{"numero_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_sha256": "7c7f08c0284fa549cb3f290a6418dca66f1e269f703351547143d87be724a92c", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1911/06/15_01/bmtnabh_1911-06-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1911/06/15_01/bmtnabh_1911-06-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.2", "titre_corps": "LULLY GENTILHOMME ET SA DESCENDANCE, par j. 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OLES INSTRUMENTS LE THÉÂTRE DU JORAT."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c003", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.3", "titre_corps": "DANS CE NUMÉRO:", "titre_sommaire": "DANS CE NUMÉRO:", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.2", "debut_caractere": 425, "fin_caractere_exclue": 919, "texte": "DANS CE NUMÉRO:\nJ. Ecorcheville ..... Lully ge ... 1\nA. Machabey La fugue, construction rythmique . , . . 28\nM. Ténéo Souvenirs de H. M. Berton .40\nLes Livres . . 53\nE. de Tidebôhl. . . . . En tournée sur le V. 58\nLE MOIS\nE. Vuillermoz Les Théâtres 65\nF. Guérillot . . . , . . . Les Concerts 70\nRevue de la Presse : 78. L'Étranger : 84 L'édition musi-\ncale : 94. Les Amis de la musique : 98.\nVARIÉTÉS\nH. L Une soirée à la G. R 99\nA Porest Virtuoses 107\nE. Ansermet. . .... 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Ecorcheville", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1345, "texte": "LULLY GENTILHOMME ET SA DESCENDANCE\n\n1\nLES FILS DE LULLY\nE vingt-deux mars 1687, Lully meurt. Sa veuve,\nMadeleine Lambert, lui survécut jusqu'en 1720. Fétis\nnous assure qu'elle fut bonne femme et apporta dans le\nménage l'ordre et l'économie ; son mari lui laissait\ngérer pacifiquement la communauté, ne se réservant\npour ses dépenses personnelles que le produit de la vente\nde ses ouvrages. Acceptons ce tableau d'intérieur. Il peut être conforme\nà la vérité, bien que le caractère autoritaire de Baptiste et son goût des\nentreprises hardies nous laisse quelques doutes. Lecerf nous a conservé\nle souvenir d'une petite scène in-extremis, qui montre une Mme Lully\nun peu revècbe. Le chevalier de Lorraine était venu voir le surintendant,\nmalade de cette insignifiante blessure de l'orteil qui devait l'emporter. Ils\nplaisantaient tous deux et Mma de Lully de s'écrier grondeuse :\n\" Oh vraiment vous êtes fort de ses amis, c'est vous qui l'avez enivré le\ndernier et qui êtes cause de sa mort ! Tais-toi ma chère femme, reprend le\nmalade, M. le chevalier m'a enivré le dernier, si j'en réchappe c'est lui qui m'eni-\nvrera le premier. \"\nPlus tard en 1711 nous verrons cette pauvre femme tomber peu à\npeu en enfance et donner lieu entre ses enfants à des scènes regrettables\nqui nécessitent l'intervention des gens de loi.\n\n1 Voir S» I. M. du 15 mai."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.4", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2008, "texte": "Quoiqu'il en soit on peut dire que la figure de Madeleine manque\nde relief à côté de celle de son mari. Il n'était pas facile de briller auprès\nd'un Lully !\nMadame Lully eut tout au moins le mérite d'une fondation pieuse\nqui nous a valu un beau buste de Lully par Coysevox, modèle d'inten-\nsité expressive. Elle fit élever dans une chapelle de l'église N. D. des\nVictoires qu'elle avait acquise à perpétuité, un tombeau de grand style\noù elle-même et ses enfants vinrent, au courant du XVIIIe siècle, recevoir\nla sépulture. Le sculpteur Michel Cotton eut la direction de ce mau-\nsolée en marbre blanc et noir, porté par six consoles, revêtu d'ornements\ndorés, et flanqué de figures éplorées, l'une munie d'une lyre, l'autre d'une\ntrompette. Au-dessus, le buste du défunt, et enfin, couronnant le tout,\nune Mort un peu théâtrale, soutenant une vaste draperie.1 Le reste de la\nchapelle était lambrissé, blanc et or, et fermé par une grille artistique,\nouvrage d'un nommé Caffin, serrurier, demeurant rue Traversière, dont\nle devis existe encore.2\nLes faiseurs de factum qui n'avaient pas désarmé, prirent naturelle-\nment occasion d'attaquer Lully et l'un d'eux imagina ces vers, assez peu\nredoutables :\nAPOSTROPHE A LA MORT\nSur le mausolée de Lully, au haut duquel est une mort.\nO mort qui cachez tout dans vos demeures sombres.\nVous, par qui les plus grands héros,\nSous prétexte d'un plein repos\nDemeurent obscurcis en d'éternelles ombres.\nPourquoi venir par ce faste nouveau,\nRenouveler la scandaleuse histoire\nD'un libertin indigne de mémoire ?\nPeut-être même indigne de tombeau !\nS'est-il jamais rien vu d'un si mauvais exemple ?\nL'opprobre de nos jours triomphe dans le temple\nOù 1' on rend à genoux hommage au roi des cieux !\nAh ! cachez pour jamais ce spectacle odieux,\nLaissez tomber, sans plus attendre,\nSur ce buste honteux votre fatal rideau\nEt ne montrez que le flambeau\nQui devrait avoir mis l'original en cendre.3\n\n1 Voir Radet, ouv. cit.\n2 B.N. Mss. Fr. 11735.\n3 Ibid. Fr. 15226 250."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.5", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2047, "texte": "La révolution, un siècle plus tard, devait accomplir, dans un esprit\nabsolument opposé, l'œuvre de vandalisme réclamée par ces énergumènes.\nEn 1796, les débris du mausolée de N.-D. des Victoires s'en allèrent\ntristement orner le Musée des Monument de Lenoir. Ils com-\nprenaient le cénotaphe avec ses statues, et le buste de Coysevox. Un\narrêté du préfet de la Seine, du 15 mars 1817, les rendit à l'église, où\nl'on peut encore les admirer, dans la seconde chapelle à gauche en venant\ndu portail. Mais, il faut, pour accomplir utilement ce pèlerinage, de fort\nbons yeux, le monument ayant été relégué très haut, au-dessus d'une\nbaie, dans la pénombre des voûtes.\nLe véritable mérite de Mme Lully, aux yeux des descendants de ce\ngrand homme, sera certainement d'avoir donné le jour aux six enfants\nque nous connaissons déjà. Ce sont :\nC ATHERINE-M ADELEINE (1663-1703),\nLouis (1664-1734),\nJEAN-BAPTISTE (1665-1743),\nGABRIELLE-HILAIRE (1666-1748),\nJEAN-LOUIS (1667-1688),\nLOUISE-MARIE (1668-1715).\nQuel fut le sort de cette postérité, dont l'histoire musicale ne nous\ndonne pas de nouvelles ? Vers quelles destinées la race de Lully s'est-elle\norientée ? Où l'ont conduite les hasards de la vie, plus puissants que tous\nles vœux paternels ? C'est ce que nous voudrions essayer de connaître, en\nutilisant quelques documents qui nous sont tombés sous la main.\nJEAN-LOUIS ET LOUIS DE LULLY\nNe nous astreignons pas à l'ordre chronologique, un peu gênant ici,\net commençons par Jean-Louis de Lully, mort prématurément, dix-huit\nmois après son père. C'est sur lui que s'était porté l'espoir musical de la\nfamille. Son frère Jean-Baptiste avait été reconnu bon pour faire figure\nd'abbé. Quant à Louis, l'aîné de tous, il n'avait paru propre à quoi que\nce soit, et les rigueurs paternelles s'étaient apesanties sur lui. Restait\ndonc ce Jean-Louis, bien jeune encore pour succéder à son père dans ses\nlourdes charges et prendre en main le sceptre de la musique française\nà vingt-deux ans. Il fut cependant pourvu de la surintendance de la"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.6", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1134, "texte": "musique de la chambre,1 ainsi que le témoigne la quittance ci-contre,\nd'août 1687, une des très rares pièces qu'il ait pu signer en sa qualité. 2\nSes fonctions auprès du plus grand roi du monde ne furent sans doute\npas immédiatement effectives. Et l'on attendit qu'il fit preuve de capacité\navant de réclamer utilement ses services à Versailles.\nIl témoigna du reste, et tout aussitôt de la meilleure volonté musi-\ncale. Dès le mois d'août de 1687 nous le voyons au château des Vendôme,\nà Anet, présider à l'organisation musicale d'une grande fête, offerte à\nMonseigneur. Pour ne point frustrer son frère aîné de toute cette gloire\nqui devait rejaillir sur le nom, Jean Louis fait une place a côte de lui a\nLouis de Lully, et chacun d'eux compose, sur des paroles différentes, une\nIdylle, dont il serait bien difficile aujourd'hui de distinguer l'auteur. Le\nMercure de France, toujours si prolixe en ses échos mondains, nous a\n\n1 Arch. Nat. KK. 214 et O1 31 p. 154. Le brevet date du 8 Juin 1687, et porte sur les fonctions de\nsurintendant et celle de compositeur de la musique de la chambre.\n2 Collection J. Ecorcheville."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.7", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2561, "texte": "détaillé ce programme abondant. Après nous avoir appris que le roi n'a\nvoulu permettre à M. de Vendôme de faire aucune dépense, et a tout\nenvoyé préparer à ses frais, par ses officiers, Mercure se hâte d'annoncer :\n\" Le Prince a fait travailler à des Idylles en musique par les deux fils de\nfeu M. de Lully, dont le cadet a la charge de surintendant de la musique du roi.\nIl y eut medianoche (c'est à dire repas après minuit) le jour que l'on arriva,\nparce que c'était un samedy au soir. On joua YEcole des femmes avant ce repas, et\nY Idylle que M. de Lully le cadet avait mise en musique, fut chantée ensuite par\nles plus belles voix de l'opéra. Je vous l'envoie ; elle est de M. Capistron. On\njoua ensuite une petite comédie intitulée les \"\nLe lendemain, après messe et déjeuner, chasse au perdreau, et chasse\nau cerf. Au retour, exécution de Yldyll de M. de Lully l'aisné, dont les\nparoles étaient d'un \" cavalier qui ne fait des vers que pour son diver-\ntissement. \" Remarquons, pour nous en souvenir plus tard, que cet\nouvrage, au dire de la gazette, \" fut fait en si peu de temps qu'il pourrait\npasser pour un impromptu. \" Le soir on rechante l'ldylle numéro i, et\nencore le mardi, le mercredi et le jeudi. L'ldylle numéro 2 n'eut pas\nmoins de succès et d'exécutions, entre des parties de chasse au cerf et\nau loup. Et Mercure de conclure ;\n\" Je ne vous dis rien du succès de la musique de ces deux Idylles. On\nn'aurait pas pris plaisir à les entendre tant de fois, si on ne l'avait trouvé bonne.\nA l'égard de celuy qui a le mieux réussi, c'est ce qu'il serait difficile de décider, il\nfaudrait pour cela qu'ils eussent mis tous deux le même ouvrage en musique !\nTout ce que je puis vous dire c'est qu'étant encore fort jeunes et ayant appris\nd'un aussi habile maître que feu M. de Lully leur père, il y a sujet d'en attendre\nbeaucoup, s'ils entreprennent de marcher sur ses traces et s'ils s'appliquent assez\npour cela... Les deux Idylles qui ont servi de divertissement à Anet, ont été\nchantées à Marly devant le roy, et elles ont eu le même succès. \"\nLes deux frères, encouragés par un aussi brillant début, mirent de\nsuite la main à un opéra de haut style \" \" qu'ils\nprésentèrent au roi dans ces termes :\nSire,\nNous venons présenter à V. M., avec une confiance entière dans sa bonté et\nune juste défiance de notre génie, les premiers ouvrages de musique que nous\navons mis sur le théâtre. C'est par un principe de reconnaissance, que nous venons\noffrir à Y. M. ce petit opéra, puisque c'est seulement l'accueil favorable dont elle"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.8", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2759, "texte": "daigna honorer à Marly les petits divertissements d'Anet, qui nous a donné la\nhardiesse de l'entreprendre et qui nous a en même temps inspiré les talents pour\nle faire. C'est cette même protection de V. M. qui avait fourni le génie de notre\npère. La nature n'avait fait que l'ébaucher en lui. Ce sont vos bontés, vos conseils,\nvos applaudissements qui l'ont perfectionné, et il n'est enfin devenu un génie\nsupérieur que parce qu'il avait à travailler pour le plus grand Roy du monde, et\nqu'il avait à plaire à un Roy d'un goût plus exquis et plus délicat, que tout le\nreste des hommes. Aussi, loin de souhaiter seulement ce génie que nous pourrions\nattendre comme un bien héréditaire, c'est votre protection seule que nous\nimplorons, sûrs d'un succès au-dessus de nos espérances, dès que V. M. daignera\njeter le moindre regard favorable sur ce que nous tenterons, ou pour ses diver-\ntissements, Sire, ou pour ceux de votre famille sacrée, toujours disposée à suivre\nla justesse de votre goût, et à accorder l'honneur de sa bienveillance à ceux que\nvous en jugerez dignes. C'est ce que nous tâcherons de mériter par un travail\nassidu et par une application continuelle à l'étude de la musique, et, plus que tout\ncela, par une soumission aveugle à vos volontés, et par un très profond respect\navec lequel nous sommes, Sire, de V. M. les très humbles et très obéissants\nserviteurs,\nLouis et Jean-Louis de Lully.\nLe ton de cette offrande est celui des grands jours. Les deux Lully,\net toute leur famille avec eux, jouaient une grosse partie, en abordant\nl'opéra. S'ils avaient pu entraîner le roi de leur côté, leur cause devenait\nbonne, sinon gagnée. Mais Louis XIV, quoiqu'aient pu dire les ennemis\ndu grand siècle, possédait un sens très précis de la musique et un goût,\naussi invariable que parfaitement exclusif. On ne le trompait pas. \" Il\nétait en état de pénétrer le plus fin de la musique \" disait un hollandais\ntraversant la France en 1665, 1 et sans savoir une note, il exécutait sur la\nguitare tout ce qu'il voulait ;2 en 171 sil étonnait encore ses contem-\nporains en distinguant parfaitement dans un orchestre le musicien qui\nfaisait une fausse note. 3 II discute de musique avec passion et tient tête\nà Madame de Maintenon aussi bien qu'au Prince de Conti. \" Voici mon\ngoût à moi, \" s'écrie-t-il après une de ces conversations animées où\nchacun, naturellement, a gardé ses convictions. Il sait très bien ce qu'il\nveut, et quand il distinguera en Lalande le successeur éventuel de Lully,\nil lui fera \" composer de petites musiques françaises, qu'il ira examiner\nlui-même plusieurs fois par jour et qu'il lui fera retoucher jusqu'à ce qu'il\n\n1 HUYGENS. Correspondance.\n2 JAL, art. Guitare.\nBONNET Histoire de la musique éd. de 1715 p. 331"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.9", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2631, "texte": "en soit satisfait. \" 1 On se tromperait probablement en considérant Lully\ncomme le bon génie musical du grand roi. C'est le contraire qui a toutes\nles chances d'être vrai, et la dédicace des deux jeunes gens n'est pas si\nloin de cette vérité, dont tout le monde avait alors l'intuition. Louis XIV\neut la fortune de rencontrer dans son surintendant un homme capable de\nréaliser l'idéal que le roi portait en lui, mais, dans cette réalisation, la\npart de collaboration royale est sans doute beaucoup plus considérable\nqu'on ne le croit généralement. Ne nous étonnons donc pas de voir le roi\nse former une opinion très nette sur Zéphire et Flore, et plaignons les\nmalheureux Lully, car cette opinion ne fut pas favorable. La pièce tomba,\naussi bien à la cour qu'à la ville. Sa première avait eu lieu le 22 mars,\nanniversaire précis de la mort de Baptiste.\nPiqués par cet échec, les deux frères se lancent dans une autre aven-\nture, plus aisée. Ils composent un divertissement, en manière d'Epitha-\nlame, pour les noces du Prince de Conti et de Mademoiselle de Bourbon.\nLe Mercure nous donne l'idée suivante de cette cérémonie :2\n\" La salle était partagée en deux ; il y en avait la moitié pour les spectateurs,\net l'autre était occupée par le théâtre. Comme le terrain manquait, M. Berrin avait\ntrouvé moyen d'épargner celui qui aurait été nécessaire pour un orchestre, et avait\nfait faire trois amphithéâtres sur le théâtre, un de chaque côté et un autre dans le\nfond. Ils étaient dans la manière de corridors avec des appuis en balustres parde-\nvant, sur lesquels on voyait de fort beaux tapis. Toute la musique était dans les\namphithéâtres de côté, et la symphonie dans celui du fond... \"\nMercure n'ose donner son avis sur l'art des Lully ; est-ce prudence ?\nEnfin Jean-Louis s'enhardit tout à fait et veut donner une idée de son\nmérite personnel en se produisant seul à l'occasion de la grande réception\nque M. le Prince offre à Chantilly à Monseigneur, à l'époque que nous\nnommerions aujourd'hui l'ouverture de la chasse.\nEcoutons encore le Mercure, qui consacre un volume entier à ces\ndescriptions extraordinaires 3 Partant ce principe que ce n est pas\ntoujours un grand spectacle seul qui divertit, mais l'enchaînement des\nplaisirs, qui, estant donnés à propos, ne fatiguent point, le duc de\nBourbon imagina toute une mise en scène, où la chasse, la danse et la\nmusique se mêlent, au milieu de la forêt. Monseigneur arrive par la route\nde Luzarche, et trouve les princes à la lisière de la forêt. Aussitôt on se\n\n1 Titon de Tillet. Parnasse François, 1742, p. 613.\n2 Juillet 1688 p. 263.\nSeptembre 1688 11."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.10", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2711, "texte": "met en chasse ; les perdreaux et les faisans tombent. La battue se dirige\nvers le château et bientôt on arrive au lieu dit \" La Table, \" sorte d'étoile,\noù se trouve dressée une estrade ornée de feuillage, selon les lois d'une\narchitecture que l'on se représente aisément. Au centre une table, garnie\nd'une corbeille d'argent soutenue par des consoles de vermeil, le tout\norné de guirlandes de fleurs. Et un seul couvert. C'est là que devait\nopérer notre surintendant. A peine le fils de Louis XIV est-il en vue que\ncommence un concert de timbales et trompettes postées dans le bois à\nune distance mesurée, afin que l'harmonie étant un peu éloignée eut plus\nde douceur. Le prince entre sous le dôme et trouve vingt-quatre\nbassins de rot, et quatre plats d'entremets autour de chaque bassin, ce qui\nfait cent vingt plats. Les mesures avaient été prises si juste qu'on peut\ndire que ceux qui servaient étaient avertis de chaque pas que Monseigneur\nfaisait, de sorte que ce prince arriva dans l'instant même qu'on venait de\nposer le dernier plat chaud sur la table. Le dauphin fait assoir les princes\net la suite. On relève les entremets chauds pour en mettre de froids, tout\nest ensuite relevé d'un service entier de fruit, avec le même nombre de\ncorbeilles, et les flancs de ces corbeilles recèlent de riches cuvettes rem-\nplies de toutes sortes de liqueurs. Un moment après que l'on eut servi le\nfruit, le bruit de guerre formé par les trompettes et timbales cessa tout à\ncoup, et dans le même instant on entendit dans la route qui était vis à vis\nMonseigneur, une harmonie de hautbois, de flûtes, de musettes et de\ndivers instruments champêtres. On l'écouta quelque temps sans avoir rien\nvu paraître ; et tout était si bien concerté, exécuté avec tant d'ordre et\ntant de justesse, qu'il n'y avait personne dans la route, qui devait être\nremplie un moment après. L'harmonie ayant diverti les oreilles, et inspiré\nde la joye pendant quelque temps, on aperçut de loin le dieu Pan, suivi\npar quatre-vingt faunes, sylvains, satyres et autres divinités, qui ont accou-\ntumé d'accompagner ce dieu dans les bois.\nToute cette troupe parut d'abord à cinq cents mètres de la table et ne se\nmit en marche qu'après que Monseigneur eut eu le temps de la remarquer.\nEt qui était ce dieu Pan, égaré dans la forêt de Chantilly, et battant la\nmesure de son thirse ? Notre cher et bien-aimé Jean-Louis, derrière qui se\npressaient toutes les divinités agrestes. Au son des hautbois, musettes et\nflûtes la marche s'avançait, et le nombre de ces joueurs d'instruments\nétait si grand qu'il remplissait trois lignes, d'ailleurs avec beaucoup d'ordre\net sans la moindre confusion. Tout était réglé comme à l'Opéra. Vingt et"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.11", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2676, "texte": "un danseurs, pourvus de massues étaient montés sur les épaules les uns des\nautres et formaient des groupes surprenants, aussi fermes que si chacun\nd eux eut été à terre. Ils étaient suivis de cinquante et un musiciens qui\nportaient chacun sur leur tête une corbeille remplie de fruits feints,\nreprésentants des fruits des bois, pignons, pommes de pin, gourdes et\nautres, qui ne sont connus que parmi les satyres, comme chacun sait. Ils\ntenaient tous une branche de chêne. Cette troupe nombreuse s'étant avancée\nvers le bout de l'allée le plus proche de Monseigneur, les joueurs de haut-\nbois se rangèrent des deux côtés de l'escalier qui montait à la table du prince,\net les danseurs exécutèrent parfaitement bien ce qu'ils avaient concerté, qui\nétait de descendre pour danser et de paraître néanmoins toujours groupés.\nPour cet effet, ceux qui étaient les plus élevés, sautaient en cadence de\nquatre mesures en quatre mesures, et, comme il n'en sautait que trois à la\nfois, on en voyait toujours trois qui formaient la même figure que les trois\npremiers. Ainsi l'allée fut toujours remplie jusqu'à ce que les trois derniers\neussent fait la même figure que les trois premiers. Les musiciens avan-\ncèrent, passèrent sous le portique de l'avenue, et se placèrent sur un tertre\ngazonné.\nUn air d'un autre mouvement, anime alors faunes et satyres, qui\nse livrent à une danse fort extraordinaire. Puis, les instruments gravissent\nl'escalier et se placent de chaque côté de la table ; les danseurs les suivent\net se mettent à exécuter autour de Monseigneur un air qui semblait\nmarquer l'excès de la joie qu'on ressentait en ces lieux de la présence de\nce prince. Enfin, il faut se remettre en chasse, et la transition se fait en\nmusique. Les instruments redescendus, trouvent, comme par hasard, des\npiqueurs endormis. Ils les réveillent aux sons d'un air de feu M. de\nLully, qui semblait fait pour la circonstance. Les piqueurs se lèvent, après\navoir fait toutes les actions qui pouvaient marquer qu'ils étaient profondé-\nment assoupis. On entend un grand bruit de cors et dans ce même instant\nun cerf vient passer. \" Si nous avions des chiens, \" s'écrie Monseigneur,\nhabitué à de semblables surprises, et qui se prête au jeu concerté pour\nlui. Aussitôt paraît la meute du Grand Prieur. \" Quel malheur, reprend\nle prince que nous n'ayons des chevaux que pour tirer en volant. \" Au\nmême instant paraissent des chevaux de chasse à courre. Et ainsi de suite...\nMonseigneur se déclara enchanté de cet impromtu, digne d'un conte\nde fées. M. de Lully le cadet se couvrit de gloire et l'on décida de\nrecommencer ce ballet champêtre lorsque la Duchesse de Bourbon et la"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.12", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2537, "texte": "Princesse de Conty douairière arriveraient de Versailles. Malheureuse-\nment ces princesses voyagèrent du nuit afin d'éviter la chaleur, elles\npartirent de Versailles aussitôt après le coucher du roi et les princes se\nlevèrent à trois heures du matin pour aller au-devant d'elles. Le divertis-\nsement n'en fut pas moins chanté le soir, dans les appartements, avec\nquelques modifications indispensables.\nMalheureusement Jean-Louis meurt le 23 décembre suivant. Et\ns'il n'était pas mort, peut-être son renom musical naissant aurait-il\neu à souffrir d'une vilaine affaire dont la procédure nous est conservée.\nNous trouvons en effet 1 la trace d'une sentence du 18 mav 1689, qui\ncondamne Louis de Lully et les héritiers de Jean-Louis à payer 800 livres\nà un sieur Vignon, maître de musique, pour :\n\" les ouvrages de musique faits par iceluy Vignon pour les dits sieurs, tant pour\nle divertissement d'Anetque pour l'opéra de affirmant ledit Vignon\nqu'il n'avait reçu aucune chose de Mgr de Vendôme, ni desdits Lully, sur lesdits\nouvrages, et que ce sont lesdits Lully qui lui en avaient donné ordre et l'étaient\nvenu trouver pour travailler auxdits ouvrages. \"\nLes considérants sont pénibles, et bien que cette histoire ait fait peu de\nbruit, elle dut cependant se savoir.\nLa faute en était moins aux Lully qu'à ce régime des charges cessi-\nbles et transmissibles, dont on ne pouvait plus guère dépouiller les pos-\nsesseurs. Le roi lui-même, si attaché à Lully, dut se trouver dans\nl'embarras. Déjà pareille difficulté s'était produite et se produisait encore\ndans la surintendance même de la musique. Les érudits savent en effet\nqu'à côté de 1 'incomparable Lully,se trouve, sur les états royaux pendant\ntoute cette période, le nom d'un musicien aujourd'hui bien inconnu, Jean\nBoesset. Ces deux confrères d'inégale valeur se partageaient la surinten-\ndance par semestre, sur le papier du moins, car en réalité Lully était tout.\nMais Boesset représentait l'hérédité. Son père Antoine Boesset le grand\nhomme de la musique de Louis XIII et son grand père Pierre Guédron\npotentat musical, sous Henri IV, lui avaient en quelque sorte acquis des\ndroits, que le roi répugnait à lui enlever. Encore doit-on dire cependant\nque Jean Boesset était musicien ; il composait avec assez d'abondance,\ndans un style vieilli, que Lully avait complètement démodé, mais qui\navait ses admirateurs. Il était d'ailleurs, ainsi que son père, conseiller du\nroi, et seigneur de plusieurs lieux en Beauce, dent il portait les noms et\n\n1 Arch. Nat. Y 14250"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.13", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2385, "texte": "les armes. Ceci pour achever de prouver que l'annoblissement n'avait rien\nd'incompatible avec le caractère d'un musicien royal. Il meurt avant\nLully mais il laisse un fils, Jean Claude, qui lui succède, et que nous\nretrouvons en ce moment précis partageant avec Jean-Louis la surinten-\ndance de la chambre. Ce dernier rejeton d'une race illustre était à peu\nprès aussi dénué de talent musical que les enfants de l'auteur de Cadmus.\nDe sorte que le Grand Roi, respectueux d'une tradition généreuse, deve-\nnait l'homme le plus mal servi de son royaume. L'hérédité avait\nplacé à la tête de sa musique des personnages qui n'avaient plus rien\nde commun avec cet art. Il fallut absolument prendre un parti.\nUn musicien se trouvait là, guettant les successions de Lully et de\nBoesset ; il s'appelait Michel Delalande. Le duc de Noailles l'avait intro-\nduit dans ce petit cercle, qui allait devenir tout puissant avec le duc de\nBourgogne. Lalande reçut le 9 janvier 1689 son brevet de surintendant \\\ncharge déclarée vacante par la mort de J.-L. Lully ; et le 15 septembre\n1690 il est nommé compositeur de la chambre 2 en remplacement du meme\nLully décédé.\nQue vont devenir les Lully ? Ils procèdent tout d'abord a la liqui-\ndation de la succession de Jean-Louis, mort sans postérité. Pourquoi la\njustice dut-elle intervenir dans ces règlements? Nous n'en savons rien. Le\nfait est cependant que les créanciers actionnèrent et obtinrent un juge-\nment 3. Il ne s'agissait que de 7,490 livres de menues factures diverses,\nréclamées par des fournisseurs : bourrelier, chandelier, rôtisseur, sellier,\nmarchand de dentelles et l'inévitable tailleur. Ces dettes infimes témoi-\ngnent chez le surintendant une situation embarassée, qui surprend, et qui\nne dut pas impressionner favorablement Louis XIV, ennemi de tout\ndésordre chez ses officiers.\nIl ne fallait pas songer à substituer en quelque façon Louis de Lully\nà son frère défunt. Ce Louis, bien que filleul de roi, avait été l'objet des\nsévérités paternelles. Lully dans son testament avait pris soin de faire à\nson sujet des déclarations précises :\n\" n'ayant que trop connaissance de la mauvaise conduite de Louis Lully, son fils\naîné, ce qui l'a obligé de le faire enfermer par autorité de justice en la maison des\n\n1 Arch. Nat. O1 33 f° 62.\n2 Arch. Nat. O1 34 f° 257.\n3 Arch. Nat. Y 14250 et B. N. Mss. Fr. 11735 f° i 36."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.14", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2645, "texte": "religieux de la Charité à Charenton, veut et entend que son dit fils demeure réduit\nà sa légitime... soit un douzième des biens... et, comme il sait qu'il y a beaucoup\nà appréhender de la légèreté d'esprit dudit sieur Lully, veut qu'il demeure enfermé\ndans ladite maison, si longtemps qu'il sera avisé. \" 1\nToutefois dans un codicille du 15 mars 2, ajouté 9 jours avant sa mort le\npère irrité s'était laissé quelque peu fléchir et avait rétabli le fils coupable,\ndans ses droits. Bienveillance imprudente dont Louis ne se montrera pas\ntrès digne.\nLa vie de cet écervelé ne nous est guère connue que par des\nprocédures du Chatelet. Elles sont nombreuses et remplissent un volumi-\nneux dossier3 elles nous montrent un aspect de l'existence de fils de\nfamille au XVIIe siècle. En 1689 Louis, âgé de vingt cinq ans, demeure\ndans l'enclos du Temple. Cette adresse a son intérêt. Au Temple, Lully\nest sur un terrain ami et sûr. Il est locataire, ou sans doute plutôt encore,\nhôte des Vendôme, grands protecteurs de son père et de sa famille. En\noutre dans cet enclos privilégié, il se trouve personnellement à l'abri des\ncréanciers, de par une législation qui remonte au moyen-âge. Ce qui lui\npermet de justifier à son aise les appréhensions de son père. Le voilà qui\nachète un cheval de selle pour 168 livres 15 sols ; il s'en déclare content\nmais ne peut le payer. Il se commande un \" habit couleur d'escarlate à\ntreisse et boutons d'or,\" et oublie de solder au tailleur les cent livres\nqu'il lui doit à cette occasion. Ou bien il signe l'obligation suivante :\n\"Je confesse avoir reçu fait marché pour un carosse au mois de chez\nMme Guyot, à raison de 21 louis d'or ; point de carosse pour la cam-\npagne ; et déferreray ses chevaux aux champs. \" Ce louage ne lui suffit\npas, et il lui faut \"un carosse doré, garni de velours à ramages à\nfond blanc et fleurs cramoisy, garni d'une seule glace de Venize et monté\nsur un traict aussi doré en partie, et de deux chevaux gris pommelés,\nayant crain, queues et oreilles bien conditionnées.\" Soit 2600 livres,\nenviron rO,OOO fcs d'aujourd'hui. Il dépense encore 5,250 livres (plus\nde 20,000 fcs) pour trois tapisseries. \" L'une à personnages, représentant\nles Métamorphoses d'Ovide façon de Flandres, contenant six pièces, de\ndeux aunes deux tiers ou environ de haut, et dix-huit aunes ou environ de\ntour ; L'autre à verdure de Flandres, en six pièces, contenant pareille\nquantité d'aunes de tour et de haut. La troisième de même, en verdures\n\n1 Testament. Publié par Campardon. L*Académie royale de musique II p. ICI.\n2 V. Radet, p. 72.\n3 Arch. Nat. Y 14250 et aussi B.N. Mss. Pièces Or. 1774."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.15", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2761, "texte": "de Flandres.\" Les créanciers se fâchent ; ils s'aperçoivent, comme le\nremarque ingénuement l'un d'eux, \" qu'il y a une grande quantité de\nsaisies, qu'il en survient tous les jours d'avantage, en sorte que la manière\ndont le sieur de Lully se gouverne, et des emprunts qu'il fait journelle-\nment, les créanciers ne seront pas payés de plus de dix années.\" Louis\nhypothèque rapidement tous ses biens, il engage la part qui lui reviendra.\nEn 1692 il est entre les mains d'un sieur Preterre qui l'assigne pour\n400 livres, dus \" pour nourriture, logement, blanchissage par lui fournis,\net à ses laquais, et argent déboursé pour fournitures et façon d'habit, et\npour prêt d'argent et marchandises.\" Son épicier lui demande un billet\nde \" 15 escus, valant 45 livres pour marchandises de caphé, bierre, vins\nde liqueurs et autres.\" Voici même un M. Louvart qui exige le rem-\nboursement de 282 livres \" laquelle somme, avoue Lully, m'a servi à\npayer un chirurgien qui m'a traité d'une maladie secrète et d'autres\nnécessités dont j'ai eu besoin.\" N'eut-il pas mieux fait de rester sous la\ngarde des religieux de Charenton ?\nAu milieu de ces prodigalités le fils aîné de Lully n'en cherchait\npas moins à recueillir les fruits de la gloire de son père. Il n'abandonnait\npas la musique. Il glissait à l'opéra le 4 avril 1690 un conçu\nsuivant les règles, et qu'il offrait au roi d'un ton repenti.\nSIRE,\nLorsque je me représente les soins assidus de V. M. pour la gloire et le repos\nde son Etat, je ne sais si je dois prendre la hardiesse de vous entretenir dans une\népitre, en vous présentant mon Orphée, et je croirais peut-être mieux faire de\nmanquer en cela la coutume, que de vous dérober la moindre de vos précieux\nmomens. Mais, comme il ne me siérait pas de vouloir paraître plus sage qu'un\nautre, j'ose dire à V. M., avec quelle confiance respectueuse j'espère qu'elle\nvoudra bien agréer ce second fruit de mon travail. Je pourrais me flatter du\nsouvenir que le premier a paru avec assez de succès. On applaudit favorablement\nau coup d'essai des deux fils du plus habile homme du monde dans cet état. On\njugea de la musique, comme de la valeur et des autres vertus, et l'on se plut à\ncroire qu'elle pouvait bien être passée aux enfants de son héros. Il y avait lieu\nd'attendre que mon frère soutiendrait par des effets cette heureuse prévention.\nMais pour moi, Sire, la présence de V. M., et son approbation qui, peut-être,\nl'aurait suivie, n'ayant pas honoré notre ouvrage, j'ai compté celle de tout le\nmonde pour rien. J'ai balancé longtemps si je me donnerais encore à cette sorte\nd'occupation, puisqu'elle n'a pas su conduire à l'unique but que je m'étais proposé.\nEt, pour persévérer dans un si louable dessein, j'ai eu besoin de l'espérance"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.16", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2505, "texte": "d'être plus heureux à y réussir. J'avouerai, Sire, que c'est une grande entreprise\nde faire chanter le célèbre Orphée. Mais s'il venait à trouver sa place parmi les\nnobles amusements que vous donnez quelques fois à votre cour, et si les chants\nque je lui ai prêté avaient le bonheur de plaire à V. M., je n'envierais pas à cet\nOrphée de la fable, les merveilles qu'elle en raconte. Et, s'il fut plus digne\nd'admirations que je ne le suis, du moins son sort aura été moins doux et\nmoins glorieux.\nLe morceau est habilement tourné. Lully insinue que le roi est\nresté par hasard indifférent aux mérites de Zephire, et qu'il aurait\nprobablement goûté cette œuvre, s'il avait daigné la connaître. Mais\nLouis fut insensible aux flatteries comme à la musique du jeune com-\npositeur. Et le public encore une fois partagea cette froideur. Orphée n'a\npoint laissé de trace dans les fastes de l'opéra français. Il n'y a guère que\nl'éditeur de la partition, J. B. Christophe Ballard, qui en ait conservé\nquelque temps le souvenir, et encore ce souvenir fut-il mauvais. Lully\nrefusa énergiquement de solder les frais de l'impression, et se laissa\nnaturellement condamner, par sentence du Châtelet du 19 avril 1690.1 Le\nmémoire présenté à cette occasion par Ballard, vaut qu'en le cite. Il nous\ninitie aux mœurs et aux tarifs des éditeurs de musique du XVIIe siècle.\n\" MÉMOIRE POUR M. LULLY L'AÎNÉ, CONCERNANT CE QU'IL ME DOIT, CE QUE\nJ'AI VENDU DE SES ET CE QUE JAI ENCORE ENTRE LES MAINS . DU\n17 FÉVRIER 1690. ■ r ■ ,V\nMondit sieur de Lully me doit pour un mémoire que j'ai fourni pour 1 im-\npression et papier de 500 exemplaires de l'opéra d'Orphée, sur le pied que j ai\ntoujours été payé par feu M. son père • 1105 livres\nPlus M. de Francines m'oblige de payer Sr Boucher relieur\nla somme de\ndont il faut que mondit Sieur de Lully me tienne compte, sans\ny comprendre 15 1- de papier réglé que jai fourni au Sr. de\nRougemont pour escrire la musique dudit opéra 15\n1,200 livres\nSur quoi j'ai reçu du Sr. Plessi pour la vente qu il a faite de 24 desdits\nopéras, savoir 18 reliés en veau, et 6 en blanc 291 1.\nNota. Il faut qu'il déduise 18 1. que j'ai payées audit Plessi à 15 sous\npièce pour les rétributions, ainsi je n'ai reçu que 273 1. • , *\nReste à tenir compte audit Sr. de Lully des 500 1. que je me suis oblige de\nlui fournir. Mondit Sr. Plessi en a payé 24, et 9 qu'il a encore entre les mains.\nPlus fourni à M. de Francines pour les présents, dont on m'oblige à payer la\n\n1 Arch. Nat. Y 14,250."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.17", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2525, "texte": "reliure 9 1. Plus donné à M. Pécour de l'ordre de M. de Lully 2 1. Plus donné\nà M. de Lully 2 1. 11 m'en reste encore entre les mains 445 1.\nReste du audit Sr. de Lully de ma part neuf exemplaires qui sont à 11 1.\n99 1. Avec la somme d'autre part de 273 1. reste 372 1.\nMondit Sr. de Lully me doit 1200 1. Reste dû par lui 828 1. \"\nAinsi Louis de Lully recevait 500 livres (environ 2000 fcs) pour\nun opéra, mais l'éditeur trouvait le moyen de lui en réclamer presque le\ndouble. Cette réclamation alla rejoindre celle des autres créanciers et\nLully, nullement alarmé, voulut affronter de nouveau cette scène de\nl'opéra, où il escomptait toujours un succès futur. Cette fois il s'associe la\nla collaboration avouée d'un musicien d'assez bonne étoffe Marin Marais,\ncidevant élève de Baptiste. Alcide voit le jour, sur des paroles de Campis-\ntron et est représenté le 3 février 1693. Mais la partition n'en fut pas\ngravée. Ballard se contenta de la vendre en copies manuscrites, avec un\ntitre imprimé ; c'était moins cher. Ici aussi, plus de préface laudative.\nLully a renoncé à séduire Versailles. D'ailleurs nous voici au moment\noù le roi, sous l'influence de Madame de Maintenon, semble dédaigner\nce spectacle dont il avait jadis encouragé l'essor. Paris ne dit trop rien\nde ce nouvel opéra, et le Mercure répond sans doute au sentiment\ngénéral à son égard en ne soufflant mot. Encore un échec pour le pauvre\nM. de Lully l'aîné !\nEntre temps cependant le fils de Baptiste se faisait applaudir chez\nles grands protecteurs de sa famille, chez les Vendôme, à Anet. Au prin-\ntemps de 1691, il reparait avec sa musique aux fêtes données en l'honneur\nde Monseigneur, et qui rappellent celles de 1687 dont nous avons vu la\ndescription. Campistron en était le grand ordonnateur avec le poete\nPalaprat.\n\" Elles commençaient toujours par de la musique, qui était le préludé d une\ncomédie. On avait rassemblé tout ce qu'il y avait de meilleur en musiciens, pour\nles voix et pour la symphonie. On chanta pendant les quatre premiers jours alter-\nnativement une Idylle de Campistron et un églogue de moi, raconte Palaprat\nqui avait été mise en musique par M. Lulli l'aîné. Et, le jour du mardi gras, le\ngrand Divertissement fut coupé par une pièce dont M. Morel, de la musique du\nroi, avait fait le chant... \"\nToutes ces tentatives n'établissaient pas une réputation, et Lully\nn'avançait pas dans le chemin de la gloire. Il n'avait que trente ans\n\n1 PALAPRAT. Discours sur le Grondeur Œuvres. (Paris 1712 T. I p. 179)."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.18", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3088, "texte": "d'ailleurs, et peut-être fit-il encore quelques efforts. Nous lisons par\nexemple dans le journal d'un contemporain, à la date du 26 janvier\n1695: \" Campistron a fait l'opéra de Clytemnestre, et M. le Grand\nPrieur a dit à Desmarets d'aider à Lully qui en doit faire la musique. \"1\nMais ce projet ne se réalisa pas et Lully disparait à ce moment pour\ntoujours de l'histoire musicale.2 On peut croire qu'il fit une fin et se\nrangea sous la loi du mariage, non sans prouver cependant encore la\nfaiblesse de son caractère.\nNous savons en effet par les archives de la famille3 que Louis avait\népousé Marthe Bourgeois, et cela contre le gré des siens. Mme Lully\nmère dans un testament de 1715, revenant sans doute sur ses premiers\nsentiments, avoue \" qu'elle approuve le mariage du Sr. Lully avec la\ndemoiselle qu'il a épousée, en tant que besoin serait, priant ses autres\nenfants d'en faire de même.\" Or le mariage ainsi ratifié doit se placer à\npeu près en 1695, car un fils en était né, qui meurt le 22 juillet 1735,\nâgé de 40 ans environ. Il s'appelait Louis-André de Lully et avait épousé\nle 26 avril 1721 Suzanne-Catherine Cartaud demeurant, comme lui à\nParis, Quai de la Mégisserie. Il apportait en dot tous les biens de ses\ngrands parents, échus à son père, et que celui-ci avait été contraint de\nlui transmettre par substitution. Suzanne reçevait 50,000 livres (soit\n200,000 frs). On connaît ces Cartaud, famille d'artistes, peintres et\narchitectes. Le grand père, Silvain Cartaud, était entrepreneur des bâti-\nments du Roy. Le père, Jean-Silvain Cartaud, se nommait architecte de\nfeu Mgr le Duc de Berry, et, chose singulière, sa femme était fille d'une\nSuzanne Bourgeois, peut-être parente de Mme Louis de Lully. Les\nThomassin, Fremin, Duburgra, qui signèrent au contrat appartenaient\ntous à cette aristocratie artistique, qui logeait au Louvre et siégeait à\nl'Académie des Beaux-Arts.\n\n* CORRESPONDANCE DE L. F. LADVOCAT, publiée par M. Ténéo dans le Mercure musical. (Année I p. 582.)\n2 C est à tort que certains historiens indiquent Louis de Lully comme ayant collaboré avec Collasse au\nBallet des Saisons. La préface de l'édition de 1695 de cette oeuvre dit expressément que l'auteur n'a pas\n\"jugé à propos de mesler la musique, qui est de feu M. de Lully avec la sienne. Il reconnait avec admiration\nque tout ce qui est de cet excellent homme ne doit souffrir aucun mélange... Il a su que ce mélange déplairait\nà la famille de M. de Lully à laquelle il est fort aise de donner toutes les marques d'estime et de respect qu'il a\npour la mémoire de cet homme incomparable.\" Il s'agit donc bien ici du Grand Lully. Quant à la\nPantomime des pages qui se trouve à la bibliothèque du roi de Prusse à Berlin (N° 2822) je n'ai pu en\nreconnaître l'identité.\n3 Archives du Chateau de Combreux en Loiret. Je saisis cette occasion pour exprimer ici toute ma\ngratitude à M. le duc de Larochefoucauld d'Estissac, qui a bien voulu m'ouvrir ce dépôt précieux, et tous\nmes remerciements à M. Guérinot, qui en fit le classement et qui voulut me guider à Combreux, en\narchiviste érudit."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 87, "texte": "FRAGMENT MANUSCRIT DE ZEPHIRE, AUTOGRAPHE PRESUME DE LOUIS DE LULLY\n[Musée de l'Opéra.)"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.20", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2626, "texte": "Louis-André faisait donc un mariage honorable, et réparait ainsi les\ndésordres de son père. Malheureusement, il meurt sans postérité, et après\navoir soutenu contre son père de fâcheux procès, que la famille et les\namis terminèrent par une transaction.1\nLouis de Lully était mort lui-même le ir avril 1734, un an avant\nson fils. Et de cette branche aînée, comme de la branche cadette aucun\nrejeton ne put continuer dans les siècles le nom si glorieusement porte\npar le Florentin.\nJEAN BAPTISTE DE LULLY\nCelui-là était le second fils du grand homme. Né en 1667, il avait\nété destiné à l'église. Fétis le fait étudier à St. Sulpice, hypothèse vrai-\nsemblable. Il fut sûrement pourvu d'un bénéfice de fort bonne heure. Le\n14 mai 1678, le Roy partant de St. Germain, pour les Flandres, avec\nMonsieur, fait don \" au second fils de Htlaire\nvacante par la mort de /'abbé de la Barre, officier de la chapelle.\nJ. B. Lully avait 14 ans, et succédait à un fort habile organiste 3 que la\nmusique aussi avait conduit au petit collet, et dont le pere avait ete un\ndes premiers clavecinistes de la vieille cour. Son abbaye se trouvait a\nSt.Hilaire de l'Aude, et dépendait de l'ancien diocèse de Carcassonne \\\nElle avait été fondée en 780, et résista jusqu'à la révolution. Mais\nLully troqua bientôt ce bénéfice, contre un autre plus rapproché de Paris,\ncelui de St. Georges sur Loire, près d'Angers. L échangé se fit en 1687\net avec Louis Monteil de Grignan, évêque de Carcassonne, qui préféra\npeut-être une abbaye de son diocèse à celle de la Loire. 5\nEn outre, il portait parfois le titre d'abbé de St. Medard, petite\nparoisse de Vitry aux Loges, près Combreux en Loiret. Et enfin, nous le\ntrouvons aumônier de Monsieur frere en 1695. 6\n\n1 Archives de Combreux.\n2 RECUEIL DES GAZETTES NOUVELLES... (Paris 1679 in 40 p. 400).\n3 Joseph Chabanceau de la Barre, dit l'abbé de la Barre. .\n4 Ce qui explique pourquoi, dans l'inventaire après décés de Lully, elle est mentionnée comme St. Hilaire\nde Carcassonne.Je dois ici remercier M. Fabbé Sabarthés de Narbonne, qui m a donné d utiles indications.\n5 Voir GALLIA CHRISTIANA (Paris 1756 T. XIV p* 716) et MAHUL, Cartulaire de Carcassonne. (T. V.) -\nCes ouvrages contiennent peu de détails et il serait à souhaiter que la vie de Lully abbé commendataire fut\ndéfinitivement précisée. Voir aussi P abbé CHEVALIER : Notice historique sur l'abbaye de St. Georges sur Loin\n(Mémoires de la Société impériale d'agriculture, sciences et arts d'Angers, 1858 nouvelle période. T. I.), qui\nplace Lully bien tard dans la chronologie.\n6 ARCH. DE L'OPÉRA. Quittance du 7 novembre 1695.\n2"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.21", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2619, "texte": "A l'encontre de ses frères, Jean Baptiste n'attire pas sur lui l'atten-\ntion de l'histoire dès la mort de son père. Il nous faut attendre les der-\nnières années du siècle pour le voir prendre part efficacement aux ambi-\ntions de la famille. En 1695-1696 il cède son abbaye de St. Georges à\nJ. L. Caton de Court, et il met de l'ordre dans ses affaires, probablement\ndélabrées, en obtenant main levée de toutes les saisies qui pesaient sur\nses biens 1. Ces actes ont tout l'air d'annoncer un événement ? Et, en effet\nle 2 février suivant se produit un petit coup de théâtre, sans doute habi-\nlement préparé.\n\" Le Roi, nous disent les archives, étant à Versailles, et bien informé de\nl'application que Jean Baptiste de Lully donne depuis quelques années à la com-\nposition de la musique, où il a commencé de réussir par des pièces qui font juger\nqu'il pourra, à l'exemple de feu Sr. de Lully, son père, se perfectionner en cet art,\nS. M. a eu pour agréable la démission de J. B. Boesset, faite en sa faveur de la\ncharge de surintendant de la musique de sa chambre. Et, à cet effet, S. M. a\nretenu et retient ledit Lully audit état et charge de surintendant, vacante par la\ndémission du Sr. Boesset \" 2\nL'abbé obtenait ce que son aîné s'était toujours vu refuser, et il\nreliait la chaîne, un instant interrompue des Lully surintendants de la\nmusique royale. Cette faveur il la devait à son caractère ecclésiastique\nplutôt encore qu' à son application musicale, ou même qu'à son mérite\npersonnel, nous le verrons bientôt. Aussitôt promu J. B. L. s'applique à\ndonner une haute idée de ses talents, et à plaire au monarque. Faire sa\ncour avec un opéra, il n'y faut plus songer, en ces temps austères. Et\nl'abbé serait mal venu à célébrer le triomphe de l'amour devant Madame\nde Maintenon. Faut-il se rabattre sur une simple cantate, faut-il essayer\nde cette musique instrumentale, que Rebel et Couperin cherchent à\nmettre en vogue ? Ce serait aller contre le et contre la tra-\ndition léguée par Lully même ! Il convient cependant de frapper un\ngrand coup, et d'atteindre de suite ce pathétique grandiose, que le roi\npréfère à tout.\nEst-ce Lully lui-même qui eut l'idée géniale de se tirer d'embarras\npar une œuvre hybride, tendancieuse et pourtant charmante qui s'appelle\nLe triomphe de la Raison sur F amour ?3 Est-ce lui qui mit aux prises en\n\n1 Main levée par P. H. Duparc, du 11 janvier 1696. (Minutes de M. Godet, Notaire à Paris.)\n2 Arch. Nat. O 1 40. p. 25.\n3 LE TRIOMPHE DE LA RAISON SUR L'AMOUR, pastorale mise en musique, représentée devant S. M. à\nFontainebleau le 25 octobre 1696. (Ballard in-40 obi.)"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.22", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2432, "texte": "une sorte d'opéra-cantate, sans décor, sans pompe mais pas sans musique,\nla déesse Raison et la tendre Galanterie ? Tentative hardie, qui sentait\nSt. Cyr d'une lieu, et dont on voit l'inspiration directe tout à côté du\nroi vieillissant, mais tentative qui réussit, et qui eut l'honneur d'une\nremarque de Dangeau : \" Le fils de Lully a fait chanter hier devant\nle roi et toute la cour un divertissement dans le goût et dans la manière\nde son père ; le roi en a paru très content et le loua fort.\" 1\nLully avait donc le droit de manifester une satisfaction qui perce\ndans la dédicace de sa partition :\nSIRE,\nJe prends la liberté de présenter à V. M. la Pastorale qu'elle a bien voulu\nentendre à Fontainebleau. L'approbation qu'elle luy a donnée, est la récompense\nla plus glorieuse que j'en pouvais recevoir et la seule à laquelle je sois véritable-\nment sensible. Je suis très persuadé, Sire, que je n'aurais pu réussir dans ce petit\nouvrage si je n'avais été excité par un aussi puissant motif que celui de plaire à\nV. M. Une si belle ambition tient souvent lieu de génie, et peut élever des\ndispositions médiocres ; j'ai succédé à feu mon père dans cette noble émulation.\nC'est par la vue qu'il avoit de ne rien faire qui ne fut du goût de V. M., et par\nles soins qu'elle a eu de le faire travailler, qu'il s'est élevé au-dessus des personnes\nde son art Je seray trop heureux, Sire, si je puis par mon application me rendre\ndigne de ces mêmes bontés. Je ne suis occupé que du soin de les mériter, et je ne\ntrouve bien employés que les momens qui peuvent me conduire à un si glorieux\navantage\nJEAN-BAPTISTE LULLY.\nPourquoi ce beau début n'eut-il pas de lendemain ? L'abbé était-il\ndonc si peu sûr de son art qu'il dut attendre onze ans avant de se\nproduire à nouveau. Du moins n'avons nous pas trouvé trace de son\nactivité musicale entre 1696 et 1707. Et, àce moment, ce n'est plus une\npastorale qu'il nous invite à entendre mais un Concert de violons et haut-\nbois donné au souppé du Roy le 16 janvier\nhautbois de S. M.2Nous voici loin de l'auguste Raison; l'héritier de\nl'opéra se contente d'une musique de table, non pas mauvaise certes, et\nsemblable à toute autre de son temps, mais un peu humiliante cependant\npour le fils de l'auteur d'Armide !\nLes années passent et il faut arriver à 1721, pour trouver dans le\n\n1 Mémoires. VI.\n3 Copié par Thtlidor V aîné. (Bib. du Conservatoire. Collect. Phil. XXXVI)."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.23", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2325, "texte": "Mercure1 la note suivante : Samedy M.\nVendôme rue de Varennes, avec la musique\nsurintendant de la musique de S. M. Le\nEn réalité Lully n'était plus surintendant que de nom. Il avait\nobtenu le 15 juin I7i72ce qu'on appelait alors un brevet d'assurance,\nc'est à dire la certitude de pouvoir, avec l'agrément du roi, céder sa\ncharge au cas ou il viendrait à donner sa démission, et pour une somme\ndéterminée, qui se trouvait fixée à 25,000 livres (soit 100,000 fcs).\nCette démission survint le 17 novembre 1719 3 en faveur de Collin de\nBlamont, musicien de cour, artiste assez pâle.\nPas plus à Paris, qu'à Versailles, ou à Fontainebleau, le surintendant\nn'avait pu remplir son véritable rôle. Ses collègues eux-mêmes le con-\nsidéraient comme un musicien peu diligent. Un document de l'ancien\nrégime nous l'apprend. Lorsqu'en 1768 s'éleva une contestation entre\ndifférents fonctionnaires de la musique royale, des rapports furent de-\nmandés par la cour.4 Ils nous disent :\n\" Lully savait à peine la musique et personne n'ignore qu'il n'avait obtenu la\ncharge de surintendant que par considération pour les talents de son père, et sous\nla condition qu'il travaillerait à se mettre en état d'en remplir les fonctions, dont\nle feu roy chargea alors Lalande, qui a exercé la charge de Lully fils, jusqu'à ce\nque ce dernier ait eu Blamont pour survivant. Au sacre de Louis XV, en 1722\nLully voulant assister en personne, pour faire acte de surintendant, Blamont son\nsurvivant, le suivit à Reims, pour le service du Lully ne pouvant\npas exercer...\"\nTelle est la physionomie, assez mince du second fils de Lully,\ntracée d'après les documents impartiaux. Si nous voulions connaître d'un\npeu plus près le personnage, nous pourrions ouvrir les volumineux\ndossiers d'un procès qu'il eut à soutenir contre l'éditeur des œuvres de\nson père, contre l'un de ces Ballard, qui durant deux siècles, emplirent\nla musique française de leurs récriminations. Jean Baptiste comme\nLouis s'était heurté à eux et à leur monopole de seuls imprimeurs du\nroi pour la musique. Voici l'affaire, racontée par Ballard lui-même dans\nun factum assez précis, mais qu'il faut savoir lire\n\n1 Mercure de septembre, p. 213.\n2 Arc h. Nat. O1 61 p. 99.\n3 Ibid. O1 63 p. 317.\n4 Arc h. Nat. O1 842.\n5 Bib. Nat. Fr. 22072, f° 29. Voir aussi : Arch. Nat. Y. 279."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.24", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3320, "texte": "\" Jean Baptiste Lully, Père, avoit obtenu par Lettres Patentes du 20 septembre\n1672 le Privilège de faire seul imprimer pendant l'espace de trente années, à compter\ndu jour de l'lmpression achevée, les Opéra qui ont rendu son nom si célèbre.\nCe Privilège a esté partagé après sa mort, entre sa Veuve et ses enfants, dont\nquelques uns ont vendu leurs parts, qui faisoient portion de leur Patrimoine : Et\nentre autres le sieur Louis Lully frère du Demandeur, qui a traité de la sienne\navec Ballard et avec un autre Particulier. Jean-Baptiste Lully son frère, peu\ncontent de celle qui luy estoit echûë, a trouvé moyen d'enlever sur de faux\nexposés celle de ses Cohéritiers et de leurs Acquéreurs, et a obtenu un Privilège le\n2 Avril 1707, de faire seul imprimer les Opéra de son Père, a condition d'en\ndonner deux au Public par chaque année.\nContraint de recourir à Ballard pour l'lmpression, il luy fit des propositions\nsi ridicules, qu'il estoit aisé de voir que son but principal estoit de le dégoûter.\nOutre qu'il ne luy offroit, pour l'lmpression, qu'un prix beaucoup plus bas que\nceluy qu'on a coûtume d'en payer, il exigeoit que, pendant qu'elle se feroit, il y\neût dans l'lmprimerie un homme de sa part, en qualité de surveillant, qui pût en\nson absence sceller les portes et les fenestres du cachet de son Maistre : Ensorte\nque, s'il eût plû à cet Inspecteur de nouvelle fabrique, de s'absenter volontaire-\nment ou par débauche, l'lmprimerie de Ballard, composée de quinze ou seize\nouvriers et de cinq Presses, sur lesquelles roullent plusieurs ouvrages de diffé-\nrentes espèces, seroit demeurée dans une entière inaction. Aussi Ballard refusa-t'il\nde se soûmettre a des conditions si bizarres et inconnues jusques icy parmy les\nImprimeurs. *-\nLully, qui n'attendoit que ce refus, le fit assigner au Conseil, le 2 may 1707\npour voir dire que, faute par luy d'acquiescer à ces demandes exorbitantes, il seroit\npermis a luy, Lully, de faire imprimer les Opéras par qui bon luy sembleroit, et de\nfaire fondre, à cet effet, des caractères de musique au préjudice du Privilège que\nBallard et ses Ayeux possèdent depuis près de cent soixante ans, de faire seuls\nimprimer les Ouvrages de Musique dans tout le Royaume : Et ce par Lettres\nPatentes du Roy Henry 111, données le 16 Février 1552, renouvelées par les Roys\nses successeurs, et confirmées par le Roy Loûis le Grand le 28 Avril 1678 en\nfaveur de Christophe Ballard, & le 5 octobre 1695 en faveur de Jean-Baptiste-\nChristophe Ballard son fils, reçû en survivance.\nCe dessein de donner atteinte au Privilège de Ballard, pour profiter de ses\ndépoûilles, a esté le mobile de tous les mauvais procédez que Lully tient depuis\nquelques mois à son égard : Mais ce fut envain qu'il prétendit y réussir dans le\npremier Procès intenté au Conseil. Se voyant près d'y succomber, il fut forcé de\ndonner les mains à une Transaction, dont les Juges, pour le bien de la paix,\nvoulurent eux-mêmes dicter les Chefs. Elle fut signée le 4 Juin 1707> homologuée\npar Arrest du Conseil le 27 du même mois, et portoit entre autres conditions.\nQue Lully presenteroit à Ballard deux Opéras par chaque année et luy en\npayeroit le prix de douze livres la feuille, pour la quantité de cinq cent cinquante\nExemplaires, de quatorze livres pour celle de sept cent cinquante."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.25", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3148, "texte": "Que Ballard n'en pourroit tirer plus grand nombre, sous les peines portées\npar le Privilège, et que pour la sûreté réciproque des deux Parties, lorsque les\nExemplaires seroient livréz, la première fetiille de chacun, seroit paraphée respec-\ntivement, par Lully et par Ballard.\nEn exécution de cette Transaction, l'impression de l'Opéra de Proserpine,\nfut commencée et s'acheva malgré toutes les chicanes que Lully affectoit de faire\nnaître à tout moment, tantôt sur les Epreuves, tantôt sur le prix de la première\npage, et tantôt sur la manière de faire les payements. Car Lully prétendoit ne\ndevoir payer qu'en Billets de monoye, les sommes que Ballard vouloit bien avancer\npour luy, en espèces sonnantes.\nLorsque l'lmpression fut finie, il fut question de parapher les Exemplaires\npour les livrer. Et comme il estoit de la derniere importance pour Ballard que ce\nParaphe se passât fidellement, il requit Lully selon la coûtume recûë dans toutes\nles Imprimeries, de se transporter dans la sienne, pour y procéder avec luy, Lully\nqui avoit des vûës plus détournées, ne pût se résoudre à accepter ce party, et\nexigea opiniâtrement que le Paraphe se fît chez luy. Ballard qui estoit dans la\nbonne foy, proposa à Lully pour lever les difficultez, de luy envoyer les sept cent\ncinquante premières feûilles afin qu'il les Paraphât chez luy : ensuite de quoy\nBallard, après les avoir retirées, les Parapheroit de sa part, dans son Imprimerie,\net luy remettroit les sept cent cinquante Exemplaires parfaits et paraphez. Cet\nexpédient est celuy dont le Sieur Guyenet a coûtume d'user en semblables\nconjonctures, ne pût encore estre goûté par Lully : En sorte que M. l'Abbé\nBignon qu'il avoit sans cesse fatigué par ses prétentions mal fondées, pendant le\ncours de l'lmpression et qu'il importunoit encore en cette rencontre, exhorta\nBallard de céder, et de faire porter les Exemplaires chez Lully : ce que Ballard\nfit par respect, et sans prévoir le mauvais usage que Lully devoit faire de cette\ndéférence.\nOn s'assembla donc pour le Paraphe dans la Maison de ce dernier qui\ns'estoit fait assister de son Valet, et de quelques uns de ses amis. On y travailla\nsans relâche depuis midy jusques à sept heures du soir, et ce fut avec tant de\nlassitude des deux parts, que Lully propose luy-même plus d'une fois à Ballard,\nde remettre la continuation du Paraphe au lendemain. Rien de plus aisé dans\ncette confusion, que de soustraire ou de laisser échaper au Paraphe quelque\npaquet d'Exemplaires. En effet, il en est resté quelques uns de non-Paraphez\nentre les mains de Lully. Et c'est sur ce fondement qu'il a entrepris de perdre le\nSuppliant de biens et d'honneur, pour avoir lieu d'envahir l'lmpression de\nMusique.\nIl se croyoit tellement assuré de la réussite, que quelques jours après la\nlivraison des Exemplaires, et long temps auparavant qu'il y eût aucune Saisie de\nfaite, il repandit en différents endroits, même dans les Caffez et dans le Parterre\nde l'Opéra ; que Ballard estoit un fripon, qu'il avoit fait tirer un grand nombre\nd'Exemplaires au delà de celuy dont on estoit convenu, qu'il les vendoit et\nfaisait vendre à son préjudice."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.26", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 3217, "texte": "Bien plus, des le 10 Janvier 1708, il fit signifier à Ballard un acte par lequel,\nil lui déclaroit, n'entendre faire imprimer aucun Opéra, pendant le cours de cette\nannée : quoy qu'il fut tenu par son Privilège d'en faire imprimer deux par an.\nEnfin il résolut de procéder aux Saisies qu'il concertoit depuis si longtemps.\nLa première qui est de quatre Exemplaires non Paraphez et qui a esté faite\npar le Commissaire la Vergée le 19 Janvier, est demeuré soigneusement cachée,\njusques au départ du Sieur Pinaut, sur lequel on avoit saisi. Cet homme qui dans\nle Procès Verbal déguisé ses qualitez et feint de ne point connoître Lully (ainsi\nque Lully dans sa plainte feint de ne le point connoître) est néanmoins lié d'une\nétroite amitié avec luy. Il dit qu'estant un jour au Caffez de la un\nparticulier de luy inconnu, luy proposa de luy faire vendre des Exemplaires de\nl'Opéra de Proserpine, à meilleur marché qu'on ne les vend à la porte de l'Opéra ;\net qu'en conséquence, une Femme inconnue en apporta quatre chez luy Pinaut,\nqui luy en paya le prix de quarante livres.\nLa seconde Saisie du 28 Janvier, n'est que d'un Exemplaire imparfait, et a\nesté faite vers les onze heures du matin, sur la Veuve le Jaron Revendeuse de\nlivres, étallant au Quay de l'Ecole, vis a vis le Guichet \"\nLa plaidoirie développée, que Ballard, fit imprimer par avance,\ncomme d'usage, est infiniment plus piquante encore et plus riche en\ndétails accablants pour le pauvre Lully. Nous y voyons par exemple:\n\" Lully demeure dans la maison du Sr. Genest, et n'y n'a ny ménage ni servante, de\nsorte que pour éviter d'aller deux fois le jour à l'auberge, il mange ordinairement\nchez le même Genest. Trouverait il bon qu'on lui allégat pour prouver cette\nhabitude, que pendant le caresme qui vient de finir, il y a fait porter tous les\njours son poulet à la collation, accordant la plupart des diners à la Dame chez\nlaquelle il allait manger une soupe grasse ? A l'égard de son mérite, on\nconvient qu'il a celui de porter ou plutôt de traîner le nom d'un grand musicien.\nC'est sans doute le seul qui pourrait le faire souffrir par ces personnes de qualité\net de distinction dont il se vante d'être applaudi. Cependant quelques unes ne\nl'ont pas plutôt connu à fond, qu'elle lui ont fait refuser leur porte. On ne parle\npoint sans fondement, et Lully en conviendra lui-même, s'il se souvient du\net du bal d'Orléans.\nOn lui a objecté que le dérangement causé dans ses affaires par sa mauvaise\nconduite avait pu le porter à usurper, sous un faux exposé, un privilège qu'il\ndevait partager avec ses cohéritiers et leurs acquéreurs Que répond-il à cela ?\nRien autre chose, sinon qu'il doit passer pour un homme parfaitement désintéressé,\npuisqu'il a remis au roy une abbaye de 8,000 livres de rente. Belle manière de se\njustifier! Croit-il donc parler à des gens fraichement débarqués d'un autre monde?\nEt présume-t-il qu'on ignore de quelle manière la chose se passa ? 11 est vrai que\nle Révérend Père de la Chaise crut devoir l'exhorter à renoncer à un état pour\nlequel il avoue lui-même, ainsique tout le public, qu'il n'avait point de disposition.\nQuant aux raisons très sérieuses qu'on eut de l'en faire sortir, Ballard se"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.27", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2194, "texte": "dispensera de les relever, parcequ'il ne veut point entrer dans ce qui regarde le\ndérèglement des mœurs.\nEt le plus surprenant c'est qu'il se soit mis à la tète de cette cabale, lui\nqu'on sait n'avoir pas encore ennuyé le public par des ouvrages tirés de son propre\nfonds. Aussi n'a-ce pas été le désir de s'acquérir quelque réputation qui l'a fait\nrésoudre à s'embarquer dans cette entreprise. C'est la seule avidité d'un profit\nqu'il se figure être immense, quoiqu'en médiocre, et qu'il sent être très\nnécessaire à soutenir sa fortune chancelante.... 'n\nTous ces racontars, inspirés par une défense habile, ne doivent pas\nêtre admis comme articles de foi. Cependant ils suivent d'assez près, dans\nleur malignité, les faits que nous connaissons, et ils en donnent une\ninterprétation vraisemblable, si l'on veut. Ainsi donc, S*1 George sur Loire\nrapportait 8000 livres à son commendataire, et la cession de 1696 aurait\nété imposée à Lully, au moment même ou le brevet de surintendant lui\nétait accordé, en forme de compensation ! Ainsi donc l'abbé, si nous\ncroyons Ballard, n'était l'auteur ni du ni du\nde 1707. Et cette petite manifestation de 1707, à Versailles, coïncide\nheureusement avec le privilège qui permet à Lully de réimprimer les\nœuvres de son père ! La musique apparait ici au service de l'intrigue.\nNous aurions un Jean-Baptiste macchiavélique, d'assez piteuse mine, et\nde friponne allure !\nOu est la vérité ? Les juges de 1708 ne la trouvèrent pas, et renvo-\nyèrent simplement les parties dos à dos, déboutant Lully de toutes ses\nprétentions. Il se tint en repos ; il faut le croire du moins. Il meurt en\nmars 1743, laissant à ses héritiers 112, 444 livres, près d'un demi million\nde notre monnaie, ce qui n'est point si mal, pour un homme brouillé avec\nl'argent comptant !\nLa musique ne voulut pas sourire aux fils de Baptiste. Elle avait\népuisé toutes ses grâces pour le père. Et pourtant ces trois hommes qui\nl'un après l'autre courtisent le même art, avec une insistance singulière\nlaissent un bagage assez volumineux d'oeuvres manuscrites et imprimées.\nEn voici le tableau :\nIDYLLE D'ANET 1687, par Jean-Louis\nIDYLLE D'ANET 1687, par Louis\n\n1 Ibid. f° 14 à 29."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.28", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2291, "texte": "ZEPHIRE & FLORE 1688, par Jean-Louis et Louis\nEPITHALAME de 1888, par Jean-Louis et Louis\nFÊTE DE CHANTILLY, 1688, par Jean-Louis\nORPHÉE, 1690, par Louis\nBALLET D'ANET, 1691, par Louis\nALCIDE, 1693, par Louis\nLE TRIOMPHE DE LA RAISON SUR L'AMOUR, 1696, par Jean-Baptiste\nCONCERT POUR LE SOUPER DU ROY, 1707, par Jean-Baptiste\nBALLET DES VENDÔME, 1721, par Jean-Baptiste.\nSoit, en tout, onze partitions, dont huit en l'espace de dix ans.\nToutes ces œuvres ne nous sont pas parvenues, du moins n'ai-ju pu les\nretrouver toutes. Les deux premiers Ballets cTAnet paraissent être conser-\nvés, dans le volumineux recueil de Ballets Vm6 5 (f° 278) de la Biblio-\nthèque Nationale, mais en partie de violon conducteur seulement. Par\ncontre X Epithalame et la Fête de Chantilly1 nous manquent. Peut-être la\npremière de ces partitions est-elle celle de XAmour et l'Hymen que Fétis\nattribue à Colasse et que je n'ai pu encore rencontrer. et le\nTriomphe existent. De même le Concert de la collection Philidor. Mais\nl'œuvre de 172 1 reste introuvable. On doit en dire autant du\nde 1691. Au XVIIIe siècle on le cherchait en vain déjà. \" Les exactes\nrecherches qu'on a fait pour trouver cette petite pièce, dit l'éditeur des\nœuvres de Campistron 2 ont été inutiles. En voici un léger phragment ;\nil fait regretter le reste :\nChaque instant me découvre en elle\nQuelque beauté nouvelle\nDes plus charmants bergers elle attire les vœux ;\nMais elle est encore plus fidèle\nQue belle. \"\nLe lecteur ne partagera pas ce regret, surtout s'il songe que les\nœuvres des Lully avaient toutes les chances de ne pas être de leur com-\nposition. Aucun de ces jeunes gens, que la mort du père surprenait\nn'était préparé à la lourde mission de représenter devant le monde entier\nla gloire de la musique française, et à jouer, auprès du plus grand des\nrois, un rôle de premier plan. Leur père le savait bien, lui qui, dans son\ntestament avait formellement prescrit à son élève et familier Colasse de\n\n1 Je sais très grand gré à M. Maçon, Péminent conservateur du Musée de Chantilly des recherches qu'il\na faites sur place, à ma demande, pour retrouver cette musique, et qui malheureusement n'ont pas donné de\nrésultat.\n2 ŒUVRES COMPLÈTES. Nouvelle éd. (Paris 1750. 3 vol. in-120). T. I Avertissement p. 111."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.29", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2651, "texte": "rester le conseiller musical de la famille. Colasse n'avait rien d'un génie,\nmais il connaissait la manière du maître et cette technique particulière,\nassez aisée d'ailleurs, qui donnait à l'opéra son lustre et sa solidité. En\noutre il avait en portefeuille une série d'airs et de fragments que l'in-\nspiration de Lully avait rejetés et ce matériel devait suffire à l'exploita-\ntion d'une carrière musicale encore assez féconde. Grâce à Colasse, on\npouvait encore faire du Lully pendant longtemps. L'histoire raconte,\nsans en donner aucunement1 les preuves, que les fils Lully se brouillèrent\navec ce confident de leur père, et que Colasse, après avoir plaidé contre\neux, disposa de son côté, et pour lui-même, de son expérience et de ses\ndocuments.1\nIl faut donc admettre, après tout ce que nous savons de Louis et de\nJean Baptiste Lully, que les œuvres signées de leurs noms réclamèrent une\ncollaboration constante. Nous avons vu à l'œuvre le nommé Vignon en\n1687, puis Marais en 1693. Il est possible que tantôt Colasse, tantôt\nLalande aient été mis à contribution. Le\nrAmour, qui est de beaucoup la meilleure production de cette officine,\npourrait peut-être appartenir au jeune Campra, nouvellement arrivé à\nParis, et qui brûlait de se faire connaître. Le goût du pittoresque qui se\nrencontre dans cette œuvre, le charme aisé de la mélodie, la bonne tenue\nde l'ensemble, tout dénote ici un musicien de race. De nos jours encore\ncette Pastorale se soutient fort bien dans un salon 2 et elle peut passer\npour une sorte de modèle de la musique de cour telle que le XVIIe siècle\nla concevait. L'inspiration générale appartient au style de Lully, mais\nla manière est d'un moderne, qui connaît les Italiens, et qui annonce\nLagarde et Rameau. Le contraste de la Raison et de la Galanterie\namoureuse prête à des effets variés, presque romantiques parfois, tels ces\nSonges, où les esprits follets viennent voltiger autour de la bergère assoupie.\nLes chœurs sont massifs à souhait et forment la partie charnue de cette\nœuvre un peu pouponne mais pleine d'attrait.\nIl ne saurait donc être question d'analyser le talent musical que les fils\nde Lully n'ont jamais eu. Jean-Louis, mort à 21 ans, Louis, fêtard enragé,\nJean Baptiste, abbé d'occasion, ont démontré, une fois de plus, que le\ngénie n'est pas transmissible. Tout au moins auraient-ils pu sauver la face\n\n1 La vie de Colasse mériterait une étude sérieuse. Tout ce que nous en savons actuellement vient de Fétis.\n2 L'expérience a été tentée par la Société Internationale de musique en deux auditions données à la\nBibliothèque Nationale au mois de juin 1906 et qui ont parfaitement réussi."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.30", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 909, "texte": "et continuer habilement l'exercice des charges musicales de leur pere. Ils\nvoulurent au contraire jouer les grands seigneurs sans en avoir l'étoffe, et\nla musique, entre leur mains, devint un art de vénalité, un moyen de\nsoutenir une ambition ridicule. Cette spéculation artistique, menée sans\nbonne foi, ne leur réussit pas. Malgré la faveur des Vendôme, et la pro-\ntection des amis de Baptiste, leur situation fut celle de fils de famille\norodigues et déconsidérés. Ils n'ont pas laissé de postérité, et dès 1750\n; e nom de Lully n'était plus porté par personne.\nSeules les filles du grand homme surent tenir leur rang sans déchoir.\nDeux d'entre elles eurent des alliances particulièrement brillantes et leur\nlignée fait, de nos jours encore, très grande figure dans l'aristocratie fran-\nçaise. Elles méritent donc que nous leur consacrions quelques pages.\n(à suivre)\n\nJ. Ecorcheville."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c009", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 31, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.5", "titre_corps": "LA FUGUE EST UNE CONSTRUCTION RYTHMIQUE", "titre_sommaire": "LA FUGUE EST UNE CONSTRUCTION RYTHMIQUE", "signature_source": "A. Machabey", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1942, "texte": "LA FUGUE EST UNE CONSTRUCTION RYTHMIQUE\n\nJ avais, dans une récente étude, laissé entendre que la construction\nde la fugue était dominée par le rythme et non par la tonalité, comme\non l'enseigne assez généralement.\nJe crois nécessaire d'entrer dans le détail pour exposer ce que\nj'entends par construction rythmique, et de démontrer d'une manière\naussi claire et aussi probante que possible que la fugue ne s'explique pas\npar la tonalité, mais tire son unité et sa puissance émotive de l'équilibre\ndes organes qui la constituent.\nSans doute, je vais atteindre dans le vif bien des théories, froisser\npeut-être bien des croyances ; cependant, il ne sera pas inutile en l'an\n1911, de faire oublier des formules désuètes, mais consacrées par 300 ans\nd'usage et de mettre au jour ce qu'il y a d'éternel, d'immuable dans\nl'œuvre d'art : la structure, le rythme, la proportion, sur quoi peuvent\nse déposer comme des cristallisations simples ou compliquées, les mélo-\ndies les plus étranges, les tonalités les plus dissemblables et les harmonies\nles plus mornes comme les plus passionnées.\nPour provoquer et justifier l'oubli de ces vieilles recettes de l'école,\nje suis obligé d'établir une démonstration quasi mathématique et de\nconduire le lecteur pas à pas à travers le dédale d'une des plus longues\nfugues de Bach : mais il sera récompensé, je pense, de cette aride investi-\ngation, lorsqu'il verra quelle lumière se répand dans l'édifice, au premier\nabord un peu obscur, qu'éleva le vieux Cantor, et qu'il constatera\nl'ampleur et la logique de la définition que nous serons amenés à proposer\npour la fugue.\nLa pièce que nous allons analyser est la première Fugue du\nvolume 111 des œuvres d'orgue de l'édition Peters.1 Je l'ai choisie sim-\n\n1 L'analyse à laquelle nous allons soumettre cette fugue convient pour n'importe quelle autre fugue de\nBach et conduit aux mêmes résultats. Les préludes étudiés avec une méthode analogue que ce soient des"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.32", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2368, "texte": "plement parce qu'elle est assez souvent proposée et commentée dans les\nclasses, et que, par conséquent, on saisira mieux la différence qui sépare\nl'interprétation habituelle de celle que j'en donne.\nCe qu'on remarque tout d'abord c'est la division de cette fugue en\n3 fragments bien distincts, séparés par de doubles-barres et dotés de\nmesures différentes :\nle lerIer | le 2e f le 3e V-.\nCette fragmentation ne correspond nullement à des tonalités différentes\ncomme on pourrait le croire, mais à des motifs et à des rythmes\nnouveaux ; le 2me fragment débute en mi b ton général de la pièce et le\n3me qui s'annonce en ut mineur s'oriente immédiatement vers le ton\ngénéral de mi b.\nNous n'avons donc pas affaire aux phases du développement tonal\nde la fugue, mais aux trois parties d'un triptyque musical, unies entre\nelles, par un premier équilibre rythmique qu'il est aisé de déterminer :\nla première partie comprend 36 mesures\ncelle du centre ~ 45 ~\net la dernière ~ 36 „\nd'une durée sensiblement égale à celle de la ire si l'on se reporte aux\nchiffres du métronome donnés par Griepenkerl. Autrement dit, à l'instar\ndes triptyques picturaux, la fugue en question se compose d'une impor-\ntante portion centrale, encadrée de 2 portions de dimensions moindres,\net égales entre elles.\nC'est ce que Vincent d'lndy appelle une fugue triple. Et le maître\nfait remarquer l'analogie de cette construction avec celle du prélude qui\ny est adjoint, mais il s'arrête en si beau chemin : l'orientation de la\ntonalité et l'agencement contrapontique le préoccupent davantage que les\n\nmoins importants, ou de vastes compositions comme le prélude de la fugue présentement analysée fournissent\nd'aussi intéressantes et indiscutables conclusions : le rythme, fondé sur des relations numériques ordonnées avec\nune évidente intention, est le soutien de l'œuvre ; la tonalité n'est qu'un accessoire plus ou moins compliqué,\net en rapport avec l'époque de la composition.\n1 Ajoutons dès à présent que la première partie est écrite à 5 voix, que dans la 2me, où le pédalier se tait,\nl'écriture générale est à 3 voix ; enfin le dernier fragment, surtout dans la seconde moitié, s'appuie sur le\npédalier et les 5 parties vocales ; d'où un nouvel état d'équilibre, celui-là de \" dynamisme \" si 1 on accepte\ncette expression, qui semble dominer l'esprit général de cette composition."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.33", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2107, "texte": "dimensions et les dispositions des fragments constitutifs de l'œuvre ; ce\nsont pourtant ces derniers facteurs que nous allons dégager en disséquant\nun à un les 3 panneaux de notre toile.\nLe début nous offre, comme d'habitude, un sujet, celui-ci composé\nde 2 mesures et orienté de la dominante à la tonique. Il s'enchaîne à\nun dessin de noires qui dure deux mesures également, et contrepointe\nla réponse orientée, à la basse, de la tonique à la dominante. Ce sont les\ndeux premières entrées classiques de l'exposition ; après elles devraient\napparaître, suivant les traités, les 2 autres entrées, présentées dans le\nmême ordre ; mais il n'en est rien : la réponse s'enchaîne au contre-sujet\nmodifié, et la partie supérieure se continue par un dessin mélodique sur\nlequel j'attire l'attention, ainsi que, et d'abord, sur le thème initial.\nEt, tout d'abord, la structure rythmique du sujet ne peut passer\ninaperçue : en quelques mots voici comment je l'interprète : les 2 mesures\nà 4 n'en forment à vrai dire qu 'une^à 8 temps, et disposée comme il suit :\nSauf les dispositions intérieures des rythmes constitutifs, nous avons\naffaire à une mesure à 3 temps, suivie d'une à 2, puis d'une à 3\nc'est-à-dire à une mesure à 5 temps augmentée d'une de 3, car l'accent\nse trouve nettement sur le si h et le mi b. C'est-à-dire, en définitive, au\nrythme dogmiaque 1 des Grecs. Ce rythme se reproduit naturellement dans\nla réponse, et enfin dans la partie libre, avec seulement des dispositions\ndiverses dans les figures constitutives :\nAinsi donc, ces mesures ne se rattachent pas à celles qui les précèdent\nseulement par le contre-sujet, qu'elles présentent tronqué, mais encore et\nsurtout par la figure rythmique qui caractérise le sujet, et qui dominera\nd'ailleurs dans tout le premier fragment de la fugue.\n\n1 II est vrai qu'ici l'unité est une longue, et que la mesure comprend 16 noires ou brèves ; ce serait donc\nune mesure double, comme le molosse est double du tribraque. Bien qu'inusitée dans la poétique, rien ne\ns'oppose à ce qu'elle existe en musique ; la comparaison n'a donc rien d'exagéré."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.34", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2216, "texte": "La lumière se fait donc. 1 Ces 3 groupes de 2 mesures forment un\nensemble qui se présente ainsi :\ni° Sujet = 2 mesures\n20 Réponse =2 „\n30 Partie libre = 2 ~\nOr cette disposition nous est bien connue ; c'est la triade à laquelle\nWestphal et après lui J. Combarieu avaient déjà assimilé la période\ninitiale de la fugue et que nous venons de reconstituer par la simple\ninspection du texte mélodique et rythmique de cette exposition.\nNous sommes donc en droit de baptiser de termes consacrés les\nphrases musicales que nous rencontrerons et de les rapprocher de systèmes\npoétiques ; nous avons ainsi :\nSujet : période (P) 2\nContre sujet : antipériode. (A)\nParti libre : épode (j£) ou mésode (M) ou proode (Pr,)\nCette construction (dont la racine est la compqsition antistrophique)\nse trouve être l'élément essentiel de toutes les grandes formes dramatiques\net lyriques des Grecs ; elle fut très probablement la base de la poésie\nhébraïque, puis passa dans la civilisation chrétienne. Il n'est donc pas\nétonnant qu'elle se retrouve dans notre musique classique, seule dépositaire\ndéjà des rythmes poétiques disparus et nous allons constater qu'elle en est\nnon seulement un des éléments mais encore, comme dans l'antiquité,\nF élément fondamental.\nLe travail va nous paraître, à présent, plus facile. De la mesure 7 à\nla mesure 1 3 comprise, nous trouvons le 2e groupe de 2 entrées prévues\navec une période libre de 3 mesures ; c'est une nouvelle triade qui ne\ndiffère de la première que par l'écriture qui est plus chargée et la\nlongueur de l'épode : 3 mesures au lieu de 2. Cette dernière contient\nd'ailleurs la figure rythmique et mélodique signalée tout-à-l'heure et qui\nconcourt dans une large mesure au maintien de l'unité.\nDans une fugue à 4 parties l'exposition s'en tiendrait là et dès lors\ncommenceraient les \"divertissements\" (!) et les excursions dans les tous\n\" voisins \" ; mais celle-ci est à 5 parties, 5 voix ; Bach fait entrer 5 fois\n\nI[J emploie comme unité la \" mesure \" de 4 qui est beaucoup plus familière encore que la figure\nrythmique, bien que je Rattache, comme on vient de le voir, aucune importance à la barre de mesure.]\n* Ces abréviations seront employées dans le tableau ci-après :"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.35", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2111, "texte": "son sujet régulièrement ; comment alors obtenir la symétrie de ces entrées\nsans faire entendre une 6e voix qui réponde à la 5e ? où sans confier la\nréponse à l'une des voix déjà étendues ? Cette dernière entrée du sujet\nva-t-elle rester isolée, et s'enchaîner au divertissement d'usage ? Dans ce\ndernier cas le système antistrophique serait entamé et la valeur de ma\nthèse diminuée d'autant.\nIl n'en est rien : Bach ne fait pas entendre plus de 5 fois son sujet ;\nmais il considère cette dernière entrée comme proode d'une nouvelle triade\ndont la période et l'antipériode sont constituées chacune par le motif de\nl'épode dont nous avons parlé plus haut : la figure rythmique bien\ndéterminée de ce motif, le fait qu'il est déjà entendu 2 fois à ce moment\nde la fugue, ont semblé suffisants à Bach pour rétablir l'équilibre rompu\npar le nombre impair des voix.\nSi je m'étais proposé de faire une étude de l'esthétique de Bach, je\ndirais que nous nous trouvons en face de la manifestation, non la plus\ninconsciente, comme on le croit trop souvent, mais la plus consciente de\nson génie : sa volonté ferme, réfléchie, de bâtir symétriquement, sans\ncontrevenir à l'ordonnance générale de son œuvre, s'y révèle pleinement\net lui suggère des idées qui lui permettent de résoudre avec le maximum\nde clarté et de simplicité les problèmes dont se tiraient souvent si mal-\nadroitement ses devanciers [et aussi ses successeurs].\nJ'ajouterai, de plus, que cette \" volonté réfléchie de Bach ne saurait\nfaire aucun doute pour les musiciens qui ont étudié de près son œuvre,\ncelui de ses contemporains et précurseurs et les ouvrages théoriques qui\nont préparé, instruit ou commenté les maîtres des 17 et 180 siècles. Nous\nsommes donc doublement autorisés, par la constatation et par l'histoire, à\nconsidérer cette dernière \" triade \" comme voulue, et les conséquences\ncomme légitimes.\nNous allons essayer de les établir bien qu'elles présentent dès l'abord,\nun peu de confusion.\nVoici comment je propose de scander les mesures 20-21-22 :\nCette scansion est justifiée par le fait que le motif au lieu de se présenter"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.36", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1791, "texte": "en B avec un Si b ronde, débute après division de cette ronde en\n2 blanches, en B' seulement : Bach me semble avoir voulu séparer nette-\nment la fin du premier membre [A B] du commencement du second\n[B' C]. Cette manière de voir est encore légitimée (et sérieusement je\ncrois) par un autre passage de la fugue que j'indique tout de suite,\nmesures 28-29-30 :\nIci, le sujet se termine rythmiquement au 2e temps de la mesure 28;\nce qui vient ensuite se scande évidemment selon les 2 figures rythmiques\net mélodiques suivantes :\nEn dernier lieu, je rappellerai que ces rythmes à 5 temps sont loin\nd'être incompatibles avec les mesures à 8, dont ils sont même l'élément\nessentiel et avec lesquels, dans la poétique grecque, on les trouve con-\nstamment mélangés.\nCeci posé, nous allons pouvoir dégager plus facilement la structure\nrythmique du passage qui comprend les mesures 20 à 30 :\nMes. 20-21 + 2 premiers temps mes. 22 :\n2 figures rythmiques de chacune 5 temps.\nMes. 22 (2 derniers temps) 23-24 (2 premiers temps) :\nSujet ou période (Dom. Ton.)\n, .Mes. 24 (2 derniers temps) 25-26 (2 premiers temps) :\nria e Motif de l'Epode formant mésode.\nMes. 26 (2 derniers temps) 27-28 (2 premiers temps) :\nSujet ou anti-période (Dom. Ton.)1\nMes. 28 (2 derniers temps) 29-30 (2 premiers temps) :\n2 figures rythmiques de chacune 5 temps.\nCe premier fragment de la fugue se termine par une nouvelle entrée du\nsujet, à la basse, toujours à partir de la dominante, suivie comme plus\nhaut du motif épodique, présenté encore au soprano avec la même texture\nmélodique tout au moins au début, et aboutissent à 2 tumultueuses\nmesures de cadence vers Mi b Majeur.\nJ'ai à peine besoin de faire remarquer la parfaite symétrie de toute\n\nJ Le motif débute sur le La [> au lieu du Si |?. Voir plus loin.\n3"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.37", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2449, "texte": "cette première fugue : une fois les 4 premières entrées effectuées, c'est-à-\n-dire de la mesure 14 à la fin du fragment I, les périodes se groupent,\ns'enchaînent, s'encadrent les unes dans les autres, dans d'exactes propor-\ntions et avec une solidité qui défie tout remaniement : il est impossible\nd'y ajouter une note, et qui songerait à faire une \" coupure \" ? Vraiment,\non se sent en présence d'un indestructible et savant édifice : les pierres\ns'emboîtent précisément les unes dans les autres, et le ciment qui les unit\nles rend pour toujours inséparables.\nFaut-il ajouter que la marche tonale n'est pour rien dans cet édifice?\nTout ce fragment oscille de Mi b à sa dominante ; à partir de la mesure\n14 toutes les entrées se font sur le Si b [à la mesure 26 l'antipériode\ndébute par un La b qui remplace le Si b ; le reste de la phrase reproduit\nexactement le sujet. Remarquer le même début à la dernière entrée du\nsujet : Frag. 111, mes. 33] ; les entrées sur le Mi b de la mesure 21 et de\nla mesure 27 n'ont pas, en effet, l'importance de véritables expositions :\nce sont seulement des contrepoints, formant une sorte de court stretto, et\nn'ayant guère d'autre rôle qu'un renforcement harmonique.\nPar suite, monotonie parfaite, dépourvue même, dans ces expositions\nsuccessives de cette oscillation de tonique à dominante chère aux partisans\nde la théorie tonale de la fugue.\nConséquemment encore, rien qui rappelle la structure enseignée dans\nla plupart des traités :\nSi l'on considère ce fragment comme une fugne complète par elle-\nmême, nous ne rencontrons aucune des modulations classiques, ni diver-\ntissement de quelque longueur, ni strette, ni pédale, ni même de ces\nartifices contrapontiques particuliers à l'écriture scolastique.\nSi, au contraire, on envisage ces 36 premières mesures comme\nl'exposition et la contre-exposition d'une fugue formée de trois parties\n(c'est pour cette interprétation que je penche) nous voyons, après la\nportion initiale des 4 premières entrées (13 mesures) 4 apparitions du\nsujet, sur la même note, comme je l'ai déjà fait remarquer, et séparées les\nunes des autres par des intermèdes dont ne parlent jamais les bonnes\nrecettes de nos pédagogues ; en un mot, rien qui corresponde à la portion\nsimilaire des fugues d'école.\nLa conclusion paraît s'imposer :\nCe premier panneau de la fugue en Mi b échappe à toute analyse\nreposant sur une évolution tonale ; en revanche, sa construction devient"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.38", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1714, "texte": "des plus compréhensibles, sa signification des plus saisissables dès que nous\nmettons au jour son agencement rythmique.\nIl est impossible dans une étude de quelques pages, de présenter pour\nles deux autres fragments le travail minutieux auquel nous venons de nous\nlivrer pour le lerIer : exposer ce détail, expliquer toutes les particularités de\ncette fugue, mettre en valeur les très nombreuses contradictions que nous\napercevons entre son ordonnance et les préceptes d'école formerait la\nmatière d'un livre, le livre que connaîtront peut-être nos futurs élèves\nmusiciens, et qui contiendrait les lois véritables (et leur raison d'être) de\ntoute composition musicale.\nDu reste, le lecteur pourra aisément reconstituer par lui-même\nl'analyse rationnelle de la fin de cette pièce au moyen de la méthode dont\nnous venons d'user, du résultat définitif que je vais indiquer schématique-\nment, et des indications qui d'abord vont être fournies. 1\na) Le sujet du deuxième Fragment est formé de 2 groupes de\n12 notes (2 dipodies ioniques ? )\nb) Ce sujet se trouve réduit à 3 groupes de 6 notes dans les\nexpositions modulantes (11, 17-21).\nc) il s'allonge au contraire d'un pied (5 au lieu de 4) lorsque le\nthème principal, celui du Frag. I, entre en contrepoint avec lui (11, 23\net suivantes). J \"\n[Le lecteur appréciera l'importance de ces modifications que rien ne\nfait prévoir dans l'enseignement scholastique, surtout quand elles affectent\nla réexposition du sujet.]\nd) On remarquera que la figure rythmique du sujet principal dans ce\n2e fragment justifie pleinement la mesure à 8 temps que j'ai proposée plus\nhaut :\n\n1 Chaque fragment est numéroté à partir de i. 115, signifie : mesure 5 du fragment 11."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.39", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1868, "texte": "mélange fréquent dans la poétique grecque (trochées et crétiques ou\ndogmiaques).\nla trame tonale des motifs étant, surtout dans le fragment 111,\n/ ... • 1 1 • r 1 f 1\nperpétuellement mouvante, j'indiquerai seulement la tonalité generale ou\ncelle atteinte par la période mélodique.\n112) le sujet 3 est constitué par 2 périodes de 6 doubles-croches ou\nleur équivalent (2 dimètres ioniques ?)\ng) on ne doit pas accorder trop d'importance au thème principal\nquand il apparaît aux mesures 12-14 et 22-24.\nh) le surmonté d'un chiffre indique la longueur en pieds ou\ntemps de la phrase qu'il représente [par exemple Fig. 111 4 = une\nphrase de 4 pieds ioniques ou 24 doubles croches].\nSans chiffre, le représente le sujet du fragment auquel il se\nrapporte, ou les motifs de parties libres (épodes, métodes, etc.).\nCeci posé, voici, ce me semble, comment apparaît le schème de\ncette fugue :\n[V oir tableau ci-joint.]\nNous chercherions en vain dans cet édifice les dispositions conseillées\naux élèves de musique pour bâtir une bonne fugue ; et celui qui, sachant\npar cœur la construction scholastique, s'aventurerait dans ce dédale,\nserait étrangement déçu et renoncerait peut-être à considérer comme une\nfugue la pièce que nous venons d'analyser. Tout y est bien fait, en vérité,\npour surprendre le naïf disciple des Traités : persistance vraiment décon-\ncertante de la tonalité et du motif principal dans la première partie ;\ndans les autres, apparition et insistance de tonalités qui ont peu d'impor-\ntance dans la fugue d'école (par exemple fa min., sol. min.], et qui sont\nattribuées aux thèmes principaux ; allongement ou raccourcissement du\nsujet dans les expositions où il devrait se faire entendre intégralement ;\n\n1 On aurait peut-être pu rythmer comme il suit : (Voii Westphal)\n2 Je laisse le choix car cela n'a pas d'influence sur l'ordonnance générale."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.41", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2942, "texte": "existence de fragments que rien ne prévoit ou n'explique dans la formule\nconsacrée etc. etc., enfin dans une fugue aussi longue, absence de stretto,\nabsence de pédale !\nIl faut donc bien se rendre à l'évidence : ce n'est pas une cadence,1\nce n'est pas la promenade d'un thème à travers des tonalités désignées à\nl'avance, de nom, d'ordre et d'importance, qui constituent la véritable\nfugue ; la fugue est une pièce musicale fondée avant tout sur le rythme ;\nelle nous apparaît, dans le tableau que nous venons de dresser, comme un\ndrame sonore, formé, si l'on est partisan de telles comparaisons, de tous\nles éléments du drame antique : systèmes anti-strophiques, triades,\nmésodes, monodies, \" paracatalogues \", alternances d'accalmie et d'agita-\ntion etc., et au-dessus de tous ces éléments, la proportion exacte, la\ndisposition précise, régulière, systématique de chacun de ces fragments,\nle nombre présidant et collaborant, jusque dans la grande période pathé-\ntique qui termine la pièce.\nQue Bach ait voulu cette ordonnance ou qu'elle soit fortuite (ce\nqu'on aura de la peine à admettre), peu importe, l'essentiel est que nous\nen déduisions un enseignement, et cet enseignement nous pouvons le\ntraduire par la définition suivante de la fugue :\nC'est une composition DRAMATIQUE de forme et d'esprit ; elle agit\nsur nous par la pénétration du ou des sujets proposés, et cette pénétration\ns'opère par le retour rythmique des systèmes que constituent ces sujets.\nLe choix des tonalités est déterminé par l'action elle-même, et par\nla forme des motifs principaux : ce qui est à observer seulement, c'est\nque leurs apparitions obéissent à une loi rythmique. Egalement à cette\nloi et c'est peut-être là le principe suprême de la fugue obéissent\nles oscillations de la puissance d'émotivité que récèle la trame musicale.\nIl me semble qu'une telle définition, son application pratique, et\n—bien qu'on la qualifie d'exagération la mise en lumière de l'analogie\nde la fugue avec le drame hellénique, sont des faits de nature à ouvrir de\nnouveaux et vastes horizons aux jeunes compositeurs : le vieil art de\n\n1 Quelques techniciens réduisent la fugue à une vaste cadence dont les éléments sont déterminés par les\ntonalités dans lesquelles se développe successivement le sujet. Cette réduction n'offre aucun avantage et ne jette\naucune clarté sur la constitution de la fugue : outre qu'elle ne correspond plus à rien de réel dans la composi-\ntion moderne, ainsi que je l'indiquerai plus loin, elle n'a aucune valeur pour l'étude de la fugue de Bach :\nexpliquer une fugue classique par une cadence, c'est expliquer une toile de Raphaël par la série des pots à\ncouleur qui ont servi à la confectionner. Sonorités et teintes demandent à être étendues et informées : c'est ce\nsquelette de l'œuvre d'art que nous cherchons à découvrir de manière à savoir le reconstituer à notre tour dans\nde belles proportions et à le revêtir à notre manière."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.42", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2935, "texte": "Bach cessera de servir de prétexte'à-des devoirs de concours aussi arides\nqu'inutiles, pour redevenir le puissant moye.\"; d'expression qu'il n'aurait\njamais dû cesser d'être.\nDramatique par la forme, la fugue l'est encore, en effet, par son\norigine : n'est-ce pas la transposition instrumentale en même temps que\nla fusion du motet polyphonique, des poèmes des Minnesânger, de l'anti-\nstrophe psalmodique et du cantique luthérien ? Et ne l'est-elle pas encore\nau temps de sa floraison par son emploi, son adjonctiou à d'autres formes\ndans de vastes compositions ? Les fugues instrumentales qui \" accom-\npagnent \" les masses chorales de certaines cantates de J. S. Bach, et plus\nrécemment telle fugue d'une sonate Beethovénienne, témoignent suffi-\nsamment de la richesse expressive de cette forme, presque incomprise de\nnos jours.\nIl s'agissait, pour sentir le véritable mode d'émotivité de la fugue,\nde sortir du cadre étroit de la tonalité, où l'on veut nous enfermer de\nplus en plus au nom de lois surannées et illusoires : la tonalité ne devient\nun moyen d'expression que par la variété et l'imprévu de ses contrastes ;\nc'est donc faire une véritable erreur d'esthetique, que d assigner, de nos\njours, un ordre rigoureux et soi-disant naturel aux tons reputes voisins\n—et de fixer la limite de leur proximité au 2me degré, alors que le\nsystème chromatique actuellement en usage, admet comme \" voisins\ntous les tons partant de chacun des degres de 1 echelle dodecacorde.\nEncore une fois, la fugue récèle son secret dans sa structure rythmique\net c'est l'intelligence de cette structure qui devrait, par conséquent,\nfaire le fond de l'enseignement de la composition et aussi de l'exécution\ninstrumentale : quelques tentatives personnelles dans ce sens m ont\npermis de constater que des instrumentistes, meme peu instruits, arrivent\nà une rapide compréhension des poèmes du \" clavecin bien tempere\net, qui plus est, sont capables dans une assez large mesure de les \" faiie\ncomprendre \" à des auditeurs non prévenus.\n\nlOn appelle aussi cet ordre, ordre \" logique Quelle est donc cette logique à laquelle se permettent de\ncontrevenir tous les auteurs, Bach en tête, Beethoven, etc. ? De deux choses, 1 une : ou cette logique est\nvéritable, absolue, et nous devons retirer de la circulation les fugues classiques qui présentent des inversions,\nintercalations, répétitions, omissions, etc. dans les entrées successives du sujet fugues nombreuses, comme il\nest facile de s'en rendre compte, et non des moins belles —. Ou cette logique peut être transgressée, et alors les\nlois qu'on en déduit sont sans valeur. La musique a bien sa logique que la logique n a pas, et qu il ne faut\npas aller chercher dans des habitudes musicales relativement récentes et dans un système tonal qui tend sinon à\ndisparaître, du moins à se modifier et s'élargir considérablement. [Voir à ce sujet le précédent article :\n\" Cadences et tonalités. \"]"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.43", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2325, "texte": "A une epoque ou la musicographie, et les connaissances historiques de\nplus en plus complétés, nous permettent enfin de jeter un coup d'œil\nd ensemble sur la \" vie de la musique \" et d'en constater l'évolution, le\nperpétuel devenir, refusera-t-on de parti-pris d'examiner des conclusions\nun peu inattendues ? A tout prendre, ces conclusions ne sont-elles pas\nune forme de 1 évolution tonale, de l'éducation et de l'hérédité\nactuelles de notre oreille, en meme temps qu'une conséquence de la\nperpétuité et de 1 inaltérabilité dun fait : le RYTHME et ne sont-elles\npas, enfin, contenues en suspens dans la suite des œuvres artistiques aussi\nbien même que dans les ouvrages théoriques d'avant-garde ?\nMaigre mon désir de ne pas m'étendre sur ce sujet, je ne puis\nm empecher de conseiller 1 etude minutieuse de la fugue qui constitue\nle final de la sonate op. 106 de Beethoven, celle de l'op. iio du même,\ncelle du \" Préludé choral et Fugue \" de Franck : points de repère d'une\ninappréciable valeur pour qui veut établir et comprendre la genèse et les\nphases de notre mentalité musicale.\nEn dernier lieu je considère à la fois comme utile et comme un\ndevoir de probité, de restituer à quelques techniciens ce que je leur dois\nde mes idées.\nJe dis utile, car si la précédente thèse était isolée, on la pourrait\nconsidérer comme la simple fantaisie d'un musicien désireux d'attirer sur\nlui 1 attention; aussi suis-je heureux de pouvoir établir qu'elle fut précédée,\net qu elle est encore environnée de travaux dont les auteurs sont une\nincontestable garantie de leur haute valeur. C'est d'abord Westphal, qui\nconsacre sa vie a l'étude de la rythmique, découvre la structure de la\nfugue de Bach, dans le \" Clavecin bien tempéré \" et en fait même une\nremarquable édition destinée davantage, je crois, aux exécutants qu'aux\ncompositeurs. C'est ensuite, en France, J. Combarieu qui reprend les\nmemes etudes, et écrit sur la rythmique musicale un ouvrage qui méri-\nterait d etre entre les mains de tous les élèves-compositeurs ; en France\nencore, Vincent d'lndy, s'élève véhémentement contre le fugue d'école ;\nil rappelle son origine dramatique, indique que l'ordre des tonalités n'est\npas rigoureux et laisse espérer une rénovation de cette forme. Malheu-\nreusement ses dires et ceux de son collaborateur ne concordent pas"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.44", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1549, "texte": "toujours : on trouve parfois une importance exagérée accordée à \" l'unité\ntonale , a 1 unité du sujet, etc. ; la fugue y est encore réduite à une\ncadence et nulle part nous n'apercevons son plan rythmique, nette-\nment détermine : Sa constitution même semble avoir échappé aux auteurs\ndu Cours de Composition. Enfin nous devons à Ambros, et surtout à Hugo\nRiemann, d avoir véritablement propagé les idées relatives à l'interpré-\ntation rythmique des formes musicales, dans le sens général que je viens\nd indiquer, ce qui n a pu que me confirmer dans ma manière de voir.\nCe rapide expose, et la considération de la structure et de la tonalité\ndes œuvres modernes, montrent que depuis plus d'un quart de siècle, la\npratique de 1 art musical se sépare des anciens préceptes et s'oriente peu à\npeu vers un autre point de l'horizon ; quel est-il ? Nul peut-être ne le\nsaurait dire avec certitude. Aussi Feffort qui aurait pour but d'intro-\nduire dans l'enseignement de la composition un nouveau facteur, celui-là\nimmuable : l'ordonnance rythmique, et d'en faire le pivot de toute\ncréation musicale, devrait-il être considéré comme offrant à la marche un\npeu hésitante de notre esthétique moderne, un appui positif, un ensemble\nde principes acceptables et applicables et l'on aurait tort de juger comme\nrévolutionnaire cette tentative d'édification, qui se joint à tant d'autres, et\ncoordonne peut-être les plus profondes et mystérieuses tendances artisti-\nques de nos races occidentales héritières directes du rythme hellénique.\n\nA. Machabey."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c020", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 45, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.6", "titre_corps": "LE RETOUR A PARIS", "titre_sommaire": "LE RETOUR A PARIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.45", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1313, "texte": "LE RETOUR A PARIS\nSuite 1\nMon Père, en chaise de poste et en compagnie de son espèce de\nGendarme (le sieur Cavalier) cheminoit donc vers Paris, l'âme encore\némue par le souvenir des touchants adieux de ses camarades et de ses\namis et surtout souvent troublée par celui de l'état où il avoit laissé la\npauvre Gambilîa, mais les diverses pensées faisoient bientôt place à la\npure et douce émotion que venoit repandre en son cœur l'inéfable\nespérance d'être bientôt dans les bras de sa mère, et d'embrasser toute sa\nfamille. Cette route qui lui sembloit trop courte lorsqu'il s'éloigna d'eux,\nlui paraissoit alors interminable, quoi qu'il fut emporté par des chevaux\nqui, par ordre du Roy, bruloient le pavé. Arrivé à la barrière, son premier\nsoin fut de dire : postillon rue aux fers, vite, vite, rue aux fers, au grand\ngalop ! Un écu de plus pour boire ! Il touche enfin le sol paternel ! dire\nici la joie, les transports qu'excitèrent dans toute la famille ce retour seroit\nimpossible à d'écrire. Il n'est pas d'expressions qui puissent peindre,\nsurtout celle d'un Père, d'une Mère en des moments si doux ! J'en appelle\nà ceux qui, comme moi, ont eu des enfants des enfants2 qui par leurs\n\n1 Voir S. I. M. du 15 janvier et du 15 mars dernier.\n8 L'un de ses enfants était le fils de la célèbre cantatrice Maillard."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.46", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 3050, "texte": "vertus, leur amour filial, leurs talents ont fait leur gloire et leur bonheur !\nmais hélas !... trois fois hélas ! ! ! mon père fut plus heureux que moi, il\nest mort et j'existe ! ! ! mais pardon, malgré moi j'anticipe sur les événe-\nments, j'y reviens. Au milieu de cette joie de famille le cher oncle qui\nne perdoit jamais de vue le but des projets qu'il avoit conçu pour le\nbonheur des siens dit :\nMon cher neveu, tu dois bien concevoir que je ne puis rester indifférent à tout ce qui\npeut intéresser ton avenir, or donc, je te dirai qu'après ton escapade je me suis présenté chez\nce digne et brave M. Francœur pour le remercier de tout ce qu'il avoit bien voulu faire pour\ntoi, ma franchise, ma brusquerie même ont paru lui plaire, c'est tout simple, car il y a un\npeu de similitude dans nos caractères, et comme tous deux nous sommes fort braves et\nhonnêtes gens, notre liaison bientôt fut intime, je lui demandai la permission de le tenir au cou-\nrant de toutes tes prouesses dans la ville de Bordeaux, ce fut mon corespondant en ce lieu qui,\ncourrier par courrier, m'instruisoit de tous tes hauts faits; j'en fesai part au cher Francœur,\npuis tout bas à l'oreille il dit à son neveu : Je ne lui ai pas parlé de la petite danseuse cela m'a\nparu tout à fait inutile. Maintenant tu sais le reste, nous allons, avec la permission de ta\nbonne mère, la quitter un instant pour aller rendre nos devoirs à ton nouveau directeur.\nIls furent accueillis par le Directeur avec sa franche et loyale bonté\naccoutumée il dit à mon Père qu'il comptait sur ses talents et sur son\nconciliant caractère pour régénérer son orchestre, qui malheureusement\navoit des parties bien faibles car c'est à cette époque que couroit dans le\nmonde musical cette mauvaise plaisenterie qui disoit que lorsque les\nviolons avoient à exécuter un passage qui les forçoient à démancher sur\nla chanterelle, on étoit obligé de leur crier M. Francœur lui\ndit aussi, que l'usage étoit ordinairement de donner cette place au con-\ncours ; qu'il avoit du le proposer, mais que voyant le nom de\ninscrit sur la liste des concurents, tous les prétendants, d'un commun\naccord, s'étoient tous modestement retirés, qu'en conséquence il entrerait\nde suitte en fonction et qu'il étoit assuré d'avance qu'il la rempliroit à la\nsatisfaction de tout le monde et n'auroit jamais besoin de metre une\nécharpe au bras droit et de conduire avec le gauche.\nA cette époque, le Grand Opéra ne donnoit ses représentations que\ntrois fois par semaine l'été, et quatre fois en hiver; elles étoient ainsi\nfixées : en été, les mardis, les vendredis et les dimanches ; en hyver, les\nmardis, les jeudis, les vendredis et les dimanches. Le vendredi alors,\ncomme il l'est encore aujourd'hui, étoit la représentation d'apparat, la\nreprésentation par excellence.1 Aussi ce fut-il un de ces jours dont le\n\n1 Le vendredi, à l'Opéra, est demeuré le grand jour jusqu'à la Révolution, mais le mardi était particulière-\nment choisi pour les créations et les reprises et le demeura fort longtemps."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.47", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2650, "texte": "directeur fit choix pour installer le nouveau maitre dans ses fonctions.\nMon père avoit reçu de la nature toutes les qualités requises pour remplir\navec distinction un tel poste. Un beau physique, un maintien noble et\nmodeste, un sang froid imperturbable, un cœur brûlant, un cœur d'artiste\nenfin ! un goût exquis, la connoissance intime de tous les secrets de l'art\nmusical, tous ces dons réunis firent de lui le plus parfait des maitres de\nmusique. Mais ce qui toujours lui valut le plus d'éloges, est l'art avec\nlequel il savoit se faire oublier du public et lui dérober les fautes du\nthéâtre et de l'orchestre, mérite malheureusement trop rare même chez\nnos plus célèbres conducteurs, car souvent, la conscience de leur vrai\ntalent leur inspire le désir de le faire remarquer au public, sans penser\nque par ce fait ils détruisent toute l'illusion scénique, ils oublient alors\nqu'un bon chef d'orchestre, doit être comme un pilote habile qui, au fort\nde la tempête, fait agir son gouvernail sans par ses cris avertir du danger\nles passagers et les conduire au port.\nLa confiance du directeur en mon Père s'accroissoit de jour en jour,\nil sut en profiter pour faire augmenter et améliorer son orchestre. Quant\naux instruments à vent, il ne pouvoit malgré son désir y penser, car le\npeu qu'alors nous en avions en France, étoit d'une faiblesse désespérante1\nsurtout fort peu musicien, défaut qui s'est perpétué assez longtemps chez\nles artistes en ce genre et qui n'a commencé à disparoitre, que depuis la\ncréation de notre célèbre conservatoire de musique ; avant cette création\nnous étions presque toujours obligés de mettre l'Allemagne à contribution\npour avoir les artistes et les instruments de cette espèce, un seul abon-\ndoient dans l'orchestre, c'étoit le hautbois, il y en avoit huit, j'ai même\nje le crois entendu dire qu'il fut un temps où ce nombre étoit porté\njusques à 12.2 Le hautbois étoit dès longtemps un instrument employé de\nprédilection dans toutes les circonstances, où dans le 17e siècle, on vouloit\nfaire de la musique. Aussi le grand Corneille, dans sa comédie du Menteur,\nlorsque Dorante fait le récit de la prétendue fête qu'il a donnée à sa\nprétendue maîtresse, n'oublie pas de faire figurer le hautbois dans la liste\ndes instruments qu'il avoit employés dans l'orchestre de son concert. Il\ndit à Cliton :\n...Je vais tout vous conter.\nTavois pris cinq bateaux pour mieux ajuster,\n\n1 Cela est vrai, et jusqu à 1 arrivée de Gluck, il était difficile d'obtenir de bons résultats.\n* Je nai point trouvé trace qu'il y eut jamais 12 hautbois à l'Opéra, dans l'ancienne formation de\nl'orchestre. Il y en avait huit."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.48", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2530, "texte": "Les quatre contenoient quatre chceurs de musique\nCapables de charmer les plus mélancoliques :\nAu premier violons, en F autre,\nDe flûtes, au troisième d 1\nMon Père les réduisit à une somme proportionelle au reste de son\norchestre, c'est à dire à deux. Le nombre des instruments de cuivre alors\nétoit presque réduit à zéro, ce qui comme on le sait et\nn'est pas de même aujourd'hui. J'ai dit zéro, car pour lors on n'avait\nproprement parlant, que des trombes de chasse qui ne pouvoient exécuter\nfacilement que dans les tons d'Ut de mi naturel et surtout dans leur ton\nfavori, celui de ré ztn'y faisoit jamais entendre que la la\net leurs répliques à l'octave. Quelques fois on hasardoit de leur faire\ndonner la sur tonique ou second degré, mais ces passages étoient réservés\npour les virtuoses.2 Les timballeset les avoient pour interprètes,\ndeux musiciens attachés au corps Royal des Mousquetaires MM. CarafFe\nfrères, aussi quand ils étoient de service chez le Roi, l'orchestre de l'opéra\nmarchoit souvent sans timballes ni trompettes, car leurs supléans étoient\nsi faibles qu'on n'osoit guère les employer. J'ai prononcé le nom de\nCarafFe, je crois devoir citer un fait qui honore l'ainé des deux frères, le\ntimballier. Lorsque la maison du Roi donna dans la célèbre bataille de\nFontenoy, le corps de mousquetaires fut un des premiers à prendre part\nà l'action, CarafFe à cheval et blousant ses timballes fut emporté par son\ncheval vers un escadron hongrois, il ne fut qu'un moment prisonnier, car\nil fut aussitôt délivré par les siens, mais ô douleur, ô honte ! on lui a pris\nles tabliers de ses timballes, le désespoir dans le cœur, la rage dans l'âme\nil arme son bras d'un pistolet, son épée entre ses dents, pique des deux\nvers l'ennemi, quelques camarades le suivent et comme un trait de foudre\nils s'élancent sur l'escadron hongrois, l'enfoncent, le culbutent, et lui,\nrejoignant son ravisseur, d'une main ferme et hardie le désarçonne, le\ndésarme, et revient triomphant, déposer sur la littiaire du maréchal de\nSaxe, ses tabliers aux armes de France. Louis XV instruit de cette action\nde bravoure, lui fit une pension sur sa cassette. J'ai beaucoup connu son\nfils, il fut un de mes camarades d'enfance et devint mon intime ami. Son\n\n1 La citation, comme on le voit, est tronquée en certains vers, mais je n'ai rien voulu changer au texte de\nBerton.\n2 Cette transformation de l'orchestre due à Pierre Berton est des plus intéressantes et correspond en effet\naux documents des Archives de l'Opéra."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.49", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1902, "texte": "nom dans les arts est en honneur, il fut un peintre d'histoire fort distingué\nmais surtout un de nos dessinateurs les plus habiles, c'est d'après ses\nœuvres en ce genre, que la gravure nous a transmis ces pensées gracieuses\net philosophiques, telles que Vamour f\nF homme jus qu'au tombeau, etc. etc. Malheureusement sa renommée parvint\njusques à St. Pétersbourg, il fut appellé par la Czarine pour y peindre les\ntableaux dont elle vouloit orner son palais de l'hermitage. Il resta six ans\nen Russie, mais hélas le mauvais état de sa santé l'obligea de revenir en\nFrance, l'air natal ne put opérer aucun changement dans l'affection\nlaringuiste dont il étoit atteint ; au bout de deux années il succombât\nsous l'influence du même mal qui a privé réçament la France d'un de ses\ncompositeurs les plus gracieux, les plus fécondement habiles, enfin notre\nregrettable confrère Boyeldieu : déstestable impitoyable sol de la Russie,\nquand cessera tu donc par ton insalubre influence, de moissoner les\nreprésentants de toutes nos gloires : mais abandonnons le 6ome degré\nde longitude pour nous occuper sous le 48me de notre cher Opéra\nde Paris.\nDE L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE\nET DU COMMENCEMENT DE LA RÉVOLUTION\nMUSICALE EN FRANCE\nL'Académie Royale de Musique vulgairement appellée Grand Opéra\nest une des créations du grand siècle ! son organisation porte l'empreinte\ndu grandiose qui présidoient à toutes les conceptions de cette epoque.\nAussi c'est en en parlant, que Voltaire a dit :\nIl faut se rendre a ce p\nou les beaux Vers, la D\nF art de tromper les yeux\nF art plus heureux de s\nde cent plaisirs font un p\nSi par la longévité des œuvres des hommes on peut apprécier le mérité\nde leur conception, certes celle qui présida à la fondation de notre grand\nOpéra fut (artistiquement parlant) une chose admirable ; car c'est en\n1646 que le cardinal <£Mazarinfit inaugurer ce temple des beaux arts."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.50", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2974, "texte": "Nous sommes en 1837, et malgré les changements de gouvernement, la\ntempètte révolutionnaire, l'impéritie de certains directeurs, ce mouve-\nment national, ce mouvement unique est encore debout !! ! et plus\nbrillant que jamais après 191 ans d'existence.\nVainement les souverains étrangers ont tenté de créer des théâtres\nsemblables dans leurs états, malgré leur puissance, leur or, les copies sont\ntoujours restees en dessous du modèle, quelques parties souvent y ont été\négales, mais jamais dans aucun de ces théâtres on a pu parvenir à atteindre\ncette perfection, cet accord de chacune des parties, dont en France se\ncompose ce grand tout qui lui en assure la suprématie dont il jouit à\njuste titre dans l'opinion de toute l'Europe civilisée ; aussi l'existence de\nnotre Académie Royale de musique fut-elle considérée par tous les gou-\nvernements qui ont régi la France depuis la fondation de cet établisse-\nment, comme une chose d'intérêt publique non seulement sous ses rapports\nde gloire artistique mais encore dans ceux de son influence politique et\ncommerciale,1 car il est notoire que presque tous les étrangers qui forment\nle projet de visiter dans leurs voyages notre belle France et surtout Paris,\nn'y soyent attirés par le désire de connoitre tous les mouvements de\nsciences et d'arts que renferme cette illustre cité et l'on peut affirmer que\nnotre Grand Opéra, est pour beaucoup dans l'attrait irrésistible qui leur\nfait y prolonger leur séjour. Aussi toutes les fois que le trésor royal se\ntrouvoit dans l'impossibilité de subvenir aux frais énormes et indispensables\nqu'exigent la nature de cet établissement tout le corps de ville s'est-il\nempressé de prendre l'opéra à son compte, sachant combien le commerce\nde la ville de Paris et même, quoiqu'en aient voulu dire certains écono-\nmistes, celui des provinces acquéroient de prospérité par le mouvement\nincessant des capitaux que le luxe nécessaire des représentations faisoient\nverser dans le commerce.2 Cette vérité a été reconnue par tous nos rois\net même la Convention ! cette terrible convention dont la fièvre de nivel-\nlement, de destruction s'étoit emparé n'a pu s'empêcher de respecter\nl'œuvre de Louis XIV, elle s'est seulement contenté de suprimer le titre\n& Académie Royale de éMusique et de la remplacer par celui de Théâtre des\n\n1 C'est assurément de cette influence dont Gluck entendoit parler lorsque dans l'épitre dédicatoire\nd'lphigénie en Aulide il dit au Roi Louis XV. : Sire à l'exemple des Périclls, des Augustes, des Louis XIV, votre\nmajesté (Note de Henri Berton),\n2 L'exagération est violente. Certes l'opéra offrait un gros attrait, surtout en ce qui concernait la choré-\ngraphie, mais au point de vue commercial, l'Opéra n'eut jamais beaucoup d'influence au XVIIIe siècle, car le\nluxe des représentations était modeste. Et lorsque la Ville administra l'Opéra, c'est qu'elle y fut contrainte, sans\nréussir d'ailleurs à lui faire produire des bénéfices."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.51", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2955, "texte": "arts. Si elle n'avoit jamais fait plus de mal nous ne prononcerions pas son\nnom avec un souvenir d'effroy, et consentirions peut-être à écouter l'éloge\nde certains membres de cette assemblée, qui par leurs talens, leur énergi-\nque patriotisme ont puissament contribués à purger le sol français de la\nprésence des armées étrangères.... mais.... mais.... hélas, je m'arètte je\nne suis qu'un artiste.... il me siéroit donc fort mal de parler politique et\nrévolution. Car je n'entends rien à la première, crains la seconde et redoute\nsa sœur,1 ce qui fait, cher lecteur, que je retourne à mon cher opéra.\nJ'ai déjà dit que mon Père prit possession de la place de maître de\nmusique chef d'orchestre à l'Académie Royale de Musique sous la\ndirection de M. Francœur : c'étoit en l'année 1757.2 Comme mon Père\nétoit né en 1727 il avoit donc 30 ans à cette époque. Son directeur qui\nconnoissoit son gout épuré et son savoir dans l'art de la composition\nmusicale le chargeât de retoucher presque tous les anciens opéras que\nl'on remettoient en scène. Les progrès qu'il avoit fait faire dans l'exécu-\ntion, tant aux instrumentistes qu'aux chanteurs, permettoient de faire\nquelque tentative pour aisseyer de tirrer la musique française de l'ornière\ndans laquelle on l'avoit embourbée par l'usage incessant d'une insipide\npsalmodie qui n etoit ni du chant ni du récitatif, non comme celui de\nl'ingénieux Lully ! qui par la simplice de ses formes, sa vérité scénique,\nla religieuse observance des lois de la prosodie pouroit encore maintenant\nservir de modèle en ce genre, mais par un prétendu récitatif contraint et\npresque mesuré tantôt à 2 à 3 ou à 4 temps et toujours orné de fioritures\nde l'époque, flutés, perlés, trilles, port de voix etc, etc. Ce mauvais goût\nsiégeait alors à notre grand Opéra, ces sujets étoient d'autant plus\nblâmables dans l'entêtement de leur st qu'ils ne pouvoient ignorer\nle pouvoir qu'a toujours eu sur la masse, une mélodie suivie, accentuée\net véritablement chantante, une riche harmonie et surtout un rythme\nconstant et bien aproprié aux sentiments, aux passions que l'on veut\nexprimer. La mélodie, F harmonie, et le rythme sont donc en musique une\ntrinité indivisible et ce n'est qu'en en faisant un judicieux employ, que\nle génie de nos grands compositeurs sut lui faire prendre rang parmi les\nbeaux arts.3 Pourtant nos rétrogrades n'ignoroient pas entièrement les\n\n1 L'énigmatique conteur veut parler sans doute de la guillotine.\n2 Cette date est controuvée par les dires antérieurs de Berton et par les biographes autorisés. Si Pierre\nBerton remplaça Boyer mort en 1755, il avait 28 ans et non 30, à son retour à Paris.\n3 Cette critique semble s'adresser à Rameau et à ses continuateurs, mais il faut la regarder comme une\nopinion personnelle, car Pierre Berton admirait fort Rameau et comme directeur, il s'employa toujours à\nremettre à la scène les principaux ouvrages de l'illustre maître de la musique française."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.54", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2719, "texte": "effets que lon pouvoit obtenir par l'usage de ces moyens, car on en\ntrouve quelquefois des exemples dans leurs œuvres, mais ce n'est jamais\nque dans les parties accessoires du drame, c'est à dire dans les airs de\ndanse, dans ce qu on appellait les petits airs toujours chantés par les\ncoryphées ou bien dans les chœurs et dans Les situations les\nplus vives, les plus touchantes, les plus pathétiques, étoient le domaine\nexclusif de leur froid et lourd récitatif ; c'est assurément de cette insipide\npsalmodie dont J. J. a voulu parler, lorsqu'il dit, que Vallure de la musique\nfrançoise lui sembloit être celle d'une vache qui voudroit galopper.\nLe besoin des améliorations se fesoit d'autant plus sentir que déjà\nl'on connoissoit en France, le Stabat de Pergolese et sa Serva Padrona\nopéra écrit en 1734 ainsi que les belles compositions, des Handel, des\nLéo, des Hasse, des Durante, des Scarlati, du célèbre Jomelli et de tant\nd'autres illustres maîtres dont les œuvres fesoient l'ornement des biblio-\nthèques musicales, de toutes les personnes douées de cet instinct qui fait\napprécier les véritables beautés de cet art magique.\nMon Père étoit possesseur d'une grande partie de ces chefs d'œuvre\nen manuscrits, cadeaux que lui avoit fait deux illustres amateurs de\nmusique, le Comte de Lauragnais et le Comte d'Albaret. Comme il chan-\ntoit fort bien, c'est à dire en compositeur, et qu'il accompagnoit encore\nmieux, il se plaisoit souvent à dire dans les cercles d'amateurs une grande\npartie des œuvres de ces lAristotesde ces de la véritable musique,\nà en analyser la beauté et à en faire apprécier tous les mérites.\nSi les philosophes du 18e siècle ont sçu par leurs écrits préparer\nles esprits aux idées qui ont amené la réforme sociale et notre grande\nRévolution ! je puis dire avec orgueil que je suis fils d'un homme qui\npar son savoir et la pureté de son goût, sut aussi préparer les esprits à\nnotre révolution musicale et lui forgea des armes pour l'aider à triompher\nlorsque son heure seroit venue.1 Ce fut en 1776, le 18 avril que l'on\nreprésenta pour la première fois l'lphigénie en Aulide de Gluck, et c'est\nde ces jours de triomphe harmonique que l'on doit compter l'ère de\ncette grande révolution artistique, c'est à dire 13 ans avant celle de 1789.\nElle n'a pas fait répandre autant de larmes que cette dernière, mais elle\na, ainsi qu'elle, donné naissance à de vives discussions, à une polémique\n\n1 Encore une fois, cette affirmation est fausse. Pierre Berton était foncièrement lulliste et ramiste, de par\nson éducation musicale et lorsqu'il devint Gluckiste, c'est parce que sa situation l'y obligea et que son goût se\ntransforma sous l'influence du génie allemand.\n4"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.55", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2557, "texte": "acerbe, à des disputes passionnées et même à une malédiction paternelle ! ! !\ncar un certain M. de Gouges, président au parlement de Toulouse, a\nd'hésérité son fils par ce qu'il étoit l'un des séides les plus passionés du\nGluckisme. Le fait est constant et je puis l'affirmer, car bien jeune encore\nétant après le diner dans le salon, j'entendis raconter ce fait par l'exilé\nlui-même.\nAlors son Père avoit cessé d'exister et ce malheur lui avoit rendu la\nliberté mais non sa fortune ; il revenoit d'Egipte où il avoit, dans la ville\ndu Caire, été forcé pour tacher d'exister, de faire le métier de maitre d'un\ncafé. A la fin de son récit, Gluck tout ému l'étreignit dans ses bras avec\néfusion et lui dit : bon jeune homme, il faut plaider et rentrer dans vos\nbiens; il vous faut un avocat, et bien c'est moi qui veut l'être, j'ai bien\nsu dans mon Orphée attendrir et toucher les sujets de Pluton ; je saurai\nbien pour une si belle cause attendrir et toucher les supots de Thémis.\nToute la société applaudit à ce beau mouvement et mon Père de suitteen\nremettant un papier à Gluck lui dit : Je prie l'illustre maitre de vouloir\nbien offrir en son nom à M. de Gouges, ce titre d'une Grande Entrée à\nl'Académie Royale de Musique. Gluck en la lui offrant lui dit avec sa\nchaleur et son énergie accoutumée: Oui je vais aller avec mon ami Berton\nme jeter aux pieds de mon auguste Ecolière, nous lui racontrons tout,\nnous la suplirons d'intercéder pour vous près du grand chancelier, elle\nest si bonne, ma chère Marie-Antoinette, votre souveraine, ma chère\nélève, oui, oui, j'en ai l'assurance, vous gagnerez votre cause et nous\nserons tous heureux. L'illustre maitre ne s'étoit pas trompé; la Reine prit\nun vif intérêt à l'affaire et M. de Gouges fut réintégré dans tous ses\nbiens, dans l'année. L'un des premiers employ qu'il en fit, fut de faire de\nmagnifiques cadeaux à tous les premiers artistes qui avoient figurés dans\nIphigénie et de louer à l'année une loge à l'Opéra qu'il ne manquât\nd'occuper jusqu'au dernier jour de sa vie, mais qu'il avoit toujours eu\nsoin de laisser vuide lorsque l'on ne représentoient pas l'un des chefs\nd'oeuvre du Père de la tragédie lyrique.\nMon Père, ainsi que l'on vient de le voir, par ses talens admini-\nstratifs, et le mérite de ses diverses productions, prit une part active dans\nle mouvement qui fit crouler le gothique système de notre prétendue\nmusique française.\nPour parler convenablement de ses œuvres diverses et éviter d'être\ntaxé d'une partialité filliale, je crois ne pouvoir mieux faire que de ren-"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.56", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2408, "texte": "voyer à ce qu'ont dit Choron et Fayol dans leur dictionnaire des musiciens\nainsi que les articles des mémoires de Bachaumont ou son nom est cite.\nJe crois cependant que Choron a été mal informé en disant que mon\nPère avoit composé pour la remise en scène de l'opéra de sa célè-\nbre Chaconne, car j'ai toujours entendu dire que c'étoit pour l'lphigénie de\nCampra et Desmaret qu'il l'avoit faite, et ce que dit semble\nvenir à l'appui de mon assersion.1 J'ai le bonheur d'être possesseur du\nmanuscrit autaugraphe de cette chaconne, le plan général de ce morceau\nest largement conçu, le motif principal en est noble et élégant, les\nopositions y sont bien entendues et variées avec art, l'instrumentation y\nest traitée d'une manière surprenante pour l'époque, mais ce qui est\nencore plus surprenant est la stretta, car c'est, n'en déplaise à tous les\nmaitres passés, présents et futurs, un véritable et beau crescendo, le\npremier que l'on ai jamais entendu et qui a été le type de tous ceux\nqu'on a composé depuis.\nCette chaconne acquit alors une si grande célébrité que le roi\nLouis XFy lui-même lorsqu'il vouloit adresser la parole à mon Père, ne\nl'interpelloit jamais par son nom, mais bien par celui de Monsieur de la\nChaconne.\nDans les entractes dramatiques, dans les concerts publiques et dans\nceux d'amateurs, dans les sérénades, ennn ainsi que de nos jours lon a\nen pareilles circonstances toujours exécuté la belle ouverture du Jeune\nHenry, de notre illustre confrère Méhul, la Chaconne de Berton étoit\ndevenue le Paladium des symphonistes.\nCe morceau fut composé en 1762 et 27 ans après, en 1789, le\ncélèbre Viotti alors directeur de Vopéraßuffa Feydeau, voulant\nselon les usages du tems donner le jour de Pâques un\nme demanda la partition de la Chaconne de mon père; il la fit exécuter\navec le plus grand soin, et quoiqu'en compagnie de l'une des belles\nsymphonies de l'immortel Haydn et d'une des plus renommées de\nl'illustre maitre Gossec, malgré ce voisinage et 1 antériorité de sa con-\nception, ce morceau eut un succès complet et vint prouver encore qu en\nfait de productions dans les Beaux-Arts, le vrai beau le toujours.\nVers la fin de l'année 1766, mon Père fut nommé directeur de\nl'Opéra ; et c'est aussi vers la fin de cette même année que je vis le jour\n\n1 Le doute subsiste au sujet de cette Chaconne. Jusqu'ici tous les biographes l'ont appliqué a Dard anus."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.57", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 950, "texte": "car je suis né le 17 de ybre de l'an 1766.1 D'après la similitude des dates;\nde ce double événement les tireurs d'oroscopes du temps, auroient peut-\nêtre pu prédire que le fils du directeur de l'Académie royale de musique,\nd'un compositeur aussi distingué, ne pouvoit infailliblement que marcher\nsur les traces de son illustre Père. Il ne m'appartient pas de juger la ques-\ntion, c'est au public à prononcer.\n\n1 H y a là deux erreurs manifestes ou plutôt deux lapsus. Pierre Berton fut nommé directeur de l'Opéra\nle 6 février 1767, ainsi qu'en témoignent les Archives de l'Opéra et c'est en cette même année que le narrateur\nvit le jour. Il avait 16 ans lorsqu'il se mit en ménage avec la célèbre Mlle Maillard, d'un an plus âgée que lui,\net il fut père l'année suivante. Chose curieuse, dans une lettre qu'il écrivait à Edouard Monnais, il se disait\nâgé de 75 ans, en 1841. Il se serait donc toujours volontairement vieilli d'une année."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c023", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 52, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.7", "titre_corps": "Mme Pierre-M. Berton Pastel appartenant à M. Berton.", "titre_sommaire": "Mme Pierre-M. Berton Pastel appartenant à M. 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(Muenchen. Wunderhorn Verlag in-8°\nde 119. pp. Mk 2,50).\nC'est encore le même problème qui préoccupe M. Thomas\nSan-Galli et le détermine à une enquête minutieuse faite aux\nbains de Teplitz, ou Beethoven vint se soigner en 1811. M. T.\nS.-G. avait déjà en 1909. dans un ouvrage paru à Halle, présenté\nses vues et résumé l'état de la question. Pour lui la bienaimee est\nAmalia Seebald et il s'efforce de nous montrer Beethoven à\nTeplitz s'éprenant pour elle d'une passion malheureuse. Le lecteur\nsortira sinon convaincu, du moins très séduit par l'ensemble de la\ndocumentation habilement présentée dans cette brochure, luxueuse\net ingénieuse.\nWAGNER (R.). Haertel,\nherausgegeben von W. ALTMANN (Breitkopf 1911 in-8 de\n239 pp. Mk 6.)\nLe 5 août 1831 un jeune homme qui signait\nJVagner stud. mus.écrivait à la maison Breitkopf et Haertel pour\nse proposer comme correcteur d'épreuves de musique. Il ajoutait .\n\"je considérerai comme un honneur de pouvoir vous offrir mes services a des P inférieurs\naux prix habituels. Ponctualité et correction seront toujours 1 objet de mes effoits.\nLe 20 Juin 1874, le même écrivait aux mêmes: \" Messieurs. Vous parlez d une édition on\nmarché de la partition piano et chant de Lohengrin, destinée à permettre à cet ouvrage de faire\nson chemin et par conséquent, selon vous, assurée de mon approbation. Voila encore vraiment\nune proposition intéressante ! Je croyais vous avoir assuré au contraire que Lohengrin a mon\navis avait suffisamment fait ses preuves pour être traité convenablement, non seulement dans\nsa partition piano et chant mais aussi dans sa partition d'orchestre, et cela de la part e ses\néditeurs. Je vois combien je me trompe en beaucoup de choses et je n'en persiste pas moins\ndans mes erreurs.\" ,\nLe ton a changé en quarante cinq ans, l'homme aussi, et les circonstances. L ancien\nstud. mus.touche maintenant àla gloire définitive. C'est lui qui parle en maure.\nEntre ces deux dates extrêmes toute une volumineuse correspondance s'est échangée entre\nla haute et puissante maison de Leipzig et le musicien bouillant, tenace, toujours proposant,\ndiscutant, faisant des plans, bataillant pour sauver ses convictions et gagner sa vie. Rien e\ncurieux chez Wagner comme ce mélange d'enthousiasme artistique et de froid calcul, qui lui\npermet d'imposer à la fois ses doctrines révolutionnaires et des prétentions d'auteur sans\nfortune. On a souvent reproché à W. ses exigeances d'argent, qui le rendent parfois queman-"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.59", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4032, "texte": "deur. Mais on ne fait pas réflexion à l'énorme effort, à la prodigieuse consommation de forces\nvives qui ont été nécessaires pour mettre sur pied un Tristan ou une Tétralogie. Oui, il y a\nquelque chose de dévorant dans l'activité wagnérienne, que nous ne pouvons mesurer à la\nfaçon d'un bourgeois qui équilibre son budget. Il faut que tout cède devant une tâche comme\ncelle que l'Esprit de la musique avait imposé à Wagner. On ne saurait parler ici d'égoïsme,\npuisque l'argent englouti dans cette fournaise nous a valu d'immortels chefs-d'œuvre.\nMais l'éditeur de 1850, ne voyait pas les choses comme nous les voyons aujourd'hui, où\nl'expérience a réussi, et où le capital engagé par l'humanité dans l'affaire Wagner a donné un\nsuperbe dividende. Les Breitkopf se demandaient avec anxiété où les mènerait toute cette tur-\nbulence, qui avait ses partisans, mais aussi ses adversaires acharnés et ses résistances officielles.\nAussi dans ce volume de lettres qui se lisent comme un roman, voit-on les chefs de la maison\nBreitkopf employer à l'égard d'un auteur, qu'ils veulent ménager, les procédés de courtoisie, et\nde diplomatie enveloppante qui sont de tradition dans cette imposante maison et que le très\naimable conseiller O. von Hase manie encore si bien aujourd'hui. Wagner a beau se cabrer,\nbombarder son éditeur de propositions alléchantes, de projets tentants, les Breitkopf l'entourent\nde lettres flatteuses qui résistent, tout en ayant l'air de céder. Ils cédèrent pourtant, pour\nLohengrin et pour Tristan, mais ils reculèrent devant la Tétralogie, un gros morceau pour la\nla librairie de 1856 !\nTous ces débats, où les questions d'affaires se mêlent aux plus hauts intérêts de l'art ont\nun grand attrait. Il faut remercier le Professeur Altmann de les avoir mis au jour et de nous\npromettre encore deux autres volumes qui comprendront la correspondance avec B. Schott's\nSoehne et divers éditeurs. J. E.\nPOUGIN (Arthur). Histoire d**une cantatrice. Marie Malibran (Pion. 1911. in-l2° de\n284 pp. 3,50). Musiciens du XIXe siècle Fischbacher 1911 ini2° de 280 pp. 3#50)*\nVoici deux livres de ce même auteur infatigable et auquel la musicologie française doit\nune bonne part de son activité. M. Pougin n'a cessé depuis cinquante ans de défendre auprès\ndu public la cause de l'histoire musicale, et le droit du document. Entre Fétis et la jeune\ngénération il représente une étape courageusement franchie.\nLa Malibran offrait à un homme qui connait si bien son XIXe siècle musical un sujet\ndramatique et piquant. Rien n'est plus romanesque et plus romantique que cette suite d'inci-\ndents qui commencent avec le vieil Espagnol Garcia, et se terminent paisiblement dans la gloire\nde Mme Viardot, laissant place pour les péripéties de Marie Malibran. Cette histoire agitée, qui\nfait songer à une poésie de Musset illustré par Goya, est contée simplement par M. Pougin,\navec de nombreux documents, une style aisé, un parfait souci de l'objectivité. Chose toujours\nprécieuse, l'appareil critique des notes est important. Un appendice bibliographique complète le\ntout. J'aurais peut-être désiré un index des noms ! Mais il faut savoir se borner.\nLe second ouvrage de M. Pougin est beaucoup moins historique, au sens précis de ce mot,\net il appartient très manifestement à la critique ardente qui cherche la polémique. Ceci ne\nl'empêche pas de nous apporter des faits nouveaux, des remarques judicieuses et des apprécia-\ntions utiles sur Auber, Rossini, Donizetti, A. Thomas, Verdi, Gounod, V. Massé, Reyer,\nDelibes, tous musiciens dont le souvenir flotte un peu devant nos mémoires indécises, et dont\nM. Pougin voudrait ranimer le culte parmi nous.\nMais que d'amertume, mon cher confrère, dans votre préface vengeresse ? Et vraiment la\nquerelle des Anciens et des Modernes doit elle renaître en musique ? N'est ce pas au contraire\nle rôle de l'histoire de réduire à rien ces questions de préséance, qui sont, au fond, des questions\nde sentiment ? 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Mais si vous opposez les 1300 représentations de\nMignon aux 13 représentations de Fervaal, pour en conclure que l'œuvre de Thomas est\nartistiquement supérieure à celle de Vincent d'Indy, vous ne faites qu'envenimer les choses.\nLe sentiment individuel est si loin de la statistique ! En somme, le rôle de l'historien contre la\ncritique dogmatique devrait être de saper peu à peu cette notion de l'absolu en matière de\nbeauté musicale, et de lui substituer dans l'esprit de tous la notion claire et honnête de la rela-\ntivité des goûts. L'absolutisme, la conviction, la foi, sont des nécessités pour l'artiste créateur,\nmais de simples tyrannies chez le critique, et des tyrannies dont le lecteur est las. Le meilleur\nantiseptique contre ce microbe de l'absolu c'est encore la science, qui constate, sans prendre\nparti ; mais est-elle applicable dans un art aussi excitant que la musique ? 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La musique Belge\nmoderne. La musique de chambre en Allemagne. Trois causeries faites a l Académie de musique\nde Bruxelles par M.M. Lesbroussart, van de Borren et Systermans. (Bruxelles, Ed. de l'Art\nModerne, 1911, in-160 de 60 pp.)."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.61", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2533, "texte": "BROUSSET (Jules). Le Grand orgue,\ncathédrale St. Louis de Blois.(Etampes, Lecesne. 1907 in-120 de 80 pp.).\nid. J. Bindernagel(l77l-1807) (Blois, Migault et Cie 1908 in-120 de 8 pp.).\nid. Antoine ponchard, maître de musique à l'Ecole de Pont-Levoy, (1758-1827)\n(Blois, Ibid. 1907 in-12° de 15 pp.)\nSTAINER (John). La musique dans ses rapports avec Fintelligence et les émotions.\nTraduction française par Louis PENNEQUIN (Paris, Falque 1911 in-8° de 56 pp. Frs. 2).\nSTREATFIELD (R.A.). Musique et musiciens modernes. Traduction française de\nLouis PENNEQUIN (Paris, Ibid. 1910 in-8° de 104 pp. Frs. 3,50).\nMAYRHOFER (Robert). Der Kunstklang. Bd. I Das Problem der Durdiatonik.\n(Lpz. Wien., Universal-Edition 1910 in-8° de 256 pp.).\nKRAUS (Alessandro). Italianità delVinventione del pedale... (Firenze 1911 in-8°\nde 4 pp.)\nFESTSCHRIFT zum9o geburstage S. Breitkopf 1910\nin-40 de 464 l2).\nDUPRE (Dr E.) et NATHAN (Dr M.) Le langage musical préface de Ch. MAL-\nHERBE. (Paris, Alcan 1911 in-8° de 195 pp. Frs. 3.50).\nSCHOLZ. (Hans).— J. S. Cousser.lnaugural-Dissertation... (Lpz. Rôder. 1911\nin-8° de 244 pp.).\nLES ORIGINES DE CHOPIN. Une polémique dont nos lecteurs ont certainement\nentendu l'écho, s'est élevée dernièrement au sujet de la nationalité polonaise de Chopin,\nexaltée dans un récent discours de Paderewski, contestée par un article de M. de Bertha, et\naffirmée par M. Landowski dans une rectification du Mercure de France. On sait que Chop,\nl'ancêtre de Chopin vint s'établir à Nancy à la suite du roi Stanislas et prit le nom de Chopin.\nMais cette question n'a jamais été présentée avec des textes probants à l'appui. Notre confrère\nM. Landowski se livre en ce moment à des recherches d'archives, sur place, et nos lecteurs\nauront bientôt l'avantage d'apprendre la vérité sur les Chopin nancéens et leur séjour\nparmi nous.\nNous avons reçu de notre collègue M. de Bertha la lettre suivante que nous nous\nempressons d'insérer.\nMessieurs,\nVous avez publié un article de M. Machabey, écrit avec le ton de\nla plus entière conviction et qui résume en effet la doctrine qui tend à\nprédominer dans l'art musical moderne. Je crois qu'on ne saurait trop\nmettre en garde les musiciens contre la désinvolture avec laquelle\nM.M. traite notre grammaire et notre syntaxe musicales. 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Hé\noui, en effet, pourquoi cette tyrannie du diatonisme et des tonalités?\nProbablement parceque les musiciens y trouvent leur avantage. M.M.\nvoudrait nous persuader du contraire en invoquant un libéralisme qui\nn'est que de l'anarchie. Les sons s'aggrègent en vertu de convenances\nspéciales et intimes. Si ces convenances n'existaient pas, la musique aurait\nun autre aspect. 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(Muenchen. Wunderhorn Verlag in-8°\nde 119. pp. Mk 2,50).\nC'est encore le même problème qui préoccupe M. Thomas\nSan-Galli et le détermine à une enquête minutieuse faite aux\nbains de Teplitz, ou Beethoven vint se soigner en 1811. M. T.\nS.-G. avait déjà en 1909. dans un ouvrage paru à Halle, présenté\nses vues et résumé l'état de la question. Pour lui la bienaimee est\nAmalia Seebald et il s'efforce de nous montrer Beethoven à\nTeplitz s'éprenant pour elle d'une passion malheureuse. Le lecteur\nsortira sinon convaincu, du moins très séduit par l'ensemble de la\ndocumentation habilement présentée dans cette brochure, luxueuse\net ingénieuse.\nWAGNER (R.). Haertel,\nherausgegeben von W. ALTMANN (Breitkopf 1911 in-8 de\n239 pp. Mk 6.)\nLe 5 août 1831 un jeune homme qui signait\nJVagner stud. mus.écrivait à la maison Breitkopf et Haertel pour\nse proposer comme correcteur d'épreuves de musique. Il ajoutait .\n\"je considérerai comme un honneur de pouvoir vous offrir mes services a des P inférieurs\naux prix habituels. Ponctualité et correction seront toujours 1 objet de mes effoits.\nLe 20 Juin 1874, le même écrivait aux mêmes: \" Messieurs. Vous parlez d une édition on\nmarché de la partition piano et chant de Lohengrin, destinée à permettre à cet ouvrage de faire\nson chemin et par conséquent, selon vous, assurée de mon approbation. Voila encore vraiment\nune proposition intéressante ! Je croyais vous avoir assuré au contraire que Lohengrin a mon\navis avait suffisamment fait ses preuves pour être traité convenablement, non seulement dans\nsa partition piano et chant mais aussi dans sa partition d'orchestre, et cela de la part e ses\néditeurs. Je vois combien je me trompe en beaucoup de choses et je n'en persiste pas moins\ndans mes erreurs.\" ,\nLe ton a changé en quarante cinq ans, l'homme aussi, et les circonstances. L ancien\nstud. mus.touche maintenant àla gloire définitive. C'est lui qui parle en maure.\nEntre ces deux dates extrêmes toute une volumineuse correspondance s'est échangée entre\nla haute et puissante maison de Leipzig et le musicien bouillant, tenace, toujours proposant,\ndiscutant, faisant des plans, bataillant pour sauver ses convictions et gagner sa vie. Rien e\ncurieux chez Wagner comme ce mélange d'enthousiasme artistique et de froid calcul, qui lui\npermet d'imposer à la fois ses doctrines révolutionnaires et des prétentions d'auteur sans\nfortune. On a souvent reproché à W. ses exigeances d'argent, qui le rendent parfois queman-"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.59", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4032, "texte": "deur. 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Rien n'est plus romanesque et plus romantique que cette suite d'inci-\ndents qui commencent avec le vieil Espagnol Garcia, et se terminent paisiblement dans la gloire\nde Mme Viardot, laissant place pour les péripéties de Marie Malibran. Cette histoire agitée, qui\nfait songer à une poésie de Musset illustré par Goya, est contée simplement par M. Pougin,\navec de nombreux documents, une style aisé, un parfait souci de l'objectivité. Chose toujours\nprécieuse, l'appareil critique des notes est important. Un appendice bibliographique complète le\ntout. J'aurais peut-être désiré un index des noms ! Mais il faut savoir se borner.\nLe second ouvrage de M. Pougin est beaucoup moins historique, au sens précis de ce mot,\net il appartient très manifestement à la critique ardente qui cherche la polémique. Ceci ne\nl'empêche pas de nous apporter des faits nouveaux, des remarques judicieuses et des apprécia-\ntions utiles sur Auber, Rossini, Donizetti, A. Thomas, Verdi, Gounod, V. 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Antoine ponchard, maître de musique à l'Ecole de Pont-Levoy, (1758-1827)\n(Blois, Ibid. 1907 in-12° de 15 pp.)\nSTAINER (John). La musique dans ses rapports avec Fintelligence et les émotions.\nTraduction française par Louis PENNEQUIN (Paris, Falque 1911 in-8° de 56 pp. Frs. 2).\nSTREATFIELD (R.A.). Musique et musiciens modernes. Traduction française de\nLouis PENNEQUIN (Paris, Ibid. 1910 in-8° de 104 pp. Frs. 3,50).\nMAYRHOFER (Robert). Der Kunstklang. Bd. I Das Problem der Durdiatonik.\n(Lpz. Wien., Universal-Edition 1910 in-8° de 256 pp.).\nKRAUS (Alessandro). Italianità delVinventione del pedale... (Firenze 1911 in-8°\nde 4 pp.)\nFESTSCHRIFT zum9o geburstage S. Breitkopf 1910\nin-40 de 464 l2).\nDUPRE (Dr E.) et NATHAN (Dr M.) Le langage musical préface de Ch. MAL-\nHERBE. (Paris, Alcan 1911 in-8° de 195 pp. Frs. 3.50).\nSCHOLZ. (Hans).— J. S. Cousser.lnaugural-Dissertation... (Lpz. Rôder. 1911\nin-8° de 244 pp.).\nLES ORIGINES DE CHOPIN. Une polémique dont nos lecteurs ont certainement\nentendu l'écho, s'est élevée dernièrement au sujet de la nationalité polonaise de Chopin,\nexaltée dans un récent discours de Paderewski, contestée par un article de M. de Bertha, et\naffirmée par M. Landowski dans une rectification du Mercure de France. On sait que Chop,\nl'ancêtre de Chopin vint s'établir à Nancy à la suite du roi Stanislas et prit le nom de Chopin.\nMais cette question n'a jamais été présentée avec des textes probants à l'appui. Notre confrère\nM. Landowski se livre en ce moment à des recherches d'archives, sur place, et nos lecteurs\nauront bientôt l'avantage d'apprendre la vérité sur les Chopin nancéens et leur séjour\nparmi nous.\nNous avons reçu de notre collègue M. de Bertha la lettre suivante que nous nous\nempressons d'insérer.\nMessieurs,\nVous avez publié un article de M. Machabey, écrit avec le ton de\nla plus entière conviction et qui résume en effet la doctrine qui tend à\nprédominer dans l'art musical moderne. Je crois qu'on ne saurait trop\nmettre en garde les musiciens contre la désinvolture avec laquelle\nM.M. traite notre grammaire et notre syntaxe musicales. Dans toutes les\nlangues il y a une structure nécessaire contre laquelle rien ne prévaut.\nTelle est notre tonalité avec ses gammes diatoniques, et ses cadences,\nsur lesquelles les plus grands génies de notre art Occidental ont élevé\nleurs œuvres."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.62", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1060, "texte": "On ne saurait dire avec M.M. que la gamme chromatique ait en\nelle-même sa légitimité. Car la suite des notes, dépouillée des éléments\nattractifs ou répulsifs que contient chacun de ces éléments sonore est un\npur nonsens musical. Le chromatisme constitue un ensemble de possi-\nbilités, mais pas autre chose. Pourquoi le choix s'opère-t-il de telle façon\net pas de telle autre, c'est ce que M.M. se demande avec angoisse. Hé\noui, en effet, pourquoi cette tyrannie du diatonisme et des tonalités?\nProbablement parceque les musiciens y trouvent leur avantage. M.M.\nvoudrait nous persuader du contraire en invoquant un libéralisme qui\nn'est que de l'anarchie. Les sons s'aggrègent en vertu de convenances\nspéciales et intimes. Si ces convenances n'existaient pas, la musique aurait\nun autre aspect. Mais elles existent bel et bien, et leur accord présent\ntel que nous le connaissons par les œuvres et par les théories, est le\nrésultat d'une longue pratique et de quelques milliers d'années d'essais\nlaborieux du génie.\nVeuillez bien...\n\nA. de Bertha."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c029", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 62, "image_fin": 62, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.10", "titre_corps": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.62", "debut_caractere": 1062, "fin_caractere_exclue": 1413, "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE\nLE CONGRÈS DE LONDRES\nAu moment où paraîtra ce numéro, le congrès de notre Société à Londres prendra\nfin. Notre directeur, M. Ecorcheville, désigné par le Gouvernement pour représenter\nofficiellement la France à cette solennité musicologique, rendra compte dans 1' S. I. M.\ndu 15 juillet, de cette importante mission."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c030", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 63, "image_fin": 69, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.11", "titre_corps": "EN TOURNÉE SUR LE VOLGA", "titre_sommaire": "EN TOURNÉE SUR LE VOLGA", "signature_source": "Ellen de Tideböhl", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.63", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 951, "texte": "EN TOURNÉE SUR LE VOLGA\n\nSerge Koussevitsky, le célèbre contrebassiste, vient de réaliser, avec une troupe de musi-\nciens hors ligne, recrutée par lui, un voyage qui n'a pas d'égal. Descendant et remontant\nensuite le Volga à bord du bateau 1' u Ile flottante \" et donnant 19 Concerts dans les villes\nriveraines, Koussevitsky a été se faire applaudir comme chet d'orchestre dans les provinces les\nplus déshéritées de la Russie.\nLaissons la parole à notre correspondante de Moscou, Mlle Ellen de 1 idebohl, qui aeu\nla bonne fortune de faire partie de l'expédition, et de représenter notre revue à bord de Y Ile\nflottante.\nNous sommes au mois de Mai. A l'aube du jour, notre bateau\nse met en mouvement. Il va mener la Symphonie vers de nouveaux\nrivages où l'on ne l'a jamais entendue encore. La nature, resplendis-\nsante de beauté printanière semble vouloir nous faire bon accueil. Le\nmouvement léger et rythmé du bateau, la tranquillité de l'atmosphère,"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.64", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2463, "texte": "le grand soleil, tout nous fait prévoir quelques journées délicieuses, à nous\nqui sommes encore tout enfiévrés de l'éternelle rumeur des capitales.\nLa société qui vient de s'embarquer est nombreuse. D'abord, les 65\nexécutants d'orchestre, dont quelques-uns ont emmené femme et enfants.\nPuis les solistes : Alex. Scriabine, qui va jouer son Concerto pour piano,\n(Op. 18) et Moguilensky élève du Conservatoire de Moscou, qui va\njouer le Concerto pour violon de Max Bruch. Quelques personnes qui\nveilleront à l'organisation matérielle de nos Concerts ; d'autres pour le\nsoin et le transport des instruments, etc Enfin, les invités, amis, corres-\npondants, pour la France, l'Allemagne, l'Angleterre et l'Amérique ;\nMM. Eugène Jabel, August Spanuth, Otto Kling et moi-même ; un\npeintre, le Professeur Sterl, et un docteur, vont former un cercle plus\nintime autour des hôtes de M. et Mme Koussevitskv.\nJ\nLes Concerts se distribueront de la sorte : nous en donnerons un\ndans les petites localités comme Tver, Rybinsk, Jaroslav, Kostroma, Nijni,\nSimbirsk et Tzaritzin ; et deux dans les grandes villes comme Kazan,\nSamara, Saratow et Astrakhan. Le premier programme comportera l'Ou-\nverture d'Egmont, la Ve Symphonie de Tschaïkovsky, Sadko de Rimski\nKorsakov et l'Ouverturè des Maîtres Chanteurs.\nLa Shéhérazade, de Rimski Korsakov, l'Orestéia de S. Tanéiew\nalterneront, suivant les cas, avec quelques-uns de ces morceaux.\nAu second concert, le programme sera composé de musique étran-\ngère : la VIIe Symphonie de Beethoven, le Rouet d'Omphale de St. Saëns,\net les Préludes de Liszt.\nNous nous étions réunis à Tver le 26 Avril (9 Mai). Le soir même,\neut lieu le premier Concert qui eut un grand succès et contribua à con-\nvaincre les artistes de l'heureuse issue de leur entreprise.\nCe séjour sur l'lle Flottante fut enchanteur. Koussevitsky, chef émé-\nrite, adorant son orchestre, appréciait en chacun de ses musiciens un vrai\nartiste, et s'en faisait aimer comme d'un ami. La joie, la cordialité, la\nplus affectueuse camaraderie ne cessèrent de régner à bord. On se sentait\nlibre citoyen de cette Ile Flottante, (chose rare en Russie, surtout sur le\nVolga).\nDe grands événements historiques se sont déroulés dans la contrée que\nnous allions traverser. Sur le chemin de Tver à Rybinsk se trouve la ville\nd'Ouglitché. C'est là qu'a débuté le drame dont Moussorgsky fit le sujet\nde son Opéra, Boris Godounoff. La Tsarine Marthe, veuve d'lvan le"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.65", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2541, "texte": "Terrible y demeurait avec son fils Dmitri quand Boris GodounofF conçut\nle plan de faire assassiner l'héritier du trône pour usurper ensuite sa place.\nLe soleil était à son déclin quand une rangée de coupoles de style\narchaïque se dessinèrent à l'horizon. C'était Ouglitché.\nLe bateau s'arrêta au crépuscule et les voyageurs se hâtèrent vers ces\nbâtiments et ces églises qui avaient tant à dire des temps passés. Le con-\ncierge, cédant à la force magique du rouble consentît à laisser passer ces\nvisiteurs attardés et donna à chacun d'eux un cierge allumé. En entrant\ndans l'appartement de la Tsarine, nous nous sentimes reportée à trois\nsiècles en arrière : les orfèvreries d'or et d'argent, les vêtements de soie,\nles broderies de style ancien, tout nous parlait d'un autre monde. En\ncirculant, cierge en main, à côté des portraits et des images saintes qui se\ndessinaient aux murs, nous nous prenions nous-mêmes pour quelque pro-\ncession de fantômes.\nUne cloche énorme était placée sur un cadre, dans l'appartement\nmême. C'était la cloche d'alarme qui avait annoncé le meurtre du petit.\nDmitri. Le peuple, arrivé en masse, aussitôt après le crime, tua les assas-\nsins qui venaient de le commettre. La rage de Boris GodounofF ne connut\nalors pas de bornes. Il fit lancer la cloche du haut de la tour ; et pour la\nchâtier, la fit poser sur un char, d'où elle fut envoyée en Sibérie. Les\nhabitants d'Ouglitché, qui avaient témoigné quelque sympathie à la\nTzarine, furent invités, par ukase, à suivre la cloche à Tobolsk.\nMichel Féodorovitch, premier Tsar de la maison RomanofF, une\nfois monté sur le trône fit revenir ceux qui avaient survécu à toutes les péni-\ntences d'un exil rigoureux, et la cloche fut ramenée à Ouglitché à la\nplace qu'elle occupe actuellement. Elle passe maintenant pour une relique\nd'une suprême efficacité, et on lui a fait opérer bon nombre de miracles.\nLa nuit était venue quand nous nous arrachâmes à cet autre monde.\nUne délicieuse soirée de printemps eut vite fait de nous enlever à ces\nsouvenirs tragiques, et le mysticisme fit place à la plus cordiale gaieté. Un\nde nos compagnons fit notre joie en nous montrant un saucisson d'un\nmètre de long, qu'il avait eu la chance d'acheter pour 15 Copek. Il paya\ncher, du reste, cette avantageuse acquisition, car la nuit même, il réclama\nà grands cris le docteur et lui donna beaucoup d'ouvrage pendant plu-\nsieurs jours.\nL'lle Flottante avançait sans relâche. Arrivés à Kostroma, nous\neûmes enfin un peu de temps devant nous pour visiter le Couvent Ipat-"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.66", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2594, "texte": "iewsky. C'est là que le Tzar Michel Féodorovitch, s'était réfugié du\ntemps de Boris Godounoff pendant l'invasion des Polonais. Le paysan\nIvan Soussannin sauva son Tsar en menant les troupes ennemies dans les\nméandres d'une forêt marécageuse où les hommes périrent tous de froid\net de faim, non sans avoir eu le temps de se venger de leur guide. Glinka\ndevait plus tard choisir cet épisode pour sujet de son Opéra, la Vie pour\nle Tsar,le premier opéra russe.\nUn jeune moine, blond et frisé sous sa cape noire, nous mena voir\nles chapelles et les appartements du Tsar. Il nous montra même, avec un\nsourire quelque peu sceptique, la lourde porte de fer à laquelle l'orphe-\nlin Vania (personnage inventé de toutes pièces par Glinka) vint cogner\npour entrer au couvent et pour annoncer au Tsar l'approche des Polonais.\nMais retournons à l'lle Flottante qui a sa tâche d'art à remplir. Le\nConcert de Nijni fut d'un grand effet. Quand la Symphonie de Tschaï-\nkowsky arriva à son apogée, une rumeur se fit entendre dans les rangs ;\non emporta plusieurs personnes évanouies. Puis ce furent deux jeunes\ngarçons de l'école militaire qui tombèrent, la face livide, tout près de\nl'orchestre. Il fallut les mener au foyer, où l'on trouva les huit canapés\noccupés par les premiers évanouis. Nous ne sûmes jamais si c'était là\nl'effet de la musique, ou de la chaleur accablante de cette soirée ?\nLes villes, distantes les unes des autres de plusieurs mille verstes\noffrent chacune un aspect différent. Kazan, province Russe, depuis trois\nsiècles, porte les indices de le civilisation tartare. Mais la culture s'y est\nfrayé quand même un passage. L'Université y a une très bonne réputa-\ntion ; une section de la Société Russe de Musique a contribué à y répandre\nla connaissance et le goût de l'art. Koussevitsky y fut accueilli avec le\nplus vif enthousiasme.\nLorsque nous quittâmes Kazan, le temps avait changé subitement.\nUne pluie froide nous fit apprécier le charme de nos bonnes cabines bien\nchaufféçs et du Salon, où nous nous rassemblions en cercle intime, pour\ncauser d'art et de musique. Les artistes de l'orchestre, pendant ce temps\nne restaient pas oisifs. Ils organisaient une représentation comique pour\nle soir. M. et Mme Koussevitsky et leurs hôtes reçurent des lettres d'invi-\ntation. A la cloche d'appel, on descendit au premier étage du bateau où fut\njouée une petite Revue, qui avait naturellement pour sujet les mille faits\nde la vie commune à bord. Les menus incidents du voyage, les épisodes\nde nos concerts, tout fut chansonné avec autant de verve que d'esprit."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.67", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2558, "texte": "En remerciement, les artistes furent invités à souper au salon.\nM. Koussevitsky une serviette au bras, fit lui-même le maître d'hôtel,\nsa femme se para d'un tablier et d'un bonnet blanc. Leurs hôtes en firent\nde même et les artistes furent servis avec autant de maladresse que de\nbonne volonté.\nLe déguisement devait nous procurer encore d'autres plaisirs. Un\njour ce furent les correspondants étrangers, qui ayant acheté des chemises\nbrodées comme en portent les paysans russes s'y trouvèrent tellement à\nl'aise qu'ils ne consentaient plus à remettre leur habit noir, sauf pour aller\nau Concert. Un autre jour, desTartares étant arrivés à bord avec des mar-\nchandises orientales, tout l'orchestre fit affaire avec eux et nous apparut\ndans les accoutrements les plus fantastiques.\nSamara qui se trouve sur le grand chemin de la Sibérie, est une ville\nd'une certaine importance, un des derniers postes de la civilisation avant\nles déserts. Elle a des établissements de premier ordre : écoles, asiles,\nbibliothèque, théâtre un édifice nommé Olympia, construit par un par-\nticulier, bâtiment modèle avec une belle salle contenant près de 4000 places\ndistribuées entre le parterre et trois tribunes. L'acoustique y est meilleure\npour les effets de force que pour les effets de douceur. C'est là que les\nconcerts Koussevitsky eurent lieu.\nToutes les classes de la ville, depuis les gros personnages jusqu'aux\nouvriers étaient représentés dans l'auditoire. Des têtes intelligentes,\nà la face brûlée décelaient les pionniers de la Russie, souvent hommes\nd'un haute éducation, arrivés des steppes d'Orenborg ou des Monts\nOural, pour entendre cette musique dont ils étaient privés depuis\ntant d'années. Nous autres, blasés par l'excès même des jouissances\nartistiques, nous ne pouvons nous faire une idee de leui état d ame en\nécoutant cet orchestre modèle. Les jeunes, entraînés par leur enthousiasme,\nne cherchaient pas à dissimuler leur émotion. Qui pourrait dire si cette\nsoirée n'a pas été décisive pour beaucoup d'entre eux et n'a pas réveillé\nen eux une vie intellectuelle et musicale qui risquait de s'y éteindre ?\nA Simbirsk nous trouvâmes un auditoire plus recherché, consistant\nen employés du gouvernement et en gros propriétaires du voisinage.\nPendant le concert, l'absence d'un des correspondants étrangers se fit\nremarquer. Il avait cependant quitte le bateau bien avant les auties, vou-\nlant, faire un tour par la ville. Il arriva enfin, exténué, la figure décom-\nposée ; il s'était égaré, avait erré jusqu'à se trouver dans les champs, et"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.68", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2500, "texte": "regagnant la ville, ne parlant pas le Russe, n'avait plus su où diriger ses\npas ; un cocher de fiacre comprit enfin le mot \" musique \" et le mena\nvers un jardin ou brillaient des lampions de toutes les couleurs ; il entre :\nla Matchiche se fait entendre ; il se sauve et se retrouve encore dans une\nrue déserte et sombre. Enfin, il vit à une devanture tous les indices d'une\npharmacie ; c'est là qu'on comprit son Allemand, et qu'on l'aida à rejoin-\ndre sa compagnie. Notre cercle intime s'égaya beaucoup de l'aventure.\nLa Société Musicale de Saratoff, qui a contribué à répandre la\nmusique dans cette partie de la Russie, est tenue par l'Etat de réorganiser\nl'école musicale au Conservatoire. Les Concerts Symphoniques, cepen-\ndant n'ont pu s'y maintenir. L'orchestre de Koussevitsky y fut d'autant\nplus apprécié à sa valeur.\nNotre séjour à Astrakhan fut du plus haut intérêt. Le fleuve, d'une\nlargeur immense, sillonné de bateaux débordants de poissons, ces travail-\nleurs de vingt races différentes, ce mélange de culture et d'état primitif\nfont d'Astrakhan une des places où se joue un extraordinaire et brutal\nconflit entre l'Europe et l'Asie. L'occasion se présenta de visiter un en-\ndroit ou des Kirghises (tribu mongole), venaient de dresser leurs tentes.\nCes nomades à la face jaune sont d'un caractère paisible. Les femmes qui\nvenaient chercher de l'eau au Volga se sauvèrent, très effrayées en voyant\narriver des blancs. On nous laissa néanmoins entrer dans la Pagode ou\nnous vîmes quelques échantillons d'art bouddhique.\nLe lendemain du dernier Concert à Astrakhan, l'lle Flottante remporta\nles voyageurs vers leurs foyers. Ce fut une marche triomphale. Les quatre\nvilles où, de nouveau nous nous arrêtâmes nous reçurent avec des vivats\nde bienvenue. Mille marques de sympathie, aussi originales que diverses\nnous furent manifestées : un citoyen de Kazan fit rouler à bord du bateau\nun tonneau de bière ; un autre y déposa une bonne provision de Kwass ;\nun pain monstre, d'un goût exquis fut envoyé par une dame enthousiaste.\nJe ne parle pas des dîners et soupers, donnés en l'honneur de M. et\nMmo Koussevitsky.\nLes programmes pour les concerts du retour, à SaratofF, Samara,\nKazan, Nijni, furent entièrement consacrés aux compositeurs russes\nMoussorgsky, la sur le Chauve ; Conus, la Forêt ; Glinka,\nJota Aragonaise. Le violoncelliste Rud. Erhlich joua des compositions\nde Glazounov, et M. Damaev ténor vigoureux, chanta des airs de\nGretchaninov et de Rimski."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.69", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2162, "texte": "Le dernier concert eut lieu à Nijni Novgorod, le pays natal de Bala-\nkirev. La nouvelle de sa mort venait d'arriver. Après un discours en sa\nmémoire, la marche funèbre de la II6 Symphonie de Beethoven se fit\nentendre. Des œuvres de Balakirev furent jouées ; et pour finir, on\nexécuta Roméo et Juliette de Tschaikowsky que celui-ci avait dédié, dans\nsa jeunesse, à Balakirev. Ce morceau fut le dernier de la tournée du\nVolga. L'exécution fut parfaite. Jamais le chef et ses musiciens ne s'étaient\nmieux compris. Impressionnés par l'idée que leur tâche avait été glorieuse-\nment accomplie, ils rendirent avec une réelle maîtrise cette œuvre où\nl'auteur a déposé le meilleur de son génie.\nM. et Mme Koussevitsky organisèrent une fête d'adieu pendant notre\ndernière journée de navigation. Le bateau fut arrêté. On nous pria de\nmonter sur le pont où Koussevitsky tint un discours plein de chaleur à\nson orchestre. Les verres se remplirent ; des toasts furent échangés et la\nfête se termina par des chansons. Des paysans du rivage vinrent présenter\ndes rameaux verts aux artistes, pour les remercier de cette musique, en-\ntendue par eux si inopinément le long des rives du Volga. Ces naïfs\navaient-ils reconnu par instinct la grande tâche artistique que de vaillants\npionniers venaient de remplir vis à vis de leur nation ? En tous cas, ces\nhumbles rameaux ne firent pas moins de plaisir aux artistes que les cou-\nronnes de laurier qui eussent été présentées par le plus élégant des audi-\ntoires.\nLe 27 Mai (10 Juin), nous rentrâmes à Moscou. Koussevitsky avait\naccompli une œuvre qui à première vue semblait irréalisable ; grand\nartiste et grand esprit, il ne s'était arrêté à aucun sacrifice matériel. La\ndisposition naturelle du peuple russe pour la musique lui avait fait espérer\nque son entreprise réveillerait l'amour de l'art dans l'âme de ses compa-\ntriotes. Il ne s'était pas trompé : on ne peut voir d'auditoire plus silen-\ncieux, plus recueilli et plus enthousiaste que celui qui assista à ses\nconcerts, depuis Tver jusqu'à Astrakhan. L'lle Flottante et ses passagers\nont bien mérité de la Russie, de la musique et de l'Art.\n\nEllen de Tideböhl."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c032", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 70, "image_fin": 75, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.12", "titre_corps": "Les Théâtres", "titre_sommaire": "Les Théâtres", "signature_source": "Emile Vuillermoz", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.70", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 548, "texte": "Les Théâtres\n\nL'HEURE ESPAGNOLE. THÉRÈSE. LE MARTYRE\nDE SAINT SÉBASTIEN.\nEn confrontant, au tribunal de l'opinion publique Massenet, Debussy et\nRavel, l'ironique destin a, sans doute, voulu nous donner une petite leçon d'his-\ntoire et nous rappeler l'intérêt que présente l'étude de l'arbre généalogique de\nnotre musique française. S'il est vrai, surtout en art, que rien ne se perd ni ne se\ncrée, n'est-il pas curieux de rechercher comment ont pu s'insérer sur le même\ntronc les trois rameaux qui portent comme fruits Hèrodiade, Pelléas ou Daphnis"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.71", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3348, "texte": "et Chloé et par quel miracle de greffe la même sève a pu gonfler des bourgeons\nsi différents. En dépit des insinuations de certains observateurs superficiels trop\nprompts à dénoncer partout des plagiats imaginaires, il y a, en effet autant\nd'incompatibilité d'humour entre Concepcion et Saint Sébastien qu'entre Saint\nSébastien et Thérèse et, pourtant, qui oserait affirmer qu'un obscur lien n'a pas\nuni à l'origine trois formules d'art si opposées ? Sans Massenet, Debussy n'aurait\npas écrit l'Enfant Prodigue ; sans l'Enfant Prodigue le jeune prix de Rome n'eut\npoint élu la Damoiselle qui devait, après l'initiation du Faune au cours d'un\nvoluptueux après-midi, s'abandonner à la féérie des Nocturnes et nouer des\nRondes de Printemps. Sans Debussy, Ravel ne se fut point attardé aux parcs\nverlainiens où l'on danse des pavanes en l'honneur des infantes défuntes et où\nl'on s'extasie sur la fantaisie des jeux d'eau avant de découvrir le Miroir qui lui\nrévéla son véritable visage, de se lancer à la poursuite de Gaspard de la Nuit et\nde devenir le rapsode de l'Espagne.\nLe fil d'Ariane qui relie entre eux des états si différents de la sensibilité\nfrançaise est évidemment plus ténu qu'un fil de la vierge ; il existe pourtant et\nc'est un divertissement subtil que d'en retrouver le mystérieux trajet. Ce divertis-\nsement, d'ailleurs, est imprudent ; il peut égarer les âmes simples qui n'ont jamais\nsu discerner la technique de Ravel de celle de Debussy et il convient de ne s'y\nlivrer qu'entre initiés connaissant à fond la règle du jeu. Pour l'instant nous\nn'avons qu'à enregistrer les résultats des trois manifestations auxquelles ces\ncréateurs viennent d'être amenés simultanément à se livrer en présence de foules\nenthousiastes, déférentes ou scandalisées.\nLe petit acte de Franc-Nohain que Ravel a choisi pour faire ses débuts au\nthéâtre n'a pas paru très spécialement prédestiné à cet honneur. Une partie des\nspectateurs n'a vu dans l'aventure de la chaude horlogère se consolant avec un\ndéménageur de la frigidité des deux galants qu'elle s'était fait coltiner jusqu'à son\nlit, qu'un minuscule vaudeville \" pornographique \" (sic !) tandis que d'autres\nauditeurs, plus indulgents, ont bien voulu reconnaître que ce lever-de-rideau\nconçu dans une forme qui pince sans rire et, trop souvent hélas, sans faire rire,\ndut avoir, au moment de son adolescence, un léger parfum d'humour, vite évaporé,\nune sorte de \"gaîté du diable\" promptement enfuie. L'humour, d'ailleurs, n'était\npas la véritable vocation de l'adroit ciseleur des Poèmes amorphes ; ce ne fut chez\nlui qu'un accident de jeunesse. Il suffit de voir aujourd'hui, avec quel sérieux le\npupille d'Alphonse Allais se consacre au classement de fiches politiques pour\ncomprendre son vrai tempérament. Et plus d'un de ses amis regrettera toujours\nl'abandon de ces \" Flûtes \" dont il jouait en virtuose, en faveur du banal accordéon\nque tout le monde peut étirer avec un égal succès.\nMaurice Ravel a-t-il été bien inspiré en adoptant, pour son premier voyage\nlyrique, un tel compagnon de route ? Je ne me permettrai pas de l'affirmer.\nMonsieur Goubin connut les affres du doute au moment d'élever Paul-Louis\nCourier à la dignité d'un \" bon sujet de thèse \" ; il se consumait dans l'incertitude\net s'en ouvrait fréquemment à Monsieur Bergeret qui était de bon conseil. Il ne"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.72", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3394, "texte": "semble pas que le compositeur des Histoires Naturelles ait compris toute l'impor-\ntance d'un telle décision au moment de livrer sa première bataille théâtrale. La\nsituation morale de ce jeune artiste lui crée certains devoirs et lui impose certains\nscrupules. Très âprement discuté, systématiquement combattu par une bonne partie\nde la critique, passionnément soutenu par quelques admirateurs fervents, quoti-\ndiennement accusé de plagiat et d'impuissance et adulé comme chef d'école et\nfondateur d'une religion nouvelle, il devait à ses ennemis et à ses amis une profes-\nsion de foi plus nette, une expérience plus significative, un geste plus décisif, au\nmoment d'aborder le théâtre, c'est-à-dire au moment de prendre contact avec la\ngrande opinion publique et de se classer dans l'histoire de son temps. Car il est\nbien entendu, en notre vingtième siècle, qu'un acte à l'Opéra Comique a plus\nd'importance musicale que trois symphonies, dix quatuors, vingt sonates et cent\nmélodies. Pour ceux qui aiment un peu Ravel, 1 constitue un\nagréable début ; chez ceux qui l'aiment beaucoup, elle favorise moins l'optimisme.\nOn éprouve quelque gêne, en effet, à voir dépenser tant de dons musicaux\nrares et précieux, une ingéniosité artistique inégalable et une science unique, dans\nune aventure sans portée. Les ravelistes éprouveront, en lisant certains dithy-\nrambes tendant à faire de leur musicien préféré une sorte d'Offenbach transcen-\ndant, une irritation plus vive que celle qui leur fut causée par les violentes\nattaques de ses adversaires habituels. L a suscité à l'auteur de\n1' \"Indifférent\"de dangereux défenseurs.\nInsensibles à la prodigieuse quantité de musique, d'excellente musique, mise\nen œuvre dans cet ouvrage, certains spectateurs qui ont toujours un pavé en\nbandoulière à la disposition de leurs amis, soulignent déjà dans la partition certains\ndétails extérieurs auxquels ils attachent une importance exagérée et cherchent à\ndécerner à Ravel le diplôme d'humoriste breveté. Et, malheureusement, je ne suis\npas certain que le bénéficiaire en prenne ombrage. Comme un Ingres à son archet,\nl'auteur du Noël des Jouets, de la Pintade et de YHeure Espagnole tient à sa\nréputation d'amuseur subtil et doit être disposé à la défendre. Eh bien et c'est\ndans ma très profonde admiration pour son talent que je trouve le courage de le\nlui avouer nous sommes quelques uns à nourrir pour lui de plus hautaines\nambitions et ce n'est pas du tout sur son génie que nous comptons pour ressus-\nciter la vieille gaîté française. Il a mieux à faire qu'à disperser ainsi son effort.\nCeux qui estiment et je suis de ceux-là que la bienveillante nature a favorise\nce musicien de vertus incomparables, attendent de lui des prouesses rares et sup-\nportent impatiemment tout arrêt dans la révolution de son brillant destin. Nous\nsavons depuis Asie,depuis ses pièces de piano et surtout depuis\nque Ravel est un magicien créé pour se mouvoir dans le rêve et dans la féerie. Il\nsait l'inconnaissable, pétrit l'impondérable, jongle avec les atomes et les ions. Il\ncrée des couleurs et des parfums. Il est peintre, orfèvre et joailler. Qu'il exerce\ndonc tous ces talents prestigieux et laisse à d'autres le soin de provoquer le sourire\npar de faciles plaisanteries instrumentales, borborygmes de cuivres ou réponses\nburlesques de contrebasson, effets depuis longtemps catalogués au music-hall où"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.73", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3456, "texte": "l'orchestre achève souvent le geste ou la phrase d'un pitre qui, la main sur son\ncœur, remercie courtoisement Monsieur Honoré de son obligeance. Que nous\nimporte cette rénovation laborieuse du style de l'opéra-buffa lorsque nous nous\ntrouvons en présence d'une page de musique pure, comme celle qui orchestre \"le\nchœur des petites voix\" de l'horlogerie, ce prélude délicieux où s'exhale harmo-\nnieusement l'âme chantante des choses familières, où s'exaltent et se multiplient\ntout le mystère puéril et toute la poésie secrète et lointaine des menus organismes\nd'acier que l'ingéniosité d'un artisan a enrichis d'une voix grêle d'au-delà. C'est en\nconstatant, une fois de plus, la toute-puissance du talisman musical que possède\nce suave sorcier qu'on ressent toute la vanité de ses exploits comiques et qu'on\nne peut résister au désir de lui chercher querelle, comme je viens de le faire.\nOn ne peut pas admettre plus volontiers les avantages du récitatif \" quasi\nparlando \" dont Y Heure Espagnole prétend nous révéler les bienfaits. Ravel a\ntoujours rêvé d'une prosodie musicale restituant exactement le rythme de la\nparole. Déjà, dans les Histoires Naturelles^de curieuses élisions de syllabes muettes,\nen usage dans le langage familier, avaient stupéfié les chanteuses. Au cours de\nsa nouvelle œuvre, le compositeur pousse cette recherche jusqu'à ses plus rigou-\nreuses conséquences. La musique épouse les contours mélodiques des mots avec\nune servilité fatigante, reproduit les intonations verbales avec une humilité exces-\nsive. Cette réforme a pour elle la logique la plus indiscutable mais, en art, la crainte\nde la logique n'est elle pas souvent le commencement de la sagesse ? C'est la\nlogique la plus pure qui a contraint Mr Laparra à supprimer toute musique de sa\n\" Jota \" : c'est elle qui abolira le théâtre lyrique, le jour où elle pourra développer\nses excellents arguments contre cette formule d'art conventionnelle par essence.\nAu nom de la logique, Ravel enlève à la langue musicale non seulement son inter-\nnationalisme et son universalité mais sa simple humanité. Il en restreint la signifi-\ncation, la transforme en idiome local et personnel, dont les inflexions n'ont de\ncharme et de sens que pour de seuls initiés. Si la mode de ce décalque musical de\nla parole se généralisait nous arriverions logiquement à avoir autant de prosodies\ndifférentes que de provinces françaises, la courbe mélodique d'une invective mar-\nseillaise différant essentiellement de celle d'une apostrophe normande. La musique\nrespectera tellement le galbe du verbe qu'elle aura \" l'assent \" ! En écoutant un\nrécitatif \" quasi parlando \" nous saurons immédiatement si un compositeur est\ntoulousain où s'il a vu le jour à Lons-le-Saunier ! C'est ainsi que dans Y Heure\nEspagnole, les familiers de Maurice Ravel retrouvent les intonations quotidiennes\nde leur ami, certaines accentuations piquantes, certains intervalles caractéristiques :\nla déclamation en devient, pour eux, particulièrement expressive et amusante mais\nil faut reconnaître que ce mode de traduction a une portée vraiment trop restreinte\net de trop étroites ambitions. Le procédé du moulage ne semble pas devoir enri-\nchir la déclamation lyrique.\n11 est bien entendu que ces objections ne me sont suggérées que par la valeur\nexceptionnelle de la musique de Ravel et qu'il n'y a rien de commun entre cette\nénumération de scrupules affectueux et la mauvaise humeur de certains abonnés"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.74", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3368, "texte": "de l'Opéra-Comique prêts à considérer, avec un mépris protecteur, YHeure\nEspagnole comme une opérette compliquée. Il est très évident que cette partition\ndemeure une friandise musicale extraordinairement savoureuse et que, depuis\n\" Pelléas \", les gourmets de la musique n'avaient pas été à pareille fête. Ce n'est\npas dans cette revue qu'il est nécessaire de souligner les mérites techniques d'un\nparfait musicien à qui nous devons déjà tant de réalisations accomplies. Tout le\nmonde a loué le \" métier \" étourdissant de ce petit ouvrage et a rendu justice, en\nparticulier, à son orchestration qui est une merveille d'ingéniosité et d'esprit.\nA l'exception de Jean Périer, splendide d'aisance et de fantaisie, les pensionnaires\nde Mr Albert Carré ont fait preuve d'une \"vis comica \" un peu conventionnelle.\nMlle Vix et M 1\" Coulomb, en particulier, ont fait les plus louables mais les plus\nvisibles efforts pour communiquer à leurs personnages une gaîté qui n'habitait\npoint leur cœur.\nLe spectacle était complété par la reprise de Thérèse, ouvrage vériste et\nélégiaque, emprunté au répertoire monégasque et immédiatement adopté avec\nenthousiasme par les abonnés de notre seconde scène lyrique. Quand on a\nconscience de l'importance historique de Massenet, quand on aime ses délicieuses\nsuites symphoniques qui contiennent une sève musicale si neuve et si abondante,\nquand on a du respect pour l'apport artistique considérable de ce polygraphe,\nquand on constate le rôle décisif qu'il a joué dans notre musique nationale, quand\non peut s'apercevoir à mille détails fugitifs, de l'exquise sensibilité d'oreille de cet\nhomme qui affecte pourtant de conserver, au milieu de l'évolution contemporaine,\nune immobilité de paralytique général, on éprouve une stupeur indignée en\nprésence d'une partition du genre de celle-ci. Mais ne nous abandonnons pas\naux transports d'une sainte colère. Suivons plutôt l'exemple des fils respectueux\nde Noé, et, marchant à reculons, jetons pudiquement notre manteau sur cet affli-\ngeant spectacle.\nHâtons nous d'ailleurs de porter notre pensée sur un plus digne objet en\noffrant au Martyre de Saint-Sébastien un dévot hommage que les dimensions de\ncette chronique rendront provisoirement laconique et incomplet. L'effort d'art de\nd'Annunzio, Bakst et Debussy mérite une étude approfondie et détaillée qu'il sera\ndoux d'écrire à loisir. Cette œuvre étrange, d'un style inconnu, ne rentrant dans\naucune catégorie et ne respectant aucune forme, a vraiment un caractère miracu-\nleux : elle possède une force surnaturelle, elle a un secret, elle choisit ses victimes\nparmi les auditeurs indifférents ou surpris, \"du haut ciel, elle fond sur eux, les\nsaisit comme l'aigle foudroyant, et les emporte dans les battements de sa grandeur.\"\nAucune analyse ne décèlera ce magique élément de domination mais tous ceux qui\nont suivi de près la trop courte série de ces inoubliables représentations pourront\nciter des exemples de ce coup de foudre, de cette révélation soudaine semblable a\nl'illumination divine des conversions, et ne se souviendront pas sans une sorte\nd'inquiétude rétrospective de ces cas d'hallucination extasiée se déclarant brusquement\n• 1 ) f 1*\nchez un auditeur et l'obligeant à revenir, chaque soir, contempler 1 étonnant prodige.\nIl n'y eut pas de ferveur collective, on ne retrouva pas les cohortes habituelles des"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.75", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1916, "texte": "sagittaires du verbe rare ou de l'harmonie subtile, les debussystes furent troublés\net les pelléastres, divisés ; un grand désarroi régna dans les camps intellectuels.\nLittérateurs et musiciens écrivirent sur le poème et la partition d'effarantes choses\ndont ils rougiront l'an prochain. Cette œuvre de rêve est tombée au milieu du\nTout-Paris \" comme ces pierres fulgurales qui sont les messages des nues \" et elle\ns'est évanouie au moment où la foule frivole, après la première stupeur, commen-\nçait à ce ressaisir et à s'approcher craintivement. On va maintenant lire le texte\nflamboyant de d'Annunzio, contempler de près cet extraordinaire monument élevé\npar un toscan à la gloire de la langue française et déchiffrer la partition, si pure de\nlignes, si profondément émue et émouvante, si plastique et si astrale en même\ntemps. Et lorsque les exécutions orchestrales de l'hiver prochain auront imposé la\nrayonnante splendeur de cette musique et donné au public la clef de ce \" Paradis \"\nmystérieux qui a déconcerté tant de bonnes âmes du purgatoire parisien, un\nimmense regret se lèvera au cœur de ceux qui n'ont pas su deviner le grand secret !\nEt une irrésistible marée de curiosité et de repentir montera jusqu'aux pieds\nnus de l'admirable artiste qui fut l'archange annonciateur de cette Incarnation, de\ncette miraculeuse Ida Rubinstein dont chaque geste déplace de la beauté et chaque\nattitude perpétue une vision d'art impérissable, et la reprise du chef-d'œuvre\nméconnu sera exigée par tout un peuple émerveillé. Jusque là il est inutile de\nproclamer le divin enchantement que nous devons à cet ouvrage unique, ce serait\nse ménager une trop facile victoire : ayons la sagesse de ne pas enfoncer une porte\nqui, semblable à celle de la caverne d'Hunding, et à celle de la chambre zodiacale,\ns'ouvrira bientôt, largement, toute seule, au souffle parfumé du jeune printemps î...\n\nEmile Vuillermoz."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c034", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 75, "image_fin": 78, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.13", "titre_corps": "Les Concerts", "titre_sommaire": "Les Concerts", "signature_source": "F. Guérillot", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.75", "debut_caractere": 1918, "fin_caractere_exclue": 3223, "texte": "Les Concerts\n\nLes Concerts symphoniques font trêve jusqu'à Octobre, ou à peu près, car l'Orchestre\nColonne a eu une floraison tardive sous la forme d'un festival Beethoven que dirigea M. Félix\nvon Weingaertner, cappellmeister au geste expressif. Enorme succès personnel pour le chef,\nainsi qu'il est de tradition à Paris pour tout personnage étranger, et pour l'oichestre, bien\nentendu. Par mal d'auditeurs oubliaient qu'ils avaient parlé avec un certain dédain quinze jours\nauparavant des artistes de M. Pierné. Nul n'est prophète... M. Enesco, M. Sauer et Mlle Bréval\nont eu leur part des applaudissements aux dernières séances.\nNe quittons M. Weingaertner chef d'orchestre que pour le retrouver comme compositeur\nde lieder. En une séance qu'il leur consacre salle Gaveau et où il accompagne au piano\nMlle Lucile Marcel, il en fit entendre un bon nombre, nous causant peu d'émotions nouvelles,\nmais ne nous ennuyant pas. Musique mélodique, agréable, sans orginalité, accompagnements\nayant rarement du caractère. On en redemanda plusieurs.\nDeux séances de la Société Nationale, dont une avec orchestre, et très copieuse. La\ndeuxième symphonie de M. Witkowski est complexe et longue. On l'entendait pour la\npremière fois et il faudrait plusieurs auditions pour débrouiller ce réseau sonore, d'autant qu'on"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.76", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4174, "texte": "ne donnait aucune indication au programme. Le procédé est le même que dans la première\nsymphonie du maître lyonnais, même recherche de rythmes et de sonorités. L'andante qui se\nrelie au finale est intéressant par l'emploi obstiné et berçant des harpes et par un motif fugué\nbien traité au quatuor. Une Esquisse symphonique, la voix du large, de M. Le Flem est assez\nheureusement développée ; la fantaisie pastorale de M. Henri Mulet a de la variété et le piano\ny est employé ingénieusement dans l'orchestre. Des mélodies de M. M. de Lioncourt, Serieyx,\nCanteloube de Malaret et Grovlez nous avons retenu de fort jolies intentions d'orchestre.\nA la séance précédente, Cerdana pour piano, de M. Deodat de Séverac, un trio correcte-\nment écrit de M. Jean Cras et des pièces d'orgue trop pittoresques de M. Jacob, firent la\nnouveauté. Cerdana est une œuvre très espagnole, au bon sens du mot, exempte de ces\nénervants rythmes de danses où pendant trop longtemps on a vu toute la musique de là bas.\nOn applaudit beaucoup ces quatre morceaux et M. Ricardo Vines qui les interpréta à merveille.\nLa Société Musicale Indépendante a eu une curieuse initiative. Pour soustraire son\npublic à l'influence des idées préconçues, pour assurer plus de justice et d'impartialité à\nl'applaudissement, elle a tenu secrets les noms des auteurs inscrits à son treizième concert. Les\nauditeurs étaient invités à remplir des bulletins pour signaler les personnalités musicales qu'ils\npenseraient avoir reconnues. Cette séance fut extrêmement curieuse. Le public était, à la vérité,\nun peu nerveux : ce mystère, la sourde inquiétude de manifester trop ostensiblement un\nenthousiasme ou un mépris que la publication ultérieure des noms exacts pourrait rendre\nridicules créaient une atmosphère de méfiance. Les critiques avaient découvert les plus pressants\nmotifs de rester chez eux ce soir là. Et ce que prévoyaient malicieusement les organisateurs\narriva. M. Léo Sachs fut pris pour Schumann, M. Inghelbrecht pour Debussy et M. Maurice\nRavel, idole des abonnés de la maison, fut honteusement conspué ! La publication des votes et\ndu programme officiel couvrit de confusion les manifestants les plus expansifs ! Il y a un pro-\nfond enseignement à retirer de cette étrange aventure, dont on nous promet la périodicité, et\nil ne serait pas inutile d'en tirer d'édifiantes conclusions. En attendant il convient de louer la\ntrès musicale interprétation de Mme de Lestang, venue de Lyon pour défendre une mélodie de\nMariotte, la conscience artistique de M 1'6 Vallin, et le succès de l'excellent Gresse, de Devriés\net du Quartette Vocal de Paris.\nL'ode Funèbre, le Défi de Phoebus et de Pan et le Concerto de piano en fa min.\n(M. Cortot) formèrent le dernier programme de l'année à la Société Bach. Bonne exécution\nparfaite même de la part de M. Cortot. On eut plaisir à entendre Melle Marcella Pregi\nqui n'avait pas paru aux concerts depuis longtemps.\nM. Expert, toujours érudit, infatigable et profondément artiste, nous donna ce mois\nci, aux deux pôles de la musique, des mélodies de la seconde moitié du XIXe siècle, italien-\nnes, russes et françaises, à l'Opéra Comique, et ses excellents Chanteurs de la Renaissance,\nrue d'Athènes. Je ne vous apprendrai rien en disant que la musique du XVIe est plus jeune\nque l'autre. Il y a quelques années on était encore dépaysé en présence de Le Jeune, Costeley,\nJanequin. Maintenant le public est conquis, il comprend, il applaudit. C'est ainsi que l'ensem-\nble Vocal Spoel, de la Haye, eut également à la fin d'Avril un réel et juste succès à la Salle\nGaveau. (Ne l'avions-nous pas oublié dans la revue du mois dernier ?) Nous trouvons encore\nM. Expert à l'Ecole des Hautes études sociales avec une série de concerts de musique fran-\nçaise-contemporaine. Celui du il Mai (Saint Saens) nous fit applaudir le quatuor Luquin,\ntrès homogène, M. et Mme de Lausnay, Melle Bonnard.\nSous le patronage de Mozart et de Haydn, M. Jean Huré a fondé une société de musique\nde chambre et d'orchestre qui vient de donner cinq séances excellentes, car on y entendit des\nchoses exquises et trop oubliées comme trois serenades de IVlozart, sa sonate pour orgue et"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.77", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3273, "texte": "orchestre, un concerto de Haendel et le Stabat de Pergolèse. Parmi les solistes, Mme 9 Litvinne\net Skarbek, M. M. Joseph Bonnet et Casella.\nVoici encore une initiative bien artistique et elle n'étonnera pas venant de la délicate\ncantatrice qu'est Mme Marie Mockel. Après une conférence de M. J. J. Olivier sur Mme Dugazon\net son répertoire, Mme Mockel dit et chante avec un goût exquis toute une série d'œuvrettes\nde Gretry, de Monsigny, de Dalayrac, de Philidor, de Nicolo, comme devait les chanter et les\ndire l'artiste dont le nom est inséparable de notre opéra-comique français.\nNous avons parlé plusieurs fois du Pax Quatuor et de Mme Muller de Beaupré qui y ajoute\nson beau talent de pianiste. Sa dernière séance fut composée d'œuvres de Franck et de Saint Saens.\n(le quatuor à cordes, la ire sonate de violoncelle et le septuor avec trompette). Non moins bonne\nséance à la vénérable société des Concerts de Chant classique (fondation Beaulieu) à laquelle\nM. Pierné donne une nouvelle vigueur. On y entendit des œuvres classiques intelligemment\njouées. La Société Chorale d'Amateurs (fondation Guillot de Sainbris), presque du même âge,\ndonna également une bonne séance avec les Chœurs de Hulda, de Franck, et Autour de la\nCrèche, de M. Jean Hubert.\nNous avons dû en avril aux chanteurs de concert, comme on dit en Allemagne, plusieurs\nintéressantes soirées. Nommons d'abord ceux dont les programmes instructifs ont sagement\nlaissé la virtuosité au second plan. C'est ainsi que Mlle Hélène Luquiens nous a révélé toute\nune série de lieder Allemands contemporains. On connaît si mal à Paris Hugo Wolf, Max\nReger, Mahler et même Richard Strauss ! M. Landormy préfaça cette audition d'une confé-\nrence où il distribua judicieusement les louanges et les critiques à ces auteurs, estimant en\nparticulier que Mahler manqua d'émotion, de personnalité et d'ordre dans les idées musicales,\nMlle Luquiens eut comme d'habitude un succès d'artiste et de jolie femme, ce qui n'est pas\ntoujours le cas. Un quintette de M. Pfitzner a paru un peu long. Dans la même pensée\ndidactique, Mlle Veluard a continué son histoire illustrée de la musique de piano par un choix\nd'œuvres \"à programme\". Ce genre fut de toutes les époques. Les folies Françaises de\nCouperin, les \"sonates bibliques\" de Kuhnau sont les précurseurs du Carnaval de Schumann,\nd'Yvonne en visite d'Albeniz, de l'Epithalame de M. Albert Groz. C'est amusant, mais il n'en\nfaut pas abuser. Nous n'avons pu assister qu'à la première séance de M. Joachim Nin, à la\nSchola ; elle fut exquise. Peu de pianistes comprennent et font comprendre la musique française\ndu XVIIP comme M. Nin. C'est un merveilleux virtuose, mais il sait accommoder sa tech-\nnique toute moderne à ces délicieux petits riens. M. Blanco Recio joua dans le même esprit des\nsonates de violon de Senaillé, Leclair et Guignon. Il faut enfin citer M. Engel et Mme Engel\nBathori qui, l'autre soir, avant la première de l'Opéra Comique, chantèrent l'heure Espagnole,\nde M. Ravel, et le Couronnement de Poppée, de Monteverde, devant des invités heureux\nd'une telle aubaine. Il y a bien quelques différences, n'est ce pas ? dans les moyens expressifs de\nces deux œuvres, mais le souci le l'expression réelle y est le même, et ce fut un intéressant"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.78", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3875, "texte": "rapprochement. Et quelle interprétation précise et intelligente tant M. et Mme Engel que\nde leurs partenaires.\nNous oubliions une séance d'oeuvres de Bourgault-Ducoudray avec conférence de M. A.\nde Lassus, a la Société Artistique de l'Ouest où le souvenir de cet artiste érudit et convaincu\nfut dignement célébré par le quatuor Duttenhofer, Mmes Bleuzet et Mellot-Joubert, M. Paulet.\nPar une pieuse pensée pour la mémoire de Guilmant, son maître, M. Joseph Bonnet fît\nentendre à St-Eustache plusieurs de ses meilleures œuvres d'orgue, nous rappelant les séances\nintimes du Trocadéro ou de Meudon, où l'excellent homme et le sincère et probe artiste se\nmontraient tout entiers. Enfin, le 26 mai, au Lyceum —ce cercle féminin où on ne s'occupe\nque d'art et de littérature on fêta M. Paul Vidal, très vivant. Un chœur de voix de femmes\ndirige par M. Maxime Thomas, Mlle Gilquin, Veillard soprani, Mlle Charny, àla belle voix\nde contralto chantèrent, accompagnés par lui, un choix de ses œuvres. Nous fîmes répéter deux\ncharmantes mélodies, Décembre à Paris et Le plus doux chemin, que Mlle Charny chanta\nfort bien.\nLe premier concert de Mme de Wieniawska nous fît vivement regretter que le second\nn eut pas lieu, car elle est certainement une des meilleures interprètes de lieder que nous\nayons entendues. Elle fut accompagnée au clavecin par Mnie Landowska et au piano par\nM. Casella. Excusez du peu ! Nous faisons tous nos vœux pour le prochain et entier rétablis-\nblissement de cette artiste qui est parmi les mieux douées et les plus délicates qui se trouvent\nà Paris en ce moment.\nVoici encore des cantatrices de mérite, Mlle de Febrer au beau soprano, M]le Germaine\nSanderson, interprète très distinguée de Fauré, Mlle de Stœcklin qui eut dans des œuvres du\nmême maître d'excellentes intentions ; Mlle Hoffmann très agréable concertsaegnerin Alle-\nmande, Mlle de Nocker qui eut mérité plus nombreuse assistance.\nM. M. Ysaye et Pugno ont terminé, en Mai, leurs triomphales soirées, avec le concours\nde M. Hollman, réminent violoncelliste, dans des œuvres de Saint-Saens, et de M. M.\nMonteux et Pollain, dans des œuvres de Schumann, de Brahms et de Franck. Non moins\ntriomphateurs furent M. Kreisler, rappelé, fêté, obligé d'ajouter à son programme M. Barozzi\nau talent puissant et varié, Melle Morhange au jeu très féminin et élégant. Il est difficile de\nclasser des violoncellistes excellents comme Mme Caponsacchi, et M. M. André Hekking.\nLa première a un jeu d'une remarquable netteté : elle a joué quatre sonates intéressantes et peu\nconnues, de Marcello, de W. de Tesch, de J. B. Breval et de M. de Dohnanyi. Nous\napplaudîmes M. Hekking dans trois séances de musique de chambre ou l'exécution fut parfaite.\nElle devait l'etre avec des artistes comme M. Lucien Wurmser et M. Mimart.\nL'alto, qu'on joue enfin comme instrument de concert, eut un protagoniste en M. Neu-\nberth qui a une belle sonorité, rappelant celle de M. Debroux, mais qui avait élaboré\nun programme si copieux qu'il ne put le terminer. M. Neuberth jouait un alto Allemand\nd'une dimension très anormale. Est ce un avantage ?\nNous sommes maintenant aux prises avec les pianistes —et pas les moindres —M. Léon\nDelafosse dans ses œuvres pour piano et orchestre, souvent intéressantes, M. Marcian\nThalberg dans des pages de Liszt et d'autres, M. Victor Gilles, interprète tout à fait bon de\nChopin, ce qui est plus rare qu'on ne pense, M. Henri Schiedenhelm, talent souple et varié,\nM. Sliwinski au jeu très pur, très sobre et au phrasé remarquable, Mlle Thérèse Valabrègue\nqui donna une agréable séance chez Erard, M. Vecsei, pianiste hongrois de valeur, Mlle\nYvonne Delevoye, Mme Jane Mortier qui joua et se joua du Debussy, M llc Bertha Weill,\nM. Paul Schramm, dont les deux programmes furent d'un grand intérêt. Nous en oublions, et\ncombien ! Mais comment les entendre tous ?\n\nF. Guérillot."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c035", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 77, "image_fin": 77, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.13.1", "titre_corps": "E. Sauer par O. Boehler.", "titre_sommaire": "E. Sauer par O. Boehler.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.77", "debut_caractere": 3275, "fin_caractere_exclue": 3299, "texte": "E. 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Ce vaude-\nville grivois, d'originalité médiocre, de\nstyle tantôt plat et tantôt prétentieux,\nconvient fort mal à la musique. M. Ravel\nl'a pourtant choisi, non pour y semer\nquelques couplets, comme on eût avec\nraison fait au temps de nos pères, mais\npour le mettre en musique tout entier,\navec l'application la plus industrieuse et\nle sérieux le plus tendu. M. Ravel veut\nproduire le comique musical par l'unique\nmoyen de l'humour, ou d'une certaine\nironie froide et guindée qu'il pense être\nde l'humour. Son comique précieux, sec\net raide n'a pas un moment de laisser-\naller et de liberté ; il garde toujours un\nsourire pincé, une attitude composée, un\npetit air supérieur et figé qui chassent\ntoute gaieté et détruisent toute anima-\ntion. Ses personnages manquent de vie\net d'âme autant qu'il est possible 5 ce\nsont des automates, des poupées méca-\nniques, d'ailleurs fort ingénieusement\nagencées et façonnées, qui vont et\nviennent, font des gestes, parlent, chan-\ntent, mais ne donnent pas un instant\nl'impression de la spontanéité, ni l'idée\nqu'elles sont vivantes. La déclamation\nmême que leur prête M. Ravel, décla-\nmation bizarrement appuyée, compassée,\ngourmée, où l'on retrouve quelques in-\nflexions et intervalles habituels à Pelléas,\nmais sans rien de la fluidité, de la\nvivacité et de la souplesse propres au\ndiscours musical de M. Debussy, décla-\nmation qui fait songer à celle de Pelléas\nrépétée par un phonographe dont le\nmouvement serait excessivement ralenti,\ncette déclamation accroît leur ressem-\nblance avec des automates parlants et\nchantants. Tout en eux est glacé et\nglacial 5 et tout est petit, menu, étroit,\nétriqué : la stature, la démarche, les\ngestes, la parole même et son accent.\nCe sont des poupées d'étagère ou les\nfigurines d'une horloge à musique.... La\npersonnalité de M. Ravel s'affirme et se\ndéfinit plus clairement qu'elle n'avait\nencore fait. Que pour la matière musi-\ncale qu'il emploie, pour les suites\nd'accords et les recherches d'harmonie\nqui lui sont coutumières, M. Ravel\ndoive beaucoup à M. Debussy, c'est un\nfait manifeste. Mais l'âme de sa musique\net de son art est absolument différente.\nM. Debussy est tout sensibilité ; M.\nRavel tout insensibilité. Où M. Ravel\na paru uniquement debussyste, c'est dans\ndes pièces où il a fait de la musique\npittoresque, parce que n'ayant pas de\nsensibilité personnelle, il empruntait, en\nmême temps que les procédés techni-\nques, la sensibilité d'autrui. Mais dans\nune œuvre telle que l'Heure espagnole,\nou encore dans des pièces telles que\nles Histoires naturelles, d'où tout senti-\nment est absent, la nature originale de\nM. Ravel apparaît, et son insensibilité\ningénieuse et subtile lui fait une per-\nsonnalité.\nPIERRE LALO.\nM. Maurice Ravel est, dit-on, un\nchef d'école ; je crois que cette assertion\nest un peu risquée, Certes, M. Ravel a\nbeaucoup de talent, et son art a parfois\nune séduction singulière. Mais il n'est\npas donné à chacun de le pratiquer. Il\nfaut connaître admirablement la musique\npour en méconnaître à ce point les lois 5\nil faut, pour la disloquer aussi galam-\nment, en savoir l'anatomie muscle par\nmuscle : la technique de M. Ravel est\nune sorte de jiu-jitsu transcendant...\nM. Ravel a tramé en points inégaux et\nen employant à dessein des colorations\ndiscordantes, dont l'assemblage est sou-\nvent harmonieux, une musique qui, à\nen croire ses thuriféraires, ne procède\npas de M. Debussy, mais qui, vous\npouvez m'en croire également, procède\nencore moins de Pergolèse et de Cima-\nrosa, dont M. Ravel voudrait, paraît-il,\nressusciter le génie. Sur cette symphonie\nsavamment cacophonique, M. Ravel, qui\nest observateur et ironique, peut-être\nun peu trop ironique, a déterminé\navec clairvoyance et noté avec minutie\nla parole des personnages. Malheureuse-\nment, cette notation n'est pas toujours\nobservée par les interprètes, et leurs\nincorrections de mesure produisent par-\nfois des consonances que M. Ravel\nn'avait pas voulues... L'impression gé-\nnérale est étrange, et je ne jurerais pas\nqu'elle fût absolument joyeuse. Pour ma\npart, ce que j'ai préféré dans la parti-\ntion, ce sont certaines éclaircies où se\nrévèle une nature musicale abondante\net diatonique, que M. Ravel s'efforce\nsoigneusement de dissimuler et\ntriomphera de ses efforts. J'apprécie\nbeaucoup la musique actuelle de M. Ra-\nvel, mais j'admirerai entièrement, je le\nsens, sa musique future.\nREYNALDO HAHN.\nLe Gaulois\njadis un musicien eût tiré de cette\nfacétie un vaudeville mêlé d'ariettes\ncomme ï.e Sourd ou VAuberge pleine. Il\nsemblerait possible d'en faire, aujour-\nd'hui, la thèse de quelque folle opérette,\nriche de bouffonnerie. M. Maurice Ravel,\nartiste de l'école avancée, a cru devoir\nnoter exactement la déclamation du\ndialogue et dérouler ses scènes sur un\ndessous d'harmonies compliquées, infini-\nment chromatiques avec des idées hachées\nmenu et une instrumentation tort ingé-\nnieuse. Beaucoup de détails sont très\ncurieux et amusants, surtout dans la\npartie purement pittoresque ou incita-\ntive. Malheureusement, il n'y a point\naccord entre le poème et la partition, et\nla gaieté de la pièce est par trop étouf-\nfée sous l'appareil musical. Les deux\néléments sont, pour ainsi dire, en con-\ntradiction.\nLouis DE FOURCAUD.\nL'ECHO DE PARIS\n«S\nFranc-Nohain sait rimer ou assonan-\ncer des vers qui ont leur musique propre.\nCette musique propre, le musicien,\nM. Maurice Ravel, s'est efforcé de ne\npas la détruire. Il a presque tout à fait\nréussi. Sa déclamation notée est aussi\nprès du langage que possible. Sur sa\npartition, il a écrit lui-même, et à juste\ntitre :\n\" C'est presque tout le temps le quasi\nparlando du récitatif bouffe italien. \"\nA ce mérite, il faut ajouter la très\ncapiteuse, la très pimentée séduction de\nl'orchestre. Les musiciens et les dilet-\ntantes admireront la virtuosité de M.\nRavel à trouver d'étranges et cocasses\néchantillonnages sonores. Si certains\nécrivains mettent de l'esprit dans la\nfaçon de faire jouer les mots, ce musi-\ncien en met beaucoup dans sa manière\nde frotter les timbres les uns contre les\nautres. Il y a là un raffinement que\nHuysmans n'aurait pas manqué de si-\ngnaler dans une page d'A Rebours.\nADOLPHE BOSCHOT."}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.80", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 6332, "texte": "LE MARTYRE DE SAINT SÉBASTIEN\nle Gaulois\ni\nLa partie musicale m'a paru superbe,\nd'une orchestration de belle richesse et\nde grande virtuosité. L'auteur tire an\nbeau parti des instruments dont il dis-\npose. Ses moindres supports, dans le\ndrame, ont une réelle valeur, et il y a\ndes chœurs, des chants lointains et mys-\ntérieux qui sont d'un grand charme.\nFÉLIX DUQUESNEL.\n_ <v\nM. Debussy a écrit pour le Martyre\nde Saint-Sébastien une considérable par-\ntition de musique de scène... Ne croyez\npas que je pense du mal de la musique\nde Saint Sébastien. J'en pense grand bien.\nCette musique est fort bonne... Le Saint\nSébastien de M. d'Annunzio, et l'art de\nM. d'Annunzio lui-même n'ont rien de\ncommun avec l'art et la nature de\nM. Debussy. De son propre mouvement,\nil semble bien que jamais M. Debussy\nn'aurait choisi ce Saint Sébastien pour le\nmettre en musique... Dans la partition\nentière, il est bien peu de moments où\nl'on sente que sa musique sort du fond\nmême du drame. Le plus souvent, elle\nse borne à évoquer des sensations de\nmilieu et d'atmosphère, soit qu'elle nous\nouvre la chambre mystérieuse où siègent\nles magiciennes, soit qu'elle chante et\npleure la mort d'Adonis. Lorsqu'elle\nprend plus directement part à l'action,\npar exemple lorsqu'elle accompagne la\ndanse de Saint Sébastien, sur les charbons\nardents, elle manque quelque peu de\nsignification et de force ; elle n'est qu'un\nscherzo agréable, mais superficiel\nM. Debussy n'a jamais possédé, ni sans\ndoute jamais cherché à posséder l'art de\nla forte architecture musicale ; il n'a\njamais créé des constructions fermement\nassises, ni de régulières ordonnances\napparentes. Mais il a une sensibilité si\nvive et si harmonieuse tout ensemble,\nque dans les moments où elle est émue,\nelle communique aux œuvres qu'elle\ninspire une unité intime de sentiment et\nd'impression ; unité qu'on aurait peine à\ndéfinir, à expliquer et à démontrer, mais\nunité à la fois évidente et secrète, in-\nsaisissable et indissoluble, qui circule à\ntravers sa musique comme le sang, et\ndont on subit sans le comprendre claire-\nment le subtil empire. Rien de pareil\ndans les morceaux dont est composé\nSaint Sébastien... La partition de Saint\nSébastien contient peu d'idées musicales\nvéritablement significatives, décisives, et\nqui s'imposent. Au temps de Pelléas, les\nadversaires de l'œuvre avaient coutume\nde déclarer \"qu'il n'y avait pas d'idées\nlà-dedans\", ou tout au plus des idées de\ntrois notes. Soit. Mais ces idées de trois\nnotes étaient si profondément, si insépa-\nrablement unies à la situation, à l'émotion\ndes personnages, qu'elles étaient des\nêtres musicaux particuliers, frémissants,\nvivants. Chacune d'elles avait son accent\net son expression ; on ne pouvait n'y\npas prendre garde ni les oublier. Ici, les\nthèmes sont quelquefois plus longs 5 et\nmême un ou deux d'entre eux s'expri-\nment par des formules mélodiques\nassez fâcheuses. Mais aucun n'a ce\ncaractère d'intime union avec l'essence\ndu drame... Ces observations diverses ne\nme privent d'ailleurs pas de trouver\ngrand plaisir à entendre la partition\nnouvelle de M. Debussy. Je la goûte\nfort dans son ensemble ; elle ne con-\ntient guère qu'un seul morceau pour\nlequel je n'aie point d'inclination du\ntout : c'est le chœur final, vaste ensem-\nble palestrinien par moments, par mo-\nments coupé d'effusions mélodiques et\ninstrumentales, plus banales et plus à\ngrand effet qu'on ne les voudrait dans\nun ouvrage de M. Debussy ; et l'on est\nsurpris que M. Debussy ait écrit cela.\nMais ce morceau excepté, la valeur de\nson œuvre est incontestable.\nPIERRE LALO.\nLE FIGARO\né\nLa musique ajoute à l'œuvre de\nd'Annunzio une saveur qu'on n'avait\npeut-être pas encore goûtée. Pour la\npremière fois, dans le mélodrame, elle\ns'unit intimement au poème, s'identifie\nà lui, l'exalte, le prolonge, sans que son\nintervention, une seule fois, modifie\nl'atmosphère autrement que pour la\nrendre plus pénétrante. Les quatre pré-\nludes qu'a composés M. Debussy, ses\nsoli, compteront sans doute parmi ses\npages les plus achevées. Il a su trouvre\npour Saint Sébastien, sans un instant\npasticher des formes anciennes, les ac-\ncents lyriques simples et simplement\némouvants qui convenaient. L'écriture\nde son orchestre, l'étagement des voix\ndans les chœurs, la manière dont il en\nménage les entrées, leur douceur et leur\néclat, leur rythme, leur force et leur\neffacement, constituent une œuvre qui\nse suffit à elle-même et contient sa\npropre raison et sa propre beauté.\nROBERT BRUSSEL.\nLE JOURNAL\nParmi les traits qui caractérisent l'il-\nlustre personnalité musicale de M. Clau-\nde Debussy, on ne remarque, ce me\nsemble, ni l'abondante expansion du\nverbe, ni l'exaltation sereine du cœur,\net ceux-là mêmes qui professent envers\ncet éminent artiste une admiration in-\ntransigeante ne sauraient, je pense, nier\nque le pectus ne lui fasse un peu défaut.\nAussi pouvait-on se demander si, dans\nson lagage original et pénétrant, mais\nperpétuellement saccadé, inquiet, com-\nme à la recherche d'un filon émotif\nqu'il rencontre souvent pour le reperdre\npresque aussitôt, et à la faveur d'une\nveine mélodique pleine de vertus grisan-\ntes, mais dont l'épanchement s'effectue\npar filtration lente et rare, à la façon de\ncertaines essences précieuses, pouvait-\non, dis-je, se demander si l'auteur de\nPelléas parviendrait à rendre avec bon-\nheur les divines angoisses et les déchi-\nrantes mais radieuses voluptés de la\nGrâce.\nJe n'oserais affirmer qu'il y soit par-\nvenu. Si la musique de Saint Sébastien\nm'a, paru intéressante chaque fois qu'elle\navait pour mission de déterminer une\natmosphère équivoque ou lugubre, elle\nm'a je l'avoue, profondément déçu dans\nles passages de douloureuse allégresse et\nd'extatique ferveur. Outre qu'à ces m°~\nments-là elle offre, par sa réserve nati-\nve, un disparate flagrant avec l'éloclu\"\nence flamboyante et le lumineux\nde M. d'Annunzio, cette musique man~\nque singulièrement de continuité, de\nlargueur et de force. Sollicités en tous\nsens par des sonorités curieuses, par des\nrecherches continuelles d'agencement et\nd'harmonie, l'esprit et l'oreille aspirent\navidement à quelque chose de plus pro-\nfond, de plus simple, de plus émouvant,\nà quelque chose, enfin, qui vienne du\ncœur. A la fin du drame, alors que le\nParadis s'ouvre en une gloire d'or des\nchœurs d'anges se font entendre ; ils"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.81", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 6106, "texte": "sont heurtés, instables, pleins d'intona-\ntions dissonantes et produisent une\nimpression d'anxiété fort éloignée de la\nbéatitude céleste ou, du moins, de l'i-\ndée qu'on s'en fait, jusqu'au moment où\nils éclatent en une courte péroraison\ndont le diatonisme barbare est d'un beau\ncaractère, mais dont la brusquerie dé-\nconcerte.\nREYNALDO HAHN.\nL'ECHO DE PAIÏS\nMais la musique de M. Claude\nDebussy est très belle et profonde.\nFRANÇOIS DE NION.\n| TU ffliïtîn |\nLa musique du Martyre de saint Sé-\nbastien compte, je crois, au nombre des\nplus belles qu'ait écrites M. Claude\nDebussy. Elle frappe, tout d'abord, par\nsa clarté, sa sérénité et sa force. On dit\nqu'elle fut composée dans un laps de\ntemps assez court. Faut-il attribuer à\ncela le caractère de franchise, de netteté\nqui lui donne un si haut prix ? Peu im-\nporte. Elle n'a jamais d'ailleurs le lais-\nser aller d'une improvisation. Elle sem-\nble profondément pensée et facilement\nréalisée. Différente, en un certain sens,\nde celles que son auteur a déjà conçues,\nelle n'abdique cependant rien de ce qui\nconstitue la personnalité de celui-ci. On\ny retrouve la gamme par tons entiers\ndes œuvres précédentes. On y découvre\naussi tantôt une largeur de sentiment,\ntantôt une simplicité de moyens dignes\nde remarque et de louange.\nCe que l'on doit noter également,\nc'est la place considérable que les voix\ny occupent. Jusqu'à présent, l'art de\nM. Debussy avait été surtout instru-\nmental. Là, il est principalement choral\net il atteint à une puissance très nou-\nvelle. Chaque acte comporte des ensem-\nbles supérieurement construits, pleins\nd'effets saisissants et curieux. Aux hurle-\nments sauvages de la foule sont opposés\ndes chants d'une pureté singulière. Les\ncris d'émerveillement des chrétiens de-\nvant le miracle de la flèche montant au\nciel, la dcploration des femmes à la mort\nde Sébastien, le vaste et magnifique\nalléluia final méritent d'être admirés\nsans réserves. On ne saurait traduire\nmieux qu'en ces pages frémissantes la\ndouleur et la joie. Et lorsque la Vierge\nMarie, émue tendrement de l'éternelle\nangoisse humaine, murmure son lied\nmystique, c'est un instant de rare délice.\nMalgré cela, l'orchestre, n'est pas à pro-\nprement parler sacrifié. Il a ses minutes\nheureuses. Des préludes hiératiques et\nfantastiques, religieux et voluptueux, des\nfanfares éclatantes, des danses vives\ncomplètent cette partition dont il me\nplait de constater la valeur et d'annon-\ncer le succès.\nALFRED BRUNEAU.\nf'Œdatr\nM. Claude Debussy a écrit pour ac-\ncompagner cet ouvrage une partition où\nse retrouvent ses dons coutumiers, si\noriginaux et si séduisants : mais cette\nmusique de scène n'a pas de grands\ndéveloppements ni une extrême impor-\ntance. Les chœurs de la fin sont très\nbeaux et d'un très pur sentiment reli-\ngieux. PAUL SOUDAY.\nLA LIBERTÉ\nLes auteurs s'en sont tenus à cette\nforme haïssable, vraiment anti-artisti-\nque, qui mêle la musique au langage\nparlé. Et ici la musique, en même temps\nqu'elle saisit le premier plan dès qu'elle\napparaît, demeure, dans l'ensemble, noyée\nsous le débordement inconcevable du\nVerbe. Ajoutez qu'il y a en elle une\nsimplicité, une concision, une clarté\nsereine, une émotion surtout, intime et\ncontenue, une totale absence de rhéto-\nrique, qui s'accordent aussi peu que\npossible avec les caractères de ce Verbe.\nNous avons retrouvé là les plus belles\nqualités de M. Debussy, celles qu'on\navait pu croire en péril dans les œuvres\npostérieures à Pelléas : et nous les avons\nretrouvées avec une précision mélodi-\nque, avec une ampleur de souffle et une\nfermeté de sonorité et d'accent que nous\nne lui avions pas encore connues. Je ne\nsaurais, sans plus de réflexion, vous\nparler en détail d'une partition si im-\nportante. J'en garde la sensation d'une\ndes plus belles choses que M. Debussy\nait écrites. Malgré la somptuosité du\ncoloris et l'imagination rare et merveil-\nleusement diverse des combinaisons in-\nstrumentales, le sentiment reste, dans\nles parties essentielles, tout intérieur et\nd'une pureté rare. Et c'est au sentiment\nde Parsifal si différents que soient le\nsentiment et le style que fait plusieurs\nfois songer, dans l'extase ou dans la dou-\nleur, le sentiment du Martyre de Saint\nSébastien. GASTON CARRAUD.\nJOURNAL DES DfiMTS\nrOUTIûIiES S? UÎTgSAttSS\nM. Debussy s'est efforcé d'écrire \" son\nsonge musical avec le plus complet déta-\nchement de lui-même \", en composant\nsa musique \" exactement comme si elle\nlui eût été demandée pour une église\".\nIl se peut, mais son goût pour la\nmusique décorative, pour l'illustration\nd'un texte ou d'un sujet par des timbres\net des rythmes l'a entraîné quand même\net c'est peut-être pour le Concile des\nfaux dieux, pour la comparution de\nSébastien devant l'Empereur que le\n\"mystique\" qu'il aurait voulu devenir\na su trouver les accents les plus élo-\nquents, les plus personnels, dans les\nhymnes païens aussi bien que dans la\npeinture de la Passion mimée par Sébas-\ntien ou dans la mort de celui-ci, enseveli\nsous des fleurs, comme Adonis. Si ce\ntableau nous a particulièrement frappé\npar le charme et la variété de l'expres-\nsion musicale, par sa force dramatique\naussi, ce n'est pas à dire pour cela que la\ngrâce imprécise, la sensibilité suave et la\npoésie vaporeuse qui semblent être les\nqualités propres de M. Debussy ne se\nretrouvent pas ailleurs, mais il est visible\nque l'auteur, \" écrivant comme pour une\néglise\", a cherché à donner plus de\ncohésion, plus d'ampleur à sa musique,\nà moins éparpiller les sonorités, à s'im-\nposer un plan plus précis, à suivre en\nplus d'un passage et spécialement dans\nles pages vocales, qui sont nombreuses,\nune ligne mélodique mieux déterminée:\nécoutez plutôt, pour en bien juger, le\ngrand Alléluia final. Et de ces tendances,\nde ces tentatives qui paraissent nouvelles\nde sa part, qu'est-il résulté ? Une par-\ntition qui témoigne d'un curieux effort,\nmais où l'auteur semble se contraindre\net ne plus écrire sous la libre dictée de\nl'inspiration, soit qu'il ait dû exécuter à\nla hâte un travail pressé, soit que la\nmusique religieuse ou simplement mys-\ntique exalte modérément son imagina-\ntion. ADOLPHE JULLIEN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c037", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 82, "image_fin": 82, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.15", "titre_corps": "L'Édition Musicale", "titre_sommaire": "L'Édition Musicale", "signature_source": "V. 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Nous\narmons a des œuvres plus fouillées, et de plus haut style, avec Lci Danse au bord du Lac, de\nMarcel Labey, (2), (%*) et Dans la brume argentée, de Gustave Samazeuilh, (2), (*).\nVoilà des accompagnements que bien des gens ne manqueront pas de déclarer indéchiffra-\nbles. Il y a moins de savoir faire et plus de simplicité dans les Six Pièces à chanter,\nde Louis Delune, (3)« L une d elles, La Délaissée, rappelle les meilleures productions des\ngrands romantiques allemands. M. Louis Aubert musicien subtil, sait graduer ses effets\navec la science la plus raffinée. Son Odelette (2), (**) sur des paroles d'Henri de Régnier, est\nun modèle de déclamation expressive... M. Chansarel est toujours un de nos plus habiles\nmélodistes. Il enveloppe d'une atmosphère de poignante mélancolie le beau sonnet d'Albert\nSamain, Ressouvenance (1) (*) puis il s'attaque au dangereux honneur de récrire un Clair\nde Lune sur les paroles deja rendues illustres par Fauré. L'agréable Leçon, d'Albert Samain, qui\npour d autres eut ete le pretexte a quelque pastiche du XVIIIe Siècle, lui inspire quelques paçes,\nheureusement denuees de toutes prétentions au style ancien et du coloris le plus séduisant.\nPour les amateurs de musique d'ensemble, voilà deux chansons à quatre voix sans accom-\npagnement, de Jacques Pillois, (4) • la seconde est une Ronde à danser sur des Thèmes\nbretons, amusant exemple de ce que peut devenir un motif populaire entre les mains d'un\nmusicien ingénieux et homme de goût.\nLes Douze Chansons pour les Enfants, de Charles Neveu (s)>(*) n'ont ni la franchise, ni\nla carrure, ni aucune des qualités requises pour se graver dans de jeunes mémoires; du reste,\nelles ne plairont pas davantage aux grandes personnes. Il vaudrait beaucoup mieux donner aux\nenfants les Mélodies populaires des Provinces de France, recueillies par Julien Tiersot (6), si\nles paroles n en étaient pas quelquefois un peu scabreuses pour eux ; remarquons que la mélodie\npopulaire reste toujours jeune, tandis que le musicien de profession, en voulant être simple,\ndevient vulgaire et en voulant être enfant, devient nigaud.\n(i) Demets. (2) Durand. (3) Office musical\ngienne. (6) Heugel. (7) Schuberthausverlag.\n* voix moyennes.\n** existe en deux tons.\n*** voix élevées."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c039", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 83, "image_fin": 83, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.16", "titre_corps": "LES AMIS DE LA MUSIQUE", "titre_sommaire": "LES AMIS DE LA MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.83", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3518, "texte": "LES AMIS DE LA MUSIQUE\nLa grande saison qui a pris, depuis quelques années, l'habitude de s'établir à Paris au\nprintemps, a débuté sous les auspices de notre Société, par un grand festival consacré à Beet-\nhoven et dirigé par M. Félix Weingartner. Quatre concerts, auquels il fut nécessaire d'ajouter\nune audition supplémentaire, ont permis à l'étonnant Kapellmeister de faire entendre, aux\nAmis de la Musique d'abord, àun public d'amateurs ensuite la série des neuf symphonies.\nA cet austère programme deux concertos étaient joints, l'un exécuté au piano par Emil Sauer,\nl'autre au violon par G. Enesco.\nEnviron trois cents Amis s'étaient fait inscrire pour assister aux répétitions de ce festival, où\nseuls les membres de notre société avaient le privilège d'être admis, et, dans la pénombre de la\nvaste salle du Chatelet, tous ceux qui aiment encore le \" vieux sourd \" ont pu goûter en paix\ndes joies silencieuses, que nos concerts leur offrent bien rarement. Car, c'est tout autre chose\nd'assister, spectateur banal, à une audition publique dans une salle aveuglante de lumière, ou\nbien de pouvoir s'isoler dans le mystère d'une répétition, et de voir l'œuvre prendre vie peu à\npeu, le chef s'emparer de l'orchestre, et la réalité sonore jaillir de ce contact magique !\nM. Weingartner est un merveilleux chirurgien, personne mieux que lui, ne sait déba-\nrasser une œuvre de son embonpoint fatal. Ces neuf symphonies, qui d'habitude s'étirent molle-\nment dans la tiédeur de nos salles, prennent tout à coup, sous sa baguette, une vigueur nerveuse\nqui les rend méconnaissables. L'orchestre Colonne lui-même, si pacifique, en tressaille et\nretrouve une discipline, une cohésion vraiment triomphantes. Les chœuis de 1\nChant Choral clament avec fureur la Neuvième sous l'œil vigilant de leur Président, M. d'Es-\ntournelles de Constant. Il y a de l'électricité dans l'air. Il a suffi pour tout cela de quelques\nondulations d'une main gauche, de quelques gestes précis de la main droite, et d une volonté\nhumaine qui tient du prodige.\nLa dernière promenade des Amis de la musique eut lieu le mercredi 17 mai à 10 heures\net demie à l'Opéra. Grâce à la haute protection de M. le Sous Sécrétaire d'Etat aux beaux\nArts et à l'obligeance de M.M. Messager et Broussan, les guidés par le très aimable\nAdministrateur de céans M. Gabion, ont pu, durant deux heures circuler dans\nDes sous-sols jusqu'aux combles la promenade nous conduisit alertement à travers un dédale\nde couloirs et d'escaliers. Ici, ce fut la machinerie électrique, et son jeu de rhéostats, affolant\nde complexité. Puis les coulisses, la scene avec son décor de Romeo, dans lequel les\ncurent peine à se retenir d'entonner un chœur. Puis la salle (eclanee) spectacle nouveau pour\ndes amateurs qui siègent généralement de 1 autre cote du plateau, puis encore la bibliothèque,\noù l'éminent Conservateur, Charles Malherbe, huché sur une table, harangua les Amis et leur\nrappela combien le Musée, et les Archives de l'opéra sont accueillants aux travailleurs béné-\nvoles. Puis enfin le foyer de la danse, où nous eûmes la surprise d'une répétition ; M\"c Zam-\nbelli surveillée par Mme Rosita Maury nous montra, sur des airs du ballet d'Hamlet, les\ngrâces de ses entrechats et le travail préparatoire que réclame l'art d'une étoile. Le tout se ter-\nmina par une ascension générale vers les loges d'en haut où la petite classe ne s attendait\nrien moins qu'à notre envahissement et les Amis se firent un plaisir d'effaroucher les plus\naimables des rats en gaze blanche."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c040", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 84, "image_fin": 91, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.17", "titre_corps": "Variétés", "titre_sommaire": "Variétés", "signature_source": "H. 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Est-ce un plaisir\négoïste, réservé à ceux qui s'y livrent, une religion du mouvement semblable à celle des\nDerviches, ou bien un spectacle de beauté destiné à émouvoir les adeptes de la danse et les\nadmirateurs des tableaux vivants ?\nC'est tout cela, et encore bien d'autres choses que la G. R. troublante, presque parado-\nxale, et bien faite pour captiver l'âme multiple, apostolique de cet admirable Celte, de ce\nfoudroyant Jean d'Udine !\nLà-bas, devant le décor pâle d'une salle méticuleusement claire un soir du mois dernier,\nnous fûmes conviés par le Maître à suivre les démonstrations et les réalisations de la G. R. sous\nune forme à la fois pédagogique, littéraire et artistique. Heureux les cent vingts privilégiés qui\npurent contempler ces évolutions d'abord scolastiques puis, de plus en plus transcendantes, en\nleur langage intrigué, et enfin véritablement dignes des plus hautes formes de l'Art ! Et ce ne\nfut pas une des moindres singularités de cette soirée que la présentation de ces jeux plastiques\net de leurs tendances par le causeur subtil qui dirige l'Ecole de l'Avenue des Ternes ! Jean\nd'Udine tantôt grave, appuyé sur le piano, tantôt communiquant au clavier l'agitation d'un\nrythme tyrannique, tantôt imposant et debout, le bâton du commandement à la main, d'Udine\nqui donne aux goûts la rigueur des principes, et qui se joue à la fois des principes et des goûts,\nd'Udine l'agent provocateur de la critique musicale nous a montré une fois de plus la mesure\n\nCopyright by S. I. M. 15 juin 1911."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.85", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3147, "texte": "de son irrésistible pouvoir de persuasion. Ce qu'il nous dit, et ce qu'il nous fît voir, comment\npourrais-je hélas ! en offrir la simple idée à ceux qui ne furent pas là ?\nL'art des synesthésies rythmiques et plastiques relève avant tout de l'intuition. Et c'est\nvers cette intuition que nous a guidé d'Udine avec un sens complet du public parisien auquel il\navait à faire. Sa causerie, pour nous conquérir à ce que nous allions regarder, nous a désarmés,\nd'abord. En écoutant cette parole brève, et qui se glissait en nous, je me représentais quelque\nouvreuse du vestiaire esthétique nous enlevant à tous, de gré ou de force, l'appareil inutile de\nnos objections, et nous dépouillant de nos préjugés. Chacun se laissa faire et un quintette\nd'élèves (tous maîtres déjà) fit son entrée pour nous révéler le langage établi la G. R. Car\nc'est un langage complexe entre tous que celui de ces corps, de ces bras et de ces jambes !\nNos yeux sont si peu habitués à voir ce que nos oreilles entendent, que le rythme oculaire a\nquelque chose d'effarant au premier abord. On voudrait arrêter cette polyrythmie, faire épeler\nces mots, dont le sens change à tout instant, interrompre cette griserie de la volonté. On\ndirait une mystérieuse opération mathématique, composée de fractions chorégraphiques dont les\nbras seraient les numérateurs et les jambes les dénominateurs !\nMais à peine avons-nous saisi les éléments de la G. R. que le spectacle s'élève, et,\nsur la musique de la charmante Suite de Borodine, le quintette plastique se met à évoluer\nen pleine liberté. Mme d'Udine, qui est la G. R. personnifiée, deux jeunes filles, l'une bon-\ndissante et botticellienne, l'autre calme et contenue, un grand diable singulier, et enfin\nl'incomparable Thévenaz, viennent se prosterner à terre et profiler sur le sol les cinq blan-\ncheurs de leurs nuques, pendant que résonne \" \". La russe déroule ses\nmorceaux, les poses se succèdent, et de telle manière que toutes les réalités sonores offertes\nà nos oreilles, trouvent leurs équivalents dans les mouvements présentés à nos yeux. Le\njeu est à la fois intelligible pour celui qui observe et directement sensible à celui qui ne réflé-\nchit pas. Peut-être manque-t-il un peu de cette sensualité que semble, selon moi, réclamer la danse\nplastique. Mais sa chasteté tendue convient à la G. R., et prouve en sa faveur. N'est-il pas vrai?\nLes petites robes bleues et les jerseys noirs ont disparu. Il nous reste une émotion, et le\nsouvenir de quelques heures troublées par une vision dont notre esprit ne peut rendre compte\nà notre imagination. Tout nous attire ici vers la réalisation immédiate, vers la pratique. C'est\nle caractère très spécial de ce spectacle d'être pour ainsi dire tout chargé de prosélytisme\ninconscient. Il faut l'avouer : On ne contemple pas la G. R. ; on s'y adonne. Et en vérité ne\nserait-ce pas une foi nouvelle, un évangile de la volonté, une forme moderne de l'innervation\nsentimentale ! Que de choses se pressentent derrière ces ébats de quelques jeunes corps, der-\nrière la ligne rouge ponctuée de camélias blancs, qui séparait l'autre soir les initiés des profanes?\n\nH. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c042", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 85, "image_fin": 85, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.17.2", "titre_corps": "Croquis de L. Thevenaz.", "titre_sommaire": "Croquis de L. Thevenaz.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.85", "debut_caractere": 3149, "fin_caractere_exclue": 3172, "texte": "Croquis de L. 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Il serait préférable de produire moins de \" musiciens\ninstrumentistes \" et davantage a d'lnstrumentistes musiciens. \"\nIl semblerait que tous ces éléments, s'ils étaient de qualité suffisante, devraient trouver leur\nemploi dans les grands orchestres d'Angleterre et d'Amérique où les situations sont enviables\nau regard des appointements offerts ; mais l'Etranger ne veut point de ces éléments inoccupés\nchez nous, il les juge insuffisants, et les chefs d'Orchestre d'Amérique s'en vont chercher en\nAllemagne ce que nous devrions pouvoir leur fournir.\nJ'ai dit plus haut que nous fournissons des \" Musiciens instrumentistes \". A l'époque de\nla création du Conservatoire, créer des \" musiciens instrumentistes \" c'est à dire, connaissant\nparfaitement tous les secrets de leur instrument était le but cherché. Il ne semblait point\nnécessaire que l'instrumentiste exercé dût, parallèlement à l'étude de son instrument, chercher\nà acquérir une musicalité que l'état de la musique, encore assez simple à ce moment, n'exigeait\npas nécessaire.\nOr, l'évolution de la musique exige de la part des instrumentistes une musicalité complète,\net ce n'est plus des musiciens instrumentistes que le Conservatoire doit former, mais bien des\ninstrumentistes musiciens.\nJe me suis promis d'exposer en cette étude les moyens propres à obtenir ce résultat,\nsurtout en ce qui concerne les classes de violon.\nL'enseignement du Violon, qui, à la fondation du Conservatoire était fait par trois\nprofesseurs, comporte actuellement 6 classes : Deux classes préparatoires (20 élèves) ; quatre\nclasses supérieures (40 élèves) ; proportion illogique, en ce sens qu'elle détourne complètement\nde son but l'idée qui présida, à la création du Conservatoire.\n\n1 Suite de l'article paru dans le n° du 15 Février."}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.93", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3770, "texte": "\" En décrétant la formation du Conservatoire, la Convention nationale a voulu que,\nu centre de l'art, ce grand établissement renfermât des moyens assez étendus et assez complets\n\" pour former les artistes nécessaires à la solennité des fêtes et au théâtre dont l'influence est si\n\" importante au progrès et à la direction du bon goût. \"\nAinsi parlait Bernard Sarrette en son discours d'Ouverture du Conservatoire, le\n22 octobre 1796.\nIl était bien question de \" former \" des artistes.\nOr, le Conservatoire, en ses classes de violon \"ne forme pas \" des artistes, puisque, sur\n40 élèves que comportent les classes supérieures, les trois-quarts n'ont point fait leurs études\npréparatoires au Conservatoire. La proportion des places prises par des élèves n'appartenant pas\naux Conservatoires de Paris et de Province est trop importante, et il serait plus logique d'avoir\ntrois classes préparatoires et trois classes supérieures comportant pour chacune de ces classes,\ndix élèves. Le nombre des places laissées libres en classe supérieure par les élèves des classes\npréparatoires n'ayant pas les dispositions nécessaires pour continuer leurs études, serait suffisant\npour accueillir les quelques éléments remarquables qui, pour diverses raisons, n'auraient pu se\nprésenter en temps voulu aux examens d'admission des classes préparatoires.\nL'enseignement des classes supérieures de Violon est complété (?) par deux classes\nd'ensemble et une classe d'Orchestre. Pour suivre les cours des classes d'ensemble et d'orchestre,\nil faut que l'Elève ait déjà obtenu une récompense, ce qui, en principe, ne lui permet de\nsuivre ces classes que pendant trois ans, le règlement prévoyant cinq années d'études en classe\nsupérieure avec obligation d'une récompense à la fin de la deuxième année pour pouvoir\nparfaire les études au cours des trois années qui suivent. Ce n'est donc que pendant ces trois\ndernières années qu'un élève d'aptitudes moyennes peut être initié aux secrets de l'exécution\nde la musique d'ensemble ; et il se produit ce fait que plus un Elève a de dispositions pour\nle \" Violon \", moins longtemps il pourra suivre les cours des classes d'ensemble.\nEn effet, si un El ève obtient, la première année de Concours, un 2e accessit, la seconde\nun lerIer accessit et la troisième un Premier prix, ce qui est assez fréquent, il n'aura suivi les\ncours des classes d'ensemble et d'orchestre que pendant deux ans. Il est vrai que tout Premier\nprix de Violon, a le droit de suivre les cours d'ensemble pendant une année encore après sa\nsortie du Conservatoire ; mais la plupart d'entre eux se dispensent de ce qu'ils considèrent\ncomme une corvée embarrassante.\nIl serait beaucoup plus logique que tout élève admis dans une classe supérieure de Violon\nsoit mis dans l'obligation de suivre le cours d'ensemble, dès son admission ; et la classe\nd'orchestre dès la seconde année de sa présence en classe supérieure de Violon, avec un\nminimum de présence de trois années à chacun de ces Cours.\nIci se pose une grosse question : celle des concours publics de la fin d'année.\nLeur suppression s'impose !\nCes concours publics avaient été créés à une époque où le Conservatoire devait, pour sa\nvitalité, et pour justifier des sacrifices d'argent faits par l'Etat, prouver \" publiquement \" la\nlégitimité de ces sacrifices. Depuis longtemps le Conservatoire a fait la preuve de son utilité ;\nles concours publics ne sont plus maintenant nécessaires, et leur suppression serait, par tous les\néléments intéressés, accueillie favorablement. Le concours public, surtout en ce qui concerne\nla question qui nous occupe, ne peut donner aux concurrents toutes les garanties de justice et\nd'équité auxquelles il est en droit d'attendre. Non que je veuille dire que les Membres du Jury"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.94", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3404, "texte": "ne donnent leur sanction en toute conscience et en toute équité ; mais il se produit depuis\nplusieurs années entre le public admis à ces Concours et le Jury, des conflits si graves, que\nl'appréhension du retour de pareils faits fausse fatalement les décisions du Jury ; le Public (qui\nse trompe singulièrement sur le but de sa présence en faisant fonction de Jury) influe, par son\nattitude, sur les décisions du Jury qui devrait statuer, non seulement sur l'exécution publique,\nmais encore sur les u notes scolaires \" résultant des études de chacun des concurrents en\nchacune des classes de Violon, d'ensemble et d'orchestre.\nJe sais bien que depuis l'intelligente direction de M. Gabriel Fauré, ces notes entrent\nquelque peu en ligne de compte dans l'attribution des récompenses et que le principe des\n\" notes scolaires \" est établi, mais il ne porte actuellement, en réalité que sur les notes scolaires\ndes \"classes de Violon\" et le public qui n'est pas mis au courant de la valeur de chacun des\nconcurrents en ce qui concerne les \" notes scolaires \" ne peut comprendre les jugements\némis par le Jury ; la sanction lui semble toujours manquer d'équité, et il en résulte ce fait qu'il\nsemble réellement injuste pour être d'accord avec le Public, de faire état de notes de musicalité\ndans un \" Concours public \" qui, à priori, semble ne devoir être qu'un \" Concours de Violon.\"\nEt comme d'autre part il ne devrait pas être accordé de récompense à un bon violoniste dont\nla musicalité est insuffisante, il serait beaucoup plus logique de supprimer complètement le\nconcours de Violon pour le remplacer par un examen général qui entraînerait l'attribution de\nrécompenses dont la valeur serait certainement plus grande et plus appréciée des concurrents.\nJe citerai ici un fragment du discours de Bernard Sarrette :\n\" Sous le rapport de l'étude, le règlement doit préparer des routes faciles aux modes de\nu l'enseignement, recevoir l'élève à l'école primaire de la musique, et le conduire avec précau-\n\" tion, en suivant le développement de ses facultés intellectuelles, au centre de l'étude, ensuite,\n\" par émulation et encouragement, aux portes de la célébrité. Le règlement doit enfin établir\nu des classes indispensables a Fentendement musical et au complément de Pétude, dans lesquelles la\n\" théorie de l'art et ses rapports avec les mathématiques, la poétique et l'historique y seront\n\" traités. \"\n/'Historique !\nDemandez à un élève de Violon quelques notes sur Mendelssohn, dont il joue le\nConcerto ; sur Gavinies dont les études font partie de la progression actuellement en honneur\nau Conservatoire ? Il sera tout a fait incapable de vous répondre. Et pourtant, il y a, au\nConservatoire, un cours de l'histoire de la Musique, mais on n'y voit guère d'élèves-violonistes.\nLa Théorie de VArt ! !\nUn élève des classes préparatoires de Violon est actuellement obligé de suivre les cours\nde solfège. Il passe, après l'obtention d'une première médaille de Violon en classe supérieure ;\nà ce moment se termineront ses études théoriques de la musique. Il sera toujours assez\n\" musicien \" pour déchiffrer l'inutile lecture à vue des concours publics.\nIl devrait y avoir obligation, pour les élèves-violonistes, de suivre un cours de solfège\npendant leur présence aux classes préparatoires, et un cours d'harmonie pendant les trois\npremiers années de présence en classes supérieures."}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.95", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2965, "texte": "Autre question bien plus grave encore en ce sens qu'elle traite de l'instruction générale\ndes élèves-violonistes : Les classes préparatoires prévoient l'admission des élèves à partir de l'âge\nde 9 ans ; mais attendu que pour être admis dans ces classes il faut avoir déjà fait trois années\nau moins d'études préliminaires, et qu'à ces études il a fallu consacrer plusieurs heures chaque\njour, l'instruction générale a été complètement négligée ; et l'on voit actuellement ce spectacle\naffligeant de jeunes gens sortant du Conservatoire, possédant une certaine valeur comme\nViolonistes mais d'une nullité complète en ce qui concerne leur Instruction. Là encore, le\nConservatoire devrait exiger d'eux qu'ils complètent, parallèlement à leurs études musicales,\nleur Instruction dont ils devraient justifier par la production d'un certificat d'études primaires.\nEn résumé, voici notre proposition, telle qu'elle m'apparait devoir donner des résultats\nappréciables :\ni° Suppression du concours de Violon ; le remplacer par un examen entraînant l'attribu-\ntion de notes d'aptitudes à différents degrés. L'inutile concours public se trouve de ce fait,\nheureusement supprimé.\n2° Tout élève admis en classe préparatoire devra suivre un cours de solfège et y obtenir,\nau moins une seconde médaille, au cours des 3 années de présence en classe préparatoire de\nViolon.\n30 Pour être admis en classe supérieure de Violon, le postulant devra justifier d'une seconde\nmédaille de solfège ou subir un examen justifiant de connaissances théoriques équivalentes, à\ncelles actuellement exigées pour l'attribution d'une seconde médaille de solfège.\n40 Dès son admission en classe supérieure de Violon, chaque élève devra suivre les cours\nsuivants :\nClasse supérieure de Violon : 3 cours par quinzaine.\nClasse d'Harmonie : 1 cours par semaine.\nClasse d'ensemble : 1 cours par semaine.\nClasse d'orchestre : 1 cours par semaine, (ce cours sera suivi à partir de la seconde année\nde présence en classe supérieure de Violon.)\nCours d'histoire de la musique : 1 cours par semaine.\n5° Examen annuel pour chacun de ces cours avec attribution de notes d'examen permet-\ntant d'accorder aux élèves selon leurs aptitudes générales des récompenses qui pourraient être\ndivisées en plusieurs catégories.\nJe reviendrai sur cette question d'attribution de récompenses et sur la manière dont elles\npourraient être divisées.\nCette réforme, dans l'enseignement du Violon, pourrait être obtenue sans difficultés\nbudjetaires et être accomplie très rapidement ; et j'espère que les intéressés, Professeurs et Elèves,\ny verront tout l'avantage que ce mode d'études peut leur apporter.\nD'ailleurs, j'attends l'avis de ceux de mes collègues Violonistes que je n'ai pu encore,\npour diverses raisons, consulter à cet effet. Leur concours me sera précieux et je les remercie\nà l'avance des réflexions que pourra leur suggérer cette Etude, trop heureux s'ils veulent bien\nm'en faire part.\n\nArmand Forest."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c056", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c056", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 96, "image_fin": 99, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.19", "titre_corps": "Le Théâtre du Jorat", "titre_sommaire": "Le Théâtre du Jorat", "signature_source": "E. Ansermet", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.96", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3809, "texte": "Le Théâtre du Jorat\n\nEn 1903, le canton de Vaud commémorait le centenaire de son entrée dans la Confé-\ndération Suisse. A cette occasion, chaque localité eut une fête de sa façon. Le petit village de\nMézières dans le Jorat, près de Lausanne, voulut avoir sa pièce de circonstance, car un événe-\nment historique significatif s'y était passé. C'est de cet événement qu'un jeune dramaturge,\nle plus remarquable que notre pays ait produit, M. René Morax, tira la Dîme, pièce en 4 actes\net 7 tableaux, avec musique de M. Alexandre Denéréaz. Les représentations de la Dîme,\nen dépit de tout ce qu'elles avaient d'improvisé, eurent un retentissement considérable. Vaudois\net étrangers, artistes, bourgeois et gens du peuple, tous ceux qui y assistaient avaient l'im-\npression que quelque chose de particulier et de nouveau était né. On croyait découvrir un\nvrai foyer d'art, ignoré jusque là, dans ce coin de pays. Les auteurs de la Dîme avaient trouvé\ndans le peuple de paysans qui avaient suscité leur œuvre de merveilleuses ressources d'instinct\nprofond et sûr, de sensibilité fraîche. De leur côté, les habitants de la contrée avaient ressenti\ntrop profondément la beauté du spectacle pour ne pas s'attacher à ceux qui le leur avaient\napporté. Une sorte de phénomène d'osmose s'opère ainsi entre l'artiste et son milieu actif, qui\nfortifie l'un et l'autre et permet à la vie artistique de se développer. M. René Morax entrevit\nla possibilité de fonder là un vrai centre d'art dramatique et le Théâtre du Jorat fut fondé,\ndont M. Arnold Bonard un de nos critiques, parle en ces termes :\nEn général les architectes qui construisent un Théâtre, se soucient assez peu des néces-\nsités techniques. Ils se préoccupent avant tout de l'aspect extérieur. Ils mettent toujours des\nfaçades à colonnes, copies plus ou moins adroites du modèle classique, dont le Grand Opéra de\nParis reste le type le plus somptueux. Ils sacrifient trop souvent au luxe de l'entrée de l'escalier\net du foyer, l'aménagement de la salle et surtout de la scène. Les théâtres français et italiens\nont trop peu tenu compte des améliorations apportées en Angleterre et en Allemagne à la\nconstruction des théâtres.\nA Mézières, il s'agissait d'édifier avec des ressources restreintes un bâtiment rustique\nadapté à la physionomie du pays, contenant une vaste salle et une scène propre à de grands\nspectacles. On s'adressa à deux bons architectes de Genève, MM. Maillard et Chai, que\nguide dans l'élaboration de leurs plans, le souci de la réalisation pratique. Ils s'appliquèrent à\nharmoniser l'extérieur de l'édifice avec les lignes sévères et le caractère rustique de la contrée\nen s'inspirant, jusque dans les détails pour cette construction spéciale, des habitations villageoises\net des granges qui l'environnent. Le style extrêmement sobre de ce bâtiment tout en bois, la\nrusticité des matériaux employés, l'absence de toute ornementation, les formes un peu écrasées\nde ses larges toits couverts de tuiles rouges le mettent en harmonie parfaite avec la gravité\nde la campagne qui l'encadre.\nLe Théâtre du Jorat s'élève sur la plateau de Mézières, au milieu de pommiers, à l'entrée\ndu village, à une centaine de mètres de la gare, devant le magnifique panorama que tont les\nAlpes Fribourgeoises et les Alpes de Gruyère. Il a la forme d'un T dont la branche supérieure\nest occupée par la scène et la tige verticale par la salle. Un principe essentiel a conduit les\nauteurs en lui donnant cette disposition : le spectacle est le centre de l'édifice. On a trop sou-\nvent prétendu que la raison d'être d'un théâtre en est la salle. C'est une erreur profonde,\nindustrielle ou commerciale peut-être, mais certainement et d'une façon absolue, contraire à\nl'art dramatique ; c'est cette erreur qui nous a valu les formes ordinaires des salles de spectacle"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.98", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 4343, "texte": "en lyre ou en fer à cheval, qui, si elle permet de rassembler, économiquement sur un espace\nrestreint, un grand nombre de spectateurs et crée une corbeille d'un aspect assez agréable à\nl'œil condamne le quart des spectateurs, c'est-à-dire tous ceux qui occupent les places latérales,\nà ne voir qu'imparfaitement la scène et ce qui s'y passe. Seul, l'amphitéâtre, renouvelé des\nthéâtres antiques à Bayreuth et au Regents Theater de Munich offre à tous les spectateurs des\navantages égaux : la vue complète de la scène. L'éloignement des places de fond ne nuit ni\nau spectacle, ni à l'acoustique. C'est le système adopté à Mézières. La salle en amphitéâtre\ncontient onze cent places assises. Elle a 30 m. de longueur ; son plan très incliné (25 cm.\nd'un ban à l'autre) permet aux derniers rangs de voir sans être gênés par les rangs de devant.\nDes deux côtés, de larges couloirs de dégagement conduisent à huit portes de sortie. Le plafond\nlambrissé forme une voûte qui renforce la sonorité de la salle, qu'éclairent deux lustres\nélectriques. Le local est entièrement clos : la lumière du jour si morne dans un espace fermé,\nest ainsi entièrement supprimée. Ull système de ventilation et l'arrosage du toit rafraîchissent\nla salle en été. Des poêles la chauffent dans les journées froides du printemps. Au dessous de\nl'amphitéâtre se trouvent les vestiaires, un foyer réservé au public (restauration). Deux\nbalcons peuvent servir de promenoirs. De larges avant-toits permettent de circuler.\nCes dispositions très simples se trouvent d'ailleurs dans divers autres théâtres rustiques de\nla Suisse allemande, à Altorf, à Selzach. A Mézières, le principal effort a porté sur la scène.\nOn s'est sensiblement écarté des dimensions ordinaires. Actuellement, la plupart des\nscènes ne diffèrent pas de celles d'il y a cent ans : c'est une boîte carrée plus ou moins\nprofonde, dont la paroi de fond mesure à peine le double de l'ouverture de scène. La disposition\nsymétrique des coulisses en espalier permettait autrefois cet arrangement. Les mises en scène\nréalisées, inaugurées par les Meiningen et auxquelles Irving et Birboon Tree en Angleterre,\nAntoine et Albert Carré en France, ont donné un si merveilleux éclat ont modifié la planta-\ntion uniforme des décors. La plupart des scènes construites sur l'ancien modèle s'adaptent mal\naux exigences de la mise en scène moderne ; toutes manquent de dégagements sur les côtés.\nPour les décors de plein air, ce système défectueux, en compliquant la manœuvre des châssis,\nnous a valu ces ciels carrés, ces fastidieux portants de verdure, ces tristes lessives, qu'on appelle,\nsans ironie, des \" frises d'air.\" L'unique préoccupation des architectes quand ils établissent une\nscène est de permettre à tous les spectateurs de voir le point central de la toile de fond. En\nréalité le point central est dans la salle, et le cône visuel arrêté par les deux montants de\nl'ouverture du rideau s'élargit avec la profondeur de la scène. La largeur de la toile de fond\ndevrait être logiquement le triple à peu près de l'ouverture du rideau. Dans ces conditions, un\nspectateur aura toujours, même sur les côtés, l'impression d'un décor complet, sans que les\ndécorateurs aient recours à des portants conventionnels. Le nombre des effets décoratifs peut\nêtre varié à l'infini. La beauté du décor en est augmentée avec la vérité de la mise en scène.\nLa scène du Théâtre du Jorat mesure 10 mètres d'ouverture de rideau, 12 m. de profon-\ndeur et 25 m. de largeur. Une avant scène (podium) de 4m sert aux groupements et aux\névolutions du chœur devant le rideau. Elle est composée de tréteaux démontables. Pour les\nœuvres dramatiques ou musicales qui n'exigent pas la disposition spéciale du chœur au\ndehors du rideau le vide occupé par les gradins du chœur est réservé à l'orchestre.\nLes loges d'artistes, les locaux destinés aux garde-robes et aux accessoires sont aménagés\ndes deux côtés de la scène. Deux larges portes permettent l'accès, sur la scène, de voitures\nattelées. Une ouverture pratiquée dans toute la hauteur de la paroi latérale permet l'entrée des\ndécors. Une installation électrique très complète a été faite.\nLe théâtre du Jorat a ouvert ses portes le 7 mai 1908, pour la reprise de la Dîme. Dès\nlors il a donné encore deux drames de M. René Morax, avec musique de M. Gustave Doret,"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.99", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 909, "texte": "Henriette en 1908, et Aliènor en 1910. Ces spectacles ont été de très remarquables œuvres\nd'art réalisant l'ensemble le plus harmonieux et le plus cohérent d'éléments expressifs. Les\nressources décoratives et de mise en scene du theatre sont si essentielles, si souples et si com-\nplètes, l'acoustique s'est montrée à l'experience si heureuse, que 1 idee est venue naturellement\nà ses fondateurs d'y représenter de grandes œuvres lyriques. C'est ainsi que l'Orphée de Gluck\ny sera donnée, du I au 18 juillet prochain, avec le concours d artistes en vue de 1 Opera-\nComique et du Grand Opéra de Paris. M. Gustave Doret dirigera ces représentations ;\nM. René Morax est chargé de leur mise en scène, et M. Lucien Jusseaume des décors. Enfin\nun comité de patronage où figurent d'éminentes personnalités artistiques et que présidé\nM. Camille Saint-Saëns assure l'entreprise de son appui.\n\nE. Ansermet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c057", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c057", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 99, "image_fin": 99, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.19.1", "titre_corps": "(Croquis de Lucien Jusseaume.)", "titre_sommaire": "(Croquis de Lucien Jusseaume.)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.99", "debut_caractere": 911, "fin_caractere_exclue": 941, "texte": "(Croquis de Lucien Jusseaume.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c058", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c058", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 100, "image_fin": 101, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.20", "titre_corps": "Çà et Là", "titre_sommaire": "Çà et Là", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.100", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2580, "texte": "Çà et Là\n\nVIENNE. Gustav Mahler est mort le 18 mai dernier à 11 heures du soir dans\nun Sanatorium de Vienne. Il a succombé à une intoxication du sang, causée par une\nangine infectieuse qu'il avait contractée au mois de février à New-York. En mars, le\nmaître dut s'aliter et abandonner la direction des concerts de la\nAu commencement d'avril, le docteur qui le soignait, profitant d'une légère amélioration,\nrenvoya le malade en Europe, et le 17 avril (coïncidence curieuse : jour anniversaire de\nl'exécution de la 2de Symphonie du maître l'année précédente aux Concerts-Colonne\nsous sa direction) Mahler arrivait à Paris et descendait à l'Elysée-Palace. Le docteur\nChantemesse, appelé d'urgence au chevet du malade, exigea son transport dans une\nmaison de santé de Neuilly. Là, l'état du maître ne fit que s'aggraver sans cesse, la\nmaladie ayant malheureusement trouvé un terrain trop favorable dans cet organisme\ndébile et usé par tant d'années d'un labeur surhumain. Bientôt, on jugea à propos de\nfaire venir le professeur Chvostek, de Vienne, illustre praticien très familiarisé avec la\nconstitution du malade, qui arriva à Paris le 11 mai au matin, déclara que l'état du\nmaître ne laissait plus place à aucun espoir, étant donné la faiblesse insurmontable des\nfonctions cardiaques, et ordonna le transport immédiat du malade à Vienne, afin qu'il\nlui fût donné de mourir au moins dans cette ville qu'il avait tant aimée, et pour que\nMme Mahler, elle-même gravement malade, se trouvât au milieu des siens àla minute\nfatale. Le il mai au soir l'Orient-Express ramenait à Vienne l'agonisant, et une\nsemaine après, tout était fini.\nG. Mahler était né le 7 juillet 1860 à Kalischt. Il laisse deux œuvres inédites\nentièrement achevées : une 9me Symphonie et une composition pour chœurs et orchestre.\nG. Mahler a été enterré, suivant son désir, dans un petit cimetière de campagne,\nprès de Doebling, dans la banlieue de Vienne.\n\nUn nouveau trio vient de se former à Paris composé du très réputé violoniste, compo-\nsiteur Alberto BACHMANN, de Madame Jeanne DELUNE, la remarquable violoncelliste,\net du pianiste compositeur Louis DELUNE, grand prix de Rome de Belgique.\nCette Association se fera entendre la saison prochaine à Paris, avant d'entreprendre ses\ngrandes tournées à l'étranger pour lesquelles elle vient d'être engagée.\n\nCONCOURS DU CONSERVATOIRE\nILS AURONT LIEU A L'ODÉON, AUX DATES SUIVANTES:\nVendredi 23 juin. A 9 heures: Flûte, hautbois, clarinette, basson.\nSamedi 24 juin. A 9 heures : Cor, cornet à pistons, trompette, trombone.\nLundi 26 juin. A midi : Chant (hommes)."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.101", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2332, "texte": "Mardi 27 juin. A 9 heures : Chant (femmes).\nMercredi 28 juin. A 9 heures : Contrebasse, alto violoncelle.\nJeudi 29 juin. A 9 heures : Harpe et piano (hommes).\nLundi 3 juillet. A midi : Opéra-Comique.\nMardi 4 juillet. A 9 heures: Violon.\nMercredi 5 juillet. A 9 heures : Piano (femmes).\nJeudi 6 juillet. A midi : Opéra.\nVendredi 7 juillet. Ai heure :s Tragédie.\nSamedi 8 juillet. A 9 heures : Comédie.\nLe vendredi 30 juin, à I heure, aura lieu, au Conservatoire, le jugement préparatoire\ndu concours aux Grands Prix de Rome, et, le samedi lerIer juillet, le jugement définitif à\nl'lnstitut.\nQuand à la distribution des prix, elle est fixée au jeudi 13 juillet à une heure.\nAVIS AUX MUSICIENS ET AUX COLLECTIONNEURS. Un beau por-\ntrait de Mozart avant la lettre, gravé à l'eau-forte par M. Waltner, membre de l'lnstitut, se\nvoit en ce moment à la maison d'estampes, Jules Hautecœur, 172, rue de Rivoli, ainsi que\nchez M. Sortais, 11, rue Scribe, et chez M. Grus, 116, Boulevard Hausmann. Cette\ngravure a été faite d'après un portrait de famille, peinture originale absolument inédite et datée\nde 1787, l'année où Mozart, alors âgé de 31 ans, composa Don Juan et perdit son père qu'il\nadorait. C'est là certainement une des meilleures toiles qui aient jamais représenté le Maître.\nL'air est triste, fin et doux, le teint un peu pâle, les traits discrets et mélancoliques ; l'habit\nnoir encadre cette physionomie charmante et rêveuse.\nA sa dernière réunion, le Comité de la Société des Compositeurs de Musique a procédé\nà l'élection de son bureau pour l'année 1911-1912.\nOnt été élus :\nPrésident : M. Ch. LEFEBVRE.\nVice-Présidents : MM. CAUSSADE, Ch. MALHERBE, MOUQUET et TOURNEMIRE.\nSecrétaire Général : M. Ch. PLANCHET.\nSecrétaire général adjoint, archiviste : M. GUIOT.\nSecrétaire rapporteur : M. A. POUGIN.\nSecrétaires : Mme Mel. BONIS, MM. BERTRAND, Marc DELMAS, TOURNIER.\nBibliothécaire : M. VINÉE.\nTrésorier : M. Maurice EMMANUEL.\nTrésorier-adjoint : M. LEFEBURE.\n\nSOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE\nLE CONGRÈS DE LONDRES\nAu moment où paraîtra ce numéro, le congrès de notre Société à Londres prendra\nfin. Notre directeur, M. Ecorcheville, désigné par le Gouvernement pour représenter\nofficiellement la France à cette solennité musicologique, rendra compte dans 1' S. I. M.\ndu 15 juillet, de cette importante mission."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c059", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c059", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 100, "image_fin": 100, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.20.1", "titre_corps": "VIENNE. Gustav Mahler est mort le 18 mai dernier à 11 heures du soir dans", "titre_sommaire": "VIENNE. 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En mars, le\nmaître dut s'aliter et abandonner la direction des concerts de la\nAu commencement d'avril, le docteur qui le soignait, profitant d'une légère amélioration,\nrenvoya le malade en Europe, et le 17 avril (coïncidence curieuse : jour anniversaire de\nl'exécution de la 2de Symphonie du maître l'année précédente aux Concerts-Colonne\nsous sa direction) Mahler arrivait à Paris et descendait à l'Elysée-Palace. Le docteur\nChantemesse, appelé d'urgence au chevet du malade, exigea son transport dans une\nmaison de santé de Neuilly. Là, l'état du maître ne fit que s'aggraver sans cesse, la\nmaladie ayant malheureusement trouvé un terrain trop favorable dans cet organisme\ndébile et usé par tant d'années d'un labeur surhumain. Bientôt, on jugea à propos de\nfaire venir le professeur Chvostek, de Vienne, illustre praticien très familiarisé avec la\nconstitution du malade, qui arriva à Paris le 11 mai au matin, déclara que l'état du\nmaître ne laissait plus place à aucun espoir, étant donné la faiblesse insurmontable des\nfonctions cardiaques, et ordonna le transport immédiat du malade à Vienne, afin qu'il\nlui fût donné de mourir au moins dans cette ville qu'il avait tant aimée, et pour que\nMme Mahler, elle-même gravement malade, se trouvât au milieu des siens àla minute\nfatale. Le il mai au soir l'Orient-Express ramenait à Vienne l'agonisant, et une\nsemaine après, tout était fini.\nG. Mahler était né le 7 juillet 1860 à Kalischt. Il laisse deux œuvres inédites\nentièrement achevées : une 9me Symphonie et une composition pour chœurs et orchestre.\nG. Mahler a été enterré, suivant son désir, dans un petit cimetière de campagne,\nprès de Doebling, dans la banlieue de Vienne."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c060", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c060", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 100, "image_fin": 100, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.20.2", "titre_corps": "Un nouveau trio vient de se former à Paris composé du très réputé violoniste,", "titre_sommaire": "Un nouveau trio vient de se former à Paris composé du très réputé violoniste,", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.100", "debut_caractere": 1925, "fin_caractere_exclue": 2325, "texte": "Un nouveau trio vient de se former à Paris composé du très réputé violoniste, compo-\nsiteur Alberto BACHMANN, de Madame Jeanne DELUNE, la remarquable violoncelliste,\net du pianiste compositeur Louis DELUNE, grand prix de Rome de Belgique.\nCette Association se fera entendre la saison prochaine à Paris, avant d'entreprendre ses\ngrandes tournées à l'étranger pour lesquelles elle vient d'être engagée."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c061", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c061", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 100, "image_fin": 101, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.20.3", "titre_corps": "CONCOURS DU CONSERVATOIRE", "titre_sommaire": "CONCOURS DU CONSERVATOIRE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.100", "debut_caractere": 2327, "fin_caractere_exclue": 2580, "texte": "CONCOURS DU CONSERVATOIRE\nILS AURONT LIEU A L'ODÉON, AUX DATES SUIVANTES:\nVendredi 23 juin. A 9 heures: Flûte, hautbois, clarinette, basson.\nSamedi 24 juin. A 9 heures : Cor, cornet à pistons, trompette, trombone.\nLundi 26 juin. A midi : Chant (hommes)."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.101", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1979, "texte": "Mardi 27 juin. A 9 heures : Chant (femmes).\nMercredi 28 juin. A 9 heures : Contrebasse, alto violoncelle.\nJeudi 29 juin. A 9 heures : Harpe et piano (hommes).\nLundi 3 juillet. A midi : Opéra-Comique.\nMardi 4 juillet. A 9 heures: Violon.\nMercredi 5 juillet. A 9 heures : Piano (femmes).\nJeudi 6 juillet. A midi : Opéra.\nVendredi 7 juillet. Ai heure :s Tragédie.\nSamedi 8 juillet. A 9 heures : Comédie.\nLe vendredi 30 juin, à I heure, aura lieu, au Conservatoire, le jugement préparatoire\ndu concours aux Grands Prix de Rome, et, le samedi lerIer juillet, le jugement définitif à\nl'lnstitut.\nQuand à la distribution des prix, elle est fixée au jeudi 13 juillet à une heure.\nAVIS AUX MUSICIENS ET AUX COLLECTIONNEURS. Un beau por-\ntrait de Mozart avant la lettre, gravé à l'eau-forte par M. Waltner, membre de l'lnstitut, se\nvoit en ce moment à la maison d'estampes, Jules Hautecœur, 172, rue de Rivoli, ainsi que\nchez M. Sortais, 11, rue Scribe, et chez M. Grus, 116, Boulevard Hausmann. Cette\ngravure a été faite d'après un portrait de famille, peinture originale absolument inédite et datée\nde 1787, l'année où Mozart, alors âgé de 31 ans, composa Don Juan et perdit son père qu'il\nadorait. C'est là certainement une des meilleures toiles qui aient jamais représenté le Maître.\nL'air est triste, fin et doux, le teint un peu pâle, les traits discrets et mélancoliques ; l'habit\nnoir encadre cette physionomie charmante et rêveuse.\nA sa dernière réunion, le Comité de la Société des Compositeurs de Musique a procédé\nà l'élection de son bureau pour l'année 1911-1912.\nOnt été élus :\nPrésident : M. Ch. LEFEBVRE.\nVice-Présidents : MM. CAUSSADE, Ch. MALHERBE, MOUQUET et TOURNEMIRE.\nSecrétaire Général : M. Ch. PLANCHET.\nSecrétaire général adjoint, archiviste : M. GUIOT.\nSecrétaire rapporteur : M. A. POUGIN.\nSecrétaires : Mme Mel. BONIS, MM. BERTRAND, Marc DELMAS, TOURNIER.\nBibliothécaire : M. VINÉE.\nTrésorier : M. Maurice EMMANUEL.\nTrésorier-adjoint : M. LEFEBURE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c062", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c062", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 101, "image_fin": 101, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.20.4", "titre_corps": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.101", "debut_caractere": 1981, "fin_caractere_exclue": 2332, "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE\nLE CONGRÈS DE LONDRES\nAu moment où paraîtra ce numéro, le congrès de notre Société à Londres prendra\nfin. Notre directeur, M. Ecorcheville, désigné par le Gouvernement pour représenter\nofficiellement la France à cette solennité musicologique, rendra compte dans 1' S. I. M.\ndu 15 juillet, de cette importante mission."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c063", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c063", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 104, "image_fin": 106, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.21", "titre_corps": "BIBLIOGRAPHIA EXOTICA", "titre_sommaire": "BIBLIOGRAPHIA EXOTICA", "signature_source": "Gaston Knosp", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.104", "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 4239, "texte": "LEBLOND, MARIUS-ARY : Lettre sur la musique\nmalgache. 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Berlin, Die\nMusik 1907."}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.106", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1631, "texte": "KRAUS : Cat. des Instr. de mus. du musée Kraus.\nFlorence, 1878.\nKROHN, JLMARI : Melodien der Berg-Tschere-\nmissen und Wotjaken. (Très intéressants spéci-\nmens pentatoniques). Leipzig, Z. I. M. G. 111, 3-4\n1902.\nMAHILLON : Catalogue.\nMEINHOF, PROF. CARL : Mélodie und Rhythmus\nder Sprache und der Musik. Munich, Allg. Zeitg.\nN° 156-157, 28/29 août 1907. (Suppl.).\nNAUMANN : Illustrierte Musikgeschichte. (mo-\nderne). Stuttgart, Deutsche Verlagsgesellschaft.\nPOLAK, A. J. : Die Harmonisierung indischer,\ntiirkischer und japan, Melodien (Notice). Leipzig.\nMitteilungen de Breitkopf und Hârtel. N° 81\np. 3218.\nPUTTMANN, M. : Polak's Harmonisierung ind.\ntiirk. und japan. Melodien. Berlin-Charlottenburg.\nAllg. Mus. 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Londres, Murray, 1906.\n\nGaston Knosp."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c065", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c065", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 97, "image_fin": 97, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.22", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.97", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 301, "texte": "THÉÂTRE DU JORAT Mézières Canton de Vaud Suisse\nORPHEE\nOPÉRA EN TROIS ACTES DE GLUCK\nDIRECTION : M. Gustave DORET Second chef d'orchestre : M. Gabriel GROVLEZ\nChef des chœurs: M. Charles TROYON.\nDécors: M. Lucien Jusseaume Costumes: M.Jean Morax Mise en scène: M. René Morax\nChorégraphie: Mlle Chasles"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c066", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c066", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 97, "image_fin": 97, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.23", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.97", "debut_caractere": 303, "fin_caractere_exclue": 864, "texte": "lerIer ACTE :\nLe Bois funèbre\nIIme ACTE : IIIine ACTE :\nlerIer Tableau : Les Enfers.\nIIme Tableau : Les Champs-Elysées.\nlerIer Tableau : La Sortie des Enfers.\nIIne Tableau :Le Triomphe de l'Amour.\nOrphée : Mlle CHARBONNEL de l'Opéra et de l'Opéra-Comique et Mme BRESSLER-GIANOLI\nde TOpéra-Comique. Eurydice : Mlle MASTIO de l'Opéra et de l'Opéra-Comique et MUe CAM-\nPREDON de l'Opéra et de l'Opéra-Comique. L'Amour : Mlle CASTEL de l'Opéra.\nNYMPHES, BERGERS et BERGÈRES, FURIES, DÉMONS et SPECTRES, OMBRES des\nCHAMPS-ELYSÉES, HÉROS et HÉROÏNES, SUITE de TAMOUR."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c067", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c067", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 97, "image_fin": 97, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.24", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.97", "debut_caractere": 866, "fin_caractere_exclue": 1467, "texte": "Ces représentations sont données sous la présidence d'honneur de\nM. le Président de la Confédération suisse\net sous le haut patronage de\nMme la Princesse de Brancovan, MM. Camille Saint«Saëns, Paderewski, Paul DuKas,\nCamille Bellaigue, Pierre Lalo, Gaston Çarraud, Romain Rolland, Albert Carré,\nCharles Malherbe, Jean de ReszKé.\nCes représentations auront lieu :\nà 2 heures de Taprès=midi\nSamedi ler1er juillet; Dimanche 2 juillet; Samedi 8 juHlet ; Dimanche 9 juillet; Samedi 15 juillet;\nDimanche 16 juillet,\nà 6£ heures du soir\nJeudi 6 juillet; Mardi 11 juillet; Jeudi 13 juillet ; Mardi 18 juillet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c068", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c068", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 97, "image_fin": 97, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.25", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.97", "debut_caractere": 1469, "fin_caractere_exclue": 1877, "texte": "BILLETS à 2, 3, 5, 10 et 20 francs.\nBureaux de location l FŒTISCH FRÈRES (S. A.), Magasin de musique, rue de Bourg ;\nC. TARIN, libraire, rue de Bourg, Lausanne ; au THÉÂTRE DU JORAT, à Mézières (Vaud).\nOn peut retenir les places a l'avance par correspondance, en joignant le prix par mandat postal (ajouter\n50 centimes pour l'envoi sous pli recommandé).\n(Il n'est pas envoyé de billets contre remboursement.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c069", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c069", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 97, "image_fin": 97, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.26", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.97", "debut_caractere": 1879, "fin_caractere_exclue": 2136, "texte": "LIVRET OFFICIEL ILLUSTRÉ. CARTES POSTALES ILLUSTRÉES\nUn service spécial de TRAMWAYS sera organisé entre LAUSANNE (Gare Centrale ou Mlle), et MÉZIÈRES\nLes Billets sont en vente.\nPour tous renseignements, s'adresser à MM. Foetisch Frères, à Lausanne (Suisse)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c070", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c070", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 102, "image_fin": 102, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.27", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.102", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3334, "texte": "Courrier Financier\nDans nos précédents courriers, nous nous sommes efforcés d'exposer quelques-unes des\nrègles qui peuvent guider le capitaliste dans le choix d'arbitrages intéressants.\nMais n'oublions pas que ce genre de travail du capital ce que nous avons appelé\n\" spéculation au Comptant \" est d'une pratique fort difficile si l'on n'a pas acquis une\nconnaissance approfondie des valeurs, des garanties qu'elles offrent, de la nature de leur\nMarché, bref de toutes les circonstances qui président à leur création et à leur négociation.\nAussi, est-ce surtout par des exemples que nous nous efforcerons de démontrer à nos lecteurs\nl'intérêt de ces combinaisons.\nC'est ce que nous allons faire :\nLa seconde partie de la Cote Officielle des Agents de Change mentionne les cours de\n2 obligations de 500 francs rapportant 3 1/2 °/0 d'intérêt : l'obligation \" Société fermière de\nla voirie de Paris \" et l'obligation \" Société des engrais complets \".\nL'obligation \" Engrais complets \" inscrit ses cours aux environs de 480 francs, tandis\nque l'obligation \" Voirie de Paris\", dont l'introduction à la cote est un peu plus ancienne,\nvaut 435 francs environ.\nExaminons d'où peut provenir cette différence :\nNous constatons d'abord que les émissions de ces deux titres ont eu lieu simultanément :\nla première par les soins de la Banque Française pour le Commerce et l'lndustrie (Banque\nRouvier), de la Banque Transatlantique et de la Banque Privée, la seconde sous les auspices\nde la Banque Périer tous établissements financiers de premier ordre.\nLe prix d'émission était le même, soit 478.50.\nOr, à la lecture des Statuts de ces deux Sociétés, 011 constate que leur objet social est\nidentique. Toutes deux ont été créées sous le patronage de la Ville de Paris pour la calcina-\ntion et la transformation en engrais des ordures ménagères ; elles se sont partagées dans une\nproportion à peu près égale, les arrondissements de Paris.\nPar un contrat identique signé entre le Préfet de la Seine, agissant au nom de la Ville\nde Paris, et leurs Administrateurs-Délégués, les deux entreprises ont été autorisées à émettre\ndes obligations dotées par la Ville de Paris d'une annuité comprenant la somme nécessaire\npour couvrir leur intérêt et leur amortissement en fin de concession, au taux de 3 1/2 ()jO.\nCette annuité, qu'elles ont déléguée à des Sociétés Civiles d'obligataires, leur est due par la\nVille de Paris, quoi qu'il arrive, de sorte qu'en somme l'obligation \" Voirie de Paris \" et\nl'obligation a Engrais complets \" jouissent d'une garantie directe et inconditionnelle de la\nVille de Paris ce qui équivaut à une garantie de l'Etat.\nElles constituent donc un placement fort intéressant étant donné leur intérêt relative-\nment élevé pour cette catégorie de titres et leur remboursement rapide (au pair en 25 ans à\npartir de 1913).\nPourquoi l'obligation \" Voirie de Paris \" est-elle en ce moment J'objet d'une déprécia-\ntion de cours ? C'est une question à laquelle il serait difficile de répondre sans entrer dans des\nconsidérations purement boursières ; le Marché a de ces inconséquences parfois difficiles a\nraisonner, mais il est de fait qu'en général la logique finit par triompher et les différences de\ncours injustifiées sont destinées à se niveler tôt ou tard.\nSociété Auxiliaire des Banques Régionales\n34, rue de la Victoire, Paris."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-06-15-01-c071", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-06-15_01#c071", "volume": "bmtnabh_1911-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 103, "image_fin": 103, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.2.28", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.103", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 7014, "texte": "COMPTOIR NATIONAL D'ESCOMPTE\n$\nAssemblée générale ordinaire des actionnaires du 3 Avril 1911.\nLes actionnaires de cette Société ont tenu leur assemblée ordinaire le 3 Avril, sous la présidence de M. Rostand, président\ndu Conseil d'administration, assisté de MM. Delbordes et Gaillout, scrutateurs, et de M. Labrousse, secrétaire.\n142.936 actions étaient présentes ou représentées.\nRAPPORT DU CONSEIL Pendant l'année 1910, le capital du Comptoir National, porté dans le courant de l'année pré-\nD ADMINISTRATION cédente à 200 millions, a été, pour la première fois, utilisé en totalité.\nVous trouverez, dans la comparaison des divers chapitres de notre activité, d'intéressantes indications sur la nouvelle pro-\ngession des affaires en 1910. Les entrées en Portefeuille ont atteint : 17.730.000.000, contre, en 1909, 16.001.000.000.\nLe mouvement des Caisses s'est élevé à : entrée, 36.661.000.000, contre en 1909, 33.863.000.000; sortie, 36.598.000.000\ncontre, en 1909, 33.798.000.000.\nLes versements dans les Comptes de chèques et d'escompte et les retraits se chiffrent par : entrée, 11.036.000.000, contre\nen 1909, 10.549.000.000 5 sortie, 10.457.000.000, contre en 1909, 9.956.000.000.\nLe montant global de nos dépôts en comptes de chèques et d'escompte, comptes courants créditeurs et Bons à échéance\nfixe est en nouvelle augmentation de 102 millions, et passe de 1.101 millions, en 1909, à 1.203 millions en 1910.\nEnfin le total du bilan au 31 décembre 1910 présente à l'actif et au passif : 1.65 9.000.000, contre 1.542.000.000 à la fin de 1909.\nNous avons ouvert, en 191 o, des agences : A Paris : place Gambetta et square Montholon ; dans les Départements : à Charleville,\nPoitiers, Valence, Arras, Moulins, Saint-Malo, Boulogne-sur-Mer, Saint-jean-d'Angely, Bolbec, Hyères, Murât et Montbard.\nLes opérations financières traitées en 1911 ont été nombreuses et intéressantes. Nous avons largement contribué, avec les\nautre établissements, au succès de l'émission de l'emprunt de la Ville de Paris de 235 millions.\nParmi les affaires françaises auxquelles nous avons participé, soit directement, soit par le placement de titres nous citerons\nles obligations 3 J °j0 Chemins de fer franco-éthiopien, emprunt 3 °/0 de l'Afrique Occidentale, obligations 5 °/0 Energie Elec-\ntrique du Littoral Méditerranéen, obligations 5 °/0 Compagnie Centrale d'Energie Electrique, obligations 4 (,/0 Mines d'An-\nderny-Chevillon, obligation 4 [)jo Magasins du Printemps, obligations 4 h °/0 Maison Bréguet, obligations 5 °/0 Forces Motrices\nde la Haute-Durance, obligations 5 °/0 Energie Electrique du Sud-Ouest, obligations 3! °j{) Compagnie Parisienne de Distribution\nd'Electricité, actions Compagnie Parisienne de l'Air Comprimé (transformation de l'un des secteurs d'éclairage électrique de Paris.)\nLa Compagnie Générale des Omnibus de Paris, à laquelle, de concert avec d'autres établissements, nous avions promis notre\nappui financier au cours de ses longues et laborieuses négociations avec la municipalité, a pu obtenir des pouvoirs publics le\nrenouvellement de sa concession pour les transports en commun dans Paris.\nEn vu de se procurer les ressources nécessaires pour la transformation de son réseau et de son matériel, la Compagnie a\ndécidé l'augmentation de son capital social par une émission d'actions nouvelles réservées aux anciens actionnaires.\nConjointement avec d'autres banques, nous avons garanti cette augmentation de capital et ouvert nos guichets pour l'exer-\ncice du droit de souscription dont les anciens actionnaires ont usé presque sans exception.\nParmi les affaires financières étrangères, les principales opérations traitées par nous, ou avec notre participation, sont : les\nemprunts Japonais 4 °/0, Mexicain 4 v'j0, Marocain, 5 °/0, Roumain 4 °/0, Serbe 4 h °/0 Bons Helléniques 5 \"/0, les obligations\n4 °lo Damas-Hama (Homs-Tripoli), obligations 4 °/0 Chicago-Milwaukee, obligations 4 °/0 Cleveland-Cincinnati.\nNotre succursale et nos bureaux dans Paris, ainsi que nos agences de France, continuent à nous donner entière satisfaction\net entrent pour une importante proportion dans les résultats de chaque exercice.\nNos agences à l'étranger, notamment les agences anglaises, celle de Bruxelles, aussi bien que les agences d'Egypte, de Bom-\nbay et d'Australie, ont apporté également chacune, à l'ensemble de nos profits, une part intéressante.\nNos agences de Madagascar ont réalisé de nouveau progrès en 1910. Le développement des affaires dans cette colonie a\namené les gouverneurs qui se sont succédé en dernier lieu à envisager l'utilité d'introduire, dans un avenir prochain, l'usage\ndu billet de banque à Madagascar.\nDepuis longtemps, les autorités compétentes nous ont donné l'assurance qu'en raison des sacrifices supportés et des services\nrendus par notre établissement, qui, sur la demande du gouvernement, a créé des agences à Madagascar depuis 1887, la\nconcession d'une banque d'émission ne serait pas accordée à des tiers sans qu'il soit tenu compte de la situation acquise\npar le Comptoir dans la colonie. Nous sommes actuellement occupés de cette question.\nNous vous proposons de fixer le devidende de l'exercice 1910 à 3 5 fr. dont un acompte de 1 2 fr. 50 a déjà été mis en distribution\nle 3 1 janvier. Si vous approuvez cette proposition, le solde de 22 fr. 50 sera payé sur nos 400.000 actions le 3 1 juillet prochain,\nsous déduction des impôts résultant des lois de finances.— Les parts de fondateur ont droit à 4 fr. 745 payables le 31 juillet,\négalement sous déduction de l'impôt. Le solde reporté à nouveau au crédit des actionnaires s'élèvera à 1.828.158 tr. 32\nLecture est ensuite donnée des rapports de la commission de contrôle et des commissaires des comptes qui concluent à\nl'approbation des comptes présentés par le conseil d'administration.\nLES RESOLUTIONS. Après une discusion M. le Président met aux voix quelques résolutions, qui sont approuvées a\nl'unanimité entre autres :\n1. L'assemblée générale, après avoir entendu le rapport du conseil d'administration, ceux de la commission de contrôle et\ndes commissaires, approuve les comptes de l'exercice 1910, tels qu'ils viennent d'êtres présentés et détaillés, et arrêté, en\nconséquence, à la somme de 15.783.957 fr. 78 le solde créditeur du compte de profits et pertes.\n2. L'assemblée générale fixe la répartition, pour l'exercice 1910, à 35 francs par action.\nUn accompte de 12 fr. 50 ayant été distribué le 3 1 janvier dernier, le solde, soit 22 tr. 50 par action, sera payé à partir\ndu 31 juillet prochain, sous déduction des impôts résultant des lois de finances.\nLa répartition de 4 fr. 745 par part de fondateur, pour le même exercice, sera payable, également sous déduction des impots\nà partir de la même date du 31 juiilet prochain.\nLe solde disponible, après approbation des comptes de l'exercice 1910, montant à 460.320 tr. 58 est ajouté au solde non\nréparti des exercices précédents s'élevant à 1.367.837 fr. 74, ce qui portera à 1.828.158 fr. 32 le montant reporte à\nnouveau au compte des actionnaires."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.1", "texte": "VIIe Année.\nN° 6.\n15 Juin 1911.\nHk. jfl I Bf 1 V Bj B\nREVUE MUSICALE MENSUELLE\nRÉDACTION:\n2, Hua St. Augustin, PARIS.\nTéléphona 204.20\nLibrairie CH. DELAGRAVE\n15, rue Soufflot, PARIS,\nLe numéro :\nFrance et Belgique 1 fr 50 Union 2fr I\nUn an 15 fr. 20frJ\nCopyright by S. I. M. 1911.\n\nLULLY GENTILHOMME ET SA DESCENDANCE, par j. Ecorcheville. 0 LA FUGUE, CON-\nSTRUCTION RYTHMIQUE, par A. Machabey. 0 SOUVENIRS DE FAMILLE DE H. M. BERTON,\npar M. Ténéo. OLES LIVRES.\nEN TOURNÉE SUR LE VOLGA, par Ellen de Tidebôhl.\nLES THEATRES, par Vuillermoz. OLES CONCERTS, par Guérillot. REVUE DE LA PRESSE.\n0 L'ÉTRANGER OL'ÉDITION MUSICALE. UNE SOIRÉE ALAG. R. (illustrations de\nP. Thévenaz). OLES INSTRUMENTS LE THÉÂTRE DU JORAT."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.2", "texte": "S. I. M.\nAncien Mercure Musical\nREVUE MUSICALE MENSUELLE\nfondée par la\nSociété Internationale de Musique\n(SECTION DE PARIS)\nDirecteur : J. ECORCHEVILLE\nSecrétaire de la Rédaction : Rédacteur pour la Belgique:\nCH. LEGRAND RENE LYR\n22, rue St. Augustin, PARIS. Boitsfort-Bruxelles.\nLe Directeur et le Secrétaire de la Rédaction reçoivent\nle mercredi et le samedi de 4 à 7 heures,\net M. Vuillermoz le Vendredi de 4 à 6 heures.\n\nDANS CE NUMÉRO:\nJ. Ecorcheville ..... Lully ge ... 1\nA. Machabey La fugue, construction rythmique . , . . 28\nM. Ténéo Souvenirs de H. M. Berton .40\nLes Livres . . 53\nE. de Tidebôhl. . . . . En tournée sur le V. 58\nLE MOIS\nE. Vuillermoz Les Théâtres 65\nF. Guérillot . . . , . . . Les Concerts 70\nRevue de la Presse : 78. L'Étranger : 84 L'édition musi-\ncale : 94. Les Amis de la musique : 98.\nVARIÉTÉS\nH. L Une soirée à la G. R 99\nA Porest Virtuoses 107\nE. Ansermet. . .... Le Théâtre Jorat .114"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.3", "texte": "LULLY GENTILHOMME ET SA DESCENDANCE\n\n1\nLES FILS DE LULLY\nE vingt-deux mars 1687, Lully meurt. Sa veuve,\nMadeleine Lambert, lui survécut jusqu'en 1720. Fétis\nnous assure qu'elle fut bonne femme et apporta dans le\nménage l'ordre et l'économie ; son mari lui laissait\ngérer pacifiquement la communauté, ne se réservant\npour ses dépenses personnelles que le produit de la vente\nde ses ouvrages. Acceptons ce tableau d'intérieur. Il peut être conforme\nà la vérité, bien que le caractère autoritaire de Baptiste et son goût des\nentreprises hardies nous laisse quelques doutes. Lecerf nous a conservé\nle souvenir d'une petite scène in-extremis, qui montre une Mme Lully\nun peu revècbe. Le chevalier de Lorraine était venu voir le surintendant,\nmalade de cette insignifiante blessure de l'orteil qui devait l'emporter. Ils\nplaisantaient tous deux et Mma de Lully de s'écrier grondeuse :\n\" Oh vraiment vous êtes fort de ses amis, c'est vous qui l'avez enivré le\ndernier et qui êtes cause de sa mort ! Tais-toi ma chère femme, reprend le\nmalade, M. le chevalier m'a enivré le dernier, si j'en réchappe c'est lui qui m'eni-\nvrera le premier. \"\nPlus tard en 1711 nous verrons cette pauvre femme tomber peu à\npeu en enfance et donner lieu entre ses enfants à des scènes regrettables\nqui nécessitent l'intervention des gens de loi.\n\n1 Voir S» I. M. du 15 mai.\n\nI"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.4", "texte": "2\nS. I. M.\n\nQuoiqu'il en soit on peut dire que la figure de Madeleine manque\nde relief à côté de celle de son mari. Il n'était pas facile de briller auprès\nd'un Lully !\nMadame Lully eut tout au moins le mérite d'une fondation pieuse\nqui nous a valu un beau buste de Lully par Coysevox, modèle d'inten-\nsité expressive. Elle fit élever dans une chapelle de l'église N. D. des\nVictoires qu'elle avait acquise à perpétuité, un tombeau de grand style\noù elle-même et ses enfants vinrent, au courant du XVIIIe siècle, recevoir\nla sépulture. Le sculpteur Michel Cotton eut la direction de ce mau-\nsolée en marbre blanc et noir, porté par six consoles, revêtu d'ornements\ndorés, et flanqué de figures éplorées, l'une munie d'une lyre, l'autre d'une\ntrompette. Au-dessus, le buste du défunt, et enfin, couronnant le tout,\nune Mort un peu théâtrale, soutenant une vaste draperie.1 Le reste de la\nchapelle était lambrissé, blanc et or, et fermé par une grille artistique,\nouvrage d'un nommé Caffin, serrurier, demeurant rue Traversière, dont\nle devis existe encore.2\nLes faiseurs de factum qui n'avaient pas désarmé, prirent naturelle-\nment occasion d'attaquer Lully et l'un d'eux imagina ces vers, assez peu\nredoutables :\nAPOSTROPHE A LA MORT\nSur le mausolée de Lully, au haut duquel est une mort.\nO mort qui cachez tout dans vos demeures sombres.\nVous, par qui les plus grands héros,\nSous prétexte d'un plein repos\nDemeurent obscurcis en d'éternelles ombres.\nPourquoi venir par ce faste nouveau,\nRenouveler la scandaleuse histoire\nD'un libertin indigne de mémoire ?\nPeut-être même indigne de tombeau !\nS'est-il jamais rien vu d'un si mauvais exemple ?\nL'opprobre de nos jours triomphe dans le temple\nOù 1' on rend à genoux hommage au roi des cieux !\nAh ! cachez pour jamais ce spectacle odieux,\nLaissez tomber, sans plus attendre,\nSur ce buste honteux votre fatal rideau\nEt ne montrez que le flambeau\nQui devrait avoir mis l'original en cendre.3\n\n1 Voir Radet, ouv. cit.\n2 B.N. Mss. Fr. 11735.\n3 Ibid. Fr. 15226 250."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.5", "texte": "LULLY GENTILHOMME\n3\n\nLa révolution, un siècle plus tard, devait accomplir, dans un esprit\nabsolument opposé, l'œuvre de vandalisme réclamée par ces énergumènes.\nEn 1796, les débris du mausolée de N.-D. des Victoires s'en allèrent\ntristement orner le Musée des Monument de Lenoir. Ils com-\nprenaient le cénotaphe avec ses statues, et le buste de Coysevox. Un\narrêté du préfet de la Seine, du 15 mars 1817, les rendit à l'église, où\nl'on peut encore les admirer, dans la seconde chapelle à gauche en venant\ndu portail. Mais, il faut, pour accomplir utilement ce pèlerinage, de fort\nbons yeux, le monument ayant été relégué très haut, au-dessus d'une\nbaie, dans la pénombre des voûtes.\nLe véritable mérite de Mme Lully, aux yeux des descendants de ce\ngrand homme, sera certainement d'avoir donné le jour aux six enfants\nque nous connaissons déjà. Ce sont :\nC ATHERINE-M ADELEINE (1663-1703),\nLouis (1664-1734),\nJEAN-BAPTISTE (1665-1743),\nGABRIELLE-HILAIRE (1666-1748),\nJEAN-LOUIS (1667-1688),\nLOUISE-MARIE (1668-1715).\nQuel fut le sort de cette postérité, dont l'histoire musicale ne nous\ndonne pas de nouvelles ? Vers quelles destinées la race de Lully s'est-elle\norientée ? Où l'ont conduite les hasards de la vie, plus puissants que tous\nles vœux paternels ? C'est ce que nous voudrions essayer de connaître, en\nutilisant quelques documents qui nous sont tombés sous la main.\nJEAN-LOUIS ET LOUIS DE LULLY\nNe nous astreignons pas à l'ordre chronologique, un peu gênant ici,\net commençons par Jean-Louis de Lully, mort prématurément, dix-huit\nmois après son père. C'est sur lui que s'était porté l'espoir musical de la\nfamille. Son frère Jean-Baptiste avait été reconnu bon pour faire figure\nd'abbé. Quant à Louis, l'aîné de tous, il n'avait paru propre à quoi que\nce soit, et les rigueurs paternelles s'étaient apesanties sur lui. Restait\ndonc ce Jean-Louis, bien jeune encore pour succéder à son père dans ses\nlourdes charges et prendre en main le sceptre de la musique française\nà vingt-deux ans. Il fut cependant pourvu de la surintendance de la"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.6", "texte": "4\nS. I. M.\n\nmusique de la chambre,1 ainsi que le témoigne la quittance ci-contre,\nd'août 1687, une des très rares pièces qu'il ait pu signer en sa qualité. 2\nSes fonctions auprès du plus grand roi du monde ne furent sans doute\npas immédiatement effectives. Et l'on attendit qu'il fit preuve de capacité\navant de réclamer utilement ses services à Versailles.\nIl témoigna du reste, et tout aussitôt de la meilleure volonté musi-\ncale. Dès le mois d'août de 1687 nous le voyons au château des Vendôme,\nà Anet, présider à l'organisation musicale d'une grande fête, offerte à\nMonseigneur. Pour ne point frustrer son frère aîné de toute cette gloire\nqui devait rejaillir sur le nom, Jean Louis fait une place a côte de lui a\nLouis de Lully, et chacun d'eux compose, sur des paroles différentes, une\nIdylle, dont il serait bien difficile aujourd'hui de distinguer l'auteur. Le\nMercure de France, toujours si prolixe en ses échos mondains, nous a\n\n1 Arch. Nat. KK. 214 et O1 31 p. 154. Le brevet date du 8 Juin 1687, et porte sur les fonctions de\nsurintendant et celle de compositeur de la musique de la chambre.\n2 Collection J. Ecorcheville."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.7", "texte": "LULLY GENTILHOMME\n5\n\ndétaillé ce programme abondant. Après nous avoir appris que le roi n'a\nvoulu permettre à M. de Vendôme de faire aucune dépense, et a tout\nenvoyé préparer à ses frais, par ses officiers, Mercure se hâte d'annoncer :\n\" Le Prince a fait travailler à des Idylles en musique par les deux fils de\nfeu M. de Lully, dont le cadet a la charge de surintendant de la musique du roi.\nIl y eut medianoche (c'est à dire repas après minuit) le jour que l'on arriva,\nparce que c'était un samedy au soir. On joua YEcole des femmes avant ce repas, et\nY Idylle que M. de Lully le cadet avait mise en musique, fut chantée ensuite par\nles plus belles voix de l'opéra. Je vous l'envoie ; elle est de M. Capistron. On\njoua ensuite une petite comédie intitulée les \"\nLe lendemain, après messe et déjeuner, chasse au perdreau, et chasse\nau cerf. Au retour, exécution de Yldyll de M. de Lully l'aisné, dont les\nparoles étaient d'un \" cavalier qui ne fait des vers que pour son diver-\ntissement. \" Remarquons, pour nous en souvenir plus tard, que cet\nouvrage, au dire de la gazette, \" fut fait en si peu de temps qu'il pourrait\npasser pour un impromptu. \" Le soir on rechante l'ldylle numéro i, et\nencore le mardi, le mercredi et le jeudi. L'ldylle numéro 2 n'eut pas\nmoins de succès et d'exécutions, entre des parties de chasse au cerf et\nau loup. Et Mercure de conclure ;\n\" Je ne vous dis rien du succès de la musique de ces deux Idylles. On\nn'aurait pas pris plaisir à les entendre tant de fois, si on ne l'avait trouvé bonne.\nA l'égard de celuy qui a le mieux réussi, c'est ce qu'il serait difficile de décider, il\nfaudrait pour cela qu'ils eussent mis tous deux le même ouvrage en musique !\nTout ce que je puis vous dire c'est qu'étant encore fort jeunes et ayant appris\nd'un aussi habile maître que feu M. de Lully leur père, il y a sujet d'en attendre\nbeaucoup, s'ils entreprennent de marcher sur ses traces et s'ils s'appliquent assez\npour cela... Les deux Idylles qui ont servi de divertissement à Anet, ont été\nchantées à Marly devant le roy, et elles ont eu le même succès. \"\nLes deux frères, encouragés par un aussi brillant début, mirent de\nsuite la main à un opéra de haut style \" \" qu'ils\nprésentèrent au roi dans ces termes :\nSire,\nNous venons présenter à V. M., avec une confiance entière dans sa bonté et\nune juste défiance de notre génie, les premiers ouvrages de musique que nous\navons mis sur le théâtre. C'est par un principe de reconnaissance, que nous venons\noffrir à Y. M. ce petit opéra, puisque c'est seulement l'accueil favorable dont elle"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.8", "texte": "6\nS. I. M.\n\ndaigna honorer à Marly les petits divertissements d'Anet, qui nous a donné la\nhardiesse de l'entreprendre et qui nous a en même temps inspiré les talents pour\nle faire. C'est cette même protection de V. M. qui avait fourni le génie de notre\npère. La nature n'avait fait que l'ébaucher en lui. Ce sont vos bontés, vos conseils,\nvos applaudissements qui l'ont perfectionné, et il n'est enfin devenu un génie\nsupérieur que parce qu'il avait à travailler pour le plus grand Roy du monde, et\nqu'il avait à plaire à un Roy d'un goût plus exquis et plus délicat, que tout le\nreste des hommes. Aussi, loin de souhaiter seulement ce génie que nous pourrions\nattendre comme un bien héréditaire, c'est votre protection seule que nous\nimplorons, sûrs d'un succès au-dessus de nos espérances, dès que V. M. daignera\njeter le moindre regard favorable sur ce que nous tenterons, ou pour ses diver-\ntissements, Sire, ou pour ceux de votre famille sacrée, toujours disposée à suivre\nla justesse de votre goût, et à accorder l'honneur de sa bienveillance à ceux que\nvous en jugerez dignes. C'est ce que nous tâcherons de mériter par un travail\nassidu et par une application continuelle à l'étude de la musique, et, plus que tout\ncela, par une soumission aveugle à vos volontés, et par un très profond respect\navec lequel nous sommes, Sire, de V. M. les très humbles et très obéissants\nserviteurs,\nLouis et Jean-Louis de Lully.\nLe ton de cette offrande est celui des grands jours. Les deux Lully,\net toute leur famille avec eux, jouaient une grosse partie, en abordant\nl'opéra. S'ils avaient pu entraîner le roi de leur côté, leur cause devenait\nbonne, sinon gagnée. Mais Louis XIV, quoiqu'aient pu dire les ennemis\ndu grand siècle, possédait un sens très précis de la musique et un goût,\naussi invariable que parfaitement exclusif. On ne le trompait pas. \" Il\nétait en état de pénétrer le plus fin de la musique \" disait un hollandais\ntraversant la France en 1665, 1 et sans savoir une note, il exécutait sur la\nguitare tout ce qu'il voulait ;2 en 171 sil étonnait encore ses contem-\nporains en distinguant parfaitement dans un orchestre le musicien qui\nfaisait une fausse note. 3 II discute de musique avec passion et tient tête\nà Madame de Maintenon aussi bien qu'au Prince de Conti. \" Voici mon\ngoût à moi, \" s'écrie-t-il après une de ces conversations animées où\nchacun, naturellement, a gardé ses convictions. Il sait très bien ce qu'il\nveut, et quand il distinguera en Lalande le successeur éventuel de Lully,\nil lui fera \" composer de petites musiques françaises, qu'il ira examiner\nlui-même plusieurs fois par jour et qu'il lui fera retoucher jusqu'à ce qu'il\n\n1 HUYGENS. Correspondance.\n2 JAL, art. Guitare.\nBONNET Histoire de la musique éd. de 1715 p. 331"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.9", "texte": "LULLY GENTILHOMME\n7\n\nen soit satisfait. \" 1 On se tromperait probablement en considérant Lully\ncomme le bon génie musical du grand roi. C'est le contraire qui a toutes\nles chances d'être vrai, et la dédicace des deux jeunes gens n'est pas si\nloin de cette vérité, dont tout le monde avait alors l'intuition. Louis XIV\neut la fortune de rencontrer dans son surintendant un homme capable de\nréaliser l'idéal que le roi portait en lui, mais, dans cette réalisation, la\npart de collaboration royale est sans doute beaucoup plus considérable\nqu'on ne le croit généralement. Ne nous étonnons donc pas de voir le roi\nse former une opinion très nette sur Zéphire et Flore, et plaignons les\nmalheureux Lully, car cette opinion ne fut pas favorable. La pièce tomba,\naussi bien à la cour qu'à la ville. Sa première avait eu lieu le 22 mars,\nanniversaire précis de la mort de Baptiste.\nPiqués par cet échec, les deux frères se lancent dans une autre aven-\nture, plus aisée. Ils composent un divertissement, en manière d'Epitha-\nlame, pour les noces du Prince de Conti et de Mademoiselle de Bourbon.\nLe Mercure nous donne l'idée suivante de cette cérémonie :2\n\" La salle était partagée en deux ; il y en avait la moitié pour les spectateurs,\net l'autre était occupée par le théâtre. Comme le terrain manquait, M. Berrin avait\ntrouvé moyen d'épargner celui qui aurait été nécessaire pour un orchestre, et avait\nfait faire trois amphithéâtres sur le théâtre, un de chaque côté et un autre dans le\nfond. Ils étaient dans la manière de corridors avec des appuis en balustres parde-\nvant, sur lesquels on voyait de fort beaux tapis. Toute la musique était dans les\namphithéâtres de côté, et la symphonie dans celui du fond... \"\nMercure n'ose donner son avis sur l'art des Lully ; est-ce prudence ?\nEnfin Jean-Louis s'enhardit tout à fait et veut donner une idée de son\nmérite personnel en se produisant seul à l'occasion de la grande réception\nque M. le Prince offre à Chantilly à Monseigneur, à l'époque que nous\nnommerions aujourd'hui l'ouverture de la chasse.\nEcoutons encore le Mercure, qui consacre un volume entier à ces\ndescriptions extraordinaires 3 Partant ce principe que ce n est pas\ntoujours un grand spectacle seul qui divertit, mais l'enchaînement des\nplaisirs, qui, estant donnés à propos, ne fatiguent point, le duc de\nBourbon imagina toute une mise en scène, où la chasse, la danse et la\nmusique se mêlent, au milieu de la forêt. Monseigneur arrive par la route\nde Luzarche, et trouve les princes à la lisière de la forêt. Aussitôt on se\n\n1 Titon de Tillet. Parnasse François, 1742, p. 613.\n2 Juillet 1688 p. 263.\nSeptembre 1688 11."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.10", "texte": "8\nS. I. M.\n\nmet en chasse ; les perdreaux et les faisans tombent. La battue se dirige\nvers le château et bientôt on arrive au lieu dit \" La Table, \" sorte d'étoile,\noù se trouve dressée une estrade ornée de feuillage, selon les lois d'une\narchitecture que l'on se représente aisément. Au centre une table, garnie\nd'une corbeille d'argent soutenue par des consoles de vermeil, le tout\norné de guirlandes de fleurs. Et un seul couvert. C'est là que devait\nopérer notre surintendant. A peine le fils de Louis XIV est-il en vue que\ncommence un concert de timbales et trompettes postées dans le bois à\nune distance mesurée, afin que l'harmonie étant un peu éloignée eut plus\nde douceur. Le prince entre sous le dôme et trouve vingt-quatre\nbassins de rot, et quatre plats d'entremets autour de chaque bassin, ce qui\nfait cent vingt plats. Les mesures avaient été prises si juste qu'on peut\ndire que ceux qui servaient étaient avertis de chaque pas que Monseigneur\nfaisait, de sorte que ce prince arriva dans l'instant même qu'on venait de\nposer le dernier plat chaud sur la table. Le dauphin fait assoir les princes\net la suite. On relève les entremets chauds pour en mettre de froids, tout\nest ensuite relevé d'un service entier de fruit, avec le même nombre de\ncorbeilles, et les flancs de ces corbeilles recèlent de riches cuvettes rem-\nplies de toutes sortes de liqueurs. Un moment après que l'on eut servi le\nfruit, le bruit de guerre formé par les trompettes et timbales cessa tout à\ncoup, et dans le même instant on entendit dans la route qui était vis à vis\nMonseigneur, une harmonie de hautbois, de flûtes, de musettes et de\ndivers instruments champêtres. On l'écouta quelque temps sans avoir rien\nvu paraître ; et tout était si bien concerté, exécuté avec tant d'ordre et\ntant de justesse, qu'il n'y avait personne dans la route, qui devait être\nremplie un moment après. L'harmonie ayant diverti les oreilles, et inspiré\nde la joye pendant quelque temps, on aperçut de loin le dieu Pan, suivi\npar quatre-vingt faunes, sylvains, satyres et autres divinités, qui ont accou-\ntumé d'accompagner ce dieu dans les bois.\nToute cette troupe parut d'abord à cinq cents mètres de la table et ne se\nmit en marche qu'après que Monseigneur eut eu le temps de la remarquer.\nEt qui était ce dieu Pan, égaré dans la forêt de Chantilly, et battant la\nmesure de son thirse ? Notre cher et bien-aimé Jean-Louis, derrière qui se\npressaient toutes les divinités agrestes. Au son des hautbois, musettes et\nflûtes la marche s'avançait, et le nombre de ces joueurs d'instruments\nétait si grand qu'il remplissait trois lignes, d'ailleurs avec beaucoup d'ordre\net sans la moindre confusion. Tout était réglé comme à l'Opéra. Vingt et"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.11", "texte": "LULLY GENTILHOMME\n9\n\nun danseurs, pourvus de massues étaient montés sur les épaules les uns des\nautres et formaient des groupes surprenants, aussi fermes que si chacun\nd eux eut été à terre. Ils étaient suivis de cinquante et un musiciens qui\nportaient chacun sur leur tête une corbeille remplie de fruits feints,\nreprésentants des fruits des bois, pignons, pommes de pin, gourdes et\nautres, qui ne sont connus que parmi les satyres, comme chacun sait. Ils\ntenaient tous une branche de chêne. Cette troupe nombreuse s'étant avancée\nvers le bout de l'allée le plus proche de Monseigneur, les joueurs de haut-\nbois se rangèrent des deux côtés de l'escalier qui montait à la table du prince,\net les danseurs exécutèrent parfaitement bien ce qu'ils avaient concerté, qui\nétait de descendre pour danser et de paraître néanmoins toujours groupés.\nPour cet effet, ceux qui étaient les plus élevés, sautaient en cadence de\nquatre mesures en quatre mesures, et, comme il n'en sautait que trois à la\nfois, on en voyait toujours trois qui formaient la même figure que les trois\npremiers. Ainsi l'allée fut toujours remplie jusqu'à ce que les trois derniers\neussent fait la même figure que les trois premiers. Les musiciens avan-\ncèrent, passèrent sous le portique de l'avenue, et se placèrent sur un tertre\ngazonné.\nUn air d'un autre mouvement, anime alors faunes et satyres, qui\nse livrent à une danse fort extraordinaire. Puis, les instruments gravissent\nl'escalier et se placent de chaque côté de la table ; les danseurs les suivent\net se mettent à exécuter autour de Monseigneur un air qui semblait\nmarquer l'excès de la joie qu'on ressentait en ces lieux de la présence de\nce prince. Enfin, il faut se remettre en chasse, et la transition se fait en\nmusique. Les instruments redescendus, trouvent, comme par hasard, des\npiqueurs endormis. Ils les réveillent aux sons d'un air de feu M. de\nLully, qui semblait fait pour la circonstance. Les piqueurs se lèvent, après\navoir fait toutes les actions qui pouvaient marquer qu'ils étaient profondé-\nment assoupis. On entend un grand bruit de cors et dans ce même instant\nun cerf vient passer. \" Si nous avions des chiens, \" s'écrie Monseigneur,\nhabitué à de semblables surprises, et qui se prête au jeu concerté pour\nlui. Aussitôt paraît la meute du Grand Prieur. \" Quel malheur, reprend\nle prince que nous n'ayons des chevaux que pour tirer en volant. \" Au\nmême instant paraissent des chevaux de chasse à courre. Et ainsi de suite...\nMonseigneur se déclara enchanté de cet impromtu, digne d'un conte\nde fées. M. de Lully le cadet se couvrit de gloire et l'on décida de\nrecommencer ce ballet champêtre lorsque la Duchesse de Bourbon et la"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.12", "texte": "10\nS. I. M.\n\nPrincesse de Conty douairière arriveraient de Versailles. Malheureuse-\nment ces princesses voyagèrent du nuit afin d'éviter la chaleur, elles\npartirent de Versailles aussitôt après le coucher du roi et les princes se\nlevèrent à trois heures du matin pour aller au-devant d'elles. Le divertis-\nsement n'en fut pas moins chanté le soir, dans les appartements, avec\nquelques modifications indispensables.\nMalheureusement Jean-Louis meurt le 23 décembre suivant. Et\ns'il n'était pas mort, peut-être son renom musical naissant aurait-il\neu à souffrir d'une vilaine affaire dont la procédure nous est conservée.\nNous trouvons en effet 1 la trace d'une sentence du 18 mav 1689, qui\ncondamne Louis de Lully et les héritiers de Jean-Louis à payer 800 livres\nà un sieur Vignon, maître de musique, pour :\n\" les ouvrages de musique faits par iceluy Vignon pour les dits sieurs, tant pour\nle divertissement d'Anetque pour l'opéra de affirmant ledit Vignon\nqu'il n'avait reçu aucune chose de Mgr de Vendôme, ni desdits Lully, sur lesdits\nouvrages, et que ce sont lesdits Lully qui lui en avaient donné ordre et l'étaient\nvenu trouver pour travailler auxdits ouvrages. \"\nLes considérants sont pénibles, et bien que cette histoire ait fait peu de\nbruit, elle dut cependant se savoir.\nLa faute en était moins aux Lully qu'à ce régime des charges cessi-\nbles et transmissibles, dont on ne pouvait plus guère dépouiller les pos-\nsesseurs. Le roi lui-même, si attaché à Lully, dut se trouver dans\nl'embarras. Déjà pareille difficulté s'était produite et se produisait encore\ndans la surintendance même de la musique. Les érudits savent en effet\nqu'à côté de 1 'incomparable Lully,se trouve, sur les états royaux pendant\ntoute cette période, le nom d'un musicien aujourd'hui bien inconnu, Jean\nBoesset. Ces deux confrères d'inégale valeur se partageaient la surinten-\ndance par semestre, sur le papier du moins, car en réalité Lully était tout.\nMais Boesset représentait l'hérédité. Son père Antoine Boesset le grand\nhomme de la musique de Louis XIII et son grand père Pierre Guédron\npotentat musical, sous Henri IV, lui avaient en quelque sorte acquis des\ndroits, que le roi répugnait à lui enlever. Encore doit-on dire cependant\nque Jean Boesset était musicien ; il composait avec assez d'abondance,\ndans un style vieilli, que Lully avait complètement démodé, mais qui\navait ses admirateurs. Il était d'ailleurs, ainsi que son père, conseiller du\nroi, et seigneur de plusieurs lieux en Beauce, dent il portait les noms et\n\n1 Arch. Nat. Y 14250"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.13", "texte": "LULLY GENTILHOMME\n11\n\nles armes. Ceci pour achever de prouver que l'annoblissement n'avait rien\nd'incompatible avec le caractère d'un musicien royal. Il meurt avant\nLully mais il laisse un fils, Jean Claude, qui lui succède, et que nous\nretrouvons en ce moment précis partageant avec Jean-Louis la surinten-\ndance de la chambre. Ce dernier rejeton d'une race illustre était à peu\nprès aussi dénué de talent musical que les enfants de l'auteur de Cadmus.\nDe sorte que le Grand Roi, respectueux d'une tradition généreuse, deve-\nnait l'homme le plus mal servi de son royaume. L'hérédité avait\nplacé à la tête de sa musique des personnages qui n'avaient plus rien\nde commun avec cet art. Il fallut absolument prendre un parti.\nUn musicien se trouvait là, guettant les successions de Lully et de\nBoesset ; il s'appelait Michel Delalande. Le duc de Noailles l'avait intro-\nduit dans ce petit cercle, qui allait devenir tout puissant avec le duc de\nBourgogne. Lalande reçut le 9 janvier 1689 son brevet de surintendant \\\ncharge déclarée vacante par la mort de J.-L. Lully ; et le 15 septembre\n1690 il est nommé compositeur de la chambre 2 en remplacement du meme\nLully décédé.\nQue vont devenir les Lully ? Ils procèdent tout d'abord a la liqui-\ndation de la succession de Jean-Louis, mort sans postérité. Pourquoi la\njustice dut-elle intervenir dans ces règlements? Nous n'en savons rien. Le\nfait est cependant que les créanciers actionnèrent et obtinrent un juge-\nment 3. Il ne s'agissait que de 7,490 livres de menues factures diverses,\nréclamées par des fournisseurs : bourrelier, chandelier, rôtisseur, sellier,\nmarchand de dentelles et l'inévitable tailleur. Ces dettes infimes témoi-\ngnent chez le surintendant une situation embarassée, qui surprend, et qui\nne dut pas impressionner favorablement Louis XIV, ennemi de tout\ndésordre chez ses officiers.\nIl ne fallait pas songer à substituer en quelque façon Louis de Lully\nà son frère défunt. Ce Louis, bien que filleul de roi, avait été l'objet des\nsévérités paternelles. Lully dans son testament avait pris soin de faire à\nson sujet des déclarations précises :\n\" n'ayant que trop connaissance de la mauvaise conduite de Louis Lully, son fils\naîné, ce qui l'a obligé de le faire enfermer par autorité de justice en la maison des\n\n1 Arch. Nat. O1 33 f° 62.\n2 Arch. Nat. O1 34 f° 257.\n3 Arch. Nat. Y 14250 et B. N. Mss. Fr. 11735 f° i 36."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.14", "texte": "12\nS. I. M.\n\nreligieux de la Charité à Charenton, veut et entend que son dit fils demeure réduit\nà sa légitime... soit un douzième des biens... et, comme il sait qu'il y a beaucoup\nà appréhender de la légèreté d'esprit dudit sieur Lully, veut qu'il demeure enfermé\ndans ladite maison, si longtemps qu'il sera avisé. \" 1\nToutefois dans un codicille du 15 mars 2, ajouté 9 jours avant sa mort le\npère irrité s'était laissé quelque peu fléchir et avait rétabli le fils coupable,\ndans ses droits. Bienveillance imprudente dont Louis ne se montrera pas\ntrès digne.\nLa vie de cet écervelé ne nous est guère connue que par des\nprocédures du Chatelet. Elles sont nombreuses et remplissent un volumi-\nneux dossier3 elles nous montrent un aspect de l'existence de fils de\nfamille au XVIIe siècle. En 1689 Louis, âgé de vingt cinq ans, demeure\ndans l'enclos du Temple. Cette adresse a son intérêt. Au Temple, Lully\nest sur un terrain ami et sûr. Il est locataire, ou sans doute plutôt encore,\nhôte des Vendôme, grands protecteurs de son père et de sa famille. En\noutre dans cet enclos privilégié, il se trouve personnellement à l'abri des\ncréanciers, de par une législation qui remonte au moyen-âge. Ce qui lui\npermet de justifier à son aise les appréhensions de son père. Le voilà qui\nachète un cheval de selle pour 168 livres 15 sols ; il s'en déclare content\nmais ne peut le payer. Il se commande un \" habit couleur d'escarlate à\ntreisse et boutons d'or,\" et oublie de solder au tailleur les cent livres\nqu'il lui doit à cette occasion. Ou bien il signe l'obligation suivante :\n\"Je confesse avoir reçu fait marché pour un carosse au mois de chez\nMme Guyot, à raison de 21 louis d'or ; point de carosse pour la cam-\npagne ; et déferreray ses chevaux aux champs. \" Ce louage ne lui suffit\npas, et il lui faut \"un carosse doré, garni de velours à ramages à\nfond blanc et fleurs cramoisy, garni d'une seule glace de Venize et monté\nsur un traict aussi doré en partie, et de deux chevaux gris pommelés,\nayant crain, queues et oreilles bien conditionnées.\" Soit 2600 livres,\nenviron rO,OOO fcs d'aujourd'hui. Il dépense encore 5,250 livres (plus\nde 20,000 fcs) pour trois tapisseries. \" L'une à personnages, représentant\nles Métamorphoses d'Ovide façon de Flandres, contenant six pièces, de\ndeux aunes deux tiers ou environ de haut, et dix-huit aunes ou environ de\ntour ; L'autre à verdure de Flandres, en six pièces, contenant pareille\nquantité d'aunes de tour et de haut. La troisième de même, en verdures\n\n1 Testament. Publié par Campardon. L*Académie royale de musique II p. ICI.\n2 V. Radet, p. 72.\n3 Arch. Nat. Y 14250 et aussi B.N. Mss. Pièces Or. 1774."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.15", "texte": "LULLY GENTILHOMME\n*3\n\nde Flandres.\" Les créanciers se fâchent ; ils s'aperçoivent, comme le\nremarque ingénuement l'un d'eux, \" qu'il y a une grande quantité de\nsaisies, qu'il en survient tous les jours d'avantage, en sorte que la manière\ndont le sieur de Lully se gouverne, et des emprunts qu'il fait journelle-\nment, les créanciers ne seront pas payés de plus de dix années.\" Louis\nhypothèque rapidement tous ses biens, il engage la part qui lui reviendra.\nEn 1692 il est entre les mains d'un sieur Preterre qui l'assigne pour\n400 livres, dus \" pour nourriture, logement, blanchissage par lui fournis,\net à ses laquais, et argent déboursé pour fournitures et façon d'habit, et\npour prêt d'argent et marchandises.\" Son épicier lui demande un billet\nde \" 15 escus, valant 45 livres pour marchandises de caphé, bierre, vins\nde liqueurs et autres.\" Voici même un M. Louvart qui exige le rem-\nboursement de 282 livres \" laquelle somme, avoue Lully, m'a servi à\npayer un chirurgien qui m'a traité d'une maladie secrète et d'autres\nnécessités dont j'ai eu besoin.\" N'eut-il pas mieux fait de rester sous la\ngarde des religieux de Charenton ?\nAu milieu de ces prodigalités le fils aîné de Lully n'en cherchait\npas moins à recueillir les fruits de la gloire de son père. Il n'abandonnait\npas la musique. Il glissait à l'opéra le 4 avril 1690 un conçu\nsuivant les règles, et qu'il offrait au roi d'un ton repenti.\nSIRE,\nLorsque je me représente les soins assidus de V. M. pour la gloire et le repos\nde son Etat, je ne sais si je dois prendre la hardiesse de vous entretenir dans une\népitre, en vous présentant mon Orphée, et je croirais peut-être mieux faire de\nmanquer en cela la coutume, que de vous dérober la moindre de vos précieux\nmomens. Mais, comme il ne me siérait pas de vouloir paraître plus sage qu'un\nautre, j'ose dire à V. M., avec quelle confiance respectueuse j'espère qu'elle\nvoudra bien agréer ce second fruit de mon travail. Je pourrais me flatter du\nsouvenir que le premier a paru avec assez de succès. On applaudit favorablement\nau coup d'essai des deux fils du plus habile homme du monde dans cet état. On\njugea de la musique, comme de la valeur et des autres vertus, et l'on se plut à\ncroire qu'elle pouvait bien être passée aux enfants de son héros. Il y avait lieu\nd'attendre que mon frère soutiendrait par des effets cette heureuse prévention.\nMais pour moi, Sire, la présence de V. M., et son approbation qui, peut-être,\nl'aurait suivie, n'ayant pas honoré notre ouvrage, j'ai compté celle de tout le\nmonde pour rien. J'ai balancé longtemps si je me donnerais encore à cette sorte\nd'occupation, puisqu'elle n'a pas su conduire à l'unique but que je m'étais proposé.\nEt, pour persévérer dans un si louable dessein, j'ai eu besoin de l'espérance"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.16", "texte": "14\nS. I. M.\n\nd'être plus heureux à y réussir. J'avouerai, Sire, que c'est une grande entreprise\nde faire chanter le célèbre Orphée. Mais s'il venait à trouver sa place parmi les\nnobles amusements que vous donnez quelques fois à votre cour, et si les chants\nque je lui ai prêté avaient le bonheur de plaire à V. M., je n'envierais pas à cet\nOrphée de la fable, les merveilles qu'elle en raconte. Et, s'il fut plus digne\nd'admirations que je ne le suis, du moins son sort aura été moins doux et\nmoins glorieux.\nLe morceau est habilement tourné. Lully insinue que le roi est\nresté par hasard indifférent aux mérites de Zephire, et qu'il aurait\nprobablement goûté cette œuvre, s'il avait daigné la connaître. Mais\nLouis fut insensible aux flatteries comme à la musique du jeune com-\npositeur. Et le public encore une fois partagea cette froideur. Orphée n'a\npoint laissé de trace dans les fastes de l'opéra français. Il n'y a guère que\nl'éditeur de la partition, J. B. Christophe Ballard, qui en ait conservé\nquelque temps le souvenir, et encore ce souvenir fut-il mauvais. Lully\nrefusa énergiquement de solder les frais de l'impression, et se laissa\nnaturellement condamner, par sentence du Châtelet du 19 avril 1690.1 Le\nmémoire présenté à cette occasion par Ballard, vaut qu'en le cite. Il nous\ninitie aux mœurs et aux tarifs des éditeurs de musique du XVIIe siècle.\n\" MÉMOIRE POUR M. LULLY L'AÎNÉ, CONCERNANT CE QU'IL ME DOIT, CE QUE\nJ'AI VENDU DE SES ET CE QUE JAI ENCORE ENTRE LES MAINS . DU\n17 FÉVRIER 1690. ■ r ■ ,V\nMondit sieur de Lully me doit pour un mémoire que j'ai fourni pour 1 im-\npression et papier de 500 exemplaires de l'opéra d'Orphée, sur le pied que j ai\ntoujours été payé par feu M. son père • 1105 livres\nPlus M. de Francines m'oblige de payer Sr Boucher relieur\nla somme de\ndont il faut que mondit Sieur de Lully me tienne compte, sans\ny comprendre 15 1- de papier réglé que jai fourni au Sr. de\nRougemont pour escrire la musique dudit opéra 15\n1,200 livres\nSur quoi j'ai reçu du Sr. Plessi pour la vente qu il a faite de 24 desdits\nopéras, savoir 18 reliés en veau, et 6 en blanc 291 1.\nNota. Il faut qu'il déduise 18 1. que j'ai payées audit Plessi à 15 sous\npièce pour les rétributions, ainsi je n'ai reçu que 273 1. • , *\nReste à tenir compte audit Sr. de Lully des 500 1. que je me suis oblige de\nlui fournir. Mondit Sr. Plessi en a payé 24, et 9 qu'il a encore entre les mains.\nPlus fourni à M. de Francines pour les présents, dont on m'oblige à payer la\n\n1 Arch. Nat. Y 14,250."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.17", "texte": "LULLY GENTILHOMME\n*5\n\nreliure 9 1. Plus donné à M. Pécour de l'ordre de M. de Lully 2 1. Plus donné\nà M. de Lully 2 1. 11 m'en reste encore entre les mains 445 1.\nReste du audit Sr. de Lully de ma part neuf exemplaires qui sont à 11 1.\n99 1. Avec la somme d'autre part de 273 1. reste 372 1.\nMondit Sr. de Lully me doit 1200 1. Reste dû par lui 828 1. \"\nAinsi Louis de Lully recevait 500 livres (environ 2000 fcs) pour\nun opéra, mais l'éditeur trouvait le moyen de lui en réclamer presque le\ndouble. Cette réclamation alla rejoindre celle des autres créanciers et\nLully, nullement alarmé, voulut affronter de nouveau cette scène de\nl'opéra, où il escomptait toujours un succès futur. Cette fois il s'associe la\nla collaboration avouée d'un musicien d'assez bonne étoffe Marin Marais,\ncidevant élève de Baptiste. Alcide voit le jour, sur des paroles de Campis-\ntron et est représenté le 3 février 1693. Mais la partition n'en fut pas\ngravée. Ballard se contenta de la vendre en copies manuscrites, avec un\ntitre imprimé ; c'était moins cher. Ici aussi, plus de préface laudative.\nLully a renoncé à séduire Versailles. D'ailleurs nous voici au moment\noù le roi, sous l'influence de Madame de Maintenon, semble dédaigner\nce spectacle dont il avait jadis encouragé l'essor. Paris ne dit trop rien\nde ce nouvel opéra, et le Mercure répond sans doute au sentiment\ngénéral à son égard en ne soufflant mot. Encore un échec pour le pauvre\nM. de Lully l'aîné !\nEntre temps cependant le fils de Baptiste se faisait applaudir chez\nles grands protecteurs de sa famille, chez les Vendôme, à Anet. Au prin-\ntemps de 1691, il reparait avec sa musique aux fêtes données en l'honneur\nde Monseigneur, et qui rappellent celles de 1687 dont nous avons vu la\ndescription. Campistron en était le grand ordonnateur avec le poete\nPalaprat.\n\" Elles commençaient toujours par de la musique, qui était le préludé d une\ncomédie. On avait rassemblé tout ce qu'il y avait de meilleur en musiciens, pour\nles voix et pour la symphonie. On chanta pendant les quatre premiers jours alter-\nnativement une Idylle de Campistron et un églogue de moi, raconte Palaprat\nqui avait été mise en musique par M. Lulli l'aîné. Et, le jour du mardi gras, le\ngrand Divertissement fut coupé par une pièce dont M. Morel, de la musique du\nroi, avait fait le chant... \"\nToutes ces tentatives n'établissaient pas une réputation, et Lully\nn'avançait pas dans le chemin de la gloire. Il n'avait que trente ans\n\n1 PALAPRAT. Discours sur le Grondeur Œuvres. (Paris 1712 T. I p. 179)."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.18", "texte": "16\nS. I. M.\n\nd'ailleurs, et peut-être fit-il encore quelques efforts. Nous lisons par\nexemple dans le journal d'un contemporain, à la date du 26 janvier\n1695: \" Campistron a fait l'opéra de Clytemnestre, et M. le Grand\nPrieur a dit à Desmarets d'aider à Lully qui en doit faire la musique. \"1\nMais ce projet ne se réalisa pas et Lully disparait à ce moment pour\ntoujours de l'histoire musicale.2 On peut croire qu'il fit une fin et se\nrangea sous la loi du mariage, non sans prouver cependant encore la\nfaiblesse de son caractère.\nNous savons en effet par les archives de la famille3 que Louis avait\népousé Marthe Bourgeois, et cela contre le gré des siens. Mme Lully\nmère dans un testament de 1715, revenant sans doute sur ses premiers\nsentiments, avoue \" qu'elle approuve le mariage du Sr. Lully avec la\ndemoiselle qu'il a épousée, en tant que besoin serait, priant ses autres\nenfants d'en faire de même.\" Or le mariage ainsi ratifié doit se placer à\npeu près en 1695, car un fils en était né, qui meurt le 22 juillet 1735,\nâgé de 40 ans environ. Il s'appelait Louis-André de Lully et avait épousé\nle 26 avril 1721 Suzanne-Catherine Cartaud demeurant, comme lui à\nParis, Quai de la Mégisserie. Il apportait en dot tous les biens de ses\ngrands parents, échus à son père, et que celui-ci avait été contraint de\nlui transmettre par substitution. Suzanne reçevait 50,000 livres (soit\n200,000 frs). On connaît ces Cartaud, famille d'artistes, peintres et\narchitectes. Le grand père, Silvain Cartaud, était entrepreneur des bâti-\nments du Roy. Le père, Jean-Silvain Cartaud, se nommait architecte de\nfeu Mgr le Duc de Berry, et, chose singulière, sa femme était fille d'une\nSuzanne Bourgeois, peut-être parente de Mme Louis de Lully. Les\nThomassin, Fremin, Duburgra, qui signèrent au contrat appartenaient\ntous à cette aristocratie artistique, qui logeait au Louvre et siégeait à\nl'Académie des Beaux-Arts.\n\n* CORRESPONDANCE DE L. F. LADVOCAT, publiée par M. Ténéo dans le Mercure musical. (Année I p. 582.)\n2 C est à tort que certains historiens indiquent Louis de Lully comme ayant collaboré avec Collasse au\nBallet des Saisons. La préface de l'édition de 1695 de cette oeuvre dit expressément que l'auteur n'a pas\n\"jugé à propos de mesler la musique, qui est de feu M. de Lully avec la sienne. Il reconnait avec admiration\nque tout ce qui est de cet excellent homme ne doit souffrir aucun mélange... Il a su que ce mélange déplairait\nà la famille de M. de Lully à laquelle il est fort aise de donner toutes les marques d'estime et de respect qu'il a\npour la mémoire de cet homme incomparable.\" Il s'agit donc bien ici du Grand Lully. Quant à la\nPantomime des pages qui se trouve à la bibliothèque du roi de Prusse à Berlin (N° 2822) je n'ai pu en\nreconnaître l'identité.\n3 Archives du Chateau de Combreux en Loiret. Je saisis cette occasion pour exprimer ici toute ma\ngratitude à M. le duc de Larochefoucauld d'Estissac, qui a bien voulu m'ouvrir ce dépôt précieux, et tous\nmes remerciements à M. Guérinot, qui en fit le classement et qui voulut me guider à Combreux, en\narchiviste érudit."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.19", "texte": "FRAGMENT MANUSCRIT DE ZEPHIRE, AUTOGRAPHE PRESUME DE LOUIS DE LULLY\n[Musée de l'Opéra.)"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.20", "texte": "LULLY GENTILHOMME\n17\n\nLouis-André faisait donc un mariage honorable, et réparait ainsi les\ndésordres de son père. Malheureusement, il meurt sans postérité, et après\navoir soutenu contre son père de fâcheux procès, que la famille et les\namis terminèrent par une transaction.1\nLouis de Lully était mort lui-même le ir avril 1734, un an avant\nson fils. Et de cette branche aînée, comme de la branche cadette aucun\nrejeton ne put continuer dans les siècles le nom si glorieusement porte\npar le Florentin.\nJEAN BAPTISTE DE LULLY\nCelui-là était le second fils du grand homme. Né en 1667, il avait\nété destiné à l'église. Fétis le fait étudier à St. Sulpice, hypothèse vrai-\nsemblable. Il fut sûrement pourvu d'un bénéfice de fort bonne heure. Le\n14 mai 1678, le Roy partant de St. Germain, pour les Flandres, avec\nMonsieur, fait don \" au second fils de Htlaire\nvacante par la mort de /'abbé de la Barre, officier de la chapelle.\nJ. B. Lully avait 14 ans, et succédait à un fort habile organiste 3 que la\nmusique aussi avait conduit au petit collet, et dont le pere avait ete un\ndes premiers clavecinistes de la vieille cour. Son abbaye se trouvait a\nSt.Hilaire de l'Aude, et dépendait de l'ancien diocèse de Carcassonne \\\nElle avait été fondée en 780, et résista jusqu'à la révolution. Mais\nLully troqua bientôt ce bénéfice, contre un autre plus rapproché de Paris,\ncelui de St. Georges sur Loire, près d'Angers. L échangé se fit en 1687\net avec Louis Monteil de Grignan, évêque de Carcassonne, qui préféra\npeut-être une abbaye de son diocèse à celle de la Loire. 5\nEn outre, il portait parfois le titre d'abbé de St. Medard, petite\nparoisse de Vitry aux Loges, près Combreux en Loiret. Et enfin, nous le\ntrouvons aumônier de Monsieur frere en 1695. 6\n\n1 Archives de Combreux.\n2 RECUEIL DES GAZETTES NOUVELLES... (Paris 1679 in 40 p. 400).\n3 Joseph Chabanceau de la Barre, dit l'abbé de la Barre. .\n4 Ce qui explique pourquoi, dans l'inventaire après décés de Lully, elle est mentionnée comme St. Hilaire\nde Carcassonne.Je dois ici remercier M. Fabbé Sabarthés de Narbonne, qui m a donné d utiles indications.\n5 Voir GALLIA CHRISTIANA (Paris 1756 T. XIV p* 716) et MAHUL, Cartulaire de Carcassonne. (T. V.) -\nCes ouvrages contiennent peu de détails et il serait à souhaiter que la vie de Lully abbé commendataire fut\ndéfinitivement précisée. Voir aussi P abbé CHEVALIER : Notice historique sur l'abbaye de St. Georges sur Loin\n(Mémoires de la Société impériale d'agriculture, sciences et arts d'Angers, 1858 nouvelle période. T. I.), qui\nplace Lully bien tard dans la chronologie.\n6 ARCH. DE L'OPÉRA. Quittance du 7 novembre 1695.\n2"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.21", "texte": "18\nS. I. M.\n\nA l'encontre de ses frères, Jean Baptiste n'attire pas sur lui l'atten-\ntion de l'histoire dès la mort de son père. Il nous faut attendre les der-\nnières années du siècle pour le voir prendre part efficacement aux ambi-\ntions de la famille. En 1695-1696 il cède son abbaye de St. Georges à\nJ. L. Caton de Court, et il met de l'ordre dans ses affaires, probablement\ndélabrées, en obtenant main levée de toutes les saisies qui pesaient sur\nses biens 1. Ces actes ont tout l'air d'annoncer un événement ? Et, en effet\nle 2 février suivant se produit un petit coup de théâtre, sans doute habi-\nlement préparé.\n\" Le Roi, nous disent les archives, étant à Versailles, et bien informé de\nl'application que Jean Baptiste de Lully donne depuis quelques années à la com-\nposition de la musique, où il a commencé de réussir par des pièces qui font juger\nqu'il pourra, à l'exemple de feu Sr. de Lully, son père, se perfectionner en cet art,\nS. M. a eu pour agréable la démission de J. B. Boesset, faite en sa faveur de la\ncharge de surintendant de la musique de sa chambre. Et, à cet effet, S. M. a\nretenu et retient ledit Lully audit état et charge de surintendant, vacante par la\ndémission du Sr. Boesset \" 2\nL'abbé obtenait ce que son aîné s'était toujours vu refuser, et il\nreliait la chaîne, un instant interrompue des Lully surintendants de la\nmusique royale. Cette faveur il la devait à son caractère ecclésiastique\nplutôt encore qu' à son application musicale, ou même qu'à son mérite\npersonnel, nous le verrons bientôt. Aussitôt promu J. B. L. s'applique à\ndonner une haute idée de ses talents, et à plaire au monarque. Faire sa\ncour avec un opéra, il n'y faut plus songer, en ces temps austères. Et\nl'abbé serait mal venu à célébrer le triomphe de l'amour devant Madame\nde Maintenon. Faut-il se rabattre sur une simple cantate, faut-il essayer\nde cette musique instrumentale, que Rebel et Couperin cherchent à\nmettre en vogue ? Ce serait aller contre le et contre la tra-\ndition léguée par Lully même ! Il convient cependant de frapper un\ngrand coup, et d'atteindre de suite ce pathétique grandiose, que le roi\npréfère à tout.\nEst-ce Lully lui-même qui eut l'idée géniale de se tirer d'embarras\npar une œuvre hybride, tendancieuse et pourtant charmante qui s'appelle\nLe triomphe de la Raison sur F amour ?3 Est-ce lui qui mit aux prises en\n\n1 Main levée par P. H. Duparc, du 11 janvier 1696. (Minutes de M. Godet, Notaire à Paris.)\n2 Arch. Nat. O 1 40. p. 25.\n3 LE TRIOMPHE DE LA RAISON SUR L'AMOUR, pastorale mise en musique, représentée devant S. M. à\nFontainebleau le 25 octobre 1696. (Ballard in-40 obi.)"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.22", "texte": "LULLY GENTILHOMME\n!9\n\nune sorte d'opéra-cantate, sans décor, sans pompe mais pas sans musique,\nla déesse Raison et la tendre Galanterie ? Tentative hardie, qui sentait\nSt. Cyr d'une lieu, et dont on voit l'inspiration directe tout à côté du\nroi vieillissant, mais tentative qui réussit, et qui eut l'honneur d'une\nremarque de Dangeau : \" Le fils de Lully a fait chanter hier devant\nle roi et toute la cour un divertissement dans le goût et dans la manière\nde son père ; le roi en a paru très content et le loua fort.\" 1\nLully avait donc le droit de manifester une satisfaction qui perce\ndans la dédicace de sa partition :\nSIRE,\nJe prends la liberté de présenter à V. M. la Pastorale qu'elle a bien voulu\nentendre à Fontainebleau. L'approbation qu'elle luy a donnée, est la récompense\nla plus glorieuse que j'en pouvais recevoir et la seule à laquelle je sois véritable-\nment sensible. Je suis très persuadé, Sire, que je n'aurais pu réussir dans ce petit\nouvrage si je n'avais été excité par un aussi puissant motif que celui de plaire à\nV. M. Une si belle ambition tient souvent lieu de génie, et peut élever des\ndispositions médiocres ; j'ai succédé à feu mon père dans cette noble émulation.\nC'est par la vue qu'il avoit de ne rien faire qui ne fut du goût de V. M., et par\nles soins qu'elle a eu de le faire travailler, qu'il s'est élevé au-dessus des personnes\nde son art Je seray trop heureux, Sire, si je puis par mon application me rendre\ndigne de ces mêmes bontés. Je ne suis occupé que du soin de les mériter, et je ne\ntrouve bien employés que les momens qui peuvent me conduire à un si glorieux\navantage\nJEAN-BAPTISTE LULLY.\nPourquoi ce beau début n'eut-il pas de lendemain ? L'abbé était-il\ndonc si peu sûr de son art qu'il dut attendre onze ans avant de se\nproduire à nouveau. Du moins n'avons nous pas trouvé trace de son\nactivité musicale entre 1696 et 1707. Et, àce moment, ce n'est plus une\npastorale qu'il nous invite à entendre mais un Concert de violons et haut-\nbois donné au souppé du Roy le 16 janvier\nhautbois de S. M.2Nous voici loin de l'auguste Raison; l'héritier de\nl'opéra se contente d'une musique de table, non pas mauvaise certes, et\nsemblable à toute autre de son temps, mais un peu humiliante cependant\npour le fils de l'auteur d'Armide !\nLes années passent et il faut arriver à 1721, pour trouver dans le\n\n1 Mémoires. VI.\n3 Copié par Thtlidor V aîné. (Bib. du Conservatoire. Collect. Phil. XXXVI)."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.23", "texte": "20\nS. I. M.\n\nMercure1 la note suivante : Samedy M.\nVendôme rue de Varennes, avec la musique\nsurintendant de la musique de S. M. Le\nEn réalité Lully n'était plus surintendant que de nom. Il avait\nobtenu le 15 juin I7i72ce qu'on appelait alors un brevet d'assurance,\nc'est à dire la certitude de pouvoir, avec l'agrément du roi, céder sa\ncharge au cas ou il viendrait à donner sa démission, et pour une somme\ndéterminée, qui se trouvait fixée à 25,000 livres (soit 100,000 fcs).\nCette démission survint le 17 novembre 1719 3 en faveur de Collin de\nBlamont, musicien de cour, artiste assez pâle.\nPas plus à Paris, qu'à Versailles, ou à Fontainebleau, le surintendant\nn'avait pu remplir son véritable rôle. Ses collègues eux-mêmes le con-\nsidéraient comme un musicien peu diligent. Un document de l'ancien\nrégime nous l'apprend. Lorsqu'en 1768 s'éleva une contestation entre\ndifférents fonctionnaires de la musique royale, des rapports furent de-\nmandés par la cour.4 Ils nous disent :\n\" Lully savait à peine la musique et personne n'ignore qu'il n'avait obtenu la\ncharge de surintendant que par considération pour les talents de son père, et sous\nla condition qu'il travaillerait à se mettre en état d'en remplir les fonctions, dont\nle feu roy chargea alors Lalande, qui a exercé la charge de Lully fils, jusqu'à ce\nque ce dernier ait eu Blamont pour survivant. Au sacre de Louis XV, en 1722\nLully voulant assister en personne, pour faire acte de surintendant, Blamont son\nsurvivant, le suivit à Reims, pour le service du Lully ne pouvant\npas exercer...\"\nTelle est la physionomie, assez mince du second fils de Lully,\ntracée d'après les documents impartiaux. Si nous voulions connaître d'un\npeu plus près le personnage, nous pourrions ouvrir les volumineux\ndossiers d'un procès qu'il eut à soutenir contre l'éditeur des œuvres de\nson père, contre l'un de ces Ballard, qui durant deux siècles, emplirent\nla musique française de leurs récriminations. Jean Baptiste comme\nLouis s'était heurté à eux et à leur monopole de seuls imprimeurs du\nroi pour la musique. Voici l'affaire, racontée par Ballard lui-même dans\nun factum assez précis, mais qu'il faut savoir lire\n\n1 Mercure de septembre, p. 213.\n2 Arc h. Nat. O1 61 p. 99.\n3 Ibid. O1 63 p. 317.\n4 Arc h. Nat. O1 842.\n5 Bib. Nat. Fr. 22072, f° 29. Voir aussi : Arch. Nat. Y. 279."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.24", "texte": "LULLY GENTILHOMME\n21\n\n\" Jean Baptiste Lully, Père, avoit obtenu par Lettres Patentes du 20 septembre\n1672 le Privilège de faire seul imprimer pendant l'espace de trente années, à compter\ndu jour de l'lmpression achevée, les Opéra qui ont rendu son nom si célèbre.\nCe Privilège a esté partagé après sa mort, entre sa Veuve et ses enfants, dont\nquelques uns ont vendu leurs parts, qui faisoient portion de leur Patrimoine : Et\nentre autres le sieur Louis Lully frère du Demandeur, qui a traité de la sienne\navec Ballard et avec un autre Particulier. Jean-Baptiste Lully son frère, peu\ncontent de celle qui luy estoit echûë, a trouvé moyen d'enlever sur de faux\nexposés celle de ses Cohéritiers et de leurs Acquéreurs, et a obtenu un Privilège le\n2 Avril 1707, de faire seul imprimer les Opéra de son Père, a condition d'en\ndonner deux au Public par chaque année.\nContraint de recourir à Ballard pour l'lmpression, il luy fit des propositions\nsi ridicules, qu'il estoit aisé de voir que son but principal estoit de le dégoûter.\nOutre qu'il ne luy offroit, pour l'lmpression, qu'un prix beaucoup plus bas que\nceluy qu'on a coûtume d'en payer, il exigeoit que, pendant qu'elle se feroit, il y\neût dans l'lmprimerie un homme de sa part, en qualité de surveillant, qui pût en\nson absence sceller les portes et les fenestres du cachet de son Maistre : Ensorte\nque, s'il eût plû à cet Inspecteur de nouvelle fabrique, de s'absenter volontaire-\nment ou par débauche, l'lmprimerie de Ballard, composée de quinze ou seize\nouvriers et de cinq Presses, sur lesquelles roullent plusieurs ouvrages de diffé-\nrentes espèces, seroit demeurée dans une entière inaction. Aussi Ballard refusa-t'il\nde se soûmettre a des conditions si bizarres et inconnues jusques icy parmy les\nImprimeurs. *-\nLully, qui n'attendoit que ce refus, le fit assigner au Conseil, le 2 may 1707\npour voir dire que, faute par luy d'acquiescer à ces demandes exorbitantes, il seroit\npermis a luy, Lully, de faire imprimer les Opéras par qui bon luy sembleroit, et de\nfaire fondre, à cet effet, des caractères de musique au préjudice du Privilège que\nBallard et ses Ayeux possèdent depuis près de cent soixante ans, de faire seuls\nimprimer les Ouvrages de Musique dans tout le Royaume : Et ce par Lettres\nPatentes du Roy Henry 111, données le 16 Février 1552, renouvelées par les Roys\nses successeurs, et confirmées par le Roy Loûis le Grand le 28 Avril 1678 en\nfaveur de Christophe Ballard, & le 5 octobre 1695 en faveur de Jean-Baptiste-\nChristophe Ballard son fils, reçû en survivance.\nCe dessein de donner atteinte au Privilège de Ballard, pour profiter de ses\ndépoûilles, a esté le mobile de tous les mauvais procédez que Lully tient depuis\nquelques mois à son égard : Mais ce fut envain qu'il prétendit y réussir dans le\npremier Procès intenté au Conseil. Se voyant près d'y succomber, il fut forcé de\ndonner les mains à une Transaction, dont les Juges, pour le bien de la paix,\nvoulurent eux-mêmes dicter les Chefs. Elle fut signée le 4 Juin 1707> homologuée\npar Arrest du Conseil le 27 du même mois, et portoit entre autres conditions.\nQue Lully presenteroit à Ballard deux Opéras par chaque année et luy en\npayeroit le prix de douze livres la feuille, pour la quantité de cinq cent cinquante\nExemplaires, de quatorze livres pour celle de sept cent cinquante."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.25", "texte": "22\nS. I. M.\n\nQue Ballard n'en pourroit tirer plus grand nombre, sous les peines portées\npar le Privilège, et que pour la sûreté réciproque des deux Parties, lorsque les\nExemplaires seroient livréz, la première fetiille de chacun, seroit paraphée respec-\ntivement, par Lully et par Ballard.\nEn exécution de cette Transaction, l'impression de l'Opéra de Proserpine,\nfut commencée et s'acheva malgré toutes les chicanes que Lully affectoit de faire\nnaître à tout moment, tantôt sur les Epreuves, tantôt sur le prix de la première\npage, et tantôt sur la manière de faire les payements. Car Lully prétendoit ne\ndevoir payer qu'en Billets de monoye, les sommes que Ballard vouloit bien avancer\npour luy, en espèces sonnantes.\nLorsque l'lmpression fut finie, il fut question de parapher les Exemplaires\npour les livrer. Et comme il estoit de la derniere importance pour Ballard que ce\nParaphe se passât fidellement, il requit Lully selon la coûtume recûë dans toutes\nles Imprimeries, de se transporter dans la sienne, pour y procéder avec luy, Lully\nqui avoit des vûës plus détournées, ne pût se résoudre à accepter ce party, et\nexigea opiniâtrement que le Paraphe se fît chez luy. Ballard qui estoit dans la\nbonne foy, proposa à Lully pour lever les difficultez, de luy envoyer les sept cent\ncinquante premières feûilles afin qu'il les Paraphât chez luy : ensuite de quoy\nBallard, après les avoir retirées, les Parapheroit de sa part, dans son Imprimerie,\net luy remettroit les sept cent cinquante Exemplaires parfaits et paraphez. Cet\nexpédient est celuy dont le Sieur Guyenet a coûtume d'user en semblables\nconjonctures, ne pût encore estre goûté par Lully : En sorte que M. l'Abbé\nBignon qu'il avoit sans cesse fatigué par ses prétentions mal fondées, pendant le\ncours de l'lmpression et qu'il importunoit encore en cette rencontre, exhorta\nBallard de céder, et de faire porter les Exemplaires chez Lully : ce que Ballard\nfit par respect, et sans prévoir le mauvais usage que Lully devoit faire de cette\ndéférence.\nOn s'assembla donc pour le Paraphe dans la Maison de ce dernier qui\ns'estoit fait assister de son Valet, et de quelques uns de ses amis. On y travailla\nsans relâche depuis midy jusques à sept heures du soir, et ce fut avec tant de\nlassitude des deux parts, que Lully propose luy-même plus d'une fois à Ballard,\nde remettre la continuation du Paraphe au lendemain. Rien de plus aisé dans\ncette confusion, que de soustraire ou de laisser échaper au Paraphe quelque\npaquet d'Exemplaires. En effet, il en est resté quelques uns de non-Paraphez\nentre les mains de Lully. Et c'est sur ce fondement qu'il a entrepris de perdre le\nSuppliant de biens et d'honneur, pour avoir lieu d'envahir l'lmpression de\nMusique.\nIl se croyoit tellement assuré de la réussite, que quelques jours après la\nlivraison des Exemplaires, et long temps auparavant qu'il y eût aucune Saisie de\nfaite, il repandit en différents endroits, même dans les Caffez et dans le Parterre\nde l'Opéra ; que Ballard estoit un fripon, qu'il avoit fait tirer un grand nombre\nd'Exemplaires au delà de celuy dont on estoit convenu, qu'il les vendoit et\nfaisait vendre à son préjudice."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.26", "texte": "LULLY GENTILHOMME\n23\n\nBien plus, des le 10 Janvier 1708, il fit signifier à Ballard un acte par lequel,\nil lui déclaroit, n'entendre faire imprimer aucun Opéra, pendant le cours de cette\nannée : quoy qu'il fut tenu par son Privilège d'en faire imprimer deux par an.\nEnfin il résolut de procéder aux Saisies qu'il concertoit depuis si longtemps.\nLa première qui est de quatre Exemplaires non Paraphez et qui a esté faite\npar le Commissaire la Vergée le 19 Janvier, est demeuré soigneusement cachée,\njusques au départ du Sieur Pinaut, sur lequel on avoit saisi. Cet homme qui dans\nle Procès Verbal déguisé ses qualitez et feint de ne point connoître Lully (ainsi\nque Lully dans sa plainte feint de ne le point connoître) est néanmoins lié d'une\nétroite amitié avec luy. Il dit qu'estant un jour au Caffez de la un\nparticulier de luy inconnu, luy proposa de luy faire vendre des Exemplaires de\nl'Opéra de Proserpine, à meilleur marché qu'on ne les vend à la porte de l'Opéra ;\net qu'en conséquence, une Femme inconnue en apporta quatre chez luy Pinaut,\nqui luy en paya le prix de quarante livres.\nLa seconde Saisie du 28 Janvier, n'est que d'un Exemplaire imparfait, et a\nesté faite vers les onze heures du matin, sur la Veuve le Jaron Revendeuse de\nlivres, étallant au Quay de l'Ecole, vis a vis le Guichet \"\nLa plaidoirie développée, que Ballard, fit imprimer par avance,\ncomme d'usage, est infiniment plus piquante encore et plus riche en\ndétails accablants pour le pauvre Lully. Nous y voyons par exemple:\n\" Lully demeure dans la maison du Sr. Genest, et n'y n'a ny ménage ni servante, de\nsorte que pour éviter d'aller deux fois le jour à l'auberge, il mange ordinairement\nchez le même Genest. Trouverait il bon qu'on lui allégat pour prouver cette\nhabitude, que pendant le caresme qui vient de finir, il y a fait porter tous les\njours son poulet à la collation, accordant la plupart des diners à la Dame chez\nlaquelle il allait manger une soupe grasse ? A l'égard de son mérite, on\nconvient qu'il a celui de porter ou plutôt de traîner le nom d'un grand musicien.\nC'est sans doute le seul qui pourrait le faire souffrir par ces personnes de qualité\net de distinction dont il se vante d'être applaudi. Cependant quelques unes ne\nl'ont pas plutôt connu à fond, qu'elle lui ont fait refuser leur porte. On ne parle\npoint sans fondement, et Lully en conviendra lui-même, s'il se souvient du\net du bal d'Orléans.\nOn lui a objecté que le dérangement causé dans ses affaires par sa mauvaise\nconduite avait pu le porter à usurper, sous un faux exposé, un privilège qu'il\ndevait partager avec ses cohéritiers et leurs acquéreurs Que répond-il à cela ?\nRien autre chose, sinon qu'il doit passer pour un homme parfaitement désintéressé,\npuisqu'il a remis au roy une abbaye de 8,000 livres de rente. Belle manière de se\njustifier! Croit-il donc parler à des gens fraichement débarqués d'un autre monde?\nEt présume-t-il qu'on ignore de quelle manière la chose se passa ? 11 est vrai que\nle Révérend Père de la Chaise crut devoir l'exhorter à renoncer à un état pour\nlequel il avoue lui-même, ainsique tout le public, qu'il n'avait point de disposition.\nQuant aux raisons très sérieuses qu'on eut de l'en faire sortir, Ballard se"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.27", "texte": "2 4\nS. I. M.\n\ndispensera de les relever, parcequ'il ne veut point entrer dans ce qui regarde le\ndérèglement des mœurs.\nEt le plus surprenant c'est qu'il se soit mis à la tète de cette cabale, lui\nqu'on sait n'avoir pas encore ennuyé le public par des ouvrages tirés de son propre\nfonds. Aussi n'a-ce pas été le désir de s'acquérir quelque réputation qui l'a fait\nrésoudre à s'embarquer dans cette entreprise. C'est la seule avidité d'un profit\nqu'il se figure être immense, quoiqu'en médiocre, et qu'il sent être très\nnécessaire à soutenir sa fortune chancelante.... 'n\nTous ces racontars, inspirés par une défense habile, ne doivent pas\nêtre admis comme articles de foi. Cependant ils suivent d'assez près, dans\nleur malignité, les faits que nous connaissons, et ils en donnent une\ninterprétation vraisemblable, si l'on veut. Ainsi donc, S*1 George sur Loire\nrapportait 8000 livres à son commendataire, et la cession de 1696 aurait\nété imposée à Lully, au moment même ou le brevet de surintendant lui\nétait accordé, en forme de compensation ! Ainsi donc l'abbé, si nous\ncroyons Ballard, n'était l'auteur ni du ni du\nde 1707. Et cette petite manifestation de 1707, à Versailles, coïncide\nheureusement avec le privilège qui permet à Lully de réimprimer les\nœuvres de son père ! La musique apparait ici au service de l'intrigue.\nNous aurions un Jean-Baptiste macchiavélique, d'assez piteuse mine, et\nde friponne allure !\nOu est la vérité ? Les juges de 1708 ne la trouvèrent pas, et renvo-\nyèrent simplement les parties dos à dos, déboutant Lully de toutes ses\nprétentions. Il se tint en repos ; il faut le croire du moins. Il meurt en\nmars 1743, laissant à ses héritiers 112, 444 livres, près d'un demi million\nde notre monnaie, ce qui n'est point si mal, pour un homme brouillé avec\nl'argent comptant !\nLa musique ne voulut pas sourire aux fils de Baptiste. Elle avait\népuisé toutes ses grâces pour le père. Et pourtant ces trois hommes qui\nl'un après l'autre courtisent le même art, avec une insistance singulière\nlaissent un bagage assez volumineux d'oeuvres manuscrites et imprimées.\nEn voici le tableau :\nIDYLLE D'ANET 1687, par Jean-Louis\nIDYLLE D'ANET 1687, par Louis\n\n1 Ibid. f° 14 à 29."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.28", "texte": "LULLY GENTILHOMME\n25\n\nZEPHIRE & FLORE 1688, par Jean-Louis et Louis\nEPITHALAME de 1888, par Jean-Louis et Louis\nFÊTE DE CHANTILLY, 1688, par Jean-Louis\nORPHÉE, 1690, par Louis\nBALLET D'ANET, 1691, par Louis\nALCIDE, 1693, par Louis\nLE TRIOMPHE DE LA RAISON SUR L'AMOUR, 1696, par Jean-Baptiste\nCONCERT POUR LE SOUPER DU ROY, 1707, par Jean-Baptiste\nBALLET DES VENDÔME, 1721, par Jean-Baptiste.\nSoit, en tout, onze partitions, dont huit en l'espace de dix ans.\nToutes ces œuvres ne nous sont pas parvenues, du moins n'ai-ju pu les\nretrouver toutes. Les deux premiers Ballets cTAnet paraissent être conser-\nvés, dans le volumineux recueil de Ballets Vm6 5 (f° 278) de la Biblio-\nthèque Nationale, mais en partie de violon conducteur seulement. Par\ncontre X Epithalame et la Fête de Chantilly1 nous manquent. Peut-être la\npremière de ces partitions est-elle celle de XAmour et l'Hymen que Fétis\nattribue à Colasse et que je n'ai pu encore rencontrer. et le\nTriomphe existent. De même le Concert de la collection Philidor. Mais\nl'œuvre de 172 1 reste introuvable. On doit en dire autant du\nde 1691. Au XVIIIe siècle on le cherchait en vain déjà. \" Les exactes\nrecherches qu'on a fait pour trouver cette petite pièce, dit l'éditeur des\nœuvres de Campistron 2 ont été inutiles. En voici un léger phragment ;\nil fait regretter le reste :\nChaque instant me découvre en elle\nQuelque beauté nouvelle\nDes plus charmants bergers elle attire les vœux ;\nMais elle est encore plus fidèle\nQue belle. \"\nLe lecteur ne partagera pas ce regret, surtout s'il songe que les\nœuvres des Lully avaient toutes les chances de ne pas être de leur com-\nposition. Aucun de ces jeunes gens, que la mort du père surprenait\nn'était préparé à la lourde mission de représenter devant le monde entier\nla gloire de la musique française, et à jouer, auprès du plus grand des\nrois, un rôle de premier plan. Leur père le savait bien, lui qui, dans son\ntestament avait formellement prescrit à son élève et familier Colasse de\n\n1 Je sais très grand gré à M. Maçon, Péminent conservateur du Musée de Chantilly des recherches qu'il\na faites sur place, à ma demande, pour retrouver cette musique, et qui malheureusement n'ont pas donné de\nrésultat.\n2 ŒUVRES COMPLÈTES. Nouvelle éd. (Paris 1750. 3 vol. in-120). T. I Avertissement p. 111."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.29", "texte": "26\nS. I. M.\n\nrester le conseiller musical de la famille. Colasse n'avait rien d'un génie,\nmais il connaissait la manière du maître et cette technique particulière,\nassez aisée d'ailleurs, qui donnait à l'opéra son lustre et sa solidité. En\noutre il avait en portefeuille une série d'airs et de fragments que l'in-\nspiration de Lully avait rejetés et ce matériel devait suffire à l'exploita-\ntion d'une carrière musicale encore assez féconde. Grâce à Colasse, on\npouvait encore faire du Lully pendant longtemps. L'histoire raconte,\nsans en donner aucunement1 les preuves, que les fils Lully se brouillèrent\navec ce confident de leur père, et que Colasse, après avoir plaidé contre\neux, disposa de son côté, et pour lui-même, de son expérience et de ses\ndocuments.1\nIl faut donc admettre, après tout ce que nous savons de Louis et de\nJean Baptiste Lully, que les œuvres signées de leurs noms réclamèrent une\ncollaboration constante. Nous avons vu à l'œuvre le nommé Vignon en\n1687, puis Marais en 1693. Il est possible que tantôt Colasse, tantôt\nLalande aient été mis à contribution. Le\nrAmour, qui est de beaucoup la meilleure production de cette officine,\npourrait peut-être appartenir au jeune Campra, nouvellement arrivé à\nParis, et qui brûlait de se faire connaître. Le goût du pittoresque qui se\nrencontre dans cette œuvre, le charme aisé de la mélodie, la bonne tenue\nde l'ensemble, tout dénote ici un musicien de race. De nos jours encore\ncette Pastorale se soutient fort bien dans un salon 2 et elle peut passer\npour une sorte de modèle de la musique de cour telle que le XVIIe siècle\nla concevait. L'inspiration générale appartient au style de Lully, mais\nla manière est d'un moderne, qui connaît les Italiens, et qui annonce\nLagarde et Rameau. Le contraste de la Raison et de la Galanterie\namoureuse prête à des effets variés, presque romantiques parfois, tels ces\nSonges, où les esprits follets viennent voltiger autour de la bergère assoupie.\nLes chœurs sont massifs à souhait et forment la partie charnue de cette\nœuvre un peu pouponne mais pleine d'attrait.\nIl ne saurait donc être question d'analyser le talent musical que les fils\nde Lully n'ont jamais eu. Jean-Louis, mort à 21 ans, Louis, fêtard enragé,\nJean Baptiste, abbé d'occasion, ont démontré, une fois de plus, que le\ngénie n'est pas transmissible. Tout au moins auraient-ils pu sauver la face\n\n1 La vie de Colasse mériterait une étude sérieuse. Tout ce que nous en savons actuellement vient de Fétis.\n2 L'expérience a été tentée par la Société Internationale de musique en deux auditions données à la\nBibliothèque Nationale au mois de juin 1906 et qui ont parfaitement réussi."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.30", "texte": "LULLY GENTILHOMME\n27\n\net continuer habilement l'exercice des charges musicales de leur pere. Ils\nvoulurent au contraire jouer les grands seigneurs sans en avoir l'étoffe, et\nla musique, entre leur mains, devint un art de vénalité, un moyen de\nsoutenir une ambition ridicule. Cette spéculation artistique, menée sans\nbonne foi, ne leur réussit pas. Malgré la faveur des Vendôme, et la pro-\ntection des amis de Baptiste, leur situation fut celle de fils de famille\norodigues et déconsidérés. Ils n'ont pas laissé de postérité, et dès 1750\n; e nom de Lully n'était plus porté par personne.\nSeules les filles du grand homme surent tenir leur rang sans déchoir.\nDeux d'entre elles eurent des alliances particulièrement brillantes et leur\nlignée fait, de nos jours encore, très grande figure dans l'aristocratie fran-\nçaise. Elles méritent donc que nous leur consacrions quelques pages.\n(à suivre)\n\nJ. Ecorcheville."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.31", "texte": "LA FUGUE EST UNE CONSTRUCTION RYTHMIQUE\n\nJ avais, dans une récente étude, laissé entendre que la construction\nde la fugue était dominée par le rythme et non par la tonalité, comme\non l'enseigne assez généralement.\nJe crois nécessaire d'entrer dans le détail pour exposer ce que\nj'entends par construction rythmique, et de démontrer d'une manière\naussi claire et aussi probante que possible que la fugue ne s'explique pas\npar la tonalité, mais tire son unité et sa puissance émotive de l'équilibre\ndes organes qui la constituent.\nSans doute, je vais atteindre dans le vif bien des théories, froisser\npeut-être bien des croyances ; cependant, il ne sera pas inutile en l'an\n1911, de faire oublier des formules désuètes, mais consacrées par 300 ans\nd'usage et de mettre au jour ce qu'il y a d'éternel, d'immuable dans\nl'œuvre d'art : la structure, le rythme, la proportion, sur quoi peuvent\nse déposer comme des cristallisations simples ou compliquées, les mélo-\ndies les plus étranges, les tonalités les plus dissemblables et les harmonies\nles plus mornes comme les plus passionnées.\nPour provoquer et justifier l'oubli de ces vieilles recettes de l'école,\nje suis obligé d'établir une démonstration quasi mathématique et de\nconduire le lecteur pas à pas à travers le dédale d'une des plus longues\nfugues de Bach : mais il sera récompensé, je pense, de cette aride investi-\ngation, lorsqu'il verra quelle lumière se répand dans l'édifice, au premier\nabord un peu obscur, qu'éleva le vieux Cantor, et qu'il constatera\nl'ampleur et la logique de la définition que nous serons amenés à proposer\npour la fugue.\nLa pièce que nous allons analyser est la première Fugue du\nvolume 111 des œuvres d'orgue de l'édition Peters.1 Je l'ai choisie sim-\n\n1 L'analyse à laquelle nous allons soumettre cette fugue convient pour n'importe quelle autre fugue de\nBach et conduit aux mêmes résultats. Les préludes étudiés avec une méthode analogue que ce soient des"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.32", "texte": "LA FUGUE\n2Q\n\nplement parce qu'elle est assez souvent proposée et commentée dans les\nclasses, et que, par conséquent, on saisira mieux la différence qui sépare\nl'interprétation habituelle de celle que j'en donne.\nCe qu'on remarque tout d'abord c'est la division de cette fugue en\n3 fragments bien distincts, séparés par de doubles-barres et dotés de\nmesures différentes :\nle lerIer | le 2e f le 3e V-.\nCette fragmentation ne correspond nullement à des tonalités différentes\ncomme on pourrait le croire, mais à des motifs et à des rythmes\nnouveaux ; le 2me fragment débute en mi b ton général de la pièce et le\n3me qui s'annonce en ut mineur s'oriente immédiatement vers le ton\ngénéral de mi b.\nNous n'avons donc pas affaire aux phases du développement tonal\nde la fugue, mais aux trois parties d'un triptyque musical, unies entre\nelles, par un premier équilibre rythmique qu'il est aisé de déterminer :\nla première partie comprend 36 mesures\ncelle du centre ~ 45 ~\net la dernière ~ 36 „\nd'une durée sensiblement égale à celle de la ire si l'on se reporte aux\nchiffres du métronome donnés par Griepenkerl. Autrement dit, à l'instar\ndes triptyques picturaux, la fugue en question se compose d'une impor-\ntante portion centrale, encadrée de 2 portions de dimensions moindres,\net égales entre elles.\nC'est ce que Vincent d'lndy appelle une fugue triple. Et le maître\nfait remarquer l'analogie de cette construction avec celle du prélude qui\ny est adjoint, mais il s'arrête en si beau chemin : l'orientation de la\ntonalité et l'agencement contrapontique le préoccupent davantage que les\n\nmoins importants, ou de vastes compositions comme le prélude de la fugue présentement analysée fournissent\nd'aussi intéressantes et indiscutables conclusions : le rythme, fondé sur des relations numériques ordonnées avec\nune évidente intention, est le soutien de l'œuvre ; la tonalité n'est qu'un accessoire plus ou moins compliqué,\net en rapport avec l'époque de la composition.\n1 Ajoutons dès à présent que la première partie est écrite à 5 voix, que dans la 2me, où le pédalier se tait,\nl'écriture générale est à 3 voix ; enfin le dernier fragment, surtout dans la seconde moitié, s'appuie sur le\npédalier et les 5 parties vocales ; d'où un nouvel état d'équilibre, celui-là de \" dynamisme \" si 1 on accepte\ncette expression, qui semble dominer l'esprit général de cette composition."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.33", "texte": "3°\nS. I. M.\n\ndimensions et les dispositions des fragments constitutifs de l'œuvre ; ce\nsont pourtant ces derniers facteurs que nous allons dégager en disséquant\nun à un les 3 panneaux de notre toile.\nLe début nous offre, comme d'habitude, un sujet, celui-ci composé\nde 2 mesures et orienté de la dominante à la tonique. Il s'enchaîne à\nun dessin de noires qui dure deux mesures également, et contrepointe\nla réponse orientée, à la basse, de la tonique à la dominante. Ce sont les\ndeux premières entrées classiques de l'exposition ; après elles devraient\napparaître, suivant les traités, les 2 autres entrées, présentées dans le\nmême ordre ; mais il n'en est rien : la réponse s'enchaîne au contre-sujet\nmodifié, et la partie supérieure se continue par un dessin mélodique sur\nlequel j'attire l'attention, ainsi que, et d'abord, sur le thème initial.\nEt, tout d'abord, la structure rythmique du sujet ne peut passer\ninaperçue : en quelques mots voici comment je l'interprète : les 2 mesures\nà 4 n'en forment à vrai dire qu 'une^à 8 temps, et disposée comme il suit :\nSauf les dispositions intérieures des rythmes constitutifs, nous avons\naffaire à une mesure à 3 temps, suivie d'une à 2, puis d'une à 3\nc'est-à-dire à une mesure à 5 temps augmentée d'une de 3, car l'accent\nse trouve nettement sur le si h et le mi b. C'est-à-dire, en définitive, au\nrythme dogmiaque 1 des Grecs. Ce rythme se reproduit naturellement dans\nla réponse, et enfin dans la partie libre, avec seulement des dispositions\ndiverses dans les figures constitutives :\nAinsi donc, ces mesures ne se rattachent pas à celles qui les précèdent\nseulement par le contre-sujet, qu'elles présentent tronqué, mais encore et\nsurtout par la figure rythmique qui caractérise le sujet, et qui dominera\nd'ailleurs dans tout le premier fragment de la fugue.\n\n1 II est vrai qu'ici l'unité est une longue, et que la mesure comprend 16 noires ou brèves ; ce serait donc\nune mesure double, comme le molosse est double du tribraque. Bien qu'inusitée dans la poétique, rien ne\ns'oppose à ce qu'elle existe en musique ; la comparaison n'a donc rien d'exagéré."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.34", "texte": "LA FUGUE\n31\n\nLa lumière se fait donc. 1 Ces 3 groupes de 2 mesures forment un\nensemble qui se présente ainsi :\ni° Sujet = 2 mesures\n20 Réponse =2 „\n30 Partie libre = 2 ~\nOr cette disposition nous est bien connue ; c'est la triade à laquelle\nWestphal et après lui J. Combarieu avaient déjà assimilé la période\ninitiale de la fugue et que nous venons de reconstituer par la simple\ninspection du texte mélodique et rythmique de cette exposition.\nNous sommes donc en droit de baptiser de termes consacrés les\nphrases musicales que nous rencontrerons et de les rapprocher de systèmes\npoétiques ; nous avons ainsi :\nSujet : période (P) 2\nContre sujet : antipériode. (A)\nParti libre : épode (j£) ou mésode (M) ou proode (Pr,)\nCette construction (dont la racine est la compqsition antistrophique)\nse trouve être l'élément essentiel de toutes les grandes formes dramatiques\net lyriques des Grecs ; elle fut très probablement la base de la poésie\nhébraïque, puis passa dans la civilisation chrétienne. Il n'est donc pas\nétonnant qu'elle se retrouve dans notre musique classique, seule dépositaire\ndéjà des rythmes poétiques disparus et nous allons constater qu'elle en est\nnon seulement un des éléments mais encore, comme dans l'antiquité,\nF élément fondamental.\nLe travail va nous paraître, à présent, plus facile. De la mesure 7 à\nla mesure 1 3 comprise, nous trouvons le 2e groupe de 2 entrées prévues\navec une période libre de 3 mesures ; c'est une nouvelle triade qui ne\ndiffère de la première que par l'écriture qui est plus chargée et la\nlongueur de l'épode : 3 mesures au lieu de 2. Cette dernière contient\nd'ailleurs la figure rythmique et mélodique signalée tout-à-l'heure et qui\nconcourt dans une large mesure au maintien de l'unité.\nDans une fugue à 4 parties l'exposition s'en tiendrait là et dès lors\ncommenceraient les \"divertissements\" (!) et les excursions dans les tous\n\" voisins \" ; mais celle-ci est à 5 parties, 5 voix ; Bach fait entrer 5 fois\n\nI[J emploie comme unité la \" mesure \" de 4 qui est beaucoup plus familière encore que la figure\nrythmique, bien que je Rattache, comme on vient de le voir, aucune importance à la barre de mesure.]\n* Ces abréviations seront employées dans le tableau ci-après :"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.35", "texte": "32\nS. I. M.\n\nson sujet régulièrement ; comment alors obtenir la symétrie de ces entrées\nsans faire entendre une 6e voix qui réponde à la 5e ? où sans confier la\nréponse à l'une des voix déjà étendues ? Cette dernière entrée du sujet\nva-t-elle rester isolée, et s'enchaîner au divertissement d'usage ? Dans ce\ndernier cas le système antistrophique serait entamé et la valeur de ma\nthèse diminuée d'autant.\nIl n'en est rien : Bach ne fait pas entendre plus de 5 fois son sujet ;\nmais il considère cette dernière entrée comme proode d'une nouvelle triade\ndont la période et l'antipériode sont constituées chacune par le motif de\nl'épode dont nous avons parlé plus haut : la figure rythmique bien\ndéterminée de ce motif, le fait qu'il est déjà entendu 2 fois à ce moment\nde la fugue, ont semblé suffisants à Bach pour rétablir l'équilibre rompu\npar le nombre impair des voix.\nSi je m'étais proposé de faire une étude de l'esthétique de Bach, je\ndirais que nous nous trouvons en face de la manifestation, non la plus\ninconsciente, comme on le croit trop souvent, mais la plus consciente de\nson génie : sa volonté ferme, réfléchie, de bâtir symétriquement, sans\ncontrevenir à l'ordonnance générale de son œuvre, s'y révèle pleinement\net lui suggère des idées qui lui permettent de résoudre avec le maximum\nde clarté et de simplicité les problèmes dont se tiraient souvent si mal-\nadroitement ses devanciers [et aussi ses successeurs].\nJ'ajouterai, de plus, que cette \" volonté réfléchie de Bach ne saurait\nfaire aucun doute pour les musiciens qui ont étudié de près son œuvre,\ncelui de ses contemporains et précurseurs et les ouvrages théoriques qui\nont préparé, instruit ou commenté les maîtres des 17 et 180 siècles. Nous\nsommes donc doublement autorisés, par la constatation et par l'histoire, à\nconsidérer cette dernière \" triade \" comme voulue, et les conséquences\ncomme légitimes.\nNous allons essayer de les établir bien qu'elles présentent dès l'abord,\nun peu de confusion.\nVoici comment je propose de scander les mesures 20-21-22 :\nCette scansion est justifiée par le fait que le motif au lieu de se présenter"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.36", "texte": "LA FUGUE\n33\n\nen B avec un Si b ronde, débute après division de cette ronde en\n2 blanches, en B' seulement : Bach me semble avoir voulu séparer nette-\nment la fin du premier membre [A B] du commencement du second\n[B' C]. Cette manière de voir est encore légitimée (et sérieusement je\ncrois) par un autre passage de la fugue que j'indique tout de suite,\nmesures 28-29-30 :\nIci, le sujet se termine rythmiquement au 2e temps de la mesure 28;\nce qui vient ensuite se scande évidemment selon les 2 figures rythmiques\net mélodiques suivantes :\nEn dernier lieu, je rappellerai que ces rythmes à 5 temps sont loin\nd'être incompatibles avec les mesures à 8, dont ils sont même l'élément\nessentiel et avec lesquels, dans la poétique grecque, on les trouve con-\nstamment mélangés.\nCeci posé, nous allons pouvoir dégager plus facilement la structure\nrythmique du passage qui comprend les mesures 20 à 30 :\nMes. 20-21 + 2 premiers temps mes. 22 :\n2 figures rythmiques de chacune 5 temps.\nMes. 22 (2 derniers temps) 23-24 (2 premiers temps) :\nSujet ou période (Dom. Ton.)\n, .Mes. 24 (2 derniers temps) 25-26 (2 premiers temps) :\nria e Motif de l'Epode formant mésode.\nMes. 26 (2 derniers temps) 27-28 (2 premiers temps) :\nSujet ou anti-période (Dom. Ton.)1\nMes. 28 (2 derniers temps) 29-30 (2 premiers temps) :\n2 figures rythmiques de chacune 5 temps.\nCe premier fragment de la fugue se termine par une nouvelle entrée du\nsujet, à la basse, toujours à partir de la dominante, suivie comme plus\nhaut du motif épodique, présenté encore au soprano avec la même texture\nmélodique tout au moins au début, et aboutissent à 2 tumultueuses\nmesures de cadence vers Mi b Majeur.\nJ'ai à peine besoin de faire remarquer la parfaite symétrie de toute\n\nJ Le motif débute sur le La [> au lieu du Si |?. Voir plus loin.\n3"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.37", "texte": "34\nS. I. M.\n\ncette première fugue : une fois les 4 premières entrées effectuées, c'est-à-\n-dire de la mesure 14 à la fin du fragment I, les périodes se groupent,\ns'enchaînent, s'encadrent les unes dans les autres, dans d'exactes propor-\ntions et avec une solidité qui défie tout remaniement : il est impossible\nd'y ajouter une note, et qui songerait à faire une \" coupure \" ? Vraiment,\non se sent en présence d'un indestructible et savant édifice : les pierres\ns'emboîtent précisément les unes dans les autres, et le ciment qui les unit\nles rend pour toujours inséparables.\nFaut-il ajouter que la marche tonale n'est pour rien dans cet édifice?\nTout ce fragment oscille de Mi b à sa dominante ; à partir de la mesure\n14 toutes les entrées se font sur le Si b [à la mesure 26 l'antipériode\ndébute par un La b qui remplace le Si b ; le reste de la phrase reproduit\nexactement le sujet. Remarquer le même début à la dernière entrée du\nsujet : Frag. 111, mes. 33] ; les entrées sur le Mi b de la mesure 21 et de\nla mesure 27 n'ont pas, en effet, l'importance de véritables expositions :\nce sont seulement des contrepoints, formant une sorte de court stretto, et\nn'ayant guère d'autre rôle qu'un renforcement harmonique.\nPar suite, monotonie parfaite, dépourvue même, dans ces expositions\nsuccessives de cette oscillation de tonique à dominante chère aux partisans\nde la théorie tonale de la fugue.\nConséquemment encore, rien qui rappelle la structure enseignée dans\nla plupart des traités :\nSi l'on considère ce fragment comme une fugne complète par elle-\nmême, nous ne rencontrons aucune des modulations classiques, ni diver-\ntissement de quelque longueur, ni strette, ni pédale, ni même de ces\nartifices contrapontiques particuliers à l'écriture scolastique.\nSi, au contraire, on envisage ces 36 premières mesures comme\nl'exposition et la contre-exposition d'une fugue formée de trois parties\n(c'est pour cette interprétation que je penche) nous voyons, après la\nportion initiale des 4 premières entrées (13 mesures) 4 apparitions du\nsujet, sur la même note, comme je l'ai déjà fait remarquer, et séparées les\nunes des autres par des intermèdes dont ne parlent jamais les bonnes\nrecettes de nos pédagogues ; en un mot, rien qui corresponde à la portion\nsimilaire des fugues d'école.\nLa conclusion paraît s'imposer :\nCe premier panneau de la fugue en Mi b échappe à toute analyse\nreposant sur une évolution tonale ; en revanche, sa construction devient"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.38", "texte": "LA FUGUE\n35\n\ndes plus compréhensibles, sa signification des plus saisissables dès que nous\nmettons au jour son agencement rythmique.\nIl est impossible dans une étude de quelques pages, de présenter pour\nles deux autres fragments le travail minutieux auquel nous venons de nous\nlivrer pour le lerIer : exposer ce détail, expliquer toutes les particularités de\ncette fugue, mettre en valeur les très nombreuses contradictions que nous\napercevons entre son ordonnance et les préceptes d'école formerait la\nmatière d'un livre, le livre que connaîtront peut-être nos futurs élèves\nmusiciens, et qui contiendrait les lois véritables (et leur raison d'être) de\ntoute composition musicale.\nDu reste, le lecteur pourra aisément reconstituer par lui-même\nl'analyse rationnelle de la fin de cette pièce au moyen de la méthode dont\nnous venons d'user, du résultat définitif que je vais indiquer schématique-\nment, et des indications qui d'abord vont être fournies. 1\na) Le sujet du deuxième Fragment est formé de 2 groupes de\n12 notes (2 dipodies ioniques ? )\nb) Ce sujet se trouve réduit à 3 groupes de 6 notes dans les\nexpositions modulantes (11, 17-21).\nc) il s'allonge au contraire d'un pied (5 au lieu de 4) lorsque le\nthème principal, celui du Frag. I, entre en contrepoint avec lui (11, 23\net suivantes). J \"\n[Le lecteur appréciera l'importance de ces modifications que rien ne\nfait prévoir dans l'enseignement scholastique, surtout quand elles affectent\nla réexposition du sujet.]\nd) On remarquera que la figure rythmique du sujet principal dans ce\n2e fragment justifie pleinement la mesure à 8 temps que j'ai proposée plus\nhaut :\n\n1 Chaque fragment est numéroté à partir de i. 115, signifie : mesure 5 du fragment 11."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.39", "texte": "36\nS. I. M.\n\nmélange fréquent dans la poétique grecque (trochées et crétiques ou\ndogmiaques).\nla trame tonale des motifs étant, surtout dans le fragment 111,\n/ ... • 1 1 • r 1 f 1\nperpétuellement mouvante, j'indiquerai seulement la tonalité generale ou\ncelle atteinte par la période mélodique.\n112) le sujet 3 est constitué par 2 périodes de 6 doubles-croches ou\nleur équivalent (2 dimètres ioniques ?)\ng) on ne doit pas accorder trop d'importance au thème principal\nquand il apparaît aux mesures 12-14 et 22-24.\nh) le surmonté d'un chiffre indique la longueur en pieds ou\ntemps de la phrase qu'il représente [par exemple Fig. 111 4 = une\nphrase de 4 pieds ioniques ou 24 doubles croches].\nSans chiffre, le représente le sujet du fragment auquel il se\nrapporte, ou les motifs de parties libres (épodes, métodes, etc.).\nCeci posé, voici, ce me semble, comment apparaît le schème de\ncette fugue :\n[V oir tableau ci-joint.]\nNous chercherions en vain dans cet édifice les dispositions conseillées\naux élèves de musique pour bâtir une bonne fugue ; et celui qui, sachant\npar cœur la construction scholastique, s'aventurerait dans ce dédale,\nserait étrangement déçu et renoncerait peut-être à considérer comme une\nfugue la pièce que nous venons d'analyser. Tout y est bien fait, en vérité,\npour surprendre le naïf disciple des Traités : persistance vraiment décon-\ncertante de la tonalité et du motif principal dans la première partie ;\ndans les autres, apparition et insistance de tonalités qui ont peu d'impor-\ntance dans la fugue d'école (par exemple fa min., sol. min.], et qui sont\nattribuées aux thèmes principaux ; allongement ou raccourcissement du\nsujet dans les expositions où il devrait se faire entendre intégralement ;\n\n1 On aurait peut-être pu rythmer comme il suit : (Voii Westphal)\n2 Je laisse le choix car cela n'a pas d'influence sur l'ordonnance générale."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.41", "texte": "3^\nS. I. M.\n\nexistence de fragments que rien ne prévoit ou n'explique dans la formule\nconsacrée etc. etc., enfin dans une fugue aussi longue, absence de stretto,\nabsence de pédale !\nIl faut donc bien se rendre à l'évidence : ce n'est pas une cadence,1\nce n'est pas la promenade d'un thème à travers des tonalités désignées à\nl'avance, de nom, d'ordre et d'importance, qui constituent la véritable\nfugue ; la fugue est une pièce musicale fondée avant tout sur le rythme ;\nelle nous apparaît, dans le tableau que nous venons de dresser, comme un\ndrame sonore, formé, si l'on est partisan de telles comparaisons, de tous\nles éléments du drame antique : systèmes anti-strophiques, triades,\nmésodes, monodies, \" paracatalogues \", alternances d'accalmie et d'agita-\ntion etc., et au-dessus de tous ces éléments, la proportion exacte, la\ndisposition précise, régulière, systématique de chacun de ces fragments,\nle nombre présidant et collaborant, jusque dans la grande période pathé-\ntique qui termine la pièce.\nQue Bach ait voulu cette ordonnance ou qu'elle soit fortuite (ce\nqu'on aura de la peine à admettre), peu importe, l'essentiel est que nous\nen déduisions un enseignement, et cet enseignement nous pouvons le\ntraduire par la définition suivante de la fugue :\nC'est une composition DRAMATIQUE de forme et d'esprit ; elle agit\nsur nous par la pénétration du ou des sujets proposés, et cette pénétration\ns'opère par le retour rythmique des systèmes que constituent ces sujets.\nLe choix des tonalités est déterminé par l'action elle-même, et par\nla forme des motifs principaux : ce qui est à observer seulement, c'est\nque leurs apparitions obéissent à une loi rythmique. Egalement à cette\nloi et c'est peut-être là le principe suprême de la fugue obéissent\nles oscillations de la puissance d'émotivité que récèle la trame musicale.\nIl me semble qu'une telle définition, son application pratique, et\n—bien qu'on la qualifie d'exagération la mise en lumière de l'analogie\nde la fugue avec le drame hellénique, sont des faits de nature à ouvrir de\nnouveaux et vastes horizons aux jeunes compositeurs : le vieil art de\n\n1 Quelques techniciens réduisent la fugue à une vaste cadence dont les éléments sont déterminés par les\ntonalités dans lesquelles se développe successivement le sujet. Cette réduction n'offre aucun avantage et ne jette\naucune clarté sur la constitution de la fugue : outre qu'elle ne correspond plus à rien de réel dans la composi-\ntion moderne, ainsi que je l'indiquerai plus loin, elle n'a aucune valeur pour l'étude de la fugue de Bach :\nexpliquer une fugue classique par une cadence, c'est expliquer une toile de Raphaël par la série des pots à\ncouleur qui ont servi à la confectionner. Sonorités et teintes demandent à être étendues et informées : c'est ce\nsquelette de l'œuvre d'art que nous cherchons à découvrir de manière à savoir le reconstituer à notre tour dans\nde belles proportions et à le revêtir à notre manière."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.42", "texte": "LA FUGUE\n39\n\nBach cessera de servir de prétexte'à-des devoirs de concours aussi arides\nqu'inutiles, pour redevenir le puissant moye.\"; d'expression qu'il n'aurait\njamais dû cesser d'être.\nDramatique par la forme, la fugue l'est encore, en effet, par son\norigine : n'est-ce pas la transposition instrumentale en même temps que\nla fusion du motet polyphonique, des poèmes des Minnesânger, de l'anti-\nstrophe psalmodique et du cantique luthérien ? Et ne l'est-elle pas encore\nau temps de sa floraison par son emploi, son adjonctiou à d'autres formes\ndans de vastes compositions ? Les fugues instrumentales qui \" accom-\npagnent \" les masses chorales de certaines cantates de J. S. Bach, et plus\nrécemment telle fugue d'une sonate Beethovénienne, témoignent suffi-\nsamment de la richesse expressive de cette forme, presque incomprise de\nnos jours.\nIl s'agissait, pour sentir le véritable mode d'émotivité de la fugue,\nde sortir du cadre étroit de la tonalité, où l'on veut nous enfermer de\nplus en plus au nom de lois surannées et illusoires : la tonalité ne devient\nun moyen d'expression que par la variété et l'imprévu de ses contrastes ;\nc'est donc faire une véritable erreur d'esthetique, que d assigner, de nos\njours, un ordre rigoureux et soi-disant naturel aux tons reputes voisins\n—et de fixer la limite de leur proximité au 2me degré, alors que le\nsystème chromatique actuellement en usage, admet comme \" voisins\ntous les tons partant de chacun des degres de 1 echelle dodecacorde.\nEncore une fois, la fugue récèle son secret dans sa structure rythmique\net c'est l'intelligence de cette structure qui devrait, par conséquent,\nfaire le fond de l'enseignement de la composition et aussi de l'exécution\ninstrumentale : quelques tentatives personnelles dans ce sens m ont\npermis de constater que des instrumentistes, meme peu instruits, arrivent\nà une rapide compréhension des poèmes du \" clavecin bien tempere\net, qui plus est, sont capables dans une assez large mesure de les \" faiie\ncomprendre \" à des auditeurs non prévenus.\n\nlOn appelle aussi cet ordre, ordre \" logique Quelle est donc cette logique à laquelle se permettent de\ncontrevenir tous les auteurs, Bach en tête, Beethoven, etc. ? De deux choses, 1 une : ou cette logique est\nvéritable, absolue, et nous devons retirer de la circulation les fugues classiques qui présentent des inversions,\nintercalations, répétitions, omissions, etc. dans les entrées successives du sujet fugues nombreuses, comme il\nest facile de s'en rendre compte, et non des moins belles —. Ou cette logique peut être transgressée, et alors les\nlois qu'on en déduit sont sans valeur. La musique a bien sa logique que la logique n a pas, et qu il ne faut\npas aller chercher dans des habitudes musicales relativement récentes et dans un système tonal qui tend sinon à\ndisparaître, du moins à se modifier et s'élargir considérablement. [Voir à ce sujet le précédent article :\n\" Cadences et tonalités. \"]"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.43", "texte": "40\nS. I. M.\n\nA une epoque ou la musicographie, et les connaissances historiques de\nplus en plus complétés, nous permettent enfin de jeter un coup d'œil\nd ensemble sur la \" vie de la musique \" et d'en constater l'évolution, le\nperpétuel devenir, refusera-t-on de parti-pris d'examiner des conclusions\nun peu inattendues ? A tout prendre, ces conclusions ne sont-elles pas\nune forme de 1 évolution tonale, de l'éducation et de l'hérédité\nactuelles de notre oreille, en meme temps qu'une conséquence de la\nperpétuité et de 1 inaltérabilité dun fait : le RYTHME et ne sont-elles\npas, enfin, contenues en suspens dans la suite des œuvres artistiques aussi\nbien même que dans les ouvrages théoriques d'avant-garde ?\nMaigre mon désir de ne pas m'étendre sur ce sujet, je ne puis\nm empecher de conseiller 1 etude minutieuse de la fugue qui constitue\nle final de la sonate op. 106 de Beethoven, celle de l'op. iio du même,\ncelle du \" Préludé choral et Fugue \" de Franck : points de repère d'une\ninappréciable valeur pour qui veut établir et comprendre la genèse et les\nphases de notre mentalité musicale.\nEn dernier lieu je considère à la fois comme utile et comme un\ndevoir de probité, de restituer à quelques techniciens ce que je leur dois\nde mes idées.\nJe dis utile, car si la précédente thèse était isolée, on la pourrait\nconsidérer comme la simple fantaisie d'un musicien désireux d'attirer sur\nlui 1 attention; aussi suis-je heureux de pouvoir établir qu'elle fut précédée,\net qu elle est encore environnée de travaux dont les auteurs sont une\nincontestable garantie de leur haute valeur. C'est d'abord Westphal, qui\nconsacre sa vie a l'étude de la rythmique, découvre la structure de la\nfugue de Bach, dans le \" Clavecin bien tempéré \" et en fait même une\nremarquable édition destinée davantage, je crois, aux exécutants qu'aux\ncompositeurs. C'est ensuite, en France, J. Combarieu qui reprend les\nmemes etudes, et écrit sur la rythmique musicale un ouvrage qui méri-\nterait d etre entre les mains de tous les élèves-compositeurs ; en France\nencore, Vincent d'lndy, s'élève véhémentement contre le fugue d'école ;\nil rappelle son origine dramatique, indique que l'ordre des tonalités n'est\npas rigoureux et laisse espérer une rénovation de cette forme. Malheu-\nreusement ses dires et ceux de son collaborateur ne concordent pas"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.44", "texte": "LA FUGUE\n41\n\ntoujours : on trouve parfois une importance exagérée accordée à \" l'unité\ntonale , a 1 unité du sujet, etc. ; la fugue y est encore réduite à une\ncadence et nulle part nous n'apercevons son plan rythmique, nette-\nment détermine : Sa constitution même semble avoir échappé aux auteurs\ndu Cours de Composition. Enfin nous devons à Ambros, et surtout à Hugo\nRiemann, d avoir véritablement propagé les idées relatives à l'interpré-\ntation rythmique des formes musicales, dans le sens général que je viens\nd indiquer, ce qui n a pu que me confirmer dans ma manière de voir.\nCe rapide expose, et la considération de la structure et de la tonalité\ndes œuvres modernes, montrent que depuis plus d'un quart de siècle, la\npratique de 1 art musical se sépare des anciens préceptes et s'oriente peu à\npeu vers un autre point de l'horizon ; quel est-il ? Nul peut-être ne le\nsaurait dire avec certitude. Aussi Feffort qui aurait pour but d'intro-\nduire dans l'enseignement de la composition un nouveau facteur, celui-là\nimmuable : l'ordonnance rythmique, et d'en faire le pivot de toute\ncréation musicale, devrait-il être considéré comme offrant à la marche un\npeu hésitante de notre esthétique moderne, un appui positif, un ensemble\nde principes acceptables et applicables et l'on aurait tort de juger comme\nrévolutionnaire cette tentative d'édification, qui se joint à tant d'autres, et\ncoordonne peut-être les plus profondes et mystérieuses tendances artisti-\nques de nos races occidentales héritières directes du rythme hellénique.\n\nA. Machabey."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.45", "texte": "LE RETOUR A PARIS\nSuite 1\nMon Père, en chaise de poste et en compagnie de son espèce de\nGendarme (le sieur Cavalier) cheminoit donc vers Paris, l'âme encore\némue par le souvenir des touchants adieux de ses camarades et de ses\namis et surtout souvent troublée par celui de l'état où il avoit laissé la\npauvre Gambilîa, mais les diverses pensées faisoient bientôt place à la\npure et douce émotion que venoit repandre en son cœur l'inéfable\nespérance d'être bientôt dans les bras de sa mère, et d'embrasser toute sa\nfamille. Cette route qui lui sembloit trop courte lorsqu'il s'éloigna d'eux,\nlui paraissoit alors interminable, quoi qu'il fut emporté par des chevaux\nqui, par ordre du Roy, bruloient le pavé. Arrivé à la barrière, son premier\nsoin fut de dire : postillon rue aux fers, vite, vite, rue aux fers, au grand\ngalop ! Un écu de plus pour boire ! Il touche enfin le sol paternel ! dire\nici la joie, les transports qu'excitèrent dans toute la famille ce retour seroit\nimpossible à d'écrire. Il n'est pas d'expressions qui puissent peindre,\nsurtout celle d'un Père, d'une Mère en des moments si doux ! J'en appelle\nà ceux qui, comme moi, ont eu des enfants des enfants2 qui par leurs\n\n1 Voir S. I. M. du 15 janvier et du 15 mars dernier.\n8 L'un de ses enfants était le fils de la célèbre cantatrice Maillard."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.46", "texte": "SOUVENIRS DE H. M. BERTON\n43\n\nvertus, leur amour filial, leurs talents ont fait leur gloire et leur bonheur !\nmais hélas !... trois fois hélas ! ! ! mon père fut plus heureux que moi, il\nest mort et j'existe ! ! ! mais pardon, malgré moi j'anticipe sur les événe-\nments, j'y reviens. Au milieu de cette joie de famille le cher oncle qui\nne perdoit jamais de vue le but des projets qu'il avoit conçu pour le\nbonheur des siens dit :\nMon cher neveu, tu dois bien concevoir que je ne puis rester indifférent à tout ce qui\npeut intéresser ton avenir, or donc, je te dirai qu'après ton escapade je me suis présenté chez\nce digne et brave M. Francœur pour le remercier de tout ce qu'il avoit bien voulu faire pour\ntoi, ma franchise, ma brusquerie même ont paru lui plaire, c'est tout simple, car il y a un\npeu de similitude dans nos caractères, et comme tous deux nous sommes fort braves et\nhonnêtes gens, notre liaison bientôt fut intime, je lui demandai la permission de le tenir au cou-\nrant de toutes tes prouesses dans la ville de Bordeaux, ce fut mon corespondant en ce lieu qui,\ncourrier par courrier, m'instruisoit de tous tes hauts faits; j'en fesai part au cher Francœur,\npuis tout bas à l'oreille il dit à son neveu : Je ne lui ai pas parlé de la petite danseuse cela m'a\nparu tout à fait inutile. Maintenant tu sais le reste, nous allons, avec la permission de ta\nbonne mère, la quitter un instant pour aller rendre nos devoirs à ton nouveau directeur.\nIls furent accueillis par le Directeur avec sa franche et loyale bonté\naccoutumée il dit à mon Père qu'il comptait sur ses talents et sur son\nconciliant caractère pour régénérer son orchestre, qui malheureusement\navoit des parties bien faibles car c'est à cette époque que couroit dans le\nmonde musical cette mauvaise plaisenterie qui disoit que lorsque les\nviolons avoient à exécuter un passage qui les forçoient à démancher sur\nla chanterelle, on étoit obligé de leur crier M. Francœur lui\ndit aussi, que l'usage étoit ordinairement de donner cette place au con-\ncours ; qu'il avoit du le proposer, mais que voyant le nom de\ninscrit sur la liste des concurents, tous les prétendants, d'un commun\naccord, s'étoient tous modestement retirés, qu'en conséquence il entrerait\nde suitte en fonction et qu'il étoit assuré d'avance qu'il la rempliroit à la\nsatisfaction de tout le monde et n'auroit jamais besoin de metre une\nécharpe au bras droit et de conduire avec le gauche.\nA cette époque, le Grand Opéra ne donnoit ses représentations que\ntrois fois par semaine l'été, et quatre fois en hiver; elles étoient ainsi\nfixées : en été, les mardis, les vendredis et les dimanches ; en hyver, les\nmardis, les jeudis, les vendredis et les dimanches. Le vendredi alors,\ncomme il l'est encore aujourd'hui, étoit la représentation d'apparat, la\nreprésentation par excellence.1 Aussi ce fut-il un de ces jours dont le\n\n1 Le vendredi, à l'Opéra, est demeuré le grand jour jusqu'à la Révolution, mais le mardi était particulière-\nment choisi pour les créations et les reprises et le demeura fort longtemps."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.47", "texte": "44\nS. I. M.\n\ndirecteur fit choix pour installer le nouveau maitre dans ses fonctions.\nMon père avoit reçu de la nature toutes les qualités requises pour remplir\navec distinction un tel poste. Un beau physique, un maintien noble et\nmodeste, un sang froid imperturbable, un cœur brûlant, un cœur d'artiste\nenfin ! un goût exquis, la connoissance intime de tous les secrets de l'art\nmusical, tous ces dons réunis firent de lui le plus parfait des maitres de\nmusique. Mais ce qui toujours lui valut le plus d'éloges, est l'art avec\nlequel il savoit se faire oublier du public et lui dérober les fautes du\nthéâtre et de l'orchestre, mérite malheureusement trop rare même chez\nnos plus célèbres conducteurs, car souvent, la conscience de leur vrai\ntalent leur inspire le désir de le faire remarquer au public, sans penser\nque par ce fait ils détruisent toute l'illusion scénique, ils oublient alors\nqu'un bon chef d'orchestre, doit être comme un pilote habile qui, au fort\nde la tempête, fait agir son gouvernail sans par ses cris avertir du danger\nles passagers et les conduire au port.\nLa confiance du directeur en mon Père s'accroissoit de jour en jour,\nil sut en profiter pour faire augmenter et améliorer son orchestre. Quant\naux instruments à vent, il ne pouvoit malgré son désir y penser, car le\npeu qu'alors nous en avions en France, étoit d'une faiblesse désespérante1\nsurtout fort peu musicien, défaut qui s'est perpétué assez longtemps chez\nles artistes en ce genre et qui n'a commencé à disparoitre, que depuis la\ncréation de notre célèbre conservatoire de musique ; avant cette création\nnous étions presque toujours obligés de mettre l'Allemagne à contribution\npour avoir les artistes et les instruments de cette espèce, un seul abon-\ndoient dans l'orchestre, c'étoit le hautbois, il y en avoit huit, j'ai même\nje le crois entendu dire qu'il fut un temps où ce nombre étoit porté\njusques à 12.2 Le hautbois étoit dès longtemps un instrument employé de\nprédilection dans toutes les circonstances, où dans le 17e siècle, on vouloit\nfaire de la musique. Aussi le grand Corneille, dans sa comédie du Menteur,\nlorsque Dorante fait le récit de la prétendue fête qu'il a donnée à sa\nprétendue maîtresse, n'oublie pas de faire figurer le hautbois dans la liste\ndes instruments qu'il avoit employés dans l'orchestre de son concert. Il\ndit à Cliton :\n...Je vais tout vous conter.\nTavois pris cinq bateaux pour mieux ajuster,\n\n1 Cela est vrai, et jusqu à 1 arrivée de Gluck, il était difficile d'obtenir de bons résultats.\n* Je nai point trouvé trace qu'il y eut jamais 12 hautbois à l'Opéra, dans l'ancienne formation de\nl'orchestre. Il y en avait huit."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.48", "texte": "SOUVENIRS DE H. M. BERTON\n45\n\nLes quatre contenoient quatre chceurs de musique\nCapables de charmer les plus mélancoliques :\nAu premier violons, en F autre,\nDe flûtes, au troisième d 1\nMon Père les réduisit à une somme proportionelle au reste de son\norchestre, c'est à dire à deux. Le nombre des instruments de cuivre alors\nétoit presque réduit à zéro, ce qui comme on le sait et\nn'est pas de même aujourd'hui. J'ai dit zéro, car pour lors on n'avait\nproprement parlant, que des trombes de chasse qui ne pouvoient exécuter\nfacilement que dans les tons d'Ut de mi naturel et surtout dans leur ton\nfavori, celui de ré ztn'y faisoit jamais entendre que la la\net leurs répliques à l'octave. Quelques fois on hasardoit de leur faire\ndonner la sur tonique ou second degré, mais ces passages étoient réservés\npour les virtuoses.2 Les timballeset les avoient pour interprètes,\ndeux musiciens attachés au corps Royal des Mousquetaires MM. CarafFe\nfrères, aussi quand ils étoient de service chez le Roi, l'orchestre de l'opéra\nmarchoit souvent sans timballes ni trompettes, car leurs supléans étoient\nsi faibles qu'on n'osoit guère les employer. J'ai prononcé le nom de\nCarafFe, je crois devoir citer un fait qui honore l'ainé des deux frères, le\ntimballier. Lorsque la maison du Roi donna dans la célèbre bataille de\nFontenoy, le corps de mousquetaires fut un des premiers à prendre part\nà l'action, CarafFe à cheval et blousant ses timballes fut emporté par son\ncheval vers un escadron hongrois, il ne fut qu'un moment prisonnier, car\nil fut aussitôt délivré par les siens, mais ô douleur, ô honte ! on lui a pris\nles tabliers de ses timballes, le désespoir dans le cœur, la rage dans l'âme\nil arme son bras d'un pistolet, son épée entre ses dents, pique des deux\nvers l'ennemi, quelques camarades le suivent et comme un trait de foudre\nils s'élancent sur l'escadron hongrois, l'enfoncent, le culbutent, et lui,\nrejoignant son ravisseur, d'une main ferme et hardie le désarçonne, le\ndésarme, et revient triomphant, déposer sur la littiaire du maréchal de\nSaxe, ses tabliers aux armes de France. Louis XV instruit de cette action\nde bravoure, lui fit une pension sur sa cassette. J'ai beaucoup connu son\nfils, il fut un de mes camarades d'enfance et devint mon intime ami. Son\n\n1 La citation, comme on le voit, est tronquée en certains vers, mais je n'ai rien voulu changer au texte de\nBerton.\n2 Cette transformation de l'orchestre due à Pierre Berton est des plus intéressantes et correspond en effet\naux documents des Archives de l'Opéra."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.49", "texte": "46\nS. I. M.\n\nnom dans les arts est en honneur, il fut un peintre d'histoire fort distingué\nmais surtout un de nos dessinateurs les plus habiles, c'est d'après ses\nœuvres en ce genre, que la gravure nous a transmis ces pensées gracieuses\net philosophiques, telles que Vamour f\nF homme jus qu'au tombeau, etc. etc. Malheureusement sa renommée parvint\njusques à St. Pétersbourg, il fut appellé par la Czarine pour y peindre les\ntableaux dont elle vouloit orner son palais de l'hermitage. Il resta six ans\nen Russie, mais hélas le mauvais état de sa santé l'obligea de revenir en\nFrance, l'air natal ne put opérer aucun changement dans l'affection\nlaringuiste dont il étoit atteint ; au bout de deux années il succombât\nsous l'influence du même mal qui a privé réçament la France d'un de ses\ncompositeurs les plus gracieux, les plus fécondement habiles, enfin notre\nregrettable confrère Boyeldieu : déstestable impitoyable sol de la Russie,\nquand cessera tu donc par ton insalubre influence, de moissoner les\nreprésentants de toutes nos gloires : mais abandonnons le 6ome degré\nde longitude pour nous occuper sous le 48me de notre cher Opéra\nde Paris.\nDE L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE\nET DU COMMENCEMENT DE LA RÉVOLUTION\nMUSICALE EN FRANCE\nL'Académie Royale de Musique vulgairement appellée Grand Opéra\nest une des créations du grand siècle ! son organisation porte l'empreinte\ndu grandiose qui présidoient à toutes les conceptions de cette epoque.\nAussi c'est en en parlant, que Voltaire a dit :\nIl faut se rendre a ce p\nou les beaux Vers, la D\nF art de tromper les yeux\nF art plus heureux de s\nde cent plaisirs font un p\nSi par la longévité des œuvres des hommes on peut apprécier le mérité\nde leur conception, certes celle qui présida à la fondation de notre grand\nOpéra fut (artistiquement parlant) une chose admirable ; car c'est en\n1646 que le cardinal <£Mazarinfit inaugurer ce temple des beaux arts."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.50", "texte": "SOUVENIRS DE H. M. BERTON\n47\n\nNous sommes en 1837, et malgré les changements de gouvernement, la\ntempètte révolutionnaire, l'impéritie de certains directeurs, ce mouve-\nment national, ce mouvement unique est encore debout !! ! et plus\nbrillant que jamais après 191 ans d'existence.\nVainement les souverains étrangers ont tenté de créer des théâtres\nsemblables dans leurs états, malgré leur puissance, leur or, les copies sont\ntoujours restees en dessous du modèle, quelques parties souvent y ont été\négales, mais jamais dans aucun de ces théâtres on a pu parvenir à atteindre\ncette perfection, cet accord de chacune des parties, dont en France se\ncompose ce grand tout qui lui en assure la suprématie dont il jouit à\njuste titre dans l'opinion de toute l'Europe civilisée ; aussi l'existence de\nnotre Académie Royale de musique fut-elle considérée par tous les gou-\nvernements qui ont régi la France depuis la fondation de cet établisse-\nment, comme une chose d'intérêt publique non seulement sous ses rapports\nde gloire artistique mais encore dans ceux de son influence politique et\ncommerciale,1 car il est notoire que presque tous les étrangers qui forment\nle projet de visiter dans leurs voyages notre belle France et surtout Paris,\nn'y soyent attirés par le désire de connoitre tous les mouvements de\nsciences et d'arts que renferme cette illustre cité et l'on peut affirmer que\nnotre Grand Opéra, est pour beaucoup dans l'attrait irrésistible qui leur\nfait y prolonger leur séjour. Aussi toutes les fois que le trésor royal se\ntrouvoit dans l'impossibilité de subvenir aux frais énormes et indispensables\nqu'exigent la nature de cet établissement tout le corps de ville s'est-il\nempressé de prendre l'opéra à son compte, sachant combien le commerce\nde la ville de Paris et même, quoiqu'en aient voulu dire certains écono-\nmistes, celui des provinces acquéroient de prospérité par le mouvement\nincessant des capitaux que le luxe nécessaire des représentations faisoient\nverser dans le commerce.2 Cette vérité a été reconnue par tous nos rois\net même la Convention ! cette terrible convention dont la fièvre de nivel-\nlement, de destruction s'étoit emparé n'a pu s'empêcher de respecter\nl'œuvre de Louis XIV, elle s'est seulement contenté de suprimer le titre\n& Académie Royale de éMusique et de la remplacer par celui de Théâtre des\n\n1 C'est assurément de cette influence dont Gluck entendoit parler lorsque dans l'épitre dédicatoire\nd'lphigénie en Aulide il dit au Roi Louis XV. : Sire à l'exemple des Périclls, des Augustes, des Louis XIV, votre\nmajesté (Note de Henri Berton),\n2 L'exagération est violente. Certes l'opéra offrait un gros attrait, surtout en ce qui concernait la choré-\ngraphie, mais au point de vue commercial, l'Opéra n'eut jamais beaucoup d'influence au XVIIIe siècle, car le\nluxe des représentations était modeste. Et lorsque la Ville administra l'Opéra, c'est qu'elle y fut contrainte, sans\nréussir d'ailleurs à lui faire produire des bénéfices."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.51", "texte": "4-8\nS. I. M.\n\narts. Si elle n'avoit jamais fait plus de mal nous ne prononcerions pas son\nnom avec un souvenir d'effroy, et consentirions peut-être à écouter l'éloge\nde certains membres de cette assemblée, qui par leurs talens, leur énergi-\nque patriotisme ont puissament contribués à purger le sol français de la\nprésence des armées étrangères.... mais.... mais.... hélas, je m'arètte je\nne suis qu'un artiste.... il me siéroit donc fort mal de parler politique et\nrévolution. Car je n'entends rien à la première, crains la seconde et redoute\nsa sœur,1 ce qui fait, cher lecteur, que je retourne à mon cher opéra.\nJ'ai déjà dit que mon Père prit possession de la place de maître de\nmusique chef d'orchestre à l'Académie Royale de Musique sous la\ndirection de M. Francœur : c'étoit en l'année 1757.2 Comme mon Père\nétoit né en 1727 il avoit donc 30 ans à cette époque. Son directeur qui\nconnoissoit son gout épuré et son savoir dans l'art de la composition\nmusicale le chargeât de retoucher presque tous les anciens opéras que\nl'on remettoient en scène. Les progrès qu'il avoit fait faire dans l'exécu-\ntion, tant aux instrumentistes qu'aux chanteurs, permettoient de faire\nquelque tentative pour aisseyer de tirrer la musique française de l'ornière\ndans laquelle on l'avoit embourbée par l'usage incessant d'une insipide\npsalmodie qui n etoit ni du chant ni du récitatif, non comme celui de\nl'ingénieux Lully ! qui par la simplice de ses formes, sa vérité scénique,\nla religieuse observance des lois de la prosodie pouroit encore maintenant\nservir de modèle en ce genre, mais par un prétendu récitatif contraint et\npresque mesuré tantôt à 2 à 3 ou à 4 temps et toujours orné de fioritures\nde l'époque, flutés, perlés, trilles, port de voix etc, etc. Ce mauvais goût\nsiégeait alors à notre grand Opéra, ces sujets étoient d'autant plus\nblâmables dans l'entêtement de leur st qu'ils ne pouvoient ignorer\nle pouvoir qu'a toujours eu sur la masse, une mélodie suivie, accentuée\net véritablement chantante, une riche harmonie et surtout un rythme\nconstant et bien aproprié aux sentiments, aux passions que l'on veut\nexprimer. La mélodie, F harmonie, et le rythme sont donc en musique une\ntrinité indivisible et ce n'est qu'en en faisant un judicieux employ, que\nle génie de nos grands compositeurs sut lui faire prendre rang parmi les\nbeaux arts.3 Pourtant nos rétrogrades n'ignoroient pas entièrement les\n\n1 L'énigmatique conteur veut parler sans doute de la guillotine.\n2 Cette date est controuvée par les dires antérieurs de Berton et par les biographes autorisés. Si Pierre\nBerton remplaça Boyer mort en 1755, il avait 28 ans et non 30, à son retour à Paris.\n3 Cette critique semble s'adresser à Rameau et à ses continuateurs, mais il faut la regarder comme une\nopinion personnelle, car Pierre Berton admirait fort Rameau et comme directeur, il s'employa toujours à\nremettre à la scène les principaux ouvrages de l'illustre maître de la musique française."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.52", "texte": "Mme Pierre-M. Berton\nPastel appartenant à M. Berton."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.53", "texte": "Pierre-M. Berton\nBuste appartenant à M. Berton."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.54", "texte": "SOUVENIRS DE H. M. BERTON\n4-Q\n\neffets que lon pouvoit obtenir par l'usage de ces moyens, car on en\ntrouve quelquefois des exemples dans leurs œuvres, mais ce n'est jamais\nque dans les parties accessoires du drame, c'est à dire dans les airs de\ndanse, dans ce qu on appellait les petits airs toujours chantés par les\ncoryphées ou bien dans les chœurs et dans Les situations les\nplus vives, les plus touchantes, les plus pathétiques, étoient le domaine\nexclusif de leur froid et lourd récitatif ; c'est assurément de cette insipide\npsalmodie dont J. J. a voulu parler, lorsqu'il dit, que Vallure de la musique\nfrançoise lui sembloit être celle d'une vache qui voudroit galopper.\nLe besoin des améliorations se fesoit d'autant plus sentir que déjà\nl'on connoissoit en France, le Stabat de Pergolese et sa Serva Padrona\nopéra écrit en 1734 ainsi que les belles compositions, des Handel, des\nLéo, des Hasse, des Durante, des Scarlati, du célèbre Jomelli et de tant\nd'autres illustres maîtres dont les œuvres fesoient l'ornement des biblio-\nthèques musicales, de toutes les personnes douées de cet instinct qui fait\napprécier les véritables beautés de cet art magique.\nMon Père étoit possesseur d'une grande partie de ces chefs d'œuvre\nen manuscrits, cadeaux que lui avoit fait deux illustres amateurs de\nmusique, le Comte de Lauragnais et le Comte d'Albaret. Comme il chan-\ntoit fort bien, c'est à dire en compositeur, et qu'il accompagnoit encore\nmieux, il se plaisoit souvent à dire dans les cercles d'amateurs une grande\npartie des œuvres de ces lAristotesde ces de la véritable musique,\nà en analyser la beauté et à en faire apprécier tous les mérites.\nSi les philosophes du 18e siècle ont sçu par leurs écrits préparer\nles esprits aux idées qui ont amené la réforme sociale et notre grande\nRévolution ! je puis dire avec orgueil que je suis fils d'un homme qui\npar son savoir et la pureté de son goût, sut aussi préparer les esprits à\nnotre révolution musicale et lui forgea des armes pour l'aider à triompher\nlorsque son heure seroit venue.1 Ce fut en 1776, le 18 avril que l'on\nreprésenta pour la première fois l'lphigénie en Aulide de Gluck, et c'est\nde ces jours de triomphe harmonique que l'on doit compter l'ère de\ncette grande révolution artistique, c'est à dire 13 ans avant celle de 1789.\nElle n'a pas fait répandre autant de larmes que cette dernière, mais elle\na, ainsi qu'elle, donné naissance à de vives discussions, à une polémique\n\n1 Encore une fois, cette affirmation est fausse. Pierre Berton était foncièrement lulliste et ramiste, de par\nson éducation musicale et lorsqu'il devint Gluckiste, c'est parce que sa situation l'y obligea et que son goût se\ntransforma sous l'influence du génie allemand.\n4"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.55", "texte": "5°\nS. I. M.\n\nacerbe, à des disputes passionnées et même à une malédiction paternelle ! ! !\ncar un certain M. de Gouges, président au parlement de Toulouse, a\nd'hésérité son fils par ce qu'il étoit l'un des séides les plus passionés du\nGluckisme. Le fait est constant et je puis l'affirmer, car bien jeune encore\nétant après le diner dans le salon, j'entendis raconter ce fait par l'exilé\nlui-même.\nAlors son Père avoit cessé d'exister et ce malheur lui avoit rendu la\nliberté mais non sa fortune ; il revenoit d'Egipte où il avoit, dans la ville\ndu Caire, été forcé pour tacher d'exister, de faire le métier de maitre d'un\ncafé. A la fin de son récit, Gluck tout ému l'étreignit dans ses bras avec\néfusion et lui dit : bon jeune homme, il faut plaider et rentrer dans vos\nbiens; il vous faut un avocat, et bien c'est moi qui veut l'être, j'ai bien\nsu dans mon Orphée attendrir et toucher les sujets de Pluton ; je saurai\nbien pour une si belle cause attendrir et toucher les supots de Thémis.\nToute la société applaudit à ce beau mouvement et mon Père de suitteen\nremettant un papier à Gluck lui dit : Je prie l'illustre maitre de vouloir\nbien offrir en son nom à M. de Gouges, ce titre d'une Grande Entrée à\nl'Académie Royale de Musique. Gluck en la lui offrant lui dit avec sa\nchaleur et son énergie accoutumée: Oui je vais aller avec mon ami Berton\nme jeter aux pieds de mon auguste Ecolière, nous lui racontrons tout,\nnous la suplirons d'intercéder pour vous près du grand chancelier, elle\nest si bonne, ma chère Marie-Antoinette, votre souveraine, ma chère\nélève, oui, oui, j'en ai l'assurance, vous gagnerez votre cause et nous\nserons tous heureux. L'illustre maitre ne s'étoit pas trompé; la Reine prit\nun vif intérêt à l'affaire et M. de Gouges fut réintégré dans tous ses\nbiens, dans l'année. L'un des premiers employ qu'il en fit, fut de faire de\nmagnifiques cadeaux à tous les premiers artistes qui avoient figurés dans\nIphigénie et de louer à l'année une loge à l'Opéra qu'il ne manquât\nd'occuper jusqu'au dernier jour de sa vie, mais qu'il avoit toujours eu\nsoin de laisser vuide lorsque l'on ne représentoient pas l'un des chefs\nd'oeuvre du Père de la tragédie lyrique.\nMon Père, ainsi que l'on vient de le voir, par ses talens admini-\nstratifs, et le mérite de ses diverses productions, prit une part active dans\nle mouvement qui fit crouler le gothique système de notre prétendue\nmusique française.\nPour parler convenablement de ses œuvres diverses et éviter d'être\ntaxé d'une partialité filliale, je crois ne pouvoir mieux faire que de ren-"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.56", "texte": "SOUVENIRS DE H. M. BERTON\n5 1\n\nvoyer à ce qu'ont dit Choron et Fayol dans leur dictionnaire des musiciens\nainsi que les articles des mémoires de Bachaumont ou son nom est cite.\nJe crois cependant que Choron a été mal informé en disant que mon\nPère avoit composé pour la remise en scène de l'opéra de sa célè-\nbre Chaconne, car j'ai toujours entendu dire que c'étoit pour l'lphigénie de\nCampra et Desmaret qu'il l'avoit faite, et ce que dit semble\nvenir à l'appui de mon assersion.1 J'ai le bonheur d'être possesseur du\nmanuscrit autaugraphe de cette chaconne, le plan général de ce morceau\nest largement conçu, le motif principal en est noble et élégant, les\nopositions y sont bien entendues et variées avec art, l'instrumentation y\nest traitée d'une manière surprenante pour l'époque, mais ce qui est\nencore plus surprenant est la stretta, car c'est, n'en déplaise à tous les\nmaitres passés, présents et futurs, un véritable et beau crescendo, le\npremier que l'on ai jamais entendu et qui a été le type de tous ceux\nqu'on a composé depuis.\nCette chaconne acquit alors une si grande célébrité que le roi\nLouis XFy lui-même lorsqu'il vouloit adresser la parole à mon Père, ne\nl'interpelloit jamais par son nom, mais bien par celui de Monsieur de la\nChaconne.\nDans les entractes dramatiques, dans les concerts publiques et dans\nceux d'amateurs, dans les sérénades, ennn ainsi que de nos jours lon a\nen pareilles circonstances toujours exécuté la belle ouverture du Jeune\nHenry, de notre illustre confrère Méhul, la Chaconne de Berton étoit\ndevenue le Paladium des symphonistes.\nCe morceau fut composé en 1762 et 27 ans après, en 1789, le\ncélèbre Viotti alors directeur de Vopéraßuffa Feydeau, voulant\nselon les usages du tems donner le jour de Pâques un\nme demanda la partition de la Chaconne de mon père; il la fit exécuter\navec le plus grand soin, et quoiqu'en compagnie de l'une des belles\nsymphonies de l'immortel Haydn et d'une des plus renommées de\nl'illustre maitre Gossec, malgré ce voisinage et 1 antériorité de sa con-\nception, ce morceau eut un succès complet et vint prouver encore qu en\nfait de productions dans les Beaux-Arts, le vrai beau le toujours.\nVers la fin de l'année 1766, mon Père fut nommé directeur de\nl'Opéra ; et c'est aussi vers la fin de cette même année que je vis le jour\n\n1 Le doute subsiste au sujet de cette Chaconne. Jusqu'ici tous les biographes l'ont appliqué a Dard anus."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.57", "texte": "52\nS. I. M.\n\ncar je suis né le 17 de ybre de l'an 1766.1 D'après la similitude des dates;\nde ce double événement les tireurs d'oroscopes du temps, auroient peut-\nêtre pu prédire que le fils du directeur de l'Académie royale de musique,\nd'un compositeur aussi distingué, ne pouvoit infailliblement que marcher\nsur les traces de son illustre Père. Il ne m'appartient pas de juger la ques-\ntion, c'est au public à prononcer.\n\n1 H y a là deux erreurs manifestes ou plutôt deux lapsus. Pierre Berton fut nommé directeur de l'Opéra\nle 6 février 1767, ainsi qu'en témoignent les Archives de l'Opéra et c'est en cette même année que le narrateur\nvit le jour. Il avait 16 ans lorsqu'il se mit en ménage avec la célèbre Mlle Maillard, d'un an plus âgée que lui,\net il fut père l'année suivante. Chose curieuse, dans une lettre qu'il écrivait à Edouard Monnais, il se disait\nâgé de 75 ans, en 1841. Il se serait donc toujours volontairement vieilli d'une année."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.58", "texte": "THOMAS SAN-GALLI (Dr. Wolfgang A.).\nDie Unsterbliche Geliebte. (Muenchen. Wunderhorn Verlag in-8°\nde 119. pp. Mk 2,50).\nC'est encore le même problème qui préoccupe M. Thomas\nSan-Galli et le détermine à une enquête minutieuse faite aux\nbains de Teplitz, ou Beethoven vint se soigner en 1811. M. T.\nS.-G. avait déjà en 1909. dans un ouvrage paru à Halle, présenté\nses vues et résumé l'état de la question. Pour lui la bienaimee est\nAmalia Seebald et il s'efforce de nous montrer Beethoven à\nTeplitz s'éprenant pour elle d'une passion malheureuse. Le lecteur\nsortira sinon convaincu, du moins très séduit par l'ensemble de la\ndocumentation habilement présentée dans cette brochure, luxueuse\net ingénieuse.\nWAGNER (R.). Haertel,\nherausgegeben von W. ALTMANN (Breitkopf 1911 in-8 de\n239 pp. Mk 6.)\nLe 5 août 1831 un jeune homme qui signait\nJVagner stud. mus.écrivait à la maison Breitkopf et Haertel pour\nse proposer comme correcteur d'épreuves de musique. Il ajoutait .\n\"je considérerai comme un honneur de pouvoir vous offrir mes services a des P inférieurs\naux prix habituels. Ponctualité et correction seront toujours 1 objet de mes effoits.\nLe 20 Juin 1874, le même écrivait aux mêmes: \" Messieurs. Vous parlez d une édition on\nmarché de la partition piano et chant de Lohengrin, destinée à permettre à cet ouvrage de faire\nson chemin et par conséquent, selon vous, assurée de mon approbation. Voila encore vraiment\nune proposition intéressante ! Je croyais vous avoir assuré au contraire que Lohengrin a mon\navis avait suffisamment fait ses preuves pour être traité convenablement, non seulement dans\nsa partition piano et chant mais aussi dans sa partition d'orchestre, et cela de la part e ses\néditeurs. Je vois combien je me trompe en beaucoup de choses et je n'en persiste pas moins\ndans mes erreurs.\" ,\nLe ton a changé en quarante cinq ans, l'homme aussi, et les circonstances. L ancien\nstud. mus.touche maintenant àla gloire définitive. C'est lui qui parle en maure.\nEntre ces deux dates extrêmes toute une volumineuse correspondance s'est échangée entre\nla haute et puissante maison de Leipzig et le musicien bouillant, tenace, toujours proposant,\ndiscutant, faisant des plans, bataillant pour sauver ses convictions et gagner sa vie. Rien e\ncurieux chez Wagner comme ce mélange d'enthousiasme artistique et de froid calcul, qui lui\npermet d'imposer à la fois ses doctrines révolutionnaires et des prétentions d'auteur sans\nfortune. On a souvent reproché à W. ses exigeances d'argent, qui le rendent parfois queman-"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.59", "texte": "54\nS. I. M.\n\ndeur. Mais on ne fait pas réflexion à l'énorme effort, à la prodigieuse consommation de forces\nvives qui ont été nécessaires pour mettre sur pied un Tristan ou une Tétralogie. Oui, il y a\nquelque chose de dévorant dans l'activité wagnérienne, que nous ne pouvons mesurer à la\nfaçon d'un bourgeois qui équilibre son budget. Il faut que tout cède devant une tâche comme\ncelle que l'Esprit de la musique avait imposé à Wagner. On ne saurait parler ici d'égoïsme,\npuisque l'argent englouti dans cette fournaise nous a valu d'immortels chefs-d'œuvre.\nMais l'éditeur de 1850, ne voyait pas les choses comme nous les voyons aujourd'hui, où\nl'expérience a réussi, et où le capital engagé par l'humanité dans l'affaire Wagner a donné un\nsuperbe dividende. Les Breitkopf se demandaient avec anxiété où les mènerait toute cette tur-\nbulence, qui avait ses partisans, mais aussi ses adversaires acharnés et ses résistances officielles.\nAussi dans ce volume de lettres qui se lisent comme un roman, voit-on les chefs de la maison\nBreitkopf employer à l'égard d'un auteur, qu'ils veulent ménager, les procédés de courtoisie, et\nde diplomatie enveloppante qui sont de tradition dans cette imposante maison et que le très\naimable conseiller O. von Hase manie encore si bien aujourd'hui. Wagner a beau se cabrer,\nbombarder son éditeur de propositions alléchantes, de projets tentants, les Breitkopf l'entourent\nde lettres flatteuses qui résistent, tout en ayant l'air de céder. Ils cédèrent pourtant, pour\nLohengrin et pour Tristan, mais ils reculèrent devant la Tétralogie, un gros morceau pour la\nla librairie de 1856 !\nTous ces débats, où les questions d'affaires se mêlent aux plus hauts intérêts de l'art ont\nun grand attrait. Il faut remercier le Professeur Altmann de les avoir mis au jour et de nous\npromettre encore deux autres volumes qui comprendront la correspondance avec B. Schott's\nSoehne et divers éditeurs. J. E.\nPOUGIN (Arthur). Histoire d**une cantatrice. Marie Malibran (Pion. 1911. in-l2° de\n284 pp. 3,50). Musiciens du XIXe siècle Fischbacher 1911 ini2° de 280 pp. 3#50)*\nVoici deux livres de ce même auteur infatigable et auquel la musicologie française doit\nune bonne part de son activité. M. Pougin n'a cessé depuis cinquante ans de défendre auprès\ndu public la cause de l'histoire musicale, et le droit du document. Entre Fétis et la jeune\ngénération il représente une étape courageusement franchie.\nLa Malibran offrait à un homme qui connait si bien son XIXe siècle musical un sujet\ndramatique et piquant. Rien n'est plus romanesque et plus romantique que cette suite d'inci-\ndents qui commencent avec le vieil Espagnol Garcia, et se terminent paisiblement dans la gloire\nde Mme Viardot, laissant place pour les péripéties de Marie Malibran. Cette histoire agitée, qui\nfait songer à une poésie de Musset illustré par Goya, est contée simplement par M. Pougin,\navec de nombreux documents, une style aisé, un parfait souci de l'objectivité. Chose toujours\nprécieuse, l'appareil critique des notes est important. Un appendice bibliographique complète le\ntout. J'aurais peut-être désiré un index des noms ! Mais il faut savoir se borner.\nLe second ouvrage de M. Pougin est beaucoup moins historique, au sens précis de ce mot,\net il appartient très manifestement à la critique ardente qui cherche la polémique. Ceci ne\nl'empêche pas de nous apporter des faits nouveaux, des remarques judicieuses et des apprécia-\ntions utiles sur Auber, Rossini, Donizetti, A. Thomas, Verdi, Gounod, V. Massé, Reyer,\nDelibes, tous musiciens dont le souvenir flotte un peu devant nos mémoires indécises, et dont\nM. Pougin voudrait ranimer le culte parmi nous.\nMais que d'amertume, mon cher confrère, dans votre préface vengeresse ? Et vraiment la\nquerelle des Anciens et des Modernes doit elle renaître en musique ? N'est ce pas au contraire\nle rôle de l'histoire de réduire à rien ces questions de préséance, qui sont, au fond, des questions\nde sentiment ? Opposer un goût à un autre goût c'est faire une œuvre vaine et dangereuse."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.60", "texte": "LES LIVRES\n\n55\n\nL'autorité de nos grands pontifes de la critique musicale, que vous raillez finement, trouve\nprécisément dans votre attitude le moyen de s'affermir. Le dogmatisme est engendré par le\ndogmatisme. Le jour où chacun de nous sera persuadé que son goût ne vaut que pour lui-\nmême et pour ceux qui sentent comme lui, le dogmatisme parlera dans le désert et se fera\nmoquer de lui. Ce qui commence à arriver. Mais si vous opposez les 1300 représentations de\nMignon aux 13 représentations de Fervaal, pour en conclure que l'œuvre de Thomas est\nartistiquement supérieure à celle de Vincent d'Indy, vous ne faites qu'envenimer les choses.\nLe sentiment individuel est si loin de la statistique ! En somme, le rôle de l'historien contre la\ncritique dogmatique devrait être de saper peu à peu cette notion de l'absolu en matière de\nbeauté musicale, et de lui substituer dans l'esprit de tous la notion claire et honnête de la rela-\ntivité des goûts. L'absolutisme, la conviction, la foi, sont des nécessités pour l'artiste créateur,\nmais de simples tyrannies chez le critique, et des tyrannies dont le lecteur est las. Le meilleur\nantiseptique contre ce microbe de l'absolu c'est encore la science, qui constate, sans prendre\nparti ; mais est-elle applicable dans un art aussi excitant que la musique ? Sera-t-il jamais pos-\nsible d'examiner librement les faits de la musique comme ceux de la minéralogie ou de la\nbotanique ? J'en doute. Car, en fin de compte, nos critiques, et M. Pougin lui-même, sont des\ncombatifs, qui luttent non pas pour connaître (hélas!), pour savoir (grands dieux!), mais pour\nfaire triompher certaines mentalités, certaines tendances d'âme, dont telle ou telle musique\nleur semble la meilleure expression. Alors ! J. E.\nREY-PAILHADE (E. de). Essai sur la musique et Vexpression musicale. Les instruments de\nmusique anciens et modernes, (grand in 80 de 161 pages. Paris Fischbacher).\nDans l'avant propos de ce livre, l'auteur s'exprime ainsi : u L'étude d'histoire qui fait\nl'objet de cette publication ne s'adresse ni aux gens de métier à qui elle ne pourrait être\nd'aucune utilité réelle, ni aux hommes de science qui auraient le droit d'exiger sur ce sujet un\ntravail plus approfondi et plus complet. Elle ne peut convenir qu'aux gens du monde qui se\ncontentent d'idées générales sur les objets de leur connaissance, et que rebutent autant la\nsécheresse de détails trop techniques que la fatigue qu'imposent à l'esprit les questions scienti-\nfiques trop longuement traitées.\nCes termes indiquent excellemment le but que s'est proposé M. de Rey-Pailhade en\npubliant ce bel ouvrage, édité avec goût, et enrichi de nombreuses et utiles illustrations. Sa\npublication répond à un besoin réel, et les amateurs de musique y trouveront, condensées sous\nune forme agréable, les connaissances nécessaires à quiconque s'intéresse à l'art musical..\nL. G.\n\nLIVRES REÇUS\n\nGOY (G.). Hommes et choses du P.L.M.(Paris, Dewambez, 1911 ; in-8° de\n160 pp.)\nAUBRY (Pierre). nécrologique sur Pierre Aubry, ornée d'un portrait en\nhéliogravure, et d'une bibliographie de ses œuvres. (Pion, iç11* in-40 de 40 pp. Non mis\ndans le commerce).\nBORREN (van den). L'Ecole moderne de musique française. La musique Belge\nmoderne. La musique de chambre en Allemagne. Trois causeries faites a l Académie de musique\nde Bruxelles par M.M. Lesbroussart, van de Borren et Systermans. (Bruxelles, Ed. de l'Art\nModerne, 1911, in-160 de 60 pp.)."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.61", "texte": "56\nS. I. M.\n\nBROUSSET (Jules). Le Grand orgue,\ncathédrale St. Louis de Blois.(Etampes, Lecesne. 1907 in-120 de 80 pp.).\nid. J. Bindernagel(l77l-1807) (Blois, Migault et Cie 1908 in-120 de 8 pp.).\nid. Antoine ponchard, maître de musique à l'Ecole de Pont-Levoy, (1758-1827)\n(Blois, Ibid. 1907 in-12° de 15 pp.)\nSTAINER (John). La musique dans ses rapports avec Fintelligence et les émotions.\nTraduction française par Louis PENNEQUIN (Paris, Falque 1911 in-8° de 56 pp. Frs. 2).\nSTREATFIELD (R.A.). Musique et musiciens modernes. Traduction française de\nLouis PENNEQUIN (Paris, Ibid. 1910 in-8° de 104 pp. Frs. 3,50).\nMAYRHOFER (Robert). Der Kunstklang. Bd. I Das Problem der Durdiatonik.\n(Lpz. Wien., Universal-Edition 1910 in-8° de 256 pp.).\nKRAUS (Alessandro). Italianità delVinventione del pedale... (Firenze 1911 in-8°\nde 4 pp.)\nFESTSCHRIFT zum9o geburstage S. Breitkopf 1910\nin-40 de 464 l2).\nDUPRE (Dr E.) et NATHAN (Dr M.) Le langage musical préface de Ch. MAL-\nHERBE. (Paris, Alcan 1911 in-8° de 195 pp. Frs. 3.50).\nSCHOLZ. (Hans).— J. S. Cousser.lnaugural-Dissertation... (Lpz. Rôder. 1911\nin-8° de 244 pp.).\nLES ORIGINES DE CHOPIN. Une polémique dont nos lecteurs ont certainement\nentendu l'écho, s'est élevée dernièrement au sujet de la nationalité polonaise de Chopin,\nexaltée dans un récent discours de Paderewski, contestée par un article de M. de Bertha, et\naffirmée par M. Landowski dans une rectification du Mercure de France. On sait que Chop,\nl'ancêtre de Chopin vint s'établir à Nancy à la suite du roi Stanislas et prit le nom de Chopin.\nMais cette question n'a jamais été présentée avec des textes probants à l'appui. Notre confrère\nM. Landowski se livre en ce moment à des recherches d'archives, sur place, et nos lecteurs\nauront bientôt l'avantage d'apprendre la vérité sur les Chopin nancéens et leur séjour\nparmi nous.\nNous avons reçu de notre collègue M. de Bertha la lettre suivante que nous nous\nempressons d'insérer.\nMessieurs,\nVous avez publié un article de M. Machabey, écrit avec le ton de\nla plus entière conviction et qui résume en effet la doctrine qui tend à\nprédominer dans l'art musical moderne. Je crois qu'on ne saurait trop\nmettre en garde les musiciens contre la désinvolture avec laquelle\nM.M. traite notre grammaire et notre syntaxe musicales. Dans toutes les\nlangues il y a une structure nécessaire contre laquelle rien ne prévaut.\nTelle est notre tonalité avec ses gammes diatoniques, et ses cadences,\nsur lesquelles les plus grands génies de notre art Occidental ont élevé\nleurs œuvres."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.62", "texte": "LES LIVRES\n57\n\nOn ne saurait dire avec M.M. que la gamme chromatique ait en\nelle-même sa légitimité. Car la suite des notes, dépouillée des éléments\nattractifs ou répulsifs que contient chacun de ces éléments sonore est un\npur nonsens musical. Le chromatisme constitue un ensemble de possi-\nbilités, mais pas autre chose. Pourquoi le choix s'opère-t-il de telle façon\net pas de telle autre, c'est ce que M.M. se demande avec angoisse. Hé\noui, en effet, pourquoi cette tyrannie du diatonisme et des tonalités?\nProbablement parceque les musiciens y trouvent leur avantage. M.M.\nvoudrait nous persuader du contraire en invoquant un libéralisme qui\nn'est que de l'anarchie. Les sons s'aggrègent en vertu de convenances\nspéciales et intimes. Si ces convenances n'existaient pas, la musique aurait\nun autre aspect. Mais elles existent bel et bien, et leur accord présent\ntel que nous le connaissons par les œuvres et par les théories, est le\nrésultat d'une longue pratique et de quelques milliers d'années d'essais\nlaborieux du génie.\nVeuillez bien...\n\nA. de Bertha.\n\nSOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE\nLE CONGRÈS DE LONDRES\nAu moment où paraîtra ce numéro, le congrès de notre Société à Londres prendra\nfin. Notre directeur, M. Ecorcheville, désigné par le Gouvernement pour représenter\nofficiellement la France à cette solennité musicologique, rendra compte dans 1' S. I. M.\ndu 15 juillet, de cette importante mission."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.63", "texte": "EN TOURNÉE SUR LE VOLGA\n\nSerge Koussevitsky, le célèbre contrebassiste, vient de réaliser, avec une troupe de musi-\nciens hors ligne, recrutée par lui, un voyage qui n'a pas d'égal. Descendant et remontant\nensuite le Volga à bord du bateau 1' u Ile flottante \" et donnant 19 Concerts dans les villes\nriveraines, Koussevitsky a été se faire applaudir comme chet d'orchestre dans les provinces les\nplus déshéritées de la Russie.\nLaissons la parole à notre correspondante de Moscou, Mlle Ellen de 1 idebohl, qui aeu\nla bonne fortune de faire partie de l'expédition, et de représenter notre revue à bord de Y Ile\nflottante.\nNous sommes au mois de Mai. A l'aube du jour, notre bateau\nse met en mouvement. Il va mener la Symphonie vers de nouveaux\nrivages où l'on ne l'a jamais entendue encore. La nature, resplendis-\nsante de beauté printanière semble vouloir nous faire bon accueil. Le\nmouvement léger et rythmé du bateau, la tranquillité de l'atmosphère,"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.64", "texte": "EN TOURNÉE SUR LE VOLGA\n59\n\nle grand soleil, tout nous fait prévoir quelques journées délicieuses, à nous\nqui sommes encore tout enfiévrés de l'éternelle rumeur des capitales.\nLa société qui vient de s'embarquer est nombreuse. D'abord, les 65\nexécutants d'orchestre, dont quelques-uns ont emmené femme et enfants.\nPuis les solistes : Alex. Scriabine, qui va jouer son Concerto pour piano,\n(Op. 18) et Moguilensky élève du Conservatoire de Moscou, qui va\njouer le Concerto pour violon de Max Bruch. Quelques personnes qui\nveilleront à l'organisation matérielle de nos Concerts ; d'autres pour le\nsoin et le transport des instruments, etc Enfin, les invités, amis, corres-\npondants, pour la France, l'Allemagne, l'Angleterre et l'Amérique ;\nMM. Eugène Jabel, August Spanuth, Otto Kling et moi-même ; un\npeintre, le Professeur Sterl, et un docteur, vont former un cercle plus\nintime autour des hôtes de M. et Mme Koussevitskv.\nJ\nLes Concerts se distribueront de la sorte : nous en donnerons un\ndans les petites localités comme Tver, Rybinsk, Jaroslav, Kostroma, Nijni,\nSimbirsk et Tzaritzin ; et deux dans les grandes villes comme Kazan,\nSamara, Saratow et Astrakhan. Le premier programme comportera l'Ou-\nverture d'Egmont, la Ve Symphonie de Tschaïkovsky, Sadko de Rimski\nKorsakov et l'Ouverturè des Maîtres Chanteurs.\nLa Shéhérazade, de Rimski Korsakov, l'Orestéia de S. Tanéiew\nalterneront, suivant les cas, avec quelques-uns de ces morceaux.\nAu second concert, le programme sera composé de musique étran-\ngère : la VIIe Symphonie de Beethoven, le Rouet d'Omphale de St. Saëns,\net les Préludes de Liszt.\nNous nous étions réunis à Tver le 26 Avril (9 Mai). Le soir même,\neut lieu le premier Concert qui eut un grand succès et contribua à con-\nvaincre les artistes de l'heureuse issue de leur entreprise.\nCe séjour sur l'lle Flottante fut enchanteur. Koussevitsky, chef émé-\nrite, adorant son orchestre, appréciait en chacun de ses musiciens un vrai\nartiste, et s'en faisait aimer comme d'un ami. La joie, la cordialité, la\nplus affectueuse camaraderie ne cessèrent de régner à bord. On se sentait\nlibre citoyen de cette Ile Flottante, (chose rare en Russie, surtout sur le\nVolga).\nDe grands événements historiques se sont déroulés dans la contrée que\nnous allions traverser. Sur le chemin de Tver à Rybinsk se trouve la ville\nd'Ouglitché. C'est là qu'a débuté le drame dont Moussorgsky fit le sujet\nde son Opéra, Boris Godounoff. La Tsarine Marthe, veuve d'lvan le"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.65", "texte": "60\nS. I. M.\n\nTerrible y demeurait avec son fils Dmitri quand Boris GodounofF conçut\nle plan de faire assassiner l'héritier du trône pour usurper ensuite sa place.\nLe soleil était à son déclin quand une rangée de coupoles de style\narchaïque se dessinèrent à l'horizon. C'était Ouglitché.\nLe bateau s'arrêta au crépuscule et les voyageurs se hâtèrent vers ces\nbâtiments et ces églises qui avaient tant à dire des temps passés. Le con-\ncierge, cédant à la force magique du rouble consentît à laisser passer ces\nvisiteurs attardés et donna à chacun d'eux un cierge allumé. En entrant\ndans l'appartement de la Tsarine, nous nous sentimes reportée à trois\nsiècles en arrière : les orfèvreries d'or et d'argent, les vêtements de soie,\nles broderies de style ancien, tout nous parlait d'un autre monde. En\ncirculant, cierge en main, à côté des portraits et des images saintes qui se\ndessinaient aux murs, nous nous prenions nous-mêmes pour quelque pro-\ncession de fantômes.\nUne cloche énorme était placée sur un cadre, dans l'appartement\nmême. C'était la cloche d'alarme qui avait annoncé le meurtre du petit.\nDmitri. Le peuple, arrivé en masse, aussitôt après le crime, tua les assas-\nsins qui venaient de le commettre. La rage de Boris GodounofF ne connut\nalors pas de bornes. Il fit lancer la cloche du haut de la tour ; et pour la\nchâtier, la fit poser sur un char, d'où elle fut envoyée en Sibérie. Les\nhabitants d'Ouglitché, qui avaient témoigné quelque sympathie à la\nTzarine, furent invités, par ukase, à suivre la cloche à Tobolsk.\nMichel Féodorovitch, premier Tsar de la maison RomanofF, une\nfois monté sur le trône fit revenir ceux qui avaient survécu à toutes les péni-\ntences d'un exil rigoureux, et la cloche fut ramenée à Ouglitché à la\nplace qu'elle occupe actuellement. Elle passe maintenant pour une relique\nd'une suprême efficacité, et on lui a fait opérer bon nombre de miracles.\nLa nuit était venue quand nous nous arrachâmes à cet autre monde.\nUne délicieuse soirée de printemps eut vite fait de nous enlever à ces\nsouvenirs tragiques, et le mysticisme fit place à la plus cordiale gaieté. Un\nde nos compagnons fit notre joie en nous montrant un saucisson d'un\nmètre de long, qu'il avait eu la chance d'acheter pour 15 Copek. Il paya\ncher, du reste, cette avantageuse acquisition, car la nuit même, il réclama\nà grands cris le docteur et lui donna beaucoup d'ouvrage pendant plu-\nsieurs jours.\nL'lle Flottante avançait sans relâche. Arrivés à Kostroma, nous\neûmes enfin un peu de temps devant nous pour visiter le Couvent Ipat-"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.66", "texte": "EN TOURNÉE SUR LE VOLGA\n61\n\niewsky. C'est là que le Tzar Michel Féodorovitch, s'était réfugié du\ntemps de Boris Godounoff pendant l'invasion des Polonais. Le paysan\nIvan Soussannin sauva son Tsar en menant les troupes ennemies dans les\nméandres d'une forêt marécageuse où les hommes périrent tous de froid\net de faim, non sans avoir eu le temps de se venger de leur guide. Glinka\ndevait plus tard choisir cet épisode pour sujet de son Opéra, la Vie pour\nle Tsar,le premier opéra russe.\nUn jeune moine, blond et frisé sous sa cape noire, nous mena voir\nles chapelles et les appartements du Tsar. Il nous montra même, avec un\nsourire quelque peu sceptique, la lourde porte de fer à laquelle l'orphe-\nlin Vania (personnage inventé de toutes pièces par Glinka) vint cogner\npour entrer au couvent et pour annoncer au Tsar l'approche des Polonais.\nMais retournons à l'lle Flottante qui a sa tâche d'art à remplir. Le\nConcert de Nijni fut d'un grand effet. Quand la Symphonie de Tschaï-\nkowsky arriva à son apogée, une rumeur se fit entendre dans les rangs ;\non emporta plusieurs personnes évanouies. Puis ce furent deux jeunes\ngarçons de l'école militaire qui tombèrent, la face livide, tout près de\nl'orchestre. Il fallut les mener au foyer, où l'on trouva les huit canapés\noccupés par les premiers évanouis. Nous ne sûmes jamais si c'était là\nl'effet de la musique, ou de la chaleur accablante de cette soirée ?\nLes villes, distantes les unes des autres de plusieurs mille verstes\noffrent chacune un aspect différent. Kazan, province Russe, depuis trois\nsiècles, porte les indices de le civilisation tartare. Mais la culture s'y est\nfrayé quand même un passage. L'Université y a une très bonne réputa-\ntion ; une section de la Société Russe de Musique a contribué à y répandre\nla connaissance et le goût de l'art. Koussevitsky y fut accueilli avec le\nplus vif enthousiasme.\nLorsque nous quittâmes Kazan, le temps avait changé subitement.\nUne pluie froide nous fit apprécier le charme de nos bonnes cabines bien\nchaufféçs et du Salon, où nous nous rassemblions en cercle intime, pour\ncauser d'art et de musique. Les artistes de l'orchestre, pendant ce temps\nne restaient pas oisifs. Ils organisaient une représentation comique pour\nle soir. M. et Mme Koussevitsky et leurs hôtes reçurent des lettres d'invi-\ntation. A la cloche d'appel, on descendit au premier étage du bateau où fut\njouée une petite Revue, qui avait naturellement pour sujet les mille faits\nde la vie commune à bord. Les menus incidents du voyage, les épisodes\nde nos concerts, tout fut chansonné avec autant de verve que d'esprit."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.67", "texte": "62\nS. I. M.\n\nEn remerciement, les artistes furent invités à souper au salon.\nM. Koussevitsky une serviette au bras, fit lui-même le maître d'hôtel,\nsa femme se para d'un tablier et d'un bonnet blanc. Leurs hôtes en firent\nde même et les artistes furent servis avec autant de maladresse que de\nbonne volonté.\nLe déguisement devait nous procurer encore d'autres plaisirs. Un\njour ce furent les correspondants étrangers, qui ayant acheté des chemises\nbrodées comme en portent les paysans russes s'y trouvèrent tellement à\nl'aise qu'ils ne consentaient plus à remettre leur habit noir, sauf pour aller\nau Concert. Un autre jour, desTartares étant arrivés à bord avec des mar-\nchandises orientales, tout l'orchestre fit affaire avec eux et nous apparut\ndans les accoutrements les plus fantastiques.\nSamara qui se trouve sur le grand chemin de la Sibérie, est une ville\nd'une certaine importance, un des derniers postes de la civilisation avant\nles déserts. Elle a des établissements de premier ordre : écoles, asiles,\nbibliothèque, théâtre un édifice nommé Olympia, construit par un par-\nticulier, bâtiment modèle avec une belle salle contenant près de 4000 places\ndistribuées entre le parterre et trois tribunes. L'acoustique y est meilleure\npour les effets de force que pour les effets de douceur. C'est là que les\nconcerts Koussevitsky eurent lieu.\nToutes les classes de la ville, depuis les gros personnages jusqu'aux\nouvriers étaient représentés dans l'auditoire. Des têtes intelligentes,\nà la face brûlée décelaient les pionniers de la Russie, souvent hommes\nd'un haute éducation, arrivés des steppes d'Orenborg ou des Monts\nOural, pour entendre cette musique dont ils étaient privés depuis\ntant d'années. Nous autres, blasés par l'excès même des jouissances\nartistiques, nous ne pouvons nous faire une idee de leui état d ame en\nécoutant cet orchestre modèle. Les jeunes, entraînés par leur enthousiasme,\nne cherchaient pas à dissimuler leur émotion. Qui pourrait dire si cette\nsoirée n'a pas été décisive pour beaucoup d'entre eux et n'a pas réveillé\nen eux une vie intellectuelle et musicale qui risquait de s'y éteindre ?\nA Simbirsk nous trouvâmes un auditoire plus recherché, consistant\nen employés du gouvernement et en gros propriétaires du voisinage.\nPendant le concert, l'absence d'un des correspondants étrangers se fit\nremarquer. Il avait cependant quitte le bateau bien avant les auties, vou-\nlant, faire un tour par la ville. Il arriva enfin, exténué, la figure décom-\nposée ; il s'était égaré, avait erré jusqu'à se trouver dans les champs, et"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.68", "texte": "EN TOURNÉE SUR LE VOLGA\n63\n\nregagnant la ville, ne parlant pas le Russe, n'avait plus su où diriger ses\npas ; un cocher de fiacre comprit enfin le mot \" musique \" et le mena\nvers un jardin ou brillaient des lampions de toutes les couleurs ; il entre :\nla Matchiche se fait entendre ; il se sauve et se retrouve encore dans une\nrue déserte et sombre. Enfin, il vit à une devanture tous les indices d'une\npharmacie ; c'est là qu'on comprit son Allemand, et qu'on l'aida à rejoin-\ndre sa compagnie. Notre cercle intime s'égaya beaucoup de l'aventure.\nLa Société Musicale de Saratoff, qui a contribué à répandre la\nmusique dans cette partie de la Russie, est tenue par l'Etat de réorganiser\nl'école musicale au Conservatoire. Les Concerts Symphoniques, cepen-\ndant n'ont pu s'y maintenir. L'orchestre de Koussevitsky y fut d'autant\nplus apprécié à sa valeur.\nNotre séjour à Astrakhan fut du plus haut intérêt. Le fleuve, d'une\nlargeur immense, sillonné de bateaux débordants de poissons, ces travail-\nleurs de vingt races différentes, ce mélange de culture et d'état primitif\nfont d'Astrakhan une des places où se joue un extraordinaire et brutal\nconflit entre l'Europe et l'Asie. L'occasion se présenta de visiter un en-\ndroit ou des Kirghises (tribu mongole), venaient de dresser leurs tentes.\nCes nomades à la face jaune sont d'un caractère paisible. Les femmes qui\nvenaient chercher de l'eau au Volga se sauvèrent, très effrayées en voyant\narriver des blancs. On nous laissa néanmoins entrer dans la Pagode ou\nnous vîmes quelques échantillons d'art bouddhique.\nLe lendemain du dernier Concert à Astrakhan, l'lle Flottante remporta\nles voyageurs vers leurs foyers. Ce fut une marche triomphale. Les quatre\nvilles où, de nouveau nous nous arrêtâmes nous reçurent avec des vivats\nde bienvenue. Mille marques de sympathie, aussi originales que diverses\nnous furent manifestées : un citoyen de Kazan fit rouler à bord du bateau\nun tonneau de bière ; un autre y déposa une bonne provision de Kwass ;\nun pain monstre, d'un goût exquis fut envoyé par une dame enthousiaste.\nJe ne parle pas des dîners et soupers, donnés en l'honneur de M. et\nMmo Koussevitsky.\nLes programmes pour les concerts du retour, à SaratofF, Samara,\nKazan, Nijni, furent entièrement consacrés aux compositeurs russes\nMoussorgsky, la sur le Chauve ; Conus, la Forêt ; Glinka,\nJota Aragonaise. Le violoncelliste Rud. Erhlich joua des compositions\nde Glazounov, et M. Damaev ténor vigoureux, chanta des airs de\nGretchaninov et de Rimski."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.69", "texte": "64\nS. I. M.\n\nLe dernier concert eut lieu à Nijni Novgorod, le pays natal de Bala-\nkirev. La nouvelle de sa mort venait d'arriver. Après un discours en sa\nmémoire, la marche funèbre de la II6 Symphonie de Beethoven se fit\nentendre. Des œuvres de Balakirev furent jouées ; et pour finir, on\nexécuta Roméo et Juliette de Tschaikowsky que celui-ci avait dédié, dans\nsa jeunesse, à Balakirev. Ce morceau fut le dernier de la tournée du\nVolga. L'exécution fut parfaite. Jamais le chef et ses musiciens ne s'étaient\nmieux compris. Impressionnés par l'idée que leur tâche avait été glorieuse-\nment accomplie, ils rendirent avec une réelle maîtrise cette œuvre où\nl'auteur a déposé le meilleur de son génie.\nM. et Mme Koussevitsky organisèrent une fête d'adieu pendant notre\ndernière journée de navigation. Le bateau fut arrêté. On nous pria de\nmonter sur le pont où Koussevitsky tint un discours plein de chaleur à\nson orchestre. Les verres se remplirent ; des toasts furent échangés et la\nfête se termina par des chansons. Des paysans du rivage vinrent présenter\ndes rameaux verts aux artistes, pour les remercier de cette musique, en-\ntendue par eux si inopinément le long des rives du Volga. Ces naïfs\navaient-ils reconnu par instinct la grande tâche artistique que de vaillants\npionniers venaient de remplir vis à vis de leur nation ? En tous cas, ces\nhumbles rameaux ne firent pas moins de plaisir aux artistes que les cou-\nronnes de laurier qui eussent été présentées par le plus élégant des audi-\ntoires.\nLe 27 Mai (10 Juin), nous rentrâmes à Moscou. Koussevitsky avait\naccompli une œuvre qui à première vue semblait irréalisable ; grand\nartiste et grand esprit, il ne s'était arrêté à aucun sacrifice matériel. La\ndisposition naturelle du peuple russe pour la musique lui avait fait espérer\nque son entreprise réveillerait l'amour de l'art dans l'âme de ses compa-\ntriotes. Il ne s'était pas trompé : on ne peut voir d'auditoire plus silen-\ncieux, plus recueilli et plus enthousiaste que celui qui assista à ses\nconcerts, depuis Tver jusqu'à Astrakhan. L'lle Flottante et ses passagers\nont bien mérité de la Russie, de la musique et de l'Art.\n\nEllen de Tideböhl."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.70", "texte": "Les Théâtres\n\nL'HEURE ESPAGNOLE. THÉRÈSE. LE MARTYRE\nDE SAINT SÉBASTIEN.\nEn confrontant, au tribunal de l'opinion publique Massenet, Debussy et\nRavel, l'ironique destin a, sans doute, voulu nous donner une petite leçon d'his-\ntoire et nous rappeler l'intérêt que présente l'étude de l'arbre généalogique de\nnotre musique française. S'il est vrai, surtout en art, que rien ne se perd ni ne se\ncrée, n'est-il pas curieux de rechercher comment ont pu s'insérer sur le même\ntronc les trois rameaux qui portent comme fruits Hèrodiade, Pelléas ou Daphnis\n\n5"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.71", "texte": "66\nS. I. M.\n\net Chloé et par quel miracle de greffe la même sève a pu gonfler des bourgeons\nsi différents. En dépit des insinuations de certains observateurs superficiels trop\nprompts à dénoncer partout des plagiats imaginaires, il y a, en effet autant\nd'incompatibilité d'humour entre Concepcion et Saint Sébastien qu'entre Saint\nSébastien et Thérèse et, pourtant, qui oserait affirmer qu'un obscur lien n'a pas\nuni à l'origine trois formules d'art si opposées ? Sans Massenet, Debussy n'aurait\npas écrit l'Enfant Prodigue ; sans l'Enfant Prodigue le jeune prix de Rome n'eut\npoint élu la Damoiselle qui devait, après l'initiation du Faune au cours d'un\nvoluptueux après-midi, s'abandonner à la féérie des Nocturnes et nouer des\nRondes de Printemps. Sans Debussy, Ravel ne se fut point attardé aux parcs\nverlainiens où l'on danse des pavanes en l'honneur des infantes défuntes et où\nl'on s'extasie sur la fantaisie des jeux d'eau avant de découvrir le Miroir qui lui\nrévéla son véritable visage, de se lancer à la poursuite de Gaspard de la Nuit et\nde devenir le rapsode de l'Espagne.\nLe fil d'Ariane qui relie entre eux des états si différents de la sensibilité\nfrançaise est évidemment plus ténu qu'un fil de la vierge ; il existe pourtant et\nc'est un divertissement subtil que d'en retrouver le mystérieux trajet. Ce divertis-\nsement, d'ailleurs, est imprudent ; il peut égarer les âmes simples qui n'ont jamais\nsu discerner la technique de Ravel de celle de Debussy et il convient de ne s'y\nlivrer qu'entre initiés connaissant à fond la règle du jeu. Pour l'instant nous\nn'avons qu'à enregistrer les résultats des trois manifestations auxquelles ces\ncréateurs viennent d'être amenés simultanément à se livrer en présence de foules\nenthousiastes, déférentes ou scandalisées.\nLe petit acte de Franc-Nohain que Ravel a choisi pour faire ses débuts au\nthéâtre n'a pas paru très spécialement prédestiné à cet honneur. Une partie des\nspectateurs n'a vu dans l'aventure de la chaude horlogère se consolant avec un\ndéménageur de la frigidité des deux galants qu'elle s'était fait coltiner jusqu'à son\nlit, qu'un minuscule vaudeville \" pornographique \" (sic !) tandis que d'autres\nauditeurs, plus indulgents, ont bien voulu reconnaître que ce lever-de-rideau\nconçu dans une forme qui pince sans rire et, trop souvent hélas, sans faire rire,\ndut avoir, au moment de son adolescence, un léger parfum d'humour, vite évaporé,\nune sorte de \"gaîté du diable\" promptement enfuie. L'humour, d'ailleurs, n'était\npas la véritable vocation de l'adroit ciseleur des Poèmes amorphes ; ce ne fut chez\nlui qu'un accident de jeunesse. Il suffit de voir aujourd'hui, avec quel sérieux le\npupille d'Alphonse Allais se consacre au classement de fiches politiques pour\ncomprendre son vrai tempérament. Et plus d'un de ses amis regrettera toujours\nl'abandon de ces \" Flûtes \" dont il jouait en virtuose, en faveur du banal accordéon\nque tout le monde peut étirer avec un égal succès.\nMaurice Ravel a-t-il été bien inspiré en adoptant, pour son premier voyage\nlyrique, un tel compagnon de route ? Je ne me permettrai pas de l'affirmer.\nMonsieur Goubin connut les affres du doute au moment d'élever Paul-Louis\nCourier à la dignité d'un \" bon sujet de thèse \" ; il se consumait dans l'incertitude\net s'en ouvrait fréquemment à Monsieur Bergeret qui était de bon conseil. Il ne"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.72", "texte": "LE MOIS\n67\n\nsemble pas que le compositeur des Histoires Naturelles ait compris toute l'impor-\ntance d'un telle décision au moment de livrer sa première bataille théâtrale. La\nsituation morale de ce jeune artiste lui crée certains devoirs et lui impose certains\nscrupules. Très âprement discuté, systématiquement combattu par une bonne partie\nde la critique, passionnément soutenu par quelques admirateurs fervents, quoti-\ndiennement accusé de plagiat et d'impuissance et adulé comme chef d'école et\nfondateur d'une religion nouvelle, il devait à ses ennemis et à ses amis une profes-\nsion de foi plus nette, une expérience plus significative, un geste plus décisif, au\nmoment d'aborder le théâtre, c'est-à-dire au moment de prendre contact avec la\ngrande opinion publique et de se classer dans l'histoire de son temps. Car il est\nbien entendu, en notre vingtième siècle, qu'un acte à l'Opéra Comique a plus\nd'importance musicale que trois symphonies, dix quatuors, vingt sonates et cent\nmélodies. Pour ceux qui aiment un peu Ravel, 1 constitue un\nagréable début ; chez ceux qui l'aiment beaucoup, elle favorise moins l'optimisme.\nOn éprouve quelque gêne, en effet, à voir dépenser tant de dons musicaux\nrares et précieux, une ingéniosité artistique inégalable et une science unique, dans\nune aventure sans portée. Les ravelistes éprouveront, en lisant certains dithy-\nrambes tendant à faire de leur musicien préféré une sorte d'Offenbach transcen-\ndant, une irritation plus vive que celle qui leur fut causée par les violentes\nattaques de ses adversaires habituels. L a suscité à l'auteur de\n1' \"Indifférent\"de dangereux défenseurs.\nInsensibles à la prodigieuse quantité de musique, d'excellente musique, mise\nen œuvre dans cet ouvrage, certains spectateurs qui ont toujours un pavé en\nbandoulière à la disposition de leurs amis, soulignent déjà dans la partition certains\ndétails extérieurs auxquels ils attachent une importance exagérée et cherchent à\ndécerner à Ravel le diplôme d'humoriste breveté. Et, malheureusement, je ne suis\npas certain que le bénéficiaire en prenne ombrage. Comme un Ingres à son archet,\nl'auteur du Noël des Jouets, de la Pintade et de YHeure Espagnole tient à sa\nréputation d'amuseur subtil et doit être disposé à la défendre. Eh bien et c'est\ndans ma très profonde admiration pour son talent que je trouve le courage de le\nlui avouer nous sommes quelques uns à nourrir pour lui de plus hautaines\nambitions et ce n'est pas du tout sur son génie que nous comptons pour ressus-\nciter la vieille gaîté française. Il a mieux à faire qu'à disperser ainsi son effort.\nCeux qui estiment et je suis de ceux-là que la bienveillante nature a favorise\nce musicien de vertus incomparables, attendent de lui des prouesses rares et sup-\nportent impatiemment tout arrêt dans la révolution de son brillant destin. Nous\nsavons depuis Asie,depuis ses pièces de piano et surtout depuis\nque Ravel est un magicien créé pour se mouvoir dans le rêve et dans la féerie. Il\nsait l'inconnaissable, pétrit l'impondérable, jongle avec les atomes et les ions. Il\ncrée des couleurs et des parfums. Il est peintre, orfèvre et joailler. Qu'il exerce\ndonc tous ces talents prestigieux et laisse à d'autres le soin de provoquer le sourire\npar de faciles plaisanteries instrumentales, borborygmes de cuivres ou réponses\nburlesques de contrebasson, effets depuis longtemps catalogués au music-hall où"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.73", "texte": "68\nS. I. M.\n\nl'orchestre achève souvent le geste ou la phrase d'un pitre qui, la main sur son\ncœur, remercie courtoisement Monsieur Honoré de son obligeance. Que nous\nimporte cette rénovation laborieuse du style de l'opéra-buffa lorsque nous nous\ntrouvons en présence d'une page de musique pure, comme celle qui orchestre \"le\nchœur des petites voix\" de l'horlogerie, ce prélude délicieux où s'exhale harmo-\nnieusement l'âme chantante des choses familières, où s'exaltent et se multiplient\ntout le mystère puéril et toute la poésie secrète et lointaine des menus organismes\nd'acier que l'ingéniosité d'un artisan a enrichis d'une voix grêle d'au-delà. C'est en\nconstatant, une fois de plus, la toute-puissance du talisman musical que possède\nce suave sorcier qu'on ressent toute la vanité de ses exploits comiques et qu'on\nne peut résister au désir de lui chercher querelle, comme je viens de le faire.\nOn ne peut pas admettre plus volontiers les avantages du récitatif \" quasi\nparlando \" dont Y Heure Espagnole prétend nous révéler les bienfaits. Ravel a\ntoujours rêvé d'une prosodie musicale restituant exactement le rythme de la\nparole. Déjà, dans les Histoires Naturelles^de curieuses élisions de syllabes muettes,\nen usage dans le langage familier, avaient stupéfié les chanteuses. Au cours de\nsa nouvelle œuvre, le compositeur pousse cette recherche jusqu'à ses plus rigou-\nreuses conséquences. La musique épouse les contours mélodiques des mots avec\nune servilité fatigante, reproduit les intonations verbales avec une humilité exces-\nsive. Cette réforme a pour elle la logique la plus indiscutable mais, en art, la crainte\nde la logique n'est elle pas souvent le commencement de la sagesse ? C'est la\nlogique la plus pure qui a contraint Mr Laparra à supprimer toute musique de sa\n\" Jota \" : c'est elle qui abolira le théâtre lyrique, le jour où elle pourra développer\nses excellents arguments contre cette formule d'art conventionnelle par essence.\nAu nom de la logique, Ravel enlève à la langue musicale non seulement son inter-\nnationalisme et son universalité mais sa simple humanité. Il en restreint la signifi-\ncation, la transforme en idiome local et personnel, dont les inflexions n'ont de\ncharme et de sens que pour de seuls initiés. Si la mode de ce décalque musical de\nla parole se généralisait nous arriverions logiquement à avoir autant de prosodies\ndifférentes que de provinces françaises, la courbe mélodique d'une invective mar-\nseillaise différant essentiellement de celle d'une apostrophe normande. La musique\nrespectera tellement le galbe du verbe qu'elle aura \" l'assent \" ! En écoutant un\nrécitatif \" quasi parlando \" nous saurons immédiatement si un compositeur est\ntoulousain où s'il a vu le jour à Lons-le-Saunier ! C'est ainsi que dans Y Heure\nEspagnole, les familiers de Maurice Ravel retrouvent les intonations quotidiennes\nde leur ami, certaines accentuations piquantes, certains intervalles caractéristiques :\nla déclamation en devient, pour eux, particulièrement expressive et amusante mais\nil faut reconnaître que ce mode de traduction a une portée vraiment trop restreinte\net de trop étroites ambitions. Le procédé du moulage ne semble pas devoir enri-\nchir la déclamation lyrique.\n11 est bien entendu que ces objections ne me sont suggérées que par la valeur\nexceptionnelle de la musique de Ravel et qu'il n'y a rien de commun entre cette\nénumération de scrupules affectueux et la mauvaise humeur de certains abonnés"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.74", "texte": "LE MOIS\n6g\n\nde l'Opéra-Comique prêts à considérer, avec un mépris protecteur, YHeure\nEspagnole comme une opérette compliquée. Il est très évident que cette partition\ndemeure une friandise musicale extraordinairement savoureuse et que, depuis\n\" Pelléas \", les gourmets de la musique n'avaient pas été à pareille fête. Ce n'est\npas dans cette revue qu'il est nécessaire de souligner les mérites techniques d'un\nparfait musicien à qui nous devons déjà tant de réalisations accomplies. Tout le\nmonde a loué le \" métier \" étourdissant de ce petit ouvrage et a rendu justice, en\nparticulier, à son orchestration qui est une merveille d'ingéniosité et d'esprit.\nA l'exception de Jean Périer, splendide d'aisance et de fantaisie, les pensionnaires\nde Mr Albert Carré ont fait preuve d'une \"vis comica \" un peu conventionnelle.\nMlle Vix et M 1\" Coulomb, en particulier, ont fait les plus louables mais les plus\nvisibles efforts pour communiquer à leurs personnages une gaîté qui n'habitait\npoint leur cœur.\nLe spectacle était complété par la reprise de Thérèse, ouvrage vériste et\nélégiaque, emprunté au répertoire monégasque et immédiatement adopté avec\nenthousiasme par les abonnés de notre seconde scène lyrique. Quand on a\nconscience de l'importance historique de Massenet, quand on aime ses délicieuses\nsuites symphoniques qui contiennent une sève musicale si neuve et si abondante,\nquand on a du respect pour l'apport artistique considérable de ce polygraphe,\nquand on constate le rôle décisif qu'il a joué dans notre musique nationale, quand\non peut s'apercevoir à mille détails fugitifs, de l'exquise sensibilité d'oreille de cet\nhomme qui affecte pourtant de conserver, au milieu de l'évolution contemporaine,\nune immobilité de paralytique général, on éprouve une stupeur indignée en\nprésence d'une partition du genre de celle-ci. Mais ne nous abandonnons pas\naux transports d'une sainte colère. Suivons plutôt l'exemple des fils respectueux\nde Noé, et, marchant à reculons, jetons pudiquement notre manteau sur cet affli-\ngeant spectacle.\nHâtons nous d'ailleurs de porter notre pensée sur un plus digne objet en\noffrant au Martyre de Saint-Sébastien un dévot hommage que les dimensions de\ncette chronique rendront provisoirement laconique et incomplet. L'effort d'art de\nd'Annunzio, Bakst et Debussy mérite une étude approfondie et détaillée qu'il sera\ndoux d'écrire à loisir. Cette œuvre étrange, d'un style inconnu, ne rentrant dans\naucune catégorie et ne respectant aucune forme, a vraiment un caractère miracu-\nleux : elle possède une force surnaturelle, elle a un secret, elle choisit ses victimes\nparmi les auditeurs indifférents ou surpris, \"du haut ciel, elle fond sur eux, les\nsaisit comme l'aigle foudroyant, et les emporte dans les battements de sa grandeur.\"\nAucune analyse ne décèlera ce magique élément de domination mais tous ceux qui\nont suivi de près la trop courte série de ces inoubliables représentations pourront\nciter des exemples de ce coup de foudre, de cette révélation soudaine semblable a\nl'illumination divine des conversions, et ne se souviendront pas sans une sorte\nd'inquiétude rétrospective de ces cas d'hallucination extasiée se déclarant brusquement\n• 1 ) f 1*\nchez un auditeur et l'obligeant à revenir, chaque soir, contempler 1 étonnant prodige.\nIl n'y eut pas de ferveur collective, on ne retrouva pas les cohortes habituelles des"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.75", "texte": "70\nS. I. M.\n\nsagittaires du verbe rare ou de l'harmonie subtile, les debussystes furent troublés\net les pelléastres, divisés ; un grand désarroi régna dans les camps intellectuels.\nLittérateurs et musiciens écrivirent sur le poème et la partition d'effarantes choses\ndont ils rougiront l'an prochain. Cette œuvre de rêve est tombée au milieu du\nTout-Paris \" comme ces pierres fulgurales qui sont les messages des nues \" et elle\ns'est évanouie au moment où la foule frivole, après la première stupeur, commen-\nçait à ce ressaisir et à s'approcher craintivement. On va maintenant lire le texte\nflamboyant de d'Annunzio, contempler de près cet extraordinaire monument élevé\npar un toscan à la gloire de la langue française et déchiffrer la partition, si pure de\nlignes, si profondément émue et émouvante, si plastique et si astrale en même\ntemps. Et lorsque les exécutions orchestrales de l'hiver prochain auront imposé la\nrayonnante splendeur de cette musique et donné au public la clef de ce \" Paradis \"\nmystérieux qui a déconcerté tant de bonnes âmes du purgatoire parisien, un\nimmense regret se lèvera au cœur de ceux qui n'ont pas su deviner le grand secret !\nEt une irrésistible marée de curiosité et de repentir montera jusqu'aux pieds\nnus de l'admirable artiste qui fut l'archange annonciateur de cette Incarnation, de\ncette miraculeuse Ida Rubinstein dont chaque geste déplace de la beauté et chaque\nattitude perpétue une vision d'art impérissable, et la reprise du chef-d'œuvre\nméconnu sera exigée par tout un peuple émerveillé. Jusque là il est inutile de\nproclamer le divin enchantement que nous devons à cet ouvrage unique, ce serait\nse ménager une trop facile victoire : ayons la sagesse de ne pas enfoncer une porte\nqui, semblable à celle de la caverne d'Hunding, et à celle de la chambre zodiacale,\ns'ouvrira bientôt, largement, toute seule, au souffle parfumé du jeune printemps î...\n\nEmile Vuillermoz.\n\nLes Concerts\n\nLes Concerts symphoniques font trêve jusqu'à Octobre, ou à peu près, car l'Orchestre\nColonne a eu une floraison tardive sous la forme d'un festival Beethoven que dirigea M. Félix\nvon Weingaertner, cappellmeister au geste expressif. Enorme succès personnel pour le chef,\nainsi qu'il est de tradition à Paris pour tout personnage étranger, et pour l'oichestre, bien\nentendu. Par mal d'auditeurs oubliaient qu'ils avaient parlé avec un certain dédain quinze jours\nauparavant des artistes de M. Pierné. Nul n'est prophète... M. Enesco, M. Sauer et Mlle Bréval\nont eu leur part des applaudissements aux dernières séances.\nNe quittons M. Weingaertner chef d'orchestre que pour le retrouver comme compositeur\nde lieder. En une séance qu'il leur consacre salle Gaveau et où il accompagne au piano\nMlle Lucile Marcel, il en fit entendre un bon nombre, nous causant peu d'émotions nouvelles,\nmais ne nous ennuyant pas. Musique mélodique, agréable, sans orginalité, accompagnements\nayant rarement du caractère. On en redemanda plusieurs.\nDeux séances de la Société Nationale, dont une avec orchestre, et très copieuse. La\ndeuxième symphonie de M. Witkowski est complexe et longue. On l'entendait pour la\npremière fois et il faudrait plusieurs auditions pour débrouiller ce réseau sonore, d'autant qu'on"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.76", "texte": "LE MOIS\n71\n\nne donnait aucune indication au programme. Le procédé est le même que dans la première\nsymphonie du maître lyonnais, même recherche de rythmes et de sonorités. L'andante qui se\nrelie au finale est intéressant par l'emploi obstiné et berçant des harpes et par un motif fugué\nbien traité au quatuor. Une Esquisse symphonique, la voix du large, de M. Le Flem est assez\nheureusement développée ; la fantaisie pastorale de M. Henri Mulet a de la variété et le piano\ny est employé ingénieusement dans l'orchestre. Des mélodies de M. M. de Lioncourt, Serieyx,\nCanteloube de Malaret et Grovlez nous avons retenu de fort jolies intentions d'orchestre.\nA la séance précédente, Cerdana pour piano, de M. Deodat de Séverac, un trio correcte-\nment écrit de M. Jean Cras et des pièces d'orgue trop pittoresques de M. Jacob, firent la\nnouveauté. Cerdana est une œuvre très espagnole, au bon sens du mot, exempte de ces\nénervants rythmes de danses où pendant trop longtemps on a vu toute la musique de là bas.\nOn applaudit beaucoup ces quatre morceaux et M. Ricardo Vines qui les interpréta à merveille.\nLa Société Musicale Indépendante a eu une curieuse initiative. Pour soustraire son\npublic à l'influence des idées préconçues, pour assurer plus de justice et d'impartialité à\nl'applaudissement, elle a tenu secrets les noms des auteurs inscrits à son treizième concert. Les\nauditeurs étaient invités à remplir des bulletins pour signaler les personnalités musicales qu'ils\npenseraient avoir reconnues. Cette séance fut extrêmement curieuse. Le public était, à la vérité,\nun peu nerveux : ce mystère, la sourde inquiétude de manifester trop ostensiblement un\nenthousiasme ou un mépris que la publication ultérieure des noms exacts pourrait rendre\nridicules créaient une atmosphère de méfiance. Les critiques avaient découvert les plus pressants\nmotifs de rester chez eux ce soir là. Et ce que prévoyaient malicieusement les organisateurs\narriva. M. Léo Sachs fut pris pour Schumann, M. Inghelbrecht pour Debussy et M. Maurice\nRavel, idole des abonnés de la maison, fut honteusement conspué ! La publication des votes et\ndu programme officiel couvrit de confusion les manifestants les plus expansifs ! Il y a un pro-\nfond enseignement à retirer de cette étrange aventure, dont on nous promet la périodicité, et\nil ne serait pas inutile d'en tirer d'édifiantes conclusions. En attendant il convient de louer la\ntrès musicale interprétation de Mme de Lestang, venue de Lyon pour défendre une mélodie de\nMariotte, la conscience artistique de M 1'6 Vallin, et le succès de l'excellent Gresse, de Devriés\net du Quartette Vocal de Paris.\nL'ode Funèbre, le Défi de Phoebus et de Pan et le Concerto de piano en fa min.\n(M. Cortot) formèrent le dernier programme de l'année à la Société Bach. Bonne exécution\nparfaite même de la part de M. Cortot. On eut plaisir à entendre Melle Marcella Pregi\nqui n'avait pas paru aux concerts depuis longtemps.\nM. Expert, toujours érudit, infatigable et profondément artiste, nous donna ce mois\nci, aux deux pôles de la musique, des mélodies de la seconde moitié du XIXe siècle, italien-\nnes, russes et françaises, à l'Opéra Comique, et ses excellents Chanteurs de la Renaissance,\nrue d'Athènes. Je ne vous apprendrai rien en disant que la musique du XVIe est plus jeune\nque l'autre. Il y a quelques années on était encore dépaysé en présence de Le Jeune, Costeley,\nJanequin. Maintenant le public est conquis, il comprend, il applaudit. C'est ainsi que l'ensem-\nble Vocal Spoel, de la Haye, eut également à la fin d'Avril un réel et juste succès à la Salle\nGaveau. (Ne l'avions-nous pas oublié dans la revue du mois dernier ?) Nous trouvons encore\nM. Expert à l'Ecole des Hautes études sociales avec une série de concerts de musique fran-\nçaise-contemporaine. Celui du il Mai (Saint Saens) nous fit applaudir le quatuor Luquin,\ntrès homogène, M. et Mme de Lausnay, Melle Bonnard.\nSous le patronage de Mozart et de Haydn, M. Jean Huré a fondé une société de musique\nde chambre et d'orchestre qui vient de donner cinq séances excellentes, car on y entendit des\nchoses exquises et trop oubliées comme trois serenades de IVlozart, sa sonate pour orgue et"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.77", "texte": "72\nS. I. M.\n\norchestre, un concerto de Haendel et le Stabat de Pergolèse. Parmi les solistes, Mme 9 Litvinne\net Skarbek, M. M. Joseph Bonnet et Casella.\nVoici encore une initiative bien artistique et elle n'étonnera pas venant de la délicate\ncantatrice qu'est Mme Marie Mockel. Après une conférence de M. J. J. Olivier sur Mme Dugazon\net son répertoire, Mme Mockel dit et chante avec un goût exquis toute une série d'œuvrettes\nde Gretry, de Monsigny, de Dalayrac, de Philidor, de Nicolo, comme devait les chanter et les\ndire l'artiste dont le nom est inséparable de notre opéra-comique français.\nNous avons parlé plusieurs fois du Pax Quatuor et de Mme Muller de Beaupré qui y ajoute\nson beau talent de pianiste. Sa dernière séance fut composée d'œuvres de Franck et de Saint Saens.\n(le quatuor à cordes, la ire sonate de violoncelle et le septuor avec trompette). Non moins bonne\nséance à la vénérable société des Concerts de Chant classique (fondation Beaulieu) à laquelle\nM. Pierné donne une nouvelle vigueur. On y entendit des œuvres classiques intelligemment\njouées. La Société Chorale d'Amateurs (fondation Guillot de Sainbris), presque du même âge,\ndonna également une bonne séance avec les Chœurs de Hulda, de Franck, et Autour de la\nCrèche, de M. Jean Hubert.\nNous avons dû en avril aux chanteurs de concert, comme on dit en Allemagne, plusieurs\nintéressantes soirées. Nommons d'abord ceux dont les programmes instructifs ont sagement\nlaissé la virtuosité au second plan. C'est ainsi que Mlle Hélène Luquiens nous a révélé toute\nune série de lieder Allemands contemporains. On connaît si mal à Paris Hugo Wolf, Max\nReger, Mahler et même Richard Strauss ! M. Landormy préfaça cette audition d'une confé-\nrence où il distribua judicieusement les louanges et les critiques à ces auteurs, estimant en\nparticulier que Mahler manqua d'émotion, de personnalité et d'ordre dans les idées musicales,\nMlle Luquiens eut comme d'habitude un succès d'artiste et de jolie femme, ce qui n'est pas\ntoujours le cas. Un quintette de M. Pfitzner a paru un peu long. Dans la même pensée\ndidactique, Mlle Veluard a continué son histoire illustrée de la musique de piano par un choix\nd'œuvres \"à programme\". Ce genre fut de toutes les époques. Les folies Françaises de\nCouperin, les \"sonates bibliques\" de Kuhnau sont les précurseurs du Carnaval de Schumann,\nd'Yvonne en visite d'Albeniz, de l'Epithalame de M. Albert Groz. C'est amusant, mais il n'en\nfaut pas abuser. Nous n'avons pu assister qu'à la première séance de M. Joachim Nin, à la\nSchola ; elle fut exquise. Peu de pianistes comprennent et font comprendre la musique française\ndu XVIIP comme M. Nin. C'est un merveilleux virtuose, mais il sait accommoder sa tech-\nnique toute moderne à ces délicieux petits riens. M. Blanco Recio joua dans le même esprit des\nsonates de violon de Senaillé, Leclair et Guignon. Il faut enfin citer M. Engel et Mme Engel\nBathori qui, l'autre soir, avant la première de l'Opéra Comique, chantèrent l'heure Espagnole,\nde M. Ravel, et le Couronnement de Poppée, de Monteverde, devant des invités heureux\nd'une telle aubaine. Il y a bien quelques différences, n'est ce pas ? dans les moyens expressifs de\nces deux œuvres, mais le souci le l'expression réelle y est le même, et ce fut un intéressant\n\nE. Sauer par O. Boehler."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.78", "texte": "LE MOIS\n73\n\nrapprochement. Et quelle interprétation précise et intelligente tant M. et Mme Engel que\nde leurs partenaires.\nNous oubliions une séance d'oeuvres de Bourgault-Ducoudray avec conférence de M. A.\nde Lassus, a la Société Artistique de l'Ouest où le souvenir de cet artiste érudit et convaincu\nfut dignement célébré par le quatuor Duttenhofer, Mmes Bleuzet et Mellot-Joubert, M. Paulet.\nPar une pieuse pensée pour la mémoire de Guilmant, son maître, M. Joseph Bonnet fît\nentendre à St-Eustache plusieurs de ses meilleures œuvres d'orgue, nous rappelant les séances\nintimes du Trocadéro ou de Meudon, où l'excellent homme et le sincère et probe artiste se\nmontraient tout entiers. Enfin, le 26 mai, au Lyceum —ce cercle féminin où on ne s'occupe\nque d'art et de littérature on fêta M. Paul Vidal, très vivant. Un chœur de voix de femmes\ndirige par M. Maxime Thomas, Mlle Gilquin, Veillard soprani, Mlle Charny, àla belle voix\nde contralto chantèrent, accompagnés par lui, un choix de ses œuvres. Nous fîmes répéter deux\ncharmantes mélodies, Décembre à Paris et Le plus doux chemin, que Mlle Charny chanta\nfort bien.\nLe premier concert de Mme de Wieniawska nous fît vivement regretter que le second\nn eut pas lieu, car elle est certainement une des meilleures interprètes de lieder que nous\nayons entendues. Elle fut accompagnée au clavecin par Mnie Landowska et au piano par\nM. Casella. Excusez du peu ! Nous faisons tous nos vœux pour le prochain et entier rétablis-\nblissement de cette artiste qui est parmi les mieux douées et les plus délicates qui se trouvent\nà Paris en ce moment.\nVoici encore des cantatrices de mérite, Mlle de Febrer au beau soprano, M]le Germaine\nSanderson, interprète très distinguée de Fauré, Mlle de Stœcklin qui eut dans des œuvres du\nmême maître d'excellentes intentions ; Mlle Hoffmann très agréable concertsaegnerin Alle-\nmande, Mlle de Nocker qui eut mérité plus nombreuse assistance.\nM. M. Ysaye et Pugno ont terminé, en Mai, leurs triomphales soirées, avec le concours\nde M. Hollman, réminent violoncelliste, dans des œuvres de Saint-Saens, et de M. M.\nMonteux et Pollain, dans des œuvres de Schumann, de Brahms et de Franck. Non moins\ntriomphateurs furent M. Kreisler, rappelé, fêté, obligé d'ajouter à son programme M. Barozzi\nau talent puissant et varié, Melle Morhange au jeu très féminin et élégant. Il est difficile de\nclasser des violoncellistes excellents comme Mme Caponsacchi, et M. M. André Hekking.\nLa première a un jeu d'une remarquable netteté : elle a joué quatre sonates intéressantes et peu\nconnues, de Marcello, de W. de Tesch, de J. B. Breval et de M. de Dohnanyi. Nous\napplaudîmes M. Hekking dans trois séances de musique de chambre ou l'exécution fut parfaite.\nElle devait l'etre avec des artistes comme M. Lucien Wurmser et M. Mimart.\nL'alto, qu'on joue enfin comme instrument de concert, eut un protagoniste en M. Neu-\nberth qui a une belle sonorité, rappelant celle de M. Debroux, mais qui avait élaboré\nun programme si copieux qu'il ne put le terminer. M. Neuberth jouait un alto Allemand\nd'une dimension très anormale. Est ce un avantage ?\nNous sommes maintenant aux prises avec les pianistes —et pas les moindres —M. Léon\nDelafosse dans ses œuvres pour piano et orchestre, souvent intéressantes, M. Marcian\nThalberg dans des pages de Liszt et d'autres, M. Victor Gilles, interprète tout à fait bon de\nChopin, ce qui est plus rare qu'on ne pense, M. Henri Schiedenhelm, talent souple et varié,\nM. Sliwinski au jeu très pur, très sobre et au phrasé remarquable, Mlle Thérèse Valabrègue\nqui donna une agréable séance chez Erard, M. Vecsei, pianiste hongrois de valeur, Mlle\nYvonne Delevoye, Mme Jane Mortier qui joua et se joua du Debussy, M llc Bertha Weill,\nM. Paul Schramm, dont les deux programmes furent d'un grand intérêt. Nous en oublions, et\ncombien ! Mais comment les entendre tous ?\n\nF. Guérillot."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.79", "texte": "REVUE DE LA PRESSE QUOTIDIENNE\nL'HEURE ESPAGNOLE\nSe\nIl n'est rien de moins lyrique que le\nlivret de l'Heure Espagnole. Ce vaude-\nville grivois, d'originalité médiocre, de\nstyle tantôt plat et tantôt prétentieux,\nconvient fort mal à la musique. M. Ravel\nl'a pourtant choisi, non pour y semer\nquelques couplets, comme on eût avec\nraison fait au temps de nos pères, mais\npour le mettre en musique tout entier,\navec l'application la plus industrieuse et\nle sérieux le plus tendu. M. Ravel veut\nproduire le comique musical par l'unique\nmoyen de l'humour, ou d'une certaine\nironie froide et guindée qu'il pense être\nde l'humour. Son comique précieux, sec\net raide n'a pas un moment de laisser-\naller et de liberté ; il garde toujours un\nsourire pincé, une attitude composée, un\npetit air supérieur et figé qui chassent\ntoute gaieté et détruisent toute anima-\ntion. Ses personnages manquent de vie\net d'âme autant qu'il est possible 5 ce\nsont des automates, des poupées méca-\nniques, d'ailleurs fort ingénieusement\nagencées et façonnées, qui vont et\nviennent, font des gestes, parlent, chan-\ntent, mais ne donnent pas un instant\nl'impression de la spontanéité, ni l'idée\nqu'elles sont vivantes. La déclamation\nmême que leur prête M. Ravel, décla-\nmation bizarrement appuyée, compassée,\ngourmée, où l'on retrouve quelques in-\nflexions et intervalles habituels à Pelléas,\nmais sans rien de la fluidité, de la\nvivacité et de la souplesse propres au\ndiscours musical de M. Debussy, décla-\nmation qui fait songer à celle de Pelléas\nrépétée par un phonographe dont le\nmouvement serait excessivement ralenti,\ncette déclamation accroît leur ressem-\nblance avec des automates parlants et\nchantants. Tout en eux est glacé et\nglacial 5 et tout est petit, menu, étroit,\nétriqué : la stature, la démarche, les\ngestes, la parole même et son accent.\nCe sont des poupées d'étagère ou les\nfigurines d'une horloge à musique.... La\npersonnalité de M. Ravel s'affirme et se\ndéfinit plus clairement qu'elle n'avait\nencore fait. Que pour la matière musi-\ncale qu'il emploie, pour les suites\nd'accords et les recherches d'harmonie\nqui lui sont coutumières, M. Ravel\ndoive beaucoup à M. Debussy, c'est un\nfait manifeste. Mais l'âme de sa musique\net de son art est absolument différente.\nM. Debussy est tout sensibilité ; M.\nRavel tout insensibilité. Où M. Ravel\na paru uniquement debussyste, c'est dans\ndes pièces où il a fait de la musique\npittoresque, parce que n'ayant pas de\nsensibilité personnelle, il empruntait, en\nmême temps que les procédés techni-\nques, la sensibilité d'autrui. Mais dans\nune œuvre telle que l'Heure espagnole,\nou encore dans des pièces telles que\nles Histoires naturelles, d'où tout senti-\nment est absent, la nature originale de\nM. Ravel apparaît, et son insensibilité\ningénieuse et subtile lui fait une per-\nsonnalité.\nPIERRE LALO.\nM. Maurice Ravel est, dit-on, un\nchef d'école ; je crois que cette assertion\nest un peu risquée, Certes, M. Ravel a\nbeaucoup de talent, et son art a parfois\nune séduction singulière. Mais il n'est\npas donné à chacun de le pratiquer. Il\nfaut connaître admirablement la musique\npour en méconnaître à ce point les lois 5\nil faut, pour la disloquer aussi galam-\nment, en savoir l'anatomie muscle par\nmuscle : la technique de M. Ravel est\nune sorte de jiu-jitsu transcendant...\nM. Ravel a tramé en points inégaux et\nen employant à dessein des colorations\ndiscordantes, dont l'assemblage est sou-\nvent harmonieux, une musique qui, à\nen croire ses thuriféraires, ne procède\npas de M. Debussy, mais qui, vous\npouvez m'en croire également, procède\nencore moins de Pergolèse et de Cima-\nrosa, dont M. Ravel voudrait, paraît-il,\nressusciter le génie. Sur cette symphonie\nsavamment cacophonique, M. Ravel, qui\nest observateur et ironique, peut-être\nun peu trop ironique, a déterminé\navec clairvoyance et noté avec minutie\nla parole des personnages. Malheureuse-\nment, cette notation n'est pas toujours\nobservée par les interprètes, et leurs\nincorrections de mesure produisent par-\nfois des consonances que M. Ravel\nn'avait pas voulues... L'impression gé-\nnérale est étrange, et je ne jurerais pas\nqu'elle fût absolument joyeuse. Pour ma\npart, ce que j'ai préféré dans la parti-\ntion, ce sont certaines éclaircies où se\nrévèle une nature musicale abondante\net diatonique, que M. Ravel s'efforce\nsoigneusement de dissimuler et\ntriomphera de ses efforts. J'apprécie\nbeaucoup la musique actuelle de M. Ra-\nvel, mais j'admirerai entièrement, je le\nsens, sa musique future.\nREYNALDO HAHN.\nLe Gaulois\njadis un musicien eût tiré de cette\nfacétie un vaudeville mêlé d'ariettes\ncomme ï.e Sourd ou VAuberge pleine. Il\nsemblerait possible d'en faire, aujour-\nd'hui, la thèse de quelque folle opérette,\nriche de bouffonnerie. M. Maurice Ravel,\nartiste de l'école avancée, a cru devoir\nnoter exactement la déclamation du\ndialogue et dérouler ses scènes sur un\ndessous d'harmonies compliquées, infini-\nment chromatiques avec des idées hachées\nmenu et une instrumentation tort ingé-\nnieuse. Beaucoup de détails sont très\ncurieux et amusants, surtout dans la\npartie purement pittoresque ou incita-\ntive. Malheureusement, il n'y a point\naccord entre le poème et la partition, et\nla gaieté de la pièce est par trop étouf-\nfée sous l'appareil musical. Les deux\néléments sont, pour ainsi dire, en con-\ntradiction.\nLouis DE FOURCAUD.\nL'ECHO DE PARIS\n«S\nFranc-Nohain sait rimer ou assonan-\ncer des vers qui ont leur musique propre.\nCette musique propre, le musicien,\nM. Maurice Ravel, s'est efforcé de ne\npas la détruire. Il a presque tout à fait\nréussi. Sa déclamation notée est aussi\nprès du langage que possible. Sur sa\npartition, il a écrit lui-même, et à juste\ntitre :\n\" C'est presque tout le temps le quasi\nparlando du récitatif bouffe italien. \"\nA ce mérite, il faut ajouter la très\ncapiteuse, la très pimentée séduction de\nl'orchestre. Les musiciens et les dilet-\ntantes admireront la virtuosité de M.\nRavel à trouver d'étranges et cocasses\néchantillonnages sonores. Si certains\nécrivains mettent de l'esprit dans la\nfaçon de faire jouer les mots, ce musi-\ncien en met beaucoup dans sa manière\nde frotter les timbres les uns contre les\nautres. Il y a là un raffinement que\nHuysmans n'aurait pas manqué de si-\ngnaler dans une page d'A Rebours.\nADOLPHE BOSCHOT."}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.80", "texte": "REVUE DE LA PRESSE QUOTIDIENNE\n75\n\nLE MARTYRE DE SAINT SÉBASTIEN\nle Gaulois\ni\nLa partie musicale m'a paru superbe,\nd'une orchestration de belle richesse et\nde grande virtuosité. L'auteur tire an\nbeau parti des instruments dont il dis-\npose. Ses moindres supports, dans le\ndrame, ont une réelle valeur, et il y a\ndes chœurs, des chants lointains et mys-\ntérieux qui sont d'un grand charme.\nFÉLIX DUQUESNEL.\n_ <v\nM. Debussy a écrit pour le Martyre\nde Saint-Sébastien une considérable par-\ntition de musique de scène... Ne croyez\npas que je pense du mal de la musique\nde Saint Sébastien. J'en pense grand bien.\nCette musique est fort bonne... Le Saint\nSébastien de M. d'Annunzio, et l'art de\nM. d'Annunzio lui-même n'ont rien de\ncommun avec l'art et la nature de\nM. Debussy. De son propre mouvement,\nil semble bien que jamais M. Debussy\nn'aurait choisi ce Saint Sébastien pour le\nmettre en musique... Dans la partition\nentière, il est bien peu de moments où\nl'on sente que sa musique sort du fond\nmême du drame. Le plus souvent, elle\nse borne à évoquer des sensations de\nmilieu et d'atmosphère, soit qu'elle nous\nouvre la chambre mystérieuse où siègent\nles magiciennes, soit qu'elle chante et\npleure la mort d'Adonis. Lorsqu'elle\nprend plus directement part à l'action,\npar exemple lorsqu'elle accompagne la\ndanse de Saint Sébastien, sur les charbons\nardents, elle manque quelque peu de\nsignification et de force ; elle n'est qu'un\nscherzo agréable, mais superficiel\nM. Debussy n'a jamais possédé, ni sans\ndoute jamais cherché à posséder l'art de\nla forte architecture musicale ; il n'a\njamais créé des constructions fermement\nassises, ni de régulières ordonnances\napparentes. Mais il a une sensibilité si\nvive et si harmonieuse tout ensemble,\nque dans les moments où elle est émue,\nelle communique aux œuvres qu'elle\ninspire une unité intime de sentiment et\nd'impression ; unité qu'on aurait peine à\ndéfinir, à expliquer et à démontrer, mais\nunité à la fois évidente et secrète, in-\nsaisissable et indissoluble, qui circule à\ntravers sa musique comme le sang, et\ndont on subit sans le comprendre claire-\nment le subtil empire. Rien de pareil\ndans les morceaux dont est composé\nSaint Sébastien... La partition de Saint\nSébastien contient peu d'idées musicales\nvéritablement significatives, décisives, et\nqui s'imposent. Au temps de Pelléas, les\nadversaires de l'œuvre avaient coutume\nde déclarer \"qu'il n'y avait pas d'idées\nlà-dedans\", ou tout au plus des idées de\ntrois notes. Soit. Mais ces idées de trois\nnotes étaient si profondément, si insépa-\nrablement unies à la situation, à l'émotion\ndes personnages, qu'elles étaient des\nêtres musicaux particuliers, frémissants,\nvivants. Chacune d'elles avait son accent\net son expression ; on ne pouvait n'y\npas prendre garde ni les oublier. Ici, les\nthèmes sont quelquefois plus longs 5 et\nmême un ou deux d'entre eux s'expri-\nment par des formules mélodiques\nassez fâcheuses. Mais aucun n'a ce\ncaractère d'intime union avec l'essence\ndu drame... Ces observations diverses ne\nme privent d'ailleurs pas de trouver\ngrand plaisir à entendre la partition\nnouvelle de M. Debussy. Je la goûte\nfort dans son ensemble ; elle ne con-\ntient guère qu'un seul morceau pour\nlequel je n'aie point d'inclination du\ntout : c'est le chœur final, vaste ensem-\nble palestrinien par moments, par mo-\nments coupé d'effusions mélodiques et\ninstrumentales, plus banales et plus à\ngrand effet qu'on ne les voudrait dans\nun ouvrage de M. Debussy ; et l'on est\nsurpris que M. Debussy ait écrit cela.\nMais ce morceau excepté, la valeur de\nson œuvre est incontestable.\nPIERRE LALO.\nLE FIGARO\né\nLa musique ajoute à l'œuvre de\nd'Annunzio une saveur qu'on n'avait\npeut-être pas encore goûtée. Pour la\npremière fois, dans le mélodrame, elle\ns'unit intimement au poème, s'identifie\nà lui, l'exalte, le prolonge, sans que son\nintervention, une seule fois, modifie\nl'atmosphère autrement que pour la\nrendre plus pénétrante. Les quatre pré-\nludes qu'a composés M. Debussy, ses\nsoli, compteront sans doute parmi ses\npages les plus achevées. Il a su trouvre\npour Saint Sébastien, sans un instant\npasticher des formes anciennes, les ac-\ncents lyriques simples et simplement\némouvants qui convenaient. L'écriture\nde son orchestre, l'étagement des voix\ndans les chœurs, la manière dont il en\nménage les entrées, leur douceur et leur\néclat, leur rythme, leur force et leur\neffacement, constituent une œuvre qui\nse suffit à elle-même et contient sa\npropre raison et sa propre beauté.\nROBERT BRUSSEL.\nLE JOURNAL\nParmi les traits qui caractérisent l'il-\nlustre personnalité musicale de M. Clau-\nde Debussy, on ne remarque, ce me\nsemble, ni l'abondante expansion du\nverbe, ni l'exaltation sereine du cœur,\net ceux-là mêmes qui professent envers\ncet éminent artiste une admiration in-\ntransigeante ne sauraient, je pense, nier\nque le pectus ne lui fasse un peu défaut.\nAussi pouvait-on se demander si, dans\nson lagage original et pénétrant, mais\nperpétuellement saccadé, inquiet, com-\nme à la recherche d'un filon émotif\nqu'il rencontre souvent pour le reperdre\npresque aussitôt, et à la faveur d'une\nveine mélodique pleine de vertus grisan-\ntes, mais dont l'épanchement s'effectue\npar filtration lente et rare, à la façon de\ncertaines essences précieuses, pouvait-\non, dis-je, se demander si l'auteur de\nPelléas parviendrait à rendre avec bon-\nheur les divines angoisses et les déchi-\nrantes mais radieuses voluptés de la\nGrâce.\nJe n'oserais affirmer qu'il y soit par-\nvenu. Si la musique de Saint Sébastien\nm'a, paru intéressante chaque fois qu'elle\navait pour mission de déterminer une\natmosphère équivoque ou lugubre, elle\nm'a je l'avoue, profondément déçu dans\nles passages de douloureuse allégresse et\nd'extatique ferveur. Outre qu'à ces m°~\nments-là elle offre, par sa réserve nati-\nve, un disparate flagrant avec l'éloclu\"\nence flamboyante et le lumineux\nde M. d'Annunzio, cette musique man~\nque singulièrement de continuité, de\nlargueur et de force. Sollicités en tous\nsens par des sonorités curieuses, par des\nrecherches continuelles d'agencement et\nd'harmonie, l'esprit et l'oreille aspirent\navidement à quelque chose de plus pro-\nfond, de plus simple, de plus émouvant,\nà quelque chose, enfin, qui vienne du\ncœur. A la fin du drame, alors que le\nParadis s'ouvre en une gloire d'or des\nchœurs d'anges se font entendre ; ils"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.81", "texte": "76\nS. I. M.\n\nsont heurtés, instables, pleins d'intona-\ntions dissonantes et produisent une\nimpression d'anxiété fort éloignée de la\nbéatitude céleste ou, du moins, de l'i-\ndée qu'on s'en fait, jusqu'au moment où\nils éclatent en une courte péroraison\ndont le diatonisme barbare est d'un beau\ncaractère, mais dont la brusquerie dé-\nconcerte.\nREYNALDO HAHN.\nL'ECHO DE PAIÏS\nMais la musique de M. Claude\nDebussy est très belle et profonde.\nFRANÇOIS DE NION.\n| TU ffliïtîn |\nLa musique du Martyre de saint Sé-\nbastien compte, je crois, au nombre des\nplus belles qu'ait écrites M. Claude\nDebussy. Elle frappe, tout d'abord, par\nsa clarté, sa sérénité et sa force. On dit\nqu'elle fut composée dans un laps de\ntemps assez court. Faut-il attribuer à\ncela le caractère de franchise, de netteté\nqui lui donne un si haut prix ? Peu im-\nporte. Elle n'a jamais d'ailleurs le lais-\nser aller d'une improvisation. Elle sem-\nble profondément pensée et facilement\nréalisée. Différente, en un certain sens,\nde celles que son auteur a déjà conçues,\nelle n'abdique cependant rien de ce qui\nconstitue la personnalité de celui-ci. On\ny retrouve la gamme par tons entiers\ndes œuvres précédentes. On y découvre\naussi tantôt une largeur de sentiment,\ntantôt une simplicité de moyens dignes\nde remarque et de louange.\nCe que l'on doit noter également,\nc'est la place considérable que les voix\ny occupent. Jusqu'à présent, l'art de\nM. Debussy avait été surtout instru-\nmental. Là, il est principalement choral\net il atteint à une puissance très nou-\nvelle. Chaque acte comporte des ensem-\nbles supérieurement construits, pleins\nd'effets saisissants et curieux. Aux hurle-\nments sauvages de la foule sont opposés\ndes chants d'une pureté singulière. Les\ncris d'émerveillement des chrétiens de-\nvant le miracle de la flèche montant au\nciel, la dcploration des femmes à la mort\nde Sébastien, le vaste et magnifique\nalléluia final méritent d'être admirés\nsans réserves. On ne saurait traduire\nmieux qu'en ces pages frémissantes la\ndouleur et la joie. Et lorsque la Vierge\nMarie, émue tendrement de l'éternelle\nangoisse humaine, murmure son lied\nmystique, c'est un instant de rare délice.\nMalgré cela, l'orchestre, n'est pas à pro-\nprement parler sacrifié. Il a ses minutes\nheureuses. Des préludes hiératiques et\nfantastiques, religieux et voluptueux, des\nfanfares éclatantes, des danses vives\ncomplètent cette partition dont il me\nplait de constater la valeur et d'annon-\ncer le succès.\nALFRED BRUNEAU.\nf'Œdatr\nM. Claude Debussy a écrit pour ac-\ncompagner cet ouvrage une partition où\nse retrouvent ses dons coutumiers, si\noriginaux et si séduisants : mais cette\nmusique de scène n'a pas de grands\ndéveloppements ni une extrême impor-\ntance. Les chœurs de la fin sont très\nbeaux et d'un très pur sentiment reli-\ngieux. PAUL SOUDAY.\nLA LIBERTÉ\nLes auteurs s'en sont tenus à cette\nforme haïssable, vraiment anti-artisti-\nque, qui mêle la musique au langage\nparlé. Et ici la musique, en même temps\nqu'elle saisit le premier plan dès qu'elle\napparaît, demeure, dans l'ensemble, noyée\nsous le débordement inconcevable du\nVerbe. Ajoutez qu'il y a en elle une\nsimplicité, une concision, une clarté\nsereine, une émotion surtout, intime et\ncontenue, une totale absence de rhéto-\nrique, qui s'accordent aussi peu que\npossible avec les caractères de ce Verbe.\nNous avons retrouvé là les plus belles\nqualités de M. Debussy, celles qu'on\navait pu croire en péril dans les œuvres\npostérieures à Pelléas : et nous les avons\nretrouvées avec une précision mélodi-\nque, avec une ampleur de souffle et une\nfermeté de sonorité et d'accent que nous\nne lui avions pas encore connues. Je ne\nsaurais, sans plus de réflexion, vous\nparler en détail d'une partition si im-\nportante. J'en garde la sensation d'une\ndes plus belles choses que M. Debussy\nait écrites. Malgré la somptuosité du\ncoloris et l'imagination rare et merveil-\nleusement diverse des combinaisons in-\nstrumentales, le sentiment reste, dans\nles parties essentielles, tout intérieur et\nd'une pureté rare. Et c'est au sentiment\nde Parsifal si différents que soient le\nsentiment et le style que fait plusieurs\nfois songer, dans l'extase ou dans la dou-\nleur, le sentiment du Martyre de Saint\nSébastien. GASTON CARRAUD.\nJOURNAL DES DfiMTS\nrOUTIûIiES S? UÎTgSAttSS\nM. Debussy s'est efforcé d'écrire \" son\nsonge musical avec le plus complet déta-\nchement de lui-même \", en composant\nsa musique \" exactement comme si elle\nlui eût été demandée pour une église\".\nIl se peut, mais son goût pour la\nmusique décorative, pour l'illustration\nd'un texte ou d'un sujet par des timbres\net des rythmes l'a entraîné quand même\net c'est peut-être pour le Concile des\nfaux dieux, pour la comparution de\nSébastien devant l'Empereur que le\n\"mystique\" qu'il aurait voulu devenir\na su trouver les accents les plus élo-\nquents, les plus personnels, dans les\nhymnes païens aussi bien que dans la\npeinture de la Passion mimée par Sébas-\ntien ou dans la mort de celui-ci, enseveli\nsous des fleurs, comme Adonis. Si ce\ntableau nous a particulièrement frappé\npar le charme et la variété de l'expres-\nsion musicale, par sa force dramatique\naussi, ce n'est pas à dire pour cela que la\ngrâce imprécise, la sensibilité suave et la\npoésie vaporeuse qui semblent être les\nqualités propres de M. Debussy ne se\nretrouvent pas ailleurs, mais il est visible\nque l'auteur, \" écrivant comme pour une\néglise\", a cherché à donner plus de\ncohésion, plus d'ampleur à sa musique,\nà moins éparpiller les sonorités, à s'im-\nposer un plan plus précis, à suivre en\nplus d'un passage et spécialement dans\nles pages vocales, qui sont nombreuses,\nune ligne mélodique mieux déterminée:\nécoutez plutôt, pour en bien juger, le\ngrand Alléluia final. Et de ces tendances,\nde ces tentatives qui paraissent nouvelles\nde sa part, qu'est-il résulté ? Une par-\ntition qui témoigne d'un curieux effort,\nmais où l'auteur semble se contraindre\net ne plus écrire sous la libre dictée de\nl'inspiration, soit qu'il ait dû exécuter à\nla hâte un travail pressé, soit que la\nmusique religieuse ou simplement mys-\ntique exalte modérément son imagina-\ntion. ADOLPHE JULLIEN."}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.82", "texte": "L'Édition\nMusicale\nV. P.\nNe soyons pas trop indulgents pour la musique vocale : le morceau de chant bénéficie de\nbien des facilites . il peut etre médiocre, il est rarement intolérable ; et certains auteurs de bien\nmince envergure y trouvent une occasion de brillerfàfpeu de frais. Lisez l'lmmortelle tendresse\nde Mel Bonis (1), (*) ou le Cœur Virginal de H. Fleury, (1), (*). Quelques passades assez\nheureusement traités y donnent l'illusion de l'habileté, sinon du talent. Le Printemps,\nd^Edouard Broil (i)> débuté avec un lyrisme frénétique, dont l'intensité ne parvient à\ns accioitre . pourquoi ne pas exposer le theme principal avec un peu plus de sérénité ? Nous\narmons a des œuvres plus fouillées, et de plus haut style, avec Lci Danse au bord du Lac, de\nMarcel Labey, (2), (%*) et Dans la brume argentée, de Gustave Samazeuilh, (2), (*).\nVoilà des accompagnements que bien des gens ne manqueront pas de déclarer indéchiffra-\nbles. Il y a moins de savoir faire et plus de simplicité dans les Six Pièces à chanter,\nde Louis Delune, (3)« L une d elles, La Délaissée, rappelle les meilleures productions des\ngrands romantiques allemands. M. Louis Aubert musicien subtil, sait graduer ses effets\navec la science la plus raffinée. Son Odelette (2), (**) sur des paroles d'Henri de Régnier, est\nun modèle de déclamation expressive... M. Chansarel est toujours un de nos plus habiles\nmélodistes. Il enveloppe d'une atmosphère de poignante mélancolie le beau sonnet d'Albert\nSamain, Ressouvenance (1) (*) puis il s'attaque au dangereux honneur de récrire un Clair\nde Lune sur les paroles deja rendues illustres par Fauré. L'agréable Leçon, d'Albert Samain, qui\npour d autres eut ete le pretexte a quelque pastiche du XVIIIe Siècle, lui inspire quelques paçes,\nheureusement denuees de toutes prétentions au style ancien et du coloris le plus séduisant.\nPour les amateurs de musique d'ensemble, voilà deux chansons à quatre voix sans accom-\npagnement, de Jacques Pillois, (4) • la seconde est une Ronde à danser sur des Thèmes\nbretons, amusant exemple de ce que peut devenir un motif populaire entre les mains d'un\nmusicien ingénieux et homme de goût.\nLes Douze Chansons pour les Enfants, de Charles Neveu (s)>(*) n'ont ni la franchise, ni\nla carrure, ni aucune des qualités requises pour se graver dans de jeunes mémoires; du reste,\nelles ne plairont pas davantage aux grandes personnes. Il vaudrait beaucoup mieux donner aux\nenfants les Mélodies populaires des Provinces de France, recueillies par Julien Tiersot (6), si\nles paroles n en étaient pas quelquefois un peu scabreuses pour eux ; remarquons que la mélodie\npopulaire reste toujours jeune, tandis que le musicien de profession, en voulant être simple,\ndevient vulgaire et en voulant être enfant, devient nigaud.\n(i) Demets. (2) Durand. (3) Office musical\ngienne. (6) Heugel. (7) Schuberthausverlag.\n* voix moyennes.\n** existe en deux tons.\n*** voix élevées."}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.83", "texte": "LES AMIS DE LA MUSIQUE\nLa grande saison qui a pris, depuis quelques années, l'habitude de s'établir à Paris au\nprintemps, a débuté sous les auspices de notre Société, par un grand festival consacré à Beet-\nhoven et dirigé par M. Félix Weingartner. Quatre concerts, auquels il fut nécessaire d'ajouter\nune audition supplémentaire, ont permis à l'étonnant Kapellmeister de faire entendre, aux\nAmis de la Musique d'abord, àun public d'amateurs ensuite la série des neuf symphonies.\nA cet austère programme deux concertos étaient joints, l'un exécuté au piano par Emil Sauer,\nl'autre au violon par G. Enesco.\nEnviron trois cents Amis s'étaient fait inscrire pour assister aux répétitions de ce festival, où\nseuls les membres de notre société avaient le privilège d'être admis, et, dans la pénombre de la\nvaste salle du Chatelet, tous ceux qui aiment encore le \" vieux sourd \" ont pu goûter en paix\ndes joies silencieuses, que nos concerts leur offrent bien rarement. Car, c'est tout autre chose\nd'assister, spectateur banal, à une audition publique dans une salle aveuglante de lumière, ou\nbien de pouvoir s'isoler dans le mystère d'une répétition, et de voir l'œuvre prendre vie peu à\npeu, le chef s'emparer de l'orchestre, et la réalité sonore jaillir de ce contact magique !\nM. Weingartner est un merveilleux chirurgien, personne mieux que lui, ne sait déba-\nrasser une œuvre de son embonpoint fatal. Ces neuf symphonies, qui d'habitude s'étirent molle-\nment dans la tiédeur de nos salles, prennent tout à coup, sous sa baguette, une vigueur nerveuse\nqui les rend méconnaissables. L'orchestre Colonne lui-même, si pacifique, en tressaille et\nretrouve une discipline, une cohésion vraiment triomphantes. Les chœuis de 1\nChant Choral clament avec fureur la Neuvième sous l'œil vigilant de leur Président, M. d'Es-\ntournelles de Constant. Il y a de l'électricité dans l'air. Il a suffi pour tout cela de quelques\nondulations d'une main gauche, de quelques gestes précis de la main droite, et d une volonté\nhumaine qui tient du prodige.\nLa dernière promenade des Amis de la musique eut lieu le mercredi 17 mai à 10 heures\net demie à l'Opéra. Grâce à la haute protection de M. le Sous Sécrétaire d'Etat aux beaux\nArts et à l'obligeance de M.M. Messager et Broussan, les guidés par le très aimable\nAdministrateur de céans M. Gabion, ont pu, durant deux heures circuler dans\nDes sous-sols jusqu'aux combles la promenade nous conduisit alertement à travers un dédale\nde couloirs et d'escaliers. Ici, ce fut la machinerie électrique, et son jeu de rhéostats, affolant\nde complexité. Puis les coulisses, la scene avec son décor de Romeo, dans lequel les\ncurent peine à se retenir d'entonner un chœur. Puis la salle (eclanee) spectacle nouveau pour\ndes amateurs qui siègent généralement de 1 autre cote du plateau, puis encore la bibliothèque,\noù l'éminent Conservateur, Charles Malherbe, huché sur une table, harangua les Amis et leur\nrappela combien le Musée, et les Archives de l'opéra sont accueillants aux travailleurs béné-\nvoles. Puis enfin le foyer de la danse, où nous eûmes la surprise d'une répétition ; M\"c Zam-\nbelli surveillée par Mme Rosita Maury nous montra, sur des airs du ballet d'Hamlet, les\ngrâces de ses entrechats et le travail préparatoire que réclame l'art d'une étoile. Le tout se ter-\nmina par une ascension générale vers les loges d'en haut où la petite classe ne s attendait\nrien moins qu'à notre envahissement et les Amis se firent un plaisir d'effaroucher les plus\naimables des rats en gaze blanche."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.84", "texte": "Variétés\n\nPersonne n'ignore plus aujourd'hui l'Ecole de gymnastique rythmique. Tous nos lecteurs se\nsouviennent encore de l'article pénétrant que M. Daubresse consacrait ici même dernièrement\nà cette institution, déjà nationale. Et cependant, bien malin qui pourrait dire au juste ce qu'est\nla G. R., où elle tend, où elle nous mène ! Est-ce de la musique, est-ce un sport, est-ce de\nl'innervation plastique, est-ce la forme supérieure du ballet de l'avenir ? Est-ce un plaisir\négoïste, réservé à ceux qui s'y livrent, une religion du mouvement semblable à celle des\nDerviches, ou bien un spectacle de beauté destiné à émouvoir les adeptes de la danse et les\nadmirateurs des tableaux vivants ?\nC'est tout cela, et encore bien d'autres choses que la G. R. troublante, presque parado-\nxale, et bien faite pour captiver l'âme multiple, apostolique de cet admirable Celte, de ce\nfoudroyant Jean d'Udine !\nLà-bas, devant le décor pâle d'une salle méticuleusement claire un soir du mois dernier,\nnous fûmes conviés par le Maître à suivre les démonstrations et les réalisations de la G. R. sous\nune forme à la fois pédagogique, littéraire et artistique. Heureux les cent vingts privilégiés qui\npurent contempler ces évolutions d'abord scolastiques puis, de plus en plus transcendantes, en\nleur langage intrigué, et enfin véritablement dignes des plus hautes formes de l'Art ! Et ce ne\nfut pas une des moindres singularités de cette soirée que la présentation de ces jeux plastiques\net de leurs tendances par le causeur subtil qui dirige l'Ecole de l'Avenue des Ternes ! Jean\nd'Udine tantôt grave, appuyé sur le piano, tantôt communiquant au clavier l'agitation d'un\nrythme tyrannique, tantôt imposant et debout, le bâton du commandement à la main, d'Udine\nqui donne aux goûts la rigueur des principes, et qui se joue à la fois des principes et des goûts,\nd'Udine l'agent provocateur de la critique musicale nous a montré une fois de plus la mesure\n\nCopyright by S. I. M. 15 juin 1911."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.85", "texte": "80\nS. I. M.\n\nde son irrésistible pouvoir de persuasion. Ce qu'il nous dit, et ce qu'il nous fît voir, comment\npourrais-je hélas ! en offrir la simple idée à ceux qui ne furent pas là ?\nL'art des synesthésies rythmiques et plastiques relève avant tout de l'intuition. Et c'est\nvers cette intuition que nous a guidé d'Udine avec un sens complet du public parisien auquel il\navait à faire. Sa causerie, pour nous conquérir à ce que nous allions regarder, nous a désarmés,\nd'abord. En écoutant cette parole brève, et qui se glissait en nous, je me représentais quelque\nouvreuse du vestiaire esthétique nous enlevant à tous, de gré ou de force, l'appareil inutile de\nnos objections, et nous dépouillant de nos préjugés. Chacun se laissa faire et un quintette\nd'élèves (tous maîtres déjà) fit son entrée pour nous révéler le langage établi la G. R. Car\nc'est un langage complexe entre tous que celui de ces corps, de ces bras et de ces jambes !\nNos yeux sont si peu habitués à voir ce que nos oreilles entendent, que le rythme oculaire a\nquelque chose d'effarant au premier abord. On voudrait arrêter cette polyrythmie, faire épeler\nces mots, dont le sens change à tout instant, interrompre cette griserie de la volonté. On\ndirait une mystérieuse opération mathématique, composée de fractions chorégraphiques dont les\nbras seraient les numérateurs et les jambes les dénominateurs !\nMais à peine avons-nous saisi les éléments de la G. R. que le spectacle s'élève, et,\nsur la musique de la charmante Suite de Borodine, le quintette plastique se met à évoluer\nen pleine liberté. Mme d'Udine, qui est la G. R. personnifiée, deux jeunes filles, l'une bon-\ndissante et botticellienne, l'autre calme et contenue, un grand diable singulier, et enfin\nl'incomparable Thévenaz, viennent se prosterner à terre et profiler sur le sol les cinq blan-\ncheurs de leurs nuques, pendant que résonne \" \". La russe déroule ses\nmorceaux, les poses se succèdent, et de telle manière que toutes les réalités sonores offertes\nà nos oreilles, trouvent leurs équivalents dans les mouvements présentés à nos yeux. Le\njeu est à la fois intelligible pour celui qui observe et directement sensible à celui qui ne réflé-\nchit pas. Peut-être manque-t-il un peu de cette sensualité que semble, selon moi, réclamer la danse\nplastique. Mais sa chasteté tendue convient à la G. R., et prouve en sa faveur. N'est-il pas vrai?\nLes petites robes bleues et les jerseys noirs ont disparu. Il nous reste une émotion, et le\nsouvenir de quelques heures troublées par une vision dont notre esprit ne peut rendre compte\nà notre imagination. Tout nous attire ici vers la réalisation immédiate, vers la pratique. C'est\nle caractère très spécial de ce spectacle d'être pour ainsi dire tout chargé de prosélytisme\ninconscient. Il faut l'avouer : On ne contemple pas la G. R. ; on s'y adonne. Et en vérité ne\nserait-ce pas une foi nouvelle, un évangile de la volonté, une forme moderne de l'innervation\nsentimentale ! Que de choses se pressentent derrière ces ébats de quelques jeunes corps, der-\nrière la ligne rouge ponctuée de camélias blancs, qui séparait l'autre soir les initiés des profanes?\n\nH. L.\n\nCroquis de L. Thevenaz."}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.91", "texte": "L. Thevenaz."}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.92", "texte": "Virtuoses et Musiciens\n\n1\nLe 5 Ventôse an X Bernard Sarrette lisait à l'assemblée Générale des Membres du\nConservatoire, une longue épître intitulée : \" Observations sur l'état de la Musique en\nFrance.\"\nJe ne citerai point en son entier cette \" lecture \" que l'on peut consulter à la Bibliothèque\ndu Conservatoire et que Monsieur Constant Pierre a ajoutée à sa remarquable étude sur\n\" Bernard Sarrette et les origines du Conservatoire.\" J'en relèverai seulement le passage suivant\nservant de commentaire à sa proposition de \" Création d'Ecoles de Musique dans les grandes\nvilles de France :\n\" En créant ces Ecoles, on réunirait le triple avantage :\n\" i° De remplacer avec une grande économie et d'une manière infiniment plus fructueuse\n\" les moyens si imparfaits d'instruction musicale qui existaient autrefois ;\n\" 2° De créer, avec un système d'enseignement d'autant préférable à celui des cathédrales\n\" qu'il serait complet, une école de chant qui pourrait par la suite rivaliser celles d'ltalie ;\nu 2° J)e nous rendre indépendants des Ecoles allemandes, ou jusqu à Fépoque de la fondation du\nu Conservatoire, on a été oblige de puiser les musiciens instrumentistes employés dans les régiments et\n\" les spectacles.\"\nCertes, nous n'avons plus besoin de puiser nos musiciens instrumentistes dans les Ecoles\nallemandes ; depuis 1802 nous avons fait des progrès et nous produisons des musiciens instru-\nmentistes, nous en produisons même beaucoup trop ; tous nos orchestres en sont remplis, et le\nsurplus ne peut être utilement employé. Il serait préférable de produire moins de \" musiciens\ninstrumentistes \" et davantage a d'lnstrumentistes musiciens. \"\nIl semblerait que tous ces éléments, s'ils étaient de qualité suffisante, devraient trouver leur\nemploi dans les grands orchestres d'Angleterre et d'Amérique où les situations sont enviables\nau regard des appointements offerts ; mais l'Etranger ne veut point de ces éléments inoccupés\nchez nous, il les juge insuffisants, et les chefs d'Orchestre d'Amérique s'en vont chercher en\nAllemagne ce que nous devrions pouvoir leur fournir.\nJ'ai dit plus haut que nous fournissons des \" Musiciens instrumentistes \". A l'époque de\nla création du Conservatoire, créer des \" musiciens instrumentistes \" c'est à dire, connaissant\nparfaitement tous les secrets de leur instrument était le but cherché. Il ne semblait point\nnécessaire que l'instrumentiste exercé dût, parallèlement à l'étude de son instrument, chercher\nà acquérir une musicalité que l'état de la musique, encore assez simple à ce moment, n'exigeait\npas nécessaire.\nOr, l'évolution de la musique exige de la part des instrumentistes une musicalité complète,\net ce n'est plus des musiciens instrumentistes que le Conservatoire doit former, mais bien des\ninstrumentistes musiciens.\nJe me suis promis d'exposer en cette étude les moyens propres à obtenir ce résultat,\nsurtout en ce qui concerne les classes de violon.\nL'enseignement du Violon, qui, à la fondation du Conservatoire était fait par trois\nprofesseurs, comporte actuellement 6 classes : Deux classes préparatoires (20 élèves) ; quatre\nclasses supérieures (40 élèves) ; proportion illogique, en ce sens qu'elle détourne complètement\nde son but l'idée qui présida, à la création du Conservatoire.\n\n1 Suite de l'article paru dans le n° du 15 Février."}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.93", "texte": "88\nS. 1. M.\n\n\" En décrétant la formation du Conservatoire, la Convention nationale a voulu que,\nu centre de l'art, ce grand établissement renfermât des moyens assez étendus et assez complets\n\" pour former les artistes nécessaires à la solennité des fêtes et au théâtre dont l'influence est si\n\" importante au progrès et à la direction du bon goût. \"\nAinsi parlait Bernard Sarrette en son discours d'Ouverture du Conservatoire, le\n22 octobre 1796.\nIl était bien question de \" former \" des artistes.\nOr, le Conservatoire, en ses classes de violon \"ne forme pas \" des artistes, puisque, sur\n40 élèves que comportent les classes supérieures, les trois-quarts n'ont point fait leurs études\npréparatoires au Conservatoire. La proportion des places prises par des élèves n'appartenant pas\naux Conservatoires de Paris et de Province est trop importante, et il serait plus logique d'avoir\ntrois classes préparatoires et trois classes supérieures comportant pour chacune de ces classes,\ndix élèves. Le nombre des places laissées libres en classe supérieure par les élèves des classes\npréparatoires n'ayant pas les dispositions nécessaires pour continuer leurs études, serait suffisant\npour accueillir les quelques éléments remarquables qui, pour diverses raisons, n'auraient pu se\nprésenter en temps voulu aux examens d'admission des classes préparatoires.\nL'enseignement des classes supérieures de Violon est complété (?) par deux classes\nd'ensemble et une classe d'Orchestre. Pour suivre les cours des classes d'ensemble et d'orchestre,\nil faut que l'Elève ait déjà obtenu une récompense, ce qui, en principe, ne lui permet de\nsuivre ces classes que pendant trois ans, le règlement prévoyant cinq années d'études en classe\nsupérieure avec obligation d'une récompense à la fin de la deuxième année pour pouvoir\nparfaire les études au cours des trois années qui suivent. Ce n'est donc que pendant ces trois\ndernières années qu'un élève d'aptitudes moyennes peut être initié aux secrets de l'exécution\nde la musique d'ensemble ; et il se produit ce fait que plus un Elève a de dispositions pour\nle \" Violon \", moins longtemps il pourra suivre les cours des classes d'ensemble.\nEn effet, si un El ève obtient, la première année de Concours, un 2e accessit, la seconde\nun lerIer accessit et la troisième un Premier prix, ce qui est assez fréquent, il n'aura suivi les\ncours des classes d'ensemble et d'orchestre que pendant deux ans. Il est vrai que tout Premier\nprix de Violon, a le droit de suivre les cours d'ensemble pendant une année encore après sa\nsortie du Conservatoire ; mais la plupart d'entre eux se dispensent de ce qu'ils considèrent\ncomme une corvée embarrassante.\nIl serait beaucoup plus logique que tout élève admis dans une classe supérieure de Violon\nsoit mis dans l'obligation de suivre le cours d'ensemble, dès son admission ; et la classe\nd'orchestre dès la seconde année de sa présence en classe supérieure de Violon, avec un\nminimum de présence de trois années à chacun de ces Cours.\nIci se pose une grosse question : celle des concours publics de la fin d'année.\nLeur suppression s'impose !\nCes concours publics avaient été créés à une époque où le Conservatoire devait, pour sa\nvitalité, et pour justifier des sacrifices d'argent faits par l'Etat, prouver \" publiquement \" la\nlégitimité de ces sacrifices. Depuis longtemps le Conservatoire a fait la preuve de son utilité ;\nles concours publics ne sont plus maintenant nécessaires, et leur suppression serait, par tous les\néléments intéressés, accueillie favorablement. Le concours public, surtout en ce qui concerne\nla question qui nous occupe, ne peut donner aux concurrents toutes les garanties de justice et\nd'équité auxquelles il est en droit d'attendre. Non que je veuille dire que les Membres du Jury"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.94", "texte": "VIRTUOSES ET MUSICIENS\n8g\n\nne donnent leur sanction en toute conscience et en toute équité ; mais il se produit depuis\nplusieurs années entre le public admis à ces Concours et le Jury, des conflits si graves, que\nl'appréhension du retour de pareils faits fausse fatalement les décisions du Jury ; le Public (qui\nse trompe singulièrement sur le but de sa présence en faisant fonction de Jury) influe, par son\nattitude, sur les décisions du Jury qui devrait statuer, non seulement sur l'exécution publique,\nmais encore sur les u notes scolaires \" résultant des études de chacun des concurrents en\nchacune des classes de Violon, d'ensemble et d'orchestre.\nJe sais bien que depuis l'intelligente direction de M. Gabriel Fauré, ces notes entrent\nquelque peu en ligne de compte dans l'attribution des récompenses et que le principe des\n\" notes scolaires \" est établi, mais il ne porte actuellement, en réalité que sur les notes scolaires\ndes \"classes de Violon\" et le public qui n'est pas mis au courant de la valeur de chacun des\nconcurrents en ce qui concerne les \" notes scolaires \" ne peut comprendre les jugements\némis par le Jury ; la sanction lui semble toujours manquer d'équité, et il en résulte ce fait qu'il\nsemble réellement injuste pour être d'accord avec le Public, de faire état de notes de musicalité\ndans un \" Concours public \" qui, à priori, semble ne devoir être qu'un \" Concours de Violon.\"\nEt comme d'autre part il ne devrait pas être accordé de récompense à un bon violoniste dont\nla musicalité est insuffisante, il serait beaucoup plus logique de supprimer complètement le\nconcours de Violon pour le remplacer par un examen général qui entraînerait l'attribution de\nrécompenses dont la valeur serait certainement plus grande et plus appréciée des concurrents.\nJe citerai ici un fragment du discours de Bernard Sarrette :\n\" Sous le rapport de l'étude, le règlement doit préparer des routes faciles aux modes de\nu l'enseignement, recevoir l'élève à l'école primaire de la musique, et le conduire avec précau-\n\" tion, en suivant le développement de ses facultés intellectuelles, au centre de l'étude, ensuite,\n\" par émulation et encouragement, aux portes de la célébrité. Le règlement doit enfin établir\nu des classes indispensables a Fentendement musical et au complément de Pétude, dans lesquelles la\n\" théorie de l'art et ses rapports avec les mathématiques, la poétique et l'historique y seront\n\" traités. \"\n/'Historique !\nDemandez à un élève de Violon quelques notes sur Mendelssohn, dont il joue le\nConcerto ; sur Gavinies dont les études font partie de la progression actuellement en honneur\nau Conservatoire ? Il sera tout a fait incapable de vous répondre. Et pourtant, il y a, au\nConservatoire, un cours de l'histoire de la Musique, mais on n'y voit guère d'élèves-violonistes.\nLa Théorie de VArt ! !\nUn élève des classes préparatoires de Violon est actuellement obligé de suivre les cours\nde solfège. Il passe, après l'obtention d'une première médaille de Violon en classe supérieure ;\nà ce moment se termineront ses études théoriques de la musique. Il sera toujours assez\n\" musicien \" pour déchiffrer l'inutile lecture à vue des concours publics.\nIl devrait y avoir obligation, pour les élèves-violonistes, de suivre un cours de solfège\npendant leur présence aux classes préparatoires, et un cours d'harmonie pendant les trois\npremiers années de présence en classes supérieures."}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.95", "texte": "90\nS. I. M.\n\nAutre question bien plus grave encore en ce sens qu'elle traite de l'instruction générale\ndes élèves-violonistes : Les classes préparatoires prévoient l'admission des élèves à partir de l'âge\nde 9 ans ; mais attendu que pour être admis dans ces classes il faut avoir déjà fait trois années\nau moins d'études préliminaires, et qu'à ces études il a fallu consacrer plusieurs heures chaque\njour, l'instruction générale a été complètement négligée ; et l'on voit actuellement ce spectacle\naffligeant de jeunes gens sortant du Conservatoire, possédant une certaine valeur comme\nViolonistes mais d'une nullité complète en ce qui concerne leur Instruction. Là encore, le\nConservatoire devrait exiger d'eux qu'ils complètent, parallèlement à leurs études musicales,\nleur Instruction dont ils devraient justifier par la production d'un certificat d'études primaires.\nEn résumé, voici notre proposition, telle qu'elle m'apparait devoir donner des résultats\nappréciables :\ni° Suppression du concours de Violon ; le remplacer par un examen entraînant l'attribu-\ntion de notes d'aptitudes à différents degrés. L'inutile concours public se trouve de ce fait,\nheureusement supprimé.\n2° Tout élève admis en classe préparatoire devra suivre un cours de solfège et y obtenir,\nau moins une seconde médaille, au cours des 3 années de présence en classe préparatoire de\nViolon.\n30 Pour être admis en classe supérieure de Violon, le postulant devra justifier d'une seconde\nmédaille de solfège ou subir un examen justifiant de connaissances théoriques équivalentes, à\ncelles actuellement exigées pour l'attribution d'une seconde médaille de solfège.\n40 Dès son admission en classe supérieure de Violon, chaque élève devra suivre les cours\nsuivants :\nClasse supérieure de Violon : 3 cours par quinzaine.\nClasse d'Harmonie : 1 cours par semaine.\nClasse d'ensemble : 1 cours par semaine.\nClasse d'orchestre : 1 cours par semaine, (ce cours sera suivi à partir de la seconde année\nde présence en classe supérieure de Violon.)\nCours d'histoire de la musique : 1 cours par semaine.\n5° Examen annuel pour chacun de ces cours avec attribution de notes d'examen permet-\ntant d'accorder aux élèves selon leurs aptitudes générales des récompenses qui pourraient être\ndivisées en plusieurs catégories.\nJe reviendrai sur cette question d'attribution de récompenses et sur la manière dont elles\npourraient être divisées.\nCette réforme, dans l'enseignement du Violon, pourrait être obtenue sans difficultés\nbudjetaires et être accomplie très rapidement ; et j'espère que les intéressés, Professeurs et Elèves,\ny verront tout l'avantage que ce mode d'études peut leur apporter.\nD'ailleurs, j'attends l'avis de ceux de mes collègues Violonistes que je n'ai pu encore,\npour diverses raisons, consulter à cet effet. Leur concours me sera précieux et je les remercie\nà l'avance des réflexions que pourra leur suggérer cette Etude, trop heureux s'ils veulent bien\nm'en faire part.\n\nArmand Forest."}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.96", "texte": "Le Théâtre du Jorat\n\nEn 1903, le canton de Vaud commémorait le centenaire de son entrée dans la Confé-\ndération Suisse. A cette occasion, chaque localité eut une fête de sa façon. Le petit village de\nMézières dans le Jorat, près de Lausanne, voulut avoir sa pièce de circonstance, car un événe-\nment historique significatif s'y était passé. C'est de cet événement qu'un jeune dramaturge,\nle plus remarquable que notre pays ait produit, M. René Morax, tira la Dîme, pièce en 4 actes\net 7 tableaux, avec musique de M. Alexandre Denéréaz. Les représentations de la Dîme,\nen dépit de tout ce qu'elles avaient d'improvisé, eurent un retentissement considérable. Vaudois\net étrangers, artistes, bourgeois et gens du peuple, tous ceux qui y assistaient avaient l'im-\npression que quelque chose de particulier et de nouveau était né. On croyait découvrir un\nvrai foyer d'art, ignoré jusque là, dans ce coin de pays. Les auteurs de la Dîme avaient trouvé\ndans le peuple de paysans qui avaient suscité leur œuvre de merveilleuses ressources d'instinct\nprofond et sûr, de sensibilité fraîche. De leur côté, les habitants de la contrée avaient ressenti\ntrop profondément la beauté du spectacle pour ne pas s'attacher à ceux qui le leur avaient\napporté. Une sorte de phénomène d'osmose s'opère ainsi entre l'artiste et son milieu actif, qui\nfortifie l'un et l'autre et permet à la vie artistique de se développer. M. René Morax entrevit\nla possibilité de fonder là un vrai centre d'art dramatique et le Théâtre du Jorat fut fondé,\ndont M. Arnold Bonard un de nos critiques, parle en ces termes :\nEn général les architectes qui construisent un Théâtre, se soucient assez peu des néces-\nsités techniques. Ils se préoccupent avant tout de l'aspect extérieur. Ils mettent toujours des\nfaçades à colonnes, copies plus ou moins adroites du modèle classique, dont le Grand Opéra de\nParis reste le type le plus somptueux. Ils sacrifient trop souvent au luxe de l'entrée de l'escalier\net du foyer, l'aménagement de la salle et surtout de la scène. Les théâtres français et italiens\nont trop peu tenu compte des améliorations apportées en Angleterre et en Allemagne à la\nconstruction des théâtres.\nA Mézières, il s'agissait d'édifier avec des ressources restreintes un bâtiment rustique\nadapté à la physionomie du pays, contenant une vaste salle et une scène propre à de grands\nspectacles. On s'adressa à deux bons architectes de Genève, MM. Maillard et Chai, que\nguide dans l'élaboration de leurs plans, le souci de la réalisation pratique. Ils s'appliquèrent à\nharmoniser l'extérieur de l'édifice avec les lignes sévères et le caractère rustique de la contrée\nen s'inspirant, jusque dans les détails pour cette construction spéciale, des habitations villageoises\net des granges qui l'environnent. Le style extrêmement sobre de ce bâtiment tout en bois, la\nrusticité des matériaux employés, l'absence de toute ornementation, les formes un peu écrasées\nde ses larges toits couverts de tuiles rouges le mettent en harmonie parfaite avec la gravité\nde la campagne qui l'encadre.\nLe Théâtre du Jorat s'élève sur la plateau de Mézières, au milieu de pommiers, à l'entrée\ndu village, à une centaine de mètres de la gare, devant le magnifique panorama que tont les\nAlpes Fribourgeoises et les Alpes de Gruyère. Il a la forme d'un T dont la branche supérieure\nest occupée par la scène et la tige verticale par la salle. Un principe essentiel a conduit les\nauteurs en lui donnant cette disposition : le spectacle est le centre de l'édifice. On a trop sou-\nvent prétendu que la raison d'être d'un théâtre en est la salle. C'est une erreur profonde,\nindustrielle ou commerciale peut-être, mais certainement et d'une façon absolue, contraire à\nl'art dramatique ; c'est cette erreur qui nous a valu les formes ordinaires des salles de spectacle"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.97", "texte": "THÉÂTRE DU JORAT Mézières Canton de Vaud Suisse\nORPHEE\nOPÉRA EN TROIS ACTES DE GLUCK\nDIRECTION : M. Gustave DORET Second chef d'orchestre : M. Gabriel GROVLEZ\nChef des chœurs: M. Charles TROYON.\nDécors: M. Lucien Jusseaume Costumes: M.Jean Morax Mise en scène: M. René Morax\nChorégraphie: Mlle Chasles\n\nlerIer ACTE :\nLe Bois funèbre\nIIme ACTE : IIIine ACTE :\nlerIer Tableau : Les Enfers.\nIIme Tableau : Les Champs-Elysées.\nlerIer Tableau : La Sortie des Enfers.\nIIne Tableau :Le Triomphe de l'Amour.\nOrphée : Mlle CHARBONNEL de l'Opéra et de l'Opéra-Comique et Mme BRESSLER-GIANOLI\nde TOpéra-Comique. Eurydice : Mlle MASTIO de l'Opéra et de l'Opéra-Comique et MUe CAM-\nPREDON de l'Opéra et de l'Opéra-Comique. L'Amour : Mlle CASTEL de l'Opéra.\nNYMPHES, BERGERS et BERGÈRES, FURIES, DÉMONS et SPECTRES, OMBRES des\nCHAMPS-ELYSÉES, HÉROS et HÉROÏNES, SUITE de TAMOUR.\n\nCes représentations sont données sous la présidence d'honneur de\nM. le Président de la Confédération suisse\net sous le haut patronage de\nMme la Princesse de Brancovan, MM. Camille Saint«Saëns, Paderewski, Paul DuKas,\nCamille Bellaigue, Pierre Lalo, Gaston Çarraud, Romain Rolland, Albert Carré,\nCharles Malherbe, Jean de ReszKé.\nCes représentations auront lieu :\nà 2 heures de Taprès=midi\nSamedi ler1er juillet; Dimanche 2 juillet; Samedi 8 juHlet ; Dimanche 9 juillet; Samedi 15 juillet;\nDimanche 16 juillet,\nà 6£ heures du soir\nJeudi 6 juillet; Mardi 11 juillet; Jeudi 13 juillet ; Mardi 18 juillet.\n\nBILLETS à 2, 3, 5, 10 et 20 francs.\nBureaux de location l FŒTISCH FRÈRES (S. A.), Magasin de musique, rue de Bourg ;\nC. TARIN, libraire, rue de Bourg, Lausanne ; au THÉÂTRE DU JORAT, à Mézières (Vaud).\nOn peut retenir les places a l'avance par correspondance, en joignant le prix par mandat postal (ajouter\n50 centimes pour l'envoi sous pli recommandé).\n(Il n'est pas envoyé de billets contre remboursement.)\n\nLIVRET OFFICIEL ILLUSTRÉ. CARTES POSTALES ILLUSTRÉES\nUn service spécial de TRAMWAYS sera organisé entre LAUSANNE (Gare Centrale ou Mlle), et MÉZIÈRES\nLes Billets sont en vente.\nPour tous renseignements, s'adresser à MM. Foetisch Frères, à Lausanne (Suisse)."}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.98", "texte": "LE THÉÂTRE DU JORAT\n93\n\nen lyre ou en fer à cheval, qui, si elle permet de rassembler, économiquement sur un espace\nrestreint, un grand nombre de spectateurs et crée une corbeille d'un aspect assez agréable à\nl'œil condamne le quart des spectateurs, c'est-à-dire tous ceux qui occupent les places latérales,\nà ne voir qu'imparfaitement la scène et ce qui s'y passe. Seul, l'amphitéâtre, renouvelé des\nthéâtres antiques à Bayreuth et au Regents Theater de Munich offre à tous les spectateurs des\navantages égaux : la vue complète de la scène. L'éloignement des places de fond ne nuit ni\nau spectacle, ni à l'acoustique. C'est le système adopté à Mézières. La salle en amphitéâtre\ncontient onze cent places assises. Elle a 30 m. de longueur ; son plan très incliné (25 cm.\nd'un ban à l'autre) permet aux derniers rangs de voir sans être gênés par les rangs de devant.\nDes deux côtés, de larges couloirs de dégagement conduisent à huit portes de sortie. Le plafond\nlambrissé forme une voûte qui renforce la sonorité de la salle, qu'éclairent deux lustres\nélectriques. Le local est entièrement clos : la lumière du jour si morne dans un espace fermé,\nest ainsi entièrement supprimée. Ull système de ventilation et l'arrosage du toit rafraîchissent\nla salle en été. Des poêles la chauffent dans les journées froides du printemps. Au dessous de\nl'amphitéâtre se trouvent les vestiaires, un foyer réservé au public (restauration). Deux\nbalcons peuvent servir de promenoirs. De larges avant-toits permettent de circuler.\nCes dispositions très simples se trouvent d'ailleurs dans divers autres théâtres rustiques de\nla Suisse allemande, à Altorf, à Selzach. A Mézières, le principal effort a porté sur la scène.\nOn s'est sensiblement écarté des dimensions ordinaires. Actuellement, la plupart des\nscènes ne diffèrent pas de celles d'il y a cent ans : c'est une boîte carrée plus ou moins\nprofonde, dont la paroi de fond mesure à peine le double de l'ouverture de scène. La disposition\nsymétrique des coulisses en espalier permettait autrefois cet arrangement. Les mises en scène\nréalisées, inaugurées par les Meiningen et auxquelles Irving et Birboon Tree en Angleterre,\nAntoine et Albert Carré en France, ont donné un si merveilleux éclat ont modifié la planta-\ntion uniforme des décors. La plupart des scènes construites sur l'ancien modèle s'adaptent mal\naux exigences de la mise en scène moderne ; toutes manquent de dégagements sur les côtés.\nPour les décors de plein air, ce système défectueux, en compliquant la manœuvre des châssis,\nnous a valu ces ciels carrés, ces fastidieux portants de verdure, ces tristes lessives, qu'on appelle,\nsans ironie, des \" frises d'air.\" L'unique préoccupation des architectes quand ils établissent une\nscène est de permettre à tous les spectateurs de voir le point central de la toile de fond. En\nréalité le point central est dans la salle, et le cône visuel arrêté par les deux montants de\nl'ouverture du rideau s'élargit avec la profondeur de la scène. La largeur de la toile de fond\ndevrait être logiquement le triple à peu près de l'ouverture du rideau. Dans ces conditions, un\nspectateur aura toujours, même sur les côtés, l'impression d'un décor complet, sans que les\ndécorateurs aient recours à des portants conventionnels. Le nombre des effets décoratifs peut\nêtre varié à l'infini. La beauté du décor en est augmentée avec la vérité de la mise en scène.\nLa scène du Théâtre du Jorat mesure 10 mètres d'ouverture de rideau, 12 m. de profon-\ndeur et 25 m. de largeur. Une avant scène (podium) de 4m sert aux groupements et aux\névolutions du chœur devant le rideau. Elle est composée de tréteaux démontables. Pour les\nœuvres dramatiques ou musicales qui n'exigent pas la disposition spéciale du chœur au\ndehors du rideau le vide occupé par les gradins du chœur est réservé à l'orchestre.\nLes loges d'artistes, les locaux destinés aux garde-robes et aux accessoires sont aménagés\ndes deux côtés de la scène. Deux larges portes permettent l'accès, sur la scène, de voitures\nattelées. Une ouverture pratiquée dans toute la hauteur de la paroi latérale permet l'entrée des\ndécors. Une installation électrique très complète a été faite.\nLe théâtre du Jorat a ouvert ses portes le 7 mai 1908, pour la reprise de la Dîme. Dès\nlors il a donné encore deux drames de M. René Morax, avec musique de M. Gustave Doret,"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.99", "texte": "94\nS. I. M.\n\nHenriette en 1908, et Aliènor en 1910. Ces spectacles ont été de très remarquables œuvres\nd'art réalisant l'ensemble le plus harmonieux et le plus cohérent d'éléments expressifs. Les\nressources décoratives et de mise en scene du theatre sont si essentielles, si souples et si com-\nplètes, l'acoustique s'est montrée à l'experience si heureuse, que 1 idee est venue naturellement\nà ses fondateurs d'y représenter de grandes œuvres lyriques. C'est ainsi que l'Orphée de Gluck\ny sera donnée, du I au 18 juillet prochain, avec le concours d artistes en vue de 1 Opera-\nComique et du Grand Opéra de Paris. M. Gustave Doret dirigera ces représentations ;\nM. René Morax est chargé de leur mise en scène, et M. Lucien Jusseaume des décors. Enfin\nun comité de patronage où figurent d'éminentes personnalités artistiques et que présidé\nM. Camille Saint-Saëns assure l'entreprise de son appui.\n\nE. Ansermet.\n\n(Croquis de Lucien Jusseaume.)"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.100", "texte": "Çà et Là\n\nVIENNE. Gustav Mahler est mort le 18 mai dernier à 11 heures du soir dans\nun Sanatorium de Vienne. Il a succombé à une intoxication du sang, causée par une\nangine infectieuse qu'il avait contractée au mois de février à New-York. En mars, le\nmaître dut s'aliter et abandonner la direction des concerts de la\nAu commencement d'avril, le docteur qui le soignait, profitant d'une légère amélioration,\nrenvoya le malade en Europe, et le 17 avril (coïncidence curieuse : jour anniversaire de\nl'exécution de la 2de Symphonie du maître l'année précédente aux Concerts-Colonne\nsous sa direction) Mahler arrivait à Paris et descendait à l'Elysée-Palace. Le docteur\nChantemesse, appelé d'urgence au chevet du malade, exigea son transport dans une\nmaison de santé de Neuilly. Là, l'état du maître ne fit que s'aggraver sans cesse, la\nmaladie ayant malheureusement trouvé un terrain trop favorable dans cet organisme\ndébile et usé par tant d'années d'un labeur surhumain. Bientôt, on jugea à propos de\nfaire venir le professeur Chvostek, de Vienne, illustre praticien très familiarisé avec la\nconstitution du malade, qui arriva à Paris le 11 mai au matin, déclara que l'état du\nmaître ne laissait plus place à aucun espoir, étant donné la faiblesse insurmontable des\nfonctions cardiaques, et ordonna le transport immédiat du malade à Vienne, afin qu'il\nlui fût donné de mourir au moins dans cette ville qu'il avait tant aimée, et pour que\nMme Mahler, elle-même gravement malade, se trouvât au milieu des siens àla minute\nfatale. Le il mai au soir l'Orient-Express ramenait à Vienne l'agonisant, et une\nsemaine après, tout était fini.\nG. Mahler était né le 7 juillet 1860 à Kalischt. Il laisse deux œuvres inédites\nentièrement achevées : une 9me Symphonie et une composition pour chœurs et orchestre.\nG. Mahler a été enterré, suivant son désir, dans un petit cimetière de campagne,\nprès de Doebling, dans la banlieue de Vienne.\n\nUn nouveau trio vient de se former à Paris composé du très réputé violoniste, compo-\nsiteur Alberto BACHMANN, de Madame Jeanne DELUNE, la remarquable violoncelliste,\net du pianiste compositeur Louis DELUNE, grand prix de Rome de Belgique.\nCette Association se fera entendre la saison prochaine à Paris, avant d'entreprendre ses\ngrandes tournées à l'étranger pour lesquelles elle vient d'être engagée.\n\nCONCOURS DU CONSERVATOIRE\nILS AURONT LIEU A L'ODÉON, AUX DATES SUIVANTES:\nVendredi 23 juin. A 9 heures: Flûte, hautbois, clarinette, basson.\nSamedi 24 juin. A 9 heures : Cor, cornet à pistons, trompette, trombone.\nLundi 26 juin. A midi : Chant (hommes)."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.101", "texte": "96\nS. I. M.\n\nMardi 27 juin. A 9 heures : Chant (femmes).\nMercredi 28 juin. A 9 heures : Contrebasse, alto violoncelle.\nJeudi 29 juin. A 9 heures : Harpe et piano (hommes).\nLundi 3 juillet. A midi : Opéra-Comique.\nMardi 4 juillet. A 9 heures: Violon.\nMercredi 5 juillet. A 9 heures : Piano (femmes).\nJeudi 6 juillet. A midi : Opéra.\nVendredi 7 juillet. Ai heure :s Tragédie.\nSamedi 8 juillet. A 9 heures : Comédie.\nLe vendredi 30 juin, à I heure, aura lieu, au Conservatoire, le jugement préparatoire\ndu concours aux Grands Prix de Rome, et, le samedi lerIer juillet, le jugement définitif à\nl'lnstitut.\nQuand à la distribution des prix, elle est fixée au jeudi 13 juillet à une heure.\nAVIS AUX MUSICIENS ET AUX COLLECTIONNEURS. Un beau por-\ntrait de Mozart avant la lettre, gravé à l'eau-forte par M. Waltner, membre de l'lnstitut, se\nvoit en ce moment à la maison d'estampes, Jules Hautecœur, 172, rue de Rivoli, ainsi que\nchez M. Sortais, 11, rue Scribe, et chez M. Grus, 116, Boulevard Hausmann. Cette\ngravure a été faite d'après un portrait de famille, peinture originale absolument inédite et datée\nde 1787, l'année où Mozart, alors âgé de 31 ans, composa Don Juan et perdit son père qu'il\nadorait. C'est là certainement une des meilleures toiles qui aient jamais représenté le Maître.\nL'air est triste, fin et doux, le teint un peu pâle, les traits discrets et mélancoliques ; l'habit\nnoir encadre cette physionomie charmante et rêveuse.\nA sa dernière réunion, le Comité de la Société des Compositeurs de Musique a procédé\nà l'élection de son bureau pour l'année 1911-1912.\nOnt été élus :\nPrésident : M. Ch. LEFEBVRE.\nVice-Présidents : MM. CAUSSADE, Ch. MALHERBE, MOUQUET et TOURNEMIRE.\nSecrétaire Général : M. Ch. PLANCHET.\nSecrétaire général adjoint, archiviste : M. GUIOT.\nSecrétaire rapporteur : M. A. POUGIN.\nSecrétaires : Mme Mel. BONIS, MM. BERTRAND, Marc DELMAS, TOURNIER.\nBibliothécaire : M. VINÉE.\nTrésorier : M. Maurice EMMANUEL.\nTrésorier-adjoint : M. LEFEBURE.\n\nSOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE\nLE CONGRÈS DE LONDRES\nAu moment où paraîtra ce numéro, le congrès de notre Société à Londres prendra\nfin. Notre directeur, M. Ecorcheville, désigné par le Gouvernement pour représenter\nofficiellement la France à cette solennité musicologique, rendra compte dans 1' S. I. M.\ndu 15 juillet, de cette importante mission."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.102", "texte": "Courrier Financier\nDans nos précédents courriers, nous nous sommes efforcés d'exposer quelques-unes des\nrègles qui peuvent guider le capitaliste dans le choix d'arbitrages intéressants.\nMais n'oublions pas que ce genre de travail du capital ce que nous avons appelé\n\" spéculation au Comptant \" est d'une pratique fort difficile si l'on n'a pas acquis une\nconnaissance approfondie des valeurs, des garanties qu'elles offrent, de la nature de leur\nMarché, bref de toutes les circonstances qui président à leur création et à leur négociation.\nAussi, est-ce surtout par des exemples que nous nous efforcerons de démontrer à nos lecteurs\nl'intérêt de ces combinaisons.\nC'est ce que nous allons faire :\nLa seconde partie de la Cote Officielle des Agents de Change mentionne les cours de\n2 obligations de 500 francs rapportant 3 1/2 °/0 d'intérêt : l'obligation \" Société fermière de\nla voirie de Paris \" et l'obligation \" Société des engrais complets \".\nL'obligation \" Engrais complets \" inscrit ses cours aux environs de 480 francs, tandis\nque l'obligation \" Voirie de Paris\", dont l'introduction à la cote est un peu plus ancienne,\nvaut 435 francs environ.\nExaminons d'où peut provenir cette différence :\nNous constatons d'abord que les émissions de ces deux titres ont eu lieu simultanément :\nla première par les soins de la Banque Française pour le Commerce et l'lndustrie (Banque\nRouvier), de la Banque Transatlantique et de la Banque Privée, la seconde sous les auspices\nde la Banque Périer tous établissements financiers de premier ordre.\nLe prix d'émission était le même, soit 478.50.\nOr, à la lecture des Statuts de ces deux Sociétés, 011 constate que leur objet social est\nidentique. Toutes deux ont été créées sous le patronage de la Ville de Paris pour la calcina-\ntion et la transformation en engrais des ordures ménagères ; elles se sont partagées dans une\nproportion à peu près égale, les arrondissements de Paris.\nPar un contrat identique signé entre le Préfet de la Seine, agissant au nom de la Ville\nde Paris, et leurs Administrateurs-Délégués, les deux entreprises ont été autorisées à émettre\ndes obligations dotées par la Ville de Paris d'une annuité comprenant la somme nécessaire\npour couvrir leur intérêt et leur amortissement en fin de concession, au taux de 3 1/2 ()jO.\nCette annuité, qu'elles ont déléguée à des Sociétés Civiles d'obligataires, leur est due par la\nVille de Paris, quoi qu'il arrive, de sorte qu'en somme l'obligation \" Voirie de Paris \" et\nl'obligation a Engrais complets \" jouissent d'une garantie directe et inconditionnelle de la\nVille de Paris ce qui équivaut à une garantie de l'Etat.\nElles constituent donc un placement fort intéressant étant donné leur intérêt relative-\nment élevé pour cette catégorie de titres et leur remboursement rapide (au pair en 25 ans à\npartir de 1913).\nPourquoi l'obligation \" Voirie de Paris \" est-elle en ce moment J'objet d'une déprécia-\ntion de cours ? C'est une question à laquelle il serait difficile de répondre sans entrer dans des\nconsidérations purement boursières ; le Marché a de ces inconséquences parfois difficiles a\nraisonner, mais il est de fait qu'en général la logique finit par triompher et les différences de\ncours injustifiées sont destinées à se niveler tôt ou tard.\nSociété Auxiliaire des Banques Régionales\n34, rue de la Victoire, Paris."}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.103", "texte": "COMPTOIR NATIONAL D'ESCOMPTE\n$\nAssemblée générale ordinaire des actionnaires du 3 Avril 1911.\nLes actionnaires de cette Société ont tenu leur assemblée ordinaire le 3 Avril, sous la présidence de M. Rostand, président\ndu Conseil d'administration, assisté de MM. Delbordes et Gaillout, scrutateurs, et de M. Labrousse, secrétaire.\n142.936 actions étaient présentes ou représentées.\nRAPPORT DU CONSEIL Pendant l'année 1910, le capital du Comptoir National, porté dans le courant de l'année pré-\nD ADMINISTRATION cédente à 200 millions, a été, pour la première fois, utilisé en totalité.\nVous trouverez, dans la comparaison des divers chapitres de notre activité, d'intéressantes indications sur la nouvelle pro-\ngession des affaires en 1910. Les entrées en Portefeuille ont atteint : 17.730.000.000, contre, en 1909, 16.001.000.000.\nLe mouvement des Caisses s'est élevé à : entrée, 36.661.000.000, contre en 1909, 33.863.000.000; sortie, 36.598.000.000\ncontre, en 1909, 33.798.000.000.\nLes versements dans les Comptes de chèques et d'escompte et les retraits se chiffrent par : entrée, 11.036.000.000, contre\nen 1909, 10.549.000.000 5 sortie, 10.457.000.000, contre en 1909, 9.956.000.000.\nLe montant global de nos dépôts en comptes de chèques et d'escompte, comptes courants créditeurs et Bons à échéance\nfixe est en nouvelle augmentation de 102 millions, et passe de 1.101 millions, en 1909, à 1.203 millions en 1910.\nEnfin le total du bilan au 31 décembre 1910 présente à l'actif et au passif : 1.65 9.000.000, contre 1.542.000.000 à la fin de 1909.\nNous avons ouvert, en 191 o, des agences : A Paris : place Gambetta et square Montholon ; dans les Départements : à Charleville,\nPoitiers, Valence, Arras, Moulins, Saint-Malo, Boulogne-sur-Mer, Saint-jean-d'Angely, Bolbec, Hyères, Murât et Montbard.\nLes opérations financières traitées en 1911 ont été nombreuses et intéressantes. Nous avons largement contribué, avec les\nautre établissements, au succès de l'émission de l'emprunt de la Ville de Paris de 235 millions.\nParmi les affaires françaises auxquelles nous avons participé, soit directement, soit par le placement de titres nous citerons\nles obligations 3 J °j0 Chemins de fer franco-éthiopien, emprunt 3 °/0 de l'Afrique Occidentale, obligations 5 °/0 Energie Elec-\ntrique du Littoral Méditerranéen, obligations 5 °/0 Compagnie Centrale d'Energie Electrique, obligations 4 (,/0 Mines d'An-\nderny-Chevillon, obligation 4 [)jo Magasins du Printemps, obligations 4 h °/0 Maison Bréguet, obligations 5 °/0 Forces Motrices\nde la Haute-Durance, obligations 5 °/0 Energie Electrique du Sud-Ouest, obligations 3! °j{) Compagnie Parisienne de Distribution\nd'Electricité, actions Compagnie Parisienne de l'Air Comprimé (transformation de l'un des secteurs d'éclairage électrique de Paris.)\nLa Compagnie Générale des Omnibus de Paris, à laquelle, de concert avec d'autres établissements, nous avions promis notre\nappui financier au cours de ses longues et laborieuses négociations avec la municipalité, a pu obtenir des pouvoirs publics le\nrenouvellement de sa concession pour les transports en commun dans Paris.\nEn vu de se procurer les ressources nécessaires pour la transformation de son réseau et de son matériel, la Compagnie a\ndécidé l'augmentation de son capital social par une émission d'actions nouvelles réservées aux anciens actionnaires.\nConjointement avec d'autres banques, nous avons garanti cette augmentation de capital et ouvert nos guichets pour l'exer-\ncice du droit de souscription dont les anciens actionnaires ont usé presque sans exception.\nParmi les affaires financières étrangères, les principales opérations traitées par nous, ou avec notre participation, sont : les\nemprunts Japonais 4 °/0, Mexicain 4 v'j0, Marocain, 5 °/0, Roumain 4 °/0, Serbe 4 h °/0 Bons Helléniques 5 \"/0, les obligations\n4 °lo Damas-Hama (Homs-Tripoli), obligations 4 °/0 Chicago-Milwaukee, obligations 4 °/0 Cleveland-Cincinnati.\nNotre succursale et nos bureaux dans Paris, ainsi que nos agences de France, continuent à nous donner entière satisfaction\net entrent pour une importante proportion dans les résultats de chaque exercice.\nNos agences à l'étranger, notamment les agences anglaises, celle de Bruxelles, aussi bien que les agences d'Egypte, de Bom-\nbay et d'Australie, ont apporté également chacune, à l'ensemble de nos profits, une part intéressante.\nNos agences de Madagascar ont réalisé de nouveau progrès en 1910. Le développement des affaires dans cette colonie a\namené les gouverneurs qui se sont succédé en dernier lieu à envisager l'utilité d'introduire, dans un avenir prochain, l'usage\ndu billet de banque à Madagascar.\nDepuis longtemps, les autorités compétentes nous ont donné l'assurance qu'en raison des sacrifices supportés et des services\nrendus par notre établissement, qui, sur la demande du gouvernement, a créé des agences à Madagascar depuis 1887, la\nconcession d'une banque d'émission ne serait pas accordée à des tiers sans qu'il soit tenu compte de la situation acquise\npar le Comptoir dans la colonie. Nous sommes actuellement occupés de cette question.\nNous vous proposons de fixer le devidende de l'exercice 1910 à 3 5 fr. dont un acompte de 1 2 fr. 50 a déjà été mis en distribution\nle 3 1 janvier. Si vous approuvez cette proposition, le solde de 22 fr. 50 sera payé sur nos 400.000 actions le 3 1 juillet prochain,\nsous déduction des impôts résultant des lois de finances.— Les parts de fondateur ont droit à 4 fr. 745 payables le 31 juillet,\négalement sous déduction de l'impôt. Le solde reporté à nouveau au crédit des actionnaires s'élèvera à 1.828.158 tr. 32\nLecture est ensuite donnée des rapports de la commission de contrôle et des commissaires des comptes qui concluent à\nl'approbation des comptes présentés par le conseil d'administration.\nLES RESOLUTIONS. Après une discusion M. le Président met aux voix quelques résolutions, qui sont approuvées a\nl'unanimité entre autres :\n1. L'assemblée générale, après avoir entendu le rapport du conseil d'administration, ceux de la commission de contrôle et\ndes commissaires, approuve les comptes de l'exercice 1910, tels qu'ils viennent d'êtres présentés et détaillés, et arrêté, en\nconséquence, à la somme de 15.783.957 fr. 78 le solde créditeur du compte de profits et pertes.\n2. L'assemblée générale fixe la répartition, pour l'exercice 1910, à 35 francs par action.\nUn accompte de 12 fr. 50 ayant été distribué le 3 1 janvier dernier, le solde, soit 22 tr. 50 par action, sera payé à partir\ndu 31 juillet prochain, sous déduction des impôts résultant des lois de finances.\nLa répartition de 4 fr. 745 par part de fondateur, pour le même exercice, sera payable, également sous déduction des impots\nà partir de la même date du 31 juiilet prochain.\nLe solde disponible, après approbation des comptes de l'exercice 1910, montant à 460.320 tr. 58 est ajouté au solde non\nréparti des exercices précédents s'élevant à 1.367.837 fr. 74, ce qui portera à 1.828.158 fr. 32 le montant reporte à\nnouveau au compte des actionnaires."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19110615-01.1.104", "texte": "Supplément à la Revue S. I. 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