, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.33", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.4", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 835, "texte": "Aire sjAdour\nAlbi\nAlençon\nAlger\nAmiens\nA iigers\nArcachon\nArles\nArmentières\nArras\nAuch\nAurillac\nAy\nBelfort\nBelley\nBesançon\nBeziers\nBlois\nBordeaux\nBordeaux\nBrest\nBourg\nCambrai\nCaen\nCarcassonne\nCarpentras\nChalon sjSaone\nChalons s/M.\nChambery\nCharleville\nChateau Gontier\nDijon\nDole\nDouai\nDunkerque\nEvreux\nFoix\nGrenoble\nGueret\nLaval\nLangres\nLe Havre\nJ. Lalanne\nNoël Laffont\nMlle Véclie\nM. Rouanet\nA. Alexandre\nMme Bagnoli\nE. Nicaise\nE. Fabre\nH. Du jardin\nL. Georges\nL. Luigini\nRobin\nH. Brugnon\nJ. Cabrol\nE. Baetz\nLépagnole\nJ. Robert\nE. de Froberville\nR. de Lestapis\nV. Gendreu\nJ. Parc\nEcochard\nP. Cormont\nMancini\nJ, Cals\nA. Simon\nSuiste\nJ. Huet\nG. Libersac\nMlle Chardion\nL. de Schepper\nCh. Suiste\nGardien\nA. Gillet\nE. Salignon\nR. Lesauvage\nF. Labelle\nA. Allix\nJ. Marsal\nP. Morton\nP. Balland\nJ. G. Aubry"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c157", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c157", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 4, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.35", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.4", "debut_caractere": 837, "fin_caractere_exclue": 1001, "texte": "N. B. — Nos publications sont en vente dans toutes les librairies importantes\nde province. Nous publierons ultérieurement la liste de nos dépositaires particuliers."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c158", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c158", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 5, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.36", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.5", "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 1312, "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE T>ES\nAMIS T>E LA MUSIQUE\nCOMITE D'HONNEUR\nM. le Président de la République.\nM. le Ministre de Vlnstruction Publique et des Beaux-Arts.\nM. le Sous-Secrétaire d\nM. Gabriel FAU RÉ, Directeur du Conservatoire.\nAl. Henry MARCEL, ancien Directeur\nde la Bibliothèque\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nBUREAU\nPRESIDENT\nM. LE COMTE GASTON CHANDON DE\nBRIAILLES.\nVICE-PRÉSIDENTS\nM.LE PRINCE A. l'lnstitut.\nM. Louis BARTHOU, député, ministre de\nla justice.\nM. GUSTAVE BERLY, banquier.\nM. ADOLPHE BRISSON,\nTRESORIER\nM. LÉO SACHS.\nDIRECTEUR ARTISTIQUE\nM. GUSTAVE BRET.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL\nM. J. ECORCHEVILLE, docteur cs-lettres.\nSECRÉTAIRE DU CONSEIL\nM. J. PASQUIER.\nMEMBRES DU CONSEIL\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, dir\nraire au ministère des finances.\nM. LÉON BOURGEOIS, sénateur, ancien\nministre.\nM. FRANZ CUSTOT.\nMME MICHEL EPHRUSSI.\nM. GEORGES GAIFFE.\nM. FERNAND HALPHEN.\nMME LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMME LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nM. JEAN WEBER,\nM. Louis HAVET, de Vlnstitut,professeur\nau Collège de Fran\nMME DANIEL HERMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nMME GEORGES KINEN.\nMME LA COMTESSE PAUL DE POURTALÉS.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND, professeur à la\nFaculté des Lettres de Paris.\nM. Louis SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nMME TERNAUX-COMPANS.\nagrégé de V Université."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c159", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c159", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 79, "image_fin": 79, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.37", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.79", "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 94, "texte": "AGENCE MUSICALE E. DEMETS, 2, RUE DE LOUVOIS PARIS (ILE ARRJ\nEXTRAIT DU CATALOGUE GÉNÉRAL"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c160", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c160", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 79, "image_fin": 79, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.38", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.79", "debut_caractere": 96, "fin_caractere_exclue": 2391, "texte": "CHANT ET PIANO\nBECLARD (M.). L'amour par terre (P. Verlaine) . 2.50\nPéristéris (Leconte de Lisle) 2.50\nLe Sentier (M. Bouchor) 1.70\nSilence ! (A. Samain) 1.70\nBERTELIN (A). La Chimère (A. Samain) . . . 2.50\nDans le cristal des eaux (A. Samain) ' 1.70\nDilection (A. Sclmain) ......... 1.70\nUne douceur splendide (A. Samain) 2.00\nCHANSAREL (René). Caresses (Jean de PEstoille) . 1.50\nDédicace (Tristan Klingsor) 1.00\nL'lnvitation au Voyage (Ch. Baudelaire) . . . 2.50\nPastel (Gustave Soulier) I*s°\nSonnet élégiaque (P. de Ronsard) 2.00\nRequiem d'Amour (L. Taillade) 1.50\nGREVECŒUR (de) Chant de mort (M. Heim) . 1.50\nLa prairie permanente Danguet) 1.50\nDÉODAT DE SEVÉRAC.\nChanson de Blaisine(M. Magré) 1.50\nLe Chevrier (P. Rey) 1.70\nLes Cors (P. Rey) 2.00\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren) . 1.70\nL'lnfidèle (Maeterlinck) 1.70\nDUPARC (H.). La Fuite (Th. Gauthier) duo pour\nSoprano et Ténor 2-5°\nHERVÉ (Raymond). Au large (L. Even) .... -1.75\nLes Fontaines (L. Even) 2.00\nLes Jardins (L.Even) 1.75\nMarine (L. Even) 1.00\nKOMITAS WARDAPET. La Lyre arménienne,\nrecueil de chansons rustiques 10.00\nLABEY (M.). Chanson du rayon de lune (Guy de\nMaupassant) 2.50\nDe sa grande Amye (C. Marot) 1.50\nRondel (Ch. d'Orléans) 1.50\nLAMOTTE (Daniel). Chansons naïves (Paul Gérardy)\nI. Il neige. 11. Amour mauvais. 111. Croix de bois 4.00\nPOLLET (M.). 3 Chansons de Bilitis (Pierre Louys).\nI. La Pluie. 11. Volupté. 111. Le Souvenir de Mna-\nsidika 4.00\nRAVEL (M.). D'Anne jouant de l'Espinette . . . 1.00\nD'Anne qui me jecta de la neige (Epigrammes de\nCl. Marot) i.jro\nMUSIQUE DE PIANO\nBARDAC (R.) u Horizons \" Les Cloches de Casbeno\nJeux. Sur la Tresa 4.00\nBILLA (R.) En rythme de Valse 2.00\nBREVILLE (P. de.) Portraits de maîtres : Gabriel\nFauré. Vincent d'lndy. Ernest Chausson. César\nFranck 5«oo\nBRUGNOLI (A.) Mazurka italienne 2.00\nMinuetto 2.00\nValse, en sol mineur 2*50\nMENNESSY (S.) Op. 21/ Au bord de la forêt . . 1.70\n\"Au Village,, (petite suite caractéristique). . . 5.00\nop. 24 Eaux-fortes 2.00\n©p. 25 Etude 1.70\n©p. 27 Nouvelles feuilles d'album 2*s°\nop. 32 Valses 3.00\nINGHELBRECHT (D.-E.). \" Suite petite-russien-\nne\" sur des thèmes populaires. 7.00\nLABEY (M.). Sonate en 4 parties ...... 8.00\nLADMIRAULT (P.). 4 Esquisses :\nChemin creux . . 1.00\nValse mélancolique 2*50\nVers Téglise dans le soir . 2.00"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c161", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c161", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 79, "image_fin": 79, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.39", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.79", "debut_caractere": 2393, "fin_caractere_exclue": 4598, "texte": "Minuit dans les Clairières 3»35\nLUZZATI (A.). Impromptu. Op. 12 2.50\nNocturne. Op. 15 1.70\nScherzando. Op. 16 2«5°\nRomance. Op. 17 . . . . . . . . . t . 2.oo\nMEL-BONIS. Barcarolie . 2.50\nBourrée I.-JQ\nLe Moustique 2.00\nPavane I#-0\nSarabande . . . . 1.50\nPOUEIGH (j.). \"Pointes Sèches1'. Cerfs-volants.\nParc d'automne. Combat de coqs ...... 4.00\nRAVEL (M.), (eux d'eau 3-3S\nPavane pour une infante défunte 2.00\n\" Miroirs \" Noctuelles. Oiseaux tristes. Une barque\nsur l'Océan. Alborada del Gracioso. La Vallée des\nCloches .............. 10.00\n1 HIRION (L.). Rêves, 3 nocturnes 5-°°\nSonate en 4 parties 7.00\nTURINA (Joaquin). Sévilla. Suite pittoresque.\nI. Sous les orangers. II. Le Jeudi Saint à minuit.\nIII. La lHena . , . . . . . m # 4 t 6. o o\nSonate romantique sur un thème espagnol . . . 7.00\nPIANO A 4 MAINS\nHENNESSY (S.). Petite Suite irlandaise .... 4.00\nLABEY (M.). ire Symphonie en mi . . . . . . 8.00\n2e Symphonie en la majeur 8.00\nLADMIRAULT (P.). Musiques rustiques . • . 5.00\nVariations sur des airs de biniou trécorois . . . 4.00\nDEUX PIANOS A 4 IV!AiNS\nDE CREVECŒUR (L.). Moulins d'Orient . . . 4.00\nDanseurs sartes 2.50\nJardins impériaux 4.00\nMÈL-BONIS. Variations 7.00\nVIOLON ET PIANO\nALQUIER (M.). Sonate en 4 parties 10.00\nBERTELIN (A.). Sonate en 4 parties 10.00\nMEL-BONIS. Largo en mi majeur, attribué à Haëndel 1.70\nMUNKTELL (H.). Sonate en 4 parties .... 8.00\nPOUEIGH (J.). Sonate en 4 parties . . . . . 8.00\nSERIEYX (A.). Sonate en sol en 3 parties .... 8.00\nALTO ET PIANO\nLABEY (M.). Sonate en 3 parties ...... 7.00\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMEL-BONIS. Sonate en 3 parties 6430\nFLUTE ET PIANO\nINGHELBRECHT (D.). Deux esquisses antiques\nDryades I<^0\nScaphé\nLECLAIR (J.-M.) 2e Sonate (ut majeur) 2«55\n6e Sonate [mi mineur) 2.70\nMEL-BONIS. Sonate 7.00\nRAVEL (M.). Pavane. Arrangement de Fleury . . 2.50\nTRIOS\nMEL-BONIS. Suite pour Flûte, Violon et Piano. . 5.00\n2 Trios pour Violon, Violoncelle et Piano:\nMatin . 4.00\nSoir * . . . . 3.00\nQUATUORS\nMEL-BONIS. Quatuor pour Piano, Violon, Alto,\nVioloncelle 12.00\nSEITZ (A.). Quatuor pour instruments à cordes . . 12.00\nQUINTETTES\nLACROIX (E.). Quintette pour Piano et cordes . . 15.00\nSACHS (Léo). Op. 77. Quintette pour Piano et cordes 12.00"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1910-06-15-01-c162", "article_bluemountain": "bmtnabh_1910-06-15_01#c162", "volume": "bmtnabh_1910-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 80, "image_fin": 80, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.2.40", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.80", "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 36, "texte": "NOS CORRESPONDANTS EN PROVINCE"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.1", "texte": "■VI* Anftéé,\nN° 6.\n15 Juin 1910,\nm H&\nSkS SHHS^Rk\nREVUE MUSICALE MENSUELLE\n$Sz, ,-j j- .- >; , .■■ •• ; ' M mm • . J . ' -N§~ ' 1 S w 91014 «—-—*•*\n.\n, ' \"■ ■...;.\nS publiée par !a Société Internationale de Musique (Section de Paris)\nRÉDACTION :\n22, RUE ST. AUGUSTIN\nPARIS.\nLibrairie CH. DELAGRAVE\n15, rue Souffto\nLe numéro :\nFrance et Belgiq. 1fr.50 Union 2 fr.\nUn an 15 —2O fru\nParaissant le 15 de chaque mois,\n\nBULLETIN DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE.\nFestival de mimique Française à SXCunich. — du {Bureau.\nTOMBEAU SUR LA MORT DU ROI D'ANGLETERRE, par Mercure,\nLE DOGME EN MUSIQUE, par J. E. 4 UN THÈME DE HAENDEL CHEZ BEETHOVEN, par\nJ. Tiersot. £ LE THÉORBE COMME INSTRUMENT D'ACCOMPAGNEMENT, par H Quittard\nUN CROQUIS DE J.-B. WECKERLIN. * LE MOIS à Paris, par Gaston Carraud. Lettre de Rome,\nLettre de Hongrie. # LES LIVRES. # L'ACTUALITÉ."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.2", "texte": "COMITÉ DE PUBLICATION DE LA S. I. M.\nPRÉSIDENT :\nCH. MALHERBE. Bibliothécaire de l'Opéra.\nMEMBRES :\nA. BOSCHOT, Critique Musical.\nM. BRENET.\nL. DAURIAC, Conservateur de la Biblio-\nthèque Victor Cousin.\nJ. ECORCHEVILLE, Docteur ès-Lettres.\nM. EMMANUEL, Professeur d'Histoire de\nla Musique au Conservatoire.\nI-#. DE LA LAURENCIE.\nL. LALOY, Docteur ès-Lettres.\nE. POIRÉE, Conservateur adjoint de la\nBibliothèque Ste Geneviève.\nG. PROD'HOMME, Critique Musical.\nJ. TIERSOT, Bibliothécaire du Conserva-\ntoire.\nE. WAGNER.\n'\n\"A\nCOMITÉ CONSULTATIF ARTISTIQUE\nDE LA\nf /\nSOCIETE FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE\nMM.\nR. BRUSSEL,\nG. CARRAUD,\nJ. CHANTAVOINE,\nA. DE CHEVIGNÉ,\nA. CoQUARD,\nH. DE CURZON,\nM. ËMMANUEL,\nB. DE FOURCAUD,\nA. JULLIEN,\nL. LALOY,\nH. LICHTENBERGER,\nP. LOCARD,\nCH. MALHERBE,\nJ. MARNOLD,\nG. DE PAWLOWSKI,\nG. PLOCH,\nL. SCHNEIDER,\nP. SOUDAY,\nE. STOULLIG,\nJ. TIERSOT,\nyy\nyy\ny y\nyy\nyy\ny y\nyy\nCritique Musical du Figaro.\nde La Liberté.\nde la Revue Hebdomadaire.\ndu New-York\nr\nde l'Echo de Paris.\nRédacteur en Chef du Guide Musical.\nProfesseur d'histoire de la musique au Conservatoire\nde Musique.\nCritique Musical du Gaulois.\ndes Débats.\nde la Grande Revue.\nde V Opinion.\ndu Petit Journal.\nBibliothécaire de V Opéra.\nCritique Musical du Mercure de France.\nRédacteur en Chef de Comœdia.\n\" \" de Musica.\nCritique Musical du Gil B\nde r Éclair.\ndu Monde artiste.\nBibliothécaire du Conservatoire\nyy\nyy\nyy\nyy\nyy\nyy\nyy\nyy\nyy\ny 9\n35"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.3", "texte": "VII\n\nAGENCE MUSICALE E. DEMETS, 2, RUE DE LOUVOIS PAIRS (Ile ARR.)\nEXTRAIT DU CATALOGUE GÉNÉRAL\n\nCHANT ET PIANO\nBECLARD (M.). L'amour par terre (P. Verlaine) . 2.50\nPéristéris (Leconte de Lisle) 2.50\nLe Sentier (M. Bouchor) 1.70\nSilence ! (A. Samain) 1.70\nBERTELIN (A). La Chimère (A. Samain) . . . 2.50\nDans le cristal des eaux (A. Samain) 1.70\nDilection (A. Samain) 1.70\nUne douceur splendide (A. Samain) 2.00\nCHANSAREL (René). Caresses (Jean de l'Estoille) . 1.50\nDédicace (Tristan Klingsor) 1.00\nL'lnvitation au Voyage (Ch. Baudelaire) . . . 2.50\nPastel (Gustave Soulier) 1.50\nSonnet élégiaque (P. de Ronsard) 2.00\nRequiem d'Amour (L. Taillade) 1.50\nCRÈVECŒUR (de) Chant de mort (M. Heim) . 1.50\nLa prairie permanente (M. Danguet) 1.50\nDÉODAT DE SEVÉRAC.\nChanson de Blaisine(M. Magré) 1.50\nLe Chevrier (P. Rey) » 1.70\nLes Cors (P. Rey) 2.00\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren) 1.70\nL'lnfidèle (Maeterlinck) 1.70\nDUPARC (H.). La Fuite (Th. Gauthier) duo pour\nSoprano et Ténor 2.50\nHERVÉ (Raymond). Au large (L. Even) . . . . 1.75\nLes Fontaines (L. Even) 2.00\nLes Jardins (L.Even) 1.75\nMarine (L. Even) 1.00\nKOMITAS WARDAPET. La Lyre arménienne,\nrecueil de chansons rustiques 10.00\nLABEY (M.). Chanson du rayon de lune (Guy de\nMaupassant) 2.50\nDe sa grande Amye (C. Marot) 1.50\nRondel (Ch. d'Orléans) 1.50\nLAMOTTE (Daniel). Chansons naïves (Paul Gérardy)\nI. Il neige. 11. Amour mauvais. 111. Croix de bois 4.00\nPOLLET (M.). 3 Chansons de Bilitis (Pierre Louys).\nI. La Pluie. 11. Volupté. 111. Le Souvenir de Mna~\nsidika 4.00\nRAVEL (M.). D'Anne jouant de l'Espinette . . . 1.00\nD'Anne qui me jecta de la neige (Epigrammes de\nCl. Marot) 1.70\nMUSIQUE DE PIANO\nBARDAC (R.) \" Horizons \" Les Cloches de Casbeno\nJeux. Sur la Tresa 4.00\nBILL A (R.) En rythme de Valse 2.00\nBRÉVILLE (P. de.) Portraits de maîtres : Gabriel\nFauré. Vincent d'lndy. Ernest Chausson. César\nFranck s'°°\nBRUGNOLI (A.) Mazurka italienne 2.00\nMinuetto 2.00\nValse, en sol mineur 2»5°\nHENNESSY (S.) Op. 21. Au bord de la forêt . . 1.70\n\"Au Village „ (petite suite caractéristique). . . 5.00\nop. 24 Eaux-fortes 2.00\nop. 25 Etude 1.70\nop. 27 Nouvelles feuilles d'album 2.50\nop. 32 Valses 3.00\nINGHELBRECHT (D.-E.). \" Suite petite-russien-\nne\" sur des thèmes populaires. 7.00\nLABEY (M.). Sonate en 4 parties ...... 8.00\nLADMIRAULT (P.). 4 Esquisses :\nChemin creux , 1.00\nValse mélancolique 2*50\nVers l'église dans le soir . 2.00\n\nMinuit dans les Clairières 3.35\nLUZZATI (A.). Impromptu. Op. 12 2.50\nNocturne. Op. 15 1.70\nScherzando. Op. 16 . . . 2.50\nRomance. Op. 17 2.00\nMEL-BONIS. Barcarolle 2.50\nBourrée 1.70\nLe Moustique 2.00\nPavane 1.50\nSarabande 1.50\nPOUEIGH (J.). \"Pointes Sèches\". Cerfs-volants.\nParc d'automne. Combat de coqs 4.00\nRAVEL (M.). Jeux d'eau 3.35\nPavane pour une infante défunte 2.00\n\"Miroirs\" Noctuelles. Oiseaux tristes. Une barque\nsur l'Océan. Alborada del Gracioso. La Vallée des\nCloches 10.00\nTHIRION (L.). Rêves, 3 nocturnes 5.00\nSonate en 4 parties 7.00\nTURINA (Joaquin). Sévilla. Suite pittoresque.\nI. Sous les orangers. 11. Le Jeudi Saint à minuit.\n111. La Feria 6.00\nSonate romantique sur un thème espagnol . . . 7.00\nPIANO A 4 MAINS\nHENNESSY (S.). Petite Suite irlandaise .... 4.00\nLABEY (M.). 1™ Symphonie en mi 8.00\n2e Symphonie en la majeur 8.00\nLADMIRAULT (P.). Musiques rustiques . • . 5.00\nVariations sur des airs de biniou trécorois . . . 4.00\nDEUX PIANOS A 4 MAINS\nDE CREVECŒUR (L.). Moulins d'Orient . . . 4.00\nDanseurs sartes 2.50\nJardins impériaux 4.00\nMEL-BONIS. Variations 7.00\nVIOLON ET PIANO\nALQUIER (M.). Sonate en 4 parties 10.00\nBERTELIN (A.). Sonate en 4 parties 10.00\nMEL-BONIS. Largo en mi attribué à Haëndel 1.70\nMUNKTELL (H.). Sonate en 4 parties .... 8.00\nPOUEIGH (J.). Sonate en 4 parties 8.00\nSERIEYX (A.). Sonate en sol en 3 parties .... 8.00\nALTO ET PIANO\nLABEY (M.). Sonate en 3 parties ...... 7.00\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMEL-BONIS. Sonate en 3 parties 6.,00\nFLUTE ET PIANO\nÏNGHELBRECHT (D.). Deux esquisses antiques\nDryades ï'50\nScaphé 1.70\nLECLAIR (J.-M.) 2e Sonate {ut majeur) 2.55\n6e Sonate (mi mineur) 2.70\nMEL-BONIS. Sonate 7.00\nRAVEL (M.). Pavane. Arrangement de Fleury . . 2.50\nTRIOS\nMEL-BONIS. Suite pour Flûte, Violon et Piano. . 5.00\n2 Trios pour Violon, Violoncelle et Piano:\nMatin 4.00\nSoir • 3.00\nQUATUORS\nMEL-BONIS. Quatuor pour Piano, Violon, Alto,\nVioloncelle 12.00\nSEITZ (A.). Quatuor pour instruments à cordes . . 12.00\nQUINTETTES\nLACROIX (E.). Quintette pour Piano et cordes . . 15.00\nSACHS (L éo )• Op. 77. Quintette pour Piano et cordes 12.00"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.4", "texte": "VIII\n\nNOS CORRESPONDANTS EN PROVINCE\n\nAire sjAdour\nAlbi\nAlençon\nAlger\nAmiens\nA iigers\nArcachon\nArles\nArmentières\nArras\nAuch\nAurillac\nAy\nBelfort\nBelley\nBesançon\nBeziers\nBlois\nBordeaux\nBordeaux\nBrest\nBourg\nCambrai\nCaen\nCarcassonne\nCarpentras\nChalon sjSaone\nChalons s/M.\nChambery\nCharleville\nChateau Gontier\nDijon\nDole\nDouai\nDunkerque\nEvreux\nFoix\nGrenoble\nGueret\nLaval\nLangres\nLe Havre\nJ. Lalanne\nNoël Laffont\nMlle Véclie\nM. Rouanet\nA. Alexandre\nMme Bagnoli\nE. Nicaise\nE. Fabre\nH. Du jardin\nL. Georges\nL. Luigini\nRobin\nH. Brugnon\nJ. Cabrol\nE. Baetz\nLépagnole\nJ. Robert\nE. de Froberville\nR. de Lestapis\nV. Gendreu\nJ. Parc\nEcochard\nP. Cormont\nMancini\nJ, Cals\nA. Simon\nSuiste\nJ. Huet\nG. Libersac\nMlle Chardion\nL. de Schepper\nCh. Suiste\nGardien\nA. Gillet\nE. Salignon\nR. Lesauvage\nF. Labelle\nA. Allix\nJ. Marsal\nP. Morton\nP. Balland\nJ. G. Aubry\n\nN. B. — Nos publications sont en vente dans toutes les librairies importantes\nde province. Nous publierons ultérieurement la liste de nos dépositaires particuliers."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.5", "texte": "I\n\nSOCIÉTÉ FRANÇAISE T>ES\nAMIS T>E LA MUSIQUE\nCOMITE D'HONNEUR\nM. le Président de la République.\nM. le Ministre de Vlnstruction Publique et des Beaux-Arts.\nM. le Sous-Secrétaire d\nM. Gabriel FAU RÉ, Directeur du Conservatoire.\nAl. Henry MARCEL, ancien Directeur\nde la Bibliothèque\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nBUREAU\nPRESIDENT\nM. LE COMTE GASTON CHANDON DE\nBRIAILLES.\nVICE-PRÉSIDENTS\nM.LE PRINCE A. l'lnstitut.\nM. Louis BARTHOU, député, ministre de\nla justice.\nM. GUSTAVE BERLY, banquier.\nM. ADOLPHE BRISSON,\nTRESORIER\nM. LÉO SACHS.\nDIRECTEUR ARTISTIQUE\nM. GUSTAVE BRET.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL\nM. J. ECORCHEVILLE, docteur cs-lettres.\nSECRÉTAIRE DU CONSEIL\nM. J. PASQUIER.\nMEMBRES DU CONSEIL\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, dir\nraire au ministère des finances.\nM. LÉON BOURGEOIS, sénateur, ancien\nministre.\nM. FRANZ CUSTOT.\nMME MICHEL EPHRUSSI.\nM. GEORGES GAIFFE.\nM. FERNAND HALPHEN.\nMME LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMME LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nM. JEAN WEBER,\nM. Louis HAVET, de Vlnstitut,professeur\nau Collège de Fran\nMME DANIEL HERMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nMME GEORGES KINEN.\nMME LA COMTESSE PAUL DE POURTALÉS.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND, professeur à la\nFaculté des Lettres de Paris.\nM. Louis SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nMME TERNAUX-COMPANS.\nagrégé de V Université."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.6", "texte": "NOS FESTIVALS DE MUSIQUE FRANÇAISE\nA MUNICH\nV Exposition d'Art Oriental qui aura\ngrandes manifestations musicales telles que Fê\nRichard Strauss, Première audition de la huitiè Mahler,\nId Exposition de Munich a eu Vheureuse idée de clore ces Fêtes par un grand\nFestival réservé a la musique française. File s'est adressée h notre Société pour lui\ndemander son patronage, son appui moral et financier. Nous avons considéré qu'il était de\nnotre devoir de répondre à cet appel et de ne rien négliger en vue de la réussite d'un\nprojet dont la réalisation constituerait un éclatant\nconséquence, nous avons prié notre Directeur- M. Gustave Brety de se rendre a\nMunich afin de s'entourer, sur place, de tous les renseignements relatifs à Vétude de ce\nprojet.\nM. Bret, à son retour, a soumis à la Commission d'organisation d'abord, au Conseil\nd'Administration un rapport détaillé^\nété d'accord avec le Comité de VExposition\nLa Société Française des Amis de la M\nfinancier à l'Exposition de Munich pour l'organisation de 3 concerts d'orchestre et\nchoeurs, et de 2 concerts de musique de chambre qui auront lieu les 18, 19 et 20\nseptembre 1910. Les programmes, minutieusement étudiés de façon à n'offrir que des\nœuvres consacrées, comprennent: les Béatitudes de César Franck, une Symphonie de\nSaint-Saëns et une de Vincent d'lndy, le Requiem de Fauré, diverses œuvres de\nChausson, Debussy, Dukasy Lalo et JVidor. Dès maintenant, nous sommes heureux\nd'annoncer en attendant de nouvelles acceptations que MM. Saint-Saëns et\nGabriel Fauré dirigeront eux-mêmes leurs œuvres, ainsi que M. Widor qui, de plus,\ns est spontanément offert pour tenir l'orgue dans la Symphonie de Saint-Saëns.\nLe Comité de l'Exposition et la ville de Munich s'engagent de leur côté à nous\naider dans la plus large mesure à donner a"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.7", "texte": "• • •\n111\nLES AMIS DE LA MUSIQUE\n\nnous n avons pas a souligner V importance — tout /'éclat quelle mérite. Ils se chargent\ngracieusement des détails de Vorganisation matérielle. Par leurs soins, ce festival sera\nentouré de fêtes diverses telles que représentations au Residenz-Theater et Hoftheater,\nsous la direction de Mottl, (Béatrice et Bénédict et Benvenuto Cellini de Berlioz),\nreprésentation de gala d'un opéra de Wagner\nPour la réalisation de ce projet, un fonds 40.000\nsouscrit par notre Société.\nNous publierons ultérieurement tous les détails de cette organisation, ainsi que les\ncomités d'honneur français et allemands formés spécialement en vue de ce projet consi-\ndérable. Nous indiquerons enfin a tous nos mem\nceux qui voudraient prendre part à ces fêtes e\ndes maintenant nous faire parvenir leur adhésion\n*\n%\nÉLECTION D\nDans sa Séance duIer Iuiny notre Conseild'Administration\na procédé a Pélection de son Bureau. ISA. Henry Roujon, trop absorbé par ses hautes\nfonctions et ses occupations personnelles pour nous consacrer tout le temps que nécessiterait\nnotre Société en plein développement, ayant cru, à notre vif regret, devoir nous prier de\nne pas le maintenir à la présidence de notre Société, celle-ci a été offerte à M. le Comte\nGaston Chandon de Briailles qui cédant au v d'administration\nbien voulu l'accepter. M. Gustave Berly Vun des membres de notre Conseil a été nommé\nvice-président en remplacement du Comte Gaston Chandon de Briailles. M. I. Pasquier a\nété nommé membre et secrétaire du Conseil d'A\nsera soumis à P agrément de la prochaine Assemb\n*\n*\nMONUMENT\nNous sommes heureux d'ajouter aux souscriptions qui nous avions déjà reçues pour le\nmonument Wagner a Vénise celles de :\nM. Camille Chevillard. . 50 fr. ISA. Max Rikoff. . . . 50 fr."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.8", "texte": "LES AMIS DE\niv\n\nAvantages réservés aux membres de la Société Française des\nAmis de la Musique.\nLes avantages permanents que nous avons obt\nporter a la connaissance de tous nos membres, sont les suivants :\ni° La revue musicale S. I. M. (Bulletin français de la Section de Paris de la Société\ninternationale de Musique) est envoyée régulièrement a titre gratuit à tous les Amis.\n2° Sur la présentation de leur carte, les Amis bénéficieront d'une réduction de 10 °/0 sur\nles ouvrages absolument nets.\nChez MM. Bouwens van der Boijen et Cie, 6, Square de l'Opéra.\nChez M. Demets, 2, rue de Louvois ;\nChez M. Max Eschig, 3, rue Laffitte ;\nChez M. M. Gaveau, 45, rue La Boëtie.\nChez M. Marcel Jumade, 69, rue Condorcet ;\nChez M. Z. Mathot, 11, rue Bergère ;\nChez MM. Rouart, Lerolle et Cie, 18, boulevard de Strasbourg.\nChez M. Alcan, 103, boulevard Saint Germain, 10 °/0 sur les volumes de la collection\ndes Maîtres de la Musique.\nChez M. Delaplane, 48, rue Monsieur le Prince, 10 °/0 sur F Histoire de la Musique\nde M. Landormy.\nChez M. Fischbacher et C'e, 33, rue de Seine, 10 °/0 sur les ouvrages de leur librairie.\nChez M. H. Laurens, 6, rue de Tournon, 10 °/0 sur es volumes de la collection des\nMusiciens célèbres.\nChez MM. Grus et Cie, Place St-Augustin.\nLa liste de tous les Amis de la Musique\nprovince n'auront qu à adresser directement leurs com\nleur envoyer dès maintenant le Catalogue d'ouvrages\nQuelques erreurs se sont produites au sujet de ces réductions chez plusieurs éditeurs, nous prions\ninstamment nos membres de ne pas hésiter à nous envoyer directement les réclamations qu'ils auraient\nlieu de formuler à ce sujet.\nA /'Ecole des Hautes Etudes sociales, 3, rue de la Sorbonne, 50 °/ sur les\ndroits d'inscription a toutes les sections.\n30 Nos amis, de Paris et de province, peuvent s adresser à la Société pour tous\nrenseignements, avis et indications dont ils auraient besoin, et que nous nous ferons toujours\nun plaisir de leur communiquer gratuitement."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.9", "texte": "PAR MERCURE\nComme presque tous les luthistes du XVIIe siècle, Mercure est inconnu\naux biographes. Un Mercure d'Orléans (Aureliensis) figure dans les\nanthologies de Bésard (1603) et de Fuhrmann (1615). Ce n'est pas lui,\nsans doute, 1 auteur de ce Tombeau, mais bien plutôt l'artiste qui entra au\nservice du roi d'Angleterre, à la mort de John Dowland en 1641 et céda\nlui-meme la place a Stephen Nau, en 1660. Les états du Reccord\nOffice le nomment Monsieur Mercure, indiquant ainsi son origine française.\nLa pièce suivante est extraite d'un mss. de tablature de luth de la\nbibliothèque de Rostock, où se rencontrent les plus fameux luthistes\nfrançais de l'école de 1630. On peut donc croire que cette oraison\nfunèbre a été composée après la mort du roi Charles I. La musicologie\nfrançaise tient à honneur de s'associer par ce souvenir au deuil qui vient\nde frapper si douloureusement l'Angleterre."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.10", "texte": "S. I. M.\n348"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.11", "texte": "LE DOGME EN MUSIQUE\nA PROPOS D'UN LIVRE RÉCENT\n\n1\n\" Ceci est un livre -plein d* inconscientes insultes, que les\ninsultés ne pardonneront jamais à son auteur\nAinsi s'exprime M. J. Huré, en un livre qui vient de paraître.\nM. Huré se vante. Il n'est pas si méchant qu'il voudrait s'en donner l'air.\nIl me paraît au contraire qu'il appartient à la famille de ces âmes droites\nque l'injustice révolte, mais chez qui l'injure est un aspect de la timidité.\nQuoiqu'il en soit du reste, seule importe ici la question posée par les\n460 pages de cet volume.\nIl s'agit du dogmatisme, qui s'est établi depuis toujours dans notre\nenseignement de la musique, et que M. Huré voudrait en expulser une\nbonne fois.\nLa tentative est séduisante, par ces temps de libre pensée. Et certes\nle dogme a ses défauts ! Il faut se hâter de reconnaître la faiblesse\nhumaine dans l'exercice de cette faculté dogmatique. Le dogme pèse, et\nempêtre souvent les meilleures volontés. Il est commode, mais fâcheux, et\nressemble à ces nodosités qui, dans la vieillesse, gênent la liberté de nos\nmouvements. L'humanité soumet de temps à autre les croyances de ce\ngenre à de vigoureux traitements, qui peuvent aller nous en voyons\nla preuve—jusqu'à l'insulte directe. La violence, l'amertume, l'ironie sont\nici d'utiles pratiques d'assouplissement. Le dogme ainsi malmené change\nde forme. Mais le dogmatisme 11e s'en porte pas plus mal.\nEt pourquoi n'aurait-il pas droit à l'existence, comme tout autre\nproduit de l'âme humaine ? Si l'homme se plaît à accepter des idées\ngénérales sans contrôle, c'est qu'il y trouve son avantage, et que les\ndogmes ont aussi leur bon côté. Toutes les espèces de la certitude psycho-\nlogique depuis l'aphorisme jusqu'au principe, s'inspirent d'une même\n\n1 Jean Huré. Dogmes Musicaux. Edition du \" Monde Musicale(Paris 1910 in i2°de 460 pp. Fr. 3,50.)"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.12", "texte": "S. I, M.\n35°\n\nnécessité de s'en rapporter à quelque chose. Et, particulièrement en musi-\nque où l'élève veut arriver rapidement à un résultat, la confiance est\nl'habitude, la méfiance est l'exception. Les dogmes et leurs congénères de\nla pensée nous protègent contre l'incertitude d'une vie intérieure, où tout\nserait sans cesse à recommencer. Ils nous pçrmettent de tirer parti de\nl'effort accompli et expérimenté par quelques-uns.\nCe que l'humanité attend du dogme, M. Huré l'a reconnu lui-même\nlorsqu'il s'est écrié, avec sa naturelle malignité : \" Les dogmes interdisent\naux individus dépourvus de sens esthétique, la production d'œuvres assez laides\net maladroites pour que tout être sensible en soit aussitôt impressionné désagréa-\nblement... '\"Par cet enseignement... F homme Autrement dit,\nle dogme transporte à tous ceux qui veulent s'en servir les énergies\naccumulées par les mieux doués d'entre nous. Ce n'est déjà pas si mal, et\nvraiment l'homme ne serait qu'une bête s'il refusait, pour plaire à\nM. Huré, de tirer parti d'une ressource que lui offre si généreusement sa\npropre nature.\nLe philosophe, et surtout le savant auquel suffit la vérité, ne criera\ndonc jamais \" A bas les dogmes ! \" Il reconnaîtra simplement que\nl'homme est un être qui dogmatise par nature et par intérêt, et il s'en\ntiendra à la recherche des causes et des effets.\nMais le moraliste va plus loin ; et M. Huré est moraliste, bien\nplutôt que scientiste. Cela veut dire qu'il a souci de ce qui devrait être,\nbeaucoup plus que de ce qui est. Le dogme est malfaisant à ses yeux ;\nnous ne changerons rien à cette opinion (qui, entre nous, me paraît\nfortement frottée de dogmatisme). Suivons-le donc dans la voie du\nbien et du mal, et apprêtons-nous à recevoir des coups. La critique\nmusicale aime assez ce genre de sport.\nLe problème se pose ainsi : Avons-nous les moyens d'éliminer de\nnotre pédagogie musicale les a priori qui résistent à une démonstration\nexpérimentale ?\nM. Huré le croit et l'intérêt de son livre repose sur cette croyance.\nPour mettre le dogme en fuite, il compte sur deux méthodes : la méthode\nscientifique, et la méthode sentimentale."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.13", "texte": "LE DOGME EN MUSIQUE\n351\n\nLa première consiste à élever le dogme à la dignité d'une LOI NATU-\nRELLE. Vous prenez dans l'arsenal des affirmations catégoriques de nos\nprofesseurs une opinion quelconque ; vous lui imposez l'épreuve d'une\nrigoureuse vérification. Si cette expérience réussit le dogme a force de\nloi, et du même coup il cesse d'être dogme.\nLa seconde manière suit la route inverse. Elle ramène le dogme aux\ncauses qui l'ont provoqué, le rattache aux phénomènes historiques qui\nl'expliquent, le montre tout fraîchement éclos de la spontanéité des goûts.\nAinsi humanisé^le dogme perd sa valeur objective, son prestige acquis, sa\nforce dogmatique, et, s'il résiste à toute explication plausible, il se place,\npar là même, au rang des chimères inutiles.\nM. Huré connaît ces deux méthodes et avec la vivacité de son\nesprit les mêle souvent de telle sorte que le lecteur en est dérouté. Tantôt\nil impose au dogme la comparaison de la pratique des grands musiciens\net cette vérification, présentée de certaine façon, tourne, comme il con-\nvient, à la confusion du dogme. Ou bien encore il dévoile les humbles\norigines d'un dogme arrogant, et fait tomber ses prétentions. Je regrette\nde ne pouvoir citer ici des chapitres vivants, hardis, perspicaces et qui\nferont certainement le succès de l'ouvrage.\nMais où allons-nous ainsi ? A la 460e page du livre, je le vois bien.\nEt après ? Une fois le volume fermé, nous restons sur une impression\ndissonnante. Nous sommes irrités mais pas convaincus. Pourquoi ? Parce-\nque nous sentons bien que ces procédés, où triomphe l'ardeur d'une belle\nlogique, n'ont pas résolu le problème. Ou plutôt ils l'ont orienté contre\nl'art lui-même, qu'il s'agissait de protéger. Les dogmes sont morts, je le\nveux bien, mais l'enseignement artistique est privé de ses moyens, expulsé\nde chez lui, dessaisi par l'autorité de juges qu'il ne connaît pas et ne\nreconnait pas.\nSi, en effet, nous remplaçons les dogmes musicaux par des Lois\nNaturelles, nous faisons de la musique une science exacte. Si nous leur\nopposons le démenti des faits, nous arrivons à un je m'enfichisme total ;\ncar les malins expliquent tout. Or la mission de l'artiste, et surtout de\nl'artiste pédagogue est rendue inutile par l'une et l'autre de ces hypothèses.\nQu'on me permette d'en donner quelques preuves.\nLa Loi appartient à la science ; personne n'en doute. Quand nous\nparlons de la loi de pesanteur, nous savons ce que nous disons, parceque\nl'expérience nous permet d'admettre a priori des conditions et des éléments"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.14", "texte": "S. I. M.\n352\n\ninvariables, des constantes.Or, en musique, ces constantes font défaut, et\ndès que nous constatons leur approche, nous sommes sûrs que nous\ntournons le dos à la musique ; comme il arrive pour l'acoustique, par\nexemple, qui est à la musique ce que la chimie est à l'art culinaire. A\ntravers les variations du goût musical proprement dit, que reste-t-il de\ncommun entre les hommes dans le temps et dans l'espace ? Bien peu de\nchose : des tendances imprécises, des grands principes susceptibles de mille\napplications diverses. Les exigeances des oreilles ne semblent pas près de\ns'accorder. Certes non ! A mesure que la science s'affermit dans son\ndomaine, la musique s'individualise dans le sien.\nJe vois bien que M. Huré va protester aussitôt. Cette loi constante,\nc'est son ambition de la découvrir dans la musique. S'il prouvait que les\nréactions sensorielles de l'individu obéissent et obéiront toujours ici à des\nnécessités fixes, \" il ne resterait plus qu\nde ces lois, pour faire entrer définitivement dans F enseignement musical la part\nde science vraie et incontestable qui peut \"\nM. Huré échouera ; du moins dans le présent ouvrage. Comme tous\nceux (ils sont légion), qui ont avant lui tenté cette poursuite vaine d'une\nlégalité de la composition musicale, il trouvera en face de lui la perpétuelle\ninstabilité des sentiments et des opinions qui permet à la musique de recréer\ndes formes toujours nouvelles. Et, comme eux, que fera-t-il ? Il éliminera\nde la musique tout ce qui ne correspond pas à son propre sentiment. Il\nimposera par la violence, ce que le consentement général lui refuse et\nn'admettera à son enseignement que les \" hommes doués selon la nature et\nrestés soumis à ses seules lois.\" Remarquez bien cette définition ; elle\nrésout d'un coup le problème; elle détermine les conditions invariables\nde l'expérience. Le musicien né musicien,\ninitiée, toutes ces entités dont M. Huré ale prototype dans son imagina-\ntion, voilà la constante cherchée. En d'autres termes M. H. nous dit :\nallons découvrir la nature chez le musicien naturel, parceque le musicien\nnaturel obéit aux lois de la nature !\nUne fois de plus le tour classique de prestidigitation esthétique est\njoué devant nous. Ce qui sortira de cet homme-nature, nous le savons\nd'avance ; c'est ce que l'auteur y a mis lui-même. Mais, dira-t-on, et les\ngens mal doués, ceux qui ne sont pas nés musiciens au gré de M. Huré ?\nCeux-là \" il faudra leur expliquer que\njoie, les décourager par tous les moyens possibles...\" les prier de s'abstenir."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.15", "texte": "LE DOGME EN MUSIQUE\n353\n\nEn attendant, chacun continuera à se croire aussi naturel et aussi bien\ndoué que le voisin, et rien ne sera changé.\nJe ne vois donc pas comment M. Huré donnerait à notre pédagogie\nle régime d'une science véritable, sinon par une argumentation arbitraire\nqu'il vaut mieux laisser aux grands ennemis de la musique, aux Lecerf\nde la Vieuville, aux Fontenelle et aux Lamotte-Houdar.\nCar, au moins, ces esprits audacieux et tendancieux ne se cachaient\npas d'en vouloir à la musique. Leur but était de stabiliser définitivement\net de stériliser pour ainsi dire l'art, que sa mobilité dérobait à la loi. Pour\ny arriver ils faisaient gaiement le sacrifice de toute variété, de toute\névolution. \"La nature dicte à tout le \"\ns'écriait l'un d'eux, et il ajoutait : \"je\npoint être diversifiées, qu'il faut que tout le monde les dise lyun comme Vautre\net que le défaut est de savoir les dire Le maître de\nmusique aura donc à sa disposition les formes convenues du langage\nadmis. Le dogme lui sera bien inutile, puisqu'il possédra des formules, ce\nqui est encore plus sûr. M. Huré voudra-t-il aller jusque là et recom-\nmander l'esthétique dont est sorti naturellement l'effroyable monotonie de\nla musique française du XVIIIe siècle ! Il le faut cependant. Dura lex,\nsed lex !\nNon, la musique échappera toujours, tant qu'elle sera la musique, à\nla fixité théorique, réclamée par les sciences exactes. Ce concept de la\nloi n'est à sa place que sur les limites de l'art, et là où il ne s'agit plus de\ncréer l'œuvre, mais de la comprendre. J'insiste sur cette distinction\nparce qu'il me paraît que M. Huré ne l'a point faite. M. Huré voudrait\nopposer l'histoire naturelle et la biologie musicale aux superstitions de\nl'école, c'est à dire à l'enseignement dogmatique. Mais il n'est pas du\ntout possible de comparer ensemble deux ordres de choses aussi radicale-\nment différents. Qu'il préfère la sécurité de la science à l'incertitude de\nl'art en matière de principes, c'est son droit. Mais qu'il se garde de\nles substituer l'une à l'autre en musique.\nQuand nous étudions la biologie d'un phénomène, nous cherchons\nà savoir ce qui se passe en un point de l'espace, puis, nous généralisons\nnos observations et les projettons en quelque sorte dans l'infini. Nous"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.16", "texte": "S. I. M.\n354\n\nn'avons aucunement l'intention de créer à notre toui un phénomène\nbiologique comme celui dont nous sommes témoins. Nous constatons,\nnous ne produisons pas.\nEn musique au contraire le pédagogue se soucie peu de constater, la\nconstatation lui est même quelquefois tout à fait désagréable. Il s'efforce\nde produire et de provoquer ce phénomène qui s'appelle l'état d'âme\nmusical. Son rôle n'est pas de regarder pousser l'arbre, mais de le faire\ncroître, et de faire lui-même fonction d'arbre vivant, de sève communi-\ncative. Certes, la biologie, la mécanique, la philologie, la physiologie et\nautres disciplines de l'esprit pourront faire passer le problème sonore sur\nleur domaine, et là, le faire entrer dans les catégories de l'absolu. Si c'est\nà ce moment que M.Huré nous présente ses lois naturelles, je l'écouterai\nvolontiers. Mais nous serons loin de la composition et de son enseigne-\nment pratique. Toutes les recherches savantes et méthodisées nous\nmontreront ce qui se passe, mais ne feront pas\nOr s'il ne se passe rien le maître a perdu son temps. Car il est là pour\nprovoquer l'acte de création, pour stimuler la vie. C'est sa propre nature,\nson idéal qu'il fait passer dans ses élèves. Ses préceptes, ses avis, ses pré-\nférences, ses exemples fécondent. Sa mentalité est comme un terrain de\nculture où va germer le talent. En enseignant il se communique, il\ns'affirme, il se donne, il procrée. Et vous voudriez qu'il ne fut pas\nl'arbitre de son propre goût? Vous lui opposez les idées de X., les procé-\ndés de Z, les exemples d'Y, et tout ce que d'autres, avec leurs moyens et\nleur nature, ont réalisé. Que voulez-vous que cela lui fasse ! Vous lui\ndites : la forme Sonate n'a rien d'essentiel. Et si elle est essentielle pour\nlui, cela lui suffit. Vous lui représentez que la modulation n'est pas le\nprincipal dans la composition, ou que l'harmonie vaut bien le contre-\npoint ! Au nom de qui et de quoi ? C'est absolument comme si vous\nveniez reprocher au pommier de ne pas porter des arbouses, ou au rossi-\ngnol de ne pas être un crustacé. Ces reproches méconnaissant totalement\nl'activité du créateur musical, et celle de son entraîneur, qui n'ont rien\nde celle d'un musicologue ou d'un critique.\nHé bien, soit, dira-t-on. L'enseignement repose sur la foi musicale\nde celui qui le distribue. Mais alors, que le maître de musique parle au"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.17", "texte": "LE DOGME EN MUSIQUE\n355\n\nnom du bon plaisir, qu'il dise comme Louis XIV, voulant mettre fin à\nune longue discussion musicale : Voici mon goût à moi. De ce côté au\nmoins le dogme sera vaincu.\nN'en croyez rien. Si le dogme persiste dans l'enseignement musical\ndepuis si longtemps c'est qu'il est un EXPÉDIENT D'AUTORITÉ, dont toute\npédagogie a besoin. Autorité plus ou moins discutée, que personne\nd'ailleurs ne prend au tragique. Autorité instable et passagère, je le veux\nbien. Mais autorité quand même, et subie par ceux que l'influence du\nMaître a conquis.\nOh, je sais combien il serait séduisant de transformer les traités\nd'harmonie et de Contrepoint en monographies historiques. Tous les\nprocédés de l'art, tous les gestes de la musique seraient alors exposés aux\nyeux émerveillés de l'apprenti, et le maître, aidé de l'érudition, présen-\nterait les cas les plus typiques, les plus frappants exemples de chacun\nd'eux. Plus d'obligations imposées mais seulement des moyens sonores\nd'expression rattachés à leurs effets auditifs, par un lien de fait et non de\ndroit. Des possibilités, l'infini des possibilités présenté à l'élève, sans rien\nqui l'engage au choix, sans norme qui conduise ses préférences. J'entends\nd'ici la voix du maître. \"Messieurs le triton s'est trouvé à certain moment\nde notre histoire en fâcheuse position, il eut contre lui telles influences\nesthétiques, morales, sociales, rencontra tels obstacles de la technique.\nLa défense d'employer ce procédé eut tel résultat. Elle fut levée à telle\népoque pour telles raisons. Voici de nos jours l'état de la question,\net voici l'avenir possible du triton. A vous d'en faire ce que vous\nvoudrez.\"\nEt croit-on que la musicologie toute entière n'applaudirait pas à\nune révolution pédagogique, toute à son honneur ? Car c'est un peu\ngrâce à elle, si les méthodes expérimentales sévissent aujourd'hui\ndans la musique et entraînent des esprits hardis comme celui de M.\nuré. On sait donc où vont nos sympathies dans ce débat. Mais on\ncomprendra nos scrupules. Le moment n'est-il pas venu de se demander\nsi l'historien de la musique et le compositeur de cette même musique,\nqui se rencontrent sur le terrain de la pédagogie, ne vont pas se gêner\nmutuellement ? Déjà l'Allemagne, où le mouvement est en avance sur le\nnôtre, témoigne d'un certain malaise. On n'a pas oublié le bruyant\nincident causé par un jeune érudit d'outre Rhin, qui après avoir publié\nun très remarquable travail sur la Notation Proportionnelle, fit soudain"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.18", "texte": "S. I. M.\n356\n\nvolte face, et lâcha l'histoire pour la pratique, en exposant les'motifs de\nsa défection. Çà et là on peut lire dans les revues germaniques de petites\nattaques sournoises, pas méchantes d'ailleurs mais symptomatiques \\\nEn France nous avons vu notre confrère Vuillermoz pousser déjà\nquelques pointes de ce côté. Et ce n'est pas croyez le bien, la simple\nconcurrence qui provoque ces légers froissements. Ce n'est pas une\nquestion de débouchés, une contestation entre la musique ancienne qui\nveut revivre et la musique moderne qui ne veut pas céder la place. Non\nla discussion a des raisons plus hautes.\nLe compositeur, épris de son rêve et qui cherche à le réaliser en\nlui ou en autrui, ne peut se laisser donner des leçons par l'historien. Il\nsent bien que son art a un ennemi dans cette relativité qui nous est\nchère, dans cette curiosité satisfaite de savoir, et qui finirait par être\ninsensible à la beauté même. Il commence à voir les dangers de cet état\nd'esprit, si bien décrit par Mauclair dans sa Religion de la musique.\nAttentifs aux rites et à l'exégèse, nous oublions la Déesse. C'est notre\ndroit. Mais c'est aussi le droit du pontife et de l'officiant (c'est à dire du\nmusicien) de ne pas partager cette mentalité. L'admiration historique et\nl'éclectisme qui l'accompagne doivent donc nécessairement provoquer\nl'antipathie de l'artiste créateur parce qu'ils sont d'ordre purement\nintellectuel. Au maître de musique plus qu'à n'importe qui ils doivent\ninspirer la méfiance. Car la musique, privée de l'imitation des objets\nmatériels, a éminemment besoin d'un point d'appui solide. Or, ce point\nd'appui lui est enlevé si le bon plaisir de l'élève est substitué au précepte\nimpératif de l'école. Il ne suffit pas de laisser le maître dire : j'aime ou\nje n'aime pas. Il faut encore qu'il puisse ajouter: ce que je n'aime pas est\ndéfendu, et ce que j'aime est permis. Il faut que ses préférences, son\ngoût, ce qui forment sa personnalité soient revêtus de l'autorité qui\nleur permette de se communiquer, sans quoi cette personnalité est\ncomme si elle n'existait pas. Le maître n'est plus un modèle, mais\nun Bottin.\nEn réalité cette question, qui n'a l'air de rien, est celle même de la\nneutralité dans l'enseignement musical. Je n'aurais pas voulu l'aborder\ndans ces quelques pages de compte-rendu, si je n'y avais été entraîné par\nla musicologie elle-même. Il est de notre devoir, à nous qui ne reconnais-\n\n1 Pour tout dire, il faut avouer que l'essor rapide de notre Société Internationale et 1 éclat du congrès de\nVienne sont pour quelque chose dans cette humeur."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.19", "texte": "LE DOGME EN MUSIQUE\n357\n\nsons d'autre autorité que celle de la vérité objective, de crier \" Casse-cou\nà ceux qui appliquent à l'art nos méthodes expérimentales. Nous sommes\ndes spectateurs ; le parti pris nous est défendu. Mais si l'acteur voulait se\ncomporter sur la scène comme le spectateur dans son fauteuil, il n'y\naurait plus ni pièces ni théâtres. L'acteur agit, et il agit parcequ'il se sent\nentraîné vers l'action. Si au moment d'exprimer un sentiment il n'avait\npas confiance dans son geste, dans son intonation, s'il apercevait au con-\ntraire l'infini des possibilités que cette expression comporte, il serait bien\nvite désabusé, et le public aussi. Il passerait du côté des spectateurs. En\ncomposant son personnage il obéit à un parti-pris, et c'est ce choix, cette\ninterprétation personnelle, qui donne la vie à sa figure. Son maître lui\ninculque la science des parti-pris, et le génie de l'exclusion ; il\nbien plutôt qu'il ne se documente pas. C'est là le rôle de l'enseignement\nartistique, et ce rôle est dogmatique.\nVeut-on connaître un exemple de la pédagogie historique et anti-\ndogmatique. Regardez M. Max Reger, qui est l'élève le plus brillant de\nl'école du Professeur Hugo Riemann, très grand savant, dont la curiosité\nn'a laissé intacte aucune parcelle de l'histoire. Vous verrez là les avan-\ntages et les défauts du système. M. Reger, qui est admirablement doué,\nfait tout ce qu'il veut, il connaît tout, il emploie tout. Mais il semble\nqu'il ait perdu ce que les Anciens auraient appelé le sentiment du bien\net du mal en musique. Nous parlions plus haut des symphonistes français\nde 1750, auxquels le formalisme refusait toute liberté. M. Reger offre\nl'exemple directement opposé. Et, vraiment, ne tombons-nous pas avec\nlui dans un autre difficulté. Ici la rétention, là l'incontinence. Quel est le\npire ? C'est au goût d'en décider. Le goût présent concluera sans doute\nen faveur de Max Reger. Mais l'absence de style en musique, ou le\nmélange de tous les styles (ce qui revient au même), n'en sera pas moins\nla conséquence de ce mépris de l'école, affiché par M. Huré et professé\npar tant d'autres. C'est là ce que nous voulions constater. Pas de dogme\npas de style. Pas de discernement imposé par le goût du maître. Mais la\nliberté d'errer à l'aventure parmi les richesses de l'art et de jeter dans un\nmême creuset Josquin et Beethoven, Offenbach et Guillaume de\nMachault.\nEt ainsi, en voulant éviter l'aléa des dogmes on s'expose à l'arbitraire\nle plus naïf, on rejette des présomptions de vérité, et l'on s'en remet au\nhasard. Qu'a-t-on gagné ?"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.20", "texte": "S. I. M.\n358\n\nOn le voit le dogme n'est pas si aisé à expulser de cette situation\nqu'il tient de la nature, et qui se trouve à mi-chemin de la certitude\nmathématique et de l'instinct aveugle. Il rend service, on ne peut se\npasser de lui. C'est peut-être un mal aux yeux des rigoristes, mais un mal\ncertainement nécessaire. Il a la valeur d'une approximation, qui rem-\nplace la Loi naturelle, dont l'art repousse la tyrannie. Il a l'efficacité d'une\nformule imposante, dont le sentiment ne saurait se passer sous peine\nd'être désemparé.\n\" Il faut avant tout que l'instinct domine dans V art \" écrit M. Huré.\nHé bien ! si l'instinct est infaillible le dogme l'est aussi. Car l'un n'est que\nl'expression de l'autre. C'est parce que l'artiste est un impulsif qu'il donne\nà ses préférences la valeur d'une idée générale. On pourrait dire, en re-\nprenant un mot célèbre, que le dogme est la splendeur du goût. Lorsqu'on\nvient lui demander avis et enseignement, le musicien s'affirme donc natu-\nrellement et légitimement par le moyen des dogmes musicaux. Ses dogmes\nne sont que l'émanation de sa foi artistique. Libre à vous de ne pas y\ncroire, libre à vous d'engager les autres à se détacher de cette croyance,\net d'écrire de beaux ouvrages comme celui-ci, véhéments et sincères. Mais\nsongez bien qu'en attaquant le dogmatisme vous attaquez un droit de la\nnature humaine, un procédé légitime de l'activité artistique.\n\nJ. Ecorcheville."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.21", "texte": "UN THÈME DE HAENDEL\nDANS LA NEUVIÈME SYMPHONIE DE BEETHOVEN\n\nL'on a constaté maintes fois, qu'en écrivant le finale de la Neuvième\nSymphonie, Beethoven, plus préoccupé d'exprimer par les sons les hautes\naspirations de sa grande âme que de faire œuvre musicalement originale,\nn'a pas craint de subir le reproche d'avoir donné à ses thèmes un tour\npopulaire ou familier qui les apparente à d'autres compositions. C'est\nainsi que, dans une note d'un article paru dans la Reloue de Paris le\n15 février dernier {Beethoven musicien de la Révolution française), je signalais\ncertaines analogies entre le chant : Freude, schœner Gœtterfunken et diverses\nmélodies antérieures : un psaume huguenot, un chant historique hongrois\ndu XVIe siècle, et, mieux encore, un Lied de Beethoven lui-même composé\nen 1795 e*- replacé dans la Fantasie pour piano avec orchestre et chœur, op. 80.\nOr, le lendemain même de l'apparition de cet article, à un concert\ndonné par la Société Haendel, je fus amené à faire une nouvelle observa-\ntion non moins caractéristique. Le programme comprenait un\nen sol mineur qui porte le n° 5 dans la deuxième série des douze concertos\nd'orgue publiés dans le 28me volume de la grande collection des\nœuvres de Haendel (édition Breitkopf et Haertel). Le deuxième mouve-\nment de ce concerto est un Andante construit sur un dessin\nobstiné auquel l'orgue superpose des variations de plus en plus chargées\nde dessins et d'harmonies. Voici ce dessin, qui n'est pas entendu moins de\nvingt-neuf fois au cours de morceau :\nRapprochons en le thème de à dans la\nSymphonie avec chœur :\n\n2"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.22", "texte": "360\nS. I. M.\n\nC'est, d'un bout à l'autre de la phrase,la même intonation! L'analogie\npourrait encore passer pour négligeable si elle ne portait que sur la première\npartie du thème, lequel est formé de quatre notes répétées trois fois de suite\nen une progression descendante par tierce (ou ascendante par sixte). Si cette\nprogression se prolongeait une quatrième fois, la mélodie aboutirait à la\nconclusion naturelle d'ailleurs banale sur la tonique. Mais il n'en est pas\nainsi: après le troisième énoncé du dessin, la ligne mélodique, qui précédem-\nment se déroulait en se rattachant à la formule génératrice par un simple\nmouvement de seconde, se relève en montant d'une sixte (ou s'infléchit\nen descendant d'une tierce) pour aboutir à une cadence à la dominante\nqui donne à la mélodie toute sa signification. Or, cette conclusion, aussi\nbien que le point de départ, se retrouve parfaitement semblable chez\nBeethoven et chez Haendel. Les deux seules notes qui varient dans l'in-\ntonation des deux chants sont sans importance, étant sur les temps faibles\net participant aux mêmes harmonies. Quant aux sauts d'octave, ils consti-\ntuent une différence d'autant moins digne d'être remarquée que Beethoven\nlui-même en a tenu peu de compte ; la façon dont il reproduit le thème\nquand, dans le tutti, il le fait chanter par les soprani, l'indique manifeste-\nment : il y supprime le saut du neuvième et le remplace par une simple\nseconde ; son chant, sous cette nouvelle forme, est plus sembable encore\nau thème de Haendel :"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.23", "texte": "UN THÈME DE HAENDEL\n361\n\nEst-il besoin de spécifier qu'en faisant ce rapprochement nous ne\nsongeons en rien à incriminer Beethoven d'avoir plagié Haendel, pas même\nd'en avoir eu la moindre réminiscence ? Il n'est pas douteux que le chant\ndont il a formé la base du plus grandiose épisode de la symphonie soit\nissu du plus profond de son âme, et que la formation n'en doive rien à\npersonne, si ce n'est au poète sur les vers duquel il fut modelé, mais\nassurément à aucun musicien. Nous ne faisons donc ici que donner un\nnouvel exemple de ces rencontres d'idées si fréquentes entre les grands\ngénies. Le rapprochement n'en était pas moins bon à relever, ne fût-ce\nqu'afin d'en faire profiter la mémoire de Haendel, pour qui Beethoven\néprouvait l'admiration la plus vive, et qui, par là, nous apparaît plus\nmanifestement encore comme étant de même lignée que l'auteur des\nNeuf Symphonies.1\n\nJulien Tiersot.\n\n1 Postérieurement à la rédaction des notes ci-dessus, nous avons lu, sous la signature de M. Romain\nRolland, les lignes suivantes détachés d'une étude sur Haendel :\n\" Comme il est naturel que Beethoven, aspirant à écrire la Symphonie de la Joie, ait été fasciné par\nHaendel ! \" Revue de Paris du 15 avril 1910.\nCette fascination fut bien réelle, puisqu'elle alla, nous venons de le voir, jusqu'à faire retrouver par Beethoven\nl'extérieur même d'une forme musicale que Haendel avait déjà créée."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.24", "texte": "LE THÉORBE\nCOMME INSTRUMENT D'ACCOMPAGNEMENT\n\n'\nAu reste, si j'admets volontiers que cette transposition à l'octave de\nla basse écrite dut être usuelle et fréquente, elle ne pouvait avoir lieu\npartout. Dans l'exemple cité de Fleury, il est plusieurs passages où la\nbasse dépasse l'étendue qu'elle pourrait avoir, baissée d'une octave, sur\nles cordes à vides. L'exécuter, à l'aide de la main gauche, en positions, ne\nserait ni commode ni faisable toujours, sans modifier la disposition\nmarquée de l'accord.\nPeut-être le toucher propre au théorbe dissimulait-il aussi quelque\npeu le désordre de cette harmonie confuse. Le Chitarone, paraît-il, se\njouait toujours en arpégeant : \" Si l'on a à pincer un accord de trois\nnotes, écrit Piccinini, cela doit se faire en trois percussions l'une\naprès l'autre ; si c'est un accord de quatre notes, en quatre percussions. \"\nEt ainsi de suite, en n'employant toujours, pour le pincé, que le pouce,\nl'index et le médius de la main droite, le pouce passant sur deux ou trois\ncordes quand l'accord compte cinq ou six notes. C'est ainsi que ces\ntablatures :\n\n1 Voir S. I. M. du 15 avril dernier"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.25", "texte": "LE THÉORBE\n363\n\ns'exécutent en réalité, dit-il, comme si elles étaient notées : 1\nC'est à dire :\nQuelque chose de ces habitudes d'exécution, usitées en Italie vers\n1623, 2 pouvait s'être conservé, puisqu'en 1690 Delair observe encore\nque, sur le théorbe, la note de basse doit toujours précéder les accords.\nRègle, à la vérité, qui n'est point toujours commode à suivre, pour peu\nque la basse ait quelque mouvement. Mais enfin, quand cela était possible,\ncette basse, pincée la première et d'un timbre sans doute un peu plus\n\nlOn ne manquera pas de remarquer, dans ces divers exemples, que Piccinini ne suit pas, en arpégeant\nl'ordre des cordes. Il a toujours soin de pincer la 3e (la plus aiguë) la dernière, de façon à garder sa position\nnaturelle à la note supérieure de l'accord.\n3 Piccinini insiste fort sur ce toucher arpégé du théorbe, tout différent de celui du luth. Il indique d'autres\nformules d'arpèges. Celle-ci par exemple, pour remplacer les tenues ou les répétitions d'accords :\nCe qui donne, réalisé, les figures suivantes :\nCette manière d'arpéger, dit-il, est nouvelle et fait un excellent effet, surtout dans les mouvements un peu\nrapides."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.26", "texte": "S. I. M.\n36+\n\nsonore, se trouvait mise assez en dehors, fut-elle écrite du reste au milieu\nd'un accord.\nPeut-être enfin ne convient-il pas de prendre trop à la lettre des\nexemples qui, en somme, ne sont que des manières d'exercices destinés à\nformer la main et dont l'effet réel importait assez peu. J'y consens. Mais\nil faut pourtant bien se persuader que ces renversements disgracieux et\nincorrects, s'ils pouvaient souvent se dissimuler grâce à quelques judicieux\nartifices, ne le pouvaient cependant pas toujours. Ils sont à ce point\ninhérents au mode d'accord de l'instrument qu'à moins de se réduire à\nune unique consonnance sur la basse, il était tels cas où les éviter devenait\ntout à fait impossible.\nA moins de se réduire aune seule consonnance sur la basse, disais-je.\nIl ne serait pas impossible que le théorbe s'en tint là ou à peu près\nquand il jouait à l'orchestre ou en concert avec d'autres instruments.\n\" On s'en sert avec la basse ou à la place de cette même basse \", dit\nPraetorius. C'est en pareil cas, j'imagine, que les longues cordes du second\nmanche trouvaient leur emploi le plus fréquent. Elles descendaient pins\nbas qu'aucun autre instrument communément en usage. Puisqu'on les\navait sous la main, c'était bien le cas de s'en servir. Exécuter la basse, en\noctaves sans doute, en y joignant le plus souvent possible une ou deux\nconsonnances, suivant la commodité de la main, c'était assurément tout\nce que l'on attendait des théorbistes, au moins dans les tutti un peu\nmouvementés.\nQuelquefois, surtout si le compositeur avait exigé pour le\n(c'est à dire la réalisation de l'harmonie) d'autres instruments (le clavecin\npar exemple, ou l'orgue), le théorbe ne se faisait entendre que dans les\ngrands ensembles. M. D. Alaleona a retrouvé, à la biblothèque Vallicel-\nliana, un exemplaire de la Rappresentahone d'Emilio\ndel Cavalliere, exemplaire qui, dans les exécutions de l'ouvrage à la\nVallicella, avait servi au théorbiste: partout ailleurs que dans les morceaux\nà plusieurs voix, un \" Tace \", écrit à la main, marque que l'instrument\ndevait garder le silence. 1\nAu contraire, quand le théorbe était employé seul ou presque\nà soutenir la voix d'un ou deux chanteurs, une plus grande plénitude\n\n1 (Studi sulla storia delV Oratorio musicale in îtalia, 1908, p. 330). On trouvera dans le même ouvrage\nune curieuse \" Symphonia \" du dialogue de l'Enfant prodigue tirée du Teatro armonico spirituale d Anerio\n(1619). Elle est écrite pour violon, deux cornetti, luth, théorbe et orgue."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.27", "texte": "LE THÉORBE\n365\n\nharmonique était requise. Cependant, il semble que l'on n'exigeât point la\nrégularité et la plénitude d'accords qui était de rigueur à l'orgue ou au\nclavecin (surtout en France à la fin du siècle). Delair, après avoir exposé\nses paradigmes d'accompagnement, (pour le clavecin, puisque son traité est\npour les deux instruments), le remarque expressément. \" Tous les accom-\n\" pagnements précédents [c'est-à-dire les diverses notes constituant\n\" l'accord], dit-il, ne sont pas absolument nécessaires, se pouvant passer\n\" de quelques-uns, principalement sur les Instruments où l'on ne trouve\n\" pas facilement tous les accompagnements que l'on voudroit, comme sur\n\" le théorbe où la main peine en beaucoup d'endroits lorsqu'on les veut\n\" tous faire régulièrement surtout dans les pièces de mouvement léger...\n\" mais pour donner quelque facilité... on remarquera... que la tierce\n\" suffit à quelque accord [intervalle] que ce puisse estre, excepté à la\n\" seconde et à la quarte. Ainsi la tierce est un accompagnement\n\" suffisant à la quinte, à la sexte, à la septiesme, à l'octave et à la\n\" neufviesme de quelque espèce que soient ces accords... Il faut de plus\n\" remarquer que la quarte tenant lieu de la tierce est un accompagnement\n\" suffisant aux accords auxquels elle est jointe... \" Ceci se comprend de\nreste. Et l'on remarquera d'ailleurs que, presque partout, dans l'exemple\nde Fleury, l'auteur s'est contenté d'accords à trois parties.\nCe n'est guère que dans les passages de style récitatif, où la basse\nprocède ordinairement par longues notes tenues, que les grands accords\narpégés, tels que Piccinini les transcrit, pouvaient commodément s'em-\nployer. Dans les formules de cadences aussi, où il v a une tendance\nmanifeste et compréhensible à élargir, en augmentant la sonorité. Voici\ndivers exemples que j'emprunte à Angelo Michèle.\n\" Exemple pour le récit \".\nTHÉORBE"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.28", "texte": "366\nS. I. M.\n\n\" Exemple pour terminer la cadence en descendant. \"\nTHÉORBE\n(Trois, versions)\n\" Exemple pour terminer la cadence en montant\nTHÉORBE\nCes combinaisons d'accords sont assez simples. Le virtuosisme\nintempérant de certains artistes pouvait les compliquer à plaisir. Ce sont\nceux-là sans doute que reprenait sévèrement Bacilly\nsur F Art de bien chanter 1679), les accusant d'être plus soucieux de faire\nvaloir la souplesse de leurs doigts que de faire paraître la voix qu'ils\naccompagnent. \" C'est pour lors, ajoute-il, accompagner le Théorbe de\n\" la voix et non la voix du Théorbe. Il faut donc se ménager en ce ren-\n\" contre et ne pas se figurer que, dans ce mariage, le Théorbe soit"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.29", "texte": "LE CONCERT\nTableau attribue à Lenain,\nBASSE DE VIOLE. LUTH. THÉORBE. POCHETTE.\nCOLLECTION HAYER, DE COLOGNE."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.30", "texte": "LE THÉORBE\n367\n\n\" nommé le mary de la voix pour l'accabler et la gourmander, mais bien\n\" pour la flatter, l'adoucir et en cacher les défFauts.\"\nMace a réuni avec complaisance un grand nombre de ces formules\nextravagantes, dont un emploi à peu près judicieux ne pouvait être que\nbien rare. Sur cette simple basse donnée\nil superpose des\naccords et des dessins fort variés, de plus en plus \" diminués En voici\nquelques-uns, à titre de curiosité. 1\n\nIJe rappelle que Mace se sert d'un théorbe dont la chanterelle seule est baissée d'une octave. La 2e corde\nreste à son diapason véritable, ce qui augmente sensiblement dans le haut l'étendue praticable des traits."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.31", "texte": "S. I. M.\n368\n\nDe semblables figurations, malgré l'intempérance de virtuoses tou-\njours disposés à se pousser au premier plan, devaient être assez exception-\nnelles. Et j'imagine que, pour une restitution moderne de l'accompagne-\nment, dans le goût du temps, de quelque pièce de chant, il conviendrait\nde s'en inspirer de façon fort discrète. Elles sont pourtant révélatrices\nd'un côté significatif des habitudes anciennes qu'il ne sied pas de passer\ntout à fait sous silence.\nExaminons d'un peu près les variations de Mace. Celles marquées\n(g) et (/') offrent cette particularité d'ajouter à la basse donnée un accord\nqu'elle ne supposait point dans son texte : la sixte sur la sous-dominante\ndu ton. Que l'on considère cette sixte comme une broderie de la basse et\ndes autres parties, soit. Ce n'en est pas moins une liberté que pas un\naccompagnateur moderne n'oserait prendre et qui paraît cependant avoir\nété tout à fait courante. Un des exemples d'Angelo Michèle confirme\ncette induction. Car voici comme il traduit la basse d'un fragment de\nrécit :\nC'en est assez pour prouver que les théorbistes ne se croyaient nul-\nlement asservis étroitement à la note de la partie de basse laquelle,\ncouramment, remplaçait pour eux la tablature. Un virtuose sur le théorbe\nn'est pas digne de ce nom, affirme Mace, s'il n'est pas en même temps\nconsommé dans la théorie musicale. Il fallait l'être en effet pour se per-\nmettre impunément et légitimer en même temps ces fantaisies. Mais les\ngens habiles étaient rares,du moins dans le monde des amateurs. \" L'accom-\n\" pagnement n'a jamais été si commun qu'il l'est, écrit Delair ; presque\n\" tous ceux qui jouent des instruments se meslent d'accompagner : mais"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.32", "texte": "LE THÉORBE\n369\n\n\" il y en a très peu qui accompagnent régulièrement. On se contente\nd'une certaine routine, laquelle n'estant pas soutenue de la science\n\" n'empesche pas que l'on tombe dans quantité de fautes que l'on peut\n\" d'autant moins éviter qu'on ne les connoist pas... \"\nA ces exécutants novices il semble qu'on ait voulu parfois apporter\nun secours bien nécessaire. Je signalerai à ce propos quelques particula-\nrités d'un recueil, très rare et assez peu connu :\nLambert, maistre de la musique de la\n(Paris 1669). 1\nCe sont des airs à une voix, avec une basse vocale et une basse instru-\nmentale chiffrée. Que celle-ci ait supposé dans la pensée de l'auteur une\nréalisation au théorbe, cela ne fait pas doute. Lambert s'accompagnait\ntoujours lui-même sur cet instrument à l'imitation de de Nyert, son\nmaître et son modèle, et il était virtuose excellent. De plus, le diapason\ngénéral de cette basse, écrite tout à fait au grave, à l'octave assez souvent\nde la basse vocale qu'elle double, concorde parfaitement bien avec celui\nqui convenait au théorbe. Et nous connaissons assez les habitudes du\ntemps pour affirmer que ces airs, presque toujours, ont été entendus, sou-\ntenus des accords de l'instrument à la mode.\nLe chiffrage est établi avec beaucoup de soin. Non que l'auteur ait\nmultiplié les chiffres sur chaque note. Au contraire. Mais ces chiffres,\nsont choisis de telle sorte qu'ils indiquent bien souvent un dessin mélo-\ndique très perceptible, lequel n'apparaîtrait pas avec les autres signes qui\npourraient, tout aussi bien, désigner les mêmes accords. Par exemple,\ndans le premier air :\nCette notation ne suppose-t-elle pas que Lambert tenait à faire\nentendre ce dessin (avec les notes de remplissage en plus, peut-être, s'il\nétait possible) ?\nL'intention paraît évidente. Sans quoi le si bémol de la première\n\n1 Le seul exemplaire que je connaisse de cette collection se trouve dans la bibliothèque de M. Ecorcheville."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.33", "texte": "S. I. M.\n37°\n\nmesure et le fa diezede la seconde eussent reçu le chiffre 6, notation\nusuelle de l'accord de sixte.\nOn trouverait maint et maint passage tout pareil. D'autrefois, Lam-\nbert a marqué, de temps en temps, des indications de valeur tout aussi\nprécises. Il emprunte pour cela aux tablatures les petites notes qui s'ins-\ncrivaient au-dessus des lettres.\nOn remarquera enfin des signes de liaison sur certains chiffres, tou-\njours consécutifs : 56, 76, 65. C'est encore un emprunt aux tablatures.\nCe signe de liaison, Piccinini l'appelle le Il s'en sert pour mar-\nquer les traits diatoniques montants ou descendants dont le luthiste ne doit\npincer que la première note, les suivantes résonnant sous les doigts de la main\ngauche seule. Ce genre de traits réussissait très bien au théorbe où les\ncordes vibraient fort longuement.Les Français n'en ignoraient pas l'usage :\non en trouve souvent le signe dans les tablatures de Ballard. Il ne paraît\npas douteux que Lambert ait voulu, en plaçant cette liaison au-dessus de\ncertains chiffres (et aussi en quelques endroits de ses basses), signaler aux\nexécutants les passages où cet effet particulier était de mise.\nNous en serons naturellement privés dans les exécutions modernes\nd'accompagnements de théorbe ou de luth, puisque ces instruments ne\nsont plus pratiqués de nos jours et qu'il les faut remplacer d'ordinaire par\nle clavecin ou la harpe, sinon le piano. Il en est à peu près de même, du\nreste, de tous les autres menus ornements qui jouaient alors un rôle indis-\npensable. \" Ce qui fait par dessus tout l'excellence particulière du théorbe,\n\" dit Prastorius, ce sont les \" trilles et accents en sourdine \" que l'on fait\n\" avec la main sur le bas de la touche. \" Il traduit ici textuellement\n(Utile und messigen Trillen und Accenten) le texte d'Agazzari (trilli ed\naccenti muti) dont il s'inspire,1 sans donner d'ailleurs plus de détails. Mais\nPiccinini s'étend assez longuement sur ces agréments (gruppo, tremolï) et\n\n1 Agostino Aggazzari : (Del sonare sopra il basso con tutti le stromenti, 1607)."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.34", "texte": "LE THÉORBE\n371\n\nMersenne a consacré un ample paragraphe aux divers \" tremblements \"\nque l'on peut pratiquer sur le luth. Le clavecin en héritera plus tard.\nSeulement, en passant au clavier, ils avaient perdu cette grâce\nvaporeuse qui résulte de la modification soudaine de la corde vibrante,\nsans que le doigt ou le sautereau la pince. Tous les ornements du luth,\ndu théorbe et des instruments de cette famille se résument en un batte-\nment rapide, inférieur ou supérieur, sur la corde déjà pincée. Ils ne\ndonnent point l'impression de deux notes distinctes mais d'un son unique,\nondulant doucement pour revenir à son point de départ. Rien ne peut en\nsuggérer l'idée à qui ne les a point entendus. Rien ne le saurait rem-\nplacer. Et comme l'accompagnement ne se les interdit pas le moins du\nmonde, c'est là un caractère qui nous échappera toujours, au cours de\nnos restitutions de musique ancienne.\nMalgré cette lacune, j'imagine que, grâce aux textes ici rassemblés,\nil sera désormais possible de conférer aux accompagnements, jadis\nexécutés sur le théorbe, une figure beaucoup plus voisine qu'on ne le fit\njusqu'à présent de celle qui fut la leur. Nous avons vu que la nature de\nl'instrument commandait impérieusement certaines formes, souvent fort\nimparfaites ou du moins fort spéciales.\nSans s'attacher outre mesure au défaut principal (le bouleversement\nharmonique qui résulte de la transposition à l'octave grave des deux\ncordes supérieures), il faut reconnaître que cet accompagnement demeurait\nretenu dans des bornes fort étroites. L'instrument n'avait pas de registre\naigu. Les accords qu'il peut fournir ne sauraient donc guère dépasser le\nmédium de la clef de fa. De plus tout dessin d'imitation, toute harmonie\ntant soit peu figurée ou mouvementée lui restent interdits. ; En revanche,\nla belle sonorité, la richesse et l'étendue du jeu des grosses cordes graves\nassurent à la basse une prédominance marquée : les autres parties ne sont\nplus là que pour la parer et la soutenir.\nCe fut cette supériorité de son registre grave qui fit la fortune du\nthéorbe. Ou pour mieux dire, il ne fut créé, il ne se différencia du luth\nque pour offrir aux musiciens, aux virtuoses du chant nouveau que les\n\n1 Telles sont les considérations principales dont il conviendra de s'inspirer pour la restitution moderne des\naccompagnements de théorbe ou de chitarone dans l'ancienne musique. C'est généralement la harpe qui supplée\naujourd'hui l'instrument hors d'usage. Il sera donc bon de toujours l'écrire exclusivement dans le registre grave\nce qui ne s'est guère fait jusqu'ici en accord serrés. Certains morceaux, par exemple le récit de la\nMessagère au premier acte de YOrfeo de Monteverde, prendront ainsi un aspect assez différent de celui que leur\ndonnent à tort les restitutions modernes.\nOn aura pareillement à tenir compte de l'exécution arpégée qui, selon Piccinini, était celle du chitarone."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.35", "texte": "S. I. M.\n372\n\ndernières années du XVIe siècle voient s'élaborer peu à peu, l'instrument\naccompagnateur qu'ils rêvaient. Le théorbe est né avec la musique dite\nrécitativè, avec ces airs à voix seule, soit disant renouvelés de l'antiquité,\nqu'écrivent les musiciens nourris de l'humanisme florentin de la\nde Bardi. Ce sont les premiers adeptes du \" bel cantare comme le dit\nPiccinini, qui recherchent pour soutenir leur voix ces grands luths de\nBologne, accordés à un diapason grave pour servir dans les concerts\nd'instruments. Ils n'ont qu'à en modifier l'accord ou quelques détails de\nfacture. Et voici le théorbe (ou le créalisé, tel qu'il apparaît\naux mains de Giulio Caccini, quand il vient à Ferrare, vers 1594. C'est\nbien l'instrument qu'il faut à ses Nuove\nCaccini méprise assez le contrepoint pour n'être pas gêné\nau contraire de l'incapacité du théorbe à en rendre les figures les plus\ninnocentes. Aux chanteurs à voix seule de la génération précédente,\nlesquels ne faisaient que transposer sur les cordes l'architecture sonore\nd'ensembles conçus pour quatre ou cinq voix théoriques, il avait fallu le\nluth, si propre, avec la riche étendue de ses divers régistres, à l'exacte\ntranscription de polyphonies assez complexes. Les novateurs ne sont plus\nsoucieux que d'assurer, avec l'absolue prédominance de la voix,l'intelligence\nparfaite des paroles. A ces exigences moins musicales, il faut un\naccompagnement aussi moins musical et plus abstrait. Au nom de\nl'antiquité, on renoncerait presque à l'harmonie toute entière. Du moins\nconvient-il de la réduire à d'humbles proportions. Une seule note\nde basse, faisant consonnance avec la voix, paraîtrait presque la formule\nde cette simplicité qui seule, croit-on, peut produire les grands effets. Et\nil n'est pas sûr que Caccini ne s'en soit pas contenté bien souvent\nalors qu'il exécutait ses œuvres.1 Le luth, justement, manquait de force\net de vigueur dans son registre grave et ses dessus, trop séduisants et\ntrop sonores, eussent risqué de détourner l'attention de l'auditeur. Ce sont\ndes inconvénients que ne balanceront point ses avantages, inutiles\ndésormais. 2\n\n1 On serait tenté de le croire, à lire certains passages de sa préface : \"... usando in essa... una certa nobile\n\" sprezzatura di canto, trapassando talora per alcune false, tenendo perô la corda del basso ferma, eccetto che\n\" quando io me ne volea servire ail' uso commune, con le parti di mezzo tocche dall' istrumento per esprimere\n\" qualch* affetto, non essendo buone per altro\n2 \"Toutes sortes d'instruments ne sont pas propres pour accompagner, d'autant qu'il ne faut pas dans\nl'accompagnement que les dessus dominent sur les basses, parce qu'il n'est pas question de faire briller l'instru-\nment... mais seulement de soutenir la voix qu'on accompagne. Ainsi il faut que les basses y dominent, c'est la\nraison pour laquelle on ne se sert pas ordinairement du Luth ni de la Guitarre pour accompagner, d'autant"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.36", "texte": "LE THÉORBE\n373\n\nLa vogue du théorbe suivit partout celle des œuvres mélodiques ou\ndramatiques de l'école nouvelle. Générale en Italie dès les premières\nannées du XVIIe siècle, elle sera donc en France tant soit peu plus\ntardive. Nos chanteurs d'airs de cour ou de ballet ne renoncèrent pas\ntout de suite à leurs tablatures de luth où ils notaient, avec une précise\nexactitude, l'ordonnance et les mouvements de leurs accords.\nCe n'est pas qu'ils soient demeurés ignorants de ce qui se passait au\ndelà des Alpes. Ni les drames récitatifs, ni la musique de chambre\nitalienne n'étaient choses inconnues pour nos maîtres ou nos amateurs.\nAssez de gens de toute condition avaient voyagé en Italie. Assez d'artistes\nd'outre-monts avaient accompagnés en France la Reine Marie de Medicis.\nLe poète Rinuccini, qui exerça une si grande influence sur Péri et sur\ntous les musiciens florentins, fit trois voyages en France (et en Flandre)\nde 1600 à 1601, de 1602 à 1603 et en 1604. Cette dernière année très\nproblablement, ou la suivante, Caccini lui-même avec ses filles, séjourna\nquelque temps à la cour de Henri IV. 1 II eut tout le loisir d'y faire\nentendre ses œuvres et connaître sa façon de les accompagner.\nIl n'apparaît pas qu'elle ait prévalu sur les habitudes de nos compo-\nsiteurs et de nos virtuoses. Il restent vingt-cinq ans encore fidèles à leurs\nminutieuses tablatures de luth, ainsi que l'attestent tous les recueils publiés\nen cette période.\nC'est qu'en effet la simplification de l'harmonie qu'entraînait l'usage\ndu théorbe répugnait excessivement au caractère du contrepoint français,\ntel que le pratiquaient Claudin, Du Caurroy et un peu après eux, Bour-\nnonville. Ces maîtres (qui seront tenus longtemps pour des modèles clas-\n\nque les Dessus y dominent trop et que les Basses n'y fournissent pas assez (Delair)\nAjoutons que le diapason grave du théorbe maintenait constamment l'harmonie très au-dessous du chant\nquand le chanteur était un Soprano. Fut-il même un Ténor, cet avantage persistait. Tandis qu'un Ténor,\naccompagné au luth ne domine l'accompagnement que par cette convention qui suppose sa voix plus haute\nd'une octave. Convention que traduit graphiquement notre habitude de l'écrire en clef de sol.\n1 M. Ademollo, du moins, l'affirme. Et ce voyage, dont je n'ai pas retrouvé de mention contemporaine,\nparaît à peu près certain, si l'on considère que le roi écrivit lui-même au grand-duc de Toscane pour mander\nCaccini auprès de lui. Voici cette lettre. ('Lettres missives de Henri IV, ed. Berger de Xivrey, VIII, 908), Elle\nest vraisemblablement, de 1604.\nA mon oncle le grand-duc de Toscane\nMon oncle, le récit que j'ay ouy faire du bon concert de musique de Jules Romane avec ses filles me fait\nvous faire ce mot et prier par Rinuccini, qui le vous mandera, de me le vouloir prester pour deux ou trois mois,\naffin que les ayant ouys, je vous puisse mander si la renommée qui vole d'elles est véritable. Et remettant le\nsurplus à la suffisance dudict Rinuccini, je vous prieray de le croire, et Dieu vous avoir, mon oncle en sa\nsaincte et digne garde. Ce XXIIIe aoust, à Fontainebleau. HENRY.\nCe Rinuccini, à qui le roi Henri confie son message, n'est pas le poète dont le rôle fut si décisif pour\nl'établissement de l'art nouveau. Mais il lui était très certainement apparenté."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.37", "texte": "S. I. M.\n374\n\nsiques) n'auraient certes pu admettre cette confusion dans l'ordre des\nparties, cette impossibilité de distinguer les figures originales d'un groupe\nde sons. Pour Claudin, cela va de soi : c'est encore un polyphoniste à la\nmode ancienne. Du Caurroy et Bournonville suivent une autre tradition.\nS'ils font dans leurs musiques une place assez discrète au jeu subtil et\nsavant des imitations suivies, il attachent en revanche une importance\nextrême à l'architecture de leurs accords. Ce n'est pas qu'ils enrichissent de\ncombinaisons impratiquées le matériel harmonique. Mais il s'appliquent\navec zèle à l'étude des sonorités diverses résultant des positions différentes.\nDe cette variété, ils entendent tirer leurs plus beaux effets. Qu'un accord\nparfait soit composé de quinte et tierce disposées au hasard sur la tonique,\nc'est là une vue abstraite qui les laisse indifférents. Ce qui leur importe,\nc'est tel accord parfait qu'ils ont réalisé, à telle place, à tant de voix,\nécartées, rapprochées, redoublées de telle façon et non d'une autre.\nDisposer les intervalles autrement qu'ils ne l'ont fait ce serait trahir ou\nmutiler leur pensée et les perpétuelles mutations des théorbistes leur\neussent été assurément odieuses.\nQuant aux compositeurs d'airs de cour, il est bien vrai qu'ils sont\nplus soucieux du charme, de l'élégance ou de l'expression de leurs mélo-\ndies que de toute autre chose. Mais le détail de leur texte les préoccupe\nfort peu. Pour peu qu'ils en rendent le sentiment général, ils sont satis-\nfaits et ils n'ont pas la moindre idée de la juste déclamation ni de l'accent\nvéritable de la langue. Pourquoi seraient-ils disposés à sacrifier quoi que\nce soit de leur musique afin que soient mieux entendus ces petits vers,\ninsignifiants si souvent ? Et comme Guesdron et ses contemporains (et\naussi Boesset, quoi qu'à un moindre degré) sont encore des polyphonistes\nqui n'oublient pas tout à fait qu'ils écrivent aussi leurs airs à quatre ou\ncinq voix, ils tiennent à ce que leurs accompagnements subsistent avec\nleurs détails et leurs mouvements, simplifiés sans doute mais non pas\neffacés. Ils résisteront donc. Mais la génération qui les suit n'aura plus\nleurs exigences ni leurs scrupules. De Nyert qui pratiqua en Italie le chant\net l'accompagnement à la manière nouvelle, Lambert, son admirateur et\nson élève introduiront définitivement l'usage du théorbe en France.\nCette innovation devait avoir peut-être plus d'importance qu'ils ne\nse l'imaginaient. Que le théorbe ait eu pour lui la beauté et la puissance\ndu timbre, que l'ampleur et l'étendue de son registre grave l'aient fait\nriche de certains effets et plus commode à jouer, qu'en un mot il ait"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.38", "texte": "LE THÉORBE\n375\n\nréalisé parfaitement ce que ses inventeurs en attendaient, ce sont des\nmérites que personne ne voudra contester. Ils ont leur prix. Et l'on\ncomprend qu'ils aient séduit les contemporains, les Français comme les\nautres. Les artistes ont goûté le charme de cette sonorité captivante,\nsans se douter qu'ils travaillaient efficacement à bouleverser les fondements\nmêmes de l'art de leur temps.\nCar si l'on songe aux transformations que le théorbe apportait dans\nla pratique de l'accompagnement (je me suis efforcé de les mettre en\nlumière), si l'on réfléchit aux habitudes d'oreille qui ne pouvaient manquer\nd'en résulter, étant donné la vogue et l'emploi journalier de l'instrument\nqui créait ces formules, on en viendra à penser que les virtuoses qui le\njouaient ont grandement contribué, sans le savoir, à l'évolution du sens\nharmonique.\nAu moins en France. Des doctes combinaisons où se plaisaient les\nmusiciens d'église du temps de Henri IV et de l'art, alerte en son élégance\nun peu sèche, des compositeurs d'airs de cour ou de chanson à voix seule\njusqu'à l'harmonie purement abstraite du XVIIIe siècle, laquelle s'est\nthéoriquement compliquée de dissonances nouvelles tout en s'appauvris-\nsant en même temps dans sa technique, la distance paraît énorme. Moins\nd'un siècle cependant a suffi à la franchir. Le goût se serait-il aussi radi-\ncalement transformé sans la quotidienne pratique d'un instrument impro-\npre à toute harmonie figurée, où tout contrepoint indépendant se trans-\nformait presque nécessairement en harmonies immobiles et, pour ainsi\ndire, impersonnelles ?\n\nHenri Quittard.\n\n3"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.39", "texte": "376\nS. I. M.\n\nBien qu'en cette étude, je n'ai eu dessein de m'occuper du théorbe qu'en tant qu'instrument d'ao\ncompagnement, j'ai cru devoir joindre ici la transcription de quelques pièces écrites pour l'instrument solo,\npièces tirées des recueils de Piccinini et de Mace et d'un manuscrit de la Bibliothèque nationale renfermant\ndes pièces de de Visée.\nElles auront au moins l'utilité de donner une idée pratique des ressources générales du théorbe, de son\ndiapason et du caractère extérieur de la musique qu'il était propre à rendre. La Fantaisie de Mace, d'ailleurs,\ncomposée d'une réunion assez arbitraire de préludes en différents tons, pouvant se jouer d'un bout à l'autre ou\npar fragments, représente assez justement les introductions instrumentales qui devaient précéder toujours\nl'exécution d'un air accompagné. Le Prélude de de Visée offre un caractère analogue, en étant d'une date de\nquelques années plus récente.\nTOCCATA PRIMA\nPICCININI ( Intavolatura p. 86)"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.40", "texte": "LE THÉORBE\n377\n\nTENORE DETTO »ILMERCATELLO«\n% (I\"bid p. 110)"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.41", "texte": "378\nS. I. M."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.42", "texte": "LE THÉORBE\n379\n\nPRÉLUDE\nI\nDE VISÉE (B2J.Nat.Vm7. 6265, p.?)"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.43", "texte": "380\nS. I. M.\n\nA FANCY PRELUDE OR VOLUNTARY®\nTH. MACE (Musick's Monument p.&tl}"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.44", "texte": "LE THÉORBE\n381"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.45", "texte": "382\nS. I. M,"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.46", "texte": "LE THÉORBE\n383"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.47", "texte": "384\nS. I. M."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.48", "texte": "J. B. WECKERLIN\nJ. B. Weckerlin s'est éteint à Guebwiller en Alsace, où il était\nné le neuf novembre 1821. Son père, qui possédait une teinturerie\nlui fit faire des études savantes. Il apprit la mécanique et la chimie,\nmais avec l'arrière-pensée de tout abandonner pour la musique. En 1844\nil quitta définitivement l'Alsace et les colorants pour venir à Paris suivre\nles cours de Ponchard et d'Halévy. Il sort du Conservatoire en 1849 et\nse voue à l'enseignement du chant. Le lerIer juin 1871 il est nommé\nsous-bibliothécaire du Conservatoire, et en 1876 bibliothécaire, en rem-\nplacement de Félicien David. Il prit sa retraite en 1909.\nWeckerlin avait beaucoup composé; ses œuvres n'ont pas connu\nle succès, sauf peut-être son \" Org \" qui eut\n100 représentations en 1853. Il se livra à de nombreux arrangements\nd'ceuvres anciennes, et s'était voué surtout à la passion de la chanson\npopulaire. Il avait réuni une volumineuse collection d'ouvrages sur ce\nsujet, dont notre président Charles Malherbe fit l'acquisition il y a\ntrois ans.\nLe nom de Weckerlin restera surtout associé à celui de la Biblio-\nthèque du Conservatoire. Pendant quarante ans il ne cessa d'accroître\net de mettre en ordre ce fonds musical, qui est maintenant un des plus\nimportants d'Europe. Ses méthodes bibliographiques étaient des plus\nsommaires, il faut bien l'avouer, et Weckerlin, très ennemi de toute\nintrusion étrangère n'avait jamais voulu s'associer aux progrès de la\nscience moderne. Il n'en a pas moins été une véritable bonne fortune\npour cette bibliothèque, dépouillée par Fétis, méprisée par Berlioz\net dédaignée par Félicien David. N'oublions pas qu'en 1871, personne\nne soutenait un curieux des livres de musique, et personne ne le guidait.\nLe Weckerlin que nous avons connu en 1900, eut été tout autre si la"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.49", "texte": "S, I, M,\n386\n\nmusicologie eut existé quarante ans plus tôt, avec son internationalisme\nfécond.\nJ. B. Weckerlin avait l'âme gaie, du moins en 1858, comme le\ntémoigne le croquis ci-joint, exécuté lors des concours d'harmonie et de\ncontrebasse de juillet de cette année. La musique ne se souvient plus\nguère des professionnels nommés : Marix (Israël), Desfourneaux (Jules)\nBricart (Auguste), Zimmermann (Léon), Delamour (Charles) et Héblot\n(Etienne), tous concurrents pour la contrebasse.\nPar contre le concours \" d'harmonie et d'accompagnement pratique\nréunis\" de 1858, dont Weckerlin fut un des juges sévères et convaincus,\nnous montre des noms connus : Mangin, Diémer, Roques, Bernardel,\nDuvernoy (Alphonse), Hess, Goblin, Minard. Les survivants actuels\nde ce concours ne nous en voudront pas d'avoir rendu publique l'opinion\nde Weckerlin sur leur compte à ce moment de leur carrière."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.51", "texte": "Croquis exécuté par J. B. WECKERLIN, aux Concours du Conservatoire de 1858."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.52", "texte": "PARIS.\nMai.\nNous liquiderons aujourd'hui les dernières manifestations de cette\nsaison musicale, qui fut en somme assez pauvre, tout au moins en qualité.\nNous ne parlerons, si vous le voulez bien, ni de la saison russe de l'Opéra\nqui reste cette année, et il est permis de le regretter, purement choré-\ngraphique ni de la saison italienne du Châtelet : saison américaine\nplutôt, et à tous égards ; humiliante par le déchaînement de la réclame,\nmême pour le public spécial à qui elle s'est adressée. Ce sont là des\nchoses qui n'ont avec la musique véritable que de très vagues liens. Mais\nl'Opéra et l'Opéra-Comique ont lutté d'activité, en cette dernière période,\nd'une façon qu'on n'avait, je crois, pas encore vue."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.53", "texte": "S. I. M.\n388\n\nIl vaudrait mieux, à la vérité, ne rien faire du tout que de mettre à\nla scène la Damnation de Faust.Ceci encore est bon pour l'Amérique, ou\npis : pour Monte-Carlo. Je ne parle pas de la réalisation de l'Opéra,\nque je ne connais pas au moment où j'écris ces lignes, mais du prin-\ncipe même. Lorsque cette tentative fut faite pour la première fois\net avec quels monstrueux attentats au texte ! on essaya de la\njustifier. Reprendre la discussion aujourd'hui ferait sourire. Il n'existe\npas une ligne, pas un mot de Berlioz, pas un trait dans sa partition\ndont on puisse se servir pour défendre sérieusement l'idée de porter cet\nouvrage au théâtre. Tant que cela se passait dans les coulisses d'une\nmaison de jeu ou une entreprise particulière, on n'y pouvait rien faire,\npuisqu'aucune loi ne saurait, paraît-il, contraindre à protéger les chefs-\nd'œuvre contre d'outrecuidantes exploitations, des éditeurs et des héritiers\ntrop âpres au gain. La honte en reste sur eux ! Mais que l'Académie\nNationale de Musique, qui est notre Louvre, s'en mêle, cela touche au\nscandale : il faut le dire, tout net, tel que cela est. Il faut exprimer sa\ndouloureuse stupéfaction, que des musiciens comme Edouard Colonne\nautrefois, comme M. Messager et M. Rabaud aujourd'hui ', acceptent une\ncomplicité dans de pareilles profanations. Berlioz, qui écrivit spéciale-\nment pour le théâtre des ouvrages admirables, d'une autre unité, d'une\nautre force de construction, d'une autre vie dramatique que la Damnation\nde Faust, des ouvrages, cependant, qui ne sont représentés qu'en Allemagne,\nBerlioz a écrit aussi quelque part que le théâtre est à la musique sauf\nvotre respect \" sicut amori lupanar. \"\nMais l'Opéra a enfin représenté la célèbre de M. Richard\nStrauss. Il pourrait l'avoir fait depuis longtemps, et ce serait plutôt\nl'heure, assurément, de nous donner Elektra. Excusons le retard, en\nfaveur d'une exécution extrêmement soignée, irréprochable de la part de\nl'orchestre dirigé par M. Messager, originale et curieuse, un peu trop de\nChicago tout de même et vocalement insuffisante, de la part de Mlle\nGarden. L'impression produite a été assez différente de celle des repré-\ntations que donna au Châtelet, en 1907, une troupe allemande sous la\npropre direction de l'auteur. L'œuvre était alors dans sa nouveauté pour\nnous ; elle nous arrivait entourée d'une atmosphère formidable, roulant\n\n1 Je dois à ces deux derniers de dire qu'ils ont nettoyé la Damnation des fantaisies de 1 auteur du Vieil\nAigley et que le texte de Berlioz n'est pas beaucoup plus défiguré à F Opéra que celui des autres ouvrages du\nrépertoire."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.54", "texte": "LE MOIS\n\n389\n\ndepuis deux ans sur les deux mondes un fracas de tonnerre et des brasille-\nments de météore ; monstre d'Apocalypse ou courtisane de quelque\nGomorrhe rêvée dans le futur par un Wells musicien, on ne savait encore:\nmais elle avait soulevé partout, avec un peu de scandale, de trop bruyants\nenthousiasmes pour qu'on pût accueillir de sangfroid une hôtesse si\nannoncée.\nElle frappa chacun de nous d'une émotion, peut-être d'une impres-\nsion plutôt, dont la violence était extraordinaire. Le temps ayant passé,\nnous étant accoutumés toujours davantage à l'art de M. Strauss, et Salomé\nse présentant désormais dans les conditions où nous entendons tous les\nautres opéras, la retrouverions-nous aussi fascinante qu'à son premier\npassage ? N'aurions-nous pas une déception ?\nNous n'avons pas eu de déception. Mais pour l'émotion, il n'y faut\nplus compter. Etant toute physique et faite en grande partie d'une sorte\nde stupeur épouvantée, cette émotion se produit toute au premier choc,\net ne se renouvelle pas. Le mystère de n'est qu'à la surface. Il se\ndéchire rapidement. Il n'enferme pas une âme qu'il faille approfondir\naprès l'avoir déchiré. Et il ne parle pas à notre âme. Ces personnages\nn'ont point des sentiments ni des pensées, mais seulement des instincts et\ndes appétits : êtres élémentaires se dépensant tout en gestes et en accents,\nqui ont, il est vrai, une force et une vivacité uniques, ils donnent l'im-\npression furieuse de la vie, mais d'une vie animale et détraquée, dont on\nest vite excédé.\nCe qui subiste tout entier, en revanche, et d'autant plus sensible\npeut-être qu'on aborde l'œuvre de sens rassis, c'est l'intérêt musical ; je\ndirais presque : l'amusement technique, passionné, que l'on trouve à l'en-\ntendre. Il fait presque oublier, sur le moment, le goût effroyable de cet\nart composite et démesuré, et ce qu'il a, même au point de vue purement\nmusical, de suspect et d'équivoque. A la réflexion l'impression devient\nantipathique ; on s'aperçoit que si l'on a vibré, ce n'est point noblement ;\net le soupçon vous traverse qu'on pourrait bien avoir été \" mis dedans \".\nEst-il possible qu'une chose qui a soulevé tout de suite un tel bruit dans\nle monde entier, et qui s'est prêtée si bien aux affaires qui sont les affaires,\nsoit une chose vraiment belle ? Ce serait la première fois. Est-ce que cette\nmusique toute célébrale, ordonnée peut-être bien avec plus de sangfroid\net de facilité qu'il ne paraît ; cette musique qui n'est point du tout un\nsymbole de vie intérieure, mais rien, en somme, qu'une sorte de plastique"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.55", "texte": "S. I. M.\n39°\n\nsonore, est un art élevé et complet ? Est-ce une bonne note pour cet art,\nqu'il s'applique aux pires littératures ; et n'incline-t-il pas facilement un\ndilettantisme, n'ayant ni émotion ni grandeur véritable ?\nCet art est d'une technique prodigieuse, et il est intelligent et spirituel\nautant que vigoureux. Les idées peuvent avoir la plus fréquente banalité,\nou bien une mollesse triviale, tantôt italienne et tantôt viennoise, ou bien\nune primordialité quasi amorphe : elles sont placées et traitées de telle\nmanière qu'elles prennent la signification la plus topique et la plus\nvéhémente. Et la dépense effrénée de toutes les forces sonores, l'accumu-\nlation disproportionnée des moyens, le caprice déréglé du détail aboutis-\nsent au résultat le plus clair, le plus souple et le plus vif, aux oppositions\nles plus justes et les plus harmonieuses, à la composition la plus judicieuse-\nment pondérée dans l'énorme. Cette imagination qui paraît délirante,\nobéit à un flair infaillible de la limite où l'on peut mener la patience du\npublic en prenant l'air d'en abuser. Quel tact de l'amadouer à temps\nquand il va se révolter, de le piquer au moment qu'il pourrait s'ennuyer,\nde le bousculer avant qu'il s'aperçoive qu'on le flatte ! Quelle culture\nintensive de l'effet, et quelle variété d'effets ! Est-ce que cela avec la\ncontrainte d'une de ces volontés contre lesquelles on ne raisonne pas\nn'explique pas pour la plus grande part la surprenante rapidité d'action\nde cette musique pourtant inusitée sur tous les publics? Et n'y a-t-il pas\naussi, qu'après la première secousse de surprise, on se trouve moins dépaysé\nqu'on pouvait le craindre? Ce thaumaturge qui mêle en son creuset\nardent les débris de tout ce qui l'a précédé, n'emploie en réalité que les\nplus ordinaires éléments de la musique. Il les porte à la dernière puis-\nsance ; il les agite dans un paroxysme continu ; il les entasse, les astreint\nà s'accorder avec une audace sans scrupule et une incroyable habileté ; il\nleur impose son individualité : mais ces éléments restent reconnaissables,\net pour ceux précisément qui sont en possession des plus faciles faveurs\ndu public. Qu'on voudrait être sûr que M. Strauss ne le fait pas exprès.\nQu'on voudrait être sûr qu'il n'apparaîtra pas un jour comme le Meyer-\nbeer de ce siècle : un Meyerbeer de race supérieure, un Meyerbeer doué\nd'une vraie personnalité, d'un vrai tempérament, et d'une des plus puis-\nsantes organisations musicales qu'on ait jamais vues. Mais tenons compte\nde la marche des temps. A son époque, qu'il révolutionna aussi et\nnon sans quelque chose qui ressemblait déjà à notre moderne bluff\nMeyerbeer ne fut-il pas universellement considéré comme un grand"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.56", "texte": "LE MOIS\n391\n\nesprit, un musicien original et hardi entre tous, un homme \" très fort \" ?\nIl n'en reste pas moins que la plus grande chose que la scène lyrique\nait produite depuis Wagner, c'est encore Salomé. Il est inquiétant pour la\nmusique, et particulèrement pour la musique allemande, que ce soit\ncette chose-là. On aime beaucoup, outre Rhin, à rapprocher \" les deux\nRichard\". Il est certain que le second est à bien des égards le fils du\npremier. Il est presque autant le fils de notre Berlioz, dont l'action reste\nbeaucoup plus forte aujourd'hui sur les Allemands que sur nous. C'est\neux qui, avec ce dédain du temps, de la mesure et du goût, si bien\ncongénital qu'un esprit blasphémateur en relèverait déjà des traces chez\nBach le Père, travaillent à réaliser la conception berliozienne d'un art\ngigantesque, anormal, tout extérieur, qui ferait éclater les orchestres, et\nles heures, et les nerfs.\nMais à quarante ans, le premier Richard, exilé de sa patrie, chassé de\nParis par la misère, ne subsistant à Zurich que d'aumônes amicales, avait\nachevé Tannhduser, Lohengrin, le poème de la Tétralogie et la partition\ndu Rheingold: c'était tout de même autre chose que\nDans l'espace de vingt-six jours, l'Opéra-Comique a donné deux\nouvrages nouveaux, qui ne se peuvent en aucune façon comparer, et qui\nmarquent cependant l'un et l'autre un retour au ton et même aux formes\nautrefois en faveur dans la maison. Ce n'est point du tout là une chose\ndont il faille se plaindre.\nLe premier de ces ouvrages, qui a trouvé en Mme Marguerite Carré\nune interprète d'une grâce et d'une finesse rares, nous arrêtera peu. Ce\nn'est pas qu'on doive s'indigner bien fort que l'Opéra-Comique ait admis\nsur ses augustes planches une opérette. Mais cette opérette n'est pas une\nbonne opérette. Il semble d'ailleurs, d'après le titre de que\nles auteurs ont adopté, et d'après les interviews qu'ils se sont laissé arracher\nà l'envi, qu'ils aient eu des prétentions plus hautes. Voilà où il est impos-\nsible de les suivre. Sans la musique, le Mariage de Télémaque pourrait être\nune comédie charmante : et je ne dis pas que le sujet, l'esprit si fin, le\nsentiment un peu sournois, le langage même de cette comédie n'auraient\npu servir au dessein de renouveler en notre âge le genre des Mozart ou\ndes Grétry, des Pergolèse ou des Rossini. Mais un tel dessein appelle aussi\n\n4"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.57", "texte": "S. I. M.\n392\n\ndes formes renouvelées, et ne peut naître et aboutir que dans la musique\net par un musicien. Or le musicien du Télémaque n'a fait que\nsaupoudrer au hasard une œuvre infiniment littéraire de quelques morceaux\nd'un style inférieur et d'une coupe convenue. Ces morceaux n'ont, la\nplupart, point trop de vulgarité, et c'est une partition qui vaut mieux\nsans doute que celles de M. Leoncavallo. Mais elle manque d'imagination\nà un point qui navre. Tout son comique réside en quelques parodies\nassez ternes, et tout son charme en banales fadeurs. Pas une trouvaille\nrythmique qui éveille une étincelle de gaîté ; pas une mélodie dont\nl'amabilité soit personnelle. M. Claude Terrasse, un moment, avait\npromis davantage.\nC'est tout autre chose, évidemment, que nous apporte M. Gabriel\nPierné. Certes il faut regretter que ce musicien si sûr et fin, qui sait\navec une égale aisance détailler d'un pinceau précis et leger les plus\nfragiles miniatures, ou composer solidement les vastes fresques d'un An\nMil ou d'une Croisade des Enfants,accepte obstinément des livrets\nexécrables, avec lesquels il est impossible qu'on se rende seulement\ncompte de ce que son tempérament et son art pourraient donner à la\nscène. Il n'est pas le premier qui commette l'erreur de mettre en\nmusique une pièce de Musset. Il n'est pas le dernier, soyez en certains :\net tout ce théâtre admirable y passera, ce théâtre qui est le moins\nmusical du monde, ou du moins qui porte en soi déjà toute sa musique ;\nce théâtre si complet et si exact dans sa pensée, si parfait dans son lan-\ngage, qu'aucun art ne saurait y ajouter quoi que ce soit, ni l'approcher\nque pour le gâter et se gâter soi-même avec lui, celui même du décora-\nteur et de l'acteur y paraissant, sinon nuisible, superflu. Ce qui n'est\nqu'erreur de la part d'un musicien devient au reste sombre sacrilège de\nla part d'un littérateur. Encore peut-il y avoir la manière. Celle des\nlibrettistes de On ne badine pas avec V n'est pas à recommander.\nSi je vous ai dit que cet ouvrage aussi pouvait se rapprocher de\nl'ancien opéra-comique, c'est que par la façon dont la pièce a été traitée,\nd'une part les personnages vidés de toute vérité humaine, sont devenus\ndes fantoches aux actes et aux propos inexpliqués, et que la musique\nreste forcément toute en surface ; et c'est d'autre part que M. Pierne a\nemployé, non point assurément l'horrible mélange de la musique et du\nparlé, mais celui du style récitatif et d'un style mélodique qui ne craint\npas d'aller jusqu'au morceau périodique. Avec quelle dextérité raffinée !"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.58", "texte": "LE MOIS\n393\n\nLe récitatif est d'un ton assez soutenu et d'une ligne assez chantante pour\nne point faire trop violent contraste avec les mélodies ; et ces mélodies\nsont placées, amenées, résolues, liées à la déclamation avec tant de souplesse\nqu'on aperçoit à peine leurs lignes arrêtées. L'artifice ingénieux inter-\nvient encore de tout un travail discret de motifs conducteurs, qui s'adap-\ntent à merveille aux différents personnages, et soutiennent, sans insistance,\nsans pédanterie, mais fermement, l'unité de l'ensemble. Ce n'est pas la\nfaute de M. Pierné si Camille est totalement dénuée d'âme, au point qu'il\nn'a pu lui donner, pour ainsi dire, une mesure à chanter ; si Perdican n'est\nplus qu'un ténor à romances, et Rosette une niaise langoureuse, qui aime son\nseigneur, hélas ! depuis l'âge de six ans ; si Blazius dépareillé de son Bridaine\ncultive le sous-entendu le plus grossier, et si Dame Pluche ressemble à\nMarie-Antoinette. La musique fait ici ce qu'elle peut en étant partout\nd'un sentiment délicat, qui prendrait sans doute plus de chaleur et\nd'émotion intime si le poète ce n'est pas Musset que je veux dire\nle lui avait permis. Voyez seulement la sensibilité exquise de la scène où\nPerdican se fait reconnaître des vieillards, à la fin du premier acte. Et\nsachez encore gré à cette musique de la fraîcheur de son imagination,\nde la grâce de son allure, de son style subtil et clair : l'écriture harmoni-\nque en est particulièrement captivante, et l'orchestre plein de sonorités\ndélicieuses. Si l'on vous tient sur cette partition raisonnements et chicanes,\nrépondez donc comme Perdican au cuistre qui l'interroge sur une fleur\nqu'il tient à la main : \" Je trouve qu'elle sent bon, voilà tout. \"\n\nGaston Carraud.\n\nLETTRE DE ROME\n\nLes concerts d'orchestre de l'Augusteum dont je vous avais signalé\nles brillants débuts au commencement de la saison, continuent à attirer\nun public de plus en plus nombreux, à mesure que les étrangers en séjour\ndans cette ville viennent encore augmenter le nombre des auditeurs.\nRome devient décidément mélomane. Et ne faut-il pas l'être à l'excès\npour quitter les ombrages de Villa Borghese et renoncer, pour aller s'en-\nfermer dans une salle de concert des plus vastes, il est vrai, au"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.59", "texte": "S. I. M.\n394\n\nspectacle glorieux du coucher du soleil, qu'accompagment les joyeuses\nenvolées des cloches du dimanche et les innombrables concerts d'oiseaux\ndes jardins de Rome ?\nParmi les derniers concerts, ceux qu'a dirigés le hollandais Mengel-\nberg ont remporté le plus grand succès. Il a été, parmi les hôtes musicaux\nde cette saison, le plus fêté de tous. Sa vogue a encore augmenté depuis\nl'an dernier. Et cependant les auditeurs plus calmes et moins \" emballés \"\nn'ont pas manqué de remarquer qu'en dépit de la verve et du tempé-\nrament extraordinaires de Mengelberg, celui-ci n'a électrisé l'orchestre\nque d'une manière fort superficielle et parfois très blessante pour\nl'oreille : dans la \" Vie de Héros \" de Strauss, la fatigue évidente de\nl'orchestre, le manque d'équilibre entre les divers groupes d'instruments,\nle \" fortissimo \" excessif des cuivres ont donné une idée très confuse et\npresque baroque de cette œuvre. Sans doute le changement si fréquent\nde direction nuit à l'équilibre de l'orchestre, et les concerts étant trop\nrapprochés les uns des autres, les exécutants ne peuvent fournir le nombre\nde répétitions qui seraient nécessaires pour arriver à une ensemble plus\nparfait.\nLes deux concerts de Vincent d'lndy ont en grande partie réalisé\nles vœux des amateurs de musique française dont je m'étais faite ici l'in-\nterprète. Les programmes du directeur de la Schola étaient choisis avec\nun grand éclectisme : nous regrettons cependant qu'il n'ait pas jugé à\npropos de nous faire entendre parmi des œuvres qui révélaient les tendan-\nces les plus diverses, la Symphonie de César Franck, cette œuvre si magis-\ntrale qui eût donné une idée bien plus juste de ce grand musicien que\nle fragment peu caractéristique d'\"Eros et Psyché\". La grandeur\nexceptionnelle de l'Augusteum ne nous pas permis de goûter com-\nplètement l'exquise interprétation de MUe Blanche Sel va, dans les variations\nSymphoniques de Franck et la Symphonie avec piano de d'lndy. Le\npublic a accueilli avec chaleur plusieurs morceaux de ce maître et d'autres\nde Debussy ; et seule la loge des professeurs de Sainte Cécile n'a pas\nsemblé participer à l'intérêt général éveillé par ces concerts : il n'y a pas\nlieu de s'en étonner par trop, car ces messieurs ne se laissent tirer de leur\nrêverie musicale un peu distraite que par les gestes plus ou moins violents\nd'un chef d'orchestre virtuose, qui récrée leurs yeux autant que leurs\noreilles ; et puis, c'est si fatigant d'applaudir par une chaude après-midi\nde printemps ! Les jeunes musiciens de Rome par contre, ont fort bien"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.60", "texte": "LE MOIS\n395\n\nrendu hommage à la personnalité musicale qu'est M. d'lndy, et les arti-\ncles du \" Tirso \" 1 ainsi que les critiques des journaux en général, ont\ntémoigné de l'admiration et de l'intérêt, qu'il a éveillés parmi eux.\nParmi les nombreuses exécutions de musique de chambre, trois\nauditions de la violoniste Teresina Tua et du pianiste Ariano Ariani ont\nréuni un public très choisi et très recueilli dans la salle Bach, l'élégance\net la pureté du style des deux interprètes, la grâce toute italienne avec\nlaquelle ils ont \" chanté \" sans aucune exagération les phrases mélodiques\ndes premières sonates de Mozart et de Beethoven, nous les ont fait goûter\ncomme des œuvres nouvelles ; pour l'exécution de la musique de Mozart,\nTeresina Tua n'a pas sa pareille ; son archet de virtuose et d'artiste fait\nrevivre tout l'esprit, toute la tendresse riante, toute la naïveté profonde\nde Mozart. C'est une vraie joie de retrouver dans une exécution comme\nla sienne, la ligne mélodique et le sentiment de la proportion si essentiels à\nl'interprétation de la musique classique, ces qualités si négligées par les\nchefs d'orchestre allemands que leurs jeunes émules de Rome auraient\ngrand tort d'imiter sous ce rapport.\nAu lieu de vous parler plus longuement des autres manifestations\nmusicales de Rome, qui après tout ressemblent beaucoup à celles des\nautres pays, je préfère vous entretenir aujourd'hui de quelques livres de\ncritique ou de musicologie : parmi ceux-ci il faut signaler une biographie\nde Chopin le premier ouvrage de ce genre en Italie de Ippolito\nValetta (Torino Fratelli Bocca). L'auteur s'est vastement documenté dans\nla littérature \" Chopinienne et principalement dans les études de\nHoesick. Son récit de la vie du musicien polonais et l'analyse critique de\nses œuvres font de son livre un ouvrage de lecture instructive et facile.\nIppolito Valetta est d'ailleurs, parmi les musicologues italiens, l'un des\nplus actifs et des plus vivants, il a consacré il y a quelques années un de\nses livres à l'histoire de la Villa Médicis. Ce gentilhomme piémontais\nun peu rude qui vit depuis de longues années à Turin et à Rome, en\ncontact avec les personnalités artistiques ou musicales les plus en vue, est\naussi l'un de ceux qui ont le plus contribué à l'introduction de la musique\nclassique orchestrale en Italie, et à la préservation de la bonne tradition.\nSi, le critique musical de la Nuova Antologia, montre parfois le bout de\nl'oreille du conservateur piémontais, il n'en est pas moins accessible à\n\n1 Journal musical hebdomadaire de Rome. S. M. Viti, directeur."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.61", "texte": "S, I. M.\n396\n\ntoutes les formes d'art sincères et vraies, ainsi que le témoigne l'étude\nqu'il a faite l'an dernier de la musique du compositeur français Paul\nDupin. Les compte-rendus musicaux mensuels de Valetta dans la Nuova\nAntologia sont d'ailleurs écrits avec beaucoup de mesuie et de sagacité.\nAvant de vous parler d'un autre livre de musique, Il Dopo Wagner-\nDebussy et Strauss par Fr. Santo Liquido-Roma, W. Modes Edit. paiu\ncette année, ie voudrais signaler à votre attention quelques jeunes musi-\nciens de Rome, dont plusieurs sont sortis du conservatoire de b Cecile.\nMalgré leurs études classiques, il me semble qu'ils sont beaucoup plus\nattirés vers la musique moderne que par Schumann, Chopin ou Mendels-\nsohn, les dieux lares de la Maison qui les a formes. Lun de ces jeunes\ncompositeurs, M. Tommasini a révélé, il y a deux ou trois ans Debussy\nà ses compatriotes en un article de la Nuova Antologia, et a partir de ce\nmoment, l'exécution des œuvres principales pour orchestre de ce musicien\net les concerts consacrés aux poemes symphoniques de Strauss ont achevé\nde familiariser ces jeunes gens avec ces formes musicales si nouvelles pour\neux. En dépit du prestige du maître allemand, il n est cependant pas\ndouteux que les jeunes italiens en question soient plus sensibles a la séduc-\ntion vague et au raffinement extrême de Debussy qu'à \" l'Ultra-sympho-\nnisme \" des lourdes architectures musicales de Strauss. Cela ressort, non\nseulement de leurs compositions, mais aussi de leurs écrits : car Albert\nGarso, Gui, Santo Liquido, Tommasini, Molinari etc. ne sont pas\nseulement compositeurs, ce sont aussi des lettrés, des jeunes hommes très\ncultivés, chez qui le sens de la critique me semble jusqu'ici encore plus\ndéveloppé que la faculté créatrice. L'influence exercée sur eux par la\nmusique de Debussy est peut-être encore plus esthétique que musicale ;\nla contagion \" Debussyste devait tout naturellement les gagner et les\nséduire, comme ils avaient été séduits par d Annunzio, Maeterlinck\nou Wilde. \"\nJe croirais volontiers que cette mode sera passagère chez eux ; le\nlivre de Francesco Santo Liquido l'indique déjà (de même que son poème\nmusical exécuté cet hiver me semble un essai pour employer les procédés\nde \" couleur sonorisée \" afin d'arriver a un impressionisme musical plus\npersonnel !) Dans sa brochure \" Dopo Wagner \", M. Santo Liquido qui\nest aussi poète et s'est déjà essayé à une œuvre dramatique, s'est pose\nvis_à-vis des deux formes les plus caractéristiques de l'évolution musicale\nmoderne, de Debussy et de Strauss, en observateur plutôt qu'en critique."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.62", "texte": "LE MOIS\n397\n\nSelon lui, le système de Debussy ne résiste pas à un examen critique ; et\nsi Pelléas et Mélisande \" s'impose par la séduction particulière que\n\" répand cette œuvre, c'est que Xartiste triomphe, et non la théorie. Ce\n\" n'est pas le système du maître qui justifie et impose Pelléas ; c'est au\nc< contraire l'œuvre qui par une séduction spéciale et indépendante du\n\" système, s'impose et attire l'attention sur les théories qui prétendent\n\" lui avoir donné naissance. \" Très juste aussi me semble l'observation\nsuivante : \" Les deux tendances de ces musiciens sont diamétralement\n\" contraire et n'ont pour base commune qu'un curieux \" confustonisme\n\" esthétique \" qui les rapproche des autres formes de l'art et les confond\n\" avec la peinture, la sculpture, l'achitecture. Et encore : le substratum\n\" littéraire qui anime et soutient toute cette floraison post-wagnérienne\n\" est considérable. \" M. Santo Liquido pense que cette musique de\nDebussy et de Strauss imprégnée \" d'une intellectualité extrême qui\n\" s'unit assez souvent à des manifestations grossières et informes, à de\n\" purs instincts encore embryonaires et vagues \" est un élément de\ntransition et non de décadence qui conduira à une forme musicale plus\ncoordonnée. Santo Liquido estime aussi que le principal mérite du\nmouvement actuel est \"de détruire définitivement le mélodrame en le\n\" guidant vers des formes plus hautes et plus nobles de la tragédie.\nA vrai dire, si nous ne trouvons pas de trace de cette évolution dans la\nmusique de théâtre italienne actuelle, et si le et la dont\nle règne serait terminé, selon M. Santo Liquido, ont cependant encore\nbeaucoup de prestige auprès des spectateurs italiens, il n'est pas dit que\nl'un ou l'autre des jeunes romains dont j'ai cité les noms, ne tentera pas\nde réaliser un plus noble idéal de drame musical.\nEn entendant, l'autre soir un fragment trop court, malheureuse-\nment, de \" Roméo et Juliette \" de Berlioz dont la beauté intellectuelle\net plastique à la fois parle si clairement à nos âmes latines, je me suis\ndemandé si les musiciens italiens ne trouveraient pas dans les œuvres\ndramatiques et symphoniques de l'auteur des '* Troyens\" et de \" Benve-\nnuto Cellini \" une forme d'art accessible à tous, et directement inspirée\npar les émotions humaines, par l'amour de la nature.\n\nH. A. M."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.63", "texte": "398\nS. I. M.\n\nLETTRE DE HONGRIE\n\nOn s'imagine assez volontiers, d'après les romans ou les livres de\nvoyages, qu'il n'y a guère d'autre musique en Hongrie que celle des\ntziganes, et que l'instrument dont les Hongrois jouent le mieux est le\ncymbalon. C'est une erreur. S'il est vrai que la musique tzigane tient une\nplace importante dans la vie hongroise, il y a, en dehors d'elle, une vie\nmusicale très intense en Hongrie et particulièrement à Budapest. Qu'on\nen juge par la simple énumération des concerts.\nLa Société Philharmonique formée par une centaine de musiciens\ndonne dix concerts par saison, sous la direction de M. Kerner, lerIer chef\nd'orchestre de l'Opéra ; X Orchestre sym six avec abonne-\nment, et six autres pour les écoles ; X (ou Conserva-\ntoire) en donne quatre avec abonnements, précédés de répétitions générales\npubliques. Cette année, en outre, deux sociétés musicales autrichiennes\nsont venues donner des concerts à Budapest : le Conzert-Verein, dirigé par\nM. Love, a joué quatre fois, les Ton-Kûstler, sous la direction de\nMM. Nedbal ou Weingartner, six fois. La plupart de ces concerts se\ndonnent dans la salle du Vigado, (ou la Redoute), qui a été construite pour\nles grands bals. Elle peut contenir 1500 personnes ; c'est une belle salle,\nhaute et commodément disposée ; les effets de délicatesse s'y perdent un\npeu, mais l'acoustique est bonne pour les effets de force : il y a quelques\nannées, par exemple, le Requiem de Berlioz y fut exécutée par 160 musi-\nciens et 400 choristes, d'une manière remarquable et impressionnante.\nIl y a dans la ville trois sociétés de musique de chambre. Enfin,\ncomme on peut y entendre souvent des quatuors de passage, sans compter\nles solistes du pays ou de l'étranger, les concerts sont si nombreux à\nBudapest que cette année, pendant quelques mois, nous en avons eu un\npresque tous les soirs, quelquefois deux ou trois dans la même soirée : c'est\nun véritable débordement de musique.\nIl s'explique, non seulement par les dispositions naturelles de la race,\nmais encore par la forte éducation musicale que les Hongrois ont pu\nrecevoir depuis le siècle dernier, grâce à deux institutions :\nde musique (Nemzeti Zenede), et XAcadémie royale de musique (Orszagos\nmagyar Kiraly ZeneakademiaJ."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.64", "texte": "LE MOIS\n399\n\nLa première, qui fut fondée en 1839 par des amateurs, a pris un\ngrand développement. On y enseigne tous les instruments, le chant, la\nthéorie et l'orchestre. Elle a plus de 60 professeurs, parmi lesquels des\nartistes de premier ordre, et compte actuellement 900 élèves ; leur\norchestre donne plusieurs grands concerts par an. Le célèbre violoniste\nHubay est sorti de cette école, qui a pour président le comte Géza Zichy,\nélève de Liszt.\nL'Académie de musique a été fondée en 1875 ; son premier direc-\nteur, François Liszt, quitta Weimar pour venir établir la première école\nsupérieure de musique dans son pays natal et y installer des professeurs\ntels que Volkmann, Erkel et Abranyi. A sa mort, la direction fut confiée\nau compositeur Edouard Mihalovich qui l'occupe aujourd'hui et y fait\npreuve de la plus intelligente activité. Parmi les 54 professeurs actuels,\nnous nommerons, pour la composition : MM. Herzfeld, Koessler et\nKodâly ; pour le violon, MM. Hubay, Kèmény et Mambriny ; pour le\nvioloncelle, M. Popper ; pour le piano, MM. Szendy et Thoman, qui\nfurent élèves de Liszt, Bartok et Butykây ; pour l'orgue, M. AntalfFy.\nLe bâtiment de l'Académie contient deux salles de concerts, l'une de\n300 places, l'autre de 1100. Celle-ci est un modèle. Les places sont\ndistribuées au parquet et dans trois tribunes ; au fond de la salle, un orgue\nexcellent, devant lequel est placé l'orchestre. L'acoustique est fine, la\ndécoration riche et sobre, les dégagements commodes. Dans l'en-\nsemble comme dans les détails, cette salle répond parfaitement à sa\ndestination.\nL'Académie instruit actuellement 500 élèves, parmi lesquels se\ntrouvent un grand nombre d'étrangers. Son orchestre, composé des profes-\nseurs et des meilleurs élèves, est formé de 80 exécutants, il y en a\nde tout jeunes est d'une exactitude et d'un élan admirables. Entre\nautres choses, il a joué d'une façon remarquable la\nde Haydn, lorsqu'on a célébré l'anniversaire du compositeur. Les élèves\nles plus renommés de l'Académie sont, pour le violon, M. Vecsey, âgé de\n17 ans, Mlle Stéphanie Geyer ; pour le piano, M. Dohnânyi, professeur à\nl'Académie de musique de Berlin, M. Kéry-Szanto, Mlles Yolande Méro,\nLily Markus. Il est certain que l'Académie produit actuellement plus\nde virtuoses et de solistes remarquables que les scènes ou les salles de\nconcerts de Hongrie n'en peuvent recevoir.\nL'Académie, mère féconde, a déterminé la fondation de nouvelles"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.65", "texte": "S. I. M.\n400\n\nécoles de musique. Il y en a une dizaine à Budapest ; il y en a d'autres\nen province, surtout dans les villes purement magyares, telles que Szeged,\nKecskémet, Szabadka, Kolozsvar, Debreczen, Arad, Temesvar et Gyôr.\nCes écoles, qui ont pour directeurs et processeurs d'anciens élèves de\nl'Académie, ont créé des Sociétés philharmoniques, et contribué ainsi à\nrépandre dans toutes les provinces la connaissance et le goût de l'art\nclassique.\nNous ne voulons pas laisser de côté le chapitre des concerts sans\nciter encore une très belle et utile institution musicale, celle de l'Orchestre\nsymphonique National fOrszagos Symfoniai Zene Kar). Le noyau de cette\nsociété est l'orchestre du Théâtre-National, où l'on joue à ravir des\npièces telles que le Bourgeois gentilhomme^avec la musique de Lulli, on le\nSonge d'une nuit avec celle de Mendelssohn. A cet orchestre sont\nattachés encore d'autres musiciens : ils forment une troupe de 70 exécu-\ntants, très jeunes pour la plupart, sous la direction de M. Landislas Kun,\nprofesseur à l'i\\cadémie.\nLa Société, qui est subventionnée par l'Etat, est tenue de donner\nplusieurs concerts à bon marché, dans la capitale et dans quelques villes\nde province. A Budapest chacun d'eux est donné deux fois : d'abord le\ndimanche dans l'après-midi : les places les plus chères sont de 3 couron-\nnes, les moins chères de 20 Jîlleé (à peu près 20 centimes). La seconde\nSéance a lieu le dimanche suivant, le matin. Aucune place n'est vendue ;\ntoutes sont distribuées aux élèves des écoles secondaires de garçons et de\nfilles, moyennant 40 centimes par place. On ne peut voir d'auditoire plus\nsilencieux et plus recueilli ; Les programmes de ces concerts sont très\néclectiques, puisqu'on peut entendre le même jour de Bach et du Vincent\nd'lndy, du Mozart et du Richard Strauss ; les œuvres de Liszt y occupent\nnaturellement une place importante.\nIl me reste à parler de l'Opéra de Budapest.\nL'édifice actuel date de 1884, et l'on y a donné récemment la\n5000e représentation. Si l'on considère que la saison dure de la fin de\nSeptembre à la fin de Juin, les chiffres suffiront à montrer combien elle\nest active. En effet, on joue tous les soirs, sauf, parfois, le lundi, lorsque\nce jour-là l'orchestre est occupé à la société philharmonique; et encore,\ndans ce cas, y a-t-il, à 4 heures, une représentation pour les enfants, à qui\nl'on fait entendre, par exemple, Hdnsel et Gretel. Le répertoire comprend\nles œuvres que l'on joue à notre Opéra et à l'Opéra-Comique. Celui de"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.66", "texte": "LE MOIS\n401\n\nla saison qui va finir se compose de plus de cinquante œuvres sans\ncompter les ballets.\nSignalons en passant cette particularité : tous les opéras sont chantés\nen hongrois ; les artistes étrangers en représentation se servent de la\nlangue qui leur est familière, l'italien ou le français généralement : l'usage\nde l'allemand, seul, est formellement interdit, pour une raison patriotique,\nd'abord, et aussi pour un motif économique : on craint l'invasion des\nartistes allemands, qui sont innombrables, et qui se contentent d'appoin-\ntements moindres que les artistes du pays.\nVoici enfin la liste des œuvres hongroises jouées à l'opéra cette\nannée Bank ban et Ladislas Hungadi, opéras historiques de François Erkel,\nle créateur de l'opéra hongrois ; la Re et le de\nM. Charles Goldmark, dont on va fêter solennellement dans quelques\njours, le quatre-vingtième anniversaire; Nemo et François Rakoczt du\ndu comte Géza Zichy ; enfin VAmour de Toldi, de M. Mihalovich et le\nChemineau et la Princesse, de M. Poldini.\nUne activité pareille fait honneur au directeur de l'opéra, M.\nEmeric Mészâros et à ses collaborateurs, en particulier à M. Vidor,\nsecrétaire général, et à M. Alzseghy, régisseur en chef. L'orchestre,\ndirigé par M. Kerner ou par un de ses quatre collègues, est précis et\nnuancé ; les chœurs chantent avec justesse et vigueur ; la décoration, à la\nquelle préside un peintre de talent, M. Eugène Kéméndy, est le plus\nsouvent belle et ingénieuse ; elle est d'ailleurs favorisée par une machine-\nrie plus puissante et plus perfectionnée que celle de l'Opéra de Paris.\nJe ne nommerai pas tous les chanteurs ou les cantatrices célèbres qui\nont été appelés de l'étranger pour des représentations extraordinaires; mais\nje veux citer du moins quelques-uns des meilleurs artistes hongrois qui\nfont partie de la troupe, ténors Anthes, Arânyi, Kôrnyey et Székelyhidy,\nles barytons Rôzsa, Szemere et Takâts, les basses Erdôs, Kornai Szendrôs\net Venczell. Parmi les femmes, Mmes Flatt, Fodor, Medek, Sandor, Sebeôk,\nSzoyer et la comtesse Vasquez. D'eux d'entre elles m'ont particulièrement\nfrappé, en outre, par l'originalité et la science de leur jeu : Mme Szamosi\nest une admirable Carmen, fantasque, nerveuse et terriblement bohé-\nmienne ; elle serait digne de s'essayer à Paris après les plus célèbres inter-\nprètes du rôle. Mme Krammer fait de l'Electra de Strauss une figure d'un\ntragique effroyable ; elle ne recherche pas un instant la beauté des lignes,\ntelle que l'on peut se l'imaginer après avoir vu Rose Caron, mais seule-"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.67", "texte": "S. I. M.\n4-02\n\nment la vérité et la force de l'expression, et elle arrive à la beauté par\nsurcroît. Lorsque Oreste est entré dans le palais où il doit trouver\nClytemnestre et l'égorger, cette actrice, après s'être assurée que la porte\nest bien fermée, va et vient rapidement le long du mur, les cheveux épars,\nle dos courbé, sans arrêt, jusqu'à ce que des cris poussés à l'intérieur lui\nannoncent que sa vengeance est accomplie. Cette promenade de fauve,\ndont Mme Krammer a sans doute eu l'idée en regardant quelque cage de\nlions, restera dans mon souvenir comme une horrible et magnifique image\nde la haine.\nPour tant de musique, dans une ville de 800.000 habitants, il y a un\npublic régulier et assidu : cette constatation seule est un grand éloge. Je\ndois y joindre une critique qui s'adresse à une partie du public, petite\ncertes, mais trop grande encore au gré de tous ceux qui aiment vraiment\nla musique : je n'ai pas assisté une seule fois à un concert, à une repré-\nsentation d'opéra ou de pièce quelconque sans être dérangé par un certain\nnombre de personnes qui éprouvent le besoin de quitter la salle quelques\nminutes avant la fin de la séance ou du dernier acte, c'est à dire à\nl'instant même où les artistes, soit sur la scène, soit à l'orchestre, sont\ndéjà fatigués et donnent leur suprême effort pour bien rendre leurs der-\nnières mesures de l'œuvre, où l'auteur a dépensé d'ordinaire le meilleur de\nson génie. Rien ne saurait être plus désobligeant pour le compositeur\ncomme pour les exécutants. Cet exode ne s'explique point par l'heure\ntardive des représentations, puisqu'elles commencent à y heures 1/2 et\nsont presque toujours finies avant dix heures, et pas davantage par\nl'ennui d'attendre au vestiaire, car ce service est fait avec une rapidité\nqui pourrait servir d'exemple à bien des théâtres parisiens. Est-ce donc par\nune recherche de \" chic \" ? Il vaudrait mieux en adopter une autre !\n\nHubert Morand."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.68", "texte": "ADLER (GUIDO). Richard \\\nde L. Laloy(Breitkopf et Hârtel 1909 8°).\nCe livre de M. Guido Adler est un livre d'idées et un\nlivre d'histoire. C'est l'œuvre d'un admirateur intelligent qui ne\nveut pas être dupe. Et de plus c'est l'œuvre d'un penseur. Je\nregrette que Ferdinand Brunetière ne soit plus là pour en signaler\net en souligner l'originalité. Brunetière n'entendait rien à la\nmusique. Au besoin même, il se serait vanté de n'y rien entendre.\nPeu importe. Le livre de notre collègue Guido Adler lui aurait\nplu, comme un vivant témoignage de \" l'évolution des genres. \"\nQui dit évolution nie la révolution. Or Richard Wagner a\ncru faire une révolution. Donc Richard Wagner s'est trompé.\nDe bonne foi ! Peut-être. Mais il s'est trompé. Le syllogisme\nest irréprochable. Quant à la prémisse même du syllogisme,\nl'existence de l'histoire lui servirait aisément de preuve.\nDès lors M. Guido Adler est venu nous apprendre ce que,\nnaguère, par la plume de M. J. Ecorcheville, nous affirmait\nM. L. Laloy : Richard Wagner n'a rien inventé.\nEn effet ce que Richard Wagner a voulu, Monteverde l'avait\naussi voulu en son temps. Les moyens, pour le réaliser, man-\nquaient à Monteverde. Il l'a réalisé quand même. Dès lors, le\nmouvement wagnérien se rattacherait à un mouvement qui date de la Renaissance et qui\neut son point de départ en Italie. N'oublions pas que si l'opinion de M. Guido Adler devait\ntrouver des approbateurs quelque part, ce serait en France où, vers 1895, Romain Rolland,\ndans son livre sur les Origines de l'Opéra en nous montrait, dans Monteverde, un\nprécurseur de Richard Wagner.\nDans le genre opéra, deux éléments ont fait alliance. Or une alliance suppose un traité\npréalable, toujours révisible : car il s'agit de sauvegarder les droits de cet allié qui est la parole\net ceux de cet autre allié qui est la musique. Et c'est pourquoi la naissance du genre opéra\nsoulève un problème : nous disons \"soulève \" et non pas \"résout.\" En effet une solution n'en\nest vraiment pas une, dont chaque nouvel arrivant dans l'histoire entend corriger les résultats.\nIl n'est pas douteux que l'opéra ne soit une espèce du genre théâtre et que les lois du théâtre\nn'y doivent prévaloir. A moins qu'il ne soit une espèce du genre concert et que les usages\ndu concert n'influent sur la conduite de l'action, au besoin même ne la suppriment? Voilà\ndeux formules dont, si la première est plus que soutenable, la seconde est, à la rigueur, plausible.\n\n1 Richard Wagner, conférences faites à l'Université de Vienne et revues pour la traduction française par Guido Adler.\nTraduites en français par Louis Laloy. Leipzig, Breitkopf et Haertel 1909."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.69", "texte": "S. I. M.\n4°+\n\nAu moment où parut Richard Wagner, et à n'entendre que Richard Wagner, ne semble-t-il\npas que l'opéra concert règne partout sans partage ? M. Guido Adler est d'un autre avis.\nEt non seulement il est d'un autre avis, mais quand il s'applique à considérer l'œuvre même\ndu Musicien-Poète, il y trouve des traces de grand opéra, jusque dans la Tétralogie. Et il n'y\na pas à se récrier. Souvenons-nous du Rheingold.Et si l'on vient nous parler du \" grand air \"\nde Logue, ne nous indignons pas. Souvenons-nous du chant de Siegmund dans la Walkyrie, de\ncelui de Siegfried dans le drame qui porte le nom du héros. Et si je disais, pour suivre M. Guido\nAdler, à la trace, dans sa démonstration, que finit par un \" grand air \" d'lsolde,\nj'aurais beau faire frémir Camille Chevillard, c'est lui, quand même, dont j'invoquerais le\ntémoignage, puisqu'il fait chanter dans ses concerts la \" transfiguration \" de l'héroïne. Enfin,\net ici, je recours à d'autres témoins : MM. Henri Lichtenberger, Victor Basch, Gabriel\nMonod. Après le second acte du Crépuscule,pendant le festival de 1896, à Bayreuth, nous,\nnous affirmions déçus les uns et les autres. Nous nous figurions sortir d'un acte d'opéra. L'un\nde nous, moi, peut-être, hasarda cette remarque : \" La musique de ce second acte ne serait-elle\npoint celle de la primitive Mort de Siegfried ? Et celle-ci date de 1848. \" Vérification faite, la\nmusique de la G Mter-Ddmmerungest postérieure à celle de Et l'on pourrait aisément\ns'en convaincre. Une impression d'opéra assez analogue, se dégage du second acte de\npendant le deuxième tableau. Quant aux derniers tableaux de l'acte premier et de l'acte\ntroisième, ce sont de vrais finals.\nVoilà donc Richard Wagner remis à sa place, à son rang historique dans l'évolution du\ndrame musical. Quel sacrilège ! Oui, mais il faut savoir en commettre de ce genre. Et\ndisons-nous bien que chaque mort d'un Dieu se chiffre par un progrès de l'intelligence histo-\nrique, par suite de l'intelligence humaine.\nAlors on pourra dire avec L. Laloy que Richard Wagner \" n'a rien inventé.\" Cela\nrevient â dire avec l'auteur du présent livre que Richard Wagner eut des précurseurs et des\nprédécesseurs : telle est la thèse.\nM. Guido Adler a raison de la soutenir. Et il a d'autant plus raison que Richard Wagner,\ndans ses écrits théoriques, s'est présenté comme un révolutionnaire, donc un destructeur. Il a\ncru détruire alors qu'il ne faisait que perfectionner. Les chapitres que M. Adler consacre à\nl'examen des écrits de Richard Wagner et qui forment le quart du volume sont de véritables\nmodèles de critique. Tout y est appuyé, mesuré, par là même, modéré. Mais la fermeté du\njuge n'a rien à craindre de sa modération. Je ne me souviens pas avoir lu souvent des pages de\nde cette valeur, dans le genre critique. Je les recommande à tous nos étudiants, à tous ceux\nqui veulent apprendre à lire et à juger. Je les recommande aux représentants de notre critique\ncontemporaine. Le livre de M. Guido Adler porte décidément plus loin que le sujet et cela,\ngrâce à l'excellence de la méthode et aux dons de clarté qui la rendent communicable et, par\nlà même, praticable.\nIl va sans dire que si je loue M. Guido Adler et j'ai conscience de le louer grandement,\npresque sans réserves, le \" presque \" que je viens d'écrire n'a point échappé à ma plume. Je\npense, en effet, qu'en histoire humaine il n'est que des différences de degré. Je pense aussi que,\nlà où cette différence de degré est énorme, comparable à celle du \" quelquefois \" au \" toujours \"\nelle équivaut au passage de l'exception à la règle, de l'accident à la loi. Les grands hommes,\npar qui s'effectuent un passage de ce genre, ne deviennent grands que pour l'avoir effectué.\nAussi reçoivent-ils le nom de novateurs et de créateurs. Et voici la question que je poserai, en\nterminant, à mon éminent collègue de l'Université de Vienne ainsi qu'à son excellent traduc-\nteur L. Laloy : \" Puisque dans la nature vivante, et malgré la loi de l'évolution, on reconnaît\ndes espèces \" nouvelles encore que certains traits de ces espèces se rencontrent chez d'autres"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.70", "texte": "LES LIVRES\n\n+°s\n\npréexistantes, à l'état d'ébauche, de préparation ou d'essai pourquoi nous montrerions-nous\nplus réservés que les professionnels de la science dans l'emploi du terme \" nouveau \" ? Rien ne\ns'improvise dans la nature : c'est une chose jugée. Rien ne mérite d'être appelé nouveau que\nselon le degré et par comparaison. C'est encore une chose jugée, puisque notre deuxième\naffirmation n'est que le développement de la première. Et nous en tirerons cette morale:\n\" N'adorons plus Richard Wagner à l'égal d'un Dieu. Contentons-nous de l'admirer à l'égal\ndes plus grands qui ont traversé la vie. \" C'est ainsi que nous terminions notre Musicien Poëte\nRichardW agner.Et telle est la morale qui se dégage du très beau livre de M. Guido Adler, un\nlivre dont l'apparition est un événement véritable dans l'histoire de la littérature Wagnérienne.\nLIONEL DAURIAC.\nJ. WIHTOLS. 100 Latweeschu tautas dseesmas. Riga. 1907.\nCet intéressant recueil échappe absolument à notre compétence. Il y a là une centaine\nde chants populaires dans la langue lette, qui est parlée au nord de la Lituanie et dont les\nlinguistes, comme pour le lituanien, admirent le merveilleux archaïsme. Nous pensons donc\nque le texte original de ces poésies a déjà son intérêt pour d'autres que les musicistes. Une\ntraduction allemande rend ces compositions intelligibles à la majorité des lecteurs.\nLa notation musicale doit être fort bien écrite, étant signée de J. Wihtol. Le musicien\nseul peut en savoir l'exactitude. Nous avons la tentation de faire quelques réserves de rythmique.\nA diverses reprises (nos 3, 7, 43, 52, 56, 71,) nous trouvons des mélodies à trois temps écrites\nsur le dessin.\n. ' j\nOr, les accents mélodiques tomberaient en meilleure place et d'accord avec les accents rythmi-\nques, si nous déplacions le barre de mesure.\nNulle part nous ne trouvons ce rythme anacrousique dans le recueil de Wihtol. De même, à\nla pièce 68, en six quatre, la barre de mesure devrait être avancée d'un temps, la mélodie\ncommençant par un anacrouse. Signalons un très curieux mode iambique (n° 51).\nanalogue au second mode des mensuralistes du moyen âge. Si l'on admet une fois pour toutes\nle principe de l'accompagnement au piano, la manière dont il est traité dans ce recueil est bien\nfaite pour nous plaire.\nKUN LASZLO. A magyar dal. Ezer magyar nepdal, etc. Budapest, Kônyves Kalman,\n1907-1908. Cinq recueils in-folio piano et chant.\nQuand nous aurons dit que le recueil de Kun Lazlo est le plus considérable de tous ceux\nqui ont été consacrés au folk-lore musical hongrois et qu'à ce point de vue, il surpasse encore\nles belles publications de Palotasy Gyula, de Huber Sandor et de Nagy Zoltan ; quand nous\naurons pris plaisir à louer le sentiment folkloristique qui domine ces transcriptions et fait revivre"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.71", "texte": "S. I. M.\n406\n\nen notre souvenir charmé les heures passées, trop courtes, dans la campagne entre Esztergom,\nNagy-Maros, Vacz et Buda-Pest à écouter, au crépuscule les rythmes caractérisés du\nmagyar; quand nous aurons regretté qu'un travail aussi important que la publication de\nKun soit partiellement fermé à la grande majorité du public européen, par l'emploi exclusif de\nla langue hongroise, nous aurons épuisé le cercle étroit de nos observations et de nos critiques.\nPourtant avant de terminer cette notice bibliographique trop sommaire, nous aimerions\nmettre le lecteur en garde contre une confusion généralement répandue : le chant populaire\nhongrois évoque ordinairement l'idée du tsigane. Or, il y a le tsigane, type éternel du nomade,\net il y a le Hongrois ou, dans sa langue, le Magyar. En réalité entre le magyar et le tsigane,\nil n'est rien de commun, que l'habitat. Cette confusion bizarre tient, croyons nous, à la locution\ncourante, mais défectueuse, par laquelle nous donnons le nom de tsiganes aux musiciens en\nhabits de drap rouge à galons noirs, qui, depuis quelques trente années, font la joie bruyante\ndes restaurants et des casinos. Sait-on jamais d'où ils sont, d'où ils viennent, à moins cepen-\ndant qu'ils ne soient de Montmartre et n'en descendent?\nLe folk-lore musical magyar est infiniment riche. Au contraire, la musique tsigane nous\nest à peu près inconnue. Au cours de nos voyages, nous avons sur notre route croisé des\ntsiganes en divers points de leur incessant pèlerinage : en Asie Centrale, en Arménie, à Con-\nstantinople, en Hongrie, dans le midi de la France, en Espagne, et jamais, nous n'avons pu\nprendre de leur langue musicale une notion quelconque.\nNous serions reconnaissant que l'on voulût bien nous signaler quelque source authentique\nsur la musique des tsiganes : mais c'est une bonne fortune que nous n'osons point espérer. Le\nlivre de Liszt ne nous a point d'ailleurs, à beaucoup près, satisfait.\nRÉPERTOIRE DE MUSIQUE ARABE ET MAURE. Collection de mélodies,\nouvertures, noubet, chansons, préludes, etc. recueillie M. E. N. YAFIL, SOUS\nM. JULES ROUANET. Alger, s. d. (1909).\nL'éditeur, M. J. Rouanet, a déjà présenté lui-même sa précieuse collection aux lecteurs\nde cette revue en esquissant les caractéristiques principales de la musique arabe d'Algérie : il\nfaut ajouter que cette étude s'applique également en dehors de l'Algérie à la musique de la\nTunisie, qui est la continuation naturelle de notre grande colonie d'Afrique, mais qu'en Algérie\nmême, ce qui est vrai pour les populations arabes ne l'est pas pour les indigènes de la Kabylie,\nni pour les grands nomades du sud, Touaregs ou Chambaa, qui ont une origine ethnique\ndifférente. Dans toutes les études de folk-lore musical, on oublie souvent de délimiter, à\nl'intérieur des frontières politiques, les différences de race qui entraînent avec elles des\ndifférences considérables dans les manifestations spontanées et naturelles de la mentalité artis-\ntique. Grâce à MM. Rouanet et Yafil, nous avons entre les mains un corpus déjà imposant\nde la musique arabe d'Algérie, mais nous ne connaissons rien du chant populaire des popula-\ntions kabyles et berbères, et peut-être, historiquement, leur patrimoine artistique serait-il\njustement curieux à connaître, s'il est vrai, comme d'aucuns l'ont dit, qu'au temps de saint\nAugustin, ce soit parmi elles que le christianisme se soit tout d'abord développé dans\nl'Afrique du Nord.\nCe que nos éditeurs nous découvrent dans sa belle richesse, c'est la civilisation musicale\ndes Arabes proprement dits et surtout celle qui, de siècle en siècle, découle de la production\ncontemporaine des Kalifats d'Espagne : ils nous l'assurent au moins, mais sans nous donner\nleurs raisons et leur affirmation vaut ce que vaut la tradition.\nLa première série du Répertoire de musique est achevée : elle comprend les"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.72", "texte": "LES LIVRES\n4°7\n\n22 fascicules annoncés. C'est un notable succès : que de publications semblables sont restées en\ncours de route ! Nous avons là des textes musicaux, base première et sérieuse de toutes recherches\nsubséquentes. M. Rouanet accompagne ces documents de commentaires excellents, dont\nl'ensemble constitue une théorie modale de la musique arabe, précise et claire. N'est-elle pas\ntrop précise et trop claire ? Les qualités de l'exposition ne sont-elles pas ici un défaut ? Par trois\nfois, nous avons parcouru l'Algérie et la Tunisie dans tous les sens, de Tunis à Oran et\nd'Alger aux grands chotts, et toujours nous avons prêté l'oreille aux voix qui chantaient. Nos\nimpressions de route ne concordent pas avec la précision toute européenne des transcriptions\nque nous avons sous les yeux. Il y a l'indigène qui chante faux, c'est entendu, mais il y a\naussi l'exécutant qui, par tradition, chante plus haut ou plus bas que l'intonation rigoureuse\nindiquée sur la portée dans la transcription, et cet exécutant indigène, s'il ne se conforme pas\nà notre théorie musicale, se conforme peut-être à la sienne. Nous aurions aimé que par des\nsignes conventionnels de + ou de —, les éditeurs indiquassent ces différenciations de l'exécu-\ntion réelle avec le son écrit. Mais, hâtons-nous de le dire, nous n'opposons pas notre incom-\npétence à la longue habitude que MM. Rouanet et Yafil ont de la musique arabe, nous\nparlons un peu en critique qui cherche le mieux et demande des certitudes. Il nous semble\nqu'un jour le complément de ce beau Répertoire de musique arabe serait, mise à la portée des\nmusicologues européens qui n'entendent point et ne lisent pas l'arabe, une édition des théo-\nriciens principaux de cette même civilisation musicale, à laquelle les œuvres publiées précé-\ndemment seraient d'incomparables illustrations.\nPIERRE AUBRY.\nQUELLEN UND FORSCHUNGEN ZUR DEUTSCHEN VOLKSKUNDE.\nBand VI. Beitraege %ur deutschen Volksdichtung, par E. K. BLUEMML. Vienne. 1908, in-8. 197 pp.\nDans cet ensemble d'articles réunis par E. K. Bluemml et consacrés soit à la poésie, soit\nà la musique populaire, nous retiendrons plus particulièrement le travail de M. Gustav\nJungbauer die deutsche Volksdichtung, quelques chants nuptiaux, Hochzeitslieder aus Tirol, réunis\npar MM. L. Pirkl et P. Kohi, enfin et surtout l'excellente revue bibliographique de\nM. Bluemml, die deutsche Volksdichtung im Jahre 1907, qui est une précieuse contribution à\nquelque future bibliographie de la chanson populaire dans les pays de langue germanique.\nLIEDERHEFTE DES DEUTSCHEN VOLKSLIED-VEREINES IN WIEN.\nHeft I. 40 Volkslieder aus dem deutschen Liederhort von L. Erk und Fr. M. Boehme\nausgewaehlt, fuer Sopran, Alt, Ténor und Bass, gesetzt von JOSEF REITER. Vienne, 1906. 52 p.\nHeft 11/111. Heimatlieder aus Deutschboehmen, Oberoesterreich, Niederoesterreich,\nSteiermark, Kaernten, Salzburg, Tirol, Schweiz und Bayern fuer gemischten Chor gesetzt von\nJOSEF REITER und F. F. KOHL. Vienne. 1905. 11. 40 p. 111. 42 p.\nHeft IV. 36 Volkslieder aus dem deutschen Liederhort von E. und B, ausgewaehlt\nund fuer s. a. t. und b. gesetzt von J. R. Vienne 1906. 60 p.\nHeft V. Volkslieder aus Tirol. Dritte Nachlese zur Sammlung \"Echte Tirolerlieder \"\nfuer s. a. t. und b. gesammelt und gesetzt von F. F. KOHL. Vienne 1907. 48 p.\nHeft VI. 12 echte deutsche Volkslieder fuer vier Maennerstimmen, gesammelt und\ngesetzt von J. R. und F. F. KOHL. Vienne 1908, 18 p.\nLe Deutsche Volksliederverein de Vienne témoigne d'une jolie activité. Le chant populaire\nne lui apparaît pas uniquement comme objet de collection ou d'études musicologiques. Cette\nassociation cherche par la publication de ses liederhefte à redonner aux chants rustiques de\n\n5"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.73", "texte": "S. I. M.\n408\n\nl'Allemagne, de la Bohême, de la Haute et de la Basse Autriche, de la Styrie ou du Tyrol\nun regain de jeunesse et de vitalité. Nous avons présentement six de ces recueils. De prétention\nscientifique, point. Ce sont des publications de seconde main, en ce sens que l'éditeur,\nM. Joseph Reiter, a transcrit pour quatuor vocal des chants populaires précédemment parus\nen d'autres recueils. Ainsi deux de ces cahiers ont pour première assise la grande collection\nd'Erk et Boehme, le Deutscher Liederhort.\nNous ne sommes, en ce qui nous concerne, que médiocrement partisan de ces remanie-\nments opérés en vue d'une réalisation pratique : tous les essais que nous en connaissons et les\nexécutions qui en sont données altèrent considérablement le caractère primitif et le sentiment\npopulaire. Ils ont en revanche un double avantage : d'abord, en faisant revivre par le moyen\nde l'art des chants qui s'éteignent sur les lèvres du peuple, ils ramènent au peuple un patri-\nmoine qui tombait en déshérence. En second lieu, de pareilles tentatives ont pour effet de\nsubstituer au répertoire souvent abject de la production populacière contemporaine des œuvres\nsaines qui sont comme une émanation de l'âme collective des nations.\nLe travail technique de l'écriture à quatre voix nous semble en général bien compris dans\nun esprit de clarté et de simplicité ; mais, dans le grave comme dans l'aigu, les parties atteignent\ntrop souvent les confins de la voix humaine, et ces harmonisations seraient difficilement exécu-\ntables par des choristes français. Il est vrai que c'est à d'autres qu'elles sont destinées.\nUN PROBLÈME DE BIBLIOGRAPHIE. Notre compte rendu du Bollettino de\nl'Association des Musicologues Italiens, paru le mois dernier nous a valu une lettre fort cour-\ntoise de notre collègue Guido Gasperini président de l'Association ; et à laquelle nous sommes\ntrès heureux de répondre quelques mots.\nM. Gasperini rappelle tout d'abord que l'importance de la tâche entreprise par le Bollet-\ntino n'effraie aucun de ses collaborateurs et n'empêchera pas de la mener à bien rapidement.\nJe ne puis que m'associer et de tout mon cœur à cet espoir ; personne plus que moi n'est avide\nde voir paraître une Bibliographie générale des richesses enfouies dans les bibliothèques de la\nPéninsule. Mes appréhensions se fondaient sur quelques expériences, que nous avons tous\nfaites ; elles nous ont montré que certains dépôts tenaient avant tout à ne pas révéler le secret\nde leurs collections bien gardées. Certes, nous comptons d'excellents collègues en Italie, à\nMilan, à Bologne, à Florence ; mais nous connaissons aussi un certain Pagliarra, à Naples, dont\nla force d'inertie est une des plus remarquables, et devant qui sont venus se heurter les savants\ndu monde entier. Si l'Association des Musicologues Italiens peut débarrasser l'érudition des\nPagliarra, et à bref délai, tant mieux, nous serons tous enchantés.\nNotre collègue et ceci est plus important - insiste sur la nécessité des descriptions\nbibliographiques étendues et invoque pour soutenir cette opinion deux raison : i° la nécessité\nd'une description uniforme ; 2° l'obligation de donner un certain relief à l'entreprise du\nBollettino.\nJe ne me rends pas à la première raison. Il n'est pas plus difficile de donner un titre som-\nmaire, avec date, format et lieux d'impression que de copier en entier ledit tittre. En outre\nc'est contre la description de l'ouvrage lui-même que je m'élevais avec ses chapitres, dédicaces,\nfigures, notation, planches etc..., en un mot contre tout l'appareil de critique et d'archéologie,\ndont le Bollettino n'a pas cru devoir se passer. Je suis tout à fait convaincu, que ce luxe de\ndescriptions est superflu lorsqu'il s'agit d'un dépouillement aussi considérable que celui des\nbibliothèques du royaume d'ltalie. Et ce qui me désole c'est de voir suivre les mêmes errements\nà Barcelone (Deputacio), à Uppsala (Bib. de l'Université) et probablement partout, où un\ncatalogue de musique va être dressé."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.74", "texte": "LES LIVRES\n4-09\n\nQu'on veuille donc bien réfléchir au temps perdu, à la typographie mal employée, et\nmême à l'effort de curiosité accompli en vain par de pareilles recherches. Prenons un exemple :\nadmettons qu'il subsiste en Europe cinq cents exemplaires du Thésaurus de Besard. Voilà un\nlivre à qui nos bibliographes-archéologues vont accorder une page, et peut-être même une\nplanche phototypique. Résultat cinq cents pages pour un ouvrage. Multipliez ce raisonnement\npar trente mille, et vous voyez où nous allons ! On ne veut pas remarquer qu'une fiche de\ncatalogue est une indication de présence, et non pas une monographie. Nos catalogues ne\nseront jamais assez complets pour décrire un volume précieux comme il convient de le faire.\nMieux vaut renoncer de suite à ce projet et réserver la description pour une œuvre de biblio-\ngraphie générale, à laquelle nous devrions nous hâter par une rédaction rapide et sommaire des\nfiches de toutes les bibliothèques du monde.\nEn réalité la seconde raison invoquée par notre éminent collègue de Parme est la vraie.\nOn n'ose pas s'en tenir à la fiche sommaire, parce que ni les pouvoirs publics, qui encouragent\nces travaux, ni les bibliothécaires qui les poursuivent, ni le public qui les suit de loin, ne croi-\nraient faire œuvre d'érudition en allant si vite en besogne. Et en Italie surtout où la musicologie\nnaît à peine, il est besoin de la montrer digne de l'attention générale. C'est ce que M. Gaspe-\nrini appelle très justement \"de hautes raisons de conservation artistique. \" C'est d'ailleurs une\ntendance des peuples latins de s'arrêter à cueillir des fleurs sur le chemin, plutôt que de mar-\ncher droit au but. Le beau livre in 40 avec ses habiles dispositions typographiques, avec ses\nreproductions, avec sa parure savante, a donc été préféré à la fiche sommaire, mais rapide et\ncommode. Je ne m'en plains pas et j'admire ; mais, dans mon impatience de faire usage d'un\ninstrument de travail qui nous manque, j'aurais souhaité qu'on eut pris le \" moyen court\nOn ne saurait m'en vouloir de ce souhait.\nJ. E.\nLA MARA, Musikalische Studienkopfe,Dritter Band : (Breitkopf et\nHaertel édit. Leipzig, 1910.)\nMme La Mara, qui nous a donné ces dernières années l'admirable correspondance de\nLiszt, celles de Bulow, de Berlioz avec la princesse Sayn-Wûttgenstein, s'est depuis longtemps\nconsacrée à la biographie des musiciens. Sous ce titre emprunté au langage des peintres :\nTêtes d'étude musicale, elle a fait paraître toute une série de petits volumes qui résument toute\nl'histoire de la musique depuis un siècle, et dont le succès a été tel que certains ont déjà atteint\nleur neuvième édition.\nCelui que Mme La Mara réédite aujourd'hui, le troisième, était consacré naguère à\nAdolf Henselt, Robert Franz, Anton Rubinstein, Brahms, Moscheles, David et Tausig.\nPour cette nouvelle édition, qui est la septième, ces trois derniers musiciens ont été remplacés\npar Hans von Bulow et Grieg. Le choix est heureux de ces deux nouvelles \" têtes \" qui\nmanquaient jusqu'ici à la série.\nD'une documentation précise, exacte, d'une lecture agréable et rapide (chaque biographie\nne dépasse guère 50 ou 60 pages), le volume de Mme La Mara est en outre fort utile à\nconsulter, car, suivant le plan immuable de l'auteur chaque biographie est suivie d'une biblio-\ngraphie complète de ses œuvres ; des portraits complètent cette documentation sommaire et\nsubstantielle.\nJ. G. P.\nLULLY, par HENRY PRUNIÈRES. {Les Mu Paris, Henri Laurens.)\nSi l'on regarde seulement la situation conquise et la fortune réalisée, on peut admettre que"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.75", "texte": "S. I. M.\n4-io\n\nparmi les compositeurs passés, présents et futurs, nul ne fut, n'est ou ne sera l'égal de Lully.\nVenu de loin et parti de bas, il sut quand même s'élever assez haut pour être admis chez les\npremiers de son temps, grands seigneurs ou nobles esprits ; il fut de ceux qu'on jalouse et qu'on\ndécrie, mais dont on sollicite la faveur. En un temps où la naissance semblait nécessaire à qui\nprétendait faire figure à la cour, il approcha Louis XIV plus encore peut-être que de l'appro-\nchait Molière : ne dansait-il pas à ses côtés ? Indispensable aux plaisirs de Sa Majesté, il orga-\nnisait des fêtes musicales qui lui valaient, entre autres avantages, des succès d'honneur et des\nsuccès d'argent. La musique devint à son profit un domaine où nul n'avait le droit de s'aven-\nturer sans sa permission ; il imposait sa volonté comme un souverain, il brisait les résistances\nhostiles, et son bâton de mesure finit par ressembler presque au sceptre d'un roi.\nSans rivaux, car ses ouvrages alimentaient seuls le répertoire de cette Académie, dont son\nastuce lui avait conquis le fructueux privilège, il défiait toute concurrence et toute compa-\nraison. La cour et la ville se délectaient de ses chants, d'autant mieux qu'elles n'en pouvaient\nguère entendre d'autres. Et telle fut la renommé de l'artiste, telle fut son action sur le public,\ntelle fut, en un mot, sa popularité, qu'il s'imposa pendant plus d'un siècle après sa mort ; ses\nopéras comptaient de fidèles partisans, même à l'époque où florissait Rameau, et il ne fallut\nrien moins que le génie de Gluck pour lui porter le coup suprême.\nLors donc qu'on songe à cette vie heureuse, à cette carrière brillante, à cette fortune sans\npareille, on s'étonne du peu d'attention que lui ont accordé les historiens. Sans doute, les\npamphlets et satires abondent, comme il arrive aux puissants du jour qu'on raille faute de les\npouvoir abattre, sans doute aussi l'on retrouve son nom cité dans les mémoires des contempo-\nrains, tandisque ses œuvres fournissent la matière d'observations générales dans les écrits d'un\nTiton du Tillet, d'un Lecerf de la Vieville, et de tant d'autres. Mais en l'espace de deux\nsiècles, jamais sa production musicale ne fut l'objet d'un travail sérieux ; jamais sa biographie\nne fut rédigée avec quelque souci de l'exactitude et de la vérité, avec quelques pièces ou docu-\nments à l'appui. Les musicographes et compositeurs de dictionnaires se repassaient certaines\nanecdotes qu'ils avaient bien garde de contrôler, et la légende se maintenait du petit marmiton\nau service de Mademoiselle, jouant en cachette du violon au lieu de tourner prosaïquement\nles sauces.\nC'est de nos jours seulement que son acte de naissance a été retrouvé, grâce aux recher-\nches d'un de nos plus érudits confrères, M. Lionel de la Laurencie. La maison de Lully avait\ninspiré, il est vrai, à M. Ernest Prader, un livre fort intéressant, qui nous offrait surtout deux\naspects du personnage : le propriétaire et l'homme d'affaires. Enfin, n'oublions pas que dans\nleur étude sur les origines de notre opéra, MM. Thoissan et Nuitter avaient mis en lumière\nle Lully directeur obtenant du Roi un privilège et luttant pour en tirer parti, se débattant au\nmilieu des gens de loi, rédigeant mémoires et requêtes, tour à tour poursuivant et poursuivi.\nMais nul encore n'avait présenté la figure d'ensemble, et donné au personnage sa juste et\ncomplète physionomie ; nul n'avait remonté aux sources pour déterminer la part de la légende\net celle de l'histoire; nul n'avait fait œuvre de critique. Voilà qu'une aussi regrettable lacune\nest enfin comblée, grâce à M. Henry Prunières, et au livre qu'il consacre à Lully dans la\ncollection \" Les musiciens célèbres \" parue chez l'éditeur Laurens. Ce volume n'a qu'une\ncentaine de pages, comme tous ceux de la même publication ; c'est un chiffre de rigueur, et\nl'on conçoit que, dans les limites étroites de ce cadre imposé, l'auteur n'ait pu se permettre de\nlongs développements. On sent, du moins, qu'il domine son sujet ; il en sait plus qu'il n'en\ndit, et il dit tout ce qu'il importe au lecteur de savoir. Il dégage de tous les racontars qui en\nattiraient la vérité, cette existence curieuse, cette vie de travail et de plaisir. Il nous montre les\norigines humbles de son héros, ses premiers pas sur le chemin du succès, son activité jointe à"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.76", "texte": "LES LIVRES\n4i i\n\nune rare souplesse qui lui ouvrait les portes utiles et lui procurait les résultats avantageux. Il le\nprend en Italie, l'amène en France, l'introduit à la cour, le suit dans son ascension rapide vers\nla gloire, et le quitte au seuil du mausolée somptueux que ses héritiers lui érigèrent, comme\nau prince de la musique, dans l'église des Petits-Pères.\nLully donc revit sous nos yeux avec ses qualités et ses défauts. Il danse, il compose : il\nest chorégraphe, maître de chant et entrepreneur de spectacles ; il est à tout et à tous ; et\ncommande à ses collaborateurs comme à ses interprètes, et la série de ses ouvrages dramatiques\ndéfile, notée au passage d'un trait juste et précis. L'esthétique du musicien, le caractère parti-\nculier de ses principaux opéras, leur importance dans l'histoire du maître en France, tout se\ndéfinit et s'explique en une langue souple et claire qui fait le récit attrayant. D'intéressantes\nillustrations agrémentent le volume, où Lully nous apparaît sous les aspects les plus variés, et\njusque sous les \" habits \" qu'il portait en dansant dans les Ballets du Roi : curieuses aquarelles\nretrouvées à la Bibliothèque Mazarine. Enfin une liste détaillée résume la production musicale\ndu fécond auteur.\nDans la collection Laurens des Biographies de musiciens, celle-ci me semble des plus\nutiles et des mieux faites. Il reste à souhaiter que la cause plaidée par M. Henry Prunières\nsoit gagnée devant l'opinion, que cette vieille musique retrouve de jeunes admirateurs, et que,\nsuivant l'exemple de la maison Durand, un éditeur fasse pour Lully ce qu'elle a fait pour\nRameau : après la biographie, une édition complète des œuvres serait le moment le plus glo-\nrieux pour la mémoire du fondateur de l'opéra français.\nCHARLES MALHERBE.\nTHUREN (HJALMAR). FOLKESANGEN JAR FJEROERNE: LA CHANSON POPU-\nLAIRE AUX ÎLES (in 8° de 337 pages dont 56 de musique lithographiée. Copenhague\n1908: Andr% Fred. Host et filsJ.\nCet ouvrage qui forme la deuxième série des publications consacrées par la Société\n\" Folklore Fellows \" a été édité et imprimé au Folklore du Nord, aux frais du legs Carlsberg,\nfondation danoise.\nM. Thuren expose d'abord l'importance de la danse aux îles Faeroë où, dans les réunions\net réceptions des insulaires, les rondes accompagnées de chants sortes de branles tantôt tristes,\ntantôt gais comme ceux du moyen âge tenaient la première place des divertissements.\nCes chansons ou caroles, qui menaient la danse ne comprenaient ni harmonie ni accompagne-\nment instrumental et étaient chantées à l'unisson par tous les assistants.\nL'auteur a consacré aux ballades dansées une étude très documentée, tant au point de vue\ndu rythme en général et du rythme particulier à l'île, qu'au point de vue de la tonalité,\nfaisant ressortir leur caractère principalement pentatonique.\nEn examinant l'origine de ces ballades et leur valeur esthétique, il y a retrouvé des formes\nmélodiques internationales adaptées cependant au goût du pays.\nLes îles Faeroë étant sous la dépendance du Danemark, rien d'étonnant à ce que\nles vieilles chansons populaires danoises et même norvégiennes, y aient été en honneur\net qu'elles y soient encore conservées de nos jours.\nM. Thuren a complété son travail historique par un appendice musical contenant avec\nleurs variantes les mélodies les plus typiques recueillies et enregistrées à l'aide d'un phono-\ngraphe qu'il avait emporté dans son voyage à ces îles danoises.\nLa collaboration imprévue d'une invention toute moderne à l'histoire de la musique\ndu passé, mérite d'être signalée.\nWILLIAM MOLARD."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.77", "texte": "S. I. M.\n412\n\nKONZERT TASCHEN-BUCH. (Munich 1910 in 120).\nPetit agenda, qui contient quelques articles amusants : une enquête sur l'opportunité de\nla réclame, une discussion sur les cartes de presse, et quelques anecdotes. Le tout édité par les\nsoins d'Emil Gutmann, le très sympathique impressario de Munich.\nJAHRBUCH der Musikbibliothek Peters. (XVQ annèey 1910, in-4 0 Lpz.)\nJe revois toujours avec plaisir le Jahrbuch de la bibliothèque Peters, si admirablement\nrédigé par notre collègue le professeur Rudolf Schwartz. Cette année il comprend les articles\nsuivants : T. Kroy er, Dialogue und Echo in der alten Chormusik. H, Riemann, Spontané Phantasie-\ntœtigkeit und verstandesmaessige Arbeit in der tonkuenstlerischen Produktion. Max Friedlaender, van\nSwieten. H. Kretzshmar das Notenbuch der Zeumerin, und Volksmusik und hoehere Kunst.\nComme d'habitude une bibliographie des livres sur la musique fait le principal de cet\nannuaire, bibliographie qui est indispensable à tous ceux qui veulent connaître le résultat de\nl'effort musicologique au cours de l'année écoulée. J. E.\n\nOUVRAGES REÇUS\nANGLAS (J.). Précis d'acoustique physique, musicale et physiologique. (Paris\nH. Paulin, in 8° de 382 pp. ; 12 fcs.)\n- BOSCHOT (A.) Le Faust de Berlioz. (Costallat et Cie, in 12° de 70 pp.)\nBECK (Jean). La musique des Troubadours. (Collection des musiciens célèbres.\nH. Laurens in 120.)\nLALOY (Louis). La musique chinoise. (Idem, in 20.)\nHUET (Emile). Jeanne d'Arc et la musique. Deuxième édition. (Orléans 11 rue\nJeanne d'Arc. 1909 in 40 de 229 pages.)\nRIEMANN (Hugo). L. van Beethovens Leben, von A. W. Thayer, vol 11,\nseconde éd. (Breitkopf & Haertel 1910 in 8° de 645 pp. ; Mk. 12.)\nMusik-Lexicon. 7e éd. (Lpz. Max Hesse, in 8° de 1600 pp. Mk. 14.)\nBERENZI (Angelo). La patria del lutaio G. P. Maggini. (Cremona in 8° de 11 pp»)\nDi G. P. Maggini. (Id. ibid.)\nDi alcuni strumenti fabricati da Gasparo di Salo posseduti da Ole Bull, da Dragonetti\ne dalle sorelle Milanollo. (Brescia in 8° de 50 pp.)"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.78", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSECTION DE PARIS SÉANCE DU LUNDI 6 JUIN 1910\nLa Séance est ouverte à 4 heures 1/2 à la Bibliothèque Nationale.\nAssistaient à cette Séance : M. Malherbe, président ; MM. Ecorcheville, J.-G. Prod'homme,\nL. de La Laurencie, L. Dauriac, Ch. Legrand, A. de Bertha, Ch. Bouvet, André Laugier,\nDocteur Maurice Laugier, Ch. Ruelle, M.-G. Gariel, Ch. Petit, G. Lefeuve, A. Mutin,\nE. de Marsay, E. Willfort, Trotrot ; Mesdames Daubresse, Capoy, Hibert, Pereyra, Fouquier.\nApres la lecture du proces-verbal et des correspondances, le Président communique à la\nSection la nouvelle suivante : Le Conservateur Honoraire de Genève, M. Dufour, vient de\nretrouver dans cette Bibliothèqne un manuscrit attribué jusqu'ici à Jean-Jacques Rousseau, et\ncomprenant des leçons de théorie musicale. L'écriture de ce manuscrit a été reconnue par\nnotre Président comme étant celle de Rameau. Notre Bulletin rendra compte avec plus de\ndétails tout prochainement de cette très importante découverte.\nM. Prod'homme a la parole pour une communication sur la Salle du Conservatoire.\nM. Prod homme fait 1 historique de l'emplacement du Conservatoire depuis les temps les plus\nrecules (Xme siecle) jusqu'à 1850, en soumettant à l'Assemblée de nombreux plans et états\nd'archives.\nM. Ecorcheville a la parole pour présenter une communication sur le Launeddas de\nSar instrument tout à fait semblable à l'aulos double des anciens. M. Ecorcheville\napporte un launeddas, et une discussion s'engage à ce sujet. Cette communication était\nappuyée sur un récent acticle de M. Farra-Dessy paru dans la Revista Musicale, et dont les\nmembres présents discutent certaines conclusions. M. Ecorcheville invite nos Collègues qui\ns intéresseraient a cette question de l'aulos, à demander à la Section communication du\nlauneddas Sarde. La Séance est levée à 6 heures 1/4."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.79", "texte": "VII\n\nAGENCE MUSICALE E. DEMETS, 2, RUE DE LOUVOIS PARIS (ILE ARRJ\nEXTRAIT DU CATALOGUE GÉNÉRAL\n\nCHANT ET PIANO\nBECLARD (M.). L'amour par terre (P. Verlaine) . 2.50\nPéristéris (Leconte de Lisle) 2.50\nLe Sentier (M. Bouchor) 1.70\nSilence ! (A. Samain) 1.70\nBERTELIN (A). La Chimère (A. Samain) . . . 2.50\nDans le cristal des eaux (A. Samain) ' 1.70\nDilection (A. Sclmain) ......... 1.70\nUne douceur splendide (A. Samain) 2.00\nCHANSAREL (René). Caresses (Jean de PEstoille) . 1.50\nDédicace (Tristan Klingsor) 1.00\nL'lnvitation au Voyage (Ch. Baudelaire) . . . 2.50\nPastel (Gustave Soulier) I*s°\nSonnet élégiaque (P. de Ronsard) 2.00\nRequiem d'Amour (L. Taillade) 1.50\nGREVECŒUR (de) Chant de mort (M. Heim) . 1.50\nLa prairie permanente Danguet) 1.50\nDÉODAT DE SEVÉRAC.\nChanson de Blaisine(M. Magré) 1.50\nLe Chevrier (P. Rey) 1.70\nLes Cors (P. Rey) 2.00\nL'Eveil de Pâques (Verhaeren) . 1.70\nL'lnfidèle (Maeterlinck) 1.70\nDUPARC (H.). La Fuite (Th. Gauthier) duo pour\nSoprano et Ténor 2-5°\nHERVÉ (Raymond). Au large (L. Even) .... -1.75\nLes Fontaines (L. Even) 2.00\nLes Jardins (L.Even) 1.75\nMarine (L. Even) 1.00\nKOMITAS WARDAPET. La Lyre arménienne,\nrecueil de chansons rustiques 10.00\nLABEY (M.). Chanson du rayon de lune (Guy de\nMaupassant) 2.50\nDe sa grande Amye (C. Marot) 1.50\nRondel (Ch. d'Orléans) 1.50\nLAMOTTE (Daniel). Chansons naïves (Paul Gérardy)\nI. Il neige. 11. Amour mauvais. 111. Croix de bois 4.00\nPOLLET (M.). 3 Chansons de Bilitis (Pierre Louys).\nI. La Pluie. 11. Volupté. 111. Le Souvenir de Mna-\nsidika 4.00\nRAVEL (M.). D'Anne jouant de l'Espinette . . . 1.00\nD'Anne qui me jecta de la neige (Epigrammes de\nCl. Marot) i.jro\nMUSIQUE DE PIANO\nBARDAC (R.) u Horizons \" Les Cloches de Casbeno\nJeux. Sur la Tresa 4.00\nBILLA (R.) En rythme de Valse 2.00\nBREVILLE (P. de.) Portraits de maîtres : Gabriel\nFauré. Vincent d'lndy. Ernest Chausson. César\nFranck 5«oo\nBRUGNOLI (A.) Mazurka italienne 2.00\nMinuetto 2.00\nValse, en sol mineur 2*50\nMENNESSY (S.) Op. 21/ Au bord de la forêt . . 1.70\n\"Au Village,, (petite suite caractéristique). . . 5.00\nop. 24 Eaux-fortes 2.00\n©p. 25 Etude 1.70\n©p. 27 Nouvelles feuilles d'album 2*s°\nop. 32 Valses 3.00\nINGHELBRECHT (D.-E.). \" Suite petite-russien-\nne\" sur des thèmes populaires. 7.00\nLABEY (M.). Sonate en 4 parties ...... 8.00\nLADMIRAULT (P.). 4 Esquisses :\nChemin creux . . 1.00\nValse mélancolique 2*50\nVers Téglise dans le soir . 2.00\n\nMinuit dans les Clairières 3»35\nLUZZATI (A.). Impromptu. Op. 12 2.50\nNocturne. Op. 15 1.70\nScherzando. Op. 16 2«5°\nRomance. Op. 17 . . . . . . . . . t . 2.oo\nMEL-BONIS. Barcarolie . 2.50\nBourrée I.-JQ\nLe Moustique 2.00\nPavane I#-0\nSarabande . . . . 1.50\nPOUEIGH (j.). \"Pointes Sèches1'. Cerfs-volants.\nParc d'automne. Combat de coqs ...... 4.00\nRAVEL (M.), (eux d'eau 3-3S\nPavane pour une infante défunte 2.00\n\" Miroirs \" Noctuelles. Oiseaux tristes. Une barque\nsur l'Océan. Alborada del Gracioso. La Vallée des\nCloches .............. 10.00\n1 HIRION (L.). Rêves, 3 nocturnes 5-°°\nSonate en 4 parties 7.00\nTURINA (Joaquin). Sévilla. Suite pittoresque.\nI. Sous les orangers. II. Le Jeudi Saint à minuit.\nIII. La lHena . , . . . . . m # 4 t 6. o o\nSonate romantique sur un thème espagnol . . . 7.00\nPIANO A 4 MAINS\nHENNESSY (S.). Petite Suite irlandaise .... 4.00\nLABEY (M.). ire Symphonie en mi . . . . . . 8.00\n2e Symphonie en la majeur 8.00\nLADMIRAULT (P.). Musiques rustiques . • . 5.00\nVariations sur des airs de biniou trécorois . . . 4.00\nDEUX PIANOS A 4 IV!AiNS\nDE CREVECŒUR (L.). Moulins d'Orient . . . 4.00\nDanseurs sartes 2.50\nJardins impériaux 4.00\nMÈL-BONIS. Variations 7.00\nVIOLON ET PIANO\nALQUIER (M.). Sonate en 4 parties 10.00\nBERTELIN (A.). Sonate en 4 parties 10.00\nMEL-BONIS. Largo en mi majeur, attribué à Haëndel 1.70\nMUNKTELL (H.). Sonate en 4 parties .... 8.00\nPOUEIGH (J.). Sonate en 4 parties . . . . . 8.00\nSERIEYX (A.). Sonate en sol en 3 parties .... 8.00\nALTO ET PIANO\nLABEY (M.). Sonate en 3 parties ...... 7.00\nVIOLONCELLE ET PIANO\nMEL-BONIS. Sonate en 3 parties 6430\nFLUTE ET PIANO\nINGHELBRECHT (D.). Deux esquisses antiques\nDryades I<^0\nScaphé\nLECLAIR (J.-M.) 2e Sonate (ut majeur) 2«55\n6e Sonate [mi mineur) 2.70\nMEL-BONIS. Sonate 7.00\nRAVEL (M.). Pavane. Arrangement de Fleury . . 2.50\nTRIOS\nMEL-BONIS. Suite pour Flûte, Violon et Piano. . 5.00\n2 Trios pour Violon, Violoncelle et Piano:\nMatin . 4.00\nSoir * . . . . 3.00\nQUATUORS\nMEL-BONIS. Quatuor pour Piano, Violon, Alto,\nVioloncelle 12.00\nSEITZ (A.). Quatuor pour instruments à cordes . . 12.00\nQUINTETTES\nLACROIX (E.). Quintette pour Piano et cordes . . 15.00\nSACHS (Léo). Op. 77. Quintette pour Piano et cordes 12.00"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.80", "texte": "VIII\n\nNOS CORRESPONDANTS EN PROVINCE"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.81", "texte": "LA SEMAINE DE MUSIQUE FRANÇAISE\nA MUNICH\nPour la première fois depuis bien des années, la musique française va être reçue\nofficiellement en Allemagne. Les trois grandes journée\nFrançaise des Amis de la musique, à /'Exposition de Munich en septembre prochain,\ncompteront dans Vhistoire de notre art national comme un événement. ILa présence réelle et\nle concours de maîtres éminents5 tels que M. M. Saint Saè'ns, Fauré, Dukas et JVidor,\nV empressement des Princes de la maison de Ba\nMunich a recevoir royalement les hôtes français, V affluence des membres de notre société à\ncette manifestation, tout nous laisse prévoir\nannoncé déjà dans notre bulletin de juin, et dont nons allons donner le programme plus\nprécis.\nSamedi 1 7 septembre : Réception\nLe soir : Représentation de Gala au Prinzregententheater.\nBéatrice et Bénédict ...... Berlioz.\nDimanche ÎS. Matin : Promenade a M\nABh. et demie du soir, LES BEATITUDES . . César Frank.\nSous la direction de M. G. Bret.\nLundi 19, AII h. et demie: CONCERT\nDE CHAMBRE.\n2e Sonate pour Piano et Violoncelle .... Saint Saè'ns.\nDAuteur et M. Maas.\nMélodies\nM\"e Rose Féart.\n2e Trio Saint Saëns.\nM. M. Saint Saëns, Heyde et Maas."}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.82", "texte": "LES AMIS DE\n11\n\nPièces pour le Clavecin : Rigaudon et Tambourin . . Rameau.\nLe Rossignol en amour . . Fr. Qouperin.\nLes Viéleux et les Gueux . . „\nLes Jongleurs, Sauteurs, etc. . „\nMme Landowska.\nSeptuor ......... <\nA % h. et demie du soir: CONCERT D'OR\nSymphonie avec Orgue ...... Saint Saëns.\nSous la direction de VAuteur.\nGrand Orgue : M. Ch. Widor.\nSymphonie ........ César Franck.\nSous la direction de M. Rhenè\nSymphonie sur un Thème montagnard .... Vincent dlndy\nSous la direction de M. Rhenè Bâton.\nMardi 20. An h. et demie. DEUXIÈME CONCERT DE\nMUSIQUE DE CHAMBRE.\nSonate pour piano et violon ..... G.Faurè.\nTrois mé10die5........ G. Fauré.\na) Au bord de Veau.\nh ) Les berceaux,\nc) Les roses d'lspahan.\nMll6 Rose Fèart.\nPièces de Piano ......\nM. Alfred Cortot.\nTrois mé10die5........ G. Fauré.\na) Le parfum impérissable.\nb) Mandoline.\nc) Soir.\nMUe Rose Fèart.\nPièces Polyphoniques. Œuvres du XVI\nLa Madrigal Vereinigung.\nDeuxième Quatuor ....... G. Fauré."}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.83", "texte": "m • 9\n111\nLES AMIS DE\n\nA% h. et demie du soir :2e CONCERT\nRhapsodie Norwégienne ...... E. halo.\nSous la direction de M. Rhenè Bâton.\nSinfonia Sacra. ....... Widor.\nSous la direction de V auteur.\nRequiem ........ G\nSous la direction de V auteur.\nNocturnes ........\nSous la direction de M. Rhenè Bâton.\nL'Apprenti Sorcier ....... P. Dukas.\nSous la direction de Vauteur.\nMercredi Matin, Visite de V Exposition.\nLe soir : Représentation de Gala au Prinz\nBenvenuto Ce11ini......\nJeudi 22. Excursion au lac de Starnberg.\nLe soir : Représentation d'un Opéra de Wigner.\nÇomme on le voit, ce programme n est pas\ny manque fort peu de choses. La liste des deux\nsera publiée ultérieurement.\nPour tout ce qui concerne les places des billets, nos Amis pourront s adresser :\nA Paris : a la Société Musicale, G. Astruc et Ce 32, rue Louis-le-Grand. (Pavillon\nde Hanovre ).\nA Munich : Soit au Bureau des Fêtes 38, Theatinerstrasse,\nà l'Office des Voyages Schenker et oe,0e, 16, Promenadeplatz.\nLaCie Cook, place de 1' Opéra, a bien\nl'art Français à l'étranger, organiser personnellement\nqui coïncidera avec ces fêtes et s'effectuera à prix très réduits.\nTous ceux de nos Amis qui en feront la demande, seront tenus au courant et renseignés.\nNous leur donnons rendez-vous a Munich^\nnombre que possible."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.84", "texte": "LES AMIS DE LA MUSIQUE\niv\n\nMONUMENT WAGNER\nLe Comité formé pour élever une Stèle à Richard Wagner au Palais Vendramin\nà Venise, a reçu une lettre fort obligeante de M. Siegfried Wagner, en son nom et au nom\nde Wahnfried) adressée à Mme la Comtesse S\nNous n avons pas encore le résultat de la souscription ouverte par la Société Interna-\ntionale de Musique, mais nous sommes heureux de publier dès maintenant la première liste\nde souscription qui nous est parvenue, et nous espérons bien que le léger effort à accomplir\nencore ne fera pas reculer r enthousiasme des\nM. P. A. Cheramy Paris 50\nM. L. Tauber „ 50\nM. F. Custot „ 50\nM. Lehmann „ 20\n/ /\nM. H. Sternberg „ 20\nM. E. Marx „ 20\nM. J. Schloss „ 20\nAT. £. Debenham „ 100\nM. E. Stem „ 100\nM\". Léo Sachs „ 3°\nM. Max Rikoff „ 50\nM. Feld-Degen „ 20\nM. i?. Esnault-Pelterie „ 10\nM. Schumann „ 40\nM. Dr Michel ~ 30\nMM. L. & O. Guttman„ 100\niVfme Emma Schrœder „ 20\niWme la Baronne Franchet„ 10\nMme la Comtesse Seilern „ 100\nMme Chenu „ 20\nM. 7%. Dubois „ 10\nMltie Pleyel, Lyon & Cie „ 50\nM. Camille Chevillard „ 50\nM. Pregre „ 20\nMme la Baronne Biedermann Vienne 100\nM. M. Cohn „ 100\nM. R. Winterberg „ 100\nM. Hatvany Deutsch Budapest 200\nM. M. Schlesinger „ 10\nMme Schlesinger „ 10\nM. L. Métal Berlin 100\nM. P. Sonnenschein Prague 50\nM. Henri Koenigswarther 50\nM. & Mme Hugo Nath,, 40\nM. du Chastin 10\nMlle du Chastin „ 10\nM. M. Grotrian 20\nM. Louis Bonfiglio Nice 10\nMme la Comtesse Sorman 40\nMme la Comtesse Albrizz„ 25\nM. M. Manrener „ 5\nMme Fontaine „ 50\nMlle Michelsen 25\nTotal de la première liste. 1.995"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.85", "texte": "PROJET DU MONUMENT WAGNER AU PALAIS VENDRAMIN\npar Ettore CADORIES."}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.86", "texte": "Le Maître de l'école Russe moderne, le chef des Cinq, Mili Balakirev vient de\ns'éteindre. Toutes les gazettes ont publié sa biographie, mais ce qu'on ne saurait trop\nrépéter, c'est que l'exemple de Balakirev et de son école est un argument frappant en faveur\nde la liberté de l'art musical. La crainte de l'opinion, la pusillanimité qui ont fait tant de\ntort à notre musique française du XIXe siècle, ont trouvé dans ces quelques audacieux des\nennemis déclarés. Nous sommes heureux de pouvoir publier ici quelques documents inédits\nsur la jeunesse du Maître.\nLe sort ne s'est guère montré favorable à l'égard des grands\ncompositeurs russes ; aucun d'eux n'a eu, de son vivant, sa biographie\nimprimée. Il en a été de même pour l'auteur défunt d'\"\nPamaré \" si l'on excepte une petite notice biographique qui a paru dans\nles journaux russes il y a quelques 15 ans. Or, cette absence de détails\nbiographiques, dûment contrôlés, prive l'historien de la possibilité de\npréciser et de commenter la vie d'un compositeur. En ce qui concerne,\nplus particulièrement, M. Balakirev, les détails de sa vie, aussi bien\nprivée que musicale, ont grand besoin d'être commentés d'une façon\nfort précise, car il fut, pour ainsi dire, le point de départ et d'appui de\ntoute une école musicale russe, une école qui, tout en continuant les\ntraditions de Glinka et Dargomijsky a posé, chez nous, les principes du\nnationalisme artistique et les bases de la libre esthétique.\nSi, cependant, jusqu'à présent, nous ne possédons point de biographie\nde Balaki rev, plus ou moins vérifiée par le compositeur lui-même, il\nconvient de procéder, dès maintenant, à la réunion et la publication\ndes documents sûrs, afin de mettre les musicographes de l'avenir à l'abri"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.87", "texte": "4i 6\nS. I. M.\n\nde toutes sortes de racontars et même \" faits qui, ne font que com-\npliquer et embrouiller la tâche et donnent d'ailleurs un tableau absolument\nfaux de la vie du musicien.\nLa notice présente est basée sur des lettres de Balakirev\nadressées à l'auteur de ces lignes, ainsi que sur quelques manuscrits, remis\npar feu Wladimir Stassow à la Bibliotèque Impériale de St. Pétersbourg.\nLes faits mentionnés ci-dessous peuvent donc être considérés comme\nabsolument authentiques.\nBalakirev m'écrivait, un jour, (le 16 mars 1907) : Je n'ai qu'un\nsouvenir fort vague de mon développement musical à l'époque de mon\nenfance. Autant que je me rappelle, dès l'âge de huit ans, je ne quittais\nguère mon piano, cherchant à jouer la musique que j'avais entendue\nquelque part. Je me souviens fort bien avoir eu, dès mon enfance, le\nsentiment du son très développé, car étant en visite chez M. Wasili\nYacherov, mon oncle, je me rendais compte que son piano était accordé\nun ton plus bas que le nôtre. Dans une autre lettre (12 mars 1907)\n\" Balakirev répétait l'opinion très répandue laquelle, qui faisait de lui un\nélève d'Antoine Koutski: \" Cela est faux, écrivait-il. Je n'ai eu, comme\nprofesseurs, que ma mère, ensuite le maître bien connu Alexandre\nIwanowich Dubuc, 1 chez qui j'ai pris dix leçons pendant mes vacances\net, finalement, Charles Eisrich. Après, étant déjà à Kasan, j'ai, sans doute,\nprofité du passage, dans cette ville de deux artistes. : Seymour Chif et\nensuite Antoine Koutski ; le premier, au point de vue musical, en général,\nle second en tant que pianiste, plus particulièrement. Ayant appris que\nM. Kontski avait, comme moi-même l'intention de se fixer à St. Péters-\nbourg, j'étais décidé à devenir son élève, mais ses idées artistiques m'ont\nfait revenir sur ma décision, et nos rapports ne dépassèrent point les\nlimites d'une simple relation.\nDonc lors de son arrivée à St. Pétersbourg (en hiver 1855), où\nBalakirev se révéla comme un pianiste et professeur accompli, le futur\nfondateur de l'école russe moderne, n'avait eu comme maîtres que deux\nprofessionnels, savoir Dubuc et Eisrich. Celui-ci a, sans doute, joué un\nrôle plus important que Dubuc, dans la vie de Balakirev. La preuve en\nest fournie que la première œuvre importante de Balakirev a été dédiée à\nEisrich. Le manuscrit original de cette œuvre juvénile est conservé, dans\n\n1 Alexandre Dubuc (1812-1897), élève de Field, auteur de la \"Technique du jeu de piano\" très\npopulaire à cette époque-là."}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.88", "texte": "LES DÉBUTS DE BALAKIREV\n\n4r7\n\nla Bibliothèque Impériale Publique et porte l'inscription suivante : 1\nct Grande fantaisie sur airs nationaux r\ngnement d\" orchestre composée et dédiée a\npar éMily op4. \" La date porte : \" 1852, 12\nIl convient d'ajouter qu'en dehors de deux autres manuscrits bien\nconnus de Balakirev (octuor pour piano et fantaisie sur le trio de la \" Vie\npour le Tzar\", devenue par la suite, variations pour piano seul), on\nconserve, dans une bibliothèque de Moscou, le manuscrit d'un \" \"\npour piano, œuvre juvénile, complètement inconnue.\nBientôt après son arrivée à St. Pétersbourg, Mily Alexandrowitch,\njoua en public, à deux reprises, et avec un incontestable succès, savoir :\nle 12 février 1856 au \" Concert Universoù, sous la direction de\nCharles Schubert, fit connaître son concert, et le 22 mars même année,\ndans une matinée consacrée à ses œuvres, dont programme comportait,\nentre autres X \" Allegro de l'Octuor\",le et le ainsi\nque la Grande fantaisie de l'opéra\" Enfin,\" l'année\nsuivante, première audition publique d'une œuvre symphonique \"\nverture\" (inédite jusqu'à ce jour), jouée au \"Concert Universitaire\",\n(8 décembre 1857).\nTels furent les débuts du jeune compositeur à St. Pétersbourg.\nCependant ils n'eurent guère d'influence décisive sur l'avenir musical de\nBalakirev. De beaucoup plus importante aura été pour lui son amitié\navec Glinka, celui-ci ayant distingué le génie musical du jeune composi-\nteur russe. Dans les mémoires, inédits jusqu'à présent de la sœur du\ngrand compositeur de \" Roustan \", Mme Ludmila Chestakowa, nous\ntrouvons quelques détails intéressants sur la première rencontre des deux\nmaîtres. Je les emprunte à la copie d'un manuscrit de Mme Chestakowa\nque je possède : \" Vers la fin de l'année 1855, M. Oulybychev, l'auteur\nbien connu de la \"Nouvelle biographie de Mozart\" est venu rendre\nvisite à mon frère, accompagné de M. A. Balakirev, qu'il présenta comme\nun bon pianiste, ayant une prédilection pour la musique sérieuse. Glinka\ndemanda à Balakirev de lui jouer quelque chose ; celui-ci exécuta sa\ntranscription du trio de la \" Vie pour le Tzar\". Mon frère écoutait avec\nbeaucoup d'attention et ensuite ils causèrent tous deux pendant longtemps\nmusique. Au moment de se séparer, Glinka pria Balakirev de venir le\nvoir souvent et exprima le regret que celui-ci ne fut pas arrivé à\n\n1 En français."}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.89", "texte": "S. I. M.\n418\n\nSt. Pétersbourg plutôt. Il ajouta qu'au printemps il partirait pour Berlin,\nafin d'étudier le plain-chant chez Dehn. A moi, il me dit qu'il considérait\nBalakirev comme un musicien de grande valeur \". On sait que Glinka\ndonna à Balakirev le thème, qu'il avait apporté d'Espagne, de la\n\" nationale espagnole'\",thème, qui servit ensuite à Balakirev de\nbase pour son Ouverture. Encore plus curieux est le désir exprimé par\nGlinka de voir précisément Balakirev veiller à l'éducation musicale de sa\nnièce et filleule Olga Chestakowa. \" Donne-moi ta parole, écrivait-il à\nMme Chestakowa, que tu ne permettras à personne, sauf à Balakirev, de\ns'occuper de l'éducation musicale de la petite. Lui seul a des idées si\nvoisines des miennes en tout ce qui concerne la musique. Tu peux lui\nconfier Olga et sois sûre qu'il suivra les traces de ton frère ; ce sera, avec\nle temps, le second Glinka \".\nCette prédiction s'est réalisée. Dix années s'étaient à peine écoulées,\nque Balakirev se trouva à la tête de l'école russe moderne, dont il aura\nété le fondateur. Et pourtant le grand musicien russe a failli finir ses\njours dans la solitude, où il commença sa carrière musicale. Faut-il le\ndire: son dernier concert, qui avait été fixé au 18 février 1909 (Balakirev\ndevait y diriger son ouverture Le Roi Lear) ne put avoir lieu ; la vente\nde billets ayant été presque nulle ! N'est-ce pas une preuve de plus de\nl'ingratitude incorrigible du public ?\n\nNicolas Findeisen."}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.90", "texte": "LES “PLAGIATS” DE HAENDEL\n\n'\nNul exemple plus frappant de la façon dont Haendel transfigure ce\nqu'il imite, que le fameux chœur de la grêle, dans\n\"Et la grêle tomba, la grêle mêlée de jeu, elle se rua en torrents sur\nPEgypte. \"\nVoilà une des pages les plus célèbres qui soient, au monde, la\npeinture grandiose et simple d'un cataclysme effrayant. Les versets\nqu'elle traduit sont des plus impressionnants de l'Exode ; et on sait que\nHaendel en était pénétré. C'est, comme on l'a dit, une montagne en\nmusique ; la puissance d'effet n'en a d'égale que la simplicité des\nmoyens. Eh bien, ce monument colossal est presque tout emprunté à la\nSinfonia d'ouverture de la Serenatade Stradella, et, pour quelques mesures,\nau chant bouffe de la basse : Più s Lisez les deux\ntextes : ils sont presque identiques. Et pourtant, il n'y a rien de pareil,\ndans l'esprit. Rien. C'est une chose singulière. Dans Stradella, des instru-\nments qui s'accordent, en badinant. Dans Haendel, une trombe qui passe.\n\n1 Voir S.I.M. du 15 mai."}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.91", "texte": "S. I. M.\n420\n\nStradella: SINFONIA D'OUVERTURE DE LA SERENATA\nEœ.3 CONCERTINO\nCONCERTO\nGROSSO"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.92", "texte": "HAENDEL\n421\n\nHaendel: chœur de la grelè\n£xj\nC'est ici que l'on voit comme quelques changements imperceptibles\npeuvent modifier le tableau tout entier. Chez Stradella, le mouvement\nest interrompu, rompu ; il s'arrête, puis recommence sur de nouveaux"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.93", "texte": "S. I. M.\n4-2 2\n\nfrais. Une fois commencé chez Haendel, il ne s'arrête plus, même la valeur\nd'un demi-temps : c'est l'implacable choc des grêlons qui tombent, sans\nqu'il y ait un seul vide dans cette masse serrée. Evidemment, Haendel a été\nattiré, dans l'original de Stradella, par le dessin des deux mouvements\ncontraires dans la basse et dans le reste de l'orchestre, qui se heurtent. Mais\nà ce heurt il donne un bien autre accent: les notes, piquées chez Stradella,\nsont écrasées chez lui. Et l'instant où Stradella interrompt son mouvement\nest justement celui où Haendel en redouble la violence, où toutes les\ncataractes de l'orchestre s'écroulent sur la terre. Et de même, toutes les\nfois qu'il reprend le dessin de Stradella, non seulement il donne çà et là\nun coup de pouce au modelé de tel accord, pour rendre l'harmonie plus\nrude, pour accentuer le choc, mais il ajoute au bon endroit une mesure\nou deux, qui fouettent la chevauchée, qui la font monter plus haut, qui\nlui donnent une violence à laquelle Stradella n'avait guère pensé.\nEnfin, tout ce furieux courant aboutit au fleuve des deux chœurs colossaux\nqui se répondent avec une exactitude, une impassibilité implacable.\nHaendel; CHŒOR DE LA GRÊLE (suite)\nEx.4 CHŒUR I\nCHŒUR II"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.94", "texte": "HAENDEL\n42 3"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.95", "texte": "S. I. M.\n424\n\nOn avouera que s'il y a emprunt, l'emprunt témoigne de plus de\ngénie que le modèle.\nJe dis : \" s'il y a emprunt ; \" car le plus étonnant n'est pas que\nHaendel ait repris et transformé une de Stradella, pour un chœur\nà'lsraël, mais que, dans ce même chœur, d'autres mesures soient calquées\nsur des fragments d'autres chants de la même de Stradella. Par\nexemple, ce motif saisissant peint l'éclair qui déchire le nuage et qui\ntombe.\nHaendel: CHŒUR DE LA GRÊLE (suite)\nBcc.s"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.96", "texte": "HAENDEL\n425\n\nOr, il est à peu près identique à cette phrase de l'air bouffe de la\nbasse : seguir nonlpoglio piu:\nStmdella: AIR DE LA BASSE DE SERENATA\nEt la phrase claironnante de Haendel : Hagel\nin SirSmen auf das Land:\nHœndel: CHŒUR DE LA GRÊLE Uuite)\nest issue de la phrase du premier violon, qui prélude au même air\nde Stradella.\nStradella (idj\nE&.B\nComment est-il possible que Haendel, au milieu du tourbillon de ce\nchœur furieux, ait été froidement chercher, à travers toutes les pages d'une\nSerenata étrangère, deux mesures ici, deux mesures là, pour les intercaler\ndans son ouragan ? Et que ces mesures intercalées se soient trouvées si\nprodigieusement à leur place, dans cette nouvelle place ? Il fallait donc\nque Haendel eût l'œuvre de Stradella non seulement sous les yeux, mais dans\nle sang ! Il fallait qu'elle fût devenue sienne.\nMais poursuivons notre examen, avant de tirer une conclusion :\nLe fameux chœur n° i o : \" M\npâtre \" fait un lumineux constraste avec les sombres peintures qui pré-\ncèdent : l'orage, les ténèbres (chœur 8 : et"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.97", "texte": "4-20\nS. 1. M.\n\ncette fugue chorale (Er schlug aile Erstgeburt Egyptens), grise comme le\nDéluge de Poussin. De ces pages admirables, des plus Haendeliennes\nqu'on connaisse, presque rien ne semble appartenir à Haendel. Des deux\nparties dont le chœur se compose, la première, l'exquise Pastorale, vient\nde la Serenata de Stradella ;1 l'autre, la fugue, (Er fûhrte sie aus, mit Silber\nund Gold) vient d'un Capriccio de Strunck. 2 La phrase de Stradella est\ntextuellement reprise. Et pourtant n'est-il pas curieux qu'elle n'ait tout\nson sens que dans l'œuvre de Haendel ? ï Dans la Sérénade, c'est l'air d'un\namant qui déclare qu'en dépit de tout il suivra la coquette qu'il aime :\n\"Io pur seguiro. \" Le mouvement est allègre : Aria allegra, et le rythme\nrapide et sautillant.\nStradella: AIR DU SOPRANO\n.CANTO\nEx 9COKOBBTIKO\n\n1 Voir Sedley Taylor, op. cit. p. 73-75.\n2 Capriccio sopra Ich dir schon durch deinen Sohn. M. Seiffert a été le premier à signaler cet emprunt,\nqui avait échappé à S. Taylor."}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.98", "texte": "HAENDEL\n+ 27\n\nChez Haendel, le morceau débute par quelques mesures instrumen-\ntales et chorales, graves, massives, guerrières, qui s'entre-choquent ; puis,\napparaît la suave mélodie. Il y a déjà là un effet de contraste, qui met en\npleine lumière la signification de la phrase. (Rappelons-nous le mot de\nGluck, que je citais, la dernière fois). Le rythme est d'ailleurs différent de\ncelui de Stradella : c'est un andante tranquille, un peu lent, au balance-\nment harmonieux.\nHaendel: CHŒUR DU BON PASTEUR\nEx. 10"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.99", "texte": "S. I. M.\n42 8\n\nLe sommet de la phrase, dans Stradella, est sur le second io pur\nseguiro.\nStradelîa\nCela donne à tout l'ensemble un caractère de bonne humeur,\nun peu plate, qu'accentue encore le second motif : où\nle sens riant et badin de l'air est nettement marqué :\nStradella\nBûC. 12\nHaendel retient la phrase, à mi-chemin.\nHaendel\nEx.13\nIl lui communique ainsi un caractère de rêverie heureuse, qui se\nperd dans une sorte d'extase. La mélodie acquiert une beauté, une paix\npastorale. Mais surtout la poésie de cette page est dans le coloris frais et"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.100", "texte": "HAENDEL\n429\n\ntendre des voix qui, l'une après l'autre, sur une pédale en puis en sol,\npuis en ré, reprennent le délicieux motif, le prolongent dans le calme\nharmonieux. Il flotte de toutes parts, il n'est plus seulement une phrase\nvocale, mais toute une atmosphère. On en est enveloppé.\nHœndel\nEx. 14"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.101", "texte": "S. I. M.\n43°"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.102", "texte": "HAENDEL\n431\n\n.8cc.14 suite\nQui ne voit que de la figurine d'argile de Stradella Haendel a fait\nun divin marbre grec ? 1\nJe ne puis poursuivre cet examen de la partition : la place\nm'est mesurée. Je me contenterai de signaler un dernier morceau, le duo\ncélèbre des basses : Der Herr ist der s ces deux guerriers qui\nchantent l'écrasement de Pharaon, sur un rythme de jubilation héroïque,\nHaendel\nWœ.îS\ntandis que l'orchestre danse de joie.\n\n1 Le chœur suivant : Froh sah Egypten fournit un exemple curieux des limites que Haendel lui-même semblait\nfixer à ses droits d'emprunteur. C'est l'unique morceau d'lsraël qui soit presque textuellement calqué sur\nune œuvre étrangère (une pour orgue, de Kerl). Or, Haendel le supprima, de lui-même, dès la\nseconde audition d'lsraël. Cependant, la page est d'un grand effet. Mais Haendel paraît avoir senti qu'elle ne\nlui appartenait point : il ne l'avait pas suffisamment assimilée, transformée, refaite à son image ; il s'était\nconten té d'y attacher un sens précis par des mots : ce n'était pas assez."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.103", "texte": "S. I. M.\n432\n\n•&*. 16\nCette scène si frappante par sa physionomie d'allégresse cruelle\nsemble bien une invention originale de Haendel. Or, elle est faite de\ndeux tronçons soudés de deux œuvres différentes : le Te Deum d Urio et\nle Magnificat d'Erba. Le prélude est fourni par Urio. 1 Dès la sixième\nmesure, est cousu à la phrase d'Urio un motif du Magnificat d'Erba, qui\nparaît aussitôt avoir été créé expressément pour cette place, où il donne\nà la phrase d'Urio son caractère exultant. Le duo proprement dit, dont\nHaendel reprendra presque textuellement le motif dans le Dettinger Te\nDeum, a pour accompagnement le thème d'Urio, entre-mêlé des phrases\njubilantes d'Erba. Un peu plus loin, le motif même du chant est pris au\nMagnificat, qui dès lors est suivi fidèlement. Urio lui succède, pour\nquelques mesures. Puis, le Magnificat reprend, mais singulièrement élargi,\nagrandi, emporté d'un souffle plus passionné.\nOn voit le pouvoir singulier qu'avait Haendel de s'assimiler l'être\ndes autres pensées et d'en taire sa chair et son sang. 2\n\n* Pour ne pas allonger indéfiniment ces citations, je renvoie au livre de M. Sedley Taylor, p. 117-137, où\n011 les trouvera in extenso.\n2On est aussi frappé de la parenté qui existe entre les passages du d'Urio et du d'Erba\nsoudés ensemble. Rien ne me semblerait plus propre à faire naître dans l'esprit des doutes analogues à ceux de\nM. Robinson, et à suggérer cette conclusion : Urio et Erba ne seraient-ils, par hasard, qu'un seul homme ?\nEt quel homme ce pourrait-il être, sinon Haendel ?"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.104", "texte": "HAENDEL\n433\n\nL'imitation et l'assimilation des pensées et des formes étrangères\nsont, en soi, un phénomène très normal dans l'art. On pourrait dire que\nc'est un trait essentiel du grand artiste. On a souvent répété que le génie\nétait celui qui inventait des formes et des pensées nouvelles. Je le veux\nbien; mais, à ce compte, il faut rayer de la liste des génies les plus grands\ncréateurs artistiques. Si J. S. Bach, Haendel, Gluck, Mozart, Beethoven,\nnous ont paru des inventeurs originaux, cela provient en grande partie\nde notre ignorance. En réalité, toutes les fois qu'on étudie la période qui\nprécède un âge de floraison classique, on est frappé d'y trouver, non pas\nen germe, mais nettement constituées et déjà clairement conscientes\nd'elles-mêmes, toutes les formes et les pensées des grands classiques,\nou peu s'en faut. Cela est surtout remarquable pour la période qui\nprécède immédiatement Haydn, Gluck et Mozart. Si le génie est\nl'invention, on peut dire que l'âge qui va de la mort de J. S. Bach aux\npremières œuvres importantes de Mozart brûle de génie. Dans tous les\ngenres : symphonie, musique de chambre, drame lyrique, lied, etc. vous\ntrouvez les routes nouvelles vigoureusement et largement ouvertes. Les\nmaîtres qui sont venus après, et, d'une façon générale, les génies classiques,\ndont les noms sont les plus glorieux de l'art, inventent beaucoup moins\nqu'ils n'absorbent. Leur grandeur est, pour une bonne part, dans leur\ncapacité d'absorption. Ils sont larges, vastes, robustes ; ils ont un esprit\nlumineux et un appétit magnifique ; ils assimilent et coordonnent superbe-\nment toute la pensée artistique de leur temps. Leur originalité n'est pas\ndans les éléments dont est constituée leur personnalité {il\nêtre pas un seul élément original dans la elle est\ndans la loi instinctive qui a présidé au groupement de ces éléments, dans\nla somme et dans l'ordre de ces éléments groupés en eux : c'est cette\nloi, c'est cet ordre qui constituent leur personnalité même.\nCet instinct puissant d'absorption, qui est une loi du génie, est\nparticulièrement caractéristique du génie musical allemand. Les Alle-\nmands, qui disent avoir une personnalité spéciale, et qui l'ont en effet,\npar certains côtés, au point de se heurter à tant d'incompréhensions de\nla part de l'étranger, sont pourtant essentiellement assimilateurs et\nassimilables. Ils se fondent volontiers dans la forme d'autres races. Un\nFrançais pourra bien copier des traits d'une autre race ; mais ces traits\nresteront toujours, si je puis dire, plus ou moins dépaysés chez lui : il\ndemeure Français, même s'il s'est dénationalisé depuis des siècles, comme"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.105", "texte": "S. I. M.\n434\n\ntant de réfugiés huguenots du XVIIe Siècle. Tous, nous connaissons à Paris\ndes compositeurs, qui dans leur admiration pour Wagner, ont calqué des\nformules, des tics de Wagner, (comme les imitateurs de la voûte de la\nSixtine et du Jugement dernier copiaient, au XVIe Siècle, jusqu'aux\nmoisissures de la fresque), et qui n'en gardent pas moins la physionomie\ndu Français, avec ses qualités et ses défauts Un artiste allemand se fond\nbien davantage, il épouse les autres formes. Nous en avons cent exemples,\nau XVIIIe et au XIXe Siècles. Tel, au temps de Haendel, ce J. Adolphe\nHasse, cet Allemand du Nord, qui fut le plus parfait Italien de la\nmusique du XVIIIe Siècle. Quelle est la principale différence entre les\ngrands Allemands italianisés du XVIIIe Siècle et les Italiens du même\ntemps ? Une différence de nature ? Il ne semble pas. Beaucoup plutôt\nune différence de quantité qu'une différence de qualité. Un Hasse\ncommunique à la musique italienne qu'il fait sienne son souffle et son\nembonpoint ; il lui transfuse son sang ; elle ne se donne pas à lui : c'est\nlui qui se donne à elle.\nMais la grande distinction qu'il faut faire entre Haendel et les autres\nmaîtres allemands de son temps, c'est que justement il n'en reste pas,\ncomme eux, à cet état passif où l'artiste est conquis par une forme et une\npensée étrangères : il les domine, il les conquiert, il les maîtrise, et il\nles pétrit à sa volonté. Une œuvre comme Israël réalise ce tour de force\nunique d'être l'œuvre la plus homogène, la plus une, la plus serrée, tout\nentière marquée du sceau du génie Haendelien, —et d'être un composé\nde matériaux de toutes provenances. Tout ce qu'il touche, Haendel le\nfait sien : car il transfigure instantanément tout ce qu'il voit, par un\npouvoir de visionnaire presque halluciné, qui soudain lui fait apparaître\nau travers de pauvres phrases vagues et banales de Stradella ou de\nMuffat 1 des images éblouissantes, des scènes tragiques, des catastrophes\ncosmiques, Dieu sur le Sinaï. Et, par un don étrange, ce génie évocateur\ns'unit chez lui à une volonté souverainement intelligente qui observe ses\nvisions et exerce sur elles une critique clairvoyante et sereine. Cette\ndouble nature se retrouve, chez Haendel, du commencement à la fin de\nsa vie. Son éducation avait beaucoup contribué à la développer. Son\npremier maître à Halle, l'excellent F. W. Zachow, dont l'intérêt historique\net le charme poétique viennent d'être révélés par la publication de ses\n\n1 Voyez, au début de la petite Ode à Ste Cécile, comment Haendel a dégagé l'âme cachée d'un prélude de\nMuffat inconscient de lui-même, et a traduit avec ses arpèges imprécis la création du monde par l'Harmonie."}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.106", "texte": "HAENDEL\n435\n\nœuvres jusqu'alors inédites,1 possédait, dit Mattheson,2 \"une remarquable\ncollection de musique italienne et allemande. Il montra à Haendei les\nfaçons d'écrire et les styles variés des différents peuples, en même temps\nque les qualités et les défauts de chaque compositeur. Et afin que cet\nenseignement ne fût pas seulement théorique, mais pratique, il lui donnait\nsouvent à faire des compositions dans ces différents styles. \" 3\nAinsi, dès sa dixième année, Haendei apprenait à parler toutes les\nlangues musicales de l'Europe de son temps. Et ce n'était pas chez lui\nce travail machinal de perroquets de Conservatoire, qui répètent sans les\ncomprendre les mots appris par cœur. La méthode de Zachow, à la fois\ncritique et créatrice, lui enseignait à chercher l'âme cachée des œuvres\nd'art, et, comme dit M. Seiffert, \" à s'approprier leur contenu, par un\nusage constant, comme un matériel d'expression personnelle, \" qu'il\ntravaillait ensuite à améliorer. 11 ne se livrait pas seulement à cet exercice\nde critique incessante sur les œuvres des autres, mais sur les siennes. Il\nest telles de ses propres phrases, des plus célèbres et de celles qui lui\nétaient le plus chères, qu'il a gardées sur le chantier, pendant toute\nsa vie, ne se lassant pas d'y retoucher, comme Michel-Ange à son Moïse,\nles reprenant sans cesse, et à chaque fois y introduisant un changement\nimperceptible, un léger coup de crayon, qui les rendait plus parfaites.\nTelle, la mélodie de Rodrigo(l7o7) : reprise,\nl'année suivante, dans Agrippina,pour l'air de Poppea :\nsol volta.\nHaendei: RODRIGO, 1707, (Florence)\n£ f*\"\nO\nEx. 17\n\n1 Denkmàler deutscher Tonhtnsî, t. XXI et XXII. Edition de M. Max Seiffert, 1905.\n2 Lebensbeschreibung Haendels, 1761.\n3 Dès cette époque Haendei eut connaissance de Kerl, Strunck, etc. dont il utilisa des pensées dans Israël."}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.107", "texte": "S. I. M.\n+36\n\nHaendel: AGRIPPINA, 1708 (Venise)\nEx.l 7***"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.108", "texte": "HAENDEL\n437\n\nLa période est ici en cinq mesures, au lieu de la coupe précédente\nen quatre, et reste suspendue. De plus, les deux soli de violons qui\naccompagnaient, dans le premier exemple, les périodes i et 3, sont ren-\nforcés par les hautbois qui s'unissent aux cordes. C'est la même mélodie,\navec des riens qui suffisent à changer le dessin du nez, l'ovale du visage,\nle pli de la bouche. 1 Pour un artiste ayant le sens et l'amour passionné\nde la ligne en musique, l'étude des \" états \" successifs d'une même\nmélodie de Haendel est une source de joie et le plus haut enseignement.\nSupposez une série de dessins d'une même figure par Léonard. L'idéal\nde Haendel est celui de tous les grands classiques; ce n'est pas l'originalité\nni l'invention, c'est la perfection.\nEn même temps qu'il cherche sans relâche le dessin le plus pur, il\npoursuit l'expression la plus précise. Génie essentiellement subjectif,\nlyrique, musical, et non pas musico-littéraire, il ignore le plus souvent la\nsignification consciente des phrases mélodiques qu'il invente. Certaines,\nune fois écrites, continuent de sommeiller en lui pendant des années,\njusqu'à ce qu'il en ait pénétré le sens intime. Appliquées d'abord, suivant\nles hasards du moment, à telle ou telle situation qui leur convient\n\n1 Voyez encore comment la mélodie : Vaima mia d*Agrippina est reprise dans la Resurrexione, dans Rinaldof\net dans Joshua."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.109", "texte": "+3»\nS. I. M.\n\nmédiocrement, elles sont pour ainsi dire en quête d'un corps où s'incarner;\nelles cherchent la situation vraie, le sentiment précis dont elles sont\nl'expression latente ; et une fois qu'elles l'ont trouvé, elles s'épanouissent\nà l'aise. Voyez deux airs d'Almira, le premier opéra de Haendel joué à\nHambourg en 1705 : l'air da capo de Osman : Du irrst dich, mein Licht,\net la danse des Asiatiques devant le char de Consalvo, traîné par des lions.\nLe premier est chanté, dans la situation suivante : La princesse Edilia\naime le prince Osman, et le lui dit dans un air admirable. Osman, qui\nl'aime aussi, mais qui refuse de s'engager avec elle, lui répond sur\nl'accompagnement que voici :\n! m leli il MlfU til 5, AIR m SMAK\nEctc. 18\nOn reconnaît la belle gigue de la sixième suite en du\nsecond volume des pour le clavecinparues à Londres en 1733• Ici,"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.110", "texte": "HAENDEL\n439\n\nelle prend un caractère impertinent et burlesque, qui ne convient nulle-\nment au personnage, ni au sentiment. Il est évident que Haendel a conçu\nson air, sans égards à la situation théâtrale. Pour la danse des\nAsiatiques, le motif était mieux à sa place : c'est une Sarabande du type\nhabituel ;\nH.-vndeIrALMÎRA DANSE DES ASIATIQUES\nEoo.îî)\nMais combien Haendel s'est montré profondément inspiré, en\nextrayant de cette petite danse l'air immortel de Rinaldo : Lascia cKio\npianga, cet air de douleur sculpturale et d'amour, qui y était virtuellement\ncontenu !\nComme le statuaire de La Fontaine, bien souvent il ignore lui-même\nce qui sortira du bloc de marbre, (admirable toujours,) sur lequel il\ntravaille.\n\" Sera-t-il dieu,table, ou cuvette F\"\nPouvait-il se douter, quand il écrivait ce badinage de la seconde\nouverture du Fid0(1733),"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.111", "texte": "S. I. M.\n440\n\nH rende!: PASTOR FIDO, 1733\nEûC. 20\nque cette phrase indifférente enfermait l'affectueuse et touchante\nmélodie, qui évoqué la bonté de la reine morte, dans le Futieral Anthem\n(Trauer Ode)de 1737 ?\nHœndehTRAUER ODE\nEx. 2i\nBien des fois, il a dû être le premier surpris de voir surgir d'une\nnébuleuse musicale le Dieu de Moïse, au milieu de la foudre et des\néclairs.\n\" Même Von dit\nEut à peine achevé\nQu'on le vit frémir premier,\nEt redouter son pr \""}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.112", "texte": "HAENDEL\n4+i\n\nSon valet le trouvait en larmes, au milieu de son travail. \"Si\nj étais dans mon corps, ou hors de mon corps, disait-il lui-même à propos\nde YHalleluja du Messie, je ne sais pas. Dieu le sait. \"\nMais toujours ce génie halluciné allait de pair avec le génie\ncritique ; presque toujours ces visions succédaient à un travail réfléchi sur\nun texte musical précis, de même qu'une découverte scientifique est\nune lumière qui jaillit subitement au choc d'expérimentations minutieuses\nde laboratoire.\nIl n'opérait pas autrement avec les inspirations étrangères qu'il\nutilisait qu'avec les siennes. Il avait sa mémoire et ses carnets remplis de\nnotes qu'il avait prises partout autour de lui, au cours de ses voyages, de\nses promenades, de ses lectures, aussi bien d'après les chants populaires,\nles cris des rues, les bruits de la nature,1 que d'après les œuvres savantes.3\nC 5 f # •\nétait pour lui un réservoir d'impressions et d'expressions. Ces notes\nétaient souvent hâtives et inexactes, comme les dessins qu'un Raphaël ou\nun Rembrandt faisait d'oeuvres étrangères : car leur objet n'était pas de\nreproduire exactement des œuvres ; ils saisissaient dans ces\nœuvres ce qui leur ressemblait, ce qu'ils reconnaissaient sur-le-champ\ncomme leur bien ; au moment même qu'ils le notaient, cela devenait un\nmorceau de leur vie. Tel air de Y Octaviade Keiser a été si bien absorbé\npar Haendel qu'il ne l'a plus quitté pendant cinquante ans, tour à tour\nrepris dans 1 Agrippina pour un air d'Ottone, dans le Trionfo del Tempo de\n1708 pour un air de Disinganno, dans le Messie de 1742 pour le premier\nrécitatif, et jusque dans la dernière œuvre qu'il ait écrite, aveugle et près\nde mourir, TheTriumph oj Time and Trde 1757, pour l'air de Counsel:\nMortals think.\nHaendel: TRIUMBH OF TIME 1757\nEx,22\n\nIl disait îui-meme a une amie qu il devait aux cris des rues et aux chants populaires les inspirations de\nplusieurs de ses meilleures pages. Chrysander a retrouvé dans ses carnets telle notation de ce genre : ainsi, le cri\nd'un marchand, \" qui vendait des allumettes près de la taverne à eau-de-vie S. Giles, Tyburn Road, 1735.\" Je\ncompte traiter ailleurs cette question des inspirations populaires de Haendel, dans ses oratorios.\n1 Voir le» manuscrits de Haendel au Fitzwilliam Muséum de Cambridge."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.113", "texte": "S. I. M.\n442\n\nVisiblement, cette phrase lui a été si chère qu'on se demande si elle\nn'était pas associée pour lui à quelque souvenir de sa vie. A tout le moins,\nelle était î devenue sienne; et il est bien certain qu'il en avait oublie\nl'origine étrangère.\nC'est qu'il apportait à la lecture des œuvres étrangères une passion\nque leurs propres auteurs n'avaient jamais mise à les creer, et qui trans-\nfigurait leurs pensées le plus banales. 11 prenait une phrase placide d un\nmotet de Jacob Gallus (Hândl) :\nJacob Gallus. MOTET: ECCE QUOMODO MORITUR JUSTUS\nEx.\ni\nIl la lisait, de toute son âme brûlante de foi et d'amour ; et elle de-\nvenait ce cri enivré, presque douloureux, de la qui se répété\nhuit fois, au cours du morceau, et qui huit fois retombe, cet élan d extase\nde l'âme chrétienne, qui tend les bras vers Dieu, et s'arrête, ne pouvant\nplus parler :\nHsendel: TRAUER ODE\nEx.24"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.114", "texte": "HAENDEL\n443\n\nIl voyait dans ces phrases ce qui n'y était point. Il fallait son œil\nou son oreille pour découvrir dans la Sérénade de Stradella les\ncataclysmes de la Bible. Chacun lit et entend différemment une œuvre\nd'art ; et il peut arriver que ce ne soit pas le créateur qui en ait l'idée la\nplus riche et la plus vivante. L'exemple de Haendel est là pour le\nprouver. Non seulement il créait sa musique ;\nStradella, ou Erba, n'étaient pour lui, (si humiliante que soit la com-\nparaison), que ce qu'étaient pour Léonard les flammes du foyer et\nles crevasses des murs, où il voyait des figures vivantes. Haendel entendait\npasser le Jugement Dernier dans les grattements de guitare de Stradella.\nEt c'est là le génie.\n\nRomain Rolland.\n\n3"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.115", "texte": "LES RICHESSES MODALES DE LA\nMUSIQUE BRETONNE\n\nParmi les pays où, dans la musique du peuple, les modes antiques\ncontinuent d'être employés et de vivre, la Bretagne figure au premier\nplan.\nSi ses chansons n'ont guère subi l'influence de la musique moderne,\nla vieille presqu'île le doit à l'isolement où l'ont maintenue sa situation\ngéographique et la conservation de sa langue. Mais cette dernière\nparticularité est précisément le plus pénible obstacle aux efforts du cher-\ncheur. Car ceux qui chantent encore les gwerzes et les sônes tradition-\nnelles, et ceux qui continuent d'en composer les chercheuses d'épaves,\nles mendiants, les pâtres, les \" sonneurs \" de bombarde et de biniou\nparlant rarement français, il est impossible de s'en faire comprendre à\nl'étranger non familiarisé avec les difficultés de la syntaxe celtique. Et\nainsi s'explique que cette incomparable mine mélodique qu'est la musique\nbretonne soit demeurée assez peu explorée jusqu'à présent.\nIl y a une trentaine d'années, M. Bourgault-Ducoudray, grâce au\nconcours de quelques amis bretonnants, put recueillir un certain nombre\nde thèmes armoricains, et il publia les plus beaux, dans un recueil célèbre,\nqui fut une révélation. L'été dernier, reprenant son exploration, j'ai\neu la bonne fortune de trouver, dans les quelques cinq cents airs que j'ai\nnotés, 1 non seulement les modes déjà découverts par l'éminent auteur de\nThamara, mais encore tous les modes diatoniques de la musique antique,\net quelques autres par surcroît.\nLes modes les plus communs, en Bretagne, sont 1 'hypodorien,\n(gamme de la sans accident) et le premier mode du plain chant (gamme\n«\n\n1 Pour paraître prochainement chez Rouart, Lerolle et Cie."}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.116", "texte": "LA MUSIQUE BRETONNE\n445\n\nde ré avec si naturel). On les rencontre à chaque pas, et il est inutile\nd'en citer des exemples.\nLe majeur et le mineur s'y trouvent également. Mais il faut prendre\ngarde : ils ne sont souvent qu'une altération de modes antiques. C est\nainsi que la fameuse An hini gozest généralement notée ainsi :\nTRADUCTION. C'est la vieille qui est ma \" douce, \" C'est la vieille, bien sûr...\nOr, en Basse-Carnouaille, on chante cet air avec le sol naturel, et\ntelle est évidemment sa forme primitive. La mélodie mineure n'est donc\nici que la déformation d'une mélodie originairement hypodorienne.\nDe même, sur la côte trégorroire, où de tristes échantillons de\nmusique parisienne, apportés par les matelots, influencent parfois les\nthèmes nationaux, on m'a chanté une sône dont voici le début :\nTRADUCTION. Je vous prie, jeunes filles, je vous prie et vous supplie, Quand vous\nirez à Saint-Jacques, n'y allez pas sans souci...\nUne vieille femme qui ne parle pas français, et qui habite un petit\nvillage éloigné du chemin de fer, par suite soustrait à l'action de la\nmusique savante, m'a chanté ainsi le même air :\nCette fois, le thème d'apparence majeure est une altération d'un\nthème hypolydien.\nCes deux exemples prouvent qu'il ne faut rien conclure à la légère,\nde la fréquence apparente des modes majeur et mineur en Bretagne."}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.117", "texte": "S. I. M.\n446\n\nLe dorien (gamme de mi sans accidents) était considéré par les\nanciens comme \" grandiose, calme et digne les théoriciens ne sont pas\nd'accord au sujet de sa division, arithmétique ou harmonique. M. Bour-\ngault-Ducoudray en a publie un admirable échantillon 1, basé sur une\ngamme dont la division en quarte et quinte (division arithmétique) est\nincontestable. En voici un autre de même sorte :\nTRADUCTION. Ecoutez, jeunes garçons, à l'instant, je vous prie, je vous apprendrai,\nsans changement, en quel état vous vivez. (.Recueilli à Kermaria-Sulard, Trêgor).\nMais j'ai recueilli un autre thème dont les deux premières mesures\nsont certainement doriennes, mais cette fois basées sur une gamme divisée\nen quinte et quarte (division harmonique) :\nTRADUCTION. La Fontenelle, de la paroisse de Prat, le plus beau gentilhomme\nqui porte des habits, a volé une héritière sur les genoux de sa nourrice. (Chanté par\nYves Menguy, Pleven, Haute-Cornouailles).\nFaut-il inférer de ces deux modèles différents que la double division\nétait usitée chez les anciens ?\nLe phrygien,mode de Bacchus (gamme de sans accidents, basée\nsur une dominante) est fréquent en Cornouailles, où la race est exhubé-\n\n1 BOURGAULT-DUCOUDRAY; Trente Mélodies Populaires recueillies en Basse-Bretagne (Paris, Lemoine)."}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.118", "texte": "LA MUSIQUE BRETONNE\n447\n\nrante et gaie, et la nature riante. La seconde moitié de la mélodie précé-\ndente appartient à ce mode. En voici un autre exemple :\nTRADUCTION. Le Seigneur Comte et sa femme se sont mariés de bien bonne\nheure Ho ! se sont mariés de bien bonne heure. (Mélodie de Haute-Cornouailles, commu-\nniquée par M. Vallée,)\nLe lydien (gamme de do basée sur une dominante) est extrêmement\nrare, dans tous les pays. \" Il est presque introuvable aujourd'hui, même tant\nen Grèce \", écrit M. Bourgault-Ducoudray, qui, avec moi, croit pouvoir\nle reconnaître dans cet air que me chanta, en Trégor, une chercheuse de\nlichen, conteuse attitrée d'Anatole le Braz :\nTRADUCTION. Débouchez vos oreilles, pour entendre une chanson, pour entendre\nune chanson, laquelle a été composée treï la la lay etc. laquelle a été composée, ce\nn'est pas sans raison. (Chante par Maryvonne le Flem, Port-Blanc,)\nLe Mixolydien(gamme de si basée sur une dominante) n'est guère plus\ncommun, et M. Bourgault-Ducoudry n'en rencontra aucun exemple.\nEn voici un, que je dois à la même chanteuse :"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.119", "texte": "S. I. M.\n448\n\nTRADUCTION. En m'en revenant d'une aire neuve, j'avais fait une promesse ;\nUne fillette gentille j'avais rencontré, et qui m'avait plu à souhait (Eadem).\nLe locrien de Westphal (gamme de la sans accident, basé sur une\ndominante) n'avait jamais, à ma connaissance, été découvert en Bretagne.\nVoici un superbe appel de pâtres, chanté en Cornouailles, et qui est\ncomposé sur ce mode :\nL'hypophrygien (gamme de sol avec fa naturel), paraît à première vue,\nassez fréquent. A la vérité, dans la plupart des mélodies comportant un\nfa naturel et finissant sur un sol que l'on entend en Bretagne, la répétition\nconstante de Yut,qui révèle une division arithmétique, indique que l'on"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.120", "texte": "4+B\nS. I. M.\n\nTRADUCTION. En m'en revenant d'une aire neuve, —j'avais fait une promesse ,\nne îilette gentille j avais rencontré, et qui m'avait plu à souhait (Eadem).\nLe locriende Westphal (gamme de sans accident, basé sur une\ndominante) n'avait jamais, à ma connaissance, été découvert en Bretagne.\nVoici un superbe appel de pâtres, chanté en Cornouailles, et qui est\ncomposé sur ce mode :\nL hypophrygien (gamme de sol avec fa naturel), paraît à première vue,\nassez fréquent. A la vérité, dans la plupart des mélodies comportant un\nja naturel et finissant sur un sol que l'on entend en Bretagne, la répétition\nconstante de 1 ut^qui revele une division arithmétique, indique que l'on"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.121", "texte": "LA MUSIQUE BRETONNE\n449\n\nse trouve en présence d'une gamme majeure retournée. Je crois pourtant\navoir trouvé l'hypophrygien dans l'exemple ci-dessous :\nTRADUCTION. Dans une petite maison, au faîte de la montagne,— 0 gai|/ Est\nma \" douce,\" mon amour. (Chanté par M. Alfred Lajat, Skrignak, Haute-Cornouailles).\nM. Bourgault-Ducoudray n'a rencontré Yhypolidien (gamme de fa\navec si naturel), tant en Grèce qu'en Bretagne, que dans des mélodies\nhybrides. Je n'ai pas été plus heureux sous ce rapport, et si les trois\npremières mesures du thème ci-dessous (très populaire en Tregor) sont\nnettement hypolidiennes, les deux suivantes sont majeures, et les dernieres\nhypodoriennes.\nTRADUCTION. Ecoutez, jeunes gens, et vous entendrez chanter, et vous entendrez\nchanter une chanson divertissante, composée cette année-ci. (Chanté par Maria Raoul,\nPort-Blanc)."}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.122", "texte": "S. I. M.\n450\n\nLes mélodies hybrides sont d'ailleurs courantes en Bretagne, et j'en\nai recueillies de toutes sortes. J'y ai trouvé également divers types de\nmajeur, avec finale sur la tonique, la médiante et la dominante, et une\nvariété de mineur, dit \" mineur de Lully, \" qui n'est que la gamme de\nré sans si bémol, mais avec do dièse, basée sur la dominante la.\nMais la mélodie la plus curieuse, au point de vue tonal, que j'aie\nrencontrée en Bretagne est à coup sûr Maro al laouenanig (la mort du\nroitelet), qui fut enregistrée au phonographe par l'excellent écrivain\nbreton Yves le Moal, et que je notai d'après le cylindre impressionné :\nTRADUCTION. J'étais allé chasser au bois. Jamais là je n arriverai ! Un roitelet\nj'avais pris. Jamais la, lày lày \"Jamais la je n arriverai ! (Chante par Françoise le Bon,\nCoadout, Goelo).\nEn extrayant de cette mélodie, et en les ordonnant, les notes mar-\nquées d'une croix, on obtient une octave complète de la gamme que voici,\net qui est celle du mode chromatique or\nOn sait que le chromatique oriental, d'origine mauresque, n'avait\njamais été découvert non seulement en Bretagne, mais encore chez aucun\npeuple d'Occident, et M. Bourgault-Ducoudray avait déduit de sa locali-\nsation \" chez les peuples qui ont une communauté d'origine avec les\nArabes, ou qui ont été asservis à leur domination \" l'existence probable\nd'un système musical particulier aux Aryens."}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.123", "texte": "LA MUSIQUE BRETONNE\n451\n\nLa mise au jour de Maro al laoueruine-t-elle cette séduisante\nhypothèse ? Je ne le pense pas. L'auteur de la chanson avait pu voyager\nen Orient et utiliser un thème entendu au pays du soleil ; peut-être l'avait-\nil simplement emprunté aux soldats espagnols dont la gwerz de\nCharlez nous rappelle les passages en Bretagne, au XVIme siècle, et qui\ntenaient le chromatique oriental de leurs anciens conquérants mauresques ;\nou peut-être encore était-il lui-même d'origine ibérienne, 1 et son œuvre\nne nous offre-t-elle que le fruit d'un atorisme obscur.\nQuoiqu'il en soit, là encore, ne nous hâtons pas de conclure. La\nrencontre d'une seule mélodie basée sur le chromatique oriental, dans un\nensemble de douze ou quinze cents thèmes recueillis à ce jour par\nM. Bourgault-Ducoudray, M. l'abbé Guillerin, les directeurs de\net de Klochdi Bretz,et moi-même, ne suffit pas à prouver la coexistence\noriginelle de ce mode et des modes diatoniques anciens, à entamer l'hy-\npothèse vraisemblable de l'unité musicale âryenne. Et si\nmérite d'attirer l'attention, tant pour sa grâce étrange que pour l'imprévu\nde sa présence en Bretagne, je crois qu'il ne faut cependant voir en elle\nqu'une curiosité musicale, une anomalie artistique, un peu ce que\nserait, pour un botaniste, la découverte d'un chêne-liège ou d'un olivier,\ndans une lande de bruyères et d'ajoncs.\n\nMaurice Duhamel.\n\n1 Les habitants de plusieurs régions de Bretagne, notamment celle de Plougastel-Daoulas, viennent\nd'Espagne. Rien ne trahit en eux cette origine, du reste, les peuples celtiques Bretons et Gaëls ayant\nce privilège singulier de façonner totalement les immigrés à leur image, d'où qu'ils viennent, en deux ou trois\ngénérations. *"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.124", "texte": "Sitôt finie (19 Octobre 1846), Berlioz veut faire entendre la\nnation. Qu'on la copie, qu'on tire les parties pour l'orchestre et les chœurs.\nOù la donnera-t-il ? Et comment ? Qui fera les frais ? Quel éditeur, quel\ndirecteur de théâtre, ou entrepreneur de concerts, intéresser à cette affaire ?\nEt quels chanteurs obtenir ?\nL'échec de ses concerts, au Cirque Olympique, n'était engageant\npour personne. Sauf l'auteur, qui donc peut avoir confiance dans cette\npartition nouvelle, rompant avec les habitudes du public, coûteuse à\nmonter, et qui fournira, pour une matinée ou deux, des recettes bien\naléatoires ? Avec l'Opéra où Habeneck est tout puissant, la guerre est\ndéclarée. A la Société des Concerts, c'est encore Habeneck qui règne.\nReste l'Opéra-Comique, que Berlioz encense alors dans ses feuilletons.\nAvec le directeur Basset, il passe cette convention : il loue la salle ;\nil y donnera son œuvre à ses frais, à ses risques et périls. Et c'est lui-même\nqui conduira l'orchestre.\nA la fin du mois d'octobre, les chanteurs sont recrutés. Tout de suite\nles annonces paraissent, et l'on précise le jour :"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.125", "texte": "LA DAMNATION DE FAUST\n\n453\n\n—\" Ce sera le 29 Novembre, à l'Opéra-Comique cette grande\nsolennité excite au plus haut degré la curiosité du public musical.\"\nUn mois durant, dans les journaux amis, la série des annonces, sans\naucune cesse, fut adroitement variée et dosée. De fait, Berlioz jouait une\npartie désespérée. La reculade, la défaite du romantisme, chaque jour,\ndepuis cinq ou six ans, s'était accentuée. Et, cette saison même, dans ce\nParis où Berlioz n'avait pas encore trouvé de public, pourrait-il, à moins\nd'un miracle de la publicité, se susciter des auditeurs ? Alors on respirait\nune fièvre, on souffrait d'un malaise général qui allait aboutir, quinze\nmois plus tard, à la révolution de 48. Plus d'affaires ; l'argent se cachait ;\nle bourgeois pris de peur, en venait à douter de Louis-Philippe. Louis-\nNapoleon évadé du fort de Ham ; la Chambre dissoute, les élections de\nParis favorables à l'opposition ; la rente qui baisse et le prix du pain qui\naugmente ; ce mois-ci, les ravages d'une inondation ; le mois dernier, une\nemeute au faubourg Saint-Antoine : vraiment, comment drainer quelques\nmilliers d'auditeurs vers un \" opéra de concert \" dont nul ne se souciait ?\nInfatigable, indomptable, Berlioz se multiplie. Par la presse, un\nchroniqueur doit tout emporter. Un mois durant, c'est une pluie, un\ntorrent de communiqués. Des manuscrits d'articles (au moins quatre) et\ndes lettres subsistent encore dans les collections. Mais au style, et à des\ndétails que Berlioz seul alors peut savoir, on reconnaît sa main :\n\" Une des plus importantes scènes de la a été écrite à\nPrague, pendant (sic) une répétition de la \"... Et la\nFrance musicale,dans six de ses hautes et larges colonnes, citait le livret...\n\"Mon cher Ami (écrivait Berlioz), voilà trois réclames telles\nquelles. Je suis abruti par tous les préparatifs...\"\n... \" UOpèra Légende, conçu pendant le dernier et brillant voyage de M. Berlioz en\nAllemagne présente, dit-on, une variété de caractères et un éclat de coloris propres à justifier\nl'intérêt extraordinaire qu'il excite déjà dans le public musical... On s'inscrit dès aujourd'hui\npour les loges au Bureau de location. \"\nOu encore :\n\" Le Faust de M. Berlioz met en mouvement tout notre monde musical... Les Répétitions\npréliminaires de ce grand ouvrage, ont déjà révélé des morceaux d'un effet extraordinaire et\npour lesquels les exécutants se passionnent d'une façon inaccoutumée...\nEt le journal affirme que M. de Montalivet, ancien Ministre (et\nancien protecteur de Berlioz), retarde un concert de Bienfaisance afin de\nne pas nuire à la Damnation."}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.126", "texte": "S. I. M.\n+S+\n\nAutre communiqué :\n... \" L'orchestre, composé de deux cents musiciens, sera conduit par l'illustre Maître lui-\nmême... Cette belle représentation, qui intéresse au plus haut degré les dilettantes, attirera\nindubitablement une nombreuse affluence.\nDans d'autres journaux amis :\n\" On assure qu'il n'y a déjà presque plus de places à louer.\"\nDans la Presse, Théophile Gautier, le \" bon Théo \" qui avait com-\nplaisamment exposé, avec l'accent le plus berliozien, une théorie sur\nVinterprétation harmonique des pédales J, le \" bon Théo \"\ncommence par faire allusion à ce qui frappe le plus l'imagination de la\nfoule, c'est-à-dire l'agenouillement de Paganini devant Berlioz et le chèque\nde vingt mille francs signé par le \" Virtuose infernal. \" Puis il brode sur\nle livret, lance de pimpantes goguenarderies à propos du langage sweden-\nborgien du — et il glisse :\n\" On annonce, pour le 29 Novembre l'exécution d'une œuvre de la plus haute impor-\ntance : la Damnation de Faust....Par la variété des scènes et la couleur romantique, c'est un des\nplus beaux sujets que puisse traiter un compositeur... M. Hector Berlioz a tout ce qu'il faut\npour réussir... Rien ne lui manque, pas même un peu de bizarrerie.\"\nDans les Débats^\" le prince de la critique \" développait une note\nfournie par Berlioz. Entre ces deux camarades de c'était\nune habitude ancienne que de collaborer ainsi ; d'ailleurs certains détails\nsur l'instrumentation, familiers au musicien, prouvent la provenance. Donc\nJanin, avec une brillante abondance, annonçait la Damnation. Il louait\nBerlioz d'avoir remplacé lui-même le décorateur et le librettiste : \" quand\nles paroles lui manquent, Berlioz n'est guère embarrassé pour trouver un\nsens (m-), un vers, un rime, quelquefois même une terreur Et le\nsémillant \" J.J. \", paraphrasant le libretto imprimé, continuait de lancer,\nen gerbe de feu d'artifice, les fleurs phosphorescentes de la plus fashion-\nnable rhétorique... Enfin il concluait :\n\" Quel courage dans le musicien qui sait se passer de tous les\naccessoires usités : le costume, le ballet, le décor !\nJanin, boulevardier sans illusions, pressentait-il un échec ?\nLes satiriques, stimulés par cette publicité, ajoutaient la leur :\nBerlioz qui n'est pas pianiste, improvise ses partitions sur une grosse\n\n1 Voir Un Romantique sous Louis-Philippe, p. 495 et 511."}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.127", "texte": "LA DAMNATION DE FAUST\n+55\n\ncaisse, et ce diable d'homme la crève d'un doigt ; pour diapasons, il lui\nfaut prendre des canons et des obusiers d'ailleurs il n'oublie pas sa\nréclame :\n\" Bonne ou mauvaise, sa musiqu G fera\nCette première audition s'annonçait donc, ou plutôt était annoncée,\ncomme un grand événement parisien. Bien plus, la présence des Princes\nRoyaux était assurée. A un journaliste, Berlioz demande ;\n\" Trouvez moyen, je vous prie, de glisser que M. le duc et Mrne la\nduchesse de Montpensier doivent y assister. Cela peut influer beaucoup\nsur la recette... J'ai effectivement reçu avant-hier une lettre du Secrétaire\nintime m'annonçant que Leurs Altesses viendraient.\"\nAu dernier moment, il fallut remettre au dimanche suivant,\n6 Décembre. Pendant huit jours, nouvel effort de publicité :\n\" Cette fois, nous le croyons, M. Berlioz remportera une grande\nvictoire ! \"\nA la répétition générale, le vendredi matin (4 déc.), les amis sont\nlà, les camarades de journalisme. Ceux des ceux de la\nMusicale, figures familières ; et les chroniqueurs des autres feuilles,\naimables garçons qu'il interpelle et entretient volontiers aux premières\nou sur le boulevard ; et les autres gens de plume, librettistes, paroliers de\nromances, courriéristes musicaux, qui peuvent avoir besoin de ses\nfeuilletons si amusants, si adroits et si lus. Parmi ce \" parti \" Berliozien,\nc'est une atmosphère d'admiration. Lui, petit, trépidant, présent partout,\nil électrise, il fanatise cet auditoire restreint. Et chacun s'exhalte, grisé\npar une musique encore inentendue, et songe que cette révélation n'aura\npeut-être pas d'auditeurs. Hors cette chambrée de prosélytes, ce sera sans\ndoute, dans deux jours, un désert d'indifférence.\nMais qu'il est beau, et conquérant, ce Berlioz. Figure énergique,\nfauve, à profil d'aigle. Dominateur, soulevé par sa foi en lui-même, la\ncommuniquant, l'imposant, combien alors on le \" vénère.\" Eh oui, on\nsait ses incorrigibles bizarreries, ses faiblesses, ses brèves et fulminantes,\nses \" volcaniques \" toquades d'amour, et ses romans, ses suicides qu'il a\nracontés à tout le boulevard ; on a encore dans la poche telle lettre sans\nvergogne, telle incidieuse réclame qu'il vient d'écrire avec une déconcer-\ntante et trop avisée gaminerie... Malgré tout, où sont-ils donc, dans ce\nParis de spéculations, de bavardages parlementaires, de mascarades données\npar la garde nationale, où sont-ils donc les vrais artistes ? Avec lui,"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.128", "texte": "S. I. M.\n456\n\ncombien y en a-t-il qui luttent et souffrent pour leur art, qui se sacrifient\nà leur œuvre, et qui acceptent l'existence comme une sorte de long mar-\ntyre pour l'idéal ? Oui, dans ces années où triomphent de rusés fournis-\nseurs, comme Ponsard, Scribe, Delaroche, et Clapisson, combien sont-ils\nà méritér le nom de maître ?\nEt Gautier, l'indulgent Théo, qui frémit d'enthousiasme quand\npasse le mystérieux souffle du grand art, Gautier prophétise, dès la\nrépétition ,du vendredi, que Berlioz est l'un des grands hommes du\nsiècle :\n\" Hector Berlioz nous paraît former, avec Hugo et Eugène\nDelacroix, la trinité de l'art romantique\".\nIl vint enfin, le Dimanche de la première audition.\n\" Cette solennité (annonçaient encore les journaux du matin)\nréunira l'élite du monde artistique et du monde élégant.\"\nA deux heures, la salle de l'Opéra-Comique est à moitié vide.\nBerlioz, quand il monte au pupitre directeur, peut voir que son œuvre\nva mourir, faute de public. Partie perdue... Il est ruiné... Tout l'avenir\ns'écroule.\nEt là, sous sa main, il tient son chef-d'œuvre, son chef-d'œuvre in-\nconnu. En vain, désespérément, il va le faire retentir dans une salle indif-\nférente. Quelques amis applaudiront. A quoi bon ?... On écrira d'excel-\nlents articles. A quoi bon ?... Son génie est condamné à l'asphyxie de\nl'isolement. Pour Berlioz, pas de public... Il est ruiné... Paris, indifférent\nencore une fois, le rejette.\nMinute horrible... Quiconque aimait Berlioz fut étreint de douleur.\nLe soir même Jules Janin, qui avait réservé la fin de son feuilleton (im-\nprimé dans la soirée du dimanche) pour applaudir au triomphe de son\nami, Jules Janin ne pouvait qu'écrire des phrases dont il faut peser\ntoute la tristesse. A ses lecteurs, publiquement, il ne pouvait en dire\ndavantage. Mais qu'on imagine Janin renseigné par quelqu'un ou présent\ndans la salle : pas de public... L'avenir de Berlioz, tout à coup, lui\napparaît et pour masquer la défaite, Janin envoie ces lignes aux\nDébats :"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.129", "texte": "LA DAMNATION DE FAUST\n+57\n\n... \"Du côté de l'Opéra-Comique, avez-vous entendu sur les quatre heures, aujourd'hui,\nles applaudissements les plus difficiles à obtenir ? Je veux parler de ces louanges si pénibles à\narracher, qui coûtent à l'artiste les parcelles les plus précieuses de sa vie, moments si courts\nqu'il faut payer par les angoisses les plus cruelles ; gloire impitoyable, cruellement débattue,\ngloire contestée, terrain vague disputé à l'oubli, qu'il faut gagner pied à pied, à la sueur de son\nfront, par les tortures de son cœur.\n... Luttes terribles, luttes cruelles, duel infini de l'homme qui sait oser, qui sait vouloir, et\nqui mourra plutôt que de ne rien céder aux habitudes de la foule, à ses instincts aveugles, à ses\nstupides volontés !\nHeureux, trois fois heureux, qui pourrait être applaudi comme M. Scribe ! Que je plains,\nhélas ! et que j'envie, l'infortuné qui force les louanges à la façon de Berlioz !\nJ- J- \"\nPas de public... La présence de LL. AA. RR. ne rend que plus sen-\nsible le vide de la salle. Les amis, les camarades, font bisser la Marche\nHongroise, puis le Ballet des Sylphes : leurs applaudissements, violents mais\nclairsemés, sonnent faux, lugubrement... Et l'exécution est incertaine,\nmolle, faute de répétitions qui auraient augmenté les frais. Le chant des\nchoristes est même si inquiétant que Berlioz, par crainte d'un accident,\nsupprime le Pandoemonium.Quant aux solistes, déroutés par cette musique\net découragés par une salle à demi-déserte, ils défendent mal cette\nœuvre qui meurt dans leurs voix. 1\nPas de public.\nMais Berlioz ne désespère pas : les Princes sont venus ; dans deux se-\nmaines, le 20, une nouvelle audition sera peut-être une revanche. D'ailleurs\nil tombait de la neige ; et il y avait une double concurrence : la distribu-\ntion des prix au Conservatoire et le Concert de Bienfaisance organisé sous\nles auspices de M. de Montalivet... A la seconde audition, les frais seront\nbien moindres ; la recette pourra combler le déficit.\nDonc, dans les feuilles, nouvel effort de publicité.\nComptes-rendus excellents. Aux (où le musicien-journa-\nliste est chez-lui), longue analyse dominée par ces mots :\n\" L'œuvre nouvelle de M. Berlioz vient d'obtenir un succès trop\ncomplet, trop éclatant, pour que ses amis ne regardent pas désormais\ncomme à l'abri de toute atteinte le triomphe d'une cause qui se défend\nsi magnifiquement elle-même...\" 2\n\n1 Distribution : Roger (Faust), Hermann Léon (Méphistophélés), Henri (Brander) Mrae Duflot-Maillard\n(Marguerite).\n■ Article signé E.D. Deldevez, ou Démarest qui suivait l'Opéra en l'absence de Berlioz (Archives de\nl'Opéra)."}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.130", "texte": "S. I. M.\n458\n\nA la Gazette Musicale, — où Berlioz exerce depuis si longtemps une\ncollaboration prédominante et presque une direction effective, — autre\nanalyse enthousiaste :\n... \" M. Berlioz est l'artiste par excellence pour hasarder victorieuse-\nment les extrêmes hardiesses, et lutter corps à corps avec l'impossible...\nCette physionomie excentrique de Faust, curieux mélange de rêverie et\nd'action, de scepticisme raisonneur et de passion fougueuse, devait merveil-\nleusement séduire l'homme qui a déjà écrit Harold,... et qui a longtemps\nmédité un Hamlet...\"\nLe \" bon Théo \", dans la Presse, combat pour Berlioz et pour l'art :\n\" M. Hector Berlioz, quel que soit le jugement qu'on porte sur ses œuvres, est un artiste\ndans la force du mot. Chez lui jamais de lâche concession aux Philistins, jamais de sacrifice à\nla vente et au succès du moment : ce n'est pas lui qui énerverait son mâle talent en vue des\npianos et des quadrilles. Il n'a pas peur de son originalité et ne recule pas devant une beauté\nchoquante. En ce temps de molesse où la platitude, sous le nom de bon sens, cherche à faire\nécole et rallie les esprits prosaïques, il conserve la même verve furieuse et la même passion\ndésordonnée qu'à son début,... bien que quelques poils gris commencent à briller dans ses\nfavoris et sa chevelure...\"\nMarqué par l'âge, Berlioz ne conservait pas tout entier son admira-\nteur le plus véhément et le plus ancien. Et cela, qui est très symptomati-\nque, mérite d'être médité. — Joseph d'Ortigue, qui jadis avait signé\nl'autobiographie de Berlioz écrite par Berlioz, qui avait défendu Benvenuto\npar un in-folio \\ — le fidèle d'Ortigue lui-même n'admirait plus sans\nréserve le novateur trop révolutionnaire. L'ancien gonfalonier du mu-\nsicien romantique, maintenant assagi ou refroidi, dodelinait ses quarante\nans et ses déceptions dans la musique des \" vieux maîtres \", dans la\ndouceur mystique du plain chant ; et il parlait doctoralement de la puis-\nsance des bonnes traditions : sans se fâcher, Berlioz ne tardera pas à\nl'appeler \" l'abbé d'Ortigue \"... A la Quotidienne, d'Ortigue fit un long\narticle amical et cruel: malgré quinze ans de lutte disait-il, M. Berlioz\nn'arrive pas à \" se jaire accepter \"... Pourtant ce n'est pas un homme\nordinaire ;... bien qu'on le lui conteste, il a un \" génie mélodique\nmais sa mélodie n'est pas \" la mélodie italienne dont nous avons fait\nnotre type et avec laquelle nos oreilles se sont familiarisées... Sous\nl'ascendant de Gluck et de Weber,\n... M. Berlioz se posa de prime-abord en compositeur romantique. Avec cet instinct mer-\nveilleux de l'orchestration, avec ce génie particulier des timbres, des effets nouveaux, des\n\n1 Voir un Romantique sous Louis Philippe, p. 139 à 149 et 462 à 465."}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.131", "texte": "LA DAMNATION DE FAUST\n459\n\nnuances de sonorités que personne ne lui conteste, il sut reproduire fort heureusement des\nimages appartenant à la poésie et à la peinture.\n... Tout entier préoccupé de ses innovations, séduit par ses combinaisons et par les effets\nneufs qu'il produit, M. Berlioz perd tout à fait de vue son public et dépasse cette mesure, ce\nniveau au-delà desquels les perceptions du public s'arrêtent. C'est alors qu'il lui arrive de com-\nmettre ces fautes que des compositeurs souvent fort inférieurs à lui évitent... Alors, il donne\nraison, aux yeux du public, à ses adversaires les plus déclarés. Croit-on, de bonne foi, que tel\nmembre du Conservatoire, que tel faiseur d'opéras, de ballets, de contre-point, etc., ... se fasse\nillusion sur le valeur, la portée, la supériorité réelle de M. Berlioz ? Ils ne l'attaqueraient pas\navec tant d'acharnement s'ils le redoutaient moins...\nJe peux à présent le proclamer sans crainte : M. Berlioz est de la taille des grands\nmaîtres... Comme musicien lyrique, comme poète, comme instrumentaliste, il a ouvert à l'art\ndes horizons nouveaux.\n... Pour ce qui est de l'instrumentation, de l'entente des grands effets, des nuances infinies\nde la passion, des fantaisies poétiques, M. Berlioz est parmi nous sans rival. Sous ces divers\naspects, il est allé plus loin que Mozart, que Beethoven et Weber, non qu'il leur soit supérieur,\nmais parce que l'art a marché entre ses mains.\nNéanmoins, M. Berlioz luttera toujours...\nIl y aura toujours un abîme entre la manière dont la masse de notre public (grâce aux\nthéories qu'on lui a faites) conçoit l'art, et l'art tel que le conçoit M. Berlioz...\nAveu cruel mais sincère : oui, le public et Berlioz sont séparés par\nun abîme. Mais pourquoi le fidèle d'Ortigue a-t-il la naïveté de le\nreconnaître ? Cela peut nuire à la seconde audition...\nMoins consciencieux, et beaucoup plus journalistiques, vingt autres\narticles pourront séduire davantage le lecteur. Tous mettent hors de\ndoute l'énergie de M. Berlioz, sa constance à soutenir une lutte héroïque,\net son originalité de véritable novateur. Et même les amis ajoutent,\ncomme pour stimuler la curiosité, que M. Berlioz est excentrique avec\nconviction :\n\" Il se brûlera la cervelle, si jamais il est assailli par une idée banale ! \"\nQuant aux confrères jaloux, s'ils font quelques réserves, ils abondent\naussi en éloges, puisque le concert n'a pas réussi. Que leur servirait-il de\ndénigrer la Damnation : l'œuvre est à terre, morte. Est-ce la peine de se\nbrouiller avec l'auteur, journaliste spirituel et à craindre, et avec les gens\nde la Gazette Musicale, de la Presse, et surtout des officieux Débats, et\navec l'omnipotent \" J. J. \", prince de la critique ? Aussi bien, bon nombre\nde chroniqueurs, braves garçons quand leur intérêt n'intervient pas, ont\npu être gagnés par l'enthousiasme de la répétition du vendredi, ou par\nl'ardeur de Maurice Bourge/, Morel, et autres berlioziens.\nEt puis, Berlioz n'est le concurrent de personne, et les faiseurs d'articles\n\n4"}, {"page_pdf": 132, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.132", "texte": "S. I. M\n460\n\npeuvent subir une double raison d'aimer cet artiste véritable : en lui, vit\nla flamme sacrée, et il ne fait pas de recette.\nQuelques \" insectes du feuilleton \", çà et là, firent leurs habituelles\npiqûres. La Critique Musicale petite feuille débutante essaya d'attirer l'at-\ntention sur elle par un éreintement féroce. Mais qui donc le lut ? Même,\nelle collectionna les phrases les plus désagréables qu'on avait imprimées :\nelles font sourire. Sous les épithètes choisies parfois pour blesser, sous les\nhautaines réserves des Fiorentino, Jouvin et autres, il n'y a rien de sérieux,\nsinon les éternelles et sottes critiques faites à toute musique nouvelle : pas\nde mélodie, rythmes brisés, asymétrie des périodes musicales, destruction\ndu sentiment de la tonalité, surcharge de l'orchestre. Reproches qu'en-\ntendirent tour à tour Lully, Rameau, Gluck, Mozart, et tous les\nnovateurs.1\nLes articles sur le concert du 6 Décembre, les annonces et commu-\nniqués pour celui du 20, toute cette publicité, ce tutti d'éloges auquel\nde menues critiques ou les railleries des satiriques ne donnaient que plus\nde relief, allait-il amener enfin le public à Berlioz ?\nLe Dimanche 20 Décembre, la salle de l'Opéra-Comique est aux\ntrois quarts vide... Sans cette neige qui tombe encore, le serait-elle\nbeaucoup moins ? Le mauvais temps est impuissant pour retenir chez\neux, par ces soirées de Décembre, les admirateurs des Diamans de la\nCouronne. Gibby-la-Cornemuse\"fait des recettes inouïes\"...\nPour la Damnation,le second comme le premier jour, pas de public...\nDéjà les malveillants, tel le chroniqueur du Charivari, essaient leurs\npointes et traits spirituels : \"La Chanson du Rat va passer inaperçue,\npuisqu'il n'y a pas un chat dans la salle.\"\nSalle presque déserte. Quelques mains applaudissent, mais les mali-\ncieux remarquent : \" la salle est mieux que la musique \"... Et\nBerlioz, dans ce vide sans écho, continue de conduire la et de\nla voir mourir... Le ténor Roger ne veut même pas chanter F Invocation\n\n1 Sur Paccueil fait par la Presse àla Damnation, un erreur s'est accréditée.\nBerlioz même écrit (fin décembre, voir plus loin) :\n\" Trente journaux en ont fait l'éloge.\"\nDans ses Mémoires (Ch. LIV), il écrira un phrase que Pon cite à faux :\n\" Rien, dans ma carrière d'artiste, ne m'a plus profondément blessé que cette indifférence... Mais dans\nce qui précède, il parle du public, et non des journaux."}, {"page_pdf": 133, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.133", "texte": "LA DAMNATION DE FAUST\n461\n\nala nature... L'lnvocation, la page maîtresse !... Qu'importe :on peut déca-\npiter l'œuvre, ce n'est déjà plus qu'un cadavre.\n\" Enthousiasme immense !... Quatre morceaux bissés\", publient dès\nle lendemain les camarades de journalisme. Et, en hâte, sous leur impul-\nsion, on se réunit, on se cotise, on organise un banquet. Est-ce pour\namorcer une troisième audition ? Est-ce pour couvrir la déroute ?\nLe 29 Décembre, banquet, avec toasts, en l'honneur de la\nLe baron Taylor préside : il porte la parole au nom des artistes ; puis\nDumas parle au nom des hommes de lettres ; Roger (qui n'avait pas\nchanté /'lnvocation) retrouve sa voix et parle au nom des chanteurs ;\nOsborne, au nom des artistes anglais ; et Offenbach au nom des artistes\nallemands.\nEt l'on décide \" d'ouvrir une souscription pour faire frapper une\ngrande médaille d'or commémorative\".\nComédie sinistre. On couronne une victime. \"On étouffe ses cris\n(ainsi le constate un ennemi clairvoyant), sous le bâillon des éloges.\"\nComédie nécessaire. Il faut ou que Berlioz s'avoue vaincu, ou\nqu'il se pose en vainqueur. Peut-il être dupe de cette attitude ? Est-il\nvainqueur, quand le public se dérobe ? Mais fatalement il la joue, cette\ncomédie, pour le public qui n'est pas venu ; il la joue pour les crédules\namis de province, pour les correspondants de l'étranger ; il l'a joue pour\nses parents. A tous, il mande et son succès, \" le plus grand de sa vie ! \" et\nle banquet d'admirateurs et la médaille d'or :\n- \" L'Ouvrage est lancé (écrit-il àsa sœur Nanci), on en parle\npartout, trente journaux en ont fait l'éloge 1\nCe triomphateur n'a plus qu'à fuir.\nPour ses deux auditions, il vient de \" dépenser un argent fou Et\nil ne l'a pas. Le voilà endetté, lui qui n'a aucune avance, aucune réserve.\nComment va-t-il payer ? Et comment vivre lui-même, et alimenter ses\ndeux ménages ?\n\"Je suis (même lettre) comme les oiseaux de proie, obligé\nd'aller chercher ma vie au loin. Les oiseaux de basse-cour, seuls, vivent\n\n1 Lettre inédite. Autographe communiqué par les héritiers de Berlioz."}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.134", "texte": "S. I. M.\n462\n\nbien sur leur fumier... Je suis entouré de crétins qui cumulent jusqu'à\ntrois places largement rétribuées, tel que Caraffa, par exemple, un musi-\ncien de pacotille, qui n'a pour lui que de n'être pas français... Il n'y a rien\nà faire dans cet atroce pays, et je ne puis que désirer de le quitter au plus\nvite.\" (fin Décembre 1846).\nLe chef-d'œuvre de Berlioz venait de le ruiner.\n\nAdolphe Boschot."}, {"page_pdf": 135, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.135", "texte": "LETTRE DE NAPLES\nUNE VISITE AU R. P. HARTMANN\n\nDimanche des rameaux ! Le printemps s'annonce par une journée\ndouce et embaumée. Tout le monde porte dans ses mains les rameaux, à\npetites feuilles vertes ou en grandes branches jaunes distribués dans\nles églises ; à tous les coins de rues les bouquetiers vous offrent des fleurs\nd'amandier et des violettes.\nLe tramway électrique, que je prends au Musée National, suit la\nrue de Capodimonte, longe le parc royal dans toute son étendue et suit\nla large voie Appienne, à travers les campagnes verdoyantes, jusqu'à\nMarano, où je descends après une heure de trajet. Le village est aussi en\nfête. Ici-même fleurs et rameaux partout.\nLe couvent des moines franciscains se trouve à gauche du pays, sur\nune colline d'où l'on jouit d'une vue superbe ; tout le panorama de la\nCampanie. A gauche la mer du golfe de Gaëte, puis, au loin, les mon-\ntagnes de l'appenin napolitain, Caserte avec sa cascade, le Vésuve et le\ngolfe ! A la porte du cloître, un moine mince et pâle, aux cheveux très\nras, m'annonce au P. Bernardin, qui me fait passer dans le parloir, petite\nchambre proprement meublée d'un divan, de quatre chaises de paille,\nd'une table avec des livres et... d'un piano. Tandis que je regarde le\npiano, le P. Bernardin me dit :\nC'est le piano que M. Clausetti, le directeur de la Société de\nConcerts nous a envoyé pour le P. Hartmann. Notre est au\nChœur et il va venir tout à l'heure.\nEn effet, le célèbre musicien franciscain arrive et je lui annonce mes\nintentions: \" C'est la troisième fois que vous venez à Naples et il me\nsemble important de connaître votre opinion que pensez vous de notre\npublic et des éléments dont vous vous êtes servi pour donner la première\nfois en Italie, votre Morte del Signore\"."}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.136", "texte": "S. I. M.\n464\n\nLe P. Hartmann me conduit dans sa cellule. Il prend place devant\nune petite table, sur laquelle est ouverte la partition du de\nRossini et, en m'offrant une chaise, me dit :\nIci nous sommes à notre aise, n'est-ce pas ?\nOui, nous sommes aussi bien qu'au confessional. Seulement c'est\nvous, Padre,qui devez me répondre. Voilà la différence.\nLe P. Hartmann sourit et j'en profite pour lui demander quelques\nindications biographiques.\nJe suis né à Salurno, dans le Tirol, le 31 Décembre 1863, et à\nseize ans j'entrais dans l'ordre de Saint François. La paix du cloître et les\nchants liturgiques développèrent mon goût des études musicales. Je fis des\ndémarches pour être admis à l'école du père Pierre Singer, à Salzburg,\ncélèbre organiste et inventeur du PansyMes études achevées,\non m'envoya organiste à Linz, puis à Reuth et, en 1893, Jérusalem, pour\ntenir l'orgue à l'église au Saint-Sépulcre ; j'y restai pendant deux ans.\nEnsuite je passai à Rome, à l'église d'Aracœli. Là, je séjournai onze\nannées, et entre temps fus nommé directeur et professeur de composition\net d'instrumentation à l'École Musicale En 1906, enfin, sur\nl'ordre de notre Général, j'allai à Munich, où je suis actuellement. Voilà\ntout.\non m'a dit que vous êtes aussi professeur de\nphilosophie\nNon, en 1905 l'Université de Wurzburg me donna le grade de\ndocteur en théologie ; c'est différent.\nVoulez-vous me dire, Maestro,quel genre de composition vous\npréférez ?\nJ'ai écrit des Lieder, des Messes, des Motets, des quatuors, des\ntrios, des sonates et, surtout, des oratorios.\nCombien d'oratorios avez vous composés jusqu'ici ?\nCinq. Le San Pietro,écrit en 1899, et donné à Rome, la pre-\nmière fois ; puis le San Francescoen 1900, exécuté à Saint Pétersbourg ;\nla Cena del Signore,(que j'ai dirigée l'année dernière à Naples au\nécrite entre 1902 et 1903 et chantée, pour la première fois à Wurzburg ;\nla éMorte del Signoreen 1905, que je viens de diriger encore ici, cette\nsemaine, à Santa Chiara et les Sette Parole, écrites en 1907 et exécutées à\nNew-York, où j'ai habité, deux ans. Le climat de ce pays, trop froid pour"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.137", "texte": "LETTRE DE NAPLES\n+6S\n\nmoi, me rendit gravement malade. Je ne me suis guéri, grâce à Dieu,\nqu'à après mon retour en Europe,\nEt à présent que composez-vous ?\nJe travaille à un autre oratorio, pour voci chœurs et orche-\nstre, comme tous les précédents. Je ne puis vous en dire grand chose, je\nn'en ai pas encore écrit une mesure. Je puis seulement vous donner son\ntitre le Te Deum.\nJe voudrais savoir, Maestro,comment vous préparez les textes de\nvos oratorios.\nC'est très facile : je les emprunte à la liturgie, source intarissable\nde toutes mes inspirations. D'abord je choisis le sujet. Ensuite j'y adapte\nle texte correspondant des évangiles. Cela fait il ne me reste qu'à répartir\nles morceaux. Lorsque ce travail est achevé, je commence la composition\nmusicale, et, enfin, l'instrumentation.\nEt tout ce travail vous prend-il beaucoup de temps ?\nNaturellement, de mois, une année et, quelquefois, même\ndavantage.\nOn frappe à la porte. Notre conversation amicale pendant\nlaquelle j'ai pris, effrontément, place à la table, pour noter la parole lente\net douce du P. Hartmann est interrompue par un moine qui nous\napporte le café. Le père n'en prend pas. J'accepte ma tasse et tandis que\nje bois le moine avec l'intention de se montrer aimable dit : Ça ne fait\npas mal : c'est de l'eau chaude !\nEncouragé par sa bonté et par sa patience, je priai le P. Hartmann\nde m'écrire les thèmes principaux de son oratorio, la morte del Signore. Il\nprit la plume et après avoir tracé quelques lignes de musique, que je vous\nenvoie, il me dit.\nLe texte des évangiles de Saint Mathieu, de Saint Luc et de\nSaint Jean, sur la mort du Seigneur, la plus grande tragédie de l'huma-\nnité, me subjugua littéralement. La première partie de mon oratorio\nreprésente l'humiliation de Jésus, qui souffre le supplice de la croix et\nl'exaltation de ce sinistre instrument de mort, auquel les hommes ont voué\nleur Dieu. Cinq mesures à peine de prélude orchestral précédent le chant\ndu contralto ( Une voix mystérieuse) : Ecce crucem Domini. C'est l'Ame\nrepentie, souffrante à la vue du Très-Haut."}, {"page_pdf": 138, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.138", "texte": "S. I. M.\n466\n\nToutes les voix se fondent dans le Venite adoremus.\nU Histoire (soprano), dans son récitatif raconte de supplice-et rappelle\nla :\nEt la voix mystérieuse reprend suivie du chœur qui répété l'invo-\ncation.\nVoici maintenant Jésus sur la croix. montre le peuple\ninsultant et blasphémateur, et le baryton {Jésus), que l'on ne voit pas,\naccompagné par l'orgue, répond : Oh,"}, {"page_pdf": 139, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.139", "texte": "LE R. P. HARTMANN\n(Croquis de Labella)"}, {"page_pdf": 140, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.140", "texte": "LETTRE DE NAPLES\n467\n\nLe chœur :\nPuis viennent les épisodes du mauvais larron et des soldats se\ndisputant.\nLa seconde partie comprend deux thèmes, confiés à l'orchestre, aux\nchœurs et au contralto ;"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.141", "texte": "S. I. M.\n468\n\nAuquel s'unit le soprano dans un duo sur les premières phrases\ndu Stabat éMater.\nIci se place la scène de Marie et de Jean. Puis le peuple entonne :\nO Maria, aiaterXW, (choral d'hommes) et : (voix\nde femmes).\nU Histoire,continue le drame jusqu'au bout et les voix de l'huma-\nnité entière terminent par un hymne de gloire :"}, {"page_pdf": 142, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.142", "texte": "LETTRE DE NAPLES\n469\n\nLe P. Hartmann inépuisable de bienveillance continue et m'expose\nainsi ses œuvres et ses goûts. Il ne peut me cacher sa grande admiration\npour Beethoven.\nLe génie supérieur du titan de Bonn, particulièrement dans ses\nsymphonies, a ouvert à notre art, enfermé dans les lignes sévères du\nclassicisme, un nouvel horizon.\nMais ce qu'il nous a surtout appris c'est à penser en musique, à\nmettre les ressources de notre art symphoniques au service d'un idée, à\nsubordonner l'œuvre à une psychologie particulière, qui l'anime, qui au\nlieu de provoquer un simple plaisir passager, laisse un impression de véri-\ntable recueillement... Aussi je vous avoue que je ne cesse de relire les\ndernières œuvres du maître.\nEt parmi les modernes ?\nBien entendu, j'aime et j'admire Berlioz, Liszt, Wagner, Bruck-\nner et Brahms ont toutes mes sympathies, ainsi que Bizet, Franck, Saint\nSaëns, Dubois et Pierné... Quant au présent, nous sommes sous le coup\nde l'impressionisme de Debussy et du modernisme de Reger. Le moment\nn'est pas venu de se prononcer encore...\nUne clochette, résonne aigrement à travers les couloirs déserts et\ndiscrets. C'est l'heure du réfectoire, ma visite est finie et je prends congé\ndu Père après m'être excusé de l'avoir si longtemps retenu.\n\nG. de Leva."}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.143", "texte": "A TRAVERS L'ESTHÉTIQUE MUSICALE\nLA CRITIQUE MUSICALE AU TEMPS PRÉSENT\n\nJ'ai longtemps et vainement souhaité, en France, une critique musicale représentée par\ndes écrivains au courant des choses de la musique, au besoin même de la technique de cet art,\net pourvus d'une culture générale qui leur permît d'en parler en humanistes. \" Humaniste \"\nfut jadis un terme à la mode. Ce terme paraît bien tombé en désuétude, et cela par une raison\ndes plus simples. Les humanistes, aujourd'hui, sont en baisse. Ils se font de plus en plus rares.\nIls se font de moins en moins entendre. Ils se feraient entendre, qu'ils ne se feraient pas\nécouter... Tel est le bruit qui court. Je ne suis pas sûr qu'il ait raison de courir. Ce dont je\nsuis malheureusement sûr, c'est que nous avons aujourd'hui des critiques musicaux très doués,\ntrès cultivés, capables de penser, sans doute mais réussissant mal à faire penser le lecteur. De là\nvient qu'ils ennuient, qu'ils m'ennuient. Un seul m'amuse, c'est l'Ouvreuse, dont vous\nm'accorderez bien que l'ouverture d'esprit ne laisse guère à désirer.\nJe ne parle point du court du trop court passage de Romain Rolland à la Revue de Paris.\nDurant le temps qu'il y écrivit, ses articles surprirent par la richesse du contenu, par l'audace\ndes thèses exprimées ou suggérées, par la solidité des raisons qui autorisaient cette audace.\nRomain Rolland réfléchissait sur la musique à la manière d'un musicien, et surtout, d'un\nvivant. Et voilà pourquoi il nous faisait penser et réfléchir.\n\" Faire penser et réfléchir \" voilà ce dont se soucient, moins que de tout le reste, nos\ncritiques musicaux contemporains, plus chroniqueurs, à vrai dire, que critiques véritables. Ils\npensent juger du bon, du médiocre et du meilleur. Si trancher, c'est juger, à la rigueur ils\njugent. Mais on dirait que la direction du journal où ils écrivent leur interdit de motiver leurs\njugements. Notez qu'en leur demandant des \"motifs \" je ne leur demande pas de \" preuves \"\nau sens fort du terme. Je voudrais seulement qu'ils n'affirmassent rien sans dire pourquoi. Or\nc'est ce dont ils n'ont cure.\n\" Faire penser et réfléchir \" voilà ce que Gœthe appréciait chez son ami Zelter. Gœthe\nétait, quant à lui, médiocrement sensible aux beautés musicales. La perception directe de ces\nbeautés lui faisait naturellement défaut. Mais il les apercevait quand on les lui montrait. Le cas\nde Gœthe est assez répandu, très répandu même en France. Je parle de notre élite intellec-\ntuelle, à qui très souvent, trop souvent la musique ne dit rien. On lui reproche de ne point\nfaire penser, on constate le plaisir qu'elle procure, celui que par intervalles, on y prend soi-\nmême. Il est même aisé de s'apercevoir, à quel point la musique tient peu de place dans les\npréoccupations de nos meilleurs critiques littéraires. Les images, les comparaisons, les\nmétaphores d'origine musicale sont loin de leur être familières. Tant il est vrai que la musique\n\" ne les fait point penser\nNe pourrait-on, ici, généraliser, et soutenir, qu'au sens propre du terme la musique ne\nsaurait exercer sur la pensée aucune action directe ?\nPour mieux s'en rendre compte, il conviendrait peut-être de serrer de près la formule :\nfaire penser \" ? Quel sens lui donnerons-nous, si même il est possible de lui donner un sens ?"}, {"page_pdf": 144, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.144", "texte": "A TRAVERS L'ESTHÉTIQUE\n+71\n\nQuand Brunetière parlait de ses maîtres, et il en parlait volontiers, il citait au premier\nrang, l'auteur des Maîtres d'>Autrefois Eugène Fromentin. Il considérait les leçons de Taine\nsur l'ldéal dans C Art comme un livre digne d'avoir fait une révolution dans la Critique. D'où\nl'on peut conclure : i° que la critique d'art, passé une certaine hauteur, domine non seulement\nl'art qui lui a servi de cause occasionnelle, mais tous les arts et, plus encore: 2° que les formules\nmises en circulation par cette critique comportent une application générale. On admet\nordinairement que plus un auteur sème ou soulève d'idées générales, plus cet auteur fait penser.\nReste à se demander à quoi nous pensons quand on nous fait penser ? A quelles personnes\nou à quelles choses ? A nous-mêmes ? A nos semblables ? Aux événements qui jalonnent la vie\nde chaque jour ? A moins que ce ne soit à ceux qui la troublent et, en la bouleversant, nous\nbouleversent ? A la vie, en un mot ? Est-ce ainsi qu'il faut répondre ?\nEn tout cas, à moins de se taire, on ne saurait répondre autrement.\nEt cette réponse nous conduirait aisément, sinon immédiatement, mais supprimons les\nintermédiaires à cette autre : \"La critique musicale ne fait point penser parce qu'elle\nmanque de psychologie\nIl est certain que, la plupart du temps, elle en manque ? Peut-on lui en faire un reproche!\nNous écrivions jadis que la psychologie musicale est inséparable de la musique. Nous distin-\nguons dans toute œuvre musicale : i° la forme ; 2° le fond. Nous allions même jusqu'à soutenir\nqu'une musique très expressive n'est point nécessairement très belle. Peut-être en ce temps là,\nétions-nous sur le chemin de l'erreur. Et pourtant que d'opéras s'imposent à l'admiration du\npublic, dont on dirait volontiers, comme de certains romans ou de certains drames : \" qu'ils ne\nsont pas écrits ! \"\nDans ces conditions, une critique musicale limitée, l'examen de la valeur ou de la puis-\nsance expressive des œuvres risquerait de faire fausse route et de pécher par de regrettables\nexcès d'indulgence. Et les excès d'indulgence conduisent souvent à de véritables devis de\njustice. Du point de vue de la psychologie musicale l'air de la Calomnie dyH. Barbière est un\nincontestable chef-d'œuvre, l'un des chefs-d'œuvre de Rossini. Ce chef-d'œuvre est pourtant\nécrit à la diable. Le style musical est, on ne saurait mieux approprié à la situation. Le com-\npositeur a écrit ce qu'il y avait à dire. Il s'est plié fort heureusement aux exigences du drame,\nce qui nous a valu un chef-d'œuvre de psychologie musicale. Cela ne veut pas dire un chef-\nd'œuvre de musique.\nLa Vie de Rossini par Stendhal est semée de jugements qui font grand honneur au psy-\nchologue : on ne l'a pas assez dit. On s'est contenté de récuser les jugements \" musicaux \" de\nl'auteur. On a eu tort ; il est vrai, de les récuser en bloc. Si je rappelle ici cette œuvre injuste-\nment négligée de Stendhal, c'est qu'elle ne fait pas penser sensiblement moins que la plupart\nde ses livres. D'où l'on serait tenté de conclure qu'une critique musicale capable d'éveiller ou\nde suggérer des idées générales, y réussirait d'autant mieux qu'elle s'écarterait de sa véritable\nvoie. Car le propre de la critique d'art n'est-il pas de juger une œuvre d'art en tant que telle.\nOr si l'on réduisait la critique musicale, à l'examen de la valeur psychologique d'une œuvre,\non lui imposerait une tâche qui n'est point la sienne.\nNous avons donc, nous, deux tâches à remplir, deux démonstrations à entreprendre: i° La\nmusique est un art qui fait penser ; 2° par des vertus propres et qui sont indépendantes de sa\nvaleur ou de son contenu psychologique. Mais ce sera pour le mois prochain.\n\nLionel Dauriac."}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.145", "texte": "BELLAIGUE C. Gounod. (Collection des Maîtres de la\nmusique. Alcan 1910 in-120).\nRemercions M. Bellaigue d'avoir fixé ses souvenirs sur\nGounod et d'avoir consacré à l'auteur de Faust 300 pages élégantes,\npleines de vues esthétiques nouvelles. M. Bellaigue est avec\nM. Saint Saëns, le meilleur juge de l'œuvre de Gounod, parce\nqu'il a vécu dans sa familiarité, parce qu'il la connaît et parce\nqu'il l'aime.\nGounod représente, dans la musique française, un bel et\nnoble effort d'adaptation. C'est lui, plus encore que Berlioz, qui\na réconcilié l'art d'Auber et de Boïeldieu avec celui de Beethoven\net de Mendelssohn. Il a, comme le dit excellemment M. Bellaigue,\nramené la musique française du dehors au dedans ; il a mis fin a ses\négarements et lui a pour ainsi dire rendu une patrie, celle de\nl'âme et du sentiment. Aussi le caractère dominant de son œuvre\nest-il celui de la conciliation : conciliation du mysticisme et de la\nsensibilité profane, conciliation du romantique et de l'antique,\nconciliation de l'esprit français (car il était infiniment spirituel)\navec la rêverie germanique. Tout cela avec onction, chaleur,\nnaïveté. Et n'est-ce pas dans le duo que la musique de Gounod a toujours triomphe, c est\nà dire dans les moments où il s'agit de fondre dans un même sentiment deux éléments diffé-\nrents, de passer de la dualité à l'unité.\nEn notre pays séparatiste et chicaneur, et vers 1860, cet art de sympathie et de paifait\namour était héroïque. Aujourd'hui, nous le trouvons un peu demode. Pourquoi ? Parce que\nGounod, en ramenant la musique française vers l'intériorité des émotions sentimentales n a\nfait pour ainsi dire que son devoir de musicien de génie. Et on ne sait jamais aux gens de\nfaire leur devoir. De son vivant même Gounod a été dépassé dans la voie ou il s était engage,\ndépassé par ses élèves, dépassé par les Allemands, si bien qu'il s'est trouve dans situation\npénible d'un progressiste qui devient réactionnaire. Il avait mis en marche une génération, i\navait provoqué un mouvement, et dans le temps même qu'il cherchait la formule aitistique\nde son enthousiasme, le siècle l'entraînait au lieu de se laisser guider par lui. L admiiateur de\nMendelssohn se trouvait tout à coup en face de Parsifal et de la Demoiselle Elue. Toute son\nœuvre se ressentit de cette perpétuelle concurrence."}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.146", "texte": "LES LIVRES\n\n473\n\nGounod ne parvint pas à arrêter à son profit la marche rapide de l'évolution de notre\nmusique moderne, il ne voulut pas non plus la suivre. Tel était sa crainte des excès, son goût\nde l'opportunisme. Et peut-être doit-on voir dans ces hésitations l'influence de Rome, qui fut\nextrême chez Gounod. S'il est au monde une ville antimusicale, c'est bien la Rome des\nCésars et des Papes, lieu de diplomatie et d'administration, centre ambitieux d'éternité et de\nperpétuel statu quo, dont la plus grande gloire se résume dans le Pontifex, l'ingénieur des\nponts et chaussées ! Dans le musicien Gounod s'aperçoit clairement la lutte des deux grandes\nénergies qui stimulent l'activité humaine, celle de la vie intérieure (Bach, Beethoven,\nMendelssohn) et celle de la vie extérieure (Rome). Et l'originalité de l'auteur de Faust est\nprécisément d'avoir cherché un compromis entre ces deux puissances, compromis délicieusement\ninstable.\nM. Bellaigue semble tenté de faire un mérite à Gounod de cette réserve prudente. Et\nc'est bien son droit. Il y a là en effet une certaine modération à laquelle les Français ont\ntoujours été sensibles en musique. Toutefois, il faudrait se garder d'opposer cette apparente\nsimplicité à la complexité d'un Wagner, comme le tente plusieurs fois dans ce livre M.\nBellaigue. S'il est bien entendu que Gounod a cédé à l'entraînement des grands maîtres\nAllemands, et s'est engagé à leur suite dans la voie qui mène à la complexité des sentiments\nintimes, s'il l'on tombe d'accord pour reconnaître que cette orientation est la caractéristique\nde son génie, et représente la nouveauté apportée par lui dans la musique française, alors\nGounod n'est qu'un prédécesseur de Schumann et de Wagner, et il n'y a qu'une différence de\nmesure entre Sapho et Brunnhilde, entre Roméo et Tristan. M. Bellaigue, reprenant une\nargumentation chère à l'esthétique française, voudrait opposer \" le conflit des pensées innombrables\net véhémentes \" de Wagner à u Tunité de la sereine et profonde pensée \" chez Gounod. Il voudrait\nnous faire admettre qu'il y a dans Gounod un effort de concentration et de réduction à\nl'unité tout aussi puissant que l'amoncellement édifié par Wagner. Hé bien non. Sans même\nentrer dans le fond du début, qui est celui du classicisme et du romantisme4 on doit avouer\nque Gounod ne procède pas par concentration mais par élimination. Comme le dit si bien\nM. Bellaigue \" il se restreint a ce qu 'il sent le mieux convenir a la discrétion et a Vintimité de son\ngénie \". Son goût, son tempérament le portent vers les paysages d'âmes qui sont ceux de\nShakespeare, de Goethe et de Wagner, mais arrivé là, son audace tombe. Il choisit dans Faust\nl'épisode de Marguerite ; il passe à côté de Schopenhauer et s'en tient à l'antithèse du\nrossignol et de l'alouette. Devant ce flot qui monte de la musique moderne, Gounod ne se\nsent pas en sûreté ; sa religion s'alarme ; il cherche son salut du côté de l'oratorio. L'exaltation\nqu'il a connue jadis à la Villa Médicis en 1840, lorsque Fanny Mendelssohn lui jouait les\nœuvres allemandes, il voudrait la capter au profit de ses convictions religieuses, de son idéal\nsecond empire, de son esthétique romaine. Mais Y esprit de la musique, était ailleurs déjà, il\ncomposait le quatuor de Franck, il préparait Fervaal, la Bonne Chanson, Tod und Verklaerung.\nGounod, comme toute l'école française qui procède immédiatement de lui, n'a pu se livrer\nsans réserves au sentiment musical. Il fut par contre laissons lui ce beau rôle - un\nmerveilleux initiateur. A notre musique française, asservie par l'opéra, et brutalisée par Berlioz,\nil a rendu la confiance, le sourire et la beauté. Ne lui demandons pas davantage.\nJ. E.\nLEICHTENTRITT (HUGO). Geschichte der Musik von W. AMBROS. Band IV.\n(Lpz. Leuckart, 1909 in-8° de 906 pp. Mk. 15.)"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.147", "texte": "S. I. M.\n474\n\nJe suis bien en retard avec cet ouvrage de notre excellent collègue le Dr. Leichtentritt.\nMais un in-octavo de cette importance ne se parcourt pas en quelques heures. Il ne s'agit rien\nmoins ici que de la refonte complète du tome IV de l'histoire de la musique d'Ambros, parue en\n1878 et que M. Leichtentritt a doublé en 1909. Que l'on songe en effet à tout ce qui s'est\npassé dans la musicologie depuis trente ans 1\nCe volume traite de la musique italienne de 1550 à 1650, c'est à dire de l'époque\npalestinienne et de la grande révolution de la monodie. Il n'est pas sans doute en Europe de\nmoment plus impressionnant dans notre histoire artistique. Cet apogée de la polyphonie,\nimmédiatement suivi d'une réaction totale, intransigeante, est un spectacle bien curieux. Et\nvraiment on serait fondé à croire que Palestrina, avec son idéal d'un art compréhensible et\nverbal, a été un homophone beaucoup plutôt qu'un polyphone. Ce que l'Eglise repoussait\n(et depuis longtemps) dans la polyphon:e, c'était l'indépendance des parties, et la prédominance\ndu sentiment musical sur le sens intellectuel des mots. Palestrina l'homme de cette réforme,\nn'a-t-il pas été l'instrument de la réduction à l'unité, si rapidement accomplie par l'opéra, après\nlui, et presque à côté de lui ?\nM. Leichtentritt avait, on le voit, la part très belle. Il dut cependant tenir compte de\nl'auteur qu'il représentait au public, et Ambros avait ses points de vue. M. L. les a conservés,\ntout en ajoutant ses idées personnelles ; le livre perd en unité, mais il gagne en sincérité. Les\ngrands travaux sur lesquels M. L. eut à s'appuyer furent ceux du Dr. Vogel, de Haberl, de\nKretzschmar, de Goldschmidt et de Romain Rolland. On est heureux de citer un nom\nfrançais parmi tant d'étrangers, et pour nous, cet isolement est à méditer. Dans l'histoire d'un\nmoment essentiel de notre évolution musicale, la France se trouve représentée par un seul\nérudit ! Cela est fâcheux, et devrait faire réfléchir nos candidats aux doctorat, pour lesquels il\nne paraît pas exister d'autres sujets que ceux du XVII-XVIIP siècle parisien. La spécialisation\na du bon, mais vraiment Rameau commence à être connu. Les monodistes italiens de 1640\nne le sont pas du tout, et, pour nous modernes, leurs \" lieds \" sont infiniment plus intéressants\nque les musiques de fermiers généraux qui sévissaient en France vers 1750. Que dire de\nLuca Marenzio ? Que dire sur tout de ce prodigieux Gesualdo, prince de Venose, le Debussy\nitalien, l'homme qui a réellement tout osé, tout tenté en fait d'aggrégations sonores ? Voilà des\nhommes avec lesquels l'histoire de la musique devrait nous faire reprendre contact. C'est son\ndevoir.\nJ'espère que le volume de M. Leichtentritt attirera la curiosité des lecteurs, des auditeurs\ndes travailleurs et des organisateurs de concerts vers ce grand siècle de l'art musical italien, et\nque les textes, cités par lui en si grand nombre, piqueront la curiosité de tous les curieux de\nmusique rétrospective. J* E.\nBARCLAY SQUIRE. Catalogue of the printed Music in the Library of the Royal\nCollège of Music, London. (London, Novelle, in 40 de 368 pp.)\nCette bibliothèque du Royal Collège n'est pas destinée aux historiens, mais a la consul-\ntation d'élèves. Elle contient cependant bon nombre d'ouvrages anciens et rares. Car son\npremier fond lui est venu de l'achat de la bibliothèque de la \" Sacred Harmony Society, dont\nl'inventaire a été publié en 1872, et qui formait une série très respectable. Puis vinrent\ns'ajouter la bibliothèque des \" Concerts of Ancient Music \", offerte par la Reine Victoria, la\nbibliothèque désir George Grove, celle de la \"Musical Union,\" plusieurs autres, et des\ndoubles du British Muséum. Le présent volume, fort minutieusement rédigé par notre collègue\nM. Barclay Squire, ne contient que les ouvrages de musique pratique imprimés (y compris les"}, {"page_pdf": 148, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.148", "texte": "LES I.IVRKS\n475\n\nméthodes). Un autre volume donnera les manuscrits. Un troisième sera réservé aux ouvrages\nthéoriques. Quand aurons-nous traversé cet âge de bibliographie, et pourrons-nous, posséder le\ngrand inventaire général des livres de musique du monde entier ?\nINTERNATIONALE MUSIKGESELLSCHAFT ; 111 Kongress. (Artaria à Vienne\net Breitkopf à Leipzig, in 8° de 700 pp.)\nVoici que paraissent enfin les Actes de notre congrès de Vienne. Cet ouvrage est un\nvéritable monument élevé à la science et à l'histoire de la musique, et dont notre Société\nInternationale peut être fîère. Qui l'eut dit, il y a 11 ans, quand notre Société s'est formée\ntimidement, au milieu des rivalités de personnes et d'institutions, que nous arriverions à\ngrouper en une magnifique manifestation tout ce que le monde de l'érudition compte de\nsavants et de travailleurs éminents* Ceux qui n'ont pas compris ce mouvement de la solidarité\nou qui auraient voulu le confisquer à leur profit, se voient aujourd'hui perdus et impuissants\ndans le domaine de la musicologie organisée.\nJe me garderais de rendre compte dès maintenant de ce volume. Je le réserve pour la\npériode d'été où les obligations de la vie parisienne nous laissent quelque répit. Je tiens cepen-\nà féliciter l'éminent Professeur Guido Adler qui a été l'âme du Congrès, et MM. Koczirz et\nHaas qui en furent les bsas actifs et rapides. J. E.\nHUET (Emile). Jeanne <TArc et la musique. (Orléans, 11 rue Jeanne d'Arc I9°9>\nin 8° de 230 p.)\nCe livre est la seconde édition d'un volume qui parut en 1894, et que son auteur a\nconsidérablement augmenté. Il s'agit de nous présenter ici une bibliographie de toutes les\nœuvres que la Pucelle a pu inspirer au sentiment musical de ses admirateurs. Car on a chanté\nJeanne d'Arc et un peu en toutes les langues de l'Europe. De Tschaikowski à Dubois, de\nGounod à Liszt, de Widor à Verdi, un grand nombre de compositeurs ont été séduits par la\nmystique légende de Jeanne. Les uns lui ont consacré un lied, d'autres un poème d'orchestre\net chœurs, d'autres un opéra tout entier.\nChose singulière, la chanson populaire ne s'est emparé de ce sujet qu'assez tard. On ne\ntrouve pas dès le quinzième siècle un mouvement musical en faveur de la Pucelle. M. Huet\ncite un motet, perdu d'ailleurs d'Elsy d'Amerval (1483) et un mystère de la prise d'Orléans,\nqui ne signifient pas grand chose. Sous Louis XIII la Pucelle apparaît dans le Ballet\ndes Modes (1633), comme le représentant d'un personnage antique, et assez imprécis. 1\nIl faut attendre la fin du XVIIIe siècle pour voir une orientation de la favuer musicale vers\nJeanne,\nM. Huet attribue cette attitude de la musique, à la lenteur même des progrès de cet art.\nJe ne pense pas tout à fait comme lui. Les romans de chevalerie du moyen âge étaient déjà\nentrés dans le matériel de notre opéra, que personne ne songeait encore à mettre la Pucelle en\nmusique. D'autre part, et sans faire tort aux maîtres qui ont illustré ce sujet de leur art, on\npeut dire qu'aucune Jeanne d'Arc musicalisée n'a atteint un succès définitif. L'histoire de\nJeanne d'Arc ne paraît pas se prêter à une mise en œuvre artistique, du moins dans le domaine\ndu lyrisme. Malgré l'effort des romantiques, malgré la pieuse vénération des catholiques,\n\n1 A ce sujet je ne saurais trop protester contre la mauvaise opinion que M. Huet, à la suite de M.\nGermain Bapst, paraît avoir de la musique des ballets de Louis XIII.\ns"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.149", "texte": "S. I, M.\n4.76\n\nJeanne ne représente pas dans l'humanité une de ces figures que l'artiste peut transposer\ndans son imagination, et isoler, en quelque sorte de la réalité historique. N'avons nous pas vu\ntout dernièrement un de nos plus célèbres écrivains, mettre tout son talent à replacer Jeanne\ndans le terre à terre des fait divers de l'histoire. D'autre part l'Eglise en revendiquant pour la\nreligion la gloire de la Pucelle rend encore la tâche de l'artiste plus difficile. En un mot\nJeanne est venue trop tard dans notre Occident, pour que sa légende fasse oublier son histoire.\nVerrons-nous un jour un grand musicien, qui serait en même temps un penseur et un poète,\nsynthétiser en Jeanne d'Arc, comme on l'a fait en Parsifal ou en Œdipe les préoccupations\néternelles et mystérieuses de l'humanité qui rêve ? Je ne le crois pas. Jeanne a maintenant son\nétiquette. Pour les uns elle est Sainte ; pour les autres elle est phénomène historique. Et le\nFrançais, ami des solutions simplistes, s'en tiendra là. L'affaire est classée. Toute la musique\ndu monde n'y changera rien. C'est dommage.\nJ. E.\nRIEMANN (Hugo). Music-Lexikon. (Lpz. Max Hesse in 8° de 1600 p. Mk. 14.)\nTout le monde connaît le Dictionnaire biographique du Professeur H. Riemann. La\nseptième édition que nous avons sous les yeux atteste de l'intérêt de cet instrument indispen-\nsable à tous les travailleurs. L'esprit encyclopédique de M. Riemann était bien fait pour\nconcevoir et réaliser un semblable ouvrage, en lui donnant, dès sa première édition, un\ncaractère d'éminente vulgarisation. Je serais curieux des savoir combien de lecteurs a trouvé le\nLexicon, en France. Cela nous donnerait une statistique intéressante.\nBECK (Jean). La musique des Troubadours. (Collection Laurens in 12°).\nMalgré la difficulté de résumer en 96 pages in 12° un sujet aussi vaste et aussi neuf,\nque celui de la poésie vulgaire musicalisée par le moyen âge, M. Beck a réussi à nous donner\nune idée attrayante de ces questions ardues et controversées. Il ne pouvait guère que présenter\nles éléments d'une initiation première, dont presque tous ses lecteurs avaient besoin. C'est là\nun nouveau pas, fait avec beaucoup de précision et d'assurance, dans la voie de la vulgarisation\nde notre musicologie médiévale. Le volume, selon les traditions de cette collection est orné\nd'une multiple iconographie, qui égaie encore cette étude.\nJ. E.\nBOSCHOT (A.). —Le Faust de Berlioz. (Constallat in 12° de 72 p., 1 fr.)\nCe petit volume est ce qu'on nomme en Allemagne un u Fuehrer \". Il ne contient\ncependant pas de thèmes de musique ; probablement M. Boschot a pensé, avec raison, que\nl'œuvre de Berlioz était trop populaire à Paris pour réclamer encore une analyse thématique.\nCe commentaire condensé arrive parfaitement bien, au moment où l'Opéra nous donne la\nDamnation.\nJ. E.\nLALOY (L.). La musique chinoise. (Collection Laurens in 12°.)\nNotre collègue et ami Laloy, aurait avec une égale facilité écrit un livre en chinois, sur\nla musique française. Il lui a plu de nous donner d'abord un volume français sur la musique\nchinoise. Nous lui en saurons tous gré. Cette musique chinoise ne nous est pas tout à fait"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.150", "texte": "LES LIVRES\n+77\n\ninconnue depuis que la gamme à cinq tons sévit dans notre modernisme, et nous avons déjà\nmordu à ce fruit exotique sans le savoir. Ce que nous ne connaissions pas, c'est la doctrine, et\nYethos chinois. Le livre de Laloy nous l'apprend avec concision. Il nous montre un ensemble\nd'idées et de convictions esthétiques vieilles de quelques milliers d'années. Je ne connais rien\nde plus passionnant que de surprendre ainsi les premiers pas de nos civilisations musicales.\nUne conclusion se dégage de cet ouvrage précis, c'est que l'humanité musicale a débuté par le\ndogme, par l'abstraction et le formalisme. L'indépendance et la liberté sont des conquêtes\ntardives et toujours discutées.\nJ. E.\nBOTSTIBER (Hugo). Musikbuch aus Oesterreich, année VIL (Vienne C. Fromme\n1910, in 8° de 425 p.)\nExcellent annuaire de la musique en Autriche, rédigé par notre collègue viennois, le\nDr. Botstiber, secrétaire de l'Académie des Beaux-Arts. Je ne peux qu'admirer un pays où\nl'Académie des Beaux-Arts prend elle-même l'initiative de publier un volume, qui chez nous\nest abandonné aux spéculations de librairie. Nous sommes loin encore ici de cette sollicitude.\nLe plan de ce volume ressemble à celui des annuaires de musique qui se publient un peu\npartout. Cependant sa tenue est meilleure que celle de beaucoup d'entre eux. Aucune publicité\nne vient nous rappeler, dans le cours de l'ouvrage que nous sommes ici en présence du bottin\nde la vanité artistique. Quelques articles musicologiques, en tête, nous donnent au contraire\nl'impression qu'il s'agit d'une œuvre sérieuse. Une remarque cependant. Il me semble qu'il\nvaudrait mieux renoncer dans ces annuaires à l'indication sommaire de l'étranger, qu'on veut y\nfaire entrer malgré tout et au prix d'inévitables erreurs. Ainsi, nous apprenons par exemple,\nque notre S. I. M., est édité chez Astruc. Ou bien encore que le Secrétaire de l'Association\ndes Concerts Lamoureux se nomme Vincent d'lndy. Il serait préférable de s'en tenir au pays\nde l'annuaire lui-même. Le livre serait ainsi parfait.\nJ. E.\nDr HUGO RIEMANN : Die Byzantinische notenschrift im 10 bis 15. Jahrhundert.\n(Leipzig, Breitkopf & Haertel, 1909. In-8° grand de 98 pages, avec 8 phototypies et trans-\ncriptions, 5 mark).\nLe savant professeur de l'Université de Leipzig a tour à tour porté ses investigations dans\nles coins les plus divers de la musique. Une étude de lui, déjà assez lointaine, sur les Martyries,\nces curieuses \" clefs \" byzantines, une autre plus récente, sur la Mètrophonie, du chant\nPapadique, indiquait que la musique byzantine avait une porte dans ses préoccupations. La\npublication de mon Catalogue de musique byzantine par la S. I. M. a décidé M. Riemann, au\ncours de l'été dernier, à publier cet ouvrage, où il étudie paléographiquement soixante-dix\nchants attribués à Saint André de Crète, Saint Jean Damanène, Saint Côme, le moine Jean, etc.\nMais l'histoire et la transcription de la musique byzantine sont encore si peu connues, que\nles travaux consacrés à cette science depuis quelques années doivent être considérés comme des\ntravaux d'avancement. Aussi, M. Hugo Riemann, Dom Athanase Qaïsser, le P. Thibaut, et\nmoi-même, qui avons consacré à ce sujet, d'importantes études, ne pas d'accord\nsur plusieurs points. Tantôt deux ou trois d'entre nous pensent de même sur une question, où\nles autres diffèrent d'avis ; tantôt un seul soutient mordicus son opinion, la considérant comme\nla seule vraiment scientifique. Tout cela demanderait une étude d'ensemble, que j'ai bien\nl'intention de faire quelque jour."}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.151", "texte": "S. I. M.\n+7B\n\nOr, ce dernier ouvrage de M. Riemann est principalement dirigé contre les résultats que\nj'ai proposés dans mon Introduction à la Paléographie musicale byzantine. Mais, si je suis prêt à\nrendre hommage au savant musicologue sur plusieurs points, si je dois même le remercier de\nquelques observations qui relèvent certains détails de mon ouvrage, il n'est pas possible de laisser\nentrer dans le bagage scientifique byzantin toutes les conclusions de M. Riemann. En quelques\nlignes, je ne puis ici instituer une discussion en règle, mais je tiens à relever, page 5, l'opinion\nmanifestement erronée sur l'origine des signes modernes des où M. Riemann voit la\ntransformation des lettres abréviatrices de Dorien, Phygien, Lydien, Mixolydien, tandis que le\ndépouillement que j'ai fait de près de cent manuscrits byzantins de diverses époques, et dont le\nrésultat est consigné pages 25-26 de mon Ca démontre à l'évidence que, par une\névolution continue, ces signes proviennent des quatre premières lettres de l'alphabet, indicatrices\ndes quatre tons authentes.\nD'autre part, la théorie générale de M. Riemann sur ce que j'appellerai la quadrature du\nrythme il l'a appliquée à la musique byzantine, de telle sorte que, bon gré mal gré, les accents\ndoivent régulièrement tomber sur les temps forts d'une mesure à quatre temps, les autres notes\nétant distribuées dans l'intervalle, d'une manière plutôt arbitraire. Il en résulte que, assez\nsouvent où les manuscrits indiquent un temps long, M. Riemann note un son bref, et vice-\nversa, parce que ces indications ne rentrent pas dans sa théorie : c'est grave.\nEnfin, l'idée de M. Riemann de vouloir traduire mélodiquement et en mesure les signes\nd'ornement dont le sens est inconnu, modifient la phrase d'une manière parfois extraordinaire.\nLa méthode suivie dans ce cas, et principalement par suite des règles de la métrophonie, peut\nêtre acceptée lorsqu'il s'agit des chants de l'époque où ces règles se font jour, et spécialement\ndans la seconde moitié du XVIIIe siècle : on ne saurait, à mon avis, les expliquer en aucune\nmanière au déchiffrage des manuscrits du Xe.\nAMÉDEE GASTOUE.\nBULLETIN DE LA SOCIÉTÉ FRANCO-JAPONAISE. (Taris,, Dèc. 1909\nXVII,. p. 82).\nDans un article intitulé: Art japonais et art européen, notes recueillies et traduites\npar M. Ed. Claverie, l'auteur, M. Kakusen Tokunaga, de Tokio, parle de différentes questions\nartistiques. Il est ainsi amené à consacrer quelques pages à la musique. Malheureusement,\nl'auteur ne semble pas posséder son sujet d'une façon complète ; il mêle les subtiles réflexions\némises par notre collègue Louis Laloy, aux tentatives de musique exotique de M. Benedictus,\net va jusqu'à mentionner l'opérette anglaise. Il eut été préférable, ce nous semble, que ce cri-\ntique japonais nous livrât de vrais documents, c'est à dire des musiques des airs japonais...\nGASTON KNOSP.\nBULLETIN DE L'ÉCOLE FRANÇAISE D'EXTRÊME-ORIENT {IX N° 2\net 4. Oet.-Dèc. 1909.)\nCette publication a toujours témoigné d'un haut souci de précision scientifique; les\ntravaux qu'elle livre aux savants sont frappés au coin d'une solide érudition. M. Noël Péri\ny signe une belle et scrupuleuse étude du \" Drame lyrique japonais \", (Le Nô). Que M. Péri\nnous permette cependant une réflexion assez naturelle et que nous suggère le programme qu'il"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.152", "texte": "LES LIVRES\n479\n\ns'est tracé ; il nous apprend que le No est avant tout une œuvre lyrique, que divers modes de\nrécitatifs ou de chants rythmés par un orchestre rudimentaire ajoutent leur cadence à celle des vers, que\nle iC Shite\" est à lafois chanteur et danseur... c'est assez dire combien l'intéressant ouvrage de\nM. Péri aurait gagné à se compléter d'une partie musicale, puisque cette dernière, aux dires de\nl'auteur occupe une place assez importante dans le théâtre japonais. Quelques rouleaux phono-\ngraphiques lui auraient permis de curieux enregistrements dont la transcription en notation\naurait constitué un utile apport à son étude.\nCe dont il convient de féliciter M. Péri, c'est de la substantielle bibliographie qu'il établit\ndu répertoire théâtral japonais ; c'est là un précieux outil pour les travailleurs ; sous ce rapport,\nl'auteur s'est acquis un titre à la reconnaissance des érudits japonisants.\nBIBLIOTHEQUE BECKER. Plusieurs revues musicales ont parlé ces temps derniers\nde la bibliothèque vendue à la ville de Lyon par M. Becker de Genève en 1894, et restée\nsoigneusement empaquetée à la Bibliothèque de la Ville, jusqu'au jour où notre confrère\nM. Vallas en fît le dépouillement et la rendit accessible au public. De différents côtés on nous\ndemande quel était ce M. Becker et quelle fut la destinée de ses livres. Georges Becker\nbibliophile naquit dans le Palatinat en 1834, et se fixa en Suisse au Grand Lancy, près Genève.\nIl ne faut pas le confondre avec C. F. Becker l'auteur de la bibliographie bien connue.\nDie Tonwerke des XVP und XVIP Jahrhunderts (Lpz. 1855)» Voici du reste ce que M. Becker\na lui-même l'obligeance de nous écrire.\nLancy le 28 mai 1910.\nMa bibliothèque musicale il y a vingt-cinq ans, était composée de 2500 ouvrages. Quinze\ncents volumes (la partie pratique) sont allés à Lyon par les soins de mon regretté ami le\nDr. Coutagne. Ma collection de psautiers a été vendue en 1886 à M. E. André, banquier à\nParis, et léguée par celui-ci à la Société de Protestatisme. Deux cents ouvrages des XVIe et\nXVIIe siècles ont été éparpillés. Ces dernières années j'ai fait don de 250 à 300 volumes à\ndifférentes bibliothèques de Suisse et les livres qui me restent sont destinés à la Bibliothèque de\nGenève...\n\nG. Becker.\n\nLIVRES REÇUS.\nMAGNETTE (Paul). Les grandes étapes dans l'œuvre de Berlioz. I. La Sym-\nphonie Fantastique. (Liège, Muraille 1908 in-8° de 54 pages).\nAnton Bruckner (Bruxelles, Weissenbruch, in-8° de 22 pages).\nWELLESZ (Egon). J. J. Fux \" Constanza e Fortezza \". (Denkmaeler autrichien\nVienne, Artaria. In fol. de 263 pages. K. 36).\nDAFFNER (Hugo), Musikwissenschaft und Universitaet. (Breitkopf in-120 de\n23 pages. M. 50).\nHAMMERICH (Angul). Musikhistorisk Muséum de Copenhague. (Cop. 1909\nin-8° de 151 pages)."}, {"page_pdf": 153, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.153", "texte": "S. I. M.\n480\n\nUNE VENTE D'AUTOGRAPHES MUSICAUX.\nUne importante réunion d'autographes a été vendue à l'Hôtel Drouot par les soins de\nM. Charavay. Voici quelques prix atteints par les autographes concernant la musique :\nBéranger. 2 lettres : 15 et 31 frs. Méhul. Lettre : 25 frs.\nBerlioz. Lettre : 30 frs. Paganini. Lettre : 40 frs.\n„ Manuscrit aut :40 frs. Piccini. Lettre :26 frs.\nBoieldieu. Lettre : 35 frs. Robert (Pierre). Un Reçu : 22 frs.\nChérubini. Lettre : 10 frs. Rode. Lettre : 15 frs.\nLalande (Michel de). Signature : 12 frs. Rossini. Lettre : 45 frs.\nLe Sueur. Lettre : 14 frs. Sateri. Quittance et morceau de musique\nLully. Un Reçu : 76 frs. autographe : 78 frs.\nLe prix le plus élevé a été atteint par une Mazurka autographe de Chopin : 1110 frs."}, {"page_pdf": 154, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.154", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSECTION DE PARIS - SÉANCE DU 20 JUIN 1910\nLa séance est ouverte à 4 heures et demie chez MM. Gaveau, sous la présidence de\nCharles Malherbe, président.\nEtaient présents : MM. Prod'homme, Ecorcheville, Poirée, A. Laugier, I. Philipp,\nCh. Legrand, Lefeuve, Wagner, Ruelle, Gaveau, Greilsamer, A, de Bertha, Mmes Lefeuve,\nGallet, Mlles Pereyra et Daubresse.\nAprès la lecture du procès verbal de la dernière séance, M. Ecorcheville annonce que la\ncommunication sur le Launeddas a attiré l'attention de notre collège M. Théodore Reinach,\nauquel a été envoyé l'instrument présenté à la section et le texte de M. Fara Dessy.\nLe président prend la parole pour expliquer l'ordre du jour qui a trait à la revue S. I. M.\nIl rappelle que cette revue fait partie des publications auxquelles la section accorde son patron-\nnage et le droit de se servir de la mention : Publications de la Société Internationale de musique\n{Section de Paris\\ et ajoute que cette mention devra être rétablie sur la revue de préférence à\nla rédaction qui figure actuellement, dès que cela sera possible. Les droits de la section et le lien\nqui la rattache à cette publication périodique seront ainsi précisés, tout en reconnaissant\nd'autre part à M. Ecorcheville la propriété de la revue elle-même, avec son titre, format et\ncouverture. Cette proposition est adoptée à l'unanimité.\nLe président ajoute qu'il est heureux de constater que la prospérité de notre organe\nmensuel a rendu nécessaire la présence d'un secrétaire de rédaction, et demande à la section de\nremercier notre collègue M. Charles Legrand, qui a bien voulu assumer cette tâche.\nLa président donne ensuite lecture d'une lettre qui demande : i° que nos séances aient\nlieu à des dates fixes ; 2° que la durée des communications soit limitée ; 30 que chacun de nos\nmembres s'engagent à donner une communication par an.\nCes différents articles sont mis en discussion. La section se prononce en faveur de la\nfixation d'un quantième fixé pour chaque mois au début de la saison. Elle adopte la limite de\n45 minute pour la durée comme un maximum pour les communications, en faisant observer\nque la musique, qui sert souvent d'illustration à ces communications, n'est pas comprise dans\ncette limite. Enfin elle émet le vœux de voir le plus grand nombre possible de nos membres\nprésenter des communications à nos séances.\nM. I. Philip a la parole. Il invite la section à demander officiellement la croix de la légion\nd'honneur pour le grand pianiste FERUCCIO BUSONI. A ce propos M. Greilsamer fait observer\nque la France se montre toujours fort généreuse de décorations lorsqu'il s'agit d'artistes étrangers,\nmais qu'elle se soucie très peu de demander à l'étranger des décorations pour ses propres\nnationaux. La section s'associe toute entière au vœu présenté par M. Philipp et le président"}, {"page_pdf": 155, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19100615-01.1.155", "texte": "482\nS. I. M.\n\ns'engage à faire à bref délai une démarche officieuse au ministère des Affaires Etrangères. Une\ndélégation de la Société sera ensuite reçue officiellement et insistera en ce sens auprès du\nMinistre.\nLe secrétaire met la section au courant des démarches qu'il a faites et qui sont sur le point\nd'aboutir, pour faire apposer des plaques commémoratives sur les maisons de Paris où ont résidé\nMozart et Chopin. Il exprime le désir qu'il en soit fait de même pour la maison habitée par\nWagner.\nLa séance est levée à 6 heures 1/4."}]}