{"numero_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_sha256": "1e13b6b81ef786b3d73683e2229967d0bbf1a7d9839a852e7a2b5a3287ef077f", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1911/12/15_01/bmtnabh_1911-12-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1911/12/15_01/bmtnabh_1911-12-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.2", "titre_corps": "JACQUES OFFENBACH D'APRÈS DES DOCUMENTS INÉDITS, par Martial Ténéo. 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Victor de Laprade prophétisait en écrivant, il y a plus de\nquarante ans : \"Je ne répondrais pas qu'on ne vit un jour sur un cahier\npour piano : Démonstration du carré Phypothénuse\néchange.\" Le sérieux que les snobs apportent dans leurs prétentions, la\ngravité des compositeurs \"scientifiques\" qui sacrifient sur des autels\ninaccessibles a la foule, le pedantisme d'une critique qui met Pélion sur\nje veux dire Richard Strauss sur Richard Wagner, dans le\nbut d atteindre 1 Olympe musical ou seuls auront droit de pénétrer demain\nles fervents d un culte nouveau, ce sont là des sujets de satire que négligent\ntrop nos revuistes.\nAu solennel mépris que les initiés professent envers la musiquette, au\ndégoût qu'ils montrent pour l'Opéra-bouffe, il conviendrait de répondre\npar un immense éclat de rire. Malheureusement, de nos jours, les majo-\nrités sont esclaves des minorités, surtout quand celles-ci vivent dans une\natmospheie heimetique et puis, le peuple de France a désappris de rire,\ndepuis que le syndicalisme a fait du plus naïf travailleur un personnage\nconscient toujours prêt à grincer des dents.\nLa bonne gaite saine a disparu de nos moeurs, mais tel qui condamne"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.4", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2233, "texte": "VŒU crevé ou la Belle Hélène, va se délecter aux inepties du café-concert\nmoderne en attendant de prendre des poses extatiques à l'audition d'une\nsymphonie qui peint, paraît-il, des tableaux d'histoire, fait le récit\nd'amours antidiluviennes ou propose à l'admiration des \" connaisseurs \"\nune thèse philosophique.\nCe préambule était nécessaire, puisque je veux parler d'Offenbach,\nce grand artiste tant décrié, qui fut représentatif d'une époque et d'un\nmilieu, plus qu'aucun autre musicien du XIXme siècle.\nNos modernes intransigeants devraient se souvenir de ces paroles\nd'Ernest Reyer : \" Dieu me garde de devenir un musicien assez sévère\npour m'effaroucher d'un éclat de rire. M. OfFenbacb n'est peut-être pas\nsans défaut ; mais il a une précieuse qualité, c'est d'être original et de\nboire constamment dans son verre. J'ajouterai que, comme il est homme\nd'esprit et de sens, les quolibets et les coups d'encensoir l'atteignent peu.\nIl trace droit son petit sillon et ne se croit pas plus le rival de Mozart ou\nde Cimarosa que M. Dantan ne se crut le rival de Phidias, le jour où,\npréludant à des travaux plus sérieux, il fit cette collection de statuettes\nqui le rendit célèbre.\nJe n'ai pas l'intention d'écrire une nouvelle biographie du\nde la musique ; mes visées sont plus modestes. Heureusement servi par\nmes recherches, je veux simplement fournir une documentation capable\nde rectifier certaines erreurs de jugement et de compléter l'historique\nd'une existence extraordinairement féconde.\n* *\nChacun connaît les débuts d'Offenbach à Paris où, de violoncelliste\nqu'il était à la salle Favart, il devint collaborateur d'Anicet Bourgeois à\nl'âge de vingt ans, chef d'orchestre à la Comédie Française sous la direc-\ntion Houssaye, puis directeur des Bouffes-Parisiens, aux Champs Elysées,\nen 1855'\nDepuis plusieurs années déjà, il avait fait la connaissance d'un jeune\navocat, Charles Truinet, connu plus tard sous le nom anagramatique de\nNuitter, qui négligeait la basoche pour se livrer au métier de vaudevil-\nliste. Spirituel et fortuné, cet émule de Labiche était le conseiller habituel\nd'Offenbach. Il devint son collaborateur inavoué d'abord, car il ne\nsigna pas avec Desmarquais et Michel Carré la à laquelle"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.5", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1876, "texte": "il avait travaillé pourtant dès 1856 et son plus précieux ami par la\nsuite. A propos de cette petite pièce qui allait mettre en vedette Hortense\nSchneider et Pradeau, Offenbach écrivait à son collaborateur anonyme :\n\"Il me faut absolument les deux morceaux de la Rose de suite de\nsuite. Pourquoi ne vous ai-je pas vu aujourd'hui ? Sardanapale, va' ! \"\nUn des défauts ou une des qualités du futur archiviste de l'Opéra,\nc'était la lenteur et la réflexion. Or, Offenbach était un nerveux, un\nimpulsif, l'homme des impromptus. Il voulait qu'on répondit de suite à\nson appel et son affection se montrait exigeante. Il faut dire qu'il ne\nmarchandait point ses services. Dès ses débuts comme directeur, on le\nvoit ouvrir un concours pour une opérette en un acte. Il joue du\nDelibes, du Poise, voire du Mozart. Il est aimé de ses collaborateurs et\nde ses collègues, estimé des maîtres comme Halévy qui l'a protégé,\nd'Auber le grand chef de l'Opéra-Comique, de Meyerbeer qui devient\nun fidèle de la salle du passage Choiseul. Aussi, en 1858, veut-on de\ntoutes parts lui montrer de la sympathie. Quantité de personnalités de la\nlittérature et de la musique reçoivent la lettre suivante, imprimée sur\npapier bleu :\n\" Paris, le 18 décembre 1858.\nM.\nLes AUTEURS et COMPOSITEURS joués aux ,Bouffes=Parisiens ont\neu la pensee d offrir un Banquet a J. OFFENBACH, pour fêter le troisième\nanniversaire de l'ouverture de son théâtre à la salle Choiseul.\nNous espérons vous etre agréables en vous demandant de joindre\nvotre adhésion à celles qui nous sont déjà parvenues.\nLe banquet aura lieu le mercredi 29 décembre à 6 heures et demie,\nchez Vefour, Palais-Royal. Le prix de la souscription est de 20 francs.\nOn souscrit jusqu'au 27, chez VÉFOUR et chez M. C. DU LOCLE,\n5, rue du Hanovre.\nJ. DUFLOT. J. DUPRATO.\nE. DE NAJAC. H. CASPERS.\nC. DU LOCLE. L. DELIBES.\nR. S. V. P."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.6", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2253, "texte": "Les réponses affluent. Comme elles prouvent toutes en quelle estime\non tenait Offenbach, je tiens à en publier un certain nombre.\nEdouard Fournier répondait à du Locle : \" C'est de bien bon cœur\nque je m'associe à votre idée. Je n'ai qu'un regret, c'est de n'y avoir pas\neu part. A vous, messieurs, tout le mérite. J'aurai du moins ma place au\nbanquet et je suis heureux d'y avoir droit pour dire avec vous tous à ce\nbon Offenbach ce que nous lui devons de reconnaissance.\nErnest l'Epine, le spirituel secrétaire du duc de Morny, écrivait de\nson côté : \" ]e viens de recevoir la circulaire que vous m'avez adressée et\nje m'empresse de vous envoyer le montant de ma souscription de peur\nqu'après réflexion on ne m'admette plus parmi les compositeurs joués aux\nBouffes. J'ai droit cependant d'y figurer à titre de spécialiste : seul j'y ai\nété sifflé et cela le 29 Déc. 1855 ! jour dont vous m'invitez à célébrer\nl'anniversaire.\n\" N'ayant vécu qu'un soir aux Bouffes, il y a peut-être de l'orgueil\nà envoyer ma souscription, mais j'ai voué trop d'amitié à Offenbach\npour ne pas profiter d'une erreur qui me permettra de boire en bonne et\naimable compagnie, à la santé de celui qui a bien voulu tenter de me\ndonner un bon coup d'épaule. Ce n'est pas sa faute si ce bon coup\nd'épaule ne m'a valu qu'un bon coup de sifflet :\nLe 29 Xbre 1855!\nVive Offenbach !\nM. du Locle recevait aussi d'Edmond About le billet suivant :\n\" Impossible n'est pas français, je vous dirai donc en italien, avec\ntout le regret imaginable : non si puLe 29 décembre, je partirai de\nSaverne, c'est une affaire décidée depuis longtemps, à tel point que j'ai\ndu monde provincial à dîner le 28. J'arriverai à Paris à l'heure où vous\nvous lèverez de table, quelques minutes avant minuit. Si j'avais reçu\nvotre avis plus tôt, j'aurais pris mes mesures en conséquence. Vous savez\nsi j'aime notre ami Jacques, et si je serais heureux de boire à sa santé,\nsurtout avec vous. Mais il est trop tard pour rien changer à l'emploi de\nmon temps. Vous comprendriez cela du premier mot si vous aviez\njamais habité à cent lieues de Paris.\n\" Plaignez un habitant des bois qui vous aime de tout son cœur,\ngentil Camille. \"\nBercioux, malade, envoyait sa souscription le 20 décembre, espérant"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.7", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2043, "texte": "qu'il pourrait être sur pied, le jour du banquet ; Collin se faisait inscrire ;\nA. Decourcelle entendait faire partie des convives \" appelés à témoigner\nleur amour à Offenbach ; \" Louis Esnault, parlant du maître, disait :\nJ'aime sa personne autant que son talent et je serai heureux, en souscrivant\navec vous, de lui donner une preuve de ma sympathie. \"\n\"Je m'associe de tout cœur, répondait William Busnach, à la pensée\nd'offrir un banquet à l'illustre Jacques Offenbach. Je vous envoie donc ma\nsouscription, heureux que mon bien modeste nom figure dans une liste\naussi brillante que le sera celle des dîneurs du 29 décembre. \"\n\"Je n'ai qu'un mot à vous dire, répondait de son côté, Jules Erlan-\nger, c'est que le R. S. V. P. ma paraît superflu. Qui de nous ne sera\nheureux de boire à la santé de M. Offenbach ? C'est vous dire que je me\njoins avec le plus grand plaisir à votre excellente idée. \"\nParmi les souscripteurs empressés figuraient René de Rovigo, Ch.\nLaforestrie, Gastinel, Briguiboul, Delisle, Jules Cohen, Gastineau, d'autres\nencore ; et certains s'excusaient, les uns retenus par des rendez-vous ou\ndes dîners de famille, tels Henry de Pêne, Mélesville et Amédée Achard,\nd'autres appelés loin de Paris, comme Ferdinand Poise.\nJaime fils, l'heureux auteur de Croquefer, répondait en ces termes :\n\" Messieurs les commissaires,\nCe dîner était nécessaire,\nManger Dieu ne le défend pas.\nIl n'eut pas mis Offenbach\nJ. Duflot\nE. de Najac\nC. du Locle\nJ. Duprato\nH. Caspers\nL. Delibes\nsur terre\nS'il eut voulu qu'on ne dinât pas ! \"\nUn grincheux, Paul Blaquière écrit à du Locle : \" Je vous remercie\ninfiniment de n'avoir pas oublié que j'ai été joué aux Bouffes-Parisiens ;\nil n'en est pas de même partout. Vous savez ce qui s'est passé entre moi\net le factotum des nécessités cachées de ce théâtre.\n\"Au nombre des commissaires i'ai aperçu deux noms d'amis sincères\net incapables de déguiser une arrière-pensée, inutile de vous dire que c'est\nvous et Duprato. Je laisse à votre impartialité et à votre jugement de"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.8", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1792, "texte": "savoir si je ne dérogerai pas à ma dignité d'homme d'honneur en m'ins-\ncrivant au nombre de ceux qui veulent fêter Offenbach. Décidez de\nl'affaire, votre oui sera oui.\n\" Maintenant, quant à faire des avances au héros de la fête, je n'en\nferai pas, vous savez ma fierté et vous savez que\nfermé une porte.\nA vous, tâchez de m'ouvrir la vôtre, je compte vous voir dans la\njournée.\n\" Je trouve très bonne l'idée d'une manifestation en faveur d'Offen-\nbach qui a rendu d'importants services aux jeunes compositeurs, recon-\nnaissait Dufresne.\n\"Je suis sûr que tous vont répondre à votre appel avec empresse-\nment, ne fût-ce que pour prouver au directeur des Bouffes que, quoi qu'il\nen dise, il ne fait pas des ingrats de tous ceux qu'il oblige. Veuillez\nm'inscrire sur la liste des souscripteurs.\nEnfin un ami de du Locle lui expédiait ce quatrain le 27 décembre:\n\" Au banquet d'Offenbach trop honoré convive,\nDe cœur j'adresse mon écot ;\nMais comme au Figaro, si l'on criait : Qui vive !\nIl faudrait me souffler le mot. \"\nDu Locle amusé, répondait aussitôt :\n\" Au banquet d'Offenbach infortuné convive,\nJ'ai grand peur de vous voir regretter votre écot\nCar vous n'y connaîtrez peut-être âme qui vive\nEt je vous vois d'ici manger sans souffler mot. \"\nLe jour même du banquet du Locle recevait une réponse à sa \" désin-\nvitation. \"\n\" Du banquet d'Offenbach tout-puissant trésorier,\nFaut-il donc rengainer un parasite écot ?\nDame Opérette y perd un galant chevalier ;\nJ'attendrai son caprice, et votre dernier mot/-\"\nAlors, du Locle terminait cette petite joute lyrique par un quatrain,\ndéfinitif celui-là :\n\" Du banquet d'Offenbach l'aimable trésorier\nSerait au désespoir de perdre votre écot,\nVous êtes susceptible à l'excès, chevalier,\nJe vous attends ce soir, voilà mon dernier mot. \""}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.9", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2271, "texte": "Ce banquet venait au lendemain du triomphe à'Orphée aux Enfers\net à la suite d'une longue série de tourments provoqués autant par la\ncharité discrète d'Offenbach que par sa prodigalité. Cette manifestation\nn'était point faite pour imposer silence aux ennemis du Mœstro à la tête\ndesquels fulminaient Jules Janin, l'hyperbolique, et Roqueplan,le paradoxal.\nPendant trois ans encore Offenbach corserva la direction des Bouffes\net y remporta des succès inoubliables jusqu'à la qui\nfaisait dire à Meyerbeer parlant de cette délicieuse partition : J'aurais\naimé l'avoir faite. \" Triomphant, mais ruiné aux trois quarts, Offenbach\nse vit injurié plus que jamais et tiaité de malfaiteur. Il souffrit particu-\nlièrement des attaques de Berlioz qu'il avait soutenu de son mieux dans\nY Artiste.\nQuand il eut passé la direction des Bouffes à Varney, tout en restant\nle compositeur attitré de ce théâtre, le maestro continua de travailler\navec acharnement, faisant des tournées, préparant des saisons à l'étranger.\nLe 12 juin 1862, le théâtre d'Ems avait la primeur d'une opérette\nen un acte, Bavard et Bavarde qui devait revenir aux Bouffes l'année\nsuivante, transformée en deux actes. \" Mon cher Nuitter, écrivait\nOffenbach à son collaborateur, avant-hier succès immense à Ems. Votre\npièce a été trouvée charmante la scène muette a été trouvée adorable.\nPourquoi ne m'avez-vous pas envoyé ce qui a été convenu ? Il me\nfaut cela absolument pour Paris j'y serai dans une quinzaine. Adieu,\nparesseux. Je suis heureux de votre premier triomphe, il faut en préparer\nd'autres. Compliments affectueux.\nEt bientôt c'est Madame Offenbach qui écrit au librettiste que\nJacques le prie de faire deux ou trois petits articles pas trop\nqu'elle enverra à différents journaux pour qu'on sache que la scène\nmuette a eu un très grand succès et que le poème a réuni tous les\nsuffrages. Jacques demande également le complément de la pièce, cela lui\nest absolument nécessaire.\nMais Nuitter n'est jamais pressé. Il a promis d'aller porter ses\najoutés au maestro qui se repose à Etretat en y travaillant, comme\ntoujours, et il recule sans cesse son départ.\n\" Cher ami, lui écrit, le 21 août, le compositeur, eh bien !!!!!!\nquand venez-vous ? ? ? ? ? ?\n\" Che fous hattend havec un pat"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.10", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2389, "texte": "Quelques mois plus tard, la lecture des est faite à Varney\nqui accepte la pièce. Tranquilisé, Nuitter néglige les détails.\n\" Animal, lui écrit Offenbach, venez demain à 9 heures chez moi.\nIl faut absolument que le final du 2me acte soit fait, il faut aussi que...\nenfin venez, je suis furieux ! Impossible de répéter sans vous. \"\nOn arrive au mois de décembre, la pièce n'est pas encore au point.\nOffenbach rappelle son collaborateur à l'ordre : \" Apportez-moi les\ncouplets (2ds) et de la chanson à boire et du N° 7, le second couplet\nmanque partout. Impossible de graver sans cela. \" Et bientôt : \" Venez\nme voir de suite, de suite, il me faut encore aujourd'hui la Table, puis le\ntitre des Bavards,puis...\nEnfin, la première des Bavards a lieu le 20 février 1863. \" La muse\nd'Offenbach, nous dit André Martinet, ne s'est jamais révélée plus\ndélicate et pins spirituelle ; il a écrit là une véritable partition d'opéra-\ncomique où tout babille délicieusement, les voix et l'orchestre. \"\nLe succès prévu fut très grand, aussi le maestro ne néglige point\nde presser son collaborateur Nuitter pour qu'il travaille à la\nRhin commandée par l'Opéra de Vienne. Il possède une si grande activité\nqu'il s'irrite facilement contre l'apathie des uns et des autres. Et par\nbrusques sautes d'esprit il traite Nuitter d' \" animal \" ou de \" chéri \",\nselon l'heure et les circonstances.\nEn cette année 1863 qui lui laissera si peu de loisirs, il se retire à\nEtretat de bonne heure, au commencement de Mai. Son librettiste reçoit\nbientôt cette lettre :\n\" Cher ami, je vous enverrai demain le premier acte, excepté le\nfinal. Je serai à Paris mardi ou mercredi. Je vous prie en grâce de vous\nmettre immédiatement à ce travail ennuyeux, il faut absolument que je\nl'envoie de suite (ier acte) en Allemagne, autrement je n'arriverai pas. je\ncompte sur votre bonne, vieille et gentille amitié.\n\" Et mon acte d'Ems ? (Il s'agissait de C'est un\nami qui vous portera samedi à la première heure la musique.\n\" Ma femme vous dit bonjour, mes enfants vous embrassent et moi\nje vous donne ma meilleure poignée de main.\nA quelques jours de là, nouvelle missive : \" Cher ami, je viens de\nrecevoir ce matin ce mot ci-joint de notre collaborateur d'Allemagne, je\nreviens donc à la charge et je rebats l'appel. Je suis un homme 112.... si\nvous ne me donnez pas tout ce que je vous ai remis l'autre jour et ce que"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.11", "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 2437, "texte": "je viens de vous envoyer, mardi ou mercredi au plus tard, pour pouvoir\nenvoyer de suite le lerIer acte à Breslau. Le final me donne une peine du\ndiable, pas de blaisir sans beine,c'est mon lieber Freund.\n\" Faites comme moi, embêtez-vous en travaillant. Je pense déjà à\nnotre 2me grand opéra. A vos pieds mon jeune ami. Votre J. O. —Et\nmon acte d'Ems ? \"\nLe traducteur de la Fée du Rhin avait en effet répondu au compo-\nsiteur, à la date du 19 mai : \" Mon cher M. Offenbach, Vous me\npressez beaucoup, mais vous ne m'envoyez pas de musique ! Comment\ndois-je achever ma tâche avant la fin du mois de juillet, si, à la fin du\nmois de mai je n'ai pas encore une note de musique devant moi. C'est\ndonc moi qui dois presser le célèbre compositeur. Que toutes les Muses\net les Grâces l'entourent et lui prêtent imagination féconde et vigueur et\nsanté et toutes les bonnes choses du monde ! Je ferai de mon mieux pour\nvous satisfaire, mais —je ne promets rien, quant au temps si je ne\nsuis pas sûr d'être mis en possession de la musique avant que l'heure\nsuprême commence à sonner.\n....\" N'oubliez pas, je vous prie, de m'indiquer les lieux où vous\nsouhaitez un allargement (sic) du récitatif, c'est-à-dire une augmentation\ndes motifs dramatiques, une accentuation du siècle de Goethe et de\nSickengen etc.\n\" J'ai acheté les mémoires de Goethe, pour entrer plus au milieu du\ntemps où se passe l'histoire de votre drame. \"\nL'excellent Nuitter ne se trouble pas pour si peu et travaille sans\nhâte. Aussi reçoit-il une nouvelle réclamation : \" Il me faut, lui dit\nOffenbach, outre le 2me acte tout le lerIer avec ma partition. Il faut que j'y\nmette l'accompagnement de piano et que je l'expédie à Breslau, mais il\nme faut tout cela demain. Je n'arriverai pas, ou plutôt mon traducteur\nn'arrivera pas si vous ne vous dépêchez. Donc je compte sur un fort\nrouleau pour apès-demain. Je vous envoie la pièce de faites copier\net distribuer, j'ai copié la musique. Décidément, je prends les morceaux\navec moi. Veuillez aussi faire prendre les morceaux copiés chez le copiste\net remettez-les aux artistes. Vous direz à mon copiste que je lui enverrai\ncette semaine le reste. Il doit avoir copié tout cela après-demain. \"\nLe librettiste s'empressa de faire une promesse, mais ne la tint pas\nde suite, ainsi que le démontrent ces lignes écrites à la hâte : \" Malgré\nvotre annonce des plus pompeuses, je n'ai pas reçu de rouleau, donc je ne"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.12", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2582, "texte": "puis travailler. Si, sérieusement, vous l'avez mis à la poste, informez-vous,\ncar cela m'inquiète. Vous avez en outre la musique des 2me et 3™® actes.\nN'oubliez pas de me l'expédier, si, par hasard, vous l'aviez oubliée. Si\ndemain je ne reçois pas de rouleau, je vous expédie à 9 heures une dépêche.\nVoyez alors ce que c'est devenu. Cela m'inquiète sérieusement. \"\nQuelques jours passent encore: \"J'ai reçu enfin le rouleau merci ! \"\nfait savoir le maestro. Et il ajoute : \"Il faut absolument vous mettre au\n4me acte, sans cela je suis complètement arrêté.\n\" Vous savez que Franz arrivera avant Ulrich, puis Ulrich arrivera\nen désordre, en racontant en deux mots qu'ils ont été trahis, qu'il a été\nsauvé par miracle, il ne sait comment. Il demande où est le prisonnier,\non le lui indique, il dit qu'il va l'interroger, que sûr c'est lui le traître,\npuis qu'il le leur livrera pour le pendre ou le fusiller. Il faut insister là-\ndessus, cela donnera encore plus de force lorsque les soldats voudront\nqu'on leur livre Gottfried, il faut que la nuit de la trahison presque tous\nleurs camarades (soient) morts entraînés dans le Rhin. Il faut faire frémir\nde colère les soldats. Voyez aussi la scène entre Edwig et Ulrich ; il ne\nfaut pas qu'elle lui avoue d'abord la mort de son enfant. Je vous en ai\ndéjà parlé à Paris, mais c'est surtout l'entrée de Franz et d'Ulrich qu'il\nme faut. Il pourra peut-être leur dire de se méfier des sirènes (des femmes\nen blanc) ; que si jamais ils en rencontraient, de tirer dessus comme sur\nde simples mortelles. Cela donnera toujours plus de raison pour la\ndes prisonniers de la fin. —Je vous supplie de vous mettre à ce travail,\ncar je serai à Paris, je pense, vendredi ou samedi au plus tard. Lundi\nprochain je partirai pour Ems et il me faut encore un petit effort de\nvotre bonne amitié (?) et de votre obligeance. A vous.\n\" Avez-vous fait mes morceaux ? (Encore un petit effort ! (bis.) \"\nMéthodique, impassible, ne confiant rien au hasard, Nuitter travaille\nlentement. Au commencement de juin il reçoit du musicien une missive\nalarmée :\n\" Mon cher ami, voilà les trois morceaux avec accompagnement de\npiano. Donnez-les vite à la copie après avoir laissé ou changé les paroles\nau crayon que j'y ai mises dans l'lntroduction et le Final mettez\nmes notes (que j'ai mis sur les paroles non adoptées encore) à l'encre.\n\"J'ai eu le malheur de vous laisser le 2me et le 3me acte des Fées.\nNaturablement,vous les gardez et je ne puis travailler. Hélas ! mes moments\nsont plus que comptés, renvoyez donc vite, vite ; je vous envoie aussi les"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.13", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2054, "texte": "morceaux que vous pourrez faire de suite du 3me acte. Cela nous\navancera.\n\" Votre malheureux compositeur aux abois. J. O.\n\" Voici l'adresse du copiste : Vogler, 48, rue Guérin-Boisseau.\n\" Renvoyez-moi vivement le Final et ce qui précède, je ne puis\nrien envoyer à Breslau. Je vous en prie, dépêchez-vous. Je ne dors plus.\nJe vous enverrai demain le duo.\n... \" Renvoyez-moi le manuscrit. Suis-je assez malheureux d'être dans\nvos mains ! Depêche-toi, sans cœur.Renvoie-moi ceux (chœurs) que je\nt'envoie. Ton J. O. \"\nCette lettre est intéressante parce qu'elle nous prouve que très\nsouvent Offenbach composait d'abord ses principaux airs et qu'il chargeait\nensuite son collaborateur d'y adapter des paroles d'après les monstres qu'il\nlui fournissait.\nNuitter faisant la sourde oreille, nouvelle impatience du musicien\nexprimée d'une façon amusante : \" Cher ami ? Décidément vous me\nlaissez en plan, ce n'est pas gentil. Comment voulez-vous que je travaille\nau 3me acte d'après tous les monstres que je vous ai envoyés ?Je serai à\nParis lundi. J'ose espérer que vous voudrez bien venir mardi à 9 heures\ndu matin me voir et m'apporter ce dont j'ai besoin. Je partirai jeudi\npour Ems. Il faut absolument que j'aie les morceaux, plus les change-\nments du 4me acte.\n\" Pas du tout à vous. J. OFFENBACH, 11 juin 1863. \"\n%\n* *\nEn quittant Ems le maître s'était rendu à Vienne pour s'occuper de\nla mise en scène de la Fée du Rhin. Le 4 septembre il écrit à Nuitter :\n\" Soyez assez gentil et faites-moi faire de suite un dessin du dernier décor\nde notre opéra ; j'en ai absolument besoin pour ici. Si vous croyez ne\npouvoir l'avoir que dans une huitaine, ne l'envoyez pas sans me l'avoir\nmontré. Je serai à Paris, je pense, dans une huitaine. J'ai vu Dorn, je\nvous ferai part de son observation, c'est peu de chose, en somme il est\nenchanté du sujet. Envoyez-lui donc la chanson de paroles\net musique, ou plutôt attendez mon retour pour le faire.\n\" Je voudrais aussi quelques costumes de l'époque des\ntisch etc. Tenez cela prêt pour mon arrivée."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.14", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2496, "texte": "\" Adieu chéri, je vous embrasse, Votre J. O.\nct Ah, la chaleur est accablante (Paroles de Nuitter). \"\nUne fois encore le librettiste ne se départ pas de son flegme. Offen-\nbach n'a pu rentrer dans la huitaine, aussi le 15 septembre écrit-il de\nVienne, où il a été retenu par ses affaires ;\n\" Je vous ai déjà écrit pour faire faire une esquisse de notre dernier\nacte et quelques costumes. Voulez-vous être assez gentil pour faire ou\nfaire faire le costume des Elfes.ll faudrait quelque chose d'original tout\nen étant très léger, voyez cela. Je voudrais aussi le dessin des quatre\ndécors. J'ai promis à Salvy d'envoyer tout cela à la fin de la semaine\nprochaine. Je partirai d'ici, je pense, vendredi matin, je serai samedi soir\nà Paris. Je n'y passerai que quelques heures et je tiens à vous voir. Je\nprendrai le train de minuit qui va à Etretat. Soyez donc tout à fait\naimable et demandez à mon beau-frère l'heure de mon arrivée. Je le\npréviendrai samedi matin par une dépêche en passant par Strasbourg.\n\" J'ai été bien secoué, mon pauvre ami, par la maladie de ma petite\nJacqueline. Je suis encore tout ahuri, aussi pardonnez-moi cette lettre qui\nn'a ni tête ni queue. Mille amitiés. Votre J. O.\nA Etretat où sont restés sa femme et ses enfants, OfFenbach retrouve\nsa fille guérie : \" Jacquot va grâce à Dieu, très bien, \" mande-t-il à son\nfidèle collaborateur. Et de suite il est repris par le travail. \" J'ai un grand\nservice à vous demander. Veuillez donc aller trouver Brandus ou un autre\néditeur et demandez s'il a le traité d'instrumentation de Berlioz et de\nvous le prêter pour quelques, jours. S'ils ne l'ont pas et si vous le trouvez\nailleurs, faites-moi copier ou copiez-moi seulement tout ce qui a rapport\naux cors,moins les exemples ; simplement l'étendue des différentes\ntonalités ; également les trompettes.\n\" Le traité de Berlioz est excellent pour ces deux instruments et\nj'en ai quelquefois besoin pour consulter. Si vous ne trouvez cela ni chez\nBrandus ni chez Heugel (cela a paru chez Schonenberger), trouvez-moi\nune méthode de cor qui doit donner tout cela, également de trompettes,\nquoique ce dernier me soit moins nécesssaire. Tout ceci entre nous\nvous n'avez même pas besoin d'en parler à Brandus à moins que cela\nne soit absolument nécesssire pour l'obtenir. Ce n'est que pour trois ou\nquatre jours, mais ça presse.\nLes Bouffes sont en reconstruction. Offenbach prépare sa rentrée au\npassage Choiseul le jour de la réouverture. Le 12 Novembre, il écrit à son"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.15", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2262, "texte": "librettiste : \" J'ai déjà fait dans ma partition toutes les modifications.\nTout est arrangé. Votre idée d'autres couplets est possible ; nous verrons\ncela à la répétition. Nous voulons lire après demain, soyez prêt, je la suis.\n\"Je t'aime et je te serre dans mes bras. Bien à vous. \"\nIl s'agissait là, sans nul doute, de XAmour chanteur que Nuitter avait\nécrit avec l'Epine, sur une recommandation du maître. Une fois cette\naffaire engagée, Offenbach reprend le chemin de Vienne où l'appellent\nles premières études de la Fée du Rhin et où il travaille d'arrache-pied aux\nGéorgiennes destinées aux Bouffes.\nCette fois-ci, le cas est rare, c'est lui qui est en retard pour\nrépondre à son ami Nuitter.\n\" Je ne vous ai pas répondu de suite, écrit-il le 3 décembre, vu que\nj'étais assez souffrant ces jours-ci, je craignais tout simplement de perdre\nla VUe5 —je ne suis pas encore sûr que cela n'en arrivera pas là ; que\nla volonté de Dieu soit faite. Je travaille beaucoup sans beaucoup d'envie,\nvous pouvez le comprendre, mais il faut en finir avec l'Opéra et j'ai\npresque fini.\n\" Vous me parlez d'un changement, coupure, coupez, changez,\nsurtout celle-là je crois est excellente, cela fait longueur et le mor-\nceau n'est pas bon, donc tranchez, je l'aurais parfaitement permis à\nVarney quoi qu'il en dise.\n\" Où en sont mes Pièces ?\n\"Voulez-vous aller voir Harduin de ma part et dites-lui que je\ncompte être dans une quinzaine à Paris —je ne l'espère pas, mais cela\nlui fera prendre patience. Le four Berlioz ne donne-t-il pas envie à\nCarvalho de monter quelque chose en tous les cas plus chantant, et il\nn'y aura pas de chasse, je le promets.\n\" Compliments à Tréfeu. Ecrivez-moi, cher ami, plaignez-moi\nbeaucoup et ne m'oubliez pas. Votre J. O.\n\" Compliments à L'Epine.\nDans cette lettre nous trouvons la preuve qu'Offenbach avait dès\ncette époque des visés plus hautes que l'opérette et le grand-opéra bouffe.\nLes vingt-deux représentations des Ta qui disaient assez\nle mauvais accueil fait à l'œuvre de Berlioz par le grand public, lui sug-\ngéraient sans doute le désir de prendre une place sur un théâtre de\npremier ordre. Mais le maître de la plus rieuse musique était pris dans\nl'engrenage, il devrait demeurer l'humoriste de son époque."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.16", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1994, "texte": "J'arrive à un point délicat. Offenbach qui professait une vive\naffection pour Nuitter, chargeait celui-ci, en maintes occasions, d'apporter\ndes changements à des ouvrages auxquels son librettiste préféré était\ndemeuré étranger. C'est ainsi qu'à propos de la production de Lischen et\nFritzchen aux Bouffes, il invita son ami à revoir le livret de Boisselot. Et,\nselon sa coutume, comme Nuitter tardait à satisfaire le compositeur, celui-ci\nlui écrivait à la fin de 1863 : \" Il me faut absolument Comment\nvoulez-vous que j'arrive ? Envoyez-moi donc par le retour du courrier le\nscénario et les morceaux faits.Faites-moi aussi quelques vers pour la\nPermission (un acte qui ne devait être joué à Ems qu'en 1867) dans l'air\nde Nicolle. Vous me l'aviez promis.\n\"Je vous écris de l'autre côté l'air :\n\" Qu'il est galant dans sa tournure\nCet air coquet, cet air vainqueur,\nL'amour doit prendre sa figure\nPour charmer les yeux et le cœur !\n(avec un soupir)\n(écrit de votre main)\nLE FIFRE Oui, mais c'est un garde française,\nCes messieurs sont fort séduisants,\nLE TAMBOUR Et l'on prétend, ne vous déplaise,\nQu'ils ne sont pas des plus constants.\n\" Il me faut quelques vers sur le fifre, le tambour, etc. \"\nSilence de Nuitter. \"Je suis cloué par ma maudite goutte, gémit\nOffenbach, envoyez-moi ce que vous avez fait. Helas !\nEnfin le 5 janvier 1864, on inaugure solennellement les Bouffes.\nL'amour chanteur ne reçoit qu'un faible accueil, mais\nest acclamé.\nEt Jacques regagne Vienne pour assister, le 4 février, au triomphe de\nla Fée du Rhin. De retour à Paris il fait répéter les Géorgiennes. Nouveau\nsuccès, le 16 mars, avec cette pièce de du Locle et Moineaux pour\nlaquelle Offenbach a dépensé des trésors de verve et de tendresse et\nVarney une mise en scène splendide. Mais voilà que le maître s'occupe\ndéjà d'autres ouvrages pour Ems. Le Soldat Magicien qui s'appellera plus\ntard, aux Bouffes, le Fifre enchanté, et Jeanne qui pleure et Jean qui rit,\ndeux opérettes de Nuitter et Trefeu."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.17", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2381, "texte": "En juillet, ces deux créations déchaînent des bravos frénétiques. On\ndonne des sérénades sous les fenêtres du compositeur qui s'échaooe cour\nregagner Etretat.\nUn nouveau directeur, M. Hanalpier s'est emparé des Bouffes. Une\nbrouille éclate entre lui et Jacques. Le nouveau venu prétend remonter\nles Bavards.OfFenbach s'y oppose et il a recours à son librettiste-avocat\nNuitter : \" Mon cher ami, lui écrit-il, je déjeune au Café Riche. Si vous\navez un moment, venez. J'ai reçu un bulletin de répétition pour les\nBavards. Il faut donc hui m introduire un référé après\nle papier timbré, bien entendu. Vous vous en êtes chargé. Je compte\nsur vous. \"\nLe maestro s'est réfugié à Etretat, puis il disparaît un beau jour, sans\nprévenir personne, sauf son ami de confiance. Il se rend à Vienne pour\nfaire répéter les Géorgiennes.\nLe 4 octobre il écrit à Nuitter : \" Mon cher ami, pardon si je ne\nvous ai répondu plus tôt, mais vous ne vous imaginez pas mon travail\ndans ce moment. Samedi on a joué avec un très très grand succès Croquefer.\nJ'en avais peur pour Vienne d'autant plus que les Bouffes l'avaient joué\nsans succès. Grâce au ciel cela a merveilleusement marché. Que j'ai été\nrappelé, cela va sans dire, —j'avais pourtant juré que je ne reparaîtrais\npas, mais le public idolâtre n'a pas voulu entendre de cette oreille-là.\n\" Demain, c'est la première des Géorgiennes. Cela sera splendide. Ils\nont dépensé plus de 50.000 frs. : une exécution superbe, mais quelle\npeine me suis-je donnée, —je suis sur les dents. Avec ça, j'ai ajouté un\nDuo, une grande Ouverture, une Marche enfin j'espère et je crois à\nun grand succès.\n\" C'est vraiment curieux ma position d'ici et si je n'avais pas\ntant de modestie, je pourrais presque en être fier. Hier, on a donné\nà l'Opéra, (et admirablement bien) Le Cari Theater a\ndonné le Pont des Soupirs et le Theater in der Wien, Croquejer, qui fait de\nplus en plus fureur n'est-ce-pas étrange ? Il ne reste qu'un petit\nthéâtre de faubourg qui ne donne que des drames. Savez-vous à propos\nde cela quel drame ils donnent en ce moment ? je vous le donne en\nmille La Pommerais et il paraît que ce n'est pas mauvais. J'avais\ntoujours pensé à une opérette-bouffe en 5 actes et plusieurs digitalissements\npour un théâtre de genre de Paris. Nous en parlerons. J'ai lu le Figaro-\nProgramme à propos des Bouffes : triste, triste, triste..."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.18", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2164, "texte": "\" Dans peu de jours je serai à Paris. Il s'agit de mettre en scène la\ngrande Bouffe on ne rie plusieurs actes aura cette œuvre, ça va sans dire. Je\ncompte sur vous. En Président cette petite fête, tu vas meprocureur un\nbon ! a je suis prêt et sur tous les tons et avec\ntoutes sortes de papiers timbrés et autres.\n\"Adieu cher vieux, compliments à Tréfeu si vous le voyez, si vous\nne le voyez pas ne lui dites rien.\n\" Votre, votre et toujours votre JACQUES OFFENBACH.\"\nCette lettre curieusé nous montre l'artiste sous son vrai jour de\njovialité, de modestie, de spontanéité, avec un esprit toujours en éveil,\ntourné vers les choses du théâtre, et sacrifiant volontiers à la \" blague\nElle fait pressentir aussi des difficultés graves avec les Bouffes. En effet,\nun vent de discorde s'est abattu sur ce théâtre et le maestro, brouillé avec\nla nouvelle direction, songe à se réfugier aux Variétés. Il travaille à la\nBelle Héleneavec Meilhac et Halévy et comme il n'obtient pas de ses\ncollaborateurs tout ce qu'il veut, il soumet le \" monstre \" d'un morceau\nimportant à l'ami Nuitter qui devra le mettre sur pied et devenir une fois\nencore un collaborateur bénévole, anonyme et dévoué.\nLes répétitions se poursuivent activement tandis qu'Offenbach,\ncédant à la coutume, soigne sa popularité et se fait une réclame person-\nnelle que publiera Nuitter après corrections :\nLA BELLE HÉLÈNE\nAU THEATRE DES VARIÉTÉS.\n\" On sait que cette année la musique d'Offenbach est transplantée\nau théâtre des Variétés, c'est au commencement de décembre qu'aura\nlieu la grande Pièce de l'hiver le titre en est la Belle Hélene\nOpéra-Bouffe en 3 actes, le poème est de MM. Meilhac et Halévy.\n\" On fait de grands préparatifs de décors et de costumes les\nchœurs sont renforcés, l'orchestre augmenté enfin la direction n'a rien\népargné pour faire grandement les honneurs au compositeur si populaire\nqui livre à ce théâtre sa première bataille. Les bruits des coulisses, du\nreste, sont faits pour assurer une véritable victoire aux acteurs on dit\nla pièce des plus amusantes quant à la musique, on prétend que\njamais Offenbach n'en a fait de plus spirituelle et de plus entraînante."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.20", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2495, "texte": "L'opéra sera non seulement bien joué, ce qui d'ailleurs est une habitude\nau théâtre des Variétés, mais encore très bien chanté.\n\" Sans parler de Dupuis qui, certes, est un de nos meilleurs ténors\ncomiques et qui jouera Pâris, nous aurons Couder dans le rôle d'Aga-\nmemnon, Grenier dans celui de Calchas, Kopp dans celui de Ménélas.\nGuyon, Achille, Hamburger et Andof les deux Ajax. Mme Silly, celui\nd'Oreste, Schneider a été engagée spécialement pour le rôle de la' Belle\nHélène. Nous sommes heureux de... la musique bouffe. \"\nLes débuts d'Offenbach aux Variétés furent triomphants, d'où\nviolente colere des classiques, des pharisiens gourmés, de tous ceux qui\nne pouvaient admettre qu une prodigieuse veine mélodique se dépensât\nen bouffonnerie débridée. La critique souligna les excentricités en faisant\nmine d'ignorer la capricieuse fantaisie d'une œuvre toute d'humour et de\nsatire légère.\nOffenbach ferma 1 oreille aux injures et se prépara d'autres victoires.\nAyant gagne son procès avec les Bouffes, il rentre à ce théâtre avec\nI assurance d y etre joue chaque soir et de pouvoir y faire monter deux\npartitions nouvelles chaque année. Coscoletto, l'opéra-bouffe de MM.Nuitter\net Trefeu, d abord annonce sous le titre du est sur le chantier.\nII doit etre donne a Ems en juillet et au commencement de juin il est\nloin d'être terminé, quant au livret. \" Mon cher ami, écrit Offenbach à\nNuitter, le 6 iuin 1865, je serai revenu à 4 h. 1/2 demain. Venez donc\nentre 5 et 6 chez moi. C'est effrayant l'ouvrage que nous allons avoir\npour mettre les paroles au-dessous de ma musique et il faut que le\ncopiste 1 emporte jeudi matin. Et le 2me acte ?Je repars samedi. \"\nCette fois les librettistes ne perdaient pas de temps. joué à\nEms en juillet se fit acclamer, puis Jacques revint à Etretat pour préparer\nle mariage de sa fille avec M. Comte, mariage qui fut célébré le 10 juillet\nau milieu d une grande assemblée composée des admirateurs du maître.\nLe 3 novembre, les Bouffes donnent Jeanne qui pleure transformée ;\nen décembre, les bergers qui, malgré une partition dramatique autant que\ndélicate et joyeuse, n'ont pas de succès.\nLe théâtre du passage Choiseul change encore de direction. Nouvelle\nbrouille qui durera trois ans. Pendant ce temps on prépare\naux Variétés. Au lendemain de la première qui est un nouveau triomphe\net déchaîne de nouvelles attaques, Offenbach se rend à Prague. De là, le\n21 février, il écrit à Nuitter : \"J'ai absolument besoin que vous me\n\nz"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.21", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2194, "texte": "rendiez un service signalé. Allez trouver M. de Pêne de ma part et qu'il\nmette le jour même encore ces quelques mots ou à peu près : \" Plusieurs\nartistes des Bouffes qui ne sont pas occupés dans Orphée, M. Berthelier,\nMmes Bouffard et Marié ouvrent cette semaine une série de représentations\nà Nantes.\n\" Son journal est lu chez moi et ces quelques mots viendront on ne\npeut plus à propos. Je demande de votre part et de celle de l'ami de\nPêne la plus grande discrétion. Je vous écrirai de Berlin à propos de\nnotre pièce (La permission de dix heures).\n\" Adressez-moi vos lettres (écrivez-moi) Hôtel de Rome, Berlin.\nVotre J. O. \"\nSuivent les succès de la Vie Pde la\nreprise & Orphée aux Bouffes avec Mmes Ugalde et Cora Pearl, la création\nde ha permission de dix heures à Ems, celle de à l'Opéra-\nComique, la reprise de Geneviève de Brabant, la création de la Périchole\n\" feu roulant de mélodies \" selon Prével, puis celle de à\nl'Opéra-Comique, de la Diva et de la aux Bouffes,\ndes Brigands aux Variétés, et nous arrivons à la veille de la désastreuse\ncampagne de 1870.\nOffenbach, si souvent éprouvé par la goutte, depuis de longues\nannées, est auprès de son fils malade, à Etretat. Le 22 juillet, il y a\ntrois jours que la guerre est déclarée,— il écrit à Nuitter: \" Merci, mon\ncher ami, de votre lettre, mon fils va bien, ce matin, le docteur Trélat,\nque j'ai fait venir de Paris lui a fait une petite opération qui a parfaite-\nment réussi. Il a tout à fait bien supporté cette petite affaire. Ah quel\nbonheur, mon pauvre ami, de penser que nous n'aurons plus d'inquiétude\nà avoir. Vous nous connaissez, vous devez pensez ce que nous avons dû\nsouffrir depuis dimanche. Remerciez de ma part Lafargue (rédacteur au\nFigaro) de sa note affectueuse. Remerciez mon cher du Locle de sa\ndépêche, remerciez tous ceux que vous connaissez et qui nous ont montré\nune si vive sympathie. Bien à vous, votre JACQUES OFFENBACH.\n\" Compliments de nous tous à votre cher père. \"\nEt voilà maintenant qu'Offenbach va se révéler sous un jour bien\nfrançais.\nLe 9 août 1870, il s'écrie : \" Nous sommes tous navrés ici. Ah,\nmon ami, vous ne saurez jamais le chagrin que j'ai de tout ce qui nous\nl\narrive !"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.22", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2285, "texte": "Offenbach quitte Paris avec toute sa famille, s'éloignant sous les\nmenaces et les railleries de ses ennemis qui ne voient en lui qu'un alle-\nmand, un salarité de l'Empire, un pourisseur du goût, un homme néfaste.\nLes mois passent dans l'horreur des batailles et des défaites. Le\n6 mars 1871, de Milan, Offenbach écrit à ses deux meilleurs amis et\ncollaborateurs la belle lettre qu'on va lire et qui constitue un document\nprécieux et d'un vif intérêt :\n\" Mon cher ami Tréfeu !\nMon cher ami Nuitter !\n\" Ah que je les plains (bis).\n\" Ces pauvres Sarazins.\n\" Voilà le refrain que pendant cinq mois de fièvre et pendant mon\nsommeil me revenait sans cesse, Oh, mon pauvre cher ami, combien j'ai\nsouffert de vos souffrances ; je ne vous parle pas de mes souffrances\nphysiques, je vous en ferai le compte tout à l'heure, mais je vous parle\nde mes souffrances morales, en pensant à vous tous, mes bons vieux\ncamarades, mais aussi quel bonheur le jour où, enfin, j'ai su que vous\naviez de quoi manger.\n\" J'espère bien que ce Guillaume Krupp et son horrible Bismarck\npayeront tout cela, ah les horribles gens que ces prussiens et quel (sic)\ndésolation pour moi de songer que je suis né sur les bords du Rhin et que\nje tiens par un fil quelconque à ces effroyables sauvages. Ah ! ma\npauvre France, combien je la remercie de m'avoir adopté parmi ses enfants.\n\" Voici maintenant le bilan de mes souffrances phisiques— 15 jours\nà Milan au lit reparti le lendemain pour la France, de Marseille on a\nété forcé de me porter d'un wagon à l'autre, revenu à Bordeaux,\n3 jours au lit, reparti à peine guéri 4 semaines au lit à St. Séba-\nstien, reparti à peine guéri, pour Bordeaux, 4 semaines au lit à\nBordeaux, je viens de Menton où je suis resté 8 jours au lit, et voilà, ça\nfait près de trois mois sans bouger. Vous voyez comme c'est peu gai. Votre\nlettre, mon cher Tréfeu, du 17 février, m'a été remise hier soir 5 mars\nà Milan ainsi que la vôtre, mon cher Nuitter, datée du 30 janvier.\n\"Je connais l'histoire de Trébizonde, donc je ne vous en parle pas,\nje plains les pauvres petits camarades qui espèrent, parce que j'ai beaucoup\nde succès, me nuire en disant que je suis Allemand, quand ils savent très\nbien que je suis français jusqu'à la mo'êlle des os ! Ils seront pour leurs"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.23", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2440, "texte": "lâchetés, j'espère être bientôt de retour, et j'espère aussi, mes chers amis,\nque nous nous remettrons au travail, et quoique, hélas, né à Cologne,\nvous daignerez encore me confier un poème. Ecrivez-moi Goldram\nLamme, Vienne, Autriche pas allemande ;je n'y réf. jamais les\npieds dans ce maudit pays. Nuitter embrassez bien Tréfeu ; Tréfeu\nembrassez bien Nuitter et moi j'embrasse la femme de mon cher\nTréfeu. Votre J. O. \"\nOffenbach s'était fait naturaliser de bonne heure ; par son caractère\net son tempérament, par le tour de son esprit, sa verve et son art\nprimesautier, il était vraiment français. C'est pourquoi, seules, les\ninjures faites à son cœur et à sa pensée lui avaient paru intolérables\ndurant le rude martyre de plusieurs mois enduré par la faute de la\nmaladie qui devait l'emporter dix ans plus tard. Pour affirmer la sincérité\nde la lettre de Jacques, il me semble utile de rapporter celle que sa\nfemme, Herminie de Alcain expédiait de St. Sébastien, le iomars 1871,\nà Charles Nuitter : \" Mon cher ami, je ne puis vous dire combien votre\nlettre nous a fait plaisir à lire. Je savais de vos nouvelles par mes parisiens\net dans ma lettre à Tréfeu, je vous envoyais, au père et au fils, un bon\nsouvenir. Nous avons bien pense a vous tous pendant ces longs mois de\nsiège, nous avons souvent essayé de correspondre avec ces pauvres exilés,\nsans avoir beaucoup réussi. Enfin tout est fini, Dieu veuille que notre\npauvre pays puisse se relever un jour, mais je crois que nous ne verrons\npas cette résurrection, nous avons été trop terriblement maltraités pour\ncela ! Il faudra de longues années et de longs sacrifices pour que nos\nenfants assistent au relevage de ce pauvre pays.\n\"Jacques est à Milan, en courses dans toute l'ltalie, il reviendra\ndans une quinzaine de jours à Etretat où je compte aller sous très peu. Il\na été très vivement touché par cette affreuse guerre, sa santé en a été\ntrès sérieusement altérée et depuis trois mois il n'a pas eu huit jours de\nbons. J'espère que la rentrée dans le milieu qu'il aime et dont il a tant\nbesoin le remettra tout à fait.\n\" Est-ce que vous ne viendrez pas tous deux à Etretat ? Nous avons\nsi besoin de revoir des visages amis et aimés ! et vu la santé de mes\nenfants je ne passerai pas par Paris mais par Lisieux ou Honfleur. Si\nvous n'avez pas gardé un trop mauvais souvenir du vent, nous vous\nattendrons avec joie. Amitiés à ceux qui se souviennent encore de moi"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.24", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2365, "texte": "et à vous et votre aimable père, mes plus sincères et sérieuses amitiés.\nHERMINIE. \"\nMaintenant il me faut revenir un peu en arrière pour expliquer\nplusieurs choses très bizarres. Lors du grand succès d' Orphée Sardou\navait vivement complimenté Offenbach et lui avait fait entendre qu'il\nserait heureux de collaborer avec lui. Or, en 1869, Jacques avait demandé\ntout à coup au dramaturge de lui écrire une féérie à calembours. Sardou\ns'était déclaré incompétent, puis s'était ravisé. Il écrivit le Roi Carotte.\nMais la guerre et la Commune étant survenues, la pièce ne fut pas\nmontée et lorsqu'on songea à la mettre à la scène, on se rendit compte\nqu'elle constituait une trop violente satire des tristes événements passés.\nSardou, récrivit le Roi Carotte. Le 15 janvier 1872 l'œuvre nouvelle\nétait jouée à la Gaîté avec un succès retentissant.\nTrois jours plus tard, l'Opéra-Comique donnait Fantasto. Une chute.\nLa pièce de Musset avait été promise dès 1870. Sans paraître, Nuitter y\nétait intéressé et le 11 juin de l'année néfaste, il avait reçu de Paul de\nMusset, principal collaborateur, la lettre suivante datée de Bourzon (Seine\net Marne) : \"Cher Monsieur, j'ai reçu votre lettre contenant un des\nexemplaires du traité. Il n'est pas tout à fait régulier, puisque Offenbach\nn'a pas mis au-dessus de sa signature approuvé Vécriture ; mais si le maestro\ncroit s'être engagé, c'est tout ce qu'il faut, en ce qui me concerne, mon\nintention n'étant pas de le poursuivre, à moins de méfaits si graves que\nje les regarde comme impossibles. J'aurais recours, s'il en était besoin, a\ndes considérations d'un ordre plus élevé, touchant sa gloire d'artiste; mais\nj'espère en être dispensé puisque vous me dites qu'il travaille et qu il a\npris à cœur l'affaire de Fantasio. J'ai bon espoir aussi dans les efforts de\nMlle Dalti à laquelle il faut apprendre à marcher et àse tenir en princesse.\nSon début dans Lalla-Roucksera une occasion de lui faire des observations\nsur sa manière de prononcer.\n\" Il me reste maintenant à vous adresser deux recommandations\nimportantes. La première c'est de faire exécuter les changements que j'ai\nindiqués sur le manuscrit des deux premiers actes que je vous ai remis.\nLe jour où vous m'avez fait entendre des fragments de la partition, ces\nchangements n'étaient pas encore faits, et il me chiffonne de savoir que"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.25", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2265, "texte": "Capoul et M\"e Dalti travaillent sur des passages du poème qui ne\ndoivent pas rester. On peut déjà leur donner les vers de la sérénade que\nj'ai introduite à la place du manteau de velours et des éperons d\"argent, qui\nne conviennent pas à la situation. Les autres changements sont plus\ndifficiles et pourtant indispensables. Le couplet finissant par\nEt piquer qui s'y frotte\nest à refaire. Ce travestissement du diction populaire qui s'y frotte s'y\npique est choquant dans la bouche du jeune homme qui, dans les parties\nen prose, vient de s'exprimer avec tant de grâce et d'esprit.\n\" Ma seconde recommandation c'est de m'envoyer le plus tôt\npossible le manuscrit du troisième acte par la poste (comme papiers\nd'affaires), je vous le renverrai au bout de deux ou trois jours.\n\" Demandez au bon Dieu de l'eau par charité. Excepté les rosiers\net le jasmin, tout meurt de soif ou ne sort pas même de terre. Les fraises\nsont de petits cailloux, et voici la première fois que je vois un mois de\njuin sans petits pois.\nTout à vous bien cordialement.\nIl est à remarquer que ce n'est ni Capoul ni Mlle Dalti qui créèrent\nles deux principaux rôles, de Fantasio, mais bien Ismaël et Galli-Marié.\nOffenbach a projeté de devenir directeur de la Gaîté en remplace-\nment de Boullet qui monta si magnifiquement le et qui va\nmourir en juin 1873. Dès qu'il est à la tête du théâtre convoité, le\nmaître se lance dans des dépenses folles. Inutile de rappeler cette période\nqui devait le conduire à l'abandon de ses plus chers rêves. Mais il est du\nplus haut intérêt d'établir pour la première fois l'historique d'une piece\nà grand spectacle qui devait dépasser en somptuosité tout ce qui avait\nété réalisé jusque là, je veux parler du Don Quichotte de Sardou joué en\n1864 au Gymnase et remanié, transformé, développé, à l'intention de la\nGaîté.\nLe projet avait été formé le lendemain de la Haine dont la création\navait rendue plus étroite l'amitié qui liait Offenbach à Sardou.\nComme toujours, le maestro avait mis en avant son fidèle Nuitter\net celui-ci devint le collaborateur du dramaturge, détail demeuré inconnu\net que je vais prouver.\nDès le 25 mars 1874, Nuitter recevait de Sardou une invitation à\ndéjeuner pour le lendemain. Il fut convenu alors que l'archiviste de"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.26", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2623, "texte": "l'Opéra préparerait un scénario. Le travail, une fois terminé, fut soumis\nà Sardou qui répondit :\n\" Ce qui me frappe tout d'abord dans le scénario que vous\nm'envoyez : c'est que la pièce pourrait s'appeler Cardenio et Lucinde et\nqu'on pourrait y supprimer D. Quichotte et Sancho sans difficulté. C'est\nun défaut que je crois très sérieux. Sans doute on ne saurait faire de\nD. Quichotte et de son acolyte autre chose que des personnages a côté\ndans le drame ; mais encore faut-il leur faire leur part, celle de la\ntradition, et c'est à quoi je m'étais appliqué dans la pièce. L'intérêt,\nc'était Lucinde et Cardenio, le comique, c'était D. Quichotte et Sancho,\nLesueur et Pradeau, Rossinante et Grison.\n... Inutile d'intituler une pièce D. Quichotte, et ne servir au public\nrien de ce qui, pour lui, est D. Quichotte, rien de ce qui est resté dans le\nsouvenir de chacun ; ni les moulins à vent, ni la chaîne des forçats, ni les\nmaisonnettes, ni la veillée des armes, ni le cheval, ni l'âne, me ferait une\nfort mauvaise affaire. Il aura une déception et fera tout de suite la réflexion\nque j'ai faite en commençant : c'est une pièce quelconque mais ce n'est\nplus D. Quichotte. Pourquoi D. Quichotte ? Qu'on le supprime, l'action\ny gagne en rapidité. Il en résulte aussi pour le musicien la suppression de\ntoute la partie comique, de tout ce qui fait l'originalité amusante du\nchef-d'œuvre de Cervantès. \" Quoi ? ni invocation à la Lune, près du\npuits de l'hôtellerie, ni chant des galériens traînant la chaîne, ni raclée à\nnos deux toros, rien, absolument rien de ce qui nous a tant amusés enfants\net tant remués plus tard ?... C'est comme si vous faisiez un Robinson\nsans île, sans perroquet et sans Vendredi ! C'est Que l'on\nchoisisse dans ces épisodes, que l'on adopte le plan musical, que les\nmoulins à vent restent dans la coulisse, que l'on supprime le beaume de\nFier-à-bras..., oui. Mais pour Dieu, un peu d'aventure, de grande route,\nde chevalerie errante,de chaleur accablante, de Rossinante, de Grison, de\nbissac, de repas sur l'herbe, de tout ce qui est si charmant dans le livre.\n\" En supprimant tout le tableau de la campagne, où nos deux héros\nsont à l'œuvre, vous avez tout bonnement détruit celui qui faisait le plus\nd'effet, parce qu'il était la saveur même de la pièce. Et le Cardenio qui\nveut se tuer et D. Quichotte qui l'en empêche, chose qui vient fort mal\nau finale du deuxième acte et froidement. C'est ce tableau là qu'il faut\nrétablir ou alors ce n'est pas la peine de faire un D. Quichotte, puisqu'il n'y\nen a plus. Reportez-le, si vous voulez, au commencement du 3me acte, ce"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.27", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2408, "texte": "qui me paraît possible. Je n'ai pas ici la pièce et je ne saurais en rien dire\nexactement ; mais D. Quichotte et Sancho, en campagne, sur la route, à\nF œuvre, et le cheval et l'âne boitant etc. etc. et encore une fois ce\nn'est pas D. Quichotte. Le public attendra tout le temps quelque chose\nqui ne viendra pas, et dira qu'on s'est moqué de lui. Et le musicien, ça\nne l'amuse donc pas d'écrire ce tableau de la route ? Mais c'est Cervantès\nlui-même, c'est la, moelle de son œuvre. C'est le comique, la gaîté, la\nsaveur qui le font immortel. Et il s'en prive ! Alors pourquoi Don\nQuichotte ? Qu'est-ce qui le séduit là-dedans ? Qu'il prenne à Cervantès\nla première nouvelle venue, Pretiosa,le le\nimpertinent, mais un Don Quichotte sans Don Quichotte et sans Sancho,\nc'est bien la peine !..\n\" Le duo vient bien, seulement il ne faut pas le terminer froidement\npar un amant qui va reconduire sa maîtresse au couvent !.. Jamais de\nla vie !..\n\" Du reste je crois que vous devriez attendre mon retour pour causer\nde tout cela et ne pas aller si vite. \"\nDu temps passe. Chacun a travaillé, il semble bien que l'entente est\nfaite sur la manière de traiter le sujet.\nLe 2 mars 1875 Sardou informe Nuitter qu'il a envoyé à Jacques\nle lerIer tableau du second acte : les Moulins. \"Je ne quitte plus cet acte,\ndit-il, qu'il ne soit prêt et je compte lui expédier dans deux jours le\n2me tableau et dans quatre le 3 c'est-à-dire qu'il aurait tout cette\nsemaine : après quoi je passerai à l'acte suivant.\n\" J'ai fait des changements au baisser du rideau, comme vous verrez.\nVous expliquerez à Jacques, à qui j'ai oublié de le dire, que si nous\nvoulons éviter l'incendie des Moulins à cause de Barataria, où il y a aussi\nun incendie, on peut se contenter de faire sortir des moulins une légion\nde petits meuniers et d'en faire arriver aussi de tous côtés, de toutes tailles,\ndepuis la plus grande, jusqu'à de tout petits, tout petits enfants, tous\nvêtus de blanc, en meuniers espagnols (!!!) avec des bérets (!!!) chacun\nportant une échelle à sa taille, jusqu'au bambin de quatre ans aussi avec\nsa petite échelle, et tous courant comme des beaux diables, et se croisant\ndans cette course pour aller décrocher un héros ! Avec l'arc-en-ciel par\nlà-dessus, et le retour du soleil, ça ferait un beau baisser de rideau, et\namusant pour les enfants.\n\" Parlez-lui-en quand vous tiendrez l'acte ; les échelles remplace-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.28", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2443, "texte": "raient les sacs de farine, qui ne sont pas commodes et les sceaux (sic) et\nelles auraient l'avantage d'être en situation et de ne pas détourner l'atten-\ntion de D. Quichotte et de Sancho qui doivent rester le point central de\nl'action. Les ailes du moulin pourraient continuer à tourner pendant ce\ntemps-là, jusqu'au baisser du rideau. Ca ferait partout un mouvement\nenragé. \"\nDans cette lettre se révèle l'ingéniosité scénique du dramaturge qui,\npar la suite, atteindra au plus haut sommet de l'art de la mise en scène.\nLe 4 mars, nouvelle lettre explicative : \" Vous recevrez en même\ntemps que ceci toute la fin du 2me acte —la veillée des armes et la course\nde taureaux.\n\"Je crois que tout ça va bien sans l'inconvénient d'un ballet après la\nsituation dramatique du ymetableau. Mais je ne vois guère moyen de\nfaire autrement. Et après tout, c'est une féérie. Quant à Grivot dans\nCardenio, hum !.. —à ce 3me acte, il faudra voir.\n\" Si on peut faire les cochons avec des clowns ce sera bien drôle.\nEt il faut qu'on le puisse. Le bernement est aussi une bonne chose. Vous\nverrez que j'ai visé partout au plus court.... Mais c'est difficile ! il faut la\nplace de la pièce, de la féerie, celle de l'opéra ! ! c'est terrible.\n\" ...Il faut un taureau à tout prix. Je suis persuadé qu'un clown\navec un appareil de centaure, c'est-à-dire comme ceci,1 et des fils de rappel\naux bras faisant mouvoir les jambes de derrière serait le mieux.\n\"Je ne crois pas à l'enfant, l'autre au contraire fera tout ce qu'il\nvoudra, et je maintiens que le jeu des jambes de derrière à l'aide de fils\nn'a rien de si compliqué pour un homme dont les deux bras sont libres :\nsi on veut bien l'étudier, on le fera ; mais il y faut un homme qui se\npassionne pour ça et pas les endormis que je vois partout, qui n'ont ni\nfeu sacré, ni esprit et qui commencent toujours par déclarer que c'est\nimpossible ! on a fait des choses bien autrement difficiles que ça ! \"\nDans une autre lettre concernant toujours le deuxième acte, Sardou\nannonce qu'il a supprimé le chant du beaume de Fier-à-bras. \"Je trouve\nque cela ferait bien de la musique dans ce tableau et j'ai peur que ça ne\nfasse tort à la complainte de Térésa. Elle a un premier air avec Ortiz,\nelle a le très important morceau du finale du tableau, ça lui en ferait\ntrois coup sur coup ! Jacques appréciera. Il me semble qu'il y a mieux à\n\n1 Sardou avait dessiné un taureau mécanisé dans sa lettre."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.29", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2385, "texte": "faire avec l'armement du chevalier au tableau suivant, qu'avec ce rajout :\net il faut nécessairement sacrifier l'un à l'autre. D'autant plus que Térésa\nn'aura rien à chanter dans l'autre.\n\" Il me paraît donc bien plus sage de sacrifier le beaume à la lecture\ndu livre de cuisine. Il me semble qu'avec une épée et le livre, elle fera\nplus qu'à chanter ici son air en écumant le pot ! — et qu'il y a tout\nprofit à dégraisser ce tableau au profit de l'autre.\n\" ...Il faut que la mise en scène du reposoir soit splendide... Rien ne\nsera plus joli, que ce groupe de femmes échelonnées dans les fleurs, a une\ngrande hauteur, et disposant les guirlandes. J'y vois des grandes quantités\nde petites bougies qu'on allumera de façon à faire comme un immense\narbre de Noël qui nous donnera un vrai tableau très joli dans cette cour\néclairée en haut par la Lune. Expliquez bien tout cela comme je l'entends.\"\nEt voilà que, pour bien affirmer ses intentions qui sont celles d'un\nhomme de théâtre averti, Sardou fournit de nouvelles explications a\nOffenbach : \" J'ai griffonné quelques vers de couplets, mais il va sans\ndire que ce sont des monstres et qu'il ne s'agit pas de taire chanter a\nTérésa elle-même : \" \"Je fais la noce ! ou\nVive le cochon !\nComm' dans la Femme\nTout en est bon !\n\" Ce ne sont que des indications à grands traits, exégérées, énormes,\ncomme dans toutes les ébauches et où la note est forcée pour souligner\nl'intention. Je compte sur Nuitter pour adoucir et mettre au point\navec toi.\n\" ...Tâche qu'on réalise les cochons avec de la baudruche sur des\nclowns. Des gens qui font des singes peuvent faire des pourceaux et cette\nbataille avec Sancho peut être bien drôle. — D'autant qu'elle est conforme\nau vœu de Cervantès.... Il faudra peut-être faire assister D. Quichotte a\nla scène du cirque pour le mêler à l'action dont il est déjà peut-etre trop\nisolé, puisqu'il fait le dénouement : mais il restera muet jusqu'au taureau.\n\" Ce taureau il le faut à tout prix. Je persiste à croire, comme je lai\ndit à Nuitter, qu'il ne fera bien qu'avec un clown ayant en guise de\npolisson tout un corps et un arrière-train de taureau, et faisant mouvoir\nles pieds de derrière avec ses bras au moyen de cordes et de poulies. Je\nne crois pas cela si difficile à faire qu'il le semble. Et si le corps est bien\nréussi, ce clown fera parfaitement tous les mouvements de tête voulus"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.30", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2404, "texte": "pour se redresser, se pencher, menacer, flairer, et enfin le mouvement\nessentiel de la fin. Deux hommes, impossible, — un enfant aussi ! —\nMais un seul homme à l'état de centaure, j'y crois parfaitement. Seule-\nment qu'on y travaille sérieusement et pas de mot : \" impossible. \"\n\" Avant de t'envoyer le 3me acte je tiens à te rappeler ce que j'ai dit\nrelativement au décor de Barataria — je parle du N° y — l'intérieur\ndu palais — c'est-à-dire l'alarme, puis l'arrivée des ennemis, puis\nl'incendie — si ce décor n'est pas équipé de façon à faire de bonnes\ncourses et de bonnes descentes d'abord de gens réveillés en bonnet de\nnuit, et courant dans tous les sens, effarés, puis d'ennemis courant de\nmême, l'effet de ces courses est perdu — mais j'admets que ceci est prévu\nbien que je n'aie pas vu le décor équipé de façon à me faire comprendre\ncet effet-là.\n\" Ce qui est important et sans rien changer à la plantation, c'est que\nce palais ait un caractère : or celui que j'ai vu n'en a pas : il n'est d'aucun\nstyle déterminé ; c'est un palais de féérie quelconque. Je ne demande pas\nqu'il soit comique, je demande qu'il soit oriental, qu'il soit turc, qu'il\nsoit en harmonie avec les costumes qui tous vont rappeler un Orient\nquelconque (odalisques, eunuques etc.) — et je ne vois ni odalisques, ni\neunuques, ni sarrazins dans ce qu'on m'a montré ! J'y vois\nBelle au Bois Dormant^mais pas Baratar\n... \" Je n'ai vu que cette lacune à signaler dans la belle série de\nFromont — avec les cadavres (ô Dieu, pas de cadavres !) Et il est bien\nconvenu n'est-ce pas, que nous remplaçons ces cadavres ! (ô Dieu !\n(bis) ! etc., par une bataille diabolique et des visions de cauchemar,\ncomme celles de la Tentation^qui ont fait courir tout Paris.\n\" Pense à tout cela et veilles-y ; c'est à mon avis très important.\n\" Il me paraît bien difficile de faire un entr'acte après cela ! Il n'y a\nplus après qu'un petit bout de scènes que je ferai les plus courtes possible,\n— puis les noces de Gamache en guise d'apothéose. Ne sera-ce pas bien\nfroid d'interrompre pour si peu ? Et ne pourrait-on faire retomber le\nrideau de premier plan, la forêt, sur l'apothéose de Barataria ? J'ai besoin\nde le savoir pour régler mon arrangement là-dessus.\n\" Mille bonnes amitiés à toi, à tous. Je reviens à la fin du mois,\nécris-moi. \"\nLe 8 mars ayant travaillé d'arrache-pied, Sardou envoie le 3me acte\nà Nuitter."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.31", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2425, "texte": "\"J'ai laissé tout Barataria en pantomime, lui dit-il, Jacques décidera\ns'il veut y mettre des paroles, chose facile et qui importe peu pour le\nmoment. Ce sera simple comme bonjour. —Je ne déteste pas la panto-\nmime, il y a longtemps qu'on n'en a vu. Et il y a bien des Parisiens qui\nn'ont pas vu Debureau et qui ne savent pas ce que c'est. Ce serait peut-\nêtre plus original et plus drôle, surtout avec sa musique qui ne cessera\npas, une merveilleuse série de tableaux et une action amusante qui ne\npermettront pas une seconde de froid. Qu'il décide.\n\" Je n'ai pas indiqué la nature des ballets, ni le truc des oranges.\nJ'aime bien les femmes de différentes couleurs, la race verte,\nla race rouge, américaines la race noire, la race blanche,\neuropéennes. On peut les garder et faire l'arbre tout de même à l'arrivée\ndu cortège. Quant aux ballets, c'est à chercher. J'ai vu dans un ballet\njoué sous Louis XV, je crois, et que vous devez connaître, une chose qui\nfaisait grand effet, dit-on,des doubles têtes, c'est-à-dire des femmes qui\navaient un masque derrière la tête, masques de négresses, de telle sorte\nqu'en se retournant et leurs costumes étant mi-partie, elles produisaient\nun double effet alternatif de noires et de blanches. Ça a dû être fait\ndepuis, mais que n'a-t-on pas fait ? Je le propose.\n... \" Méfions-nous de l'opéra. On pourrait faire de la pièce un grand\nopéra, alors supprimer le rôle bouffe ; ou un opéra-bouffe, alors supprimer\nl'opéra ; ou une féérie, alors supprimer la musique ; ou un drame ; alors\nsupprimer la féérie. C'est un peu de tout cela à la fois, et c'est un\nmérite, à la condition de ne pas trop dérouter le public, en lui servant à\nun moment donné quelque chose qui détonne avec le reste ! Il est bête\nle public, il est routinier, moutonnier, le public ; il vient là pour entendre\nune pièce d'une certaine nature, il s'y prépare, il tourne dans son étroit\ncerveau la clef qui le met dans un certain état mental, prêt à\nfaçon de voir, et si on le trouble dans cette opération, son intelligence se\nbrouille, et il n'y est plus, ça le gène. Ï1 vient pour voir un\nbouffe-féerie, il ne faut pas lui donner un opéra-bouffe-opéra-féerie-grand-\nopéra ? Il en deviendrait fou ! Méditez ces choses.\n\" Je n'ai pas donné les détails des toreros, matadors, picadores. C'est\nfacile à donner et bien connu. Je crois aussi avoir écrit Yalguazil des\ncourses au lieu de Xalcade. Corrigez ! \""}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.32", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2375, "texte": "A l'époque où nous nous trouvons, Offenbach était encore directeur\nde la Gaîté. Ses anciens démêlés avec la Société des Auteurs et Compo-\nsiteurs dramatiques semblaient devoir se renouveler à propos de\nQuichotte. Sardou, qui n'était pas alors tout puissant à la Société, s'en\nouvre à Nuitter : \"J'ai vu dans un journal que la Commission était saisie\nde notre affaire. Il y a là un point embarassant qui me préoccupe. J'y ai\nbeaucoup pensé et je ne vois pas moyen d'en sortir autrement que par\nl'adhésion de la Commission.\n\"Il serait impossible de se mettre en lutte sérieuse avec elle. Nous\nn'aurions qu'à y gagner du mauvais vouloir, et il y en a assez déjà comme\nça, contre moi.\n\" Offenbach ne pourrait pas dire qu'il ne touche rien : personne ne\nle croirait et nous aurions l'air de fripons. La Commission d'ailleurs\nm'appellerait à sa barre, pour me faire jurer sur la foi du serment, que je\nne partage pas avec lui et je serais bien forcé de déclarer la vérité.\n\" Que s'il voulait passer outre et, tout en convenant des droits qu'il\ntouchera, se borner à payer l'amende, la dite Commission me mettrait en\ninterdit, moi particulièrement, m interdira de donner ma pièce, et je\nserais encore forcé de me soumettre.\n\" Tout cela d'ailleurs provoquerait un scandale affreux et mauvais\npour lui comme pour moi. Il vaut donc mieux plier, s'entendre à\nl'amiable, offrir par exemple une représentation pour la Caisse de la\nSociété, très sensible à ces sortes de cadeaux, et sortir de là sans dispute.\nIl a déjà dû d'ailleurs prendre un parti, et je me fie à lui pour qu'il soit\nbon. Tâchez de ne pas me laisser sans nouvelles, l'un ou l'autre, et mille\nbonnes amitiés.\nLa collaboration continue et semble devoir se terminer heureuse-\nment. Jacques tient à son tour aux taureaux et aux cochons comme au\npalais de Barataria, mais Sardou s'inquiète de la partition : \" V ous ne me\ndites rien de la partie musicale, écrit-il. Etes-vous fixés ? Jacques\ntrouve-t-il aussi que tout cela s'emmanche bien ? C'est mon avis : mais\nle sien ?...\nEt dans cette lettre, il ajoute, à propos de la chute de\n\" J'ai vu avec regret le sort de Carmen.Je l'avais bien un peu prévu. Je\nne crois pas plus à Bizet qu'à Carmen en opéra-comique. L'ombre de\nScribe a dû en frémir d'horreur, et le père Scribe n'était pas une bête !\noh ! mais non ! Du Locle n'en est pas assez convaincu."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.33", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2385, "texte": "Cependant de nouveaux changements étaient apportés à la pièce.\n<c Jusqu'ici nous nous sommes préoccupés, dit Sardou, de faire l'effet des\nnuages dans le même cadre que le tableau précédent. Du moment que\nnous arrivons au changement à vue, pourquoi ne pas le faire franche-\nment ? Pourquoi ne pas faire du départ de Sancho et de Don Quichotte\nun tableau indépendant de l'autre ? Cardenio tombe : le décor change\nfranchement. Et Cardenio tombé disparaît. Il y aurait bénéfice à lier les\ndeux choses, quand D. Quichotte entendrait le cri de Cardenio. Du\nmoment que ce procédé n'a pu être admis, il faut penser carrément à\nl'autre.\n\" Donc le décor change. La campagne au petit jour, de grands\nchardons, de grandes plantes qui vont porter de grandes ombres amusantes,\nau lever du soleil. Alors ici tout un tableau de nuages, s'éclairant, passant\nd'une teinte à l'autre : bref le lever du soleil, du crépuscule au jour éclatant,\net pendant ce temps, une mélodie de Jacques ad hoc ! le chant des\noiseaux qui se réveillent, la rosée du matin, tout ce qui renaît ; puis l'aube\ngrandissant de plus en plus ; au loin, tout au loin, la silhouette des deux\nhéros, sur leurs bêtes et les grandes ombres portées des oreilles de l'ânon\net du cheval se projetant sur toute la scène ; cette silhouette grandit,\ngrandit, tandis que le soleil se lève éclatant, sans que pour cela on soit\nforcé de voir le disque et que les nuages subissent leurs transformations\net passent des visions noires du début aux visions blondes et éclatantes.\nEt le rideau baisse sur la marche de qui s'est\ntout doucement révélée dans la symphonie à leur première apparition, et\na été toujours croissant de ton, jusqu'à leur apparition complète.\n\" Parlez-en tout de suite à Jacques et qu'il décide. Mais je crois\nque c'est cela qu'il faut faire franchement, amplement. Et l'on y gagne\nen franchise d'exécution, c'est-à-dire de faire alors pour le tableau précé-\ndent, au lieu d'une terrasse embêtante, un bel intérieur de palais, le\nde toute la pièce.\nMais voilà que l'affaire se gâte. Offenbach qui a déjà mangé une\nfortune à la Gaîté songe à réaliser des économies. Sardou se fâche. Il écrit\nà Nuitter :\n\" Ma lettre d'hier vous a prouvé que je comprenais la raison d'éco-\nnomie. Mais les économies que je ne comprends pas sont celles qui,\nbasées sur des impossibilités de machiniste, suppriment successivement tout"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.34", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2491, "texte": "ce qu'il y a de pittoresque et de grand effet dans chaque acte pour le\nsacrifier à un seul effet qui s'appelle ici ou le Cirque. J'étais\nbien sûr que Barataria serait la pierre d'achoppement pour laquelle tout\nse briserait et que pour Barataria on finirait par n'avoir plus rien de\npropre dans toute la pièce.\n\" Le devis de 300.000 francs est une aimable plaisanterie, à moins\nqu'on n'en dépense cent mille pour Barataria et autant pour le Cirque.\n\" Et ce n'est pas à moi que l'on fera croire à ce chiffre pour une\npièce où, en définitive, Barataria excepté, je ne vois que trois ou quatre\ngrands décors : la rue, les escaliers, le Cirque et Gamache.\n\" Il n'y a pas de féérie où il n'y en ait le triple, et elles ne coûtent\npas 300.000 frs. pour cela.\n\" Quoi qu'il en soit, j'admets très bien que par économie on porte\ntous ses efforts sur ces quatre grands aspects, mais alors il faut que ces\nefforts soient complets.\n\" Or, tout ce que vous me proposez est misérable. Des peintures au\nlieu de réalité !... Je connais ça, je l'ai déjà vu au Gymnase ! Et ce n'est\npas la peine d'aller à la Gaîté, et à la Gaîté d'Offenbach pour l'y revoir.\n\"Je n'admets pas de rue de Tolède sans rue montante ni descendante,\ncar tout l'effet du décor est là. Montrer l'Espagne sous un aspect digne\nde l'Odéon, avec des rues peintes et sans aucun des mouvements pitto-\nresques de descentes, de montées, d'arrivées que donnent les vrais escaliers,\nla belle affaire ! On a fichtre bien le temps d'enlever ces praticables pen-\ndant le tableau et l'entr'acte qui suivent et cette prétendue impossibilité\nest comme toutes celles que j'ai rencontrées au Roi Carotte qu'on a fini\npar éreinter avec ces impossibilités-là, en supprimant aujourd'hui un\ntableau, demain un truc, le lendemain un autre, et finalement jusqu'à\nl'apothéose. Ne recommençons pas, si impossible.\n\" Je veux absolument mes rues, et larges et commodes et pas peintes,\nou alors peignons aussi les personnages, ce sera complet !\n\" On fera ce qu'on voudra pour les nuages. J'attire seulement l'at-\ntention sur ce que j'ai dit hier : fichue fin d'acte pour une féérie !\n\" ...Je regrette que les moutons ne puissent pas passer dans l'orage ;\nparce que je me proposais de compléter la chose en faisant décrire par\nDon Quichotte, toute cette armée ou il vit les chevaliers les plus fameux,\ncomme dans le roman. Ça préparerait très bien les moulins, et puis des\nmoutons qui fuient, devant l'orage, c'est plus amusant que des moutons"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.35", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2395, "texte": "qui passent. J'ajoute que le truc, m'a-t-on dit, n'est possible que\nVobscurité. C'est même pour ça que j'avais mis un orage. Il faut pourtant\ns'entendre. On ne peut, par le grand soleil, faire tout à coup une éclipse,\npour amener ce truc !\n\"Je ne tiens pas du tout à l'incendie ; au contraire. Mais quant à\nfaire attaquer le moulin par le vrai D. Quichotte, on me permettra de\ndéclarer, que c'est une détestable idée. i° à cause de la perspective.\n2° vu l'impossibilité de faire avancer le cheval sur le moulin qui\ntourne. Pas un cheval ne s'y prêtera ! C'est bien facile à comprendre, et\nj'ajoute que le fit-il, ce ne sera jamais en courant ! On aura un bidet\ntrottant de travers, valsant, dont on ne sera jamais le maître, et c'est a se\nfaire cribler de sifflets.\n....\" Il n'y a qu'un procédé, celui employé au Gymnase ; un faux\nD. Quichotte courant sur sa bête, la lance en arrêta et enlevé lestement sous\nV œil du spectateur.\n\"Je crois qu'on a tort de supprimer tous les petits meuniers et leurs\néchelles.— Ceci est pour les enfants et l'enlèvement de D. Quichotte est bien\nmaigre, par la raison que des le début P acte\nqui connaît la chose et qu'il ny a d'effet l'inattendu.\n\" C'est pour cela que j'avais fait enlever Sancho aussi, a quoi on ne\ns'attend pas. Mais on simplifie si bien qu'on ne donne plus que la carcasse\nde la chose. On rira à Sancho enlevé avec son âne, parce que c'est\nimprévu ! et que l'effet est redoublé. On ne rira pas à D. Quichotte\nenlevé, c'est trop connu !\n\" Et l'orage, faisons-nous aussi un orage du Gymnase, avec des\nnuages du Théâtre de Madame ? Et pas d'arc-en-ciel ! l'arc-en-ciel\ncoûtant 300.000 frs et empêchant le cirque ?\n\" sme5me décor. Apporter les fleurs en scène, tant qu'on voudra : mais\naprès l'effet de scène, faire descendre les femmes de leurs petits tabourets,\net leur faire emporter les fleurs pour le changement, comme les ouvreuses,\nquand le rideau est baissé, c'est grotesque. Et je ne comprends même\npas comment on ose en parler. Voilà un joli effet de fin de tableau !\nComme c'est scénique ce démontage de décor, et musical aussi ! Et le\njoli tableau, de tout ce monde-là, s'en allant avec ses petits paniers, comme\nles comparses, quand la pièce est finie ! Je me demande vraiment si\nquelqu'un a proposé ça sérieusement. J'ajoute que depuis l'été dernier\nl'agencement du décor de l'hôtellerie a été convenu avec Vizentini et"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.36", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2333, "texte": "Godin, puisque le mur de la basse-cour monte et cache ce reposoir.\nJ'établis de plus que, vu le peu de dimensions du décor de la basse-cour\net la facilité qu'on a d'y faire avancer des portants sur la scène, rien n'est\nplus facile que de couvrir a vue ce reposoir par une construction latérale\ndans laquelle sera l'étable à porcs !\n\" Je déclare enfin que pour l'exécuter de cette façon-là, il vaudrait\nmieux supprimer le reposoir, les femmes, le tableau et la pièce aussi !\n\" Mais il y a le Cirque et Barataria. Et il faut bien\ntoute la pièce pour le Cirque et pour Barataria !\n\" 6me décor. —Je suis on ne peut plus reconnaissant à Godin d'avoir\nbien voulu me laisser le puits et la mare dans le décor de la basse-cour et\nde n'avoir pas constaté qu'ils coûteraient cent mille francs chaque, et que\nla loge du Gouverneur empêcherait le puits et que l'étable de Barataria\nrendait la mare impraticable.\n... \"Je n'ai rien à dire au Cirque qu'à lui déclarer qu'il faudra qu'il\nsoit diablement beau pour faire oublier tout ce qu'on lui sacrifie dans\ntoute la pièce et qu'à adresser la même observation à\n\" Quant à donner à un dessinateur anglais le décor de Gamache, on\nme permettra de ne pas encore être bien fou de cette idée-là. Pour les\nrues les anglais sont admirables. Pour les décors, ils font criards et sans\ngoût. Et ce n'est pas après des décors de nos grands artistes français qu'on\npeut servir au public parisien un tableau aussi important, peint par des\nfarceurs, qui ne connaissent que le tapage, le tape-à-l'œil, le paillon et\nn'entendent rien à l'art vrai de la décoration théâtrale.\nDes rues aux anglais, toujours !\nDe la peinture, jamais !\n\" J'ai dit. Maintenant, mes chers amis, ne m'écrivez plus, je vous\nprie, c'est inutile. J'allais me mettre au 3me acte ; je le laisse là et je ne\nm'occuperai plus des décors de la pièce que quand Godin aura achevé de\n1y r • i>s\necnre !\nRageuse, violente, ironique, cette lettre dût ramener à la raison le\nchef machiniste Godin, Vizentini, représentant OfFenbach comme direc-\nteur artistique, et le maestro lui-même dont l'autoritarisme ne pouvait\nlutter contre celui du dramaturge. J'ignore ce qui se passa, mais une fois\nsa colère tombée, Sardou écrivait à Offenbach à propos du 2me acte :\n\" Comme je ne sais pas ce que tu comptes faire du dans le Cirque,\n\n3"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.37", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2275, "texte": "j'ai laissé les indications un peu vagues : cela dépend absolument de ce\nque tu voudras faire, de ce qu'on pourra tirer des taureaux. Quant aux\nrenseignements relatifs aux courses, dis à Vizentini de préparer lui-même\nd'après ce que vous projetez, un petit travail de costumes d'après les\nrenseignements qu'il trouvera aux sources suivantes :\n\" G. Doré, Voyage en Espagne (Tour du monde 1869) —Théoph.\nGautier, Voyage en Espagne (page 90 et suivantes) —Alex. Dumas, De\nParis à Cadix, (tome I, page 113 et suivantes).\n\" Il y a dans ces trois ouvrages, et surtout dans Gautier, toutes les\nindications désirables sur les costumes, la marche des courses, etc.\n\" Qu'il consulte aussi et dise à Stop de consulter l'ouvrage de\nMme d'Aulnoy :La Cour et la Ville de Madrid au X VIIme siècle. Il ya là\nde précieuses indications de couleurs pour les qui en ce temps-là\ncomme au XVIme siecle n'étaient pas ainsi qu'aujourd'hui des gens en\nfaisant métier ; mais des amateurs^tous nobles.\n\" Stop consultera tout cela avec fruit, et c'est avec ces documents\nque nous établirons la Marche du Cirque ; quand nous saurons si ton\nrêve des taureaux est réalisable. Car sans taureaux que faire ? Mille\namitiés à tous.\nTous ces travaux, tous ces efforts, toutes ces querelles d'auteurs sont\ndevenues inutiles. Offenbach est tombé malade et le 15 mai, la Société\nde la Gaîté est dissoute. Le masstro, quoi que sa fortune personnelle ait\nété engloutie et que ses droits d'auteur soient hypothéqués pour plusieurs\nannées, entend demeurer seul propriétaire de son théâtre et continuer la\nlutte. Mais l'irrémédiable est accompli. Le 25 juin la Gaîté passe aux\nmains de Vizentini qui hésite à monter Don Quichotte. Alors, Sardou écrit\nà Nuitter : \" Tâchez donc de passer chez Offenbach et de lui prendre les\nmanuscrits de D. Quichotte qu'il a, y compris le premier acte que vous\navez fait ; vous direz que nous en avons besoin sans autre explication ;\nmais je crois qu'il est bon de rentrer en possession de la pièce, là et à la\nGaîté, pour qu'elle ne se promène pas partout comme un rossignol, tandis\nqu' on nous berne d'un côté comme de l'autre. \"\nCe Don Quichotte transformé encore, devait être joué vingt ans plus\ntard au Châtelet, ne laissant derrière lui aucun souvenir de sa première"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.38", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1801, "texte": "histoire, celle-là même que j'ai rapportée tout au long, parce qu'Offenbach\navait compté sur cette œuvre pour un relèvement définitif.\nQue dire encore ici du grand artiste aussi vilipendé que glorieux,\nsi ce n'est qu'après quelques beaux succès comme le Voyage dans la Lune\net La Fille du Tambour-Major,il fut emporté subitement le 5 octobre\n1880. Je ne saurais mieux terminer mon étude documentaire qu'en rap-\npelant ce qu'a dit de Jacques Offenbach, musicien trop délaissé, un jeune\ncompositeur d'aujourd'hui, M. Reynaldo Hahn :\n\" Par moments il a des élans pathétiques, effluves de son Allemagne\nnatale, ou poussés d'un sentimentalisme personnel, et qui ressemblent à\ncertaines inspirations harmonieuses, conventionnelles et passionnées\nd'Alfred Stevens. Souvent ils semblent indépendants de sa volonté, écla-\ntent ou éclosent soudain quand on s'y attend le moins. C'est une des\nformes usuelles de son génie.\n\" Dans ces cas particuliers, il change brusquement de tonalité comme\nsi, par une pudeur subite, il ne voulait pas faire servir à ces épanchements\nde l'âme les mêmes matériaux qu'à des manifestations moins nobles de\nsa personnalité.\n\" Mais presque aussitôt il se reprend, il redevient l'Offenbach du\nBoulevard, le Parisien rieur et viveur, et, presque toujours, ces minutes\nd'abandon langoureux et tendre sont suivies d'un exces de joie prosaïque\nprosaïque relativement, car sous sa gaîté brille toujours une étincelle\n1•\" 5 5\ndivine.\nEt j'ajoute que l'histoire d'Offenbach et de son œuvre est encore à\nfaire. Le \" bouffoniste \" a été vivement combattu, 1 homme est presque\nignoré, l'artiste n'a jamais été jugé complètement a sa valeur, parce que\nson œuvre, qui avait débordé sur toute une époque, est morte, en grande\npartie, avec la gaîté française.\n\nMartial Teneo."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c006", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 19, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.4", "titre_corps": "AUTOGRAPHE INÉDIT D'OFFENBACH, DONT LE DOUBLE, SANS DESSIN, FIGURE DANS LA COLLECTION DE LA BELLE ERNESTINE, AUBERGISTE A ST. 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Mais, jusqu'à ces dernières années, nous ne le connaissions que\npar des exemples épars dans les récits des explorateurs 1 généralement\npeu soucieux de musique, sauf cependant l'excellent ouvrage, que\nF. Boas 2 rédigea lors de son séjour à l'île Baffin. De 1902 date la publi-\ncation, par l'Américain R. Stein 3, d'un certain nombre de mélodies de la\nterre de Smith-Sound, transcrites avec soin. Enfin en 1904, l'érudit\ndanois W. Thalbitzer commence à mettre au jour les résultats de ses\n\n1 Voici un aperçu de cette littérature. HANS EGEDE, Det gammle Gr'ànlands nye Perlustration eller Naturel-\nHistorie (Copenhague 1741). DAVID CRANZ, Historié Gronland T. I (Leipzig 1765). H. E. GLAHN,\nAnmœrkninger over de tre fonte Boger of Hr. David Crantées (Copenhague 1771)!\nJOHN ROSS, A voyage of discovery for the purpose of exploring Baffins (London 1819). H. RINK,\nEventyr og Sagn(Copenhague 1866), & Supplément (ibid. 1871). (Edin-\nbuigh 1875)' The Eskimo Iribes (]Vleddelelser one Gronland vol. XIII, 1891). G. HOLM, Den ôstgr'ônlandske\nExpédition, vol. II (Meddelelser om Grônland vol. X, Copenhague 1887). F. NANSEN, Eskimoliv (Kristiania\n189r)- E* A. BERGGREEN, Folkesange og Melodier, vol. X, (Copenhague 1870), enfin Otte Smaasange\n(Godthaab en Greenland 1859). Ces dernières mélodies représentent des types intermédiaires entre la musique\neskimo et la musique européenne. On peut compléter cette bibliographie par des ouvrages plus récents\nqui se rapportent au même sujet : M. MAUSS et H. BEUCHAT, Essai\neskimos (Année sociologique, Paris 1904-1905). KNUD RASMUSSEN, Nye Mennesker (Copenhague 1905). Under\nNordenvindens S-vobe (ibid. 1906).\nE. BOAS, The Central Eskimo(Sixth Annual Report of the Bureau of Ethnology. Washington 1888).\nVoir aussi :H. RINK Se F. BOAS, Eskimo taies and songs(Journ. of American Folklore II ?)\n3 R. STEIN, Eskimo Music (The White World, New York 1902, p. 338).\nJ'ajoute, que le compositeur norvégien CHR. LEDEN a rapporté en 1910 des phonogrammes d'un voyage\nau Groenland, et qu'il ne les a pas encore publiés."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.40", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 27, "texte": "LA MUSIQUE CHEZ LES ESKIMOS"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.40", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 3087, "texte": "recherches, auxquelles je me trouvai mêlé par la suite, et qui nous per-\nmettent aujourd'hui de parler, en connaissance de cause, de la musique\nde ses régions polaires. 1\nConnaissant toute l'importance et toute la difficulté de pareilles\nétudes, M. Thalbitzer alla résolument s'installer pendant douze mois, en\n1905, dans la région Est du Groenland. Ce fut par 65° de latitude, à\nAmmassalik, station danoise tout à proximité d'un groupe important\nd'Eskimos le seul d'ailleurs de toute cette côte peu hospitalière et peu\nvisitée. Il nous a conté lui-même,2 son entrée dans le monde eskimo de\nla musique :\n\"Je parvins à la fin de juillet à Egedesminde, un très grand fjord de la côte\nNord-Ouest. Je sortis mes appareils. J'avais apporté, outre mes cylindres, des airs\nenregistrés d'après nos meilleurs chanteurs ; je les fis entendre, et, par une belle\nnuit claire nos grands opéras et même le (tout indiqué dans\ncirconstance), répandirent leurs ondes harmonieuses sur la cité d'Egedesminde.\nNos compatriotes furent ravis d'un divertissement qui n'est pas habituel, sous le\nciel antarctique; Et les indigènes se montrèrent eux-mêmes enchantés. Il convient\nd'ajouter que l'indigène sur toute cette côte de l'Ouest est singulièrement\nmétisé, et n'offre plus guère qu'un quart de sang groenlandais. Il est, depuis\nlongtemps, en contact avec notre musique ; il l'imite à sa façon. Ses psaumes,\nses airs, ses danses viennent d'une importation, qui date environ de 150 ans ;on\nles retrouve dans tout le détroit des Davis. Peut-être, çà ou là, dans le fond d'un\nfjord reculé, reconnaîtrait-on quelques vestiges de l'art primitif et encore bien\nincomplets... !\nA Ammassalik, le spectacle fut tout autre. Ici, la musique européenne\ndemeura absolument incomprise. La seule impression qui parut résulter de l'audi-\ntion de nos ténors fameux, fut celle d'un irrésistible comique. Bien plus, on fut\nmême insensible aux airs de danse que je venais de noter sur le côte Nord-Ouest,\nà Egedesminde, et qui ne furent pas distingués des airs de nos compositeurs.\nAvais-je donc affaire à une peuplade réfractaire à la musique ? Aucunement, et je\nme convainquis bientôt du contraire, en présence du très grand nombre de chan-\nteurs possédant un véritable répertoire de vieux airs nationaux. Mon phonographe\nne causa pas d'effroi. Déjà en 1902, le botaniste Kruuse, qui avait hiverné dans\nces parages, avait rendu la machine familière. Parmi tous ceux qui se placèrent\ndevant mon appareil, il est cependant probable que la plupart ne s'était pas encore\nprêtée à cette expérience. En général, il n'y eut pas d'appréhension de leur part.\n\n1 Ces travaux sont consignés dans les publications suivantes: W. THALBITZER, North Greenlanic contribution\nto Eskimo Folklore (Meddelelser om Gronland V. XXXI, Cop. 1904). Idem, (voir Illustrer et Tidende, Cop. 1906).\nTHALBITZER ET HJALMAR THUREN, Musik aus Ostgroenland (Zeitschrift der I. M. G. XII, 2.) et enfin l'ouvrage\nqui vient de paraître, par les mêmes : The Eskimo Music (Cop., Bianco Luno in 8® 1911).\n2 The Eskimo Music, 1911, p."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.41", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2650, "texte": "Le premier qui fut admis à chanter, fut le chasseur Anittanne Koorte, le 3 novembre\n1905. Il s'assit de lui-même devant le pavillon, et entonna une chanson de kayak\n(bateau) ; j'arrêtais l'appareil ; le rouleau n'était qu'à moitié de sa course ; on\nrecommença une autre chanson du même genre. Je dus bientôt faire une sélection\nparmi les meilleurs chanteurs et les plus habiles diseurs. Il y eut beaucoup\nd'appelés mais peu d'élus... \"\nM. Thalbitzer nous donne les noms de ces obscurs collaborateurs de\nla musicologie ; il y avait Aiyoukoutok (55 ans), Quersdgh (45 ans) la\njeune Toupâya (25 ans), et Mitsuarniana Canaarcamtek (45 ans), et bien\nd'autres encore, choisis autant que possible dans la génération qui précéda\nl'envahissement danois de 1894. Il n'était que temps, en effet, de\nsauver de l'oubli prochain cette culture musicale primitive, qui ne saurait\nrésister devant la nôtre, et devant le zèle de nos missionnaires.\nLa campagne de 1905-06 fut donc féconde, et M. Thalbitzer, tel\nun trappeur qui a découvert une station propice, revint en Danemark\nchargé d'un précieux fardeau. C'étaient 66 cylindres, contenant 96 mélo-\ndies, auxquelles il convient d'ajouter 36 airs notés directement, à l'audi-\ntion. Environ 25 de ces fragiles rouleaux de cire furent convertis en\nmatrices de métal, grâce à une subvention du fond Carlsberg, et déposes\nà la Bibliothèque Royale de Copenhague. Il restait à utiliser ce matériel,\nc'est à dire à les transformer en diagrammes précis, dont les différentes\nvaleurs pussent trouver leur expression dans notre écriture et dans notre\nnotation. Pendant un an qui suivit, M. Thalbitzer et moi nous sommes\nappliqués à réaliser de notre mieux cette transcription. Le savant lin-\nguiste s'étant chargé des paroles et moi de la musique, nous faisions\nintervenir alternativement, et nous combinions, ces deux éléments, que\nla nature ne sépare pas dans un phonogramme, et qui doivent se prêter\nun mutuel appui dans l'analyse du phénomène musical.\nQue le phonographe est complaisant et de commode invention ! Il\nralentit, presse, isole ou unit les sons, et permet de les répéter vingt fois de\nsuite. Qu'aurions-nous fait sans ce patient auxiliaire ? Aurions-nous distin-\ngué autre chose que du bruit, là où les Eskimos avaient fait preuve d une\nvolonté artistique manifeste, et d'un sens musical dont il fallait découvrir la\nlogique avec nos moyens imparfaits. Car tout étonnant que cela puisse\nparaître notre écriture manque de subtilité en face de la musique\nexotique. Elle ne saurait rendre fidèlement cet art rudimentaire, ou la\nligne est simple, mais dont les nuances expressives font tout le charme."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.42", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2478, "texte": "Le rythme incertain nous mit souvent en peine, et nous avons\nrenoncé à lui imposer l'armature d'une mesure précise. Mais c'est surtout\nla fluctuation de la mélodie, et l'évaluation de la hauteur des sons qui fut\nchose délicate. Le lecteur, qui jettera un regard sur les transcriptions qui\nvont suivre, s'étonnera sans doute un peu de la présence de ces signes\nqu'il nous a fallu multiplier pour obtenir un graphisme adéquat à l'im-\npression artistique, et utile à la science. Pour évaluer et mesurer les ondes\nsonores nous nous sommes servis du Reisetonometer de notre collègue\nE. von Hornbostel, et nous avons suivant l'usage des folkloristes adopté\ncomme unité de mesure le cent,qui est la centième partie du demi ton\nde l'octave tempéré. 1 Pour plus de clarté, nous avons indiqué, en tête\nde chaque mélodie l'échelle tonale, sur laquelle cette mélodie est établie.\nLe ton principal tonus currens autour duquel tous les autres s'éche-\nlonnent et gravitent est désigné par une ronde ; les autres notes essentielles\nde la mélodie sont représentées par des valeurs qui correspondent à leur\nfréquence et à leur importance respectives. En dessous de ce schéma sont\nindiqués, en cents, les intervalles, qui ont été calculés en prenant le ton\nprincipal (la ronde) comme point de départ. Nous savons ainsi, et d'une\nfaçon mathématique et chacun de ces intervalles est plus grand (+ ) ou\nplus petit (-f-) qu'ils ne le seraient dans notre octave tempérée. Soit, par\nexemple, une échelle ou le la est le son principal, admettons que le\nsupérieur nous donne i 55 cents, nous saurons que cet intervalle de seconde,\nqui devrait nous donner 200 cents, est inférieur de 45 cents à la normale\ntempérée. Si, dans la même échelle le supérieur accusait 350, au lieu\nde 300, nous dirions que cette tierce est supérieur de 50 cents à la tierce\nmineure normale. Et ainsi de suite.\nOn ne nous en voudra pas de ces minuties, sans lesquelles il faut\nrenoncer à de tirer des musiques exotiques un résultat positif. Lorsque\nnous nous en rapportons à nos oreilles seules, ce n'est plus la musique de\nces peuples que nous transcrivons, mais ce que notre sens auditif perçoit\nen elles. Il y a là un danger que les historiens ont été longtemps à recon-\nnaître et même à avouer. Comme si la vanité souffrait chez eux de\nl'intervention de l'acoustique !\n\n1 C'est à dire un demi ton qui, comme dans notre système tempéré, est rigoureusement égal à la douzième\npartie de l'octave."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.43", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1242, "texte": "Chez l'Eskimo, comme chez tous les peuples primitifs, le chant\naccompagne l'individu dans toutes les circonstances de sa vie, depuis son\nberceau jusqu'à son cercueil. Suivons donc, à travers les âges, les mani-\nfestations de la musique au Groenland, en commençant par la berceuse\nplaintive d'un caractère si particulier que les mères murmurent aux\noreilles de leurs nouveaux nés.\nSuspendu dans son sac de cuir sur les épaules maternelles, l'enfant,\nbalotté de droite et de gauche, s'endort et rêve au son de deux notes,\nuniformément répétées, la première assez longue, la seconde plus brève\net plus élevée et qui semble être l'expiration de la première :\nC'est à peine un chant, et l'un des plus rudimentaires que l'humanité ait\nimaginé. Depuis combien de générations l'homme de la terre polaire\nest-il entré dans la vie avec cette mélopée, que la femme Eskimo inventa\ndans la solitude de son pays désert ?\nParfois la mélodie se mouvementé sous l'influx des paroles. C'est\n••J • • 4\nalors une phrase qui tient du récit, et que la notation est presque inca-\npable de rendre sous une forme précise. Quelques notes sans têtes\nindiqueront le sens de la ligne sonore, sans pouvoir prétendre en repro-\nduire la sonorité caractéristique"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.44", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 861, "texte": "L'enfant grandit, il comprend le langage de l'intelligence et sa mere\naura désormais pour lui un inépuisable répertoire de petites histoires, où\nviennent s'enchâsser des chansons naïves, faites pour son imagination\nenfantine. Il y retrouvera tout le monde des êtres et des choses qui\nl'entoure, qui l'éveille à la vie, et surtout le monde des animaux auquel\nil va bientôt s'intéresser directement. Sa mère lui chantera l'histoire\ndu saumon, dont la pauvre femme attend le retour au logis ; et voilà que\nsur l'eau paraît un kajak ;1 ses rames sont teintes du sang du saumon et\nla saumoné se met à pleurer. Elle raconte a ses petits, comment les\nméchantes gens du kajak ont tué leur pere le saumon...\nL'homme s'est formé. Il va monter en kajak, et chanter a son tour\nen s'élançant joyeux dans le fjord.\n\n1 Bateau recouvert de peau."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.45", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 317, "texte": "Et, iorsqu il rentre, c est encore en chantant pour annoncer à ses\nproches, qui 1 attendent sur le berge, le succès de son équipée :\nA Kongerluarsugsuak, nous avons trouvé des lièvres et des rennes\nLe petit frère en eut peur, et ne sut comment faire.\nMoi, je leur courrus après, et les pris. Ah, ja, ja !"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.46", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1806, "texte": "Ce sont là de véritables signaux, par lesquels on peut reconnaître la\nnature du gibier rapporté, et où la musique joue un rôle utile.\nLes habitants de la terre de Smith-Sound sont particulièrement\namateurs des chants cynégétiques. Ecureuils, lièvres, renards, ours,\npeuplent leurs mélodies, comme une histoire naturelle en musique.\nD'ailleurs le Groenlandais est capable de goûter les joies de la nature\net même de les rendre dans sa poésie, surtout lorsqu'il s'est trouve en\ncontact avec la civilisation du Sud. Voyez, par exemple ce chant elegia-\nque recueilli par Rink à Kangamiul, dans les régions de l'Ouest :\nO chaleur du soleil, qui maintenant est venue !\nAucune souffle ne bouge. Ama hai !\nPas un nuage au ciel. Je pleure de joie, étendue sur la terre.\nAma hai ! Et là haut les bons rennes, que l'on voit entre les\nmontagnes, paître dans le lointain brouillard !\nHaja, haja, haj !\nQuelle joie, et quelle ivresse ! Aja, aja, haja, haj !\nOu bien encore cette ballade à la lune, que la traduction prive de\ntout son charme fragile :\nO toi, grande lune là haut ! O toi grande !\nToi, qui n'a d'autre rôle que d'éclairer ! Ajaja hai !\nToi dont l'éclat reste en l'air, sans donner de chaleur !\nAjaja, ajaja, hai !\nEt quand, enfin, le chasseur est rentré dans ses foyers, c'est toujours\nla musique qui réjouit la famille ou le clan. Quelqu'un homme ou\nfemme se lève et se met à chanter ou à danser, souvent l'une et 1 autre\nà la fois.\nDans l'Ouest, pays civilisé, la danse a conservé une tradition de\nnotre moyen âge. Tout le monde se prend par la main, et forme une\nronde, qui se déplace de droite à gauche ; le chanteur est au milieu et\ndanse aussi ; et l'on reprend en chœur un vigoureux Ajah-ajah, en\nmanière de refrain. Les naturels nomment ce genre de sport baleare, ce"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.47", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2079, "texte": "qui indique assez son origine étrangère. N'est-ce pas, en effet la vieille\n\" Karole \" 1 qui a mis en branle l'Europe entière, il y a six ou sept\ncents ans ? Du même côté mais plus au Sud encore le quadrille et les réel\ndanois dominent ; nous sommes presque en Europe. Il faut voir les filles\nEskimo, dans leurs pesants vêtements, se trémousser au son du violon ou\nde l'harmonica, jusqu'à tomber défaillantes et pâmées ! Il a suffi d'une\ngénération pour acclimater complètement notre musique en ces terres\néloignées, où cependant le Groenlandais la simplifie à sa façon. Un\nvoyageur danois contait dernièrement que séjournant dans ces parages, il\navait emporté avec lui un phonogramme du de\nTannhauser. Les Eskimos 1 entendirent et en turent si enthousiasmés\nqu'ils décidèrent de mettre cet air nouveau parmi les cantiques de leur\néglise.\nA Ammassalik on ignore ces raffinements et l'on en est resté à la\nmentalité du véritable Eskimo. La danse est assez sommaire, et se\nborne à quelques ploiements des genoux, à quelques déplacements du\nbuste. Mais la musique a des prétentions. Elle se pare tout d'abord d'un\ninstrument indispensable a l'art eskimo, le non pas notre caisse\nplus haute que large et qui rend un son caverneux, mais une peau\ntendue sur une cadre de bois, et semblable à un tambour de basque, qui\naurait un manche. Le son a ceci de tout particulier, qu'il est produit en\nfrappant avec une baguette sur le cadre de bois, jamais sur la peau. Armé\nde cet instrument national, qu'il tient de la main gauche et touche de la\nmain droite, par en dessous, le virtuose du Nord se livre à son art. Il\nfrappe avec un sens du rythme que l'on pourrait croire inconscient, et\nqui est bien en tout cas indiffèrent à l'allure de la mélodie. Tandis que\nla voix suit le caprice d'une expressive déclamation, le tambour répète,\ninexorable et sec, des figures de ce genre :\n\n1 Voir HJALMAR THUREN, Folkesangen paa Faerôerne (Folklore Fellows publications, northern sériés n° 2.\nCopenhague 1908) Tanz und Tanzgesang im nordischen Mittelalter (Ztschr. der I.M.G. IX p. 209)."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.48", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 997, "texte": "Il y a là un curieux exemple de superposition de travail esthétique.\nToutefois j'ai cru remarquer que de temps à autre le chanteur, par un\nritardando subtil, s'efforçait de faire coïncider ces deux éléments en un\ncertain point de son morceau. Puis, de nouveau, chant et rythme instru-\nmental, se quittent et ne se connaissent plus, jusqu'à la prochaine\nrencontre.\nLa musique atteint donc ici le niveau d'un divertissement de société\nauquel tout le monde a le désir de s'associer. Aussi le soliste est-il accou-\ntumé à laisser à l'auditoire le droit de s'unir à son chant par un\nrefrain. Lorsque le public est en nombre, le spectacle s'élève encore. Le\nchant qui, remarquons le, a toujours un caractère narratif ou satirique,\nse transforme en véritable récit, et le chanteur se revêt d'oripeaux fan-\ntastiques ou grotesques. Nous sommes encore loin de Sophocle, mais nous\ntouchons au chariot de Thespis et au principe du drame, avec son prota-\ngoniste et ses chœurs."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.49", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1755, "texte": "Mais l'homme ne rit pas toujours, et l'Eskimo dans ses neiges\nconnaît, comme tout autre, des jours de tristesse. Le malheur s'abat sur\nlui sous différentes formes. Tantôt c'est le fjord qui se dépeuple, et le\npoisson qui manque ; tantôt le froid arrête la chasse ; ou bien la stérilité\ns'est installée dans un ménage, et d'autres incidents encore, qui prennent\ndans la vie septentrionale d'un peuple sauvage, les proportions de véri-\ntables calamités. Il n'y a plus alors qu'un remède : appeler YAngakok,\nl'homme du surnaturel, qui est en rapport avec les esprits. Et la hutte\nva s'emplir de la plus extraordinaire musique dont on puisse se faire\nune idée.\nVAngakok est un être vénérable et craint. N'arrive pas qui veut à\nce ministère, qui demande une grande pratique. Tout enfant le futur\ndevin doit grandir aux côtés de ses anciens. Chaque ete, il ira, dans la\nsolitude, accomplir une retraite de plusieurs semaines, où il conclura un\npacte avec les esprits, dont il devra plus tard forcer l'évocation. Il se\npurifie et apprend à converser avec les puissances cachées. Le voilà\nappelé dans une hutte. Toute la famille, ou le clan est la, sur des bancs le\nlong des murs ; toutes les lumières sont éteintes. Il est assis par terre, les\nbras liés, et un tambour devant lui. On écoute. Le tambour s'agite bien-\ntôt, et des sons angoissés s'élèvent de la poitrine du magicien, tandis que\nson âme descend dans l'abîme. Les esprits s'emparent de lui, et par sa\nbouche, révèlent comment la maladie sera conjurée, comment le phoque\nreviendra dans le fjord etc.... De temps en temps, on croit entendre les\ncris de monstrueux animaux, horribles bêtes qui hurlent chacune à sa\nfaçon et qui représentent le surnaturel en action. L'Angakok joue tous ces"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.50", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1350, "texte": "différents rôles à la fois ; il possède un merveilleux pouvoir de mimétisme\nvocal ; il abboie, crie, siffle, croasse et gronde, fait éclater un rire\ndiabolique, auquel succèdent les sons purs d'une flûte, le tout entremêlé\nde bruits indistincts et de chants magiques. Lui-même paraît dupe de sa\npropre virtuosité. Et, sous ces tentes enfumées, perdues dans les glaces,\non se croirait à une séance de nos plus modernes spirites !\nUAngakokne survivra pas longtemps, également menacé par l'effort\nde notre science et par le zèle de notre religion. Sa musique est désormais\nsoigneusement enregistrée, on peut en goûter les charmes à la bibliothè-\nque de Copenhague. Mais, ici, il serait bien difficile d'en donner une\nidée. Ces cris, ces bruits qui n'ont rien d'humain se mêlent à la mélodie\ndes chants comme un orchestre infernal, que la notation se refuse à\npréciser. Voici un fragment, qui montrera un moment musical de cette\ndiablerie :\nA côté de ces cérémonies collectives, l'Eskimo connaît et pratique\nles formules de personnelle incantation, dont le but est d'invoquer le\nsecours des esprits familiaux. Ces formules se chantonnent, tantôt pour\nimportuner un ennemi, ou pour prévenir un malheur, ou pour favoriser\nun événement important, tel que la première sortie en kajak d'un jeune\nindigène. En voici un exemple :"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.51", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1427, "texte": "Arrivons enfin à une fonction sociale de la musique, à laquelle\nl'Europe n'a pas songé. Le Groenland pourrait peut-être nous servir ici\nde modèle.\nLorsque l'Eskimo est victime de quelque attentat, il ne va pas se\nplaindre à Thémis, ignorée de ces régions pacifiques. Il se bat en duel.\nEt comment ? En choisissant pour armes son tambour et sa voix.\nUn meurtre a-t-il été commis, un vol est-il signalé, l'enlèvement\nd'une femme est-il notoire ? Le droit eskimo exige que la victime\ndémasque son adversaire et l'oblige à un de ces duels en musique, dont\nle vaincu sort universellement méprisé, mais toujours en vie. Les choses\nse passent ainsi. Devant tous les habitants du lieu rassembles dans une\nhutte, ou réunis en plein air, l'offense se met a chanter en piesence de\nson adversaire. Il dit les défauts, raconte les turpitudes, dévoilé les ciimes\nde la partie adverse. Et Dieu sait que cette liste s allonge au gre de la\nfantaisie la plus poétique...! Car la vérité importe peu ; il faut être in-\népuisable. A certains moments il s'approche du prévenu, crache sur lui,\nse met à le battre du front et à lui bourrer la bouche de graisse. Défense\nabsolue au criminel de manifester ses sentiments ; souvent il est attache\nà un poteau. La coutume prescrit qu il ait a subir 1 epreuve\nd'un air détaché, et en conservant un air de supériorité ironique.\nSon impassibilité va d'ailleurs avoir sa revanche. Car lorsque le"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.54", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1536, "texte": "premier chanteur a epuise ses rorces, ce sera le tour ae 1 orrensant qui aura\nles mêmes droits que l'offensé. Et ainsi les reprises de chant comminatoire\net de tambour injurieux alterneront pendant une nuit entière, en présence\ndes spectateurs prenant part aux refrains et stimulant les combattants par\ndes cris perçants.\nVoici, par exemple, Porto et Alugsimassok, ennemis dès l'enfance\npour je ne sais plus que forfait. L'un chantera :\n\"Qui as-tu donc épousé De qui est-elle l'enfant chétive Moi j'ai fait\nun mariage convenable ! Ma femme est grande, ma femme est belle. \"\nAja, aja, hai, répond le public excité.\nEt l'autre reprend :\n\" Maintenant à mon tour ! O ce Porto ! Son kajak n'a que de mauvaises\nplanches ! Maintenant à mon tour. Sa tente n'a que de mauvais piquets, de\nméchantes peaux ! Maintenant à mon tour Il est incapable de prendre un\nphoque au harpon. Car il ne sait pas en distinguer un ! \" 1\nEt ainsi de suite. Le duel au tambour n'est pas terminé en une\npremière rencontre. Souvent il dure des années, tel une vendetta, au\ncours de laquelle les adversaires viennent se rendre de nombreuses et peu\ncourtoises visites. Dans l'intervalle des combats chacun s'applique à\ninventer de nouvelles horreurs et à les mettre en chant.\n\" Toi qui a toujours tremblé Toi le poltron tu es venu pour te\nvenger Misérable rien du tout Tu oses venir ici Provoque-moi en duel\nau tambour Viens donc un peu ici sur tes malheureux patins. \"\nEn voici la musique\n\n1 Recueilli par Rinck, il y a cinquante ans.\n4"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.56", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 416, "texte": "Un jour l'inspiration, les forces, la volonté vengeresse abondonneront\nl'un des deux combattants. Il sera vaincu.\nLes femmes aussi ont leurs duels en musique, soit par manière de\njeu, soit en grand sérieux, et avec autant d'archarnement que les hommes.\nOn a même vu des duels entre une femme et un homme. Une cause\nfutile est parfois capable de déchaîner la colère de ces dames. Ainsi"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.57", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1953, "texte": "Sarak, rendant visite à sa voisine Pigigsartok s'est formalisée de la\nréception qui lui a été faite. Et ce mécompte lui inspire une violente\ndiatribe :\n\" En allant chez Pigigsartok,\nJ'avais cru manger une excellente soupe de chien.\nMaintenant je suis fixée ! Il était tard quand j'arrivai,\nJe pris un morceau de viande. Il me resta sur l'estomac !\nEn allant chez Pigigsartok,\nDans la soupe la viande était sèche, et j'appris que Pigigsartok n'avait aucun\nhomme chez elle !\nEn allant chez Pigigsartok.\nAprès la soupe j'ai senti quelque chose me rester dans le cou ! \"\nEt l'autre commère aussitôt :\nSarak ment. Cette Sarak n a d autre but que de se montrer mauvaise\nlangue. O cette Sarak ! On dit que quand ils furent ensemble, et furent\nmaries, on leur donna des vetements, tout peints à neuf, pour que leur enfant\npuisse un jour pêcher le phoque !\nMais, ils n'en ont pas eu ! Ils n'en ont pas ! Malgré leur mariage\nMalgré leurs robes peintes ! \"\nTout cela n est pas bien méchant, comme on le voit, et le civilisé\nconscient est habitué à des polémiques autrement nocives ! En voyant la\nmusique résoudre par le tambour et le chant les conflits domestiques et\nsociaux, on se demande de quel cote du détroit se trouve la sauvagerie et de\nquel cote le progrès. Est-ce le régime syndicaliste et la chasse au renard qui\nnous conduit vers l'âge d'or de l'humanité, ou l'eskimo du Groenland qui\nnous rend enviables les temps préhistoriques, alors que tout finissait par\ndes chansons ? Pour le philosophe quelle belle leçon à tirer de cet\nexemple de législation par l'harmonie des sons ?\nTelle est la vie musicale, par 65 degrés de latitude Nord. On sent\nbien qu elle n est pas vide, et quelle comprend à peu près tous les genres\nque nous connaissons nous-mêmes. Lyrisme, satire, drame, chant magique\net chant du foyer, tout ce que peut montrer un peuple pacifique l'Eskimo\nen a, sinon la maîtrise du moins l'intuition. A vrai dire, les caractères de"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.58", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2573, "texte": "ces différents genres ne sont pas aussi distincts que nous pourrions le\nsouhaiter. Il en est de cet art comme des exotiques eux-mêmes, que, dès\nl'abord, nous ne pouvons distinguer entre eux. Le lecteur qui a parcouru\nces phonogrammes se demande peut-être si l'uniformité ne l'emporte pas\nencore sur l'étrangeté. Cependant, il convient de voir d'un peu plus près,\net de chercher ce que nous pourrions appeler : le point de vue eskimo,\nbien légitime lui aussi.\nTout d'abord, on ne doutera pas que cette musique ne soit absolu-\nment monodique. Elle est faite par l'unisson, et pour lui. A moins qu'on\nveuille voir un désir de très élémentaire harmonie, dans cette coutume\ndes chanteurs de faire entendre à la fin de leurs morceaux, très lentement\net l'une après l'autre, les notes principales de ce morceau, tel un\naccord brisé !\nMais la musique du Groenland, quoiqu'on puisse dire de son appa-\nrente monotonie, contient cependant des éléments de différenciation très\nappréciables. Son mélos obéit à certaines contraintes, que lui impose le\nretour périodique des couplets et des refrains. Car cette grave question\ndu refrain, qui a fait couler beaucoup d'encre, nous la retrouvons ici\nprès du pôle, donnant une fois de plus la preuve de son importance.\nQu'il chante seul ou en chœur, le musicien de ce pays laisse toujours\nplace à la répétition de quelques paroles, qui souvent ne sont que des\ninterjections dénuées de sens. Ainsi s'explique le jugement de certains\nexplorateurs, qui nous donnait la musique du Groenland pour une suite\nde cris inintelligibles. Il est en effet délicat de dinstinguer la logique de\nces différentes périodes, coupées de leurs refrains. Nous avons tenté de le\nfaire, en plaçant des majuscules (A.8.C.D....) en tête de chacune d'elles.\nOn voit alors, et d'une manière nette, que l'Eskimo ne chante pas au\nhasard. La base mélodique de son morceau une fois établie reste à peu\nprès invariable, quelques soient les paroles de couplets ; si bien que le\nmouvement du chant est souvent en désaccord complet avec la prosodie\ndu texte. Chacun de ces groupes mélodiques se termine par une pause,\nqui représente, pour le chanteur, un moment de répit et d'aspiration.\nL'Eskimo connaît l'art de la strophe. Il n'ignore pas celui du réci-\ntatif. Il s'en sert même avec une subtilité, qui donne à sa musique une\ngrande élégance, et à ceux qui veulent la noter une peine infinie. Les\nintervalles véritablement musicaux ont déjà, ici, assez d'imprévu pour\ndérouter l'oreille européenne, et réclamer la précision d'instruments enre-"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.59", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2222, "texte": "gistreurs. Lorsqu'ils cèdent encore un peu et se confondent avec les\nintonations de la parole, comment les évaluer?1 Le passage des récits au\nchant et du chant au récit reste souvent imperceptible et indéfinissable.\nL'eskimo en a fait un procédé. Il l'emploie au milieu d'un lied, ou bien il\nprésente en récit le premier couplet, qu'il musicalise ensuite, en donnant\naux intervalles mélodiques la fixité nécessaire au chant. Ou bien encore\nil explose tout à coup en un cri rythmé, sorte de bruit terrifiant :\nL'Eskimo déploie tout son art un art difficile à rendre dans\nces modulations de la voix qui ne sont plus un discours et pas\nencore une musique régulière. Les berceuses, les formules de magie\nrelèvent de ce genre intermédiaire, mode spécial d'expression artistique,\npremier effort d'un art qui s'essaie. Mais surtout, ne parlons pas ici\nd'inexpérience. Nous nous tromperions tout à fait. Dans la sphère\nmusicale assez réduite, où sa culture l'enferme, l'homme du Nord se sent\nparfaitement à son aise, et il sait ce qu'il veut. Le phonographe ne nous\npermet plus d'en douter. Il nous montre qu'il n'y a pas de gamme\nofficielle en Groenland. Chaque exécutant a son échelle d'intonations\nparticulières, et aucun instrument musical n'est venu lui rendre possible\nou désirable l'acquisition d'un son tout fcomme celui dont nous nous\nservons, dans nos régions tempérées. Il fabrique lui-même et pour son\nusage la sonorité dont il veut user. L'un emploiera le 5/4 de ton, où\nl'autre préférera un ton entier ; la tierce neutre, un peu plus petite que\nla quarte, se rencontrera tout aussi fréquemment que la tierce majeure,\nou que la mineure. C'est le régime de la liberté. Mais non pas de\nl'anarchie ! Quand un artiste a choisi un intervalle, pour le placer à un\npoint de son œuvre, il s'y tient, et le reproduira cent fois à la même\nplace. Ce n'est donc pas une fausse note ; mais un parti pris, un mouve-\nment conscient, une tentative pour réaliser un effet, auquel notre chroma-\ntisme instrumental a dû renoncer depuis longtemps, pour mille bonnes\nraisons.\n\n1 Nous avons employé, on Ta vu, le système des notes sans tête, qui respecte le rythme et la ligne\ngénérale, mais qui reste un expédient de fortune."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.60", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 2474, "texte": "Certes, un tel souci du dispositif tonal ne va pas sans une certaine\nnégligence à l'égard du matériel même de la musique. L'Eskimo en est\nencore à l'antique pentatonisme ré fa sol la do, que toutes les civili-\nsations semblent avoir connu et que Wagner, voulant sans doute caracté-\nriser le premier état de l'humanité musicale, a si heureusement interprété\ndans \" Siegfried-Idylle Il aime la formule, le nomos, comme auraient dit\nles anciens de la Grèce, le timbre qui attend tout son relief de l'exécution\net du rythme.\nCar, le sens du rythme est infiniment développé chez ce peuple\nprimitif ; il l'emporte sur tous les autres instincts musicaux. Le rythme\npermet au Groenlandais de déployer son ingéniosité et son goût de la\nminutie. Le plus infime détail dans la présentation des valeurs musicales\nse retrouve et toujours au point voulu de la période, avec une\nnetteté d'autant plus méritoire que ces strophes et leurs rythmes échap-\npent à une véritable symétrie. Notre oreille européenne eut été, en face\nde ces subtilités, complètement désarmée sans le secours du précieux\nphonographe et nous aurions certainement invoqué le hasard pour\nnous dispenser d'une étude que la graphie seule nous permet de mener\nà bout.\nL'importance du rythme dans cette musique est encore accentuée\npar le seul instrument que possède ce peuple et qui est un instrument de\npercussion. Mais, chose singulière et bien faite pour dérouter, le tambour\neskimo se meut tout à fait indépendamment de la mélodie qu'il accom-\npagne. Il forme pour ainsi dire une base rythmique, sur laquelle le chant\nflotte capricieusement. Est-ce un nouveau raffinement, auquel notre\nlogique nous rend insensible ? Est-ce une polyrythmie semblable aux\npremières tentatives de notre polyphonie, et qui rappelle la marche\nsimultanée de plusieurs mélodies indifférentes les unes aux autres, telle\nque notre haut moyen âge l'a pratiquée ? Lorsqu'on connaît les principes\ndu goût eskimo on est tenté de voir dans cette superposition, non pas un\neffet grossier du hasard, mais le résultat d'un très élémentaire désir\nd'associer en une même synthèse sonore, deux mouvements différents, et\nqui conservent leur indépendance. Ne serait-ce pas un essai de contre-\npoint rythmique ?\nEn lisant ces phonogrammes, transcrits en caractères civilisés,\nimaginera-t-on que ces petites strophes, de structure maniérée, avec leurs\nalternances de rythmes rares, leurs couplets, leurs motifs syncopés, leurs"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.61", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1211, "texte": "incises parlées, leurs refrains et leurs interjections produisent une\nimpression de très réel agrément sur celui qui les entend au pays de la\nneige, une impression de parfaite logique et de satisfaisante symétrie ? Il\nen est pourtant ainsi. On se fait à l'art eskimo, et l'on trouve, en le\ngoûtant, le souvenir latent en nous d'une humanité ancestrale, où le\nrythme était l'essentiel de la musique, où les mouvements et les inter-\nvalles que nous avons rendus très simples étaient encore très compliqués,\noù le bruit que nous rétablissons aujourd'hui par la mécanique précise\ndes instruments, faisait encore partie de l'empirisme et de l'interprétation\npersonnelle. Nous nous trouvons ramenés à quelques millénaires en\narrière, cet âge pentatonique,par lequel toute notre race semble avoir\npassé, à quelque moment de son évolution, et auquel certaines de nos\npeuplades peu nombreuses sont encore demeurées fidèles. Il faut se\nhâter de reprendre ce contact, et d'en conserver le souvenir sous une\nforme durable. Encore quelques années, et la terre entière se sera mise à\nl'unisson ; d'un pôle à l'autre, nous n'entendrons plus que les manifesta-\ntions d'un seul et même art musical.\n\nHjalmar Thuren."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c026", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 52, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.6", "titre_corps": "ESKIMO AVEC FEMME ET ENFANTS CHANTANT ET JOUANT DU TAMBOURIN.", "titre_sommaire": "ESKIMO AVEC FEMME ET ENFANTS CHANTANT ET JOUANT DU TAMBOURIN.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.52", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 61, "texte": "ESKIMO AVEC FEMME ET ENFANTS CHANTANT ET JOUANT DU TAMBOURIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c027", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 53, "image_fin": 53, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.7", "titre_corps": "UN CONCERT EN PLEIN AIR AU GROENLAND.", "titre_sommaire": "UN CONCERT EN PLEIN AIR AU GROENLAND.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.53", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 37, "texte": "UN CONCERT EN PLEIN AIR AU GROENLAND."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c028", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 62, "image_fin": 68, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.8", "titre_corps": "LES LIVRES", "titre_sommaire": "LES LIVRES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.62", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2705, "texte": "KOCZIRZ (Adolf). Oesterreichische Lautenmusik im XVI\nJahrhundert. (Denkmaeler der T. in Oest. XVIII. 2. Wien,\nin fol.)\nDepuis quelques années la musicologie internationale tourne\navec anxiété autour du problème du luth et de ses tablatures. On\nse rappelle les recherches de M. Brenet en France, de Chilesotti\nen Italie, de Fleischer et de Koerte en Allemagne. Mais, comme\nil arrive toujours, des efforts isolés ne forcent 1 attention ni du\npublic ni de l'érudition même. C'est pourquoi de fervents luthériens\neurent l'idée vers 1907, de former une commission internationale\nau sein de notre Société pour éliminer cette inconnue de notre\nhistoire musicale. M. Koczirz, un des plus actifs propagateurs de\ncette initiative vient aujourd'hui de consacrer tout un volume des\nDenkmaeler autrichiens à la cause des tablatures. Cette publication\nmontre une fois de plus la perspicacité de l'éminent directeur des\nDenkmaeler, M. le Professeur Guido Adler. Elle prouve en outre\nque notre commission n'est pas restée inactive, puisque ses\nméthodes d'investigation et de transcription donnent un si impo-\nsant résultat.\nLe présent volume contient une anthologie des ouvrages de\nJudenkunig (i 523), Newûdler(ls36) Gintzler(ls47) (1560) et des quelques manuscrits\nde la même époque, de provenance autrichienne. En tout environ 100 pièces; tantôt des\nœuvres originales, fantaisies, préludes, ricercare, tantôt des mises en tablature de danses et e\nchansons, véritable répertoire, franco-italien en grande partie, qui nous donne la physionomie\nde la musique de société au XVIe. M. Koczirz s est efforce de choisir des auteurs et es sources\npouvant se réclamer de l'Autriche, mais en réalité ce matériel est international II convient\naussi bien à la cour de Charles-Quint qu'à celle de Henri 11. C'est la même poussière musicale\nqui a circulé, à ce moment, dans toute l'Europe, et que les luthistes allemands, dans leur\nsage prévoyance, recueillirent en leurs éditions precieuses.\nUne belle introduction, établie sur des sources d'archives, nous apprend tout ce qu il est\npossible de savoir sur ces quatre musiciens, sur leurs œuvres, ainsi que sur les cinq manuscrits\nutilisés. M. Koczirz a été particulièrement heureux dans ses recherches sur le Hongrois\nBakfark, qui était en réalité un Saxon fixé en Transylvanie, et que la Pologne a tenu à reven-\ndiquer comme sien. Soutenu par une thèse sur Bakfark de M. Kaiser, et par la documentation\ntrès neuve de notre collègue Opienski de Varsovie, M. Koczirz a pu fixer les traits historiques\nde ce personnage, qui fut un grand homme non pas seulement sur le luth, mais en politique\net qui mena des négociations diplomatiques en un temps troublé. Le jour où la France publiera"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.63", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3965, "texte": "une Somme de ses tablatures, elle ne pourra sans doute pas rivaliser avec les Denkmaelcr en\nérudition biographique. Que sait-on, et que pourra-t-on savoir de ces merveilleux artistes qui\nse nommèrent Pinel, Mésangeau, Bocquet ?\nLes méthodes de transcription adoptées par M. K. sont le résultat d'une longue étude.\nElles s'appliquent et réussissent à concilier la logique inhérente à notre écriture musicale,\navec le particularisme du luth et de sa tablature. On pourrait dire qu'elles s'inspirent des\nprincipes suivants :\ni° Se servir de la tablature pour reconstituer devant l'œil du lecteur la physionomie\ngraphique du morceau, telle que la noterait un auditeur exercé écoutant de nos jours le\nluthiste lui-même.\n2° Ajouter, par des signes conventionnels, les doigtés, positions, ornements etc.., en un\nmot l'appareil technique dont l'instrumentiste s'est servi, et qu'il a expressément consigné\ndans sa notation.\nNous obtenons ainsi une image graphique parfaitement adéquate au phénomène auriculaire\nqui doit être présenté à notre vue de musiciens, et par conséquent une image équivalente à\ncelle que donne la tablature, mais très différente d'elle cependant. C'est ce qu'on nommerait la\ntranscription par équivalence. Elle a rallié tous les suffrages de la commission du luth, et on\npeut croire qu'elle prévaudra désormais contre la transcription par identité, qui lui avait été\nopposée jusqu'ici. Ces termes barbares demandent quelques explications.\nIl n'est personne, parmi ceux qui se sont occupés de ces questions délicates, qui n'ait été\nséduit par le rêve d'une transcription si parfaitement rigoureuse qu'elle fut, à la fois, de la\ntablature et de la musique. Ce mirage nous a causé bien des déceptions, et a certainement\nretardé la connaissance de la littérature du luth. On ne remarquait pas que les indications\ndigitales, qui constituent la tablature, ne correspondent pas nécessairement à des concepts\nsonores, à des valeurs musicales, et, qu'entre les signes inventés pour la mécanique des mains,\net ceux qui sont destinés à l'intelligence du discours, il n'y a pas une coïncidence absolue.\nBien au contraire il y a une différence essentielle.\nLes signes de la tablature indiquent où, comment et dans quelle succession de mesure, les\nsons doivent être produits sur l'instrument. C'est tout ce dont a besoin l'instrumentiste.\nécriture a bien d'autres vues. Si elle se bornait à enregistrer les fluctuations du flot sonore,\ntel qu'il est porté à nos oreilles par le mouvement vibratoire, elle donnerait une impression de\ncomplète incohérence. Mais elle tend au contraire, de tout l'effort de ses artifices, à dégager\nles relations qui unissent les sons, à préciser les affinités qui en règlent la marche, à faire œuvre\nde coordination et de clarté. Elle s'efforce de réaliser sur le papier ce qu'il y a d'intelligible\ndans l'œuvre musicale, et ainsi, elle rend possible la transmission de cette œuvre à travers\nl'esprit des lecteurs. Donc, celui qui prétend substituer directement des signes de musique à\ndes signes de tablature, doit s'attendre à voir apparaître une notation fragmentaire, et dérai-\nsonnable qui n'a plus figure musicale. Nous avons tous tenté cette expérience. La démonstration\nparaît faite : la transcription directe est impossible en fait.\nMais en droit ? Ne peut-on soutenir que l'illogisme de ces transcriptions est précisément\nune garantie de leur fidélité, et qu'il faut l'accepter en toutes ses conséquences, comme une\ncaractéristique de la musique de luth et de sa notation particulière ? Hé bien non, et je ne\ncraindrais pas d'avancer que, en raisonnant ainsi, nous sommes les jouets d'une illusion. Les\nsciences les plus austères, comme l'hydrostatique, ont bien leurs paradoxes, pourquoi la musico-\nlogie n'aurait-elle pas les siens ?\nRemarquons que la tablature, prise en soi-même, forme un tout parfaitement cohérent,\naussi longtemps du moins que nous ne cherchons pas à la transcrire. En outre, le morceau"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.64", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 10, "texte": "LES LIVRES"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.64", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3715, "texte": "exécuté d'après la tablature ou d'après la musique ou encore d'après mémoire, sonne toujours\naussi congruement. Enfin les luthistes et leurs contemporains ne nous disent pas qu'ils aient\njamais ressentis ni par les yeux, ni par les oreilles, l'impression lacunaire et incertaine dont il\nest ici question. Quand ils ont mis en tablature quelques-unes de ces compositions de contrepoint,\nque l'amateur du XVIe aimait à jouer en soliste, ils n'ont jamais pensé en briser les lignes, en\naltérer le dessin, en saboter l'architecture, et offrir, au lieu d'un édifice logique, des matériaux\népars. Ils n'ont pas cru qu'on prendrait le mouvement des doigts, pour le mouvement de la\npensée musicale. Ils se sont même essayés à signaler, assez difficilement d'ailleurs, les tenues et\nles points d'appui de l'harmonie, en recommandant le jeu le plus lié, le plus capable de sauve-\ngarder l'enchaînement des sons. M. K. en donne ici de nombreux exemples.\nLe coupable est donc le transcripteur, victime de son zèle, et qui veut nous donner pour\nune image musicale, ce qui n'en est pas et n'en fut jamais une. Et Villusion c'est de croire\nqu'il a existé quelque part, en quelque cervelle humaine, la représentation d'un morceau de\nmusique, semblable à celle que nous avons devant les yeux, lorsque nous transcrivons\ndirectement les signes de tablature en signes de musique. Ce que nous mettons au\njour, par ce procédé, est une chose informe, qui n'est ni musique de luth, ni musique tout\ncourt, qui n'a pas droit à l'existence, et à laquelle les tablaturistes n'ont jamais fait la moindre\nallusion.\nIl nous faut donc revenir à la conception raisonnable d'après laquelle il ne saurait y avoir\nentre la notation d'une œuvre, par musique ou par tablature, qu'une équivalence et non une\nidentité. Autrement dit, il faut considérer les tablatures comme des ensembles de données\nélémentaires, qui nous permettent de reconstruire l'œuvre, telle que elle fut exécutée sur le\nluth, et par conséquent telle que nous aurions à la noter en musique si nous l'entendions\naujourd'hui sonner à nos oreilles. Ainsi, la fidélité de la transcription est absolument\nsauvegardée, et se trouve réalisée dans la mesure, où le transcripteur est capable de grouper\nintelligiblement sur des portées, les sons, dont la hauteur, le timbre et la mesure, lui ont ete\nconservés par les tablatures. Et le problème semble résolu à la satisfaction de tous les\nphilologues. J- E.\nCALVOCORESSI. (M. D.) Glinka. (Laurens, collection des musiciens célèbres.\n1911, in-16 de 126 pages.\nLe livre de M. Calvocoressi remet à sa vraie place une des grandes figures de l'histoire\nmusicale. Ni la Russie, ni l'Europe, n'ont suffisamment rendu justice à Glinka, ce novateur de\ngénie dont l'apparition en 1836 date où, ni Wagner ni Liszt ne parvenaient a se faire\nécouter devrait nous paraître à présent, quasi-prodigieuse. L'ouvrage en question débuté par\nune vaste esquisse de l'histoire de la musicalité russe, puis viennent la biographie de Glinka, et\nune analyse très serrée de ses principales œuvres : livre indispensable, le premier a acheter\npour tous ceux qui voudront se documenter sur les origines de l'école russe.\nE. M.\nMALHERBE (Charles) Auber. (Laurens, collection des musiciens célèbres. 1911\nin-160 de 127 pages.)\nM. Malherbe était un de ces heureux, rares aujourd'hui, qui ont le privilège de\nsavoir goûter encore la musique d'Auber. Il eut le courage de ne s'en point cacher, felicitons-le:\nun ouvrage écrit dans un esprit de sympathie a toujours chance d'être supérieur à celui qu au-\nraient dicté l'esprit de dénigrement, ou même la simple équité. Un Auber caricatural eut ete\nbien facile à composer. M. Malherbe n'a pas voulu de ce succès."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.65", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3320, "texte": "Son livre, de style alerte et de lecture facile, suffira-t-il à donner à beaucoup de gens\nl'idée de rouvrir le Domino Noir, ou le Cheval de Bronze ? J'ai peur que non, et l'auteur lui-\nmême semble en avoir douté un peu, quand il écrit mélancoliquement : \"on goûte aujour-\nd'hui... les écarts de la fantaisie, l'incohérence du plan, la complication et l'obscurité... Auber\nvaut précisément par les qualités contraires.\" Reviendrons-nous, en effet, à ces qualités qui ont\nlongtemps été celles de notre race, et verrons-nous une nouvelle génération rendre justice en\nmême temps, à Auber, et à l'excellente biographie que M. Malherbe a bien voulu nous en\ndonner ?\nE. M.\nVAN AERDE (Raymond). Les Menestrels communaux et instrumentistes divers,\nétablis, ou de passage à Malines, de 1311 179(Extrait du tome XI du Bulletin du Cercle\narchéologique, littéraire et artistique de Malines). In-40 de 109 pages. Chez Godenne,\nimprimeur à Malines.\nOuvrage de haute érudition, fruit de longs travaux dans les Archives Communales de\nMalines. Au rebours de certains archéologues désireux de ne pas trahir leurs sources, M. Van\nAerde est de ceux qui n'avancent jamais un fait ou une idée sans les appuyer sur des\nréférences ou des textes dont il indique minutieusement la provenance. Sa documentation\nabondante et serrée est bien faite pour inspirer la confiance. Notons en passant que la couver-\nture de son ouvrage est un hommage discret rendu à celle de notre S. I. M. Nous ne pouvons\nen être que flattés.\nDUHAMEL (Maurice). Les quinze modes de la musique bretonne. In-40 de 56 pages.\nRouart Lerolle et ClO, 1911.\nL'auteur reprend ici, en les poussant plus loin, les théories de Bourgault Ducoudray\ndans sa Préface aux trente mélodies populaires de Basse Bretagne. Il établit de façon peremp-\ntoire ce que Bourgault Ducoudray avait émis à titre de simple supposition, l'emploi de toutes\nles modalités antiques dans la musique bretonne. Modeste dans ses conclusions, poussant la\nconscience jusqu'à se faire lui-même l'adversaire de ses propres théories, ne marchandant au\nlecteur ni les exemples musicaux, ni les tableaux comparatifs, M. Duhamel a, outre le mérite\nde l'érudition pure, celui d'avoir exposé de façon claire et accessible à tout musicien, une\nquestion complexe entre toutes. Applaudissons à sa juste indignation contre ce qu'il appelle\nfort spirituellement d'ailleurs les u Bretonneries montmartroises que les vrais Bretons\nsont seuls à ignorer.\nBRENET (Michel). —Musique et Aîusiciens de la Vieille France. (Alcan, 1911) in-8°\nde 243 pages.)\nNos lecteurs se rappelleront avoir vu passer ici même le premier chapitre de ce volume :\nles Musiciens de Philippe le Hardi ; ils ont pu y apprécier l'abondance, la variété et la sûrete\nde la documentation, qualités qui ne se démentiront pas un seul instant au cours de 1 ouvrage.\nTel n'est pas cependant à notre avis son principal mérite ; beaucoup d auteurs ont deja pousse\naussi loin le souci de l'érudition. Mais bien peu possèdent à un tel degré 1 art de la mettre en\nvaleur : faire des documents rassemblés un tout vivant et complet, rendre de lecture attrayante\nun travail qui eut pu ressembler à une froide compilation de textes, tel est le talent très parti-\nculier de M. Brenet. Son livre est une œuvre d'art et de littérature autant que d'histoire.\nL. M."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.66", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3732, "texte": "BELLAIGUE (Camille). Notes Brèves.(Delagrave, 1911, in-8° de 356 pages).\nLes articles réunis ici ont pour la plupart paru dans le Gaulois de 1907 à 1911 ; ils\nforment un parfait modèle de l'ouvrage de vulgarisation destiné aux gens du monde, le mot\nde musicologie serait ici tout à fait déplacé. Nous entendrons parler, à bâtons rompus quelque-\nfois, et toujours très succin ement, de Stradivarius, de Pergolèse, de Henri Schtitz et autres\ngrands hommes que les gens dits cultivés ne soupçonnent que très vaguement. M. Bellaigue,\ntout le monde le sait, manie la plume avec aisance et talent ; on le lira toujours sans effort ni\nennui ; il est, de plus, un grand convaincu ; on sent passer dans son verbe la chaleur d'un\napôtre conscient de porter la bonne parole : puisse-t-il avoir éveillé quelques curiosités et suscité\nquelques enthousiasmes !\nL. M.\nGAUTHIER-VILI ARS, (H.) Georges Bizet (Collection Laurens, 1 vol. in-12.)\nLe plus mauvais service qu'on ait pu rendre à Bizet, c'a été de publier ses lettres. Il s'y\nrévèle selon la vérité de sa nature et non plus selon la légende dont on l'entoure encore. Bizet\nvit dans l'affection de la plupart non point seulement pour les œuvres de et de\nCarmen, mais parce qu'il est mort jeune et que Carmen fut sifHée.\nIl n'y a peut être pas dans l'histoire et la musique d'autre exemple d'une aussi étrange\naventure que celle de Bizet : ce musicien respectueux jusqu'au parti-pris des procédés d'école\net qui fut, de son vivant, honni par les conservateurs pour avoir introduit dans ses pages\nquelques hardiesses harmoniques, ô combien timides cependant. Les musicographes de son\ntemps ne voyaient que ces hardiesses qui leur irritaient les oreilles, ceux d'aujourd'hui n'y\nvoient que les concessions souvent pitoyables faites au goût public : pour une fois, la vérité est\ndans l'entre-deux.\nAh la savoureuse joie que la lecture des critiques de Carmen, publiées à l'époque où parut\ncette œuvre : l'intelligence invraisemblable et le parti-pris obtus s'y donnent carrière : ces\nchoses-là ne datent pas d'aujourd'hui.\nOn cherchera ailleurs l'étude critique de l'œuvre de Bizet : une collection comme celle\ndes \" Musiciens Célèbres \" ne s'adresse pas tant aux professionnels qu'au grand public, à ce\ntitre le livre de M. Gauthier-Villars est excellent : il peut aider à calmer le délire des uns à\nl'égard de Carmen et modérer l'indifférence des autres.\nOn y retrouvera en maints endroits la verve de Willy et ce n'en est pas le moindre\ncharme. G. J.-A.\nISTEL. Das Kunstwerk Richard Wagners(Aus Natur und Geisteswelt, tome 330 ;\nLeipzig, Teubner 1910.)\nM. Istel a résolu ingénieusement le problème assez malaisé de nous donner une brève\nétude d'ensemble sur l'œuvre de Wagner qui ne soit ni un résumé plus ou moins adroitement\nconfectionné des ouvrages classiques de la critique wagnérienne, ni l'expression subjective d'im-\npressions personnelles. Il a, d'abord, nettement circonscrit sa tâche. Il ne cherche pas à faire\nconnaître la vie de Wagner, ni à nous exposer ses théories philosophiques ou esthétiques, ni à\nnous décrire sa personnalité ou son influence sur la culture moderne. Il borne son ambition à\nréunir, en un court volume, les données les plus nécessaires à l'intelligence des chefs-d'œuvre\nclassiques du drame wagnérien depuis les Fées jusqu'à Parsifal. Le choix de ces données nous a\nparu en général fort bien compris. On est heureux de trouver chez M. 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I. au lieu de multiplier les jugements sur l'art wagnérien a pris le parti excellent de\ncommenter la plupart du temps Wagner en le laissant s'expliquer lui-même sur ses intentions;\nde sorte qu'après avoir lu son livre nous sommes renseignés avec précision sur l'idée que Wagner\ns'est faite de ses drames. Un auteur est évidemment sujet à se tromper sur le sens de ses\npropres œuvres ; Wagner l'a constaté lui-même avec une rare bonne foi. Il n'en reste pas moins\ncertain que les confessions d'un artiste à la fois hautement, spontanément et merveilleusement\nconscient de lui-même comme le fut Wagner, demeurent en tout état de cause un document\nd'un intérêt capital. Nous ne pouvons donc qu'approuver M. I. d'avoir donné la place d'hon-\nneur, dans son livre, à ces témoignages de Wagner sur lui-même. Et il nous semble que, au\ntotal, son ouvrage est une très bonne introduction à l'étude des partitions de Wagner dont\nelle met bien en évidence la valeur artistique et l'intérêt vivant.\n\nHenri Lichtenberger.\n\nLIVRES REÇUS\nISOZ-KALMAN (d'). Doppler Fe (Lettres de F. Doppler à\nF. Erkel) Budapest 1911 in-8° de 30 pp.\nid. Histoire de la Société Philharmonique (Budapest 1903 in-fol de 41 pp.)\nGOLDSCHMIDT (Dr. Hugo). konkret-idealistische MlB\nJahrhundert. (Tirage de la Zeitschrift fûr Aesthetik de Dessoir, Stuttgart, 1911 in~4°de 6 pp.)\nSOMIGLI (Carlo). J. Stockhausen e la (Tirage de la Revista\nMusicale. in-8° de 182 pp.)\nCOLLET (H.). Contribution à l \" \"\n(Tirage des Annales de la Faculté des Lettres de Bordeaux T. XIII, sept. 1911 ; in-8° de 23\npp. et XII planches).\nHENRY (Charles). Sensation et Energ(Paris, Institut Général Psychologique ;\nin-8° de 296 pp.)\nid. Mémoire et Habitude.(lbid. in-8° de 118 pp.)\nAERDE (Raymond van). Ménestrels\nde passage à Malines de 1311 à 1790. (Malines 1911 in-8° de 110 pp.)\nERGO (Em.) Uacte final de la tragi-comédie musicale : les Aveugles-Réformateurs de\nla notation musicale actuelle... (Anvers, 1911 in-120 de 27 pp.)\nAUFRAY (Jules.) Arthur Coquard. (Extrait de l'Annuaire de l'Association Profes-\nsionnelle de la critique dramatique et musicale. 1911 in-8° de 8 pp.)\nBARINI (Giorgio). Ippolito Valetta (Tirage de la Nuova Antologia Roma, 1911\nin-8° de 6 pp.)\nDUHAMEL (Maurice). Les 15 modes de la musique Bretonne (Paris, Rouart,\nLerolle et C°, 1911, in-8° de 56 pp.)"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.68", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1293, "texte": "CHYBINSKI (Dr. Adolf). Teoria Mensuralna w polskiej literaturze... (Krakowie\n1911, in-8° de 32 pp.)\nBOCH (D. Emilio).— El sistema (Roma, 1911 in-40 de\n36 PP-)\nVILLERMIN (Louis). d'harmonie ultra moderne.(L'auteur, Bbis8bis rue\nMartel, in-8° de 40 pp. Frs 6.)\nSTUMPF (Cari). Die Anfaenge der Musik. (Lpz. J.A. Barth 1911, in-8° de\n210 pp. ; Mk 6,60).\nALTENBURG (Johann Ernst). V\nTrompeter und Paukenkunst.(Halle 1795) (rééd. par Richard Bertling à Dresde, in-40 de\n144 pp. ; M. 6.)\nVIVEL (P. Cœlestin). Vom Musik-Tra (Lpz., Breitkopf\nin-120 de 150 pp. ; Mk 4.)\nLEWIS (W. &T. 9). Modem Organ (London, Reeves 1911 in-40 de\n164 pp. ; 7s. 6d.)\nSTEGLICH (Rudolf.) Die Quœstiones in musica de Rudolf de St Trond. (Lpz.\nBreitkopf 1911 in-8° de 190 pp. Mk 5.)\nVOGELEIS (Martin.) Quellen und Bausteine zu einer Geschichte der Musik in\nElsass (Strassburg Le Roux et C° 1911 in-8° de 847 pp. M. 10.)\nGLASÊNAPP (C. Fr.).— Das Leben (Lpz. Breitkopf. 1911,\nin-8° de 828 pp. ; Mk 12.)\nLACOME (P.) Introduction à la vie (Delagrave in-120 de 216 pp.)\nDENT (E. J.). Mozart's opéra : The Magic Flûte. (Cambridge, Heffer Se Sons,\n2 vol. in-16, 2 s.)\nNIN (J. J.). Huit années d'action mu (s. 1. 1911, in-40 de 60 pp.)\nKNOSP (G.). La musique orientale.(Tirage de la Revue de Belgique d'octobre\n1911.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c030", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 62, "image_fin": 67, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.8.2", "titre_corps": "KOCZIRZ (Adolf). Oesterreichische Lautenmusik im XVI", "titre_sommaire": "KOCZIRZ (Adolf). 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C'est pourquoi de fervents luthériens\neurent l'idée vers 1907, de former une commission internationale\nau sein de notre Société pour éliminer cette inconnue de notre\nhistoire musicale. M. Koczirz, un des plus actifs propagateurs de\ncette initiative vient aujourd'hui de consacrer tout un volume des\nDenkmaeler autrichiens à la cause des tablatures. Cette publication\nmontre une fois de plus la perspicacité de l'éminent directeur des\nDenkmaeler, M. le Professeur Guido Adler. Elle prouve en outre\nque notre commission n'est pas restée inactive, puisque ses\nméthodes d'investigation et de transcription donnent un si impo-\nsant résultat.\nLe présent volume contient une anthologie des ouvrages de\nJudenkunig (i 523), Newûdler(ls36) Gintzler(ls47) (1560) et des quelques manuscrits\nde la même époque, de provenance autrichienne. En tout environ 100 pièces; tantôt des\nœuvres originales, fantaisies, préludes, ricercare, tantôt des mises en tablature de danses et e\nchansons, véritable répertoire, franco-italien en grande partie, qui nous donne la physionomie\nde la musique de société au XVIe. M. Koczirz s est efforce de choisir des auteurs et es sources\npouvant se réclamer de l'Autriche, mais en réalité ce matériel est international II convient\naussi bien à la cour de Charles-Quint qu'à celle de Henri 11. C'est la même poussière musicale\nqui a circulé, à ce moment, dans toute l'Europe, et que les luthistes allemands, dans leur\nsage prévoyance, recueillirent en leurs éditions precieuses.\nUne belle introduction, établie sur des sources d'archives, nous apprend tout ce qu il est\npossible de savoir sur ces quatre musiciens, sur leurs œuvres, ainsi que sur les cinq manuscrits\nutilisés. M. Koczirz a été particulièrement heureux dans ses recherches sur le Hongrois\nBakfark, qui était en réalité un Saxon fixé en Transylvanie, et que la Pologne a tenu à reven-\ndiquer comme sien. Soutenu par une thèse sur Bakfark de M. Kaiser, et par la documentation\ntrès neuve de notre collègue Opienski de Varsovie, M. Koczirz a pu fixer les traits historiques\nde ce personnage, qui fut un grand homme non pas seulement sur le luth, mais en politique\net qui mena des négociations diplomatiques en un temps troublé. Le jour où la France publiera"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.63", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3965, "texte": "une Somme de ses tablatures, elle ne pourra sans doute pas rivaliser avec les Denkmaelcr en\nérudition biographique. Que sait-on, et que pourra-t-on savoir de ces merveilleux artistes qui\nse nommèrent Pinel, Mésangeau, Bocquet ?\nLes méthodes de transcription adoptées par M. K. sont le résultat d'une longue étude.\nElles s'appliquent et réussissent à concilier la logique inhérente à notre écriture musicale,\navec le particularisme du luth et de sa tablature. On pourrait dire qu'elles s'inspirent des\nprincipes suivants :\ni° Se servir de la tablature pour reconstituer devant l'œil du lecteur la physionomie\ngraphique du morceau, telle que la noterait un auditeur exercé écoutant de nos jours le\nluthiste lui-même.\n2° Ajouter, par des signes conventionnels, les doigtés, positions, ornements etc.., en un\nmot l'appareil technique dont l'instrumentiste s'est servi, et qu'il a expressément consigné\ndans sa notation.\nNous obtenons ainsi une image graphique parfaitement adéquate au phénomène auriculaire\nqui doit être présenté à notre vue de musiciens, et par conséquent une image équivalente à\ncelle que donne la tablature, mais très différente d'elle cependant. C'est ce qu'on nommerait la\ntranscription par équivalence. Elle a rallié tous les suffrages de la commission du luth, et on\npeut croire qu'elle prévaudra désormais contre la transcription par identité, qui lui avait été\nopposée jusqu'ici. Ces termes barbares demandent quelques explications.\nIl n'est personne, parmi ceux qui se sont occupés de ces questions délicates, qui n'ait été\nséduit par le rêve d'une transcription si parfaitement rigoureuse qu'elle fut, à la fois, de la\ntablature et de la musique. Ce mirage nous a causé bien des déceptions, et a certainement\nretardé la connaissance de la littérature du luth. On ne remarquait pas que les indications\ndigitales, qui constituent la tablature, ne correspondent pas nécessairement à des concepts\nsonores, à des valeurs musicales, et, qu'entre les signes inventés pour la mécanique des mains,\net ceux qui sont destinés à l'intelligence du discours, il n'y a pas une coïncidence absolue.\nBien au contraire il y a une différence essentielle.\nLes signes de la tablature indiquent où, comment et dans quelle succession de mesure, les\nsons doivent être produits sur l'instrument. C'est tout ce dont a besoin l'instrumentiste.\nécriture a bien d'autres vues. Si elle se bornait à enregistrer les fluctuations du flot sonore,\ntel qu'il est porté à nos oreilles par le mouvement vibratoire, elle donnerait une impression de\ncomplète incohérence. Mais elle tend au contraire, de tout l'effort de ses artifices, à dégager\nles relations qui unissent les sons, à préciser les affinités qui en règlent la marche, à faire œuvre\nde coordination et de clarté. Elle s'efforce de réaliser sur le papier ce qu'il y a d'intelligible\ndans l'œuvre musicale, et ainsi, elle rend possible la transmission de cette œuvre à travers\nl'esprit des lecteurs. Donc, celui qui prétend substituer directement des signes de musique à\ndes signes de tablature, doit s'attendre à voir apparaître une notation fragmentaire, et dérai-\nsonnable qui n'a plus figure musicale. Nous avons tous tenté cette expérience. La démonstration\nparaît faite : la transcription directe est impossible en fait.\nMais en droit ? Ne peut-on soutenir que l'illogisme de ces transcriptions est précisément\nune garantie de leur fidélité, et qu'il faut l'accepter en toutes ses conséquences, comme une\ncaractéristique de la musique de luth et de sa notation particulière ? Hé bien non, et je ne\ncraindrais pas d'avancer que, en raisonnant ainsi, nous sommes les jouets d'une illusion. Les\nsciences les plus austères, comme l'hydrostatique, ont bien leurs paradoxes, pourquoi la musico-\nlogie n'aurait-elle pas les siens ?\nRemarquons que la tablature, prise en soi-même, forme un tout parfaitement cohérent,\naussi longtemps du moins que nous ne cherchons pas à la transcrire. En outre, le morceau"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.64", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3715, "texte": "exécuté d'après la tablature ou d'après la musique ou encore d'après mémoire, sonne toujours\naussi congruement. Enfin les luthistes et leurs contemporains ne nous disent pas qu'ils aient\njamais ressentis ni par les yeux, ni par les oreilles, l'impression lacunaire et incertaine dont il\nest ici question. Quand ils ont mis en tablature quelques-unes de ces compositions de contrepoint,\nque l'amateur du XVIe aimait à jouer en soliste, ils n'ont jamais pensé en briser les lignes, en\naltérer le dessin, en saboter l'architecture, et offrir, au lieu d'un édifice logique, des matériaux\népars. Ils n'ont pas cru qu'on prendrait le mouvement des doigts, pour le mouvement de la\npensée musicale. Ils se sont même essayés à signaler, assez difficilement d'ailleurs, les tenues et\nles points d'appui de l'harmonie, en recommandant le jeu le plus lié, le plus capable de sauve-\ngarder l'enchaînement des sons. M. K. en donne ici de nombreux exemples.\nLe coupable est donc le transcripteur, victime de son zèle, et qui veut nous donner pour\nune image musicale, ce qui n'en est pas et n'en fut jamais une. Et Villusion c'est de croire\nqu'il a existé quelque part, en quelque cervelle humaine, la représentation d'un morceau de\nmusique, semblable à celle que nous avons devant les yeux, lorsque nous transcrivons\ndirectement les signes de tablature en signes de musique. Ce que nous mettons au\njour, par ce procédé, est une chose informe, qui n'est ni musique de luth, ni musique tout\ncourt, qui n'a pas droit à l'existence, et à laquelle les tablaturistes n'ont jamais fait la moindre\nallusion.\nIl nous faut donc revenir à la conception raisonnable d'après laquelle il ne saurait y avoir\nentre la notation d'une œuvre, par musique ou par tablature, qu'une équivalence et non une\nidentité. Autrement dit, il faut considérer les tablatures comme des ensembles de données\nélémentaires, qui nous permettent de reconstruire l'œuvre, telle que elle fut exécutée sur le\nluth, et par conséquent telle que nous aurions à la noter en musique si nous l'entendions\naujourd'hui sonner à nos oreilles. Ainsi, la fidélité de la transcription est absolument\nsauvegardée, et se trouve réalisée dans la mesure, où le transcripteur est capable de grouper\nintelligiblement sur des portées, les sons, dont la hauteur, le timbre et la mesure, lui ont ete\nconservés par les tablatures. Et le problème semble résolu à la satisfaction de tous les\nphilologues. J- E.\nCALVOCORESSI. (M. D.) Glinka. (Laurens, collection des musiciens célèbres.\n1911, in-16 de 126 pages.\nLe livre de M. Calvocoressi remet à sa vraie place une des grandes figures de l'histoire\nmusicale. Ni la Russie, ni l'Europe, n'ont suffisamment rendu justice à Glinka, ce novateur de\ngénie dont l'apparition en 1836 date où, ni Wagner ni Liszt ne parvenaient a se faire\nécouter devrait nous paraître à présent, quasi-prodigieuse. L'ouvrage en question débuté par\nune vaste esquisse de l'histoire de la musicalité russe, puis viennent la biographie de Glinka, et\nune analyse très serrée de ses principales œuvres : livre indispensable, le premier a acheter\npour tous ceux qui voudront se documenter sur les origines de l'école russe.\nE. M.\nMALHERBE (Charles) Auber. (Laurens, collection des musiciens célèbres. 1911\nin-160 de 127 pages.)\nM. Malherbe était un de ces heureux, rares aujourd'hui, qui ont le privilège de\nsavoir goûter encore la musique d'Auber. Il eut le courage de ne s'en point cacher, felicitons-le:\nun ouvrage écrit dans un esprit de sympathie a toujours chance d'être supérieur à celui qu au-\nraient dicté l'esprit de dénigrement, ou même la simple équité. Un Auber caricatural eut ete\nbien facile à composer. M. Malherbe n'a pas voulu de ce succès."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.65", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3320, "texte": "Son livre, de style alerte et de lecture facile, suffira-t-il à donner à beaucoup de gens\nl'idée de rouvrir le Domino Noir, ou le Cheval de Bronze ? J'ai peur que non, et l'auteur lui-\nmême semble en avoir douté un peu, quand il écrit mélancoliquement : \"on goûte aujour-\nd'hui... les écarts de la fantaisie, l'incohérence du plan, la complication et l'obscurité... Auber\nvaut précisément par les qualités contraires.\" Reviendrons-nous, en effet, à ces qualités qui ont\nlongtemps été celles de notre race, et verrons-nous une nouvelle génération rendre justice en\nmême temps, à Auber, et à l'excellente biographie que M. Malherbe a bien voulu nous en\ndonner ?\nE. M.\nVAN AERDE (Raymond). Les Menestrels communaux et instrumentistes divers,\nétablis, ou de passage à Malines, de 1311 179(Extrait du tome XI du Bulletin du Cercle\narchéologique, littéraire et artistique de Malines). In-40 de 109 pages. Chez Godenne,\nimprimeur à Malines.\nOuvrage de haute érudition, fruit de longs travaux dans les Archives Communales de\nMalines. Au rebours de certains archéologues désireux de ne pas trahir leurs sources, M. Van\nAerde est de ceux qui n'avancent jamais un fait ou une idée sans les appuyer sur des\nréférences ou des textes dont il indique minutieusement la provenance. Sa documentation\nabondante et serrée est bien faite pour inspirer la confiance. Notons en passant que la couver-\nture de son ouvrage est un hommage discret rendu à celle de notre S. I. M. Nous ne pouvons\nen être que flattés.\nDUHAMEL (Maurice). Les quinze modes de la musique bretonne. In-40 de 56 pages.\nRouart Lerolle et ClO, 1911.\nL'auteur reprend ici, en les poussant plus loin, les théories de Bourgault Ducoudray\ndans sa Préface aux trente mélodies populaires de Basse Bretagne. Il établit de façon peremp-\ntoire ce que Bourgault Ducoudray avait émis à titre de simple supposition, l'emploi de toutes\nles modalités antiques dans la musique bretonne. Modeste dans ses conclusions, poussant la\nconscience jusqu'à se faire lui-même l'adversaire de ses propres théories, ne marchandant au\nlecteur ni les exemples musicaux, ni les tableaux comparatifs, M. Duhamel a, outre le mérite\nde l'érudition pure, celui d'avoir exposé de façon claire et accessible à tout musicien, une\nquestion complexe entre toutes. Applaudissons à sa juste indignation contre ce qu'il appelle\nfort spirituellement d'ailleurs les u Bretonneries montmartroises que les vrais Bretons\nsont seuls à ignorer.\nBRENET (Michel). —Musique et Aîusiciens de la Vieille France. (Alcan, 1911) in-8°\nde 243 pages.)\nNos lecteurs se rappelleront avoir vu passer ici même le premier chapitre de ce volume :\nles Musiciens de Philippe le Hardi ; ils ont pu y apprécier l'abondance, la variété et la sûrete\nde la documentation, qualités qui ne se démentiront pas un seul instant au cours de 1 ouvrage.\nTel n'est pas cependant à notre avis son principal mérite ; beaucoup d auteurs ont deja pousse\naussi loin le souci de l'érudition. Mais bien peu possèdent à un tel degré 1 art de la mettre en\nvaleur : faire des documents rassemblés un tout vivant et complet, rendre de lecture attrayante\nun travail qui eut pu ressembler à une froide compilation de textes, tel est le talent très parti-\nculier de M. Brenet. Son livre est une œuvre d'art et de littérature autant que d'histoire.\nL. M."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.66", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3732, "texte": "BELLAIGUE (Camille). Notes Brèves.(Delagrave, 1911, in-8° de 356 pages).\nLes articles réunis ici ont pour la plupart paru dans le Gaulois de 1907 à 1911 ; ils\nforment un parfait modèle de l'ouvrage de vulgarisation destiné aux gens du monde, le mot\nde musicologie serait ici tout à fait déplacé. Nous entendrons parler, à bâtons rompus quelque-\nfois, et toujours très succin ement, de Stradivarius, de Pergolèse, de Henri Schtitz et autres\ngrands hommes que les gens dits cultivés ne soupçonnent que très vaguement. M. Bellaigue,\ntout le monde le sait, manie la plume avec aisance et talent ; on le lira toujours sans effort ni\nennui ; il est, de plus, un grand convaincu ; on sent passer dans son verbe la chaleur d'un\napôtre conscient de porter la bonne parole : puisse-t-il avoir éveillé quelques curiosités et suscité\nquelques enthousiasmes !\nL. M.\nGAUTHIER-VILI ARS, (H.) Georges Bizet (Collection Laurens, 1 vol. in-12.)\nLe plus mauvais service qu'on ait pu rendre à Bizet, c'a été de publier ses lettres. Il s'y\nrévèle selon la vérité de sa nature et non plus selon la légende dont on l'entoure encore. Bizet\nvit dans l'affection de la plupart non point seulement pour les œuvres de et de\nCarmen, mais parce qu'il est mort jeune et que Carmen fut sifHée.\nIl n'y a peut être pas dans l'histoire et la musique d'autre exemple d'une aussi étrange\naventure que celle de Bizet : ce musicien respectueux jusqu'au parti-pris des procédés d'école\net qui fut, de son vivant, honni par les conservateurs pour avoir introduit dans ses pages\nquelques hardiesses harmoniques, ô combien timides cependant. Les musicographes de son\ntemps ne voyaient que ces hardiesses qui leur irritaient les oreilles, ceux d'aujourd'hui n'y\nvoient que les concessions souvent pitoyables faites au goût public : pour une fois, la vérité est\ndans l'entre-deux.\nAh la savoureuse joie que la lecture des critiques de Carmen, publiées à l'époque où parut\ncette œuvre : l'intelligence invraisemblable et le parti-pris obtus s'y donnent carrière : ces\nchoses-là ne datent pas d'aujourd'hui.\nOn cherchera ailleurs l'étude critique de l'œuvre de Bizet : une collection comme celle\ndes \" Musiciens Célèbres \" ne s'adresse pas tant aux professionnels qu'au grand public, à ce\ntitre le livre de M. Gauthier-Villars est excellent : il peut aider à calmer le délire des uns à\nl'égard de Carmen et modérer l'indifférence des autres.\nOn y retrouvera en maints endroits la verve de Willy et ce n'en est pas le moindre\ncharme. G. J.-A.\nISTEL. Das Kunstwerk Richard Wagners(Aus Natur und Geisteswelt, tome 330 ;\nLeipzig, Teubner 1910.)\nM. Istel a résolu ingénieusement le problème assez malaisé de nous donner une brève\nétude d'ensemble sur l'œuvre de Wagner qui ne soit ni un résumé plus ou moins adroitement\nconfectionné des ouvrages classiques de la critique wagnérienne, ni l'expression subjective d'im-\npressions personnelles. Il a, d'abord, nettement circonscrit sa tâche. Il ne cherche pas à faire\nconnaître la vie de Wagner, ni à nous exposer ses théories philosophiques ou esthétiques, ni à\nnous décrire sa personnalité ou son influence sur la culture moderne. Il borne son ambition à\nréunir, en un court volume, les données les plus nécessaires à l'intelligence des chefs-d'œuvre\nclassiques du drame wagnérien depuis les Fées jusqu'à Parsifal. Le choix de ces données nous a\nparu en général fort bien compris. On est heureux de trouver chez M. I. des données exactes\nsur la \"philologie\" des textes poétiques et musicaux de Wagner, sur les remaniements successifs\nqu'ont subi notamment Rieuzi ou Tannhâuser. L'étude proprement musicale des diverses par-\ntitions wagnériennes tient plus de place et est faite avec plus de précision que dans la plupart"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.67", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1215, "texte": "des ouvrages généraux sur Wagner, sans que d'ailleurs l'auteur s'engage dans des développe-\nments techniques inintelligibles pour le profane ou dans l'énumération des thèmes directeurs.\nEnfin M. I. au lieu de multiplier les jugements sur l'art wagnérien a pris le parti excellent de\ncommenter la plupart du temps Wagner en le laissant s'expliquer lui-même sur ses intentions;\nde sorte qu'après avoir lu son livre nous sommes renseignés avec précision sur l'idée que Wagner\ns'est faite de ses drames. Un auteur est évidemment sujet à se tromper sur le sens de ses\npropres œuvres ; Wagner l'a constaté lui-même avec une rare bonne foi. Il n'en reste pas moins\ncertain que les confessions d'un artiste à la fois hautement, spontanément et merveilleusement\nconscient de lui-même comme le fut Wagner, demeurent en tout état de cause un document\nd'un intérêt capital. Nous ne pouvons donc qu'approuver M. I. d'avoir donné la place d'hon-\nneur, dans son livre, à ces témoignages de Wagner sur lui-même. Et il nous semble que, au\ntotal, son ouvrage est une très bonne introduction à l'étude des partitions de Wagner dont\nelle met bien en évidence la valeur artistique et l'intérêt vivant.\n\nHenri Lichtenberger."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c031", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 67, "image_fin": 68, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.8.3", "titre_corps": "LIVRES REÇUS", "titre_sommaire": "LIVRES REÇUS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.67", "debut_caractere": 1217, "fin_caractere_exclue": 2522, "texte": "LIVRES REÇUS\nISOZ-KALMAN (d'). Doppler Fe (Lettres de F. Doppler à\nF. Erkel) Budapest 1911 in-8° de 30 pp.\nid. Histoire de la Société Philharmonique (Budapest 1903 in-fol de 41 pp.)\nGOLDSCHMIDT (Dr. Hugo). konkret-idealistische MlB\nJahrhundert. (Tirage de la Zeitschrift fûr Aesthetik de Dessoir, Stuttgart, 1911 in~4°de 6 pp.)\nSOMIGLI (Carlo). J. Stockhausen e la (Tirage de la Revista\nMusicale. in-8° de 182 pp.)\nCOLLET (H.). Contribution à l \" \"\n(Tirage des Annales de la Faculté des Lettres de Bordeaux T. XIII, sept. 1911 ; in-8° de 23\npp. et XII planches).\nHENRY (Charles). Sensation et Energ(Paris, Institut Général Psychologique ;\nin-8° de 296 pp.)\nid. Mémoire et Habitude.(lbid. in-8° de 118 pp.)\nAERDE (Raymond van). Ménestrels\nde passage à Malines de 1311 à 1790. (Malines 1911 in-8° de 110 pp.)\nERGO (Em.) Uacte final de la tragi-comédie musicale : les Aveugles-Réformateurs de\nla notation musicale actuelle... (Anvers, 1911 in-120 de 27 pp.)\nAUFRAY (Jules.) Arthur Coquard. (Extrait de l'Annuaire de l'Association Profes-\nsionnelle de la critique dramatique et musicale. 1911 in-8° de 8 pp.)\nBARINI (Giorgio). Ippolito Valetta (Tirage de la Nuova Antologia Roma, 1911\nin-8° de 6 pp.)\nDUHAMEL (Maurice). Les 15 modes de la musique Bretonne (Paris, Rouart,\nLerolle et C°, 1911, in-8° de 56 pp.)"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.68", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1293, "texte": "CHYBINSKI (Dr. Adolf). Teoria Mensuralna w polskiej literaturze... (Krakowie\n1911, in-8° de 32 pp.)\nBOCH (D. Emilio).— El sistema (Roma, 1911 in-40 de\n36 PP-)\nVILLERMIN (Louis). d'harmonie ultra moderne.(L'auteur, Bbis8bis rue\nMartel, in-8° de 40 pp. Frs 6.)\nSTUMPF (Cari). Die Anfaenge der Musik. (Lpz. J.A. Barth 1911, in-8° de\n210 pp. ; Mk 6,60).\nALTENBURG (Johann Ernst). V\nTrompeter und Paukenkunst.(Halle 1795) (rééd. par Richard Bertling à Dresde, in-40 de\n144 pp. ; M. 6.)\nVIVEL (P. Cœlestin). Vom Musik-Tra (Lpz., Breitkopf\nin-120 de 150 pp. ; Mk 4.)\nLEWIS (W. &T. 9). Modem Organ (London, Reeves 1911 in-40 de\n164 pp. ; 7s. 6d.)\nSTEGLICH (Rudolf.) Die Quœstiones in musica de Rudolf de St Trond. (Lpz.\nBreitkopf 1911 in-8° de 190 pp. Mk 5.)\nVOGELEIS (Martin.) Quellen und Bausteine zu einer Geschichte der Musik in\nElsass (Strassburg Le Roux et C° 1911 in-8° de 847 pp. M. 10.)\nGLASÊNAPP (C. Fr.).— Das Leben (Lpz. Breitkopf. 1911,\nin-8° de 828 pp. ; Mk 12.)\nLACOME (P.) Introduction à la vie (Delagrave in-120 de 216 pp.)\nDENT (E. J.). Mozart's opéra : The Magic Flûte. (Cambridge, Heffer Se Sons,\n2 vol. in-16, 2 s.)\nNIN (J. J.). Huit années d'action mu (s. 1. 1911, in-40 de 60 pp.)\nKNOSP (G.). La musique orientale.(Tirage de la Revue de Belgique d'octobre\n1911.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c033", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 69, "image_fin": 69, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.9", "titre_corps": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.69", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1569, "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nAssemblée Générale du Mardi 14 Novembre 1911\nLa séance est ouverte à 4 heures, chez M. M. Gaveau, 45, rue La Boëtie, s- us la prési-\ndence de M. Ecorcheville, Vice-Président.\nEtaient présents : MM. Dauriac, Prod'Homme, Mutin, Boschot, de Bertha,\nDolmetsch, Landormy, Poirée, Cucuel et A. Laugier. Mmes Wiener-Newton et Pereyra.\nS'étaient excusées Mmes Gallet et Daubresse.\nLe Secrétaire Général donne lecture des procès-verbaux des deux dernières Assemblées\nGénérales, qui sont adoptés à l'unanimité ; il présente avec M. Ecorcheville, les candidatures\nde MM. Machabey et A. Vinée admises à l'unanimité.\nLes rapports du Secrétaire Général et du Trésorier sont adoptés à l'unanimité.\nLe Président rappelle que nos Séances ont présenté assez peu d'intérêt depuis ces deux\ndernières années, il indique les moyens que le Comité a proposé pour remédier à ce manque\nd'intérêt, et pour mettre la Section à même de travailler utilement. Ces dispositions sont\nadoptées par lAssemblée.\nL'Assemblée Générale procède à l'élection du Comité, qui est constitué de la façon\nsuivante :\nMM. A. Boschot, J. Ecorcheville, L. Laloy, L. de La Laurencie, P.\nA. Mutin, J. G. Prod'Homme, H. Quittard, E. Wagner.\nLe Séance est levée à 6 heures.\nDans sa Séance du 23 novembre le Comité a procédé au renouvellement de son Bureau\npour 1912. Ont été élus : Président, J. Ecorcheville ; Vice-Président, L. de La Laurencie\nSecrétaire général, J. G. Prod'Homme ; Trésorier, A. Mutin ; Archiviste, P. Landormy ;\nMembres, A. Boschot, L. Laloy, H. Quittard et E. Wagner."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c035", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 70, "image_fin": 74, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.10", "titre_corps": "Théâtres et Concerts", "titre_sommaire": "Théâtres et Concerts", "signature_source": "Emile Vuillermoz", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.70", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 750, "texte": "5\n\nThéâtres et Concerts\n\nL'habitude prise par nos impresarii et nos directeurs de prolonger chaque\nannee jusqu au cœur de 1 ete la saison artistique a eu pour conséquence de reculer\nprogressivement la réouverture des grandes campagnes musicales de l'hiver. La\nmusique s'est couchée si tard qu'il n'y a plus moyen de la tirer du lit. Il faudra\ntoutes les séductions de Noël et de l'an neuf pour éveiller la paresseuse. A ce\nmoment, notre Revue transformée et agrandie, s'empressera au petit lever de\nl'indolente princesse et mettra galamment à son service toute une armée de cheva-\nliers-servants prêts a obéir a tous ses caprices et à la suivre partout où les conduira\nsa fantaisie. En attendant, contentons-nous de guetter les tressaillements avant-"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.71", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3495, "texte": "coureurs de son réveil prochain et de noter rapidement quelques attitudes fugitives\nde la coquette qui se cambre et s'étire avant d ouvrir les yeux.\nNos grandes scènes se sont bornées à nous donner deux reprises. M. Messager\nemprunta à MM. Castelbon de Beauxhostes et Raoul Gunsbourg une œuvre du\nrépertoire biterrois et monégasque dont la double création et les transformations\nsuccessives avaient depuis longtemps blasé la curiosité parisienne. Sous sa nouvelle\nforme, cette Déjanire méritait pourtant de retenir l'attention des musiciens pour\ndes motifs qui ne se trouvent pas tous dans la partition. On n'a pas mesuré suffi-\nsamment la portée du geste de Saint-Saëns, renonçant en pleine gloire, en pleine\napothéose officielle, à poursuivre la réalisation de son idéal personnel du théâtre.\n\"Déjanire, a-t-il écrit, clôt à jamais la série, trop nombreuse peut-être, de mes\ndrames et comédies lyriques.\" Une telle déclaration doit modifier sensiblement\nl'angle de vision sous lequel les adversaires les plus résolus de cet ouvrage sont\ntenus de le considérer désormais. Le style d'un testament n'est pas soumis aux\nlois de la critique littéraire. En prenant la décision de ne plus arracher aux courants\nnouveaux qui la bouleversent la dramaturgie musicale française, en abandonnant\nle plateau aux compétiteurs qui s'en disputent chaque planche, en refusant de\nprendre part à une discussion qui se poursuit dans un dialecte qu'il ne parle pas,\nl'auteur de Samson est sorti de l'actualité et est entré dans l'histoire. Son œuvre\nentière a pris une sérénité, une immobilité et, espérons-le, une pérennité de\nmonument votif. Elle marque une heure de notre passé esthétique, un instant de\nnotre évolution. On pouvait jusqu'ici, suivant ses tendances personnelles, admirer\nou déplorer la hautaine indifférence du compositeur de Y Ancêtre à l'égard des\ncoups d'état successifs qui ont transformé si profondément autour de lui notre\nrépublique lyrique, on pouvait s'émerveiller ou s'affliger de l'inflexible volonté\nqui guidait ses pas dans les sentiers d'un néo-classicisme arbitraire et tendait son\neffort vers l'improbable synthèse d'un art théâtral issu de l'oratorio, vers une simpli-\nfication systématique des moyens de réalisation et vers une sorte d épuration et de\nstylisation des passions dans la psychologie de ses héros : aujourd'hui il n'est plus\nloyal de louer ou de blâmer sa résistance aux postulats de l'art contemporain. En\ntournant lui-même courageusement la page de l'histoire sur laquelle il écrivit les\nBarbares, l'auteur de la Symphonie en ut mineur échappe définitivement aux reproches\nde ceux qui l'accusèrent de manquer de clairvoyance. Un de ses fervents admira-\nteurs qui pour honorer son dieu a cru devoir répandre sur son autel les\nentrailles fumantes d'un Maurice Ravel rituellement éventré a noté avec\nprécision le scrupule qui dicte la conduite actuelle de Saint-Saëns et l'empêche\nd'imiter l'héroïque élan d'un Verdi se ruant à la fontaine de Jouvence : \" Véritable\ninitiateur, dit-il, il a le droit de demeurer lui-même et de ne pas, sous peine de\ndiminutio capitis,se croire obligé d'emboîter le pas a des cadets, ceux-ci fussent-ils\neux-mêmes de hardis et talentueux novateurs. \" Saluons donc en Déjanire, fille\nd'un père orgueilleux, l'affirmation d'une hautaine dignité dont nul ne saurait\nméconnaître la grandeur et goûtons le symbolisme superbe dun sujet qui nous\nmontre un demi-dieu du XIXme siecle torture dans sa chair par la corrosive tunique"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.72", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3435, "texte": "de Nessus qu'ont jetée sur ses épaules les jeunes centaures de l'appoggiature non\nrésolue et préférant à ce supplice intolérable la mort dans les flammes libératrices\nqui lui ouvrent immédiatement les portes de l'immortalité.\nLa résurrection des Contes d'Hoffmann à l'Opéra-Comique, fort sympa-\nthiquement accueillie, a mis en évidence un certain nombre de vérités premières\nqu'il n'était pas inutile de rappeler au public. On put s'y convaincre de la vanité\ndes cloisons morales établies entre les différents genres de musique catalogués par\nles traités officiels. Le fétichisme de la forme et de l'estampille fut très sérieuse-\nment ébranlé par la révélation de certaines de ces mélodies parfaites de tenue et de\ndistinction, par l'emploi d'harmonies élégantes, de locutions choisies, de développe-\nment inspirés par la plus inattaquable culture classique. Ceux qui ne le savaient pas\ndéjà purent constater qu'Offenbach touchait encore sur l'héritage de Mozart une\ntrès confortable rente alors qu'Ambroise Thomas a dilapidé depuis longtemps le\nlegs dérisoire qu'il avait reçu du divin Wolfgang. Le maëstro des Bouffes n'a pas\nparu un seul instant déplacé ni dépaysé sur cette scène hostile aux arts mineurs.\nDe plus, cette partition est instrumentée avec un tact et une discrétion véritablement\nincomparables ; c'est la formule du parfait orchestre d'accompagnement pour un\nopéra-comique de style : aucune parole ne fut perdue. Enfin il apparut assez\nclairement que les catégories laborieusement maintenues entre les artistes sont aussi\narbitraires que celles qui séparent les œuvres. Antoine l'a victorieusement démontré\ndepuis deux ans, Albert Carré aurait pu, en cette circonstance, imiter le directeur\nde l'Odéon. Pour encadrer l'inégalable Jean Périer l'utilité de l'engagement de\nquelques Max Dearly, Prince, Guy, Paul Ardot, Boucot ou Dorville s'est fait\nnettement sentir. La pureté du \" bel canto \" aurait, sans dommage, cédé le pas à\nl'autorité scénique et à la fantaisie. 11 est bon parfois de prendre Offenbach au\nsérieux mais, tout de même, il ne faudrait pas arriver à le prendre au tragique.\nLes concerts dominicaux poursuivent leur carrière dépourvue de surprises.\nJ'avais eu l'occasion de signaler ici même la propension fâcheuse que manifestent\nvolontiers les comités et les directeurs de sociétés à écarter les porteurs de manus-\ncrits en invoquant l'encombrement des affiches et les \" engagements antérieurs\nJ'ai eu depuis le plaisir de constater que M. Chevillard, du moins, n'entendait pas\nuser personnellement de cette facile et presque classique défaite. Il a eu le courage\nde réclamer des œuvres inédites pour sa saison et de gourmander les compositeurs\nparesseux qui ne lui apportent pas de partitions à lire. Qu'on se le dise ! Voila\npour les cartons où donnent tant de prétendus chefs-d'œuvre dédaignés une\noccasion unique de s'ouvrir et de laisser ruisseler les trésors mystérieux qu'en-\nferment leurs flancs poudreux.\nMais c'est une bien difficile entreprise que de chercher à deviner le genre de\nmusique propre à contenter les aspirations d'un public contemporain. Ce mois-ci,\nau milieu des reprises coutumières et du répertoire habituel, Pierné et Chevillard\nont introduit deux nouveautés symphoniques. Au Chatelet fut exécutée la Sym-\nphonie de Thirion, lauréat du prix Crescent ; à la Salle Gaveau fut donné un\ntableau symphonique d'lnghelbrecht. La Symphonie primée réunissait toutes les"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.73", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3487, "texte": "qualités et toutes les faiblesses du genre. Conçue suivant les règles les plus\nconventionnelles de l'architecture franco-allemande, elle s'attachait à démontrer\nque, depuis trente ans, notre inaptitude nationale à manier correctement les formes\nde la symphonie avait fait place à une assurance d'écriture et de construction tout\nà fait inattaquable. Elle ne démontrait d'ailleurs rien de plus. Le paysage orchestral\nd'lnghelbrecht, au contraire, méprisant toute préoccupation d'intellectualisme,\nprétendait s'adresser exclusivement à la sensibilité de l'auditeur qu'une poétique\naffabulation transportait devant une estampe japonaise, dans des sentiers feutrés de\nneige, sous des amandiers et des érables en velours blanc, en face d'un cortège de\nNippons émerveillés par la féerie des flocons tourbillonnant, en extase devant le\nballet silencieux que dansent autour d'eux les plumes de colombes et les fleurs de\ngivre. Toutes les séductions d'une instrumentation savoureuse avaient été prodi-\nguées dans cette étude et écartées volontairement de la rigide bâtisse symphonique\ndu lauréat nancéen. Les deux ouvrages se situaient d'eux-mêmes aux deux pôles\nde l'art contemporain ; l'expérience était donc significative.\nEh bien ! le public s'est prononcé, très catégoriquement. Il a redemandé la\nSymphonie et s'est détourné du paysage. La cause est donc entendue. Ce que la\nfoule apprécie dans une œuvre orchestrale c'est la science de la forme, l'ingéniosité\nde la structure, la perfection du plan tonal, les savantes proportions, les dévelop-\npements conduits selon les règles, les thèmes en ratine réversible, l'utilisation\nsystématique du générateur et de ses cellules interchangeables, les cycles brevetés,\nles adagios construits \" en forme de lied à cinq compartiments \", les réexpositions,\nles strettes et autres gentillesses de ce genre. Par contre, les recherches de sonorités\ninédites, les synthèses heureuses réalisées entre l'art des sons, celui des lignes et\ncelui des couleurs, la décoration instrumentale, la joie d'utiliser un orchestre comme\nune palette richement chargée, l'ivresse de peindre \" au couteau \" avec un bâton de\nmesure, de manier des tons purs et de broyer des couleurs rares, de créer un petit\nunivers vivant, sensible, féerique, derrière un voile tremblant de sonorités... ce\nsont là jeux d'enfants n'intéressant pas un électeur vacciné qui a payé sa place et\nveut avoir de la musique sérieuse pour son argent. Que M. Chevillard se le tienne\npour dit et ne méconnaisse plus les aspirations des abonnés français, qui tous, bien\nentendu, ont un premier prix de fugue et de contrepoint et se souviennent qu'ils\nont failli \" entrer premier \" à Polytechnique.\nAu Conservatoire la Société des Concerts, oubliant toute retenue, se risque\nà exécuter le Don Juan de Richard Strauss ; mais les protestations des habitués de\nl'endroit la rappellent à ses devoirs. La Société Philarmonique a déjà réuni, rue\nde la Boëtie, Fritz Kreisler, Ysaye, Pugno, André Hekking, Elena Gerhardt et le\nQuatuor Capet dans des programmes de premier ordre. La Société Bach a opéré\nune brillante réouverture avec le concours de Georges Walter et Daniel Herrmann.\nUn nouveau groupement intitulé la Musique de Chambre donne, salle Beethoven\nd'excellentes séances parfaitement composées. Les admirables musiciens que sont\nEngel et Bathori triomphent chaque semaine à l'Athénée Sù Germain dans des\nrécitals qui pourraient constituer des modèles du genre. Les Soirées et Matinées"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.74", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2229, "texte": "d'Art offrent des programmes d'un opportunisme un peu inquiétant racheté par\nune interprétation toujours soignée. Mme de Wieniawska donne son premier concert\nmais le nombre de ses admirateurs est si considérable qu'il est impossible de se\nfrayer un passage jusqu'à la porte derrière laquelle sa voix pure de rossignol\nenchante ses heureux auditeurs. Le Quatuor Sangra, le Pax-Quatuor rivalisent de\nzèle et de conscience. Mlle Hefti tempère par d'agréables plaisanteries et des sourires\namusés ce que les œuvres qu'elle exécute avec l'aide de Mlles Lapié et Soyer pour-\nraient avoir de trop austère. Une société toute neuve d'instruments anciens se propose\nde faire de l'archéologie aimable : Mlle Ninette Chassaing, claveciniste delaßeyne,\nMMrs Nauwinck, Maçon, Olivier et Darrieux sont les fondateurs de ce groupe qui\nprend le nom de Société des Violes et Clavecin.\nOn fête le chanteur Charles W. Clarck qui interprète un récital multicolore\net Mme Jane Arger qui, beaucoup plus méthodique, groupe dans un excellent\nensemble neuf auteurs du XVIIIme Siècle qu'elle fait revivre sous nos yeux avec\nl'art le plus délicat : on ne saurait assez louer son entente parfaite du style de\nl'époque et le goût sûr qu'elle apporte à la solution élégante du problème si\ntroublant des \" ornements \" dans la musique ancienne. Le Quatuor Parent se\nconsacre à Schumann et l'incomparable organiste qu'est Joseph Bonnet donne à\nS 4 Eustache l'audition intégrale de l'œuvre d'orgue de Liszt avec un succès mérité.\nMUe Daubresse, dans une conférence très applaudie, fait le procès de l'éducation\nmusicale que reçoivent les jeunes filles dans les milieux mondains et exprime son\ndésir de provoquer une renaissance des sociétés chorales en France. Et j'avais\nl'intention de reprocher à Sechiari la régularité avec laquelle il oublie de nous\nconvoquer à ses premières auditions, privant ainsi les auteurs qu'il joue d'une\npublicité parfois utile, mais en jetant un coup d'œil sur la redoutable énumération\nque je termine tout essoufflé, je me demande s'il ne serait pas plus équitable de\nremplacer, personnellement, cette récrimination par des remerciements émus et\nl'expression confidentielle d'une gratitude attendrie ?\n\nEmile Vuillermoz."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c038", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 75, "image_fin": 77, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.11", "titre_corps": "LULLY A L'ODÉON", "titre_sommaire": "LULLY A L'ODÉON", "signature_source": "Henry Prunières", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.75", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3126, "texte": "LULLY A L'ODÉON\n\nLe Bourgeois Gentilhomme triomphe en ce moment à l'Odéon. On peut applaudir cette\nfois non la pièce tronquée, défigurée, privée de ses intermèdes et de ses ballets que tout le\nmonde a vu jouer à la Comédie Française, mais l'œuvre telle ou à peu près qu'elle fut\nreprésentée à Chambord devant la Cour le 14 octobre 1670. Nous ne saurions nous montrer\nassez reconnaissants à M. Antoine de cette tentative qui a pleinement réussi et qui, nous\nsommes en droit de l'espérer, incitera l'éminent directeur à monter une à une les nombreuses\ncomédies-ballets où Molière et Lully ont dépensé sans compter des trésors d'invention, d'esprit,\nde grâce et de beauté.\nLe Bourgeois Gentilhomme vit le jour de singulière manière. Le passage à Paris d'un\nenvoyé du Grand Seigneur avait mis en vogue les turqueries. Curieux d'aventures arrivées en\npays exotiques, Louis XIV manda le Chevalier Laurent d'Arvieux fraîchement débarqué d'un\nlong voyage en Orient et se fit conter par lui les mœurs bizarres et les coutumes du peuple\nOttoman. Il y prit un plaisir extrême et ordonna que le prochain ballet comportât un de ces\nrécits turquesquesauxquels excellait le surintendant de la Musique de la Chambre, l'illustre\nMonsieur de Lully. Celui-ci s'était fait une sorte de spécialité de ces divertissements qu'il\ndébitait lui-même avec force gestes, d'une voix de basse, assez fausse, mais irrésistiblement\ncomique. En 1661 le gazetier Loret constatait déjà en ces termes son succès :\n\" Ensuite, on dansa le Ballet\nPeu sérieux, mais très folet,\nSurtout dans un Récit Turquesque\nEt dont Baptiste étoit Auteur\nQue sans doute tout spectateur\nEn eut la rate épanouye\nTant par les yeux que par l'oiiye. \"\nMolière reçut donc la commande d'une pièce contenant une bouffonnerie de ce genre. Il devait\ns'entendre avec Lully pour la Musique et consulter le Chevalier Laurent d'Arvieux sur les\ndiverses particularités des costumes, du langage et de la religion des Mahométans. A Chambord\nl'œuvre remporta un immense succès dont la meilleure part revint à Lully. Il suffit de jeter\nles yeux sur les comptes rendus contemporains pour constater que la Comédie de Molière\ndisparut sous les intermèdes et qu'on ne vit en elle qu'un prétexte amusant à musiques et à\ndanses. Depuis, le point de vue a changé. On voudrait même nous persuader que les divertisse-\nments des comédies de Molière sont des agréments superflus qu'on peut supprimer sans rien\nenlever à l'intérêt de la pièce. Les représentations du texte intégral du à\nl'Odéon donnent à cette théorie le plus éclatant des démentis.\nL'exécution musicale de l'œuvre laisse pourtant, malgré de louables efforts, beaucoup à\ndésirer. Je ne veux pas critiquer la reconstitution de la partition. Je sais trop gré à l'auteur de\nce travail de n'avoir pas eu recours purement et simplement à l'édition de M. Weckerlin où\nla musique de Lully est rendue méconnaissable par des additions absurdes ; cependant j'aurais\npréféré que le texte original fût encore plus respecté. Mais mieux vaut ne pas insister sur ce\npoint; il est tellement admis que la musique ancienne ne peut être jouée sans retouches qu'en"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.76", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4252, "texte": "cherchant à combattre cette opinion je serais assuré de ne convaincre personne. Au contraire\nj'espère que quelques remarques au sujet de l'interprétation musicale pourront être utiles\naux excellents artistes qui ne semblent pas avoir reçu d'indications assez précises sur la manière\ndont ils doivent se comporter en scène.\nLe prologue, je l'avoue, a été pour moi un sujet d'ahurissement et je ne pouvais\ncomprendre que le bon public écoutât sans témoigner de surprise une jeune personne qui, assise\nbien droite devant un clavecin, clamait avec conviction d'un ton douloureux et sans la moindre\nnuance : uJe languis, je languis nuit et jour-ou-et mon mal est extrême-ou-ou-ou-ou-ou-me-la-la-ra\nla la la, vos beaux yeux m'ont soumis. \" Pour avoir l'explication de ce mystère il suffit de lire le\nlivret : \" On voit un élève du Maître de Musique qui compose sur une table un air que le Bourgeois\na demandé pour une sérénade.\" Si on se reporte àla musique on devine sans peine le jeu de scène :\nl'élève, assis devant une table, une plume à la main, chante à tue-tête Je languis nuit et\njour, puis note la phrase qu'il vient de composer sur le papier qu'il a devant lui en fredonnant\nou-ou-ou-tr a-la-la. Si l'on veut qu'il se serve d'un clavecin, il faut qu'il prenne l'attitude habi-\ntuelle aux compositeurs du XVIIe siècle celle du musicien Rebel sur son portrait par\nWatteau qu'il batte les touches de la main gauche en chantant et qu'il note l'air de la\nmain restée libre sur un papier posé dessus le clavecin.\nJe n'entreprendrai pas la critique des ballets. Leur reconstitution comporte souvent de\nforts anachronismes, mais il faudrait entrer dans trop de détails sur la danse figurée au XVIIe\nsiecle. Je préféré louer sans réserve M. Antoine de nous avoir donné des ballets dansés par des\nhommes, comme c'était alors l'usage. L'effet n'est point déplaisant et le public paraît avoir\nbien accueilli cette tentative hardie.\nJe ne suis pas persuadé que dans la scène du festin donné à Dorimène, les cuisiniers se\ndoivent trémousser après avoir apporté les plats en cadence. L'air délicieux Soyez fidele, est écrit,\nje 1 avoue, sur un rythme ternaire, mais il ne s'ensuit pas qu'il ait été destiné à faire danser les\nmarmitons. L'arrivée des plats en musique n'est d'ailleurs pas une invention bouffonne de\nMoliere, il en était souvent ainsi dans les fêtes de ce genre et Tallement des Reaux en nous\nrapportant la galanterie faite par le Duc de Nemours à la Maréchale de Thémines nous montre\nu des gens qui, au son des violons et en cadence, mettent le couvert et servent une collation. \"\nLa cérémonie Turque a été somptueusement montée, le Mufty excellent a joué son rôle\navec beaucoup d'entrain. Peut-être a-t-il chanté un peu trop vite. Il y a des passages qui\ndoivent être dits avec une majesté emphatique et une apparente solennité. La scène s'est\nderoulee dans un palais oriental, soit, mais telle n'était pas la pensée de Molière qui n'avait\nprévu qu'une salle de la maison de Monsieur Jourdain.\nM. Antoine ne s'est pas contenté de nous donner intégralement le Bourgeois Gentil-\nhomme, il a voulu nous faire entendre aussi des fragments du ballet des nations. Je ne puis dire\nque cette dernière partie ait produit sur le public l'impression qu'on pouvait en attendre. Après\nles folles drôleries de l'acte précédent la musique a paru triste. Elle est d'ailleurs mélancolique,\nelle a la grâce apprêtée des fêtes galantes de Watteau. Ce ballet terminant sur une note volup-\ntueuse et élégiaque cette comédie si franche et si gaie a surpris les spectateurs. Je crois, pour ma\npart, qu'il eût mieux valu écourter le ballet et monter en entier la scène du donneur de livres,\nqui est un pur chef-d'œuvre. Que ne l'a-t-on au moins supprimée au lieu de la mutiler et de\nla rendre inintelligible par une mise en scène maladroite ! On voit, assis sur deux bancs, des\nchoristes qui chantent : A moi, Monsieur, a moi, un livre s'il vous plaît. Un homme, tourné vers\neux, leur distribue en souriant les programmes demandés. On ne comprend vraiment pas quel\nintérêt peut présenter ce tableau ; pourtant le texte de Molière l'indiquait bien clairement :\n\" Un homme vient donner les livres du Balet, qui d'abord est fatigué par une multitude de gens de"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.77", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1577, "texte": "Provinces différentes, qui crient en musique pour en\nsur ses pas.\" Il fallait laisser debout tous les spectateurs du ballet et y joindre les danseurs,\nfaire mouvoir tout ce monde autour du pauvre donneur de livres abasourdi par les cris de la\nfoule et les récriminations de quelques mauvais coucheurs : vieux bourgeois babillard, vieille\nbourgeoise, gascon, suisse. Ces rôles eussent pu être tenus par des comiques de café-concert\nqui, j'en suis sûr, les eussent chantés avec tout l'entrain désirable. J'avoue que cette eut\nété difficile à régler, mais ce n'était pas impossible et il eut mieux valu la couper purement et\nsimplement que de la dénaturer à ce point.\nL'orchestre, et c'est la critique la plus grave que j'aurai à formuler, s'est montré tout le\ntemps d'une monotonie et d'une indiscipline navrantes. Alors que Vilbert, bien encadré par les\nacteurs de l'Odéon, brûlait les planches, l'orchestre allait son chemin tout doucement, sans\nvigueur aucune, sans netteté rythmique, sans nerf, sans esprit. Il fallait que les lignes mélodiques\nfussent bien parfaites pour résister à une semblable exécution.\nN'importe, l'essentiel est de nous avoir donné le texte intégral du Bourgeois gentilhomme;\nce n'est pas une entreprise aisée que de mettre à la scène une pièce comme celle-ci ; il serait\nfort injuste de tenir rigueur à M. Antoine d'erreurs si légères, lorsqu'il vient de manifester avec\ntant de bonheur son esprit d'initiative et son mépris des conventions surannées, qui enveloppent\nles chefs-d'œuvre comme d'un sombre voile d'ennui.\n\nHenry Prunières."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c040", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 78, "image_fin": 79, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.12", "titre_corps": "Province", "titre_sommaire": "Province", "signature_source": "Swift", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.78", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3782, "texte": "Province\n\nLa vie musicale de l'hiver commence à se manifester un peu partout : les premiers froids\nincitent les mélomanes à se grouper dans la tiède intimité des salles de concerts, a resserrer\nleurs rangs autour de la source de chaleur et de lumière, auprès du foyer idéal que constituent\npour les âmes frileuses un orchestre ou un quatuor. De tous côtés nous arrivent d heureuses\nnouvelles. Cherbourg se flatte de pouvoir soulever bientôt au sein de son assemblée\nmunicipale une discussion d'où sortira, tout construit, le Conservatoire qu espere anxieusement\nune jeunesse studieuse. En attendant cet heureux jour, le théâtre, habilement dirigé par\nM. Paul Masson offre une brillante hospitalité aux pensionnaires de l'Académie nationale de\nmusique et permet à Mlle Campredon de triompher avec éclat. Grenoble prélude aux\ndivertissements profanes par la prière et la méditation : une Schola zelee se voue a la\npropagande des préceptes musicaux du u motu proprio \"et fait la police ;des tribunes. Une\nmaîtrise est formée à la cathédrale, un cours dirigé par un des administrateurs de la Revue de\nchant grégorien répand la bonne semence et l'on peut assister, paraît-il, a des messes de\nmariage sans y entendre la Méditation de Thaïs! Voilà qui est admirable, mais gageons que le\ntroisième vicaire ne s'en consolera jamais. Cambrai fête le cinquantenaire de son Union\nOrphéonique et en profite pour commémorer le centenaire d'Ambroise Thomas par une\nsolennelle exécution de la Nuit du Sabbat, grande scène chorale où le compositeur de Mignon\nne se révèle pas très spécialement démoniaque. Xavier Leroux préside la ceremonie, accom-\npagne son Nil et fait acclamer son Chant du Fer ; Rose Féart, Obein, Decard, Soiron et la\nSociété \" Choral Nadaud \" venue de Roubaix pour la circonstance recueillent des ovations\nméritées. Ainsi est récompensé l'effort généreux et inlassable de M. Léon Morand, défenseur\nhéroïque du chant choral, champion infatigable d'une noble cause généralement si mal dé-\nfendue en France.\nNous avons la surprise de trouver à Bordeaux notre excellent Rhene-Baton installe au\npupitre de chef d'orchestre que Brahy avait conquis l'an dernier après les mémorables compé-\ntitions dont nous avons parlé. Le vainqueur de ce tournoi, ne pouvant s'habituer au climat de\nla Gironde a dû renoncer à conserver la direction de la Société Sainte Cécile et a regagne ses\nFlandres natales. La baguette passe.Mais le cumul n'empêchera pas le jeune chef d orchestre de\ncontinuer sa magnifique saison d'Angers où déjà par ses soins, Ducasse, Fournier, Magnard\net Ravel ont, ces jours derniers, connu le succès. M. Paul Dazy donne à Reims un très beau\nrécital de piano et prête son concours aux u Concerts éclectiques \" qui, sous la direction de\nM. Grégoire Vaysman, mettent en garde depuis treize ans les mélomanes champenois contre\nles dangers de la délimitation artistique.\nLe groupe des jeunes artistes qui vient périodiquement initier Abbeville aux douceurs du\nmodernisme continue à charmer ses auditeurs. MM. Leuliet, Gayraud, Tinlot, Barrier,\nMichelon ont droit à la reconnaissance publique pour leurs parfaites exécutions. Pugno et\nYsaye font escale à Poitiers et y laissent des souvenirs attendris. En mémoire de son passé,\nM. Albert Carré a consenti à donner aux habitants de Nancy la joie d'applaudir les premiers,\nun drame lyrique de Guy Ropartz intitulé \"Le Pays \" que nous verrons bientôt a 1 Opera-\nComique. Les Concerts du Conservatoire, toujours très brillants, continuent a mettre en valeur\nl'excellent chef d'orchestre. Le ler quatuor de Fauré et les Estampes de Debussy viennent\nd'arriver à \"Vannes en compagnie d'œuvres de Schumann et de Chopin. Les quatuors de\nRavel, de Smétana et de Novak marchent sur Rennes dont les quartettistes beethoveniens"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.79", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1343, "texte": "Lavello vont leur ouvrir toutes grandes les portes. La société des Concerts y a déjà attiré Mary\nMayrand et Jean Reder qui interprétèrent Rebecca sous la direction de Charles Bodin, habitué\nà composer toujours très artistiquement ses programmes. Jean Bedetti, Batalla et Mlle Hugon\nrehaussèrent l'éclat de la première séance donnée par l'Association artistique et littéraire de\nBretagne.\nLe féminisme triomphant se répand dans la vallée de la Loire : Tours retentit des\nsuccès de Mlle Perny, conférencière vibrante qui commente les programmes qu'elle exécute\navec le concours de Mlle Ruin-Gabriac. Ces deux amazones de la musique, remontant le cours\ndu fleuve, ont gagné à leur cause Mlle Chaminade et ont pris d'assaut le château de Blois où\ntoutes trois se firent acclamer par un peuple émerveillé.\nCependant Lille, après avoir applaudi la Légia, célèbre chorale belge et le Quatuor\nSurmont, s'amuse à mettre en balance les mérites respectifs de Sechiari et de Messager comme\nchefs d'orchestre, et, par la même occasion les vertus comparées de l'orchestre de la Société des\nConcerts du Conservatoire de Paris et de la Société des concerts populaires de Lille. La presse\nlocale a rendu son verdict, à la majorité, sans circonstances atténuantes mais, par respect pour\nles mélomanes lillois, nous le tairons, pudiquement !\n\nSwift."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c041", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c041", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 79, "image_fin": 82, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.13", "titre_corps": "Belgique", "titre_sommaire": "Belgique", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.79", "debut_caractere": 1345, "fin_caractere_exclue": 3638, "texte": "Belgique\nQuatre premières, depuis octobre, à la Monnaie : Thérèse, de J. Claretie et Massenet ; Le\nsecret de Suzanne, de M. Kufferath et Wolff-Ferrari ; Obéron, version nouvelle de MM. Kufferath\net Gain, musique de Weber ; La Zingara, \" espagnolerie \" de M. Valverde.\nLes œuvres du fécond maître français séduisent par leur inspiration mélodique, fine,\ngracieuse, abondante. Leur mérite n'est point dans la vigueur d'expression ; elles n'arrachent\npas les sanglots ; mais elles charment, incontestablement. L'épisode de la Révolution, mouve-\nmenté, rude, de couleur violente, ne convenait pas tout à fait au délicat mélodiste ; aussi,\nc'est dans les scènes d'amour tendre, dans les dialogues passionnés et rêveurs, que la musique\nest réussie.\nLe secret de Suzanne est une œuvrette de trame assez insignifiante. Madame fume des\ncigarettes, sans oser le dire à Monsieur. Monsieur croit, à l'odeur, déceler qu'un rival profite\nde ses absences..., il fait une scène, brise tout, mais bien entendu, l'on s'explique et s'arrange.\nLes époux allument la cigarette... de paix. Sur ces données, M. Wolff-Ferrari écrivit de la\nmusique intéressante par la facture, sinon par les idées et par l'émotion.\nLa reprise & Obéron nous retient davantage. L'œuvre de Weber n'avait pas encore\nété donnée, sous sa forme primitive, à Bruxelles. MM. Kufferath et Gain ont reconstitué le\nlivret d'après le texte original de Planté ; c'est une féerie, prétexte merveilleux à la musique.\nElle emprunte ses tableaux, nombreux et variés, fabuleux, éblouissants, à l'aventure de Huon>\npreux de Charlemagne et Rezia, princesse de Babylone. Nous ne pouvons ici résumer ce sujet\ninfiniment compliqué. Il permit à Weber d'écrire un chef-d'œuvre. La partition se compose\nde morceaux détachables, reliés jadis par des parlés, aujourd'hui, par des récitatifs, sur les\nthèmes de l'ouvrage, par F. Willner. Ces morceaux sont tous admirables. On connaît surtout\nl'Ouverture, popularisée par les concerts et par l'édition bon-marché. L'inspiration de Weber\nest pleine de fantaisie, de grâce, d'originalité. Dans les élans de passion fougueuse autant\nque dans les passages fantasques ou poétiques, elle s'épanche, libre et riche, avec une aisance,\nune souplesse, une abondance surprenantes. Le génie du romantique Weber reste une source"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.80", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3763, "texte": "généreuse. Elle a nourri bien des musiciens sans perdre de sa vivante beauté. Avec le\nFreischiitz et Euryanthe, Obéronrestera un monument impérissable. L'œuvre a été remar-\nquablement interprétée ; les décors, la mise en scène sont \" féeriques \" comme il le fallait.\nL'orchestre surtout, sous la conduite de M. Lohse, mérite des éloges.\nEnfin, avec le Voyage en Chiney (ne trouve-t-on plus une œuvre, dans le répertoire\nartistique moderne) nous avons eu La Zingara, fantaisie espagnole, non sans pittoresque, de\nM. Valverde.\nDe leur côté, les Concerts Populaires ont brillamment continué la série des auditions\n\" Beethoven Le premier concert où Ton entendit : l'ouverture d'Egmont, le Concerto en\nmi bémol (avec M. A. de Greef,) les première et deuxième Symphonies, marqua un véritable\ntriomphe. C'est devant des salles combles, enthousiasmées, que l'orchestre, bien proportionné,\ntrès classique, a réveillé le grand souvenir de l'immortel Maître. Ah ! sans doute, il y a\nbeaucoup de \" snobisme \" dans l'engouement soudain, qui fait qu'à Bruxelles, on semble\nu découvrir \" Beethoven ! Mais il y a aussi bien des ferveurs, bien des piétés intimes qui se\nrallument dans l'âme des artistes. Qu'importent les menues critiques que nous pourrions faire à\nM. Lohse, trop scrupuleux de l'écriture par endroits; c'est la voix même du génie qui plane\net qui chante, aux plus sublimes régions, par son office.\nA la deuxième séance, la Symphonie héroïque a surtout laissé une inoubliable émotion.\nM. Lohse sut en graduer et en accentuer les mouvements. De même, la quatrième Symphonie\nnous fut révélée en pleine lumière. César Thomson, soliste à ce concert, nous est réapparu en\npleine possession de ses moyens, de sa technique impeccable, de sa puissance, de son style..\nIl fut acclamé.\nAu premier concert Tsayey le violoniste Capet, pour qui le Maître belge témoigne\nd'une particulière estime, joua, avec une parfaite pureté de style, un son merveilleux, de la\nchaleur, le concerto en ré de Beethoven et le beau Poème de Chausson. Nous y avons entendu\naussi pour la première fois un Poeme Symphonique de François Rasse, et Suite Burlesque de\nA. Dupuis. Ces œuvres attestent de sérieuses qualités.\nMM. Deru et A. de Greef ont interprété, en trois séances remarquables, les Sonates\npour piano et violon de Beethoven.\nLe violoniste de L. L. M. M. le Roi et la Reine a remporté d'autre part un vif succès\nà l'occasion de son concert, donné à la Grande Harmonie. Il prêta le charme élégant et\ncorrect, la pureté de son jeu, au Concerto en mi mineur de Nardini, au Quintette opus 115\nde Brahms. Très classique, le Concerto de Bach, en mi majeur, pour violon et orchestre.\nEnfin, l'immortellement sublime Sonate de Franck, avec M. de Greef.\nNotons encore le succès exceptionnel de Fritz Kreisler, accompagné par Charles\nHénusse à la Grande Harmonie. Les séances de Marcel Jorez, violoniste et G. Tambuyser,\npianiste ; le récital Frey.\nMadame B. Marx-Goldschmidt, la pianiste célèbre, et Mathieu Crickboom nous\nconvièrent aussi à l'audition des dix Sonates pour violon et piano de Beethoven. Leurs\nséances, annoncées depuis septembre, ont été fort brillamment suivies. Le talent des deux\ninterprêtes n'est plus à dire, mais nous tenons à acter l'affirmation de plus en plus définitive\nde M. Crickboom. Il a atteint, dans les Sonates de Beethoven, à la perfection de soi-même..\nCe n'est plus l'analyse de qualités particulières, le charme de la virtuosité, quelque remarquable\naspect de sa personnalité qui nous attachent. Car Mathieu Crickboom a réalisé ici l'idéal qui\nconsiste à faire vivre l'œuvre même, à travers un tempérament. Il nous donna l'impression\nd'immatérialité, réunissant et l'émotion et le plaisir d'une réalisation impeccable, qui\nmarque le grand Art."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.81", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3762, "texte": "—On annonce un rétical de Mme G. Wibauw-Detilleux, àla Grande Harmonie. Le\nprogramme en est tout à fait remarquable. Nous y trouvons un lied violent et rouge de\nMoussorgsky : Le Dniépev, La Caravane humaine, de Chausson, des mélodies de R. Strauss,\nBrahms, et de nos meilleurs musiciens belles. L'éminente cantatrice sera accompagnée par\n7\nCharles Hénusse.\nLe deuxième concert Ysaye, fixé au dimanche 10 décembre, réunira deux artistes\nauxquels nos dilettanti ont déjà eu l'occasion de prodiguer leurs faveurs : José Lassalle, le\nsymphatique Kapellmeister qui donna à Bruxelles au cours de la saison dernière avec le\nTonkûnstler orchester, les brillantes exécutions dont on se souvient et la cantatrice Maude Fay,\nla délicieuse interprète des rôles d'Eisa, Elisabeth et Sieglinde lors des dernières représentations\nwagnériennes données à la Monnaie.\nLa deuxième séance du Quatuor Zimmer (audition intégrale des quatuors de Beethoven)\naura lieu le mercredi 13 décembre, à 8 h. 1/2, à la Salle Nouvelle (rue Ernest-Allard 13).\nAu programme : quatuors op. 18, n° 3, op. 130 et op. 59 n° 3.\nC'est l'éminent virtuose Jacques Thibaud qui prêtera son concours au u Deuxième\nConcert Classique \", qui se donnera le 15 décembre, àla salle de la Grande Harmonie. Il est\ninutile d'énumérer ici longuement les grandes qualités de ce brillant violoniste, universelle-\nment connu et souvent applaudi dans nos grands concerts. Le très intéressant programme sera\npublié ultérieurement.\nSamedi 9 décembre, à 8 h. 1/2 du soir, La Scola Musicae donnera en sa salle d'audition,\nrue Gallait 90, Bruxelles-Nord, une séance de Musique Ancienne. Au programme des\nœuvres de J. S. Bloch, D. Scarlatti, N. Porpora, G. Tartini, J. Haydn. Interprètes :\nMmc Paule d'Ytte, M.M. Fernand Mawet, Léopold Charlier et Fernand Charlier.\nComptes rendus au prochain numéro.\nBIBLIOGRAPHIE. Chansons de Flandre : poèmes de Camille Lemonnier, musique\nde : Léon Du Bois, Louis Delune, François Beaucq, Edgar Leclercq. Edition Kerkhofs,\nBruxelles sous couverture ornée d'un dessin symbolique du peintre luministe flamand\nEmile Claus.\nCamille Lemonnier qui a doté notre littérature de tant de chefs-d'œuvre qui\nresteront l'un des plus nobles monuments de la génération qui nous précède, l'auteur\nprestigieux du Mâle, nous offre aujourd'hui un recueil de Chansons de Flandre. Il semble que\nle puissant Maître, du fond de son cœur resté jeune, entre deux tâches géantes, ait senti se\nréveiller les souvenirs lointains de l'enfance. Certaines de ces chansons, a peine realisees,\névoquent la couleur mystérieuse, les beaux décors du rêve puéril. Ah, l'apparition des rois\nmages, avec l'étoile, les petits bergers, l'Enfant Jésus, la Sainte Vierge, Saint Joseph, l'âne et\nle bœuf tapisserie irréelle, tramée d'azurs, de lumières et d'ors, dans les ciels mauves de\nBethléem. Ah ! ces histoires horrifiantes. Les Kerelsl Kling! Klang! le noir faucheur qui va par\nla prairie, fauchant les fleurs, les têtes, rouge de sang. Et puis, la nocturne fileuse, qui file au\nclair de lune, parmi les fleurs de la prairie —et l'étoile qui sonne la messe et 1 auberge\net les rois et le petit coq de ma tante Thérèse ! Toute l'épopée fabuleuse que la\nMaman racontait, aux soirs candides et tremblants de jadis ! Et la musique, avec ses rythmes,\nprête une vie magique à ces personnages que vénère l'âme populaire. Les Kerels de L. Du Bois,\nsont sauvages et rudes, ivres et farouches. Les petits paysans vont, sans repos, toujours, toujours,\ntirant la charrue, et désespérément, vers la mort, au bout du champ. Louis Delune a\nmerveilleusement interprété l'histoire des Petits Bergers de Flandre. Ces pages sont véritable-\nment exquises de réalisation primitive, au point de vue de la couleur harmonique. Kling! Klang !"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.82", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3646, "texte": "dramatise, avec une âpreté, une vigueur d'accent, une sauvagerie \" tonale \" et \" rythmique \"\nsurprenante, la figure sanguinaire du faucheur. Les deux chansons de François Beauck sont\nplus spécialement dans la tradition populaire flamande. C'est bien le rythme balancé, mono-\ntone, un peu lourd et comique des vieux refrains, des anciennes chansons flamandes. Enfin,\nles pages d'Edgar Leclercq sont d'une jolie musicalité, dans la nuance moderne, subtile et\nlunaire, mélancolique et pénétrante. Les Chansons de Flandre ne seront pas comprises, ni\ngoûtées de prime abord, par tout le monde. Il faut avoir conservé l'âme neuve, il faut se\nlaisser caresser et bercer par le songe enfui... Ces petites œuvres, alors, paraissent ce qu'elles\nsont réellement, délicieusement évocatrices et d Art.\nEssais sur les symboles de la Tétralogie wagnèriennpar A. Cantillon. (Préface de François\nAndré.)\nLe petit livre de M. Cantillon, comme il le dit lui-même, est un manuel à l'usage des\nprofanes qui veulent s'initier aux idées de Wagner. Il témoigne d'une compréhension souvent\nheureuse des symboles, de la portée philosophique, du sens idéal de la Tétralogie. Il constitue\nun excellent guide. Le Maître, en effet, conçût et bâtit tout son œuvre sur un mythe\nsymbolique, d'après un plan vaste et touffu que l'on ne saisit pas sans une étude approfondie.\nMais il importe d'y insister, la structure idéologique des drames wagnériens, leur but\nsocial ne compteraient guère sans la réalisation musicale. C'est dans la forme et par elle\nsurtout que Wagner fut et restera l'un des plus grands créateurs de tous les temps.\nDISTINCTIONS. A l'issue d'une audition de Déjanire, la nouvelle, et dernière,\nœuvre (dit-on) de Saint-Saëns, au Palais de Bruxelles, le Roi Albert a remis au Maître\nfrançais, qui était venu tenir lui-même le piano, les insignes de grand-officier de l'ordre de\nLéopold. Cette distinction honore, en la personne de C. Saint-Saëns, la musique française\net nous en sommes particulièrement heureux.\nParmi les artistes décorés à l'occasion de l'anniversaire du Roi Albert, nous trouvons :\nM. Guidé, directeur de la Monnaie, M. J. Van den Eeden, directeur du Conservatoire de\nMons : promus au grade de commandeur de l'ordre de Léopold ; MM. Octave Maus, directeur\nde l'Art Moderne, A. de Greef, pianiste, De Loose, directeur de la Société de Musique\nde Tournai, nommés officiers du même ordre ; chevaliers : Nicolas Daneau, A. Dupuis,\nF. Rasse, Smulders, Thiébaut, Van Oost, Van Vlemmeren, compositeurs ; Daneels, organiste;\nDebefve et Durant, chefs d'orchestre ; Debroux, Deru, Marchot, Prys et Zimmer, violonistes ;\nClosson, musicologue ; Demest, professeur au Conservatoire; Lejeune; Samuel, idem ; Seguin;\nGoetinck, directeur de l'Ecole de Musique d'Ypres ; Hekkens, secrétaire du Conservatoire\nd'Anvers ; Schmidt, directeur de l'Ecole de Musique de Charleroi. Dans l'ordre de la Cou-\nronne : officiers ; Beyer, violoniste ; Mesdagh, compositeur ; chevaliers : Hullebroek, Prekher,\nStiénon du Pré, J. Strauwen, Van der Haegen, Mme Van den Born-Coclet, compositeurs ;\nMme Beumer, cantatrice ; MM. Delsemme, Merloo, Williame, professeurs.\nERRATA. Dans notre dernier numéro, nous avons attribué une mention au\nConcours de Rome à M. Brusselmans. C'est par erreur. Ce jeune musicien obtint en effet\nun rappel de mention.\nDans notre compte-rendu des conférences de M.E. Closson sur la musique wallonne\nà l'exposition de Charleroi, il faut lire : \" ... l'école néerlandaise, composée en réalité de musi-\nciens flamands,wallons et picards \" et, plus loin : \" Grétry... qui donne l'élan décisif à l'école\nféconde de l'opéra -comiquefrançais. \""}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c042", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 83, "image_fin": 92, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.14", "titre_corps": "Étranger", "titre_sommaire": "Étranger", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.83", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 21, "texte": "Étranger"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.83", "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 2484, "texte": "LISZT EN ESPAGNE\nVoici quelques détails curieux sur le séjour de Liszt à Valence; je les tiens de M. Buso,\nmusicologue, qui connut personnellement le grand musicien.\nIl C'était au début du mois d'avril 1845. Liszt, venant d'Andalousie arriva à Valence dans\nune de ces fameuses déligences qui n'offraient pas le confort de nos modernes moyens de loco-\nmotion ; il descendit à l'Hôtel du Cid qui se trouvait en face le palais de l'Archevêque et à\nproximité de la Cathédrale. Là, le célèbre organiste Perez Gascon, le maître de Chapelle\nEscorihuela et leur tout jeune élève M. Buso vinrent lui présenter leurs hommages et reçurent\ndu maître un accueil des plus empressés.\n\" Nous étions nous a dit M. Buso pleins d'émotion. Liszt était habillé d'une longue\nlévite noire brochée jusqu'au col. Je ne cessais de le regarder ; et les verrues qui se trouvaient\nsur son visage si expressif, me semblaient bien extraordinaires. Son regard avait un tel éclat\nqu' on pouvait à peine le fixer. Ses cheveux tombaient jusqu'à ses épaules. Nous avions devant\nnous la silhouette romantique la plus caractéristique. La musique fut aussitôt le sujet de notre\nentretien. Liszt était très aimable et très simple ; il se mit au piano. Ce qu'il joua, je ne saurais\nplus le dire ; mais, ce que je n'ai pas oublié c'est l'effet que produisit sur moi cette musique\ndont la douceur alternait avec la violence. Cette exécution terminée, Liszt demanda à\nl'organiste Perez Gascon de lui donner un sujet de fugue avec son contresujet; après quelques\nsecondes de réflexion il se mit au piano et improvisa une fugue admirable. Très ému Perez\nGascon embrassa le maître ; mon compagnon et moi restions sur nos sièges sans pouvoir\nprononcer une parole tant était grande notre extase... Nous prîmes congé du maître qui nous\npromit de venir nous trouver le lendemain à la Cathédrale. Le soir eut lieu un concert au\nThéâtre Principal. A cette époque les variations et les improvisations sur un thème donné\nétaient très goûtées du public ; la facilité avec laquelle Liszt sut traiter le thème d'un motif\npopulaire (air de danse, dit des nains, qui date du 16e siècle) fut pour lui l'occasion d'un\nnouveau triomphe. Comme il l'avait promis, Liszt se rendit le lendemain à la Cathédrale,\naprès les Vêpres. Nous espérions être seuls; mais les chanoines, au courant de notre rendez-\nvous, étaient restés dans les stalles du chœur. Pas un bruit, cependant. Les vitraux, baignés de"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.84", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3575, "texte": "soleil, projetaient sur les boiseries dorées de l'autel des lueurs multicolores. L'organiste, pour\nmettre en valeur toute la richesse de son instrument improvisa une fugue. Liszt se tenait près\nde moi ; pendant longtemps il écouta, calme ; peu à peu il s'anima et, lorsque la fugue fut\nterminée, il courut à l'orgue, prit les mains de l'organiste et les couvrit de baisers. Des mains\nsi petites étaient-elles donc capables de jouer d'aussi merveilleuse façon ! Quand Liszt joua\nà son tour, il s'en fallut de peu que l'enthousiasme des chanoines ne se traduisit par des\napplaudissements. \"\nLe lendemain Liszt partit pour Barcelone. Il fréquenta les milieux aristocratiques et y\nreçut le meilleur accueil. On apprécia sa grande amabilité en même temps que son talent. Sans\ndoute quand il se mettait au piano, il était obligé de sacrifier au goût du public et s'il exécuta\nsouvent d'excellente musique il dut aussi satisfaire ses auditeurs par des Fantaisies et des\nMorceaux de bravoure.\nEDOUARD L. CHAVARRI.\nLISZT EN ROUMANIE\nLa Roumanie n'a pas manqué de faire sa petite partie dans les fêtes du centenaire Liszt.\nLes journaux, Minervaen particulier, ont réuni d'après les feuilles de l'époque quelques\nsouvenirs d'un passage du pianiste à lassy en 1847, la dernière année de ses triomphales\ntournées européennes.\nL'enthousiasme de la presse moldave s'exprime en termes dont le lyrisme et la naïveté\nnous documentent sur la culture musicale du pays. Il faut bien se rappeler d'ailleurs que les\nPrincipautés danubiennes n'étaient alors pas encore débarrassées des dominations turque ou\nrusse, aussi asiatique l'une que l'autre, et il n'y a rien d'étonnant à ce que les musicographes\nlocaux ne prétendent qu'ajouter \" à l'opinion générale de Y Europe \" le modeste tribut de leur\nadmiration pour \" les grands talents de Monsieur Liszt \". Il avait de quoi : \" Les\nde sa claviaturesont le non plus ultra (sic, sic, sic !) de cet instrument. Dans les sautes les plus\nhardies, les passages les plus difficiles et les sonorités les plus délicates, la main gauche rivalise\navec la droite, se confond avec elle et sans visible effort toutes deux engendrent des sons\nqui entraînent l'auditeur vers la douleur, la joie et la mélancolie, selon les sentiments mêmes\nde ce grand maître. Aussi la réception que notre noblesse fit à M. Liszt fut-elle enthousiaste\net témoigna qu'ici comme dans les autres capitales de l'Europe le vrai mérite rencontre toujours\nune juste estime \".\nPar exemple les frais d'éloquence du chroniqueur lui ont fait oublier de nous transcrire\nles programmes de Liszt. On sait seulement qu'il joua trois fois. Le premier concert eut lieu\nle 5 janvier 1847 dans les salons du vistiernic(c'était le ministre des finances) A. Balsch, un\ndes plus grands boyars moldaves. \" Inutile d'énumérer les pièces qui ont \" sonné \" (on voit\nqu' en roumain on parlait comme Melle de Limeuil). L'important serait de faire savoir\nelles furent sonnées,si cela était possible par des mots. Mais les productions du pinceau et des\ninstruments sont de celles qu'il faut recevoir pa et\npar le moyen duquel elles peuvent influer sur l'âme, car les descriptions les plus réussies\ndemeurent toujours insuffisantes... \"\nLe mercredi suivant une matinée succédait au concert mondain. Ici l'on entendit entre\nautres Y Invitation à la valse de Weber et l'ouverture de Guillaume Tell : \"Le grand poète\nLiszt a su rendre sur un pauvre piano toute la vaste conception de Rossini, remplacer un\norchestre entier et reproduire en perfection, à lui tout seul, le caractère particulier de chaque"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.85", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3575, "texte": "instrument. D'où l'on peut reconnaître que Liszt ne s'est pas borné à approfondir le piano,\nmais qu'il a encore étendu ses études à tous les autres instruments.\"\nUn autre journal exclame : \" Ainsi applaudissons, jetons des fleurs et des couronnes à ces\nenchanteurs de l'humanité. Les sons légers et brillants, papillons de l'harmonie, à peine nés,\ns'envolent au ciel, comme si la terre était indigne de les garder. Que nous en reste-t-il ? Un\nsouvenir émerveillé... \"\nAprès la matinée, un troisième concert suivit le 11 janvier. Une telle foule était accou-\nrue de la province, qu'il fallut ouvrir la salle du nouveau Théâtre. A son entrée Liszt fut\naccueilli par des salves d'applaudissements et une pluie de fleurs. Après le premier morceau, le\nbuste de l'artiste, modelé dans la fièvre de l'enthousiasme par un amateur de sculpture, appa-\nrut au fond de la scène, et une dame de la société vint le couronner au milieu d'ovations\nfrénétiques.\nLe programme cette fois comportait aussi une et une d'un\njeune compositeur, connu plus tard comme créateur de l'opérette roumaine par l'emploi d'airs\npopulaires qu'il fut un des premiers à récolter, A. Flechtenmacher. Liszt daigna lui en faire\ncompliment, mais surtout transporta son public en prenant immédiatement les airs de la hora et\nde l'ouverture pour thèmes des plus brillantes improvisations. La joie et l'enthousiasme furent à\nleur comble.\nGeorge Asakhi, l'esprit encyclopédique, poète, peintre, mathématicien, ministre, bref le\nroumain le plus instruit de son temps, avait à cette occasion monté les cordes de sa lyre et remis\nà Liszt un sonnet en roumain et en français. Le texte original français malheureusement\nm'échappe, mais en voici la teneur d'après l'édition des Poésies, publiée par N. lorga, Neamul\nromânesc, en 1908 :\n« Depuis le temps où la lyre d'Orphée résonnait aux rivages de Thrace, aucun chant de cette\npuissance ne s'était fait entendre dans les plaines de l'lster... Si tu passais en l'autre monde\npour ramener Eurydice; si, nouvel argonaute, tu cinglais vers Colchide, tu vaincrais la tempête\net soumettrais le Tartare... Cependant ta mission est plus haute et ton sort plus heureux : le ciel\nveut, par ton organe, que l'hymne harmonieux des anges descende jusque sur terre. \"\nIl serait curieux de savoir si l'autographe de G. Asakhi est conservé dans quelque archive,\net où se trouve le buste modelé par le sculpteur A. C. de lassy.\nMARCEL MONTANDON.\nBUCAREST. Premier Congrès des chantr Ils sont environ douze mille\ndans le pays, et leur fonction leur vaut d'être considérés comme faisant à peu près partie du\ncorps ecclésiastique. Mais en réalité ils sont les plus misérablement rétribués de tous les\nfonctionnaires et ne jouissent d'aucune considération. Si l'on excepte les maîtrises de quelques\ngrandes paroisses, le chant dans les églises roumaines n'est en effet qu'un braillement nasillard,\noù la psalmodie inintelligible du chantre est soutenue par le de tête indiscontinu de l'enfant\nde chœur qui tient Vison,c'est-à-dire \" complète l'harmonie \".\nAussi était-il temps de s'occuper de cette pauvre corporation et de faire quelque chose\npour son relèvement moral et matériel. Le premier congrès, réuni par les soins de\nM. Popesco-Pasarea, a émis les vœux principaux suivants :\nQue le traitement des chantres qui était de 40 à 50 francs par mois dans les villes,\net de 11 (onze) francs dans les villages fut porté à 120 et 50 francs, avec augmentations\nsuccessives et droit à une pension ;\nQue l'instruction des chantres comportât quatre ou cinq ans d'études, pendant lesquels"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.86", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3862, "texte": "ils apprendraient non seulement le chant, mais le cérémonial des fêtes et la langue roumaine\npour commencer ;\nQue l'enseignement du chant fût donné dans les écoles attachées aux deux Métropoles\nde Bucarest et de lassy, aux principales églises et aux séminaires ; et qu'en outre une chaire\nde musique d'église fût fondée au conservatoire pour la formation de professeurs capables.\nEnfin, à côté d'autres questions d'ordre administratif intérieur, par exemple que les\nchantres ne soient plus destitués sans jugement, que le congrès devienne annuel, etc, on a\nproposé la nomination d'une commission de trois membres chargée de recueillir les plus beaux\nchants d'église encore subsistants.\nM. MTD.\nMUNICH. Brillant recommencement de saison - Liszt, Mahler; Mahler, Liszt, on\nne sort pas de là après un non moins brillant été musical Wagner, Beethoven, Mozart.\nJe ne sais à vrai dire rien de plus reposant que l'été de Munich. De la musique hors ligne,\nautant qu'on en veut, dans des conditions de bien être et de commodité inappréciables et,\ntandis que toute l'Europe fut à sec, des eaux fraîches et abondantes dont l'édilité n'a pas eu à\nnous priver d'une goutte. On a quelques jours arrêté les fontaines et jets d'eau ; on n'a pas\nfermé un seul robinet. Et les courses aux environs, lacs, montagnes, châteaux et vieilles villes\nalternent délicieusement avec les trois cycles annuels simultanés, ou plutôt fugués.\nIl serait ingrat de prétendre qu'on ne se soit pas aperçu de la disparition de Mottl, mais\nM. Lohse a fait merveille au Théâtre du Prince Régent. A celui de la Résidence entendre\nM. Richard Strauss diriger Mozart est un régal de délicats. Mais le plus populaire des cycles\nmunichois devient décidément celui du Konzertverein où M. Ferdinand Lœwe nous donne de\nBeethoven la révélation certainement le mieux selon la tradition viennoise, la plus fidèle à\nl'esprit de Beethoven et de son temps qui se puisse souhaiter. Je le trouve très Congrus de Vienne,\nM. Lœwe, et je m'étonne toujours à ses concerts de me reconnaître à Munich et de voir des\nsmokings et des jupes entravées. Instinctivement on cherche aux fauteuils la comtesse de Fries\nou la Princesse de Sagan, Metternich, Gentz ou Razumowski. La Symphonie inachevée de\nSchubert, telle ouverture de Weber, la IVme symphonie de Beethoven interprétées par lui ;\nrevoir à la galerie Schack les de Schwind; rentrer chez soi et feuilleter le Talleyrand de M. Loliée\nou surtout la Chronique de la Duchesse de Dino et les Souvenirs de la Baronne du Montet, ce\nsont là délectations du même ordre.\nMais il y a un second M. Lœwe à côté de cet exquis évocateur des passions, de la poésie\net de la vie charmante du vieux temps ; c'est celui que j'appellerai le filleul et exécuteur\ntestamentaire de Brahms et de Bruckner, le conservateur de la mémoire de ce dernier. La\nencore il est inimitable parfois, d'autres fois incomparable. Dans Bruckner toujours. A vrai dire\nlui seul le joue, le démêle, l'ordonne et le coordonne. Il lui est ce que M. Steinbach est à\nBrahms, mais jusque dans Brahms il reprend sa revanche sur M. Steinbach par certaines grâces\nd'état viennoises. Je l'aime moins dans Richard Strauss et dans Mahler, qui, forcément, lui\néchappent en partie par leur expression de sentiments que la nature exquise et reservée de\nM. Lœwe ne comporte pas et ne peut que théoriquement comprendre. De cette compréhension\nqui pardonne ! Or, il faut, ici comme ailleurs, la compréhension qui partage. Ceci n'est du\nreste nullement un blâme, nullement une critique. Le chef d'orchestre indifférent à ce qu'il\njoue et l'esprit en quelque sorte a ouvert à tout venant \" ne peuvent être que médiocres en\ntout. Et j'aime M. Ferdinand Lœwe d'être l'homme de ses amours, le répondant de ce qu'il\napprouve.\nLiszt même n'est pas son fait. Il y faut la frénesie cassante et le diable au corps romantique\n\n6"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.87", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4489, "texte": "d'un Hausegger... Donc on l'a fêté, Liszt, avec magnificence dans le monde entier. Il est incon-\ntestable qu'il est mieux le fait des amateurs de musique littéraire et picturale que des musiciens\npurs, celui des partisans de la musique à tout faire : histoire, géographie, philosophie, poème, drame\net roman. Faust et Dante, les douze poèmes symphoniques, certes c'est très intéressant deux ou\ntrois fois. Mais me sera-t-il permis d'avouer qu'à la dix ou douzième cela dégage un insupportable\nennui, et apparaît de formidables pensums. Hélas ! le jubilé n'a ni modifié, ni rajeuni ces\nimpressions. Je n'insiste pas. L'auditeur rassis, saturé de certaines œuvres aura toujours tort auprès\nde ceux qui viennent d'en avoir la révélation. Je m'étonne aussi un peu que la rosserie de notre\ntemps soit si unanime à rendre hommage à l'admirable caractère du héros de l'amitié et de\nla charité intelligentes et nous rions même sous cape de l'entendre célébrer et proposer comme\nmodèle par tant de précieux amis et de délicats confrères qui en jugent en si experts connais-\nseurs. Ce qui nous divertit peut être encore plus, c'est de constater le respect unanime avec\nlequel l'anticléricalisme notoire de ces Messieurs affecte de pudiquement ignorer les amusantes\npeccadilles qui firent tant jaser autrefois et qui pourtant contribuent à rendre la physionomie\nde Liszt si particulièrement décorative. Qu'on nous le donne entier que diable, malgré ou\navec cette soutane à laquelle le diable ne perdait rien. Mais c'est encore un signe des temps\nque de cribler de sarcasmes immérités la soutane bien portée, et de la saluer bien bas lorsqu'elle\nl'est mal ou du moins lorqu'on se trompe en la portant. Elle fut du reste chez Liszt, la période\nqu'il s'en para, le symbole d'une piété très sincère, d'une foi très complète, mais aussi, disons-\nle bien haut, une particularité, un dandysme romantiques dont il était loin d'ignorer la séduc-\ntion sur les femmes. Et si l'on veut toute ma pensée, l'inégalable beauté du caractère de Liszt\nà l'égard de ses confrères était avant tout la rançon, que s'imposait sa piété, de faiblesses\nauxquelles il était incapable de résister. Il avait fait en lui, généreusement comme toujours,\ncar il ne faisait rien à demi, la part de Dieu et la part des plus profanes passions. Qui veut\nétudier son œuvre à cette lumière-là pourra faire quelque découverte. Aucune hypocrisie, cela\nva de soi. Mais cette sorte de chevalerie à l'égard de soi-même qui décide d'emblée : cela, tu\nte le permettras, cela, tu te l'interdiras. Tu seras toujours un frère pour tes confrères, tu seras\nce qu'il te conviendra d'être pour tes sœurs... Je ne rappelle pas les témoignages contempo-\nrains plus ou moins arrangés en roman, tel Roi Vierge, tels Manoir es d'une Cosaque, tel autre\nlivre même qui me touche de plus près, mais parmi les nombreuses correspondances de Liszt\nqui me sont passées entre les mains, n'ai-je pas publié en 1889 déjà cette lettre incroyable où\nil met en garde une de ses élèves contre une autre de ses élèves, qui s'en va de par le monde\nse déclarant sa femme. Il l'excuse : c'est une folle. Econduisez-là. Et parmi ceux qui le virent\nsur son lit de mort, quelques-uns peut-être se souviennent encore, du moins l'ont ils raconté\nautrefois, du ravage fait dans la belle chevelure d'argent par une autre de ces folles, dont le\nfils aujourd'hui affecte de jouer exclusivement du Liszt à ses concerts. Et dans le cours de sa\ncarrière mouvementée, et jusque dans les dernières années de sa vie, ce gant noir, oublié sur le\npiano après qu'il avait joué, en faveur de l'admiratice qui le voudrait ramasser, ce que des\ntémoins certifient encore aujourd'hui ! Certes il vaudra toujours mieux étudier et jouer l'œuvre\nde Liszt que fouiller dans sa vie privée et redire des cancans, mais hélas ! nous sommes de ceux\nqui prétendons que l'œuvre sans la vie de l'artiste ne s'explique jamais complètement. Et\nsurtout une vie et une œuvre tout en dehors comme celles de Liszt. Lui-même avec sa parfaite\ndroiture estimait n'avoir rien à cacher et c'est ce qui fait qu'il vit et meurt en beauté com-\nplète. Quant à la pointe de charlatanisme qui lui fut si souvent reprochée et dont le dernier,\nle plus cruel écho, et le plus véridique aussi, se trouve dans le Feu de M. d'Annunzio,\ns'il convient de n'y point trop insister, du moins faut il encore la noter pour avoir la phy-\nsionomie complète de l'homme et parce qu'elle se retrouve deci delà dans l'œuvre. Liszt est"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.88", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4119, "texte": "de ces génies certes à qui l'on doit tout pardonner, c'est même le premier devoir à son égard.\nLe second nous paraît dé\" n'en rien oublier. Un Liszt complet ne sera jamais diminué dans\nl'affection de ceux qui entrevoient à fond son caractère. Il s'est cru de la lignée de Faust, de Tasse,\nde Dante, n'est-ce pas tout dire? Avec ses écarts et ses péchés, il se reconnaissait dans tout ce qui était\ngrand. Et c'est une part non la moindre de son individualité que les outrances et les excès de\nsa première manière. Sans elles le vieillard serein et magnanime des dernières années serait\nmoins admirable, moins respectable, et surtout l'œuvre serait inexplicable. J'ai donc le droit de\ndemander qu'on nous fasse un Liszt ressemblant et non point symbolique. Vous ne supprimerez\ndu reste ni les mémoires et correspondances des contemporains, ni l'œuvre. Et c'est l'une de\ncelles où un homme s'est le mieux confessé. Je m'étonne un peu que l'historien des cas exaspérés\ndu romantisme, M. Ernest Seillière, ne s'y soit pas encore arrêté. Lui du moins ne nous ferait\nun Liszt ni à l'eau de rose, ni à l'eau bénite, ni-à l'encre de la petite vertu.. Il est tout de même\ndéconcertant que la destinée de ce grand et étrange fascinateur lui ait encore valu cela, d'être\nà peu près canonisé par le public qui, à aucune époque, ait eu le moins cure des mots religion,\nsainteté, péché ou vertu. Ce fut un grand honnête homme, me repondra-t-on ! Certes mais que\nle terme honnête ne fasse pas oublier Yhomme.\nQuoiqu'il en soit du reste, M. Paul Prill de son côté nous impose les douze poèmes\nsymphoniques coup sur coup. Et fidèle à son principe d'exhumer des œuvres méritoires inconnues\nou oubliées, il nous présente tantôt une scène d'un drame injouable de Cornélius, tantôt la\ndeuxième symphonie de Weber, presque comique, tantôt celle du pauvre Goetz. A l'Odéon\nM. von Schuch arrive de Dresde ramasser le bâton de Mottl. En attendant M. Hugo Roehr y\na fêté Liszt avec le XIIIme psaume, le Promethèe moins célèbre à tort que d'autres de ses poèmes,\net les chœurs celui des moissonneurs charmant pour le Promethèe enchaîne de Herder.\nEt le bruit court que l'ombre même de Mahler, M. Bruno Walter de Vienne, ce jeune\nchef d'orchestre dont les débuts furent une telle joie pour le Maître qu'il parla un moment de\nl'adopter, va succéder à Mottl, à l'Opéra royal. Cela nous promet des jours radieux et\nconsolateurs. Munich ne se plaindra pas de manquer de chefs d'orchestre cet hiver : von Schuch\nici, Ferdinand Lœwe là, Bruno Walter ailleurs, enfin M. Ossip Gabrilovitch.. Car les débuts\nde ce dernier à l'orchestre ont été également sensationnels. Son premier concert de l'année\nnous a valu la Lenore de Duparc. Comment se fait-il que vous ne nous ayez pas mis au bénéfice\nd'une telle œuvre, jouée ici par Gabrilovitch pour la première fois, à ce festival français\noù de neuf non,d'inentendu,—il n'y avait guère que la symphonie de M.Widor et les pages\nnorvégiennes de M. Arthur Coquard ? Après tout j'en passe et des meilleurs, peut être. Mais\nen tous cas bien peu, et vous êtes tout de même inexcusables d'avoir ainsi subtilise M. Duparc.\nVoici une œuvre, cette Lenore, qui ralliera tous les suffrages aussi bien à Vienne, Prague ou\nMunich qu'à Paris. De la soirée de piano de M. Gabrilovitch je ne saurais assez dire le charme\net la plasticité des interprétations de Bach, Beethoven et Schumann.\nMme Ella Becht sera quelque jour une cantatrice éminente, approfondissant les rôles des\ngrands lyriques de la scène avec passion, intelligence et une voix bien conduite. Le quatuor\nHeyde nous promet une soirée slave et une française. Un jeune compositeur Hans Unger s est\nrévélé fantaisiste parfois gentil, souvent délicat, toujours spirituel.\nWILLIAM RITTER.\nLONDRES. Après les concerts d'été, les concerts d'automne, les saisons se suivent et\nchangent, les couleurs des affiches peuvent bien prendre des teintes automnales, mais les pro-\ngrammes restent les mêmes. Ils restent si désespérément les mêmes que l'on se demande pour-\nquoi l'on irait une fois de plus entendre un Saint Liszt quelconque marchant sur les flots ou"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.89", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3947, "texte": "une cinquantième interprétation des Poissons d'Or Debussystes. L'étonnant c'est que des\nauditeurs survivent encore à toutes ces séances. Il est vrai que les Anglais s'y rendent, ou\nparce que l'artiste possède un nom célèbre ou parce qu'il est un de leurs amis ; ils y arrivent à\ntrois heures et demie et s'en vont vers quatre heures un quart vers des tea rooms ou des visites.\nDe cette façon l'on peut ne pas entendre toujours le même morceau. Mais pour nous, par\nquels adjectifs nouveaux résumeront nous notre admiration, notre indifférence ou notre ennui ?\nDe tant de séances semblables il vaut mieux ne pas parler.\nLa dernière saison de Covent-Garden fut consacrée à quelques opéras italiens remis au\nprogramme pour Mme Melba et Mme Tetrazzini, à quelques représentations de et de\nLouise et au ballet Russe. La brève saison actuelle est consacrée à la et autres drames\nlyriques wagnériens et au ballet Russe qui triomphe une fois de plus. La seule nouveauté\nannoncée est le K'onigskinderde Humperdink, pour lequel on fait répéter depuis plusieurs jours\ndéjà des oies et autres volatiles de bonne volonté si nous en croyons les communiqués\ndirectoriaux.\nA part Herr Van Rooy et Herr Bechstein qui, une fois de plus interprètent Wotan et\nMime, l'on remarque peu de noms connus sur l'affiche de la Tétralogie. Quant au programme\ndes danseurs russes, ils se composent de l'inoubliable Sheherazade> du Pavillon d'Armide et\nd'une Giselled'Adam qui est bien la chose la plus ennuyeuse du monde, avec ses Willis démo-\ndés et ses danses macabres qui ne sont ni macabres ni même second Empire. Le Narcisse de\nTcherepnine, le Lac des Cygnes de Tchaikowsky, et le Dieu bleu de M. Reynaldo Hahn vien-\ndront plus tard. C'est M. Pierre Monteux qui toute la saison fera danser, au bout de son bâton\nles Nijinsky, les Karsavina, les Pavlovas et autres admirables artistes, tandis que les représenta-\ntions wagnériennes seront dirigées par Herr Frank Schalk.\nL'autre grand événement de la Saison d'Automne est l'ouverture de 1' \" Opéra House \"\nde M. Oscar Hammerstein : j'en parlerai tout à l'heure.\nLes Concerts du \" London Symphony Orchestra \" vont bientôt commencer au Queen's\nHall, dirigés par Sir Edward Elgar, MM. Safonoff, Nikisch, Steinbach et Gustave Doret.\nAucune \" première audition \" inscrite au programme naturellement, mais du Berlioz, du\nTchaikowsky, du Strauss, les habituels classiques, et la symphonie de Paderewski.\nLes Concerts Symphoniques au \" Queen's Hall Orchestra\" vont aussi recommencer sous\nla direction de Sir Henry. J. Wood. Quelques œuvres annoncées nouvelles à Londres : sur\nsymphonie de Walford Davies, la Pavane de Ravel, la Zorahayda de Svendsen et la Rapsodie\nRoumaine de G. Enesco. MM. Pugno, Kreisler et Mischa Elman, Mme Acté et Mysz-\nGmeiner s'y feront entendre en qualité de solistes.\nQuant à la \" London Choral Society \" dirigée par M. Arthur Fagge, elle nous promet du\nmoins en plus de la Messe en mi de Bach et du des nouveautés telles que:\nA Taie of Old Japanpar Coleridge Taylor, The par Charlton Speer,\npar Margaret Meredith et The Tir tree and the par Bertram Shapleigh.\nM. Thomas Quinlau, imprésario annonce, lui, à l'aide de prospectus fort détaillés, qu'il\nva promener par les provinces anglaises les drames lyriques wagnériens. L'entreprise est hardie et\nintéressante, surtout si l'on songe que ces drames lyriques seront mis en scène de façon moderne\net non selon la tradition de Bayreuth. Même les costumes seront en harmonie avec des décors\nplus satisfaisants que ceux à la mode de 1876. \" Pour Tristan, dit M. Quinlau nous\naurons un vrai vaisseau saxon fait d'après des enluminures de l'époque, au lieu du navire, genre\nXIVme siècle que l'on est accoutumé à voir. Le chateau du dernier acte sera bâti avec plus de\nsoins archéologiques qu'il n'est d'habitude. Tristan portera au premier acte les innombrables\nornements chers aux Celtes, notamment un casque de cuivre doré et une ceinture du même"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.90", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4216, "texte": "métal ornés des pendeloques de cristal, de mode à l'époque qui suivit l'occupation Romaine ;\nses tuniques seront aussi bleues que la mer qui bat les côtes de ses îles de Scilly... Lohengrin\napparaîtra revêtu de l'armure du chevalier Normand et ses vêtements nuptiaux ainsi que ceux\nd'Eisa sont inspirés des figures de Chartres... Quant aux Walkyries elles auront vraiment\nl'allure de vierges guerrières aux cheveux flottants et au teint brûlé de 501ei1...\"\nIl sera intéressant de saisir si les provinces anglaises apprécieront la valeur de ces change-\nments si révolutionnaires ; et on se demande ce qu'en penserait le public de Covent-Garden\nhabitué à voir la prima donna habillée d'une toilette généralement moderne qui n'a aucun\nrapport avec l'opéra dont elle est l'héroïne. Avouons-le, une robe de tulle pailleté noir dans\nRigo/eto ou la Traviatane manque pas de charme.\nNovembre. Une fois de plus le vient de triompher Covent Garden en\ndépit de la mise en scène bien pauvre (à laquelle d'ailleurs l'on commence à être accoutumé)\net d'un Siegfried mauvais chanteur, mauvais acteur et ridicule à voir: je veux dire Herr Cornélius.\nCertains donnent toute leur voix au premier acte de et arrivent épuisés au duo final :\nd'autres se réservent pour ce troisième acte. Herr Cornélius lui, se contenta de mimer le pre-\nmier acte, de déclamer le second et d'aboyer le troisième. Mais Van Rooy et Bechstein furent\nadmirables et Herr Hensel, merveilleux Loge, fut à la seconde série de représentations un\nSiegfried fougueux et jeune en même temps qu'un vrai chanteur ; et Dieu sait s'ils sont rares\nles ténors allemands qui daignent \" chanter \" Wagner. L'orchestre sous la direction de\nHerr Franz Schalk montra tour à tour la majesté, la subtilité et la fougue nécessaires ; l'inter-\nprétation de Herr Schalk, vraiment romantique nous changea un peu de la classique perfection\nd'un Richter tout de même un peu vieilli.\nIl faudra marquer d'une croix (dont la couleur n'est pas encore décidée) la date du\n13 Novembre 1911. Car c'est ce soir mémorable que M. Oscar Hammerstein, l'imprésario\nbien Américain que l'on sait, ouvrit aux Londonniens étonnés les portes de son Opéra House.\nC'est un étrange bâtiment tout blanc, rose et or, arrangé de façon extraordinaire que l'on me\ndit être américaine et chauffé à blanc à la mode également d'Amérique. Si l'on ferme les yeux\nen sortant de voiture et si on ne les rouvre qu'une fois dans la salle, il est impossible de se\nrendre compte que l'on est à Londres, pas très loin de Covent Garden. Il y a derrière les fau-\nteuils une espèce de promenoir où l'on peut causer, j'allais dire fumer et il est presque impossible de\nse voir d'une loge à l'autre ce qui empêchera bien des gens de venir ; un beau théâtre si l'on\nveut, richement décoré, et qui ressemble à tout ce qu'on veut excepté à une salle d'opéra.\nDe l'opéra d'ouverture, le Quo de M. Jean Nouguès, je ne saurais rien dire de\nnouveau ; il a obtenu à Londres le succès qu'il obtient partout où il est joué, et le public\nanglais, après le public de Vienne, de Berlin et de Paris, s'est étonné de la modestie du musi-\ncien qui la plupart du temps se borne à illustrer par de la musique les gestes des acteurs, les\npéripéties de l'action et la splendeur de la mise en scène. Les parties les plus musicales de\nl'œuvre, c'est-à-dire le premier et le dernier acte ont dû être sacrifiées parce que les specta-\nteurs anglais n'aiment pas à rester enfermés dans un théâtre après onze heures du soir. On en\neut la preuve, car, lorsque Pétrone vers onze heures cinq, se mit à chanter : \"Il faut partir '*\nla moitié de la salle suivit le conseil de l'arbitre des élégances et se précipita tumultueusement\nvers les sorties. Comme M. Nouguès, et M. Hammerstein lui-même avaient paru sur la scène\naprès le troisième acte, nulle curiosité ne retint la foule, pas même celle d'écouter de la musique\npourtant supérieure à celle des actes précédents.\nLes interprètes eurent un succès qui ne s'éleva jamais jusqu'à l'enthousiasme. Un public\nanglais de grande première musicale, habitué aux chanteurs les plus parfaits que l'on puisse\nentendre de l'école italienne ou de l'école allemande, ne trouvera jamais que passables de bons."}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.91", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3635, "texte": "chanteurs français ordinaires. Mais la chevelure de Mlle Vallandri et l'art incomparable de\nRenaud obtinrent tous les suffrages. Des décors, dont on a tout écrit, et des costumes tant\nvantés il vaut mieux ne pas parler : ils ne se peuvent comparer à ceux d'aucun théâtre de\nLondres sauf peut-être Covent Garden. Mais à Covent Garden, le public ne vient pas pour\nvoir de la mise en scène.\nIl est donc à craindre que la tentative, d'ailleurs hardie et intéressante de M. Hammerstein\nne plaise ni aux habitués de l'Opéra ni au public populaire : elle ne flatte les goûts ni de l'un\nni des autres. Et ce n'est certainement pas Guil et qui ferait prendre à tout\nLondres le chemin du \" London Opéra House \".\nParmi les concerts donnés récemment il me faut faire une mention spéciale de celui de\nM. Clive Corey, dont le programme uniquement composé de chansons populaires (harmonisées\net recueillies par M. Carey lui-même, M. Sharp et Miss Mary Neal) et de ces Danses\npaysannes charmantes et typiques connues sous le nom de \" Morris Dances \" nous change\nagréablement après tant de banales séances. M. Corey a une jolie voix dont il se sert adroite-\nment et ses interprétations de \" Folk Lore Songs \" furent une révélation pour le public et\nmême pour certaines critiques.\nX. MARCEL BOULESTIN.\nLa Société des Concerts Français continue son œuvre si intéressante de vulgarisation\nartistique. M. Gueritte s'efforce de présenter au public londonien les meilleures productions\nde notre jeune école, et après d'lndy, Magnard, Roussel, Florent Schmitt, et d'autres encore,\nil a consacré le programme du 28 novembre dernier à des mélodies de Charles Bordes, au\nquatuor piano et cordes, et à la Sonate piano et violoncelle d'Amedée Reuchsel, au Trio à\ncordes, et au Concertstiick pour violon de Maurice Reuchsel. Les mélodies de Charles Bordes,\nd'une délicatesse exquise, ont été fort goûtées, et les œuvres instrumentales des deux jeunes\ncompositeurs français ont produit aussi une très bonne impression. On a apprécié surtout la\nSonate jouée par M. Amédée Reuchsel et M. Alexis Ticier (elle prend une place méritée\nparmi les pages modernes consacrées au violoncelle) et le Concertstûck pour violon que\nM. Maurice Reuchsel exécuta avec un soin très artistique.\nTURIN. Le Concours international d qui a eu lieu à Turin, les 14 et\n15 août dernier, a été, sans conteste, la plus importante manifestation orphéonique de l'année :\nmalgré les grandes chaleurs et les faux bruits de choléra, 203 sociétés, dont plus de 100\nfrançaises, étaient présentes.\nDès le samedi, 12 août, un brillant concert donné à la Salle des Fêtes de l'Exposition\npar la Musique de la Marine Royale, si bien dirigée par le maestro Matacena, et par la\nrenommée Musique Municipale de Turin, sous la direction du talentueux Vaninetti, a excité\nl'admiration du public. Au programme : la Falkyrie, Parsifal, les Joyeuses commères de Windsor,\nla Seconde rapsodie de Liszt, Mefistofele de Boïto et Sigurd Jorsalfar de Grieg. Le tout exécuté\nà la perfection. La Musique Municipale a de véritables sonorités d'orchestre.\nLe dimanche soir, 13, somptueuse réception du Jury par la Municipalité de Turin.\nRemarqué dans le jury français, aux côtés du Commissaire général, M. Jean Ritz, et de ses\ndeux fils Emmanuel et François-Maurice, MM. Kaiser, Paul Viardot, Expert, Brody, Boisson,\nReuchsel, Fargues, Cools, Verdal, Roch, Kling, Cauchie, Routier, Walter, Galerne et\nplusieurs chefs de musique militaire.\nLe lundi, 14, épreuves de lecture à vue et d'exécution dans 34 locaux de concours.\nLe soir, concert à la Salle des Fêtes par les meilleures sociétés françaises et étrangères."}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.92", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3338, "texte": "Le mardi matin, concours d'honneur. Remarqués dans les chorales : la Lyre Algérienne,\nl'Union chorale de Nice, les Amis réunis de Sl-Etienne, l'Orphéon du Puy, le Cercle choral\ndu Creusot ; dans les harmonies : la Philharmonique de Lugano, la Lyre Monégasque ; dans\nles fanfares : Oullins, Oyonnax.\nLe concours des Estudiantinas a révélé des sociétés de premier ordre.\nA midi, le banquet officiel du Jury réunissait plus de 300 convives au restaurant du Parc\nde l'Exposition. Plusieurs toasts chaleureux ont été échangés.\nA 5 h. 1/2, défilé des sociétés à l'Exposition. A l'issue de ce défilé, entre le pont\nmonumental et le Château d'Eau, magistrale exécution du chœur \" Le Mage \" de Jean Ritz\npar toutes les chorales des divisions supérieure et d'excellence, accompagnées par la musique\nmunicipale de Turin. L'auteur dirigeait lui-même son œuvre. Ensuite, M. Vaninetti dirige\nson ouverture Lascio e Piemonte \", brillamment enlevée par les musiques de la Marine, la\nmunicipale de Turin et deux des meilleures harmonies italiennes. Les deux auteurs ont été\nlonguement acclamés et félicités.\nLes récompenses attribuées aux sociétés consistaient en objets d'art de grande valeur,\ncouronnes, palmes, médailles d'or et de vermeil, et en 40.000 francs de primes en espèces.\nCes fêtes orphéoniques étaient présidées par le distingué Comte Gazzelli-Brucco, frère\ndu regretté Comte de Villanova qui, en 1881, a fondé à Turin, avec la collaboration de notre\ncompatriote, M. Jean Ritz, compositeur de musique à Annecy, les concours internationaux\nde musique en Italie ; elles font le plus grand honneur à leurs dévoués et désintéressés organi-\nsateurs : M. Oreste Bava pour l'ltalie, et M. Jean Ritz qui, depuis trente ans, a toujours été\nle Commissaire général français des concours musicaux italiens qui ont tant contribué,\nsurtout ceux de Turin de 1898 et 1902, au rapprochement des deux sœurs latines.\nSARAGOSSE. La Société Philarmonique a donné ses deux premiers concerts de la\nsaison avec le concours de l'Orchestre Symphonique de Barcelone dirigé par M. Lamote de\nGrignon.\nVALENCE. L'Orchestre Symphonique de Barcelone est venu donner trois concerts\nsous la direction de M. Lamote de Grignon. La réputation de cette excellente phalange n'est\nplus à faire. M. Lamote n'oublie pas les compositeurs espagnols ; il le prouve en dirigeant leurs\nœuvres. Il nous fit entendre deux danses de Granados finement orchestrées par lui, un Scherzo\ndont il est l'auteur et la Suite de Tableaux de Valence du signataire de ces lignes. Qu'il me\nsoit permis d'adresser ici à M. Lamote de Grignon tous mes remercîments pour l'exécution si\nvibrante qu'il a bien voulu donner de mon œuvre.\nED. L. C.\nPAYS DE GALLES. Pour la première fois dans le Pays de Galles on entendait\nune harpe chromatique. C'était M,le Jeanne Dalliès, diplômée de la Schola Cantorum et harp-\niste au Prinzregenten Theater de Mîinich qui présentait cet instrument. Son nom dit tout\nl'intérêt du programme : musique ancienne, musique moderne écrite pour la harpe... ce qui est\nsi rare. M. Pollain, en un style parfait, exécuta la Suite de Bach pour violoncelle seul et le\nConcerto de Schumann. L'accueil fait à ce concert fut excellent et une bonne part du succès\nrevient à Madame Barbier qui fait de si louables efforts pour propager ici la musique française,\net qui y réussit."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c043", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 83, "image_fin": 83, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.14.1", "titre_corps": "Silhouettes de O. Bochler", "titre_sommaire": "Silhouettes de O. 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Voilà des Soirs paisibles, d'XJrbaill Stavelot (*) des Poëmes de Lucien\nMawet(i), dont l'un, Mon seuil est accueillant (**) révèle de très réels dons mélodiques; voilà\nle Chant des Wallons (**), par lequel notre confrère René Lyr (2) va enflammer l'ardeur belli-\nqueuse de ses compatriotes, voilà un Alléluia de Henri Scliutz (3), Gloire au Très Haut (*),\npourvu d'un assez médiocre accompagnement par Julien Rousseau. Il y a encore\ndies de M. Pollet (4), très \" Société Nationale \"j la musique de M. Pollet n'est heureu-\nsement pas toujours aussi obscure que les poëmes dont il fait choix. Il y a même un gros\nvolume jaune de M. Combarieu (5), le Chant (**); hâtons-nous de dire que ce ne\nsont que morceaux choisis, à une et à plusieurs voix, à l'usage des écoles primaires supérieures ;\nM. Combarieu s'est borné à signer, de deux modestes initiales, quelques textes par lesquels il a\ntâché, il nous l'apprend lui-même dans sa préface, d'éviter \" les fadaises, lieux communs\nusés, ou le lyrisme factice \".... \"et de donner aux paroles l'intérêt d'une leçon de choses. \"\nExcellentes intentions.\nMUSIQUE RELIGIEUSE. La musique religieuse est représentée par une prose à\n3 voix égales, Inviolatade Daniel Fleuret (6), musique dévotieuse et recueillie, manquant\nun peu d'originalité ; par un Kyrialeavec accompagnements à trois parties par l'Abbé\nBrun (6) et par une Messe de Ste Hildegarde avec accompagnements par l'Abbé Lhou-\nmeau (6). Pour orgue, une symphonie d'Augustin Barie (7)} œuvre sérieuse, d'un bon\nstyle franckiste, que vient couper un intermezzo plein d'enjouement.\nM. Béon publie toute une série de Sonates de J. B. Losillet (8), pour piano et instru-\nments : hautbois et piano, flûte et piano, deux flûtes et piano, violoncelle et piano, etc. Il est\nbien entendu que les parties de piano, dont M. Béon nous donne une réalisation claire et\nélégante, étaient primitivement des Basses chiffrées, destinées au clavecin. Mais qu'il nous soit\npermis de témoigner quelque étonnement devant des mentions comme celle-ci : Sonate pour\nviole d'amour, viole de gambe et clavecin. La viole d'amour n'a jamais été le dessus de la viole"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.95", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2902, "texte": "de gambe, quoiqu'on l'emploie ainsi de nos jours dans quelques ensembles fallacieusement\ndécorés du titre de reconstitutions anciennes. N'y a-t-il pas là un malentendu qu'il est regret-\ntable de perpétuer ?\nPour piano seul, un gentil Kinder Album de Swan Hennessy (9), auteur modeste qui\nsait ne point forcer son talent, et se permet, ça et là, quelques innocentes gamineries ; et\nSoir, cycle de quatre Impressions pour piano, par M. Egon \"Wellesz (10). Si nous ne\nsavions pas que ces quatre impressions nous arrivent de Vienne, nous croirions voir ici de la\nmusique française, tant par la fluidité des contours que par la recherche et la saveur presque\nexotique des modalités ; œuvres intéressantes, et très pianistiques malgré leur haute difficulté.\nMais venons à nos jeunes prodiges. M. Korngold. doit avoir aujourd'hui près de 14 ans,\nsi toutefois les années ne marchent pas pour lui à reculons, selon l'habituelle faveur accordée\naux enfants prodiges. Il fait toujours preuve des mêmes qualités : ce sont précisé-\nment celles qu'on s'attendrait le moins à trouver chez un enfant : ordre et méthode dans la\ncomposition, proportion et logique parfaites des développements, autant de signes d'une\nmaturité inquiétante. Sa Sonate(9) pour piano est un bloc solidement construit, et sans fissure.\nSon premier morceau est basé sur un thème initial très bref, presque fragmentaire, qui alterne\nassez habilement avec un second motif plus chantant ; puis vient un Scherzo, au milieu\nduquel passe un vague refrain de Valse viennoise, enfin un Largo, et un robuste Finale, bâti\nsur le modèle des grandes compositions de Schumann ; et ceci n'est pas tout-à-fait un\ncompliment. Schumann n'a peut-être pas écrit à l'âge de 14 ans, mais il a écrit 50 ans plus\ntôt que M. Korngold : c'est un bien autre mérite. Il y a évidemment un peu plus de\nfantaisie, sinon d'originalité, dans les Sept Mârchenbilder, où nous retrouverons un peu de\nCette belle facilité mélodique, que nous signalions déjà dans Don Quichotte et dans le\nSchneemann, publiés précédemment. Mais, ne reparlons pas à M. Korngold de ces œuvres\nvétustés, qu'il doit évidemment considérer comme des péchés de jeunesse.\nNotre second petit prodige habite Montpellier. Qu'on me permette de taire son nom\npour aujourd'hui ; aussi bien, son œuvre, qui n'est pas encore gravée pour l'instant, ne rentre\nqu'à moitié dans mon programme. Le morceau est une là, nul plan, nulle\nordonnance : tout au plus un certain instinct de la conduite des parties, et une certaine per-\nsévérance à ramener le motif principal ; avec cela, de la recherche, de la distinction, et de la\npoësie, un modernisme intense ! Ce petit garçon, qui fait du moderne sans en avoir jamais\nentendu une note, est un curieux problème de psychologie musicale. Lequel des deux préférer ?\ncelui qui ne connaît rien encore de son métier, ou celui qui le possède déjà trop bien ?\n\nV. P."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c047", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 96, "image_fin": 96, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.16", "titre_corps": "Société française des Amis de la Musique", "titre_sommaire": "Société française des Amis de la Musique", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.96", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1312, "texte": "Société française des Amis de\nla Musique\nSous la présidence de M. G. Berly, l'un de ses vice-présidents, le conseil d administration\ndes Amis de la musique s'est réuni le 23 novembre. Assistaient a cette séance Mmes Hermann,\nBaronne Hottinguer, Kinen, Seligmann-Lui, MM. Bret, Catien, Ecorcheville, Pasquier,\nPrègre, Léo Sachs, Schopfer, Jacques Stern.\nAprès lecture du procès-verbal et de la correspondance, M. Max Rikoff est introduit.\nLe président rappelle qu'un bas-relief commemoratif a pu etre place sur le Palais Vendramin\nà Venise, où est mort Wagner. Une souscription ouverte par la Société dans les colonnes de\nla revue 5. /. M. permit l'érection de ce monument, et notre collègue M. Rikoff fut délégué\nofficiellement pour l'inaugurer. Le gouvernement italien voulant témoigner du haut intérêt\nqu'il avait pris à cette manifestation artistique a tenu à décorer M. Rikoff de 1 ordre royal de\nla Couronne d'ltalie, et a demandé que cette décoration fut remise solennellement par la\nSociété des Amis de la Musique. Le président félicite M. Rikoff et lui remet les insignes de\n\"cavalière \" qu'avait fait parvenir le Gouvernement italien.\nLe Conseil expédie ensuite les affaires courantes et examine les différentes propositions\nqui lui sont soumises pour la saison nouvelle. La seance est levée a 6 heures."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c049", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c049", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 97, "image_fin": 100, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.17", "titre_corps": "Questions Sociales", "titre_sommaire": "Questions Sociales", "signature_source": "M. Daubresse", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.97", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "Questions Sociales\n\nII\nENQUÊTE SUR LA CONDITION SOCIALE\nDU MUSICIEN\nHOLLANDE 1\nL instruction musicale est donnée, en Hollande, dans les Ecoles Privées que possèdent\npresque toutes les villes de quelque importance ; dans une Ecole de l'Etat et dans un\nvatoire de la Société pour F Encouragement deV Art Le\nest sous le contrôle du ministre de l'lntérieur qui nomme les professeurs. Il est subsidié par\nl'Etat, la Province et la Commune. Le Conservatoire d'Amsterdam est subsidié par la Province\net la Commune.\nDes diplômes sont délivrés par le Conservatoire et le\npour VEncouragement de VArt Musical.L'Etat ne contrôle pas les diplômes.\nUn musicien peut ouvrir un cours sans avoir de diplôme. Cependant le titre de professeur\na, aux Pays-Bas, beaucoup plus de valeur que dans les autres pays. Il n'y a que les professeurs\ndes Universités qui ont le droit de le porter. Au de la Haye, et au\nConservatoire d'Amsterdam, il y a bien des maîtresses de musique mais elles ne se nomment\npas professeurs.\nLe traitement moyen des professeurs des Conservatoires de la Haye et d'Amsterdam est\nde ioo florins par an pour une heure de cours par semaine. Pour 10 heures, donc, iooo florins\npar an. Le traitement moyen, pour l'enseignement privé, est d'ordinaire moindre. Les\nprofesseurs sont payés à l'heure.\nLe traitement moyen d'un musicien d'orchestre est à peu près 1000 à frs. par an.\nIl est très difficile de dire quelle est la dépense moyenne annuelle d'un musicien.\nComme les Hollandais ont des goûts simples, les artistes ne sont pas habitués au luxe comme\ndans d'autres pays.\nLa Société Neérlandaise des Musiciens et la Société de Musique ; les deux plus grandes\nsociétés pour la musique dans ce pays ont des caisses de retraites et de maladie pour les mem-\nbres de ces sociétés qui y ont contribué pendant quelques années.\nOnt également des caisses de retraites :\nLa Société Cœcilia à Amsterdam La Société Voormerg à Rotterdam La Société\nToekomst à la Haye La Société Voorzorg à Amsterdam.\nLes membres du Concertybond, à Amsterdam, Directeur M. Mengelberg, doivent contri-\nbuer pour 5 °/o du prix de leur abonnement (fl. 50) pour la caisse de retraite des artistes. Ils\n\n1 Nous devons les renseignements ci-dessus au B (La Haye) et surtout à\n1 obligence de l'Action Sociale de la Femme dont le concours nous est très précieux.\nReproduction rigoureusement interdite."}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.98", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3456, "texte": "donnent tous les ans, un grand concert dont la recette est versée dans la caisse de retraite. La\nSociété Cœcilia donne également deux concerts, chaque hiver, pour le même but.\nIl n'y a pas de caisses de loyer et de chômage.\nPour le chômage il est impossible d'en donner une statistique, néanmoins on peut dire\nqu'il a, pour cause, le trop grand nombre de musiciennes qui va toujours en montant.\nLes femmes sont admises à l'orchestre comme exécutantes professionnelles. Depuis des\nannées il y en a dans l'orchestre célèbre de M. Mengelberg à Amsterdam : une harpiste, une\nviolon celliste et, les dernières années des dames violonistes.\nCes renseignements sont bien succints. Tels que, ils étaient trop intéressants pour ne\npas être communiqués à nos lecteurs. Ces études, un peu nouvelles, ne peuvent, dès le début,\nprendre l'ampleur désirable. Peu à peu, à mesure qu'on découvrira leur utilité, je devrais dire\nleur immédiate urgence, on les traitera avec le soin, la méthode, le souci du détail toujours\nnécessaires. Au bulletin de la S. I. M. reviendra l'honneur d'y avoir, le premier, porté tout\nl'intérêt qu'elles méritent.\nITALIE\nOn nous pardonnera d'inscrire l'ltalie à côté de la Hollande et de ne suivre, en cela,\nni l'ordre géographique, ni même l'ordre rigoureusement alphabétique, puisqu'il n'a pas\nencore été question de l'Allemagne, pays si florissant et si bien organisé pour tout ce qui\ntouche aux associations. Des questions de place et de page, un peu secondaires, mais impé-\nrieuses, nous obligent à un classement qui n'a rien de définitif et que nous modifierons par la\nsuite, probablement sous forme d'un ouvrage consacré à la Situation Sociale du musicien.\nC'est à la parfaite obligeance de M. Gino Bellio que nous devons les intéressants ren-\nseignements qui vont suivre. De la gracieuse lettre qu'il nous adressa nous détachons cette\nphrase u L'organisation des sociétés de ce genre (musicales et sociales) a pris en Italie, jusqu'à\nnos jours, un si faible essor qu'il n'est pas très aisé de se procurer des renseignements exacts.\nAu surplus, j'ajouterai que, tout en étant vice-président d'une de ces associations, (la plus\nancienne, je crois) j'ai voulu savoir au juste ce qu'il y a de semblable à Milan, la ville la plus\nriche et la plus active de notre pays... \"\nIl y a cinq Istituti Musicali d'Etat1 et il yena un nombre à peu près égal de ceux qui\nsont entretenus par les communes mêmes avec le secours de l'Etat. Il y a bien des petits (sic)\ninstituts presque en toutes les villes, entretenus par les communes. Plusieurs d'entre eux assez\nbons, et, parmi ceux-ci, Bergame, Lucques, Padoue, Pérouse.\nL'enseignement privé est très répandu mais pas constitué en écoles proprement dites ;\nil y en a pourtant à Rome, à Naples, à Turin, à Gênes.\nQuant aux Conservatoires, ils se sont transformés (ou vont l'être bientôt presque partout)\nen Istituti ou Licei Musicali de l'espèce de ceux que je viens d'indiquer.\nLes Ecoles d'Etat délivrent des diplômes d'Etat. Les autres n'ont pas de contrôle. Il me\nfaut ajouter ici que, en Italie, tout musicien peut aspirer au diplôme en chaque branche de\nl'art musical sans avoir fréquenté, fût-ce pour une semaine, aucune école. Il doit, pour cela,\npasser un examen, le même qui est fixé pour les élèves de l'école à laquelle il se présente\npour obtenir son diplôme. (Il est loisible aux candidats de se présenter à n'importe laquelle\n\n1 Florence, Milan, Naples, Palerme et Parme."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.99", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3804, "texte": "des grandes écoles, soit d'Etat, soit entretenue par les communes, par exemple Bologne,\nFlorence, Milan, Rome, Venise.)1\nUn musicien peut bien donner des leçons privées et même ouvrir des cours particuliers\nsans avoir le diplôme, mais il lui est défendu, par la loi, de prendre le titre de professore ou\nmaestro, et, par exemple de le faire imprimer sur sa carte. Cependant quelques-uns le font\ntout de même et tous ceux qui ont vraiment le titre se contentent de s'en moquer\n( moi compris) et personne ne songe jamais à s'en plaindre sérieusement. \"\nRemarquons en passant que la loi française est plus indulgente ou, si l'on veut, plus\nindifférente et fort regrettablement. Chacun peut, ici, se nommer professeur, voire maestro, de\nson plein gré. Avec un peu d'aplomb, et beaucoup de réclame, le succès vient, le public afflue.\nLa loi est muette, les plus intéressés à se plaindre : indolents. Personne ne songe que de tels\nexploits nuisent aux professeurs sérieux, de valable culture et, chose peut-être encore plus\ngrave, à d'infortunés élèves, gens de bonne volonté, désireux de guérir du mal d'ignorance\nque d'indélicats charlatans, parés de faux titres, aggravent au lieu de le soigner.\nMais, reprenons notre lecture.\nuLe traitement (moyen) est seulement de 1600 fr. jusquà présent, mais Son Ex. le\nMinistre de l'lnstruction Publique a déjà présenté au Parlement, (qui l'approuvera sans doute)\nune loi pour l'augmenter jusqu'au double environ. (Le traitement est égal pour hommes ou\nfemmes). \"\nA la question : Quel est le traitement du professeur dans Venseignement prive ? voici la\nréponse de notre aimable correspondant : \" Très variable. Il y a des professeurs privés,\nles femmes surtout qui parviennent (souligné dans le texte) jusqu'à faire 3 leçons par\nsemaine (chacune d'une heure) pour 5 (cinq !) francs par mois !... tout comme a la bouchère\",\ndans : la Foire sur la Placey de votre savant et charmant Romain Rolland. Et, d'autre part,\nil y a des maîtres qui sont payés 10 fr., 20 fr., jusqu'à 25 fr. l'heure (seulement dans les\ngrandes villes, et pour le chant, le piano et la composition, plus rarement pour les autres\nbranches). On peut établir, avec une certitude assez relative, que la moyenne est de 3 ou\n4 francs. \"\nNous avons scrupuleusement respecté le texte de M. Bellio. Est-il besoin d'ajouter que\nnous partageons son indignation en songeant que de malheureuses femmes, italiennes ou\nfrançaises, qu'importe, sont obligées de travailler, misérables unités du prolétariat intellectuel\nféminin, pour de si infimes salaires. Quelle influence artistique, quelle stimulation peut exercer\nsur ses élèves une infortunée que la faim guette avant que la leçon qu'elle donne soit achevée.\nCes choses affreuses existent et tous les artistes peuvent se dire que c'est pour eux une honte\nde n'avoir pas compris encore qu'une meilleure organisation corporative pouvait y remédier.\nuLe traitement moyen du musicien d'orchestre s'élève, \" dit notre correspondant, ude\n3 à 5 fr. pour jouer pendant deux heures. \"\nNous aurions aimé que cette question fût développée. Il est évident que le gain d'un\nmusicien, attaché à un grand théâtre, n'est pas le même que celui d'un musicien de concert ;\net le salaire de celui-ci est certainement plus élevé que pour un instrumentiste de music-hall.\nIl n'est guère possible d'établir la dépense annuelle (d'un musicien) d'une façon définitive,\nmais seulement par rapport aux frais courants et relatifs aux divers états sociaux. Les frais du\nloyer annuel, pour un appartement décent et modeste, de cinq ou six pièces, s'élèvent de 500\nà 700 fr. à Florence et Bologne; un peu plus, à Milan et à Gênes, plus encore à Rome.\n\n1 Le questionnaire qui a provoqué ces réponses dans l'ordre où elles sont données a paru le 15 Septembre\nnoi Bet9duS. I. M."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.100", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3507, "texte": "L'on dépense aussi moins en Italie qu'ailleurs pour s'habiller et pour le mobilier. Quant à la\nnourriture, elle revient, en moyenne, un peu plus cher que chez vous.\nIl y a des sociétés de secours mutuels, en prévision des maladies, et pour aider à la\nvieillessç, mais je ne sais pas s'il en existe pour le chômage ( je ne le crois pas) néanmoins\nil faut avouer que cette espèce de prévoyance est entrée fort tard dans les habitudes de notre\npays, particulièrement chez les artistes. Elle a pourtant fait assez de progrès, par suite du\nréveil économique et du développement de la vie nationale. Ces sociétés ont des caisses pour\ndonner de petits secours en argent en cas de maladie et même une retraite (toujours peu de\nchose) pour la vieillesse. Il n'y a pas de caisse pour le loyer. \"\nNous avons en mains les statuts de la Société italienne de Secours Mutuels des musiciens\nd'orchestre, fondée à Milan, le 2 avril 1885 ; lesquels statuts furent modifiés en 1910. Ils ont\nde grands rapports avec les statuts des sociétés françaises correspondantes. Nous remarquons\ncependant l'article 27 par lequel, au décès d'un sociétaire, des secours peuvent être alloués à\nsa veuve, ou aux orphelins, ou au père et à la mère du défunt (quand manquent la veuve et\nles orphelins). Au cas où le sociétaire ne laisse aucune parenté il a la faculté, par disposition\nécrite, de léguer la quotité qui lui revient à une autre personne.\nLa Société de Secours Mutuels des artistes musiciens de Florence est beaucoup plus ancienne\npuisqu'elle fut fondée en 1842. En 1844 elle disposa d'un premier fonds qui fut augmenté à\nl'occasion de la fête que Florence organisa en l'honneur du Patron de la Ville. A cette fête\non exécuta La Creaxione del Mondo dell' immortale Haydn. Cependant la première assemblée\ngénérale n'eut lieu qu'en 1853. Il avait fallu 11 ans, depuis l'éclosion de la première genereuse\npensée d'association, pour qu'elle entrât dans le domaine des faits. Depuis, la prospérité de\ncette intéressante fondation n'a fait que croître. Ses statuts furent revises, et définitivement\nadoptés, en 1904.\nA cette question :\nQuelles sont les causes présumées du chômage, notre correspondant répond : \"Je crois\nque les causes sont trois : i° Le sport qui a pris un très grand essor en Italie, dans toute\ncondition sociale, de sorte qu'il reste peu de temps pour songer à la musique ;\n2° Les cafés-chantants ;\n30 Les cinomatografi qui semblent 66 nascere come i funghi \" on dit en italien\nc'est-à-dire qu'ils sortent de la terre comme les champignons. Pour cela, beaucoup de monde\ny perd son temps et ne songe guère àla bonne musique —il y préfère toute sorte de\nniaiserie.\nPour prévenir et atténuer les causes des mauvaises conditions actuelles, il faudrait obtenir\nde l'Etat que l'enseignement de l'histoire et de l'esthétique de la musique ait sa place dans les\nUniversités aussi et même tant soit peu, dans les Lycées de culture générale.\nJe pense que ce serait également très utile d'instituer, dans les écoles inférieures, la\ngymnastique rythmique, suivant la méthode de Jaques-Dalcroze, laquelle a l'avantage d éveiller\nle sens musical dans l'enfant. M. Ferraria, professeur à Turin, vient de faire quelques essais\nen ce sens, et il en a obtenu des résultats remarquables... Il faut espérer : \" Spes ultima dea.\nAjoutons : Spera et labora. Que les musiciens entendent et qu'ils travaillent energique-\nment, italiens ou français, à l'amélioration de leur condition sociale actuelle : Laborent.\n\nM. Daubresse."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c050", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 101, "image_fin": 105, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.18", "titre_corps": "L'Ancien Conservatoire", "titre_sommaire": "L'Ancien Conservatoire", "signature_source": "J.-G. Prod'homme", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.101", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3457, "texte": "L'Ancien Conservatoire\n\nDE LOUIS XVI A M. FALLIÈRES. DE M. LA FERTÉ A\nM.AUGAGNEUR\nLorsque l'Ecole royale de Musique fut instituée, par un arrêt du Conseil du Roy, en date\ndu 3 janvier 1784, il y avait, entre la rue Bergère et celle de PEgoût (rue Richer) un grand\nterrain \"en hache ayant, de la rue Sainte-Cécile actuelle àla rue Richer, une façade de\n125 mètres environ, sur le faubourg Sainte-Anne ou Poissonnière. C'étaient les Menus\nPlaisirs du Roy, dont l'entrée principale était rue Bergère, à peu près dans l'axe de la rue du\nConservatoire. Il y avait là, sur une surface d'environ, 16,000 mètres, une foule de magasins,\nateliers de peintres, menuisiers, serruriers, tailleurs, couturières, brodeurs, etc. occupés à fabri-\nquer et conserver tout ce qui était nécessaire aux spectacles et aux cérémonies de la cour\n(mariages, naissances, enterrements, voyages et déplacement du roi, etc.) et, depuis 1780,\nles décors et accessoires de l'Opéra. Là régnait, depuis 17 M. Papillon de La Ferté inten-\ndant des Menus.\nSur des terrains et marais acquis de Gilbert de Voisins (petit-fils de Dongois, le neveu de\nBoileau-Despréaux), par le garde-magasin Lévêque, au nom du roi, en 1762, on avait con-\nstruit, par ordre de Louis XV, les ateliers et l'hôtel de l'intendant ; et, dans une \" cage \"\nménagée à cet effet, on avait installé la petite salle de Monnet, à la Foire Saint-Laurent,\ndont la démolition avait été ordonnée à l'époque de la fusion de l'Opéra-Comique avec les\nItaliens (en 1762).\nLors donc que la création d'une Ecole de musique fut décidée, dans le but surtout de\npourvoir aux besoins de l'Opéra, on pensa tout naturellement à l'installer près des Menus,\ndont la salle servait déjà de théâtre d'essai et de répétitions; même, en 1781, elle avait, pour\nquelques soirées, abrité la troupe de l'Opéra, dont le théâtre venait d'être incendié.\nL'histoire des spéculations qui se firent, aux frais du prince, sinon de la princesse, autour\nde l'installation des Menus et de l'Ecole royale, est fort édifiante pour la connaissance des\nmœurs administratives de l'ancien régime. C'est ainsi qu'autour des Menus, revendus au roi\npar le garde-magasin Lévêque, nous trouvons le fameux architecte Lenoir, qui cède les terrains\nnécessaires à l'établissement de l'Ecole de Chant, et après avoir peut-être provoqué celui-\n— cherche à faire construire l'Opéra sur des terrains qu'il possède, en bordure du boule-\nvard, entre les faubourgs Saint-Denis et Poissonnière. Et la famille de Papillon de La Ferté,\nou La Ferté lui-même, possédait, aux environs des Menus, un certain nombre de maisons, hôtels\net jardins, dont la rue Papillon conserve encore aujourd'hui le souvenir. L'installation de\nl'Ecole royale, à côté des Menus, dans un faubourg encore à moitié désert, ne pouvait que\ndonner de la plus-value aux biens de ces spéculateurs officiels.\nPar un contrat en date du 25 février 1784, passé devant Margantin, La Ferté acquérait\nainsi \" pour et au proffit \" du Domaine royal, de Sanson-Nicolas Lenoir, \" un Terrein scis à\nParis, contenant 262 toises de superficie sur lequel est une vaste maison ou portion de Bâti-\nmens donnant sur la rue poissonniers... tenans du levant (sic) aux Bâtimens des Menûs, du\nMidy au vendeur, Et du Nord à..., aux charges ordinaires et accoutumées et moyennant la\nsomme de Cent vingt huit mille livres... pour en jouir en toute propriété aud. Domaine\ncomme de chose luy appartenant, à date du lerIer dud. mois de Febvrier. \""}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.103", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4120, "texte": "La portion ainsi acquise formait une bande terrain à peu près rectangulaire, parallèle aux\nmaisons qui limitent le Conservatoire au nord.\nLe 25 septembre suivant, par contrat passé devant le même notaire, Jacques Philippes\nHoudon, garde-magasin général des Menus, c'était le frère du grand sculpteur et le gendre\nde Lévêque, acquérait du même Lenoir \"Un Terrein scis à Paris Rue Poissonnière,\nTenant d'un coté à la rûe Bergere D'autre à vn Terrein et maison vendtte par Led. sieur\nLenoir à notre domaine, par derrière à l'hôtel de nos Menus plaisirs, et par-devant sur lad. rue\nPoissonnière, Lad. vente faitte moyennant le prix et somme de trente mille livres.\" Le même\njour, Houdon déclarait qu'il \"ne prétendoit rien dans ladite acquisition qu'il avoit seulement\nfaitte pour et au profit de notre Domaine, ce qui a été accepté par led. Exposant qui a\ndéclaré en notre nom que nous n'entendions point réunir led. Terrain à notre Domaine, mais\nnous reservant Expressément la faculté D'en Disposer suivant Et quand nous le jugerions à\npropos... \" 1\nLa contenance de ce second lot, qui ne faisait pas le coin des rues Bergère et des\nPoissonniers, n'étant pas indiquée dans la lettre de ratification, on peut supposer que cette\nacquisition fut suivie d'une troisième, ayant pour objet le coin de la rue Bergère, que Lenoir\navait dû réserver pour en tirer un prix plus avantageux. Car, \" Lesquels terreins et partye\nde batimens, \" ajoutent les deux lettres de ratification, appartenaient à Lenoir, comme les\nayant acquis \" avec une maison et terrein faisant l'encoignure des rues Bergere et poissonnière,\"\npar contrat passé devant Margantin, les 15 et 17 janvier 1781, de Jacques Colin, boucher, et\nses frère et beau-frère, également bouchers, dont le père, décédé \" auoit acquis lesd. maison et\nTerreins pendant sa communauté \" avec Marguerite Couart, sa veuve, le ler mai 1753, des\nhéritiers de Hippolyte Foynard ou Foenard, chirurgien de la Marine.\nL'acquisition de Lenoir comportait deux lots : i° une petite maison au coin de la rue\nBergère, (une boutique, un étage et des mansardes) ; 2° une maison plus importante, \" à porte\ncochère, \" donnant sur le faubourg. Un puits commun, qui doit marquer le milieu de la\ncour du Conservatoire, se trouvait à la limite des deux lots. Hippolyte Foynard était propriétaire\nde la première et de moitié de la seconde, \"en qualité d'héritier pour moitié de Catherine\nLegoix, sa mère, femme de S. Jean Foynard, Chirurgien major du regiment de la Marche \" ;\nlaquelle Catherine Legoix tenait cet héritage de son père André Legoix, bourgeois de Paris\n(20 mai 1723) \" auxquels André Legoix et Margueritte Bourgeois sa femme lesd. deux maisons\nappartenoient comme les ayant acquises de Louis Vincent Bourgeois de Paris et Jeanne Girard\nsa femme, par contrat passé devant Mes Aumont et Goudin.... le 4 avril 1714. \" L'acqusition\navait été faite moyennant 12,000 livres. Comprises dans la censive de Saint-Opportune, au lieu\ndit Clos des Halliers, ces maisons, qui payaient une redevance de cinq sols six deniers de cens\nà cette époque, étaient portées seulement pour deux sols six deniers, lorsque Noël Bureau,\nmaître-maçon, vint déclarer, le 24 décembre 1686, devant MM. Desnots et Pasquier, notaires\ndu chapitre de Sainte-Opportune, qu'il était depuis le 7 février, \" propriétaire et detempteur\nd'une maison et lieux scis hors la barrière de la porte Sainte Anne de cette ville de Paris au\nbout de la rue des Poissonniers contenant le tout demy arpent ou enuiron. \" Le précédent\npropriétaire était Jean Masson, procureur en la cour, qui devait tenir ce coin et d'autres\nterrains plus au nord, de son beau-père Tournant, indiqué sur un ancien plan. 2\nLes frais de la vente de Lenoir au roi montaient à 3,115 livres, et les pièces y relatives\n\n1 Archives départ, delà Seine, Lettres de ratification, Nos 16754 et 16815.\n2 Archives nationales, Censwe de Sainte-Opportune, S, 1983 et 84 (1 et 2), et Arch. de la Seine, Insinuations9\nreg. 98, fol. 2. Le Clos des Halliers, qui s'étendait de la rue de Cléry à la rue Richer environ, payait en outre\nla dîme aux Dames de Montmartre."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.104", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3744, "texte": "étaient remises à Houdon, à la date du 14 juillet 1786. Lenoir duement instruit, sans nul\ndoute, par Laferté ou autre, des projets du roi, 1 relatifs à l'Ecole de chant de l'Opéra, dut\nmettre tout en œuvre pour se défaire de son acquisition de 1781. Il ne serait pas extraordinaire,\nd'ailleurs, que ce fût cette acquisition même qui ait déterminé l'installation, faubourg Poisson-\nnière, du futur Conservatoire de Musique.... Il s'empressa donc de faire quelques frais de\nréparations aux constructions déjà existantes.\nUne note non datée, mais qui est probablement du milieu de 1784, accompagnée d'un\nplan schématique du terrain, semble donner le prix payé par Lenoir, et ce qu'il en demandait\nen 1784 : 2\n\" Prix de l'acquisition primitive. Droits de lods et vente, 100% pots de vin 128,000\net intérêts depuis 3 ans 1/2 45,000\nDépenses faites 12,000\n185,000\nil reste à faire environ pour 12,000 livres de dépenses pour finir la maison.\"\nOn estimait alors que le terrain valait 433 livres la toise carrée (soit à peu près 115 livres\nle mètre carré), ce qui faisait, pour 428 toises, exactement 185,834 livres ; et que le tout,\nconstructions comprises, avait une valeur de 220,810 livres. Lenoir, dès la première vente,\navait donc intégralement récupéré, moins les frais et intérêts, le prix de son acquisition totale.\nLes Menus-Plaisirs une fois en possession de ces 428 toises, on aménagea tant bien que\nmal, les constructions existantes et, le lerIer avril 1785, l'Ecole royale, dirigée par Gossec, ouvrait\nses portes. A la Révolution, elle mourut peu à peu, faute de subvention suffisante, tandis que\nles Menus, devenus, sous la direction du citoyen Houdon, le Magasin des Fêtes Nationales,\nétaient mis sans cesse à contribution pour toutes les solennités civiques.\nLe Conservatoire, ou plutôt l'lnstitut national de musique, établi par les décrets de la\nConvention, se vit attribuer, le 28 floréal an 11, par le Comité du Salut public, \" la maison\nnationale ci-devant appelée les Menus, située rue Bergère, \" après toutefois que la section du\nfaubourg Montmartre se serait établie dans une autre maison nationale, et que tous les\nmeubles et effets nationaux qui étaient, auraient été déposés ailleurs. La section du\nfaubourg Montmartre y avait en effet son siège à cette époque, 3 et l'évacuation des locaux\nnécessaires à l'lnstitut de Musique se fit encore attendre longtemps. Ce ne fut qu'après une\nannée de démarches, à la suite d'ordres formels du ministre, que Sarrette put ouvrir l'Ecole\n(le lerIer brumaire an V, 22 octobre 1796).\nElle y est restée cent quinze ans, alternativement royale, nationale ou impériale, jusqu'au\nrécent décret du 8 septembre dernier, qui affecte \"au ministère des Travaux publics, des\nPostes et des Télégraphes (service des postes et des télégraphes) la partie dès maintenant\ndisponible de l'ancien Conservatoire de musique de Paris et consistant en un quadrilatère\nde 32 m. 50X56 m. 50 attenant aux rues du Faubourg-Poissonnière et Bergère. \"\nLa désignation un peu vague de ce quadrilatère qui n'a que deux côtés, et dont au omet\n\n1 Dès le 22 octobre 1781, la Ferté émettait, dans une lettre au roi, Fidée de fonder une Ecole de chant\npour l'Opéra. (Voir Ad. Jullien, Un Potentat musical, Papillon de la Ferté. Cf. Constant Pierre, U Ecole de\nChant de l'Opéra, p. 16-17.)\n* \" Comparaison du Prix des Terreins et Batimens, faisant l'encoignure des Ru£s Poissonnière et Bergère,\nacquis et appartenans à Mr. Lenoir architecte mitoyen avec les Menûs Plaisirs du Roy avec le prix de revente\ndesdits Terreins et Bâtimens dans l'Etat ou ils sont actuellement (Arch. Nat., O1 628).\n* La Ferté avait ouvert les Menus aux assemblées populaires, dit M. Boysse (Journal de P. de la Ferté,\npréface, p. 60)."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.105", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 996, "texte": "d'indiquer la superficie dans un acte de cette importance, la promulgation de ce décret au\ncours des vacances, tout semble indiquer qu'on a dû aller vite en besogne pour désaffecter\net réaffecter ce terrain. Mais tel qu'il est, ce coin du vieux Paris reproduit encore exactement\nla superficie de l'acquisition faite par Lenoir, en 1781, du boucher Colin, mesurant : du côté\ndu sieur X..., au nord, 26 toises, 3 pieds, 6 pouces (près de 53 m.) ; du côté de la rue Pois-\nsonnière, 16 t. 4P. 4 p. (33 m.) ; du côté des Menus Plaisirs (c'est-à-dire, en bordure du\nvestibule de la salle des Concerts), 14 t., 5 P., 9 p. (près de 30 m.) ; et du côté de la rue\nBergère, 28 t., 3 P., il p. (près de 57 m.) ; soit, environ, un demi-arpent de Paris.\nQuant à la salle des Concerts et ses dépendances, que tous les artistes souhaitent\nconserver, elles représentent tout ce qui subsiste de l'ancien terrain des Menus proprement dits.\nNous en parlerons dans un prochain article.\n\nJ.-G. Prod'homme."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c052", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c052", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 102, "image_fin": 102, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.19", "titre_corps": "Plan cadastral actuel La partie recouverte de hachures représente l'ancienne Ecole royale de Musique, en démolitions", "titre_sommaire": "Plan cadastral actuel La partie recouverte de hachures représente l'ancienne Ecole royale de Musique, en démolitions", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.102", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 116, "texte": "Plan cadastral actuel\nLa partie recouverte de hachures représente l'ancienne Ecole royale de Musique, en démolitions"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c053", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c053", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 102, "image_fin": 102, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.20", "titre_corps": "Plan de Verniquet (vers 1815)", "titre_sommaire": "Plan de Verniquet (vers 1815)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.102", "debut_caractere": 153, "fin_caractere_exclue": 182, "texte": "Plan de Verniquet (vers 1815)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c054", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c054", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 102, "image_fin": 102, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.21", "titre_corps": "NORD", "titre_sommaire": "NORD", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.102", "debut_caractere": 118, "fin_caractere_exclue": 151, "texte": "NORD\nPlan de Jacoubet (vers 1840)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c055", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c055", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 106, "image_fin": 108, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.22", "titre_corps": "A propos du Festival Bach à Eisenbach", "titre_sommaire": "A propos du Festival Bach à Eisenbach", "signature_source": "J. Joachim Nin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.106", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2232, "texte": "A propos du Festival Bach\nà Eisenbach\n\nChaque fois que le clavecin fait son apparition à côté du piano, on nous apprend la\ndéfaite complète de celui-ci, le triomphe absolu de celui-1à... et un accord parfait, en ce sens,\nparmi le public appelé à se prononcer sur cette grave question.\nCette fois, comme les autres, l'on a encore éxagéré, et voici de quelle façon :\nOn nous présente le public réuni à Eisenach comme exclusivement composé de sommités\nmusicales et, pour nous le prouver, on nous cite une demi-douzaine de noms qui passent pour\nêtre très connus en Allemagne, puis, deux ou trois musicologues célèbres, et... c'est tout.\nOr, le public d'Eisenach était ce que sont tous les publics : un composé hétérogène\nd'intelligences de valeur très diverse et d'esprits dont la moyenne était peu qualifiée et mal\npréparée pour juger cette question. M. Heuss musicographe éclairé constate dans un\narticle récemment paru dans le Bulletin de I*l. M. G., que la grande majorité de ce public\nétait, au début, entièrement indifférente à l'objet du \" match \" ; on a donc exagéré, lorsqu'on\na parle d hostilité contre le clavecin et d'attente fébrile pour être témoins de ce duel bizarre.\nJe n'ai pas assisté au combat entre le sautereau et le marteau, mais je sais des apprécia-\ntions de la presse allemande qui ne s'accordent pas tout à fait avec le prétendu \" massacre \"\ndu piano et qui diminuent un peu le rôle de vainqueur sur toute la ligne attribué au clavecin.\nJe crois utile et nécessaire même de les opposer à la note parue dans le S. I. M. du 15\nnovembre courant, sinon pour la contredire tout au moins pour la compléter *.\nM. Max Schneider commence par dire que \" aucun jugement sur cette question ne\npeut être considéré comme décisif\" et que \" personne ne souhaite que nous abandonnions\ndans nos concerts le splendide piano à marteaux, pour le clavecin \" (Die Musik, XI, page 114).\nDans ce même article M. Schneider dit que \" la différence fondamentale existant entre\nle mode de production du son du clavecin, d'une part, et celui du piano, de l'autre, exclut\n\n1 Cette note a paru aussi, conçue à peu près dans les mêmes termes mais signée \" Ealsan de la Rouvière \"...\ndans Théâtres et Conservatoires, numéro du 15 octobre 1911."}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.107", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 4041, "texte": "toute possibilité de comparaison immédiate \". Et plus loin, que \" la puissante Fantaisie Chro-\nmatique et Fugue peut parler au cœur si elle est exécutée au piano, parce que, en sa qualité\nd'œuvre de la nature, placée en quelque sorte, par son idialité même, au dessus de la concep-\ntion d'un style déterminé, elle s'adapte sans peine aux ressources d'un instrument nouveau\nIl termine en disant que \" l'abîme ouvert par le cri de guerre : clavecin par ci, piano par là,\nn'est pas susceptible d'être comblé\nM. Alf. Heuss, de son côté, déplore, dans l'article plus haut cité, que l'on ait opposé à\nMme Landowska dont nous connaissons l'extrême habilité au clavecin deux pianistes\nsans autorité : MM. Hinze et von Bose. La lutte a donc été quelque peu inégale. D'une façon\ngénérale M. Heuss estime que \" ce sont, tout simplement, deux mondes différents ; on peut se\ndispenser, en conséquence, d'en faire la comparaison Mais il s'expose à être contredit par la\nréalité des faits, lorsqu'il affirme, plus loin, que depuis la disparition du clavecin, il n'a pas été\npossible au piano, de faire quoi que ce soit au profit des œuvres originales de Bach, destinées au\nclavier.\nA cela nous pouvons répondre que la résurrection de l'ancienne musique de clavier est\nentièrement et exclusivement due au piano, et que les œuvres de Bach pour clavecin étaient\ntrès peu connues au XVIIIe siècle et plus rarement jouées. En France, le pays du clavecin par\nexcellence, on les ignorait même complètement. Quelle reconnaissance devons-nous au clavecin\npour la vulgarisation de l'œuvre du Maître?...\nC'est le piano qui nous a initiés aux beautés du Clavecin bien tempéré, des Suites, des Partite,\ndes Toccate, de la Fantaisie Chromatique et Fugue et des Concerti...\nMme Landowska elle-même, n'a-t-elle pas conquis sa notoriété des débuts en interprétant\nde la musique ancienne, de Bach surtout, au piano ?... Elle semble l'oublier, aujourd'hui, mais\nceux qui eurent le plaisir d'assister à ses premières séances à Paris, où elle jouait du Bach, au\npiano, avec une grâce et une conviction parfaites, n'en perdront pas de si tôt le souvenir...\nM. Heuss ajoute, cependant, que \" l'homme moderne commettrait une sottise en renonçant\naux avantages de son instrument pour l'exécution de l'ancienne musique de clavier : aussi ne le\nfera-t-il jamais \"... C'est également ce dont nous sommes convaincus...\nPlus loin, il constate que \" le succès du clavecin a été plus grand après le Capriccio de\njeunesse (Bach composa cette œuvre en 1704, à l'âge de 19 ans) qu'après l'exécution de la\nFantaisie Chromatique et Fugue, à laquelle le piano moderne est capable d'apporter des éléments\nde valeur plus considérables.\nMM. Es Segnitz, dans la Allgemeine Muzik-Zeitingy A. Smolian, dans le Signale Jîlr die\nMusikalische JVelty et F. Brandes dans la Neue Xeitschrift fur Musik ont émis des opinions\nsemblables. Segnitz trouve le clavecin monotone et son uniformité de timbre fatigante. Smolian\nremarque la sonorité nasillarde du clavecin et préfère celle du piano pour la Fantaisie Chroma-\ntique et Fugue de Bach. Brandes estime que la sonorité du clavecin dans la Fugue, était faible\net sans ampleur....\nLes qualités reconnues au clavecin au cours de ce \" match \" ont été, comme toujours,\nla couleur, la netteté, le brillant et la légèreté. Il n'est question ni d'expression ni de poésie...\nCertes, le piano est peut-être moins pittoresque (il l'est pourtant à sa manière : voyez Liszt\net ses successeurs russes, français et espagnols) mais il a, outre une netteté, un brillant et une\nlégèreté que personne n'ose lui contester, un pouvoir expressif qui fait totalement défaut au\nclavecin. Cette qualité, précieuse assurément, lorsqu'il s'agit de musique et d'art, en général, le\nsauvera de l'oubli dans lequel est tombé le clavecin, instrument pittoresque c'est entendu\nmais profondément inexpressif. Ce n'est pas moi qui lui ai fait pour la première fois ce reproche:\nce sont les clavecinistes et les théoriciens du XVIIIe siècle. J'estime qu'ils connaissaient leur"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.108", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1921, "texte": "clavecin un peu mieux tout de même que le public d'Eisenach... et certes aussi bien que\nMme Landowska. S'il en avait été autrement le clavecin n'aurait pas disparu.\nLa valeur de ce \" match \" est donc plus que discutable : d'abord parce que l'on s'est\ncontenté de baser un jugement que l'on prétend définitif, sur l'exécution de deux œuvres de\nBach, alors qu'il en eût fallu douze au minimum, autant de Couperin, quelques-unes de\nRameau, de Haendel, et six au moins de Scarlatti ; ensuite, parce que nous ne pourrons juger\nde la valeur du clavecin avec une impartialité absolue, que lorsque sa sonorité nous sera devenue\naussi familière que celle du piano, car la séduction qui résulte de l'audition d'un moyen sonore\ninconnu ou peu familier à l'oreille est inévitable et fausse le jugement ; enfin, parce que la\ndurée d'une épreuve de ce genre ne peut être raisonnablement fixée à moins de 6 heures,\npartagées en deux séances ; c'est alors seulement que l'on se rendra un compte exact de la\npauvreté expressive et même pittoresque du clavecin, dont les effets, toujours identiques à eux\nmêmes, se répètent invariablement, cet instrument n'ayant ni la ressource du \" chant \", ni\ncelle du crescendo, du diminuendo et de l'accent pathétique...\nC'est lorsque l'on entendra 3 heures de suite le clavecin que l'on saura que tout n'est pas\nde la couleur, en musique, et surtout dans la musique de Bach...\nMais déjà les mots de adversaire, victoire, combat fourmillent dans les chroniques plus\nou moins anonymes où ce sujet est mis en cause... Les \" cris de la foire \" s'en mêlent; la\ncause perd en beauté ce qu'elle gagne en intérêt sportif. Cela est infiniment triste pour l'Art\naussi bien que pour les pianistes et les clavecinistes... car on doit s'attendret sous peu, àun\nréférendum lancé par quelque grand quotidien, et à des élections... Ce sera très up to date...\nBruxelles, Novembre MCMXI.\n\nJ. Joachim Nin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c058", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c058", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 109, "image_fin": 110, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.23", "titre_corps": "Rythme de vibrations et Rythme musical", "titre_sommaire": "Rythme de vibrations et Rythme musical", "signature_source": "Anselme Vinée", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.109", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3591, "texte": "Rythme de vibrations et Rythme musical\n\nLe Rythme peut se définir : succession, par\nintervalles de temps déterminés présentant en général les rapports les plus simples.\nLe Rythme est à l'origine de toute musique, si élémentaire qu'on la suppose, et, soit dit\nen passant, le sens si général du mot n'aurait jamais dû être restreint au cas particulier du\nmembre de phrase,comme le fait Reicha {Trait Farrenc, 1832), et àsa suite\nMathis Lussy (Traité de /'Expression musicale, Heugel, 1874).\nQue le rythme,actionnant la vibration, cellule élémentaire, produise le son\nmatière première de l'art, avant de régler les mouvements du formé des sons\nmusicaux eux-mêmes, c'est une conception trop naturelle pour être nouvelle. Le mathémati-\ncien philosophe Wronski, cité par Durutte (Technie, Mallet-Bachelier, 1855, Introduction,\np. VI et VII) voit le véritable objet de l'esthétique musicale dans le rythme des vibrations ou\nde la durée des vibrations. Dans son Essai sur les lois psychologiques de F Intonation et de\nl'Harmonie (Heugel, 1878), M. Archange Camiolo croit en outre \"pouvoir résoudre les\n\" questions relatives aux intervalles naturels au moyen des analogies entre le rythme des\n\" vibrations et le rythme mélodique \" (que nous appellerons ici musical, quoique applicable même\nà de simples bruits).\nLes vibrations régulières et isochrones essentielles au sont bien le produit d'un\nrythme, mais réduit à son expression la plus élémentaire : d'où l'intérêt de faire ressortir, en\nregard d'analogies incontestables mais peut-être pas très substantielles, les différences caracté-\nristiques du rythme vibratoire avec le rythme musica\nTout d'abord, si l'on isole un son musical, nul motif n'existe d'attribuer à ses vibrations\nun rythme plural, pas plus binaire, comme le croit M. Camiolo, que ternaire ou autre. Le\nrythme nous y paraît simplement unitaire en l'absence de moments remarquables tels que les\ntemps forts qui jalonnent le rythme musical, dès que celui-ci se manifeste comme plural,\nquoiqu'il puisse se concevoir unitaire (comme par exemple dans le plain-chant), en dépit de\nl'oubli général des théoriciens sur ce point.\nCe n'est que par comparaison avec un autre son que les vibrations d'un son musical donné\npeuvent, par une conception purement intellectuelle et relative, paraître former des groupements,\ndifférents du reste selon le son opposé, et toujours dénués du caractère concret et absolu propre\nau rythme musical. En l'absence de moments remarquables, les rapports de vitesse vibratoire\nimportent seuls ici. En simultanéité, on ne peut faire état, comme le pense M. Camiolo, du\ncas très particulier à?accent de coïncidence des vibrations synchroniques. Ainsi que l'observe\nM. Gandillot (Essai sur la Gamme, § 26, Gauthier-Villars), le décalage ou défaut de coïnci-\ndence supposé n'influe en rien sur les rapports de deux sons simultanés. Au contraire, dans le\nrythme musical, on ne saurait supporter vis à vis des temps et de la mesure des non-coïnci-\ndences, au moins supposées quelconques ; car les mélanges de rythmes, les retards et\nanticipations sont des procédés artificiels étroitement définis.\nLe rythme musical n'existe pour nous que s'il est perceptible par sensation directe, ce qui\nimplique une limite dans la rapidité, et il a pour éléments, non pas directement des vibrations,\nmais des sons produits eux-mêmes de vibrations, et qui peuvent être même de simples bruits.\nLe son musical, au contraire, a pour condition nécessaire que la sensation directe de rythme, par\nsuite d'une rapidité vibratoire suffisante, disparaisse complètement, remplacée par une"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.110", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3721, "texte": "sensation, justement celle de son musical,toute différente. Il y a là, pour emprunter un terme\nau langage juridique, une véritable novation, ou encore quelque chose d'analogue à l'union\nintime, par combinaison chimique, d'éléments primitifs distincts dans un nouveau corps, où la\nprésence de chacun ne peut plus être décelée que par des procédés indirects de dissociation.\nQuoique le son musical et le rythme musical soient choses différentes, dont l'une est pour\nl'autre élément de formation, il est concevable que, si des expressions numériques simples\ncaractérisent les rapports de hauteur des sons d'après la vitesse vibratoire, d'autre part le\nrythme de succession de ces sons, pour être perceptible, doive présenter aussi des conditions de\nsimplicité numérique très limitées. Mais, si les nombres I, 2, 3, 5 et leurs produits ont une\nfonction nécessaire dans les rapports des sons musicaux, les rapports admissibles dans le rythme\nmusical sont beaucoup plus restreints, pouvant à la rigueur être limités à I et 2, si l'on\nremarque que tout autre rythme qu'unitaire ou binaire apparaît réellement comme composé, le\nternaire lui-même par 2 et 1 (l'iambique, par 1 et 2, semble en effet comporter pour son\n2e terme la sensation syncopée), le quinaire par 3 et 2 ou 2 et 3> etc., tandis que, par rapport\nà un son I, la génération des seuls sons différentiels 3 et 5 apparaît comme absolument directe.\nObservons enfin que, dans un rythme musicaon pourrait indéfiniment faire varier la\nvitesse sans en changer la nature, tandis que si l'on fait varier la vitesse des vibrations d'un\nson musical il devient de suite tout à fait autre. Inutile d'ajouter que le portando ou glissando,\nartifice bref, n'est admissible esthétiquement que pour conduire d'un son déterminé à un\nautre son déterminé.\nSi quelques analogies peuvent y sembler un peu factices, la brochure de M. Camiolo\nn'en contient pas moins d'excellentes remarques, en particulier : sur\nnaturelle à toute connaissance de l'acoustique musicale, sur le spécial à chaque\nintervalle d'intonation, sur la propriété du système de fournir seul des degrés les\ndegrés tempérés n'étant que des approximations tolérées. A ce dernier point de vue, nous ne\npouvons qu'être tout à fait d'accord avec M. Camiolo, ayant soutenu la même thèse dans un\nouvrage récent du Système Musical et Hamelle, 1909).\nPour résumer :\ni° Le rythme de vibrations, pour remplir sa fonction dans la réalisation du son musical,\nrésulte d'éléments se succédant avec une rapidité suffisante (limitée néanmoins) dans des temps\négaux, doit être latent ;\n2° Le rythme musical, formé des sons eux-mêmes, pour remplir sa fonction dans la\nréalisation du discours musical,doit être apparent,donc comporter une\nLa notion de rythme peut s'étendre idéalement à la composition entière de\nmais, plus elle se dilate en groupements successifs de plus en plus larges dans la mesure, la\nphrase, les développements et toutes les grandes lignes d'un plan d'ensemble, plus elle\ncomporte de liberté et par contre exige de variété.\nOn peut trouver plausible l'hypothèse émise par un théoricien (Troupenaz), que, là où,\npar suite de la rapidité du mouvement vibratoire, cesse la du doit\ncommencer la vitesse nécessaire à la constitution du son limite supposable pourtant un\npeu flottante et susceptible d'enjambements dans les deux sens, ne serait-ce qu'en raison des\ndifférences individuelles dans la faculté de perception.\nBien plus audacieuse est l'hypothèse d'Euler, qu'à la limite aiguë où le son musical\ncesse lui-même d'être perceptible à l'ouïe, commencerait le règne de la comme sensible\naux très petites vibrations de l'éther formant, d'après lui, la cause du phénomène de la lumière.\n\nAnselme Vinée."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c059", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c059", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 111, "image_fin": 112, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.24", "titre_corps": "Çà et Là", "titre_sommaire": "Çà et Là", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.111", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2077, "texte": "Çà et Là\nLe 21 Décembre, aura lieu Salle Mors la première réunion officielle du groupe choral et\ninstrumental fondé par un groupe de musiciens et dirige par ]VI. E. R. Schmitz. Cette nouvelle\nsociété affirmera sa vitalité et son développement artistique en interprétant ce soir la le\nQuintette de Franck, Y Oratorio de Noël de Saint Saëns dans son intégralité, des quatuors vocaux\na capella des XVIIe et XVIIIe siècle et deux quintettes à cordes de Haendel.\n*\n* *\nM. Jos. Bonnet a repris ses récitals d'orgue chaque dimanche à n heures à Saint-\nEustache. Ils dureront jusqu'à fin mai. M. Bonnet exécutera les chefs-d'œuvre de toutes les\nécoles anciennes et modernes.\n* *\nL'Union des femmes professeurs et compositeurs (U. F. P. C.) a donné le il de le mois son\npremier concert sous la direction de M. Rhené Bâton. Les exigences de notre mise en page\nnous obligent à remettre à Janvier le compte-rendu de cette intéressante seance.\n* *\nLes Conférences d'histoire de la Musique que M. Landormy a inaugurées le 25 novembre\nau Cours Sauvrezis ont lieu tous les Samedis à 4 h. 1/2. Elles sont consacrées à la Musique\nfrançaise, des origines àla fin du XVIIIe siècle. Les exemples seront donnes par M Mellot-\nJoubert, Jane Arger, Hardy-Verneuil, Jane Goupil, Mary. MM. H. Snell, G. Mary,\nCh. Sautelet, etc., et le quatuor instrumental : MM. Borrel, Jenck, Massis et Gervais.\n*\n* *\nM. Louis de Serres vient d'ouvrir un cours qui aura lieu\ntous les Mercredis de 2 à 4 heures, jusqu'au mois de Juillet 1912.\n%\n* *\nLa Société Handelnous communique la suite du programme de ses concerts pour cet\nhiver.\nMercredi 28 Février 1912 :\nDeuxième concert avec le concours de Mmes Mellot-Joubert, Philip, MM. Plamondon,\nG. Mary, J. Bonnet, Organiste du Grand Orgue de Saint-Eustache et de la Société des\nConcerts du Conservatoire et A. Philip, Organiste a la Madeleine : Le Messie. Répétition\ngénérale publique le Mardi 27 Février, à 4 heures.\nMercredi 27 Mars 1912 :\nTroisième concert : Fragments de \" Didon et Enée\" de Purcell, (Traduction de M. Paul\nLandormy), exécution du Stabat de Pergolèse."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.112", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2691, "texte": "Mercredi 8 Mai 1912 :\nQuatrième concert: Judas Machabée, Oratorio de G. F. Hâendel, avec le concours de\nM. H. Libert, Organiste du Grand Orgue de la Basilique de Saint-Denis.\n*\n* *\nLe 2e concert de la Société y. S. Bach (Grand concert de Noël) aura lieu, à la salle Gaveau\nle vendredi 22 décembre à 9 heures, avec le magnifique programme suivant : 1) Cantate de\nV Avent (ier audition) ; 2) Grand A/Lot et pour chœur a 5 vo'tx \" Jesu meine Freude \" lerIer audi-\ntion) ; 3) Sinfonia et berceuse de 1' \" Oratorio de Noël \"; 4) Cantate pour le lerIer dimanche après\nVEpiphanie (ier audition) ; Solistes : MUe Agnès Leydhecker, Mme Mario-Petit. L'orgue sera\ntenu par M. Albert Schweitzer. Orchestre et chœurs de la Société J. S. Bach sous la direction\nde M. Gustave Bret. Le jeudi 21 décembre à 4 h. répétition publique (entrée 5 franes.)\n* *\nLa Libéra Estetica de Florence a donné à, l'odéon impérial de Munich trois concerts\nconsacrés à l'ancienne école italienne. Les excellentes qualités d'interprétation dont firent\npreuve Mme Ida Isori et M. Fr. Chifitelli valurent à ceux-ci le plus grand succès.\n*\n* *\nM. Landormy vient d'ouvrir un Cours de la musique et d^interprétation\nmusicale par la méthode historique. Nous ne saurions dire trop de bien de ce cours qui corres-\npond à un véritable besoin ; les enfants tout particulièrement y apprendront à aimer et à com-\nprendre la musique. M. Landormy donne tous les renseignements qu'on veut bien lui demander\n189, rue de Vaugirard.\n*\nU Art Décoratif\" Revue de l'Art ancien et de la Vie artistique Moderne\" (4, rue Le\nGoff, Paris-5e), vient de se transformer en une revue bi-mensuelle, sans que ni son format,\nni la richesse de ses illustrations soient diminués. Ce fait lui constitue une situation unique\nparmi les autres revues d'art, en ajoutant, en particulier, à sa valeur informative.\nNous avons le plaisir d'annoncer que, sur simple demande, enverra des\nnuméros-spécimens aux abonnés de la revue S. I. M.\n*\n* *\nLe cours Sauvrezis, 82, rue de Passy, va donner cette année une deuxième série de\nconcerts par abonnement pour les enfants, sous le patronage de la Société des Amis de la\nMusique.\nCes concerts commenceront le Dimanche 17 Décembre et auront lieu en Janvier les\nDimanches 14 et 28, à 5 heures, avec le concours du trio Chaigneau, de Mmes Mellot-Joubert,\nHardy-Verneuil, Fleury-Roy, Sauvrezis, G. Danly, May ; MM. Snell, Tremblay, Borrel,\nde Villers, R. Marthe, Vidal, etc. Les programmes dont la durée n'excédera pas une\nheure, comprendront des œuvres de Maîtres classiques et modernes excellement exécutées,\nafin de donner à la jeunesse l'impression directe de l'œuvre musicale et de développer le sens\nesthétique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1911-12-15-01-c060", "article_bluemountain": "bmtnabh_1911-12-15_01#c060", "volume": "bmtnabh_1911-12-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 113, "image_fin": 113, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.2.25", "titre_corps": "DANS CE NUMÉRO:", "titre_sommaire": "DANS CE NUMÉRO:", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.113", "debut_caractere": 426, "fin_caractere_exclue": 952, "texte": "DANS CE NUMÉRO:\nM. Ténéo Jacques 1\nH. Thuren .... . . . La musique chez les Es 36\nLes Livres . 57\nAssemblée génér\nde 64\nLE MOIS\nE. Vuillermoz . . . Théâtres et Concerts 65\nH. Prunières Lully à VOdéon. 70\nSwift . La Province 73\nRené Lyr Belgique 74\nNos correspondants . . Étranger 78\nVARIÉTÉS\nV. P L'Edition Musicale 89\nLes Amis de la M ....... 91\nM. Daubresse Ou estions .92\n(V\nJ. Gh Prod'homme ... La Salle\nJ. J. Nin...... A propos du festival Bach à Eisenach . . . 100\nA. 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Exc. Madame l'Ambassadrice d'ltalie, Donna Bice Tittoni à Paris.\nS. Exc. Mme la P®*886 Ruspoli di Poggio Suasa Talleyrand Périgord à Paris.\nMadame la Princesse Strozzi-Corsini à Florence.\nMadame la Comtesse Béatrice Pandolfini-Corsini à Florence.\nMadame la marquise E. de Montagliari à Paris.\nMademoiselle Elena Vacaresco, femme de lettres, auteur dramatique à Paris.\nS. Exc. Le Prince Ruspoli di Poggio Suasa à Paris.\nLe duc Melzi d'Eril, duc de Lodi.\nLe Comte Brunetta d'Usseaux.\nLe Commandeur Trezza di Musella.\nMEMBRES HONORAIRES:\nM- Gabriele dAnnunzio, homme de lettres, auteur dramatique à Florence\nM. W. Bopp, Directeur de l'Académie Imp. et Roy. de Musique à Vienne.\nM. Alfred Bruneau, compositeur de musique à Paris.\nM. Carolus-Duran, Direct, de l'Acad. de France à Rome et membre de l'lnstitut.\nM. Claude Debussy, compositeur de musique à Paris.\nM. Louis Dièmer, Prof, au Cons. Nat. de musique à Paris.\nM. Vincent d'lndy, compos. de musique, Direct, de la Schola Cantorum à Paris.\nM. I. Massenet, compositeur de musique, membre de l'lnstitut.\nM. E. Mathieu, compos. de musique, Direct, du Cons. Royal de Mus. à Gand.\nM. A. Messager, compos. de musique, Direct, de l'Acad. Nat.de musique à Paris.\nM. E. Parent, professeur à la Schola Cantorum de Paris.\nM. Dr Max Reger, compositeur de musique et Directeur M. à Leipzig.\nM. Dr Richard Straùss, compositeur de musique, Generalmùsik director à Berlin.\nM. S 1 Saëns, compositeur de musique, membre de l'lnstitut à Paris.\nM. E. Tinel, compos. de musique, Direct, du Cons. Roy. de musique à Bruxelles.\nM. P. Vidal, compositeur de musique et chef d'orchestre à l'Opéra de Paris.\nM. Eugène Ysaye, virtuose, compositeur de Musique et Directeur des concerts\nYsaye à Bruxelles.\nSIÈGE SOCIAL s 3, Via Michèle di Lando, FLORENCE"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.1", "texte": "VII* Année.\nF ■~-r - • '(¥ *\nN° 12.\n15 Décembre 1911.\nREVUE MUSICALE MENSUELLE\nRÉDACTION :\n2, Rue St. Augustin, PARIS.\nTéléphone 204.20\nLibrairie CH. DELAGRAVE\n15, rue Soufflot, PARIS,\nLe numéro :\nFrance et Belgique 1 fr 5© Union 2fr,\nUn an — 15fr, — 20fr,\nCopyright by S. î. M. 1911.\n\nJACQUES OFFENBACH D'APRÈS DES DOCUMENTS INÉDITS, par Martial Ténéo. LA\nMUSIQUE CHEZ LES ESKIMOS, par H. Thuren. eJ LES LIVRES. 0 ASSEMBLÉE GÉNÉRALE\nDE LA SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE.\nTHÉÂTRES ET CONCERTS, par E. Vuillermoz. 0 LULLY A L'ODÉON, par H. Prunières. 0\nPROVINCE. 0 BELGIQUE. 0 ÉTRANGER. 0 L'ÉDITION MUSICALE. 0 QUESTIONS\nSOCIALES, par M. Daubresse. OLA SALLE DE L'ANCIEN CONSERVATOIRE, par J. G. Prodhomme."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.2", "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇA\nAMIS DE LA MUSIQUE\nCOMITE D'HONNEUR\nM. le Président d\nM. le Ministre de V Instruction\nM. le Sous-Secrétaire d'État aux Beaux-Arts.\nf\nM. Gabriel F AU Directeur du Conservatoire.\nM. Henry M ancien Directeur des Beaux-Arts^\nde la Bibliothèque\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nBUREAU\nPRESIDENT\nM. LE COMTE GASTON CHANDON DE\nBRIAILLES.\nVICE-PRÉSIDENTS\nM . LE PRINCE A. D'ARENBERG, derInstitut.\n/\nM. Louis BARTHOU,\ndes sceaux.\nM. GUSTAVE BERLY,\nM. ADOLPHE BRISSON,\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nR--\nSECRETAIRE DU CONSEIL\nM. J. PASQUIER.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M. j. ECORCHEVILLE,\nMEMBRES DU CONSEIL\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, directeur général hono-\nraire au ministère des finances.\nM. LÉON BOURGEOIS, sénateur, ancien\nministre.\nM. GUSTAVE BRET.\nM. GUSTAVE CAHEN.\nMME MICHEL EPHRUSSI.\nM. FERNAND HALPHEN.\nMME LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMME LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nMME DANIEL HERMANN.\nMme HENRY HOTTINGUER.\nMme GEORGES KINEN.\nMME\nLA COMTESSE PAUL DE POURTALÈS.\nM. F. PRÈGRE.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND.\nM. ALEXIS ROSTAND, Président du Conseil\nd'Administration du Comptoir National\nd'Escompte de Paris.\nM. Louis SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nM. JACQUES STERN.\nMME TERNAUX-COMPANS."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.3", "texte": "I\n\nJACQUES OFFENBACH\nD'APRÈS DES DOCUMENTS INÉDITS\n\nAujourd hui, la musique est un art si compliqué qu'une longue\ninitiation devient nécessaire a qui veut en comprendre les intentions et le\nlangage. Victor de Laprade prophétisait en écrivant, il y a plus de\nquarante ans : \"Je ne répondrais pas qu'on ne vit un jour sur un cahier\npour piano : Démonstration du carré Phypothénuse\néchange.\" Le sérieux que les snobs apportent dans leurs prétentions, la\ngravité des compositeurs \"scientifiques\" qui sacrifient sur des autels\ninaccessibles a la foule, le pedantisme d'une critique qui met Pélion sur\nje veux dire Richard Strauss sur Richard Wagner, dans le\nbut d atteindre 1 Olympe musical ou seuls auront droit de pénétrer demain\nles fervents d un culte nouveau, ce sont là des sujets de satire que négligent\ntrop nos revuistes.\nAu solennel mépris que les initiés professent envers la musiquette, au\ndégoût qu'ils montrent pour l'Opéra-bouffe, il conviendrait de répondre\npar un immense éclat de rire. Malheureusement, de nos jours, les majo-\nrités sont esclaves des minorités, surtout quand celles-ci vivent dans une\natmospheie heimetique et puis, le peuple de France a désappris de rire,\ndepuis que le syndicalisme a fait du plus naïf travailleur un personnage\nconscient toujours prêt à grincer des dents.\nLa bonne gaite saine a disparu de nos moeurs, mais tel qui condamne"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.4", "texte": "2\nS. I. M.\n\nVŒU crevé ou la Belle Hélène, va se délecter aux inepties du café-concert\nmoderne en attendant de prendre des poses extatiques à l'audition d'une\nsymphonie qui peint, paraît-il, des tableaux d'histoire, fait le récit\nd'amours antidiluviennes ou propose à l'admiration des \" connaisseurs \"\nune thèse philosophique.\nCe préambule était nécessaire, puisque je veux parler d'Offenbach,\nce grand artiste tant décrié, qui fut représentatif d'une époque et d'un\nmilieu, plus qu'aucun autre musicien du XIXme siècle.\nNos modernes intransigeants devraient se souvenir de ces paroles\nd'Ernest Reyer : \" Dieu me garde de devenir un musicien assez sévère\npour m'effaroucher d'un éclat de rire. M. OfFenbacb n'est peut-être pas\nsans défaut ; mais il a une précieuse qualité, c'est d'être original et de\nboire constamment dans son verre. J'ajouterai que, comme il est homme\nd'esprit et de sens, les quolibets et les coups d'encensoir l'atteignent peu.\nIl trace droit son petit sillon et ne se croit pas plus le rival de Mozart ou\nde Cimarosa que M. Dantan ne se crut le rival de Phidias, le jour où,\npréludant à des travaux plus sérieux, il fit cette collection de statuettes\nqui le rendit célèbre.\nJe n'ai pas l'intention d'écrire une nouvelle biographie du\nde la musique ; mes visées sont plus modestes. Heureusement servi par\nmes recherches, je veux simplement fournir une documentation capable\nde rectifier certaines erreurs de jugement et de compléter l'historique\nd'une existence extraordinairement féconde.\n* *\nChacun connaît les débuts d'Offenbach à Paris où, de violoncelliste\nqu'il était à la salle Favart, il devint collaborateur d'Anicet Bourgeois à\nl'âge de vingt ans, chef d'orchestre à la Comédie Française sous la direc-\ntion Houssaye, puis directeur des Bouffes-Parisiens, aux Champs Elysées,\nen 1855'\nDepuis plusieurs années déjà, il avait fait la connaissance d'un jeune\navocat, Charles Truinet, connu plus tard sous le nom anagramatique de\nNuitter, qui négligeait la basoche pour se livrer au métier de vaudevil-\nliste. Spirituel et fortuné, cet émule de Labiche était le conseiller habituel\nd'Offenbach. Il devint son collaborateur inavoué d'abord, car il ne\nsigna pas avec Desmarquais et Michel Carré la à laquelle"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.5", "texte": "JACQUES OFFENBACH\n3\n\nil avait travaillé pourtant dès 1856 et son plus précieux ami par la\nsuite. A propos de cette petite pièce qui allait mettre en vedette Hortense\nSchneider et Pradeau, Offenbach écrivait à son collaborateur anonyme :\n\"Il me faut absolument les deux morceaux de la Rose de suite de\nsuite. Pourquoi ne vous ai-je pas vu aujourd'hui ? Sardanapale, va' ! \"\nUn des défauts ou une des qualités du futur archiviste de l'Opéra,\nc'était la lenteur et la réflexion. Or, Offenbach était un nerveux, un\nimpulsif, l'homme des impromptus. Il voulait qu'on répondit de suite à\nson appel et son affection se montrait exigeante. Il faut dire qu'il ne\nmarchandait point ses services. Dès ses débuts comme directeur, on le\nvoit ouvrir un concours pour une opérette en un acte. Il joue du\nDelibes, du Poise, voire du Mozart. Il est aimé de ses collaborateurs et\nde ses collègues, estimé des maîtres comme Halévy qui l'a protégé,\nd'Auber le grand chef de l'Opéra-Comique, de Meyerbeer qui devient\nun fidèle de la salle du passage Choiseul. Aussi, en 1858, veut-on de\ntoutes parts lui montrer de la sympathie. Quantité de personnalités de la\nlittérature et de la musique reçoivent la lettre suivante, imprimée sur\npapier bleu :\n\" Paris, le 18 décembre 1858.\nM.\nLes AUTEURS et COMPOSITEURS joués aux ,Bouffes=Parisiens ont\neu la pensee d offrir un Banquet a J. OFFENBACH, pour fêter le troisième\nanniversaire de l'ouverture de son théâtre à la salle Choiseul.\nNous espérons vous etre agréables en vous demandant de joindre\nvotre adhésion à celles qui nous sont déjà parvenues.\nLe banquet aura lieu le mercredi 29 décembre à 6 heures et demie,\nchez Vefour, Palais-Royal. Le prix de la souscription est de 20 francs.\nOn souscrit jusqu'au 27, chez VÉFOUR et chez M. C. DU LOCLE,\n5, rue du Hanovre.\nJ. DUFLOT. J. DUPRATO.\nE. DE NAJAC. H. CASPERS.\nC. DU LOCLE. L. DELIBES.\nR. S. V. P."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.6", "texte": "4\nS. I. M.\n\nLes réponses affluent. Comme elles prouvent toutes en quelle estime\non tenait Offenbach, je tiens à en publier un certain nombre.\nEdouard Fournier répondait à du Locle : \" C'est de bien bon cœur\nque je m'associe à votre idée. Je n'ai qu'un regret, c'est de n'y avoir pas\neu part. A vous, messieurs, tout le mérite. J'aurai du moins ma place au\nbanquet et je suis heureux d'y avoir droit pour dire avec vous tous à ce\nbon Offenbach ce que nous lui devons de reconnaissance.\nErnest l'Epine, le spirituel secrétaire du duc de Morny, écrivait de\nson côté : \" ]e viens de recevoir la circulaire que vous m'avez adressée et\nje m'empresse de vous envoyer le montant de ma souscription de peur\nqu'après réflexion on ne m'admette plus parmi les compositeurs joués aux\nBouffes. J'ai droit cependant d'y figurer à titre de spécialiste : seul j'y ai\nété sifflé et cela le 29 Déc. 1855 ! jour dont vous m'invitez à célébrer\nl'anniversaire.\n\" N'ayant vécu qu'un soir aux Bouffes, il y a peut-être de l'orgueil\nà envoyer ma souscription, mais j'ai voué trop d'amitié à Offenbach\npour ne pas profiter d'une erreur qui me permettra de boire en bonne et\naimable compagnie, à la santé de celui qui a bien voulu tenter de me\ndonner un bon coup d'épaule. Ce n'est pas sa faute si ce bon coup\nd'épaule ne m'a valu qu'un bon coup de sifflet :\nLe 29 Xbre 1855!\nVive Offenbach !\nM. du Locle recevait aussi d'Edmond About le billet suivant :\n\" Impossible n'est pas français, je vous dirai donc en italien, avec\ntout le regret imaginable : non si puLe 29 décembre, je partirai de\nSaverne, c'est une affaire décidée depuis longtemps, à tel point que j'ai\ndu monde provincial à dîner le 28. J'arriverai à Paris à l'heure où vous\nvous lèverez de table, quelques minutes avant minuit. Si j'avais reçu\nvotre avis plus tôt, j'aurais pris mes mesures en conséquence. Vous savez\nsi j'aime notre ami Jacques, et si je serais heureux de boire à sa santé,\nsurtout avec vous. Mais il est trop tard pour rien changer à l'emploi de\nmon temps. Vous comprendriez cela du premier mot si vous aviez\njamais habité à cent lieues de Paris.\n\" Plaignez un habitant des bois qui vous aime de tout son cœur,\ngentil Camille. \"\nBercioux, malade, envoyait sa souscription le 20 décembre, espérant"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.7", "texte": "JACQUES OFFENBACH\n5\n\nqu'il pourrait être sur pied, le jour du banquet ; Collin se faisait inscrire ;\nA. Decourcelle entendait faire partie des convives \" appelés à témoigner\nleur amour à Offenbach ; \" Louis Esnault, parlant du maître, disait :\nJ'aime sa personne autant que son talent et je serai heureux, en souscrivant\navec vous, de lui donner une preuve de ma sympathie. \"\n\"Je m'associe de tout cœur, répondait William Busnach, à la pensée\nd'offrir un banquet à l'illustre Jacques Offenbach. Je vous envoie donc ma\nsouscription, heureux que mon bien modeste nom figure dans une liste\naussi brillante que le sera celle des dîneurs du 29 décembre. \"\n\"Je n'ai qu'un mot à vous dire, répondait de son côté, Jules Erlan-\nger, c'est que le R. S. V. P. ma paraît superflu. Qui de nous ne sera\nheureux de boire à la santé de M. Offenbach ? C'est vous dire que je me\njoins avec le plus grand plaisir à votre excellente idée. \"\nParmi les souscripteurs empressés figuraient René de Rovigo, Ch.\nLaforestrie, Gastinel, Briguiboul, Delisle, Jules Cohen, Gastineau, d'autres\nencore ; et certains s'excusaient, les uns retenus par des rendez-vous ou\ndes dîners de famille, tels Henry de Pêne, Mélesville et Amédée Achard,\nd'autres appelés loin de Paris, comme Ferdinand Poise.\nJaime fils, l'heureux auteur de Croquefer, répondait en ces termes :\n\" Messieurs les commissaires,\nCe dîner était nécessaire,\nManger Dieu ne le défend pas.\nIl n'eut pas mis Offenbach\nJ. Duflot\nE. de Najac\nC. du Locle\nJ. Duprato\nH. Caspers\nL. Delibes\nsur terre\nS'il eut voulu qu'on ne dinât pas ! \"\nUn grincheux, Paul Blaquière écrit à du Locle : \" Je vous remercie\ninfiniment de n'avoir pas oublié que j'ai été joué aux Bouffes-Parisiens ;\nil n'en est pas de même partout. Vous savez ce qui s'est passé entre moi\net le factotum des nécessités cachées de ce théâtre.\n\"Au nombre des commissaires i'ai aperçu deux noms d'amis sincères\net incapables de déguiser une arrière-pensée, inutile de vous dire que c'est\nvous et Duprato. Je laisse à votre impartialité et à votre jugement de"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.8", "texte": "6\nS. I. M.\n\nsavoir si je ne dérogerai pas à ma dignité d'homme d'honneur en m'ins-\ncrivant au nombre de ceux qui veulent fêter Offenbach. Décidez de\nl'affaire, votre oui sera oui.\n\" Maintenant, quant à faire des avances au héros de la fête, je n'en\nferai pas, vous savez ma fierté et vous savez que\nfermé une porte.\nA vous, tâchez de m'ouvrir la vôtre, je compte vous voir dans la\njournée.\n\" Je trouve très bonne l'idée d'une manifestation en faveur d'Offen-\nbach qui a rendu d'importants services aux jeunes compositeurs, recon-\nnaissait Dufresne.\n\"Je suis sûr que tous vont répondre à votre appel avec empresse-\nment, ne fût-ce que pour prouver au directeur des Bouffes que, quoi qu'il\nen dise, il ne fait pas des ingrats de tous ceux qu'il oblige. Veuillez\nm'inscrire sur la liste des souscripteurs.\nEnfin un ami de du Locle lui expédiait ce quatrain le 27 décembre:\n\" Au banquet d'Offenbach trop honoré convive,\nDe cœur j'adresse mon écot ;\nMais comme au Figaro, si l'on criait : Qui vive !\nIl faudrait me souffler le mot. \"\nDu Locle amusé, répondait aussitôt :\n\" Au banquet d'Offenbach infortuné convive,\nJ'ai grand peur de vous voir regretter votre écot\nCar vous n'y connaîtrez peut-être âme qui vive\nEt je vous vois d'ici manger sans souffler mot. \"\nLe jour même du banquet du Locle recevait une réponse à sa \" désin-\nvitation. \"\n\" Du banquet d'Offenbach tout-puissant trésorier,\nFaut-il donc rengainer un parasite écot ?\nDame Opérette y perd un galant chevalier ;\nJ'attendrai son caprice, et votre dernier mot/-\"\nAlors, du Locle terminait cette petite joute lyrique par un quatrain,\ndéfinitif celui-là :\n\" Du banquet d'Offenbach l'aimable trésorier\nSerait au désespoir de perdre votre écot,\nVous êtes susceptible à l'excès, chevalier,\nJe vous attends ce soir, voilà mon dernier mot. \""}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.9", "texte": "JACQUES OFFENBACH\n7\n\nCe banquet venait au lendemain du triomphe à'Orphée aux Enfers\net à la suite d'une longue série de tourments provoqués autant par la\ncharité discrète d'Offenbach que par sa prodigalité. Cette manifestation\nn'était point faite pour imposer silence aux ennemis du Mœstro à la tête\ndesquels fulminaient Jules Janin, l'hyperbolique, et Roqueplan,le paradoxal.\nPendant trois ans encore Offenbach corserva la direction des Bouffes\net y remporta des succès inoubliables jusqu'à la qui\nfaisait dire à Meyerbeer parlant de cette délicieuse partition : J'aurais\naimé l'avoir faite. \" Triomphant, mais ruiné aux trois quarts, Offenbach\nse vit injurié plus que jamais et tiaité de malfaiteur. Il souffrit particu-\nlièrement des attaques de Berlioz qu'il avait soutenu de son mieux dans\nY Artiste.\nQuand il eut passé la direction des Bouffes à Varney, tout en restant\nle compositeur attitré de ce théâtre, le maestro continua de travailler\navec acharnement, faisant des tournées, préparant des saisons à l'étranger.\nLe 12 juin 1862, le théâtre d'Ems avait la primeur d'une opérette\nen un acte, Bavard et Bavarde qui devait revenir aux Bouffes l'année\nsuivante, transformée en deux actes. \" Mon cher Nuitter, écrivait\nOffenbach à son collaborateur, avant-hier succès immense à Ems. Votre\npièce a été trouvée charmante la scène muette a été trouvée adorable.\nPourquoi ne m'avez-vous pas envoyé ce qui a été convenu ? Il me\nfaut cela absolument pour Paris j'y serai dans une quinzaine. Adieu,\nparesseux. Je suis heureux de votre premier triomphe, il faut en préparer\nd'autres. Compliments affectueux.\nEt bientôt c'est Madame Offenbach qui écrit au librettiste que\nJacques le prie de faire deux ou trois petits articles pas trop\nqu'elle enverra à différents journaux pour qu'on sache que la scène\nmuette a eu un très grand succès et que le poème a réuni tous les\nsuffrages. Jacques demande également le complément de la pièce, cela lui\nest absolument nécessaire.\nMais Nuitter n'est jamais pressé. Il a promis d'aller porter ses\najoutés au maestro qui se repose à Etretat en y travaillant, comme\ntoujours, et il recule sans cesse son départ.\n\" Cher ami, lui écrit, le 21 août, le compositeur, eh bien !!!!!!\nquand venez-vous ? ? ? ? ? ?\n\" Che fous hattend havec un pat"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.10", "texte": "8\nS. I. M.\n\nQuelques mois plus tard, la lecture des est faite à Varney\nqui accepte la pièce. Tranquilisé, Nuitter néglige les détails.\n\" Animal, lui écrit Offenbach, venez demain à 9 heures chez moi.\nIl faut absolument que le final du 2me acte soit fait, il faut aussi que...\nenfin venez, je suis furieux ! Impossible de répéter sans vous. \"\nOn arrive au mois de décembre, la pièce n'est pas encore au point.\nOffenbach rappelle son collaborateur à l'ordre : \" Apportez-moi les\ncouplets (2ds) et de la chanson à boire et du N° 7, le second couplet\nmanque partout. Impossible de graver sans cela. \" Et bientôt : \" Venez\nme voir de suite, de suite, il me faut encore aujourd'hui la Table, puis le\ntitre des Bavards,puis...\nEnfin, la première des Bavards a lieu le 20 février 1863. \" La muse\nd'Offenbach, nous dit André Martinet, ne s'est jamais révélée plus\ndélicate et pins spirituelle ; il a écrit là une véritable partition d'opéra-\ncomique où tout babille délicieusement, les voix et l'orchestre. \"\nLe succès prévu fut très grand, aussi le maestro ne néglige point\nde presser son collaborateur Nuitter pour qu'il travaille à la\nRhin commandée par l'Opéra de Vienne. Il possède une si grande activité\nqu'il s'irrite facilement contre l'apathie des uns et des autres. Et par\nbrusques sautes d'esprit il traite Nuitter d' \" animal \" ou de \" chéri \",\nselon l'heure et les circonstances.\nEn cette année 1863 qui lui laissera si peu de loisirs, il se retire à\nEtretat de bonne heure, au commencement de Mai. Son librettiste reçoit\nbientôt cette lettre :\n\" Cher ami, je vous enverrai demain le premier acte, excepté le\nfinal. Je serai à Paris mardi ou mercredi. Je vous prie en grâce de vous\nmettre immédiatement à ce travail ennuyeux, il faut absolument que je\nl'envoie de suite (ier acte) en Allemagne, autrement je n'arriverai pas. je\ncompte sur votre bonne, vieille et gentille amitié.\n\" Et mon acte d'Ems ? (Il s'agissait de C'est un\nami qui vous portera samedi à la première heure la musique.\n\" Ma femme vous dit bonjour, mes enfants vous embrassent et moi\nje vous donne ma meilleure poignée de main.\nA quelques jours de là, nouvelle missive : \" Cher ami, je viens de\nrecevoir ce matin ce mot ci-joint de notre collaborateur d'Allemagne, je\nreviens donc à la charge et je rebats l'appel. Je suis un homme 112.... si\nvous ne me donnez pas tout ce que je vous ai remis l'autre jour et ce que"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.11", "texte": "JACQUES OFFENBACH\n9\n\nje viens de vous envoyer, mardi ou mercredi au plus tard, pour pouvoir\nenvoyer de suite le lerIer acte à Breslau. Le final me donne une peine du\ndiable, pas de blaisir sans beine,c'est mon lieber Freund.\n\" Faites comme moi, embêtez-vous en travaillant. Je pense déjà à\nnotre 2me grand opéra. A vos pieds mon jeune ami. Votre J. O. —Et\nmon acte d'Ems ? \"\nLe traducteur de la Fée du Rhin avait en effet répondu au compo-\nsiteur, à la date du 19 mai : \" Mon cher M. Offenbach, Vous me\npressez beaucoup, mais vous ne m'envoyez pas de musique ! Comment\ndois-je achever ma tâche avant la fin du mois de juillet, si, à la fin du\nmois de mai je n'ai pas encore une note de musique devant moi. C'est\ndonc moi qui dois presser le célèbre compositeur. Que toutes les Muses\net les Grâces l'entourent et lui prêtent imagination féconde et vigueur et\nsanté et toutes les bonnes choses du monde ! Je ferai de mon mieux pour\nvous satisfaire, mais —je ne promets rien, quant au temps si je ne\nsuis pas sûr d'être mis en possession de la musique avant que l'heure\nsuprême commence à sonner.\n....\" N'oubliez pas, je vous prie, de m'indiquer les lieux où vous\nsouhaitez un allargement (sic) du récitatif, c'est-à-dire une augmentation\ndes motifs dramatiques, une accentuation du siècle de Goethe et de\nSickengen etc.\n\" J'ai acheté les mémoires de Goethe, pour entrer plus au milieu du\ntemps où se passe l'histoire de votre drame. \"\nL'excellent Nuitter ne se trouble pas pour si peu et travaille sans\nhâte. Aussi reçoit-il une nouvelle réclamation : \" Il me faut, lui dit\nOffenbach, outre le 2me acte tout le lerIer avec ma partition. Il faut que j'y\nmette l'accompagnement de piano et que je l'expédie à Breslau, mais il\nme faut tout cela demain. Je n'arriverai pas, ou plutôt mon traducteur\nn'arrivera pas si vous ne vous dépêchez. Donc je compte sur un fort\nrouleau pour apès-demain. Je vous envoie la pièce de faites copier\net distribuer, j'ai copié la musique. Décidément, je prends les morceaux\navec moi. Veuillez aussi faire prendre les morceaux copiés chez le copiste\net remettez-les aux artistes. Vous direz à mon copiste que je lui enverrai\ncette semaine le reste. Il doit avoir copié tout cela après-demain. \"\nLe librettiste s'empressa de faire une promesse, mais ne la tint pas\nde suite, ainsi que le démontrent ces lignes écrites à la hâte : \" Malgré\nvotre annonce des plus pompeuses, je n'ai pas reçu de rouleau, donc je ne"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.12", "texte": "10\ns. r. M.\n\npuis travailler. Si, sérieusement, vous l'avez mis à la poste, informez-vous,\ncar cela m'inquiète. Vous avez en outre la musique des 2me et 3™® actes.\nN'oubliez pas de me l'expédier, si, par hasard, vous l'aviez oubliée. Si\ndemain je ne reçois pas de rouleau, je vous expédie à 9 heures une dépêche.\nVoyez alors ce que c'est devenu. Cela m'inquiète sérieusement. \"\nQuelques jours passent encore: \"J'ai reçu enfin le rouleau merci ! \"\nfait savoir le maestro. Et il ajoute : \"Il faut absolument vous mettre au\n4me acte, sans cela je suis complètement arrêté.\n\" Vous savez que Franz arrivera avant Ulrich, puis Ulrich arrivera\nen désordre, en racontant en deux mots qu'ils ont été trahis, qu'il a été\nsauvé par miracle, il ne sait comment. Il demande où est le prisonnier,\non le lui indique, il dit qu'il va l'interroger, que sûr c'est lui le traître,\npuis qu'il le leur livrera pour le pendre ou le fusiller. Il faut insister là-\ndessus, cela donnera encore plus de force lorsque les soldats voudront\nqu'on leur livre Gottfried, il faut que la nuit de la trahison presque tous\nleurs camarades (soient) morts entraînés dans le Rhin. Il faut faire frémir\nde colère les soldats. Voyez aussi la scène entre Edwig et Ulrich ; il ne\nfaut pas qu'elle lui avoue d'abord la mort de son enfant. Je vous en ai\ndéjà parlé à Paris, mais c'est surtout l'entrée de Franz et d'Ulrich qu'il\nme faut. Il pourra peut-être leur dire de se méfier des sirènes (des femmes\nen blanc) ; que si jamais ils en rencontraient, de tirer dessus comme sur\nde simples mortelles. Cela donnera toujours plus de raison pour la\ndes prisonniers de la fin. —Je vous supplie de vous mettre à ce travail,\ncar je serai à Paris, je pense, vendredi ou samedi au plus tard. Lundi\nprochain je partirai pour Ems et il me faut encore un petit effort de\nvotre bonne amitié (?) et de votre obligeance. A vous.\n\" Avez-vous fait mes morceaux ? (Encore un petit effort ! (bis.) \"\nMéthodique, impassible, ne confiant rien au hasard, Nuitter travaille\nlentement. Au commencement de juin il reçoit du musicien une missive\nalarmée :\n\" Mon cher ami, voilà les trois morceaux avec accompagnement de\npiano. Donnez-les vite à la copie après avoir laissé ou changé les paroles\nau crayon que j'y ai mises dans l'lntroduction et le Final mettez\nmes notes (que j'ai mis sur les paroles non adoptées encore) à l'encre.\n\"J'ai eu le malheur de vous laisser le 2me et le 3me acte des Fées.\nNaturablement,vous les gardez et je ne puis travailler. Hélas ! mes moments\nsont plus que comptés, renvoyez donc vite, vite ; je vous envoie aussi les"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.13", "texte": "JACQUES OFFENBACH\n11\n\nmorceaux que vous pourrez faire de suite du 3me acte. Cela nous\navancera.\n\" Votre malheureux compositeur aux abois. J. O.\n\" Voici l'adresse du copiste : Vogler, 48, rue Guérin-Boisseau.\n\" Renvoyez-moi vivement le Final et ce qui précède, je ne puis\nrien envoyer à Breslau. Je vous en prie, dépêchez-vous. Je ne dors plus.\nJe vous enverrai demain le duo.\n... \" Renvoyez-moi le manuscrit. Suis-je assez malheureux d'être dans\nvos mains ! Depêche-toi, sans cœur.Renvoie-moi ceux (chœurs) que je\nt'envoie. Ton J. O. \"\nCette lettre est intéressante parce qu'elle nous prouve que très\nsouvent Offenbach composait d'abord ses principaux airs et qu'il chargeait\nensuite son collaborateur d'y adapter des paroles d'après les monstres qu'il\nlui fournissait.\nNuitter faisant la sourde oreille, nouvelle impatience du musicien\nexprimée d'une façon amusante : \" Cher ami ? Décidément vous me\nlaissez en plan, ce n'est pas gentil. Comment voulez-vous que je travaille\nau 3me acte d'après tous les monstres que je vous ai envoyés ?Je serai à\nParis lundi. J'ose espérer que vous voudrez bien venir mardi à 9 heures\ndu matin me voir et m'apporter ce dont j'ai besoin. Je partirai jeudi\npour Ems. Il faut absolument que j'aie les morceaux, plus les change-\nments du 4me acte.\n\" Pas du tout à vous. J. OFFENBACH, 11 juin 1863. \"\n%\n* *\nEn quittant Ems le maître s'était rendu à Vienne pour s'occuper de\nla mise en scène de la Fée du Rhin. Le 4 septembre il écrit à Nuitter :\n\" Soyez assez gentil et faites-moi faire de suite un dessin du dernier décor\nde notre opéra ; j'en ai absolument besoin pour ici. Si vous croyez ne\npouvoir l'avoir que dans une huitaine, ne l'envoyez pas sans me l'avoir\nmontré. Je serai à Paris, je pense, dans une huitaine. J'ai vu Dorn, je\nvous ferai part de son observation, c'est peu de chose, en somme il est\nenchanté du sujet. Envoyez-lui donc la chanson de paroles\net musique, ou plutôt attendez mon retour pour le faire.\n\" Je voudrais aussi quelques costumes de l'époque des\ntisch etc. Tenez cela prêt pour mon arrivée."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.14", "texte": "12\nS. I. M.\n\n\" Adieu chéri, je vous embrasse, Votre J. O.\nct Ah, la chaleur est accablante (Paroles de Nuitter). \"\nUne fois encore le librettiste ne se départ pas de son flegme. Offen-\nbach n'a pu rentrer dans la huitaine, aussi le 15 septembre écrit-il de\nVienne, où il a été retenu par ses affaires ;\n\" Je vous ai déjà écrit pour faire faire une esquisse de notre dernier\nacte et quelques costumes. Voulez-vous être assez gentil pour faire ou\nfaire faire le costume des Elfes.ll faudrait quelque chose d'original tout\nen étant très léger, voyez cela. Je voudrais aussi le dessin des quatre\ndécors. J'ai promis à Salvy d'envoyer tout cela à la fin de la semaine\nprochaine. Je partirai d'ici, je pense, vendredi matin, je serai samedi soir\nà Paris. Je n'y passerai que quelques heures et je tiens à vous voir. Je\nprendrai le train de minuit qui va à Etretat. Soyez donc tout à fait\naimable et demandez à mon beau-frère l'heure de mon arrivée. Je le\npréviendrai samedi matin par une dépêche en passant par Strasbourg.\n\" J'ai été bien secoué, mon pauvre ami, par la maladie de ma petite\nJacqueline. Je suis encore tout ahuri, aussi pardonnez-moi cette lettre qui\nn'a ni tête ni queue. Mille amitiés. Votre J. O.\nA Etretat où sont restés sa femme et ses enfants, OfFenbach retrouve\nsa fille guérie : \" Jacquot va grâce à Dieu, très bien, \" mande-t-il à son\nfidèle collaborateur. Et de suite il est repris par le travail. \" J'ai un grand\nservice à vous demander. Veuillez donc aller trouver Brandus ou un autre\néditeur et demandez s'il a le traité d'instrumentation de Berlioz et de\nvous le prêter pour quelques, jours. S'ils ne l'ont pas et si vous le trouvez\nailleurs, faites-moi copier ou copiez-moi seulement tout ce qui a rapport\naux cors,moins les exemples ; simplement l'étendue des différentes\ntonalités ; également les trompettes.\n\" Le traité de Berlioz est excellent pour ces deux instruments et\nj'en ai quelquefois besoin pour consulter. Si vous ne trouvez cela ni chez\nBrandus ni chez Heugel (cela a paru chez Schonenberger), trouvez-moi\nune méthode de cor qui doit donner tout cela, également de trompettes,\nquoique ce dernier me soit moins nécesssaire. Tout ceci entre nous\nvous n'avez même pas besoin d'en parler à Brandus à moins que cela\nne soit absolument nécesssire pour l'obtenir. Ce n'est que pour trois ou\nquatre jours, mais ça presse.\nLes Bouffes sont en reconstruction. Offenbach prépare sa rentrée au\npassage Choiseul le jour de la réouverture. Le 12 Novembre, il écrit à son"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.15", "texte": "JACQUES OFFENBACH\n13\n\nlibrettiste : \" J'ai déjà fait dans ma partition toutes les modifications.\nTout est arrangé. Votre idée d'autres couplets est possible ; nous verrons\ncela à la répétition. Nous voulons lire après demain, soyez prêt, je la suis.\n\"Je t'aime et je te serre dans mes bras. Bien à vous. \"\nIl s'agissait là, sans nul doute, de XAmour chanteur que Nuitter avait\nécrit avec l'Epine, sur une recommandation du maître. Une fois cette\naffaire engagée, Offenbach reprend le chemin de Vienne où l'appellent\nles premières études de la Fée du Rhin et où il travaille d'arrache-pied aux\nGéorgiennes destinées aux Bouffes.\nCette fois-ci, le cas est rare, c'est lui qui est en retard pour\nrépondre à son ami Nuitter.\n\" Je ne vous ai pas répondu de suite, écrit-il le 3 décembre, vu que\nj'étais assez souffrant ces jours-ci, je craignais tout simplement de perdre\nla VUe5 —je ne suis pas encore sûr que cela n'en arrivera pas là ; que\nla volonté de Dieu soit faite. Je travaille beaucoup sans beaucoup d'envie,\nvous pouvez le comprendre, mais il faut en finir avec l'Opéra et j'ai\npresque fini.\n\" Vous me parlez d'un changement, coupure, coupez, changez,\nsurtout celle-là je crois est excellente, cela fait longueur et le mor-\nceau n'est pas bon, donc tranchez, je l'aurais parfaitement permis à\nVarney quoi qu'il en dise.\n\" Où en sont mes Pièces ?\n\"Voulez-vous aller voir Harduin de ma part et dites-lui que je\ncompte être dans une quinzaine à Paris —je ne l'espère pas, mais cela\nlui fera prendre patience. Le four Berlioz ne donne-t-il pas envie à\nCarvalho de monter quelque chose en tous les cas plus chantant, et il\nn'y aura pas de chasse, je le promets.\n\" Compliments à Tréfeu. Ecrivez-moi, cher ami, plaignez-moi\nbeaucoup et ne m'oubliez pas. Votre J. O.\n\" Compliments à L'Epine.\nDans cette lettre nous trouvons la preuve qu'Offenbach avait dès\ncette époque des visés plus hautes que l'opérette et le grand-opéra bouffe.\nLes vingt-deux représentations des Ta qui disaient assez\nle mauvais accueil fait à l'œuvre de Berlioz par le grand public, lui sug-\ngéraient sans doute le désir de prendre une place sur un théâtre de\npremier ordre. Mais le maître de la plus rieuse musique était pris dans\nl'engrenage, il devrait demeurer l'humoriste de son époque."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.16", "texte": "14\nS. I. M.\n\nJ'arrive à un point délicat. Offenbach qui professait une vive\naffection pour Nuitter, chargeait celui-ci, en maintes occasions, d'apporter\ndes changements à des ouvrages auxquels son librettiste préféré était\ndemeuré étranger. C'est ainsi qu'à propos de la production de Lischen et\nFritzchen aux Bouffes, il invita son ami à revoir le livret de Boisselot. Et,\nselon sa coutume, comme Nuitter tardait à satisfaire le compositeur, celui-ci\nlui écrivait à la fin de 1863 : \" Il me faut absolument Comment\nvoulez-vous que j'arrive ? Envoyez-moi donc par le retour du courrier le\nscénario et les morceaux faits.Faites-moi aussi quelques vers pour la\nPermission (un acte qui ne devait être joué à Ems qu'en 1867) dans l'air\nde Nicolle. Vous me l'aviez promis.\n\"Je vous écris de l'autre côté l'air :\n\" Qu'il est galant dans sa tournure\nCet air coquet, cet air vainqueur,\nL'amour doit prendre sa figure\nPour charmer les yeux et le cœur !\n(avec un soupir)\n(écrit de votre main)\nLE FIFRE Oui, mais c'est un garde française,\nCes messieurs sont fort séduisants,\nLE TAMBOUR Et l'on prétend, ne vous déplaise,\nQu'ils ne sont pas des plus constants.\n\" Il me faut quelques vers sur le fifre, le tambour, etc. \"\nSilence de Nuitter. \"Je suis cloué par ma maudite goutte, gémit\nOffenbach, envoyez-moi ce que vous avez fait. Helas !\nEnfin le 5 janvier 1864, on inaugure solennellement les Bouffes.\nL'amour chanteur ne reçoit qu'un faible accueil, mais\nest acclamé.\nEt Jacques regagne Vienne pour assister, le 4 février, au triomphe de\nla Fée du Rhin. De retour à Paris il fait répéter les Géorgiennes. Nouveau\nsuccès, le 16 mars, avec cette pièce de du Locle et Moineaux pour\nlaquelle Offenbach a dépensé des trésors de verve et de tendresse et\nVarney une mise en scène splendide. Mais voilà que le maître s'occupe\ndéjà d'autres ouvrages pour Ems. Le Soldat Magicien qui s'appellera plus\ntard, aux Bouffes, le Fifre enchanté, et Jeanne qui pleure et Jean qui rit,\ndeux opérettes de Nuitter et Trefeu."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.17", "texte": "JACQUES OFFENBACH\ni 5\n\nEn juillet, ces deux créations déchaînent des bravos frénétiques. On\ndonne des sérénades sous les fenêtres du compositeur qui s'échaooe cour\nregagner Etretat.\nUn nouveau directeur, M. Hanalpier s'est emparé des Bouffes. Une\nbrouille éclate entre lui et Jacques. Le nouveau venu prétend remonter\nles Bavards.OfFenbach s'y oppose et il a recours à son librettiste-avocat\nNuitter : \" Mon cher ami, lui écrit-il, je déjeune au Café Riche. Si vous\navez un moment, venez. J'ai reçu un bulletin de répétition pour les\nBavards. Il faut donc hui m introduire un référé après\nle papier timbré, bien entendu. Vous vous en êtes chargé. Je compte\nsur vous. \"\nLe maestro s'est réfugié à Etretat, puis il disparaît un beau jour, sans\nprévenir personne, sauf son ami de confiance. Il se rend à Vienne pour\nfaire répéter les Géorgiennes.\nLe 4 octobre il écrit à Nuitter : \" Mon cher ami, pardon si je ne\nvous ai répondu plus tôt, mais vous ne vous imaginez pas mon travail\ndans ce moment. Samedi on a joué avec un très très grand succès Croquefer.\nJ'en avais peur pour Vienne d'autant plus que les Bouffes l'avaient joué\nsans succès. Grâce au ciel cela a merveilleusement marché. Que j'ai été\nrappelé, cela va sans dire, —j'avais pourtant juré que je ne reparaîtrais\npas, mais le public idolâtre n'a pas voulu entendre de cette oreille-là.\n\" Demain, c'est la première des Géorgiennes. Cela sera splendide. Ils\nont dépensé plus de 50.000 frs. : une exécution superbe, mais quelle\npeine me suis-je donnée, —je suis sur les dents. Avec ça, j'ai ajouté un\nDuo, une grande Ouverture, une Marche enfin j'espère et je crois à\nun grand succès.\n\" C'est vraiment curieux ma position d'ici et si je n'avais pas\ntant de modestie, je pourrais presque en être fier. Hier, on a donné\nà l'Opéra, (et admirablement bien) Le Cari Theater a\ndonné le Pont des Soupirs et le Theater in der Wien, Croquejer, qui fait de\nplus en plus fureur n'est-ce-pas étrange ? Il ne reste qu'un petit\nthéâtre de faubourg qui ne donne que des drames. Savez-vous à propos\nde cela quel drame ils donnent en ce moment ? je vous le donne en\nmille La Pommerais et il paraît que ce n'est pas mauvais. J'avais\ntoujours pensé à une opérette-bouffe en 5 actes et plusieurs digitalissements\npour un théâtre de genre de Paris. Nous en parlerons. J'ai lu le Figaro-\nProgramme à propos des Bouffes : triste, triste, triste..."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.18", "texte": "16\nS. I. M.\n\n\" Dans peu de jours je serai à Paris. Il s'agit de mettre en scène la\ngrande Bouffe on ne rie plusieurs actes aura cette œuvre, ça va sans dire. Je\ncompte sur vous. En Président cette petite fête, tu vas meprocureur un\nbon ! a je suis prêt et sur tous les tons et avec\ntoutes sortes de papiers timbrés et autres.\n\"Adieu cher vieux, compliments à Tréfeu si vous le voyez, si vous\nne le voyez pas ne lui dites rien.\n\" Votre, votre et toujours votre JACQUES OFFENBACH.\"\nCette lettre curieusé nous montre l'artiste sous son vrai jour de\njovialité, de modestie, de spontanéité, avec un esprit toujours en éveil,\ntourné vers les choses du théâtre, et sacrifiant volontiers à la \" blague\nElle fait pressentir aussi des difficultés graves avec les Bouffes. En effet,\nun vent de discorde s'est abattu sur ce théâtre et le maestro, brouillé avec\nla nouvelle direction, songe à se réfugier aux Variétés. Il travaille à la\nBelle Héleneavec Meilhac et Halévy et comme il n'obtient pas de ses\ncollaborateurs tout ce qu'il veut, il soumet le \" monstre \" d'un morceau\nimportant à l'ami Nuitter qui devra le mettre sur pied et devenir une fois\nencore un collaborateur bénévole, anonyme et dévoué.\nLes répétitions se poursuivent activement tandis qu'Offenbach,\ncédant à la coutume, soigne sa popularité et se fait une réclame person-\nnelle que publiera Nuitter après corrections :\nLA BELLE HÉLÈNE\nAU THEATRE DES VARIÉTÉS.\n\" On sait que cette année la musique d'Offenbach est transplantée\nau théâtre des Variétés, c'est au commencement de décembre qu'aura\nlieu la grande Pièce de l'hiver le titre en est la Belle Hélene\nOpéra-Bouffe en 3 actes, le poème est de MM. Meilhac et Halévy.\n\" On fait de grands préparatifs de décors et de costumes les\nchœurs sont renforcés, l'orchestre augmenté enfin la direction n'a rien\népargné pour faire grandement les honneurs au compositeur si populaire\nqui livre à ce théâtre sa première bataille. Les bruits des coulisses, du\nreste, sont faits pour assurer une véritable victoire aux acteurs on dit\nla pièce des plus amusantes quant à la musique, on prétend que\njamais Offenbach n'en a fait de plus spirituelle et de plus entraînante."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.19", "texte": "AUTOGRAPHE INÉDIT D'OFFENBACH, DONT LE DOUBLE, SANS DESSIN, FIGURE\nDANS LA COLLECTION DE LA BELLE ERNESTINE, AUBERGISTE A\nST. JOUIN, PRÈS D'ETRETAT."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.20", "texte": "JACQUES OFFENBACH\nI 7\n\nL'opéra sera non seulement bien joué, ce qui d'ailleurs est une habitude\nau théâtre des Variétés, mais encore très bien chanté.\n\" Sans parler de Dupuis qui, certes, est un de nos meilleurs ténors\ncomiques et qui jouera Pâris, nous aurons Couder dans le rôle d'Aga-\nmemnon, Grenier dans celui de Calchas, Kopp dans celui de Ménélas.\nGuyon, Achille, Hamburger et Andof les deux Ajax. Mme Silly, celui\nd'Oreste, Schneider a été engagée spécialement pour le rôle de la' Belle\nHélène. Nous sommes heureux de... la musique bouffe. \"\nLes débuts d'Offenbach aux Variétés furent triomphants, d'où\nviolente colere des classiques, des pharisiens gourmés, de tous ceux qui\nne pouvaient admettre qu une prodigieuse veine mélodique se dépensât\nen bouffonnerie débridée. La critique souligna les excentricités en faisant\nmine d'ignorer la capricieuse fantaisie d'une œuvre toute d'humour et de\nsatire légère.\nOffenbach ferma 1 oreille aux injures et se prépara d'autres victoires.\nAyant gagne son procès avec les Bouffes, il rentre à ce théâtre avec\nI assurance d y etre joue chaque soir et de pouvoir y faire monter deux\npartitions nouvelles chaque année. Coscoletto, l'opéra-bouffe de MM.Nuitter\net Trefeu, d abord annonce sous le titre du est sur le chantier.\nII doit etre donne a Ems en juillet et au commencement de juin il est\nloin d'être terminé, quant au livret. \" Mon cher ami, écrit Offenbach à\nNuitter, le 6 iuin 1865, je serai revenu à 4 h. 1/2 demain. Venez donc\nentre 5 et 6 chez moi. C'est effrayant l'ouvrage que nous allons avoir\npour mettre les paroles au-dessous de ma musique et il faut que le\ncopiste 1 emporte jeudi matin. Et le 2me acte ?Je repars samedi. \"\nCette fois les librettistes ne perdaient pas de temps. joué à\nEms en juillet se fit acclamer, puis Jacques revint à Etretat pour préparer\nle mariage de sa fille avec M. Comte, mariage qui fut célébré le 10 juillet\nau milieu d une grande assemblée composée des admirateurs du maître.\nLe 3 novembre, les Bouffes donnent Jeanne qui pleure transformée ;\nen décembre, les bergers qui, malgré une partition dramatique autant que\ndélicate et joyeuse, n'ont pas de succès.\nLe théâtre du passage Choiseul change encore de direction. Nouvelle\nbrouille qui durera trois ans. Pendant ce temps on prépare\naux Variétés. Au lendemain de la première qui est un nouveau triomphe\net déchaîne de nouvelles attaques, Offenbach se rend à Prague. De là, le\n21 février, il écrit à Nuitter : \"J'ai absolument besoin que vous me\n\nz"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.21", "texte": "18\nS. I. M.\n\nrendiez un service signalé. Allez trouver M. de Pêne de ma part et qu'il\nmette le jour même encore ces quelques mots ou à peu près : \" Plusieurs\nartistes des Bouffes qui ne sont pas occupés dans Orphée, M. Berthelier,\nMmes Bouffard et Marié ouvrent cette semaine une série de représentations\nà Nantes.\n\" Son journal est lu chez moi et ces quelques mots viendront on ne\npeut plus à propos. Je demande de votre part et de celle de l'ami de\nPêne la plus grande discrétion. Je vous écrirai de Berlin à propos de\nnotre pièce (La permission de dix heures).\n\" Adressez-moi vos lettres (écrivez-moi) Hôtel de Rome, Berlin.\nVotre J. O. \"\nSuivent les succès de la Vie Pde la\nreprise & Orphée aux Bouffes avec Mmes Ugalde et Cora Pearl, la création\nde ha permission de dix heures à Ems, celle de à l'Opéra-\nComique, la reprise de Geneviève de Brabant, la création de la Périchole\n\" feu roulant de mélodies \" selon Prével, puis celle de à\nl'Opéra-Comique, de la Diva et de la aux Bouffes,\ndes Brigands aux Variétés, et nous arrivons à la veille de la désastreuse\ncampagne de 1870.\nOffenbach, si souvent éprouvé par la goutte, depuis de longues\nannées, est auprès de son fils malade, à Etretat. Le 22 juillet, il y a\ntrois jours que la guerre est déclarée,— il écrit à Nuitter: \" Merci, mon\ncher ami, de votre lettre, mon fils va bien, ce matin, le docteur Trélat,\nque j'ai fait venir de Paris lui a fait une petite opération qui a parfaite-\nment réussi. Il a tout à fait bien supporté cette petite affaire. Ah quel\nbonheur, mon pauvre ami, de penser que nous n'aurons plus d'inquiétude\nà avoir. Vous nous connaissez, vous devez pensez ce que nous avons dû\nsouffrir depuis dimanche. Remerciez de ma part Lafargue (rédacteur au\nFigaro) de sa note affectueuse. Remerciez mon cher du Locle de sa\ndépêche, remerciez tous ceux que vous connaissez et qui nous ont montré\nune si vive sympathie. Bien à vous, votre JACQUES OFFENBACH.\n\" Compliments de nous tous à votre cher père. \"\nEt voilà maintenant qu'Offenbach va se révéler sous un jour bien\nfrançais.\nLe 9 août 1870, il s'écrie : \" Nous sommes tous navrés ici. Ah,\nmon ami, vous ne saurez jamais le chagrin que j'ai de tout ce qui nous\nl\narrive !"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.22", "texte": "JACQUES OFFENBACH\n*9\n\nOffenbach quitte Paris avec toute sa famille, s'éloignant sous les\nmenaces et les railleries de ses ennemis qui ne voient en lui qu'un alle-\nmand, un salarité de l'Empire, un pourisseur du goût, un homme néfaste.\nLes mois passent dans l'horreur des batailles et des défaites. Le\n6 mars 1871, de Milan, Offenbach écrit à ses deux meilleurs amis et\ncollaborateurs la belle lettre qu'on va lire et qui constitue un document\nprécieux et d'un vif intérêt :\n\" Mon cher ami Tréfeu !\nMon cher ami Nuitter !\n\" Ah que je les plains (bis).\n\" Ces pauvres Sarazins.\n\" Voilà le refrain que pendant cinq mois de fièvre et pendant mon\nsommeil me revenait sans cesse, Oh, mon pauvre cher ami, combien j'ai\nsouffert de vos souffrances ; je ne vous parle pas de mes souffrances\nphysiques, je vous en ferai le compte tout à l'heure, mais je vous parle\nde mes souffrances morales, en pensant à vous tous, mes bons vieux\ncamarades, mais aussi quel bonheur le jour où, enfin, j'ai su que vous\naviez de quoi manger.\n\" J'espère bien que ce Guillaume Krupp et son horrible Bismarck\npayeront tout cela, ah les horribles gens que ces prussiens et quel (sic)\ndésolation pour moi de songer que je suis né sur les bords du Rhin et que\nje tiens par un fil quelconque à ces effroyables sauvages. Ah ! ma\npauvre France, combien je la remercie de m'avoir adopté parmi ses enfants.\n\" Voici maintenant le bilan de mes souffrances phisiques— 15 jours\nà Milan au lit reparti le lendemain pour la France, de Marseille on a\nété forcé de me porter d'un wagon à l'autre, revenu à Bordeaux,\n3 jours au lit, reparti à peine guéri 4 semaines au lit à St. Séba-\nstien, reparti à peine guéri, pour Bordeaux, 4 semaines au lit à\nBordeaux, je viens de Menton où je suis resté 8 jours au lit, et voilà, ça\nfait près de trois mois sans bouger. Vous voyez comme c'est peu gai. Votre\nlettre, mon cher Tréfeu, du 17 février, m'a été remise hier soir 5 mars\nà Milan ainsi que la vôtre, mon cher Nuitter, datée du 30 janvier.\n\"Je connais l'histoire de Trébizonde, donc je ne vous en parle pas,\nje plains les pauvres petits camarades qui espèrent, parce que j'ai beaucoup\nde succès, me nuire en disant que je suis Allemand, quand ils savent très\nbien que je suis français jusqu'à la mo'êlle des os ! Ils seront pour leurs"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.23", "texte": "20\nS. I. M.\n\nlâchetés, j'espère être bientôt de retour, et j'espère aussi, mes chers amis,\nque nous nous remettrons au travail, et quoique, hélas, né à Cologne,\nvous daignerez encore me confier un poème. Ecrivez-moi Goldram\nLamme, Vienne, Autriche pas allemande ;je n'y réf. jamais les\npieds dans ce maudit pays. Nuitter embrassez bien Tréfeu ; Tréfeu\nembrassez bien Nuitter et moi j'embrasse la femme de mon cher\nTréfeu. Votre J. O. \"\nOffenbach s'était fait naturaliser de bonne heure ; par son caractère\net son tempérament, par le tour de son esprit, sa verve et son art\nprimesautier, il était vraiment français. C'est pourquoi, seules, les\ninjures faites à son cœur et à sa pensée lui avaient paru intolérables\ndurant le rude martyre de plusieurs mois enduré par la faute de la\nmaladie qui devait l'emporter dix ans plus tard. Pour affirmer la sincérité\nde la lettre de Jacques, il me semble utile de rapporter celle que sa\nfemme, Herminie de Alcain expédiait de St. Sébastien, le iomars 1871,\nà Charles Nuitter : \" Mon cher ami, je ne puis vous dire combien votre\nlettre nous a fait plaisir à lire. Je savais de vos nouvelles par mes parisiens\net dans ma lettre à Tréfeu, je vous envoyais, au père et au fils, un bon\nsouvenir. Nous avons bien pense a vous tous pendant ces longs mois de\nsiège, nous avons souvent essayé de correspondre avec ces pauvres exilés,\nsans avoir beaucoup réussi. Enfin tout est fini, Dieu veuille que notre\npauvre pays puisse se relever un jour, mais je crois que nous ne verrons\npas cette résurrection, nous avons été trop terriblement maltraités pour\ncela ! Il faudra de longues années et de longs sacrifices pour que nos\nenfants assistent au relevage de ce pauvre pays.\n\"Jacques est à Milan, en courses dans toute l'ltalie, il reviendra\ndans une quinzaine de jours à Etretat où je compte aller sous très peu. Il\na été très vivement touché par cette affreuse guerre, sa santé en a été\ntrès sérieusement altérée et depuis trois mois il n'a pas eu huit jours de\nbons. J'espère que la rentrée dans le milieu qu'il aime et dont il a tant\nbesoin le remettra tout à fait.\n\" Est-ce que vous ne viendrez pas tous deux à Etretat ? Nous avons\nsi besoin de revoir des visages amis et aimés ! et vu la santé de mes\nenfants je ne passerai pas par Paris mais par Lisieux ou Honfleur. Si\nvous n'avez pas gardé un trop mauvais souvenir du vent, nous vous\nattendrons avec joie. Amitiés à ceux qui se souviennent encore de moi"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.24", "texte": "JACQUES OFFENBACH\n2 I\n\net à vous et votre aimable père, mes plus sincères et sérieuses amitiés.\nHERMINIE. \"\nMaintenant il me faut revenir un peu en arrière pour expliquer\nplusieurs choses très bizarres. Lors du grand succès d' Orphée Sardou\navait vivement complimenté Offenbach et lui avait fait entendre qu'il\nserait heureux de collaborer avec lui. Or, en 1869, Jacques avait demandé\ntout à coup au dramaturge de lui écrire une féérie à calembours. Sardou\ns'était déclaré incompétent, puis s'était ravisé. Il écrivit le Roi Carotte.\nMais la guerre et la Commune étant survenues, la pièce ne fut pas\nmontée et lorsqu'on songea à la mettre à la scène, on se rendit compte\nqu'elle constituait une trop violente satire des tristes événements passés.\nSardou, récrivit le Roi Carotte. Le 15 janvier 1872 l'œuvre nouvelle\nétait jouée à la Gaîté avec un succès retentissant.\nTrois jours plus tard, l'Opéra-Comique donnait Fantasto. Une chute.\nLa pièce de Musset avait été promise dès 1870. Sans paraître, Nuitter y\nétait intéressé et le 11 juin de l'année néfaste, il avait reçu de Paul de\nMusset, principal collaborateur, la lettre suivante datée de Bourzon (Seine\net Marne) : \"Cher Monsieur, j'ai reçu votre lettre contenant un des\nexemplaires du traité. Il n'est pas tout à fait régulier, puisque Offenbach\nn'a pas mis au-dessus de sa signature approuvé Vécriture ; mais si le maestro\ncroit s'être engagé, c'est tout ce qu'il faut, en ce qui me concerne, mon\nintention n'étant pas de le poursuivre, à moins de méfaits si graves que\nje les regarde comme impossibles. J'aurais recours, s'il en était besoin, a\ndes considérations d'un ordre plus élevé, touchant sa gloire d'artiste; mais\nj'espère en être dispensé puisque vous me dites qu'il travaille et qu il a\npris à cœur l'affaire de Fantasio. J'ai bon espoir aussi dans les efforts de\nMlle Dalti à laquelle il faut apprendre à marcher et àse tenir en princesse.\nSon début dans Lalla-Roucksera une occasion de lui faire des observations\nsur sa manière de prononcer.\n\" Il me reste maintenant à vous adresser deux recommandations\nimportantes. La première c'est de faire exécuter les changements que j'ai\nindiqués sur le manuscrit des deux premiers actes que je vous ai remis.\nLe jour où vous m'avez fait entendre des fragments de la partition, ces\nchangements n'étaient pas encore faits, et il me chiffonne de savoir que"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.25", "texte": "22\nS. I. M.\n\nCapoul et M\"e Dalti travaillent sur des passages du poème qui ne\ndoivent pas rester. On peut déjà leur donner les vers de la sérénade que\nj'ai introduite à la place du manteau de velours et des éperons d\"argent, qui\nne conviennent pas à la situation. Les autres changements sont plus\ndifficiles et pourtant indispensables. Le couplet finissant par\nEt piquer qui s'y frotte\nest à refaire. Ce travestissement du diction populaire qui s'y frotte s'y\npique est choquant dans la bouche du jeune homme qui, dans les parties\nen prose, vient de s'exprimer avec tant de grâce et d'esprit.\n\" Ma seconde recommandation c'est de m'envoyer le plus tôt\npossible le manuscrit du troisième acte par la poste (comme papiers\nd'affaires), je vous le renverrai au bout de deux ou trois jours.\n\" Demandez au bon Dieu de l'eau par charité. Excepté les rosiers\net le jasmin, tout meurt de soif ou ne sort pas même de terre. Les fraises\nsont de petits cailloux, et voici la première fois que je vois un mois de\njuin sans petits pois.\nTout à vous bien cordialement.\nIl est à remarquer que ce n'est ni Capoul ni Mlle Dalti qui créèrent\nles deux principaux rôles, de Fantasio, mais bien Ismaël et Galli-Marié.\nOffenbach a projeté de devenir directeur de la Gaîté en remplace-\nment de Boullet qui monta si magnifiquement le et qui va\nmourir en juin 1873. Dès qu'il est à la tête du théâtre convoité, le\nmaître se lance dans des dépenses folles. Inutile de rappeler cette période\nqui devait le conduire à l'abandon de ses plus chers rêves. Mais il est du\nplus haut intérêt d'établir pour la première fois l'historique d'une piece\nà grand spectacle qui devait dépasser en somptuosité tout ce qui avait\nété réalisé jusque là, je veux parler du Don Quichotte de Sardou joué en\n1864 au Gymnase et remanié, transformé, développé, à l'intention de la\nGaîté.\nLe projet avait été formé le lendemain de la Haine dont la création\navait rendue plus étroite l'amitié qui liait Offenbach à Sardou.\nComme toujours, le maestro avait mis en avant son fidèle Nuitter\net celui-ci devint le collaborateur du dramaturge, détail demeuré inconnu\net que je vais prouver.\nDès le 25 mars 1874, Nuitter recevait de Sardou une invitation à\ndéjeuner pour le lendemain. Il fut convenu alors que l'archiviste de"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.26", "texte": "JACQUES OFFENBACH\n2 3\n\nl'Opéra préparerait un scénario. Le travail, une fois terminé, fut soumis\nà Sardou qui répondit :\n\" Ce qui me frappe tout d'abord dans le scénario que vous\nm'envoyez : c'est que la pièce pourrait s'appeler Cardenio et Lucinde et\nqu'on pourrait y supprimer D. Quichotte et Sancho sans difficulté. C'est\nun défaut que je crois très sérieux. Sans doute on ne saurait faire de\nD. Quichotte et de son acolyte autre chose que des personnages a côté\ndans le drame ; mais encore faut-il leur faire leur part, celle de la\ntradition, et c'est à quoi je m'étais appliqué dans la pièce. L'intérêt,\nc'était Lucinde et Cardenio, le comique, c'était D. Quichotte et Sancho,\nLesueur et Pradeau, Rossinante et Grison.\n... Inutile d'intituler une pièce D. Quichotte, et ne servir au public\nrien de ce qui, pour lui, est D. Quichotte, rien de ce qui est resté dans le\nsouvenir de chacun ; ni les moulins à vent, ni la chaîne des forçats, ni les\nmaisonnettes, ni la veillée des armes, ni le cheval, ni l'âne, me ferait une\nfort mauvaise affaire. Il aura une déception et fera tout de suite la réflexion\nque j'ai faite en commençant : c'est une pièce quelconque mais ce n'est\nplus D. Quichotte. Pourquoi D. Quichotte ? Qu'on le supprime, l'action\ny gagne en rapidité. Il en résulte aussi pour le musicien la suppression de\ntoute la partie comique, de tout ce qui fait l'originalité amusante du\nchef-d'œuvre de Cervantès. \" Quoi ? ni invocation à la Lune, près du\npuits de l'hôtellerie, ni chant des galériens traînant la chaîne, ni raclée à\nnos deux toros, rien, absolument rien de ce qui nous a tant amusés enfants\net tant remués plus tard ?... C'est comme si vous faisiez un Robinson\nsans île, sans perroquet et sans Vendredi ! C'est Que l'on\nchoisisse dans ces épisodes, que l'on adopte le plan musical, que les\nmoulins à vent restent dans la coulisse, que l'on supprime le beaume de\nFier-à-bras..., oui. Mais pour Dieu, un peu d'aventure, de grande route,\nde chevalerie errante,de chaleur accablante, de Rossinante, de Grison, de\nbissac, de repas sur l'herbe, de tout ce qui est si charmant dans le livre.\n\" En supprimant tout le tableau de la campagne, où nos deux héros\nsont à l'œuvre, vous avez tout bonnement détruit celui qui faisait le plus\nd'effet, parce qu'il était la saveur même de la pièce. Et le Cardenio qui\nveut se tuer et D. Quichotte qui l'en empêche, chose qui vient fort mal\nau finale du deuxième acte et froidement. C'est ce tableau là qu'il faut\nrétablir ou alors ce n'est pas la peine de faire un D. Quichotte, puisqu'il n'y\nen a plus. Reportez-le, si vous voulez, au commencement du 3me acte, ce"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.27", "texte": "24\nS. I. M.\n\nqui me paraît possible. Je n'ai pas ici la pièce et je ne saurais en rien dire\nexactement ; mais D. Quichotte et Sancho, en campagne, sur la route, à\nF œuvre, et le cheval et l'âne boitant etc. etc. et encore une fois ce\nn'est pas D. Quichotte. Le public attendra tout le temps quelque chose\nqui ne viendra pas, et dira qu'on s'est moqué de lui. Et le musicien, ça\nne l'amuse donc pas d'écrire ce tableau de la route ? Mais c'est Cervantès\nlui-même, c'est la, moelle de son œuvre. C'est le comique, la gaîté, la\nsaveur qui le font immortel. Et il s'en prive ! Alors pourquoi Don\nQuichotte ? Qu'est-ce qui le séduit là-dedans ? Qu'il prenne à Cervantès\nla première nouvelle venue, Pretiosa,le le\nimpertinent, mais un Don Quichotte sans Don Quichotte et sans Sancho,\nc'est bien la peine !..\n\" Le duo vient bien, seulement il ne faut pas le terminer froidement\npar un amant qui va reconduire sa maîtresse au couvent !.. Jamais de\nla vie !..\n\" Du reste je crois que vous devriez attendre mon retour pour causer\nde tout cela et ne pas aller si vite. \"\nDu temps passe. Chacun a travaillé, il semble bien que l'entente est\nfaite sur la manière de traiter le sujet.\nLe 2 mars 1875 Sardou informe Nuitter qu'il a envoyé à Jacques\nle lerIer tableau du second acte : les Moulins. \"Je ne quitte plus cet acte,\ndit-il, qu'il ne soit prêt et je compte lui expédier dans deux jours le\n2me tableau et dans quatre le 3 c'est-à-dire qu'il aurait tout cette\nsemaine : après quoi je passerai à l'acte suivant.\n\" J'ai fait des changements au baisser du rideau, comme vous verrez.\nVous expliquerez à Jacques, à qui j'ai oublié de le dire, que si nous\nvoulons éviter l'incendie des Moulins à cause de Barataria, où il y a aussi\nun incendie, on peut se contenter de faire sortir des moulins une légion\nde petits meuniers et d'en faire arriver aussi de tous côtés, de toutes tailles,\ndepuis la plus grande, jusqu'à de tout petits, tout petits enfants, tous\nvêtus de blanc, en meuniers espagnols (!!!) avec des bérets (!!!) chacun\nportant une échelle à sa taille, jusqu'au bambin de quatre ans aussi avec\nsa petite échelle, et tous courant comme des beaux diables, et se croisant\ndans cette course pour aller décrocher un héros ! Avec l'arc-en-ciel par\nlà-dessus, et le retour du soleil, ça ferait un beau baisser de rideau, et\namusant pour les enfants.\n\" Parlez-lui-en quand vous tiendrez l'acte ; les échelles remplace-"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.28", "texte": "JACQUES OFFENBACH\n25\n\nraient les sacs de farine, qui ne sont pas commodes et les sceaux (sic) et\nelles auraient l'avantage d'être en situation et de ne pas détourner l'atten-\ntion de D. Quichotte et de Sancho qui doivent rester le point central de\nl'action. Les ailes du moulin pourraient continuer à tourner pendant ce\ntemps-là, jusqu'au baisser du rideau. Ca ferait partout un mouvement\nenragé. \"\nDans cette lettre se révèle l'ingéniosité scénique du dramaturge qui,\npar la suite, atteindra au plus haut sommet de l'art de la mise en scène.\nLe 4 mars, nouvelle lettre explicative : \" Vous recevrez en même\ntemps que ceci toute la fin du 2me acte —la veillée des armes et la course\nde taureaux.\n\"Je crois que tout ça va bien sans l'inconvénient d'un ballet après la\nsituation dramatique du ymetableau. Mais je ne vois guère moyen de\nfaire autrement. Et après tout, c'est une féérie. Quant à Grivot dans\nCardenio, hum !.. —à ce 3me acte, il faudra voir.\n\" Si on peut faire les cochons avec des clowns ce sera bien drôle.\nEt il faut qu'on le puisse. Le bernement est aussi une bonne chose. Vous\nverrez que j'ai visé partout au plus court.... Mais c'est difficile ! il faut la\nplace de la pièce, de la féerie, celle de l'opéra ! ! c'est terrible.\n\" ...Il faut un taureau à tout prix. Je suis persuadé qu'un clown\navec un appareil de centaure, c'est-à-dire comme ceci,1 et des fils de rappel\naux bras faisant mouvoir les jambes de derrière serait le mieux.\n\"Je ne crois pas à l'enfant, l'autre au contraire fera tout ce qu'il\nvoudra, et je maintiens que le jeu des jambes de derrière à l'aide de fils\nn'a rien de si compliqué pour un homme dont les deux bras sont libres :\nsi on veut bien l'étudier, on le fera ; mais il y faut un homme qui se\npassionne pour ça et pas les endormis que je vois partout, qui n'ont ni\nfeu sacré, ni esprit et qui commencent toujours par déclarer que c'est\nimpossible ! on a fait des choses bien autrement difficiles que ça ! \"\nDans une autre lettre concernant toujours le deuxième acte, Sardou\nannonce qu'il a supprimé le chant du beaume de Fier-à-bras. \"Je trouve\nque cela ferait bien de la musique dans ce tableau et j'ai peur que ça ne\nfasse tort à la complainte de Térésa. Elle a un premier air avec Ortiz,\nelle a le très important morceau du finale du tableau, ça lui en ferait\ntrois coup sur coup ! Jacques appréciera. Il me semble qu'il y a mieux à\n\n1 Sardou avait dessiné un taureau mécanisé dans sa lettre."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.29", "texte": "26\nS. I. M.\n\nfaire avec l'armement du chevalier au tableau suivant, qu'avec ce rajout :\net il faut nécessairement sacrifier l'un à l'autre. D'autant plus que Térésa\nn'aura rien à chanter dans l'autre.\n\" Il me paraît donc bien plus sage de sacrifier le beaume à la lecture\ndu livre de cuisine. Il me semble qu'avec une épée et le livre, elle fera\nplus qu'à chanter ici son air en écumant le pot ! — et qu'il y a tout\nprofit à dégraisser ce tableau au profit de l'autre.\n\" ...Il faut que la mise en scène du reposoir soit splendide... Rien ne\nsera plus joli, que ce groupe de femmes échelonnées dans les fleurs, a une\ngrande hauteur, et disposant les guirlandes. J'y vois des grandes quantités\nde petites bougies qu'on allumera de façon à faire comme un immense\narbre de Noël qui nous donnera un vrai tableau très joli dans cette cour\néclairée en haut par la Lune. Expliquez bien tout cela comme je l'entends.\"\nEt voilà que, pour bien affirmer ses intentions qui sont celles d'un\nhomme de théâtre averti, Sardou fournit de nouvelles explications a\nOffenbach : \" J'ai griffonné quelques vers de couplets, mais il va sans\ndire que ce sont des monstres et qu'il ne s'agit pas de taire chanter a\nTérésa elle-même : \" \"Je fais la noce ! ou\nVive le cochon !\nComm' dans la Femme\nTout en est bon !\n\" Ce ne sont que des indications à grands traits, exégérées, énormes,\ncomme dans toutes les ébauches et où la note est forcée pour souligner\nl'intention. Je compte sur Nuitter pour adoucir et mettre au point\navec toi.\n\" ...Tâche qu'on réalise les cochons avec de la baudruche sur des\nclowns. Des gens qui font des singes peuvent faire des pourceaux et cette\nbataille avec Sancho peut être bien drôle. — D'autant qu'elle est conforme\nau vœu de Cervantès.... Il faudra peut-être faire assister D. Quichotte a\nla scène du cirque pour le mêler à l'action dont il est déjà peut-etre trop\nisolé, puisqu'il fait le dénouement : mais il restera muet jusqu'au taureau.\n\" Ce taureau il le faut à tout prix. Je persiste à croire, comme je lai\ndit à Nuitter, qu'il ne fera bien qu'avec un clown ayant en guise de\npolisson tout un corps et un arrière-train de taureau, et faisant mouvoir\nles pieds de derrière avec ses bras au moyen de cordes et de poulies. Je\nne crois pas cela si difficile à faire qu'il le semble. Et si le corps est bien\nréussi, ce clown fera parfaitement tous les mouvements de tête voulus"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.30", "texte": "JACQUES OFFENBACH\n27\n\npour se redresser, se pencher, menacer, flairer, et enfin le mouvement\nessentiel de la fin. Deux hommes, impossible, — un enfant aussi ! —\nMais un seul homme à l'état de centaure, j'y crois parfaitement. Seule-\nment qu'on y travaille sérieusement et pas de mot : \" impossible. \"\n\" Avant de t'envoyer le 3me acte je tiens à te rappeler ce que j'ai dit\nrelativement au décor de Barataria — je parle du N° y — l'intérieur\ndu palais — c'est-à-dire l'alarme, puis l'arrivée des ennemis, puis\nl'incendie — si ce décor n'est pas équipé de façon à faire de bonnes\ncourses et de bonnes descentes d'abord de gens réveillés en bonnet de\nnuit, et courant dans tous les sens, effarés, puis d'ennemis courant de\nmême, l'effet de ces courses est perdu — mais j'admets que ceci est prévu\nbien que je n'aie pas vu le décor équipé de façon à me faire comprendre\ncet effet-là.\n\" Ce qui est important et sans rien changer à la plantation, c'est que\nce palais ait un caractère : or celui que j'ai vu n'en a pas : il n'est d'aucun\nstyle déterminé ; c'est un palais de féérie quelconque. Je ne demande pas\nqu'il soit comique, je demande qu'il soit oriental, qu'il soit turc, qu'il\nsoit en harmonie avec les costumes qui tous vont rappeler un Orient\nquelconque (odalisques, eunuques etc.) — et je ne vois ni odalisques, ni\neunuques, ni sarrazins dans ce qu'on m'a montré ! J'y vois\nBelle au Bois Dormant^mais pas Baratar\n... \" Je n'ai vu que cette lacune à signaler dans la belle série de\nFromont — avec les cadavres (ô Dieu, pas de cadavres !) Et il est bien\nconvenu n'est-ce pas, que nous remplaçons ces cadavres ! (ô Dieu !\n(bis) ! etc., par une bataille diabolique et des visions de cauchemar,\ncomme celles de la Tentation^qui ont fait courir tout Paris.\n\" Pense à tout cela et veilles-y ; c'est à mon avis très important.\n\" Il me paraît bien difficile de faire un entr'acte après cela ! Il n'y a\nplus après qu'un petit bout de scènes que je ferai les plus courtes possible,\n— puis les noces de Gamache en guise d'apothéose. Ne sera-ce pas bien\nfroid d'interrompre pour si peu ? Et ne pourrait-on faire retomber le\nrideau de premier plan, la forêt, sur l'apothéose de Barataria ? J'ai besoin\nde le savoir pour régler mon arrangement là-dessus.\n\" Mille bonnes amitiés à toi, à tous. Je reviens à la fin du mois,\nécris-moi. \"\nLe 8 mars ayant travaillé d'arrache-pied, Sardou envoie le 3me acte\nà Nuitter."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.31", "texte": "28\nS. I. M.\n\n\"J'ai laissé tout Barataria en pantomime, lui dit-il, Jacques décidera\ns'il veut y mettre des paroles, chose facile et qui importe peu pour le\nmoment. Ce sera simple comme bonjour. —Je ne déteste pas la panto-\nmime, il y a longtemps qu'on n'en a vu. Et il y a bien des Parisiens qui\nn'ont pas vu Debureau et qui ne savent pas ce que c'est. Ce serait peut-\nêtre plus original et plus drôle, surtout avec sa musique qui ne cessera\npas, une merveilleuse série de tableaux et une action amusante qui ne\npermettront pas une seconde de froid. Qu'il décide.\n\" Je n'ai pas indiqué la nature des ballets, ni le truc des oranges.\nJ'aime bien les femmes de différentes couleurs, la race verte,\nla race rouge, américaines la race noire, la race blanche,\neuropéennes. On peut les garder et faire l'arbre tout de même à l'arrivée\ndu cortège. Quant aux ballets, c'est à chercher. J'ai vu dans un ballet\njoué sous Louis XV, je crois, et que vous devez connaître, une chose qui\nfaisait grand effet, dit-on,des doubles têtes, c'est-à-dire des femmes qui\navaient un masque derrière la tête, masques de négresses, de telle sorte\nqu'en se retournant et leurs costumes étant mi-partie, elles produisaient\nun double effet alternatif de noires et de blanches. Ça a dû être fait\ndepuis, mais que n'a-t-on pas fait ? Je le propose.\n... \" Méfions-nous de l'opéra. On pourrait faire de la pièce un grand\nopéra, alors supprimer le rôle bouffe ; ou un opéra-bouffe, alors supprimer\nl'opéra ; ou une féérie, alors supprimer la musique ; ou un drame ; alors\nsupprimer la féérie. C'est un peu de tout cela à la fois, et c'est un\nmérite, à la condition de ne pas trop dérouter le public, en lui servant à\nun moment donné quelque chose qui détonne avec le reste ! Il est bête\nle public, il est routinier, moutonnier, le public ; il vient là pour entendre\nune pièce d'une certaine nature, il s'y prépare, il tourne dans son étroit\ncerveau la clef qui le met dans un certain état mental, prêt à\nfaçon de voir, et si on le trouble dans cette opération, son intelligence se\nbrouille, et il n'y est plus, ça le gène. Ï1 vient pour voir un\nbouffe-féerie, il ne faut pas lui donner un opéra-bouffe-opéra-féerie-grand-\nopéra ? Il en deviendrait fou ! Méditez ces choses.\n\" Je n'ai pas donné les détails des toreros, matadors, picadores. C'est\nfacile à donner et bien connu. Je crois aussi avoir écrit Yalguazil des\ncourses au lieu de Xalcade. Corrigez ! \""}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.32", "texte": "JACQUES OFFENBACH\n2Q\n\nA l'époque où nous nous trouvons, Offenbach était encore directeur\nde la Gaîté. Ses anciens démêlés avec la Société des Auteurs et Compo-\nsiteurs dramatiques semblaient devoir se renouveler à propos de\nQuichotte. Sardou, qui n'était pas alors tout puissant à la Société, s'en\nouvre à Nuitter : \"J'ai vu dans un journal que la Commission était saisie\nde notre affaire. Il y a là un point embarassant qui me préoccupe. J'y ai\nbeaucoup pensé et je ne vois pas moyen d'en sortir autrement que par\nl'adhésion de la Commission.\n\"Il serait impossible de se mettre en lutte sérieuse avec elle. Nous\nn'aurions qu'à y gagner du mauvais vouloir, et il y en a assez déjà comme\nça, contre moi.\n\" Offenbach ne pourrait pas dire qu'il ne touche rien : personne ne\nle croirait et nous aurions l'air de fripons. La Commission d'ailleurs\nm'appellerait à sa barre, pour me faire jurer sur la foi du serment, que je\nne partage pas avec lui et je serais bien forcé de déclarer la vérité.\n\" Que s'il voulait passer outre et, tout en convenant des droits qu'il\ntouchera, se borner à payer l'amende, la dite Commission me mettrait en\ninterdit, moi particulièrement, m interdira de donner ma pièce, et je\nserais encore forcé de me soumettre.\n\" Tout cela d'ailleurs provoquerait un scandale affreux et mauvais\npour lui comme pour moi. Il vaut donc mieux plier, s'entendre à\nl'amiable, offrir par exemple une représentation pour la Caisse de la\nSociété, très sensible à ces sortes de cadeaux, et sortir de là sans dispute.\nIl a déjà dû d'ailleurs prendre un parti, et je me fie à lui pour qu'il soit\nbon. Tâchez de ne pas me laisser sans nouvelles, l'un ou l'autre, et mille\nbonnes amitiés.\nLa collaboration continue et semble devoir se terminer heureuse-\nment. Jacques tient à son tour aux taureaux et aux cochons comme au\npalais de Barataria, mais Sardou s'inquiète de la partition : \" V ous ne me\ndites rien de la partie musicale, écrit-il. Etes-vous fixés ? Jacques\ntrouve-t-il aussi que tout cela s'emmanche bien ? C'est mon avis : mais\nle sien ?...\nEt dans cette lettre, il ajoute, à propos de la chute de\n\" J'ai vu avec regret le sort de Carmen.Je l'avais bien un peu prévu. Je\nne crois pas plus à Bizet qu'à Carmen en opéra-comique. L'ombre de\nScribe a dû en frémir d'horreur, et le père Scribe n'était pas une bête !\noh ! mais non ! Du Locle n'en est pas assez convaincu."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.33", "texte": "30\nS. I. M.\n\nCependant de nouveaux changements étaient apportés à la pièce.\n<c Jusqu'ici nous nous sommes préoccupés, dit Sardou, de faire l'effet des\nnuages dans le même cadre que le tableau précédent. Du moment que\nnous arrivons au changement à vue, pourquoi ne pas le faire franche-\nment ? Pourquoi ne pas faire du départ de Sancho et de Don Quichotte\nun tableau indépendant de l'autre ? Cardenio tombe : le décor change\nfranchement. Et Cardenio tombé disparaît. Il y aurait bénéfice à lier les\ndeux choses, quand D. Quichotte entendrait le cri de Cardenio. Du\nmoment que ce procédé n'a pu être admis, il faut penser carrément à\nl'autre.\n\" Donc le décor change. La campagne au petit jour, de grands\nchardons, de grandes plantes qui vont porter de grandes ombres amusantes,\nau lever du soleil. Alors ici tout un tableau de nuages, s'éclairant, passant\nd'une teinte à l'autre : bref le lever du soleil, du crépuscule au jour éclatant,\net pendant ce temps, une mélodie de Jacques ad hoc ! le chant des\noiseaux qui se réveillent, la rosée du matin, tout ce qui renaît ; puis l'aube\ngrandissant de plus en plus ; au loin, tout au loin, la silhouette des deux\nhéros, sur leurs bêtes et les grandes ombres portées des oreilles de l'ânon\net du cheval se projetant sur toute la scène ; cette silhouette grandit,\ngrandit, tandis que le soleil se lève éclatant, sans que pour cela on soit\nforcé de voir le disque et que les nuages subissent leurs transformations\net passent des visions noires du début aux visions blondes et éclatantes.\nEt le rideau baisse sur la marche de qui s'est\ntout doucement révélée dans la symphonie à leur première apparition, et\na été toujours croissant de ton, jusqu'à leur apparition complète.\n\" Parlez-en tout de suite à Jacques et qu'il décide. Mais je crois\nque c'est cela qu'il faut faire franchement, amplement. Et l'on y gagne\nen franchise d'exécution, c'est-à-dire de faire alors pour le tableau précé-\ndent, au lieu d'une terrasse embêtante, un bel intérieur de palais, le\nde toute la pièce.\nMais voilà que l'affaire se gâte. Offenbach qui a déjà mangé une\nfortune à la Gaîté songe à réaliser des économies. Sardou se fâche. Il écrit\nà Nuitter :\n\" Ma lettre d'hier vous a prouvé que je comprenais la raison d'éco-\nnomie. Mais les économies que je ne comprends pas sont celles qui,\nbasées sur des impossibilités de machiniste, suppriment successivement tout"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.34", "texte": "JACQUES OFFENBACH\n3 1\n\nce qu'il y a de pittoresque et de grand effet dans chaque acte pour le\nsacrifier à un seul effet qui s'appelle ici ou le Cirque. J'étais\nbien sûr que Barataria serait la pierre d'achoppement pour laquelle tout\nse briserait et que pour Barataria on finirait par n'avoir plus rien de\npropre dans toute la pièce.\n\" Le devis de 300.000 francs est une aimable plaisanterie, à moins\nqu'on n'en dépense cent mille pour Barataria et autant pour le Cirque.\n\" Et ce n'est pas à moi que l'on fera croire à ce chiffre pour une\npièce où, en définitive, Barataria excepté, je ne vois que trois ou quatre\ngrands décors : la rue, les escaliers, le Cirque et Gamache.\n\" Il n'y a pas de féérie où il n'y en ait le triple, et elles ne coûtent\npas 300.000 frs. pour cela.\n\" Quoi qu'il en soit, j'admets très bien que par économie on porte\ntous ses efforts sur ces quatre grands aspects, mais alors il faut que ces\nefforts soient complets.\n\" Or, tout ce que vous me proposez est misérable. Des peintures au\nlieu de réalité !... Je connais ça, je l'ai déjà vu au Gymnase ! Et ce n'est\npas la peine d'aller à la Gaîté, et à la Gaîté d'Offenbach pour l'y revoir.\n\"Je n'admets pas de rue de Tolède sans rue montante ni descendante,\ncar tout l'effet du décor est là. Montrer l'Espagne sous un aspect digne\nde l'Odéon, avec des rues peintes et sans aucun des mouvements pitto-\nresques de descentes, de montées, d'arrivées que donnent les vrais escaliers,\nla belle affaire ! On a fichtre bien le temps d'enlever ces praticables pen-\ndant le tableau et l'entr'acte qui suivent et cette prétendue impossibilité\nest comme toutes celles que j'ai rencontrées au Roi Carotte qu'on a fini\npar éreinter avec ces impossibilités-là, en supprimant aujourd'hui un\ntableau, demain un truc, le lendemain un autre, et finalement jusqu'à\nl'apothéose. Ne recommençons pas, si impossible.\n\" Je veux absolument mes rues, et larges et commodes et pas peintes,\nou alors peignons aussi les personnages, ce sera complet !\n\" On fera ce qu'on voudra pour les nuages. J'attire seulement l'at-\ntention sur ce que j'ai dit hier : fichue fin d'acte pour une féérie !\n\" ...Je regrette que les moutons ne puissent pas passer dans l'orage ;\nparce que je me proposais de compléter la chose en faisant décrire par\nDon Quichotte, toute cette armée ou il vit les chevaliers les plus fameux,\ncomme dans le roman. Ça préparerait très bien les moulins, et puis des\nmoutons qui fuient, devant l'orage, c'est plus amusant que des moutons"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.35", "texte": "32\nS. I. M.\n\nqui passent. J'ajoute que le truc, m'a-t-on dit, n'est possible que\nVobscurité. C'est même pour ça que j'avais mis un orage. Il faut pourtant\ns'entendre. On ne peut, par le grand soleil, faire tout à coup une éclipse,\npour amener ce truc !\n\"Je ne tiens pas du tout à l'incendie ; au contraire. Mais quant à\nfaire attaquer le moulin par le vrai D. Quichotte, on me permettra de\ndéclarer, que c'est une détestable idée. i° à cause de la perspective.\n2° vu l'impossibilité de faire avancer le cheval sur le moulin qui\ntourne. Pas un cheval ne s'y prêtera ! C'est bien facile à comprendre, et\nj'ajoute que le fit-il, ce ne sera jamais en courant ! On aura un bidet\ntrottant de travers, valsant, dont on ne sera jamais le maître, et c'est a se\nfaire cribler de sifflets.\n....\" Il n'y a qu'un procédé, celui employé au Gymnase ; un faux\nD. Quichotte courant sur sa bête, la lance en arrêta et enlevé lestement sous\nV œil du spectateur.\n\"Je crois qu'on a tort de supprimer tous les petits meuniers et leurs\néchelles.— Ceci est pour les enfants et l'enlèvement de D. Quichotte est bien\nmaigre, par la raison que des le début P acte\nqui connaît la chose et qu'il ny a d'effet l'inattendu.\n\" C'est pour cela que j'avais fait enlever Sancho aussi, a quoi on ne\ns'attend pas. Mais on simplifie si bien qu'on ne donne plus que la carcasse\nde la chose. On rira à Sancho enlevé avec son âne, parce que c'est\nimprévu ! et que l'effet est redoublé. On ne rira pas à D. Quichotte\nenlevé, c'est trop connu !\n\" Et l'orage, faisons-nous aussi un orage du Gymnase, avec des\nnuages du Théâtre de Madame ? Et pas d'arc-en-ciel ! l'arc-en-ciel\ncoûtant 300.000 frs et empêchant le cirque ?\n\" sme5me décor. Apporter les fleurs en scène, tant qu'on voudra : mais\naprès l'effet de scène, faire descendre les femmes de leurs petits tabourets,\net leur faire emporter les fleurs pour le changement, comme les ouvreuses,\nquand le rideau est baissé, c'est grotesque. Et je ne comprends même\npas comment on ose en parler. Voilà un joli effet de fin de tableau !\nComme c'est scénique ce démontage de décor, et musical aussi ! Et le\njoli tableau, de tout ce monde-là, s'en allant avec ses petits paniers, comme\nles comparses, quand la pièce est finie ! Je me demande vraiment si\nquelqu'un a proposé ça sérieusement. J'ajoute que depuis l'été dernier\nl'agencement du décor de l'hôtellerie a été convenu avec Vizentini et"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.36", "texte": "JACQUES OFFENBACH\n33\n\nGodin, puisque le mur de la basse-cour monte et cache ce reposoir.\nJ'établis de plus que, vu le peu de dimensions du décor de la basse-cour\net la facilité qu'on a d'y faire avancer des portants sur la scène, rien n'est\nplus facile que de couvrir a vue ce reposoir par une construction latérale\ndans laquelle sera l'étable à porcs !\n\" Je déclare enfin que pour l'exécuter de cette façon-là, il vaudrait\nmieux supprimer le reposoir, les femmes, le tableau et la pièce aussi !\n\" Mais il y a le Cirque et Barataria. Et il faut bien\ntoute la pièce pour le Cirque et pour Barataria !\n\" 6me décor. —Je suis on ne peut plus reconnaissant à Godin d'avoir\nbien voulu me laisser le puits et la mare dans le décor de la basse-cour et\nde n'avoir pas constaté qu'ils coûteraient cent mille francs chaque, et que\nla loge du Gouverneur empêcherait le puits et que l'étable de Barataria\nrendait la mare impraticable.\n... \"Je n'ai rien à dire au Cirque qu'à lui déclarer qu'il faudra qu'il\nsoit diablement beau pour faire oublier tout ce qu'on lui sacrifie dans\ntoute la pièce et qu'à adresser la même observation à\n\" Quant à donner à un dessinateur anglais le décor de Gamache, on\nme permettra de ne pas encore être bien fou de cette idée-là. Pour les\nrues les anglais sont admirables. Pour les décors, ils font criards et sans\ngoût. Et ce n'est pas après des décors de nos grands artistes français qu'on\npeut servir au public parisien un tableau aussi important, peint par des\nfarceurs, qui ne connaissent que le tapage, le tape-à-l'œil, le paillon et\nn'entendent rien à l'art vrai de la décoration théâtrale.\nDes rues aux anglais, toujours !\nDe la peinture, jamais !\n\" J'ai dit. Maintenant, mes chers amis, ne m'écrivez plus, je vous\nprie, c'est inutile. J'allais me mettre au 3me acte ; je le laisse là et je ne\nm'occuperai plus des décors de la pièce que quand Godin aura achevé de\n1y r • i>s\necnre !\nRageuse, violente, ironique, cette lettre dût ramener à la raison le\nchef machiniste Godin, Vizentini, représentant OfFenbach comme direc-\nteur artistique, et le maestro lui-même dont l'autoritarisme ne pouvait\nlutter contre celui du dramaturge. J'ignore ce qui se passa, mais une fois\nsa colère tombée, Sardou écrivait à Offenbach à propos du 2me acte :\n\" Comme je ne sais pas ce que tu comptes faire du dans le Cirque,\n\n3"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.37", "texte": "34\nS. I. M.\n\nj'ai laissé les indications un peu vagues : cela dépend absolument de ce\nque tu voudras faire, de ce qu'on pourra tirer des taureaux. Quant aux\nrenseignements relatifs aux courses, dis à Vizentini de préparer lui-même\nd'après ce que vous projetez, un petit travail de costumes d'après les\nrenseignements qu'il trouvera aux sources suivantes :\n\" G. Doré, Voyage en Espagne (Tour du monde 1869) —Théoph.\nGautier, Voyage en Espagne (page 90 et suivantes) —Alex. Dumas, De\nParis à Cadix, (tome I, page 113 et suivantes).\n\" Il y a dans ces trois ouvrages, et surtout dans Gautier, toutes les\nindications désirables sur les costumes, la marche des courses, etc.\n\" Qu'il consulte aussi et dise à Stop de consulter l'ouvrage de\nMme d'Aulnoy :La Cour et la Ville de Madrid au X VIIme siècle. Il ya là\nde précieuses indications de couleurs pour les qui en ce temps-là\ncomme au XVIme siecle n'étaient pas ainsi qu'aujourd'hui des gens en\nfaisant métier ; mais des amateurs^tous nobles.\n\" Stop consultera tout cela avec fruit, et c'est avec ces documents\nque nous établirons la Marche du Cirque ; quand nous saurons si ton\nrêve des taureaux est réalisable. Car sans taureaux que faire ? Mille\namitiés à tous.\nTous ces travaux, tous ces efforts, toutes ces querelles d'auteurs sont\ndevenues inutiles. Offenbach est tombé malade et le 15 mai, la Société\nde la Gaîté est dissoute. Le masstro, quoi que sa fortune personnelle ait\nété engloutie et que ses droits d'auteur soient hypothéqués pour plusieurs\nannées, entend demeurer seul propriétaire de son théâtre et continuer la\nlutte. Mais l'irrémédiable est accompli. Le 25 juin la Gaîté passe aux\nmains de Vizentini qui hésite à monter Don Quichotte. Alors, Sardou écrit\nà Nuitter : \" Tâchez donc de passer chez Offenbach et de lui prendre les\nmanuscrits de D. Quichotte qu'il a, y compris le premier acte que vous\navez fait ; vous direz que nous en avons besoin sans autre explication ;\nmais je crois qu'il est bon de rentrer en possession de la pièce, là et à la\nGaîté, pour qu'elle ne se promène pas partout comme un rossignol, tandis\nqu' on nous berne d'un côté comme de l'autre. \"\nCe Don Quichotte transformé encore, devait être joué vingt ans plus\ntard au Châtelet, ne laissant derrière lui aucun souvenir de sa première"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.38", "texte": "JACQUES OFFENBACH\n35\n\nhistoire, celle-là même que j'ai rapportée tout au long, parce qu'Offenbach\navait compté sur cette œuvre pour un relèvement définitif.\nQue dire encore ici du grand artiste aussi vilipendé que glorieux,\nsi ce n'est qu'après quelques beaux succès comme le Voyage dans la Lune\net La Fille du Tambour-Major,il fut emporté subitement le 5 octobre\n1880. Je ne saurais mieux terminer mon étude documentaire qu'en rap-\npelant ce qu'a dit de Jacques Offenbach, musicien trop délaissé, un jeune\ncompositeur d'aujourd'hui, M. Reynaldo Hahn :\n\" Par moments il a des élans pathétiques, effluves de son Allemagne\nnatale, ou poussés d'un sentimentalisme personnel, et qui ressemblent à\ncertaines inspirations harmonieuses, conventionnelles et passionnées\nd'Alfred Stevens. Souvent ils semblent indépendants de sa volonté, écla-\ntent ou éclosent soudain quand on s'y attend le moins. C'est une des\nformes usuelles de son génie.\n\" Dans ces cas particuliers, il change brusquement de tonalité comme\nsi, par une pudeur subite, il ne voulait pas faire servir à ces épanchements\nde l'âme les mêmes matériaux qu'à des manifestations moins nobles de\nsa personnalité.\n\" Mais presque aussitôt il se reprend, il redevient l'Offenbach du\nBoulevard, le Parisien rieur et viveur, et, presque toujours, ces minutes\nd'abandon langoureux et tendre sont suivies d'un exces de joie prosaïque\nprosaïque relativement, car sous sa gaîté brille toujours une étincelle\n1•\" 5 5\ndivine.\nEt j'ajoute que l'histoire d'Offenbach et de son œuvre est encore à\nfaire. Le \" bouffoniste \" a été vivement combattu, 1 homme est presque\nignoré, l'artiste n'a jamais été jugé complètement a sa valeur, parce que\nson œuvre, qui avait débordé sur toute une époque, est morte, en grande\npartie, avec la gaîté française.\n\nMartial Teneo."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.39", "texte": "Il y a longtemps déjà que le folklore du Groenland nous a été\nrévélé. Mais, jusqu'à ces dernières années, nous ne le connaissions que\npar des exemples épars dans les récits des explorateurs 1 généralement\npeu soucieux de musique, sauf cependant l'excellent ouvrage, que\nF. Boas 2 rédigea lors de son séjour à l'île Baffin. De 1902 date la publi-\ncation, par l'Américain R. Stein 3, d'un certain nombre de mélodies de la\nterre de Smith-Sound, transcrites avec soin. Enfin en 1904, l'érudit\ndanois W. Thalbitzer commence à mettre au jour les résultats de ses\n\n1 Voici un aperçu de cette littérature. HANS EGEDE, Det gammle Gr'ànlands nye Perlustration eller Naturel-\nHistorie (Copenhague 1741). DAVID CRANZ, Historié Gronland T. I (Leipzig 1765). H. E. GLAHN,\nAnmœrkninger over de tre fonte Boger of Hr. David Crantées (Copenhague 1771)!\nJOHN ROSS, A voyage of discovery for the purpose of exploring Baffins (London 1819). H. RINK,\nEventyr og Sagn(Copenhague 1866), & Supplément (ibid. 1871). (Edin-\nbuigh 1875)' The Eskimo Iribes (]Vleddelelser one Gronland vol. XIII, 1891). G. HOLM, Den ôstgr'ônlandske\nExpédition, vol. II (Meddelelser om Grônland vol. X, Copenhague 1887). F. NANSEN, Eskimoliv (Kristiania\n189r)- E* A. BERGGREEN, Folkesange og Melodier, vol. X, (Copenhague 1870), enfin Otte Smaasange\n(Godthaab en Greenland 1859). Ces dernières mélodies représentent des types intermédiaires entre la musique\neskimo et la musique européenne. On peut compléter cette bibliographie par des ouvrages plus récents\nqui se rapportent au même sujet : M. MAUSS et H. BEUCHAT, Essai\neskimos (Année sociologique, Paris 1904-1905). KNUD RASMUSSEN, Nye Mennesker (Copenhague 1905). Under\nNordenvindens S-vobe (ibid. 1906).\nE. BOAS, The Central Eskimo(Sixth Annual Report of the Bureau of Ethnology. Washington 1888).\nVoir aussi :H. RINK Se F. BOAS, Eskimo taies and songs(Journ. of American Folklore II ?)\n3 R. STEIN, Eskimo Music (The White World, New York 1902, p. 338).\nJ'ajoute, que le compositeur norvégien CHR. LEDEN a rapporté en 1910 des phonogrammes d'un voyage\nau Groenland, et qu'il ne les a pas encore publiés."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.40", "texte": "LA MUSIQUE CHEZ LES ESKIMOS\n\n37\n\nrecherches, auxquelles je me trouvai mêlé par la suite, et qui nous per-\nmettent aujourd'hui de parler, en connaissance de cause, de la musique\nde ses régions polaires. 1\nConnaissant toute l'importance et toute la difficulté de pareilles\nétudes, M. Thalbitzer alla résolument s'installer pendant douze mois, en\n1905, dans la région Est du Groenland. Ce fut par 65° de latitude, à\nAmmassalik, station danoise tout à proximité d'un groupe important\nd'Eskimos le seul d'ailleurs de toute cette côte peu hospitalière et peu\nvisitée. Il nous a conté lui-même,2 son entrée dans le monde eskimo de\nla musique :\n\"Je parvins à la fin de juillet à Egedesminde, un très grand fjord de la côte\nNord-Ouest. Je sortis mes appareils. J'avais apporté, outre mes cylindres, des airs\nenregistrés d'après nos meilleurs chanteurs ; je les fis entendre, et, par une belle\nnuit claire nos grands opéras et même le (tout indiqué dans\ncirconstance), répandirent leurs ondes harmonieuses sur la cité d'Egedesminde.\nNos compatriotes furent ravis d'un divertissement qui n'est pas habituel, sous le\nciel antarctique; Et les indigènes se montrèrent eux-mêmes enchantés. Il convient\nd'ajouter que l'indigène sur toute cette côte de l'Ouest est singulièrement\nmétisé, et n'offre plus guère qu'un quart de sang groenlandais. Il est, depuis\nlongtemps, en contact avec notre musique ; il l'imite à sa façon. Ses psaumes,\nses airs, ses danses viennent d'une importation, qui date environ de 150 ans ;on\nles retrouve dans tout le détroit des Davis. Peut-être, çà ou là, dans le fond d'un\nfjord reculé, reconnaîtrait-on quelques vestiges de l'art primitif et encore bien\nincomplets... !\nA Ammassalik, le spectacle fut tout autre. Ici, la musique européenne\ndemeura absolument incomprise. La seule impression qui parut résulter de l'audi-\ntion de nos ténors fameux, fut celle d'un irrésistible comique. Bien plus, on fut\nmême insensible aux airs de danse que je venais de noter sur le côte Nord-Ouest,\nà Egedesminde, et qui ne furent pas distingués des airs de nos compositeurs.\nAvais-je donc affaire à une peuplade réfractaire à la musique ? Aucunement, et je\nme convainquis bientôt du contraire, en présence du très grand nombre de chan-\nteurs possédant un véritable répertoire de vieux airs nationaux. Mon phonographe\nne causa pas d'effroi. Déjà en 1902, le botaniste Kruuse, qui avait hiverné dans\nces parages, avait rendu la machine familière. Parmi tous ceux qui se placèrent\ndevant mon appareil, il est cependant probable que la plupart ne s'était pas encore\nprêtée à cette expérience. En général, il n'y eut pas d'appréhension de leur part.\n\n1 Ces travaux sont consignés dans les publications suivantes: W. THALBITZER, North Greenlanic contribution\nto Eskimo Folklore (Meddelelser om Gronland V. XXXI, Cop. 1904). Idem, (voir Illustrer et Tidende, Cop. 1906).\nTHALBITZER ET HJALMAR THUREN, Musik aus Ostgroenland (Zeitschrift der I. M. G. XII, 2.) et enfin l'ouvrage\nqui vient de paraître, par les mêmes : The Eskimo Music (Cop., Bianco Luno in 8® 1911).\n2 The Eskimo Music, 1911, p."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.41", "texte": "3«\nS. I. M.\n\nLe premier qui fut admis à chanter, fut le chasseur Anittanne Koorte, le 3 novembre\n1905. Il s'assit de lui-même devant le pavillon, et entonna une chanson de kayak\n(bateau) ; j'arrêtais l'appareil ; le rouleau n'était qu'à moitié de sa course ; on\nrecommença une autre chanson du même genre. Je dus bientôt faire une sélection\nparmi les meilleurs chanteurs et les plus habiles diseurs. Il y eut beaucoup\nd'appelés mais peu d'élus... \"\nM. Thalbitzer nous donne les noms de ces obscurs collaborateurs de\nla musicologie ; il y avait Aiyoukoutok (55 ans), Quersdgh (45 ans) la\njeune Toupâya (25 ans), et Mitsuarniana Canaarcamtek (45 ans), et bien\nd'autres encore, choisis autant que possible dans la génération qui précéda\nl'envahissement danois de 1894. Il n'était que temps, en effet, de\nsauver de l'oubli prochain cette culture musicale primitive, qui ne saurait\nrésister devant la nôtre, et devant le zèle de nos missionnaires.\nLa campagne de 1905-06 fut donc féconde, et M. Thalbitzer, tel\nun trappeur qui a découvert une station propice, revint en Danemark\nchargé d'un précieux fardeau. C'étaient 66 cylindres, contenant 96 mélo-\ndies, auxquelles il convient d'ajouter 36 airs notés directement, à l'audi-\ntion. Environ 25 de ces fragiles rouleaux de cire furent convertis en\nmatrices de métal, grâce à une subvention du fond Carlsberg, et déposes\nà la Bibliothèque Royale de Copenhague. Il restait à utiliser ce matériel,\nc'est à dire à les transformer en diagrammes précis, dont les différentes\nvaleurs pussent trouver leur expression dans notre écriture et dans notre\nnotation. Pendant un an qui suivit, M. Thalbitzer et moi nous sommes\nappliqués à réaliser de notre mieux cette transcription. Le savant lin-\nguiste s'étant chargé des paroles et moi de la musique, nous faisions\nintervenir alternativement, et nous combinions, ces deux éléments, que\nla nature ne sépare pas dans un phonogramme, et qui doivent se prêter\nun mutuel appui dans l'analyse du phénomène musical.\nQue le phonographe est complaisant et de commode invention ! Il\nralentit, presse, isole ou unit les sons, et permet de les répéter vingt fois de\nsuite. Qu'aurions-nous fait sans ce patient auxiliaire ? Aurions-nous distin-\ngué autre chose que du bruit, là où les Eskimos avaient fait preuve d une\nvolonté artistique manifeste, et d'un sens musical dont il fallait découvrir la\nlogique avec nos moyens imparfaits. Car tout étonnant que cela puisse\nparaître notre écriture manque de subtilité en face de la musique\nexotique. Elle ne saurait rendre fidèlement cet art rudimentaire, ou la\nligne est simple, mais dont les nuances expressives font tout le charme."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.42", "texte": "LA MUSIQUE CHEZ LES ESKIMOS\n39\n\nLe rythme incertain nous mit souvent en peine, et nous avons\nrenoncé à lui imposer l'armature d'une mesure précise. Mais c'est surtout\nla fluctuation de la mélodie, et l'évaluation de la hauteur des sons qui fut\nchose délicate. Le lecteur, qui jettera un regard sur les transcriptions qui\nvont suivre, s'étonnera sans doute un peu de la présence de ces signes\nqu'il nous a fallu multiplier pour obtenir un graphisme adéquat à l'im-\npression artistique, et utile à la science. Pour évaluer et mesurer les ondes\nsonores nous nous sommes servis du Reisetonometer de notre collègue\nE. von Hornbostel, et nous avons suivant l'usage des folkloristes adopté\ncomme unité de mesure le cent,qui est la centième partie du demi ton\nde l'octave tempéré. 1 Pour plus de clarté, nous avons indiqué, en tête\nde chaque mélodie l'échelle tonale, sur laquelle cette mélodie est établie.\nLe ton principal tonus currens autour duquel tous les autres s'éche-\nlonnent et gravitent est désigné par une ronde ; les autres notes essentielles\nde la mélodie sont représentées par des valeurs qui correspondent à leur\nfréquence et à leur importance respectives. En dessous de ce schéma sont\nindiqués, en cents, les intervalles, qui ont été calculés en prenant le ton\nprincipal (la ronde) comme point de départ. Nous savons ainsi, et d'une\nfaçon mathématique et chacun de ces intervalles est plus grand (+ ) ou\nplus petit (-f-) qu'ils ne le seraient dans notre octave tempérée. Soit, par\nexemple, une échelle ou le la est le son principal, admettons que le\nsupérieur nous donne i 55 cents, nous saurons que cet intervalle de seconde,\nqui devrait nous donner 200 cents, est inférieur de 45 cents à la normale\ntempérée. Si, dans la même échelle le supérieur accusait 350, au lieu\nde 300, nous dirions que cette tierce est supérieur de 50 cents à la tierce\nmineure normale. Et ainsi de suite.\nOn ne nous en voudra pas de ces minuties, sans lesquelles il faut\nrenoncer à de tirer des musiques exotiques un résultat positif. Lorsque\nnous nous en rapportons à nos oreilles seules, ce n'est plus la musique de\nces peuples que nous transcrivons, mais ce que notre sens auditif perçoit\nen elles. Il y a là un danger que les historiens ont été longtemps à recon-\nnaître et même à avouer. Comme si la vanité souffrait chez eux de\nl'intervention de l'acoustique !\n\n1 C'est à dire un demi ton qui, comme dans notre système tempéré, est rigoureusement égal à la douzième\npartie de l'octave."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.43", "texte": "40\nS. I. M.\n\nChez l'Eskimo, comme chez tous les peuples primitifs, le chant\naccompagne l'individu dans toutes les circonstances de sa vie, depuis son\nberceau jusqu'à son cercueil. Suivons donc, à travers les âges, les mani-\nfestations de la musique au Groenland, en commençant par la berceuse\nplaintive d'un caractère si particulier que les mères murmurent aux\noreilles de leurs nouveaux nés.\nSuspendu dans son sac de cuir sur les épaules maternelles, l'enfant,\nbalotté de droite et de gauche, s'endort et rêve au son de deux notes,\nuniformément répétées, la première assez longue, la seconde plus brève\net plus élevée et qui semble être l'expiration de la première :\nC'est à peine un chant, et l'un des plus rudimentaires que l'humanité ait\nimaginé. Depuis combien de générations l'homme de la terre polaire\nest-il entré dans la vie avec cette mélopée, que la femme Eskimo inventa\ndans la solitude de son pays désert ?\nParfois la mélodie se mouvementé sous l'influx des paroles. C'est\n••J • • 4\nalors une phrase qui tient du récit, et que la notation est presque inca-\npable de rendre sous une forme précise. Quelques notes sans têtes\nindiqueront le sens de la ligne sonore, sans pouvoir prétendre en repro-\nduire la sonorité caractéristique"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.44", "texte": "LA MUSIQUE CHEZ LES ESKIMOS\n41\n\nL'enfant grandit, il comprend le langage de l'intelligence et sa mere\naura désormais pour lui un inépuisable répertoire de petites histoires, où\nviennent s'enchâsser des chansons naïves, faites pour son imagination\nenfantine. Il y retrouvera tout le monde des êtres et des choses qui\nl'entoure, qui l'éveille à la vie, et surtout le monde des animaux auquel\nil va bientôt s'intéresser directement. Sa mère lui chantera l'histoire\ndu saumon, dont la pauvre femme attend le retour au logis ; et voilà que\nsur l'eau paraît un kajak ;1 ses rames sont teintes du sang du saumon et\nla saumoné se met à pleurer. Elle raconte a ses petits, comment les\nméchantes gens du kajak ont tué leur pere le saumon...\nL'homme s'est formé. Il va monter en kajak, et chanter a son tour\nen s'élançant joyeux dans le fjord.\n\n1 Bateau recouvert de peau."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.45", "texte": "42\nS. I. M.\n\nEt, iorsqu il rentre, c est encore en chantant pour annoncer à ses\nproches, qui 1 attendent sur le berge, le succès de son équipée :\nA Kongerluarsugsuak, nous avons trouvé des lièvres et des rennes\nLe petit frère en eut peur, et ne sut comment faire.\nMoi, je leur courrus après, et les pris. Ah, ja, ja !"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.46", "texte": "LA MUSIQUE CHEZ LES ESKIMOS\n43\n\nCe sont là de véritables signaux, par lesquels on peut reconnaître la\nnature du gibier rapporté, et où la musique joue un rôle utile.\nLes habitants de la terre de Smith-Sound sont particulièrement\namateurs des chants cynégétiques. Ecureuils, lièvres, renards, ours,\npeuplent leurs mélodies, comme une histoire naturelle en musique.\nD'ailleurs le Groenlandais est capable de goûter les joies de la nature\net même de les rendre dans sa poésie, surtout lorsqu'il s'est trouve en\ncontact avec la civilisation du Sud. Voyez, par exemple ce chant elegia-\nque recueilli par Rink à Kangamiul, dans les régions de l'Ouest :\nO chaleur du soleil, qui maintenant est venue !\nAucune souffle ne bouge. Ama hai !\nPas un nuage au ciel. Je pleure de joie, étendue sur la terre.\nAma hai ! Et là haut les bons rennes, que l'on voit entre les\nmontagnes, paître dans le lointain brouillard !\nHaja, haja, haj !\nQuelle joie, et quelle ivresse ! Aja, aja, haja, haj !\nOu bien encore cette ballade à la lune, que la traduction prive de\ntout son charme fragile :\nO toi, grande lune là haut ! O toi grande !\nToi, qui n'a d'autre rôle que d'éclairer ! Ajaja hai !\nToi dont l'éclat reste en l'air, sans donner de chaleur !\nAjaja, ajaja, hai !\nEt quand, enfin, le chasseur est rentré dans ses foyers, c'est toujours\nla musique qui réjouit la famille ou le clan. Quelqu'un homme ou\nfemme se lève et se met à chanter ou à danser, souvent l'une et 1 autre\nà la fois.\nDans l'Ouest, pays civilisé, la danse a conservé une tradition de\nnotre moyen âge. Tout le monde se prend par la main, et forme une\nronde, qui se déplace de droite à gauche ; le chanteur est au milieu et\ndanse aussi ; et l'on reprend en chœur un vigoureux Ajah-ajah, en\nmanière de refrain. Les naturels nomment ce genre de sport baleare, ce"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.47", "texte": "44\nS. I. M.\n\nqui indique assez son origine étrangère. N'est-ce pas, en effet la vieille\n\" Karole \" 1 qui a mis en branle l'Europe entière, il y a six ou sept\ncents ans ? Du même côté mais plus au Sud encore le quadrille et les réel\ndanois dominent ; nous sommes presque en Europe. Il faut voir les filles\nEskimo, dans leurs pesants vêtements, se trémousser au son du violon ou\nde l'harmonica, jusqu'à tomber défaillantes et pâmées ! Il a suffi d'une\ngénération pour acclimater complètement notre musique en ces terres\néloignées, où cependant le Groenlandais la simplifie à sa façon. Un\nvoyageur danois contait dernièrement que séjournant dans ces parages, il\navait emporté avec lui un phonogramme du de\nTannhauser. Les Eskimos 1 entendirent et en turent si enthousiasmés\nqu'ils décidèrent de mettre cet air nouveau parmi les cantiques de leur\néglise.\nA Ammassalik on ignore ces raffinements et l'on en est resté à la\nmentalité du véritable Eskimo. La danse est assez sommaire, et se\nborne à quelques ploiements des genoux, à quelques déplacements du\nbuste. Mais la musique a des prétentions. Elle se pare tout d'abord d'un\ninstrument indispensable a l'art eskimo, le non pas notre caisse\nplus haute que large et qui rend un son caverneux, mais une peau\ntendue sur une cadre de bois, et semblable à un tambour de basque, qui\naurait un manche. Le son a ceci de tout particulier, qu'il est produit en\nfrappant avec une baguette sur le cadre de bois, jamais sur la peau. Armé\nde cet instrument national, qu'il tient de la main gauche et touche de la\nmain droite, par en dessous, le virtuose du Nord se livre à son art. Il\nfrappe avec un sens du rythme que l'on pourrait croire inconscient, et\nqui est bien en tout cas indiffèrent à l'allure de la mélodie. Tandis que\nla voix suit le caprice d'une expressive déclamation, le tambour répète,\ninexorable et sec, des figures de ce genre :\n\n1 Voir HJALMAR THUREN, Folkesangen paa Faerôerne (Folklore Fellows publications, northern sériés n° 2.\nCopenhague 1908) Tanz und Tanzgesang im nordischen Mittelalter (Ztschr. der I.M.G. IX p. 209)."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.48", "texte": "LA MUSIQUE CHEZ LES ESKIMOS\n45\n\nIl y a là un curieux exemple de superposition de travail esthétique.\nToutefois j'ai cru remarquer que de temps à autre le chanteur, par un\nritardando subtil, s'efforçait de faire coïncider ces deux éléments en un\ncertain point de son morceau. Puis, de nouveau, chant et rythme instru-\nmental, se quittent et ne se connaissent plus, jusqu'à la prochaine\nrencontre.\nLa musique atteint donc ici le niveau d'un divertissement de société\nauquel tout le monde a le désir de s'associer. Aussi le soliste est-il accou-\ntumé à laisser à l'auditoire le droit de s'unir à son chant par un\nrefrain. Lorsque le public est en nombre, le spectacle s'élève encore. Le\nchant qui, remarquons le, a toujours un caractère narratif ou satirique,\nse transforme en véritable récit, et le chanteur se revêt d'oripeaux fan-\ntastiques ou grotesques. Nous sommes encore loin de Sophocle, mais nous\ntouchons au chariot de Thespis et au principe du drame, avec son prota-\ngoniste et ses chœurs."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.49", "texte": "46\nS. I. M.\n\nMais l'homme ne rit pas toujours, et l'Eskimo dans ses neiges\nconnaît, comme tout autre, des jours de tristesse. Le malheur s'abat sur\nlui sous différentes formes. Tantôt c'est le fjord qui se dépeuple, et le\npoisson qui manque ; tantôt le froid arrête la chasse ; ou bien la stérilité\ns'est installée dans un ménage, et d'autres incidents encore, qui prennent\ndans la vie septentrionale d'un peuple sauvage, les proportions de véri-\ntables calamités. Il n'y a plus alors qu'un remède : appeler YAngakok,\nl'homme du surnaturel, qui est en rapport avec les esprits. Et la hutte\nva s'emplir de la plus extraordinaire musique dont on puisse se faire\nune idée.\nVAngakok est un être vénérable et craint. N'arrive pas qui veut à\nce ministère, qui demande une grande pratique. Tout enfant le futur\ndevin doit grandir aux côtés de ses anciens. Chaque ete, il ira, dans la\nsolitude, accomplir une retraite de plusieurs semaines, où il conclura un\npacte avec les esprits, dont il devra plus tard forcer l'évocation. Il se\npurifie et apprend à converser avec les puissances cachées. Le voilà\nappelé dans une hutte. Toute la famille, ou le clan est la, sur des bancs le\nlong des murs ; toutes les lumières sont éteintes. Il est assis par terre, les\nbras liés, et un tambour devant lui. On écoute. Le tambour s'agite bien-\ntôt, et des sons angoissés s'élèvent de la poitrine du magicien, tandis que\nson âme descend dans l'abîme. Les esprits s'emparent de lui, et par sa\nbouche, révèlent comment la maladie sera conjurée, comment le phoque\nreviendra dans le fjord etc.... De temps en temps, on croit entendre les\ncris de monstrueux animaux, horribles bêtes qui hurlent chacune à sa\nfaçon et qui représentent le surnaturel en action. L'Angakok joue tous ces"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.50", "texte": "LA MUSIQUE CHEZ LES ESKIMOS\n47\n\ndifférents rôles à la fois ; il possède un merveilleux pouvoir de mimétisme\nvocal ; il abboie, crie, siffle, croasse et gronde, fait éclater un rire\ndiabolique, auquel succèdent les sons purs d'une flûte, le tout entremêlé\nde bruits indistincts et de chants magiques. Lui-même paraît dupe de sa\npropre virtuosité. Et, sous ces tentes enfumées, perdues dans les glaces,\non se croirait à une séance de nos plus modernes spirites !\nUAngakokne survivra pas longtemps, également menacé par l'effort\nde notre science et par le zèle de notre religion. Sa musique est désormais\nsoigneusement enregistrée, on peut en goûter les charmes à la bibliothè-\nque de Copenhague. Mais, ici, il serait bien difficile d'en donner une\nidée. Ces cris, ces bruits qui n'ont rien d'humain se mêlent à la mélodie\ndes chants comme un orchestre infernal, que la notation se refuse à\npréciser. Voici un fragment, qui montrera un moment musical de cette\ndiablerie :\nA côté de ces cérémonies collectives, l'Eskimo connaît et pratique\nles formules de personnelle incantation, dont le but est d'invoquer le\nsecours des esprits familiaux. Ces formules se chantonnent, tantôt pour\nimportuner un ennemi, ou pour prévenir un malheur, ou pour favoriser\nun événement important, tel que la première sortie en kajak d'un jeune\nindigène. En voici un exemple :"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.51", "texte": "4-^\nS. I. M.\n\nArrivons enfin à une fonction sociale de la musique, à laquelle\nl'Europe n'a pas songé. Le Groenland pourrait peut-être nous servir ici\nde modèle.\nLorsque l'Eskimo est victime de quelque attentat, il ne va pas se\nplaindre à Thémis, ignorée de ces régions pacifiques. Il se bat en duel.\nEt comment ? En choisissant pour armes son tambour et sa voix.\nUn meurtre a-t-il été commis, un vol est-il signalé, l'enlèvement\nd'une femme est-il notoire ? Le droit eskimo exige que la victime\ndémasque son adversaire et l'oblige à un de ces duels en musique, dont\nle vaincu sort universellement méprisé, mais toujours en vie. Les choses\nse passent ainsi. Devant tous les habitants du lieu rassembles dans une\nhutte, ou réunis en plein air, l'offense se met a chanter en piesence de\nson adversaire. Il dit les défauts, raconte les turpitudes, dévoilé les ciimes\nde la partie adverse. Et Dieu sait que cette liste s allonge au gre de la\nfantaisie la plus poétique...! Car la vérité importe peu ; il faut être in-\népuisable. A certains moments il s'approche du prévenu, crache sur lui,\nse met à le battre du front et à lui bourrer la bouche de graisse. Défense\nabsolue au criminel de manifester ses sentiments ; souvent il est attache\nà un poteau. La coutume prescrit qu il ait a subir 1 epreuve\nd'un air détaché, et en conservant un air de supériorité ironique.\nSon impassibilité va d'ailleurs avoir sa revanche. Car lorsque le"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.52", "texte": "ESKIMO AVEC FEMME ET ENFANTS CHANTANT ET JOUANT DU TAMBOURIN."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.53", "texte": "UN CONCERT EN PLEIN AIR AU GROENLAND."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.54", "texte": "LA MUSIQUE CHEZ LES ESKIMOS\n49\n\npremier chanteur a epuise ses rorces, ce sera le tour ae 1 orrensant qui aura\nles mêmes droits que l'offensé. Et ainsi les reprises de chant comminatoire\net de tambour injurieux alterneront pendant une nuit entière, en présence\ndes spectateurs prenant part aux refrains et stimulant les combattants par\ndes cris perçants.\nVoici, par exemple, Porto et Alugsimassok, ennemis dès l'enfance\npour je ne sais plus que forfait. L'un chantera :\n\"Qui as-tu donc épousé De qui est-elle l'enfant chétive Moi j'ai fait\nun mariage convenable ! Ma femme est grande, ma femme est belle. \"\nAja, aja, hai, répond le public excité.\nEt l'autre reprend :\n\" Maintenant à mon tour ! O ce Porto ! Son kajak n'a que de mauvaises\nplanches ! Maintenant à mon tour. Sa tente n'a que de mauvais piquets, de\nméchantes peaux ! Maintenant à mon tour Il est incapable de prendre un\nphoque au harpon. Car il ne sait pas en distinguer un ! \" 1\nEt ainsi de suite. Le duel au tambour n'est pas terminé en une\npremière rencontre. Souvent il dure des années, tel une vendetta, au\ncours de laquelle les adversaires viennent se rendre de nombreuses et peu\ncourtoises visites. Dans l'intervalle des combats chacun s'applique à\ninventer de nouvelles horreurs et à les mettre en chant.\n\" Toi qui a toujours tremblé Toi le poltron tu es venu pour te\nvenger Misérable rien du tout Tu oses venir ici Provoque-moi en duel\nau tambour Viens donc un peu ici sur tes malheureux patins. \"\nEn voici la musique\n\n1 Recueilli par Rinck, il y a cinquante ans.\n4"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.55", "texte": "50\nS. I. M."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.56", "texte": "LA MUSIQUE CHEZ LES ESKIMOS\n51\n\nUn jour l'inspiration, les forces, la volonté vengeresse abondonneront\nl'un des deux combattants. Il sera vaincu.\nLes femmes aussi ont leurs duels en musique, soit par manière de\njeu, soit en grand sérieux, et avec autant d'archarnement que les hommes.\nOn a même vu des duels entre une femme et un homme. Une cause\nfutile est parfois capable de déchaîner la colère de ces dames. Ainsi"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.57", "texte": "52\nS. I. M.\n\nSarak, rendant visite à sa voisine Pigigsartok s'est formalisée de la\nréception qui lui a été faite. Et ce mécompte lui inspire une violente\ndiatribe :\n\" En allant chez Pigigsartok,\nJ'avais cru manger une excellente soupe de chien.\nMaintenant je suis fixée ! Il était tard quand j'arrivai,\nJe pris un morceau de viande. Il me resta sur l'estomac !\nEn allant chez Pigigsartok,\nDans la soupe la viande était sèche, et j'appris que Pigigsartok n'avait aucun\nhomme chez elle !\nEn allant chez Pigigsartok.\nAprès la soupe j'ai senti quelque chose me rester dans le cou ! \"\nEt l'autre commère aussitôt :\nSarak ment. Cette Sarak n a d autre but que de se montrer mauvaise\nlangue. O cette Sarak ! On dit que quand ils furent ensemble, et furent\nmaries, on leur donna des vetements, tout peints à neuf, pour que leur enfant\npuisse un jour pêcher le phoque !\nMais, ils n'en ont pas eu ! Ils n'en ont pas ! Malgré leur mariage\nMalgré leurs robes peintes ! \"\nTout cela n est pas bien méchant, comme on le voit, et le civilisé\nconscient est habitué à des polémiques autrement nocives ! En voyant la\nmusique résoudre par le tambour et le chant les conflits domestiques et\nsociaux, on se demande de quel cote du détroit se trouve la sauvagerie et de\nquel cote le progrès. Est-ce le régime syndicaliste et la chasse au renard qui\nnous conduit vers l'âge d'or de l'humanité, ou l'eskimo du Groenland qui\nnous rend enviables les temps préhistoriques, alors que tout finissait par\ndes chansons ? Pour le philosophe quelle belle leçon à tirer de cet\nexemple de législation par l'harmonie des sons ?\nTelle est la vie musicale, par 65 degrés de latitude Nord. On sent\nbien qu elle n est pas vide, et quelle comprend à peu près tous les genres\nque nous connaissons nous-mêmes. Lyrisme, satire, drame, chant magique\net chant du foyer, tout ce que peut montrer un peuple pacifique l'Eskimo\nen a, sinon la maîtrise du moins l'intuition. A vrai dire, les caractères de"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.58", "texte": "LA MUSIQUE CHEZ LES ESKIMOS\n53\n\nces différents genres ne sont pas aussi distincts que nous pourrions le\nsouhaiter. Il en est de cet art comme des exotiques eux-mêmes, que, dès\nl'abord, nous ne pouvons distinguer entre eux. Le lecteur qui a parcouru\nces phonogrammes se demande peut-être si l'uniformité ne l'emporte pas\nencore sur l'étrangeté. Cependant, il convient de voir d'un peu plus près,\net de chercher ce que nous pourrions appeler : le point de vue eskimo,\nbien légitime lui aussi.\nTout d'abord, on ne doutera pas que cette musique ne soit absolu-\nment monodique. Elle est faite par l'unisson, et pour lui. A moins qu'on\nveuille voir un désir de très élémentaire harmonie, dans cette coutume\ndes chanteurs de faire entendre à la fin de leurs morceaux, très lentement\net l'une après l'autre, les notes principales de ce morceau, tel un\naccord brisé !\nMais la musique du Groenland, quoiqu'on puisse dire de son appa-\nrente monotonie, contient cependant des éléments de différenciation très\nappréciables. Son mélos obéit à certaines contraintes, que lui impose le\nretour périodique des couplets et des refrains. Car cette grave question\ndu refrain, qui a fait couler beaucoup d'encre, nous la retrouvons ici\nprès du pôle, donnant une fois de plus la preuve de son importance.\nQu'il chante seul ou en chœur, le musicien de ce pays laisse toujours\nplace à la répétition de quelques paroles, qui souvent ne sont que des\ninterjections dénuées de sens. Ainsi s'explique le jugement de certains\nexplorateurs, qui nous donnait la musique du Groenland pour une suite\nde cris inintelligibles. Il est en effet délicat de dinstinguer la logique de\nces différentes périodes, coupées de leurs refrains. Nous avons tenté de le\nfaire, en plaçant des majuscules (A.8.C.D....) en tête de chacune d'elles.\nOn voit alors, et d'une manière nette, que l'Eskimo ne chante pas au\nhasard. La base mélodique de son morceau une fois établie reste à peu\nprès invariable, quelques soient les paroles de couplets ; si bien que le\nmouvement du chant est souvent en désaccord complet avec la prosodie\ndu texte. Chacun de ces groupes mélodiques se termine par une pause,\nqui représente, pour le chanteur, un moment de répit et d'aspiration.\nL'Eskimo connaît l'art de la strophe. Il n'ignore pas celui du réci-\ntatif. Il s'en sert même avec une subtilité, qui donne à sa musique une\ngrande élégance, et à ceux qui veulent la noter une peine infinie. Les\nintervalles véritablement musicaux ont déjà, ici, assez d'imprévu pour\ndérouter l'oreille européenne, et réclamer la précision d'instruments enre-"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.59", "texte": "54\nS, I. Mi\n\ngistreurs. Lorsqu'ils cèdent encore un peu et se confondent avec les\nintonations de la parole, comment les évaluer?1 Le passage des récits au\nchant et du chant au récit reste souvent imperceptible et indéfinissable.\nL'eskimo en a fait un procédé. Il l'emploie au milieu d'un lied, ou bien il\nprésente en récit le premier couplet, qu'il musicalise ensuite, en donnant\naux intervalles mélodiques la fixité nécessaire au chant. Ou bien encore\nil explose tout à coup en un cri rythmé, sorte de bruit terrifiant :\nL'Eskimo déploie tout son art un art difficile à rendre dans\nces modulations de la voix qui ne sont plus un discours et pas\nencore une musique régulière. Les berceuses, les formules de magie\nrelèvent de ce genre intermédiaire, mode spécial d'expression artistique,\npremier effort d'un art qui s'essaie. Mais surtout, ne parlons pas ici\nd'inexpérience. Nous nous tromperions tout à fait. Dans la sphère\nmusicale assez réduite, où sa culture l'enferme, l'homme du Nord se sent\nparfaitement à son aise, et il sait ce qu'il veut. Le phonographe ne nous\npermet plus d'en douter. Il nous montre qu'il n'y a pas de gamme\nofficielle en Groenland. Chaque exécutant a son échelle d'intonations\nparticulières, et aucun instrument musical n'est venu lui rendre possible\nou désirable l'acquisition d'un son tout fcomme celui dont nous nous\nservons, dans nos régions tempérées. Il fabrique lui-même et pour son\nusage la sonorité dont il veut user. L'un emploiera le 5/4 de ton, où\nl'autre préférera un ton entier ; la tierce neutre, un peu plus petite que\nla quarte, se rencontrera tout aussi fréquemment que la tierce majeure,\nou que la mineure. C'est le régime de la liberté. Mais non pas de\nl'anarchie ! Quand un artiste a choisi un intervalle, pour le placer à un\npoint de son œuvre, il s'y tient, et le reproduira cent fois à la même\nplace. Ce n'est donc pas une fausse note ; mais un parti pris, un mouve-\nment conscient, une tentative pour réaliser un effet, auquel notre chroma-\ntisme instrumental a dû renoncer depuis longtemps, pour mille bonnes\nraisons.\n\n1 Nous avons employé, on Ta vu, le système des notes sans tête, qui respecte le rythme et la ligne\ngénérale, mais qui reste un expédient de fortune."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.60", "texte": "LA MUSIQUE CHEZ LES ESKIMOS\n55\n\nCertes, un tel souci du dispositif tonal ne va pas sans une certaine\nnégligence à l'égard du matériel même de la musique. L'Eskimo en est\nencore à l'antique pentatonisme ré fa sol la do, que toutes les civili-\nsations semblent avoir connu et que Wagner, voulant sans doute caracté-\nriser le premier état de l'humanité musicale, a si heureusement interprété\ndans \" Siegfried-Idylle Il aime la formule, le nomos, comme auraient dit\nles anciens de la Grèce, le timbre qui attend tout son relief de l'exécution\net du rythme.\nCar, le sens du rythme est infiniment développé chez ce peuple\nprimitif ; il l'emporte sur tous les autres instincts musicaux. Le rythme\npermet au Groenlandais de déployer son ingéniosité et son goût de la\nminutie. Le plus infime détail dans la présentation des valeurs musicales\nse retrouve et toujours au point voulu de la période, avec une\nnetteté d'autant plus méritoire que ces strophes et leurs rythmes échap-\npent à une véritable symétrie. Notre oreille européenne eut été, en face\nde ces subtilités, complètement désarmée sans le secours du précieux\nphonographe et nous aurions certainement invoqué le hasard pour\nnous dispenser d'une étude que la graphie seule nous permet de mener\nà bout.\nL'importance du rythme dans cette musique est encore accentuée\npar le seul instrument que possède ce peuple et qui est un instrument de\npercussion. Mais, chose singulière et bien faite pour dérouter, le tambour\neskimo se meut tout à fait indépendamment de la mélodie qu'il accom-\npagne. Il forme pour ainsi dire une base rythmique, sur laquelle le chant\nflotte capricieusement. Est-ce un nouveau raffinement, auquel notre\nlogique nous rend insensible ? Est-ce une polyrythmie semblable aux\npremières tentatives de notre polyphonie, et qui rappelle la marche\nsimultanée de plusieurs mélodies indifférentes les unes aux autres, telle\nque notre haut moyen âge l'a pratiquée ? Lorsqu'on connaît les principes\ndu goût eskimo on est tenté de voir dans cette superposition, non pas un\neffet grossier du hasard, mais le résultat d'un très élémentaire désir\nd'associer en une même synthèse sonore, deux mouvements différents, et\nqui conservent leur indépendance. Ne serait-ce pas un essai de contre-\npoint rythmique ?\nEn lisant ces phonogrammes, transcrits en caractères civilisés,\nimaginera-t-on que ces petites strophes, de structure maniérée, avec leurs\nalternances de rythmes rares, leurs couplets, leurs motifs syncopés, leurs"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.61", "texte": "56\nS. I. M.\n\nincises parlées, leurs refrains et leurs interjections produisent une\nimpression de très réel agrément sur celui qui les entend au pays de la\nneige, une impression de parfaite logique et de satisfaisante symétrie ? Il\nen est pourtant ainsi. On se fait à l'art eskimo, et l'on trouve, en le\ngoûtant, le souvenir latent en nous d'une humanité ancestrale, où le\nrythme était l'essentiel de la musique, où les mouvements et les inter-\nvalles que nous avons rendus très simples étaient encore très compliqués,\noù le bruit que nous rétablissons aujourd'hui par la mécanique précise\ndes instruments, faisait encore partie de l'empirisme et de l'interprétation\npersonnelle. Nous nous trouvons ramenés à quelques millénaires en\narrière, cet âge pentatonique,par lequel toute notre race semble avoir\npassé, à quelque moment de son évolution, et auquel certaines de nos\npeuplades peu nombreuses sont encore demeurées fidèles. Il faut se\nhâter de reprendre ce contact, et d'en conserver le souvenir sous une\nforme durable. Encore quelques années, et la terre entière se sera mise à\nl'unisson ; d'un pôle à l'autre, nous n'entendrons plus que les manifesta-\ntions d'un seul et même art musical.\n\nHjalmar Thuren."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.62", "texte": "KOCZIRZ (Adolf). Oesterreichische Lautenmusik im XVI\nJahrhundert. (Denkmaeler der T. in Oest. XVIII. 2. Wien,\nin fol.)\nDepuis quelques années la musicologie internationale tourne\navec anxiété autour du problème du luth et de ses tablatures. On\nse rappelle les recherches de M. Brenet en France, de Chilesotti\nen Italie, de Fleischer et de Koerte en Allemagne. Mais, comme\nil arrive toujours, des efforts isolés ne forcent 1 attention ni du\npublic ni de l'érudition même. C'est pourquoi de fervents luthériens\neurent l'idée vers 1907, de former une commission internationale\nau sein de notre Société pour éliminer cette inconnue de notre\nhistoire musicale. M. Koczirz, un des plus actifs propagateurs de\ncette initiative vient aujourd'hui de consacrer tout un volume des\nDenkmaeler autrichiens à la cause des tablatures. Cette publication\nmontre une fois de plus la perspicacité de l'éminent directeur des\nDenkmaeler, M. le Professeur Guido Adler. Elle prouve en outre\nque notre commission n'est pas restée inactive, puisque ses\nméthodes d'investigation et de transcription donnent un si impo-\nsant résultat.\nLe présent volume contient une anthologie des ouvrages de\nJudenkunig (i 523), Newûdler(ls36) Gintzler(ls47) (1560) et des quelques manuscrits\nde la même époque, de provenance autrichienne. En tout environ 100 pièces; tantôt des\nœuvres originales, fantaisies, préludes, ricercare, tantôt des mises en tablature de danses et e\nchansons, véritable répertoire, franco-italien en grande partie, qui nous donne la physionomie\nde la musique de société au XVIe. M. Koczirz s est efforce de choisir des auteurs et es sources\npouvant se réclamer de l'Autriche, mais en réalité ce matériel est international II convient\naussi bien à la cour de Charles-Quint qu'à celle de Henri 11. C'est la même poussière musicale\nqui a circulé, à ce moment, dans toute l'Europe, et que les luthistes allemands, dans leur\nsage prévoyance, recueillirent en leurs éditions precieuses.\nUne belle introduction, établie sur des sources d'archives, nous apprend tout ce qu il est\npossible de savoir sur ces quatre musiciens, sur leurs œuvres, ainsi que sur les cinq manuscrits\nutilisés. M. Koczirz a été particulièrement heureux dans ses recherches sur le Hongrois\nBakfark, qui était en réalité un Saxon fixé en Transylvanie, et que la Pologne a tenu à reven-\ndiquer comme sien. Soutenu par une thèse sur Bakfark de M. Kaiser, et par la documentation\ntrès neuve de notre collègue Opienski de Varsovie, M. Koczirz a pu fixer les traits historiques\nde ce personnage, qui fut un grand homme non pas seulement sur le luth, mais en politique\net qui mena des négociations diplomatiques en un temps troublé. Le jour où la France publiera"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.63", "texte": "5»\nS. I. M.\n\nune Somme de ses tablatures, elle ne pourra sans doute pas rivaliser avec les Denkmaelcr en\nérudition biographique. Que sait-on, et que pourra-t-on savoir de ces merveilleux artistes qui\nse nommèrent Pinel, Mésangeau, Bocquet ?\nLes méthodes de transcription adoptées par M. K. sont le résultat d'une longue étude.\nElles s'appliquent et réussissent à concilier la logique inhérente à notre écriture musicale,\navec le particularisme du luth et de sa tablature. On pourrait dire qu'elles s'inspirent des\nprincipes suivants :\ni° Se servir de la tablature pour reconstituer devant l'œil du lecteur la physionomie\ngraphique du morceau, telle que la noterait un auditeur exercé écoutant de nos jours le\nluthiste lui-même.\n2° Ajouter, par des signes conventionnels, les doigtés, positions, ornements etc.., en un\nmot l'appareil technique dont l'instrumentiste s'est servi, et qu'il a expressément consigné\ndans sa notation.\nNous obtenons ainsi une image graphique parfaitement adéquate au phénomène auriculaire\nqui doit être présenté à notre vue de musiciens, et par conséquent une image équivalente à\ncelle que donne la tablature, mais très différente d'elle cependant. C'est ce qu'on nommerait la\ntranscription par équivalence. Elle a rallié tous les suffrages de la commission du luth, et on\npeut croire qu'elle prévaudra désormais contre la transcription par identité, qui lui avait été\nopposée jusqu'ici. Ces termes barbares demandent quelques explications.\nIl n'est personne, parmi ceux qui se sont occupés de ces questions délicates, qui n'ait été\nséduit par le rêve d'une transcription si parfaitement rigoureuse qu'elle fut, à la fois, de la\ntablature et de la musique. Ce mirage nous a causé bien des déceptions, et a certainement\nretardé la connaissance de la littérature du luth. On ne remarquait pas que les indications\ndigitales, qui constituent la tablature, ne correspondent pas nécessairement à des concepts\nsonores, à des valeurs musicales, et, qu'entre les signes inventés pour la mécanique des mains,\net ceux qui sont destinés à l'intelligence du discours, il n'y a pas une coïncidence absolue.\nBien au contraire il y a une différence essentielle.\nLes signes de la tablature indiquent où, comment et dans quelle succession de mesure, les\nsons doivent être produits sur l'instrument. C'est tout ce dont a besoin l'instrumentiste.\nécriture a bien d'autres vues. Si elle se bornait à enregistrer les fluctuations du flot sonore,\ntel qu'il est porté à nos oreilles par le mouvement vibratoire, elle donnerait une impression de\ncomplète incohérence. Mais elle tend au contraire, de tout l'effort de ses artifices, à dégager\nles relations qui unissent les sons, à préciser les affinités qui en règlent la marche, à faire œuvre\nde coordination et de clarté. Elle s'efforce de réaliser sur le papier ce qu'il y a d'intelligible\ndans l'œuvre musicale, et ainsi, elle rend possible la transmission de cette œuvre à travers\nl'esprit des lecteurs. Donc, celui qui prétend substituer directement des signes de musique à\ndes signes de tablature, doit s'attendre à voir apparaître une notation fragmentaire, et dérai-\nsonnable qui n'a plus figure musicale. Nous avons tous tenté cette expérience. La démonstration\nparaît faite : la transcription directe est impossible en fait.\nMais en droit ? Ne peut-on soutenir que l'illogisme de ces transcriptions est précisément\nune garantie de leur fidélité, et qu'il faut l'accepter en toutes ses conséquences, comme une\ncaractéristique de la musique de luth et de sa notation particulière ? Hé bien non, et je ne\ncraindrais pas d'avancer que, en raisonnant ainsi, nous sommes les jouets d'une illusion. Les\nsciences les plus austères, comme l'hydrostatique, ont bien leurs paradoxes, pourquoi la musico-\nlogie n'aurait-elle pas les siens ?\nRemarquons que la tablature, prise en soi-même, forme un tout parfaitement cohérent,\naussi longtemps du moins que nous ne cherchons pas à la transcrire. En outre, le morceau"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.64", "texte": "LES LIVRES\n\n59\n\nexécuté d'après la tablature ou d'après la musique ou encore d'après mémoire, sonne toujours\naussi congruement. Enfin les luthistes et leurs contemporains ne nous disent pas qu'ils aient\njamais ressentis ni par les yeux, ni par les oreilles, l'impression lacunaire et incertaine dont il\nest ici question. Quand ils ont mis en tablature quelques-unes de ces compositions de contrepoint,\nque l'amateur du XVIe aimait à jouer en soliste, ils n'ont jamais pensé en briser les lignes, en\naltérer le dessin, en saboter l'architecture, et offrir, au lieu d'un édifice logique, des matériaux\népars. Ils n'ont pas cru qu'on prendrait le mouvement des doigts, pour le mouvement de la\npensée musicale. Ils se sont même essayés à signaler, assez difficilement d'ailleurs, les tenues et\nles points d'appui de l'harmonie, en recommandant le jeu le plus lié, le plus capable de sauve-\ngarder l'enchaînement des sons. M. K. en donne ici de nombreux exemples.\nLe coupable est donc le transcripteur, victime de son zèle, et qui veut nous donner pour\nune image musicale, ce qui n'en est pas et n'en fut jamais une. Et Villusion c'est de croire\nqu'il a existé quelque part, en quelque cervelle humaine, la représentation d'un morceau de\nmusique, semblable à celle que nous avons devant les yeux, lorsque nous transcrivons\ndirectement les signes de tablature en signes de musique. Ce que nous mettons au\njour, par ce procédé, est une chose informe, qui n'est ni musique de luth, ni musique tout\ncourt, qui n'a pas droit à l'existence, et à laquelle les tablaturistes n'ont jamais fait la moindre\nallusion.\nIl nous faut donc revenir à la conception raisonnable d'après laquelle il ne saurait y avoir\nentre la notation d'une œuvre, par musique ou par tablature, qu'une équivalence et non une\nidentité. Autrement dit, il faut considérer les tablatures comme des ensembles de données\nélémentaires, qui nous permettent de reconstruire l'œuvre, telle que elle fut exécutée sur le\nluth, et par conséquent telle que nous aurions à la noter en musique si nous l'entendions\naujourd'hui sonner à nos oreilles. Ainsi, la fidélité de la transcription est absolument\nsauvegardée, et se trouve réalisée dans la mesure, où le transcripteur est capable de grouper\nintelligiblement sur des portées, les sons, dont la hauteur, le timbre et la mesure, lui ont ete\nconservés par les tablatures. Et le problème semble résolu à la satisfaction de tous les\nphilologues. J- E.\nCALVOCORESSI. (M. D.) Glinka. (Laurens, collection des musiciens célèbres.\n1911, in-16 de 126 pages.\nLe livre de M. Calvocoressi remet à sa vraie place une des grandes figures de l'histoire\nmusicale. Ni la Russie, ni l'Europe, n'ont suffisamment rendu justice à Glinka, ce novateur de\ngénie dont l'apparition en 1836 date où, ni Wagner ni Liszt ne parvenaient a se faire\nécouter devrait nous paraître à présent, quasi-prodigieuse. L'ouvrage en question débuté par\nune vaste esquisse de l'histoire de la musicalité russe, puis viennent la biographie de Glinka, et\nune analyse très serrée de ses principales œuvres : livre indispensable, le premier a acheter\npour tous ceux qui voudront se documenter sur les origines de l'école russe.\nE. M.\nMALHERBE (Charles) Auber. (Laurens, collection des musiciens célèbres. 1911\nin-160 de 127 pages.)\nM. Malherbe était un de ces heureux, rares aujourd'hui, qui ont le privilège de\nsavoir goûter encore la musique d'Auber. Il eut le courage de ne s'en point cacher, felicitons-le:\nun ouvrage écrit dans un esprit de sympathie a toujours chance d'être supérieur à celui qu au-\nraient dicté l'esprit de dénigrement, ou même la simple équité. Un Auber caricatural eut ete\nbien facile à composer. M. Malherbe n'a pas voulu de ce succès."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.65", "texte": "60\nS. I. M.\n\nSon livre, de style alerte et de lecture facile, suffira-t-il à donner à beaucoup de gens\nl'idée de rouvrir le Domino Noir, ou le Cheval de Bronze ? J'ai peur que non, et l'auteur lui-\nmême semble en avoir douté un peu, quand il écrit mélancoliquement : \"on goûte aujour-\nd'hui... les écarts de la fantaisie, l'incohérence du plan, la complication et l'obscurité... Auber\nvaut précisément par les qualités contraires.\" Reviendrons-nous, en effet, à ces qualités qui ont\nlongtemps été celles de notre race, et verrons-nous une nouvelle génération rendre justice en\nmême temps, à Auber, et à l'excellente biographie que M. Malherbe a bien voulu nous en\ndonner ?\nE. M.\nVAN AERDE (Raymond). Les Menestrels communaux et instrumentistes divers,\nétablis, ou de passage à Malines, de 1311 179(Extrait du tome XI du Bulletin du Cercle\narchéologique, littéraire et artistique de Malines). In-40 de 109 pages. Chez Godenne,\nimprimeur à Malines.\nOuvrage de haute érudition, fruit de longs travaux dans les Archives Communales de\nMalines. Au rebours de certains archéologues désireux de ne pas trahir leurs sources, M. Van\nAerde est de ceux qui n'avancent jamais un fait ou une idée sans les appuyer sur des\nréférences ou des textes dont il indique minutieusement la provenance. Sa documentation\nabondante et serrée est bien faite pour inspirer la confiance. Notons en passant que la couver-\nture de son ouvrage est un hommage discret rendu à celle de notre S. I. M. Nous ne pouvons\nen être que flattés.\nDUHAMEL (Maurice). Les quinze modes de la musique bretonne. In-40 de 56 pages.\nRouart Lerolle et ClO, 1911.\nL'auteur reprend ici, en les poussant plus loin, les théories de Bourgault Ducoudray\ndans sa Préface aux trente mélodies populaires de Basse Bretagne. Il établit de façon peremp-\ntoire ce que Bourgault Ducoudray avait émis à titre de simple supposition, l'emploi de toutes\nles modalités antiques dans la musique bretonne. Modeste dans ses conclusions, poussant la\nconscience jusqu'à se faire lui-même l'adversaire de ses propres théories, ne marchandant au\nlecteur ni les exemples musicaux, ni les tableaux comparatifs, M. Duhamel a, outre le mérite\nde l'érudition pure, celui d'avoir exposé de façon claire et accessible à tout musicien, une\nquestion complexe entre toutes. Applaudissons à sa juste indignation contre ce qu'il appelle\nfort spirituellement d'ailleurs les u Bretonneries montmartroises que les vrais Bretons\nsont seuls à ignorer.\nBRENET (Michel). —Musique et Aîusiciens de la Vieille France. (Alcan, 1911) in-8°\nde 243 pages.)\nNos lecteurs se rappelleront avoir vu passer ici même le premier chapitre de ce volume :\nles Musiciens de Philippe le Hardi ; ils ont pu y apprécier l'abondance, la variété et la sûrete\nde la documentation, qualités qui ne se démentiront pas un seul instant au cours de 1 ouvrage.\nTel n'est pas cependant à notre avis son principal mérite ; beaucoup d auteurs ont deja pousse\naussi loin le souci de l'érudition. Mais bien peu possèdent à un tel degré 1 art de la mettre en\nvaleur : faire des documents rassemblés un tout vivant et complet, rendre de lecture attrayante\nun travail qui eut pu ressembler à une froide compilation de textes, tel est le talent très parti-\nculier de M. Brenet. Son livre est une œuvre d'art et de littérature autant que d'histoire.\nL. M."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.66", "texte": "LES LIVRES\n61\n\nBELLAIGUE (Camille). Notes Brèves.(Delagrave, 1911, in-8° de 356 pages).\nLes articles réunis ici ont pour la plupart paru dans le Gaulois de 1907 à 1911 ; ils\nforment un parfait modèle de l'ouvrage de vulgarisation destiné aux gens du monde, le mot\nde musicologie serait ici tout à fait déplacé. Nous entendrons parler, à bâtons rompus quelque-\nfois, et toujours très succin ement, de Stradivarius, de Pergolèse, de Henri Schtitz et autres\ngrands hommes que les gens dits cultivés ne soupçonnent que très vaguement. M. Bellaigue,\ntout le monde le sait, manie la plume avec aisance et talent ; on le lira toujours sans effort ni\nennui ; il est, de plus, un grand convaincu ; on sent passer dans son verbe la chaleur d'un\napôtre conscient de porter la bonne parole : puisse-t-il avoir éveillé quelques curiosités et suscité\nquelques enthousiasmes !\nL. M.\nGAUTHIER-VILI ARS, (H.) Georges Bizet (Collection Laurens, 1 vol. in-12.)\nLe plus mauvais service qu'on ait pu rendre à Bizet, c'a été de publier ses lettres. Il s'y\nrévèle selon la vérité de sa nature et non plus selon la légende dont on l'entoure encore. Bizet\nvit dans l'affection de la plupart non point seulement pour les œuvres de et de\nCarmen, mais parce qu'il est mort jeune et que Carmen fut sifHée.\nIl n'y a peut être pas dans l'histoire et la musique d'autre exemple d'une aussi étrange\naventure que celle de Bizet : ce musicien respectueux jusqu'au parti-pris des procédés d'école\net qui fut, de son vivant, honni par les conservateurs pour avoir introduit dans ses pages\nquelques hardiesses harmoniques, ô combien timides cependant. Les musicographes de son\ntemps ne voyaient que ces hardiesses qui leur irritaient les oreilles, ceux d'aujourd'hui n'y\nvoient que les concessions souvent pitoyables faites au goût public : pour une fois, la vérité est\ndans l'entre-deux.\nAh la savoureuse joie que la lecture des critiques de Carmen, publiées à l'époque où parut\ncette œuvre : l'intelligence invraisemblable et le parti-pris obtus s'y donnent carrière : ces\nchoses-là ne datent pas d'aujourd'hui.\nOn cherchera ailleurs l'étude critique de l'œuvre de Bizet : une collection comme celle\ndes \" Musiciens Célèbres \" ne s'adresse pas tant aux professionnels qu'au grand public, à ce\ntitre le livre de M. Gauthier-Villars est excellent : il peut aider à calmer le délire des uns à\nl'égard de Carmen et modérer l'indifférence des autres.\nOn y retrouvera en maints endroits la verve de Willy et ce n'en est pas le moindre\ncharme. G. J.-A.\nISTEL. Das Kunstwerk Richard Wagners(Aus Natur und Geisteswelt, tome 330 ;\nLeipzig, Teubner 1910.)\nM. Istel a résolu ingénieusement le problème assez malaisé de nous donner une brève\nétude d'ensemble sur l'œuvre de Wagner qui ne soit ni un résumé plus ou moins adroitement\nconfectionné des ouvrages classiques de la critique wagnérienne, ni l'expression subjective d'im-\npressions personnelles. Il a, d'abord, nettement circonscrit sa tâche. Il ne cherche pas à faire\nconnaître la vie de Wagner, ni à nous exposer ses théories philosophiques ou esthétiques, ni à\nnous décrire sa personnalité ou son influence sur la culture moderne. Il borne son ambition à\nréunir, en un court volume, les données les plus nécessaires à l'intelligence des chefs-d'œuvre\nclassiques du drame wagnérien depuis les Fées jusqu'à Parsifal. Le choix de ces données nous a\nparu en général fort bien compris. On est heureux de trouver chez M. I. des données exactes\nsur la \"philologie\" des textes poétiques et musicaux de Wagner, sur les remaniements successifs\nqu'ont subi notamment Rieuzi ou Tannhâuser. L'étude proprement musicale des diverses par-\ntitions wagnériennes tient plus de place et est faite avec plus de précision que dans la plupart"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.67", "texte": "62\nS. I. M.\n\ndes ouvrages généraux sur Wagner, sans que d'ailleurs l'auteur s'engage dans des développe-\nments techniques inintelligibles pour le profane ou dans l'énumération des thèmes directeurs.\nEnfin M. I. au lieu de multiplier les jugements sur l'art wagnérien a pris le parti excellent de\ncommenter la plupart du temps Wagner en le laissant s'expliquer lui-même sur ses intentions;\nde sorte qu'après avoir lu son livre nous sommes renseignés avec précision sur l'idée que Wagner\ns'est faite de ses drames. Un auteur est évidemment sujet à se tromper sur le sens de ses\npropres œuvres ; Wagner l'a constaté lui-même avec une rare bonne foi. Il n'en reste pas moins\ncertain que les confessions d'un artiste à la fois hautement, spontanément et merveilleusement\nconscient de lui-même comme le fut Wagner, demeurent en tout état de cause un document\nd'un intérêt capital. Nous ne pouvons donc qu'approuver M. I. d'avoir donné la place d'hon-\nneur, dans son livre, à ces témoignages de Wagner sur lui-même. Et il nous semble que, au\ntotal, son ouvrage est une très bonne introduction à l'étude des partitions de Wagner dont\nelle met bien en évidence la valeur artistique et l'intérêt vivant.\n\nHenri Lichtenberger.\n\nLIVRES REÇUS\nISOZ-KALMAN (d'). Doppler Fe (Lettres de F. Doppler à\nF. Erkel) Budapest 1911 in-8° de 30 pp.\nid. Histoire de la Société Philharmonique (Budapest 1903 in-fol de 41 pp.)\nGOLDSCHMIDT (Dr. Hugo). konkret-idealistische MlB\nJahrhundert. (Tirage de la Zeitschrift fûr Aesthetik de Dessoir, Stuttgart, 1911 in~4°de 6 pp.)\nSOMIGLI (Carlo). J. Stockhausen e la (Tirage de la Revista\nMusicale. in-8° de 182 pp.)\nCOLLET (H.). Contribution à l \" \"\n(Tirage des Annales de la Faculté des Lettres de Bordeaux T. XIII, sept. 1911 ; in-8° de 23\npp. et XII planches).\nHENRY (Charles). Sensation et Energ(Paris, Institut Général Psychologique ;\nin-8° de 296 pp.)\nid. Mémoire et Habitude.(lbid. in-8° de 118 pp.)\nAERDE (Raymond van). Ménestrels\nde passage à Malines de 1311 à 1790. (Malines 1911 in-8° de 110 pp.)\nERGO (Em.) Uacte final de la tragi-comédie musicale : les Aveugles-Réformateurs de\nla notation musicale actuelle... (Anvers, 1911 in-120 de 27 pp.)\nAUFRAY (Jules.) Arthur Coquard. (Extrait de l'Annuaire de l'Association Profes-\nsionnelle de la critique dramatique et musicale. 1911 in-8° de 8 pp.)\nBARINI (Giorgio). Ippolito Valetta (Tirage de la Nuova Antologia Roma, 1911\nin-8° de 6 pp.)\nDUHAMEL (Maurice). Les 15 modes de la musique Bretonne (Paris, Rouart,\nLerolle et C°, 1911, in-8° de 56 pp.)"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.68", "texte": "LES LIVRES\n6 3\n\nCHYBINSKI (Dr. Adolf). Teoria Mensuralna w polskiej literaturze... (Krakowie\n1911, in-8° de 32 pp.)\nBOCH (D. Emilio).— El sistema (Roma, 1911 in-40 de\n36 PP-)\nVILLERMIN (Louis). d'harmonie ultra moderne.(L'auteur, Bbis8bis rue\nMartel, in-8° de 40 pp. Frs 6.)\nSTUMPF (Cari). Die Anfaenge der Musik. (Lpz. J.A. Barth 1911, in-8° de\n210 pp. ; Mk 6,60).\nALTENBURG (Johann Ernst). V\nTrompeter und Paukenkunst.(Halle 1795) (rééd. par Richard Bertling à Dresde, in-40 de\n144 pp. ; M. 6.)\nVIVEL (P. Cœlestin). Vom Musik-Tra (Lpz., Breitkopf\nin-120 de 150 pp. ; Mk 4.)\nLEWIS (W. &T. 9). Modem Organ (London, Reeves 1911 in-40 de\n164 pp. ; 7s. 6d.)\nSTEGLICH (Rudolf.) Die Quœstiones in musica de Rudolf de St Trond. (Lpz.\nBreitkopf 1911 in-8° de 190 pp. Mk 5.)\nVOGELEIS (Martin.) Quellen und Bausteine zu einer Geschichte der Musik in\nElsass (Strassburg Le Roux et C° 1911 in-8° de 847 pp. M. 10.)\nGLASÊNAPP (C. Fr.).— Das Leben (Lpz. Breitkopf. 1911,\nin-8° de 828 pp. ; Mk 12.)\nLACOME (P.) Introduction à la vie (Delagrave in-120 de 216 pp.)\nDENT (E. J.). Mozart's opéra : The Magic Flûte. (Cambridge, Heffer Se Sons,\n2 vol. in-16, 2 s.)\nNIN (J. J.). Huit années d'action mu (s. 1. 1911, in-40 de 60 pp.)\nKNOSP (G.). La musique orientale.(Tirage de la Revue de Belgique d'octobre\n1911.)"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.69", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nAssemblée Générale du Mardi 14 Novembre 1911\nLa séance est ouverte à 4 heures, chez M. M. Gaveau, 45, rue La Boëtie, s- us la prési-\ndence de M. Ecorcheville, Vice-Président.\nEtaient présents : MM. Dauriac, Prod'Homme, Mutin, Boschot, de Bertha,\nDolmetsch, Landormy, Poirée, Cucuel et A. Laugier. Mmes Wiener-Newton et Pereyra.\nS'étaient excusées Mmes Gallet et Daubresse.\nLe Secrétaire Général donne lecture des procès-verbaux des deux dernières Assemblées\nGénérales, qui sont adoptés à l'unanimité ; il présente avec M. Ecorcheville, les candidatures\nde MM. Machabey et A. Vinée admises à l'unanimité.\nLes rapports du Secrétaire Général et du Trésorier sont adoptés à l'unanimité.\nLe Président rappelle que nos Séances ont présenté assez peu d'intérêt depuis ces deux\ndernières années, il indique les moyens que le Comité a proposé pour remédier à ce manque\nd'intérêt, et pour mettre la Section à même de travailler utilement. Ces dispositions sont\nadoptées par lAssemblée.\nL'Assemblée Générale procède à l'élection du Comité, qui est constitué de la façon\nsuivante :\nMM. A. Boschot, J. Ecorcheville, L. Laloy, L. de La Laurencie, P.\nA. Mutin, J. G. Prod'Homme, H. Quittard, E. Wagner.\nLe Séance est levée à 6 heures.\nDans sa Séance du 23 novembre le Comité a procédé au renouvellement de son Bureau\npour 1912. Ont été élus : Président, J. Ecorcheville ; Vice-Président, L. de La Laurencie\nSecrétaire général, J. G. Prod'Homme ; Trésorier, A. Mutin ; Archiviste, P. Landormy ;\nMembres, A. Boschot, L. Laloy, H. Quittard et E. Wagner."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.70", "texte": "5\n\nThéâtres et Concerts\n\nL'habitude prise par nos impresarii et nos directeurs de prolonger chaque\nannee jusqu au cœur de 1 ete la saison artistique a eu pour conséquence de reculer\nprogressivement la réouverture des grandes campagnes musicales de l'hiver. La\nmusique s'est couchée si tard qu'il n'y a plus moyen de la tirer du lit. Il faudra\ntoutes les séductions de Noël et de l'an neuf pour éveiller la paresseuse. A ce\nmoment, notre Revue transformée et agrandie, s'empressera au petit lever de\nl'indolente princesse et mettra galamment à son service toute une armée de cheva-\nliers-servants prêts a obéir a tous ses caprices et à la suivre partout où les conduira\nsa fantaisie. En attendant, contentons-nous de guetter les tressaillements avant-"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.71", "texte": "66\nS. I. M.\n\ncoureurs de son réveil prochain et de noter rapidement quelques attitudes fugitives\nde la coquette qui se cambre et s'étire avant d ouvrir les yeux.\nNos grandes scènes se sont bornées à nous donner deux reprises. M. Messager\nemprunta à MM. Castelbon de Beauxhostes et Raoul Gunsbourg une œuvre du\nrépertoire biterrois et monégasque dont la double création et les transformations\nsuccessives avaient depuis longtemps blasé la curiosité parisienne. Sous sa nouvelle\nforme, cette Déjanire méritait pourtant de retenir l'attention des musiciens pour\ndes motifs qui ne se trouvent pas tous dans la partition. On n'a pas mesuré suffi-\nsamment la portée du geste de Saint-Saëns, renonçant en pleine gloire, en pleine\napothéose officielle, à poursuivre la réalisation de son idéal personnel du théâtre.\n\"Déjanire, a-t-il écrit, clôt à jamais la série, trop nombreuse peut-être, de mes\ndrames et comédies lyriques.\" Une telle déclaration doit modifier sensiblement\nl'angle de vision sous lequel les adversaires les plus résolus de cet ouvrage sont\ntenus de le considérer désormais. Le style d'un testament n'est pas soumis aux\nlois de la critique littéraire. En prenant la décision de ne plus arracher aux courants\nnouveaux qui la bouleversent la dramaturgie musicale française, en abandonnant\nle plateau aux compétiteurs qui s'en disputent chaque planche, en refusant de\nprendre part à une discussion qui se poursuit dans un dialecte qu'il ne parle pas,\nl'auteur de Samson est sorti de l'actualité et est entré dans l'histoire. Son œuvre\nentière a pris une sérénité, une immobilité et, espérons-le, une pérennité de\nmonument votif. Elle marque une heure de notre passé esthétique, un instant de\nnotre évolution. On pouvait jusqu'ici, suivant ses tendances personnelles, admirer\nou déplorer la hautaine indifférence du compositeur de Y Ancêtre à l'égard des\ncoups d'état successifs qui ont transformé si profondément autour de lui notre\nrépublique lyrique, on pouvait s'émerveiller ou s'affliger de l'inflexible volonté\nqui guidait ses pas dans les sentiers d'un néo-classicisme arbitraire et tendait son\neffort vers l'improbable synthèse d'un art théâtral issu de l'oratorio, vers une simpli-\nfication systématique des moyens de réalisation et vers une sorte d épuration et de\nstylisation des passions dans la psychologie de ses héros : aujourd'hui il n'est plus\nloyal de louer ou de blâmer sa résistance aux postulats de l'art contemporain. En\ntournant lui-même courageusement la page de l'histoire sur laquelle il écrivit les\nBarbares, l'auteur de la Symphonie en ut mineur échappe définitivement aux reproches\nde ceux qui l'accusèrent de manquer de clairvoyance. Un de ses fervents admira-\nteurs qui pour honorer son dieu a cru devoir répandre sur son autel les\nentrailles fumantes d'un Maurice Ravel rituellement éventré a noté avec\nprécision le scrupule qui dicte la conduite actuelle de Saint-Saëns et l'empêche\nd'imiter l'héroïque élan d'un Verdi se ruant à la fontaine de Jouvence : \" Véritable\ninitiateur, dit-il, il a le droit de demeurer lui-même et de ne pas, sous peine de\ndiminutio capitis,se croire obligé d'emboîter le pas a des cadets, ceux-ci fussent-ils\neux-mêmes de hardis et talentueux novateurs. \" Saluons donc en Déjanire, fille\nd'un père orgueilleux, l'affirmation d'une hautaine dignité dont nul ne saurait\nméconnaître la grandeur et goûtons le symbolisme superbe dun sujet qui nous\nmontre un demi-dieu du XIXme siecle torture dans sa chair par la corrosive tunique"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.72", "texte": "LE MOIS\n67\n\nde Nessus qu'ont jetée sur ses épaules les jeunes centaures de l'appoggiature non\nrésolue et préférant à ce supplice intolérable la mort dans les flammes libératrices\nqui lui ouvrent immédiatement les portes de l'immortalité.\nLa résurrection des Contes d'Hoffmann à l'Opéra-Comique, fort sympa-\nthiquement accueillie, a mis en évidence un certain nombre de vérités premières\nqu'il n'était pas inutile de rappeler au public. On put s'y convaincre de la vanité\ndes cloisons morales établies entre les différents genres de musique catalogués par\nles traités officiels. Le fétichisme de la forme et de l'estampille fut très sérieuse-\nment ébranlé par la révélation de certaines de ces mélodies parfaites de tenue et de\ndistinction, par l'emploi d'harmonies élégantes, de locutions choisies, de développe-\nment inspirés par la plus inattaquable culture classique. Ceux qui ne le savaient pas\ndéjà purent constater qu'Offenbach touchait encore sur l'héritage de Mozart une\ntrès confortable rente alors qu'Ambroise Thomas a dilapidé depuis longtemps le\nlegs dérisoire qu'il avait reçu du divin Wolfgang. Le maëstro des Bouffes n'a pas\nparu un seul instant déplacé ni dépaysé sur cette scène hostile aux arts mineurs.\nDe plus, cette partition est instrumentée avec un tact et une discrétion véritablement\nincomparables ; c'est la formule du parfait orchestre d'accompagnement pour un\nopéra-comique de style : aucune parole ne fut perdue. Enfin il apparut assez\nclairement que les catégories laborieusement maintenues entre les artistes sont aussi\narbitraires que celles qui séparent les œuvres. Antoine l'a victorieusement démontré\ndepuis deux ans, Albert Carré aurait pu, en cette circonstance, imiter le directeur\nde l'Odéon. Pour encadrer l'inégalable Jean Périer l'utilité de l'engagement de\nquelques Max Dearly, Prince, Guy, Paul Ardot, Boucot ou Dorville s'est fait\nnettement sentir. La pureté du \" bel canto \" aurait, sans dommage, cédé le pas à\nl'autorité scénique et à la fantaisie. 11 est bon parfois de prendre Offenbach au\nsérieux mais, tout de même, il ne faudrait pas arriver à le prendre au tragique.\nLes concerts dominicaux poursuivent leur carrière dépourvue de surprises.\nJ'avais eu l'occasion de signaler ici même la propension fâcheuse que manifestent\nvolontiers les comités et les directeurs de sociétés à écarter les porteurs de manus-\ncrits en invoquant l'encombrement des affiches et les \" engagements antérieurs\nJ'ai eu depuis le plaisir de constater que M. Chevillard, du moins, n'entendait pas\nuser personnellement de cette facile et presque classique défaite. Il a eu le courage\nde réclamer des œuvres inédites pour sa saison et de gourmander les compositeurs\nparesseux qui ne lui apportent pas de partitions à lire. Qu'on se le dise ! Voila\npour les cartons où donnent tant de prétendus chefs-d'œuvre dédaignés une\noccasion unique de s'ouvrir et de laisser ruisseler les trésors mystérieux qu'en-\nferment leurs flancs poudreux.\nMais c'est une bien difficile entreprise que de chercher à deviner le genre de\nmusique propre à contenter les aspirations d'un public contemporain. Ce mois-ci,\nau milieu des reprises coutumières et du répertoire habituel, Pierné et Chevillard\nont introduit deux nouveautés symphoniques. Au Chatelet fut exécutée la Sym-\nphonie de Thirion, lauréat du prix Crescent ; à la Salle Gaveau fut donné un\ntableau symphonique d'lnghelbrecht. La Symphonie primée réunissait toutes les"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.73", "texte": "68\nS. I. M.\n\nqualités et toutes les faiblesses du genre. Conçue suivant les règles les plus\nconventionnelles de l'architecture franco-allemande, elle s'attachait à démontrer\nque, depuis trente ans, notre inaptitude nationale à manier correctement les formes\nde la symphonie avait fait place à une assurance d'écriture et de construction tout\nà fait inattaquable. Elle ne démontrait d'ailleurs rien de plus. Le paysage orchestral\nd'lnghelbrecht, au contraire, méprisant toute préoccupation d'intellectualisme,\nprétendait s'adresser exclusivement à la sensibilité de l'auditeur qu'une poétique\naffabulation transportait devant une estampe japonaise, dans des sentiers feutrés de\nneige, sous des amandiers et des érables en velours blanc, en face d'un cortège de\nNippons émerveillés par la féerie des flocons tourbillonnant, en extase devant le\nballet silencieux que dansent autour d'eux les plumes de colombes et les fleurs de\ngivre. Toutes les séductions d'une instrumentation savoureuse avaient été prodi-\nguées dans cette étude et écartées volontairement de la rigide bâtisse symphonique\ndu lauréat nancéen. Les deux ouvrages se situaient d'eux-mêmes aux deux pôles\nde l'art contemporain ; l'expérience était donc significative.\nEh bien ! le public s'est prononcé, très catégoriquement. Il a redemandé la\nSymphonie et s'est détourné du paysage. La cause est donc entendue. Ce que la\nfoule apprécie dans une œuvre orchestrale c'est la science de la forme, l'ingéniosité\nde la structure, la perfection du plan tonal, les savantes proportions, les dévelop-\npements conduits selon les règles, les thèmes en ratine réversible, l'utilisation\nsystématique du générateur et de ses cellules interchangeables, les cycles brevetés,\nles adagios construits \" en forme de lied à cinq compartiments \", les réexpositions,\nles strettes et autres gentillesses de ce genre. Par contre, les recherches de sonorités\ninédites, les synthèses heureuses réalisées entre l'art des sons, celui des lignes et\ncelui des couleurs, la décoration instrumentale, la joie d'utiliser un orchestre comme\nune palette richement chargée, l'ivresse de peindre \" au couteau \" avec un bâton de\nmesure, de manier des tons purs et de broyer des couleurs rares, de créer un petit\nunivers vivant, sensible, féerique, derrière un voile tremblant de sonorités... ce\nsont là jeux d'enfants n'intéressant pas un électeur vacciné qui a payé sa place et\nveut avoir de la musique sérieuse pour son argent. Que M. Chevillard se le tienne\npour dit et ne méconnaisse plus les aspirations des abonnés français, qui tous, bien\nentendu, ont un premier prix de fugue et de contrepoint et se souviennent qu'ils\nont failli \" entrer premier \" à Polytechnique.\nAu Conservatoire la Société des Concerts, oubliant toute retenue, se risque\nà exécuter le Don Juan de Richard Strauss ; mais les protestations des habitués de\nl'endroit la rappellent à ses devoirs. La Société Philarmonique a déjà réuni, rue\nde la Boëtie, Fritz Kreisler, Ysaye, Pugno, André Hekking, Elena Gerhardt et le\nQuatuor Capet dans des programmes de premier ordre. La Société Bach a opéré\nune brillante réouverture avec le concours de Georges Walter et Daniel Herrmann.\nUn nouveau groupement intitulé la Musique de Chambre donne, salle Beethoven\nd'excellentes séances parfaitement composées. Les admirables musiciens que sont\nEngel et Bathori triomphent chaque semaine à l'Athénée Sù Germain dans des\nrécitals qui pourraient constituer des modèles du genre. Les Soirées et Matinées"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.74", "texte": "LE MOIS\n69\n\nd'Art offrent des programmes d'un opportunisme un peu inquiétant racheté par\nune interprétation toujours soignée. Mme de Wieniawska donne son premier concert\nmais le nombre de ses admirateurs est si considérable qu'il est impossible de se\nfrayer un passage jusqu'à la porte derrière laquelle sa voix pure de rossignol\nenchante ses heureux auditeurs. Le Quatuor Sangra, le Pax-Quatuor rivalisent de\nzèle et de conscience. Mlle Hefti tempère par d'agréables plaisanteries et des sourires\namusés ce que les œuvres qu'elle exécute avec l'aide de Mlles Lapié et Soyer pour-\nraient avoir de trop austère. Une société toute neuve d'instruments anciens se propose\nde faire de l'archéologie aimable : Mlle Ninette Chassaing, claveciniste delaßeyne,\nMMrs Nauwinck, Maçon, Olivier et Darrieux sont les fondateurs de ce groupe qui\nprend le nom de Société des Violes et Clavecin.\nOn fête le chanteur Charles W. Clarck qui interprète un récital multicolore\net Mme Jane Arger qui, beaucoup plus méthodique, groupe dans un excellent\nensemble neuf auteurs du XVIIIme Siècle qu'elle fait revivre sous nos yeux avec\nl'art le plus délicat : on ne saurait assez louer son entente parfaite du style de\nl'époque et le goût sûr qu'elle apporte à la solution élégante du problème si\ntroublant des \" ornements \" dans la musique ancienne. Le Quatuor Parent se\nconsacre à Schumann et l'incomparable organiste qu'est Joseph Bonnet donne à\nS 4 Eustache l'audition intégrale de l'œuvre d'orgue de Liszt avec un succès mérité.\nMUe Daubresse, dans une conférence très applaudie, fait le procès de l'éducation\nmusicale que reçoivent les jeunes filles dans les milieux mondains et exprime son\ndésir de provoquer une renaissance des sociétés chorales en France. Et j'avais\nl'intention de reprocher à Sechiari la régularité avec laquelle il oublie de nous\nconvoquer à ses premières auditions, privant ainsi les auteurs qu'il joue d'une\npublicité parfois utile, mais en jetant un coup d'œil sur la redoutable énumération\nque je termine tout essoufflé, je me demande s'il ne serait pas plus équitable de\nremplacer, personnellement, cette récrimination par des remerciements émus et\nl'expression confidentielle d'une gratitude attendrie ?\n\nEmile Vuillermoz."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.75", "texte": "LULLY A L'ODÉON\n\nLe Bourgeois Gentilhomme triomphe en ce moment à l'Odéon. On peut applaudir cette\nfois non la pièce tronquée, défigurée, privée de ses intermèdes et de ses ballets que tout le\nmonde a vu jouer à la Comédie Française, mais l'œuvre telle ou à peu près qu'elle fut\nreprésentée à Chambord devant la Cour le 14 octobre 1670. Nous ne saurions nous montrer\nassez reconnaissants à M. Antoine de cette tentative qui a pleinement réussi et qui, nous\nsommes en droit de l'espérer, incitera l'éminent directeur à monter une à une les nombreuses\ncomédies-ballets où Molière et Lully ont dépensé sans compter des trésors d'invention, d'esprit,\nde grâce et de beauté.\nLe Bourgeois Gentilhomme vit le jour de singulière manière. Le passage à Paris d'un\nenvoyé du Grand Seigneur avait mis en vogue les turqueries. Curieux d'aventures arrivées en\npays exotiques, Louis XIV manda le Chevalier Laurent d'Arvieux fraîchement débarqué d'un\nlong voyage en Orient et se fit conter par lui les mœurs bizarres et les coutumes du peuple\nOttoman. Il y prit un plaisir extrême et ordonna que le prochain ballet comportât un de ces\nrécits turquesquesauxquels excellait le surintendant de la Musique de la Chambre, l'illustre\nMonsieur de Lully. Celui-ci s'était fait une sorte de spécialité de ces divertissements qu'il\ndébitait lui-même avec force gestes, d'une voix de basse, assez fausse, mais irrésistiblement\ncomique. En 1661 le gazetier Loret constatait déjà en ces termes son succès :\n\" Ensuite, on dansa le Ballet\nPeu sérieux, mais très folet,\nSurtout dans un Récit Turquesque\nEt dont Baptiste étoit Auteur\nQue sans doute tout spectateur\nEn eut la rate épanouye\nTant par les yeux que par l'oiiye. \"\nMolière reçut donc la commande d'une pièce contenant une bouffonnerie de ce genre. Il devait\ns'entendre avec Lully pour la Musique et consulter le Chevalier Laurent d'Arvieux sur les\ndiverses particularités des costumes, du langage et de la religion des Mahométans. A Chambord\nl'œuvre remporta un immense succès dont la meilleure part revint à Lully. Il suffit de jeter\nles yeux sur les comptes rendus contemporains pour constater que la Comédie de Molière\ndisparut sous les intermèdes et qu'on ne vit en elle qu'un prétexte amusant à musiques et à\ndanses. Depuis, le point de vue a changé. On voudrait même nous persuader que les divertisse-\nments des comédies de Molière sont des agréments superflus qu'on peut supprimer sans rien\nenlever à l'intérêt de la pièce. Les représentations du texte intégral du à\nl'Odéon donnent à cette théorie le plus éclatant des démentis.\nL'exécution musicale de l'œuvre laisse pourtant, malgré de louables efforts, beaucoup à\ndésirer. Je ne veux pas critiquer la reconstitution de la partition. Je sais trop gré à l'auteur de\nce travail de n'avoir pas eu recours purement et simplement à l'édition de M. Weckerlin où\nla musique de Lully est rendue méconnaissable par des additions absurdes ; cependant j'aurais\npréféré que le texte original fût encore plus respecté. Mais mieux vaut ne pas insister sur ce\npoint; il est tellement admis que la musique ancienne ne peut être jouée sans retouches qu'en"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.76", "texte": "LE MOIS\n71\n\ncherchant à combattre cette opinion je serais assuré de ne convaincre personne. Au contraire\nj'espère que quelques remarques au sujet de l'interprétation musicale pourront être utiles\naux excellents artistes qui ne semblent pas avoir reçu d'indications assez précises sur la manière\ndont ils doivent se comporter en scène.\nLe prologue, je l'avoue, a été pour moi un sujet d'ahurissement et je ne pouvais\ncomprendre que le bon public écoutât sans témoigner de surprise une jeune personne qui, assise\nbien droite devant un clavecin, clamait avec conviction d'un ton douloureux et sans la moindre\nnuance : uJe languis, je languis nuit et jour-ou-et mon mal est extrême-ou-ou-ou-ou-ou-me-la-la-ra\nla la la, vos beaux yeux m'ont soumis. \" Pour avoir l'explication de ce mystère il suffit de lire le\nlivret : \" On voit un élève du Maître de Musique qui compose sur une table un air que le Bourgeois\na demandé pour une sérénade.\" Si on se reporte àla musique on devine sans peine le jeu de scène :\nl'élève, assis devant une table, une plume à la main, chante à tue-tête Je languis nuit et\njour, puis note la phrase qu'il vient de composer sur le papier qu'il a devant lui en fredonnant\nou-ou-ou-tr a-la-la. Si l'on veut qu'il se serve d'un clavecin, il faut qu'il prenne l'attitude habi-\ntuelle aux compositeurs du XVIIe siècle celle du musicien Rebel sur son portrait par\nWatteau qu'il batte les touches de la main gauche en chantant et qu'il note l'air de la\nmain restée libre sur un papier posé dessus le clavecin.\nJe n'entreprendrai pas la critique des ballets. Leur reconstitution comporte souvent de\nforts anachronismes, mais il faudrait entrer dans trop de détails sur la danse figurée au XVIIe\nsiecle. Je préféré louer sans réserve M. Antoine de nous avoir donné des ballets dansés par des\nhommes, comme c'était alors l'usage. L'effet n'est point déplaisant et le public paraît avoir\nbien accueilli cette tentative hardie.\nJe ne suis pas persuadé que dans la scène du festin donné à Dorimène, les cuisiniers se\ndoivent trémousser après avoir apporté les plats en cadence. L'air délicieux Soyez fidele, est écrit,\nje 1 avoue, sur un rythme ternaire, mais il ne s'ensuit pas qu'il ait été destiné à faire danser les\nmarmitons. L'arrivée des plats en musique n'est d'ailleurs pas une invention bouffonne de\nMoliere, il en était souvent ainsi dans les fêtes de ce genre et Tallement des Reaux en nous\nrapportant la galanterie faite par le Duc de Nemours à la Maréchale de Thémines nous montre\nu des gens qui, au son des violons et en cadence, mettent le couvert et servent une collation. \"\nLa cérémonie Turque a été somptueusement montée, le Mufty excellent a joué son rôle\navec beaucoup d'entrain. Peut-être a-t-il chanté un peu trop vite. Il y a des passages qui\ndoivent être dits avec une majesté emphatique et une apparente solennité. La scène s'est\nderoulee dans un palais oriental, soit, mais telle n'était pas la pensée de Molière qui n'avait\nprévu qu'une salle de la maison de Monsieur Jourdain.\nM. Antoine ne s'est pas contenté de nous donner intégralement le Bourgeois Gentil-\nhomme, il a voulu nous faire entendre aussi des fragments du ballet des nations. Je ne puis dire\nque cette dernière partie ait produit sur le public l'impression qu'on pouvait en attendre. Après\nles folles drôleries de l'acte précédent la musique a paru triste. Elle est d'ailleurs mélancolique,\nelle a la grâce apprêtée des fêtes galantes de Watteau. Ce ballet terminant sur une note volup-\ntueuse et élégiaque cette comédie si franche et si gaie a surpris les spectateurs. Je crois, pour ma\npart, qu'il eût mieux valu écourter le ballet et monter en entier la scène du donneur de livres,\nqui est un pur chef-d'œuvre. Que ne l'a-t-on au moins supprimée au lieu de la mutiler et de\nla rendre inintelligible par une mise en scène maladroite ! On voit, assis sur deux bancs, des\nchoristes qui chantent : A moi, Monsieur, a moi, un livre s'il vous plaît. Un homme, tourné vers\neux, leur distribue en souriant les programmes demandés. On ne comprend vraiment pas quel\nintérêt peut présenter ce tableau ; pourtant le texte de Molière l'indiquait bien clairement :\n\" Un homme vient donner les livres du Balet, qui d'abord est fatigué par une multitude de gens de"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.77", "texte": "7 2\nS. I. M.\n\nProvinces différentes, qui crient en musique pour en\nsur ses pas.\" Il fallait laisser debout tous les spectateurs du ballet et y joindre les danseurs,\nfaire mouvoir tout ce monde autour du pauvre donneur de livres abasourdi par les cris de la\nfoule et les récriminations de quelques mauvais coucheurs : vieux bourgeois babillard, vieille\nbourgeoise, gascon, suisse. Ces rôles eussent pu être tenus par des comiques de café-concert\nqui, j'en suis sûr, les eussent chantés avec tout l'entrain désirable. J'avoue que cette eut\nété difficile à régler, mais ce n'était pas impossible et il eut mieux valu la couper purement et\nsimplement que de la dénaturer à ce point.\nL'orchestre, et c'est la critique la plus grave que j'aurai à formuler, s'est montré tout le\ntemps d'une monotonie et d'une indiscipline navrantes. Alors que Vilbert, bien encadré par les\nacteurs de l'Odéon, brûlait les planches, l'orchestre allait son chemin tout doucement, sans\nvigueur aucune, sans netteté rythmique, sans nerf, sans esprit. Il fallait que les lignes mélodiques\nfussent bien parfaites pour résister à une semblable exécution.\nN'importe, l'essentiel est de nous avoir donné le texte intégral du Bourgeois gentilhomme;\nce n'est pas une entreprise aisée que de mettre à la scène une pièce comme celle-ci ; il serait\nfort injuste de tenir rigueur à M. Antoine d'erreurs si légères, lorsqu'il vient de manifester avec\ntant de bonheur son esprit d'initiative et son mépris des conventions surannées, qui enveloppent\nles chefs-d'œuvre comme d'un sombre voile d'ennui.\n\nHenry Prunières."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.78", "texte": "LE MOIS\n73\n\nProvince\n\nLa vie musicale de l'hiver commence à se manifester un peu partout : les premiers froids\nincitent les mélomanes à se grouper dans la tiède intimité des salles de concerts, a resserrer\nleurs rangs autour de la source de chaleur et de lumière, auprès du foyer idéal que constituent\npour les âmes frileuses un orchestre ou un quatuor. De tous côtés nous arrivent d heureuses\nnouvelles. Cherbourg se flatte de pouvoir soulever bientôt au sein de son assemblée\nmunicipale une discussion d'où sortira, tout construit, le Conservatoire qu espere anxieusement\nune jeunesse studieuse. En attendant cet heureux jour, le théâtre, habilement dirigé par\nM. Paul Masson offre une brillante hospitalité aux pensionnaires de l'Académie nationale de\nmusique et permet à Mlle Campredon de triompher avec éclat. Grenoble prélude aux\ndivertissements profanes par la prière et la méditation : une Schola zelee se voue a la\npropagande des préceptes musicaux du u motu proprio \"et fait la police ;des tribunes. Une\nmaîtrise est formée à la cathédrale, un cours dirigé par un des administrateurs de la Revue de\nchant grégorien répand la bonne semence et l'on peut assister, paraît-il, a des messes de\nmariage sans y entendre la Méditation de Thaïs! Voilà qui est admirable, mais gageons que le\ntroisième vicaire ne s'en consolera jamais. Cambrai fête le cinquantenaire de son Union\nOrphéonique et en profite pour commémorer le centenaire d'Ambroise Thomas par une\nsolennelle exécution de la Nuit du Sabbat, grande scène chorale où le compositeur de Mignon\nne se révèle pas très spécialement démoniaque. Xavier Leroux préside la ceremonie, accom-\npagne son Nil et fait acclamer son Chant du Fer ; Rose Féart, Obein, Decard, Soiron et la\nSociété \" Choral Nadaud \" venue de Roubaix pour la circonstance recueillent des ovations\nméritées. Ainsi est récompensé l'effort généreux et inlassable de M. Léon Morand, défenseur\nhéroïque du chant choral, champion infatigable d'une noble cause généralement si mal dé-\nfendue en France.\nNous avons la surprise de trouver à Bordeaux notre excellent Rhene-Baton installe au\npupitre de chef d'orchestre que Brahy avait conquis l'an dernier après les mémorables compé-\ntitions dont nous avons parlé. Le vainqueur de ce tournoi, ne pouvant s'habituer au climat de\nla Gironde a dû renoncer à conserver la direction de la Société Sainte Cécile et a regagne ses\nFlandres natales. La baguette passe.Mais le cumul n'empêchera pas le jeune chef d orchestre de\ncontinuer sa magnifique saison d'Angers où déjà par ses soins, Ducasse, Fournier, Magnard\net Ravel ont, ces jours derniers, connu le succès. M. Paul Dazy donne à Reims un très beau\nrécital de piano et prête son concours aux u Concerts éclectiques \" qui, sous la direction de\nM. Grégoire Vaysman, mettent en garde depuis treize ans les mélomanes champenois contre\nles dangers de la délimitation artistique.\nLe groupe des jeunes artistes qui vient périodiquement initier Abbeville aux douceurs du\nmodernisme continue à charmer ses auditeurs. MM. Leuliet, Gayraud, Tinlot, Barrier,\nMichelon ont droit à la reconnaissance publique pour leurs parfaites exécutions. Pugno et\nYsaye font escale à Poitiers et y laissent des souvenirs attendris. En mémoire de son passé,\nM. Albert Carré a consenti à donner aux habitants de Nancy la joie d'applaudir les premiers,\nun drame lyrique de Guy Ropartz intitulé \"Le Pays \" que nous verrons bientôt a 1 Opera-\nComique. Les Concerts du Conservatoire, toujours très brillants, continuent a mettre en valeur\nl'excellent chef d'orchestre. Le ler quatuor de Fauré et les Estampes de Debussy viennent\nd'arriver à \"Vannes en compagnie d'œuvres de Schumann et de Chopin. Les quatuors de\nRavel, de Smétana et de Novak marchent sur Rennes dont les quartettistes beethoveniens"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.79", "texte": "74\nS. I. M.\n\nLavello vont leur ouvrir toutes grandes les portes. La société des Concerts y a déjà attiré Mary\nMayrand et Jean Reder qui interprétèrent Rebecca sous la direction de Charles Bodin, habitué\nà composer toujours très artistiquement ses programmes. Jean Bedetti, Batalla et Mlle Hugon\nrehaussèrent l'éclat de la première séance donnée par l'Association artistique et littéraire de\nBretagne.\nLe féminisme triomphant se répand dans la vallée de la Loire : Tours retentit des\nsuccès de Mlle Perny, conférencière vibrante qui commente les programmes qu'elle exécute\navec le concours de Mlle Ruin-Gabriac. Ces deux amazones de la musique, remontant le cours\ndu fleuve, ont gagné à leur cause Mlle Chaminade et ont pris d'assaut le château de Blois où\ntoutes trois se firent acclamer par un peuple émerveillé.\nCependant Lille, après avoir applaudi la Légia, célèbre chorale belge et le Quatuor\nSurmont, s'amuse à mettre en balance les mérites respectifs de Sechiari et de Messager comme\nchefs d'orchestre, et, par la même occasion les vertus comparées de l'orchestre de la Société des\nConcerts du Conservatoire de Paris et de la Société des concerts populaires de Lille. La presse\nlocale a rendu son verdict, à la majorité, sans circonstances atténuantes mais, par respect pour\nles mélomanes lillois, nous le tairons, pudiquement !\n\nSwift.\n\nBelgique\nQuatre premières, depuis octobre, à la Monnaie : Thérèse, de J. Claretie et Massenet ; Le\nsecret de Suzanne, de M. Kufferath et Wolff-Ferrari ; Obéron, version nouvelle de MM. Kufferath\net Gain, musique de Weber ; La Zingara, \" espagnolerie \" de M. Valverde.\nLes œuvres du fécond maître français séduisent par leur inspiration mélodique, fine,\ngracieuse, abondante. Leur mérite n'est point dans la vigueur d'expression ; elles n'arrachent\npas les sanglots ; mais elles charment, incontestablement. L'épisode de la Révolution, mouve-\nmenté, rude, de couleur violente, ne convenait pas tout à fait au délicat mélodiste ; aussi,\nc'est dans les scènes d'amour tendre, dans les dialogues passionnés et rêveurs, que la musique\nest réussie.\nLe secret de Suzanne est une œuvrette de trame assez insignifiante. Madame fume des\ncigarettes, sans oser le dire à Monsieur. Monsieur croit, à l'odeur, déceler qu'un rival profite\nde ses absences..., il fait une scène, brise tout, mais bien entendu, l'on s'explique et s'arrange.\nLes époux allument la cigarette... de paix. Sur ces données, M. Wolff-Ferrari écrivit de la\nmusique intéressante par la facture, sinon par les idées et par l'émotion.\nLa reprise & Obéron nous retient davantage. L'œuvre de Weber n'avait pas encore\nété donnée, sous sa forme primitive, à Bruxelles. MM. Kufferath et Gain ont reconstitué le\nlivret d'après le texte original de Planté ; c'est une féerie, prétexte merveilleux à la musique.\nElle emprunte ses tableaux, nombreux et variés, fabuleux, éblouissants, à l'aventure de Huon>\npreux de Charlemagne et Rezia, princesse de Babylone. Nous ne pouvons ici résumer ce sujet\ninfiniment compliqué. Il permit à Weber d'écrire un chef-d'œuvre. La partition se compose\nde morceaux détachables, reliés jadis par des parlés, aujourd'hui, par des récitatifs, sur les\nthèmes de l'ouvrage, par F. Willner. Ces morceaux sont tous admirables. On connaît surtout\nl'Ouverture, popularisée par les concerts et par l'édition bon-marché. L'inspiration de Weber\nest pleine de fantaisie, de grâce, d'originalité. Dans les élans de passion fougueuse autant\nque dans les passages fantasques ou poétiques, elle s'épanche, libre et riche, avec une aisance,\nune souplesse, une abondance surprenantes. Le génie du romantique Weber reste une source"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.80", "texte": "LE MOIS\n75\n\ngénéreuse. Elle a nourri bien des musiciens sans perdre de sa vivante beauté. Avec le\nFreischiitz et Euryanthe, Obéronrestera un monument impérissable. L'œuvre a été remar-\nquablement interprétée ; les décors, la mise en scène sont \" féeriques \" comme il le fallait.\nL'orchestre surtout, sous la conduite de M. Lohse, mérite des éloges.\nEnfin, avec le Voyage en Chiney (ne trouve-t-on plus une œuvre, dans le répertoire\nartistique moderne) nous avons eu La Zingara, fantaisie espagnole, non sans pittoresque, de\nM. Valverde.\nDe leur côté, les Concerts Populaires ont brillamment continué la série des auditions\n\" Beethoven Le premier concert où Ton entendit : l'ouverture d'Egmont, le Concerto en\nmi bémol (avec M. A. de Greef,) les première et deuxième Symphonies, marqua un véritable\ntriomphe. C'est devant des salles combles, enthousiasmées, que l'orchestre, bien proportionné,\ntrès classique, a réveillé le grand souvenir de l'immortel Maître. Ah ! sans doute, il y a\nbeaucoup de \" snobisme \" dans l'engouement soudain, qui fait qu'à Bruxelles, on semble\nu découvrir \" Beethoven ! Mais il y a aussi bien des ferveurs, bien des piétés intimes qui se\nrallument dans l'âme des artistes. Qu'importent les menues critiques que nous pourrions faire à\nM. Lohse, trop scrupuleux de l'écriture par endroits; c'est la voix même du génie qui plane\net qui chante, aux plus sublimes régions, par son office.\nA la deuxième séance, la Symphonie héroïque a surtout laissé une inoubliable émotion.\nM. Lohse sut en graduer et en accentuer les mouvements. De même, la quatrième Symphonie\nnous fut révélée en pleine lumière. César Thomson, soliste à ce concert, nous est réapparu en\npleine possession de ses moyens, de sa technique impeccable, de sa puissance, de son style..\nIl fut acclamé.\nAu premier concert Tsayey le violoniste Capet, pour qui le Maître belge témoigne\nd'une particulière estime, joua, avec une parfaite pureté de style, un son merveilleux, de la\nchaleur, le concerto en ré de Beethoven et le beau Poème de Chausson. Nous y avons entendu\naussi pour la première fois un Poeme Symphonique de François Rasse, et Suite Burlesque de\nA. Dupuis. Ces œuvres attestent de sérieuses qualités.\nMM. Deru et A. de Greef ont interprété, en trois séances remarquables, les Sonates\npour piano et violon de Beethoven.\nLe violoniste de L. L. M. M. le Roi et la Reine a remporté d'autre part un vif succès\nà l'occasion de son concert, donné à la Grande Harmonie. Il prêta le charme élégant et\ncorrect, la pureté de son jeu, au Concerto en mi mineur de Nardini, au Quintette opus 115\nde Brahms. Très classique, le Concerto de Bach, en mi majeur, pour violon et orchestre.\nEnfin, l'immortellement sublime Sonate de Franck, avec M. de Greef.\nNotons encore le succès exceptionnel de Fritz Kreisler, accompagné par Charles\nHénusse à la Grande Harmonie. Les séances de Marcel Jorez, violoniste et G. Tambuyser,\npianiste ; le récital Frey.\nMadame B. Marx-Goldschmidt, la pianiste célèbre, et Mathieu Crickboom nous\nconvièrent aussi à l'audition des dix Sonates pour violon et piano de Beethoven. Leurs\nséances, annoncées depuis septembre, ont été fort brillamment suivies. Le talent des deux\ninterprêtes n'est plus à dire, mais nous tenons à acter l'affirmation de plus en plus définitive\nde M. Crickboom. Il a atteint, dans les Sonates de Beethoven, à la perfection de soi-même..\nCe n'est plus l'analyse de qualités particulières, le charme de la virtuosité, quelque remarquable\naspect de sa personnalité qui nous attachent. Car Mathieu Crickboom a réalisé ici l'idéal qui\nconsiste à faire vivre l'œuvre même, à travers un tempérament. Il nous donna l'impression\nd'immatérialité, réunissant et l'émotion et le plaisir d'une réalisation impeccable, qui\nmarque le grand Art."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.81", "texte": "76\nS. I. M.\n\n—On annonce un rétical de Mme G. Wibauw-Detilleux, àla Grande Harmonie. Le\nprogramme en est tout à fait remarquable. Nous y trouvons un lied violent et rouge de\nMoussorgsky : Le Dniépev, La Caravane humaine, de Chausson, des mélodies de R. Strauss,\nBrahms, et de nos meilleurs musiciens belles. L'éminente cantatrice sera accompagnée par\n7\nCharles Hénusse.\nLe deuxième concert Ysaye, fixé au dimanche 10 décembre, réunira deux artistes\nauxquels nos dilettanti ont déjà eu l'occasion de prodiguer leurs faveurs : José Lassalle, le\nsymphatique Kapellmeister qui donna à Bruxelles au cours de la saison dernière avec le\nTonkûnstler orchester, les brillantes exécutions dont on se souvient et la cantatrice Maude Fay,\nla délicieuse interprète des rôles d'Eisa, Elisabeth et Sieglinde lors des dernières représentations\nwagnériennes données à la Monnaie.\nLa deuxième séance du Quatuor Zimmer (audition intégrale des quatuors de Beethoven)\naura lieu le mercredi 13 décembre, à 8 h. 1/2, à la Salle Nouvelle (rue Ernest-Allard 13).\nAu programme : quatuors op. 18, n° 3, op. 130 et op. 59 n° 3.\nC'est l'éminent virtuose Jacques Thibaud qui prêtera son concours au u Deuxième\nConcert Classique \", qui se donnera le 15 décembre, àla salle de la Grande Harmonie. Il est\ninutile d'énumérer ici longuement les grandes qualités de ce brillant violoniste, universelle-\nment connu et souvent applaudi dans nos grands concerts. Le très intéressant programme sera\npublié ultérieurement.\nSamedi 9 décembre, à 8 h. 1/2 du soir, La Scola Musicae donnera en sa salle d'audition,\nrue Gallait 90, Bruxelles-Nord, une séance de Musique Ancienne. Au programme des\nœuvres de J. S. Bloch, D. Scarlatti, N. Porpora, G. Tartini, J. Haydn. Interprètes :\nMmc Paule d'Ytte, M.M. Fernand Mawet, Léopold Charlier et Fernand Charlier.\nComptes rendus au prochain numéro.\nBIBLIOGRAPHIE. Chansons de Flandre : poèmes de Camille Lemonnier, musique\nde : Léon Du Bois, Louis Delune, François Beaucq, Edgar Leclercq. Edition Kerkhofs,\nBruxelles sous couverture ornée d'un dessin symbolique du peintre luministe flamand\nEmile Claus.\nCamille Lemonnier qui a doté notre littérature de tant de chefs-d'œuvre qui\nresteront l'un des plus nobles monuments de la génération qui nous précède, l'auteur\nprestigieux du Mâle, nous offre aujourd'hui un recueil de Chansons de Flandre. Il semble que\nle puissant Maître, du fond de son cœur resté jeune, entre deux tâches géantes, ait senti se\nréveiller les souvenirs lointains de l'enfance. Certaines de ces chansons, a peine realisees,\névoquent la couleur mystérieuse, les beaux décors du rêve puéril. Ah, l'apparition des rois\nmages, avec l'étoile, les petits bergers, l'Enfant Jésus, la Sainte Vierge, Saint Joseph, l'âne et\nle bœuf tapisserie irréelle, tramée d'azurs, de lumières et d'ors, dans les ciels mauves de\nBethléem. Ah ! ces histoires horrifiantes. Les Kerelsl Kling! Klang! le noir faucheur qui va par\nla prairie, fauchant les fleurs, les têtes, rouge de sang. Et puis, la nocturne fileuse, qui file au\nclair de lune, parmi les fleurs de la prairie —et l'étoile qui sonne la messe et 1 auberge\net les rois et le petit coq de ma tante Thérèse ! Toute l'épopée fabuleuse que la\nMaman racontait, aux soirs candides et tremblants de jadis ! Et la musique, avec ses rythmes,\nprête une vie magique à ces personnages que vénère l'âme populaire. Les Kerels de L. Du Bois,\nsont sauvages et rudes, ivres et farouches. Les petits paysans vont, sans repos, toujours, toujours,\ntirant la charrue, et désespérément, vers la mort, au bout du champ. Louis Delune a\nmerveilleusement interprété l'histoire des Petits Bergers de Flandre. Ces pages sont véritable-\nment exquises de réalisation primitive, au point de vue de la couleur harmonique. Kling! Klang !"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.82", "texte": "LE MOIS\n77\n\ndramatise, avec une âpreté, une vigueur d'accent, une sauvagerie \" tonale \" et \" rythmique \"\nsurprenante, la figure sanguinaire du faucheur. Les deux chansons de François Beauck sont\nplus spécialement dans la tradition populaire flamande. C'est bien le rythme balancé, mono-\ntone, un peu lourd et comique des vieux refrains, des anciennes chansons flamandes. Enfin,\nles pages d'Edgar Leclercq sont d'une jolie musicalité, dans la nuance moderne, subtile et\nlunaire, mélancolique et pénétrante. Les Chansons de Flandre ne seront pas comprises, ni\ngoûtées de prime abord, par tout le monde. Il faut avoir conservé l'âme neuve, il faut se\nlaisser caresser et bercer par le songe enfui... Ces petites œuvres, alors, paraissent ce qu'elles\nsont réellement, délicieusement évocatrices et d Art.\nEssais sur les symboles de la Tétralogie wagnèriennpar A. Cantillon. (Préface de François\nAndré.)\nLe petit livre de M. Cantillon, comme il le dit lui-même, est un manuel à l'usage des\nprofanes qui veulent s'initier aux idées de Wagner. Il témoigne d'une compréhension souvent\nheureuse des symboles, de la portée philosophique, du sens idéal de la Tétralogie. Il constitue\nun excellent guide. Le Maître, en effet, conçût et bâtit tout son œuvre sur un mythe\nsymbolique, d'après un plan vaste et touffu que l'on ne saisit pas sans une étude approfondie.\nMais il importe d'y insister, la structure idéologique des drames wagnériens, leur but\nsocial ne compteraient guère sans la réalisation musicale. C'est dans la forme et par elle\nsurtout que Wagner fut et restera l'un des plus grands créateurs de tous les temps.\nDISTINCTIONS. A l'issue d'une audition de Déjanire, la nouvelle, et dernière,\nœuvre (dit-on) de Saint-Saëns, au Palais de Bruxelles, le Roi Albert a remis au Maître\nfrançais, qui était venu tenir lui-même le piano, les insignes de grand-officier de l'ordre de\nLéopold. Cette distinction honore, en la personne de C. Saint-Saëns, la musique française\net nous en sommes particulièrement heureux.\nParmi les artistes décorés à l'occasion de l'anniversaire du Roi Albert, nous trouvons :\nM. Guidé, directeur de la Monnaie, M. J. Van den Eeden, directeur du Conservatoire de\nMons : promus au grade de commandeur de l'ordre de Léopold ; MM. Octave Maus, directeur\nde l'Art Moderne, A. de Greef, pianiste, De Loose, directeur de la Société de Musique\nde Tournai, nommés officiers du même ordre ; chevaliers : Nicolas Daneau, A. Dupuis,\nF. Rasse, Smulders, Thiébaut, Van Oost, Van Vlemmeren, compositeurs ; Daneels, organiste;\nDebefve et Durant, chefs d'orchestre ; Debroux, Deru, Marchot, Prys et Zimmer, violonistes ;\nClosson, musicologue ; Demest, professeur au Conservatoire; Lejeune; Samuel, idem ; Seguin;\nGoetinck, directeur de l'Ecole de Musique d'Ypres ; Hekkens, secrétaire du Conservatoire\nd'Anvers ; Schmidt, directeur de l'Ecole de Musique de Charleroi. Dans l'ordre de la Cou-\nronne : officiers ; Beyer, violoniste ; Mesdagh, compositeur ; chevaliers : Hullebroek, Prekher,\nStiénon du Pré, J. Strauwen, Van der Haegen, Mme Van den Born-Coclet, compositeurs ;\nMme Beumer, cantatrice ; MM. Delsemme, Merloo, Williame, professeurs.\nERRATA. Dans notre dernier numéro, nous avons attribué une mention au\nConcours de Rome à M. Brusselmans. C'est par erreur. Ce jeune musicien obtint en effet\nun rappel de mention.\nDans notre compte-rendu des conférences de M.E. Closson sur la musique wallonne\nà l'exposition de Charleroi, il faut lire : \" ... l'école néerlandaise, composée en réalité de musi-\nciens flamands,wallons et picards \" et, plus loin : \" Grétry... qui donne l'élan décisif à l'école\nféconde de l'opéra -comiquefrançais. \""}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.83", "texte": "78\nS. I. M.\n\nÉtranger\n\nSilhouettes de O. Bochler\n\nLISZT EN ESPAGNE\nVoici quelques détails curieux sur le séjour de Liszt à Valence; je les tiens de M. Buso,\nmusicologue, qui connut personnellement le grand musicien.\nIl C'était au début du mois d'avril 1845. Liszt, venant d'Andalousie arriva à Valence dans\nune de ces fameuses déligences qui n'offraient pas le confort de nos modernes moyens de loco-\nmotion ; il descendit à l'Hôtel du Cid qui se trouvait en face le palais de l'Archevêque et à\nproximité de la Cathédrale. Là, le célèbre organiste Perez Gascon, le maître de Chapelle\nEscorihuela et leur tout jeune élève M. Buso vinrent lui présenter leurs hommages et reçurent\ndu maître un accueil des plus empressés.\n\" Nous étions nous a dit M. Buso pleins d'émotion. Liszt était habillé d'une longue\nlévite noire brochée jusqu'au col. Je ne cessais de le regarder ; et les verrues qui se trouvaient\nsur son visage si expressif, me semblaient bien extraordinaires. Son regard avait un tel éclat\nqu' on pouvait à peine le fixer. Ses cheveux tombaient jusqu'à ses épaules. Nous avions devant\nnous la silhouette romantique la plus caractéristique. La musique fut aussitôt le sujet de notre\nentretien. Liszt était très aimable et très simple ; il se mit au piano. Ce qu'il joua, je ne saurais\nplus le dire ; mais, ce que je n'ai pas oublié c'est l'effet que produisit sur moi cette musique\ndont la douceur alternait avec la violence. Cette exécution terminée, Liszt demanda à\nl'organiste Perez Gascon de lui donner un sujet de fugue avec son contresujet; après quelques\nsecondes de réflexion il se mit au piano et improvisa une fugue admirable. Très ému Perez\nGascon embrassa le maître ; mon compagnon et moi restions sur nos sièges sans pouvoir\nprononcer une parole tant était grande notre extase... Nous prîmes congé du maître qui nous\npromit de venir nous trouver le lendemain à la Cathédrale. Le soir eut lieu un concert au\nThéâtre Principal. A cette époque les variations et les improvisations sur un thème donné\nétaient très goûtées du public ; la facilité avec laquelle Liszt sut traiter le thème d'un motif\npopulaire (air de danse, dit des nains, qui date du 16e siècle) fut pour lui l'occasion d'un\nnouveau triomphe. Comme il l'avait promis, Liszt se rendit le lendemain à la Cathédrale,\naprès les Vêpres. Nous espérions être seuls; mais les chanoines, au courant de notre rendez-\nvous, étaient restés dans les stalles du chœur. Pas un bruit, cependant. Les vitraux, baignés de"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.84", "texte": "LE MOIS\n79\n\nsoleil, projetaient sur les boiseries dorées de l'autel des lueurs multicolores. L'organiste, pour\nmettre en valeur toute la richesse de son instrument improvisa une fugue. Liszt se tenait près\nde moi ; pendant longtemps il écouta, calme ; peu à peu il s'anima et, lorsque la fugue fut\nterminée, il courut à l'orgue, prit les mains de l'organiste et les couvrit de baisers. Des mains\nsi petites étaient-elles donc capables de jouer d'aussi merveilleuse façon ! Quand Liszt joua\nà son tour, il s'en fallut de peu que l'enthousiasme des chanoines ne se traduisit par des\napplaudissements. \"\nLe lendemain Liszt partit pour Barcelone. Il fréquenta les milieux aristocratiques et y\nreçut le meilleur accueil. On apprécia sa grande amabilité en même temps que son talent. Sans\ndoute quand il se mettait au piano, il était obligé de sacrifier au goût du public et s'il exécuta\nsouvent d'excellente musique il dut aussi satisfaire ses auditeurs par des Fantaisies et des\nMorceaux de bravoure.\nEDOUARD L. CHAVARRI.\nLISZT EN ROUMANIE\nLa Roumanie n'a pas manqué de faire sa petite partie dans les fêtes du centenaire Liszt.\nLes journaux, Minervaen particulier, ont réuni d'après les feuilles de l'époque quelques\nsouvenirs d'un passage du pianiste à lassy en 1847, la dernière année de ses triomphales\ntournées européennes.\nL'enthousiasme de la presse moldave s'exprime en termes dont le lyrisme et la naïveté\nnous documentent sur la culture musicale du pays. Il faut bien se rappeler d'ailleurs que les\nPrincipautés danubiennes n'étaient alors pas encore débarrassées des dominations turque ou\nrusse, aussi asiatique l'une que l'autre, et il n'y a rien d'étonnant à ce que les musicographes\nlocaux ne prétendent qu'ajouter \" à l'opinion générale de Y Europe \" le modeste tribut de leur\nadmiration pour \" les grands talents de Monsieur Liszt \". Il avait de quoi : \" Les\nde sa claviaturesont le non plus ultra (sic, sic, sic !) de cet instrument. Dans les sautes les plus\nhardies, les passages les plus difficiles et les sonorités les plus délicates, la main gauche rivalise\navec la droite, se confond avec elle et sans visible effort toutes deux engendrent des sons\nqui entraînent l'auditeur vers la douleur, la joie et la mélancolie, selon les sentiments mêmes\nde ce grand maître. Aussi la réception que notre noblesse fit à M. Liszt fut-elle enthousiaste\net témoigna qu'ici comme dans les autres capitales de l'Europe le vrai mérite rencontre toujours\nune juste estime \".\nPar exemple les frais d'éloquence du chroniqueur lui ont fait oublier de nous transcrire\nles programmes de Liszt. On sait seulement qu'il joua trois fois. Le premier concert eut lieu\nle 5 janvier 1847 dans les salons du vistiernic(c'était le ministre des finances) A. Balsch, un\ndes plus grands boyars moldaves. \" Inutile d'énumérer les pièces qui ont \" sonné \" (on voit\nqu' en roumain on parlait comme Melle de Limeuil). L'important serait de faire savoir\nelles furent sonnées,si cela était possible par des mots. Mais les productions du pinceau et des\ninstruments sont de celles qu'il faut recevoir pa et\npar le moyen duquel elles peuvent influer sur l'âme, car les descriptions les plus réussies\ndemeurent toujours insuffisantes... \"\nLe mercredi suivant une matinée succédait au concert mondain. Ici l'on entendit entre\nautres Y Invitation à la valse de Weber et l'ouverture de Guillaume Tell : \"Le grand poète\nLiszt a su rendre sur un pauvre piano toute la vaste conception de Rossini, remplacer un\norchestre entier et reproduire en perfection, à lui tout seul, le caractère particulier de chaque"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.85", "texte": "80\nS. I. M.\n\ninstrument. D'où l'on peut reconnaître que Liszt ne s'est pas borné à approfondir le piano,\nmais qu'il a encore étendu ses études à tous les autres instruments.\"\nUn autre journal exclame : \" Ainsi applaudissons, jetons des fleurs et des couronnes à ces\nenchanteurs de l'humanité. Les sons légers et brillants, papillons de l'harmonie, à peine nés,\ns'envolent au ciel, comme si la terre était indigne de les garder. Que nous en reste-t-il ? Un\nsouvenir émerveillé... \"\nAprès la matinée, un troisième concert suivit le 11 janvier. Une telle foule était accou-\nrue de la province, qu'il fallut ouvrir la salle du nouveau Théâtre. A son entrée Liszt fut\naccueilli par des salves d'applaudissements et une pluie de fleurs. Après le premier morceau, le\nbuste de l'artiste, modelé dans la fièvre de l'enthousiasme par un amateur de sculpture, appa-\nrut au fond de la scène, et une dame de la société vint le couronner au milieu d'ovations\nfrénétiques.\nLe programme cette fois comportait aussi une et une d'un\njeune compositeur, connu plus tard comme créateur de l'opérette roumaine par l'emploi d'airs\npopulaires qu'il fut un des premiers à récolter, A. Flechtenmacher. Liszt daigna lui en faire\ncompliment, mais surtout transporta son public en prenant immédiatement les airs de la hora et\nde l'ouverture pour thèmes des plus brillantes improvisations. La joie et l'enthousiasme furent à\nleur comble.\nGeorge Asakhi, l'esprit encyclopédique, poète, peintre, mathématicien, ministre, bref le\nroumain le plus instruit de son temps, avait à cette occasion monté les cordes de sa lyre et remis\nà Liszt un sonnet en roumain et en français. Le texte original français malheureusement\nm'échappe, mais en voici la teneur d'après l'édition des Poésies, publiée par N. lorga, Neamul\nromânesc, en 1908 :\n« Depuis le temps où la lyre d'Orphée résonnait aux rivages de Thrace, aucun chant de cette\npuissance ne s'était fait entendre dans les plaines de l'lster... Si tu passais en l'autre monde\npour ramener Eurydice; si, nouvel argonaute, tu cinglais vers Colchide, tu vaincrais la tempête\net soumettrais le Tartare... Cependant ta mission est plus haute et ton sort plus heureux : le ciel\nveut, par ton organe, que l'hymne harmonieux des anges descende jusque sur terre. \"\nIl serait curieux de savoir si l'autographe de G. Asakhi est conservé dans quelque archive,\net où se trouve le buste modelé par le sculpteur A. C. de lassy.\nMARCEL MONTANDON.\nBUCAREST. Premier Congrès des chantr Ils sont environ douze mille\ndans le pays, et leur fonction leur vaut d'être considérés comme faisant à peu près partie du\ncorps ecclésiastique. Mais en réalité ils sont les plus misérablement rétribués de tous les\nfonctionnaires et ne jouissent d'aucune considération. Si l'on excepte les maîtrises de quelques\ngrandes paroisses, le chant dans les églises roumaines n'est en effet qu'un braillement nasillard,\noù la psalmodie inintelligible du chantre est soutenue par le de tête indiscontinu de l'enfant\nde chœur qui tient Vison,c'est-à-dire \" complète l'harmonie \".\nAussi était-il temps de s'occuper de cette pauvre corporation et de faire quelque chose\npour son relèvement moral et matériel. Le premier congrès, réuni par les soins de\nM. Popesco-Pasarea, a émis les vœux principaux suivants :\nQue le traitement des chantres qui était de 40 à 50 francs par mois dans les villes,\net de 11 (onze) francs dans les villages fut porté à 120 et 50 francs, avec augmentations\nsuccessives et droit à une pension ;\nQue l'instruction des chantres comportât quatre ou cinq ans d'études, pendant lesquels"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.86", "texte": "LE MOIS\n81\n\nils apprendraient non seulement le chant, mais le cérémonial des fêtes et la langue roumaine\npour commencer ;\nQue l'enseignement du chant fût donné dans les écoles attachées aux deux Métropoles\nde Bucarest et de lassy, aux principales églises et aux séminaires ; et qu'en outre une chaire\nde musique d'église fût fondée au conservatoire pour la formation de professeurs capables.\nEnfin, à côté d'autres questions d'ordre administratif intérieur, par exemple que les\nchantres ne soient plus destitués sans jugement, que le congrès devienne annuel, etc, on a\nproposé la nomination d'une commission de trois membres chargée de recueillir les plus beaux\nchants d'église encore subsistants.\nM. MTD.\nMUNICH. Brillant recommencement de saison - Liszt, Mahler; Mahler, Liszt, on\nne sort pas de là après un non moins brillant été musical Wagner, Beethoven, Mozart.\nJe ne sais à vrai dire rien de plus reposant que l'été de Munich. De la musique hors ligne,\nautant qu'on en veut, dans des conditions de bien être et de commodité inappréciables et,\ntandis que toute l'Europe fut à sec, des eaux fraîches et abondantes dont l'édilité n'a pas eu à\nnous priver d'une goutte. On a quelques jours arrêté les fontaines et jets d'eau ; on n'a pas\nfermé un seul robinet. Et les courses aux environs, lacs, montagnes, châteaux et vieilles villes\nalternent délicieusement avec les trois cycles annuels simultanés, ou plutôt fugués.\nIl serait ingrat de prétendre qu'on ne se soit pas aperçu de la disparition de Mottl, mais\nM. Lohse a fait merveille au Théâtre du Prince Régent. A celui de la Résidence entendre\nM. Richard Strauss diriger Mozart est un régal de délicats. Mais le plus populaire des cycles\nmunichois devient décidément celui du Konzertverein où M. Ferdinand Lœwe nous donne de\nBeethoven la révélation certainement le mieux selon la tradition viennoise, la plus fidèle à\nl'esprit de Beethoven et de son temps qui se puisse souhaiter. Je le trouve très Congrus de Vienne,\nM. Lœwe, et je m'étonne toujours à ses concerts de me reconnaître à Munich et de voir des\nsmokings et des jupes entravées. Instinctivement on cherche aux fauteuils la comtesse de Fries\nou la Princesse de Sagan, Metternich, Gentz ou Razumowski. La Symphonie inachevée de\nSchubert, telle ouverture de Weber, la IVme symphonie de Beethoven interprétées par lui ;\nrevoir à la galerie Schack les de Schwind; rentrer chez soi et feuilleter le Talleyrand de M. Loliée\nou surtout la Chronique de la Duchesse de Dino et les Souvenirs de la Baronne du Montet, ce\nsont là délectations du même ordre.\nMais il y a un second M. Lœwe à côté de cet exquis évocateur des passions, de la poésie\net de la vie charmante du vieux temps ; c'est celui que j'appellerai le filleul et exécuteur\ntestamentaire de Brahms et de Bruckner, le conservateur de la mémoire de ce dernier. La\nencore il est inimitable parfois, d'autres fois incomparable. Dans Bruckner toujours. A vrai dire\nlui seul le joue, le démêle, l'ordonne et le coordonne. Il lui est ce que M. Steinbach est à\nBrahms, mais jusque dans Brahms il reprend sa revanche sur M. Steinbach par certaines grâces\nd'état viennoises. Je l'aime moins dans Richard Strauss et dans Mahler, qui, forcément, lui\néchappent en partie par leur expression de sentiments que la nature exquise et reservée de\nM. Lœwe ne comporte pas et ne peut que théoriquement comprendre. De cette compréhension\nqui pardonne ! Or, il faut, ici comme ailleurs, la compréhension qui partage. Ceci n'est du\nreste nullement un blâme, nullement une critique. Le chef d'orchestre indifférent à ce qu'il\njoue et l'esprit en quelque sorte a ouvert à tout venant \" ne peuvent être que médiocres en\ntout. Et j'aime M. Ferdinand Lœwe d'être l'homme de ses amours, le répondant de ce qu'il\napprouve.\nLiszt même n'est pas son fait. Il y faut la frénesie cassante et le diable au corps romantique\n\n6"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.87", "texte": "82\nS. I. M.\n\nd'un Hausegger... Donc on l'a fêté, Liszt, avec magnificence dans le monde entier. Il est incon-\ntestable qu'il est mieux le fait des amateurs de musique littéraire et picturale que des musiciens\npurs, celui des partisans de la musique à tout faire : histoire, géographie, philosophie, poème, drame\net roman. Faust et Dante, les douze poèmes symphoniques, certes c'est très intéressant deux ou\ntrois fois. Mais me sera-t-il permis d'avouer qu'à la dix ou douzième cela dégage un insupportable\nennui, et apparaît de formidables pensums. Hélas ! le jubilé n'a ni modifié, ni rajeuni ces\nimpressions. Je n'insiste pas. L'auditeur rassis, saturé de certaines œuvres aura toujours tort auprès\nde ceux qui viennent d'en avoir la révélation. Je m'étonne aussi un peu que la rosserie de notre\ntemps soit si unanime à rendre hommage à l'admirable caractère du héros de l'amitié et de\nla charité intelligentes et nous rions même sous cape de l'entendre célébrer et proposer comme\nmodèle par tant de précieux amis et de délicats confrères qui en jugent en si experts connais-\nseurs. Ce qui nous divertit peut être encore plus, c'est de constater le respect unanime avec\nlequel l'anticléricalisme notoire de ces Messieurs affecte de pudiquement ignorer les amusantes\npeccadilles qui firent tant jaser autrefois et qui pourtant contribuent à rendre la physionomie\nde Liszt si particulièrement décorative. Qu'on nous le donne entier que diable, malgré ou\navec cette soutane à laquelle le diable ne perdait rien. Mais c'est encore un signe des temps\nque de cribler de sarcasmes immérités la soutane bien portée, et de la saluer bien bas lorsqu'elle\nl'est mal ou du moins lorqu'on se trompe en la portant. Elle fut du reste chez Liszt, la période\nqu'il s'en para, le symbole d'une piété très sincère, d'une foi très complète, mais aussi, disons-\nle bien haut, une particularité, un dandysme romantiques dont il était loin d'ignorer la séduc-\ntion sur les femmes. Et si l'on veut toute ma pensée, l'inégalable beauté du caractère de Liszt\nà l'égard de ses confrères était avant tout la rançon, que s'imposait sa piété, de faiblesses\nauxquelles il était incapable de résister. Il avait fait en lui, généreusement comme toujours,\ncar il ne faisait rien à demi, la part de Dieu et la part des plus profanes passions. Qui veut\nétudier son œuvre à cette lumière-là pourra faire quelque découverte. Aucune hypocrisie, cela\nva de soi. Mais cette sorte de chevalerie à l'égard de soi-même qui décide d'emblée : cela, tu\nte le permettras, cela, tu te l'interdiras. Tu seras toujours un frère pour tes confrères, tu seras\nce qu'il te conviendra d'être pour tes sœurs... Je ne rappelle pas les témoignages contempo-\nrains plus ou moins arrangés en roman, tel Roi Vierge, tels Manoir es d'une Cosaque, tel autre\nlivre même qui me touche de plus près, mais parmi les nombreuses correspondances de Liszt\nqui me sont passées entre les mains, n'ai-je pas publié en 1889 déjà cette lettre incroyable où\nil met en garde une de ses élèves contre une autre de ses élèves, qui s'en va de par le monde\nse déclarant sa femme. Il l'excuse : c'est une folle. Econduisez-là. Et parmi ceux qui le virent\nsur son lit de mort, quelques-uns peut-être se souviennent encore, du moins l'ont ils raconté\nautrefois, du ravage fait dans la belle chevelure d'argent par une autre de ces folles, dont le\nfils aujourd'hui affecte de jouer exclusivement du Liszt à ses concerts. Et dans le cours de sa\ncarrière mouvementée, et jusque dans les dernières années de sa vie, ce gant noir, oublié sur le\npiano après qu'il avait joué, en faveur de l'admiratice qui le voudrait ramasser, ce que des\ntémoins certifient encore aujourd'hui ! Certes il vaudra toujours mieux étudier et jouer l'œuvre\nde Liszt que fouiller dans sa vie privée et redire des cancans, mais hélas ! nous sommes de ceux\nqui prétendons que l'œuvre sans la vie de l'artiste ne s'explique jamais complètement. Et\nsurtout une vie et une œuvre tout en dehors comme celles de Liszt. Lui-même avec sa parfaite\ndroiture estimait n'avoir rien à cacher et c'est ce qui fait qu'il vit et meurt en beauté com-\nplète. Quant à la pointe de charlatanisme qui lui fut si souvent reprochée et dont le dernier,\nle plus cruel écho, et le plus véridique aussi, se trouve dans le Feu de M. d'Annunzio,\ns'il convient de n'y point trop insister, du moins faut il encore la noter pour avoir la phy-\nsionomie complète de l'homme et parce qu'elle se retrouve deci delà dans l'œuvre. Liszt est"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.88", "texte": "LE MOIS\n83\n\nde ces génies certes à qui l'on doit tout pardonner, c'est même le premier devoir à son égard.\nLe second nous paraît dé\" n'en rien oublier. Un Liszt complet ne sera jamais diminué dans\nl'affection de ceux qui entrevoient à fond son caractère. Il s'est cru de la lignée de Faust, de Tasse,\nde Dante, n'est-ce pas tout dire? Avec ses écarts et ses péchés, il se reconnaissait dans tout ce qui était\ngrand. Et c'est une part non la moindre de son individualité que les outrances et les excès de\nsa première manière. Sans elles le vieillard serein et magnanime des dernières années serait\nmoins admirable, moins respectable, et surtout l'œuvre serait inexplicable. J'ai donc le droit de\ndemander qu'on nous fasse un Liszt ressemblant et non point symbolique. Vous ne supprimerez\ndu reste ni les mémoires et correspondances des contemporains, ni l'œuvre. Et c'est l'une de\ncelles où un homme s'est le mieux confessé. Je m'étonne un peu que l'historien des cas exaspérés\ndu romantisme, M. Ernest Seillière, ne s'y soit pas encore arrêté. Lui du moins ne nous ferait\nun Liszt ni à l'eau de rose, ni à l'eau bénite, ni-à l'encre de la petite vertu.. Il est tout de même\ndéconcertant que la destinée de ce grand et étrange fascinateur lui ait encore valu cela, d'être\nà peu près canonisé par le public qui, à aucune époque, ait eu le moins cure des mots religion,\nsainteté, péché ou vertu. Ce fut un grand honnête homme, me repondra-t-on ! Certes mais que\nle terme honnête ne fasse pas oublier Yhomme.\nQuoiqu'il en soit du reste, M. Paul Prill de son côté nous impose les douze poèmes\nsymphoniques coup sur coup. Et fidèle à son principe d'exhumer des œuvres méritoires inconnues\nou oubliées, il nous présente tantôt une scène d'un drame injouable de Cornélius, tantôt la\ndeuxième symphonie de Weber, presque comique, tantôt celle du pauvre Goetz. A l'Odéon\nM. von Schuch arrive de Dresde ramasser le bâton de Mottl. En attendant M. Hugo Roehr y\na fêté Liszt avec le XIIIme psaume, le Promethèe moins célèbre à tort que d'autres de ses poèmes,\net les chœurs celui des moissonneurs charmant pour le Promethèe enchaîne de Herder.\nEt le bruit court que l'ombre même de Mahler, M. Bruno Walter de Vienne, ce jeune\nchef d'orchestre dont les débuts furent une telle joie pour le Maître qu'il parla un moment de\nl'adopter, va succéder à Mottl, à l'Opéra royal. Cela nous promet des jours radieux et\nconsolateurs. Munich ne se plaindra pas de manquer de chefs d'orchestre cet hiver : von Schuch\nici, Ferdinand Lœwe là, Bruno Walter ailleurs, enfin M. Ossip Gabrilovitch.. Car les débuts\nde ce dernier à l'orchestre ont été également sensationnels. Son premier concert de l'année\nnous a valu la Lenore de Duparc. Comment se fait-il que vous ne nous ayez pas mis au bénéfice\nd'une telle œuvre, jouée ici par Gabrilovitch pour la première fois, à ce festival français\noù de neuf non,d'inentendu,—il n'y avait guère que la symphonie de M.Widor et les pages\nnorvégiennes de M. Arthur Coquard ? Après tout j'en passe et des meilleurs, peut être. Mais\nen tous cas bien peu, et vous êtes tout de même inexcusables d'avoir ainsi subtilise M. Duparc.\nVoici une œuvre, cette Lenore, qui ralliera tous les suffrages aussi bien à Vienne, Prague ou\nMunich qu'à Paris. De la soirée de piano de M. Gabrilovitch je ne saurais assez dire le charme\net la plasticité des interprétations de Bach, Beethoven et Schumann.\nMme Ella Becht sera quelque jour une cantatrice éminente, approfondissant les rôles des\ngrands lyriques de la scène avec passion, intelligence et une voix bien conduite. Le quatuor\nHeyde nous promet une soirée slave et une française. Un jeune compositeur Hans Unger s est\nrévélé fantaisiste parfois gentil, souvent délicat, toujours spirituel.\nWILLIAM RITTER.\nLONDRES. Après les concerts d'été, les concerts d'automne, les saisons se suivent et\nchangent, les couleurs des affiches peuvent bien prendre des teintes automnales, mais les pro-\ngrammes restent les mêmes. Ils restent si désespérément les mêmes que l'on se demande pour-\nquoi l'on irait une fois de plus entendre un Saint Liszt quelconque marchant sur les flots ou"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.89", "texte": "84\nS. I. M.\n\nune cinquantième interprétation des Poissons d'Or Debussystes. L'étonnant c'est que des\nauditeurs survivent encore à toutes ces séances. Il est vrai que les Anglais s'y rendent, ou\nparce que l'artiste possède un nom célèbre ou parce qu'il est un de leurs amis ; ils y arrivent à\ntrois heures et demie et s'en vont vers quatre heures un quart vers des tea rooms ou des visites.\nDe cette façon l'on peut ne pas entendre toujours le même morceau. Mais pour nous, par\nquels adjectifs nouveaux résumeront nous notre admiration, notre indifférence ou notre ennui ?\nDe tant de séances semblables il vaut mieux ne pas parler.\nLa dernière saison de Covent-Garden fut consacrée à quelques opéras italiens remis au\nprogramme pour Mme Melba et Mme Tetrazzini, à quelques représentations de et de\nLouise et au ballet Russe. La brève saison actuelle est consacrée à la et autres drames\nlyriques wagnériens et au ballet Russe qui triomphe une fois de plus. La seule nouveauté\nannoncée est le K'onigskinderde Humperdink, pour lequel on fait répéter depuis plusieurs jours\ndéjà des oies et autres volatiles de bonne volonté si nous en croyons les communiqués\ndirectoriaux.\nA part Herr Van Rooy et Herr Bechstein qui, une fois de plus interprètent Wotan et\nMime, l'on remarque peu de noms connus sur l'affiche de la Tétralogie. Quant au programme\ndes danseurs russes, ils se composent de l'inoubliable Sheherazade> du Pavillon d'Armide et\nd'une Giselled'Adam qui est bien la chose la plus ennuyeuse du monde, avec ses Willis démo-\ndés et ses danses macabres qui ne sont ni macabres ni même second Empire. Le Narcisse de\nTcherepnine, le Lac des Cygnes de Tchaikowsky, et le Dieu bleu de M. Reynaldo Hahn vien-\ndront plus tard. C'est M. Pierre Monteux qui toute la saison fera danser, au bout de son bâton\nles Nijinsky, les Karsavina, les Pavlovas et autres admirables artistes, tandis que les représenta-\ntions wagnériennes seront dirigées par Herr Frank Schalk.\nL'autre grand événement de la Saison d'Automne est l'ouverture de 1' \" Opéra House \"\nde M. Oscar Hammerstein : j'en parlerai tout à l'heure.\nLes Concerts du \" London Symphony Orchestra \" vont bientôt commencer au Queen's\nHall, dirigés par Sir Edward Elgar, MM. Safonoff, Nikisch, Steinbach et Gustave Doret.\nAucune \" première audition \" inscrite au programme naturellement, mais du Berlioz, du\nTchaikowsky, du Strauss, les habituels classiques, et la symphonie de Paderewski.\nLes Concerts Symphoniques au \" Queen's Hall Orchestra\" vont aussi recommencer sous\nla direction de Sir Henry. J. Wood. Quelques œuvres annoncées nouvelles à Londres : sur\nsymphonie de Walford Davies, la Pavane de Ravel, la Zorahayda de Svendsen et la Rapsodie\nRoumaine de G. Enesco. MM. Pugno, Kreisler et Mischa Elman, Mme Acté et Mysz-\nGmeiner s'y feront entendre en qualité de solistes.\nQuant à la \" London Choral Society \" dirigée par M. Arthur Fagge, elle nous promet du\nmoins en plus de la Messe en mi de Bach et du des nouveautés telles que:\nA Taie of Old Japanpar Coleridge Taylor, The par Charlton Speer,\npar Margaret Meredith et The Tir tree and the par Bertram Shapleigh.\nM. Thomas Quinlau, imprésario annonce, lui, à l'aide de prospectus fort détaillés, qu'il\nva promener par les provinces anglaises les drames lyriques wagnériens. L'entreprise est hardie et\nintéressante, surtout si l'on songe que ces drames lyriques seront mis en scène de façon moderne\net non selon la tradition de Bayreuth. Même les costumes seront en harmonie avec des décors\nplus satisfaisants que ceux à la mode de 1876. \" Pour Tristan, dit M. Quinlau nous\naurons un vrai vaisseau saxon fait d'après des enluminures de l'époque, au lieu du navire, genre\nXIVme siècle que l'on est accoutumé à voir. Le chateau du dernier acte sera bâti avec plus de\nsoins archéologiques qu'il n'est d'habitude. Tristan portera au premier acte les innombrables\nornements chers aux Celtes, notamment un casque de cuivre doré et une ceinture du même"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.90", "texte": "LE MOIS\n85\n\nmétal ornés des pendeloques de cristal, de mode à l'époque qui suivit l'occupation Romaine ;\nses tuniques seront aussi bleues que la mer qui bat les côtes de ses îles de Scilly... Lohengrin\napparaîtra revêtu de l'armure du chevalier Normand et ses vêtements nuptiaux ainsi que ceux\nd'Eisa sont inspirés des figures de Chartres... Quant aux Walkyries elles auront vraiment\nl'allure de vierges guerrières aux cheveux flottants et au teint brûlé de 501ei1...\"\nIl sera intéressant de saisir si les provinces anglaises apprécieront la valeur de ces change-\nments si révolutionnaires ; et on se demande ce qu'en penserait le public de Covent-Garden\nhabitué à voir la prima donna habillée d'une toilette généralement moderne qui n'a aucun\nrapport avec l'opéra dont elle est l'héroïne. Avouons-le, une robe de tulle pailleté noir dans\nRigo/eto ou la Traviatane manque pas de charme.\nNovembre. Une fois de plus le vient de triompher Covent Garden en\ndépit de la mise en scène bien pauvre (à laquelle d'ailleurs l'on commence à être accoutumé)\net d'un Siegfried mauvais chanteur, mauvais acteur et ridicule à voir: je veux dire Herr Cornélius.\nCertains donnent toute leur voix au premier acte de et arrivent épuisés au duo final :\nd'autres se réservent pour ce troisième acte. Herr Cornélius lui, se contenta de mimer le pre-\nmier acte, de déclamer le second et d'aboyer le troisième. Mais Van Rooy et Bechstein furent\nadmirables et Herr Hensel, merveilleux Loge, fut à la seconde série de représentations un\nSiegfried fougueux et jeune en même temps qu'un vrai chanteur ; et Dieu sait s'ils sont rares\nles ténors allemands qui daignent \" chanter \" Wagner. L'orchestre sous la direction de\nHerr Franz Schalk montra tour à tour la majesté, la subtilité et la fougue nécessaires ; l'inter-\nprétation de Herr Schalk, vraiment romantique nous changea un peu de la classique perfection\nd'un Richter tout de même un peu vieilli.\nIl faudra marquer d'une croix (dont la couleur n'est pas encore décidée) la date du\n13 Novembre 1911. Car c'est ce soir mémorable que M. Oscar Hammerstein, l'imprésario\nbien Américain que l'on sait, ouvrit aux Londonniens étonnés les portes de son Opéra House.\nC'est un étrange bâtiment tout blanc, rose et or, arrangé de façon extraordinaire que l'on me\ndit être américaine et chauffé à blanc à la mode également d'Amérique. Si l'on ferme les yeux\nen sortant de voiture et si on ne les rouvre qu'une fois dans la salle, il est impossible de se\nrendre compte que l'on est à Londres, pas très loin de Covent Garden. Il y a derrière les fau-\nteuils une espèce de promenoir où l'on peut causer, j'allais dire fumer et il est presque impossible de\nse voir d'une loge à l'autre ce qui empêchera bien des gens de venir ; un beau théâtre si l'on\nveut, richement décoré, et qui ressemble à tout ce qu'on veut excepté à une salle d'opéra.\nDe l'opéra d'ouverture, le Quo de M. Jean Nouguès, je ne saurais rien dire de\nnouveau ; il a obtenu à Londres le succès qu'il obtient partout où il est joué, et le public\nanglais, après le public de Vienne, de Berlin et de Paris, s'est étonné de la modestie du musi-\ncien qui la plupart du temps se borne à illustrer par de la musique les gestes des acteurs, les\npéripéties de l'action et la splendeur de la mise en scène. Les parties les plus musicales de\nl'œuvre, c'est-à-dire le premier et le dernier acte ont dû être sacrifiées parce que les specta-\nteurs anglais n'aiment pas à rester enfermés dans un théâtre après onze heures du soir. On en\neut la preuve, car, lorsque Pétrone vers onze heures cinq, se mit à chanter : \"Il faut partir '*\nla moitié de la salle suivit le conseil de l'arbitre des élégances et se précipita tumultueusement\nvers les sorties. Comme M. Nouguès, et M. Hammerstein lui-même avaient paru sur la scène\naprès le troisième acte, nulle curiosité ne retint la foule, pas même celle d'écouter de la musique\npourtant supérieure à celle des actes précédents.\nLes interprètes eurent un succès qui ne s'éleva jamais jusqu'à l'enthousiasme. Un public\nanglais de grande première musicale, habitué aux chanteurs les plus parfaits que l'on puisse\nentendre de l'école italienne ou de l'école allemande, ne trouvera jamais que passables de bons."}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.91", "texte": "86\nS. I. M.\n\nchanteurs français ordinaires. Mais la chevelure de Mlle Vallandri et l'art incomparable de\nRenaud obtinrent tous les suffrages. Des décors, dont on a tout écrit, et des costumes tant\nvantés il vaut mieux ne pas parler : ils ne se peuvent comparer à ceux d'aucun théâtre de\nLondres sauf peut-être Covent Garden. Mais à Covent Garden, le public ne vient pas pour\nvoir de la mise en scène.\nIl est donc à craindre que la tentative, d'ailleurs hardie et intéressante de M. Hammerstein\nne plaise ni aux habitués de l'Opéra ni au public populaire : elle ne flatte les goûts ni de l'un\nni des autres. Et ce n'est certainement pas Guil et qui ferait prendre à tout\nLondres le chemin du \" London Opéra House \".\nParmi les concerts donnés récemment il me faut faire une mention spéciale de celui de\nM. Clive Corey, dont le programme uniquement composé de chansons populaires (harmonisées\net recueillies par M. Carey lui-même, M. Sharp et Miss Mary Neal) et de ces Danses\npaysannes charmantes et typiques connues sous le nom de \" Morris Dances \" nous change\nagréablement après tant de banales séances. M. Corey a une jolie voix dont il se sert adroite-\nment et ses interprétations de \" Folk Lore Songs \" furent une révélation pour le public et\nmême pour certaines critiques.\nX. MARCEL BOULESTIN.\nLa Société des Concerts Français continue son œuvre si intéressante de vulgarisation\nartistique. M. Gueritte s'efforce de présenter au public londonien les meilleures productions\nde notre jeune école, et après d'lndy, Magnard, Roussel, Florent Schmitt, et d'autres encore,\nil a consacré le programme du 28 novembre dernier à des mélodies de Charles Bordes, au\nquatuor piano et cordes, et à la Sonate piano et violoncelle d'Amedée Reuchsel, au Trio à\ncordes, et au Concertstiick pour violon de Maurice Reuchsel. Les mélodies de Charles Bordes,\nd'une délicatesse exquise, ont été fort goûtées, et les œuvres instrumentales des deux jeunes\ncompositeurs français ont produit aussi une très bonne impression. On a apprécié surtout la\nSonate jouée par M. Amédée Reuchsel et M. Alexis Ticier (elle prend une place méritée\nparmi les pages modernes consacrées au violoncelle) et le Concertstûck pour violon que\nM. Maurice Reuchsel exécuta avec un soin très artistique.\nTURIN. Le Concours international d qui a eu lieu à Turin, les 14 et\n15 août dernier, a été, sans conteste, la plus importante manifestation orphéonique de l'année :\nmalgré les grandes chaleurs et les faux bruits de choléra, 203 sociétés, dont plus de 100\nfrançaises, étaient présentes.\nDès le samedi, 12 août, un brillant concert donné à la Salle des Fêtes de l'Exposition\npar la Musique de la Marine Royale, si bien dirigée par le maestro Matacena, et par la\nrenommée Musique Municipale de Turin, sous la direction du talentueux Vaninetti, a excité\nl'admiration du public. Au programme : la Falkyrie, Parsifal, les Joyeuses commères de Windsor,\nla Seconde rapsodie de Liszt, Mefistofele de Boïto et Sigurd Jorsalfar de Grieg. Le tout exécuté\nà la perfection. La Musique Municipale a de véritables sonorités d'orchestre.\nLe dimanche soir, 13, somptueuse réception du Jury par la Municipalité de Turin.\nRemarqué dans le jury français, aux côtés du Commissaire général, M. Jean Ritz, et de ses\ndeux fils Emmanuel et François-Maurice, MM. Kaiser, Paul Viardot, Expert, Brody, Boisson,\nReuchsel, Fargues, Cools, Verdal, Roch, Kling, Cauchie, Routier, Walter, Galerne et\nplusieurs chefs de musique militaire.\nLe lundi, 14, épreuves de lecture à vue et d'exécution dans 34 locaux de concours.\nLe soir, concert à la Salle des Fêtes par les meilleures sociétés françaises et étrangères."}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.92", "texte": "LE MOIS\n87\n\nLe mardi matin, concours d'honneur. Remarqués dans les chorales : la Lyre Algérienne,\nl'Union chorale de Nice, les Amis réunis de Sl-Etienne, l'Orphéon du Puy, le Cercle choral\ndu Creusot ; dans les harmonies : la Philharmonique de Lugano, la Lyre Monégasque ; dans\nles fanfares : Oullins, Oyonnax.\nLe concours des Estudiantinas a révélé des sociétés de premier ordre.\nA midi, le banquet officiel du Jury réunissait plus de 300 convives au restaurant du Parc\nde l'Exposition. Plusieurs toasts chaleureux ont été échangés.\nA 5 h. 1/2, défilé des sociétés à l'Exposition. A l'issue de ce défilé, entre le pont\nmonumental et le Château d'Eau, magistrale exécution du chœur \" Le Mage \" de Jean Ritz\npar toutes les chorales des divisions supérieure et d'excellence, accompagnées par la musique\nmunicipale de Turin. L'auteur dirigeait lui-même son œuvre. Ensuite, M. Vaninetti dirige\nson ouverture Lascio e Piemonte \", brillamment enlevée par les musiques de la Marine, la\nmunicipale de Turin et deux des meilleures harmonies italiennes. Les deux auteurs ont été\nlonguement acclamés et félicités.\nLes récompenses attribuées aux sociétés consistaient en objets d'art de grande valeur,\ncouronnes, palmes, médailles d'or et de vermeil, et en 40.000 francs de primes en espèces.\nCes fêtes orphéoniques étaient présidées par le distingué Comte Gazzelli-Brucco, frère\ndu regretté Comte de Villanova qui, en 1881, a fondé à Turin, avec la collaboration de notre\ncompatriote, M. Jean Ritz, compositeur de musique à Annecy, les concours internationaux\nde musique en Italie ; elles font le plus grand honneur à leurs dévoués et désintéressés organi-\nsateurs : M. Oreste Bava pour l'ltalie, et M. Jean Ritz qui, depuis trente ans, a toujours été\nle Commissaire général français des concours musicaux italiens qui ont tant contribué,\nsurtout ceux de Turin de 1898 et 1902, au rapprochement des deux sœurs latines.\nSARAGOSSE. La Société Philarmonique a donné ses deux premiers concerts de la\nsaison avec le concours de l'Orchestre Symphonique de Barcelone dirigé par M. Lamote de\nGrignon.\nVALENCE. L'Orchestre Symphonique de Barcelone est venu donner trois concerts\nsous la direction de M. Lamote de Grignon. La réputation de cette excellente phalange n'est\nplus à faire. M. Lamote n'oublie pas les compositeurs espagnols ; il le prouve en dirigeant leurs\nœuvres. Il nous fit entendre deux danses de Granados finement orchestrées par lui, un Scherzo\ndont il est l'auteur et la Suite de Tableaux de Valence du signataire de ces lignes. Qu'il me\nsoit permis d'adresser ici à M. Lamote de Grignon tous mes remercîments pour l'exécution si\nvibrante qu'il a bien voulu donner de mon œuvre.\nED. L. C.\nPAYS DE GALLES. Pour la première fois dans le Pays de Galles on entendait\nune harpe chromatique. C'était M,le Jeanne Dalliès, diplômée de la Schola Cantorum et harp-\niste au Prinzregenten Theater de Mîinich qui présentait cet instrument. Son nom dit tout\nl'intérêt du programme : musique ancienne, musique moderne écrite pour la harpe... ce qui est\nsi rare. M. Pollain, en un style parfait, exécuta la Suite de Bach pour violoncelle seul et le\nConcerto de Schumann. L'accueil fait à ce concert fut excellent et une bonne part du succès\nrevient à Madame Barbier qui fait de si louables efforts pour propager ici la musique française,\net qui y réussit."}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.93", "texte": "CONCERTS ANNONCES\nSALLE G AVE AU\nGRANDE"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.94", "texte": "L'Édition\nMusicale\n\n(1) Breitkopf et Hârtel. (2) Dorey. (3) Fœtisch. (4) Demets. (5) Hachette. (6) Janin. (7) Durand.\n(8) Lemoine. (9) Schott. (10) Rozsavolgyi.\n* voix élevées.\n** voix moyennes.\n\nCHANT. Quelle avalanche, juste ciel ! Est-ce l'approche de l'hiver qui nous vaut\ncette surabondante floraison musicale ? Les enfants au-dessous de quinze ans participent eux-\nmêmes de la fécondité ambiante, et je vois venir le jour où nous serons obligés d'ouvrir une\nrubrique spéciale pour jeunes artistes n'ayant pas encore atteint leur majorité Mais, place\naux aînés, d'abord. Voilà des Soirs paisibles, d'XJrbaill Stavelot (*) des Poëmes de Lucien\nMawet(i), dont l'un, Mon seuil est accueillant (**) révèle de très réels dons mélodiques; voilà\nle Chant des Wallons (**), par lequel notre confrère René Lyr (2) va enflammer l'ardeur belli-\nqueuse de ses compatriotes, voilà un Alléluia de Henri Scliutz (3), Gloire au Très Haut (*),\npourvu d'un assez médiocre accompagnement par Julien Rousseau. Il y a encore\ndies de M. Pollet (4), très \" Société Nationale \"j la musique de M. Pollet n'est heureu-\nsement pas toujours aussi obscure que les poëmes dont il fait choix. Il y a même un gros\nvolume jaune de M. Combarieu (5), le Chant (**); hâtons-nous de dire que ce ne\nsont que morceaux choisis, à une et à plusieurs voix, à l'usage des écoles primaires supérieures ;\nM. Combarieu s'est borné à signer, de deux modestes initiales, quelques textes par lesquels il a\ntâché, il nous l'apprend lui-même dans sa préface, d'éviter \" les fadaises, lieux communs\nusés, ou le lyrisme factice \".... \"et de donner aux paroles l'intérêt d'une leçon de choses. \"\nExcellentes intentions.\nMUSIQUE RELIGIEUSE. La musique religieuse est représentée par une prose à\n3 voix égales, Inviolatade Daniel Fleuret (6), musique dévotieuse et recueillie, manquant\nun peu d'originalité ; par un Kyrialeavec accompagnements à trois parties par l'Abbé\nBrun (6) et par une Messe de Ste Hildegarde avec accompagnements par l'Abbé Lhou-\nmeau (6). Pour orgue, une symphonie d'Augustin Barie (7)} œuvre sérieuse, d'un bon\nstyle franckiste, que vient couper un intermezzo plein d'enjouement.\nM. Béon publie toute une série de Sonates de J. B. Losillet (8), pour piano et instru-\nments : hautbois et piano, flûte et piano, deux flûtes et piano, violoncelle et piano, etc. Il est\nbien entendu que les parties de piano, dont M. Béon nous donne une réalisation claire et\nélégante, étaient primitivement des Basses chiffrées, destinées au clavecin. Mais qu'il nous soit\npermis de témoigner quelque étonnement devant des mentions comme celle-ci : Sonate pour\nviole d'amour, viole de gambe et clavecin. La viole d'amour n'a jamais été le dessus de la viole"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.95", "texte": "90\nS. I. M.\n\nde gambe, quoiqu'on l'emploie ainsi de nos jours dans quelques ensembles fallacieusement\ndécorés du titre de reconstitutions anciennes. N'y a-t-il pas là un malentendu qu'il est regret-\ntable de perpétuer ?\nPour piano seul, un gentil Kinder Album de Swan Hennessy (9), auteur modeste qui\nsait ne point forcer son talent, et se permet, ça et là, quelques innocentes gamineries ; et\nSoir, cycle de quatre Impressions pour piano, par M. Egon \"Wellesz (10). Si nous ne\nsavions pas que ces quatre impressions nous arrivent de Vienne, nous croirions voir ici de la\nmusique française, tant par la fluidité des contours que par la recherche et la saveur presque\nexotique des modalités ; œuvres intéressantes, et très pianistiques malgré leur haute difficulté.\nMais venons à nos jeunes prodiges. M. Korngold. doit avoir aujourd'hui près de 14 ans,\nsi toutefois les années ne marchent pas pour lui à reculons, selon l'habituelle faveur accordée\naux enfants prodiges. Il fait toujours preuve des mêmes qualités : ce sont précisé-\nment celles qu'on s'attendrait le moins à trouver chez un enfant : ordre et méthode dans la\ncomposition, proportion et logique parfaites des développements, autant de signes d'une\nmaturité inquiétante. Sa Sonate(9) pour piano est un bloc solidement construit, et sans fissure.\nSon premier morceau est basé sur un thème initial très bref, presque fragmentaire, qui alterne\nassez habilement avec un second motif plus chantant ; puis vient un Scherzo, au milieu\nduquel passe un vague refrain de Valse viennoise, enfin un Largo, et un robuste Finale, bâti\nsur le modèle des grandes compositions de Schumann ; et ceci n'est pas tout-à-fait un\ncompliment. Schumann n'a peut-être pas écrit à l'âge de 14 ans, mais il a écrit 50 ans plus\ntôt que M. Korngold : c'est un bien autre mérite. Il y a évidemment un peu plus de\nfantaisie, sinon d'originalité, dans les Sept Mârchenbilder, où nous retrouverons un peu de\nCette belle facilité mélodique, que nous signalions déjà dans Don Quichotte et dans le\nSchneemann, publiés précédemment. Mais, ne reparlons pas à M. Korngold de ces œuvres\nvétustés, qu'il doit évidemment considérer comme des péchés de jeunesse.\nNotre second petit prodige habite Montpellier. Qu'on me permette de taire son nom\npour aujourd'hui ; aussi bien, son œuvre, qui n'est pas encore gravée pour l'instant, ne rentre\nqu'à moitié dans mon programme. Le morceau est une là, nul plan, nulle\nordonnance : tout au plus un certain instinct de la conduite des parties, et une certaine per-\nsévérance à ramener le motif principal ; avec cela, de la recherche, de la distinction, et de la\npoësie, un modernisme intense ! Ce petit garçon, qui fait du moderne sans en avoir jamais\nentendu une note, est un curieux problème de psychologie musicale. Lequel des deux préférer ?\ncelui qui ne connaît rien encore de son métier, ou celui qui le possède déjà trop bien ?\n\nV. P."}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.96", "texte": "Société française des Amis de\nla Musique\nSous la présidence de M. G. Berly, l'un de ses vice-présidents, le conseil d administration\ndes Amis de la musique s'est réuni le 23 novembre. Assistaient a cette séance Mmes Hermann,\nBaronne Hottinguer, Kinen, Seligmann-Lui, MM. Bret, Catien, Ecorcheville, Pasquier,\nPrègre, Léo Sachs, Schopfer, Jacques Stern.\nAprès lecture du procès-verbal et de la correspondance, M. Max Rikoff est introduit.\nLe président rappelle qu'un bas-relief commemoratif a pu etre place sur le Palais Vendramin\nà Venise, où est mort Wagner. Une souscription ouverte par la Société dans les colonnes de\nla revue 5. /. M. permit l'érection de ce monument, et notre collègue M. Rikoff fut délégué\nofficiellement pour l'inaugurer. Le gouvernement italien voulant témoigner du haut intérêt\nqu'il avait pris à cette manifestation artistique a tenu à décorer M. Rikoff de 1 ordre royal de\nla Couronne d'ltalie, et a demandé que cette décoration fut remise solennellement par la\nSociété des Amis de la Musique. Le président félicite M. Rikoff et lui remet les insignes de\n\"cavalière \" qu'avait fait parvenir le Gouvernement italien.\nLe Conseil expédie ensuite les affaires courantes et examine les différentes propositions\nqui lui sont soumises pour la saison nouvelle. La seance est levée a 6 heures."}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.97", "texte": "Questions Sociales\n\nII\nENQUÊTE SUR LA CONDITION SOCIALE\nDU MUSICIEN\nHOLLANDE 1\nL instruction musicale est donnée, en Hollande, dans les Ecoles Privées que possèdent\npresque toutes les villes de quelque importance ; dans une Ecole de l'Etat et dans un\nvatoire de la Société pour F Encouragement deV Art Le\nest sous le contrôle du ministre de l'lntérieur qui nomme les professeurs. Il est subsidié par\nl'Etat, la Province et la Commune. Le Conservatoire d'Amsterdam est subsidié par la Province\net la Commune.\nDes diplômes sont délivrés par le Conservatoire et le\npour VEncouragement de VArt Musical.L'Etat ne contrôle pas les diplômes.\nUn musicien peut ouvrir un cours sans avoir de diplôme. Cependant le titre de professeur\na, aux Pays-Bas, beaucoup plus de valeur que dans les autres pays. Il n'y a que les professeurs\ndes Universités qui ont le droit de le porter. Au de la Haye, et au\nConservatoire d'Amsterdam, il y a bien des maîtresses de musique mais elles ne se nomment\npas professeurs.\nLe traitement moyen des professeurs des Conservatoires de la Haye et d'Amsterdam est\nde ioo florins par an pour une heure de cours par semaine. Pour 10 heures, donc, iooo florins\npar an. Le traitement moyen, pour l'enseignement privé, est d'ordinaire moindre. Les\nprofesseurs sont payés à l'heure.\nLe traitement moyen d'un musicien d'orchestre est à peu près 1000 à frs. par an.\nIl est très difficile de dire quelle est la dépense moyenne annuelle d'un musicien.\nComme les Hollandais ont des goûts simples, les artistes ne sont pas habitués au luxe comme\ndans d'autres pays.\nLa Société Neérlandaise des Musiciens et la Société de Musique ; les deux plus grandes\nsociétés pour la musique dans ce pays ont des caisses de retraites et de maladie pour les mem-\nbres de ces sociétés qui y ont contribué pendant quelques années.\nOnt également des caisses de retraites :\nLa Société Cœcilia à Amsterdam La Société Voormerg à Rotterdam La Société\nToekomst à la Haye La Société Voorzorg à Amsterdam.\nLes membres du Concertybond, à Amsterdam, Directeur M. Mengelberg, doivent contri-\nbuer pour 5 °/o du prix de leur abonnement (fl. 50) pour la caisse de retraite des artistes. Ils\n\n1 Nous devons les renseignements ci-dessus au B (La Haye) et surtout à\n1 obligence de l'Action Sociale de la Femme dont le concours nous est très précieux.\nReproduction rigoureusement interdite."}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.98", "texte": "VARIÉTÉS\n93\n\ndonnent tous les ans, un grand concert dont la recette est versée dans la caisse de retraite. La\nSociété Cœcilia donne également deux concerts, chaque hiver, pour le même but.\nIl n'y a pas de caisses de loyer et de chômage.\nPour le chômage il est impossible d'en donner une statistique, néanmoins on peut dire\nqu'il a, pour cause, le trop grand nombre de musiciennes qui va toujours en montant.\nLes femmes sont admises à l'orchestre comme exécutantes professionnelles. Depuis des\nannées il y en a dans l'orchestre célèbre de M. Mengelberg à Amsterdam : une harpiste, une\nviolon celliste et, les dernières années des dames violonistes.\nCes renseignements sont bien succints. Tels que, ils étaient trop intéressants pour ne\npas être communiqués à nos lecteurs. Ces études, un peu nouvelles, ne peuvent, dès le début,\nprendre l'ampleur désirable. Peu à peu, à mesure qu'on découvrira leur utilité, je devrais dire\nleur immédiate urgence, on les traitera avec le soin, la méthode, le souci du détail toujours\nnécessaires. Au bulletin de la S. I. M. reviendra l'honneur d'y avoir, le premier, porté tout\nl'intérêt qu'elles méritent.\nITALIE\nOn nous pardonnera d'inscrire l'ltalie à côté de la Hollande et de ne suivre, en cela,\nni l'ordre géographique, ni même l'ordre rigoureusement alphabétique, puisqu'il n'a pas\nencore été question de l'Allemagne, pays si florissant et si bien organisé pour tout ce qui\ntouche aux associations. Des questions de place et de page, un peu secondaires, mais impé-\nrieuses, nous obligent à un classement qui n'a rien de définitif et que nous modifierons par la\nsuite, probablement sous forme d'un ouvrage consacré à la Situation Sociale du musicien.\nC'est à la parfaite obligeance de M. Gino Bellio que nous devons les intéressants ren-\nseignements qui vont suivre. De la gracieuse lettre qu'il nous adressa nous détachons cette\nphrase u L'organisation des sociétés de ce genre (musicales et sociales) a pris en Italie, jusqu'à\nnos jours, un si faible essor qu'il n'est pas très aisé de se procurer des renseignements exacts.\nAu surplus, j'ajouterai que, tout en étant vice-président d'une de ces associations, (la plus\nancienne, je crois) j'ai voulu savoir au juste ce qu'il y a de semblable à Milan, la ville la plus\nriche et la plus active de notre pays... \"\nIl y a cinq Istituti Musicali d'Etat1 et il yena un nombre à peu près égal de ceux qui\nsont entretenus par les communes mêmes avec le secours de l'Etat. Il y a bien des petits (sic)\ninstituts presque en toutes les villes, entretenus par les communes. Plusieurs d'entre eux assez\nbons, et, parmi ceux-ci, Bergame, Lucques, Padoue, Pérouse.\nL'enseignement privé est très répandu mais pas constitué en écoles proprement dites ;\nil y en a pourtant à Rome, à Naples, à Turin, à Gênes.\nQuant aux Conservatoires, ils se sont transformés (ou vont l'être bientôt presque partout)\nen Istituti ou Licei Musicali de l'espèce de ceux que je viens d'indiquer.\nLes Ecoles d'Etat délivrent des diplômes d'Etat. Les autres n'ont pas de contrôle. Il me\nfaut ajouter ici que, en Italie, tout musicien peut aspirer au diplôme en chaque branche de\nl'art musical sans avoir fréquenté, fût-ce pour une semaine, aucune école. Il doit, pour cela,\npasser un examen, le même qui est fixé pour les élèves de l'école à laquelle il se présente\npour obtenir son diplôme. (Il est loisible aux candidats de se présenter à n'importe laquelle\n\n1 Florence, Milan, Naples, Palerme et Parme."}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.99", "texte": "94-\nS. I. M.\n\ndes grandes écoles, soit d'Etat, soit entretenue par les communes, par exemple Bologne,\nFlorence, Milan, Rome, Venise.)1\nUn musicien peut bien donner des leçons privées et même ouvrir des cours particuliers\nsans avoir le diplôme, mais il lui est défendu, par la loi, de prendre le titre de professore ou\nmaestro, et, par exemple de le faire imprimer sur sa carte. Cependant quelques-uns le font\ntout de même et tous ceux qui ont vraiment le titre se contentent de s'en moquer\n( moi compris) et personne ne songe jamais à s'en plaindre sérieusement. \"\nRemarquons en passant que la loi française est plus indulgente ou, si l'on veut, plus\nindifférente et fort regrettablement. Chacun peut, ici, se nommer professeur, voire maestro, de\nson plein gré. Avec un peu d'aplomb, et beaucoup de réclame, le succès vient, le public afflue.\nLa loi est muette, les plus intéressés à se plaindre : indolents. Personne ne songe que de tels\nexploits nuisent aux professeurs sérieux, de valable culture et, chose peut-être encore plus\ngrave, à d'infortunés élèves, gens de bonne volonté, désireux de guérir du mal d'ignorance\nque d'indélicats charlatans, parés de faux titres, aggravent au lieu de le soigner.\nMais, reprenons notre lecture.\nuLe traitement (moyen) est seulement de 1600 fr. jusquà présent, mais Son Ex. le\nMinistre de l'lnstruction Publique a déjà présenté au Parlement, (qui l'approuvera sans doute)\nune loi pour l'augmenter jusqu'au double environ. (Le traitement est égal pour hommes ou\nfemmes). \"\nA la question : Quel est le traitement du professeur dans Venseignement prive ? voici la\nréponse de notre aimable correspondant : \" Très variable. Il y a des professeurs privés,\nles femmes surtout qui parviennent (souligné dans le texte) jusqu'à faire 3 leçons par\nsemaine (chacune d'une heure) pour 5 (cinq !) francs par mois !... tout comme a la bouchère\",\ndans : la Foire sur la Placey de votre savant et charmant Romain Rolland. Et, d'autre part,\nil y a des maîtres qui sont payés 10 fr., 20 fr., jusqu'à 25 fr. l'heure (seulement dans les\ngrandes villes, et pour le chant, le piano et la composition, plus rarement pour les autres\nbranches). On peut établir, avec une certitude assez relative, que la moyenne est de 3 ou\n4 francs. \"\nNous avons scrupuleusement respecté le texte de M. Bellio. Est-il besoin d'ajouter que\nnous partageons son indignation en songeant que de malheureuses femmes, italiennes ou\nfrançaises, qu'importe, sont obligées de travailler, misérables unités du prolétariat intellectuel\nféminin, pour de si infimes salaires. Quelle influence artistique, quelle stimulation peut exercer\nsur ses élèves une infortunée que la faim guette avant que la leçon qu'elle donne soit achevée.\nCes choses affreuses existent et tous les artistes peuvent se dire que c'est pour eux une honte\nde n'avoir pas compris encore qu'une meilleure organisation corporative pouvait y remédier.\nuLe traitement moyen du musicien d'orchestre s'élève, \" dit notre correspondant, ude\n3 à 5 fr. pour jouer pendant deux heures. \"\nNous aurions aimé que cette question fût développée. Il est évident que le gain d'un\nmusicien, attaché à un grand théâtre, n'est pas le même que celui d'un musicien de concert ;\net le salaire de celui-ci est certainement plus élevé que pour un instrumentiste de music-hall.\nIl n'est guère possible d'établir la dépense annuelle (d'un musicien) d'une façon définitive,\nmais seulement par rapport aux frais courants et relatifs aux divers états sociaux. Les frais du\nloyer annuel, pour un appartement décent et modeste, de cinq ou six pièces, s'élèvent de 500\nà 700 fr. à Florence et Bologne; un peu plus, à Milan et à Gênes, plus encore à Rome.\n\n1 Le questionnaire qui a provoqué ces réponses dans l'ordre où elles sont données a paru le 15 Septembre\nnoi Bet9duS. I. M."}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.100", "texte": "VARIÉTÉS\n95\n\nL'on dépense aussi moins en Italie qu'ailleurs pour s'habiller et pour le mobilier. Quant à la\nnourriture, elle revient, en moyenne, un peu plus cher que chez vous.\nIl y a des sociétés de secours mutuels, en prévision des maladies, et pour aider à la\nvieillessç, mais je ne sais pas s'il en existe pour le chômage ( je ne le crois pas) néanmoins\nil faut avouer que cette espèce de prévoyance est entrée fort tard dans les habitudes de notre\npays, particulièrement chez les artistes. Elle a pourtant fait assez de progrès, par suite du\nréveil économique et du développement de la vie nationale. Ces sociétés ont des caisses pour\ndonner de petits secours en argent en cas de maladie et même une retraite (toujours peu de\nchose) pour la vieillesse. Il n'y a pas de caisse pour le loyer. \"\nNous avons en mains les statuts de la Société italienne de Secours Mutuels des musiciens\nd'orchestre, fondée à Milan, le 2 avril 1885 ; lesquels statuts furent modifiés en 1910. Ils ont\nde grands rapports avec les statuts des sociétés françaises correspondantes. Nous remarquons\ncependant l'article 27 par lequel, au décès d'un sociétaire, des secours peuvent être alloués à\nsa veuve, ou aux orphelins, ou au père et à la mère du défunt (quand manquent la veuve et\nles orphelins). Au cas où le sociétaire ne laisse aucune parenté il a la faculté, par disposition\nécrite, de léguer la quotité qui lui revient à une autre personne.\nLa Société de Secours Mutuels des artistes musiciens de Florence est beaucoup plus ancienne\npuisqu'elle fut fondée en 1842. En 1844 elle disposa d'un premier fonds qui fut augmenté à\nl'occasion de la fête que Florence organisa en l'honneur du Patron de la Ville. A cette fête\non exécuta La Creaxione del Mondo dell' immortale Haydn. Cependant la première assemblée\ngénérale n'eut lieu qu'en 1853. Il avait fallu 11 ans, depuis l'éclosion de la première genereuse\npensée d'association, pour qu'elle entrât dans le domaine des faits. Depuis, la prospérité de\ncette intéressante fondation n'a fait que croître. Ses statuts furent revises, et définitivement\nadoptés, en 1904.\nA cette question :\nQuelles sont les causes présumées du chômage, notre correspondant répond : \"Je crois\nque les causes sont trois : i° Le sport qui a pris un très grand essor en Italie, dans toute\ncondition sociale, de sorte qu'il reste peu de temps pour songer à la musique ;\n2° Les cafés-chantants ;\n30 Les cinomatografi qui semblent 66 nascere come i funghi \" on dit en italien\nc'est-à-dire qu'ils sortent de la terre comme les champignons. Pour cela, beaucoup de monde\ny perd son temps et ne songe guère àla bonne musique —il y préfère toute sorte de\nniaiserie.\nPour prévenir et atténuer les causes des mauvaises conditions actuelles, il faudrait obtenir\nde l'Etat que l'enseignement de l'histoire et de l'esthétique de la musique ait sa place dans les\nUniversités aussi et même tant soit peu, dans les Lycées de culture générale.\nJe pense que ce serait également très utile d'instituer, dans les écoles inférieures, la\ngymnastique rythmique, suivant la méthode de Jaques-Dalcroze, laquelle a l'avantage d éveiller\nle sens musical dans l'enfant. M. Ferraria, professeur à Turin, vient de faire quelques essais\nen ce sens, et il en a obtenu des résultats remarquables... Il faut espérer : \" Spes ultima dea.\nAjoutons : Spera et labora. Que les musiciens entendent et qu'ils travaillent energique-\nment, italiens ou français, à l'amélioration de leur condition sociale actuelle : Laborent.\n\nM. Daubresse."}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.101", "texte": "L'Ancien Conservatoire\n\nDE LOUIS XVI A M. FALLIÈRES. DE M. LA FERTÉ A\nM.AUGAGNEUR\nLorsque l'Ecole royale de Musique fut instituée, par un arrêt du Conseil du Roy, en date\ndu 3 janvier 1784, il y avait, entre la rue Bergère et celle de PEgoût (rue Richer) un grand\nterrain \"en hache ayant, de la rue Sainte-Cécile actuelle àla rue Richer, une façade de\n125 mètres environ, sur le faubourg Sainte-Anne ou Poissonnière. C'étaient les Menus\nPlaisirs du Roy, dont l'entrée principale était rue Bergère, à peu près dans l'axe de la rue du\nConservatoire. Il y avait là, sur une surface d'environ, 16,000 mètres, une foule de magasins,\nateliers de peintres, menuisiers, serruriers, tailleurs, couturières, brodeurs, etc. occupés à fabri-\nquer et conserver tout ce qui était nécessaire aux spectacles et aux cérémonies de la cour\n(mariages, naissances, enterrements, voyages et déplacement du roi, etc.) et, depuis 1780,\nles décors et accessoires de l'Opéra. Là régnait, depuis 17 M. Papillon de La Ferté inten-\ndant des Menus.\nSur des terrains et marais acquis de Gilbert de Voisins (petit-fils de Dongois, le neveu de\nBoileau-Despréaux), par le garde-magasin Lévêque, au nom du roi, en 1762, on avait con-\nstruit, par ordre de Louis XV, les ateliers et l'hôtel de l'intendant ; et, dans une \" cage \"\nménagée à cet effet, on avait installé la petite salle de Monnet, à la Foire Saint-Laurent,\ndont la démolition avait été ordonnée à l'époque de la fusion de l'Opéra-Comique avec les\nItaliens (en 1762).\nLors donc que la création d'une Ecole de musique fut décidée, dans le but surtout de\npourvoir aux besoins de l'Opéra, on pensa tout naturellement à l'installer près des Menus,\ndont la salle servait déjà de théâtre d'essai et de répétitions; même, en 1781, elle avait, pour\nquelques soirées, abrité la troupe de l'Opéra, dont le théâtre venait d'être incendié.\nL'histoire des spéculations qui se firent, aux frais du prince, sinon de la princesse, autour\nde l'installation des Menus et de l'Ecole royale, est fort édifiante pour la connaissance des\nmœurs administratives de l'ancien régime. C'est ainsi qu'autour des Menus, revendus au roi\npar le garde-magasin Lévêque, nous trouvons le fameux architecte Lenoir, qui cède les terrains\nnécessaires à l'établissement de l'Ecole de Chant, et après avoir peut-être provoqué celui-\n— cherche à faire construire l'Opéra sur des terrains qu'il possède, en bordure du boule-\nvard, entre les faubourgs Saint-Denis et Poissonnière. Et la famille de Papillon de La Ferté,\nou La Ferté lui-même, possédait, aux environs des Menus, un certain nombre de maisons, hôtels\net jardins, dont la rue Papillon conserve encore aujourd'hui le souvenir. L'installation de\nl'Ecole royale, à côté des Menus, dans un faubourg encore à moitié désert, ne pouvait que\ndonner de la plus-value aux biens de ces spéculateurs officiels.\nPar un contrat en date du 25 février 1784, passé devant Margantin, La Ferté acquérait\nainsi \" pour et au proffit \" du Domaine royal, de Sanson-Nicolas Lenoir, \" un Terrein scis à\nParis, contenant 262 toises de superficie sur lequel est une vaste maison ou portion de Bâti-\nmens donnant sur la rue poissonniers... tenans du levant (sic) aux Bâtimens des Menûs, du\nMidy au vendeur, Et du Nord à..., aux charges ordinaires et accoutumées et moyennant la\nsomme de Cent vingt huit mille livres... pour en jouir en toute propriété aud. Domaine\ncomme de chose luy appartenant, à date du lerIer dud. mois de Febvrier. \""}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.102", "texte": "Plan cadastral actuel\nLa partie recouverte de hachures représente l'ancienne Ecole royale de Musique, en démolitions\n\nNORD\nPlan de Jacoubet (vers 1840)\n\nPlan de Verniquet (vers 1815)"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.103", "texte": "VARIÉTÉS\n97\n\nLa portion ainsi acquise formait une bande terrain à peu près rectangulaire, parallèle aux\nmaisons qui limitent le Conservatoire au nord.\nLe 25 septembre suivant, par contrat passé devant le même notaire, Jacques Philippes\nHoudon, garde-magasin général des Menus, c'était le frère du grand sculpteur et le gendre\nde Lévêque, acquérait du même Lenoir \"Un Terrein scis à Paris Rue Poissonnière,\nTenant d'un coté à la rûe Bergere D'autre à vn Terrein et maison vendtte par Led. sieur\nLenoir à notre domaine, par derrière à l'hôtel de nos Menus plaisirs, et par-devant sur lad. rue\nPoissonnière, Lad. vente faitte moyennant le prix et somme de trente mille livres.\" Le même\njour, Houdon déclarait qu'il \"ne prétendoit rien dans ladite acquisition qu'il avoit seulement\nfaitte pour et au profit de notre Domaine, ce qui a été accepté par led. Exposant qui a\ndéclaré en notre nom que nous n'entendions point réunir led. Terrain à notre Domaine, mais\nnous reservant Expressément la faculté D'en Disposer suivant Et quand nous le jugerions à\npropos... \" 1\nLa contenance de ce second lot, qui ne faisait pas le coin des rues Bergère et des\nPoissonniers, n'étant pas indiquée dans la lettre de ratification, on peut supposer que cette\nacquisition fut suivie d'une troisième, ayant pour objet le coin de la rue Bergère, que Lenoir\navait dû réserver pour en tirer un prix plus avantageux. Car, \" Lesquels terreins et partye\nde batimens, \" ajoutent les deux lettres de ratification, appartenaient à Lenoir, comme les\nayant acquis \" avec une maison et terrein faisant l'encoignure des rues Bergere et poissonnière,\"\npar contrat passé devant Margantin, les 15 et 17 janvier 1781, de Jacques Colin, boucher, et\nses frère et beau-frère, également bouchers, dont le père, décédé \" auoit acquis lesd. maison et\nTerreins pendant sa communauté \" avec Marguerite Couart, sa veuve, le ler mai 1753, des\nhéritiers de Hippolyte Foynard ou Foenard, chirurgien de la Marine.\nL'acquisition de Lenoir comportait deux lots : i° une petite maison au coin de la rue\nBergère, (une boutique, un étage et des mansardes) ; 2° une maison plus importante, \" à porte\ncochère, \" donnant sur le faubourg. Un puits commun, qui doit marquer le milieu de la\ncour du Conservatoire, se trouvait à la limite des deux lots. Hippolyte Foynard était propriétaire\nde la première et de moitié de la seconde, \"en qualité d'héritier pour moitié de Catherine\nLegoix, sa mère, femme de S. Jean Foynard, Chirurgien major du regiment de la Marche \" ;\nlaquelle Catherine Legoix tenait cet héritage de son père André Legoix, bourgeois de Paris\n(20 mai 1723) \" auxquels André Legoix et Margueritte Bourgeois sa femme lesd. deux maisons\nappartenoient comme les ayant acquises de Louis Vincent Bourgeois de Paris et Jeanne Girard\nsa femme, par contrat passé devant Mes Aumont et Goudin.... le 4 avril 1714. \" L'acqusition\navait été faite moyennant 12,000 livres. Comprises dans la censive de Saint-Opportune, au lieu\ndit Clos des Halliers, ces maisons, qui payaient une redevance de cinq sols six deniers de cens\nà cette époque, étaient portées seulement pour deux sols six deniers, lorsque Noël Bureau,\nmaître-maçon, vint déclarer, le 24 décembre 1686, devant MM. Desnots et Pasquier, notaires\ndu chapitre de Sainte-Opportune, qu'il était depuis le 7 février, \" propriétaire et detempteur\nd'une maison et lieux scis hors la barrière de la porte Sainte Anne de cette ville de Paris au\nbout de la rue des Poissonniers contenant le tout demy arpent ou enuiron. \" Le précédent\npropriétaire était Jean Masson, procureur en la cour, qui devait tenir ce coin et d'autres\nterrains plus au nord, de son beau-père Tournant, indiqué sur un ancien plan. 2\nLes frais de la vente de Lenoir au roi montaient à 3,115 livres, et les pièces y relatives\n\n1 Archives départ, delà Seine, Lettres de ratification, Nos 16754 et 16815.\n2 Archives nationales, Censwe de Sainte-Opportune, S, 1983 et 84 (1 et 2), et Arch. de la Seine, Insinuations9\nreg. 98, fol. 2. Le Clos des Halliers, qui s'étendait de la rue de Cléry à la rue Richer environ, payait en outre\nla dîme aux Dames de Montmartre."}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.104", "texte": "98\nS. I. M.\n\nétaient remises à Houdon, à la date du 14 juillet 1786. Lenoir duement instruit, sans nul\ndoute, par Laferté ou autre, des projets du roi, 1 relatifs à l'Ecole de chant de l'Opéra, dut\nmettre tout en œuvre pour se défaire de son acquisition de 1781. Il ne serait pas extraordinaire,\nd'ailleurs, que ce fût cette acquisition même qui ait déterminé l'installation, faubourg Poisson-\nnière, du futur Conservatoire de Musique.... Il s'empressa donc de faire quelques frais de\nréparations aux constructions déjà existantes.\nUne note non datée, mais qui est probablement du milieu de 1784, accompagnée d'un\nplan schématique du terrain, semble donner le prix payé par Lenoir, et ce qu'il en demandait\nen 1784 : 2\n\" Prix de l'acquisition primitive. Droits de lods et vente, 100% pots de vin 128,000\net intérêts depuis 3 ans 1/2 45,000\nDépenses faites 12,000\n185,000\nil reste à faire environ pour 12,000 livres de dépenses pour finir la maison.\"\nOn estimait alors que le terrain valait 433 livres la toise carrée (soit à peu près 115 livres\nle mètre carré), ce qui faisait, pour 428 toises, exactement 185,834 livres ; et que le tout,\nconstructions comprises, avait une valeur de 220,810 livres. Lenoir, dès la première vente,\navait donc intégralement récupéré, moins les frais et intérêts, le prix de son acquisition totale.\nLes Menus-Plaisirs une fois en possession de ces 428 toises, on aménagea tant bien que\nmal, les constructions existantes et, le lerIer avril 1785, l'Ecole royale, dirigée par Gossec, ouvrait\nses portes. A la Révolution, elle mourut peu à peu, faute de subvention suffisante, tandis que\nles Menus, devenus, sous la direction du citoyen Houdon, le Magasin des Fêtes Nationales,\nétaient mis sans cesse à contribution pour toutes les solennités civiques.\nLe Conservatoire, ou plutôt l'lnstitut national de musique, établi par les décrets de la\nConvention, se vit attribuer, le 28 floréal an 11, par le Comité du Salut public, \" la maison\nnationale ci-devant appelée les Menus, située rue Bergère, \" après toutefois que la section du\nfaubourg Montmartre se serait établie dans une autre maison nationale, et que tous les\nmeubles et effets nationaux qui étaient, auraient été déposés ailleurs. La section du\nfaubourg Montmartre y avait en effet son siège à cette époque, 3 et l'évacuation des locaux\nnécessaires à l'lnstitut de Musique se fit encore attendre longtemps. Ce ne fut qu'après une\nannée de démarches, à la suite d'ordres formels du ministre, que Sarrette put ouvrir l'Ecole\n(le lerIer brumaire an V, 22 octobre 1796).\nElle y est restée cent quinze ans, alternativement royale, nationale ou impériale, jusqu'au\nrécent décret du 8 septembre dernier, qui affecte \"au ministère des Travaux publics, des\nPostes et des Télégraphes (service des postes et des télégraphes) la partie dès maintenant\ndisponible de l'ancien Conservatoire de musique de Paris et consistant en un quadrilatère\nde 32 m. 50X56 m. 50 attenant aux rues du Faubourg-Poissonnière et Bergère. \"\nLa désignation un peu vague de ce quadrilatère qui n'a que deux côtés, et dont au omet\n\n1 Dès le 22 octobre 1781, la Ferté émettait, dans une lettre au roi, Fidée de fonder une Ecole de chant\npour l'Opéra. (Voir Ad. Jullien, Un Potentat musical, Papillon de la Ferté. Cf. Constant Pierre, U Ecole de\nChant de l'Opéra, p. 16-17.)\n* \" Comparaison du Prix des Terreins et Batimens, faisant l'encoignure des Ru£s Poissonnière et Bergère,\nacquis et appartenans à Mr. Lenoir architecte mitoyen avec les Menûs Plaisirs du Roy avec le prix de revente\ndesdits Terreins et Bâtimens dans l'Etat ou ils sont actuellement (Arch. Nat., O1 628).\n* La Ferté avait ouvert les Menus aux assemblées populaires, dit M. Boysse (Journal de P. de la Ferté,\npréface, p. 60)."}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.105", "texte": "VARIÉTÉS\n99\n\nd'indiquer la superficie dans un acte de cette importance, la promulgation de ce décret au\ncours des vacances, tout semble indiquer qu'on a dû aller vite en besogne pour désaffecter\net réaffecter ce terrain. Mais tel qu'il est, ce coin du vieux Paris reproduit encore exactement\nla superficie de l'acquisition faite par Lenoir, en 1781, du boucher Colin, mesurant : du côté\ndu sieur X..., au nord, 26 toises, 3 pieds, 6 pouces (près de 53 m.) ; du côté de la rue Pois-\nsonnière, 16 t. 4P. 4 p. (33 m.) ; du côté des Menus Plaisirs (c'est-à-dire, en bordure du\nvestibule de la salle des Concerts), 14 t., 5 P., 9 p. (près de 30 m.) ; et du côté de la rue\nBergère, 28 t., 3 P., il p. (près de 57 m.) ; soit, environ, un demi-arpent de Paris.\nQuant à la salle des Concerts et ses dépendances, que tous les artistes souhaitent\nconserver, elles représentent tout ce qui subsiste de l'ancien terrain des Menus proprement dits.\nNous en parlerons dans un prochain article.\n\nJ.-G. Prod'homme."}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.106", "texte": "A propos du Festival Bach\nà Eisenbach\n\nChaque fois que le clavecin fait son apparition à côté du piano, on nous apprend la\ndéfaite complète de celui-ci, le triomphe absolu de celui-1à... et un accord parfait, en ce sens,\nparmi le public appelé à se prononcer sur cette grave question.\nCette fois, comme les autres, l'on a encore éxagéré, et voici de quelle façon :\nOn nous présente le public réuni à Eisenach comme exclusivement composé de sommités\nmusicales et, pour nous le prouver, on nous cite une demi-douzaine de noms qui passent pour\nêtre très connus en Allemagne, puis, deux ou trois musicologues célèbres, et... c'est tout.\nOr, le public d'Eisenach était ce que sont tous les publics : un composé hétérogène\nd'intelligences de valeur très diverse et d'esprits dont la moyenne était peu qualifiée et mal\npréparée pour juger cette question. M. Heuss musicographe éclairé constate dans un\narticle récemment paru dans le Bulletin de I*l. M. G., que la grande majorité de ce public\nétait, au début, entièrement indifférente à l'objet du \" match \" ; on a donc exagéré, lorsqu'on\na parle d hostilité contre le clavecin et d'attente fébrile pour être témoins de ce duel bizarre.\nJe n'ai pas assisté au combat entre le sautereau et le marteau, mais je sais des apprécia-\ntions de la presse allemande qui ne s'accordent pas tout à fait avec le prétendu \" massacre \"\ndu piano et qui diminuent un peu le rôle de vainqueur sur toute la ligne attribué au clavecin.\nJe crois utile et nécessaire même de les opposer à la note parue dans le S. I. M. du 15\nnovembre courant, sinon pour la contredire tout au moins pour la compléter *.\nM. Max Schneider commence par dire que \" aucun jugement sur cette question ne\npeut être considéré comme décisif\" et que \" personne ne souhaite que nous abandonnions\ndans nos concerts le splendide piano à marteaux, pour le clavecin \" (Die Musik, XI, page 114).\nDans ce même article M. Schneider dit que \" la différence fondamentale existant entre\nle mode de production du son du clavecin, d'une part, et celui du piano, de l'autre, exclut\n\n1 Cette note a paru aussi, conçue à peu près dans les mêmes termes mais signée \" Ealsan de la Rouvière \"...\ndans Théâtres et Conservatoires, numéro du 15 octobre 1911."}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.107", "texte": "VARIÉTÉS\n101\n\ntoute possibilité de comparaison immédiate \". Et plus loin, que \" la puissante Fantaisie Chro-\nmatique et Fugue peut parler au cœur si elle est exécutée au piano, parce que, en sa qualité\nd'œuvre de la nature, placée en quelque sorte, par son idialité même, au dessus de la concep-\ntion d'un style déterminé, elle s'adapte sans peine aux ressources d'un instrument nouveau\nIl termine en disant que \" l'abîme ouvert par le cri de guerre : clavecin par ci, piano par là,\nn'est pas susceptible d'être comblé\nM. Alf. Heuss, de son côté, déplore, dans l'article plus haut cité, que l'on ait opposé à\nMme Landowska dont nous connaissons l'extrême habilité au clavecin deux pianistes\nsans autorité : MM. Hinze et von Bose. La lutte a donc été quelque peu inégale. D'une façon\ngénérale M. Heuss estime que \" ce sont, tout simplement, deux mondes différents ; on peut se\ndispenser, en conséquence, d'en faire la comparaison Mais il s'expose à être contredit par la\nréalité des faits, lorsqu'il affirme, plus loin, que depuis la disparition du clavecin, il n'a pas été\npossible au piano, de faire quoi que ce soit au profit des œuvres originales de Bach, destinées au\nclavier.\nA cela nous pouvons répondre que la résurrection de l'ancienne musique de clavier est\nentièrement et exclusivement due au piano, et que les œuvres de Bach pour clavecin étaient\ntrès peu connues au XVIIIe siècle et plus rarement jouées. En France, le pays du clavecin par\nexcellence, on les ignorait même complètement. Quelle reconnaissance devons-nous au clavecin\npour la vulgarisation de l'œuvre du Maître?...\nC'est le piano qui nous a initiés aux beautés du Clavecin bien tempéré, des Suites, des Partite,\ndes Toccate, de la Fantaisie Chromatique et Fugue et des Concerti...\nMme Landowska elle-même, n'a-t-elle pas conquis sa notoriété des débuts en interprétant\nde la musique ancienne, de Bach surtout, au piano ?... Elle semble l'oublier, aujourd'hui, mais\nceux qui eurent le plaisir d'assister à ses premières séances à Paris, où elle jouait du Bach, au\npiano, avec une grâce et une conviction parfaites, n'en perdront pas de si tôt le souvenir...\nM. Heuss ajoute, cependant, que \" l'homme moderne commettrait une sottise en renonçant\naux avantages de son instrument pour l'exécution de l'ancienne musique de clavier : aussi ne le\nfera-t-il jamais \"... C'est également ce dont nous sommes convaincus...\nPlus loin, il constate que \" le succès du clavecin a été plus grand après le Capriccio de\njeunesse (Bach composa cette œuvre en 1704, à l'âge de 19 ans) qu'après l'exécution de la\nFantaisie Chromatique et Fugue, à laquelle le piano moderne est capable d'apporter des éléments\nde valeur plus considérables.\nMM. Es Segnitz, dans la Allgemeine Muzik-Zeitingy A. Smolian, dans le Signale Jîlr die\nMusikalische JVelty et F. Brandes dans la Neue Xeitschrift fur Musik ont émis des opinions\nsemblables. Segnitz trouve le clavecin monotone et son uniformité de timbre fatigante. Smolian\nremarque la sonorité nasillarde du clavecin et préfère celle du piano pour la Fantaisie Chroma-\ntique et Fugue de Bach. Brandes estime que la sonorité du clavecin dans la Fugue, était faible\net sans ampleur....\nLes qualités reconnues au clavecin au cours de ce \" match \" ont été, comme toujours,\nla couleur, la netteté, le brillant et la légèreté. Il n'est question ni d'expression ni de poésie...\nCertes, le piano est peut-être moins pittoresque (il l'est pourtant à sa manière : voyez Liszt\net ses successeurs russes, français et espagnols) mais il a, outre une netteté, un brillant et une\nlégèreté que personne n'ose lui contester, un pouvoir expressif qui fait totalement défaut au\nclavecin. Cette qualité, précieuse assurément, lorsqu'il s'agit de musique et d'art, en général, le\nsauvera de l'oubli dans lequel est tombé le clavecin, instrument pittoresque c'est entendu\nmais profondément inexpressif. Ce n'est pas moi qui lui ai fait pour la première fois ce reproche:\nce sont les clavecinistes et les théoriciens du XVIIIe siècle. J'estime qu'ils connaissaient leur"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.108", "texte": "102\nS. I. M.\n\nclavecin un peu mieux tout de même que le public d'Eisenach... et certes aussi bien que\nMme Landowska. S'il en avait été autrement le clavecin n'aurait pas disparu.\nLa valeur de ce \" match \" est donc plus que discutable : d'abord parce que l'on s'est\ncontenté de baser un jugement que l'on prétend définitif, sur l'exécution de deux œuvres de\nBach, alors qu'il en eût fallu douze au minimum, autant de Couperin, quelques-unes de\nRameau, de Haendel, et six au moins de Scarlatti ; ensuite, parce que nous ne pourrons juger\nde la valeur du clavecin avec une impartialité absolue, que lorsque sa sonorité nous sera devenue\naussi familière que celle du piano, car la séduction qui résulte de l'audition d'un moyen sonore\ninconnu ou peu familier à l'oreille est inévitable et fausse le jugement ; enfin, parce que la\ndurée d'une épreuve de ce genre ne peut être raisonnablement fixée à moins de 6 heures,\npartagées en deux séances ; c'est alors seulement que l'on se rendra un compte exact de la\npauvreté expressive et même pittoresque du clavecin, dont les effets, toujours identiques à eux\nmêmes, se répètent invariablement, cet instrument n'ayant ni la ressource du \" chant \", ni\ncelle du crescendo, du diminuendo et de l'accent pathétique...\nC'est lorsque l'on entendra 3 heures de suite le clavecin que l'on saura que tout n'est pas\nde la couleur, en musique, et surtout dans la musique de Bach...\nMais déjà les mots de adversaire, victoire, combat fourmillent dans les chroniques plus\nou moins anonymes où ce sujet est mis en cause... Les \" cris de la foire \" s'en mêlent; la\ncause perd en beauté ce qu'elle gagne en intérêt sportif. Cela est infiniment triste pour l'Art\naussi bien que pour les pianistes et les clavecinistes... car on doit s'attendret sous peu, àun\nréférendum lancé par quelque grand quotidien, et à des élections... Ce sera très up to date...\nBruxelles, Novembre MCMXI.\n\nJ. Joachim Nin."}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.109", "texte": "Rythme de vibrations et Rythme musical\n\nLe Rythme peut se définir : succession, par\nintervalles de temps déterminés présentant en général les rapports les plus simples.\nLe Rythme est à l'origine de toute musique, si élémentaire qu'on la suppose, et, soit dit\nen passant, le sens si général du mot n'aurait jamais dû être restreint au cas particulier du\nmembre de phrase,comme le fait Reicha {Trait Farrenc, 1832), et àsa suite\nMathis Lussy (Traité de /'Expression musicale, Heugel, 1874).\nQue le rythme,actionnant la vibration, cellule élémentaire, produise le son\nmatière première de l'art, avant de régler les mouvements du formé des sons\nmusicaux eux-mêmes, c'est une conception trop naturelle pour être nouvelle. Le mathémati-\ncien philosophe Wronski, cité par Durutte (Technie, Mallet-Bachelier, 1855, Introduction,\np. VI et VII) voit le véritable objet de l'esthétique musicale dans le rythme des vibrations ou\nde la durée des vibrations. Dans son Essai sur les lois psychologiques de F Intonation et de\nl'Harmonie (Heugel, 1878), M. Archange Camiolo croit en outre \"pouvoir résoudre les\n\" questions relatives aux intervalles naturels au moyen des analogies entre le rythme des\n\" vibrations et le rythme mélodique \" (que nous appellerons ici musical, quoique applicable même\nà de simples bruits).\nLes vibrations régulières et isochrones essentielles au sont bien le produit d'un\nrythme, mais réduit à son expression la plus élémentaire : d'où l'intérêt de faire ressortir, en\nregard d'analogies incontestables mais peut-être pas très substantielles, les différences caracté-\nristiques du rythme vibratoire avec le rythme musica\nTout d'abord, si l'on isole un son musical, nul motif n'existe d'attribuer à ses vibrations\nun rythme plural, pas plus binaire, comme le croit M. Camiolo, que ternaire ou autre. Le\nrythme nous y paraît simplement unitaire en l'absence de moments remarquables tels que les\ntemps forts qui jalonnent le rythme musical, dès que celui-ci se manifeste comme plural,\nquoiqu'il puisse se concevoir unitaire (comme par exemple dans le plain-chant), en dépit de\nl'oubli général des théoriciens sur ce point.\nCe n'est que par comparaison avec un autre son que les vibrations d'un son musical donné\npeuvent, par une conception purement intellectuelle et relative, paraître former des groupements,\ndifférents du reste selon le son opposé, et toujours dénués du caractère concret et absolu propre\nau rythme musical. En l'absence de moments remarquables, les rapports de vitesse vibratoire\nimportent seuls ici. En simultanéité, on ne peut faire état, comme le pense M. Camiolo, du\ncas très particulier à?accent de coïncidence des vibrations synchroniques. Ainsi que l'observe\nM. Gandillot (Essai sur la Gamme, § 26, Gauthier-Villars), le décalage ou défaut de coïnci-\ndence supposé n'influe en rien sur les rapports de deux sons simultanés. Au contraire, dans le\nrythme musical, on ne saurait supporter vis à vis des temps et de la mesure des non-coïnci-\ndences, au moins supposées quelconques ; car les mélanges de rythmes, les retards et\nanticipations sont des procédés artificiels étroitement définis.\nLe rythme musical n'existe pour nous que s'il est perceptible par sensation directe, ce qui\nimplique une limite dans la rapidité, et il a pour éléments, non pas directement des vibrations,\nmais des sons produits eux-mêmes de vibrations, et qui peuvent être même de simples bruits.\nLe son musical, au contraire, a pour condition nécessaire que la sensation directe de rythme, par\nsuite d'une rapidité vibratoire suffisante, disparaisse complètement, remplacée par une"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.110", "texte": "104\nS. I. M.\n\nsensation, justement celle de son musical,toute différente. Il y a là, pour emprunter un terme\nau langage juridique, une véritable novation, ou encore quelque chose d'analogue à l'union\nintime, par combinaison chimique, d'éléments primitifs distincts dans un nouveau corps, où la\nprésence de chacun ne peut plus être décelée que par des procédés indirects de dissociation.\nQuoique le son musical et le rythme musical soient choses différentes, dont l'une est pour\nl'autre élément de formation, il est concevable que, si des expressions numériques simples\ncaractérisent les rapports de hauteur des sons d'après la vitesse vibratoire, d'autre part le\nrythme de succession de ces sons, pour être perceptible, doive présenter aussi des conditions de\nsimplicité numérique très limitées. Mais, si les nombres I, 2, 3, 5 et leurs produits ont une\nfonction nécessaire dans les rapports des sons musicaux, les rapports admissibles dans le rythme\nmusical sont beaucoup plus restreints, pouvant à la rigueur être limités à I et 2, si l'on\nremarque que tout autre rythme qu'unitaire ou binaire apparaît réellement comme composé, le\nternaire lui-même par 2 et 1 (l'iambique, par 1 et 2, semble en effet comporter pour son\n2e terme la sensation syncopée), le quinaire par 3 et 2 ou 2 et 3> etc., tandis que, par rapport\nà un son I, la génération des seuls sons différentiels 3 et 5 apparaît comme absolument directe.\nObservons enfin que, dans un rythme musicaon pourrait indéfiniment faire varier la\nvitesse sans en changer la nature, tandis que si l'on fait varier la vitesse des vibrations d'un\nson musical il devient de suite tout à fait autre. Inutile d'ajouter que le portando ou glissando,\nartifice bref, n'est admissible esthétiquement que pour conduire d'un son déterminé à un\nautre son déterminé.\nSi quelques analogies peuvent y sembler un peu factices, la brochure de M. Camiolo\nn'en contient pas moins d'excellentes remarques, en particulier : sur\nnaturelle à toute connaissance de l'acoustique musicale, sur le spécial à chaque\nintervalle d'intonation, sur la propriété du système de fournir seul des degrés les\ndegrés tempérés n'étant que des approximations tolérées. A ce dernier point de vue, nous ne\npouvons qu'être tout à fait d'accord avec M. Camiolo, ayant soutenu la même thèse dans un\nouvrage récent du Système Musical et Hamelle, 1909).\nPour résumer :\ni° Le rythme de vibrations, pour remplir sa fonction dans la réalisation du son musical,\nrésulte d'éléments se succédant avec une rapidité suffisante (limitée néanmoins) dans des temps\négaux, doit être latent ;\n2° Le rythme musical, formé des sons eux-mêmes, pour remplir sa fonction dans la\nréalisation du discours musical,doit être apparent,donc comporter une\nLa notion de rythme peut s'étendre idéalement à la composition entière de\nmais, plus elle se dilate en groupements successifs de plus en plus larges dans la mesure, la\nphrase, les développements et toutes les grandes lignes d'un plan d'ensemble, plus elle\ncomporte de liberté et par contre exige de variété.\nOn peut trouver plausible l'hypothèse émise par un théoricien (Troupenaz), que, là où,\npar suite de la rapidité du mouvement vibratoire, cesse la du doit\ncommencer la vitesse nécessaire à la constitution du son limite supposable pourtant un\npeu flottante et susceptible d'enjambements dans les deux sens, ne serait-ce qu'en raison des\ndifférences individuelles dans la faculté de perception.\nBien plus audacieuse est l'hypothèse d'Euler, qu'à la limite aiguë où le son musical\ncesse lui-même d'être perceptible à l'ouïe, commencerait le règne de la comme sensible\naux très petites vibrations de l'éther formant, d'après lui, la cause du phénomène de la lumière.\n\nAnselme Vinée."}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.111", "texte": "Çà et Là\nLe 21 Décembre, aura lieu Salle Mors la première réunion officielle du groupe choral et\ninstrumental fondé par un groupe de musiciens et dirige par ]VI. E. R. Schmitz. Cette nouvelle\nsociété affirmera sa vitalité et son développement artistique en interprétant ce soir la le\nQuintette de Franck, Y Oratorio de Noël de Saint Saëns dans son intégralité, des quatuors vocaux\na capella des XVIIe et XVIIIe siècle et deux quintettes à cordes de Haendel.\n*\n* *\nM. Jos. Bonnet a repris ses récitals d'orgue chaque dimanche à n heures à Saint-\nEustache. Ils dureront jusqu'à fin mai. M. Bonnet exécutera les chefs-d'œuvre de toutes les\nécoles anciennes et modernes.\n* *\nL'Union des femmes professeurs et compositeurs (U. F. P. C.) a donné le il de le mois son\npremier concert sous la direction de M. Rhené Bâton. Les exigences de notre mise en page\nnous obligent à remettre à Janvier le compte-rendu de cette intéressante seance.\n* *\nLes Conférences d'histoire de la Musique que M. Landormy a inaugurées le 25 novembre\nau Cours Sauvrezis ont lieu tous les Samedis à 4 h. 1/2. Elles sont consacrées à la Musique\nfrançaise, des origines àla fin du XVIIIe siècle. Les exemples seront donnes par M Mellot-\nJoubert, Jane Arger, Hardy-Verneuil, Jane Goupil, Mary. MM. H. Snell, G. Mary,\nCh. Sautelet, etc., et le quatuor instrumental : MM. Borrel, Jenck, Massis et Gervais.\n*\n* *\nM. Louis de Serres vient d'ouvrir un cours qui aura lieu\ntous les Mercredis de 2 à 4 heures, jusqu'au mois de Juillet 1912.\n%\n* *\nLa Société Handelnous communique la suite du programme de ses concerts pour cet\nhiver.\nMercredi 28 Février 1912 :\nDeuxième concert avec le concours de Mmes Mellot-Joubert, Philip, MM. Plamondon,\nG. Mary, J. Bonnet, Organiste du Grand Orgue de Saint-Eustache et de la Société des\nConcerts du Conservatoire et A. Philip, Organiste a la Madeleine : Le Messie. Répétition\ngénérale publique le Mardi 27 Février, à 4 heures.\nMercredi 27 Mars 1912 :\nTroisième concert : Fragments de \" Didon et Enée\" de Purcell, (Traduction de M. Paul\nLandormy), exécution du Stabat de Pergolèse."}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.112", "texte": "106\nS. I. M.\n\nMercredi 8 Mai 1912 :\nQuatrième concert: Judas Machabée, Oratorio de G. F. Hâendel, avec le concours de\nM. H. Libert, Organiste du Grand Orgue de la Basilique de Saint-Denis.\n*\n* *\nLe 2e concert de la Société y. S. Bach (Grand concert de Noël) aura lieu, à la salle Gaveau\nle vendredi 22 décembre à 9 heures, avec le magnifique programme suivant : 1) Cantate de\nV Avent (ier audition) ; 2) Grand A/Lot et pour chœur a 5 vo'tx \" Jesu meine Freude \" lerIer audi-\ntion) ; 3) Sinfonia et berceuse de 1' \" Oratorio de Noël \"; 4) Cantate pour le lerIer dimanche après\nVEpiphanie (ier audition) ; Solistes : MUe Agnès Leydhecker, Mme Mario-Petit. L'orgue sera\ntenu par M. Albert Schweitzer. Orchestre et chœurs de la Société J. S. Bach sous la direction\nde M. Gustave Bret. Le jeudi 21 décembre à 4 h. répétition publique (entrée 5 franes.)\n* *\nLa Libéra Estetica de Florence a donné à, l'odéon impérial de Munich trois concerts\nconsacrés à l'ancienne école italienne. Les excellentes qualités d'interprétation dont firent\npreuve Mme Ida Isori et M. Fr. Chifitelli valurent à ceux-ci le plus grand succès.\n*\n* *\nM. Landormy vient d'ouvrir un Cours de la musique et d^interprétation\nmusicale par la méthode historique. Nous ne saurions dire trop de bien de ce cours qui corres-\npond à un véritable besoin ; les enfants tout particulièrement y apprendront à aimer et à com-\nprendre la musique. M. Landormy donne tous les renseignements qu'on veut bien lui demander\n189, rue de Vaugirard.\n*\nU Art Décoratif\" Revue de l'Art ancien et de la Vie artistique Moderne\" (4, rue Le\nGoff, Paris-5e), vient de se transformer en une revue bi-mensuelle, sans que ni son format,\nni la richesse de ses illustrations soient diminués. Ce fait lui constitue une situation unique\nparmi les autres revues d'art, en ajoutant, en particulier, à sa valeur informative.\nNous avons le plaisir d'annoncer que, sur simple demande, enverra des\nnuméros-spécimens aux abonnés de la revue S. I. M.\n*\n* *\nLe cours Sauvrezis, 82, rue de Passy, va donner cette année une deuxième série de\nconcerts par abonnement pour les enfants, sous le patronage de la Société des Amis de la\nMusique.\nCes concerts commenceront le Dimanche 17 Décembre et auront lieu en Janvier les\nDimanches 14 et 28, à 5 heures, avec le concours du trio Chaigneau, de Mmes Mellot-Joubert,\nHardy-Verneuil, Fleury-Roy, Sauvrezis, G. Danly, May ; MM. Snell, Tremblay, Borrel,\nde Villers, R. Marthe, Vidal, etc. Les programmes dont la durée n'excédera pas une\nheure, comprendront des œuvres de Maîtres classiques et modernes excellement exécutées,\nafin de donner à la jeunesse l'impression directe de l'œuvre musicale et de développer le sens\nesthétique."}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.113", "texte": "S. I. M.\nAncien Mercure Musical\nREVUE MUSICALE MENSUELLE\nfondée par la\nSociété Internationale de Musique\n(SECTION DE PARIS)\nDirecteur : J. ECORCHEVILLE\nSecrétaire de la Rédaction : Rédacteur pour la Belgique :\nCH. LEGRAND RENE LYR\n22, rue St. Augustin, PARIS. Boitsfort-Bruxelles.\nLe Directeur et le Secrétaire de la Rédaction reçoivent\nle mercredi et le samedi de 4 à 7 heures,\net M. Vuillermoz le Vendredi de 4 à 6 heures.\n\nDANS CE NUMÉRO:\nM. Ténéo Jacques 1\nH. Thuren .... . . . La musique chez les Es 36\nLes Livres . 57\nAssemblée génér\nde 64\nLE MOIS\nE. Vuillermoz . . . Théâtres et Concerts 65\nH. Prunières Lully à VOdéon. 70\nSwift . La Province 73\nRené Lyr Belgique 74\nNos correspondants . . Étranger 78\nVARIÉTÉS\nV. P L'Edition Musicale 89\nLes Amis de la M ....... 91\nM. Daubresse Ou estions .92\n(V\nJ. Gh Prod'homme ... La Salle\nJ. J. Nin...... A propos du festival Bach à Eisenach . . . 100\nA. Vinée Rythme de vibrations et rythme musical. . .104"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19111215-01.1.114", "texte": "CONCERTS ITALIENS DE MUSIQUE ANCIENNE\nLA LIBERA ESTETICA\nP , . f Mm# IDA ISORI, cantatrice florentine\nFondateurs : \\\nMr PAOLO LITTA, pianiste-compositeur\nCOMITE DE PATRONAGE\nPRÉSIDENTE D'HONNEUR\n\nSA MAJESTÉ LA REINE MÊME, LA REINE MARGUERITE D'ITAUE\nCOMITÉ DE PRÉSIDENCE :\nS. Exc. Madame l'Ambassadrice d'ltalie, Donna Bice Tittoni à Paris.\nS. Exc. Mme la P®*886 Ruspoli di Poggio Suasa Talleyrand Périgord à Paris.\nMadame la Princesse Strozzi-Corsini à Florence.\nMadame la Comtesse Béatrice Pandolfini-Corsini à Florence.\nMadame la marquise E. de Montagliari à Paris.\nMademoiselle Elena Vacaresco, femme de lettres, auteur dramatique à Paris.\nS. Exc. Le Prince Ruspoli di Poggio Suasa à Paris.\nLe duc Melzi d'Eril, duc de Lodi.\nLe Comte Brunetta d'Usseaux.\nLe Commandeur Trezza di Musella.\nMEMBRES HONORAIRES:\nM- Gabriele dAnnunzio, homme de lettres, auteur dramatique à Florence\nM. W. Bopp, Directeur de l'Académie Imp. et Roy. de Musique à Vienne.\nM. Alfred Bruneau, compositeur de musique à Paris.\nM. Carolus-Duran, Direct, de l'Acad. de France à Rome et membre de l'lnstitut.\nM. Claude Debussy, compositeur de musique à Paris.\nM. Louis Dièmer, Prof, au Cons. Nat. de musique à Paris.\nM. Vincent d'lndy, compos. de musique, Direct, de la Schola Cantorum à Paris.\nM. I. Massenet, compositeur de musique, membre de l'lnstitut.\nM. E. Mathieu, compos. de musique, Direct, du Cons. Royal de Mus. à Gand.\nM. A. Messager, compos. de musique, Direct, de l'Acad. Nat.de musique à Paris.\nM. E. Parent, professeur à la Schola Cantorum de Paris.\nM. Dr Max Reger, compositeur de musique et Directeur M. à Leipzig.\nM. Dr Richard Straùss, compositeur de musique, Generalmùsik director à Berlin.\nM. S 1 Saëns, compositeur de musique, membre de l'lnstitut à Paris.\nM. E. Tinel, compos. de musique, Direct, du Cons. Roy. de musique à Bruxelles.\nM. P. Vidal, compositeur de musique et chef d'orchestre à l'Opéra de Paris.\nM. Eugène Ysaye, virtuose, compositeur de Musique et Directeur des concerts\nYsaye à Bruxelles.\nSIÈGE SOCIAL s 3, Via Michèle di Lando, FLORENCE"}]}