{"numero_id": "bm-bmtnabh-1912-01-15-01", "volume": "bmtnabh_1912-01-15_01", "ocr_sha256": "1f46b38b047b1801001348543e8b4e71b348a7498a1ed7f0c343c4dd0cad3a5c", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1912/01/15_01/bmtnabh_1912-01-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1912/01/15_01/bmtnabh_1912-01-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1912-01-15-01-c001", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-01-15_01#c001", "volume": "bmtnabh_1912-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 1, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.2.1", "titre_corps": "ÉTAPES D'UNE DÉCOUVERTE", "titre_sommaire": "ÉTAPES D'UNE DÉCOUVERTE", "signature_source": "Gabriel Sizes", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.1", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1546, "texte": "Courbes vibratoires d'un tuyau d'ut.\nAussitôt que je sus lire, mon père me fit apprendre la musique et le\npiano. A l'âge de neuf ans— 1865 —je fis mes débuts comme organiste\nà la paroisse St. François de Castelnaudary, ma ville natale. Grâce à mes\npremiers maîtres, MM. Froment frères, tous deux titulaires d'un grand\norgue, j'eus l'occasion de m'exercer sur leurs instruments et par une\ncirconstance fortuite, de m'intéresser à la facture de l'orgue ; le Cavaille-\nColl à trois claviers de l'église St. Michel eut besoin d'un relevage et le\nmaître-facteur, M. Charles Gigout, vint pour y procéder. Je fus délégué\npour tenir le clavier au moment de l'harmonisation des jeux. Comme il\navait remarqué que je portais un vif intérêt aux phénomènes de résonance\ndes tuyaux et que je parvenais à montrer quelque habileté sur les claviers,\nil décida mon père à me faire admettre à l'Ecole Niedermeyer, par 1 inter-\nmédiaire de son frère, M. Eugène Gigout, qui y professait l'harmonie.\nJ'y entrai en 1868. J'aurais beaucoup à dire de cette ecole ideale\ncomposée d'une cinquantaine d'élèves musiciens ; les aînés se faisant les\néducateurs des jeunes ; on n'y parlait que de musique, de musiciens ou\nd'esthétique musicale. Aux heures de repos, le directeur, M. Gustave\nLefèvre, venait souvent se mêler à nos conversations et le samedi, après la\nlecture des notes de la semaine, il faisait parfois un résumé des faits\nartistiques nouveaux. Les élèves qui avaient les meilleures notes allaient\npar séries de 20 à 25 aux concerts Pasdeloup le dimanche ; c'est"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 103, "texte": "PREMIÈRE\nRENCONTRE\nAVEC UN\nPHYSICIEN.\nGAMME DE«\nPHYSICIENS,\nDITE HAR-\nMONIQUE.\n\nÉTAPES D'UNE DÉCOUVERTE"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.2", "debut_caractere": 109, "fin_caractere_exclue": 2555, "texte": "Bref, comme je ne voulais admettre que des théories vraies et logi-\nques, je passais pour une forte tête et je n'eus jamais un accessit de solfège.\nCela n'empêcha pas l'administration de me faire nommer moniteur des\nclasses de solfège et de piano des garçons, de 1873 'à et quelques\nannées plus tard, professeur titulaire. Mais ma réputation était faite...\nj'étais un entêté. Heureusement que les progrès de l'harmonie moderne se\nchargeant de rectifier les vieilles erreurs, on n'oserait plus dire aujourd'hui\nque c'était là la théorie de la musique.\nL'entrée dans l'enseignement off à 17 ans, fut pour moi le com-\nmencement de recherches théoriques et de l'essai de leur application. Rien\nne force à apprendre comme l'obligation d'enseigner ; mes jeunes élèves\nm'interrogeaient parce que la théorie ne leur donnait pas de réponse, et\nje me faisais un devoir de ne leur dire que ce que je pensais être rigou-\nreusement vrai. J'étudiai un Traité de physique élémentaire mais il ne\nme donna aucune satisfaction. La musique qui y était étudiée, n'est pas\nla nôtre ; et s'il en est question, c'est pour démontrer que nous nous\nservons d'une gamme fausse.\nJe m'adressai alors à un professeur de physique de l'Université. Après\nque nous eûmes échangé quelques idées, il me dit en manière de conclu-\nsion : \" Votre théorie musicale ne tient pas debout ; tout y est contradic-\ntions. Il est évident que vous pratiquez la gamme et votre\nthéorie se rapporte par définition à la gamme de Pythagore. Les lois et\nrègles musicales devraient découler des lois de l'acoustique et nul traité de\nmusique n'en parle. \"\nSur ma demande, il fut assez aimable de m'initier aux expériences\nphysiques classiques, dans une longue et intéressante séance dans son\nlaboratoire de la Faculté.\nMalgré tout l'intérêt que je pris à ces expériences, je ne pus m'em-\npêcher de dire qu'elles avaient peu de rapport avec la musique et que les\nmusiciens ne pourraient en tirer que peu de profit pour la théorie musicale.\nJ'entrepris alors l'étude des diverses gammes ; celle des physiciens\ndite Harmonique, celle de Pythagore et la gamme Tempérée. Au bout de\nquelques années d'études, j'arrivai aux conclusions suivantes : la gamme\nHarmonique est un mode propre seulement à la musique basée sur les\nmodes Grecs,ne comportant ni notes ni Cette\nconcordance ; la longue vogue dont a joui le système des modes Grecs ;\nleur transformation en modes Ecclésiastiques par la nouvelle réglemen-"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.3", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3172, "texte": "dire que la routine était bannie de ce milieu. L'enseignement était donné\nd'après les principes et les traditions du fondateur ; entretenus et déve-\nloppés à cette époque par M. Camille Saint-Saëns et par d'anciens élèves\ndevenus maîtres, tels MM. Eugène Gigout, Adam Laussel, Marloy, etc.\nD'ailleurs on n'impose pas facilement une routine à cinquante élèves qui\nsont à tous les degrés de l'enseignement de l'éducation musicale et qui\nvivent en contact intime et permanent. Une influence heureuse s'exerçait\ndans ce milieu de forte culture et comme l'écrivait naguère le plus\nillustre de nos anciens, M. Gabriel Fauré, \" on s'y sentait comme dans un\nbain d'harmonie. \"\nMais les jours tragiques de 1870 arrivèrent et au mois d'août je dus\nrejoindre ma famille à Toulouse, sa nouvelle résidence.\nJ'entrai au Conservatoire et au bout de trois ans j'étais arrivé, non\nsans succès, au terme de mes études. Toutefois, durant mes deux années\nde classes de Solfège, je n'avais même pas obtenu un accessit.\nA cette époque, l'enseignement n'y ressemblait en rien à celui que\nj'avais reçu; on se contentait d'imposer la récitation d'une théorie musicale\nen 90 questions; juste le nombre de numéros d'un jeu de loto! dans le sac\nduquel chaque élève tirait trois numéros de questions, à chaque examen ou\nconcours. Si j'eusse tiré trois questions se rapportant aux\naux mesures et même aux termes de nj'aurais eu certainement un\nlERIER prix ; heureusement pour moi —je le reconnais aujourd'hui —il en\nfut autrement. Peu importe le procédé, mais la partie véritablement musi-\ncale de la théorie était caduque et n'était pas même d'accord avec les\nprincipes harmoniques admis. Elle prohibait du tableau des intervalles :\nseconde diminuée, septième augmentée, Tie Il ne fallait\npas définir les modes au moyen des mais seulement par la\nplace des demi-tons dans les gammes ; d'ailleurs elle ne reconnaissait que\ndeux notes modales et elle disait : \" pour passer d'un mode à l'autre en con-\nservant la même tonique, l'armature de la clef varie de \" 1\n\nCONTRADIC-\nTIONS\nTHfORIQUES.\n\n1 II fallait dire par exemple, qu'en ré majeur il y avait deux altérations à la clef confondant ainsi dans\nl'esprit des élèves, des notes diatoniques accidentées, avec des notes altérées, ce qui est absolument contraire, on en\nconviendra. D'ailleurs encore aujourd'hui n'existe-t-il pas des théories qui en disent presque autant !... que\nl'unisson n'existe pas ; que la seconde diminuée est impraticable ce qui est dû à ce que l'on confond la\nsynonymie avec l'enharmonie. N'écrit-on pas : que les deux tierces utjjjl-mijj! et réjj-fa, ne sont pas synonymes $\ntandis que l'on qualifie de synonymes les deux intervalles : réj?-fa, tierce majeure, et utjjl-fa, quatre diminuée,\nintervalles formant une semi-enharmonie. Ne parle t'on pas encore de : gammes enharmo?iiques... cela peut-il\nexister? sûrement non, puisque deux gammes de ce genre ne diffèrent que par Y écriture d'où synonymie\ntandis que Y enharmonie est un phénomène harmonique produit par : deux notes, deux intervalles ou deux accords\nayant un sens différent une résolution différente, opposée. Il y aurait encore beaucoup trop à dire."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.4", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2355, "texte": "dire, tous les ont ignorées et se sont contentés de faire de la bonne\nmusique — avec notre gamme fausse ! — D'autres ont craint de s'attaquer\nau grand physicien qu'était Helmholtz ; mais nous ne critiquons en lui\nque le musicien ! ménage-t-on nos musiciens les plus illustres ; cependant\nils font de la musique, tandis que Helmholtz aurait empêché d'en faire si\non avait eu la faiblesse de l'écouter.\nPythagore — VIe siècle avant notre ère — détermina sa gamme\npour corriger les imperfections pratiques de la gamme en usage de son\ntemps et pour transformer les modes en une précise,\ntique et transposable.Cette gamme fit des prosélytes et son développement\nfut parallèle à celui des modes Grecs. La gamme de Pythagore, tantôt\nfavorisée, tantôt combattue, selon les lieux et les époques, créa une\nmusique ayant comme caractéristique : un développement plus vaste\ndes impressions harmoniques, par sa précision et sa variété née de son\nchromatisme.\nOn n'a donné jusqu'ici que des interprétations erronées de cette\ngamme ; par exemple : ses notes enharmoniques ont apparu jusqu'à ce\njour comme étant distantes l'une de l'autre de tandis que leur\neffet est en réalité de deux commas intervalle réel de l'enharmonie\nmusicale.\nC'est certainement de cette manifestation que les Grecs Pythagori-\nciens tirèrent la dénomination de quart de intervalle qu'ils employaient\nfréquemment—autant que nous-mêmes instinctivement — et que seules\nles fausses considérations théoriques en cours ont fait disparaître. En tous\ncas — quoique employé judicieusement par tous les musiciens — ce terme\net l'intervalle qu'il représente sont absolument injustifiés d'après nos défi-\nnitions théoriques. Cependant cette gamme est la base de notre\nsystème musical.\nAu point de vue pratique, son imperfection apparut au moment de\nl'extension de l'échelle musicale due à l'intervention des instruments.\nPythagore ne pouvait prévoir une étendue aussi considérable — l'orgue\nde la cité de Sydney, dont les claviers ont cinq octaves complètes et qui\npossède des 64 pieds, produit onze octaves de sons. —\nOn sait que la discordance qui existe entre une succession de\nquintes justes et une série parallèle de est cause de l'impratica-\nbilité de cette gamme. De la modification indispensable du rapport de la\nquinte naquit la gamme Tempérée.\n\nGAMME\nPYTHAGORI-\nCIENNE."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.5", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2623, "texte": "tation qu'en firent faire St. Ambroise au IVe siècle et St. Grégoire au VIe,\nsembleraient être la preuve de l'existence du principe de la gamme\ndite Harmonique au temps de Pythagore. Ce qui semble encore le\ndémontrer, c'est l'ignorance dans laquelle nous nous trouvons de la déter-\nmination d'une gamme particulière ayant pu servir à établir les modes\nEcclésiastiques. A ma connaissance, personne ne s'est préoccupé de le\nsavoir et je reste convaincu jusqu'à preuve du contraire de l'identité\ndes deux systèmes. Pour\"* que cette gamme telle que Helmholtz l'a\nrêvée et qu'il a dénommée gamme exa s'adapte aux besoins de la\npratique musicale, elle oblige l'emploi de 175\nCes sons diffèrent entre eux de l'intervalle du comma §£. Avec ces\n*75 sons différents il ne saurait être question ici que du genre de musique\nqui se pratiquait avant le 17e siècle. J'ai dû renoncer à l'énumération du\nnombre encore très important de sons différents que viendrait ajouter\nl'emploi des notes résolutives,à cause de la valeur du comma de cette\ngamme, qui n est le sous-multiple exact d'aucun autre intervalle. Cette gamme\nest inacceptable pour la pratique musicale ; elle ne peut servir que pour\nla démonstration des phénomènes acmistiquo/itK\nDéjà au début du 17e siècle, Eiesca-rtes démontrait : qu'il n'itait\nlogique de vouloir que la gamme musicale tire, ex£ïusivemèfitt'ses rapports\ndes quelques premiers sons de l'échelle harmonique ; il écrivait à cet\neffet : 1 \" Il n'est pas conforme à la nature, de vouloir, comme plusieurs\nauteurs, dériver toute l'harmonie des vibrations d'une corde, et surtout de\nla coexistence de quelques sons avep le fondamental.... Une corde n'est\nqu'une espèce de corps sonore. \"Êfîe ne peut pas servir pour établir les\nprincipes de l'harmonie; mais seulement pour se faire une idée de l'effet\ndes rapports. \" Par l'étude approfondie que j'en ai faite dans Y Acoustique\nMusicale Moderne,que j'espère pouvoir publier prochainement, je démontre\nla thèse de Descartes ; car il ne suffit pas de croire une chose possible, il\nfaut la démontrer. Or, tous les arguments de Helmholtz sont purement\nspéculatifs et ne démontrent rien concernant la pratique musicale. Il se\ncondamne lui-même en proposant une gamme composée de 24 sons par\noctave au lieu de 175 tirée du système proposé par Hauptmann ;\nc'est qu'il reconnaît son principe impraticable. Malheureusement pas un\nseul musicien jusqu'ici n'a eu le courage de réfuter ses théories. A vrai\n\n1 Descartes, Tract, de homine, page 3, § 36. Ainsi que Leibnitz, un_ peu avant Descartes ; Epist. ad\ndiverses, tom. i, Epist. 154 . • / v , ,, * * ... £§&*"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.6", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2655, "texte": "Mais la science réclame davantage; elle veut des définitions précises;\nelle nous demande : quel rapport y a-t-il entre la hauteur d'un son fixe\nou son neutre que l'on nomme et le même son\n—ou résolutif que l'on appelle chromatique.1 D'autre part : tous les\nsons chromatiques ne sont pas systématiquement comme le porte\nla théorie musicale, puisque les traités ne les présentent tels\ndans certains cas,avec certains accords seulement ; il y a même des accords\nà double entendement ; par exemple : si l'accord de est\nconsidéré sur la note sensible,il est résotandis que sur le 2e degré du\nmode mineur, il est neutre ; celui de s devient\nde i™ espèce, neutre ; celui de septième devient de\n3e espèce, neutre,etc... il faudrait donc préciser ; sans quoi, nous dit la\nscience, on ne peut reconnaître votre théorie ; si elle est empirique, la\nmusique qu'elle prétend expliquer l'est aussi. Comment répondre aux\nexigences de la science ?\nIl était important de connaître la valeur des affirmations théoriques\nse rapportant aux intervalles fondamentaux de la musique. Tout d'abord\nune question se posait : de quel ton est-il question... est-ce le ton 9/8\nde la gamme Pythagoricienne, de laquelle découle la théorie' musicale,\nou du ton de la gamme tempérée qui est la base de la pratique\nmusicale ? 2\nLa théorie musicale dit : le ton est composé de 9 commas et il se\ndivise en deux demi-tons inégaux ; le diatonique compte 4 commas et le\nchromatique en compte 5. Que d'objections à faire... je vais les résumer :\ni° d'après qui ou d'après quoi le ton est-il composé de 9 commas ?... il\nexiste deux espèces de cet intervalle : le comma de la gamme dite Har-\nmonique, d'après lequel le ton 9/8 compte 9e,481 presque 9e et demi\n—et le ton tempéré 9e,300 9e un tiers; puis le comma de la gamme\nde Pythagore d'après lequel le ton 9/8 compte 8°,720 un peu moins\nde 8°,3/4 —et le ton tempéré — à peu près 8e et demi. Par\ndéfinition, la gamme tempérée ne possède pas de comma. Donc, le ton\nn'a jamais 9 commas ! Dans ces conditions que deviennent les définitions\nde la théorie musicale ; les physiciens pouvaient-ils prendre en considéra-\n\nLe ton' le\nDEMI-TON ET\nLE GOMMA.\n\n1 II s'agit des douze degrés chromatiques musicaux, susceptibles d'être tour à tour diatoniques ou chroma-\ntiques par l'emploi d'accords appartenant aux diverses gammes musicales, et non des seuls degrés intermédiaires\naux notes diatoniques d'une gamme déterminée, comme Helmholtz les a toujours présentés ; il ne faut pas\n•üblier que sa gamme n'est pas transposable.\n2 On sait que la gamme dite Harmonique contient deux espèces de tons, le majeur 9/8 et le mineur 10/9."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.7", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2666, "texte": "GAMME\nTemplß^E\nSONS NEU-\nTRES ET SONS\nRÉSOLUTIFS.\n\nOn peut facilement définir cette dernière : gamme de la\nou gamme des sons neutres.Elle est la base de la\npratique musicale. Tous les instruments à sons fixes, à clefs, ou à pistons\nsont accordés d'après elle.\nJ.-S. Bach, en composant son c pour démontrer\nqu'en n'employant que des sons neutres on peut faire de la bonne musique,\nprouva suffisamment le cas qu'il faisait de cette gamme. Il y a un siècle,\nChladui, dans son Traité d'Acoustique,répondait aux critiques adressées à\nla gamme tempérée en ce qu'elle diffère de la gamme Harmonique,\nqui est basée sur des rapports simples : \" c'est une expérience incon-\ntestable que, si l'on entend un intervalle qui diffère très peu d'un autre,\nexprimable par des nombres plus simples, on croit entendre le plus simple,\net que cette illusion est d'autant plus parfaite, que la différence est\nmoindre. Cette illusion est très avantageuse pour nous, parce que sans\ncela, il n'y aurait point de musique. Pour l'effet, c'est la même chose, si\nl'intervalle qu'on entend peut être exprimé par des nombres simples ou\nnon. \" Malgré l'incontestable nécessité de la gamme tempérée, il n'est pas\nd'injure qu'on ne lui adresse tous les jours, parce que la théorie musicale\naffecte de l'ignorer complètement.\nIl existe deux états du son musical : l'état neutre et l'état résolutif ; le\npremier créant la synonymie ou gamme tempérée et le second\nXenharmonie ou gamme de Pythagore.\nCe sont ces deux états du son musical qui font dire aux physiciens\ndu moins à ceux qui ont bien voulu s'occuper de musique d'une\nmanière impartiale que la musique procède de deux gammes différentes.\nCette manière de voir des physiciens nous déconcerte, parce que nous ne\npratiquons en réalité d'après nos conceptions qu'une seule gamme\ndont nous faisons varier les sons de Vétat neutre a Vétat résolutif.1 D'où, choc\nde définitions, qui semble devoir rendre l'entente impossible.\nIl faut bien reconnaître que s'il est vrai que nous pratiquons ces\nétats du son musical, il est vrai aussi que nous le faisons C'est\nmême cet instinct qui caractérise le ou quiconque en\npossède les qualités; on ne saurait confondre toute personne qui fait de\nla musique, avec un musicien.\n\n1 Les instruments à sons fixes ne sont qu'une exception parmi les instruments musicaux.\nJ'écarte volontairement les sons de provenance harmonique naturelle dont se servent parfois les instrumen-\ntistes à cordes } ces sons se rapportent aux rapports simples. Mais ce n'est là qu une exception, car le plus souvent\non emploie les sons harmoniques factices et dans ce cas ils se classent parmi les sons musicaux ordinaires."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.8", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2341, "texte": "tion une théorie dont la base primordiale de ses intervalles était fausse ;\nqui ne peut dire d'où elle tire ses définitions à défaut d'en avoir de propres ?\ncertainement non.\n2° Que devient le demi-ton neutre dans cette définition... il n'existe\npas ; par conséquent comment apprécier le rapport des intervalles consti-\ntuant un accord consonantou un accord tous deux formés de\nsons neutres,avec celui des mêmes intervalles constituant un accord\nrésolutif?\n3° Le comma imaginaire neuvième de ton est défini comme\nétant le plus petit intervalle musical...il ne peut donc se diviser en demi\ncomma pour exprimer : que le demi-ton est composé de 40,1/2 ;\ncependant le degré chromatique intermédiaire entre deux notes séparées\npar un ton, partage également l'intervalle de ce ton ?\nComme on le voit, la théorie actuelle de la musique fut créée arbi-\ntrairement. Devant l'absence des éléments nécessaires pouvant servir à\ntraduire les phénomènes des sons, les musiciens durent s'en rapporter à\nleur seule intuition. Malgré tout le mérite de leurs efforts, l'intuition n'a\naucune valeur lorsqu'il s'agit de définir scientifiquement une théorie.\nMalheureusement pour la considération de l'intervalle important qu'est le\ncomma, tous les auteurs de livres de physique trop confiants dans les\nthéories de Helmholtz disent que le comma est un intervalle\nciable ; ce n'est qu'avec cette restriction indispensable qu'on a pu croire\nà la possibilité d'existence du système proposé par Helmholtz ; lequel\noblige la négligence constante comma sur divers degrés de sa gamme.\nA côté de cela, on fait montre d'un acharnement inouï vis-à-vis du\ndouzième de comma qui constitue la différence entre la quinte tempérée\net la quinte juste.Qu'on juge après cela s'il était aisé de s'entendre et\ncomment les physiciens aidaient les musiciens à développer leur théorie\nmusicale.\nCe qui est certain, c'est que l'abaissement d'un son résolutif est\nbeaucoup plus important que la théorie ne le dit en l'espèce un demi\ncomma. Cette altération des sons résolutifs apparaît pour quiconque\nl'étudié attentivement presque égale à la différence qui existe entre le\n7e harmonique produit par un cor ou une trompette, et la même note\nneutre de la gamme chromatique. Il en est de même de\nen sens inverse de la note sensible. Beaucoup de musiciens ont partagé\ncet avis."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.9", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2912, "texte": "Depuis les travaux de Chlachai (1809), seuls MM. Mercadier et\nCornu avaient eu le courage de prendre la défense de la musique des musi-\nciens ; ils avaient publié en 1869, dans les C-R de l'Académie des Sciences,\nles résultats de travaux extrêmement importants. Faisant appel au concours\nd'artistes d'une valeur indiscutable, ils expérimentèrent les sons musicaux\nsoumis à une tendance résolutive.lls constatèrent que dans la pratique\nmusicale, le déplacement du 7e degré de la gamme se transformant en\nfonction de note sensible, dépassait sensiblement la hauteur de la note\nsensible Pythagoricienne ; et celui de la en fonction de\nseptième harmonique de dominante s'abaissait, par rapport àla fondamen-\ntale de l'accord, à la hauteur du 7e harmonique c'est-à-dire : dans le\nrapport 7/4. —1 Par corrélation, ils confirmèrent la valeur de la tierce\nmineure harmonique 7/6 qui devient pour les musiciens, la tierce mineure\nrésolutive, - -f-\"\"\nD'après ces expériences, ils affirmèrent : i° qu'il fallait rejeter l'idée\nd'une gamme uniqùe. 2° qu'il n'y avait aucun intérêt à fixer la limite des\nnombres premiers pouvant entrer dans la valeur des sons constituant les\naccords harmoniques. 30 Que le nombre premier 7 ou 7e har.\ns'introduisait naturellement dans les rapports harmoniques de la musique\nmoderne et qu'il pouvait bien en être de même des nombres premiers\n! 1 et n— ou 11e et 13e har. 40 En tous cas, qu'il fallait bien se\ngarder de les écarter systématiquement, sous le prétexte qu'ils correspon-\ndent à des sons qui n'entrent pas dans ou qui forment\nune succession mélodique qui semble discorda\nJe dirai plus loin à quel moment j'eus connaissance de ces expérien-\nces ; elles furent pour moi la confirmation expérimentale de mes convic-\ntions acquises dans la pratique ; je n'avais pas à les refaire. 1\nDans la Lettre à Goldbuch (1712), Leibnitz s'exprime ainsi : \"Il\nn'est pas impossible qu'il existe quelque part des êtres dont l'oreille plus\nsensible que la notre soit charmée par des proportions musicales qui nous\nsont moins agréables. Nous ne comptons pas, en musique, au delà de 5...\n\nMERCADIER\nRAPPORTANT\n*ux SONS\nRÉSOLUTIFS\n(1869)\n\n1 J'ai eu l'honneur de soumettre ce résumé à M. Mercadier qui l'a accepté entièrement. Je me permets de\nfaire cette remarque, parce que trop souvent on cite l'opinion émise par M. Mercadier dans son opuscule\n\" Science Musicale,\" publié en 1855, tandis que les faits de 1869 modifièrent cette opinion dans\nle sens ci-dessus.\nD'autre part, dans la thèse très remarquable sur La consonance musicale, soutenue par M. Gustave Daumas\npour l'obtention du diplôme d'études supérieures de philosophie et publiée dans Le Monde Musical de 1907 à\n1908, je fus heureux de trouver des citatious d'auteurs qui confirmaient pleinement mes précédentes conclusions\nthéoriques. Il est intéressant de citer ici celle qui est relative aux sons 7, 11 et 13."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.10", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2493, "texte": "En effet, tous les intervalles consonants que nous employons sont repré-\nsentés par des rapports dont les termes sont pris parmi les nombres\npremiers 1, 2, 3, 4, 5. Si nous étions doués d'une sensibilité un peu plus\ndélicate, nous pourrions aller jusqu'au nombre 7 ; et je crois qu'on\narrivera en effet. Aussi bien les anciens ne repoussaient pas complètement\nle nombre 7. Mais on n'ira sans doute pas plus loin que les nombres\npremiers 11 et 13.\"--—\"\nLeibnitz et avec lui beaucoup d'autres auteurs, prévoyait donc il\ny a deux siècles les progrès de la musique moderne.\nIl restait à savoir si ces manifestations étaient ou\nAprès avoir repris contact avec les théories de Rameau et les Traités\nd'harmonie anciens et modernes, j'acquis la certitude que mes convictions\nétaient confirmées par tous les auteurs. Aucune manifestation des sons\nneutres et des sons résolutifs ne leur avait échappé ; seules certaines déno-\nminations diffèrent selon certains cas ; elles manquent souvent de précision\nou prêtent à l'équivoque ; tandis que la manifestation des sons\nUn physicien de valeur que je nommerai plus loin, après de\nnombreuses conversations que nous eûmes ensemble sur ce sujet, me\nconfirma que c'était bien une véritable qui régissait tous ces\nphénomènes et non de pures réglés de s'appliquant à tel ou tel\nautre accord, comme les Traités d'harmonie semblaient l'indiquer. Il en\nrésulta pour moi deux classements distincts : i° tous les accords\ndissonants et ceux en état de résolution ne comportant que\ndes sons neutres ; 2° les accords résolutifs ayant la dominante pour base\net les accords altérés, comportant des sons résolutifs.\nCes conclusions qui sont absolument conformes aux conceptions de\ntous les harmonistes et de la pratique m— me permirent de trouver\nen elles l'élément nécessaire à l'élaboration d'une venant\ncompléter naturellement la théorie dite de solfège. Cette théorie d'harmonie\nn'existe pas ; on ne pouvait la fonder que sur une démonstration simple\net pourtant complète des phénomènes harmoniques. Elle est de toute\nnécessité pour instruire ceux qui, sans aborder l'étude pratique de l'har-\nmonie, doivent la connaître théoriquement.\nCette connaissance théorique est indispensable pour l'analyse harmo-\nnique rapide d'une œuvre, seul moyen de développement de la\nmusicale. Elle doit en outre servir d'introduction à l'étude de l'harmonie\net servir de guide sûr pour une juste compréhension des Traités d'harmonie,\n\nGAMME COM\nMATIQUE\nDE LA\nMUSIQUE\nMODERNE."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.11", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2492, "texte": "ces derniers s'occupant principalement des phénomènes particuliers de\nchaque accord et de leur réalisation.\nDe l'ensemble des phénomènes musicaux — constatés précédemment\net d'autres confirmés par l'étude expérimentale qui va suivre — est née\nla définition de la gamme commatique moElle a pour base : la\nde l'ensemble de ses sons et le commatisdont chacun de ces sons est\nsusceptible ; selon les cas généralisés par un seul principe théorique et\nl'application de la nouvelle définition scientifique de la valeur du\nde cette gamme.\nCe sont ces modes commatiquesemployés intuitivement par les musi-\nciens et malheureusement mal définis par nos théories, qui ont dérouté\ntous les physiciens acousticiens. La réglementation de ces phénomènes\nsur des bases scientifiques mettra, j'en suis certain, un terme à nos\ndivisions.\nCe principe théorique, je ne puis le dévoiler ici, à cette heure, parce\nqu'il se rattache à certains phénomènes d'acoustique que j'aurai l'honneur\nde porter à la connaissance de l'Académie des Sciences ; la publication\nm'en enlèverait la possibilité. Je ne saurais d'ailleurs, dans cette étude déjà\ntrop longue, donner seulement un aperçu des travaux dont les résultats\nremplissent, en manuscrit, quatre volumes importants. Je demande donc\naux bienveillants abonnés de la revue S. I. M. de m'accorder quelques\nmois de crédit, qui me sont nécessaires pour la rédaction définitive de\nces notes et pour la publication de mon acoustique musicale moderne. Mais\nje peux dire — ce qui plaira sans doute aux physiciens — que la pratique\nmusicale moderne réalise les prévisions de MM. Mercadier et Cornu,\nrelativement à l'introduction des nombres premiers 11 et 13 dans les\nrapports harmoniques. C'est la nouvelle valeur du appliquée à\nl'étude des intervalles harmoniques, qui me révéla cette particularité.\nVers 1894, M. Mathias, professeur de physique à la Faculté des\nSciences de Toulouse — aujourd'hui Directeur de l'Observatoire du Puy-\nde-Dôme — fit une conférence dans la grande salle du Conservatoire, sur:\nLe son et les flammes sensibles. Le pyrophone et l'expérience de Melde\nfurent pour M. Mathias une occasion très naturelle d'évoquer les relations\nqui existent entre l'accoustique et la musique et par suite, celles qui\ndevraient exister entre les physiciens et les musiciens. En exprimant\nl'espoir que ces relations seraient fécondes, M. Mathias ne prit pas garde:\nqu'il ne faut rien dire devant les enfants ! Peu de temps après il reçut ma"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.12", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2539, "texte": "visite. Nos conversations ne tardèrent pas à prendre un caractère sévère.\nM. Mathias mit de l'ordre dans mes études, en me demandant un résumé\nde chaque question. Ce fut le point de départ de ma rédaction définitive.\nIl poussa la complaisance jusqu'à me consacrer une soiree par semaine et\nla séance s'est souvent terminée après une heure du matin. Il n'est que\njuste que je lui témoigne avec mes remercîments, toute mon admiration\npour la condescendence qu'il a mise, lui physicien, a s adapter aux habi-\ntudes de langage d'un musicien. Nous avons discute ainsi chaque question,\nchaque fait, jusqu'à complet accord.\nIl ne faut pas croire que ce fut toujours facile ! car si le musicien\ndéfendait la cause de son art, le physicien ne lâchait prise que devant des\npreuves irréfutables et toujours démontrées. Tardivement trop peut-\nêtre pour sa patience —je lui fis l'aveu que je n'avais consulté qu'un\nlivre de physique élémentaire ; que je ne connaissais aucun ouvrage\nsérieux et je le priai de vouloir bien m'indiquer tout ce qu'il serait utile\nde connaître... Ne regrettez pas, me dit-il, de ne pas avoir étudié la\nphysique, vous avez pu donner libre cours à votre intuition musicale ;\nsans idées préconçues vous n'avez eu pour guide que votre instinct et il\nvous a conduit dans les voies nouvelles, que vous n'auriez pas suivies si\nvous vous étiez servi des méthodes ordinaires. J ai donc eu raison de dire\nen terminant ma conférence : Que les relations entre physiciens et musi-\nciens seraient certainement fécondes ; je m'en félicité aujourd'hui.\nM. Mathias m'indiqua les auteurs que je devais lire, parmi lesquels\nHelmholtz, Chladui, etc. et les travaux spéciaux de MM. Mercadier et\nCornu.\nEnfin M. Saint-Saëns me vient en aide, depuis 1884— date\nde la création d'Henri VIII à Toulouse et à l'occasion de laquelle\nM. C. Saint-Saëns fit un assez long séjour parmi nous j'ai\neu le bonheur de voir le maître s'intéresser vivement à toutes\nces questions d'acoustique musicale. Depuis cette époque, la musique\nfait l'objet, en grande partie, de nos conversations et de notre correspon-\ndance. Je lui dois non seulement le meilleur de mon éducation artistique\net musicale, mais encore le courage des recherches abstraites, dont il\npossède le don jusqu'aux limites extrêmes. Ce n'est pas seulement chez lui\nde la perspicacité, comme on le croit trop, c'est avant tout une grande\npuissance de logique. De là cette implacable résistance à tout ce qui n'est\npas rigoureusement déduit ; cette irritabilité légendaire, mal comprise"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.13", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2612, "texte": "parfois de ceux qui discutent avec lui ; irritabilité que j'admire plutôt,\nparce qu'elle est la raison au service de la vérité. Il ne s'émeut pas plus\nque le marbre des critiques même acerbes, pourvu qu'on lui reconnaisse\nle droit de défendre sa pensée et de critiquer à son tour. Ce n'est pas un\nentêté, mais un convaincu ; il n'en veut qu'à l'erreur. Je m'arrête, pour\nne pas encourir de sa part le reproche de n'être trahi que par ses amis.\nJ'ai eu l'honneur et le bonheur de lui exposer les parties essentielles\nde mes travaux et jamais sa collaboration ne m'a fait défaut. Nous n'avons\npas toujours été du même avis ; mais je ne discute jamais avec l'arrière\npensée de faire triompher quand même mon opinion et je me rends à la\nlogique des faits, quand la discussion poussée jusqu'au bout m'y oblige.\nUn jour c'était en décembre 1895 entraîné par l'étude des\nphénomènes de vibrations dans l'atmosphère, je me pris à considérer ceux\nde la lumière et par extension, les modifications dont ils pouvaient être\nsusceptibles hors de notre atmosphère, dans l'immense Ether. J'eus l'audace\nd'émettre un doute sur les résultats des expériences de Fizeau. Le maître\npartait pour l'Egypte en passant par l'ltalie ; il alla jusqu'à Louxor\nc'est là qu'il écrivit son 5e concerto pour piano et la 2e sonate en mi b\npour piano et violon ; nos lettres se croisaient et la discussion dura\njusqu'en avril 1896, date de son retour, c'est bien là le caractère de\ndeux hommes têtus... mais par conviction et dans l'intérêt de la vérité —;\nson ardeur à la discussion est telle, que dans une de ses longues lettres il\ndébute ainsi : \" Vos illusions, mon cher ami, sont comme le chiendent,\nil ne suffit pas de les arracher, il faut encore extirper les racines ; c'est\nlaborieux, mais je ne désespère pas d'y arriver suit un véritable cours\nde physique.\nComme je lui soumettais encore une objection il m'écrit en mars :\n\" Oh ! oui ! ! !, vous êtes têtu ! mais c'est fort heureux, parce que de cette\nfaçon on peut aller avec vous jusqu'au fond de vos pensées.\" Heureuse-\nment qu'en dehors de cette question toute spéciale, je n'ai pas eu à sou-\nmettre à une nouvelle épreuve sa bonté.\nEn 188 1, le maître avait rédigé une note sur La résonance multiple\ndes cloches parue dans le volume Harmonie et Mélodie de 1890. Cette note\nattira plus que jamais mon attention sur ces phénomènes acoustiques.\nMais autant de cloches, autant d'échelles différentes d'harmoniques ;\nmême pour des cloches qui donnaient approximativement le même son.\nJ'étudiai alors résolument les multiples rapports des sons de Yéchelle\n\n3"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 43, "texte": "HARMO-\nNIQUES\nINFÉRIEURS\nSON PRÉ-\nDOMINANT."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.14", "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 2617, "texte": "harmonique naturelle, seulement, prolongée à l'infini. Pour un musicien,\nc'est une étude passionnante ; on y découvre tous les phénomènes har-\nmoniques modernes ; par conséquent, la justification des procédés mis en\nœuvre par les musiciens depuis Monteverde.\nCertainement que Helmholtz restreignant volontairement l'étude\nde cette échelle naturelle aux seize premiers sons, pour justifier sa restau-\nration de la gamme des Grecs ne voulut pas y voir la loi de nos\nharmonies : résolutive, altérativeet dissonainsi que celle des\ntonales. Ces agrégations s'y manifestent par la succession et l'enchevêtre-\nment des échelles partielles des sons fondamentaux ; ces derniers peuvent\nêtre limités aux neuf premiers sons formant l'accord de neuvième majeure\nde dominante ; sur utx: utls ut2, sol2, ut3, mi3, sol3, sib3, ut4, ré4; sur\nlesquels se greffent les séries curieuses des nombres premiers à partir du\nson 11 etc.\nAu lieu d'une cacophonie, tout cela forme un ensemble merveilleu-\nsement harmonique ayant un ut pour fondement. Les échelles partielles\nsuperposées de ces neuf premiers sons atteignent le 8IE harmonique ;\nnous sommes loin des seize de Helmholtz \\\nM. C. Saint-Saëns ne manquait jamais une occasion de noter au\npassage un phénomène acoustique quelconque et il me le transmettait.\nDe mon côté je lui communiquais mes observations et lors de nos\nrencontres nous en tirions des conclusions. Dans la note de 18 81, le\nmaître avait observé : que les sons primordiaux entendus dans la réso-\nnance des cloches, ne satisfaisaient pas à la loi tirée des cordes vibrantes ;\nmais qu'il était anormal de les considérer comme quelconques. Si leurs\nrapports avec le son dit fondamental ne sont pas conformes à ceux de la\nsérie naturelle, ils produisent cependant les intervalles musicaux, dont la\nprésence trouve son explication dans l'hypothèse d'une fondamentale que\nnotre oreille ne peut percevoir, en raison de son excessive gravité.\nA l'appui de cette thèse, il donne un certain nombre d'exemples qui ne\nlaissent aucun doute pour les musiciens.\nPour montrer comment nous procédions en face des phénomènes\nacoustiques intéressants, avant d'avoir trouvé la synthèse de la loi de\nvibration des corps sonores en général, je crois intéressant de donner ici\n\n1 11 est juste de remarquer, que le nombre extraordinaire d'œuvres musicales qui existent, aurait dû inciter\nles physiciens à la recherche des moyens employés par les musiciens, au lieu de proclamer simplement qu'ils\navaient une gamme fausse. C'eut été tout profit pour le progrès et la théorie musicale."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.15", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2860, "texte": "quelques fragments de notre correspondance. Un jour le maître m'écrit\nde La Chapelle St Rémy (Sarthe) :\nMON CHER AMI,\n\" On ne bavarde jamais quand on ne parle que pour dire des choses intéres-\nsantes, comme vous avez coutume de le faire. N'ayant pas votre lettre sous les\nyeux, je ne puis y répondre en détail ; ce sera pour dans deux ou trois jours,\nquand je serai rentré chez moi. Dans ce village, il y a une cloche que j'ai entendue\nce matin et qui donne l'ut3. Quand le son s'éteint, il fait entendre de lentes vibra-\ntions d'une seconde et demie d'amplitude. D'après mon hypothèse, ces vibrations\ndoivent constituer la fondamentale inaccessible à notre oreille, qui serait le fa\nau-dessous de Yut situé à la 6e octave de Yu du 32 pieds. Cela n'est pas impossible.\nJe livre ces détails à vos savantes réflexions ! Je vous embrasse.\nC. SAINT-SAENS\nUn peu plus tard, à la suite de phénomènes se rapportant à la\nlumière et au son, il m'écrit :\n\" ... la lumière et le son étant également produits par des vibrations, les deux\nphénomènes doivent être analogues. Or, comme je vous l'ai raconté naguère, c'est\nà la Madeleine que j'en ai fait l'observation ; quand après un accord final, soit du\ngrand orgue soit du chœur, j'écoutais le son qui persiste dans ce vaisseau trop\nsonore : toujours le son montait d'une façon très appréciable au moment de\ns'éteindre. 1 J'ai dans ma chambre à coucher une pendule dont le timbre fait\nentendre des vibrations secondaires la fondamentale sans doute à raison de\ncinq par seconde ; dans le silence de la nuit, qui permet de distinguer plus long-\ntemps la prolongation du son, ces vibrations s'accélèrent avant de s'éteindre.\nExpérimentez à votre tour et je suis bien sûr que vous ferez les mêmes constata-\ntions ; reste à trouver la cause, tant pour la lumière que pour le son. Pour la\nlumière, tout le monde a observé le phénomène ; tout le monde sait qu'avant de\nmourir, le \" le petit-bonhomme-vit-encore \", jette un éclat surprenant. Est-ce une\naccélération ? celle-ci ne devrait-elle pas plutôt amener un changement de colora-\ntion ? Il y en a bien une, mais du rouge au blanc. Que se passe-t-il quand un\ncorps incandescent passe du rouge au blanc, parlant ?\nJe l'ignore, n'étant pas versé dans l'optique. Informez-vous auprès des physi-\nciens compétents. Je n'ai que mon oreille et mon intuition, à vous appartient\nd'entrer dans le splendide domaine de la science qui m'est interdit. J'aurai été la\nracine et vous la fleur qui s'épanouit dans la lumière... \"\nOn voit tout l'intérêt que le maître portait à ces questions et les en-\ncouragements qui en découlaient pour moi.\n\n1 Dans Fétude expérimentale dont il sera question plus loin, gavais cru trouver Fexplication de ce phéno-\nmène ; mais au cours d'une de nos dernières expériences je me suis convaincu qu'il provenait d'une autre cause."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.16", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2765, "texte": "Donc, depuis 1881, un nouveau problème d'acoustique était pose ;\nmais les acousticiens n'ont voulu voir dans cette thèse\ncien. Cependant, la valeur de celui qui la proposait aurait dû lui faire\naccorder un peu plus de confiance. On a tenu jusqu ici le jugement de\nDescartes pour définitif ; le grand philosophe a écrit en 1618 dans son\nconpendium musicae; \" Le son est au son comme la corde est a la corde ,\nor, chaque corde contient en soi toutes les cordes moindies qu elle, mais\nnon celles qui sont plus grandes ; par conséquent aussi chaque son contient\nen soi tous les sons plus aigus que lui, mais non ceux qui sont plus graves.\nCeci nous démontre, qu'on peut être un grand philosophe et oublier de\nconsidérer la constitution d une corde. Or une corde est faite d un ensem-\nble de cordes plus fines qu'elle, dont la longueur totale peut être quatre,\nhuit, dix fois plus grande que la corde qu'elles servent à constituer. C'est\nce qui se produit avec les harmoniques constituant un son.\nPersonne n'a songé à vérifier la solution de Descartes à propos des\ncordes, et Helmholtz lui—meme est reste sur cette impiession sans autre\ncontrôle, en faisant admettre, sans discussion, que: les cloches, comme les\ndiapasons, ne font entendre que des sons accessoires har-\nmoniques et qui s'éteignent rapidement.\nCependant, dès 1714, Tartini avait observé sur son violon des\nmoniques inférieurs ; mais comme il était absorbe par la théorie des sons\nrésultants qu'il venait de découvrir, il les fit se rapporter à ce phénomène.1\nRameau constate les harmoniques inférieurs; en 1737 il écrit : \" A\nl'égard des vibrations plus lentes que celles du corps total, si elles ne\npeuvent avoir d'action que sur de plus grands corps, elles servent du\nmoins à fortifier dans l'oreille le son qui les occasionne Il reconnaissait\ndonc en principe l'existence d'harmoniques plus graves que le son fonda-\nmental.\nRomien, dans un mémoire imprimé, présenté, le 16 décembre 1752,\nà la Société Royale des Sciences de Montpellier et dans une série de\nmémoires manuscrits dont j'ai eu connaissance au mois de septembre\n1910, àla Bibliothèque départementale et dont il est fait seulement\n\n1 J'ai observé le son d'un certain nombre de violons et de violoncelles, que jouaient de grands virtuoses,\ngénéralement, ceux dont le son portait dans une grande salle c'est-à-dire qui avaient une grande résonance\net qUi possédaient la qualité de son —ou timbre qu'on recherche dans les instruments de concert, fai-\nsaient vibrer l'octave grave et l'octave aiguë du son émis. Cette particularité se produit surtout avec les sons du\nmédium. Tout récemment, après un concert, j'eus le plaisir de m'en entretenir avec M. Enesco, qui me dit les\nremarquer d'ordinaire ;Il les nomme sons de poitrine."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.17", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2435, "texte": "mention dans les comptes rendus de la société constate le renforcement\nd'harmoniques graves par des combinaisons de sons plus aigus. Il insiste sur\nl'existence réelle de ces harmoniques.\nSavart a signalé depuis, pour les verges longues et minces, l'émission\nde sons graves notamment l'octave inférieure du son fondamental .\nIl se contente, pour les qualifier, de dire ; qu ils avaient la particulante\nd'être rauqueset de ne sortir que par\nEvidemment, les vibrations lentes comme Rameau les appelle\ncorrespondent à des sons très graves, ayant peu d intensité, dont la périodi-\ncité des vibrations est en rapport avec la gravite des sons, n ayant pas\nd'autres moyens d'investigation, il ne pouvait en tirer aucun parti.\nM. Cornu les constate aussi, dans une longue note publiée dans le\nJournal de Physique en 1896 dont je n'ai eu connaissance, par\nM. Mathias, qu'en 1910. —Il démontre : que les vibrations tournantes\ndes cordes produisaient des sons qui ont la paiticularite d etre toujours\nplus graves que le son fondamental. N ayant pu degagei la relation que\nces sons avaient entre eux, il les nomme simplement :\nNous verrons plus loin ce qu'ils sont.\nHugo Riemann, cherchant à démontrer la —que\nl'on trouve tout naturellement dans la 4e octave de la série harmonique\nnaturelle conçoit une théorie très ingénieuse, qui consiste dans le renver-\nsement des rapports de l'échelle harmonique supérieure tout comme\nfont les musiciens pour le renversement des intervalles de la gamme\nqu'il dénomme échelle harmonique inférieure. Cette théorie est si séduisante,\nqu'il finit par croire à son existence réelle.1 Nous verrons plus loin que\ncette conception est absolument en contradiction avec la réalité.\nQuant à l'échelle harmonique supérieure des divers corps sonores\nautres que les cordes et les tuyaux, la question n a pas fait un pas depuis\nChladni ; la publication de son Traité d\"acoustique faite sur la demande\nde Napoléon lerIer remonte à 1809.\nLes travaux de Chladni sont remarquables ; ils sont d'une logique\nadmirable. On peut en conclure que, s'il eut possédé seulement les\nchronographes enregistreurs que l'on construit aujourd'hui au lieu\nd'expérimenter avec de la farine ou du sable fin sur ses plaques ou sur ses\nverges - il eut solutionné tous les problèmes d acoustique. Avec ses\n\n1 Une personne digne de foi, qui fut son élève, m'a assuré que Hugo Riemann avait fini par reconnaître\nson erreur."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.18", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 53, "texte": "PRINCIPE\nTHÉORIQUE\nDE LA\nRÉSONANCE\nDES CORPS\nSONORES."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.18", "debut_caractere": 68, "fin_caractere_exclue": 2440, "texte": "moyens rudimentaires, il crut avoir trouvé la loi se rapportant à l'ordre\ndes harmoniques supérieurs des diapasons et des Dans ces rapports\nil crut voir : que les nombres de vibrations de ces sons élevés étaient\nentre eux comme les carrés des nom\nN'étant pas suffisamment musicien, il ne put s'apercevoir que les deux\npremiers, seuls, étaient harmoniques ; les trois autres sont faux,\ncette loi.\nEncore sur ce point, Helmholtz profita des travaux de Chladni\ncomme il le fit de ceux de Tartini pour les quoiqu'il les\nprésente sous une forme un peu différente ; sans les soumettre à\nde nouvelles expériences, il proclama les mêmes résultats et il confirma\nl'erreur généralement admise : qu'en dehors des cordes et des tuyaux, tous\nles autres corps sonores vibraient d'après\nIl est évident qu'aucune relation générale n'a été reconnue jusqu'ici,\nentre le son dit fondamental et les sons partiels plus aigus de ces divers\ncorps sonores ; encore moins si je puis dire entre les\ninférieurs et le même son appelé fondamental, puisque leur manifestation\nétait inconnue ou considérée comme anormale.\nEn généralisant l'application de la méthode musicale employée par\nM. C. Saint-Saëns, pour l'observation des vibrations des cloches et en\nmultipliant le nombre de ces observations, nous arrivâmes en 1900, à des\nconclusions toutes différentes de celles des théories admises. Pour ce qui\nconcerne l'acoustique physique, je ne puis donner ici que le résumé\nsuivant : Rien n'a démontré jusqu'ici, d'où le son appelé fondamental\ntire son intensité et sa constitution harmonique ; c'est à dire : dans\nquelles conditions on pourrait dire avec certitude qu'il est le son généra-\nteur de ses manifestations acoustiques. L'étude approfondie des manifesta-\ntions vibratoires d'un ensemble de corps sonores nous a démontré par\nla seule audition de ces manifestations et en leur appliquant la méthode\nharmonique musicale que le son appelé fondamental jusqu'ici n'est\nque l'harmonique le plus intense d'un ensemble extrêmement étendu\nd harmoniques plus graves et plus aigus que ce son. Par conséquent, il\nn'est que le son prédominant d'un ensemble de manifestations vibratoires,\net l'échelle supérieure de ces vibrations, n'est qu'une plus\nou moins incomplète.\nLa véritable fondamentale ou son 1 de Xéchelle générale vibre\na un intervalle beaucoup trop éloigné, dans le grave, pour être entendue."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.19", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2035, "texte": "Ces conclusions devinrent la base des deux premières communications\nfaites à l'Académie des Sciences, les 18 novembre 1907 et 6 janvier 1908,\naprès Vétude expérimentale qui les confirma et dont il va être question.\nAprès avoir coordonné tous ces faits dans une rédaction méthodique,\nje crus être au bout de mes peines. Je vins annoncer à M. C. Saint-Saëns\nmon intention de publier cette longue étude sous le titre de : Acoustique\nmusicale moderne. Je le laissai soucieux ce jour là. Quelques jours après il\nme dit : Vous ne devez pas encore publier vos travaux. A qui va s'adresser\nun tel ouvrage... aux musiciens ? Dans l'état actuel des théories musicales,\nils ne peuvent vous comprendre ; tout ce que vous avez fait pour redres-\nser ces théories sera peine perdue. Les problèmes que vous allez soumettre\na leur jugement sont d'un ordre trop élevé pour des musiciens qui n'ont\ncomme nous, que leur intuition pour guide. Il faut vous adresser à des\nhommes de science, à ceux qui ont les moyens de vous contrôler et de\nvous comprendre.\nMais lui dis-je, j'ai essayé et ils ne comprennent pas la musique comme\nnous la comprenons ; leur langage n'est pas le nôtre ; quelques-uns seule-\nment seront en état de me comprendre ; et il faudra peut-être un siècle,\ncomme il en a été de bien des découvertes, pour que la vérité se fasse\njour et trouve de nombreux disciples... Non, me dit-il, les esprits sont\nplus éclairés et on a les idées plus larges, plus généreuses ; apprenez le\nlangage des savants ; soumettez à l'expérience tout ce qui peut-être dé-\nmontré par la méthode expérimentale et ils vous comprendront. Voyez\nM. Math ias, reprit-il, lui seul, grâce aux relations que vous avez avec lui,\npeut vous guider. Vous me trouvez dur peut-être, mais je tiens trop à\nvos travaux pour vous donner un autre conseil. Et en m'embrassant, il\nme dit avec un accent qui m'émut : vous êtes assez têtu pour réussir.\nPar l'étude expérimentale qui va suivre, on verra quel bon conseil le\nmaître m'a donné.\n\nGabriel Sizes."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-01-15-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-01-15_01#c004", "volume": "bmtnabh_1912-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 20, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.2.2", "titre_corps": "L'OPIUM, SOURCE D'INSPIRATION MUSICALE", "titre_sommaire": "L'OPIUM, SOURCE D'INSPIRATION MUSICALE", "signature_source": "Jean Laporte", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1189, "texte": "L'OPIUM,\nSOURCE D'INSPIRATION MUSICALE\n\nCeci n'est pas une \" défense et illustration \" de l'opium ; ce complexe\nsujet ne saurait être traité en quelques lignes, en quelques pages : ce sont\nseulement des notes qui peuvent servir de contribution à une étude\ndéfinitive sur la bonne drogue, notes spécialisées sur le point qui intéresse\nles lecteurs de S. I. M.: l'inspiration musicale.\nDe l'opium, source d'inspiration musicale.\nOn ne s'est jamais autant occupé du poison de Bouddah que durant\nces dernières années, et jamais, par conséquent, on n'en a parlé avec autant\nde partialité dans l'un et l'autre sens.\nUne campagne acharnée a été conduite contre les fumeries de Paris\net des villes maritimes Brest, Toulon ; furent traités avec mépris ceux qui\navaient le malheur d'y pénétrer : pour un peu le bagne, châtiment\nnécessaire de ces tarés.\nPar contre, surgirent un tas de petits jeunes gens et de trop expan-\nsives dames qui réclamèrent l'entière admiration, parce qu'ils passaient\nleurs journées à \" tirer sur le bambou \" et affectaient des évanouissements\net un ton d'un comique achevé en prononçant le mot \" Drogue. \"\nDes nombreux livres traitant de l'opium, deux pénétraient dans le"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.21", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2278, "texte": "public : \" Fumée d'opium \" de Farrère, et \" Fumeurs d'opium \" de\nBoissière, œuvres où, pour des causes romanesques, l'opium traînait un\ncortège redoutable de faits terribles, de sentiments horrifiquement dévoyés;\nla majorité de ceux qui les lurent furent enchantés de trouver dans cette\ntrès belle littérature la confirmation des accusations infamantes portées\ncontre le \" vice d'Extrême-Orient. \"\nOr, l'opium n'est qu'une simple distraction, un passe-temps qui peut\ndevenir dangereux par son abus comme n'importe quelle distraction,\nn'importe quel passe-temps ; mais fumé normalement il n'apporte pas\nplus de troubles à l'organisme que le vin, les liqueurs, le tabac et tous ces\n\" paradis artificiels \" que les gens bien élevés considèrent comme parfai-\ntement admis.\nEt l'ivresse (je prends le mot dans son sens noble, transport esthéti-\nque, enthousiasme intellectuel) qu'il procure est d'une telle qualité que\nles élus qui y ont goûté sérieusement ne peuvent que sourire devant\nl'hypocrisie de ceux qui discourent contre 1' \" abominable passion \" en\nsitotant un combientième apéritif, en fumant un combientième cigare ?\nJ'ai fréquenté longuement des fumeries d'opium, et dans diverses\nvilles, à Paris, à Brest, à Toulon, même à Anvers, par le hasard dun\nvoyage d'été ; j'ai suivi pendant des nuits les propos qui sortaient des\nlèvres des fumeurs ; j'ai noté les phrases balancées qu'ils articulaient avec\nla douceur que l'on ne trouve que dans l'atmosphère de l'opium ; j'ai\nsavouré l'eurythmie des discussions toujours courtoises, chatoyantes et\ncependant d'une simplicité exquise de ligne, austères et pourtant d'une\nprofonde joie intérieure et souvent je me suis ecrie comme 1 un des héros\nde Farrère :\n\" Une fumerie est belle comme un fragment de Grèce antique. \"\nEt par-dessus tout, par-dessus les phrases, et les verbes nom-\nbreux et les pensées rares, j'y ai eu la sensation nette de l'âme dégagée de\nla matière, de l'esprit flottant hors du temps, hors de l'espace et que ces\nbienheureux trônaient au-delà du monde.\n\" And the fever called living\nis conquered at last. \"\nEt la fièvre appelée vivre est enfin vaincue : si jamais ceci put être\narticulé ou mérita de l'être, ce fut dans une fumerie devant les bienveil-\nlants génies de l'opium."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.22", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2112, "texte": "J'en arrive à la musique, aux musiques de l'opium.\nAh ! que de fois je les ai entendues, ces musiques de l'opium; que de\nfois elles ont vibré dans mon cerveau tenu sous le joug du \" just subtil\nand mighty... \" que de fois j'ai suivi les plus véhémentes symphonies\ndéferlant lointainement ou voluptueusement dans mon imagination.\nEt que de fois j'ai entendu les improvisations de l'opium, l'un de\nnous, moi peut-être se levant et au piano ou sur le violon imaginant les\nplus étranges accouplements sonores, en même temps que les plus nette-\nment affirmés\nNe faut-il pas toutefois se défier de ce que l'on a éprouvé par\nsoi-même ; n'est-il pas nécessaire dans ce domaine si spécial de s'en référer\nà l'avis de musiciens connus, de n'accepter son jugement qu'autant qu'il\nconfirme celui de gens dont l'appréciation ne saurait être suspecte.\nAlors c'est la question du compositeur connaissant l'opium. Où le\ntrouver ? A quelle porte frapper ? Simplicité de cette recherche. Les\ncompositeurs officiers de marines ou anciens officiers de marine.\nUn premier nom s'impose à toutes les mémoires: celui deM.Mariotte:\nM. Mariotte avant de se donner à la divine Muse a erré dans tous les\nmondes, et sa Salomé, fastueuse, multiple, gardant toute l'horreur et\nl'incohérence de l'héroïne de Wilde, a commencé d'être conçue dans\nquelque mer de Chine ou sur le Pacifique immense et doux.\nJ'ai pu rencontrer M. Mariotte pendant un court séjour à Paris\nqu'il fit dernièrement, car depuis son départ de la Marine M. Mariotte\ns'est fixé à Lyon où il est professeur au Conservatoire.\nIl me reçoit dans sa chambre à l'hôtel et dès que je prononce le\nmot \" opium \" une lueur apparaît dans son regard.\n\" Ah l'opium, qu'il y a longtemps que j'ai fumé ma première pipe,\nc'était en 1894,-95, là-bas de l'autre côté de la terre ; j'avais à peine\n20 ans ; j'ai d'abord fumé par curiosité de sensation nouvelle : j'y ai pris\ngoût\n\"Un goût profond ?\nUn gout profond auquel mon retour en France est venu mettre un\nterme brutal.\n\" Alors, actuellement, vous ne fumez plus?\n\" Non Non.\nDans les yeux du maître un regret latent apparaît."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.23", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2136, "texte": "\" Non, je ne fume plus : c'est si difficile en France, et puis le travail\nqu'il faut que je fasse —je ne trouve pas les loisirs suffisants —ah ! je\nregrette souvent, je pense à autre fois...\n\" Mais, croyez-vous que votre vocation musicale ait été déterminée\npar l'opium ?\n\"Je n'oserais l'affirmer : toutefois l'opium et les longues rêveries\nqu'il engendre, rêveries où je voyais des cortèges sonores a pu ne pas être\nétranger au développement qui s'est fait en moi à cette époque d'un goût\nâpre pour les occupations artistiques, pour la musique surtout, goût qui\ndevait bientôt me déterminer malgré moi, malgré mon amour de la mer\nà donner ma démission. \"\n\" Vous regrettez l'opium et la mer ? \"\n\"Je les regrette comme sources d'inspiration, oui, car il est certain que\nce sont eux, lequel le plus, lequel le moins qui ont contribué à faire\nde moi ce que je suis devenu.\n\" Mais avez-vous écrit quelque-chose directement sous l'influence\nde l'opium ? \"\n\" Directement non, puisque comme je vous le dis, j'ai cessé de\nfumer depuis mon départ de la marine, depuis par conséquent que je fais\nde la musique mais, en fait j'ai vu autour de moi de trop beaux cas\nde puissante cérébrale produite par l'opium pour ne pas croire que la\nDrogue ne puisse être parfois un facteur d'inspiration ou tout au moins\nune aide merveilleuse pour le travail intellectuel, qu'il soit littéraire,\nmusical ou autre.\nLe maître s'est tu : sur sa figure se devinent des sentiments multi-\nples qu'il hésite à formuler : à quoi bon aborder certains domaines réservés.\nJe vais au devant de sa pensée :\n\" Que ces idées seraient peu comprises par la majorité du public !\nUne ironie imperceptible plisse le visage de M. Mariotte : il me\ntend une cigarette avec un sourire :\n\" Cette fumerie-là est permise... \"\nEt maintenant allons à la recherche de M. Roussel, le compositeur\nbien connu de la Schola, lui aussi ancien officier de marine.\nPar un matin pluvieux je remonte la rue St Jacques et au moment\noù j'arrive devant l'illustre 269, je me heurte à M. Roussel qui vient\nd'achever son cours, car à l'instar de son ami M. Mariotte, professeur au"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.24", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2096, "texte": "Conservatoire de Lyon, M. Roussel enseigne a la Schola Cantorum tout\nen écrivant d'exquise musique, d'une hautaine perfection et d une indé-\nniable originalité.\nEnsemble nous quittons le vieux Paris, ce quartier crasseux du Val\nde Grâces et nous descendons vers la Seine.\nComme nous passons devant une rôtisserie, une des dernieres qui\npuisse évoquer celle de la Reine Pédauque, et qu une odeur de lechefiite\net aussi de graillon nous monte aux narines, j en prends pretexte pour dire\nà mon compagnon :\n\" Cela ne vaut pas la divine odeur de l'opium ?\nEt lui de suite :\n\" Vous avez fumé !\n\" Et vous ?\nLa glace est rompue : je sais à quoi m'en tenir, et joyeux, la barbe\nvibrante dans le vent d'automne, M. Roussel parle :\n\" Mais» oui, j'ai fumé, et ne m'en défend aucunement: c'est stupide,\nce préjugé que l'on fait courir sur l'opium : on veut a toute force qu un\nfumeur d'opium soit abruti et s'il est certain qu en Chine (et meme en\nFrance) on rencontre des gens qui par l'abus exagéré de la drogue se sont\nruinés la santé et en meurent, il est également certain que celui qui fume\nquelques pipes d'opium par jour ne se fait pas plus de mal que celui qui\nfume quelques cigarettes.\nPour moi je me souviens avec une joie intense de mes premières\npipes là-bas en Chine (M. Roussel a la même intonation que\nM. Mariotte pour dire ces quelque mots) et de toutes celles qui ont\n? y\nSUIVI.\n\" Et vous croyez que l'opium puisse être une source d'inspiration\nmusicale ? \"\n\" Si je le crois ! Mais tenez, voici un fait assez pertinent, j'imagine.\nMon ami L..., mais je ne veux pas le nommer, car il est encore dans la\nmarine et à l'heure actuelle, on fait une guerre acharnée aux malheureux\nofficiers qui fument et ils sont quelques-uns vous pouvez m'en croire.\nDonc, mon ami X., un breton pur-sang, de famille bien connue en\nBretagne un être délicieux de culture, de raffinement intellectuel se trouvait\nsur le même rafiot que moi, il y a quelques années.\nNous étions dans les parages du cap Horn et vous savez les temps\nterribles qu'il y a sur ces côtes : une nuit où nous n'étions ni l'un ni"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.25", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2153, "texte": "l'autre de service nous fumions côte à côte ; je ne sais quelle inspiration\nsubite bouleversa mon ami, lui fit saisir un cahier de papier à musique\net un crayon ; il était très calme, quasi impassible : ses yeux toutefois\nregardaient ailleurs : ils voyaient quoi ? sans doute par delà les flots\nforcenés, la Terre de Feu étrange et convulsée, ses habitants, sauvages entre\nles sauvages ; cela devait lui apparaître avec une netteté impressionnante\nsans doute, et sans doute aussi le contraste de notre quiétude et de l'hor-\nreur extérieur lui souffla au cerveau l'ironie extrême d'un ballet, car ce\nqu'il écrivait, était rythme de danse : les rythmes de danse les plus étranges\nque je connaisse, une musique martelée comme certains objets en cuivre\navec des plans et des arêtes bizarrement juxtaposés : il écrivit comme cela\npendant près de 2 heures : puis l'effet de l'opium cessa et nous quittâmes\nla fumerie.\nLe \" ballet Patagon \" (on peut donner ce nom si l'on veut à cette\nœuvre) existe : je l'ai entendu au piano plusieurs fois, et chaque fois j'ai\nretrouvé les impressions excessives ressenties lors de sa composition.\nSi cela peut vous intéresser j'écrirai à mon ami de me l'envoyer et\nnous le regarderons ensemble.\"\nJe me taisais devant ce récit d'opium plus concluant que tout ce\nque j'aurais pu imaginer moi-même ; en même temps la parole de\nM. Roussel s'attendrissait au rappel des souvenirs défunts : j'hasardai une\ndernière question :\n\" Fumez-vous encore ? \"\n\" Non, oh non à Paris c'est si difficile, et puis je n'ai pas le\ntemps j'ai trop à travailler mais je regarde souvent ma pipe, j'en respire\nl'indéfinissable relent, je la caresse de la main comme un souvenir\nd'amour. \"\nEt nous nous quittons à regret avec un goût de \" dross \" amer dans\nle fond de la gorge.\nEst-il nécessaire de tirer une conclusion de ces confidences de com-\npositeurs ?\nCela parle suffisamment sans commentaires.\nIl est certain que pour la plupart des artistes il n'est nul besoin\nde recourir à des paradis artificiels pour rattraper une inspiration qui\nles fuit et que la meilleure hygiène intellectuelle est celle du travail\nrégulier."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.26", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 968, "texte": "Cependant de toutes les ailes que l'on peut vouloir donner à sa\npensée, l'opium fournit les plus riches, les plus souples.\nSes dangers ; je l'ai dit, et MM. Mariotte et Roussel 1 ont dit avec\nmoi : il n'y a pas plus de danger à fumer modérément 1 opium qu a fumer\nmodérément du tabac : je n'ai jamais remarqué chez les fumeurs d'opium\nces troubles de la mémoire qui existent chez les fumeurs de tabacs, je n ai\njamais observé ces effroyables ravages dans 1 organisme que les journaux\nont décrit depuis quelques mois, et qui sont, il me semble, bien les memes\npour tous les intoxiques que ce soit d'opium, d alcool, de tabac.... ou\nd'amour.\nHélas ! ce que je viens d'écrire ne servira de rien, il n'est pire\nsourd que celui qui ne veut pas entendre, et après avoir lu ces quelques\npages, tu retourneras à tes cheres petites débauchés, cerebrales ou auiies,\nen vitupérant contre le \" vice d'Asie, \"\nHypocrite lecteur, mon semblable mon frere.\n\nJean Laporte."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-01-15-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-01-15_01#c007", "volume": "bmtnabh_1912-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 27, "image_fin": 32, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.2.3", "titre_corps": "LES LIVRES", "titre_sommaire": "LES LIVRES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.27", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2827, "texte": "INDY (Vincent d'). Beethoven (Collection Laurens, in-12°\nde 150 pp.).\nBeethoven et Vincent d'lndy ! La musique contemporaine\nsera fière de pouvoir associer ces deux noms sur un même ouvrage,\net la France du XXe siècle se réjouira d'offrir au maître de Bonn\nle commentaire du maître de la Schola. D'Adélaïde à Istar que de\nchemin parcouru vers l'idéal des possibilités sonores ! Quelle\ntransformation dans notre culture musicale, surtout en France !\nEt comment ne serait-on pas curieux de cette rencontre du génie\nsur le terrain de la critique historique ?\nEn ce format d'un volume léger, il ne faut pas songer à une\nétude profonde, où l'auteur de Fervaal eût pu développer à l'aise\nses idées et se montrer technicien de son art. C'est plutôt une\nvue générale, prise du haut d'un esprit idéaliste. M. d'lndy s'y\nrévèle épris de solide ordonnance, et défenseur éloquent de doctrines\nsur lesquelles on s'est parfois mépris, alors que pourtant elles\ns'efforcent de tenir en une seule devise : \" Amor et Caritas \".\nBeethoven se présente ici à travers la triple évolution de son\ngénie et de ses styles. Nous avons la période d'imitation, celle de\nla production originale, et celle de la réflexion sublime. Chacune de ces étapes est elle-même\ndivisée en trois aspects : les faits de la vie, les sentiments de l'âme et les résultats musicaux.\nAinsi se classent devant nous et d'une manière ingénieusement logique les faits d'une abondante\nbiographie, et nous avons une idée parfaitement claire de l'homme, de l'artiste et des œuvres.\nOn discutera peut-être, non pas cette division consacrée des trois styles, mais la valeur\nque M. d'lndy semble attacher à cette doctrine d'une trinité esthétique. Il peut se faire que\nle génie parcoure habituellement trois stades : celui de la réceptivité, celui de l'expansion, et\ncelui du retour sur lui-même. Mais on put se demander si cette dernière phase, celle de la\nréflexion, correspond bien à ce que M. d'lndy appelle \" l'instant des œuvres d'art pur ? \" La\ncondensation qui se produit alors est-elle véritablement créatrice ? N'est-ce pas plutôt l'heure\ndes tendances, que celle des réalisations ? Après avoir cherché, après avoir trouvé, l'artiste\nsait. Ce qui veut dire que la conscience l'emporte désormais sur l'impulsion des forces instinc-\ntives. Il sait ; il a fait le tour de lui-même ; il a accompli le cycle de sa production. Il arrive\nà cet âge où Hans Sachs des Maîtres Chanteurs devient philosophe. C'est par un miracle de\nsurvie que le sentiment musical maintient son agitation tumultueuse au sein d'une âme qui\ns'équilibre dans la paix de l'esprit et dans le repos de la connaissance. Ou plutôt, il faut ici\nremplacer la spontanéité naturelle, par l'idée-force d'un but à atteindre, d'un devoir à accom-\nplir, d'un dogme à créer. Et nous voici dans les régions de la morale..."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.28", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3482, "texte": "Que nous montre d'ailleurs le Beethoven de M. d'lndy à partir de 1815 ■ Un homme\nqui s'arrête et pose un instant la plume, au moment où il s'écrie : \" Maintenant, je sais\ncomposer !\" Un artiste qui cherche la formule de sa propre mentalité, qui théorise volontiers.\nUn musicien qui se tourne fiévreusement vers l'histoire, s'applique a faire revivre la fugue de\nBach et de Haendel, la polyphonie de Palestrina, les modes anciens du chant grégorien. En\nun mot, une âme qui se raidit et lutte héroïquement pour faire servir la musique a des fins\nintellectuelles et morales. Sommes-nous ici dans le domaine de l'Art pur ?\nLe Maître que je respecte profondément ne m'en voudra pas de soulever des questions si\ngraves, et qui montrent combien son livre est plein de suggestions fécondés. C est le propre\nd'un grand esprit d'élever les faits et les idees jusqu au point ou leur discussion interesse\nl'humanité toute entière. J- E.\nNORTAL (Albert). La condamnation Préface de J. Peyrot. (Paris,\nH. Falque, 1912, in-120 de 230 pp., Fcs 3,50).\nEn ce volume habilement travaillé, Mignon personnifie le répertoire courant de l'opéra\ncomique, traîné devant le tribunal d'une justice wagnérienne et debussyite, et par conséquent\ncondamné. La fiction est plaisante. Elle dure peut-être un peu longtemps. Une\nfantaisiste sur ce sujet eut été charmante. Ull livre est un peu pesant, et se traîne. Je crois\ncependant qu'il aura son succès dans ce public qui entretient la gloire de Faust ou de Mignon,\net qui, pour l'heure, hésite entre le drame lyrique, que lui présente la grande musique, et le\nplaisir beaucoup plus facile que lui offre le music-hall. Il y a en tout cas beaucoup d idees\ndans ce livre et l'auteur devrait se résoudre à les développer à l'occasion.\nJ. E.\nVOGELEIS (Martin). Quellen und Bazu\nTheaters im Elsass(Strassburg, X. Le Roux & Cie, 1911, in-8° de 848 pp.)\nCe ne sont là, comme le titre l'indique, que des matériaux réunis en vue d'une histoire de\nla musique en Alsace du VIe au XIXe siècle. L'auteur a fait preuve d'un zèle éminent, et ses\nfiches classées chronologiquement, complétées par des tables de noms et d'incipit, rendront de\ntrès réels services. On pourrait dès maintenant, d'après ce classement, écrire un article d'ensem-\nble sur l'évolution de la musique en cette région, qui subit les influences allemandes et\nfrançaises. Puisqu'il s'agit de documentation, l'auteur me permettra une remarque. Pourquoi\nM. V. ne nous donne-t-il pas des renseignements plus circonstanciés sur les artistes dont il\ntraite, et se contente-t-il de reproduire ce que les biographies nous en apprennent déjà.\nPrenons n'importe quel article. Celui de Bemetzpar exemple. Je n'y vois même pas\ncitée la thèse soutenue par ce théoricien à Strasbourg en 1769, ni quoique ce soit sur sa vie\navant sa venue à Paris. De même l'article Brassard me paraît construit tout entier avec l'étude\nde notre collègue Brenet. De même encore l'article J'attendais là l'explication des\nrécits de Brossard et qui certainement reposent sur quelque confusion. Je trouve purement et\nsimplement le texte de Brossard sans un document nouveau ! Il semble donc que ce livre\ndoit être considéré comme un répertoire de matériaux déjà connus et mis en ordre pour\nfaciliter les recherches. Ainsi consulté, il est fort utile.\nWEINGARTNER (Félix). Sur Vart de diriger. Trad. par E. Heintz (Breitkopf,\n1911, in-12°).\nNous connaissons tous cet opuscule où le capellmeister a résumé son expérience et rappelé"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.30", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 10, "texte": "LES LIVRES"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.30", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2822, "texte": "ses souvenirs. M. Heintz en fait paraître une traduction française, qui permettra de répandre\ndans le grand public un ouvrage plein d'intérêt et d'humour.\nLACOME (P.). Introduction à la vie musicale(Delagrave, 1911, in-i 2°, Fcs 3.50).\nVoici un livre comme nous en verrons éclore sans doute encore beaucoup à mesure que\nles gens du monde réclameront le droit d'être initiés, sans fatigue, aux secrets de la technique\nmusicale. Il résume des notions claires d'harmonie, d'acoustique et d'histoire, et après l'avoir\nlu, on se fera une idée générale de ce qu'est la musique, en soi et à travers les âges. Ce sont\névidemment toujours les mêmes fleurs qu'on nous présente mais le bouquet en est nouveau et\nbien disposé. Ne sera-t-il permis de faire observer que la documentation de l'auteur retarde\nun peu. Elle se s'appuie sur les noms suivants : Rousseau, Coussemaker, Fétis, Gevaert,\nE. David, Mathis Lussy. C'est là une bibliothèque musicale bien restreinte en 1912, même\npour y puiser des notions de vulgarisation.\nE. FICHET.\nNIEMANN (Walter). Die Musikalisehe 19 (Lpz. Kahnt\nNachfolger, in-120 de 75 pp.)\nPour la première fois peut-être le délicat problème des rapports de la musique et de la\nmusicologie contemporaine apparait dans un livre. Ce n'est d'ailleurs qu'un essai. L'auteur\nprouve combien la renaissance de la musique au XIXe siècle doit à la restauration des maîtres\ndéfunts, et au mouvement d'études spéculatives qui accompagna ces exhumations. Il montre\nensuite les bons et les mauvais côtés de ces préoccupations historiques. Mais tout cela avec un\nparti-pris de ne blesser personne et de rester dans les limites d'une plaquette très sage. Or, il\nn'est pas de question plus brûlante que celle-là. Celui qui voudra la présenter dans ses véritables\nproportions, s'aliénera certainement et le clan des musiciens que l'histoire fait sourire, et celui\ndes musicologues auxquels la musique n'en impose pas, et surtout, et encore, le groupe\ncompact de ceux qui, mettant la musique au service de l'histoire et l'histoire au service de la\nmusique, veulent faire de l'une et de l'autre (et c'est bien leur droit) un moyen de propagande\nen faveur de leurs goûts personnels. M. Niemann ne se laisserait-il pas tenter par cette pers-\npective ?\nJ. E.\nROU JON (Henry). Notice sur la vie et (Paris, Institut\nde France, 1911, in-40).\nOn sait avec quel art le Secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts,\nM. H. Roujon, sait faire l'éloge des grands maîtres qu'il propose à l'admiration des séances\nannuelles de l'lnstitut. A l'auteur de Sigurd revient, cette année, l'honneur de cette présentation\nsolennelle. Cette notice vient de paraître, et nous retrouvons le portrait nerveux et si bien\ncampé qui convenait à ce musicien d'honnêteté et de droiture que la gloire fît attendre si\nlongtemps.\n4\n\nJ. E."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.31", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1853, "texte": "LIVRES REÇUS\nBOUDINIER (Céline). Les nouveaux principes du chant. (Paris, chez l'auteur,\n25, rue de Chateaudun, in-40 de 213 pp. Fcs. 5.)\nMARAGE (Or.). Petit manuel de physiologie de la voix. 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Quelle\ntransformation dans notre culture musicale, surtout en France !\nEt comment ne serait-on pas curieux de cette rencontre du génie\nsur le terrain de la critique historique ?\nEn ce format d'un volume léger, il ne faut pas songer à une\nétude profonde, où l'auteur de Fervaal eût pu développer à l'aise\nses idées et se montrer technicien de son art. C'est plutôt une\nvue générale, prise du haut d'un esprit idéaliste. M. d'lndy s'y\nrévèle épris de solide ordonnance, et défenseur éloquent de doctrines\nsur lesquelles on s'est parfois mépris, alors que pourtant elles\ns'efforcent de tenir en une seule devise : \" Amor et Caritas \".\nBeethoven se présente ici à travers la triple évolution de son\ngénie et de ses styles. Nous avons la période d'imitation, celle de\nla production originale, et celle de la réflexion sublime. Chacune de ces étapes est elle-même\ndivisée en trois aspects : les faits de la vie, les sentiments de l'âme et les résultats musicaux.\nAinsi se classent devant nous et d'une manière ingénieusement logique les faits d'une abondante\nbiographie, et nous avons une idée parfaitement claire de l'homme, de l'artiste et des œuvres.\nOn discutera peut-être, non pas cette division consacrée des trois styles, mais la valeur\nque M. d'lndy semble attacher à cette doctrine d'une trinité esthétique. Il peut se faire que\nle génie parcoure habituellement trois stades : celui de la réceptivité, celui de l'expansion, et\ncelui du retour sur lui-même. Mais on put se demander si cette dernière phase, celle de la\nréflexion, correspond bien à ce que M. d'lndy appelle \" l'instant des œuvres d'art pur ? \" La\ncondensation qui se produit alors est-elle véritablement créatrice ? N'est-ce pas plutôt l'heure\ndes tendances, que celle des réalisations ? Après avoir cherché, après avoir trouvé, l'artiste\nsait. Ce qui veut dire que la conscience l'emporte désormais sur l'impulsion des forces instinc-\ntives. Il sait ; il a fait le tour de lui-même ; il a accompli le cycle de sa production. Il arrive\nà cet âge où Hans Sachs des Maîtres Chanteurs devient philosophe. C'est par un miracle de\nsurvie que le sentiment musical maintient son agitation tumultueuse au sein d'une âme qui\ns'équilibre dans la paix de l'esprit et dans le repos de la connaissance. Ou plutôt, il faut ici\nremplacer la spontanéité naturelle, par l'idée-force d'un but à atteindre, d'un devoir à accom-\nplir, d'un dogme à créer. 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Sommes-nous ici dans le domaine de l'Art pur ?\nLe Maître que je respecte profondément ne m'en voudra pas de soulever des questions si\ngraves, et qui montrent combien son livre est plein de suggestions fécondés. C est le propre\nd'un grand esprit d'élever les faits et les idees jusqu au point ou leur discussion interesse\nl'humanité toute entière. J- E.\nNORTAL (Albert). La condamnation Préface de J. Peyrot. (Paris,\nH. Falque, 1912, in-120 de 230 pp., Fcs 3,50).\nEn ce volume habilement travaillé, Mignon personnifie le répertoire courant de l'opéra\ncomique, traîné devant le tribunal d'une justice wagnérienne et debussyite, et par conséquent\ncondamné. La fiction est plaisante. Elle dure peut-être un peu longtemps. Une\nfantaisiste sur ce sujet eut été charmante. Ull livre est un peu pesant, et se traîne. Je crois\ncependant qu'il aura son succès dans ce public qui entretient la gloire de Faust ou de Mignon,\net qui, pour l'heure, hésite entre le drame lyrique, que lui présente la grande musique, et le\nplaisir beaucoup plus facile que lui offre le music-hall. Il y a en tout cas beaucoup d idees\ndans ce livre et l'auteur devrait se résoudre à les développer à l'occasion.\nJ. E.\nVOGELEIS (Martin). Quellen und Bazu\nTheaters im Elsass(Strassburg, X. Le Roux & Cie, 1911, in-8° de 848 pp.)\nCe ne sont là, comme le titre l'indique, que des matériaux réunis en vue d'une histoire de\nla musique en Alsace du VIe au XIXe siècle. L'auteur a fait preuve d'un zèle éminent, et ses\nfiches classées chronologiquement, complétées par des tables de noms et d'incipit, rendront de\ntrès réels services. On pourrait dès maintenant, d'après ce classement, écrire un article d'ensem-\nble sur l'évolution de la musique en cette région, qui subit les influences allemandes et\nfrançaises. Puisqu'il s'agit de documentation, l'auteur me permettra une remarque. Pourquoi\nM. V. ne nous donne-t-il pas des renseignements plus circonstanciés sur les artistes dont il\ntraite, et se contente-t-il de reproduire ce que les biographies nous en apprennent déjà.\nPrenons n'importe quel article. Celui de Bemetzpar exemple. Je n'y vois même pas\ncitée la thèse soutenue par ce théoricien à Strasbourg en 1769, ni quoique ce soit sur sa vie\navant sa venue à Paris. De même l'article Brassard me paraît construit tout entier avec l'étude\nde notre collègue Brenet. De même encore l'article J'attendais là l'explication des\nrécits de Brossard et qui certainement reposent sur quelque confusion. Je trouve purement et\nsimplement le texte de Brossard sans un document nouveau ! Il semble donc que ce livre\ndoit être considéré comme un répertoire de matériaux déjà connus et mis en ordre pour\nfaciliter les recherches. Ainsi consulté, il est fort utile.\nWEINGARTNER (Félix). Sur Vart de diriger. Trad. par E. Heintz (Breitkopf,\n1911, in-12°).\nNous connaissons tous cet opuscule où le capellmeister a résumé son expérience et rappelé"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.30", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2822, "texte": "ses souvenirs. M. Heintz en fait paraître une traduction française, qui permettra de répandre\ndans le grand public un ouvrage plein d'intérêt et d'humour.\nLACOME (P.). Introduction à la vie musicale(Delagrave, 1911, in-i 2°, Fcs 3.50).\nVoici un livre comme nous en verrons éclore sans doute encore beaucoup à mesure que\nles gens du monde réclameront le droit d'être initiés, sans fatigue, aux secrets de la technique\nmusicale. Il résume des notions claires d'harmonie, d'acoustique et d'histoire, et après l'avoir\nlu, on se fera une idée générale de ce qu'est la musique, en soi et à travers les âges. Ce sont\névidemment toujours les mêmes fleurs qu'on nous présente mais le bouquet en est nouveau et\nbien disposé. Ne sera-t-il permis de faire observer que la documentation de l'auteur retarde\nun peu. Elle se s'appuie sur les noms suivants : Rousseau, Coussemaker, Fétis, Gevaert,\nE. David, Mathis Lussy. C'est là une bibliothèque musicale bien restreinte en 1912, même\npour y puiser des notions de vulgarisation.\nE. FICHET.\nNIEMANN (Walter). Die Musikalisehe 19 (Lpz. Kahnt\nNachfolger, in-120 de 75 pp.)\nPour la première fois peut-être le délicat problème des rapports de la musique et de la\nmusicologie contemporaine apparait dans un livre. Ce n'est d'ailleurs qu'un essai. L'auteur\nprouve combien la renaissance de la musique au XIXe siècle doit à la restauration des maîtres\ndéfunts, et au mouvement d'études spéculatives qui accompagna ces exhumations. Il montre\nensuite les bons et les mauvais côtés de ces préoccupations historiques. 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Ecorcheville, Président.\nEtaient présents : MM. Mutin, L. de La Laurencie, Prod'Homme, A. de Bertha,\nPasquier, Rikoff, Bouvet, Vinée, Bosc, Ruelle, Calvocoressi, Lyon, Cucuel, Machabey.\nMmes Sauvrezis, Wiener, Newton, Gallet, Daubresse, de Chabannes et Pereyra.\nLe Secrétaire-Général donne lecture du procès-verbal de la dernière Séance, qui est\nadopté après une rectification présentée par M. Bouvet.\nLa candidature de M. Peyrot est présentée par MM. Ecorcheville et Pirro, elle est admise\nà l'unanimité.\nLe Président donne la parole à M. Van Reyschoot, pour une communication sur :\nL'Analy se rythmique et métrique des Symphonies de Beethoven.\nUne discussion s'engage à la suite de cette communication, sur l'utilité des méthodes\nd'analyses, tant pour l'auteur que pour l'artiste producteur. MM. Calvocoressi, Vinée, Delune,\nLyon et Bouvet, prennent part à cette discussion. M. de Bertha émet le vœu, que les Sym-\nphonies classiques comme celle dont on vient d'entendre l'analyse, soient toujours exécutées\navec leurs reprises. Le Président résume l'opinion de la Section, qui est entièrement favorable à\nces études morphologues ; il remercie au nom de tous, notre collègue de Gand, M. Van\nReyschoot, d'avoir bien voulu nous apporter une contribution si intéressante à ces études\ndélicates."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-01-15-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-01-15_01#c015", "volume": "bmtnabh_1912-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 34, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.2.6", "titre_corps": "Les Théâtres", "titre_sommaire": "Les Théâtres", "signature_source": "Emile Vuillermoz", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.34", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 531, "texte": "Les Théâtres\n\nLA ROUSSALKA. BÉRÉNICE.\nLa critique théâtrale dans une revue mensuelle est une fonction qui rappelle\nassez exactement celle des carabiniers d'Offenbach. Le jour même de la naissance\nd'une œuvre, les alguazils de la presse quotidienne exécutent de brillantes fanta-\nsias, chargent la foule, repoussent les assauts ou organisent le service d'ordre de\nl'opinion, protègent la fuite de l'auteur ou lui mettent la main au collet, et,\ndepuis longtemps, la place est nette, les manifestants dispersés, le librettiste lynché,"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.35", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3371, "texte": "le compositeur passé à tabac, la chanteuse au Dépôt et le ténor à Lariboisière\nlorsque la brigade centrale des gros périodiques fait son entrée. A ce moment\ntoutes les injustices sont consommées. Les innocents ont eu le temps de succomber\net la prescription couvre les méfaits des larrons. Et l'inutile patrouille traverse la\nscène avec majesté.\nCette fâcheuse disgrâce ne doit pas pourtant nous faire méconnaître les avan-\ntages de ces rondes de nuit, l'opportunité de ces arrière-gardes ; on sait que ces\nretardataires provoquèrent parfois la révision de certains procès trop hâtivement\njugés, qu'ils recueillirent, soignèrent et guérirent tels blessés laissés pour morts\nsur le pavé, démasquèrent un gredin triomphant ou obtinrent la grâce d'un\ncondamné. Ces souvenirs glorieux suffiraient à justifier l'existence de cette corpo-\nration de \" serenos \".\nMais des motifs d'ordre psychologique doivent, en outre, nous rendre bien-\nveillants à ces paisibles gardiens de la paix musicale habitués à voir les bagarres\nde loin. Le bénéfice moral de ce léger recul se solde en philosophie et en indul-\ngence. Le critique sensible qui écrit son article au lendemain d'une première ne\nsaurait conserver un imperturbable sang-froid ; il vibre encore de tous ses nerfs\nau sortir de la représentation où il a emmagasiné l'électricité collective de la foule,\nil a dans les oreilles tous les propos de couloirs, le grincement infatigable de tous\nles jugements tranchants dont le déclic a fonctionné sans interruption pendant les\nentr'actes, le choc brutal du pic des démolisseurs de profession et le crissement\nsournois de la bêche maniée avec virtuosité par le meilleur ami des auteurs. Un\nmois après, tous ces bruits troublants se sont éteints et c'est dans un silence\nrassurant que l'on peut, avec d'assez sérieuses garanties d'équité, rassembler ses\nsouvenirs et coordonner ses impressions. Pour ma part, jamais je n'ai été plus\nsatisfait qu'aujourd'hui de jouer le rôle du Veilleur des \" Maîtres Chanteurs \" et\nde promener trop tard dans Niirenberg endormi, pendant que meurt au loin le\nmotif de la Bastonnade, l'humble rayon tremblant de ma lanterne clignotante.\nAu lendemain de la Roussalka, j'aurais pu en effet contrister M. Messager,\nM. Broussan, M. Clustine, M. de Dubor, M. Lucien Lambert, M. Aveline et\ntout le charmant essaim de nos libellules nationales, en racontant ingénument\n\" ce que mes yeux avaient vu \" la veille à l'Opéra. Mais les jours et les semaines\nont passé. L'indulgence qu'il convient d'avoir en 1912 pour les événements musi-\ncaux datant déjà de 1911 gouverne ma pensée et je suis bien résolu àne dire à\npersonne que ce divertissement chorégraphique m'a péniblement affecté, que le\nsujet, d'une banalité excessive, a été mis en musique avec une rare platitude et\nque, desservi sans doute par les circonstances, l'admirable Clustine n'a pas donné\nla mesure d'un talent qui n'est plus à démontrer. Je me plais au contraire à ima-\nginer que, depuis le soir de la \"générale \" tout ce désordre s'est avantageusement\ntassé, les valses lentes ont appris quelque élégance, les accents rythmiques se sont\ndésencanaillés, les danseuses ont fini par s'habituer à retrouver le temps fort et,\nrenonçant à toute ingéniosité d'interprétation personnelle se sont gentiment con-\ncertées pour adopter une mesure-type, par exemple celle que M. Paul Vidal, à"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.36", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3348, "texte": "quelques pas de là curieuse coïncidence ! est précisément en train de battre\nau peuple noir des instrumentistes. Ce n'était rien mais il fallait y songer et pour\nla réalisation de cette pensée charmante de déférence, de ce geste où s'affirme la\ntouchante camaraderie qui régna toujours à l'Opéra, nous devions bien faire crédit\nde quelques représentations à ces turbulentes oiselles : accoutumées à entrecroiser\ncapricieusement leurs vols fous et à battre tumultueusement de leurs ailes de\nmousseline blanche les barreaux de la volière officielle dans un joyeux tourbillon,\nelles ne pouvaient évidemment pas apprendre la discipline en quinze leçons.\nSoyons bons pour les petits oiseaux.\nQuelle consolation également de pouvoir parler de Bérénice sans passion et\nd'oublier le morne après-midi de décembre où nous quittâmes l'Opéra-Comique,\nà la nuit close, silencieux et l'âme chavirée comme au sortir d'une cathédrale où\nse déroulèrent d'imposantes funérailles, les nerfs à vif et le tympan bourdonnant\nsous la vibration trop cruellement prolongée d'un orchestre ronflant avec la\nmajestueuse gravité d'un orgue affligé, le cœur douloureusement serré par la.\nsensation de l'irréparable et de l'éternelle vanité de l'effort ! Nous avons assisté\naux grandioses obsèques d'un art et quelques semaines de recueillement sont\ntoujours profitables à qui doit prononcer une oraison funèbre.\nOn a tout dit sur le \" cas Magnard \". L'isolement hautain d'un travailleur\nrespecté, son mépris affiché des concessions et des conventions parisiennes, la\ndignité d'une carrière poursuivie dans le silence et le recueillement en marge de\nla société hurlante et gesticulante des arrivistes à qui Paris appartient, ont réussi à\ninspirer aux spectateurs de Bérénice une déférence assez exceptionnelle en pareil\ncas. De tout temps, en effet, il s'est trouvé des gens prompts à s'exaspérer de\nl'éclatante vertu d'Aristide ! Le compositeur de Guercceur n'a pas soulevé cette\ninstinctive rancune : on ne lui a pas marchandé les épithètes de choix, celles qui\nne servent qu'une ou deux fois par siècle ; il demeure acquis, pour tout le monde,\nque son art est noble, pur, altier, loyal, vigoureux, sobre, saisissant, élevé, large et\nprofond. On en a même profité pour écraser d'un mépris anticipé les inoffensifs\npassants que tant de majesté laisserait insensibles. On a repoussé d'avance toute\nobjection, découragé l'analyse et anéanti le commentaire. Et c'est ainsi qu'un\ncritique vénérable, dont le misonéisme devient d'année en année plus tenace, a\nbalayé d'un geste tous ses contradicteurs éventuels en s'écriant, avec une hâte un\npeu maladroite : \" Ce qu'en diront certaines gens importe peu. \"\nEh bien, je voudrais aujourd'hui me faire l'interprète de ces \" certaines gens \"\nvouées au mépris public. Certes, cela importe bien peu, en effet, aussi peu que les\napothéoses préventives, mais comme je traduis, en la circonstance, l'opinion d'un\ncertain nombre de musiciens de ma génération, il n'est pas absolument inutile de\nmarquer le point.\nPrononçons tout d'abord les mots irréparables : certaines gens ont trouvé\nBérénice ennuyeuse. Elles ne nient pas la noblesse, la profondeur et la magnifi-\ncence de cette partition : elles se sont noblement, profondément et magnifique-\nment ennuyées, voilà tout. Cet ennui ne fut pas la lassitude de l'ignorant qui se"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.37", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3435, "texte": "noie à la dixième mesure d'un allegro de sonate, d'un andante de quatuor ou d'un\nfinale de symphonie, la bouderie de l'auditeur poussif qui renonce à suivre dans sa\ncourse fantastique, la pensée d'un compositeur trop audacieux. La pensée\nd'Albéric Magnard est simple et son verbe est clair. Aucune obscurité d'expression\nou d'intention, aucun dessous. Cet ennui procédait d'une autre cause. Il naquit de\nl'attristant spectacle d'une fausse conception lyrique, laborieusement soutenue,\ninterminablement développée, avec des moyens d'action assez médiocres et un\nidéal, au fond, singulièrement indigent. L'auteur, dans un manifeste qui est\ndevenu presque aussi célèbre que celui de Raoul Gunsbourg, a proclamé son\nintention d'adopter la formule wagnérienne, la seule qui, dans l'état actuel de la\nmusique, lui parut digne de remplacer celle qu'il se déclarait incapable de créer.\nPour avoir fait un tel choix il fut couronné par ses amis de fleurs nouées d'un\nruban tricolore et l'on ne se lassa pas de découvrir \" toutes nos belles vertus bien\nfrançaises \" dans ce tranquille essai d'importation.\nEn vérité la plaisanterie est un peu forte. Albéric Magnard a toujours voulu\nignorer l'histoire contemporaine. Le présent est devant ses yeux comme s'il n'existait\npas. Ce singulier état d'âme explique évidemment bien des choses et pourrait lui\nassurer le bénéfice de circonstances atténuantes mais il justifie mal l'enthousiasme\nde ses admirateurs. Dédaigner à ce point les leçons de l'histoire et mépriser ainsi\nl'apport décisif de certains de nos génies créateurs devient presque de l'imper-\ntinence. Il est des ignorances coupables. Aller chercher à Bayreuth une formule\nactuelle de lyrisme alors qu'un Debussy, petit-fils de Rameau fait quotidiennement\nau public français un cours d'esthétique théâtrale extraordinairement brillant où il\nexalte les qualités de finesse, de mesure, de goût et de tact qui sont le plus clair\nde notre héritage national, c'est assurément abuser un peu de la patience de ses\ncompatriotes. S'en tenir systématiquement à une conception notoirement périmée,\nnier l'évidence en présence des progrès accomplis, récrire - avec une autre\nmusique et recommencer trois fois le duo de Tristan, traiter l'orchestre con-\ntemporain après Rimsky ! comme un gigantesque harmonium, le condamner\nà une polyphonie pâteuse et à une pesante monotonie de timbres, méconnaître le\ngénie de la langue française en la contraignant à une éloquence d'apparat qui n'est\npas de chez nous, élargir jusqu'à le briser le rythme discret et subtil de nos mots,\nsi récemment libérés d'une servitude séculaire, en les étirant sur le chevalet d'une\nprosodie impitoyable, traiter \" par augmentation \" la fine et confidentielle musique\nde nos inflexions, la dépouiller de ses délicates nervures et la remplacer par une\nmassive mélodie que sa générosité n'empêche pas d'être cruelle à notre \" doux\nparler \" si précieusement nuancé, vouloir acclimater au théâtre un accent tonique\nd'importation, le marquer fortement à la façon des métreurs de vers latins, et se\nflatter ingénument d'avoir fait acte de traditionnalisme et de classicisme, voilà des\ntitres assez médiocres à notre reconnaissance.\nMais ce n'est pas tout : cette réalisation systématique n'est pas seulement\nimportune par son dédain des vertus d'intelligence et de clairvoyance qui font la\nforce élégante de l'art contemporain, elle est encore pour ce dernier un danger"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.38", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2447, "texte": "imprévu. Bérénice, pour certains critiques, pour une grande partie du public et\npour maint directeur de théâtre représente, au même titre que Pelléas, la musique\nmoderne, la science, la dissonnance, la complication et l'énigme sonore qu'on se\nplait à fuir d'instinct. On va pouvoir accabler un art innocent sous le poids des\ndéfauts de cette lourde tragédie. Les profanes railleront les initiés : \" Votre\nMagnard et votre Debussy \" diront-ils avec amertume, réunissant dans la même\nréprobation deux noms qui leur sont également suspects pour des motifs bien\ndifférents. Ainsi une œuvre de réaction pourra compromettre aux yeux des igno-\nrants l'éclosion si attendue d'un exquis renouveau. Il y a déjà trop d'honnêtes\ncitoyens qui s'imaginent que le monde où l'on s'ennuie est celui des jeunes musi-\nciens de France !\nIl convient donc de séparer nettement la cause de l'art français de cet essai\nisolé, de cette tentative lyrique rétrospective qui ne se réclame officiellement que\nde traditions défuntes et d'une esthétique classée déjà depuis un quart de siècle\nparmi les curiosités de bibliothèques et de musées. Il est facile de remarquer\nd'ailleurs l'attitude significative des admirateurs de Bérénice : bien peu d'entre\neux ont résisté au plaisir de décocher à ce qu'on est convenu d'appeler le moder-\nnisme, le coup de pied sournois qui soulage leur irritation et leur rancune de\nconservateurs impénitents. Remercions-les de leur franchise qui permet d'éviter\ntout malentendu. Il est aussi absurde de prétendre, comme on l'a fait, que l'on ne\nsaurait se détourner de Magnard sans tomber dans les bras de Mascagni que de\nreprésenter, comme on va le faire, l'échec de \" Bérénice \" ruinant d'avance toutes\nles recherches musicales du théâtre lyrique de demain. Cette réserve faite, mon\nrôle d' \" avocat du diable \" est terminé et je n'ai plus qu'à saluer très profondé-\nment un artiste qui, par sa sincérité et sa loyauté évidentes, force l'estime et le\nrespect de ses adversaires. Et je me hâte de céder la place aux plus illustres de\nmes confrères qui attendent, à la page suivante, l'encensoir en main, le moment\nd'entrer en scène. Et l'on m'aura vite pardonné mes propos amers en voyant\ns'élever aux pieds de la petite reine de Judée les colonnes de fumée aromatique\naux nobles volutes et en écoutant le grésillement joyeux des grains de myrrhe ou\nd'encens jetés par poignées sur les braises incandescentes !...\n\nEmile Vuillermoz"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-01-15-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-01-15_01#c018", "volume": "bmtnabh_1912-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 39, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.2.7", "titre_corps": "REVUE DE LA PRESSE QUOTIDIENNE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA PRESSE QUOTIDIENNE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.39", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 5939, "texte": "REVUE DE LA PRESSE QUOTIDIENNE\nBÉRÉNICE\nLA LIBERTÉ\nNotre époque n'aime que la violence,\nla névrose, ou la bassesse. Ce qui destin-\ngue cette musique entre toutes, ce qui\nmarque son originalité extraordinaire\nqu'on ne verra peut-être pas tout de\nsuite, parce qu'elle est dans la pensée\nmême, et non pas dans de petites curio-\nsités d'harmonie ou d'instrumentation,\nc'est la combinaison si sûre et si aisée\nd'une action et d'un dialogue exactement\nsuivis avec les formes mêmes de la musi-\nque pure. Wagner faisait, disait-il, \" cou-\nler dans le drame le torrent de la sym-\nphonie. \" Par sa nature toute intérieure,\npar le caractère expressif de l'harmonie\net la polyphonie particulière de l'écriture,\nc'est plutôt du quatuor que procède la\nmusique de Bérénice. Et les tons chauds\net soutenus de l'orchestre, par leur unité\nmême, font encore penser au quatuor.\nJamais sensibilité ne s'est exprimée avec\nune éloquence plus directe5 jamais \"écri-\nture \" n'a produit une plus belle matière.\nQu'une œuvre si générale, qui dès sa\nmonumentale ouverture —se rattache\nimmédiatement à Beethoven et cependant\nest neuve en sa forme comme en son\nesprit, ait pu se produire dans notre mi-\nlieu, si indépendante de sa mode et de\nson opinion, en vérité cela est un pro-\ndige.\nGASTON CARRAUD.\nLE FIGARO\nLa musique se donne libre cours, cette\nmusique noble et émouvante, née avec\nle poème et qui ne pouvait, par consé-\nquent, le trahir. Conçue par un artiste\nqui peut s'enorgueillir de ses goûts tout\nclassiques et de sa culture musicale toute\ntraditionnelle, la partition de Bérénice\nprésente des qualités d'imagination, une\npuissance émotive, une richesse de moy-\nens techniques, une solidité et une dig-\nnité qui ne fléchissent en aucun moment.\nPeut-être par sa tenue même, peut-être\nen raison de l'immobilité relative de\nl'action, cette partition dégage-t-elle une\nimpression non pas précisément de lon-\ngueur, mais de lenteur, ce qui n'est pas\ntout à fait la même chose.\nGABRIEL FAURE.\nJOURNAL DES DÉBATS\nmmaiß it unOAßïs\nAlbéric Magnard s'est rapproché de\nWagner, mais en passant par M. Vincent\nd'lndy, car il a reçu profondément l'em-\npreinte de son maître, et cette préoccu-\npation constante de la forme classique\nalliée à cette ampleur harmonique et\nsonore, cette agglomération très solide-\nment effectuée de tous 1 es éléments vocaux\nou orchestraux, cette rectitude dans les\nprincipes et cette fermeté dans leur\napplication sont absolument communes\nau maître et au diciple. Il règne donc\ntout le long de cette partition de Bérénice\nun souffle, émanant de l'auteur de Tristan\nou de celui de Fervaal, qui n'entraîne\njamais le compositeur à quelque imita-\ntion formelle et flagrante, mais qui le\nsoutient durant trois grands actes, dont\nla contexture symphonique, très serrée,\ndécèle un artiste formé par l'étude des\ngrands maîtres classiques. Peut-être\nmême cet édifice nous paraîtrait-il un\npeu trop massif, les voix ne jaillissant\npas toujours très en dehors de la masse\ndes instruments, s'il ne se trouvait çà et\nlà des points lumineux qui frappent\nl'oreille ou fixent les regards, comme on\nvoudra dire, des auditeurs que l'auteur\nse soucie le moins de captiver.\nADOLPHE JULLIEN.\ng % Mil\nLa partition n'emprunte rien au pro-\ncédé de déclamation syllabique dont nous\navons eu trop d'exemples depuis quelque\ntemps et dont on commence à se lasser.\nElle est franchement mélodique, dans le\nsens exact que Wagner attribuait à ce\nterme, et elle est aussi conséquence\nobligée du style qu'elle emploie nette-\nment polyphonique : son orchestre et ses\nvoix ne cessent de chanter. Mais elle n'a\nde Wagnérien que l'aspect, que la con-\nstruction symphonique et thématique.\nElle est infiniment plus sobre, plus rude,\nplus concentrée, plus compacte çà et là,\nque celles de Wagner, et elle reste abso-\nlument libre de formes et d'idées. Elle\nunit la tradition classique à l'innovation\nmoderne sans être jamais ni surannée, ni\nextravagante. La raison, la volonté la\ndominent et l'animent. Elle a une no-\nblesse d'accent, une hauteur d'expression\nune force pathétique, une éloquence mu-\nsicale que ne peuvent nier même ceux\nqui, au premier contact, l'ont malaisé-\nment pénétrée, et qui, peu à peu, la com-\nprendront mieux,en goûteront pleinement\nles exceptionnels mérites.\nALFRED BRUNEAU*\nrtërtair\nCe qui caractérise la musique de M*\nMagnard, c'est la fière délicatesse de la\nsensibilité et pour ainsi parler la cha-\nsteté de l'expression. Un souci de réserve\net de pudeur l'éloigné de toute emphase,\nde tout effet appuyé. On peut même\ncroire, au premier abord, que cela est plus\npensé que senti. Mais l'émotion en quel-\nque sorte voilée n'en apparaît enfin que\nplus intense. L'intérêt dramatique et la\nqualité musicale grandissent d'acte en\nacte.\nDois-je louer encore la justesse et la\nvigueur de la déclamation, la finesse et\nla fermeté de l'orchestration, si savante\net si discrète, dont la discrétion même\nprête aux touches plus colorées tant de\nsaveur et de force expressive ? On repro-\nchera au bel et noble ouvrage de M.\nMagnard d'être un peu ardu: en musique,\nc'est un reproche inévitable au début pour\ntout ce qui sort de la banalité courante :\nmais si l'on veut bien consentir au petit\neffort d'attention nécessaire et notam-\nment s'accorder une seconde audition, on\nn'aura pas à s'en repentir.\nPAUL SOUDAY.\nL'ECHO OE PARIS\n¥\nA M. Albéric Magnard remonta aux\nsources les plus pures de la musique.\nTrempé dans les eaux lustrales des der-\nniers quatuors de Beethoven, il projeta\nde créer une nouvelle forme d'art : il\nvoulut unir notre tragédie classique, musique\nde chambre de la littérature, avec une mu-\nsique qui serait une musique de chambre du\ndrame lyrique moderne.\nIl n'y a qu'à tirer les conséquences\ncontenues dans la formule que je viens\nde vous proposer.\nQuel sera le style musical ? Un\nstyle de musique de chambre ; donc il\nn'admettra que les idées mélodiques les\nplus belles et les plus hautainement ex-\npressives, et leur donnera, comme cortège"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.40", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3879, "texte": "ou comme support, non pas un remplis-\nsage harmonique quelconque, mais bien\nl'accompagnement le plus mélodieux et\nle plus chantant de voix réelles,\nAutre conséquence de notre formule:\nquel sera le chant confié aux acteurs ? Ce\nsera un dessin mélodique sans cesse com-\nmandé par les dessins de l'orchestre ou\nles commandant à son tour.\nAutre conséquense : quel sera l'or-\nchestre? Un orchestre à base de quatuors.\nLa variété, la vie, et même la couleur,\nseront donc obtenues surtout par Vécriture\ndes cordes, plus encore que par l'emploi\n«hatoyant des autres instruments. Et\ncela ne veut nullement dire que l'instru-\nmentation ne soit moelleuse et chaude.\nMais elle ne comporte aucune bariolage\nparasite.\nADOLPHE BOSCHOT.\nSe S ttmpo\nBérénice n'est pas un œuvre ordinaire.\nElle a pour premier trait d'être le\ndrame musical le plus classique, par le\nsentiment et par le style, qui ait paru\ndepuis Gluck. N'entendez pas par-là que\nBérénice soit une œuvre sagement ou in-\ngénieusement académique, qu'elle imite\nles procédés et reproduise les formules\ndu classicisme. Tragédie en musique, elle\nn'a rien de commun avec les tragédies\nlittéraires qui, durant tout le dix-huitième\nsiècle et dans les premières années du\ndix-neuvième, pensèrent être classiques\nparce qu'elles imitaient assidûment les\nprocédés extérieurs de l'art racinien. Bé-\nrénice est en tout contraire à ces travaux\nsuperficiels, conventionnels et sans vie.\nCe qu'elle a de classique, c'est son essence\nintime, et la pensée qui l'a conçue. On\nvoit ici un musicien, dont l'esprit com-\nprend et possède fortement les principes\nd'ordre d'unité, de simplicité, de sobriété\nqui sont les principes même de l'art\nclassique, entreprendre de produire une\nœuvre tout inspirée de ces principes, non\npas en empruntant aux illustres mo-\ndèles d'autrefois leurs formes et leurs\nformules, leur langage et leurs moyens\nd'expression, mais en créant, avec les\nmoyens d'expression de son temps, une\nforme et une style qui aient les mêmes\nqualités de sobriété, d'ordre et d'unité,\nune forme et un style aussi classiques que\nfurent ceux des maîtres. On le voit im-\nposer à son sentiment et à son émotion\nla même loi d'harmonie, de noblesse, de\nréserve, de pureté, qu'observaient les\nécrivains et les artistes de la grande épo-\nque française. Ce n'est pas l'apparence et\nle vêtement classiques qu'il restitue, c'est\nl'âme qu'il ressuscite. Et bien loin que\nson art soit un art de réaction et d'imi-\ntation, il n'a guère été écrit de nos jours\nd'œuvre plus neuve et plus originale que\nBérénice, C'est ce double caractère de\nnouveauté et de tradition, aussi vivement\net fortement marquées l'une que l'autre\nqui rend Bérénice unique parmi les ouvra-\nges lyriques d'aujourd'hui, et qui fait sa\nvaleur particulière.\nPIERRE LALO.\nLE JOURNAL\nLa musique de M. Magnard est supé-\nrieurement écrite, mais ce n'est certai-\nnement pas de la musique poétique. Ce\nn'est pas seulement parce qu'elle manque\nde \" rimes \", c'est aussi parce qu'elle\nmanque de poésie. Non, certes, de poésie\nintérieure bien au contraire : elle\nporte, elle broie infatigablement dans ses\nremous serrés, incessants et innombrables\nune somme immense de sentiment, je\ndevrais dire de sentiments, car elle les\nrecèle tous, soit en germe, soit en état\nd'évolution, tantôt isolés, développés,\nexaspérés, tantôt unis les uns aux autres\net de combinaisons à la fois logiques et\npassionnées, et cette sorte d'amalgame\nabstrait finit par exhaler je ne sais quelle\natmosphère psychologique, je ne sais\nquel intangible parfum intellectuel. Mais\nla poésie, la poésie telle qu'on l'entend\ncouramment, cet élément d'émotion qui\naffecte l'âme par le moyen des sens et\noù le monde visible et palpable a une\npart, échos de la nature, reflets d'un ciel,\ninfluence d'un lieu, d'une heure, d'une\nambiance environnante, cette poésie-là\nest absente de la musique de Bérénice.\nREYNALDO HAHN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-01-15-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-01-15_01#c020", "volume": "bmtnabh_1912-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 41, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.2.8", "titre_corps": "Les Concerts Dominicaux", "titre_sommaire": "Les Concerts Dominicaux", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.41", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4059, "texte": "Les Concerts Dominicaux\nJe suis fort embarrassé... Il faut que je parle du Concert Colonne et je ne trouve rien à\ndire. En effet, le programme se composait du morceau symphonique de Rédemption sur lequel\ntout a été dit, de la symphonie en ré mineur (du même auteur) sur laquelle tout a été dit, et de\nfragments de Parsifal sur lesquels tout a été dit et redit cent fois... Il faut pourtant que je\ntrouve quelque chose ! Eh bien, si je disais, par exemple, que le morceau symphonique de\nRédemption est une de ces pages dont la beauté s'impose si fortement et si nettement à l'âme,\nque tout ce qu'on en a pu dire était superflu et que c'est une singulière manie que de vouloir\nexpliquer longuement ce qui doit non se comprendre mais se sentir ? Ce ne serait peut-être pas\nun trop mauvais commencement et m'amènerait à ajouter que si jamais musicien se prêta peu à\nl'exégèse, c'est bien César Franck. Ses \" intentions \", dès qu'on veut les pénétrer, en suivre\nl'évolution et le développement, apparaissent assez puériles ; le plan, chez lui, est traditionnel\net n'a rien qui déroute ; en dépit des commentateurs et de l'habileté qu'ont ces sortes de gens\npour rendre obscur ce qui est clair, et ardu ce qui est aisé, je tiens Franck pour un génie\nimpulsif ou, si l'on préfère, inspiré, inconscient, pour un Parsifal de la musique. Je ne l'ai\npas connu personnellement ou guère. Mais d'après ce que je tiens de plusieurs personnes qui\nl'ont beaucoup fréquenté, il aimait la musique ingénument, d'un cœur largement ouvert et\nsans préoccupations dogmatiques. Je ne m'explique pas que devant son œuvre, si candide, si\ndirecte et, par surcroît, si mélodique, tant d'incompréhension et d'animosité aient pu s'élever\nque, par exemple, Gounod lui-même, si intelligent et toujours à l'affût de la Beauté ait\nformulé sur la Symphonie une appréciation violente et injuste. Mais je m'étonne encore davantage\nde ce qu'aujourd'hui toute une Ecole ennemie de l'émotion, de la grâce, de la tendresse\ntouchante, de l'abondance du cœur, de l'expansion spontanée, puisse se réclamer de César\nFranck, dont l'âme n'était que flamme et qu'amour, de Beato Angelico, de ce François d'Assise\ndes sons !\nBientôt Parsifal tombera dans le \" domaine public \". C'est un malheur. Il aurait fallu\nque cette œuvre demeurât, jusqu'à un certain point, mystérieuse et lointaine. D'abord à cause\nde l'illusion qui s'attache aux choses plus ou moins inaccessibles et de la vague exaltation que\ncette illusion entretient dans l'âme. Et aussi parce que, malgré les nombreuses fautes de goût\nqui déparent à Bayreuth la mise en scène de Parsifal et les lacunes dont y souffre la difficile\ninterprétation de cet ouvrage, à présent que les grands artistes de la première heure ne sont\nplus là, il ne sera pas possible d'obtenir, dans les théâtres ordinaires où régnent toujours l'agi-\ntation, la hâte et, quoiqu'on fasse, le désordre, cette cohésion, cette sérénité, cette ardeur\nextatique, cette abdication de tout orgueil et de tout souci vulgaire qui confèrent aux représen-\ntations de Bayreuth un prix inestimable et dont Parsifal ne saurait se passer. Toutes les\nentreprises internationales et interlopes \" auront leur petit Parsifal \", et il suffira de très\npeu d'années pour que disparaissent entièrement les traditions, essentielles dans une œuvre\ncomme celle-là, et jusqu'aux nuances élémentaires et indispensables. Parsifal, alors, fera partie\ndu répertoire, sera joué dans ce mouvement moyen, uniforme, et dans ce style sans accent qui\nconsacrent un jour ou l'autre et à jamais les opéras heureux ; qui servent à Carmen, à\nManon, à Faust, àla Vie de Bohême, à bien d'autres encore et qui, lorsque M. Debussy sera\nmembre de l'lnstitut, régiront également l'exécution de Pelléas et Mélisande. Il n'en est pas\nencore ainsi et quand on joue Parsifal au concert, on s*applique. On s'est donc appliqué l'autre\nDimanche et l'audition m'a paru fort bonne. Mme Litvinne déploie dans Kundry une puis-\nsance et un charme extraordinaires : M. Van Dyck possède le rôle du chaste fou jusqu'en ses"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.42", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3666, "texte": "plus infimes parcelles. Un sextuor de voix charmantes où brillaient surtout celle de MUe Vallin,\nlimpide comme le diamant et celle de Mlle Doerken, chaude comme le rubis, chanta de façon\ndélicieuse la scène immortelle des Filles-Fleurs. Je ne connais qu'une évocation florale com-\nparable à celle-là : c'est un petit chœur de Brahms conçu en forme de chanson populaire\nSchon ist der Sommer\". Walter Crâne lui-même n'a jamais rien imaginé de plus juvénile et\nde plus ensoleillé.\nREYNALDO HAHN.\nUn concours de circonstances assez curieux a fait apparaître presque en même temps sur\nl'affiche de nos deux sociétés de concerts deux symphonies signées Widor et Guilmant. Ce\nrapprochement inattendu de nos deux grands maîtres de l'orgue surpris dans leurs fonctions de\ncompositeurs est éminemment instructif. C'est, une fois de plus, l'éternelle aventure d'lngres\nen flagrant délit de mélomanie.\nLa nature a doué Ch. M. Widor de mains robustes et de pieds puissants et l'a prédestiné\nà la carrière de dompteur des claviers d'ivoire et de bois. De la pointe et du talon, il parcourt\nson pédalier avec une surprenante agilité et ses doigts savent bondir sur les escaliers mélodieux\ndu \" positif \" du \" grand orgue \" ou du \" récit \" pour y dérouler, y attacher et y enchevê-\ntrer les lignes capricieuses d'un classique contrepoint. Mais cette gloire n'a pas semblé\nsuffisante au brillant organiste de St. Sulpice qui a voulu s'illustrer dans une branche de l'art\npour laquelle la bienveillante nature ne semble pas l'avoir aussi libéralement comblé de dons\nprécieux. Les œuvres de Ch. M. Widor semblent n'avoir pas d'autre raison d'être que de\ndémontrer à l'univers qu'il n'est pas utile d'avoir une belle voix pour donner d'excellentes\nleçons de chant et qu'il n'est pas nécessaire d'écrire des chefs-d'œuvre pour bien enseigner\nla composition.\nLa Symphonie Antique que vient de nous révéler Pierné pourra servir d'illustration à cet\naxiome. Construite sur un thème qui a déjà joué dans l'histoire un rôle cyclique puisqu'il s'agit\ndu chant de triomphe de Sophocle au soir de Salamine, devenu plus tard grâce aux librettistes\nAmbroise et Augustin le \"Te Deum \" des jubilations chrétiennes, cette œuvre présente une\narchitecture compliquée. Elle a une infrastructure littéraire assez développée ; elle prétend\n\" faire revivre à la fois dans leurs images musicales, unies ensemble par la continuité de leur\nenchaînement historique, la Grèce païenne des temps classiques et la Rome chrétienne des\npremiers siècles \". Mais, chemin faisant, elle aborde d'autres sujets : certains de ses thèmes\nsont \" lapidaires \", d'autres \" expressifs et humains \" ; tantôt nous assistons au \" triomphe de\nla passion \", tantôt à un retour vers l'austérité ; voici une procession qui se met en marche\nsur les conseils de la clarinette et du hautbois qui chantent alternativement les versets du\n\" Lauda Sion \" : les vierges gravissent lentement la colline où s'élève en pleine lumière le\ntemple ; le peuple se précipite joyeusement au Colisée... etc.\nLe travail musical n'est pas moins minutieux. Les thèmes qui portent toutes les lettres\nde l'alphabet, se fragmentent, se démontent, s'emboîtent, se superposent et se renversent. Tout\ncela grouille comme un nid de vipères et dès que l'auteur sectionne un de ses dangereux\nmotifs on en voit immédiatement les tronçons s'agiter frénétiquement et s'empresser à la\nbesogne comme les débris du balai magique après le coup de hache de l'apprenti-sorcier.\nTout cela se présente assez pauvrement éclairé par une instrumentation sans saveur, hachée\nde batterie intempestive, trouée de glockenspiel, de triangle et de tambour basque absolument"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.43", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2075, "texte": "injustifiés ; c'est, dans un fracas d'usine en pleine action, une vision d'atelier d'ajustage, de\nfonderie et de laminage, où la matière musicale est travaillée de mille manières, découpée par\ndes machines-outils et débitée industriellement ; besogne de contremaître sans enthousiasme et\nsans beauté. Un seul instant de vénusté : un emprunt textuel au \" Requiem \" de Fauré qui\nravit et surprend comme une fleur oubliée entre les pavés de cette manufacture. Cette citation\ndu \" Libéra \" et cette évocation inattendue du directeur du Conservatoire en pleine symphonie\nde Widor ! Quelle singulière allusion ! Quel vœu ou quelle menace ?...\nRien de semblable dans l'honnête travail du doux patriarche de Meudon. La\nde Guilmant est toute douceur, toute bonhomie et toute simplicité. Des dessins mélodiques\nd'une candeur attendrissante, des cadences prévues, une éloquence facile, un style de bonne\ncompagnie font de cet ouvrage, d'ailleurs assez court, un aimable intermède. Aucune prétention\nlittéraire ou extra-musicale, ni vierges ni lévites, ni Colisée ni problèmes philosophiques : un\ncalme devoir d'harmonie terminé par une double fugue assez laborieusement conduite et c'est\nassez pour satisfaire ceux que ne passionnent pas les divertissements intellectuels des mandarins\nde la composition. D'ailleurs Guilmant a eu le mérite de rechercher les rapports heureux qu'un\norganiste pourrait faire naître entre son instrument et l'orchestre. Il en a laissé d'agréables\nexemples : tel passage où les cordes graves préparent l'entrée insensible des violes de gambe,\ntel autre où le timbre velouté d'un cor-solo se noie dans le halo scintillant des voix célestes\nqui font vibrer l'air sur la tête des spectateurs comme au-dessus d'un brasero, sont d'intéres-\nsantes notations instrumentales qu'il faudra retenir. Et la débordante bonté qui se révèle dans\ncette œuvre sans prétention est une qualité si rare et si précieuse qu'il faut tout pardonner à\nun auteur qui en emporta le secret dans la tombe et oublia d'en léguer la moindre parcelle à\nses confrères.\nINTÉRIM."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-01-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-01-15_01#c021", "volume": "bmtnabh_1912-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 43, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.2.9", "titre_corps": "Concerts divers", "titre_sommaire": "Concerts divers", "signature_source": "G. K", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.43", "debut_caractere": 2077, "fin_caractere_exclue": 3688, "texte": "Concerts divers\n\nLe public deviendrait-il sensible aux évocations de l'art ancien et se laisserait-il émouvoir\npar le charme prenant de la Chanson du XVIme siècle ?Le succès prodigieux du dernier con-\ncert des Chanteurs de la Renaissance tendrait à le démontrer. Des acclamations enthou-\nsiastes et des bis sont venus récompenser Henry Expert de son zèle et de son prosélytisme\ninfatigables. Costeley, Nicolas Martin, du Caurroy, Lassus, Purcell, Rameau, M. Dolmetsch,\nson clavecin et son clavicorde furent réunis dans la même ferveur admirative.\nUne vive curiosité et une indiscutable sympathie accueillirent la première manifestation,\ntrès moderne au contraire, des suffragettes de PU. P. P. C. Le concert d'orchestre qu'elles\ndonnèrent sous la direction infaillible de Rhené Bâton fut extrêmement brillant. Peut-être ce\ngeste démonstratif eut-il pu être plus décisif si l'orchestre et le programme avaient été mieux\ncomposés et si les audacieuses amazones avaient choisi un idéal plus haut que celui qui soutient\nl'inspiration de M. de Saint-Quentin, mais il faut encourager cette nouvelle forme du féminisme\nsans aucune restriction.\nLe Magnificat de Bach et le Judas Machabée de Haendel formaient le fond du premier\nconcert mensuel de la Scliola. Si l'oratorio de Haendel manqua un peu de cette force fréné-\ntique, de cette fougue guerrière et sauvage qui doivent animer ces scènes bibliques, le Magni-\nficat, par contre, bénéficia d'une interprétation de premier ordre. L'orchestre, sous la direction\nattentive de Vincent d'lndy, se montra excellent mais les chœurs firent preuve d'une indécision\ncoupable."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.44", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4191, "texte": "Le 22 décembre la Scholarendait également à Philippe-Emmanuel Bach, un hommage méri-\nté. C'est chose bien rare chez nous qu'un festival en l'honneur de Bach fils. On a tort de consi-\ndérer cet intelligent novateur comme un ancêtre inutile, comme un simple point de départ.\nSon oratorio des \" Israélites\",conduit avec goût par Marcel Labey, sa brilamment jouée\npar Vierne, son concerto de violoncelle dévolu à l'autorité de M. Pitsch, enfin et surtout sa\nsymphonie en ré,nous le montrent sous l'aspect d'un moderniste convaincu, et que ses contem-\nporains ont pu féliciter \"d'avoir daigné offrir\naccessible\". L'estampe ci-contre qui est du XVIIIe siècle, nous révèle la physionomie de ces\nfameux \" Concerts privés \" organisés par Philippe-Emmanuel, où le roi flûtiste, Frédéric\nle Grand, après avoir mis la main à quelque Règlement sur /'exercice et la formation de l'infan-\nterie \", se plaisait à l'un des 299 concertos composés à son intention.\nA la Société Bach, M. Gustave Bret a formé un chœur excellent et un bon orchestre.\nOn chante clairement, et on joue avec précision, sous sa direction. Ces qualités sont vraiment\nles premières, quand il s'agit de faire entendre cette musique aux lignes entrecroisées. En outre,\nles plans sont parfaitement distincts; dans l'air avec les hautbois (17e dimanche après la\nTrinité, B. G. 148) et dans la berceuse de Noël, le chant a toujours commandé, et les instru-\nments n'ont répété les pures vocalises, ou les appels émouvants de l'alto, qu'avec la discrétion\nla plus respectueuse. Enfin, l'accompagnement de l'orgue était confié à M. Albert Schweitzer,\ndont les beaux travaux nous ont montré quelle connaissance et quel amour il avait de Bach.\nL'exécution fut, musicalement, irréprochable. Elle l'aurait été, de toute manière, si les musiciens\nde notre temps consentaient, plus volontiers, à suivre la discipline de l'art ancien. Elle est un\npeu austère, et n'admet point notre richesse. S'il est très agréable d'entendre les hautbois dans\nun motet écrit pour les voix et la basse continue, il est encore plus agréable d'entendre l'œuvre\ntelle que Bach l'a composée (Jesui meine Freude); et, s'il est très ingénieux de prendre, dans\nplusieurs cantates, les éléments d'une \" Cantate de l'Avent \", il est encore plus sage de donner,\ntout simplement, l'une de celles que Bach a préparées, à sa guise.\nNous n'étonnerons personne en affirmant que l'art chrétien est bien pauvre aujourd'hui\ndans nos églises ; il est même trop souvent de mauvais goût. Aussi est-ce une très belle tâche\nque celle que la Société St. Jean, dont M. Henry Cochin est le président, a entreprise en\norganisant dernièrement au pavillon de Marsan, une exposition où se trouvait réuni \" tout ce\nqui appartient à l'Eglise, tout ce qui peut figurer dans l'Egise \". A côté de l'art décoratif\nchrétien, une autre chose aussi est à améliorer à l'Eglise : c'est la musique ; on ne saurait trop\nle dire, car tout le monde n'en est pas encore convaincu ! Et cependant la vraie musique\nreligieuse est là qui attend pour remplacer la fausse. C'est ce qu'a démontré victorieusement\nM. Vincent d'lndy. Et dans la salle même où étaient exposées les œuvres décoratives, salle qui\nse prêtait à merveille à une telle musique, il dirigea des chants grégoriens et des œuvres pieuses\net graves de C. Franck, Paul Jumel, l'abbé Boyer, F. de la Tombelle, A. Gastoué, Vincent\nd'lndy, Louis de Serres, Chausson, Guy-Ropartz, Saint-Requier, l'abbé Perruchot, Dom Joseph\nPothier, Ch. Bordes. On écouta respectueusement et aucun applaudissement ne vint troubler\ncette heure de recueillement. Pour un moment le pavillon de Marsan devint un lieu saint et\nc'est la musique qui avait accompli ce miracle...\nIl convient toutefois de remarquer, que toute la musique exécutée dans ces Séances,\nn'atteignait pas d'idéal religieux qu'on peut et qu'on doit se proposer à l'Eglise. Le Père\nLambillotte n'est pas encore absolument banni de nos cantilènes sacrées, et la banalité sévit\nencore heureusement ici plus qu'on ne le voudrait. Enfin, on ne peut encore critiquer certaines\npratiques, par exemple, celle qui consiste à chanter des alléluia \" en répons \" et à fabriquer du\nchant Grégorien moderne."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.45", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3218, "texte": "La Société Hsendel continue la série de ses courageuses révélations. La première\nséance de cette saison fut entièrement consacrée àla musique de chambre du XVIIIme siècle.\nL'événement sensationnel fut l'exécution par un double trio à cordes d'une sonata a tre (1742)\nde G. Sammartini dont YAndantino annonce les symphonies Elyséennes de Gluck et d'un\ntrio de Johann Stamitz, d'une fougue puissante, d'une verve intarissable, d'une richesse mélodi-\nque et harmonique qui révèlent le musicien de génie. Ces deux œuvres d'un intérêt capital\nfurent conduites avec cette véhémence, ce sentiment, cette précision rythmique qui sont les\nqualités maîtresses de Raugel et fait de lui un des premiers chefs d'orchestre d'aujourd'hui et le\ndigne élève de Weingartner. Nous entendîmes aussi Madame Jane Arger chanter de délicieuses\ncantates de Morin, Clérambault, Gervais, Rameau et M. de Bruyn jouer avec une étonnante\nvirtuosité une suite pour la viole de gambe de Marin Marais. Enfin Mademoiselle Delcourt\nremporta un vif succès en exécutant en perfection de délicates et poétiques pièces de clavecin\nde Couperin et de Rameau. Ce fut vraiment une exquise soirée...\nLe splendide trio Cortot-Thibaud-Casals émerveille une fois de plus les abonnés de la\nPhilharmonique par sa parfaite interprétation de Schubert, Mozart et Beethoven,tandis que\nle duo Enesco-Risler transporte d'extase les habitués des Soirées d'Art par de magistrales\ntraductions de Mozart, Grieg, Franck et Saint-Saëns.\nSous la direction d'Alfred Casella, les concerts Hassellïians ont repris contact avec le\npublic. Ils ont remis en lumière la tumultueuse symphonie en mi bémol d'Enesco, composition\npassionnée, expressive et profonde qui mélange tous les styles existants et roule dans ses flots\ndéchaînés tous les éléments d'un chef-d'œuvre, la Pavane de Ravel, nostalgique et aristocratique\net l'étincelante Italia de Casella, merveilleuse rhapsodie populaire où s'exprime toute l'âme\nfrénétique de Naples et toute l'âpre mélancolie de la Sicile dans un feu d'artifice instrumental\nallumé par le plus adroit et le plus ingénieux des Ruggieri de la jeune école.\nToujours habiles à composer des programmes de premier ordre, Engel et Bathori\nattirent à l'Athénée St-Germain tous les musiciens avides de s'instruire ; les quatuors\nParent, Sangra, Lefeuve et Grodebski se font une courtoise concurrence en se\ndisputant la faveur du public méditatif ; le trio Bailet donne d'intéressantes promesses et\nMlle Peutray fait applaudir une belle voix étendue et bien timbrée. Sans redouter les pro-\ntestations inévitables des empêcheurs d'arranger en rond, Mlle Renée Lenars et M. Joseph\nBizet ont eu l'audace de transcrire pour harpe chromatique et harmonium les pages les plus\ninattendues : Beethoven, Weber, Berlioz et Debussy ont eu la surprise de se voir ainsi\naccommodés pour la plus grande édification de l'auditoire.\nD'autres et d'autres encore dépensent dans tous les quartiers de Paris un talent incontes-\ntable et une louable énergie avec des fortunes diverses. Mais ils sont trop. Que l'abnégation de\nl'anonymat ne leur paraisse pas trop amère : dans le chœur mystérieux de ses prêtres inconnus\nla musique reconnaîtra toujours les siens.\n\nG. K."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-01-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-01-15_01#c022", "volume": "bmtnabh_1912-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 45, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.2.10", "titre_corps": "La Province", "titre_sommaire": "La Province", "signature_source": "Swift", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.45", "debut_caractere": 3220, "fin_caractere_exclue": 3672, "texte": "La Province\n\nConcert d'orchestre, concert de quatuor, concert de musique de chambre pour instruments\nà vent, l'archet de M. Lederer, la belle voix de Jane Hatto, les œuvres de Haydn, Mozart,\nBeethoven, Mandelssohn et d'lndy, voilà ce que trouve le voyageur charmé que le hasard\nconduit à Belfort. Et s'il pousse jusqu'à Vesoul il sera récompensé de cet effort par une\nconférence de M. Riotor sur l'Art à l'Ecole illustrée par l'orchestre de M. Lanzoni."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.47", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3925, "texte": "Qui se douterait que Grray plus favorisé que Paris, possède une société Philharmonique\nriche d'un orchestre bien dirigé par M. Thevenin et de chœurs mixtes disciplinés et que\nDouai s'enorgueillit d'une Salle Gothique que Louis Duttenhofer et Charlotte Moreau\npeuplent de souvenirs heureux ?\nRisler traversa Roanne et y fit applaudir Liszt, Saint-Saëns et Chabrier. Liszt d'ailleurs\nfait recette un peu partout à cause de la déférence que lui vaut la commémoration de son\ncentenaire. Nous apercevons la soutane du génial abbé à Angers où Rhené-Bâton toujours\ntriomphant, donne une splendide exécution de la légende de Sainte Elisabeth avec le concours\nde Mme Melno-Bâton, de Mme Auguez de Montalant et de Jan Reder, à Nancy où Guy\nRopartz exécute intégralement le Faust et le Psaume XIII, à Nantes où l'Association des\nGrands Concerts joue ses Préludes et à Troyes où ses Bruits de Fête sont au répertoire de\nl'Association du double quintette, société florissante fondée par Wurmser et qui a pris\nmodestement comme interprète Felia Litvinne, à Dijon grâce au merveilleux pianiste André\nChevillion qui vient d'étonner Chalon, d'éblouir Beaune, de stupéfier Dôle, d'émerveiller\nLons-le-Saunier et d'enthousiasmer Lyon par une série de concerts où il triompha partout\navec éclat. Lyon, d'ailleurs, a repris goût à la vie musicale. Witkowski révèle à ses compatriotes\nSamazeuilh et Borodine ; Risler, Pollain et Mlle Luquiens l'aident à conquérir son public\nméfiant ; Joseph Bonnet et Speranza Calo obtiennent un vif succès dans un récital intelligem-\nment composé 5 Ysaye et Pugno, Yvette Guilbert et Blanche Selva se disputent la faveur des\namateurs lyonnais mais n'éclipsent pas les artistes locaux, Gillardini, Reuchsel et Peronnet qui\nrestent malgré tout prophètes dans leur pays. Et une grande allegresse regne place Bellecour,\ndepuis que la nomination de l'excellent baryton Gaston Beyle a la direction du Grand-Theatre\nest officielle.\nA Arras les Orphéonistes et les Rosati rivalisent d'attractions. La Philharmonique\nremporte un grand succès avec la deuxième Symphonie de Beethoven et l'Ouverture des\nFrancs-Juges. Mlle Jeanne Loth se fait acclamer dans Iphigénie et le Quatuor Arrageois fait\nles délices d'un public de choix avec des œuvres de Bach, Schumann, Lekeu et Borodine.\nLimoges assiste aux débuts heureux d'une société de musique de chambre et Bourges\ns'inquiète du silence persistant de sa Société Philhaimonique et ne se console qu en écoutant\nMll6 Marié de l'lsle.\nM. Paul Landormy, Mlle Blanche Selva et Mme le Goff ont successivement requis l'atten-\ntion des habitants de Poitiers : le premier dit la bonne parole, la seconde la joua et la troisième\nla chanta, mais tous trois furent également persuasifs. Armentières acclame le nouveau chef\nde sa Société symphonique, M. Verbregghe, qui conduit en perfection du Saint-Saëns, du\nReyer et du Lalo et une Marche de fête de sa composition. Grieg et Schubert enchantent\nChateau-Gontier qui s'offre le luxe assez spécial d'exécuter une œuvre troublante de\nThéodore Dubois intitulée \" Histoire bizarre Château-Gontier ne se refuse rien.\nGrâce à M. Henri Lammers Clermont-Ferrand possédera désormais une société de\nmusique de chambre dont les débuts furent brillants. L éxecution de la Sonate de Franck, et\ndu quatrième quatuor de Beethoven permet de fonoei sur ce nouveau groupement les plus\nsérieux espoirs. Nous apprenons en même temps que le Conservatoire municipal, créé il y a\ndeux ans, vient d'être promu à la dignité de Conservatoire national ; la direction en reste\nconfiée à M. Claussmann.\nL'étonnant guitariste Llobet vient de conquérir olT©X®l3OHX*|j£« La société des rnatmees\nmusicales de sur Yon fait applaudir le Manfred de Schumann et d'importants\nfragments symphoniques des Maîtres chanteurs. Mais NHJItôS s impose a 1 attention publique\npar l'intérêt très sérieux qui s'attache aux belles exécutions de son Association symphonique\n\n5"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.48", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 953, "texte": "Le théâtre de la Renaissance est trop petit pour contenir les fervents amateurs de musique,\nheureux d'applaudir au bel effort d'art du chef d'orchestre Henri Morin et des brillants solistes\nqui se nomment Litvinne, Ysaye, ou Van Dyck.\nArmand Ferté poursuit à Grenoble ses belles campagnes artistiques sans s'inquiéter des\nrivalités locales et des concurrences qu'on lui suscite. Mme Fournier de Nocé vient plaider\nchaleureusement auprès des Grenoblois la cause du lied moderne et un professeur de la ville,\nM. Martin Chazareu se consacre à l'éducation de ses concitoyens en les favorisant d'instruç-\ntives auditions-conférences.\nCependant la délicieuse ville de Pau se complaît à une belle saison d'opéra et apprécie le\ntalent de Mme Marshal, de MM. Saldou et Artus. Mais elle se promet le piquant régal\nd'applaudir bientôt les dernières créations musicales de Mévisto aîné, de Fragerolles et de\nFursy ! Il faut bien décentraliser !\n\nSwift."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-01-15-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-01-15_01#c023", "volume": "bmtnabh_1912-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 46, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.2.11", "titre_corps": "P. Haas del. et Scupsit Berolini", "titre_sommaire": "P. 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C' est l'œuvre posthume de\nGustave Mahler, qui, jusqu'à la veille de sa mort, passait pour sa Neuvième Symphonie ;\nqui l'est en réalité ; mais qui n'en portera pas le numéro. C'est à la Dixième entièrement\npour orchestre qu'échoira cet honneur. Il s'agit ici d'une symphonie où presque conti-\nnuellement une voix, de ténor dans trois morceaux, d'alto ou de bariton dans les trois autres,\ns'adjoint comme un instrument de plus à l'orchestre. Pas question de lieder comme on l'a\nimproprement affirmé, mais bien d'une voix de plus que prend l'orchestre et qui se trouve\nhumaine. Les six morceaux articulent intelligiblement leur sens, au lieu de simplement le\nsuggérer par l'émotion. Ou simplement ils précisent cette émotion. On discute et on discutera\nencore à perte de vue, comme à propos de la VIIIe symphonie. La différence est qu'au lieu d'une\ngrande symphonie chorale, nous avons une symphonie où deux chanteurs se faufilent dans l'in-\nstrumentation, tel un cordonnet d'or ou d'argent à travers une broderie. Les adversaires de\nMahler crient à tue tête que ce n'en est pas une, mais une suite. Les conciliants proposent de\nparler d'une forme nouvelle et veulent mettre en circulation le mot Symphonie-lied. Or iln y a pas\nde forme nouvelle. Une suite de morceaux que régit une pensée aussi une, qu'assortissent des rap-\nports aussi sensibles, qu'englobe une telle homogénéité orchestrale, et dont le premier est solide-\nment construit en forme sonate, le dernier en forme rondo, avec à peine ici et là quelques\nlégères libertés dramatiques prises eu égard au texte inspirateur dont il s'agissait de respecter\nl'expression verbale, cela n'a jamais été, ne sera jamais une suite. Que lisons-nous de la main\nde Mahler à la première page du manuscrit —je l'ai eu entre les mains —, de la main de\nMahler encore à la première page de la copie d'après laquelle Bruno Walter dirigeait ; que\nlisons-nous au frontispice de l'arrangement piano et chant, seul encore paru à Y Edition Univer-\nselle : Das lied von der Erde, eine symphonie fur eine Ténor-und eine Alt-oder Bariton-Stimme und\nOrchester. Je crois me souvenir que Mahler a toujours su ce qu'il voulait, faisait et disait et le\nbruit court qu'il savait faire une symphonie !\nNous entrons tout de gô dans celle-ci avec l'ordinaire brusquerie mahlérienne et le hurle-"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.49", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4231, "texte": "ment d'ivrogne du premier thème. Vous avez bien lu : d'ivrogne. Le premier morceau s'appelle\nle Chant de la Détresse humaine. Il va s'agir comme dans les autres symphonies d'un\n[tableau médité de la vie humaine, mais ici davantage en raccourci, et discrètement déguisé à\nl'Extrême Orientale. Nous avons affaire non plus à Mahler architecte d'une immense cathé-\ndrale de la Douleur et de la Joie confondues, mais à Mahler s'accordant la fantaisie d'une de\nces Pagodenburg telle qu'on en trouve dans certains parcs d'Allemagne. C'est Mahler plus que\njamais, seulement quintesscncié et se permettant pour une fois la fantaisie de quelque Trianon\nchinois. Aucune velléité de faire de la musique chinoise. Dieu merci, encore moins du dix-\nhuitième siècle chinois. Mais une façon de lâcher bride à sa fantaisie qui s'autorise pour cela de\nla Chine et de l'ivresse et, le moment venu, n'en sait être que mieux poignante. A proprement\nparler cette réunion de six petites merveilles n'en constitue pas moins une monumentale fan-\ntaisie, la plus énorme après tout que se soit permise Mahler... Les autres, ç'avait été, ici ou là,\nun scherzo avec trio à la vieille mode (VI), trois musiques nocturnes douloureuses, grotesques et\nfolles (VII), l'étonnant scherzo façon Prater de la Cinquième Symphonie, le premier morceau et la\nfinale de le Quatrième. Mais ici c'est une symphonie toute entière et plus longue que la\nQuatrième, celle du reste de la moindre durée comme l'on sait ! Mais dame ! cela compte tout\nde même.\nLe Chant d*ivresse de la Détresse humaine est de Li-Tai-Po, poète chinois qui vécut de\n702 à 763. Mahler s'était enthousiasmé de ce volume de traductions chinoises données en\n1907 par M. Hans Bethge, im Inselverlag,, à Leipzig. Il en a tiré, sans s'occuper de l'inutile\nunité d'auteurs, tous les textes nécessaires à sa symphonie et pour mieux rédiger sa propre pensée,\npar le moyen de ces textes, les modifiant là où bon lui semblait, il les a fait partir de la mort et\n;par des biais sûrs ménageant la perspective de ravissants contrastes, les a acheminés sans hésiter\nde nouveau vers la mort. Le tout a formé total l'unique Lied que nous puissions chanter ici\nbas ! Nous mourrons. Donc nous occuper d'abord de vivre ! Et le moment venu de s'en aller,\npartir noblement et bellement, laissant la terre éternellement fleurir derrière nous. C'est d'un\n[Stoïcisme héroïque et charmant et c'est d'une indicible mélancolie... Tout scintille, rit et\nfolâtre à travers un voile de tristesse. C'est tantôt du courage gambadé, tantôt la plus lente, la\nplus décente démarche de l'éternel adieu... Oh ! je sais parfaitement que vos mandarins de la\ngénération au pouvoir ne goûteront guère cet enchinoiserie de la douleur qui eut ravi Verlaine...\nPas plus que les grands pontifes de la solennité allemande ! C'est encore trop passionné, trop\npantelant de vie brûlante, trop déchirant pour vous ; c'est trop fin, trop exquis pour eux. Et\npour vous comme pour eux, trop naturel, trop spontané... Moi je vous apporte avec mon sen-\ntiment, le cri d'amour pour le maître de mon cœur. Moquez-vous en et passez outre, je sais\nqui le recueillera.\nMahler, de ces six textes, a donc fait un tout bien à lui même littérairement, à plus forte\nraison l'unité musicale les ayant englobés. Partout où il a laissé sa trace dans les il leur\na donné quelque chose de plus humain, de plus vaste. S'il a u sinisé \", légèrement la musique,\nil a \" occidentalisé'''' le texte sans scrupules et l'une et l'autre opération, dans la mesure où il le\nfallait pour que ce fut avant tout du Mahler. J'ai analysé ces modifications du texte ailleurs; je\nne m'y attarde pas ici.\nEtrange Trinklied, n'est-ce pas, que celui-ci qui débute ainsi.\n\" Dans la coupe d'or déjà le vin nous tente... Ne buvez pas cependant de vers que je ne vous aie chanté un\nlied. Le chant de la misère doit faire explosion de rire dans votre âme !... Lorsque la détresse approche, aussitôt\nmeurt la joie, expire le chant; les jardins de l'âme se changent en désert. Sombre est la vie, sombre est la mort \"\nCe dernier vers est le refrain de chaque strophe. Ceux qui connaissent l'habituel élan\nrythmique des premiers morceaux de symphonie de Mahler (surtout 11, VI, VII, VIII) peu-"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.50", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3359, "texte": "vent s'imaginer l'âcre et sifflante fureur orchestrale de celui-ci sous ce texte qu'il faut, passez\nmoi le mot, imposer à pleine gueule dans la fureur glapissante des bois et de la batterie, plus\ndévergondes que jamais. (Adjonction bien entendu des tam-tams, du verrillon, de tous instru-\nments aigus et perforants).\nLa troisième strophe nous est apportée à la fin du développement avec ceci, dont la pensée\nengendrera l'extrême fin verbale de l'œuvre, mêlée à une musique toute autre:\n\" Le firmament bleuit éternellement... Longtemps la terre va durer et refleurir au printemps. Mais toi\nhomme, combien de temps vis-tu, toi ? Pas même cent ans tu ne peux jouir des bagatelles putréfiables de la\nterre../'\nIci rentrée furieuse de premier thème...\n\"Voyez là-bas... Sur les tombes, au clair de lune, cette figure qui grimace accroupie... C'est un singe...\nEntendez passer son hurlement à travers tous les souffles balsamiques de la vie !... Maintenant buvez ! C'est ïe\nmoment, compagnons ! Videz jusqu'au fond vos coupes d'or... Sombre est la vie, sombre est la mort ! \"\nOu je m'abuse étrangement, ou à travers cette frénétique horreur macabre je sens passer\nquelque chose de bien plus proche de Shakespeare et de Bossuet que de la Chine surannée et\nvénérable.\nCe qu'il y a de certain c'est que sur le dernier féroce accord, ce fut dans cette salle où\nune foule était engouffrée, un silence où tous les visages apparurent terreux et livides.\nApres la coupe de bile mousseuse, le vide, le morne abandon d'un comme stérile*\nle solitaire en automne(Tschang-Tsi, VIIme siècle). Remarquons en passant que les voix dans\nl'œuvre n'ont aucun sexe : ceci est de sentiment viril. Une femme le chante aussi bien qu'un\nbariton. Tout traîne aride et sec en un petit bruit fiûté (premiers violons en sourdine una\ncorda) de bise qui roule des feuilles sèches. \"Le vent incline tout bas les tiges. Un artiste a\npassé semant la poudre de jade. Bientôt flétries, les feuilles d'or des lotus vont glisser au fil de\nl'eau.\" Long paysage. (On chantera tout à l'heure : « L'automne dure trop longtemps dans\nmon cœur\". Rupture subite kla Mahler : « Mon cœur n'en peut plus. Ma petite lampe. (Oh!\nla petite lumière de YUrhcht jadis ! Lors de la jeunesse du maître qui n'est plus, pleurant le\npremier grand deuil qui le faisait homme !) Ma petite lampe s'éteint charbonneuse, je viens à\ntoi, lieu du repos. \" Et tout ce qui suit en un grand cri nostalgique jusqu'à \" Soleil de l'amour\nne veux-tu donc plus luire pour moi et tendrement sécher mes larmes amères.\" Pour toute\nréponse nous restons en suspens sur le paysage vide au petit vent triste.\nC'est un possible andante. Indication de tempo : \" Un peu traînant, Fatigué.''''\nSuivent trois bijoux lumieux, trois piécettes d'après Li-Tai-Po encore : scherzino scherzo\nintermezzo, qu'on les appelle comme on voudra. Mais la pensée est ceci. Toujours parler de\nmort ? Mais il y a donc la jeunesse, la beauté et l'amour, l'enivrement printanier ?\n111 De la jeunesse, je ci ois que meme la musique française moderne n'a rien à opposer de\nplus fiele, de plus délicat, de plus alerte, de plus discret et menu. C'est une gageure, pourrait-on\n-croire, si l'on ne savait que, pour Mahler, il n'existait d'émulation qu'avec lui-même et que\nrien, lien au monde de ce qui se passait chez le voisin ne pouvait le distraire de son démon"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.51", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3308, "texte": "intérieur. Le démon intérieur lui à dicté ceci, car citer le texte c'est citer la seule, l'absolue\npiusique adéquate.\n\" Au milieu du petit étang il y a un pavillon de porcelaine verte et blanche.\n\" Comme le dos d'un tigre s'arque un pont de jade vers le Pavillon.\n\" A l'intérieur sont des amis joliment vêtus, buvant, buvardant quelques-uns écrivant des vers.\n\" Leurs marches de soie pendent en arrière ; leurs bonnets de soie ils le portent impertinent sur la\nnuque.\"\nL\nTout sautille, scintille, Tout à coup sinueux, glauques, effacés, les tons glissant de l'un\nen l'autre à la manière des reflets :\n\" A la surface calme de petit lac tout se mire étrangement.\n\" Tout se passe debout sur la tête. dans le pavillon de porcelaine verte et blanche.\n\" L'Arc retourné du ponchet est comme une demi-lune. Les amis joliment vêtus ainsi (tête en bas)\nboivent et bavardent.\"\nIV. De la beauté. Vraiment sous prétexte de Chine, jamais cela ne fut plus Mahler ! En\nminiature le scherzo charmeur, tout épinglé du rire frais de ses trilles, parle de jeunes filles qui\ncueillent des fleurs et a s'envoient leur raillerie de l'une à l'autre, du soleil tissé autour de leurs\ntailles, reflétées dans la netteté de l'eau.\" Et tout soudain, piaffant et s ébrouant, en miniature,\nle trio caracoleur où apparaît la cavalcade des adolescents. En miniature et en explosion de\nsuperbe et de cranerie. Un beau samouraï harnaché de pied en cape par un José Maria de\nHeredia musical, qui ne cherche pas, n'a jamais a chercher. Le temps d échanger un regard. Le\nscherzino des jeunes filles se remettant a cueillir les fleurettes, celles que les chevaux steppant\nn'ont pas trop piétinées...\nOr l'homme qui se joue à ces choses menues et délicates, qui laissent de la poudre d'or et\ndes parfums aux doigts, a construit les symphonies de deux heures de duree 111, VIII qui\nseront, qui sont déjà les grandes assises décoratives de la musique vivante ; c est 1 organisateur\ndes grands spectacles métaphysiques qui révèlent aux foules, degoutees des autres cultes, les\nmêmes éternelles vérités quand même.\nV. L'apparition tumultueuse de la cavalcade a été le centre lumineux de l'œuvre, le clou\nd'or auquel elle demeure accrochée. Lentement, graduellement, il faut nous retourner vers la\nmort comme graduellement, lentement, nous nous en sommes détournés pour voir passer la\nvie ! Je dessinerais et teinterais un schéma de cette œuvre qui est comme la traversée d une\nrosace bariolée violemment, à centre joyeux et à circonférence de désolation de navrement.\nLe plan saute aux yeux, et encore plus aux oreilles. Tous les très-hauts et très-savants critiques\nmunichois ont parlé de décousu, de défaut d'unité, d'un choix de texte infâme, d'inexplicable\njuxtaposition de choses disparatées. Tout cela écrit noir sur blanc. Je 1 ai... et le garde.\nDonc Y Enivré au printemps...Nous rentrons dans l'ombre et par l'ivresse gaie, en con-\ntraste avec l'ivresse rageuse et macabre du début. \" Puisque la vie n est qu un reve quoi\nbon peine et tourment buvons à n'en plus pouvoir.\" Il est question de la nuit qui s epassit,\ndu firmament de tout à l'heure oh ! ces symétries de mots qui s'entre évoquent —et d un\noiseau qui rit et s'endort, son dernier appel filtré à travers un cerveau d'ivrogne. Et maintenant\nla mort est 1à... de nouveau."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.52", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2534, "texte": "Non plus défiée, insulteuse et insultée, dévergondée et rageuse. Mais noble et douce. La\nMort ? Elle n'est cruelle que par la séparation, par l'adieu. Et c'est Abschied que s'appellera\ncc finale de douleur, (textes de Mong Kao Jen et Wang Wei, VIIIe siècle.) Simple, ému et\némotionnant jusqu'à moelles, mourant dans l'infini et le bleu lointain sur des paroles ajoutées à\nl'original par Mahler. Un rondo ai-je dit. Un rondo altéré et encore pas même par\ndeux velléitées de récitatif atone, préparatoire les deux fois à des cris de passion chaste et con-\ntenue qui sont d'un accent à part et tel que je ne saurais me hasarder à les comparer à rien.\nIl y a des élans, des jets mélodiques dont l'un de cent vingt mesures ininterrompues. Le celesta\ny joue un rôle qui comptera dans ses annales au moins autant que par les prodigieuses\nsuggestions d'idées d'argent, de blancheur et de virginité du Cavalier à la Rose. Les mando-\nlines \"à peine perceptibles\" y distillent leur froid aiguail autrement, mais aussi délicatement que\ndans la fameuse scène nocturne au jet d'eau de la VIIe symphonie. Et je m'interdis ici, puisque\nnous sommes à Paris, d'évoquer comme je l'ai fait ailleurs cet adieu du Maître, du Maître bien\naimé que je crois discerner dans ce finale de détresse d'abord, puis de résignation et d'adieu. Il\ny a là un paysage alpestre qui ne le cède en rien au mystère des précédents. Le \" breuvage de\nl'adieu est bu, \" la dernière coupe de cet étonnant poème-symphonie où, à trois reprises, il s'en\nboit de mieux mortelles. (Pas d'unité !). Nous ne sommes déjà plus de la terre.\n\" Où je vais ? Je vais égaré dans la montagne. Je cherche le repos, le repos pour mon\ncœur solitaire. J'aspire à ma patrie, à ma demeure. Plus jamais je ne chercherai aventure\nau loin Mon cœur en silence attend son heure !\nu La chère terre, elle partout fleurit au printemps et reverdit au renouveau ! Par-\ntout éternellement bleuissent au loin les horizons lumineux éternellement, ewig... ewig„.\newig...\nEt quand ce fut fini après un long silence, ce fut une exaltation et une rumeur incroyables.\nEt je vis des gens blêmes qui frémissaient ; j'en vis d'autres qui pleuraient ; j'en vis d'autres\nqui fiévreusement se montraient des fautes et encore des fautes sur leur partition. Mais le\nvisage de ceux-là était tout jaune. 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Rouchès", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.53", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2594, "texte": "Cours et Conférences\n\nNOVEMBRE ET DÉCEMBRE. LE Dr MARAGE. LA PHYSIOLOGIE\nDE LA VOIX. - Ces cours dont le premier a eu lieu au début de Novembre sont des plus\nintéressants, même pour les personnes d'une mince culture scientifique. J'ai été heureux par\nmoi-même de le constater. Le docteur Marage a le grand mérite de savoir tenir son auditoire\nen haleine. Il parle avec une grande clarté et ne dédaigne pas, avec raison d'ailleurs —, le\nlangage familier. Il a commencé par étudier la respiration chez l'homme, les obstacles qu'elle\nprésente et les remèdes qui peuvent la faciliter. La gymnastique respiratoire est un de ces\nremedes. Le Dr M. a démontré comment, au moyen de certains exercices on peut augmenter\nla capacité vitale d'une personne. Ces exercices basés sur l'étude du squelette et des muscles\nsont très simples, il ne s'agit pas d'une gymnastique acrobatique —, on doit seulement les\nfaire régulièrement.\nL'étude des muscles du larynx a suivi. Le Dr M. a analysé leur rôle, puis celui des\ncordes vocales. Il nous a montré des graphiques très curieux déterminant leur contraction. Il\nfut question ensuite de la façon dont on examine les cordes vocales avec le laryngoscope et des\nmaladies, lésions et nodules, qui affectent ces organes précieux. L'importance du pharynx et de\nl'appareil nasal fut également prouvée.\n29 NOVEMBRE. _ M. EXPERT. LES BIBLIOTHÈQUES MUSICALES.\nPour nous prouver la richesse de nos bibliothèques au point de vue musical, M. E. choisit\ndeux exemples aux extrémités de la France : Bordeaux et Cambrai. Ces deux établissements\ncontiennent tous les deux de véritables trésors comme livres et comme partitions. A Paris, le\nMazarine possède des merveilles. Sainte Geneviève est au premier rang des bibliothèques\nd'Europe, notamment pour tout ce qui concerne le XVIe siècle. A l'Arsenal, à la bibliothèque\nNationale, il y a des œuvres rarissimes. Mais rien n'égale l'importance de la bibliothèque du\nConservatoire dont M. Expert a parlé avec une tendresse éloquente.\n14 et 28 DÉCEMBRE. Mme CAPOY. BOURGAULT-DUCOUDRAY ET\nSON ŒUVRE. Dans le salon de Mme Emile Herman plein du souvenir de Bourgault-\nDucoudray, Mme Capoy a évoqué avec émotion ce musicien qui fut àla fois un artiste et un\nérudit. Mme Capoy chanta et Mme Herman joua diverses œuvres. Elles furent toutes deux\ngrandement appréciées, ainsi d'ailleurs que M. Kochinski un jeune artiste du Conservatoire\nqui prêtait son concours Ae 28, le conférencien nous entraîna vers Molière et Lully avec\ncharme et autorité. Mlles Davids et de Gerlor s'associèrent à cette séance de parfaite propagande\nmusicologique."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.54", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 912, "texte": "A LA SORBONNE. C'est M. Pirro qui supplée cette année M. Romain Rolland à\nl'amphithéâtre Descartes. Il traitera de J.-S. Bach qui fut déjà l'objet de\nsa remarquable thèse. Les premières conférences sont consacrées à la\nposition du sujet et à l'importance des précurseurs Fœrster, Schtitz. De\nl'influence italienne en Allemagne, de la vie musicale en Allemagne\nau XVIIe siècle, des prédécesseurs de Bach à Eisenach. La famille de\nBach.\nConférences très documentées, s'adressant beaucoup plus aux\nmusicographes qu'au public habituel des cours de Sorbonne. u On trouve\ndans un livre très rare \" ou \" dans un livre de la bibliothèque d'Upsal,\nsous la cote... \" reviennent avec une insistance un peu fatigante.\nPublic nombreux et qu'intéressent vivement les citations musicales\ndonnées au piano. Inutile de faire ici l'éloge du jeu ; M. Pirro se\nressent fortement de son habitude de l'orgue.\n\nG. Rouchès."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-01-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-01-15_01#c029", "volume": "bmtnabh_1912-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 55, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.2.14", "titre_corps": "MUSIQUE ET JEUNESSE", "titre_sommaire": "MUSIQUE ET JEUNESSE", "signature_source": "J. 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Snell se mit à chanter un Cantique de Beethoven et la Procession de\nFranck : je me penchai vers ma brune et lui murmurai, la bouche heureuse : u est-ce beau ce\nFranck. \" Sans se retourner elle détacha, avec une voix lointaine et déjà travaillée: \"Est-ce\nque ça existe à côté de Pelléas ! \" Je refermai les yeux pour savourer jusqu'à l'exquisité\ncet aphorisme dépourvu de préparations.\nEnfin fut donné 11 jeu de Robin et de Marion d'Adam de la Halle : Mlle Sauvrezis après\nun exposé préparatoire ad usum Delphini de ce premier de nos opéras-comiques, en\npsalmodia le texte ; Madame Hardy-Vervreuil, et M. Snell en dirent les chansons de façon\nparfaite et avec un complet succès.\nJe sortis dans le brouhaha d'une envolée de \" gobettes : \" des formes minces se glissèrent\ncontre moi pour arriver plus vite à la sortie ; j'entendis des fragments d'appréciations : \" Dis"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.56", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3629, "texte": "donc, Robert, veux-tu être le chevalier ou Robin ? Oh la la ? fais pas ta Marion ! Denise.\"\netc., etc.\nDans la rue, un ami de la maison me prit par le bras et me dit : \" C'est vraiment bien\nintéressant cette tentative d'initiation musicale de la jeunesse.\" Je hasardai : \" Certainement,\nmais ne trouvez-vous pas que l'on aurait pu apporter quelques légères modifications au\nprogramme : servir à des enfants du Beethoven et du Franck cela me semble bien sévère : et\nquant au trio de Brahms ne faut-il pas déjà être initié pour en comprendre les beautés et\nles défauts ? \"\nL'ami de la maison bondit : \" Comment, Monsieur, mais vous n'avez pas regardé autour\nde vous alors ? Sévère le cantique de Beethoven, alors que la phrase ample, large, formidable a\nfait naître en cette assemblée enfantine une foi unanime ! Sévère la Procession de Franck, mais\nces petits se sont tous agenouillés, en dedans, lorque M. Snell proclama le :\nDieu s'avance à travers les champs.\nEt quant à la complication que vous voyez dans le trio de Brahms c'est vous critique,\nc est vous musicien compliqué qui l'y mettez : eux, ces chers enfants, n'y ont vu que de beaux\nsons, de beaux rythmes, de belles phrases et ils n'ont pas eu un instant l'idée de cette compli-\ncation. Avez-vous examiné ces visages transfigurés par le violoncelle : j'ai vu, moi un tout\njeune enfant sur les bras de la mère se redresser à la fin de ce trio de Brahms dont vous discutez\n1 a-propos, et lever ses petits bras au ciel en s'écriant u Maman, Maman \" ce qui est évidem-\nment un cri d admiration enfantine. J'ai vu deux petites filles se serrer la main et se regarder\navec une tendresse heureuse, signe d'une félicité partagée, alors que le violon distillait ses notes\nles plus aiguës : j'ai vu\nJe partis en courant et me précipitai au domicile particulier de Mlle Sauvrezis\nMademoiselle Sauvrezis habite dans la rue de la Sorbonne, montante et sombre, en plein\nquartier latin : elle me reçut d'une façon exquise : je lui exposai mes doutes et mes obser\ntions ; de suite elle me retourna : uJe comprends vos objections, Monsieur ; d'autres me\nont deja faites : le trio de Brahms a surtout soulevé des récriminations : pauvre trio ! malheu\"\nreux Brahms !... il faut avant tout considérer mon point de départ.\nCes concerts n ont nullement pour but l'enseignement pédagogique de la musique, mais\nsimplement le développement du sens esthétique par le contact avec le beau musical : c'est, si\nvous le voulez, 1 équivalent d'une promenade dans un musée ; quand je conduis mes enfants\nau Louvre, je les mene directement devant la V(nus de Adilo, les u Esclaves \"de Michel-Ange,\nle Saint Jean-Baptiste du Léonard ; ils en comprennent d'emblée sinon toute la profondeur\net la superessence, tout au moins l'harmonie, l'équilibre, les proportions architecturales; ainsi, à\n1 audition que vous avez entendue ; mais il est bien entendu que mon enseignement pédago-\ngique musical est fait tout autrement et en voici les preuves \\ \"\nMademoiselle Sauvrezis inonde alors la table autour de laquelle nous causons, de program-\nmes, de plans d etudes dont j admire l'économie et la savante graduation, des primitifs allemands,\nitaliens et français à nos nationaux Debussy et Ravel.\nCependant je crois que vous vous trompez en supposant que mes élèves n'ont pu com-\nprendre le trio de Brahms : tenez, je leur ai demandé du moins à plusieurs de me noter leur\nimpression immédiate ; en voici quelques exemples \\ de Denise A... âgée de 7 ans \\\nJ aime le premier morceau de Brahms parce qu il a de très jolies phases de chant et que F ensemble\ndes instruments forme de belles sonorités."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.57", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 25, "texte": "MUSIQUE ET JEUNESSE\nJ. L."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.57", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 1931, "texte": "de Marthe C. (l 2 ans) : dans le trio de Brahms qui se divise en 3 parties : partie forte,\npartie pianoy partie forte, j'ai préféré la 2 e partie très douce avec quelques jolies notes aiguës dans le\nviolon.\nde Robert D. (12 ans) : dans le trio de Brahms, c'est le cheval effréné du rythme bondissant\ndans le steppe immense et variée de Vharmonie.\nOh, oh ! m'écriai-je, ceci, c'est grave !\nJe vous accorde qu'il n'y a pas mal de verbalisme dans l'impression de Robert, mais\nje veux que vous écoutiez encore ces notes, plus générales, d'un de mes petits élèves âgé de\n9 ans 1/2 :\nSaint-Saëns : ça c'est de la musique pour des belles dames décolletées.\nSamazeuilh : ça c'est de la musique pour pleurer.\nLes voix d'hommes dans la bataille de Marignan, c est beau.\nLa sonate en ut de Aïozart pour piano et violon c est triste et toujours la même chose.\ny aime Bach parce que c'est plus gai.\nVoyez comme l'enfant va aux œuvres qui nous paraissent les plus compliquées à nous\nmusiciens : en somme Mozart que nous aurions tendance à conseiller dans un programme\npour la jeunesse l'ennuie : il trouve fastidieux ce rythme dont nous aimons la fraîcheur et la\ngrâce parce que nous sommes vieux...\nOh ! Mademoiselle.\nVieux en musique si vous voulez. Mais il aime les impressions fortes et nobles et\nbrutales même peut-être et par conséquent je ne crois pas m'être trompée en mettant une oeuvre\nde Brahms dans un concert ayant pour but de faire aimer la musique à mes élèves..... \"\nMa conviction est faite, devant la conviction de Mademoiselle Sauvrezis : elle est\nbretonne, je suis breton : comment ne pas nous entendre : nous parlons du pays pour oublier\nla musique en général, le trio de Brahms en particulier, les petites filles blondes et les petits\ngarçons qui se promènent dans la steppe immense et variée de l'harmonie.\nJe retournerai le dimanche 28 janvier au concert pour les enfants du cours Sauvrezis."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-01-15-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-01-15_01#c032", "volume": "bmtnabh_1912-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 58, "image_fin": 60, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.2.15", "titre_corps": "Çà et Là", "titre_sommaire": "Çà et Là", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.58", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2065, "texte": "Çà et Là\nA LA MAISON DE BERLIOZ. Le 10 décembre dernier a eu lieu le quatrième\npèlerinage annuel organisé par la fondation Berlioz pour célébrer la mémoire et l'œuvre de\nl'illustre auteur de la Damnation de Faust et des Troyens:\nAprès une visite au tombeau, Cimetière du Nord, les \" pèlerins \" se rendirent à la maison\nde la Butte Montmartre, 22, Rue du Mont Cenis, sur laquelle la Fondation fît, en 1908,\napposer un marbre commémoratif.\nLe marbre rappelle que Berlioz habita cette maison, de 1834 à 1837 et qu'il y composa\nla symphonie \" Harold en Italie \"et l'Opéra a Benvenuto Cellini M. Albert Carré vient\nd'ailleurs d'inscrire \"Benvenuto Cellini\" et \" les Troyens \"au programme de sa saison\nsur les instantes requêtes de la Fondation.\nNous apprenons que M. et Mme Landormy font en Janvier, sous le patronage de\nVAlliance française, une tournée de Conférences-Concerts en Hollande. Ils sont attendus le 9 à\nHaarlem, le 10 à Amsterdam, le 12 à Utrecht, le 13 à Almelo, le 15 à Deventer, le 16 à\nGroningen, le 17 à Assen, le 18 à Rotterdam, le 19 à Dordrecht. M. Landormy fera dans\ntoutes ces villes une conférence sur le présent et Vavenir de la musique française. Il chantera\nlui -même et Mme Landormy jouera au piano des œuvres de César Franck, Vincent\nHenri Duparcy Gabriel Faurê, Chalier, Claude Debussy, Paul Dupin, etc.\nM. Joseph Debroux annonce trois Concerts du musique Ancienne et Moderne. Le\nprogramme de ces séances est très intéressant tout particulièrement la partie de musique\nAncienne à laquelle M. Debroux consacre, et depuis lontemps déjà, tous ses efforts.\nLe quatuor Parent donnera à la Schola Cantorum, l'audition intégrale des 17 quatuors de\nBeethoven aux dates suivantes: Mardis 16, 23 et 30 janvier, 6, 13 en 20 février. Ajoutons\nque l'abonnement pour ces six séances n'est que de 10 et 15 francs.\nAla Schola également Melle Marthe Dron a commencé le 13 Janvier l'audition intégrale\ndes 32 Sonates pour piano de Beethoven ; elle continuera ces intéressantes Séances les Samedis\n20 et 27 Janvier, 3, 10, 17 et 24 Février à 9 heures du soir."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.59", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2358, "texte": "En mai prochain, au cours de la \" Saison de Paris \" on donnera à l'opéra deux représen-\ntations de Tristan et Isolde,avec M. Franz dans Tristan, sous la direction de M. Nikisch ;\ndeux représentations des Maîtres chanteurs,dirigées par M. Hans Richter ; un cycle de la\nTétralogie, dirigé par M. F. Weingartner. D'autre part, M. Caruso viendra chanter plusieurs\nouvrages, et M. Chaliapine paraîtra dans la Mefistode Boïto.\nLa Société G. F. Haendel, donnera le 28 Février, salle Gaveau à 8 heures et demie, son\ndeuxième concert. Audition intégrale du Messie de G.F. Haendel, sous la direction de M. Félix\nRaugel à l'orgue M. Joseph Bonnet.\nUn Congrès national des professeurs de musique, organisé par les soins de l'A. P. M.\n(association musicale des professeurs chargés de l'enseignement de la musique dans les établis-\nsements d'instruction publique), aura lieu à Paris les lundi, mardi et mercredi 15, 16 et 17\navril 1912.\nLe Congrès sera divisé en deux sections :\n1° Section de pédagogie ;\n2° Section des intérêts corporatifs.\nDans la section de pédagogie^les questions discutées se répartiront sous quatre chefs\nprincipaux :\ni° Des méthodes ;\n2° Des programmes ;\n30 De l'application des programmes ;\n40 De l'inspection de l'enseignement de la musique.\nDans la section des intérêts corporatifs, les questions mises à l'étude seront :\ni° La nomination et le classement des professeurs de musique :\na )Dans les Conservatoires et les Ecoles nationales ;\nb)Dans les lycées de garçons ;\nc) Dans les lycées de jeunes filles ;\nd)Dans les écoles normales et dans les écoles primaires supérieures ;\n2° L'amélioration du traitement de certaines catégories de professeurs ;\n30 Les droits et les avantages conférés par le certificat d'aptitude à l'enseignement du\nchant ;\n40 La difficulté qu'ont certains professeurs à obtenir le nombre d'heures de service\nexigées pour la titularisation, même dans les établissements où la stricte application des pro-\ngrammes leur assurerait ce nombre d'heures de service.\nDès à présent les personnes qui s'intéressent à l'enseignement de la musique sont invitées\nà adresser à M. Landormy, 189, rue de Vaugirard, toutes les communications et tous les\nrapports relatifs à ces questions, qui pourront servir de base aux travaux du Congrès.\nLes Conférences qui ont lieu au Cours Sauvrezis et que nous avons mentionnées dans"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.60", "debut_caractere": 179, "fin_caractere_exclue": 1679, "texte": "notre numéro de Décembre sont faites, non pas par M. Landormy, comme nous l'avons\nécrit, mais par M. Henry Expert.\nIl nous a été impossible de faire part dans notre dernier numéro de la mort de M, A. Diot,\nsurvenue le 28 Novembre 1911. On sait que c'est lui qui fonda le Courrier Musicale qu'il le\ndirigea jusqu'à ce que la maladie l'obligeât à quitter Paris. C'était un musicien très averti et un\nhomme de cœur que regretteront tous ceux qui l'ont connu. Nous adressons à toute sa famille\nl'expression de nos bien sincères condoléances.\nLa Bibliothèque de l'opéra, où la mort de notre regretté président avait créé un si grand\nvide, vient d'être réorganisée par le Ministère de l'lnstruction Publique et des Beaux Arts.\nM. Banès est nommé administrateur, nos collègues Ténéo et M. Quittard respectivement\nbibliothécaire et archiviste. Nous félicitons très vivement nos confrères, dont la présence à la\nbibliothèque de l'opéra nous garantit la continuation des traditions de bienveillance, auxquelles\nCharles Malherbe nous avait accoutumés.\nMme de Lestang va établir dans quelques jours à Paris un extraordinaire record musical\ndont les journaux ont publié la nouvelle. L'excellente artiste lyonnaise, qui a révélé depuis six\nans tant d'œuvres inédites, donnera en effet à Paris, dans la salle Pleyel, du 29 janvier au 19\nfévrier, quatre récitals de musique française contemporaine. Au cours de ces quatre séances,\nelle ne chantera pas moins de soixante-dix mélodies de vingt compositeurs différents."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-01-15-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-01-15_01#c034", "volume": "bmtnabh_1912-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 61, "image_fin": 61, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.2.16", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.61", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1003, "texte": "S. I. M.\nMERCURE MUSICAL\nREVUE MUS CALE\nET\nRevue fondée par la\nSociété Internationale de Musique\n(SECTION DE PARIS)\nHonorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction Publique et des Beaux-Arts\nDANS CE NUMÉRO:\nL. d© la Laurencie ... La musique ..1 . 1\nA. Sizes Les étapes d'une d ... 21\nJ. Laporte L'opium source d'inspiration musicale. ... 40\n(Opinions de MM. Mariotte et A. Roussel).\nLes Livres (Illustration de Vincent d'lndv) . . 47\nLE MOIS\nE. Vuillermoz Théâtres . . 53\nRevue de ...... 58\nReynaldo Hahn . . . . Concert C6O\nIntérim Deux symph\nminicau 61\nG. K . . Concerts Divers 62\nSwift . . . . La Province 64\nW. Ritter Etranger 66\nG. Rouchès Cours et 71\nJ. L Musique et jeunes 73\nÇa et là 76\nDirecteur: J. ECORCHEVILLE\nSecrétaire de la Rédaction : Rédacteur pour la Belgique :\nCH. LEGRAND RENE LYR\n22, rue St. Augustin, PARIS. Boitsfort-Bruxelles.\nLe Directeur et le Secrétaire de la Rédaction reçoivent\nle mercredi et le samedi de 4 à 7 heures,\net M. Vuillermoz le Vendredi de 4 à 6 heures."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-01-15-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-01-15_01#c035", "volume": "bmtnabh_1912-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 62, "image_fin": 62, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.2.17", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.62", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2139, "texte": "CONCERTS ITALIEHS DE MUSIQUE ANCIENNE\nLA LIBERA ESTETICA\nFondateurs :\nà\ns -■\n; %:\ng\n*\nMme IDA ISORI, cantatrice florentine\nMr PAOLO LITTA, pianiste-compositeur\nCOMITÉ DE PATRONAGE\nP*&»IDCNTC D'HONNEUR\nSA MAJESTÉ U REINE MÈRE, LA REtRE M AR® VERITE D «T\n•V-:\n\"o.\"\n», •. »*:,\n.. • SV - .\nCOMITÉ DE PRÉSIDENCE :\nS. Exc. Madame l'Ambassadrice d'Italie, Donna Bice Tittoni à Paris.\nS. Exc. Mme la Pcesse Ruspoli di Poggio Suasa Talleyrand Périgord a Paris.\nMadame la Princesse Strozzi-Corsini à Florence.\nMadame la Comtesse Béatrice Pandolfini-Corsini à Florence.\nMadame la marquise E. de Montagliari à Paris.\nMademoiselle Elena Vacaresco, femme de lettres, auteur dramatique à Paris\nS, Exc. Le Prince Ruspoli di Poggio Suasa à Paris.\nLe duc Melzi d'Eril, duc de Lodi.\nLe Comte Brunetta d'Usseaux.\nLe Commandeur Trezza di Musella.\nMEMBRES HONORAIRES:\nm:\n: : -,\nH\ni\"\n!\" orf*\nM. Gabriele d'Annunzio, homme de lettres, auteur dramatique à Florence\nM. W. Bopp, Directeur de l'Académie Imp. et Roy. de Musique à Vienne.\nM. Alfred Bruneau, compositeur musique à Paris.\nM. Carolus-Duran, Direct.de l'Acad.de France à Rome et membre de l'Institut.\nM. Claude Debussy, compositeur de musique à Paris.\nM. Louis Dièmer, Prof, au Con||* Nat. dè .musique à Paris.\nM. Vincent d'Indy, compos. de musique, Direct, de la Schola Caritorum à Paris.\nM. I. Massenet, compositeur de* musique, membre de l'Institut.\nM. E. Mari#! , compos. de musique, Direct, du Cons, Royal de Mus. à Gand.\nM.* A. Messager, compos. de musique, Direct, de l'Acad. Nat. de musique à Paris.\nE. Parent, professeur à la Schola Cantorum de Paris.\nDr Max Reger, compositeur de musique et Directeur M. à Leipzig.\nDr Richard Straùss, compositeur de musique, Generalmùsik director à Berlin.\nM. S1 Saëns, compositeur de musique, membre de l'Institut à Paris.\nM. E. 1 inel, compos. de musique, Direct, du Cons. Roy. de musique à Bruxelles.\nM. P. Vidal, compositeur de musique et chef d'orchestre à l'Opéra de Paris.\nM. Eugène Ysaye, virtuose, compositeur de Musique et Directeur des concerts\nYsaye à Bruxelles.\n. \" i-\n'\n■•4 \" m.\nà-, J-. ■+»\n\\\n• ,\nSIEGE SOCIAL\n3, Via Michèle di Lando» — FLORENCE\ns"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.1", "texte": "Courbes vibratoires d'un tuyau d'ut.\nAussitôt que je sus lire, mon père me fit apprendre la musique et le\npiano. A l'âge de neuf ans— 1865 —je fis mes débuts comme organiste\nà la paroisse St. François de Castelnaudary, ma ville natale. Grâce à mes\npremiers maîtres, MM. Froment frères, tous deux titulaires d'un grand\norgue, j'eus l'occasion de m'exercer sur leurs instruments et par une\ncirconstance fortuite, de m'intéresser à la facture de l'orgue ; le Cavaille-\nColl à trois claviers de l'église St. Michel eut besoin d'un relevage et le\nmaître-facteur, M. Charles Gigout, vint pour y procéder. Je fus délégué\npour tenir le clavier au moment de l'harmonisation des jeux. Comme il\navait remarqué que je portais un vif intérêt aux phénomènes de résonance\ndes tuyaux et que je parvenais à montrer quelque habileté sur les claviers,\nil décida mon père à me faire admettre à l'Ecole Niedermeyer, par 1 inter-\nmédiaire de son frère, M. Eugène Gigout, qui y professait l'harmonie.\nJ'y entrai en 1868. J'aurais beaucoup à dire de cette ecole ideale\ncomposée d'une cinquantaine d'élèves musiciens ; les aînés se faisant les\néducateurs des jeunes ; on n'y parlait que de musique, de musiciens ou\nd'esthétique musicale. Aux heures de repos, le directeur, M. Gustave\nLefèvre, venait souvent se mêler à nos conversations et le samedi, après la\nlecture des notes de la semaine, il faisait parfois un résumé des faits\nartistiques nouveaux. Les élèves qui avaient les meilleures notes allaient\npar séries de 20 à 25 aux concerts Pasdeloup le dimanche ; c'est"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.2", "texte": "PREMIÈRE\nRENCONTRE\nAVEC UN\nPHYSICIEN.\nGAMME DE«\nPHYSICIENS,\nDITE HAR-\nMONIQUE.\n\nÉTAPES D'UNE DÉCOUVERTE\n\n23\n\nBref, comme je ne voulais admettre que des théories vraies et logi-\nques, je passais pour une forte tête et je n'eus jamais un accessit de solfège.\nCela n'empêcha pas l'administration de me faire nommer moniteur des\nclasses de solfège et de piano des garçons, de 1873 'à et quelques\nannées plus tard, professeur titulaire. Mais ma réputation était faite...\nj'étais un entêté. Heureusement que les progrès de l'harmonie moderne se\nchargeant de rectifier les vieilles erreurs, on n'oserait plus dire aujourd'hui\nque c'était là la théorie de la musique.\nL'entrée dans l'enseignement off à 17 ans, fut pour moi le com-\nmencement de recherches théoriques et de l'essai de leur application. Rien\nne force à apprendre comme l'obligation d'enseigner ; mes jeunes élèves\nm'interrogeaient parce que la théorie ne leur donnait pas de réponse, et\nje me faisais un devoir de ne leur dire que ce que je pensais être rigou-\nreusement vrai. J'étudiai un Traité de physique élémentaire mais il ne\nme donna aucune satisfaction. La musique qui y était étudiée, n'est pas\nla nôtre ; et s'il en est question, c'est pour démontrer que nous nous\nservons d'une gamme fausse.\nJe m'adressai alors à un professeur de physique de l'Université. Après\nque nous eûmes échangé quelques idées, il me dit en manière de conclu-\nsion : \" Votre théorie musicale ne tient pas debout ; tout y est contradic-\ntions. Il est évident que vous pratiquez la gamme et votre\nthéorie se rapporte par définition à la gamme de Pythagore. Les lois et\nrègles musicales devraient découler des lois de l'acoustique et nul traité de\nmusique n'en parle. \"\nSur ma demande, il fut assez aimable de m'initier aux expériences\nphysiques classiques, dans une longue et intéressante séance dans son\nlaboratoire de la Faculté.\nMalgré tout l'intérêt que je pris à ces expériences, je ne pus m'em-\npêcher de dire qu'elles avaient peu de rapport avec la musique et que les\nmusiciens ne pourraient en tirer que peu de profit pour la théorie musicale.\nJ'entrepris alors l'étude des diverses gammes ; celle des physiciens\ndite Harmonique, celle de Pythagore et la gamme Tempérée. Au bout de\nquelques années d'études, j'arrivai aux conclusions suivantes : la gamme\nHarmonique est un mode propre seulement à la musique basée sur les\nmodes Grecs,ne comportant ni notes ni Cette\nconcordance ; la longue vogue dont a joui le système des modes Grecs ;\nleur transformation en modes Ecclésiastiques par la nouvelle réglemen-"}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.3", "texte": "2 2\nS. I. M.\n\ndire que la routine était bannie de ce milieu. L'enseignement était donné\nd'après les principes et les traditions du fondateur ; entretenus et déve-\nloppés à cette époque par M. Camille Saint-Saëns et par d'anciens élèves\ndevenus maîtres, tels MM. Eugène Gigout, Adam Laussel, Marloy, etc.\nD'ailleurs on n'impose pas facilement une routine à cinquante élèves qui\nsont à tous les degrés de l'enseignement de l'éducation musicale et qui\nvivent en contact intime et permanent. Une influence heureuse s'exerçait\ndans ce milieu de forte culture et comme l'écrivait naguère le plus\nillustre de nos anciens, M. Gabriel Fauré, \" on s'y sentait comme dans un\nbain d'harmonie. \"\nMais les jours tragiques de 1870 arrivèrent et au mois d'août je dus\nrejoindre ma famille à Toulouse, sa nouvelle résidence.\nJ'entrai au Conservatoire et au bout de trois ans j'étais arrivé, non\nsans succès, au terme de mes études. Toutefois, durant mes deux années\nde classes de Solfège, je n'avais même pas obtenu un accessit.\nA cette époque, l'enseignement n'y ressemblait en rien à celui que\nj'avais reçu; on se contentait d'imposer la récitation d'une théorie musicale\nen 90 questions; juste le nombre de numéros d'un jeu de loto! dans le sac\nduquel chaque élève tirait trois numéros de questions, à chaque examen ou\nconcours. Si j'eusse tiré trois questions se rapportant aux\naux mesures et même aux termes de nj'aurais eu certainement un\nlERIER prix ; heureusement pour moi —je le reconnais aujourd'hui —il en\nfut autrement. Peu importe le procédé, mais la partie véritablement musi-\ncale de la théorie était caduque et n'était pas même d'accord avec les\nprincipes harmoniques admis. Elle prohibait du tableau des intervalles :\nseconde diminuée, septième augmentée, Tie Il ne fallait\npas définir les modes au moyen des mais seulement par la\nplace des demi-tons dans les gammes ; d'ailleurs elle ne reconnaissait que\ndeux notes modales et elle disait : \" pour passer d'un mode à l'autre en con-\nservant la même tonique, l'armature de la clef varie de \" 1\n\nCONTRADIC-\nTIONS\nTHfORIQUES.\n\n1 II fallait dire par exemple, qu'en ré majeur il y avait deux altérations à la clef confondant ainsi dans\nl'esprit des élèves, des notes diatoniques accidentées, avec des notes altérées, ce qui est absolument contraire, on en\nconviendra. D'ailleurs encore aujourd'hui n'existe-t-il pas des théories qui en disent presque autant !... que\nl'unisson n'existe pas ; que la seconde diminuée est impraticable ce qui est dû à ce que l'on confond la\nsynonymie avec l'enharmonie. N'écrit-on pas : que les deux tierces utjjjl-mijj! et réjj-fa, ne sont pas synonymes $\ntandis que l'on qualifie de synonymes les deux intervalles : réj?-fa, tierce majeure, et utjjl-fa, quatre diminuée,\nintervalles formant une semi-enharmonie. Ne parle t'on pas encore de : gammes enharmo?iiques... cela peut-il\nexister? sûrement non, puisque deux gammes de ce genre ne diffèrent que par Y écriture d'où synonymie\ntandis que Y enharmonie est un phénomène harmonique produit par : deux notes, deux intervalles ou deux accords\nayant un sens différent une résolution différente, opposée. Il y aurait encore beaucoup trop à dire."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.4", "texte": "ÉTAPES D'UNE DÉCOUVERTE\n25\n\ndire, tous les ont ignorées et se sont contentés de faire de la bonne\nmusique — avec notre gamme fausse ! — D'autres ont craint de s'attaquer\nau grand physicien qu'était Helmholtz ; mais nous ne critiquons en lui\nque le musicien ! ménage-t-on nos musiciens les plus illustres ; cependant\nils font de la musique, tandis que Helmholtz aurait empêché d'en faire si\non avait eu la faiblesse de l'écouter.\nPythagore — VIe siècle avant notre ère — détermina sa gamme\npour corriger les imperfections pratiques de la gamme en usage de son\ntemps et pour transformer les modes en une précise,\ntique et transposable.Cette gamme fit des prosélytes et son développement\nfut parallèle à celui des modes Grecs. La gamme de Pythagore, tantôt\nfavorisée, tantôt combattue, selon les lieux et les époques, créa une\nmusique ayant comme caractéristique : un développement plus vaste\ndes impressions harmoniques, par sa précision et sa variété née de son\nchromatisme.\nOn n'a donné jusqu'ici que des interprétations erronées de cette\ngamme ; par exemple : ses notes enharmoniques ont apparu jusqu'à ce\njour comme étant distantes l'une de l'autre de tandis que leur\neffet est en réalité de deux commas intervalle réel de l'enharmonie\nmusicale.\nC'est certainement de cette manifestation que les Grecs Pythagori-\nciens tirèrent la dénomination de quart de intervalle qu'ils employaient\nfréquemment—autant que nous-mêmes instinctivement — et que seules\nles fausses considérations théoriques en cours ont fait disparaître. En tous\ncas — quoique employé judicieusement par tous les musiciens — ce terme\net l'intervalle qu'il représente sont absolument injustifiés d'après nos défi-\nnitions théoriques. Cependant cette gamme est la base de notre\nsystème musical.\nAu point de vue pratique, son imperfection apparut au moment de\nl'extension de l'échelle musicale due à l'intervention des instruments.\nPythagore ne pouvait prévoir une étendue aussi considérable — l'orgue\nde la cité de Sydney, dont les claviers ont cinq octaves complètes et qui\npossède des 64 pieds, produit onze octaves de sons. —\nOn sait que la discordance qui existe entre une succession de\nquintes justes et une série parallèle de est cause de l'impratica-\nbilité de cette gamme. De la modification indispensable du rapport de la\nquinte naquit la gamme Tempérée.\n\nGAMME\nPYTHAGORI-\nCIENNE."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.5", "texte": "24\nS. I. M.\n\ntation qu'en firent faire St. Ambroise au IVe siècle et St. Grégoire au VIe,\nsembleraient être la preuve de l'existence du principe de la gamme\ndite Harmonique au temps de Pythagore. Ce qui semble encore le\ndémontrer, c'est l'ignorance dans laquelle nous nous trouvons de la déter-\nmination d'une gamme particulière ayant pu servir à établir les modes\nEcclésiastiques. A ma connaissance, personne ne s'est préoccupé de le\nsavoir et je reste convaincu jusqu'à preuve du contraire de l'identité\ndes deux systèmes. Pour\"* que cette gamme telle que Helmholtz l'a\nrêvée et qu'il a dénommée gamme exa s'adapte aux besoins de la\npratique musicale, elle oblige l'emploi de 175\nCes sons diffèrent entre eux de l'intervalle du comma §£. Avec ces\n*75 sons différents il ne saurait être question ici que du genre de musique\nqui se pratiquait avant le 17e siècle. J'ai dû renoncer à l'énumération du\nnombre encore très important de sons différents que viendrait ajouter\nl'emploi des notes résolutives,à cause de la valeur du comma de cette\ngamme, qui n est le sous-multiple exact d'aucun autre intervalle. Cette gamme\nest inacceptable pour la pratique musicale ; elle ne peut servir que pour\nla démonstration des phénomènes acmistiquo/itK\nDéjà au début du 17e siècle, Eiesca-rtes démontrait : qu'il n'itait\nlogique de vouloir que la gamme musicale tire, ex£ïusivemèfitt'ses rapports\ndes quelques premiers sons de l'échelle harmonique ; il écrivait à cet\neffet : 1 \" Il n'est pas conforme à la nature, de vouloir, comme plusieurs\nauteurs, dériver toute l'harmonie des vibrations d'une corde, et surtout de\nla coexistence de quelques sons avep le fondamental.... Une corde n'est\nqu'une espèce de corps sonore. \"Êfîe ne peut pas servir pour établir les\nprincipes de l'harmonie; mais seulement pour se faire une idée de l'effet\ndes rapports. \" Par l'étude approfondie que j'en ai faite dans Y Acoustique\nMusicale Moderne,que j'espère pouvoir publier prochainement, je démontre\nla thèse de Descartes ; car il ne suffit pas de croire une chose possible, il\nfaut la démontrer. Or, tous les arguments de Helmholtz sont purement\nspéculatifs et ne démontrent rien concernant la pratique musicale. Il se\ncondamne lui-même en proposant une gamme composée de 24 sons par\noctave au lieu de 175 tirée du système proposé par Hauptmann ;\nc'est qu'il reconnaît son principe impraticable. Malheureusement pas un\nseul musicien jusqu'ici n'a eu le courage de réfuter ses théories. A vrai\n\n1 Descartes, Tract, de homine, page 3, § 36. Ainsi que Leibnitz, un_ peu avant Descartes ; Epist. ad\ndiverses, tom. i, Epist. 154 . • / v , ,, * * ... £§&*"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.6", "texte": "ÉTAPES D'UNE DÉCOUVERTE\n27\n\nMais la science réclame davantage; elle veut des définitions précises;\nelle nous demande : quel rapport y a-t-il entre la hauteur d'un son fixe\nou son neutre que l'on nomme et le même son\n—ou résolutif que l'on appelle chromatique.1 D'autre part : tous les\nsons chromatiques ne sont pas systématiquement comme le porte\nla théorie musicale, puisque les traités ne les présentent tels\ndans certains cas,avec certains accords seulement ; il y a même des accords\nà double entendement ; par exemple : si l'accord de est\nconsidéré sur la note sensible,il est résotandis que sur le 2e degré du\nmode mineur, il est neutre ; celui de s devient\nde i™ espèce, neutre ; celui de septième devient de\n3e espèce, neutre,etc... il faudrait donc préciser ; sans quoi, nous dit la\nscience, on ne peut reconnaître votre théorie ; si elle est empirique, la\nmusique qu'elle prétend expliquer l'est aussi. Comment répondre aux\nexigences de la science ?\nIl était important de connaître la valeur des affirmations théoriques\nse rapportant aux intervalles fondamentaux de la musique. Tout d'abord\nune question se posait : de quel ton est-il question... est-ce le ton 9/8\nde la gamme Pythagoricienne, de laquelle découle la théorie' musicale,\nou du ton de la gamme tempérée qui est la base de la pratique\nmusicale ? 2\nLa théorie musicale dit : le ton est composé de 9 commas et il se\ndivise en deux demi-tons inégaux ; le diatonique compte 4 commas et le\nchromatique en compte 5. Que d'objections à faire... je vais les résumer :\ni° d'après qui ou d'après quoi le ton est-il composé de 9 commas ?... il\nexiste deux espèces de cet intervalle : le comma de la gamme dite Har-\nmonique, d'après lequel le ton 9/8 compte 9e,481 presque 9e et demi\n—et le ton tempéré 9e,300 9e un tiers; puis le comma de la gamme\nde Pythagore d'après lequel le ton 9/8 compte 8°,720 un peu moins\nde 8°,3/4 —et le ton tempéré — à peu près 8e et demi. Par\ndéfinition, la gamme tempérée ne possède pas de comma. Donc, le ton\nn'a jamais 9 commas ! Dans ces conditions que deviennent les définitions\nde la théorie musicale ; les physiciens pouvaient-ils prendre en considéra-\n\nLe ton' le\nDEMI-TON ET\nLE GOMMA.\n\n1 II s'agit des douze degrés chromatiques musicaux, susceptibles d'être tour à tour diatoniques ou chroma-\ntiques par l'emploi d'accords appartenant aux diverses gammes musicales, et non des seuls degrés intermédiaires\naux notes diatoniques d'une gamme déterminée, comme Helmholtz les a toujours présentés ; il ne faut pas\n•üblier que sa gamme n'est pas transposable.\n2 On sait que la gamme dite Harmonique contient deux espèces de tons, le majeur 9/8 et le mineur 10/9."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.7", "texte": "2 6\nS. I. M.\n\nGAMME\nTemplß^E\nSONS NEU-\nTRES ET SONS\nRÉSOLUTIFS.\n\nOn peut facilement définir cette dernière : gamme de la\nou gamme des sons neutres.Elle est la base de la\npratique musicale. Tous les instruments à sons fixes, à clefs, ou à pistons\nsont accordés d'après elle.\nJ.-S. Bach, en composant son c pour démontrer\nqu'en n'employant que des sons neutres on peut faire de la bonne musique,\nprouva suffisamment le cas qu'il faisait de cette gamme. Il y a un siècle,\nChladui, dans son Traité d'Acoustique,répondait aux critiques adressées à\nla gamme tempérée en ce qu'elle diffère de la gamme Harmonique,\nqui est basée sur des rapports simples : \" c'est une expérience incon-\ntestable que, si l'on entend un intervalle qui diffère très peu d'un autre,\nexprimable par des nombres plus simples, on croit entendre le plus simple,\net que cette illusion est d'autant plus parfaite, que la différence est\nmoindre. Cette illusion est très avantageuse pour nous, parce que sans\ncela, il n'y aurait point de musique. Pour l'effet, c'est la même chose, si\nl'intervalle qu'on entend peut être exprimé par des nombres simples ou\nnon. \" Malgré l'incontestable nécessité de la gamme tempérée, il n'est pas\nd'injure qu'on ne lui adresse tous les jours, parce que la théorie musicale\naffecte de l'ignorer complètement.\nIl existe deux états du son musical : l'état neutre et l'état résolutif ; le\npremier créant la synonymie ou gamme tempérée et le second\nXenharmonie ou gamme de Pythagore.\nCe sont ces deux états du son musical qui font dire aux physiciens\ndu moins à ceux qui ont bien voulu s'occuper de musique d'une\nmanière impartiale que la musique procède de deux gammes différentes.\nCette manière de voir des physiciens nous déconcerte, parce que nous ne\npratiquons en réalité d'après nos conceptions qu'une seule gamme\ndont nous faisons varier les sons de Vétat neutre a Vétat résolutif.1 D'où, choc\nde définitions, qui semble devoir rendre l'entente impossible.\nIl faut bien reconnaître que s'il est vrai que nous pratiquons ces\nétats du son musical, il est vrai aussi que nous le faisons C'est\nmême cet instinct qui caractérise le ou quiconque en\npossède les qualités; on ne saurait confondre toute personne qui fait de\nla musique, avec un musicien.\n\n1 Les instruments à sons fixes ne sont qu'une exception parmi les instruments musicaux.\nJ'écarte volontairement les sons de provenance harmonique naturelle dont se servent parfois les instrumen-\ntistes à cordes } ces sons se rapportent aux rapports simples. Mais ce n'est là qu une exception, car le plus souvent\non emploie les sons harmoniques factices et dans ce cas ils se classent parmi les sons musicaux ordinaires."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.8", "texte": "28\nS. I. M.\n\ntion une théorie dont la base primordiale de ses intervalles était fausse ;\nqui ne peut dire d'où elle tire ses définitions à défaut d'en avoir de propres ?\ncertainement non.\n2° Que devient le demi-ton neutre dans cette définition... il n'existe\npas ; par conséquent comment apprécier le rapport des intervalles consti-\ntuant un accord consonantou un accord tous deux formés de\nsons neutres,avec celui des mêmes intervalles constituant un accord\nrésolutif?\n3° Le comma imaginaire neuvième de ton est défini comme\nétant le plus petit intervalle musical...il ne peut donc se diviser en demi\ncomma pour exprimer : que le demi-ton est composé de 40,1/2 ;\ncependant le degré chromatique intermédiaire entre deux notes séparées\npar un ton, partage également l'intervalle de ce ton ?\nComme on le voit, la théorie actuelle de la musique fut créée arbi-\ntrairement. Devant l'absence des éléments nécessaires pouvant servir à\ntraduire les phénomènes des sons, les musiciens durent s'en rapporter à\nleur seule intuition. Malgré tout le mérite de leurs efforts, l'intuition n'a\naucune valeur lorsqu'il s'agit de définir scientifiquement une théorie.\nMalheureusement pour la considération de l'intervalle important qu'est le\ncomma, tous les auteurs de livres de physique trop confiants dans les\nthéories de Helmholtz disent que le comma est un intervalle\nciable ; ce n'est qu'avec cette restriction indispensable qu'on a pu croire\nà la possibilité d'existence du système proposé par Helmholtz ; lequel\noblige la négligence constante comma sur divers degrés de sa gamme.\nA côté de cela, on fait montre d'un acharnement inouï vis-à-vis du\ndouzième de comma qui constitue la différence entre la quinte tempérée\net la quinte juste.Qu'on juge après cela s'il était aisé de s'entendre et\ncomment les physiciens aidaient les musiciens à développer leur théorie\nmusicale.\nCe qui est certain, c'est que l'abaissement d'un son résolutif est\nbeaucoup plus important que la théorie ne le dit en l'espèce un demi\ncomma. Cette altération des sons résolutifs apparaît pour quiconque\nl'étudié attentivement presque égale à la différence qui existe entre le\n7e harmonique produit par un cor ou une trompette, et la même note\nneutre de la gamme chromatique. Il en est de même de\nen sens inverse de la note sensible. Beaucoup de musiciens ont partagé\ncet avis."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.9", "texte": "ÉTAPES D'UNE DÉCOUVERTE\n29\n\nDepuis les travaux de Chlachai (1809), seuls MM. Mercadier et\nCornu avaient eu le courage de prendre la défense de la musique des musi-\nciens ; ils avaient publié en 1869, dans les C-R de l'Académie des Sciences,\nles résultats de travaux extrêmement importants. Faisant appel au concours\nd'artistes d'une valeur indiscutable, ils expérimentèrent les sons musicaux\nsoumis à une tendance résolutive.lls constatèrent que dans la pratique\nmusicale, le déplacement du 7e degré de la gamme se transformant en\nfonction de note sensible, dépassait sensiblement la hauteur de la note\nsensible Pythagoricienne ; et celui de la en fonction de\nseptième harmonique de dominante s'abaissait, par rapport àla fondamen-\ntale de l'accord, à la hauteur du 7e harmonique c'est-à-dire : dans le\nrapport 7/4. —1 Par corrélation, ils confirmèrent la valeur de la tierce\nmineure harmonique 7/6 qui devient pour les musiciens, la tierce mineure\nrésolutive, - -f-\"\"\nD'après ces expériences, ils affirmèrent : i° qu'il fallait rejeter l'idée\nd'une gamme uniqùe. 2° qu'il n'y avait aucun intérêt à fixer la limite des\nnombres premiers pouvant entrer dans la valeur des sons constituant les\naccords harmoniques. 30 Que le nombre premier 7 ou 7e har.\ns'introduisait naturellement dans les rapports harmoniques de la musique\nmoderne et qu'il pouvait bien en être de même des nombres premiers\n! 1 et n— ou 11e et 13e har. 40 En tous cas, qu'il fallait bien se\ngarder de les écarter systématiquement, sous le prétexte qu'ils correspon-\ndent à des sons qui n'entrent pas dans ou qui forment\nune succession mélodique qui semble discorda\nJe dirai plus loin à quel moment j'eus connaissance de ces expérien-\nces ; elles furent pour moi la confirmation expérimentale de mes convic-\ntions acquises dans la pratique ; je n'avais pas à les refaire. 1\nDans la Lettre à Goldbuch (1712), Leibnitz s'exprime ainsi : \"Il\nn'est pas impossible qu'il existe quelque part des êtres dont l'oreille plus\nsensible que la notre soit charmée par des proportions musicales qui nous\nsont moins agréables. Nous ne comptons pas, en musique, au delà de 5...\n\nMERCADIER\nRAPPORTANT\n*ux SONS\nRÉSOLUTIFS\n(1869)\n\n1 J'ai eu l'honneur de soumettre ce résumé à M. Mercadier qui l'a accepté entièrement. Je me permets de\nfaire cette remarque, parce que trop souvent on cite l'opinion émise par M. Mercadier dans son opuscule\n\" Science Musicale,\" publié en 1855, tandis que les faits de 1869 modifièrent cette opinion dans\nle sens ci-dessus.\nD'autre part, dans la thèse très remarquable sur La consonance musicale, soutenue par M. Gustave Daumas\npour l'obtention du diplôme d'études supérieures de philosophie et publiée dans Le Monde Musical de 1907 à\n1908, je fus heureux de trouver des citatious d'auteurs qui confirmaient pleinement mes précédentes conclusions\nthéoriques. Il est intéressant de citer ici celle qui est relative aux sons 7, 11 et 13."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.10", "texte": "30\nS. I, M.\n\nEn effet, tous les intervalles consonants que nous employons sont repré-\nsentés par des rapports dont les termes sont pris parmi les nombres\npremiers 1, 2, 3, 4, 5. Si nous étions doués d'une sensibilité un peu plus\ndélicate, nous pourrions aller jusqu'au nombre 7 ; et je crois qu'on\narrivera en effet. Aussi bien les anciens ne repoussaient pas complètement\nle nombre 7. Mais on n'ira sans doute pas plus loin que les nombres\npremiers 11 et 13.\"--—\"\nLeibnitz et avec lui beaucoup d'autres auteurs, prévoyait donc il\ny a deux siècles les progrès de la musique moderne.\nIl restait à savoir si ces manifestations étaient ou\nAprès avoir repris contact avec les théories de Rameau et les Traités\nd'harmonie anciens et modernes, j'acquis la certitude que mes convictions\nétaient confirmées par tous les auteurs. Aucune manifestation des sons\nneutres et des sons résolutifs ne leur avait échappé ; seules certaines déno-\nminations diffèrent selon certains cas ; elles manquent souvent de précision\nou prêtent à l'équivoque ; tandis que la manifestation des sons\nUn physicien de valeur que je nommerai plus loin, après de\nnombreuses conversations que nous eûmes ensemble sur ce sujet, me\nconfirma que c'était bien une véritable qui régissait tous ces\nphénomènes et non de pures réglés de s'appliquant à tel ou tel\nautre accord, comme les Traités d'harmonie semblaient l'indiquer. Il en\nrésulta pour moi deux classements distincts : i° tous les accords\ndissonants et ceux en état de résolution ne comportant que\ndes sons neutres ; 2° les accords résolutifs ayant la dominante pour base\net les accords altérés, comportant des sons résolutifs.\nCes conclusions qui sont absolument conformes aux conceptions de\ntous les harmonistes et de la pratique m— me permirent de trouver\nen elles l'élément nécessaire à l'élaboration d'une venant\ncompléter naturellement la théorie dite de solfège. Cette théorie d'harmonie\nn'existe pas ; on ne pouvait la fonder que sur une démonstration simple\net pourtant complète des phénomènes harmoniques. Elle est de toute\nnécessité pour instruire ceux qui, sans aborder l'étude pratique de l'har-\nmonie, doivent la connaître théoriquement.\nCette connaissance théorique est indispensable pour l'analyse harmo-\nnique rapide d'une œuvre, seul moyen de développement de la\nmusicale. Elle doit en outre servir d'introduction à l'étude de l'harmonie\net servir de guide sûr pour une juste compréhension des Traités d'harmonie,\n\nGAMME COM\nMATIQUE\nDE LA\nMUSIQUE\nMODERNE."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.11", "texte": "ÉTAPES D'UNE DÉCOUVERTE\n31\n\nces derniers s'occupant principalement des phénomènes particuliers de\nchaque accord et de leur réalisation.\nDe l'ensemble des phénomènes musicaux — constatés précédemment\net d'autres confirmés par l'étude expérimentale qui va suivre — est née\nla définition de la gamme commatique moElle a pour base : la\nde l'ensemble de ses sons et le commatisdont chacun de ces sons est\nsusceptible ; selon les cas généralisés par un seul principe théorique et\nl'application de la nouvelle définition scientifique de la valeur du\nde cette gamme.\nCe sont ces modes commatiquesemployés intuitivement par les musi-\nciens et malheureusement mal définis par nos théories, qui ont dérouté\ntous les physiciens acousticiens. La réglementation de ces phénomènes\nsur des bases scientifiques mettra, j'en suis certain, un terme à nos\ndivisions.\nCe principe théorique, je ne puis le dévoiler ici, à cette heure, parce\nqu'il se rattache à certains phénomènes d'acoustique que j'aurai l'honneur\nde porter à la connaissance de l'Académie des Sciences ; la publication\nm'en enlèverait la possibilité. Je ne saurais d'ailleurs, dans cette étude déjà\ntrop longue, donner seulement un aperçu des travaux dont les résultats\nremplissent, en manuscrit, quatre volumes importants. Je demande donc\naux bienveillants abonnés de la revue S. I. M. de m'accorder quelques\nmois de crédit, qui me sont nécessaires pour la rédaction définitive de\nces notes et pour la publication de mon acoustique musicale moderne. Mais\nje peux dire — ce qui plaira sans doute aux physiciens — que la pratique\nmusicale moderne réalise les prévisions de MM. Mercadier et Cornu,\nrelativement à l'introduction des nombres premiers 11 et 13 dans les\nrapports harmoniques. C'est la nouvelle valeur du appliquée à\nl'étude des intervalles harmoniques, qui me révéla cette particularité.\nVers 1894, M. Mathias, professeur de physique à la Faculté des\nSciences de Toulouse — aujourd'hui Directeur de l'Observatoire du Puy-\nde-Dôme — fit une conférence dans la grande salle du Conservatoire, sur:\nLe son et les flammes sensibles. Le pyrophone et l'expérience de Melde\nfurent pour M. Mathias une occasion très naturelle d'évoquer les relations\nqui existent entre l'accoustique et la musique et par suite, celles qui\ndevraient exister entre les physiciens et les musiciens. En exprimant\nl'espoir que ces relations seraient fécondes, M. Mathias ne prit pas garde:\nqu'il ne faut rien dire devant les enfants ! Peu de temps après il reçut ma"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.12", "texte": "32\nS. I. M.\n\nvisite. Nos conversations ne tardèrent pas à prendre un caractère sévère.\nM. Mathias mit de l'ordre dans mes études, en me demandant un résumé\nde chaque question. Ce fut le point de départ de ma rédaction définitive.\nIl poussa la complaisance jusqu'à me consacrer une soiree par semaine et\nla séance s'est souvent terminée après une heure du matin. Il n'est que\njuste que je lui témoigne avec mes remercîments, toute mon admiration\npour la condescendence qu'il a mise, lui physicien, a s adapter aux habi-\ntudes de langage d'un musicien. Nous avons discute ainsi chaque question,\nchaque fait, jusqu'à complet accord.\nIl ne faut pas croire que ce fut toujours facile ! car si le musicien\ndéfendait la cause de son art, le physicien ne lâchait prise que devant des\npreuves irréfutables et toujours démontrées. Tardivement trop peut-\nêtre pour sa patience —je lui fis l'aveu que je n'avais consulté qu'un\nlivre de physique élémentaire ; que je ne connaissais aucun ouvrage\nsérieux et je le priai de vouloir bien m'indiquer tout ce qu'il serait utile\nde connaître... Ne regrettez pas, me dit-il, de ne pas avoir étudié la\nphysique, vous avez pu donner libre cours à votre intuition musicale ;\nsans idées préconçues vous n'avez eu pour guide que votre instinct et il\nvous a conduit dans les voies nouvelles, que vous n'auriez pas suivies si\nvous vous étiez servi des méthodes ordinaires. J ai donc eu raison de dire\nen terminant ma conférence : Que les relations entre physiciens et musi-\nciens seraient certainement fécondes ; je m'en félicité aujourd'hui.\nM. Mathias m'indiqua les auteurs que je devais lire, parmi lesquels\nHelmholtz, Chladui, etc. et les travaux spéciaux de MM. Mercadier et\nCornu.\nEnfin M. Saint-Saëns me vient en aide, depuis 1884— date\nde la création d'Henri VIII à Toulouse et à l'occasion de laquelle\nM. C. Saint-Saëns fit un assez long séjour parmi nous j'ai\neu le bonheur de voir le maître s'intéresser vivement à toutes\nces questions d'acoustique musicale. Depuis cette époque, la musique\nfait l'objet, en grande partie, de nos conversations et de notre correspon-\ndance. Je lui dois non seulement le meilleur de mon éducation artistique\net musicale, mais encore le courage des recherches abstraites, dont il\npossède le don jusqu'aux limites extrêmes. Ce n'est pas seulement chez lui\nde la perspicacité, comme on le croit trop, c'est avant tout une grande\npuissance de logique. De là cette implacable résistance à tout ce qui n'est\npas rigoureusement déduit ; cette irritabilité légendaire, mal comprise"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.13", "texte": "ÉTAPES D'UNE DÉCOUVERTE\n33\n\nparfois de ceux qui discutent avec lui ; irritabilité que j'admire plutôt,\nparce qu'elle est la raison au service de la vérité. Il ne s'émeut pas plus\nque le marbre des critiques même acerbes, pourvu qu'on lui reconnaisse\nle droit de défendre sa pensée et de critiquer à son tour. Ce n'est pas un\nentêté, mais un convaincu ; il n'en veut qu'à l'erreur. Je m'arrête, pour\nne pas encourir de sa part le reproche de n'être trahi que par ses amis.\nJ'ai eu l'honneur et le bonheur de lui exposer les parties essentielles\nde mes travaux et jamais sa collaboration ne m'a fait défaut. Nous n'avons\npas toujours été du même avis ; mais je ne discute jamais avec l'arrière\npensée de faire triompher quand même mon opinion et je me rends à la\nlogique des faits, quand la discussion poussée jusqu'au bout m'y oblige.\nUn jour c'était en décembre 1895 entraîné par l'étude des\nphénomènes de vibrations dans l'atmosphère, je me pris à considérer ceux\nde la lumière et par extension, les modifications dont ils pouvaient être\nsusceptibles hors de notre atmosphère, dans l'immense Ether. J'eus l'audace\nd'émettre un doute sur les résultats des expériences de Fizeau. Le maître\npartait pour l'Egypte en passant par l'ltalie ; il alla jusqu'à Louxor\nc'est là qu'il écrivit son 5e concerto pour piano et la 2e sonate en mi b\npour piano et violon ; nos lettres se croisaient et la discussion dura\njusqu'en avril 1896, date de son retour, c'est bien là le caractère de\ndeux hommes têtus... mais par conviction et dans l'intérêt de la vérité —;\nson ardeur à la discussion est telle, que dans une de ses longues lettres il\ndébute ainsi : \" Vos illusions, mon cher ami, sont comme le chiendent,\nil ne suffit pas de les arracher, il faut encore extirper les racines ; c'est\nlaborieux, mais je ne désespère pas d'y arriver suit un véritable cours\nde physique.\nComme je lui soumettais encore une objection il m'écrit en mars :\n\" Oh ! oui ! ! !, vous êtes têtu ! mais c'est fort heureux, parce que de cette\nfaçon on peut aller avec vous jusqu'au fond de vos pensées.\" Heureuse-\nment qu'en dehors de cette question toute spéciale, je n'ai pas eu à sou-\nmettre à une nouvelle épreuve sa bonté.\nEn 188 1, le maître avait rédigé une note sur La résonance multiple\ndes cloches parue dans le volume Harmonie et Mélodie de 1890. Cette note\nattira plus que jamais mon attention sur ces phénomènes acoustiques.\nMais autant de cloches, autant d'échelles différentes d'harmoniques ;\nmême pour des cloches qui donnaient approximativement le même son.\nJ'étudiai alors résolument les multiples rapports des sons de Yéchelle\n\n3"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.14", "texte": "HARMO-\nNIQUES\nINFÉRIEURS\nSON PRÉ-\nDOMINANT.\n\n3+\nS. I. M.\n\nharmonique naturelle, seulement, prolongée à l'infini. Pour un musicien,\nc'est une étude passionnante ; on y découvre tous les phénomènes har-\nmoniques modernes ; par conséquent, la justification des procédés mis en\nœuvre par les musiciens depuis Monteverde.\nCertainement que Helmholtz restreignant volontairement l'étude\nde cette échelle naturelle aux seize premiers sons, pour justifier sa restau-\nration de la gamme des Grecs ne voulut pas y voir la loi de nos\nharmonies : résolutive, altérativeet dissonainsi que celle des\ntonales. Ces agrégations s'y manifestent par la succession et l'enchevêtre-\nment des échelles partielles des sons fondamentaux ; ces derniers peuvent\nêtre limités aux neuf premiers sons formant l'accord de neuvième majeure\nde dominante ; sur utx: utls ut2, sol2, ut3, mi3, sol3, sib3, ut4, ré4; sur\nlesquels se greffent les séries curieuses des nombres premiers à partir du\nson 11 etc.\nAu lieu d'une cacophonie, tout cela forme un ensemble merveilleu-\nsement harmonique ayant un ut pour fondement. Les échelles partielles\nsuperposées de ces neuf premiers sons atteignent le 8IE harmonique ;\nnous sommes loin des seize de Helmholtz \\\nM. C. Saint-Saëns ne manquait jamais une occasion de noter au\npassage un phénomène acoustique quelconque et il me le transmettait.\nDe mon côté je lui communiquais mes observations et lors de nos\nrencontres nous en tirions des conclusions. Dans la note de 18 81, le\nmaître avait observé : que les sons primordiaux entendus dans la réso-\nnance des cloches, ne satisfaisaient pas à la loi tirée des cordes vibrantes ;\nmais qu'il était anormal de les considérer comme quelconques. Si leurs\nrapports avec le son dit fondamental ne sont pas conformes à ceux de la\nsérie naturelle, ils produisent cependant les intervalles musicaux, dont la\nprésence trouve son explication dans l'hypothèse d'une fondamentale que\nnotre oreille ne peut percevoir, en raison de son excessive gravité.\nA l'appui de cette thèse, il donne un certain nombre d'exemples qui ne\nlaissent aucun doute pour les musiciens.\nPour montrer comment nous procédions en face des phénomènes\nacoustiques intéressants, avant d'avoir trouvé la synthèse de la loi de\nvibration des corps sonores en général, je crois intéressant de donner ici\n\n1 11 est juste de remarquer, que le nombre extraordinaire d'œuvres musicales qui existent, aurait dû inciter\nles physiciens à la recherche des moyens employés par les musiciens, au lieu de proclamer simplement qu'ils\navaient une gamme fausse. C'eut été tout profit pour le progrès et la théorie musicale."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.15", "texte": "ÉTAPES D'UNE DÉCOUVERTE\n35\n\nquelques fragments de notre correspondance. Un jour le maître m'écrit\nde La Chapelle St Rémy (Sarthe) :\nMON CHER AMI,\n\" On ne bavarde jamais quand on ne parle que pour dire des choses intéres-\nsantes, comme vous avez coutume de le faire. N'ayant pas votre lettre sous les\nyeux, je ne puis y répondre en détail ; ce sera pour dans deux ou trois jours,\nquand je serai rentré chez moi. Dans ce village, il y a une cloche que j'ai entendue\nce matin et qui donne l'ut3. Quand le son s'éteint, il fait entendre de lentes vibra-\ntions d'une seconde et demie d'amplitude. D'après mon hypothèse, ces vibrations\ndoivent constituer la fondamentale inaccessible à notre oreille, qui serait le fa\nau-dessous de Yut situé à la 6e octave de Yu du 32 pieds. Cela n'est pas impossible.\nJe livre ces détails à vos savantes réflexions ! Je vous embrasse.\nC. SAINT-SAENS\nUn peu plus tard, à la suite de phénomènes se rapportant à la\nlumière et au son, il m'écrit :\n\" ... la lumière et le son étant également produits par des vibrations, les deux\nphénomènes doivent être analogues. Or, comme je vous l'ai raconté naguère, c'est\nà la Madeleine que j'en ai fait l'observation ; quand après un accord final, soit du\ngrand orgue soit du chœur, j'écoutais le son qui persiste dans ce vaisseau trop\nsonore : toujours le son montait d'une façon très appréciable au moment de\ns'éteindre. 1 J'ai dans ma chambre à coucher une pendule dont le timbre fait\nentendre des vibrations secondaires la fondamentale sans doute à raison de\ncinq par seconde ; dans le silence de la nuit, qui permet de distinguer plus long-\ntemps la prolongation du son, ces vibrations s'accélèrent avant de s'éteindre.\nExpérimentez à votre tour et je suis bien sûr que vous ferez les mêmes constata-\ntions ; reste à trouver la cause, tant pour la lumière que pour le son. Pour la\nlumière, tout le monde a observé le phénomène ; tout le monde sait qu'avant de\nmourir, le \" le petit-bonhomme-vit-encore \", jette un éclat surprenant. Est-ce une\naccélération ? celle-ci ne devrait-elle pas plutôt amener un changement de colora-\ntion ? Il y en a bien une, mais du rouge au blanc. Que se passe-t-il quand un\ncorps incandescent passe du rouge au blanc, parlant ?\nJe l'ignore, n'étant pas versé dans l'optique. Informez-vous auprès des physi-\nciens compétents. Je n'ai que mon oreille et mon intuition, à vous appartient\nd'entrer dans le splendide domaine de la science qui m'est interdit. J'aurai été la\nracine et vous la fleur qui s'épanouit dans la lumière... \"\nOn voit tout l'intérêt que le maître portait à ces questions et les en-\ncouragements qui en découlaient pour moi.\n\n1 Dans Fétude expérimentale dont il sera question plus loin, gavais cru trouver Fexplication de ce phéno-\nmène ; mais au cours d'une de nos dernières expériences je me suis convaincu qu'il provenait d'une autre cause."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.16", "texte": "36\nS. I. M.\n\nDonc, depuis 1881, un nouveau problème d'acoustique était pose ;\nmais les acousticiens n'ont voulu voir dans cette thèse\ncien. Cependant, la valeur de celui qui la proposait aurait dû lui faire\naccorder un peu plus de confiance. On a tenu jusqu ici le jugement de\nDescartes pour définitif ; le grand philosophe a écrit en 1618 dans son\nconpendium musicae; \" Le son est au son comme la corde est a la corde ,\nor, chaque corde contient en soi toutes les cordes moindies qu elle, mais\nnon celles qui sont plus grandes ; par conséquent aussi chaque son contient\nen soi tous les sons plus aigus que lui, mais non ceux qui sont plus graves.\nCeci nous démontre, qu'on peut être un grand philosophe et oublier de\nconsidérer la constitution d une corde. Or une corde est faite d un ensem-\nble de cordes plus fines qu'elle, dont la longueur totale peut être quatre,\nhuit, dix fois plus grande que la corde qu'elles servent à constituer. C'est\nce qui se produit avec les harmoniques constituant un son.\nPersonne n'a songé à vérifier la solution de Descartes à propos des\ncordes, et Helmholtz lui—meme est reste sur cette impiession sans autre\ncontrôle, en faisant admettre, sans discussion, que: les cloches, comme les\ndiapasons, ne font entendre que des sons accessoires har-\nmoniques et qui s'éteignent rapidement.\nCependant, dès 1714, Tartini avait observé sur son violon des\nmoniques inférieurs ; mais comme il était absorbe par la théorie des sons\nrésultants qu'il venait de découvrir, il les fit se rapporter à ce phénomène.1\nRameau constate les harmoniques inférieurs; en 1737 il écrit : \" A\nl'égard des vibrations plus lentes que celles du corps total, si elles ne\npeuvent avoir d'action que sur de plus grands corps, elles servent du\nmoins à fortifier dans l'oreille le son qui les occasionne Il reconnaissait\ndonc en principe l'existence d'harmoniques plus graves que le son fonda-\nmental.\nRomien, dans un mémoire imprimé, présenté, le 16 décembre 1752,\nà la Société Royale des Sciences de Montpellier et dans une série de\nmémoires manuscrits dont j'ai eu connaissance au mois de septembre\n1910, àla Bibliothèque départementale et dont il est fait seulement\n\n1 J'ai observé le son d'un certain nombre de violons et de violoncelles, que jouaient de grands virtuoses,\ngénéralement, ceux dont le son portait dans une grande salle c'est-à-dire qui avaient une grande résonance\net qUi possédaient la qualité de son —ou timbre qu'on recherche dans les instruments de concert, fai-\nsaient vibrer l'octave grave et l'octave aiguë du son émis. Cette particularité se produit surtout avec les sons du\nmédium. Tout récemment, après un concert, j'eus le plaisir de m'en entretenir avec M. Enesco, qui me dit les\nremarquer d'ordinaire ;Il les nomme sons de poitrine."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.17", "texte": "ÉTAPES D'UNE DÉCOUVERTE\n37\n\nmention dans les comptes rendus de la société constate le renforcement\nd'harmoniques graves par des combinaisons de sons plus aigus. Il insiste sur\nl'existence réelle de ces harmoniques.\nSavart a signalé depuis, pour les verges longues et minces, l'émission\nde sons graves notamment l'octave inférieure du son fondamental .\nIl se contente, pour les qualifier, de dire ; qu ils avaient la particulante\nd'être rauqueset de ne sortir que par\nEvidemment, les vibrations lentes comme Rameau les appelle\ncorrespondent à des sons très graves, ayant peu d intensité, dont la périodi-\ncité des vibrations est en rapport avec la gravite des sons, n ayant pas\nd'autres moyens d'investigation, il ne pouvait en tirer aucun parti.\nM. Cornu les constate aussi, dans une longue note publiée dans le\nJournal de Physique en 1896 dont je n'ai eu connaissance, par\nM. Mathias, qu'en 1910. —Il démontre : que les vibrations tournantes\ndes cordes produisaient des sons qui ont la paiticularite d etre toujours\nplus graves que le son fondamental. N ayant pu degagei la relation que\nces sons avaient entre eux, il les nomme simplement :\nNous verrons plus loin ce qu'ils sont.\nHugo Riemann, cherchant à démontrer la —que\nl'on trouve tout naturellement dans la 4e octave de la série harmonique\nnaturelle conçoit une théorie très ingénieuse, qui consiste dans le renver-\nsement des rapports de l'échelle harmonique supérieure tout comme\nfont les musiciens pour le renversement des intervalles de la gamme\nqu'il dénomme échelle harmonique inférieure. Cette théorie est si séduisante,\nqu'il finit par croire à son existence réelle.1 Nous verrons plus loin que\ncette conception est absolument en contradiction avec la réalité.\nQuant à l'échelle harmonique supérieure des divers corps sonores\nautres que les cordes et les tuyaux, la question n a pas fait un pas depuis\nChladni ; la publication de son Traité d\"acoustique faite sur la demande\nde Napoléon lerIer remonte à 1809.\nLes travaux de Chladni sont remarquables ; ils sont d'une logique\nadmirable. On peut en conclure que, s'il eut possédé seulement les\nchronographes enregistreurs que l'on construit aujourd'hui au lieu\nd'expérimenter avec de la farine ou du sable fin sur ses plaques ou sur ses\nverges - il eut solutionné tous les problèmes d acoustique. Avec ses\n\n1 Une personne digne de foi, qui fut son élève, m'a assuré que Hugo Riemann avait fini par reconnaître\nson erreur."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.18", "texte": "PRINCIPE\nTHÉORIQUE\nDE LA\nRÉSONANCE\nDES CORPS\nSONORES.\n\n3^\nS. I. M.\n\nmoyens rudimentaires, il crut avoir trouvé la loi se rapportant à l'ordre\ndes harmoniques supérieurs des diapasons et des Dans ces rapports\nil crut voir : que les nombres de vibrations de ces sons élevés étaient\nentre eux comme les carrés des nom\nN'étant pas suffisamment musicien, il ne put s'apercevoir que les deux\npremiers, seuls, étaient harmoniques ; les trois autres sont faux,\ncette loi.\nEncore sur ce point, Helmholtz profita des travaux de Chladni\ncomme il le fit de ceux de Tartini pour les quoiqu'il les\nprésente sous une forme un peu différente ; sans les soumettre à\nde nouvelles expériences, il proclama les mêmes résultats et il confirma\nl'erreur généralement admise : qu'en dehors des cordes et des tuyaux, tous\nles autres corps sonores vibraient d'après\nIl est évident qu'aucune relation générale n'a été reconnue jusqu'ici,\nentre le son dit fondamental et les sons partiels plus aigus de ces divers\ncorps sonores ; encore moins si je puis dire entre les\ninférieurs et le même son appelé fondamental, puisque leur manifestation\nétait inconnue ou considérée comme anormale.\nEn généralisant l'application de la méthode musicale employée par\nM. C. Saint-Saëns, pour l'observation des vibrations des cloches et en\nmultipliant le nombre de ces observations, nous arrivâmes en 1900, à des\nconclusions toutes différentes de celles des théories admises. Pour ce qui\nconcerne l'acoustique physique, je ne puis donner ici que le résumé\nsuivant : Rien n'a démontré jusqu'ici, d'où le son appelé fondamental\ntire son intensité et sa constitution harmonique ; c'est à dire : dans\nquelles conditions on pourrait dire avec certitude qu'il est le son généra-\nteur de ses manifestations acoustiques. L'étude approfondie des manifesta-\ntions vibratoires d'un ensemble de corps sonores nous a démontré par\nla seule audition de ces manifestations et en leur appliquant la méthode\nharmonique musicale que le son appelé fondamental jusqu'ici n'est\nque l'harmonique le plus intense d'un ensemble extrêmement étendu\nd harmoniques plus graves et plus aigus que ce son. Par conséquent, il\nn'est que le son prédominant d'un ensemble de manifestations vibratoires,\net l'échelle supérieure de ces vibrations, n'est qu'une plus\nou moins incomplète.\nLa véritable fondamentale ou son 1 de Xéchelle générale vibre\na un intervalle beaucoup trop éloigné, dans le grave, pour être entendue."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.19", "texte": "ÉTAPES D'UNE DÉCOUVERTE\n39\n\nCes conclusions devinrent la base des deux premières communications\nfaites à l'Académie des Sciences, les 18 novembre 1907 et 6 janvier 1908,\naprès Vétude expérimentale qui les confirma et dont il va être question.\nAprès avoir coordonné tous ces faits dans une rédaction méthodique,\nje crus être au bout de mes peines. Je vins annoncer à M. C. Saint-Saëns\nmon intention de publier cette longue étude sous le titre de : Acoustique\nmusicale moderne. Je le laissai soucieux ce jour là. Quelques jours après il\nme dit : Vous ne devez pas encore publier vos travaux. A qui va s'adresser\nun tel ouvrage... aux musiciens ? Dans l'état actuel des théories musicales,\nils ne peuvent vous comprendre ; tout ce que vous avez fait pour redres-\nser ces théories sera peine perdue. Les problèmes que vous allez soumettre\na leur jugement sont d'un ordre trop élevé pour des musiciens qui n'ont\ncomme nous, que leur intuition pour guide. Il faut vous adresser à des\nhommes de science, à ceux qui ont les moyens de vous contrôler et de\nvous comprendre.\nMais lui dis-je, j'ai essayé et ils ne comprennent pas la musique comme\nnous la comprenons ; leur langage n'est pas le nôtre ; quelques-uns seule-\nment seront en état de me comprendre ; et il faudra peut-être un siècle,\ncomme il en a été de bien des découvertes, pour que la vérité se fasse\njour et trouve de nombreux disciples... Non, me dit-il, les esprits sont\nplus éclairés et on a les idées plus larges, plus généreuses ; apprenez le\nlangage des savants ; soumettez à l'expérience tout ce qui peut-être dé-\nmontré par la méthode expérimentale et ils vous comprendront. Voyez\nM. Math ias, reprit-il, lui seul, grâce aux relations que vous avez avec lui,\npeut vous guider. Vous me trouvez dur peut-être, mais je tiens trop à\nvos travaux pour vous donner un autre conseil. Et en m'embrassant, il\nme dit avec un accent qui m'émut : vous êtes assez têtu pour réussir.\nPar l'étude expérimentale qui va suivre, on verra quel bon conseil le\nmaître m'a donné.\n\nGabriel Sizes."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.20", "texte": "L'OPIUM,\nSOURCE D'INSPIRATION MUSICALE\n\nCeci n'est pas une \" défense et illustration \" de l'opium ; ce complexe\nsujet ne saurait être traité en quelques lignes, en quelques pages : ce sont\nseulement des notes qui peuvent servir de contribution à une étude\ndéfinitive sur la bonne drogue, notes spécialisées sur le point qui intéresse\nles lecteurs de S. I. M.: l'inspiration musicale.\nDe l'opium, source d'inspiration musicale.\nOn ne s'est jamais autant occupé du poison de Bouddah que durant\nces dernières années, et jamais, par conséquent, on n'en a parlé avec autant\nde partialité dans l'un et l'autre sens.\nUne campagne acharnée a été conduite contre les fumeries de Paris\net des villes maritimes Brest, Toulon ; furent traités avec mépris ceux qui\navaient le malheur d'y pénétrer : pour un peu le bagne, châtiment\nnécessaire de ces tarés.\nPar contre, surgirent un tas de petits jeunes gens et de trop expan-\nsives dames qui réclamèrent l'entière admiration, parce qu'ils passaient\nleurs journées à \" tirer sur le bambou \" et affectaient des évanouissements\net un ton d'un comique achevé en prononçant le mot \" Drogue. \"\nDes nombreux livres traitant de l'opium, deux pénétraient dans le"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.21", "texte": "L'OPIUM ET LA MUSIQUE\n41\n\npublic : \" Fumée d'opium \" de Farrère, et \" Fumeurs d'opium \" de\nBoissière, œuvres où, pour des causes romanesques, l'opium traînait un\ncortège redoutable de faits terribles, de sentiments horrifiquement dévoyés;\nla majorité de ceux qui les lurent furent enchantés de trouver dans cette\ntrès belle littérature la confirmation des accusations infamantes portées\ncontre le \" vice d'Extrême-Orient. \"\nOr, l'opium n'est qu'une simple distraction, un passe-temps qui peut\ndevenir dangereux par son abus comme n'importe quelle distraction,\nn'importe quel passe-temps ; mais fumé normalement il n'apporte pas\nplus de troubles à l'organisme que le vin, les liqueurs, le tabac et tous ces\n\" paradis artificiels \" que les gens bien élevés considèrent comme parfai-\ntement admis.\nEt l'ivresse (je prends le mot dans son sens noble, transport esthéti-\nque, enthousiasme intellectuel) qu'il procure est d'une telle qualité que\nles élus qui y ont goûté sérieusement ne peuvent que sourire devant\nl'hypocrisie de ceux qui discourent contre 1' \" abominable passion \" en\nsitotant un combientième apéritif, en fumant un combientième cigare ?\nJ'ai fréquenté longuement des fumeries d'opium, et dans diverses\nvilles, à Paris, à Brest, à Toulon, même à Anvers, par le hasard dun\nvoyage d'été ; j'ai suivi pendant des nuits les propos qui sortaient des\nlèvres des fumeurs ; j'ai noté les phrases balancées qu'ils articulaient avec\nla douceur que l'on ne trouve que dans l'atmosphère de l'opium ; j'ai\nsavouré l'eurythmie des discussions toujours courtoises, chatoyantes et\ncependant d'une simplicité exquise de ligne, austères et pourtant d'une\nprofonde joie intérieure et souvent je me suis ecrie comme 1 un des héros\nde Farrère :\n\" Une fumerie est belle comme un fragment de Grèce antique. \"\nEt par-dessus tout, par-dessus les phrases, et les verbes nom-\nbreux et les pensées rares, j'y ai eu la sensation nette de l'âme dégagée de\nla matière, de l'esprit flottant hors du temps, hors de l'espace et que ces\nbienheureux trônaient au-delà du monde.\n\" And the fever called living\nis conquered at last. \"\nEt la fièvre appelée vivre est enfin vaincue : si jamais ceci put être\narticulé ou mérita de l'être, ce fut dans une fumerie devant les bienveil-\nlants génies de l'opium."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.22", "texte": "42\nS. I. M.\n\nJ'en arrive à la musique, aux musiques de l'opium.\nAh ! que de fois je les ai entendues, ces musiques de l'opium; que de\nfois elles ont vibré dans mon cerveau tenu sous le joug du \" just subtil\nand mighty... \" que de fois j'ai suivi les plus véhémentes symphonies\ndéferlant lointainement ou voluptueusement dans mon imagination.\nEt que de fois j'ai entendu les improvisations de l'opium, l'un de\nnous, moi peut-être se levant et au piano ou sur le violon imaginant les\nplus étranges accouplements sonores, en même temps que les plus nette-\nment affirmés\nNe faut-il pas toutefois se défier de ce que l'on a éprouvé par\nsoi-même ; n'est-il pas nécessaire dans ce domaine si spécial de s'en référer\nà l'avis de musiciens connus, de n'accepter son jugement qu'autant qu'il\nconfirme celui de gens dont l'appréciation ne saurait être suspecte.\nAlors c'est la question du compositeur connaissant l'opium. Où le\ntrouver ? A quelle porte frapper ? Simplicité de cette recherche. Les\ncompositeurs officiers de marines ou anciens officiers de marine.\nUn premier nom s'impose à toutes les mémoires: celui deM.Mariotte:\nM. Mariotte avant de se donner à la divine Muse a erré dans tous les\nmondes, et sa Salomé, fastueuse, multiple, gardant toute l'horreur et\nl'incohérence de l'héroïne de Wilde, a commencé d'être conçue dans\nquelque mer de Chine ou sur le Pacifique immense et doux.\nJ'ai pu rencontrer M. Mariotte pendant un court séjour à Paris\nqu'il fit dernièrement, car depuis son départ de la Marine M. Mariotte\ns'est fixé à Lyon où il est professeur au Conservatoire.\nIl me reçoit dans sa chambre à l'hôtel et dès que je prononce le\nmot \" opium \" une lueur apparaît dans son regard.\n\" Ah l'opium, qu'il y a longtemps que j'ai fumé ma première pipe,\nc'était en 1894,-95, là-bas de l'autre côté de la terre ; j'avais à peine\n20 ans ; j'ai d'abord fumé par curiosité de sensation nouvelle : j'y ai pris\ngoût\n\"Un goût profond ?\nUn gout profond auquel mon retour en France est venu mettre un\nterme brutal.\n\" Alors, actuellement, vous ne fumez plus?\n\" Non Non.\nDans les yeux du maître un regret latent apparaît."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.23", "texte": "L'OPIUM ET LA MUSIQUE\n43\n\n\" Non, je ne fume plus : c'est si difficile en France, et puis le travail\nqu'il faut que je fasse —je ne trouve pas les loisirs suffisants —ah ! je\nregrette souvent, je pense à autre fois...\n\" Mais, croyez-vous que votre vocation musicale ait été déterminée\npar l'opium ?\n\"Je n'oserais l'affirmer : toutefois l'opium et les longues rêveries\nqu'il engendre, rêveries où je voyais des cortèges sonores a pu ne pas être\nétranger au développement qui s'est fait en moi à cette époque d'un goût\nâpre pour les occupations artistiques, pour la musique surtout, goût qui\ndevait bientôt me déterminer malgré moi, malgré mon amour de la mer\nà donner ma démission. \"\n\" Vous regrettez l'opium et la mer ? \"\n\"Je les regrette comme sources d'inspiration, oui, car il est certain que\nce sont eux, lequel le plus, lequel le moins qui ont contribué à faire\nde moi ce que je suis devenu.\n\" Mais avez-vous écrit quelque-chose directement sous l'influence\nde l'opium ? \"\n\" Directement non, puisque comme je vous le dis, j'ai cessé de\nfumer depuis mon départ de la marine, depuis par conséquent que je fais\nde la musique mais, en fait j'ai vu autour de moi de trop beaux cas\nde puissante cérébrale produite par l'opium pour ne pas croire que la\nDrogue ne puisse être parfois un facteur d'inspiration ou tout au moins\nune aide merveilleuse pour le travail intellectuel, qu'il soit littéraire,\nmusical ou autre.\nLe maître s'est tu : sur sa figure se devinent des sentiments multi-\nples qu'il hésite à formuler : à quoi bon aborder certains domaines réservés.\nJe vais au devant de sa pensée :\n\" Que ces idées seraient peu comprises par la majorité du public !\nUne ironie imperceptible plisse le visage de M. Mariotte : il me\ntend une cigarette avec un sourire :\n\" Cette fumerie-là est permise... \"\nEt maintenant allons à la recherche de M. Roussel, le compositeur\nbien connu de la Schola, lui aussi ancien officier de marine.\nPar un matin pluvieux je remonte la rue St Jacques et au moment\noù j'arrive devant l'illustre 269, je me heurte à M. Roussel qui vient\nd'achever son cours, car à l'instar de son ami M. Mariotte, professeur au"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.24", "texte": "44\nS. I. M.\n\nConservatoire de Lyon, M. Roussel enseigne a la Schola Cantorum tout\nen écrivant d'exquise musique, d'une hautaine perfection et d une indé-\nniable originalité.\nEnsemble nous quittons le vieux Paris, ce quartier crasseux du Val\nde Grâces et nous descendons vers la Seine.\nComme nous passons devant une rôtisserie, une des dernieres qui\npuisse évoquer celle de la Reine Pédauque, et qu une odeur de lechefiite\net aussi de graillon nous monte aux narines, j en prends pretexte pour dire\nà mon compagnon :\n\" Cela ne vaut pas la divine odeur de l'opium ?\nEt lui de suite :\n\" Vous avez fumé !\n\" Et vous ?\nLa glace est rompue : je sais à quoi m'en tenir, et joyeux, la barbe\nvibrante dans le vent d'automne, M. Roussel parle :\n\" Mais» oui, j'ai fumé, et ne m'en défend aucunement: c'est stupide,\nce préjugé que l'on fait courir sur l'opium : on veut a toute force qu un\nfumeur d'opium soit abruti et s'il est certain qu en Chine (et meme en\nFrance) on rencontre des gens qui par l'abus exagéré de la drogue se sont\nruinés la santé et en meurent, il est également certain que celui qui fume\nquelques pipes d'opium par jour ne se fait pas plus de mal que celui qui\nfume quelques cigarettes.\nPour moi je me souviens avec une joie intense de mes premières\npipes là-bas en Chine (M. Roussel a la même intonation que\nM. Mariotte pour dire ces quelque mots) et de toutes celles qui ont\n? y\nSUIVI.\n\" Et vous croyez que l'opium puisse être une source d'inspiration\nmusicale ? \"\n\" Si je le crois ! Mais tenez, voici un fait assez pertinent, j'imagine.\nMon ami L..., mais je ne veux pas le nommer, car il est encore dans la\nmarine et à l'heure actuelle, on fait une guerre acharnée aux malheureux\nofficiers qui fument et ils sont quelques-uns vous pouvez m'en croire.\nDonc, mon ami X., un breton pur-sang, de famille bien connue en\nBretagne un être délicieux de culture, de raffinement intellectuel se trouvait\nsur le même rafiot que moi, il y a quelques années.\nNous étions dans les parages du cap Horn et vous savez les temps\nterribles qu'il y a sur ces côtes : une nuit où nous n'étions ni l'un ni"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.25", "texte": "L'OPIUM ET LA MUSIQUE\n45\n\nl'autre de service nous fumions côte à côte ; je ne sais quelle inspiration\nsubite bouleversa mon ami, lui fit saisir un cahier de papier à musique\net un crayon ; il était très calme, quasi impassible : ses yeux toutefois\nregardaient ailleurs : ils voyaient quoi ? sans doute par delà les flots\nforcenés, la Terre de Feu étrange et convulsée, ses habitants, sauvages entre\nles sauvages ; cela devait lui apparaître avec une netteté impressionnante\nsans doute, et sans doute aussi le contraste de notre quiétude et de l'hor-\nreur extérieur lui souffla au cerveau l'ironie extrême d'un ballet, car ce\nqu'il écrivait, était rythme de danse : les rythmes de danse les plus étranges\nque je connaisse, une musique martelée comme certains objets en cuivre\navec des plans et des arêtes bizarrement juxtaposés : il écrivit comme cela\npendant près de 2 heures : puis l'effet de l'opium cessa et nous quittâmes\nla fumerie.\nLe \" ballet Patagon \" (on peut donner ce nom si l'on veut à cette\nœuvre) existe : je l'ai entendu au piano plusieurs fois, et chaque fois j'ai\nretrouvé les impressions excessives ressenties lors de sa composition.\nSi cela peut vous intéresser j'écrirai à mon ami de me l'envoyer et\nnous le regarderons ensemble.\"\nJe me taisais devant ce récit d'opium plus concluant que tout ce\nque j'aurais pu imaginer moi-même ; en même temps la parole de\nM. Roussel s'attendrissait au rappel des souvenirs défunts : j'hasardai une\ndernière question :\n\" Fumez-vous encore ? \"\n\" Non, oh non à Paris c'est si difficile, et puis je n'ai pas le\ntemps j'ai trop à travailler mais je regarde souvent ma pipe, j'en respire\nl'indéfinissable relent, je la caresse de la main comme un souvenir\nd'amour. \"\nEt nous nous quittons à regret avec un goût de \" dross \" amer dans\nle fond de la gorge.\nEst-il nécessaire de tirer une conclusion de ces confidences de com-\npositeurs ?\nCela parle suffisamment sans commentaires.\nIl est certain que pour la plupart des artistes il n'est nul besoin\nde recourir à des paradis artificiels pour rattraper une inspiration qui\nles fuit et que la meilleure hygiène intellectuelle est celle du travail\nrégulier."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.26", "texte": "46\nS. I. M.\n\nCependant de toutes les ailes que l'on peut vouloir donner à sa\npensée, l'opium fournit les plus riches, les plus souples.\nSes dangers ; je l'ai dit, et MM. Mariotte et Roussel 1 ont dit avec\nmoi : il n'y a pas plus de danger à fumer modérément 1 opium qu a fumer\nmodérément du tabac : je n'ai jamais remarqué chez les fumeurs d'opium\nces troubles de la mémoire qui existent chez les fumeurs de tabacs, je n ai\njamais observé ces effroyables ravages dans 1 organisme que les journaux\nont décrit depuis quelques mois, et qui sont, il me semble, bien les memes\npour tous les intoxiques que ce soit d'opium, d alcool, de tabac.... ou\nd'amour.\nHélas ! ce que je viens d'écrire ne servira de rien, il n'est pire\nsourd que celui qui ne veut pas entendre, et après avoir lu ces quelques\npages, tu retourneras à tes cheres petites débauchés, cerebrales ou auiies,\nen vitupérant contre le \" vice d'Asie, \"\nHypocrite lecteur, mon semblable mon frere.\n\nJean Laporte."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.27", "texte": "INDY (Vincent d'). Beethoven (Collection Laurens, in-12°\nde 150 pp.).\nBeethoven et Vincent d'lndy ! La musique contemporaine\nsera fière de pouvoir associer ces deux noms sur un même ouvrage,\net la France du XXe siècle se réjouira d'offrir au maître de Bonn\nle commentaire du maître de la Schola. D'Adélaïde à Istar que de\nchemin parcouru vers l'idéal des possibilités sonores ! Quelle\ntransformation dans notre culture musicale, surtout en France !\nEt comment ne serait-on pas curieux de cette rencontre du génie\nsur le terrain de la critique historique ?\nEn ce format d'un volume léger, il ne faut pas songer à une\nétude profonde, où l'auteur de Fervaal eût pu développer à l'aise\nses idées et se montrer technicien de son art. C'est plutôt une\nvue générale, prise du haut d'un esprit idéaliste. M. d'lndy s'y\nrévèle épris de solide ordonnance, et défenseur éloquent de doctrines\nsur lesquelles on s'est parfois mépris, alors que pourtant elles\ns'efforcent de tenir en une seule devise : \" Amor et Caritas \".\nBeethoven se présente ici à travers la triple évolution de son\ngénie et de ses styles. Nous avons la période d'imitation, celle de\nla production originale, et celle de la réflexion sublime. Chacune de ces étapes est elle-même\ndivisée en trois aspects : les faits de la vie, les sentiments de l'âme et les résultats musicaux.\nAinsi se classent devant nous et d'une manière ingénieusement logique les faits d'une abondante\nbiographie, et nous avons une idée parfaitement claire de l'homme, de l'artiste et des œuvres.\nOn discutera peut-être, non pas cette division consacrée des trois styles, mais la valeur\nque M. d'lndy semble attacher à cette doctrine d'une trinité esthétique. Il peut se faire que\nle génie parcoure habituellement trois stades : celui de la réceptivité, celui de l'expansion, et\ncelui du retour sur lui-même. Mais on put se demander si cette dernière phase, celle de la\nréflexion, correspond bien à ce que M. d'lndy appelle \" l'instant des œuvres d'art pur ? \" La\ncondensation qui se produit alors est-elle véritablement créatrice ? N'est-ce pas plutôt l'heure\ndes tendances, que celle des réalisations ? Après avoir cherché, après avoir trouvé, l'artiste\nsait. Ce qui veut dire que la conscience l'emporte désormais sur l'impulsion des forces instinc-\ntives. Il sait ; il a fait le tour de lui-même ; il a accompli le cycle de sa production. Il arrive\nà cet âge où Hans Sachs des Maîtres Chanteurs devient philosophe. C'est par un miracle de\nsurvie que le sentiment musical maintient son agitation tumultueuse au sein d'une âme qui\ns'équilibre dans la paix de l'esprit et dans le repos de la connaissance. Ou plutôt, il faut ici\nremplacer la spontanéité naturelle, par l'idée-force d'un but à atteindre, d'un devoir à accom-\nplir, d'un dogme à créer. Et nous voici dans les régions de la morale..."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.28", "texte": "+8\nS. I. M.\n\nQue nous montre d'ailleurs le Beethoven de M. d'lndy à partir de 1815 ■ Un homme\nqui s'arrête et pose un instant la plume, au moment où il s'écrie : \" Maintenant, je sais\ncomposer !\" Un artiste qui cherche la formule de sa propre mentalité, qui théorise volontiers.\nUn musicien qui se tourne fiévreusement vers l'histoire, s'applique a faire revivre la fugue de\nBach et de Haendel, la polyphonie de Palestrina, les modes anciens du chant grégorien. En\nun mot, une âme qui se raidit et lutte héroïquement pour faire servir la musique a des fins\nintellectuelles et morales. Sommes-nous ici dans le domaine de l'Art pur ?\nLe Maître que je respecte profondément ne m'en voudra pas de soulever des questions si\ngraves, et qui montrent combien son livre est plein de suggestions fécondés. C est le propre\nd'un grand esprit d'élever les faits et les idees jusqu au point ou leur discussion interesse\nl'humanité toute entière. J- E.\nNORTAL (Albert). La condamnation Préface de J. Peyrot. (Paris,\nH. Falque, 1912, in-120 de 230 pp., Fcs 3,50).\nEn ce volume habilement travaillé, Mignon personnifie le répertoire courant de l'opéra\ncomique, traîné devant le tribunal d'une justice wagnérienne et debussyite, et par conséquent\ncondamné. La fiction est plaisante. Elle dure peut-être un peu longtemps. Une\nfantaisiste sur ce sujet eut été charmante. Ull livre est un peu pesant, et se traîne. Je crois\ncependant qu'il aura son succès dans ce public qui entretient la gloire de Faust ou de Mignon,\net qui, pour l'heure, hésite entre le drame lyrique, que lui présente la grande musique, et le\nplaisir beaucoup plus facile que lui offre le music-hall. Il y a en tout cas beaucoup d idees\ndans ce livre et l'auteur devrait se résoudre à les développer à l'occasion.\nJ. E.\nVOGELEIS (Martin). Quellen und Bazu\nTheaters im Elsass(Strassburg, X. Le Roux & Cie, 1911, in-8° de 848 pp.)\nCe ne sont là, comme le titre l'indique, que des matériaux réunis en vue d'une histoire de\nla musique en Alsace du VIe au XIXe siècle. L'auteur a fait preuve d'un zèle éminent, et ses\nfiches classées chronologiquement, complétées par des tables de noms et d'incipit, rendront de\ntrès réels services. On pourrait dès maintenant, d'après ce classement, écrire un article d'ensem-\nble sur l'évolution de la musique en cette région, qui subit les influences allemandes et\nfrançaises. Puisqu'il s'agit de documentation, l'auteur me permettra une remarque. Pourquoi\nM. V. ne nous donne-t-il pas des renseignements plus circonstanciés sur les artistes dont il\ntraite, et se contente-t-il de reproduire ce que les biographies nous en apprennent déjà.\nPrenons n'importe quel article. Celui de Bemetzpar exemple. Je n'y vois même pas\ncitée la thèse soutenue par ce théoricien à Strasbourg en 1769, ni quoique ce soit sur sa vie\navant sa venue à Paris. De même l'article Brassard me paraît construit tout entier avec l'étude\nde notre collègue Brenet. De même encore l'article J'attendais là l'explication des\nrécits de Brossard et qui certainement reposent sur quelque confusion. Je trouve purement et\nsimplement le texte de Brossard sans un document nouveau ! Il semble donc que ce livre\ndoit être considéré comme un répertoire de matériaux déjà connus et mis en ordre pour\nfaciliter les recherches. Ainsi consulté, il est fort utile.\nWEINGARTNER (Félix). Sur Vart de diriger. Trad. par E. Heintz (Breitkopf,\n1911, in-12°).\nNous connaissons tous cet opuscule où le capellmeister a résumé son expérience et rappelé"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.29", "texte": "Le premier tombeau de Beethoven au cimetière de Wœhring\n(Croquis d'après nature de M. Vincent d'Indy)\nExtrait de Beethoven (Paris. Lansens in-120)"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.30", "texte": "LES LIVRES\n\n49\n\nses souvenirs. M. Heintz en fait paraître une traduction française, qui permettra de répandre\ndans le grand public un ouvrage plein d'intérêt et d'humour.\nLACOME (P.). Introduction à la vie musicale(Delagrave, 1911, in-i 2°, Fcs 3.50).\nVoici un livre comme nous en verrons éclore sans doute encore beaucoup à mesure que\nles gens du monde réclameront le droit d'être initiés, sans fatigue, aux secrets de la technique\nmusicale. Il résume des notions claires d'harmonie, d'acoustique et d'histoire, et après l'avoir\nlu, on se fera une idée générale de ce qu'est la musique, en soi et à travers les âges. Ce sont\névidemment toujours les mêmes fleurs qu'on nous présente mais le bouquet en est nouveau et\nbien disposé. Ne sera-t-il permis de faire observer que la documentation de l'auteur retarde\nun peu. Elle se s'appuie sur les noms suivants : Rousseau, Coussemaker, Fétis, Gevaert,\nE. David, Mathis Lussy. C'est là une bibliothèque musicale bien restreinte en 1912, même\npour y puiser des notions de vulgarisation.\nE. FICHET.\nNIEMANN (Walter). Die Musikalisehe 19 (Lpz. Kahnt\nNachfolger, in-120 de 75 pp.)\nPour la première fois peut-être le délicat problème des rapports de la musique et de la\nmusicologie contemporaine apparait dans un livre. Ce n'est d'ailleurs qu'un essai. L'auteur\nprouve combien la renaissance de la musique au XIXe siècle doit à la restauration des maîtres\ndéfunts, et au mouvement d'études spéculatives qui accompagna ces exhumations. Il montre\nensuite les bons et les mauvais côtés de ces préoccupations historiques. Mais tout cela avec un\nparti-pris de ne blesser personne et de rester dans les limites d'une plaquette très sage. Or, il\nn'est pas de question plus brûlante que celle-là. Celui qui voudra la présenter dans ses véritables\nproportions, s'aliénera certainement et le clan des musiciens que l'histoire fait sourire, et celui\ndes musicologues auxquels la musique n'en impose pas, et surtout, et encore, le groupe\ncompact de ceux qui, mettant la musique au service de l'histoire et l'histoire au service de la\nmusique, veulent faire de l'une et de l'autre (et c'est bien leur droit) un moyen de propagande\nen faveur de leurs goûts personnels. M. Niemann ne se laisserait-il pas tenter par cette pers-\npective ?\nJ. E.\nROU JON (Henry). Notice sur la vie et (Paris, Institut\nde France, 1911, in-40).\nOn sait avec quel art le Secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts,\nM. H. Roujon, sait faire l'éloge des grands maîtres qu'il propose à l'admiration des séances\nannuelles de l'lnstitut. A l'auteur de Sigurd revient, cette année, l'honneur de cette présentation\nsolennelle. Cette notice vient de paraître, et nous retrouvons le portrait nerveux et si bien\ncampé qui convenait à ce musicien d'honnêteté et de droiture que la gloire fît attendre si\nlongtemps.\n4\n\nJ. E."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.31", "texte": "5°\nS. I. M\n\nLIVRES REÇUS\nBOUDINIER (Céline). Les nouveaux principes du chant. (Paris, chez l'auteur,\n25, rue de Chateaudun, in-40 de 213 pp. Fcs. 5.)\nMARAGE (Or.). Petit manuel de physiologie de la voix. (Paris, l'auteur, 19, rue\nCambon, in-8° de 204 pp. Fcs. 10).\nNORTAL (Albert). La condamnation de Mignon. (Paris, Falque, 76, rue de\nRennes, 1911, in-120 de 230 pp. Fcs. 3,50.)\nLACOME (Paul). Introduction a la vie musicale. (Delagrave, 1911, in-12° de\n215 pp. Fcs. 3,50.)\nHEINTZ (E.). Sur Vart de diriger, de F. Weingartner. Traduction française.\n(Breitkopf, 1911, in-120 de 70 pp.)\nREYSSCHOOT (Dorsan van). Analyse thématique, rythmique et métrique des sym-\nphonies de Beethoven. Symphonie I et 11. (Breitkopf, 2 vol. in-120 obi.)\nBORREN (van den). U esthétique expressive de Guillaume Dufay. (Malines,\nGodenne, 1911, in-8° de 16 pp.)\nWAGNER (Richard.) Ma vie, vol. 11. Traduction française de Valentin et\nSchenk. (Pion, 1911, in-8° de 364 pp.)\nT\nGASTOUE. (A.). —La musique d'Eglise. (Lyon, Janin frères, 1911, in-12° de\n284 pp. Fcs. 4.)\nISNARDON (Jacques). Le chant théâtral. (Paris, Vieux, in-8° de 172 pp.\nFcs. 15.)\nBROSSET (J.). Jean Baptiste Quesnel (1755-1793)- (Blois, Migault et Cie, 1910,\nin-120 de 16 pp.)\nBIBLIOTHÈQUES, LIVRES ET LIBRAIRES. Conférences faites à l'Ecole\ndes Hautes Etudes Sociales... (Paris, M. Rivière et Cie, 1912, in-8° de 275 pp. Fcs. 5.)\nINDY (Vincent d'). Beethoven. (Collection Laurens, in-120 de 150 pp.)\nBELLAIGUE (Camille). Verdi. (Collection Laurens, in-120 de 126 pp.)\nSCHREYER (Johannes). Lehrbuch der Harmonie... (Lpz., Cari Merseburger,\n1911, in-8° de 238 pp. M. 5.)\nSERVIÈRES (G.). Emmanuel Chabrier, 1 vol. in-160, 2,50 Fcs. (Librairie Félix\nAlcan, 154 pp.)\nSTANFORD (Ch. V.). Musical Composition. (The Musician's library, in-160 de\n193 PP-)\nROUVEYRE (A.). Mort de ramour.(Mercure de France, 1911, in-40.)"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.32", "texte": "LES LIVRES\n51\n\nGAUTHIER-VILLARS (H.). Bizet. (Collection Laurens, in-120 de 150 pp.)\nJOLIZZA (W. et K. von). Das Lied und seine Geschichte. (Wien, Hartleben IQIO\nin-8° de 691 pp. K. 12.) ' '\nPIGOT (Charles). G. Bizet et son œ(Delagrave, in-120 de 305 pp. Fcs. 3.50.)\nROUJON (H.). Notice sur la vie et les travaux de M. E. Royer. (Paris, Institut de\nFrance, 1911, in-40.)\nRIEMANN (H.). Musikgeschichte in Beispielen. (Leipzig, E. A. Seemann, 3 vol.\nin-40; chaque MK. 3.50.)\nNIEMANN. Die Musikal Renaissance des 19. Jahrunderts (Leipzig, C. F. Kahnt\nNachfolger ; in-8° de 75 pp.)\nSMITH (Hermann). The making of sound in the organ and in the orchestra.\n(London, W. Reeves, 1911, in-128 de 372 pp.)\nEMMANUEL (Maurice). Histoire de la langue musicale, (Paris, Laurens, 1911,\n2 vol. in-40 «te 674 pp. Fcs. 15.)"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.33", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSÉANCE DU JEUDI 21 DÉCEMBRE 1911\nLa Séance est ouverte Maison Gaveau, 45, rue La Boëtie, à 4 heures, sous la présidence\nde M. Ecorcheville, Président.\nEtaient présents : MM. Mutin, L. de La Laurencie, Prod'Homme, A. de Bertha,\nPasquier, Rikoff, Bouvet, Vinée, Bosc, Ruelle, Calvocoressi, Lyon, Cucuel, Machabey.\nMmes Sauvrezis, Wiener, Newton, Gallet, Daubresse, de Chabannes et Pereyra.\nLe Secrétaire-Général donne lecture du procès-verbal de la dernière Séance, qui est\nadopté après une rectification présentée par M. Bouvet.\nLa candidature de M. Peyrot est présentée par MM. Ecorcheville et Pirro, elle est admise\nà l'unanimité.\nLe Président donne la parole à M. Van Reyschoot, pour une communication sur :\nL'Analy se rythmique et métrique des Symphonies de Beethoven.\nUne discussion s'engage à la suite de cette communication, sur l'utilité des méthodes\nd'analyses, tant pour l'auteur que pour l'artiste producteur. MM. Calvocoressi, Vinée, Delune,\nLyon et Bouvet, prennent part à cette discussion. M. de Bertha émet le vœu, que les Sym-\nphonies classiques comme celle dont on vient d'entendre l'analyse, soient toujours exécutées\navec leurs reprises. Le Président résume l'opinion de la Section, qui est entièrement favorable à\nces études morphologues ; il remercie au nom de tous, notre collègue de Gand, M. Van\nReyschoot, d'avoir bien voulu nous apporter une contribution si intéressante à ces études\ndélicates."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.34", "texte": "Les Théâtres\n\nLA ROUSSALKA. BÉRÉNICE.\nLa critique théâtrale dans une revue mensuelle est une fonction qui rappelle\nassez exactement celle des carabiniers d'Offenbach. Le jour même de la naissance\nd'une œuvre, les alguazils de la presse quotidienne exécutent de brillantes fanta-\nsias, chargent la foule, repoussent les assauts ou organisent le service d'ordre de\nl'opinion, protègent la fuite de l'auteur ou lui mettent la main au collet, et,\ndepuis longtemps, la place est nette, les manifestants dispersés, le librettiste lynché,"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.35", "texte": "54\nS. I. M.\n\nle compositeur passé à tabac, la chanteuse au Dépôt et le ténor à Lariboisière\nlorsque la brigade centrale des gros périodiques fait son entrée. A ce moment\ntoutes les injustices sont consommées. Les innocents ont eu le temps de succomber\net la prescription couvre les méfaits des larrons. Et l'inutile patrouille traverse la\nscène avec majesté.\nCette fâcheuse disgrâce ne doit pas pourtant nous faire méconnaître les avan-\ntages de ces rondes de nuit, l'opportunité de ces arrière-gardes ; on sait que ces\nretardataires provoquèrent parfois la révision de certains procès trop hâtivement\njugés, qu'ils recueillirent, soignèrent et guérirent tels blessés laissés pour morts\nsur le pavé, démasquèrent un gredin triomphant ou obtinrent la grâce d'un\ncondamné. Ces souvenirs glorieux suffiraient à justifier l'existence de cette corpo-\nration de \" serenos \".\nMais des motifs d'ordre psychologique doivent, en outre, nous rendre bien-\nveillants à ces paisibles gardiens de la paix musicale habitués à voir les bagarres\nde loin. Le bénéfice moral de ce léger recul se solde en philosophie et en indul-\ngence. Le critique sensible qui écrit son article au lendemain d'une première ne\nsaurait conserver un imperturbable sang-froid ; il vibre encore de tous ses nerfs\nau sortir de la représentation où il a emmagasiné l'électricité collective de la foule,\nil a dans les oreilles tous les propos de couloirs, le grincement infatigable de tous\nles jugements tranchants dont le déclic a fonctionné sans interruption pendant les\nentr'actes, le choc brutal du pic des démolisseurs de profession et le crissement\nsournois de la bêche maniée avec virtuosité par le meilleur ami des auteurs. Un\nmois après, tous ces bruits troublants se sont éteints et c'est dans un silence\nrassurant que l'on peut, avec d'assez sérieuses garanties d'équité, rassembler ses\nsouvenirs et coordonner ses impressions. Pour ma part, jamais je n'ai été plus\nsatisfait qu'aujourd'hui de jouer le rôle du Veilleur des \" Maîtres Chanteurs \" et\nde promener trop tard dans Niirenberg endormi, pendant que meurt au loin le\nmotif de la Bastonnade, l'humble rayon tremblant de ma lanterne clignotante.\nAu lendemain de la Roussalka, j'aurais pu en effet contrister M. Messager,\nM. Broussan, M. Clustine, M. de Dubor, M. Lucien Lambert, M. Aveline et\ntout le charmant essaim de nos libellules nationales, en racontant ingénument\n\" ce que mes yeux avaient vu \" la veille à l'Opéra. Mais les jours et les semaines\nont passé. L'indulgence qu'il convient d'avoir en 1912 pour les événements musi-\ncaux datant déjà de 1911 gouverne ma pensée et je suis bien résolu àne dire à\npersonne que ce divertissement chorégraphique m'a péniblement affecté, que le\nsujet, d'une banalité excessive, a été mis en musique avec une rare platitude et\nque, desservi sans doute par les circonstances, l'admirable Clustine n'a pas donné\nla mesure d'un talent qui n'est plus à démontrer. Je me plais au contraire à ima-\nginer que, depuis le soir de la \"générale \" tout ce désordre s'est avantageusement\ntassé, les valses lentes ont appris quelque élégance, les accents rythmiques se sont\ndésencanaillés, les danseuses ont fini par s'habituer à retrouver le temps fort et,\nrenonçant à toute ingéniosité d'interprétation personnelle se sont gentiment con-\ncertées pour adopter une mesure-type, par exemple celle que M. Paul Vidal, à"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.36", "texte": "LE MOIS\n5 5\n\nquelques pas de là curieuse coïncidence ! est précisément en train de battre\nau peuple noir des instrumentistes. Ce n'était rien mais il fallait y songer et pour\nla réalisation de cette pensée charmante de déférence, de ce geste où s'affirme la\ntouchante camaraderie qui régna toujours à l'Opéra, nous devions bien faire crédit\nde quelques représentations à ces turbulentes oiselles : accoutumées à entrecroiser\ncapricieusement leurs vols fous et à battre tumultueusement de leurs ailes de\nmousseline blanche les barreaux de la volière officielle dans un joyeux tourbillon,\nelles ne pouvaient évidemment pas apprendre la discipline en quinze leçons.\nSoyons bons pour les petits oiseaux.\nQuelle consolation également de pouvoir parler de Bérénice sans passion et\nd'oublier le morne après-midi de décembre où nous quittâmes l'Opéra-Comique,\nà la nuit close, silencieux et l'âme chavirée comme au sortir d'une cathédrale où\nse déroulèrent d'imposantes funérailles, les nerfs à vif et le tympan bourdonnant\nsous la vibration trop cruellement prolongée d'un orchestre ronflant avec la\nmajestueuse gravité d'un orgue affligé, le cœur douloureusement serré par la.\nsensation de l'irréparable et de l'éternelle vanité de l'effort ! Nous avons assisté\naux grandioses obsèques d'un art et quelques semaines de recueillement sont\ntoujours profitables à qui doit prononcer une oraison funèbre.\nOn a tout dit sur le \" cas Magnard \". L'isolement hautain d'un travailleur\nrespecté, son mépris affiché des concessions et des conventions parisiennes, la\ndignité d'une carrière poursuivie dans le silence et le recueillement en marge de\nla société hurlante et gesticulante des arrivistes à qui Paris appartient, ont réussi à\ninspirer aux spectateurs de Bérénice une déférence assez exceptionnelle en pareil\ncas. De tout temps, en effet, il s'est trouvé des gens prompts à s'exaspérer de\nl'éclatante vertu d'Aristide ! Le compositeur de Guercceur n'a pas soulevé cette\ninstinctive rancune : on ne lui a pas marchandé les épithètes de choix, celles qui\nne servent qu'une ou deux fois par siècle ; il demeure acquis, pour tout le monde,\nque son art est noble, pur, altier, loyal, vigoureux, sobre, saisissant, élevé, large et\nprofond. On en a même profité pour écraser d'un mépris anticipé les inoffensifs\npassants que tant de majesté laisserait insensibles. On a repoussé d'avance toute\nobjection, découragé l'analyse et anéanti le commentaire. Et c'est ainsi qu'un\ncritique vénérable, dont le misonéisme devient d'année en année plus tenace, a\nbalayé d'un geste tous ses contradicteurs éventuels en s'écriant, avec une hâte un\npeu maladroite : \" Ce qu'en diront certaines gens importe peu. \"\nEh bien, je voudrais aujourd'hui me faire l'interprète de ces \" certaines gens \"\nvouées au mépris public. Certes, cela importe bien peu, en effet, aussi peu que les\napothéoses préventives, mais comme je traduis, en la circonstance, l'opinion d'un\ncertain nombre de musiciens de ma génération, il n'est pas absolument inutile de\nmarquer le point.\nPrononçons tout d'abord les mots irréparables : certaines gens ont trouvé\nBérénice ennuyeuse. Elles ne nient pas la noblesse, la profondeur et la magnifi-\ncence de cette partition : elles se sont noblement, profondément et magnifique-\nment ennuyées, voilà tout. Cet ennui ne fut pas la lassitude de l'ignorant qui se"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.37", "texte": "56\nS. I. M.\n\nnoie à la dixième mesure d'un allegro de sonate, d'un andante de quatuor ou d'un\nfinale de symphonie, la bouderie de l'auditeur poussif qui renonce à suivre dans sa\ncourse fantastique, la pensée d'un compositeur trop audacieux. La pensée\nd'Albéric Magnard est simple et son verbe est clair. Aucune obscurité d'expression\nou d'intention, aucun dessous. Cet ennui procédait d'une autre cause. Il naquit de\nl'attristant spectacle d'une fausse conception lyrique, laborieusement soutenue,\ninterminablement développée, avec des moyens d'action assez médiocres et un\nidéal, au fond, singulièrement indigent. L'auteur, dans un manifeste qui est\ndevenu presque aussi célèbre que celui de Raoul Gunsbourg, a proclamé son\nintention d'adopter la formule wagnérienne, la seule qui, dans l'état actuel de la\nmusique, lui parut digne de remplacer celle qu'il se déclarait incapable de créer.\nPour avoir fait un tel choix il fut couronné par ses amis de fleurs nouées d'un\nruban tricolore et l'on ne se lassa pas de découvrir \" toutes nos belles vertus bien\nfrançaises \" dans ce tranquille essai d'importation.\nEn vérité la plaisanterie est un peu forte. Albéric Magnard a toujours voulu\nignorer l'histoire contemporaine. Le présent est devant ses yeux comme s'il n'existait\npas. Ce singulier état d'âme explique évidemment bien des choses et pourrait lui\nassurer le bénéfice de circonstances atténuantes mais il justifie mal l'enthousiasme\nde ses admirateurs. Dédaigner à ce point les leçons de l'histoire et mépriser ainsi\nl'apport décisif de certains de nos génies créateurs devient presque de l'imper-\ntinence. Il est des ignorances coupables. Aller chercher à Bayreuth une formule\nactuelle de lyrisme alors qu'un Debussy, petit-fils de Rameau fait quotidiennement\nau public français un cours d'esthétique théâtrale extraordinairement brillant où il\nexalte les qualités de finesse, de mesure, de goût et de tact qui sont le plus clair\nde notre héritage national, c'est assurément abuser un peu de la patience de ses\ncompatriotes. S'en tenir systématiquement à une conception notoirement périmée,\nnier l'évidence en présence des progrès accomplis, récrire - avec une autre\nmusique et recommencer trois fois le duo de Tristan, traiter l'orchestre con-\ntemporain après Rimsky ! comme un gigantesque harmonium, le condamner\nà une polyphonie pâteuse et à une pesante monotonie de timbres, méconnaître le\ngénie de la langue française en la contraignant à une éloquence d'apparat qui n'est\npas de chez nous, élargir jusqu'à le briser le rythme discret et subtil de nos mots,\nsi récemment libérés d'une servitude séculaire, en les étirant sur le chevalet d'une\nprosodie impitoyable, traiter \" par augmentation \" la fine et confidentielle musique\nde nos inflexions, la dépouiller de ses délicates nervures et la remplacer par une\nmassive mélodie que sa générosité n'empêche pas d'être cruelle à notre \" doux\nparler \" si précieusement nuancé, vouloir acclimater au théâtre un accent tonique\nd'importation, le marquer fortement à la façon des métreurs de vers latins, et se\nflatter ingénument d'avoir fait acte de traditionnalisme et de classicisme, voilà des\ntitres assez médiocres à notre reconnaissance.\nMais ce n'est pas tout : cette réalisation systématique n'est pas seulement\nimportune par son dédain des vertus d'intelligence et de clairvoyance qui font la\nforce élégante de l'art contemporain, elle est encore pour ce dernier un danger"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.38", "texte": "LE MOIS\n57\n\nimprévu. Bérénice, pour certains critiques, pour une grande partie du public et\npour maint directeur de théâtre représente, au même titre que Pelléas, la musique\nmoderne, la science, la dissonnance, la complication et l'énigme sonore qu'on se\nplait à fuir d'instinct. On va pouvoir accabler un art innocent sous le poids des\ndéfauts de cette lourde tragédie. Les profanes railleront les initiés : \" Votre\nMagnard et votre Debussy \" diront-ils avec amertume, réunissant dans la même\nréprobation deux noms qui leur sont également suspects pour des motifs bien\ndifférents. Ainsi une œuvre de réaction pourra compromettre aux yeux des igno-\nrants l'éclosion si attendue d'un exquis renouveau. Il y a déjà trop d'honnêtes\ncitoyens qui s'imaginent que le monde où l'on s'ennuie est celui des jeunes musi-\nciens de France !\nIl convient donc de séparer nettement la cause de l'art français de cet essai\nisolé, de cette tentative lyrique rétrospective qui ne se réclame officiellement que\nde traditions défuntes et d'une esthétique classée déjà depuis un quart de siècle\nparmi les curiosités de bibliothèques et de musées. Il est facile de remarquer\nd'ailleurs l'attitude significative des admirateurs de Bérénice : bien peu d'entre\neux ont résisté au plaisir de décocher à ce qu'on est convenu d'appeler le moder-\nnisme, le coup de pied sournois qui soulage leur irritation et leur rancune de\nconservateurs impénitents. Remercions-les de leur franchise qui permet d'éviter\ntout malentendu. Il est aussi absurde de prétendre, comme on l'a fait, que l'on ne\nsaurait se détourner de Magnard sans tomber dans les bras de Mascagni que de\nreprésenter, comme on va le faire, l'échec de \" Bérénice \" ruinant d'avance toutes\nles recherches musicales du théâtre lyrique de demain. Cette réserve faite, mon\nrôle d' \" avocat du diable \" est terminé et je n'ai plus qu'à saluer très profondé-\nment un artiste qui, par sa sincérité et sa loyauté évidentes, force l'estime et le\nrespect de ses adversaires. Et je me hâte de céder la place aux plus illustres de\nmes confrères qui attendent, à la page suivante, l'encensoir en main, le moment\nd'entrer en scène. Et l'on m'aura vite pardonné mes propos amers en voyant\ns'élever aux pieds de la petite reine de Judée les colonnes de fumée aromatique\naux nobles volutes et en écoutant le grésillement joyeux des grains de myrrhe ou\nd'encens jetés par poignées sur les braises incandescentes !...\n\nEmile Vuillermoz"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.39", "texte": "REVUE DE LA PRESSE QUOTIDIENNE\nBÉRÉNICE\nLA LIBERTÉ\nNotre époque n'aime que la violence,\nla névrose, ou la bassesse. Ce qui destin-\ngue cette musique entre toutes, ce qui\nmarque son originalité extraordinaire\nqu'on ne verra peut-être pas tout de\nsuite, parce qu'elle est dans la pensée\nmême, et non pas dans de petites curio-\nsités d'harmonie ou d'instrumentation,\nc'est la combinaison si sûre et si aisée\nd'une action et d'un dialogue exactement\nsuivis avec les formes mêmes de la musi-\nque pure. Wagner faisait, disait-il, \" cou-\nler dans le drame le torrent de la sym-\nphonie. \" Par sa nature toute intérieure,\npar le caractère expressif de l'harmonie\net la polyphonie particulière de l'écriture,\nc'est plutôt du quatuor que procède la\nmusique de Bérénice. Et les tons chauds\net soutenus de l'orchestre, par leur unité\nmême, font encore penser au quatuor.\nJamais sensibilité ne s'est exprimée avec\nune éloquence plus directe5 jamais \"écri-\nture \" n'a produit une plus belle matière.\nQu'une œuvre si générale, qui dès sa\nmonumentale ouverture —se rattache\nimmédiatement à Beethoven et cependant\nest neuve en sa forme comme en son\nesprit, ait pu se produire dans notre mi-\nlieu, si indépendante de sa mode et de\nson opinion, en vérité cela est un pro-\ndige.\nGASTON CARRAUD.\nLE FIGARO\nLa musique se donne libre cours, cette\nmusique noble et émouvante, née avec\nle poème et qui ne pouvait, par consé-\nquent, le trahir. Conçue par un artiste\nqui peut s'enorgueillir de ses goûts tout\nclassiques et de sa culture musicale toute\ntraditionnelle, la partition de Bérénice\nprésente des qualités d'imagination, une\npuissance émotive, une richesse de moy-\nens techniques, une solidité et une dig-\nnité qui ne fléchissent en aucun moment.\nPeut-être par sa tenue même, peut-être\nen raison de l'immobilité relative de\nl'action, cette partition dégage-t-elle une\nimpression non pas précisément de lon-\ngueur, mais de lenteur, ce qui n'est pas\ntout à fait la même chose.\nGABRIEL FAURE.\nJOURNAL DES DÉBATS\nmmaiß it unOAßïs\nAlbéric Magnard s'est rapproché de\nWagner, mais en passant par M. Vincent\nd'lndy, car il a reçu profondément l'em-\npreinte de son maître, et cette préoccu-\npation constante de la forme classique\nalliée à cette ampleur harmonique et\nsonore, cette agglomération très solide-\nment effectuée de tous 1 es éléments vocaux\nou orchestraux, cette rectitude dans les\nprincipes et cette fermeté dans leur\napplication sont absolument communes\nau maître et au diciple. Il règne donc\ntout le long de cette partition de Bérénice\nun souffle, émanant de l'auteur de Tristan\nou de celui de Fervaal, qui n'entraîne\njamais le compositeur à quelque imita-\ntion formelle et flagrante, mais qui le\nsoutient durant trois grands actes, dont\nla contexture symphonique, très serrée,\ndécèle un artiste formé par l'étude des\ngrands maîtres classiques. Peut-être\nmême cet édifice nous paraîtrait-il un\npeu trop massif, les voix ne jaillissant\npas toujours très en dehors de la masse\ndes instruments, s'il ne se trouvait çà et\nlà des points lumineux qui frappent\nl'oreille ou fixent les regards, comme on\nvoudra dire, des auditeurs que l'auteur\nse soucie le moins de captiver.\nADOLPHE JULLIEN.\ng % Mil\nLa partition n'emprunte rien au pro-\ncédé de déclamation syllabique dont nous\navons eu trop d'exemples depuis quelque\ntemps et dont on commence à se lasser.\nElle est franchement mélodique, dans le\nsens exact que Wagner attribuait à ce\nterme, et elle est aussi conséquence\nobligée du style qu'elle emploie nette-\nment polyphonique : son orchestre et ses\nvoix ne cessent de chanter. Mais elle n'a\nde Wagnérien que l'aspect, que la con-\nstruction symphonique et thématique.\nElle est infiniment plus sobre, plus rude,\nplus concentrée, plus compacte çà et là,\nque celles de Wagner, et elle reste abso-\nlument libre de formes et d'idées. Elle\nunit la tradition classique à l'innovation\nmoderne sans être jamais ni surannée, ni\nextravagante. La raison, la volonté la\ndominent et l'animent. Elle a une no-\nblesse d'accent, une hauteur d'expression\nune force pathétique, une éloquence mu-\nsicale que ne peuvent nier même ceux\nqui, au premier contact, l'ont malaisé-\nment pénétrée, et qui, peu à peu, la com-\nprendront mieux,en goûteront pleinement\nles exceptionnels mérites.\nALFRED BRUNEAU*\nrtërtair\nCe qui caractérise la musique de M*\nMagnard, c'est la fière délicatesse de la\nsensibilité et pour ainsi parler la cha-\nsteté de l'expression. Un souci de réserve\net de pudeur l'éloigné de toute emphase,\nde tout effet appuyé. On peut même\ncroire, au premier abord, que cela est plus\npensé que senti. Mais l'émotion en quel-\nque sorte voilée n'en apparaît enfin que\nplus intense. L'intérêt dramatique et la\nqualité musicale grandissent d'acte en\nacte.\nDois-je louer encore la justesse et la\nvigueur de la déclamation, la finesse et\nla fermeté de l'orchestration, si savante\net si discrète, dont la discrétion même\nprête aux touches plus colorées tant de\nsaveur et de force expressive ? On repro-\nchera au bel et noble ouvrage de M.\nMagnard d'être un peu ardu: en musique,\nc'est un reproche inévitable au début pour\ntout ce qui sort de la banalité courante :\nmais si l'on veut bien consentir au petit\neffort d'attention nécessaire et notam-\nment s'accorder une seconde audition, on\nn'aura pas à s'en repentir.\nPAUL SOUDAY.\nL'ECHO OE PARIS\n¥\nA M. Albéric Magnard remonta aux\nsources les plus pures de la musique.\nTrempé dans les eaux lustrales des der-\nniers quatuors de Beethoven, il projeta\nde créer une nouvelle forme d'art : il\nvoulut unir notre tragédie classique, musique\nde chambre de la littérature, avec une mu-\nsique qui serait une musique de chambre du\ndrame lyrique moderne.\nIl n'y a qu'à tirer les conséquences\ncontenues dans la formule que je viens\nde vous proposer.\nQuel sera le style musical ? Un\nstyle de musique de chambre ; donc il\nn'admettra que les idées mélodiques les\nplus belles et les plus hautainement ex-\npressives, et leur donnera, comme cortège"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.40", "texte": "LE MOIS\n59\n\nou comme support, non pas un remplis-\nsage harmonique quelconque, mais bien\nl'accompagnement le plus mélodieux et\nle plus chantant de voix réelles,\nAutre conséquence de notre formule:\nquel sera le chant confié aux acteurs ? Ce\nsera un dessin mélodique sans cesse com-\nmandé par les dessins de l'orchestre ou\nles commandant à son tour.\nAutre conséquense : quel sera l'or-\nchestre? Un orchestre à base de quatuors.\nLa variété, la vie, et même la couleur,\nseront donc obtenues surtout par Vécriture\ndes cordes, plus encore que par l'emploi\n«hatoyant des autres instruments. Et\ncela ne veut nullement dire que l'instru-\nmentation ne soit moelleuse et chaude.\nMais elle ne comporte aucune bariolage\nparasite.\nADOLPHE BOSCHOT.\nSe S ttmpo\nBérénice n'est pas un œuvre ordinaire.\nElle a pour premier trait d'être le\ndrame musical le plus classique, par le\nsentiment et par le style, qui ait paru\ndepuis Gluck. N'entendez pas par-là que\nBérénice soit une œuvre sagement ou in-\ngénieusement académique, qu'elle imite\nles procédés et reproduise les formules\ndu classicisme. Tragédie en musique, elle\nn'a rien de commun avec les tragédies\nlittéraires qui, durant tout le dix-huitième\nsiècle et dans les premières années du\ndix-neuvième, pensèrent être classiques\nparce qu'elles imitaient assidûment les\nprocédés extérieurs de l'art racinien. Bé-\nrénice est en tout contraire à ces travaux\nsuperficiels, conventionnels et sans vie.\nCe qu'elle a de classique, c'est son essence\nintime, et la pensée qui l'a conçue. On\nvoit ici un musicien, dont l'esprit com-\nprend et possède fortement les principes\nd'ordre d'unité, de simplicité, de sobriété\nqui sont les principes même de l'art\nclassique, entreprendre de produire une\nœuvre tout inspirée de ces principes, non\npas en empruntant aux illustres mo-\ndèles d'autrefois leurs formes et leurs\nformules, leur langage et leurs moyens\nd'expression, mais en créant, avec les\nmoyens d'expression de son temps, une\nforme et une style qui aient les mêmes\nqualités de sobriété, d'ordre et d'unité,\nune forme et un style aussi classiques que\nfurent ceux des maîtres. On le voit im-\nposer à son sentiment et à son émotion\nla même loi d'harmonie, de noblesse, de\nréserve, de pureté, qu'observaient les\nécrivains et les artistes de la grande épo-\nque française. Ce n'est pas l'apparence et\nle vêtement classiques qu'il restitue, c'est\nl'âme qu'il ressuscite. Et bien loin que\nson art soit un art de réaction et d'imi-\ntation, il n'a guère été écrit de nos jours\nd'œuvre plus neuve et plus originale que\nBérénice, C'est ce double caractère de\nnouveauté et de tradition, aussi vivement\net fortement marquées l'une que l'autre\nqui rend Bérénice unique parmi les ouvra-\nges lyriques d'aujourd'hui, et qui fait sa\nvaleur particulière.\nPIERRE LALO.\nLE JOURNAL\nLa musique de M. Magnard est supé-\nrieurement écrite, mais ce n'est certai-\nnement pas de la musique poétique. Ce\nn'est pas seulement parce qu'elle manque\nde \" rimes \", c'est aussi parce qu'elle\nmanque de poésie. Non, certes, de poésie\nintérieure bien au contraire : elle\nporte, elle broie infatigablement dans ses\nremous serrés, incessants et innombrables\nune somme immense de sentiment, je\ndevrais dire de sentiments, car elle les\nrecèle tous, soit en germe, soit en état\nd'évolution, tantôt isolés, développés,\nexaspérés, tantôt unis les uns aux autres\net de combinaisons à la fois logiques et\npassionnées, et cette sorte d'amalgame\nabstrait finit par exhaler je ne sais quelle\natmosphère psychologique, je ne sais\nquel intangible parfum intellectuel. Mais\nla poésie, la poésie telle qu'on l'entend\ncouramment, cet élément d'émotion qui\naffecte l'âme par le moyen des sens et\noù le monde visible et palpable a une\npart, échos de la nature, reflets d'un ciel,\ninfluence d'un lieu, d'une heure, d'une\nambiance environnante, cette poésie-là\nest absente de la musique de Bérénice.\nREYNALDO HAHN."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.41", "texte": "6o\nS. I. M.\n\nLes Concerts Dominicaux\nJe suis fort embarrassé... Il faut que je parle du Concert Colonne et je ne trouve rien à\ndire. En effet, le programme se composait du morceau symphonique de Rédemption sur lequel\ntout a été dit, de la symphonie en ré mineur (du même auteur) sur laquelle tout a été dit, et de\nfragments de Parsifal sur lesquels tout a été dit et redit cent fois... Il faut pourtant que je\ntrouve quelque chose ! Eh bien, si je disais, par exemple, que le morceau symphonique de\nRédemption est une de ces pages dont la beauté s'impose si fortement et si nettement à l'âme,\nque tout ce qu'on en a pu dire était superflu et que c'est une singulière manie que de vouloir\nexpliquer longuement ce qui doit non se comprendre mais se sentir ? Ce ne serait peut-être pas\nun trop mauvais commencement et m'amènerait à ajouter que si jamais musicien se prêta peu à\nl'exégèse, c'est bien César Franck. Ses \" intentions \", dès qu'on veut les pénétrer, en suivre\nl'évolution et le développement, apparaissent assez puériles ; le plan, chez lui, est traditionnel\net n'a rien qui déroute ; en dépit des commentateurs et de l'habileté qu'ont ces sortes de gens\npour rendre obscur ce qui est clair, et ardu ce qui est aisé, je tiens Franck pour un génie\nimpulsif ou, si l'on préfère, inspiré, inconscient, pour un Parsifal de la musique. Je ne l'ai\npas connu personnellement ou guère. Mais d'après ce que je tiens de plusieurs personnes qui\nl'ont beaucoup fréquenté, il aimait la musique ingénument, d'un cœur largement ouvert et\nsans préoccupations dogmatiques. Je ne m'explique pas que devant son œuvre, si candide, si\ndirecte et, par surcroît, si mélodique, tant d'incompréhension et d'animosité aient pu s'élever\nque, par exemple, Gounod lui-même, si intelligent et toujours à l'affût de la Beauté ait\nformulé sur la Symphonie une appréciation violente et injuste. Mais je m'étonne encore davantage\nde ce qu'aujourd'hui toute une Ecole ennemie de l'émotion, de la grâce, de la tendresse\ntouchante, de l'abondance du cœur, de l'expansion spontanée, puisse se réclamer de César\nFranck, dont l'âme n'était que flamme et qu'amour, de Beato Angelico, de ce François d'Assise\ndes sons !\nBientôt Parsifal tombera dans le \" domaine public \". C'est un malheur. Il aurait fallu\nque cette œuvre demeurât, jusqu'à un certain point, mystérieuse et lointaine. D'abord à cause\nde l'illusion qui s'attache aux choses plus ou moins inaccessibles et de la vague exaltation que\ncette illusion entretient dans l'âme. Et aussi parce que, malgré les nombreuses fautes de goût\nqui déparent à Bayreuth la mise en scène de Parsifal et les lacunes dont y souffre la difficile\ninterprétation de cet ouvrage, à présent que les grands artistes de la première heure ne sont\nplus là, il ne sera pas possible d'obtenir, dans les théâtres ordinaires où régnent toujours l'agi-\ntation, la hâte et, quoiqu'on fasse, le désordre, cette cohésion, cette sérénité, cette ardeur\nextatique, cette abdication de tout orgueil et de tout souci vulgaire qui confèrent aux représen-\ntations de Bayreuth un prix inestimable et dont Parsifal ne saurait se passer. Toutes les\nentreprises internationales et interlopes \" auront leur petit Parsifal \", et il suffira de très\npeu d'années pour que disparaissent entièrement les traditions, essentielles dans une œuvre\ncomme celle-là, et jusqu'aux nuances élémentaires et indispensables. Parsifal, alors, fera partie\ndu répertoire, sera joué dans ce mouvement moyen, uniforme, et dans ce style sans accent qui\nconsacrent un jour ou l'autre et à jamais les opéras heureux ; qui servent à Carmen, à\nManon, à Faust, àla Vie de Bohême, à bien d'autres encore et qui, lorsque M. Debussy sera\nmembre de l'lnstitut, régiront également l'exécution de Pelléas et Mélisande. Il n'en est pas\nencore ainsi et quand on joue Parsifal au concert, on s*applique. On s'est donc appliqué l'autre\nDimanche et l'audition m'a paru fort bonne. Mme Litvinne déploie dans Kundry une puis-\nsance et un charme extraordinaires : M. Van Dyck possède le rôle du chaste fou jusqu'en ses"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.42", "texte": "LE MOIS\n6i\n\nplus infimes parcelles. Un sextuor de voix charmantes où brillaient surtout celle de MUe Vallin,\nlimpide comme le diamant et celle de Mlle Doerken, chaude comme le rubis, chanta de façon\ndélicieuse la scène immortelle des Filles-Fleurs. Je ne connais qu'une évocation florale com-\nparable à celle-là : c'est un petit chœur de Brahms conçu en forme de chanson populaire\nSchon ist der Sommer\". Walter Crâne lui-même n'a jamais rien imaginé de plus juvénile et\nde plus ensoleillé.\nREYNALDO HAHN.\nUn concours de circonstances assez curieux a fait apparaître presque en même temps sur\nl'affiche de nos deux sociétés de concerts deux symphonies signées Widor et Guilmant. Ce\nrapprochement inattendu de nos deux grands maîtres de l'orgue surpris dans leurs fonctions de\ncompositeurs est éminemment instructif. C'est, une fois de plus, l'éternelle aventure d'lngres\nen flagrant délit de mélomanie.\nLa nature a doué Ch. M. Widor de mains robustes et de pieds puissants et l'a prédestiné\nà la carrière de dompteur des claviers d'ivoire et de bois. De la pointe et du talon, il parcourt\nson pédalier avec une surprenante agilité et ses doigts savent bondir sur les escaliers mélodieux\ndu \" positif \" du \" grand orgue \" ou du \" récit \" pour y dérouler, y attacher et y enchevê-\ntrer les lignes capricieuses d'un classique contrepoint. Mais cette gloire n'a pas semblé\nsuffisante au brillant organiste de St. Sulpice qui a voulu s'illustrer dans une branche de l'art\npour laquelle la bienveillante nature ne semble pas l'avoir aussi libéralement comblé de dons\nprécieux. Les œuvres de Ch. M. Widor semblent n'avoir pas d'autre raison d'être que de\ndémontrer à l'univers qu'il n'est pas utile d'avoir une belle voix pour donner d'excellentes\nleçons de chant et qu'il n'est pas nécessaire d'écrire des chefs-d'œuvre pour bien enseigner\nla composition.\nLa Symphonie Antique que vient de nous révéler Pierné pourra servir d'illustration à cet\naxiome. Construite sur un thème qui a déjà joué dans l'histoire un rôle cyclique puisqu'il s'agit\ndu chant de triomphe de Sophocle au soir de Salamine, devenu plus tard grâce aux librettistes\nAmbroise et Augustin le \"Te Deum \" des jubilations chrétiennes, cette œuvre présente une\narchitecture compliquée. Elle a une infrastructure littéraire assez développée ; elle prétend\n\" faire revivre à la fois dans leurs images musicales, unies ensemble par la continuité de leur\nenchaînement historique, la Grèce païenne des temps classiques et la Rome chrétienne des\npremiers siècles \". Mais, chemin faisant, elle aborde d'autres sujets : certains de ses thèmes\nsont \" lapidaires \", d'autres \" expressifs et humains \" ; tantôt nous assistons au \" triomphe de\nla passion \", tantôt à un retour vers l'austérité ; voici une procession qui se met en marche\nsur les conseils de la clarinette et du hautbois qui chantent alternativement les versets du\n\" Lauda Sion \" : les vierges gravissent lentement la colline où s'élève en pleine lumière le\ntemple ; le peuple se précipite joyeusement au Colisée... etc.\nLe travail musical n'est pas moins minutieux. Les thèmes qui portent toutes les lettres\nde l'alphabet, se fragmentent, se démontent, s'emboîtent, se superposent et se renversent. Tout\ncela grouille comme un nid de vipères et dès que l'auteur sectionne un de ses dangereux\nmotifs on en voit immédiatement les tronçons s'agiter frénétiquement et s'empresser à la\nbesogne comme les débris du balai magique après le coup de hache de l'apprenti-sorcier.\nTout cela se présente assez pauvrement éclairé par une instrumentation sans saveur, hachée\nde batterie intempestive, trouée de glockenspiel, de triangle et de tambour basque absolument"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.43", "texte": "6 2\nS. I. M.\n\ninjustifiés ; c'est, dans un fracas d'usine en pleine action, une vision d'atelier d'ajustage, de\nfonderie et de laminage, où la matière musicale est travaillée de mille manières, découpée par\ndes machines-outils et débitée industriellement ; besogne de contremaître sans enthousiasme et\nsans beauté. Un seul instant de vénusté : un emprunt textuel au \" Requiem \" de Fauré qui\nravit et surprend comme une fleur oubliée entre les pavés de cette manufacture. Cette citation\ndu \" Libéra \" et cette évocation inattendue du directeur du Conservatoire en pleine symphonie\nde Widor ! Quelle singulière allusion ! Quel vœu ou quelle menace ?...\nRien de semblable dans l'honnête travail du doux patriarche de Meudon. La\nde Guilmant est toute douceur, toute bonhomie et toute simplicité. Des dessins mélodiques\nd'une candeur attendrissante, des cadences prévues, une éloquence facile, un style de bonne\ncompagnie font de cet ouvrage, d'ailleurs assez court, un aimable intermède. Aucune prétention\nlittéraire ou extra-musicale, ni vierges ni lévites, ni Colisée ni problèmes philosophiques : un\ncalme devoir d'harmonie terminé par une double fugue assez laborieusement conduite et c'est\nassez pour satisfaire ceux que ne passionnent pas les divertissements intellectuels des mandarins\nde la composition. D'ailleurs Guilmant a eu le mérite de rechercher les rapports heureux qu'un\norganiste pourrait faire naître entre son instrument et l'orchestre. Il en a laissé d'agréables\nexemples : tel passage où les cordes graves préparent l'entrée insensible des violes de gambe,\ntel autre où le timbre velouté d'un cor-solo se noie dans le halo scintillant des voix célestes\nqui font vibrer l'air sur la tête des spectateurs comme au-dessus d'un brasero, sont d'intéres-\nsantes notations instrumentales qu'il faudra retenir. Et la débordante bonté qui se révèle dans\ncette œuvre sans prétention est une qualité si rare et si précieuse qu'il faut tout pardonner à\nun auteur qui en emporta le secret dans la tombe et oublia d'en léguer la moindre parcelle à\nses confrères.\nINTÉRIM.\n\nConcerts divers\n\nLe public deviendrait-il sensible aux évocations de l'art ancien et se laisserait-il émouvoir\npar le charme prenant de la Chanson du XVIme siècle ?Le succès prodigieux du dernier con-\ncert des Chanteurs de la Renaissance tendrait à le démontrer. Des acclamations enthou-\nsiastes et des bis sont venus récompenser Henry Expert de son zèle et de son prosélytisme\ninfatigables. Costeley, Nicolas Martin, du Caurroy, Lassus, Purcell, Rameau, M. Dolmetsch,\nson clavecin et son clavicorde furent réunis dans la même ferveur admirative.\nUne vive curiosité et une indiscutable sympathie accueillirent la première manifestation,\ntrès moderne au contraire, des suffragettes de PU. P. P. C. Le concert d'orchestre qu'elles\ndonnèrent sous la direction infaillible de Rhené Bâton fut extrêmement brillant. Peut-être ce\ngeste démonstratif eut-il pu être plus décisif si l'orchestre et le programme avaient été mieux\ncomposés et si les audacieuses amazones avaient choisi un idéal plus haut que celui qui soutient\nl'inspiration de M. de Saint-Quentin, mais il faut encourager cette nouvelle forme du féminisme\nsans aucune restriction.\nLe Magnificat de Bach et le Judas Machabée de Haendel formaient le fond du premier\nconcert mensuel de la Scliola. Si l'oratorio de Haendel manqua un peu de cette force fréné-\ntique, de cette fougue guerrière et sauvage qui doivent animer ces scènes bibliques, le Magni-\nficat, par contre, bénéficia d'une interprétation de premier ordre. L'orchestre, sous la direction\nattentive de Vincent d'lndy, se montra excellent mais les chœurs firent preuve d'une indécision\ncoupable."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.44", "texte": "LE MOIS\n63\n\nLe 22 décembre la Scholarendait également à Philippe-Emmanuel Bach, un hommage méri-\nté. C'est chose bien rare chez nous qu'un festival en l'honneur de Bach fils. On a tort de consi-\ndérer cet intelligent novateur comme un ancêtre inutile, comme un simple point de départ.\nSon oratorio des \" Israélites\",conduit avec goût par Marcel Labey, sa brilamment jouée\npar Vierne, son concerto de violoncelle dévolu à l'autorité de M. Pitsch, enfin et surtout sa\nsymphonie en ré,nous le montrent sous l'aspect d'un moderniste convaincu, et que ses contem-\nporains ont pu féliciter \"d'avoir daigné offrir\naccessible\". L'estampe ci-contre qui est du XVIIIe siècle, nous révèle la physionomie de ces\nfameux \" Concerts privés \" organisés par Philippe-Emmanuel, où le roi flûtiste, Frédéric\nle Grand, après avoir mis la main à quelque Règlement sur /'exercice et la formation de l'infan-\nterie \", se plaisait à l'un des 299 concertos composés à son intention.\nA la Société Bach, M. Gustave Bret a formé un chœur excellent et un bon orchestre.\nOn chante clairement, et on joue avec précision, sous sa direction. Ces qualités sont vraiment\nles premières, quand il s'agit de faire entendre cette musique aux lignes entrecroisées. En outre,\nles plans sont parfaitement distincts; dans l'air avec les hautbois (17e dimanche après la\nTrinité, B. G. 148) et dans la berceuse de Noël, le chant a toujours commandé, et les instru-\nments n'ont répété les pures vocalises, ou les appels émouvants de l'alto, qu'avec la discrétion\nla plus respectueuse. Enfin, l'accompagnement de l'orgue était confié à M. Albert Schweitzer,\ndont les beaux travaux nous ont montré quelle connaissance et quel amour il avait de Bach.\nL'exécution fut, musicalement, irréprochable. Elle l'aurait été, de toute manière, si les musiciens\nde notre temps consentaient, plus volontiers, à suivre la discipline de l'art ancien. Elle est un\npeu austère, et n'admet point notre richesse. S'il est très agréable d'entendre les hautbois dans\nun motet écrit pour les voix et la basse continue, il est encore plus agréable d'entendre l'œuvre\ntelle que Bach l'a composée (Jesui meine Freude); et, s'il est très ingénieux de prendre, dans\nplusieurs cantates, les éléments d'une \" Cantate de l'Avent \", il est encore plus sage de donner,\ntout simplement, l'une de celles que Bach a préparées, à sa guise.\nNous n'étonnerons personne en affirmant que l'art chrétien est bien pauvre aujourd'hui\ndans nos églises ; il est même trop souvent de mauvais goût. Aussi est-ce une très belle tâche\nque celle que la Société St. Jean, dont M. Henry Cochin est le président, a entreprise en\norganisant dernièrement au pavillon de Marsan, une exposition où se trouvait réuni \" tout ce\nqui appartient à l'Eglise, tout ce qui peut figurer dans l'Egise \". A côté de l'art décoratif\nchrétien, une autre chose aussi est à améliorer à l'Eglise : c'est la musique ; on ne saurait trop\nle dire, car tout le monde n'en est pas encore convaincu ! Et cependant la vraie musique\nreligieuse est là qui attend pour remplacer la fausse. C'est ce qu'a démontré victorieusement\nM. Vincent d'lndy. Et dans la salle même où étaient exposées les œuvres décoratives, salle qui\nse prêtait à merveille à une telle musique, il dirigea des chants grégoriens et des œuvres pieuses\net graves de C. Franck, Paul Jumel, l'abbé Boyer, F. de la Tombelle, A. Gastoué, Vincent\nd'lndy, Louis de Serres, Chausson, Guy-Ropartz, Saint-Requier, l'abbé Perruchot, Dom Joseph\nPothier, Ch. Bordes. On écouta respectueusement et aucun applaudissement ne vint troubler\ncette heure de recueillement. Pour un moment le pavillon de Marsan devint un lieu saint et\nc'est la musique qui avait accompli ce miracle...\nIl convient toutefois de remarquer, que toute la musique exécutée dans ces Séances,\nn'atteignait pas d'idéal religieux qu'on peut et qu'on doit se proposer à l'Eglise. Le Père\nLambillotte n'est pas encore absolument banni de nos cantilènes sacrées, et la banalité sévit\nencore heureusement ici plus qu'on ne le voudrait. Enfin, on ne peut encore critiquer certaines\npratiques, par exemple, celle qui consiste à chanter des alléluia \" en répons \" et à fabriquer du\nchant Grégorien moderne."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.45", "texte": "64.\nS. I. M.\n\nLa Société Hsendel continue la série de ses courageuses révélations. La première\nséance de cette saison fut entièrement consacrée àla musique de chambre du XVIIIme siècle.\nL'événement sensationnel fut l'exécution par un double trio à cordes d'une sonata a tre (1742)\nde G. Sammartini dont YAndantino annonce les symphonies Elyséennes de Gluck et d'un\ntrio de Johann Stamitz, d'une fougue puissante, d'une verve intarissable, d'une richesse mélodi-\nque et harmonique qui révèlent le musicien de génie. Ces deux œuvres d'un intérêt capital\nfurent conduites avec cette véhémence, ce sentiment, cette précision rythmique qui sont les\nqualités maîtresses de Raugel et fait de lui un des premiers chefs d'orchestre d'aujourd'hui et le\ndigne élève de Weingartner. Nous entendîmes aussi Madame Jane Arger chanter de délicieuses\ncantates de Morin, Clérambault, Gervais, Rameau et M. de Bruyn jouer avec une étonnante\nvirtuosité une suite pour la viole de gambe de Marin Marais. Enfin Mademoiselle Delcourt\nremporta un vif succès en exécutant en perfection de délicates et poétiques pièces de clavecin\nde Couperin et de Rameau. Ce fut vraiment une exquise soirée...\nLe splendide trio Cortot-Thibaud-Casals émerveille une fois de plus les abonnés de la\nPhilharmonique par sa parfaite interprétation de Schubert, Mozart et Beethoven,tandis que\nle duo Enesco-Risler transporte d'extase les habitués des Soirées d'Art par de magistrales\ntraductions de Mozart, Grieg, Franck et Saint-Saëns.\nSous la direction d'Alfred Casella, les concerts Hassellïians ont repris contact avec le\npublic. Ils ont remis en lumière la tumultueuse symphonie en mi bémol d'Enesco, composition\npassionnée, expressive et profonde qui mélange tous les styles existants et roule dans ses flots\ndéchaînés tous les éléments d'un chef-d'œuvre, la Pavane de Ravel, nostalgique et aristocratique\net l'étincelante Italia de Casella, merveilleuse rhapsodie populaire où s'exprime toute l'âme\nfrénétique de Naples et toute l'âpre mélancolie de la Sicile dans un feu d'artifice instrumental\nallumé par le plus adroit et le plus ingénieux des Ruggieri de la jeune école.\nToujours habiles à composer des programmes de premier ordre, Engel et Bathori\nattirent à l'Athénée St-Germain tous les musiciens avides de s'instruire ; les quatuors\nParent, Sangra, Lefeuve et Grodebski se font une courtoise concurrence en se\ndisputant la faveur du public méditatif ; le trio Bailet donne d'intéressantes promesses et\nMlle Peutray fait applaudir une belle voix étendue et bien timbrée. Sans redouter les pro-\ntestations inévitables des empêcheurs d'arranger en rond, Mlle Renée Lenars et M. Joseph\nBizet ont eu l'audace de transcrire pour harpe chromatique et harmonium les pages les plus\ninattendues : Beethoven, Weber, Berlioz et Debussy ont eu la surprise de se voir ainsi\naccommodés pour la plus grande édification de l'auditoire.\nD'autres et d'autres encore dépensent dans tous les quartiers de Paris un talent incontes-\ntable et une louable énergie avec des fortunes diverses. Mais ils sont trop. Que l'abnégation de\nl'anonymat ne leur paraisse pas trop amère : dans le chœur mystérieux de ses prêtres inconnus\nla musique reconnaîtra toujours les siens.\n\nG. K.\n\nLa Province\n\nConcert d'orchestre, concert de quatuor, concert de musique de chambre pour instruments\nà vent, l'archet de M. Lederer, la belle voix de Jane Hatto, les œuvres de Haydn, Mozart,\nBeethoven, Mandelssohn et d'lndy, voilà ce que trouve le voyageur charmé que le hasard\nconduit à Belfort. Et s'il pousse jusqu'à Vesoul il sera récompensé de cet effort par une\nconférence de M. Riotor sur l'Art à l'Ecole illustrée par l'orchestre de M. Lanzoni."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.46", "texte": "P. Haas del. et Scupsit Berolini\nPhilippe-Emmanuel Bach accompagnant au clavecin Fréderic le Grand"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.47", "texte": "LE MOIS\n65\n\nQui se douterait que Grray plus favorisé que Paris, possède une société Philharmonique\nriche d'un orchestre bien dirigé par M. Thevenin et de chœurs mixtes disciplinés et que\nDouai s'enorgueillit d'une Salle Gothique que Louis Duttenhofer et Charlotte Moreau\npeuplent de souvenirs heureux ?\nRisler traversa Roanne et y fit applaudir Liszt, Saint-Saëns et Chabrier. Liszt d'ailleurs\nfait recette un peu partout à cause de la déférence que lui vaut la commémoration de son\ncentenaire. Nous apercevons la soutane du génial abbé à Angers où Rhené-Bâton toujours\ntriomphant, donne une splendide exécution de la légende de Sainte Elisabeth avec le concours\nde Mme Melno-Bâton, de Mme Auguez de Montalant et de Jan Reder, à Nancy où Guy\nRopartz exécute intégralement le Faust et le Psaume XIII, à Nantes où l'Association des\nGrands Concerts joue ses Préludes et à Troyes où ses Bruits de Fête sont au répertoire de\nl'Association du double quintette, société florissante fondée par Wurmser et qui a pris\nmodestement comme interprète Felia Litvinne, à Dijon grâce au merveilleux pianiste André\nChevillion qui vient d'étonner Chalon, d'éblouir Beaune, de stupéfier Dôle, d'émerveiller\nLons-le-Saunier et d'enthousiasmer Lyon par une série de concerts où il triompha partout\navec éclat. Lyon, d'ailleurs, a repris goût à la vie musicale. Witkowski révèle à ses compatriotes\nSamazeuilh et Borodine ; Risler, Pollain et Mlle Luquiens l'aident à conquérir son public\nméfiant ; Joseph Bonnet et Speranza Calo obtiennent un vif succès dans un récital intelligem-\nment composé 5 Ysaye et Pugno, Yvette Guilbert et Blanche Selva se disputent la faveur des\namateurs lyonnais mais n'éclipsent pas les artistes locaux, Gillardini, Reuchsel et Peronnet qui\nrestent malgré tout prophètes dans leur pays. Et une grande allegresse regne place Bellecour,\ndepuis que la nomination de l'excellent baryton Gaston Beyle a la direction du Grand-Theatre\nest officielle.\nA Arras les Orphéonistes et les Rosati rivalisent d'attractions. La Philharmonique\nremporte un grand succès avec la deuxième Symphonie de Beethoven et l'Ouverture des\nFrancs-Juges. Mlle Jeanne Loth se fait acclamer dans Iphigénie et le Quatuor Arrageois fait\nles délices d'un public de choix avec des œuvres de Bach, Schumann, Lekeu et Borodine.\nLimoges assiste aux débuts heureux d'une société de musique de chambre et Bourges\ns'inquiète du silence persistant de sa Société Philhaimonique et ne se console qu en écoutant\nMll6 Marié de l'lsle.\nM. Paul Landormy, Mlle Blanche Selva et Mme le Goff ont successivement requis l'atten-\ntion des habitants de Poitiers : le premier dit la bonne parole, la seconde la joua et la troisième\nla chanta, mais tous trois furent également persuasifs. Armentières acclame le nouveau chef\nde sa Société symphonique, M. Verbregghe, qui conduit en perfection du Saint-Saëns, du\nReyer et du Lalo et une Marche de fête de sa composition. Grieg et Schubert enchantent\nChateau-Gontier qui s'offre le luxe assez spécial d'exécuter une œuvre troublante de\nThéodore Dubois intitulée \" Histoire bizarre Château-Gontier ne se refuse rien.\nGrâce à M. Henri Lammers Clermont-Ferrand possédera désormais une société de\nmusique de chambre dont les débuts furent brillants. L éxecution de la Sonate de Franck, et\ndu quatrième quatuor de Beethoven permet de fonoei sur ce nouveau groupement les plus\nsérieux espoirs. Nous apprenons en même temps que le Conservatoire municipal, créé il y a\ndeux ans, vient d'être promu à la dignité de Conservatoire national ; la direction en reste\nconfiée à M. Claussmann.\nL'étonnant guitariste Llobet vient de conquérir olT©X®l3OHX*|j£« La société des rnatmees\nmusicales de sur Yon fait applaudir le Manfred de Schumann et d'importants\nfragments symphoniques des Maîtres chanteurs. Mais NHJItôS s impose a 1 attention publique\npar l'intérêt très sérieux qui s'attache aux belles exécutions de son Association symphonique\n\n5"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.48", "texte": "66\nS. I. M.\n\nLe théâtre de la Renaissance est trop petit pour contenir les fervents amateurs de musique,\nheureux d'applaudir au bel effort d'art du chef d'orchestre Henri Morin et des brillants solistes\nqui se nomment Litvinne, Ysaye, ou Van Dyck.\nArmand Ferté poursuit à Grenoble ses belles campagnes artistiques sans s'inquiéter des\nrivalités locales et des concurrences qu'on lui suscite. Mme Fournier de Nocé vient plaider\nchaleureusement auprès des Grenoblois la cause du lied moderne et un professeur de la ville,\nM. Martin Chazareu se consacre à l'éducation de ses concitoyens en les favorisant d'instruç-\ntives auditions-conférences.\nCependant la délicieuse ville de Pau se complaît à une belle saison d'opéra et apprécie le\ntalent de Mme Marshal, de MM. Saldou et Artus. Mais elle se promet le piquant régal\nd'applaudir bientôt les dernières créations musicales de Mévisto aîné, de Fragerolles et de\nFursy ! Il faut bien décentraliser !\n\nSwift.\n\nEtranger\n\nLE CHANT DE LA TERRE A MUNICH. C' est l'œuvre posthume de\nGustave Mahler, qui, jusqu'à la veille de sa mort, passait pour sa Neuvième Symphonie ;\nqui l'est en réalité ; mais qui n'en portera pas le numéro. C'est à la Dixième entièrement\npour orchestre qu'échoira cet honneur. Il s'agit ici d'une symphonie où presque conti-\nnuellement une voix, de ténor dans trois morceaux, d'alto ou de bariton dans les trois autres,\ns'adjoint comme un instrument de plus à l'orchestre. Pas question de lieder comme on l'a\nimproprement affirmé, mais bien d'une voix de plus que prend l'orchestre et qui se trouve\nhumaine. Les six morceaux articulent intelligiblement leur sens, au lieu de simplement le\nsuggérer par l'émotion. Ou simplement ils précisent cette émotion. On discute et on discutera\nencore à perte de vue, comme à propos de la VIIIe symphonie. La différence est qu'au lieu d'une\ngrande symphonie chorale, nous avons une symphonie où deux chanteurs se faufilent dans l'in-\nstrumentation, tel un cordonnet d'or ou d'argent à travers une broderie. Les adversaires de\nMahler crient à tue tête que ce n'en est pas une, mais une suite. Les conciliants proposent de\nparler d'une forme nouvelle et veulent mettre en circulation le mot Symphonie-lied. Or iln y a pas\nde forme nouvelle. Une suite de morceaux que régit une pensée aussi une, qu'assortissent des rap-\nports aussi sensibles, qu'englobe une telle homogénéité orchestrale, et dont le premier est solide-\nment construit en forme sonate, le dernier en forme rondo, avec à peine ici et là quelques\nlégères libertés dramatiques prises eu égard au texte inspirateur dont il s'agissait de respecter\nl'expression verbale, cela n'a jamais été, ne sera jamais une suite. Que lisons-nous de la main\nde Mahler à la première page du manuscrit —je l'ai eu entre les mains —, de la main de\nMahler encore à la première page de la copie d'après laquelle Bruno Walter dirigeait ; que\nlisons-nous au frontispice de l'arrangement piano et chant, seul encore paru à Y Edition Univer-\nselle : Das lied von der Erde, eine symphonie fur eine Ténor-und eine Alt-oder Bariton-Stimme und\nOrchester. Je crois me souvenir que Mahler a toujours su ce qu'il voulait, faisait et disait et le\nbruit court qu'il savait faire une symphonie !\nNous entrons tout de gô dans celle-ci avec l'ordinaire brusquerie mahlérienne et le hurle-"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.49", "texte": "LE MOIS\n67\n\nment d'ivrogne du premier thème. Vous avez bien lu : d'ivrogne. Le premier morceau s'appelle\nle Chant de la Détresse humaine. Il va s'agir comme dans les autres symphonies d'un\n[tableau médité de la vie humaine, mais ici davantage en raccourci, et discrètement déguisé à\nl'Extrême Orientale. Nous avons affaire non plus à Mahler architecte d'une immense cathé-\ndrale de la Douleur et de la Joie confondues, mais à Mahler s'accordant la fantaisie d'une de\nces Pagodenburg telle qu'on en trouve dans certains parcs d'Allemagne. C'est Mahler plus que\njamais, seulement quintesscncié et se permettant pour une fois la fantaisie de quelque Trianon\nchinois. Aucune velléité de faire de la musique chinoise. Dieu merci, encore moins du dix-\nhuitième siècle chinois. Mais une façon de lâcher bride à sa fantaisie qui s'autorise pour cela de\nla Chine et de l'ivresse et, le moment venu, n'en sait être que mieux poignante. A proprement\nparler cette réunion de six petites merveilles n'en constitue pas moins une monumentale fan-\ntaisie, la plus énorme après tout que se soit permise Mahler... Les autres, ç'avait été, ici ou là,\nun scherzo avec trio à la vieille mode (VI), trois musiques nocturnes douloureuses, grotesques et\nfolles (VII), l'étonnant scherzo façon Prater de la Cinquième Symphonie, le premier morceau et la\nfinale de le Quatrième. Mais ici c'est une symphonie toute entière et plus longue que la\nQuatrième, celle du reste de la moindre durée comme l'on sait ! Mais dame ! cela compte tout\nde même.\nLe Chant d*ivresse de la Détresse humaine est de Li-Tai-Po, poète chinois qui vécut de\n702 à 763. Mahler s'était enthousiasmé de ce volume de traductions chinoises données en\n1907 par M. Hans Bethge, im Inselverlag,, à Leipzig. Il en a tiré, sans s'occuper de l'inutile\nunité d'auteurs, tous les textes nécessaires à sa symphonie et pour mieux rédiger sa propre pensée,\npar le moyen de ces textes, les modifiant là où bon lui semblait, il les a fait partir de la mort et\n;par des biais sûrs ménageant la perspective de ravissants contrastes, les a acheminés sans hésiter\nde nouveau vers la mort. Le tout a formé total l'unique Lied que nous puissions chanter ici\nbas ! Nous mourrons. Donc nous occuper d'abord de vivre ! Et le moment venu de s'en aller,\npartir noblement et bellement, laissant la terre éternellement fleurir derrière nous. C'est d'un\n[Stoïcisme héroïque et charmant et c'est d'une indicible mélancolie... Tout scintille, rit et\nfolâtre à travers un voile de tristesse. C'est tantôt du courage gambadé, tantôt la plus lente, la\nplus décente démarche de l'éternel adieu... Oh ! je sais parfaitement que vos mandarins de la\ngénération au pouvoir ne goûteront guère cet enchinoiserie de la douleur qui eut ravi Verlaine...\nPas plus que les grands pontifes de la solennité allemande ! C'est encore trop passionné, trop\npantelant de vie brûlante, trop déchirant pour vous ; c'est trop fin, trop exquis pour eux. Et\npour vous comme pour eux, trop naturel, trop spontané... Moi je vous apporte avec mon sen-\ntiment, le cri d'amour pour le maître de mon cœur. Moquez-vous en et passez outre, je sais\nqui le recueillera.\nMahler, de ces six textes, a donc fait un tout bien à lui même littérairement, à plus forte\nraison l'unité musicale les ayant englobés. Partout où il a laissé sa trace dans les il leur\na donné quelque chose de plus humain, de plus vaste. S'il a u sinisé \", légèrement la musique,\nil a \" occidentalisé'''' le texte sans scrupules et l'une et l'autre opération, dans la mesure où il le\nfallait pour que ce fut avant tout du Mahler. J'ai analysé ces modifications du texte ailleurs; je\nne m'y attarde pas ici.\nEtrange Trinklied, n'est-ce pas, que celui-ci qui débute ainsi.\n\" Dans la coupe d'or déjà le vin nous tente... Ne buvez pas cependant de vers que je ne vous aie chanté un\nlied. Le chant de la misère doit faire explosion de rire dans votre âme !... Lorsque la détresse approche, aussitôt\nmeurt la joie, expire le chant; les jardins de l'âme se changent en désert. Sombre est la vie, sombre est la mort \"\nCe dernier vers est le refrain de chaque strophe. Ceux qui connaissent l'habituel élan\nrythmique des premiers morceaux de symphonie de Mahler (surtout 11, VI, VII, VIII) peu-"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.50", "texte": "68\nS. I. M.\n\nvent s'imaginer l'âcre et sifflante fureur orchestrale de celui-ci sous ce texte qu'il faut, passez\nmoi le mot, imposer à pleine gueule dans la fureur glapissante des bois et de la batterie, plus\ndévergondes que jamais. (Adjonction bien entendu des tam-tams, du verrillon, de tous instru-\nments aigus et perforants).\nLa troisième strophe nous est apportée à la fin du développement avec ceci, dont la pensée\nengendrera l'extrême fin verbale de l'œuvre, mêlée à une musique toute autre:\n\" Le firmament bleuit éternellement... Longtemps la terre va durer et refleurir au printemps. Mais toi\nhomme, combien de temps vis-tu, toi ? Pas même cent ans tu ne peux jouir des bagatelles putréfiables de la\nterre../'\nIci rentrée furieuse de premier thème...\n\"Voyez là-bas... Sur les tombes, au clair de lune, cette figure qui grimace accroupie... C'est un singe...\nEntendez passer son hurlement à travers tous les souffles balsamiques de la vie !... Maintenant buvez ! C'est ïe\nmoment, compagnons ! Videz jusqu'au fond vos coupes d'or... Sombre est la vie, sombre est la mort ! \"\nOu je m'abuse étrangement, ou à travers cette frénétique horreur macabre je sens passer\nquelque chose de bien plus proche de Shakespeare et de Bossuet que de la Chine surannée et\nvénérable.\nCe qu'il y a de certain c'est que sur le dernier féroce accord, ce fut dans cette salle où\nune foule était engouffrée, un silence où tous les visages apparurent terreux et livides.\nApres la coupe de bile mousseuse, le vide, le morne abandon d'un comme stérile*\nle solitaire en automne(Tschang-Tsi, VIIme siècle). Remarquons en passant que les voix dans\nl'œuvre n'ont aucun sexe : ceci est de sentiment viril. Une femme le chante aussi bien qu'un\nbariton. Tout traîne aride et sec en un petit bruit fiûté (premiers violons en sourdine una\ncorda) de bise qui roule des feuilles sèches. \"Le vent incline tout bas les tiges. Un artiste a\npassé semant la poudre de jade. Bientôt flétries, les feuilles d'or des lotus vont glisser au fil de\nl'eau.\" Long paysage. (On chantera tout à l'heure : « L'automne dure trop longtemps dans\nmon cœur\". Rupture subite kla Mahler : « Mon cœur n'en peut plus. Ma petite lampe. (Oh!\nla petite lumière de YUrhcht jadis ! Lors de la jeunesse du maître qui n'est plus, pleurant le\npremier grand deuil qui le faisait homme !) Ma petite lampe s'éteint charbonneuse, je viens à\ntoi, lieu du repos. \" Et tout ce qui suit en un grand cri nostalgique jusqu'à \" Soleil de l'amour\nne veux-tu donc plus luire pour moi et tendrement sécher mes larmes amères.\" Pour toute\nréponse nous restons en suspens sur le paysage vide au petit vent triste.\nC'est un possible andante. Indication de tempo : \" Un peu traînant, Fatigué.''''\nSuivent trois bijoux lumieux, trois piécettes d'après Li-Tai-Po encore : scherzino scherzo\nintermezzo, qu'on les appelle comme on voudra. Mais la pensée est ceci. Toujours parler de\nmort ? Mais il y a donc la jeunesse, la beauté et l'amour, l'enivrement printanier ?\n111 De la jeunesse, je ci ois que meme la musique française moderne n'a rien à opposer de\nplus fiele, de plus délicat, de plus alerte, de plus discret et menu. C'est une gageure, pourrait-on\n-croire, si l'on ne savait que, pour Mahler, il n'existait d'émulation qu'avec lui-même et que\nrien, lien au monde de ce qui se passait chez le voisin ne pouvait le distraire de son démon"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.51", "texte": "LE MOIS\n69\n\nintérieur. Le démon intérieur lui à dicté ceci, car citer le texte c'est citer la seule, l'absolue\npiusique adéquate.\n\" Au milieu du petit étang il y a un pavillon de porcelaine verte et blanche.\n\" Comme le dos d'un tigre s'arque un pont de jade vers le Pavillon.\n\" A l'intérieur sont des amis joliment vêtus, buvant, buvardant quelques-uns écrivant des vers.\n\" Leurs marches de soie pendent en arrière ; leurs bonnets de soie ils le portent impertinent sur la\nnuque.\"\nL\nTout sautille, scintille, Tout à coup sinueux, glauques, effacés, les tons glissant de l'un\nen l'autre à la manière des reflets :\n\" A la surface calme de petit lac tout se mire étrangement.\n\" Tout se passe debout sur la tête. dans le pavillon de porcelaine verte et blanche.\n\" L'Arc retourné du ponchet est comme une demi-lune. Les amis joliment vêtus ainsi (tête en bas)\nboivent et bavardent.\"\nIV. De la beauté. Vraiment sous prétexte de Chine, jamais cela ne fut plus Mahler ! En\nminiature le scherzo charmeur, tout épinglé du rire frais de ses trilles, parle de jeunes filles qui\ncueillent des fleurs et a s'envoient leur raillerie de l'une à l'autre, du soleil tissé autour de leurs\ntailles, reflétées dans la netteté de l'eau.\" Et tout soudain, piaffant et s ébrouant, en miniature,\nle trio caracoleur où apparaît la cavalcade des adolescents. En miniature et en explosion de\nsuperbe et de cranerie. Un beau samouraï harnaché de pied en cape par un José Maria de\nHeredia musical, qui ne cherche pas, n'a jamais a chercher. Le temps d échanger un regard. Le\nscherzino des jeunes filles se remettant a cueillir les fleurettes, celles que les chevaux steppant\nn'ont pas trop piétinées...\nOr l'homme qui se joue à ces choses menues et délicates, qui laissent de la poudre d'or et\ndes parfums aux doigts, a construit les symphonies de deux heures de duree 111, VIII qui\nseront, qui sont déjà les grandes assises décoratives de la musique vivante ; c est 1 organisateur\ndes grands spectacles métaphysiques qui révèlent aux foules, degoutees des autres cultes, les\nmêmes éternelles vérités quand même.\nV. L'apparition tumultueuse de la cavalcade a été le centre lumineux de l'œuvre, le clou\nd'or auquel elle demeure accrochée. Lentement, graduellement, il faut nous retourner vers la\nmort comme graduellement, lentement, nous nous en sommes détournés pour voir passer la\nvie ! Je dessinerais et teinterais un schéma de cette œuvre qui est comme la traversée d une\nrosace bariolée violemment, à centre joyeux et à circonférence de désolation de navrement.\nLe plan saute aux yeux, et encore plus aux oreilles. Tous les très-hauts et très-savants critiques\nmunichois ont parlé de décousu, de défaut d'unité, d'un choix de texte infâme, d'inexplicable\njuxtaposition de choses disparatées. Tout cela écrit noir sur blanc. Je 1 ai... et le garde.\nDonc Y Enivré au printemps...Nous rentrons dans l'ombre et par l'ivresse gaie, en con-\ntraste avec l'ivresse rageuse et macabre du début. \" Puisque la vie n est qu un reve quoi\nbon peine et tourment buvons à n'en plus pouvoir.\" Il est question de la nuit qui s epassit,\ndu firmament de tout à l'heure oh ! ces symétries de mots qui s'entre évoquent —et d un\noiseau qui rit et s'endort, son dernier appel filtré à travers un cerveau d'ivrogne. Et maintenant\nla mort est 1à... de nouveau."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.52", "texte": "7°\nS. I. M.\n\nNon plus défiée, insulteuse et insultée, dévergondée et rageuse. Mais noble et douce. La\nMort ? Elle n'est cruelle que par la séparation, par l'adieu. Et c'est Abschied que s'appellera\ncc finale de douleur, (textes de Mong Kao Jen et Wang Wei, VIIIe siècle.) Simple, ému et\némotionnant jusqu'à moelles, mourant dans l'infini et le bleu lointain sur des paroles ajoutées à\nl'original par Mahler. Un rondo ai-je dit. Un rondo altéré et encore pas même par\ndeux velléitées de récitatif atone, préparatoire les deux fois à des cris de passion chaste et con-\ntenue qui sont d'un accent à part et tel que je ne saurais me hasarder à les comparer à rien.\nIl y a des élans, des jets mélodiques dont l'un de cent vingt mesures ininterrompues. Le celesta\ny joue un rôle qui comptera dans ses annales au moins autant que par les prodigieuses\nsuggestions d'idées d'argent, de blancheur et de virginité du Cavalier à la Rose. Les mando-\nlines \"à peine perceptibles\" y distillent leur froid aiguail autrement, mais aussi délicatement que\ndans la fameuse scène nocturne au jet d'eau de la VIIe symphonie. Et je m'interdis ici, puisque\nnous sommes à Paris, d'évoquer comme je l'ai fait ailleurs cet adieu du Maître, du Maître bien\naimé que je crois discerner dans ce finale de détresse d'abord, puis de résignation et d'adieu. Il\ny a là un paysage alpestre qui ne le cède en rien au mystère des précédents. Le \" breuvage de\nl'adieu est bu, \" la dernière coupe de cet étonnant poème-symphonie où, à trois reprises, il s'en\nboit de mieux mortelles. (Pas d'unité !). Nous ne sommes déjà plus de la terre.\n\" Où je vais ? Je vais égaré dans la montagne. Je cherche le repos, le repos pour mon\ncœur solitaire. J'aspire à ma patrie, à ma demeure. Plus jamais je ne chercherai aventure\nau loin Mon cœur en silence attend son heure !\nu La chère terre, elle partout fleurit au printemps et reverdit au renouveau ! Par-\ntout éternellement bleuissent au loin les horizons lumineux éternellement, ewig... ewig„.\newig...\nEt quand ce fut fini après un long silence, ce fut une exaltation et une rumeur incroyables.\nEt je vis des gens blêmes qui frémissaient ; j'en vis d'autres qui pleuraient ; j'en vis d'autres\nqui fiévreusement se montraient des fautes et encore des fautes sur leur partition. Mais le\nvisage de ceux-là était tout jaune. Et chacun le remarquait,\nTandis que, son visage décomposé répercutant presque celui du maître absent, Bruno\nWalter revenait saluer, saluer encore, revenait, revenait comme revenant de l'Autre...\n\nWilliam Ritter."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.53", "texte": "Cours et Conférences\n\nNOVEMBRE ET DÉCEMBRE. LE Dr MARAGE. LA PHYSIOLOGIE\nDE LA VOIX. - Ces cours dont le premier a eu lieu au début de Novembre sont des plus\nintéressants, même pour les personnes d'une mince culture scientifique. J'ai été heureux par\nmoi-même de le constater. Le docteur Marage a le grand mérite de savoir tenir son auditoire\nen haleine. Il parle avec une grande clarté et ne dédaigne pas, avec raison d'ailleurs —, le\nlangage familier. Il a commencé par étudier la respiration chez l'homme, les obstacles qu'elle\nprésente et les remèdes qui peuvent la faciliter. La gymnastique respiratoire est un de ces\nremedes. Le Dr M. a démontré comment, au moyen de certains exercices on peut augmenter\nla capacité vitale d'une personne. Ces exercices basés sur l'étude du squelette et des muscles\nsont très simples, il ne s'agit pas d'une gymnastique acrobatique —, on doit seulement les\nfaire régulièrement.\nL'étude des muscles du larynx a suivi. Le Dr M. a analysé leur rôle, puis celui des\ncordes vocales. Il nous a montré des graphiques très curieux déterminant leur contraction. Il\nfut question ensuite de la façon dont on examine les cordes vocales avec le laryngoscope et des\nmaladies, lésions et nodules, qui affectent ces organes précieux. L'importance du pharynx et de\nl'appareil nasal fut également prouvée.\n29 NOVEMBRE. _ M. EXPERT. LES BIBLIOTHÈQUES MUSICALES.\nPour nous prouver la richesse de nos bibliothèques au point de vue musical, M. E. choisit\ndeux exemples aux extrémités de la France : Bordeaux et Cambrai. Ces deux établissements\ncontiennent tous les deux de véritables trésors comme livres et comme partitions. A Paris, le\nMazarine possède des merveilles. Sainte Geneviève est au premier rang des bibliothèques\nd'Europe, notamment pour tout ce qui concerne le XVIe siècle. A l'Arsenal, à la bibliothèque\nNationale, il y a des œuvres rarissimes. Mais rien n'égale l'importance de la bibliothèque du\nConservatoire dont M. Expert a parlé avec une tendresse éloquente.\n14 et 28 DÉCEMBRE. Mme CAPOY. BOURGAULT-DUCOUDRAY ET\nSON ŒUVRE. Dans le salon de Mme Emile Herman plein du souvenir de Bourgault-\nDucoudray, Mme Capoy a évoqué avec émotion ce musicien qui fut àla fois un artiste et un\nérudit. Mme Capoy chanta et Mme Herman joua diverses œuvres. Elles furent toutes deux\ngrandement appréciées, ainsi d'ailleurs que M. Kochinski un jeune artiste du Conservatoire\nqui prêtait son concours Ae 28, le conférencien nous entraîna vers Molière et Lully avec\ncharme et autorité. Mlles Davids et de Gerlor s'associèrent à cette séance de parfaite propagande\nmusicologique."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.54", "texte": "72\nS. I. M.\n\nA LA SORBONNE. C'est M. Pirro qui supplée cette année M. Romain Rolland à\nl'amphithéâtre Descartes. Il traitera de J.-S. Bach qui fut déjà l'objet de\nsa remarquable thèse. Les premières conférences sont consacrées à la\nposition du sujet et à l'importance des précurseurs Fœrster, Schtitz. De\nl'influence italienne en Allemagne, de la vie musicale en Allemagne\nau XVIIe siècle, des prédécesseurs de Bach à Eisenach. La famille de\nBach.\nConférences très documentées, s'adressant beaucoup plus aux\nmusicographes qu'au public habituel des cours de Sorbonne. u On trouve\ndans un livre très rare \" ou \" dans un livre de la bibliothèque d'Upsal,\nsous la cote... \" reviennent avec une insistance un peu fatigante.\nPublic nombreux et qu'intéressent vivement les citations musicales\ndonnées au piano. Inutile de faire ici l'éloge du jeu ; M. Pirro se\nressent fortement de son habitude de l'orgue.\n\nG. Rouchès."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.55", "texte": "Je suis allé à Passy au cours Sauvrezis qui est un excellent cours d'enseignement à l'usage\ndes deux sexes : j'y suis allé un dimanche à 5 heures (heure militaire comme le portait mon\ninvitation) pour entendre un concert organisé par Mlle Sauvrezis dans le but de développer le\nsens musical de ses jeunes élèves.\nJe me suis glissé timidement dans un grand atelier blanc au milieu d'une nuée de\ngarçonnets en mollets nus et de fillettes en jupe courte de 10 à 16 ans : je me suis assis avec\némotion entre une adorable gosse blonde dont les yeux bleus regardaient avec assurance l'estrade\noù le violoncelle bedonnait et une adorable gosse brune dont les boucles courtes sentaient\nl'œillet.\nLe trio Chaigneau joua et fort bien ma foi, Vallégro d'un trio de Brahms : je l'écoutai\net quand il fut terminé au milieu des applaudissements je me tournai vers ma blonde et émit\nà mi-voix une opinion admirative : elle me regarda avec étonnement, arracha des mains de sa\nvoisine le programme : u Ce qu'on a joué ; qu'est-ce que c'est déjà ? ah ! oui, le trio de Brahms :\noh ! c'est très chic ! \" Je fermai les yeux pour savourer la profondeur de ce jugement\nmusical.\nC'est alors que M. Snell se mit à chanter un Cantique de Beethoven et la Procession de\nFranck : je me penchai vers ma brune et lui murmurai, la bouche heureuse : u est-ce beau ce\nFranck. \" Sans se retourner elle détacha, avec une voix lointaine et déjà travaillée: \"Est-ce\nque ça existe à côté de Pelléas ! \" Je refermai les yeux pour savourer jusqu'à l'exquisité\ncet aphorisme dépourvu de préparations.\nEnfin fut donné 11 jeu de Robin et de Marion d'Adam de la Halle : Mlle Sauvrezis après\nun exposé préparatoire ad usum Delphini de ce premier de nos opéras-comiques, en\npsalmodia le texte ; Madame Hardy-Vervreuil, et M. Snell en dirent les chansons de façon\nparfaite et avec un complet succès.\nJe sortis dans le brouhaha d'une envolée de \" gobettes : \" des formes minces se glissèrent\ncontre moi pour arriver plus vite à la sortie ; j'entendis des fragments d'appréciations : \" Dis"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.56", "texte": "74\nS. I. M.\n\ndonc, Robert, veux-tu être le chevalier ou Robin ? Oh la la ? fais pas ta Marion ! Denise.\"\netc., etc.\nDans la rue, un ami de la maison me prit par le bras et me dit : \" C'est vraiment bien\nintéressant cette tentative d'initiation musicale de la jeunesse.\" Je hasardai : \" Certainement,\nmais ne trouvez-vous pas que l'on aurait pu apporter quelques légères modifications au\nprogramme : servir à des enfants du Beethoven et du Franck cela me semble bien sévère : et\nquant au trio de Brahms ne faut-il pas déjà être initié pour en comprendre les beautés et\nles défauts ? \"\nL'ami de la maison bondit : \" Comment, Monsieur, mais vous n'avez pas regardé autour\nde vous alors ? Sévère le cantique de Beethoven, alors que la phrase ample, large, formidable a\nfait naître en cette assemblée enfantine une foi unanime ! Sévère la Procession de Franck, mais\nces petits se sont tous agenouillés, en dedans, lorque M. Snell proclama le :\nDieu s'avance à travers les champs.\nEt quant à la complication que vous voyez dans le trio de Brahms c'est vous critique,\nc est vous musicien compliqué qui l'y mettez : eux, ces chers enfants, n'y ont vu que de beaux\nsons, de beaux rythmes, de belles phrases et ils n'ont pas eu un instant l'idée de cette compli-\ncation. Avez-vous examiné ces visages transfigurés par le violoncelle : j'ai vu, moi un tout\njeune enfant sur les bras de la mère se redresser à la fin de ce trio de Brahms dont vous discutez\n1 a-propos, et lever ses petits bras au ciel en s'écriant u Maman, Maman \" ce qui est évidem-\nment un cri d admiration enfantine. J'ai vu deux petites filles se serrer la main et se regarder\navec une tendresse heureuse, signe d'une félicité partagée, alors que le violon distillait ses notes\nles plus aiguës : j'ai vu\nJe partis en courant et me précipitai au domicile particulier de Mlle Sauvrezis\nMademoiselle Sauvrezis habite dans la rue de la Sorbonne, montante et sombre, en plein\nquartier latin : elle me reçut d'une façon exquise : je lui exposai mes doutes et mes obser\ntions ; de suite elle me retourna : uJe comprends vos objections, Monsieur ; d'autres me\nont deja faites : le trio de Brahms a surtout soulevé des récriminations : pauvre trio ! malheu\"\nreux Brahms !... il faut avant tout considérer mon point de départ.\nCes concerts n ont nullement pour but l'enseignement pédagogique de la musique, mais\nsimplement le développement du sens esthétique par le contact avec le beau musical : c'est, si\nvous le voulez, 1 équivalent d'une promenade dans un musée ; quand je conduis mes enfants\nau Louvre, je les mene directement devant la V(nus de Adilo, les u Esclaves \"de Michel-Ange,\nle Saint Jean-Baptiste du Léonard ; ils en comprennent d'emblée sinon toute la profondeur\net la superessence, tout au moins l'harmonie, l'équilibre, les proportions architecturales; ainsi, à\n1 audition que vous avez entendue ; mais il est bien entendu que mon enseignement pédago-\ngique musical est fait tout autrement et en voici les preuves \\ \"\nMademoiselle Sauvrezis inonde alors la table autour de laquelle nous causons, de program-\nmes, de plans d etudes dont j admire l'économie et la savante graduation, des primitifs allemands,\nitaliens et français à nos nationaux Debussy et Ravel.\nCependant je crois que vous vous trompez en supposant que mes élèves n'ont pu com-\nprendre le trio de Brahms : tenez, je leur ai demandé du moins à plusieurs de me noter leur\nimpression immédiate ; en voici quelques exemples \\ de Denise A... âgée de 7 ans \\\nJ aime le premier morceau de Brahms parce qu il a de très jolies phases de chant et que F ensemble\ndes instruments forme de belles sonorités."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.57", "texte": "MUSIQUE ET JEUNESSE\nJ. L.\n\n75\n\nde Marthe C. (l 2 ans) : dans le trio de Brahms qui se divise en 3 parties : partie forte,\npartie pianoy partie forte, j'ai préféré la 2 e partie très douce avec quelques jolies notes aiguës dans le\nviolon.\nde Robert D. (12 ans) : dans le trio de Brahms, c'est le cheval effréné du rythme bondissant\ndans le steppe immense et variée de Vharmonie.\nOh, oh ! m'écriai-je, ceci, c'est grave !\nJe vous accorde qu'il n'y a pas mal de verbalisme dans l'impression de Robert, mais\nje veux que vous écoutiez encore ces notes, plus générales, d'un de mes petits élèves âgé de\n9 ans 1/2 :\nSaint-Saëns : ça c'est de la musique pour des belles dames décolletées.\nSamazeuilh : ça c'est de la musique pour pleurer.\nLes voix d'hommes dans la bataille de Marignan, c est beau.\nLa sonate en ut de Aïozart pour piano et violon c est triste et toujours la même chose.\ny aime Bach parce que c'est plus gai.\nVoyez comme l'enfant va aux œuvres qui nous paraissent les plus compliquées à nous\nmusiciens : en somme Mozart que nous aurions tendance à conseiller dans un programme\npour la jeunesse l'ennuie : il trouve fastidieux ce rythme dont nous aimons la fraîcheur et la\ngrâce parce que nous sommes vieux...\nOh ! Mademoiselle.\nVieux en musique si vous voulez. Mais il aime les impressions fortes et nobles et\nbrutales même peut-être et par conséquent je ne crois pas m'être trompée en mettant une oeuvre\nde Brahms dans un concert ayant pour but de faire aimer la musique à mes élèves..... \"\nMa conviction est faite, devant la conviction de Mademoiselle Sauvrezis : elle est\nbretonne, je suis breton : comment ne pas nous entendre : nous parlons du pays pour oublier\nla musique en général, le trio de Brahms en particulier, les petites filles blondes et les petits\ngarçons qui se promènent dans la steppe immense et variée de l'harmonie.\nJe retournerai le dimanche 28 janvier au concert pour les enfants du cours Sauvrezis."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.58", "texte": "Çà et Là\nA LA MAISON DE BERLIOZ. Le 10 décembre dernier a eu lieu le quatrième\npèlerinage annuel organisé par la fondation Berlioz pour célébrer la mémoire et l'œuvre de\nl'illustre auteur de la Damnation de Faust et des Troyens:\nAprès une visite au tombeau, Cimetière du Nord, les \" pèlerins \" se rendirent à la maison\nde la Butte Montmartre, 22, Rue du Mont Cenis, sur laquelle la Fondation fît, en 1908,\napposer un marbre commémoratif.\nLe marbre rappelle que Berlioz habita cette maison, de 1834 à 1837 et qu'il y composa\nla symphonie \" Harold en Italie \"et l'Opéra a Benvenuto Cellini M. Albert Carré vient\nd'ailleurs d'inscrire \"Benvenuto Cellini\" et \" les Troyens \"au programme de sa saison\nsur les instantes requêtes de la Fondation.\nNous apprenons que M. et Mme Landormy font en Janvier, sous le patronage de\nVAlliance française, une tournée de Conférences-Concerts en Hollande. Ils sont attendus le 9 à\nHaarlem, le 10 à Amsterdam, le 12 à Utrecht, le 13 à Almelo, le 15 à Deventer, le 16 à\nGroningen, le 17 à Assen, le 18 à Rotterdam, le 19 à Dordrecht. M. Landormy fera dans\ntoutes ces villes une conférence sur le présent et Vavenir de la musique française. Il chantera\nlui -même et Mme Landormy jouera au piano des œuvres de César Franck, Vincent\nHenri Duparcy Gabriel Faurê, Chalier, Claude Debussy, Paul Dupin, etc.\nM. Joseph Debroux annonce trois Concerts du musique Ancienne et Moderne. Le\nprogramme de ces séances est très intéressant tout particulièrement la partie de musique\nAncienne à laquelle M. Debroux consacre, et depuis lontemps déjà, tous ses efforts.\nLe quatuor Parent donnera à la Schola Cantorum, l'audition intégrale des 17 quatuors de\nBeethoven aux dates suivantes: Mardis 16, 23 et 30 janvier, 6, 13 en 20 février. Ajoutons\nque l'abonnement pour ces six séances n'est que de 10 et 15 francs.\nAla Schola également Melle Marthe Dron a commencé le 13 Janvier l'audition intégrale\ndes 32 Sonates pour piano de Beethoven ; elle continuera ces intéressantes Séances les Samedis\n20 et 27 Janvier, 3, 10, 17 et 24 Février à 9 heures du soir."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.59", "texte": "VARIÉTÉS\n7 7\n\nEn mai prochain, au cours de la \" Saison de Paris \" on donnera à l'opéra deux représen-\ntations de Tristan et Isolde,avec M. Franz dans Tristan, sous la direction de M. Nikisch ;\ndeux représentations des Maîtres chanteurs,dirigées par M. Hans Richter ; un cycle de la\nTétralogie, dirigé par M. F. Weingartner. D'autre part, M. Caruso viendra chanter plusieurs\nouvrages, et M. Chaliapine paraîtra dans la Mefistode Boïto.\nLa Société G. F. Haendel, donnera le 28 Février, salle Gaveau à 8 heures et demie, son\ndeuxième concert. Audition intégrale du Messie de G.F. Haendel, sous la direction de M. Félix\nRaugel à l'orgue M. Joseph Bonnet.\nUn Congrès national des professeurs de musique, organisé par les soins de l'A. P. M.\n(association musicale des professeurs chargés de l'enseignement de la musique dans les établis-\nsements d'instruction publique), aura lieu à Paris les lundi, mardi et mercredi 15, 16 et 17\navril 1912.\nLe Congrès sera divisé en deux sections :\n1° Section de pédagogie ;\n2° Section des intérêts corporatifs.\nDans la section de pédagogie^les questions discutées se répartiront sous quatre chefs\nprincipaux :\ni° Des méthodes ;\n2° Des programmes ;\n30 De l'application des programmes ;\n40 De l'inspection de l'enseignement de la musique.\nDans la section des intérêts corporatifs, les questions mises à l'étude seront :\ni° La nomination et le classement des professeurs de musique :\na )Dans les Conservatoires et les Ecoles nationales ;\nb)Dans les lycées de garçons ;\nc) Dans les lycées de jeunes filles ;\nd)Dans les écoles normales et dans les écoles primaires supérieures ;\n2° L'amélioration du traitement de certaines catégories de professeurs ;\n30 Les droits et les avantages conférés par le certificat d'aptitude à l'enseignement du\nchant ;\n40 La difficulté qu'ont certains professeurs à obtenir le nombre d'heures de service\nexigées pour la titularisation, même dans les établissements où la stricte application des pro-\ngrammes leur assurerait ce nombre d'heures de service.\nDès à présent les personnes qui s'intéressent à l'enseignement de la musique sont invitées\nà adresser à M. Landormy, 189, rue de Vaugirard, toutes les communications et tous les\nrapports relatifs à ces questions, qui pourront servir de base aux travaux du Congrès.\nLes Conférences qui ont lieu au Cours Sauvrezis et que nous avons mentionnées dans"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.60", "texte": "78\nS. I. M.\nTous droits réservés pour tous pays y compris la Scandinavie et l'Extrême Orient.\nLe Gérant : MARCEL FREDET.\nImpr. par THE ST. CATHERINE PRESS LTD. Bruges, Belgique.\n\nnotre numéro de Décembre sont faites, non pas par M. Landormy, comme nous l'avons\nécrit, mais par M. Henry Expert.\nIl nous a été impossible de faire part dans notre dernier numéro de la mort de M, A. Diot,\nsurvenue le 28 Novembre 1911. On sait que c'est lui qui fonda le Courrier Musicale qu'il le\ndirigea jusqu'à ce que la maladie l'obligeât à quitter Paris. C'était un musicien très averti et un\nhomme de cœur que regretteront tous ceux qui l'ont connu. Nous adressons à toute sa famille\nl'expression de nos bien sincères condoléances.\nLa Bibliothèque de l'opéra, où la mort de notre regretté président avait créé un si grand\nvide, vient d'être réorganisée par le Ministère de l'lnstruction Publique et des Beaux Arts.\nM. Banès est nommé administrateur, nos collègues Ténéo et M. Quittard respectivement\nbibliothécaire et archiviste. Nous félicitons très vivement nos confrères, dont la présence à la\nbibliothèque de l'opéra nous garantit la continuation des traditions de bienveillance, auxquelles\nCharles Malherbe nous avait accoutumés.\nMme de Lestang va établir dans quelques jours à Paris un extraordinaire record musical\ndont les journaux ont publié la nouvelle. L'excellente artiste lyonnaise, qui a révélé depuis six\nans tant d'œuvres inédites, donnera en effet à Paris, dans la salle Pleyel, du 29 janvier au 19\nfévrier, quatre récitals de musique française contemporaine. Au cours de ces quatre séances,\nelle ne chantera pas moins de soixante-dix mélodies de vingt compositeurs différents."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.61", "texte": "S. I. M.\nMERCURE MUSICAL\nREVUE MUS CALE\nET\nRevue fondée par la\nSociété Internationale de Musique\n(SECTION DE PARIS)\nHonorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction Publique et des Beaux-Arts\nDANS CE NUMÉRO:\nL. d© la Laurencie ... La musique ..1 . 1\nA. Sizes Les étapes d'une d ... 21\nJ. Laporte L'opium source d'inspiration musicale. ... 40\n(Opinions de MM. Mariotte et A. Roussel).\nLes Livres (Illustration de Vincent d'lndv) . . 47\nLE MOIS\nE. Vuillermoz Théâtres . . 53\nRevue de ...... 58\nReynaldo Hahn . . . . Concert C6O\nIntérim Deux symph\nminicau 61\nG. K . . Concerts Divers 62\nSwift . . . . La Province 64\nW. Ritter Etranger 66\nG. Rouchès Cours et 71\nJ. L Musique et jeunes 73\nÇa et là 76\nDirecteur: J. ECORCHEVILLE\nSecrétaire de la Rédaction : Rédacteur pour la Belgique :\nCH. LEGRAND RENE LYR\n22, rue St. Augustin, PARIS. Boitsfort-Bruxelles.\nLe Directeur et le Secrétaire de la Rédaction reçoivent\nle mercredi et le samedi de 4 à 7 heures,\net M. Vuillermoz le Vendredi de 4 à 6 heures."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120115-01.1.62", "texte": "CONCERTS ITALIEHS DE MUSIQUE ANCIENNE\nLA LIBERA ESTETICA\nFondateurs :\nà\ns -■\n; %:\ng\n*\nMme IDA ISORI, cantatrice florentine\nMr PAOLO LITTA, pianiste-compositeur\nCOMITÉ DE PATRONAGE\nP*&»IDCNTC D'HONNEUR\nSA MAJESTÉ U REINE MÈRE, LA REtRE M AR® VERITE D «T\n•V-:\n\"o.\"\n», •. »*:,\n.. • SV - .\nCOMITÉ DE PRÉSIDENCE :\nS. Exc. Madame l'Ambassadrice d'Italie, Donna Bice Tittoni à Paris.\nS. Exc. Mme la Pcesse Ruspoli di Poggio Suasa Talleyrand Périgord a Paris.\nMadame la Princesse Strozzi-Corsini à Florence.\nMadame la Comtesse Béatrice Pandolfini-Corsini à Florence.\nMadame la marquise E. de Montagliari à Paris.\nMademoiselle Elena Vacaresco, femme de lettres, auteur dramatique à Paris\nS, Exc. Le Prince Ruspoli di Poggio Suasa à Paris.\nLe duc Melzi d'Eril, duc de Lodi.\nLe Comte Brunetta d'Usseaux.\nLe Commandeur Trezza di Musella.\nMEMBRES HONORAIRES:\nm:\n: : -,\nH\ni\"\n!\" orf*\nM. Gabriele d'Annunzio, homme de lettres, auteur dramatique à Florence\nM. W. Bopp, Directeur de l'Académie Imp. et Roy. de Musique à Vienne.\nM. Alfred Bruneau, compositeur musique à Paris.\nM. Carolus-Duran, Direct.de l'Acad.de France à Rome et membre de l'Institut.\nM. Claude Debussy, compositeur de musique à Paris.\nM. Louis Dièmer, Prof, au Con||* Nat. dè .musique à Paris.\nM. Vincent d'Indy, compos. de musique, Direct, de la Schola Caritorum à Paris.\nM. I. Massenet, compositeur de* musique, membre de l'Institut.\nM. E. Mari#! , compos. de musique, Direct, du Cons, Royal de Mus. à Gand.\nM.* A. Messager, compos. de musique, Direct, de l'Acad. Nat. de musique à Paris.\nE. Parent, professeur à la Schola Cantorum de Paris.\nDr Max Reger, compositeur de musique et Directeur M. à Leipzig.\nDr Richard Straùss, compositeur de musique, Generalmùsik director à Berlin.\nM. S1 Saëns, compositeur de musique, membre de l'Institut à Paris.\nM. E. 1 inel, compos. de musique, Direct, du Cons. Roy. de musique à Bruxelles.\nM. P. Vidal, compositeur de musique et chef d'orchestre à l'Opéra de Paris.\nM. Eugène Ysaye, virtuose, compositeur de Musique et Directeur des concerts\nYsaye à Bruxelles.\n. \" i-\n'\n■•4 \" m.\nà-, J-. ■+»\n\\\n• ,\nSIEGE SOCIAL\n3, Via Michèle di Lando» — FLORENCE\ns"}]}