{"numero_id": "bm-bmtnabh-1911-11-15-01", "volume": "bmtnabh_1911-11-15_01", "ocr_sha256": "f5a2e71883741b63e08e78f6908ad44570dce586423da72af3f4b3fe3d508e35", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1911/11/15_01/bmtnabh_1911-11-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1911/11/15_01/bmtnabh_1911-11-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1911-11-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-11-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1911-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.2.2", "titre_corps": "CHARLES MALHERBE, (1853-1911.)", "titre_sommaire": "CHARLES MALHERBE, (1853-1911.)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.1", "debut_caractere": 263, "fin_caractere_exclue": 644, "texte": "CHARLES MALHERBE, (1853-1911.)\nFRANZ LISZT EN 1873, par Vincent d'lndy. 0 LETTRES DE LISZT, publiées par K. d'lsoz.\nLETTRES DE BERLIOZ A LISZT, conservées au Musée de Weimar.\nLA JEUNE ÉCOLE HONGROISE, par S. Kovacs.\nTHEATRES par E. Vuillermoz. 0 CONCERTS. 0 PROVINCE. 0 BELGIQUE. 0 ÉTRANGER.\n0 I'ORGANISTE LITURGIQUE, par E. Lesierre. 0 LES LIEDER DE R. STRAUSS, par F. 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Vous connaissez tous la mort subite,\nimprévue, foudroyante, de celui qui présidait aux destinées de notre\nsection depuis quelques années, et aux travaux de nos séances, de celui\nqui nous avait conduits au congrès de Vienne, et que sa santé avait\nempêché de nous guider au congrès de Londres, de celui enfin que nous\nnous apprêtions à élire à nouveau, et qui eut été notre soutien dans la\npréparation difficile du congrès de Paris !\nCharles Malherbe était né à Paris le 21 avril 1853. Les journaux\nnous ont appris qu'il était par sa mère, née Mozin, de la famille de\nThéodore Mozin (1766-1850) et de Désiré-Théodore Mozin, second\nprix de Rome en 1841 et professeur d'harmonie au Conservatoire.\nIl se trouvait, en outre, petit-neveu d'une célèbre chanteuse du Théâtre\nItalien du XVIIIe siècle, Mme Laruette. La musique lui souriait. Après\nde solides études au Lycée Louis-Le Grand, ou il fut 1 eleve de 1 excellent\nprofesseur de piano Testard, il prit pour guide Danhauser, et se dirigea\nvers la musique aimable, alors représentée par Delibes, Massé, Massenet,\nSaint-Saëns.\nEn un autre temps, Malherbe eut pris place parmi les compositeurs\nde demi-caractère, dont la musique française offre tant de bons exemples.\nLa révolution qui s'accomplit rapidement dans cet art, depuis la guerre,\nl'empêcha de manifester un talent bénévole. Comme son collègue\n\nAllocution prononcée par M. Ecorcheville, vice-president de la Section de Paris de la Société Interna-\ntionale de musique, dans la séance de 18 octobre, levée en signe de deuil."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.4", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2477, "texte": "Weckerlin, bibliothécaire du Conservatoire, Malherbe dut conserver en\nportefeuille plusieurs œuvres achevées, et notamment des opéras-comiques\ntels que : /'Ordonnance, Les Trois Comm On\na cependant joué de lui, au Mans, XAmour au Camp, en 1905, et, en 1896,\nà l'Odéon, la musique de scène pour les comédie de Michel\nCarré et Régamey. Cette dernière œuvre, inspirée d'une légende japonaise,\na ceci de singulier qu'elle fut imitée par Clémenceau quelques années\nplus tard, et fournit une brillante carrière sous le nom de Voile\nOn cite encore un ballet pantomime, à quatre mains pour piano,\nCendrillon, et les récits de T>om Prol'œuvre posthume de Bizet,\nreprésentée à Monte Carlo en 1906. Enfin des compositions pour piano,\ndes arrangements, et des remaniements. Mais tout ceci n'était pas suffi-\nsant pour remplir la carrière d'un homme actif actif et pourtant\ndépourvu de cette ardente combativité indispensable dans la bataille\nartistique. De bonne heure, Malherbe dirigea les efforts de son esprit\nlettré dans la voie paisible de l'érudition.\nDe 1886 à 1896, nous le voyons collaborer avec Albert Soubies à :\nL'Œuvre dramatique de Wagner(lBB6) ; d'une\ncomique (1887) ; Mélanges sur Richard (1891) ;\nseconde salle Favart(lB96). Puis, seul, il écrit de nombreuses notices, il\nrédige le Catalogue bibliographique de la Section française de l'exposition de\nBergame, pour le centenaire de Donizetti, il répand des articles nombreux\ndans le Ménestrel, le Monde Artiste, la Revue d'art dramatique, le\nBulletin de la S. H. T., la revue S. I. M. Nous venons de lire son\net nous attendions son Weber, qui malheureusement n'est pas prêt. Enfin\nla grande édition des Œuvres de Rameauqui connut des débuts mouve-\nmentés avec Magnard et St. Saëns, fut heureusement et logiquement\nmenée jusqu'au point où nous la voyons aujourd'hui, par les soins de\nl'archiviste patient et du collectionneur avisé qu'était Charles Malherbe.\nEn 1892, Malherbe offrit à Nuitter sa collaboration gracieuse aux\nArchives de l'Opéra. Il fut agréé avec joie. Trois ans plus tard, par la\nmort de Nuitter, par l'absence systématique de Reyer, et grâce aux\nexcellents rapports qu'il conserva toujours avec l'archiviste en titre Banès,\nMalherbe se trouva le véritable représentant, aux yeux du public, de la\nbibliothèque de l'Académie Nationale de musique. Il dut cependant\nattendre la mort de Reyer en 1907 pour recevoir, dans cette bibliothèque\ndont il était l'âme, un titre et une situation officielle."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.6", "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 2699, "texte": "Il les méritait, et l'on ne saurait trop dire que l'influence de Malherbe\nsur ce précieux dépôt, tout en s'exerçant modestement et sans bruit, fut\nconsidérable et bienfaisante. Notre président sut mettre l'ordre et encou-\nrager la méthode, là où régnait bien souvent l'indifférence et la confusion.\nAujourd'hui la bibliothèque proprement dite est classée. Le fond si riche\ndes livrets a été inventorié. La collection des trois mille volumes de\nfolklore, acquis personnellement par Malherbe de M. Weckerlin est\npresque entièrement sur fiches. La grande série des cartons d'archives de\nNuitter, où régnait le chaos, commence à s'ordonner. Notre collègue\nM. Teneofut en tout ceci le précieux collaborateur de Malherbe, et cette\nbibliothèque, qui est avant tout destinée au théâtre, peut rendre mainte-\nnant de réels services à ceux qui veulent bien en connaître le chemin.\nMalherbe n'était d'ailleurs pas un bibliographe de profession. Homme\ndu monde, ami des arts, mécène, collectionneur, l'étude et la recherche\ndes livres n'étaient pas pour lui une contrainte, mais un plaisir. La musi-\ncologie française lui devra un caractère charmant d'urbanité, et un bon\nrenom de courtoisie, qui l'honore. Grâce à lui, elle a pu pénétrer là où la\nscience abstruse n'eut pas été accueillie, et où la simple critique eut\nmanqué de crédit. L'érudition musicale, dont nous défendons tous ici la\ncause, a besoin d'hommes comme Malherbe, pour pouvoir aller en ville.\nMais Malherbe n'avait pas seulement le respect du document, qui fait\ntout savant véritable, il en avait la passion, et l'on sait quelle merveilleuse\ncollection d'autographes il laisse derrière lui. C'est un fond unique, connu\ndu monde entier et que la France est fîère de posséder. En outre Malherbe\navait rassemblé une collection d'un tout autre genre. C'est la réunion,\naussi complète que possible, des titres imagés, des pièces volantes d'icono-\ngraphie, anecdotiques, fugitives, qui ont paru de 1800 à 1900. Cette\nréserve immense et presque ignorée ira sans doute grossir les richesses\nde notre Département des Estampes à la Bibliothèque Nationale.\nTel que nous l'avons connu, et tel que le montre l'orientation de sa\nvie laborieuse et de ses travaux éclairés, Charles Malherbe, apparaît\nsurtout comme un bienveillant. C'est un sentiment de bienveillance, la\npiété du souvenir, qui, de bonne heure, dirigea son attention vers les ma-\nnuscrits de musiciens, épaves du génie auxquelles personne n'accordait\nd'intérêt. C'est la bienveillante sympathie qui l'attacha aux vieux papiers\naccumulés à l'Opéra par le chercheur Nuitter. C'est encore la générosité\nqui dispersait sa vie, en la mettant pour ainsi dire au service de tous,"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.7", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1515, "texte": "aussi bien des héritiers Donizetti que des Concerts Colonne ; car Mal-\nherbe était pour le monde musical, une source intarissable de précieux\nrenseignements. C'est peut-être encore elle qui l'empêcha de réaliser le\nrêve le plus cher de sa vie, et de franchir le seuil de la Légion d'honneur.\nOn savait si bien que sa douceur était inépuisable, sa patience infinie! On\navait si peu à redouter de lui ! Et l'on ne prévoyait pas que cette\ndéception, toujours renouvelée, altérerait sa santé, au point de contribuer\nà l'affection du système sanguin qui a causé sa mort !\nC'est enfin l'amabilité d'un esprit ouvert, et gagné à toutes les causes\nmusicales qui amena Malherbe vers notre Société, dont le caractère\ninternational, et quelque peu germanique, au début, l'avait tout d'abord\neffrayé. Et là, son esprit de conciliation lui acquit bien vite toutes les\nsympathies. Il voulut accepter les charges et les responsabilités présiden-\ntielles. Depuis trois ans il s'était assujetti à prendre part à toutes nos\nséances, sans presque en manquer aucune, témoignant comme nous\nl'écrivait un de nos membres, d'une affabilité sans lacune, parlant avec\nchaleur et abondance, et sachant, dans les moments difficiles où les senti-\nments personnels entrent en jeu, modérer les audaces et elever les débats.\nIci, plus que partout ailleurs, la perte que nous déplorons aujourd'hui se\nfera sentir. C'est un ami, un homme de bon conseil et de dévouement,\nun esprit de sagesse et d'autorité qui disparaît de notre société."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-11-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-11-15_01#c005", "volume": "bmtnabh_1911-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 5, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.2.4", "titre_corps": "CHARLES MALHERBE 1853-1911", "titre_sommaire": "CHARLES MALHERBE 1853-1911", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.5", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 26, "texte": "CHARLES MALHERBE\n1853-1911"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-11-15-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-11-15_01#c006", "volume": "bmtnabh_1911-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 8, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.2.5", "titre_corps": "FRANZ LISZT EN 1873", "titre_sommaire": "FRANZ LISZT EN 1873", "signature_source": "Vincent d'Indy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1561, "texte": "FRANZ LISZT\nEN 1873\n\nJe dois commencer par m'excuser de me mettre moi-même en cause\ndans ce récit. Le \" moi \" me paraissant de plus en plus haïssable à\nmesure que j'avance dans la vie, les instances seules de l'aimable directeur\ndu S. I. M. m'ont décidé à présenter ici quelques souvenirs personnels.\nS'ils paraissent fastidieux au lecteur, j'en laisse à la toute la\nresponsabilité...\nEn l'été de 1' année 1873, je parvins à mettre en exécution un projet\nqui me tenait au cœur depuis longtemps déjà, celui d'effectuer une\ntournée artistique à travers l'Allemagne. Certes, le musée de Dresde, le\nBelvédère de Vienne et la Pinacothèque munichoise constituaient de\nbien puissants attraits, car, à cette époque, les conservateurs des musées\nallemands ne s'étaient point encore arrogé le droit d'abîmer, par de\nsavantes retouches, les chefs-d'œuvre confiés à leur garde ; mais, ce qui\nm'attirait surtout dans la patrie de Bach et de Beethoven, c'était le désir\nd'entendre la musique allemande dans son milieu, et l'ambition qui\nme semblait, à moi, modeste élève de Franck, follement outrecuidante\nde voir de tout près trois musiciens que j'admirais alors profondément :\nRichard Wagner, Johannes Brahms et Franz Liszt. Je partis, bien muni\nde lettres de recommandation de Franck et de Saint-Saëns, emportant\ndans ma valise plusieurs ouvrages nouvellement parus que mes deux\ncompatriotes me chargeaient de remettre à leurs confrères allemands.\nWagner habitait alors à Bayreuth une maison sur la promenade\ndite : (Wahnfried n'était pas encore construit à cette époque)."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.9", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2388, "texte": "Il travaillait avec passion à la dernière scène du Crépuscule des 'Dieux et\nil ne me fut permis de l'apercevoir que... de dos.\nBrahms, que j'avais été chercher troubler peut-être dans sa\nrésidence estivale de Tûtzing, au bord du lac Starnberg, me reçut fort\nimpatiemment en France, nous dirions \"impoliment \" jetant de\ncôté avec une dédaigneuse brusquerie, les lettres et la musique que lui\nprésentait, intimidé, un jeune élève du Conservatoire de Paris.\nDes trois musiciens que j'allais chercher en Allemagne, seul, Liszt\nm'accueillit avec une bonté et une bienveillance dont je lui restai toujours\nreconnaissant.\nDébarqué à Weimar par un soir d'orage, quelle ne fut pas ma\ndéception en apprenant que l'auteur de la était absent et\nrentrerait \" on ne sait quand \"... Mon chagrin était tel qu'il émut mon\nseul commensal de l'hôtel Erbprinz, un certain comte Fredrow, polonais\nou russe de naissance, cosmopolite de profession, un \" vieux beau \"\ncomme on en pouvait rencontrer à Paris sous le deuxième Empire, et\ndont la tête, depuis les cheveux jusqu'aux dents et aux favoris, était\npresque complètement artificielle.\nCet excellent diplomate, je crois qu'il était alors chancelier\nd'une quelconque puissance, à Weimar, me donna, en dînant, des\nparoles de consolation et d'encouragement et mit le comble à ses bienfaits\nen me présentant ce même soir à Lassen, chef d'orchestre de la Cour,\nque nous trouvâmes trônant dans une brasserie entre plusieurs jolies\nfemmes et un grand nombre de litres de bière. Lassen m'assura que\nl'absence de Liszt ne serait pas de longue durée et se chargea de me\nprésenter au maître dès le retour de celui-ci. En effet, quelques jours\nplus tard, je pénétrais, à la suite du bon dans cette villa du\nParc de Weimar que tous les élèves de Liszt ont connue et fréquentée.\nIl était neuf heures du matin ; le maître, en manches de chemise,\nétait en train de déguster le traditionnel un geste rapide et\nsévère nous consigna à la porte, déjà entr'ouverte, du 5a10n.... Je tremblais\nqu'il ne voulut point me recevoir, mais je fus bientôt rassuré lorsque je\nle vis nous ouvrir lui-même la portière en tapisserie, tout en boutonnant\nfébrilement sa longue soutane d'abbé romain. J'appris plus tard qu'il ne\nvoulait admettre aucun visiteur avant d'avoir préalablement endossé cet\nhabit mi-ecclésiastique.\nA peine lui eus-je débité bien imparfaitement une phrase"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.10", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2514, "texte": "cependant longuement préparée la veille au soir, que je me sentis aussitôt\nen confiance. J'ai eu l'occasion d'être présenté à nombre d'artistes renom-\nmés, mais aucun Franck excepté ne m'accueillit avec autant de\nsimplicité et de cordiale bonhomie.\nParcourant des yeux la Sonate de violoncelle de Saint-Saëns et lisant\nseul, au piano, la réduction à quatre mains du Prélude de Rédemption, il\ns'étendit en éloges sur les deux compositeurs français qui lui faisaient\nhommage de leurs œuvres ; puis, me questionnant sur ma vocation et\napprenant que je travaillais à un Walîenil se mit à me dépeindre le\ncaractère musical de l'œuvre de Schiller, en quelques mots d'une logique\net d'une lucidité merveilleuses.\nA l'issue de cette première entrevue, il me convia, d'une façon qui\nn'admettait point de réplique, à venir chaque jour partager son repas\nmatinal et à rester auprès de lui pendant une heure.\nC'est ainsi que la brève escale que j'avais projeté de faire à Weimar\nse changea en un séjour de plusieurs mois dont j'ai gardé un ineffaçable\nsouvenir.\nJe renonce à décrire les causeries quotidiennes dont le maître, je\ndois le dire, faisait presque seul tous les frais, traitant toutes les questions\navec une égale abondance, et plus volontiers les sujets philosophiques et\nceux d'un intérêt esthétique général, que les questions purement musi-\ncales ; moi, j'écoutais, et je m'en trouvais bien. Il ne négligeait point\ncependant ce qui pouvait être utile à mon éducation de musicien ; c'est\nainsi qu'un soir, je trouvai, en rentrant à l'hôtel, un billet ainsi conçu :\n\" Deux morceaux de vive et originale allure seront essayés demain\n\" matin, au théâtre; venez-y. Votre Fr. Liszt. \" Et, le lendemain, j'avais\nla bonne fortune d'assister au plus étrange des spectacles. Le minuscule\norchestre grand-ducal (on n'y comptait que deux violoncelles) assemblé\ndans la pénombre du petit théâtre de la Résidence, déchiffrait des poèmes\nsymphoniques russes nouvellement parus, parmi lesquels la deuxième\nversion du Sadko de Rimsky-Korsakow. Liszt dirigeait cette lecture d'une\nfaçon plus originale encore que ne pouvaient l'être les morceaux exécutés.\nSûr de ses symphonistes, il se contentait d'indiquer du doigt le rythme\ndes premières mesures, puis, croisant les bras, il laissait l'orchestre conti-\nnuer seul et ne reprenait le geste directeur qu'aux points d'arrêt ou aux\nchangements de mouvement. Et c'était un enchantement que d'entendre\ncet orchestre jouant en \" musique de chambre \" et de voir le vieux"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.11", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2545, "texte": "maître écouter ardemment ces œuvres d'une conception et d'une écriture\nalors nouvelles, dont il signalait parfois les inutiles duretés par une\ngrimace significative.\nCe fut au sortir de cette séance que le maître me présenta à\nplusieurs de ses élèves officiels :le beau russe Richard Metzdorf, l'améri-\ncain John Orth, Anton Urspruch, qui, seul peut-être parmi les musiciens\nallemands, sut discerner la beauté et la pureté esthétique du chant grégo-\nrien, Berthold Kellermann qui devint directeur du Conservatoire de\nMunich, enfin miss Amy Fay, blonde et piquante américaine que je\ndevais retrouver à New-York trente-deux ans plus tard... Ces aimables\njeunes gens, malgré ma qualité d'élève plutôt honoraire, m'accueillirent\navec la plus grande affabilité. Ce furent alors de nombreuses séances\nmusicales chez l'un ou chez l'autre, et de non moins nombreuses parties\nde plaisir aux environs : repas de corps à Ober-Weimar, pique-niques\ndans les forêts de Thuringe, fêtes villageoises à Eringsdorf et ailleurs,\njoyeuses réunions où les conversations sur l'art et l'esthétique étaient\ntempérées par la coquette gaîté de deux jeunes américaines, Josie Bâtes\net Amy Fay.\nLiszt, à cette époque, s'était chargé de l'éducation de douze élèves,\nsix hommes et six femmes. Tous les vendredis, à 4 heures, entre le\nMiitag et VAbendessen, les \" douze apôtres \" se rassemblaient dans le salon\nde la Villa, venant présenter au maître le travail hebdomadaire, car Liszt,\nprenant très au sérieux son rôle d'éducateur, avait imaginé de faire inter-\npréter chronologiquement par ses élèves toute la littérature du piano,\ndepuis les œuvres des anciens clavecinistes jusqu'aux productions les plus\nmodernes. C'est ainsi qu'on en était arrivé, cette année-là, à l'étude de\nSchumann. Il est difficile, pour ceux qui n'y ont point assisté, de se\nfigurer l'intérêt que présentaient ces séances du vendredi, alors que le\nmaître, tout en mâchonnant ses longs cigares hongrois, rectifiait lui-\nmême tel passage mal compris, donnant toujours les raisons de cette\nrectification, parfois même exécutant au piano la pièce entière. Le rare\net merveilleux toucher de Liszt ennoblissait alors le vulgaire piano\njusqu'à donner l'illusion des timbres les plus divers de l'orchestre.\nMais, malgré la bonté naturelle qui faisait le grand charme de\nl'homme, quelle foudroyante sévérité pour ceux des élèves qui n'avaient\npas compris l'œuvre à interpréter, se contentant de jouer \" avec les doigts\net non avec le cœur !... \" Un regard perçant les avertissait de leur erreur,"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.12", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2539, "texte": "et nulle parole de blâme n'aurait pu être plus éloquente que ce simple\nregard qui faisait rentrer sous terre le malheureux patient et glaçait\nd'épouvante tout le jeune auditoire. C'est alors que le maître se mettait\nau piano, afin, disait-il, de \" faire amende honorable à l'œuvre ainsi\ndénaturée. \"\nUn matin, je le trouvai tout joyeux ; il venait de recevoir les\népreuves de la partition d'orchestre de son Christus, oratorio qu'il consi-\ndérait comme son œuvre la plus parfaite... car il faisait, dans l'intimité,\nbon marché de la plupart de ses poèmes symphoniques.\nIl distribua, à moi et à quelques autres élèves, les feuilles volantes\nde ces épreuves à lire et à corriger, se réservant la révision en dernier\nressort. Deux jours après, alors que je lui rapportais ces feuilles corrigées,\nil parut satisfait de mes remarques et, me faisant asseoir, bien que ce ne\nfut pas l'heure de nos entretiens habituels, il me fit une sorte de confé-\nrence sur le rôle que les mélodies liturgiques lui semblaient appelées à\njouer dans la musique des temps futurs, s'étendant avec complaisance sur\nla façon dont il avait lui-même traité la prose :\ndans son oratorio. Il voulut aussi lire avec moi, au piano, les épreuves de\nl'arrangement pour quatre mains des deux pièces symphoniques, les\nBergers et les Mages ; en dépit de ma bien timide exécution, il parut\ncontent et me fit présent du premier exemplaire de cette transcription\nqui parvint à Weimar. Un peu plus tard, il m'engagea à lui jouer\nl'esquisse de mon ouverture pour les Piccolomini de Schiller et me donna,\nà ce propos, de précieux conseils d'instrumentation.\nMais mes vacances touchaient à leur fin et je dus quitter Weimar\nau lendemain d'une fête bizarre où le grand-duc avait eu l'intention\nd'imiter dans le parc de la Résidence les fastes du Versailles de Louis XIV.\nJe partis donc, convoyé par la plupart des élèves jusqu'à Eisenach\noù nous avions, le dimanche précédent, entendu le charmant oratorio de\nSainte Elizabethsous la direction du maître, et je repris à petites journées\nle chemin de Paris, encore sous l'emprise de la bienveillance si rare d'un\nartiste arrivé à l'égard d'un jeune qui n'avait d'autre titre à cette bien-\nveillance qu'un profond et sincère amour de l'Art.\nPourquoi faut-il, hélas ! que l'impression admirative où l'homme et\nl'œuvre se trouvaient confondus en mon esprit alors que je subissais\ndirectement le charme irrésistible du grand séducteur, dût aller en s'atté-\nnuant, au moins pour ce qui est de l'œuvre, au fur et à mesure qu'une"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.13", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 548, "texte": "plus grande distance matérielle nous séparait ? Pourquoi faut-il que la\nproduction d'un Liszt, si primesautière par certains côtés, ne soit pas\ncependant de l'ordre de celles qui s'imposent à jamais dans l'histoire\nde l'Art ?\nGénie ?... Talent ?...\nMais je dois me garder d'entreprendre ici une étude critique qui\nsortirait absolument de mon sujet. Je me contenterai d'apporter l'hom-\nmage ému d'un musicien qui a profondément aimé l'artiste enthousiaste\net l'homme généreux et bon que fut Franz Liszt.\nSeptembre 1911.\n\nVincent d'Indy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-11-15-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-11-15_01#c009", "volume": "bmtnabh_1911-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 14, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.2.6", "titre_corps": "LETTRES DE FRANZ LISZT", "titre_sommaire": "LETTRES DE FRANZ LISZT", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1870, "texte": "La majorité des lettres publiées ici appartient au Musée National\nHongrois de Budapest, et est inédite. Les autres ont paru du vivant de\nLiszt dans des feuilles hongroises, ce sont celles que je désigne comme\n\" peu connues\nLes lettres de Liszt parlent pour elles-mêmes, et les gens avertis ont\nrarement besoin des commentaires qu'on y pourrait adjoindre. Toutefois,\ncomme la plupart des présentes sont relatives aux rapports de Liszt avec\nla Hongrie, je crois nécessaire d'y ajouter un petit préambule.\nLiszt parut pour la première fois en public, dans son pays, en octobre\n1820, à Sopron. Le 26 novembre de la même année il se fit entendre à\nPozsony (Pressbourg) dans le palais du prince Esterhazy.\nAprès avoir étudié à Vienne avec Czerny, il vint à Pest prendre\ncongé de sa patrie avant de voyager à l'étranger, et y donna son\nconcert le 1 Mai 1823. H fît un voyage en France avec le dessein de se\nperfectionner dans son art, et de devenir, comme le disait l'annonce de\nson concert \" aussi un rameau de la parure de sa patrie bien-aimée\nDès lors, la Hongrie dut longtemps se contenter des échos de sa renom-\nmée sans cesse croissante. Mais en 1839, il revint s'y faire entendre.\nPersonne n'ignore avec quel enthousiasme il fut alors reçu, ni le \" sabre\nd'honneur \" que lui offrirent à son concert du 4 Janvier 1840 les mag-\nnats. (Liszt se vit forcé à ce propos d'écrire de Hambourg au directeur\nde la Revue des Deux-Mondes^le 26 Octobre 1840, une lettre où il répon-\ndait aux attaques dont ce fut le prétexte).\nCette année-là, il visita son village natal, Raiding (aujourd'hui Do-\nborjan). Et quelque temps encore s'écoula jusqu'à réalisation partielle\nde ses désirs et de ses efforts. \" J'ai faim et soif de retourner en Hongrie.\nTout souvenir de là-bas a dans mon âme des racines profondes \" écrit il.J\n\n1 La Mara. Lettre de F. Liszt, T. I. 1. 30 (à F. von Schober)"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.15", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2655, "texte": "En 1846, il traverse pour la deuxième fois, le Hongrie d'où il va vers\nl'Orient, et de là en Russie.\nLa lettre au baron de Seidlitz est par ordre de date la première de\ncelles que je publie. Elle montre que \" tout endurci et racorni qu'il soit\nà l'endroit de ses succès, \" l'enthousiasme avec lequel il fut reçu dans ce\npays dont il avait faim et soif lui causa plus d'une fois de sérieuses émo-\ntions au cœur.1 \" Pour s'exprimer brièvement, il cite quelques lignes d'une\nlettre (à un ami dont on ignore le nom) où il se compare à un nautonier\nvoguant sur la pleine mer d'une grande nation et s'écrie : 44 mon étoile\npolaire, que ce soit l'espérance de voir un jour la Hongrie s'enorgueillir\nde moi. \"\nL'on retrouve bientôt Liszt à Woronicze, où s'accomplit la signifi-\ncative évolution de sa destinée. De là il écrit au dramaturge hongrois\nCharles Hugo une longue lettre où il lui conseille fortement d'aller à Paris\n(lui recommandant de s'adresser au banquier Eskeles) non sans lui faire\nremarquer qu'il ne faut point mesurer les choses de Paris à l'étalon de\nVienne, mais bien se montrer plus actif et entreprenant que l'ami Hor-\nvath lequel n'avait su faire représenter l'opéra d'Erkel Hunyadi Laszlo2\nque dans les colonnes d'informations parisiennes de son journal. Liszt,\nprotecteur désintéressé de tout effort artistique, estimait les opéras natio-\nnaux d'Erkel, de qui il loua maintes fois les compositions. En 1856 il\nréclama avec insistance la partition de cet opéra avec texte allemand, pour\nWeimar. Mais des retards s'étant produits, Hunyadi Laszlo par suite de\nla démission de Liszt, ne fut point représenté à Weimar.\nL'amitié de Liszt pour Erkel remonte à 1839. Dès 1840, Erkel\npubliait à Pesth la Marche de Ràkoczi \" en forme artistique \" et \" en\nsouvenir de Franz Liszt \", avec sur la couverture un portrait de Liszt,\nà mi-corps, en attilahongrois.3 Mais elle se resserra surtout lors de\nl'exécution de la Messe de Gran. Liszt fut le parrain du plus jeune\nfils d'Erkel.\nLa même lettre parle d'œuvres nouvelles inspirées par le séjour en\nHongrie : Un nouveau poème symphonique, complément de Hungaria,\net dont lui avait donné l'idée la belle Prière d'Erkel, qui devait en\n\n1 Les mots guillemetés ici sont en français dans le texte original de la préface. (Note du Traducteur).\n3 François Erkel (1811-1893), compositeur et pianiste ; dirigea l'Opéra du Théâtre National de Budapest.\nOn lui doit une série d'opéras nationaux très appréciés. Hunyadi (représenté en 1844) et Bànk-Bàn font encore\npartie du répertoire. # . ,\n3 On appelle atila la radingote à brandebourg, telle qu'on peut la voir sur le portrait ci-contre de Liszt."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 22, "texte": "LETTRES DE FRANZ LISZT"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.16", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2552, "texte": "fournir le motif principal. Il s'agit là d'un sur une poésie de\nKôlcsey 1 et mis en musique par Erkel en 1840 hymne qui avait été\ncouronné. Cet hymne, avec un Appel (,Szozat) de Benjamin Egressy2\nsur des paroles de Michel de Vôrôsmarty3 est àla Hongrie ce que sont\nà la France la Marseillaise, à l'Angleterre le God s ave the King, à\nl'Autriche le Gott erhalte. Le texte des deux premières mesures en est :\nun \"Dieu bénisse la Hongrie\" qui s'était \"profondément enraciné\"\ndans le cœur de Liszt.\nAprès une longue interruption, la correspondance entre Liszt et\nErkel reprend, plus active, à propos de l'Académie de musique de\nBudapest (1875).\nLa lettre à l'éditeur Heckenast à Budapest est empruntée au journal\nMagyar Sajto.ll y est question d'un livre malheureux,\nleur musique en Hongrie, écrit avec la meilleure volonté, les intentions les\nmeilleures, mais qui souleva en Hongrie bien des mécontentements et\nqui malheureusement fit naître à l'étranger bien des idées fausses sur\nnotre musique. Il ne faut pas rendre Liszt responsable de la deuxième\nédition \" améliorée \", car il est notoire que c'est la princesse de Sayn-\nWittgenstein qui l'a \"complété \" et en a \" poli \" le style. Il convient de\nrenvoyer à une autre occasion et à une étude spéciale le soin d'en rectifier\nles fautes. Comme Liszt, nous croyons aujourd'hui, qu'il eut été\nnécessaire de réviser et de rectifier, et nous voudrions dire à sa décharge\nqu'éT 2 ce temps la^il n'avait pas la possibilité d'apprendre par expérience\nbien des choses.\nIl avait l'espoir que l'orage déchaîné se transformerait bientôt\nainsi qu'il était arrivé lors de la Messe en enthousiasme. Mais\ncet espoir ne se réalisa point ; car il s'agissait non plus des intrigues\nde quelques individus, mais bien d'une indignation générale. La confiance\nqu'il avait en son succès montre précisément que Liszt était convaincu\nd'être dans le vrai. Un des plus beaux traits de la nature de Liszt, c'est\nqu'il supportait avec patience les attaques plus ou moins rudes dont il\nétait l'objet et n'en voulait jamais à ses adversaires de leur véhémence.\nUne de ces lettres nous apprend que la Neuvième symphonie de\n\n1 François de Kôlcsey (1790-1838), poète, critique et orateur. Littérateur de mérite, il rendit de grands\nservices à la cause des idées nationales et progressistes.\n2 Benjamin Egressy (1814-1851) littérateur de talent, composa des lieder qui sont devenus populaires et\nnationaux. On lui doit aussi quelques livrets d'opéras.\n3 Michel de Vôrôsmarty (1800-1865), célèbre poète épique."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.17", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2332, "texte": "Beethoven ne fut pas donnée à Pest en 1840. Remarquons que notre\nSociété Philharmonique ne fut fondée qu'en 1853, qu'elle a, dès ses\ndébuts, joué fort souvent des symphonies de Beethoven, mais que la\nNeuvième n'y fut exécutée qu'en 1861. Les autres symphonies de\nBeethoven ont encore été jouées aux Concerts Philharmoniques. Jusqu'à\nprésent, les plus anciennes traces que j'aie retrouvées d'exécutions à Pest\nde symphonies de Beethoven sont les suivantes :\n20 Décembre 1835 Eroica (premier mouvement).\n27 Mars 1837 Septième symphonie.\n19 Mars 1837 Première symphonie.\nLe Scherzo de la Neuvième fut exécuté par les Philharmonistes\nen 1855, la symphonie entière en 1865.\nCe que dit Liszt quant à sa propre nationalité offre le plus haut\nintérêt. On voudrait bien nous contester Liszt, mais, sans parler de toutes\nles raisons qui détruisent cette prétention, on peut voir que Liszt\ns'y oppose avec la dernière énergie. Cette orientation de la musique\nqu'on appelle néo-allemande doit son origine à un Français, un Hongrois\net un Allemand. Liszt avait ouvert la voie, assuré le progrès ; il avait\ngroupé autour de lui une pléïade d'artistes et s'était rapproché de\nl'Europe centrale. Il est incontestable que Weimar était un lieu tout\nparticulièrement prédestiné : mais ce n'est point une raison pour expro-\nprier Liszt de sa nationalité.\nOn sait déjà les déclarations qu'il fit à propos des fêtes de Pest\nen 1840, 1856 et 1858. Il en est certaines qu'il convient de souligner\npour mettre en exacte lumière ses sentiments patriotiques. L'article de\nJulius Lang est à cet égard excellent, car l'auteur y fait ressortir 1' \"esprit\ninvariablement hongrois \" des œuvres de Liszt. En Mars 1871, à l'occa-\nsion d'une matinée chez Liszt, raconte le Messager populaire hongrois une\ndéputation de quelque soixante représentants de la ville de Pest,\nconduite par M. Javaszy vint rendre hommage au maître, et lui exprima\nau nom de la capitale et à coup sûr du pays entier le vœu et la\nprière de rester parmi nous. Liszt, profondément ému, répondit : \" Le\nseul rêve de ma vie entière est de pouvoir vivre dans ma chère patrie\net pour ma patrie. J'apporte, il est vrai, mon âge de soixante ans, mais\nun corps sain et un cœur entier. Ma ferme résolution est de consacrer\ntout ce que je possède à mon pays bien-aimé, et de rester ici\". La"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.19", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1886, "texte": "députation accueillit ces paroles par les plus chaudes acclamations. Le\nvœu exprimé ce jour 1à... \" Mane n devait bientôt être\nréalisé presque complètement.\nDans les lettres publiées ici nous trouvons encore la mention d'un\ndes nombreux morceaux composés en Hongrie et pour la Hongrie, le\nMagyar-Kirazdal (chant royal hongrois). Cette pièce devait être chantée\nà l'inauguration du nouvel Opéra hongrois le 27 Septembre 1884; mais\nrisum teneatis des sujets influents découvrirent dans l'excès de leur\nloyalisme, qu'elle était faite sur le thème d'un vieux Kuruczenlied (chant\ndes Kouroutz, soldats du prince Rakoczy révoltés contre le régime\nallemand) et parvinrent à empêcher qu'elle fut exécutée à cette occasion\nsolennelle. On l'entendit pour la première fois le 25 Mars 1885.\nToute une série de déclarations de Liszt vient l'affirmer nôtre. Ses\nactes d'artiste ont donné à notre existence lumière et chaleur. Son activité\nde président de notre Académie de musique à été féconde, et constitue\nles fondations de l'édifice que nous construisons. Ses compositions ont\nrépandu la musique hongroise dans l'univers entier. Ce qu'on lui doit est\nimpossible à évaluer.\nLiszt est resté fidèle à sa promesse : jusqu'à ses derniers instants il a\ntenu ses regards tournés vers son étoile polaire, sa parole s'est accomplie et\n\" la Hongrie s\"enorgueillit de lui\".\nK. D'ISOZ\nBudapest 11 Oct. 1911.\n*\n* *\nJassy 4/16 Janvier 47\nAu baron de Seidlitz,\nTemesvar et Débrézin ! c'était comme mon Montjoye St. Denis !\ns'il vous souvient encore, de nos diners de la à la maison Dorée....\nEh ! bien, mon cher ami, mes pressentimens étaient justes et quelqu'en-\ndurci et racorni que vous me sachiez à l'endroit de mes succès, j'avoue\nque pendant ces 3 derniers mois que j'ai passé en Hongrie et en Transyl-\nvanie, il m'est venu plus d'une fois de sérieuses émotions au cœur!... mais"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.20", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "je ne veux pour aujourd'hui ni vous ennuyer par mes descriptions de\nl'incroyable et de l'impossible ni même vous parler plus long temps de m0i....\nà moins de changer de langue et cela pour vous citer 3 lignes que j'écri-\nvais dernièrement à un mien ami et qui résument à peu près pour moi\nl'impression de ce dernier voyage.\n\" von allen jetzt lebenden Kiinstlern bin ich der einzige welcher ein\ngerecht stolzes Vaterland gerecht stolz aufzuzeigen hat.... Waehrend sich\nandere muhselig in den seuchten Waessern der stets sparsameren\nabplagen miissen, segle ich frey vorwaerts auf der vollen See einer\nNation... : Mein Nordstern sey dasz Ungarn einmahl stolz auf mich\nhindeuten kan —\"\nTeleky et Bethlen (Gaber) viennent d'être nommés Députés à la Diète\nde Transylvanie. Probablement à cette heure ils auront déjà eu occasion\nde se poser et de se désarmer (?) car les séances ont commencé les pre-\nmiers jours de janvier. Teleky pour son début a fait un charmant tour\nd'escamotage constitutionnel qui lui a donné beaucoup de relief ; il est\nmaintenant un des 3 ou 4 Cortes oAnfuhrer les plus populaires et fait des\ncourses ou plutôt des incursions avec 12 ou 1500 Cortes àsa suite aux\nrestaurations politiques.\nBethlen et Teleky m'ont accompagné de Clausenburg à Bukarest.\nNotre caravane était des plus pittoresques... quatre voitures attelées de 8\nchevaux chacune.... Belloni et Harray (Secrétaire de Teleky) faisant le\nfricot à chaque station de nuit... Des Chibouks et des cigares à profusion...\net enfin 3 heures de Tarrok quotidien (connaissez-vous ce merveilleux\njeu et les charmantes finesses du Pagat ultimo !)... Assurément c'est là un\nde mes meilleurs souvenirs que ces 8 jours passés en route avec de si\nexcellents compagnons.\nA Bukarest le Prince Eichel Shika a eu la bonté de mettre tout son\npalais qui est un des plus beaux de la ville a ma disposition,\netc. etc.\nNous souvenez-vous de M. de Karratsony qui était à Paris en 44 ;\nrue Laffite ? je l'ai retrouvé à Temesvar où il m'a fait la plus royale hos-\npitalité. Depuis la mi Novembre nous voyageons ensemble notre itiné-\nraire est ainsi arrêté Jassy, Kiew, Odessa, et pour les premiers jours\nd'avril, Constantinople.\nSi vous avez le loisir de me répondre adressez Odessa.\nNous y arriverons vers la mi ou fin Février."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.21", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1935, "texte": "Que devient notre ami Sasa Vollen ? Est-il définitivement investi de\nsa dignité de secrétaire d'Ambassade à Vienne ?\nEt Schober ? Que deviennent ses Suédois a la visite à Weimar ?\nEcrivez moi d'eux, et parlez leur de moi...\nRappelez moi très affectueusement au souvenir de Madame la\nBaronne de Seidlitz, et recevez le nouveau, mon cher ami, l'expression des\nsentimens constamment les mêmes\nde votre tout affectionné\nF. Liszt.\nBelloni me charge de mille choses pour vous.\n\\\nAu Musée, Budapest.\nLiszt Ferencz-Hugo Kàrolyhoz (Charles Hugo).\nVotre lettre mon cher ami, m'est la très bien venue et j'espère que\nces lignes vous feront quelque plaisir aussi. Il ne m'était parvenu ni\nDédicace, ni Ungarkônig., ni rien de votre part. Mais je réparerai ce\nmalheur en faisant l'acquisition d'un exemplaire à Leipzig où je passerai\npour me rendre à Weimar au commencement de janvier prochain.\nCe que vous me dites de vos projets de Paris me paraît très sensé et\nje vous engage beaucoup à ne pas vous laisser détourner de ce voyage que\nvous ferez bien de prolonger un peu, ne serait-ce que pour mieux entre-\ntenir de loin vos sentimens patriotiques. Pour vos menus plaisirs de\nroute je vous envoie ci-joint une traite sur Eskeles de i oo Ducats.\nTâchez de bien employer votre temps à Paris ; frottez-vous intelli-\ngemment aux hommes qui disent, savent et font quelque chose. N'imitez\npas trop notre bon ami Horvath qui fit représenter Hunyady Laszto...\ndans les nouvelles de Paris de son journal. Ne vous servez pas du court\naunage de Vienne dans l'appréciation des choses et des hommes de Paris;\ngardez-vous des blagueurs et cautteries (!) N° 2, ou 3, ou 4... mais faites\nen sorte de voir beaucoup et bien.\nPour peu que votre séjour tire en longueur, il est possible que je\nvous trouve flânant encore sur les boulevards à la mi-avril prochaine\nmais ne parlez à personne de ce voyage, car je tiens à garder un complet\n\n2"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.22", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2029, "texte": "incognito pendant les quelques jours que je passerai à Paris où il me reste\nune ou deux affaires à régler qui nécessitent ma présence.\nEn attendant vous trouverez Belloqui y passera tout l'hiver avec\nsa femme, rue neuve St. Georges N° 5. Comme il voit Janin très souvent\npriez-le de vous conduire déjeûner chez lui un matin ; cela vous sera une\nbeaucoup meilleure façon de vous présenter qu'une lettre, car Janin n'a\nguère le temps de lire et de faire grande attention à ses amis absents.\nSi vous voulez me faire un plaisir, vous irez voir ma mère, qui est\nune femme de cœur et de bon sens. Peut-être pourra-t-elle vous être de\nquelque utilité pour vos arrangemens matériels, question d'appartement,\nde meubles, etc. Elle demeure Rue Louis le Grand, N° 20 vous n'avez\nqu'a y aller tout droit, car je lui ai écrirai dans ma prochaine lettre qu'un\npèlerin tudesco-magyar viendra la visiter.\nBon voyage donc, mon cher ami, et au meilleur revoir. Si vous\nm'écrivez, adressez Halperin, banquiers, Bendigew, gouvernement de\nKiew, Russie jusqu'à la fin Décembre. Plus tard, Weymar.\nBien tout à vous\nF. LISZT.\nWoronince, 7 novembre 47.\nJe n'ai jamais écrit un mot à Dumas, et vous engage même à ne pas\nprendre de lettres pour lui, mais à lui écrire tout droit que l'auteur de\nMathias, et de Brutus, désirerait profiter de son séjour à Paris pour faire\nsa connaissance. Ce vous sera la meilleure introduction ; à propos des\nlettres, tâchez d'en avoir pour le Cte Apponyi par Horvath, si vous\nvoulez.\nVoulez me faire encore un plaisir ? Trouvez moi le texte allemand\nces vers de Goethe que je ne puis découvrir dans le volume des Gedichte\noù ils sont pourtant et que je voudrais exactement dans l'occasion.\n\" L'Europe m'a loué : que m'a donné l'Europe ? Rien ! J'ai payé\n\" bien cruellement hélas ! mes vers. L'Allemagne m'imita ; La France\n\" peut me lire ; Angleterre, tu reçois en ami ton hôte en proie au\n\" trouble. Cependant que m'importe que le Chinois peigne d'une main\n\" peu sûre Werther et Lolotte sur la porcelaine ? \""}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.23", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2017, "texte": "Monsieur le Conseiller,\nMalgré ma ferme résolution de ne jamais me mêler de choses qui ne\nregardent point, je ne saurais pourtant résister à l'honnête figure, et\nau sincère et sympathique accent dun compatriote de qui\nréclame de mon patriotisme quelques mots de recommandation auprès\nde vous.\nLes lignes ci-jointes expliquent mieux que je ne pourrais le faire la\nmodestie des ambitions de mon protégé, et je me plais à croire que vous\nvoudrez bien y faire droit avec votre justice et votre obligeance habi-\ntuelles, si toutefois il y a lieu.\nVeuillez donc bien, Monsieur le Conseiller, excuser l'indiscrétion de\nma démarché et agreez de nouveau l'expression de mes sentimens les plus\nhautement distingués et les plus affectueusement dévoués\nF. LISZT.\nStanislawow 18 Mai 47.\nA Breitkopf et Hârtel. Eilsen, 12 Nov. 1849.\nMon cher Monsieur Haertel,\nN étaient des circonstances tout-à-fait en-dehors des prévisions\nordinaires je serais venu faire en personne ma réponse à vos amicales\nlignes, car ainsi que je vous 1 écrivais de Hamburg, je comptais passer à\nLeipzig avant la mi-novembre pour revenir à Weimar où j'ai établi mes\nquartiers d hiver. Malheureusement ces circonstances dont quelques jour-\nnaux, a ce qu il parait, ont eu la bonté de s'occuper, quelque peu ou mal\ninformes qu ils en soient d'ailleurs, retardent mes projets de près d'un mois\net ce n'est que vers le 8 Décembre que je pourrai me rendre à Weimar.\nIl me sera fort agréable, en vous faisant alors ma visite à Leipzig,\nd essayer le Piano que vous avez l'obligeance de me tenir en réserve sur\nla demande dont j'ai chargé M. Reinecke de vous faire de ma part. Il y a\nlongtemps que je désirais avoir à ma disposition un de vos beaux instru-\nments, si accomplis de mécanisme, et d'une si molle sonorité, et, pour\nle dire en passant, j'enviais à cet égard, tout l'hiver durant, mon bon\nSacha (Winterberger) qui vous est redevable d'une notable partie de ses\nprogrès. Comme je désire me servir personnellement de ce Piano pour"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.24", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2341, "texte": "mon usage habituel, permettez-moi de vous prier, de vouloir bien le faire\nassortir de manière à ce que le toucher en soit ferme, très ferme ; car il y a\ntoujours avantage pour un Pianiste à s'exercer sur un instrument dont le\nclavier oppose de la résistance aux barbouillages, bredouillages, etc. et\nn'offre aucune tentation aux passages parasites dont il convient de purger\ndésormais l'exécution en général. Quant à la couleur du bois, elle m'est\nabsolument indifférente ; et je vous prie surtout de ne vous laisser gêner\nen aucune façon par la demande peut-être inopportune que je vous ai\nfait faire de cet instrument, et de ne me l'expédier que selon vos con-\nvenances, n'étant aucunement assez en fonds pour faire F acquisition d'un\nPiano, je tiens beaucoup à ne pas me rendre coupable d'une indélicatesse\nde procédé.\nPour ne pas retarder la publication des morceaux du Prophète, il est\nplus simple de m'envoyer les épreuves à Eilsen où je resterai jusqu'au com-\nmencement de Décembre. Le titre général devra rester tel que je l'ai\nindiqué : \" Illustrations du Prophète de Meyerbeer, par F. L. mais\nchaque N° pourra s'orner d'un titre particulier. Celui du N° i sera \" Prière,\nHymne triomphal, et Marche du Sacre. \"\nCelui du N° 2 \" Les Patineurs. \"\nPour les quatre autres morceaux que je compte tailler, (aussitôt mon\nretour à Weimar) , dans cette riche étoffe, je vous enverrai les titres avec\nles manuscrits. L'Editeur de Paris sera M. Brandes. En vous retournant\nles épreuves des Consolations (que je vous prie de joindre à celles du\nProphète) je vous indiquerai l'Éditeur de Paris ; car je ne sais pas si\nM. Belloni en a déjà disposé, et en faveur, ou au désavantage de qui ?\nSi vous aviez l'obligeance de me faire parvenir par la même occasion\nun Clavierauszug mit der Singstimmen complet du Prophète, je vous en\nserai fort obligé, et aussitôt mon travail terminé j'aurai soin de vous le\nrestituer avec les autres morceaux du même opéra que vous m'avez prêtés.\nMille affectueuses amitiés et tout à vous.\nF. LISZT.\nAucun de mes ouvrages ne portant de N° d'oeuvre jusqu'à présent,\nje n'en mettrai pas non plus à ces fantaisies du Prophète.\nJ'écrirai prochainement à Haslinger pour le Lieder-Cyclus. En\nattendant si les épreuves sont prêtes, je vous prie de les joindre au\nrestant que vous m'adressez à Eilsen au plus tôt."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.25", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1632, "texte": "A Peter Cornélius.\nCher ami,\nRubinstein est arrivé aujourd'hui à midi et vous attend avec impa-\ntience. Ne vous faites pas trop attendre, et revenez au plus tard mercredi.\nVous rencontrerez à l'Altenbourg mon fils qui au physique (sic) est\ndéjà plus grand que moi : puisse-t-il bientôt l'être aussi\nWasilewski de Bonn est également arrivé aujourd'hui, et Genast\nprojette pour mercredi une Soirée d'arti où je suis spécialement chargé\nde vous inviter.\nPour ma part, je n'ai à vous dire rien de plus neuf que ceci : que je\nvous aime bien fort, et que vous n'avez pas besoin de briller plus long-\ntemps par votre absence puisque vous brillerez bien mieux, à coup\nsûr, par votre présence. (Note de la Rédaction !)\n\" Au revoir donc, cher ami, et\nBien tout à vous \"\nF. LISZT.\nS. L. (Weimar) Dimanche 3 Septembre 54.\nToutes les amitiés des habitants de l'Altenburg, et cordiales saluta-\ntions à la Maman\nA François Erkel. Zurich, 21 Novembre 1856.\nCher et honoré ami,\nVotre lettre m'a été transmise ici, où une pénible indisposition me\ntient au lit depuis plus de quinze jours, et retarde mon retour. Recevez\nmes remerciements les meilleurs pour les nouvelles agréables que vous me\ndonnez : au cours de l'été prochain, j'espère profiter de l'occasion pour\nfaire plus ample connaissance avec mon filleul. Mes longs cheveux feront\nimpression sur lui ; et plus tard, si comme il y a lieu de le prévoir le\njeune homme s'est assimilé une bonne dose de substance musicale, nous\nn'aurons pas de peine à nous entendre. En attendant, ayez la bonté de\ndire au comte Râstay que je me réjouis cordialement qu'il ait pris ma"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.26", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2520, "texte": "place lorsque mon opéra hongrois sera né, j'aurai à le prier d'accepter,\nlui aussi, une sorte de parrainage. Et présentez mes respectueux hom-\nmages de compatriote tout fidèle et bien pensant à la gracieuse marraine,\nsans m'oublier auprès de la maman qui ressent aujourd'hui auprès de\nl'enfant la plus grande et la plus méritée des joies.\nCes jours-ci j'ai ressenti les symptômes de la naissance prochaine du\npoème symphonique qui sera la suite de Hungaria, et dont votre belle\nPrière.\nCe qui a pris en mon cœur de si profondes racines ! m'a\ndonné le projet et le motif principal. Sans doute vous apporterai-je l'été\nprochain le bébé tout prêt. Mais d'abord je dois me hâter d'achever mes\nIdéal s de Schiller. Les quatre rentrées (au lieu de deux) sont faites selon\nvotre bon conseil, et cette péroraison offre maintenant une gradation\ntelle qu'elle pourrait donner à Léo Festetics lui-même envie d'y associer\nsa voix. D ici Pâques je vous aurai envoyé la partition, qui se typographie\na 1 Imprimerie d'Etat Impériale-Royale. Si je ne me trompe, l'œuvre,\nfacilitée, améliorée, avec ses additions et la glorieuse fugue terminale\ndu Gloria^que j'écrivis ici, vous plaira passablement.\nJ'ai vécu de magnifiques journées avec Richard Wagner. Son\nAnneau du Niebelung (dont il a terminé la moitié) est un monde entière-\nment inconnu, sublime. D'ici deux ans les quatre opéras seront prêts à\nêtre représentés. En vérité, cher ami, il vous faut entendre et voir cela.\nOù en est la traduction de votre pour Weimar ? Quand\nrecevrai-je la partition ? Je pense être de retour dans trois semaines à peu\nprès ; et si vous ne tardez pas trop à m'envoyer la partition, l'œuvre\npourra être mise à l'étude, comme je le souhaite, au cours de cette saison.\nJe me réjouis de savoir que vous avez mis les Préludes au programme\ndes Concerts Philharmoniques. Je présume que pour vous tout aura mar-\nché aussi bien dans la salle du Muséum que dans celle du Théâtre.\nTransmettez mes bien amicaux souvenirs aux membres de votre\norchestre, maintenant de vrais amis pour moi, et aux aimables chanteurs\nqui ont collaboré au festival de Gran. Dans une lettre que j'ai adressée ces\njours derniers au baron Augusz, je l'ai prié de régulariser le plus tôt pos-\nsible le côté pécuniaire de cette affaire, car de l'autre côté l'on semble\navoir complètement oublié ce point ; et je peux vous dire, en manière de\nmédiocre consolation, que l'on m'a aussi totalement ignoré je n'ai\njusqu'à présent pas reçu de Gran la moindre ligne de remerciement."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.27", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1799, "texte": "Nos Fratresr, au reste, ne se rappellent déjà plus mon humble per-\nsonne ; peut-être trouverez vous quelque occasion de me rappeler à leur\nmémoire comme un Comporter dans l'attente ?...\nJe termine ces lignes à Saint-Gall ou hier furent exécutés un couple\nde mes poèmes symphoniques. Wagner a dirigé après.\nA Fr. Dingelstaedt. Weimar, 22 novembre 1855.\nMon excellent ami,\nPar les nouvelles que vous avez du recevoir assez dernièrement de\nWeimar, vous aurez vu qu'on ne vous oubliait pas ici. De votre côté il\nest vrai que vous ne faites pas preuve d'un excès de mémoire à notre\nendroit car si je ne me trompe vous nous avez passé plusieurs fois\nsous le nez pour vous rendre soit à Francfort, soit à Cobourg sans vous\nappercevoir que nous étions encore de ce monde. Ceci soit dit sans\nreproche aucun ; car si j'en avais à vous adresser je me prendrai plutôt\nà vous faire une sorte de querelle d'A d'avoir confié la à\nun compositeur qui excelle surtout dans les plats et de ne m'en\navoir plus soufflé mot, pas plus que de l'Orestie. Mais les querelles\nd'Allemand siérait fort mal à mes habitudes magyares, et je ne saurais trop\ncomment m'y prendre. Pour aujourd'hui permettez-moi simplement de\nvous recommander amicalement un charmant garçon, excellent musicien,\net grand Pianiste,Dyonis Priikner qui fait une visite de plusieurs semai-\nnes à sa famille établie à Munich, avant de se rendre à Vienne où,\nj'en suis persuadé, il aura de beaux succès. Veuillez l'accueillir\navec bienveillance, comme un de mes meilleurs disciples et lui faire\nl'honneur de le présenter à Madame Dingelstaedt, au gracieux souvenir\nde laquelle je vous prie de me rappeler affectueusement, en ma double\nqualité de son constant admirateur et de votre tout dévoué ami\nF. LISZT\n22 Novembre 55. Weimar."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.28", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1917, "texte": "Adresse inconnue. Weimar, 18 Mai 1856\nPermettez-moi, cher ami, de vous offrir les six premiers Numéros\nde mes Poëmes symphoniques auxquels succéderont bientôt d'autres\nproduits analogues car je suis parfaitement résolu à ne point lâcher pied\ndans ce chemin caillouteux que ma conviction me trace. Probablement\nvous trouverez dans ces Partitions un assez grand nombre d'exemples\n\" comment il ne faut pas faire \" ainsi que disait M. Cherubini des Sym-\nphonies de Berlioz, et à ce titre du moins je pourrais revendiquer pour\nmes ouvrages une certaine utilité.\nQuoiqu'il en soit gardons nous de mêler les questions d'amour\npropre, d'école ou de parti à des choses que la Providence nous a laissé\ncomme compensation à ces maux. Je veux parler des braves et franches\nrelations entre amis que d'honnêtes et nobles sympathies rapprochent\net laissez moi vous rappeler votre amicale promesse de venir passer quel-\nques jours à Weimar où le printemps n'est pas plus laid qu'aux alentours\net où votre présence sera toujours un très véritable plaisir pour\nVotre très sincèrement affectionné et dévoué\nF. LISZT\nWeimar, 18 Mai 1856.\nA Kâlmân de Simonffy, Weimar, le 1 Février 58.\nJ'ai à vous remercier doublement, Monsieur, et de votre obligeante\nlettre et de l'envoi que vous m'avez fait de votre \" Magyar Hangfiizér \"\nque j'ai lu avec plaisir et intérêt.\nVotre nouvel recueil \" Târogato \" me sera le bienvenu, et j'en\naccepte la dédicace avec les meilleurs remercimens, me trouvant très\nflatté de cette attention patriotique. Veuillez je vous prie m'inscrire pour\ncinq exemplaires sur la liste de souscription de votre recueil. Je prendrai\nsoin de vous en faire parvenir le montant aussitôt que je les aurai reçus.\nPour la commodité de la lecture je vous engage à faire graver à\n81've les passages qui dépasseront les notes car le procédé employé\ndans le premier morceau de Fay Antaltôl me semble assez embarassant. Il"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.29", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1049, "texte": "est difficile de se reconnaître dans des passages comme celui-ci par\nexemple\nqu'il serait plus simple d'écrire ainsi :\nOr dans ce même morceau il se trouve trois ou quatre passages\nanalogues qu'il conviendrait de faciliter\nRecevez, Monsieur, l'expression de mes sentiments les plus distingués\navec l'expression de mon parfait dévouement\nF. LISZT.\nWeimar i Février 58.\nP.S. Votre lettre ayant été jointe àla Musique, elle a mis la lenteur\ndes paquets à faire sa route, et ne m'est parvenue qu'il y a trois jours.\nA\nWeimar, 26 Juin 58.\nA Gustave Heckenast, éditeur à Budapest, Weymar, 27 août 1759.\nMonsieur,\nVous avez eu l'obligeance de me faire il y a plusieurs années une\nproposition que j'ai acceptée au sujet de la publication en allemand et en\nhongrois de mon ouvrage intitulé : \" Des Bohémiens et de leur musique\nen Hongrie. \" De nombreuses occupations m'ont forcé d'ajourner l'achè-\nvement de ce volume dont j'ai corrigé les dernières épreuves ce\nprintemps, mais que l'éditeur de Paris (Librairie nouvelle) ne compte"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.30", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2649, "texte": "mettre en vente qu'à l'entrée de l'hiver. Sur le verso de la page du titre\nVous trouverez ces mots : \" Les droits de traduction sont réservés pour\nl'Allemagne et la Hongrie à M. Heckenast, libraire-éditeur à Pest. \" Par\ncette petite note j'ai rempli la promesse que vous avez reçue de moi, et je\nne doute point Monsieur que vous n'accomplissiez également la vôtre.\nRelativement à la traduction allemande je désire qu'elle soit confiée à un\nde mes amis, actuellement à Vienne, M. Peter Cornélius, qui durant son\nséjour à Weimar a déjà traduit les deux tiers de l'ouvrage, et il s'empres-\nsera de terminer le tout si vous voulez bien prendre avec lui les arrange-\nments indiqués à cet effet. Son adresse est : Herrn Peter Cornélius\n(Componist) Weissgaerber, Pfefferhofgasse, N° 30, bei Frau Miiller. Je\nlui écris de mon côté pour le prévenir que vous entrerez en correspon-\ndance avec lui, persuadé qu'il vous sera agréable de publier de préférence\nune traduction conforme à l'esprit et au style de l'original. Or je puis\nVous garantir que celle de M. Cornélius est parfaitement adéquate.\nQuant à la traduction hongroise je vous laisse entièrement le choix de la\npersonne que vous jugerez convenable d'en charger, à l'exception d'une\nseule que je vous désignerai s'il y a lieu et que vous devinerez probable-\nment. Outre ces fâcheux antécédens je soupçonne fort ce monsieur\nd'avoir été l'instigateur du bruit prématuré et malveillant qui s'est fait\ndans plusieurs journaux au sujet de mon livre qui n a pas paru, et QU'ON\nN'A PAS LU ! S'il avait été lu on saurait : i° qu'il a été conçu d'abord pour\nservir de commentaire à un ouvrage de musique, publié depuis de longues\nannées, que j'ai intitulé Rhapsodies hongroises, dont le succès n'a pas été\nle moindre en Hongrie ;\n2° qu'à moins d'un parti pris comme il s'en rencontre parfois dans\nles comptes rendus de journaux, il est impossible à tout lecteur impartial\nde ne pas entendre vibrer à travers tout le volume le plus sincère et\nfervent attachement de l'auteur pour son pays natal. Toutefois la sincérité\ndu patriotisme n'implique pas l'aveuglement en matière de science et\nd'art, et ne condamne point ceux qui le ressentent le plus vivement à\ndevenir par là incompétents sur toutes les questions qui demandent de la\njustice dans l'appréciation des faits et delà justesse dans le raisonnement,\nPour ma part il m'a semblé qu'il revenait à notre patrie plus d'honneur\ndes qualités morales qui la signalent à l'estime et à l'admiration des\nautres peuples, et je me suis attaché à démontrer que c'est grâce à ces\nqualités que la musique nationale, en racinée dans le sol et dans l'âme de"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.31", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2267, "texte": "la Hongrie est une musique hongroise^que la Hongrie ne peut avoir\nd'intérêt à revendiquer un brevet d'invention pour l'emploi de certains\nintervalles d'une gamme qui, selon toute probabilité, est d'origine indienne\net nous arrive des bords du Gange.\nJe le demande, peut-on accuser un auteur de vouloir dépouiller sa\nnation quand il termine son livre par ces mots :\n\" La Hongrie peut donc, à son droit, réclamer comme sien cet art\nnourri de son blé et de ses vignes, mûri à son ombre et à son soleil, acclamé\npar son admiration, paré, embelli et ennobli, grâce à ses prédilections et\nà sa protection, et si bien enlacé à ses mœurs qu'il se lie aux plus intimes,\naux plus doux souvenirs de chaque Hongrois. Tout comme une conquête\nglorieuse il est appelé à figurer parmi les plus beaux titres de notre pays,\net son souvenir doit être incrusté, comme un joyau précieux à un fleuron\nde son antique et superbe couronne \" (Page 348).\nLa mauvaise foi peut évidemment retourner, détourner, contourner\nle sens de chaque écrit mais la mauvaise foi seule, je l'affirme et le\nproclame, peut, après la lecture de mon volume méconnaître le sentiment\nvraiment filial avec lequel il fut écrit, et je ne crois pas qu'il se trouve\nparmi mes compatriotes un honnête homme qui ne soit de cet avis.\nDu reste Monsieur, s'il vous souvient encore de Forage qui s'était\namassé contre moi à Pest, il y a deux ans, à l'occasion d'une œuvre ne\nrespirant que la paix et la charité la Messe de Gran et de la tour-\nnure que prirent ensuite les choses, vous serez probablement moins effrayé\nde Forage qui me menace dans la circonstance présente. De mon côté j'ai\neu beaucoup l'occasion de m'habituer à ces intempéries du sort, car dans\nla contrée que j'habite, les journaux prennent soin de me régaler fréquem-\nment de leurs aubades et sérénades de critique très orageuses ! Sans en\nprendre plus de souci qu'il ne faut, je continuerai de travailler comme\ndevant en toute simplicité et bonne conscience, suffisemment récompensé\nd'ailleurs par les sympathies honorables que mon nom s'est acquis et qui\nlui demeureront attachés.\nVeuillez bien agréer, je vous prie Monsieur, l'assurance de ma con-\nsidération et de mes sentimens très distingués.\nF. LISZT\n27 Août 1859, Weimar."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.32", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1764, "texte": "A Kâlmân de SimonfFy, Vatican, 21 mai 1865.1\nMonsieur,\nJe serais fâché de vous occasionner la perte d'un pari, mais puisque\nvous réclamez mon information pour savoir \"si la 9™ symphonie de\nBeethoven a été exécutée à Pest en 1840\" je dois vous répondre\nque non.\nDu reste il n'y a lieu de s'étonner beaucoup du retard qu'a souffert\nl'exécution de ce prodigieux ouvrage à Pest. En 1840, la gme symphonie\nétait considérée comme un épouvantai!des plus épouvantables, par la plu-\npart des musiciens et des soi-disant [connaisseurs] en musique, d'Europe.\nA peine l'avait-on essayée cahin-caha, fragmentairement d'abord à\nquelqu'occasion exceptionnelle ; pour ne plus s'en occuper du reste,\ndans deux ou trois villes d'Allemagne ; le Conservatoire de Paris ne s'y\naventura que plus tard sans trop d'entrainement, et même après la\nRévolution de 1848 il semblait hasardeux d'en décorer les Programmes\ndes Sociétés de Concert les plus respectables, vu mauvais sort qui s'atta-\nchait àla 9me symphonie à cause des sots et pitoyables jugements qu'elle\navait dû subir.\nRecevez, Monsieur, l'assurance de ma parfaite considération\nF. LISZT.\nVatican 21 Mai 1865.\nAu baron Antoine Augusz. Weimar, 7 Mai 1873.\nTrès honoré ami,\nMes cordiaux remerciements pour ta lettre. Les résultats de l'enquête\nme paraissent satisfaisants et utiles. Je suis surtout ravi de la proposition\nde notre haut protecteur et président l'archevêque Haynald \" d'attribuer\nune section spéciale à la musique d'église \". Le manque d'une telle\n\" section \" dans les autres conservatoires s'est montré également préjudi-\nciable à l'art et au culte. Pourquoi exécute-t-on si souvent dans les églises\n\n1 Je suis redevable de cette lettre à M. Aladar de SimonfFy professeur à Arad, fils du destinataire."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.33", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2116, "texte": "de la musique d'orgue de Barbarie ? Les péchés d'art sont-ils donc sou-\nhaitables dans le service divin ? Que la Hongrie aille de l'avant et offre\nde meilleurs exemples. Je suis prêt à aider, mais ne puis suffire\nNous avons encore besoin d'une personnalité forte et zélée qui assume et\nmène à bien, tant au point de vue musical qu'au point de vue religieux,\ncette lourde tâche. Pour cela je te signale de nouveau le respectable prêtre\net le très apprécié musicien, chef d'orchestre et compositeur Franz Witt\n(de Ratisbonne), président de la Caeciliallemande, et te prie d'appuyer\ntrès sérieusement sa nomination à l'Académie de musique de Pest auprès\nde l'archevêque Haynald et du ministre Tréfort.\nTrès bienvenu m'est le prix annuel, fondé par le député Simonffy,\nde 20 ducats pour la meilleure composition de style hongrois. Ainsi est\naccentué comme il convient le caractère national de l'Académie de\nmusique. Il faudra encore instituer une classe spéciale pour \" la musique\npopulaire hongroise \" et son développement. On m'accordera bien que\nmalgré ma regrettable ignorance de la langue hongroise, je reste, du\nberceau à la tombe, de cœur et d'esprit, et que par conséquent\nje souhaite d'encourager sérieusement le développement de la musique\nhongroise.\nJ'approuve volontiers les motifs exposés par Albert Apponyi et\nImre Azéchenyi, et j'espère que les autres questions de détail seront\nréglées au mieux des intérêts de l'ensemble.\nJe serai à Pest avant la fin d'octobre. Au cas où me seraient adres-\nsées d'ici-là, par le ministère, des communications au sujet de l'Académie,\nje te serais obligé de prier Hegediis d'y adjoindre la traduction en allemand.\nSi Monsieur le Ministre juge opportun de m'attribuer dans les\nlocaux de l'Académie de musique un petit logement (tu sais que 2 petites\nchambres pour moi et une pour Miska suffisent amplement) cela me sera\ntrès agréable parce qu'utile.\nAvec mes salutations cordialement dévouées à ta femme et à ta fille\nTon fidèlement reconnaissant\nF. LISZT.\n7 Mai 1873, Weimar.\nP.S. Je reçois à l'instant ta deuxième lettre, du 5 Mai. Ainsi donc"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.34", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1535, "texte": "la question logement est résolue, et je retombe sous l'aspersoir du\nclergé municipal. Tant mieux ! Mille mercis pour tes prévenances et\npeines.\nSois assez bon pour annoncer à mon concierge (20, Palatingasse)\nque j'accepte avec plaisir de servir de parrain à ses jumeaux Jean-\nBaptiste et Charles-Rodolphe Maratchek.\nCi-joint le programme de l'exécution de Christus qui aura lieu ici\nle 29 mai. Peut-être Abrànyi pourra-t-il venir.\nSur l'enveloppe : Dem Hochwohlgebornen Freiherrn\nA. von Augusz\nRitter des Stephans Orden\netc. etc. etc.\n56, Herrenstrasse Ofen\n(Buda)\nrecommandirt.\nF. Liszt à François de Pulszky directeur du Musée National\nHongrois Budapest.\nMonsieur le Directeur,\nEn Novembre dernier, lors de la mémorable fête jubilaire, par\nlaquelle la Ville de Pest m'a illustré, je vous exprimais mon sentiment\nsur la place définitive qui convient à la couronne d'or et la médaille de\ncette fête. Leur but est d'attester la sympathie et la générosité natio-\nnales envers un compatriote, fier d'employer ses faibles talents d'artiste\nau service de la Hongrie ; outre cela, d'encourager les Artistes en général\ndans la voie du dévouement à la patrie. Cette double destination les\nfixe au Musée National de Pest, sous votre garde, Monsieur le Direc-\nteur. Permettez-moi donc de vous les livrer aujourd'hui, comme propriété\ndu Musée et d'y joindre aussi la couronne en argent, offerte à la même\nfête par le \" allgemeine deutsche (Leipzig-lena). Mon\ndésir et ma résolution sont d'ajouter encore quelques objets ; notamment :"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.35", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1420, "texte": "le sabre qui m'a été décerné avec acclamation publique, au théâtre\nnational de Pest en janvier 1840: le Piano offert par la maison\nBroadwood de Londres à Beethoven : un grand pupitre de Piano\nen argent . un bâton de JVTusique en or massif, orne de pierreries.\nJe désirais vous envoyer de suite ces objets ; mais pour les\nretirer de l'endroit où ils sont gardés sous scellés, il faut des auto-\nrisations que des convenances personnelles me défendent de réclamer\nintempestivement. Aussitôt que possible, ils seront expédiés de Weimar\nà Pest ; et en prévision de ma mort prochaine, j'ai pris des mesures\nafin que tous les objets que je destine au JVlusee d'ici, lui parviennent\nsûrement.\nVeuillez bien agréer, je vous prie, Monsieur le Directeur, l'expres-\nsion des sentiments de haute estime et considération avec lequels j'ai\nl'honneur de demeurer,\nvotre très dévoué serviteur\nF. LISZT.\n3 Mai 1874, Budapest.\nP. S. Ci joint la traduction hongroise de cette lettre.\nSur l'enveloppe : Monsieur\nMonsieur François de Pulszky\nDirecteur du Musée National\netc. etc. etc.\nAun correspondant inconnu. Budapest, 14 Décembre 1876.\nCher et honoré ami !\nIl y a un ou deux jours, j'ai prié Gottschlag, le promoteur du\nmonument Bach, de demander à Miiller-Hartung d'aiguillonner le comité\nd'Eisenach afin que la chose se termine Le a\ntrop longtemps duré: il est temps d'attaquer un Allegro deciso c'est-à-dire,"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.36", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1844, "texte": "de commander le beau monument de Bach à Donndorf, et de n'en pas\nrenvoyer l'inauguration à la semaine des quatre jeudis, ad calendas graecas.\nN'est-il donc à Eisenach point de personnes capables de faire mieux\nqu'écrire des lettres et se réunir ? Que font les Eichel ? Toute ville\ndésireuse d'élever un monument à la gloire d'un de ses grands citoyens\ndoit s'occuper de la chose pour de bon. C'est ce que Vienne a fort bien\nfait pour Schubert, et fait, de nouveau, pour Beethoven. D'autres villes\naussi, avec de rares exceptions parmi lesquelles il faut malheureuse-\nment compter pour l'instant Eisenach. Les italiens disent \" far cattiva\nfigura \", ce que je ne saurais souhaiter au comité Bach.\nAinsi donc bientôt Concert-Wagner et Association-Wagner à Wei-\nmar. A mon avis lena et Eisenach ne devraient pas manquer à l'association ;\net peut-être se trouvera-t-il à Apolda quelques gens intelligents qui ne\ns'absorbent pas trop dans la lecture de la gazette nationale pour se refuser\nà collaborer à la réussite de l'Association-Wagner de Weimar ?\nDe Budapest je n'ai pour aujourd'hui rien à l'annoncer, sauf que je\nresterai ici jusqu'au milieu de mars.\nTon vieux et bien fidèlement dévoué\nF. LISZT.\nA Kôrnel d'Abrânyi.\nCher et honoré ami !\nMeilleurs remerciements pour votre lettre.\nVous prie de transmettre mes excuses à Monsieur le bourgmestre\nWagner Kârolz et au comité des fêtes à Szeged. Au sujet de la\npremière invitation à Szeged (en Mars dernier), j'ai immédiatement fait\nobserver :\n« Durant tout le mois d'Août j'appartiens à Bayreuth Rester con-\nséquent n'est pas une faute quand le principe est juste.\nEt maintenant, cher ami, je vous invite une deuxième fois à venir\nici. Le \" Huhnenfestspiel \" est de portée élevée, grave, intéressante entre\ntoutes pour l'histoire... Venez donc au plus tard entre le 27 et le 30 Août"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.37", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1, "texte": "3"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.37", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 1279, "texte": "pour la troisième série des étonnantes représentations de\nNiebelung.\nGerne s'occupe ici même pour vous des \" affaires Montecuculli \"\nVotre vieux\nfidèlement dévoué\nF. LISZT\nBayreuth, 6 Août 1876\n«\nA Landy\nTrès honoré Monsieur,\nMeilleurs remerciements pour votre aimable lettre ; je me permets\nd'en rectifier un ou deux points erronnés.\nMadame la Princesse Caroline Wittgenstien n'est pas \" entrée au\ncloître Elle est fixée à Rome où la supériorité d'esprit et de caractère\nest respectée comme il convient. Sa fille, la princesse Marie,\nmariée à Pétersbourg, mais bien à Weimar (en 1859) avec le prince\nConstantin Hohenlohe Schillingsfurst, premier grand-maître de cour de\nS. M. l'Empereur d'Autriche, chevalier de la Toison-d'or, Feldmarschall-\nlieutenant, etc. Ses hautes fonctions ont obligé le prince Constantin à\nrésider a Vienne depuis bien des années.\nDe mon humble personne rien à dire, sauf que je reste fidèle à mes\nconvictions et à mes amitiés. Celui qui souhaite à votre admirable\ndécouverte du meilleur des fers a cheva le nécessaire \" succès européen \",\nreste, cher Monsieur de Landy,\nVotre très amicalement dévoué\nF. LISZT\n11 Avril 1878\nBayreuth\nLa semaine prochaine, je serai de retour à Weimar et y resterai\njusqu'à la fin de Juillet."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.38", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 259, "texte": "A un correspondant inconnu\nHonoré Monsieur,\nAprès soixante années de piano il est bien temps de s'arrêter ; le\nconcert pour le monument de Beethoven à Vienne doit marquer ma fin\ncomme pianiste.\nRespectueusement\nF. LISZT\ni 8 Janvier 1883\nBudapest."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-11-15-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-11-15_01#c014", "volume": "bmtnabh_1911-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 18, "image_fin": 18, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.2.7", "titre_corps": "F. LISZT PAR BARABAS", "titre_sommaire": "F. 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Adolphe Boschot, l'éminent auteur de la biographie\nde Berlioz, si précise et si pleine de faits nouveaux.\nSt. Pétersbourg, 27 avril 9 mai 1847.\nCher Liszt,\nNotre très aimable et spirituelle princesse, qui sait mieux que nous\ntous ou tu vas et ce que tu fais, veut bien prendre ces quelques lignes\nsous sa protection pour te les faire parvenir. Bonjour, cher merveilleux\npèlerin ! Bonjour, je pense beaucoup à toi et les occasions de parler de\ntoi sont fréquentes ici, où tout le monde t'aime et d'admire presque autant\nque je t'admire et je t'aime. Ne trouves-tu pas que nous vagabondons\nterriblement !...\nJe suis triste à cette heure, mais triste à en mourir. Je suis pris d'un\nde mes accès d'isolement.C'est l'exécution de au grand théâtre qui\nl'a fait naître; au milieu de Y adagio j'ai senti mon cœur se serrer ; c'est\nfini, me voilà pris pour Dieu sait combien de temps.\nDéplorables organisations !...\nAssez là-dessus ; j'ai fait beaucoup de musique ici, je donne mon\nquatrième et dernier concert mercredi prochain, encore avec\n'Juliette en entier et une partie de Faust.ll y a aussi concert à la cour; on"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.40", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1751, "texte": "m'a demandé d'y prendre part ; ce sera le même jour. L'impératrice et\nles princes sont charmants pour moi.\nMa musique a pris ici tout de suite, j'ai beaucoup de monde et\nbeaucoup d'argent, et des cadeaux et tout ce qui s'en suit. Maintenant, le\nRoi de Prusse vient de me faire écrire par le comte Roedern, que l'Opéra\nde Berlin était à ma disposition pour monter en entier ; je vais\ndonc en Prusse. Mais je n'ai pas le cœur à l'œuvre... Cela viendra-t-il ?\nAllons voilà, que je retombe dans mes lamentations. Quel malheur d'être\nmachine électrique électrisable !...\nTu composes beaucoup, m'a dit la princesse. A quand l'exécution à\nVienne du Sardanapale?... Je t'écrirai de nouveau de Paris; ne me réponds\npas auparavant, car je ne sais où te dire de m'adresser ta lettre. Adieu,\ncher, je ne puis pas t'en écrire davantage, voilà mon tremblement nerveux\nqui me reprend, mon cœur qui bat à rythme\net il faut céder.\nAdieu, je t'embrasse, je voudrais te voir, il fait un soleil d'ltalie,\n34 degrés de chaleur, quel tourment ! reviennent le froid, la glace, les\nbrumes, l'insensibilité !...\nAdieu encore. Ne ris pas de moi : si loin que tu sois, si cela arrive, je\nle sentirai. H. BERLIOZ.\nParis, 8 Janvier (1850)\n19, Rue de Bourdault.\nMon cher Liszt,\nJe viens d'organiser une Société Philharmonique composée de\n200 membres (110 choristes, 90 instr.). Nous donnons notre premier\nconcert le 19 Février. Les Séances auront lieu le 2me mardi de chaque\nmois à 8 heures du soir dans la salle Ste Cécile, rue du Mont-Blanc.\nCela se présente bien, sous tous les rapports.\nVeux-tu nous autoriser à te nommer en tête de nos\nhonoraires ? Ce sera pour la Société une espérance d'exécuter quelques\nunes de tes nouvelles œuvres, quand tu viendras à Paris."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 26, "texte": "LETTRES DE BERLIOZ A LISZT"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.41", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1923, "texte": "Je ne t'écris que quelques lignes à la hâte ; nous avons comités\nsur comités, débats de toutes sortes. J'ai la plus grande peine à me plier\nà ces formes de gouvernement représentatif qui nous font employer\n8 jours pour faire ce que je ferais en une heure.\nJe t'écrirai plus au long une autre fois ; mais réponds-moi le plus\ntôt possible, pour que nous puissions mettre ton nom sur la première\naffiche avec celui de Meyerbeer, Ernst, Spontini.\nMilles amitiés\nTon dévoué\nH. BERLIOZ.\nP. S. Veux-tu me rappeler au souvenir de Mme la princesse Witgen-\nstein et lui présenter mes hommages ?\nParis, 27 ou 28 Juillet (1582).\nMon cher Liszt,\nL'envoi de la musique que tu attends a été retardé, d'abord parce-\nqu'il a fallu imprimer les parties séparées de la et de\nqui manquaient au magasin de Brandus ; ensuite parceque ce tirage\nayant été fait à mon insu je n'ai pas pu faire corriger sur les planches\nles nombreuses fautes. Il en est résulté que l'un des garçons du magasin\nde Brandus a du faire à la plume et au crayon ces corrections. Elles\nseront finies demain et quand j'aurai tout revu moi-même, le paquet te\nsera adressé. J'y ai fait joindre, quoique tu m'en aies rien dit, les deux\npaires de petites cymbales en B et en F, nécessaires pour le Scherzo.\nElles coûtent je crois cent sous la paire. Le commis de Brandus m'a fait\nobserver que pour la somme que tu indiques (180 fr. je crois) on ne\npouvait avoir un quadruple quatuor des trois symphonies. On n'enverra\nen conséquence que ce que la somme représente.\nQuant à mes parties de chœur allemandes elles sont bien à ton\nservice, mais en si petit nombre et si pleines de Mots ridicules qu'elles te\nseront d'un faible secours.\nGathy est en ce moment occupé à rendre supportable l'affreuse\ntraduction allemande qui m'a coûté si cher et dont il faut tirer pied ou\naile. Il fait ses changements sur la partition de chant, il faudra ensuite les"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.42", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2142, "texte": "reporter sur les parties de chant séparées. Je crois, vu le nombre considé-\nrable de Choristes que tu as 1 intention d'employer pour Romeo, qu'on sera\nobligé de faire autographier les parties des deux (Les Mon-\ntagus et les Capulets) ; c'est quatre fois meilleur marché que la copie.\nQuand au chœur du prologue et aux Soli je te les enverrai avec la\npartition du chant ; mais il y aura un travail fort minutieux à faire pour\ncorriger les paroles.\nLes parties des grands chœurs, qui m'ont servi à Prague ont été\nsemées un peu partout et on m'en a tant perdu à Pétersbourg qu'il\nm en reste a peine une trentaine.\nJ'ai vu Joachim ces jours ci, je l'ai questionné sur l'opéra de De\nVerque dont tu m as dit seulement le Je tâcherai de trouver quelques\nmots agréables pour 1 auteur du Conseiller joyeux, et je les placerai dans\nmon prochain feuilleton. Celui de Mardi dernier était trop long ; la place\nm'a manqué.\nJe te remercie de ton apostrophe aux Brunswickois ; néanmoins les\nOratoires auront toujours de nombreux partisans parmi les organisateurs\nde Festivals.\nLes œuvres pieux ont pour les soutenir tous les ambitieux qui\naspirent aux places réservées dans le ciel et tous les disciples de ces aspi-\nrants. Et puis le genre ennuyeux !... c'est le genre respectable et admirable\nentre tous.\nJe ne sais si tu comptes faire exécuter Romeo et Juliette avant mon\narrivée à Weimar ou seulement le faire étudier.\nEn tout cas c'est une rude entreprise.\nDis moi dans la prochaine lettre si mon plan te parait exécutable\npour le voyage que nous projetons. Voici comment il deviendra possible\npour moi :\nJe devrai partir le 10 ou le 12 Novembre, cette date est combinée\navec les époques où je dois être présent au Conservatoire et signer les états\ndu caissier. De cette façon je ne serai pas obligé de demander un congé,\n(ce que je veux éviter). Je devrai être de retour (pour la même cause)\nle 25 au plus tard.\nJ'aurais donc une semaine à rester à Weimar pendant laquelle je\npourrai entendre une répétition et une représentation de\ndirigées par toi et monter et donner un concert que je dirigerai et\ndans lequel on entendrait Romeo et Jul"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.43", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 1926, "texte": "A présent, quels seront les frais de ce concert ? Je l'ignore complète-\nment. Quel peut en être le produit, je ne le sais pas davantage. Je suis sur\nseulement que mon voyage me coûtera au moins 700 fr. tout compris.\nCrois-tu que je puisse par le concert rentrer dans cette somme ?\nJe suis obligé de compter avec cette rigueur. Crois-tu aussi qu'en\narrivant je pourrai trouver des chanteurs et un chœur assez au courant de\nRemeo pour que cet ouvrage puisse marcher en trois répétitions ? Ceci\nest encore important et peut-être difficile à savoir dès à présent.\nAdieu réponds à mes prosaïques questions dès que tu le pourras.\nNous avons en outre beaucoup à causer de choses qu'il serait trop long\nd'écrire.\nAdieu mille amitiés\nH. BERLIOZ.\n(14 Septembre 1852. Le fut exécuté,\nà Saint-Eustache, le 22 Octobre 1852).\nCher ami,\nJe me disposais à t'écrire un peu longuement et voilà un feuilleton ! ! ! !\nqui me tombe sur la tête et m'oblige à ne t'adresser que quelques lignes.\nJ'ai reçu ta lettre et je réponds à ta proposition de faire entendre à la fois\nFaust et Romeo, que c'est triplement impossible. Le concert alors durerait\ncinq heures, ce serait assommant, et il nous faudrait trois semaines pour\nmonter tout cela.\nMon avis, puisque tu ne peux pas avoir le grand chœur pour\nRomeo, serait de ne donner que les 4 premières parties de cet ouvrage et\nles deux premiers actes de Faust. Tout cela peut être exécuté convena-\nblement par un chœur d'une cinquantaine de voix, si elles sont bien\nexercées et sûres de leur partie. Le Serment final de veut absolu-\nment une masse considérable.\nJ'ai prévenu Brandus pour ton échange de parties.\nJe t'envoie aujourd'hui :\ni° La partition du chant de Rome Mr. Gathy a revu et corrigé\navec grand soin le texte allemand.\n2° Les parties de chant qui me sont restées après la campagne de\nRussie, et sur lesquelles je te recommande de faire faire toutes les cor-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.44", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1393, "texte": "rections de paroles, nécessitées par les changemens, que Gathy a faits dans\nla partition. Je n'ai pas les rôles du Contralto Solo ni celui du Ténor Solo.\nIl faudra les faire copier.\nIl y a dans le paquet :\n14 parties 2me Chœur Montaig\n18 parties ir chœur Capulets\n10 parties 3me chœur Prologue.\n30 Je joins à cet envoi un exemplaire des trois partitions que j'ai\npubliées en dernier lieu et que je te destinais :\nTristia\nLe Corsaire\nLa fuite en Egypte\nen compagnie des partitions de\nLa Captive et de\nSara la Baigneuse\ndeux filles qui ont grandi depuis que tu les as connues.\nAdieu ; je me fais une fête de mon excursion à Weimar et de te\nrevoir et de renouer connaissance avec ta chapelle. En attendant je vais\nemployer le mois de Septembre à monter en grand l'exécution de mon\nRequiem à St. Eustache. Taylor vient de m'avertir que le comité de\nl'Association des Musiciens l'avait (le Requiem, pardon !) choisi pour la\ncérémonie funèbre du Baron de Trémont, un brave petit vieillard que tu\nas connu et qui a légué une rente aux cinq associations d'artistes.\nFarewell once more\nH. BERLIOZ.\nP. S. Gathy se rappelle à ton souvenir.\nParis 14.\n(30 avril 1854, Dresde.)\nCher ami,\nJe t'écris six lignes, seulement pour te prévenir que je partirai d'ici\nmercredi prochain seulement. Mr. De Lûttichau veut répéter demain\nLundi le concert d'hier qui a été splendide, avec grand monde, grand"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.45", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 1783, "texte": "enthousiasme et magnifique exécution. Il eut peut-être mieux valu rester\nsur ce bouquet, mais j'ai consenti et je reste en conséquence deux jours\nde plus.\nJe serai donc à Weimar Mercredi soir.\nAdieu, ces quatre concerts de Dresde, auront, j'espère, de bons\nrésultats.\nMille amitiés\nTout à toi\nH. BERLIOZ.\nDimanche, 30 Avril.\nBruxelles, 14 mars (1855).\nHôtel de Saxe.\nMon cher Liszt,\nJe t'écris à la hate quelques lignes pour t'informer du résultat du\nvoyage de Gotha, ainsi que tu me l'avais demandé. Le Duc était malade,\nmais la Duchesse m'a fait le meilleur accueil, j'ai dîné à la cour le\nlendemain de mon arrivée, et l'intendant m'a fait promettre formellement\nde revenir l'an prochain et en premier lieu à Gotha. Tout est donc bien\nraccommodé.\nLes commissions de la Princesse J'ai eu quelque peine à\nobtenir les livrets de nos associations d'artistes, Taylor ne me répondant\npas, selon l'usage Parisien. J'ai du aller les chercher et les prendre moi-\nmême dans sa chambre en son absence. J'ai terminé avant hier avec\nRichaut pour l'Edition Française de et le «5\ndrame. Il me donne 1500 fr. du tout. Je sais maintenant que je pourrai\naffecter de quinze à dix huit cents francs par an à mon Edition allemande.\nEn tout cas je commencerai par les partitions non publiées et rien ne\nm'obligerait à continuer ensuite si je ne pouvais plus aller.\nMon avis serait de commencer par la grande partition de\nque je voudrais pouvoir placer sous le patronage de Mme la Grande\nDuchesse Douairière de Weimar, en la lui dédiant, puisque c'est feu le\nGrand Duc (ou peut-être elle-même) qui t'a donné le moyen de galvaniser\nce pauvre opéra... Mais si tu vas à Leipzig, veuilles t'informer chez\nHoffmeister des arrangemens qu'il y aurait ultérieurement à prendre avec"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.46", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2017, "texte": "lui au sujet des trois ou quatre partitions dont Richaut lui a cédé la\npropriété en Allemagne, quoique lui, Hoffmeister, ne les ait pas publiées.\nIl serait peut être mieux de prendre Hoffmeister pour dépositaire de ma\npublication et de lui donner un intérêt de la vente, si vente il y a.\nDemande aussi, ce que coûteront la gravure et l'étain de chaque\ngrande planche,(comme celle du Requiem)plus grande d'un pouce et demi\nen hauteur et en largeur que celles de l'Edition des œuvres de Bach que\ntu m'as montrée. C'est le format que je veux adopter pour toute ma\ncollection. Il y aura je crois économie, à cause de la grande quantité de\nlignes et de mesures que ces planches peuvent contenir.\nAdieu, je te quitte pour aller répéter au théâtre. J'ai trouvé ici les\nchœurs bien instruits, j'espère que tout marchera bien. Je n'ai pas encore\nfait de visites, mais je commencerai demain. J'ai voulu demander ton\nconcerto pour mon concert du 7 avril à l'Opéra-Comique, mais informa-\ntions prises, il se trouve que Fumagalli à qui je le destinais est si faible\nmusicien qu'il lui faudrait deux mois donc renoncé à\ncette idée qui me souriait fort, dans la crainte de faire incomplètement\nexécuter ton magnifique ouvrage, si vigoureux, si neuf, si brillant, si frais\net si brûlant.\nAdieu, je te serre la main\nTon dévoué\nH. BERLIOZ.\nMa femme se rappelle à ton souvenir et à celui de la Princesse qui\nl'a comblée de bontés.\n16 Mars (1855).\nMon cher Liszt,\nTu m'as offert si souvent de me venir en aide pour mes concerts\nque j'accepte cette fois. On m'annonce ton arrivée pour le 22 de ce mois\net pour le 6 avril prochain, jour de clôture des Théâtres Royaux, j'ai\nloué le théâtre de l'Opéra-Comique pour y donner une splendide soirée\navec 180 musiciens. Si tu peux sans contrarier tes projets y jouer au\nmoins une fois tu assureras le succès de ma tentative. Je compte avoir\ndeux chanteurs Italiens, Laloi et la Brambilla et d'autres encore ; Alard\njouera le Concerto de violon de Beethoven, le reste du programme me"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.47", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 1975, "texte": "regarde. Réponds-moi aussitôt que ma lettre t'aura été remise ; je n'ai\nencore affiché que le jour et le lieu du concert et je suis impatient de\npouvoir publier le programme. Les prix sont doublés.\nMille amitiés,\nHECTOR BERLIOZ.\n(23 Mars 1855, Bruxelles. Lettre\nécrite après le premier concert et avant\nle second, c'est-à-dire entre le 22 et le\n24 Mars 1855. Or Berlioz dit :\n\" l'exécution d'hier \". Hier, 22 ; la\nlettre est du 23).\nMon très cher Liszt,\nJe ne t'écris que quelques lignes à la hâte entre mon second et\ntroisième concert. On me fait ici un succès monstre et je gagne peu\nd'argent, comme toujours. On dit que le carême en est cause, les Dévotes\nde Bruxelles n'allant pas au théâtre en cette saison. Un autre fois il fera\ntrop beau temps ou trop mauvais temps, ou il y aura trop de bals, ou etc.\nFétis est très bienveillant, mais il dit ne rien comprendre à tout cela. Les\nenthousiasmes, dont il est témoin, lui font croire que tous les\ndu Conservatoire sont devenus fous. L'exécution d'hier a été assez bonne,\nmais la première était affreuse. Ces animaux de chanteurs, qui ne savent\nA ni B en musique (à deux exceptions près), ne savaient pas leurs rôles et\nchantaient à tort et à travers. Puis la peur leur faisait perdre toute pré-\nsence d'esprit ; il y a même eu un moment où j'ai cru que le Père de\nfamille allait chanter la Marseillaise, pour ne pas rester court. Le chœur\nseul à bien marché, grâce à mon métronome électrique dont le secours\nest inappréciable pour diriger les chœurs invisibles. L'orchestre a une\npassion pour les temps forts de la mesure ; il est de plus goutteux, et\npour le faire courir il faut lui brûler le gras des jambes avec un fer\nrouge.\nJe te remercie encore une fois de vouloir bien être mon Firmin\nDidot ; nous irons doucement et prudemment. Je ne sais si je t'ai appris\nque Richaut gravait à la fois Y Enfance et le Monodrame. Je t'enverrai\ncela aussitôt que les premiers exemplaires paraîtront."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.48", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1994, "texte": "J'ai beaucoup parlé de toi dernièrement avec une dame fort enthou-\nsiaste, à sa manière, des grandes choses de l'art. \" O Liszt ! me disait-elle,\nj'aime tant Liszt, que vraiment, entre un bon opéra Italien et une soirée\nmusicale de Liszt, je crois, que je n'hésiterais pas, je me déciderais pour\nLiszt !\" Ceci me rappelle une farce Parisienne dans la quelle Bouffé\njouait le rôle d'un Bossu condamné à mort, à qui l'on devait accorder\ntout ce qu'il demanderait avant son exécution. \" Qu'on me donne un\nMelon, \" disait le petit bossu, mais il n'y a pas de Melon en hiver\n\" Il n'y a pas de Melon ? Eh bien, alors qu'on amène Walter Scott\noui, tout bien considéré, j'aime mieux Walter Scott ! \"\nMille amitiés à mes excellents amis Raff, Cornélius, Pohl. Je n'ai\npas eu le temps à mon passage à Paris, où du reste j'ai ete fort malade,\nde m'occuper de diverses choses que je dois t'envoyer ; je vais, a mon\nretour, réparer le temps perdu. Il faudra donc renoncer a te voir a Paris\ncette année... J'avais déjà annoncé ta venue à tout le monde. \" Comment\nt'appelles tu ? dit le peuple de Rome à un malheureux qu'il venait de\nsaisir après le meurtre de César. Je m'appelle Cinna ! Cinna ! un\ndes assasins du grand César ! aux égouts, qu'on le mette au pièces !\nArrêtez ! Grâce ! je ne suis pas celui que vous croyez, je suis Cinna,\nCinna le Poëte ! Ah, tu est Cinna le Poëte ! tant mieux, à mort\nCinna le Poëte ! tuons-le pour ses mauvais vers ! (Shakespeare.)\nJe ne sais à quel propos ceci me revient.\nNe m'oublie pas, je te prie, auprès de l'Homonyme du Grand Fan-\ntastique, Mr. Hoffman.\nAdieu, je reste aux pieds de la princesse, et, en la qualité de\nProspéro, je te prie de faire agréer mes respectueux hommages à la\njeune belle Miranda.\nH. BERLIOZ.\n(Seconde moitié de décembre 1859.\nLiszt perdit son fils Daniel le\ndécembre 1859).\nCher ami,\nUn cruel malheur vient te frapper : tu ne doutes pas de la part que\nje prends à ta peine. Tu étais préparé des longtemps, je crois, a la peite"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.49", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2144, "texte": "de ce pauvre enfant et je sais qu'il s'est éteint sans souffrances ; mais le\nsort, jusqu'ici, t'avait épargné ; les déchiremens de cœur de cette espèce\nt'étaient encore inconnnus. Tu étais bien jeune quand tu perdais ton père ;\net, depuis lors, tu n'as vu tomber ni frère, ni sœur, ni enfant, ni aucun\nêtre chéri, et c'est l'inexpérience de la douleur que je redoute pour toi.\nJe voudrais apprendre que tu as tes filles à Weimar. Elles sont l'une\net l'autre si bien douées sous tous les rapports. Je ne les connais guère\nque depuis un an. J'ai passé la soirée, il y a quelques semaines, avec\nl'ainée et son mari chez Wagner. Mme Olivier parle toujours de son\npère avec une admiration tendre qui charme ceux qui en entendent les\nexpressions. J'ai moins souvent vu sa sœur, je la crois néanmoins une\npersonne d'une rare distinction et son culte pour toi se décèle dans\nchacune de ses paroles.\nAdieu, cher ami, il te reste de nombreuses affections ; laisse moi\nt'embrasser en te renouvelant l'assurance de la mienne.\nH. BERLIOZ.\nParis, 29 Juillet 1863.\nCher ami,\nJe reçois à l'instant vos deux lettres de Rome ; cela devait être,\naujourd'hui il fait pour la première fois depuis plusieurs mois, un temps\nTaïtien, et pour la première fois aussi, depuis un an peut-être, je ne suis\npas torturé par mes douleurs matinales qui commencent à 8 h. et ne\nfinissent qu'à 2 ou 3 h. de l'après midi.\nHier nous avons fait une très bonne répétition ; j'ai donc l'esprit un\npeu plus libre que de coutume pour te répondre. Je te remercie d'abord\nd'avoir chargé Pohl de réparer la négligence incroyable de ton éditeur.\nDonc je recevrai Faust à Bade dans quelques jours. Je ne pars que\nle 28. Je serai très heureux de faire la connaissance de M. Delâtre et de\ncauser de toi avec lui.\nTu me souhaites des chanteurs intelligents, ceux dont je dispose le\nsont en général, et j'aurais tort de me plaindre. Mme Charton-Demeur est\nà coup sûr la meilleure cantatrice que nous ayons en ce moment en\nFrance. Elle a obtenu cet hiver un très beau succès dans la Desdemona\nau Théâtre-Italien. On annonçait qu'elle allait être engagée à l'Opéra ;"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.50", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1959, "texte": "puis il n'en plus été question, faute d dit-on. Elle va partir pour la\nHavane où l'appelle un de ces engagemens fous comme on en fait\nmaintenant (85,000 pour 4 mois) ; et j'ai été trop heureux de la prendre\nau vol pour les 15 jours de Bade. C'est la Béatrice ; elle est, dans ce rôle\nsi difficile, charmante de tout point. Mlle Monrose (Hero) est dépourvue\nde tout instinct musical, mais enfin elle a appris son rôle et sa voix fraiche\net naturelle le fera bien valoir. Il y encore une troisième jeune femme...\nsuffisante.\nLes quatre hommes chantent comme tout le monde. En somme mes\ninterprètes ne m'ont pas tourmenté, n'ajoutent rien, ne retranchent rien\nà ma musique, et montrent beaucoup de zèle et d'ardeur. On m'écrit de\nBade que les chœurs (ceux du th. de Strasbourg) sont très bien sus.\nJe vais t'envoyer la partition de piano des A celle, là il n'y\na pas d'ouverture. La raison qui m'a empêché d'en écrire une est une\nraison d'instrumentateur. Pendant toutes les scènes populacières du com-\nmencement, le canaille Troyenne est accompagnée seulement par les\ninstrumens à vent (bois) ; les archets restent inactifs et ne font leur\nentrée qu'au moment ou Cassandre prend la parole. C'est un effet spécial,\nqui eut été détruit par l'ouverture ; car je n'eusse pas pu me passer des\ninstruments à cordes. Et puis il y a tant de musique là dedans ! On ne\nfait toujours rien à l'Opéra ; or remonte d'Auber ; mais\naucune nouvauté ne se prépare. Le ministre se borne à me donner de\ncordiales poignées de main quand il me rencontre.\nTu me parles de remonter Béatrice à Paris; je crois que Perrin ne\ndemande pas mieux, seulement il n'a point de et personne\ndans son théâtre ne pourrait chanter ni jouer Béatrice. Il a le et\nle Maître de Chapelle grotesque(Montaubry et Puilleux) mais c'est tout.\nOn ne se figure pas un pareil monde lyrique.\nAdieu, voilà mes douleurs qui me reprennent. Je ne répondrai à la\nPrincesse que ce soir.\nA toi\n\nH. Berlioz."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-11-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-11-15_01#c019", "volume": "bmtnabh_1911-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 51, "image_fin": 65, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.2.9", "titre_corps": "LA JEUNE ÉCOLE HONGROISE", "titre_sommaire": "LA JEUNE ÉCOLE HONGROISE", "signature_source": "Sándor Kovács", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.51", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1305, "texte": "LA JEUNE ÉCOLE HONGROISE\n\nIl n'est pas de tâche plus ingrate pour un critique, que de discourir\nde l'art de son pays. Pouvons-nous savoir si notre propre langue sonne\nbien ou mal ? Pouvons dire si notre mère est belle ou laide ? Et pouvons\nnous juger notre musique ? Il existe en Hongrie depuis quelques années\nun véritable mouvement de renaissance musicale. Ses ennemis même\nprouvent son existence. Mais il est jeune encore. Le fruit est encore\nvert ! A peine revenus de l'extase provoquée par la publication des poésie\nd'Ady, voici que nous assistons au spectacle nouveau d'un\nhongrois, qui se fait connaître jusqu'à Paris1 et qui ne tend à rien moins,\navec Bartok et Kodaly, qu'à une transformation radicale du goût ! Com-\nment saisir ces forces qui évoluent tous les jours ! Comment tracer une\nimage fidèle de cette ardeur juvénile, qui met sa gloire à ne rien produire\nde définitif et de stable, mais à se manifester sous forme de recherches,\nd'expériences et d'agressivité ?\nToute culture neuve, et qui veut s'établir se trouve engagée dans un\nsingulier conflit, qui la mène à l'électisme. Pour avoir le droit de vivre\n\n1 On se souvient en effet des Concerts de jeune musique hongroise qui furent donnés en 1909 à Y Hôtel\ndes Modes, et qui eurent l'allure d'une petite manifestation révolutionnaire."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.52", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2520, "texte": "et de s'affirmer, il lui faut s'élever à la hauteur de tout ce qui l'entoure,\nse mettre à toutes les écoles. Et d'autre part, elle ne peut subir ces in-\nfluences qu'en compromettant son originalité, et altérant le caractère\nproprement national de son génie. La Hongrie n'a pas échappé à ces\ndangers. Particulièrement en musique, on l'a vue incapable de nous\ndonner, parmi tant d'artistes de talent, un musicien hongrois. Tantôt, et\npar exemple avec Szabados, elle s'est rapprochée sans hésitation des styles\nétrangers, tantôt elle s'est contentée de mettre en œuvre des motifs popu-\nlaires. Les opéras de Erkel, les rapsodies de Liszt sont et resteront le type\nde ces accomodations, que d'ailleurs des Allemands, comme Schubert ou\nBrahms, ont portées à leur perfection.\nCombattre cet éclectisme, en refoulant tout élément étranger, en\ndéveloppant le sentiment hongrois dans la musique, et, d'autre part,\nchercher les procédés modernes, la technique neuve qui permette d'ex-\nprimer l'âme nationale, tel est le programme de la nouvelle école hongroise.\nIl n'a rien en soi de bien révolutionnaire, comme on le voit.\nMais le goût et l'expérience ne viennent pas seuls ; il faut les acqué-\nrir. Deux hommes peuvent être considérés comme ayant, par leur apostolat\ndidactique, fondé la nouvelle école. Ce furent Hans Koessler et Odon\nde Mihalovich.\nCompositeur de moyenne importance, Koessler pendant vingt ans\nd'activité à l'Académie Royale, 1 qui est le Conservatoire de Budapest, se\nmontra un maître incomparable. Né vers 1855 en un petit village de\nBavière, il reçut des leçons de son père, maître d'école et organiste. La\nfamille était nombreuse et peu fortunée ; le petit Koessler eut une enfance\nardue. Il joua d'abord du violon et de l'orgue, puis alla suivre les cours à\nMunich, où il eut pour maître le renommé Wiillner, et l'intransigeant\nRheinberger. Puis il fut à Leipzig, Liedermeister de la célèbre\ntafel ; puis enfin un an à Cologne, en qualité de chef d'Orchestre du\nThéâtre Municipal. C'est alors, en 1882 que M. Mihalovich l'appela à\nBudapest. Il y enseigna d'abord l'orgue et le chant choral, puis succéda à\nRobert Volkman comme professeur de composition. Il a occupé ce poste\njusqu'en ces dernières années, où il s'est retiré, déclarant sa mission ter-\nminée. Il s'était fait de la Hongrie une seconde partie. Car notre pays\npossède comme le remarquait un jour M. William Ritter, mais en\nd'autres termes le don d'acclimater les étrangers, et de les assimiler.\n\n1 Orszàgos Kiràlyi Zeneakademia."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.53", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2, "texte": "4-"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.53", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2724, "texte": "Koessler s'était donné pour tâche de faire pénétrer dans ce pays, auquel il\nétait si profondément attaché, l'instruction musicale. Pendant près de\nvingt-cinq ans il a manié et remanié la foule des jeunes élèves, qui lui\npassait par les mains, et il a lentement formé une mentalité nouvelle. Il\nsemblait né pour enseigner. \" Son influence, m'écrit un de ses plus bril-\nlants élèves, s'imposa aussi bien dans sa classe de chant que dans celle de\ncomposition. C'est lui qui introduisit chez nous le chant a capella. Et\navant lui il n'y avait peut-être pas en Hongrie de musicien sachant ce\nque c'était qu'une fugue ou un parallélisme de quintes ! Toute sa personne\navait quelque chose de suggestif, qui en imposait dès l'abord. Quand on\nvoyait cette longue barbe, cette tête extraordinaire, on avait de suite l'idée\nde se trouver en face d'un grand musicien. Et il savait merveilleusement\ntirer parti de cette autorité naturelle. Il avait aussi l'art de dire les choses\nau moment précis où elles devaient être dites. Ses paroles avaient le mérite\nde Fa tempo, et, tombant au moment voulu, elles apparaissaient à l'élève\ncomme une révélation. Bien souvent aussi, il obtenait ce qu'il voulait en\nne disant rien du tout. Il frappait sur l'épaule de l'élève, qui lui jouait\nune composition, et il se contentait de dire: \" Mais oui... enfin, vous savez.\"\nEt 1' on croyait savoir, bien qu'on n'eut absolument rien compris. Il est pos-\nsible d'ailleurs que son manque de connaissance du hongrois ait été pour\nquelque chose dans ses manières. Enfin il aimait l'ironie, le mot qui perce,\net la critique sans ménagement. Sa culture était extrême, sa science pro-\nfonde, sa franchise quelquefois un peu rude.\"\nOdôn de Mihalovich, que nous considérons comme notre grand\ncompositeur depuis Liszt,compléta, par l'exemple pratique, l'enseignement\nidéal de Koessler. Né en 1842, en maintenant directeur du conservatoire\nde Budapest, il fut élève du fameux Moritz Hauptmann, le grand péda-\ngogue de Leipzig. Il débuta par un opéra à Dresde en 1880. Il était à ce\nmoment fougeux partisan de Liszt et de Wagner et de leur romantisme.\nIl fit pénétrer leurs œuvres et leur influence en Hongrie, et les rendit\npopulaires chez nous peut-être avant même qu'ils n'aient triomphé en\nAllemagne. De quelque manière qu'on veuille considérer le wagnérisme,\non ne peut nier qu'il constitue une crise par laquelle toute notre musique\noccidentale adû passer dans la seconde moitié du XIXe siècle, Mais il faut\nreconnaître aussi que, en tant que crise, il a aujourd'hui fait son temps, et\nMihalovich, jadis wagnérien, plus que personne, est en ce moment, un\nexemple frappant de cette évolution. Les œuvres de sa première période"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.54", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2420, "texte": "le montrent encore sous l'influence du \" Géant Mais sa \" Nixe \"le\nplace déjà sur la voie de l'indépendance ; et il arrive à la complète origi-\nnalité avec sa symphonie en ut dtè'ze mineuson œuvre maîtresse. Là, Miha-\nlovich se détourne de la musique à programme de Liszt, pour revenir,\navec toute la technique moderne, vers la forme de la symphonie classique.\nUn certain goût du fantastique, un coloris hardi, une harmonie prenante,\ndonnent à la musique pure, telle que la comprend et la traite cet homme\nnouveau, une vie brillante et des formes imposantes. C'est en somme le\nmême effort d'agrandissement sentimental que nous trouvons chez Brahms\nchez Bruckner et chez Franck. Jamais encore la Hongrie n'avait hasardé\nune œuvre de si amples dimensions, œuvre de gravité et d'application,\nqui se réclame des plus hautes tendances de l'art. Nous avions donc atteint\nce minimum, au dessous duquel se place le dilettantisme ; nous pouvions\ndésormais considérer que nous aussi, nous avions rattrapé le temps perdu\net la bonne moyenne du niveau musical de l'Europe contemporaine.\n*\n* *\nMihalovich est donc pour la Hongrie un classique, avant tout, et\nson effort aura donné ce résultat d'élever notre art dans ces hautes régions,\noù les pays voisins sont depuis longtemps parvenus. Les héritiers directs\nde cet esprit furent Léo Weiner et Erno de Dohnanyi. Ils en ont\ndéveloppé tous les germes.\nLa formation musicale de Weiner1 est tout particulièrement intéres-\nsante. Pendant trois mois ce musicien, qui mérite d'être appelé autodi-\ndacte, prit des leçons de piano, puis, il fut entièrement livré à lui-même.\nQuelques opérettes anglaises, et le répertoire du Café Concert, parfois le\ndéchiffrage de Sylvia de Delibes, ou des Variations à quatre mains de\nSchumann, voilà ses premiers maîtres. Est-ce à ce caprice du sort qu'il\ndut une soif ardente de musique, et, en même temps, une incroyable\nsûreté d'oreille, une habileté étonnante à réaliser par des notes tout ce\nqu'il entendait, sans jamais se tromper sur l'effet à produire ? Toujours\nest-il que tout enfant encore, il montrait de surprenantes dispositions à\nmanier l'harmonie et le contrepoint, lui, qui ignorait ce qu'étaient ces\nprocédés. Lorsqu'il présenta à Koessler ses premières compositions, il\n\n1 Né à Budapest en 1885, suivit les classes de l'Académie de 1901 à 1905, et s'y trouve actuellement,\ndepuis 1908, en quantité de professeur d'harmonie."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.55", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2541, "texte": "était déjà en possesion d'une technique toute particulière, qui se retrouve\nà travers tous ses devoirs d'élève.\nLa première œuvre d'orchestre avec laquelle Weiner affronta le\npublic, le Scherzo, et ensuite la Sérénadequi a fait son chemin à l'étranger,\navaient déjà du style.Les idées précieusement ciselées s'enchaînent avec\ncaprice, l'instrumentation brille d'un feu particulier, d'un chatoiement\ninaccoutumé. Il semble que Weiner soit épris de cet esprit latin qui\ncherche son plaisir dans la sonorité, dans le son ou dans l'accord pris en\nlui-meme, isole et piesente dans toute sa purete, dans sa transparence\ncristaline. S'il est vrai que \" tout art a les pieds légers \" (Nietsche), celui-ci\nest de l'art véritable.\nEt pourtant cette virtuosité de la forme cachait quelque chose\nd'inquiétant. On se demandait si cette habile jonglerie pourrait se perpé-\ntuer longtemps ?Le quatuor a cordes en mi bémol majeur répondit à ces\nanxiétés, en apportant ce que nous attendions : l'âme et ses luttes, l'âme\naux prises avec les problèmes modernes. De brusques explosions de sauva-\ngerie, des duretés folles et voulues, de suaves abandons, une jeunesse qui\ns'étale sans vergogne, tout cela menace ici la pureté du précédent for-\nmalisme. Que voulait dire cette œuvre de Catastrophe\nou révolution ?\nC était un pas en avant. On sen aperçut avec le\nde 1910, qui nous permet de saisir enfin la physionomie définitive de ce\ngrand artiste. La nouveauté ici ce n'est pas cette finesse qui s'ingénie à\npoursuivre les harmoniques jusqu'au point où les physiciens ont besoin de\nleurs instruments pour les atteindre, c'est l'abandon du principe de la\nsonorité pour la sonorité, et le retour à ce qu'on pourrait appeler l'archi-\ntecture musicale. Weiner est un architecte du premier ordre.\nSi quelqu un voulait appliquer a la musique la doctrine de Spencer,\nsuivant laquelle les organismes se développent en se différenciant de plus\nen plus, tandisque leurs éléments s'unissent d'une manière de plus en plus\nintime, il pourrait considérer la musique de Weiner comme une consé-\nquence extrême de ce principe. Weiner ne procède pas par développe-\nment à la manière des classiques, ou des modernes comme Brahms ou\nCésar Franck, mais par exaspération. L'opposition des thèmes atteint\nchez lui son maximum. Comme des ennemis ses thèmes s'attaquent, et\n\n1 Op. 3 (1908), chez Lauterbach et Kuhn, à Leipzig. Là ont aussi paru le quatuor (op. 4, 1909) et\nl'Humoresque (op. 5, 1909). Le trio (op. 6) est publié chez Bote et Bock, à Berlin."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.56", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2531, "texte": "leur conflit tragique serait bref, si l'auteur ne le tempérait et ne le pro-\nlongeait par l'équilibre des transitions. L'attention ou plutôt la tension de\nl'auditeur est ainsi maintenue, et l'œuvre est entraînée violemment vers\nson but. Ces transitions constituent le meilleur de la manière de Weiner.\nOn sent qu'elles sont sa joie, et l'on songe à Scarlatti, en voyant combien\nhabilement sont cachées ces incises des idées accessoires. Comme de\nlégers brouillards, les thèmes secondaires se dégagent et s'élèvent des idées\nprincipales, pour retomber ensuite, en se condensant. Weiner a un goût\nparticulier pour l'harmonie, cet art de présenter chaque modulation\ncomme un surprise, tout en respectant la logique et la progression du\nmouvement général. Oui, il pourrait même sembler que le rôle des transi-\ntions s'opère ici au dépens des idées principales. La vérité est que Weiner\nest bien trop constructeur, pour perdre de vue un seul instant les grandes\nlignes de son édifice, mais qu'il ne tient pas aux jolies idées. Il n'y a que\nles dilettantes pour avoir de jolis thèmes, car un joli thème est un tout,\nen soi complet, et qui ne réclame plus aucun épanouissement. Voyez les\nmaîtres ; ils ont des moments brillants, des heures d'éclat. L'ensemble en\nprofite et, chez l'artiste, c'est l'ensemble qu'il faut voir ; c'est lui qui\ndonne au détail sa valeur.\nOn comparerait volontiers l'individualité de Weiner à celle de Paul\nDupin. L'étrangeté de leur formation les rapproche, et aussi la sensibilité\nde leur sens auditif, leur goût de la forme, car Dupin est un formaliste\nmalgré le choix de ses titres, et la prédilection pour la musique de chambre\net enfin un certain don du primitif qui vient peut-être des moyens bornés\nque cette forme d'art met à leur disposition. Mais Dupin est de nature\nplus intime et plus chaleureuse. On ne saurait dire que la musique de\nWeiner soit immédiate. Et ce n'est pas un reproche ; c'est la conséquence\nde son tempérament classique. Sa musique se présente avec toutes les\nmarques de l'aristocratie ; parfaite correction, air détaché, jamais\nd'impair. Elle éveille l'idée de certains paysages de Baudelaire, où tout\nest métallique et marbré. La verdure et la végétation en est bannie ; le\nsoleil et les étoiles ne brillent pas dans ce ciel froid ; et pourtant tout\nscintille ; une lumière phosphorescente fait luire les colonnes et les tours\nd'un vaste palais qui se réflète dans le miroir d'une eau d'acier. Tout est\nhardiesse et volonté dans ces constructions étonnantes.\n*\n* *"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.57", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2591, "texte": "Ce serait user d'une métaphore audacieuse que de dire : les musi-\nciens hongrois chantent ! Aussi singulier que cela puisse paraître à des\nFrançais, il faut avouer que tous les compositeurs, dont nous nous occu-\npons en ce moment ont grandi sans composer le moindre lied. Peut-être\nla cause en est-elle aux voix hongroises, généralement mauvaises, ou aux\nprincipes rigoristes de l'enseignement de Koessler, dont toute cette géné-\nration est imprégnée. En tout cas cette répulsion pour la littérature en\nmusique, cette prédilection pour l'art pur, sont les caractéristiques des\nnouvelles tendances de notre musique. Nous les retrouvons aussi chez\nErno de Dohnânyi.\nComme Weiner, Dohnânyi 1 fut un jeune prodige, et son premier\nouvrage, par lequel il concourut pour entrer, encore enfant, au conserva-\ntoire, fut un quintette avec piano, qui présente les qualités de la jeunesse\nsans en avoir tous les défauts. On y remarque déjà l'élan, la vigueur et le\nsens de la sonorité brillante, qui vont être les qualités de ce musicien. La\nmusique de chambre fut d'abord le domaine de Dohnânyi. Ses deux\nquatuors et surtout celui en ré bémol si moderne, et encore son\ntrio-sérénade plein de caprice et de coquetterie, marquent le point cul-\nminant dans sa production. En suivant cette voie, Dohnânyi devait,\ncomme Weiner, se trouver en contact avec les classiques, mais au lieu\nde se laisser attirer par Beethoven, il se dirigea vers Brahms. Il lui\nprit ce goût du développement des formes, et composa quatre\nbien connues des pianistes. Il s'appliqua, sous la même influence, à\nstyliser le dessin de sa mélodie, contrairement à Weiner, qui en laisse\ntoujours le contour un peu fruste parce que chez lui l'état harmonique\nest l'état essentiel. Par contre, si les idées de Dohnânyi partagent une\nbelle émotion elles manquent souvent de concision ; la construction\nest un peu incertaine, et c'est le seul reproche que je ferais à sa gran-\ndiose symphonie en ré mineur.Le pathétique véhément, la force virile,\nl'emballement juvénile, telles sont les qualités qui distinguent la musique\nde Dohnânyi. Et, tandis que Weiner débute généralement d'une manière\nmodeste qui lui permet ensuite une étonnante progression, Dohnânyi\nexplose dès ses premières mesures, et soutient cependant sans faiblir ce\npremier effort.\nTirons ici un trait. Nous allons entrer dans une région nouvelle.\n\n1 Né à Pozsony en 1877; fit ses études à Budapest à l'Académie de 1894 à 1897 ; voyagea, puis\nhabita Vienne jusqu'en 1905. Il est, depuis cette époque, professeur de piano a la Hochschule de Berlin."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.58", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2609, "texte": "Les compositeurs que nous venons de voir méritent tous, à des titres\ndifférents, le nom de classiques. Voyons maintenant les Hongrois.\nA vrai dire il se dégage de l'œuvre de Weiner ou de Dohnânyi un\nparfum de Hongrie, persitant, et difficile à analyser. C'est l'âme de notre\npays qui vivifie et inspire ces œuvres, c'est notre tempérament qui les a\nconçues, c'est notre atmosphère musicale qu'elles ont respirées. D'autre\npart les musiciens que nous allons voir n'ont pas été à d'autre école que\nWeiner ou Dohnânyi ; il sont partis du même point. Mais le but vers\nlequel ils marchent, et le chemin qu'ils ont pris pour y arriver les séparent\nde leurs condisciples et les différencient. Ils ont un programme hongrois,\nils tiennent a s'y conformer avec intransigeance. Ils veulent créer en dépit\nde toutes les difficultés, un style national.\nMais qu'est-ce au juste que le nationalisme quand il s'agit de la\nmusique hongroise ? En Hongrie même, on ne le sait pas encore trop\nbien, et, depuis bien des années, toutes sortes de confusions s'accumulent\net nous empêchent de distinguer notre propre mentalité musicale.\nRemarquons tout d'abord que le peuple hongrois, qui chante beau-\ncoup, chante pour dire en lui-même, pour lui-même, avec une sorte de\nchaste retenue. Il ne sait pas ce que c'est que produire sa musique et lui\ndonner un rôle social. Il ne connaît pas comme le slave ou le Germain,\nle chant en chœur, organisé, élevé à la hauteur d'une institution. Pour\njouir en commun de la musique il se sert d'un intermédiaire : le Tzigane.\nPourquoi ? C'est ce qu'il conviendrait de chercher. Mais le fait est là, et\nla aussi est la raison pour laquelle notre art autochtone demeure replié sur\nlui-même et caché aux regards de tous.\nLe Tzigane, ce peuple nomade, possède une merveilleuse faculté\nd adaptation artistique. En Russie il joue des airs russes, en Espagne il\nguitarise, en Hongrie il exécute de la musique hongroise. Mais non pas\nsans lui faire subir une déformation qui en altère le caratère véridique.\nTout d abord le passage du style vocal au style instrumental (et les Tzi-\nganes ne sont qu'instrumentistes) nécessite une véritable transformation.\nRappelons-nous les partitions des Virginalistes anglais, les Tablatures des\nOrganistes allemands, les arrangements des Luthistes anciens, Il a en été\nainsi de tous les temps. Mais cette accomodation est infiniment plus\ndangereuse lorsque le sort la remet aux mains d'une race étrangère, peu\nscrupuleuse, et éminemment originale. Le Tzigane en se faisant Hongrois\nne perd point son tempérament naturel, son besoin d'intonations particu-"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.59", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2622, "texte": "lières, de rythmes frappants et uniformes, d'ornementation folle. Comment,\navec la meilleure volonté, retrouver nos chants sous cette passementerie et\nsous cette allure exotique ? On sait ce qu'un Tzigane peut faire d'un\npot-pourri, d'une opérette à la mode ; on devine ce qu'il a pu tirer du\nfolklore hongrois, en quelques siècles.\nEt le malheur est que précisément la musique tzigane a fini par\nfaire croire qu'elle était la véritable musique hongroise ; elle a fait\npasser une caricature pour un original. Le livre trop fameux de Lizst,\nsi superficiel, a définitivement accrédité cette idée fausse dans la\nlittérature. Il n'est pas jusqu'aux rapsodies du même maître rapso-\ndies tziganes, mais non pas hongroises qui n'aient ajouté le prestige\nde leur musique à cet imbroglio. Maintenant que le procédé a été\ndévoilé, exploité, tout le monde peut se croire à même de composer \" a\nla hongroise \". Il suffit de prendre quelques thèmes populaires, au hasard\net n'importe ou, et de les traiter à la manière tzigane, avec intervalles\naugmentés, chromatisme échevelé, rythmes syncopés, fulgurations et\ntapage... Et l'on peut se croire à Budapest. Et l'on ne sait pas que ce\nvocabulaire, aujourd'hui à la portée de tout élève du Conservatoire, s'est\nformé de bribes et de morceaux, d'un affreux mélange où les chants de\nguerre des compagnons de Rahoczi, voisinent avec l'opérette viennoise et\nla musical comedy anglaise.\nLe temps vint cependant où les philologues voulurent en avoir le cœur\nnet, et où Bartalus s'employa à recueillir les chants populaires, tels que les\nHongrois se les chantaient à eux-mêmes. Mais, là encore, le tziganisme\napparut et gêna considérablement la réalisation de ce beau projet. Le\nmérite de l'ouvrage de Bartalus est immense, il faut le reconnaître. Mais\nson résultat n'a pas été aussi fécond que l'auteur l'espérait, parceque les\ntranscripteurs avaient dans l'oreille le style postiche, dont ils ne pouvaient\nse dégager complètement. Ainsi l'habitude tzigane de transformer en danse\nà quatre temps toutes les mélodies hongroises, un peu vives de les inter-\npréter en forme en czardas, commençant sur le premier temps de la mesure,\nfit naître et respecter comme une sorte de dogme, l'idée que la musique\nhongroise est binaire, qu'elle ne connaît pas l'anacrouse, et qu'elle obéit à\nun rythme carré absolument tyranique.Toute la collection de notre folklore\nfut rédigée dans cet esprit, et l'on put se croire au moyen âge, à l'époque\noù la mesure ternaire image de la Trinité cherchait à enfermer\ndans sa notation le trésor des mélodies populaires de l'Europe barbare."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.60", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2675, "texte": "Il y a quelques années, enfin, deux jeunes gens MM. Bela Bartok\net Zoltan Kodaly, prirent la résolution de mettre fin à cet état de\nchose lamentable. Armés de bons phonographes, et ce qui est plus\nprécieux encore doués d'une merveilleuse intuition des réalités musi-\ncales, ils allèrent séjourner au milieu des paysans, et passer des années\npresqu'entières dans le fond de nos provinces. Leur recueil qui contient\ndéjà plusieurs milliers de notations, est loin d'être complet ; mais il per-\nmet de se faire une idée juste de l'ensemble de notre folklore et il prouve\nceci : le véritable type de la mélodie hongroise diffère essentiellement de\nce que l'on connaît en général sous ce nom. La carrure sans anacrouse, et\nla tonalité particulière (la, si, do, ré-dièze, mi, fa, sol-dièze, la) sont des\nfictions, ou, si l'on veut, des exceptions, dont toute la responsabilité ap-\npartient aux tziganes. Par contre, on remarque ici une extrême variété\nde mètres et de rythmes, une mesure qui change sans cesse, le retour\nfréquent de certaines formules caractéristiques, l'emploi d'une gramme\npentatonique particulière, et l'influence très manifeste des anciennes tona-\nlités qui furent celles de l'église au moyen âge, et probablement celles\nde 1 antiquité elle-même. Nous ne pouvons nous arrêter longuement sur\ncette question de la technique spéciale à la musique populaire hongroise,\net nous voulons laisser à MM. Bartok et Kodaly le mérite glorieux de\nl'exposer eux-mêmes lorsqu'ils auront atteint le but de leurs efforts.\n*\n* *\nLa révolution qui s'accomplissait dans les esprits curieux, épris\nd'érudition, devait avoir son contre-coup du côté de la musique. Bartok 1\net Kodaly,2 émus de son originalité, qu'ils soupçonnaient à peine, agirent\nen artistes. Ils se laissèrent aller à harmoniser les plus significatifs de ces\nlieds. 3 Puis, s'abandonnant à l'inspiration personnelle, ils entrevirent la\npossibilité de donner à la musique hongroise, en la madyarisant, le but et\nla raison d'être qui lui manquaient jusqu'ici. Ils créèrent eux-mêmes des\nmotifs, guidé par le génie populaire qu'ils avaient découvert ; ils se for-\nmèrent ainsi, en tâtonnant, un matériel capable d'édifier une œuvre\nmusicale, au sens que l'Europe lettrée attache à ce mot.\n\n1 Né en 1881, à Nagyszentmiklôs, suivit les cours de l'Académie de 1899 à 1903. Séjourna à Vienne\net à Berlin. Actuellement professeur à l'Académie de Budapest, où il enseigne le piano.\n2 Né à Kecskemét en 1882 ; vint à Pest en 1900, à l'Académie ; séjourna en 1906-1907 à Berlin et à\nParis ; est actuellement professeur d'harmonie et de composition à l'Académie.\n3 Kodaly. Magyar nepdalai. Bartok. A. Gyermekeknek"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.63", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2733, "texte": "Dans cette voie, ils avaient été cependant précédés par un homme\nde simple intuition, et dont il faut rappeler le souvenir, avant d'examiner\nde plus près les dernières conquêtes de la musique hongroise.\nSe souvient-on encore du pianiste Arpad Szendy,1 un des plus bril-\nlants élèves de Liszt, et compositeur à son tour de rapsodies talentueuses?\nIl était né en pleine campagne et le tempérament hongrois, qui avait\ntoujours dépaysé le futur abbé, était chez lui à son aise. Il fut un des\npremiers à prendre à cœur la madyarisation de notre musique et à s'es-\nsayer d'instinct à réaliser ce qu'on cherche aujourd'hui à obtenir par des\nmoyens conscients. Ses rapsodies sont déjà infiniment plus \" \" que\ncelles de Liszt, et son quatuor l'est plus encore, et enfin, et surtout sa\nFantaisie pour piano et Orchestre, dont l'étrange difficulté éloigne les\npianistes habituels, Szendy a véritablement trouvé du nouveau, et ses\ntrouvailles le rapprochent de nos plus modernes auteurs. Celui qui voudra\nfeuilleter ses \" Aphorismes sur la musiqu \" trouvera des\neffets, qui sont ceux de l'école impressionniste de nos derniers jours.\nOn peut dire de Szendy qu'il s'est évertué à entourer la mélodie\nhongroise d'une atmosphère d'harmonie moderne, aussi moderne que\npossible. Et c'est aussi ce qu'on peut dire de Bartok et de Kodaly, mais\nen prenant garde que leur connaissance de la mélodie hongroise est infini-\nment plus approfondie, et que leur conception du moderne est infiniment\nplus avancée. Car s'ils ont poursuivi le mélos hongrois à travers toutes\nses états, s'ils l'ont serré de beaucoup plus près que ne le pouvait faire le\npianiste-virtuose Szendy, ils ont d'autre part subi l'école française. Au\nfond des villages de la Hongrie, le debussysmeet le ravellistisme sont allés\nles trouver. En même temps qu'ils atteignaient les racines du folklore, ils\nse découvraient modernistes à outrance. Là est leur originalité ; de là\nvient la nouveauté de leur œuvre, si hardie si peu traditionaliste, et qui\nen musique, a quelque ressemblance avec celle des nihilistes en politique.\nComment définir une musique qui est la négation de toute forme\nreçue, le contrepied de tout ce qui semble admis, et établis par la pratique\ndes siècles ? Comment analyser un art qui n'est, ni celui de\ncelui de l'harmonie, mais celui du timbre et de la tache colorée ? Pour se\nfaire une idée des tendances de ces outranciers, peut-être faudrait-il se\n\n1 Né à Szarvas en 1863. Vint à Pest en 1876, suivit au Conservatoire puis à l'Académie les cours de\npiano et de composition. En 1882, élève de Liszt, en 1890, professeur de l'Académie. Un opéra de lui, Maria,\nécrit en collaboration avec Szabados, fut représenté à Budapest en 1905."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.64", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2554, "texte": "rappeler l'étrange complexité du phénomène sonore. Un accord, une\nnote même, quoi de plus simple en apparence ? Et pourtant rien de plus\nmystérieusement compliqué, si l'on veut considérer les différents mouve-\nments vibratoires ainsi mis en jeu ! Chaque son porte avec lui le prolon-\ngement de ces harmoniques, qui l'entourent comme d'un rayonnement.\nEt la musique humaine parait n'être, pour le physiologiste, qu'un choix\nhabile entre l'infinie possibilité de ces harmonies fluctuantes. Associer à un\nson l'octave, qui en est le premier harmonique puis la quinte qui est\nle second, ou la quatre qui est le troisième, ou la tierce qui est le cin-\nquième, ou la septième qui est le septième elle aussi etc... c'est faire de la\ncomposition musicale. Et l'histoire de ces associations est celle même de\nnotre art, à travers le siècles. Peu à peu, l'oreille s'accoutume à entendre\nsimultanément le son principal et ses harmoniques de plus en plus loin-\ntains ; aussi, ce qu'on pourrait appeler le s'étend de\nplus en plus devant nous.\nLes jeunes Hongrois, derniers venus à la vie musicale, ont un sens\nparticulier, et pour ainsi dire exclusif, de ces affinités harmoniques. Ils se\nsentent attirés par le besoin de reculer les limites de ce domaine des\noreilles. Bartok et Kodaly triturent et expérimentent toutes ces matières\nsonores, sans aucun souci de ce plaisir immédiat, d'ordre purement esthé-\ntique, auquel le compositeur s'est si longtemps asservi. Les pour\npiano du premier, son Quatuor,sa a Sou bien les 10 pour\npiano du second et sa Sonate de violoncelle et piano, font usage des mix-\ntures les moins admises, et ne reculent devant aucune tentative. On s'en\nindignera certainement ; et plusieurs crieront au sabotage. Car en musique,\ncomme ailleurs, et peut-être plus qu'ailleurs, les moments de transforma-\ntion apparaissent à l'œil inattentif ou prévenu, comme des périodes de\ndécadence. Mais il convient d'attendre, et de suivre avec sympathie ce\nmouvement nouveau, le plus nouveau peut-être que l'Europe puisse nous\noffrir en ce moment. Là où l'analyse est incompétente, là où la critique\ndemeure perplexe, c'est à l'intuition bienveillante qu'il appartient de\ndeviner.\nUn critique français, lors du dernier concert de la jeune musique\nhongroise, a parlé d'expériences de laboratoire, menées par des chimistes\naudacieux en quête de réactions nouvelles. En effet ; et rien n'est plus\njuste. On ne saurait mieux définir la signification de notre jeune école,\ntelle que ses musiciens les plus avancés la représentent aujourd'hui. Hors"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.65", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 716, "texte": "de la Hongrie, elle ne peut avoir d'autre sens, pour le moment ; elle\nreprésente un effort de la musique en marche. Chez nous elle prend une\nautre valeur. Nous y voyons les germes d'un art national, attendu, espéré\ndepuis longtemps. Nous trouvons, en sa hardiesse révolutionnaire, la\nrévolte de nos héros, qui depuis mille ans se défendent contre les Barbares;\nl'audace orgueilleuse de notre peuple. Ses sonorités évoquent l'âpre mono-\ntonie du paysage hongrois, les plaines ou rougeoie le soleil, où chantent\nles grillons, les mers de blé doré, les allées de noirs peupliers, asiles de\nbrusque fantaisie. Et nous l'aimons, comme nous aimons notre sol natal,\nnotre mère !\n\nSándor Kovács."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-11-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-11-15_01#c024", "volume": "bmtnabh_1911-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 66, "image_fin": 67, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.2.12", "titre_corps": "ZONGORA MUSIKA", "titre_sommaire": "ZONGORA MUSIKA", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.66", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 43, "texte": "ZONGORA MUSIKA\nVIII\nZ. 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En fait, toute cette confusion\nmasque une mystérieuse partie d'échecs qui se dispute sous nos yeux selon des\nrègles strictes et minutieuses. Ces règles n'ont jamais été publiées mais les initiés\nles savent par cœur et, tacitement, tout le monde s'y soumet de bonne grâce.\nConfiant dans leur autorité et dans la loyauté de ses partenaires, l'auteur-composi-\nteur d'lvan a engagé très correctement une grosse partie : il l'a perdue, perdue\navec un jeu superbe et il a le droit de crier au meurtre. 11 faut le proclamer bien\nhaut : ses adversaires ont odieusement triché, le coup est nul.\nLorsque les directeurs de la Gaîté décidèrent de mettre en répétitions une\npartition du directeur de l'Opéra de Monte-Carlo, ils eurent assurément la sensa-\ntion d'accomplir un geste confraternel d'une portée un peu spéciale et non l'illusion\nde révéler une nouvelle forme d'art à l'humanité attentive. Ce n'est pas, en effet,\nun banal serviteur des Muses que le Tondichter de Monaco. Alerte, menu et\ntrépidant, ce n'est pas un homme, c'est un kobold, un lutin, un farfadet, un elfe,\nun Korrigan. Il a l'ubiquité d'un feu follet. C'est Puck, c'est Fûnn, c'est N'ka et\nc'est Till Eulenspiegel. Il joue les enfants terribles, a des colères d'éfrit et des\nmalices de gnôme wagnérien. Du Niebelung il a l'espièglerie sarcastique, la ruse\net le mystérieux pouvoir de domination. Comme les génies souterrains des mytho-\nlogies Scandinaves, il possède des secrets magiques ; comme Albérich mais sans\navoir eu besoin de maudire l'amour ! il sait forger l'Or et courbe ses frères\ntremblants sous la menace du heaume et de l'anneau. Dans son palais enchanté,\naux rives de la mer trop bleue, il reçoit l'hommage des hôtes les plus glorieux de\nl'univers. Il accorde à nos compositeurs une princière hospitalité, réalise leurs\nrêves les plus fantastiques, comble leurs espoirs les plus ambitieux. Il distribue des\nfaveurs et répand des bienfaits et pouvait se flatter jusqu'ici d'avoir découragé\nl'ingratitude.\nEntouré d'égards et suivi d'un cortège nombreux de courtisans, ainsi s'avan-\nçait avec sérénité dans la jungle parisienne, plus sévèrement réglementée que celle\nde Kipling, le facétieux conducteur d'hommes.\nà tous qui gardez la loi de la jungle !...)\nEt voici que la loi n'a pas été respectée ! Brusquement, lâchement, les com-\npagnons du demi-dieu, ceux qui, depuis tant d'années, entraient en extase à chacune\nde ses plaisanteries, ont affecté de ne plus voir en lui \" qu'un homme d'entre les\nhommes \" et l'ont traité comme un être de leur sang et de leur race. Dépouillé de\nl'immunité spéciale que lui assurait le consentement universel, le signataire d'lvan\nfut mis brutalement sur la sellette. On analysa son livret, on détailla sa partition,\non lui demanda froidement où il avait appris la musique, on chercha à établir la\npart de collaboration de son entourage et l'on fit des gorges chaudes au sujet du\nmanifeste futuriste où le joyeux Niebelung, avec son insouciante fantaisie d'enfant"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.73", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2639, "texte": "gâté, avait cru devoir poser musicalement la \" question du latin réclamer la\ndestruction des bibliothèques, vanter son autodidactisme et affirmer l'origine nette-\nment surnaturelle de son inspiration : \" Ce que je fais, ce que je dis me vient\nuniquement de Dieu, de Dieu seul \", clamait l'ouvrier de génie, d'accord sur ce\npoint avec Jenny l'Ouvrière, et les félons de ricaner !...\nTrahison ! Trahison ! Ce n'est point ainsi que la partie avait été engagée !\nRaoul Gunsbourg a le droit de continuer à nous étonner par le primesaut de son\nimagination et l'orientation imprévue de son activité. Vous avez encouragé, com-\nmenté, exalté inlassablement ses excentricités du lutin turbulent, il est trop tard\npour vous scandaliser de sa dernière facétie qui consiste à disputer à Isidore de\nLara son titre de \" chef incontesté de l'école monégasque \". Massenet ne s'y est\npoint trompé : il a respecté les droits acquis. En sortant de la répétition générale\nd'lvan il a télégraphié à son génial collègue :\n\" Nous rentrons enfiévrés... et nous nous disons encore :\nC'est beau.\nC'est vrai.\nC'est nouveau !\nMon cœur heureux du grand succès. \"\nVoilà les mots qu'il fallait dire, voilà le bonne des fidèles observa-\nteurs de la Loi.\nAu diable les mauvais joueurs qui détournent la question, prétendent qu'il\nfaut laisser la musique aux musiciens, et insinuent que les effusions vocales réservées\naux excellents artistes qui assumaient la lourde responsabilité de l'interprétation ne\nréalisent pas absolument le programme de rénovation annoncé à l'extérieur ! Où\nirions-nous s'il fallait réformer tous les postulats et justifier toutes les conventions\nqui sont les plus fermes assises de notre société ? On ne doit pas plus discuter Raoul\nGunsbourg qu'Alexandre Duval, Sacha Guitry ou Maurice Rostand. Pour ne l'avoir\npas compris, Paris à sottement déchaîné une \" Affaire \". Exaspéré par ses contra-\ndicteurs, le compositeur-poète veut transformer son œuvre en manifeste raisonné.\nIl se flatte d'avoir \" lancé un pavé dans la mare aux grenouilles \" et d'avoir frappé\nau bon endroit ; il se félicite \" d'avoir eu le courage de dire tout haut ce que tant\nd'autres pensent tout bas \" et d'avoir ébranlé la musique algébrique qui ennuie tout\nle monde ! Nouveau Nietsche, plus ethniquement prédestiné, l'auteur d'lvan veut\nsauver notre art en le méditerranisant.... et la plaisanterie a perdu toute saveur !...\nQue cette aventure nous serve au moins de leçon pour l'avenir et nous\nempêche d'imiter les enfants trop curieux qui ont la détestable habitude de briser\nleur beau polichinelle pour savoir ce qu'il a dans le ventre !\n\nEmile Vuillermoz."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-11-15-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-11-15_01#c034", "volume": "bmtnabh_1911-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 74, "image_fin": 76, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.2.15", "titre_corps": "Les Concerts", "titre_sommaire": "Les Concerts", "signature_source": "G. K", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.74", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3719, "texte": "Les Concerts\n\nC'est dans un joyeux tumulte d'archets crépitants et de mains applaudisseuses, que\nMM. Gabriel Pierné et Camille Chevillard sont remontés au pupitre pour un nouveau cycle\nde concerts.\nLa coutumière manifestation de rentrée prenait cette fois, vis à vis de M. Chevillard,\nune signification plus haute. Dans ce geste de toute une salle il n'entrait pas seulement de la\nsympathie ou de l'admiration. Il s'y mêlait aussi de l'allégresse et de la fierté, à songer que\nl'orchestre des Concerts-Lamoureux venait de l'emporter à Scheveningen sur la Philhar-\nmonie de Berlin. Victoire toute pacifique d'ailleurs, mais qui ne saurait manquer d'avoir à\nl'étranger un retentissement certain et dont il sied de se réjouir.\nLe programme d'ouverture, exécuté le 16 à la Salle Gaveau par ces champions de la\ndouble croche, comprenait une première audition fort importante. Pour bien des mélomanes,\nle seul mot de symphonie possède un attrait magique. Il les prédispose à écouter d'une oreille\ncomplaisante tout discours musical, qui porte ce titre. Et cependant, de nos jours, les grandes\nformes d'architecture classique ne servent trop souvent qu'à masquer la sécheresse ou la pauvreté\nd'imagination du compositeur, à faciliter sa tâche en lui fournissant des moules tout établis\nvéritables creusets dans lesquels il coulera de la matière sonore et surtout à favoriser au\ndétriment de l'expression, le côté purement intellectuel de la musique.\nTel n'est pas tout à fait le cas pour la Quatrième Symphonie de M. Guy Ropartz. Sans\ndoute l'on y retrouve cette teinte générale un peu grise qui pèse sur tout l'œuvre musical de\nson auteur et dont il semble avoir dérobé les traits principaux aux caractères même de sa terre\nnatale : le recueillement grave et triste de la monotone lande bretonne et l'âpre, l'ardente\nmélancolie de ses grèves. Un irrémissible dédain y transparaît clairement pour tout ce qui est\ncouleurs vives, châtoiements, rutilances. Mais ici, l'habituelle construction cyclique revêt un\naspect neuf. L'opposition entre les différents thèmes est nettement marquée et la brièveté des\ndéveloppements est à signaler chez un symphoniste élevé à l'école de César Franck. La\nréalisation du plan conçu par M. Ropartz motivait, exigeait même cette concision. Nous\ndécouvrons bien dans cette symphonie en ut majeur les quatre mouvements traditionnels, mais\nnon plus à l'état de parties distinctes, séparées, ayant chacune sa vie propre dont seul le thème\ngénérateur assure l'unité. Reliés entre eux et s'enchaînant étroitement ils forment réellement\nà eux tous, un seul grand mouvement. Ils constituent en un mot les diverses péripéties nette-\nment reconnaissables d'un ensemble homogène et parfaitement équilibré. Le public parut\ngoûter pleinement la poésie et la grandeur un peu conventionnelles de cet art sobre et solide,\ndont l'instrumentation, notamment au début délicieux de musique et d'orchestre n'est\npas dépourvue de saveur. Et l'accueil fait à cet ouvrage supérieurement dirigé et exécuté fut\ntrès chaleureux.\nJe ne m'appesantirai pas sur l'exécution de la Symphonie en ré mineur de César Franck,\nnon plus que sur la Symphonie Espagnole d'Edouard Lalo qui fit valoir la netteté de jeu de\nl'excellent violon-solo des Concerts-Lamoureux M. Th. Soudant. Je regretterai en passant\nque Melle Demellier, musicienne accomplie chantant, dans un sentiment juste, du Gluck et du\nFranck, ne nous donne pas plus souvent l'occasion de l'applaudir. Et j'arrive à la nouveauté\ndu jour malencontreusement placée en fin de programme.\nD' autres oeuvres plus puissantes ou plus significatives ont mis en lumière le nom de\nM. Florent Schmitt. Cette Rapsodie Viennoise renferme néanmoins, à dose égale, la plus"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.76", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3536, "texte": "précieuse des qualités de ce jeune compositeur. J'entends parler de l'étonnante mise en œuvre\norchestrale qui fait épanouir autour de l'idée musicale comme de luxuriantes frondaisons\nsonores. Et le rythme de \" lândler \" qui s'abandonne aux violons n'est qu'un prétexte à\ncapricieuses déformations et à accouplements de timbres, exquis ou étincelants. Le succès de\ncette rapsodie écrite en 1904 a été unanime et très vif.\nDe premières auditions, les Concerts-Colonne n'en ont point donné encore. Par\ncontre, l'on a très dignement célébré au Châtelet le centième anniversaire de la naissance de\nFr. Liszt qui, par un hasard miraculeux, tombait justement un dimanche.\nDeux symphonies : la Fantastique et la Neuvieme ouvraient la saison. L auditoire\ns'intéressa fort à la Marche au Supplice et au Songe d'une nuit de Sabbat dont la cuisine\ninstrumentale est d'un ragoût si pimenté et si proche des procédés actuels : sourdines aux\narchets, batterie fracassante, trompettes et cors bouchés, bassons caverneux... L exécution en\nfut telle que l'eût désirée Berlioz, je veux dire \" démoniaque et pharaonesque\nAu milieu de la symphonie avec chœurs le fin babil des bois du scherzo apporta un\ndélassement et dans le final, encadrant le groupe bien chantant des solistes compose de\nMmes Mary Mayrand et d'Otto Trampozynska et de MM. Sayetta et G. Mary, les chœurs\ndisciplinés escaladèrent sans faiblir les vertigineuses tessitures vocales qui conduisent a la Joie.\nPar une ironie délectable et en quelque sorte réparatrice, le destin sonnait en meme\ntemps le centenaire d'Ambroise Thomas et de Fr. Liszt. Fêtés tous deux de leur vivant,\ncelui-là comme musicien de théâtre et quel théâtre ! celui-ci en tant, surtout, que virtuose\ninouï, extraordinaire, quelle distance les sépare aujourd'hui ! A mesure que 1 un s enfonce dans\nles abimes de l'éternel oubli, l'autre grandit et impose désormais a tous le respect et 1 admiration\nde sa noble figure de précurseur. L'on sait quelle fut son influence sur les compositeurs les plus\ngrands de son époque. Et l'on n'ignore plus qu'il fut le père du poeme symphonique et le\ncréateur inégal sans doute, mais génial, auquel notre musique est redevable de tant de\ntrouvailles rythmiques et polyphoniques.\nDante-Symphonie, parue pour la première fois aux Concerts-Colonne le 22, est une vaste\nfresque musicale qui devait selon le projet non réalisé de la princesse de Wittgenstein servir\nd'accompagnement au déroulement d'un panorama. De la son allure décorative et 1 absence\npresqu'absolue d'émotion. y\nLe concert du 29 consacrait sa première partie à l'art classique et réservait la seconde a\nla musique d'aujourd'hui.\nJ'ai éprouvé un plaisir toujours nouveau à réentendre la Symphonie un chant\nmontagnard français de M. d'lndy. CEuvre claire, lumineuse, magistralement sentie et écrite\net qui demeurera à coup sûr l'une des plus hautes manifestations de 1 ecole contemporaine.\nDès les premiers mesures le vieil air montagnard que soupirent a tour de rôle cor anglais et\nflûte nous transporte sur ces lointains sommets cévenols baignés de lumière fluide, parmi ces\nhétraies profondes et ces roses plateaux de bruyères où cheminent pâtres et rouP^eauxell^a^s a\nrumeur indécise des sonnailles... Exécution véhémente et émouvante qui mérita a M Selva\net à M. Gabriel Pierné un légitime triomphe.\nAprès quoi, suivant l'ordre établi par Glazounow, et ala suite du terrible ataman ten a\nRâzine et de la princesse persane sa captive, toutes les hordes barbares de 1 Asie deferlerent\navec fracas.\n\nG. K."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-11-15-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-11-15_01#c035", "volume": "bmtnabh_1911-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 75, "image_fin": 75, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.2.16", "titre_corps": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.75", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 712, "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSection de Paris\nPARIS (2e) 22, Rue Saint* Augustin Téléphone : 204-20\ny\nParis,\n%\nMonsieur et cher C\nLa prochaine réunion de la Société Internationale\nde Musique aura lieu le J\nà 4 heures ires précises du soir, chez MM. Gaveau\net C' , 45, Rue La Boêtie.\nORDRE DU JOUR :\nLecture clu procès-Verbal - Correspondance\nCandidatures\nM. VAN REYSCHOOT. Analyse rythmique et\nmétrique des Symphonies de Beethoven.\nNous appelons tout particulièrement votre attention\nsur cette Communication que veut bien faire à la Section\nde Paris, notre éminent Collègue, professeur au Conser-\nvatoire de Gand, et nous prions nos membres actifs de\nvenir en aussi grand nombre que possible à cette Séance."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-11-15-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-11-15_01#c036", "volume": "bmtnabh_1911-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 77, "image_fin": 77, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.2.17", "titre_corps": "Province", "titre_sommaire": "Province", "signature_source": "Swift", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.77", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3335, "texte": "Province\nSwift.\nLes derniers échos attardés de l'été départemental nous arrivent. Le vent d'automne fait\nchoir dans nos bureaux, comme des feuilles mortes, les programmes de représentations\nd'adieux et les comptes-rendus de clôture. Roanne se félicite d'avoir pu retenir dans ses murs\nle jeune organiste de St-Jean-St-François qui se fît apprécier comme exécutant et comme\nconférencier dans deux récitals d'orgue consacrés aux chorals de Bach et aux maîtres\nanciens. La RochellG se console du passé en préparant l'avenir ; déjà le bureau de la société\nrochelaise organise le grand concours international des 18 et 19 août 1912 ; son secrétaire\ngénéral, M. Hervé, hautboïste, se tient à la disposition des intéressés pour leur communiquer\nle règlement tout fraîchement élaboré. Gray a découvert en la jeune pianiste Odette Sauvage,\nvirtuose de sept ans, un rare tempérament musical apte à donner de Beethoven et de Bach\nune traduction généralement interdite aux enfants prodiges ; les élèves de l'école de musique\nde M. Lanzoni entouraient la petite étoile et remportèrent un vif succès dans leurs ensembles\norchestraux.\nLe Congrès de la Paix a inspiré M. Claussman qui en a célébré les bienfaits dans une\ncantate fort goûtée des habitants de Clermont alors que la \" Lyre \" locale ravissait les\nmélomanes de Moulins en donnant une excellente interprétation de la Symphonie de\nSchubert ; Arras fête le Quatuor Leleu et le pianiste Blondel, propagandistes fervents de\nBeethoven, Liszt, Franck et Chopin tandis que Saint Quentin découvre la gymnastique\nrythmique et assiste, dans le préau du lycée de jeunes filles à des démonstrations qui soulèvent\nl'enthousiasme de tous les spectateurs. L'Association musicale de Privas compose fort\nartistement ses programmes : la Symphonie en ut mineur, la Médée de Vincent d'lndy, des\npages de Scarlatti, Chausson, Saint-Saëns attestent l'élévation de ses aspirations et l'excellence\nde son goût.\nBiarritz garde un souvenir heureux des beaux concerts classiques dirigés par MM. Coste\net Cuignache au Casino Municipal et au Casino Bellevue. Les grandes œuvres de Wagner,\nde Beethoven, de Franck, de Berlioz, de Lalo et des Russes, les solistes les plus brillants et\nplusieurs créations intéressantes, entre autres la Noce Villageoise de Goldmark et la Rhapsodie\nNavarraise d'Henri Lutz donnèrent à cette double saison un éclat tout particulier.\nEt Nancy se prépare à suivre Guy Ropartz dans la noble voie qu'il trace si courageuse-\nment depuis qu'il a pris la direction du Conservatoire. Liszt recevra par ses soins l'hommage\ncommémoratif qui lui est dû ; Mozart verra passer en revue ses ouvertures de Titus,\nd'ldoménée, de l'Enlèvement au Sérail, de la Flûte Enchantée, de Don Juan et des Noces de\nFigaro et Wagner sera honoré par des fragments de l'Or du Rhin, de Tristan et de Parsifal.\nEt les secrètes sympathies qui entraînent le remarquable chef d'orchestre vers une esthétique\ndéterminée se révéleront dans le choix qu'il a fait de Savard et Dukas pour représenter ses\ncontemporains et dans l'élection exclusive de Séverac, Samazeuilh, Le Flem et Pierre\nBretagne comme porte-paroles du modernisme. Dans la révolution debussyste, le Maître\nnancéen prend ainsi nettement position et ne pourra certes pas être soupçonné d'entretenir des\nintelligences des deux côtés de la barricade !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-11-15-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-11-15_01#c037", "volume": "bmtnabh_1911-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 78, "image_fin": 82, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.2.18", "titre_corps": "Belgique", "titre_sommaire": "Belgique", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.78", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3768, "texte": "Belgique\nLa saison 1911-1912 est ouverte, depuis un mois. Elle apporta quelque changement dans\nle cours habituel de notre vie musicale. La nomination de M. Sylvain Dupuis en qualité de\nDirecteur au Conservatoire de Liège avait laissé vacant le pupitre de chef-d'orchestre à la\nMonnaie : M. Otto Lohse, ainsi que nous l'avions fait pressentir, fut appelé à lui succéder.\nCe remplacement n'a point satisfait tout le monde, au début. Nous avons vu des critiques\nautorisés se plaindre de ce que l'on ait dédaigné nos chefs-d'orchestres nationaux, qui, peut-être,\neussent pu faire valoir quelque titre, au profit d'un \" Kappel-meister \" étranger c'est-à-\n-dire, allemand. Nous notons simplement leur point de vue, sans songer à le discuter ici.\nM. François Rasse, chef-d'orchestre en second sous Sylvain Dupuis a donné sa démission.\nM. Corneil de Thoran prend sa place. La direction des Concerts Populaires, d'autre part,\nest confiée à M. Alexandre Béon, vice-président de la section belge 5.1.M., et à M. Otto\nJiinne, directeur de la firme Schott. Nous sommes heureux de présenter à notre ami et\ncollègue nos félicitations : nous ne doutons pas qu'il sache maintenir les au\nrang et a la réputation qu ils ont acquis dans le passé. Déjà, la nouvelle direction nous annonce\nun festival Beethoven avec le concours de M. Lohse.\nCe dernier a débuté sous les plus prometteuses auspices. Il ne nous était pas inconnu.\nIl avait dirigé deux concerts Ysaïe, et conduit, à la Monnaie, les représentations de laXétralogie\nque tous les dilettantes se remémorent avec émotion. C'est un maître de l'orchestre et nous\napplaudissons au choix de MM. Kufferath et Guidé. M. Lohse est un musicien compréhensif\net profond. Il sait obtenir de ses instrumentistes la discipline. Il étudie, il fouille, un peu trop\nparfois, les partitions qui lui sont confiées. Il a le plus grand souci de l'expression et de la\nnuance. Il semble même que son amour du détail l'entraîne çà et là, non point à sacrifier\nl'unité d'une œuvre, mais à y rechercher de très nombreuses intentions. Mais il vaut mieux\npécher par excès que par défaut. La baguette du nouveau chef nous est garante d'une\ninterprétation toujours artistique et vivante.\nSignalons en passant que M. Lohse a inauguré sa direction par Louise ; cela corrigeait\nd'avance l'impression dont j'ai parlé : son succès en fut d'autant plus vif. Mme Claire\nFriché, qui créa le rôle à Bruxelles, nous est revenue, et elle aussi trouva le plus chaleureux\naccueil auprès du public. L'artiste, dont la voix cultivée, émouvante et chaude, nous a charmés\nnaguère, a su retrouver d'emblée toutes les anciennes sympathies.\nOn nous annonce diverses auditions : La Maison Schott organisera, cet hiver, quatre\nconcerts classiques à la Grande Harmonie, avec le concours des virtuoses : Suzanne Godenne,\nFritz Kreisler, Jacques Thibaud, et le Quatuor Sevcik, de Prague. Les dates en seront\ndonnées ultérieurement. Mlle Tambuyser et M. Marcel Jorez donneront trois séances de\nsonates. La première, consacrée aux XVIIe et XVIIIe siècles ; la deuxième, à l'école alle-\nmande, et la troisième, aux maîtres français modernes. Le 27 octobre, M. Norman Wilks,\nle jeune pianiste, élève de Sèvenants, se fera entendre dans un récital à la grande Harmonie.\nLe 26 novembre, nous pourrons apprécier les cantates composées, durant leur mois de cellule\npar les concurrents pour le Grand Prix de Rome : MM. Alfred Mahy de Bruxelles, qui obtint\nune première mention en 1909 ; Henry Sarly de Tirlemont (première mention en 1907) ;\nLeopold Samuel, fils du professeur d'harmonie au Conservatoire de Bruxelles, M. Edouard\nSamuel, (mention en 1907) ; Van Hoof, d'Anvers (mention en 1907) ; Shaladin, d'Archies,\nélève du Conservatoire de Mons ; et Michel Brusselmans, de Paris."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.79", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 4104, "texte": "Le grand Prix a été décerné à M. Léopold Samuel, à l'unanimité des voix. Nos lecteurs\nse souviennent certainement des lignes élogieuses que nous consacrions à ce jeune compositeur\nil y a quelques mois. Elève du Maître Edgar Tinel, M. Léopold Samuel possède une culture\napprofondie ; il a mieux : c'est un artiste dont l'inspiration originale et subtile nous avait ému,\ndès l'audition de quelques mélodies. Nous sommes heureux d'avoir été les premiers à signaler\nla personnalité que le succès consacre officiellement aujourd'hui. Nous y reviendrons plus\nlonguement après l'exécution publique de son œuvre, à la séance de l'Académie. Les autres\nlauréats sont : M. A. Mahy, élève de M. Tinel et chef de musique au régiment des carabiniers,\nil obtient le premier second grand Prix ; M. Van Hoof, élève de M. Jean Blokx : deuxième\nsecond grand Prix ; M. Sarly : première mention ; M. Brusselmans, seconde mention.1\nLes quatre concerts du Conservatoire de la saison sont fixés aux dimanches 24 décembre,\n28 janvier, 21 février et 31 mars. La répétition générale pour les abonnés aura lieu le vendredi ;\nla répétition générale accessible au grand public, le jeudi précédant chaque concert, à 2 heures.\nM. Tinel a engagé des solistes du chant choisis parmi les plus réputés dans le domaine de\nl'oratorio : Mmes Tilly Cahnbley-Hinken, Maria Philippi, Wybauw-Detilleux ; MM. R. Pla-\nmondon et Froelich. Plusieurs professeurs du Conservatoire seront appelés à participer en\nsolistes aux concerts, notamment MM. De Greef, Desmet, Giirickx, Mahy et Thomson.\nLe premier concert sera consacré à l'Oratorio de Noël de Heinrich Schùtz et à la\nNeuvième Symphonie de Beethoven. Parmi les autres ouvrages dont l'exécution est projetée\nfigurent deux Cantates de J.-S. Bach, la Rapsodie pour contralto et chœur d'hommes de\nBrahms, le Te Deum de Brùckner, l'oratorio Rédemption de César Franck, des Symphonies de\nHaydn, Mozart et Schumann, un Concerto brandebourgeois de Bach, un Concerto d'orgue\nde Haendel, etc.\nSous la dénomination de Quatuor Chaumont, MM. Chaumont, Morisseaux, Rogister et\nDambois donneront cet hiver en la Salle allemande quatre séances de musique de chambre.\nLe concours du remarquable pianiste Emile Bosquet leur est assuré pour l'exécution des\nœuvres avec piano.\nOSTENDE. —La saison de 1911. Cette année-ci, Léon Rinskopf, le distingué\nchef-d'orchestre et directeur artistique du Kursaal, a innové. Les concerts artistiques du\nvendredi, au lieu de se donner dans la grande rotonde du Kursaal, devant la foule élégante et\nplastronnante des snobinettes et des snobs, ont élu domicile au Théâtre Royal. Et c'était fort\nheureux, car outre que les petits jeunes gens en mal de galanterie et les petites demoiselles qui\nse font conter fleurette n'étaient pas là pour interrompre le recueillement de ceux qui vinrent\npar amour de la musique, l'exiguité relative de la salle permettait de saisir tous les détails de\nl'exécution. Remarquons aussi que des places de 1 fr. et de 0.50 fr. étaient réservées aux\namateurs peu fortunés : ce ne fut pas le moindre des mérites de cette innovation. Ces places\nfurent bien garnies, ce qui prouve une fois de plus que la petite bourgeoisie et la jeunesse des\nécoles n'est pas aussi rebelle qu'on le croirait à la bonne musique.\nIl y eut ainsi six concerts auxquels collaborèrent Jacques Thibaud, Raoul Pugno,\nKathleen Parlow (violoniste), Geneviève Dehelly, Joseph van Roy (pianistes) et le déclamateur\nVogel. Le premier débuta par l'ouverture de la Flûte enchantée, toute de joie et de soleil.\nThibaud nous donna ensuite une interprétation noble et très stylée du concerto de violon de\nBeethoven. Ce fut une de ces jouissances éminement artistiques dont on garde longtemps le\n\n1 Le jury se composait de MM. Edgar Tinel, président ; Emile Mathieu, directeur du Conservatoire de\nGand ; Sylvain Dupuis, directeur du Conservatoire de Liège ; Léon Du Bois, directeur de l'Ecole de Musique\nde Louvain ; Mestdagh, directeur de l'Ecole de Musique de Bruges ; Van den Eden, directeur du Conservatoire\nde Mons et Lunssens, directeur de l'Ecole de Musique de Courtrai."}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.80", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3567, "texte": "clair souvenir. On acclama Beethoven en Thibaud et l'artiste reçut des félicitations méritées\nde la gracieuse Reine qui avait tenu à assister au concert accompagnée de son auguste époux.\nRaoul Pugno joua le concerto si romantique de Schumann ainsi que les variations sympho-\nniques de Franck. De J. van Roy professeur à Bruges nous eûmes une excellente\ninterprétation du Concerto en sol mineur de Saint-Saëns et de la Burlesque pour piano et\norchestre de R. Strauss. Albert Vogel déclama un poème allemand \" Hexenlied \" pour lequel\nMax Schillings a écrit un accompagnement symphonique très fouillé.\nOn ne peut assez louer les soins que L. Rinskopf apporta à la partie symphonique de\nces concerts : accompagnement et exécutions furent parfaits. On donna entr'autres le Rouet\nd'Omphale, l'Apprenti Sorcier, les belles Variations Symphoniques de Gilson et le poème\nsymphonique Kikimora de Liadow.\nEn ce qui concerne les concerts du soir au Kursaal, il faut placer au premier rang celui\ndu 21 juillet, consacré à la musique belge, pendant lequel fut exécuté la Symphonie Inaugu-\nrale de Gilson. Cette œuvre, de belle facture, fut composée pour l'ouverture de l'Exposition\nde Bruxelles en 1910. Mais elle n'a pas été exécutée. Les Bruxellois y ont perdu.\nTrès remarqués également les concerts auxquels prêtèrent leur concours la Mainzer\nVlânner Gesang-Verein et l'organiste Joseph Daene, de Bordeaux. Le prestige que l'Alle-\nmagne est parvenue à conquérir en matière musicale faisait espérer, de la part de l'excellente\n°orale, d'impeccables exécutions d'auteurs classiques. Hélas, il fallut se contenter de quelques\nla plupart peu intéressantes. Il en fut tout autrement dans le concert auquel participa\nJ°ph Daene. Il fut digne de ce que l'on espérait de cet artiste qui chaque année vient,,\nPerant une soirée, nous tenir sous le charme de son jeu noble et délié : le programme\ncorTortait un choral de Hassler, un allegro de Bach et un concerto de Haendel, le tout avec\naccooagnement d'orchestre. Cela forma un ensemble d'une grande beauté.\nes artistes du chant qui se succédèrent sur l'estrade du Kursaal, retenons surtout les\nnoms, ]a Tetrazzini, dont la belle voix s'égrène en perles d'une pureté rare, et du ténor\nIsalber dont l'organe nous plairait bien plus s'il voulait se résoudre à étendre un peu son\nréperto,\nG/D. A leur dernier concert, MM. J. Lefébure et Oscar Roels ont fait connaître\nCUX symphoniques d'Arthur Van Dooren, l'excellent virtuose, auteur de 66 Guil-\nlaume e ±;5 et u J£ermesse opéras caractéristiques. —Le succès a salué ces pages colorées,\ndont 1 présent fut l'objet d'une ovation.\nr\nNEC1LOGIE. C' est avec une douloureuse surprise que nous avons appris la mort\nde Georges lart ja Tour. Tous ceux qui ont connu et fréquenté cet artiste sincère\npartageront *egret je ses amjs# Imbart de la Tour passa dix ans àla Monnaie. Il y joua,\nsplen 1 emeni,s premiers rôles des drames wagnériens ; il y créa Fervaal. Nous nous\nsouvenons auss,s juttes menées en faveur des humbles et des parias ; des campagnes pour\nplus e justice, our pjus beailté. Imbart s'y dépensait généreusement. Appelé en 1908\nre a c musicale et le cours de chant au Conservatoire de Paris, il\nn avait pas ou gejgique# j} y revenait chaque année, et passait ses vacances en sa villa\nde Boui on. es qu'il fut frappé par la mort soudaine.\nAU CONGs DEg AMITIÉS FRANÇAISES. A Mons, le 20 septembre\ndernier, notre co atgur amj René Lyr a retracé l'histoire de la musique wallonne,\nen quelques mots .\nEn aucun jeg Wallons n'ont magnifié la France autant que dans la création"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.81", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4034, "texte": "musicale. Au cours des savantes causeries qu'il a faites aux Arts anciens du Hainaut, mon\nexcellent confrère et collaborateur M. E. Closson a retracé la production de nos provinces\ndans les siècles révolus. Elle apparaît imposante, multiple, variée. Je ne puis certes en repro-\nduire ici le détail abondant, mais je retiendrai les grands noms des maîtres disparus dont\nl'œuvre marqua une étape dans l'évolution de notre art. Vers I4s°> ce sont deux Hainauyers :\nDufay et Binchois qui fondent la célèbre école dite \" Néerlandaise en réalité composée de\nmusiciens wallons et picards. Après eux, le Français du Nord fosquin de Près conquiert une\nrenommée européenne qui lui vaut d'être proclamé \" prince des musiciens \". Rolando de\nLassus, né à Mons en 1532, résuma, dit M. Closson, a dans ses deux mille compositions,\ntoutes les formes, tous les styles, toutes les conquêtes de l'art musical antérieur à lui. Puis\nvinrent Dumont, puis Gossec, et enfin Grétry qui vit ses ouvrages triompher sur toutes les scenes\nde l'Europe, et donna l'élan décisif à l'école féconde de l'opéra français \".\nNotre époque ne dément pas un tel passé. Jamais peut-être la Wallonie ne mérita mieux\nqu'aujourd'hui d'être appelée le fief musical de la France. Aussi me suis-je propose de colla-\nborer, pour une part modeste, au premier Congrès des Amitiés françaises en esquissant le\nmouvement moderne et en montrant qu'il communie de la culture et du génie latins. D autres\ndiront combien, en dépit des frontières, nous sommes restés fideles a la patrie gauloise,\nD'autres diront notre attachement et notre amour indéfectibles pour son langage, pour s\npensée, pour son art. Nos savants, nos artistes lui ont voué leurs tâches : nos musiciens surto1\nparticipent à sa grandeur. N'est-ce pas la terre wallonne qui a donné a la musique française s*1\nplus admirable, son plus pur génie : César Franck ? César Franck, un Maître digne des J. S. B?1*\ndes Beethoven, des Wagner ; César Franck, l'initiateur de la splendide ecole française du morp\nle u père \" de la pléiade merveilleuse où des Wallons encore brillent aux premiers rangs ?\nLatin par le raffinement, par la subtilité, par la délicatesse des sens, latin par\net la lucidité de l'esprit, le vénérable auteur des u Béatitudes ' personnifia les facultés de*0*-1*6\nrace. Il avait su garder le ravissement panthéiste, l'ardeur à vivre des Wallons. Ds ses\nharmonies, il enclôt la caresse berceuse, le Rêve enveloppant qui plane au largee nos\nhorizons nuancés. La couleur immatérielle qui les revêt, c'est la brume imprécise, fluque et\ntransparente, éparse sur nos paysages. Comme une floraison miraculeuse en la nous\ny retrouvons nos ferveurs. Je ne veux point dans ces notes rapides, dégager la Srhcatl°n\nscientifique des chefs-d'œuvre de César Franck. Ils ont ete la plus haute e a\nBeauté, sous l'apparence musicale, depuis les drames de Wagner. Ils ont roi mes\nneuves, tracé des voies insoupçonnées, en même temps qu'ils déterminaient 1 essorS S!.l r\nlités sommeillantes de la génération. Ils ont marqué vraiment un Renouveau de sensibihte\nmusicale en France.\nChez nous, César Franck trouve des continuateurs directs. Nous citerons svut b°n chQV\n•disciple : Guillaume Lekeu, né à Verviers en 1870, mort a 1 aurore de ses vingt r(| a,^S,f e\npauvre éphèbe nous a laissé des œuvres qui portent le sceau d une nature u qua .a e cri*\nVincent d'lndy. Elles adoptent la \" construction cyclique \"et les formules chères V 1^ux laitre,\nmais traduisent un tempérament jeune, ardent, fougueux, dont les élan risant\nl'étreinte d'une volonté forte, poignent avec une âprete douloureuse. Lek- . A s oute\ncompté parmi les grands musiciens de notre ère : hélas, une activité maladif a a seve\nde sa trop généreuse vie. „ I ,\nIl serait prématuré de formuler un jugement à l'égard des composi. s, 9UC a\npostérité situera à l'équitable place. Signalons du moins, a l'occasion de ca^jon\nbut de resserrer les liens intellectuels, les sympathies qui nous unissent à* 10n ranÇalse> e\nbon combat silencieux qu'ils livrent."}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.82", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2945, "texte": "La tendance \"franckiste \" est spécialement représentée par Victor Vreuls et Joseph Jongert.\nIls ont donné, l'un avec une enthousiaste vigueur, l'autre dans une note mélancolique et douce,\ndes oeuvres déjà remarquables. Jongenexcelle dans la musique de chambre, dont le caractère\nintime convient à son inspiration gracieuse. Vreuls extériorisa plutôt des impulsions dramatiques,\nrobustement venues et réalisées en fresques orchestrales puissantes. Indépendants\nauteur de Richildeet VEnfance de Roland ; Eraspenseur austère, artiste noble et\nprofond, N. Daneau, L. Dubois.\nPlus jeunes : L. Delune, A. Biarent, P. Marchand, A. Dupuis, l'auteur de Jean Michel,\nLucien Mawet, CharlesHénusse, Urbain Stavelot,trois mélodistes d'une inspiration distinguée,\noriginale et personnelle ; Charles Radoux, H. qui représentent avec\nl'aîné ThéoTsaye, la \"manière debussyste Léon\nCes musiciens ne constituent pas une Ecole chacun s'efforce d'être lui-même. Ils ont\npourtant des ressemblances foncières, des traits communs qui les rapprochent. Ils sont\net collaborent au développement de la Musique française.\nEt c'est bien ici que nous reconnaissons la différence nationale qui sépare, à tout jamais\npeut-être, le Belge du Nord du Belge du Sud.\nLes Flamands ont gardé l'emprise du géant teuton : Richard Wagner. Ils ne se sont pas\ndégagés ils ne pouvaient le tenter de sa formidable étreinte. Les Wallons, certes, ont\nressenti l'ébranlement surhumain dont le vaste génie a dérangé les conceptions musicales du\nmonde, mais ils ne pénétrèrent pas sa philosophie. Wagner n'a modifié que nos moyens\nd'expression, il n'a pas touché notre cœur.\nMême nous avons vu, devant le danger qu'il incarnait, si totalement s'organiser une\ndéfense. Depuis vingt ans, des hommes d'action, des artistes, se sont levés, pour résister à la\nmenace germanique. Nous avons tous, confusément, senti que la sublime Révélation dont\ns'exaltaient nos vœux \" humains \" voulait l'abdication de nos vertus et de nos fois patriarcales.\nNous nous sommes agenouillés, sans doute, nous nous agenouillons, mais en nous-mêmes, et\nnon dans une ombre mortelle. Menée par les Wallons, par les Français convaincus qui s'ap-\npellent Eugène et Théo Ysaye, à leurs concerts annuels et dans leurs sphères d'influences ; par\nOctave Maus à la Libre Esthétique, par Sylvain Dupuis aux Concerts Populaires, cette cam-\npagne entraîna les virtuoses, pour la plupart liégeois, les professeurs, les critiques, et en un mot,\ntous les musiciens qui occupent à Bruxelles et voire dans les cités flamandes, la faveur du\npublic. Il serait injuste de ne pas le reconnaître : c'est au dépens de Yécole flamande que la\nmusique wallonne-française a pris ainsi possession presque exclusivement des théâtres et des\nconcerts. Mais la luttte était nécessaire et nous estimons qu'elle stimulera les énergies de nos\nfrères flamands, qui furent à l'honneur, avec Peter Benoit, qui pourront l'être, avec un\nPaul Gilson !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-11-15-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-11-15_01#c038", "volume": "bmtnabh_1911-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 82, "image_fin": 88, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.2.19", "titre_corps": "Étranger", "titre_sommaire": "Étranger", "signature_source": "Max Rikoff", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.82", "debut_caractere": 2947, "fin_caractere_exclue": 3519, "texte": "Étranger\n\nBUDAPEST. Aux fêtes organisées en l'honneur de Liszt en Hongrie, le comte\nApponyi a prononcé un remarquable discours que publie la Revue de Hongrie et que nous\nsommes heureux de reproduire ici.\n\"Le grand nom de François Liszt soulève une foule de problèmes appartenant tant au\ndomaine de la technique et de l'esthétique musicales qu'à celui de l'histoire de la culture\nartistique en général. C'est ce qui fait que quand on veut parler de lui, on s'expose en quelque\nsorte à se perdre dans les généralités. Je commencerai donc par fixer le point précis où portent"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.83", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4242, "texte": "nos hommages dans cette fête que nous vouons à la mémoire de Liszt. Nous réussirons ainsi, non\nseulement à grouper les témoignages de piété autour du nom d'un des plus grands hommes de\nnotre pays, mais encore à établir le bilan glorieux de ce génie universel, puis a lier, aux yeux du\nmonde, les résultats de cette œuvre géniale à la gloire de la patrie. Je me propose de parler sur-\ntout de l'importance de François Liszt au point de vue de la culture nationale et je ne m oc-\ncuperai du grand musicien que lorsqu'il faudra mettre en lumière mon sujet proprement dit.\nOn a peine à retrouver dans les annales de l'art musical une individualité qui reunisse\naussi complètement que François Liszt le double talent de compositeur et d interprète. En\nglorifiant en lui l'interprète, je ne songe pas uniquement au haut degré de perfection technique\natteint par lui et grâce auquel l'importance du piano s est trouvée tellement augmentée qu on\npeut dire sans exagérer qu'il l'a découvert de nouveau, aussi bien comme instrument indépen-\ndant que comme moyen orchestral. Je pense plutôt a la merveilleuse objectivité qui lui permit\nde pénétrer l'inspiration individuelle et les intentions intimes du compositeur dont il interpré-\ntait l'œuvre. C'est là l'idéal le plus haut de 1 interprétation, idéal auquel peu d artistes attei-\ngnent, les uns défaillant par manque de talent, les autres par vanité ou par le désir de paraître.\nC'est ainsi que trop souvent l'art est sacrifie a la virtuosité de 1 exécution. Les œuvies de second\nrang supportent peut-être encore que l'interprete se place ainsi au premier plan, mais a mesure\nqu l'on s'élève dans les hautes régions de l'art musical, cette anomalie devient de plus en plus\nfâcheuse et finit par révolter les plus endurants. Il semble, en effet, que le virtuose, en con-\ncentrant l'attention sur sa personne, insulte non seulement a la dignité de son art, mais a la\nmorale elle-même, lorsqu'il se sert des compositions sublimes des Sébastien Bach, des Mozart\net des Beethoven pour mettre en valeur sa chétive personnalité. Quand on agit ainsi, on revele\nnon seulement son infériorité comme artiste, mais on trahit en meme temps son impeifection\ncomme homme.\nLe talent éminent de François Liszt lui permit de surmonter de très haut ces petites\nmisères de la carrière du virtuose. Exécutant l'œuvre des autres, il nous parait apparente aux\nplus grands génies, et pénétrer les secrets les plus caches de leurs compositions. Il paraissait\npressentir qu'une fois venu son tour de parler, il s eleverait au niveau des pius grands maîtres,\net que, quand il interpréterait l'œuvre d'autrui, il n aurait nul besoin de dénaturer la voix du\ngénie en y ajoutant de petits artifices de son invention peisonneile. En tant qu homme, il\npossédait une vertu aussi rare qu'admirable : l'absence absolue d envie. Je n ai jamais rencontre\nun homme qui eût trouvé une joie aussi désintéressée non seulement a reconnaître le mérité,\nmais encore à servir l'intérêt d autrui, ou qui se fut incline avec une sinceiite aussi naturelle\ndevant ceux qu'il considérait comme lui étant supérieurs. Ce trait noble et aimable de son\ncaractère contribua largement à perfectionner son talent d interprète. Ceux qui, au concert\nmémorable dirigé par Richard Wagner, ici même, a Budapest, 1 entendirent jouer le concert\npour piano en bémol majeur de Beethoven, mç comprendront sans plus d explications . c est\nen effet Beethoven que nous avons entendu jouer, et non pas François Liszt. Je suis heureux\nde constater que, sous ce rapport également, Liszt a fait ecole et que, la génération\nactuelle, nous retrouvons, chez les plus éminents de nos artistes, lorsqu ils interprètent les\nœuvres des grands génies, cette objectivité dénuee de personnalité qui constitue le plus grand\ntriomphe du musicien et sa gloire la plus pure.\nJe ne puis mentionner que brièvement les créations indépendantes de François Liszt,\nest tout naturel que, sur la multitude de ses compositions musicales qui suffiraient pour remplir\nune bibliothèque, tout ne soit pas d'une valeur égale. Mais cette abondance meme prouve une\npuissance de création extraordinaire.\nD'autre part, si on fait un choix parmi ses meilleures œuvres, on trouve un nombre con-"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.84", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4249, "texte": "sidérable de créations musicales destinées à vivre éternellement et qui le rangent parmi les\ngénies de premier ordre. Je ne crois pas qu'aucun auteur d'oratorios ait jamais donné une pro-\nduction plus charmante que la Légende de Sainte ou plus puissante que\nœuvre prodigieuse où le langage musical exprime toutes les douleurs et toutes les joies du\nChristianisme, son abnégation, ses aspirations, ses épreuves et ses triomphes. La musique sym-\nphonique, si l'on veut prendre ce mot dans son acception la plus large, n'a guère produit une\nœuvre plus pathétique que sa Symphonie de Dante.\nQuant à la musique liturgique moderne, qui tend à concilier l'esprit religieux avec les\nmoyens actuels d'expression, elle n'a rien produit qui surpasse la messe d'Esztergcm et celle du\nCouronnement. Enfin, pour ne pas mentionner toute la série admirable de ses morceaux pour\npiano et de ses lieder : les Rapsodies hongroises ont familiarisé le monde civilisé tout entier avec\nles motifs de nos chants et de nos danses populaires. Le cadre restreint d'un discours m'interdit\nla possibilité d'envisager son œuvre prodigieux au point de vue de l'esthétique ou de l'histoire\nmusicale : ce serait d'ailleurs trop présumer de mes modestes aptitudes. Ce qui doit m'occuper\nsurtout ici, c'est l'intérêt que la question soulevée présente au point de vue strictement national.\nCe grand et excellent homme, ce caractère désintéressé qui ignorait l'envie, qui débordait d'une\nbienveillance chaude et communicative, cet artiste qui fut l'un des plus grands dans le domaine\nde la production musicale, qui, innovateur intrépide, atteignit une perfection idéale dans l'art\nd'interpréter, était Hongrois, et, à ce titre, toute la nation participe à la gloire qu'il s'est acquise.\nEst-ce là tout ? Mon Dieu ! cela vaut bien quelque chose. Cette communauté d'origine con-\nstitue à elle seule un lieu entre lui et nous. Ce sera de plus une raison suffisante pour nous de\nconserver sa mémoire et de nous en enorgueillir.\nCes quelques traits de lumière ne suffisent toutefois pas à donner une idée du rôle rempli\npar François Liszt dans la culture nationale. Ces rayons lumineux ne sont ni froids, ni stériles,\nmais, au contraire, ils réchauffent et fécondent. Ils ont donné et conduit à pleine maturité\nde doux fruits, que nous recueillons déjà à l'heure qu'il est et dont nous ferons une récolte\nencore plus abondante si nous soignons la plante précieuse de l'art toujours avec le même\namour et la même sagesse.\nCe serait une erreur de croire que le génie de François Liszt fut un fruit de la culture\nnationale. A l'époque où il naquit et se développa, une culture qui aurait pu produire de grands\nartistes n'existait pas ici. Ce sont plutôt les grands artistes qui ont créé la nature artistique dans\nle pays. Or, en tout temps et en tout lieu, dans la création d'une culture nationale, pour tardive\nqu'elle soit, on peut distinguer deux courants : l'influence des civilisations plus avancées et le\ndéveloppement des qualités propres à la race. C'est ce qui se produit dans tous les domaines de\nla culture intellectuelle et morale : en politique, en littérature, en musique, en science, bref,\nen toutes choses. Ces deux tendances, chacune selon son caractère exclusif, possèdent leurs\nreprésentants distincts. D'ardents initiateurs s'efforcent avec une égale bonne foi, les uns, à\ntransplanter les résultats du dehors, les autres à développer les germes intérieurs. Que l'on\nsonge aux luttes politiques qui, chez nous, mirent aux prises les \" idéologues \" et les \" particu-\nlaristes, \" ou encore aux querelles littéraires à propos de la réforme de notre langue. La vérité\net le progrès national finissent par mêler ces deux courants. Livrée à ses propres moyens et\ncontrainte de refaire ce que le pénible labeur des autres a déjà réalisé ailleurs, l'évolution\nintérieure n'avancerait qu'à pas de tortue, et l'imitation servile ne ferait que modifier le dehors\nsans rien transformer. Le dernier mot sera toujours à ceux qui s'entendent à réunir et à\naccorder ces deux facteurs du progrès dans une direction commune.\nAvant tout autre et mieux que tout autre, c'est à François Liszt qu'échoit cette haute\nfonction, alors qu'il s'agit de créer l'art musical dans notre pays."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.85", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4296, "texte": "Loin de moi l'intention de vouloir diminuer le mérite des autres travailleurs qui ont\ncollaboré, avec un résultat tantôt brillant, tantôt modeste, à rompre les barrières que l'indiffé-\nrence opposait à l'essor de la culture musicale, et sans l'effort desquels le progrès n'eût jamais\npu se réaliser. En attachant surtout aux noms illustres de Széchenyi, de Deâk et de Kossuth\nla gloire des grandes transformations politiques du pays, nous n'avons nullement l'intention\nd'abaisser le mérite des autres artisans du progrès. En plaçant Vôrôsmarty, Petôfi et Arany au\nsommet de notre histoire littéraire, nous ne nions pas l'éclat dont sont ontourés d'autres noms.\nCe que nous voulons dire, c'est que le travail acharné de beaucoup d'autres grands hommes,\navec leurs divergences et leur concours, se réunit comme dans un faisceau dans les noms cités,\npour former un ensemble organique qui réponde à toutes les exigences du progrès. C'est à\nFrançois Liszt qu'échut ce rôle de concentration dans le domaine du développement musical\nde la Hongrie.\nDès son enfance, il quitte le pays, car il fallait alors aller à l'étranger pour s'initier aux\nsecrets de l'art musical et pour s'assimiler les productions des grands maîtres. C'est à Vienne\nqu'il reçoit sur le front le baiser du génie musical, incarné dans la personne du grand Beet-\nhoven. C'est Leipzig qui conserve alors les grandes traditions de la science du contrepoint ;\nRome, les secrets professionnels des vieux maîtres italiens ; Paris les finesses du goût en cours\nd'évolution. Et il fréquente tour à tour ces centres de science, d'efforts et de progrès, avec cette\nmerveilleuse diversité d'aptitudes grâce à laquelle il ne fut jamais l'esclave des impressions\nlocales, mais emporta de partout ce qu'il y avait de bon à prendre. Or, la diversité des influences\nsubies est l'un des moyens par lesquels on conserve son originalité propre. Car l'influence\nexclusive d'un milieu unique rend esclave, tandis que celles de plusieurs se contrebalancent et\nlaissent libre carrière à l'individualité. François Liszt, lui, nous a transmis, sous leur forme la\nplus avantageuse, les grandes et indispensables influences de l'Occident. Lorsque, après être\nresté toujours à l'étranger \" notre fidèle parent, \" selon l'expression du Poète, il nous revint,\nnon pas fatigué et épuisé, comme certains le prétendent, mais avec une personnalité artistique\npurifiée et une parfaite conscience de sa propre valeur, il n'apporta pas parmi nous les trésors\ndu monde musical pour les lancer comme un poids énorme sur notre musique nationale afin\nde l'étouffer, ni comme des oripeaux pour en faire parade : mais comme un sain aliment dont\nnous devions nous nourrir et que nous devions nous assimiler ; comme une source où nous\npuiserions afin de pouvoir rester ce que nous avons toujours été. Sa sympathie profonde pour\nnos aspirations nationales, son respect de toute individualité prononcée, sa foi en le génie du\npeuple magyar qu'il sait apte à créer une musique nationale : tout cela en fit l'homme provi-\ndentiel, dont le coup d'œil perçant fut à même de découvrir, dans le développement musical\ndu pays, le point d'appui d'où il fût possible d'établir un équilibre salutaire entre l'influence\nétrangère et le génie de l'art hongrois.\nEn parlant d'équilibre, je n'entends pas par ce terme quelque chose de parfait, de\ndéfinitif. Les courants d'idées intellectuels et artistiques ne présentent rien de semblable.\nAinsi, le pendule est toujours en oscillation et se déplace tantôt à droite, tantôt à gauche, tout\nen étant soumis aux lois du mouvement. Que ce soit en politique, en littérature, en art ou\nen science : les oscillations ne cessent pas un instant de se produire ; elles inclinent tantôt\nvers l'imitation de l'étranger, tantôt vers une originalité plus ou moins réelle. Tout ce qu'on\nest en droit d'attendre, c'est que ces divers mouvements nous rapprochent de l'équilibre\nvoulu ; et la seule chose dont soit capable l'influence des grands génies, c'est d'adapter\nles lois de cet équilibre aux mouvements des forces agissant en toute liberté. En le faisant,\nFrançois Liszt est devenu, pour ainsi dire, le symbole et l'initiateur du mouvement musical\nen Hongrie. N'oublions pas les artistes de grand mérite qui ont pris part à ce labeur, mais"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.86", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3982, "texte": "reconnaissons aussi que l'ensemble des lois de ce développement se trouve harmonieusement\npersonnifié dans la grande individualité artistique du Maître.\nLa fête que nous célébrons est donc, dans le sens le plus strict du terme, celle de la\nculture nationale. Bien qu'en même temps elle intéresse aussi le monde entier, elle ne perd\npour cela rien de son caractère spécialement hongrois. Bien plus, nous sommes en droit de\ndéclarer fièrement aux peuples qui sont nos aînés dans la civilisation que, ce que Liszt nous a\nrapporté venant d'eux, nous en avons largement payé la valeur par ce qu'il a rendu au monde\ncivilisé tout entier. Et quand les disciples de François Liszt, venus de tous les points du globe,\nse réuniront parmi nous, ils apporteront leur dette de reconnaissance, pour les trésors à eux\nlégués, non seulement à la mémoire de François Liszt, mais encore à la patrie de ce grand\nhomme. Et il se trouvera peut-être qu'en établissant le bilan final entre les pays qui ont été\nde tout temps la terre nourricière de l'art musical, entre les grands peuples qui comptent\ndans le monde de la musique, d'un côté, et notre patrie, de l'autre, notre dette se soit convertie\nen un acquit positif. \"\nLes fêtes du Centenaire eurent un épilogue sensationnel. Après les avoir présidées, M. le\ncomte Géza Zichy déposa à l'Académie Hongroise des Sciences un pli cacheté, ne devant être\nouvert qu'après dix ans, par égard aux personnes qui sont vivantes encore. D'après ses dires ce\npli cacheté contient la preuve irrécusable de la provenance réelle du livre, intitulé :\nmiens et de leur musique en Hongrie. Quoi qu'il soit signé par Liszt son véritable auteur est la\nprincesse Sayn-Wittgenstein, ce bas-bleu impénitent à qui l'on doit un ouvrage en 24 volumes\nsur Les raisons intérieures de la faiblesse extérieure Elle a écrit l'ouvrage dont il s'agit\ntant pour égaler la réputation de Mme d'Agoult, —la mère des enfants de Liszt, que pour\nplaire au gouvernement autrichien absolutiste d'alors. Car il avait l'intention d'anéantir la race\nhongroise et ne pouvait qu'applaudir à une tentative d'escamotage du génie hongrois.\nLa révélation de cette substitution que le \" roi des pianistes \" ne pouvait pas avouer sans\nmanquer à ses devoirs élémentaires de galant homme, est d'une importance capitale pour sa\nmémoire. Car il était très pénible pour les Hongrois, que l'auteur des *c Rhapsodies Hon-\ngroises \" ait pu concevoir une théorie aussi absurde que peu patriotique. Aussi s'abstenaient-ils\njusqu'ici de redemander les cendres de Liszt à l'Allemagne, bien qu'elles soient dignes de\nreposer dans le Panthéon hongrois. Maintenant la gêne n'existe plus entre le grand artiste et\nses compatriotes, et il est probable que le gouvernement hongrois entamera sous peu les\nnégociations que comporte la solution de cette question. Les déclarations faites aux membres\nde la famille de Liszt par le ministre de l'lnstruction Publique, le comte Jean Zichy, ne\nlaissant subsister aucun doute sous ce rapport.\nE. DE B.\nEISENACH. Le dernier Festival Bach empruntait à la douce petite ville d'Eisenach,\ntapie dans la forêt de Thuringe et que domine le château de la Wartburg où Wagner a situé\nl'action de Tannliauser,un caractère familial et de grave intimité. Les plus célèbres kapell-\nmeister et musicographes de l'Allemagne s'y étaient donné rendez-vous.\nIl comprenait trois séances. La première eut lieu dans l'église Saint-Georges, où Bach\njoua parfois l'orgue. Concert admirable où l'organiste Camille Schumann, les chanteurs Tilly\nKoenen, Tilly Cahnbley-Hinken, MM. Gustav Havemann, Alfred Gleisberg, sous la direction\ndu professeur Kretzschmar, interprétèrent parfaitement des œuvres de Jean-Sébastien et Jean-\nChristophe Bach et de Johannès Eccard (i553-i6io), un précurseur de Jean-Sébastien. Les\nchoristes, vraiment excellents de cohésion, étaient dirigés par le professeur Julius Meininger.\nLe lendemain, deux concerts au Kurhaus :à 11 heures du matin, concert de musique de"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.87", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3429, "texte": "chambre ; à 6 heures du soir, grand concert avec orchestre. Je veux tout de suite noter\nles grands violonistes Hélène Bornemann-Ferchland, Gustav Havemann ; MM. Christian\nDobereiner, jouant une viole de gambe ; Max SeifFert, pianiste ; Heintzsch, jouant une viole\nd'amour ; Maximilien Schwedler, flûtiste ; L. Werle, jouant une haute trompette, aux sons\nvraiment surprenants. Je dois vanter aussi l'orchestre du Gewandhaus de Leipzig que dirigea\navec une très précise simplicité le professeur Kretzschmar. Au programme, des œuvres des\nauteurs plus haut cités ; et l'admirable Concerto pour la Nativité, de Corelli.\nL'attrait de ce Festival résidait surtout dans un tournoi qui se poursuit depuis quelques\nannées en Allemagne et qui fait s'y empresser les kapellmeister et les musicographes.\nC'est le tournoi du clavecin et du piano. Une très grande artiste, infiniment sensible,\nexceptionnellement savante et probe : Mme Wanda Landowska affirma, voilà bientôt dix ans,\nque, seul, convenait à l'interprétation exacte des œuvres de musique ancienne le clavecin, cher\naux maîtres d'autrefois ; elle s'offrit à le prouver : et, depuis,\nson apostolat, vraiment unique dans la vie musicale actuelle,\nse poursuit à travers l'Europe ; il suscite en Allemagne une\ncuriosité passionnée. Mme Wanda Landowska a, d'année en\nannée, diminué le nombre de ses auditeurs sceptiques, cepen-\ndant que s'accroissait l'élite de ses admirateurs. Elle a converti\nau clavecin, ceux qui avaient été parmi les plus illustres de ses\ndétracteurs. Aux fêtes d'Eisenach s'empressaient tous les pro-\nfesseurs qui, d'abord hostiles, se sont depuis ralliés à son idéal.\nMme Wanda Landowska venait fournir, dans ce dernier\nfestival, une nouvelle preuve de la préexcellence du clavecin a\njouer les œuvres de Jean-Sébastien Bach. Il faut avouer que\nl'infatigable Amazone (on la surnomme ainsi en Allemagne)\ns'était admirablement armée. La principale objection contre le\nclavecin, c'est, pour la plupart des mélomanes,... le clavecin\nlui-même. Ils s'indisposent de sa sonorité qu'ils estiment\n\" aiguë, \" et ils disent avec mépris : \" cage à mouches. \"\nC'est qu'il y a clavecin et clavecin.\nLe clavecin, tel que l'aima et le joua un Jean-Sébastien\nBach, était d'une sonorité délicate et beaucoup plus nombreuse\nque celle du piano actuel ; on en tirait un parti plus varié. Pour faire triompher la cause du\nclavecin, il fallait réaliser un clavecin digne de la facture allemande. La facture française l'a\nemporté sans discussion possible.\nNous ne saurions trop féliciter notre collègue, dévoué à tout ce qui touche la musicologie,\nM. Gustave Lyon, qui construisit tout exprès un clavecin pourvu d'un registre de 32 pieds,\ninstrument de sonorité ample et profonde.\nHEIDELBERG. Le festival de 1' Union qui généralement\na lieu au mois de mai était retardé cette année jusqu'au 22 octobre pour fêter le centenaire de\nFranz Liszt, le fondateur de la société il y a 50 ans. Ce fut le 7 août 1861 que 1 Union vit\nle jour à Weimar et c'est une double solemnité qui se célèbre en ce moment à Heidelberg.\nChristus, 1856-66, ouvrait le festival ; le grand oratorio qui nous montre Liszt à l'apogée\nde son génie. L'orchestre sous maître Wolfrum(Heidelberg) accompagne avec discrétion et\nsouplesse. Mme Noordewier-Redingius parfaite de style chante en grande artiste ainsi que MUe Ilona\nDurigo(Budapest), excellent mezzo au timbre un peu sombre et plein de charme ; MIS"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.88", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2618, "texte": "(Berlin), TVeil (Stuttgart) et Schueller (Francfort) complètent un ensemble digne de l'œuvre.\nAu banquet dans la \" Stadthalle \" son Excellence M. de Fagemann prononça une allocution\nen honneur de Liszt qu'il fêta comme précurseur de la musique moderne, M. Wolfrum\nremercia les artistes, venus pour rehausser l'éclat du centenaire. Il nomma surtout le maître\nCamille Saint-Saëns qui malgré ses 76 ans n'avait pas hésité à mettre son concours au service\ndu grand maître et ami. Pour honorer l'Union générale allemande de musique, /'université\nde Heidelberg nomma président de la société M. Max Schillings, u docteur en philologie\nhonoris causa \". Le grand événement des matinées de musique de chambre était l'appa-\nrition de Saint-Saëns sur l'estrade. Le comité de l'Union générale d'un commun accord,\nnomma Saint-Saëns à la fin du concert, membre honoraire de la société, ce que mit le\ncomble au délire de l'auditoire. Edouard Risler (Paris), qui interpréta la grande sonate de Liszt,\nsut captiver la salle par la noblesse de son jeu et son grand style musical. Moins heureux fut\nArthur Friedheim (New York) dans les deux numéros de Saint François d'Assise ;Mr et Mme\nRovart-Hodapp jouèrent le \" concert pathétique pour deux pianos \" d'une manière impeccable.\nParmi les artistes du chant c'est Mme Charles Cahier (Vienne) qui remporta la palme. Mme\nDebogis (Genève) et Mlle Johanna Dietz (Francfort) avaient un rôle difficile auprès de cette\nartiste ; leur succès fut d'autant plus méritoire.\nLa direction du deuxième concert à grand orchestre échut à Richard Strauss ; il se révéla\nde nouveau comme maître de premier ordre, au geste bref et intense. Sur le programme : \" Ce\nqu'on entend sur la montagne\" ; \" deux épisodes du Faust\" de Lenau ; \" Tasso, \" \" La\nmento e Trionfo. \" Ferrucio Buscni, un des grands élèves de Liszt, empoigna son auditoire\ndans le \" grand concert symphonique \" et la partie piano de \" la danse des morts \". Rarement\nnous avons eu l'occasion d'entendre un jeu, d'une grandeur aussi austère, un toucher si plein\nde force.\nUne pièce de beaucoup d'effet et de grande beauté est \" l'Hymne de l'enfant à son\nréveil \" pour chœur de femmes, harpe, piano et orgue ; elle produisit une profonde impres-\nsion. M. TVolfrum, les chœurs de la société Bach et de la Chorale Académique peuvent\nêtre fiers de leur grand succès. Comme bilan victoire complète sur toute la ligne. La\nfamille granducale assistait à presque toute la fête et donnait le signal des applaudissements.\nLe soir d'adieu grand feu d'artifice sur la rivière et embrasement du vieux château\ncoup d'œil inoubliable.\n\nMax Rikoff."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-11-15-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-11-15_01#c039", "volume": "bmtnabh_1911-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 87, "image_fin": 87, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.2.19.1", "titre_corps": "Wanda Landowska par Bils", "titre_sommaire": "Wanda Landowska par Bils", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.87", "debut_caractere": 3431, "fin_caractere_exclue": 3455, "texte": "Wanda Landowska\npar Bils"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-11-15-01-c041", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-11-15_01#c041", "volume": "bmtnabh_1911-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 89, "image_fin": 91, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.2.20", "titre_corps": "ESSAI SUR L'ESTHÉTIQUE DE L'ORGUE", "titre_sommaire": "ESSAI SUR L'ESTHÉTIQUE DE L'ORGUE", "signature_source": "Eugène Lesierre, Organiste de St-fean-St-François", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.89", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3131, "texte": "ESSAI SUR L'ESTHÉTIQUE DE L'ORGUE\n\nL'ORGANISTE LITURGIQUE\nAprès avoir esquissé, dans une précédente étude, les divers types de l'organiste moderne,\nje vais essayer aujourd'hui de déterminer le style qui convient exclusivement à l'orgue, instru-\nment d'église.\nLe répertoire de l'organiste est fait de pièces innombrables : les pieux chorals, les préludes\net les fugues à l'allure majestueuse des maîtres des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles voisinent\navec les transcriptions d'œuvres théâtrales et symphoniques. A côté des sonates modernes écrites\nspécialement pour le service divin, nous trouvons des pièces de pure virtuosité : scherzos, fugues\nrapides, morceaux de concert, etc.\nL'organiste idéal, l'artiste religieux qui considère sa fonction comme un sacerdoce et dont\nla musique \"aide au recueillement et à la prière \" doit faire une sélection parmi ces nombreuses\npièces et rejeter tout ce qui est musique profane.\nMais, comme je l'ai déjà dit, le véritable artiste est rare. La plupart des organistes sont\npersuadés que tout ce qui a été écrit ou transcrit pour l'orgue peut se jouer à l'église. Ils oublient\nque l'orgue est avant tout et surtout un instrument religieux et que la musique sacrée doit\nnous donner des émotions pieuses, atteindre notre âme, au lieu de nous procurer des sensations\npaïennes.\nL'Eglise a proscrit de ses temples les autres instruments : \" Organo tantum in Ecclesia\nlocus sit \" proclame définitivement un des conciles de Milan de 1565.\nTrois siècles auparavant, un disciple de Saint Bernard, Saint Elrède, abbé de Rhieval,\navait défini la fonction de l'orgue d'une manière parfaite : \" Vocis exprimens suavitatem \"\n« du chant d'Eglise, l'orgue doit en être le complément, c'est vers ce but qu'il doit diriger\nses perfectionnements afin d'exprimer plutôt la louange vocale que les vains bruits de la nature\n• 112» 1\ninanimée.\nPuisque l'orgue est sacré par le prêtre instrument liturgique, il faut mettre en harmonie\navec le service divin le style de sa musique.\nRejetons donc comme musique profane, et par suite déplacées à l'église, ces pièces de\nconcert destinées uniquement à faire valoir le mécanisme des virtuoses. A l'église surtout, il\nfaut que l'exécutant s'efface devant l'auteur, il devrait même se faire complètement oublier.\nSignalons aussi au mépris des vrais artistes ces \" joueurs de musique dont les doigts peuvent\nremuer aussi vite que des pattes d'araignée \" qui, par leur interprétation stupide, contraire aux\ntraditions classiques, transforment les fugues du pieux Bach en études de concert.\nEcoutez ce que dit Widor de l'interprétation du maître d'Eisenach : \"On accélère\n\" inconsciemment le mouvement de certains auteurs dont on rejoue fréquemment les mêmes\n\" pièces : ici, tout au contraire, il faut éviter, avant tout d'évoquer l'idée de la vitesse, car\n\" chaque note demande à être distinctement entendue : dans cette admirable polyphonie,\n\" jamais rien d'inutile. Cavaillé-Coll rappelait toujours avec le même étonnement la lenteur\n« }a fugue en ré majeur sous les doigts du vieux Hesse, de Breslau, en l'église Ste Clotilde\n\n1 J. Régnier, l'Orgue. Lib. Vagner, Nancy 1850."}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.90", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 3783, "texte": "\" (à Paris) dont l'orgue venait d'être achevé. Chaque fois qu'on redit une pièce de Bach, il semble\n\" qu'on y découvre quelque détail nouveau. On cherche à mieux rendre les intentions de\n\" l'auteur et par conséquent à aller moins vite afin de s'écouter mieux. \" (Ch. M. Widor.\nPréface de J. S. Bach, le Musicien-Poète \" par A. Schweitzer.)\nCette pure tradition que le maître Widor défend avec tant d'érudition et de science est\nvainement combattue aujourd'hui par quelques virtuoses aussi prétentieux qu'ignorants : \" Nos\ninstruments ont acquis de grands perfectionnements, disent-ils, l'invention de Barker a rendu le\ntoucher de l'orgue aussi facile que celui du piano : si Bach revenait à la vie, nul doute qu'il ne\njouât ses fugues beaucoup plus vite. \"\nCes \" pseudo-artistes \" prouvent par là leur ignorance absolue de l'histoire de l'orgue et\ndes principes les plus élémentaires de l'acoustique.\nEn effet, \" l'organo pleno de Bach était composé de fonds et de mutations à l'exclusion\nde tout jeu d'anches au clavier des mains. \" A cette époque, on n'accouplait jamais les claviers\npour jouer la fugue (et très rarement pour le choral), car la mécanique d'accouplement était\nlourde et difficile à manier.\nMais chacun des claviers pris à part, grâce à un mécanisme extrêmement précis et à de\nnombreuses mutations, parlait avec une rapidité comparable à celle des clavecins. (Il est d'ail-\nleurs commode de se rendre compte de la facilité d'émission des orgues du XVIIIe siècle en\njouant le petit orgue du Dauphin, actuellement à la chapelle des Etudiants à l'Eglise St-Sulpice\nà Paris, instrument qui fut construit en 1745 par Nicolas Sommer). 1\nAu contraire, nos modernes instruments surchargés de gambes et de jeux d'anches de\ngrosse dimension ont une sonorité lourde et pâteuse.\nAinsi donc, si Bach ressuscitait, il jouerait ses fugues.... plus lentement encore qu'en\nl'an 1725.\nEnfin, que ceux qui n'ont jamais eu la curiosité d'ouvrir un traité de Physique méditent\nau moins très attentivement ces conseils de Forkel :\n\" Le son plein de l'orgue est de sa nature peu propre à des traits rapides ; il exige un\n\" certain temps pour se développer et s'éteindre dans le large et libre vaisseau d'une église.\n\" Que ce temps soit insuffisant, et les sons se confondront de telle manière que l'effet en sera\n\" confus et inintelligible. Les traits doivent donc être appropriés au lieu et à l'instrument,\n\" c'est-à-dire qu'ils auront une solennelle lenteur. \" (Forkel. Vie de Bach, Trad. F. Grenier.)\nSi nous examinons maintenant les transcriptions d'œuvres théâtrales et symphoniques, il\nnous faudra les condamner avec plus d'énergie encore.\nInconvenantes, parce que dans un lieu réservé à la prière, elle évoquent des tableaux trop\nsouvent voluptueux, elles sont de plus anti-artistiques et tout à fait contraires au style de\nl'orgue : \" S'il y a quelque chose d'antipathique au style lié, dit Régnier, c'est ce genre de\n\" musique où la mélodie rapide, folâtre et séduisante attire invariablement l'attention sur une\n\" seule partie de l'orchestre qui chante toujours aux dépens de ses sœurs, au mépris du style de\n\" l'orgue. \"\nPour Widor, ces transcriptions \" dénaturent le caractère essentiel de l'instrument et en\nfont un faux orchestre ou un orgue de Barbarie. \"\nLaissons donc au salon les œuvres de ces lourds et maladroits transcripteurs qui \" oublieux\n\n1 Autre exemple : M. Vierne m'a dit avoir joué dernièrement à Trêves un orgue de 38 jeux possédant\n3 claviers et contenant seulement deux jeux d'anches (une trompette au positif et un petit jeu d'anches libres au\nRécit). Cet orgue construit en 1735 était resté dans un remarquable état de conservation et sa mécanique,\nvéritable chef-d'œuvre de précision, aurait permis des mouvements vertigineux."}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.91", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2906, "texte": "\" des traditions du passé abandonnent le pays ensoleillé du contrepoint pour se cantonner dans\n\" le cercle étroit des accords plaqués et des harmonies suivant la formule. \" (Widor)\nEn résumé, le style de l'orgue doit remplir trois conditions :\nl°) Etre de caractère strictement religieux, (c'est cette qualité qui doit déterminer le\nsentiment et la forme des morceaux ainsi que leur régistration) ;\n2°) Etre d'écriture contrapuntique ;\n30) Posséder la qualité technique qu'on appelle \"le style lié. \"\nEssayons maintenant d'appliquer ces principes aux divers moments de l'Office catholique.\nPuisque nous avons éliminé comme musique profane les pièces de virtuosité et les trans-\ncriptions d'oeuvres théâtrales, il nous reste à examiner : les pièces anciennes (chorals, préludes\net fugues) et les sonates modernes.\nL'organiste catholique exécute généralement à la messe deux pièces importantes, l'une au\nmoment de l'Offertoire, l'autre à la Sortie.\nL'offertoire est pour l'organiste le morceau capital : \" Avant et après l'Office, l'orgue\nn'est pas écouté, il ne supplée personne ; il chante dans le désert. \" L'Offertoire est une\nprière, puisque le prêtre se tournant vers les fidèles dit : \" Oremus \" et commence aussitôt le\nSaint-Sacrifice. Il faut donc que l'organiste suive, pour ainsi dire, les paroles de l'officiant et les\ncomplète en quelque sorte.\nIl serait téméraire, je crois, de vouloir assigner une forme invariable, définitive à ce mor-\nceau qui varie de caractère et de sentiment suivant les différentes cérémonies.\nToutefois le choral, parce qu'il est naturellement religieux et qu'il aide à la prière, me\nparaît tout désigné pour ce moment de la messe. Si l'offertoire doit avoir quelque durée, on\npourra avec succès exécuter un choral avec variations : on tempérera ainsi l'austérité du mor-\nceau par des changements de timbre qui feront valoir les ressources de l'instrument.\nLes Préludes de Bach et des Maîtres anciens, étant généralement de proportions majes-\ntueuses et demandant une régistration plus sonore, conviendront tout à fait pour les jours de\ngrande fête.\nQuand à la fugue, religieuse seulement par convention, il semble qu'elle doive s'adapter\nremarquablement à la Sortie.\nAprès 1' \" lté missa est, \" la cérémonie est \" liturgiquement \" terminée. Aussi l'organiste\npourra-t-il faire montre de sa virtuosité tout en initiant les fidèles au vrai style de l'orgue.\nBien que dans l'idée de leurs auteurs, elles aient été composées pour l'église, les sonates\nmodernes sont en général assez difficilement applicables au service divin, à cause de leur\nétendue. On est contraint, la plupart du temps, de les fragmenter. L'Adagio ou l'Allegretto\npourront alors convenir à l'Offertoire, tandis que l'Allégro ou la Toccata, par leur vivacité, par\nle brillant de leur régistration \" sonneront \" admirablement à la sortie.\n\nEugène Lesierre,\nOrganiste de St-fean-St-François."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-11-15-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-11-15_01#c042", "volume": "bmtnabh_1911-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 94, "image_fin": 94, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.2.21", "titre_corps": "Les lieder de Richard Strauss", "titre_sommaire": "Les lieder de Richard Strauss", "signature_source": "M. 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D'autres, tout à fait érudits, sauront que Strauss est né\nle 11 juin 1864, qu'il est aujourd'hui un des chefs incontestés de l'école allemande, et que\nce titre lui a valu l'an passé les honneurs d'une Grande Semaine à Munich.\nCe que l'on sait moins, c'est que Richard Strauss est aussi l'auteur de Lieder charmants\nou terribles, qui à eux seuls suffiraient à le classer parmi les héritiers directs de Schubert et de\nSchumann. Comme eux bien germanique, il chantera la montagne et la forêt, le berceau de\njasmin où les jeunes gens se donnent rendez-vous, et le vieux pommier tout gris, hôte bien-\nfaisant qui offre au poëte abri et souper. Mais, à tout prendre, il regarde la nature d'un œil\nmoins attendri que les grands romantiques, et s'il l'invoque, c'est moins pour lui demander le\nrepos ou la résignation que la force. Je ne vois guère que deux de ses Lieder deux chefs-\nd'œuvre, du reste qui s'approchent tout à fait exactement de l'idéal Schumannien : ce sont :\nle Vallon et la Forêt solitaire. Ailleurs M. Strauss se montre bien plus combatif que désespéré. Il\naura au plus haut degré et ceci est bien allemand encore le sens d'un certain comique naïf\net un peu douloureux. Voyez le \" Chant du Casseur de Pierres \", \" les Sept Buveurs \", et surtout\n\"O Tristesse\", étonnante complainte où la mélodie grimace, hoquète en sauts de neuvièmes,\net vient s'éteindre dans le sanglot final de l'amoureux éconduit. L'homme qui souffre dans son\norgueil ou dans sa passion., l'homme qui s'insurge contre sa destinée, voilà le héros des Lieder\nde R. Strauss. A tout instant une force impétueuse fait craquer le cadre de la simple chanson,\net, dans une clameur d'irrésistible angoisse, l'emporte vers les hauteurs du lyrisme le plus\nvéhément : le simple lied est devenu une ode, quelquefois aussi un drame, ou bien une tragédie.\nChez Strauss, la passion de la vie l'emporte sur les terreurs de la mort : il ne sera jamais\nle chantre des mystiques ni des désenchantés ; la dame de ses rêves est bien en chair ; nous\npourrions trouver chez lui maints exemples de passion exaspérée jusqu'à la frénésie. Bien\nsouvent même, sa musique dépassera la portée sentimentale de son texte ; et il terminera, par\nexemple la description d'un Eté bleu, lourd de chaleur, par une période digne de clore la plus\nfastueuse des épopées.\nSa phrase est sonore, amplement colorée, et procède par degrés largement disjoints. Je\nvoudrais pouvoir donner ici le tracé schématique d'un de ces lieder et l'opposer à quelque\npage de Debussy ou de Ravel : on y verrait que la furie française semble être passée du côté\ndu Teuton. Un de nos confrères allemands, le Dr Léopold Schmidt, voulant caractériser la\nmusique de Strauss, disait d'elle : Sie macht sich bemerkbar, laut und gestikulierend. Le mot\npourra faire sourire ici, mais ne manque pas de finesse. Musique gesticulante, oui, tel est bien\nle propre de cette extraordinaire déclamation, qui monte, qui descend, parcourant en quelques\nnotes les tessitures les plus invraisemblables, outrepassant les limites des voix humaines et\nrequérant le chanteur le plus robuste comme le plus exercé.\nLa France n'aurait pas d'excuse si les Lieder de Strauss ne prenaient pas la place qui\nleur revient dans nos programmes. Nous en avons maintenant une excellente traduction, due\nà M. Schneider et à M. Marnold. Il faut que l'on nous chante ici le magnifique \" Atlas le\nGrand \", le délicieux Florilège, l'amusant Serment de Célibataire. Je m'arrête : nommer tous\nceux que je voudrais entendre, ce serait les énumérer au complet, et l'on m'accuserait de faire\nconcurrence au catalogue de M. Adolph Fiirstner."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-11-15-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-11-15_01#c043", "volume": "bmtnabh_1911-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 95, "image_fin": 96, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.2.22", "titre_corps": "DOUCE VISION", "titre_sommaire": "DOUCE VISION", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.95", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 47, "texte": "DOUCE VISION\n(Freuiidliche Vision)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-11-15-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-11-15_01#c046", "volume": "bmtnabh_1911-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 97, "image_fin": 100, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.2.23", "titre_corps": "Çà et Là", "titre_sommaire": "Çà et Là", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.97", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2782, "texte": "Çà et Là\nAu moment où les Kreisler et autres grands virtuoses de l'archet reviennent à nous, il\nest probable que nous allons revoir, parmi les louanges exaltées, le cliché inévitable :\n\" M. X. possède un Stradivarius ou un Guarnerius acheté au poids de 1'0r... \"\nNous avons demandé à notre collègue et collaborateur Lucien Greilsamer son opinion sur\nce jugement si souvent porté et si rarement vérifié.\n\"C'est très simple nous écrit-il. Un violon pèse en moyenne 650 grammes. Le gramme\nd'or vierge vaut approximativement 3 francs, soit au poids de l'or fr. 1.950 ; pas davantage.\nLe violon de Kubelik par exemple, ayant coûté 150.000 fr. a donc été vendu 77 fois plus\ncher qu'au poids de l'or. Cela porte le gramme du bois à fr. 231 environ.\nA titre de comparaison j'ajouterai qu'un archet de Tourte (ce nom désigne l'auteur et\nnon l'acheteur), pesant environ 60 grammes se vend jusqu'à fr. 1.800, ce qui met la valeur du\ngramme à 30 fr. soit dix fois plus que l'or.\nC'est relativement bon marché, quand on pense qu'un tableau ancien, d'un mètre carré\nenviron, se vend jusqu'à 750.000 fr. et quand il est faux, encore davantage. Or, ce mètre de\ntoile peut bien peser 250 grammes, ce qui porte le gramme de toile à fr. 3000, c. à. d.\n1000 fois plus cher que l'or.\nLa morale : c'est qu'il n'y en a pas. \"\n* *\nUn de nos lecteurs M. Joseph Depoin, archéologue érudit, a découvert un texte amusant\ndans le ms fr. 1850 fol 74 de la Bibliothèque nationale. C'est une description d'une peinture\ndont Charlemagne aurait fait orner son Palais d'Aix-la-Chapelle :\n\" Comment Charlemaines fît peindre les sept ars en son palais\nMusique fut peinte en la salle le Roi. Qui apprent bien et droit a chanter. Et par cele\nart sont les hautes iglises anorcés, et li haut servise fet, dont ele sont essanciées et plus chier\ntenues quant li clerc chantent par cet art, et organent ès hautes iglises de la Chrestienté.\nEt cil qui ne chante par cet art, il chante a la maniéré des asnes car il ne set la maniéré des\nvoix. Et sachiéz que ce n'est mie chanz s'on ne l'escrit par 1111. ruiles. Et par cet art chanta\nDavid le saumes ès estrumenz. Et li estrument furent fet par cele art. Et sachiez que ele fut\npremier seue par la voiz et par le chant des anges. \"\nTelle était l'idée qu'on se faisait de l'art musical dans les sphères distingués du IXe siècle.\n*\n* *\nLes Marches de Sud-Ouest posent la question suivante :\nu Qui introduisit le violon dans les cérémonies du culte et à quelle époque ? Abbé R...y à Pau.\nR. C'est chez Montaigne que nous trouvons le témoignage de l'emploi des violons\ndans les cérémonies du culte. En octobre 1580, de passage à Vérone, le philosophe écrit dans\nson journal, (édition Hachette) :\n\" Il y avait des orgues et des violons qui accompagnaient les chanteurs à la messe, \""}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.98", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2301, "texte": "C'est donc de 1575 environ qu'il faut dater cette révolution dans l'art liturgique. Son\nauteur est le compositeur Agazzari. \"\nNe pourrait-on remarquer que Agostino Agazzari naquit à Sienne le 2 décembre 1578, ce\nqui lui permet difficilement d'avoir fait concerter les violons de Vérone en 1580. La question\nn'en reste pas moins de celles qui devraient faire l'objet d'une sérieuse enquête. Il n'en est pas\nqui aient inspiré, plus que celle là, l'invention des musicologues fantaisistes. Les\nSud Ouest nous en donnent une nouvelle preuve.\n*\n* *\nNotre correspondant de Venise, le Professeur Tempesta, est venu à Paris pour mener une\ncampagne contre toute traduction des œuvres lyriques. M. Tempesta ne voudrait pas qu'un\nopéra fut chanté en une autre langue que celle dans laquelle il a été écrit. Il a de bonnes\nraisons pour soutenir cette opinion judicieuse. Les directeurs de théâtre en ont d'absolument\nopposées et de très valables aussi pour soutenir la thèse contraire.\n*\n* *\nSait-on que Liszt avait> tout comme Schumann, composé en 1848, un chant socialiste\nprolétaires. C est une composition pour solo de basse et chœur d'hommes, dont le\nMusée Liszt de Weimar conserve l'autographe et que la maison Breitkopf est en train de\ngraver. Le Vorwaer ts sera donc cette fois plus heureux, qu'il ne l'a été avec le chœur de\nSchumann détenu par notre regretté Charles Malherbe.\n*\n% *\nAu Cercle d Etudes Sociales professionnelles, notre collègue M. Daubresse entreprend une\nsérie de causeries sur la condition sociale du musicien en France. Ces causeries auront lieu les\nIs> 22 et 29 novembre, les 6 et 13 décembre a 2 h. 1/2. 17 rue de Chateaubriand.\n*\n* *\nVoici le programme des conférences du musique a Y Ecole des Hautes Etudes Sociales pour\ncette saison 1911-1912 :\nLes mercredis à 4 h. 1/4.\nLeçon d'ouverture . 8 novembre, MM. Louis Laloy.\nLes formes de la musique vocale au XVIe siecle. novembre, Henry Expert,\nLes formes de la musique instrumentale au\nXVIIe siecle. . 22 novembre, Louis Laloy.\nLes formes de la musique instrumentale au\nir XVIII siecle 29 novembre, L. de la Laurencie.\nL évolution de l'harmonie 6 décembre, Jean Marnold.\nLa prosodie musicale et la déclamation lyrique . fl3 décembre, ) Calvocoressi\n(20 décembre, j\n(10 janvier, i\n.7 janvier, André Pirro.\n24 janvier, )"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.99", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2125, "texte": "Les Concerts auront lieu les jeudis à g heures pendant les mois de janvier, février\net mars.\n%\n* *\nLa Société Bach reprend ses belles séances, et se propose de nous faire entendre cet hiver\nune série d'œuvres nouvelles pour notre public parisien. En voici le programme :\nVendredi 17 Novembre.\n1. Trois airs caractéristiques. u Le Glas Funèbre\n2. Concerto pour deux violons en ut mineur.\n3. Deux airs et deux lieder. \" L'effroi de l'âme devant Dieu \".\n4. 4e Concerto brandebourgeois.\n5. Trois airs joyeux.\nVendredi 22 Décembre Grand Concert de Noël.\n1. Cantate de l'Avent.\n2. Grand Motet pour chœur à 5 voix. \" Jesu, meine Freude\n3. Cantate pour le 3e jour de Noël.\n4. Cantate pour le lerIer dimanche après l'Epiphanie.\n5. Chœur \" aile breve \" de la Cantate du dimanche après Noëî.\nVendredi 16 Février.\n1. Cantate de chasse.\n2. ler Concerto brandebourgeois.\n3. Cantate \" Wachet auf \".\nVendredi 22 Mars: La Passion selon Saint Mathieu (en une seule Soirée.)\n% *\nLa Société Haendel donnera en décembre son premier concert et annonce pour février\nprochain une reprise du Messie, intégralement exécuté sous la direction de M. Raugel. Le\n22 novembre elle prêtera son concours à la fête de Ste. Cécile, célébrée à St. Eustache et\nconsacrée entièrement aux œuvres de Liszt. A l'orgue M. Bonnet.\n* *\nSous le titre général de \" La Musique de \" il va être donné à la Salle Beet-\nhoven, 167, rue Montmartre, une première série de six concerts plus spécialement consacrés\naux œuvres classiques, ces séances auront lieu les jeudis 9, 16, 23, 30 novembre, 7\n14 décembre en soirée avec le concours de : Mme Jane Bathori, Mlles Madeleine Bonnard,\nSporanza Calo, Suzanne Chantai, Mme Mary Mayrand, M. F. Lecomte. Le Quatuor\nMauguière, MM™ M. Herlenn, M. Mirey, MM. G. Maugiére, C. Sigwalt, MUe Rose\nLandsmann, MM. Maurice Dumesnil, Edouard Garés, Ricardo Vines, Jules Boucherit,\nMaurice Hayot, Robert Krettly, Mme Marguerite Caponsacchi, MM. André Hekking,\nFernand Pollain, La Société des Concerts d'Autrefois, Mlle Delcourt, MM. Fleury, Bleuzet,\nTaine, Desmonts, Nanny, Le Quatuor Willaume, MM. Willaume, Morel, Maçon, Feuillard."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.100", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 700, "texte": "Afin d'éviter tous services d'invitations le prix des places a été établi pour mettre ces\nséances à la portée de tout- le monde.\nCes concerts sont organisés par A. Dandelot, 83, rue d'Amsterdam.\n*\n* *\nConcours de Composition. —Un grand concours pour la composition d'un morceau de\npiano vient d'être ouvert par le journal \" l'Express Musical \" de Lyon. Nombreux prix.\nDemander le règlement àM. le Directeur de \" l'Express Musical 42, Place de la\nRépublique à Lyon (joindre 15 centimes en timbre).\n%\n* *\nUn comité est en formation dans le but d'ériger à Paris un monument à la mémoire du\nregretté maître Alexandre GUILMANT.\nCe Comité sera composé des plus grandes notabilités artistiques."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-11-15-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-11-15_01#c047", "volume": "bmtnabh_1911-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 102, "image_fin": 102, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.2.24", "titre_corps": "DANS CE NUMÉRO:", "titre_sommaire": "DANS CE NUMÉRO:", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.102", "debut_caractere": 425, "fin_caractere_exclue": 919, "texte": "DANS CE NUMÉRO:\nE Charles (1853-1911) ..... 1\nVincent d'lndy .... Franz L 1873 5\nK. d'lsoz Lettres de Liszt. ........ H\nBerlioz . Lettres à Liszt 35\nSandor Kov&cs La Jeune Ecole Hongroise (supplément musical) 47\nLE MOIS\nE. Vuillermoz Les Théâtre ........... 65\nG\". K. Les Concert 68\nSwift. La Province 70\nRené Lyr , Belgique 71\nNos correspondants . . Etranger ............. 75\n.\nVARIÉTÉS\nE. Lesierre ...... Vorganiste liturgique. ........ 82\nLes lieder ..... 85\nÇà et là. ... . . . ... . . . 88"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-11-15-01-c048", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-11-15_01#c048", "volume": "bmtnabh_1911-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.2.25", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1112, "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE T>ES\nAMIS T>E LA MUSIQUE\nCOMITE D'HONNEUR\nM. le Président d\nM. le Ministre de V Instruction\nM. le Sous-Secrétaire d\nM. Gabriel Dir\nM. Henry MARCEL, ancien Directeur\nde la Bibliothèque Nationale.\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\n. BUREAU\nPRÉSIDENT\nM. LE COMTE GASTON CHANDON DE\nBRIAILLES.\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. LE PRINCE A. D'ARENBERG,\nM. Louis BARTHOU,\ndes scea\n■\nM. GUSTAVE BERLY, banquier.\nM. ADOLPHE BRISSON,\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nSECRÉTAIRE DU CONSEIL\nM. J. PASQUIER.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M. J. ECORCHEVILLE,\nMEMBRES DU CONSEIL\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE\nM. ANDRÉ BÉNAC, di\nraire au ministère des finances.\nM. LÉON BOURGEOIS, sénateur, ancien\nministre.\nM. GUSTAVE BRET.\nM. GUSTAVE CAHEN.\nMMO MICHEL EPHRUSSI.\nM. FERNAND HALPHEN.\nMM® LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMME LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nMRAE DANIEL HERMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nMME GEORGES KINEN.\nMME LA COMTESSE PAUL DE POURTALÈS.\nM. F. PRÈGRE.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND.\nM. ALEXIS ROSTAND,\nd' Administration du\nd'Escompte de Paris.\nM. LOUIS SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nM. 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Net\nEdition pour Orchestre américain (piano, violon, violoncelle, flûte, clarinette,\npiston) Net\nNet\nPiano 2 mains 3.00\nPiano 2 mains (édition facilitée) . 2.50\nPiano 4 mains 3.75\nPiano et Violon\nPiano et Flûte\nViolon seul 1.50\nConducteur et parties séparées pour tous les instruments :\nConducteur : 2 fr. net. Harmonium : 1 fr. 50 net. 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Florilège (Mâdchenblumen). Poésies de Félix\nDahn.\nNo. i. Bleuets (Kornblumen) : \" Les bleuets ce sont ces\nvisages de rêve\na) Edition pour Ténor ou Soprano (ré bémol maj.) . .1.25\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (la maj.) . 1.25\nNo. 2. Coquelicots (Mohnblumen) : \" Les coquelicots sont\ncelles \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (sol maj.) . . . .1.25\nb) Edition pour Mezzo-Soprano ou Baryton (ré maj.) . 1.25\nNo. 3. Lierre (Epheu) : \"Mais le lierre est le symbole\nde celles \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (mi bémol maj.) . .1.50\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (ut maj.). . 1.50\nNo. 4. Nénuphar (Wasserrose) : \" Fleur mystérieuse de\nrêve et de légende \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (fa dièse min.) . .1.50\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (ut dièse\nmin.) I-5°\nLe recueil complet.\na) Edition pour Ténor ou Soprano 4-°°\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton .... 4.00\nOp. 31. Trois romances. Poésies de Cari Busse.\nNo. 1. L'Eté bleu (Blauer Sommer): \"Un été bleu, lourd\nde chaleur \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (si maj.) .... 1.50\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (la bémol\nmaj.) M°\nNo. 2. Si tu m aimais (Wenn...).\na) Edition pour Ténor (mi bémol maj.) 2.00\nb) Edition pour Soprano (ré bémol maj.) . . . . • 2.00\nc) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (si maj.) . 2.00\nNo. 3.Jasmin blanc (Weiber Jasmin): \"Fleur candide,\nfleur amoureuse\".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (ut dièse min.) . . 2.00\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (si bémol\nmin.) 2.00\nOp. 31. No. 4. Sur le chemin silencieux (Stiiier\nGang) :\n\" Le soir est gris \" (Sol. min.) i-5°\n(Poésie de Richard Dehmel.)\nLa même avee accompagnement d'alto ou violon. . . 2.00\nOp. 46. Cinq poésies sur des poésies de Friedrich\nRiïckert\nNo. 1. \" Fuyant le pluvieux hiver\". \" Ein Obdach gegen\nSturm und Regen \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (si bémol maj.) . . 2.00\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (sol maj.) . 2.00\nNo. 2. \"Hier, Atlas, le Grand...\". \" Gestern war ich\nAtlas \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (la maj.) . . . . 2.00\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (la maj.) . 2.00\nNo. 3. Les sept cachets (Die sieben Siegel): \"Je ne puis\npas t'enfermer\".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (sol maj.). . . . 2.00\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (mi maj.) . 2.00\nNo. 4. Aurore matinale (Morgenrot): \"L'aube rougit, la\nbrise est douce \".\na) Edition pour Ténor (ut maj.) 3-°°\nb) Edition pour Soprano (si bémol maj.) 3.00\nc) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (la bémol\nmaj.) 3"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-11-15-01-c055", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-11-15_01#c055", "volume": "bmtnabh_1911-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 93, "image_fin": 93, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.2.32", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.93", "debut_caractere": 2689, "fin_caractere_exclue": 5503, "texte": "No. 5. 66 Tes yeux sont un miroir \". \" Ich sehe wie in\neinem Spiegel\".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (la maj.) . . . .2.50\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (fa maj.) . 2.50\nOp. 47. Cinq Romances. Poésies de Ludwig Uhland.\nNo. 1. A un enfant (Auf ein-Kind) : \" De la souffrance\nqui étreint mon âme \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (ut maj.) .... 1.50\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (la bémol\nmaj.) _ 1-5°\nNo. 2. Le poète se promène le soir (Des Dichters Abend-\ngang) : \" Si tu t'en vas quand vient le soir\".\na) Edition pour Ténor (mi bémol maj.) 3-°°\nb) Edition pour Soprano (ré bémol maj.) 3.00\nc) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (si bémol\nmaj.) 3-°°\nNo. 3. Ressowvenirs : \" Quand de mes larmes\nj'arrosais sa tombe \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (si bémol min.) . . 2.50\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (sol min.) . 2.50\nOp. 47. Cinq Romances. Poésies de Ludwig Uhland.\nNo. 4. Mon hôte (Einkehr) : \"J'ai reçu l'hospitalité\".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (la maj.) .... 2.50\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (fa maj.) . 2.50\nNo. 5. Les sept buveurs (Von den sieben Zechbrudern) :\nje connais bien sept joyeux frères \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (mi min.) .... 4.00\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (ut min.) . 4.00\nOp. 48. Cinq Romances sur des poésies d'Otto Julius\nBierbaum et Karl Henckell.\nNo. 1. Douce Vision (Freundliche Vision) : \"Ce n'est\npoint un rêve que j'ai fait\".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (ré maj.) .... 2.00\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (ut maj.) . 2.00\nNo. 2. Je plane (Ich schwebe) : \"Je plane sur des ailes\nd'ange \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (la maj.) .... 2.00\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (fa maj.) . 2.00\nNo. 3. Chante ! (Kling!): \"Mon cœur chante un joyeux\nrefrain \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (ut maj.) .... 2.00\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (sol maj.) . 2.00\nNo. 4. A l'hiver (Winterweihe) : \"Par cet hiver morose\".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (mi bémol maj.) . . 2.00\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (ré bémol\nmaj.) 2.00\nNo. 5. Amour d'hiver (Winterliebe) : \" L'amour qui me\nbrûle \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (mi maj.) .... 2.00\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (si maj.). . 2.00\nOp. 49. Huit Romances sur des poésies de Richard\nDehmel, K. Henckell, Curt Mundel, Oscar Panizza\nPaul Remer et des fragments de \" l'Enfant et le Cor\nmerveilleux \"•\nNo 1. forêt solitaire (Waldseligkeit) : \"Le bois om-\nbreux murmure\".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (sol bémol maj.) . . 2.00\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (mi bémol\nmaj.) 2.00\nNo. 2. Vision dorée (In goldener Fiille): \" Le ciel est de\npourpre et de flamme \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (la bémol maj.) . . 2.50\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (mi maj.) . 2.50"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-11-15-01-c056", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-11-15_01#c056", "volume": "bmtnabh_1911-11-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 93, "image_fin": 93, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.2.33", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.93", "debut_caractere": 5505, "fin_caractere_exclue": 5754, "texte": "Propriété de 1 éditeur pour tous pays.\nBERLIN =W. 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Exc. Madame l'Ambassadrice d'ltalie, Donna Bice Tittoni à Paris.\nS. Exc. Mn,e la Pcesse Ruspoli di Poggio Suasa Talleyrand Périgord à Paris.\nMadame la Princesse Strozzi-Corsini à Florence.\nMadame la Comtesse Béatrice Pandolfini-Corsini à Florence.\nMadame la marquise E. de Montagliari à Paris.\nMademoiselle Elena Vacaresco, femme de lettres, auteur dramatique à Paris.\nS, Exc. Le Prince Ruspoli di Poggio Suasa à Paris.\nLe duc Melzi d'Eril, duc de Lodi.\nLe Comte Brunetta d'Usseaux.\nLe Commandeur Trezza di Musella.\nMEMBRES HONORAIRES :\nM Gabriele d Annunzio, hcrome de lettres, auteur dramatique à Florence\nM. W. Bopp, Directeur de l'Académie Imp. et Roy. de Musique à Vienne.\nM. Alfred Bruneau, compositeur de musique à Paris.\nM. Carolus-Duran, Direct.de l'Acad. de France à Rome et membre de ! Institut.\nM. Claude Debussy, compositeur de musique à Paris.\nM. Louis Dièmer, Prof, au Cons. Nat. de musique à Paris.\nM. Vincent d'lndy, compos. de musique, Direct, de la Schola Cantorum à Paris.\nM. I. Massenet, compositeur de musique, membre de l'lnstitut.\nM. E. Mathieu, compos. de musique, Direct, du Cons. Royal de Mus. à Gand.\nM. A. Messager, compos. de musique, Direct, de l'Acad. Nat.de musique à Paris.\nM. E. Parent, professeur à la Schola Cantorum de Paris.\nM. Dr Max Reger, compositeur de musique et Directeur M. à Leipzig.\nM. Dr Richard Straùss, compositeur de musique, Generalmùsik director à Berlin.\nM. S 1 Saëns, compositeur de musique, membre de l'lnstitut à Paris.\nM. E. Tinel, compos. de musique, Direct, du Cons. Roy. de musique à Bruxelles.\nM. P. Vidal, compositeur de musique et chef d'orchestre à l'Opéra de Paris.\nM. Eugène Ysaye, virtuose, compositeur de Musique et Directeur des concerts\nYsaye à Bruxelles.\n' ~ 'm\n1 ' Pj • '■ S\n(T.\n■v\" *, »î > C r\n-Si ■ ■ S ' Wr\\\nSIÈGE SOCIAL\n3, Via Michèle di Lando, FLORENCE\nP\nP\nP\nn\nt\nt\n1\n2\n1\n2"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.1", "texte": "I/ll* Année.\nN® 11.\n15 Novembre 1911.\nREVUE MUSICALE MENSUELLE\nRÉDACTION:\nig, iue St. Augustin* PARIS.\nH Téléphone 204.2©\nLibrairie CH. DELAGRAVE\n15, rue Soufftôt,\nLe numéro :\nFrance et Belgique 1 fr 5© Union 2fr.\nUn an 15fr. t 20fr.\nCopyright by S. I. M. 1911.\n\nCHARLES MALHERBE, (1853-1911.)\nFRANZ LISZT EN 1873, par Vincent d'lndy. 0 LETTRES DE LISZT, publiées par K. d'lsoz.\nLETTRES DE BERLIOZ A LISZT, conservées au Musée de Weimar.\nLA JEUNE ÉCOLE HONGROISE, par S. Kovacs.\nTHEATRES par E. Vuillermoz. 0 CONCERTS. 0 PROVINCE. 0 BELGIQUE. 0 ÉTRANGER.\n0 I'ORGANISTE LITURGIQUE, par E. Lesierre. 0 LES LIEDER DE R. STRAUSS, par F. D.\nÇA & LA."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.2", "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE T>ES\nAMIS T>E LA MUSIQUE\nCOMITE D'HONNEUR\nM. le Président d\nM. le Ministre de V Instruction\nM. le Sous-Secrétaire d\nM. Gabriel Dir\nM. Henry MARCEL, ancien Directeur\nde la Bibliothèque Nationale.\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\n. BUREAU\nPRÉSIDENT\nM. LE COMTE GASTON CHANDON DE\nBRIAILLES.\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. LE PRINCE A. D'ARENBERG,\nM. Louis BARTHOU,\ndes scea\n■\nM. GUSTAVE BERLY, banquier.\nM. ADOLPHE BRISSON,\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nSECRÉTAIRE DU CONSEIL\nM. J. PASQUIER.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M. J. ECORCHEVILLE,\nMEMBRES DU CONSEIL\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE\nM. ANDRÉ BÉNAC, di\nraire au ministère des finances.\nM. LÉON BOURGEOIS, sénateur, ancien\nministre.\nM. GUSTAVE BRET.\nM. GUSTAVE CAHEN.\nMMO MICHEL EPHRUSSI.\nM. FERNAND HALPHEN.\nMM® LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMME LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nMRAE DANIEL HERMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nMME GEORGES KINEN.\nMME LA COMTESSE PAUL DE POURTALÈS.\nM. F. PRÈGRE.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND.\nM. ALEXIS ROSTAND,\nd' Administration du\nd'Escompte de Paris.\nM. LOUIS SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nM. JACQUES STERN.\nMME TERNAUX-COM PANS."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.3", "texte": "I\n\nCharles Malherbe\n1853-1911\nMes chers collègues, 1\nC'est un bien triste devoir qu'il me faut accomplir aujourd'hui\ndevant vous, en rendant hommage à la mémoire d'un homme, qui vient\nde nous quitter si brusquement. Vous connaissez tous la mort subite,\nimprévue, foudroyante, de celui qui présidait aux destinées de notre\nsection depuis quelques années, et aux travaux de nos séances, de celui\nqui nous avait conduits au congrès de Vienne, et que sa santé avait\nempêché de nous guider au congrès de Londres, de celui enfin que nous\nnous apprêtions à élire à nouveau, et qui eut été notre soutien dans la\npréparation difficile du congrès de Paris !\nCharles Malherbe était né à Paris le 21 avril 1853. Les journaux\nnous ont appris qu'il était par sa mère, née Mozin, de la famille de\nThéodore Mozin (1766-1850) et de Désiré-Théodore Mozin, second\nprix de Rome en 1841 et professeur d'harmonie au Conservatoire.\nIl se trouvait, en outre, petit-neveu d'une célèbre chanteuse du Théâtre\nItalien du XVIIIe siècle, Mme Laruette. La musique lui souriait. Après\nde solides études au Lycée Louis-Le Grand, ou il fut 1 eleve de 1 excellent\nprofesseur de piano Testard, il prit pour guide Danhauser, et se dirigea\nvers la musique aimable, alors représentée par Delibes, Massé, Massenet,\nSaint-Saëns.\nEn un autre temps, Malherbe eut pris place parmi les compositeurs\nde demi-caractère, dont la musique française offre tant de bons exemples.\nLa révolution qui s'accomplit rapidement dans cet art, depuis la guerre,\nl'empêcha de manifester un talent bénévole. Comme son collègue\n\nAllocution prononcée par M. Ecorcheville, vice-president de la Section de Paris de la Société Interna-\ntionale de musique, dans la séance de 18 octobre, levée en signe de deuil."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.4", "texte": "2\nS. I. M\n\nWeckerlin, bibliothécaire du Conservatoire, Malherbe dut conserver en\nportefeuille plusieurs œuvres achevées, et notamment des opéras-comiques\ntels que : /'Ordonnance, Les Trois Comm On\na cependant joué de lui, au Mans, XAmour au Camp, en 1905, et, en 1896,\nà l'Odéon, la musique de scène pour les comédie de Michel\nCarré et Régamey. Cette dernière œuvre, inspirée d'une légende japonaise,\na ceci de singulier qu'elle fut imitée par Clémenceau quelques années\nplus tard, et fournit une brillante carrière sous le nom de Voile\nOn cite encore un ballet pantomime, à quatre mains pour piano,\nCendrillon, et les récits de T>om Prol'œuvre posthume de Bizet,\nreprésentée à Monte Carlo en 1906. Enfin des compositions pour piano,\ndes arrangements, et des remaniements. Mais tout ceci n'était pas suffi-\nsant pour remplir la carrière d'un homme actif actif et pourtant\ndépourvu de cette ardente combativité indispensable dans la bataille\nartistique. De bonne heure, Malherbe dirigea les efforts de son esprit\nlettré dans la voie paisible de l'érudition.\nDe 1886 à 1896, nous le voyons collaborer avec Albert Soubies à :\nL'Œuvre dramatique de Wagner(lBB6) ; d'une\ncomique (1887) ; Mélanges sur Richard (1891) ;\nseconde salle Favart(lB96). Puis, seul, il écrit de nombreuses notices, il\nrédige le Catalogue bibliographique de la Section française de l'exposition de\nBergame, pour le centenaire de Donizetti, il répand des articles nombreux\ndans le Ménestrel, le Monde Artiste, la Revue d'art dramatique, le\nBulletin de la S. H. T., la revue S. I. M. Nous venons de lire son\net nous attendions son Weber, qui malheureusement n'est pas prêt. Enfin\nla grande édition des Œuvres de Rameauqui connut des débuts mouve-\nmentés avec Magnard et St. Saëns, fut heureusement et logiquement\nmenée jusqu'au point où nous la voyons aujourd'hui, par les soins de\nl'archiviste patient et du collectionneur avisé qu'était Charles Malherbe.\nEn 1892, Malherbe offrit à Nuitter sa collaboration gracieuse aux\nArchives de l'Opéra. Il fut agréé avec joie. Trois ans plus tard, par la\nmort de Nuitter, par l'absence systématique de Reyer, et grâce aux\nexcellents rapports qu'il conserva toujours avec l'archiviste en titre Banès,\nMalherbe se trouva le véritable représentant, aux yeux du public, de la\nbibliothèque de l'Académie Nationale de musique. Il dut cependant\nattendre la mort de Reyer en 1907 pour recevoir, dans cette bibliothèque\ndont il était l'âme, un titre et une situation officielle."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.5", "texte": "CHARLES MALHERBE\n1853-1911"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.6", "texte": "CHARLES MALHERBE\n3\n\nIl les méritait, et l'on ne saurait trop dire que l'influence de Malherbe\nsur ce précieux dépôt, tout en s'exerçant modestement et sans bruit, fut\nconsidérable et bienfaisante. Notre président sut mettre l'ordre et encou-\nrager la méthode, là où régnait bien souvent l'indifférence et la confusion.\nAujourd'hui la bibliothèque proprement dite est classée. Le fond si riche\ndes livrets a été inventorié. La collection des trois mille volumes de\nfolklore, acquis personnellement par Malherbe de M. Weckerlin est\npresque entièrement sur fiches. La grande série des cartons d'archives de\nNuitter, où régnait le chaos, commence à s'ordonner. Notre collègue\nM. Teneofut en tout ceci le précieux collaborateur de Malherbe, et cette\nbibliothèque, qui est avant tout destinée au théâtre, peut rendre mainte-\nnant de réels services à ceux qui veulent bien en connaître le chemin.\nMalherbe n'était d'ailleurs pas un bibliographe de profession. Homme\ndu monde, ami des arts, mécène, collectionneur, l'étude et la recherche\ndes livres n'étaient pas pour lui une contrainte, mais un plaisir. La musi-\ncologie française lui devra un caractère charmant d'urbanité, et un bon\nrenom de courtoisie, qui l'honore. Grâce à lui, elle a pu pénétrer là où la\nscience abstruse n'eut pas été accueillie, et où la simple critique eut\nmanqué de crédit. L'érudition musicale, dont nous défendons tous ici la\ncause, a besoin d'hommes comme Malherbe, pour pouvoir aller en ville.\nMais Malherbe n'avait pas seulement le respect du document, qui fait\ntout savant véritable, il en avait la passion, et l'on sait quelle merveilleuse\ncollection d'autographes il laisse derrière lui. C'est un fond unique, connu\ndu monde entier et que la France est fîère de posséder. En outre Malherbe\navait rassemblé une collection d'un tout autre genre. C'est la réunion,\naussi complète que possible, des titres imagés, des pièces volantes d'icono-\ngraphie, anecdotiques, fugitives, qui ont paru de 1800 à 1900. Cette\nréserve immense et presque ignorée ira sans doute grossir les richesses\nde notre Département des Estampes à la Bibliothèque Nationale.\nTel que nous l'avons connu, et tel que le montre l'orientation de sa\nvie laborieuse et de ses travaux éclairés, Charles Malherbe, apparaît\nsurtout comme un bienveillant. C'est un sentiment de bienveillance, la\npiété du souvenir, qui, de bonne heure, dirigea son attention vers les ma-\nnuscrits de musiciens, épaves du génie auxquelles personne n'accordait\nd'intérêt. C'est la bienveillante sympathie qui l'attacha aux vieux papiers\naccumulés à l'Opéra par le chercheur Nuitter. C'est encore la générosité\nqui dispersait sa vie, en la mettant pour ainsi dire au service de tous,"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.7", "texte": "4\nS. I. M.\n\naussi bien des héritiers Donizetti que des Concerts Colonne ; car Mal-\nherbe était pour le monde musical, une source intarissable de précieux\nrenseignements. C'est peut-être encore elle qui l'empêcha de réaliser le\nrêve le plus cher de sa vie, et de franchir le seuil de la Légion d'honneur.\nOn savait si bien que sa douceur était inépuisable, sa patience infinie! On\navait si peu à redouter de lui ! Et l'on ne prévoyait pas que cette\ndéception, toujours renouvelée, altérerait sa santé, au point de contribuer\nà l'affection du système sanguin qui a causé sa mort !\nC'est enfin l'amabilité d'un esprit ouvert, et gagné à toutes les causes\nmusicales qui amena Malherbe vers notre Société, dont le caractère\ninternational, et quelque peu germanique, au début, l'avait tout d'abord\neffrayé. Et là, son esprit de conciliation lui acquit bien vite toutes les\nsympathies. Il voulut accepter les charges et les responsabilités présiden-\ntielles. Depuis trois ans il s'était assujetti à prendre part à toutes nos\nséances, sans presque en manquer aucune, témoignant comme nous\nl'écrivait un de nos membres, d'une affabilité sans lacune, parlant avec\nchaleur et abondance, et sachant, dans les moments difficiles où les senti-\nments personnels entrent en jeu, modérer les audaces et elever les débats.\nIci, plus que partout ailleurs, la perte que nous déplorons aujourd'hui se\nfera sentir. C'est un ami, un homme de bon conseil et de dévouement,\nun esprit de sagesse et d'autorité qui disparaît de notre société."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.8", "texte": "FRANZ LISZT\nEN 1873\n\nJe dois commencer par m'excuser de me mettre moi-même en cause\ndans ce récit. Le \" moi \" me paraissant de plus en plus haïssable à\nmesure que j'avance dans la vie, les instances seules de l'aimable directeur\ndu S. I. M. m'ont décidé à présenter ici quelques souvenirs personnels.\nS'ils paraissent fastidieux au lecteur, j'en laisse à la toute la\nresponsabilité...\nEn l'été de 1' année 1873, je parvins à mettre en exécution un projet\nqui me tenait au cœur depuis longtemps déjà, celui d'effectuer une\ntournée artistique à travers l'Allemagne. Certes, le musée de Dresde, le\nBelvédère de Vienne et la Pinacothèque munichoise constituaient de\nbien puissants attraits, car, à cette époque, les conservateurs des musées\nallemands ne s'étaient point encore arrogé le droit d'abîmer, par de\nsavantes retouches, les chefs-d'œuvre confiés à leur garde ; mais, ce qui\nm'attirait surtout dans la patrie de Bach et de Beethoven, c'était le désir\nd'entendre la musique allemande dans son milieu, et l'ambition qui\nme semblait, à moi, modeste élève de Franck, follement outrecuidante\nde voir de tout près trois musiciens que j'admirais alors profondément :\nRichard Wagner, Johannes Brahms et Franz Liszt. Je partis, bien muni\nde lettres de recommandation de Franck et de Saint-Saëns, emportant\ndans ma valise plusieurs ouvrages nouvellement parus que mes deux\ncompatriotes me chargeaient de remettre à leurs confrères allemands.\nWagner habitait alors à Bayreuth une maison sur la promenade\ndite : (Wahnfried n'était pas encore construit à cette époque)."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.9", "texte": "6\nS. I. M.\n\nIl travaillait avec passion à la dernière scène du Crépuscule des 'Dieux et\nil ne me fut permis de l'apercevoir que... de dos.\nBrahms, que j'avais été chercher troubler peut-être dans sa\nrésidence estivale de Tûtzing, au bord du lac Starnberg, me reçut fort\nimpatiemment en France, nous dirions \"impoliment \" jetant de\ncôté avec une dédaigneuse brusquerie, les lettres et la musique que lui\nprésentait, intimidé, un jeune élève du Conservatoire de Paris.\nDes trois musiciens que j'allais chercher en Allemagne, seul, Liszt\nm'accueillit avec une bonté et une bienveillance dont je lui restai toujours\nreconnaissant.\nDébarqué à Weimar par un soir d'orage, quelle ne fut pas ma\ndéception en apprenant que l'auteur de la était absent et\nrentrerait \" on ne sait quand \"... Mon chagrin était tel qu'il émut mon\nseul commensal de l'hôtel Erbprinz, un certain comte Fredrow, polonais\nou russe de naissance, cosmopolite de profession, un \" vieux beau \"\ncomme on en pouvait rencontrer à Paris sous le deuxième Empire, et\ndont la tête, depuis les cheveux jusqu'aux dents et aux favoris, était\npresque complètement artificielle.\nCet excellent diplomate, je crois qu'il était alors chancelier\nd'une quelconque puissance, à Weimar, me donna, en dînant, des\nparoles de consolation et d'encouragement et mit le comble à ses bienfaits\nen me présentant ce même soir à Lassen, chef d'orchestre de la Cour,\nque nous trouvâmes trônant dans une brasserie entre plusieurs jolies\nfemmes et un grand nombre de litres de bière. Lassen m'assura que\nl'absence de Liszt ne serait pas de longue durée et se chargea de me\nprésenter au maître dès le retour de celui-ci. En effet, quelques jours\nplus tard, je pénétrais, à la suite du bon dans cette villa du\nParc de Weimar que tous les élèves de Liszt ont connue et fréquentée.\nIl était neuf heures du matin ; le maître, en manches de chemise,\nétait en train de déguster le traditionnel un geste rapide et\nsévère nous consigna à la porte, déjà entr'ouverte, du 5a10n.... Je tremblais\nqu'il ne voulut point me recevoir, mais je fus bientôt rassuré lorsque je\nle vis nous ouvrir lui-même la portière en tapisserie, tout en boutonnant\nfébrilement sa longue soutane d'abbé romain. J'appris plus tard qu'il ne\nvoulait admettre aucun visiteur avant d'avoir préalablement endossé cet\nhabit mi-ecclésiastique.\nA peine lui eus-je débité bien imparfaitement une phrase"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.10", "texte": "FRANZ LISZT\n7\n\ncependant longuement préparée la veille au soir, que je me sentis aussitôt\nen confiance. J'ai eu l'occasion d'être présenté à nombre d'artistes renom-\nmés, mais aucun Franck excepté ne m'accueillit avec autant de\nsimplicité et de cordiale bonhomie.\nParcourant des yeux la Sonate de violoncelle de Saint-Saëns et lisant\nseul, au piano, la réduction à quatre mains du Prélude de Rédemption, il\ns'étendit en éloges sur les deux compositeurs français qui lui faisaient\nhommage de leurs œuvres ; puis, me questionnant sur ma vocation et\napprenant que je travaillais à un Walîenil se mit à me dépeindre le\ncaractère musical de l'œuvre de Schiller, en quelques mots d'une logique\net d'une lucidité merveilleuses.\nA l'issue de cette première entrevue, il me convia, d'une façon qui\nn'admettait point de réplique, à venir chaque jour partager son repas\nmatinal et à rester auprès de lui pendant une heure.\nC'est ainsi que la brève escale que j'avais projeté de faire à Weimar\nse changea en un séjour de plusieurs mois dont j'ai gardé un ineffaçable\nsouvenir.\nJe renonce à décrire les causeries quotidiennes dont le maître, je\ndois le dire, faisait presque seul tous les frais, traitant toutes les questions\navec une égale abondance, et plus volontiers les sujets philosophiques et\nceux d'un intérêt esthétique général, que les questions purement musi-\ncales ; moi, j'écoutais, et je m'en trouvais bien. Il ne négligeait point\ncependant ce qui pouvait être utile à mon éducation de musicien ; c'est\nainsi qu'un soir, je trouvai, en rentrant à l'hôtel, un billet ainsi conçu :\n\" Deux morceaux de vive et originale allure seront essayés demain\n\" matin, au théâtre; venez-y. Votre Fr. Liszt. \" Et, le lendemain, j'avais\nla bonne fortune d'assister au plus étrange des spectacles. Le minuscule\norchestre grand-ducal (on n'y comptait que deux violoncelles) assemblé\ndans la pénombre du petit théâtre de la Résidence, déchiffrait des poèmes\nsymphoniques russes nouvellement parus, parmi lesquels la deuxième\nversion du Sadko de Rimsky-Korsakow. Liszt dirigeait cette lecture d'une\nfaçon plus originale encore que ne pouvaient l'être les morceaux exécutés.\nSûr de ses symphonistes, il se contentait d'indiquer du doigt le rythme\ndes premières mesures, puis, croisant les bras, il laissait l'orchestre conti-\nnuer seul et ne reprenait le geste directeur qu'aux points d'arrêt ou aux\nchangements de mouvement. Et c'était un enchantement que d'entendre\ncet orchestre jouant en \" musique de chambre \" et de voir le vieux"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.11", "texte": "8\nS. I. M\n\nmaître écouter ardemment ces œuvres d'une conception et d'une écriture\nalors nouvelles, dont il signalait parfois les inutiles duretés par une\ngrimace significative.\nCe fut au sortir de cette séance que le maître me présenta à\nplusieurs de ses élèves officiels :le beau russe Richard Metzdorf, l'améri-\ncain John Orth, Anton Urspruch, qui, seul peut-être parmi les musiciens\nallemands, sut discerner la beauté et la pureté esthétique du chant grégo-\nrien, Berthold Kellermann qui devint directeur du Conservatoire de\nMunich, enfin miss Amy Fay, blonde et piquante américaine que je\ndevais retrouver à New-York trente-deux ans plus tard... Ces aimables\njeunes gens, malgré ma qualité d'élève plutôt honoraire, m'accueillirent\navec la plus grande affabilité. Ce furent alors de nombreuses séances\nmusicales chez l'un ou chez l'autre, et de non moins nombreuses parties\nde plaisir aux environs : repas de corps à Ober-Weimar, pique-niques\ndans les forêts de Thuringe, fêtes villageoises à Eringsdorf et ailleurs,\njoyeuses réunions où les conversations sur l'art et l'esthétique étaient\ntempérées par la coquette gaîté de deux jeunes américaines, Josie Bâtes\net Amy Fay.\nLiszt, à cette époque, s'était chargé de l'éducation de douze élèves,\nsix hommes et six femmes. Tous les vendredis, à 4 heures, entre le\nMiitag et VAbendessen, les \" douze apôtres \" se rassemblaient dans le salon\nde la Villa, venant présenter au maître le travail hebdomadaire, car Liszt,\nprenant très au sérieux son rôle d'éducateur, avait imaginé de faire inter-\npréter chronologiquement par ses élèves toute la littérature du piano,\ndepuis les œuvres des anciens clavecinistes jusqu'aux productions les plus\nmodernes. C'est ainsi qu'on en était arrivé, cette année-là, à l'étude de\nSchumann. Il est difficile, pour ceux qui n'y ont point assisté, de se\nfigurer l'intérêt que présentaient ces séances du vendredi, alors que le\nmaître, tout en mâchonnant ses longs cigares hongrois, rectifiait lui-\nmême tel passage mal compris, donnant toujours les raisons de cette\nrectification, parfois même exécutant au piano la pièce entière. Le rare\net merveilleux toucher de Liszt ennoblissait alors le vulgaire piano\njusqu'à donner l'illusion des timbres les plus divers de l'orchestre.\nMais, malgré la bonté naturelle qui faisait le grand charme de\nl'homme, quelle foudroyante sévérité pour ceux des élèves qui n'avaient\npas compris l'œuvre à interpréter, se contentant de jouer \" avec les doigts\net non avec le cœur !... \" Un regard perçant les avertissait de leur erreur,"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.12", "texte": "FRANZ LISZT\n9\n\net nulle parole de blâme n'aurait pu être plus éloquente que ce simple\nregard qui faisait rentrer sous terre le malheureux patient et glaçait\nd'épouvante tout le jeune auditoire. C'est alors que le maître se mettait\nau piano, afin, disait-il, de \" faire amende honorable à l'œuvre ainsi\ndénaturée. \"\nUn matin, je le trouvai tout joyeux ; il venait de recevoir les\népreuves de la partition d'orchestre de son Christus, oratorio qu'il consi-\ndérait comme son œuvre la plus parfaite... car il faisait, dans l'intimité,\nbon marché de la plupart de ses poèmes symphoniques.\nIl distribua, à moi et à quelques autres élèves, les feuilles volantes\nde ces épreuves à lire et à corriger, se réservant la révision en dernier\nressort. Deux jours après, alors que je lui rapportais ces feuilles corrigées,\nil parut satisfait de mes remarques et, me faisant asseoir, bien que ce ne\nfut pas l'heure de nos entretiens habituels, il me fit une sorte de confé-\nrence sur le rôle que les mélodies liturgiques lui semblaient appelées à\njouer dans la musique des temps futurs, s'étendant avec complaisance sur\nla façon dont il avait lui-même traité la prose :\ndans son oratorio. Il voulut aussi lire avec moi, au piano, les épreuves de\nl'arrangement pour quatre mains des deux pièces symphoniques, les\nBergers et les Mages ; en dépit de ma bien timide exécution, il parut\ncontent et me fit présent du premier exemplaire de cette transcription\nqui parvint à Weimar. Un peu plus tard, il m'engagea à lui jouer\nl'esquisse de mon ouverture pour les Piccolomini de Schiller et me donna,\nà ce propos, de précieux conseils d'instrumentation.\nMais mes vacances touchaient à leur fin et je dus quitter Weimar\nau lendemain d'une fête bizarre où le grand-duc avait eu l'intention\nd'imiter dans le parc de la Résidence les fastes du Versailles de Louis XIV.\nJe partis donc, convoyé par la plupart des élèves jusqu'à Eisenach\noù nous avions, le dimanche précédent, entendu le charmant oratorio de\nSainte Elizabethsous la direction du maître, et je repris à petites journées\nle chemin de Paris, encore sous l'emprise de la bienveillance si rare d'un\nartiste arrivé à l'égard d'un jeune qui n'avait d'autre titre à cette bien-\nveillance qu'un profond et sincère amour de l'Art.\nPourquoi faut-il, hélas ! que l'impression admirative où l'homme et\nl'œuvre se trouvaient confondus en mon esprit alors que je subissais\ndirectement le charme irrésistible du grand séducteur, dût aller en s'atté-\nnuant, au moins pour ce qui est de l'œuvre, au fur et à mesure qu'une"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.13", "texte": "10\nS. I. M.\n\nplus grande distance matérielle nous séparait ? Pourquoi faut-il que la\nproduction d'un Liszt, si primesautière par certains côtés, ne soit pas\ncependant de l'ordre de celles qui s'imposent à jamais dans l'histoire\nde l'Art ?\nGénie ?... Talent ?...\nMais je dois me garder d'entreprendre ici une étude critique qui\nsortirait absolument de mon sujet. Je me contenterai d'apporter l'hom-\nmage ému d'un musicien qui a profondément aimé l'artiste enthousiaste\net l'homme généreux et bon que fut Franz Liszt.\nSeptembre 1911.\n\nVincent d'Indy."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.14", "texte": "La majorité des lettres publiées ici appartient au Musée National\nHongrois de Budapest, et est inédite. Les autres ont paru du vivant de\nLiszt dans des feuilles hongroises, ce sont celles que je désigne comme\n\" peu connues\nLes lettres de Liszt parlent pour elles-mêmes, et les gens avertis ont\nrarement besoin des commentaires qu'on y pourrait adjoindre. Toutefois,\ncomme la plupart des présentes sont relatives aux rapports de Liszt avec\nla Hongrie, je crois nécessaire d'y ajouter un petit préambule.\nLiszt parut pour la première fois en public, dans son pays, en octobre\n1820, à Sopron. Le 26 novembre de la même année il se fit entendre à\nPozsony (Pressbourg) dans le palais du prince Esterhazy.\nAprès avoir étudié à Vienne avec Czerny, il vint à Pest prendre\ncongé de sa patrie avant de voyager à l'étranger, et y donna son\nconcert le 1 Mai 1823. H fît un voyage en France avec le dessein de se\nperfectionner dans son art, et de devenir, comme le disait l'annonce de\nson concert \" aussi un rameau de la parure de sa patrie bien-aimée\nDès lors, la Hongrie dut longtemps se contenter des échos de sa renom-\nmée sans cesse croissante. Mais en 1839, il revint s'y faire entendre.\nPersonne n'ignore avec quel enthousiasme il fut alors reçu, ni le \" sabre\nd'honneur \" que lui offrirent à son concert du 4 Janvier 1840 les mag-\nnats. (Liszt se vit forcé à ce propos d'écrire de Hambourg au directeur\nde la Revue des Deux-Mondes^le 26 Octobre 1840, une lettre où il répon-\ndait aux attaques dont ce fut le prétexte).\nCette année-là, il visita son village natal, Raiding (aujourd'hui Do-\nborjan). Et quelque temps encore s'écoula jusqu'à réalisation partielle\nde ses désirs et de ses efforts. \" J'ai faim et soif de retourner en Hongrie.\nTout souvenir de là-bas a dans mon âme des racines profondes \" écrit il.J\n\n1 La Mara. Lettre de F. Liszt, T. I. 1. 30 (à F. von Schober)"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.15", "texte": "12\nS. I. M,\n\nEn 1846, il traverse pour la deuxième fois, le Hongrie d'où il va vers\nl'Orient, et de là en Russie.\nLa lettre au baron de Seidlitz est par ordre de date la première de\ncelles que je publie. Elle montre que \" tout endurci et racorni qu'il soit\nà l'endroit de ses succès, \" l'enthousiasme avec lequel il fut reçu dans ce\npays dont il avait faim et soif lui causa plus d'une fois de sérieuses émo-\ntions au cœur.1 \" Pour s'exprimer brièvement, il cite quelques lignes d'une\nlettre (à un ami dont on ignore le nom) où il se compare à un nautonier\nvoguant sur la pleine mer d'une grande nation et s'écrie : 44 mon étoile\npolaire, que ce soit l'espérance de voir un jour la Hongrie s'enorgueillir\nde moi. \"\nL'on retrouve bientôt Liszt à Woronicze, où s'accomplit la signifi-\ncative évolution de sa destinée. De là il écrit au dramaturge hongrois\nCharles Hugo une longue lettre où il lui conseille fortement d'aller à Paris\n(lui recommandant de s'adresser au banquier Eskeles) non sans lui faire\nremarquer qu'il ne faut point mesurer les choses de Paris à l'étalon de\nVienne, mais bien se montrer plus actif et entreprenant que l'ami Hor-\nvath lequel n'avait su faire représenter l'opéra d'Erkel Hunyadi Laszlo2\nque dans les colonnes d'informations parisiennes de son journal. Liszt,\nprotecteur désintéressé de tout effort artistique, estimait les opéras natio-\nnaux d'Erkel, de qui il loua maintes fois les compositions. En 1856 il\nréclama avec insistance la partition de cet opéra avec texte allemand, pour\nWeimar. Mais des retards s'étant produits, Hunyadi Laszlo par suite de\nla démission de Liszt, ne fut point représenté à Weimar.\nL'amitié de Liszt pour Erkel remonte à 1839. Dès 1840, Erkel\npubliait à Pesth la Marche de Ràkoczi \" en forme artistique \" et \" en\nsouvenir de Franz Liszt \", avec sur la couverture un portrait de Liszt,\nà mi-corps, en attilahongrois.3 Mais elle se resserra surtout lors de\nl'exécution de la Messe de Gran. Liszt fut le parrain du plus jeune\nfils d'Erkel.\nLa même lettre parle d'œuvres nouvelles inspirées par le séjour en\nHongrie : Un nouveau poème symphonique, complément de Hungaria,\net dont lui avait donné l'idée la belle Prière d'Erkel, qui devait en\n\n1 Les mots guillemetés ici sont en français dans le texte original de la préface. (Note du Traducteur).\n3 François Erkel (1811-1893), compositeur et pianiste ; dirigea l'Opéra du Théâtre National de Budapest.\nOn lui doit une série d'opéras nationaux très appréciés. Hunyadi (représenté en 1844) et Bànk-Bàn font encore\npartie du répertoire. # . ,\n3 On appelle atila la radingote à brandebourg, telle qu'on peut la voir sur le portrait ci-contre de Liszt."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.16", "texte": "LETTRES DE FRANZ LISZT\n\ni 3\n\nfournir le motif principal. Il s'agit là d'un sur une poésie de\nKôlcsey 1 et mis en musique par Erkel en 1840 hymne qui avait été\ncouronné. Cet hymne, avec un Appel (,Szozat) de Benjamin Egressy2\nsur des paroles de Michel de Vôrôsmarty3 est àla Hongrie ce que sont\nà la France la Marseillaise, à l'Angleterre le God s ave the King, à\nl'Autriche le Gott erhalte. Le texte des deux premières mesures en est :\nun \"Dieu bénisse la Hongrie\" qui s'était \"profondément enraciné\"\ndans le cœur de Liszt.\nAprès une longue interruption, la correspondance entre Liszt et\nErkel reprend, plus active, à propos de l'Académie de musique de\nBudapest (1875).\nLa lettre à l'éditeur Heckenast à Budapest est empruntée au journal\nMagyar Sajto.ll y est question d'un livre malheureux,\nleur musique en Hongrie, écrit avec la meilleure volonté, les intentions les\nmeilleures, mais qui souleva en Hongrie bien des mécontentements et\nqui malheureusement fit naître à l'étranger bien des idées fausses sur\nnotre musique. Il ne faut pas rendre Liszt responsable de la deuxième\nédition \" améliorée \", car il est notoire que c'est la princesse de Sayn-\nWittgenstein qui l'a \"complété \" et en a \" poli \" le style. Il convient de\nrenvoyer à une autre occasion et à une étude spéciale le soin d'en rectifier\nles fautes. Comme Liszt, nous croyons aujourd'hui, qu'il eut été\nnécessaire de réviser et de rectifier, et nous voudrions dire à sa décharge\nqu'éT 2 ce temps la^il n'avait pas la possibilité d'apprendre par expérience\nbien des choses.\nIl avait l'espoir que l'orage déchaîné se transformerait bientôt\nainsi qu'il était arrivé lors de la Messe en enthousiasme. Mais\ncet espoir ne se réalisa point ; car il s'agissait non plus des intrigues\nde quelques individus, mais bien d'une indignation générale. La confiance\nqu'il avait en son succès montre précisément que Liszt était convaincu\nd'être dans le vrai. Un des plus beaux traits de la nature de Liszt, c'est\nqu'il supportait avec patience les attaques plus ou moins rudes dont il\nétait l'objet et n'en voulait jamais à ses adversaires de leur véhémence.\nUne de ces lettres nous apprend que la Neuvième symphonie de\n\n1 François de Kôlcsey (1790-1838), poète, critique et orateur. Littérateur de mérite, il rendit de grands\nservices à la cause des idées nationales et progressistes.\n2 Benjamin Egressy (1814-1851) littérateur de talent, composa des lieder qui sont devenus populaires et\nnationaux. On lui doit aussi quelques livrets d'opéras.\n3 Michel de Vôrôsmarty (1800-1865), célèbre poète épique."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.17", "texte": "14\nS* !• M*\n\nBeethoven ne fut pas donnée à Pest en 1840. Remarquons que notre\nSociété Philharmonique ne fut fondée qu'en 1853, qu'elle a, dès ses\ndébuts, joué fort souvent des symphonies de Beethoven, mais que la\nNeuvième n'y fut exécutée qu'en 1861. Les autres symphonies de\nBeethoven ont encore été jouées aux Concerts Philharmoniques. Jusqu'à\nprésent, les plus anciennes traces que j'aie retrouvées d'exécutions à Pest\nde symphonies de Beethoven sont les suivantes :\n20 Décembre 1835 Eroica (premier mouvement).\n27 Mars 1837 Septième symphonie.\n19 Mars 1837 Première symphonie.\nLe Scherzo de la Neuvième fut exécuté par les Philharmonistes\nen 1855, la symphonie entière en 1865.\nCe que dit Liszt quant à sa propre nationalité offre le plus haut\nintérêt. On voudrait bien nous contester Liszt, mais, sans parler de toutes\nles raisons qui détruisent cette prétention, on peut voir que Liszt\ns'y oppose avec la dernière énergie. Cette orientation de la musique\nqu'on appelle néo-allemande doit son origine à un Français, un Hongrois\net un Allemand. Liszt avait ouvert la voie, assuré le progrès ; il avait\ngroupé autour de lui une pléïade d'artistes et s'était rapproché de\nl'Europe centrale. Il est incontestable que Weimar était un lieu tout\nparticulièrement prédestiné : mais ce n'est point une raison pour expro-\nprier Liszt de sa nationalité.\nOn sait déjà les déclarations qu'il fit à propos des fêtes de Pest\nen 1840, 1856 et 1858. Il en est certaines qu'il convient de souligner\npour mettre en exacte lumière ses sentiments patriotiques. L'article de\nJulius Lang est à cet égard excellent, car l'auteur y fait ressortir 1' \"esprit\ninvariablement hongrois \" des œuvres de Liszt. En Mars 1871, à l'occa-\nsion d'une matinée chez Liszt, raconte le Messager populaire hongrois une\ndéputation de quelque soixante représentants de la ville de Pest,\nconduite par M. Javaszy vint rendre hommage au maître, et lui exprima\nau nom de la capitale et à coup sûr du pays entier le vœu et la\nprière de rester parmi nous. Liszt, profondément ému, répondit : \" Le\nseul rêve de ma vie entière est de pouvoir vivre dans ma chère patrie\net pour ma patrie. J'apporte, il est vrai, mon âge de soixante ans, mais\nun corps sain et un cœur entier. Ma ferme résolution est de consacrer\ntout ce que je possède à mon pays bien-aimé, et de rester ici\". La"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.18", "texte": "F. LISZT PAR BARABAS\nNon multa sed multum"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.19", "texte": "LETTRES DE FRANZ LISZT\n!5\n\ndéputation accueillit ces paroles par les plus chaudes acclamations. Le\nvœu exprimé ce jour 1à... \" Mane n devait bientôt être\nréalisé presque complètement.\nDans les lettres publiées ici nous trouvons encore la mention d'un\ndes nombreux morceaux composés en Hongrie et pour la Hongrie, le\nMagyar-Kirazdal (chant royal hongrois). Cette pièce devait être chantée\nà l'inauguration du nouvel Opéra hongrois le 27 Septembre 1884; mais\nrisum teneatis des sujets influents découvrirent dans l'excès de leur\nloyalisme, qu'elle était faite sur le thème d'un vieux Kuruczenlied (chant\ndes Kouroutz, soldats du prince Rakoczy révoltés contre le régime\nallemand) et parvinrent à empêcher qu'elle fut exécutée à cette occasion\nsolennelle. On l'entendit pour la première fois le 25 Mars 1885.\nToute une série de déclarations de Liszt vient l'affirmer nôtre. Ses\nactes d'artiste ont donné à notre existence lumière et chaleur. Son activité\nde président de notre Académie de musique à été féconde, et constitue\nles fondations de l'édifice que nous construisons. Ses compositions ont\nrépandu la musique hongroise dans l'univers entier. Ce qu'on lui doit est\nimpossible à évaluer.\nLiszt est resté fidèle à sa promesse : jusqu'à ses derniers instants il a\ntenu ses regards tournés vers son étoile polaire, sa parole s'est accomplie et\n\" la Hongrie s\"enorgueillit de lui\".\nK. D'ISOZ\nBudapest 11 Oct. 1911.\n*\n* *\nJassy 4/16 Janvier 47\nAu baron de Seidlitz,\nTemesvar et Débrézin ! c'était comme mon Montjoye St. Denis !\ns'il vous souvient encore, de nos diners de la à la maison Dorée....\nEh ! bien, mon cher ami, mes pressentimens étaient justes et quelqu'en-\ndurci et racorni que vous me sachiez à l'endroit de mes succès, j'avoue\nque pendant ces 3 derniers mois que j'ai passé en Hongrie et en Transyl-\nvanie, il m'est venu plus d'une fois de sérieuses émotions au cœur!... mais"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.20", "texte": "16\nS. I. M.\n\nje ne veux pour aujourd'hui ni vous ennuyer par mes descriptions de\nl'incroyable et de l'impossible ni même vous parler plus long temps de m0i....\nà moins de changer de langue et cela pour vous citer 3 lignes que j'écri-\nvais dernièrement à un mien ami et qui résument à peu près pour moi\nl'impression de ce dernier voyage.\n\" von allen jetzt lebenden Kiinstlern bin ich der einzige welcher ein\ngerecht stolzes Vaterland gerecht stolz aufzuzeigen hat.... Waehrend sich\nandere muhselig in den seuchten Waessern der stets sparsameren\nabplagen miissen, segle ich frey vorwaerts auf der vollen See einer\nNation... : Mein Nordstern sey dasz Ungarn einmahl stolz auf mich\nhindeuten kan —\"\nTeleky et Bethlen (Gaber) viennent d'être nommés Députés à la Diète\nde Transylvanie. Probablement à cette heure ils auront déjà eu occasion\nde se poser et de se désarmer (?) car les séances ont commencé les pre-\nmiers jours de janvier. Teleky pour son début a fait un charmant tour\nd'escamotage constitutionnel qui lui a donné beaucoup de relief ; il est\nmaintenant un des 3 ou 4 Cortes oAnfuhrer les plus populaires et fait des\ncourses ou plutôt des incursions avec 12 ou 1500 Cortes àsa suite aux\nrestaurations politiques.\nBethlen et Teleky m'ont accompagné de Clausenburg à Bukarest.\nNotre caravane était des plus pittoresques... quatre voitures attelées de 8\nchevaux chacune.... Belloni et Harray (Secrétaire de Teleky) faisant le\nfricot à chaque station de nuit... Des Chibouks et des cigares à profusion...\net enfin 3 heures de Tarrok quotidien (connaissez-vous ce merveilleux\njeu et les charmantes finesses du Pagat ultimo !)... Assurément c'est là un\nde mes meilleurs souvenirs que ces 8 jours passés en route avec de si\nexcellents compagnons.\nA Bukarest le Prince Eichel Shika a eu la bonté de mettre tout son\npalais qui est un des plus beaux de la ville a ma disposition,\netc. etc.\nNous souvenez-vous de M. de Karratsony qui était à Paris en 44 ;\nrue Laffite ? je l'ai retrouvé à Temesvar où il m'a fait la plus royale hos-\npitalité. Depuis la mi Novembre nous voyageons ensemble notre itiné-\nraire est ainsi arrêté Jassy, Kiew, Odessa, et pour les premiers jours\nd'avril, Constantinople.\nSi vous avez le loisir de me répondre adressez Odessa.\nNous y arriverons vers la mi ou fin Février."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.21", "texte": "LETTRES DE FRANZ LISZT\n*7\n\nQue devient notre ami Sasa Vollen ? Est-il définitivement investi de\nsa dignité de secrétaire d'Ambassade à Vienne ?\nEt Schober ? Que deviennent ses Suédois a la visite à Weimar ?\nEcrivez moi d'eux, et parlez leur de moi...\nRappelez moi très affectueusement au souvenir de Madame la\nBaronne de Seidlitz, et recevez le nouveau, mon cher ami, l'expression des\nsentimens constamment les mêmes\nde votre tout affectionné\nF. Liszt.\nBelloni me charge de mille choses pour vous.\n\\\nAu Musée, Budapest.\nLiszt Ferencz-Hugo Kàrolyhoz (Charles Hugo).\nVotre lettre mon cher ami, m'est la très bien venue et j'espère que\nces lignes vous feront quelque plaisir aussi. Il ne m'était parvenu ni\nDédicace, ni Ungarkônig., ni rien de votre part. Mais je réparerai ce\nmalheur en faisant l'acquisition d'un exemplaire à Leipzig où je passerai\npour me rendre à Weimar au commencement de janvier prochain.\nCe que vous me dites de vos projets de Paris me paraît très sensé et\nje vous engage beaucoup à ne pas vous laisser détourner de ce voyage que\nvous ferez bien de prolonger un peu, ne serait-ce que pour mieux entre-\ntenir de loin vos sentimens patriotiques. Pour vos menus plaisirs de\nroute je vous envoie ci-joint une traite sur Eskeles de i oo Ducats.\nTâchez de bien employer votre temps à Paris ; frottez-vous intelli-\ngemment aux hommes qui disent, savent et font quelque chose. N'imitez\npas trop notre bon ami Horvath qui fit représenter Hunyady Laszto...\ndans les nouvelles de Paris de son journal. Ne vous servez pas du court\naunage de Vienne dans l'appréciation des choses et des hommes de Paris;\ngardez-vous des blagueurs et cautteries (!) N° 2, ou 3, ou 4... mais faites\nen sorte de voir beaucoup et bien.\nPour peu que votre séjour tire en longueur, il est possible que je\nvous trouve flânant encore sur les boulevards à la mi-avril prochaine\nmais ne parlez à personne de ce voyage, car je tiens à garder un complet\n\n2"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.22", "texte": "18\nS. I. M.\n\nincognito pendant les quelques jours que je passerai à Paris où il me reste\nune ou deux affaires à régler qui nécessitent ma présence.\nEn attendant vous trouverez Belloqui y passera tout l'hiver avec\nsa femme, rue neuve St. Georges N° 5. Comme il voit Janin très souvent\npriez-le de vous conduire déjeûner chez lui un matin ; cela vous sera une\nbeaucoup meilleure façon de vous présenter qu'une lettre, car Janin n'a\nguère le temps de lire et de faire grande attention à ses amis absents.\nSi vous voulez me faire un plaisir, vous irez voir ma mère, qui est\nune femme de cœur et de bon sens. Peut-être pourra-t-elle vous être de\nquelque utilité pour vos arrangemens matériels, question d'appartement,\nde meubles, etc. Elle demeure Rue Louis le Grand, N° 20 vous n'avez\nqu'a y aller tout droit, car je lui ai écrirai dans ma prochaine lettre qu'un\npèlerin tudesco-magyar viendra la visiter.\nBon voyage donc, mon cher ami, et au meilleur revoir. Si vous\nm'écrivez, adressez Halperin, banquiers, Bendigew, gouvernement de\nKiew, Russie jusqu'à la fin Décembre. Plus tard, Weymar.\nBien tout à vous\nF. LISZT.\nWoronince, 7 novembre 47.\nJe n'ai jamais écrit un mot à Dumas, et vous engage même à ne pas\nprendre de lettres pour lui, mais à lui écrire tout droit que l'auteur de\nMathias, et de Brutus, désirerait profiter de son séjour à Paris pour faire\nsa connaissance. Ce vous sera la meilleure introduction ; à propos des\nlettres, tâchez d'en avoir pour le Cte Apponyi par Horvath, si vous\nvoulez.\nVoulez me faire encore un plaisir ? Trouvez moi le texte allemand\nces vers de Goethe que je ne puis découvrir dans le volume des Gedichte\noù ils sont pourtant et que je voudrais exactement dans l'occasion.\n\" L'Europe m'a loué : que m'a donné l'Europe ? Rien ! J'ai payé\n\" bien cruellement hélas ! mes vers. L'Allemagne m'imita ; La France\n\" peut me lire ; Angleterre, tu reçois en ami ton hôte en proie au\n\" trouble. Cependant que m'importe que le Chinois peigne d'une main\n\" peu sûre Werther et Lolotte sur la porcelaine ? \""}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.23", "texte": "LETTRES DE FRANZ LISZT\nr9\n\nMonsieur le Conseiller,\nMalgré ma ferme résolution de ne jamais me mêler de choses qui ne\nregardent point, je ne saurais pourtant résister à l'honnête figure, et\nau sincère et sympathique accent dun compatriote de qui\nréclame de mon patriotisme quelques mots de recommandation auprès\nde vous.\nLes lignes ci-jointes expliquent mieux que je ne pourrais le faire la\nmodestie des ambitions de mon protégé, et je me plais à croire que vous\nvoudrez bien y faire droit avec votre justice et votre obligeance habi-\ntuelles, si toutefois il y a lieu.\nVeuillez donc bien, Monsieur le Conseiller, excuser l'indiscrétion de\nma démarché et agreez de nouveau l'expression de mes sentimens les plus\nhautement distingués et les plus affectueusement dévoués\nF. LISZT.\nStanislawow 18 Mai 47.\nA Breitkopf et Hârtel. Eilsen, 12 Nov. 1849.\nMon cher Monsieur Haertel,\nN étaient des circonstances tout-à-fait en-dehors des prévisions\nordinaires je serais venu faire en personne ma réponse à vos amicales\nlignes, car ainsi que je vous 1 écrivais de Hamburg, je comptais passer à\nLeipzig avant la mi-novembre pour revenir à Weimar où j'ai établi mes\nquartiers d hiver. Malheureusement ces circonstances dont quelques jour-\nnaux, a ce qu il parait, ont eu la bonté de s'occuper, quelque peu ou mal\ninformes qu ils en soient d'ailleurs, retardent mes projets de près d'un mois\net ce n'est que vers le 8 Décembre que je pourrai me rendre à Weimar.\nIl me sera fort agréable, en vous faisant alors ma visite à Leipzig,\nd essayer le Piano que vous avez l'obligeance de me tenir en réserve sur\nla demande dont j'ai chargé M. Reinecke de vous faire de ma part. Il y a\nlongtemps que je désirais avoir à ma disposition un de vos beaux instru-\nments, si accomplis de mécanisme, et d'une si molle sonorité, et, pour\nle dire en passant, j'enviais à cet égard, tout l'hiver durant, mon bon\nSacha (Winterberger) qui vous est redevable d'une notable partie de ses\nprogrès. Comme je désire me servir personnellement de ce Piano pour"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.24", "texte": "20\nS. I. M.\n\nmon usage habituel, permettez-moi de vous prier, de vouloir bien le faire\nassortir de manière à ce que le toucher en soit ferme, très ferme ; car il y a\ntoujours avantage pour un Pianiste à s'exercer sur un instrument dont le\nclavier oppose de la résistance aux barbouillages, bredouillages, etc. et\nn'offre aucune tentation aux passages parasites dont il convient de purger\ndésormais l'exécution en général. Quant à la couleur du bois, elle m'est\nabsolument indifférente ; et je vous prie surtout de ne vous laisser gêner\nen aucune façon par la demande peut-être inopportune que je vous ai\nfait faire de cet instrument, et de ne me l'expédier que selon vos con-\nvenances, n'étant aucunement assez en fonds pour faire F acquisition d'un\nPiano, je tiens beaucoup à ne pas me rendre coupable d'une indélicatesse\nde procédé.\nPour ne pas retarder la publication des morceaux du Prophète, il est\nplus simple de m'envoyer les épreuves à Eilsen où je resterai jusqu'au com-\nmencement de Décembre. Le titre général devra rester tel que je l'ai\nindiqué : \" Illustrations du Prophète de Meyerbeer, par F. L. mais\nchaque N° pourra s'orner d'un titre particulier. Celui du N° i sera \" Prière,\nHymne triomphal, et Marche du Sacre. \"\nCelui du N° 2 \" Les Patineurs. \"\nPour les quatre autres morceaux que je compte tailler, (aussitôt mon\nretour à Weimar) , dans cette riche étoffe, je vous enverrai les titres avec\nles manuscrits. L'Editeur de Paris sera M. Brandes. En vous retournant\nles épreuves des Consolations (que je vous prie de joindre à celles du\nProphète) je vous indiquerai l'Éditeur de Paris ; car je ne sais pas si\nM. Belloni en a déjà disposé, et en faveur, ou au désavantage de qui ?\nSi vous aviez l'obligeance de me faire parvenir par la même occasion\nun Clavierauszug mit der Singstimmen complet du Prophète, je vous en\nserai fort obligé, et aussitôt mon travail terminé j'aurai soin de vous le\nrestituer avec les autres morceaux du même opéra que vous m'avez prêtés.\nMille affectueuses amitiés et tout à vous.\nF. LISZT.\nAucun de mes ouvrages ne portant de N° d'oeuvre jusqu'à présent,\nje n'en mettrai pas non plus à ces fantaisies du Prophète.\nJ'écrirai prochainement à Haslinger pour le Lieder-Cyclus. En\nattendant si les épreuves sont prêtes, je vous prie de les joindre au\nrestant que vous m'adressez à Eilsen au plus tôt."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.25", "texte": "LETTRES DE FRANZ LISZT\n2 I\n\nA Peter Cornélius.\nCher ami,\nRubinstein est arrivé aujourd'hui à midi et vous attend avec impa-\ntience. Ne vous faites pas trop attendre, et revenez au plus tard mercredi.\nVous rencontrerez à l'Altenbourg mon fils qui au physique (sic) est\ndéjà plus grand que moi : puisse-t-il bientôt l'être aussi\nWasilewski de Bonn est également arrivé aujourd'hui, et Genast\nprojette pour mercredi une Soirée d'arti où je suis spécialement chargé\nde vous inviter.\nPour ma part, je n'ai à vous dire rien de plus neuf que ceci : que je\nvous aime bien fort, et que vous n'avez pas besoin de briller plus long-\ntemps par votre absence puisque vous brillerez bien mieux, à coup\nsûr, par votre présence. (Note de la Rédaction !)\n\" Au revoir donc, cher ami, et\nBien tout à vous \"\nF. LISZT.\nS. L. (Weimar) Dimanche 3 Septembre 54.\nToutes les amitiés des habitants de l'Altenburg, et cordiales saluta-\ntions à la Maman\nA François Erkel. Zurich, 21 Novembre 1856.\nCher et honoré ami,\nVotre lettre m'a été transmise ici, où une pénible indisposition me\ntient au lit depuis plus de quinze jours, et retarde mon retour. Recevez\nmes remerciements les meilleurs pour les nouvelles agréables que vous me\ndonnez : au cours de l'été prochain, j'espère profiter de l'occasion pour\nfaire plus ample connaissance avec mon filleul. Mes longs cheveux feront\nimpression sur lui ; et plus tard, si comme il y a lieu de le prévoir le\njeune homme s'est assimilé une bonne dose de substance musicale, nous\nn'aurons pas de peine à nous entendre. En attendant, ayez la bonté de\ndire au comte Râstay que je me réjouis cordialement qu'il ait pris ma"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.26", "texte": "22\nS. I. M\n\nplace lorsque mon opéra hongrois sera né, j'aurai à le prier d'accepter,\nlui aussi, une sorte de parrainage. Et présentez mes respectueux hom-\nmages de compatriote tout fidèle et bien pensant à la gracieuse marraine,\nsans m'oublier auprès de la maman qui ressent aujourd'hui auprès de\nl'enfant la plus grande et la plus méritée des joies.\nCes jours-ci j'ai ressenti les symptômes de la naissance prochaine du\npoème symphonique qui sera la suite de Hungaria, et dont votre belle\nPrière.\nCe qui a pris en mon cœur de si profondes racines ! m'a\ndonné le projet et le motif principal. Sans doute vous apporterai-je l'été\nprochain le bébé tout prêt. Mais d'abord je dois me hâter d'achever mes\nIdéal s de Schiller. Les quatre rentrées (au lieu de deux) sont faites selon\nvotre bon conseil, et cette péroraison offre maintenant une gradation\ntelle qu'elle pourrait donner à Léo Festetics lui-même envie d'y associer\nsa voix. D ici Pâques je vous aurai envoyé la partition, qui se typographie\na 1 Imprimerie d'Etat Impériale-Royale. Si je ne me trompe, l'œuvre,\nfacilitée, améliorée, avec ses additions et la glorieuse fugue terminale\ndu Gloria^que j'écrivis ici, vous plaira passablement.\nJ'ai vécu de magnifiques journées avec Richard Wagner. Son\nAnneau du Niebelung (dont il a terminé la moitié) est un monde entière-\nment inconnu, sublime. D'ici deux ans les quatre opéras seront prêts à\nêtre représentés. En vérité, cher ami, il vous faut entendre et voir cela.\nOù en est la traduction de votre pour Weimar ? Quand\nrecevrai-je la partition ? Je pense être de retour dans trois semaines à peu\nprès ; et si vous ne tardez pas trop à m'envoyer la partition, l'œuvre\npourra être mise à l'étude, comme je le souhaite, au cours de cette saison.\nJe me réjouis de savoir que vous avez mis les Préludes au programme\ndes Concerts Philharmoniques. Je présume que pour vous tout aura mar-\nché aussi bien dans la salle du Muséum que dans celle du Théâtre.\nTransmettez mes bien amicaux souvenirs aux membres de votre\norchestre, maintenant de vrais amis pour moi, et aux aimables chanteurs\nqui ont collaboré au festival de Gran. Dans une lettre que j'ai adressée ces\njours derniers au baron Augusz, je l'ai prié de régulariser le plus tôt pos-\nsible le côté pécuniaire de cette affaire, car de l'autre côté l'on semble\navoir complètement oublié ce point ; et je peux vous dire, en manière de\nmédiocre consolation, que l'on m'a aussi totalement ignoré je n'ai\njusqu'à présent pas reçu de Gran la moindre ligne de remerciement."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.27", "texte": "LETTRES DE FRANZ LISZT\n23\n\nNos Fratresr, au reste, ne se rappellent déjà plus mon humble per-\nsonne ; peut-être trouverez vous quelque occasion de me rappeler à leur\nmémoire comme un Comporter dans l'attente ?...\nJe termine ces lignes à Saint-Gall ou hier furent exécutés un couple\nde mes poèmes symphoniques. Wagner a dirigé après.\nA Fr. Dingelstaedt. Weimar, 22 novembre 1855.\nMon excellent ami,\nPar les nouvelles que vous avez du recevoir assez dernièrement de\nWeimar, vous aurez vu qu'on ne vous oubliait pas ici. De votre côté il\nest vrai que vous ne faites pas preuve d'un excès de mémoire à notre\nendroit car si je ne me trompe vous nous avez passé plusieurs fois\nsous le nez pour vous rendre soit à Francfort, soit à Cobourg sans vous\nappercevoir que nous étions encore de ce monde. Ceci soit dit sans\nreproche aucun ; car si j'en avais à vous adresser je me prendrai plutôt\nà vous faire une sorte de querelle d'A d'avoir confié la à\nun compositeur qui excelle surtout dans les plats et de ne m'en\navoir plus soufflé mot, pas plus que de l'Orestie. Mais les querelles\nd'Allemand siérait fort mal à mes habitudes magyares, et je ne saurais trop\ncomment m'y prendre. Pour aujourd'hui permettez-moi simplement de\nvous recommander amicalement un charmant garçon, excellent musicien,\net grand Pianiste,Dyonis Priikner qui fait une visite de plusieurs semai-\nnes à sa famille établie à Munich, avant de se rendre à Vienne où,\nj'en suis persuadé, il aura de beaux succès. Veuillez l'accueillir\navec bienveillance, comme un de mes meilleurs disciples et lui faire\nl'honneur de le présenter à Madame Dingelstaedt, au gracieux souvenir\nde laquelle je vous prie de me rappeler affectueusement, en ma double\nqualité de son constant admirateur et de votre tout dévoué ami\nF. LISZT\n22 Novembre 55. Weimar."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.28", "texte": "24\nS. I. M\n\nAdresse inconnue. Weimar, 18 Mai 1856\nPermettez-moi, cher ami, de vous offrir les six premiers Numéros\nde mes Poëmes symphoniques auxquels succéderont bientôt d'autres\nproduits analogues car je suis parfaitement résolu à ne point lâcher pied\ndans ce chemin caillouteux que ma conviction me trace. Probablement\nvous trouverez dans ces Partitions un assez grand nombre d'exemples\n\" comment il ne faut pas faire \" ainsi que disait M. Cherubini des Sym-\nphonies de Berlioz, et à ce titre du moins je pourrais revendiquer pour\nmes ouvrages une certaine utilité.\nQuoiqu'il en soit gardons nous de mêler les questions d'amour\npropre, d'école ou de parti à des choses que la Providence nous a laissé\ncomme compensation à ces maux. Je veux parler des braves et franches\nrelations entre amis que d'honnêtes et nobles sympathies rapprochent\net laissez moi vous rappeler votre amicale promesse de venir passer quel-\nques jours à Weimar où le printemps n'est pas plus laid qu'aux alentours\net où votre présence sera toujours un très véritable plaisir pour\nVotre très sincèrement affectionné et dévoué\nF. LISZT\nWeimar, 18 Mai 1856.\nA Kâlmân de Simonffy, Weimar, le 1 Février 58.\nJ'ai à vous remercier doublement, Monsieur, et de votre obligeante\nlettre et de l'envoi que vous m'avez fait de votre \" Magyar Hangfiizér \"\nque j'ai lu avec plaisir et intérêt.\nVotre nouvel recueil \" Târogato \" me sera le bienvenu, et j'en\naccepte la dédicace avec les meilleurs remercimens, me trouvant très\nflatté de cette attention patriotique. Veuillez je vous prie m'inscrire pour\ncinq exemplaires sur la liste de souscription de votre recueil. Je prendrai\nsoin de vous en faire parvenir le montant aussitôt que je les aurai reçus.\nPour la commodité de la lecture je vous engage à faire graver à\n81've les passages qui dépasseront les notes car le procédé employé\ndans le premier morceau de Fay Antaltôl me semble assez embarassant. Il"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.29", "texte": "LETTRES DE FRANZ LISZT\n25\n\nest difficile de se reconnaître dans des passages comme celui-ci par\nexemple\nqu'il serait plus simple d'écrire ainsi :\nOr dans ce même morceau il se trouve trois ou quatre passages\nanalogues qu'il conviendrait de faciliter\nRecevez, Monsieur, l'expression de mes sentiments les plus distingués\navec l'expression de mon parfait dévouement\nF. LISZT.\nWeimar i Février 58.\nP.S. Votre lettre ayant été jointe àla Musique, elle a mis la lenteur\ndes paquets à faire sa route, et ne m'est parvenue qu'il y a trois jours.\nA\nWeimar, 26 Juin 58.\nA Gustave Heckenast, éditeur à Budapest, Weymar, 27 août 1759.\nMonsieur,\nVous avez eu l'obligeance de me faire il y a plusieurs années une\nproposition que j'ai acceptée au sujet de la publication en allemand et en\nhongrois de mon ouvrage intitulé : \" Des Bohémiens et de leur musique\nen Hongrie. \" De nombreuses occupations m'ont forcé d'ajourner l'achè-\nvement de ce volume dont j'ai corrigé les dernières épreuves ce\nprintemps, mais que l'éditeur de Paris (Librairie nouvelle) ne compte"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.30", "texte": "2 6\nS. I. M\n\nmettre en vente qu'à l'entrée de l'hiver. Sur le verso de la page du titre\nVous trouverez ces mots : \" Les droits de traduction sont réservés pour\nl'Allemagne et la Hongrie à M. Heckenast, libraire-éditeur à Pest. \" Par\ncette petite note j'ai rempli la promesse que vous avez reçue de moi, et je\nne doute point Monsieur que vous n'accomplissiez également la vôtre.\nRelativement à la traduction allemande je désire qu'elle soit confiée à un\nde mes amis, actuellement à Vienne, M. Peter Cornélius, qui durant son\nséjour à Weimar a déjà traduit les deux tiers de l'ouvrage, et il s'empres-\nsera de terminer le tout si vous voulez bien prendre avec lui les arrange-\nments indiqués à cet effet. Son adresse est : Herrn Peter Cornélius\n(Componist) Weissgaerber, Pfefferhofgasse, N° 30, bei Frau Miiller. Je\nlui écris de mon côté pour le prévenir que vous entrerez en correspon-\ndance avec lui, persuadé qu'il vous sera agréable de publier de préférence\nune traduction conforme à l'esprit et au style de l'original. Or je puis\nVous garantir que celle de M. Cornélius est parfaitement adéquate.\nQuant à la traduction hongroise je vous laisse entièrement le choix de la\npersonne que vous jugerez convenable d'en charger, à l'exception d'une\nseule que je vous désignerai s'il y a lieu et que vous devinerez probable-\nment. Outre ces fâcheux antécédens je soupçonne fort ce monsieur\nd'avoir été l'instigateur du bruit prématuré et malveillant qui s'est fait\ndans plusieurs journaux au sujet de mon livre qui n a pas paru, et QU'ON\nN'A PAS LU ! S'il avait été lu on saurait : i° qu'il a été conçu d'abord pour\nservir de commentaire à un ouvrage de musique, publié depuis de longues\nannées, que j'ai intitulé Rhapsodies hongroises, dont le succès n'a pas été\nle moindre en Hongrie ;\n2° qu'à moins d'un parti pris comme il s'en rencontre parfois dans\nles comptes rendus de journaux, il est impossible à tout lecteur impartial\nde ne pas entendre vibrer à travers tout le volume le plus sincère et\nfervent attachement de l'auteur pour son pays natal. Toutefois la sincérité\ndu patriotisme n'implique pas l'aveuglement en matière de science et\nd'art, et ne condamne point ceux qui le ressentent le plus vivement à\ndevenir par là incompétents sur toutes les questions qui demandent de la\njustice dans l'appréciation des faits et delà justesse dans le raisonnement,\nPour ma part il m'a semblé qu'il revenait à notre patrie plus d'honneur\ndes qualités morales qui la signalent à l'estime et à l'admiration des\nautres peuples, et je me suis attaché à démontrer que c'est grâce à ces\nqualités que la musique nationale, en racinée dans le sol et dans l'âme de"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.31", "texte": "LETTRES DE FRANZ LISZT\n27\n\nla Hongrie est une musique hongroise^que la Hongrie ne peut avoir\nd'intérêt à revendiquer un brevet d'invention pour l'emploi de certains\nintervalles d'une gamme qui, selon toute probabilité, est d'origine indienne\net nous arrive des bords du Gange.\nJe le demande, peut-on accuser un auteur de vouloir dépouiller sa\nnation quand il termine son livre par ces mots :\n\" La Hongrie peut donc, à son droit, réclamer comme sien cet art\nnourri de son blé et de ses vignes, mûri à son ombre et à son soleil, acclamé\npar son admiration, paré, embelli et ennobli, grâce à ses prédilections et\nà sa protection, et si bien enlacé à ses mœurs qu'il se lie aux plus intimes,\naux plus doux souvenirs de chaque Hongrois. Tout comme une conquête\nglorieuse il est appelé à figurer parmi les plus beaux titres de notre pays,\net son souvenir doit être incrusté, comme un joyau précieux à un fleuron\nde son antique et superbe couronne \" (Page 348).\nLa mauvaise foi peut évidemment retourner, détourner, contourner\nle sens de chaque écrit mais la mauvaise foi seule, je l'affirme et le\nproclame, peut, après la lecture de mon volume méconnaître le sentiment\nvraiment filial avec lequel il fut écrit, et je ne crois pas qu'il se trouve\nparmi mes compatriotes un honnête homme qui ne soit de cet avis.\nDu reste Monsieur, s'il vous souvient encore de Forage qui s'était\namassé contre moi à Pest, il y a deux ans, à l'occasion d'une œuvre ne\nrespirant que la paix et la charité la Messe de Gran et de la tour-\nnure que prirent ensuite les choses, vous serez probablement moins effrayé\nde Forage qui me menace dans la circonstance présente. De mon côté j'ai\neu beaucoup l'occasion de m'habituer à ces intempéries du sort, car dans\nla contrée que j'habite, les journaux prennent soin de me régaler fréquem-\nment de leurs aubades et sérénades de critique très orageuses ! Sans en\nprendre plus de souci qu'il ne faut, je continuerai de travailler comme\ndevant en toute simplicité et bonne conscience, suffisemment récompensé\nd'ailleurs par les sympathies honorables que mon nom s'est acquis et qui\nlui demeureront attachés.\nVeuillez bien agréer, je vous prie Monsieur, l'assurance de ma con-\nsidération et de mes sentimens très distingués.\nF. LISZT\n27 Août 1859, Weimar."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.32", "texte": "28\nS. I. M.\n\nA Kâlmân de SimonfFy, Vatican, 21 mai 1865.1\nMonsieur,\nJe serais fâché de vous occasionner la perte d'un pari, mais puisque\nvous réclamez mon information pour savoir \"si la 9™ symphonie de\nBeethoven a été exécutée à Pest en 1840\" je dois vous répondre\nque non.\nDu reste il n'y a lieu de s'étonner beaucoup du retard qu'a souffert\nl'exécution de ce prodigieux ouvrage à Pest. En 1840, la gme symphonie\nétait considérée comme un épouvantai!des plus épouvantables, par la plu-\npart des musiciens et des soi-disant [connaisseurs] en musique, d'Europe.\nA peine l'avait-on essayée cahin-caha, fragmentairement d'abord à\nquelqu'occasion exceptionnelle ; pour ne plus s'en occuper du reste,\ndans deux ou trois villes d'Allemagne ; le Conservatoire de Paris ne s'y\naventura que plus tard sans trop d'entrainement, et même après la\nRévolution de 1848 il semblait hasardeux d'en décorer les Programmes\ndes Sociétés de Concert les plus respectables, vu mauvais sort qui s'atta-\nchait àla 9me symphonie à cause des sots et pitoyables jugements qu'elle\navait dû subir.\nRecevez, Monsieur, l'assurance de ma parfaite considération\nF. LISZT.\nVatican 21 Mai 1865.\nAu baron Antoine Augusz. Weimar, 7 Mai 1873.\nTrès honoré ami,\nMes cordiaux remerciements pour ta lettre. Les résultats de l'enquête\nme paraissent satisfaisants et utiles. Je suis surtout ravi de la proposition\nde notre haut protecteur et président l'archevêque Haynald \" d'attribuer\nune section spéciale à la musique d'église \". Le manque d'une telle\n\" section \" dans les autres conservatoires s'est montré également préjudi-\nciable à l'art et au culte. Pourquoi exécute-t-on si souvent dans les églises\n\n1 Je suis redevable de cette lettre à M. Aladar de SimonfFy professeur à Arad, fils du destinataire."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.33", "texte": "LETTRES DE FRANZ LISZT\n2 9\n\nde la musique d'orgue de Barbarie ? Les péchés d'art sont-ils donc sou-\nhaitables dans le service divin ? Que la Hongrie aille de l'avant et offre\nde meilleurs exemples. Je suis prêt à aider, mais ne puis suffire\nNous avons encore besoin d'une personnalité forte et zélée qui assume et\nmène à bien, tant au point de vue musical qu'au point de vue religieux,\ncette lourde tâche. Pour cela je te signale de nouveau le respectable prêtre\net le très apprécié musicien, chef d'orchestre et compositeur Franz Witt\n(de Ratisbonne), président de la Caeciliallemande, et te prie d'appuyer\ntrès sérieusement sa nomination à l'Académie de musique de Pest auprès\nde l'archevêque Haynald et du ministre Tréfort.\nTrès bienvenu m'est le prix annuel, fondé par le député Simonffy,\nde 20 ducats pour la meilleure composition de style hongrois. Ainsi est\naccentué comme il convient le caractère national de l'Académie de\nmusique. Il faudra encore instituer une classe spéciale pour \" la musique\npopulaire hongroise \" et son développement. On m'accordera bien que\nmalgré ma regrettable ignorance de la langue hongroise, je reste, du\nberceau à la tombe, de cœur et d'esprit, et que par conséquent\nje souhaite d'encourager sérieusement le développement de la musique\nhongroise.\nJ'approuve volontiers les motifs exposés par Albert Apponyi et\nImre Azéchenyi, et j'espère que les autres questions de détail seront\nréglées au mieux des intérêts de l'ensemble.\nJe serai à Pest avant la fin d'octobre. Au cas où me seraient adres-\nsées d'ici-là, par le ministère, des communications au sujet de l'Académie,\nje te serais obligé de prier Hegediis d'y adjoindre la traduction en allemand.\nSi Monsieur le Ministre juge opportun de m'attribuer dans les\nlocaux de l'Académie de musique un petit logement (tu sais que 2 petites\nchambres pour moi et une pour Miska suffisent amplement) cela me sera\ntrès agréable parce qu'utile.\nAvec mes salutations cordialement dévouées à ta femme et à ta fille\nTon fidèlement reconnaissant\nF. LISZT.\n7 Mai 1873, Weimar.\nP.S. Je reçois à l'instant ta deuxième lettre, du 5 Mai. Ainsi donc"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.34", "texte": "3°\nS. I. M.\n\nla question logement est résolue, et je retombe sous l'aspersoir du\nclergé municipal. Tant mieux ! Mille mercis pour tes prévenances et\npeines.\nSois assez bon pour annoncer à mon concierge (20, Palatingasse)\nque j'accepte avec plaisir de servir de parrain à ses jumeaux Jean-\nBaptiste et Charles-Rodolphe Maratchek.\nCi-joint le programme de l'exécution de Christus qui aura lieu ici\nle 29 mai. Peut-être Abrànyi pourra-t-il venir.\nSur l'enveloppe : Dem Hochwohlgebornen Freiherrn\nA. von Augusz\nRitter des Stephans Orden\netc. etc. etc.\n56, Herrenstrasse Ofen\n(Buda)\nrecommandirt.\nF. Liszt à François de Pulszky directeur du Musée National\nHongrois Budapest.\nMonsieur le Directeur,\nEn Novembre dernier, lors de la mémorable fête jubilaire, par\nlaquelle la Ville de Pest m'a illustré, je vous exprimais mon sentiment\nsur la place définitive qui convient à la couronne d'or et la médaille de\ncette fête. Leur but est d'attester la sympathie et la générosité natio-\nnales envers un compatriote, fier d'employer ses faibles talents d'artiste\nau service de la Hongrie ; outre cela, d'encourager les Artistes en général\ndans la voie du dévouement à la patrie. Cette double destination les\nfixe au Musée National de Pest, sous votre garde, Monsieur le Direc-\nteur. Permettez-moi donc de vous les livrer aujourd'hui, comme propriété\ndu Musée et d'y joindre aussi la couronne en argent, offerte à la même\nfête par le \" allgemeine deutsche (Leipzig-lena). Mon\ndésir et ma résolution sont d'ajouter encore quelques objets ; notamment :"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.35", "texte": "LETTRES DE FRANZ LISZT\n3i\n\nle sabre qui m'a été décerné avec acclamation publique, au théâtre\nnational de Pest en janvier 1840: le Piano offert par la maison\nBroadwood de Londres à Beethoven : un grand pupitre de Piano\nen argent . un bâton de JVTusique en or massif, orne de pierreries.\nJe désirais vous envoyer de suite ces objets ; mais pour les\nretirer de l'endroit où ils sont gardés sous scellés, il faut des auto-\nrisations que des convenances personnelles me défendent de réclamer\nintempestivement. Aussitôt que possible, ils seront expédiés de Weimar\nà Pest ; et en prévision de ma mort prochaine, j'ai pris des mesures\nafin que tous les objets que je destine au JVlusee d'ici, lui parviennent\nsûrement.\nVeuillez bien agréer, je vous prie, Monsieur le Directeur, l'expres-\nsion des sentiments de haute estime et considération avec lequels j'ai\nl'honneur de demeurer,\nvotre très dévoué serviteur\nF. LISZT.\n3 Mai 1874, Budapest.\nP. S. Ci joint la traduction hongroise de cette lettre.\nSur l'enveloppe : Monsieur\nMonsieur François de Pulszky\nDirecteur du Musée National\netc. etc. etc.\nAun correspondant inconnu. Budapest, 14 Décembre 1876.\nCher et honoré ami !\nIl y a un ou deux jours, j'ai prié Gottschlag, le promoteur du\nmonument Bach, de demander à Miiller-Hartung d'aiguillonner le comité\nd'Eisenach afin que la chose se termine Le a\ntrop longtemps duré: il est temps d'attaquer un Allegro deciso c'est-à-dire,"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.36", "texte": "32\nS. I. M.\n\nde commander le beau monument de Bach à Donndorf, et de n'en pas\nrenvoyer l'inauguration à la semaine des quatre jeudis, ad calendas graecas.\nN'est-il donc à Eisenach point de personnes capables de faire mieux\nqu'écrire des lettres et se réunir ? Que font les Eichel ? Toute ville\ndésireuse d'élever un monument à la gloire d'un de ses grands citoyens\ndoit s'occuper de la chose pour de bon. C'est ce que Vienne a fort bien\nfait pour Schubert, et fait, de nouveau, pour Beethoven. D'autres villes\naussi, avec de rares exceptions parmi lesquelles il faut malheureuse-\nment compter pour l'instant Eisenach. Les italiens disent \" far cattiva\nfigura \", ce que je ne saurais souhaiter au comité Bach.\nAinsi donc bientôt Concert-Wagner et Association-Wagner à Wei-\nmar. A mon avis lena et Eisenach ne devraient pas manquer à l'association ;\net peut-être se trouvera-t-il à Apolda quelques gens intelligents qui ne\ns'absorbent pas trop dans la lecture de la gazette nationale pour se refuser\nà collaborer à la réussite de l'Association-Wagner de Weimar ?\nDe Budapest je n'ai pour aujourd'hui rien à l'annoncer, sauf que je\nresterai ici jusqu'au milieu de mars.\nTon vieux et bien fidèlement dévoué\nF. LISZT.\nA Kôrnel d'Abrânyi.\nCher et honoré ami !\nMeilleurs remerciements pour votre lettre.\nVous prie de transmettre mes excuses à Monsieur le bourgmestre\nWagner Kârolz et au comité des fêtes à Szeged. Au sujet de la\npremière invitation à Szeged (en Mars dernier), j'ai immédiatement fait\nobserver :\n« Durant tout le mois d'Août j'appartiens à Bayreuth Rester con-\nséquent n'est pas une faute quand le principe est juste.\nEt maintenant, cher ami, je vous invite une deuxième fois à venir\nici. Le \" Huhnenfestspiel \" est de portée élevée, grave, intéressante entre\ntoutes pour l'histoire... Venez donc au plus tard entre le 27 et le 30 Août"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.37", "texte": "3\n\nLETTRES DE FRANZ LISZT\n33\n\npour la troisième série des étonnantes représentations de\nNiebelung.\nGerne s'occupe ici même pour vous des \" affaires Montecuculli \"\nVotre vieux\nfidèlement dévoué\nF. LISZT\nBayreuth, 6 Août 1876\n«\nA Landy\nTrès honoré Monsieur,\nMeilleurs remerciements pour votre aimable lettre ; je me permets\nd'en rectifier un ou deux points erronnés.\nMadame la Princesse Caroline Wittgenstien n'est pas \" entrée au\ncloître Elle est fixée à Rome où la supériorité d'esprit et de caractère\nest respectée comme il convient. Sa fille, la princesse Marie,\nmariée à Pétersbourg, mais bien à Weimar (en 1859) avec le prince\nConstantin Hohenlohe Schillingsfurst, premier grand-maître de cour de\nS. M. l'Empereur d'Autriche, chevalier de la Toison-d'or, Feldmarschall-\nlieutenant, etc. Ses hautes fonctions ont obligé le prince Constantin à\nrésider a Vienne depuis bien des années.\nDe mon humble personne rien à dire, sauf que je reste fidèle à mes\nconvictions et à mes amitiés. Celui qui souhaite à votre admirable\ndécouverte du meilleur des fers a cheva le nécessaire \" succès européen \",\nreste, cher Monsieur de Landy,\nVotre très amicalement dévoué\nF. LISZT\n11 Avril 1878\nBayreuth\nLa semaine prochaine, je serai de retour à Weimar et y resterai\njusqu'à la fin de Juillet."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.38", "texte": "34\nS. I. M.\n\nA un correspondant inconnu\nHonoré Monsieur,\nAprès soixante années de piano il est bien temps de s'arrêter ; le\nconcert pour le monument de Beethoven à Vienne doit marquer ma fin\ncomme pianiste.\nRespectueusement\nF. LISZT\ni 8 Janvier 1883\nBudapest."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.39", "texte": "Depuis plusieurs années, nous savions que le à Weimar, possé-\ndait les lettres de Berlioz, que nous publions aujourd'hui.\nElles sont inédites. Une revue allemande en a donné quelques extraits,\nen allemand. Leur texte original et complet n'a pas encore été publié.\nNous devons V autorisation de cette publicatio\nde Saxeeimar., et a la trèscomplaisante\nMusée Liszt, M. P. Raabe.\nBerlioz ne datait guère ses lettres. Pour dater celles-ci, nous avons fait\nappel à la compétence de M. Adolphe Boschot, l'éminent auteur de la biographie\nde Berlioz, si précise et si pleine de faits nouveaux.\nSt. Pétersbourg, 27 avril 9 mai 1847.\nCher Liszt,\nNotre très aimable et spirituelle princesse, qui sait mieux que nous\ntous ou tu vas et ce que tu fais, veut bien prendre ces quelques lignes\nsous sa protection pour te les faire parvenir. Bonjour, cher merveilleux\npèlerin ! Bonjour, je pense beaucoup à toi et les occasions de parler de\ntoi sont fréquentes ici, où tout le monde t'aime et d'admire presque autant\nque je t'admire et je t'aime. Ne trouves-tu pas que nous vagabondons\nterriblement !...\nJe suis triste à cette heure, mais triste à en mourir. Je suis pris d'un\nde mes accès d'isolement.C'est l'exécution de au grand théâtre qui\nl'a fait naître; au milieu de Y adagio j'ai senti mon cœur se serrer ; c'est\nfini, me voilà pris pour Dieu sait combien de temps.\nDéplorables organisations !...\nAssez là-dessus ; j'ai fait beaucoup de musique ici, je donne mon\nquatrième et dernier concert mercredi prochain, encore avec\n'Juliette en entier et une partie de Faust.ll y a aussi concert à la cour; on"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.40", "texte": "36\nS. I. M.\n\nm'a demandé d'y prendre part ; ce sera le même jour. L'impératrice et\nles princes sont charmants pour moi.\nMa musique a pris ici tout de suite, j'ai beaucoup de monde et\nbeaucoup d'argent, et des cadeaux et tout ce qui s'en suit. Maintenant, le\nRoi de Prusse vient de me faire écrire par le comte Roedern, que l'Opéra\nde Berlin était à ma disposition pour monter en entier ; je vais\ndonc en Prusse. Mais je n'ai pas le cœur à l'œuvre... Cela viendra-t-il ?\nAllons voilà, que je retombe dans mes lamentations. Quel malheur d'être\nmachine électrique électrisable !...\nTu composes beaucoup, m'a dit la princesse. A quand l'exécution à\nVienne du Sardanapale?... Je t'écrirai de nouveau de Paris; ne me réponds\npas auparavant, car je ne sais où te dire de m'adresser ta lettre. Adieu,\ncher, je ne puis pas t'en écrire davantage, voilà mon tremblement nerveux\nqui me reprend, mon cœur qui bat à rythme\net il faut céder.\nAdieu, je t'embrasse, je voudrais te voir, il fait un soleil d'ltalie,\n34 degrés de chaleur, quel tourment ! reviennent le froid, la glace, les\nbrumes, l'insensibilité !...\nAdieu encore. Ne ris pas de moi : si loin que tu sois, si cela arrive, je\nle sentirai. H. BERLIOZ.\nParis, 8 Janvier (1850)\n19, Rue de Bourdault.\nMon cher Liszt,\nJe viens d'organiser une Société Philharmonique composée de\n200 membres (110 choristes, 90 instr.). Nous donnons notre premier\nconcert le 19 Février. Les Séances auront lieu le 2me mardi de chaque\nmois à 8 heures du soir dans la salle Ste Cécile, rue du Mont-Blanc.\nCela se présente bien, sous tous les rapports.\nVeux-tu nous autoriser à te nommer en tête de nos\nhonoraires ? Ce sera pour la Société une espérance d'exécuter quelques\nunes de tes nouvelles œuvres, quand tu viendras à Paris."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.41", "texte": "LETTRES DE BERLIOZ A LISZT\n\n37\n\nJe ne t'écris que quelques lignes à la hâte ; nous avons comités\nsur comités, débats de toutes sortes. J'ai la plus grande peine à me plier\nà ces formes de gouvernement représentatif qui nous font employer\n8 jours pour faire ce que je ferais en une heure.\nJe t'écrirai plus au long une autre fois ; mais réponds-moi le plus\ntôt possible, pour que nous puissions mettre ton nom sur la première\naffiche avec celui de Meyerbeer, Ernst, Spontini.\nMilles amitiés\nTon dévoué\nH. BERLIOZ.\nP. S. Veux-tu me rappeler au souvenir de Mme la princesse Witgen-\nstein et lui présenter mes hommages ?\nParis, 27 ou 28 Juillet (1582).\nMon cher Liszt,\nL'envoi de la musique que tu attends a été retardé, d'abord parce-\nqu'il a fallu imprimer les parties séparées de la et de\nqui manquaient au magasin de Brandus ; ensuite parceque ce tirage\nayant été fait à mon insu je n'ai pas pu faire corriger sur les planches\nles nombreuses fautes. Il en est résulté que l'un des garçons du magasin\nde Brandus a du faire à la plume et au crayon ces corrections. Elles\nseront finies demain et quand j'aurai tout revu moi-même, le paquet te\nsera adressé. J'y ai fait joindre, quoique tu m'en aies rien dit, les deux\npaires de petites cymbales en B et en F, nécessaires pour le Scherzo.\nElles coûtent je crois cent sous la paire. Le commis de Brandus m'a fait\nobserver que pour la somme que tu indiques (180 fr. je crois) on ne\npouvait avoir un quadruple quatuor des trois symphonies. On n'enverra\nen conséquence que ce que la somme représente.\nQuant à mes parties de chœur allemandes elles sont bien à ton\nservice, mais en si petit nombre et si pleines de Mots ridicules qu'elles te\nseront d'un faible secours.\nGathy est en ce moment occupé à rendre supportable l'affreuse\ntraduction allemande qui m'a coûté si cher et dont il faut tirer pied ou\naile. Il fait ses changements sur la partition de chant, il faudra ensuite les"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.42", "texte": "3»\nS. I. M.\n\nreporter sur les parties de chant séparées. Je crois, vu le nombre considé-\nrable de Choristes que tu as 1 intention d'employer pour Romeo, qu'on sera\nobligé de faire autographier les parties des deux (Les Mon-\ntagus et les Capulets) ; c'est quatre fois meilleur marché que la copie.\nQuand au chœur du prologue et aux Soli je te les enverrai avec la\npartition du chant ; mais il y aura un travail fort minutieux à faire pour\ncorriger les paroles.\nLes parties des grands chœurs, qui m'ont servi à Prague ont été\nsemées un peu partout et on m'en a tant perdu à Pétersbourg qu'il\nm en reste a peine une trentaine.\nJ'ai vu Joachim ces jours ci, je l'ai questionné sur l'opéra de De\nVerque dont tu m as dit seulement le Je tâcherai de trouver quelques\nmots agréables pour 1 auteur du Conseiller joyeux, et je les placerai dans\nmon prochain feuilleton. Celui de Mardi dernier était trop long ; la place\nm'a manqué.\nJe te remercie de ton apostrophe aux Brunswickois ; néanmoins les\nOratoires auront toujours de nombreux partisans parmi les organisateurs\nde Festivals.\nLes œuvres pieux ont pour les soutenir tous les ambitieux qui\naspirent aux places réservées dans le ciel et tous les disciples de ces aspi-\nrants. Et puis le genre ennuyeux !... c'est le genre respectable et admirable\nentre tous.\nJe ne sais si tu comptes faire exécuter Romeo et Juliette avant mon\narrivée à Weimar ou seulement le faire étudier.\nEn tout cas c'est une rude entreprise.\nDis moi dans la prochaine lettre si mon plan te parait exécutable\npour le voyage que nous projetons. Voici comment il deviendra possible\npour moi :\nJe devrai partir le 10 ou le 12 Novembre, cette date est combinée\navec les époques où je dois être présent au Conservatoire et signer les états\ndu caissier. De cette façon je ne serai pas obligé de demander un congé,\n(ce que je veux éviter). Je devrai être de retour (pour la même cause)\nle 25 au plus tard.\nJ'aurais donc une semaine à rester à Weimar pendant laquelle je\npourrai entendre une répétition et une représentation de\ndirigées par toi et monter et donner un concert que je dirigerai et\ndans lequel on entendrait Romeo et Jul"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.43", "texte": "LETTRES DE BERLIOZ A LISZT\n39\n\nA présent, quels seront les frais de ce concert ? Je l'ignore complète-\nment. Quel peut en être le produit, je ne le sais pas davantage. Je suis sur\nseulement que mon voyage me coûtera au moins 700 fr. tout compris.\nCrois-tu que je puisse par le concert rentrer dans cette somme ?\nJe suis obligé de compter avec cette rigueur. Crois-tu aussi qu'en\narrivant je pourrai trouver des chanteurs et un chœur assez au courant de\nRemeo pour que cet ouvrage puisse marcher en trois répétitions ? Ceci\nest encore important et peut-être difficile à savoir dès à présent.\nAdieu réponds à mes prosaïques questions dès que tu le pourras.\nNous avons en outre beaucoup à causer de choses qu'il serait trop long\nd'écrire.\nAdieu mille amitiés\nH. BERLIOZ.\n(14 Septembre 1852. Le fut exécuté,\nà Saint-Eustache, le 22 Octobre 1852).\nCher ami,\nJe me disposais à t'écrire un peu longuement et voilà un feuilleton ! ! ! !\nqui me tombe sur la tête et m'oblige à ne t'adresser que quelques lignes.\nJ'ai reçu ta lettre et je réponds à ta proposition de faire entendre à la fois\nFaust et Romeo, que c'est triplement impossible. Le concert alors durerait\ncinq heures, ce serait assommant, et il nous faudrait trois semaines pour\nmonter tout cela.\nMon avis, puisque tu ne peux pas avoir le grand chœur pour\nRomeo, serait de ne donner que les 4 premières parties de cet ouvrage et\nles deux premiers actes de Faust. Tout cela peut être exécuté convena-\nblement par un chœur d'une cinquantaine de voix, si elles sont bien\nexercées et sûres de leur partie. Le Serment final de veut absolu-\nment une masse considérable.\nJ'ai prévenu Brandus pour ton échange de parties.\nJe t'envoie aujourd'hui :\ni° La partition du chant de Rome Mr. Gathy a revu et corrigé\navec grand soin le texte allemand.\n2° Les parties de chant qui me sont restées après la campagne de\nRussie, et sur lesquelles je te recommande de faire faire toutes les cor-"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.44", "texte": "4°\nS. I. M.\n\nrections de paroles, nécessitées par les changemens, que Gathy a faits dans\nla partition. Je n'ai pas les rôles du Contralto Solo ni celui du Ténor Solo.\nIl faudra les faire copier.\nIl y a dans le paquet :\n14 parties 2me Chœur Montaig\n18 parties ir chœur Capulets\n10 parties 3me chœur Prologue.\n30 Je joins à cet envoi un exemplaire des trois partitions que j'ai\npubliées en dernier lieu et que je te destinais :\nTristia\nLe Corsaire\nLa fuite en Egypte\nen compagnie des partitions de\nLa Captive et de\nSara la Baigneuse\ndeux filles qui ont grandi depuis que tu les as connues.\nAdieu ; je me fais une fête de mon excursion à Weimar et de te\nrevoir et de renouer connaissance avec ta chapelle. En attendant je vais\nemployer le mois de Septembre à monter en grand l'exécution de mon\nRequiem à St. Eustache. Taylor vient de m'avertir que le comité de\nl'Association des Musiciens l'avait (le Requiem, pardon !) choisi pour la\ncérémonie funèbre du Baron de Trémont, un brave petit vieillard que tu\nas connu et qui a légué une rente aux cinq associations d'artistes.\nFarewell once more\nH. BERLIOZ.\nP. S. Gathy se rappelle à ton souvenir.\nParis 14.\n(30 avril 1854, Dresde.)\nCher ami,\nJe t'écris six lignes, seulement pour te prévenir que je partirai d'ici\nmercredi prochain seulement. Mr. De Lûttichau veut répéter demain\nLundi le concert d'hier qui a été splendide, avec grand monde, grand"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.45", "texte": "LETTRES DE BERLIOZ A LISZT\n4i\n\nenthousiasme et magnifique exécution. Il eut peut-être mieux valu rester\nsur ce bouquet, mais j'ai consenti et je reste en conséquence deux jours\nde plus.\nJe serai donc à Weimar Mercredi soir.\nAdieu, ces quatre concerts de Dresde, auront, j'espère, de bons\nrésultats.\nMille amitiés\nTout à toi\nH. BERLIOZ.\nDimanche, 30 Avril.\nBruxelles, 14 mars (1855).\nHôtel de Saxe.\nMon cher Liszt,\nJe t'écris à la hate quelques lignes pour t'informer du résultat du\nvoyage de Gotha, ainsi que tu me l'avais demandé. Le Duc était malade,\nmais la Duchesse m'a fait le meilleur accueil, j'ai dîné à la cour le\nlendemain de mon arrivée, et l'intendant m'a fait promettre formellement\nde revenir l'an prochain et en premier lieu à Gotha. Tout est donc bien\nraccommodé.\nLes commissions de la Princesse J'ai eu quelque peine à\nobtenir les livrets de nos associations d'artistes, Taylor ne me répondant\npas, selon l'usage Parisien. J'ai du aller les chercher et les prendre moi-\nmême dans sa chambre en son absence. J'ai terminé avant hier avec\nRichaut pour l'Edition Française de et le «5\ndrame. Il me donne 1500 fr. du tout. Je sais maintenant que je pourrai\naffecter de quinze à dix huit cents francs par an à mon Edition allemande.\nEn tout cas je commencerai par les partitions non publiées et rien ne\nm'obligerait à continuer ensuite si je ne pouvais plus aller.\nMon avis serait de commencer par la grande partition de\nque je voudrais pouvoir placer sous le patronage de Mme la Grande\nDuchesse Douairière de Weimar, en la lui dédiant, puisque c'est feu le\nGrand Duc (ou peut-être elle-même) qui t'a donné le moyen de galvaniser\nce pauvre opéra... Mais si tu vas à Leipzig, veuilles t'informer chez\nHoffmeister des arrangemens qu'il y aurait ultérieurement à prendre avec"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.46", "texte": "42\nS. I. M.\n\nlui au sujet des trois ou quatre partitions dont Richaut lui a cédé la\npropriété en Allemagne, quoique lui, Hoffmeister, ne les ait pas publiées.\nIl serait peut être mieux de prendre Hoffmeister pour dépositaire de ma\npublication et de lui donner un intérêt de la vente, si vente il y a.\nDemande aussi, ce que coûteront la gravure et l'étain de chaque\ngrande planche,(comme celle du Requiem)plus grande d'un pouce et demi\nen hauteur et en largeur que celles de l'Edition des œuvres de Bach que\ntu m'as montrée. C'est le format que je veux adopter pour toute ma\ncollection. Il y aura je crois économie, à cause de la grande quantité de\nlignes et de mesures que ces planches peuvent contenir.\nAdieu, je te quitte pour aller répéter au théâtre. J'ai trouvé ici les\nchœurs bien instruits, j'espère que tout marchera bien. Je n'ai pas encore\nfait de visites, mais je commencerai demain. J'ai voulu demander ton\nconcerto pour mon concert du 7 avril à l'Opéra-Comique, mais informa-\ntions prises, il se trouve que Fumagalli à qui je le destinais est si faible\nmusicien qu'il lui faudrait deux mois donc renoncé à\ncette idée qui me souriait fort, dans la crainte de faire incomplètement\nexécuter ton magnifique ouvrage, si vigoureux, si neuf, si brillant, si frais\net si brûlant.\nAdieu, je te serre la main\nTon dévoué\nH. BERLIOZ.\nMa femme se rappelle à ton souvenir et à celui de la Princesse qui\nl'a comblée de bontés.\n16 Mars (1855).\nMon cher Liszt,\nTu m'as offert si souvent de me venir en aide pour mes concerts\nque j'accepte cette fois. On m'annonce ton arrivée pour le 22 de ce mois\net pour le 6 avril prochain, jour de clôture des Théâtres Royaux, j'ai\nloué le théâtre de l'Opéra-Comique pour y donner une splendide soirée\navec 180 musiciens. Si tu peux sans contrarier tes projets y jouer au\nmoins une fois tu assureras le succès de ma tentative. Je compte avoir\ndeux chanteurs Italiens, Laloi et la Brambilla et d'autres encore ; Alard\njouera le Concerto de violon de Beethoven, le reste du programme me"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.47", "texte": "LETTRES DE BERLIOZ A LISZT\n43\n\nregarde. Réponds-moi aussitôt que ma lettre t'aura été remise ; je n'ai\nencore affiché que le jour et le lieu du concert et je suis impatient de\npouvoir publier le programme. Les prix sont doublés.\nMille amitiés,\nHECTOR BERLIOZ.\n(23 Mars 1855, Bruxelles. Lettre\nécrite après le premier concert et avant\nle second, c'est-à-dire entre le 22 et le\n24 Mars 1855. Or Berlioz dit :\n\" l'exécution d'hier \". Hier, 22 ; la\nlettre est du 23).\nMon très cher Liszt,\nJe ne t'écris que quelques lignes à la hâte entre mon second et\ntroisième concert. On me fait ici un succès monstre et je gagne peu\nd'argent, comme toujours. On dit que le carême en est cause, les Dévotes\nde Bruxelles n'allant pas au théâtre en cette saison. Un autre fois il fera\ntrop beau temps ou trop mauvais temps, ou il y aura trop de bals, ou etc.\nFétis est très bienveillant, mais il dit ne rien comprendre à tout cela. Les\nenthousiasmes, dont il est témoin, lui font croire que tous les\ndu Conservatoire sont devenus fous. L'exécution d'hier a été assez bonne,\nmais la première était affreuse. Ces animaux de chanteurs, qui ne savent\nA ni B en musique (à deux exceptions près), ne savaient pas leurs rôles et\nchantaient à tort et à travers. Puis la peur leur faisait perdre toute pré-\nsence d'esprit ; il y a même eu un moment où j'ai cru que le Père de\nfamille allait chanter la Marseillaise, pour ne pas rester court. Le chœur\nseul à bien marché, grâce à mon métronome électrique dont le secours\nest inappréciable pour diriger les chœurs invisibles. L'orchestre a une\npassion pour les temps forts de la mesure ; il est de plus goutteux, et\npour le faire courir il faut lui brûler le gras des jambes avec un fer\nrouge.\nJe te remercie encore une fois de vouloir bien être mon Firmin\nDidot ; nous irons doucement et prudemment. Je ne sais si je t'ai appris\nque Richaut gravait à la fois Y Enfance et le Monodrame. Je t'enverrai\ncela aussitôt que les premiers exemplaires paraîtront."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.48", "texte": "44\nS. I. M.\n\nJ'ai beaucoup parlé de toi dernièrement avec une dame fort enthou-\nsiaste, à sa manière, des grandes choses de l'art. \" O Liszt ! me disait-elle,\nj'aime tant Liszt, que vraiment, entre un bon opéra Italien et une soirée\nmusicale de Liszt, je crois, que je n'hésiterais pas, je me déciderais pour\nLiszt !\" Ceci me rappelle une farce Parisienne dans la quelle Bouffé\njouait le rôle d'un Bossu condamné à mort, à qui l'on devait accorder\ntout ce qu'il demanderait avant son exécution. \" Qu'on me donne un\nMelon, \" disait le petit bossu, mais il n'y a pas de Melon en hiver\n\" Il n'y a pas de Melon ? Eh bien, alors qu'on amène Walter Scott\noui, tout bien considéré, j'aime mieux Walter Scott ! \"\nMille amitiés à mes excellents amis Raff, Cornélius, Pohl. Je n'ai\npas eu le temps à mon passage à Paris, où du reste j'ai ete fort malade,\nde m'occuper de diverses choses que je dois t'envoyer ; je vais, a mon\nretour, réparer le temps perdu. Il faudra donc renoncer a te voir a Paris\ncette année... J'avais déjà annoncé ta venue à tout le monde. \" Comment\nt'appelles tu ? dit le peuple de Rome à un malheureux qu'il venait de\nsaisir après le meurtre de César. Je m'appelle Cinna ! Cinna ! un\ndes assasins du grand César ! aux égouts, qu'on le mette au pièces !\nArrêtez ! Grâce ! je ne suis pas celui que vous croyez, je suis Cinna,\nCinna le Poëte ! Ah, tu est Cinna le Poëte ! tant mieux, à mort\nCinna le Poëte ! tuons-le pour ses mauvais vers ! (Shakespeare.)\nJe ne sais à quel propos ceci me revient.\nNe m'oublie pas, je te prie, auprès de l'Homonyme du Grand Fan-\ntastique, Mr. Hoffman.\nAdieu, je reste aux pieds de la princesse, et, en la qualité de\nProspéro, je te prie de faire agréer mes respectueux hommages à la\njeune belle Miranda.\nH. BERLIOZ.\n(Seconde moitié de décembre 1859.\nLiszt perdit son fils Daniel le\ndécembre 1859).\nCher ami,\nUn cruel malheur vient te frapper : tu ne doutes pas de la part que\nje prends à ta peine. Tu étais préparé des longtemps, je crois, a la peite"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.49", "texte": "LETTRES DE BERLIOZ A LISZT\n45\n\nde ce pauvre enfant et je sais qu'il s'est éteint sans souffrances ; mais le\nsort, jusqu'ici, t'avait épargné ; les déchiremens de cœur de cette espèce\nt'étaient encore inconnnus. Tu étais bien jeune quand tu perdais ton père ;\net, depuis lors, tu n'as vu tomber ni frère, ni sœur, ni enfant, ni aucun\nêtre chéri, et c'est l'inexpérience de la douleur que je redoute pour toi.\nJe voudrais apprendre que tu as tes filles à Weimar. Elles sont l'une\net l'autre si bien douées sous tous les rapports. Je ne les connais guère\nque depuis un an. J'ai passé la soirée, il y a quelques semaines, avec\nl'ainée et son mari chez Wagner. Mme Olivier parle toujours de son\npère avec une admiration tendre qui charme ceux qui en entendent les\nexpressions. J'ai moins souvent vu sa sœur, je la crois néanmoins une\npersonne d'une rare distinction et son culte pour toi se décèle dans\nchacune de ses paroles.\nAdieu, cher ami, il te reste de nombreuses affections ; laisse moi\nt'embrasser en te renouvelant l'assurance de la mienne.\nH. BERLIOZ.\nParis, 29 Juillet 1863.\nCher ami,\nJe reçois à l'instant vos deux lettres de Rome ; cela devait être,\naujourd'hui il fait pour la première fois depuis plusieurs mois, un temps\nTaïtien, et pour la première fois aussi, depuis un an peut-être, je ne suis\npas torturé par mes douleurs matinales qui commencent à 8 h. et ne\nfinissent qu'à 2 ou 3 h. de l'après midi.\nHier nous avons fait une très bonne répétition ; j'ai donc l'esprit un\npeu plus libre que de coutume pour te répondre. Je te remercie d'abord\nd'avoir chargé Pohl de réparer la négligence incroyable de ton éditeur.\nDonc je recevrai Faust à Bade dans quelques jours. Je ne pars que\nle 28. Je serai très heureux de faire la connaissance de M. Delâtre et de\ncauser de toi avec lui.\nTu me souhaites des chanteurs intelligents, ceux dont je dispose le\nsont en général, et j'aurais tort de me plaindre. Mme Charton-Demeur est\nà coup sûr la meilleure cantatrice que nous ayons en ce moment en\nFrance. Elle a obtenu cet hiver un très beau succès dans la Desdemona\nau Théâtre-Italien. On annonçait qu'elle allait être engagée à l'Opéra ;"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.50", "texte": "4-6\nS. I. M.\n\npuis il n'en plus été question, faute d dit-on. Elle va partir pour la\nHavane où l'appelle un de ces engagemens fous comme on en fait\nmaintenant (85,000 pour 4 mois) ; et j'ai été trop heureux de la prendre\nau vol pour les 15 jours de Bade. C'est la Béatrice ; elle est, dans ce rôle\nsi difficile, charmante de tout point. Mlle Monrose (Hero) est dépourvue\nde tout instinct musical, mais enfin elle a appris son rôle et sa voix fraiche\net naturelle le fera bien valoir. Il y encore une troisième jeune femme...\nsuffisante.\nLes quatre hommes chantent comme tout le monde. En somme mes\ninterprètes ne m'ont pas tourmenté, n'ajoutent rien, ne retranchent rien\nà ma musique, et montrent beaucoup de zèle et d'ardeur. On m'écrit de\nBade que les chœurs (ceux du th. de Strasbourg) sont très bien sus.\nJe vais t'envoyer la partition de piano des A celle, là il n'y\na pas d'ouverture. La raison qui m'a empêché d'en écrire une est une\nraison d'instrumentateur. Pendant toutes les scènes populacières du com-\nmencement, le canaille Troyenne est accompagnée seulement par les\ninstrumens à vent (bois) ; les archets restent inactifs et ne font leur\nentrée qu'au moment ou Cassandre prend la parole. C'est un effet spécial,\nqui eut été détruit par l'ouverture ; car je n'eusse pas pu me passer des\ninstruments à cordes. Et puis il y a tant de musique là dedans ! On ne\nfait toujours rien à l'Opéra ; or remonte d'Auber ; mais\naucune nouvauté ne se prépare. Le ministre se borne à me donner de\ncordiales poignées de main quand il me rencontre.\nTu me parles de remonter Béatrice à Paris; je crois que Perrin ne\ndemande pas mieux, seulement il n'a point de et personne\ndans son théâtre ne pourrait chanter ni jouer Béatrice. Il a le et\nle Maître de Chapelle grotesque(Montaubry et Puilleux) mais c'est tout.\nOn ne se figure pas un pareil monde lyrique.\nAdieu, voilà mes douleurs qui me reprennent. Je ne répondrai à la\nPrincesse que ce soir.\nA toi\n\nH. Berlioz."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.51", "texte": "LA JEUNE ÉCOLE HONGROISE\n\nIl n'est pas de tâche plus ingrate pour un critique, que de discourir\nde l'art de son pays. Pouvons-nous savoir si notre propre langue sonne\nbien ou mal ? Pouvons dire si notre mère est belle ou laide ? Et pouvons\nnous juger notre musique ? Il existe en Hongrie depuis quelques années\nun véritable mouvement de renaissance musicale. Ses ennemis même\nprouvent son existence. Mais il est jeune encore. Le fruit est encore\nvert ! A peine revenus de l'extase provoquée par la publication des poésie\nd'Ady, voici que nous assistons au spectacle nouveau d'un\nhongrois, qui se fait connaître jusqu'à Paris1 et qui ne tend à rien moins,\navec Bartok et Kodaly, qu'à une transformation radicale du goût ! Com-\nment saisir ces forces qui évoluent tous les jours ! Comment tracer une\nimage fidèle de cette ardeur juvénile, qui met sa gloire à ne rien produire\nde définitif et de stable, mais à se manifester sous forme de recherches,\nd'expériences et d'agressivité ?\nToute culture neuve, et qui veut s'établir se trouve engagée dans un\nsingulier conflit, qui la mène à l'électisme. Pour avoir le droit de vivre\n\n1 On se souvient en effet des Concerts de jeune musique hongroise qui furent donnés en 1909 à Y Hôtel\ndes Modes, et qui eurent l'allure d'une petite manifestation révolutionnaire."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.52", "texte": "+8\nS. I. M.\n\net de s'affirmer, il lui faut s'élever à la hauteur de tout ce qui l'entoure,\nse mettre à toutes les écoles. Et d'autre part, elle ne peut subir ces in-\nfluences qu'en compromettant son originalité, et altérant le caractère\nproprement national de son génie. La Hongrie n'a pas échappé à ces\ndangers. Particulièrement en musique, on l'a vue incapable de nous\ndonner, parmi tant d'artistes de talent, un musicien hongrois. Tantôt, et\npar exemple avec Szabados, elle s'est rapprochée sans hésitation des styles\nétrangers, tantôt elle s'est contentée de mettre en œuvre des motifs popu-\nlaires. Les opéras de Erkel, les rapsodies de Liszt sont et resteront le type\nde ces accomodations, que d'ailleurs des Allemands, comme Schubert ou\nBrahms, ont portées à leur perfection.\nCombattre cet éclectisme, en refoulant tout élément étranger, en\ndéveloppant le sentiment hongrois dans la musique, et, d'autre part,\nchercher les procédés modernes, la technique neuve qui permette d'ex-\nprimer l'âme nationale, tel est le programme de la nouvelle école hongroise.\nIl n'a rien en soi de bien révolutionnaire, comme on le voit.\nMais le goût et l'expérience ne viennent pas seuls ; il faut les acqué-\nrir. Deux hommes peuvent être considérés comme ayant, par leur apostolat\ndidactique, fondé la nouvelle école. Ce furent Hans Koessler et Odon\nde Mihalovich.\nCompositeur de moyenne importance, Koessler pendant vingt ans\nd'activité à l'Académie Royale, 1 qui est le Conservatoire de Budapest, se\nmontra un maître incomparable. Né vers 1855 en un petit village de\nBavière, il reçut des leçons de son père, maître d'école et organiste. La\nfamille était nombreuse et peu fortunée ; le petit Koessler eut une enfance\nardue. Il joua d'abord du violon et de l'orgue, puis alla suivre les cours à\nMunich, où il eut pour maître le renommé Wiillner, et l'intransigeant\nRheinberger. Puis il fut à Leipzig, Liedermeister de la célèbre\ntafel ; puis enfin un an à Cologne, en qualité de chef d'Orchestre du\nThéâtre Municipal. C'est alors, en 1882 que M. Mihalovich l'appela à\nBudapest. Il y enseigna d'abord l'orgue et le chant choral, puis succéda à\nRobert Volkman comme professeur de composition. Il a occupé ce poste\njusqu'en ces dernières années, où il s'est retiré, déclarant sa mission ter-\nminée. Il s'était fait de la Hongrie une seconde partie. Car notre pays\npossède comme le remarquait un jour M. William Ritter, mais en\nd'autres termes le don d'acclimater les étrangers, et de les assimiler.\n\n1 Orszàgos Kiràlyi Zeneakademia."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.53", "texte": "4-\n\nLA JEUNE ÉCOLE HONGROISE\n49\n\nKoessler s'était donné pour tâche de faire pénétrer dans ce pays, auquel il\nétait si profondément attaché, l'instruction musicale. Pendant près de\nvingt-cinq ans il a manié et remanié la foule des jeunes élèves, qui lui\npassait par les mains, et il a lentement formé une mentalité nouvelle. Il\nsemblait né pour enseigner. \" Son influence, m'écrit un de ses plus bril-\nlants élèves, s'imposa aussi bien dans sa classe de chant que dans celle de\ncomposition. C'est lui qui introduisit chez nous le chant a capella. Et\navant lui il n'y avait peut-être pas en Hongrie de musicien sachant ce\nque c'était qu'une fugue ou un parallélisme de quintes ! Toute sa personne\navait quelque chose de suggestif, qui en imposait dès l'abord. Quand on\nvoyait cette longue barbe, cette tête extraordinaire, on avait de suite l'idée\nde se trouver en face d'un grand musicien. Et il savait merveilleusement\ntirer parti de cette autorité naturelle. Il avait aussi l'art de dire les choses\nau moment précis où elles devaient être dites. Ses paroles avaient le mérite\nde Fa tempo, et, tombant au moment voulu, elles apparaissaient à l'élève\ncomme une révélation. Bien souvent aussi, il obtenait ce qu'il voulait en\nne disant rien du tout. Il frappait sur l'épaule de l'élève, qui lui jouait\nune composition, et il se contentait de dire: \" Mais oui... enfin, vous savez.\"\nEt 1' on croyait savoir, bien qu'on n'eut absolument rien compris. Il est pos-\nsible d'ailleurs que son manque de connaissance du hongrois ait été pour\nquelque chose dans ses manières. Enfin il aimait l'ironie, le mot qui perce,\net la critique sans ménagement. Sa culture était extrême, sa science pro-\nfonde, sa franchise quelquefois un peu rude.\"\nOdôn de Mihalovich, que nous considérons comme notre grand\ncompositeur depuis Liszt,compléta, par l'exemple pratique, l'enseignement\nidéal de Koessler. Né en 1842, en maintenant directeur du conservatoire\nde Budapest, il fut élève du fameux Moritz Hauptmann, le grand péda-\ngogue de Leipzig. Il débuta par un opéra à Dresde en 1880. Il était à ce\nmoment fougeux partisan de Liszt et de Wagner et de leur romantisme.\nIl fit pénétrer leurs œuvres et leur influence en Hongrie, et les rendit\npopulaires chez nous peut-être avant même qu'ils n'aient triomphé en\nAllemagne. De quelque manière qu'on veuille considérer le wagnérisme,\non ne peut nier qu'il constitue une crise par laquelle toute notre musique\noccidentale adû passer dans la seconde moitié du XIXe siècle, Mais il faut\nreconnaître aussi que, en tant que crise, il a aujourd'hui fait son temps, et\nMihalovich, jadis wagnérien, plus que personne, est en ce moment, un\nexemple frappant de cette évolution. Les œuvres de sa première période"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.54", "texte": "5°\nS. I. M.\n\nle montrent encore sous l'influence du \" Géant Mais sa \" Nixe \"le\nplace déjà sur la voie de l'indépendance ; et il arrive à la complète origi-\nnalité avec sa symphonie en ut dtè'ze mineuson œuvre maîtresse. Là, Miha-\nlovich se détourne de la musique à programme de Liszt, pour revenir,\navec toute la technique moderne, vers la forme de la symphonie classique.\nUn certain goût du fantastique, un coloris hardi, une harmonie prenante,\ndonnent à la musique pure, telle que la comprend et la traite cet homme\nnouveau, une vie brillante et des formes imposantes. C'est en somme le\nmême effort d'agrandissement sentimental que nous trouvons chez Brahms\nchez Bruckner et chez Franck. Jamais encore la Hongrie n'avait hasardé\nune œuvre de si amples dimensions, œuvre de gravité et d'application,\nqui se réclame des plus hautes tendances de l'art. Nous avions donc atteint\nce minimum, au dessous duquel se place le dilettantisme ; nous pouvions\ndésormais considérer que nous aussi, nous avions rattrapé le temps perdu\net la bonne moyenne du niveau musical de l'Europe contemporaine.\n*\n* *\nMihalovich est donc pour la Hongrie un classique, avant tout, et\nson effort aura donné ce résultat d'élever notre art dans ces hautes régions,\noù les pays voisins sont depuis longtemps parvenus. Les héritiers directs\nde cet esprit furent Léo Weiner et Erno de Dohnanyi. Ils en ont\ndéveloppé tous les germes.\nLa formation musicale de Weiner1 est tout particulièrement intéres-\nsante. Pendant trois mois ce musicien, qui mérite d'être appelé autodi-\ndacte, prit des leçons de piano, puis, il fut entièrement livré à lui-même.\nQuelques opérettes anglaises, et le répertoire du Café Concert, parfois le\ndéchiffrage de Sylvia de Delibes, ou des Variations à quatre mains de\nSchumann, voilà ses premiers maîtres. Est-ce à ce caprice du sort qu'il\ndut une soif ardente de musique, et, en même temps, une incroyable\nsûreté d'oreille, une habileté étonnante à réaliser par des notes tout ce\nqu'il entendait, sans jamais se tromper sur l'effet à produire ? Toujours\nest-il que tout enfant encore, il montrait de surprenantes dispositions à\nmanier l'harmonie et le contrepoint, lui, qui ignorait ce qu'étaient ces\nprocédés. Lorsqu'il présenta à Koessler ses premières compositions, il\n\n1 Né à Budapest en 1885, suivit les classes de l'Académie de 1901 à 1905, et s'y trouve actuellement,\ndepuis 1908, en quantité de professeur d'harmonie."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.55", "texte": "LA JEUNE ÉCOLE HONGROISE\n51\n\nétait déjà en possesion d'une technique toute particulière, qui se retrouve\nà travers tous ses devoirs d'élève.\nLa première œuvre d'orchestre avec laquelle Weiner affronta le\npublic, le Scherzo, et ensuite la Sérénadequi a fait son chemin à l'étranger,\navaient déjà du style.Les idées précieusement ciselées s'enchaînent avec\ncaprice, l'instrumentation brille d'un feu particulier, d'un chatoiement\ninaccoutumé. Il semble que Weiner soit épris de cet esprit latin qui\ncherche son plaisir dans la sonorité, dans le son ou dans l'accord pris en\nlui-meme, isole et piesente dans toute sa purete, dans sa transparence\ncristaline. S'il est vrai que \" tout art a les pieds légers \" (Nietsche), celui-ci\nest de l'art véritable.\nEt pourtant cette virtuosité de la forme cachait quelque chose\nd'inquiétant. On se demandait si cette habile jonglerie pourrait se perpé-\ntuer longtemps ?Le quatuor a cordes en mi bémol majeur répondit à ces\nanxiétés, en apportant ce que nous attendions : l'âme et ses luttes, l'âme\naux prises avec les problèmes modernes. De brusques explosions de sauva-\ngerie, des duretés folles et voulues, de suaves abandons, une jeunesse qui\ns'étale sans vergogne, tout cela menace ici la pureté du précédent for-\nmalisme. Que voulait dire cette œuvre de Catastrophe\nou révolution ?\nC était un pas en avant. On sen aperçut avec le\nde 1910, qui nous permet de saisir enfin la physionomie définitive de ce\ngrand artiste. La nouveauté ici ce n'est pas cette finesse qui s'ingénie à\npoursuivre les harmoniques jusqu'au point où les physiciens ont besoin de\nleurs instruments pour les atteindre, c'est l'abandon du principe de la\nsonorité pour la sonorité, et le retour à ce qu'on pourrait appeler l'archi-\ntecture musicale. Weiner est un architecte du premier ordre.\nSi quelqu un voulait appliquer a la musique la doctrine de Spencer,\nsuivant laquelle les organismes se développent en se différenciant de plus\nen plus, tandisque leurs éléments s'unissent d'une manière de plus en plus\nintime, il pourrait considérer la musique de Weiner comme une consé-\nquence extrême de ce principe. Weiner ne procède pas par développe-\nment à la manière des classiques, ou des modernes comme Brahms ou\nCésar Franck, mais par exaspération. L'opposition des thèmes atteint\nchez lui son maximum. Comme des ennemis ses thèmes s'attaquent, et\n\n1 Op. 3 (1908), chez Lauterbach et Kuhn, à Leipzig. Là ont aussi paru le quatuor (op. 4, 1909) et\nl'Humoresque (op. 5, 1909). Le trio (op. 6) est publié chez Bote et Bock, à Berlin."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.56", "texte": "52\nS. I. M.\n\nleur conflit tragique serait bref, si l'auteur ne le tempérait et ne le pro-\nlongeait par l'équilibre des transitions. L'attention ou plutôt la tension de\nl'auditeur est ainsi maintenue, et l'œuvre est entraînée violemment vers\nson but. Ces transitions constituent le meilleur de la manière de Weiner.\nOn sent qu'elles sont sa joie, et l'on songe à Scarlatti, en voyant combien\nhabilement sont cachées ces incises des idées accessoires. Comme de\nlégers brouillards, les thèmes secondaires se dégagent et s'élèvent des idées\nprincipales, pour retomber ensuite, en se condensant. Weiner a un goût\nparticulier pour l'harmonie, cet art de présenter chaque modulation\ncomme un surprise, tout en respectant la logique et la progression du\nmouvement général. Oui, il pourrait même sembler que le rôle des transi-\ntions s'opère ici au dépens des idées principales. La vérité est que Weiner\nest bien trop constructeur, pour perdre de vue un seul instant les grandes\nlignes de son édifice, mais qu'il ne tient pas aux jolies idées. Il n'y a que\nles dilettantes pour avoir de jolis thèmes, car un joli thème est un tout,\nen soi complet, et qui ne réclame plus aucun épanouissement. Voyez les\nmaîtres ; ils ont des moments brillants, des heures d'éclat. L'ensemble en\nprofite et, chez l'artiste, c'est l'ensemble qu'il faut voir ; c'est lui qui\ndonne au détail sa valeur.\nOn comparerait volontiers l'individualité de Weiner à celle de Paul\nDupin. L'étrangeté de leur formation les rapproche, et aussi la sensibilité\nde leur sens auditif, leur goût de la forme, car Dupin est un formaliste\nmalgré le choix de ses titres, et la prédilection pour la musique de chambre\net enfin un certain don du primitif qui vient peut-être des moyens bornés\nque cette forme d'art met à leur disposition. Mais Dupin est de nature\nplus intime et plus chaleureuse. On ne saurait dire que la musique de\nWeiner soit immédiate. Et ce n'est pas un reproche ; c'est la conséquence\nde son tempérament classique. Sa musique se présente avec toutes les\nmarques de l'aristocratie ; parfaite correction, air détaché, jamais\nd'impair. Elle éveille l'idée de certains paysages de Baudelaire, où tout\nest métallique et marbré. La verdure et la végétation en est bannie ; le\nsoleil et les étoiles ne brillent pas dans ce ciel froid ; et pourtant tout\nscintille ; une lumière phosphorescente fait luire les colonnes et les tours\nd'un vaste palais qui se réflète dans le miroir d'une eau d'acier. Tout est\nhardiesse et volonté dans ces constructions étonnantes.\n*\n* *"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.57", "texte": "LA JEUNE ÉCOLE HONGROISE\n53\n\nCe serait user d'une métaphore audacieuse que de dire : les musi-\nciens hongrois chantent ! Aussi singulier que cela puisse paraître à des\nFrançais, il faut avouer que tous les compositeurs, dont nous nous occu-\npons en ce moment ont grandi sans composer le moindre lied. Peut-être\nla cause en est-elle aux voix hongroises, généralement mauvaises, ou aux\nprincipes rigoristes de l'enseignement de Koessler, dont toute cette géné-\nration est imprégnée. En tout cas cette répulsion pour la littérature en\nmusique, cette prédilection pour l'art pur, sont les caractéristiques des\nnouvelles tendances de notre musique. Nous les retrouvons aussi chez\nErno de Dohnânyi.\nComme Weiner, Dohnânyi 1 fut un jeune prodige, et son premier\nouvrage, par lequel il concourut pour entrer, encore enfant, au conserva-\ntoire, fut un quintette avec piano, qui présente les qualités de la jeunesse\nsans en avoir tous les défauts. On y remarque déjà l'élan, la vigueur et le\nsens de la sonorité brillante, qui vont être les qualités de ce musicien. La\nmusique de chambre fut d'abord le domaine de Dohnânyi. Ses deux\nquatuors et surtout celui en ré bémol si moderne, et encore son\ntrio-sérénade plein de caprice et de coquetterie, marquent le point cul-\nminant dans sa production. En suivant cette voie, Dohnânyi devait,\ncomme Weiner, se trouver en contact avec les classiques, mais au lieu\nde se laisser attirer par Beethoven, il se dirigea vers Brahms. Il lui\nprit ce goût du développement des formes, et composa quatre\nbien connues des pianistes. Il s'appliqua, sous la même influence, à\nstyliser le dessin de sa mélodie, contrairement à Weiner, qui en laisse\ntoujours le contour un peu fruste parce que chez lui l'état harmonique\nest l'état essentiel. Par contre, si les idées de Dohnânyi partagent une\nbelle émotion elles manquent souvent de concision ; la construction\nest un peu incertaine, et c'est le seul reproche que je ferais à sa gran-\ndiose symphonie en ré mineur.Le pathétique véhément, la force virile,\nl'emballement juvénile, telles sont les qualités qui distinguent la musique\nde Dohnânyi. Et, tandis que Weiner débute généralement d'une manière\nmodeste qui lui permet ensuite une étonnante progression, Dohnânyi\nexplose dès ses premières mesures, et soutient cependant sans faiblir ce\npremier effort.\nTirons ici un trait. Nous allons entrer dans une région nouvelle.\n\n1 Né à Pozsony en 1877; fit ses études à Budapest à l'Académie de 1894 à 1897 ; voyagea, puis\nhabita Vienne jusqu'en 1905. Il est, depuis cette époque, professeur de piano a la Hochschule de Berlin."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.58", "texte": "5+\nS. I. M.\n\nLes compositeurs que nous venons de voir méritent tous, à des titres\ndifférents, le nom de classiques. Voyons maintenant les Hongrois.\nA vrai dire il se dégage de l'œuvre de Weiner ou de Dohnânyi un\nparfum de Hongrie, persitant, et difficile à analyser. C'est l'âme de notre\npays qui vivifie et inspire ces œuvres, c'est notre tempérament qui les a\nconçues, c'est notre atmosphère musicale qu'elles ont respirées. D'autre\npart les musiciens que nous allons voir n'ont pas été à d'autre école que\nWeiner ou Dohnânyi ; il sont partis du même point. Mais le but vers\nlequel ils marchent, et le chemin qu'ils ont pris pour y arriver les séparent\nde leurs condisciples et les différencient. Ils ont un programme hongrois,\nils tiennent a s'y conformer avec intransigeance. Ils veulent créer en dépit\nde toutes les difficultés, un style national.\nMais qu'est-ce au juste que le nationalisme quand il s'agit de la\nmusique hongroise ? En Hongrie même, on ne le sait pas encore trop\nbien, et, depuis bien des années, toutes sortes de confusions s'accumulent\net nous empêchent de distinguer notre propre mentalité musicale.\nRemarquons tout d'abord que le peuple hongrois, qui chante beau-\ncoup, chante pour dire en lui-même, pour lui-même, avec une sorte de\nchaste retenue. Il ne sait pas ce que c'est que produire sa musique et lui\ndonner un rôle social. Il ne connaît pas comme le slave ou le Germain,\nle chant en chœur, organisé, élevé à la hauteur d'une institution. Pour\njouir en commun de la musique il se sert d'un intermédiaire : le Tzigane.\nPourquoi ? C'est ce qu'il conviendrait de chercher. Mais le fait est là, et\nla aussi est la raison pour laquelle notre art autochtone demeure replié sur\nlui-même et caché aux regards de tous.\nLe Tzigane, ce peuple nomade, possède une merveilleuse faculté\nd adaptation artistique. En Russie il joue des airs russes, en Espagne il\nguitarise, en Hongrie il exécute de la musique hongroise. Mais non pas\nsans lui faire subir une déformation qui en altère le caratère véridique.\nTout d abord le passage du style vocal au style instrumental (et les Tzi-\nganes ne sont qu'instrumentistes) nécessite une véritable transformation.\nRappelons-nous les partitions des Virginalistes anglais, les Tablatures des\nOrganistes allemands, les arrangements des Luthistes anciens, Il a en été\nainsi de tous les temps. Mais cette accomodation est infiniment plus\ndangereuse lorsque le sort la remet aux mains d'une race étrangère, peu\nscrupuleuse, et éminemment originale. Le Tzigane en se faisant Hongrois\nne perd point son tempérament naturel, son besoin d'intonations particu-"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.59", "texte": "LA JEUNE ÉCOLE HONGROISE\n55\n\nlières, de rythmes frappants et uniformes, d'ornementation folle. Comment,\navec la meilleure volonté, retrouver nos chants sous cette passementerie et\nsous cette allure exotique ? On sait ce qu'un Tzigane peut faire d'un\npot-pourri, d'une opérette à la mode ; on devine ce qu'il a pu tirer du\nfolklore hongrois, en quelques siècles.\nEt le malheur est que précisément la musique tzigane a fini par\nfaire croire qu'elle était la véritable musique hongroise ; elle a fait\npasser une caricature pour un original. Le livre trop fameux de Lizst,\nsi superficiel, a définitivement accrédité cette idée fausse dans la\nlittérature. Il n'est pas jusqu'aux rapsodies du même maître rapso-\ndies tziganes, mais non pas hongroises qui n'aient ajouté le prestige\nde leur musique à cet imbroglio. Maintenant que le procédé a été\ndévoilé, exploité, tout le monde peut se croire à même de composer \" a\nla hongroise \". Il suffit de prendre quelques thèmes populaires, au hasard\net n'importe ou, et de les traiter à la manière tzigane, avec intervalles\naugmentés, chromatisme échevelé, rythmes syncopés, fulgurations et\ntapage... Et l'on peut se croire à Budapest. Et l'on ne sait pas que ce\nvocabulaire, aujourd'hui à la portée de tout élève du Conservatoire, s'est\nformé de bribes et de morceaux, d'un affreux mélange où les chants de\nguerre des compagnons de Rahoczi, voisinent avec l'opérette viennoise et\nla musical comedy anglaise.\nLe temps vint cependant où les philologues voulurent en avoir le cœur\nnet, et où Bartalus s'employa à recueillir les chants populaires, tels que les\nHongrois se les chantaient à eux-mêmes. Mais, là encore, le tziganisme\napparut et gêna considérablement la réalisation de ce beau projet. Le\nmérite de l'ouvrage de Bartalus est immense, il faut le reconnaître. Mais\nson résultat n'a pas été aussi fécond que l'auteur l'espérait, parceque les\ntranscripteurs avaient dans l'oreille le style postiche, dont ils ne pouvaient\nse dégager complètement. Ainsi l'habitude tzigane de transformer en danse\nà quatre temps toutes les mélodies hongroises, un peu vives de les inter-\npréter en forme en czardas, commençant sur le premier temps de la mesure,\nfit naître et respecter comme une sorte de dogme, l'idée que la musique\nhongroise est binaire, qu'elle ne connaît pas l'anacrouse, et qu'elle obéit à\nun rythme carré absolument tyranique.Toute la collection de notre folklore\nfut rédigée dans cet esprit, et l'on put se croire au moyen âge, à l'époque\noù la mesure ternaire image de la Trinité cherchait à enfermer\ndans sa notation le trésor des mélodies populaires de l'Europe barbare."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.60", "texte": "56\nS. I. M.\n\nIl y a quelques années, enfin, deux jeunes gens MM. Bela Bartok\net Zoltan Kodaly, prirent la résolution de mettre fin à cet état de\nchose lamentable. Armés de bons phonographes, et ce qui est plus\nprécieux encore doués d'une merveilleuse intuition des réalités musi-\ncales, ils allèrent séjourner au milieu des paysans, et passer des années\npresqu'entières dans le fond de nos provinces. Leur recueil qui contient\ndéjà plusieurs milliers de notations, est loin d'être complet ; mais il per-\nmet de se faire une idée juste de l'ensemble de notre folklore et il prouve\nceci : le véritable type de la mélodie hongroise diffère essentiellement de\nce que l'on connaît en général sous ce nom. La carrure sans anacrouse, et\nla tonalité particulière (la, si, do, ré-dièze, mi, fa, sol-dièze, la) sont des\nfictions, ou, si l'on veut, des exceptions, dont toute la responsabilité ap-\npartient aux tziganes. Par contre, on remarque ici une extrême variété\nde mètres et de rythmes, une mesure qui change sans cesse, le retour\nfréquent de certaines formules caractéristiques, l'emploi d'une gramme\npentatonique particulière, et l'influence très manifeste des anciennes tona-\nlités qui furent celles de l'église au moyen âge, et probablement celles\nde 1 antiquité elle-même. Nous ne pouvons nous arrêter longuement sur\ncette question de la technique spéciale à la musique populaire hongroise,\net nous voulons laisser à MM. Bartok et Kodaly le mérite glorieux de\nl'exposer eux-mêmes lorsqu'ils auront atteint le but de leurs efforts.\n*\n* *\nLa révolution qui s'accomplissait dans les esprits curieux, épris\nd'érudition, devait avoir son contre-coup du côté de la musique. Bartok 1\net Kodaly,2 émus de son originalité, qu'ils soupçonnaient à peine, agirent\nen artistes. Ils se laissèrent aller à harmoniser les plus significatifs de ces\nlieds. 3 Puis, s'abandonnant à l'inspiration personnelle, ils entrevirent la\npossibilité de donner à la musique hongroise, en la madyarisant, le but et\nla raison d'être qui lui manquaient jusqu'ici. Ils créèrent eux-mêmes des\nmotifs, guidé par le génie populaire qu'ils avaient découvert ; ils se for-\nmèrent ainsi, en tâtonnant, un matériel capable d'édifier une œuvre\nmusicale, au sens que l'Europe lettrée attache à ce mot.\n\n1 Né en 1881, à Nagyszentmiklôs, suivit les cours de l'Académie de 1899 à 1903. Séjourna à Vienne\net à Berlin. Actuellement professeur à l'Académie de Budapest, où il enseigne le piano.\n2 Né à Kecskemét en 1882 ; vint à Pest en 1900, à l'Académie ; séjourna en 1906-1907 à Berlin et à\nParis ; est actuellement professeur d'harmonie et de composition à l'Académie.\n3 Kodaly. Magyar nepdalai. Bartok. A. Gyermekeknek"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.63", "texte": "LA JEUNE ÉCOLE HONGROISE\n57\n\nDans cette voie, ils avaient été cependant précédés par un homme\nde simple intuition, et dont il faut rappeler le souvenir, avant d'examiner\nde plus près les dernières conquêtes de la musique hongroise.\nSe souvient-on encore du pianiste Arpad Szendy,1 un des plus bril-\nlants élèves de Liszt, et compositeur à son tour de rapsodies talentueuses?\nIl était né en pleine campagne et le tempérament hongrois, qui avait\ntoujours dépaysé le futur abbé, était chez lui à son aise. Il fut un des\npremiers à prendre à cœur la madyarisation de notre musique et à s'es-\nsayer d'instinct à réaliser ce qu'on cherche aujourd'hui à obtenir par des\nmoyens conscients. Ses rapsodies sont déjà infiniment plus \" \" que\ncelles de Liszt, et son quatuor l'est plus encore, et enfin, et surtout sa\nFantaisie pour piano et Orchestre, dont l'étrange difficulté éloigne les\npianistes habituels, Szendy a véritablement trouvé du nouveau, et ses\ntrouvailles le rapprochent de nos plus modernes auteurs. Celui qui voudra\nfeuilleter ses \" Aphorismes sur la musiqu \" trouvera des\neffets, qui sont ceux de l'école impressionniste de nos derniers jours.\nOn peut dire de Szendy qu'il s'est évertué à entourer la mélodie\nhongroise d'une atmosphère d'harmonie moderne, aussi moderne que\npossible. Et c'est aussi ce qu'on peut dire de Bartok et de Kodaly, mais\nen prenant garde que leur connaissance de la mélodie hongroise est infini-\nment plus approfondie, et que leur conception du moderne est infiniment\nplus avancée. Car s'ils ont poursuivi le mélos hongrois à travers toutes\nses états, s'ils l'ont serré de beaucoup plus près que ne le pouvait faire le\npianiste-virtuose Szendy, ils ont d'autre part subi l'école française. Au\nfond des villages de la Hongrie, le debussysmeet le ravellistisme sont allés\nles trouver. En même temps qu'ils atteignaient les racines du folklore, ils\nse découvraient modernistes à outrance. Là est leur originalité ; de là\nvient la nouveauté de leur œuvre, si hardie si peu traditionaliste, et qui\nen musique, a quelque ressemblance avec celle des nihilistes en politique.\nComment définir une musique qui est la négation de toute forme\nreçue, le contrepied de tout ce qui semble admis, et établis par la pratique\ndes siècles ? Comment analyser un art qui n'est, ni celui de\ncelui de l'harmonie, mais celui du timbre et de la tache colorée ? Pour se\nfaire une idée des tendances de ces outranciers, peut-être faudrait-il se\n\n1 Né à Szarvas en 1863. Vint à Pest en 1876, suivit au Conservatoire puis à l'Académie les cours de\npiano et de composition. En 1882, élève de Liszt, en 1890, professeur de l'Académie. Un opéra de lui, Maria,\nécrit en collaboration avec Szabados, fut représenté à Budapest en 1905."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.64", "texte": "5»\nS. I. M.\n\nrappeler l'étrange complexité du phénomène sonore. Un accord, une\nnote même, quoi de plus simple en apparence ? Et pourtant rien de plus\nmystérieusement compliqué, si l'on veut considérer les différents mouve-\nments vibratoires ainsi mis en jeu ! Chaque son porte avec lui le prolon-\ngement de ces harmoniques, qui l'entourent comme d'un rayonnement.\nEt la musique humaine parait n'être, pour le physiologiste, qu'un choix\nhabile entre l'infinie possibilité de ces harmonies fluctuantes. Associer à un\nson l'octave, qui en est le premier harmonique puis la quinte qui est\nle second, ou la quatre qui est le troisième, ou la tierce qui est le cin-\nquième, ou la septième qui est le septième elle aussi etc... c'est faire de la\ncomposition musicale. Et l'histoire de ces associations est celle même de\nnotre art, à travers le siècles. Peu à peu, l'oreille s'accoutume à entendre\nsimultanément le son principal et ses harmoniques de plus en plus loin-\ntains ; aussi, ce qu'on pourrait appeler le s'étend de\nplus en plus devant nous.\nLes jeunes Hongrois, derniers venus à la vie musicale, ont un sens\nparticulier, et pour ainsi dire exclusif, de ces affinités harmoniques. Ils se\nsentent attirés par le besoin de reculer les limites de ce domaine des\noreilles. Bartok et Kodaly triturent et expérimentent toutes ces matières\nsonores, sans aucun souci de ce plaisir immédiat, d'ordre purement esthé-\ntique, auquel le compositeur s'est si longtemps asservi. Les pour\npiano du premier, son Quatuor,sa a Sou bien les 10 pour\npiano du second et sa Sonate de violoncelle et piano, font usage des mix-\ntures les moins admises, et ne reculent devant aucune tentative. On s'en\nindignera certainement ; et plusieurs crieront au sabotage. Car en musique,\ncomme ailleurs, et peut-être plus qu'ailleurs, les moments de transforma-\ntion apparaissent à l'œil inattentif ou prévenu, comme des périodes de\ndécadence. Mais il convient d'attendre, et de suivre avec sympathie ce\nmouvement nouveau, le plus nouveau peut-être que l'Europe puisse nous\noffrir en ce moment. Là où l'analyse est incompétente, là où la critique\ndemeure perplexe, c'est à l'intuition bienveillante qu'il appartient de\ndeviner.\nUn critique français, lors du dernier concert de la jeune musique\nhongroise, a parlé d'expériences de laboratoire, menées par des chimistes\naudacieux en quête de réactions nouvelles. En effet ; et rien n'est plus\njuste. On ne saurait mieux définir la signification de notre jeune école,\ntelle que ses musiciens les plus avancés la représentent aujourd'hui. Hors"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.65", "texte": "LA JEUNE ÉCOLE HONGROISE\n59\n\nde la Hongrie, elle ne peut avoir d'autre sens, pour le moment ; elle\nreprésente un effort de la musique en marche. Chez nous elle prend une\nautre valeur. Nous y voyons les germes d'un art national, attendu, espéré\ndepuis longtemps. Nous trouvons, en sa hardiesse révolutionnaire, la\nrévolte de nos héros, qui depuis mille ans se défendent contre les Barbares;\nl'audace orgueilleuse de notre peuple. Ses sonorités évoquent l'âpre mono-\ntonie du paysage hongrois, les plaines ou rougeoie le soleil, où chantent\nles grillons, les mers de blé doré, les allées de noirs peupliers, asiles de\nbrusque fantaisie. Et nous l'aimons, comme nous aimons notre sol natal,\nnotre mère !\n\nSándor Kovács."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.66", "texte": "6o\nS. I. M.\n\nZONGORA MUSIKA\nVIII\nZ. Kodaly."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.67", "texte": "S. I. M.\n6i"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.68", "texte": "6 2\nS. I. M.\n\nMEDVETÂNE\n(Danse d'ours)\nExtrait de: 10 Leichte\nKlavierstûcke\nB. Bartok."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.69", "texte": "S. I. M.\n63"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.70", "texte": "64\nS. I. M."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.71", "texte": "Les Théâtres\n\nIVAN LE TERRIBLE, paroles et musique de Raoul Gunsbourg\nLa mésaventure \\ qui vient d'affliger le pétulant Raoul Gunsbourg, victime\nd'une légère erreur géographique et coupable seulement d'avoir voulu intéresser\nle Boulevard à l'une de ses fantaisies trop foncièrement monégasques, est singu-\nlièrement instructive. Si l'on veut bien réfléchir aux circonstances tout-à-fait\nexceptionnelles qui entourèrent l'arrivée à Paris de la Pskovitaine de la Riviera,\non ressentira une assez vive irritation et on se livrera à des appréciations dénuées\nde bienveillance. 11 faut déplorer amèrement cette sotte aventure, mais ne nous\n\n5"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.72", "texte": "66\nS. I. M.\n\ny trompons pas ! ce n'est pas Raoul Gunsbourg que doit atteindre cette sévérité :\nil est, au contraire, le seul qui, dans l'occurrence, ait échappé à tout reproche et se\nsoit acquis des droits à une indulgence plénière. Expliquons-nous.\nL'agitation et l'anarchie de la vie parisienne, le tumulte désordonné de la\nmêlée théâtrale sont plus apparents que réels. En fait, toute cette confusion\nmasque une mystérieuse partie d'échecs qui se dispute sous nos yeux selon des\nrègles strictes et minutieuses. Ces règles n'ont jamais été publiées mais les initiés\nles savent par cœur et, tacitement, tout le monde s'y soumet de bonne grâce.\nConfiant dans leur autorité et dans la loyauté de ses partenaires, l'auteur-composi-\nteur d'lvan a engagé très correctement une grosse partie : il l'a perdue, perdue\navec un jeu superbe et il a le droit de crier au meurtre. 11 faut le proclamer bien\nhaut : ses adversaires ont odieusement triché, le coup est nul.\nLorsque les directeurs de la Gaîté décidèrent de mettre en répétitions une\npartition du directeur de l'Opéra de Monte-Carlo, ils eurent assurément la sensa-\ntion d'accomplir un geste confraternel d'une portée un peu spéciale et non l'illusion\nde révéler une nouvelle forme d'art à l'humanité attentive. Ce n'est pas, en effet,\nun banal serviteur des Muses que le Tondichter de Monaco. Alerte, menu et\ntrépidant, ce n'est pas un homme, c'est un kobold, un lutin, un farfadet, un elfe,\nun Korrigan. Il a l'ubiquité d'un feu follet. C'est Puck, c'est Fûnn, c'est N'ka et\nc'est Till Eulenspiegel. Il joue les enfants terribles, a des colères d'éfrit et des\nmalices de gnôme wagnérien. Du Niebelung il a l'espièglerie sarcastique, la ruse\net le mystérieux pouvoir de domination. Comme les génies souterrains des mytho-\nlogies Scandinaves, il possède des secrets magiques ; comme Albérich mais sans\navoir eu besoin de maudire l'amour ! il sait forger l'Or et courbe ses frères\ntremblants sous la menace du heaume et de l'anneau. Dans son palais enchanté,\naux rives de la mer trop bleue, il reçoit l'hommage des hôtes les plus glorieux de\nl'univers. Il accorde à nos compositeurs une princière hospitalité, réalise leurs\nrêves les plus fantastiques, comble leurs espoirs les plus ambitieux. Il distribue des\nfaveurs et répand des bienfaits et pouvait se flatter jusqu'ici d'avoir découragé\nl'ingratitude.\nEntouré d'égards et suivi d'un cortège nombreux de courtisans, ainsi s'avan-\nçait avec sérénité dans la jungle parisienne, plus sévèrement réglementée que celle\nde Kipling, le facétieux conducteur d'hommes.\nà tous qui gardez la loi de la jungle !...)\nEt voici que la loi n'a pas été respectée ! Brusquement, lâchement, les com-\npagnons du demi-dieu, ceux qui, depuis tant d'années, entraient en extase à chacune\nde ses plaisanteries, ont affecté de ne plus voir en lui \" qu'un homme d'entre les\nhommes \" et l'ont traité comme un être de leur sang et de leur race. Dépouillé de\nl'immunité spéciale que lui assurait le consentement universel, le signataire d'lvan\nfut mis brutalement sur la sellette. On analysa son livret, on détailla sa partition,\non lui demanda froidement où il avait appris la musique, on chercha à établir la\npart de collaboration de son entourage et l'on fit des gorges chaudes au sujet du\nmanifeste futuriste où le joyeux Niebelung, avec son insouciante fantaisie d'enfant"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.73", "texte": "LE MOIS\n6?\n\ngâté, avait cru devoir poser musicalement la \" question du latin réclamer la\ndestruction des bibliothèques, vanter son autodidactisme et affirmer l'origine nette-\nment surnaturelle de son inspiration : \" Ce que je fais, ce que je dis me vient\nuniquement de Dieu, de Dieu seul \", clamait l'ouvrier de génie, d'accord sur ce\npoint avec Jenny l'Ouvrière, et les félons de ricaner !...\nTrahison ! Trahison ! Ce n'est point ainsi que la partie avait été engagée !\nRaoul Gunsbourg a le droit de continuer à nous étonner par le primesaut de son\nimagination et l'orientation imprévue de son activité. Vous avez encouragé, com-\nmenté, exalté inlassablement ses excentricités du lutin turbulent, il est trop tard\npour vous scandaliser de sa dernière facétie qui consiste à disputer à Isidore de\nLara son titre de \" chef incontesté de l'école monégasque \". Massenet ne s'y est\npoint trompé : il a respecté les droits acquis. En sortant de la répétition générale\nd'lvan il a télégraphié à son génial collègue :\n\" Nous rentrons enfiévrés... et nous nous disons encore :\nC'est beau.\nC'est vrai.\nC'est nouveau !\nMon cœur heureux du grand succès. \"\nVoilà les mots qu'il fallait dire, voilà le bonne des fidèles observa-\nteurs de la Loi.\nAu diable les mauvais joueurs qui détournent la question, prétendent qu'il\nfaut laisser la musique aux musiciens, et insinuent que les effusions vocales réservées\naux excellents artistes qui assumaient la lourde responsabilité de l'interprétation ne\nréalisent pas absolument le programme de rénovation annoncé à l'extérieur ! Où\nirions-nous s'il fallait réformer tous les postulats et justifier toutes les conventions\nqui sont les plus fermes assises de notre société ? On ne doit pas plus discuter Raoul\nGunsbourg qu'Alexandre Duval, Sacha Guitry ou Maurice Rostand. Pour ne l'avoir\npas compris, Paris à sottement déchaîné une \" Affaire \". Exaspéré par ses contra-\ndicteurs, le compositeur-poète veut transformer son œuvre en manifeste raisonné.\nIl se flatte d'avoir \" lancé un pavé dans la mare aux grenouilles \" et d'avoir frappé\nau bon endroit ; il se félicite \" d'avoir eu le courage de dire tout haut ce que tant\nd'autres pensent tout bas \" et d'avoir ébranlé la musique algébrique qui ennuie tout\nle monde ! Nouveau Nietsche, plus ethniquement prédestiné, l'auteur d'lvan veut\nsauver notre art en le méditerranisant.... et la plaisanterie a perdu toute saveur !...\nQue cette aventure nous serve au moins de leçon pour l'avenir et nous\nempêche d'imiter les enfants trop curieux qui ont la détestable habitude de briser\nleur beau polichinelle pour savoir ce qu'il a dans le ventre !\n\nEmile Vuillermoz."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.74", "texte": "68\nS. I. M.\n\nLes Concerts\n\nC'est dans un joyeux tumulte d'archets crépitants et de mains applaudisseuses, que\nMM. Gabriel Pierné et Camille Chevillard sont remontés au pupitre pour un nouveau cycle\nde concerts.\nLa coutumière manifestation de rentrée prenait cette fois, vis à vis de M. Chevillard,\nune signification plus haute. Dans ce geste de toute une salle il n'entrait pas seulement de la\nsympathie ou de l'admiration. Il s'y mêlait aussi de l'allégresse et de la fierté, à songer que\nl'orchestre des Concerts-Lamoureux venait de l'emporter à Scheveningen sur la Philhar-\nmonie de Berlin. Victoire toute pacifique d'ailleurs, mais qui ne saurait manquer d'avoir à\nl'étranger un retentissement certain et dont il sied de se réjouir.\nLe programme d'ouverture, exécuté le 16 à la Salle Gaveau par ces champions de la\ndouble croche, comprenait une première audition fort importante. Pour bien des mélomanes,\nle seul mot de symphonie possède un attrait magique. Il les prédispose à écouter d'une oreille\ncomplaisante tout discours musical, qui porte ce titre. Et cependant, de nos jours, les grandes\nformes d'architecture classique ne servent trop souvent qu'à masquer la sécheresse ou la pauvreté\nd'imagination du compositeur, à faciliter sa tâche en lui fournissant des moules tout établis\nvéritables creusets dans lesquels il coulera de la matière sonore et surtout à favoriser au\ndétriment de l'expression, le côté purement intellectuel de la musique.\nTel n'est pas tout à fait le cas pour la Quatrième Symphonie de M. Guy Ropartz. Sans\ndoute l'on y retrouve cette teinte générale un peu grise qui pèse sur tout l'œuvre musical de\nson auteur et dont il semble avoir dérobé les traits principaux aux caractères même de sa terre\nnatale : le recueillement grave et triste de la monotone lande bretonne et l'âpre, l'ardente\nmélancolie de ses grèves. Un irrémissible dédain y transparaît clairement pour tout ce qui est\ncouleurs vives, châtoiements, rutilances. Mais ici, l'habituelle construction cyclique revêt un\naspect neuf. L'opposition entre les différents thèmes est nettement marquée et la brièveté des\ndéveloppements est à signaler chez un symphoniste élevé à l'école de César Franck. La\nréalisation du plan conçu par M. Ropartz motivait, exigeait même cette concision. Nous\ndécouvrons bien dans cette symphonie en ut majeur les quatre mouvements traditionnels, mais\nnon plus à l'état de parties distinctes, séparées, ayant chacune sa vie propre dont seul le thème\ngénérateur assure l'unité. Reliés entre eux et s'enchaînant étroitement ils forment réellement\nà eux tous, un seul grand mouvement. Ils constituent en un mot les diverses péripéties nette-\nment reconnaissables d'un ensemble homogène et parfaitement équilibré. Le public parut\ngoûter pleinement la poésie et la grandeur un peu conventionnelles de cet art sobre et solide,\ndont l'instrumentation, notamment au début délicieux de musique et d'orchestre n'est\npas dépourvue de saveur. Et l'accueil fait à cet ouvrage supérieurement dirigé et exécuté fut\ntrès chaleureux.\nJe ne m'appesantirai pas sur l'exécution de la Symphonie en ré mineur de César Franck,\nnon plus que sur la Symphonie Espagnole d'Edouard Lalo qui fit valoir la netteté de jeu de\nl'excellent violon-solo des Concerts-Lamoureux M. Th. Soudant. Je regretterai en passant\nque Melle Demellier, musicienne accomplie chantant, dans un sentiment juste, du Gluck et du\nFranck, ne nous donne pas plus souvent l'occasion de l'applaudir. Et j'arrive à la nouveauté\ndu jour malencontreusement placée en fin de programme.\nD' autres oeuvres plus puissantes ou plus significatives ont mis en lumière le nom de\nM. Florent Schmitt. Cette Rapsodie Viennoise renferme néanmoins, à dose égale, la plus"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.75", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSection de Paris\nPARIS (2e) 22, Rue Saint* Augustin Téléphone : 204-20\ny\nParis,\n%\nMonsieur et cher C\nLa prochaine réunion de la Société Internationale\nde Musique aura lieu le J\nà 4 heures ires précises du soir, chez MM. Gaveau\net C' , 45, Rue La Boêtie.\nORDRE DU JOUR :\nLecture clu procès-Verbal - Correspondance\nCandidatures\nM. VAN REYSCHOOT. Analyse rythmique et\nmétrique des Symphonies de Beethoven.\nNous appelons tout particulièrement votre attention\nsur cette Communication que veut bien faire à la Section\nde Paris, notre éminent Collègue, professeur au Conser-\nvatoire de Gand, et nous prions nos membres actifs de\nvenir en aussi grand nombre que possible à cette Séance."}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.76", "texte": "LE MOIS\n69\n\nprécieuse des qualités de ce jeune compositeur. J'entends parler de l'étonnante mise en œuvre\norchestrale qui fait épanouir autour de l'idée musicale comme de luxuriantes frondaisons\nsonores. Et le rythme de \" lândler \" qui s'abandonne aux violons n'est qu'un prétexte à\ncapricieuses déformations et à accouplements de timbres, exquis ou étincelants. Le succès de\ncette rapsodie écrite en 1904 a été unanime et très vif.\nDe premières auditions, les Concerts-Colonne n'en ont point donné encore. Par\ncontre, l'on a très dignement célébré au Châtelet le centième anniversaire de la naissance de\nFr. Liszt qui, par un hasard miraculeux, tombait justement un dimanche.\nDeux symphonies : la Fantastique et la Neuvieme ouvraient la saison. L auditoire\ns'intéressa fort à la Marche au Supplice et au Songe d'une nuit de Sabbat dont la cuisine\ninstrumentale est d'un ragoût si pimenté et si proche des procédés actuels : sourdines aux\narchets, batterie fracassante, trompettes et cors bouchés, bassons caverneux... L exécution en\nfut telle que l'eût désirée Berlioz, je veux dire \" démoniaque et pharaonesque\nAu milieu de la symphonie avec chœurs le fin babil des bois du scherzo apporta un\ndélassement et dans le final, encadrant le groupe bien chantant des solistes compose de\nMmes Mary Mayrand et d'Otto Trampozynska et de MM. Sayetta et G. Mary, les chœurs\ndisciplinés escaladèrent sans faiblir les vertigineuses tessitures vocales qui conduisent a la Joie.\nPar une ironie délectable et en quelque sorte réparatrice, le destin sonnait en meme\ntemps le centenaire d'Ambroise Thomas et de Fr. Liszt. Fêtés tous deux de leur vivant,\ncelui-là comme musicien de théâtre et quel théâtre ! celui-ci en tant, surtout, que virtuose\ninouï, extraordinaire, quelle distance les sépare aujourd'hui ! A mesure que 1 un s enfonce dans\nles abimes de l'éternel oubli, l'autre grandit et impose désormais a tous le respect et 1 admiration\nde sa noble figure de précurseur. L'on sait quelle fut son influence sur les compositeurs les plus\ngrands de son époque. Et l'on n'ignore plus qu'il fut le père du poeme symphonique et le\ncréateur inégal sans doute, mais génial, auquel notre musique est redevable de tant de\ntrouvailles rythmiques et polyphoniques.\nDante-Symphonie, parue pour la première fois aux Concerts-Colonne le 22, est une vaste\nfresque musicale qui devait selon le projet non réalisé de la princesse de Wittgenstein servir\nd'accompagnement au déroulement d'un panorama. De la son allure décorative et 1 absence\npresqu'absolue d'émotion. y\nLe concert du 29 consacrait sa première partie à l'art classique et réservait la seconde a\nla musique d'aujourd'hui.\nJ'ai éprouvé un plaisir toujours nouveau à réentendre la Symphonie un chant\nmontagnard français de M. d'lndy. CEuvre claire, lumineuse, magistralement sentie et écrite\net qui demeurera à coup sûr l'une des plus hautes manifestations de 1 ecole contemporaine.\nDès les premiers mesures le vieil air montagnard que soupirent a tour de rôle cor anglais et\nflûte nous transporte sur ces lointains sommets cévenols baignés de lumière fluide, parmi ces\nhétraies profondes et ces roses plateaux de bruyères où cheminent pâtres et rouP^eauxell^a^s a\nrumeur indécise des sonnailles... Exécution véhémente et émouvante qui mérita a M Selva\net à M. Gabriel Pierné un légitime triomphe.\nAprès quoi, suivant l'ordre établi par Glazounow, et ala suite du terrible ataman ten a\nRâzine et de la princesse persane sa captive, toutes les hordes barbares de 1 Asie deferlerent\navec fracas.\n\nG. K."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.77", "texte": "7°\nS. I. M.\n\nProvince\nSwift.\nLes derniers échos attardés de l'été départemental nous arrivent. Le vent d'automne fait\nchoir dans nos bureaux, comme des feuilles mortes, les programmes de représentations\nd'adieux et les comptes-rendus de clôture. Roanne se félicite d'avoir pu retenir dans ses murs\nle jeune organiste de St-Jean-St-François qui se fît apprécier comme exécutant et comme\nconférencier dans deux récitals d'orgue consacrés aux chorals de Bach et aux maîtres\nanciens. La RochellG se console du passé en préparant l'avenir ; déjà le bureau de la société\nrochelaise organise le grand concours international des 18 et 19 août 1912 ; son secrétaire\ngénéral, M. Hervé, hautboïste, se tient à la disposition des intéressés pour leur communiquer\nle règlement tout fraîchement élaboré. Gray a découvert en la jeune pianiste Odette Sauvage,\nvirtuose de sept ans, un rare tempérament musical apte à donner de Beethoven et de Bach\nune traduction généralement interdite aux enfants prodiges ; les élèves de l'école de musique\nde M. Lanzoni entouraient la petite étoile et remportèrent un vif succès dans leurs ensembles\norchestraux.\nLe Congrès de la Paix a inspiré M. Claussman qui en a célébré les bienfaits dans une\ncantate fort goûtée des habitants de Clermont alors que la \" Lyre \" locale ravissait les\nmélomanes de Moulins en donnant une excellente interprétation de la Symphonie de\nSchubert ; Arras fête le Quatuor Leleu et le pianiste Blondel, propagandistes fervents de\nBeethoven, Liszt, Franck et Chopin tandis que Saint Quentin découvre la gymnastique\nrythmique et assiste, dans le préau du lycée de jeunes filles à des démonstrations qui soulèvent\nl'enthousiasme de tous les spectateurs. L'Association musicale de Privas compose fort\nartistement ses programmes : la Symphonie en ut mineur, la Médée de Vincent d'lndy, des\npages de Scarlatti, Chausson, Saint-Saëns attestent l'élévation de ses aspirations et l'excellence\nde son goût.\nBiarritz garde un souvenir heureux des beaux concerts classiques dirigés par MM. Coste\net Cuignache au Casino Municipal et au Casino Bellevue. Les grandes œuvres de Wagner,\nde Beethoven, de Franck, de Berlioz, de Lalo et des Russes, les solistes les plus brillants et\nplusieurs créations intéressantes, entre autres la Noce Villageoise de Goldmark et la Rhapsodie\nNavarraise d'Henri Lutz donnèrent à cette double saison un éclat tout particulier.\nEt Nancy se prépare à suivre Guy Ropartz dans la noble voie qu'il trace si courageuse-\nment depuis qu'il a pris la direction du Conservatoire. Liszt recevra par ses soins l'hommage\ncommémoratif qui lui est dû ; Mozart verra passer en revue ses ouvertures de Titus,\nd'ldoménée, de l'Enlèvement au Sérail, de la Flûte Enchantée, de Don Juan et des Noces de\nFigaro et Wagner sera honoré par des fragments de l'Or du Rhin, de Tristan et de Parsifal.\nEt les secrètes sympathies qui entraînent le remarquable chef d'orchestre vers une esthétique\ndéterminée se révéleront dans le choix qu'il a fait de Savard et Dukas pour représenter ses\ncontemporains et dans l'élection exclusive de Séverac, Samazeuilh, Le Flem et Pierre\nBretagne comme porte-paroles du modernisme. Dans la révolution debussyste, le Maître\nnancéen prend ainsi nettement position et ne pourra certes pas être soupçonné d'entretenir des\nintelligences des deux côtés de la barricade !"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.78", "texte": "LE MOIS\n71\n\nBelgique\nLa saison 1911-1912 est ouverte, depuis un mois. Elle apporta quelque changement dans\nle cours habituel de notre vie musicale. La nomination de M. Sylvain Dupuis en qualité de\nDirecteur au Conservatoire de Liège avait laissé vacant le pupitre de chef-d'orchestre à la\nMonnaie : M. Otto Lohse, ainsi que nous l'avions fait pressentir, fut appelé à lui succéder.\nCe remplacement n'a point satisfait tout le monde, au début. Nous avons vu des critiques\nautorisés se plaindre de ce que l'on ait dédaigné nos chefs-d'orchestres nationaux, qui, peut-être,\neussent pu faire valoir quelque titre, au profit d'un \" Kappel-meister \" étranger c'est-à-\n-dire, allemand. Nous notons simplement leur point de vue, sans songer à le discuter ici.\nM. François Rasse, chef-d'orchestre en second sous Sylvain Dupuis a donné sa démission.\nM. Corneil de Thoran prend sa place. La direction des Concerts Populaires, d'autre part,\nest confiée à M. Alexandre Béon, vice-président de la section belge 5.1.M., et à M. Otto\nJiinne, directeur de la firme Schott. Nous sommes heureux de présenter à notre ami et\ncollègue nos félicitations : nous ne doutons pas qu'il sache maintenir les au\nrang et a la réputation qu ils ont acquis dans le passé. Déjà, la nouvelle direction nous annonce\nun festival Beethoven avec le concours de M. Lohse.\nCe dernier a débuté sous les plus prometteuses auspices. Il ne nous était pas inconnu.\nIl avait dirigé deux concerts Ysaïe, et conduit, à la Monnaie, les représentations de laXétralogie\nque tous les dilettantes se remémorent avec émotion. C'est un maître de l'orchestre et nous\napplaudissons au choix de MM. Kufferath et Guidé. M. Lohse est un musicien compréhensif\net profond. Il sait obtenir de ses instrumentistes la discipline. Il étudie, il fouille, un peu trop\nparfois, les partitions qui lui sont confiées. Il a le plus grand souci de l'expression et de la\nnuance. Il semble même que son amour du détail l'entraîne çà et là, non point à sacrifier\nl'unité d'une œuvre, mais à y rechercher de très nombreuses intentions. Mais il vaut mieux\npécher par excès que par défaut. La baguette du nouveau chef nous est garante d'une\ninterprétation toujours artistique et vivante.\nSignalons en passant que M. Lohse a inauguré sa direction par Louise ; cela corrigeait\nd'avance l'impression dont j'ai parlé : son succès en fut d'autant plus vif. Mme Claire\nFriché, qui créa le rôle à Bruxelles, nous est revenue, et elle aussi trouva le plus chaleureux\naccueil auprès du public. L'artiste, dont la voix cultivée, émouvante et chaude, nous a charmés\nnaguère, a su retrouver d'emblée toutes les anciennes sympathies.\nOn nous annonce diverses auditions : La Maison Schott organisera, cet hiver, quatre\nconcerts classiques à la Grande Harmonie, avec le concours des virtuoses : Suzanne Godenne,\nFritz Kreisler, Jacques Thibaud, et le Quatuor Sevcik, de Prague. Les dates en seront\ndonnées ultérieurement. Mlle Tambuyser et M. Marcel Jorez donneront trois séances de\nsonates. La première, consacrée aux XVIIe et XVIIIe siècles ; la deuxième, à l'école alle-\nmande, et la troisième, aux maîtres français modernes. Le 27 octobre, M. Norman Wilks,\nle jeune pianiste, élève de Sèvenants, se fera entendre dans un récital à la grande Harmonie.\nLe 26 novembre, nous pourrons apprécier les cantates composées, durant leur mois de cellule\npar les concurrents pour le Grand Prix de Rome : MM. Alfred Mahy de Bruxelles, qui obtint\nune première mention en 1909 ; Henry Sarly de Tirlemont (première mention en 1907) ;\nLeopold Samuel, fils du professeur d'harmonie au Conservatoire de Bruxelles, M. Edouard\nSamuel, (mention en 1907) ; Van Hoof, d'Anvers (mention en 1907) ; Shaladin, d'Archies,\nélève du Conservatoire de Mons ; et Michel Brusselmans, de Paris."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.79", "texte": "7 2\nS. I. M.\n\nLe grand Prix a été décerné à M. Léopold Samuel, à l'unanimité des voix. Nos lecteurs\nse souviennent certainement des lignes élogieuses que nous consacrions à ce jeune compositeur\nil y a quelques mois. Elève du Maître Edgar Tinel, M. Léopold Samuel possède une culture\napprofondie ; il a mieux : c'est un artiste dont l'inspiration originale et subtile nous avait ému,\ndès l'audition de quelques mélodies. Nous sommes heureux d'avoir été les premiers à signaler\nla personnalité que le succès consacre officiellement aujourd'hui. Nous y reviendrons plus\nlonguement après l'exécution publique de son œuvre, à la séance de l'Académie. Les autres\nlauréats sont : M. A. Mahy, élève de M. Tinel et chef de musique au régiment des carabiniers,\nil obtient le premier second grand Prix ; M. Van Hoof, élève de M. Jean Blokx : deuxième\nsecond grand Prix ; M. Sarly : première mention ; M. Brusselmans, seconde mention.1\nLes quatre concerts du Conservatoire de la saison sont fixés aux dimanches 24 décembre,\n28 janvier, 21 février et 31 mars. La répétition générale pour les abonnés aura lieu le vendredi ;\nla répétition générale accessible au grand public, le jeudi précédant chaque concert, à 2 heures.\nM. Tinel a engagé des solistes du chant choisis parmi les plus réputés dans le domaine de\nl'oratorio : Mmes Tilly Cahnbley-Hinken, Maria Philippi, Wybauw-Detilleux ; MM. R. Pla-\nmondon et Froelich. Plusieurs professeurs du Conservatoire seront appelés à participer en\nsolistes aux concerts, notamment MM. De Greef, Desmet, Giirickx, Mahy et Thomson.\nLe premier concert sera consacré à l'Oratorio de Noël de Heinrich Schùtz et à la\nNeuvième Symphonie de Beethoven. Parmi les autres ouvrages dont l'exécution est projetée\nfigurent deux Cantates de J.-S. Bach, la Rapsodie pour contralto et chœur d'hommes de\nBrahms, le Te Deum de Brùckner, l'oratorio Rédemption de César Franck, des Symphonies de\nHaydn, Mozart et Schumann, un Concerto brandebourgeois de Bach, un Concerto d'orgue\nde Haendel, etc.\nSous la dénomination de Quatuor Chaumont, MM. Chaumont, Morisseaux, Rogister et\nDambois donneront cet hiver en la Salle allemande quatre séances de musique de chambre.\nLe concours du remarquable pianiste Emile Bosquet leur est assuré pour l'exécution des\nœuvres avec piano.\nOSTENDE. —La saison de 1911. Cette année-ci, Léon Rinskopf, le distingué\nchef-d'orchestre et directeur artistique du Kursaal, a innové. Les concerts artistiques du\nvendredi, au lieu de se donner dans la grande rotonde du Kursaal, devant la foule élégante et\nplastronnante des snobinettes et des snobs, ont élu domicile au Théâtre Royal. Et c'était fort\nheureux, car outre que les petits jeunes gens en mal de galanterie et les petites demoiselles qui\nse font conter fleurette n'étaient pas là pour interrompre le recueillement de ceux qui vinrent\npar amour de la musique, l'exiguité relative de la salle permettait de saisir tous les détails de\nl'exécution. Remarquons aussi que des places de 1 fr. et de 0.50 fr. étaient réservées aux\namateurs peu fortunés : ce ne fut pas le moindre des mérites de cette innovation. Ces places\nfurent bien garnies, ce qui prouve une fois de plus que la petite bourgeoisie et la jeunesse des\nécoles n'est pas aussi rebelle qu'on le croirait à la bonne musique.\nIl y eut ainsi six concerts auxquels collaborèrent Jacques Thibaud, Raoul Pugno,\nKathleen Parlow (violoniste), Geneviève Dehelly, Joseph van Roy (pianistes) et le déclamateur\nVogel. Le premier débuta par l'ouverture de la Flûte enchantée, toute de joie et de soleil.\nThibaud nous donna ensuite une interprétation noble et très stylée du concerto de violon de\nBeethoven. Ce fut une de ces jouissances éminement artistiques dont on garde longtemps le\n\n1 Le jury se composait de MM. Edgar Tinel, président ; Emile Mathieu, directeur du Conservatoire de\nGand ; Sylvain Dupuis, directeur du Conservatoire de Liège ; Léon Du Bois, directeur de l'Ecole de Musique\nde Louvain ; Mestdagh, directeur de l'Ecole de Musique de Bruges ; Van den Eden, directeur du Conservatoire\nde Mons et Lunssens, directeur de l'Ecole de Musique de Courtrai."}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.80", "texte": "LE MOIS\n73\n\nclair souvenir. On acclama Beethoven en Thibaud et l'artiste reçut des félicitations méritées\nde la gracieuse Reine qui avait tenu à assister au concert accompagnée de son auguste époux.\nRaoul Pugno joua le concerto si romantique de Schumann ainsi que les variations sympho-\nniques de Franck. De J. van Roy professeur à Bruges nous eûmes une excellente\ninterprétation du Concerto en sol mineur de Saint-Saëns et de la Burlesque pour piano et\norchestre de R. Strauss. Albert Vogel déclama un poème allemand \" Hexenlied \" pour lequel\nMax Schillings a écrit un accompagnement symphonique très fouillé.\nOn ne peut assez louer les soins que L. Rinskopf apporta à la partie symphonique de\nces concerts : accompagnement et exécutions furent parfaits. On donna entr'autres le Rouet\nd'Omphale, l'Apprenti Sorcier, les belles Variations Symphoniques de Gilson et le poème\nsymphonique Kikimora de Liadow.\nEn ce qui concerne les concerts du soir au Kursaal, il faut placer au premier rang celui\ndu 21 juillet, consacré à la musique belge, pendant lequel fut exécuté la Symphonie Inaugu-\nrale de Gilson. Cette œuvre, de belle facture, fut composée pour l'ouverture de l'Exposition\nde Bruxelles en 1910. Mais elle n'a pas été exécutée. Les Bruxellois y ont perdu.\nTrès remarqués également les concerts auxquels prêtèrent leur concours la Mainzer\nVlânner Gesang-Verein et l'organiste Joseph Daene, de Bordeaux. Le prestige que l'Alle-\nmagne est parvenue à conquérir en matière musicale faisait espérer, de la part de l'excellente\n°orale, d'impeccables exécutions d'auteurs classiques. Hélas, il fallut se contenter de quelques\nla plupart peu intéressantes. Il en fut tout autrement dans le concert auquel participa\nJ°ph Daene. Il fut digne de ce que l'on espérait de cet artiste qui chaque année vient,,\nPerant une soirée, nous tenir sous le charme de son jeu noble et délié : le programme\ncorTortait un choral de Hassler, un allegro de Bach et un concerto de Haendel, le tout avec\naccooagnement d'orchestre. Cela forma un ensemble d'une grande beauté.\nes artistes du chant qui se succédèrent sur l'estrade du Kursaal, retenons surtout les\nnoms, ]a Tetrazzini, dont la belle voix s'égrène en perles d'une pureté rare, et du ténor\nIsalber dont l'organe nous plairait bien plus s'il voulait se résoudre à étendre un peu son\nréperto,\nG/D. A leur dernier concert, MM. J. Lefébure et Oscar Roels ont fait connaître\nCUX symphoniques d'Arthur Van Dooren, l'excellent virtuose, auteur de 66 Guil-\nlaume e ±;5 et u J£ermesse opéras caractéristiques. —Le succès a salué ces pages colorées,\ndont 1 présent fut l'objet d'une ovation.\nr\nNEC1LOGIE. C' est avec une douloureuse surprise que nous avons appris la mort\nde Georges lart ja Tour. Tous ceux qui ont connu et fréquenté cet artiste sincère\npartageront *egret je ses amjs# Imbart de la Tour passa dix ans àla Monnaie. Il y joua,\nsplen 1 emeni,s premiers rôles des drames wagnériens ; il y créa Fervaal. Nous nous\nsouvenons auss,s juttes menées en faveur des humbles et des parias ; des campagnes pour\nplus e justice, our pjus beailté. Imbart s'y dépensait généreusement. Appelé en 1908\nre a c musicale et le cours de chant au Conservatoire de Paris, il\nn avait pas ou gejgique# j} y revenait chaque année, et passait ses vacances en sa villa\nde Boui on. es qu'il fut frappé par la mort soudaine.\nAU CONGs DEg AMITIÉS FRANÇAISES. A Mons, le 20 septembre\ndernier, notre co atgur amj René Lyr a retracé l'histoire de la musique wallonne,\nen quelques mots .\nEn aucun jeg Wallons n'ont magnifié la France autant que dans la création"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.81", "texte": "74\nS. I. M.\n\nmusicale. Au cours des savantes causeries qu'il a faites aux Arts anciens du Hainaut, mon\nexcellent confrère et collaborateur M. E. Closson a retracé la production de nos provinces\ndans les siècles révolus. Elle apparaît imposante, multiple, variée. Je ne puis certes en repro-\nduire ici le détail abondant, mais je retiendrai les grands noms des maîtres disparus dont\nl'œuvre marqua une étape dans l'évolution de notre art. Vers I4s°> ce sont deux Hainauyers :\nDufay et Binchois qui fondent la célèbre école dite \" Néerlandaise en réalité composée de\nmusiciens wallons et picards. Après eux, le Français du Nord fosquin de Près conquiert une\nrenommée européenne qui lui vaut d'être proclamé \" prince des musiciens \". Rolando de\nLassus, né à Mons en 1532, résuma, dit M. Closson, a dans ses deux mille compositions,\ntoutes les formes, tous les styles, toutes les conquêtes de l'art musical antérieur à lui. Puis\nvinrent Dumont, puis Gossec, et enfin Grétry qui vit ses ouvrages triompher sur toutes les scenes\nde l'Europe, et donna l'élan décisif à l'école féconde de l'opéra français \".\nNotre époque ne dément pas un tel passé. Jamais peut-être la Wallonie ne mérita mieux\nqu'aujourd'hui d'être appelée le fief musical de la France. Aussi me suis-je propose de colla-\nborer, pour une part modeste, au premier Congrès des Amitiés françaises en esquissant le\nmouvement moderne et en montrant qu'il communie de la culture et du génie latins. D autres\ndiront combien, en dépit des frontières, nous sommes restés fideles a la patrie gauloise,\nD'autres diront notre attachement et notre amour indéfectibles pour son langage, pour s\npensée, pour son art. Nos savants, nos artistes lui ont voué leurs tâches : nos musiciens surto1\nparticipent à sa grandeur. N'est-ce pas la terre wallonne qui a donné a la musique française s*1\nplus admirable, son plus pur génie : César Franck ? César Franck, un Maître digne des J. S. B?1*\ndes Beethoven, des Wagner ; César Franck, l'initiateur de la splendide ecole française du morp\nle u père \" de la pléiade merveilleuse où des Wallons encore brillent aux premiers rangs ?\nLatin par le raffinement, par la subtilité, par la délicatesse des sens, latin par\net la lucidité de l'esprit, le vénérable auteur des u Béatitudes ' personnifia les facultés de*0*-1*6\nrace. Il avait su garder le ravissement panthéiste, l'ardeur à vivre des Wallons. Ds ses\nharmonies, il enclôt la caresse berceuse, le Rêve enveloppant qui plane au largee nos\nhorizons nuancés. La couleur immatérielle qui les revêt, c'est la brume imprécise, fluque et\ntransparente, éparse sur nos paysages. Comme une floraison miraculeuse en la nous\ny retrouvons nos ferveurs. Je ne veux point dans ces notes rapides, dégager la Srhcatl°n\nscientifique des chefs-d'œuvre de César Franck. Ils ont ete la plus haute e a\nBeauté, sous l'apparence musicale, depuis les drames de Wagner. Ils ont roi mes\nneuves, tracé des voies insoupçonnées, en même temps qu'ils déterminaient 1 essorS S!.l r\nlités sommeillantes de la génération. Ils ont marqué vraiment un Renouveau de sensibihte\nmusicale en France.\nChez nous, César Franck trouve des continuateurs directs. Nous citerons svut b°n chQV\n•disciple : Guillaume Lekeu, né à Verviers en 1870, mort a 1 aurore de ses vingt r(| a,^S,f e\npauvre éphèbe nous a laissé des œuvres qui portent le sceau d une nature u qua .a e cri*\nVincent d'lndy. Elles adoptent la \" construction cyclique \"et les formules chères V 1^ux laitre,\nmais traduisent un tempérament jeune, ardent, fougueux, dont les élan risant\nl'étreinte d'une volonté forte, poignent avec une âprete douloureuse. Lek- . A s oute\ncompté parmi les grands musiciens de notre ère : hélas, une activité maladif a a seve\nde sa trop généreuse vie. „ I ,\nIl serait prématuré de formuler un jugement à l'égard des composi. s, 9UC a\npostérité situera à l'équitable place. Signalons du moins, a l'occasion de ca^jon\nbut de resserrer les liens intellectuels, les sympathies qui nous unissent à* 10n ranÇalse> e\nbon combat silencieux qu'ils livrent."}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.82", "texte": "LE MOIS\n75\n\nLa tendance \"franckiste \" est spécialement représentée par Victor Vreuls et Joseph Jongert.\nIls ont donné, l'un avec une enthousiaste vigueur, l'autre dans une note mélancolique et douce,\ndes oeuvres déjà remarquables. Jongenexcelle dans la musique de chambre, dont le caractère\nintime convient à son inspiration gracieuse. Vreuls extériorisa plutôt des impulsions dramatiques,\nrobustement venues et réalisées en fresques orchestrales puissantes. Indépendants\nauteur de Richildeet VEnfance de Roland ; Eraspenseur austère, artiste noble et\nprofond, N. Daneau, L. Dubois.\nPlus jeunes : L. Delune, A. Biarent, P. Marchand, A. Dupuis, l'auteur de Jean Michel,\nLucien Mawet, CharlesHénusse, Urbain Stavelot,trois mélodistes d'une inspiration distinguée,\noriginale et personnelle ; Charles Radoux, H. qui représentent avec\nl'aîné ThéoTsaye, la \"manière debussyste Léon\nCes musiciens ne constituent pas une Ecole chacun s'efforce d'être lui-même. Ils ont\npourtant des ressemblances foncières, des traits communs qui les rapprochent. Ils sont\net collaborent au développement de la Musique française.\nEt c'est bien ici que nous reconnaissons la différence nationale qui sépare, à tout jamais\npeut-être, le Belge du Nord du Belge du Sud.\nLes Flamands ont gardé l'emprise du géant teuton : Richard Wagner. Ils ne se sont pas\ndégagés ils ne pouvaient le tenter de sa formidable étreinte. Les Wallons, certes, ont\nressenti l'ébranlement surhumain dont le vaste génie a dérangé les conceptions musicales du\nmonde, mais ils ne pénétrèrent pas sa philosophie. Wagner n'a modifié que nos moyens\nd'expression, il n'a pas touché notre cœur.\nMême nous avons vu, devant le danger qu'il incarnait, si totalement s'organiser une\ndéfense. Depuis vingt ans, des hommes d'action, des artistes, se sont levés, pour résister à la\nmenace germanique. Nous avons tous, confusément, senti que la sublime Révélation dont\ns'exaltaient nos vœux \" humains \" voulait l'abdication de nos vertus et de nos fois patriarcales.\nNous nous sommes agenouillés, sans doute, nous nous agenouillons, mais en nous-mêmes, et\nnon dans une ombre mortelle. Menée par les Wallons, par les Français convaincus qui s'ap-\npellent Eugène et Théo Ysaye, à leurs concerts annuels et dans leurs sphères d'influences ; par\nOctave Maus à la Libre Esthétique, par Sylvain Dupuis aux Concerts Populaires, cette cam-\npagne entraîna les virtuoses, pour la plupart liégeois, les professeurs, les critiques, et en un mot,\ntous les musiciens qui occupent à Bruxelles et voire dans les cités flamandes, la faveur du\npublic. Il serait injuste de ne pas le reconnaître : c'est au dépens de Yécole flamande que la\nmusique wallonne-française a pris ainsi possession presque exclusivement des théâtres et des\nconcerts. Mais la luttte était nécessaire et nous estimons qu'elle stimulera les énergies de nos\nfrères flamands, qui furent à l'honneur, avec Peter Benoit, qui pourront l'être, avec un\nPaul Gilson !\n\nÉtranger\n\nBUDAPEST. Aux fêtes organisées en l'honneur de Liszt en Hongrie, le comte\nApponyi a prononcé un remarquable discours que publie la Revue de Hongrie et que nous\nsommes heureux de reproduire ici.\n\"Le grand nom de François Liszt soulève une foule de problèmes appartenant tant au\ndomaine de la technique et de l'esthétique musicales qu'à celui de l'histoire de la culture\nartistique en général. C'est ce qui fait que quand on veut parler de lui, on s'expose en quelque\nsorte à se perdre dans les généralités. Je commencerai donc par fixer le point précis où portent"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.83", "texte": "76\nS. I. M.\n\nnos hommages dans cette fête que nous vouons à la mémoire de Liszt. Nous réussirons ainsi, non\nseulement à grouper les témoignages de piété autour du nom d'un des plus grands hommes de\nnotre pays, mais encore à établir le bilan glorieux de ce génie universel, puis a lier, aux yeux du\nmonde, les résultats de cette œuvre géniale à la gloire de la patrie. Je me propose de parler sur-\ntout de l'importance de François Liszt au point de vue de la culture nationale et je ne m oc-\ncuperai du grand musicien que lorsqu'il faudra mettre en lumière mon sujet proprement dit.\nOn a peine à retrouver dans les annales de l'art musical une individualité qui reunisse\naussi complètement que François Liszt le double talent de compositeur et d interprète. En\nglorifiant en lui l'interprète, je ne songe pas uniquement au haut degré de perfection technique\natteint par lui et grâce auquel l'importance du piano s est trouvée tellement augmentée qu on\npeut dire sans exagérer qu'il l'a découvert de nouveau, aussi bien comme instrument indépen-\ndant que comme moyen orchestral. Je pense plutôt a la merveilleuse objectivité qui lui permit\nde pénétrer l'inspiration individuelle et les intentions intimes du compositeur dont il interpré-\ntait l'œuvre. C'est là l'idéal le plus haut de 1 interprétation, idéal auquel peu d artistes attei-\ngnent, les uns défaillant par manque de talent, les autres par vanité ou par le désir de paraître.\nC'est ainsi que trop souvent l'art est sacrifie a la virtuosité de 1 exécution. Les œuvies de second\nrang supportent peut-être encore que l'interprete se place ainsi au premier plan, mais a mesure\nqu l'on s'élève dans les hautes régions de l'art musical, cette anomalie devient de plus en plus\nfâcheuse et finit par révolter les plus endurants. Il semble, en effet, que le virtuose, en con-\ncentrant l'attention sur sa personne, insulte non seulement a la dignité de son art, mais a la\nmorale elle-même, lorsqu'il se sert des compositions sublimes des Sébastien Bach, des Mozart\net des Beethoven pour mettre en valeur sa chétive personnalité. Quand on agit ainsi, on revele\nnon seulement son infériorité comme artiste, mais on trahit en meme temps son impeifection\ncomme homme.\nLe talent éminent de François Liszt lui permit de surmonter de très haut ces petites\nmisères de la carrière du virtuose. Exécutant l'œuvre des autres, il nous parait apparente aux\nplus grands génies, et pénétrer les secrets les plus caches de leurs compositions. Il paraissait\npressentir qu'une fois venu son tour de parler, il s eleverait au niveau des pius grands maîtres,\net que, quand il interpréterait l'œuvre d'autrui, il n aurait nul besoin de dénaturer la voix du\ngénie en y ajoutant de petits artifices de son invention peisonneile. En tant qu homme, il\npossédait une vertu aussi rare qu'admirable : l'absence absolue d envie. Je n ai jamais rencontre\nun homme qui eût trouvé une joie aussi désintéressée non seulement a reconnaître le mérité,\nmais encore à servir l'intérêt d autrui, ou qui se fut incline avec une sinceiite aussi naturelle\ndevant ceux qu'il considérait comme lui étant supérieurs. Ce trait noble et aimable de son\ncaractère contribua largement à perfectionner son talent d interprète. Ceux qui, au concert\nmémorable dirigé par Richard Wagner, ici même, a Budapest, 1 entendirent jouer le concert\npour piano en bémol majeur de Beethoven, mç comprendront sans plus d explications . c est\nen effet Beethoven que nous avons entendu jouer, et non pas François Liszt. Je suis heureux\nde constater que, sous ce rapport également, Liszt a fait ecole et que, la génération\nactuelle, nous retrouvons, chez les plus éminents de nos artistes, lorsqu ils interprètent les\nœuvres des grands génies, cette objectivité dénuee de personnalité qui constitue le plus grand\ntriomphe du musicien et sa gloire la plus pure.\nJe ne puis mentionner que brièvement les créations indépendantes de François Liszt,\nest tout naturel que, sur la multitude de ses compositions musicales qui suffiraient pour remplir\nune bibliothèque, tout ne soit pas d'une valeur égale. Mais cette abondance meme prouve une\npuissance de création extraordinaire.\nD'autre part, si on fait un choix parmi ses meilleures œuvres, on trouve un nombre con-"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.84", "texte": "LE MOIS\n77\n\nsidérable de créations musicales destinées à vivre éternellement et qui le rangent parmi les\ngénies de premier ordre. Je ne crois pas qu'aucun auteur d'oratorios ait jamais donné une pro-\nduction plus charmante que la Légende de Sainte ou plus puissante que\nœuvre prodigieuse où le langage musical exprime toutes les douleurs et toutes les joies du\nChristianisme, son abnégation, ses aspirations, ses épreuves et ses triomphes. La musique sym-\nphonique, si l'on veut prendre ce mot dans son acception la plus large, n'a guère produit une\nœuvre plus pathétique que sa Symphonie de Dante.\nQuant à la musique liturgique moderne, qui tend à concilier l'esprit religieux avec les\nmoyens actuels d'expression, elle n'a rien produit qui surpasse la messe d'Esztergcm et celle du\nCouronnement. Enfin, pour ne pas mentionner toute la série admirable de ses morceaux pour\npiano et de ses lieder : les Rapsodies hongroises ont familiarisé le monde civilisé tout entier avec\nles motifs de nos chants et de nos danses populaires. Le cadre restreint d'un discours m'interdit\nla possibilité d'envisager son œuvre prodigieux au point de vue de l'esthétique ou de l'histoire\nmusicale : ce serait d'ailleurs trop présumer de mes modestes aptitudes. Ce qui doit m'occuper\nsurtout ici, c'est l'intérêt que la question soulevée présente au point de vue strictement national.\nCe grand et excellent homme, ce caractère désintéressé qui ignorait l'envie, qui débordait d'une\nbienveillance chaude et communicative, cet artiste qui fut l'un des plus grands dans le domaine\nde la production musicale, qui, innovateur intrépide, atteignit une perfection idéale dans l'art\nd'interpréter, était Hongrois, et, à ce titre, toute la nation participe à la gloire qu'il s'est acquise.\nEst-ce là tout ? Mon Dieu ! cela vaut bien quelque chose. Cette communauté d'origine con-\nstitue à elle seule un lieu entre lui et nous. Ce sera de plus une raison suffisante pour nous de\nconserver sa mémoire et de nous en enorgueillir.\nCes quelques traits de lumière ne suffisent toutefois pas à donner une idée du rôle rempli\npar François Liszt dans la culture nationale. Ces rayons lumineux ne sont ni froids, ni stériles,\nmais, au contraire, ils réchauffent et fécondent. Ils ont donné et conduit à pleine maturité\nde doux fruits, que nous recueillons déjà à l'heure qu'il est et dont nous ferons une récolte\nencore plus abondante si nous soignons la plante précieuse de l'art toujours avec le même\namour et la même sagesse.\nCe serait une erreur de croire que le génie de François Liszt fut un fruit de la culture\nnationale. A l'époque où il naquit et se développa, une culture qui aurait pu produire de grands\nartistes n'existait pas ici. Ce sont plutôt les grands artistes qui ont créé la nature artistique dans\nle pays. Or, en tout temps et en tout lieu, dans la création d'une culture nationale, pour tardive\nqu'elle soit, on peut distinguer deux courants : l'influence des civilisations plus avancées et le\ndéveloppement des qualités propres à la race. C'est ce qui se produit dans tous les domaines de\nla culture intellectuelle et morale : en politique, en littérature, en musique, en science, bref,\nen toutes choses. Ces deux tendances, chacune selon son caractère exclusif, possèdent leurs\nreprésentants distincts. D'ardents initiateurs s'efforcent avec une égale bonne foi, les uns, à\ntransplanter les résultats du dehors, les autres à développer les germes intérieurs. Que l'on\nsonge aux luttes politiques qui, chez nous, mirent aux prises les \" idéologues \" et les \" particu-\nlaristes, \" ou encore aux querelles littéraires à propos de la réforme de notre langue. La vérité\net le progrès national finissent par mêler ces deux courants. Livrée à ses propres moyens et\ncontrainte de refaire ce que le pénible labeur des autres a déjà réalisé ailleurs, l'évolution\nintérieure n'avancerait qu'à pas de tortue, et l'imitation servile ne ferait que modifier le dehors\nsans rien transformer. Le dernier mot sera toujours à ceux qui s'entendent à réunir et à\naccorder ces deux facteurs du progrès dans une direction commune.\nAvant tout autre et mieux que tout autre, c'est à François Liszt qu'échoit cette haute\nfonction, alors qu'il s'agit de créer l'art musical dans notre pays."}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.85", "texte": "78\nS. I. M.\n\nLoin de moi l'intention de vouloir diminuer le mérite des autres travailleurs qui ont\ncollaboré, avec un résultat tantôt brillant, tantôt modeste, à rompre les barrières que l'indiffé-\nrence opposait à l'essor de la culture musicale, et sans l'effort desquels le progrès n'eût jamais\npu se réaliser. En attachant surtout aux noms illustres de Széchenyi, de Deâk et de Kossuth\nla gloire des grandes transformations politiques du pays, nous n'avons nullement l'intention\nd'abaisser le mérite des autres artisans du progrès. En plaçant Vôrôsmarty, Petôfi et Arany au\nsommet de notre histoire littéraire, nous ne nions pas l'éclat dont sont ontourés d'autres noms.\nCe que nous voulons dire, c'est que le travail acharné de beaucoup d'autres grands hommes,\navec leurs divergences et leur concours, se réunit comme dans un faisceau dans les noms cités,\npour former un ensemble organique qui réponde à toutes les exigences du progrès. C'est à\nFrançois Liszt qu'échut ce rôle de concentration dans le domaine du développement musical\nde la Hongrie.\nDès son enfance, il quitte le pays, car il fallait alors aller à l'étranger pour s'initier aux\nsecrets de l'art musical et pour s'assimiler les productions des grands maîtres. C'est à Vienne\nqu'il reçoit sur le front le baiser du génie musical, incarné dans la personne du grand Beet-\nhoven. C'est Leipzig qui conserve alors les grandes traditions de la science du contrepoint ;\nRome, les secrets professionnels des vieux maîtres italiens ; Paris les finesses du goût en cours\nd'évolution. Et il fréquente tour à tour ces centres de science, d'efforts et de progrès, avec cette\nmerveilleuse diversité d'aptitudes grâce à laquelle il ne fut jamais l'esclave des impressions\nlocales, mais emporta de partout ce qu'il y avait de bon à prendre. Or, la diversité des influences\nsubies est l'un des moyens par lesquels on conserve son originalité propre. Car l'influence\nexclusive d'un milieu unique rend esclave, tandis que celles de plusieurs se contrebalancent et\nlaissent libre carrière à l'individualité. François Liszt, lui, nous a transmis, sous leur forme la\nplus avantageuse, les grandes et indispensables influences de l'Occident. Lorsque, après être\nresté toujours à l'étranger \" notre fidèle parent, \" selon l'expression du Poète, il nous revint,\nnon pas fatigué et épuisé, comme certains le prétendent, mais avec une personnalité artistique\npurifiée et une parfaite conscience de sa propre valeur, il n'apporta pas parmi nous les trésors\ndu monde musical pour les lancer comme un poids énorme sur notre musique nationale afin\nde l'étouffer, ni comme des oripeaux pour en faire parade : mais comme un sain aliment dont\nnous devions nous nourrir et que nous devions nous assimiler ; comme une source où nous\npuiserions afin de pouvoir rester ce que nous avons toujours été. Sa sympathie profonde pour\nnos aspirations nationales, son respect de toute individualité prononcée, sa foi en le génie du\npeuple magyar qu'il sait apte à créer une musique nationale : tout cela en fit l'homme provi-\ndentiel, dont le coup d'œil perçant fut à même de découvrir, dans le développement musical\ndu pays, le point d'appui d'où il fût possible d'établir un équilibre salutaire entre l'influence\nétrangère et le génie de l'art hongrois.\nEn parlant d'équilibre, je n'entends pas par ce terme quelque chose de parfait, de\ndéfinitif. Les courants d'idées intellectuels et artistiques ne présentent rien de semblable.\nAinsi, le pendule est toujours en oscillation et se déplace tantôt à droite, tantôt à gauche, tout\nen étant soumis aux lois du mouvement. Que ce soit en politique, en littérature, en art ou\nen science : les oscillations ne cessent pas un instant de se produire ; elles inclinent tantôt\nvers l'imitation de l'étranger, tantôt vers une originalité plus ou moins réelle. Tout ce qu'on\nest en droit d'attendre, c'est que ces divers mouvements nous rapprochent de l'équilibre\nvoulu ; et la seule chose dont soit capable l'influence des grands génies, c'est d'adapter\nles lois de cet équilibre aux mouvements des forces agissant en toute liberté. En le faisant,\nFrançois Liszt est devenu, pour ainsi dire, le symbole et l'initiateur du mouvement musical\nen Hongrie. N'oublions pas les artistes de grand mérite qui ont pris part à ce labeur, mais"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.86", "texte": "LE MOIS\n79\n\nreconnaissons aussi que l'ensemble des lois de ce développement se trouve harmonieusement\npersonnifié dans la grande individualité artistique du Maître.\nLa fête que nous célébrons est donc, dans le sens le plus strict du terme, celle de la\nculture nationale. Bien qu'en même temps elle intéresse aussi le monde entier, elle ne perd\npour cela rien de son caractère spécialement hongrois. Bien plus, nous sommes en droit de\ndéclarer fièrement aux peuples qui sont nos aînés dans la civilisation que, ce que Liszt nous a\nrapporté venant d'eux, nous en avons largement payé la valeur par ce qu'il a rendu au monde\ncivilisé tout entier. Et quand les disciples de François Liszt, venus de tous les points du globe,\nse réuniront parmi nous, ils apporteront leur dette de reconnaissance, pour les trésors à eux\nlégués, non seulement à la mémoire de François Liszt, mais encore à la patrie de ce grand\nhomme. Et il se trouvera peut-être qu'en établissant le bilan final entre les pays qui ont été\nde tout temps la terre nourricière de l'art musical, entre les grands peuples qui comptent\ndans le monde de la musique, d'un côté, et notre patrie, de l'autre, notre dette se soit convertie\nen un acquit positif. \"\nLes fêtes du Centenaire eurent un épilogue sensationnel. Après les avoir présidées, M. le\ncomte Géza Zichy déposa à l'Académie Hongroise des Sciences un pli cacheté, ne devant être\nouvert qu'après dix ans, par égard aux personnes qui sont vivantes encore. D'après ses dires ce\npli cacheté contient la preuve irrécusable de la provenance réelle du livre, intitulé :\nmiens et de leur musique en Hongrie. Quoi qu'il soit signé par Liszt son véritable auteur est la\nprincesse Sayn-Wittgenstein, ce bas-bleu impénitent à qui l'on doit un ouvrage en 24 volumes\nsur Les raisons intérieures de la faiblesse extérieure Elle a écrit l'ouvrage dont il s'agit\ntant pour égaler la réputation de Mme d'Agoult, —la mère des enfants de Liszt, que pour\nplaire au gouvernement autrichien absolutiste d'alors. Car il avait l'intention d'anéantir la race\nhongroise et ne pouvait qu'applaudir à une tentative d'escamotage du génie hongrois.\nLa révélation de cette substitution que le \" roi des pianistes \" ne pouvait pas avouer sans\nmanquer à ses devoirs élémentaires de galant homme, est d'une importance capitale pour sa\nmémoire. Car il était très pénible pour les Hongrois, que l'auteur des *c Rhapsodies Hon-\ngroises \" ait pu concevoir une théorie aussi absurde que peu patriotique. Aussi s'abstenaient-ils\njusqu'ici de redemander les cendres de Liszt à l'Allemagne, bien qu'elles soient dignes de\nreposer dans le Panthéon hongrois. Maintenant la gêne n'existe plus entre le grand artiste et\nses compatriotes, et il est probable que le gouvernement hongrois entamera sous peu les\nnégociations que comporte la solution de cette question. Les déclarations faites aux membres\nde la famille de Liszt par le ministre de l'lnstruction Publique, le comte Jean Zichy, ne\nlaissant subsister aucun doute sous ce rapport.\nE. DE B.\nEISENACH. Le dernier Festival Bach empruntait à la douce petite ville d'Eisenach,\ntapie dans la forêt de Thuringe et que domine le château de la Wartburg où Wagner a situé\nl'action de Tannliauser,un caractère familial et de grave intimité. Les plus célèbres kapell-\nmeister et musicographes de l'Allemagne s'y étaient donné rendez-vous.\nIl comprenait trois séances. La première eut lieu dans l'église Saint-Georges, où Bach\njoua parfois l'orgue. Concert admirable où l'organiste Camille Schumann, les chanteurs Tilly\nKoenen, Tilly Cahnbley-Hinken, MM. Gustav Havemann, Alfred Gleisberg, sous la direction\ndu professeur Kretzschmar, interprétèrent parfaitement des œuvres de Jean-Sébastien et Jean-\nChristophe Bach et de Johannès Eccard (i553-i6io), un précurseur de Jean-Sébastien. Les\nchoristes, vraiment excellents de cohésion, étaient dirigés par le professeur Julius Meininger.\nLe lendemain, deux concerts au Kurhaus :à 11 heures du matin, concert de musique de"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.87", "texte": "8o\nS. I. M.\n\nchambre ; à 6 heures du soir, grand concert avec orchestre. Je veux tout de suite noter\nles grands violonistes Hélène Bornemann-Ferchland, Gustav Havemann ; MM. Christian\nDobereiner, jouant une viole de gambe ; Max SeifFert, pianiste ; Heintzsch, jouant une viole\nd'amour ; Maximilien Schwedler, flûtiste ; L. Werle, jouant une haute trompette, aux sons\nvraiment surprenants. Je dois vanter aussi l'orchestre du Gewandhaus de Leipzig que dirigea\navec une très précise simplicité le professeur Kretzschmar. Au programme, des œuvres des\nauteurs plus haut cités ; et l'admirable Concerto pour la Nativité, de Corelli.\nL'attrait de ce Festival résidait surtout dans un tournoi qui se poursuit depuis quelques\nannées en Allemagne et qui fait s'y empresser les kapellmeister et les musicographes.\nC'est le tournoi du clavecin et du piano. Une très grande artiste, infiniment sensible,\nexceptionnellement savante et probe : Mme Wanda Landowska affirma, voilà bientôt dix ans,\nque, seul, convenait à l'interprétation exacte des œuvres de musique ancienne le clavecin, cher\naux maîtres d'autrefois ; elle s'offrit à le prouver : et, depuis,\nson apostolat, vraiment unique dans la vie musicale actuelle,\nse poursuit à travers l'Europe ; il suscite en Allemagne une\ncuriosité passionnée. Mme Wanda Landowska a, d'année en\nannée, diminué le nombre de ses auditeurs sceptiques, cepen-\ndant que s'accroissait l'élite de ses admirateurs. Elle a converti\nau clavecin, ceux qui avaient été parmi les plus illustres de ses\ndétracteurs. Aux fêtes d'Eisenach s'empressaient tous les pro-\nfesseurs qui, d'abord hostiles, se sont depuis ralliés à son idéal.\nMme Wanda Landowska venait fournir, dans ce dernier\nfestival, une nouvelle preuve de la préexcellence du clavecin a\njouer les œuvres de Jean-Sébastien Bach. Il faut avouer que\nl'infatigable Amazone (on la surnomme ainsi en Allemagne)\ns'était admirablement armée. La principale objection contre le\nclavecin, c'est, pour la plupart des mélomanes,... le clavecin\nlui-même. Ils s'indisposent de sa sonorité qu'ils estiment\n\" aiguë, \" et ils disent avec mépris : \" cage à mouches. \"\nC'est qu'il y a clavecin et clavecin.\nLe clavecin, tel que l'aima et le joua un Jean-Sébastien\nBach, était d'une sonorité délicate et beaucoup plus nombreuse\nque celle du piano actuel ; on en tirait un parti plus varié. Pour faire triompher la cause du\nclavecin, il fallait réaliser un clavecin digne de la facture allemande. La facture française l'a\nemporté sans discussion possible.\nNous ne saurions trop féliciter notre collègue, dévoué à tout ce qui touche la musicologie,\nM. Gustave Lyon, qui construisit tout exprès un clavecin pourvu d'un registre de 32 pieds,\ninstrument de sonorité ample et profonde.\nHEIDELBERG. Le festival de 1' Union qui généralement\na lieu au mois de mai était retardé cette année jusqu'au 22 octobre pour fêter le centenaire de\nFranz Liszt, le fondateur de la société il y a 50 ans. Ce fut le 7 août 1861 que 1 Union vit\nle jour à Weimar et c'est une double solemnité qui se célèbre en ce moment à Heidelberg.\nChristus, 1856-66, ouvrait le festival ; le grand oratorio qui nous montre Liszt à l'apogée\nde son génie. L'orchestre sous maître Wolfrum(Heidelberg) accompagne avec discrétion et\nsouplesse. Mme Noordewier-Redingius parfaite de style chante en grande artiste ainsi que MUe Ilona\nDurigo(Budapest), excellent mezzo au timbre un peu sombre et plein de charme ; MIS\n\nWanda Landowska\npar Bils"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.88", "texte": "LE MOIS\n81\n\n(Berlin), TVeil (Stuttgart) et Schueller (Francfort) complètent un ensemble digne de l'œuvre.\nAu banquet dans la \" Stadthalle \" son Excellence M. de Fagemann prononça une allocution\nen honneur de Liszt qu'il fêta comme précurseur de la musique moderne, M. Wolfrum\nremercia les artistes, venus pour rehausser l'éclat du centenaire. Il nomma surtout le maître\nCamille Saint-Saëns qui malgré ses 76 ans n'avait pas hésité à mettre son concours au service\ndu grand maître et ami. Pour honorer l'Union générale allemande de musique, /'université\nde Heidelberg nomma président de la société M. Max Schillings, u docteur en philologie\nhonoris causa \". Le grand événement des matinées de musique de chambre était l'appa-\nrition de Saint-Saëns sur l'estrade. Le comité de l'Union générale d'un commun accord,\nnomma Saint-Saëns à la fin du concert, membre honoraire de la société, ce que mit le\ncomble au délire de l'auditoire. Edouard Risler (Paris), qui interpréta la grande sonate de Liszt,\nsut captiver la salle par la noblesse de son jeu et son grand style musical. Moins heureux fut\nArthur Friedheim (New York) dans les deux numéros de Saint François d'Assise ;Mr et Mme\nRovart-Hodapp jouèrent le \" concert pathétique pour deux pianos \" d'une manière impeccable.\nParmi les artistes du chant c'est Mme Charles Cahier (Vienne) qui remporta la palme. Mme\nDebogis (Genève) et Mlle Johanna Dietz (Francfort) avaient un rôle difficile auprès de cette\nartiste ; leur succès fut d'autant plus méritoire.\nLa direction du deuxième concert à grand orchestre échut à Richard Strauss ; il se révéla\nde nouveau comme maître de premier ordre, au geste bref et intense. Sur le programme : \" Ce\nqu'on entend sur la montagne\" ; \" deux épisodes du Faust\" de Lenau ; \" Tasso, \" \" La\nmento e Trionfo. \" Ferrucio Buscni, un des grands élèves de Liszt, empoigna son auditoire\ndans le \" grand concert symphonique \" et la partie piano de \" la danse des morts \". Rarement\nnous avons eu l'occasion d'entendre un jeu, d'une grandeur aussi austère, un toucher si plein\nde force.\nUne pièce de beaucoup d'effet et de grande beauté est \" l'Hymne de l'enfant à son\nréveil \" pour chœur de femmes, harpe, piano et orgue ; elle produisit une profonde impres-\nsion. M. TVolfrum, les chœurs de la société Bach et de la Chorale Académique peuvent\nêtre fiers de leur grand succès. Comme bilan victoire complète sur toute la ligne. La\nfamille granducale assistait à presque toute la fête et donnait le signal des applaudissements.\nLe soir d'adieu grand feu d'artifice sur la rivière et embrasement du vieux château\ncoup d'œil inoubliable.\n\nMax Rikoff."}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.89", "texte": "ESSAI SUR L'ESTHÉTIQUE DE L'ORGUE\n\nL'ORGANISTE LITURGIQUE\nAprès avoir esquissé, dans une précédente étude, les divers types de l'organiste moderne,\nje vais essayer aujourd'hui de déterminer le style qui convient exclusivement à l'orgue, instru-\nment d'église.\nLe répertoire de l'organiste est fait de pièces innombrables : les pieux chorals, les préludes\net les fugues à l'allure majestueuse des maîtres des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles voisinent\navec les transcriptions d'œuvres théâtrales et symphoniques. A côté des sonates modernes écrites\nspécialement pour le service divin, nous trouvons des pièces de pure virtuosité : scherzos, fugues\nrapides, morceaux de concert, etc.\nL'organiste idéal, l'artiste religieux qui considère sa fonction comme un sacerdoce et dont\nla musique \"aide au recueillement et à la prière \" doit faire une sélection parmi ces nombreuses\npièces et rejeter tout ce qui est musique profane.\nMais, comme je l'ai déjà dit, le véritable artiste est rare. La plupart des organistes sont\npersuadés que tout ce qui a été écrit ou transcrit pour l'orgue peut se jouer à l'église. Ils oublient\nque l'orgue est avant tout et surtout un instrument religieux et que la musique sacrée doit\nnous donner des émotions pieuses, atteindre notre âme, au lieu de nous procurer des sensations\npaïennes.\nL'Eglise a proscrit de ses temples les autres instruments : \" Organo tantum in Ecclesia\nlocus sit \" proclame définitivement un des conciles de Milan de 1565.\nTrois siècles auparavant, un disciple de Saint Bernard, Saint Elrède, abbé de Rhieval,\navait défini la fonction de l'orgue d'une manière parfaite : \" Vocis exprimens suavitatem \"\n« du chant d'Eglise, l'orgue doit en être le complément, c'est vers ce but qu'il doit diriger\nses perfectionnements afin d'exprimer plutôt la louange vocale que les vains bruits de la nature\n• 112» 1\ninanimée.\nPuisque l'orgue est sacré par le prêtre instrument liturgique, il faut mettre en harmonie\navec le service divin le style de sa musique.\nRejetons donc comme musique profane, et par suite déplacées à l'église, ces pièces de\nconcert destinées uniquement à faire valoir le mécanisme des virtuoses. A l'église surtout, il\nfaut que l'exécutant s'efface devant l'auteur, il devrait même se faire complètement oublier.\nSignalons aussi au mépris des vrais artistes ces \" joueurs de musique dont les doigts peuvent\nremuer aussi vite que des pattes d'araignée \" qui, par leur interprétation stupide, contraire aux\ntraditions classiques, transforment les fugues du pieux Bach en études de concert.\nEcoutez ce que dit Widor de l'interprétation du maître d'Eisenach : \"On accélère\n\" inconsciemment le mouvement de certains auteurs dont on rejoue fréquemment les mêmes\n\" pièces : ici, tout au contraire, il faut éviter, avant tout d'évoquer l'idée de la vitesse, car\n\" chaque note demande à être distinctement entendue : dans cette admirable polyphonie,\n\" jamais rien d'inutile. Cavaillé-Coll rappelait toujours avec le même étonnement la lenteur\n« }a fugue en ré majeur sous les doigts du vieux Hesse, de Breslau, en l'église Ste Clotilde\n\n1 J. Régnier, l'Orgue. Lib. Vagner, Nancy 1850."}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.90", "texte": "L'ORGANISTE LITURGIQUE\n83\n\n\" (à Paris) dont l'orgue venait d'être achevé. Chaque fois qu'on redit une pièce de Bach, il semble\n\" qu'on y découvre quelque détail nouveau. On cherche à mieux rendre les intentions de\n\" l'auteur et par conséquent à aller moins vite afin de s'écouter mieux. \" (Ch. M. Widor.\nPréface de J. S. Bach, le Musicien-Poète \" par A. Schweitzer.)\nCette pure tradition que le maître Widor défend avec tant d'érudition et de science est\nvainement combattue aujourd'hui par quelques virtuoses aussi prétentieux qu'ignorants : \" Nos\ninstruments ont acquis de grands perfectionnements, disent-ils, l'invention de Barker a rendu le\ntoucher de l'orgue aussi facile que celui du piano : si Bach revenait à la vie, nul doute qu'il ne\njouât ses fugues beaucoup plus vite. \"\nCes \" pseudo-artistes \" prouvent par là leur ignorance absolue de l'histoire de l'orgue et\ndes principes les plus élémentaires de l'acoustique.\nEn effet, \" l'organo pleno de Bach était composé de fonds et de mutations à l'exclusion\nde tout jeu d'anches au clavier des mains. \" A cette époque, on n'accouplait jamais les claviers\npour jouer la fugue (et très rarement pour le choral), car la mécanique d'accouplement était\nlourde et difficile à manier.\nMais chacun des claviers pris à part, grâce à un mécanisme extrêmement précis et à de\nnombreuses mutations, parlait avec une rapidité comparable à celle des clavecins. (Il est d'ail-\nleurs commode de se rendre compte de la facilité d'émission des orgues du XVIIIe siècle en\njouant le petit orgue du Dauphin, actuellement à la chapelle des Etudiants à l'Eglise St-Sulpice\nà Paris, instrument qui fut construit en 1745 par Nicolas Sommer). 1\nAu contraire, nos modernes instruments surchargés de gambes et de jeux d'anches de\ngrosse dimension ont une sonorité lourde et pâteuse.\nAinsi donc, si Bach ressuscitait, il jouerait ses fugues.... plus lentement encore qu'en\nl'an 1725.\nEnfin, que ceux qui n'ont jamais eu la curiosité d'ouvrir un traité de Physique méditent\nau moins très attentivement ces conseils de Forkel :\n\" Le son plein de l'orgue est de sa nature peu propre à des traits rapides ; il exige un\n\" certain temps pour se développer et s'éteindre dans le large et libre vaisseau d'une église.\n\" Que ce temps soit insuffisant, et les sons se confondront de telle manière que l'effet en sera\n\" confus et inintelligible. Les traits doivent donc être appropriés au lieu et à l'instrument,\n\" c'est-à-dire qu'ils auront une solennelle lenteur. \" (Forkel. Vie de Bach, Trad. F. Grenier.)\nSi nous examinons maintenant les transcriptions d'œuvres théâtrales et symphoniques, il\nnous faudra les condamner avec plus d'énergie encore.\nInconvenantes, parce que dans un lieu réservé à la prière, elle évoquent des tableaux trop\nsouvent voluptueux, elles sont de plus anti-artistiques et tout à fait contraires au style de\nl'orgue : \" S'il y a quelque chose d'antipathique au style lié, dit Régnier, c'est ce genre de\n\" musique où la mélodie rapide, folâtre et séduisante attire invariablement l'attention sur une\n\" seule partie de l'orchestre qui chante toujours aux dépens de ses sœurs, au mépris du style de\n\" l'orgue. \"\nPour Widor, ces transcriptions \" dénaturent le caractère essentiel de l'instrument et en\nfont un faux orchestre ou un orgue de Barbarie. \"\nLaissons donc au salon les œuvres de ces lourds et maladroits transcripteurs qui \" oublieux\n\n1 Autre exemple : M. Vierne m'a dit avoir joué dernièrement à Trêves un orgue de 38 jeux possédant\n3 claviers et contenant seulement deux jeux d'anches (une trompette au positif et un petit jeu d'anches libres au\nRécit). Cet orgue construit en 1735 était resté dans un remarquable état de conservation et sa mécanique,\nvéritable chef-d'œuvre de précision, aurait permis des mouvements vertigineux."}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.91", "texte": "84\nS. I. M.\n\n\" des traditions du passé abandonnent le pays ensoleillé du contrepoint pour se cantonner dans\n\" le cercle étroit des accords plaqués et des harmonies suivant la formule. \" (Widor)\nEn résumé, le style de l'orgue doit remplir trois conditions :\nl°) Etre de caractère strictement religieux, (c'est cette qualité qui doit déterminer le\nsentiment et la forme des morceaux ainsi que leur régistration) ;\n2°) Etre d'écriture contrapuntique ;\n30) Posséder la qualité technique qu'on appelle \"le style lié. \"\nEssayons maintenant d'appliquer ces principes aux divers moments de l'Office catholique.\nPuisque nous avons éliminé comme musique profane les pièces de virtuosité et les trans-\ncriptions d'oeuvres théâtrales, il nous reste à examiner : les pièces anciennes (chorals, préludes\net fugues) et les sonates modernes.\nL'organiste catholique exécute généralement à la messe deux pièces importantes, l'une au\nmoment de l'Offertoire, l'autre à la Sortie.\nL'offertoire est pour l'organiste le morceau capital : \" Avant et après l'Office, l'orgue\nn'est pas écouté, il ne supplée personne ; il chante dans le désert. \" L'Offertoire est une\nprière, puisque le prêtre se tournant vers les fidèles dit : \" Oremus \" et commence aussitôt le\nSaint-Sacrifice. Il faut donc que l'organiste suive, pour ainsi dire, les paroles de l'officiant et les\ncomplète en quelque sorte.\nIl serait téméraire, je crois, de vouloir assigner une forme invariable, définitive à ce mor-\nceau qui varie de caractère et de sentiment suivant les différentes cérémonies.\nToutefois le choral, parce qu'il est naturellement religieux et qu'il aide à la prière, me\nparaît tout désigné pour ce moment de la messe. Si l'offertoire doit avoir quelque durée, on\npourra avec succès exécuter un choral avec variations : on tempérera ainsi l'austérité du mor-\nceau par des changements de timbre qui feront valoir les ressources de l'instrument.\nLes Préludes de Bach et des Maîtres anciens, étant généralement de proportions majes-\ntueuses et demandant une régistration plus sonore, conviendront tout à fait pour les jours de\ngrande fête.\nQuand à la fugue, religieuse seulement par convention, il semble qu'elle doive s'adapter\nremarquablement à la Sortie.\nAprès 1' \" lté missa est, \" la cérémonie est \" liturgiquement \" terminée. Aussi l'organiste\npourra-t-il faire montre de sa virtuosité tout en initiant les fidèles au vrai style de l'orgue.\nBien que dans l'idée de leurs auteurs, elles aient été composées pour l'église, les sonates\nmodernes sont en général assez difficilement applicables au service divin, à cause de leur\nétendue. On est contraint, la plupart du temps, de les fragmenter. L'Adagio ou l'Allegretto\npourront alors convenir à l'Offertoire, tandis que l'Allégro ou la Toccata, par leur vivacité, par\nle brillant de leur régistration \" sonneront \" admirablement à la sortie.\n\nEugène Lesierre,\nOrganiste de St-fean-St-François."}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.92", "texte": "ADOLPH FURSTNER\n18, Rue Vignon, PARIS, 18 0\n;Oi^X>\nRICHARD STRAUSS :\nVaise du \" Chevalier à la Rose \"\n\nEdition pour grand Orchestre (avec piano conducteur) Net\nEdition pour Orchestre de Salon (piano, violon obligé, violons ier/2% violoncelle,\ncontrebasse, harmonium, flûte, clarinette, pistons itr/2% batterie (ad lib.) . . . Net\nEdition pour Orchestre américain (piano, violon, violoncelle, flûte, clarinette,\npiston) Net\nNet\nPiano 2 mains 3.00\nPiano 2 mains (édition facilitée) . 2.50\nPiano 4 mains 3.75\nPiano et Violon\nPiano et Flûte\nViolon seul 1.50\nConducteur et parties séparées pour tous les instruments :\nConducteur : 2 fr. net. Harmonium : 1 fr. 50 net. Doublures : 0 fr. 50 net.\n\nÏ\n'\n.\n■ -«lï.\n• ■■ - ■ : ! v : ■?:■ .\njJl' \"\nsa\nm\n■jjllr: «s • S il\n.\nf' 4 .\n«»■»«•. ■ ',,;\n- ■ '\n®'l-\n■_\n1\n*« --a\n0&r'i^\n-\nSSB\n::;- : : '\nt.:. : ' \" . ' '-•/. . \"' \"--i-,'\"■■ ■..■■-.•••.■'•■.' ■■' \"\nWBMê^\n|é||P\n%\n\"\nMflnigbpi\nJim\ngiillllL.\n■ , \". ■ ■ . • ■ . ■• :■\n\"\"\"\n■ ■ •. ■\n, ai :>._ -^l§S\n' ' ■ ,:: . . ■\nffISÈMÈ\nli|gP\n■•■■■ w\n■■\n■■■\n\nRICHARD\nSTRAUSS\nEN\n1888\nc*> c«> c*>"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.93", "texte": "_ RICHARD\nROMANCES ET CHANTS\nTraductions françaises de LOUIS SCHNEIDER\nSTRAUSS =\nPOUR UNE SEULE VOIX ET PIANO\n(Op. 22. \" Florilège traduit par Jean Marnold.)\n\nOp. 22. Florilège (Mâdchenblumen). Poésies de Félix\nDahn.\nNo. i. Bleuets (Kornblumen) : \" Les bleuets ce sont ces\nvisages de rêve\na) Edition pour Ténor ou Soprano (ré bémol maj.) . .1.25\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (la maj.) . 1.25\nNo. 2. Coquelicots (Mohnblumen) : \" Les coquelicots sont\ncelles \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (sol maj.) . . . .1.25\nb) Edition pour Mezzo-Soprano ou Baryton (ré maj.) . 1.25\nNo. 3. Lierre (Epheu) : \"Mais le lierre est le symbole\nde celles \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (mi bémol maj.) . .1.50\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (ut maj.). . 1.50\nNo. 4. Nénuphar (Wasserrose) : \" Fleur mystérieuse de\nrêve et de légende \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (fa dièse min.) . .1.50\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (ut dièse\nmin.) I-5°\nLe recueil complet.\na) Edition pour Ténor ou Soprano 4-°°\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton .... 4.00\nOp. 31. Trois romances. Poésies de Cari Busse.\nNo. 1. L'Eté bleu (Blauer Sommer): \"Un été bleu, lourd\nde chaleur \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (si maj.) .... 1.50\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (la bémol\nmaj.) M°\nNo. 2. Si tu m aimais (Wenn...).\na) Edition pour Ténor (mi bémol maj.) 2.00\nb) Edition pour Soprano (ré bémol maj.) . . . . • 2.00\nc) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (si maj.) . 2.00\nNo. 3.Jasmin blanc (Weiber Jasmin): \"Fleur candide,\nfleur amoureuse\".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (ut dièse min.) . . 2.00\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (si bémol\nmin.) 2.00\nOp. 31. No. 4. Sur le chemin silencieux (Stiiier\nGang) :\n\" Le soir est gris \" (Sol. min.) i-5°\n(Poésie de Richard Dehmel.)\nLa même avee accompagnement d'alto ou violon. . . 2.00\nOp. 46. Cinq poésies sur des poésies de Friedrich\nRiïckert\nNo. 1. \" Fuyant le pluvieux hiver\". \" Ein Obdach gegen\nSturm und Regen \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (si bémol maj.) . . 2.00\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (sol maj.) . 2.00\nNo. 2. \"Hier, Atlas, le Grand...\". \" Gestern war ich\nAtlas \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (la maj.) . . . . 2.00\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (la maj.) . 2.00\nNo. 3. Les sept cachets (Die sieben Siegel): \"Je ne puis\npas t'enfermer\".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (sol maj.). . . . 2.00\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (mi maj.) . 2.00\nNo. 4. Aurore matinale (Morgenrot): \"L'aube rougit, la\nbrise est douce \".\na) Edition pour Ténor (ut maj.) 3-°°\nb) Edition pour Soprano (si bémol maj.) 3.00\nc) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (la bémol\nmaj.) 3\n\nNo. 5. 66 Tes yeux sont un miroir \". \" Ich sehe wie in\neinem Spiegel\".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (la maj.) . . . .2.50\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (fa maj.) . 2.50\nOp. 47. Cinq Romances. Poésies de Ludwig Uhland.\nNo. 1. A un enfant (Auf ein-Kind) : \" De la souffrance\nqui étreint mon âme \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (ut maj.) .... 1.50\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (la bémol\nmaj.) _ 1-5°\nNo. 2. Le poète se promène le soir (Des Dichters Abend-\ngang) : \" Si tu t'en vas quand vient le soir\".\na) Edition pour Ténor (mi bémol maj.) 3-°°\nb) Edition pour Soprano (ré bémol maj.) 3.00\nc) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (si bémol\nmaj.) 3-°°\nNo. 3. Ressowvenirs : \" Quand de mes larmes\nj'arrosais sa tombe \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (si bémol min.) . . 2.50\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (sol min.) . 2.50\nOp. 47. Cinq Romances. Poésies de Ludwig Uhland.\nNo. 4. Mon hôte (Einkehr) : \"J'ai reçu l'hospitalité\".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (la maj.) .... 2.50\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (fa maj.) . 2.50\nNo. 5. Les sept buveurs (Von den sieben Zechbrudern) :\nje connais bien sept joyeux frères \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (mi min.) .... 4.00\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (ut min.) . 4.00\nOp. 48. Cinq Romances sur des poésies d'Otto Julius\nBierbaum et Karl Henckell.\nNo. 1. Douce Vision (Freundliche Vision) : \"Ce n'est\npoint un rêve que j'ai fait\".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (ré maj.) .... 2.00\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (ut maj.) . 2.00\nNo. 2. Je plane (Ich schwebe) : \"Je plane sur des ailes\nd'ange \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (la maj.) .... 2.00\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (fa maj.) . 2.00\nNo. 3. Chante ! (Kling!): \"Mon cœur chante un joyeux\nrefrain \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (ut maj.) .... 2.00\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (sol maj.) . 2.00\nNo. 4. A l'hiver (Winterweihe) : \"Par cet hiver morose\".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (mi bémol maj.) . . 2.00\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (ré bémol\nmaj.) 2.00\nNo. 5. Amour d'hiver (Winterliebe) : \" L'amour qui me\nbrûle \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (mi maj.) .... 2.00\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (si maj.). . 2.00\nOp. 49. Huit Romances sur des poésies de Richard\nDehmel, K. Henckell, Curt Mundel, Oscar Panizza\nPaul Remer et des fragments de \" l'Enfant et le Cor\nmerveilleux \"•\nNo 1. forêt solitaire (Waldseligkeit) : \"Le bois om-\nbreux murmure\".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (sol bémol maj.) . . 2.00\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (mi bémol\nmaj.) 2.00\nNo. 2. Vision dorée (In goldener Fiille): \" Le ciel est de\npourpre et de flamme \".\na) Edition pour Ténor ou Soprano (la bémol maj.) . . 2.50\nb) Edition pour Mezzo-soprano ou Baryton (mi maj.) . 2.50\n\nPropriété de 1 éditeur pour tous pays.\nBERLIN =W. ADOLPH FURSTNER. PARIS, (IXe).\nTous droits d'exécution, de représentation, de reproduction, de traduction et d'arrangements réservés\nCopyright including right of performance 1909 by Adolph Fiirstner."}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.94", "texte": "Les lieder de Richard Strauss\nM. D.\nDemandez à un Parisien peu au fait des choses de la musique, si l'Allemagne n'a pas\nproduit, par aventure, quelque grand maître depuis Wagner, il finira, après mûre réflexion, par\némettre le nom de Richard Strauss, se référant à cette Salomé, dont les débuts à Paris, il y\na quelque cinq ans, scandalisèrent des oreilles que l'on eut cru moins pudibondes. L'habitué\ndes grands Concerts verra en Strauss l'admirable symphoniste, l'auteur de Mort et Trans-\nfiguration, ou de Till Eulenspiegel. D'autres, tout à fait érudits, sauront que Strauss est né\nle 11 juin 1864, qu'il est aujourd'hui un des chefs incontestés de l'école allemande, et que\nce titre lui a valu l'an passé les honneurs d'une Grande Semaine à Munich.\nCe que l'on sait moins, c'est que Richard Strauss est aussi l'auteur de Lieder charmants\nou terribles, qui à eux seuls suffiraient à le classer parmi les héritiers directs de Schubert et de\nSchumann. Comme eux bien germanique, il chantera la montagne et la forêt, le berceau de\njasmin où les jeunes gens se donnent rendez-vous, et le vieux pommier tout gris, hôte bien-\nfaisant qui offre au poëte abri et souper. Mais, à tout prendre, il regarde la nature d'un œil\nmoins attendri que les grands romantiques, et s'il l'invoque, c'est moins pour lui demander le\nrepos ou la résignation que la force. Je ne vois guère que deux de ses Lieder deux chefs-\nd'œuvre, du reste qui s'approchent tout à fait exactement de l'idéal Schumannien : ce sont :\nle Vallon et la Forêt solitaire. Ailleurs M. Strauss se montre bien plus combatif que désespéré. Il\naura au plus haut degré et ceci est bien allemand encore le sens d'un certain comique naïf\net un peu douloureux. Voyez le \" Chant du Casseur de Pierres \", \" les Sept Buveurs \", et surtout\n\"O Tristesse\", étonnante complainte où la mélodie grimace, hoquète en sauts de neuvièmes,\net vient s'éteindre dans le sanglot final de l'amoureux éconduit. L'homme qui souffre dans son\norgueil ou dans sa passion., l'homme qui s'insurge contre sa destinée, voilà le héros des Lieder\nde R. Strauss. A tout instant une force impétueuse fait craquer le cadre de la simple chanson,\net, dans une clameur d'irrésistible angoisse, l'emporte vers les hauteurs du lyrisme le plus\nvéhément : le simple lied est devenu une ode, quelquefois aussi un drame, ou bien une tragédie.\nChez Strauss, la passion de la vie l'emporte sur les terreurs de la mort : il ne sera jamais\nle chantre des mystiques ni des désenchantés ; la dame de ses rêves est bien en chair ; nous\npourrions trouver chez lui maints exemples de passion exaspérée jusqu'à la frénésie. Bien\nsouvent même, sa musique dépassera la portée sentimentale de son texte ; et il terminera, par\nexemple la description d'un Eté bleu, lourd de chaleur, par une période digne de clore la plus\nfastueuse des épopées.\nSa phrase est sonore, amplement colorée, et procède par degrés largement disjoints. Je\nvoudrais pouvoir donner ici le tracé schématique d'un de ces lieder et l'opposer à quelque\npage de Debussy ou de Ravel : on y verrait que la furie française semble être passée du côté\ndu Teuton. Un de nos confrères allemands, le Dr Léopold Schmidt, voulant caractériser la\nmusique de Strauss, disait d'elle : Sie macht sich bemerkbar, laut und gestikulierend. Le mot\npourra faire sourire ici, mais ne manque pas de finesse. Musique gesticulante, oui, tel est bien\nle propre de cette extraordinaire déclamation, qui monte, qui descend, parcourant en quelques\nnotes les tessitures les plus invraisemblables, outrepassant les limites des voix humaines et\nrequérant le chanteur le plus robuste comme le plus exercé.\nLa France n'aurait pas d'excuse si les Lieder de Strauss ne prenaient pas la place qui\nleur revient dans nos programmes. Nous en avons maintenant une excellente traduction, due\nà M. Schneider et à M. Marnold. Il faut que l'on nous chante ici le magnifique \" Atlas le\nGrand \", le délicieux Florilège, l'amusant Serment de Célibataire. Je m'arrête : nommer tous\nceux que je voudrais entendre, ce serait les énumérer au complet, et l'on m'accuserait de faire\nconcurrence au catalogue de M. Adolph Fiirstner."}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.95", "texte": "86\nS. I. M.\n\nDOUCE VISION\n(Freuiidliche Vision)"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.96", "texte": "LES LIEDER DE RICHARD STRAUSS\n87"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.97", "texte": "Çà et Là\nAu moment où les Kreisler et autres grands virtuoses de l'archet reviennent à nous, il\nest probable que nous allons revoir, parmi les louanges exaltées, le cliché inévitable :\n\" M. X. possède un Stradivarius ou un Guarnerius acheté au poids de 1'0r... \"\nNous avons demandé à notre collègue et collaborateur Lucien Greilsamer son opinion sur\nce jugement si souvent porté et si rarement vérifié.\n\"C'est très simple nous écrit-il. Un violon pèse en moyenne 650 grammes. Le gramme\nd'or vierge vaut approximativement 3 francs, soit au poids de l'or fr. 1.950 ; pas davantage.\nLe violon de Kubelik par exemple, ayant coûté 150.000 fr. a donc été vendu 77 fois plus\ncher qu'au poids de l'or. Cela porte le gramme du bois à fr. 231 environ.\nA titre de comparaison j'ajouterai qu'un archet de Tourte (ce nom désigne l'auteur et\nnon l'acheteur), pesant environ 60 grammes se vend jusqu'à fr. 1.800, ce qui met la valeur du\ngramme à 30 fr. soit dix fois plus que l'or.\nC'est relativement bon marché, quand on pense qu'un tableau ancien, d'un mètre carré\nenviron, se vend jusqu'à 750.000 fr. et quand il est faux, encore davantage. Or, ce mètre de\ntoile peut bien peser 250 grammes, ce qui porte le gramme de toile à fr. 3000, c. à. d.\n1000 fois plus cher que l'or.\nLa morale : c'est qu'il n'y en a pas. \"\n* *\nUn de nos lecteurs M. Joseph Depoin, archéologue érudit, a découvert un texte amusant\ndans le ms fr. 1850 fol 74 de la Bibliothèque nationale. C'est une description d'une peinture\ndont Charlemagne aurait fait orner son Palais d'Aix-la-Chapelle :\n\" Comment Charlemaines fît peindre les sept ars en son palais\nMusique fut peinte en la salle le Roi. Qui apprent bien et droit a chanter. Et par cele\nart sont les hautes iglises anorcés, et li haut servise fet, dont ele sont essanciées et plus chier\ntenues quant li clerc chantent par cet art, et organent ès hautes iglises de la Chrestienté.\nEt cil qui ne chante par cet art, il chante a la maniéré des asnes car il ne set la maniéré des\nvoix. Et sachiéz que ce n'est mie chanz s'on ne l'escrit par 1111. ruiles. Et par cet art chanta\nDavid le saumes ès estrumenz. Et li estrument furent fet par cele art. Et sachiez que ele fut\npremier seue par la voiz et par le chant des anges. \"\nTelle était l'idée qu'on se faisait de l'art musical dans les sphères distingués du IXe siècle.\n*\n* *\nLes Marches de Sud-Ouest posent la question suivante :\nu Qui introduisit le violon dans les cérémonies du culte et à quelle époque ? Abbé R...y à Pau.\nR. C'est chez Montaigne que nous trouvons le témoignage de l'emploi des violons\ndans les cérémonies du culte. En octobre 1580, de passage à Vérone, le philosophe écrit dans\nson journal, (édition Hachette) :\n\" Il y avait des orgues et des violons qui accompagnaient les chanteurs à la messe, \""}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.98", "texte": "VARIÉTÉS\n89\n\nC'est donc de 1575 environ qu'il faut dater cette révolution dans l'art liturgique. Son\nauteur est le compositeur Agazzari. \"\nNe pourrait-on remarquer que Agostino Agazzari naquit à Sienne le 2 décembre 1578, ce\nqui lui permet difficilement d'avoir fait concerter les violons de Vérone en 1580. La question\nn'en reste pas moins de celles qui devraient faire l'objet d'une sérieuse enquête. Il n'en est pas\nqui aient inspiré, plus que celle là, l'invention des musicologues fantaisistes. Les\nSud Ouest nous en donnent une nouvelle preuve.\n*\n* *\nNotre correspondant de Venise, le Professeur Tempesta, est venu à Paris pour mener une\ncampagne contre toute traduction des œuvres lyriques. M. Tempesta ne voudrait pas qu'un\nopéra fut chanté en une autre langue que celle dans laquelle il a été écrit. Il a de bonnes\nraisons pour soutenir cette opinion judicieuse. Les directeurs de théâtre en ont d'absolument\nopposées et de très valables aussi pour soutenir la thèse contraire.\n*\n* *\nSait-on que Liszt avait> tout comme Schumann, composé en 1848, un chant socialiste\nprolétaires. C est une composition pour solo de basse et chœur d'hommes, dont le\nMusée Liszt de Weimar conserve l'autographe et que la maison Breitkopf est en train de\ngraver. Le Vorwaer ts sera donc cette fois plus heureux, qu'il ne l'a été avec le chœur de\nSchumann détenu par notre regretté Charles Malherbe.\n*\n% *\nAu Cercle d Etudes Sociales professionnelles, notre collègue M. Daubresse entreprend une\nsérie de causeries sur la condition sociale du musicien en France. Ces causeries auront lieu les\nIs> 22 et 29 novembre, les 6 et 13 décembre a 2 h. 1/2. 17 rue de Chateaubriand.\n*\n* *\nVoici le programme des conférences du musique a Y Ecole des Hautes Etudes Sociales pour\ncette saison 1911-1912 :\nLes mercredis à 4 h. 1/4.\nLeçon d'ouverture . 8 novembre, MM. Louis Laloy.\nLes formes de la musique vocale au XVIe siecle. novembre, Henry Expert,\nLes formes de la musique instrumentale au\nXVIIe siecle. . 22 novembre, Louis Laloy.\nLes formes de la musique instrumentale au\nir XVIII siecle 29 novembre, L. de la Laurencie.\nL évolution de l'harmonie 6 décembre, Jean Marnold.\nLa prosodie musicale et la déclamation lyrique . fl3 décembre, ) Calvocoressi\n(20 décembre, j\n(10 janvier, i\n.7 janvier, André Pirro.\n24 janvier, )"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.99", "texte": "9°\nS. I. M.\n\nLes Concerts auront lieu les jeudis à g heures pendant les mois de janvier, février\net mars.\n%\n* *\nLa Société Bach reprend ses belles séances, et se propose de nous faire entendre cet hiver\nune série d'œuvres nouvelles pour notre public parisien. En voici le programme :\nVendredi 17 Novembre.\n1. Trois airs caractéristiques. u Le Glas Funèbre\n2. Concerto pour deux violons en ut mineur.\n3. Deux airs et deux lieder. \" L'effroi de l'âme devant Dieu \".\n4. 4e Concerto brandebourgeois.\n5. Trois airs joyeux.\nVendredi 22 Décembre Grand Concert de Noël.\n1. Cantate de l'Avent.\n2. Grand Motet pour chœur à 5 voix. \" Jesu, meine Freude\n3. Cantate pour le 3e jour de Noël.\n4. Cantate pour le lerIer dimanche après l'Epiphanie.\n5. Chœur \" aile breve \" de la Cantate du dimanche après Noëî.\nVendredi 16 Février.\n1. Cantate de chasse.\n2. ler Concerto brandebourgeois.\n3. Cantate \" Wachet auf \".\nVendredi 22 Mars: La Passion selon Saint Mathieu (en une seule Soirée.)\n% *\nLa Société Haendel donnera en décembre son premier concert et annonce pour février\nprochain une reprise du Messie, intégralement exécuté sous la direction de M. Raugel. Le\n22 novembre elle prêtera son concours à la fête de Ste. Cécile, célébrée à St. Eustache et\nconsacrée entièrement aux œuvres de Liszt. A l'orgue M. Bonnet.\n* *\nSous le titre général de \" La Musique de \" il va être donné à la Salle Beet-\nhoven, 167, rue Montmartre, une première série de six concerts plus spécialement consacrés\naux œuvres classiques, ces séances auront lieu les jeudis 9, 16, 23, 30 novembre, 7\n14 décembre en soirée avec le concours de : Mme Jane Bathori, Mlles Madeleine Bonnard,\nSporanza Calo, Suzanne Chantai, Mme Mary Mayrand, M. F. Lecomte. Le Quatuor\nMauguière, MM™ M. Herlenn, M. Mirey, MM. G. Maugiére, C. Sigwalt, MUe Rose\nLandsmann, MM. Maurice Dumesnil, Edouard Garés, Ricardo Vines, Jules Boucherit,\nMaurice Hayot, Robert Krettly, Mme Marguerite Caponsacchi, MM. André Hekking,\nFernand Pollain, La Société des Concerts d'Autrefois, Mlle Delcourt, MM. Fleury, Bleuzet,\nTaine, Desmonts, Nanny, Le Quatuor Willaume, MM. Willaume, Morel, Maçon, Feuillard."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.100", "texte": "VARIÉTÉS\n9i\n\nAfin d'éviter tous services d'invitations le prix des places a été établi pour mettre ces\nséances à la portée de tout- le monde.\nCes concerts sont organisés par A. Dandelot, 83, rue d'Amsterdam.\n*\n* *\nConcours de Composition. —Un grand concours pour la composition d'un morceau de\npiano vient d'être ouvert par le journal \" l'Express Musical \" de Lyon. Nombreux prix.\nDemander le règlement àM. le Directeur de \" l'Express Musical 42, Place de la\nRépublique à Lyon (joindre 15 centimes en timbre).\n%\n* *\nUn comité est en formation dans le but d'ériger à Paris un monument à la mémoire du\nregretté maître Alexandre GUILMANT.\nCe Comité sera composé des plus grandes notabilités artistiques.\n\nCONCERTS ANNONCÉS\nGRANDE SALLE GAVEAU\n16 Novembre.\n*7\nx 9\n21\n26\n28\nRépétition publique Société Bach\nConcert Société Bach\nConcert Lamoureux .\nSociété Philharmonique\nConcert Lamoureux .\nSociété Philharmonique\n4\n9\n3\n9\n3\n9\nheures\n»\nSALLE DES QUATUORS\n9 Novembre. Assemblés Générale de l'Union des Femmes, Profeseurs\n& Compositeurs 8 heures\n15 » Concert Marguerite Hefti ç\n22 „ Concert Marguerite Hefti\n29 „ Concert Marguerite Hefti ç"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.101", "texte": "Pour paraître en souscription aux Bureaux de la Revue\nC. DE CHAMBONNIERES\nPIÈCES DE CLAVECIN\nPUBLIEES PAR\nHENRY QUITTARD\nd'après l'édition du XVIIe siècle complétée par les\nmanuscrits de la Bibliothèque Nationale et\nde plusieurs bibliothèques étrangères.\ni volume in-40 oblong de 120 pages avec Préface et fiic sirniîes\n10 francs\nIl ne sera tiré que 200 exemplaires de cet ouvrage numérotés de\n1 à 200."}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.102", "texte": "S. I. M.\nAncien Mercure Musical\nBREVUE MUSICALE MENSUELLE\nfondée par la\n:iété Internationale de Musique\n(SECTION DE PARIS)\nDirecteur : J. ECORCHEVILLE\nSecrétaire de la Rédaction t Rédacteur pour la Belgique ;\nCH. LEGRAND RENE LYR\n22, rue St- Augustin, PARIS* Boitsfort-Bruxelles.\nLe Directeur et le Secrétaire de la Rédaction reçoivent\nle mercredi et le samedi de 4 à 7 heures,\net M. Vuillermoz le Vendredi de 4 à 6 heures.\n\nDANS CE NUMÉRO:\nE Charles (1853-1911) ..... 1\nVincent d'lndy .... Franz L 1873 5\nK. d'lsoz Lettres de Liszt. ........ H\nBerlioz . Lettres à Liszt 35\nSandor Kov&cs La Jeune Ecole Hongroise (supplément musical) 47\nLE MOIS\nE. Vuillermoz Les Théâtre ........... 65\nG\". K. Les Concert 68\nSwift. La Province 70\nRené Lyr , Belgique 71\nNos correspondants . . Etranger ............. 75\n.\nVARIÉTÉS\nE. Lesierre ...... Vorganiste liturgique. ........ 82\nLes lieder ..... 85\nÇà et là. ... . . . ... . . . 88"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111115-01.1.103", "texte": "CONCERTS ITALIENS DE MUSIQUE ANCIENNE\nLA LIBERA ESTETICA\n\\\nFondateurs\nMm* IDA ISORI, cantatrice florentine\nMr PAOLO LITTA, pianiste-compositeur\nP*\nP*\nP?\npr\nP?\nCOMITÉ DE PATRONAGE\nPRÉStDSNTE D'HONNtUM\nSA MAJESTÉ LA REINE MÈRE, LA REINE MARGUERITE D'ITALIE\nCOMITÉ DE PRÉSIDENCE\nS. Exc. Madame l'Ambassadrice d'ltalie, Donna Bice Tittoni à Paris.\nS. Exc. Mn,e la Pcesse Ruspoli di Poggio Suasa Talleyrand Périgord à Paris.\nMadame la Princesse Strozzi-Corsini à Florence.\nMadame la Comtesse Béatrice Pandolfini-Corsini à Florence.\nMadame la marquise E. de Montagliari à Paris.\nMademoiselle Elena Vacaresco, femme de lettres, auteur dramatique à Paris.\nS, Exc. Le Prince Ruspoli di Poggio Suasa à Paris.\nLe duc Melzi d'Eril, duc de Lodi.\nLe Comte Brunetta d'Usseaux.\nLe Commandeur Trezza di Musella.\nMEMBRES HONORAIRES :\nM Gabriele d Annunzio, hcrome de lettres, auteur dramatique à Florence\nM. W. Bopp, Directeur de l'Académie Imp. et Roy. de Musique à Vienne.\nM. Alfred Bruneau, compositeur de musique à Paris.\nM. Carolus-Duran, Direct.de l'Acad. de France à Rome et membre de ! Institut.\nM. Claude Debussy, compositeur de musique à Paris.\nM. Louis Dièmer, Prof, au Cons. Nat. de musique à Paris.\nM. Vincent d'lndy, compos. de musique, Direct, de la Schola Cantorum à Paris.\nM. I. Massenet, compositeur de musique, membre de l'lnstitut.\nM. E. Mathieu, compos. de musique, Direct, du Cons. Royal de Mus. à Gand.\nM. A. Messager, compos. de musique, Direct, de l'Acad. Nat.de musique à Paris.\nM. E. Parent, professeur à la Schola Cantorum de Paris.\nM. Dr Max Reger, compositeur de musique et Directeur M. à Leipzig.\nM. Dr Richard Straùss, compositeur de musique, Generalmùsik director à Berlin.\nM. S 1 Saëns, compositeur de musique, membre de l'lnstitut à Paris.\nM. E. Tinel, compos. de musique, Direct, du Cons. Roy. de musique à Bruxelles.\nM. P. Vidal, compositeur de musique et chef d'orchestre à l'Opéra de Paris.\nM. Eugène Ysaye, virtuose, compositeur de Musique et Directeur des concerts\nYsaye à Bruxelles.\n' ~ 'm\n1 ' Pj • '■ S\n(T.\n■v\" *, »î > C r\n-Si ■ ■ S ' Wr\\\nSIÈGE SOCIAL\n3, Via Michèle di Lando, FLORENCE\nP\nP\nP\nn\nt\nt\n1\n2\n1\n2"}]}