{"numero_id": "bm-bmtnabh-1912-04-15-01", "volume": "bmtnabh_1912-04-15_01", "ocr_sha256": "5fa2c186874c01be87e2057d9bda003cec74f9287e8d6a4816527fe4954436f6", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1912/04/15_01/bmtnabh_1912-04-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1912/04/15_01/bmtnabh_1912-04-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1912-04-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-04-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1912-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.2.2", "titre_corps": "ÉTASTASE ET GLUCK, par Romain Rolland. 0 DÉCENTRALISATION MUSICALE, par", "titre_sommaire": "ÉTASTASE ET GLUCK, par Romain Rolland. 0 DÉCENTRALISATION MUSICALE, par", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.1", "debut_caractere": 370, "fin_caractere_exclue": 817, "texte": "ÉTASTASE ET GLUCK, par Romain Rolland. 0 DÉCENTRALISATION MUSICALE, par\n. Auriol, député. OIMPRESSIONS PARISIENNES, par R. H, Stem, UN QUINTETTE\n'ERNEST FANELLI, par J.E. OLES LIVRES. OSOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE.\nPORTRAIT DE M. LÉON BÉRARD, par B. Fabiano.\nHÊATRES, par E. Vuillermoz et J. Laporte. 0 CONCERTS, pari Maurice Ravel. 0 BELGIQUE. 0\nTRANGER. 0 MÉMOIRES D'UN AMNÉSIQUE, par Erik Satie. 0 COURS ET CONFÉRENCES.\nL'ÉDITION MUSICALE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-04-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-04-15_01#c003", "volume": "bmtnabh_1912-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.2.3", "titre_corps": "Une grande découverte", "titre_sommaire": "Une grande découverte", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 373, "texte": "Une grande découverte\nIl y a deux ans, S. I. M. annonçait à ses lecteurs la trouvaille faite\ndans les archives de Florence par nos collègues L. de La Laurencie et\nH. Prunières. Il s'agissait de l'acte de naissance du grand J. B. Lully.\nAujourd'hui nous avons la bonne fortune de confier au monde\nsavant une découverte plus importante encore. 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On peut les suivre à travers\ntout le moyen-âge, et jusqu'à l'époque, où l'un d'eux, attaché à la maison\nde Lorraine, accompagna dans son exil florentin le duc de Guise, éloigné\npar Richelieu.\nCes documents paraîtront dans notre prochain numéro. Ils auront\ncertainement un grand retentissement dans la musicologie. 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Tous ont travaillé àle\nperfectionner, ou à le fonder sur des bases nouvelles. Ce serait une\ninjustice de faire hommage au seul Gluck de la réforme de l'opéra.\nHaendel, Hasse, Vinci, Rameau, Telemann, Graun, Jommelli, et bien\nd'autres en furent préoccupés. Métastase lui-même, qu'on représente\nsouvent comme le principal obstacle à l'établissement du drame lyrique\nmoderne, parce qu'il fut en opposition avec Gluck, n'eut pas beaucoup\nmoins'que Gluck, (bien que d'une tout autre façon), le souci de faire\nentrer dans l'opéra le plus de vérité psychologique et dramatique, com-\npatible avec la beauté de l'expression.\nOn sait comment se forma le talent de ce poète, le plus musical qui\nfût jamais, \" cet homme, ose dire Burney, dont les écrits ont peut-\nêtre plus contribué à la perfection de la mélodie vocale et de la musique\nen général que les efforts réunis de tous les grands compositeurs de\nl'Europe. \"\nDès ses débuts d'enfant prodige, l'étude de la musique lui avait\ndonné l'idée de la réforme poétique qui devait l'illustrer. Les hasards de\nsa vie sentimentale, savamment dirigée, n'avaient pas peu servi à son\nperfectionnement poético-musical. Il avait d'abord aimé et failli épouser\nla fille du compositeur Francesco Gasparini, l'homme qui possédait le\nmieux la science du bel canto,et qui forma les chanteurs les plus renommés,"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.5", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2798, "texte": "le maître de la Faustina et de Benedetto Marcello. 1 Puis, il se lia, pendant\nde longues années, avec une chanteuse célèbre, la Romanina (Marianna\nBenti, femme d'un certain Bulgarelli) ; et il subit profondément l'influence\nartistique de cette femme intelligente et passionnée. Par elle, il fut mis en\nrelations avec l'élite des musiciens napolitains : Hasse, Léo, Vinci, Porpora,\ndont il suivit, dit-on, l'enseignement. Mais surtout les intuitions drama-\ntiques de la Romanina, son expérience de la scène, lui furent précieuses.\nPour elle, il écrivit son premier mélodrame, la (1724),\nqui marque une date dans l'histoire de l'opéra d'ltalie, par son émotion\net son charme raciniens. La Romanina fut l'interprète triomphante de ses\npremiers poèmes, entre autres de Siroe,que presque tous les grands compo-\nsiteurs d'Europe devaient traduire en musique. Et l'écho de sa voix\nrésonne encore dans ces vers \" si fluides et si harmonieux qu'il semble,\ndisait Andrès, qu'on ne puisse les lire qu'en chantant.\nCe caractère de chant noté en paroles avait frappé les contem-\nporains. Marmontel remarquait que \" Métastase avait disposé les phrases,\nles repos, les nombres, et toutes les parties de ses airs, comme s'il les eût\nchantés lui-même.\nIl les chantait, en effet. Quand il composait ses drames, il était au\ncembalo; et souvent il écrivit la musique de ses poésies. On se souvient\nde Lully, se chantant au clavecin les poésies de Quinault, et les remaniant\nsans scrupules. Ici, les rôles sont intervertis. C'est Quinault qui compose\nla poésie, au clavecin, et déjà trace l'esquisse, les linéaments de l'air qui\ndoit la revêtir. Dans une lettre du 15 avril 1750, Métastase, envoyant\nà la princesse de Belmonte la musique de Caffarello sur sa poésie :\nPartenza di Nice, ajoute : \" Caffarello a connu les défauts de ma musique\n(délia mia musica)\", [ce qui laisse donc entendre qu'il en avait écrit\nune] ; \" il a eu compassion des paroles et les a revêtues d'une meilleure\nétoffe. \"2 Dans une autre lettre, de la même année (21 février 1750)\nà la même princesse, il disait : \" Votre Excellence sait que je ne puis rien\nécrire qui ait à être chanté, sans que j'en imagine (bien ou mal) la\nmusique. La poésie que je vous envoie a été écrite sur la musique qui\nl'accompagne. C'est une musique à la vérité très simple ; mais si on veut\nla chanter avec la tendre expression que j'y suppose, on y trouvera tout\n\n1 M. E. Celani a raconté l'histoire de ce premier amour et de l'intimité du jeune Métastase avec Gasparini,\ndans un article, intitulé : Il primo a?nore di P. Metastasio (Rivista Musicale îtaliana, 1904 J.\n2 Lettres inédites, publiées dans la Nuoua Antologia, vol. 77, et citées par Joie Maria Baroni, dans son étude\nsur La lirica musicale di Metastasio (Rivista Musicale Italiana, 1905)."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.6", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3099, "texte": "ce qu'il faut pour seconder les paroles. Et tout ce qu'on y ajoutera de plus\nrecherché pourra bien procurer au musicien un plus grand applaudisse-\nment, mais fera certainement moins de plaisir aux cœurs aimants. \" 1\njamais Métastase ne donnait ses compositions à un ami, sans y joindre\nla musique. On n'a donc pas le droit de juger ses vers en eux-mêmes,\ndépouillés de la mélodie qu'il entendait, et dont il avait, comme dit Mar-\nmontel, \" le pressentiment. \" 2 La musique lui semblait d'autant plus\nindispensable à la poésie qu'il vivait dans un pays allemand, où sa langue\nitalienne n'avait tout son charme que lorsque le pouvoir de la musique la\nfaisait pénétrer dans l'âme étrangère. Il écrivait en 1760 au comte Florio :\n\" Depuis les premières années que je me suis transplanté dans cette terre,\nje me suis convaincu que notre poésie n'y prend racine qu'autant que la\nmusique et la représentation s'y joignent. \"\nAinsi, sa poésie était faite pour la musique et pour la représen-\ntation théâtrale. On imagine combien elle dut séduire tous les musiciens\nitaliens et italianisants du siècle. Suivant le mot de Marmontel, \" tous\nles musiciens se sont donnés à lui. \" 3 D'abord, ils furent captivés par\nl'harmonie de ses vers. Puis, ils trouvèrent en lui un guide très doux,\ntrès poli,4 mais très ferme, qui les dirigeait. Hasse se mit sous sa tutelle.\nJommelli disait qu'il avait plus appris de Métastase que de Durante, Léo,\nFeo, et du père Martini, c'est-à-dire de tous ses maîtres. Non seulement\nses vers, auxquels il ne permettait pas qu'on fît de changements, se\nprêtaient merveilleusement à la mélodie, l'appelaient, pour ainsi dire ; mais\ntrès souvent, il suggérait au musicien le motif de l'air. 5\nOn trouvera, dans une étude de Joie Maria Baroni sur la lîrica\nmusicale di Metastasio,6 une brève analyse des divers genres poético-musi-\ncaux qu'il traita : Canzonette, Ce qui nous importe principale-\n\n1 Ibid.\n2\" Un talent sans lequel il est impossible à un poète de bien écrire une aria, c'est le pressentiment du\nchant, c'est-à-dire du caractère que l'air doit avoir, de l'étendue qu'il demande et du mouvement qui lui est\npropre. \" (Marmontel).\n3 M. Francesco Piovano, qui prépare une bibliographie Métastasienne, évalue à 1200 le nombre de parti-\ntions composées sur des textes de Métastase. (I. M. G. oct.-déc. 1906).\n4 Burney a tracé un portrait charmant de Métastase, qu'il vit à Vienne. Il avait, dit-il, une conversation pure,\nvive, aisée. Il était gai, aimable, plein de charme, extrêmement poli. Il ne disputait jamais, par politesse et par\nindolence. Jamais il ne répliquait à une proposition erronée. Il n'aimait pas la discussion. \" Il avait ce calme,\ncette douce harmonie qu'on retrouve dans ses écrits, où la raison fait tout, et jamais le délire, même dans les\npassions.\n0 Burney raconte une conversation entre un visiteur anglais et Métastase. L'Anglais demande si Métastase\nn'a jamais mis lui-même un de ses opéras en musique. Métastase répond que non, mais qu'il lui est arrivé de\ndonner au musicien les motifs de ses airs.\n6 Rivista Musicale Italiana, 1905."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.7", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2576, "texte": "ment, c'est de déterminer les réformes musicales que Métastase fut\namené à faire.\nIl eut le mérite de restaurer les chœurs dans l'opéra italien. En cela,\nil était secondé par certaines traditions musicales, qui s'étaient conservées\nà Vienne. Tandis que les chœurs étaient tombés en désuétude dans les\nopéras d'ltalie, Joh. Jos. Fux et Carlo Agostino Badia en avaient obstiné-\nment conservé l'emploi. Métastase tira parti de cette survivance ; et il\ntraita les chœurs avec un art, inconnu jusqu'à lui. Il eut soin de ne les\nintroduire qu'aux moments de l'action où ils étaient naturels et nécessaires.\nEt l'on sent qu'en les écrivant, il prit souvent modèle sur la simplicité et\nla solennité antique. 1 C'est dans ce même esprit que les compositeurs,\namis de Métastase et soumis à son influence, comme Hasse, les ont traités\nen musique. Qui prendra connaissance du chœur magnifique des prêtres,\ndans rOlimpiade de Hasse (1756), sera frappé d'y voir le plein épanouis-\nsement du style néo-antique, simple, tragique et religieux, dont on est\ntrop enclin à attribuer le monopole, ou l'invention, à Gluck.\nMais c'est dans la scène récitative que Métastase et ses musiciens\naccomplirent les réformes les plus importantes.\nL'opéra italien d'alors était un assemblage mal équilibré de\nsecco et d'airs. Le recitativo secco était, comme l'on sait, une psalmodie\nmonotone et très rapide, s'écartant peu du parler ordinaire, et déroulant\nson interminable écheveau sur l'accompagnement du clavecin solo, soutenu\nde quelques basses. Le musicien ne s'en souciait guère, et réservait ses\nsoins pour Y Aria, où sa virtuosité et celle de l'interprète se donnaient\nlibre champ. Au contraire, le poète restait attaché au recitativo, qui\npermettait d'entendre assez nettement ses vers. C'était une sorte de cote\nmal taillée, qui ne satisfaisait personne. Le poète et le musicien étaient\ntour-à-tour sacrifiés ; presque jamais, ils n'associaient vraiment leurs efforts.\nCependant, depuis la seconde moitié du XVIIe siècle, s'était glissée\ndans l'opéra une forme intermédiaire, qui devait peu à peu prendre la\npremière place, qui l'a prise (dirai-je : \" malheureusement \" ?) dans le\ndrame lyrique moderne : c'était le récitatif accompagné par l'orchestre,\nle recitativo stromentale,ou, d'un nom plus courant et plus bref,\nLully en avait fait un bel usage, dans ses derniers opéras. Mais dans l'opéra\nitalien, Y Accompagnato ne s'installa, d'une façon régulière, qu'à partir de\n\n1 Ainsi, dans VOlimpiade, la Clemen%a di Tito, Achille in Sciro, c'est-à-dire dans ses œuvres de la\nmaturité."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.8", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2884, "texte": "Haendel1 et de Leonardo Vinci (1690-1732). Ce dernier, que le président\nde Brosses appelait le Lully italien, avait / eu déjà l'idée d'employer\nXAccompagnato, au faîte de l'action dramatique, pour peindre les passions\nportées au paroxysme. Toutefois, ç'avaient été plutôt chez lui des intuitions\nde génie, dont il ne s'était pas préoccupé de cueillir les fruits.\nLe mérite de sentir l'importance de cette invention et de l'utiliser,\nd'une façon logique et raisonnée, semble revenir à Hasse, sous l'influence\nde Métastase, ainsi que l'a montré M. Hermann Abert. 2 A partir de la\nCleofide de 173 1, dont le second acte se termine par une grande scène\nrécitative accompagnée, très hardie, Hasse emploie les Accompagnati pour\nles fins d'actes et les sommets de l'action : visions, apparitions, lamenti,\ninvocations, tumulte de l'âme. Ici, le poète et le musicien unissent toutes\nles ressources de leurs arts ; la liberté emportée d'une déclamation drama-\ntique et le bouillonnement de l'orchestre se fondent en une même passion.\nDans la Clemenza di Tito de 1738, M. Abert note six Accompagnati, dont\ncinq sont réservés aux deux héros principaux et peignent leurs déchire-\nments intérieurs ; le sixième, qui appartient à un personnage secondaire,\nest la description de l'incendie du Capitole. Deux de ces grands récitatifs\nd'orchestre ne sont suivis d'aucun air. Dans la Didone abbandonata de\n1743, on remarquera tout particulièrement le dénouement tragique, qui\ncontredit (entre tant d'autres exemples) 3 la légende erronée affirmant que\ntous les opéras avant Gluck étaient forcés d'avoir un dénouement heureux.\nTout le drame se ramasse en cette scène finale, sobre, violente et tendue.\nQuelle part avait Métastase à la pratique de cette architecture\npoético-musicale, qui réserve les récitatifs d'orchestre aux grands moments\nde l'action, on le verra par une lettre fameuse, qu'il écrivit à Hasse, le\n20 octobre 1749, à propos de son Attilio Regolo, et qu'il n'est peut-être\npas mauvais de rappeler aux lecteurs français.4 Jamais poète ne surveilla\nplus scrupuleusement le travail du musicien et ne détermina, d'avance,\navec plus de précision la forme musicale qui convenait à chaque scène.\nAprès un assez long préambule, d'une courtoisie exquise, où\nMétastase s'excuse de donner des conseils à Hasse, il commence par\n\n1 Par exemple, dans Giulio Cesare (1724), Tamerlano (1724), Admeto (1727).\n2 Hermann Abert : Niccolo Jommelli aïs Opernkomponist, 1908, Halle.\nC'est en 1730, année où Hasse se lie avec Métastase, qu'il commence à faire une application raisonnée du\nrecitatpuo accompagnato.\n3 Voyez le Tamerlano de Haendel et le Piramo e Tisbe de Hasse.\n4 Cette lettre, qui fait partie des Opere postume del sig. Ab. Pietro Metastasio (1793, Vienne, t. I), a été\nreproduite par M. Cari Mennicke, dans son ouvrage : Hasse und die Bruder Graun als Symphoniker, 1906, Leipzig."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.9", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2275, "texte": "expliquer les divers caractères de sa pièce : Régulus, le héros romain,\nsupérieur aux passions, égal et serein.. \" Il ne me plairait pas, dit-il, que\nson chant et la musique qui l'accompagnent fussent jamais précipités, sinon\nen deux ou trois endroits de l'œuvre, où ressortent les passions dominantes\nde Régulus : la patrie et la gloire \"... le consul Manlius, grand\nhomme, trop sensible à l'émulation ; Amilcar, Africain qui ne com-\nprend rien aux maximes romaines d'honnêteté et de justice, mais qui finit\npar envier ceux qui y croient ; Barcé, belle et ardente Africaine, de\ntempérament amoureux, uniquement occupée d'Amilcar... etc. \" Telles\nsont, en général, les physionomies que je me suis proposé de retracer.\nMais vous savez que le pinceau ne suit pas toujours le dessin de l'esprit.\nC'est à vous, non moins excellent artiste que parfait ami, de vêtir avec\nune telle maîtrise mes personnages que, sinon par les traits du visage, du\nmoins par leur parure et par leur habillement, ils aient une individualité\nmarquée.\nPuis, après avoir mis en lumière l'importance des récitatifs \" animés\npar les instruments\", c'est-à-dire des il indique où et com-\nment il faut en user, dans son drame.\n\" Dans le premier acte, je trouve deux endroits, où les instruments\npeuvent m'aider. Le premier est la harangue d'Attilia à Manlio, dans la\nseconde scène, depuis le vers :\nA che vengo ! Ah\n\" Après les paroles a che vengo, les instruments doivent commencer\nà se faire entendre, et, tantôt se taisant, tantôt accompagnant, tantôt\nrinforzando,donner de la chaleur à un discours déjà passionné par lui-\nmême. Il me plairait qu'ils n'abandonnassent pas Attilia, avant le vers :\nLa barbara or quai e\n\" Je crois de plus qu'il convient de se garder de la faute de faire\nattendre le chanteur plus que la basse seule ne l'exige. Toute la chaleur\ndu discours se refroidirait ; et les instruments, au lieu d'animer, énerve-\nraient le récitatif qui serait comme un tableau coupé en morceaux et\nrelégué dans l'ombre : auquel cas, mieux vaudrait qu'il n'y en eût pas.\nMême recommandation pour la septième scène de l'acte I : \" J'insiste\nde nouveau pour que l'acteur ne soit pas obligé d'attendre la musique, et\nque ne se refroidisse pas ainsi la chaleur dramatique, que je désire voir"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.10", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1907, "texte": "grandir, de scène en scène. \" Un peu plus loin, après le vers de\nManlio :\nT'accheta : viene...,\n\" Une brève symphonie me paraît nécessaire, pour donner le temps\nau consul et aux sénateurs d'aller s'asseoir, et pour que Régulus puisse\nvenir sans se presser, et s'arrêter pour réfléchir. Le caractère de cette\nsymphonie doit être majestueux, lent ; et, si possible, elle doit s'interrompre,\npour exprimer l'état d'esprit de Régulus, réfléchissant qu'il retourne esclave\nlà où naguère il s'est assis consul. Il me plairait que, dans une de ces\ninterruptions de la symphonie, Amilcar dît les deux vers:\nRegolo, a che f arresti? e for se nuovo\nper te questo soggiorno\net que la symphonie ne conclût pas, avant la réponse de Régulus :\nPenso quai ne par tu,\nAu second acte, il faut deux récitatifs instrumentaux. Dans une de\nces scènes, \" Régulus doit rester assis, jusqu'aux mots :\nAh no. De' vili ques\n\" Il dira le reste, debout... Si, par suite de la disposition de la scène,\nRégulus ne pouvait s'asseoir tout de suite, il devrait s'acheminer lente-\nment vers son siège, en s'arrêtant parfois et paraissant plongé dans une\ngrave méditation ; il serait alors nécessaire que l'orchestre le prévînt et le\nsecondât, jusqu'à ce qu'il s'assît. Toutes ses paroles : réflexions, doutes,\nhésitations, donneront lieu à quelques mesures instrumentales, aux modu-\nlations imprévues ; aussitôt qu'il se lève, la musique doit exprimer la\nrésolution et l'énergie. Et toujours éviter de faire longueur...\nPour le troisième acte, \" il me plairait qu'on n'usât point des instru-\nments dans les récitatifs, avant la dernière scène, bien qu'ils pussent être\nemployés à propos dans deux autres scènes ; mais il me semble qu'il\nfaut ménager un pareil effet.\nCette dernière scène est précédée d'un tumulte violent du peuple,\nqui crie :\nResti, Regolo,\n\" Cette clameur doit être très bruyante, d'abord parce que la vérité"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.11", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2464, "texte": "le veut ainsi, et de plus afin de faire valoir le silence qu'impose ensuite au\npeuple tumultueux la seule présence de Régulus... Les instruments doivent\nse taire, quand parlent les autres personnages ; au contraire, ils accom-\npagnent constamment Régulus, dans cette scène ; les modulations et les\nmouvements varient, non pas d'après les simples paroles, comme font les\nautres écrivains de musique [scrittori di mu sic a), mais d'après l'émotion\nintérieure, comme font les grands musiciens, vos pairs. Car, vous le savez\naussi bien que moi, les mêmes paroles peuvent, suivant les circonstances,\nexprimer (ou cacher) la joie, ou la douleur, ou la colère, ou la pitié. Je\nsuis bien convaincu qu'un artiste comme vous saura traiter un si grand\nnombre de récitatifs instrumentaux, sans fatiguer les auditeurs : d'abord,\nparce que vous éviterez soigneusement de faire longueur, ainsi que je vous\nl'ai recommandé avec insistance ; et surtout, parce que vous possédez, à\nla perfection, l'art de varier et de faire alterner les les forti, les\nles enchaînements staccateou congiunte^les retards, les pauses, les arpèges,\nles trémolos, et par dessus tout ces modulations inattendues, dont vous seul\nsavez les ressources cachées \"\n\" Vous croyez que j'ai fini de vous ennuyer? Pas encore... Je souhai-\nterais que le chœur final fût de ceux qui, grâce à vous, ont donné au\npublic le désir, inconnu jusqu'alors, de les écouter. Je voudrais que vous\nfissiez sentir que ce chœur n'est pas un accessoire, mais une partie très\nnécessaire de la tragédie et de la catastrophe qui la termine.\nEt Métastase ne met fin à ses minutieuses recommandations que\nparcequ'il est fatigué, dit-il, nullement parce qu'il a tout dit. Nul doute\nque des conversations ultérieures n'aient commenté et complété cette\nlettre.\nRésumons ces conseils. On notera :\ni° La suprématie de la poésie sur la musique. \" \",\nc'est la poésie. \" Les parures et habillements\", c'est la musique. Gluck ne\ns'exprimera pas très différemment.\n2° L'importance donnée au drame, les conseils d'homme du métier,\npour ne pas laisser languir le débit de l'acteur, pour qu'il n'y ait pas de\ntrous dans le dialogue. Ceci va directement contre l'air inutile. La musique\nest subordonnée à l'effet scénique.\n3° Le caractère psychologique attribué à l'orchestre. \" La symphonie\nqui exprime les réflexions, les doutes, les troubles de Régulus \". Plus loin,\nce pouvoir reconnu à ]a bonne musique de traduire non seulement les"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.12", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3075, "texte": "paroles, mais l'âme cachée qui sent parfois tout autrement qu'elle ne\ns'exprime, en un mot, la tragédie intérieure.\nTout cela, je le répète, est conforme à la pensée de Gluck. Pourquoi\ndonc représente-t-on toujours Métastase et ses musiciens comme opposés\nà la réforme de Gluck? Cette lettre est de 1749, alors que Gluck n'avait\nencore aucun pressentiment de sa réforme. 1 On voit bien que tout le\nmonde, dans tous les camps, était agité des mêmes préoccupations, travail-\nlait à la même œuvre. Seulement, la formule adoptée n'était pas la même.\nMétastase, amoureux du beau chant, et l'un des derniers en Europe qui\nen eussent conservé l'exacte tradition,2 ne voulait pas le sacrifier. Et quel\nmusicien lui en ferait un reproche ? Il voulait que la voix poésie et\nmusique fût toujours la figure principale du tableau ; il se défiait du\ndéveloppement excessif de l'orchestre de son temps, qui lui semblait\nd'autant plus dangereux qu'il en sentait la force et prétendait la tenir en\nbride, au service de son idéal de tragédie musicale, harmonieusement\nproportionnée. 3 II faut dire les choses comme elles sont : avec Gluck, le\ndrame a gagné ; nullement, la poésie. Vous ne trouvez plus chez lui ni\nchez Jommelli la déclamation racinienne, qui s'était encore adoucie et\nraffinée, au cours du XVIIIe siècle, mais une déclamation lourde, appuyée,\nétalée, criée : il le faut bien, pour dominer le tumulte de l'orchestre.\nComparez une scène de V Armtde de Gluck à une scène correspondante de\nYArmide de Lully :4 les deux œuvres sont des tragédies lyriques ; mais\nquelle différence de déclamation ! Celle de Gluck est plus lente, plus\nrépétée ; l'orchestre bouillonne et gronde ; la voix est celle d'un masque\ntragique de théâtre grec : elle hurle. Chez Lully, et bien plus encore chez\nles collaborateurs musicaux de Métastase, la voix était celle d'un grand\nacteur du temps ; elle était soumise à certaines conventions de bon gout,\nde modération et de naturel, au sens où l'entendait la bonne société d'alors :\n(car le naturel varie, suivant l'époque ; et chaque société, chaque âge\nlui fixe des limites différentes). Le malentendu entre les deux ecoles\n\n1 Gluck avait débuté, en 1742 ;il revenait d'Angleterre, en 1746 ;il n'avait pas encore écrit, en i749> 0e ne\ndirai pas l'épître dédicatoire d'Alceste, qui est de vingt ans plus tard, en 1769), mais même ses opéras italiens,\nréellement significatifs : E&io est de 1750, et la Qlemensca di Tito, de 1752.\n2 Burney entendit, à Vienne, une excellente chanteuse et compositrice, Mlle Martinetz, à qui Métastase\navait enseigné le chant. Il ajoute que Métastase était un des derniers qui connussent la tradition du beau vieux\nchant italien, de l'école de Pistocchi et de Bernacchi. Il eût pu ajouter, comme nous l'avons vu : de Francesco\nGasparini.\n3 a La esatta proporxione dello stile drammatico proprio delV Opéra in musica \", comme dit Arteaga, qui fait\nde cette qualité la caractéristique de Métastase, celle qui le rend supérieur à tous les autres artistes.\n4 Par exemple, la scène où Armide fait appel à la Haine."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.13", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2582, "texte": "porte donc beaucoup moins sur le fond que sur les manières. Tout le\nmonde était d'accord sur ce point que l'opéra devait être une tragédie\nen musique. Mais l'on n'était pas d'accord sur ce que devait être la\ntragédie. D'un côté, les Raciniens, de l'autre, déjà, les romantiques.\nAjoutez que la grande chose, en art, ce ne sont pas les théories, c'est\nl'homme qui les applique. Gluck a voulu la réforme du drame musi-\ncal. Métastase la voulait aussi. Et aussi, à Berlin, Algarotti, Graun,\nFrédéric II lui -même. Mais il y a la façon de vouloir, il y a le tempéra-\nment. Celui de Gluck était d'un révolutionnaire, intelligent, audacieux,\nmal élevé, qui se moquait du qu'en dira-t-on. Celui de Métastase\nétait d'un homme du monde, qui respectait les usages établis. Il farcissait\nde froides sentences et de comparaisons précieuses ses libretti d'opéras ; et,\npour les justifier, il s'appuyait sur l'exemple des Grecs et des Romains;\nil disait a Calsabigi que de tels moyens \" avaient toujours fait le principal\nattrait de l'éloquence profane et sacrée. \" 1 Et les critiques de son temps\nles justifiaient aussi, par l'exemple des anciens et des Français. Ils ne se\ndisaient pas que, pour juger si une chose est bonne, il ne faut pas se\ndemander si elle a été bonne et vivante autrefois, mais si elle l'est aujour-\nd hui. La est le vice radical de l'art d'un Métastase. Il est plein de\ngoutet plein d intelligence, parfaitement équilibré, mais érudit et mondain;\nil manque d'audace, il manque de sève.\nN'importe! S'il était, dans l'ensemble, condamné à périr, il portait\nen lui beaucoup d'idees de l'avenir. Et qui sait si son plus grand malheur\nn a pas ete l'echec de Jommelli, qui, de tous les musiciens soumis à\n1 influence de Métastasé, fut le plus audacieux et marcha le plus loin sur\nles voies que Métastase avait ouvertes? Jommelli, que l'on a parfois\nnommé le Gluck italien, représenta le suprême effort de l'ltalie pour\nconserver sa primauté dans 1 opéra. Il voulut accomplir la réforme de la\ntragédie musicale, sans rompre avec la tradition italienne, mais en la\nrevivifiant avec des éléments nouveaux, et surtout avec la puissance drama-\ntique de 1 orchestre. Il ne fut pas soutenu dans son pays ; et en Allemagne,\nil était un étranger, comme Métastase. Ils furent vaincus ; et leur défaite\nfut celle de 1 Italie tout entière. Le Gluck italien ne fit pas école. Ce fut\nle Gluck allemand qui assura la victoire, non seulement à une forme d'art,\nmais à toute une race.\n\nRomain Rolland.\n\nHan fatto sempre una gran parte finora délia sacva e délia profana eloquen^a.\""}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-04-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-04-15_01#c008", "volume": "bmtnabh_1912-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 14, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.2.6", "titre_corps": "DÉCENTRALISATION MUSICALE", "titre_sommaire": "DÉCENTRALISATION MUSICALE", "signature_source": "H. Auriol, député de la Haute Garonne, Secrétaire de la Chambre", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1576, "texte": "DÉCENTRALISATION MUSICALE\n\nAurélien Scholl disait un jour, en frappant de son talon le perron de\nTortoni : \" Ici, c'est le cerveau du monde.\nCe Parisien modeste exagérait à peine, car Paris fut toujours le\ncentre d'attraction de l'univers. Musiciens, poètes, savants, hommes de\nlettres, poursuivirent de tous temps le rêve et l'atteignirent parfois\nde forcer la renommée dans cette capitale où les étrangers eux-mêmes\nrecherchent jalousement une consécration qu'ils avaient déjà chez eux,\nmais qui ne leur paraît complète et définitive qu'après l'avoir obtenue\nchez nous.\nQuant à la province, son rôle modeste fut de suivre le sillon lumi-\nneux de la capitale, d'accepter ses gloires et ses modes, ses enthousiasmes\net ses goûts, de copier même ses vices et ses erreurs.\nAinsi, Paris a fini par \" centraliser \" l'art, le génie et... le ridicule.\nCette centralisation outrancière s'est infiltrée dans les diverses bran-\nches de notre activité nationale ; aujourd'hui, notre pays étouffe sous son\nétreinte brutale.\nC'est surtout dans le domaine des arts, et plus particulièrement à\nl'égard de la musique et des théâtres de province, que les dangers de\ncette centralisation se sont manifestés.\nQue la musique française traverse une crise, une crise grave, cela est\nindéniable, et les compositeurs, les auteurs, les directeurs de théâtres ne\nse le dissimulent pas.\nPour se défendre, ils ont même adopté l'attitude la plus propre à\nfaire aboutir leurs revendications et, à notre époque où l'on s'unit pour\nmieux batailler, ils se sont groupés. Nous avions l'Association des auteurs"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.15", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2178, "texte": "et celle des directeurs de théâtres, nous avons failli avoir le \" Syndicat\ndes danseuses de l'Opéra nous comptons depuis peu le \" Groupe de la\nmusique\nIl serait injuste d'en médire, car il répondait et il répond encore à\nune nécessité.\nConstitué sous la présidence du grand maître Saint-Saëns, réunissant\nla presque totalité de nos compositeurs français, ce groupe a pour but de\ndéfendre la musique.\nAussi la presse salua-t-elle très favorablement cette union de tous les\nmusiciens pour la défense de la meilleure des causes, et M. Villemin,\ndans un article paru dans Comœdia,disait à cet égard :\n\" Jamais dans l'histoire de la musique, les compositeurs français\nn'étaient montés à l'assaut avec une aussi rude maestria ; jamais charge\nplus impétueuse, n'était venue rompre l'élan trop audacieux de l'enva-\nhisseur. \"\nL'envahisseur était pour nos musiciens tous ces compositeurs étran-\ngers, trop souvent joués, affirmait-on, sur nos scènes subventionnées, et\ncela au détriment de nos nationaux.\nC'était là un des griefs invoqués par le groupe de la musique. Il\nen était d'autres qui firent l'objet d'un très intéressant rapport rédigé par\nl'excellent maître Xavier Leroux et approuvé par tous les membres du\ngroupe.\nDe tous les vœux qui furent émis, il en est un qui mérite une men-\ntion particulière. Xavier Leroux invitait les Pouvoirs publics \"à FAVORISER\nLA DÉCENTRALISATION MUSICALE \".\nJe crains que les musiciens n'aient pas saisi tout l'intérêt de cette\nquestion ; sans cela ils lui eussent donné, j'imagine, plus d'importance.\nA mon avis, la décentralisation musicale, porte en effet en elle-même le\nmeilleur remède, le seul peut-être,à la crise actuelle, et parmi les revendi-\ncations du groupe de la musique, elle devait elle doit encore figurer\nau premier plan, car c'est d'elle que peut venir la résurrection de nos\nscènes provinciales.\nXavier Leroux, en se faisant le porte parole de tous ceux qui, déjà\njoués, à l'Opéra et à l'Opéra-Comique, demandent une place\nrable ne parle, en effet, qu'au nom d'une MINORITÉ.\nA côté de ces \" privilégiés \", il y a la foule des compositeurs qui.\nattendent impatiemment le jour où ils verront les feux de la rampe."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.16", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2116, "texte": "Or, lorsqu'on aura plus ou moins réformé le système d'abonnement\nde l'Opéra-Comique, et qu'on aura plus souvent joué Louise ou la Reine\nFiammette, les artistes qui marquent le pas ne seront pas plus avancés. Ce\nqui constitue la crise actuelle, c'est que nos compositeurs, toujours plus\nnombreux, persistent à vouloir être joués à Paris, que Paris, déjà débordé,\nne suffit plus à la \" surproduction actuelle \", et que les théâtres de\nprovince, délaissés et ruinés, ne peuvent accueillir les œuvres nouvelles,\nsoit qu'on hésite à les leur offrir, soit que les directeurs refusent de faire\nœuvre de décentralisation, à cause de leurs ressources insuffisantes.\nIl faut donc, et dans l'intérêt commun des et des\nde théâtre, créer au plus tôt de nouveaux DÉBOUCHÉS et \" décongestionner \"\nParis.\nA cet égard M. Carré, au cours d'une entrevue qu'il eut à la\nChambre avec les membres du groupe parlementaire de l'Art, déclarait :\n\" Si on tient compte qu'il y a actuellement environ 80 compositeurs\nfrançais, il me faudrait plus de vingt ans pour jouer une pièce de chacun\nd? > >\neux.\nEt le directeur de F Opéra-Comique AJOUTAIT :\n\"Je suis un lanceur de pièces. Mon théâtre est un jardin d'essai dans\nlequel on est à l'étroit. Pour ensemencer une plante nouvelle, il faut en\nenlever une déjà existante, même si elle produit de beaux fruits. \"\nCe qui veut dire : on étouffe chez moi, il faut chercher ailleurs.\nTEL DOIT ÊTRE LE RÉSULTAT DE LA DÉCENTRALISATION MUSICALE\nLa campagne du groupe de la Musique mérite donc d'être et\ncomplétée ; d'ailleurs, mieux averti des avantages de la décentralisation\nmusicale ce groupe a, depuis le dépôt de son premier rapport, et sur\nl'heureuse initiative de M. Paul Ferrier, le très distingué président de la\nSociété des auteurs, grâce aussi à l'intervention de l'Académie des théâtres\net de son actif président, M. Georges Berry, repris cette question, en lui\ndonnant l'ampleur qu'elle méritait. A\nelle se pose à la fois devant la Chambre et devant le pays ; elle doit donc\nêtre solutionnée.\nLa décentralisation musicale eut toujours \" une excellente presse \""}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.17", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2589, "texte": "Pourquoi évoque-t-elle le souvenir de ces vieilles filles parfaitement accom-\nplies dont on dit le plus grand bien, mais qu'on n'épouse jamais. Serait-ce\nà cause de sa perfection même ?\nSes défenseurs furent souvent illustres, parfois éloquents, à la Chambre\net dans le pays ; il fut toujours du meilleur ton de parler d'elle avec une\nsympathie attendrie.\nParmi ses parrains les plus notoires je citerai, sans remonter trop\nloin dans notre histoire contemporaine, M. Doumergue, ancien Ministre\nde l'lnstruction publique, qui, étant encore au pouvoir, reçut une déléga-\ntion du Groupe de la musique.\nl'issue de cette entrevue la presse publiait une note pleine de\npromesses :\n\"Le Ministre exposa aux délégués un plan de décentralisation\nartistique. Des subventions seraient attribuées aux grands théâtres de la\nprovince pour qu'ils puissent représenter, dans de bonnes conditions, des\nœuvres nouvelles et il serait bien entendu que ces œuvres pourraient\nrevenir à Paris et être comptées, à l'égard des directeurs de théâtres\nparisiens, comme des ouvrages nouveaux. Le mode d'attribution de ces\nsubventions serait mis à l'étude, de façon qu'elles remplissent bien le but\npurement artistique auquel elles seraient destinées. \"\nM. Maurice Faure remplaça M. Doumergue et, chose admirable et\nrare, conserva sur ce sujet les idées de son prédécesseur.\nPoète et cigalier, il déclarait :\n\" L'œuvre de décentralisation est à peine commencée, et le devoir s'impose\nimpérieusement à l'Administration des beaux-arts de la poursuivre avec méthode\net ténacité, soit par la modification de ses procédés, soit par la réorganisation de\ncertains services... Il est d'un véritable intérêt national, de susciter partout les\ninitiatives et de leur donner le moyen d'agir, dans le pays même où elles se\nproduisent ; il importe de créer, en province, des centres artistiques, d'y développer\nceux qui existent déjà, et de favoriser, sur les divers points de notre territoire, des\nmanifestations esthétiques en tous genres. \"\n\"La conception républicaine est de servir l'art sans l'asservir, et la préoccu-\npation primordiale de l'Administration des beaux-arts, sous la République, doit\nêtre, après avoir assuré à tous ceux en qui peut naître la vocation artistique, les\nmoyens d'enseignement spécial, d'encourager et d'aider, sans acception d'école ou\nde genre, tous les véritables talents. Le plus haut et le plus précieux privilège de\nl'art est dans son indépendance. A ce point de vue, on peut dire que la République\na favorisé la culture démocratique de l'art : la vie du paysan et de l'ouvrier est"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.18", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2569, "texte": "entrée dans son domaine; et les Millet, les Jules Breton, les Bastien Lepage, les\nRoll, les Lhermitte, pour ne citer que les plus typiques, ont trouvé dans leur\ncampagne l'émotion, la grandeur et la vérité.\n\" Mais si notre art contemporain a déjà trouvé de précieuses ressources dans\nl'étude de nos provinces, si riches en beautés de toutes sortes, que serait-ce si tous\nles éléments dont elles abondent étaient utilisés et mis en œuvre. Le devoir qui\ns'impose donc impérieusement à l'Administration des Beaux-Arts est de poursuivre,\navec méthode et ténacité, une décentralisation qui a déjà donné de si heureux\nrésultats : il s'agit de mettre en relief toutes les richesses artistiques que renferment\nnos départements, d'ouvrir de nouvelles sources d'inspiration, de susciter partout\ndes initiatives et de ne pas laisser perdre nos trésors. \"\nM. Maurice Faure avait d'autres projets encore et c'est en qualité\nde rapporteur du budget des beaux-arts qu'il fit allusion à la création\nd'une villa Médicis, à Arles, en pleine Provence, sur une terre encore\ntoute imprégnée d'antiquité, dans cette ville que le poète Ausone avait\nsurnommée la Rome des Gaules. Un brusque retour de la fortune\nvint ruiner ses projets ministériels.\nM. Steeg n'eut pas le temps de faire une déclaration même plato-\nnique ; il ne fit que passer aux Beaux-Arts ; mais comment ne serait-il\npas décentralisateur, lui qui nous apparaît comme un rempart de la\nproportionnelle. Or, en musique comme en politique, l'art doit être mis\nà la portée de tous.\nQuant à M. Guist'hau, ses dispositions à l'égard de la décentrali-\nsation musicale ne sauraient être douteuses ; c'est lui, qui de tous ses\nefforts a tenté de donner au théâtre de la ville de Nantes, dont il est\nle représentant à la Chambre, un éclat et une prospérité nouvelle.\nMM. Dujardin-Beaumetz et Bérard, sont en parfaite communion\nd'idées sur ce sujet, et sur les bancs de la Chambre, bien rares sont\nceux qui ne se découvrent pas décentralisateurs.\nLes directeurs des grands théâtres de Paris souhaitent le succès de\ncette cause qui diminuera le nombre des compositeurs montant à l'assaut\nde leurs scènes et les directeurs de province espèrent trouver en elle leur\nsalut.\nEnfin les grandes villes, par l'intermédiaire de leurs Conseils muni-\ncipaux, ont émis des vœux favorables, et je me garderais d'oublier que\nsur l'initiative de M. Paul Feuga (et après que j'eus moi-même porté la\nquestion à la tribune de la Chambre), le Conseil municipal de Toulouse\na adopté (le 13 janvier 1911) la motion suivante :"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.19", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2062, "texte": "\" Considérant que partout l'exploitation de l'art théâtral lyrique devient de\nplus en plus difficile et entraîne tous les jours des dépenses plus lourdes pour la\ncité ;\n\" Considérant que devant l'effrayante disproportion des recettes et des\ndépenses, plusieurs grandes villes se verront peut-être dans la nécessité de fermer\nles portes de leur théâtre dans un avenir peu éloigné ;\n\" Considérant qu'il importe au plus haut degré de coopérer à la diffusion de\nl'art, d'assurer l'avenir de nos conservatoires, de maintenir le goût du public, de\nfaire l'éducation artistique du peuple ;\n\" Considérant que dans un régime démocratique surtout, il importe de puiser\ndans l'enseignement oral et visuel du Beau les sentiments d'esthétique qui élèvent\net éduquent ;\n\" Considérant que les scènes lyriques font vivre des familles nombreuses qui\nne trouvent qu'en elles leurs moyens d'existence ;\n\" Considérant que les théâtres alimentent le commerce en provoquant les\ndéplacements et l'extériorité de la vie ;\nEmet le vœu :\n\" Que l'Etat, qui subventionne si largement les scènes de la capitale, vienne\nefficacement, généreusement en aide aux théâtres de province, en leur donnant les\nsubventions nécessaires pour leur permettre de vivre, de faire œuvre artistique et\ndécentralisatrice. \"\nHommes politiques et hommes de lettres, directeurs de théâtres de\nParis et de la province se trouvent donc réunis sur ce même terrain de la\ndécentralisation musicale. Tous sont d'accord pour signaler aux pouvoirs\npublics la gravité de la situation et il n'était pas sans intérêt de le faire\nclairement ressortir pour rendre plus lourde encore la faute de ceux qui,\nvoyant la crise et pouvant la conjurer, reculeraient devant une réforme\nnécessaire.\nDans ce concert d'éloges, je ne relève qu'une seule discordante\nelle vient du groupe régionaliste.\nCela d'ailleurs se comprend.\nLes régionalistesveulent la région fortement organisée, tirant d'elle-\nmême tous ses moyens d'action, toutes ses ressources.\nIls déplorent \" les tournées de passage\" qui nous apportent des pièces"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.20", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2530, "texte": "du boulevard faites par des auteurs parisiens ; ils critiquent toute\nlisation qui, pour exister, fait intervenir l'Etat.\nIls préfèrent un théâtre strictement \" régional \" empruntant ses sujets\nà la contrée et dont les auteurs et les acteurs seraient autant que possible\n\" du cru\nJe vois tout ce qu'il y a de séduisant dans cette doctrine de pur\nrégionalisme et je suis de l'avis du délicat musicien Déodat de Séverac\nlorsqu'il écrit :\n\" Nos musiciens font de la musique de Paris et pour Paris ; ils s'écartent\nainsi progressivement et de plus en plus du genre propre aux diverses provinces\nfrançaises où ils sont nés.\n\" A toutes les belles époques d'art, les œuvres ont été non pas seulement\nl'expression d'un individu isolé dans une contrée déterminée, mais la synthèse\nmême de l'âme de cette contrée. \"\nL'excellent M. Beauquier un des doyens du régionalisme\nsignalait à la Chambre le même mal, dans un rapport qui parut vers 1907 :\n\" Autrefois, disait-il, avant la Révolution, une vie locale artistique et littéraire\nexistait dans chaque province. Chaque ville presque avait des enfants glorieux dont\nelle s'enorgueillissait. Peintres, musiciens, sculpteurs, architectes, ornaient leur cité et\nne songeaient pas à demander à Paris une consécration qui n'aurait rien ajouté à\nleur valeur. Il n'en va plus de même aujourd'hui ; les artistes locaux n'ont qu'une\nhâte : quitter leur ville natale où ils ne croient pas leurs mérites suffisamment\nconnus, pour accourir à Paris où, s'ils n'ont pas une force de résistance exception-\nnelle et une chance plus exceptionnelle encore, ils sont noyés dans la masse ; ils\nperdent leurs qualités natives, s'exaspèrent, arrivent à produire des choses extra-\nvagantes et déséquilibrées, dans le but d'attirer enfin les regards d'une foule\nindifférente et blasée. S'ils étaient demeurés chez eux, puisant aux sources mêmes\ndu sol natal, beaucoup se seraient développés normalement, souvent d'une façon\noriginale, et auraient enrichi le patrimoine artistique et intellectuel de leur pays. \"\nDe Séverac et Beauquier ont raison et les Régionalistes ont raison avec\neux ; mais encore faut-il que le compositeur ayant conçu une œuvre\n\" à l'ombre du clocher \" puisse la faire exécuter convenablement dans\nson pays.\nOr, malgré leur désir de ne point se \" déraciner, \" la plupart des\ncompositeurs sont contraints d'abandonner leur province parce que leurs\nœuvres ne trouvent pas de directeurs assez riches pour monter des pièces\ninédites. Aussi émigrent-ils vers Paris.\n\n2"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.22", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2035, "texte": "Et il en sera ainsi tant que la province ne sera pas fortement orga-\nnisée, richement constituée, tant qu'elle ne sera pas pour ses fils autre\nchose qu'une marâtre.\nIl en sera ainsi tant qu'un bouleverseme?it complet n'aura pas trans-\nformé notre régime administratif.\nMais jusqu'à ce jour et en attendant l'heure où le rêve des régio-\nnalistes se trouvera réalisé faut-il abandonner notre art musical ?\nA côté du régionalisme qui nous offre un secours lointain ne devons-\nnous pas avoir recours à la décentralisation qui constitue un remède\nimmédiat ?\nEn un mot, devons-nous dédaigner ce qui sans doute n'est qu'une\n\"étape\" vers le régionalisme pur, mais qui s'offre à nous comme un\ntemps d'arrêt dans une crise redoutable. Certes non, et de tous nos efforts\nnous devons hâter la réalisation de la décentralisation musicale.\nPar ce mot j'entends les moyens propres aux compositeurs non\njoués de faire représenter leurs œuvres sur les scènes provinciales, et aux\nthéâtres de province de les monter dans de bonnes conditions.\nMOYENS DE RÉALISER UNE DÉCENTRALISATION MUSICALE ?\nIl n'est pas sans intérêt d'évoquer le passé et de rappeler les tentati-\nves intéressantes faites jusqu'à ce jour en faveur de la décentralisation\nmusicale.\nEn 1905, à la suite d'une interpellation de M. Millevoye, une Com-\nmission consultative fut instituée au Sous-Secrétariat d'État aux Beaux-\nArts pour le développement des théâtres\nA la séance du 15 février 1906 un ordre du jour fut voté par la\nChambre \" invitant le Gouvernement\npopulaires a Paris et dans les départements.\"\nDepuis 1906, cette question n'a pas fait un pas àla Chambre et,\ndans le pays, les théâtres populaires sont peu répandus.\nPlus prospère, plus étendue surtout a été l'œuvre des THÉÂTRES EN\nPLEIN AIR.\nOn en a vu naître de tous côtés, dans toutes les villes soucieuses de\nmettre en valeur un coin pittoresque du paysage.\nCes théâtres avaient joui jadis (et notamment vers la fin du\nXVIIIe siècle) d'une certaine faveur. Pendant les dernières années de"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.23", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1826, "texte": "l'Empire, les représentations éphémères organisées au Pré-Catelan, sous\nl'inspiration de l'impératrice Eugénie, avaient donné à ce genre de spec-\ntacle un regain de vitalité.\nAujourcT F initiative de municipal\nA Bussang, M. Pottecher (en 1895) fondait son Théâtre du peuple.\nIl faisait représenter le \" Diable marchand de goutte première œuvre\nd'une série qui s'est continuée jusqu'à nos jours.\nEn Poitou^le docteur Corneille réalisait une œuvre analogue.\nUn peu plus tard, en 1898, à Ploujean,\nfaisaient revivre le théâtre breton.\nLe succès, comme toujours, provoquait des essais du même genre et,\nsans parler des admirables manifestations dramatiques organisées à ORANGE\npar Paul Marietton, NÎMES et ARLES écartaient momentanément de leurs\narènes la troupe tapageuse des toréadors et y appelaient les nobles com-\npagnies de l'Odéon et du Français. CAUTERETS inaugurait son théâtre de\nla nature. DANS L'EST, à quelques pas de la frontière, à Gérardmer,\nd'ingénieux organisateurs utilisaient la scène \" du Saut des cuves\"; enfin,\nun peu partout, se créaient en France des théâtres en plein air.\nParmi toutes ces tentatives, une place spéciale revient au théâtre de\nla nature de BÉZIERS. Grâce à M. Castelbon de Beauxhostes, de belles\nœuvres y furent représentées, et, dans ces arènes, sous un soleil qui donne\nla vie aux choses elles-mêmes, tout un peuple vient, tous les ans, s'enivrer\nde musique et d'idéal.\nQue le génie du maître Saint-Saëns, que l'inspiration de Gailhard\nou de Séverac évoque les légendes du passé ou célèbre les traditions\nlocales, la foule ardemment éprise de sons et de rythmes éprouve toujours\ncette même émotion qui rend l'âme meilleure.\nTelles furent les différentes tentatives de décentralisation musicale.\n(A suivre).\n\nH. Auriol,\ndéputé de la Haute Garonne, Secrétaire de la Chambre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-04-15-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-04-15_01#c010", "volume": "bmtnabh_1912-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 21, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.2.7", "titre_corps": "M. LÉON BÉRARD, SOUS-SECRÉTAIRE D'ÉTAT AUX BEAUX-ARTS,", "titre_sommaire": "M. 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LÉON BÉRARD,\nSOUS-SECRÉTAIRE D'ÉTAT AUX BEAUX-ARTS,\nqui vient d'aller assister à la première d'un opéra breton à Nantes, donnant\nainsi un bel exemple de décentralisation musicale."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-04-15-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-04-15_01#c011", "volume": "bmtnabh_1912-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 24, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.2.8", "titre_corps": "Impressions Parisiennes", "titre_sommaire": "Impressions Parisiennes", "signature_source": "Richard H. Stein", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1555, "texte": "Impressions\nParisiennes\n\nCARNET DE VOYAGE\nD'UN ALLEMAND EN 1911\nNotre éminent et spirituel collègue M. le Dr Richard H. Stein, se rendant l'année\ndernière à Londres, pour y assister au congrès de notre Société, a voulu passer par Paris, et se\nmettre au courant de notre vie musicale. Qui aurait cru qu'il se documenterait astucieusement,\net ferait paraître un jour les notes humoristiques, dont nous publions les fragments suivants.\nEn nous faisant un plaisir de communiquer ces lignes à nos lecteurs, nous nous permettons\nd'ajouter que S.I.M. ne prend nullement la responsabilité des opinions, tantôt bienveillantes,\ntantôt sévères, exprimées par notre collègue. Mais nous sommes persuadés que ceux-là mêmes,\nqui sont très loin de penser comme M. Richard H. Stein, admireront l'originalité d'un des\nesprits les plus brillants de la presse berlinoise.\n(La rédaction.)\nBerlin-Paris. Déjà Hans Y et Paul X, deux musiciens de ma\nconnaissance, sont montés dans le train. Debout dans le couloir, ils\ndiscutent âprement. L'un explique à l'autre, que, tout au moins par\nconvenance, il vaut mieux prendre un supplément de première ou de\nseconde, ne serait-ce que jusqu'à la première station. L'autre soutient au\ncontraire que les troisièmes sont plus select que les secondes, envahies par\nles voyageurs de commerce, et dont l'élite s'asbtient par raison d'hygiène.\nUn arrêt. \" Frise fies Obst gefaellig ? \" Bier gefaellig ? \"\nH ans, qui s'est assis, se tourne vers Paul, et d'un rire un peu méchant:\n\" Dites-moi, Monsieur et cher musicologue. Pourquoi l'homme aux"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.25", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2088, "texte": "cerises fait-il un saut de quinte ascendante et le gamin à la bière une\ntierce mineure descendante ? L'interrogation n'exige-t-elle pas que la voix\nmonte ? Et puis, ce sol-mi, l'entends-tu en mi mineur ou en ut majeur? \"\nPaul, un peu incertain : \" Oui, on peut bien se représenter la quinte\nqui manque, mais pas la tonique absente. D'ailleurs, nous n'en sommes\npas encore à ces cas particuliers. Nous nous bornons présentement à\nrésoudre, par l'étude des intervalles, le problème de la consonance. \"\nHans (en élevant la voix) \"Ça vaut trois mois de prison ! \"\n(malicieux) \" Dis-moi, est-ce que, d'après vos dernières découvertes, la\nquarte est une consonance ?\nPaul : \" Naturellement. \"\nHans (se redressant avec orgueil) : \" Hé bien, moi, je prétends que\nc'est une dissonance ! Ainsi, la prétendue consonance parfaite se\nrésout sur la prétendue consonance imparfaite ut-mi. \"\nPaul : \"Tu n'as qu'à te représenter l'accord de fa majeur, pour\nt'apercevoir de ton ineptie.\n\" Quod erat demonstrandum !\" Hans laisse éclater sa joie. \"Tu as bien\ndonné dans le panneau ! Vois-tu, il n'y a pas ni consonances ni dissonances\nde deux sons, car ceux-ci, dans l'acte musical, sont toujours fonction d'un\naccord de trois ou quatre sons, qui déterminent leur sens et leur valeur.\nUne curiosité, en passant : Do-mi, et (ou\nbémol, ce qui revient au même) sont consonants. Mais\nest dissonant ! Ce qui prouve bien qu'on devrait ici ne s'occuper que des\naccords. \"\nPaul : \" Cela n'empêchera pas l'intervalle de rester\néternellement une dissonance. \"\nHans : \" Et l'octave une consonance. Parfaitement, mon cher. \"\nLe train roule toujours, uniformément\nParis. - L'auto m'entraîne, par les rues accidentées, à travers une\nfoule bariolée, trépidante, jusqu'à mon hôtel. Que la musique des rues est\ndonc brutale et monotone à Berlin. Et qu'elle est joyeuse à Paris ! Un peu\n'■'■ foire sur la place, \" peut-être ; mais ni sauvagerie ni indiscrétion. Les\nautos de maître ont une préférence pour les fanfares brèves, pimpantes,\nmotifs souvent provocants et nettement individualisés. Ça, chez nous, c'est"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.26", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2242, "texte": "\" verboten. \" (Qu' est-ce qui n'est pas \" verboten \" chez nous ?) Seul l'empe-\nreur a droit de \" houper\" sous les Linden. 1\nQuelques crieurs de journaux nie rappellent mes deux compagnons\nde voyage. Pourquoi conservent-ils tous invariablement le même diapason ?\nEst-ce qu'ils savent réellement la valeur de cette lancinante répétition?...\nInvolontairement, je me suis mis à déclamer cette belle phrase, en\nl'accompagnant d'un geste grandiose (souvenir de Hans !) L'homme au\nvolant s'est retourné : \" A droite, M\" En même temps, et en\nconséquence, nous tombons sur un véhicule incident... Des injures, comme\nchez nous ? Point du tout. Une blague, et les deux chauffeurs se mettent\nà rire. Nous continuons une course paisible.\nNous passons sur la Place de la Concorde, une Place où il y a de la\nplace. Curieux ; je n'ai encore jamais vu cela en Allemagne. Nos places\nsont toutes entourées de grilles, entre lesquelles l'esthétique nous oblige à\nfaire pousser du gazon. C'est très bien aussi, mais moins pratique. La\nvoiture s'arrête d'un brusque recul. Dans le hall de l'hôtel, un domestique\nchargé de bagages me bouscule. \" Pardon Monsieur. \" S'il avait été\nAllemand, il eut dit : \" Attention !\"2 Mais l'expression n'a pas d'impor-\ntance. C'est le ton qui fait la musique. De quelle allure blessante certaines\ndames Allemandes savent dire \" Pardon\",2 et que le Berlinois peut être\ngrossier, avec son \" Entschuldigen Se m\"\nCe qui est certain, c'est que la musique de la vie publique, si l'on\npeut dire ainsi, se trouve à Paris, élevée à un niveau supérieur à ce\nqu'elle est chez nous.\nQue le bruit de la rue puisse être gênant, ici aussi, c'est vrai. Mais\nil n'est pas agressif ; on le supporte. A quoi bon nos doubles fenêtres ?\nQuand les Parisiens veulent faire une sieste, ils ouvrent les leurs, et som-\nmeillent aussi gentiment, que nos grands-pères, dont le piano familial\nberce les rêves.\nDepuis que je suis à Paris, je me sens pris de sympathie pour\nHanslick et pour Max Kalbeck. Lors même que des questions de principe\nnous séparent d'eux, on les lit sans aigreur et sans ennui. Après tout, ils\n\n1 Huppen s'applique à la trompe d'auto (Huppe), et c'est aussi une forme du mot hùpfen sautiller.\n2 En français."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.27", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2260, "texte": "ont pu se montrer injustes, bornés, prévenus, ils n'en sont pas moins restés\ndes gens cultivés. Ce qu'ils ont écrit contre Wagner, se tient mieux que\nbien des choses qui ont été écrites pour le défendre. Les gens bien élevés\nont quelquefois tort. C'est évident. Et il faut bien que les gens mal\nélevés aient parfois raison. Est-ce qu'il s'agit d'ailleurs d'avoir tort ou\nraison ? Si vous dites oui, c'est que vous répondez en juriste. Or, l'artiste\nn'est pas un homme de loi ; il lui convient de se montrer philosophe. Et\npuis, enfin, on lit Hanslick pour connaître sa pensée, et non pas celle de\nWagner ou de Brahms. Celui qui veut connaître Wagner, n'a qu'à lire\nWagner. Et, à son tour, quand Wagner lui parlera de Beethoven ou de\nMeyerbeer, c'est de Wagner qu'il s'agira.\nOn n'a pas eu moins de haine contre Hanslick, que contre le créa-\nteur de Bayreuth. Une preuve que c'était, lui aussi, un fameux lapin. A\nParis, ses ennemis auraient été naturellement aussi nombreux qu'à Vienne.\nMais des ennemis avec lesquels on cause poliment et avec plaisir ; des\nadversaires qu'on rencontre entre deux bocks, chez Durand ou chez\nPousset, une fois l'assaut terminé. Allez donc demander de pareilles\nmœurs en Allemagne ! \" Cet individu\nsemblaient faiblards, et je continuerais\ndonc !\" Vraiment l'Allemand sait ce qu'il doit à sa culture.\nEn tout ce qui touche à l'art, les opinions convenues ont chez nous\nla même et irrésistible assurance qu'ont en France les idées reçues, en fait\nde politesse et de tact. Le Parisien n'a pas de Credo artistique. Il sait que\nl'art, tout comme la religion ne peut rien, absolument rien démontrer.\nLe critique musical français n'écrit en réalité que des feuilletons ;\nc'est de l'information bien présentée, qui annonce l'œuvre et l'accueil du\npublic. Ses collègues d'Allemagne se croient au contraire, (et encore et\ntoujours), des juges. Ils opinent en tel ou tel sens, au lieu de rendre compte\navec compétence, ou de raconter avec verve.\nUn critique à Paris vous écrira : \" Pierné dirigea hier une œuvre\nnouvelle de Dukas, dont le public n'a été qu'en partie satisfait. \" Chez\nnous on prononcera carrément : \" Le morceau de Loeffler, que Nikisch\na conduit hier, est absolument vide, et manqué d'un bout à l'autre. \" (On"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.28", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2193, "texte": "pourrait supposer cependant, que Nikisch, qui a mis ce morceau au pro-\ngramme, entend quelque chose à la musique.)\nIl y a des exceptions, je le sais, ici comme là-bas. Négligeons-les, et\nconstatons que le critique français, nullement plus superficiel que son\ncollègue germain, est sûrement moins obscur. Et, par dessus tout, il\nrespecte le libre arbitre de l'auditeur. On ne saurait lui reprocher le geste\nautoritaire de l'aristarque allemand, qui se croit appelé à faire l'instruction\net l'éducation du public.\nLe Parisien laisse en toute liberté voisiner Wagner et Meyerbeer.\nMon compagnon, m'en voyant irrité, s'irrite à son tour :\n\" Ne demandent-ils pas autant de mise en scène l'un que l'autre ?\nQu'est-ce que vous voulez avec toutes vos théories ? N'avez-vous jamais\nremarqué, pour prendre un exemple, que le cercueil d'Elisabeth est\npromené à travers bois, juste au moment où Tannhâuser rentre de\nvoyage comme par hasard, et où les Pèlerins se trouvent là, tout à point\nnommé ! Est-ce la vérité, la nécessité ? Tout cela est du théâtre et rien\nque du théâtre. Mais cela ne fait rien. Vous autres Allemands vous ne\ndevriez pardonner à Wagner ni son Roi Marke ni son plaisant Beckmesser.\nNous, Parisiens, nous ne nous moquerons pas plus du Dragon de carton\nque de l'ânesse (peut-être est-ce un âne ?) qui prend la parole dans l'An-\ncien Testament. Et nous prendrons plaisir aux œuvres de Wagner, lors\nque vous serez persuadés les avoir dépassées depuis longtemps. Nous\nregrettons seulement que Wagner n'ait pas fait plus d'infidélités à ses\nthéories. Rappelez-vous le merveilleux quintette des \"\n\"A vrai dire, il conviendrait de ne jamais juger les œuvres de\nWagner d'après ses théories, mais bien au contraire. Car ses drames ne\nsont pas les exemples de ses doctrines, tandis que ses doctrines ont été\nconçues pour la défense des drames. \"\n\" Très vrai. Mais vous ne voulez pas voir, en Allemagne, que\nWagner ayant triomphé, il n'y a plus lieu de parler de ses théories. Elles\nont rempli leur but resquiescant in pace. \"\n\" Amen. \"\n\" Si vous faites une tête comme cela, je ne dirai plus rien. \"\nNous descendons silencieux les Champs-Elysées. Au coin de l'avenue"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.29", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2047, "texte": "Marigny tout à coup, un motif des Maîtres Chanteurs nous arrête, et nous\nempêche de franchir la chaussée. Le Français, mon ami, se découvre\net agite joyeusement son chapeau dans le sens de l'auto qui fuit.\n\" Ici Wagner devient populaire. En Allemagne il devient clas-\nsique. \"\n\" De Charybde en Scylla !\n\" Comment ?\n\" Oh, rien. Je me demandais simplement lequel des deux valait\nle mieux. \"\nL'Académie Nationale de Musique ; aussi nommée Théâtre National\nde l'Opéra. On donne un ballet, et, d'abord, de Chabrier.\n(Malgré sa couleur parfois si curieuse, je lui préfère le Roi malgré lut.)\nAprès le troisième acte un Monsieur derrière moi demande à sa\ndame \" Cest Jim?\"Et elle, poliment: Aux fauteuils,\npendant les entr'actes vraiment longs, il n'est question que de M. Mes-\nsager, qui réussit toujours à donner le grand rôle à\" la Russe\" (Mme Kous-\nnezoff). Ladite dame apparaît dans une scène d'amour, presque immobile,\ndevant la rampe, faisant part au public de sa passion, sans accorder un\nregard au partenaire qui se meut derrière elle, à la distance prescrite.\nA la fin seulement, elle se retourne vers lui et ils prennent une attitude\npicturale.\nQuelques jours plus tard on voit Nikisch au pupitre de Messager.\nOrchestre merveilleux, chant splendide. Mais... Siegmund à droite,\net Sieglinde à gauche du trou du souffleur, ne paraissaient éprouver l'un\npour l'autre aucune espèce d'intérêt.\nMon compagnon me dit : \" Que deux personnages chantent l'un en\nface de l'autre, ou se tournent vers le public, vraiment c'est un bien petit\ndétail. Moi, pour mon compte, j'ai tant de plaisir à fermer les yeux\nquand j'entends du Wagner ! Chez Beethoven ou chez Mozart, là, j'ai\nbesoin de la scène, quoique je connaisse parfaitement la marche de la\npièce. Ça vous a l'air d'un paradoxe ! Mais rappelez-vous, par exemple,\nPizarro, lorsqu'il expose au gardien son plan... \" Un coup, il est tombé. \"\nLe coup imaginaire est simplement indiqué dans l'orchestre, et la musique\nentre tout doucement en la majeur. Jamais elle ne pourrait me persuader"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.30", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2176, "texte": "que le dessin sanguinaire de Pizarro est une chose sérieuse, si je ne m'en\nconvainquais par les gestes de l'acteur. \"\n\" Alors, pour vous, la Valkyrieest en quelque sorte une sym-\nphonie dramatique, tandis que Fidelio est le type du drame musical ! \"\n\" Mais oui. C'est pourquoi on entend si souvent au concert des\nfragments de Wagner, et qu'ils réussissent parfaitement auprès du gros\npublic. Des fragments de Fidelio, jamais. \"\n\" Si c'est une thèse que vous soutenez, dites-moi donc aussi ce\nque vous pensez de cette Sa lomé,que certains, et en particulier Volbach,1\nont, chez nous, qualifiée de symphonie dramatique.\n\" C'est très simple. Un poème qui sert d'original. A côté, une\ntraduction mot à mot en musique. Parallélisme ; absence d'unité ; aucune\nfusion ; pas d'effort pour se compléter. La même action et le même\nrésultat en deux langues. Ne parlez ni de poème symphonique, ni de\nsymphonie dramatique, mais d'une copulation, qui nuit au drame, sans\nprofiter à la musique. En somme, un faux calcul, plutôt qu'une erreur\nartistique.\n\" Et le sujet, vous ne l'éreintez pas ?\n\" Le sujet ? Epatant, en lui-même ; en tout cas essentiellement\nscénique. Les cris de votre critique allemande sur le goût de Strauss pour\nles sujets pervers, dépassent la mesure de l'enfantillage. Si j'étais composi-\nteur si j'étais Beethoven, je dirais à Richard :\nfai envie de le mettre en musique. \"\nUn conducteur d'omnibus, monté sur l'impériale pour encaisser les\nplaces, donne le signal du départ en frappant des pieds en mesure. La\njeune Parisienne qui dévale les escaliers du Métro suit presque toujours\nune cadence certaine. Le crieur de journaux, qui se hâte sur le boulevard,\nnous indique son canard, par le rythme de son appel. Que dans un cabaret\nde la Place Pigalle vibre un couplet sur les officiers prussiens, le public\nse met à battre des mains : un, deux, un, deux.\nD'où vient que le peuple français, dont la langue est sans accent,\npossède ce sens et ce don du rythme ? Des quantités de compositeurs\nfrançais, avec une mélodie banale, une harmonie pauvre et convenue, une\n\n1 Un poème symphonique où le programme est remplacé par une action scénique."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.31", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2200, "texte": "polyphonie embryonaire nous séduisent par leur instinct des formes\nrythmées. Surtout quand on les entend jouer par des artistes français.\nJ'avoue très franchement que le vrai Berlioz m'a été révélé à Paris. Ainsi\nl'Ouverture de Berrvenuto Cellini, si souvent exécutée chez nous, me fit,\nici, l'effet d'une nouveauté.\nISious avons tort de croire qu'il suffit, pour aller en mesure, de rendre\navec une précision mathématique la valeur des notes. En tout cas les\nrythmes français exigent un perpétuel et léger rubato. C'est alors qu'ils\narrivent à être obsédants.\nEn fait de rythme, l'Allemand possède peut-être plus d'intelligence\nque le Français, mais celui-ci a certainement plus de tempérament. Il a\nle rythme dans le sang. Cela se remarque tout particulièrement à voir le\npeuple danser, comme l'on peut s'en convaincre en allant faire un tour,\nnon pas dans ce Moulin Rouge, vague et totalement déparisianisé, mais un\npeu plus haut dans le Moulin de la Galette. Là haut, comme à la campagne\ndu reste, la musique suit la danse tant bien que mal, tandis que chez nous\nla danse emboite le pas à la musique... (Avec solennité, presque toujours\nsans grâce, et jamais avec passion.) Pour le reste, la musique de danse, à\nParis, vit presque uniquement, comme en Allemagne, d'une mélodie\nsentimentale et douçâtre.\nUn Parisien que j'avais entraîné dans ces lieux, inconnus de lui,\ncommença par tambouriner pendant quelques temps sur la table, puis\ntout à coup :\n\" Croyez-vous dit-il, que Brahms deviendra jamais populaire\nchez nous ? \"\n\" Difficilement... \" J'étais distrait; je contemplais un couple sin-\ngulier. Lui, peintre évidemment. Elle, une créole, sans doute son modèle.\n\" Mais pourquoi ? \"\n\" Parce que certaine qualité spécifique de la musique de Brahms\néchappe à l'âme parisienne. Comment la définir? Spiro l'appelle une sorte\nde moiteur somnolente, une sieste ouatée dans les brouillards du Nord. \"\n\" Vous oubliez nos Impressionnistes, Debussy et autres.\n\" Eux ! Ils obtiendront peut-être une certaine popularité chez\nnous, mais pas en France. \"\n\" On ne peut pas savoir ! Du reste, quand on a pour soi les\nmusiciens et le public qui paie, on peut se passer de toute autre\npopularité \""}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.32", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2142, "texte": "Puis, suivent des comparaisons, où le nom de Strauss revient\nsouvent. Je n'en saisis plus que des bribes. Le peintre blond, qui\ncontinue à tourner avec sa créole brune, commence à m'intéresser vive-\nment. Sa main droite n'est plus tout à fait à la hauteur de la taille.\nA plusieurs reprises, il presse sa belle avec ardeur. Elle a les yeux fixés dans\nle vague, là-bas, au loin. Quel motif pour un Rops, ou un Legrand !\nLa danse est terminée. La créole arrive à la hauteur de notre table ;\nen passant, elle pose sa main sur l'épaule de mon ami, lourdement mais\nnon sans grâce : \" M'sieur ! \" Lui, surpris au milieu de sa tirade, s'arrête\ninterdit. Un rire léger, mais aigu... elle a disparu comme un éclair. Je vide\nmon verre et me lève.\n\" Elle a raison, mon cher ami, venez. Pour discuter sur le\nRequiem allemand, on est mieux ailleurs. \"\nCroyez-vous qu'une parodie sur Meyerbeer serait comprise du public\nberlinois du Walhalla ? L'habitué de la Cigale s'en régale. Singulier !\nLe deuxième Music-Hall de Paris, je veux dire les\n(à peu près notre Métropole) nous montre aujourd'hui un petit nain-chef\nd'orchestre. D'abord quelques valses, expédiées d'un bras indifférent, qui\nsemble tourner un orgue de Barbarie. Puis commencent d'amusantes\nimitations des chefs d'orchestres connus. Ce sont les poings frémissants de\nNikisch, les jarrets défaillants de Strauss, le dandinement élégant de\nWeingartner, et tous les gestes favoris des conducteurs français.\nUne dame, près de moi, se prend à dire :\n\" Comment peut-on encore admirer Chevillard, quand on a\nvu ce petit avorton faire tout cela? \"\n\" Qu'est-ce que vous avez donc jamais admiré chez Chevillard,\nchère Madame, \" demande une voix masculine, avec intérêt.\n—\" Ce que vous admirez vous-mêmes chez les compositeurs\nmodernes... Les signes distinctifs de la personnalité, les symptômes de\nl'individualité. Moi, du moins, je n'ai jamais pu saisir qu'une chose dans\ntoutes ces discussions sur la musique moderne, à savoir que ces Messieurs\nont été frappés par quelque singularité. \"\n\" Mais, chez Chevillard, par exemple, ne peut-on être frappé de\ntout autre chose ? \""}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.33", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2185, "texte": "\" Si vous m'aviez comprise, ce n'est pas à moi que vous adresse-\nriez cette question. Allez donc la poser aux collègues de M. Chevillard...\"\nPour un Allemand une pareille conversation tient du prodige. On\nne s'explique pas comment elle peut se poursuivre avec ce calme, et la\nsereine assurance que chaque interlocuteur n'attachera aucune importance\naux paroles de son voisin ! J'avais toutes les peines du monde à m'empê-\ncher de placer mon petit mot. Ne venait-on pas de mettre le doigt sur\nl'endroit sensible de notre vie musicale ?\nDifficile est, rébus in arduis, servare\n\" Qu'est-ce qu'il dit ? \" demande la dame.\n\" Une bêtise, je crois. \" Et le Monsieur allume une autre cigarette.\nSur le boulevard des Italiens flamboient les publicités lumineuses.\nEntre l'annonce d'une marque de cigarettes et celle d'un savon luisent en\nlettres de feu ces mots magiques : \" Thé Chate/et.\nSébastien. \" Il s'agit d'un mystère de d'Annunzio, en cinq actes, musique\nde scène de Debussy.\nMalgré la réclame monstre, qu'on n'a pas faite seulement sur les\nboulevards, les dix représentations consécutives de cette œuvre furent peu\nsuivies. Des causes extérieures eurent certainement leur influence. De\n20 à 150 francs, pour une place... Même à Paris, si riche, on réfléchit\nà deux fois, et on attend pour voir si cela vaut la peine. A la première\non sortit en haussant les épaules.\nQuelques jours avant cette première je vis d'Annunzio en compagnie\nde la danseuse juive Ida Rubinstein, dans une loge du Châtelet. (Cette\nrusse aux allures dégagées, était désignée pour jouer le personnage du\nSaint. On comprend que le clergé de Paris ait eu un mouvement de\nprotestation.) Le poète recevait dans sa loge une masse de lettres. Je me\npermis de faire remarquer qu'il n'était pas absolument nécessaire d'expé-\ndier son courrier pendant l'exécution d'une symphonie de Beethoven. On\nsourit. Il paraît que d'Annunzio avait ses raisons pour ne pas donner\nd'autre adresse à ses copains.\nEnfin le grand jour arriva. Pour un franc, je reçus, des mains de\nl'ouvreuse, un joli programme, doré sur sa couverture. Avant de lire les\nnoms des artistes, je dus parcourir cinq pages: d'Annunzio, robe nouvelle"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.34", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2501, "texte": "(création Berny), Debussy, encore une robe (création Agnès), Ida Rubin-\nstein à l'agonie, et enfin le décor du troisième acte. Suivait un som-\nmaire imposant, dont je reconnus par la suite l'utilité, car on ne saisissait\npas grand'chose des paroles.\nLe premier acte produisit un effet extraordinaire. Deux jeunes gens\nattachés au pilier du martyre, forcent par leur fermeté leur mère à con-\nfesser la foi nouvelle. Le Saint réclame et obtient un signe de ce Dieu\ninconnu. Mais ensuite, tout s'enlise rapidement. D'interminables discours\nterrassent une action qui agonise, et, malgré l'originalité des décors, le\nvide désespérant se fait bientôt dans la salle entière.\nLa musique de Debussy ne peut sauver les choses. Elle est si complè-\ntement stérile, d'une uniformité fatigante, et même sans coloris. Soudain\nl'orchestre se met en branle, là où on se passerait bien de lui, et quand\non l'attend, il reste muet.\nQuel abîme entre cette musique et celle de Pelléas ! On ne connaît\nmalheureusement pas encore Pelléas chez nous, pas du tout. Les repré-\nsentations de l'Opéra Comique, sous la direction de Gregor ne comptent\npas. La musique n'y a joué qu'un rôle à peu près nul. Gregor, qui n'est\npas musicien, n'a jamais eu d'intérêt que pour la mise en scène des\nouvrages qu'il a montés. Un orchestre indiscret, lourd, criard détruisit le\ncharme intime de cette musique, par laquelle Debussy a voulu nuancer\nle poème de Maeterlinck, et qui doit sembler d'un autre monde. \" Je\nt'aime. Je t'aime aussi. \" C'est un imperceptible aveu, qui vient aux\nlèvres ; et l'orchestre s'efface. Comparez à cela les scènes d'amour de nos\n!fopéras nouveaux, où s'étalent et retentissent les fortissimo des tirades à\nbon marché. Il y avait aussi de l'instinct anti-wagnérien, dans cette\nmusique de Pelléas, et l'on pouvait compter sur un artiste aussi novateur.\n; Dommage ! Presque tout ce qu'a écrit Debussy depuis lors, est\nfaible et taillé sur le même patron. (Qu'importe d'où vient ici la formule !)\nDebussy fut un jour un espoir. Qui attend encore de grandes choses de lui ?\nOn pourrait engager à ce propos bien des discussions hérétiques.\nMozart, Beethoven, Wagner se renouvellent à chacune de leurs œuvres.\nPar contre Bach demeure trop souvent uniforme. Là, où les musico-\nlogues s'ingénient à voir en lui, Dieu sait quelles pensées profondes, je ne\ndistingue, pour ma part, qu'un métier solide et de l'ouvrage admirable-\n|tnent faite. Je n'y peux rien. Que Polymnie me vienne en aide !"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.35", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2547, "texte": "Que n'a-t-on pas dit sur \" l'impressionisme \" de Debussy ? On a cru\npouvoir opposer Debussy le coloriste,à Liszt le et à Bach ;\net c'est, encore une fois, le problème de la limitation des arts. Lessing,\ndans un essai profondément documenté, prétendit jadis définir les fron-\ntières de la poésie et de la peinture. Il est arrivé au meilleur résultat\npossible ; c'est-à-dire à prouver définitivement la stérilité de pareilles\nrecherches. Et Wagner, avec son postulat du trouble\nencore aujourd'hui les esprits fumeux.\nNous employons à propos de musique les mots de clair et d'obscur\n(peintre). Nous parlons de la forme des thèmes (plastique), de la con-\nstruction de l'œuvre (architecte), de la qualité des idées (poésie;) de déve-\nloppement et de progression (drame) etc.... Il serait donc possible\nd'appliquer ce nom de Gesammtkunstwerk à des symphonies, à des œuvres\nde musique de chambre !\nToute la querelle porte en réalité sur un mot. Une fusion de tous\nles arts est impossible. Dans une œuvre musicale, les valeurs spécifiques\ndes arts voisins sont transposées ; elles sont orientées vers un but musical.\nLa nature de cette orientation reste particulière à la musique et, si tous\nles arts associés voulaient y prendre une part égale, l'œuvre n'aurait plus\nd'orientation du tout. On pourrait la comparer à un véhicule obligé de\nse diriger dans plusieurs directions à la fois. Pour maintenir les droits de\ntous ces arts, au sein du chef d'œuvre total, il conviendrait, par exemple,\nque la peinture s'assujettisse à la musique et la musique à la peinture\n(pour ne parler que de ces deux rivales). Et nous arrivons à la tentative\nimpressionniste de Debussy, qui consiste à orienter la musique dans le\nsens du pittoresque, expérience qui a déjà contre elle la différence des deux\narts. Il est bien certain en effet qu'on ne saurait dans un paysage, peindre\nque ce qui se voit, et mettre en musique que ce qui s'entend. Ce n'est\npas la voix de l'oiseau que le peintre peut atteindre, mais l'oiseau lui-\nmême, et cet oiseau échappe au compositeur des sons qui n'en saisit que\nla voix.\nMais il y a plus. L'impressionniste peintre pousse à l'extrême lyobjecti-\nvation de son art. Il soutient que le même objet se modifie sous les influences\nde l'air, de la lumière etc... Il ne peint pas la forêt, mais tel endroit de\ntelle forêt à tel moment. Au contraire le musicien n'arrive à donner de la\nforêt qu'une notion tout à fait quelconque, qui s'inspire des murmures,\ndes gazouillements, des bruissements... Il ne précise pas : il interprète."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.36", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2342, "texte": "Invoquons Platon, qui n'est pas loin. Cet éminent philosophe, qui\nétait aussi un artiste, supposait un royaume des Idées où par exemple, le\nconcept d'arbre était réellement représenté, tandis que notre monde des\napparences ne nous en donnait que des Images particulières. Le peintre\ntravaille sur ces images; et l'impressionniste les multiplie à l'infini. La\nmusique nous interdit de procéder ainsi. Le compositeur se voit refuser\nle moyen de nous dire si nous sommes dans la Forêt Noire, ou dans\nla Forêt Verte. Le malheureux n'a pas même la ressource de nous indi-\nquer si ce sont des conifères ou des folliacés. Il faut qu'il s'en tienne à la\nforêt tout uniment.\nU Idée fluviale a été rendue par Wagner dans le Prélude du Rhein-\ngold avec une irrésistible puissance. Mais c'est en vain que Debussy\ns'efforce de peindre des \" Reflets sur V\" ou des \"\njouez ces pièces devant un public innocent, et demandez ensuite ce qu'il\na entendu !\nLa musique n'a donc pas les vertus spécifiques de la peinture, et il\nn'y a pas d'impressionnistes en son domaine. Ce qui n'empêche pas un\ncompositeur d'orienter vers la musique des impressions que son œil lui a\ntransmises. Le vieil Haydn y a parfaitement réussi, avec des moyens\nprimitifs. L'homme de l'art, de n'importe quel art, tire parti de tout ce\nqui traverse son intellect ou sa sensibilité. Mais le moi du peintre est un\ntout autre transformateur que celui du musicien, ou du poète.\nN'allez pas me faire dire que je conteste à Debussy la valeur de sa\npersonnalité artistique ! J'avance seulement cette idée que les tendances\nde son art sont insuffisantes, et qu'elles aboutissent à une telle confusion,\nen musique, qu'on ne saurait classer leur auteur parmi les artistes qui ont\ndécouvert des voies nouvelles. Comme d'autres musiciens de notre temps\nDebussy a considérablement accru le pouvoir expressif de la musique.\nPersonne ne peut le nier. Mais, la critique qui voudrait le placer à côté\ndes plus grands maîtres, parce qu'impressionniste, ne serait certainement\npas prise au sérieux.\nParfois, dans l'orchestre d'Elektra, on perçoit, à côté d'un cri strident,\ndes bruits accessoires, qui ne relèvent aucunement de l'état d'âme tragique.\nCes étranges cacophonies sont plutôt à leur place dans la comédie ; elles,\nconviennent parfaitement à l'esprit de la parodie.\n\n3"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.37", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2075, "texte": "J'en ai trouvé la preuve en écoutant petit opéra\nburlesque de Ravel, représenté à l'Opéra Comique. Cette bleuette n'a\nd'autre prétention que d'illustrer la savoureuse morale d'un conte de\nBoccace :\n\" II arrive un moment dans les dédd\" amour,\nOu le muletier a son tour. \"\nLa musique en est follement spirituelle, et de précieuse originalité.\nElle provoqua dans le public de véritables accès de gaîté. Au \" Don\nQuichotte\" de Strauss, je n'ai encore vu rire personne, lors même que les\ncuivres bouchés se mettent à bêler. On ne bronche pas, et pourtant,\nl'imitation ne saurait aller plus loin. De même \" \" C'est\nque le caricaturiste doit où nous montrer les choses comme elles ne sont\npas. Et dans la musique, comme partout ailleurs, le vrai est l'ennemi\ndu rire.\nRavel d'ailleurs, pas plus que Strauss, n'est un véritable humoriste.\nMais il s'entend à enchaîner subtilement des cocasseries musicales d'un\nirrésistible effet. Il remplace par l'esprit le Gemiit qui lui manque. Malgré\ntout, on s'en va sans être entièrement satisfait ; sans doute parce que la\nvaleur personnelle de l'artiste est pour trop peu de chose dans ces plaisan-\nteries. Du moins aux regards de ceux qui distinguent entre l'Art et\nl'Artistique (Kunst und Artistik). En somme, une belle et bonne idée,\nen musique, vaudra toujours mieux que le plus joli trait d'esprit.\nParis-Boulogne-Londres. Une brusque et involontaire collision\nme met en rapport avec un jeune ecclésiastique. Nous causons.\n\"Hé bien ! dites-moi, qu'est-ce qui vous a plu, à Paris ? \"\nquestionne l'abbé.\n\" De trouver dans tous les quartiers, pour 10 centimes, une tasse\nde café ; d'obtenir une réponse polie à une question polie ; de circuler\npartout en métro pour le même prix ; de voir que la Morgue était\nfermée ; de constater qu'on s'entretient à voix basse en public, et que les\nplus vastes réfectoires de la capitale sont silencieux ; d'apercevoir le public\nen habit de gala, les jours de gala; de...\n\" Mais pardon, je voulais dire, en fait de musique...\"\n\" Ah ! bon. Ce qui m'a le plus vivement touché, c'est je crois,"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.38", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2227, "texte": "la probité du public musical. Il confesse loyalement ses préférences. Il ne\nle prend pas de haut avec ce qu'il ne connaît pas, ou ne comprend pas.\nEt, par-dessus tout, il trouve plus de plaisir à entendre de bonne musique,\nqu'à en faire de mauvaise. \"\n\" Il paraît qu'en Allemagne, chaque famille a son piano. \"\n\" Et malheureusement chaque famille en joue, quand bien même\naucun de ses membres n'aurait la moindre disposition musicale. \"\n\" C'est amusant. \"\n\" O oui ! Surtout pour les gens occupés, qui entendent de\nquatre côtés à la fois le bruit de la musique. \"\n\" Est-il vrai qu'à Berlin on est plus curieux d'apprendre de qui\nest une œuvre, ou par qui elle est jouée, que de savoir ce qu'elle nous\napporte de neuf?\n\" Il est évident que chez nous, on n'a guère d'intérêt pour les\nouvrages qu'on ne connaît pas. Les isolés, qui ne vont pas au concert\nparce que Busoni joue, que Lula Gmeiner chante ou que Nikisch dirige,\nmais parce qu'ils tiennent à entendre du Liszt, du Browns ou du Tschaï-\nkowski, ont un cercle restreint d 'œuvres qu'il faut toujours leur\nservir. La nouveauté ne les tente guère. \"\n\" Mais, que font alors les jeunes, pour se faire connaître ?\n\" Ils cherchent, avec l'aide des parents et amis, à se faire des\npartisans. Et comme ils paient les frais d'édition, ils en arrivent générale-\nment, s'ils ont des moyens, à solder aussi la note des auditions. C'est\nencore moins cher, et plus avantageux que de donner soi-même des\nconcerts.\n\" Alors je m'étonne de voir tant de musique française exécutée\nen Allemagne. Car, si nos compositeurs vont en Allemagne avec une\nidée, c'est bien celle de ne rien payer, mais d'empocher au contraire. \"\n\" Aussi je ne parle que des Allemands, jeunes et encore incon-\nnus. L'homme célèbre, surtout s'il est étranger, peut se faire couvrir d'or\nen Allemagne, et pour des œuvres sans valeur. Il en fut toujours ainsi.\nL'auteur du Vaisseau Fantôme payait encore de son argent (emprunté aux\nautres) pour mettre sur pied Tannhâuser. Entre temps, il devint célèbre,\net Bote & Bock lui offrirent 12,000 marks de sa\ncordialement insignifiante. \"\n\" Voilà qui n'aurait pas été possible à Paris. Car nos éditeurs\nprennent conseil des plus fins connaisseurs. \""}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.39", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1425, "texte": "\" Les nôtres aussi, pour la plupart. Mais ça n'y change rien. Le\nconnaisseur n'entend ordinairement rien aux affaires, et l'homme d'affaire\nne connaît rien à l'art. \"\nL'abbé se mit à rire : \" Mais il y a des musiciens qui s'entendent\négalement bien à l'art et aux affaires !\"\nJe sentis où il voulait en venir et cherchai à bifurquer.\n\" Si celui qui fait la meilleure affaire est toujours celui qui\ndonne le moins, et qui touche le plus, on peut dire que l'artiste n'est\njamais qu'un piètre commerçant. Car il cède tout ce qu'il a, contre une\nsomme qui le met simplement à l'abri du besoin, et lui permet de vivre.\nIl n'en est plus ainsi, toutefois, lorsqu'il puise dans la poche d'autrui,\nou qu'il spécule, par exemple, sur des valeurs qui portent le nom de\nWagner.\n\" Vous voulez sans doute faire allusion aux musiciens français\nqui ont été, ou sont encore, redevables de leurs succès au maître de Bayreuth.\nIl se peut en effet. Mais cela ne fait rien. Vous connaissez le principe\nfondamental de nos lois artistiques et civiles : chez nous la recherche de la\npaternité est interdite. \"\nLe malheur est que, chez nous, tout le monde connaît le père,\net la recherche devient absolument superflue ! \"\nLes portières s'ouvrent. Nous descendons vers le bateau, et nous nous\ninstallons confortablement sur le pont. La fumée de nos cigares s'envole\nrapide et bleue, dans la fraîcheur du crépuscule.\n\nDr. Richard H. Stein."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-04-15-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-04-15_01#c014", "volume": "bmtnabh_1912-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 40, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.2.9", "titre_corps": "UN QUINTETTE DE FANELLI", "titre_sommaire": "UN QUINTETTE DE FANELLI", "signature_source": "J. 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Elle permit à\nchacun d'exprimer une fois de plus ses préférences personnelles, et nos\nplus véhéments feuilletonistes ne manquèrent pas l'occasion d'enfler le\nson d'une voix professionellement comminatoire.\nAinsi donc, Paris, ou plutôt Colombes, recélait un musicien ignoré\ntotalement non pas un Satie ou un Molard qu'entoure depuis long-\ntemps un cercle d'initiés mais un homme de cinquante deux ans,\njadis condisciple de Debussy à la classe de Marmontel, puis élève de\nDelibes, et dont personne, sauf Mme Judith Gauthier, ne pouvait dire :\n\"Je le connais ! \" Et cet homme détenait jalousement (et modestement)\nd'abondantes partitions d'orchestre, des (1883-\n1887), d'après le Roman de la Momie de Théophile Gauthier, des\nsions Pastorales (1890), des Humoresques... De quoi former à soi seul les\nprogrammes de quatre ou cinq de nos grandes auditions dominicales ! Il\nfallut se rendre à l'évidence. Ernest Fanelli existait, comme homme et\ncomme artiste. Simple triangle dans les orchestres, accompagnateur obscur\ndans quelques restaurants de nuit, humble copiste à gages infimes, il avait\npeu à peu subi, de la musique, toutes les humiliations d'un douloureux\nmétier. Il semblait que le professionel eut tué en lui le compositeur.\nOn sait le reste. Fanelli copiste se présente à Gabriel Pierné; Fanelli"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.41", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2132, "texte": "musicien est acclamé aux Concerts Colonne, proclamé par le Matin et\ndéchiré par Lalo. Que manque-t-il encore à sa notoriété ? Il a pris rang\nparmi les hommes dont le public tient à connaître la valeur ; parmi les\ncompositeurs français.\nNos lecteurs nous sauront gré de leur présenter, à titre de\ndocument, l'analyse de la dernière œuvre de Fanelli, le quintette à cordes,\nécrit en 1894. Ils pourront ainsi, en attendant l'exécution de cette œuvre\nqui nous est promise pour la fin d'avril, éclairer leur curiosité et pénétrer\ndans l'atmosphère fanelliste.\n\" Lîâne \", tel est le titre inscrit sur cette œuvre étrange. Et l'âne, c'est\nl'auteur lui-même, de son propre aveu.\nNe cherchons pas ici une ironie facile, qui nous égarerait. Fanelli\navait un but, en plaçant cette vision sonore sous une invocation animale;\nil était guidé par le sens profond des concordances artistiques. L'âne, le\nlourdaud de la fable, la bête disgraciée, qui ne peut se faire admettre\nparmi les habiles, et dont \" Martin bâton \" règle l'existence humiliante...\nn'est-ce pas un symbole derrière lequel la vérité est aisée à deviner ? Au\nmoment où ce quintette fut écrit, Fanelli avait franchi vingt ans de\nlabeur. Ses \" Lehrejahre \" étaient révolus, ses grandes œuvres sympho-\nniques réalisées. La maîtrise était venue. Il pouvait le croire, du moins.\nEt pourtant... le public restait inaccessible, l'auditoire introuvable. Che-\nvillard, auquel les \" Impressions\" avaient été confiées, les rendait en\ns'excusant : \"Je n'oserais jamais montrer cela à mon beau-père!\" Ce\nquintette même, soumis à la lecture de quelques amis, fut repoussé, sans\nautres formes.\nIl semblait donc qu'un malentendu existât entre cet art et l'auditeur\nauquel il était destiné. Il semblait que le musicien se trompait, s'égarait,\nfaisait fausse route, en s'aventurant dans le domaine d'Euterpe. Fanelli,\nà côté de Delibes, de Massé, d'Offenbach, de Gounod, de Godard,\nn'était-ce pas l'âne imitant les toutous, pour qu'on le flatte à son tour,\net présentant à son Maître\nSon chant pour faire le compliment !\nD'autres eurent ce courage. Ils soutinrent la lutte. A ce moment"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.42", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 663, "texte": "Meme allait triompher le grand mouvement qui entraîne notre musique\nfrançaise vers des destins inconnus. Fanelli, hésitant, abattu, isolé, douta\nde lui-même. Il crut à l'apologue :\nNe forçons point notre talent\nNous ne ferions rien avec grâce\nPeu de gens que le ciel chérit, et gratifie,\nOnt le don d'agréer, infus avec la vie.\nC'est un point qu'il leur faut laisser,\nEt ne pas ressembler à l'âne de la fable.\nLe premier morceau débute par un formidable \" \", soutenu\nd une galopade efFrenee de la contrebasse en délire. Le tout :\nma jurioso e agitato.(Pas commode d ailleurs cette partie de contrebasse\navec ses cinq bémols à la clef.)"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.43", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 338, "texte": "S'étant ainsi ébroué, notre héros s'essaie à quelque mélodie\naussitôt déformée par les basses, qui reprennent leur train diabolique, au\nmilieu des braiments :\nPeu à peu, l'allure s'assagit, les instruments équilibrent leur jeu, et,\nsur leur figuration régulière, apparaît le cri spécifique, en forme d'une\nsage augmentation :"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.44", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1248, "texte": "Maître Aliboron s'humanise ; encore quelques mesures d'un récit\npréliminaire, et nous voici en présence d'une mélodie qui chante réelle-\nment. Les habitués de la forme sonate y verront sans doute le second\nthème attendu :\nUn certain parfum de Chabrier se dégage de cette page ; peut-etre\nmême un appel à Franck, dont Fanelli ignorait cependant les œuvres à\ncette époque. Une idée comme celle-ci nous eût conduit, depuis lors,\nvers quelque grande variation mélodique. Ici, elle s'attarde en formules\nun peu mièvres, dont le mélisme capricieux nous fait oublier la bete.\nA peine certains hennissements légers nous rappellent-ils a la realite.\nSerions-nous, avec Mendelssohn, en plein Songe d'une Nuit d été ?\nMais non ! Sa/vaggio e pesante, indique la partition, et la course\nreprend tumultueuse, martelée. Pour aboutir ou ? Au retour prochain des\nthèmes rêveurs, c'est-à-dire à une fin qui s'éteint, sur les pizzicati des\nbasses, et sur les tenues aiguës des violons.\nQu'est-ce à dire? Le premier morceau est fini. Il s'arrête, plutôt\nqu'il ne conclut. L'âne échappé s'est livré à de joyeux ébats, coupes de\nrêves qui lui font honneur. Puis, après quelques gambades, le voila, de\nnouveau, plongé dans ses tristes pensées."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.45", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 510, "texte": "Le second morceau est un scherzo, comme il convient. Ici, Me Ali-\nboron cherche manifestement à tirer parti de ses avantages présumés. La\ngrâce du petit chien lui paraît accessible sous la forme d'un rythme\nhabilement contrasté:\nCe trois temps léger, où l'on voit passer l'ombre des grandes oreilles,\nest une souple et amusante acrobatie. Le trio, qui en coupe l'allure,\nrappelle, à s'y méprendre, certaines danses de notre moyen-âge. Nos\nancêtres ont certainement balé sur des airs de ce genre :"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.46", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 698, "texte": "L'âne s'est-il souvenu des temps anciens, où l'on fêtait à l'église sa\njoyeuse popularité ?\nPas de mouvement lent. On devait s'attendre à cette suppression.\nLe bel adagio eût été contraire à la donnée même de cette œuvre.\nMe Baudet laisse à des animaux plus fortunés le soin de la musique\néthérée.\nC'est donc encore un Allegro salvaggio e maestoso qui formera cette\ntroisième et dernière partie, la partie la plus osée, et probablement la\nplus ardue pour l'auditeur non prévenu. On devrait la nommer la mort\nde l'âne, où la lutte finale entre la brutalité et le sentiment du beau.\nDeux idées s'opposent dès le début, parodiant avec une âpre gravité\nle cri déjà connu A :"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.47", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 658, "texte": "Ce groupe forme rondo, c'est-à-dire qu'il reparaît à plusieurs fois,\nponctuant le discours musical. On remarquera son allure dramatique et\npourtant très musique pure.Nous sommes ici au point culminant de la\ncrise. L'animal (je demande pardon à l'auteur) se cambre de tout son\npouvoir vers les hautes régions de l'art. Aussi n'avons nous plus de\nnouveaux personnages mélodiques. Les thèmes sortent les uns des autres\npar une génération naturelle, par un effort de contention, qui ne laisse\npas de désorienter un peu. Après A, voici B :\nqui en dérive manifestement, mais qui nous conduit dans des paysages\ntristanesques, où la mort s'annonce déjà."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.48", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 252, "texte": "Puis encore D :\nle moment suave de cette agonie.\nMais entre ces instants de lucidité musicale, la folie animale vient\nhacher notre émotion par deux fois, avec une insistance qui dut paraître\nsingulièrement déplacée en 1894 :"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.49", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1051, "texte": "En un mot, et pour résumer la marche titubante de ce final il fau-\ndrait supposer que notre Aliboron passe successivement et alternativement\nen un suprême effort, du majestueux au bestial et du grave au délire,\nï ' ! Le conflit est terminé. La bête n'a pu triompher de sa nature. Elle\ngémit, molto lento :\net rend l'âme, en un brusque sursaut. La \" crevaison \" est accomplie.\nErnest Fanelli n'écrira plus rien jusqu'à ce jour.\nOn le voit, VAne est tout autre chose qu'un acte de plaisante et\nfacétieuse imagination. Le petit scénario, dont nous avons quelque peu\nforcé la précision, est celui d'un vaste poème symphonique de très sombre\ncouleur. L'auteur s'est laissé guider par une idée baroque, devenue drama-\ntique et poignante dès que les cinq instruments à cordes s'en sont emparés,\net que la logique musicale l'a vivifiée.\nCar Fanelli est un visuel ; nous le savions depuis le concert du\n27 mars. Il n'est pas de ceux qui voudraient soustraire le musicien aux\ninfluences du peintre ou du littérateur, tel un oiseau captif auquel on"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.50", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1546, "texte": "crève les yeux pour le faire chanter. Il est homme d'abord, et tout entier.\nC'est pourquoi le destin l'a placé parmi les cinq ou six artistes de cette\népoque, dont la vision musicale fut renouvelée.\nFanelli est novateur par tempérament, plus que par système. Il est\nsensible et sensuel. D'où son peu de résistance et son obscurité. La\ntechnique de son quintette nous montre l'inquiétude d'un esprit qui\ncherche furieusement, sans autre passion que celle de l'aventure sonore.\nL'écriture orchestrale de ces cinq voix, la couleur fantasmagorique de la\ncontrebasse, l'invraisemblable tension des violons, et ces secondes qui se\nfroissent, ces thèmes qui s'insurgent, et pardessus tout l'aisance de la\nvolonté artistique au milieu de cet informe hurlant..., ce sont là des\nvaleurs, que notre musique française de chambre ignorait avant les der-\nnières années du siècle passé.\nEt maintenant une question se pose. Fanelli reprendra-t-il courage?\nAssisterons-nous à la résurrection du personnage symbolique en qui le\ngrand artiste a voulu se railler, il y a dix-huit ans ?\nIl le faut, et c'est au public qu'il appartient de décider l'auteur de\nY Ane à se souvenir de sa propre valeur. Il y a quelques jours, lors de la\nlecture de cette œuvre difficile, Fanelli nous confiait encore une fois ses\nhésitations : \" Croyez-vous que mon Ane vaille la peine de se montrer ?\nN'est-il pas bien vieux? A quoi bon tout cela?\" Ainsi a toujours\nraisonné ce Musicien malgré lui.N'est-ce pas à nous de lui démontrer\nqu'il se trompe ?\n\nJ. E."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-04-15-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-04-15_01#c032", "volume": "bmtnabh_1912-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 51, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.2.10", "titre_corps": "LES LIVRES", "titre_sommaire": "LES LIVRES", "signature_source": "Paul Grosfils", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.51", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2771, "texte": "WYZEWA (T. de) et SAINT-FOIX (G. de). W. A.\nMozart. (Paris, Perrin, 1912, 522 pp.)-1\nJe termine la lecture du premier volume de l'ouvrage\nadmirable de MM. de Wyzewa et de Saint-Foix sur Mozart.\nRespectueusement, je le glisse sur un des rayons de ma bibliothèque,\nentre les deux lourds in-octavo d'Otto Jahn, qui traitent du même\nsujet, et le recueil des Lettres de Aiozart traduites par M. de\nCurzon. Le nouveau volume y est à sa place. Il fait contraste avec\nses voisins ; d'une part le travail un peu pédant du u savant et\nconsciencieux philologue allemand \" que gaine un lourd papier de\ncouleur foncée ; de l'autre, brochée en gris, la série des lettres,\nlettres folles de sourires d'abord, débordantes d'espoir ensuite, enfin,\ngonflées de larmes. Il semble qu'un hasard propice a présidé à la\nconfection de ces livres, réservant au dernier paru, la couverture\nblanche, l'encadrement délicat, le titre apparent en rouge, le\nmédaillon gracieux et l'ordonnance claire des feuillets, comme\ns'il fallait habiller de joie le récit des années les plus heureuses\nLes années heureuses, pour Mozart, c'est toute sa jeunesse ;\nannées d'études et de prodiges, durant lesquelles les influences\nmultiples forment en lui le germe de tout son art. L'histoire est\nmerveilleuse. C'est d'abord l'époque de Salzbourg, la ville natale, qui développe chez l'enfant\nce goût \" ni très profond, ni très raffiné, mais infiniment épris de lumière, d'expression simple\net gracieuse, de cette beauté musicale toute chantante qui va être comme le fond continu de son\nœuvre entière. \" C'est Vienne, ensuite, et les petites villes allemandes, cours princières, qui\nseront témoins des exhibitions déplaisantes des petits \" phénomènes. \" C'est enfin Paris, puis\nLondres, où, au contact d'autres musiques et d'autres maîtres, la fleur splendide de son génie\nva s'épanouir. L'enfance de Mozart est prédestinée.\nIl est, certes, malaisé d'établir le détail des influences morales, intellectuelles, pédagogiques,\nhéréditaires et d'autres sortes, qui ont présidé à l'éclosion de son art. Lorsqu'on parle d'influences,\nparticulières ou diverses, on admet comme réelles, des distinctions qui relèvent uniquement des\nnécessités du langage. On dissémine des choses indivisibles. J'approuve fort MM. de Wyzewa\net de Saint-Foix de n'avoir point donné dans ce travers. Que Mozart ne soit redevable à l'art\nmédiocre de son père, que des \" deux ou trois particularités que la cohabitation du père et du\nfils a communiquée plus durablement à ce dernier, \" qu'il ait découvert l'œuvre de Paganelli à\nAugsbourg, connu le violoniste Nardini, à Ploechingen, admiré l'orchestre fameux de\n\n1 Les passages placés entre guillemets et dont la source n'est pas indiquée sont extraits du livre de\nMM. de Wyzewa et de Saint-Foix."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.52", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 28, "texte": "4\n\nLES LIVRES\nPaul Grosfils."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.52", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 4122, "texte": "Mannheim, copié les sonates d'Eckard, à Bruxelles; qu'il se soit extasié à la révélation inattendue\ndes clavecinistes italiens et français ; qu'il ait imité Le Grand, Honnauer ou Charpentier, à\nParis, apprécié le maître Schobert, ce qui fut \" un des événements les plus mémorables de sa\ncarrière ; \" tout cela est incontestable. Les analyses de ses compositions, prises dans l'ordre\nchronologique, que donnent MM. de Wyzewa et de Saint-Foix, dégagent avec une exactitude\nremarquable l'enseignement qu'il en a tiré. Mais leur méthode tend à accorder aux détails une\nimportance considérable. N'oublions pas, que c'est dans l'esprit de l'enfant que s'effectue la\nrévélation ; les ouvrages, les auditions, les exemples qui l'ont amenée, sont secondaires. Elle se\nserait produite dans d'autres circonstances. Mozart va vers la musique, comme Macbeth est\nallé au crime, fatalement.\nDès 1772 \" un Mozart imprévu et prodigieux se révélera à nous, un musicien poète qui\nd'emblée créera des chefs-d'œuvre inimitables. \" C'est l'époque des premières symphonies, des\nconcertos d'instruments, des sonates à quatre mains ou avec accompagnement d'orgue, des petits\ndivertissements en quatuors. Son style se transforme spontanément et complètement. La dimen-\nsion des morceaux et l'agencement de leurs parties, sujets et développements, quoique encore sous\nl'influence des Italiens, sont modifiés avec originalité. L'orchestre moderne se dessine ; une\nméthode nouvelle dirige les groupements ; la variété des instruments ne nuit plus à l'homogénité\nde l'effet produit ; et les détails : le renforcement des flûtes, bassons, cors et hautbois, l'affran-\nchissement pour l'alto et le violon de la tutelle gênante des basses, l'emploi discret des cuivres,\nl'usage réglementé de la voix humaine, lui donnent un équilibre et une pureté qui n'a, certes,\nrien de comparable aux armées, en ligne de bataille, de Wagner, Mahler ou Richard Strauss.\nOn assiste à la \" transition entre l'italianisme complet des périodes précédentes, et la création\nd'un style personnel. \" Pour la première fois, les ouvrages de Mozart nous font l'effet d'un\naboutissement.\nParmi les maîtres que Mozart a rencontrés et dont on déchiffre les noms oubliés aux\nfeuillets froissés du carnet de son père, parmi les œuvres nombreuses, oubliées elles aussi, et\nperdues, qu'il achetait en route, qu'on lui remettait, qui encombraient son modeste bagage,\nparmi ces mille influences si diverses, musicales, personnelles, spontanées ou réfléchies, qui\ns'entrecroisent et s'entrechoquent dans ce cerveau de dix ans, est-il possible de déterminer les\nfacteurs agissants ?..\nC'est ce que s'est proposé l'ouvrage admirable de MM. de Wyzewa et de Saint-Foix.\nJ'y envoie mon lecteur pour l'analyse, en ordre et en détail, des premières compositions de\nMozart ; elle est minutieuse et parfaite. Que cette perfection toutefois ne lui fasse point\nformuler d'absolues conclusions. Il serait impertinent d'appliquer à l'œuvre de Mozart l'étalon\nrigide des valeurs universelles. J'éprouve (est-ce vraiment une faiblesse ?) une sorte d'atten-\ndrissement indulgent vis à vis de ces manifestations, parfois puériles, d'un génie qui se forme,\net je suis reconnaissant à MM. de Wyzewa et de Saint-Foix de n'avoir point heurté mon\nsentiment. Si leur livre est positif et précis, une délicatesse fine s'attarde à chacun de ses\nfeuillets. Leur admiration sincère est discrète et réfléchie. Il n'ont pas donné de la valeur de\nces travaux un exposé définitif. Mozart n'était pas un poète qui se concentre à la façon de\nlord Byron, ou qui se débat dans la nature environnante comme Shelley ou Walt Whitman.\nC'est dans son art qu'il vécut sa vie douloureuse, dans son art, qu'il la réalise, et c'est là,\nque nous découvrirons les traces complètes, inépuisables de toute sa personnalité. Nous ne\npouvons le juger par fractions, car chacune de celles-ci fait partie d'un tout. Dans son œuvre,\nl'incomplet, le douteux et même le mauvais, n'y sont pas moins essentiels que le splendide\net le parfait. Comme disait Carlyle, seules les peintures chinoises n'ont pas d'ombres."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-04-15-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-04-15_01#c034", "volume": "bmtnabh_1912-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 53, "image_fin": 53, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.2.11", "titre_corps": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.53", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2246, "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSÉANCE DU JEUDI 15 MARS 1912\nLa séance est ouverte à la Bibliothèque de l'Opéra, à 4 heures 1/4, sous la présidence de\nM. Ecorcheville, Président.\nEtaient présents : MM. Mutin, Quittard, A. Laugier, Docteur Laugier, Banès, Tenéo,\nPeyrot, Cucuel, la Comtesse de Chabannes, Mme Gallet, Miles Neufeld, Daubresse, Roche,\nM. et Mme Lefeuve, MM. Landormy, Herwegh, de Bertha, Vinée, Dolmetsch, Ruelle,\nPoirée, Raugel, Guérillot, Dauriac.\nEn ouvrant la Séance, le Président remercie nos Collègues, MM. Banès, Ténéo et\nQuittard, de la bienveillante hospitalité qu'ils nous accordent à la Bibliothèque de l'Opéra pour\ncette Séance. Il présente les excuses de MM. de La Laurencie et Prod'Homme, retenus hors\nde Paris. La candidature de M. Maximilien J. Rossberger présentée par MM. Moskowsky et\nEcorcheville est admise à l'unanimité, après quelques observations concernant l'admission dans\nla Section de membres de nationalité étrangère.\nLe Président rappelle qu'une Commission a été formée au sein de la Section, pour\npréparer le Congrès de 1914. Elle se compose de MM. Brenet, Chantavoine, Ecorcheville,\nEmmanuel, Gariel, de La Laurencie, Mutin, Quittard et Tiersot.\nLe Trésorier demande la parole pour rappeler combien il est difficile de faire toucher\ncertaines cotisations. Sur sa demande, la Section décide que tout membre qui aura refusé de\npayer sa cotisation dans le courant de l'année, sous prétexte qu'il ne veut plus faire partie de la\nSociété, sera rayé, que sa radiation sera portée à sa connaissance par le Secrétaire Général, et\nfigurera dans les procès-verbaux publiés tant par la Revue que par le Bulletin\nMensuel International.\nLa parole est donnée à M. de Bertha pour une communication sur : \"La question des\nreprises. \" MM. Landormy, Dauriac et Quittard prennent successivement la parole.\nUne audition est donnée par un Quatuor à cordes, formé de MM. Raugel, Borrel,\nChédécal et Gervais, qui font entendre des œuvres de E. du Caurroy et de Claude Lejeune.\nCette audition donne lieu à d'intéressantes remarques au sujet de la réalisation des œuvres du\nXVIe siècle.\nLa parole est donnée à M. Landormy, pour une communication sur : \"La Musique\nFrançaise en Hollande. \"\nLa séance est levée à 6 heures 1/4."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-04-15-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-04-15_01#c035", "volume": "bmtnabh_1912-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 54, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.2.12", "titre_corps": "Les Théatres", "titre_sommaire": "Les Théatres", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.54", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 612, "texte": "Les Théatres\nLE COBZAR LES DEUX PIGEONS\nIl ne serait pas très courageux d'attaquer l'opéra de Madame Ferrari car il est\nde ceux qui ne se défendent pas. Et, puisqu'il ne faut jamais frapper une femme\nmême avec une fleur de rhétorique, usons de précautions oratoires pour commémorer\ncet assaut de notre Académie Nationale de Musique par le féminisme triomphant.\nJusqu'ici, les suffragettes de la double croche avaient respecté cette institution\nd'Etat : aujourd'hui, conscientes et organisées, elles l'investissent comme un vul-\ngaire Parlement. Leur effort, hélas, en ce qui concerne l'éloquence musicale, ne fut"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.55", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3430, "texte": "jamais éclatant. C'est en vain que nous attendîmes de la sensibilité nuancée, de\nl'acuité de perception, de la subtile dextérité dont les prêtresses d'Apollon nous\navaient donné tant de preuves, le miracle qui dota la littérature contemporaine\nd'une Colette Willy ! Nos Lucie Delarue-Mardrus s'appellent Jane Vieu et nos\nComtesses de Noailles se nomment Cécile Chaminade ! Madame Ferrari ne semble\npas avoir très utilement servi la cause de son parti en choisissant pour tribune le\nvaste plateau de la salle de réunions publiques administrée par MM. Messager et\nBroussan. Elle avait, en effet, bien peu de paroles significatives à prononcer. Instinc-\ntivement habile à saisir les caractéristiques d'une \" mode \", aussi prompte à recon-\nstituer une recette lyrique qu'à deviner la coupe d'une robe entrevue au théâtre,\nla compositrice a fait preuve d'adresse mais a été victime d'une erreur d'optique\net de date. Le modèle qu'elle a choisi ne se porte plus, la \" façon \" vériste sent\nson rasta d'une lieue. On aurait pu pardonner à une femme bien des faiblesses\nharmoniques ou orchestrales mais on excusera difficilement son absence fâcheuse de\nparisianisme. Le génie d'une poétesse peut agréablement retarder de quelques\nannées et même de quelques siècles, mais son chapeau n'a pas le droit de dater d'une\nseule saison. Madame Ferrari a mal calculé dans son Cobzar l'équilibre des\nanachronismes permis.\nYoici en effet comment elle conçoit une action musicale. Deux amants mal\nmariés cherchent dans l'adultère l'oubli de leurs misères conjugales. Surpris par\nleurs conjoints respectifs, ils divorcent à coups de poignard. Et à leurs pieds libres\ndésormais du boulet matrimonial, on rivera la chaîne des forçats. C'est tout. Pour\ncorser cette donnée par trop quotidienne et pour réaliser l'idéal \" pittoresque \" qui\nsommeille au cœur de tout metteur en scène il n'y avait plus qu'à situer en Rou-\nmanie le fait-divers que nous aurions méprisé au faubourg Montmartre et à l'en-\ntourer de chœurs de moissonneurs et de danses locales. Ce fut fait et bien fait. La\ncouleur générale fut obtenue par l'emploi méthodique des mélopées où pleure une\nseconde augmentée et par un frottis systématique de tons mineurs. Les cris de\npassion furent rauques et violents, il y eut des chansons populaires, des rêveries,\ndes ariosos, des morceaux de genre et des duos exaltés ; il y eut une Jane Hatto\nsouple et pathétique, un Muratore fougueux et bondissant, une Lapeyrette haineuse\net sarcastique et un Note plus préoccupé de venir, à l'avant-scène, donner une leçon\nde chant à ses contemporains que de prendre part à l'action banale et désobligeante\nqui faisait de lui un mari trompé et poignardé. 11 y eut tout cela et, pourtant, qui\noserait affirmer que le devoir des directeurs de l'Opéra était d'élire le Cobzar entre\ntoutes les partitions qui s entassent dans leur antichambre ? Etait il vraiment im-\npossible de découvrir en 1912 un compositeur ayant encore plus de génie que\nMadame ferrari ?... Voila le problème qui torturera plus tard les historiens du\nthéâtre lorsqu'ils tenteront de reconstituer l'atmosphère musicale de notre com-\nmencement de siecle et qu ils déchiffreront la partition admise à l'honneur de syn-\nthétiser l'effort de toute notre génération !\nLe Cobzar était suivi d'une reprise des Deux Pigeons. Exquise attention d'un\ndirecteur qui ne veut pas laisser partir ses invités sans leur rappeler discrètement"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.56", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3094, "texte": "qu'il est, au fond, un excellent musicien et qu'il ne faut pas le juger uniquement\nsur son goût administratif. Cet aimable divertissement a gardé toute son élégance\ndéliée, tout son esprit et tout son charme. Cet art de bonne compagnie a vraiment\nde la race et s'exprime en formules harmoniques et mélodiques d'une rare distinc-\ntion, même dans les instants où il s'abandonne à quelque nonchalance. La finesse\nde l'écriture, la justesse des termes musicaux employés, la perfection d'un métier\norchestral infaillible donnent à cette musique qui porte fièrement comme une aigrette\nson épithète de \" légère \" une solidité que pourraient lui envier nombre de nos\n\" poids-lourds \" de la composition. Il y a plus de joie, dans le ciel où rayonne\nMozart, pour la découverte d'un thème de valse svelte et cambré que pour celle\nde quatre-vingt-dix-neuf réponses de fugues ! Et n'oublions pas que le miracle de\n\"Pelléas\" fut annoncé, proclamé et défendu avec une clairvoyance et une autorité\ninégalées, non par les hautains spécialistes de l'esthétique pédagogique, mais par\nl'auteur des \" Petites Michu C'est la main qui écrivit \" Véronique \" qui sut, la\npremière, tracer dans les airs, d'une baguette divinatoire, la voie merveilleuse où\nl'astre naissant devait accomplir son éblouissante révolution. Que ces souvenirs\nnous apprennent à nous méfier des classifications arbitraires et nous aident à nous\nlibérer de la tyrannie des genres.\nM. Clustine a très ingénieusement renouvelé la chorégraphie du ballet de son\ndirecteur sans s'écarter pourtant des traditions techniques de la maison. Ceux qui\nredoutaient le slavisme indiscret du nouveau Vestris peuvent se rassurer. Les\ncolonnes du temple ne sont pas ébranlées. La danse de Zambelli et d'Aïda Boni se\nréclame d'un classicisme de plus en plus pur, et c'est à peine si l'on peut découvrir\ndans leur pas nouveaux un peu plus d'élan et un peu plus de fougue passionnée ;\nl'impassibilité de la pointe et du jeté-battu serait-elle enfin légèrement compromise?\nLa seule concession faite à la nationalité du maître de ballet m'est apparue dans les\nodieuses bottes molles en accordéon alourdissant les chevilles des danseuses de la\nplus désagréable façon, par un scrupule puéril d'exactitude géographique fort discu-\ntable. Ces libellules chaussées comme des moujiks et martelant le plateau de leurs\npesantes extrémités apparurent infiniment moins légères que la musique chargée\nde les soulever du sol. Ce fut, littéralement le triomphe des plus lourdes que l'air,\nl'air souple et ailé que murmurait l'orchestre. Fatale révolution i Le Rat prendra\ndésormais la place du Chat Botté dans les contes de nourrice. Le brodequin, la\ngaloche et le godillot frétillent déjà d'espérance heureuse !.. Hélas ce n'était pas\nla peine de nous habituer depuis quelques années à la cambrure de tant de jolis\npieds nus pour condamner brusquement nos étoiles à porter désormais la botte\nd'ordonnance, même si elle est de sept lieues ! La lutte engagée entre le syndicat\nde la cordonnerie et la tribu Duncan nous réserve encore des surprises...\nEMILE VUILLERMOZ."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.57", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3894, "texte": "\" MYRDHIN \" DE BOURGAULT DUCOUDRAY A NANTES. Il existe\nune musique bretonne : cette affirmation étonnera beaucoup de gens : d'autres souriront qui\nauront entendu par hasard au tournant d'une excursion en Bretagne quelque vague mélopée et\njugeront que c'est faire beaucoup d'honneur à peu de choses.\nCependant je maintiens dans toute sa force cette phrase catégorique : il existe une musique\nbretonne ; je vais même plus loin : il se pourrait que cette musique prenne une importance\nconsidérable parce qu'elle peut devenir la source à laquelle viendra se rafraîchir la musique\noccidentale.\nIl ne peut s'agir évidemment de musique instrumentale ; la musique instrumentale\nbretonne est de valeur à peu près nulle : la Bretagne ne connaît que d'instruments le biniou et\nla bombarde. Mais si nous abordons la musique vocale nous tombons sur une mine quasi inépui-\nsable : inépuisable par le nombre et la variété des sôniou et des gwersiou mis au jour, d'une\nmultiplicité et d'une force étranges, de coloration lumineuse, d'originalité intense ; inépuisable\nsurtout parce qu'elle proclame l'existence d'une phrase musicale bretonne constituée par ces\ndeux éléments; les modes et le rythme.\nLes modes : il faudrait un volume entier pour établir la richesse modale de la musique\nbretonne : le système diatonique de Bretagne plus complet que celui de la Grèce ancienne\ndérive directement de l'échelle pentaphone que l'on trouve dans les cinq parties du monde, et\npar là la musique bretonne nous fait remonter plus haut que plus vieilles traditions de la\nmusique universelle. Le rythme : la phrase musicale bretonne ne connaît pas la carrure ; elle\névolue de 2 à 7 mesures, s'arrondit, s'élance, se rapetisse avec une minutie parfois décevante.\nPour faire connaître ses richesses, il fallait un instrument : une association de composi-\nteurs bretons s'est fondée dernièrement : elle veut être cet instrument. Il faut qu'un breton\npénétré de tout le passé musical de sa racey mais se laissant posséder par le souffle créateur de sa terre,\nproduise l'œuvre musicale attendue par ceux à? Ar-Mor et à? Ar-Goat et celui-là sera le\nMoussorgski breton.\nEt ceci m'amène à parler de la représentation de Myrdhin qui fut donnée à Nantes il y\na quelques jours. Myrdhin est l'œuvre posthume de Bourgault-Ducoudray, le grand ancêtre\ndans le royaume de musique bretonne, lui qui dès 1885 dans la préface de ses trente mélodies\npopulaires de Basse-Bretagne y signalait la présence de modes analogues à ceux dont les théori-\nciens grecs nous ont légué la formule, et dont quelques découvertes archéologiques nous ont\nprocuré de précieux échantillons.\nMyrdhin est une œuvre qui impose le respect : des qualités rares s'y font jour, telles que\nle culte de la forme, la probité d'écriture ; les ensembles vocaux y sont traités avec générosité,\nl'orchestre d'une carrure raide et hiératique affirme l'effort d'une montée persistante vers le\nbeau. Est-ce une œuvre bretonne ? j'hésite à répondre nettement.D'un côté, je regrette la façon\ndont le librettiste de Bourgault-Ducoudray a transformé la merveilleuse légende de Viviane\net de Merlin ; d'un autre côté, je regrette la tendance européenne de l'inspiration de celui qui\nfut un si génial folkloriste. Et qu'on 11e voie pas là une critique le moindrement irrespectueuse:\nBourgault-Ducoudray ne serait pas notre seigneur breton qu'il ne me viendrait pas à l'idée de\nrelever ses affinités wagnériennes, ses accentuations italiennes, ou tout ce qui est en lui très\nfrançais de France, j'entends français formé vers 1870.\nMais j'aurais aimé que dans ce testament musical apparaissent au moins les germes de ce\nque pourrait être une œuvre lyrique bretonne. Je ne les ai pas vus ; peut-être n'ai-je pas su\nles voir ; je n'y ai pas trouvé l'âme du maître des modes et des rythmes, du gardien du feu\nauquel se rallumera la torche de notre vie musicale.\nJEAN LAPORTE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-04-15-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-04-15_01#c037", "volume": "bmtnabh_1912-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 58, "image_fin": 61, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.2.13", "titre_corps": "LES “TABLEAUX SYMPHONIQUES” DE M. FANELLI", "titre_sommaire": "LES “TABLEAUX SYMPHONIQUES” DE M. FANELLI", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.58", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2793, "texte": "LES “TABLEAUX SYMPHONIQUES” DE M. FANELLI\n\" Un génie méconnu. \" \" Un Wagner français. \" \" Incomparable et Sublime. \"\n\" Rendez-vous tous Dimanche prochain aux concerts Colonne. \"\nVraiment, la Presse quotidienne abuse de sa toute-puissance ! Qu'elle s'occupe de lancer\nun remède sensationnel, soit. Qu'elle s'efforce de provoquer, dans un intérêt financier, des\nconflits internationaux ; de relever une industrie défaillante par le moyen de souscriptions soi-\ndisant patriotiques, c'est son droit, sinon son devoir. Nous lui abandonnons la politique, les\nentreprises commerciales, le théâtre même. Mais, au moins, qu'elle nous laisse l'art !\nPendant plus d'une semaine, les quotidiens ne nous ont entretenus que de ce compositeur,\ntrop ignoré jusqu'ici. Nous apprenions chaque jour qu'il gagnait péniblement sa vie en faisant\nde la copie ; qu'il ne mangeait pas à sa faim ; que sa fille travaillait pour obtenir un brevet\nd'institutrice. On nous révélait les émotions poignantes que procura sa partition à M. Gabriel\nPierné, à l'orchestre Colonne, à Mme Judith Gautier, àM. Benedictus.\nCes procédés de 8e page et de roman-feuilleton nous valurent une manifestation des\nplus ridicules et des plus navrantes : durant un quart d'heure, une foule de mi-carême hurla,\nsur l'air des lampions, le nom de l'auteur, jusqu'à ce que celui-ci fût traîné lamentablement\nsur la scène. Cette ovation consolatrice n'a rien réparé. M. Fanelli mérite mieux que cela.\nCette réclame à l'américaine devait sûrement porter sur les fervents de Nick Carter. Par\ncontre, elle provoquait la méfiance des artistes, ainsi que celle des critiques, auxquels leur\nprofession ordonne la prudence. Quelques-uns de ceux-ci ont eu la force de ne point aban-\ndonner leurs préventions.\nPourtant, le cas est remarquable de cet artiste, complètement isolé en 1883, se livrant à\ndes recherches que l'on est convenu d'appeler impressionistes, au moment où nul, en France, ne\nse souciait de Yimpressionisme.\nCertes, cet impressionisme est très différent de celui de nos musiciens actuels. M. Fanelli\nignorait probablement à cette époque certaines œuvres de Liszt, et sans doute celles de\nRimsky-Korsakoff, de Balakirew, de Moussorgski et de Borodine, qui ont inspiré la jeune\nécole française. L'impressionisme de M. Fanelli procède plus directement de celui de Berlioz:\nla perception des bruits de la nature est à peine stylisée. L'intérêt mélodique et harmonique\nn'est guère plus savoureux que dans le Carnaval romain ou certains passages de Romeo et\nJuliette.\nTelle quelle, et surtout en se plaçant à l'époque où elle fut écrite, l'œuvre est du plus\nhaut intérêt. L'atmosphère suffocante du début de la ire partie, les piaulements stridents des\ngypaètes, la mélopée lointaine de l'esclave, malgré son orientalisme un peu conventionnel,"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.59", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3766, "texte": "dans la 2e partie, l'éblouissement des nefs fourmillantes et bigarrées ; dans la 3e le roulement\nincessant des chars grondant sous l'éclat des fanfares ; tout cela exprimé, semble-t-il, du moins\nà première audition, par les seuls moyens d'une orchestration des plus pittoresques, aurait\nsurpris puissamment les auditeurs, si les concerts dominicaux avaient exécuté à temps ce poème\nsymphonique.\nSans doute, l'accueil n'eût pas été aussi unanime ; les exécutants, loin de pleurer, auraient\nau moins souri. Ce même public n'aurait pas manifesté plus chaleureusement que pour l'étin-\ncelant Feu d'artifice d'lgor Strawinsky. Peut-être même aurait-il simplement chuté, comme à\nla première audition de Y Après-midi d'un faune, qu'il bisse aujourd'hui.\nEt surtout les recherches du jeune compositeur n'auraient pu, à cette époque, servir à\namoindrir celles de ses confrères.\nIl est singulier que ces recherches, taxées par certains de négligeables jusqu'ici, prennent\ntout-à-coup une importance extraordinaire parce que l'on en découvre l'embryon dans une\nœuvre écrite il y a 30 ans.\nCe beau courage, qui consiste à écraser l'audace des contemporains gênants sous l'audace\nde leurs prédécesseurs a fait trouver dans cette oeuvre la source de l'impressionisme de Claude\nDebussy.\nUn critique, entraîné par son zèle, a cru même devoir déclarer, tout net, que, dans ce\npoème u la conception et l'écriture harmonique sont manifestement debussystes, ou plutôt\npré-debussystes \", sans doute parce que aM. Fanelli abuse des suites de tierces majeures, ce qui,\nen 1883, était une trouvaille, et une nouveauté.\" L'honorable critique entend par là les\naccords construits sur la gamme par tons. Or il semble ignorer que, vers le milieu du siècle\ndernier, ce procédé était déjà employé, par Liszt d'abord, puis par Dargomijsky, lequel fit plus\nque d'en abuser : un acte entier du Festin de pierre est composé sur cette gamme.\nIl est d'usage que M. Debussy subisse annuellement une attaque de ce genre. Nous\nsavions déjà que la découverte de son système harmonique était due entièrement à Erik Satie,\ncelle de son théâtre à Moussorgsky, et son orchestration à Rimsky-Korsakoff. Maintenant nous\nsavons d'où vient son impressionisme. Il ne lui reste plus que d'être, malgré cette pauvreté\nd'invention, le plus considérable, le plus profondément musical des compositeurs d'aujourd'hui.\nQuant à M. Fanelli, je ne vois pas beaucoup de musiciens français de sa génération qui,\ntant pour sa hardiesse orchestrale que pour la puissance de son inspiration pouvaient, en 1883,\nlui être comparés.\nMAURICE RAVEL.\nLES FIORETTI DE SAINT FRANÇOIS D'ASSISE. Oratorio en un prologue\net deux parties, poème de Gabriel Nigond, pour soli, chœurs d'hommes, de femmes, d'enfants\net orchestre par Gabriel Pierné. 1 —Il n'est point plus beau sujet d'oratorio, plus poétique et\nplus musical, que la vie de Saint François d'Assise. On comprend que M. Gabriel Pierné\nse soit laissé tenter. Mais n'eut-il pas dû d'abord s'assurer le concours d'un poète d'autre\nenvergure ? Ce sont de bien petits vers que ceux de M. Nigond, et bien éloignés de rendre\nquelque chose du charme et de l'émotion des Fioretti. On se demande même si l'auteur du\nlivret a soigneusement lu les u petites fleurs \" de Saint François et toutes les légendes que le\nPoverello a inspirées. Il y avait tant à prendre dans ces textes, à traduire presque mot à mot !\nL'image que M. Nigond nous donne de Saint François est bien pâlie ; il laisse de côté dans la\nvie du saint ce qu'il y a de plus original ; il n'exprime rien de sa franche gaieté, de sa joie\nrobuste, de ses saillies familières ; il en fait le saint banal, toujours confit en dévotion ; il oublie\n\n1 Partition chant et piano, net 15 Frs, chez Max Eschig, Editeur, Paris,"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.60", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3976, "texte": "que c'est d'abord un italien au rude et capricieux tempréament, capable de mille folies, et\nqu'il n'eut point fallu craindre de peindre au naturel.\nCes réserves faites, —et elles ne concernent que le poème l'oratorio que l'Association\ndes Concerts-Colonne vient de nous faire entendre est, musicalement, une œuvre exquise de\nfraîcheur, de simplicité, de tendresse. Rarement M. Pierné a rencontré des accents plus émus,\nplus pénétrants. C'est d'abord, dans le prologue, cette introduction qui évoque le ciel limpide\nde l'ltalie, les contours arrêtés des choses, la vie insouciante des hommes. De jolies chansons se\nmêlent au bruit de la nature : l'impression est délicieuse. Vient ensuite la scène des fiançailles\nde François avec la Pauvreté qui est peut-être la plus belle page de la partition, d'expression\nsobre, intérieure et profonde ; le canon qui la termine est d'une touchante gaucherie et d'un\nparfum tout franckiste. La scène du lépreux a de la force et de l'âpreté, mais le texte poétique\noffrait ici une matière vraiment insuffisante au musicien. Il y aurait bien à dire aussi sur les\nfadeurs du dialogue qui s'échange entre sœur Claire et François ; mais le compositeur a réussi\ncette fois à nous faire oublier les paroles, et il a dessiné un portrait de sœur Claire adorable de\npureté, de limpidité, de pudeur naïve. La scène des oiseaux eut pu donner mieux, et l'on atten-\ndait beaucoup plus du chœur des enfants : il est un peu simplet ; du reste toute cette jeunesse\ndes écoles de la ville de Paris chante si faux, et les voix sont si laides ! Ne pourrait-on trouver\nmieux dans les maîtrises ? On se serait cru à une distribution de prix... Mais voici maintenant\nFrançois malade et aveugle : Sœur Claire est prés de lui ; le soleil resplendit et François lui\nadresse son admirable cantique. M. Pierné a traité cette page d'une façon très ingénieuse :\nFrançois improvise librement, à pleine voix, sans accompagnement, dans le style du vieux\nchant grégorien, et l'orchestre lui répond par les mêmes thèmes repris en diaphonie : l'effet est\ntrès heureux. Enfin dans le dernier tableau, nous assistons à la mort de François : au loin on\nentend la foule qui se rend en pèlerinage auprès du saint ; sœur Claire est là; (on voudrait\nqu'elle n'y fût point) ; une grande douceur, une grande tendresse planent sur ces dernières\npages.\nOn acclama M. Pierné : et ce fut justice. Sans prétention, sans vaine recherche, il a écrit\nune œuvre sincère, ingénieuse, délicate. Ajoutons que son orchestre sonne toujours de la façon\nla plus agréable et parfois la plus nouvelle, et que ses interprètes, Mme 3 Mellot-Joubert, Povla-\nFrisch, MM. Laffitte, Delmas, Fugère se montrèrent excellents.\nINTÉRIM.\nSYMPHONIE EN UT MINEUR DE A. GÉDALGE. Il est nécessaire de réfléchir\nlonguement avant de critiquer une symphonie de M. André Gédalge ; le \" labarum \" que ce\nmusicien brandit et sur lequel se lisent ces mots : ni littérature ni peinture, rend modeste le\nmoins présomptueux des auditeurs appelé à émettre un jugement; comment en effet juger une\nœuvre musicale sans encourir le reproche de littérateur ou de peintre ; à quelles comparaisons\nrecourir hors du domaine du verbe ou de la couleur pour situer ce qui ne veut exister que dans\nun monde sonore ?\nIl faudrait s'en tenir à une sèche nomenclature thématique et analytique de musico-\npaléographe : dépouiller chaque partie en en énumérant les lignes et variations mélodiques ;\nvider les compartiments de cette gigantesque armoire qu'est une symphonie sans seulement\nqualifier les étoffes qui s'y trouvent enfermées : tout cela besogne fastidieuse de pédant qui fait\nsourire les musiciens professionnels et fait bâiller les profanes.\nAlors, que faire ? Il y a deux ans lors de l'audition de la symphonie en fa du même\nA. Gédalge je trouvai cette tangente : l'interview ; j'y eus recours pour amener à merci le savant\nprofesseur de la rue de Madrid et le faire me livrer ses secrets merveilleux ; à l'heure actuelle"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.61", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2534, "texte": "un tel interview serait superfétatoire ; aussi bien M. Gédalge est-il de ces songes qui ne\nmodifient pas leur personnalité selon la couleur du temps.\nVoici donc ce qu'il me dit : \"Il est impossible d'analyser mon œuvre: une telle analyse\nne pouvait porter que sur la construction de chaque morceau, et cela me paraît en dehors du\npouvoir des mots puisque mon œuvre est avant tout un édifice de mélodies parallèles,\nconcourant par leur audition simultanée à produire l'effet d'une seule et unique mélodie. Le\ngenre d'émotion qu'exprime la musique et particulièrement ma musique me paraît intraduisible\nautrement que par l'exécution stricte de ce que j'ai écrit ; moi-même je ne saurais lui attribuer\nun sens verbal : mais je sais qu'elle exprime (sans pouvoir préciser exactement ce à quoi se\nrapporte cette expression) des sentiments que j'ai ressentis très profondément, si profondément\nque je ne pouvais les traduire avec des mots et que j'ai été amené à me servir du langage des\nsons.\nLes sentiments auxquels je fais allusion ne sont aucunement des sentiments héroïques ou\nd'amour, ce qui est du domaine de la musique descriptive ou de la musique à programme,\nchoses que j'ai en horreur, ce sont simplement des sentiments d'affection, d'amitié, occasionnés\npar ma famille et mes intimes, ou sentiments nés en moi devant les mille manifestations cou-\nrantes de la vie : j'ai conçu tel développement musical en voyant un jour danser des enfants,\ntel autre, en me promenant en bateau, tel autre en péchant à la ligne, tel autre en voyant\nmarcher devant moi Enesco et un autre de mes élèves. J'ai découvert des rythmes et des\nmélodies en écoutant parler des gens n'importe qui, chacun parlant sur un rythme différent.\nQuant à l'harmonie ça n'a rien à voir dans l'invention musicale.\nJe m'en tiens là dans les longs propos que me tint M. A. Gédalge : je ne veux rien y\najouter, rien en déduire ; il apparaît clairement en effet à l'audition de la symphonie en ut\nmineur qu'aucun sentiment héroïque ou d'amour n'est décrit par M. Gédalge ; il apparaît aussi\nqu'il a beaucoup usé dans son œuvre du rythme ou plutôt de la césure rythmique ce qui n'est\npas tout à fait la même chose ; il ressort surtout d'une façon évidente qu'il faut admirer les\nmusiciens qui pénétrés du sonnet de Baudelaire savourent les correspondances mystérieuses\ndes parfums, des sons, des couleurs et s'exercent à en traduire les mille et une délices sans s'occuper\nde savoir s'ils font œuvre de littérateur, de peintre — ou de musicien.\nJEAN LAPORTE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-04-15-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-04-15_01#c039", "volume": "bmtnabh_1912-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 61, "image_fin": 63, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.2.14", "titre_corps": "Concerts Divers", "titre_sommaire": "Concerts Divers", "signature_source": "G. K", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.61", "debut_caractere": 2536, "fin_caractere_exclue": 3676, "texte": "Concerts Divers\n\nLa tendance générale de la foule des interprètes s'oriente toujours vers l'individualisme\nle plus résolu. Chacun travaille pour son propre compte et n'a pas d'autre ambition que de\nmonopoliser à son profit pendant toute une soirée le peuple errant des mélomanes. Chaque\ninstrumentiste, derrière son pupitre d'orchestre, rêve de concertos, et tous les choristes sont\nhantés par le désir d'organiser un récital où ils pourront détailler un air d'Armide ou deux\nmélodies de Léo Sachs. Le résultat de cette fièvre éruptive est que le nombre croissant des\nauditions médiocres étouffe les concerts intéressants et qu'à la fin de chaque mois il devient\npresque impossible de découvrir l'effort des véritables artistes dans cette agitation désordonnée.\nL'hiver musical parisien n'est plus qu'une prodigieuse cacophonie où tous les gens capables de\nsouffler, de frapper ou de râcler un son s'en donnent à cœur joie de neuf heures à minuit pour\nla plus grande terreur des témoins chargés de marquer les points dans cette infernale partie.\nAutant vaudrait chercher à deviner dans le concert de vociférations qui ébranle chaque jour le"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.62", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3512, "texte": "péristyle de la Bourse quel est 1' \" aboyeur \" le mieux doué dans la meute hurlante qui salue\nl'heure quotidienne de la curée de l'or !\nEssayons pourtant de retrouver dans cette foule, en jouant vigoureusement des coudes,\nquelques visages de connaissance. Voici des chanteuses : Mlle Vera Bianca, que la reine\nAlexandra nous enlèvera le mois prochain, interprète avec un goût exquis du Grétry, du\nRimsky, du Jensen et du Busser ; Mme Pierre Weber passe avec un égal bonheur de\nSchumann a Duparc et de Reynaldo Hahn à Beethoven; Mme Kutscherra, muse bayreuthienne\nen retraite, se voue au culte de Schubert et de Schumann et avec un nationalisme caractérisé,\nnous apprend en deux leçons u l'allemand tel qu'on le chante. \" Mlle Geistdôrfer émerveille les\nconnaisseurs dans les circonstances les plus diverses où son dévouement s'exerce. Mlle Germaine\nChevalet, assistée de Jean Verd, prête à Mlle Croué le précieux concours de sa musicalité de\nchoix et le couple Engel-Bathori continue à nous offrir chaque\nsemaine les programmes les plus ingénieux, les plus délicats et les\nplus parfaitement réalisés de la saison.\nSur la mâchoire ouverte des pianos, la main légère ou brutale,\non vit tour à tour se pencher, dentistes attentifs, le vigoureux\nGalston, le romantique Cortot, l'adroit André Salomon, le brillant\nBatalla, le violent Mark Hambourg et le tendre Sliwinski. Mais\ncette industrie se féminise : voici la robuste Maria Carreras, la\ndélicieuse Guiomar Novaès, enchanteresse précoce, Pauline Aubert\nqui rehausse ses programmes d'œuvres de sa composition, Marcelle\nCroué qui nous révèle York Bowen, et E. Gaïda qui se complait\naux paroxysmes de la musique d'Enesco et de l'Appassionata.\nLes quatuors ont montré moins d'ardeur que de coutume. Le\nquadrige de Carembat, celui d'Oberdœrffer et celui de Lefeuve\ndéfendaient les couleurs modernes. Les groupes quadrumanes des\nCapet et des Duttenhoffer s'en tinrent aux classiques les plus\nvénérés. L'attelage fringant des Lejeune qui devait franchir d'un\nbond impressionnant la banquette viennoise d'Arnold Schônberg se\ncabra devant l'obstacle et remit à plus tard ce dangereux exploit.\nEn attendant, la \" Verklârte Nacht \" de P Attila du Danube, moins\nabrupte et plus maniable, nous intéressa par ses surprenantes équi-\nvoques sonores, par l'imprévu de ses timbres et par telles trouvailles\nd'écriture qui confèrent aux cordes, à certaines minutes précieuses,\nles vertus mystérieuses d'une flûte grave ou d'un cor.\nRompant la discipline de l'orchestre ou du quartette, les gens de corde se lancent dans la\nmêlée en franc-tireurs. Voici l'incomparable Casais qui accorde à la Société Philarmonique un\nconcours dont il devient de jour en jour plus avare. Il a des imitateurs dont l'archet est plus\nlibéral : c'est le puissant Hollmann, c'est le délicat Pierre Samazeuilh, c'est le jeune Jean\nVaugeois qu'assiste son maître le vénérable Cros-Saint-Ange et c'est la gracieuse Germaine\nPelletier.\nLes violonistes sont discrets. M. Galascione a pour principal mérite de nous faire entendre\nl'excellent Montoriol-Tarrès ; Robert Krettly, qui a toutes les qualités de la haute virtuosité\nsans en avoir les défauts, retrouve auprès de ses admirateurs, d'année en année plus nombreux,\nson succès habituel ; MIIe Lily Schreiber, altiste consciencieuse se fait accompagner par\nl'orchestre Chevillard ; Mme Berthe Wagner se contente de l'appui de son quatuor et d'un\npetit orchestre à cordes dirigé par Gelôso, et Jules Boucherit réclame l'assistance de l'orchestre"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.63", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3591, "texte": "Hasselmans pour mener à bien l'exécution d'un Concerto de Mendelssohn, Gaston Poulet en\navait fait autant, huit jours avant, pour la Havanaise de Saint-Saëns. Et Joseph Debroux\nqu'une fantaisie typographique sacra prince du clavier, triompha dans une curieuse sonate\nde Carlo Xessarini qui rappelle assez heureusement la manière savoureuse et la bonhomie du\nvieil Haydn.\nToutes les Sociétés existantes affirment leur vitalité par des manifestations sans imprévu\nmais dont la périodicité inflexible est tout à fait rassurante. La vaillante Société Moderne\nd'lnstruments à Vent est la première à faire entrer dans les jardins de la musique de chambre\nle char de triomphe de Fanelli qui n'avait roulé jusqu'ici que sur les grandes routes symphoni-\nques. La nouvelle Association Musicale Mondaine et Artistique dirigée par E. R. Schmitz\ndonne un très intéressant programme où des quatuors vocaux et instrumentaux de Schmitt,\nFauré, Chausson, Pillois et Debussy alternent agréablement. Les Chanteurs de la Renaissance\nn'ont plus qu'à paraître pour vaincre et Henry Expert recueille les fruits de son patient labeur.\nL'orchestre de la Schola Cantorum, toujours âprement discuté, rachète par une foi ardente\ndans l'exécution des Béatitudes l'inexpérience candide de ses traductions. La S. M. I. liquide\nméthodiquement les manuscrits que lui confient ses sociétaires : sonate de Cools, mélodies de\nJean Cras, sonate de Fred Barlow, de Jean Poueigh, quintette de le Flem, variations de\nMme Herscher, mélodies de Koechlin détaillées par Germaine Sanderson et de Grovlez\nadmirablement traduites par Mme Croiza, pièces d'alto de Pauline Aubert... etc. cependant que\nla Nationale, plus réservée, n'accorde ses faveurs qu'à Blair Fairchild, Guy de Choiet, Pierre\nde Bréville, Coindreau et Sohy avec le concours de l'infatigable Antoinette Veluard et de\nJane Engel-Bathori. Le Concert Touche révèle Mlle Pragae. (un nom à retenir)\nD'autres groupements disciplinés tressent ingénieusement des guirlandes sonores. Le\nquatuor de harpes chromatiques dirigé par Mlle Lénars vibre de toutes ses cordes d'or entre-\ncroisées dessinant dans l'espace l'X fatidique à qui nous devons le génie inventif de Gustave\nLyon. La Société des Instruments anciens d'Henri Casadesus explore curieusement le\nXVIIIme Siècle à l'aide du quinton, de la basse de viole, de la viole d'amour et du clavecin ;la\nSociété des Concerts d'Autrefois se sert des mêmes instruments de sondage mais y ajoute un\nhautbois d'amour, une flûte et une contrebasse, tandis que la Société des Violes et Clavecin\nqui se livre aux mêmes recherches ne s'embarque pas sans son pardessus de viole.\nEt la puissante \" Société des Auditeurs bénévoles \" qui alimente le budget de toutes ses\nsoeurs et recrute chaque jour de nouveaux membres plus ingénus les uns que les autres, con-\ntinue à s'exalter en présence de ces a savantes reconstitutions\" sans apprécier à sa valeur le\nscepticisme délicat de certains de ces organisateurs qui, pour flatter l'innocente manie du\npublic, exécutent avec une technique et un style parfaitement anachroniques, sur des\ninstruments groupés de la façon la plus fantaisiste et la plus arbitraire, des œuvres écrites à\nune époque où les violes étaient déjà des curiosités de musée ! Mais allez donc faire\ncomprendre à Monsieur Jourdain qu'il ne serait pas plus absurde de jouer le Quintette de\nFlorent Schmitt sur un clavecin et des violes que de faire subir le même sort aux œuvres de\nDestouches ou de Benincori ? Monsieur Jourdain ne vous croira pas: il est bien trop content\nde \" faire de l'histoire \" !...\n\nG. K."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-04-15-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-04-15_01#c040", "volume": "bmtnabh_1912-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 62, "image_fin": 62, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.2.14.1", "titre_corps": "M. Ravel, par David", "titre_sommaire": "M. 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L'expérience, aussi peu complète encore soit-elle,\naura du moins démontré que nos écrivains et que nos musiciens savent écrire pour le théâtre.\nElle a prouvé aussi que leur conception s'inspire généralement d'un idéal supérieur aux\n\" recettes \" des plus illustres fabricants de l'étranger, dont les pièces à succès d'argent\nnous envahirent. Le peuple, disait-on, se montre indifférent, dédaigneux à l'égard des\nproductions autochtones et des belles œuvres, d'où quelles viennent, d'ailleurs. Mais, tout\nd'abord, l'indifférence et le dédain sont l'apanage de cette prétendue élite, \" graisseuse \"\nintellectuellement et physiquement, incapable de vibrer à toute émotion saine, sincère et libre.\nLe peuple, lui, s'il se laisse aisément persuader et déformer, comme un enfant, par ceux-là\nmême qui auraient tâche de l'éduquer, garde l'instinct du Beau. Il suffit d'une échappée de\nlumière pour qu'on le voie soudain rompre les liens, bondir et crier d'enthousiasme. Il\nva spontanément aux grandes œuvres qui l'expriment par le verbe des créateurs. En lui\nfermentent les forces vives de la pensée et de l'art. Plus qu'un autre, peut-être, le Belge\npossède le sens esthétique. Il l'a manifesté dans tous les temps et dans tous les domaines. Qu'on\nle veuille, et il tressaillera au chant patriarcal, que notent, dans le silence, ses musiciens et ses\npoètes. Il \" entendra \" leur voix, comme il entend le carillon des beffrois et des tours, au large\nde la plaine flamande, comme il entend le rêve harmonieux et doux de Wallonie.\nInscrivons aujourd'hui le succès de quatre œuvres musicales : poème de Camille\nLemonnier, musique de Léon Du Bois ; Rhena libretto de Michel Carré, musique de Jean\nVan den Eeden. La Bacchante : scénario de A. Duplessy, musique de Léon Delcroix ;s\\\nmimo-symphonie de F. Thys, (pour le livret) et Joseph Jongen (pour la musique).\nEdénie.Camille Lemonnier a réuni dans son poème les plus hautes symbolisations de la\nvie humaine. Il les a fait vivre dans une atmosphère aurorale, en des personnages \" essentiels \"\ncomme des dieux. Edénie : c'est l'lle vierge et libre où refleurit l'aube du monde. C'est le jardin\nd'harmonie où les hommes cueillent la joie de vivre et se partagent le Pain \" chair et sang \"\nde la glèbe. Barba, le sage, y vit grandir, avec ses enfants Hylette, Florie, Sylvan la fille de\nson frère : Elée, rose noire d'amour née d'un incestueux baiser. Il a chassé Rupert, au cœur de\nqui sont remontées les ancestrales tares. Edénie connaît des jours de bonheur sans mélange.\nLes moissonneurs, sous le soleil, y font la récolte promise. L'huis de la calme demeure est\nlarge accueillant aux errants sans-patrie, sans-foyer, vagabonds éternels par les chemins du\nmalheur. Ils viennent s'asseoir à la table commune. Un soir, pourtant, la terre heureuse est\ntroublée par l'écho d'une plainte. Rupert vient réclamer, au nom de sa longue douleur, au nom\nde la mort même de Cordalie, l'enfant qu'on lui ravit. Barba reste inflexible... Mais c'en est\nfait de la quiétude d'Edenie. Elée a reconnu la voix de son père. Elle l'accompagne dans l'exil.\nLa tristesse, alors, règne dans le séjour. L'hiver endeuille les choses. Sylvan le jeune héros,\nsent qu'il aimait Elée plus que comme une sœur. Barba lui-même, quoiqu'il s'en défende,\ncomprend enfin qu'il faut savoir pardonner. La souffrance rédempte la faute. C'est par\nla douleur que l'humanité doit ascendre à la joie.\nTelle est la trame de cette belle œuvre. Telle est sa signification sublime. Qu'importe"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.65", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3999, "texte": "que la réalisation ait emprunté çà et là des données, des figurations à la légende, à l'histoire,\nau théâtre ? Les trois sœurs font songer à des déesses wagnériennes, Sylvan évoque Sigfried ;\nbien des moyens scéniques ne sont point personnels... Mais il faut admirer la noblesse, la\ngrandeur de l'idée, la pureté primitive de cette gerbe'de symboles, la lumière, en notations\nsubtiles, sur des images vives, baignant la fresque émouvante. Il faut admirer l'art, en synthèse,\ndu Maître, résumant d'un trait telle attitude, telle parole haute. Cette sobriété ne va pas\nsans froideur, peut-être, dans l'expression. Ce raccourci n'a pas les qualités de coloris et de\nlargeur, le style original et vigoureux que nous apprécions tant, d'autre part, dans les chefs-\nd'œuvre du grand prosateur. Il manque, à son poème, le rythme ailé des vers. Il lui manque\ncette musique intérieure, évocatrice et fluidique, que nous aimons dans les mots. S'il l'avait\neue, il est vrai, il n'aurait eu que faire de l'enluminure musicale de Léon Du Bois.\nLa représentation d'une pareille création d'art n'est pas sans nuire à la compréhension.\nAu théâtre, le décor, les costumes, les gestes, le jeu des acteurs prêtent une réalité trop\nimmédiate, trop définie, matériellement, aux personnages de rêve. Et puis, la musique prend,\nà l'audition, le premier plan, tandis qu'elle tient ici, un rôle pour le plus équivalent à celui du\npoème.\nLa partition de Léon Du Bois est tout à fait remarquable. Je rapprocherai l'impression\nqu'elle m'a donnée, de celle que j'eus, il y a deux ans, par Eros Vainqueur. Même distinction,\nmême finesse, même subtilité, même délicatesse d'inspiration, même équilibre, même discrétion.\nLes voix, ici comme là, chantent délicieusement, sur une orchestration souple, nuancée,\nchatoyante. Les sonorités sont fondues, dans une atmosphère calme et grave où s'éclairent des\nondulations mauve et or. Pourtant la musique de Du Bois a plus d'accent, plus de couleur\nréelle que la musique de Pierre de Bréville. Si la forme en est aussi d'une perfection à la longue\nmonotone, (la représentation dure quatre heures) ; si la ligne est toujours sans heurt, elle atteint\npar endroits des sommets d'émotion poignante. L'orchestration est d'une richesse merveilleuse.\nLes sonorités instrumentales s'y fusionnent et s'y jouent, à l'infini variées, telles des reflets, sur\nle développement ample de la symphonie. Les combinaisons ne sont point nouvelles\nles sons, en se mariant n'éveillent pas de neuves harmonies mais leur vie est frémissante et\nbelle, et leur accord changeant cause des joies profondes. M. Léon Du Bois n'a pas cherché à\néviter l'influence de Wagner. Le poème lui ménageait d'ailleurs des situations wagnériennes.\nSon éducation ne lui permit non plus de se dégager entièrement du vocabulaire aimé, comme\nun langage maternel. Du moins s'en s'est-il servi pour exprimer sa Beauté : un sentiment per-\nsonnel se découvre sous l'apparence extérieure. Musicalement aussi, Edénie est de la plus\nhaute qualité d'art. En Belgique, c'est l'une des plus belles œuvres qui aient vu le jour.\nFélicitons le Théâtre lyrique flamand d'Anvers, et particulièrement M. Fontaine, son\ndirecteur, à qui nous devons la révélation des principaux ouvrages du Théâtre musical belge,\ndepuis une dizaine d'années. Félicitons les interprètes: MAles Cuypers, Smets, Mrae Van Dyck,\nMM. De Vos, Villiers, Collignon, et surtout M. Schrey, le chef d'orchestre doublé d'un\nartiste éminent, qui mit au point l'exécution de cette partition difficile et touffue.\nLe librettro de Rhena dont s'est servi le sympathique directeur du Conservatoire de Mons\nM. Jean Van den Eeden, ne vise pas à haute littérature. Mais son auteur : Michel Carré, est\nun homme de théâtre. Il connaît à fond son métier. Aussi l'œuvre tient-elle à la scène. Le\ndéveloppement est sobre, rapide, vrabemb'able et mouvementé. L'intérêt 1 e se ralentit pas, au\ncours des quatre actes, un seul instant. Le spectateur est tenu sous une émotion savamment"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.66", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3941, "texte": "graduée un peu grosse, sans doute, et franchement populaire, mais réelle tout de même.\nLe sujet a vieilli. L'action se passe en Italie. Un meunier, Tasso Tassilo, homme d'âge,\nprend pour épouse une jeune et jolie fille, qui n'a pour lui que respect tandis qu'elle aime\nun gars, vingtanier comme elle : Falco Meleghari. Don Gesnaldo, lui aussi, conçut jadis pour\nRhéna une adoration que le devoir sacerdotal n'a pas étouffée.— Le vieux meunier est assassiné.\nLa foule accuse les deux amants d'avoir commis ce meurtre. Rhena et Falco jurent devant le\nprêtre qu'ils sont innocents. Néanmoins, Rhena est emprisonnée. —Au deuxième acte, Don\nGesnaldo reçoit au presbytère la confession de l'assassin, vulgaire voleur. Il le conjure de sauver\ncelle qu'il aime, en se dénonçant, mais le bandit refuse. Il a voulu seulement se délivrer du\npoids qui lui pesait. Don Gesnaldo est alors en proie à une terrible lutte intérieure :\ntrahira-t-il le secret du confessionnal, ou gardera-t-il un silence qui condamne irrémédiablement\nRhena ? Il va lui rendre visite dans son cachot. Falco prête serment de l'épouser si elle est\ngraciée. Alors, le prêtre, devant le peuple hurlant au matin de l'exécution, et après avoir\nvainement encore adjuré le criminel, se livre lui-même à la justice en s'écriant : \"L'assassin,\n? •\nc est moi .\nCette figure de Don Gesnaldo est, on le voit, d'une réelle grandeur. Je ne sais si l'auteur\ny a voulu la conclusion philosophique qui se dégage de son œuvre, à savoir que l'amour humain\nest plus fort que le devoir, que l'amour de Dieu même, que la mort.... Son héroïsme, en tout\ncas, n'en est que plus vrai. Le personnage est à lui seul puissamment dramatique ; les\nautres ne sont qu'accessoires, extérieurs, banals. M. Van den Eeden a fort bien traduit,\nmusicalement, les situations, les sentiments du drame. Sa musique est pleine de soleil. L'action\nest suivie pas à pas. Les mouvements sont exprimés avec vigueur. Le style général de l'œuvre\néchappe à la banalité. On n'y trouve pas la recherche d'harmonisation nouvelle, l'effort\nd'originalité. Mais elle est toujours d'un goût élevé. Elle a une spontanéité, une fraîcheur qui\nsurprennent chez un artiste septuagénaire. (M. Van den Eeden est né en 1842). L'invention\nmélodique est abondante, généreuse même. Elle prend l'allure populaire, dans un sens large.\nLe musicien semble n'avoir pas subi beaucoup l'influence wagnérienne. Il ignore certainement\ncelle de la jeune école française. Toutefois, malgré sa constante franchise de sonorité, le schéma\nuniforme de l'accentuation, la facilité du développement, la science consommée d'un contrepoint\nsuranné cette œuvre ne donne pas l'impression d'archaïsme. C'est en vertu du tempéram-\nment, de la chaleur du coloris, de la sincérité, sans doute. Et puis, l'orchestration est moderne.\nCertains moments sont d'une réelle beauté, très expressive. Tels : la scène de la confession,\nnœud du drame ; l'entrevue dans la prison, et l'attitude finale, d'une allure émouvante.\nRhena a produit grand effet. Tout en restant d'une incontestable tenue artistique, l'œuvre\nde M. Van den Eeden est faite pour empoigner la grande foule. Elle a été remarquablement\ninterprétée au théâtre de la Monnaie. Nous citerons surtout le baryton M. Bouillez, un\njeune montois, qui possède une voix sonore, ample, sympathique. Il a créé le rôle difficile de\nDon Gesnaldo avec grand art, lui prêtant l'austérité, la noblesse sobre qui lui convenaient.\nNul doute que son nom s'ajoute prochainement à cette pléïade de chanteurs d'opéra-comique\nqui font la gloire de la terre wallonne.\nLa Bacchante marque les débuts au théâtre, du jeune compositeur Léon Delcroix.\nJusqu'à présent, il s'est fait connaître par des compositions symphoniques, de la musique de\nchambre et des mélodies. Léon Delcroix, qui fut élève de Vincent d'lndy, suit le mouvement\nc; debussyste \". C'est un chercheur. Il en est encore à la période des tâtonnements, des audaces"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.67", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2023, "texte": "trop poussées, il lui manque la sûreté, la clarté, l'équilibre, la forme même de son art. Mais il\naffirme un tempérament, une volonté, une inspiration délicate, et française.\nJoseph Jongen est connu par sa musique de chambre, toujours distinguée, d'un charme\ntendre, poétique. La légende dansée qu'il nous offre est aussi sa première œuvre pour le théâtre.\nOn y a vu de réelles promesses. Pourtant, je crois en toute sincérité que l'intimiste et le\nrêveur qu'est Jongen s'accorde mal des exigences matérielles, du métier, des ficelles de\nla scène. Sa palette musicale a les plus fines couleurs. Il excelle à noter de subtiles nuances. Il\naime les paysages de douceur calme, de soir lointain et mauve, dans la clarté vaporeuse. Cela\nne trouve point place au théâtre aussi bien, vaut surtout par la musique pure.\nR. L.\nNous avons annoncé une Enquête sur le Théâtre musical belge. Nous serons\nreconnaissants aux compositeurs, librettistes, directeurs du théâtre et critiques qui voudront bien\nnous faire connaître leur opinion en répondant au questionnaire que nous leur soumettons ici :\nI\nLes musiciens belges ont-ils beaucoup écrit pour le théâtre depuis 20 ans ?\nII\nEstimez-vous qu'il existe un art lyrique vraiment belge ?\nIII\nA quelles causes attribuer le silence où restèrent plongées la plupart des œuvres\nthéâtrales de nos compositeurs ?\nIV\nComment expliquer le peu de succès que trouvèrent jusqu'à ce jour celles qui furent\nreprésentées (sur les scènes nationales du moins) et l'indifférence du public à leur égard ?\nV\nPourquoi les tentatives faites pour mettre en lumière les œuvres lyriques belges telle\nle concours d'Ostendepar exemple, ont-elles toujours échoué ?\nVI\nLes œuvres lyriques nationales ne seraient-elles pas viables ?\nVII\nQuelles mesures seraient capables de porter remède à cet état de choses d'attirer\nl'attention du public sur l'effort de nos musiciens en assurant la représentation et l'édition\nde leurs œuvres ?\nLes réponses qui nous parviendront seront publiées dans S. I. M.\n\nR. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-04-15-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-04-15_01#c043", "volume": "bmtnabh_1912-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 69, "image_fin": 69, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.2.17", "titre_corps": "Madeleine Bonnard", "titre_sommaire": "Madeleine Bonnard", "signature_source": "G. 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Au concours de 1910\nelle remportait un premier prix de chant et un second\nprix d'opéra-comique.\nLa jeune lauréate se destina aussitôt au Concert.\nNe possède-t-elle pas les qualités qui, là, sont nécessaires\net font les artistes de race ?\nSon irréprochable diction (en français ou en langue\nétrangère), sa musicalité compréhensive et sa facilité de\nlecture ne limitent pas ce jeune talent à la musique des\nvieux maîtres. Les compositeurs d'aujourd'hui même\nles plus audacieusement modernes trouvent en elle\nune interprète avertie, que n'effarouchent ni les change-\nments de mesure ni les modulations inattendues.\nEnfin, son activité artistique s'est d'autre part mani-\nfestée par la création du Quartette Vocal de Taris, dont\nles premières rencontres avec le public ont été, à juste\ntitre, fort remarquées."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-04-15-01-c044", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-04-15_01#c044", "volume": "bmtnabh_1912-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 70, "image_fin": 73, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.2.18", "titre_corps": "Etranger", "titre_sommaire": "Etranger", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.70", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1, "texte": "5"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.70", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3727, "texte": "Etranger\n\nLETTRE DE MUNICH\n\nQuelques intéressantes nouveautés et quelques sauvetages courageux, je les veux seuls\nretenir de ce déluge musical annuel qui met au désespoir la critique aussi bien de Dresde,\nVienne et surtout Berlin que de Munich. Mme 9 Erika von Binzer et Mina Rode nous rappellent\nque Ludwig Thuille aurait dû avoir cinquante ans le 2 décembre dernier et que ce fut un\nvrai, vin sincère musicien, professeur admirable, dont la perte est pour certains irréparable, mais\navant tout et ce qui importait à tous, un poète à ses heures. Ces dames choisissent pour leur\ndémonstration la sonate de violon et piano op. 30. Elles patronnent également celle op. 27 de\nAuguste Reuss, travail simplement estimable ; elles lancent le Nocturne de Paul Scheinpflug,\net surtout ont le bon esprit de ne nous point permettre d'oublier que la littérature du violon a\nacquis un beau concerto de plus, bien jailli d'un véritable tempérament, non exempt de\ncertaines vulgarités, c'est vrai, mais rachetées par de la fougue, du cœur et un grand don de vie,\nl'op 10, ut majeur de Karl Bleyle, un nom à retenir. Aimons ces natures pour qui composer\ns'appelle vivre, sentir et s'épanouir pleinement, et non exclusivement se mettre martel en tête\npour en extraire, de cette pauvre tête, ce qui n'y est pas. Savoir son métier c'est bien; mais les\ncordonniers et les épiciers le savent aussi sans que nous nous avisions de les en louer. L\nune tragédie, par lequel M. Bœhe croit peut-être avoir damé le pion au significatif et prodigieux\nPrologue de Max Reger, est une copieuse corde de patient cordier je m'exprime poliment,\ncar j'ai sans cesse pensé à des tripes que je donnerais toute entière sans l'ombre d'hésitation\npour une seule, pour la pire des \" rusticités \" de ce montagnard du Vorarlberg qu'est M. Bleyle.\nMais le plus grand événement de notre hiver, après la première du Chant de la Terre,\na été le 18 décembre, où M. Ferdinand Lœwe nous a apporté la glorieuse\nmi mineur, op 27, de Serge Rachmaninow. Ce soir là nous fûmes une demi-douzaine à\nrayonner. Quelque chose et quelqu'un à aimer s'offrent de nouveau à l'horizon ; les salles de\nconcert sont désormais moins vides. Une œuvre de carrure énorme et de proportions impo-\nsantes, calme, maîtresse d'elle même ; bellement, harmonieusement russe, sans affectation de\nrecherche en son originalité foncière et native ; d'une unité profonde et aussi serrée que du\nBrahms ; une de ces œuvres où l'on peut boire à longs traits, pleinement se désaltérer et revenir\nsans cesse trouver l'apaisement de nouvelles soifs. Quelque chose d'aussi bien fait et largement,\nque de gorgé de substance ; une de ces œuvres enfin qui demain seront un des temples de\nl'humanité et où déjà les premiers auditeurs entrent chapeau bas. Et que ceux qui s'intéressent\naux problèmes de savoir comment on peut être russe sans se travestir en asiatique, aillent à\nY allegro molto ; comment humainement universel en étant national, recourent surtout à\nl'adagio ; et comment moderne et largement soi-même sans excentricité, consultent n'importe\noù cette copieuse partition qui partout est sève et vie, chair et esprit à la fois. Point de\npeinturlure, d'amusette orchestrale, d'expédients impressionnistes. Un vaste poème fort et\nsalubre qui se déroule avec l'ampleur infinie et le charme, tout entier dans les horizons, d'un\nvaste fleuve russe. Certaines âmes ne se lassent jamais de cette monotonie qui en est moins\nune que la succession de burgs et d'accidents prévus du Rhin, ou que celle des parcs et des\nvilles de la Loire. Les épisodes étranges y trouvent leur naturelle patrie. Dans d'autres œuvres\nrusses je sens l'article d'exportation, Y industrie Ici je sens un grand poète qui a une"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.71", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3790, "texte": "grande âme, et si elle est nationale, c'est comme par dessus le marché. Et c'est cela que j'adore :\nêtre et non paraître ; être un musicien et non se faire un musicien. Et je suis las tout à fait de\nl'acception moderne du mot artiste. Je ne connais que vie et santé ; et les maladies ne m'api-\ntoient que s'attaquant à des organes. Feintes et devenant une mode, elles sont un jeu de société\ncomme un autre. Serge Rachmaninow lui ne joue ni à la santé, ni à la maladie, ni à la joie, ni\nà la douleur, ni à l'asiatisme, ni au russisme, encore moins au franckisme ou au debussysme.\nSimplement il arrive du fond de l'horizon. Et de suite il projette sur nos têtes l'ombre d'une\nsilhouette de majesté. Il est tout jeune, et cette Symphonie en mineur a déjà le caractère de\nces œuvres où s'énonce un dieu, s'annonce un empire.\n\nWilliam Ritter.\n\nLETTRE DE LONDRES\n\nTHE YIDDISH OPERA. Un nouveau théâtre d'opéra, et des plus curieux, vient\nd'être inauguré, loin de West End, cette fois, deux milles plus loin vers l'Est dans un étrange\nquartier qui semble une ville populeuse d'une Judée disparue, sur les confins de Whitechapel\net de Poplar, dans le quartier Juif, le Yiddish le \"\n... Nous marchons dans une large voie aérée assez propre, encore que les petites rues, de\nchaque côté semblent fort peu engageantes. Voici des marchands de bananes, de coquillages\nau vinaigre, de pommes de terre rôties ; voici des orgues de Barbarie qui jouent des airs de\nmusic-hall en vogue, un policeman qui semble dépaysé. Et, autour de nous, dans cette foule\nbruyante de Samedi soir, personne ne parle un mot d'anglais. 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Et j'apprends tant de choses que\nj'ignorais. Aussi bien mon voisin devient bavard grâce à des cigarettes et quelques boissons à\nl'entracte. C'est un imprimeur du Daily Chronicle, un imprimeur presque un journaliste !\nIl a été à New-York, où paraît-il, cinq théâtres juifs prospèrent et triomphent. Mais le nombre\ndes Juifs New-Yorkais est six fois supérieur à ceux du East End et de Bayswater réunis. Et\ncent cinquante mille seulement vivent dans Whitechapel sans jamais en sortir !\n\nX. Marcel Boulestin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-04-15-01-c045", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-04-15_01#c045", "volume": "bmtnabh_1912-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 70, "image_fin": 71, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.2.18.1", "titre_corps": "LETTRE DE MUNICH", "titre_sommaire": "LETTRE DE MUNICH", "signature_source": "William Ritter", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.70", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1, "texte": "5"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.70", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 3727, "texte": "LETTRE DE MUNICH\n\nQuelques intéressantes nouveautés et quelques sauvetages courageux, je les veux seuls\nretenir de ce déluge musical annuel qui met au désespoir la critique aussi bien de Dresde,\nVienne et surtout Berlin que de Munich. 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Mes travaux sont de la pure phonométrique. Que l'on\nprenne le \" Fils des Etoiles \" ou les \" Morceaux en forme de poire \",\n\" En habit de Cheval \" ou les \" Sarabandes \", on perçoit qu'aucune idée\nmusicale n'a présidé à la création de ces oeuvres. C'est la pensée scientifique\nqui domine.\nDu reste, j'ai plus de plaisir à mesurer un son que je n'en ai à l'en-\ntendre. Le phonomètre à la main, je travaille joyeusement et sûrement.\nQue n'ai-je pesé ou mesuré ? Tout de Beethoven, tout de Verdi, etc.\nC'est très curieux.\nLa première fois que je me servis d'un phonoscope, j'examinai un si\nbémol de moyenne grosseur. Je n'ai, je vous assure, jamais vu chose plus\nrépugnante. J'appelai mon domestique pour le lui faire voir.\nAu phono-peseur un fa dièse ordinaire, très commun, atteignit\n93 kilogrammes. Il émanait d'un fort gros ténor dont je pris le poids.\nConnaissez-vous le nettoyage des sons ? C'est assez sale. Le filage est\nplus propre ; savoir les classer est très minutieux et demande une bonne\nvue. Ici nous sommes dans la phonotechnique.\nQuant aux explosions sonores, souvent si désagréables, le coton, fixé\ndans oreilles, les atténue, pour soi, convenablement. Ici, nous sommes\ndans la pyrophonie.\nPour écrire mes \" Pièces Froides \", je me suis servi d'un caléidophone-\nenregistreur. Cela prit sept minutes. J'appelai mon domestique pour les\nlui faire entendre.\nJe crois pouvoir dire que la phonologie est supérieure à la musique. C'est\nplus varié. Le rendement pécuninaire est plus grand. Je lui dois ma fortune.\nEn tout cas, au motodynamophone, un phonométreur médiocrement\nexercé peut, facilement, noter plus de sons que ne le fera le plus habile\nmusicien, dans le même temps, avec le même effort. C'est grâce à cela\nque j'ai tant écrit.\nL'avenir est donc à la philophonie.\n1 Voir : O. Séré, Musiciens fr p. 138."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-04-15-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-04-15_01#c050", "volume": "bmtnabh_1912-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 75, "image_fin": 75, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.2.20", "titre_corps": "Cours et Conférences", "titre_sommaire": "Cours et Conférences", "signature_source": "Gabriel Rouchès", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.75", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3618, "texte": "Cours et Conférences\nGabriel Rouchès.\nLe ler Février, M. Pirro entretint son auditoire de Buxtehude qui, les années précédentes?\navait fait l'objet de conférences fort intéressantes à l'Ecole des Hautes Etudes Sociales. Cette\nfois-ci, il s'occupa uniquement du vieux maître allemand au point de vue de l'influence qu'il\nexerça sur Bach. La jeune organiste prit un congé en 1705 et quitta Arnstadt pour aller\nassister à ces fameux concerts de l'église Sainte Marie de Lubeck qui avaient lieu tous les ans,\nà l'automne. M. P. analysa les caractères de la musique de Buxtehude, simple et forte, avec\nune riche orchestration. Il signala aussi quel novateur hardi fut Buxtehude pour tout ce qui\nconcerne l'orgue.\nDans ses cours suivants, M. P. retraça l'existence de Bach à son retour. Il se marie et\nabandonne Arnstadt pour Mulhausen. L'esprit plein de Buxtehude, il compose la cantate\n\" Gott ist mein Konig C'est l'occasion d'un conflit avec la bourgeoisie de la ville, en grande\npartie piétiste. Dans la cantate suivante \" Aus der Tiefe \", M. P. constate que l'influence\nitalienne apparaît pour la première fois chez Bach. Dans 1' \" Actus tragicus \" il revient parfois\nau style de ses premières œuvres, notamment du \" Caprice sur le départ de son frere bien-aimè\nM. Pioch fit à l'Athénée Saint Germain une conférence sur les musiciens modernes. Il fit\nun panégyrique de M. Alfred Bruneau, d'ailleurs présent, dont il admire le talent comme\ncompositeur et l'impartialité comme critique. M. P. poursuivit en faisant une satire non sans\njustesse des moeurs du monde musical actuel. Après un hommage aux grands ancêtres Bach et\nBeethoven, M. P. essaya de discerner les courants contemporains et de caractériser leurs re-\nprésentants.\nM. Adolphe Boschot (17 Février), devant le public de l'Université des Annales, plaida la\ncause de la guitare, jadis tant appréciée, aujourd'hui dédaignée. Il retraça son histoire en France\net en Espagne et montra que jadis elle avait pour le grand public, l'utilité de notre piano. La\nguitare se prête, plus qu'on ne le croit, à l'exécution de bien des œuvres. L'excellent guitariste\nespagnol, M. Aravina, sut nous le prouver.\nA la Sorbonne (28 Février), M. Henri Collet parla en espagnol sur la musique moderne\nde nos voisins. Le génie de l'Espagne est musical par essence. On assiste maintenant à une\nprodigieuse Renaissance grâce à une pléiade de musiciens, Albeniz en tête, inspirés par un\nfolklore prodigieusement riche.\nJe m'en voudrais de ne pas dire l'intérêt très vif que prirent les invités de notre confrère\nM. Jean d'Udine (16 Février) aux exercices exécutés par les élèves de son école de gymnastique\nrythmique. On a très net le sentiment de la rénovation qu'apporte dans l'enseignement musical\nactuel la méthode Jacques-Dalcroze. Grâce à elle les jeunes générations posséderont cette\nnotion du rythme dont leurs ainés furent assez souvent dépourvus.\nLe 29 février, M. Pirro nous montra Bach quittant Mulhausen où il ne peut établir une\nmusique religieuse et allant se fixer à Weimar où le duc l'appelle. Il y connaît l'organiste\nerudit Walther. Bach profite de sa connaissance des musiciens français et italiens. La cantate :\nNach dir, Herr, verlanget mir montre l'influence italienne.\nLes deux cours suivants furent consacrés aux premières cantates littéraires écrites par\nBach sur des textes de Neumeister.\nDans sa leçon du 28 mars, M. P. analysa la Cantate pour tous les temps. C'est une ode à\nla douleur suivie d'une ode à la joie. Bach est désormais en possession de tous ses moyens. Il\ndéveloppe avec liberté sans le secours du contrepoint. Il n'a plus rien à apprendre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-04-15-01-c051", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-04-15_01#c051", "volume": "bmtnabh_1912-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 76, "image_fin": 77, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.2.21", "titre_corps": "L'Édition Musicale", "titre_sommaire": "L'Édition Musicale", "signature_source": "V. P", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.76", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3034, "texte": "L'Édition Musicale\n\n## en plusieurs tons * voix moyennes\n1 Édition mutuelle * Eschig 3 Demets 4 Elkin 5 Seemann\n6 Durand 7 Ftirstner 8 Rouart 9 Sénart et Roudanez\n10 Breitkopf 11 Lemoine 12 Sandoz et Jobin 13 Durdilly 14 Schott\n\nPIANO. Nos tout petits seront privilégiés, ce mois-ci. Que voulez-vous : il devient si\ndifficile d'écrire de la musique pour les grandes personnes, à présent : quand on ne veut pas se\nrésigner à être déplorablement ennuyeux, ou outrageusement compliqué, le mieux est encore de\ndédier son ouvrage àla jeunesse. Aussi M. Paul Le Flem écrit-il 7 pièces enfantinesx, jolies\npages chantantes, aisées, mais prêtant à une certaine recherche des nuances et des sonorités.\nM. GK Grovlez, avec son Almanach aux Images2 nous entraîne vers un genre un peu plus\ncorsé, presque caricatural. Mais où sont les images, M, Grovlez ? Votre éditeur impitoyable\na-t-il eu la cruauté de vous les refuser ? Ces petites pièces, dûment illustrées, eussent pourtant\nformé un délicieux recueil de luxe et de fantaisie. M. Henessy, dans ses Incunabula 3, nous\ndonne une Berceuse et un Croquemitaine qui n'ont rien que de très banal ; mais dans ses Etudes\nd'après nature, En passant, il nous offre, pour ne pas renoncer à ces titres prestigieux dont il a\nle secret, une Sieste en Chemin de fer* L'Angleterre nous expédie une Pierrette de M. Gyril\nScott 4, avec une autre petite pièce, Over the Prairie, qui a évidemment des ambitions plus\nhautes, mais qui fait bien pauvre figure auprès des joyeuses fantaisies de l'école française. Ceci\ndu reste ne s'adresse déjà plus aux petites mains.\nVoici à présent un ouvrage de vulgarisation moyenne, mais pour les adultes: Musik-\ngeschichte in Beispielen, la musique en exemples, de M. Hugo Riemann 5. Ce volume est le\n2d d'une collection qui en comprendra trois. Certes, on ne saurait se plaindre en voyant se\nmultiplier les anthologies musicales, surtout quand on pense aux innombrables volumes de\n\" morceaux choisis vers ou prose, qui ont été publiés en toutes littératures. La musique,\nlangue universelle, ne pouvait échapper à ce besoin. Mais remarquons que ce genre d'ouvrages\nest un de ceux qui prêtent le plus à la critique : il y aura toujours des gens pour trouver que\nles choix du Professeur Riemann ne se justifient guère. Pour mon compte, et ne voulant citer\nqu'un point en passant, je regretterai qu'il n'ait pas fait de larges emprunts au Fitz William\nVirginal Book pour représenter ici l'admirable école des Clavecinistes anglais du XVIe.\n4 MAINS. Parmi les grosses réductions d'orchestre, la 2me Symphonie de \"Wït-\nkowski 6 ; une Suite en B dur, péché de jeunesse de Richard Strauss, primi-\ntivement écrite pour 13 instruments à vent7; la Tragédie de Salomé 6de Florent Schmitt,\ndont on devine peu le prestigieux et insaisissable coloris orchestral ; et enfin, les inoubliables\nMorceaux en forme de poire avec une maniéré de Commencement, une Prolongation du même et un\nEn plus suivi d\\ne Redite, de notre ami Erik Satie ; 8 le titre en est évidemment la moindre\noriginalité."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.77", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2313, "texte": "INSTRUMENTS. —Un Quatuor à Cordes en si b mineur par P. Bretagne 1; une\nsérie de Sonates en Trios, remises à jour pour l'édition populaire française, par les soins de\nMM. Peyrot et Rebufat9 : Sonates de Buxtehude, Corelli, Haendel, Vivaldi,\net deux des Concerts de Rameau; le quatrième contient l'admirable Pantomime en si b.\nAvec les deux Quatuors de Corrette : ce que c est que d'aller au bois, et la Servante au\nBon Tabac, nous arrivons en pleine musique de Carnaval. L'apparition d'une nouvelle Sonate\npour violoncelle est toujours un événement, surtout quand cette Sonate est signée de M.\nLouis Vierne 6 : œuvre de haute tenue, fièrement exposée et se soutenant sans effort durant\n40 pages très touffues ; on souhaiterait seulement un peu plus de fantaisie. La Sonate Piano\net Violon ide M. R. de Castéra 1 est plus imprévue, plus nerveuse, également solide de\nconstruction. Même conscience, même rigueur chez M. Adolf Mann, (Sonate Piano\net Violon10) mais ici l'habileté des développements ne dissimule pas une certaine indigence\nd'idées.\nCHANT.- La collection Gevaert, que continue M. Wotqueniie,11 s'augmente\nd'un air pour Soprano, début de la Cantate Profane de Bach. : \" Weichet nur \", morceau\npérilleux, tendu, extrêmement difficile de justesse. Outre cette page classique, toute la\nmusique de chant reçue ce mois-ci est fort terne. Que dire devant des mélodies aussi pâles et\naussi inconsistantes que celles de M. Cyril Scott: 4 An old song ended, et For a dreams\nsake*% sinon que les éditeurs d'Outre-Manche ont vraiment de singulières complaisances.\nLa Chanson du Comte de Gruyère,* de Jaque Dalcroze,12 ballade en 6 couplets, de style\npopulaire, évidemment écrite à l'intention des écoles et des patronages, est d'un tour bien peu\nartistique. Le Nocturne* et l'Angélus* de Paul Laconibe,13 raviveront en nous l'amour\nde la petite fleur bleue. Du même, la Chanson d'Eve^*10 nous offre une œuvre plus fouillée,\nsouvent assez prenante. Pour finir, citons Six mélodies *de Gaston Knosp,14 d'un très joli\nsentiment intime, et un beau Motet pour Chœur et Soprano Solo : Regina Cœli Lœtare de\nRoger Ducasse 6 ; car il me faut remettre au mois prochain le plaisir de vous parler du\nTaillefer de Richard Strauss,7 ballade pour chœurs, solis et orchestre, œuvre de véritable\nconséquence.\n\nV. P."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-04-15-01-c053", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-04-15_01#c053", "volume": "bmtnabh_1912-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 77, "image_fin": 77, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.2.22", "titre_corps": "Notre revue a été bien douloureusement frappée, ce mois dernier, en la", "titre_sommaire": "Notre revue a été bien douloureusement frappée, ce mois dernier, en la", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.77", "debut_caractere": 2315, "fin_caractere_exclue": 2718, "texte": "Notre revue a été bien douloureusement frappée, ce mois dernier, en la per-\nsonne de nos deux collaborateurs et amis MM. Reynaldo Hann et Lionel de\nla Laurencie, qui, l'un et l'autre, ont perdu leur mère à quelques jours de distance.\nNous prenons très vive part au deuil imprévu qui atteint nos deux amis et nous\nles prions de bien vouloir recevoir ici même les condoléances affectueuses de notre S.I.M."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-04-15-01-c054", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-04-15_01#c054", "volume": "bmtnabh_1912-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.2.23", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1301, "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇA\nAMIS T>E LA MUSIQUE\n4>. ■\nCOMITE D'HONNEUR\nM. le Président de la République.\nM. le Ministre de V Instruction\nM. le Sous-Secrétaire dyÈtat aux Beaux-Arts.\nM. Gabriel FÂURE, Dir\nM. Henry MARCEL, ancien Directeur des Beaux-Artsy Administrateur général\nde la Bibliothèque Nationale.\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\n.%* * /\nBUREAU\n;, V -\nPRESIDENT\nM. LE COMTE GASTON CHANDON DE\nBRIAILLES.\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. LE PRINCE A. D'ARENBERG,\nM. Louis BARTHOU, députéy\ndes sceaux.\nM. GUSTAVE BERLY, banquier.\nM. J. ECORCHEVILLE, docteur ès-lettres.\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nSECRETAIRE DU CONSEIL\nw'--H*VV '' '• I 4 , >■. M\nM. J. PASQUIER.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M. GEORGES CASELLA.\nMEMBRES DU CONSEIL\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, directeur général hono\nraire au ministère des finances.\nM. LÉON BOURGEOIS,\nministre.\nM. GUSTAVE BRET.\nM. GUSTAVE CAHEN.\nMME MICHEL EPHRUSSI.\nMME LA COMTESSE GÉRARD DE GANAY\nM. FERNAND HALPHEN.\nMM; LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMM LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nMŒE ®DANIEL HERMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nMM* GEORGES KINEN.\nMME LA COMTESSE PAUL DE POURTALÈS.\nM. F. PRÈGRE.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND.\nM. ALEXIS ROSTAND,\nd'Administration du\nd\"Escompte de Paris.\nM. LOUIS SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nM. 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I.\nMERCURE MUSICAL [ET REVUE MUSICALE\nRevue fondée par la\nSociété Internationale de Musique\n(SECTION DE PARIS)\nHonorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction Publique et des Beaux-Arts\nRomain Rolland.\nHenri Auriol . .\nRichard H. Stein\nJ. B. ..... .\n• mm\nDANS CE NUMERO:\nMétastase et Gluck..... 1\nDécentralisation musicale .11\nImpressions parisiennes 21\nUn quintette d'Ernest Fanelli 37\nLes Livres La Société Internationale de\nMusique 48\n• • •\nLE MOIS\nE. Vuillermoz .\nJ. Laporte\nMaurice Ravel\nIntérim. . .\nG. K\nRené Lyr\nNos Correspondants\nErik Satie ....\nG. Rouchès ....\nV.P. ... . . . .\nLe Cobzar et les Deux Pigeons à VOpéra. .\nMyrdhin au théâtre d .\nLes Tableaux Symphoniques\nLes Fioretti de Gabriel Pierné\nConcerts divers .\nBelgique\nEtranger\nMémoires d'un amnésique\nCours et Conférences. .\nL'édition musicale . .\nSI\n54\n55\n56\n58\n61\n65\n69\n70\n71\nDirecteur: J. ECORCHEVILLE\nSecrétaire de la Rédaction :\nCH. LEGRAND\n22, rue St. Augustin, PARIS.\nRédacteur pour la Belgique:\nRENE LYR\nBoitsfort-Bruxelles."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-04-15-01-c056", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-04-15_01#c056", "volume": "bmtnabh_1912-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 79, "image_fin": 79, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.2.25", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.79", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 679, "texte": "CONCERTS DE LA \"LIBERA ESTETICA\"\nDE FLORENCE\n3, VIA MICHELE DI LAN DO, 3\nS*.. !'.:a : > '\nDirecteur Artistique : PAOLO LITTA\nPATRONAGE s\nSA MAJESTÉ LA REINE MÈRE, LA REINE MARGUERITE D'ITALIE\n\"Die Alt=ltalienische Arie\"\nIDA ISORI\nU\nm\n■ '\nst des Bel=Canto\nVON\nDr. RICHARD BATKA\n(Dozent an d«r K. K. Akadaml# fur Musik u. Darttellande Kunst In Wien)\nchez HELLER 3 Bauernmarkt, 3 WIEN-LEIPZIG\nIDA ISORI ALBUM\n♦\nVolumes d'Airs anciens italiens, revus, corrigés et rédigés par\nDA ISORI\navec la reconstitution complète dans le style Monteverdien (basses et harmo-\nnisation du Récitatif et Camento de Claudio Monteverdi\n(1567-1643) par IDA ISORY\nS.<i*:\nU niversal Edition-Vienne Leipzig"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.1", "texte": "VIII\" Année.\nN* 4.\n15 Avril 1912.\nREVUE MUSICALE\nSflflMIHflHBI ÉHBHHHHBÉ ' ÊÊÊÊSÈUÊBS9ÊHÊÊIËÊË\nI pP lp\nHonorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction Publique et des Beaux-Arts\nLe numéro :\nance û Belgique 1 fr. 50\nUnion Postale 2 fr.\nPARIS, 22, rue St.-Augustin\nTéléphone 204.20\nUN AN\nFrance et Belgique 15 fr.\nUnion postale 20 fr.\nCopyright by S. I. M. 1912\n\nÉTASTASE ET GLUCK, par Romain Rolland. 0 DÉCENTRALISATION MUSICALE, par\n. Auriol, député. OIMPRESSIONS PARISIENNES, par R. H, Stem, UN QUINTETTE\n'ERNEST FANELLI, par J.E. OLES LIVRES. OSOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE.\nPORTRAIT DE M. LÉON BÉRARD, par B. Fabiano.\nHÊATRES, par E. Vuillermoz et J. Laporte. 0 CONCERTS, pari Maurice Ravel. 0 BELGIQUE. 0\nTRANGER. 0 MÉMOIRES D'UN AMNÉSIQUE, par Erik Satie. 0 COURS ET CONFÉRENCES.\nL'ÉDITION MUSICALE."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.2", "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇA\nAMIS T>E LA MUSIQUE\n4>. ■\nCOMITE D'HONNEUR\nM. le Président de la République.\nM. le Ministre de V Instruction\nM. le Sous-Secrétaire dyÈtat aux Beaux-Arts.\nM. Gabriel FÂURE, Dir\nM. Henry MARCEL, ancien Directeur des Beaux-Artsy Administrateur général\nde la Bibliothèque Nationale.\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\n.%* * /\nBUREAU\n;, V -\nPRESIDENT\nM. LE COMTE GASTON CHANDON DE\nBRIAILLES.\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. LE PRINCE A. D'ARENBERG,\nM. Louis BARTHOU, députéy\ndes sceaux.\nM. GUSTAVE BERLY, banquier.\nM. J. ECORCHEVILLE, docteur ès-lettres.\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nSECRETAIRE DU CONSEIL\nw'--H*VV '' '• I 4 , >■. M\nM. J. PASQUIER.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M. GEORGES CASELLA.\nMEMBRES DU CONSEIL\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, directeur général hono\nraire au ministère des finances.\nM. LÉON BOURGEOIS,\nministre.\nM. GUSTAVE BRET.\nM. GUSTAVE CAHEN.\nMME MICHEL EPHRUSSI.\nMME LA COMTESSE GÉRARD DE GANAY\nM. FERNAND HALPHEN.\nMM; LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMM LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nMŒE ®DANIEL HERMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nMM* GEORGES KINEN.\nMME LA COMTESSE PAUL DE POURTALÈS.\nM. F. PRÈGRE.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND.\nM. ALEXIS ROSTAND,\nd'Administration du\nd\"Escompte de Paris.\nM. LOUIS SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nM. JACQUES STERN.\nMME TERNAUX-COMPANS."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.3", "texte": "Une grande découverte\nIl y a deux ans, S. I. M. annonçait à ses lecteurs la trouvaille faite\ndans les archives de Florence par nos collègues L. de La Laurencie et\nH. Prunières. Il s'agissait de l'acte de naissance du grand J. B. Lully.\nAujourd'hui nous avons la bonne fortune de confier au monde\nsavant une découverte plus importante encore. Il y a tout lieu de croire que:\n\nLully était de famille française\nDès le XIIe siècle les Lully ont joué, dans une de nos provinces, le\nrôle important de cadets d'une illustre famille. On peut les suivre à travers\ntout le moyen-âge, et jusqu'à l'époque, où l'un d'eux, attaché à la maison\nde Lorraine, accompagna dans son exil florentin le duc de Guise, éloigné\npar Richelieu.\nCes documents paraîtront dans notre prochain numéro. Ils auront\ncertainement un grand retentissement dans la musicologie. S'il était\nprouvé que le fondateur de notre opéra fut français, né accidentellement\nen Italie, notre génie national aurait remporté une de ses plus belles\nvictoires, et la musique toute entière pourrait se réjouir de cette conquête\nde l'érudition."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.4", "texte": "MÉTASTASE\n\nPRÉCURSEUR DE GLUCK\nLa question du drame lyrique n'a laissé indifférent aucun des grands\nmusiciens et poètes-musiciens du XVIIIe siècle. Tous ont travaillé àle\nperfectionner, ou à le fonder sur des bases nouvelles. Ce serait une\ninjustice de faire hommage au seul Gluck de la réforme de l'opéra.\nHaendel, Hasse, Vinci, Rameau, Telemann, Graun, Jommelli, et bien\nd'autres en furent préoccupés. Métastase lui-même, qu'on représente\nsouvent comme le principal obstacle à l'établissement du drame lyrique\nmoderne, parce qu'il fut en opposition avec Gluck, n'eut pas beaucoup\nmoins'que Gluck, (bien que d'une tout autre façon), le souci de faire\nentrer dans l'opéra le plus de vérité psychologique et dramatique, com-\npatible avec la beauté de l'expression.\nOn sait comment se forma le talent de ce poète, le plus musical qui\nfût jamais, \" cet homme, ose dire Burney, dont les écrits ont peut-\nêtre plus contribué à la perfection de la mélodie vocale et de la musique\nen général que les efforts réunis de tous les grands compositeurs de\nl'Europe. \"\nDès ses débuts d'enfant prodige, l'étude de la musique lui avait\ndonné l'idée de la réforme poétique qui devait l'illustrer. Les hasards de\nsa vie sentimentale, savamment dirigée, n'avaient pas peu servi à son\nperfectionnement poético-musical. Il avait d'abord aimé et failli épouser\nla fille du compositeur Francesco Gasparini, l'homme qui possédait le\nmieux la science du bel canto,et qui forma les chanteurs les plus renommés,\n\nI"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.5", "texte": "2\nS. I. M.\n\nle maître de la Faustina et de Benedetto Marcello. 1 Puis, il se lia, pendant\nde longues années, avec une chanteuse célèbre, la Romanina (Marianna\nBenti, femme d'un certain Bulgarelli) ; et il subit profondément l'influence\nartistique de cette femme intelligente et passionnée. Par elle, il fut mis en\nrelations avec l'élite des musiciens napolitains : Hasse, Léo, Vinci, Porpora,\ndont il suivit, dit-on, l'enseignement. Mais surtout les intuitions drama-\ntiques de la Romanina, son expérience de la scène, lui furent précieuses.\nPour elle, il écrivit son premier mélodrame, la (1724),\nqui marque une date dans l'histoire de l'opéra d'ltalie, par son émotion\net son charme raciniens. La Romanina fut l'interprète triomphante de ses\npremiers poèmes, entre autres de Siroe,que presque tous les grands compo-\nsiteurs d'Europe devaient traduire en musique. Et l'écho de sa voix\nrésonne encore dans ces vers \" si fluides et si harmonieux qu'il semble,\ndisait Andrès, qu'on ne puisse les lire qu'en chantant.\nCe caractère de chant noté en paroles avait frappé les contem-\nporains. Marmontel remarquait que \" Métastase avait disposé les phrases,\nles repos, les nombres, et toutes les parties de ses airs, comme s'il les eût\nchantés lui-même.\nIl les chantait, en effet. Quand il composait ses drames, il était au\ncembalo; et souvent il écrivit la musique de ses poésies. On se souvient\nde Lully, se chantant au clavecin les poésies de Quinault, et les remaniant\nsans scrupules. Ici, les rôles sont intervertis. C'est Quinault qui compose\nla poésie, au clavecin, et déjà trace l'esquisse, les linéaments de l'air qui\ndoit la revêtir. Dans une lettre du 15 avril 1750, Métastase, envoyant\nà la princesse de Belmonte la musique de Caffarello sur sa poésie :\nPartenza di Nice, ajoute : \" Caffarello a connu les défauts de ma musique\n(délia mia musica)\", [ce qui laisse donc entendre qu'il en avait écrit\nune] ; \" il a eu compassion des paroles et les a revêtues d'une meilleure\nétoffe. \"2 Dans une autre lettre, de la même année (21 février 1750)\nà la même princesse, il disait : \" Votre Excellence sait que je ne puis rien\nécrire qui ait à être chanté, sans que j'en imagine (bien ou mal) la\nmusique. La poésie que je vous envoie a été écrite sur la musique qui\nl'accompagne. C'est une musique à la vérité très simple ; mais si on veut\nla chanter avec la tendre expression que j'y suppose, on y trouvera tout\n\n1 M. E. Celani a raconté l'histoire de ce premier amour et de l'intimité du jeune Métastase avec Gasparini,\ndans un article, intitulé : Il primo a?nore di P. Metastasio (Rivista Musicale îtaliana, 1904 J.\n2 Lettres inédites, publiées dans la Nuoua Antologia, vol. 77, et citées par Joie Maria Baroni, dans son étude\nsur La lirica musicale di Metastasio (Rivista Musicale Italiana, 1905)."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.6", "texte": "MÉTASTASE\n3\n\nce qu'il faut pour seconder les paroles. Et tout ce qu'on y ajoutera de plus\nrecherché pourra bien procurer au musicien un plus grand applaudisse-\nment, mais fera certainement moins de plaisir aux cœurs aimants. \" 1\njamais Métastase ne donnait ses compositions à un ami, sans y joindre\nla musique. On n'a donc pas le droit de juger ses vers en eux-mêmes,\ndépouillés de la mélodie qu'il entendait, et dont il avait, comme dit Mar-\nmontel, \" le pressentiment. \" 2 La musique lui semblait d'autant plus\nindispensable à la poésie qu'il vivait dans un pays allemand, où sa langue\nitalienne n'avait tout son charme que lorsque le pouvoir de la musique la\nfaisait pénétrer dans l'âme étrangère. Il écrivait en 1760 au comte Florio :\n\" Depuis les premières années que je me suis transplanté dans cette terre,\nje me suis convaincu que notre poésie n'y prend racine qu'autant que la\nmusique et la représentation s'y joignent. \"\nAinsi, sa poésie était faite pour la musique et pour la représen-\ntation théâtrale. On imagine combien elle dut séduire tous les musiciens\nitaliens et italianisants du siècle. Suivant le mot de Marmontel, \" tous\nles musiciens se sont donnés à lui. \" 3 D'abord, ils furent captivés par\nl'harmonie de ses vers. Puis, ils trouvèrent en lui un guide très doux,\ntrès poli,4 mais très ferme, qui les dirigeait. Hasse se mit sous sa tutelle.\nJommelli disait qu'il avait plus appris de Métastase que de Durante, Léo,\nFeo, et du père Martini, c'est-à-dire de tous ses maîtres. Non seulement\nses vers, auxquels il ne permettait pas qu'on fît de changements, se\nprêtaient merveilleusement à la mélodie, l'appelaient, pour ainsi dire ; mais\ntrès souvent, il suggérait au musicien le motif de l'air. 5\nOn trouvera, dans une étude de Joie Maria Baroni sur la lîrica\nmusicale di Metastasio,6 une brève analyse des divers genres poético-musi-\ncaux qu'il traita : Canzonette, Ce qui nous importe principale-\n\n1 Ibid.\n2\" Un talent sans lequel il est impossible à un poète de bien écrire une aria, c'est le pressentiment du\nchant, c'est-à-dire du caractère que l'air doit avoir, de l'étendue qu'il demande et du mouvement qui lui est\npropre. \" (Marmontel).\n3 M. Francesco Piovano, qui prépare une bibliographie Métastasienne, évalue à 1200 le nombre de parti-\ntions composées sur des textes de Métastase. (I. M. G. oct.-déc. 1906).\n4 Burney a tracé un portrait charmant de Métastase, qu'il vit à Vienne. Il avait, dit-il, une conversation pure,\nvive, aisée. Il était gai, aimable, plein de charme, extrêmement poli. Il ne disputait jamais, par politesse et par\nindolence. Jamais il ne répliquait à une proposition erronée. Il n'aimait pas la discussion. \" Il avait ce calme,\ncette douce harmonie qu'on retrouve dans ses écrits, où la raison fait tout, et jamais le délire, même dans les\npassions.\n0 Burney raconte une conversation entre un visiteur anglais et Métastase. L'Anglais demande si Métastase\nn'a jamais mis lui-même un de ses opéras en musique. Métastase répond que non, mais qu'il lui est arrivé de\ndonner au musicien les motifs de ses airs.\n6 Rivista Musicale Italiana, 1905."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.7", "texte": "4\nS. I. M.\n\nment, c'est de déterminer les réformes musicales que Métastase fut\namené à faire.\nIl eut le mérite de restaurer les chœurs dans l'opéra italien. En cela,\nil était secondé par certaines traditions musicales, qui s'étaient conservées\nà Vienne. Tandis que les chœurs étaient tombés en désuétude dans les\nopéras d'ltalie, Joh. Jos. Fux et Carlo Agostino Badia en avaient obstiné-\nment conservé l'emploi. Métastase tira parti de cette survivance ; et il\ntraita les chœurs avec un art, inconnu jusqu'à lui. Il eut soin de ne les\nintroduire qu'aux moments de l'action où ils étaient naturels et nécessaires.\nEt l'on sent qu'en les écrivant, il prit souvent modèle sur la simplicité et\nla solennité antique. 1 C'est dans ce même esprit que les compositeurs,\namis de Métastase et soumis à son influence, comme Hasse, les ont traités\nen musique. Qui prendra connaissance du chœur magnifique des prêtres,\ndans rOlimpiade de Hasse (1756), sera frappé d'y voir le plein épanouis-\nsement du style néo-antique, simple, tragique et religieux, dont on est\ntrop enclin à attribuer le monopole, ou l'invention, à Gluck.\nMais c'est dans la scène récitative que Métastase et ses musiciens\naccomplirent les réformes les plus importantes.\nL'opéra italien d'alors était un assemblage mal équilibré de\nsecco et d'airs. Le recitativo secco était, comme l'on sait, une psalmodie\nmonotone et très rapide, s'écartant peu du parler ordinaire, et déroulant\nson interminable écheveau sur l'accompagnement du clavecin solo, soutenu\nde quelques basses. Le musicien ne s'en souciait guère, et réservait ses\nsoins pour Y Aria, où sa virtuosité et celle de l'interprète se donnaient\nlibre champ. Au contraire, le poète restait attaché au recitativo, qui\npermettait d'entendre assez nettement ses vers. C'était une sorte de cote\nmal taillée, qui ne satisfaisait personne. Le poète et le musicien étaient\ntour-à-tour sacrifiés ; presque jamais, ils n'associaient vraiment leurs efforts.\nCependant, depuis la seconde moitié du XVIIe siècle, s'était glissée\ndans l'opéra une forme intermédiaire, qui devait peu à peu prendre la\npremière place, qui l'a prise (dirai-je : \" malheureusement \" ?) dans le\ndrame lyrique moderne : c'était le récitatif accompagné par l'orchestre,\nle recitativo stromentale,ou, d'un nom plus courant et plus bref,\nLully en avait fait un bel usage, dans ses derniers opéras. Mais dans l'opéra\nitalien, Y Accompagnato ne s'installa, d'une façon régulière, qu'à partir de\n\n1 Ainsi, dans VOlimpiade, la Clemen%a di Tito, Achille in Sciro, c'est-à-dire dans ses œuvres de la\nmaturité."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.8", "texte": "MÉTASTASE\n5\n\nHaendel1 et de Leonardo Vinci (1690-1732). Ce dernier, que le président\nde Brosses appelait le Lully italien, avait / eu déjà l'idée d'employer\nXAccompagnato, au faîte de l'action dramatique, pour peindre les passions\nportées au paroxysme. Toutefois, ç'avaient été plutôt chez lui des intuitions\nde génie, dont il ne s'était pas préoccupé de cueillir les fruits.\nLe mérite de sentir l'importance de cette invention et de l'utiliser,\nd'une façon logique et raisonnée, semble revenir à Hasse, sous l'influence\nde Métastase, ainsi que l'a montré M. Hermann Abert. 2 A partir de la\nCleofide de 173 1, dont le second acte se termine par une grande scène\nrécitative accompagnée, très hardie, Hasse emploie les Accompagnati pour\nles fins d'actes et les sommets de l'action : visions, apparitions, lamenti,\ninvocations, tumulte de l'âme. Ici, le poète et le musicien unissent toutes\nles ressources de leurs arts ; la liberté emportée d'une déclamation drama-\ntique et le bouillonnement de l'orchestre se fondent en une même passion.\nDans la Clemenza di Tito de 1738, M. Abert note six Accompagnati, dont\ncinq sont réservés aux deux héros principaux et peignent leurs déchire-\nments intérieurs ; le sixième, qui appartient à un personnage secondaire,\nest la description de l'incendie du Capitole. Deux de ces grands récitatifs\nd'orchestre ne sont suivis d'aucun air. Dans la Didone abbandonata de\n1743, on remarquera tout particulièrement le dénouement tragique, qui\ncontredit (entre tant d'autres exemples) 3 la légende erronée affirmant que\ntous les opéras avant Gluck étaient forcés d'avoir un dénouement heureux.\nTout le drame se ramasse en cette scène finale, sobre, violente et tendue.\nQuelle part avait Métastase à la pratique de cette architecture\npoético-musicale, qui réserve les récitatifs d'orchestre aux grands moments\nde l'action, on le verra par une lettre fameuse, qu'il écrivit à Hasse, le\n20 octobre 1749, à propos de son Attilio Regolo, et qu'il n'est peut-être\npas mauvais de rappeler aux lecteurs français.4 Jamais poète ne surveilla\nplus scrupuleusement le travail du musicien et ne détermina, d'avance,\navec plus de précision la forme musicale qui convenait à chaque scène.\nAprès un assez long préambule, d'une courtoisie exquise, où\nMétastase s'excuse de donner des conseils à Hasse, il commence par\n\n1 Par exemple, dans Giulio Cesare (1724), Tamerlano (1724), Admeto (1727).\n2 Hermann Abert : Niccolo Jommelli aïs Opernkomponist, 1908, Halle.\nC'est en 1730, année où Hasse se lie avec Métastase, qu'il commence à faire une application raisonnée du\nrecitatpuo accompagnato.\n3 Voyez le Tamerlano de Haendel et le Piramo e Tisbe de Hasse.\n4 Cette lettre, qui fait partie des Opere postume del sig. Ab. Pietro Metastasio (1793, Vienne, t. I), a été\nreproduite par M. Cari Mennicke, dans son ouvrage : Hasse und die Bruder Graun als Symphoniker, 1906, Leipzig."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.9", "texte": "6\nS. ï. M.\n\nexpliquer les divers caractères de sa pièce : Régulus, le héros romain,\nsupérieur aux passions, égal et serein.. \" Il ne me plairait pas, dit-il, que\nson chant et la musique qui l'accompagnent fussent jamais précipités, sinon\nen deux ou trois endroits de l'œuvre, où ressortent les passions dominantes\nde Régulus : la patrie et la gloire \"... le consul Manlius, grand\nhomme, trop sensible à l'émulation ; Amilcar, Africain qui ne com-\nprend rien aux maximes romaines d'honnêteté et de justice, mais qui finit\npar envier ceux qui y croient ; Barcé, belle et ardente Africaine, de\ntempérament amoureux, uniquement occupée d'Amilcar... etc. \" Telles\nsont, en général, les physionomies que je me suis proposé de retracer.\nMais vous savez que le pinceau ne suit pas toujours le dessin de l'esprit.\nC'est à vous, non moins excellent artiste que parfait ami, de vêtir avec\nune telle maîtrise mes personnages que, sinon par les traits du visage, du\nmoins par leur parure et par leur habillement, ils aient une individualité\nmarquée.\nPuis, après avoir mis en lumière l'importance des récitatifs \" animés\npar les instruments\", c'est-à-dire des il indique où et com-\nment il faut en user, dans son drame.\n\" Dans le premier acte, je trouve deux endroits, où les instruments\npeuvent m'aider. Le premier est la harangue d'Attilia à Manlio, dans la\nseconde scène, depuis le vers :\nA che vengo ! Ah\n\" Après les paroles a che vengo, les instruments doivent commencer\nà se faire entendre, et, tantôt se taisant, tantôt accompagnant, tantôt\nrinforzando,donner de la chaleur à un discours déjà passionné par lui-\nmême. Il me plairait qu'ils n'abandonnassent pas Attilia, avant le vers :\nLa barbara or quai e\n\" Je crois de plus qu'il convient de se garder de la faute de faire\nattendre le chanteur plus que la basse seule ne l'exige. Toute la chaleur\ndu discours se refroidirait ; et les instruments, au lieu d'animer, énerve-\nraient le récitatif qui serait comme un tableau coupé en morceaux et\nrelégué dans l'ombre : auquel cas, mieux vaudrait qu'il n'y en eût pas.\nMême recommandation pour la septième scène de l'acte I : \" J'insiste\nde nouveau pour que l'acteur ne soit pas obligé d'attendre la musique, et\nque ne se refroidisse pas ainsi la chaleur dramatique, que je désire voir"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.10", "texte": "MÉTASTASE\nm\nt\n\ngrandir, de scène en scène. \" Un peu plus loin, après le vers de\nManlio :\nT'accheta : viene...,\n\" Une brève symphonie me paraît nécessaire, pour donner le temps\nau consul et aux sénateurs d'aller s'asseoir, et pour que Régulus puisse\nvenir sans se presser, et s'arrêter pour réfléchir. Le caractère de cette\nsymphonie doit être majestueux, lent ; et, si possible, elle doit s'interrompre,\npour exprimer l'état d'esprit de Régulus, réfléchissant qu'il retourne esclave\nlà où naguère il s'est assis consul. Il me plairait que, dans une de ces\ninterruptions de la symphonie, Amilcar dît les deux vers:\nRegolo, a che f arresti? e for se nuovo\nper te questo soggiorno\net que la symphonie ne conclût pas, avant la réponse de Régulus :\nPenso quai ne par tu,\nAu second acte, il faut deux récitatifs instrumentaux. Dans une de\nces scènes, \" Régulus doit rester assis, jusqu'aux mots :\nAh no. De' vili ques\n\" Il dira le reste, debout... Si, par suite de la disposition de la scène,\nRégulus ne pouvait s'asseoir tout de suite, il devrait s'acheminer lente-\nment vers son siège, en s'arrêtant parfois et paraissant plongé dans une\ngrave méditation ; il serait alors nécessaire que l'orchestre le prévînt et le\nsecondât, jusqu'à ce qu'il s'assît. Toutes ses paroles : réflexions, doutes,\nhésitations, donneront lieu à quelques mesures instrumentales, aux modu-\nlations imprévues ; aussitôt qu'il se lève, la musique doit exprimer la\nrésolution et l'énergie. Et toujours éviter de faire longueur...\nPour le troisième acte, \" il me plairait qu'on n'usât point des instru-\nments dans les récitatifs, avant la dernière scène, bien qu'ils pussent être\nemployés à propos dans deux autres scènes ; mais il me semble qu'il\nfaut ménager un pareil effet.\nCette dernière scène est précédée d'un tumulte violent du peuple,\nqui crie :\nResti, Regolo,\n\" Cette clameur doit être très bruyante, d'abord parce que la vérité"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.11", "texte": "8\nS. I. M.\n\nle veut ainsi, et de plus afin de faire valoir le silence qu'impose ensuite au\npeuple tumultueux la seule présence de Régulus... Les instruments doivent\nse taire, quand parlent les autres personnages ; au contraire, ils accom-\npagnent constamment Régulus, dans cette scène ; les modulations et les\nmouvements varient, non pas d'après les simples paroles, comme font les\nautres écrivains de musique [scrittori di mu sic a), mais d'après l'émotion\nintérieure, comme font les grands musiciens, vos pairs. Car, vous le savez\naussi bien que moi, les mêmes paroles peuvent, suivant les circonstances,\nexprimer (ou cacher) la joie, ou la douleur, ou la colère, ou la pitié. Je\nsuis bien convaincu qu'un artiste comme vous saura traiter un si grand\nnombre de récitatifs instrumentaux, sans fatiguer les auditeurs : d'abord,\nparce que vous éviterez soigneusement de faire longueur, ainsi que je vous\nl'ai recommandé avec insistance ; et surtout, parce que vous possédez, à\nla perfection, l'art de varier et de faire alterner les les forti, les\nles enchaînements staccateou congiunte^les retards, les pauses, les arpèges,\nles trémolos, et par dessus tout ces modulations inattendues, dont vous seul\nsavez les ressources cachées \"\n\" Vous croyez que j'ai fini de vous ennuyer? Pas encore... Je souhai-\nterais que le chœur final fût de ceux qui, grâce à vous, ont donné au\npublic le désir, inconnu jusqu'alors, de les écouter. Je voudrais que vous\nfissiez sentir que ce chœur n'est pas un accessoire, mais une partie très\nnécessaire de la tragédie et de la catastrophe qui la termine.\nEt Métastase ne met fin à ses minutieuses recommandations que\nparcequ'il est fatigué, dit-il, nullement parce qu'il a tout dit. Nul doute\nque des conversations ultérieures n'aient commenté et complété cette\nlettre.\nRésumons ces conseils. On notera :\ni° La suprématie de la poésie sur la musique. \" \",\nc'est la poésie. \" Les parures et habillements\", c'est la musique. Gluck ne\ns'exprimera pas très différemment.\n2° L'importance donnée au drame, les conseils d'homme du métier,\npour ne pas laisser languir le débit de l'acteur, pour qu'il n'y ait pas de\ntrous dans le dialogue. Ceci va directement contre l'air inutile. La musique\nest subordonnée à l'effet scénique.\n3° Le caractère psychologique attribué à l'orchestre. \" La symphonie\nqui exprime les réflexions, les doutes, les troubles de Régulus \". Plus loin,\nce pouvoir reconnu à ]a bonne musique de traduire non seulement les"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.12", "texte": "MÉTASTASE\n9\n\nparoles, mais l'âme cachée qui sent parfois tout autrement qu'elle ne\ns'exprime, en un mot, la tragédie intérieure.\nTout cela, je le répète, est conforme à la pensée de Gluck. Pourquoi\ndonc représente-t-on toujours Métastase et ses musiciens comme opposés\nà la réforme de Gluck? Cette lettre est de 1749, alors que Gluck n'avait\nencore aucun pressentiment de sa réforme. 1 On voit bien que tout le\nmonde, dans tous les camps, était agité des mêmes préoccupations, travail-\nlait à la même œuvre. Seulement, la formule adoptée n'était pas la même.\nMétastase, amoureux du beau chant, et l'un des derniers en Europe qui\nen eussent conservé l'exacte tradition,2 ne voulait pas le sacrifier. Et quel\nmusicien lui en ferait un reproche ? Il voulait que la voix poésie et\nmusique fût toujours la figure principale du tableau ; il se défiait du\ndéveloppement excessif de l'orchestre de son temps, qui lui semblait\nd'autant plus dangereux qu'il en sentait la force et prétendait la tenir en\nbride, au service de son idéal de tragédie musicale, harmonieusement\nproportionnée. 3 II faut dire les choses comme elles sont : avec Gluck, le\ndrame a gagné ; nullement, la poésie. Vous ne trouvez plus chez lui ni\nchez Jommelli la déclamation racinienne, qui s'était encore adoucie et\nraffinée, au cours du XVIIIe siècle, mais une déclamation lourde, appuyée,\nétalée, criée : il le faut bien, pour dominer le tumulte de l'orchestre.\nComparez une scène de V Armtde de Gluck à une scène correspondante de\nYArmide de Lully :4 les deux œuvres sont des tragédies lyriques ; mais\nquelle différence de déclamation ! Celle de Gluck est plus lente, plus\nrépétée ; l'orchestre bouillonne et gronde ; la voix est celle d'un masque\ntragique de théâtre grec : elle hurle. Chez Lully, et bien plus encore chez\nles collaborateurs musicaux de Métastase, la voix était celle d'un grand\nacteur du temps ; elle était soumise à certaines conventions de bon gout,\nde modération et de naturel, au sens où l'entendait la bonne société d'alors :\n(car le naturel varie, suivant l'époque ; et chaque société, chaque âge\nlui fixe des limites différentes). Le malentendu entre les deux ecoles\n\n1 Gluck avait débuté, en 1742 ;il revenait d'Angleterre, en 1746 ;il n'avait pas encore écrit, en i749> 0e ne\ndirai pas l'épître dédicatoire d'Alceste, qui est de vingt ans plus tard, en 1769), mais même ses opéras italiens,\nréellement significatifs : E&io est de 1750, et la Qlemensca di Tito, de 1752.\n2 Burney entendit, à Vienne, une excellente chanteuse et compositrice, Mlle Martinetz, à qui Métastase\navait enseigné le chant. Il ajoute que Métastase était un des derniers qui connussent la tradition du beau vieux\nchant italien, de l'école de Pistocchi et de Bernacchi. Il eût pu ajouter, comme nous l'avons vu : de Francesco\nGasparini.\n3 a La esatta proporxione dello stile drammatico proprio delV Opéra in musica \", comme dit Arteaga, qui fait\nde cette qualité la caractéristique de Métastase, celle qui le rend supérieur à tous les autres artistes.\n4 Par exemple, la scène où Armide fait appel à la Haine."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.13", "texte": "IO\nS. I. M.\n\nporte donc beaucoup moins sur le fond que sur les manières. Tout le\nmonde était d'accord sur ce point que l'opéra devait être une tragédie\nen musique. Mais l'on n'était pas d'accord sur ce que devait être la\ntragédie. D'un côté, les Raciniens, de l'autre, déjà, les romantiques.\nAjoutez que la grande chose, en art, ce ne sont pas les théories, c'est\nl'homme qui les applique. Gluck a voulu la réforme du drame musi-\ncal. Métastase la voulait aussi. Et aussi, à Berlin, Algarotti, Graun,\nFrédéric II lui -même. Mais il y a la façon de vouloir, il y a le tempéra-\nment. Celui de Gluck était d'un révolutionnaire, intelligent, audacieux,\nmal élevé, qui se moquait du qu'en dira-t-on. Celui de Métastase\nétait d'un homme du monde, qui respectait les usages établis. Il farcissait\nde froides sentences et de comparaisons précieuses ses libretti d'opéras ; et,\npour les justifier, il s'appuyait sur l'exemple des Grecs et des Romains;\nil disait a Calsabigi que de tels moyens \" avaient toujours fait le principal\nattrait de l'éloquence profane et sacrée. \" 1 Et les critiques de son temps\nles justifiaient aussi, par l'exemple des anciens et des Français. Ils ne se\ndisaient pas que, pour juger si une chose est bonne, il ne faut pas se\ndemander si elle a été bonne et vivante autrefois, mais si elle l'est aujour-\nd hui. La est le vice radical de l'art d'un Métastase. Il est plein de\ngoutet plein d intelligence, parfaitement équilibré, mais érudit et mondain;\nil manque d'audace, il manque de sève.\nN'importe! S'il était, dans l'ensemble, condamné à périr, il portait\nen lui beaucoup d'idees de l'avenir. Et qui sait si son plus grand malheur\nn a pas ete l'echec de Jommelli, qui, de tous les musiciens soumis à\n1 influence de Métastasé, fut le plus audacieux et marcha le plus loin sur\nles voies que Métastase avait ouvertes? Jommelli, que l'on a parfois\nnommé le Gluck italien, représenta le suprême effort de l'ltalie pour\nconserver sa primauté dans 1 opéra. Il voulut accomplir la réforme de la\ntragédie musicale, sans rompre avec la tradition italienne, mais en la\nrevivifiant avec des éléments nouveaux, et surtout avec la puissance drama-\ntique de 1 orchestre. Il ne fut pas soutenu dans son pays ; et en Allemagne,\nil était un étranger, comme Métastase. Ils furent vaincus ; et leur défaite\nfut celle de 1 Italie tout entière. Le Gluck italien ne fit pas école. Ce fut\nle Gluck allemand qui assura la victoire, non seulement à une forme d'art,\nmais à toute une race.\n\nRomain Rolland.\n\nHan fatto sempre una gran parte finora délia sacva e délia profana eloquen^a.\""}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.14", "texte": "DÉCENTRALISATION MUSICALE\n\nAurélien Scholl disait un jour, en frappant de son talon le perron de\nTortoni : \" Ici, c'est le cerveau du monde.\nCe Parisien modeste exagérait à peine, car Paris fut toujours le\ncentre d'attraction de l'univers. Musiciens, poètes, savants, hommes de\nlettres, poursuivirent de tous temps le rêve et l'atteignirent parfois\nde forcer la renommée dans cette capitale où les étrangers eux-mêmes\nrecherchent jalousement une consécration qu'ils avaient déjà chez eux,\nmais qui ne leur paraît complète et définitive qu'après l'avoir obtenue\nchez nous.\nQuant à la province, son rôle modeste fut de suivre le sillon lumi-\nneux de la capitale, d'accepter ses gloires et ses modes, ses enthousiasmes\net ses goûts, de copier même ses vices et ses erreurs.\nAinsi, Paris a fini par \" centraliser \" l'art, le génie et... le ridicule.\nCette centralisation outrancière s'est infiltrée dans les diverses bran-\nches de notre activité nationale ; aujourd'hui, notre pays étouffe sous son\nétreinte brutale.\nC'est surtout dans le domaine des arts, et plus particulièrement à\nl'égard de la musique et des théâtres de province, que les dangers de\ncette centralisation se sont manifestés.\nQue la musique française traverse une crise, une crise grave, cela est\nindéniable, et les compositeurs, les auteurs, les directeurs de théâtres ne\nse le dissimulent pas.\nPour se défendre, ils ont même adopté l'attitude la plus propre à\nfaire aboutir leurs revendications et, à notre époque où l'on s'unit pour\nmieux batailler, ils se sont groupés. Nous avions l'Association des auteurs"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.15", "texte": "12\nS. I. M.\n\net celle des directeurs de théâtres, nous avons failli avoir le \" Syndicat\ndes danseuses de l'Opéra nous comptons depuis peu le \" Groupe de la\nmusique\nIl serait injuste d'en médire, car il répondait et il répond encore à\nune nécessité.\nConstitué sous la présidence du grand maître Saint-Saëns, réunissant\nla presque totalité de nos compositeurs français, ce groupe a pour but de\ndéfendre la musique.\nAussi la presse salua-t-elle très favorablement cette union de tous les\nmusiciens pour la défense de la meilleure des causes, et M. Villemin,\ndans un article paru dans Comœdia,disait à cet égard :\n\" Jamais dans l'histoire de la musique, les compositeurs français\nn'étaient montés à l'assaut avec une aussi rude maestria ; jamais charge\nplus impétueuse, n'était venue rompre l'élan trop audacieux de l'enva-\nhisseur. \"\nL'envahisseur était pour nos musiciens tous ces compositeurs étran-\ngers, trop souvent joués, affirmait-on, sur nos scènes subventionnées, et\ncela au détriment de nos nationaux.\nC'était là un des griefs invoqués par le groupe de la musique. Il\nen était d'autres qui firent l'objet d'un très intéressant rapport rédigé par\nl'excellent maître Xavier Leroux et approuvé par tous les membres du\ngroupe.\nDe tous les vœux qui furent émis, il en est un qui mérite une men-\ntion particulière. Xavier Leroux invitait les Pouvoirs publics \"à FAVORISER\nLA DÉCENTRALISATION MUSICALE \".\nJe crains que les musiciens n'aient pas saisi tout l'intérêt de cette\nquestion ; sans cela ils lui eussent donné, j'imagine, plus d'importance.\nA mon avis, la décentralisation musicale, porte en effet en elle-même le\nmeilleur remède, le seul peut-être,à la crise actuelle, et parmi les revendi-\ncations du groupe de la musique, elle devait elle doit encore figurer\nau premier plan, car c'est d'elle que peut venir la résurrection de nos\nscènes provinciales.\nXavier Leroux, en se faisant le porte parole de tous ceux qui, déjà\njoués, à l'Opéra et à l'Opéra-Comique, demandent une place\nrable ne parle, en effet, qu'au nom d'une MINORITÉ.\nA côté de ces \" privilégiés \", il y a la foule des compositeurs qui.\nattendent impatiemment le jour où ils verront les feux de la rampe."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.16", "texte": "DÉCENTRALISATION MUSICALE\nr3\n\nOr, lorsqu'on aura plus ou moins réformé le système d'abonnement\nde l'Opéra-Comique, et qu'on aura plus souvent joué Louise ou la Reine\nFiammette, les artistes qui marquent le pas ne seront pas plus avancés. Ce\nqui constitue la crise actuelle, c'est que nos compositeurs, toujours plus\nnombreux, persistent à vouloir être joués à Paris, que Paris, déjà débordé,\nne suffit plus à la \" surproduction actuelle \", et que les théâtres de\nprovince, délaissés et ruinés, ne peuvent accueillir les œuvres nouvelles,\nsoit qu'on hésite à les leur offrir, soit que les directeurs refusent de faire\nœuvre de décentralisation, à cause de leurs ressources insuffisantes.\nIl faut donc, et dans l'intérêt commun des et des\nde théâtre, créer au plus tôt de nouveaux DÉBOUCHÉS et \" décongestionner \"\nParis.\nA cet égard M. Carré, au cours d'une entrevue qu'il eut à la\nChambre avec les membres du groupe parlementaire de l'Art, déclarait :\n\" Si on tient compte qu'il y a actuellement environ 80 compositeurs\nfrançais, il me faudrait plus de vingt ans pour jouer une pièce de chacun\nd? > >\neux.\nEt le directeur de F Opéra-Comique AJOUTAIT :\n\"Je suis un lanceur de pièces. Mon théâtre est un jardin d'essai dans\nlequel on est à l'étroit. Pour ensemencer une plante nouvelle, il faut en\nenlever une déjà existante, même si elle produit de beaux fruits. \"\nCe qui veut dire : on étouffe chez moi, il faut chercher ailleurs.\nTEL DOIT ÊTRE LE RÉSULTAT DE LA DÉCENTRALISATION MUSICALE\nLa campagne du groupe de la Musique mérite donc d'être et\ncomplétée ; d'ailleurs, mieux averti des avantages de la décentralisation\nmusicale ce groupe a, depuis le dépôt de son premier rapport, et sur\nl'heureuse initiative de M. Paul Ferrier, le très distingué président de la\nSociété des auteurs, grâce aussi à l'intervention de l'Académie des théâtres\net de son actif président, M. Georges Berry, repris cette question, en lui\ndonnant l'ampleur qu'elle méritait. A\nelle se pose à la fois devant la Chambre et devant le pays ; elle doit donc\nêtre solutionnée.\nLa décentralisation musicale eut toujours \" une excellente presse \""}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.17", "texte": "*4\nS. I. M.\n\nPourquoi évoque-t-elle le souvenir de ces vieilles filles parfaitement accom-\nplies dont on dit le plus grand bien, mais qu'on n'épouse jamais. Serait-ce\nà cause de sa perfection même ?\nSes défenseurs furent souvent illustres, parfois éloquents, à la Chambre\net dans le pays ; il fut toujours du meilleur ton de parler d'elle avec une\nsympathie attendrie.\nParmi ses parrains les plus notoires je citerai, sans remonter trop\nloin dans notre histoire contemporaine, M. Doumergue, ancien Ministre\nde l'lnstruction publique, qui, étant encore au pouvoir, reçut une déléga-\ntion du Groupe de la musique.\nl'issue de cette entrevue la presse publiait une note pleine de\npromesses :\n\"Le Ministre exposa aux délégués un plan de décentralisation\nartistique. Des subventions seraient attribuées aux grands théâtres de la\nprovince pour qu'ils puissent représenter, dans de bonnes conditions, des\nœuvres nouvelles et il serait bien entendu que ces œuvres pourraient\nrevenir à Paris et être comptées, à l'égard des directeurs de théâtres\nparisiens, comme des ouvrages nouveaux. Le mode d'attribution de ces\nsubventions serait mis à l'étude, de façon qu'elles remplissent bien le but\npurement artistique auquel elles seraient destinées. \"\nM. Maurice Faure remplaça M. Doumergue et, chose admirable et\nrare, conserva sur ce sujet les idées de son prédécesseur.\nPoète et cigalier, il déclarait :\n\" L'œuvre de décentralisation est à peine commencée, et le devoir s'impose\nimpérieusement à l'Administration des beaux-arts de la poursuivre avec méthode\net ténacité, soit par la modification de ses procédés, soit par la réorganisation de\ncertains services... Il est d'un véritable intérêt national, de susciter partout les\ninitiatives et de leur donner le moyen d'agir, dans le pays même où elles se\nproduisent ; il importe de créer, en province, des centres artistiques, d'y développer\nceux qui existent déjà, et de favoriser, sur les divers points de notre territoire, des\nmanifestations esthétiques en tous genres. \"\n\"La conception républicaine est de servir l'art sans l'asservir, et la préoccu-\npation primordiale de l'Administration des beaux-arts, sous la République, doit\nêtre, après avoir assuré à tous ceux en qui peut naître la vocation artistique, les\nmoyens d'enseignement spécial, d'encourager et d'aider, sans acception d'école ou\nde genre, tous les véritables talents. Le plus haut et le plus précieux privilège de\nl'art est dans son indépendance. A ce point de vue, on peut dire que la République\na favorisé la culture démocratique de l'art : la vie du paysan et de l'ouvrier est"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.18", "texte": "DÉCENTRALISATION MUSICALE\ni 5\n\nentrée dans son domaine; et les Millet, les Jules Breton, les Bastien Lepage, les\nRoll, les Lhermitte, pour ne citer que les plus typiques, ont trouvé dans leur\ncampagne l'émotion, la grandeur et la vérité.\n\" Mais si notre art contemporain a déjà trouvé de précieuses ressources dans\nl'étude de nos provinces, si riches en beautés de toutes sortes, que serait-ce si tous\nles éléments dont elles abondent étaient utilisés et mis en œuvre. Le devoir qui\ns'impose donc impérieusement à l'Administration des Beaux-Arts est de poursuivre,\navec méthode et ténacité, une décentralisation qui a déjà donné de si heureux\nrésultats : il s'agit de mettre en relief toutes les richesses artistiques que renferment\nnos départements, d'ouvrir de nouvelles sources d'inspiration, de susciter partout\ndes initiatives et de ne pas laisser perdre nos trésors. \"\nM. Maurice Faure avait d'autres projets encore et c'est en qualité\nde rapporteur du budget des beaux-arts qu'il fit allusion à la création\nd'une villa Médicis, à Arles, en pleine Provence, sur une terre encore\ntoute imprégnée d'antiquité, dans cette ville que le poète Ausone avait\nsurnommée la Rome des Gaules. Un brusque retour de la fortune\nvint ruiner ses projets ministériels.\nM. Steeg n'eut pas le temps de faire une déclaration même plato-\nnique ; il ne fit que passer aux Beaux-Arts ; mais comment ne serait-il\npas décentralisateur, lui qui nous apparaît comme un rempart de la\nproportionnelle. Or, en musique comme en politique, l'art doit être mis\nà la portée de tous.\nQuant à M. Guist'hau, ses dispositions à l'égard de la décentrali-\nsation musicale ne sauraient être douteuses ; c'est lui, qui de tous ses\nefforts a tenté de donner au théâtre de la ville de Nantes, dont il est\nle représentant à la Chambre, un éclat et une prospérité nouvelle.\nMM. Dujardin-Beaumetz et Bérard, sont en parfaite communion\nd'idées sur ce sujet, et sur les bancs de la Chambre, bien rares sont\nceux qui ne se découvrent pas décentralisateurs.\nLes directeurs des grands théâtres de Paris souhaitent le succès de\ncette cause qui diminuera le nombre des compositeurs montant à l'assaut\nde leurs scènes et les directeurs de province espèrent trouver en elle leur\nsalut.\nEnfin les grandes villes, par l'intermédiaire de leurs Conseils muni-\ncipaux, ont émis des vœux favorables, et je me garderais d'oublier que\nsur l'initiative de M. Paul Feuga (et après que j'eus moi-même porté la\nquestion à la tribune de la Chambre), le Conseil municipal de Toulouse\na adopté (le 13 janvier 1911) la motion suivante :"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.19", "texte": "i 6\nS. I. M.\n\n\" Considérant que partout l'exploitation de l'art théâtral lyrique devient de\nplus en plus difficile et entraîne tous les jours des dépenses plus lourdes pour la\ncité ;\n\" Considérant que devant l'effrayante disproportion des recettes et des\ndépenses, plusieurs grandes villes se verront peut-être dans la nécessité de fermer\nles portes de leur théâtre dans un avenir peu éloigné ;\n\" Considérant qu'il importe au plus haut degré de coopérer à la diffusion de\nl'art, d'assurer l'avenir de nos conservatoires, de maintenir le goût du public, de\nfaire l'éducation artistique du peuple ;\n\" Considérant que dans un régime démocratique surtout, il importe de puiser\ndans l'enseignement oral et visuel du Beau les sentiments d'esthétique qui élèvent\net éduquent ;\n\" Considérant que les scènes lyriques font vivre des familles nombreuses qui\nne trouvent qu'en elles leurs moyens d'existence ;\n\" Considérant que les théâtres alimentent le commerce en provoquant les\ndéplacements et l'extériorité de la vie ;\nEmet le vœu :\n\" Que l'Etat, qui subventionne si largement les scènes de la capitale, vienne\nefficacement, généreusement en aide aux théâtres de province, en leur donnant les\nsubventions nécessaires pour leur permettre de vivre, de faire œuvre artistique et\ndécentralisatrice. \"\nHommes politiques et hommes de lettres, directeurs de théâtres de\nParis et de la province se trouvent donc réunis sur ce même terrain de la\ndécentralisation musicale. Tous sont d'accord pour signaler aux pouvoirs\npublics la gravité de la situation et il n'était pas sans intérêt de le faire\nclairement ressortir pour rendre plus lourde encore la faute de ceux qui,\nvoyant la crise et pouvant la conjurer, reculeraient devant une réforme\nnécessaire.\nDans ce concert d'éloges, je ne relève qu'une seule discordante\nelle vient du groupe régionaliste.\nCela d'ailleurs se comprend.\nLes régionalistesveulent la région fortement organisée, tirant d'elle-\nmême tous ses moyens d'action, toutes ses ressources.\nIls déplorent \" les tournées de passage\" qui nous apportent des pièces"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.20", "texte": "DÉCENTRALISATION MUSICALE\nI 7\n\ndu boulevard faites par des auteurs parisiens ; ils critiquent toute\nlisation qui, pour exister, fait intervenir l'Etat.\nIls préfèrent un théâtre strictement \" régional \" empruntant ses sujets\nà la contrée et dont les auteurs et les acteurs seraient autant que possible\n\" du cru\nJe vois tout ce qu'il y a de séduisant dans cette doctrine de pur\nrégionalisme et je suis de l'avis du délicat musicien Déodat de Séverac\nlorsqu'il écrit :\n\" Nos musiciens font de la musique de Paris et pour Paris ; ils s'écartent\nainsi progressivement et de plus en plus du genre propre aux diverses provinces\nfrançaises où ils sont nés.\n\" A toutes les belles époques d'art, les œuvres ont été non pas seulement\nl'expression d'un individu isolé dans une contrée déterminée, mais la synthèse\nmême de l'âme de cette contrée. \"\nL'excellent M. Beauquier un des doyens du régionalisme\nsignalait à la Chambre le même mal, dans un rapport qui parut vers 1907 :\n\" Autrefois, disait-il, avant la Révolution, une vie locale artistique et littéraire\nexistait dans chaque province. Chaque ville presque avait des enfants glorieux dont\nelle s'enorgueillissait. Peintres, musiciens, sculpteurs, architectes, ornaient leur cité et\nne songeaient pas à demander à Paris une consécration qui n'aurait rien ajouté à\nleur valeur. Il n'en va plus de même aujourd'hui ; les artistes locaux n'ont qu'une\nhâte : quitter leur ville natale où ils ne croient pas leurs mérites suffisamment\nconnus, pour accourir à Paris où, s'ils n'ont pas une force de résistance exception-\nnelle et une chance plus exceptionnelle encore, ils sont noyés dans la masse ; ils\nperdent leurs qualités natives, s'exaspèrent, arrivent à produire des choses extra-\nvagantes et déséquilibrées, dans le but d'attirer enfin les regards d'une foule\nindifférente et blasée. S'ils étaient demeurés chez eux, puisant aux sources mêmes\ndu sol natal, beaucoup se seraient développés normalement, souvent d'une façon\noriginale, et auraient enrichi le patrimoine artistique et intellectuel de leur pays. \"\nDe Séverac et Beauquier ont raison et les Régionalistes ont raison avec\neux ; mais encore faut-il que le compositeur ayant conçu une œuvre\n\" à l'ombre du clocher \" puisse la faire exécuter convenablement dans\nson pays.\nOr, malgré leur désir de ne point se \" déraciner, \" la plupart des\ncompositeurs sont contraints d'abandonner leur province parce que leurs\nœuvres ne trouvent pas de directeurs assez riches pour monter des pièces\ninédites. Aussi émigrent-ils vers Paris.\n\n2"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.21", "texte": "18\nS. I. M.\n\nM. LÉON BÉRARD,\nSOUS-SECRÉTAIRE D'ÉTAT AUX BEAUX-ARTS,\nqui vient d'aller assister à la première d'un opéra breton à Nantes, donnant\nainsi un bel exemple de décentralisation musicale."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.22", "texte": "DÉCENTRALISATION MUSICALE\nr9\n\nEt il en sera ainsi tant que la province ne sera pas fortement orga-\nnisée, richement constituée, tant qu'elle ne sera pas pour ses fils autre\nchose qu'une marâtre.\nIl en sera ainsi tant qu'un bouleverseme?it complet n'aura pas trans-\nformé notre régime administratif.\nMais jusqu'à ce jour et en attendant l'heure où le rêve des régio-\nnalistes se trouvera réalisé faut-il abandonner notre art musical ?\nA côté du régionalisme qui nous offre un secours lointain ne devons-\nnous pas avoir recours à la décentralisation qui constitue un remède\nimmédiat ?\nEn un mot, devons-nous dédaigner ce qui sans doute n'est qu'une\n\"étape\" vers le régionalisme pur, mais qui s'offre à nous comme un\ntemps d'arrêt dans une crise redoutable. Certes non, et de tous nos efforts\nnous devons hâter la réalisation de la décentralisation musicale.\nPar ce mot j'entends les moyens propres aux compositeurs non\njoués de faire représenter leurs œuvres sur les scènes provinciales, et aux\nthéâtres de province de les monter dans de bonnes conditions.\nMOYENS DE RÉALISER UNE DÉCENTRALISATION MUSICALE ?\nIl n'est pas sans intérêt d'évoquer le passé et de rappeler les tentati-\nves intéressantes faites jusqu'à ce jour en faveur de la décentralisation\nmusicale.\nEn 1905, à la suite d'une interpellation de M. Millevoye, une Com-\nmission consultative fut instituée au Sous-Secrétariat d'État aux Beaux-\nArts pour le développement des théâtres\nA la séance du 15 février 1906 un ordre du jour fut voté par la\nChambre \" invitant le Gouvernement\npopulaires a Paris et dans les départements.\"\nDepuis 1906, cette question n'a pas fait un pas àla Chambre et,\ndans le pays, les théâtres populaires sont peu répandus.\nPlus prospère, plus étendue surtout a été l'œuvre des THÉÂTRES EN\nPLEIN AIR.\nOn en a vu naître de tous côtés, dans toutes les villes soucieuses de\nmettre en valeur un coin pittoresque du paysage.\nCes théâtres avaient joui jadis (et notamment vers la fin du\nXVIIIe siècle) d'une certaine faveur. Pendant les dernières années de"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.23", "texte": "2 O\nS. I. M.\n\nl'Empire, les représentations éphémères organisées au Pré-Catelan, sous\nl'inspiration de l'impératrice Eugénie, avaient donné à ce genre de spec-\ntacle un regain de vitalité.\nAujourcT F initiative de municipal\nA Bussang, M. Pottecher (en 1895) fondait son Théâtre du peuple.\nIl faisait représenter le \" Diable marchand de goutte première œuvre\nd'une série qui s'est continuée jusqu'à nos jours.\nEn Poitou^le docteur Corneille réalisait une œuvre analogue.\nUn peu plus tard, en 1898, à Ploujean,\nfaisaient revivre le théâtre breton.\nLe succès, comme toujours, provoquait des essais du même genre et,\nsans parler des admirables manifestations dramatiques organisées à ORANGE\npar Paul Marietton, NÎMES et ARLES écartaient momentanément de leurs\narènes la troupe tapageuse des toréadors et y appelaient les nobles com-\npagnies de l'Odéon et du Français. CAUTERETS inaugurait son théâtre de\nla nature. DANS L'EST, à quelques pas de la frontière, à Gérardmer,\nd'ingénieux organisateurs utilisaient la scène \" du Saut des cuves\"; enfin,\nun peu partout, se créaient en France des théâtres en plein air.\nParmi toutes ces tentatives, une place spéciale revient au théâtre de\nla nature de BÉZIERS. Grâce à M. Castelbon de Beauxhostes, de belles\nœuvres y furent représentées, et, dans ces arènes, sous un soleil qui donne\nla vie aux choses elles-mêmes, tout un peuple vient, tous les ans, s'enivrer\nde musique et d'idéal.\nQue le génie du maître Saint-Saëns, que l'inspiration de Gailhard\nou de Séverac évoque les légendes du passé ou célèbre les traditions\nlocales, la foule ardemment éprise de sons et de rythmes éprouve toujours\ncette même émotion qui rend l'âme meilleure.\nTelles furent les différentes tentatives de décentralisation musicale.\n(A suivre).\n\nH. Auriol,\ndéputé de la Haute Garonne, Secrétaire de la Chambre."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.24", "texte": "Impressions\nParisiennes\n\nCARNET DE VOYAGE\nD'UN ALLEMAND EN 1911\nNotre éminent et spirituel collègue M. le Dr Richard H. Stein, se rendant l'année\ndernière à Londres, pour y assister au congrès de notre Société, a voulu passer par Paris, et se\nmettre au courant de notre vie musicale. Qui aurait cru qu'il se documenterait astucieusement,\net ferait paraître un jour les notes humoristiques, dont nous publions les fragments suivants.\nEn nous faisant un plaisir de communiquer ces lignes à nos lecteurs, nous nous permettons\nd'ajouter que S.I.M. ne prend nullement la responsabilité des opinions, tantôt bienveillantes,\ntantôt sévères, exprimées par notre collègue. Mais nous sommes persuadés que ceux-là mêmes,\nqui sont très loin de penser comme M. Richard H. Stein, admireront l'originalité d'un des\nesprits les plus brillants de la presse berlinoise.\n(La rédaction.)\nBerlin-Paris. Déjà Hans Y et Paul X, deux musiciens de ma\nconnaissance, sont montés dans le train. Debout dans le couloir, ils\ndiscutent âprement. L'un explique à l'autre, que, tout au moins par\nconvenance, il vaut mieux prendre un supplément de première ou de\nseconde, ne serait-ce que jusqu'à la première station. L'autre soutient au\ncontraire que les troisièmes sont plus select que les secondes, envahies par\nles voyageurs de commerce, et dont l'élite s'asbtient par raison d'hygiène.\nUn arrêt. \" Frise fies Obst gefaellig ? \" Bier gefaellig ? \"\nH ans, qui s'est assis, se tourne vers Paul, et d'un rire un peu méchant:\n\" Dites-moi, Monsieur et cher musicologue. Pourquoi l'homme aux"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.25", "texte": "22\nS. I. M.\n\ncerises fait-il un saut de quinte ascendante et le gamin à la bière une\ntierce mineure descendante ? L'interrogation n'exige-t-elle pas que la voix\nmonte ? Et puis, ce sol-mi, l'entends-tu en mi mineur ou en ut majeur? \"\nPaul, un peu incertain : \" Oui, on peut bien se représenter la quinte\nqui manque, mais pas la tonique absente. D'ailleurs, nous n'en sommes\npas encore à ces cas particuliers. Nous nous bornons présentement à\nrésoudre, par l'étude des intervalles, le problème de la consonance. \"\nHans (en élevant la voix) \"Ça vaut trois mois de prison ! \"\n(malicieux) \" Dis-moi, est-ce que, d'après vos dernières découvertes, la\nquarte est une consonance ?\nPaul : \" Naturellement. \"\nHans (se redressant avec orgueil) : \" Hé bien, moi, je prétends que\nc'est une dissonance ! Ainsi, la prétendue consonance parfaite se\nrésout sur la prétendue consonance imparfaite ut-mi. \"\nPaul : \"Tu n'as qu'à te représenter l'accord de fa majeur, pour\nt'apercevoir de ton ineptie.\n\" Quod erat demonstrandum !\" Hans laisse éclater sa joie. \"Tu as bien\ndonné dans le panneau ! Vois-tu, il n'y a pas ni consonances ni dissonances\nde deux sons, car ceux-ci, dans l'acte musical, sont toujours fonction d'un\naccord de trois ou quatre sons, qui déterminent leur sens et leur valeur.\nUne curiosité, en passant : Do-mi, et (ou\nbémol, ce qui revient au même) sont consonants. Mais\nest dissonant ! Ce qui prouve bien qu'on devrait ici ne s'occuper que des\naccords. \"\nPaul : \" Cela n'empêchera pas l'intervalle de rester\néternellement une dissonance. \"\nHans : \" Et l'octave une consonance. Parfaitement, mon cher. \"\nLe train roule toujours, uniformément\nParis. - L'auto m'entraîne, par les rues accidentées, à travers une\nfoule bariolée, trépidante, jusqu'à mon hôtel. Que la musique des rues est\ndonc brutale et monotone à Berlin. Et qu'elle est joyeuse à Paris ! Un peu\n'■'■ foire sur la place, \" peut-être ; mais ni sauvagerie ni indiscrétion. Les\nautos de maître ont une préférence pour les fanfares brèves, pimpantes,\nmotifs souvent provocants et nettement individualisés. Ça, chez nous, c'est"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.26", "texte": "IMPRESSIONS PARISIENNES\n23\n\n\" verboten. \" (Qu' est-ce qui n'est pas \" verboten \" chez nous ?) Seul l'empe-\nreur a droit de \" houper\" sous les Linden. 1\nQuelques crieurs de journaux nie rappellent mes deux compagnons\nde voyage. Pourquoi conservent-ils tous invariablement le même diapason ?\nEst-ce qu'ils savent réellement la valeur de cette lancinante répétition?...\nInvolontairement, je me suis mis à déclamer cette belle phrase, en\nl'accompagnant d'un geste grandiose (souvenir de Hans !) L'homme au\nvolant s'est retourné : \" A droite, M\" En même temps, et en\nconséquence, nous tombons sur un véhicule incident... Des injures, comme\nchez nous ? Point du tout. Une blague, et les deux chauffeurs se mettent\nà rire. Nous continuons une course paisible.\nNous passons sur la Place de la Concorde, une Place où il y a de la\nplace. Curieux ; je n'ai encore jamais vu cela en Allemagne. Nos places\nsont toutes entourées de grilles, entre lesquelles l'esthétique nous oblige à\nfaire pousser du gazon. C'est très bien aussi, mais moins pratique. La\nvoiture s'arrête d'un brusque recul. Dans le hall de l'hôtel, un domestique\nchargé de bagages me bouscule. \" Pardon Monsieur. \" S'il avait été\nAllemand, il eut dit : \" Attention !\"2 Mais l'expression n'a pas d'impor-\ntance. C'est le ton qui fait la musique. De quelle allure blessante certaines\ndames Allemandes savent dire \" Pardon\",2 et que le Berlinois peut être\ngrossier, avec son \" Entschuldigen Se m\"\nCe qui est certain, c'est que la musique de la vie publique, si l'on\npeut dire ainsi, se trouve à Paris, élevée à un niveau supérieur à ce\nqu'elle est chez nous.\nQue le bruit de la rue puisse être gênant, ici aussi, c'est vrai. Mais\nil n'est pas agressif ; on le supporte. A quoi bon nos doubles fenêtres ?\nQuand les Parisiens veulent faire une sieste, ils ouvrent les leurs, et som-\nmeillent aussi gentiment, que nos grands-pères, dont le piano familial\nberce les rêves.\nDepuis que je suis à Paris, je me sens pris de sympathie pour\nHanslick et pour Max Kalbeck. Lors même que des questions de principe\nnous séparent d'eux, on les lit sans aigreur et sans ennui. Après tout, ils\n\n1 Huppen s'applique à la trompe d'auto (Huppe), et c'est aussi une forme du mot hùpfen sautiller.\n2 En français."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.27", "texte": "24\nS. I. M.\n\nont pu se montrer injustes, bornés, prévenus, ils n'en sont pas moins restés\ndes gens cultivés. Ce qu'ils ont écrit contre Wagner, se tient mieux que\nbien des choses qui ont été écrites pour le défendre. Les gens bien élevés\nont quelquefois tort. C'est évident. Et il faut bien que les gens mal\nélevés aient parfois raison. Est-ce qu'il s'agit d'ailleurs d'avoir tort ou\nraison ? Si vous dites oui, c'est que vous répondez en juriste. Or, l'artiste\nn'est pas un homme de loi ; il lui convient de se montrer philosophe. Et\npuis, enfin, on lit Hanslick pour connaître sa pensée, et non pas celle de\nWagner ou de Brahms. Celui qui veut connaître Wagner, n'a qu'à lire\nWagner. Et, à son tour, quand Wagner lui parlera de Beethoven ou de\nMeyerbeer, c'est de Wagner qu'il s'agira.\nOn n'a pas eu moins de haine contre Hanslick, que contre le créa-\nteur de Bayreuth. Une preuve que c'était, lui aussi, un fameux lapin. A\nParis, ses ennemis auraient été naturellement aussi nombreux qu'à Vienne.\nMais des ennemis avec lesquels on cause poliment et avec plaisir ; des\nadversaires qu'on rencontre entre deux bocks, chez Durand ou chez\nPousset, une fois l'assaut terminé. Allez donc demander de pareilles\nmœurs en Allemagne ! \" Cet individu\nsemblaient faiblards, et je continuerais\ndonc !\" Vraiment l'Allemand sait ce qu'il doit à sa culture.\nEn tout ce qui touche à l'art, les opinions convenues ont chez nous\nla même et irrésistible assurance qu'ont en France les idées reçues, en fait\nde politesse et de tact. Le Parisien n'a pas de Credo artistique. Il sait que\nl'art, tout comme la religion ne peut rien, absolument rien démontrer.\nLe critique musical français n'écrit en réalité que des feuilletons ;\nc'est de l'information bien présentée, qui annonce l'œuvre et l'accueil du\npublic. Ses collègues d'Allemagne se croient au contraire, (et encore et\ntoujours), des juges. Ils opinent en tel ou tel sens, au lieu de rendre compte\navec compétence, ou de raconter avec verve.\nUn critique à Paris vous écrira : \" Pierné dirigea hier une œuvre\nnouvelle de Dukas, dont le public n'a été qu'en partie satisfait. \" Chez\nnous on prononcera carrément : \" Le morceau de Loeffler, que Nikisch\na conduit hier, est absolument vide, et manqué d'un bout à l'autre. \" (On"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.28", "texte": "IMPRESSIONS PARISIENNES\n25\n\npourrait supposer cependant, que Nikisch, qui a mis ce morceau au pro-\ngramme, entend quelque chose à la musique.)\nIl y a des exceptions, je le sais, ici comme là-bas. Négligeons-les, et\nconstatons que le critique français, nullement plus superficiel que son\ncollègue germain, est sûrement moins obscur. Et, par dessus tout, il\nrespecte le libre arbitre de l'auditeur. On ne saurait lui reprocher le geste\nautoritaire de l'aristarque allemand, qui se croit appelé à faire l'instruction\net l'éducation du public.\nLe Parisien laisse en toute liberté voisiner Wagner et Meyerbeer.\nMon compagnon, m'en voyant irrité, s'irrite à son tour :\n\" Ne demandent-ils pas autant de mise en scène l'un que l'autre ?\nQu'est-ce que vous voulez avec toutes vos théories ? N'avez-vous jamais\nremarqué, pour prendre un exemple, que le cercueil d'Elisabeth est\npromené à travers bois, juste au moment où Tannhâuser rentre de\nvoyage comme par hasard, et où les Pèlerins se trouvent là, tout à point\nnommé ! Est-ce la vérité, la nécessité ? Tout cela est du théâtre et rien\nque du théâtre. Mais cela ne fait rien. Vous autres Allemands vous ne\ndevriez pardonner à Wagner ni son Roi Marke ni son plaisant Beckmesser.\nNous, Parisiens, nous ne nous moquerons pas plus du Dragon de carton\nque de l'ânesse (peut-être est-ce un âne ?) qui prend la parole dans l'An-\ncien Testament. Et nous prendrons plaisir aux œuvres de Wagner, lors\nque vous serez persuadés les avoir dépassées depuis longtemps. Nous\nregrettons seulement que Wagner n'ait pas fait plus d'infidélités à ses\nthéories. Rappelez-vous le merveilleux quintette des \"\n\"A vrai dire, il conviendrait de ne jamais juger les œuvres de\nWagner d'après ses théories, mais bien au contraire. Car ses drames ne\nsont pas les exemples de ses doctrines, tandis que ses doctrines ont été\nconçues pour la défense des drames. \"\n\" Très vrai. Mais vous ne voulez pas voir, en Allemagne, que\nWagner ayant triomphé, il n'y a plus lieu de parler de ses théories. Elles\nont rempli leur but resquiescant in pace. \"\n\" Amen. \"\n\" Si vous faites une tête comme cela, je ne dirai plus rien. \"\nNous descendons silencieux les Champs-Elysées. Au coin de l'avenue"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.29", "texte": "2 6\nS. I. M.\n\nMarigny tout à coup, un motif des Maîtres Chanteurs nous arrête, et nous\nempêche de franchir la chaussée. Le Français, mon ami, se découvre\net agite joyeusement son chapeau dans le sens de l'auto qui fuit.\n\" Ici Wagner devient populaire. En Allemagne il devient clas-\nsique. \"\n\" De Charybde en Scylla !\n\" Comment ?\n\" Oh, rien. Je me demandais simplement lequel des deux valait\nle mieux. \"\nL'Académie Nationale de Musique ; aussi nommée Théâtre National\nde l'Opéra. On donne un ballet, et, d'abord, de Chabrier.\n(Malgré sa couleur parfois si curieuse, je lui préfère le Roi malgré lut.)\nAprès le troisième acte un Monsieur derrière moi demande à sa\ndame \" Cest Jim?\"Et elle, poliment: Aux fauteuils,\npendant les entr'actes vraiment longs, il n'est question que de M. Mes-\nsager, qui réussit toujours à donner le grand rôle à\" la Russe\" (Mme Kous-\nnezoff). Ladite dame apparaît dans une scène d'amour, presque immobile,\ndevant la rampe, faisant part au public de sa passion, sans accorder un\nregard au partenaire qui se meut derrière elle, à la distance prescrite.\nA la fin seulement, elle se retourne vers lui et ils prennent une attitude\npicturale.\nQuelques jours plus tard on voit Nikisch au pupitre de Messager.\nOrchestre merveilleux, chant splendide. Mais... Siegmund à droite,\net Sieglinde à gauche du trou du souffleur, ne paraissaient éprouver l'un\npour l'autre aucune espèce d'intérêt.\nMon compagnon me dit : \" Que deux personnages chantent l'un en\nface de l'autre, ou se tournent vers le public, vraiment c'est un bien petit\ndétail. Moi, pour mon compte, j'ai tant de plaisir à fermer les yeux\nquand j'entends du Wagner ! Chez Beethoven ou chez Mozart, là, j'ai\nbesoin de la scène, quoique je connaisse parfaitement la marche de la\npièce. Ça vous a l'air d'un paradoxe ! Mais rappelez-vous, par exemple,\nPizarro, lorsqu'il expose au gardien son plan... \" Un coup, il est tombé. \"\nLe coup imaginaire est simplement indiqué dans l'orchestre, et la musique\nentre tout doucement en la majeur. Jamais elle ne pourrait me persuader"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.30", "texte": "IMPRESSIONS PARISIENNES\n27\n\nque le dessin sanguinaire de Pizarro est une chose sérieuse, si je ne m'en\nconvainquais par les gestes de l'acteur. \"\n\" Alors, pour vous, la Valkyrieest en quelque sorte une sym-\nphonie dramatique, tandis que Fidelio est le type du drame musical ! \"\n\" Mais oui. C'est pourquoi on entend si souvent au concert des\nfragments de Wagner, et qu'ils réussissent parfaitement auprès du gros\npublic. Des fragments de Fidelio, jamais. \"\n\" Si c'est une thèse que vous soutenez, dites-moi donc aussi ce\nque vous pensez de cette Sa lomé,que certains, et en particulier Volbach,1\nont, chez nous, qualifiée de symphonie dramatique.\n\" C'est très simple. Un poème qui sert d'original. A côté, une\ntraduction mot à mot en musique. Parallélisme ; absence d'unité ; aucune\nfusion ; pas d'effort pour se compléter. La même action et le même\nrésultat en deux langues. Ne parlez ni de poème symphonique, ni de\nsymphonie dramatique, mais d'une copulation, qui nuit au drame, sans\nprofiter à la musique. En somme, un faux calcul, plutôt qu'une erreur\nartistique.\n\" Et le sujet, vous ne l'éreintez pas ?\n\" Le sujet ? Epatant, en lui-même ; en tout cas essentiellement\nscénique. Les cris de votre critique allemande sur le goût de Strauss pour\nles sujets pervers, dépassent la mesure de l'enfantillage. Si j'étais composi-\nteur si j'étais Beethoven, je dirais à Richard :\nfai envie de le mettre en musique. \"\nUn conducteur d'omnibus, monté sur l'impériale pour encaisser les\nplaces, donne le signal du départ en frappant des pieds en mesure. La\njeune Parisienne qui dévale les escaliers du Métro suit presque toujours\nune cadence certaine. Le crieur de journaux, qui se hâte sur le boulevard,\nnous indique son canard, par le rythme de son appel. Que dans un cabaret\nde la Place Pigalle vibre un couplet sur les officiers prussiens, le public\nse met à battre des mains : un, deux, un, deux.\nD'où vient que le peuple français, dont la langue est sans accent,\npossède ce sens et ce don du rythme ? Des quantités de compositeurs\nfrançais, avec une mélodie banale, une harmonie pauvre et convenue, une\n\n1 Un poème symphonique où le programme est remplacé par une action scénique."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.31", "texte": "28\nS. I. M.\n\npolyphonie embryonaire nous séduisent par leur instinct des formes\nrythmées. Surtout quand on les entend jouer par des artistes français.\nJ'avoue très franchement que le vrai Berlioz m'a été révélé à Paris. Ainsi\nl'Ouverture de Berrvenuto Cellini, si souvent exécutée chez nous, me fit,\nici, l'effet d'une nouveauté.\nISious avons tort de croire qu'il suffit, pour aller en mesure, de rendre\navec une précision mathématique la valeur des notes. En tout cas les\nrythmes français exigent un perpétuel et léger rubato. C'est alors qu'ils\narrivent à être obsédants.\nEn fait de rythme, l'Allemand possède peut-être plus d'intelligence\nque le Français, mais celui-ci a certainement plus de tempérament. Il a\nle rythme dans le sang. Cela se remarque tout particulièrement à voir le\npeuple danser, comme l'on peut s'en convaincre en allant faire un tour,\nnon pas dans ce Moulin Rouge, vague et totalement déparisianisé, mais un\npeu plus haut dans le Moulin de la Galette. Là haut, comme à la campagne\ndu reste, la musique suit la danse tant bien que mal, tandis que chez nous\nla danse emboite le pas à la musique... (Avec solennité, presque toujours\nsans grâce, et jamais avec passion.) Pour le reste, la musique de danse, à\nParis, vit presque uniquement, comme en Allemagne, d'une mélodie\nsentimentale et douçâtre.\nUn Parisien que j'avais entraîné dans ces lieux, inconnus de lui,\ncommença par tambouriner pendant quelques temps sur la table, puis\ntout à coup :\n\" Croyez-vous dit-il, que Brahms deviendra jamais populaire\nchez nous ? \"\n\" Difficilement... \" J'étais distrait; je contemplais un couple sin-\ngulier. Lui, peintre évidemment. Elle, une créole, sans doute son modèle.\n\" Mais pourquoi ? \"\n\" Parce que certaine qualité spécifique de la musique de Brahms\néchappe à l'âme parisienne. Comment la définir? Spiro l'appelle une sorte\nde moiteur somnolente, une sieste ouatée dans les brouillards du Nord. \"\n\" Vous oubliez nos Impressionnistes, Debussy et autres.\n\" Eux ! Ils obtiendront peut-être une certaine popularité chez\nnous, mais pas en France. \"\n\" On ne peut pas savoir ! Du reste, quand on a pour soi les\nmusiciens et le public qui paie, on peut se passer de toute autre\npopularité \""}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.32", "texte": "IMPRESSIONS PARISIENNES\n2 9\n\nPuis, suivent des comparaisons, où le nom de Strauss revient\nsouvent. Je n'en saisis plus que des bribes. Le peintre blond, qui\ncontinue à tourner avec sa créole brune, commence à m'intéresser vive-\nment. Sa main droite n'est plus tout à fait à la hauteur de la taille.\nA plusieurs reprises, il presse sa belle avec ardeur. Elle a les yeux fixés dans\nle vague, là-bas, au loin. Quel motif pour un Rops, ou un Legrand !\nLa danse est terminée. La créole arrive à la hauteur de notre table ;\nen passant, elle pose sa main sur l'épaule de mon ami, lourdement mais\nnon sans grâce : \" M'sieur ! \" Lui, surpris au milieu de sa tirade, s'arrête\ninterdit. Un rire léger, mais aigu... elle a disparu comme un éclair. Je vide\nmon verre et me lève.\n\" Elle a raison, mon cher ami, venez. Pour discuter sur le\nRequiem allemand, on est mieux ailleurs. \"\nCroyez-vous qu'une parodie sur Meyerbeer serait comprise du public\nberlinois du Walhalla ? L'habitué de la Cigale s'en régale. Singulier !\nLe deuxième Music-Hall de Paris, je veux dire les\n(à peu près notre Métropole) nous montre aujourd'hui un petit nain-chef\nd'orchestre. D'abord quelques valses, expédiées d'un bras indifférent, qui\nsemble tourner un orgue de Barbarie. Puis commencent d'amusantes\nimitations des chefs d'orchestres connus. Ce sont les poings frémissants de\nNikisch, les jarrets défaillants de Strauss, le dandinement élégant de\nWeingartner, et tous les gestes favoris des conducteurs français.\nUne dame, près de moi, se prend à dire :\n\" Comment peut-on encore admirer Chevillard, quand on a\nvu ce petit avorton faire tout cela? \"\n\" Qu'est-ce que vous avez donc jamais admiré chez Chevillard,\nchère Madame, \" demande une voix masculine, avec intérêt.\n—\" Ce que vous admirez vous-mêmes chez les compositeurs\nmodernes... Les signes distinctifs de la personnalité, les symptômes de\nl'individualité. Moi, du moins, je n'ai jamais pu saisir qu'une chose dans\ntoutes ces discussions sur la musique moderne, à savoir que ces Messieurs\nont été frappés par quelque singularité. \"\n\" Mais, chez Chevillard, par exemple, ne peut-on être frappé de\ntout autre chose ? \""}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.33", "texte": "3°\nS. I. M.\n\n\" Si vous m'aviez comprise, ce n'est pas à moi que vous adresse-\nriez cette question. Allez donc la poser aux collègues de M. Chevillard...\"\nPour un Allemand une pareille conversation tient du prodige. On\nne s'explique pas comment elle peut se poursuivre avec ce calme, et la\nsereine assurance que chaque interlocuteur n'attachera aucune importance\naux paroles de son voisin ! J'avais toutes les peines du monde à m'empê-\ncher de placer mon petit mot. Ne venait-on pas de mettre le doigt sur\nl'endroit sensible de notre vie musicale ?\nDifficile est, rébus in arduis, servare\n\" Qu'est-ce qu'il dit ? \" demande la dame.\n\" Une bêtise, je crois. \" Et le Monsieur allume une autre cigarette.\nSur le boulevard des Italiens flamboient les publicités lumineuses.\nEntre l'annonce d'une marque de cigarettes et celle d'un savon luisent en\nlettres de feu ces mots magiques : \" Thé Chate/et.\nSébastien. \" Il s'agit d'un mystère de d'Annunzio, en cinq actes, musique\nde scène de Debussy.\nMalgré la réclame monstre, qu'on n'a pas faite seulement sur les\nboulevards, les dix représentations consécutives de cette œuvre furent peu\nsuivies. Des causes extérieures eurent certainement leur influence. De\n20 à 150 francs, pour une place... Même à Paris, si riche, on réfléchit\nà deux fois, et on attend pour voir si cela vaut la peine. A la première\non sortit en haussant les épaules.\nQuelques jours avant cette première je vis d'Annunzio en compagnie\nde la danseuse juive Ida Rubinstein, dans une loge du Châtelet. (Cette\nrusse aux allures dégagées, était désignée pour jouer le personnage du\nSaint. On comprend que le clergé de Paris ait eu un mouvement de\nprotestation.) Le poète recevait dans sa loge une masse de lettres. Je me\npermis de faire remarquer qu'il n'était pas absolument nécessaire d'expé-\ndier son courrier pendant l'exécution d'une symphonie de Beethoven. On\nsourit. Il paraît que d'Annunzio avait ses raisons pour ne pas donner\nd'autre adresse à ses copains.\nEnfin le grand jour arriva. Pour un franc, je reçus, des mains de\nl'ouvreuse, un joli programme, doré sur sa couverture. Avant de lire les\nnoms des artistes, je dus parcourir cinq pages: d'Annunzio, robe nouvelle"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.34", "texte": "IMPRESSIONS PARISIENNES\n31\n\n(création Berny), Debussy, encore une robe (création Agnès), Ida Rubin-\nstein à l'agonie, et enfin le décor du troisième acte. Suivait un som-\nmaire imposant, dont je reconnus par la suite l'utilité, car on ne saisissait\npas grand'chose des paroles.\nLe premier acte produisit un effet extraordinaire. Deux jeunes gens\nattachés au pilier du martyre, forcent par leur fermeté leur mère à con-\nfesser la foi nouvelle. Le Saint réclame et obtient un signe de ce Dieu\ninconnu. Mais ensuite, tout s'enlise rapidement. D'interminables discours\nterrassent une action qui agonise, et, malgré l'originalité des décors, le\nvide désespérant se fait bientôt dans la salle entière.\nLa musique de Debussy ne peut sauver les choses. Elle est si complè-\ntement stérile, d'une uniformité fatigante, et même sans coloris. Soudain\nl'orchestre se met en branle, là où on se passerait bien de lui, et quand\non l'attend, il reste muet.\nQuel abîme entre cette musique et celle de Pelléas ! On ne connaît\nmalheureusement pas encore Pelléas chez nous, pas du tout. Les repré-\nsentations de l'Opéra Comique, sous la direction de Gregor ne comptent\npas. La musique n'y a joué qu'un rôle à peu près nul. Gregor, qui n'est\npas musicien, n'a jamais eu d'intérêt que pour la mise en scène des\nouvrages qu'il a montés. Un orchestre indiscret, lourd, criard détruisit le\ncharme intime de cette musique, par laquelle Debussy a voulu nuancer\nle poème de Maeterlinck, et qui doit sembler d'un autre monde. \" Je\nt'aime. Je t'aime aussi. \" C'est un imperceptible aveu, qui vient aux\nlèvres ; et l'orchestre s'efface. Comparez à cela les scènes d'amour de nos\n!fopéras nouveaux, où s'étalent et retentissent les fortissimo des tirades à\nbon marché. Il y avait aussi de l'instinct anti-wagnérien, dans cette\nmusique de Pelléas, et l'on pouvait compter sur un artiste aussi novateur.\n; Dommage ! Presque tout ce qu'a écrit Debussy depuis lors, est\nfaible et taillé sur le même patron. (Qu'importe d'où vient ici la formule !)\nDebussy fut un jour un espoir. Qui attend encore de grandes choses de lui ?\nOn pourrait engager à ce propos bien des discussions hérétiques.\nMozart, Beethoven, Wagner se renouvellent à chacune de leurs œuvres.\nPar contre Bach demeure trop souvent uniforme. Là, où les musico-\nlogues s'ingénient à voir en lui, Dieu sait quelles pensées profondes, je ne\ndistingue, pour ma part, qu'un métier solide et de l'ouvrage admirable-\n|tnent faite. Je n'y peux rien. Que Polymnie me vienne en aide !"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.35", "texte": "32\nS. I. M.\n\nQue n'a-t-on pas dit sur \" l'impressionisme \" de Debussy ? On a cru\npouvoir opposer Debussy le coloriste,à Liszt le et à Bach ;\net c'est, encore une fois, le problème de la limitation des arts. Lessing,\ndans un essai profondément documenté, prétendit jadis définir les fron-\ntières de la poésie et de la peinture. Il est arrivé au meilleur résultat\npossible ; c'est-à-dire à prouver définitivement la stérilité de pareilles\nrecherches. Et Wagner, avec son postulat du trouble\nencore aujourd'hui les esprits fumeux.\nNous employons à propos de musique les mots de clair et d'obscur\n(peintre). Nous parlons de la forme des thèmes (plastique), de la con-\nstruction de l'œuvre (architecte), de la qualité des idées (poésie;) de déve-\nloppement et de progression (drame) etc.... Il serait donc possible\nd'appliquer ce nom de Gesammtkunstwerk à des symphonies, à des œuvres\nde musique de chambre !\nToute la querelle porte en réalité sur un mot. Une fusion de tous\nles arts est impossible. Dans une œuvre musicale, les valeurs spécifiques\ndes arts voisins sont transposées ; elles sont orientées vers un but musical.\nLa nature de cette orientation reste particulière à la musique et, si tous\nles arts associés voulaient y prendre une part égale, l'œuvre n'aurait plus\nd'orientation du tout. On pourrait la comparer à un véhicule obligé de\nse diriger dans plusieurs directions à la fois. Pour maintenir les droits de\ntous ces arts, au sein du chef d'œuvre total, il conviendrait, par exemple,\nque la peinture s'assujettisse à la musique et la musique à la peinture\n(pour ne parler que de ces deux rivales). Et nous arrivons à la tentative\nimpressionniste de Debussy, qui consiste à orienter la musique dans le\nsens du pittoresque, expérience qui a déjà contre elle la différence des deux\narts. Il est bien certain en effet qu'on ne saurait dans un paysage, peindre\nque ce qui se voit, et mettre en musique que ce qui s'entend. Ce n'est\npas la voix de l'oiseau que le peintre peut atteindre, mais l'oiseau lui-\nmême, et cet oiseau échappe au compositeur des sons qui n'en saisit que\nla voix.\nMais il y a plus. L'impressionniste peintre pousse à l'extrême lyobjecti-\nvation de son art. Il soutient que le même objet se modifie sous les influences\nde l'air, de la lumière etc... Il ne peint pas la forêt, mais tel endroit de\ntelle forêt à tel moment. Au contraire le musicien n'arrive à donner de la\nforêt qu'une notion tout à fait quelconque, qui s'inspire des murmures,\ndes gazouillements, des bruissements... Il ne précise pas : il interprète."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.36", "texte": "IMPRESSIONS PARISIENNES\n33\n\nInvoquons Platon, qui n'est pas loin. Cet éminent philosophe, qui\nétait aussi un artiste, supposait un royaume des Idées où par exemple, le\nconcept d'arbre était réellement représenté, tandis que notre monde des\napparences ne nous en donnait que des Images particulières. Le peintre\ntravaille sur ces images; et l'impressionniste les multiplie à l'infini. La\nmusique nous interdit de procéder ainsi. Le compositeur se voit refuser\nle moyen de nous dire si nous sommes dans la Forêt Noire, ou dans\nla Forêt Verte. Le malheureux n'a pas même la ressource de nous indi-\nquer si ce sont des conifères ou des folliacés. Il faut qu'il s'en tienne à la\nforêt tout uniment.\nU Idée fluviale a été rendue par Wagner dans le Prélude du Rhein-\ngold avec une irrésistible puissance. Mais c'est en vain que Debussy\ns'efforce de peindre des \" Reflets sur V\" ou des \"\njouez ces pièces devant un public innocent, et demandez ensuite ce qu'il\na entendu !\nLa musique n'a donc pas les vertus spécifiques de la peinture, et il\nn'y a pas d'impressionnistes en son domaine. Ce qui n'empêche pas un\ncompositeur d'orienter vers la musique des impressions que son œil lui a\ntransmises. Le vieil Haydn y a parfaitement réussi, avec des moyens\nprimitifs. L'homme de l'art, de n'importe quel art, tire parti de tout ce\nqui traverse son intellect ou sa sensibilité. Mais le moi du peintre est un\ntout autre transformateur que celui du musicien, ou du poète.\nN'allez pas me faire dire que je conteste à Debussy la valeur de sa\npersonnalité artistique ! J'avance seulement cette idée que les tendances\nde son art sont insuffisantes, et qu'elles aboutissent à une telle confusion,\nen musique, qu'on ne saurait classer leur auteur parmi les artistes qui ont\ndécouvert des voies nouvelles. Comme d'autres musiciens de notre temps\nDebussy a considérablement accru le pouvoir expressif de la musique.\nPersonne ne peut le nier. Mais, la critique qui voudrait le placer à côté\ndes plus grands maîtres, parce qu'impressionniste, ne serait certainement\npas prise au sérieux.\nParfois, dans l'orchestre d'Elektra, on perçoit, à côté d'un cri strident,\ndes bruits accessoires, qui ne relèvent aucunement de l'état d'âme tragique.\nCes étranges cacophonies sont plutôt à leur place dans la comédie ; elles,\nconviennent parfaitement à l'esprit de la parodie.\n\n3"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.37", "texte": "34\nS. I. M.\n\nJ'en ai trouvé la preuve en écoutant petit opéra\nburlesque de Ravel, représenté à l'Opéra Comique. Cette bleuette n'a\nd'autre prétention que d'illustrer la savoureuse morale d'un conte de\nBoccace :\n\" II arrive un moment dans les dédd\" amour,\nOu le muletier a son tour. \"\nLa musique en est follement spirituelle, et de précieuse originalité.\nElle provoqua dans le public de véritables accès de gaîté. Au \" Don\nQuichotte\" de Strauss, je n'ai encore vu rire personne, lors même que les\ncuivres bouchés se mettent à bêler. On ne bronche pas, et pourtant,\nl'imitation ne saurait aller plus loin. De même \" \" C'est\nque le caricaturiste doit où nous montrer les choses comme elles ne sont\npas. Et dans la musique, comme partout ailleurs, le vrai est l'ennemi\ndu rire.\nRavel d'ailleurs, pas plus que Strauss, n'est un véritable humoriste.\nMais il s'entend à enchaîner subtilement des cocasseries musicales d'un\nirrésistible effet. Il remplace par l'esprit le Gemiit qui lui manque. Malgré\ntout, on s'en va sans être entièrement satisfait ; sans doute parce que la\nvaleur personnelle de l'artiste est pour trop peu de chose dans ces plaisan-\nteries. Du moins aux regards de ceux qui distinguent entre l'Art et\nl'Artistique (Kunst und Artistik). En somme, une belle et bonne idée,\nen musique, vaudra toujours mieux que le plus joli trait d'esprit.\nParis-Boulogne-Londres. Une brusque et involontaire collision\nme met en rapport avec un jeune ecclésiastique. Nous causons.\n\"Hé bien ! dites-moi, qu'est-ce qui vous a plu, à Paris ? \"\nquestionne l'abbé.\n\" De trouver dans tous les quartiers, pour 10 centimes, une tasse\nde café ; d'obtenir une réponse polie à une question polie ; de circuler\npartout en métro pour le même prix ; de voir que la Morgue était\nfermée ; de constater qu'on s'entretient à voix basse en public, et que les\nplus vastes réfectoires de la capitale sont silencieux ; d'apercevoir le public\nen habit de gala, les jours de gala; de...\n\" Mais pardon, je voulais dire, en fait de musique...\"\n\" Ah ! bon. Ce qui m'a le plus vivement touché, c'est je crois,"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.38", "texte": "IMPRESSIONS PARISIENNES\n35\n\nla probité du public musical. Il confesse loyalement ses préférences. Il ne\nle prend pas de haut avec ce qu'il ne connaît pas, ou ne comprend pas.\nEt, par-dessus tout, il trouve plus de plaisir à entendre de bonne musique,\nqu'à en faire de mauvaise. \"\n\" Il paraît qu'en Allemagne, chaque famille a son piano. \"\n\" Et malheureusement chaque famille en joue, quand bien même\naucun de ses membres n'aurait la moindre disposition musicale. \"\n\" C'est amusant. \"\n\" O oui ! Surtout pour les gens occupés, qui entendent de\nquatre côtés à la fois le bruit de la musique. \"\n\" Est-il vrai qu'à Berlin on est plus curieux d'apprendre de qui\nest une œuvre, ou par qui elle est jouée, que de savoir ce qu'elle nous\napporte de neuf?\n\" Il est évident que chez nous, on n'a guère d'intérêt pour les\nouvrages qu'on ne connaît pas. Les isolés, qui ne vont pas au concert\nparce que Busoni joue, que Lula Gmeiner chante ou que Nikisch dirige,\nmais parce qu'ils tiennent à entendre du Liszt, du Browns ou du Tschaï-\nkowski, ont un cercle restreint d 'œuvres qu'il faut toujours leur\nservir. La nouveauté ne les tente guère. \"\n\" Mais, que font alors les jeunes, pour se faire connaître ?\n\" Ils cherchent, avec l'aide des parents et amis, à se faire des\npartisans. Et comme ils paient les frais d'édition, ils en arrivent générale-\nment, s'ils ont des moyens, à solder aussi la note des auditions. C'est\nencore moins cher, et plus avantageux que de donner soi-même des\nconcerts.\n\" Alors je m'étonne de voir tant de musique française exécutée\nen Allemagne. Car, si nos compositeurs vont en Allemagne avec une\nidée, c'est bien celle de ne rien payer, mais d'empocher au contraire. \"\n\" Aussi je ne parle que des Allemands, jeunes et encore incon-\nnus. L'homme célèbre, surtout s'il est étranger, peut se faire couvrir d'or\nen Allemagne, et pour des œuvres sans valeur. Il en fut toujours ainsi.\nL'auteur du Vaisseau Fantôme payait encore de son argent (emprunté aux\nautres) pour mettre sur pied Tannhâuser. Entre temps, il devint célèbre,\net Bote & Bock lui offrirent 12,000 marks de sa\ncordialement insignifiante. \"\n\" Voilà qui n'aurait pas été possible à Paris. Car nos éditeurs\nprennent conseil des plus fins connaisseurs. \""}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.39", "texte": "36\nS. I. M.\n\n\" Les nôtres aussi, pour la plupart. Mais ça n'y change rien. Le\nconnaisseur n'entend ordinairement rien aux affaires, et l'homme d'affaire\nne connaît rien à l'art. \"\nL'abbé se mit à rire : \" Mais il y a des musiciens qui s'entendent\négalement bien à l'art et aux affaires !\"\nJe sentis où il voulait en venir et cherchai à bifurquer.\n\" Si celui qui fait la meilleure affaire est toujours celui qui\ndonne le moins, et qui touche le plus, on peut dire que l'artiste n'est\njamais qu'un piètre commerçant. Car il cède tout ce qu'il a, contre une\nsomme qui le met simplement à l'abri du besoin, et lui permet de vivre.\nIl n'en est plus ainsi, toutefois, lorsqu'il puise dans la poche d'autrui,\nou qu'il spécule, par exemple, sur des valeurs qui portent le nom de\nWagner.\n\" Vous voulez sans doute faire allusion aux musiciens français\nqui ont été, ou sont encore, redevables de leurs succès au maître de Bayreuth.\nIl se peut en effet. Mais cela ne fait rien. Vous connaissez le principe\nfondamental de nos lois artistiques et civiles : chez nous la recherche de la\npaternité est interdite. \"\nLe malheur est que, chez nous, tout le monde connaît le père,\net la recherche devient absolument superflue ! \"\nLes portières s'ouvrent. Nous descendons vers le bateau, et nous nous\ninstallons confortablement sur le pont. La fumée de nos cigares s'envole\nrapide et bleue, dans la fraîcheur du crépuscule.\n\nDr. Richard H. Stein."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.40", "texte": "UN QUINTETTE DE FANELLI\n\nA #\nEtes-vous fanellique ? Telle est la question imprévue qui, vers le\nquinze mars dernier, fit sursauter les salons, murmurer les chapelles,\nalarma la critique et agita la presse quotidienne elle-même, si peu acces-\nsible cependant aux soucis de la musique. L'alerte fut vive. Elle permit à\nchacun d'exprimer une fois de plus ses préférences personnelles, et nos\nplus véhéments feuilletonistes ne manquèrent pas l'occasion d'enfler le\nson d'une voix professionellement comminatoire.\nAinsi donc, Paris, ou plutôt Colombes, recélait un musicien ignoré\ntotalement non pas un Satie ou un Molard qu'entoure depuis long-\ntemps un cercle d'initiés mais un homme de cinquante deux ans,\njadis condisciple de Debussy à la classe de Marmontel, puis élève de\nDelibes, et dont personne, sauf Mme Judith Gauthier, ne pouvait dire :\n\"Je le connais ! \" Et cet homme détenait jalousement (et modestement)\nd'abondantes partitions d'orchestre, des (1883-\n1887), d'après le Roman de la Momie de Théophile Gauthier, des\nsions Pastorales (1890), des Humoresques... De quoi former à soi seul les\nprogrammes de quatre ou cinq de nos grandes auditions dominicales ! Il\nfallut se rendre à l'évidence. Ernest Fanelli existait, comme homme et\ncomme artiste. Simple triangle dans les orchestres, accompagnateur obscur\ndans quelques restaurants de nuit, humble copiste à gages infimes, il avait\npeu à peu subi, de la musique, toutes les humiliations d'un douloureux\nmétier. Il semblait que le professionel eut tué en lui le compositeur.\nOn sait le reste. Fanelli copiste se présente à Gabriel Pierné; Fanelli"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.41", "texte": "38\nS. I. M.\n\nmusicien est acclamé aux Concerts Colonne, proclamé par le Matin et\ndéchiré par Lalo. Que manque-t-il encore à sa notoriété ? Il a pris rang\nparmi les hommes dont le public tient à connaître la valeur ; parmi les\ncompositeurs français.\nNos lecteurs nous sauront gré de leur présenter, à titre de\ndocument, l'analyse de la dernière œuvre de Fanelli, le quintette à cordes,\nécrit en 1894. Ils pourront ainsi, en attendant l'exécution de cette œuvre\nqui nous est promise pour la fin d'avril, éclairer leur curiosité et pénétrer\ndans l'atmosphère fanelliste.\n\" Lîâne \", tel est le titre inscrit sur cette œuvre étrange. Et l'âne, c'est\nl'auteur lui-même, de son propre aveu.\nNe cherchons pas ici une ironie facile, qui nous égarerait. Fanelli\navait un but, en plaçant cette vision sonore sous une invocation animale;\nil était guidé par le sens profond des concordances artistiques. L'âne, le\nlourdaud de la fable, la bête disgraciée, qui ne peut se faire admettre\nparmi les habiles, et dont \" Martin bâton \" règle l'existence humiliante...\nn'est-ce pas un symbole derrière lequel la vérité est aisée à deviner ? Au\nmoment où ce quintette fut écrit, Fanelli avait franchi vingt ans de\nlabeur. Ses \" Lehrejahre \" étaient révolus, ses grandes œuvres sympho-\nniques réalisées. La maîtrise était venue. Il pouvait le croire, du moins.\nEt pourtant... le public restait inaccessible, l'auditoire introuvable. Che-\nvillard, auquel les \" Impressions\" avaient été confiées, les rendait en\ns'excusant : \"Je n'oserais jamais montrer cela à mon beau-père!\" Ce\nquintette même, soumis à la lecture de quelques amis, fut repoussé, sans\nautres formes.\nIl semblait donc qu'un malentendu existât entre cet art et l'auditeur\nauquel il était destiné. Il semblait que le musicien se trompait, s'égarait,\nfaisait fausse route, en s'aventurant dans le domaine d'Euterpe. Fanelli,\nà côté de Delibes, de Massé, d'Offenbach, de Gounod, de Godard,\nn'était-ce pas l'âne imitant les toutous, pour qu'on le flatte à son tour,\net présentant à son Maître\nSon chant pour faire le compliment !\nD'autres eurent ce courage. Ils soutinrent la lutte. A ce moment"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.42", "texte": "UN QUINTETTE DE FANELLI\n39\n\nMeme allait triompher le grand mouvement qui entraîne notre musique\nfrançaise vers des destins inconnus. Fanelli, hésitant, abattu, isolé, douta\nde lui-même. Il crut à l'apologue :\nNe forçons point notre talent\nNous ne ferions rien avec grâce\nPeu de gens que le ciel chérit, et gratifie,\nOnt le don d'agréer, infus avec la vie.\nC'est un point qu'il leur faut laisser,\nEt ne pas ressembler à l'âne de la fable.\nLe premier morceau débute par un formidable \" \", soutenu\nd une galopade efFrenee de la contrebasse en délire. Le tout :\nma jurioso e agitato.(Pas commode d ailleurs cette partie de contrebasse\navec ses cinq bémols à la clef.)"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.43", "texte": "4°\nS. I. M.\n\nS'étant ainsi ébroué, notre héros s'essaie à quelque mélodie\naussitôt déformée par les basses, qui reprennent leur train diabolique, au\nmilieu des braiments :\nPeu à peu, l'allure s'assagit, les instruments équilibrent leur jeu, et,\nsur leur figuration régulière, apparaît le cri spécifique, en forme d'une\nsage augmentation :"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.44", "texte": "UN QUINTETTE DE FANELLI\n41\n\nMaître Aliboron s'humanise ; encore quelques mesures d'un récit\npréliminaire, et nous voici en présence d'une mélodie qui chante réelle-\nment. Les habitués de la forme sonate y verront sans doute le second\nthème attendu :\nUn certain parfum de Chabrier se dégage de cette page ; peut-etre\nmême un appel à Franck, dont Fanelli ignorait cependant les œuvres à\ncette époque. Une idée comme celle-ci nous eût conduit, depuis lors,\nvers quelque grande variation mélodique. Ici, elle s'attarde en formules\nun peu mièvres, dont le mélisme capricieux nous fait oublier la bete.\nA peine certains hennissements légers nous rappellent-ils a la realite.\nSerions-nous, avec Mendelssohn, en plein Songe d'une Nuit d été ?\nMais non ! Sa/vaggio e pesante, indique la partition, et la course\nreprend tumultueuse, martelée. Pour aboutir ou ? Au retour prochain des\nthèmes rêveurs, c'est-à-dire à une fin qui s'éteint, sur les pizzicati des\nbasses, et sur les tenues aiguës des violons.\nQu'est-ce à dire? Le premier morceau est fini. Il s'arrête, plutôt\nqu'il ne conclut. L'âne échappé s'est livré à de joyeux ébats, coupes de\nrêves qui lui font honneur. Puis, après quelques gambades, le voila, de\nnouveau, plongé dans ses tristes pensées."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.45", "texte": "4-2\nS. I. M.\n\nLe second morceau est un scherzo, comme il convient. Ici, Me Ali-\nboron cherche manifestement à tirer parti de ses avantages présumés. La\ngrâce du petit chien lui paraît accessible sous la forme d'un rythme\nhabilement contrasté:\nCe trois temps léger, où l'on voit passer l'ombre des grandes oreilles,\nest une souple et amusante acrobatie. Le trio, qui en coupe l'allure,\nrappelle, à s'y méprendre, certaines danses de notre moyen-âge. Nos\nancêtres ont certainement balé sur des airs de ce genre :"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.46", "texte": "UN QUINTETTE DE FANELLI\n43\n\nL'âne s'est-il souvenu des temps anciens, où l'on fêtait à l'église sa\njoyeuse popularité ?\nPas de mouvement lent. On devait s'attendre à cette suppression.\nLe bel adagio eût été contraire à la donnée même de cette œuvre.\nMe Baudet laisse à des animaux plus fortunés le soin de la musique\néthérée.\nC'est donc encore un Allegro salvaggio e maestoso qui formera cette\ntroisième et dernière partie, la partie la plus osée, et probablement la\nplus ardue pour l'auditeur non prévenu. On devrait la nommer la mort\nde l'âne, où la lutte finale entre la brutalité et le sentiment du beau.\nDeux idées s'opposent dès le début, parodiant avec une âpre gravité\nle cri déjà connu A :"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.47", "texte": "44\nS. I. M.\n\nCe groupe forme rondo, c'est-à-dire qu'il reparaît à plusieurs fois,\nponctuant le discours musical. On remarquera son allure dramatique et\npourtant très musique pure.Nous sommes ici au point culminant de la\ncrise. L'animal (je demande pardon à l'auteur) se cambre de tout son\npouvoir vers les hautes régions de l'art. Aussi n'avons nous plus de\nnouveaux personnages mélodiques. Les thèmes sortent les uns des autres\npar une génération naturelle, par un effort de contention, qui ne laisse\npas de désorienter un peu. Après A, voici B :\nqui en dérive manifestement, mais qui nous conduit dans des paysages\ntristanesques, où la mort s'annonce déjà."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.48", "texte": "UN QUINTETTE DE FANELLI\n45\n\nPuis encore D :\nle moment suave de cette agonie.\nMais entre ces instants de lucidité musicale, la folie animale vient\nhacher notre émotion par deux fois, avec une insistance qui dut paraître\nsingulièrement déplacée en 1894 :"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.49", "texte": "4-6\nS. I. M.\n\nEn un mot, et pour résumer la marche titubante de ce final il fau-\ndrait supposer que notre Aliboron passe successivement et alternativement\nen un suprême effort, du majestueux au bestial et du grave au délire,\nï ' ! Le conflit est terminé. La bête n'a pu triompher de sa nature. Elle\ngémit, molto lento :\net rend l'âme, en un brusque sursaut. La \" crevaison \" est accomplie.\nErnest Fanelli n'écrira plus rien jusqu'à ce jour.\nOn le voit, VAne est tout autre chose qu'un acte de plaisante et\nfacétieuse imagination. Le petit scénario, dont nous avons quelque peu\nforcé la précision, est celui d'un vaste poème symphonique de très sombre\ncouleur. L'auteur s'est laissé guider par une idée baroque, devenue drama-\ntique et poignante dès que les cinq instruments à cordes s'en sont emparés,\net que la logique musicale l'a vivifiée.\nCar Fanelli est un visuel ; nous le savions depuis le concert du\n27 mars. Il n'est pas de ceux qui voudraient soustraire le musicien aux\ninfluences du peintre ou du littérateur, tel un oiseau captif auquel on"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.50", "texte": "UN QUINTETTE DE FANELLI\n47\n\ncrève les yeux pour le faire chanter. Il est homme d'abord, et tout entier.\nC'est pourquoi le destin l'a placé parmi les cinq ou six artistes de cette\népoque, dont la vision musicale fut renouvelée.\nFanelli est novateur par tempérament, plus que par système. Il est\nsensible et sensuel. D'où son peu de résistance et son obscurité. La\ntechnique de son quintette nous montre l'inquiétude d'un esprit qui\ncherche furieusement, sans autre passion que celle de l'aventure sonore.\nL'écriture orchestrale de ces cinq voix, la couleur fantasmagorique de la\ncontrebasse, l'invraisemblable tension des violons, et ces secondes qui se\nfroissent, ces thèmes qui s'insurgent, et pardessus tout l'aisance de la\nvolonté artistique au milieu de cet informe hurlant..., ce sont là des\nvaleurs, que notre musique française de chambre ignorait avant les der-\nnières années du siècle passé.\nEt maintenant une question se pose. Fanelli reprendra-t-il courage?\nAssisterons-nous à la résurrection du personnage symbolique en qui le\ngrand artiste a voulu se railler, il y a dix-huit ans ?\nIl le faut, et c'est au public qu'il appartient de décider l'auteur de\nY Ane à se souvenir de sa propre valeur. Il y a quelques jours, lors de la\nlecture de cette œuvre difficile, Fanelli nous confiait encore une fois ses\nhésitations : \" Croyez-vous que mon Ane vaille la peine de se montrer ?\nN'est-il pas bien vieux? A quoi bon tout cela?\" Ainsi a toujours\nraisonné ce Musicien malgré lui.N'est-ce pas à nous de lui démontrer\nqu'il se trompe ?\n\nJ. E."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.51", "texte": "WYZEWA (T. de) et SAINT-FOIX (G. de). W. A.\nMozart. (Paris, Perrin, 1912, 522 pp.)-1\nJe termine la lecture du premier volume de l'ouvrage\nadmirable de MM. de Wyzewa et de Saint-Foix sur Mozart.\nRespectueusement, je le glisse sur un des rayons de ma bibliothèque,\nentre les deux lourds in-octavo d'Otto Jahn, qui traitent du même\nsujet, et le recueil des Lettres de Aiozart traduites par M. de\nCurzon. Le nouveau volume y est à sa place. Il fait contraste avec\nses voisins ; d'une part le travail un peu pédant du u savant et\nconsciencieux philologue allemand \" que gaine un lourd papier de\ncouleur foncée ; de l'autre, brochée en gris, la série des lettres,\nlettres folles de sourires d'abord, débordantes d'espoir ensuite, enfin,\ngonflées de larmes. Il semble qu'un hasard propice a présidé à la\nconfection de ces livres, réservant au dernier paru, la couverture\nblanche, l'encadrement délicat, le titre apparent en rouge, le\nmédaillon gracieux et l'ordonnance claire des feuillets, comme\ns'il fallait habiller de joie le récit des années les plus heureuses\nLes années heureuses, pour Mozart, c'est toute sa jeunesse ;\nannées d'études et de prodiges, durant lesquelles les influences\nmultiples forment en lui le germe de tout son art. L'histoire est\nmerveilleuse. C'est d'abord l'époque de Salzbourg, la ville natale, qui développe chez l'enfant\nce goût \" ni très profond, ni très raffiné, mais infiniment épris de lumière, d'expression simple\net gracieuse, de cette beauté musicale toute chantante qui va être comme le fond continu de son\nœuvre entière. \" C'est Vienne, ensuite, et les petites villes allemandes, cours princières, qui\nseront témoins des exhibitions déplaisantes des petits \" phénomènes. \" C'est enfin Paris, puis\nLondres, où, au contact d'autres musiques et d'autres maîtres, la fleur splendide de son génie\nva s'épanouir. L'enfance de Mozart est prédestinée.\nIl est, certes, malaisé d'établir le détail des influences morales, intellectuelles, pédagogiques,\nhéréditaires et d'autres sortes, qui ont présidé à l'éclosion de son art. Lorsqu'on parle d'influences,\nparticulières ou diverses, on admet comme réelles, des distinctions qui relèvent uniquement des\nnécessités du langage. On dissémine des choses indivisibles. J'approuve fort MM. de Wyzewa\net de Saint-Foix de n'avoir point donné dans ce travers. Que Mozart ne soit redevable à l'art\nmédiocre de son père, que des \" deux ou trois particularités que la cohabitation du père et du\nfils a communiquée plus durablement à ce dernier, \" qu'il ait découvert l'œuvre de Paganelli à\nAugsbourg, connu le violoniste Nardini, à Ploechingen, admiré l'orchestre fameux de\n\n1 Les passages placés entre guillemets et dont la source n'est pas indiquée sont extraits du livre de\nMM. de Wyzewa et de Saint-Foix."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.52", "texte": "4\n\nLES LIVRES\nPaul Grosfils.\n\n49\n\nMannheim, copié les sonates d'Eckard, à Bruxelles; qu'il se soit extasié à la révélation inattendue\ndes clavecinistes italiens et français ; qu'il ait imité Le Grand, Honnauer ou Charpentier, à\nParis, apprécié le maître Schobert, ce qui fut \" un des événements les plus mémorables de sa\ncarrière ; \" tout cela est incontestable. Les analyses de ses compositions, prises dans l'ordre\nchronologique, que donnent MM. de Wyzewa et de Saint-Foix, dégagent avec une exactitude\nremarquable l'enseignement qu'il en a tiré. Mais leur méthode tend à accorder aux détails une\nimportance considérable. N'oublions pas, que c'est dans l'esprit de l'enfant que s'effectue la\nrévélation ; les ouvrages, les auditions, les exemples qui l'ont amenée, sont secondaires. Elle se\nserait produite dans d'autres circonstances. Mozart va vers la musique, comme Macbeth est\nallé au crime, fatalement.\nDès 1772 \" un Mozart imprévu et prodigieux se révélera à nous, un musicien poète qui\nd'emblée créera des chefs-d'œuvre inimitables. \" C'est l'époque des premières symphonies, des\nconcertos d'instruments, des sonates à quatre mains ou avec accompagnement d'orgue, des petits\ndivertissements en quatuors. Son style se transforme spontanément et complètement. La dimen-\nsion des morceaux et l'agencement de leurs parties, sujets et développements, quoique encore sous\nl'influence des Italiens, sont modifiés avec originalité. L'orchestre moderne se dessine ; une\nméthode nouvelle dirige les groupements ; la variété des instruments ne nuit plus à l'homogénité\nde l'effet produit ; et les détails : le renforcement des flûtes, bassons, cors et hautbois, l'affran-\nchissement pour l'alto et le violon de la tutelle gênante des basses, l'emploi discret des cuivres,\nl'usage réglementé de la voix humaine, lui donnent un équilibre et une pureté qui n'a, certes,\nrien de comparable aux armées, en ligne de bataille, de Wagner, Mahler ou Richard Strauss.\nOn assiste à la \" transition entre l'italianisme complet des périodes précédentes, et la création\nd'un style personnel. \" Pour la première fois, les ouvrages de Mozart nous font l'effet d'un\naboutissement.\nParmi les maîtres que Mozart a rencontrés et dont on déchiffre les noms oubliés aux\nfeuillets froissés du carnet de son père, parmi les œuvres nombreuses, oubliées elles aussi, et\nperdues, qu'il achetait en route, qu'on lui remettait, qui encombraient son modeste bagage,\nparmi ces mille influences si diverses, musicales, personnelles, spontanées ou réfléchies, qui\ns'entrecroisent et s'entrechoquent dans ce cerveau de dix ans, est-il possible de déterminer les\nfacteurs agissants ?..\nC'est ce que s'est proposé l'ouvrage admirable de MM. de Wyzewa et de Saint-Foix.\nJ'y envoie mon lecteur pour l'analyse, en ordre et en détail, des premières compositions de\nMozart ; elle est minutieuse et parfaite. Que cette perfection toutefois ne lui fasse point\nformuler d'absolues conclusions. Il serait impertinent d'appliquer à l'œuvre de Mozart l'étalon\nrigide des valeurs universelles. J'éprouve (est-ce vraiment une faiblesse ?) une sorte d'atten-\ndrissement indulgent vis à vis de ces manifestations, parfois puériles, d'un génie qui se forme,\net je suis reconnaissant à MM. de Wyzewa et de Saint-Foix de n'avoir point heurté mon\nsentiment. Si leur livre est positif et précis, une délicatesse fine s'attarde à chacun de ses\nfeuillets. Leur admiration sincère est discrète et réfléchie. Il n'ont pas donné de la valeur de\nces travaux un exposé définitif. Mozart n'était pas un poète qui se concentre à la façon de\nlord Byron, ou qui se débat dans la nature environnante comme Shelley ou Walt Whitman.\nC'est dans son art qu'il vécut sa vie douloureuse, dans son art, qu'il la réalise, et c'est là,\nque nous découvrirons les traces complètes, inépuisables de toute sa personnalité. Nous ne\npouvons le juger par fractions, car chacune de celles-ci fait partie d'un tout. Dans son œuvre,\nl'incomplet, le douteux et même le mauvais, n'y sont pas moins essentiels que le splendide\net le parfait. Comme disait Carlyle, seules les peintures chinoises n'ont pas d'ombres."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.53", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSÉANCE DU JEUDI 15 MARS 1912\nLa séance est ouverte à la Bibliothèque de l'Opéra, à 4 heures 1/4, sous la présidence de\nM. Ecorcheville, Président.\nEtaient présents : MM. Mutin, Quittard, A. Laugier, Docteur Laugier, Banès, Tenéo,\nPeyrot, Cucuel, la Comtesse de Chabannes, Mme Gallet, Miles Neufeld, Daubresse, Roche,\nM. et Mme Lefeuve, MM. Landormy, Herwegh, de Bertha, Vinée, Dolmetsch, Ruelle,\nPoirée, Raugel, Guérillot, Dauriac.\nEn ouvrant la Séance, le Président remercie nos Collègues, MM. Banès, Ténéo et\nQuittard, de la bienveillante hospitalité qu'ils nous accordent à la Bibliothèque de l'Opéra pour\ncette Séance. Il présente les excuses de MM. de La Laurencie et Prod'Homme, retenus hors\nde Paris. La candidature de M. Maximilien J. Rossberger présentée par MM. Moskowsky et\nEcorcheville est admise à l'unanimité, après quelques observations concernant l'admission dans\nla Section de membres de nationalité étrangère.\nLe Président rappelle qu'une Commission a été formée au sein de la Section, pour\npréparer le Congrès de 1914. Elle se compose de MM. Brenet, Chantavoine, Ecorcheville,\nEmmanuel, Gariel, de La Laurencie, Mutin, Quittard et Tiersot.\nLe Trésorier demande la parole pour rappeler combien il est difficile de faire toucher\ncertaines cotisations. Sur sa demande, la Section décide que tout membre qui aura refusé de\npayer sa cotisation dans le courant de l'année, sous prétexte qu'il ne veut plus faire partie de la\nSociété, sera rayé, que sa radiation sera portée à sa connaissance par le Secrétaire Général, et\nfigurera dans les procès-verbaux publiés tant par la Revue que par le Bulletin\nMensuel International.\nLa parole est donnée à M. de Bertha pour une communication sur : \"La question des\nreprises. \" MM. Landormy, Dauriac et Quittard prennent successivement la parole.\nUne audition est donnée par un Quatuor à cordes, formé de MM. Raugel, Borrel,\nChédécal et Gervais, qui font entendre des œuvres de E. du Caurroy et de Claude Lejeune.\nCette audition donne lieu à d'intéressantes remarques au sujet de la réalisation des œuvres du\nXVIe siècle.\nLa parole est donnée à M. Landormy, pour une communication sur : \"La Musique\nFrançaise en Hollande. \"\nLa séance est levée à 6 heures 1/4."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.54", "texte": "Les Théatres\nLE COBZAR LES DEUX PIGEONS\nIl ne serait pas très courageux d'attaquer l'opéra de Madame Ferrari car il est\nde ceux qui ne se défendent pas. Et, puisqu'il ne faut jamais frapper une femme\nmême avec une fleur de rhétorique, usons de précautions oratoires pour commémorer\ncet assaut de notre Académie Nationale de Musique par le féminisme triomphant.\nJusqu'ici, les suffragettes de la double croche avaient respecté cette institution\nd'Etat : aujourd'hui, conscientes et organisées, elles l'investissent comme un vul-\ngaire Parlement. Leur effort, hélas, en ce qui concerne l'éloquence musicale, ne fut"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.55", "texte": "52\nS. I. M.\n\njamais éclatant. C'est en vain que nous attendîmes de la sensibilité nuancée, de\nl'acuité de perception, de la subtile dextérité dont les prêtresses d'Apollon nous\navaient donné tant de preuves, le miracle qui dota la littérature contemporaine\nd'une Colette Willy ! Nos Lucie Delarue-Mardrus s'appellent Jane Vieu et nos\nComtesses de Noailles se nomment Cécile Chaminade ! Madame Ferrari ne semble\npas avoir très utilement servi la cause de son parti en choisissant pour tribune le\nvaste plateau de la salle de réunions publiques administrée par MM. Messager et\nBroussan. Elle avait, en effet, bien peu de paroles significatives à prononcer. Instinc-\ntivement habile à saisir les caractéristiques d'une \" mode \", aussi prompte à recon-\nstituer une recette lyrique qu'à deviner la coupe d'une robe entrevue au théâtre,\nla compositrice a fait preuve d'adresse mais a été victime d'une erreur d'optique\net de date. Le modèle qu'elle a choisi ne se porte plus, la \" façon \" vériste sent\nson rasta d'une lieue. On aurait pu pardonner à une femme bien des faiblesses\nharmoniques ou orchestrales mais on excusera difficilement son absence fâcheuse de\nparisianisme. Le génie d'une poétesse peut agréablement retarder de quelques\nannées et même de quelques siècles, mais son chapeau n'a pas le droit de dater d'une\nseule saison. Madame Ferrari a mal calculé dans son Cobzar l'équilibre des\nanachronismes permis.\nYoici en effet comment elle conçoit une action musicale. Deux amants mal\nmariés cherchent dans l'adultère l'oubli de leurs misères conjugales. Surpris par\nleurs conjoints respectifs, ils divorcent à coups de poignard. Et à leurs pieds libres\ndésormais du boulet matrimonial, on rivera la chaîne des forçats. C'est tout. Pour\ncorser cette donnée par trop quotidienne et pour réaliser l'idéal \" pittoresque \" qui\nsommeille au cœur de tout metteur en scène il n'y avait plus qu'à situer en Rou-\nmanie le fait-divers que nous aurions méprisé au faubourg Montmartre et à l'en-\ntourer de chœurs de moissonneurs et de danses locales. Ce fut fait et bien fait. La\ncouleur générale fut obtenue par l'emploi méthodique des mélopées où pleure une\nseconde augmentée et par un frottis systématique de tons mineurs. Les cris de\npassion furent rauques et violents, il y eut des chansons populaires, des rêveries,\ndes ariosos, des morceaux de genre et des duos exaltés ; il y eut une Jane Hatto\nsouple et pathétique, un Muratore fougueux et bondissant, une Lapeyrette haineuse\net sarcastique et un Note plus préoccupé de venir, à l'avant-scène, donner une leçon\nde chant à ses contemporains que de prendre part à l'action banale et désobligeante\nqui faisait de lui un mari trompé et poignardé. 11 y eut tout cela et, pourtant, qui\noserait affirmer que le devoir des directeurs de l'Opéra était d'élire le Cobzar entre\ntoutes les partitions qui s entassent dans leur antichambre ? Etait il vraiment im-\npossible de découvrir en 1912 un compositeur ayant encore plus de génie que\nMadame ferrari ?... Voila le problème qui torturera plus tard les historiens du\nthéâtre lorsqu'ils tenteront de reconstituer l'atmosphère musicale de notre com-\nmencement de siecle et qu ils déchiffreront la partition admise à l'honneur de syn-\nthétiser l'effort de toute notre génération !\nLe Cobzar était suivi d'une reprise des Deux Pigeons. Exquise attention d'un\ndirecteur qui ne veut pas laisser partir ses invités sans leur rappeler discrètement"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.56", "texte": "LE MOIS\n53\n\nqu'il est, au fond, un excellent musicien et qu'il ne faut pas le juger uniquement\nsur son goût administratif. Cet aimable divertissement a gardé toute son élégance\ndéliée, tout son esprit et tout son charme. Cet art de bonne compagnie a vraiment\nde la race et s'exprime en formules harmoniques et mélodiques d'une rare distinc-\ntion, même dans les instants où il s'abandonne à quelque nonchalance. La finesse\nde l'écriture, la justesse des termes musicaux employés, la perfection d'un métier\norchestral infaillible donnent à cette musique qui porte fièrement comme une aigrette\nson épithète de \" légère \" une solidité que pourraient lui envier nombre de nos\n\" poids-lourds \" de la composition. Il y a plus de joie, dans le ciel où rayonne\nMozart, pour la découverte d'un thème de valse svelte et cambré que pour celle\nde quatre-vingt-dix-neuf réponses de fugues ! Et n'oublions pas que le miracle de\n\"Pelléas\" fut annoncé, proclamé et défendu avec une clairvoyance et une autorité\ninégalées, non par les hautains spécialistes de l'esthétique pédagogique, mais par\nl'auteur des \" Petites Michu C'est la main qui écrivit \" Véronique \" qui sut, la\npremière, tracer dans les airs, d'une baguette divinatoire, la voie merveilleuse où\nl'astre naissant devait accomplir son éblouissante révolution. Que ces souvenirs\nnous apprennent à nous méfier des classifications arbitraires et nous aident à nous\nlibérer de la tyrannie des genres.\nM. Clustine a très ingénieusement renouvelé la chorégraphie du ballet de son\ndirecteur sans s'écarter pourtant des traditions techniques de la maison. Ceux qui\nredoutaient le slavisme indiscret du nouveau Vestris peuvent se rassurer. Les\ncolonnes du temple ne sont pas ébranlées. La danse de Zambelli et d'Aïda Boni se\nréclame d'un classicisme de plus en plus pur, et c'est à peine si l'on peut découvrir\ndans leur pas nouveaux un peu plus d'élan et un peu plus de fougue passionnée ;\nl'impassibilité de la pointe et du jeté-battu serait-elle enfin légèrement compromise?\nLa seule concession faite à la nationalité du maître de ballet m'est apparue dans les\nodieuses bottes molles en accordéon alourdissant les chevilles des danseuses de la\nplus désagréable façon, par un scrupule puéril d'exactitude géographique fort discu-\ntable. Ces libellules chaussées comme des moujiks et martelant le plateau de leurs\npesantes extrémités apparurent infiniment moins légères que la musique chargée\nde les soulever du sol. Ce fut, littéralement le triomphe des plus lourdes que l'air,\nl'air souple et ailé que murmurait l'orchestre. Fatale révolution i Le Rat prendra\ndésormais la place du Chat Botté dans les contes de nourrice. Le brodequin, la\ngaloche et le godillot frétillent déjà d'espérance heureuse !.. Hélas ce n'était pas\nla peine de nous habituer depuis quelques années à la cambrure de tant de jolis\npieds nus pour condamner brusquement nos étoiles à porter désormais la botte\nd'ordonnance, même si elle est de sept lieues ! La lutte engagée entre le syndicat\nde la cordonnerie et la tribu Duncan nous réserve encore des surprises...\nEMILE VUILLERMOZ."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.57", "texte": "54\nS. I. M.\n\n\" MYRDHIN \" DE BOURGAULT DUCOUDRAY A NANTES. Il existe\nune musique bretonne : cette affirmation étonnera beaucoup de gens : d'autres souriront qui\nauront entendu par hasard au tournant d'une excursion en Bretagne quelque vague mélopée et\njugeront que c'est faire beaucoup d'honneur à peu de choses.\nCependant je maintiens dans toute sa force cette phrase catégorique : il existe une musique\nbretonne ; je vais même plus loin : il se pourrait que cette musique prenne une importance\nconsidérable parce qu'elle peut devenir la source à laquelle viendra se rafraîchir la musique\noccidentale.\nIl ne peut s'agir évidemment de musique instrumentale ; la musique instrumentale\nbretonne est de valeur à peu près nulle : la Bretagne ne connaît que d'instruments le biniou et\nla bombarde. Mais si nous abordons la musique vocale nous tombons sur une mine quasi inépui-\nsable : inépuisable par le nombre et la variété des sôniou et des gwersiou mis au jour, d'une\nmultiplicité et d'une force étranges, de coloration lumineuse, d'originalité intense ; inépuisable\nsurtout parce qu'elle proclame l'existence d'une phrase musicale bretonne constituée par ces\ndeux éléments; les modes et le rythme.\nLes modes : il faudrait un volume entier pour établir la richesse modale de la musique\nbretonne : le système diatonique de Bretagne plus complet que celui de la Grèce ancienne\ndérive directement de l'échelle pentaphone que l'on trouve dans les cinq parties du monde, et\npar là la musique bretonne nous fait remonter plus haut que plus vieilles traditions de la\nmusique universelle. Le rythme : la phrase musicale bretonne ne connaît pas la carrure ; elle\névolue de 2 à 7 mesures, s'arrondit, s'élance, se rapetisse avec une minutie parfois décevante.\nPour faire connaître ses richesses, il fallait un instrument : une association de composi-\nteurs bretons s'est fondée dernièrement : elle veut être cet instrument. Il faut qu'un breton\npénétré de tout le passé musical de sa racey mais se laissant posséder par le souffle créateur de sa terre,\nproduise l'œuvre musicale attendue par ceux à? Ar-Mor et à? Ar-Goat et celui-là sera le\nMoussorgski breton.\nEt ceci m'amène à parler de la représentation de Myrdhin qui fut donnée à Nantes il y\na quelques jours. Myrdhin est l'œuvre posthume de Bourgault-Ducoudray, le grand ancêtre\ndans le royaume de musique bretonne, lui qui dès 1885 dans la préface de ses trente mélodies\npopulaires de Basse-Bretagne y signalait la présence de modes analogues à ceux dont les théori-\nciens grecs nous ont légué la formule, et dont quelques découvertes archéologiques nous ont\nprocuré de précieux échantillons.\nMyrdhin est une œuvre qui impose le respect : des qualités rares s'y font jour, telles que\nle culte de la forme, la probité d'écriture ; les ensembles vocaux y sont traités avec générosité,\nl'orchestre d'une carrure raide et hiératique affirme l'effort d'une montée persistante vers le\nbeau. Est-ce une œuvre bretonne ? j'hésite à répondre nettement.D'un côté, je regrette la façon\ndont le librettiste de Bourgault-Ducoudray a transformé la merveilleuse légende de Viviane\net de Merlin ; d'un autre côté, je regrette la tendance européenne de l'inspiration de celui qui\nfut un si génial folkloriste. Et qu'on 11e voie pas là une critique le moindrement irrespectueuse:\nBourgault-Ducoudray ne serait pas notre seigneur breton qu'il ne me viendrait pas à l'idée de\nrelever ses affinités wagnériennes, ses accentuations italiennes, ou tout ce qui est en lui très\nfrançais de France, j'entends français formé vers 1870.\nMais j'aurais aimé que dans ce testament musical apparaissent au moins les germes de ce\nque pourrait être une œuvre lyrique bretonne. Je ne les ai pas vus ; peut-être n'ai-je pas su\nles voir ; je n'y ai pas trouvé l'âme du maître des modes et des rythmes, du gardien du feu\nauquel se rallumera la torche de notre vie musicale.\nJEAN LAPORTE."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.58", "texte": "LES “TABLEAUX SYMPHONIQUES” DE M. FANELLI\n\" Un génie méconnu. \" \" Un Wagner français. \" \" Incomparable et Sublime. \"\n\" Rendez-vous tous Dimanche prochain aux concerts Colonne. \"\nVraiment, la Presse quotidienne abuse de sa toute-puissance ! Qu'elle s'occupe de lancer\nun remède sensationnel, soit. Qu'elle s'efforce de provoquer, dans un intérêt financier, des\nconflits internationaux ; de relever une industrie défaillante par le moyen de souscriptions soi-\ndisant patriotiques, c'est son droit, sinon son devoir. Nous lui abandonnons la politique, les\nentreprises commerciales, le théâtre même. Mais, au moins, qu'elle nous laisse l'art !\nPendant plus d'une semaine, les quotidiens ne nous ont entretenus que de ce compositeur,\ntrop ignoré jusqu'ici. Nous apprenions chaque jour qu'il gagnait péniblement sa vie en faisant\nde la copie ; qu'il ne mangeait pas à sa faim ; que sa fille travaillait pour obtenir un brevet\nd'institutrice. On nous révélait les émotions poignantes que procura sa partition à M. Gabriel\nPierné, à l'orchestre Colonne, à Mme Judith Gautier, àM. Benedictus.\nCes procédés de 8e page et de roman-feuilleton nous valurent une manifestation des\nplus ridicules et des plus navrantes : durant un quart d'heure, une foule de mi-carême hurla,\nsur l'air des lampions, le nom de l'auteur, jusqu'à ce que celui-ci fût traîné lamentablement\nsur la scène. Cette ovation consolatrice n'a rien réparé. M. Fanelli mérite mieux que cela.\nCette réclame à l'américaine devait sûrement porter sur les fervents de Nick Carter. Par\ncontre, elle provoquait la méfiance des artistes, ainsi que celle des critiques, auxquels leur\nprofession ordonne la prudence. Quelques-uns de ceux-ci ont eu la force de ne point aban-\ndonner leurs préventions.\nPourtant, le cas est remarquable de cet artiste, complètement isolé en 1883, se livrant à\ndes recherches que l'on est convenu d'appeler impressionistes, au moment où nul, en France, ne\nse souciait de Yimpressionisme.\nCertes, cet impressionisme est très différent de celui de nos musiciens actuels. M. Fanelli\nignorait probablement à cette époque certaines œuvres de Liszt, et sans doute celles de\nRimsky-Korsakoff, de Balakirew, de Moussorgski et de Borodine, qui ont inspiré la jeune\nécole française. L'impressionisme de M. Fanelli procède plus directement de celui de Berlioz:\nla perception des bruits de la nature est à peine stylisée. L'intérêt mélodique et harmonique\nn'est guère plus savoureux que dans le Carnaval romain ou certains passages de Romeo et\nJuliette.\nTelle quelle, et surtout en se plaçant à l'époque où elle fut écrite, l'œuvre est du plus\nhaut intérêt. L'atmosphère suffocante du début de la ire partie, les piaulements stridents des\ngypaètes, la mélopée lointaine de l'esclave, malgré son orientalisme un peu conventionnel,"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.59", "texte": "56\nS. I. M.\n\ndans la 2e partie, l'éblouissement des nefs fourmillantes et bigarrées ; dans la 3e le roulement\nincessant des chars grondant sous l'éclat des fanfares ; tout cela exprimé, semble-t-il, du moins\nà première audition, par les seuls moyens d'une orchestration des plus pittoresques, aurait\nsurpris puissamment les auditeurs, si les concerts dominicaux avaient exécuté à temps ce poème\nsymphonique.\nSans doute, l'accueil n'eût pas été aussi unanime ; les exécutants, loin de pleurer, auraient\nau moins souri. Ce même public n'aurait pas manifesté plus chaleureusement que pour l'étin-\ncelant Feu d'artifice d'lgor Strawinsky. Peut-être même aurait-il simplement chuté, comme à\nla première audition de Y Après-midi d'un faune, qu'il bisse aujourd'hui.\nEt surtout les recherches du jeune compositeur n'auraient pu, à cette époque, servir à\namoindrir celles de ses confrères.\nIl est singulier que ces recherches, taxées par certains de négligeables jusqu'ici, prennent\ntout-à-coup une importance extraordinaire parce que l'on en découvre l'embryon dans une\nœuvre écrite il y a 30 ans.\nCe beau courage, qui consiste à écraser l'audace des contemporains gênants sous l'audace\nde leurs prédécesseurs a fait trouver dans cette oeuvre la source de l'impressionisme de Claude\nDebussy.\nUn critique, entraîné par son zèle, a cru même devoir déclarer, tout net, que, dans ce\npoème u la conception et l'écriture harmonique sont manifestement debussystes, ou plutôt\npré-debussystes \", sans doute parce que aM. Fanelli abuse des suites de tierces majeures, ce qui,\nen 1883, était une trouvaille, et une nouveauté.\" L'honorable critique entend par là les\naccords construits sur la gamme par tons. Or il semble ignorer que, vers le milieu du siècle\ndernier, ce procédé était déjà employé, par Liszt d'abord, puis par Dargomijsky, lequel fit plus\nque d'en abuser : un acte entier du Festin de pierre est composé sur cette gamme.\nIl est d'usage que M. Debussy subisse annuellement une attaque de ce genre. Nous\nsavions déjà que la découverte de son système harmonique était due entièrement à Erik Satie,\ncelle de son théâtre à Moussorgsky, et son orchestration à Rimsky-Korsakoff. Maintenant nous\nsavons d'où vient son impressionisme. Il ne lui reste plus que d'être, malgré cette pauvreté\nd'invention, le plus considérable, le plus profondément musical des compositeurs d'aujourd'hui.\nQuant à M. Fanelli, je ne vois pas beaucoup de musiciens français de sa génération qui,\ntant pour sa hardiesse orchestrale que pour la puissance de son inspiration pouvaient, en 1883,\nlui être comparés.\nMAURICE RAVEL.\nLES FIORETTI DE SAINT FRANÇOIS D'ASSISE. Oratorio en un prologue\net deux parties, poème de Gabriel Nigond, pour soli, chœurs d'hommes, de femmes, d'enfants\net orchestre par Gabriel Pierné. 1 —Il n'est point plus beau sujet d'oratorio, plus poétique et\nplus musical, que la vie de Saint François d'Assise. On comprend que M. Gabriel Pierné\nse soit laissé tenter. Mais n'eut-il pas dû d'abord s'assurer le concours d'un poète d'autre\nenvergure ? Ce sont de bien petits vers que ceux de M. Nigond, et bien éloignés de rendre\nquelque chose du charme et de l'émotion des Fioretti. On se demande même si l'auteur du\nlivret a soigneusement lu les u petites fleurs \" de Saint François et toutes les légendes que le\nPoverello a inspirées. Il y avait tant à prendre dans ces textes, à traduire presque mot à mot !\nL'image que M. Nigond nous donne de Saint François est bien pâlie ; il laisse de côté dans la\nvie du saint ce qu'il y a de plus original ; il n'exprime rien de sa franche gaieté, de sa joie\nrobuste, de ses saillies familières ; il en fait le saint banal, toujours confit en dévotion ; il oublie\n\n1 Partition chant et piano, net 15 Frs, chez Max Eschig, Editeur, Paris,"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.60", "texte": "LE MOIS\n57\n\nque c'est d'abord un italien au rude et capricieux tempréament, capable de mille folies, et\nqu'il n'eut point fallu craindre de peindre au naturel.\nCes réserves faites, —et elles ne concernent que le poème l'oratorio que l'Association\ndes Concerts-Colonne vient de nous faire entendre est, musicalement, une œuvre exquise de\nfraîcheur, de simplicité, de tendresse. Rarement M. Pierné a rencontré des accents plus émus,\nplus pénétrants. C'est d'abord, dans le prologue, cette introduction qui évoque le ciel limpide\nde l'ltalie, les contours arrêtés des choses, la vie insouciante des hommes. De jolies chansons se\nmêlent au bruit de la nature : l'impression est délicieuse. Vient ensuite la scène des fiançailles\nde François avec la Pauvreté qui est peut-être la plus belle page de la partition, d'expression\nsobre, intérieure et profonde ; le canon qui la termine est d'une touchante gaucherie et d'un\nparfum tout franckiste. La scène du lépreux a de la force et de l'âpreté, mais le texte poétique\noffrait ici une matière vraiment insuffisante au musicien. Il y aurait bien à dire aussi sur les\nfadeurs du dialogue qui s'échange entre sœur Claire et François ; mais le compositeur a réussi\ncette fois à nous faire oublier les paroles, et il a dessiné un portrait de sœur Claire adorable de\npureté, de limpidité, de pudeur naïve. La scène des oiseaux eut pu donner mieux, et l'on atten-\ndait beaucoup plus du chœur des enfants : il est un peu simplet ; du reste toute cette jeunesse\ndes écoles de la ville de Paris chante si faux, et les voix sont si laides ! Ne pourrait-on trouver\nmieux dans les maîtrises ? On se serait cru à une distribution de prix... Mais voici maintenant\nFrançois malade et aveugle : Sœur Claire est prés de lui ; le soleil resplendit et François lui\nadresse son admirable cantique. M. Pierné a traité cette page d'une façon très ingénieuse :\nFrançois improvise librement, à pleine voix, sans accompagnement, dans le style du vieux\nchant grégorien, et l'orchestre lui répond par les mêmes thèmes repris en diaphonie : l'effet est\ntrès heureux. Enfin dans le dernier tableau, nous assistons à la mort de François : au loin on\nentend la foule qui se rend en pèlerinage auprès du saint ; sœur Claire est là; (on voudrait\nqu'elle n'y fût point) ; une grande douceur, une grande tendresse planent sur ces dernières\npages.\nOn acclama M. Pierné : et ce fut justice. Sans prétention, sans vaine recherche, il a écrit\nune œuvre sincère, ingénieuse, délicate. Ajoutons que son orchestre sonne toujours de la façon\nla plus agréable et parfois la plus nouvelle, et que ses interprètes, Mme 3 Mellot-Joubert, Povla-\nFrisch, MM. Laffitte, Delmas, Fugère se montrèrent excellents.\nINTÉRIM.\nSYMPHONIE EN UT MINEUR DE A. GÉDALGE. Il est nécessaire de réfléchir\nlonguement avant de critiquer une symphonie de M. André Gédalge ; le \" labarum \" que ce\nmusicien brandit et sur lequel se lisent ces mots : ni littérature ni peinture, rend modeste le\nmoins présomptueux des auditeurs appelé à émettre un jugement; comment en effet juger une\nœuvre musicale sans encourir le reproche de littérateur ou de peintre ; à quelles comparaisons\nrecourir hors du domaine du verbe ou de la couleur pour situer ce qui ne veut exister que dans\nun monde sonore ?\nIl faudrait s'en tenir à une sèche nomenclature thématique et analytique de musico-\npaléographe : dépouiller chaque partie en en énumérant les lignes et variations mélodiques ;\nvider les compartiments de cette gigantesque armoire qu'est une symphonie sans seulement\nqualifier les étoffes qui s'y trouvent enfermées : tout cela besogne fastidieuse de pédant qui fait\nsourire les musiciens professionnels et fait bâiller les profanes.\nAlors, que faire ? Il y a deux ans lors de l'audition de la symphonie en fa du même\nA. Gédalge je trouvai cette tangente : l'interview ; j'y eus recours pour amener à merci le savant\nprofesseur de la rue de Madrid et le faire me livrer ses secrets merveilleux ; à l'heure actuelle"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.61", "texte": "58\nS. I. M.\n\nun tel interview serait superfétatoire ; aussi bien M. Gédalge est-il de ces songes qui ne\nmodifient pas leur personnalité selon la couleur du temps.\nVoici donc ce qu'il me dit : \"Il est impossible d'analyser mon œuvre: une telle analyse\nne pouvait porter que sur la construction de chaque morceau, et cela me paraît en dehors du\npouvoir des mots puisque mon œuvre est avant tout un édifice de mélodies parallèles,\nconcourant par leur audition simultanée à produire l'effet d'une seule et unique mélodie. Le\ngenre d'émotion qu'exprime la musique et particulièrement ma musique me paraît intraduisible\nautrement que par l'exécution stricte de ce que j'ai écrit ; moi-même je ne saurais lui attribuer\nun sens verbal : mais je sais qu'elle exprime (sans pouvoir préciser exactement ce à quoi se\nrapporte cette expression) des sentiments que j'ai ressentis très profondément, si profondément\nque je ne pouvais les traduire avec des mots et que j'ai été amené à me servir du langage des\nsons.\nLes sentiments auxquels je fais allusion ne sont aucunement des sentiments héroïques ou\nd'amour, ce qui est du domaine de la musique descriptive ou de la musique à programme,\nchoses que j'ai en horreur, ce sont simplement des sentiments d'affection, d'amitié, occasionnés\npar ma famille et mes intimes, ou sentiments nés en moi devant les mille manifestations cou-\nrantes de la vie : j'ai conçu tel développement musical en voyant un jour danser des enfants,\ntel autre, en me promenant en bateau, tel autre en péchant à la ligne, tel autre en voyant\nmarcher devant moi Enesco et un autre de mes élèves. J'ai découvert des rythmes et des\nmélodies en écoutant parler des gens n'importe qui, chacun parlant sur un rythme différent.\nQuant à l'harmonie ça n'a rien à voir dans l'invention musicale.\nJe m'en tiens là dans les longs propos que me tint M. A. Gédalge : je ne veux rien y\najouter, rien en déduire ; il apparaît clairement en effet à l'audition de la symphonie en ut\nmineur qu'aucun sentiment héroïque ou d'amour n'est décrit par M. Gédalge ; il apparaît aussi\nqu'il a beaucoup usé dans son œuvre du rythme ou plutôt de la césure rythmique ce qui n'est\npas tout à fait la même chose ; il ressort surtout d'une façon évidente qu'il faut admirer les\nmusiciens qui pénétrés du sonnet de Baudelaire savourent les correspondances mystérieuses\ndes parfums, des sons, des couleurs et s'exercent à en traduire les mille et une délices sans s'occuper\nde savoir s'ils font œuvre de littérateur, de peintre — ou de musicien.\nJEAN LAPORTE.\n\nConcerts Divers\n\nLa tendance générale de la foule des interprètes s'oriente toujours vers l'individualisme\nle plus résolu. Chacun travaille pour son propre compte et n'a pas d'autre ambition que de\nmonopoliser à son profit pendant toute une soirée le peuple errant des mélomanes. Chaque\ninstrumentiste, derrière son pupitre d'orchestre, rêve de concertos, et tous les choristes sont\nhantés par le désir d'organiser un récital où ils pourront détailler un air d'Armide ou deux\nmélodies de Léo Sachs. Le résultat de cette fièvre éruptive est que le nombre croissant des\nauditions médiocres étouffe les concerts intéressants et qu'à la fin de chaque mois il devient\npresque impossible de découvrir l'effort des véritables artistes dans cette agitation désordonnée.\nL'hiver musical parisien n'est plus qu'une prodigieuse cacophonie où tous les gens capables de\nsouffler, de frapper ou de râcler un son s'en donnent à cœur joie de neuf heures à minuit pour\nla plus grande terreur des témoins chargés de marquer les points dans cette infernale partie.\nAutant vaudrait chercher à deviner dans le concert de vociférations qui ébranle chaque jour le"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.62", "texte": "LE MOIS\n59\n\npéristyle de la Bourse quel est 1' \" aboyeur \" le mieux doué dans la meute hurlante qui salue\nl'heure quotidienne de la curée de l'or !\nEssayons pourtant de retrouver dans cette foule, en jouant vigoureusement des coudes,\nquelques visages de connaissance. Voici des chanteuses : Mlle Vera Bianca, que la reine\nAlexandra nous enlèvera le mois prochain, interprète avec un goût exquis du Grétry, du\nRimsky, du Jensen et du Busser ; Mme Pierre Weber passe avec un égal bonheur de\nSchumann a Duparc et de Reynaldo Hahn à Beethoven; Mme Kutscherra, muse bayreuthienne\nen retraite, se voue au culte de Schubert et de Schumann et avec un nationalisme caractérisé,\nnous apprend en deux leçons u l'allemand tel qu'on le chante. \" Mlle Geistdôrfer émerveille les\nconnaisseurs dans les circonstances les plus diverses où son dévouement s'exerce. Mlle Germaine\nChevalet, assistée de Jean Verd, prête à Mlle Croué le précieux concours de sa musicalité de\nchoix et le couple Engel-Bathori continue à nous offrir chaque\nsemaine les programmes les plus ingénieux, les plus délicats et les\nplus parfaitement réalisés de la saison.\nSur la mâchoire ouverte des pianos, la main légère ou brutale,\non vit tour à tour se pencher, dentistes attentifs, le vigoureux\nGalston, le romantique Cortot, l'adroit André Salomon, le brillant\nBatalla, le violent Mark Hambourg et le tendre Sliwinski. Mais\ncette industrie se féminise : voici la robuste Maria Carreras, la\ndélicieuse Guiomar Novaès, enchanteresse précoce, Pauline Aubert\nqui rehausse ses programmes d'œuvres de sa composition, Marcelle\nCroué qui nous révèle York Bowen, et E. Gaïda qui se complait\naux paroxysmes de la musique d'Enesco et de l'Appassionata.\nLes quatuors ont montré moins d'ardeur que de coutume. Le\nquadrige de Carembat, celui d'Oberdœrffer et celui de Lefeuve\ndéfendaient les couleurs modernes. Les groupes quadrumanes des\nCapet et des Duttenhoffer s'en tinrent aux classiques les plus\nvénérés. L'attelage fringant des Lejeune qui devait franchir d'un\nbond impressionnant la banquette viennoise d'Arnold Schônberg se\ncabra devant l'obstacle et remit à plus tard ce dangereux exploit.\nEn attendant, la \" Verklârte Nacht \" de P Attila du Danube, moins\nabrupte et plus maniable, nous intéressa par ses surprenantes équi-\nvoques sonores, par l'imprévu de ses timbres et par telles trouvailles\nd'écriture qui confèrent aux cordes, à certaines minutes précieuses,\nles vertus mystérieuses d'une flûte grave ou d'un cor.\nRompant la discipline de l'orchestre ou du quartette, les gens de corde se lancent dans la\nmêlée en franc-tireurs. Voici l'incomparable Casais qui accorde à la Société Philarmonique un\nconcours dont il devient de jour en jour plus avare. Il a des imitateurs dont l'archet est plus\nlibéral : c'est le puissant Hollmann, c'est le délicat Pierre Samazeuilh, c'est le jeune Jean\nVaugeois qu'assiste son maître le vénérable Cros-Saint-Ange et c'est la gracieuse Germaine\nPelletier.\nLes violonistes sont discrets. M. Galascione a pour principal mérite de nous faire entendre\nl'excellent Montoriol-Tarrès ; Robert Krettly, qui a toutes les qualités de la haute virtuosité\nsans en avoir les défauts, retrouve auprès de ses admirateurs, d'année en année plus nombreux,\nson succès habituel ; MIIe Lily Schreiber, altiste consciencieuse se fait accompagner par\nl'orchestre Chevillard ; Mme Berthe Wagner se contente de l'appui de son quatuor et d'un\npetit orchestre à cordes dirigé par Gelôso, et Jules Boucherit réclame l'assistance de l'orchestre\n\nM. Ravel, par David"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.63", "texte": "6o\nS. I. M.\n\nHasselmans pour mener à bien l'exécution d'un Concerto de Mendelssohn, Gaston Poulet en\navait fait autant, huit jours avant, pour la Havanaise de Saint-Saëns. Et Joseph Debroux\nqu'une fantaisie typographique sacra prince du clavier, triompha dans une curieuse sonate\nde Carlo Xessarini qui rappelle assez heureusement la manière savoureuse et la bonhomie du\nvieil Haydn.\nToutes les Sociétés existantes affirment leur vitalité par des manifestations sans imprévu\nmais dont la périodicité inflexible est tout à fait rassurante. La vaillante Société Moderne\nd'lnstruments à Vent est la première à faire entrer dans les jardins de la musique de chambre\nle char de triomphe de Fanelli qui n'avait roulé jusqu'ici que sur les grandes routes symphoni-\nques. La nouvelle Association Musicale Mondaine et Artistique dirigée par E. R. Schmitz\ndonne un très intéressant programme où des quatuors vocaux et instrumentaux de Schmitt,\nFauré, Chausson, Pillois et Debussy alternent agréablement. Les Chanteurs de la Renaissance\nn'ont plus qu'à paraître pour vaincre et Henry Expert recueille les fruits de son patient labeur.\nL'orchestre de la Schola Cantorum, toujours âprement discuté, rachète par une foi ardente\ndans l'exécution des Béatitudes l'inexpérience candide de ses traductions. La S. M. I. liquide\nméthodiquement les manuscrits que lui confient ses sociétaires : sonate de Cools, mélodies de\nJean Cras, sonate de Fred Barlow, de Jean Poueigh, quintette de le Flem, variations de\nMme Herscher, mélodies de Koechlin détaillées par Germaine Sanderson et de Grovlez\nadmirablement traduites par Mme Croiza, pièces d'alto de Pauline Aubert... etc. cependant que\nla Nationale, plus réservée, n'accorde ses faveurs qu'à Blair Fairchild, Guy de Choiet, Pierre\nde Bréville, Coindreau et Sohy avec le concours de l'infatigable Antoinette Veluard et de\nJane Engel-Bathori. Le Concert Touche révèle Mlle Pragae. (un nom à retenir)\nD'autres groupements disciplinés tressent ingénieusement des guirlandes sonores. Le\nquatuor de harpes chromatiques dirigé par Mlle Lénars vibre de toutes ses cordes d'or entre-\ncroisées dessinant dans l'espace l'X fatidique à qui nous devons le génie inventif de Gustave\nLyon. La Société des Instruments anciens d'Henri Casadesus explore curieusement le\nXVIIIme Siècle à l'aide du quinton, de la basse de viole, de la viole d'amour et du clavecin ;la\nSociété des Concerts d'Autrefois se sert des mêmes instruments de sondage mais y ajoute un\nhautbois d'amour, une flûte et une contrebasse, tandis que la Société des Violes et Clavecin\nqui se livre aux mêmes recherches ne s'embarque pas sans son pardessus de viole.\nEt la puissante \" Société des Auditeurs bénévoles \" qui alimente le budget de toutes ses\nsoeurs et recrute chaque jour de nouveaux membres plus ingénus les uns que les autres, con-\ntinue à s'exalter en présence de ces a savantes reconstitutions\" sans apprécier à sa valeur le\nscepticisme délicat de certains de ces organisateurs qui, pour flatter l'innocente manie du\npublic, exécutent avec une technique et un style parfaitement anachroniques, sur des\ninstruments groupés de la façon la plus fantaisiste et la plus arbitraire, des œuvres écrites à\nune époque où les violes étaient déjà des curiosités de musée ! Mais allez donc faire\ncomprendre à Monsieur Jourdain qu'il ne serait pas plus absurde de jouer le Quintette de\nFlorent Schmitt sur un clavecin et des violes que de faire subir le même sort aux œuvres de\nDestouches ou de Benincori ? Monsieur Jourdain ne vous croira pas: il est bien trop content\nde \" faire de l'histoire \" !...\n\nG. K."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.64", "texte": "LE MOIS\n6i\n\nBelgique\n\nLa saison 1912 marque une étape dans l'histoire du Théâtre Belge. Plusieurs ouvrages\ntant littéraires que musicaux, d'auteurs nationaux, ont vu \" les feux de la rampe Quelques-\nuns ont spécialement conquis l'attention. A présent, nul ne pourra plus prétendre que les\nœuvres belges ne sont point viables à la scène. L'expérience, aussi peu complète encore soit-elle,\naura du moins démontré que nos écrivains et que nos musiciens savent écrire pour le théâtre.\nElle a prouvé aussi que leur conception s'inspire généralement d'un idéal supérieur aux\n\" recettes \" des plus illustres fabricants de l'étranger, dont les pièces à succès d'argent\nnous envahirent. Le peuple, disait-on, se montre indifférent, dédaigneux à l'égard des\nproductions autochtones et des belles œuvres, d'où quelles viennent, d'ailleurs. Mais, tout\nd'abord, l'indifférence et le dédain sont l'apanage de cette prétendue élite, \" graisseuse \"\nintellectuellement et physiquement, incapable de vibrer à toute émotion saine, sincère et libre.\nLe peuple, lui, s'il se laisse aisément persuader et déformer, comme un enfant, par ceux-là\nmême qui auraient tâche de l'éduquer, garde l'instinct du Beau. Il suffit d'une échappée de\nlumière pour qu'on le voie soudain rompre les liens, bondir et crier d'enthousiasme. Il\nva spontanément aux grandes œuvres qui l'expriment par le verbe des créateurs. En lui\nfermentent les forces vives de la pensée et de l'art. Plus qu'un autre, peut-être, le Belge\npossède le sens esthétique. Il l'a manifesté dans tous les temps et dans tous les domaines. Qu'on\nle veuille, et il tressaillera au chant patriarcal, que notent, dans le silence, ses musiciens et ses\npoètes. Il \" entendra \" leur voix, comme il entend le carillon des beffrois et des tours, au large\nde la plaine flamande, comme il entend le rêve harmonieux et doux de Wallonie.\nInscrivons aujourd'hui le succès de quatre œuvres musicales : poème de Camille\nLemonnier, musique de Léon Du Bois ; Rhena libretto de Michel Carré, musique de Jean\nVan den Eeden. La Bacchante : scénario de A. Duplessy, musique de Léon Delcroix ;s\\\nmimo-symphonie de F. Thys, (pour le livret) et Joseph Jongen (pour la musique).\nEdénie.Camille Lemonnier a réuni dans son poème les plus hautes symbolisations de la\nvie humaine. Il les a fait vivre dans une atmosphère aurorale, en des personnages \" essentiels \"\ncomme des dieux. Edénie : c'est l'lle vierge et libre où refleurit l'aube du monde. C'est le jardin\nd'harmonie où les hommes cueillent la joie de vivre et se partagent le Pain \" chair et sang \"\nde la glèbe. Barba, le sage, y vit grandir, avec ses enfants Hylette, Florie, Sylvan la fille de\nson frère : Elée, rose noire d'amour née d'un incestueux baiser. Il a chassé Rupert, au cœur de\nqui sont remontées les ancestrales tares. Edénie connaît des jours de bonheur sans mélange.\nLes moissonneurs, sous le soleil, y font la récolte promise. L'huis de la calme demeure est\nlarge accueillant aux errants sans-patrie, sans-foyer, vagabonds éternels par les chemins du\nmalheur. Ils viennent s'asseoir à la table commune. Un soir, pourtant, la terre heureuse est\ntroublée par l'écho d'une plainte. Rupert vient réclamer, au nom de sa longue douleur, au nom\nde la mort même de Cordalie, l'enfant qu'on lui ravit. Barba reste inflexible... Mais c'en est\nfait de la quiétude d'Edenie. Elée a reconnu la voix de son père. Elle l'accompagne dans l'exil.\nLa tristesse, alors, règne dans le séjour. L'hiver endeuille les choses. Sylvan le jeune héros,\nsent qu'il aimait Elée plus que comme une sœur. Barba lui-même, quoiqu'il s'en défende,\ncomprend enfin qu'il faut savoir pardonner. La souffrance rédempte la faute. C'est par\nla douleur que l'humanité doit ascendre à la joie.\nTelle est la trame de cette belle œuvre. Telle est sa signification sublime. Qu'importe"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.65", "texte": "6 2\nS. I. M.\n\nque la réalisation ait emprunté çà et là des données, des figurations à la légende, à l'histoire,\nau théâtre ? Les trois sœurs font songer à des déesses wagnériennes, Sylvan évoque Sigfried ;\nbien des moyens scéniques ne sont point personnels... Mais il faut admirer la noblesse, la\ngrandeur de l'idée, la pureté primitive de cette gerbe'de symboles, la lumière, en notations\nsubtiles, sur des images vives, baignant la fresque émouvante. Il faut admirer l'art, en synthèse,\ndu Maître, résumant d'un trait telle attitude, telle parole haute. Cette sobriété ne va pas\nsans froideur, peut-être, dans l'expression. Ce raccourci n'a pas les qualités de coloris et de\nlargeur, le style original et vigoureux que nous apprécions tant, d'autre part, dans les chefs-\nd'œuvre du grand prosateur. Il manque, à son poème, le rythme ailé des vers. Il lui manque\ncette musique intérieure, évocatrice et fluidique, que nous aimons dans les mots. S'il l'avait\neue, il est vrai, il n'aurait eu que faire de l'enluminure musicale de Léon Du Bois.\nLa représentation d'une pareille création d'art n'est pas sans nuire à la compréhension.\nAu théâtre, le décor, les costumes, les gestes, le jeu des acteurs prêtent une réalité trop\nimmédiate, trop définie, matériellement, aux personnages de rêve. Et puis, la musique prend,\nà l'audition, le premier plan, tandis qu'elle tient ici, un rôle pour le plus équivalent à celui du\npoème.\nLa partition de Léon Du Bois est tout à fait remarquable. Je rapprocherai l'impression\nqu'elle m'a donnée, de celle que j'eus, il y a deux ans, par Eros Vainqueur. Même distinction,\nmême finesse, même subtilité, même délicatesse d'inspiration, même équilibre, même discrétion.\nLes voix, ici comme là, chantent délicieusement, sur une orchestration souple, nuancée,\nchatoyante. Les sonorités sont fondues, dans une atmosphère calme et grave où s'éclairent des\nondulations mauve et or. Pourtant la musique de Du Bois a plus d'accent, plus de couleur\nréelle que la musique de Pierre de Bréville. Si la forme en est aussi d'une perfection à la longue\nmonotone, (la représentation dure quatre heures) ; si la ligne est toujours sans heurt, elle atteint\npar endroits des sommets d'émotion poignante. L'orchestration est d'une richesse merveilleuse.\nLes sonorités instrumentales s'y fusionnent et s'y jouent, à l'infini variées, telles des reflets, sur\nle développement ample de la symphonie. Les combinaisons ne sont point nouvelles\nles sons, en se mariant n'éveillent pas de neuves harmonies mais leur vie est frémissante et\nbelle, et leur accord changeant cause des joies profondes. M. Léon Du Bois n'a pas cherché à\néviter l'influence de Wagner. Le poème lui ménageait d'ailleurs des situations wagnériennes.\nSon éducation ne lui permit non plus de se dégager entièrement du vocabulaire aimé, comme\nun langage maternel. Du moins s'en s'est-il servi pour exprimer sa Beauté : un sentiment per-\nsonnel se découvre sous l'apparence extérieure. Musicalement aussi, Edénie est de la plus\nhaute qualité d'art. En Belgique, c'est l'une des plus belles œuvres qui aient vu le jour.\nFélicitons le Théâtre lyrique flamand d'Anvers, et particulièrement M. Fontaine, son\ndirecteur, à qui nous devons la révélation des principaux ouvrages du Théâtre musical belge,\ndepuis une dizaine d'années. Félicitons les interprètes: MAles Cuypers, Smets, Mrae Van Dyck,\nMM. De Vos, Villiers, Collignon, et surtout M. Schrey, le chef d'orchestre doublé d'un\nartiste éminent, qui mit au point l'exécution de cette partition difficile et touffue.\nLe librettro de Rhena dont s'est servi le sympathique directeur du Conservatoire de Mons\nM. Jean Van den Eeden, ne vise pas à haute littérature. Mais son auteur : Michel Carré, est\nun homme de théâtre. Il connaît à fond son métier. Aussi l'œuvre tient-elle à la scène. Le\ndéveloppement est sobre, rapide, vrabemb'able et mouvementé. L'intérêt 1 e se ralentit pas, au\ncours des quatre actes, un seul instant. Le spectateur est tenu sous une émotion savamment"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.66", "texte": "LE MOIS\n63\n\ngraduée un peu grosse, sans doute, et franchement populaire, mais réelle tout de même.\nLe sujet a vieilli. L'action se passe en Italie. Un meunier, Tasso Tassilo, homme d'âge,\nprend pour épouse une jeune et jolie fille, qui n'a pour lui que respect tandis qu'elle aime\nun gars, vingtanier comme elle : Falco Meleghari. Don Gesnaldo, lui aussi, conçut jadis pour\nRhéna une adoration que le devoir sacerdotal n'a pas étouffée.— Le vieux meunier est assassiné.\nLa foule accuse les deux amants d'avoir commis ce meurtre. Rhena et Falco jurent devant le\nprêtre qu'ils sont innocents. Néanmoins, Rhena est emprisonnée. —Au deuxième acte, Don\nGesnaldo reçoit au presbytère la confession de l'assassin, vulgaire voleur. Il le conjure de sauver\ncelle qu'il aime, en se dénonçant, mais le bandit refuse. Il a voulu seulement se délivrer du\npoids qui lui pesait. Don Gesnaldo est alors en proie à une terrible lutte intérieure :\ntrahira-t-il le secret du confessionnal, ou gardera-t-il un silence qui condamne irrémédiablement\nRhena ? Il va lui rendre visite dans son cachot. Falco prête serment de l'épouser si elle est\ngraciée. Alors, le prêtre, devant le peuple hurlant au matin de l'exécution, et après avoir\nvainement encore adjuré le criminel, se livre lui-même à la justice en s'écriant : \"L'assassin,\n? •\nc est moi .\nCette figure de Don Gesnaldo est, on le voit, d'une réelle grandeur. Je ne sais si l'auteur\ny a voulu la conclusion philosophique qui se dégage de son œuvre, à savoir que l'amour humain\nest plus fort que le devoir, que l'amour de Dieu même, que la mort.... Son héroïsme, en tout\ncas, n'en est que plus vrai. Le personnage est à lui seul puissamment dramatique ; les\nautres ne sont qu'accessoires, extérieurs, banals. M. Van den Eeden a fort bien traduit,\nmusicalement, les situations, les sentiments du drame. Sa musique est pleine de soleil. L'action\nest suivie pas à pas. Les mouvements sont exprimés avec vigueur. Le style général de l'œuvre\néchappe à la banalité. On n'y trouve pas la recherche d'harmonisation nouvelle, l'effort\nd'originalité. Mais elle est toujours d'un goût élevé. Elle a une spontanéité, une fraîcheur qui\nsurprennent chez un artiste septuagénaire. (M. Van den Eeden est né en 1842). L'invention\nmélodique est abondante, généreuse même. Elle prend l'allure populaire, dans un sens large.\nLe musicien semble n'avoir pas subi beaucoup l'influence wagnérienne. Il ignore certainement\ncelle de la jeune école française. Toutefois, malgré sa constante franchise de sonorité, le schéma\nuniforme de l'accentuation, la facilité du développement, la science consommée d'un contrepoint\nsuranné cette œuvre ne donne pas l'impression d'archaïsme. C'est en vertu du tempéram-\nment, de la chaleur du coloris, de la sincérité, sans doute. Et puis, l'orchestration est moderne.\nCertains moments sont d'une réelle beauté, très expressive. Tels : la scène de la confession,\nnœud du drame ; l'entrevue dans la prison, et l'attitude finale, d'une allure émouvante.\nRhena a produit grand effet. Tout en restant d'une incontestable tenue artistique, l'œuvre\nde M. Van den Eeden est faite pour empoigner la grande foule. Elle a été remarquablement\ninterprétée au théâtre de la Monnaie. Nous citerons surtout le baryton M. Bouillez, un\njeune montois, qui possède une voix sonore, ample, sympathique. Il a créé le rôle difficile de\nDon Gesnaldo avec grand art, lui prêtant l'austérité, la noblesse sobre qui lui convenaient.\nNul doute que son nom s'ajoute prochainement à cette pléïade de chanteurs d'opéra-comique\nqui font la gloire de la terre wallonne.\nLa Bacchante marque les débuts au théâtre, du jeune compositeur Léon Delcroix.\nJusqu'à présent, il s'est fait connaître par des compositions symphoniques, de la musique de\nchambre et des mélodies. Léon Delcroix, qui fut élève de Vincent d'lndy, suit le mouvement\nc; debussyste \". C'est un chercheur. Il en est encore à la période des tâtonnements, des audaces"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.67", "texte": "64\nS. I. M.\n\ntrop poussées, il lui manque la sûreté, la clarté, l'équilibre, la forme même de son art. Mais il\naffirme un tempérament, une volonté, une inspiration délicate, et française.\nJoseph Jongen est connu par sa musique de chambre, toujours distinguée, d'un charme\ntendre, poétique. La légende dansée qu'il nous offre est aussi sa première œuvre pour le théâtre.\nOn y a vu de réelles promesses. Pourtant, je crois en toute sincérité que l'intimiste et le\nrêveur qu'est Jongen s'accorde mal des exigences matérielles, du métier, des ficelles de\nla scène. Sa palette musicale a les plus fines couleurs. Il excelle à noter de subtiles nuances. Il\naime les paysages de douceur calme, de soir lointain et mauve, dans la clarté vaporeuse. Cela\nne trouve point place au théâtre aussi bien, vaut surtout par la musique pure.\nR. L.\nNous avons annoncé une Enquête sur le Théâtre musical belge. Nous serons\nreconnaissants aux compositeurs, librettistes, directeurs du théâtre et critiques qui voudront bien\nnous faire connaître leur opinion en répondant au questionnaire que nous leur soumettons ici :\nI\nLes musiciens belges ont-ils beaucoup écrit pour le théâtre depuis 20 ans ?\nII\nEstimez-vous qu'il existe un art lyrique vraiment belge ?\nIII\nA quelles causes attribuer le silence où restèrent plongées la plupart des œuvres\nthéâtrales de nos compositeurs ?\nIV\nComment expliquer le peu de succès que trouvèrent jusqu'à ce jour celles qui furent\nreprésentées (sur les scènes nationales du moins) et l'indifférence du public à leur égard ?\nV\nPourquoi les tentatives faites pour mettre en lumière les œuvres lyriques belges telle\nle concours d'Ostendepar exemple, ont-elles toujours échoué ?\nVI\nLes œuvres lyriques nationales ne seraient-elles pas viables ?\nVII\nQuelles mesures seraient capables de porter remède à cet état de choses d'attirer\nl'attention du public sur l'effort de nos musiciens en assurant la représentation et l'édition\nde leurs œuvres ?\nLes réponses qui nous parviendront seront publiées dans S. I. M.\n\nR. L."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.69", "texte": "Madeleine Bonnard\nG. K.\nest née à Paris. Dirigée de très bonne heure vers la\nmusique, elle reçut une instruction générale excellente\nque complétèrent divers séjours hors de France, notam-\nment en Angleterre et en Allemagne, et entra au\nConservatoire National de Musique dans la classe de\nchant dirigée par M. Dubulle. Avec les conseils d'un\ntel maître, les heureux dons de MUe Bonnard ne\ntardèrent pas à se développer. Au concours de 1910\nelle remportait un premier prix de chant et un second\nprix d'opéra-comique.\nLa jeune lauréate se destina aussitôt au Concert.\nNe possède-t-elle pas les qualités qui, là, sont nécessaires\net font les artistes de race ?\nSon irréprochable diction (en français ou en langue\nétrangère), sa musicalité compréhensive et sa facilité de\nlecture ne limitent pas ce jeune talent à la musique des\nvieux maîtres. Les compositeurs d'aujourd'hui même\nles plus audacieusement modernes trouvent en elle\nune interprète avertie, que n'effarouchent ni les change-\nments de mesure ni les modulations inattendues.\nEnfin, son activité artistique s'est d'autre part mani-\nfestée par la création du Quartette Vocal de Taris, dont\nles premières rencontres avec le public ont été, à juste\ntitre, fort remarquées."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.70", "texte": "5\n\nLE MOIS\n65\n\nEtranger\n\nLETTRE DE MUNICH\n\nQuelques intéressantes nouveautés et quelques sauvetages courageux, je les veux seuls\nretenir de ce déluge musical annuel qui met au désespoir la critique aussi bien de Dresde,\nVienne et surtout Berlin que de Munich. Mme 9 Erika von Binzer et Mina Rode nous rappellent\nque Ludwig Thuille aurait dû avoir cinquante ans le 2 décembre dernier et que ce fut un\nvrai, vin sincère musicien, professeur admirable, dont la perte est pour certains irréparable, mais\navant tout et ce qui importait à tous, un poète à ses heures. Ces dames choisissent pour leur\ndémonstration la sonate de violon et piano op. 30. Elles patronnent également celle op. 27 de\nAuguste Reuss, travail simplement estimable ; elles lancent le Nocturne de Paul Scheinpflug,\net surtout ont le bon esprit de ne nous point permettre d'oublier que la littérature du violon a\nacquis un beau concerto de plus, bien jailli d'un véritable tempérament, non exempt de\ncertaines vulgarités, c'est vrai, mais rachetées par de la fougue, du cœur et un grand don de vie,\nl'op 10, ut majeur de Karl Bleyle, un nom à retenir. Aimons ces natures pour qui composer\ns'appelle vivre, sentir et s'épanouir pleinement, et non exclusivement se mettre martel en tête\npour en extraire, de cette pauvre tête, ce qui n'y est pas. Savoir son métier c'est bien; mais les\ncordonniers et les épiciers le savent aussi sans que nous nous avisions de les en louer. L\nune tragédie, par lequel M. Bœhe croit peut-être avoir damé le pion au significatif et prodigieux\nPrologue de Max Reger, est une copieuse corde de patient cordier je m'exprime poliment,\ncar j'ai sans cesse pensé à des tripes que je donnerais toute entière sans l'ombre d'hésitation\npour une seule, pour la pire des \" rusticités \" de ce montagnard du Vorarlberg qu'est M. Bleyle.\nMais le plus grand événement de notre hiver, après la première du Chant de la Terre,\na été le 18 décembre, où M. Ferdinand Lœwe nous a apporté la glorieuse\nmi mineur, op 27, de Serge Rachmaninow. Ce soir là nous fûmes une demi-douzaine à\nrayonner. Quelque chose et quelqu'un à aimer s'offrent de nouveau à l'horizon ; les salles de\nconcert sont désormais moins vides. Une œuvre de carrure énorme et de proportions impo-\nsantes, calme, maîtresse d'elle même ; bellement, harmonieusement russe, sans affectation de\nrecherche en son originalité foncière et native ; d'une unité profonde et aussi serrée que du\nBrahms ; une de ces œuvres où l'on peut boire à longs traits, pleinement se désaltérer et revenir\nsans cesse trouver l'apaisement de nouvelles soifs. Quelque chose d'aussi bien fait et largement,\nque de gorgé de substance ; une de ces œuvres enfin qui demain seront un des temples de\nl'humanité et où déjà les premiers auditeurs entrent chapeau bas. Et que ceux qui s'intéressent\naux problèmes de savoir comment on peut être russe sans se travestir en asiatique, aillent à\nY allegro molto ; comment humainement universel en étant national, recourent surtout à\nl'adagio ; et comment moderne et largement soi-même sans excentricité, consultent n'importe\noù cette copieuse partition qui partout est sève et vie, chair et esprit à la fois. Point de\npeinturlure, d'amusette orchestrale, d'expédients impressionnistes. Un vaste poème fort et\nsalubre qui se déroule avec l'ampleur infinie et le charme, tout entier dans les horizons, d'un\nvaste fleuve russe. Certaines âmes ne se lassent jamais de cette monotonie qui en est moins\nune que la succession de burgs et d'accidents prévus du Rhin, ou que celle des parcs et des\nvilles de la Loire. Les épisodes étranges y trouvent leur naturelle patrie. Dans d'autres œuvres\nrusses je sens l'article d'exportation, Y industrie Ici je sens un grand poète qui a une"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.71", "texte": "66\nS. I. M.\n\ngrande âme, et si elle est nationale, c'est comme par dessus le marché. Et c'est cela que j'adore :\nêtre et non paraître ; être un musicien et non se faire un musicien. Et je suis las tout à fait de\nl'acception moderne du mot artiste. Je ne connais que vie et santé ; et les maladies ne m'api-\ntoient que s'attaquant à des organes. Feintes et devenant une mode, elles sont un jeu de société\ncomme un autre. Serge Rachmaninow lui ne joue ni à la santé, ni à la maladie, ni à la joie, ni\nà la douleur, ni à l'asiatisme, ni au russisme, encore moins au franckisme ou au debussysme.\nSimplement il arrive du fond de l'horizon. Et de suite il projette sur nos têtes l'ombre d'une\nsilhouette de majesté. Il est tout jeune, et cette Symphonie en mineur a déjà le caractère de\nces œuvres où s'énonce un dieu, s'annonce un empire.\n\nWilliam Ritter.\n\nLETTRE DE LONDRES\n\nTHE YIDDISH OPERA. Un nouveau théâtre d'opéra, et des plus curieux, vient\nd'être inauguré, loin de West End, cette fois, deux milles plus loin vers l'Est dans un étrange\nquartier qui semble une ville populeuse d'une Judée disparue, sur les confins de Whitechapel\net de Poplar, dans le quartier Juif, le Yiddish le \"\n... Nous marchons dans une large voie aérée assez propre, encore que les petites rues, de\nchaque côté semblent fort peu engageantes. Voici des marchands de bananes, de coquillages\nau vinaigre, de pommes de terre rôties ; voici des orgues de Barbarie qui jouent des airs de\nmusic-hall en vogue, un policeman qui semble dépaysé. Et, autour de nous, dans cette foule\nbruyante de Samedi soir, personne ne parle un mot d'anglais. Promeneurs et promeneuses\naffichent le même air à la fois humble et orgueilleux, les mêmes lèvres épaisses, les mêmes\npaupières lourdes, les mêmes cheveux laineux. Des filles passent, se donnant le bras, riant très\nhaut et toutes coiffées du même chapeau à plumes. Cependant, avant d'arriver au \" \"\nnous nous hasardons dans une ruelle obscure : alors, là, nous découvrons une vie autre, si\nmisérable, des vieilles femmes titubantes, des jeunes hommes hâves qui achètent dans une\nignoble boutique du poisson indéfinissable ou mangent, debout dans un coin, des portions à\ni penny dans d'étranges écuelles. Et je crois bien qu'il y a beaucoup de ces ruelles entre les\ntrois ou quatre avenues neuves et bien propres qui traversent le East End. Et l'odeur du poisson\nfrit dans de la graisse de cheval !...\nCet opéra que l'on représente ce soir, King ou étiquetté \"opéra historique \" est une\nhistoire compliquée qui semble se passer à une époque où l'on adorait encore Moloch. C'est\nmoins un opéra qu'une suite de morceaux concertants, solos, duos, trios où les personnages\nchantent leurs malheurs ou leurs espoirs; mais nulle action à proprement parler ne rend\nl'histoire dramatique et presque tous les incidents, fort nombreux, se passent entre les actes,\nun peu à la façon des tragédies classiques. On y voit un roi et une reine assez vagues, un fidèle\nserviteur, une poupée qu'on substitue à un enfant qui devait être sacrifié à Moloch, un mari\nà demi-fou après quinze années de vie solitaire en la seule compagnie des animaux du bois\n(représentée par trois pigeons vivants et deux lions en carton); des soldats, des prêtres et bien\nd'autres choses encore. La musique souvent banale, et toujours plus que convenable, bien\nsupérieure en somme à bien des œuvres anglaises plus prétentieuses, s'agrémente parfois de\nrythmes ingénieux, d'intervalles évidemment orientaux, de terminaisons curieuses. Une scène\ntout au moins est remarquable, celle où la mère est obligée de sacrifier son enfant (la poupée\nen la circonstance) alors que la musique au lieu de sombrer dans l'horreur des trémolos mélo-\ndramatiques et fâcheux demeure charmante et joyeuse sur un rythme de danse, sans doute"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.72", "texte": "LE MOIS\n6?\n\nUn Programme du Yiddish Opera"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.73", "texte": "68\nS. I. M.\n\nun vieux thème hébraïque oriental et à 5/4 chanté par les adorateurs de Moloch avec\nl'entrain d'un peuplade primitive regardant rôtir une victime.\nPlus que la pièce, le public nous intéresse, très respectable et parfumé aux fauteuils,\nbruyant et adorant au parterre. On mange, on boit, on échange des remarques avec des\ngesticulations du singe et des cris gutturaux. Je ne cherche pas à comprendre, mais je me lie\navec mon voisin qui me traduit plaisanteries et incidents. Et j'apprends tant de choses que\nj'ignorais. Aussi bien mon voisin devient bavard grâce à des cigarettes et quelques boissons à\nl'entracte. C'est un imprimeur du Daily Chronicle, un imprimeur presque un journaliste !\nIl a été à New-York, où paraît-il, cinq théâtres juifs prospèrent et triomphent. Mais le nombre\ndes Juifs New-Yorkais est six fois supérieur à ceux du East End et de Bayswater réunis. Et\ncent cinquante mille seulement vivent dans Whitechapel sans jamais en sortir !\n\nX. Marcel Boulestin."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.74", "texte": "LE MOIS\n6g\n\nMémoires d'un amnésique.\nErik Satie\nCE QUE JE SUIS (Fragment).\nTout le monde vous dira que je ne suis pas un musicien.1 C'est juste.\nDès le début de ma carrière, je me suis, de suite, classé parmi les\nphonométrographes. Mes travaux sont de la pure phonométrique. Que l'on\nprenne le \" Fils des Etoiles \" ou les \" Morceaux en forme de poire \",\n\" En habit de Cheval \" ou les \" Sarabandes \", on perçoit qu'aucune idée\nmusicale n'a présidé à la création de ces oeuvres. C'est la pensée scientifique\nqui domine.\nDu reste, j'ai plus de plaisir à mesurer un son que je n'en ai à l'en-\ntendre. Le phonomètre à la main, je travaille joyeusement et sûrement.\nQue n'ai-je pesé ou mesuré ? Tout de Beethoven, tout de Verdi, etc.\nC'est très curieux.\nLa première fois que je me servis d'un phonoscope, j'examinai un si\nbémol de moyenne grosseur. Je n'ai, je vous assure, jamais vu chose plus\nrépugnante. J'appelai mon domestique pour le lui faire voir.\nAu phono-peseur un fa dièse ordinaire, très commun, atteignit\n93 kilogrammes. Il émanait d'un fort gros ténor dont je pris le poids.\nConnaissez-vous le nettoyage des sons ? C'est assez sale. Le filage est\nplus propre ; savoir les classer est très minutieux et demande une bonne\nvue. Ici nous sommes dans la phonotechnique.\nQuant aux explosions sonores, souvent si désagréables, le coton, fixé\ndans oreilles, les atténue, pour soi, convenablement. Ici, nous sommes\ndans la pyrophonie.\nPour écrire mes \" Pièces Froides \", je me suis servi d'un caléidophone-\nenregistreur. Cela prit sept minutes. J'appelai mon domestique pour les\nlui faire entendre.\nJe crois pouvoir dire que la phonologie est supérieure à la musique. C'est\nplus varié. Le rendement pécuninaire est plus grand. Je lui dois ma fortune.\nEn tout cas, au motodynamophone, un phonométreur médiocrement\nexercé peut, facilement, noter plus de sons que ne le fera le plus habile\nmusicien, dans le même temps, avec le même effort. C'est grâce à cela\nque j'ai tant écrit.\nL'avenir est donc à la philophonie.\n1 Voir : O. Séré, Musiciens fr p. 138."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.75", "texte": "Cours et Conférences\nGabriel Rouchès.\nLe ler Février, M. Pirro entretint son auditoire de Buxtehude qui, les années précédentes?\navait fait l'objet de conférences fort intéressantes à l'Ecole des Hautes Etudes Sociales. Cette\nfois-ci, il s'occupa uniquement du vieux maître allemand au point de vue de l'influence qu'il\nexerça sur Bach. La jeune organiste prit un congé en 1705 et quitta Arnstadt pour aller\nassister à ces fameux concerts de l'église Sainte Marie de Lubeck qui avaient lieu tous les ans,\nà l'automne. M. P. analysa les caractères de la musique de Buxtehude, simple et forte, avec\nune riche orchestration. Il signala aussi quel novateur hardi fut Buxtehude pour tout ce qui\nconcerne l'orgue.\nDans ses cours suivants, M. P. retraça l'existence de Bach à son retour. Il se marie et\nabandonne Arnstadt pour Mulhausen. L'esprit plein de Buxtehude, il compose la cantate\n\" Gott ist mein Konig C'est l'occasion d'un conflit avec la bourgeoisie de la ville, en grande\npartie piétiste. Dans la cantate suivante \" Aus der Tiefe \", M. P. constate que l'influence\nitalienne apparaît pour la première fois chez Bach. Dans 1' \" Actus tragicus \" il revient parfois\nau style de ses premières œuvres, notamment du \" Caprice sur le départ de son frere bien-aimè\nM. Pioch fit à l'Athénée Saint Germain une conférence sur les musiciens modernes. Il fit\nun panégyrique de M. Alfred Bruneau, d'ailleurs présent, dont il admire le talent comme\ncompositeur et l'impartialité comme critique. M. P. poursuivit en faisant une satire non sans\njustesse des moeurs du monde musical actuel. Après un hommage aux grands ancêtres Bach et\nBeethoven, M. P. essaya de discerner les courants contemporains et de caractériser leurs re-\nprésentants.\nM. Adolphe Boschot (17 Février), devant le public de l'Université des Annales, plaida la\ncause de la guitare, jadis tant appréciée, aujourd'hui dédaignée. Il retraça son histoire en France\net en Espagne et montra que jadis elle avait pour le grand public, l'utilité de notre piano. La\nguitare se prête, plus qu'on ne le croit, à l'exécution de bien des œuvres. L'excellent guitariste\nespagnol, M. Aravina, sut nous le prouver.\nA la Sorbonne (28 Février), M. Henri Collet parla en espagnol sur la musique moderne\nde nos voisins. Le génie de l'Espagne est musical par essence. On assiste maintenant à une\nprodigieuse Renaissance grâce à une pléiade de musiciens, Albeniz en tête, inspirés par un\nfolklore prodigieusement riche.\nJe m'en voudrais de ne pas dire l'intérêt très vif que prirent les invités de notre confrère\nM. Jean d'Udine (16 Février) aux exercices exécutés par les élèves de son école de gymnastique\nrythmique. On a très net le sentiment de la rénovation qu'apporte dans l'enseignement musical\nactuel la méthode Jacques-Dalcroze. Grâce à elle les jeunes générations posséderont cette\nnotion du rythme dont leurs ainés furent assez souvent dépourvus.\nLe 29 février, M. Pirro nous montra Bach quittant Mulhausen où il ne peut établir une\nmusique religieuse et allant se fixer à Weimar où le duc l'appelle. Il y connaît l'organiste\nerudit Walther. Bach profite de sa connaissance des musiciens français et italiens. La cantate :\nNach dir, Herr, verlanget mir montre l'influence italienne.\nLes deux cours suivants furent consacrés aux premières cantates littéraires écrites par\nBach sur des textes de Neumeister.\nDans sa leçon du 28 mars, M. P. analysa la Cantate pour tous les temps. C'est une ode à\nla douleur suivie d'une ode à la joie. Bach est désormais en possession de tous ses moyens. Il\ndéveloppe avec liberté sans le secours du contrepoint. Il n'a plus rien à apprendre."}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.76", "texte": "L'Édition Musicale\n\n## en plusieurs tons * voix moyennes\n1 Édition mutuelle * Eschig 3 Demets 4 Elkin 5 Seemann\n6 Durand 7 Ftirstner 8 Rouart 9 Sénart et Roudanez\n10 Breitkopf 11 Lemoine 12 Sandoz et Jobin 13 Durdilly 14 Schott\n\nPIANO. Nos tout petits seront privilégiés, ce mois-ci. Que voulez-vous : il devient si\ndifficile d'écrire de la musique pour les grandes personnes, à présent : quand on ne veut pas se\nrésigner à être déplorablement ennuyeux, ou outrageusement compliqué, le mieux est encore de\ndédier son ouvrage àla jeunesse. Aussi M. Paul Le Flem écrit-il 7 pièces enfantinesx, jolies\npages chantantes, aisées, mais prêtant à une certaine recherche des nuances et des sonorités.\nM. GK Grovlez, avec son Almanach aux Images2 nous entraîne vers un genre un peu plus\ncorsé, presque caricatural. Mais où sont les images, M, Grovlez ? Votre éditeur impitoyable\na-t-il eu la cruauté de vous les refuser ? Ces petites pièces, dûment illustrées, eussent pourtant\nformé un délicieux recueil de luxe et de fantaisie. M. Henessy, dans ses Incunabula 3, nous\ndonne une Berceuse et un Croquemitaine qui n'ont rien que de très banal ; mais dans ses Etudes\nd'après nature, En passant, il nous offre, pour ne pas renoncer à ces titres prestigieux dont il a\nle secret, une Sieste en Chemin de fer* L'Angleterre nous expédie une Pierrette de M. Gyril\nScott 4, avec une autre petite pièce, Over the Prairie, qui a évidemment des ambitions plus\nhautes, mais qui fait bien pauvre figure auprès des joyeuses fantaisies de l'école française. Ceci\ndu reste ne s'adresse déjà plus aux petites mains.\nVoici à présent un ouvrage de vulgarisation moyenne, mais pour les adultes: Musik-\ngeschichte in Beispielen, la musique en exemples, de M. Hugo Riemann 5. Ce volume est le\n2d d'une collection qui en comprendra trois. Certes, on ne saurait se plaindre en voyant se\nmultiplier les anthologies musicales, surtout quand on pense aux innombrables volumes de\n\" morceaux choisis vers ou prose, qui ont été publiés en toutes littératures. La musique,\nlangue universelle, ne pouvait échapper à ce besoin. Mais remarquons que ce genre d'ouvrages\nest un de ceux qui prêtent le plus à la critique : il y aura toujours des gens pour trouver que\nles choix du Professeur Riemann ne se justifient guère. Pour mon compte, et ne voulant citer\nqu'un point en passant, je regretterai qu'il n'ait pas fait de larges emprunts au Fitz William\nVirginal Book pour représenter ici l'admirable école des Clavecinistes anglais du XVIe.\n4 MAINS. Parmi les grosses réductions d'orchestre, la 2me Symphonie de \"Wït-\nkowski 6 ; une Suite en B dur, péché de jeunesse de Richard Strauss, primi-\ntivement écrite pour 13 instruments à vent7; la Tragédie de Salomé 6de Florent Schmitt,\ndont on devine peu le prestigieux et insaisissable coloris orchestral ; et enfin, les inoubliables\nMorceaux en forme de poire avec une maniéré de Commencement, une Prolongation du même et un\nEn plus suivi d\\ne Redite, de notre ami Erik Satie ; 8 le titre en est évidemment la moindre\noriginalité."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.77", "texte": "7 2\nS. I. M.\n\nINSTRUMENTS. —Un Quatuor à Cordes en si b mineur par P. Bretagne 1; une\nsérie de Sonates en Trios, remises à jour pour l'édition populaire française, par les soins de\nMM. Peyrot et Rebufat9 : Sonates de Buxtehude, Corelli, Haendel, Vivaldi,\net deux des Concerts de Rameau; le quatrième contient l'admirable Pantomime en si b.\nAvec les deux Quatuors de Corrette : ce que c est que d'aller au bois, et la Servante au\nBon Tabac, nous arrivons en pleine musique de Carnaval. L'apparition d'une nouvelle Sonate\npour violoncelle est toujours un événement, surtout quand cette Sonate est signée de M.\nLouis Vierne 6 : œuvre de haute tenue, fièrement exposée et se soutenant sans effort durant\n40 pages très touffues ; on souhaiterait seulement un peu plus de fantaisie. La Sonate Piano\net Violon ide M. R. de Castéra 1 est plus imprévue, plus nerveuse, également solide de\nconstruction. Même conscience, même rigueur chez M. Adolf Mann, (Sonate Piano\net Violon10) mais ici l'habileté des développements ne dissimule pas une certaine indigence\nd'idées.\nCHANT.- La collection Gevaert, que continue M. Wotqueniie,11 s'augmente\nd'un air pour Soprano, début de la Cantate Profane de Bach. : \" Weichet nur \", morceau\npérilleux, tendu, extrêmement difficile de justesse. Outre cette page classique, toute la\nmusique de chant reçue ce mois-ci est fort terne. Que dire devant des mélodies aussi pâles et\naussi inconsistantes que celles de M. Cyril Scott: 4 An old song ended, et For a dreams\nsake*% sinon que les éditeurs d'Outre-Manche ont vraiment de singulières complaisances.\nLa Chanson du Comte de Gruyère,* de Jaque Dalcroze,12 ballade en 6 couplets, de style\npopulaire, évidemment écrite à l'intention des écoles et des patronages, est d'un tour bien peu\nartistique. Le Nocturne* et l'Angélus* de Paul Laconibe,13 raviveront en nous l'amour\nde la petite fleur bleue. Du même, la Chanson d'Eve^*10 nous offre une œuvre plus fouillée,\nsouvent assez prenante. Pour finir, citons Six mélodies *de Gaston Knosp,14 d'un très joli\nsentiment intime, et un beau Motet pour Chœur et Soprano Solo : Regina Cœli Lœtare de\nRoger Ducasse 6 ; car il me faut remettre au mois prochain le plaisir de vous parler du\nTaillefer de Richard Strauss,7 ballade pour chœurs, solis et orchestre, œuvre de véritable\nconséquence.\n\nV. P.\n\nNotre revue a été bien douloureusement frappée, ce mois dernier, en la per-\nsonne de nos deux collaborateurs et amis MM. Reynaldo Hann et Lionel de\nla Laurencie, qui, l'un et l'autre, ont perdu leur mère à quelques jours de distance.\nNous prenons très vive part au deuil imprévu qui atteint nos deux amis et nous\nles prions de bien vouloir recevoir ici même les condoléances affectueuses de notre S.I.M."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.78", "texte": "PUBLICITÉ\nVICTORE LEFEVRE et M. BARON\n1, avenue Félix Fattre, Paris.\n\nS. I.\nMERCURE MUSICAL [ET REVUE MUSICALE\nRevue fondée par la\nSociété Internationale de Musique\n(SECTION DE PARIS)\nHonorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction Publique et des Beaux-Arts\nRomain Rolland.\nHenri Auriol . .\nRichard H. Stein\nJ. B. ..... .\n• mm\nDANS CE NUMERO:\nMétastase et Gluck..... 1\nDécentralisation musicale .11\nImpressions parisiennes 21\nUn quintette d'Ernest Fanelli 37\nLes Livres La Société Internationale de\nMusique 48\n• • •\nLE MOIS\nE. Vuillermoz .\nJ. Laporte\nMaurice Ravel\nIntérim. . .\nG. K\nRené Lyr\nNos Correspondants\nErik Satie ....\nG. Rouchès ....\nV.P. ... . . . .\nLe Cobzar et les Deux Pigeons à VOpéra. .\nMyrdhin au théâtre d .\nLes Tableaux Symphoniques\nLes Fioretti de Gabriel Pierné\nConcerts divers .\nBelgique\nEtranger\nMémoires d'un amnésique\nCours et Conférences. .\nL'édition musicale . .\nSI\n54\n55\n56\n58\n61\n65\n69\n70\n71\nDirecteur: J. ECORCHEVILLE\nSecrétaire de la Rédaction :\nCH. LEGRAND\n22, rue St. Augustin, PARIS.\nRédacteur pour la Belgique:\nRENE LYR\nBoitsfort-Bruxelles."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19120415-01.1.79", "texte": "CONCERTS DE LA \"LIBERA ESTETICA\"\nDE FLORENCE\n3, VIA MICHELE DI LAN DO, 3\nS*.. !'.:a : > '\nDirecteur Artistique : PAOLO LITTA\nPATRONAGE s\nSA MAJESTÉ LA REINE MÈRE, LA REINE MARGUERITE D'ITALIE\n\"Die Alt=ltalienische Arie\"\nIDA ISORI\nU\nm\n■ '\nst des Bel=Canto\nVON\nDr. RICHARD BATKA\n(Dozent an d«r K. K. Akadaml# fur Musik u. Darttellande Kunst In Wien)\nchez HELLER 3 Bauernmarkt, 3 WIEN-LEIPZIG\nIDA ISORI ALBUM\n♦\nVolumes d'Airs anciens italiens, revus, corrigés et rédigés par\nDA ISORI\navec la reconstitution complète dans le style Monteverdien (basses et harmo-\nnisation du Récitatif et Camento de Claudio Monteverdi\n(1567-1643) par IDA ISORY\nS.<i*:\nU niversal Edition-Vienne Leipzig"}]}