{"numero_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_sha256": "fe4f1fd61fccb1ebc4af8c2f28961aa7eb069ec2b1b901e07daaf0a32e0dcdb2", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1912/07_01/bmtnabh_1912-07_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1912/07_01/bmtnabh_1912-07_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c002", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.2", "titre_corps": "J. 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Ces huits ou dix jours furent des plus féconds, puisqu'il\nrevint à Paris avec le livret du Devin du Village dont il avait même eu le\ntemps d'esquisser la musique. Mais ce ne fut pas là le seul séjour que\nRousseau fit à Passy ; on l'y revit, avant et après 1752, au château de\nLa Pouplinière et sur la fin de sa vie il y reçut encore l'hospitalité des\nDelessert. Il n'est pas sans intérêt de retracer quelques épisodes de\nces parties de campagne de Jean-Jacques, d'indiquer la société, le cadre"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.4", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2560, "texte": "où il vécut alors, au milieu de ce village à la mode qui évoque un des\ncoins les plus pittoresques de la vie mondaine au XVIIIe siècle.\nIl est probable que ce fût avec La Pouplinière que Jean-Jacques\nRousseau fit pour la première fois connaissance de Passy. On sait que ses\nrelations avec le fermier général dataient essentiellement de l'automne de\n1745, alors que M. de Gauffecourt le présenta rue de Richelieu où\nil désirait faire jouer son Opéra des M Mais avant cette date\nRousseau ne pouvait être un inconnu pour La Pouplinière ; depuis 1742\nil vivait près de M. et Mme Dupin, s'était lié d'amitié avec Dupin de\nFrancueil et s'occupait de l'éducation du jeune de Chenonceaux. Claude\nDupin et sa femme étaient des plus anciens et des plus chers amis de La\nPouplinière, longtemps avant que celui-ci fût devenu leur cousin germain\npar son mariage en 1737.1 Le fermier général ne tarissait pas d'éloges sur\nMadame Dupin, qu'il appelait un Ange, \" tant il semble en effet que sa\ncharge est d'accompagner un homme que le Ciel protège, de faire sa joye\net son bonheur partout 2\nQuand bien même Rousseau n'eût pas été présenté à La Pouplinière\nà l'un des célèbres vendredis de Madame Dupin, il avait des amis capables\nde favoriser le rapprochement. C'était d'abord ce mystérieux abbé Huber,\nde Genève, dont nous ne connaissons rien, rien si ce n'est l'admirable\npastel de La Tour à Saint Quentin, plus vivant que vingt volumes. 3\nC'était ensuite l'aimable bibliophile Capperonnier de Gauffecourt dont la\nphysionomie mérite quelque attention. Horloger de son état, il s'était\nenrichi par la fourniture des sels du Valais qui lui rapportait 20.000 livres\npar an. \" M. de Gauffecourt, dit Rousseau, était un des hommes les plus\naimables qui aient existé ; il était impossible de le voir sans l'aimer et de\nvivre avec lui sans s'y attacher tout à fait... il est impossible d'avoir une\ngaieté plus égale et plus douce, des grâces plus vraies et plus simples, des\ntalents plus naturels et cultivés avec plus de goût. Joignez à cela un cœur\n\n1 Claude Dupin avait épousé le ir décembre 1722 Louise-Marie-Madeleine de Fontaine, fille de Manon\nDancourt ; Mimi Dancourt était devenue en octobre 1737 la belle-mère de La Pouplinière.\n2 Journal du 'Voyage de Hollande. Paris, chez Simon, 1730, in 4°, p. 5.\n3 C'était, dit Rousseau, un sincère ami de La Pouplinière, qui avait voulu empêcher son mariage avec\nThérèse des Hayes. D'après la correspondance de Voltaire, Fabbé Huber mourut en 1757, laissant de nombreux\npapiers et manuscrits qui semblent avoir disparu."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.5", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2702, "texte": "aimant, mais aimant un peu trop tout le monde, un caractère officieux\navec peu de choix, servant ses amis avec zele ou plutôt se taisant 1 ami\ndes gens qu'il pouvait servir et sachant faire très adroitement ses\npropres affaires en faisant très chaudement celle d'autrui.\" Plusieurs\nlettres de Gauffecourt, conservées à la bibliothèque de Neuchâtel,\nmontrent en effet un homme très digne de sympathie, dont le style est à\nla fois simple et affectueux ; 1 il était en relations suivies avec Madame\nd'Epinay, Tronchin, Diderot \"et toute la société Holbachique \"Ne\ndisputons point contre des fagots, dit-il a Rousseau le 5 juillet 1762, et\nn'en disons point davantage : les vérités au bout du compte cessent d'être\ndes vérités et dépendent tant des circonstances et des temps. Les caté-\nchismes de tous les temps ne peuvent pas être les mêmes. \"\nCes philosophes étaient les hôtes de La Pouplinière ; homme\nd'excellente compagnie, Gauffecourt avait d ailleurs ses entrees partout ;\nil était fort naturel que son amitié avec le fermier général lui permit\nde recommander Rousseau. Cette présentation dut avoir lieu dans le\ncourant de novembre 1745 ; La Pouplinière avait l'habitude de passer\nencore le mois d'octobre dans son château de Saint Vrain, près d'Arpajon,\ncomme il le fit plus tard à Passy et ses salons ne se rouvraient qu'après\nla Toussaint.\nNous ne nous attarderons pas à la répétition des éMuses Galantes chez\nLa Pouplinière, à l'hostilité de Rameau qui prétendit ne voir en Rousseau\n\" qu'un petit pillard sans talent et sans goût \". La Pouplinière avait prêté\nson orchestre et engagé comme chanteurs Albert, Bérard et Mlle Bourbon-\nnais. Cette dernière était d'ailleurs sa maîtresse en titre à cette époque et\non l'appelait couramment \" la sultane favorite \". Il est pourtant essentiel\nde fixer un point : la répétion ne put avoir lieu, comme on le dit souvent,\nau château de Passy, puisque La Pouplinière ne le loua qu'au mois de\nmai 1747 ; elle fut donnée dans la \" salle de société \" au premier etage\nde l'hôtel, 59 rue de Richelieu. Un peu plus tard la représentation de\nPrincesse de Navarre, transformée en Fêtes de Ramire fut le prétexte de\nnouvelles difficultés avec Rameau, dont Jean-Jacques se plaint amèrement.\nRameau était peu endurant et Rousseau plus que susceptible ; le désaccord\nentre deux génies si opposés n'avait rien que de naturel et le plus eton-\n\n1 Bibl. de Neuchâtel : ms. Rousseau 7902 (dossiers alphabétiques). Gauffecourt était né en 1693 ; il ne\nfaut pas le confondre avec Jean Capperonnier, bibliothécaire du roi, mort le 1 juin 1775. Gauffecourt renonça\nà sa charge dans les salines en 1763 et passa les dernières années de sa vie à Lyon."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.6", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2723, "texte": "nant serait de constater une alliance entre eux. Le récit de Jean-Jacques,\nsouvent discuté, nous paraît très admissible. Quant à l'hostilité de Mme de\nla Pouplinière, cette \"haine\" même dont il se déclare victime, les causes\nen sont fort complexes. Avait-elle, comme l'insinuait Gauffecourt, pris en\ngrippe tous les Genevois ? la chose est difficile à prouver. Elle s'était en\ntout cas nettement déclarée pour Rameau, dont elle était l'élève et l'amie\net qu'elle craignait fort de voir supplanter danssla maison. Mais il faut ici,\ncomme toujours, chercher les raisons les plus simples : c'était l'époque où\nMme de la Pouplinière aimait passionnément le duc de Richelieu et sup-\nportait avec peine la vie conjugale ; elle était d'autre part en très\n• * \"TK /f m P t—X * • • • \\\nmauvais termes avec sa cousine M Dupin, que son mari continuait a\nvoir. L'infortuné Jean-Jacques était officiellement protégé par les Dupin et\nplaisait à La Pouplinière qui lui continua son amitié : n'étaient-ce point là\ndes motifs suffisants —et profondément féminins pour que Mme de La\nPouplinière montrât à son endroit une aversion déclarée ?\nNous retrouvons Jean-Jacques Rousseau installé à Passy pendant l'été\nde 1752 chez son ami Mussard qui l'avait invité à venir prendre les Eaux.\nIl y avait dans ce village fort apprécié des Parisiens deux établissements\nrivaux : les Anciennes et les Nouvelles Eaux. Les Anciennes Eaux, fondées\nau milieu du XVIP siècle, avaient connu leur heure de célébrité,1 mais\nen 1752 elles paraissaient supplantées parles Nouvelles Eaux Minérales,2\noù l'ingénieux abbé Le Ragois avait installé un véritable \" casino \", avec\ndes bosquets, des jeux variés, trois terrasses plantées d'ifs et de tilleuls, où\nles hôtes allaient écouter des \" sérénades \".3 C'était dans la rue Raynouard,\npendant la saison d'été, un défilé ininterrompu de promeneurs, de gens de\nservice, de carrosses pour \"les compagnies\" et de \"désobligeantes\" pour les\npetits maîtres. On admirait au passage ces villas entourées de grands jardins\nqu'habitaient des personnages illustres : le comte d'Albemarle, ambassa-\ndeur d'Angleterre et sa maîtresse, M\"e Lolotte Gaucher, M. Bertin, tréso-\n\n1 Elles se trouvaient au coin du quai de Passy et du passage des Eaux qui en tirait son nom (nûB 26-28 du\nQuai).\n2 Rue Raynouard n° 17 - 21, avec entrée de service 32 quai de Passy. L'aspect de la propriété n'a pas\nchangé depuis Rousseau. Les eaux de Passy sont ferrugineuses ; l'abbé Expilly en a donné une analyse dans son\nDictionnaire géographique, Amsterdam, 1768, in-f°, t. v. p. 584 (Cf. Em, Gerards : Paris souterrain. 1907, in-40,\np-159)- . , ...\n8 Voir sur ce point le Bulletin de la Soc. histor. d\"Auteuil et de Passy, t. I. (1894) pp. 236-238."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.7", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 3089, "texte": "rier des parties casuelles, Charles-Maurice Grimaldi de Monaco, comte\nde Valentinois ; mais les deux plus belles propriétés étaient sans contredit\nl'hôtel de Lauzun, rue de Seine [Berton] appartenant depuis 1737 à la\nmarquise de Saissac, sœur du prince Grimberghen, et le château de Bou-\nlainvilliers, au coin de la rue des Vignes et de la rue Raynouard, où se\nsuccédaient les fêtes de La Pouplinière. Il convenait de placer dans son\ncadre réel le séjour de Jean-Jacques Rousseau et de montrer que Passy vers\n175° était bien un village peuplé de laboureurs et surtout de vignerons,\nmais un village d'opéra comique où le fermier général conviait ses hôtes\nà couronner des rosières,1 cependant qu'après boire son postillon et son\npompier rossaient copieusement les passants.2\nIl y avait pourtant au bord de la Seine quelques maisons où les âmes\nsimples goûtaient des jours paisibles et celle de Mussard était de ce\nnombre. \" M. Mussard, dit Rousseau, était un joaillier, homme de bon\nsens qui, après avoir marié sa fille unique à M. de Valmalette, fils d'un\nagent de change et maître d'hôtel du roi, prit le sage parti de quitter sur\nses vieux jours le négoce et les affaires et de mettre un intervalle de repos\net de jouissance entre le tracas de la vie et la mort. Le bonhomme\nMussard, vrai philosophe de pratique, vivait sans souci dans une maison\ntrès agréable qu'il s'était bâtie et dans un très joli jardin qu'il avait\nplanté de ses mains. \" 3 La famille Mussard était originaire de Genève,\nmais plusieurs membres paraissent s'être fixés de bonne heure à Paris.\nLe 18 décembre 1735 on enterra au cimetière des protestants Jacques\nMussard, joaillier de profession et citoyen de la République de Genève\n(42 ans), habitant quai de l'Horloge. 5 Parmi les témoins figure un\nRobert Mussard, peintre, rue de Montmorency, qui pourrait bien être le\n\n1 Le jour de la fête du village. Le bon Quillet rapporte une anecdote attendrissante où Ton voit Jean-\nJacques acheter des pommes, avenue de Versailles, pour les faire distribuer à de petits Savoyards : \" Invité par\nM. et Mme de la Pouplinière à venir dîner au château, il s'y rendit : c'était le jour de la fête de Passy. (rue\nRaynouard, devant les terrasses du château). Après le dîner on alla se promener à la foire. M. de la Pouplinière\ns'amusait à jeter de l'argent aux paysans et riait beaucoup de les voir se ruer les uns sur les autres pour le\nramasser. Jean-Jacques profita du moment où toute la compagnie était occupée de ce spectacle pour se dérober\nà la foule et chercher suivant sa coutume un lieu plus solitaire...\" (Chroniques de Passy, Paris, 1836, in-B°, I, 125)\n2 Arch. Nat. : Z2 3848 (juin 1750).\n3 Confessions, 2e partie, livre VIII (1751).\n4 Les Mussard portaient \" de gueules semé de croissans montant d'argent à un écureuil sur le tout estant\nassis et mangeant une noisette d'or. \" Au cimier, un écureuil de même que l'écu. (Cab. des Titres :\nTièces orig. 2084, n° 47434).\nSH. Vial : Le cimetilre des protestants étrangers à la porte Saint (Martin, p. 21. Bull. Soc. Hist. Protest,\nfr. mai 1902."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.8", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2954, "texte": "Mussard \" surnommé Tordgueule, peintre en miniature et un peu son\nparent que Rousseau rencontra à Turin en 1730.\nLe bonhomme François Mussard était né à Genève vers 1691 ; 1\nc'est dans cette ville qu'il avait épousé le 19 juillet 1719 Marie-Anne\nLemeignan, morte avant 175 1. Il était venu s'installer à Paris après son\nmariage ; sa fille unique, Louise-Anne-Marie Mussard épousa vers 1740\nLouis de Valmalette de Morsan, écuyer, contrôleur de la maison du Roi.\nNous ignorons à quelle époque Mussard vint habiter Passy ; sur ce\nséjour une question essentielle se pose dès l'abord : où était située\nla maison où J. J. Rousseau reçut l'hospitalité ? Le procès-verbal d'inhu-\nmation indique \" une maison au village de Passy près Paris sur le bord\nde la Seine \". Les Scellés précisent : \" une maison appartenant aux\nMinimes. \" Le couvent des Bonshommes de Chaillot ou Minimes de\nNigeon occupait au XVIIIe siècle un vaste espace compris entre les\njardins du Trocadéro, la rue Franklin, la rue Beethoven et le quai\nde Passy ; on apercevait de loin le clocher pointu de son église, lorsqu'on\nprenait la route de Paris à Versailles.2 De l'autre côté de la rue Beethoven\ns'étendaient en bordure les dépendances du monastère. Un peu plus loin,\nau milieu de l'espace compris entre la rue Beethoven et le passage des\nEaux se trouvait un vaste \" clos \" appartenant aux Pères Minimes ; c'est\nlà que s'élevait la maison de Mussard dont une façade avait vue sur la\nrivière et l'autre sur un jardin en terrasse. Une identification plus précise\nest difficile : les plans que nous avons pu retrouver sont antérieurs à 1750,\nils nous montrent simplement deux ou trois maisons dispersées dans le\nclos, dont le mur longeait le quai de Passy sur une étendue de 72 mètres\nenviron. 3 La maison de Mussard devait donc se trouver vers le n° 18 du\nquai et il faut renoncer à en chercher les traces. 4\nFrançois Mussard payait aux Minimes un loyer annuel de 850 livres;\nson bail n'expirait qu'à Pâques 1772. Au rez-de-chaussée de la maison se\n\n1 Documents consultés : Arch. Seine : Acte de décès (25 août 1755). Arch. Nat ; Procès verbal\nd'inhumation (Y 13946). Scellés Mussard (Y 13946).\nInventaire Mussard (3 sept. 1755), Minutes Hurtrelle, Me Rocagel, successeur.\n2 Le monastère fut fondé par Anne de Bretagne, la chapelle dédiée en 1578. L'ensemble subsista intact\njusqu'en 1790. Cf. Lebœuf : Hist. de la ville et de tout le diocèse de Paris. Ed. de 1883, I, 407-415 et VI,\n472-473.\n3 Arch. Nat. N 1 15. (Tlan des domaines de Vabbaye de Ste Geneviève, début du XVIIIe s.) Nll 106\n(Détail du bornage des terres entre Auteuil et Tassy : 20 décembre 1731 ; le recollement effectué le 25 novembre\n1772 [S 1544] ne mentionne pas les immeubles des Minimes.\n4 II est probable qu'elles ont été absorbées par les constructions neuves de la rue Alboni. Les vieux bâtiments\nqui existent aux premiers numéros du quai de Passy ne paraissent pas correspondre à l'emplacement cherché."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.9", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2677, "texte": "trouvaient la cuisine, l'office et la salle à manger ; au premier étage c'était\nle salon avec \" deux tables de trictrac, une table en cabaret peinte, une\ntable à cadrille couverte de drap vert, canapé, fauteuils de bois sculpté\nverni \" ; puis la chambre de Mussard et à côté \" une autre chambre de\nplein-pied ayant vue sur le jardin \" qui était sans doute la chambre d'ami\nréservée à Jean-Jacques Rousseau ; elle renfermait \"un lit avec ses rideaux\nde serge, un bureau antique de bois de rapport, une armoire en biblio-\nthèque de bois noir garnie de fils de laiton, une table de nuit de vieux\nbois de noyer, une chaise de canne...\" Au second étage, la chambre de la\ndUe Genotin, gouvernante. (En 1752 Rousseau nomme Mlle Duvernois),\npuis des chambres de domestiques. Partout des tableaux, des estampes\ndans leur cadre de bois doré, en haut \" onze petits tableaux, tant peints\nsur toile que sur bois représentant tant flamants que sujets de la fable dans\nleurs différentes bordures\". On voyait dans la bibliothèque 180 volumes\nin-12, in-16, 11 vol. in-40 et in-f°, ouvrages de voyage, d'histoire et sujets\nde piété, que l'inventaire évalue à 144 livres sans en donner le détail.\nVoici enfin un passage des Confessions que nos documents vont exacte-\nment confirmer : \" En fouillant à fond de cuve les terrasses de ce jardin,\nil (Mussard) trouva des coquillages fossiles et il en trouva en si grande\nquantité que son imagination exaltée ne vit plus que coquilles dans la\nnature\". Rousseau prit goût au tête à tête de Mussard avec sa conchy-\nliomanie. Je puis dire que pendant plus de six mois j'ai travaillé à son\ncabinet avec autant de plaisir que lui-même \". Laissons ici la parole à\nl'inventaire :\n\" Item en plusieurs endroits de l'appartement au premier étage de\nla d. maison et autres tant dans des médaillons que des armoires prises\ndans le mur et tiroirs cy devant inventoriés se sont trouvés une grande\nquantité de curiosités naturelles de cailloux pierres coquilles et bois pétri-\nfiés estimés le tout ensemble la somme de 300 livres. \" Ces collections\nétaient renfermées dans \" un corps de tiroirs au nombre de 17 vernis en\nvert et rouge remplis en partie de sables, une armoire à quatre guichets\nde bois en sapin, une table ronde, une encoignure garnie de différentes\npierres, plâtre, cailloux et coquilles \". On sait combien Rousseau se piquait\nd'être botaniste et quel intérêt il portait aux sciences de la nature ; il est\nfacile de l'évoquer, rangeant scrupuleusement des cailloux dans les tiroirs\nde Mussard, comme aux derniers jours de sa vie il se plaisait encore à\nglisser des fleurs entre les pages d'un herbier. Cet engouement pour la"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.10", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2864, "texte": "conchyliologie n'était pas venu au seul Mussard : l'histoire naturelle, de\nplus en plus vulgarisée, poursuivait ses conquêtes et nombre de contem-\nporains collectionnaient les fossiles.1 Jean-Jacques trouva certainement dans\nla bibliothèque de son ami le Catalogue publié par\nGersaint en 1736 ou le docte ouvrage de Dezallier d'Argenville sur la\nlithologie (1742).\nMais c'est dans le jardin que Mussard et Rousseau passaient leurs\nplus agréables instants, 2 c'est là qu'ils devaient prendre le thé avec l'abbé\nPrévost, Mme Denis, Christine Somis, femme de Carie Van Loo, M. et MmB\nde Valmalette. Ce jardin qui suivait la pente de la colline avait 100\nmètres de long ; les terrasses en étaient ornées de \" douze vases de faïence\nà mettre les fleurs, quatre petites caisses de bois verni et vert \" et quand\nJean-Jacques se retirait dans la tonnelle du haut, pour \" barbouiller \" les\nairs du Devin,il s'asseyait sur \" un banc à quatre places en vieux bois\nverni et vert Au dessous, dans le rocher, s'ouvrait une cave qui conte-\nnait \" soixante bouteilles remplies de vin commun cru du pays\"; les vignes\nau reste n'étaient pas loin ; elles couvraient entre les jardins les flancs\nensoleillés du coteau et derrière le château de Boulainvilliers elles s'éten-\ndaient jusqu'au Bois de Boulogne ; quand \" l'homme de la Nature \"\nrevenait le matin chez Belamy, successeur de Le Ragois, avant de des-\ncendre le pittoresque passage des Eaux qui le ramenait chez Mussard, il\npouvait se retourner et contempler d'un œil attendri les vignerons à\nl'ouvrage.\nNous n'insisterons pas sur les distractions connues de Jean-Jacques,\nsur les duos de flûte et de violoncelle qu'il devait jouer avec Mussard, sur\nleur admiration commune pour les Opéras bouffes que tous deux avaient\nvus en Italie. Après 1752 les Confessions ne mentionnent plus \" la char-\nmante retraite \" où Rousseau coulait de si paisibles moments. Du reste le\nbonhomme était bien malade d'une tumeur à l'estomac et après de\nlongues souffrances il s'éteignit à Passy le 24 août 1755. En sa qualité\nd'étranger et de protestant, il fut inhumé au cimetière de la rue de Bondy,\nsuivant la procédure ordinaire :3 \" Veu le procès verbal je n'empesche pour\n\n1 Cf. D. Mornet : Les sciences de la nature en France au XVIIe s'ûcle. Paris, 1911, in-16, p. 7.\n2 Mussard avait fait des plantations et changements au jardin, des agrandissements aux bâtiments. Il ne\nparaît pas, comme le dit Jean-Jacques, qu'il ait fait construire sa maison, mais \"il s'était engagé à finir un\nbâtiment par luy commencé dans le coin de la cour de la d. maison de Passy à gauche en entrant. \" Cette cour,\nassez vaste, séparait la villa du quai de Passy.\n3 Ce cimetière placé derrière le théâtre actuel de la Porte Saint Martin, avait été inauguré en 1724 ; l'entrée\nen était 15 rue de Bondy ; en 1762 il fut transféré rue Grange aux Belles."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.11", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2688, "texte": "le Roy le cadavre dudit François Mussard estre inhumé nuitamment sans\nbruit scandai ny apareil dans le cimetière des Etrangers à la porte Saint\nMartin et estre enjoint aux officiers du guet et de police de prester main\nforte si besoin est et en sont requis, fait le 24 aoust 1 Moreau.\"\nRousseau, de retour de Genève, était alors à Paris ; peut-être eut-il\nà cœur de suivre ce triste convoi.\nMussard laissait une belle fortune à Mmo de Valmalette qui avait\nreçu une dot de 100.000 livres. Un mariage sensationnel permit bientôt\nà Rousseau de ne pas perdre de vue la famille de son ami : le 23 mai\n1757 Louise-Charlotte-Françoise de Valmalette, petite-fille de Mussard,\népousa Louis-Marie-Marc-Antoine Boutinon de Courcelles, beau-frère de\nLa Pouplinière ; la cérémonie eut lieu par les soins du fermier général,\ndans la chapelle du château de Passy ; la jeune femme recevait en douaire\nle magnifique château de Courcelles-le-Roi qui avait appartenu à\nDancourt, ancêtre de son mari.\nAinsi, par une heureuse coïncidence, Rousseau pouvait chez La\nPouplinière évoquer avec des amis tous les vieux souvenirs de Mussard.\nDepuis la rupture de 1740 ses relations avec le fermier général sont\npourtant assez espacées et difficiles à reconstituer ; il est probable que le\nsuccès du Devin et la querelle des Bouffons rapprochèrent les deux\nhommes. La Pouplinière s'était déclaré ouvertement pour les Bouffons et\nrecevait le parti des philosophes. Son neveu, M. du Perché, raconte ainsi\nun dîner auquel il assista pendant l'été de 1753 :\n\"Je me souviens d'un dîner qui fut fort gai et fort amusant : il y avait assez\nbonne compagnie et en outre gens à talents, Marmontel et autres, quelques femmes\nd'esprit, Jean-Jacques Rousseau et le médecin Tronchin si connu alors par sa\nréputation.\nCe jour-là Mademoiselle Coraline, belle, aimable, fort gaie, de l'esprit, connue\nde tout Paris et très bonne actrice à la Comédie Italienne, vint demander à dîner à\nmon oncle qui la fit placer entre Jean-Jacques et Tronchin.1 La conversation fut\n\n1 La Pouplinière avait fait la connaissance de Tronchin en Hollande en 1731. Anne-Marie Véronèse, dite\nCoraline, était la fille de Charles-Antoine Véronèse, dit Pantalon, et de Lucie-Perrette Speretti; née vers 1730,\nelle débuta le 6 mai 1744. En 1753 Coraline était la maîtresse d'Honoré-Camille-Léonor Grimaldi, duc de\nValentinois, puis prince de Monaco depuis 1733, qui lui accorda, le 29 décembre 1753, 3.000 livres de rente\nannuelle et viagère. Un autre amant, le prince de Conti lui acheta le marquisat de Silly. Elle mourut rue\nSte Apolline le 6 février 1782, laissant une maison importante et une nombreuse domesticité. (Arch. Nat. Y"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.12", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1914, "texte": "des plus amusantes, beaucoup de plaisanteries.... et on fut se promener dans le\nparc après avoir entendu la musique au dessert \".1\nQuelques mois plus tard Rousseau publiait sa\nqui provoqua d'âpres discussions chez La Poupliniere meme. Un exem-\nplaire de cet ouvrage conservé à la Bibliothèque de l'Universite de Stock-\nholm, porte la dédicace suivante dont notre éminent collègue M. Hen-\nnerberg veut bien communiquer le facsimilé.\"\nDes années s'écoulent ensuite sans que nous retrouvions le nom de\nRousseau parmi les familiers de La Pouplinière. Au printemps de 1762\nJean-Jacques envoie Emile au fermier général qui lui accuse réception de\nson livre par cette intéressante lettre que nous croyons publier pour la\npremière fois :2\nA Monsieur Rousseau à Montmorency près Paris\nPassy, 6 juin 1762\nJ'ay bien des grâces à vous rendre Monsieur, vous m'avez envoyé un ouvrage\nfait non pas pour la france seulement, mais pour les nations, je ne scais pas si la\nlecture excitera au peuplement, il faudroit je crois avant toutes choses dénaturer un\npeu l'humanité en général, elle est incapable aujourd'huy de sentir le prix de vos\nconseils parce qu'elle est trop civilisée ce que nous apellons les barbares en profite-\nroient beaucoup mieux que nous ; il n'ont que des semences de passions nous en\navons nous autres les fruits tout amers tout indigestes qu'ils sont c'est un aliment\nqui nous plaist au travers de ces crudités et que nous ne changerions pas pour un\nautre, tout ce que l'on peut faire c'est d'admirer la profondeur de vos réflections\nde convenir avec vous que rien ne seroit plus utile ny plus avantageux que de les\n\n11598). Elle avait, disent les frères Parfaict \" une figure charmante, beaucoup de vivacité, de gaieté et de volubi-\nlité Cf. Campardon : Comédiens du roi de la troupe italienne. 1880, 11, 187-197.\n1 Extrait de Mémoires inédits\n8 Bibl. de Neuchâtel. MS. Rousseau 7902 (Autogr.)"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.13", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2479, "texte": "mettre en pratique, mais que le chemin que la race humaine a fait la met hors\nd'état de s'en occuper elle a dit-on mangé du gland il luy faut aujourd'huy des\naloyaux à la braize et des carpes à la Chambord, elle a été sous des cabanes il luy\nfaut des palais il luy faut des superfluités de toute espèce et tous les moyens pour en\nacquérir sont devenus bons et familiers, en cet état que peuvent devenir des enfans\nqui ne naissent que du plaisir des pères et que les mères par bienséance sont dans\nl'usage receu d'abandonner à la première femme de campagne qu'on luy ameine.\nil faut je crois que la révolution naturelle des choses nous tasse repasser dans\nnotre premier état de barbarie, alors on nous écoutera, on sentira l'utilité de nos\nleçons et votre livre deviendra l'instruction généralle pour les pères et les mères.\nil feroit bien la mienne aujourdhuy si j'estois dans ce cas, mais dieu mercy je\nn'ay point à me faire les reproches que je fais aux autres.\nje vous renouvelle mes remerciemens et suis de tout mon cœur Monsieur\nvotre très humble et très obéissant serviteur\nPar retour du courrier J. J. Rousseau envoie la réponse qu'il convient\nde reproduire ici :\nMontmorency 8 juin 1762\nNon, Monsieur, les livres ne corrigent pas les hommes, je le sais bien ; dans\nl'état où ils sont, les mauvais les rendraient pires, s'ils pouvaient l'être, sans que\nles bons les rendissent meilleurs. Aussi ne m'en imposai-je point en prenant la\nplume sur l'inutilité de mes écrits, mais j'ai satisfait mon cœur en rendant hommage\nà la vérité. En parlant aux hommes pour leur vrai bien, en rendant gloire à Dieu,\nen arrachant aux préjugés du vice l'autorité de la raison, je me suis mis en état, en\nquittant la vie, de rendre à l'auteur de mon être compte des talents qu'il m'avait\nconfiés. Voilà, Monsieur, tout ce que je pouvais faire ; rien de plus n'a dépendu à\nmoi. Du reste j'ai fini ma courte tâche, je n'ai plus rien à dire et je me tais.\nHeureux, Monsieur, si bientôt oublié des hommes et rentré dans l'obscurité qui\nme convient, je conserve encore quelque place dans votre estime et dans votre\nsouvenir.\nLa date de cette lettre est impressionnante : c'est le 9 juin 1762 que\nle Parlement condamna Emile à être brûlé de la main de bourreau ; le 8\nau soir, quelques heures sans doute après la lettre, le prince de Conti\nfaisait dire à Rousseau qu'il était décrété de prise de corps et la maréchale\nde Luxembourg l'engageait à fuir au plus vite.\n%\n% *"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.14", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2571, "texte": "A partir de ce moment commencent les années errantes et misérables\nde Jean-Jacques Rousseau ; La Pouplinière meurt le 5 décembre 1762,\nles philosophes se dispersent ; seule Madame Dupin, dont la noble\nvieillesse brave les temps et les malheurs de famille, continue à recevoir\nle vendredi, fidèlement. Nous retrouvons encore une fois Rousseau à\nPassy dans les années plus calmes qui suivirent son installation rue\nPlâtrière. A Yverdun, en 1762, il avait fait la connaissance de Mme Boy\nde la Tour, nièce de son vieil ami Roguin ;la fille aînée de Mme Boy de\nla Tour \" âgée d'environ quinze ans, l'enchanta par son grand sens et son\nexcellent caractère Quelques années plus tard Madeleine Boy de la Tour\népousa Etienne Delessert, premier d'une dynastie connue à Passy. 1\nM. Delessert racheta le domaine des Nouvelles Eaux, rue Raynouard, et\nen fit une propriété particulière ; l'établissement était en pleine décadence,\nautant que les Anciennes Eaux. M. Delessert accueillait Jean-Jacques\navec \" la tendre amitié \" que lui témoignaient sa femme et sa belle\nmère ; pendant l'été de 1772 le philosophe vint, dit-on, s'installer quai\nde Passy, dans un pavillon dépendant des Eaux (probablement le n° 30\naujourd'hui) ; il enseignait la botanique à la fille d'Etienne Delessert, en\nse promenant sous les vastes ombrages de ce parc qu'il avait vu autrefois\nrempli d'une foule bigarrée et galante ; il allait revoir sans doute, à\nquelques pas de son nouveau logis, le jardin où Mussard et lui avaient\nconnu des heures si douces.\nMais déjà Passy se transformait ; il suffit de comparer le cadastre de\n1731 avec celui de 1772, pour remarquer les maisons nouvelles et les\nmodifications des jardins. De ces lieux animés par la présence de Jean-\nJacques quelques souvenirs subsistent encore : les Anciennes Eaux ont\ndisparu tout récemment et l'on a vu s'écrouler leurs pavillons où s'abri-\ntèrent tant d'amours ; le jardin de Mussard n'est plus que la cour d'une\nmaison neuve ; un seul pan de mur en ruines représente les communs du\nchâteau de La Pouplinière ; mais les Nouvelles Eaux restent intactes\njusqu'au jour prochain de leur lotissement ; que sur leurs nobles terrasses\net dans la solitude de leurs vieux arbres les amis du passé se hâtent encore\nde chercher les pas rêveurs du citoyen de Genève.\n\nGeorges Cucuel.\n\n1 Ce mariage fut célébré le 9 octobre 1766. Cf. les Lettres inédites deJ.-J. Rousseau. (Correspondance\navec Mme Boy de la Tour), publiées par H. de Rothschild, Paris, 1892, in-B°. Nous sommes peu renseignés sur\nce dernier séjour de Rousseau à Passy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c007", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 15, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.4", "titre_corps": "LA GRANDE SAISON ITALIENNE DE 1752 LES BOUFFONS", "titre_sommaire": "LA GRANDE SAISON ITALIENNE DE 1752 LES BOUFFONS", "signature_source": "Lionel de la Laurencie", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1310, "texte": "LA GRANDE SAISON ITALIENNE DE 1752\nLES BOUFFONS\n\n(ISuite) !\nReprésenté pour la première fois à Naples sur le théâtre S. Bartolomé,\navec YaÂdriano in Stria de Pergolèse, le 25 octobre 1734, le nouvel inter-\nmède était un véritable Protée. On en avait entendu de nombreuses\nversions, sous des titres extrêmement variables : Livietta e Tracollo, La\nContadina astuta, Tracollo, La Finta 1 et on a dit que l'auteur\nen était Tommaso Mariani.3\nLa pièce n'est qu'une mauvaise farce : Tracollo, Purgon ignorant, a\ntué Fabio, père de Livia et s'enfuit, déguisé en Polonais, avec la justice\nà ses trousses, mais sans oublier de faire la cour à Livia. Puis, le voilà en\nastrologue, feignant la folie, vaticinant et pérorant. L'apothicaire Sulpizio\nle reconnaît et le traite de coquin, malgré son nom mirobolant de\nChiaravalle di Milano. Il avoue à Livia que la mort de son père n'est\nimputable qu'à une étourderie qu'il déplore, et Livia, bonne fille, lui\npardonne.\nTout cela respire la plus complète incohérence ; aussi trouva-t-on\n\n1 Voir S. I. M. du 15 juin.\n2 Wotquenne, Loc. cit., I, p. 439.\n3 Radiciotti, Loc. cit., p. 106. Voici le titre du livret parisien : Tracollo {Medico ignorante, fer\ncMusica, In due Atti, Da representarsi in Parigi nel Teatro delV Opéra, Tanno 1753. Paris, Delormel, 1753\n(Bib. de l'Opéra)."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.16", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2799, "texte": "l'action \" mal cousue \". Mais la musique la sauvait. 1 L'ariette \" Vi sto\nben \"du lerIer acte, dont les paroles sont d'ailleurs de Goldoni, l'air célèbre\n\" Ecco il povero Tracollo \" 2 à l'expression si touchante, et le duo final\n\" Vado, vado \" reçurent les plus vifs applaudissements. Au 2e acte, les\nconnaisseurs s'extasiaient sur le câlin \" Caro perdona mi \" 3 et sur le duo\n\" A quella che t'adora 4\nL'édition française de la musique fut faite par les soins de Cosimi\nqui jouait, auprès delà troupe des Bouffons, le rôle de directeur artistique;\nCosimi dédiait son Tracollo à la duchesse d'Orléans, protectrice en France\nde la musique italienne. L'ouverture manque ; quant à la pièce, elle\nprésente d'importantes variantes par rapport à la du\nConservatoire de Naples, car, dans cette dernière, Tracollo se déguise en\nPolonaise, sous le nom de Baldracca, et le choix des airs n'est pas le\nmême. 5 En outre, la version napolitaine ne comporte pas le personnage\nde Sulpizio.\nD'unanimes éloges allaient à la Tonelli ; mais on se montrait plus\nréservé à l'égard de Manelli. Cosimi, sous les traits de l'apothicaire\njouait avec beaucoup d'intelligence, malgré son \" peu de voix \". A partir\ndu 19 juin, deux nouveaux intermèdes vinrent remplacer Tracollo, le\nChinois et la Bohémienne. Tous deux réussirent pleinement.6\nIl Cinese rimpatriato,7 que le livret parisien qualifie de Diuertimento,\nne comprend qu'un acte et comporte seulement trois personnages ; les\ndeux sœurs Tonelli jouaient respectivement les rôles d'Argèse et d'Aglé\net Manelli tenait celui de Vessore. C'est un simple marivaudage,\nentre le jeune Vessore de retour à Pékin, après un voyage en Europe,\net la belle Argèse, à laquelle Vessore parle le langage occidental, en lui\noffrant de la poudre à la maréchale et de l'eau de senteurs.\nEcrite par Giuseppe Selleti8, là musique témoigne de grandes\n\n1 La partition gravée à Paris se trouve à la Bib. du Conservatoire : Tracollo, Intermède, En deux actes Del\nSignor Tergolesi, Représenté par VAcadémie Royale de (Musique en (May 1753, Dédié à S. A. S. (Madame la\nDuchesse d'Orléans. Aux adresses ordin. in 40 obi. On remarquera que le titre n'est pas identique à celui du\nlivret. L'exemplaire porte la signature de Cosimi.\n2 Publié dans les Gloires d'ltalie, n° 18.\n3 Publié dans la Cronaca musicale de Pesaro (janvier, 1910).\n* (Mercure, juin 1753, p. 157.\n5 Voir Radiciotti, Loc. cit., pp. 106 et suiv. et la deuxième partie de cette étude.\n6 (Mercure, juillet 1753, p. 17°.\n7 II Cinese rimpatriato, Tïivertimento scenico, Da representarsi in Parigi nel Teatro delV Opéra, Vanno 1753.\nParis, Delormel, 1753. (Bib. nat. Yth. 50148). Durey de Noinville, pp. 301, 303.\n8 Selleti ou Sellitu serait né à Rome vers 1720, d'après Fétis, mais un ms. de la Bib. de Vienne le qualifie"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.18", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2571, "texte": "qualités de finesse et de malice qui n'avaient pas échappé aux Parisiens\nde 1753. L'air qu'Argèse chante avec Aglé \"Mi sta d'incanto celui de\nVessore \" Già colmo di piacere \" où il peint le ravissement de son âme,\nles répliques d'Argèse \" Io sono una donzella \" 1 et \" Zerbinotti d'oggi \"\nfurent interprétés de façon satisfaisante par la Tonelli et par Manelli.2\nEn tête du Divertimento,on avait placé une ouverture de Jommelli,\nqui vise sans doute à la chinoiserie.3\nLa Zingara ou la Bohémienne, inscrite sur l'affiche en même temps\nau II Cinese, ne dut pas seulement son succès à la remarquable musique de\nRinaldo di Capua, mais encore au sujet que le déclare \" assez\nplaisant \".4\nOn ignore l'auteur de cette bouffonnerie toute classique, avec son\nvieil avare Calcante, auquel la bohémienne Nisa, secondée par son frère\nTagliaborse, joue les tours les plus pendables. Nisa vend à Calcante un\nours, lequel n'est autre que Tagliaborse et, sous couleur de bonne aven-\nture, elle lui annonce qu'elle l'épousera. L'ours s'échappe en emportant\nla bourse de l'avare. Alors, Nisa conjure l'Averne pour retrouver les\nducats du bonhomme, et ne les lui rend qu'en échange de sa main.8\nCosimi publia la musique, et la dédia à un italianisant de qualité, le\ncomte de Clermont. 6 Mais Rousseau, alléché par le succès de la Zingara,\net aussi par celui de son édition de la Serva , voulut en donner\nune du nouvel intermède, ainsi qu'il ressort d'un manuscrit de la Biblio-\nthèque de Neuchâtel, publié par M. Jansen, et où Rousseau s'efforce de\n\nde Napolitain. (Eitner, IX, pp. 135, 136). La Bib. nat. possède un recueil intitulé : A rie e Tïuetto T>el Cinese.\nIn-f° oblong. (Vm.4 528).\n1 Cet air a été publié chez Lemoine et on l'a inséré dans le {Maure de {Musique de 1755, (traduction\nfrançaise), sous les paroles \" La pudeur qui me guide \".\n* lMercure, juillet 1753, p. 170. Durey de Noinville. Loc. cit., pp. 304, 308.\n3 C'est la 2• du Premier recueil de 6 symphonies de différents auteurs italiens du Conservatoire de Bruxelles\n(X. 8178).\n4 çMercure, juillet 1753, pp. 170-171- Durey de Noinville, Loc. cit., pp, 304-308.\n5 Le livret publié à Paris en 1753 est intitulé :La Zingara, Intermezzo per musica,, In due Atti, T>a\nrepresentarsi in Parigi, nel Teatro delV Opéra, Vanno 1753. (Bib. nat. Yth. 50847. Bib. de 1 Opéra).\n6 Grimm, dans le \"Petit Prophète de Boehmischbroda, dit à Manelli :\"Et je mettrai des Bourbons àta\ndroite et des Bourbons à ta gauche et ils te protégeront .Il désigne ainsi la duchesse d Orléans et le comte\nde Clermont. (Chap. XVIII).\n2"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.19", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2450, "texte": "justifier auprès des puristes de 1753 la scène de l'ours, que d'aucuns\nestimaient attentatoire à la majesté de l'Opéra.1\nNous connaissons, par le Mercure, les passages qui parurent les\nmeilleurs : au lerIer acte, \" Che orror ! \" et le duo final \" Amore, o che\ndiletto ! \", ainsi que l'air de la bonne aventure qui fut gravé au pied du\nportrait de la Tonelli ; au 2e acte, la scène d'incantation, et l'air sérieux\n\" Voce lugubre \", avec le martellement fatidique des basses, le chœur\npuissant \"O dell Egitto \" et l'étourdissant trio final \" Ogni tromba\nL'air en si majeur \" Si caro ben sarete \" qui, au dire du , fut\najouté à la partition, apporte une preuve de l'extrême acuité de la voix\nde la Tonelli. Quant à celui du 2e acte, qui commence par \" E specie\ndi tormento \", il est écrit sur des paroles de Métastase. 2\nDans une parodie du Joueur, jouée à la Comédie italienne, en juin\n1753, Mme Favart imitait la Tonelli, et le 30 juillet, Dauvergne faisait\nreprésenter ses Troqueurs, conçus \" dans le goût purement italien. \" C'est\ndire à quel point se fortifiait l'impression produite par les Bouffons.3\nLe dimanche, 23 septembre, ils donnaient ensemble deux nouveaux\nintermèdes, les Artisans de Qualité et la 4 arrichiti,\nintermède en deux actes à cinq personnages, sans nom d'auteur0, développe\nune action tintamarresque qui, par certains côtés, s'apparente au Bourgeois\ngentilhomme. Le vieux cordonnier Pamcone a decouveit un tresoi, et cette\ntrouvaille affole ses enfants. Du coup, son fils Sfrappa se croit chevalier,\ntandis que sa fille Ciana joue à la grande dame et exige qu'on l'appelle\n\"Excellence\". Un faux noble, fils d'un serrurier, Sgrana, aspire à sa\nmain, cependant que Sfrappa montre quelque tendresse à Fiammetta, la\nsœur de l'aventurier. Tout finit par des mariages.\nLa musique était de Gaetano Latilla. Nous en connaissons l'ouver-\nture (Ré majeur), écrite pour quatuor, hautbois et deux cors 6 :\n\nIA. Jansen : J. J. Rousseau ah {Musi^er,pp. 464.-465.\n1 Sur la Zingara,voir l'article que Ph. Spitta a consacré à Rinaldo di Capua dans le\niMuiUuoissenschaft, 1887, déjà cité.\n3 (Mercure, septembre 1753, p. 179- Ms. de {Munich (du ir au 15 août 1753, 1 16), (Loc. cit.).\n4 tMercure, octobre 1753, p. 171. Durey de Noinville, pp. 309-311.\n5 Gli Artigiani arrichiti, lHterme'X/xJo per {Musicu, eut) 0\nl'anno 1753. Paris, Delorniel, 1753, Bib. de l'Opéra.\n6 Bib. du Conservatoire. Copie ms. portant la griffe de Francœur."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.20", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2740, "texte": "De la partie vocale, la Bibliothèque nationale possède un air de Panicone\n\" Cavaglier delli stivali qui ne figure pas dans le livret, ainsi que l'air\n\"Se mai perdete \" de la scène 4 du 2 e acte \\ Mais, l'intermède est un\npasticcio, car l'air sérieux \" Scieglier fra mille du lerIer acte, semble\nprovenir du Temistocle de Léonardo Léo 2. Le lerIer acte se termine par un\nduo et le 29 par un chœur. Dans l'interprétation, on remarquait, particu-\nlièrement, la signora Lepri, qui \" avait beaucoup brillé \".3\nL'autre intermède associé aux Artisans, la ne\nréussit pas, et fut remplacé, le 16 octobre, par Dans sa\nLettre d'un symphoniste de V Opéra a Rousseau\nraconte que Bambini prépare un nouvel ouvrage qu'il s'agit de faire\ntomber : \" Dans cette vue, écrit-il, je me suis adroitement insinué chez\nle sieur Bambini, sous le prétexte d'amitié, et comme le bonhomme ne\nse défiait de rien, il m'a, sans mystère, montré son intermède. Le titre en\nest L'Oise deiise anglaise,et l'auteur de la musique est un certain Jommelli \".6\nRousseau vise évidemment ici le Paratajo ou Parataglio qui se passe\nà Richmond, près de Londres. On peut alors se demander si cette pièce\nne se confond pas avec l'Uccellatrice, intermezzo per musica del Signor\nNicolo Jommelli, qui fut représentée à Venise, au théâtre S. Samuele,\nen 1750, de concert avec Imeneo in Atene, et dont la Bib. nat. possède\nune copie manuscrite. 6 Nous connaissons la partition complète du Para-\ntajo ; elle se trouve en copie moderne au Conservatoire de Bruxelles.7\nOr, de la comparaison de ces deux pièces, il résulte que le Paratajo de\n1753 ne contient que quatre airs de X Uccellatrice de 1750, et, encore, ces\nairs ne sont-ils pas placés de la même manière dans les deux intermèdes.\nL'ariette \" Ecco che viene \", par exemple, figure au 2e acte du 'Paratajo\net au iw de l'Uccellatrice.\nRemarquons, en passant, que, dans son ouvrage sur Jommelli, M. Abert\ns'est trompé en mettant au compte du Paratajo de 1753 l'insuccès de la\n\n1 Bib. nat. Vm4 892.\n* Conserv. de Bruxelles. Litt. Q. N 0 4370. Temistocle fut joué à Florence en 1738-1739.\n3 La Signora Lepri chanta à Lyon, en décembre 1757. (L. Vallas, La {Musique à Lyon au XVIIIe siècle,\nP- 88')\n4 {Mercure, novembre 1753, p. 169. Durey de Noinville, Loc. cit., pp. 311, 316. Le livret du Paratajo\na pour titre : Il Taratajo, Intermezzo per {Musica in due Atti, Da representarsi in Tarigi, nel Teatro delV Opéra\nI*anno 1753. Paris, Delormel. Il y a 4 personnages.\n5 Rousseau. Œu<v. complètes, 111, p. 544. (Edit. Furne), Sur Jommelli, consulter M. Abert, Niccolo Jom-\nmelli als Opernkomponist (1908).\n6 Bib. nat., Vm4 529.\n7 II Parataglio, Intermède en deux actes, copie ms. in f°. (Conserv. de Bruxelles, Litt. K. 2184)."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.21", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2911, "texte": "Tipée, parodie jouée en 1756. Le texte du manuscrit de Munich qu'il\ncite à cet égard était cependant de nature à empêcher toute confusion. 1\nLe sujet du Paratajo développe le thème classique de l'avare berné.\nArgone ne veut pas marier sa pupille Clarissa. Avec l'aide de Fille,\ndéguisée en oiselière, celle-ci prend Argone dans les filets tendus pour la\npipée et ne le délivre qu'à la condition qu'il consentira au mariage sou-\nhaité et qu'il livrera son testament.\nNous n'insisterons pas sur la musique dont M. Abert a donné une\nanalyse détaillée. En dépit de son titre d'intermède, le Paratajo est un\nvéritable opéra-buffa. 2\nAvec Bertoldo in Corte,qui apparut le 9 novembre 1753, la troupe\nde Bambini cueillait de nouveaux lauriers. \" Cet intermède a beaucoup\nréussi, rapporte le éMercure, et c'est peut-être de tous ceux qu'on a donnés\njusqu'ici, celui qui a eu le succès le plus général et le plus marqué. \" 3\nLe poème, dû à Goldoni,4 présentait un réel intérêt, et on trouvait\nque \" l'action offre assez de jeu de théâtre \" : Un modeste paysan, nommé\nBertoldo, a été appelé avec sa famille à la cour du prince Emilio. Celui-ci\nne tarde pas à devenir amoureux de Betta, la femme de Bertoldo ; ainsi,\nle trouble se met partout, dans le ménage du prince et dans celui du\npaysan, et Bertoldo, fuyant le luxe dont on l'entoure, regagne son village\noù il retrouvera le bonheur. a\nCinq des chanteurs de la troupe de Bambini, dont Catarina Tonelli,\nsous le déguisement du jeune Cacasenno, fils de Bertoldo, paraissaient au\ncours de la pièce, dont la musique ne doit pas être attribuée au seul\nVincenzo Ciampi, ainsi que semble le faire croire le livret. 6 Non seule-\nment, en effet, bertoldo in Corteconnut les nombreux avatars qu'a décrits\n\ni Puisque le ms. parle de traduction, et qu'en outre, le passage reproduit par M. Abert s'applique à\nl'année 1756 et non à l'année 1753. ((Ms. de (Munich,f° 161 :du 15 janvier au février 1756.\nVoir Abert, Loc. cit., pp. 414, 415.\na L'ouverture du Paratajo se trouve au Conservatoire parmi les symphonies de Jommelli de la collection\ndu marquis de la Salle, et aussi dans le Recueil du Conservatoire de Bruxelles qui porte la cote X. 8178.\nM. Mennicke l'attribue à J. A. Hasse et la donne comme celle de 1 (1744) de ce musicien. C. Mennicke,\nHas se und die Bruder Graun als symphoniker,p. 513.\n3 iMercure, décembre 1753, I, p. 173.\n4 Wiel, Spinelli et Salvioli attribuent le livret à Goldoni. La ire représentation eut lieu en 1749, au théâtre\nS. Giustiniani di S. Moise, de Venise. Voici le titre du livret parisien :\nMusica, In due Atti, T>a representarsi in Parigi nelTeatro dell' 1753. Paris, Delormel, 1753. (Bib.\nde l'Opéra et Conserv. de Bruxelles).\n4 Cf. Durey de Noinville, Loc. cit.,pp. 3x7, 318.\n6 Legrenzio Vicenzo Ciampi naquit aux environs de Plaisance vers 1719. Il se rendit à Londres en 1748\net y donna plusieurs opéras. (Eitner, 11, p. 440)."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.22", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2368, "texte": "M. Sonneck,1 et qui prouvent l'instabilité chronique à laquelle de perpé-\ntuelles interpolations condamnaient les intermèdes bouffes, mais encore\nil offre des caractères nettement marqués de pasticcio. Le «sMercure,\nd'ailleurs, assurait qu'on avait ajouté à la musique de Ciampi \" plusieurs\nariettes de différents maîtres\", et l'auteur du manuscrit de Munich,\nprécisant davantage, écrivait i \" On y a adapte des ans de Léo qui y\nfont grand effet. \" 2\nDans l'ensemble, le résultat obtenu par ces adaptations fut couronné\nde succès 5 quelques—unes des ariettes étaient declarees sublimes .On\ncitait parmi les plus belles Quando s incontrano , Quando seiito\nspirarmi 55 et c 4 Ahi, ahi ! du 1 acte, c A îiveder , applaudi avec\ntransport cc Cosi fugge c spaventosa ,etcc La donna onoiata du 2 ,\nainsi que le trio et le cjuatuor terminent respectivement chacun des\nactes.3\nNous connaissons deux des airs de Léo qui prirent place dans\nBertoldo; le premier est \"Grandi, e ver son \" (icr acte) tiré de\npiade, le second \" Quando sento spirarmi , est parodie du be mai senti\nspirarti sul volto \" de la Glemenzci di paioles de IVÎetastase.\nreusement, la partition n'a pu etre retrouvée, et on en est îeduit, poui\ninventorier d'autres airs de Bertoldo à se servir des parodies françaises qui\nsuccédèrent aux intermedes italiens. C est ainsi que 1 ariette Quando\ns'incontrano \" passa dans Bertholde a la Ville de mars 1754 (Opéra-\nComique de la Foire S' Germain), sous les paroles \" Quand le hasard\nensemble \",5 que \" A riveder ritorno \" se glissa dans la même parodie\net devint \"Le ciel va rendre à mes vœux \", que \" Maledetti quanti\nsiete \" s'introduisît successivement dans Bertholde a la ville et dans Ninette\nà la cour de Favart (février 1755), enfin, que l'ariette \" Ahi, ahi ! \" îigura\naussi dans Ninette à la cour,sous la forme, \" Ahi, ahi \"! il m'a fait grand\n1 5 > 6\nmal, _\nAjoutons que la Bibliothèque nationale possède l'air \" lo so quel\nche costumano\" qui appartient aux versions de Venise, Brunswick et\n\n10. G. Sonneck, Ciampi's\" Bertoldo, Bertoldino e C Favart's \" (SMI. M. G.\njuillet-septembre 1911).\n3 {Ms. de [Munich, f° 61 (du 15 novembre au ir décembre 1703)- Loc. cit.\n® Mereure,décembre 1753, I, p- *74-\n4 A. Wotquenne. Catalogue,ll, p. 194.\n6 Ibidem! i! pi 384. L'air \" Maledetti quanti siete \" a été publié dans les Gloires d'ltalie, n° 11."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.23", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2403, "texte": "Ferrare, mais qui disparut de celle de Paris1 et que l'ouverture de\nBertoldose trouve au Conservatoire de Bruxelles ;2 de sorte que le maté-\nriel inventorié comprend deux airs de Léo, quatre airs parodiés et l'ou-\nverture.\nTous les contemporains s'accordent pour vanter 'Bertoldo in Corte ;\nl'écho du succès remporté par cet intermède se propagea même en\nprovince, puisqu'un académicien de Lyon, M. Montucla, écrivait de\nParis à ses collègues, en janvier 1754 : \" quoique jouée\n25 fois de suite, se soutient toujours à peu près comme le premier jour.\nJe l'ai vue 12 à 15 fois, et toujours avec un nouveau plaisir, car c'est une\nmusique presque divine \".3\nAu dire du é\"Mercure, l'interprétation était digne de l'ouvrage :\nGuerrieri faisait des progrès, MUe Tonelli, la cadette, dans le rôle du petit\nCacasenno, et la signora Lepri, chantaient avec finesse et franchise.\nA en croire Clément et Laporte, \" les Bouffons, dont le départ était\narrêté donnaient Bertoldo pour leurs adieux \". Le succès de cet intermède\naurait engagé la Ville à les garder jusqu'à Pâques, mais on résolut de les\ncongédier à la S* Martin. 4\nDe son côté, l'auteur du manuscrit de Munich écrit en janvier 1754\nque \"le règne des Bouffons est près de finir \", et, au début de février, il\ndonne cette intéressante explication : \" Le renvoi des Bouffons italiens\nayant été décidé, Mme la Duchesse l'a suspendu, en obtenant qu'il leur fût\npromis de représenter Le Voyageur,comédie en trois actes, qu'ils avaient\npréparée \". 5 Ainsi, Le Voyageur [I Vin'aurait vu le feu de la\nrampe que grâce à l'entremise de la princesse.\nLa première eut lieu le 12 février 1754, et le sans vouloir\nciter toutes les ariettes qui méritèrent des applaudissements, se borne à\nformuler un jugement d'ensemble : \" Nous pouvons seulement dire qu'il\nn'y en a presque pas une seule qui n'ait été trouvée bien faite, et que\nplusieurs d'entre elles sont de la première force. \" 6 Collé se montre plus\nsévère et prétend que les antibouffonnistes déclarèrent la pièce mortelle-\nment ennuyeuse. 7\n\n1 Bib. nat. Vm.7 7263.\n2 Cons. de Bruxelles. Recueil de Symphonies déjà cité.\n3 L. Vallas. La musique à Lyon au XVÎÎÎe siècle, p. 183.\nAnecdotes dramatiques, I, pp. 149, 150.\n{Ms. de (Munich, f° 88 (du ier février au 15 fév. 1754). (Loc. cit.)\nIMercure, mars 1754, p. 180. Durey de Noinville, Loc. cit.f pp. 319, 320.\nCollé. Journal historique, I, p. 397."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.24", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2259, "texte": "L'intrigue roule sur l'infidélité supposée de Sigismondo que l'extra-\nvagant Giramondo a entraîné en un lointain voyage en lui faisant croire\nque son amante Emilia l'a délaissé. On rencontre dans le livret, qui reste\nanonyme, mais qui contient beaucoup de vers de Goldoni, un passage écrit\nen allemand. C'est l'air de Fiammetta au troisième acte : \" Schône\nJungfrau 1\nDe cet intermède attribué à Léo, la musique a disparu ; le lerIer acte\nse termine par un quatuor, le second contient un chœur et un trio, enfin\nle troisième se clôt par le chœur \" Io gia sento \". Seule, l'ouverture a\nsurvécu.2 Elle débute ainsi :\nMoins d'un mois après leur apparition, disparurent de\nl'affiche. \" Les Italiens, rapporte le qui, depuis environ 18 mois\noccupaient, tantôt une, tantôt deux et quelquefois trois fois la semaine,\nle théâtre de l'Opéra y jouèrent pour la dernière fois le jeudi 7 mars. \"3\n\" Bon voyage \", crie Collé aux Bouffons.\n*'Platée de Rameau remplaça les intermèdes, au grand désespoir de\nleurs partisans : \" Platée,disaient-ils, comparé au a paru\ninsipide et froid ; on l'a presque déserté \".4 D'après le manuscrit de\nMunich, les Bouffons auraient reçu leur congé quelques jours après qu'on\nleur eût demandé de préparer un nouvel intermède \".5 II semble donc\nqu'une grande indécision se soit manifestée à leur égard ; on alla d'ater-\nmoiements en atermoiements ; on fixait une date pour leur départ,\npuis le jeu des coteries et des influences la faisait modifier. Contant\nd'Orville prétend que les Italiens quittèrent Paris devant l'indifférence\ngénérale qui, peu à peu, succéda à l'enthousiasme du début : \" les\nBouffons s'aperçurent qu'il était temps de se retirer ; ils ne luttèrent\npoint contre leur destinée et repassèrent précipitamment les monts. \"6\nD'autre part, Collé épanche un peu de fiel, et assure que \"la haine que\n\n1 I Viaggiatori, Intermezzo per (Musica, in Tre Atti, Da representarsi in Parigi, nel Teatro delV Opéra\nlyanno 1754. Paris, Delormel, 1754. (Bib. de l'Opéra). Il y a 5 personnages.\n* Cons. de Bruxelles. Recueil X. 8178.\n3 lMercure, avril 1754, p. 179.\n4 {Ms. de {Munich, f° 92 (du 15 février au ier mars 1754), Loc. cit.\n5 Ibid.y f° 99.\n6 Contant d'Orville. Histoire de VOpéra bouffon, I, pp. 11, 12, 35, 36."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.25", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2035, "texte": "l'on portait aux Bouffons vint confirmer le triomphe de la reprise de\nCastor et Pollux. 1\nQuoiqu'il en soit, le départ des Bouffons ne fut pas provoqué par le\nsuccès de Ti ton et V Aurore de Mondonville, qui remonte au mois de\njanvier 1753 ; il ne le fut pas davantage par une \" ordonnance royale\nainsi que l'avance sans preuves M. Font. 2 Les Italiens partirent, sans\ndoute, parce que le traité qui réglait les conditions de leur séjour à Paris,\nséjour dont ils avaient outre passé la durée de plus d'un an, ne leur laissait\naprès son expiration, qu'une situation précaire, soumise au bon plaisir de\nla Ville et aux fluctuations de l'opinion, et peut-être aussi, comme\nl'insinue Contant d'Orville, parce qu'ils se sentaient en butte à la sourde\nhostilité des Comédiens italiens. Venus pour quelques mois, les Bouffons\nen restèrent près de vingt dans la capitale. Au lieu de protester contre\nune \" expulsion \" différée de jour en jour, on eut été, semble-t-il, plutôt\nen droit de s'étonner de ne les voir jamais quitter la place. L'extrême\ntolérance, dont on usa à leur égard, est, d'ailleurs, la preuve de l'impres-\nsion puissante que leur campagne fit à Paris.\nAu demeurant, tout était bouffon dans leur affaire. Rousselet, l'im-\nprésario éconduit, ne s'avisa-t-il pas, le 1 2 mars 1754, de faire opposition,\nentre les mains du caissier de l'Opéra, de Neuville, au paiement des\nsommes dues à la troupe de Bambini ? Sans tenir compte de l'arrêt royal\nqui annulait son traité de 1752, il réclamait contre le défaut d'exécution\nde celui-ci, et demandait le versement du dédit de 2000 livres qui y était\nstipulé.3 Le Prévôt des Marchands mit fin à cette comédie, en adressant\nune requête au roi qui, par arrêt du conseil d'Etat, en date du 26 avril\n1754, déclara nulle et non avenue l'opposition de l'entêté directeur. 4\n\nLionel de la Laurencie.\n\n1 Collé. Loc. cit., I, p. 391.\n2 A. Font, Loc. cit., p. 262.\n3 Rousselet avait adressé, dans ce but, un Mémoire imprimé au Comte d'Argenson\n4 Arch. nat. E. 2335, fos 99 et suiv."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c013", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 17, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.5", "titre_corps": "Portrait de mademoiselle Anna Tonelli", "titre_sommaire": "Portrait de mademoiselle Anna Tonelli", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 37, "texte": "Portrait de mademoiselle Anna Tonelli"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c014", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 26, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.6", "titre_corps": "LES IDÉES DE ROUSSEAU SUR LA MUSIQUE", "titre_sommaire": "LES IDÉES DE ROUSSEAU SUR LA MUSIQUE", "signature_source": "Paul-Marie Masson", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 954, "texte": "LES IDÉES DE ROUSSEAU SUR LA MUSIQUE\n\n1\n\" Le charme et le feu des caractères sensibles\". Comme ces mots\nsont évocateurs et comme ils portent bien leur date ! Ne contiennent-ils\noas le meilleur de Rousseau ? Cette sensibilité ardente ou attendrie que\nhauteur de la Nouvelle Héloïseintroduit dans notre littérature, il la\nréchauffe et l'exalte par la musique. Pour lui, la musique est, dans son\nessence, une effusion de l'âme, une confidence passionnée.\nIl ne lui conteste pas le pouvoir de suggérer les images du monde\nextérieur : \" elle peint tout, même les objets qui ne sont que visibles ; par\nun prestige presque inconcevable, elle semble mettre l'œil dans l'oreille 2\nIl admet toutes les descriptions musicales et déclare même que, pour la\ncomposition d'un opéra, le musicien habile aura profit à visiter l'atelier\ndu peintre qui brosse les décors. \" Non seulement il agitera la mer à son\n\n1 Voir le numéro du 15 juin.\n2 Dictionnaire, art. Imitation."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.27", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2689, "texte": "gré, excitera les flammes d'un incendie, fera couler les ruisseaux, tomber\npluie et grossir les torrents ; mais il augmentera l'horreur d'un désert\naffreux, rembrunira les murs d'une prison souterraine, calmera l'orage,\nrendra l'air tranquille, le ciel serein, et répandra de l'orchestre une\nfraîcheur nouvelle sur les bocages 1 Mais qu'on ne s'y trompe pas :\nc est encore une sorte de discours personnel, l'expression mélodique d'un\nsentiment, qui forme l'essentiel de ces descriptions. A ce propos Rousseau\nanalyse avec une rare finesse et une parfaite clarté le principal procédé de\n1 impressionisme musical : \" Que toute la nature soit endormie, celui qui\nla contemple ne dort pas, et l'art du musicien consiste à substituer\na 1 image insensible de l'objet, celle des mouvements que sa présence\nexcite dans l'esprit du spectateur ; il ne représente pas directement\nla chose, mais il réveille dans notre âme le même sentiment qu'on éprouve\nen la voyant 2 Même pour évoquer les bruits de la nature, qui pourtant\nparaissent susceptibles d'une imitation directe et presque absolue, un\nchant est nécessaire, la seule harmonie est insuffisante. \" Le tonnerre, le\nmurmure des eaux, les vents, les orages sont mal rendus par de simples\naccords. Quoi qu'on fasse, le seul bruit ne dit rien à l'esprit, il faut que\nles objets parlent pour se faire entendre ; il faut toujours, dans toute imi-\ntation, qu'une espece de discours supplée à la voix de la nature. Le\nmusicien qui veut rendre du bruit par du bruit se trompe ;... apprenez-lui\nqu il doit rendre du bruit par du chant a Ainsi donc, que le chant\nexprime les impressions du musicien devant le spectacle qu'il contemple,\nou bien l'ame même des objets de la nature, la musique reste tou-\njours, dans son fond, un discours mélodique qui traduit une émotion.\nSi la mélodie est l'essence de la musique, c'est parce qu'elle seule est\ncapable d'exprimer les affections de l'âme ; \" l'énergique tableau des\nmouvements de l'âme de celui qui se fait entendre est ce qui fait le vrai\ncharme de ceux qui l'écoutent \". Cela est particulièrement vrai dans le\nchant de la voix humaine, ou \" les accents de la mélodie, appliqués\na ceux de la langue \", forment \" le lien puissant et secret des passions\navec les sons \". 4 La seule musique digne de ce nom est la musique\n\" imitative \" (entendez : expressive), qui \" cherche à émouvoir ses\n\n1 lbid.y art. Opéra. La même phrase se retrouve dans Y Essai sur V origine des langues ch. XVI.\n2 Ibid.\nEssai sur l origine des langues, ch. XIV. Il semble bien que Rousseau méconnaisse ici la valeur suggestive\nde l'harmonie pure, conçue comme une atmosphère.\n4 La Nouvelle Héloîse, partie I, lettre 48."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.28", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2737, "texte": "auditeurs par des effets moraux \" 1 et qui a son origine première dans les\nintonations touchantes de la voix passionnée. Il y a bien une autre espèce\nde musique, toute formelle, qui \" bornée au seul physique des sons\net n'agissant que sur le sens, ne porte point ses impressions jusqu'au cœur,\net ne peut donner que des sensations plus ou moins agréables. Telle est la\nmusique des chansons, des hymnes, des cantiques, de tous les chants qui\nne sont que des combinaisons de sons mélodieux, et en général toute\nmusique qui n'est qu'harmonieuse 2 Mais c'est là un genre de musique\ninférieur, dont tous les chants ne font que développer et paraphraser d'une\nmanière agréable les accords fournis par la science harmonique. Or, de\nmême que \" la peinture n'est pas l'art de combiner des couleurs d'une\nmanière agréable à la vue, la musique n'est pas non plus l'art de combiner\ndes sons d'une manière agréable à l'oreille. S'il n'y avait que cela, l'une\net l'autre seraient au nombre des sciences naturelles et non pas des beaux\narts. C'est l'imitation seule qui les élève à ce rang\nL'harmonie et la mélodie s'opposent entre elles comme le \" physique \"\net le psychologique. \" L'harmonie est une cause purement physique ;\nl'impression qu'elle produit reste dans le même ordre ; des accords ne\npeuvent qu'imprimer aux nerfs un ébranlement passager et stérile,\nporter aux sens une impression agréable, et rien de plus. Mais les accents\nde la voix passent jusqu'à l'âme ; car ils sont l'expression naturelle des\npassions, et en les peignant, ils les excitent \" Le plaisir que donne l'har-\nmonie \" n'est qu'un plaisir de pure sensation \" ; celui que nous cause la\nmélodie \" est un plaisir d'intérêt et de sentiment \".5 L'harmonie livrée à\nelle-même ne saurait être expressive, car elle \" ne fournit aucun principe\nd'imitation par lequel la musique... se puisse élever au genre dramatique ou\nimitatif, qui est la partie de l'art la plus noble et la seule énergique\".6 \"De\nquoi l'harmonie est-elle signe, et qu'y a-t-il de commun entre des accords\net nos passions ? \" 7 II en est de la musique comme de la peinture, où\nl'intérêt principal réside dans le dessin. Le passage où Rousseau rapproche\n\n1 Dictionnaire, art. Composition.\n9 Ibid., art. Musique.\n1 Essai sur Vorigine des langues, ch. XIII. A rapprocher des théories de Diderot sur la peinture.\n4 Examen de deux principes avancés par M. Rameau. (Œuvres, éd. 1781, Genève, in-40, p. 528-529 du\nvolume sur la musique).\n5 Dictionnaire, art, Unité de mélodie.\n6 ibid. art. Harmonie. Comme on l'a vu, il admet le pouvoir expressif de l'harmonie quand elle sert à pré-\nciser et à renforcer l'effet de la mélodie (v. art. Expression).\n7 Essai sur Vorigine des langues. ch. XIV."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.29", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2514, "texte": "les deux arts est trop représentatif de l'esthétique du temps pour qu'on\npuisse le passer sous silence. \" Comme les sentiments qu'excite en nous la\npeinture ne viennent point des couleurs, l'empire que la musique a sur\nnos âmes n'est point l'ouvrage des sons. (Entendez : des sons considérés\nen eux-mêmes et dans leurs rapports purement physiques). De belles cou-\nleurs bien nuancées plaisent à la vue, mais ce plaisir est purement de\nsensation. C'est le dessin, c'est l'imitation qui donne à ces couleurs de la\nvie et de l'âme, ce sont les passions qu'elles expriment qui viennent émou-\nvoir les nôtres, ce sont les objets qu'elles représentent qui viennent nous\naffecter. L'intérêt et le sentiment ne tiennent point aux couleurs ; les traits\nd'un tableau touchant nous touchent encore dans une estampe ; ôtez ces\ntraits dans le tableau, les couleurs ne seront plus rien. La mélodie fait\nprécisément dans la musique ce que fait le dessin dans la peinture : c est\nelle qui marque les traits et les figures, dont les accords et les sons ne sont\nque les couleurs\".1\nOn voit par là combien les musiciens qui considèrent surtout dans\nla musique \" l'action de l'air, et l'ébranlement des fibres, sont loin de\nconnaître en quoi réside la force de cet art. Plus ils le rapprochent des\nimpressions purement physiques, plus ils l'éloignent de son origine, et plus\nils lui ôtent aussi de sa primitive énergie. En quittant l'accent oral et\ns'attachant aux seules institutions harmoniques, la musique devient plus\nbruyante à l'oreille et moins douce au cœur \". 2 Quand Rousseau parle de\nces compositeurs physiciens, c'est surtout Rameau qu'il vise. Les positions\nrespectives de l'un et de l'autre apparaissent ici plus nettement que jamais.\nTous deux se réclament de la nature ; mais ce même mot ne représente\npas pour tous les deux les mêmes choses. Pour Rameau, la nature, ce sont\nsurtout les lois physiques de la résonnance et de l'harmonie. Pour Rousseau,\nc'est presque uniquement la passion humaine s'exprimant par les accents\nde la mélodie.\nAussi affirme-t-il que le son n'est pas ce qui nous touche le plus dans\nla musique. Le son n'est guère qu'un signe ; ce qui nous intéresse avant\ntout, c'est le sentiment qu'il exprime. \" Des suites de sons ou d'accords\nm'amuseront un moment peut-être ; mais pour me charmer et m'atten-\ndrir, il faut que ces suites m'offrent quelque chose qui ne soit ni son, ni\naccord, et qui me vienne émouvoir malgré moi\". C'est ce que l'on n'a\n\n1 ibid.ch. XIII.\n* ibid.ch. XVII."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.30", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2488, "texte": "pas compris, \" dans ce siècle où l'on s'efforce de matérialiser toutes les\nopérations de l'âme \".1 \"Le chef-d'œuvre de la musique \" est donc \"de\nse faire oublier\", et de jeter à tel point \"le désordre et le trouble dans\nl'âme du spectateur \", qu'il arrive à ne plus \" distinguer les chants tendres\net pathétiques d'une héroïne gémissante, des vrais accents de la douleur\".2\nPourtant, le souci de l'expression vraie ne doit pas nous faire perdre\nde vue \" que le charme de la musique ne consiste pas seulement dans\nl'imitation, mais dans une imitation agréable \", et qu'il est difficile de\n\" toucher le cœur si l'on ne plaît à l'oreille 311 y a malgré tout quelque\nchose de plus dans le chant que la simple intonation du sentiment ; sinon,\nla déclamation suffirait, et la musique serait inutile. \"Le chant mélodieux\net appréciable n'est qu'une imitation paisible et artificielle 4 des accents de\nla voix parlante ou passionnée; on crie et l'on se plaint sans chanter: mais\non imite en chantant les cris et les plaintes\". Le grand art du compositeur\nconsiste précisément à donner des sentiments une traduction qui soit à la\nfois aussi vraie et aussi musicale que possible. Alors sa musique plaira à\nl'oreille par le charme de la mélodie et touchera le cœur par les accents\nde la nature. Elle sera comprise par tous les hommes et non plus seule-\nment par une élite de connaisseurs. \" Les beautés purement harmoniques\nsont des beautés savantes, qui ne transportent que des gens versés dans\nl'art ; au lieu que les véritables beautés de la musique, étant de la nature,\nsont et doivent être également sensibles à tous les hommes savants et\nignorants 5\nAinsi la plus belle musique est celle qui, tout en formant des chants,\nexprime les passions les plus spontanées et les plus ardentes. \"II n y a que\nles passions qui chantent ; l'entendement ne fait que parler \".6 On bannira\ndonc autant que possible de l'opéra les récits, les discussions, les maximes\nsentencieuses, les jeux d'esprit, les madrigaux, \" en un mot, tout ce qui\nne parle qu'à la raison,... et tout ce qui n'est que des pensées\".7 Il suffit\nd'avoir fréquenté un peu les théâtres lyriques pour savoir \" combien ce\nseul mot addio peut exciter d'attendrissement et d'émotion dans tout un\n\n1 lbid.y ch. XV.\n* Dictionnaire, art. Opéra.\n3 art. Expression.\n4 Entendez surtout : réalisée par F art en prenant la nature pour modèle. Ibid. art. Chant.\nb ibid. art. Harmonie.\n6 ibid. art. Accent.\n7 ibid. art. Opéra."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.31", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2448, "texte": "spectacle 'V C'est là ce qu'on appelle la musique : mot qui\ndevait faire fortune, et qui figure déjà dans le de Rousseau\navec la définition suivante : \" genre de musique dramatique et théatral,\nqui tend à peindre et à émouvoir les grandes passions, et plus particulière-\nment la douleur et la tristesse \". Il pourra arriver parfois que le musicien\nait à exprimer \"le dernier emportement des passions\", l'agitation la plus\ndésordonnée et la plus terrible ; dans ce cas, il usera selon sa fantaisie de\ntous les moyens dont il dispose, il emploiera, s'ils sont nécessaires, les\nprocédés les plus insolites, les mesures les plus rapides jointes aux accords\nles plus durs. Mais qu'il prenne garde. Avec une sagesse inattendue,\nRousseau lui signale les dangers d'une véhémence intempérante: \"si vous\nn'êtes bouillant et sublime, vous ne serez que baroque et froid ; jetez vos\nauditeurs dans le délire, ou gardez-vous d'y tomber : car celui qui perd\nla raison n'est jamais qu'un insensé aux yeux de ceux qui la conservent,\net les fous n'intéressent plus \".2\nCette musique pathétique, comment se forme-t-elle ? Elle est la\ncréation mystérieuse du génie, qui, par une sorte de divination, découvre\net fixe \" l'accent passionné, sans que l'art puisse, en aucune manière,\nen donner la loi \".3 Et qu'est-ce donc que le génie ? \" C'est ce feu\nintérieur qui brûle, qui tourmente le compositeur malgré lui, qui lui\ninspire incessamment des chants nouveaux et toujours agréables, des\nexpressions vives, naturelles et qui vont au cœur ; une harmonie pure,\ntouchante, majestueuse, qui renforce et pare le chant sans l'étouffer \".4\nLe génie est la forme la plus éminente de la sensibilité, la qualité musicale\npar excellence, cette \"disposition de l'âme qui inspire au compositeur\nles idées vives dont il a besoin, à l'exécutant la vive expression de ces\nmêmes idées, et à l'auditeur la vive impression des beautés et des défauts\nde la musique qu'on lui fait entendre \".u\nLa principale fonction du génie est de trouver le sujets c'est-à-dire\nle thème, l'idée essentielle de l'œuvre musicale, et, autant que possible,\nde trouver un sujet assez caractéristique et assez riche pour engendrer de\nlui-même la plupart de ses développements, sans que l'art et le aient\ntrop à intervenir. L'idéal serait de composer l'œuvre tout entière d'un\n\n1 ibid. art. Duo.\n2 ibid. art. Expression.\ns ibid. art. Pathétique.\n4 ibid. art. Compositeur.\n5 ibid. art. Sensibilité."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.32", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2619, "texte": "seul trait, d'un seul coup de génie, à la façon de ces improvisations que\nles grands artistes tirent de leur esprit et trouvent sous leurs doigts en\npréludant sur l'orgue ou sur le clavecin. Les Italiens seuls y sont parvenus\nquelquefois dans ce qu'ils appellent des morceaux di prima intenzione,\n\"Un air, un morceau diprima intenzione, est celui qui s'est formé tout\nd'un coup tout entier et avec toutes ses parties dans l'esprit du composi-\nteur, comme Pallas sortit toute armée du cerveau de Jupiter. Les\nmorceaux di prima intenzione sont de ces rares coups de génie dont toutes\nles idées sont si étroitement liées qu'elles n'en font, pour ainsi dire,\nqu'une seule, et n'ont pu se présenter à l'esprit l'une sans l'autre \". Ce\nsont eux surtout qui causent \" ces extases, ces ravissements, ces élans de\nl'âme qui transportent les auditeurs hors d'eux-mêmes \". Quand on vient\nd'entendre une œuvre de cette espèce, on a de la peine à supporter \" un\nde ces airs décousus, dont toutes les phrases ont été composées l'une après\nl'autre, ou ne sont qu'une même phrase promenée en différents tons, et\ndont l'accompagnement n'est qu'un remplissage fait après coup Il y a\ndans ces créations brûlantes du génie une exaltation et une ivresse\nsemblable à celle qui animait les chanteurs du dithyrambe antique.\nRousseau aime cette ivresse, qui lui paraît supérieure à la raison. Ce qu'il\ndit du chant consacré à Dionysos pourrait symboliser toute son attitude\nd'esprit : \" Il ne faut pas demander si nos littérateurs modernes, toujours\nsages et compassés, se sont récriés sur la fougue et le désordre des\ndithyrambes. C'est fort mal fait, sans doute, de s'enivrer, surtout en\nl'honneur de la divinité ; mais j'aimerais mieux encore être ivre moi-même,\nque de n'avoir que ce sot bon sens qui mesure sur la froide raison tous\nles discours d'un homme échauffé par le vin \".2\nEst-il besoin de remarquer combien toutes ces idées sont voisines de\nla conception romantique de l'art musical ? Certaines font songer à\nl'effusion passionnée de Beethoven, d'autres aux transports frénétiques de\nBerlioz. Il est assez curieux que ce romantisme avant la lettre ait son\npoint de départ dans la musique italienne, et surtout qu'il se soit manifesté\nà propos des petits intermèdes importés par les Bouffons. Mais nous\navons vu que la musique italienne à laquelle songe Rousseau, celle qui\nl'émeut et le ravit, c'est précisément celle que les Français ne connaissent\npas et qui est avant tout expressive et véhémente. D'ailleurs, cette\n\n1 ibid. art. Trima V. aussi les art. Sujetf Goût. Préluder.\n2 ibid. art. Dithyrambe."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.33", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2351, "texte": "musique, il la transfigure encore par l'exaltation de sa sensibilité et\npour les besoins de sa méditation passionnée. Il l'entend au travers du\ntrouble qu'il porte en lui ; il y ajoute un sens plus profond. Et elle prend\nainsi des résonnances nouvelles ; elle devient la compagne obligée de\nla rêverie romantique. C'est elle qui découvre au fond de la tristesse\nle délice de la mélancolie. C'est à elle que Saint-Preux devra recourir\ndans l'excès de son désespoir, quand toute conversation, toute parole\nlui serait insupportable : \"La musique remplira les vides du silence, le\nlaissera rêver, et changera par degrés sa douleur en mélancolie 1\nTelles sont les principales idées que Rousseau a eu l'occasion d'ex-\nprimer à propos de la musique. On voit que, dans leur abondance un peu\nmêlée, elles ne sont pas indignes d'attention. J'ai tenu, aussi souvent\nque je l'ai pu, à leur conserver l'expression même qu'il leur a donnée,\nd'abord parce qu'il eût été difficile d'en trouver une meilleure, et aussi\npour permettre à ceux qui ne parlent que de l'ignorance de Rousseau de\nfaire un peu connaissance avec ses écrits.\nCe n'est pas que je veuille dissimuler toutes ses insuffisances et toutes\nses inaptitudes en matière musicale. Elles sont réelles, et j'en ai déjà\nsignalé quelques-unes. Il est certain que Rousseau a méconnu la puissance\nde suggestion de l'harmonie livrée à elle-même et agissant pour ainsi dire\nen dehors de la mélodie, comme un fond de paysage qui prédispose l'âme\nà des impressions déterminées. C'est cette conception de l'harmonie qui\nfait la grande originalité de son adversaire Rameau. Et, à certains égards,\nil peut paraître étonnant que Rousseau, qui était si vivement ému par la\ncontemplation des spectacles de la nature, soit resté insensible aux effets\nde l'harmonie descriptive.\nDe plus, le sens de la musique polyphonique lui échappe presque\ncomplètement. Non seulement il a de la peine à la lire, et rien ne lui\n\" a plus coûté dans l'exercice de la musique que de sauter ainsi légèrement\nd'une partie à l'autre et d'avoir l'œil à la fois sur toute une partition \".2\nMais il n'a aucun plaisir à l'entendre : on a vu ce qu'il pense des chœurs,\n\n1 La Nouvelle Hélëise, partie 11, lettre 9. (De Milord Edouard à Julie).\n1 Confessions, Partie I, livre V. Il est question du chœur de Jephté, l'opéra de Montéclair."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.34", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2470, "texte": "qui pour lui ne sont guère autre chose qu'un \" bruit \" plus ou moins\nagréable. Quant au quatuor vraiment digne de ce nom, il le considère\ncomme impossible, \" parce que dans tout accord il n'y a que deux parties\ntout au plus qui fassent chant et que l'oreille puisse distinguer à la fois ;\nles deux autres ne sont qu'un pur remplissage, et l'on ne doit pas mettre\nde remplissage dans un quatuor 1\nEnfin, ce qui est plus grave, il ne comprend rien, ou à peu près, à\nla musique purement instrumentale. Il est vrai qu'il a vivement senti la\npuissance expressive de l'orchestre dans la musique dramatique, comme\nle prouvent son goût pour le récitatif obligé et le rôle qu'il assigne a la\nmusique dans son Pygmalion ; il reprochera même à Lulli, à propos du\nmonologue d 'Armide,d'avoir \" fait un silence qu'il n'a rempli de rien,\ndans un moment où Armide avait tant de choses à sentir, et, par consé-\nquent, l'orchestre à exprimer \". 2 Mais la sonate et la symphonie lui\nrestent fermées ; il n'y voit guere que de la musique \" purement harmo-\nnique et il ne saisit pas comment elles peuvent \" s'élever au rang des\narts d'imitation \". Ce qu'il entend par musique, c'est presque uniquement\nla musique vocale, la romance ou l'air d'opéra. \" La parole est le\nmoyen par lequel la musique détermine le plus souvent l'objet dont elle\nnous offre l'image, et c'est par les sons touchants de la voix humaine que\ncette image éveille au fond du cœur le sentiment qu'elle doit y produire.\nQui ne sent combien la pure symphonie dans laquelle on ne cherche qu'à\nfaire briller l'instrument, est loin de cette énergie ? Toutes les folies du\nviolon de M. Mondonville m'attendriront-elles comme deux sons de la\nvoix de Mademoiselle Le Maure ? La symphonie anime le chant, et ajoute\nà son expression, mais n'y supplée pas \". 3 Par son incompréhension de la\nmusique pure, Rousseau rappelle d'une manière inattendue le bon Lecerf\nde La Viéville, effaré devant les sonates d'ltalie. Il ne sait pas \" ce que\nveulent dire tous ces fatras de sonates dont on est accablé \", et il reprend\nà son compte la célèbre boutade de Fontenelle : \" Sonate, que me\nveux-tu ? \".\nCes inaptitudes le rendent naturellement injuste pour la musique des\nFrançais et pour l'originalité de leur conception artistique, pour leurs\nadmirables trouvailles dans le domaine de l'harmonie, pour leurs sympho-\n\n1 Dictionnaire, art. Quatuor.\n2 Lettre sur la musique française.\n1 Dictionnaire, art. Sonate.\n3"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.35", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2308, "texte": "nies descriptives, pour leurs chœurs grandioses, et même, dans l'ardeur de\nla polémique, pour les airs charmants qui avaient enchanté sa jeunesse.\nEst-ce à dire, comme on l'a prétendu, qu'il ait arrêté l'essor de la musique\nfrançaise et qu'il l'ait fait dévier de sa direction naturelle ? Ce serait à\ntout le moins reconnaître l'importance de la personnalité de Rousseau\ndans notre histoire musicale. Mais ce serait aussi exagérer l'influence que\npeut avoir une personnalité sur le développement de l'art. Le mouvement\nde pensée que Rousseau représente correspond à une crise générale de\nl'âme française. Cela est vrai de la littérature, et des mœurs : cela est\négalement vrai de la musique. L'opéra comique de Grétry sera le pendant\nnaturel de la peinture de Greuze et des théories dramatiques de Diderot.\nVoilà pourquoi, malgré ses erreurs et ses insuffisances, Rousseau a\njoué un si grand rôle dans l'histoire de notre musique : c'est qu'il repré-\nsente les secrètes aspirations de son temps. Il parle de la musique avec\nun langage nouveau, comme lorsqu'il parle de Dieu ou de l'amour ; mais\nil s'adresse à des âmes disposées à l'entendre. On l'accuse de n'être pas\nFrançais: qu'on refuse donc le nom de Français à tous ceux qui l'ont\nsuivi avec enthousiasme dans sa rêverie aventureuse. Est-ce bien com-\nI\nprendre la France, ou même bien l'aimer, que de prétendre la définir\ntout entière une fois pour toutes ? La passion des \" cœurs sensibles \" ou\ndes romantiques, pour ne point parler de celle des révolutionnaires, a été\nen son temps aussi française que la raison élégante du XVIIe siècle\nclassique. C'est cette passion qui circule dans toute l'œuvre de Rousseau\net qui donne à ses écrits sur la musique leur aspect le plus original. C'est\nelle qui le rend fanatique de la mélodie jaillie comme un cri et expression\nd'un état d'âme lyrique. Par là, il se sépare nettement de Rameau pour\ns'orienter dans une direction tout autre, où il rencontre Gluck, et où\napparaîtra plus tard Berlioz. Quoi qu'on puisse penser de son attitude et\nde ses tendances, bien qu'on ait le droit d'être sévère pour ses erreurs, il\nserait injuste de ne pas voir en lui, dans le domaine de la musique\ncomme dans beaucoup d'autres, un des plus féconds remueurs d'idées qui\naient jamais existé.\n\nPaul-Marie Masson."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c016", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 36, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.7", "titre_corps": "J. J. ROUSSEAU", "titre_sommaire": "J. J. 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Le\nnom rlu jeuns fwmm* eioit fVriXJ hj.d'On, et ce In vde la^hle, HCultO/? . fis etoient dw ineme\n<*t de la ?tisme condition, mats d cneyale. / e pere do fPru/htstfn-, vieillard riche et uxtérasse\n/rutTÙT avec le mépris Je plus insultant la belle Rallion, lorsrpjJH sut qu'elle a&ott le eoeur de son fils *\n(\\ jeune- homme tomba malade et mourut huxt jours aprts . de denuer jour de sa maladif, H olrtmt\nvotr sa- maîtresse., qin, de reùrttr elle, entendant la, déclic, rpie sonnoit la- mort- de son,amant, s ecrxa, sue-\nyfon ceeur se de'chrrott et earptra . Le Registre de la Paroisse porte qu'ils sont morts d'amour et ç&ilf ont M''\ninhumes dans la rnsme tombo le 16 mars 1714 Nota de l'Editeur"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.37", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2371, "texte": "2\nPar sa beauté, par sa sagesse ,\nEmma sans le savoir\nLanguir les garçons de tendres*&,\nEt les filles de desespoir\nPar ha%ard s'offrit a la belle\nEdvrn dont le simple regard\nD'une ardeur chaste et mutuelle\nDe voit toucher un cœur sansJiaf><d/>\n<3\nEmma/ ne\\J~ut point/ oflensee\nDes va?us d'un ameuvt ingénu;\nCar il n'avoit point de pensée-\nQu'il dut cacher a la verdie.\nMais un pere avare' et sauva\nRefiise a l'amané écoute'\nC/ *\nUne fille sans appartage^\nQui 71 a pour dot que sa heszute/,\n4\nA l autorité paternelle\nQue rien Jic> s cuir oit désarmer t\nEdvuv iw s oit \" être rebelle\nMeus ne pouvait cesse?' d'aunes* ■\nCe pauvre amant passe, repasset\nNon chey Emitui t mais tout autour.\nSurprend un coup d'aril, voit- la place\nQu'elle air o soit de pleurs , d'amour\n5\nSouvent la nuit, au clair de Lune\nL'entend près de l'humble jardin ,\nLamenter leur ti'iste iijfortune\nJusques à l \\uibe du matin\nPientôt cet état qui l'oppresse/\nJamais se voir, toujours s'aimer;\nDans l'insomnie et la tristesse\nAchevé de le consumer\nC\nEdvu\\,sous lesyeucc de> sonpere\nLanguit, malade ail ht de vxorb •\nCet homme alors\" se désespéré\nEt voudrait réparer' son tort\nC est trop tardi le Ciel cjue j implore\ndit ledits, me*r jours ;\nMais laissez îtioi revoir ena>re\nCe fie ijue j aimerai toujours ,\n7\nEmma vient, le cauir plein de/ Lirnus\nAuprès du/ lit de> son amant,\nEt voyant périr tant des charmes,\nTomlre/ sans voissans mouvement,\nOrv les séparé : E dtoin se pâme/\nCherchant de l'œil sa cliere/ Emma/,\nComme s'il/voulait/ rendre l'aine/,\nDans lac bras de c& cpuil aima .\n8\nAprès sa/ longue defaißanee/f\nRendue cui/joiu\\ mais sans espou'\nE mma garde un profonds silenee t\nEt/ s 'ens retourne vers le sov•\nPassant/ le long d/'uji/ cunetlere/,\nEfle entend Vois eau, de la/ mat;\nPuis fraversant une bruyei'C, ,\nCroit> voir iuie ombre/ qiu/ la, suit).\nS>\nAdieu, luv dit> la, voix mourante/\nDe b'ombre/ attaeliee a, ses pas :\nLors elle erUaul toute tremblante'\nLa cloche qui sonne un tr&paj•.\nElle arrtv& au foit so-luaire/,\nFrappe a, la>porte avec effroi,.\nC en estJedl, dit-elle, o ma nierez,\nEt de mon amant et de moi),\n10\nA ces mots, au seuil de la porte,\nOu sa mere l'appelle en vain t\nDans ses bras Emma tomba morte,\nMorte d'amour pour son Ednun\nCes amants reposait ensemble,\nMorts l'un }>our ! autre au niemejour\nEt la tombe a jamais l'assemble\nCeux iju& devait unir l'amour »"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c018", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 38, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.8", "titre_corps": "LES SONS INFÉRIEURS", "titre_sommaire": "LES SONS INFÉRIEURS", "signature_source": "Gabriel Sizes", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.38", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 365, "texte": "Afin de mieux comprendre les explications données dans l'article\nprécédent S. I. M. du 15 mars dernier voici les échelles harmo-\nniques que nous avons enregistrées au cours des expériences faites sur les\nquatre principales cloches de la Cathédrale de Montpellier.\n%\nIe Cloche : son prédominant La1? faisant 106 v-d.\n2e Cloche : son prédominant Si \\ faisant i2O v-d."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.39", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1332, "texte": "3e Cloche : son prédominant ut \\ 2, faisant 13 5 v-d.\n4e Cloche : son prédominant mi 2, faisant 160 v-d.\nUn autre mode de vibration.Le gong chinois, par son mode particulier\nde vibration, vient justifier celui des cloches. La calotte —ou cerveau\nqui forme la partie supérieure de la cloche, produit un nœud à son centre\nqui favorise deux modes de vibrations : l'un provenant du rebord ou\npince et l'autre de la partie médiane ou faussure. De là deux\néchelles différentes d'harmoniques comme nous venons de le voir. Pour le\ngong, la partie vibrante est plane et ne détermine qu'un centre de vibra-\ntions ; d'où une seule échelle prépondérante d'harmoniques, dont le son\nprédominant est un harmonique d'octave très aigu et non\n\"une dominante de ce fondamental, comme dans les cloches. Le lerIer gong que\nnous avons expérimenté, pèse 11 kilos et a om,si de diamètre. Nous avons\ninscrit 26 har. : 5 inférieurs et 20 supérieurs. L'échelle inférieure est\nreprésentée par le son fondamental,mii>-4 de 2V,4 ; accompagné de ses trois\noctaves supérieures et de en fonct 7e har. ; ces sons inférieurs\noccupent respectivement le rang de ier, 2e, 4e, 8e et 28e har. Le son\nprédominant, de 76v,B, est le 32e har. 5e octave du fondamental.\nLe son le plus aigu est ré^s de 1075 v-d. Voici l'échelle harmonique\nenregistrée avec ce gong."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.40", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 19, "texte": "LES SONS INFÉRIEURS"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.40", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1825, "texte": "L'impression générale qui se dégage de cet ensemble admirable de\nsons, est celle d'un vaste accord de neuvième harmonique de dominante :\nmii>, sol, si t», rél>, fa, qui occupe la iere moitié de cette échelle.\nNous n'avons pu malheureusement continuer à inscrire les vibrations\ndes cloches de Montpellier, mais nous avons opéré avec M. Massol, sur\nd'autres cloches, gongs et tamtams de moindre importance ; même sur\ndes triangles et sur une fourchette : nous avons toujours obtenu des résul-\ntats de même ordre, quoique avec des modes différents de vibration.\nJe fus très heureux de communiquer ces ires expériences àM. C.\nSaint-Saëns. De sa réponse, datée du 10 juillet 1903, j'extrais les passages\nsuivants : \"Je suis bien content de voir que l'expérience confirme ce que\nj'avais trouvé, moitié par observation, moitié par intuition. Assurément\ntout est vibrations et la pensée elle-même n'est certainement pas autre chose.\nJe crois que les notes qui, d'après les expériences d'Helmholtz ne donnent\npas d'harmoniques, doivent cette anomalie au fait qu'elles ne sont elles-\nmêmes autre chose que des harmoniques. Plus je vais, moins je comprends\nqu'Helmholtz ait pu dire que les diapasons n'ont pas d'harmoniques. J'en\nentends parfaitement sans le secours d'aucun résonateur ! Les savants ont\nparfois d'étranges aberrations. Avez-vous remarqué, lorsque le timbre\nd'une pendule sonne, donnant incontestablement plusieurs harmoniques,\nune lente ondulation qui se produit dans ? Cette ondulation, de l'ordre\nde celles dont vous me parlez de 1 à 16 par seconde m'a toujours\nsemblé devoir être la fondamentale, et ce que vous me dites paraît le con-\nfirmer.\nLes diapasons.Cette nouvelle manifestation de conviction du maître,\nme donna le courage de me lancer sur l'une des forteresses —que jusque\nJ fJ * A"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.41", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "là je croyais inattaquable des grands acousticiens : les diapasons. Je\nfis part de tous ces résultats et de mon état d'esprit à M. Mathias, qui\nm'encouragea plus que jamais à poursuivre mes études. Nous étudiâmes\nensemble les expériences faites et les théories émises sur les diapasons.\nNous acquîmes la conviction qu'elles se résumaient dans la loi de Chladm\nqui veut : que le nombre de vibrations des sons émis par un diapason,\nsoit la loi du carré des nombree impaire.Voici le rapport de ces sons :\nNombres au carré . . . (i>2)2 (3)* 52 72 g 2 il2\nRapports approchés . . 1 6,74 7V2 34V4 84\nNombres de vibrations. . 32v 2oov 1096' iBo8v 2ÔB8V\nClassification des sons. . ut0 soltt2 ré+ rés- sit>5+ Fa5-\nEn réalité le lerIer nombre est (i,iç4)2 et le 2e (2,989)2.\nTyndal et M. J. Violle —dans son Traité d'Acoustique ne trouvent\npas les mêmes résultats.\nJ'ai dit d'autre part que Chladni ne possédait pas de moyens suffisants\nd'investigation ; il y suppléait à force de logique. Cette théorie plutôt\nque loi s'appliquant à des corps vibrants dont les manifestations ne\npeuvent être contrôlées par l'audition simple, séduisit son auteur par\nl'approximation musicale de ses résultats, à défaut d'autres moyens\nd'expérience ; car on ne connaissait et on ne connaît encore que la\nloi qui provient de /'échelle partielle supérieure des cordes et des tuyaux.\nL'enregistrement faisant défaut à Chladni, il n'avait à son service que le\nsystème très incomplet et très spécial des\nD'après la conception que je m'étais faite de la vibration des corps\nsonores en général et les expériences concluantes des cloches et des gongs\nfaites avec M. Massol, je jugeai cette théorie tout au moins incomplète,\npuisqu'elle ne permet pas de prévoir tous les sons de lel1e1 ordre que l'on\nest en droit d'attendre d'une loi de vibrOn ne peut admettre que le\nson complexe d'un corps sonore quelconque, ne soit composé que de\ncinq harmoniques dans une étendue de et ayant des relations\nfausses musicalement. Je fis part de cette ioie étude àM. Mathias, dont la\nconclusion fut : de faire des inscriptions de vibrations de diapasons. C'est\nce que je demandai à M. Massol d'entreprendre au cours du dernier tri-\nmestre de 1903.\nNous commençâmes par un diapason ut2 de 128 v-d. Nous n'enre-\ngistrâmes que des sons appartenant à l'échelle supérieure, sauf l'octave\ngrave ut, de 64% prévue par Savart. Cela provenait de la rigidité"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.42", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2634, "texte": "des branches du diapason, qui ne permettait pas la manifestation des\ngrandes amplitudes que je cherchais. Nous eûmes recours a un diapason\nsol0 de 48 v-d : il n'en fut pas de même, les branches étant plus longues,\nconséquemment plus souples, les grandes amplitudes nous conduisirent a\nemployer une des vitesses du chronographe inscripteur, dix fois plus lente,\npour mieux concentrer la graphique des courbes. L'experience rut immé-\ndiatement concluante. Pour nous rapprocher de l'échelle adoptée par\nChladni, M. Massol fit construire en 1904 un diapason utG, de 32 v-d,\ndont les branches mesurent 45 centimètres de longueur. Les résultats\nfurent merveilleux. Nous multipliâmes le nombre et la diversité des expé-\nriences à partir de Janvier 1905 ; ce fut ce diapason ut0 que nous adop-\ntâmes d'une manière plus spéciale, afin d'en obtenir des résultats aussi\ncomplets que possible en vue de leur publication.\nDans ces premières expériences nous avons obtenu avec ce diapason :\n10 harmoniques inférieurs, descendant progressivement de 32 à 2 vibra-\ntions, ut-+ ; et 22 harmoniques supérieurs, allant jusqu'à ré6 de 2240 v-d.\nDans la 3e partie de cette étude historique, on trouvera le tableau\ncomplet à ce jour des harmoniques donnés par ce diapason, au nombre\nde 64 : 28 inférieurs et 36 supérieurs, accompagné d'extraits de courbes\net de quelques explications intéressantes.\nThéories et expériences. Cette nouvelle victoire sur les théories admises,\nlaissait cependant encore un point obscur de la théorie que j'avais élaborée\nsur la loi générale de vibration.Avec M. C. Saint-Saëns nous avions conçu,\ncomme point initial de l'échelle harmonique inférieure hypothétique,\nune note jaisant jonction de tonique et, selon toute apparence, vibrant a\nune douzième octave de quinte au-dessous du son 1 classe comme\nire harmonique ; tandis que le point initial de vibration —ou tonique\nje l'indiquais par O. J'avais supposé que l'octave la plus grave dans laquelle\ncette série de toniques pouvait vibrer, serait comprise entre l'ut-5 et 1 ut-+\nc. à. d. de 1 à 2 vibrations à la seconde.\nOr, dans les résultats des expériences mentionnées çi dessus, la\nharmonique des 32 sons inscrits assigne au plus grave, ut-4 de 2T, le rang\nde 6e har. et au son prédominant utQ celui de 96e har. La véritable fonda-\nmentale non inscrite ou son 1 de l'échelle générale, est un Fa-7 de\n'/3 de vibration à la seconde. Mais les notes caractéristiques de 1 accord de\nseptième mineure harmonique Fa, La, ut, — s'etant inscrites ala base\nde l'échelle inférieure, cette fondamentale Fa-7 reste en fonction de domi-\nnante et non de tonique."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.43", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1505, "texte": "Je fis part de ces résultats jusqu'ici semblables à ceux obtenus\navec les cloches et avec le gong à M. C. Saint-Saëns en novembre\n1904. Dans une lettre, datée de lerIer décembre, le maître me fait part de\nson impression en ces termes : \" Mon cher ami. En revenant de Milan,\nj'ai trouvé votre lettre qui est du plus haut intérêt. Ai-je besoin de vous\ndire que ma raison se refuse à ce que la fondamentale soit une dominante ?\nTout est possible dans l'inconnu, mais rien ne s'oppose à ce que la vraie\nfondamentale, d'un ordre plus grand, ne soit pas \"\nLes nouvelles expériences que nous fîmes en 1905 ne firent qu'a-\njouter des notes intermédiaires à celles déjà inscrites, sans en changer les\nrésultats. Malgré cela je reste convaincu, comme le maître, qu'il est\npossible que cette fondamentale tonique existe ; certaines manifestations\nvibratoires observées depuis me portent à le croire. Mais les instruments\nque nous possédons ne nous permettent pas de l'inscrire, si elle vibre\nréellement.\nLa raison de son existence, nous la trouvons dans l'effet si harmonieux,\nemployé de tout temps par tous les musiciens, de l'accord de septième\nmineure de dominante avec la tonique à la base, ou accord de onzième de\ntonique ; dans le cas présent : si b, Fa, La, ut, mi_t\\ Cette impression des\nmusiciens serait inexplicable si elle ne reposait pas sur un fait normal,\nnaturel, comme toutes les impressions qui ont provoqué la puissance\nharmonique moderne, depuis Monteverde.\n[A suivre)\n\nGabriel Sizes."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c026", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 44, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.9", "titre_corps": "LA “NEUVIÈME” DE GUSTAVE MAHLER", "titre_sommaire": "LA “NEUVIÈME” DE GUSTAVE MAHLER", "signature_source": "William Ritter", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.44", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1448, "texte": "Lorsqu'en pleine apogée de puissance, de travail et de renom,\nGustave Mahler, à peine âgé de quarante sept ans, fit la rencontre inopinée\ndes volumes de poèmes chinois dont il tira exclusivement le\nTerre, soit un bréviaire de désenchantement et de préparation à la mort,\nun sûr instinct l'avertissait que sa vie de météore serait courte. Nous, ses\namis, nous nous en doutions ; mais lui seul savait, et savait que le terme\nétait si proche. Que d'indices navrants nous sont revenus après coup..\nTelles paroles, tels regards, tels silences en telles circonstances... Ce qu'il\nya de certain c'est que le Chant de la où il concentre ses vertus et\ndonne la quintessence de son génie, ouvre pour lui une période nouvelle,\nchange en grande partie sa manière. Il a été déjà de deuil en deuil et s'est\nfait avec joie le plus formidable chantre de la mort et de l'au delà qui ait\nexisté en musique; et, pour ce, il a définitivement fondu l'une en l'autre\nla musique sacrée et la musique profane. Après lui cette distinction n'existe\npas plus que celle de la symphonie et du poème symphonique ; pas plus\nque celle du chanté vocal et du chanté instrumental. Mais il n'a jamais\ncessé, lors des pires douleurs, d'avoir foi en la vie. Dès le Chant de la Terre\nc'en est fait de cette foi.. Il se retourne d'autant plus vers l'au delà.\nSa Neuvième symphonie,la plus belle, la plus grande de toutes est faite\nde trois éléments. Le plus courageux la volonté de mourir"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.45", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2344, "texte": "au travail, en pleine gloire et en quelque sorte dans une prodigieuse\naurore boréale d'apothéose. Cela englobant tout. Puis ceci : d'inoubliables\nadieux et un abord face à face, courageux et simple, de la mort. Plus rien\ndes affres physiques et des syndérèzes d'une conscience apeurée. La mort\nd'un saint extralucide, la mort d'un héros sans pose, la foi simple d'un\nchrétien des premiers âges.\nTel le fond de l'œuvre. Voyons son étoffe musicale, puis la façon\ndont a été taillée pour l'immortalité, dans cette étoffe, la robe nuptiale\nde la musique et de la mort.\nLa qualité mélodique spontanée des thèmes est la même que jadis,\navec ces raffinements de détail auxquels de la VIeme symphonie,\nla YIIeme presque en entier nous avaient déjà familiarisés. En plus, deci\ndelà, les singularités grêles et fiévreuses, le quelque chose de délié à la\njaponaise du Chant de la Terre.Et la provenance aussi de ces mélodies est\nla même : la veine populaire slave-autrichienne partout donne le meilleur\nde son sang. Le cœur de Mahler fournit la palpitation maladive de ses\nrythmes saccadés et brusques. Les nerfs surmenés de l'hérédité israëlite y\nsont plus que jamais bandés pour cette longueur d'effort dans la frénésie,\nces secouantes exaspérations et ces brusques sautes qui surprennent telle-\nment à la première ouïe d'une œuvre du Maître. Le désespoir du livre de\nJob, la volupté du Cantique des Cantiques, le goût de cendres du livre de\nYEcclésiaste sont là sous une modalité populaire autrichienne. Le tout est\nœuvré avec l'art délicat et parfois parfaitement déconcertant d'un Séces-\nsionniste de la Kunstschau viennoise. Qu'on imagine la mélodie de Smetana,\nla danse slave de Dvorak, traités à la Klimt et traitant de la mort, et faisant\ndes adieux à la vie.\nJ'ai prononcé le mot thème et cependant il n'y a rien là de ce qu'on\nentend communément aujourd'hui sous ce nom. Des thèmes d'un kilo-\nmètre de mélodie, mais subdivisibles tant et plus ; c'est-à-dire plutôt des\noppositions de groupes de thèmes : thèmes d'amour, de tendresse et\nd'adieux ; thèmes de désastre, de mort et de résignation ; thèmes d'appel\ndu destin, de gloire et de courage. Ce groupe, exceptionnel et sobre, dont\njamais il n'est fait un abus ; on obéit à la première sommation. L'unité\nincroyable de la trame, à travers la diversité de ces groupes et zones de"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.46", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 31, "texte": "LA “NEUVIÈME” DE GUSTAVE MAHLER"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.46", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2702, "texte": "volupté et de navrement, comme à travers la diversité des formes et\nmouvements, vient toute entière du fond de l'œuvre et de son atmosphère\nessentielle. Chacune des quatre parties versée définitivement dans la mélan-\ncolie de l'adieu, les trois premières en sombrant, s'abîmant, fléchissant ; la\ndernière en se dégageant de tout lien terrestre, de tout poids orchestral,\nen montant comme bue à longs traits, comme aspirée par le néant\nlumineux, évaporée dans le mystère et l'au-delà. Une fois de plus l'œuvre\nest de signification nettement spiritualiste et messianique. Rien ne peut\négaler l'impression poignante de cette unité, non plus factice et par un\nartifice cyclique de construction, mais morale, par consubstantialité de\ndouleurs, par cette façon de faire revenir toutes les parties, même les plus\nfolles au même sentiment de départ et d'adieu éternels. Toutes penchent\navec un sourire navré vers la tombe, sauf la dernière qui brave la destruc-\ntion et émane dans l'infini. Oh ! le bienfait de cette symphonie qui a le\ngoût du néant, mais qui donne surtout le goût de vivre en nous apprenant\nà mourir, en nous en donnant le courage, en nous en supprimant l'effroi.\nLa mort n'est plus qu'un changement de plan; la quatrième partie insen-\nsiblement bascule dans l'éther, tourne court dans le zénith vesperal lilacé.\nL'orchestre est ce qu'il a toujours été chez Mahler: formidablement,\nnerveusement touffu avec de vastes éclaircies, orageux traversé d'embellies,\npar engorgements hérissés et vastes espaces, fait des contrastes d'une\npolyphonie explosive et de récitatifs d'instruments esseulés qui sonnent à\npart de tout ce qui s'entendit avant lui, tels qu'une voix naturelle des\nchoses, tels que les pleurs ou le gémissement de l'arbre, du vent et de\nl'horizon. J'ai usé fort souvent à propos de Mahler de cette comparaison\navec l'accacia qui me paraît si juste : bois convulsivement tordu, taille\ngéante et fibre nerveuse, (je parle d'accasias centenaires tels que celui\nqui m'ombrage en ce moment), feuillage délicat et sensitif, fragrance\nexquisement doucereuse et si simple.\nJamais je n'ai retrouvé comme à Vienne, à cette Neuvième, l'impression\nde stupeur que m'avait causée la Quatripar quoi mon initiation avait\ncommencé. Il y a là des zones véritablement horrifiantes en soi, des moments\noù les cheveux se dressent sur la tête et où de tranquilles bonnes fois,\nendormies sur le bon oreiller de paresse de Beethoven et de Brahms, peu-\nvent se demander si elles ont la berlue, ou si l'orchestre n'a pas subite-\nment perdu la tramontane, ou si le compositeur n'est pas devenu fou..\nMon Dieu, non ; ce sont justement là les moments où il se retrouve le"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.47", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2449, "texte": "mieux, où son asiatisme originel revient à la surface des longs siècles\nde culture traditionnelle et de sa foi délibérément chrétienne, les minutes\nadorables où ses souvenirs d'enfance lui mettent aux lèvres tantôt l'âcre\nclarinette du Kopanitchiar slovaque, tantôt la mauvaise trompette vert-de-\ngrisée du coureur de grands chemins et de bals publics tchèque.. On sort\ndes régions sublimes ; l'œil s'est perdu dans la tristesse des horizons gris ;\nun mendiant aux sandales usées passe soulevant un peu de poussière. Et\npour se donner du courage il y va d'un couac dans le cornet, son com-\npagnon de misère.. Ce n'est drôle qu'une seconde avant de prendre sa vraie\nsaveur qui est de pitié et de désolation : le sourire aussitôt s'altère. Car le\nnavrement de l'horizon tout soudain est augmenté. Il n'était que de\nmystère naturel, de paysage ; il est devenu de détresse humaine.\nLe son qui joue cette fois un rôle essentiel, c'est le trombone bouché\nen pianissimo. Rien de plus morne, de plus fait pour vous glacer la moelle\ndes os. Les alpestres et limpides clarines des troupeaux de la VIeme sym-\nphonie, elles aussi, ont pris une façon sourde et comme de purgatoire,\nLa flûte chinoise du Chant de la Terre coule toujours ses plus inattendues\ncouleuvres de lugubre argent dans les silences d'angoisse. Toutes les\nsourdines geignent et pleurent comme jadis. Mais ce lourd et lamentable\ntrombone, étouffé sous son manchon de crêpe noir, couvre tout au loin\nd'une contagion funèbre. La quatrième partie seule lui échappe. Annon-\nciateur de la mort, il ne lui appartient plus lorsqu'elle se présente. Mahler\ns'en va dans la lumière et la sérénité. Il en est de même de ces acharnés\net secs coups de timbales qui parfois dans les pauses poursuivent leur\npulsation forcenée, tirent en dehors de la chair orchestrale l'ossature du\nrythme et en marquent l'articulation comme à nu. Ils sont absents de la\nquatrième partie. Ce sont les plus effrayants coups de timbales que je\nconnaisse, Va rebours exact des coups de timbales dorés, éclatant en lever\nde soleil, du finale de la VIIume symphonie.\nComment Mahler a-t-il distribué sa matière ; quelle est la grande\nligne de l'œuvre ; de quelles formes s'est-il le mieux accommodé pour\nobtenir ce maximum d'expression, d'énergie et de concentration de sa\nsubstance auquel il tenait tant et qui chez personne mieux ne réalise le\nmiracle d'être à la fois aussi pleinement débordant et aussi fermement"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.48", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 2709, "texte": "contenu dans un moule strict ? C'est ici que la Neuvième symphonie est\nle chef-d'œuvre des chefs-d'œuvre Mahlériens. Tant qu'il y aura des gens\nde bon sens qui ne confondront pas la composition musicale avec une\ngeôle, l'armature solide avec une cage à serins et les belles proportions\navec un lit de Procuste, les trois premiers morceaux de cette symphonie\nseront étudiés avec une croissante admiration à la fois pour l'aisance de\nl'inspiration et la joie, la verve du travail, et aussi en tant que chef-d'œuvre\nde difficulté vaincue. Après ces trois morceaux qui, à eux seuls, feraient\ndéjà complète et monumentale une symphonie plus qu'ordinaire, il était\nlicite au dernier d'une symphonie qui est la Neuvième de Mahler, d'échapper\nà toute classification. Aussi bien n'échappe-t-il pas à la terre elle-même?\nDurée du tout : une heure et quart, soit la normale mahlérienne. Le\npremier morceau est d'une envergure surprenante, même après celui de\nla VIIeme symphonie. Il est aussi d'une limpidité parfaite. La situation est\nexposée d'emblée et sont posés nettement le groupe des thèmes de tendresse\net d'adieux et le groupe des thèmes de désastre et d'anéantissement. Leur\nconflit annoncé par des sonorités de démence amènera les plus tragiques\nétreintes, les plus douloureux dialogues, mais en versant comme je l'ai dit\ntoute la masse vivante et souffrante du côté de la résignation et d'une\ninfinie tendresse, cette tendresse qui ne s'exprime ainsi que, quand c'est la\ndernière fois. D'un bout à l'autre c'est Mahler décidé à nous laisser une\npure image d'amour, délivrée de tout ce décor d'irascibilité, de nervosité,\nd'action qu'amènent les contingences de la vie au jour le jour. Le décor,\nles lointains et l'avant plan, les contingences ici c'est simplement la pré-\nsence de la Mort, l'obéissance à la nécessité de mourir. Alors une dernière\nfois tout dire.\nSuivent les deux morceaux qui sans doute représentent les pinacles\nde l'œuvre artistique du Maître, le montrent en tant qu'ouvrier excessif\net cyclopéen de son art, vraiment un demi-dieu. Le scherzo de la\nlereIere symphonie est vaincu par celui de la IIème, lequel l'est par celui de la\nIIIème. Celui de la Vème entrevoit une vie nouvelle de l'organisme de ce\nnom, mais celui de la VIème le surpasse en perfection. Celui de la IXèmc les\nsurpasse tous à la fois. Jamais Mahler n'a été mieux Mahler et jamais il\nn'a été plus grand. C'est du grotesque tendre, du drôle douloureux, c'est\nle jeu divin de qui au bord de la tombe s'arrêterait de mourir pour jouer\navec des enfants, pour faire danser les grands et les petits enfants slaves du\npays de Dvorak et de Smetana, les paysans slovènes des Dolomites. C'est"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.49", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2557, "texte": "le laendler alpestre-slave devenu monumental comme du Mestrovitch,\nbariolé comme du Klimt et n'ayant rien perdu de sa naïvete, de sa fleur\ncandide originelle.. Et quel trio !\nMais si le scherzo est d'un dieu qui se joue, d'un Dionysios au\nvillage dans la montagne de Carinthie, le rondo burlesque est d'un\nempereur victorieux, d'un Napoléon organisant et faisant évoluer la\nvictoire comme s'il s'agissait d'une simple parade. Il y a la quelque chose\nde cubique, de strapassé, et de michelangesque dans la vaillance, la fierté\net l'expansion de la force. Quelque chose aussi d'imprévu et d'un peu fou\nà la Souvarof.. Mais discipliné !! C'est un et hérissé comme une armée\nen bataille, ou comme le repos d'une cathédrale enchevêtrée, sous un midi\nd'été brûlant. Cela scintille et darde partout. Vous connaissez ce finale de\nla Vème symphonie, aussi un rondo, qui déjà ressemblait àun samouraï vêtu\nde fugues taillées en pièces d'armure. Ici cent mille armures évoluent avec\nla dextérité d'un corps de ballet. Il a vu les fêtes de sokols de Prague, celui\nqui a construit cette immortelle burlesque. Et dans l'usine où il travaillait\nson airain, toutes les danses slaves de Dvorak ont coulé leur bronze au\nprofit de cet airain. Ce n est plus du Giable au coips, ce n est plus le diaûle\ndans un bénitier. C'est le grand Pan lui-meme réduit a fane lexeicice..\nEt qui y passe !\nEt le rondo et la grande Burla,eux aussi, sombrent dans la tristesse,\ndans l'amertume crépusculaire. Matériellement, je Yai dit, la symphonie\npourrait finir ici. alewent non. Elle nauiait pas de sens. iVîahler\ncomme homme, tout cœur et tendresse s'est entièrement, définitivement\nlivré, dans ce premier morceau où les âmes faites d'une sorte semblable a\nla nôtre trouvent une bien plus efficace pâture que dans le prélude de\nTristan ;Mahler, amant de la nature, ami du paysan d'Autriche nous\nlègue le secret de ses joies dans le scherzo ; Mahler impérial, dnecteur\nd'opéra, feld-maréchal de la musique, nous fait assister a une deinièie\naction dans le rondo ; maintenant nous avons son testament ; il peut s'en\naller. Et il s'en va.\nUn adagio de plénitude déroule désormais ses grandes ondes.. Un\nlamento qui laisse loin en arrière les plus nobles lamentos de Bruckner et de\nWagner. Il s'entrecoupe de zones de vide et d'effarement devant ce vide\noù l'on entend comme le travail souterrain, le rongement de la maladie\ntout en bas, tandis que tout en haut la fievie de 1 espiit brûle. La consom-\nmation de sons aigus, des sons les plus eleves que 1 oreille puisse peicevoir"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.50", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1893, "texte": "qui se fait dans cette symphonie est quelque chose d'effarant.. Une minute\nde rafraîchissement avec un rappel textuel du Chant de la Terre et\nl'égouttement de larmes de ses harpes, le dernier regard sur les lointains\nbleus et les prairies qui fleuriront éternellement. Brusque rupture et élan.\nSans fanfaronnade, le phénix entr'ouvre ses ailes et se précipite dans la\nflamme. Illumination d'hymen avec l'infini, minute indicible toute en or,\nmais brève au point qu'elle est finie au moment où encore on l'espère. Il\nn'y a plus que le vide, un vide de lumière cette fois.. Des accords inusités\nse désagrègent, traînent et montent.. Cela se prolonge indéfinitivement..\nEst-ce encore là, où est-ce fini ?\nIl n'y a pas de fin. Cela ne finira jamais, jamais.. Car c'est l'immor-\ntalité qui continue ce jourd'hui.\nEncadrée par la IXème symphonie de Bruckner et par la IXeme de\nBeethoven, cette nouvelle Neuvième s'est du coup mise à part, en défi à\nl'opinion publique, extraordinairement à part, mais selon nous et quelques\nautres à la même hauteur. L'exécution a été ce qu'elle pouvait être avec\nBruno Walter. La Semaine musicale de Vienne a culminé là. Bruno Walter,\nentre Nikisch et Weingartner, a plus que jamais semblé la vivante image\nde Mahler. Inutile de le remercier, inutile de le féliciter. Avoir mis sur\npieds en six mois, édité une œuvre pareille et en avoir assuré l'exécution\nsuffirait à la gloire d'un homme. Et même sans gloire aucune suffirait à\nson honneur et à son bonheur.\nEt dans toute l'Autriche et l'Allemagne critiques et criticastres se\nprennent aux cheveux, beaucoup injuriant la troisième Qu'im-\nporte.. Elle aussi désormais va à son destin, annoncée dores et déjà à\nBerlin, à Munich, à Dresde d'où elle ira partout, tôt ou tard comme les\ndeux autres. Nous sommes tranquilles. Elle saura trouver le chemin des\ncœurs.\n4\n\nWilliam Ritter."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c028", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 51, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.10", "titre_corps": "LES LIVRES", "titre_sommaire": "LES LIVRES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.51", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2608, "texte": "RUTA (Prof. Ricard). Storia dell'arpa. Parte prima.\nRicherche storiche. (Aversa, ditta A. Ruta & C°, 1911. In-80,\n162 pages, illustré).\nUn livre d'une lecture agréable, supérieur à tout ce qui\ns'est publié en Italie sur le même sujet. Un léger abus des ampli-\nfications poétiques (dans la préface : u ce suave et divin instrument\nqui, à travers tant de siècles, a exercé une telle fascination sur les\nesprits humains etc., etc. Plus loin un poème traduit de Thomas\nMoore).\nLa méthode n'est peut-être pas trop rigoureuse. Un chapitre\nentier sur la \" harpe éolienne \" précède celui où il est traité de\nl'origine du mot harpe. La Bibliographie dressée au commence-\nment du volume fait une place à des ouvrages de peu d'autorité.\nCes critiques faites, il faut rendre hommage à l'aisance, aux\nconnaissances,au souci esthétique de l'auteur. Enfin certaines pages\nsur les Ecoles et leurs principaux représentants sont d'un réel\nintérêt documentaire. M. PINCHERLE.\nRUTZ (Ottomar.) Musik, IVort und Korper, ah Gemiits-\nausdruck. (Leipzig, Breitkopf et Hârtel, 1911).\nCe grand et savant ouvrage sur la musique, la parole et le corps, en tant qu'expression du\nsentiment, est à la fois l'exposé d'une théorie nouvelle et une documentation très étendue, qui\nfourmille d'exemples empruntés à la musique et à la littérature de tous les peuples et de tous\nles temps. L'auteur, qui est le fils de Joseph Rutz, un des chanteurs d'autrefois de la Passion\nd'Oberammergau, et de la cantatrice Klara Rutz, s'est déjà fait connaître par ses\ndécouvertes sur la voix humaine (Munich 1908) et son traité pratique :\ndu corps (ibid., 1911). Il a tenté cette fois-ci d'embrasser dans une œuvre d'ensemble la totalité\nde la doctrine, en l'appuyant de la plus grande abondance de preuves et d'exemples possibles.\nNotre corps physique est sous la domination de notre vie sentimentale. Le tempérament\nde chacun de nous, ce qui fait le fonds de notre être et nous est inné le Gemûth, comme\ndisent en un mot les Allemands s'exprime par des signes extérieurs, en particulier le port\ndu corps, le son de la voix, la mimique involontaire et naturelle, etc. Ces signes sont autant\nd'indices pour qui les observe attentivement. Ils correspondent à un état intérieur de l'âme.\nPar là s'ouvrent des avenues vers le sanctuaire intérieur. La substance de l'art, c'est cette vie\nsentimentale, et non l'intelligence ou la technique du metier. L'âme est la sauce de 1 art.\nL'éducation aura donc pour but la culture de l'âme et l'acquisition de la science de l'expres-\nsion, \" l'expressionisme Mais l'auteur se défend énergiquement de ne nous présenter que"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.52", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 10, "texte": "LES LIVRES"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.52", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3737, "texte": "des conclusions logiques ou des déductions scientifiques. Il prétend avoir découvert et mis en\nlumière des faits nouveaux, qu'il nous montre presque sous la forme de tableaux du corps, et\nde planches anatomiques.\nCes vérités, c'est que chaque émotion différente, traduite dans un morceau de musique\nou de poésie, par exemple, a son expression et ses moyens d'expression à elle, et que cette\nmanifestation est toujours liée à une activité spéciale des muscles du tronc, du torse. De là\nprovient un son spécial de la voix, un certain rythme, temps, une certaine hauteur de ton, etc.\nToutes ces notes musicales, avec leurs différents styles, ont une origine qui est inscrite pour\nainsi dire sur la portée des muscles du tronc. C'est là le support physiologique, le fonds anato-\nmique, qui va déterminer ces expressions vocales et musicales, et cette position des muscles\nelle-même est commandée immédiatement et directement par le tempérament de l'individu.\nL'auteur distingue quatre grands types humains :\nle lelIe1 ale corps droit, avec l'abdomen droit porté en avant. C'est le type des Césars\nromains, de Napoléon, de Goethe, de Schubert, par exemple\nle IIe a le corps porté en avant, avec l'abdomen rentré et la poitrine bombée. C'est le\ntype de Frédéric le Grand, des Hohenzollern, de Schiller, Beethoven, Weber.\nle IIIe a le corps redressé en arrière, avec les muscles latéraux du tronc plongeant en\navant ou en arrière. C'est le type des anciens Grecs, et celui de Liszt et de R. Wagner.\nle IVe n'existe, paraît-il, normalement ni dans une race, ni chez les individus isolés. Il\ns'obtient d'après le type 111, mais en tendant les muscles latéraux du tronc, vers le haut.\nA chacun de ces types correspond un son de voix, une émission et une résonnance de\nvoix spéciales. Chaque type, d'ailleurs, a ses sous-genres : calme, échauffé, etc., et son style\nparticulier : grand style, style dramatique, etc., qui se marquent par des détails dans la position\ndes muscles du tronc. Il est libre à chacun de s'exercer à chanter et à déclamer selon ces\ntypes divers. L'auteur a classé à peu près tous les musiciens et poètes connus chacun dans leur\ncatégorie de type. Sachez aussi qu'en lisant Horace et Goethe, comme en chantant Mozart,\nvous êtes obligé de prendre la posture du type I. Shakespeare, mis à l'épreuve, se trouve relever\ndu type 11, avec Milton, Shelley et Byron. Ibsen et Bjôrnson sont du type 111, comme la\nmajorité des français, de Villon à Voltaire, Hugo et Vigny. L'auteur approfondit l'explication\nphysiologique de ces différents types, et montre tout le parti que peuvent tirer les chanteurs et\nles acteurs de cette nouvelle science. Quelle profonde différence, par exemple, faut-il mettre\nentre le \" rendu \" de Hândel (type I) et de Bach (type III) !\nSans nous prononcer sur la valeur définitive des thèses de l'auteur, ajoutons simplement\nqu'il trouve également dans sa classification des types humains une base nouvelle pour la\nscience des races, un Esquimau et un nègre des tropiques pouvant appartenir l'un et l'autre au\nmême \" type \".\nS. DE MORSIER.\nWOOLLETT (Henry). Histoire de vol. 11. (Publications du Monde\nmusical. 19x2, in-12 de 453 pp.)\nCe second volume de l'ouvrage entrepris par M. Woollett s'étend de Bach à Schumann.\nIl résume, en son petit format, un nombre considérable de faits, de dates et de jugements. Il\npuise à de bonnes sources et s'est tenu au courant de la bibliographie récente de ce vaste sujet.\nLa difficulté d'un manuel de ce genre est de rester impartial et, tout en présentant au public\ndes jugements esthétiques, toujours personnels. Le lecteur tient ici à savoir ce qu'il\ndoit penser de l'œuvre décrite, et quel coefficient il doit lui donner dans l'ordre de ses préfé-"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.53", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3765, "texte": "rences. M. Woollett a bien su tourner cette difficulté. Son livre est probe, sensé et très propre\nà répandre dans nos classes moyennes et éclairées le goût de la musicologie.\nJ. E.\nLISZT (Fr.). Pages romantiques publiées avec une introduction et des notes par\nJ. Chantavoine. (Paris, Félix Alcan, 1912, in-12 de 290 pages).\nCes pages romantiques, dit M. Chantavoine, appartiennent à leur temps non moins qu'a\nleur auteur. Elles suivent de peu d'années la préface de Cromweli, elles viennent au lende-\nmain de Chatterton. A cette époque de bouleversement social, de fermentation intellectuelle et\nde rénovation artistique, l'œuvre d'art veut avoir l'éclat d'un manifeste, et la valeur d'une\ncharte. Tandis qu'au XVIIIe siècle, les philosophes avaient vu dans la musique un thème de\ndissertation, au XIXe, les rôles se renversent et les musiciens disent leur mot sur les problèmes\njusque là réservés aux penseurs. Presque tous les grands compositeurs de cette période ont écrit\nautre chose que des notes. Qu'il suffise de se rappeler Berlioz, Schumann et Wagner.\nG. K.\nSMITH (Hermann). The making of sound in the organ and in the orchestra. (1 vol.\nin-B°, avec 30 gravures. Londres, William Reeves, I911-)\nCet ouvrage sur La Production du son dans Vorgue et Vorchestre, est un ouvrage posthume,\nainsi que nous l'apprend une note des éditeurs. L'impression était presque terminée lors de la\nmort de l'auteur. Une \" main amie \" s'est chargée d'y adjoindre un substantiel résumé du\nvolume.\nOn nous dit que l'auteur avait consacré de longues années à ce travail et qu'il se serait\nacquis une expérience universellement reconnue. Cela n'est point pour surprendre le lecteur\nde son livre. On sent en effet, en M. Smith, un amateur fervent et convaincu de tout ce qui\ntouche aux éléments sonores. Cela se voit, notamment, en son premier chapitre où il parle de\nla familiarité, de l'intimité qui s'établit entre l'artiste et son instrument de prédilection. Il est\nde ceux, comme il le dit lui-même (p. 7) qui ne peuvent regarder avec indifférence le violon\nde Joachim, après même que celui-ci l'a déposé. On devine aussi cette dévote adoration dans\nla phrase de George Meredith qui sert d'épigraphe au volume : \" L'observation est la plus\nconsolante de toutes les joies de la vie.\nNous ne pouvons suivre M. Smith dans son étude détaillée de l'orgue. Nous noterons\nseulement le haut intérêt qui s'attache à ses remarques (accompagnées de gravures) sur les\norgues anciens retrouvés soit à Carthage, soit à Constantinople, ou dont la reproduction figure\nsur les manuscrits du Moyen-Age. Le point caractéristique de son étude semble résider dans\nla découverte qu'il prétend avoir faite de la capacité de l'air à produire des sons musicaux. En\ndeux mots voici ce dont il s'agit. Les instruments à archet produisent le son musical par la\nvibration des cordes et des tables sonores. Le principe serait différent pour les instruments\nà vent. La note serait donnée ici, non par la vibration d'un corps, mais par le déchirement de\nl'air produit suivant une section déterminée. Pour établir son principe, M. Smith avait fait\nétablir un certain nombre de baguettes en bois, taillées en lame de couteau. Ces baguettes ne\ndifféraient que par l'épaisseur du dos. Or chaque baguette d'une largeur de dos identique\nproduit la même note. Une baguette dont le dos a une épaisseur double de celui d une autre\ndonne la même note à une octave au-dessous, (p. 71). M. Smith en conclut que ce n'est pas\nla nature du bois qui est pour quelque chose dans la production de telle ou telle note musicale.\nC'est l'air lui-même qui produit la note, suivant qu'il est déchiré, ou fendu de telle ou telle\nfaçon. Et il en conclut que les arbres, par exemple, aux branches minces donnent des notes"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.54", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3363, "texte": "élevées, ceux aux branches plus massives produisent des notes plus graves. (P- 74)-\nC'est là une théorie d'ordre purement scientifique sur laquelle nous renonçons à prendre\nposition. Mais il est intéressant de la signaler aux spécialistes de la science de l'acoustique.\nEn terminant, nous ferons remarquer, incidemment, combien le catalogue de la librairie\nReeves, relié dans le volume, témoigne, et par les ouvrages originaux et par les nombreuses\ntraductions, du développement musical en Angleterre.\nGUSTAVE ROBERT.\nSTEGLICH (Rudolf). Die Questiones in musica, publication de la Société Internatio-\nnale de musique, 2e série, Xe volume, (in-8° de 190 pp. Leipzig, Breitkopf et Hartel, M. K. 5).\nM. Steglich vient de publier, avec une introduction et des notes, un traité, jusqu'ici\ninédit, et anonyme, écrit vers le XIIe siècle. Cette édition est établie d'après des manuscrits\nde Darmstadt et de Bruxelles. Le texte (latin) est publié en colonnes, avec, en regard, les\nextraits d'autres traités du moyen-âge qui en reproduisent les mêmes termes. Les manuscrits\ndes \" Questiones \" étant anonymes, M. Steglich s'est efforcé d'identifier leur auteur, et est\narrivé à fournir de bonnes raisons pour les attribuer à Rudolphe de Saint-Trond (1070-1138).\nOr justement, dans la Tribune de St-Gervais, M. Ant. Auda a publié l'année dernière, une\nfort belle étude sur l'Office de St-Trudon x, accompagné du texte musical lui-même de cet\noffice.\nIl eut été intéressant de confronter les mélodies composées par Rudolphe avec les théories\ndes Questiones,mais M. Steglich n'a pas eu connaissance de l'excellent travail de M. Auda.\nLe traité des Questiones paraît avoir été assez connu pendant les XIIIe et XIVe siècles,\net avoir même influencé les auteurs de ces époques, c'est ce qui rend intéressant sa publication\nqui sera bien accueillie par les amis et historiens du chant liturgique au moyen-âge.\nFÉLIX RAUGEL.\nVIVELL (P. Ccelestin). Initia (Graz,\nM. Moser, 1912, in-8° de 352 pp. Mk. 12,80).\nOn sait dans quelle situation fâcheuse se trouve le travailleur des bibliothèques, devant qui\napparaît un texte théorique de musique médiévale. Ce texte est souvent anonyme, joint à\nd'autres documents. Il faut le dégager, le délimiter et l'identifier. Et cette tâche rebute la\nplupart des érudits que la bonne volonté entraînerait vers ces études. Avant d'avoir en tête\nles premiers mots de tous ces traités, et de pouvoir les reconnaître au passage comme des\nvieilles connaissances, le chercheur passera des années de labeur ingrat.\nToute cette peine lui est aujourd'hui épargnée par le présent répertoire. Il n'aura qu'à\nouvrir l'ouvrage du P. Vivell pour se voir indiquer chez Gerbert, chez Coussemaker et les\nautres collecteurs, le traité dont le texte est devant ses yeux. Toutes les bibliothèques auront\nbesoin de ce recueil à'incip it. J- E-\nSTEPHEN HELLER, ein Kiinstlerlebm, dargestellt von Rudolf Schiitz, (1 vol. in-18.\nLeipzig, 1911, Breitkopf et Haertel.)\nPour rédiger cette biographie de Stephen Heller, M. Rudolf Schiitz a utilisé un certain\nnombre de sources allemandes dont il donne l'énumération, entre autres les souvenirs de\nMoschelès et de F. Hiller, les publications relatives à Chopin et à Schumann, ainsi que les petites\n1 Ant. Auda. L'école liégeoise au XII' siècle. L'office de Saint-Trudon. Paris, 1911. Bureau d'édition de\nla Scala."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.55", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3625, "texte": "biographies consacrées au pianiste-compositeur hongrois par Hartmann et Niggli. L'auteur\nsemble moins bien renseigné sur les travaux français ; il ne paraît connaître que la biographie\nde Heller par Barbedette qui remonte à 1876 et qui est l'œuvre d'un ami plutôt que d'un\ncritique. S'il a eu recours aux souvenirs de Stephen Heller publiés dans cette revue en 1910\npar M. de Froberville, il ignore les lettres qui ont été révélées dans le par les soins\nde M. Brancour ; il n'a pas connaissance du Portrait de Stephen Heller, tracé dans le n° de\njuin 1909 de S. I. M. par le signataire de ces lignes. Il y aurait trouvé tout au moins la\nrectification des dates de la naissance et de la mort de Heller. Celles qu'il cite sont\ninexactes.\nSon livre n'apprendra donc pas grand'chose aux lecteurs français initiés à la vie de\nSt. Heller par les publications récentes que je viens d'énumérer. D'ailleurs, cinquante ans de\nla vie de Heller se sont passés à Paris et s'il n'a pas, dans cette période, rompu tous liens avec\nl'Allemagne, il a dégagé cependant sa personnalité, des plus complexes, ainsi que je\nl'ai montré ici-même, des influences allemandes. L'auteur, dans ses analyses musicales,\néquitables en général, mais un peu sommaires, ne tient pas assez de compte de ce que la nature\nartistique du compositeur doit à l'Autriche et à la Hongrie. Par contre, il donne quelques\ndétails intéressants sur le séjour de Heller à Augsbourg de 1832 à 1838, sur ses amours avec\nla pianiste Joséphine Lang, sur ses relations avec Schumann. Il publie d'assez nombreux extraits\ndes lettres de Heller à Schumann, conservées à la Bibliothèque royale de Berlin. Malheureuse-\nment les réponses de Schumann ont été égarées ou détruites par Heller, lors d'un de ses démé-\nnagements à Paris.\nG. SERVIÈRES.\nWOLF (Hugo). Musikalische Kritiken, herausgegeben von R. Batka und H. Werner.\n(Breitkopf, 1911, in-120 de 398 pp. Mk. 7,50).\nC'est une heureuse inspiration qu'ont eue R. Batka et H. Werner de réunir en volume\nles critiques musicales de Hugo Wolf. Elles furent écrites au cours des années 1884-1887,\nc'est-à-dire avant la composition des grands recueils de lieder, et constituent un document de\npremière importance pour qui veut connaître la vie musicale viennoise à ce moment. Wolf\ndès le début se pose en adversaire résolu de Brahms, en adepte fervent de Berlioz, de Wagner\net de Liszt : c'est-à-dire qu'il se refuse à admirer une musique exsarque et sans joie, pâle imita-\ntion des grandes œuvres beethovéniennes, et qu'il se passionne au contraire pour l'art riche de\ncouleurs et d'expression, ardemment sincère et bouillonnant de vie des maîtres novateurs. Avec\nune verve étincelante et une inlassable ténacité, il fait la guerre au public magnétisé par des\ncritiques étroits et partiaux, comme Hanslick ; il mène le bon combat contre les Italiens\ndégénérés, les Boïto, les Ponchielli, il signale les œuvres nouvelles où apparaît un tempérament,\nle quintette et les symphonies de Bruckner par exemple, et en même temps il ne manque pas\nune occasion d'exprimer et de motiver son admiration pour les grandes œuvres du passé,\nqu'elles soient classiques ou romantiques, pour les Saisons et pour le Freyschiitz, pour Alceste\net pour Oberon.\nBeaucoup de ces articles sont des modèles d'intelligence pénétrante et robuste à la fois ;\nc'est là de la critique telle que seuls les grands créateurs peuvent en faire, non l'opinion\nplus ou moins arbitraire de l'amateur que déterminent souvent des partis pris d'imitation\nou inversement de contradiction, mais la réaction spontanée et immédiate du génie au\ncontact du génie.\nG. MARCEL."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.56", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2980, "texte": "MANTICA (Francesco). — Emilio de Cavalieri. Rappresentatione di anima et di Corpo.\n(Collezione dei Prime Fioriture del Melodramma italiano, Vol. I. Roma Via degli Scipioni\n237. 1912 in-fol).\nA tous ceux qui réclament des documents pour l'histoire musicale, j'ai hâte de signaler ce\nvolume, qui est le premier d'une collection entreprise par un vaillant musicologue italien,\nM. Francesco Mantica. L'Italie, dont nous vient le grand effort futuriste, cherche en ce\nmoment par tous les moyens à reprendre contact avec l'héroïsme ; et c'en est un sans doute, de\nremettre en circulation les grandes œuvres des de la musique. Il n'est pas douteux\nqu'un Palestrina ou un Monteverde, voire un Emilio de Cavalieri, peuvent devenir de merveil-\nleux agents de musicalité, non pas directement, et en opérant sur le gros public, mais en réveil-\nlant l'enthousiasme du génie qui sommeille en quelque conservatoire de la Péninsule.\nCette collection des Fioriture débute donc justement par l'œuvre de théâtre et de repré-\nsentation \" per recitar cantandoqui fut une création propre de l'Italie, et aussi différente de\nla chanson du parolier français, que du lyrisme du sonatiste allemand. M. Mantica nous don-\nnera tantôt des reproductions photo-mécaniques en facsimilé comme celle-ci, tantôt des trans-\ncriptions et des réalisations en notation ordinaire et moderne. Il cherchera toujours l'exactitude\net la documentation. Souhaitons-lui d'éviter, comme il l'a fait ici, les difficultés de toute trans-\ncription, de toute remise à neuf de ces partitions, et, en fin de compte, engageons-le plutôt à\npersévérer dans le facsimilé, tout rebutant soit-il. L'histoire musicale n'est pas encore assez sûre\nd'elle-même pour nous donner des réalisations pratiquement indiscutables des œuvres de la\nmusique ancienne. Peut-être vaut-il mieux laisser à chacun la liberté d'interpréter, et se con-\ntenter de produire le texte officiel. C'est déjà beaucoup ! Que M. Mantica multiplie ses\nvolumes rapidement et que le public des musiciens et des amateurs l'y encourage. Voiià le\nprincipal. ]• E.\n\nLIVRES REÇUS\nSHARP (Cecil J.). The sword Dances of northern England, 2e vol. in-B°. (Lond.\nNovello & C°.)\nFOX (Charlotte Milligan). Annals of the Irish Harp ers. (Lond. Smith, Edler & C\",\nin-8° de 320 pp. 7/6 net.)\nCAULLET (G.). Musiciens de la d'après leurs\ntestaments. (Courtrai, Flandria 1911 in-8° de 194 pp.)\nBEAUREPAIRE-FROMENT (de). Bibliographie des Chants populaires français.\nTroisième édition. (Paris, Rouart Lerolle & Cie, in-120 de 186 pp. Frs. s)*\nTHIBAUT (R. P.). La Notation Conférence\nfaite au Conservatoire de St. Pétersbourg le 11 février 1912. (St. Pétersbourg, Kuegelgen\nGlitsch & C°, 28 Perspective Anglaise, in-fol de 15 pp. + 18 planches. Frs. 4).\nLUSSY (Mathis). La Sonate Pathétique Edition rythmique et annotée.\nŒuvre posthume (Paris, Costallat in-fol. de 26 pp. Frs. 6).\nWARNECKE (Friedrich). Der Kontrabass. (Hamburg, in Verlag des Verfassers,\nin-fol. de 126 + 84 pp.)"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.57", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1855, "texte": "CHANTAVOINE (Jean). Musiciens et portes. (Paris, Alcan in-120 de 218 pp.\nFrs. 3,50).\nBARGAGNA (Lete). Gli strumenti musicali raccolti nel Museo del R. Istitute\nL. Cherubini a Firenze. (Firenze, G. Ceccherini & C° in-8° de 70 pp. et hors textes. Lire 3.)\nGROLIMUND (Sigismund), Volkslied ans dem Kantûn Aargau. (Basel Schw.\nGesell. fur Volkskunde 1911, in-8° de 280 pp. Frs. 5).\nFITZ-JAMES (Cte de). —De la morale et de Part. (Paris, J. Barreau in-8° de 42 pp.)\nBRANBERGER (Emil). Das Konservatorium fur Musik in Prag. (Prag, 1911\nin-8° de 310 pp.)\nSONNECK (O.).— Orchestral Music. The library oj Congress. Catalogue. (Washington,\n1912, in-8° de 663 pp. Dollar 1.00).\nTORREFRANCA (Fausto). Giacomo Puccini e VOpera internationale. (Turin,\nBocca, 1912, in-12° de 136 pp. Lire 2.50).\nRIEMANN (Prof. Hugo). Musikgeschichte in Beispielen. Teil 111. (Leipzig,\nSeemann, 1912, in-fol.).\nSCHEUERLEER (Dr. D.).— Catalogus der Muziekbibliotheek van D. F. Scheuerleer.\n2(le Vervolg ('s Gravenhage 1910 in-8° de 216 pp.)\nWAGNER (Richard). Ma Vie. Vol. 111. Traduction française de Valentin et\nSchenk (Plon-Nourrit et Cie 1912 in-8° de 497 pp. Frs 7>50)-\nCUCUEL (Georges). La vie parisienne des princes de TVurtemberg-Montbèliard au\nXFIIP siècle. (Montbéliard 1912, in-8° de 46 pp.)\nASSOCIATION des Musiciens Suisses.— Rapport du comité sur l'exercice 1911-12\n(in-8° de 46 pp.)\nBAGLIONI (S.). Contributo alla cognoscenza délia musica naturale (Estratto dalla\nRivista di antropologia. Roma 1911 in-8° de 51 et 12 pp.)\nLAMY (F.). —y. F. Le Sueur (Fischbacher, 1912 in-8° de 152 pp.)\nHOUDARD (G.). Vade-Mecum de la rythmique grégorienne. (St Germain. 111-80 de\n39 pp. Frs. 2.)\nVILLAR (R.). La musica y los musico (San Sébastian, Casa\nErviti, in-120 de 56 pp. Pes. 1.)\nTIERSOT (J.). J-~J- Rousseau (Collection des Maîtres de la musique, 1912\nin-120 de 282 pp.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c030", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 51, "image_fin": 56, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.10.2", "titre_corps": "RUTA (Prof. Ricard). Storia dell'arpa. Parte prima.", "titre_sommaire": "RUTA (Prof. Ricard). Storia dell'arpa. 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La Bibliographie dressée au commence-\nment du volume fait une place à des ouvrages de peu d'autorité.\nCes critiques faites, il faut rendre hommage à l'aisance, aux\nconnaissances,au souci esthétique de l'auteur. Enfin certaines pages\nsur les Ecoles et leurs principaux représentants sont d'un réel\nintérêt documentaire. M. PINCHERLE.\nRUTZ (Ottomar.) Musik, IVort und Korper, ah Gemiits-\nausdruck. (Leipzig, Breitkopf et Hârtel, 1911).\nCe grand et savant ouvrage sur la musique, la parole et le corps, en tant qu'expression du\nsentiment, est à la fois l'exposé d'une théorie nouvelle et une documentation très étendue, qui\nfourmille d'exemples empruntés à la musique et à la littérature de tous les peuples et de tous\nles temps. L'auteur, qui est le fils de Joseph Rutz, un des chanteurs d'autrefois de la Passion\nd'Oberammergau, et de la cantatrice Klara Rutz, s'est déjà fait connaître par ses\ndécouvertes sur la voix humaine (Munich 1908) et son traité pratique :\ndu corps (ibid., 1911). Il a tenté cette fois-ci d'embrasser dans une œuvre d'ensemble la totalité\nde la doctrine, en l'appuyant de la plus grande abondance de preuves et d'exemples possibles.\nNotre corps physique est sous la domination de notre vie sentimentale. Le tempérament\nde chacun de nous, ce qui fait le fonds de notre être et nous est inné le Gemûth, comme\ndisent en un mot les Allemands s'exprime par des signes extérieurs, en particulier le port\ndu corps, le son de la voix, la mimique involontaire et naturelle, etc. Ces signes sont autant\nd'indices pour qui les observe attentivement. Ils correspondent à un état intérieur de l'âme.\nPar là s'ouvrent des avenues vers le sanctuaire intérieur. La substance de l'art, c'est cette vie\nsentimentale, et non l'intelligence ou la technique du metier. L'âme est la sauce de 1 art.\nL'éducation aura donc pour but la culture de l'âme et l'acquisition de la science de l'expres-\nsion, \" l'expressionisme Mais l'auteur se défend énergiquement de ne nous présenter que"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.52", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3737, "texte": "des conclusions logiques ou des déductions scientifiques. Il prétend avoir découvert et mis en\nlumière des faits nouveaux, qu'il nous montre presque sous la forme de tableaux du corps, et\nde planches anatomiques.\nCes vérités, c'est que chaque émotion différente, traduite dans un morceau de musique\nou de poésie, par exemple, a son expression et ses moyens d'expression à elle, et que cette\nmanifestation est toujours liée à une activité spéciale des muscles du tronc, du torse. De là\nprovient un son spécial de la voix, un certain rythme, temps, une certaine hauteur de ton, etc.\nToutes ces notes musicales, avec leurs différents styles, ont une origine qui est inscrite pour\nainsi dire sur la portée des muscles du tronc. C'est là le support physiologique, le fonds anato-\nmique, qui va déterminer ces expressions vocales et musicales, et cette position des muscles\nelle-même est commandée immédiatement et directement par le tempérament de l'individu.\nL'auteur distingue quatre grands types humains :\nle lelIe1 ale corps droit, avec l'abdomen droit porté en avant. C'est le type des Césars\nromains, de Napoléon, de Goethe, de Schubert, par exemple\nle IIe a le corps porté en avant, avec l'abdomen rentré et la poitrine bombée. C'est le\ntype de Frédéric le Grand, des Hohenzollern, de Schiller, Beethoven, Weber.\nle IIIe a le corps redressé en arrière, avec les muscles latéraux du tronc plongeant en\navant ou en arrière. C'est le type des anciens Grecs, et celui de Liszt et de R. Wagner.\nle IVe n'existe, paraît-il, normalement ni dans une race, ni chez les individus isolés. Il\ns'obtient d'après le type 111, mais en tendant les muscles latéraux du tronc, vers le haut.\nA chacun de ces types correspond un son de voix, une émission et une résonnance de\nvoix spéciales. Chaque type, d'ailleurs, a ses sous-genres : calme, échauffé, etc., et son style\nparticulier : grand style, style dramatique, etc., qui se marquent par des détails dans la position\ndes muscles du tronc. Il est libre à chacun de s'exercer à chanter et à déclamer selon ces\ntypes divers. L'auteur a classé à peu près tous les musiciens et poètes connus chacun dans leur\ncatégorie de type. Sachez aussi qu'en lisant Horace et Goethe, comme en chantant Mozart,\nvous êtes obligé de prendre la posture du type I. Shakespeare, mis à l'épreuve, se trouve relever\ndu type 11, avec Milton, Shelley et Byron. Ibsen et Bjôrnson sont du type 111, comme la\nmajorité des français, de Villon à Voltaire, Hugo et Vigny. L'auteur approfondit l'explication\nphysiologique de ces différents types, et montre tout le parti que peuvent tirer les chanteurs et\nles acteurs de cette nouvelle science. Quelle profonde différence, par exemple, faut-il mettre\nentre le \" rendu \" de Hândel (type I) et de Bach (type III) !\nSans nous prononcer sur la valeur définitive des thèses de l'auteur, ajoutons simplement\nqu'il trouve également dans sa classification des types humains une base nouvelle pour la\nscience des races, un Esquimau et un nègre des tropiques pouvant appartenir l'un et l'autre au\nmême \" type \".\nS. DE MORSIER.\nWOOLLETT (Henry). Histoire de vol. 11. (Publications du Monde\nmusical. 19x2, in-12 de 453 pp.)\nCe second volume de l'ouvrage entrepris par M. Woollett s'étend de Bach à Schumann.\nIl résume, en son petit format, un nombre considérable de faits, de dates et de jugements. Il\npuise à de bonnes sources et s'est tenu au courant de la bibliographie récente de ce vaste sujet.\nLa difficulté d'un manuel de ce genre est de rester impartial et, tout en présentant au public\ndes jugements esthétiques, toujours personnels. Le lecteur tient ici à savoir ce qu'il\ndoit penser de l'œuvre décrite, et quel coefficient il doit lui donner dans l'ordre de ses préfé-"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.53", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3765, "texte": "rences. M. Woollett a bien su tourner cette difficulté. Son livre est probe, sensé et très propre\nà répandre dans nos classes moyennes et éclairées le goût de la musicologie.\nJ. E.\nLISZT (Fr.). Pages romantiques publiées avec une introduction et des notes par\nJ. Chantavoine. (Paris, Félix Alcan, 1912, in-12 de 290 pages).\nCes pages romantiques, dit M. Chantavoine, appartiennent à leur temps non moins qu'a\nleur auteur. Elles suivent de peu d'années la préface de Cromweli, elles viennent au lende-\nmain de Chatterton. A cette époque de bouleversement social, de fermentation intellectuelle et\nde rénovation artistique, l'œuvre d'art veut avoir l'éclat d'un manifeste, et la valeur d'une\ncharte. Tandis qu'au XVIIIe siècle, les philosophes avaient vu dans la musique un thème de\ndissertation, au XIXe, les rôles se renversent et les musiciens disent leur mot sur les problèmes\njusque là réservés aux penseurs. Presque tous les grands compositeurs de cette période ont écrit\nautre chose que des notes. Qu'il suffise de se rappeler Berlioz, Schumann et Wagner.\nG. K.\nSMITH (Hermann). The making of sound in the organ and in the orchestra. (1 vol.\nin-B°, avec 30 gravures. Londres, William Reeves, I911-)\nCet ouvrage sur La Production du son dans Vorgue et Vorchestre, est un ouvrage posthume,\nainsi que nous l'apprend une note des éditeurs. L'impression était presque terminée lors de la\nmort de l'auteur. Une \" main amie \" s'est chargée d'y adjoindre un substantiel résumé du\nvolume.\nOn nous dit que l'auteur avait consacré de longues années à ce travail et qu'il se serait\nacquis une expérience universellement reconnue. Cela n'est point pour surprendre le lecteur\nde son livre. On sent en effet, en M. Smith, un amateur fervent et convaincu de tout ce qui\ntouche aux éléments sonores. Cela se voit, notamment, en son premier chapitre où il parle de\nla familiarité, de l'intimité qui s'établit entre l'artiste et son instrument de prédilection. Il est\nde ceux, comme il le dit lui-même (p. 7) qui ne peuvent regarder avec indifférence le violon\nde Joachim, après même que celui-ci l'a déposé. On devine aussi cette dévote adoration dans\nla phrase de George Meredith qui sert d'épigraphe au volume : \" L'observation est la plus\nconsolante de toutes les joies de la vie.\nNous ne pouvons suivre M. Smith dans son étude détaillée de l'orgue. Nous noterons\nseulement le haut intérêt qui s'attache à ses remarques (accompagnées de gravures) sur les\norgues anciens retrouvés soit à Carthage, soit à Constantinople, ou dont la reproduction figure\nsur les manuscrits du Moyen-Age. Le point caractéristique de son étude semble résider dans\nla découverte qu'il prétend avoir faite de la capacité de l'air à produire des sons musicaux. En\ndeux mots voici ce dont il s'agit. Les instruments à archet produisent le son musical par la\nvibration des cordes et des tables sonores. Le principe serait différent pour les instruments\nà vent. La note serait donnée ici, non par la vibration d'un corps, mais par le déchirement de\nl'air produit suivant une section déterminée. Pour établir son principe, M. Smith avait fait\nétablir un certain nombre de baguettes en bois, taillées en lame de couteau. Ces baguettes ne\ndifféraient que par l'épaisseur du dos. Or chaque baguette d'une largeur de dos identique\nproduit la même note. Une baguette dont le dos a une épaisseur double de celui d une autre\ndonne la même note à une octave au-dessous, (p. 71). M. Smith en conclut que ce n'est pas\nla nature du bois qui est pour quelque chose dans la production de telle ou telle note musicale.\nC'est l'air lui-même qui produit la note, suivant qu'il est déchiré, ou fendu de telle ou telle\nfaçon. Et il en conclut que les arbres, par exemple, aux branches minces donnent des notes"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.54", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3363, "texte": "élevées, ceux aux branches plus massives produisent des notes plus graves. (P- 74)-\nC'est là une théorie d'ordre purement scientifique sur laquelle nous renonçons à prendre\nposition. Mais il est intéressant de la signaler aux spécialistes de la science de l'acoustique.\nEn terminant, nous ferons remarquer, incidemment, combien le catalogue de la librairie\nReeves, relié dans le volume, témoigne, et par les ouvrages originaux et par les nombreuses\ntraductions, du développement musical en Angleterre.\nGUSTAVE ROBERT.\nSTEGLICH (Rudolf). Die Questiones in musica, publication de la Société Internatio-\nnale de musique, 2e série, Xe volume, (in-8° de 190 pp. Leipzig, Breitkopf et Hartel, M. K. 5).\nM. Steglich vient de publier, avec une introduction et des notes, un traité, jusqu'ici\ninédit, et anonyme, écrit vers le XIIe siècle. Cette édition est établie d'après des manuscrits\nde Darmstadt et de Bruxelles. Le texte (latin) est publié en colonnes, avec, en regard, les\nextraits d'autres traités du moyen-âge qui en reproduisent les mêmes termes. Les manuscrits\ndes \" Questiones \" étant anonymes, M. Steglich s'est efforcé d'identifier leur auteur, et est\narrivé à fournir de bonnes raisons pour les attribuer à Rudolphe de Saint-Trond (1070-1138).\nOr justement, dans la Tribune de St-Gervais, M. Ant. Auda a publié l'année dernière, une\nfort belle étude sur l'Office de St-Trudon x, accompagné du texte musical lui-même de cet\noffice.\nIl eut été intéressant de confronter les mélodies composées par Rudolphe avec les théories\ndes Questiones,mais M. Steglich n'a pas eu connaissance de l'excellent travail de M. Auda.\nLe traité des Questiones paraît avoir été assez connu pendant les XIIIe et XIVe siècles,\net avoir même influencé les auteurs de ces époques, c'est ce qui rend intéressant sa publication\nqui sera bien accueillie par les amis et historiens du chant liturgique au moyen-âge.\nFÉLIX RAUGEL.\nVIVELL (P. Ccelestin). Initia (Graz,\nM. Moser, 1912, in-8° de 352 pp. Mk. 12,80).\nOn sait dans quelle situation fâcheuse se trouve le travailleur des bibliothèques, devant qui\napparaît un texte théorique de musique médiévale. Ce texte est souvent anonyme, joint à\nd'autres documents. Il faut le dégager, le délimiter et l'identifier. Et cette tâche rebute la\nplupart des érudits que la bonne volonté entraînerait vers ces études. Avant d'avoir en tête\nles premiers mots de tous ces traités, et de pouvoir les reconnaître au passage comme des\nvieilles connaissances, le chercheur passera des années de labeur ingrat.\nToute cette peine lui est aujourd'hui épargnée par le présent répertoire. Il n'aura qu'à\nouvrir l'ouvrage du P. Vivell pour se voir indiquer chez Gerbert, chez Coussemaker et les\nautres collecteurs, le traité dont le texte est devant ses yeux. Toutes les bibliothèques auront\nbesoin de ce recueil à'incip it. J- E-\nSTEPHEN HELLER, ein Kiinstlerlebm, dargestellt von Rudolf Schiitz, (1 vol. in-18.\nLeipzig, 1911, Breitkopf et Haertel.)\nPour rédiger cette biographie de Stephen Heller, M. Rudolf Schiitz a utilisé un certain\nnombre de sources allemandes dont il donne l'énumération, entre autres les souvenirs de\nMoschelès et de F. Hiller, les publications relatives à Chopin et à Schumann, ainsi que les petites\n1 Ant. Auda. L'école liégeoise au XII' siècle. L'office de Saint-Trudon. Paris, 1911. Bureau d'édition de\nla Scala."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.55", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3625, "texte": "biographies consacrées au pianiste-compositeur hongrois par Hartmann et Niggli. L'auteur\nsemble moins bien renseigné sur les travaux français ; il ne paraît connaître que la biographie\nde Heller par Barbedette qui remonte à 1876 et qui est l'œuvre d'un ami plutôt que d'un\ncritique. S'il a eu recours aux souvenirs de Stephen Heller publiés dans cette revue en 1910\npar M. de Froberville, il ignore les lettres qui ont été révélées dans le par les soins\nde M. Brancour ; il n'a pas connaissance du Portrait de Stephen Heller, tracé dans le n° de\njuin 1909 de S. I. M. par le signataire de ces lignes. Il y aurait trouvé tout au moins la\nrectification des dates de la naissance et de la mort de Heller. Celles qu'il cite sont\ninexactes.\nSon livre n'apprendra donc pas grand'chose aux lecteurs français initiés à la vie de\nSt. Heller par les publications récentes que je viens d'énumérer. D'ailleurs, cinquante ans de\nla vie de Heller se sont passés à Paris et s'il n'a pas, dans cette période, rompu tous liens avec\nl'Allemagne, il a dégagé cependant sa personnalité, des plus complexes, ainsi que je\nl'ai montré ici-même, des influences allemandes. L'auteur, dans ses analyses musicales,\néquitables en général, mais un peu sommaires, ne tient pas assez de compte de ce que la nature\nartistique du compositeur doit à l'Autriche et à la Hongrie. Par contre, il donne quelques\ndétails intéressants sur le séjour de Heller à Augsbourg de 1832 à 1838, sur ses amours avec\nla pianiste Joséphine Lang, sur ses relations avec Schumann. Il publie d'assez nombreux extraits\ndes lettres de Heller à Schumann, conservées à la Bibliothèque royale de Berlin. Malheureuse-\nment les réponses de Schumann ont été égarées ou détruites par Heller, lors d'un de ses démé-\nnagements à Paris.\nG. SERVIÈRES.\nWOLF (Hugo). Musikalische Kritiken, herausgegeben von R. Batka und H. Werner.\n(Breitkopf, 1911, in-120 de 398 pp. Mk. 7,50).\nC'est une heureuse inspiration qu'ont eue R. Batka et H. Werner de réunir en volume\nles critiques musicales de Hugo Wolf. Elles furent écrites au cours des années 1884-1887,\nc'est-à-dire avant la composition des grands recueils de lieder, et constituent un document de\npremière importance pour qui veut connaître la vie musicale viennoise à ce moment. Wolf\ndès le début se pose en adversaire résolu de Brahms, en adepte fervent de Berlioz, de Wagner\net de Liszt : c'est-à-dire qu'il se refuse à admirer une musique exsarque et sans joie, pâle imita-\ntion des grandes œuvres beethovéniennes, et qu'il se passionne au contraire pour l'art riche de\ncouleurs et d'expression, ardemment sincère et bouillonnant de vie des maîtres novateurs. Avec\nune verve étincelante et une inlassable ténacité, il fait la guerre au public magnétisé par des\ncritiques étroits et partiaux, comme Hanslick ; il mène le bon combat contre les Italiens\ndégénérés, les Boïto, les Ponchielli, il signale les œuvres nouvelles où apparaît un tempérament,\nle quintette et les symphonies de Bruckner par exemple, et en même temps il ne manque pas\nune occasion d'exprimer et de motiver son admiration pour les grandes œuvres du passé,\nqu'elles soient classiques ou romantiques, pour les Saisons et pour le Freyschiitz, pour Alceste\net pour Oberon.\nBeaucoup de ces articles sont des modèles d'intelligence pénétrante et robuste à la fois ;\nc'est là de la critique telle que seuls les grands créateurs peuvent en faire, non l'opinion\nplus ou moins arbitraire de l'amateur que déterminent souvent des partis pris d'imitation\nou inversement de contradiction, mais la réaction spontanée et immédiate du génie au\ncontact du génie.\nG. MARCEL."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.56", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2081, "texte": "MANTICA (Francesco). — Emilio de Cavalieri. Rappresentatione di anima et di Corpo.\n(Collezione dei Prime Fioriture del Melodramma italiano, Vol. I. Roma Via degli Scipioni\n237. 1912 in-fol).\nA tous ceux qui réclament des documents pour l'histoire musicale, j'ai hâte de signaler ce\nvolume, qui est le premier d'une collection entreprise par un vaillant musicologue italien,\nM. Francesco Mantica. L'Italie, dont nous vient le grand effort futuriste, cherche en ce\nmoment par tous les moyens à reprendre contact avec l'héroïsme ; et c'en est un sans doute, de\nremettre en circulation les grandes œuvres des de la musique. Il n'est pas douteux\nqu'un Palestrina ou un Monteverde, voire un Emilio de Cavalieri, peuvent devenir de merveil-\nleux agents de musicalité, non pas directement, et en opérant sur le gros public, mais en réveil-\nlant l'enthousiasme du génie qui sommeille en quelque conservatoire de la Péninsule.\nCette collection des Fioriture débute donc justement par l'œuvre de théâtre et de repré-\nsentation \" per recitar cantandoqui fut une création propre de l'Italie, et aussi différente de\nla chanson du parolier français, que du lyrisme du sonatiste allemand. M. Mantica nous don-\nnera tantôt des reproductions photo-mécaniques en facsimilé comme celle-ci, tantôt des trans-\ncriptions et des réalisations en notation ordinaire et moderne. Il cherchera toujours l'exactitude\net la documentation. Souhaitons-lui d'éviter, comme il l'a fait ici, les difficultés de toute trans-\ncription, de toute remise à neuf de ces partitions, et, en fin de compte, engageons-le plutôt à\npersévérer dans le facsimilé, tout rebutant soit-il. L'histoire musicale n'est pas encore assez sûre\nd'elle-même pour nous donner des réalisations pratiquement indiscutables des œuvres de la\nmusique ancienne. Peut-être vaut-il mieux laisser à chacun la liberté d'interpréter, et se con-\ntenter de produire le texte officiel. C'est déjà beaucoup ! Que M. Mantica multiplie ses\nvolumes rapidement et que le public des musiciens et des amateurs l'y encourage. Voiià le\nprincipal. ]• E."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c031", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 56, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.10.3", "titre_corps": "LIVRES REÇUS", "titre_sommaire": "LIVRES REÇUS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.56", "debut_caractere": 2083, "fin_caractere_exclue": 2980, "texte": "LIVRES REÇUS\nSHARP (Cecil J.). The sword Dances of northern England, 2e vol. in-B°. (Lond.\nNovello & C°.)\nFOX (Charlotte Milligan). Annals of the Irish Harp ers. (Lond. Smith, Edler & C\",\nin-8° de 320 pp. 7/6 net.)\nCAULLET (G.). Musiciens de la d'après leurs\ntestaments. (Courtrai, Flandria 1911 in-8° de 194 pp.)\nBEAUREPAIRE-FROMENT (de). Bibliographie des Chants populaires français.\nTroisième édition. (Paris, Rouart Lerolle & Cie, in-120 de 186 pp. Frs. s)*\nTHIBAUT (R. P.). La Notation Conférence\nfaite au Conservatoire de St. Pétersbourg le 11 février 1912. (St. Pétersbourg, Kuegelgen\nGlitsch & C°, 28 Perspective Anglaise, in-fol de 15 pp. + 18 planches. Frs. 4).\nLUSSY (Mathis). La Sonate Pathétique Edition rythmique et annotée.\nŒuvre posthume (Paris, Costallat in-fol. de 26 pp. Frs. 6).\nWARNECKE (Friedrich). Der Kontrabass. (Hamburg, in Verlag des Verfassers,\nin-fol. de 126 + 84 pp.)"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.57", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1855, "texte": "CHANTAVOINE (Jean). Musiciens et portes. (Paris, Alcan in-120 de 218 pp.\nFrs. 3,50).\nBARGAGNA (Lete). Gli strumenti musicali raccolti nel Museo del R. Istitute\nL. Cherubini a Firenze. (Firenze, G. Ceccherini & C° in-8° de 70 pp. et hors textes. Lire 3.)\nGROLIMUND (Sigismund), Volkslied ans dem Kantûn Aargau. (Basel Schw.\nGesell. fur Volkskunde 1911, in-8° de 280 pp. Frs. 5).\nFITZ-JAMES (Cte de). —De la morale et de Part. (Paris, J. Barreau in-8° de 42 pp.)\nBRANBERGER (Emil). Das Konservatorium fur Musik in Prag. (Prag, 1911\nin-8° de 310 pp.)\nSONNECK (O.).— Orchestral Music. The library oj Congress. Catalogue. (Washington,\n1912, in-8° de 663 pp. Dollar 1.00).\nTORREFRANCA (Fausto). Giacomo Puccini e VOpera internationale. (Turin,\nBocca, 1912, in-12° de 136 pp. Lire 2.50).\nRIEMANN (Prof. Hugo). Musikgeschichte in Beispielen. Teil 111. (Leipzig,\nSeemann, 1912, in-fol.).\nSCHEUERLEER (Dr. D.).— Catalogus der Muziekbibliotheek van D. F. Scheuerleer.\n2(le Vervolg ('s Gravenhage 1910 in-8° de 216 pp.)\nWAGNER (Richard). Ma Vie. Vol. 111. Traduction française de Valentin et\nSchenk (Plon-Nourrit et Cie 1912 in-8° de 497 pp. Frs 7>50)-\nCUCUEL (Georges). La vie parisienne des princes de TVurtemberg-Montbèliard au\nXFIIP siècle. (Montbéliard 1912, in-8° de 46 pp.)\nASSOCIATION des Musiciens Suisses.— Rapport du comité sur l'exercice 1911-12\n(in-8° de 46 pp.)\nBAGLIONI (S.). Contributo alla cognoscenza délia musica naturale (Estratto dalla\nRivista di antropologia. Roma 1911 in-8° de 51 et 12 pp.)\nLAMY (F.). —y. F. Le Sueur (Fischbacher, 1912 in-8° de 152 pp.)\nHOUDARD (G.). Vade-Mecum de la rythmique grégorienne. (St Germain. 111-80 de\n39 pp. Frs. 2.)\nVILLAR (R.). La musica y los musico (San Sébastian, Casa\nErviti, in-120 de 56 pp. Pes. 1.)\nTIERSOT (J.). J-~J- Rousseau (Collection des Maîtres de la musique, 1912\nin-120 de 282 pp.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c032", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 58, "image_fin": 64, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.11", "titre_corps": "Paris", "titre_sommaire": "Paris", "signature_source": "Emile Vuillermoz", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.58", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 501, "texte": "Paris\n\nLE CONSERVATOIRE — L'ÉCOLE DE GYMNASTIQUE\nRYTHMIQUE\nLe retour au bercail des brebis et des béliers conservatoriaux a fait l'objet de\nnombreuses discussions dans la presse quotidienne. Parqués de nouveau dans\nl'étroite étable de la rue Bergère sous lar houlette de Gabriel Fauré, pasteur\nindulgent, les tendres agneaux de notre École nationale, habitués à vagabonder\ndans Paris, ont bêlé, cette année, avec une touchante résignation pour attendrir les\nloups du jury. Ils n'y sont point parvenus."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.61", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3415, "texte": "Je confesse humblement que l'opportunité et le bienfait de cette mesure de\nrigueur le caractère systématiquement scolaire de ces concours comporte parfois\nquelque férocité administrative ! ne m'ont pas aveuglé de leur éblouissante\névidence. On avait dénoncé avec épouvante le péril moral que couraient nos\nétudiants en musique en respirant l'atmosphère trop parisienne et trop théâtrale\ndes grandes scènes où leurs concours prenaient des allures de créations sensation-\nnelles. Tapis au fond de leur loge, les membres du jury étaient arrivés à donner\nl'impression de vieux abonnés importuns exprimant à la fin de la journée, avec\nune solennité ridicule, un avis qu'on ne leur demandait point et qui ne pouvait\ninfirmer le verdict du peuple souverain. Nos escholiers d'art jouaient pour le\npublic et se croyaient déjà ses maîtres.\nIl y avait là, évidemment, un regrettable malentendu qu'on résolut de dissiper\navec une brutalité vertueuse. Assimilés à des rhétoriciens affrontant le baccalauréat,\nles concurrents durent prendre conscience de leur humilité sociale. On affecta de\nles traiter en \" petits grimauds d'école \" qui ne sauraient sans outrecuidance\nréclamer des égards anticipés. Et, invités à faire à neuf heures du matin la preuve\nde leur virtuosité vocale, les malheureux chanteurs purent se convaincre, en effet,\nqu'ils avaient moins de droits que de devoirs et que les susceptibilités d'un larynx\nendormi n'étaient permises qu'à leurs juges. Mille vexations de ce genre entre-\nprirent d'abattre leur superbe. Sous le plus pyrrhonien des tyrans on vit triompher\nles plus stoïciennes vertus.\nSuivant la loi commune, ce mouvement de réaction dépasse son but. La\ndistinction que l'on prétend ainsi établir entre l'état d'élève et celui d'artiste est\nbien souvent arbitraire et ne s'applique pas à tous les cas particuliers. Pour les\ncandidats des classes d'opéra-comique et d'opéra, elle est assez puérile. Du disciple\nd'lsnardon au pensionnaire de Carré il n'y a que l'épaisseur d'un communiqué\nofficiel au courrier des théâtres et l'on sait que la Comédie Française ne croit pas\nindigne de sa gloire de faire appel au talent et à l'expérience de jeunes tragédiens\nou comédiens qui, une fois par an, dépouillent leur pseudonyme d'artistes, pour\nvenir conquérir au Conservatoire un accessit ou un prix récompensant leur labeur\nd'élèves. Vouloir établir une incompatibilité absolue de traitement entre les uns et\nles autres ne va pas sans quelque injustice et risque de fausser certaines épreuves.\nJe n'ai pas noté non plus une bien sensible amélioration dans la méthode de\nrépartition des invitations, méthode qui devait assurer le recrutement de ce public\nidéal vainement attendu les années précédentes à l'Opéra-Comique aussi bien qu a\nl'Odéon. J'ai constaté au contraire une fois de plus, l'invraisemblable ignorance\ndont témoignent les fonctionnaires chargés de distribuer les coupons multicolores\nsymbolisant les émotions nuancées de ces réjouissances nationales. J ai retrouve\naux meilleures places les plus inattendus des témoins, et consolé à la porte du\nparadis sévèrement gardée par un archange en livrée maint \" ayant-droit \" pleurant\nsur son injustifiable exil. Dans la salle, les inamovibles dames compétentes anno-\ntaient fiévreusement leurs programmes, pointaient les concurrents, encourageaient\nleurs favoris de la voix et du geste, compromettaient les chances d'un outsider en"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.62", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3323, "texte": "couvrant rageusement la sonnette présidentielle des salves intempestives de leurs\napplaudissements et soulignaient les fautes de lecture d'exclamations alterna-\ntivement ironiques et apitoyées. Les décisions du jury furent accueillies, comme\ntoujours, par des protestations indignées lorsqu'elles s'écartèrent du référendum\nde la salle. Les lauréates furent aussi nerveuses que de coutume et les évincées\naussi irritables. Rien de nouveau vraiment sous le soleil impitoyable qui est toujours\nle premier invité de cette annuelle solennité.\nAucun changement d'ailleurs dans les résultats esthétiques de la nouvelle\ndiscipline. Les classes ont mûri leur moisson habituelle sans aucun imprévu. Les\ninstrumentistes nous ont étonnés une fois de plus par leur virtuosité supérieure et\nleur solide éducation musicale, les chanteurs, par leur inexpérience technique et\nleur ignorance artistique. Le choix des morceaux de concours est toujours aussi\nsurprenant : les aspirants comédiens ou tragédiens lyriques détaillent avec âme une\nscène du Tribut de Zamoraou de la Petite Pour des motits supérieurs qui\néchappent à la myopie des assistants, certains dénis de justice semblent s'accomplir\nsous nos yeux : sévérité impitoyable à l'égard du baryton Feiner, indulgence\nhéroïque en faveur du soprano Arcos. Certains élèves bénéficient dès leur première\ncomparution, d'une ordonnance de non-lieu et d'une levée d écrou immédiate,\nd'autres voient prolonger sans raison apparente leur détention ou leur interdiction\nde séjour. C'est, vous dis-je, le jeu habituel où tout n'est pas laissé au hasard mais\noù tout n'est pas non plus facilement explicable. Et l'on résisterait mal à une\ncertaine inquiétude si la certitude de l'équité future des jugements du public ne\nnous induisait en philosophie résignée.\nIl semble bien, cependant, que le Conservatoire ait tort de croire à l'éternité\nde ses méthodes d'enseignement et de se désintéresser de l'évolution contempo-\nraine. Son Conseil supérieur ne paraît pas s'en douter : ses membres ne sont pas,\nen effet, tous aussi jeunes que le Directeur de la maison et n'admettent pas volon-\ntiers la notion de progrès. Là encore, la vie interviendra pour remettre les choses\nau point. De gré ou de force, les éducateurs de la jeunesse musicale devront\nrépondre aux exigences des aspirations modernes. Nous arrivons à l'heure où l'art\ncontemporain, après une généreuse production, éprouve le besoin de classer,\nd'ordonner et d'analyser ses richesses : des théories vont naître, des traités vont\ns'élaborer, on va enfin se préoccuper d'harmoniser l'organe à sa fonction. Le Con-\nservatoire ne pourra pas échapper à cette irrésistible poussée et devra accueillir des\nclasses et des idées nouvelles.\nDéjà, en dehors de lui, des établissements privés, véritables laboratoires\nd'esthétique, mènent à bien de très curieuses expériences. Des ecoles travaillent,\nsur des données inédites, à enrichir notre pédagogie de sciences neuves dont les\npremières découvertes ont pris l'importance de scientifiques révélations.\nL'une d'elles vient de nous livrer un trésor. Nous ne saurions examiner avec\nassez de respect ce lingot d'or pur dont, un jour ou l'autre, nos institutions d Etat\nne manqueront pas de nous frapper la monnaie.\nL'Ecole Française de Gymnastique Rythmique, dirigée par Jean d'Udine"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.63", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3417, "texte": "avec cette fougue, cette foi et cette violence passionnée qu'il apporte à tous les\nactes de sa vie intellectuelle, vient de donner cinq séances de démonstrations\ntechniques et de réalisations plastiques tout à fait remarquables. On sait qu'aux\nprincipes de Jaques-Dalcroze, inventeur du système, le critique-théoricien du\n\"Courrier Musical\" a apporté les magnifiques développements que l'on pouvait\nattendre d'un professeur doué à la fois d'une imagination volcanique et d'un\nminutieux esprit d'analyse, aussi prompt à enfoncer ses éperons aux flancs de la\nChimère qu'à découvrir les lois secrètes du Rythme universel et à codifier le sub-\nconscient. Le masque étrange du Gymnasiarque nous dénonce cette dualité\ncérébrale assez rare. Comme ces cathédrales qui, commencées dans un style\ns'achèvent dans un autre et sur une crypte romane érigent des nefs gothiques, le\nvisage de Jean d'Udine nous fait un double aveu. Sa mâchoire volontaire, son\nmenton têtu et ses lèvres minces filtrant une voix sarcastique sont d'un critique\namer tandis que sa chevelure, son front qui se ride au passage de la pensée comme\nun lac sous l'orage et ses yeux aux prunelles voraces, si ardents qu'on a du les\nmuseler d'un binocle, sont d'un poète et d'un apôtre. La face de cet esthète-\nmathématicien a la structure schématique d'une fraction au dénominateur de\nscepticisme et au numérateur d'enthousiasme.\nRien d'ailleurs n'est plus troublant qu'une de ses causeries familières où\ns'entrelacent et se contrepointent les axiomes les plus surprenants, où s'énoncent\ndes préceptes audacieux que certains spectateurs prennent pour des paradoxes et\nqui ne sont que des allusions raisonnées à des conquêtes scientifiques parfaitement\nétablies, à des colonisations lointaines et méthodiques de cet explorateur solitaire.\nIl a, en effet, découvert, pacifié, organisé et annexé de vastes territoires intellec-\ntuels situés aux confins de la spéculation, au-delà des frontières de la musique, de\nla sculpture et de la danse, et il en rapporte avec simplicité des récits mirifiques\net des souvenirs hallucinants. Il faut voir avec quelle désinvolture il entretient ses\nauditeurs, vaguement inquiets, de la musicalité des rosaces de cathédrales, du\ntemps fort d'un meneau, des rythmes syncopés de l'architecture de la Renaissance\net des harmonies consonnantes qui dans l'art du vitrail unissent indissolublement\ntelle couleur déterminée à tel point cardinal !... Il se meut avec une parfaite\naisance dans ce domaine des synesthésies dont les humbles mortels n'osent pas\nencore franchir le seuil et, semblable à quelque héros de Wells, mène une existence\nnormale au sein des anticipations les plus vertigineuses.\nLe miracle est qu'il n'y vit pas seul. Autour de lui s'agitent des êtres de\ndemain ; il est le patriarche d'une tribu de créatures souples et silencieuses qui se\nvêtent de courtes tuniques flottantes, savent d'harmonieux secrets et font avec\nleurs membres nus de merveilleux gestes d'incantation. A son appel, on les voit\ns'élancer sur la piste du cirque comme des pouliches bien dressées et nouer leur\nronde savante : debout, au centre de l'arène, la chambrière métrique en main,\npoussant des \" Hop, hop ! \" impératifs pour transformer l'amble en trot relevé et\nle pas espagnol en petit galop de chasse, l'Ecuyer du Rythme conduit cet étonnant\ncarrousel. C'est merveille de contempler ces dociles traductrices d'une langue"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.64", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3433, "texte": "mystérieuse inscrivant dans les airs les signes de la nouvelle Kabbale, extériorisant\navec une admirable précision l'infrastructure rythmique d'une phrase musicale,\npossédant une sorte de vision radioscopique de la mélodie leur permettant d'en\nsilhouetter instantanément l'invisible ossature, d'en dessiner les contours secrets et\nd'en marquer les accents sans l'ombre d'une hésitation. Et nous assistons bientôt\naux prouesses de la haute-école : des problèmes ardus, soufflés par des spectateurs\ncruels, des énigmes perfides sont proposés au piano et résolus instantanément par\nvingt adolescentes infaillibles s'avançant d'un pas victorieux, la ligne de leur jeune\ncorps en élan fièrement développée sous la chlamyde légère qui leur prête la\nnoblesse de ces figures de proue dont les seins orgueilleux divisent les vagues.\nInnocentes bacchantes, ces jeunes filles aux bras purs cueillent les grappes invisibles\ndes accords et foulent joyeusement de leurs beaux pieds nus la vendange sonore.\nEt le jeu divin s'exalte : les écharpes mélodiques se nouent, se dénouent et\ns'entrecroisent avec une frénésie sacrée. Les valeurs, soudain, sont devenues des\nêtres animés et palpitent sous nos yeux. Réveillées de l'enchantement qui les des-\nséchait et les condamnait à l'apparence de petits signes rébarbatifs, les notes\nressuscitées dansent comme des korrigans sous la lune. La logique, la rigueur\nmathématique et la plus immatérielle beauté s'unissent alors dans une synthèse\nvéritablement miraculeuse. Cette jeune femme au profil pâle qui traverse à pas\ncomptés l'essaim de ses compagnes, c'est une blanche nonchalante qui porte dans\nla lyre de ses bras le fardeau précieux d'une gerbe d'accords, ces brunes jeunes\nfilles au pied alerte sont les quatre noires qui cloisonnent la mesure et distribuent\nsymétriquement les accents harmoniques et cette espiègle fillette qui bondit au\nmilieu d'elles et fuit rapidement sur la pointe des orteils, ses cheveux envolés au\nvent de la course, n'est-elle pas une double-croche vivante escaladant les portées,\nfranchissant les barres de mesure et laissant flotter au sommet de sa hampe svelte\nsa souple flamme géminée ?...\nEn vérité, à ce moment où la musique s'extériorise glorieusement et où le\nRythme, maître du temps, s'empare également de la royauté de l'espace, Jean\nd'Udine, grave et sourcilleux, disciplinant un triolet turbulent ou gourmandant un\ngrupetto paresseux, a la majesté d'un démon romantique présidant en quelque\nWalpurgis aux ébats d'une troupe d'elfes ou de feux-follets. Le temps est sans\ndoute prochain où ces interprétations visuelles n'apparaîtront plus à nos esprits\nsous cet aspect surnaturel et où ces merveilleux exercices, en usage dans toutes les\nécoles d'art, ne représenteront pour nos enfants qu'un degré de plus dans la science\nde la dictée musicale; bientôt, sans doute, le solfège plastique sera de pédagogie\ncourante et formera la base de tout enseignement rationnel de la musique. Qu'il\nnous souvienne alors du rôle décisif qu'auront joué dans cette heureuse orientation\nle fondateur de l'Ecole de l'Avenue des Ternes et ses premières élèves. Et lorsque\nla scolarité aura dépouillé de leur prestige poétique des réalisations si séduisantes\ngardons un souvenir reconnaissant à l'artiste qui pour nous intéresser plus sûre-\nment aux découvertes du théoricien nous a conduits, une nuit, dans la clairière où\ndansaient les fées !...\n\nEmile Vuillermoz."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c034", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 59, "image_fin": 60, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.12", "titre_corps": "CONCOURS DU CONSERVATOIR (1911-1912) ― LES LAUREATS", "titre_sommaire": "CONCOURS DU CONSERVATOIR (1911-1912) ― LES LAUREATS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.59", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1564, "texte": "CONCOURS DU CONSERVATOIR (1911-1912) ― LES LAUREATS\nORGUE\nFUGUE\nCONTREPOINT\nACCOMPAGNEMENT\nHARMONIE (HOMMES)\nHARMONIE (FEMMES)\nCHANT (HOMMES)\nCHANT (FEMMES)\nOPÉRA-COMIQUE\nOPÉRA\nPIANO (HOMMES)\nPIANO (FEMMES)\nHARPE\nVIOLON\nALTO\nVIOLONCELLE\nCONTREBASSE\nFLÛTE\nHAUTBOIS\nCLARINETTE\nBASSON\nCOR\nCORNET A PISTONS\nTROMPETTE\nTROMBONNE\nMORCEAUX\nDE CONCOURS\nFugue improvisée (Tournemire)\nThème de Gabriel Fauré\nDivers\nDivers\nDivers\nDivers\nDivers\nDivers\nDivers\nDivers\nVariations sur un thème de Haendel\n(Brahms)\nSonate Appassionata (andante et finale\n(Beethoven)\nFéerie (M. Tournier)\nConcerto (A. d'Ambrosio)\nConcertstùck (R. Jullien)\nSonate en la [adagio et allegro)\n(Boccherini)\nPièce en ut (H. Biisser)\nDans la forêt enchantée (L. Moreau)\nPièce en si bémol (H. Biisser)\nPastorale (H. Biisser)\nBallade (J. Mouquet)\nSonate pour Cor (X. Leroux)\nSolo (E. Cools)\nSolo (E. Ratez)\nMorceau symphonique (P. Gaubert)\nler1er PRIX\nClavers\ns\nBecker\nForestier, Philippon\nLaporte, Becker, A. Lévy\nM 11\" Bligne, L. Granier, Can\nAzfer, Maret, Goguillot 1\nNagel\nHopkins, Elain, Iriarte\nMlle# Lubin, Weykaert, Bugg, C\nKirsch\nj\nMUeB Vorska, Lubin, Arcos, Bi\nHemmerlé, Mr Deloger\nMlles Bonnet-Baron, Lubin, Kir\nBorel\nKartun, Félix Dyck, G. Truc, C(\nMlles Lefort, Blanc, Herr-Japy, (\nArnoult, Lefébure, Barret\nM 11\" Gérard, Régnier, Pingi;\nMr Janet, Mlle Onda\nM. Darrieux, M 11\" Cousin et Pi\nBailly, Garanger\nLévy, M 1 O. Krettly, Mr Ak\nBoussagol, de Felicis\nDemailly, Clouet\nSaivin, Frion, Priam\nCoulibeuf, Dauwe\nBourgain, Mathieu\nChantron\nGurs, Méringuet, Douanne\nBécar, Narbonne\nStoltz, Visticot"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.60", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1869, "texte": "2me PRIX\nNibelle, Ibos\nt\nCharlet\nMlle Hublé, Voilquin\nMlle Dreyfus, Gille\n'Acohan, Friscot, Carembat,\nSoulage, Bossus, Tailleferre\nPalier, Niréga, Triandafyllo\n8 Arcos, Laughlin, Borel, Bonnet-\nBaron, Vorska, Brunlet\nJoutel, Gilson, Laughlin, nos Palier\nFeiner, Noël, Poncet\nMlles Brunlet, Philippot,\nMrs Guis, Dutreix, Noë, Palier\nBecker\n;s Meyer, Follet, Blanquer, Ruffin,\nStett, Dufour, Rainoird\nMlle« Raymond, Herman\nMr Choubry, Mlle Lavergne,\nMr Mogey et Gentil\nMlîei Nehr, Masson\nMu# Cartier, Mr Chizalet\nChauvet\nMessier\nDufour, Saint Quentin\nBégoulle, Bonade\nPeyrot, Cortot\nFontaine\nPas de 2e Prix\nMarceron, Bellon, Déas\nDesplanques, Puig, Dubourg\nler1er ACCESSIT\nPanel\nMlle Granier, Laporte\nAntoine, Bigot\nMlle Soulage, Cammas\nSouchon, Sauveplane Ramondou Ibert\nHédoux\nTaillardat, Verneris, Friant, Noël\nMlles Gilson, Vadot, Nieras, d'Ellivat,\nCavallieri, Vaultier\nMlles Bonnet-Baron, Weykaert, Charin\nMr Triandafyllo, Iriarte, Leroux\nMlles Bugg, Loth\nMr Stevens, Leroux, Niréga\nBéché, Fournier\nIlligworth, Leleu, Lienard, Prélat, de\nValmalete, Decour\nMlle Jacques\nMlle Gautier, Mrs Emanuele. Thillois, Bogou-\nlawsky, Franquin, Domergue, Soetens, Leibovici\nFourel\nMUe# Laffite, Miquelle\nHornin\nEhrman, Balay\nMoreau, Vasseur\nBonnet\nJacot, Saint Pé\nLemaire, Albert\nLeconte, Pinchet\nPoiret\nRech\n2me ACCESSIT\nMarchai\nRoussel\nGuinard, Szyfer\nMllc Philippon\nRose, Felvet, Liégeois\nDedieu-Peters\nLeroux, Deloger, Rambaud, Feiner\nM 11\" Alicita, Lavalette, Famin, Brothier\nMlles Alicita, Vaultier\nMrs Corbière, Dutreix, Niréga\nPas de 2° Accessit\nRaffit, Bruck\nLévy, Durony, Creyx\nMlle Renée David\nMr Reynal, Longuet, Mlleß Leclère,\nSapin, Tempié\nGrout\nStien, Mlles Mogniat, Patte, Friscourt\nCagnard, Pacotte\nBlanc, Louis, Mlle Renée\nPas de 2° accessit\nFerranti\nDayez, Simon-Solère\nWarin, Levasseur, J. Pessard, Ganjac\nBrion, Porret, Berthelot\nRozaire, Jalabert\nChandelon"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c036", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 65, "image_fin": 68, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.13", "titre_corps": "LES REPRÉSENTATIONS LYRIQUES FRANÇAISES DE L'ALHAMBRA", "titre_sommaire": "LES REPRÉSENTATIONS LYRIQUES FRANÇAISES DE L'ALHAMBRA", "signature_source": "Auguste Sérieyx", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.65", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3502, "texte": "LES REPRÉSENTATIONS LYRIQUES\nFRANÇAISES DE L'ALHAMBRA\n\nL'attention des musiciens fut attirée, pendant la première quinzaine de juin, par ce qu on\nappelle \" une tentative intéressante et digne de tous les encouragements \". Il faut remarquer\nque l'on applique le plus souvent ces expressions aux choses qui réussissent mal, et 1 on a\nquelque tristesse à constater que cet usage n'est point démenti par les Représentations lyriques\nfrançaises dont nous voulons parler.\n66 Hélas ! que j'en ai vu dormir de Prix de Rome... \" a dit, à quelque chose près, un\nbarde notoire. Il est vrai, en effet, qu'il y a une quantité de \" Prix de Rome , jeunes ou\nvieux, dont on ne connaît pas les ouvrages. u Ils dorment ! \" dirait Fervaal ; n entendez point\npar là, pourtant, que les auteurs soient inactifs : un tel reproche s adressant au u Prix de Rome\nde 1899, M. Edmond Malherbe, lauréat de plusieurs concours de composition, auteur de\nu tableaux symphoniques \" naguère remarqués et d'une somme respectable de drames ou de\ncomédies lyriques, sans compter le reste, serait d'une singulière injustice. De cet imposant\nbagage d'œuvres inédites, M. Malherbe a extrait trois specimens assez différents poui les\nfaire représenter au théâtre de l'Alhambra. Etant Français, il était par définition de ceux dont\non ne s'occupe pas en notre siècle d'exotisme effréné ; étant a Prix de Rome il ne leussissait\nà se faire recevoir et jouer par aucun théâtre, subventionné ou non. Et cela eût pu duier\nindéfiniment si ce musicien, assurément bien doué, n'avait en quelques semaines loue une saile,\nrecruté un orchestre et une troupe d'artistes, dessine et commande des décors, prépaie un\nmatériel, publié des partitions, conduit des répétitions et, finalement, organise du tout au tout,\navec une rare confiance, une persévérance inlassable et la collaboration de quelques amis\ndévoués, ces Représentations lyriques françaises qui ont réveillé, huit soirs durant, les échos\nwagnériens de l'antique salle du Château d'Eau, devenue Alhambra depuis les grandes auditions\nconduites par Alfred Cortot.\nCar il était écrit que Wagner serait encore de l'affaire. Ce sont effectivement de véritables\n\" motifs conducteurs \" (parlons français !) qui s'offrent à nos yeux sur les programmes ou les\npartitions, et à nos oreilles ensuite, lorsque nous entendons Madame Pierre ou l Emeute, sinon\nCléanthis elle-même.\nEt ceci n'est point en soi une critique, car nous avons souvent pu constater que le\nsystème consistant à donner une valeur représentative déterminée à certaines formes thémati-\nques préétablies — système fort improprement qualifié a wagnérien \" — est une condition a\npeu près nécessaire de Y ordre qui s'impose à toute composition musicale intelligible. Si 1 on\nadmet, ce qui est peu contesté par les gens sérieux, que les, mêmes causes produisent d ordi-\nnaire les mêmes effets, il n'est ni mystérieux ni \"wagnérien\" d'en inférer que les mêmes thèmes\ntendent naturellement à s'appliquer aux mêmes sentiments et aux mêmes circonstances drama-\ntiques, sinon aux mêmes personnages.\nDonc, pour s'être conformé, comme quelques devanciers illustres quoique peu ou point\n\" Prix de Rome\" (Monteverde, Rameau, Gluck, Grétry, VVeber, Berlioz, etc.), à ce principe\nexcellent et aussi ancien que la musique, M. Malherbe semble avoir voulu ai 1er au devant de\nl'invective usuelle de u wagnérien \". De même que, pour avoir choisi le sujet de Madame\nPierre dans la vie ouvrière parisienne, il s'est par avance désigne comme un simple plagiaire"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.66", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4174, "texte": "de Louise : son principal personnage n'est-il pas, par une insigne malechance, un char-\npentier ?\nToutefois, là s'arrête, croyez-le bien, l'analogie de l'auteur de Madame Pierrey de\nV Emeute et de Cléanthisavec celui de Louise d'une part ; et de l'autre avec celui un peu\npeu plus haut placé dans la hiérarchie de l'art de Parsifal.\nDu choix des sujets nous retiendrons seulement une chose : un désir à peine dissimulé de\nse mettre en contradiction avec les meilleures traditions du théâtre musical. La musique\napportant en effet aux actions dramatiques un élément purement idéal emprunté à l'imagination\nou à une sorte de convention artistique qui s'éloigne de la réalité, on tend de plus en plus à\nreconnaître la nécessité d'un recul, dans le temps ou dans l'espace, pour éloigner de nous les\nscènes ou les personnages destinés à recevoir ce commentaire sonore, irréel par lui même.\nTout incident, tout détail qui appelle dans l'esprit de l'auditeur une vérification immédiate\ndans le domaine réel, prosaïque, de l'existence quotiienne interrompt le charme, l'illusion que\nl'on demande à la musique plus encore qu'à la déclamation pure. Dans les sujets légendaires\nou historiques, déjà lointains par le temps ou par le lieu où ils sont situés, ces vérifications\nbrutales sont rares ou passagères : c'est le ténor trop gros, le décor par trop insuffissant ou tel\nautre détail secondaire qui nous rappelle, malgré nous et par instants seulement, à la fâcheuse\nréalité : du moment que les personnages expriment des sentiments vrais dans un langage dont\nnous ne pouvons contrôler l'absurde invraisemblance puisqu'il n'est censé appartenir ni au\ntemps ni au lieu où nous vivons, nous n'en demandons pas davantage : et nous nous associons\nà la douleur d'lphigénie ou de Bérénice, sans songer que nulle jeune femme de l'antiquité ne\nchanta jamais du Gluck ou du Magnard pour exprimer cette douleur.\nMais si l'on substitue à ces entités de convention l'ouvrière qui vient raccommoder notre\nlinge, si l'on nous la montre dans son banal logis contemporain, avec un gros homme mal soigné\ntel que ceux que nous coudoyons dans les gares du \" métro \", tout nous rappelle que cette\nouvrière n'a point un tel langage, que ce gros homme ne chante pas ses passions sur une\nmusique de cette espèce. Et quand par surcroît cet homme ou cette femme nous parleront de\n\" faubourg \", de \" dire de bêtises \", de \" soupe toute chaude \" ou de \" quittance de loyer\nnulle musique, si belle qu'elle puisse être, ne subsistera devant cette effroyable trivialité.\nOr, si ces quelques extraits pris au hasard dans suffisent à donner une idée\nde cette littérature, que sera-ce pour Y Émeute où nous entendons parler de \" revendications \",\nde ''diminution des heures de travail\", de \"renouvellement du matériel\" etc. r Telle est\npourtant la nature des obstacles que M. Malherbe semble avoir voulu accumuler contre sa\npropre musique ; quoi d'étonnant dès lors à ce qu'il s'y soit brisé lui-même ?\nNon certes que cette musique soit triviale, vulgaire ou simplement inférieure : sa caractéris-\ntique est plutôt la complexité harmonique et la surcharge des dessins sans cesse entrecroisés\nou superposés. On y discerne, surtout dans Madame Pierre, une ligne principale souvent assez\nélégante quoique indécise au point de vue tonal, parfois même quelques élans lyriques de bon\naloi, comme dans les dernières pages du deuxième et du quatrième actes, très supérieures au reste\nde l'ouvrage. Malheureusement, ces éclaircies sont rares ; et il est pénible de constater que dans\nY Emeute plus récente de huit ou neuf ans elles sont introuvables. Malgré les qualités de\nla déclamation, dont les accents sont justes et assez habilement gradués, la persistance des\nharmonies étrangères à toute tonalité, la sonorité presque ininterrompue d'un quatuor excessif\npar lui-même et par l'absence de toute nuance engendrent une véritable \" monotonie \" ou\n\"monochromie par excès\", tout aussi fastidieuse à la longue que cette \"platitude par défaut \"\nà laquelle nous ont habitués les plus grossiers italiens et leurs imitateurs.\nOn a beaucoup parlé d'une certaine fugue ayant pour sujet un \"air de beuglant\" et destinée"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.67", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4229, "texte": "à servir de soutènement à presque tout le troisième acte de Madame Pierre : l'écriture de cette\nfugue nous montre en M. Malherbe un musicien rompu aux travaux de superposition contra-\npontique, de renversement, de rétrogadation, d'augmentation, etc.; et cela vaut bien quelque\nchose. Mais le drame violent, dont les péripéties se déroulent pendant que cette fugue retient\nnotre attention, passe au deuxième plan : il devient même inexistant au point de vue musical.\nEt l'on est assez surpris de voir un musicien de la valeur et de la conscience de M. Malherbe\nse contenter ici de placer tant bien que mal les répliques fort importantes de ses personnages\nsur de simples tenues de dominante quasi recitativo, telles que les employèrent sous le qualificatif\nde passetto,les Italiens, inventeurs de YOpéra-bujfa.ll en résulte un défaut d'homogénéité senti\nconfusément à l'audition et vérifié sans conteste à la lecture, ce qui explique l'insuccès relatif\nde cet \" acte du beuglant \" bien fait par ailleurs pour être le \" clou \" de la partition.\nIl y a moins à dire de F Emeute dont la musique se réduit, plus encore que celle de\nMadame Pierre,à quelques cris violents, toujours excellents comme accentuation, mais expri-\nmant sans répit un état de paroxysme rebelle à tout lien mélodique ou tonal. L'élément\nthématique est fourni principalement par le Dies ira, la Carmagnole et surtout Y Internationale\nassez heureusement rehaussée d'harmonies plus riches que ne le comporterait par définition cet\nappel au \"prolétariat\". Ces airs connus viennent ponctuer le dialogue ; une allusion à la\ntroupe est soulignée par quelques mesures de la marche de Sambre-et-Meuse ; mais avec la\nmeilleure volonté, on ne peut voir là que des indications sommaires et non une véritable\ncomposition.\nRevenu à une appréciation plus vraie des nécessités du théâtre, M. Malherbe a écrit la\npetite partition de Cléanthissur un sujet comique analogue, comme cadre et comme époque, à\ncelui de Phryné: c'était plus sage ; et, n'eût été la hâte qui se sent trop en mainte page de\ncette œuvre, l'auteur aurait pu atteindre ici beaucoup mieux l'effet qu'il cherchait. Pourquoi\nfaut-il qu'il ait volontairement supprimé l'élément le plus favorable à la musique et à la\ncomédie dans cette petite pochade: le chœur ? Par un autre effet de la contradiction inhérente\nà ce curieux esprit, son chœur parle au lieu de chanter. C'est plus vite fait pour terminer la\npartition, mais nous croyons que c'est bien là le seul avantage ; car ces choristes qui parlent à\ntort et à travers n'ont d'autre effet que de gêner le dialogue et la musique, sans même se faire\nmieux comprendre que des choristes ordinaires qui, selon l'usage, chanteraient mal et joueraient\nbêtement.\nEn résumé, la personnalité singulière de M. Malherbe nous apparaît un peu comme un\nparadoxe vivant. Il est bon qu'il y ait des musiciens de talent, qui, comme lui, ne se résignent\npas à attendre indéfiniment le bon plaisir ou la fantaisie des chefs d'orchestre et des directeurs de\nthéâtre, qui luttent contre certaines tendances des éditeurs de musique, qui forcent l'attention\npar des moyens inusités, osés, agressifs même. Mais 011 ne doit jamais oublier que de tels efforts\nne sont bienfaisants que dans la mesure où ils servent de leçon. C'est aux auditeurs éclairés,\naux musiciens avertis, aux critiques consciencieux qu'il appartient de dégager des faits cette\nleçon, dont les auteurs eux-mêmes devraient être les premiers à profiter. Il y a chez\nM. Malherbe assez de talent, d'habileté technique et de volonté, pour qu'il puisse recueillir\nde son essai de Représentations lyriques françaises,des sympathies rares qu'il a rencontrées et du\ngenre d'obstacles qui ont entravé son succès, un précieux enseignement.\nDe ces obstacles, les uns sont normaux, inhérents aux erreurs et aux passions qui font\ndévier sans cesse les meilleurs élans de notre vie artistique : il faut les déplorer, y remédier\ndans la mesure du possible ; mais les autres sont imputables aux œuvres, au mauvais choix de\nde leurs sujets, qui choquent l'élite sans satisfaire aucunement le vulgaire, aux moyens musi-\ncaux disproportionnés, excessifs, artificiellement dramatiques sans être véritablement expressifs,"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.68", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 995, "texte": "à une certaine obstination dans un système d'écriture surchargée sans puissance, compliquée\nsans variété, modulante sans ordre ni méthode.\nCe sont ces obstacles-là sur lesquels il faut que l'auteur réfléchisse, car le pouvoir de les\naplanir est en lui, et en lui seul. Son amour du paradoxe s'est manifesté jusqu'en un tout petit\ndétail technique : la suppression des accidents à la clé sur ses partitions, dans une foule de\npassages fort éloignés de la tonalité d'ut. Sans vouloir tirer de ce fait très particulier une con-\nclusion trop générale, il est permis d'y voir une vérification supplémentaire de la caractéristique\nde M. Malherbe ; et l'omission de ces armatures, parfois gênantes pour l'exécutant mais\ntutélaires pour le musicien, représente fidèlement, si même elle ne l'aggrave pas, cette tendance\nà l'anarchie tonale qui désorganisera, peu à peu, s'il n'y prend garde, toute l'intelligence musicale\nexceptionnellement bien douée de M. Edmond Malherbe.\n\nAuguste Sérieyx."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c037", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 68, "image_fin": 68, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.14", "titre_corps": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE", "signature_source": "G. C", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.68", "debut_caractere": 997, "fin_caractere_exclue": 2631, "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE\nG. C.\nOn sait que dans sa dernière réunion, après avoir entendu l'éloquent plaidoyer de son\nPrésident, M. le Comte G. Chandon des Briailles, le Comité de la Société Française des Amis\nde la Musique avait décidé de prêter son appui et son patronage à la Société Musicale\nIndépendante. La S. M. I. a organisé deux concerts d'orchestre qui ont obtenu le plus\nlégitime succès.\nL'heureuse composition des deux programmes donnait vraiment toute sa portée à\nl'encouragement accordé par notre Société à un jeune groupement représentant les caractéris-\ntiques de l'art contemporain et réunissant, sous la présidence d'un Maître universellement\nrespecté, les jeunes compositeurs qui sont les plus sûrs espoirs de l'école moderne. L'intelligent\néclectisme de la S. M. I. nous a permis de faire un geste réellement utile et fécond. Nous\navons eu conscience de contribuer efficacement à la réalisation d'aspirations généreuses et\nd'avoir consacré toute une évolution significative en unissant notre effort à celui de quelques\nartistes dont l'indépendance titre oblige ! ne saurait désormais être mis en doute.\nLa presse a été unanime à constater le grand succès de ces deux concerts. Les louanges\nqui ont été adressées aux Amis de la Musique leur ont été très sensibles. Us ont conscience\nd'avoir accompli leur tâche puisqu'ils ont servi en cette circonstance la cause de la justice et\ncelle de la beauté.\nDe nombreux projets sont à l'étude qui seront discutés, dès la rentrée, au cours des\npremières réunions. Les programmes de nos nouveaux concerts réserveront quelques surprises\nheureuses à nos membres."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c038", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 69, "image_fin": 70, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.15", "titre_corps": "Au milieu des nombreuses et assez peu significatives manifestations musicales qui ont", "titre_sommaire": "Au milieu des nombreuses et assez peu significatives manifestations musicales qui ont", "signature_source": "G. K", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.69", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3135, "texte": "Au milieu des nombreuses et assez peu significatives manifestations musicales qui ont\nencombré l'arrière-saison parisienne, trois concerts importants méritent d'être signalés et\nretenus : le concert d'orchestre de la Société Nationale et les deux concerts de gala, également\navec orchestre, de la Société Musicale Indépendante.\nOn sait que ces deux Sociétés apportent à la glorification de la musique contemporaine\nune émulation qui frise la concurrence. Le zèle de ces deux sœurs à remplir leurs devoirs\nartistiques a quelque chose d'agressif qui divertit la galerie mais ne peut que profiter grandement\nà l'art. La cadette déploie, pour faire oublier sa jeunesse, une audace, une activité et une\nénergie inlassables et l'aînée, réveillée de la somnolence qui l'assoupissait sur ses lauriers anciens,\nse voit contrainte en présence du danger menaçant, de reprendre les armes et de s'engager sur\nle sentier de la guerre. Les initiés s'amusent déjà à planter sur la carte musicographique de\nFrance de petits drapeaux jalonnant la marche des deux armées. On parle d'escarmouches, de\ndéfaites partielles, de défections, d'espionnages, de trahisons, de mouvements tournants, de\nprojets d'armistice, de traités de paix, d'annexions et d'alliances !... Et les compositeurs, dont la\nstratégie est plus simple, se contentent de remercier les dieux de cette bienheureuse rivalité et\nfont recopier tous leurs manuscrits en double exemplaire afin de les présenter en même temps\naux deux comités.\nCette année la Nationale ouvrit le feu avec un beau concert d'orchestre réunissant les\nnoms de Coindreau, Jean Cras, Gabriel Grovlez, Pierre de Bréville et Albert Roussel. Et voici\nde quoi déchaîner les commentaires des musiciens qui connaissent bien les \" groupes \", les\ncommissions et les sous-commissions de la Chambre musicale. Ce concert affiche en effet un\nprogramme de concentration. Car si Albert Roussel, Coindreau et de Bréville ont toujours\ntémoigné à la Société présidée par Vincent d'lndy une affection et une fidélité inébranlables,\nJean Cras a récemment recueilli à la S. M. I. des applaudissements schismatiques et Gabriel\nGrovlez proh pudor ! appartient au comité même de la Société rivale !\nLe plus vif succès accueillit cette profession de foi conciliante et le public qui se tient\nsagement à l'écart de ces mesquines querelles de partis, vota l'ordre du jour de confiance. Les\nœuvres exécutées étaient pourtant d'inégale valeur. On s'accorda à reprocher à M. Coindreau\nsa tendresse pour les sujets pittoresques que justifient mal sa technique trop sévère et son\nmépris de toute fantaisie harmonique ou instrumentale. Le bonapartisme de sa Revue Nocturne\nest d'un sociologue plutôt que d'un peintre militaire. Les mélodies de Jean Cras ont séduit par\nleur souplesse et leur finesse d'écriture, celles de Pierre de Bréville par la gravité de leur émo-\ntion. La Vengeance des Fleurs de Grovlez développe avec tous les artifices et toutes les\nélégances caractéristiques du langage orchestral contemporain un thème littéraire que Bruneau\navait déjà traité avec des moyens très différents dans sa partition de la Faute de l'Abbé Mouret."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.70", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4214, "texte": "Mais les Evocations d'Albert Roussel rallièrent tous les suffrages. Par la simplicité de sa\npensée, l'originalité de sa forme, par une sorte d'émotion à la fois directe et contenue Roussel\ns'impose à l'admiration de tous les musiciens. Ses \" Evocations \" notes vécues d'un voyage en\nExtrême-Orient ont permis à ses qualités rares de s'épanouir une fois de plus dans tout leur\néclat. L'exécution orchestrale sous la direction de l'excellent Rhené-Bâton fut sans reproches.\nLe concours de MM. Carbelli et Mallet, de Mmes Croiza, Ticier et de Fourcault contribua à\nrehausser encore le niveau artistique de ce concert qui comptera parmi les plus remarquables\nde la sympathique Société.\nPiquée au jeu la S. M. I.se surpassa. Forte de l'appui des Amis de la Musique, elle\ndonna non pas un mais deux concerts avec chœurs et orchestre. Fidèle à son programme et à\nson titre, elle proclama de toutes ses forces l'indépendance du territoire esthétique et la réalisa\nméthodiquement. Ses deux affiches étaient un véritable résumé de l'histoire musicale française\nde ces dernières années. L'ordre chronologique n'y était pas absolument respecté mais il était\nfacile de le rétablir entre le Prélude mystique et astral qu'Erik Satie écrivit avec d'extraordi-\nnaires accords qui sont autant de prophéties et que Roland Manuel instrumenta avec la plus\nrespectueuse circonspection; entre les Vendanges de Charles Kœchlin, œuvre d'une couleur,\nd'une force et d'une musicalité supérieures, tableau de maître qui échappe à toutes les caté-\ngories d'écoles et à tout classement dans le temps; entre le gracieux chœur post-debussyste\nd'Ermend-Bonnal, l'agréable et encore inexperte scène lyrique de Jacques Pillois, la massive,\ntouffue, écrasante Symphonie de Ladmirault, musicien de génie qu'égare la plus criminelle des\ndisciplines intellectuelles, la très fine, très alerte et très humoristique Pastorale que Léon\nMoreau écrivit à la gloire du saxophone-alto, parfaitement digne de cet hommage et de cette\nréhabilitation à en juger par l'éblouissante virtuosité de son interprète, M. Combelle ; entre la\nCathédrale de Jean Huré, scène d'une émotion intense, d'une beauté sonore et expressive\nincomparable qui nous donne le plus vif désir d'entendre l'œuvre entière, et entre le Martyre\nde Saint Sébastien de Claude Debussy.\nL'exécution intégrale de cette partition constituait le clou de ces deux concerts. Ecrasée\npar une mise en scène trop généreuse, par une représentation entourée d'incidents que l'on n'a\npoint oubliés, la dernière œuvre de Debussy n'avait pas été comprise lors de la création. Notre\nRevue fut même un des seuls organes où pleine justice fut rendue à cette œuvre admirable au\nlendemain de son apparition. En l'isolant du théâtre et en concentrant sur son adorable com-\nmentaire l'attention des auditeurs, la S. M. I.a véritablement révélé cette musique à plus d'un\ndebussyste soudain rempli de confusion. Le mysticisme le plus délicatement littéraire, l'affec-\ntation la plus suavement quattrocentiste et la sincérité la plus passionnément humaine s'unissent\ndans ce vitrail musical avec un charme impérissable pour qui en a pénétré l'harmonieux secret.\nJamais l'art de Debussy n'avait été plus grave, plus doux et plus profond sous une apparente\ncandeur d'expression. Cette partition va maintenant entrer glorieusement au répertoire des\nconcerts symphoniques : elle y connaîtra le plus durable succès. Elle ne saurait toutefois y\nretrouver une exécution supérieure à celle du second concert de la La ferveur de\nM. Inghelbrecht qui la dirigeait au rythme de son cœur, la qualité exceptionnelle des chœurs\net de l'orchestre, un fluide de chaude sympathie qui circulait entre la scène et la salle conquise,\ntout contribua à créer une heure d'exaltation inoubliable et à baigner l'œuvre entière d'une\natmosphère propre à en développer toute la séduction. Pouvoir créer pour certaines œuvres\nd'avant-garde cette précieuse ambiance si favorable à leur compréhension, voilà le plus beau\ntitre de gloire d'une Société telle que la S. M. ID'y être parvenue maintes fois déjà en créant\ntelles pages maintenant célèbres de Fauré, Debussy, Ravel ou Florent Schmitt, elle peut tirer\nun légitime orgueil.\n5\n\nG. K."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c040", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 71, "image_fin": 80, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.16", "titre_corps": "Notre Enquête sur le Théâtre musical belge", "titre_sommaire": "Notre Enquête sur le Théâtre musical belge", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.71", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2177, "texte": "Notre Enquête sur le Théâtre\nmusical belge\nNombreuses nous sont venues les réponses à notre questionnaire d'enquête. La plupart\ndes musiciens belges jouissant de notoriété ont voulu nous donner une opinion. Certes,\nbeaucoup, en raison de la situation qu'ils occupent ou convoitent, ont cru devoir garder une\nréserve prudente. L'expression de la vérité est difficile à qui ménage les susceptibilités. Toute-\nfois, certains ont osé dire ce que chacun, par devers soi, pense vraiment. Nous écouterons les\nuns et les autres, et dégagerons les conclusions de l'ensemble des appréciations émises, dont\nnous commençons aujourd'hui la publication.\nNous avons posé les questions suivantes :\nI. Les musiciens belges ont-ils beaucoup écrit pour le théâtre depuis 20 ans?\n11. Estimez-vous qu'il existe un art lyrique vraiment belge ?\n111. A quelles causes attribuer le silence où restèrent plongées la plupart\ndes œuvres théâtrales de nos compositeurs ?\nIV. Comment expliquer le peu de succès que trouvèrent jusqu'à ce jour\ncelles qui furent représentées (sur les scènes nationales du moins) et l'indifférence\ndu public à leur égard ?\nV. Pourquoi les tentatives faites pour mettre en lumière les œuvres\nlyriques belges, tel le concours d'Ostende, par exemple, ont-elles toujours\néchoué ?\nVI. Les œuvres lyriques nationales ne seraient-elles pas viables ?\nVII. Quelles mesures seraient capables de porter remède à cet état de\nchoses d'attirer l'attention du public sur l'effort de nos musiciens en assurant\nla représentation et l'édition de leurs œuvres ?\nRéponse de M. Edgar Tinel, directeur du Conservatoire Royal de Bruxelles.\nCher Monsieur René Lyr,\nVous connaissez l'argument juridique : \" Nul ne peut être juge dans sa propre cause\nQuoique ma part de collaboration dans le répertoire du Théâtre musical belge soit fort\nminime, cet argument m'atteint et m'impose le devoir de me récuser et de décliner l'invitation\nque vous me faites l'honneur de m'adresser.\nMon opinion en la matière ne saurait avoir d'autre valeur que celle, purement négative,\nd'une réclame pro-domo.Veuillez agréer, cher Monsieur René Lyr, la cordiale expression de\nmes sentiments les plus distingués.\nEDGAR TINEL."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.72", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2609, "texte": "Œuvre théâtrale d'Edgar Tinel : Katharina, 3 actes (1909).\nMaître Tinel est trop modeste. Ses oratorios S 1 Franciscus, Ste Godelieve ont des accents drama-\ntiques qui en font, malgré leur titre, des œuvres d\nmusique belge à Vétranger plus quen importe quelle\nRéponse dePa/U.l Grilson, inspecteur de V Enseignement\nI. Plus de 40 opéras nouveaux ont été représentés en Belgique depuis 20 ans : à\nBruxelles, à Anvers, à Liège, à Gand, à Mons, à Ostende, à Namur... Les opéras restés\ninédits doivent être très nombreux. L'on compte en Belgique plus de 300 compositeurs de\nmusique ayant quelque renom, et l'on peut admettre, sans trop d'exagération, qu'au moins la\nmoitié de ces 300 compositeurs ont \"en portefeuille \", une ou plusieurs œuvres lyriques.\nVoici bien 24 ans que j'entends parler de la Freyade M. Raway. M. Paul Lagye a composé,\nparoles et musique, 3 drames lyriques dont aucun n'a vu le feu de la rampe.\n11. ? ? ? Ceci demande une étude sérieuse. Qui la fera ?\n111. Méfiance des directeurs envers toute pièce nouvelle, méfiance justifiée par le\nfour toujours possible. Absorption, par la mise sur pied d'œuvres étrangères (le plus souvent\nimposées) du peu de temps laissé par les travaux du répertoire.\nIV. Enfin, l'évidente maladresse de la plupart de nos auteurs, tant librettistes que\nmusiciens (peut-être cette maladresse n'est-elle, au fond, que de la naïve honnêteté ?). L'optique\nthéâtrale ? On ne l'a guère, chez nous. Des livrets comme la et\nsont peu fréquents.\nV. Les paragraphes 111 et IV répondent à cette question, il me semble ?\nVI. Nous n'en savons rien encore.\nVIL Instruire le public, qui est resté presque entièrement ignorant de l'évolution\nmusico-théâtrale. Et... payer la casse ! (Cela coûte cher : représenter un opéra, avec les\nexigences croissantes du public en matière de mise en scène, décors, etc.) Mais qui la\npayera ?\nŒuvres théâtrales de Paul Gilson :\nPrincesse Rayon de Soleil :4 actes avec Pol de Mont.\nLes Aventuriers : 1 acte avec J. Elslander.\nGens de mer :2 actes avec G. Garnir d'après V. Hugo.\nLiefdebloem :5 actes avec Ducatillon.\nAlvar :3 actes avec Emmanuel Hiel.\nLa Captive : ballet avec L. Solvay.\nLégende rhénane : ballet avec L. Solvay.\nEn préparation :\nLégende flamande : avec Wilhelm Gyssels.\nThourandocte :4 actes avec René Lyr.\nL'lle lointaine : 1 acte avec René Lyr.\nPaul Gilson nous parait vaguement ironique l\nfaite à nos musiciens, situation que nous voulons mett\nindiquer rernède.Princesse Rayon de Soleil, Gens de Mer, La Captive,\nsont de puissantes et belles œuvres, parfaitement viables, de Vavis unanime. Malheureusement, si Paul"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.73", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2619, "texte": "Gilson est le compositeur belge dont la personnalité\nvérité. , celui dont l'œuvre touffue porte caractère\ntoujours un peu du vouloir actif à s'insurger, et à combattre Vindifférence et la veulerie générales.\nRéponse de Emile Mathieu, directeur du Conservatoire Royal de musique de Gand.\nI. Toutes proportions gardées, le théâtre musical est, me semble-t-il, plus fécond\nen Belgique que partout ailleurs.\n11. Nous avons des compositeurs qui s'inspirent du folklore flamand, d'autres qui se\ncomplaisent aux mélodies populaires de la Wallonie, mais je ne vois pas qu'il existe un art\nlyrique belge.\n111 et IV. La non-réussite a presque toujours été due à une interprétation défectueuse,\nmédiocre en tout ou en partie.\nV. On ne peut pas dire que le concours d'Ostende ait échoué, puisque plusieurs des\nœuvres qui y ont été couronnées ont été représentées avec plus ou moins de succès sur diverses\nscènes du pays.\nVI. - L'éclatant succès de plusieurs œuvres lyriques d'auteurs belges a prouvé qu'elles\nétaient viables.\nVIL On pourrait subventionner spécialement les directeurs, les garantir contre les\nrisques matériels, pour être en droit d'exiger la représentation d'œuvres belges dans les\nmeilleures conditions d'interprétation et de mise en scene.\nŒuvres théâtrales d'Emile Mathieu :\nUEnfance de Roland : 4 actes.\nRichilde : 4 actes.\nGeorges Dandin : opéra-comique.\nU Echange : opéra-comique.\nLa Bernoise : 1 acte.\nBathyle : opéra-comique.\nFumeurs de Kijff : ballet.\nCromwell : drame.\nLa Reine V asthi :4 actes.\nM. Emile Mathieu est son propre librettiste. V un\nV indispensable culture littéraire. Entre autres, son poème la Reine Vasthi\nd'agrément que la partition musicale qui le complète.\nRéponse de M. Léon Du Bois, directeur du Conservatoire de musique de Louvain.\nI. Les musiciens belges ont beaucoup écrit pour le théâtre depuis 20 ans ; il est donc\ncertain qu'à défaut d'expérience, ils ont en eux l'attirance et peut-être le véritable instinct de\nl'art lyrique.\n11. Il n'existe pas actuellement un art lyrique vraiment belge, mais il pourrait se\nformer, de même que nous possédons des littérateurs et des peintres vraiment belges, nous\npouvons espérer une école musicale nationale. Nous avons subi pendant longtemps des\ninfluences étrangères : surtout allemande pour les Flamands, naturellement française pour les\nWallons. Mais nous possédons un fonds qui est bien nôtre et c'est en y puisant, en nous nour-\nrissant de bonne heure du folklore national (flamand ou wallon) que nous arriverons à manifester\nen musique, (comme cela s'est réalisé pour les autres arts) que nous possédons une âme belge,"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.74", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3135, "texte": "une sensibilité particulière qui fera que les œuvres musicales de nos compositeurs se reconnaî-\ntront, à prime audition, comme on peut cataloguer sans hésitation la musique française,\nallemande, Scandinave, russe, italienne, etc.\n111 et IV. Les œuvres belges sont peu jouées parce qu'il règne à leur égard une\nméfiance aussi peu justifiée que possible. Il en est fort peu, parmi celles qui ont été exécutées,\nqui n'aient pas manifesté des qualités au moins égales à tant d'œuvres étrangères que le public\naccueille avec faveur. On a souvent accusé les livrets dont se servent nos compositeurs de man-\nquer du \" sens du théâtre Mais est-il bien artistique de se cantonner encore dans les situa-\ntions théâtrales si connues, si désuètes, de recourir sans cesse aux trucs et aux ficelles? N'est-il\npas temps, enfin, de ne recourir plus, pour les pièces lyriques, qu'aux poètes, aux penseurs, à\nceux seuls qu'une vision d'art éclaire et non aux pâles descendants de Scribe.\nEn Belgique, nous manquons d'enthousiasme pour nos musiciens et si l'on présentait les\nœuvres belges sous des noms étrangers, notre public, qu'on\naccueillerait ces œuvres avec le même succès qu'il accorde à tout ce qui vient de par delà nos\nfrontières.\nIl me faut signaler que le goût du public belge, qui s'était singulièrement affiné au\ncontact des œuvres wagnériennes s'est malheureusement corrompu aux manifestations trop\nrépétées de la musique italienne actuelle, de la musique \" industrielle \" comme disait dernière-\nment un Directeur très avisé.\nC'est au théâtre lyrique flamand d'Anvers que les compositeurs nationaux ont toujours\nreçu le meilleur accueil. Depuis une dizaine d'années un nombre relativement considérable\nd'œuvres ont été représentées et toujours dans des conditions d'exécution très artistiques. On\ndira peut-être que je fais ici un plaidoyer \" Pro Domo \". En vérité, je n'ai fait somme toute,\nque suivre mes confrères : Jan Blockx, Paul Gilson, August De Boeck et bien d'autres encore.\nV. Les tentatives faites jusqu'à présent pour mettre en lumière les œuvres belges\nn'ont jamais abouti parce que, surtout, elles n'ont pas été menées avec enthousiasme et que des\nconsidérations étrangères à l'art y ont toujours dominé.\nVI. Pour savoir si les œuvres belges sont viables, il faudrait non seulement les monter,\nmais surtout les reprendre, dans de bonnes conditions, et les maintenir au répertoire.\nVII. Certes on peut désirer que les théâtres lyriques soient plus largement subsidiés ;\nmais ne pourrait-on aussi désirer que les Directeurs des scènes subventionnées aient autant\nd'audace pour les œuvres belges qu'ils en manifestent pour les œuvres étrangères qui n'ont\nsouvent voir les œuvres de ces quelques dernières années ou\nreprésentations.\nŒuvres de théâtre de M. Léon Du Bois :\nSon Excellence Ma Femme(i 884).\nLe Mort (1894) : drame, d'après Camille Lemonnier.\nLa Revanche de Sganarelle(lBB6).\nSmylis (1891) : ballet avec Lucien Solvay.\nMa%eppa(inédit).\nEdènie (1902) : 4 actes d'après Vile Vierge de Camille Lemonnier.\nEn préparation :\nCharles le Téméraire : avec Edmond Picard.\nQu entend M. Du Bois par un fonds nôtre ?"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.75", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2934, "texte": "et un Folklore. wallon. Les Flamands, depuis Benoît,\nles Wallons commencent a traduire aussi /'inspiration et les légendes du terroir. Mais pour ce qui est\nde la forme, des moyensd'expression, les uns et les\nraces auxquelles ils se rattachent. Jusqu'ici, en vérité, Vâme collective, le langage commun n'existent\nguère. Pourront-ils jamais exister? Nous en disserterons longuement dans nos conclusions. Je vois\nd'autre part que M. Du Bois est d'accord avec\nplus éclairé qu'on ne le dit et qu'on ne le pense.\nRéponse de M. Victor Vreuls, directeur du C\nCher Monsieur Lyr,\nJ'ai bien reçu votre mot aimable au sujet de S. I. M., mais, ne vivant plus en Belgique\ndepuis une quinzaine d'années et ne connaissant aucune des œuvres lyriques belges, je ne puis\nformuler une opinion en répondant à votre questionnaire !\nVeuillez donc excuser mon abstention.\nBien entendu, je souhaite de tout cœur que vous arriviez au résultat que vous espérez.\nCEuvres de théâtre de M. Victor Vreuls :\nOlivier le Simple : poème de Jules Delacre. 1912 (inédit).\nJ'ai dit ici-même (S.I.M. mai 1911) ce que\nbelge et en tant qu artiste de Wallonie. J'eus le plaisir de lui voir écrire, sur mes poèmes, des harmo-\nnies évocatrices de nos paysages... Cela me met à\nignorance des œuvres lyriques nationales. (.Luxembourg n est point si éloigne, je pense, de notre patrie et\nje ne puis croire que volontairement M. Vreuls ait\nœuvres, exécutées et couronnées en Belgique, se tiennent\nson abstention.\nRéponse de M. François Rasse, directeur de\nI. Peu, mais plus que le public ne le croit, maintes œuvres étant encore dans les\ncartons de leurs auteurs.\n11. Il est bien près d'exister ; il existe peut-être déjà. A 11e parler que de Jan Blockx\n(puisqu'il est mort), on peut affirmer que ses 2 opéras principaux : et\n\" la Fiancée de la mer\" qu'on peut aimer ou ne pas aimer, sont vraiment des œuvres nationales\nflamandes. Je crois que parmi les auteurs wallons, il existe des opéras qui pour n'être pas\nparfaits et pour obéir à une autre esthétique que celle du regretté disparu, n en sont pas moins\ndes œuvres belges et aussi peu françaises qu'allemandes.\n111. a)A la grande concurrence faite dans nos théâtres par les œuvres françaises,\nallemandes, italiennes modernes possédant déjà la faveur du public.\nb)A l'obligation, plutôt à la nécessité pour les directeurs de ces théâtres de monter des\nnouveautés étrangères peu ou à moitié intéressantes sous peine, en cas de refus, de se voir\nrefuser, par les éditeurs le répertoire courant ou, surtout, certaines nouvelles œuvres capitales\nqu'un théâtre ayant un rang à tenir se doit de faire connaître au public, ou de devoir les payer\ndes prix exorbitants.\nIV. a) A la trop grande exigence du public et des directeurs de théâtre à leur égard.\nOn ne devrait demander d'emblée à un auteur un chef-d'œuvre. Rossini, Xhomas,\nGounod, pour ne citer que ceux-là parmi les auteurs populaires ont, avant leur notoriété,"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.76", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3470, "texte": "connus maints fours noirs. N'importe, on n'en jouait pas moins leur œuvre nouvelle peu après ;\net, sur la quantité d'opéras produits par chacun, il ne reste debout que 2 ou 3 œuvres pour\nchacun d'eux.\nb)Les auteurs belges étant de jeunes auteurs, d'une jeune école, dans un pays très jeune\nencore, de peu de traditions, de tendances encore indécises, sont très inexpérimentés, très\nmalhabiles à flatter le public dans ses goûts, ses désirs, voire ses vices. Aussi, est-ce sur eux\nque ricochent toutes les mauvaises humeurs, tous les mauvais vouloirs. On peut bien se\npermettre cela avec les jeunes Belges, eux qui ne peuvent dicter de loi aux éditeurs, encore\nmoins aux théâtres de Paris, de Milan, de Berlin, etc.\nV. Pensez-vous que la tentative du prix Sonzogno ait produit grands fruits ? Quant\nau concours d'Ostende, bien qu'émanant de la meilleure bonne volonté, il ne fut pas réalisé\ntel qu'il eut dû l'être et n'a pu, par conséquent, avoir de bons résultats pratiques.\nVI. Mais oui, sinon toutes, du moins plusieurs. Mais il faut pour cela que les\ndirecteurs de théâtre, les acteurs, les chœurs, l'orchestre, les machinistes, les électriciens, les\npréposés à la location, les abonnés, etc., aient un peu plus de foi envers les œuvres belges\navant la lettre et que tous fassent pour elles le même effort que pour les autres ; mais, malheu-\nreusement, une pièce est si souvent assassinée moralement avant la première répétition !\nVIL A mon avis, les mesures doivent émaner des pouvoirs publics.\nJe voudrais que l'Etat et la province, à charge pour elles d'une subvention suffisante,\nexigent de tout théâtre subsidié et principalement de la Monnaie qu'il monte par an, avec tous\nles soins voulus, interprétation de premier ordre, nouveaux décors, nouveaux costumes, deux\nspectacles complets inédits d'auteurs belges et qu'il reprennne par an 2 œuvres en plusieurs\nactes d'auteurs nationaux. Pour que ces œuvres s'imposent au public, si défiant au début, je\nfixerais un minimum de dix représentations pour chaque nouveauté et de cinq pour chaque\nreprise.\nDe plus, j'installerais une commission artistique de sept membres au moins, indépendants\nde toute attache théâtrale pour recevoir et choisir en toute indépendance et impartialité les\nœuvres nouvelles. J'exigerais, de plus, que les tous premiers lauréats des Conservatoires royaux\nde Belgique entrassent en nos théâtres afin de les peupler peu à peu d'artistes belges devenant\nd'un grand appoint dans l'interprétation des œuvres nationales.\nLe subside devrait naturellement être assez conséquent, surtout au début ; je l'estime à\ncinquante mille francs pour un théâtre comme la Monnaie, ce qui est peu cependant pour les\npouvoirs publics.\n?\nŒuvres de théâtre de M. François Rasse :\nLe Maître a danser : ballet.\nDeidamia : 3 actes.\nM. François Rasse a dirigé Vorchestre de la Monnaie. Son opinion a tout le poids d'une longue\nexpérience. Je lui sais grè de sa parfaite franchise.\nRéponse de M. Edouard Samuel, professeur au Conservatoire Royal de Bruxelles.\nL Les productions lyriques des musiciens belges ont été, pendant les dernières\n20 années, relativement fort clairsemées, si nous nous bornons à envisager celles qui ont\naffronté le feu de la rampe. Toutefois, ceux qui fréquentent de près nos meilleurs compositeurs\nn'ignorent pas qu'en général chacun d'eux garde, amoureusement enfoui au fond de son\nportefeuille à manuscrits, une ou plusieurs œuvres du genre, confidentes parfois lointaines de"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.77", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4089, "texte": "ses rêves d'ambition et destinées pour la plupart, hélas ! à l'oubli ingrat qui guette leur auteur.\n11. Si nous entendons par \" existence d'u \" cette tendance du compositeur\nà se mettre en contact avec le public au moyen des éléments du théâtre, je trouverais étonnant\nque les musiciens belges fussent taxés d'impuissance sous ce rapport. Comparons, sans aucun\nesprit de clocher, nos compositeurs à tous ceux des écoles étrangères en vogue, en nous\nbornant aux aptitudes théâtrales proprement dites. Leurs qualités de science, de conception, de\ncoloris ou de pittoresque ne sont certes pas à dédaigner et ne les placent nullement dans le\nmoindre état d'infériorité relative. Gardons-nous donc de nier d'avance la place fort respectable\nqu'ils pourront occuper, aussitôt que certaines conditions indispensables viendront favoriser\nl'éclosion et la production au grand jour de leurs œuvres lyriques.\n111. Sans songer à incriminer les directeurs, maîtres à peu près souverains de nos\nscènes lyriques, il est à déplorer que le sort de nos compositeurs se trouve presque exclusivement\nplacé entre leurs mains.\nNos théâtres subventionnés sont avant tout des entreprises commerciales. L'insuffisance\nnotoire des subsides alloués oblige les directeurs à ne choisir pour leur répertoire que les pièces\nayant réussi ailleurs ou celles qui font recette en flattant le goût du public payant. L'obligation\nimposée de monter annuellement quelques actes de compositeurs nationaux ne les lie que dans\ndes limites fort restreintes. Malheureusement l'on croit généralement que les œuvres primées à\ncet effet et choisies souvent d'une façon peu judicieuse constituent la totalité de la production\nnationale. Et pourtant combien de tentatives méritant d'être encouragées se trouvent injuste-\nment bâillonnées ! Ajoutons encore que : \" pour faire un bon civet, il faut avant tout un\nlièvre \". De même, pour faire une œuvre lyrique appelant le succès, un bon libretto est avant\ntout nécessaire. La pénurie de littérateurs belges s'étant consacrés à la matière n'est certaine-\nment pas étrangère à la pauvreté de production de nos musiciens. Quand ceux-ci se décideront-\nils à cultiver suffisamment leur instruction littéraire pour être en état de se charger eux-mêmes\nde la conception intégrale de leurs œuvres lyriques ?\nIV. Deux causes pourraient expliquer le peu de succès et l'indifférence que rencon-\ntrent, de la part du public, nos œuvres lyriques parfois les plus méritoires :\ni° la scène plus ou moins hospitalière qui les accueille se trouve, en quelque sorte, encore\nimprégnée de l'atmosphère que lui a léguée la pièce à succès de la veille. Or, ceux de nos\ncompositeurs, fièrement indépendants, qui heureusement dédaignent les clichés conventionnels\ngarantie consolante d'une vitalité future ne parviennent pas d'emblée à vaincre les\npréjugés plus ou moins bornés du gros public. De là l'échec apparent de mainte œuvre\ndistinguée et de haute valeur.\n2° les qualités diverses formant dans leur ensemble ce qu'on est convenu d'appeler\n\" l'optique de la scène \" ne s'obtiennent qu'au prix d'une certaine expérience. Il n'est guère\nétonnant que les occasions trop rares pour nos compositeurs lyriques de s'entendre exécuter ne\nprolongent momentanément la période en quelque sorte de notre art lyrique\nnational. Où en serait le progrès de l'aviation si le champ d'expérimentation s'était trouvé\nconfiné dans le cabinet d'études des ingénieurs ayant conçu les premiers appareils ?\nV. Ne cherchons pas ailleurs que dans ce qui vient d'être dit les causes d'échec de\ncertains concours officiels ou privés. Ces derniers, d'ailleurs, émanent trop souvent de person-\nnalités peu autorisées au point de vue de l'art et parfois peu susceptibles de mériter la confiance\nabsolue des concurrents sous le rapport de l'impartialité. Les encouragements officiels sont,\nd'autre part, peu efficaces et frappés d'avance de stérilité. Les fonds toujours insuffisants attri-\nbués à cet objet sont éparpillés sans aucun discernement. J'indiquerai plus loin l'emploi logique\nauquel ils pourraient être attribués."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.78", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3870, "texte": "VI. Le tempérament hautement artistique du Belge a fait ses preuves. La musique,\nla peinture, la sculpture lui doivent dans le passé et à l'époque actuelle des adeptes placés au\npremier rang. La littérature belge s'est créée récemment par ses efforts intelligents de propa-\ngande une réputation mondiale bien méritée. Pourquoi notre art lyrique serait-il considéré\ncomme devant être exclu à jamais de cet état florissant ? Je ne partage nullement l'opinion,\nque j'entends exprimer assez souvent, que le théâtre exige certaines aptitudes spéciales qui le\nrendent incompatible avec les inspirations pures de l'art. Trop d'œuvres magistrales démontrent\nau contraire que l'art lyrique, sainement conçu, résume effectivement la quintessence des\nautres arts.\nQuant àla \" viabilité\", considérée comme conséquence de la valeur réelle, j'ai exprimé\nplus haut mon opinion à ce sujet.\nVII. Ni le talent avéré de nos musiciens, ni les ressources insuffisantes des subsides\nofficiels, ni les concours de Rome et autres, ni la bonne volonté éventuelle de nos directeurs\nde théâtre ne sont de nature à pouvoir tirer notre art lyrique de l'état de marasme où il se\ntrouve embourbé. L'unique remède à préconiser pour parvenir à secouer la torpeur dont nous\nnous plaignons serait la réunion des forces isolées, qui ne demandent qu'à se rencontrer sur un\nterrain d'action fertile. Les développements qui comportent un programme complet dans ce\nsens demanderaient un espace dont je ne pourrais disposer ici. Ils ont ete exposes, au reste,\ndans certain projet d'une \" Ligue de compositeurs\" a constituer. A cote d une organisation\nd'auditions musicales de différentes natures, un appel serait adressé à la fraction intelligente du\npublic dilettante à l'effet de souscrire dans des conditions déterminées au capital nécessaire. La\nrépartition des bénéfices serait combinée de façon à ce qu'une réserve assez importante puisse\naider à la production dans un local spécial, et à titre d'essai, d'œuvres lyriques émanant\ndes membres effectifs.\nPériodiquement une ou plusieurs de ces œuvres choisies seraient représentées devant le\nvrai public, par suite d'un arrangement avec les directions théâtrales, auxquelles le gouverne-\nment serait sollicité d'attribuer alors les subsides destinés à cet objet. L'édition des œuvres\nprimées pourrait être également facilitée par une combinaison analogue. Les détails d'une\ntelle entreprise même dans ses grandes lignes, ne pourraient naturellement trouver place ici.\nEn résumé, il s'agirait d'y intéresser ce public éclairé qui se montre si friand de nos grands\nconcerts classiques et qui se passionne à bon escient pour les représentations reellement artisti-\nques que nos grandes scènes lyriques lui offrent parfois. \" Aide-toi et le Ciel t'aidera.\" Cessons\nde bougonner contre les pouvoirs publics qui, en définitive, ne font que ce qu'ils peuvent. En\nmettant en pratique un autre adage, qui se trouve en tête de tous nos édifices nationaux, nous\npourrions peut-être montrer qu'il ne serait pas superflu d'apprécier enfin que : \" L Union fait\nla force. \" .\nAjoutons que La Ligue des Compositeurs Belges est en voie de formation, grâce à /'initiative\nde M. Edouard Samuel qui ne s'est pas contenté de servir la cause artistique, mais a consacre des\nefforts persévérants a la création de la Fédération des Artistes Musiciens de Belgique,\nMutualité Artistique, etc...\nRéponse de M. Erasme Raway.\nI. Tout le monde sait que l'on a beaucoup écrit pour le théâtre, en Belgique, depuis\n20 ans. Il existe de belles œuvres, sans aucun doute, dans les cartons de nos compositeurs.\n11. Je crois que non. Je ne dis pas qu'il ne s'en formera pas un, mais je crois que\nl'entité belge n'est pas suffisamment développée. Nous nous voyons dans un cercle vicieux\nd'ailleurs. Pour la faire éclore, il faudrait révéler les productions. Peut-être bien pourrait-on"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.79", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3245, "texte": "disserter aussi sur les caractères flamand et wallon, assez définis, de la musique belge. Il est\ncertain que Yâme des uns est très différente de celle des autres. De là, je ne conclurai point à\nl'existence de deux écoles. C'est une question difficile à élucider. Vous y travaillez du reste.\nC'est matière d'un volume.\n111. -—On ne les a pas jouées, ni éditées. Causes multiples provenant de l'esprit des\ncompositeurs eux-mêmes, de l'attitude des directeurs, de la critique et du public. D'une\nindifférence générale. Du \" belgeoisisme \" peut-être, que l'on n'a rien fait ou presque pour\ncorriger.\nIV. a) Manque de foi des artistes en leur œuvre.\nb) Manque de bon-vouloir de la part des directeurs, accomplissant leur obligation de\nmonter les œuvres belges selon le cahier des charges à regret, ou de telle sorte qu'elles\néchouent. Sans doute ont-ils mille et une raisons d'agir ainsi, ce n'en est pas moins profondé-\nment regrettable. Aucune publicité sérieuse, dénigrement et dédain de la presse, naturelle et\nconséquente indifférence du public.\nV. Parce qu'elles ont été entachées d'Offcialisme outre tout ce que nous venons\nd'observer. On ne fait rien avec les officiels. Or, en Belgique, aucune entreprise, même\nprivée, n'échappe à cette plaie. Tous ou presque tous les artistes sont à plat-ventre devant le\npouvoir public. Ils sont en somme les premiers instruments de leur insuccès.\nVI. Rien ne prouve qu'elles ne le sont pas au contraire. Tout ce que nous\navons dit explique assez cette opinion répandue. Des œuvres comme Princesse Rayon de Soleil,\npar exemple, de Paul Gilson, et Rhena, de Van den Eeden, tiennent à la scène.\nVII. En dehors de TOfficialisme, faites, et c est possible le contraire de ce que\nl'on a fait jusqu'à présent.\nŒuvre de théâtre d'Erasme Raway :\nFreya : en 3 actes, dont la Fête Romaine exécutée à plusieurs reprises avec grand succès.\nJe salue la belle foi de M. Raway, qui, pour appartenir a la génération de tous les \" bonzes \"\nofficiels, n en a pas moins gardé entières son indépendance, sa volonté, sa ferveur. Puisse Vexemple de\ntels aînés affermir le courage des jeunes !\nRéponse de M. J. L. Désiré Paque.\nJe résume ici ma réponse à votre enquête.\nLes musiciens belges ont de tout temps peu écrit pour le théâtre par suite de l'indifférence\ndu public et des pouvoirs publics, indifférence qui a déterminé un manque de conviction\nartistique chez les artistes mêmes. D'autre part l'artiste belge trop infatué de lui-même tourne\ndans un cercle vicieux par ce fait même. A part Paul Gilson, on ne pourrait citer un homme\nayant écrit depuis 20 ans et plus, une partition pour le théâtre qui se puisse décemment\nreprésenter. Au reste il n'y a pas d'art (ni symphonique, ni théâtral) national en Belgique, il y\na des individualités, telles encore Paul Gilson, mais qui auraient besoin pour s'épanouir de l'air\nlibre et vivifiant que l'on respire en dehors de la Belgique. Quant aux tentatives faites pour\nmettre en lumière les œuvres belges, elles sont toutes destinées à l'avortement étant donné\nl'esprit qui préside à leur préparation, esprit d'étroitesse, de clocher, de manque de réelle\ntendance artistique.\nVoilà ce que je crois pouvoir dire. Je pense cela, et vous en ferez ce que vous\nvoudrez."}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.80", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1932, "texte": "Œuvres théâtrales de M. Désiré Pâque.\n\" Va'ima \" deux actes (paroles et musique) Bruxelles et Lisbonne 1903-1907.\n\"Judas \" drame lyrique. Warnemunde. (1909-1910).\nLiégeois, Désiré Pâque a quitté la Belgique depuis longtemps. Il a planté sa tente libre\nun peu partout : en Portugal, en Turquie, en Allemagne, en Suisse, que sais-je ? Nous ne l'en\nconsidérons pas moins comme l'un de nos plus remarquables compositeurs. Il nous a confié\nrécemment le manuscrit de son \"Esthétique où il présente une critique\nsingulièrement audacieuse et logique des formules consacrées, et développe sa conception\nbellement \" futuriste \" au sens probe et sain du terme, de l'art musical. — Dans sa réponse,\nH. Pâque, un peu sobrement, exprime certaines vérités. Nous avons reconnu que nous\nmanquons en Belgique, d'un milieu, d'un mouvement, d'une vie artistiques dont puissent\nnaître une âme et un langage communs. Mais nous ne croyions point qu'ils se découvrent...\nà l'étranger ! Il est exact que la hauteur de vues, l'esprit généralisateur font défaut à beaucoup\nde nos artistes. Nos étroites frontières les oppressent peut-être. Et pourtant, c'est en commu-\nniant de la vie même de notre sol que nous devons respirer le vent du large. En outre, sans\nsonger à établir la moindre comparaison avec les œuvres, certes maîtresses, de Paul Gilson,\nje pense qu'il est exagéré de prétendre que seul, Gilson ait écrit des partitions décemment\nprésentables. Enfin, et je l'ai dit précisément dans la Préfase à \"YEsthétique musicale nouvelle\",\nla conviction artistique ne dépend jamais des contingences matérielles. L'art trouve sa raison\nd'être en lui seul.\n{A suivre.) RENÈ LYR.\nAu numéros prochains les réponses de MM. Ch. Delgouffre, Auguste De Boeck, Joseph Jongen,\nThéo Isaye, Henri Maubel, Jean Fan den Eeden, Charles Fan den Borren, Mathieu Crikboom,\nLéon Delcroix, A. De Ruddery C. Thomson, F.M aivet,\nH. Mangin, Eug. Samuel, etc. etc...."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c042", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 81, "image_fin": 85, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.17", "titre_corps": "ÉTRANGER", "titre_sommaire": "ÉTRANGER", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.81", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 8, "texte": "ÉTRANGER"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.81", "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 2967, "texte": "LONDRES. Les représentations allemandes du Ring et de Tristan terminées, la\ntroupe de Covent Garden joue l'un après l'autre tous les opéras de Puccini sur quoi il n'y\na pas lieu d'insister. Quant au London Opéra House, son directeur continue d'avoir foi en\nMassenet, entre deux représentations du Trovatore et de Rigoletto. Cette fois c'est Don Quichotte\nque Mr Hammerstein nous offre, admirablement monté, bien joué et bien chanté par M. Julien\nLafond qui, paraît-il, créa le rôle à Monte-Carlo, par M. Danse et par Mlle Kerlord. Et\nMassenet, pour la première fois à Londres obtint un succès de public et de presse. Le public\nen effet accueillit par des bravos chaque fin d'acte et même avec un vrai enthousiasme certaines\ndes moins bonnes pages de la partition.\nDes deux seules nouveautés de l'année, les Jewels of the Madonna de M. Wolf-Ferrari à\nCovent Garden et The Children of Don de Mr Josef Holbrooke au London Opéra House qui\nvont passer ces jours-ci, je parlerai la prochaine fois. C'est à certains concerts, dont quelques-\nuns des plus intéressants, que je tiens à consacrer la plus grande partie de cet article.\nLes deux derniers concerts donnés au Queen's Hall par Mr Balfour-Gardiner ont obtenu\nle plus grand et le plus mérité des succès. L'on ne saurait trop louer Mr Balfour-Gardiner de\nla composition de ses programmes. Pour la première fois en Angleterre quatre concerts ont été\nconsacrés à des œuvres anglaises cf'un caractère vraiment anglais et dont quelques-unes de\ngrande valeur qui ont été une révélation pour le public et pour les critiques. Cette fois-ci c'a\nété le tour de Mr. Vaughan Williams avec ses Norfolk Rhapsodies, de Mr Balfour-Gardiner\nlui-même avec son Stage Coach et sa Shepherd KenneTs Dancey gaie, charmante et délicatement\norchestrée, de Mr. Cyril Scott avec son Helen of Kirkconnel, de Mr. Norman O'Neill avec sa\nBallade de la Belle Dame sans Merci et de Mr. Von Holst dont la suite orientale Beni-Mora\nest tout à fait curieuse, avec une atmosphère vraiment orientale, une sincérité digne d'éloges\net un rare souci d'écriture en somme une des meilleures compositions britanniques que\nnous ayons entendues depuis longtemps. Et c'a été une fois de plus l'énorme succès de\nMr. Percy Grainger qui est vraiment cette saison le \" musicien du jour\nSa Mock-Morris par exemple faite de thèmes entièrement originaux et non d'airs populaires\nest d'une adresse incroyable, pastiche ingénieux, qui, même joué après des compositions des\nseizième et dix-septième siècles (chantés à merveille par 1' \" Oriana Madrigal Society \") charme,\namuse et donne l'illusion parfaite d'une vraie \" Morris-Dance \" ancienne populaire.\nAu programme de son concert, Mr. Percy Grainger inscrivit plusieurs arrangements d'airs\npopulaires tels que My robin is to the greenwood gone, Willow JVillow et autres charmants airs\ndu Kent, du Lincolnshire, d'lrlande et d'Ecosse. Une Strathspey écossaise merveilleusement"}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.82", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3847, "texte": "combinée avec plusieurs airs de gigues et avec le beau \"\ndrunken sailor ? \" d'un rythme admirablement marqué, joués par huit instruments à cordes,\ndeux guitares, un xylophone, une flûte, un hautbois, un basson, une clarinette, un concertina et\nchantés par quatre voix d'homme obtint un succès d'enthousiasme et eut les honneurs du\nbis. Rien ne saurait décrire le charme amusant et entraînant (rythmes combinés, audacieuses\nharmonies, magnifique crescendo tourbillonnant de gaîté) de cet ingénieux arrangement. Peut-\nêtre certains esprits chagrins préféreront-ils à ces divertissements d'un excellent musicien des\nœuvres plus pompeuses et plus lourdes, pour ne pas dire plus vides. Mais l'Angleterre en\nproduit tant, de ces élucubrations laborieuses à prétentions modernes que l'on se sent plein de\nreconnaissance pour un compositeur tel que Mr. Percy Grainger qui puise son inspiration\naux sources populaires anglaises.\nCes semaines-ci, les Concerts se sont fait remarquer par leur\nexcellente qualité. Je tiens à citer parmi les meilleurs donneurs de\nRécitals : MUo Guiomar Novaés, une enfant prodige vraiment pro-\ndigieuse par l'intellectuallité de ses interprétations ; Miss Vera\nBianca, bonne chanteuse autant qu'excellente artiste ; Mme Olénine\nd'Alheim, admirable dans la Chambre et autres œuvres de\nMoussorgsky : Mr Kelly intéressant pianiste et agréable composi-\nteur ; Mr. Ernest Groom dont la belle voix de baryton fit merveille\ndans des lieder anciens et modernes ; Mme Bathori, MUe Astruc et\nM. Georges Enesco, les plus récents triomphateurs de la \" Société\ndes Concerts Français \" et Mine Aktzery qui chanta en russe des\nairs de Balakirew, Gretchaninow, Rachmaninow, Tchérépnine,\nKorestchenko et autres compositeurs russes du XXe siècle.\nSurtout le concert donné par Mr. Thornely Gibson, de l'opéra de Berne nous fut une\nfort agréable surprise. Voici enfin un chanteur anglais, qui non seulement possède une voix\nadmirable, étendue, nuancée et sonore de baryton, mais qui encore sait s'en servir de la façon\nla plus remarquable en anglais, en italien ou en allemand, sans avoir l'air de le faire exprès ou\nde s'appliquer, sans aucun des défauts chers à la plupart des chanteurs anglais, avec un art\nnaturel et charmant. Car Mr. Gibson possède et l'art et la voix, heureuse et rare combinaison ;\nil peut chanter de la musique intime et de la musique d'opéra, celle-ci avec une force inattendue\nchez un interprète de lieder, celle-là avec une délicatesse rare chez un chanteur dramatique.\nIl se fit valoir à tout son avantage dans le merveilleux récitatif de de Monteverde\net autres airs italiens du seizième siècle, dans des chansons de John Dowland, charmantes et\npeu connues, dans des lieder ou dramatiques ou plus purement lyriques de Schubert et de\nSchumann ; et il interpréta avec le même talent et de la façon la plus moderne les curieux\nFive Mystical Songs de Mr. Vaughan Williams et deux Oriental Sangs écrites par Mr. Geoffrey\nToye (sur des paroles de Confucius) avec un art délicat et une grâce subtile, et dont l'une\nsurtout, Fishes are therey ingénieuse au possible, plut tout particulièrement au public.\nL'endroit du monde où l'on s'attend le moins à entendre de la bonne musique c'est bien\n\" Earl's Court Exhibition \" qui est une manière de \" Magic City \" ou de \" Luna Park. \"\nCependant cette saison l'exposition annuelle s'intitulant l'on y a organisé\ndes concerts et des représentations tout à fait intéressants. Dans le \" Fortune Theatre \" et au\n\" Globe Theatre \" reconstitués à l'aide d'estampes et de documents tels qu'ils étaient au\ntemps de la reine Elizabeth, on peut entendre des pièces de Shakspeare ou contempler des\nMorris Dances, des pavanes, courantes et autres contre-danses exécutées le mieux du monde et\nen costumes de l'époque. Sir Henry Wood enfin dirige une série de Concerts Shakspeariens,"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.83", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3421, "texte": "chaque programme étant consacré à l'audition des œuvres inspirées par telle ou telle pièce de\nShakspeare. Par exemple le \" Hamlet Concert \" se composera d'œuvres de l'abbé Vogler,\nThomas, Tchaïkowsky, Edward German, Joachim, Henschel, Niels Gade, Liszt et Norman\nO'Neill ; le \" Macbeth Concert \" d'œuvres de Richard Strauss, Thorley, Spohr et Pierson ;\n\" Antony and Cleopatra \" sera illustré par Graun, Alexandre Georges, Roze, David et\nRubinstein et \" Romeo and Juliet \" par Berlioz, Tchaïkowsky, Gounod et autres compositeurs\nqu'inspira Shakspeare. C'est là une idée excellente que de faire entendre en quelques heures\nles interprétations toujours très différentes que donnèrent de Shakspeare les musiciens anglais et\nétrangers. Il y aura aussi des danses Shakspeariennes et d'intéressantes reconstitutions de ballets\nanciens, ce qui nous change des Montagnes russes et autres great attractions qui ornent\nd'habitude ce genre d'Expositions. (D'ailleurs on peut les découvrir quelques centaines de\nmètres plus loin derrière les vieilles maisons et les rues du u Vieux Londres. \")\nX.-M. BOULESTIN.\nP. S. Ajoutons, en dernière heure, un très intéressant concert donnée au Steinway Hall\npar nos compatriotes MM. Raoul et Edouard Laparra, que nous signale M. Gabriel Rouchés;\net la révélation d'un compositeur féminin Mme de Poldowski (Lady Dean Paul), sorte de\nLaforgue de la musique, dont nous présenterons bientôt ici même les compositions agiles et\nvivaces.\n*\n* *\nMOSCOU. Moscou, centre de la vie musicale en Russie, reçoit tous les ans la visite\nofficielle des grands virtuoses européens, depuis Cazals jusqu'à Mme Landowska, et des\ngrands chefs d'orchestre de Nikisch à Mengelberg. Peu de Français cependant, bien qu'on y\nentende de la musique de votre jeune école. A côté de ce pain quotidien de l'art international\net cosmopolite, il y a des manifestations particulièrement locales, qui méritent d'être connues.\nCette année la Société Impériale a présenté une symphonie nouvelle du compositeur\nS. Glière, un confrère de Stravinski, encore inconnu à l'étranger. Les matinées dominicales de\nS. Wassilenko ont continué la revue chronologique de la musique d'orchestre. La Société dite\nde \" l'Oratorio \" s'est maintenue dans le répertoire connu. La vaillante Société des \" Amis de\nla musique russe \" a succombé, son fondateur l'avocat Arkadi Kerzine, dont l'état de santé\ninspire des craintes ayant renoncé à poursuivre cette belle œuvre, qui a rendu de si grands\nservices à l'art russe. Dans la musique de chambre, à signaler l'apparition de Mme de\nWieniawski, dont vous connaissez la voix à Paris, et qui a produit ici une énorme sensation.\nA citer aussi S. Rachmaninow à la fois pianiste vigoureux et compositeur hardi, et Nicolas\nMedtner, dont vous entendrez parler prochainement et qui se rapproche de l'école allemande\nclassique. Faisons une place à Mme Olénine, qui personifïe le Lied, et insistons surtout sur\nScriabine et son poème symphonique \" Promethée \" œuvre dyonisiaque, dont certains se\nmontrent enthousiastes, et que d'autres discutent âprement. C'est la véritable nouveauté de\nl'année. M. Scriabine a voulu rompre ouvertement avec les habitudes de la musique consacrée,\nauxquelles les Russes sont fidèlement attachés. Les voies nouvelles dans lesquelles il s'engage le\nconduiront certainement de IVloscou a Pans, ce Paris qui est devenu la ville du caviar par\nexcellence.\nE. VON TIDEBOEHL."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.84", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3881, "texte": "LEIPZIG. On ne saurait citer les centaines de concerts qui constituent un hiver de\nmusique à Leipzig. Nikisch, Goehler et Winderstein ! Voilà les trois pilliers de notre vie\nmusicale. Ils nous ont tous trois comblés de programmes copieux. Goehler tient la tête, et l'on\nne saurait trop louer le jeune chef de triompher de toutes les difficultés accumulées sur son\nchemin et de nous donner avec un orchestre de fortune (celui d'Altenburg renforcé) des\nexécutions aussi variées et aussi soignées. Il nous a révélé une bien curieuse symphonie d'un\nmusicien suédois Fr. Berwald ; on la croirait d'hier, elle date de 1844 ! Il nous a, au milieu\nde beaucoup d'autres choses, réservé la surprise d'un concert de musique française, composé de\nSaint-Saëns, Franck, Gounod et Ducasse. Au Gewadhaus c'est le célèbre et impres-\nsionnant Nikisch qui opère. Nous lui devons la VIIIe de Mahler, dont on peut penser ce\nqu'on veut, mais que je persiste à trouver, pour ma part, un des grands chefs-d'œuvre de notre\nmusique contemporaine. Puis une symphonie nommée \"Vita\" du compositeur G. Naren,\nœuvre bien construite, quoiqu'un peu trop richement parée. Signalons encore une Lustspiel-\nOuverture de Max Reger, dont l'impression m'a semblé surtout foraine. Ajoutons le\nrépertoire habituel des grands concerts de l'Ancien et du Nouveau Monde, et par-dessus tout\nbeaucoup de Liszt, infiniment de Liszt ; nous aurons une idée du flot musical qui a déferlé\ncet hiver dans notre ville. N'oublions pas une mention toute particulière aux Chanteurs de\nPrague, accueillis un peu fraîchement pour des raisons politiques, mais dont la supériorité sur\ntout ce que nous avons ici apparut écrasante.\nBOSTON. Un vent de folie debussyste a soufflé sur notre ville. Pelléas et Mélisande,\nque Caplet avait fait répéter jusqu'à ce que les artistes puissent l'exécuter à l'envers, est cause\nde cette épidémie. Jamais nous n'avions vu un tel luxe à notre opéra. Et par dessus tout\nMme Maeterlinck.... Ce n'est pas qu'elle ait de la voix, mais elle s'en tire par une déclamation\nqui dramatise et qui impressionne. (Ne la comparons pas cependant à Garden.) Marcoux par\ncontre vaut mieux que Riddez, lequel chantait vraiment trop bien. Le bel canto devient gênant\ndans une œuvre où l'auteur a fait de l'orchestre le principal confident de ses intentions secrètes.\nPlus on entend Pelléas plus on s'y attache. L'œuvre deviendra-t-elle populaire chez nous ? Je ne\nle crois pas. Les palais de Maeterlinck, ténébreux et usagés, les personnages rongés de soucis\n(au nombre desquels il faut mettre la crainte des rhumatismes, si l'on en juge par l'ankylose de\nleurs gestes), et cet étang d'où s'échappe la malaria ! Un peu dangereux tout cela !\nN' est-ce pas ?\nLa symphonie d'léna fut, elle aussi, un événement, du moins pour la critique. On n'a\npas tous les j:ours l'occasion de dire son fait au jeune Beethoven. Avouerons-nous avec\nYAllgemeine Musikzeitung de 1798 que cette muse grincheuse et savante n'entend rien à choisir\nun thème varié ? Plutôt reconnaître en toute franchise que cette symphonie bonasse ne nuira\naucunement à la réputation des neuf autres. Au fait, est-elle bien de Louis van B. ?\nFiedler nous quitte, Fiedler nous a quittés, emportant tous les cœurs et quelques dollars\navec. Le Dr Muck le remplace. Entre temps, Nikisch conquiert l'Amérique, avec le London\nSymphony Orchestra, en conduisant Tschaikowski comme un Russe de naissance. Sa tournée\ntriomphale mérite cependant trois critiques. D'abord les prix trop élevés. Ici on ne met pas\n18 francs à un billet de concert. Ah ! si Caruso chantait.... En second lieu la vente des\nprogrammes (1,50) est une faute ; ce n'est pas admis. Enfin, l'excès de réclame. On lit dans la\nGrande Encyclopédie Britannique : uLe London Symphony Orchestra est le premier du\nmonde Signé Hans Richter. Ce qui montre tout simplement que le dit Richter s'y connaît"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.85", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1050, "texte": "en musique autant qu'une vache américaine en mathématiques. Nous avons au moins un\norchestre très sensiblement supérieur au L.S.O. et deux autres qui le valent largement. Ses\nbois seraient sifflés à Paris. N'empêche que Nikisch fut admirable de pathétique et de furie.\nOn nous avait promis la Forêt Bleue ; elle fut remplacée par les Koenigskinder d'Humper-\ndinck, et la toute parfaite Géraldine Farrar. J'ai particulièrement admiré un troupeau d'oies\nqui fît merveille en lançant quelques notes de passage. Ce n'est pas la première fois que je\nvoyais ces charmants volatiles sur la scène, mais il m'avait toujours paru qu'ils n'avaient point\nd'ailes et qu'on leur confiait des rôles beaucoup plus considérables ! Tout se transforme.\nLouis C. ELSON.\nESPAGNE. — De Bilbao à Madrid, et de Vitoria à Oviedo, MM. J. Nin et Blanco\nRecio font connaître Rameau et Couperin, applaudir Bach et Veracini, admirer Scarlatti et\nSenaillé. La France et la musicologie doivent un bon point à ces courageux apôtres du Pro\nA rte for ever.\nPAUL MAGNETTE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c043", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 81, "image_fin": 81, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.17.1", "titre_corps": "M. Arnold Bax", "titre_sommaire": "M. 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Vincent d'Indy nous montrait copiment le luth aboutit à la harpe.\nAujourd'hui M. Jean de Bonnefon aidé de M. Mulot, de Mlle Legrand et surtout de\nM1Ie Lénars en qui nous sommes heureux de saluer le professeur de la classe de harpe\nchromatique attendu et enfin nommé au Conservatoire — M. de Bonnefon rattachait la harpe\nmodernisée à tous les instruments qui l'ont précédée ou accompagnée dans sa longue évolution.\nEt, dans l'un et l'autre cas, la harpe-luth de notre collègue Gustave Lyon triomphait.\nPlein de lyrisme, le conférencier nous signale l'éoude pincé par les Arabes dans lâ solitude\ndu désert, le théorbe et l'archi-luth imposants, les mandores et guitares dont le gémissement\ns'accorde avec le murmure de la brise dans les arbres encore jeunes de Versailles. Il vante la\nlyre dont le nom semble avoir des ailes, il cite Homère et Pindare, et nous transporte aux\ntemps de l'ancien Testament avec le psaltérion, le kinnor et la sambuc de race noble...\nTandis que le public ravi écoute les sons égrenés de l'instrument chromatique, comme on\nécoute l'élégie que l'oiseau, ivre du parfum des roses, entonne sous la feuillée de mai, blanchie\npar la lune.\nEnfin voici venir la harpe d'Occident, gracieuse et lymphatique aux mains des dames du\nmoyen-âge, martyre avec la Sainte Cécile des catacombes et la Marie-Antoinette des écha-\nfauds, harpe royale et douloureuse de Nadermann ou d'Erard, qui, lasse d'avoir traversé toutes\nles civilisations musicales, se réfugie entre les bras d'un ingénieux polytechnicien, pour retrouver\nla force, la puissance et la jeunesse. Délivré de ses mécaniques surannées, et du poids de ses\npédales, pourvu de ses deux rangs de cordes métalliques, victorieux d'une sourde et injuste\ninimitié, l'instrument divin a reconquis sa grâce et la force des ailes !\nAinsi parla M. Jean de Bonnefon, Apollon porte-harpe glorieux."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c047", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 86, "image_fin": 86, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.19", "titre_corps": "Mémoires d'un amnésique", "titre_sommaire": "Mémoires d'un amnésique", "signature_source": "Erik Satie", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.86", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2193, "texte": "Mémoires d'un amnésique\nErik Satie\nPARFAIT ENTOURAGE (fragment).\nVivre au centre d'oeuvres glorieuses de l'Art est une des plus grandes\njoies qui se puissent ressentir. Parmi les précieux monuments de la pensée\nhumaine que la modestie de ma fortune m'a fait choisir pour partager ma\nvie, je parlerai d'un magnifique faux Rembrandt, profond et large d'exé-\ncution, si bon à presser du bout des yeux, comme un fruit gras, trop vert.\nVous pourriez voir aussi, dans mon cabinet de travail, une toile d'une\nbeauté incontestable, objet d'admiration unique : le délicieux \" Portrait\nattribué à un Inconnu\nVous ai-je parlé de mon Téniers simulé ? c'est une adorable et douce\nchose, pièce rare entre toutes.\nNe sont-ce pas là des pierreries divines, serties de bois dur ? Oui ?\nPourtant, ce qui surpasse ces œuvres magistrales ; ce qui les écrase\ndu poids formidable d'une géniale majesté ; ce qui les fait pâlir par son\néblouissante lumière ? un faux manuscrit de Beethoven — sublime\nsymphonie apocryphe du maître — acheté pieusement par moi, il y a dix\nans, je crois.\nDes œuvres du grandiose musicien, cette 10e symphonie, encore\nignorée, est une des plus somptueuses. Les proportions en sont vastes\ncomme un palais ; les idées en sont ombreuses et fraîches ; les développe-\nments en sont précis et justes.\nIl fallait que cette symphonie existât : le nombre 9 ne saurait être\nbeethovénien. Il aimait le système décimal : \" j'ai dix doigts \", expliquait-il.\nVenus pour absorber fîlialement ce chef-d'œuvre, de leurs oreilles\nméditatives et recueillies, quelques-uns, sans raison, crurent à une concep-\ntion inférieure de Beethoven, et le dirent. Ils allèrent plus loin même.\nBeethoven ne peut être inférieur à lui-même, dans aucun cas. Sa\ntechnique et sa forme restent augurales, même dans l'infime. Le rudimen-\ntaire ne lui est applicable. Il ne s'intimide pas du contrefait imputé à sa\npersonne artistique. .\nCroyez-vous qu'un athlète, longuement célébré, dont la force et\nl'adresse furent reconnues par des triomphes publics, s'infériore du fait de\nporter aisement un simple bouquet de tulipes et de jasmins assemblés ?\nEst-il moindre, si l'aide d'un enfant s'y ajoute ?\nVous n'y encontrerez pas.\n6"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c048", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c048", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 87, "image_fin": 89, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.20", "titre_corps": "Au Musée de la Voix", "titre_sommaire": "Au Musée de la Voix", "signature_source": "J. Leroux", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.87", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3459, "texte": "Au Musée de la Voix\n\nNos lecteurs n'ont pas oublié une curieuse manifestation qui eut lieu il y a cinq ans, dans les\ncaves de l'opéra. La veille de Noël 1907, guidés par notre regretté président Charles Malherbe,\nalors bibliothécaire de l'Académie Nationale de musique, des personnages officiels de l'adminis-\ntration des Beaux Arts et quelques représentants des grands quotidiens allèrent, dans les profonds\nsous sols du monument Garnier, inaugurer le qu'un généreux donateur,\nM. Clark, offrait à la France et à la musique. Dans des urnes furent disposés des disques de\nGramophone, où les plus belles voix de notre répertoire étaient venues se fixer pour jamais.\nLe tout fut clos hermétiquement et scellé, avec défense d'ouvrir avant cent ans révolus ces\ntombeaux de la voix. Des discours furent échangés, des vœux émis, des regrets formulés et\nl'on se sépara en se promettant de recommencer un jour cette touchante cérémonie.\nCe jour arriva le 14 juin dernier où M. Clark eut la bonne pensée d'enrichir à nouveau\nla collection du Musée et d'entrouvrir pour quelques instants le caveau dont l'Opéra lui accorda\nla concession. Cette fois le Sous-secrétaire d'Etat aux Beaux Arts, M. Léon Bérard avait tenu\nà se rendre personnellement au convoi, à suivre nos voix chères jusqu'à leur dernière demeure.\nIl vint, accompagné du très aimable Maurice Reclus, son chef de cabinet et d'un attaché\nau cabinet du Ministre du Commerce, et fut reçu par M. Banès conservateur de la biblio-\nthèque, Henri Quittard archiviste, par l'état major de l'Opéra, MM. Messager et Broussan,\nSoulaine, Gabion, Maurice Lefèvre, Cassien-Bernard et François, auxquels s'étaient joints\nquelques rares invités, MM. Ecorcheville, Louis Schneider, de Curzon et des membres de la\npresse, enfin (à tout seigneur tout honneur) M. Clark lui-même et l'administrateur délégué\nde la Société Française du Gramophone, M. Reich.\nAprès avoir jeté l'œil du maître sur le Musée de l'Opéra et admiré particulièrement deux\nHubert Robert, dignes de la vente Doucet, M. Léon Bérard et le cortège qui le suivait,\ns'engagèrent dans de sombres dédales. Un arrêt, en passant, à la gigantesque salle des machines\nélectriques, qui fit l'an dernier l'admiration des \" Amis de la Musique \", et voici le caveau,\ndont M. Banès remet la clef au Ministre. La porte s'ouvre ; chacun prend place devant une\nvaste table, où vont se passer les derniers apprêts. Quelle est cette voix ? C'est celle de Gémier.\nElle aussi, va descendre au tombeau. Mais elle salue d'abord l'assistance par le pavillon\ndu gramophone :\nMonsieur le Ministre, Messieurs,\nSera-t-il permis au gramophone lui-même de prendre ici la parole, et de remercier en son\nnom l'éminente assistance, qui a bien voulu le suivre jusque dans ces catacombes de l'Opéra ?\nAvant de m'introduire, pour cent ans au moins, dans l'urne fatale, qui sera fermée sous vos\nyeux, je tiens à exprimer une fois encore ma gratitude envers ce Musée de la Voix, et envers\nson aimable conservateur M. Banès.\n• Ne l'oublions pas, Messieurs, c'est en France que naquit, il y a quelques années, l'idée\nd'une bibliothèque phonographique, idée que toutes les autres nations se sont fait un devoir\nd'imiter depuis lors, reconnaissant ainsi l'intérêt scientifique d'une pareille collection. Et c'est\nl'Académie Nationale de Musique qui, avant tout autre, réalisa cet ingénieux projet. N'était-ce\npas légitime ? Où les voix endormies auraient-elles trouvé meilleur et plus sûr accueil ? Il"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.89", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2175, "texte": "appartenait au temple de la musique dramatique française, dont nous saluons ici les grands\nprêtres MM. Messager et Broussan, de tenter ce miracle de la durée, de conserver à nos\narrières petits fils ce qu'il y a de plus fugitif au monde, ce qui par excellence n'a ni corps ni\ndurée : la voix humaine.\nComme le peintre, comme l'écrivain et le musicien même, l'artiste lyrique pourra désor-\nmais laisser d'autres témoignages de son talent que le souvenir d'une réputation périssable.\nCette souveraineté d'un organe précieux, ce charme efficace du mouvement vibratoire, cette\nvoix enfin, si subtile et si chère, nous l'aurons sauvée de l'oubli, et le chanteur pourra\ndire à son tour :\nNon omnis moriar ! . . . .\nM. le Ministre, en assistant personnellement à cette cérémonie, vous avez marqué le\nhaut intérêt que vous attachiez à cette œuvre de survie musicale. Lorsque, dans un siècle, ces\ndisques reverront le jour, les artistes vous sauront gré d'avoir donné cette preuve de bienveillante\nsympathie à leurs grands devanciers de 1912. \"\nA cette allocution succéda un air de Lohengrin chanté par Franz, puis un solo de\nKubelik dans lequel les harmoniques des cordes donnèrent l'impression d'un instrument à vent,\nenfin la plainte de Dalila soupirée par Mlle Brohly. Personne n'élève la voix, le disque seul a\nla parole. Le moment est solennel. Ligotés dans des feuilles d'amiante, serrés par les\nbandelettes funéraires, une trentaine de phonogrammes attendent l'enfouissement. Là gisent,\nen puissance, Chaliapine, Caruso, Amato, le délicieux Reynaldo Hahn, qui mérite bien de\npasser à la postérité en qualité de ténor, Mmes Farrar, de Montaient, Brohly, Melba etc...\nLe ministre se lève. Il se découvre et d'une main ferme appose le cachet que nul ne doit briser\navant 2012 ! Bruyants et indiscrets, les photographes nous aveuglent de leurs étincelles.\nIl n'y a point de sacristie. Le cortège remonte au jour. M. Clark est félicité pour cette\njournée des Disques, dont on escompte désormais le retour, et chacune s'éloigne en songeant\navec mélancolie à ce début du vingt et unième siècle, pour lequel nous venons de témoigner\nune si louable sollicitude.\n\nJ. Leroux."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c050", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 88, "image_fin": 88, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.21", "titre_corps": "Cl. Meurisse. M. CLARK. M. M. RECLUS M. LÉON BÉRARD M. 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Joubert, 3 organiste de la\nCathédrale de Luçon ; les deux premiers, dédiés aux organistes français et le troisième aux\nétrangers. Il ne faut pas se dissimuler que la lecture de ces trois volumes est plutôt décevante :\ninutile de nous perdre en classifications d'écoles : rien ne nous fera distinguer un Suédois d'un\nEspagnol, ou un Hollandais d'un Napolitain : tous appartiennent à une unique famille, celle\ndes organistes improvisateurs ; tous ont les mêmes qualités, ou, si vous le voulez, la même\nabsence de défauts. Depuis Franck, il n'est assurément pas un seul chef-d'œuvre qui ait été\nconçu pour l'orgue, ce Roi des instruments. Cela dit, avouons que l'entreprise était séduisante\net qu'en s'y risquant, M. l'Abbé Joubert s'est fait le plus grand honneur.\nCHAN F. Sept jolies Mélodies d'Alfred ïtullmann, 4 musique saine et inofifensive\nà tous égards, sans être totalement rétrograde ; à recommander aux jeunes élèves que l'on ne\nveut pas engager vers les abîmes d'un modernisme alarmant pour les familles. Parmi les petites\npublications où il y a toujours à glaner, citons quatre livraisons des Saints grégoriens publiés\npar M. l'Abbé Brun 2 en l'honneur de Saint Joseph et du Sacré Cœur ; un recueil des\nChansons de France (Chansons Limousines,) un volume de 3 : airs et Madrigaux à\nplusieurs voix, de Campion, Dowland, \"Wilbye et Pilkington, (ires anneés du\nXVIIe Siècle.) Ne se trouvera-t-il donc pas en France une Société Chorale pour renouveler ses\nprogrammes en y inscrivant quelques-unes de ces petites pièces, exquises de fraîcheur et\nd'originalité ?\nINSTRUMENTS. M. René Schidenhelm 6 qui à défaut d'une originalité bien\naccentuée a toujours le mérite de posséder à fond les ressources de son instrument nous donne\nun Lied pour deux Violoncelles et Piano, une Ballade et un Scherzo Sérénade, pour Violoncelle et\nOrchestre, celui-ci, réduit au Piano. Pour Violon, voici la Chanson d'un Soir d\" Automne de\nMlle Germaine Corbin, ' musique bien douloureusement grinçante ; de Mme Cécile\nSimon, 8 un T[ rio de belle allure et de M. Fairehild, () un Quatuor à cordes. Enfin une\npetite Transcription, le Rossignol en Amour, de Couperin, adapté à la flûte par Charles\nBouvet. 6 Que les puristes ne se hâtent point de crier au scandale ; cette pièce a bien été\nécrite pour clavecin, mais elle est de celles que Couperin jugeait lui-même devoir convenir\nindifféremment à plusieurs instruments : il en donne l'indication formelle ; voilà donc une de\nces transcriptions absolument légitimes, auxquelles nous ne pouvous qu'applaudir."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c053", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c053", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 91, "image_fin": 91, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.23", "titre_corps": "Cl. 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Il a organisé des\nvoyages d'exploration à travers la montagne hivernale, à l'époque où les paysans paraissent\ns'endormir du sommeil des marmottes. Il a révélé aux pyrénéens l'usage du traîneau et mené\ndans nos Alpes une campagne acharnée en faveur du ski. Les résultats qu'il a obtenus ne\nsont-ils pas surprenants ? Trente stations d'hiver se sont créées en France et déjà un nouveau\nmouvement de tourisme s'est produit. Chamonix, le Revard, Gérardmer, Saint Pierre de Char-\ntreuse, le Sapey, Cauterets, les Eaux-Bonnes jouissent désormais d'un renom qui fait pâlir\ncelui des centres réputés de l'industrieuse Helvétie. Appliquant la belle devise du Touring\nClub, il tente de \" faire connaître et de faire aimer notre pays \", mais sous un aspect ignoré.\nLe surprenant enthousiasme que provoqua chez nous la révélation des sports d'hiver, n'est-il\npas le résultat de l'œuvre patiente de Léon Auscher ? Et les hôteliers montagnards qui ont\ntrouvé dans cette passion nouvelle une source de fortune inespérée, n'oublieront peut-être pas\nle nom du propagandiste le plus actif et le plus modeste ?\nLéon Auscher appartient à une famille de musiciens : Il est parent de Léo Sachs et\nd'Alfred Casella, et Mme Auscher est une pianiste de grand talent. Je connaissais déjà ses goûts\nartistiques par nos nombreux entretiens et je savais ne pas m'adresser àun profane. Pourtant,\nce matin là lorsque je l'aperçus dans une allée du beau parc qui entoure sa propriété de Neuilly,\nil m'accueillit par des protestations véhémentes :\nJe vous vois venir,s'écria-t-il. Vous voudriez me faire dire quelques imprudences au sujet\nde la musique moderne. Avez-vous oublié que je suis un \"routier\" impénitent, un \"vagabond\"\néternel ? Comment voulez-vous que j'allie mon amour de la vie au grand air avec le goût de\nla \"musique de chambre\" ? J'ai trop le souci de fuir les espaces clos et les foules qui s'y pressent\npour devenir un \"amateur de concerts\".\nMais cette musique moderne, vous ne l'ignorez point cependant ?...\nCertes, j'en connais assez pour prétendre me former une opinion, si je me contentais de\njuger à la légère. Mais n'ayant fréquenté aucune audition musicale depuis nombre d'années,\nje n'ai pas le droit de jouer à l'arbitre et j'aime mieux vous dire tout net que, faute d'entraîne-\n1\n\n1 Voir les n°' 5 et 6."}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.93", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4178, "texte": "ment ou de constance, je ne comprends rien à la musique ultra-moderne. C'est un art qui,\npar ma faute peut-être, me demeure étranger. J'en suis resté au point où j'en étais à l'heure\nou j'ai commencé à battre les grands chemins, soit à pied, soit à bicyclette, soit en automobile,\nc est-a-dire à un respect profond pour les classiques et à une passion que rien n'éteindra jamais\npour Wagner. Depuis, le tourisme m'a empêché d'apprécier les maîtres de l'heure...\nPensez-vous donc que le goût du tourisme et l'amour de la musique soient des senti-\nments incompatibles ?\nBien au contraire, et je vois entre le tourisme et la musique des liens réels, des\nrapports étroits qu'il serait aisé de développer. Il y a d'abord un lien moral très net et très\nprécis : Le tourisme, en effet, est un admirable mode d'éducation : il exerce l'homme à voir\net a admirer ; il le met en présence des spectacles harmonieux et splendides de la nature ; il\nouvre son ame aux sensations les plus fortes et, par suite, il me paraît tout à fait évident\nqu'il doit le prédisposer à mieux concevoir, à comprendre plus nettement les manifestations\nartistiques.\n\" Enfin, ceux qui, comme nous, sont à l'avant-garde de ce grand mouvement du tourisme\nnational qui a eu sur les idees françaises une si heureuse influence, ceux-là s'aperçoivent de\nplus en plus que pour propager le tourisme en France, il faut sauvegarder chaque jour davan-\ntage les beautés de notre pays. Ces beautés sont de deux ordres: les beautés matérielles, c'est-à-\n-dire les sites, les monuments; et ensuite le patrimoine historique, et moral en quelque sorte, de\nnotre pays. Ce patrimoine comprend en première ligne les coutumes, c'est-à-dire les chants,\nles danses et les costumes nationaux. Et je vois là, comme vous l'avez indiqué déjà dans vos\narticles, un rôle considérable et utile à jouer pour un groupe soucieux de perpétuer les belles\ntraditions artistiques. La Société des Amis de la Musique, par exemple, pourrait avec l'appui de\nclubs touristiques, organiser des fêtes régionales aux cours desquelles on s'efforcerait de recon-\nstituer le folklore français. Certains musicologues accepteraient volontiers la tâche de retrouver\nles airs anciens, les mélodies désuètes, de faire revivre les vieilles danses de jadis. Je connais\nmaints villages où les plus antiques coutumes ont été conservées malgré l'envahissement des\nvoyageurs. Il faudrait encourager les paysans à ne pas renoncer aux mœurs d'autrefois et les\naider à transformer les réjouissances populaires, en fêtes périodiques. C'est ainsi que les régions\npyrénéenne ou dauphinoise pourraient être les théâtres annuels de spectacles admirables. Les\nvallees d Ossau et de Luz, le Queyias, 1 Oisans, la IVlaurienne ont un folklore d'une richesse\ninouïe. Ceux qui voudront le révéler au public sauront déplacer un grand nombre de touristes\ndesireux d éprouver une double impression d'art, grâce à la beauté des paysages et à l'intérêt\ndes musiques et des danses sauvées pieusement de l'oubli. Nul doute d'ailleurs que les Syndicats\nd'lnitiative qui s'occupent si activement aujourd'hui de vanter leurs départements ne s'intéres-\nsent à une tentative semblable. Et les promoteurs trouveraient à coup sûr d'autres appuis parmi\nles sociétés locales, les philarmoniques, les chorales, les clubs sportifs. Les hôteliers eux-mêmes\ndeviendraient soudain les champions de cette renaissance artistique et musicale, car ils verraient\nen elle un moyen de prolonger la \" saison \", toujours trop courte à leur gré. \"\nNous nous étions assis sous une tonnelle rustique entourée d'arbres touffus et de corbeilles\noù des fleurs confondaient leurs teintes vives. Léon Auscher renversé contre le dossier d'un\nfauteuil en rotin, parlait d'une voix lente. Il aspira voluptueusement l'air chargé de senteurs\ncomplexes.\nQue voulez-vous ? s'écria-t-il, sans transition, je ne puis vivre enfermé. Et combien\nme ressemblent ! Pourquoi n'allierait-on pas cette passion du grand air avec l'amour de la\nmusique. Il suffirait d'organiser des concerts d'orchestre sur les scènes de verdure, dans des\ncadres naturels ; j imagine très bien, en outre, la Walkyne jouee devant un paysage de mon-"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.94", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1039, "texte": "tagnes ou telle symphonie exécutée dans une baie somptueuse au bord de la mer. Et enfin, le\ntouriste saisirait avec joie le prétexte d'un festival qui célébrerait un illustre musicien dans sa\nville natale, ou d'un défilé historique organisé à propos d'une fête commémorative et au cours\nduquel il entendrait des airs de l'époque réconstituée joués sur des instruments anciens. De\nsemblables projets aideraient à la décentralisation musicale et sauraient satisfaire en même\ntemps le touriste et le mélomane. Si ces idées prennent corps, je prêterai volontiers mon\nconcours, s'il peut-être utile à leur réalisation. Et vous me verrez au premier rang des\nspectateurs. Mais comment voulez-vous que j'hésite à négliger le concert que me vante un\nprogramme de la Salle Gaveau, quand je puis demain rouler en auto à travers le défilé\nsauvage de la Chartreuse, vers Saint Pierre, dans un prodigieux décor, parmi le chant des\ncascades et le bruit du vent dans les feuilles, qui valent toutes les mélodies humaines?...\n\nGeorges Casella."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c056", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c056", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 95, "image_fin": 96, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.25", "titre_corps": "Piano ou clavecin?", "titre_sommaire": "Piano ou clavecin?", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.95", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2463, "texte": "Piano ou clavecin?\nNous avons reçu ces lettres de nos collègues et amis M!ne Landowska et M. J. Nin. Nos\nlecteurs ne nous en voudront pas de considérer cette polémique comme terminée dans notre\nrevue où les adversaires ne sauraient exposer à l'aise tous leurs arguments.\nLA RÉDACTION.\nMon cher Ecorcheville,\nJe ne sais pas... mais il me semble que lorsqu'on a vraiment raison, on ne répond pas\navec une telle....nervosité...\nPourquoi Mme Landowska s'entête-t-elle à faire de l'esprit à propos d'une question où\nl'observation, la simple et sage observation, s'impose avant tout ? Cela nous engage dans la voie\ndes personnalités et nous éloigne singulièrement du terrain de l'art : c'est infiniment regrettable.\nJe n'ai jamais dit que les travaux de mes prédécesseurs dans la question Piano ou Clavecin\nfussent mauvais ; ils sont insuffisants en ce sens qu'en ne considérant que des aspects isolés\nparticuliers, et souvent personnels, du problème, ils ne l'ont étudié qu'incomplètement alors\nqu'une vue d'ensemble, partant des origines mêmes de l'expression musicale, eût été infiniment\nplus précieuse pour la recherche d'une conclusion nette et précise.\nLes noms de Fuller Maitland, Hermann Kretzschmar, Guido Adler et Cari Nef me sont\nfamiliers, (Mme Landowska aura l'occasion de s'en apercevoir) ; ce sont des savants, c'est\nentendu ; mais Praetorius, Kuhnau, Mattheson, Adlung, Walter, Quantz, Ph. Em. Bach\nTurk, Forkel, Rimbault, Oscar Paul et Spitta l'étaient aussi. Je les propose à ceux des lecteurs\ndu S. I. M.qui voudront connaître les origines de la question.\nJe n'ai jamais douté du succès du clavecin, pas plus que je n'ai mis en doute un seul\ninstant le succès du pianola ou du cinématographe. Fox populi vox Dei ; est-ce là par hasard\nla devise adoptée par les néo-clavecinistes ? Sans doute trouvent-ils trop fataliste le Sic transit\ngloria mundi des vieux clavecins de jadis ! N'importe ; l'artiste seul a le droit de juger les\nquestions d'art, et c'est par dessus de la foule et de soi même, surtout, qu'il doit les regarder\ns'il veut faire œuvre utile.\nPuis-je assurer notre facétieuse amie de mon silence ?... Je le souhaite, car j'ai fort peu\nde temps et il faut que je m'occupe, malgré tout, de mettre au point, pour elle, cette énorme\nblague qui doit la faire sourire et bâiller...\nMerci une dernière fois, mon cher Ecorcheville, de votre si parfaite et si loyale\nhospitalité.\nVotre tout dévoué,\nJ. JOACHIM NIN.\nUccle-Bruxelles, Juin, MCMXII."}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.96", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2790, "texte": "Mon cher ami,\nMonsieur Joachim Nin me demande pourquoi j'ai traité avec trop de légèreté ses lettres.\nMais, mon Dieu, je ne pouvais pas répondre autrement à une polémique, où toute argumenta-\ntion sérieuse a été remplacée par des citations tirées des journaux, ou par des phrases ronflantes\ndans le genre de celles : L'artiste doit toujours regarder par dessus la foule ! Vox populi, vox\nDei ! sic transit gloria mundi ! Mais, mon cher Monsieur Nin, ce n'est pas à moi qu'il faut\nenseigner ces belles vérités. Lors de mon séjour au pensionnat de Berlin, je les ai durant trois\nans brodées de mes propres mains avec des fils d'or.\nVous faites bien en vous pressant de mettre au point votre livre que j'espère fort intéres-\nsant, mais vous avez tort de vous en prendre aux musicographes que j'ai cités et qui sont tous,\nsans exception, des musiciens de grand mérite. Je regrette seulement d'avoir oublié M. Georg\nKinsky, le Conservateur du musée de Cologne.\nEn somme, que désire M. Joachim Nin ? Il voudrait prouver que les pièces anciennes\ngagnent dans l'exécution sur notre piano moderne. Si même cela était vrai, cet argument me\nparaîtrait encore insuffisant, car je préfère voir une gravure du XVIIIe siècle dans son modeste\ncadre de l'époque, que dans le plus somptueux encadrement moderne style. Mais encore faut-il\nprouver que les pièces de clavecin sonnent mieux sur notre piano que sur le clavecin. Je joue\navec un amour égal les deux instruments, j'ai eu cent fois l'occasion de m'assurer du con-\ntraire. Mais M. Joachim Nin est pianiste, pourquoi ne chercherait-il pas à nous convaincre\ndevant le piano ? Je lui ai fait cette proposition il y a quelques mois, il m'a fourni une réponse\névasive. Je le regrette, car cela vaudrait certes mieux que des citations.\nCe n'est pas la foule qui fait au clavecin son succès, bien au contraire le gros public et\nla foule des professionnels du piano lui font la guerre. Ce n'est pas la foule, qui fait figurer\nle clavecin dans les congrès musicaux, dans les fêtes de Haydn, de Mozart ; ce n'est pas la\nfoule qui a fait figurer le clavecin dans les fêtes de Bach, mais les membres du comité de la\nBachgesellschaft, les professeurs Hermann Kretzschmar, Siegfried Ochs, Gustave Schreck ;\nKarl Straube etc. Ce sont des chefs d'orchestre tels que Gustav Mahler, Félix Mottl, Siegfried\nOchs, Mengelberg qui introduisent le clavecin dans leurs orchestres. Ce sont des musiciens\ntels que St-Saëns, Richard Strauss, Joachim, Guilmant, Charles Bordes et tant d'autres qui lui\nportent intérêt. U artiste doit regarder par dessus la foule. C'est ce que je fais, Monsieur, je\nregarde par dessus cette foule immense de pianistes professionnels qui haussent les épaules, parce\nqu'il est plus facile de dédaigner que d'apprendre\nWANDA LANDOWSKA."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c058", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c058", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 97, "image_fin": 97, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.26", "titre_corps": "Échos et Nouvelles", "titre_sommaire": "Échos et Nouvelles", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.97", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2633, "texte": "Échos et Nouvelles\nLES MÉDAILLES DU SALON DES MUSICIENS FRANÇAIS. Sous la\nprésidence de M. Henri Maréchal, Inspecteur de l'Enseignement Musical, le Jury du \" Salon\ndes Musiciens Français\" a procédé au vote des récompenses. En voici le résultat :\nPremières Médailles : MM. Marcel Bertrand, Lucien Chevaillier, Jean Déré (Niort),\nLefèvre-Derodé (Reims).\nDeuxièmes Médailles : MM. C. A. Collin (Rennes), Eugène Cools, Mme Fleury-Roy,\nM. Fernand Masson, Mme Toutain-Griin.\nTroisièmes Médailles : Mu,> Balutet, MM. E. Guyonnet (La Roche-sur-Yon), Albert\nLaurent (Armentières), Paul Le Flem, Georges Palanque, (Chartres), Jean Pergola, Jacques\nPillois.\nMentions : MM. Louis Ancel, Constantin-Gilles, Jean Cras (Toulon), Adolphe Dietrich\n(Dijon), Marcel Gennaro, Eugène Riégel, René Schidenhelm.\nLa distribution officielle des récompenses aura lieu au mois de novembre prochain, à la\nRéouverture solennelle du \" Salon des Musiciens Français\nLes Compositeurs qui désirent voir leurs œuvres figurer aux programmes du prochain\nSalon devront les adresser au Secrétariat-Général, 28, rue Nollet, Paris, du lerIer au 25 octobre.\n*\n* *\nDECENTRALISATION MUSICALE. Le ministre des beaux-arts vient d'ap-\nprouver la répartition du crédit indicatif de 25.000 francs affecté sur le budget de 1912 en\nfaveur des théâtres lyriques de province ayant fait œuvre de décentralisation musicale. Cette\nrépartition est ainsi établie :\nLe théâtre des Arts de Rouen {l'Aube rouge, de M. G. Erlanger) et l'Opéra de Nice\n(Fercingétorixy de M. F. Fourdrain) reçoivent chacun 6.000 francs; les théâtres municipaux\nde Nancy (le Pays, de M. J. Guy-Ropartz) et Nantes (Myrdinn, de L.-A. Bourgault-Ducou-\ndray), 4.000 francs ; l'Opéra de Marseille ( Charlede M. Durand-Bloch) et le théâtre\nmunicipal d'Avignon (Maguelonneet le Roi Renêyde M. de Saussine), 1.000 francs. En outre,\nles compositeurs Camille Erlanger, Guy-Ropartz et Félix Fourdrain touchent chacun\n1.000 francs.\n*\n* *\nLA BATAILLE DES VIOLONS. Notre confrère le vient de\nrenouveler l'expérience de lutherie comparée qu'il avait déjà présentée au public en 1909.\nDevant une salle aussi peu éclairée que possible des artistes vinrent faire entendre une série de\nviolons, anciens et modernes sur les Stradivarius, Guarneri et autres célébrités auxquelles la\ntradition et la mode nous font attacher un prix sans doute excessif. En outre, on eut la surprise\nagréable de voir les deux premiers prix attribués à deux instruments construits sur des principes\nidentiques. Un violon de Bruxelles et un autre de Nantes fabriqués d'après les données du\nDr. Chenantais trouvèrent auprès du jury public une faveur unanime."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-07-01-c059", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-07_01#c059", "volume": "bmtnabh_1912-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.2.27", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1300, "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇA\nAMIS DE LA MUSIQUE\nCOMITE D'HONNEUR\nM. le Président de la République.\nM. le Ministre de V Instruction\nM. le Sous-Secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts.\n'\nM. Gabriel Fauré, Dir\nM. Henry Marcel, ancien Directeur des Beaux-Arts, Administrateur général\nde la Bibliothèque Nationale.\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nPRÉSIDENTE D'HONNEUR\nS. A. R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\nBUREAU\nPRÉSIDENT Y\nM. LE COMTE GASTON CHANDON DE\nBRIAILLES. .\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. LE PRINCE A. D'ARENBERG, de r Institut.\nM. Louis BARTHOU, député, ancien garde\ndes sceaux.\nM. GUSTAVE BERLY,\nM. J. ECORCHEVILLE,\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nSECRETAIRE DU CONSEIL\nM. J. PASQUIER.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M. GEORGES CASELLA.\nMEMBRES DU CONSEIL\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, di\nraire au ministère des finances.\nM. LÉON BOURGEOIS,\ndu Travail.\nM. GUSTAVE BRET.\nM. GUSTAVE CAHEN.\nMME MICHEL EPHRUSSI.\nMME LA COMTESSE GÉRARD DE GANAY\nM. FERNAND HALPHEN.\nMME LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMME LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nMME DANIEL HERRMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nMME GEORGES KINEN.\nMme LA COMTESSE PAUL DE PoURTALÈS.\nM. A. PRÈGRE.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND.\nM. ALEXIS ROSTAND,\nd\" Administration du\nd'Escompte de Paris.\nM. Louis SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nM. JACQUES STERN.\nMME TERNAUX-COMPANS."}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.1", "texte": "lII* Année.\nN® 7-8.\nJuillet» Août 1912.\nREVUE MUSICALE\n|k jB\nm jmmw\nHonorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction Publique et des Beaux-Arts\nLe numéro :\n1 ce & Belgique 1 fr. 50\n1 aion Postale 2 fr.\nPARIS, 22, rue St.« Augustin\nTéléphone 204.20\nUN AN\nFrance et Belgique 15 fr.\nUnion postale 20 fr.\nCopyright by S. I. M. 1912\n\nJ. ROUSSEAU A PASSY, par G. Cucuel. OLES BOUFFONS EN 1752, par L. de La Laurencie.\nLES IDÉES DE ROUSSEAU SUR LA MUSIQUE, par P.-M. Masson. 0 LES ÉTAPES D'UNE\nACOUSTIQUE, par G. Sizes. OLA IXe DE G. MAHLER, par W. Ritter. 0 LES LIVRES.\n0 NOTRE ENQUÊTE SUR LE THÉÂTRE MUSICAL BELGE, par R. Lyr. 0\noRéponses de MM.: Tinel, Gilson, Mathieu, Dubois,\n1S CONCOURS DU CONSERVATOIRE, par Vuillermoz. A L'ALHAMBRA, par A. Sérieyx.\ni G. R. DE JEAN D'UDINE, par E. V. 0 CONCERTS DIVERS. 0 ÉTRANGER. 0 MÉMOIRES\nD'UN AMNÉSIQUE, par Erik Satie. OLA JOURNÉE DES DISQUES."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.2", "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇA\nAMIS DE LA MUSIQUE\nCOMITE D'HONNEUR\nM. le Président de la République.\nM. le Ministre de V Instruction\nM. le Sous-Secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts.\n'\nM. Gabriel Fauré, Dir\nM. Henry Marcel, ancien Directeur des Beaux-Arts, Administrateur général\nde la Bibliothèque Nationale.\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nPRÉSIDENTE D'HONNEUR\nS. A. R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\nBUREAU\nPRÉSIDENT Y\nM. LE COMTE GASTON CHANDON DE\nBRIAILLES. .\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. LE PRINCE A. D'ARENBERG, de r Institut.\nM. Louis BARTHOU, député, ancien garde\ndes sceaux.\nM. GUSTAVE BERLY,\nM. J. ECORCHEVILLE,\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nSECRETAIRE DU CONSEIL\nM. J. PASQUIER.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M. GEORGES CASELLA.\nMEMBRES DU CONSEIL\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, di\nraire au ministère des finances.\nM. LÉON BOURGEOIS,\ndu Travail.\nM. GUSTAVE BRET.\nM. GUSTAVE CAHEN.\nMME MICHEL EPHRUSSI.\nMME LA COMTESSE GÉRARD DE GANAY\nM. FERNAND HALPHEN.\nMME LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMME LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nMME DANIEL HERRMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nMME GEORGES KINEN.\nMme LA COMTESSE PAUL DE PoURTALÈS.\nM. A. PRÈGRE.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND.\nM. ALEXIS ROSTAND,\nd\" Administration du\nd'Escompte de Paris.\nM. Louis SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nM. JACQUES STERN.\nMME TERNAUX-COMPANS."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.3", "texte": "JEAN-JACQUES\nROUSSEAU\nA\nPASSY\n\nDans une des pages les plus charmantes des Jean-Jacques\nRousseau se plaît à décrire le séjour qu'il fit en 1752 chez son ami\nMussard, au village de Passy où on lui avait conseillé de prendre\nles eaux. Ces huits ou dix jours furent des plus féconds, puisqu'il\nrevint à Paris avec le livret du Devin du Village dont il avait même eu le\ntemps d'esquisser la musique. Mais ce ne fut pas là le seul séjour que\nRousseau fit à Passy ; on l'y revit, avant et après 1752, au château de\nLa Pouplinière et sur la fin de sa vie il y reçut encore l'hospitalité des\nDelessert. Il n'est pas sans intérêt de retracer quelques épisodes de\nces parties de campagne de Jean-Jacques, d'indiquer la société, le cadre"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.4", "texte": "2\nS. I. M.\n\noù il vécut alors, au milieu de ce village à la mode qui évoque un des\ncoins les plus pittoresques de la vie mondaine au XVIIIe siècle.\nIl est probable que ce fût avec La Pouplinière que Jean-Jacques\nRousseau fit pour la première fois connaissance de Passy. On sait que ses\nrelations avec le fermier général dataient essentiellement de l'automne de\n1745, alors que M. de Gauffecourt le présenta rue de Richelieu où\nil désirait faire jouer son Opéra des M Mais avant cette date\nRousseau ne pouvait être un inconnu pour La Pouplinière ; depuis 1742\nil vivait près de M. et Mme Dupin, s'était lié d'amitié avec Dupin de\nFrancueil et s'occupait de l'éducation du jeune de Chenonceaux. Claude\nDupin et sa femme étaient des plus anciens et des plus chers amis de La\nPouplinière, longtemps avant que celui-ci fût devenu leur cousin germain\npar son mariage en 1737.1 Le fermier général ne tarissait pas d'éloges sur\nMadame Dupin, qu'il appelait un Ange, \" tant il semble en effet que sa\ncharge est d'accompagner un homme que le Ciel protège, de faire sa joye\net son bonheur partout 2\nQuand bien même Rousseau n'eût pas été présenté à La Pouplinière\nà l'un des célèbres vendredis de Madame Dupin, il avait des amis capables\nde favoriser le rapprochement. C'était d'abord ce mystérieux abbé Huber,\nde Genève, dont nous ne connaissons rien, rien si ce n'est l'admirable\npastel de La Tour à Saint Quentin, plus vivant que vingt volumes. 3\nC'était ensuite l'aimable bibliophile Capperonnier de Gauffecourt dont la\nphysionomie mérite quelque attention. Horloger de son état, il s'était\nenrichi par la fourniture des sels du Valais qui lui rapportait 20.000 livres\npar an. \" M. de Gauffecourt, dit Rousseau, était un des hommes les plus\naimables qui aient existé ; il était impossible de le voir sans l'aimer et de\nvivre avec lui sans s'y attacher tout à fait... il est impossible d'avoir une\ngaieté plus égale et plus douce, des grâces plus vraies et plus simples, des\ntalents plus naturels et cultivés avec plus de goût. Joignez à cela un cœur\n\n1 Claude Dupin avait épousé le ir décembre 1722 Louise-Marie-Madeleine de Fontaine, fille de Manon\nDancourt ; Mimi Dancourt était devenue en octobre 1737 la belle-mère de La Pouplinière.\n2 Journal du 'Voyage de Hollande. Paris, chez Simon, 1730, in 4°, p. 5.\n3 C'était, dit Rousseau, un sincère ami de La Pouplinière, qui avait voulu empêcher son mariage avec\nThérèse des Hayes. D'après la correspondance de Voltaire, Fabbé Huber mourut en 1757, laissant de nombreux\npapiers et manuscrits qui semblent avoir disparu."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.5", "texte": "J.-J. ROUSSEAU A PASSY\n3\n\naimant, mais aimant un peu trop tout le monde, un caractère officieux\navec peu de choix, servant ses amis avec zele ou plutôt se taisant 1 ami\ndes gens qu'il pouvait servir et sachant faire très adroitement ses\npropres affaires en faisant très chaudement celle d'autrui.\" Plusieurs\nlettres de Gauffecourt, conservées à la bibliothèque de Neuchâtel,\nmontrent en effet un homme très digne de sympathie, dont le style est à\nla fois simple et affectueux ; 1 il était en relations suivies avec Madame\nd'Epinay, Tronchin, Diderot \"et toute la société Holbachique \"Ne\ndisputons point contre des fagots, dit-il a Rousseau le 5 juillet 1762, et\nn'en disons point davantage : les vérités au bout du compte cessent d'être\ndes vérités et dépendent tant des circonstances et des temps. Les caté-\nchismes de tous les temps ne peuvent pas être les mêmes. \"\nCes philosophes étaient les hôtes de La Pouplinière ; homme\nd'excellente compagnie, Gauffecourt avait d ailleurs ses entrees partout ;\nil était fort naturel que son amitié avec le fermier général lui permit\nde recommander Rousseau. Cette présentation dut avoir lieu dans le\ncourant de novembre 1745 ; La Pouplinière avait l'habitude de passer\nencore le mois d'octobre dans son château de Saint Vrain, près d'Arpajon,\ncomme il le fit plus tard à Passy et ses salons ne se rouvraient qu'après\nla Toussaint.\nNous ne nous attarderons pas à la répétition des éMuses Galantes chez\nLa Pouplinière, à l'hostilité de Rameau qui prétendit ne voir en Rousseau\n\" qu'un petit pillard sans talent et sans goût \". La Pouplinière avait prêté\nson orchestre et engagé comme chanteurs Albert, Bérard et Mlle Bourbon-\nnais. Cette dernière était d'ailleurs sa maîtresse en titre à cette époque et\non l'appelait couramment \" la sultane favorite \". Il est pourtant essentiel\nde fixer un point : la répétion ne put avoir lieu, comme on le dit souvent,\nau château de Passy, puisque La Pouplinière ne le loua qu'au mois de\nmai 1747 ; elle fut donnée dans la \" salle de société \" au premier etage\nde l'hôtel, 59 rue de Richelieu. Un peu plus tard la représentation de\nPrincesse de Navarre, transformée en Fêtes de Ramire fut le prétexte de\nnouvelles difficultés avec Rameau, dont Jean-Jacques se plaint amèrement.\nRameau était peu endurant et Rousseau plus que susceptible ; le désaccord\nentre deux génies si opposés n'avait rien que de naturel et le plus eton-\n\n1 Bibl. de Neuchâtel : ms. Rousseau 7902 (dossiers alphabétiques). Gauffecourt était né en 1693 ; il ne\nfaut pas le confondre avec Jean Capperonnier, bibliothécaire du roi, mort le 1 juin 1775. Gauffecourt renonça\nà sa charge dans les salines en 1763 et passa les dernières années de sa vie à Lyon."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.6", "texte": "nant serait de constater une alliance entre eux. Le récit de Jean-Jacques,\nsouvent discuté, nous paraît très admissible. Quant à l'hostilité de Mme de\nla Pouplinière, cette \"haine\" même dont il se déclare victime, les causes\nen sont fort complexes. Avait-elle, comme l'insinuait Gauffecourt, pris en\ngrippe tous les Genevois ? la chose est difficile à prouver. Elle s'était en\ntout cas nettement déclarée pour Rameau, dont elle était l'élève et l'amie\net qu'elle craignait fort de voir supplanter danssla maison. Mais il faut ici,\ncomme toujours, chercher les raisons les plus simples : c'était l'époque où\nMme de la Pouplinière aimait passionnément le duc de Richelieu et sup-\nportait avec peine la vie conjugale ; elle était d'autre part en très\n• * \"TK /f m P t—X * • • • \\\nmauvais termes avec sa cousine M Dupin, que son mari continuait a\nvoir. L'infortuné Jean-Jacques était officiellement protégé par les Dupin et\nplaisait à La Pouplinière qui lui continua son amitié : n'étaient-ce point là\ndes motifs suffisants —et profondément féminins pour que Mme de La\nPouplinière montrât à son endroit une aversion déclarée ?\nNous retrouvons Jean-Jacques Rousseau installé à Passy pendant l'été\nde 1752 chez son ami Mussard qui l'avait invité à venir prendre les Eaux.\nIl y avait dans ce village fort apprécié des Parisiens deux établissements\nrivaux : les Anciennes et les Nouvelles Eaux. Les Anciennes Eaux, fondées\nau milieu du XVIP siècle, avaient connu leur heure de célébrité,1 mais\nen 1752 elles paraissaient supplantées parles Nouvelles Eaux Minérales,2\noù l'ingénieux abbé Le Ragois avait installé un véritable \" casino \", avec\ndes bosquets, des jeux variés, trois terrasses plantées d'ifs et de tilleuls, où\nles hôtes allaient écouter des \" sérénades \".3 C'était dans la rue Raynouard,\npendant la saison d'été, un défilé ininterrompu de promeneurs, de gens de\nservice, de carrosses pour \"les compagnies\" et de \"désobligeantes\" pour les\npetits maîtres. On admirait au passage ces villas entourées de grands jardins\nqu'habitaient des personnages illustres : le comte d'Albemarle, ambassa-\ndeur d'Angleterre et sa maîtresse, M\"e Lolotte Gaucher, M. Bertin, tréso-\n\n1 Elles se trouvaient au coin du quai de Passy et du passage des Eaux qui en tirait son nom (nûB 26-28 du\nQuai).\n2 Rue Raynouard n° 17 - 21, avec entrée de service 32 quai de Passy. L'aspect de la propriété n'a pas\nchangé depuis Rousseau. Les eaux de Passy sont ferrugineuses ; l'abbé Expilly en a donné une analyse dans son\nDictionnaire géographique, Amsterdam, 1768, in-f°, t. v. p. 584 (Cf. Em, Gerards : Paris souterrain. 1907, in-40,\np-159)- . , ...\n8 Voir sur ce point le Bulletin de la Soc. histor. d\"Auteuil et de Passy, t. I. (1894) pp. 236-238.\n\n4\nS. I. M."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.7", "texte": "J.-J. ROUSSEAU A PASSY\n5\n\nrier des parties casuelles, Charles-Maurice Grimaldi de Monaco, comte\nde Valentinois ; mais les deux plus belles propriétés étaient sans contredit\nl'hôtel de Lauzun, rue de Seine [Berton] appartenant depuis 1737 à la\nmarquise de Saissac, sœur du prince Grimberghen, et le château de Bou-\nlainvilliers, au coin de la rue des Vignes et de la rue Raynouard, où se\nsuccédaient les fêtes de La Pouplinière. Il convenait de placer dans son\ncadre réel le séjour de Jean-Jacques Rousseau et de montrer que Passy vers\n175° était bien un village peuplé de laboureurs et surtout de vignerons,\nmais un village d'opéra comique où le fermier général conviait ses hôtes\nà couronner des rosières,1 cependant qu'après boire son postillon et son\npompier rossaient copieusement les passants.2\nIl y avait pourtant au bord de la Seine quelques maisons où les âmes\nsimples goûtaient des jours paisibles et celle de Mussard était de ce\nnombre. \" M. Mussard, dit Rousseau, était un joaillier, homme de bon\nsens qui, après avoir marié sa fille unique à M. de Valmalette, fils d'un\nagent de change et maître d'hôtel du roi, prit le sage parti de quitter sur\nses vieux jours le négoce et les affaires et de mettre un intervalle de repos\net de jouissance entre le tracas de la vie et la mort. Le bonhomme\nMussard, vrai philosophe de pratique, vivait sans souci dans une maison\ntrès agréable qu'il s'était bâtie et dans un très joli jardin qu'il avait\nplanté de ses mains. \" 3 La famille Mussard était originaire de Genève,\nmais plusieurs membres paraissent s'être fixés de bonne heure à Paris.\nLe 18 décembre 1735 on enterra au cimetière des protestants Jacques\nMussard, joaillier de profession et citoyen de la République de Genève\n(42 ans), habitant quai de l'Horloge. 5 Parmi les témoins figure un\nRobert Mussard, peintre, rue de Montmorency, qui pourrait bien être le\n\n1 Le jour de la fête du village. Le bon Quillet rapporte une anecdote attendrissante où Ton voit Jean-\nJacques acheter des pommes, avenue de Versailles, pour les faire distribuer à de petits Savoyards : \" Invité par\nM. et Mme de la Pouplinière à venir dîner au château, il s'y rendit : c'était le jour de la fête de Passy. (rue\nRaynouard, devant les terrasses du château). Après le dîner on alla se promener à la foire. M. de la Pouplinière\ns'amusait à jeter de l'argent aux paysans et riait beaucoup de les voir se ruer les uns sur les autres pour le\nramasser. Jean-Jacques profita du moment où toute la compagnie était occupée de ce spectacle pour se dérober\nà la foule et chercher suivant sa coutume un lieu plus solitaire...\" (Chroniques de Passy, Paris, 1836, in-B°, I, 125)\n2 Arch. Nat. : Z2 3848 (juin 1750).\n3 Confessions, 2e partie, livre VIII (1751).\n4 Les Mussard portaient \" de gueules semé de croissans montant d'argent à un écureuil sur le tout estant\nassis et mangeant une noisette d'or. \" Au cimier, un écureuil de même que l'écu. (Cab. des Titres :\nTièces orig. 2084, n° 47434).\nSH. Vial : Le cimetilre des protestants étrangers à la porte Saint (Martin, p. 21. Bull. Soc. Hist. Protest,\nfr. mai 1902."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.8", "texte": "6\nS. I. M.\n\nMussard \" surnommé Tordgueule, peintre en miniature et un peu son\nparent que Rousseau rencontra à Turin en 1730.\nLe bonhomme François Mussard était né à Genève vers 1691 ; 1\nc'est dans cette ville qu'il avait épousé le 19 juillet 1719 Marie-Anne\nLemeignan, morte avant 175 1. Il était venu s'installer à Paris après son\nmariage ; sa fille unique, Louise-Anne-Marie Mussard épousa vers 1740\nLouis de Valmalette de Morsan, écuyer, contrôleur de la maison du Roi.\nNous ignorons à quelle époque Mussard vint habiter Passy ; sur ce\nséjour une question essentielle se pose dès l'abord : où était située\nla maison où J. J. Rousseau reçut l'hospitalité ? Le procès-verbal d'inhu-\nmation indique \" une maison au village de Passy près Paris sur le bord\nde la Seine \". Les Scellés précisent : \" une maison appartenant aux\nMinimes. \" Le couvent des Bonshommes de Chaillot ou Minimes de\nNigeon occupait au XVIIIe siècle un vaste espace compris entre les\njardins du Trocadéro, la rue Franklin, la rue Beethoven et le quai\nde Passy ; on apercevait de loin le clocher pointu de son église, lorsqu'on\nprenait la route de Paris à Versailles.2 De l'autre côté de la rue Beethoven\ns'étendaient en bordure les dépendances du monastère. Un peu plus loin,\nau milieu de l'espace compris entre la rue Beethoven et le passage des\nEaux se trouvait un vaste \" clos \" appartenant aux Pères Minimes ; c'est\nlà que s'élevait la maison de Mussard dont une façade avait vue sur la\nrivière et l'autre sur un jardin en terrasse. Une identification plus précise\nest difficile : les plans que nous avons pu retrouver sont antérieurs à 1750,\nils nous montrent simplement deux ou trois maisons dispersées dans le\nclos, dont le mur longeait le quai de Passy sur une étendue de 72 mètres\nenviron. 3 La maison de Mussard devait donc se trouver vers le n° 18 du\nquai et il faut renoncer à en chercher les traces. 4\nFrançois Mussard payait aux Minimes un loyer annuel de 850 livres;\nson bail n'expirait qu'à Pâques 1772. Au rez-de-chaussée de la maison se\n\n1 Documents consultés : Arch. Seine : Acte de décès (25 août 1755). Arch. Nat ; Procès verbal\nd'inhumation (Y 13946). Scellés Mussard (Y 13946).\nInventaire Mussard (3 sept. 1755), Minutes Hurtrelle, Me Rocagel, successeur.\n2 Le monastère fut fondé par Anne de Bretagne, la chapelle dédiée en 1578. L'ensemble subsista intact\njusqu'en 1790. Cf. Lebœuf : Hist. de la ville et de tout le diocèse de Paris. Ed. de 1883, I, 407-415 et VI,\n472-473.\n3 Arch. Nat. N 1 15. (Tlan des domaines de Vabbaye de Ste Geneviève, début du XVIIIe s.) Nll 106\n(Détail du bornage des terres entre Auteuil et Tassy : 20 décembre 1731 ; le recollement effectué le 25 novembre\n1772 [S 1544] ne mentionne pas les immeubles des Minimes.\n4 II est probable qu'elles ont été absorbées par les constructions neuves de la rue Alboni. Les vieux bâtiments\nqui existent aux premiers numéros du quai de Passy ne paraissent pas correspondre à l'emplacement cherché."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.9", "texte": "J.-J. ROUSSEAU A PASSY\n7\n\ntrouvaient la cuisine, l'office et la salle à manger ; au premier étage c'était\nle salon avec \" deux tables de trictrac, une table en cabaret peinte, une\ntable à cadrille couverte de drap vert, canapé, fauteuils de bois sculpté\nverni \" ; puis la chambre de Mussard et à côté \" une autre chambre de\nplein-pied ayant vue sur le jardin \" qui était sans doute la chambre d'ami\nréservée à Jean-Jacques Rousseau ; elle renfermait \"un lit avec ses rideaux\nde serge, un bureau antique de bois de rapport, une armoire en biblio-\nthèque de bois noir garnie de fils de laiton, une table de nuit de vieux\nbois de noyer, une chaise de canne...\" Au second étage, la chambre de la\ndUe Genotin, gouvernante. (En 1752 Rousseau nomme Mlle Duvernois),\npuis des chambres de domestiques. Partout des tableaux, des estampes\ndans leur cadre de bois doré, en haut \" onze petits tableaux, tant peints\nsur toile que sur bois représentant tant flamants que sujets de la fable dans\nleurs différentes bordures\". On voyait dans la bibliothèque 180 volumes\nin-12, in-16, 11 vol. in-40 et in-f°, ouvrages de voyage, d'histoire et sujets\nde piété, que l'inventaire évalue à 144 livres sans en donner le détail.\nVoici enfin un passage des Confessions que nos documents vont exacte-\nment confirmer : \" En fouillant à fond de cuve les terrasses de ce jardin,\nil (Mussard) trouva des coquillages fossiles et il en trouva en si grande\nquantité que son imagination exaltée ne vit plus que coquilles dans la\nnature\". Rousseau prit goût au tête à tête de Mussard avec sa conchy-\nliomanie. Je puis dire que pendant plus de six mois j'ai travaillé à son\ncabinet avec autant de plaisir que lui-même \". Laissons ici la parole à\nl'inventaire :\n\" Item en plusieurs endroits de l'appartement au premier étage de\nla d. maison et autres tant dans des médaillons que des armoires prises\ndans le mur et tiroirs cy devant inventoriés se sont trouvés une grande\nquantité de curiosités naturelles de cailloux pierres coquilles et bois pétri-\nfiés estimés le tout ensemble la somme de 300 livres. \" Ces collections\nétaient renfermées dans \" un corps de tiroirs au nombre de 17 vernis en\nvert et rouge remplis en partie de sables, une armoire à quatre guichets\nde bois en sapin, une table ronde, une encoignure garnie de différentes\npierres, plâtre, cailloux et coquilles \". On sait combien Rousseau se piquait\nd'être botaniste et quel intérêt il portait aux sciences de la nature ; il est\nfacile de l'évoquer, rangeant scrupuleusement des cailloux dans les tiroirs\nde Mussard, comme aux derniers jours de sa vie il se plaisait encore à\nglisser des fleurs entre les pages d'un herbier. Cet engouement pour la"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.10", "texte": "8\nS. I. M.\n\nconchyliologie n'était pas venu au seul Mussard : l'histoire naturelle, de\nplus en plus vulgarisée, poursuivait ses conquêtes et nombre de contem-\nporains collectionnaient les fossiles.1 Jean-Jacques trouva certainement dans\nla bibliothèque de son ami le Catalogue publié par\nGersaint en 1736 ou le docte ouvrage de Dezallier d'Argenville sur la\nlithologie (1742).\nMais c'est dans le jardin que Mussard et Rousseau passaient leurs\nplus agréables instants, 2 c'est là qu'ils devaient prendre le thé avec l'abbé\nPrévost, Mme Denis, Christine Somis, femme de Carie Van Loo, M. et MmB\nde Valmalette. Ce jardin qui suivait la pente de la colline avait 100\nmètres de long ; les terrasses en étaient ornées de \" douze vases de faïence\nà mettre les fleurs, quatre petites caisses de bois verni et vert \" et quand\nJean-Jacques se retirait dans la tonnelle du haut, pour \" barbouiller \" les\nairs du Devin,il s'asseyait sur \" un banc à quatre places en vieux bois\nverni et vert Au dessous, dans le rocher, s'ouvrait une cave qui conte-\nnait \" soixante bouteilles remplies de vin commun cru du pays\"; les vignes\nau reste n'étaient pas loin ; elles couvraient entre les jardins les flancs\nensoleillés du coteau et derrière le château de Boulainvilliers elles s'éten-\ndaient jusqu'au Bois de Boulogne ; quand \" l'homme de la Nature \"\nrevenait le matin chez Belamy, successeur de Le Ragois, avant de des-\ncendre le pittoresque passage des Eaux qui le ramenait chez Mussard, il\npouvait se retourner et contempler d'un œil attendri les vignerons à\nl'ouvrage.\nNous n'insisterons pas sur les distractions connues de Jean-Jacques,\nsur les duos de flûte et de violoncelle qu'il devait jouer avec Mussard, sur\nleur admiration commune pour les Opéras bouffes que tous deux avaient\nvus en Italie. Après 1752 les Confessions ne mentionnent plus \" la char-\nmante retraite \" où Rousseau coulait de si paisibles moments. Du reste le\nbonhomme était bien malade d'une tumeur à l'estomac et après de\nlongues souffrances il s'éteignit à Passy le 24 août 1755. En sa qualité\nd'étranger et de protestant, il fut inhumé au cimetière de la rue de Bondy,\nsuivant la procédure ordinaire :3 \" Veu le procès verbal je n'empesche pour\n\n1 Cf. D. Mornet : Les sciences de la nature en France au XVIIe s'ûcle. Paris, 1911, in-16, p. 7.\n2 Mussard avait fait des plantations et changements au jardin, des agrandissements aux bâtiments. Il ne\nparaît pas, comme le dit Jean-Jacques, qu'il ait fait construire sa maison, mais \"il s'était engagé à finir un\nbâtiment par luy commencé dans le coin de la cour de la d. maison de Passy à gauche en entrant. \" Cette cour,\nassez vaste, séparait la villa du quai de Passy.\n3 Ce cimetière placé derrière le théâtre actuel de la Porte Saint Martin, avait été inauguré en 1724 ; l'entrée\nen était 15 rue de Bondy ; en 1762 il fut transféré rue Grange aux Belles."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.11", "texte": "J.-J. ROUSSEAU A PASSY\n9\n\nle Roy le cadavre dudit François Mussard estre inhumé nuitamment sans\nbruit scandai ny apareil dans le cimetière des Etrangers à la porte Saint\nMartin et estre enjoint aux officiers du guet et de police de prester main\nforte si besoin est et en sont requis, fait le 24 aoust 1 Moreau.\"\nRousseau, de retour de Genève, était alors à Paris ; peut-être eut-il\nà cœur de suivre ce triste convoi.\nMussard laissait une belle fortune à Mmo de Valmalette qui avait\nreçu une dot de 100.000 livres. Un mariage sensationnel permit bientôt\nà Rousseau de ne pas perdre de vue la famille de son ami : le 23 mai\n1757 Louise-Charlotte-Françoise de Valmalette, petite-fille de Mussard,\népousa Louis-Marie-Marc-Antoine Boutinon de Courcelles, beau-frère de\nLa Pouplinière ; la cérémonie eut lieu par les soins du fermier général,\ndans la chapelle du château de Passy ; la jeune femme recevait en douaire\nle magnifique château de Courcelles-le-Roi qui avait appartenu à\nDancourt, ancêtre de son mari.\nAinsi, par une heureuse coïncidence, Rousseau pouvait chez La\nPouplinière évoquer avec des amis tous les vieux souvenirs de Mussard.\nDepuis la rupture de 1740 ses relations avec le fermier général sont\npourtant assez espacées et difficiles à reconstituer ; il est probable que le\nsuccès du Devin et la querelle des Bouffons rapprochèrent les deux\nhommes. La Pouplinière s'était déclaré ouvertement pour les Bouffons et\nrecevait le parti des philosophes. Son neveu, M. du Perché, raconte ainsi\nun dîner auquel il assista pendant l'été de 1753 :\n\"Je me souviens d'un dîner qui fut fort gai et fort amusant : il y avait assez\nbonne compagnie et en outre gens à talents, Marmontel et autres, quelques femmes\nd'esprit, Jean-Jacques Rousseau et le médecin Tronchin si connu alors par sa\nréputation.\nCe jour-là Mademoiselle Coraline, belle, aimable, fort gaie, de l'esprit, connue\nde tout Paris et très bonne actrice à la Comédie Italienne, vint demander à dîner à\nmon oncle qui la fit placer entre Jean-Jacques et Tronchin.1 La conversation fut\n\n1 La Pouplinière avait fait la connaissance de Tronchin en Hollande en 1731. Anne-Marie Véronèse, dite\nCoraline, était la fille de Charles-Antoine Véronèse, dit Pantalon, et de Lucie-Perrette Speretti; née vers 1730,\nelle débuta le 6 mai 1744. En 1753 Coraline était la maîtresse d'Honoré-Camille-Léonor Grimaldi, duc de\nValentinois, puis prince de Monaco depuis 1733, qui lui accorda, le 29 décembre 1753, 3.000 livres de rente\nannuelle et viagère. Un autre amant, le prince de Conti lui acheta le marquisat de Silly. Elle mourut rue\nSte Apolline le 6 février 1782, laissant une maison importante et une nombreuse domesticité. (Arch. Nat. Y"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.12", "texte": "10\nS. I. M.\n\ndes plus amusantes, beaucoup de plaisanteries.... et on fut se promener dans le\nparc après avoir entendu la musique au dessert \".1\nQuelques mois plus tard Rousseau publiait sa\nqui provoqua d'âpres discussions chez La Poupliniere meme. Un exem-\nplaire de cet ouvrage conservé à la Bibliothèque de l'Universite de Stock-\nholm, porte la dédicace suivante dont notre éminent collègue M. Hen-\nnerberg veut bien communiquer le facsimilé.\"\nDes années s'écoulent ensuite sans que nous retrouvions le nom de\nRousseau parmi les familiers de La Pouplinière. Au printemps de 1762\nJean-Jacques envoie Emile au fermier général qui lui accuse réception de\nson livre par cette intéressante lettre que nous croyons publier pour la\npremière fois :2\nA Monsieur Rousseau à Montmorency près Paris\nPassy, 6 juin 1762\nJ'ay bien des grâces à vous rendre Monsieur, vous m'avez envoyé un ouvrage\nfait non pas pour la france seulement, mais pour les nations, je ne scais pas si la\nlecture excitera au peuplement, il faudroit je crois avant toutes choses dénaturer un\npeu l'humanité en général, elle est incapable aujourd'huy de sentir le prix de vos\nconseils parce qu'elle est trop civilisée ce que nous apellons les barbares en profite-\nroient beaucoup mieux que nous ; il n'ont que des semences de passions nous en\navons nous autres les fruits tout amers tout indigestes qu'ils sont c'est un aliment\nqui nous plaist au travers de ces crudités et que nous ne changerions pas pour un\nautre, tout ce que l'on peut faire c'est d'admirer la profondeur de vos réflections\nde convenir avec vous que rien ne seroit plus utile ny plus avantageux que de les\n\n11598). Elle avait, disent les frères Parfaict \" une figure charmante, beaucoup de vivacité, de gaieté et de volubi-\nlité Cf. Campardon : Comédiens du roi de la troupe italienne. 1880, 11, 187-197.\n1 Extrait de Mémoires inédits\n8 Bibl. de Neuchâtel. MS. Rousseau 7902 (Autogr.)"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.13", "texte": "J.-J. ROUSSEAU A PASSY\n11\n\nmettre en pratique, mais que le chemin que la race humaine a fait la met hors\nd'état de s'en occuper elle a dit-on mangé du gland il luy faut aujourd'huy des\naloyaux à la braize et des carpes à la Chambord, elle a été sous des cabanes il luy\nfaut des palais il luy faut des superfluités de toute espèce et tous les moyens pour en\nacquérir sont devenus bons et familiers, en cet état que peuvent devenir des enfans\nqui ne naissent que du plaisir des pères et que les mères par bienséance sont dans\nl'usage receu d'abandonner à la première femme de campagne qu'on luy ameine.\nil faut je crois que la révolution naturelle des choses nous tasse repasser dans\nnotre premier état de barbarie, alors on nous écoutera, on sentira l'utilité de nos\nleçons et votre livre deviendra l'instruction généralle pour les pères et les mères.\nil feroit bien la mienne aujourdhuy si j'estois dans ce cas, mais dieu mercy je\nn'ay point à me faire les reproches que je fais aux autres.\nje vous renouvelle mes remerciemens et suis de tout mon cœur Monsieur\nvotre très humble et très obéissant serviteur\nPar retour du courrier J. J. Rousseau envoie la réponse qu'il convient\nde reproduire ici :\nMontmorency 8 juin 1762\nNon, Monsieur, les livres ne corrigent pas les hommes, je le sais bien ; dans\nl'état où ils sont, les mauvais les rendraient pires, s'ils pouvaient l'être, sans que\nles bons les rendissent meilleurs. Aussi ne m'en imposai-je point en prenant la\nplume sur l'inutilité de mes écrits, mais j'ai satisfait mon cœur en rendant hommage\nà la vérité. En parlant aux hommes pour leur vrai bien, en rendant gloire à Dieu,\nen arrachant aux préjugés du vice l'autorité de la raison, je me suis mis en état, en\nquittant la vie, de rendre à l'auteur de mon être compte des talents qu'il m'avait\nconfiés. Voilà, Monsieur, tout ce que je pouvais faire ; rien de plus n'a dépendu à\nmoi. Du reste j'ai fini ma courte tâche, je n'ai plus rien à dire et je me tais.\nHeureux, Monsieur, si bientôt oublié des hommes et rentré dans l'obscurité qui\nme convient, je conserve encore quelque place dans votre estime et dans votre\nsouvenir.\nLa date de cette lettre est impressionnante : c'est le 9 juin 1762 que\nle Parlement condamna Emile à être brûlé de la main de bourreau ; le 8\nau soir, quelques heures sans doute après la lettre, le prince de Conti\nfaisait dire à Rousseau qu'il était décrété de prise de corps et la maréchale\nde Luxembourg l'engageait à fuir au plus vite.\n%\n% *"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.14", "texte": "12\nS. I. M.\n\nA partir de ce moment commencent les années errantes et misérables\nde Jean-Jacques Rousseau ; La Pouplinière meurt le 5 décembre 1762,\nles philosophes se dispersent ; seule Madame Dupin, dont la noble\nvieillesse brave les temps et les malheurs de famille, continue à recevoir\nle vendredi, fidèlement. Nous retrouvons encore une fois Rousseau à\nPassy dans les années plus calmes qui suivirent son installation rue\nPlâtrière. A Yverdun, en 1762, il avait fait la connaissance de Mme Boy\nde la Tour, nièce de son vieil ami Roguin ;la fille aînée de Mme Boy de\nla Tour \" âgée d'environ quinze ans, l'enchanta par son grand sens et son\nexcellent caractère Quelques années plus tard Madeleine Boy de la Tour\népousa Etienne Delessert, premier d'une dynastie connue à Passy. 1\nM. Delessert racheta le domaine des Nouvelles Eaux, rue Raynouard, et\nen fit une propriété particulière ; l'établissement était en pleine décadence,\nautant que les Anciennes Eaux. M. Delessert accueillait Jean-Jacques\navec \" la tendre amitié \" que lui témoignaient sa femme et sa belle\nmère ; pendant l'été de 1772 le philosophe vint, dit-on, s'installer quai\nde Passy, dans un pavillon dépendant des Eaux (probablement le n° 30\naujourd'hui) ; il enseignait la botanique à la fille d'Etienne Delessert, en\nse promenant sous les vastes ombrages de ce parc qu'il avait vu autrefois\nrempli d'une foule bigarrée et galante ; il allait revoir sans doute, à\nquelques pas de son nouveau logis, le jardin où Mussard et lui avaient\nconnu des heures si douces.\nMais déjà Passy se transformait ; il suffit de comparer le cadastre de\n1731 avec celui de 1772, pour remarquer les maisons nouvelles et les\nmodifications des jardins. De ces lieux animés par la présence de Jean-\nJacques quelques souvenirs subsistent encore : les Anciennes Eaux ont\ndisparu tout récemment et l'on a vu s'écrouler leurs pavillons où s'abri-\ntèrent tant d'amours ; le jardin de Mussard n'est plus que la cour d'une\nmaison neuve ; un seul pan de mur en ruines représente les communs du\nchâteau de La Pouplinière ; mais les Nouvelles Eaux restent intactes\njusqu'au jour prochain de leur lotissement ; que sur leurs nobles terrasses\net dans la solitude de leurs vieux arbres les amis du passé se hâtent encore\nde chercher les pas rêveurs du citoyen de Genève.\n\nGeorges Cucuel.\n\n1 Ce mariage fut célébré le 9 octobre 1766. Cf. les Lettres inédites deJ.-J. Rousseau. (Correspondance\navec Mme Boy de la Tour), publiées par H. de Rothschild, Paris, 1892, in-B°. Nous sommes peu renseignés sur\nce dernier séjour de Rousseau à Passy."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.15", "texte": "LA GRANDE SAISON ITALIENNE DE 1752\nLES BOUFFONS\n\n(ISuite) !\nReprésenté pour la première fois à Naples sur le théâtre S. Bartolomé,\navec YaÂdriano in Stria de Pergolèse, le 25 octobre 1734, le nouvel inter-\nmède était un véritable Protée. On en avait entendu de nombreuses\nversions, sous des titres extrêmement variables : Livietta e Tracollo, La\nContadina astuta, Tracollo, La Finta 1 et on a dit que l'auteur\nen était Tommaso Mariani.3\nLa pièce n'est qu'une mauvaise farce : Tracollo, Purgon ignorant, a\ntué Fabio, père de Livia et s'enfuit, déguisé en Polonais, avec la justice\nà ses trousses, mais sans oublier de faire la cour à Livia. Puis, le voilà en\nastrologue, feignant la folie, vaticinant et pérorant. L'apothicaire Sulpizio\nle reconnaît et le traite de coquin, malgré son nom mirobolant de\nChiaravalle di Milano. Il avoue à Livia que la mort de son père n'est\nimputable qu'à une étourderie qu'il déplore, et Livia, bonne fille, lui\npardonne.\nTout cela respire la plus complète incohérence ; aussi trouva-t-on\n\n1 Voir S. I. M. du 15 juin.\n2 Wotquenne, Loc. cit., I, p. 439.\n3 Radiciotti, Loc. cit., p. 106. Voici le titre du livret parisien : Tracollo {Medico ignorante, fer\ncMusica, In due Atti, Da representarsi in Parigi nel Teatro delV Opéra, Tanno 1753. Paris, Delormel, 1753\n(Bib. de l'Opéra)."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.16", "texte": "14-\nS. I. M.\n\nl'action \" mal cousue \". Mais la musique la sauvait. 1 L'ariette \" Vi sto\nben \"du lerIer acte, dont les paroles sont d'ailleurs de Goldoni, l'air célèbre\n\" Ecco il povero Tracollo \" 2 à l'expression si touchante, et le duo final\n\" Vado, vado \" reçurent les plus vifs applaudissements. Au 2e acte, les\nconnaisseurs s'extasiaient sur le câlin \" Caro perdona mi \" 3 et sur le duo\n\" A quella che t'adora 4\nL'édition française de la musique fut faite par les soins de Cosimi\nqui jouait, auprès delà troupe des Bouffons, le rôle de directeur artistique;\nCosimi dédiait son Tracollo à la duchesse d'Orléans, protectrice en France\nde la musique italienne. L'ouverture manque ; quant à la pièce, elle\nprésente d'importantes variantes par rapport à la du\nConservatoire de Naples, car, dans cette dernière, Tracollo se déguise en\nPolonaise, sous le nom de Baldracca, et le choix des airs n'est pas le\nmême. 5 En outre, la version napolitaine ne comporte pas le personnage\nde Sulpizio.\nD'unanimes éloges allaient à la Tonelli ; mais on se montrait plus\nréservé à l'égard de Manelli. Cosimi, sous les traits de l'apothicaire\njouait avec beaucoup d'intelligence, malgré son \" peu de voix \". A partir\ndu 19 juin, deux nouveaux intermèdes vinrent remplacer Tracollo, le\nChinois et la Bohémienne. Tous deux réussirent pleinement.6\nIl Cinese rimpatriato,7 que le livret parisien qualifie de Diuertimento,\nne comprend qu'un acte et comporte seulement trois personnages ; les\ndeux sœurs Tonelli jouaient respectivement les rôles d'Argèse et d'Aglé\net Manelli tenait celui de Vessore. C'est un simple marivaudage,\nentre le jeune Vessore de retour à Pékin, après un voyage en Europe,\net la belle Argèse, à laquelle Vessore parle le langage occidental, en lui\noffrant de la poudre à la maréchale et de l'eau de senteurs.\nEcrite par Giuseppe Selleti8, là musique témoigne de grandes\n\n1 La partition gravée à Paris se trouve à la Bib. du Conservatoire : Tracollo, Intermède, En deux actes Del\nSignor Tergolesi, Représenté par VAcadémie Royale de (Musique en (May 1753, Dédié à S. A. S. (Madame la\nDuchesse d'Orléans. Aux adresses ordin. in 40 obi. On remarquera que le titre n'est pas identique à celui du\nlivret. L'exemplaire porte la signature de Cosimi.\n2 Publié dans les Gloires d'ltalie, n° 18.\n3 Publié dans la Cronaca musicale de Pesaro (janvier, 1910).\n* (Mercure, juin 1753, p. 157.\n5 Voir Radiciotti, Loc. cit., pp. 106 et suiv. et la deuxième partie de cette étude.\n6 (Mercure, juillet 1753, p. 17°.\n7 II Cinese rimpatriato, Tïivertimento scenico, Da representarsi in Parigi nel Teatro delV Opéra, Vanno 1753.\nParis, Delormel, 1753. (Bib. nat. Yth. 50148). Durey de Noinville, pp. 301, 303.\n8 Selleti ou Sellitu serait né à Rome vers 1720, d'après Fétis, mais un ms. de la Bib. de Vienne le qualifie"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.17", "texte": "Portrait de mademoiselle Anna Tonelli"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.18", "texte": "LES BOUFFONS\ni 5\n\nqualités de finesse et de malice qui n'avaient pas échappé aux Parisiens\nde 1753. L'air qu'Argèse chante avec Aglé \"Mi sta d'incanto celui de\nVessore \" Già colmo di piacere \" où il peint le ravissement de son âme,\nles répliques d'Argèse \" Io sono una donzella \" 1 et \" Zerbinotti d'oggi \"\nfurent interprétés de façon satisfaisante par la Tonelli et par Manelli.2\nEn tête du Divertimento,on avait placé une ouverture de Jommelli,\nqui vise sans doute à la chinoiserie.3\nLa Zingara ou la Bohémienne, inscrite sur l'affiche en même temps\nau II Cinese, ne dut pas seulement son succès à la remarquable musique de\nRinaldo di Capua, mais encore au sujet que le déclare \" assez\nplaisant \".4\nOn ignore l'auteur de cette bouffonnerie toute classique, avec son\nvieil avare Calcante, auquel la bohémienne Nisa, secondée par son frère\nTagliaborse, joue les tours les plus pendables. Nisa vend à Calcante un\nours, lequel n'est autre que Tagliaborse et, sous couleur de bonne aven-\nture, elle lui annonce qu'elle l'épousera. L'ours s'échappe en emportant\nla bourse de l'avare. Alors, Nisa conjure l'Averne pour retrouver les\nducats du bonhomme, et ne les lui rend qu'en échange de sa main.8\nCosimi publia la musique, et la dédia à un italianisant de qualité, le\ncomte de Clermont. 6 Mais Rousseau, alléché par le succès de la Zingara,\net aussi par celui de son édition de la Serva , voulut en donner\nune du nouvel intermède, ainsi qu'il ressort d'un manuscrit de la Biblio-\nthèque de Neuchâtel, publié par M. Jansen, et où Rousseau s'efforce de\n\nde Napolitain. (Eitner, IX, pp. 135, 136). La Bib. nat. possède un recueil intitulé : A rie e Tïuetto T>el Cinese.\nIn-f° oblong. (Vm.4 528).\n1 Cet air a été publié chez Lemoine et on l'a inséré dans le {Maure de {Musique de 1755, (traduction\nfrançaise), sous les paroles \" La pudeur qui me guide \".\n* lMercure, juillet 1753, p. 170. Durey de Noinville. Loc. cit., pp. 304, 308.\n3 C'est la 2• du Premier recueil de 6 symphonies de différents auteurs italiens du Conservatoire de Bruxelles\n(X. 8178).\n4 çMercure, juillet 1753, pp. 170-171- Durey de Noinville, Loc. cit., pp, 304-308.\n5 Le livret publié à Paris en 1753 est intitulé :La Zingara, Intermezzo per musica,, In due Atti, T>a\nrepresentarsi in Parigi, nel Teatro delV Opéra, Vanno 1753. (Bib. nat. Yth. 50847. Bib. de 1 Opéra).\n6 Grimm, dans le \"Petit Prophète de Boehmischbroda, dit à Manelli :\"Et je mettrai des Bourbons àta\ndroite et des Bourbons à ta gauche et ils te protégeront .Il désigne ainsi la duchesse d Orléans et le comte\nde Clermont. (Chap. XVIII).\n2"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.19", "texte": "16\nS. I. M.\n\njustifier auprès des puristes de 1753 la scène de l'ours, que d'aucuns\nestimaient attentatoire à la majesté de l'Opéra.1\nNous connaissons, par le Mercure, les passages qui parurent les\nmeilleurs : au lerIer acte, \" Che orror ! \" et le duo final \" Amore, o che\ndiletto ! \", ainsi que l'air de la bonne aventure qui fut gravé au pied du\nportrait de la Tonelli ; au 2e acte, la scène d'incantation, et l'air sérieux\n\" Voce lugubre \", avec le martellement fatidique des basses, le chœur\npuissant \"O dell Egitto \" et l'étourdissant trio final \" Ogni tromba\nL'air en si majeur \" Si caro ben sarete \" qui, au dire du , fut\najouté à la partition, apporte une preuve de l'extrême acuité de la voix\nde la Tonelli. Quant à celui du 2e acte, qui commence par \" E specie\ndi tormento \", il est écrit sur des paroles de Métastase. 2\nDans une parodie du Joueur, jouée à la Comédie italienne, en juin\n1753, Mme Favart imitait la Tonelli, et le 30 juillet, Dauvergne faisait\nreprésenter ses Troqueurs, conçus \" dans le goût purement italien. \" C'est\ndire à quel point se fortifiait l'impression produite par les Bouffons.3\nLe dimanche, 23 septembre, ils donnaient ensemble deux nouveaux\nintermèdes, les Artisans de Qualité et la 4 arrichiti,\nintermède en deux actes à cinq personnages, sans nom d'auteur0, développe\nune action tintamarresque qui, par certains côtés, s'apparente au Bourgeois\ngentilhomme. Le vieux cordonnier Pamcone a decouveit un tresoi, et cette\ntrouvaille affole ses enfants. Du coup, son fils Sfrappa se croit chevalier,\ntandis que sa fille Ciana joue à la grande dame et exige qu'on l'appelle\n\"Excellence\". Un faux noble, fils d'un serrurier, Sgrana, aspire à sa\nmain, cependant que Sfrappa montre quelque tendresse à Fiammetta, la\nsœur de l'aventurier. Tout finit par des mariages.\nLa musique était de Gaetano Latilla. Nous en connaissons l'ouver-\nture (Ré majeur), écrite pour quatuor, hautbois et deux cors 6 :\n\nIA. Jansen : J. J. Rousseau ah {Musi^er,pp. 464.-465.\n1 Sur la Zingara,voir l'article que Ph. Spitta a consacré à Rinaldo di Capua dans le\niMuiUuoissenschaft, 1887, déjà cité.\n3 (Mercure, septembre 1753, p. 179- Ms. de {Munich (du ir au 15 août 1753, 1 16), (Loc. cit.).\n4 tMercure, octobre 1753, p. 171. Durey de Noinville, pp. 309-311.\n5 Gli Artigiani arrichiti, lHterme'X/xJo per {Musicu, eut) 0\nl'anno 1753. Paris, Delorniel, 1753, Bib. de l'Opéra.\n6 Bib. du Conservatoire. Copie ms. portant la griffe de Francœur."}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.20", "texte": "LES BOUFFONS\n17\n\nDe la partie vocale, la Bibliothèque nationale possède un air de Panicone\n\" Cavaglier delli stivali qui ne figure pas dans le livret, ainsi que l'air\n\"Se mai perdete \" de la scène 4 du 2 e acte \\ Mais, l'intermède est un\npasticcio, car l'air sérieux \" Scieglier fra mille du lerIer acte, semble\nprovenir du Temistocle de Léonardo Léo 2. Le lerIer acte se termine par un\nduo et le 29 par un chœur. Dans l'interprétation, on remarquait, particu-\nlièrement, la signora Lepri, qui \" avait beaucoup brillé \".3\nL'autre intermède associé aux Artisans, la ne\nréussit pas, et fut remplacé, le 16 octobre, par Dans sa\nLettre d'un symphoniste de V Opéra a Rousseau\nraconte que Bambini prépare un nouvel ouvrage qu'il s'agit de faire\ntomber : \" Dans cette vue, écrit-il, je me suis adroitement insinué chez\nle sieur Bambini, sous le prétexte d'amitié, et comme le bonhomme ne\nse défiait de rien, il m'a, sans mystère, montré son intermède. Le titre en\nest L'Oise deiise anglaise,et l'auteur de la musique est un certain Jommelli \".6\nRousseau vise évidemment ici le Paratajo ou Parataglio qui se passe\nà Richmond, près de Londres. On peut alors se demander si cette pièce\nne se confond pas avec l'Uccellatrice, intermezzo per musica del Signor\nNicolo Jommelli, qui fut représentée à Venise, au théâtre S. Samuele,\nen 1750, de concert avec Imeneo in Atene, et dont la Bib. nat. possède\nune copie manuscrite. 6 Nous connaissons la partition complète du Para-\ntajo ; elle se trouve en copie moderne au Conservatoire de Bruxelles.7\nOr, de la comparaison de ces deux pièces, il résulte que le Paratajo de\n1753 ne contient que quatre airs de X Uccellatrice de 1750, et, encore, ces\nairs ne sont-ils pas placés de la même manière dans les deux intermèdes.\nL'ariette \" Ecco che viene \", par exemple, figure au 2e acte du 'Paratajo\net au iw de l'Uccellatrice.\nRemarquons, en passant, que, dans son ouvrage sur Jommelli, M. Abert\ns'est trompé en mettant au compte du Paratajo de 1753 l'insuccès de la\n\n1 Bib. nat. Vm4 892.\n* Conserv. de Bruxelles. Litt. Q. N 0 4370. Temistocle fut joué à Florence en 1738-1739.\n3 La Signora Lepri chanta à Lyon, en décembre 1757. (L. Vallas, La {Musique à Lyon au XVIIIe siècle,\nP- 88')\n4 {Mercure, novembre 1753, p. 169. Durey de Noinville, Loc. cit., pp. 311, 316. Le livret du Paratajo\na pour titre : Il Taratajo, Intermezzo per {Musica in due Atti, Da representarsi in Tarigi, nel Teatro delV Opéra\nI*anno 1753. Paris, Delormel. Il y a 4 personnages.\n5 Rousseau. Œu<v. complètes, 111, p. 544. (Edit. Furne), Sur Jommelli, consulter M. Abert, Niccolo Jom-\nmelli als Opernkomponist (1908).\n6 Bib. nat., Vm4 529.\n7 II Parataglio, Intermède en deux actes, copie ms. in f°. (Conserv. de Bruxelles, Litt. K. 2184)."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.21", "texte": "18\nS. I. M.\n\nTipée, parodie jouée en 1756. Le texte du manuscrit de Munich qu'il\ncite à cet égard était cependant de nature à empêcher toute confusion. 1\nLe sujet du Paratajo développe le thème classique de l'avare berné.\nArgone ne veut pas marier sa pupille Clarissa. Avec l'aide de Fille,\ndéguisée en oiselière, celle-ci prend Argone dans les filets tendus pour la\npipée et ne le délivre qu'à la condition qu'il consentira au mariage sou-\nhaité et qu'il livrera son testament.\nNous n'insisterons pas sur la musique dont M. Abert a donné une\nanalyse détaillée. En dépit de son titre d'intermède, le Paratajo est un\nvéritable opéra-buffa. 2\nAvec Bertoldo in Corte,qui apparut le 9 novembre 1753, la troupe\nde Bambini cueillait de nouveaux lauriers. \" Cet intermède a beaucoup\nréussi, rapporte le éMercure, et c'est peut-être de tous ceux qu'on a donnés\njusqu'ici, celui qui a eu le succès le plus général et le plus marqué. \" 3\nLe poème, dû à Goldoni,4 présentait un réel intérêt, et on trouvait\nque \" l'action offre assez de jeu de théâtre \" : Un modeste paysan, nommé\nBertoldo, a été appelé avec sa famille à la cour du prince Emilio. Celui-ci\nne tarde pas à devenir amoureux de Betta, la femme de Bertoldo ; ainsi,\nle trouble se met partout, dans le ménage du prince et dans celui du\npaysan, et Bertoldo, fuyant le luxe dont on l'entoure, regagne son village\noù il retrouvera le bonheur. a\nCinq des chanteurs de la troupe de Bambini, dont Catarina Tonelli,\nsous le déguisement du jeune Cacasenno, fils de Bertoldo, paraissaient au\ncours de la pièce, dont la musique ne doit pas être attribuée au seul\nVincenzo Ciampi, ainsi que semble le faire croire le livret. 6 Non seule-\nment, en effet, bertoldo in Corteconnut les nombreux avatars qu'a décrits\n\ni Puisque le ms. parle de traduction, et qu'en outre, le passage reproduit par M. Abert s'applique à\nl'année 1756 et non à l'année 1753. ((Ms. de (Munich,f° 161 :du 15 janvier au février 1756.\nVoir Abert, Loc. cit., pp. 414, 415.\na L'ouverture du Paratajo se trouve au Conservatoire parmi les symphonies de Jommelli de la collection\ndu marquis de la Salle, et aussi dans le Recueil du Conservatoire de Bruxelles qui porte la cote X. 8178.\nM. Mennicke l'attribue à J. A. Hasse et la donne comme celle de 1 (1744) de ce musicien. C. Mennicke,\nHas se und die Bruder Graun als symphoniker,p. 513.\n3 iMercure, décembre 1753, I, p. 173.\n4 Wiel, Spinelli et Salvioli attribuent le livret à Goldoni. La ire représentation eut lieu en 1749, au théâtre\nS. Giustiniani di S. Moise, de Venise. Voici le titre du livret parisien :\nMusica, In due Atti, T>a representarsi in Parigi nelTeatro dell' 1753. Paris, Delormel, 1753. (Bib.\nde l'Opéra et Conserv. de Bruxelles).\n4 Cf. Durey de Noinville, Loc. cit.,pp. 3x7, 318.\n6 Legrenzio Vicenzo Ciampi naquit aux environs de Plaisance vers 1719. Il se rendit à Londres en 1748\net y donna plusieurs opéras. (Eitner, 11, p. 440)."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.22", "texte": "LES BOUFFONS\n19\n\nM. Sonneck,1 et qui prouvent l'instabilité chronique à laquelle de perpé-\ntuelles interpolations condamnaient les intermèdes bouffes, mais encore\nil offre des caractères nettement marqués de pasticcio. Le «sMercure,\nd'ailleurs, assurait qu'on avait ajouté à la musique de Ciampi \" plusieurs\nariettes de différents maîtres\", et l'auteur du manuscrit de Munich,\nprécisant davantage, écrivait i \" On y a adapte des ans de Léo qui y\nfont grand effet. \" 2\nDans l'ensemble, le résultat obtenu par ces adaptations fut couronné\nde succès 5 quelques—unes des ariettes étaient declarees sublimes .On\ncitait parmi les plus belles Quando s incontrano , Quando seiito\nspirarmi 55 et c 4 Ahi, ahi ! du 1 acte, c A îiveder , applaudi avec\ntransport cc Cosi fugge c spaventosa ,etcc La donna onoiata du 2 ,\nainsi que le trio et le cjuatuor terminent respectivement chacun des\nactes.3\nNous connaissons deux des airs de Léo qui prirent place dans\nBertoldo; le premier est \"Grandi, e ver son \" (icr acte) tiré de\npiade, le second \" Quando sento spirarmi , est parodie du be mai senti\nspirarti sul volto \" de la Glemenzci di paioles de IVÎetastase.\nreusement, la partition n'a pu etre retrouvée, et on en est îeduit, poui\ninventorier d'autres airs de Bertoldo à se servir des parodies françaises qui\nsuccédèrent aux intermedes italiens. C est ainsi que 1 ariette Quando\ns'incontrano \" passa dans Bertholde a la Ville de mars 1754 (Opéra-\nComique de la Foire S' Germain), sous les paroles \" Quand le hasard\nensemble \",5 que \" A riveder ritorno \" se glissa dans la même parodie\net devint \"Le ciel va rendre à mes vœux \", que \" Maledetti quanti\nsiete \" s'introduisît successivement dans Bertholde a la ville et dans Ninette\nà la cour de Favart (février 1755), enfin, que l'ariette \" Ahi, ahi ! \" îigura\naussi dans Ninette à la cour,sous la forme, \" Ahi, ahi \"! il m'a fait grand\n1 5 > 6\nmal, _\nAjoutons que la Bibliothèque nationale possède l'air \" lo so quel\nche costumano\" qui appartient aux versions de Venise, Brunswick et\n\n10. G. Sonneck, Ciampi's\" Bertoldo, Bertoldino e C Favart's \" (SMI. M. G.\njuillet-septembre 1911).\n3 {Ms. de [Munich, f° 61 (du 15 novembre au ir décembre 1703)- Loc. cit.\n® Mereure,décembre 1753, I, p- *74-\n4 A. Wotquenne. Catalogue,ll, p. 194.\n6 Ibidem! i! pi 384. L'air \" Maledetti quanti siete \" a été publié dans les Gloires d'ltalie, n° 11."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.23", "texte": "20\nS. I. M.\n\nFerrare, mais qui disparut de celle de Paris1 et que l'ouverture de\nBertoldose trouve au Conservatoire de Bruxelles ;2 de sorte que le maté-\nriel inventorié comprend deux airs de Léo, quatre airs parodiés et l'ou-\nverture.\nTous les contemporains s'accordent pour vanter 'Bertoldo in Corte ;\nl'écho du succès remporté par cet intermède se propagea même en\nprovince, puisqu'un académicien de Lyon, M. Montucla, écrivait de\nParis à ses collègues, en janvier 1754 : \" quoique jouée\n25 fois de suite, se soutient toujours à peu près comme le premier jour.\nJe l'ai vue 12 à 15 fois, et toujours avec un nouveau plaisir, car c'est une\nmusique presque divine \".3\nAu dire du é\"Mercure, l'interprétation était digne de l'ouvrage :\nGuerrieri faisait des progrès, MUe Tonelli, la cadette, dans le rôle du petit\nCacasenno, et la signora Lepri, chantaient avec finesse et franchise.\nA en croire Clément et Laporte, \" les Bouffons, dont le départ était\narrêté donnaient Bertoldo pour leurs adieux \". Le succès de cet intermède\naurait engagé la Ville à les garder jusqu'à Pâques, mais on résolut de les\ncongédier à la S* Martin. 4\nDe son côté, l'auteur du manuscrit de Munich écrit en janvier 1754\nque \"le règne des Bouffons est près de finir \", et, au début de février, il\ndonne cette intéressante explication : \" Le renvoi des Bouffons italiens\nayant été décidé, Mme la Duchesse l'a suspendu, en obtenant qu'il leur fût\npromis de représenter Le Voyageur,comédie en trois actes, qu'ils avaient\npréparée \". 5 Ainsi, Le Voyageur [I Vin'aurait vu le feu de la\nrampe que grâce à l'entremise de la princesse.\nLa première eut lieu le 12 février 1754, et le sans vouloir\nciter toutes les ariettes qui méritèrent des applaudissements, se borne à\nformuler un jugement d'ensemble : \" Nous pouvons seulement dire qu'il\nn'y en a presque pas une seule qui n'ait été trouvée bien faite, et que\nplusieurs d'entre elles sont de la première force. \" 6 Collé se montre plus\nsévère et prétend que les antibouffonnistes déclarèrent la pièce mortelle-\nment ennuyeuse. 7\n\n1 Bib. nat. Vm.7 7263.\n2 Cons. de Bruxelles. Recueil de Symphonies déjà cité.\n3 L. Vallas. La musique à Lyon au XVÎÎÎe siècle, p. 183.\nAnecdotes dramatiques, I, pp. 149, 150.\n{Ms. de (Munich, f° 88 (du ier février au 15 fév. 1754). (Loc. cit.)\nIMercure, mars 1754, p. 180. Durey de Noinville, Loc. cit.f pp. 319, 320.\nCollé. Journal historique, I, p. 397."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.24", "texte": "LES BOUFFONS\n21\n\nL'intrigue roule sur l'infidélité supposée de Sigismondo que l'extra-\nvagant Giramondo a entraîné en un lointain voyage en lui faisant croire\nque son amante Emilia l'a délaissé. On rencontre dans le livret, qui reste\nanonyme, mais qui contient beaucoup de vers de Goldoni, un passage écrit\nen allemand. C'est l'air de Fiammetta au troisième acte : \" Schône\nJungfrau 1\nDe cet intermède attribué à Léo, la musique a disparu ; le lerIer acte\nse termine par un quatuor, le second contient un chœur et un trio, enfin\nle troisième se clôt par le chœur \" Io gia sento \". Seule, l'ouverture a\nsurvécu.2 Elle débute ainsi :\nMoins d'un mois après leur apparition, disparurent de\nl'affiche. \" Les Italiens, rapporte le qui, depuis environ 18 mois\noccupaient, tantôt une, tantôt deux et quelquefois trois fois la semaine,\nle théâtre de l'Opéra y jouèrent pour la dernière fois le jeudi 7 mars. \"3\n\" Bon voyage \", crie Collé aux Bouffons.\n*'Platée de Rameau remplaça les intermèdes, au grand désespoir de\nleurs partisans : \" Platée,disaient-ils, comparé au a paru\ninsipide et froid ; on l'a presque déserté \".4 D'après le manuscrit de\nMunich, les Bouffons auraient reçu leur congé quelques jours après qu'on\nleur eût demandé de préparer un nouvel intermède \".5 II semble donc\nqu'une grande indécision se soit manifestée à leur égard ; on alla d'ater-\nmoiements en atermoiements ; on fixait une date pour leur départ,\npuis le jeu des coteries et des influences la faisait modifier. Contant\nd'Orville prétend que les Italiens quittèrent Paris devant l'indifférence\ngénérale qui, peu à peu, succéda à l'enthousiasme du début : \" les\nBouffons s'aperçurent qu'il était temps de se retirer ; ils ne luttèrent\npoint contre leur destinée et repassèrent précipitamment les monts. \"6\nD'autre part, Collé épanche un peu de fiel, et assure que \"la haine que\n\n1 I Viaggiatori, Intermezzo per (Musica, in Tre Atti, Da representarsi in Parigi, nel Teatro delV Opéra\nlyanno 1754. Paris, Delormel, 1754. (Bib. de l'Opéra). Il y a 5 personnages.\n* Cons. de Bruxelles. Recueil X. 8178.\n3 lMercure, avril 1754, p. 179.\n4 {Ms. de {Munich, f° 92 (du 15 février au ier mars 1754), Loc. cit.\n5 Ibid.y f° 99.\n6 Contant d'Orville. Histoire de VOpéra bouffon, I, pp. 11, 12, 35, 36."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.25", "texte": "22\nS. I. M.\n\nl'on portait aux Bouffons vint confirmer le triomphe de la reprise de\nCastor et Pollux. 1\nQuoiqu'il en soit, le départ des Bouffons ne fut pas provoqué par le\nsuccès de Ti ton et V Aurore de Mondonville, qui remonte au mois de\njanvier 1753 ; il ne le fut pas davantage par une \" ordonnance royale\nainsi que l'avance sans preuves M. Font. 2 Les Italiens partirent, sans\ndoute, parce que le traité qui réglait les conditions de leur séjour à Paris,\nséjour dont ils avaient outre passé la durée de plus d'un an, ne leur laissait\naprès son expiration, qu'une situation précaire, soumise au bon plaisir de\nla Ville et aux fluctuations de l'opinion, et peut-être aussi, comme\nl'insinue Contant d'Orville, parce qu'ils se sentaient en butte à la sourde\nhostilité des Comédiens italiens. Venus pour quelques mois, les Bouffons\nen restèrent près de vingt dans la capitale. Au lieu de protester contre\nune \" expulsion \" différée de jour en jour, on eut été, semble-t-il, plutôt\nen droit de s'étonner de ne les voir jamais quitter la place. L'extrême\ntolérance, dont on usa à leur égard, est, d'ailleurs, la preuve de l'impres-\nsion puissante que leur campagne fit à Paris.\nAu demeurant, tout était bouffon dans leur affaire. Rousselet, l'im-\nprésario éconduit, ne s'avisa-t-il pas, le 1 2 mars 1754, de faire opposition,\nentre les mains du caissier de l'Opéra, de Neuville, au paiement des\nsommes dues à la troupe de Bambini ? Sans tenir compte de l'arrêt royal\nqui annulait son traité de 1752, il réclamait contre le défaut d'exécution\nde celui-ci, et demandait le versement du dédit de 2000 livres qui y était\nstipulé.3 Le Prévôt des Marchands mit fin à cette comédie, en adressant\nune requête au roi qui, par arrêt du conseil d'Etat, en date du 26 avril\n1754, déclara nulle et non avenue l'opposition de l'entêté directeur. 4\n\nLionel de la Laurencie.\n\n1 Collé. Loc. cit., I, p. 391.\n2 A. Font, Loc. cit., p. 262.\n3 Rousselet avait adressé, dans ce but, un Mémoire imprimé au Comte d'Argenson\n4 Arch. nat. E. 2335, fos 99 et suiv."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.26", "texte": "LES IDÉES DE ROUSSEAU SUR LA MUSIQUE\n\n1\n\" Le charme et le feu des caractères sensibles\". Comme ces mots\nsont évocateurs et comme ils portent bien leur date ! Ne contiennent-ils\noas le meilleur de Rousseau ? Cette sensibilité ardente ou attendrie que\nhauteur de la Nouvelle Héloïseintroduit dans notre littérature, il la\nréchauffe et l'exalte par la musique. Pour lui, la musique est, dans son\nessence, une effusion de l'âme, une confidence passionnée.\nIl ne lui conteste pas le pouvoir de suggérer les images du monde\nextérieur : \" elle peint tout, même les objets qui ne sont que visibles ; par\nun prestige presque inconcevable, elle semble mettre l'œil dans l'oreille 2\nIl admet toutes les descriptions musicales et déclare même que, pour la\ncomposition d'un opéra, le musicien habile aura profit à visiter l'atelier\ndu peintre qui brosse les décors. \" Non seulement il agitera la mer à son\n\n1 Voir le numéro du 15 juin.\n2 Dictionnaire, art. Imitation."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.27", "texte": "24\nS. I. M.\n\ngré, excitera les flammes d'un incendie, fera couler les ruisseaux, tomber\npluie et grossir les torrents ; mais il augmentera l'horreur d'un désert\naffreux, rembrunira les murs d'une prison souterraine, calmera l'orage,\nrendra l'air tranquille, le ciel serein, et répandra de l'orchestre une\nfraîcheur nouvelle sur les bocages 1 Mais qu'on ne s'y trompe pas :\nc est encore une sorte de discours personnel, l'expression mélodique d'un\nsentiment, qui forme l'essentiel de ces descriptions. A ce propos Rousseau\nanalyse avec une rare finesse et une parfaite clarté le principal procédé de\n1 impressionisme musical : \" Que toute la nature soit endormie, celui qui\nla contemple ne dort pas, et l'art du musicien consiste à substituer\na 1 image insensible de l'objet, celle des mouvements que sa présence\nexcite dans l'esprit du spectateur ; il ne représente pas directement\nla chose, mais il réveille dans notre âme le même sentiment qu'on éprouve\nen la voyant 2 Même pour évoquer les bruits de la nature, qui pourtant\nparaissent susceptibles d'une imitation directe et presque absolue, un\nchant est nécessaire, la seule harmonie est insuffisante. \" Le tonnerre, le\nmurmure des eaux, les vents, les orages sont mal rendus par de simples\naccords. Quoi qu'on fasse, le seul bruit ne dit rien à l'esprit, il faut que\nles objets parlent pour se faire entendre ; il faut toujours, dans toute imi-\ntation, qu'une espece de discours supplée à la voix de la nature. Le\nmusicien qui veut rendre du bruit par du bruit se trompe ;... apprenez-lui\nqu il doit rendre du bruit par du chant a Ainsi donc, que le chant\nexprime les impressions du musicien devant le spectacle qu'il contemple,\nou bien l'ame même des objets de la nature, la musique reste tou-\njours, dans son fond, un discours mélodique qui traduit une émotion.\nSi la mélodie est l'essence de la musique, c'est parce qu'elle seule est\ncapable d'exprimer les affections de l'âme ; \" l'énergique tableau des\nmouvements de l'âme de celui qui se fait entendre est ce qui fait le vrai\ncharme de ceux qui l'écoutent \". Cela est particulièrement vrai dans le\nchant de la voix humaine, ou \" les accents de la mélodie, appliqués\na ceux de la langue \", forment \" le lien puissant et secret des passions\navec les sons \". 4 La seule musique digne de ce nom est la musique\n\" imitative \" (entendez : expressive), qui \" cherche à émouvoir ses\n\n1 lbid.y art. Opéra. La même phrase se retrouve dans Y Essai sur V origine des langues ch. XVI.\n2 Ibid.\nEssai sur l origine des langues, ch. XIV. Il semble bien que Rousseau méconnaisse ici la valeur suggestive\nde l'harmonie pure, conçue comme une atmosphère.\n4 La Nouvelle Héloîse, partie I, lettre 48."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.28", "texte": "LES IDÉES DE ROUSSEAU\n25\n\nauditeurs par des effets moraux \" 1 et qui a son origine première dans les\nintonations touchantes de la voix passionnée. Il y a bien une autre espèce\nde musique, toute formelle, qui \" bornée au seul physique des sons\net n'agissant que sur le sens, ne porte point ses impressions jusqu'au cœur,\net ne peut donner que des sensations plus ou moins agréables. Telle est la\nmusique des chansons, des hymnes, des cantiques, de tous les chants qui\nne sont que des combinaisons de sons mélodieux, et en général toute\nmusique qui n'est qu'harmonieuse 2 Mais c'est là un genre de musique\ninférieur, dont tous les chants ne font que développer et paraphraser d'une\nmanière agréable les accords fournis par la science harmonique. Or, de\nmême que \" la peinture n'est pas l'art de combiner des couleurs d'une\nmanière agréable à la vue, la musique n'est pas non plus l'art de combiner\ndes sons d'une manière agréable à l'oreille. S'il n'y avait que cela, l'une\net l'autre seraient au nombre des sciences naturelles et non pas des beaux\narts. C'est l'imitation seule qui les élève à ce rang\nL'harmonie et la mélodie s'opposent entre elles comme le \" physique \"\net le psychologique. \" L'harmonie est une cause purement physique ;\nl'impression qu'elle produit reste dans le même ordre ; des accords ne\npeuvent qu'imprimer aux nerfs un ébranlement passager et stérile,\nporter aux sens une impression agréable, et rien de plus. Mais les accents\nde la voix passent jusqu'à l'âme ; car ils sont l'expression naturelle des\npassions, et en les peignant, ils les excitent \" Le plaisir que donne l'har-\nmonie \" n'est qu'un plaisir de pure sensation \" ; celui que nous cause la\nmélodie \" est un plaisir d'intérêt et de sentiment \".5 L'harmonie livrée à\nelle-même ne saurait être expressive, car elle \" ne fournit aucun principe\nd'imitation par lequel la musique... se puisse élever au genre dramatique ou\nimitatif, qui est la partie de l'art la plus noble et la seule énergique\".6 \"De\nquoi l'harmonie est-elle signe, et qu'y a-t-il de commun entre des accords\net nos passions ? \" 7 II en est de la musique comme de la peinture, où\nl'intérêt principal réside dans le dessin. Le passage où Rousseau rapproche\n\n1 Dictionnaire, art. Composition.\n9 Ibid., art. Musique.\n1 Essai sur Vorigine des langues, ch. XIII. A rapprocher des théories de Diderot sur la peinture.\n4 Examen de deux principes avancés par M. Rameau. (Œuvres, éd. 1781, Genève, in-40, p. 528-529 du\nvolume sur la musique).\n5 Dictionnaire, art, Unité de mélodie.\n6 ibid. art. Harmonie. Comme on l'a vu, il admet le pouvoir expressif de l'harmonie quand elle sert à pré-\nciser et à renforcer l'effet de la mélodie (v. art. Expression).\n7 Essai sur Vorigine des langues. ch. XIV."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.29", "texte": "2 6\nS. I. M.\n\nles deux arts est trop représentatif de l'esthétique du temps pour qu'on\npuisse le passer sous silence. \" Comme les sentiments qu'excite en nous la\npeinture ne viennent point des couleurs, l'empire que la musique a sur\nnos âmes n'est point l'ouvrage des sons. (Entendez : des sons considérés\nen eux-mêmes et dans leurs rapports purement physiques). De belles cou-\nleurs bien nuancées plaisent à la vue, mais ce plaisir est purement de\nsensation. C'est le dessin, c'est l'imitation qui donne à ces couleurs de la\nvie et de l'âme, ce sont les passions qu'elles expriment qui viennent émou-\nvoir les nôtres, ce sont les objets qu'elles représentent qui viennent nous\naffecter. L'intérêt et le sentiment ne tiennent point aux couleurs ; les traits\nd'un tableau touchant nous touchent encore dans une estampe ; ôtez ces\ntraits dans le tableau, les couleurs ne seront plus rien. La mélodie fait\nprécisément dans la musique ce que fait le dessin dans la peinture : c est\nelle qui marque les traits et les figures, dont les accords et les sons ne sont\nque les couleurs\".1\nOn voit par là combien les musiciens qui considèrent surtout dans\nla musique \" l'action de l'air, et l'ébranlement des fibres, sont loin de\nconnaître en quoi réside la force de cet art. Plus ils le rapprochent des\nimpressions purement physiques, plus ils l'éloignent de son origine, et plus\nils lui ôtent aussi de sa primitive énergie. En quittant l'accent oral et\ns'attachant aux seules institutions harmoniques, la musique devient plus\nbruyante à l'oreille et moins douce au cœur \". 2 Quand Rousseau parle de\nces compositeurs physiciens, c'est surtout Rameau qu'il vise. Les positions\nrespectives de l'un et de l'autre apparaissent ici plus nettement que jamais.\nTous deux se réclament de la nature ; mais ce même mot ne représente\npas pour tous les deux les mêmes choses. Pour Rameau, la nature, ce sont\nsurtout les lois physiques de la résonnance et de l'harmonie. Pour Rousseau,\nc'est presque uniquement la passion humaine s'exprimant par les accents\nde la mélodie.\nAussi affirme-t-il que le son n'est pas ce qui nous touche le plus dans\nla musique. Le son n'est guère qu'un signe ; ce qui nous intéresse avant\ntout, c'est le sentiment qu'il exprime. \" Des suites de sons ou d'accords\nm'amuseront un moment peut-être ; mais pour me charmer et m'atten-\ndrir, il faut que ces suites m'offrent quelque chose qui ne soit ni son, ni\naccord, et qui me vienne émouvoir malgré moi\". C'est ce que l'on n'a\n\n1 ibid.ch. XIII.\n* ibid.ch. XVII."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.30", "texte": "LES IDÉES DE ROUSSEAU\n27\n\npas compris, \" dans ce siècle où l'on s'efforce de matérialiser toutes les\nopérations de l'âme \".1 \"Le chef-d'œuvre de la musique \" est donc \"de\nse faire oublier\", et de jeter à tel point \"le désordre et le trouble dans\nl'âme du spectateur \", qu'il arrive à ne plus \" distinguer les chants tendres\net pathétiques d'une héroïne gémissante, des vrais accents de la douleur\".2\nPourtant, le souci de l'expression vraie ne doit pas nous faire perdre\nde vue \" que le charme de la musique ne consiste pas seulement dans\nl'imitation, mais dans une imitation agréable \", et qu'il est difficile de\n\" toucher le cœur si l'on ne plaît à l'oreille 311 y a malgré tout quelque\nchose de plus dans le chant que la simple intonation du sentiment ; sinon,\nla déclamation suffirait, et la musique serait inutile. \"Le chant mélodieux\net appréciable n'est qu'une imitation paisible et artificielle 4 des accents de\nla voix parlante ou passionnée; on crie et l'on se plaint sans chanter: mais\non imite en chantant les cris et les plaintes\". Le grand art du compositeur\nconsiste précisément à donner des sentiments une traduction qui soit à la\nfois aussi vraie et aussi musicale que possible. Alors sa musique plaira à\nl'oreille par le charme de la mélodie et touchera le cœur par les accents\nde la nature. Elle sera comprise par tous les hommes et non plus seule-\nment par une élite de connaisseurs. \" Les beautés purement harmoniques\nsont des beautés savantes, qui ne transportent que des gens versés dans\nl'art ; au lieu que les véritables beautés de la musique, étant de la nature,\nsont et doivent être également sensibles à tous les hommes savants et\nignorants 5\nAinsi la plus belle musique est celle qui, tout en formant des chants,\nexprime les passions les plus spontanées et les plus ardentes. \"II n y a que\nles passions qui chantent ; l'entendement ne fait que parler \".6 On bannira\ndonc autant que possible de l'opéra les récits, les discussions, les maximes\nsentencieuses, les jeux d'esprit, les madrigaux, \" en un mot, tout ce qui\nne parle qu'à la raison,... et tout ce qui n'est que des pensées\".7 Il suffit\nd'avoir fréquenté un peu les théâtres lyriques pour savoir \" combien ce\nseul mot addio peut exciter d'attendrissement et d'émotion dans tout un\n\n1 lbid.y ch. XV.\n* Dictionnaire, art. Opéra.\n3 art. Expression.\n4 Entendez surtout : réalisée par F art en prenant la nature pour modèle. Ibid. art. Chant.\nb ibid. art. Harmonie.\n6 ibid. art. Accent.\n7 ibid. art. Opéra."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.31", "texte": "28\nS. I. M.\n\nspectacle 'V C'est là ce qu'on appelle la musique : mot qui\ndevait faire fortune, et qui figure déjà dans le de Rousseau\navec la définition suivante : \" genre de musique dramatique et théatral,\nqui tend à peindre et à émouvoir les grandes passions, et plus particulière-\nment la douleur et la tristesse \". Il pourra arriver parfois que le musicien\nait à exprimer \"le dernier emportement des passions\", l'agitation la plus\ndésordonnée et la plus terrible ; dans ce cas, il usera selon sa fantaisie de\ntous les moyens dont il dispose, il emploiera, s'ils sont nécessaires, les\nprocédés les plus insolites, les mesures les plus rapides jointes aux accords\nles plus durs. Mais qu'il prenne garde. Avec une sagesse inattendue,\nRousseau lui signale les dangers d'une véhémence intempérante: \"si vous\nn'êtes bouillant et sublime, vous ne serez que baroque et froid ; jetez vos\nauditeurs dans le délire, ou gardez-vous d'y tomber : car celui qui perd\nla raison n'est jamais qu'un insensé aux yeux de ceux qui la conservent,\net les fous n'intéressent plus \".2\nCette musique pathétique, comment se forme-t-elle ? Elle est la\ncréation mystérieuse du génie, qui, par une sorte de divination, découvre\net fixe \" l'accent passionné, sans que l'art puisse, en aucune manière,\nen donner la loi \".3 Et qu'est-ce donc que le génie ? \" C'est ce feu\nintérieur qui brûle, qui tourmente le compositeur malgré lui, qui lui\ninspire incessamment des chants nouveaux et toujours agréables, des\nexpressions vives, naturelles et qui vont au cœur ; une harmonie pure,\ntouchante, majestueuse, qui renforce et pare le chant sans l'étouffer \".4\nLe génie est la forme la plus éminente de la sensibilité, la qualité musicale\npar excellence, cette \"disposition de l'âme qui inspire au compositeur\nles idées vives dont il a besoin, à l'exécutant la vive expression de ces\nmêmes idées, et à l'auditeur la vive impression des beautés et des défauts\nde la musique qu'on lui fait entendre \".u\nLa principale fonction du génie est de trouver le sujets c'est-à-dire\nle thème, l'idée essentielle de l'œuvre musicale, et, autant que possible,\nde trouver un sujet assez caractéristique et assez riche pour engendrer de\nlui-même la plupart de ses développements, sans que l'art et le aient\ntrop à intervenir. L'idéal serait de composer l'œuvre tout entière d'un\n\n1 ibid. art. Duo.\n2 ibid. art. Expression.\ns ibid. art. Pathétique.\n4 ibid. art. Compositeur.\n5 ibid. art. Sensibilité."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.32", "texte": "LES IDÉES DE ROUSSEAU\n29\n\nseul trait, d'un seul coup de génie, à la façon de ces improvisations que\nles grands artistes tirent de leur esprit et trouvent sous leurs doigts en\npréludant sur l'orgue ou sur le clavecin. Les Italiens seuls y sont parvenus\nquelquefois dans ce qu'ils appellent des morceaux di prima intenzione,\n\"Un air, un morceau diprima intenzione, est celui qui s'est formé tout\nd'un coup tout entier et avec toutes ses parties dans l'esprit du composi-\nteur, comme Pallas sortit toute armée du cerveau de Jupiter. Les\nmorceaux di prima intenzione sont de ces rares coups de génie dont toutes\nles idées sont si étroitement liées qu'elles n'en font, pour ainsi dire,\nqu'une seule, et n'ont pu se présenter à l'esprit l'une sans l'autre \". Ce\nsont eux surtout qui causent \" ces extases, ces ravissements, ces élans de\nl'âme qui transportent les auditeurs hors d'eux-mêmes \". Quand on vient\nd'entendre une œuvre de cette espèce, on a de la peine à supporter \" un\nde ces airs décousus, dont toutes les phrases ont été composées l'une après\nl'autre, ou ne sont qu'une même phrase promenée en différents tons, et\ndont l'accompagnement n'est qu'un remplissage fait après coup Il y a\ndans ces créations brûlantes du génie une exaltation et une ivresse\nsemblable à celle qui animait les chanteurs du dithyrambe antique.\nRousseau aime cette ivresse, qui lui paraît supérieure à la raison. Ce qu'il\ndit du chant consacré à Dionysos pourrait symboliser toute son attitude\nd'esprit : \" Il ne faut pas demander si nos littérateurs modernes, toujours\nsages et compassés, se sont récriés sur la fougue et le désordre des\ndithyrambes. C'est fort mal fait, sans doute, de s'enivrer, surtout en\nl'honneur de la divinité ; mais j'aimerais mieux encore être ivre moi-même,\nque de n'avoir que ce sot bon sens qui mesure sur la froide raison tous\nles discours d'un homme échauffé par le vin \".2\nEst-il besoin de remarquer combien toutes ces idées sont voisines de\nla conception romantique de l'art musical ? Certaines font songer à\nl'effusion passionnée de Beethoven, d'autres aux transports frénétiques de\nBerlioz. Il est assez curieux que ce romantisme avant la lettre ait son\npoint de départ dans la musique italienne, et surtout qu'il se soit manifesté\nà propos des petits intermèdes importés par les Bouffons. Mais nous\navons vu que la musique italienne à laquelle songe Rousseau, celle qui\nl'émeut et le ravit, c'est précisément celle que les Français ne connaissent\npas et qui est avant tout expressive et véhémente. D'ailleurs, cette\n\n1 ibid. art. Trima V. aussi les art. Sujetf Goût. Préluder.\n2 ibid. art. Dithyrambe."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.33", "texte": "3°\nS. I. M.\n\nmusique, il la transfigure encore par l'exaltation de sa sensibilité et\npour les besoins de sa méditation passionnée. Il l'entend au travers du\ntrouble qu'il porte en lui ; il y ajoute un sens plus profond. Et elle prend\nainsi des résonnances nouvelles ; elle devient la compagne obligée de\nla rêverie romantique. C'est elle qui découvre au fond de la tristesse\nle délice de la mélancolie. C'est à elle que Saint-Preux devra recourir\ndans l'excès de son désespoir, quand toute conversation, toute parole\nlui serait insupportable : \"La musique remplira les vides du silence, le\nlaissera rêver, et changera par degrés sa douleur en mélancolie 1\nTelles sont les principales idées que Rousseau a eu l'occasion d'ex-\nprimer à propos de la musique. On voit que, dans leur abondance un peu\nmêlée, elles ne sont pas indignes d'attention. J'ai tenu, aussi souvent\nque je l'ai pu, à leur conserver l'expression même qu'il leur a donnée,\nd'abord parce qu'il eût été difficile d'en trouver une meilleure, et aussi\npour permettre à ceux qui ne parlent que de l'ignorance de Rousseau de\nfaire un peu connaissance avec ses écrits.\nCe n'est pas que je veuille dissimuler toutes ses insuffisances et toutes\nses inaptitudes en matière musicale. Elles sont réelles, et j'en ai déjà\nsignalé quelques-unes. Il est certain que Rousseau a méconnu la puissance\nde suggestion de l'harmonie livrée à elle-même et agissant pour ainsi dire\nen dehors de la mélodie, comme un fond de paysage qui prédispose l'âme\nà des impressions déterminées. C'est cette conception de l'harmonie qui\nfait la grande originalité de son adversaire Rameau. Et, à certains égards,\nil peut paraître étonnant que Rousseau, qui était si vivement ému par la\ncontemplation des spectacles de la nature, soit resté insensible aux effets\nde l'harmonie descriptive.\nDe plus, le sens de la musique polyphonique lui échappe presque\ncomplètement. Non seulement il a de la peine à la lire, et rien ne lui\n\" a plus coûté dans l'exercice de la musique que de sauter ainsi légèrement\nd'une partie à l'autre et d'avoir l'œil à la fois sur toute une partition \".2\nMais il n'a aucun plaisir à l'entendre : on a vu ce qu'il pense des chœurs,\n\n1 La Nouvelle Hélëise, partie 11, lettre 9. (De Milord Edouard à Julie).\n1 Confessions, Partie I, livre V. Il est question du chœur de Jephté, l'opéra de Montéclair."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.34", "texte": "LES IDÉES DE ROUSSEAU\n31\n\nqui pour lui ne sont guère autre chose qu'un \" bruit \" plus ou moins\nagréable. Quant au quatuor vraiment digne de ce nom, il le considère\ncomme impossible, \" parce que dans tout accord il n'y a que deux parties\ntout au plus qui fassent chant et que l'oreille puisse distinguer à la fois ;\nles deux autres ne sont qu'un pur remplissage, et l'on ne doit pas mettre\nde remplissage dans un quatuor 1\nEnfin, ce qui est plus grave, il ne comprend rien, ou à peu près, à\nla musique purement instrumentale. Il est vrai qu'il a vivement senti la\npuissance expressive de l'orchestre dans la musique dramatique, comme\nle prouvent son goût pour le récitatif obligé et le rôle qu'il assigne a la\nmusique dans son Pygmalion ; il reprochera même à Lulli, à propos du\nmonologue d 'Armide,d'avoir \" fait un silence qu'il n'a rempli de rien,\ndans un moment où Armide avait tant de choses à sentir, et, par consé-\nquent, l'orchestre à exprimer \". 2 Mais la sonate et la symphonie lui\nrestent fermées ; il n'y voit guere que de la musique \" purement harmo-\nnique et il ne saisit pas comment elles peuvent \" s'élever au rang des\narts d'imitation \". Ce qu'il entend par musique, c'est presque uniquement\nla musique vocale, la romance ou l'air d'opéra. \" La parole est le\nmoyen par lequel la musique détermine le plus souvent l'objet dont elle\nnous offre l'image, et c'est par les sons touchants de la voix humaine que\ncette image éveille au fond du cœur le sentiment qu'elle doit y produire.\nQui ne sent combien la pure symphonie dans laquelle on ne cherche qu'à\nfaire briller l'instrument, est loin de cette énergie ? Toutes les folies du\nviolon de M. Mondonville m'attendriront-elles comme deux sons de la\nvoix de Mademoiselle Le Maure ? La symphonie anime le chant, et ajoute\nà son expression, mais n'y supplée pas \". 3 Par son incompréhension de la\nmusique pure, Rousseau rappelle d'une manière inattendue le bon Lecerf\nde La Viéville, effaré devant les sonates d'ltalie. Il ne sait pas \" ce que\nveulent dire tous ces fatras de sonates dont on est accablé \", et il reprend\nà son compte la célèbre boutade de Fontenelle : \" Sonate, que me\nveux-tu ? \".\nCes inaptitudes le rendent naturellement injuste pour la musique des\nFrançais et pour l'originalité de leur conception artistique, pour leurs\nadmirables trouvailles dans le domaine de l'harmonie, pour leurs sympho-\n\n1 Dictionnaire, art. Quatuor.\n2 Lettre sur la musique française.\n1 Dictionnaire, art. Sonate.\n3"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.35", "texte": "32\nS. I. M.\n\nnies descriptives, pour leurs chœurs grandioses, et même, dans l'ardeur de\nla polémique, pour les airs charmants qui avaient enchanté sa jeunesse.\nEst-ce à dire, comme on l'a prétendu, qu'il ait arrêté l'essor de la musique\nfrançaise et qu'il l'ait fait dévier de sa direction naturelle ? Ce serait à\ntout le moins reconnaître l'importance de la personnalité de Rousseau\ndans notre histoire musicale. Mais ce serait aussi exagérer l'influence que\npeut avoir une personnalité sur le développement de l'art. Le mouvement\nde pensée que Rousseau représente correspond à une crise générale de\nl'âme française. Cela est vrai de la littérature, et des mœurs : cela est\négalement vrai de la musique. L'opéra comique de Grétry sera le pendant\nnaturel de la peinture de Greuze et des théories dramatiques de Diderot.\nVoilà pourquoi, malgré ses erreurs et ses insuffisances, Rousseau a\njoué un si grand rôle dans l'histoire de notre musique : c'est qu'il repré-\nsente les secrètes aspirations de son temps. Il parle de la musique avec\nun langage nouveau, comme lorsqu'il parle de Dieu ou de l'amour ; mais\nil s'adresse à des âmes disposées à l'entendre. On l'accuse de n'être pas\nFrançais: qu'on refuse donc le nom de Français à tous ceux qui l'ont\nsuivi avec enthousiasme dans sa rêverie aventureuse. Est-ce bien com-\nI\nprendre la France, ou même bien l'aimer, que de prétendre la définir\ntout entière une fois pour toutes ? La passion des \" cœurs sensibles \" ou\ndes romantiques, pour ne point parler de celle des révolutionnaires, a été\nen son temps aussi française que la raison élégante du XVIIe siècle\nclassique. C'est cette passion qui circule dans toute l'œuvre de Rousseau\net qui donne à ses écrits sur la musique leur aspect le plus original. C'est\nelle qui le rend fanatique de la mélodie jaillie comme un cri et expression\nd'un état d'âme lyrique. Par là, il se sépare nettement de Rameau pour\ns'orienter dans une direction tout autre, où il rencontre Gluck, et où\napparaîtra plus tard Berlioz. Quoi qu'on puisse penser de son attitude et\nde ses tendances, bien qu'on ait le droit d'être sévère pour ses erreurs, il\nserait injuste de ne pas voir en lui, dans le domaine de la musique\ncomme dans beaucoup d'autres, un des plus féconds remueurs d'idées qui\naient jamais existé.\n\nPaul-Marie Masson."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.36", "texte": "J. J. ROUSSEAU\nROMANCE TIRÉE DES CONSOLATIONS\nDES MISÈRES DE MA VIE\ncl £mma>\nsbradiutc Je> l'CLsUjfloLà de,*J\\/L-i_\nL 'c'&énerncnt qui fait le jTyet de ce/te Romance*, est arrive à Boives dans l'Torkshire e/v Angleterre . Le\nnom rlu jeuns fwmm* eioit fVriXJ hj.d'On, et ce In vde la^hle, HCultO/? . fis etoient dw ineme\n<*t de la ?tisme condition, mats d cneyale. / e pere do fPru/htstfn-, vieillard riche et uxtérasse\n/rutTÙT avec le mépris Je plus insultant la belle Rallion, lorsrpjJH sut qu'elle a&ott le eoeur de son fils *\n(\\ jeune- homme tomba malade et mourut huxt jours aprts . de denuer jour de sa maladif, H olrtmt\nvotr sa- maîtresse., qin, de reùrttr elle, entendant la, déclic, rpie sonnoit la- mort- de son,amant, s ecrxa, sue-\nyfon ceeur se de'chrrott et earptra . Le Registre de la Paroisse porte qu'ils sont morts d'amour et ç&ilf ont M''\ninhumes dans la rnsme tombo le 16 mars 1714 Nota de l'Editeur"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.37", "texte": "34\nS. I. M,\n\n2\nPar sa beauté, par sa sagesse ,\nEmma sans le savoir\nLanguir les garçons de tendres*&,\nEt les filles de desespoir\nPar ha%ard s'offrit a la belle\nEdvrn dont le simple regard\nD'une ardeur chaste et mutuelle\nDe voit toucher un cœur sansJiaf><d/>\n<3\nEmma/ ne\\J~ut point/ oflensee\nDes va?us d'un ameuvt ingénu;\nCar il n'avoit point de pensée-\nQu'il dut cacher a la verdie.\nMais un pere avare' et sauva\nRefiise a l'amané écoute'\nC/ *\nUne fille sans appartage^\nQui 71 a pour dot que sa heszute/,\n4\nA l autorité paternelle\nQue rien Jic> s cuir oit désarmer t\nEdvuv iw s oit \" être rebelle\nMeus ne pouvait cesse?' d'aunes* ■\nCe pauvre amant passe, repasset\nNon chey Emitui t mais tout autour.\nSurprend un coup d'aril, voit- la place\nQu'elle air o soit de pleurs , d'amour\n5\nSouvent la nuit, au clair de Lune\nL'entend près de l'humble jardin ,\nLamenter leur ti'iste iijfortune\nJusques à l \\uibe du matin\nPientôt cet état qui l'oppresse/\nJamais se voir, toujours s'aimer;\nDans l'insomnie et la tristesse\nAchevé de le consumer\nC\nEdvu\\,sous lesyeucc de> sonpere\nLanguit, malade ail ht de vxorb •\nCet homme alors\" se désespéré\nEt voudrait réparer' son tort\nC est trop tardi le Ciel cjue j implore\ndit ledits, me*r jours ;\nMais laissez îtioi revoir ena>re\nCe fie ijue j aimerai toujours ,\n7\nEmma vient, le cauir plein de/ Lirnus\nAuprès du/ lit de> son amant,\nEt voyant périr tant des charmes,\nTomlre/ sans voissans mouvement,\nOrv les séparé : E dtoin se pâme/\nCherchant de l'œil sa cliere/ Emma/,\nComme s'il/voulait/ rendre l'aine/,\nDans lac bras de c& cpuil aima .\n8\nAprès sa/ longue defaißanee/f\nRendue cui/joiu\\ mais sans espou'\nE mma garde un profonds silenee t\nEt/ s 'ens retourne vers le sov•\nPassant/ le long d/'uji/ cunetlere/,\nEfle entend Vois eau, de la/ mat;\nPuis fraversant une bruyei'C, ,\nCroit> voir iuie ombre/ qiu/ la, suit).\nS>\nAdieu, luv dit> la, voix mourante/\nDe b'ombre/ attaeliee a, ses pas :\nLors elle erUaul toute tremblante'\nLa cloche qui sonne un tr&paj•.\nElle arrtv& au foit so-luaire/,\nFrappe a, la>porte avec effroi,.\nC en estJedl, dit-elle, o ma nierez,\nEt de mon amant et de moi),\n10\nA ces mots, au seuil de la porte,\nOu sa mere l'appelle en vain t\nDans ses bras Emma tomba morte,\nMorte d'amour pour son Ednun\nCes amants reposait ensemble,\nMorts l'un }>our ! autre au niemejour\nEt la tombe a jamais l'assemble\nCeux iju& devait unir l'amour »"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.38", "texte": "Afin de mieux comprendre les explications données dans l'article\nprécédent S. I. M. du 15 mars dernier voici les échelles harmo-\nniques que nous avons enregistrées au cours des expériences faites sur les\nquatre principales cloches de la Cathédrale de Montpellier.\n%\nIe Cloche : son prédominant La1? faisant 106 v-d.\n2e Cloche : son prédominant Si \\ faisant i2O v-d."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.39", "texte": "36\nS. I. M.\n\n3e Cloche : son prédominant ut \\ 2, faisant 13 5 v-d.\n4e Cloche : son prédominant mi 2, faisant 160 v-d.\nUn autre mode de vibration.Le gong chinois, par son mode particulier\nde vibration, vient justifier celui des cloches. La calotte —ou cerveau\nqui forme la partie supérieure de la cloche, produit un nœud à son centre\nqui favorise deux modes de vibrations : l'un provenant du rebord ou\npince et l'autre de la partie médiane ou faussure. De là deux\néchelles différentes d'harmoniques comme nous venons de le voir. Pour le\ngong, la partie vibrante est plane et ne détermine qu'un centre de vibra-\ntions ; d'où une seule échelle prépondérante d'harmoniques, dont le son\nprédominant est un harmonique d'octave très aigu et non\n\"une dominante de ce fondamental, comme dans les cloches. Le lerIer gong que\nnous avons expérimenté, pèse 11 kilos et a om,si de diamètre. Nous avons\ninscrit 26 har. : 5 inférieurs et 20 supérieurs. L'échelle inférieure est\nreprésentée par le son fondamental,mii>-4 de 2V,4 ; accompagné de ses trois\noctaves supérieures et de en fonct 7e har. ; ces sons inférieurs\noccupent respectivement le rang de ier, 2e, 4e, 8e et 28e har. Le son\nprédominant, de 76v,B, est le 32e har. 5e octave du fondamental.\nLe son le plus aigu est ré^s de 1075 v-d. Voici l'échelle harmonique\nenregistrée avec ce gong."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.40", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n\n37\n\nL'impression générale qui se dégage de cet ensemble admirable de\nsons, est celle d'un vaste accord de neuvième harmonique de dominante :\nmii>, sol, si t», rél>, fa, qui occupe la iere moitié de cette échelle.\nNous n'avons pu malheureusement continuer à inscrire les vibrations\ndes cloches de Montpellier, mais nous avons opéré avec M. Massol, sur\nd'autres cloches, gongs et tamtams de moindre importance ; même sur\ndes triangles et sur une fourchette : nous avons toujours obtenu des résul-\ntats de même ordre, quoique avec des modes différents de vibration.\nJe fus très heureux de communiquer ces ires expériences àM. C.\nSaint-Saëns. De sa réponse, datée du 10 juillet 1903, j'extrais les passages\nsuivants : \"Je suis bien content de voir que l'expérience confirme ce que\nj'avais trouvé, moitié par observation, moitié par intuition. Assurément\ntout est vibrations et la pensée elle-même n'est certainement pas autre chose.\nJe crois que les notes qui, d'après les expériences d'Helmholtz ne donnent\npas d'harmoniques, doivent cette anomalie au fait qu'elles ne sont elles-\nmêmes autre chose que des harmoniques. Plus je vais, moins je comprends\nqu'Helmholtz ait pu dire que les diapasons n'ont pas d'harmoniques. J'en\nentends parfaitement sans le secours d'aucun résonateur ! Les savants ont\nparfois d'étranges aberrations. Avez-vous remarqué, lorsque le timbre\nd'une pendule sonne, donnant incontestablement plusieurs harmoniques,\nune lente ondulation qui se produit dans ? Cette ondulation, de l'ordre\nde celles dont vous me parlez de 1 à 16 par seconde m'a toujours\nsemblé devoir être la fondamentale, et ce que vous me dites paraît le con-\nfirmer.\nLes diapasons.Cette nouvelle manifestation de conviction du maître,\nme donna le courage de me lancer sur l'une des forteresses —que jusque\nJ fJ * A"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.41", "texte": "38\nS. I. M.\n\nlà je croyais inattaquable des grands acousticiens : les diapasons. Je\nfis part de tous ces résultats et de mon état d'esprit à M. Mathias, qui\nm'encouragea plus que jamais à poursuivre mes études. Nous étudiâmes\nensemble les expériences faites et les théories émises sur les diapasons.\nNous acquîmes la conviction qu'elles se résumaient dans la loi de Chladm\nqui veut : que le nombre de vibrations des sons émis par un diapason,\nsoit la loi du carré des nombree impaire.Voici le rapport de ces sons :\nNombres au carré . . . (i>2)2 (3)* 52 72 g 2 il2\nRapports approchés . . 1 6,74 7V2 34V4 84\nNombres de vibrations. . 32v 2oov 1096' iBo8v 2ÔB8V\nClassification des sons. . ut0 soltt2 ré+ rés- sit>5+ Fa5-\nEn réalité le lerIer nombre est (i,iç4)2 et le 2e (2,989)2.\nTyndal et M. J. Violle —dans son Traité d'Acoustique ne trouvent\npas les mêmes résultats.\nJ'ai dit d'autre part que Chladni ne possédait pas de moyens suffisants\nd'investigation ; il y suppléait à force de logique. Cette théorie plutôt\nque loi s'appliquant à des corps vibrants dont les manifestations ne\npeuvent être contrôlées par l'audition simple, séduisit son auteur par\nl'approximation musicale de ses résultats, à défaut d'autres moyens\nd'expérience ; car on ne connaissait et on ne connaît encore que la\nloi qui provient de /'échelle partielle supérieure des cordes et des tuyaux.\nL'enregistrement faisant défaut à Chladni, il n'avait à son service que le\nsystème très incomplet et très spécial des\nD'après la conception que je m'étais faite de la vibration des corps\nsonores en général et les expériences concluantes des cloches et des gongs\nfaites avec M. Massol, je jugeai cette théorie tout au moins incomplète,\npuisqu'elle ne permet pas de prévoir tous les sons de lel1e1 ordre que l'on\nest en droit d'attendre d'une loi de vibrOn ne peut admettre que le\nson complexe d'un corps sonore quelconque, ne soit composé que de\ncinq harmoniques dans une étendue de et ayant des relations\nfausses musicalement. Je fis part de cette ioie étude àM. Mathias, dont la\nconclusion fut : de faire des inscriptions de vibrations de diapasons. C'est\nce que je demandai à M. Massol d'entreprendre au cours du dernier tri-\nmestre de 1903.\nNous commençâmes par un diapason ut2 de 128 v-d. Nous n'enre-\ngistrâmes que des sons appartenant à l'échelle supérieure, sauf l'octave\ngrave ut, de 64% prévue par Savart. Cela provenait de la rigidité"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.42", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n39\n\ndes branches du diapason, qui ne permettait pas la manifestation des\ngrandes amplitudes que je cherchais. Nous eûmes recours a un diapason\nsol0 de 48 v-d : il n'en fut pas de même, les branches étant plus longues,\nconséquemment plus souples, les grandes amplitudes nous conduisirent a\nemployer une des vitesses du chronographe inscripteur, dix fois plus lente,\npour mieux concentrer la graphique des courbes. L'experience rut immé-\ndiatement concluante. Pour nous rapprocher de l'échelle adoptée par\nChladni, M. Massol fit construire en 1904 un diapason utG, de 32 v-d,\ndont les branches mesurent 45 centimètres de longueur. Les résultats\nfurent merveilleux. Nous multipliâmes le nombre et la diversité des expé-\nriences à partir de Janvier 1905 ; ce fut ce diapason ut0 que nous adop-\ntâmes d'une manière plus spéciale, afin d'en obtenir des résultats aussi\ncomplets que possible en vue de leur publication.\nDans ces premières expériences nous avons obtenu avec ce diapason :\n10 harmoniques inférieurs, descendant progressivement de 32 à 2 vibra-\ntions, ut-+ ; et 22 harmoniques supérieurs, allant jusqu'à ré6 de 2240 v-d.\nDans la 3e partie de cette étude historique, on trouvera le tableau\ncomplet à ce jour des harmoniques donnés par ce diapason, au nombre\nde 64 : 28 inférieurs et 36 supérieurs, accompagné d'extraits de courbes\net de quelques explications intéressantes.\nThéories et expériences. Cette nouvelle victoire sur les théories admises,\nlaissait cependant encore un point obscur de la théorie que j'avais élaborée\nsur la loi générale de vibration.Avec M. C. Saint-Saëns nous avions conçu,\ncomme point initial de l'échelle harmonique inférieure hypothétique,\nune note jaisant jonction de tonique et, selon toute apparence, vibrant a\nune douzième octave de quinte au-dessous du son 1 classe comme\nire harmonique ; tandis que le point initial de vibration —ou tonique\nje l'indiquais par O. J'avais supposé que l'octave la plus grave dans laquelle\ncette série de toniques pouvait vibrer, serait comprise entre l'ut-5 et 1 ut-+\nc. à. d. de 1 à 2 vibrations à la seconde.\nOr, dans les résultats des expériences mentionnées çi dessus, la\nharmonique des 32 sons inscrits assigne au plus grave, ut-4 de 2T, le rang\nde 6e har. et au son prédominant utQ celui de 96e har. La véritable fonda-\nmentale non inscrite ou son 1 de l'échelle générale, est un Fa-7 de\n'/3 de vibration à la seconde. Mais les notes caractéristiques de 1 accord de\nseptième mineure harmonique Fa, La, ut, — s'etant inscrites ala base\nde l'échelle inférieure, cette fondamentale Fa-7 reste en fonction de domi-\nnante et non de tonique."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.43", "texte": "40\nS. I. M.\n\nJe fis part de ces résultats jusqu'ici semblables à ceux obtenus\navec les cloches et avec le gong à M. C. Saint-Saëns en novembre\n1904. Dans une lettre, datée de lerIer décembre, le maître me fait part de\nson impression en ces termes : \" Mon cher ami. En revenant de Milan,\nj'ai trouvé votre lettre qui est du plus haut intérêt. Ai-je besoin de vous\ndire que ma raison se refuse à ce que la fondamentale soit une dominante ?\nTout est possible dans l'inconnu, mais rien ne s'oppose à ce que la vraie\nfondamentale, d'un ordre plus grand, ne soit pas \"\nLes nouvelles expériences que nous fîmes en 1905 ne firent qu'a-\njouter des notes intermédiaires à celles déjà inscrites, sans en changer les\nrésultats. Malgré cela je reste convaincu, comme le maître, qu'il est\npossible que cette fondamentale tonique existe ; certaines manifestations\nvibratoires observées depuis me portent à le croire. Mais les instruments\nque nous possédons ne nous permettent pas de l'inscrire, si elle vibre\nréellement.\nLa raison de son existence, nous la trouvons dans l'effet si harmonieux,\nemployé de tout temps par tous les musiciens, de l'accord de septième\nmineure de dominante avec la tonique à la base, ou accord de onzième de\ntonique ; dans le cas présent : si b, Fa, La, ut, mi_t\\ Cette impression des\nmusiciens serait inexplicable si elle ne reposait pas sur un fait normal,\nnaturel, comme toutes les impressions qui ont provoqué la puissance\nharmonique moderne, depuis Monteverde.\n[A suivre)\n\nGabriel Sizes."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.44", "texte": "Lorsqu'en pleine apogée de puissance, de travail et de renom,\nGustave Mahler, à peine âgé de quarante sept ans, fit la rencontre inopinée\ndes volumes de poèmes chinois dont il tira exclusivement le\nTerre, soit un bréviaire de désenchantement et de préparation à la mort,\nun sûr instinct l'avertissait que sa vie de météore serait courte. Nous, ses\namis, nous nous en doutions ; mais lui seul savait, et savait que le terme\nétait si proche. Que d'indices navrants nous sont revenus après coup..\nTelles paroles, tels regards, tels silences en telles circonstances... Ce qu'il\nya de certain c'est que le Chant de la où il concentre ses vertus et\ndonne la quintessence de son génie, ouvre pour lui une période nouvelle,\nchange en grande partie sa manière. Il a été déjà de deuil en deuil et s'est\nfait avec joie le plus formidable chantre de la mort et de l'au delà qui ait\nexisté en musique; et, pour ce, il a définitivement fondu l'une en l'autre\nla musique sacrée et la musique profane. Après lui cette distinction n'existe\npas plus que celle de la symphonie et du poème symphonique ; pas plus\nque celle du chanté vocal et du chanté instrumental. Mais il n'a jamais\ncessé, lors des pires douleurs, d'avoir foi en la vie. Dès le Chant de la Terre\nc'en est fait de cette foi.. Il se retourne d'autant plus vers l'au delà.\nSa Neuvième symphonie,la plus belle, la plus grande de toutes est faite\nde trois éléments. Le plus courageux la volonté de mourir"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.45", "texte": "42\nS. I. M.\n\nau travail, en pleine gloire et en quelque sorte dans une prodigieuse\naurore boréale d'apothéose. Cela englobant tout. Puis ceci : d'inoubliables\nadieux et un abord face à face, courageux et simple, de la mort. Plus rien\ndes affres physiques et des syndérèzes d'une conscience apeurée. La mort\nd'un saint extralucide, la mort d'un héros sans pose, la foi simple d'un\nchrétien des premiers âges.\nTel le fond de l'œuvre. Voyons son étoffe musicale, puis la façon\ndont a été taillée pour l'immortalité, dans cette étoffe, la robe nuptiale\nde la musique et de la mort.\nLa qualité mélodique spontanée des thèmes est la même que jadis,\navec ces raffinements de détail auxquels de la VIeme symphonie,\nla YIIeme presque en entier nous avaient déjà familiarisés. En plus, deci\ndelà, les singularités grêles et fiévreuses, le quelque chose de délié à la\njaponaise du Chant de la Terre.Et la provenance aussi de ces mélodies est\nla même : la veine populaire slave-autrichienne partout donne le meilleur\nde son sang. Le cœur de Mahler fournit la palpitation maladive de ses\nrythmes saccadés et brusques. Les nerfs surmenés de l'hérédité israëlite y\nsont plus que jamais bandés pour cette longueur d'effort dans la frénésie,\nces secouantes exaspérations et ces brusques sautes qui surprennent telle-\nment à la première ouïe d'une œuvre du Maître. Le désespoir du livre de\nJob, la volupté du Cantique des Cantiques, le goût de cendres du livre de\nYEcclésiaste sont là sous une modalité populaire autrichienne. Le tout est\nœuvré avec l'art délicat et parfois parfaitement déconcertant d'un Séces-\nsionniste de la Kunstschau viennoise. Qu'on imagine la mélodie de Smetana,\nla danse slave de Dvorak, traités à la Klimt et traitant de la mort, et faisant\ndes adieux à la vie.\nJ'ai prononcé le mot thème et cependant il n'y a rien là de ce qu'on\nentend communément aujourd'hui sous ce nom. Des thèmes d'un kilo-\nmètre de mélodie, mais subdivisibles tant et plus ; c'est-à-dire plutôt des\noppositions de groupes de thèmes : thèmes d'amour, de tendresse et\nd'adieux ; thèmes de désastre, de mort et de résignation ; thèmes d'appel\ndu destin, de gloire et de courage. Ce groupe, exceptionnel et sobre, dont\njamais il n'est fait un abus ; on obéit à la première sommation. L'unité\nincroyable de la trame, à travers la diversité de ces groupes et zones de"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.46", "texte": "LA “NEUVIÈME” DE GUSTAVE MAHLER\n\n43\n\nvolupté et de navrement, comme à travers la diversité des formes et\nmouvements, vient toute entière du fond de l'œuvre et de son atmosphère\nessentielle. Chacune des quatre parties versée définitivement dans la mélan-\ncolie de l'adieu, les trois premières en sombrant, s'abîmant, fléchissant ; la\ndernière en se dégageant de tout lien terrestre, de tout poids orchestral,\nen montant comme bue à longs traits, comme aspirée par le néant\nlumineux, évaporée dans le mystère et l'au-delà. Une fois de plus l'œuvre\nest de signification nettement spiritualiste et messianique. Rien ne peut\négaler l'impression poignante de cette unité, non plus factice et par un\nartifice cyclique de construction, mais morale, par consubstantialité de\ndouleurs, par cette façon de faire revenir toutes les parties, même les plus\nfolles au même sentiment de départ et d'adieu éternels. Toutes penchent\navec un sourire navré vers la tombe, sauf la dernière qui brave la destruc-\ntion et émane dans l'infini. Oh ! le bienfait de cette symphonie qui a le\ngoût du néant, mais qui donne surtout le goût de vivre en nous apprenant\nà mourir, en nous en donnant le courage, en nous en supprimant l'effroi.\nLa mort n'est plus qu'un changement de plan; la quatrième partie insen-\nsiblement bascule dans l'éther, tourne court dans le zénith vesperal lilacé.\nL'orchestre est ce qu'il a toujours été chez Mahler: formidablement,\nnerveusement touffu avec de vastes éclaircies, orageux traversé d'embellies,\npar engorgements hérissés et vastes espaces, fait des contrastes d'une\npolyphonie explosive et de récitatifs d'instruments esseulés qui sonnent à\npart de tout ce qui s'entendit avant lui, tels qu'une voix naturelle des\nchoses, tels que les pleurs ou le gémissement de l'arbre, du vent et de\nl'horizon. J'ai usé fort souvent à propos de Mahler de cette comparaison\navec l'accacia qui me paraît si juste : bois convulsivement tordu, taille\ngéante et fibre nerveuse, (je parle d'accasias centenaires tels que celui\nqui m'ombrage en ce moment), feuillage délicat et sensitif, fragrance\nexquisement doucereuse et si simple.\nJamais je n'ai retrouvé comme à Vienne, à cette Neuvième, l'impression\nde stupeur que m'avait causée la Quatripar quoi mon initiation avait\ncommencé. Il y a là des zones véritablement horrifiantes en soi, des moments\noù les cheveux se dressent sur la tête et où de tranquilles bonnes fois,\nendormies sur le bon oreiller de paresse de Beethoven et de Brahms, peu-\nvent se demander si elles ont la berlue, ou si l'orchestre n'a pas subite-\nment perdu la tramontane, ou si le compositeur n'est pas devenu fou..\nMon Dieu, non ; ce sont justement là les moments où il se retrouve le"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.47", "texte": "44\nS. I. M.\n\nmieux, où son asiatisme originel revient à la surface des longs siècles\nde culture traditionnelle et de sa foi délibérément chrétienne, les minutes\nadorables où ses souvenirs d'enfance lui mettent aux lèvres tantôt l'âcre\nclarinette du Kopanitchiar slovaque, tantôt la mauvaise trompette vert-de-\ngrisée du coureur de grands chemins et de bals publics tchèque.. On sort\ndes régions sublimes ; l'œil s'est perdu dans la tristesse des horizons gris ;\nun mendiant aux sandales usées passe soulevant un peu de poussière. Et\npour se donner du courage il y va d'un couac dans le cornet, son com-\npagnon de misère.. Ce n'est drôle qu'une seconde avant de prendre sa vraie\nsaveur qui est de pitié et de désolation : le sourire aussitôt s'altère. Car le\nnavrement de l'horizon tout soudain est augmenté. Il n'était que de\nmystère naturel, de paysage ; il est devenu de détresse humaine.\nLe son qui joue cette fois un rôle essentiel, c'est le trombone bouché\nen pianissimo. Rien de plus morne, de plus fait pour vous glacer la moelle\ndes os. Les alpestres et limpides clarines des troupeaux de la VIeme sym-\nphonie, elles aussi, ont pris une façon sourde et comme de purgatoire,\nLa flûte chinoise du Chant de la Terre coule toujours ses plus inattendues\ncouleuvres de lugubre argent dans les silences d'angoisse. Toutes les\nsourdines geignent et pleurent comme jadis. Mais ce lourd et lamentable\ntrombone, étouffé sous son manchon de crêpe noir, couvre tout au loin\nd'une contagion funèbre. La quatrième partie seule lui échappe. Annon-\nciateur de la mort, il ne lui appartient plus lorsqu'elle se présente. Mahler\ns'en va dans la lumière et la sérénité. Il en est de même de ces acharnés\net secs coups de timbales qui parfois dans les pauses poursuivent leur\npulsation forcenée, tirent en dehors de la chair orchestrale l'ossature du\nrythme et en marquent l'articulation comme à nu. Ils sont absents de la\nquatrième partie. Ce sont les plus effrayants coups de timbales que je\nconnaisse, Va rebours exact des coups de timbales dorés, éclatant en lever\nde soleil, du finale de la VIIume symphonie.\nComment Mahler a-t-il distribué sa matière ; quelle est la grande\nligne de l'œuvre ; de quelles formes s'est-il le mieux accommodé pour\nobtenir ce maximum d'expression, d'énergie et de concentration de sa\nsubstance auquel il tenait tant et qui chez personne mieux ne réalise le\nmiracle d'être à la fois aussi pleinement débordant et aussi fermement"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.48", "texte": "LA \"NEUVIÈME\" DE GUSTAVE MAHLER\n45\n\ncontenu dans un moule strict ? C'est ici que la Neuvième symphonie est\nle chef-d'œuvre des chefs-d'œuvre Mahlériens. Tant qu'il y aura des gens\nde bon sens qui ne confondront pas la composition musicale avec une\ngeôle, l'armature solide avec une cage à serins et les belles proportions\navec un lit de Procuste, les trois premiers morceaux de cette symphonie\nseront étudiés avec une croissante admiration à la fois pour l'aisance de\nl'inspiration et la joie, la verve du travail, et aussi en tant que chef-d'œuvre\nde difficulté vaincue. Après ces trois morceaux qui, à eux seuls, feraient\ndéjà complète et monumentale une symphonie plus qu'ordinaire, il était\nlicite au dernier d'une symphonie qui est la Neuvième de Mahler, d'échapper\nà toute classification. Aussi bien n'échappe-t-il pas à la terre elle-même?\nDurée du tout : une heure et quart, soit la normale mahlérienne. Le\npremier morceau est d'une envergure surprenante, même après celui de\nla VIIeme symphonie. Il est aussi d'une limpidité parfaite. La situation est\nexposée d'emblée et sont posés nettement le groupe des thèmes de tendresse\net d'adieux et le groupe des thèmes de désastre et d'anéantissement. Leur\nconflit annoncé par des sonorités de démence amènera les plus tragiques\nétreintes, les plus douloureux dialogues, mais en versant comme je l'ai dit\ntoute la masse vivante et souffrante du côté de la résignation et d'une\ninfinie tendresse, cette tendresse qui ne s'exprime ainsi que, quand c'est la\ndernière fois. D'un bout à l'autre c'est Mahler décidé à nous laisser une\npure image d'amour, délivrée de tout ce décor d'irascibilité, de nervosité,\nd'action qu'amènent les contingences de la vie au jour le jour. Le décor,\nles lointains et l'avant plan, les contingences ici c'est simplement la pré-\nsence de la Mort, l'obéissance à la nécessité de mourir. Alors une dernière\nfois tout dire.\nSuivent les deux morceaux qui sans doute représentent les pinacles\nde l'œuvre artistique du Maître, le montrent en tant qu'ouvrier excessif\net cyclopéen de son art, vraiment un demi-dieu. Le scherzo de la\nlereIere symphonie est vaincu par celui de la IIème, lequel l'est par celui de la\nIIIème. Celui de la Vème entrevoit une vie nouvelle de l'organisme de ce\nnom, mais celui de la VIème le surpasse en perfection. Celui de la IXèmc les\nsurpasse tous à la fois. Jamais Mahler n'a été mieux Mahler et jamais il\nn'a été plus grand. C'est du grotesque tendre, du drôle douloureux, c'est\nle jeu divin de qui au bord de la tombe s'arrêterait de mourir pour jouer\navec des enfants, pour faire danser les grands et les petits enfants slaves du\npays de Dvorak et de Smetana, les paysans slovènes des Dolomites. C'est"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.49", "texte": "4-6\nS. I. M.\n\nle laendler alpestre-slave devenu monumental comme du Mestrovitch,\nbariolé comme du Klimt et n'ayant rien perdu de sa naïvete, de sa fleur\ncandide originelle.. Et quel trio !\nMais si le scherzo est d'un dieu qui se joue, d'un Dionysios au\nvillage dans la montagne de Carinthie, le rondo burlesque est d'un\nempereur victorieux, d'un Napoléon organisant et faisant évoluer la\nvictoire comme s'il s'agissait d'une simple parade. Il y a la quelque chose\nde cubique, de strapassé, et de michelangesque dans la vaillance, la fierté\net l'expansion de la force. Quelque chose aussi d'imprévu et d'un peu fou\nà la Souvarof.. Mais discipliné !! C'est un et hérissé comme une armée\nen bataille, ou comme le repos d'une cathédrale enchevêtrée, sous un midi\nd'été brûlant. Cela scintille et darde partout. Vous connaissez ce finale de\nla Vème symphonie, aussi un rondo, qui déjà ressemblait àun samouraï vêtu\nde fugues taillées en pièces d'armure. Ici cent mille armures évoluent avec\nla dextérité d'un corps de ballet. Il a vu les fêtes de sokols de Prague, celui\nqui a construit cette immortelle burlesque. Et dans l'usine où il travaillait\nson airain, toutes les danses slaves de Dvorak ont coulé leur bronze au\nprofit de cet airain. Ce n est plus du Giable au coips, ce n est plus le diaûle\ndans un bénitier. C'est le grand Pan lui-meme réduit a fane lexeicice..\nEt qui y passe !\nEt le rondo et la grande Burla,eux aussi, sombrent dans la tristesse,\ndans l'amertume crépusculaire. Matériellement, je Yai dit, la symphonie\npourrait finir ici. alewent non. Elle nauiait pas de sens. iVîahler\ncomme homme, tout cœur et tendresse s'est entièrement, définitivement\nlivré, dans ce premier morceau où les âmes faites d'une sorte semblable a\nla nôtre trouvent une bien plus efficace pâture que dans le prélude de\nTristan ;Mahler, amant de la nature, ami du paysan d'Autriche nous\nlègue le secret de ses joies dans le scherzo ; Mahler impérial, dnecteur\nd'opéra, feld-maréchal de la musique, nous fait assister a une deinièie\naction dans le rondo ; maintenant nous avons son testament ; il peut s'en\naller. Et il s'en va.\nUn adagio de plénitude déroule désormais ses grandes ondes.. Un\nlamento qui laisse loin en arrière les plus nobles lamentos de Bruckner et de\nWagner. Il s'entrecoupe de zones de vide et d'effarement devant ce vide\noù l'on entend comme le travail souterrain, le rongement de la maladie\ntout en bas, tandis que tout en haut la fievie de 1 espiit brûle. La consom-\nmation de sons aigus, des sons les plus eleves que 1 oreille puisse peicevoir"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.50", "texte": "LA «NEUVIÈME\" DE GUSTAVE MAHLER\n47\n\nqui se fait dans cette symphonie est quelque chose d'effarant.. Une minute\nde rafraîchissement avec un rappel textuel du Chant de la Terre et\nl'égouttement de larmes de ses harpes, le dernier regard sur les lointains\nbleus et les prairies qui fleuriront éternellement. Brusque rupture et élan.\nSans fanfaronnade, le phénix entr'ouvre ses ailes et se précipite dans la\nflamme. Illumination d'hymen avec l'infini, minute indicible toute en or,\nmais brève au point qu'elle est finie au moment où encore on l'espère. Il\nn'y a plus que le vide, un vide de lumière cette fois.. Des accords inusités\nse désagrègent, traînent et montent.. Cela se prolonge indéfinitivement..\nEst-ce encore là, où est-ce fini ?\nIl n'y a pas de fin. Cela ne finira jamais, jamais.. Car c'est l'immor-\ntalité qui continue ce jourd'hui.\nEncadrée par la IXème symphonie de Bruckner et par la IXeme de\nBeethoven, cette nouvelle Neuvième s'est du coup mise à part, en défi à\nl'opinion publique, extraordinairement à part, mais selon nous et quelques\nautres à la même hauteur. L'exécution a été ce qu'elle pouvait être avec\nBruno Walter. La Semaine musicale de Vienne a culminé là. Bruno Walter,\nentre Nikisch et Weingartner, a plus que jamais semblé la vivante image\nde Mahler. Inutile de le remercier, inutile de le féliciter. Avoir mis sur\npieds en six mois, édité une œuvre pareille et en avoir assuré l'exécution\nsuffirait à la gloire d'un homme. Et même sans gloire aucune suffirait à\nson honneur et à son bonheur.\nEt dans toute l'Autriche et l'Allemagne critiques et criticastres se\nprennent aux cheveux, beaucoup injuriant la troisième Qu'im-\nporte.. Elle aussi désormais va à son destin, annoncée dores et déjà à\nBerlin, à Munich, à Dresde d'où elle ira partout, tôt ou tard comme les\ndeux autres. Nous sommes tranquilles. Elle saura trouver le chemin des\ncœurs.\n4\n\nWilliam Ritter."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.51", "texte": "RUTA (Prof. Ricard). Storia dell'arpa. Parte prima.\nRicherche storiche. (Aversa, ditta A. Ruta & C°, 1911. In-80,\n162 pages, illustré).\nUn livre d'une lecture agréable, supérieur à tout ce qui\ns'est publié en Italie sur le même sujet. Un léger abus des ampli-\nfications poétiques (dans la préface : u ce suave et divin instrument\nqui, à travers tant de siècles, a exercé une telle fascination sur les\nesprits humains etc., etc. Plus loin un poème traduit de Thomas\nMoore).\nLa méthode n'est peut-être pas trop rigoureuse. Un chapitre\nentier sur la \" harpe éolienne \" précède celui où il est traité de\nl'origine du mot harpe. La Bibliographie dressée au commence-\nment du volume fait une place à des ouvrages de peu d'autorité.\nCes critiques faites, il faut rendre hommage à l'aisance, aux\nconnaissances,au souci esthétique de l'auteur. Enfin certaines pages\nsur les Ecoles et leurs principaux représentants sont d'un réel\nintérêt documentaire. M. PINCHERLE.\nRUTZ (Ottomar.) Musik, IVort und Korper, ah Gemiits-\nausdruck. (Leipzig, Breitkopf et Hârtel, 1911).\nCe grand et savant ouvrage sur la musique, la parole et le corps, en tant qu'expression du\nsentiment, est à la fois l'exposé d'une théorie nouvelle et une documentation très étendue, qui\nfourmille d'exemples empruntés à la musique et à la littérature de tous les peuples et de tous\nles temps. L'auteur, qui est le fils de Joseph Rutz, un des chanteurs d'autrefois de la Passion\nd'Oberammergau, et de la cantatrice Klara Rutz, s'est déjà fait connaître par ses\ndécouvertes sur la voix humaine (Munich 1908) et son traité pratique :\ndu corps (ibid., 1911). Il a tenté cette fois-ci d'embrasser dans une œuvre d'ensemble la totalité\nde la doctrine, en l'appuyant de la plus grande abondance de preuves et d'exemples possibles.\nNotre corps physique est sous la domination de notre vie sentimentale. Le tempérament\nde chacun de nous, ce qui fait le fonds de notre être et nous est inné le Gemûth, comme\ndisent en un mot les Allemands s'exprime par des signes extérieurs, en particulier le port\ndu corps, le son de la voix, la mimique involontaire et naturelle, etc. Ces signes sont autant\nd'indices pour qui les observe attentivement. Ils correspondent à un état intérieur de l'âme.\nPar là s'ouvrent des avenues vers le sanctuaire intérieur. La substance de l'art, c'est cette vie\nsentimentale, et non l'intelligence ou la technique du metier. L'âme est la sauce de 1 art.\nL'éducation aura donc pour but la culture de l'âme et l'acquisition de la science de l'expres-\nsion, \" l'expressionisme Mais l'auteur se défend énergiquement de ne nous présenter que"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.52", "texte": "LES LIVRES\n\n49\n\ndes conclusions logiques ou des déductions scientifiques. Il prétend avoir découvert et mis en\nlumière des faits nouveaux, qu'il nous montre presque sous la forme de tableaux du corps, et\nde planches anatomiques.\nCes vérités, c'est que chaque émotion différente, traduite dans un morceau de musique\nou de poésie, par exemple, a son expression et ses moyens d'expression à elle, et que cette\nmanifestation est toujours liée à une activité spéciale des muscles du tronc, du torse. De là\nprovient un son spécial de la voix, un certain rythme, temps, une certaine hauteur de ton, etc.\nToutes ces notes musicales, avec leurs différents styles, ont une origine qui est inscrite pour\nainsi dire sur la portée des muscles du tronc. C'est là le support physiologique, le fonds anato-\nmique, qui va déterminer ces expressions vocales et musicales, et cette position des muscles\nelle-même est commandée immédiatement et directement par le tempérament de l'individu.\nL'auteur distingue quatre grands types humains :\nle lelIe1 ale corps droit, avec l'abdomen droit porté en avant. C'est le type des Césars\nromains, de Napoléon, de Goethe, de Schubert, par exemple\nle IIe a le corps porté en avant, avec l'abdomen rentré et la poitrine bombée. C'est le\ntype de Frédéric le Grand, des Hohenzollern, de Schiller, Beethoven, Weber.\nle IIIe a le corps redressé en arrière, avec les muscles latéraux du tronc plongeant en\navant ou en arrière. C'est le type des anciens Grecs, et celui de Liszt et de R. Wagner.\nle IVe n'existe, paraît-il, normalement ni dans une race, ni chez les individus isolés. Il\ns'obtient d'après le type 111, mais en tendant les muscles latéraux du tronc, vers le haut.\nA chacun de ces types correspond un son de voix, une émission et une résonnance de\nvoix spéciales. Chaque type, d'ailleurs, a ses sous-genres : calme, échauffé, etc., et son style\nparticulier : grand style, style dramatique, etc., qui se marquent par des détails dans la position\ndes muscles du tronc. Il est libre à chacun de s'exercer à chanter et à déclamer selon ces\ntypes divers. L'auteur a classé à peu près tous les musiciens et poètes connus chacun dans leur\ncatégorie de type. Sachez aussi qu'en lisant Horace et Goethe, comme en chantant Mozart,\nvous êtes obligé de prendre la posture du type I. Shakespeare, mis à l'épreuve, se trouve relever\ndu type 11, avec Milton, Shelley et Byron. Ibsen et Bjôrnson sont du type 111, comme la\nmajorité des français, de Villon à Voltaire, Hugo et Vigny. L'auteur approfondit l'explication\nphysiologique de ces différents types, et montre tout le parti que peuvent tirer les chanteurs et\nles acteurs de cette nouvelle science. Quelle profonde différence, par exemple, faut-il mettre\nentre le \" rendu \" de Hândel (type I) et de Bach (type III) !\nSans nous prononcer sur la valeur définitive des thèses de l'auteur, ajoutons simplement\nqu'il trouve également dans sa classification des types humains une base nouvelle pour la\nscience des races, un Esquimau et un nègre des tropiques pouvant appartenir l'un et l'autre au\nmême \" type \".\nS. DE MORSIER.\nWOOLLETT (Henry). Histoire de vol. 11. (Publications du Monde\nmusical. 19x2, in-12 de 453 pp.)\nCe second volume de l'ouvrage entrepris par M. Woollett s'étend de Bach à Schumann.\nIl résume, en son petit format, un nombre considérable de faits, de dates et de jugements. Il\npuise à de bonnes sources et s'est tenu au courant de la bibliographie récente de ce vaste sujet.\nLa difficulté d'un manuel de ce genre est de rester impartial et, tout en présentant au public\ndes jugements esthétiques, toujours personnels. Le lecteur tient ici à savoir ce qu'il\ndoit penser de l'œuvre décrite, et quel coefficient il doit lui donner dans l'ordre de ses préfé-"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.53", "texte": "5°\nS. I. M.\n\nrences. M. Woollett a bien su tourner cette difficulté. Son livre est probe, sensé et très propre\nà répandre dans nos classes moyennes et éclairées le goût de la musicologie.\nJ. E.\nLISZT (Fr.). Pages romantiques publiées avec une introduction et des notes par\nJ. Chantavoine. (Paris, Félix Alcan, 1912, in-12 de 290 pages).\nCes pages romantiques, dit M. Chantavoine, appartiennent à leur temps non moins qu'a\nleur auteur. Elles suivent de peu d'années la préface de Cromweli, elles viennent au lende-\nmain de Chatterton. A cette époque de bouleversement social, de fermentation intellectuelle et\nde rénovation artistique, l'œuvre d'art veut avoir l'éclat d'un manifeste, et la valeur d'une\ncharte. Tandis qu'au XVIIIe siècle, les philosophes avaient vu dans la musique un thème de\ndissertation, au XIXe, les rôles se renversent et les musiciens disent leur mot sur les problèmes\njusque là réservés aux penseurs. Presque tous les grands compositeurs de cette période ont écrit\nautre chose que des notes. Qu'il suffise de se rappeler Berlioz, Schumann et Wagner.\nG. K.\nSMITH (Hermann). The making of sound in the organ and in the orchestra. (1 vol.\nin-B°, avec 30 gravures. Londres, William Reeves, I911-)\nCet ouvrage sur La Production du son dans Vorgue et Vorchestre, est un ouvrage posthume,\nainsi que nous l'apprend une note des éditeurs. L'impression était presque terminée lors de la\nmort de l'auteur. Une \" main amie \" s'est chargée d'y adjoindre un substantiel résumé du\nvolume.\nOn nous dit que l'auteur avait consacré de longues années à ce travail et qu'il se serait\nacquis une expérience universellement reconnue. Cela n'est point pour surprendre le lecteur\nde son livre. On sent en effet, en M. Smith, un amateur fervent et convaincu de tout ce qui\ntouche aux éléments sonores. Cela se voit, notamment, en son premier chapitre où il parle de\nla familiarité, de l'intimité qui s'établit entre l'artiste et son instrument de prédilection. Il est\nde ceux, comme il le dit lui-même (p. 7) qui ne peuvent regarder avec indifférence le violon\nde Joachim, après même que celui-ci l'a déposé. On devine aussi cette dévote adoration dans\nla phrase de George Meredith qui sert d'épigraphe au volume : \" L'observation est la plus\nconsolante de toutes les joies de la vie.\nNous ne pouvons suivre M. Smith dans son étude détaillée de l'orgue. Nous noterons\nseulement le haut intérêt qui s'attache à ses remarques (accompagnées de gravures) sur les\norgues anciens retrouvés soit à Carthage, soit à Constantinople, ou dont la reproduction figure\nsur les manuscrits du Moyen-Age. Le point caractéristique de son étude semble résider dans\nla découverte qu'il prétend avoir faite de la capacité de l'air à produire des sons musicaux. En\ndeux mots voici ce dont il s'agit. Les instruments à archet produisent le son musical par la\nvibration des cordes et des tables sonores. Le principe serait différent pour les instruments\nà vent. La note serait donnée ici, non par la vibration d'un corps, mais par le déchirement de\nl'air produit suivant une section déterminée. Pour établir son principe, M. Smith avait fait\nétablir un certain nombre de baguettes en bois, taillées en lame de couteau. Ces baguettes ne\ndifféraient que par l'épaisseur du dos. Or chaque baguette d'une largeur de dos identique\nproduit la même note. Une baguette dont le dos a une épaisseur double de celui d une autre\ndonne la même note à une octave au-dessous, (p. 71). M. Smith en conclut que ce n'est pas\nla nature du bois qui est pour quelque chose dans la production de telle ou telle note musicale.\nC'est l'air lui-même qui produit la note, suivant qu'il est déchiré, ou fendu de telle ou telle\nfaçon. Et il en conclut que les arbres, par exemple, aux branches minces donnent des notes"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.54", "texte": "LES LIVRES\n51\n\nélevées, ceux aux branches plus massives produisent des notes plus graves. (P- 74)-\nC'est là une théorie d'ordre purement scientifique sur laquelle nous renonçons à prendre\nposition. Mais il est intéressant de la signaler aux spécialistes de la science de l'acoustique.\nEn terminant, nous ferons remarquer, incidemment, combien le catalogue de la librairie\nReeves, relié dans le volume, témoigne, et par les ouvrages originaux et par les nombreuses\ntraductions, du développement musical en Angleterre.\nGUSTAVE ROBERT.\nSTEGLICH (Rudolf). Die Questiones in musica, publication de la Société Internatio-\nnale de musique, 2e série, Xe volume, (in-8° de 190 pp. Leipzig, Breitkopf et Hartel, M. K. 5).\nM. Steglich vient de publier, avec une introduction et des notes, un traité, jusqu'ici\ninédit, et anonyme, écrit vers le XIIe siècle. Cette édition est établie d'après des manuscrits\nde Darmstadt et de Bruxelles. Le texte (latin) est publié en colonnes, avec, en regard, les\nextraits d'autres traités du moyen-âge qui en reproduisent les mêmes termes. Les manuscrits\ndes \" Questiones \" étant anonymes, M. Steglich s'est efforcé d'identifier leur auteur, et est\narrivé à fournir de bonnes raisons pour les attribuer à Rudolphe de Saint-Trond (1070-1138).\nOr justement, dans la Tribune de St-Gervais, M. Ant. Auda a publié l'année dernière, une\nfort belle étude sur l'Office de St-Trudon x, accompagné du texte musical lui-même de cet\noffice.\nIl eut été intéressant de confronter les mélodies composées par Rudolphe avec les théories\ndes Questiones,mais M. Steglich n'a pas eu connaissance de l'excellent travail de M. Auda.\nLe traité des Questiones paraît avoir été assez connu pendant les XIIIe et XIVe siècles,\net avoir même influencé les auteurs de ces époques, c'est ce qui rend intéressant sa publication\nqui sera bien accueillie par les amis et historiens du chant liturgique au moyen-âge.\nFÉLIX RAUGEL.\nVIVELL (P. Ccelestin). Initia (Graz,\nM. Moser, 1912, in-8° de 352 pp. Mk. 12,80).\nOn sait dans quelle situation fâcheuse se trouve le travailleur des bibliothèques, devant qui\napparaît un texte théorique de musique médiévale. Ce texte est souvent anonyme, joint à\nd'autres documents. Il faut le dégager, le délimiter et l'identifier. Et cette tâche rebute la\nplupart des érudits que la bonne volonté entraînerait vers ces études. Avant d'avoir en tête\nles premiers mots de tous ces traités, et de pouvoir les reconnaître au passage comme des\nvieilles connaissances, le chercheur passera des années de labeur ingrat.\nToute cette peine lui est aujourd'hui épargnée par le présent répertoire. Il n'aura qu'à\nouvrir l'ouvrage du P. Vivell pour se voir indiquer chez Gerbert, chez Coussemaker et les\nautres collecteurs, le traité dont le texte est devant ses yeux. Toutes les bibliothèques auront\nbesoin de ce recueil à'incip it. J- E-\nSTEPHEN HELLER, ein Kiinstlerlebm, dargestellt von Rudolf Schiitz, (1 vol. in-18.\nLeipzig, 1911, Breitkopf et Haertel.)\nPour rédiger cette biographie de Stephen Heller, M. Rudolf Schiitz a utilisé un certain\nnombre de sources allemandes dont il donne l'énumération, entre autres les souvenirs de\nMoschelès et de F. Hiller, les publications relatives à Chopin et à Schumann, ainsi que les petites\n1 Ant. Auda. L'école liégeoise au XII' siècle. L'office de Saint-Trudon. Paris, 1911. Bureau d'édition de\nla Scala."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.55", "texte": "52\nS. I. M.\n\nbiographies consacrées au pianiste-compositeur hongrois par Hartmann et Niggli. L'auteur\nsemble moins bien renseigné sur les travaux français ; il ne paraît connaître que la biographie\nde Heller par Barbedette qui remonte à 1876 et qui est l'œuvre d'un ami plutôt que d'un\ncritique. S'il a eu recours aux souvenirs de Stephen Heller publiés dans cette revue en 1910\npar M. de Froberville, il ignore les lettres qui ont été révélées dans le par les soins\nde M. Brancour ; il n'a pas connaissance du Portrait de Stephen Heller, tracé dans le n° de\njuin 1909 de S. I. M. par le signataire de ces lignes. Il y aurait trouvé tout au moins la\nrectification des dates de la naissance et de la mort de Heller. Celles qu'il cite sont\ninexactes.\nSon livre n'apprendra donc pas grand'chose aux lecteurs français initiés à la vie de\nSt. Heller par les publications récentes que je viens d'énumérer. D'ailleurs, cinquante ans de\nla vie de Heller se sont passés à Paris et s'il n'a pas, dans cette période, rompu tous liens avec\nl'Allemagne, il a dégagé cependant sa personnalité, des plus complexes, ainsi que je\nl'ai montré ici-même, des influences allemandes. L'auteur, dans ses analyses musicales,\néquitables en général, mais un peu sommaires, ne tient pas assez de compte de ce que la nature\nartistique du compositeur doit à l'Autriche et à la Hongrie. Par contre, il donne quelques\ndétails intéressants sur le séjour de Heller à Augsbourg de 1832 à 1838, sur ses amours avec\nla pianiste Joséphine Lang, sur ses relations avec Schumann. Il publie d'assez nombreux extraits\ndes lettres de Heller à Schumann, conservées à la Bibliothèque royale de Berlin. Malheureuse-\nment les réponses de Schumann ont été égarées ou détruites par Heller, lors d'un de ses démé-\nnagements à Paris.\nG. SERVIÈRES.\nWOLF (Hugo). Musikalische Kritiken, herausgegeben von R. Batka und H. Werner.\n(Breitkopf, 1911, in-120 de 398 pp. Mk. 7,50).\nC'est une heureuse inspiration qu'ont eue R. Batka et H. Werner de réunir en volume\nles critiques musicales de Hugo Wolf. Elles furent écrites au cours des années 1884-1887,\nc'est-à-dire avant la composition des grands recueils de lieder, et constituent un document de\npremière importance pour qui veut connaître la vie musicale viennoise à ce moment. Wolf\ndès le début se pose en adversaire résolu de Brahms, en adepte fervent de Berlioz, de Wagner\net de Liszt : c'est-à-dire qu'il se refuse à admirer une musique exsarque et sans joie, pâle imita-\ntion des grandes œuvres beethovéniennes, et qu'il se passionne au contraire pour l'art riche de\ncouleurs et d'expression, ardemment sincère et bouillonnant de vie des maîtres novateurs. Avec\nune verve étincelante et une inlassable ténacité, il fait la guerre au public magnétisé par des\ncritiques étroits et partiaux, comme Hanslick ; il mène le bon combat contre les Italiens\ndégénérés, les Boïto, les Ponchielli, il signale les œuvres nouvelles où apparaît un tempérament,\nle quintette et les symphonies de Bruckner par exemple, et en même temps il ne manque pas\nune occasion d'exprimer et de motiver son admiration pour les grandes œuvres du passé,\nqu'elles soient classiques ou romantiques, pour les Saisons et pour le Freyschiitz, pour Alceste\net pour Oberon.\nBeaucoup de ces articles sont des modèles d'intelligence pénétrante et robuste à la fois ;\nc'est là de la critique telle que seuls les grands créateurs peuvent en faire, non l'opinion\nplus ou moins arbitraire de l'amateur que déterminent souvent des partis pris d'imitation\nou inversement de contradiction, mais la réaction spontanée et immédiate du génie au\ncontact du génie.\nG. MARCEL."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.56", "texte": "LES LIVRES\n53\n\nMANTICA (Francesco). — Emilio de Cavalieri. Rappresentatione di anima et di Corpo.\n(Collezione dei Prime Fioriture del Melodramma italiano, Vol. I. Roma Via degli Scipioni\n237. 1912 in-fol).\nA tous ceux qui réclament des documents pour l'histoire musicale, j'ai hâte de signaler ce\nvolume, qui est le premier d'une collection entreprise par un vaillant musicologue italien,\nM. Francesco Mantica. L'Italie, dont nous vient le grand effort futuriste, cherche en ce\nmoment par tous les moyens à reprendre contact avec l'héroïsme ; et c'en est un sans doute, de\nremettre en circulation les grandes œuvres des de la musique. Il n'est pas douteux\nqu'un Palestrina ou un Monteverde, voire un Emilio de Cavalieri, peuvent devenir de merveil-\nleux agents de musicalité, non pas directement, et en opérant sur le gros public, mais en réveil-\nlant l'enthousiasme du génie qui sommeille en quelque conservatoire de la Péninsule.\nCette collection des Fioriture débute donc justement par l'œuvre de théâtre et de repré-\nsentation \" per recitar cantandoqui fut une création propre de l'Italie, et aussi différente de\nla chanson du parolier français, que du lyrisme du sonatiste allemand. M. Mantica nous don-\nnera tantôt des reproductions photo-mécaniques en facsimilé comme celle-ci, tantôt des trans-\ncriptions et des réalisations en notation ordinaire et moderne. Il cherchera toujours l'exactitude\net la documentation. Souhaitons-lui d'éviter, comme il l'a fait ici, les difficultés de toute trans-\ncription, de toute remise à neuf de ces partitions, et, en fin de compte, engageons-le plutôt à\npersévérer dans le facsimilé, tout rebutant soit-il. L'histoire musicale n'est pas encore assez sûre\nd'elle-même pour nous donner des réalisations pratiquement indiscutables des œuvres de la\nmusique ancienne. Peut-être vaut-il mieux laisser à chacun la liberté d'interpréter, et se con-\ntenter de produire le texte officiel. C'est déjà beaucoup ! Que M. Mantica multiplie ses\nvolumes rapidement et que le public des musiciens et des amateurs l'y encourage. Voiià le\nprincipal. ]• E.\n\nLIVRES REÇUS\nSHARP (Cecil J.). The sword Dances of northern England, 2e vol. in-B°. (Lond.\nNovello & C°.)\nFOX (Charlotte Milligan). Annals of the Irish Harp ers. (Lond. Smith, Edler & C\",\nin-8° de 320 pp. 7/6 net.)\nCAULLET (G.). Musiciens de la d'après leurs\ntestaments. (Courtrai, Flandria 1911 in-8° de 194 pp.)\nBEAUREPAIRE-FROMENT (de). Bibliographie des Chants populaires français.\nTroisième édition. (Paris, Rouart Lerolle & Cie, in-120 de 186 pp. Frs. s)*\nTHIBAUT (R. P.). La Notation Conférence\nfaite au Conservatoire de St. Pétersbourg le 11 février 1912. (St. Pétersbourg, Kuegelgen\nGlitsch & C°, 28 Perspective Anglaise, in-fol de 15 pp. + 18 planches. Frs. 4).\nLUSSY (Mathis). La Sonate Pathétique Edition rythmique et annotée.\nŒuvre posthume (Paris, Costallat in-fol. de 26 pp. Frs. 6).\nWARNECKE (Friedrich). Der Kontrabass. (Hamburg, in Verlag des Verfassers,\nin-fol. de 126 + 84 pp.)"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.57", "texte": "54\nS. I. M.\n\nCHANTAVOINE (Jean). Musiciens et portes. (Paris, Alcan in-120 de 218 pp.\nFrs. 3,50).\nBARGAGNA (Lete). Gli strumenti musicali raccolti nel Museo del R. Istitute\nL. Cherubini a Firenze. (Firenze, G. Ceccherini & C° in-8° de 70 pp. et hors textes. Lire 3.)\nGROLIMUND (Sigismund), Volkslied ans dem Kantûn Aargau. (Basel Schw.\nGesell. fur Volkskunde 1911, in-8° de 280 pp. Frs. 5).\nFITZ-JAMES (Cte de). —De la morale et de Part. (Paris, J. Barreau in-8° de 42 pp.)\nBRANBERGER (Emil). Das Konservatorium fur Musik in Prag. (Prag, 1911\nin-8° de 310 pp.)\nSONNECK (O.).— Orchestral Music. The library oj Congress. Catalogue. (Washington,\n1912, in-8° de 663 pp. Dollar 1.00).\nTORREFRANCA (Fausto). Giacomo Puccini e VOpera internationale. (Turin,\nBocca, 1912, in-12° de 136 pp. Lire 2.50).\nRIEMANN (Prof. Hugo). Musikgeschichte in Beispielen. Teil 111. (Leipzig,\nSeemann, 1912, in-fol.).\nSCHEUERLEER (Dr. D.).— Catalogus der Muziekbibliotheek van D. F. Scheuerleer.\n2(le Vervolg ('s Gravenhage 1910 in-8° de 216 pp.)\nWAGNER (Richard). Ma Vie. Vol. 111. Traduction française de Valentin et\nSchenk (Plon-Nourrit et Cie 1912 in-8° de 497 pp. Frs 7>50)-\nCUCUEL (Georges). La vie parisienne des princes de TVurtemberg-Montbèliard au\nXFIIP siècle. (Montbéliard 1912, in-8° de 46 pp.)\nASSOCIATION des Musiciens Suisses.— Rapport du comité sur l'exercice 1911-12\n(in-8° de 46 pp.)\nBAGLIONI (S.). Contributo alla cognoscenza délia musica naturale (Estratto dalla\nRivista di antropologia. Roma 1911 in-8° de 51 et 12 pp.)\nLAMY (F.). —y. F. Le Sueur (Fischbacher, 1912 in-8° de 152 pp.)\nHOUDARD (G.). Vade-Mecum de la rythmique grégorienne. (St Germain. 111-80 de\n39 pp. Frs. 2.)\nVILLAR (R.). La musica y los musico (San Sébastian, Casa\nErviti, in-120 de 56 pp. Pes. 1.)\nTIERSOT (J.). J-~J- Rousseau (Collection des Maîtres de la musique, 1912\nin-120 de 282 pp.)"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.58", "texte": "Paris\n\nLE CONSERVATOIRE — L'ÉCOLE DE GYMNASTIQUE\nRYTHMIQUE\nLe retour au bercail des brebis et des béliers conservatoriaux a fait l'objet de\nnombreuses discussions dans la presse quotidienne. Parqués de nouveau dans\nl'étroite étable de la rue Bergère sous lar houlette de Gabriel Fauré, pasteur\nindulgent, les tendres agneaux de notre École nationale, habitués à vagabonder\ndans Paris, ont bêlé, cette année, avec une touchante résignation pour attendrir les\nloups du jury. Ils n'y sont point parvenus."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.59", "texte": "CONCOURS DU CONSERVATOIR (1911-1912) ― LES LAUREATS\nORGUE\nFUGUE\nCONTREPOINT\nACCOMPAGNEMENT\nHARMONIE (HOMMES)\nHARMONIE (FEMMES)\nCHANT (HOMMES)\nCHANT (FEMMES)\nOPÉRA-COMIQUE\nOPÉRA\nPIANO (HOMMES)\nPIANO (FEMMES)\nHARPE\nVIOLON\nALTO\nVIOLONCELLE\nCONTREBASSE\nFLÛTE\nHAUTBOIS\nCLARINETTE\nBASSON\nCOR\nCORNET A PISTONS\nTROMPETTE\nTROMBONNE\nMORCEAUX\nDE CONCOURS\nFugue improvisée (Tournemire)\nThème de Gabriel Fauré\nDivers\nDivers\nDivers\nDivers\nDivers\nDivers\nDivers\nDivers\nVariations sur un thème de Haendel\n(Brahms)\nSonate Appassionata (andante et finale\n(Beethoven)\nFéerie (M. Tournier)\nConcerto (A. d'Ambrosio)\nConcertstùck (R. Jullien)\nSonate en la [adagio et allegro)\n(Boccherini)\nPièce en ut (H. Biisser)\nDans la forêt enchantée (L. Moreau)\nPièce en si bémol (H. Biisser)\nPastorale (H. Biisser)\nBallade (J. Mouquet)\nSonate pour Cor (X. Leroux)\nSolo (E. Cools)\nSolo (E. Ratez)\nMorceau symphonique (P. Gaubert)\nler1er PRIX\nClavers\ns\nBecker\nForestier, Philippon\nLaporte, Becker, A. Lévy\nM 11\" Bligne, L. Granier, Can\nAzfer, Maret, Goguillot 1\nNagel\nHopkins, Elain, Iriarte\nMlle# Lubin, Weykaert, Bugg, C\nKirsch\nj\nMUeB Vorska, Lubin, Arcos, Bi\nHemmerlé, Mr Deloger\nMlles Bonnet-Baron, Lubin, Kir\nBorel\nKartun, Félix Dyck, G. Truc, C(\nMlles Lefort, Blanc, Herr-Japy, (\nArnoult, Lefébure, Barret\nM 11\" Gérard, Régnier, Pingi;\nMr Janet, Mlle Onda\nM. Darrieux, M 11\" Cousin et Pi\nBailly, Garanger\nLévy, M 1 O. Krettly, Mr Ak\nBoussagol, de Felicis\nDemailly, Clouet\nSaivin, Frion, Priam\nCoulibeuf, Dauwe\nBourgain, Mathieu\nChantron\nGurs, Méringuet, Douanne\nBécar, Narbonne\nStoltz, Visticot"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.60", "texte": "2me PRIX\nNibelle, Ibos\nt\nCharlet\nMlle Hublé, Voilquin\nMlle Dreyfus, Gille\n'Acohan, Friscot, Carembat,\nSoulage, Bossus, Tailleferre\nPalier, Niréga, Triandafyllo\n8 Arcos, Laughlin, Borel, Bonnet-\nBaron, Vorska, Brunlet\nJoutel, Gilson, Laughlin, nos Palier\nFeiner, Noël, Poncet\nMlles Brunlet, Philippot,\nMrs Guis, Dutreix, Noë, Palier\nBecker\n;s Meyer, Follet, Blanquer, Ruffin,\nStett, Dufour, Rainoird\nMlle« Raymond, Herman\nMr Choubry, Mlle Lavergne,\nMr Mogey et Gentil\nMlîei Nehr, Masson\nMu# Cartier, Mr Chizalet\nChauvet\nMessier\nDufour, Saint Quentin\nBégoulle, Bonade\nPeyrot, Cortot\nFontaine\nPas de 2e Prix\nMarceron, Bellon, Déas\nDesplanques, Puig, Dubourg\nler1er ACCESSIT\nPanel\nMlle Granier, Laporte\nAntoine, Bigot\nMlle Soulage, Cammas\nSouchon, Sauveplane Ramondou Ibert\nHédoux\nTaillardat, Verneris, Friant, Noël\nMlles Gilson, Vadot, Nieras, d'Ellivat,\nCavallieri, Vaultier\nMlles Bonnet-Baron, Weykaert, Charin\nMr Triandafyllo, Iriarte, Leroux\nMlles Bugg, Loth\nMr Stevens, Leroux, Niréga\nBéché, Fournier\nIlligworth, Leleu, Lienard, Prélat, de\nValmalete, Decour\nMlle Jacques\nMlle Gautier, Mrs Emanuele. Thillois, Bogou-\nlawsky, Franquin, Domergue, Soetens, Leibovici\nFourel\nMUe# Laffite, Miquelle\nHornin\nEhrman, Balay\nMoreau, Vasseur\nBonnet\nJacot, Saint Pé\nLemaire, Albert\nLeconte, Pinchet\nPoiret\nRech\n2me ACCESSIT\nMarchai\nRoussel\nGuinard, Szyfer\nMllc Philippon\nRose, Felvet, Liégeois\nDedieu-Peters\nLeroux, Deloger, Rambaud, Feiner\nM 11\" Alicita, Lavalette, Famin, Brothier\nMlles Alicita, Vaultier\nMrs Corbière, Dutreix, Niréga\nPas de 2° Accessit\nRaffit, Bruck\nLévy, Durony, Creyx\nMlle Renée David\nMr Reynal, Longuet, Mlleß Leclère,\nSapin, Tempié\nGrout\nStien, Mlles Mogniat, Patte, Friscourt\nCagnard, Pacotte\nBlanc, Louis, Mlle Renée\nPas de 2° accessit\nFerranti\nDayez, Simon-Solère\nWarin, Levasseur, J. Pessard, Ganjac\nBrion, Porret, Berthelot\nRozaire, Jalabert\nChandelon"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.61", "texte": "58\nS. I. M.\n\nJe confesse humblement que l'opportunité et le bienfait de cette mesure de\nrigueur le caractère systématiquement scolaire de ces concours comporte parfois\nquelque férocité administrative ! ne m'ont pas aveuglé de leur éblouissante\névidence. On avait dénoncé avec épouvante le péril moral que couraient nos\nétudiants en musique en respirant l'atmosphère trop parisienne et trop théâtrale\ndes grandes scènes où leurs concours prenaient des allures de créations sensation-\nnelles. Tapis au fond de leur loge, les membres du jury étaient arrivés à donner\nl'impression de vieux abonnés importuns exprimant à la fin de la journée, avec\nune solennité ridicule, un avis qu'on ne leur demandait point et qui ne pouvait\ninfirmer le verdict du peuple souverain. Nos escholiers d'art jouaient pour le\npublic et se croyaient déjà ses maîtres.\nIl y avait là, évidemment, un regrettable malentendu qu'on résolut de dissiper\navec une brutalité vertueuse. Assimilés à des rhétoriciens affrontant le baccalauréat,\nles concurrents durent prendre conscience de leur humilité sociale. On affecta de\nles traiter en \" petits grimauds d'école \" qui ne sauraient sans outrecuidance\nréclamer des égards anticipés. Et, invités à faire à neuf heures du matin la preuve\nde leur virtuosité vocale, les malheureux chanteurs purent se convaincre, en effet,\nqu'ils avaient moins de droits que de devoirs et que les susceptibilités d'un larynx\nendormi n'étaient permises qu'à leurs juges. Mille vexations de ce genre entre-\nprirent d'abattre leur superbe. Sous le plus pyrrhonien des tyrans on vit triompher\nles plus stoïciennes vertus.\nSuivant la loi commune, ce mouvement de réaction dépasse son but. La\ndistinction que l'on prétend ainsi établir entre l'état d'élève et celui d'artiste est\nbien souvent arbitraire et ne s'applique pas à tous les cas particuliers. Pour les\ncandidats des classes d'opéra-comique et d'opéra, elle est assez puérile. Du disciple\nd'lsnardon au pensionnaire de Carré il n'y a que l'épaisseur d'un communiqué\nofficiel au courrier des théâtres et l'on sait que la Comédie Française ne croit pas\nindigne de sa gloire de faire appel au talent et à l'expérience de jeunes tragédiens\nou comédiens qui, une fois par an, dépouillent leur pseudonyme d'artistes, pour\nvenir conquérir au Conservatoire un accessit ou un prix récompensant leur labeur\nd'élèves. Vouloir établir une incompatibilité absolue de traitement entre les uns et\nles autres ne va pas sans quelque injustice et risque de fausser certaines épreuves.\nJe n'ai pas noté non plus une bien sensible amélioration dans la méthode de\nrépartition des invitations, méthode qui devait assurer le recrutement de ce public\nidéal vainement attendu les années précédentes à l'Opéra-Comique aussi bien qu a\nl'Odéon. J'ai constaté au contraire une fois de plus, l'invraisemblable ignorance\ndont témoignent les fonctionnaires chargés de distribuer les coupons multicolores\nsymbolisant les émotions nuancées de ces réjouissances nationales. J ai retrouve\naux meilleures places les plus inattendus des témoins, et consolé à la porte du\nparadis sévèrement gardée par un archange en livrée maint \" ayant-droit \" pleurant\nsur son injustifiable exil. Dans la salle, les inamovibles dames compétentes anno-\ntaient fiévreusement leurs programmes, pointaient les concurrents, encourageaient\nleurs favoris de la voix et du geste, compromettaient les chances d'un outsider en"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.62", "texte": "LE MOIS\n\n59\n\ncouvrant rageusement la sonnette présidentielle des salves intempestives de leurs\napplaudissements et soulignaient les fautes de lecture d'exclamations alterna-\ntivement ironiques et apitoyées. Les décisions du jury furent accueillies, comme\ntoujours, par des protestations indignées lorsqu'elles s'écartèrent du référendum\nde la salle. Les lauréates furent aussi nerveuses que de coutume et les évincées\naussi irritables. Rien de nouveau vraiment sous le soleil impitoyable qui est toujours\nle premier invité de cette annuelle solennité.\nAucun changement d'ailleurs dans les résultats esthétiques de la nouvelle\ndiscipline. Les classes ont mûri leur moisson habituelle sans aucun imprévu. Les\ninstrumentistes nous ont étonnés une fois de plus par leur virtuosité supérieure et\nleur solide éducation musicale, les chanteurs, par leur inexpérience technique et\nleur ignorance artistique. Le choix des morceaux de concours est toujours aussi\nsurprenant : les aspirants comédiens ou tragédiens lyriques détaillent avec âme une\nscène du Tribut de Zamoraou de la Petite Pour des motits supérieurs qui\néchappent à la myopie des assistants, certains dénis de justice semblent s'accomplir\nsous nos yeux : sévérité impitoyable à l'égard du baryton Feiner, indulgence\nhéroïque en faveur du soprano Arcos. Certains élèves bénéficient dès leur première\ncomparution, d'une ordonnance de non-lieu et d'une levée d écrou immédiate,\nd'autres voient prolonger sans raison apparente leur détention ou leur interdiction\nde séjour. C'est, vous dis-je, le jeu habituel où tout n'est pas laissé au hasard mais\noù tout n'est pas non plus facilement explicable. Et l'on résisterait mal à une\ncertaine inquiétude si la certitude de l'équité future des jugements du public ne\nnous induisait en philosophie résignée.\nIl semble bien, cependant, que le Conservatoire ait tort de croire à l'éternité\nde ses méthodes d'enseignement et de se désintéresser de l'évolution contempo-\nraine. Son Conseil supérieur ne paraît pas s'en douter : ses membres ne sont pas,\nen effet, tous aussi jeunes que le Directeur de la maison et n'admettent pas volon-\ntiers la notion de progrès. Là encore, la vie interviendra pour remettre les choses\nau point. De gré ou de force, les éducateurs de la jeunesse musicale devront\nrépondre aux exigences des aspirations modernes. Nous arrivons à l'heure où l'art\ncontemporain, après une généreuse production, éprouve le besoin de classer,\nd'ordonner et d'analyser ses richesses : des théories vont naître, des traités vont\ns'élaborer, on va enfin se préoccuper d'harmoniser l'organe à sa fonction. Le Con-\nservatoire ne pourra pas échapper à cette irrésistible poussée et devra accueillir des\nclasses et des idées nouvelles.\nDéjà, en dehors de lui, des établissements privés, véritables laboratoires\nd'esthétique, mènent à bien de très curieuses expériences. Des ecoles travaillent,\nsur des données inédites, à enrichir notre pédagogie de sciences neuves dont les\npremières découvertes ont pris l'importance de scientifiques révélations.\nL'une d'elles vient de nous livrer un trésor. Nous ne saurions examiner avec\nassez de respect ce lingot d'or pur dont, un jour ou l'autre, nos institutions d Etat\nne manqueront pas de nous frapper la monnaie.\nL'Ecole Française de Gymnastique Rythmique, dirigée par Jean d'Udine"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.63", "texte": "60\nS. I. M.\n\navec cette fougue, cette foi et cette violence passionnée qu'il apporte à tous les\nactes de sa vie intellectuelle, vient de donner cinq séances de démonstrations\ntechniques et de réalisations plastiques tout à fait remarquables. On sait qu'aux\nprincipes de Jaques-Dalcroze, inventeur du système, le critique-théoricien du\n\"Courrier Musical\" a apporté les magnifiques développements que l'on pouvait\nattendre d'un professeur doué à la fois d'une imagination volcanique et d'un\nminutieux esprit d'analyse, aussi prompt à enfoncer ses éperons aux flancs de la\nChimère qu'à découvrir les lois secrètes du Rythme universel et à codifier le sub-\nconscient. Le masque étrange du Gymnasiarque nous dénonce cette dualité\ncérébrale assez rare. Comme ces cathédrales qui, commencées dans un style\ns'achèvent dans un autre et sur une crypte romane érigent des nefs gothiques, le\nvisage de Jean d'Udine nous fait un double aveu. Sa mâchoire volontaire, son\nmenton têtu et ses lèvres minces filtrant une voix sarcastique sont d'un critique\namer tandis que sa chevelure, son front qui se ride au passage de la pensée comme\nun lac sous l'orage et ses yeux aux prunelles voraces, si ardents qu'on a du les\nmuseler d'un binocle, sont d'un poète et d'un apôtre. La face de cet esthète-\nmathématicien a la structure schématique d'une fraction au dénominateur de\nscepticisme et au numérateur d'enthousiasme.\nRien d'ailleurs n'est plus troublant qu'une de ses causeries familières où\ns'entrelacent et se contrepointent les axiomes les plus surprenants, où s'énoncent\ndes préceptes audacieux que certains spectateurs prennent pour des paradoxes et\nqui ne sont que des allusions raisonnées à des conquêtes scientifiques parfaitement\nétablies, à des colonisations lointaines et méthodiques de cet explorateur solitaire.\nIl a, en effet, découvert, pacifié, organisé et annexé de vastes territoires intellec-\ntuels situés aux confins de la spéculation, au-delà des frontières de la musique, de\nla sculpture et de la danse, et il en rapporte avec simplicité des récits mirifiques\net des souvenirs hallucinants. Il faut voir avec quelle désinvolture il entretient ses\nauditeurs, vaguement inquiets, de la musicalité des rosaces de cathédrales, du\ntemps fort d'un meneau, des rythmes syncopés de l'architecture de la Renaissance\net des harmonies consonnantes qui dans l'art du vitrail unissent indissolublement\ntelle couleur déterminée à tel point cardinal !... Il se meut avec une parfaite\naisance dans ce domaine des synesthésies dont les humbles mortels n'osent pas\nencore franchir le seuil et, semblable à quelque héros de Wells, mène une existence\nnormale au sein des anticipations les plus vertigineuses.\nLe miracle est qu'il n'y vit pas seul. Autour de lui s'agitent des êtres de\ndemain ; il est le patriarche d'une tribu de créatures souples et silencieuses qui se\nvêtent de courtes tuniques flottantes, savent d'harmonieux secrets et font avec\nleurs membres nus de merveilleux gestes d'incantation. A son appel, on les voit\ns'élancer sur la piste du cirque comme des pouliches bien dressées et nouer leur\nronde savante : debout, au centre de l'arène, la chambrière métrique en main,\npoussant des \" Hop, hop ! \" impératifs pour transformer l'amble en trot relevé et\nle pas espagnol en petit galop de chasse, l'Ecuyer du Rythme conduit cet étonnant\ncarrousel. C'est merveille de contempler ces dociles traductrices d'une langue"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.64", "texte": "LE MOIS\n61\n\nmystérieuse inscrivant dans les airs les signes de la nouvelle Kabbale, extériorisant\navec une admirable précision l'infrastructure rythmique d'une phrase musicale,\npossédant une sorte de vision radioscopique de la mélodie leur permettant d'en\nsilhouetter instantanément l'invisible ossature, d'en dessiner les contours secrets et\nd'en marquer les accents sans l'ombre d'une hésitation. Et nous assistons bientôt\naux prouesses de la haute-école : des problèmes ardus, soufflés par des spectateurs\ncruels, des énigmes perfides sont proposés au piano et résolus instantanément par\nvingt adolescentes infaillibles s'avançant d'un pas victorieux, la ligne de leur jeune\ncorps en élan fièrement développée sous la chlamyde légère qui leur prête la\nnoblesse de ces figures de proue dont les seins orgueilleux divisent les vagues.\nInnocentes bacchantes, ces jeunes filles aux bras purs cueillent les grappes invisibles\ndes accords et foulent joyeusement de leurs beaux pieds nus la vendange sonore.\nEt le jeu divin s'exalte : les écharpes mélodiques se nouent, se dénouent et\ns'entrecroisent avec une frénésie sacrée. Les valeurs, soudain, sont devenues des\nêtres animés et palpitent sous nos yeux. Réveillées de l'enchantement qui les des-\nséchait et les condamnait à l'apparence de petits signes rébarbatifs, les notes\nressuscitées dansent comme des korrigans sous la lune. La logique, la rigueur\nmathématique et la plus immatérielle beauté s'unissent alors dans une synthèse\nvéritablement miraculeuse. Cette jeune femme au profil pâle qui traverse à pas\ncomptés l'essaim de ses compagnes, c'est une blanche nonchalante qui porte dans\nla lyre de ses bras le fardeau précieux d'une gerbe d'accords, ces brunes jeunes\nfilles au pied alerte sont les quatre noires qui cloisonnent la mesure et distribuent\nsymétriquement les accents harmoniques et cette espiègle fillette qui bondit au\nmilieu d'elles et fuit rapidement sur la pointe des orteils, ses cheveux envolés au\nvent de la course, n'est-elle pas une double-croche vivante escaladant les portées,\nfranchissant les barres de mesure et laissant flotter au sommet de sa hampe svelte\nsa souple flamme géminée ?...\nEn vérité, à ce moment où la musique s'extériorise glorieusement et où le\nRythme, maître du temps, s'empare également de la royauté de l'espace, Jean\nd'Udine, grave et sourcilleux, disciplinant un triolet turbulent ou gourmandant un\ngrupetto paresseux, a la majesté d'un démon romantique présidant en quelque\nWalpurgis aux ébats d'une troupe d'elfes ou de feux-follets. Le temps est sans\ndoute prochain où ces interprétations visuelles n'apparaîtront plus à nos esprits\nsous cet aspect surnaturel et où ces merveilleux exercices, en usage dans toutes les\nécoles d'art, ne représenteront pour nos enfants qu'un degré de plus dans la science\nde la dictée musicale; bientôt, sans doute, le solfège plastique sera de pédagogie\ncourante et formera la base de tout enseignement rationnel de la musique. Qu'il\nnous souvienne alors du rôle décisif qu'auront joué dans cette heureuse orientation\nle fondateur de l'Ecole de l'Avenue des Ternes et ses premières élèves. Et lorsque\nla scolarité aura dépouillé de leur prestige poétique des réalisations si séduisantes\ngardons un souvenir reconnaissant à l'artiste qui pour nous intéresser plus sûre-\nment aux découvertes du théoricien nous a conduits, une nuit, dans la clairière où\ndansaient les fées !...\n\nEmile Vuillermoz."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.65", "texte": "LES REPRÉSENTATIONS LYRIQUES\nFRANÇAISES DE L'ALHAMBRA\n\nL'attention des musiciens fut attirée, pendant la première quinzaine de juin, par ce qu on\nappelle \" une tentative intéressante et digne de tous les encouragements \". Il faut remarquer\nque l'on applique le plus souvent ces expressions aux choses qui réussissent mal, et 1 on a\nquelque tristesse à constater que cet usage n'est point démenti par les Représentations lyriques\nfrançaises dont nous voulons parler.\n66 Hélas ! que j'en ai vu dormir de Prix de Rome... \" a dit, à quelque chose près, un\nbarde notoire. Il est vrai, en effet, qu'il y a une quantité de \" Prix de Rome , jeunes ou\nvieux, dont on ne connaît pas les ouvrages. u Ils dorment ! \" dirait Fervaal ; n entendez point\npar là, pourtant, que les auteurs soient inactifs : un tel reproche s adressant au u Prix de Rome\nde 1899, M. Edmond Malherbe, lauréat de plusieurs concours de composition, auteur de\nu tableaux symphoniques \" naguère remarqués et d'une somme respectable de drames ou de\ncomédies lyriques, sans compter le reste, serait d'une singulière injustice. De cet imposant\nbagage d'œuvres inédites, M. Malherbe a extrait trois specimens assez différents poui les\nfaire représenter au théâtre de l'Alhambra. Etant Français, il était par définition de ceux dont\non ne s'occupe pas en notre siècle d'exotisme effréné ; étant a Prix de Rome il ne leussissait\nà se faire recevoir et jouer par aucun théâtre, subventionné ou non. Et cela eût pu duier\nindéfiniment si ce musicien, assurément bien doué, n'avait en quelques semaines loue une saile,\nrecruté un orchestre et une troupe d'artistes, dessine et commande des décors, prépaie un\nmatériel, publié des partitions, conduit des répétitions et, finalement, organise du tout au tout,\navec une rare confiance, une persévérance inlassable et la collaboration de quelques amis\ndévoués, ces Représentations lyriques françaises qui ont réveillé, huit soirs durant, les échos\nwagnériens de l'antique salle du Château d'Eau, devenue Alhambra depuis les grandes auditions\nconduites par Alfred Cortot.\nCar il était écrit que Wagner serait encore de l'affaire. Ce sont effectivement de véritables\n\" motifs conducteurs \" (parlons français !) qui s'offrent à nos yeux sur les programmes ou les\npartitions, et à nos oreilles ensuite, lorsque nous entendons Madame Pierre ou l Emeute, sinon\nCléanthis elle-même.\nEt ceci n'est point en soi une critique, car nous avons souvent pu constater que le\nsystème consistant à donner une valeur représentative déterminée à certaines formes thémati-\nques préétablies — système fort improprement qualifié a wagnérien \" — est une condition a\npeu près nécessaire de Y ordre qui s'impose à toute composition musicale intelligible. Si 1 on\nadmet, ce qui est peu contesté par les gens sérieux, que les, mêmes causes produisent d ordi-\nnaire les mêmes effets, il n'est ni mystérieux ni \"wagnérien\" d'en inférer que les mêmes thèmes\ntendent naturellement à s'appliquer aux mêmes sentiments et aux mêmes circonstances drama-\ntiques, sinon aux mêmes personnages.\nDonc, pour s'être conformé, comme quelques devanciers illustres quoique peu ou point\n\" Prix de Rome\" (Monteverde, Rameau, Gluck, Grétry, VVeber, Berlioz, etc.), à ce principe\nexcellent et aussi ancien que la musique, M. Malherbe semble avoir voulu ai 1er au devant de\nl'invective usuelle de u wagnérien \". De même que, pour avoir choisi le sujet de Madame\nPierre dans la vie ouvrière parisienne, il s'est par avance désigne comme un simple plagiaire"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.66", "texte": "LE MOIS\n63\n\nde Louise : son principal personnage n'est-il pas, par une insigne malechance, un char-\npentier ?\nToutefois, là s'arrête, croyez-le bien, l'analogie de l'auteur de Madame Pierrey de\nV Emeute et de Cléanthisavec celui de Louise d'une part ; et de l'autre avec celui un peu\npeu plus haut placé dans la hiérarchie de l'art de Parsifal.\nDu choix des sujets nous retiendrons seulement une chose : un désir à peine dissimulé de\nse mettre en contradiction avec les meilleures traditions du théâtre musical. La musique\napportant en effet aux actions dramatiques un élément purement idéal emprunté à l'imagination\nou à une sorte de convention artistique qui s'éloigne de la réalité, on tend de plus en plus à\nreconnaître la nécessité d'un recul, dans le temps ou dans l'espace, pour éloigner de nous les\nscènes ou les personnages destinés à recevoir ce commentaire sonore, irréel par lui même.\nTout incident, tout détail qui appelle dans l'esprit de l'auditeur une vérification immédiate\ndans le domaine réel, prosaïque, de l'existence quotiienne interrompt le charme, l'illusion que\nl'on demande à la musique plus encore qu'à la déclamation pure. Dans les sujets légendaires\nou historiques, déjà lointains par le temps ou par le lieu où ils sont situés, ces vérifications\nbrutales sont rares ou passagères : c'est le ténor trop gros, le décor par trop insuffissant ou tel\nautre détail secondaire qui nous rappelle, malgré nous et par instants seulement, à la fâcheuse\nréalité : du moment que les personnages expriment des sentiments vrais dans un langage dont\nnous ne pouvons contrôler l'absurde invraisemblance puisqu'il n'est censé appartenir ni au\ntemps ni au lieu où nous vivons, nous n'en demandons pas davantage : et nous nous associons\nà la douleur d'lphigénie ou de Bérénice, sans songer que nulle jeune femme de l'antiquité ne\nchanta jamais du Gluck ou du Magnard pour exprimer cette douleur.\nMais si l'on substitue à ces entités de convention l'ouvrière qui vient raccommoder notre\nlinge, si l'on nous la montre dans son banal logis contemporain, avec un gros homme mal soigné\ntel que ceux que nous coudoyons dans les gares du \" métro \", tout nous rappelle que cette\nouvrière n'a point un tel langage, que ce gros homme ne chante pas ses passions sur une\nmusique de cette espèce. Et quand par surcroît cet homme ou cette femme nous parleront de\n\" faubourg \", de \" dire de bêtises \", de \" soupe toute chaude \" ou de \" quittance de loyer\nnulle musique, si belle qu'elle puisse être, ne subsistera devant cette effroyable trivialité.\nOr, si ces quelques extraits pris au hasard dans suffisent à donner une idée\nde cette littérature, que sera-ce pour Y Émeute où nous entendons parler de \" revendications \",\nde ''diminution des heures de travail\", de \"renouvellement du matériel\" etc. r Telle est\npourtant la nature des obstacles que M. Malherbe semble avoir voulu accumuler contre sa\npropre musique ; quoi d'étonnant dès lors à ce qu'il s'y soit brisé lui-même ?\nNon certes que cette musique soit triviale, vulgaire ou simplement inférieure : sa caractéris-\ntique est plutôt la complexité harmonique et la surcharge des dessins sans cesse entrecroisés\nou superposés. On y discerne, surtout dans Madame Pierre, une ligne principale souvent assez\nélégante quoique indécise au point de vue tonal, parfois même quelques élans lyriques de bon\naloi, comme dans les dernières pages du deuxième et du quatrième actes, très supérieures au reste\nde l'ouvrage. Malheureusement, ces éclaircies sont rares ; et il est pénible de constater que dans\nY Emeute plus récente de huit ou neuf ans elles sont introuvables. Malgré les qualités de\nla déclamation, dont les accents sont justes et assez habilement gradués, la persistance des\nharmonies étrangères à toute tonalité, la sonorité presque ininterrompue d'un quatuor excessif\npar lui-même et par l'absence de toute nuance engendrent une véritable \" monotonie \" ou\n\"monochromie par excès\", tout aussi fastidieuse à la longue que cette \"platitude par défaut \"\nà laquelle nous ont habitués les plus grossiers italiens et leurs imitateurs.\nOn a beaucoup parlé d'une certaine fugue ayant pour sujet un \"air de beuglant\" et destinée"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.67", "texte": "64\nS. I. M.\n\nà servir de soutènement à presque tout le troisième acte de Madame Pierre : l'écriture de cette\nfugue nous montre en M. Malherbe un musicien rompu aux travaux de superposition contra-\npontique, de renversement, de rétrogadation, d'augmentation, etc.; et cela vaut bien quelque\nchose. Mais le drame violent, dont les péripéties se déroulent pendant que cette fugue retient\nnotre attention, passe au deuxième plan : il devient même inexistant au point de vue musical.\nEt l'on est assez surpris de voir un musicien de la valeur et de la conscience de M. Malherbe\nse contenter ici de placer tant bien que mal les répliques fort importantes de ses personnages\nsur de simples tenues de dominante quasi recitativo, telles que les employèrent sous le qualificatif\nde passetto,les Italiens, inventeurs de YOpéra-bujfa.ll en résulte un défaut d'homogénéité senti\nconfusément à l'audition et vérifié sans conteste à la lecture, ce qui explique l'insuccès relatif\nde cet \" acte du beuglant \" bien fait par ailleurs pour être le \" clou \" de la partition.\nIl y a moins à dire de F Emeute dont la musique se réduit, plus encore que celle de\nMadame Pierre,à quelques cris violents, toujours excellents comme accentuation, mais expri-\nmant sans répit un état de paroxysme rebelle à tout lien mélodique ou tonal. L'élément\nthématique est fourni principalement par le Dies ira, la Carmagnole et surtout Y Internationale\nassez heureusement rehaussée d'harmonies plus riches que ne le comporterait par définition cet\nappel au \"prolétariat\". Ces airs connus viennent ponctuer le dialogue ; une allusion à la\ntroupe est soulignée par quelques mesures de la marche de Sambre-et-Meuse ; mais avec la\nmeilleure volonté, on ne peut voir là que des indications sommaires et non une véritable\ncomposition.\nRevenu à une appréciation plus vraie des nécessités du théâtre, M. Malherbe a écrit la\npetite partition de Cléanthissur un sujet comique analogue, comme cadre et comme époque, à\ncelui de Phryné: c'était plus sage ; et, n'eût été la hâte qui se sent trop en mainte page de\ncette œuvre, l'auteur aurait pu atteindre ici beaucoup mieux l'effet qu'il cherchait. Pourquoi\nfaut-il qu'il ait volontairement supprimé l'élément le plus favorable à la musique et à la\ncomédie dans cette petite pochade: le chœur ? Par un autre effet de la contradiction inhérente\nà ce curieux esprit, son chœur parle au lieu de chanter. C'est plus vite fait pour terminer la\npartition, mais nous croyons que c'est bien là le seul avantage ; car ces choristes qui parlent à\ntort et à travers n'ont d'autre effet que de gêner le dialogue et la musique, sans même se faire\nmieux comprendre que des choristes ordinaires qui, selon l'usage, chanteraient mal et joueraient\nbêtement.\nEn résumé, la personnalité singulière de M. Malherbe nous apparaît un peu comme un\nparadoxe vivant. Il est bon qu'il y ait des musiciens de talent, qui, comme lui, ne se résignent\npas à attendre indéfiniment le bon plaisir ou la fantaisie des chefs d'orchestre et des directeurs de\nthéâtre, qui luttent contre certaines tendances des éditeurs de musique, qui forcent l'attention\npar des moyens inusités, osés, agressifs même. Mais 011 ne doit jamais oublier que de tels efforts\nne sont bienfaisants que dans la mesure où ils servent de leçon. C'est aux auditeurs éclairés,\naux musiciens avertis, aux critiques consciencieux qu'il appartient de dégager des faits cette\nleçon, dont les auteurs eux-mêmes devraient être les premiers à profiter. Il y a chez\nM. Malherbe assez de talent, d'habileté technique et de volonté, pour qu'il puisse recueillir\nde son essai de Représentations lyriques françaises,des sympathies rares qu'il a rencontrées et du\ngenre d'obstacles qui ont entravé son succès, un précieux enseignement.\nDe ces obstacles, les uns sont normaux, inhérents aux erreurs et aux passions qui font\ndévier sans cesse les meilleurs élans de notre vie artistique : il faut les déplorer, y remédier\ndans la mesure du possible ; mais les autres sont imputables aux œuvres, au mauvais choix de\nde leurs sujets, qui choquent l'élite sans satisfaire aucunement le vulgaire, aux moyens musi-\ncaux disproportionnés, excessifs, artificiellement dramatiques sans être véritablement expressifs,"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.68", "texte": "LE MOIS\n65\n\nà une certaine obstination dans un système d'écriture surchargée sans puissance, compliquée\nsans variété, modulante sans ordre ni méthode.\nCe sont ces obstacles-là sur lesquels il faut que l'auteur réfléchisse, car le pouvoir de les\naplanir est en lui, et en lui seul. Son amour du paradoxe s'est manifesté jusqu'en un tout petit\ndétail technique : la suppression des accidents à la clé sur ses partitions, dans une foule de\npassages fort éloignés de la tonalité d'ut. Sans vouloir tirer de ce fait très particulier une con-\nclusion trop générale, il est permis d'y voir une vérification supplémentaire de la caractéristique\nde M. Malherbe ; et l'omission de ces armatures, parfois gênantes pour l'exécutant mais\ntutélaires pour le musicien, représente fidèlement, si même elle ne l'aggrave pas, cette tendance\nà l'anarchie tonale qui désorganisera, peu à peu, s'il n'y prend garde, toute l'intelligence musicale\nexceptionnellement bien douée de M. Edmond Malherbe.\n\nAuguste Sérieyx.\n\nSOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE\nG. C.\nOn sait que dans sa dernière réunion, après avoir entendu l'éloquent plaidoyer de son\nPrésident, M. le Comte G. Chandon des Briailles, le Comité de la Société Française des Amis\nde la Musique avait décidé de prêter son appui et son patronage à la Société Musicale\nIndépendante. La S. M. I. a organisé deux concerts d'orchestre qui ont obtenu le plus\nlégitime succès.\nL'heureuse composition des deux programmes donnait vraiment toute sa portée à\nl'encouragement accordé par notre Société à un jeune groupement représentant les caractéris-\ntiques de l'art contemporain et réunissant, sous la présidence d'un Maître universellement\nrespecté, les jeunes compositeurs qui sont les plus sûrs espoirs de l'école moderne. L'intelligent\néclectisme de la S. M. I. nous a permis de faire un geste réellement utile et fécond. Nous\navons eu conscience de contribuer efficacement à la réalisation d'aspirations généreuses et\nd'avoir consacré toute une évolution significative en unissant notre effort à celui de quelques\nartistes dont l'indépendance titre oblige ! ne saurait désormais être mis en doute.\nLa presse a été unanime à constater le grand succès de ces deux concerts. Les louanges\nqui ont été adressées aux Amis de la Musique leur ont été très sensibles. Us ont conscience\nd'avoir accompli leur tâche puisqu'ils ont servi en cette circonstance la cause de la justice et\ncelle de la beauté.\nDe nombreux projets sont à l'étude qui seront discutés, dès la rentrée, au cours des\npremières réunions. Les programmes de nos nouveaux concerts réserveront quelques surprises\nheureuses à nos membres."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.69", "texte": "Au milieu des nombreuses et assez peu significatives manifestations musicales qui ont\nencombré l'arrière-saison parisienne, trois concerts importants méritent d'être signalés et\nretenus : le concert d'orchestre de la Société Nationale et les deux concerts de gala, également\navec orchestre, de la Société Musicale Indépendante.\nOn sait que ces deux Sociétés apportent à la glorification de la musique contemporaine\nune émulation qui frise la concurrence. Le zèle de ces deux sœurs à remplir leurs devoirs\nartistiques a quelque chose d'agressif qui divertit la galerie mais ne peut que profiter grandement\nà l'art. La cadette déploie, pour faire oublier sa jeunesse, une audace, une activité et une\nénergie inlassables et l'aînée, réveillée de la somnolence qui l'assoupissait sur ses lauriers anciens,\nse voit contrainte en présence du danger menaçant, de reprendre les armes et de s'engager sur\nle sentier de la guerre. Les initiés s'amusent déjà à planter sur la carte musicographique de\nFrance de petits drapeaux jalonnant la marche des deux armées. On parle d'escarmouches, de\ndéfaites partielles, de défections, d'espionnages, de trahisons, de mouvements tournants, de\nprojets d'armistice, de traités de paix, d'annexions et d'alliances !... Et les compositeurs, dont la\nstratégie est plus simple, se contentent de remercier les dieux de cette bienheureuse rivalité et\nfont recopier tous leurs manuscrits en double exemplaire afin de les présenter en même temps\naux deux comités.\nCette année la Nationale ouvrit le feu avec un beau concert d'orchestre réunissant les\nnoms de Coindreau, Jean Cras, Gabriel Grovlez, Pierre de Bréville et Albert Roussel. Et voici\nde quoi déchaîner les commentaires des musiciens qui connaissent bien les \" groupes \", les\ncommissions et les sous-commissions de la Chambre musicale. Ce concert affiche en effet un\nprogramme de concentration. Car si Albert Roussel, Coindreau et de Bréville ont toujours\ntémoigné à la Société présidée par Vincent d'lndy une affection et une fidélité inébranlables,\nJean Cras a récemment recueilli à la S. M. I. des applaudissements schismatiques et Gabriel\nGrovlez proh pudor ! appartient au comité même de la Société rivale !\nLe plus vif succès accueillit cette profession de foi conciliante et le public qui se tient\nsagement à l'écart de ces mesquines querelles de partis, vota l'ordre du jour de confiance. Les\nœuvres exécutées étaient pourtant d'inégale valeur. On s'accorda à reprocher à M. Coindreau\nsa tendresse pour les sujets pittoresques que justifient mal sa technique trop sévère et son\nmépris de toute fantaisie harmonique ou instrumentale. Le bonapartisme de sa Revue Nocturne\nest d'un sociologue plutôt que d'un peintre militaire. Les mélodies de Jean Cras ont séduit par\nleur souplesse et leur finesse d'écriture, celles de Pierre de Bréville par la gravité de leur émo-\ntion. La Vengeance des Fleurs de Grovlez développe avec tous les artifices et toutes les\nélégances caractéristiques du langage orchestral contemporain un thème littéraire que Bruneau\navait déjà traité avec des moyens très différents dans sa partition de la Faute de l'Abbé Mouret."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.70", "texte": "LE MOIS\n6?\n\nMais les Evocations d'Albert Roussel rallièrent tous les suffrages. Par la simplicité de sa\npensée, l'originalité de sa forme, par une sorte d'émotion à la fois directe et contenue Roussel\ns'impose à l'admiration de tous les musiciens. Ses \" Evocations \" notes vécues d'un voyage en\nExtrême-Orient ont permis à ses qualités rares de s'épanouir une fois de plus dans tout leur\néclat. L'exécution orchestrale sous la direction de l'excellent Rhené-Bâton fut sans reproches.\nLe concours de MM. Carbelli et Mallet, de Mmes Croiza, Ticier et de Fourcault contribua à\nrehausser encore le niveau artistique de ce concert qui comptera parmi les plus remarquables\nde la sympathique Société.\nPiquée au jeu la S. M. I.se surpassa. Forte de l'appui des Amis de la Musique, elle\ndonna non pas un mais deux concerts avec chœurs et orchestre. Fidèle à son programme et à\nson titre, elle proclama de toutes ses forces l'indépendance du territoire esthétique et la réalisa\nméthodiquement. Ses deux affiches étaient un véritable résumé de l'histoire musicale française\nde ces dernières années. L'ordre chronologique n'y était pas absolument respecté mais il était\nfacile de le rétablir entre le Prélude mystique et astral qu'Erik Satie écrivit avec d'extraordi-\nnaires accords qui sont autant de prophéties et que Roland Manuel instrumenta avec la plus\nrespectueuse circonspection; entre les Vendanges de Charles Kœchlin, œuvre d'une couleur,\nd'une force et d'une musicalité supérieures, tableau de maître qui échappe à toutes les caté-\ngories d'écoles et à tout classement dans le temps; entre le gracieux chœur post-debussyste\nd'Ermend-Bonnal, l'agréable et encore inexperte scène lyrique de Jacques Pillois, la massive,\ntouffue, écrasante Symphonie de Ladmirault, musicien de génie qu'égare la plus criminelle des\ndisciplines intellectuelles, la très fine, très alerte et très humoristique Pastorale que Léon\nMoreau écrivit à la gloire du saxophone-alto, parfaitement digne de cet hommage et de cette\nréhabilitation à en juger par l'éblouissante virtuosité de son interprète, M. Combelle ; entre la\nCathédrale de Jean Huré, scène d'une émotion intense, d'une beauté sonore et expressive\nincomparable qui nous donne le plus vif désir d'entendre l'œuvre entière, et entre le Martyre\nde Saint Sébastien de Claude Debussy.\nL'exécution intégrale de cette partition constituait le clou de ces deux concerts. Ecrasée\npar une mise en scène trop généreuse, par une représentation entourée d'incidents que l'on n'a\npoint oubliés, la dernière œuvre de Debussy n'avait pas été comprise lors de la création. Notre\nRevue fut même un des seuls organes où pleine justice fut rendue à cette œuvre admirable au\nlendemain de son apparition. En l'isolant du théâtre et en concentrant sur son adorable com-\nmentaire l'attention des auditeurs, la S. M. I.a véritablement révélé cette musique à plus d'un\ndebussyste soudain rempli de confusion. Le mysticisme le plus délicatement littéraire, l'affec-\ntation la plus suavement quattrocentiste et la sincérité la plus passionnément humaine s'unissent\ndans ce vitrail musical avec un charme impérissable pour qui en a pénétré l'harmonieux secret.\nJamais l'art de Debussy n'avait été plus grave, plus doux et plus profond sous une apparente\ncandeur d'expression. Cette partition va maintenant entrer glorieusement au répertoire des\nconcerts symphoniques : elle y connaîtra le plus durable succès. Elle ne saurait toutefois y\nretrouver une exécution supérieure à celle du second concert de la La ferveur de\nM. Inghelbrecht qui la dirigeait au rythme de son cœur, la qualité exceptionnelle des chœurs\net de l'orchestre, un fluide de chaude sympathie qui circulait entre la scène et la salle conquise,\ntout contribua à créer une heure d'exaltation inoubliable et à baigner l'œuvre entière d'une\natmosphère propre à en développer toute la séduction. Pouvoir créer pour certaines œuvres\nd'avant-garde cette précieuse ambiance si favorable à leur compréhension, voilà le plus beau\ntitre de gloire d'une Société telle que la S. M. ID'y être parvenue maintes fois déjà en créant\ntelles pages maintenant célèbres de Fauré, Debussy, Ravel ou Florent Schmitt, elle peut tirer\nun légitime orgueil.\n5\n\nG. K."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.71", "texte": "Notre Enquête sur le Théâtre\nmusical belge\nNombreuses nous sont venues les réponses à notre questionnaire d'enquête. La plupart\ndes musiciens belges jouissant de notoriété ont voulu nous donner une opinion. Certes,\nbeaucoup, en raison de la situation qu'ils occupent ou convoitent, ont cru devoir garder une\nréserve prudente. L'expression de la vérité est difficile à qui ménage les susceptibilités. Toute-\nfois, certains ont osé dire ce que chacun, par devers soi, pense vraiment. Nous écouterons les\nuns et les autres, et dégagerons les conclusions de l'ensemble des appréciations émises, dont\nnous commençons aujourd'hui la publication.\nNous avons posé les questions suivantes :\nI. Les musiciens belges ont-ils beaucoup écrit pour le théâtre depuis 20 ans?\n11. Estimez-vous qu'il existe un art lyrique vraiment belge ?\n111. A quelles causes attribuer le silence où restèrent plongées la plupart\ndes œuvres théâtrales de nos compositeurs ?\nIV. Comment expliquer le peu de succès que trouvèrent jusqu'à ce jour\ncelles qui furent représentées (sur les scènes nationales du moins) et l'indifférence\ndu public à leur égard ?\nV. Pourquoi les tentatives faites pour mettre en lumière les œuvres\nlyriques belges, tel le concours d'Ostende, par exemple, ont-elles toujours\néchoué ?\nVI. Les œuvres lyriques nationales ne seraient-elles pas viables ?\nVII. Quelles mesures seraient capables de porter remède à cet état de\nchoses d'attirer l'attention du public sur l'effort de nos musiciens en assurant\nla représentation et l'édition de leurs œuvres ?\nRéponse de M. Edgar Tinel, directeur du Conservatoire Royal de Bruxelles.\nCher Monsieur René Lyr,\nVous connaissez l'argument juridique : \" Nul ne peut être juge dans sa propre cause\nQuoique ma part de collaboration dans le répertoire du Théâtre musical belge soit fort\nminime, cet argument m'atteint et m'impose le devoir de me récuser et de décliner l'invitation\nque vous me faites l'honneur de m'adresser.\nMon opinion en la matière ne saurait avoir d'autre valeur que celle, purement négative,\nd'une réclame pro-domo.Veuillez agréer, cher Monsieur René Lyr, la cordiale expression de\nmes sentiments les plus distingués.\nEDGAR TINEL."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.72", "texte": "LE MOIS\n69\n\nŒuvre théâtrale d'Edgar Tinel : Katharina, 3 actes (1909).\nMaître Tinel est trop modeste. Ses oratorios S 1 Franciscus, Ste Godelieve ont des accents drama-\ntiques qui en font, malgré leur titre, des œuvres d\nmusique belge à Vétranger plus quen importe quelle\nRéponse dePa/U.l Grilson, inspecteur de V Enseignement\nI. Plus de 40 opéras nouveaux ont été représentés en Belgique depuis 20 ans : à\nBruxelles, à Anvers, à Liège, à Gand, à Mons, à Ostende, à Namur... Les opéras restés\ninédits doivent être très nombreux. L'on compte en Belgique plus de 300 compositeurs de\nmusique ayant quelque renom, et l'on peut admettre, sans trop d'exagération, qu'au moins la\nmoitié de ces 300 compositeurs ont \"en portefeuille \", une ou plusieurs œuvres lyriques.\nVoici bien 24 ans que j'entends parler de la Freyade M. Raway. M. Paul Lagye a composé,\nparoles et musique, 3 drames lyriques dont aucun n'a vu le feu de la rampe.\n11. ? ? ? Ceci demande une étude sérieuse. Qui la fera ?\n111. Méfiance des directeurs envers toute pièce nouvelle, méfiance justifiée par le\nfour toujours possible. Absorption, par la mise sur pied d'œuvres étrangères (le plus souvent\nimposées) du peu de temps laissé par les travaux du répertoire.\nIV. Enfin, l'évidente maladresse de la plupart de nos auteurs, tant librettistes que\nmusiciens (peut-être cette maladresse n'est-elle, au fond, que de la naïve honnêteté ?). L'optique\nthéâtrale ? On ne l'a guère, chez nous. Des livrets comme la et\nsont peu fréquents.\nV. Les paragraphes 111 et IV répondent à cette question, il me semble ?\nVI. Nous n'en savons rien encore.\nVIL Instruire le public, qui est resté presque entièrement ignorant de l'évolution\nmusico-théâtrale. Et... payer la casse ! (Cela coûte cher : représenter un opéra, avec les\nexigences croissantes du public en matière de mise en scène, décors, etc.) Mais qui la\npayera ?\nŒuvres théâtrales de Paul Gilson :\nPrincesse Rayon de Soleil :4 actes avec Pol de Mont.\nLes Aventuriers : 1 acte avec J. Elslander.\nGens de mer :2 actes avec G. Garnir d'après V. Hugo.\nLiefdebloem :5 actes avec Ducatillon.\nAlvar :3 actes avec Emmanuel Hiel.\nLa Captive : ballet avec L. Solvay.\nLégende rhénane : ballet avec L. Solvay.\nEn préparation :\nLégende flamande : avec Wilhelm Gyssels.\nThourandocte :4 actes avec René Lyr.\nL'lle lointaine : 1 acte avec René Lyr.\nPaul Gilson nous parait vaguement ironique l\nfaite à nos musiciens, situation que nous voulons mett\nindiquer rernède.Princesse Rayon de Soleil, Gens de Mer, La Captive,\nsont de puissantes et belles œuvres, parfaitement viables, de Vavis unanime. Malheureusement, si Paul"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.73", "texte": "7°\nS. I. M.\n\nGilson est le compositeur belge dont la personnalité\nvérité. , celui dont l'œuvre touffue porte caractère\ntoujours un peu du vouloir actif à s'insurger, et à combattre Vindifférence et la veulerie générales.\nRéponse de Emile Mathieu, directeur du Conservatoire Royal de musique de Gand.\nI. Toutes proportions gardées, le théâtre musical est, me semble-t-il, plus fécond\nen Belgique que partout ailleurs.\n11. Nous avons des compositeurs qui s'inspirent du folklore flamand, d'autres qui se\ncomplaisent aux mélodies populaires de la Wallonie, mais je ne vois pas qu'il existe un art\nlyrique belge.\n111 et IV. La non-réussite a presque toujours été due à une interprétation défectueuse,\nmédiocre en tout ou en partie.\nV. On ne peut pas dire que le concours d'Ostende ait échoué, puisque plusieurs des\nœuvres qui y ont été couronnées ont été représentées avec plus ou moins de succès sur diverses\nscènes du pays.\nVI. - L'éclatant succès de plusieurs œuvres lyriques d'auteurs belges a prouvé qu'elles\nétaient viables.\nVIL On pourrait subventionner spécialement les directeurs, les garantir contre les\nrisques matériels, pour être en droit d'exiger la représentation d'œuvres belges dans les\nmeilleures conditions d'interprétation et de mise en scene.\nŒuvres théâtrales d'Emile Mathieu :\nUEnfance de Roland : 4 actes.\nRichilde : 4 actes.\nGeorges Dandin : opéra-comique.\nU Echange : opéra-comique.\nLa Bernoise : 1 acte.\nBathyle : opéra-comique.\nFumeurs de Kijff : ballet.\nCromwell : drame.\nLa Reine V asthi :4 actes.\nM. Emile Mathieu est son propre librettiste. V un\nV indispensable culture littéraire. Entre autres, son poème la Reine Vasthi\nd'agrément que la partition musicale qui le complète.\nRéponse de M. Léon Du Bois, directeur du Conservatoire de musique de Louvain.\nI. Les musiciens belges ont beaucoup écrit pour le théâtre depuis 20 ans ; il est donc\ncertain qu'à défaut d'expérience, ils ont en eux l'attirance et peut-être le véritable instinct de\nl'art lyrique.\n11. Il n'existe pas actuellement un art lyrique vraiment belge, mais il pourrait se\nformer, de même que nous possédons des littérateurs et des peintres vraiment belges, nous\npouvons espérer une école musicale nationale. Nous avons subi pendant longtemps des\ninfluences étrangères : surtout allemande pour les Flamands, naturellement française pour les\nWallons. Mais nous possédons un fonds qui est bien nôtre et c'est en y puisant, en nous nour-\nrissant de bonne heure du folklore national (flamand ou wallon) que nous arriverons à manifester\nen musique, (comme cela s'est réalisé pour les autres arts) que nous possédons une âme belge,"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.74", "texte": "LE MOIS\n71\n\nune sensibilité particulière qui fera que les œuvres musicales de nos compositeurs se reconnaî-\ntront, à prime audition, comme on peut cataloguer sans hésitation la musique française,\nallemande, Scandinave, russe, italienne, etc.\n111 et IV. Les œuvres belges sont peu jouées parce qu'il règne à leur égard une\nméfiance aussi peu justifiée que possible. Il en est fort peu, parmi celles qui ont été exécutées,\nqui n'aient pas manifesté des qualités au moins égales à tant d'œuvres étrangères que le public\naccueille avec faveur. On a souvent accusé les livrets dont se servent nos compositeurs de man-\nquer du \" sens du théâtre Mais est-il bien artistique de se cantonner encore dans les situa-\ntions théâtrales si connues, si désuètes, de recourir sans cesse aux trucs et aux ficelles? N'est-il\npas temps, enfin, de ne recourir plus, pour les pièces lyriques, qu'aux poètes, aux penseurs, à\nceux seuls qu'une vision d'art éclaire et non aux pâles descendants de Scribe.\nEn Belgique, nous manquons d'enthousiasme pour nos musiciens et si l'on présentait les\nœuvres belges sous des noms étrangers, notre public, qu'on\naccueillerait ces œuvres avec le même succès qu'il accorde à tout ce qui vient de par delà nos\nfrontières.\nIl me faut signaler que le goût du public belge, qui s'était singulièrement affiné au\ncontact des œuvres wagnériennes s'est malheureusement corrompu aux manifestations trop\nrépétées de la musique italienne actuelle, de la musique \" industrielle \" comme disait dernière-\nment un Directeur très avisé.\nC'est au théâtre lyrique flamand d'Anvers que les compositeurs nationaux ont toujours\nreçu le meilleur accueil. Depuis une dizaine d'années un nombre relativement considérable\nd'œuvres ont été représentées et toujours dans des conditions d'exécution très artistiques. On\ndira peut-être que je fais ici un plaidoyer \" Pro Domo \". En vérité, je n'ai fait somme toute,\nque suivre mes confrères : Jan Blockx, Paul Gilson, August De Boeck et bien d'autres encore.\nV. Les tentatives faites jusqu'à présent pour mettre en lumière les œuvres belges\nn'ont jamais abouti parce que, surtout, elles n'ont pas été menées avec enthousiasme et que des\nconsidérations étrangères à l'art y ont toujours dominé.\nVI. Pour savoir si les œuvres belges sont viables, il faudrait non seulement les monter,\nmais surtout les reprendre, dans de bonnes conditions, et les maintenir au répertoire.\nVII. Certes on peut désirer que les théâtres lyriques soient plus largement subsidiés ;\nmais ne pourrait-on aussi désirer que les Directeurs des scènes subventionnées aient autant\nd'audace pour les œuvres belges qu'ils en manifestent pour les œuvres étrangères qui n'ont\nsouvent voir les œuvres de ces quelques dernières années ou\nreprésentations.\nŒuvres de théâtre de M. Léon Du Bois :\nSon Excellence Ma Femme(i 884).\nLe Mort (1894) : drame, d'après Camille Lemonnier.\nLa Revanche de Sganarelle(lBB6).\nSmylis (1891) : ballet avec Lucien Solvay.\nMa%eppa(inédit).\nEdènie (1902) : 4 actes d'après Vile Vierge de Camille Lemonnier.\nEn préparation :\nCharles le Téméraire : avec Edmond Picard.\nQu entend M. Du Bois par un fonds nôtre ?"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.75", "texte": "7 2\nS. I. M.\n\net un Folklore. wallon. Les Flamands, depuis Benoît,\nles Wallons commencent a traduire aussi /'inspiration et les légendes du terroir. Mais pour ce qui est\nde la forme, des moyensd'expression, les uns et les\nraces auxquelles ils se rattachent. Jusqu'ici, en vérité, Vâme collective, le langage commun n'existent\nguère. Pourront-ils jamais exister? Nous en disserterons longuement dans nos conclusions. Je vois\nd'autre part que M. Du Bois est d'accord avec\nplus éclairé qu'on ne le dit et qu'on ne le pense.\nRéponse de M. Victor Vreuls, directeur du C\nCher Monsieur Lyr,\nJ'ai bien reçu votre mot aimable au sujet de S. I. M., mais, ne vivant plus en Belgique\ndepuis une quinzaine d'années et ne connaissant aucune des œuvres lyriques belges, je ne puis\nformuler une opinion en répondant à votre questionnaire !\nVeuillez donc excuser mon abstention.\nBien entendu, je souhaite de tout cœur que vous arriviez au résultat que vous espérez.\nCEuvres de théâtre de M. Victor Vreuls :\nOlivier le Simple : poème de Jules Delacre. 1912 (inédit).\nJ'ai dit ici-même (S.I.M. mai 1911) ce que\nbelge et en tant qu artiste de Wallonie. J'eus le plaisir de lui voir écrire, sur mes poèmes, des harmo-\nnies évocatrices de nos paysages... Cela me met à\nignorance des œuvres lyriques nationales. (.Luxembourg n est point si éloigne, je pense, de notre patrie et\nje ne puis croire que volontairement M. Vreuls ait\nœuvres, exécutées et couronnées en Belgique, se tiennent\nson abstention.\nRéponse de M. François Rasse, directeur de\nI. Peu, mais plus que le public ne le croit, maintes œuvres étant encore dans les\ncartons de leurs auteurs.\n11. Il est bien près d'exister ; il existe peut-être déjà. A 11e parler que de Jan Blockx\n(puisqu'il est mort), on peut affirmer que ses 2 opéras principaux : et\n\" la Fiancée de la mer\" qu'on peut aimer ou ne pas aimer, sont vraiment des œuvres nationales\nflamandes. Je crois que parmi les auteurs wallons, il existe des opéras qui pour n'être pas\nparfaits et pour obéir à une autre esthétique que celle du regretté disparu, n en sont pas moins\ndes œuvres belges et aussi peu françaises qu'allemandes.\n111. a)A la grande concurrence faite dans nos théâtres par les œuvres françaises,\nallemandes, italiennes modernes possédant déjà la faveur du public.\nb)A l'obligation, plutôt à la nécessité pour les directeurs de ces théâtres de monter des\nnouveautés étrangères peu ou à moitié intéressantes sous peine, en cas de refus, de se voir\nrefuser, par les éditeurs le répertoire courant ou, surtout, certaines nouvelles œuvres capitales\nqu'un théâtre ayant un rang à tenir se doit de faire connaître au public, ou de devoir les payer\ndes prix exorbitants.\nIV. a) A la trop grande exigence du public et des directeurs de théâtre à leur égard.\nOn ne devrait demander d'emblée à un auteur un chef-d'œuvre. Rossini, Xhomas,\nGounod, pour ne citer que ceux-là parmi les auteurs populaires ont, avant leur notoriété,"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.76", "texte": "LE MOIS\n73\n\nconnus maints fours noirs. N'importe, on n'en jouait pas moins leur œuvre nouvelle peu après ;\net, sur la quantité d'opéras produits par chacun, il ne reste debout que 2 ou 3 œuvres pour\nchacun d'eux.\nb)Les auteurs belges étant de jeunes auteurs, d'une jeune école, dans un pays très jeune\nencore, de peu de traditions, de tendances encore indécises, sont très inexpérimentés, très\nmalhabiles à flatter le public dans ses goûts, ses désirs, voire ses vices. Aussi, est-ce sur eux\nque ricochent toutes les mauvaises humeurs, tous les mauvais vouloirs. On peut bien se\npermettre cela avec les jeunes Belges, eux qui ne peuvent dicter de loi aux éditeurs, encore\nmoins aux théâtres de Paris, de Milan, de Berlin, etc.\nV. Pensez-vous que la tentative du prix Sonzogno ait produit grands fruits ? Quant\nau concours d'Ostende, bien qu'émanant de la meilleure bonne volonté, il ne fut pas réalisé\ntel qu'il eut dû l'être et n'a pu, par conséquent, avoir de bons résultats pratiques.\nVI. Mais oui, sinon toutes, du moins plusieurs. Mais il faut pour cela que les\ndirecteurs de théâtre, les acteurs, les chœurs, l'orchestre, les machinistes, les électriciens, les\npréposés à la location, les abonnés, etc., aient un peu plus de foi envers les œuvres belges\navant la lettre et que tous fassent pour elles le même effort que pour les autres ; mais, malheu-\nreusement, une pièce est si souvent assassinée moralement avant la première répétition !\nVIL A mon avis, les mesures doivent émaner des pouvoirs publics.\nJe voudrais que l'Etat et la province, à charge pour elles d'une subvention suffisante,\nexigent de tout théâtre subsidié et principalement de la Monnaie qu'il monte par an, avec tous\nles soins voulus, interprétation de premier ordre, nouveaux décors, nouveaux costumes, deux\nspectacles complets inédits d'auteurs belges et qu'il reprennne par an 2 œuvres en plusieurs\nactes d'auteurs nationaux. Pour que ces œuvres s'imposent au public, si défiant au début, je\nfixerais un minimum de dix représentations pour chaque nouveauté et de cinq pour chaque\nreprise.\nDe plus, j'installerais une commission artistique de sept membres au moins, indépendants\nde toute attache théâtrale pour recevoir et choisir en toute indépendance et impartialité les\nœuvres nouvelles. J'exigerais, de plus, que les tous premiers lauréats des Conservatoires royaux\nde Belgique entrassent en nos théâtres afin de les peupler peu à peu d'artistes belges devenant\nd'un grand appoint dans l'interprétation des œuvres nationales.\nLe subside devrait naturellement être assez conséquent, surtout au début ; je l'estime à\ncinquante mille francs pour un théâtre comme la Monnaie, ce qui est peu cependant pour les\npouvoirs publics.\n?\nŒuvres de théâtre de M. François Rasse :\nLe Maître a danser : ballet.\nDeidamia : 3 actes.\nM. François Rasse a dirigé Vorchestre de la Monnaie. Son opinion a tout le poids d'une longue\nexpérience. Je lui sais grè de sa parfaite franchise.\nRéponse de M. Edouard Samuel, professeur au Conservatoire Royal de Bruxelles.\nL Les productions lyriques des musiciens belges ont été, pendant les dernières\n20 années, relativement fort clairsemées, si nous nous bornons à envisager celles qui ont\naffronté le feu de la rampe. Toutefois, ceux qui fréquentent de près nos meilleurs compositeurs\nn'ignorent pas qu'en général chacun d'eux garde, amoureusement enfoui au fond de son\nportefeuille à manuscrits, une ou plusieurs œuvres du genre, confidentes parfois lointaines de"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.77", "texte": "74\nS. I. M.\n\nses rêves d'ambition et destinées pour la plupart, hélas ! à l'oubli ingrat qui guette leur auteur.\n11. Si nous entendons par \" existence d'u \" cette tendance du compositeur\nà se mettre en contact avec le public au moyen des éléments du théâtre, je trouverais étonnant\nque les musiciens belges fussent taxés d'impuissance sous ce rapport. Comparons, sans aucun\nesprit de clocher, nos compositeurs à tous ceux des écoles étrangères en vogue, en nous\nbornant aux aptitudes théâtrales proprement dites. Leurs qualités de science, de conception, de\ncoloris ou de pittoresque ne sont certes pas à dédaigner et ne les placent nullement dans le\nmoindre état d'infériorité relative. Gardons-nous donc de nier d'avance la place fort respectable\nqu'ils pourront occuper, aussitôt que certaines conditions indispensables viendront favoriser\nl'éclosion et la production au grand jour de leurs œuvres lyriques.\n111. Sans songer à incriminer les directeurs, maîtres à peu près souverains de nos\nscènes lyriques, il est à déplorer que le sort de nos compositeurs se trouve presque exclusivement\nplacé entre leurs mains.\nNos théâtres subventionnés sont avant tout des entreprises commerciales. L'insuffisance\nnotoire des subsides alloués oblige les directeurs à ne choisir pour leur répertoire que les pièces\nayant réussi ailleurs ou celles qui font recette en flattant le goût du public payant. L'obligation\nimposée de monter annuellement quelques actes de compositeurs nationaux ne les lie que dans\ndes limites fort restreintes. Malheureusement l'on croit généralement que les œuvres primées à\ncet effet et choisies souvent d'une façon peu judicieuse constituent la totalité de la production\nnationale. Et pourtant combien de tentatives méritant d'être encouragées se trouvent injuste-\nment bâillonnées ! Ajoutons encore que : \" pour faire un bon civet, il faut avant tout un\nlièvre \". De même, pour faire une œuvre lyrique appelant le succès, un bon libretto est avant\ntout nécessaire. La pénurie de littérateurs belges s'étant consacrés à la matière n'est certaine-\nment pas étrangère à la pauvreté de production de nos musiciens. Quand ceux-ci se décideront-\nils à cultiver suffisamment leur instruction littéraire pour être en état de se charger eux-mêmes\nde la conception intégrale de leurs œuvres lyriques ?\nIV. Deux causes pourraient expliquer le peu de succès et l'indifférence que rencon-\ntrent, de la part du public, nos œuvres lyriques parfois les plus méritoires :\ni° la scène plus ou moins hospitalière qui les accueille se trouve, en quelque sorte, encore\nimprégnée de l'atmosphère que lui a léguée la pièce à succès de la veille. Or, ceux de nos\ncompositeurs, fièrement indépendants, qui heureusement dédaignent les clichés conventionnels\ngarantie consolante d'une vitalité future ne parviennent pas d'emblée à vaincre les\npréjugés plus ou moins bornés du gros public. De là l'échec apparent de mainte œuvre\ndistinguée et de haute valeur.\n2° les qualités diverses formant dans leur ensemble ce qu'on est convenu d'appeler\n\" l'optique de la scène \" ne s'obtiennent qu'au prix d'une certaine expérience. Il n'est guère\nétonnant que les occasions trop rares pour nos compositeurs lyriques de s'entendre exécuter ne\nprolongent momentanément la période en quelque sorte de notre art lyrique\nnational. Où en serait le progrès de l'aviation si le champ d'expérimentation s'était trouvé\nconfiné dans le cabinet d'études des ingénieurs ayant conçu les premiers appareils ?\nV. Ne cherchons pas ailleurs que dans ce qui vient d'être dit les causes d'échec de\ncertains concours officiels ou privés. Ces derniers, d'ailleurs, émanent trop souvent de person-\nnalités peu autorisées au point de vue de l'art et parfois peu susceptibles de mériter la confiance\nabsolue des concurrents sous le rapport de l'impartialité. Les encouragements officiels sont,\nd'autre part, peu efficaces et frappés d'avance de stérilité. Les fonds toujours insuffisants attri-\nbués à cet objet sont éparpillés sans aucun discernement. J'indiquerai plus loin l'emploi logique\nauquel ils pourraient être attribués."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.78", "texte": "LE MOIS\n75\n\nVI. Le tempérament hautement artistique du Belge a fait ses preuves. La musique,\nla peinture, la sculpture lui doivent dans le passé et à l'époque actuelle des adeptes placés au\npremier rang. La littérature belge s'est créée récemment par ses efforts intelligents de propa-\ngande une réputation mondiale bien méritée. Pourquoi notre art lyrique serait-il considéré\ncomme devant être exclu à jamais de cet état florissant ? Je ne partage nullement l'opinion,\nque j'entends exprimer assez souvent, que le théâtre exige certaines aptitudes spéciales qui le\nrendent incompatible avec les inspirations pures de l'art. Trop d'œuvres magistrales démontrent\nau contraire que l'art lyrique, sainement conçu, résume effectivement la quintessence des\nautres arts.\nQuant àla \" viabilité\", considérée comme conséquence de la valeur réelle, j'ai exprimé\nplus haut mon opinion à ce sujet.\nVII. Ni le talent avéré de nos musiciens, ni les ressources insuffisantes des subsides\nofficiels, ni les concours de Rome et autres, ni la bonne volonté éventuelle de nos directeurs\nde théâtre ne sont de nature à pouvoir tirer notre art lyrique de l'état de marasme où il se\ntrouve embourbé. L'unique remède à préconiser pour parvenir à secouer la torpeur dont nous\nnous plaignons serait la réunion des forces isolées, qui ne demandent qu'à se rencontrer sur un\nterrain d'action fertile. Les développements qui comportent un programme complet dans ce\nsens demanderaient un espace dont je ne pourrais disposer ici. Ils ont ete exposes, au reste,\ndans certain projet d'une \" Ligue de compositeurs\" a constituer. A cote d une organisation\nd'auditions musicales de différentes natures, un appel serait adressé à la fraction intelligente du\npublic dilettante à l'effet de souscrire dans des conditions déterminées au capital nécessaire. La\nrépartition des bénéfices serait combinée de façon à ce qu'une réserve assez importante puisse\naider à la production dans un local spécial, et à titre d'essai, d'œuvres lyriques émanant\ndes membres effectifs.\nPériodiquement une ou plusieurs de ces œuvres choisies seraient représentées devant le\nvrai public, par suite d'un arrangement avec les directions théâtrales, auxquelles le gouverne-\nment serait sollicité d'attribuer alors les subsides destinés à cet objet. L'édition des œuvres\nprimées pourrait être également facilitée par une combinaison analogue. Les détails d'une\ntelle entreprise même dans ses grandes lignes, ne pourraient naturellement trouver place ici.\nEn résumé, il s'agirait d'y intéresser ce public éclairé qui se montre si friand de nos grands\nconcerts classiques et qui se passionne à bon escient pour les représentations reellement artisti-\nques que nos grandes scènes lyriques lui offrent parfois. \" Aide-toi et le Ciel t'aidera.\" Cessons\nde bougonner contre les pouvoirs publics qui, en définitive, ne font que ce qu'ils peuvent. En\nmettant en pratique un autre adage, qui se trouve en tête de tous nos édifices nationaux, nous\npourrions peut-être montrer qu'il ne serait pas superflu d'apprécier enfin que : \" L Union fait\nla force. \" .\nAjoutons que La Ligue des Compositeurs Belges est en voie de formation, grâce à /'initiative\nde M. Edouard Samuel qui ne s'est pas contenté de servir la cause artistique, mais a consacre des\nefforts persévérants a la création de la Fédération des Artistes Musiciens de Belgique,\nMutualité Artistique, etc...\nRéponse de M. Erasme Raway.\nI. Tout le monde sait que l'on a beaucoup écrit pour le théâtre, en Belgique, depuis\n20 ans. Il existe de belles œuvres, sans aucun doute, dans les cartons de nos compositeurs.\n11. Je crois que non. Je ne dis pas qu'il ne s'en formera pas un, mais je crois que\nl'entité belge n'est pas suffisamment développée. Nous nous voyons dans un cercle vicieux\nd'ailleurs. Pour la faire éclore, il faudrait révéler les productions. Peut-être bien pourrait-on"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.79", "texte": "76\nS. I. M.\n\ndisserter aussi sur les caractères flamand et wallon, assez définis, de la musique belge. Il est\ncertain que Yâme des uns est très différente de celle des autres. De là, je ne conclurai point à\nl'existence de deux écoles. C'est une question difficile à élucider. Vous y travaillez du reste.\nC'est matière d'un volume.\n111. -—On ne les a pas jouées, ni éditées. Causes multiples provenant de l'esprit des\ncompositeurs eux-mêmes, de l'attitude des directeurs, de la critique et du public. D'une\nindifférence générale. Du \" belgeoisisme \" peut-être, que l'on n'a rien fait ou presque pour\ncorriger.\nIV. a) Manque de foi des artistes en leur œuvre.\nb) Manque de bon-vouloir de la part des directeurs, accomplissant leur obligation de\nmonter les œuvres belges selon le cahier des charges à regret, ou de telle sorte qu'elles\néchouent. Sans doute ont-ils mille et une raisons d'agir ainsi, ce n'en est pas moins profondé-\nment regrettable. Aucune publicité sérieuse, dénigrement et dédain de la presse, naturelle et\nconséquente indifférence du public.\nV. Parce qu'elles ont été entachées d'Offcialisme outre tout ce que nous venons\nd'observer. On ne fait rien avec les officiels. Or, en Belgique, aucune entreprise, même\nprivée, n'échappe à cette plaie. Tous ou presque tous les artistes sont à plat-ventre devant le\npouvoir public. Ils sont en somme les premiers instruments de leur insuccès.\nVI. Rien ne prouve qu'elles ne le sont pas au contraire. Tout ce que nous\navons dit explique assez cette opinion répandue. Des œuvres comme Princesse Rayon de Soleil,\npar exemple, de Paul Gilson, et Rhena, de Van den Eeden, tiennent à la scène.\nVII. En dehors de TOfficialisme, faites, et c est possible le contraire de ce que\nl'on a fait jusqu'à présent.\nŒuvre de théâtre d'Erasme Raway :\nFreya : en 3 actes, dont la Fête Romaine exécutée à plusieurs reprises avec grand succès.\nJe salue la belle foi de M. Raway, qui, pour appartenir a la génération de tous les \" bonzes \"\nofficiels, n en a pas moins gardé entières son indépendance, sa volonté, sa ferveur. Puisse Vexemple de\ntels aînés affermir le courage des jeunes !\nRéponse de M. J. L. Désiré Paque.\nJe résume ici ma réponse à votre enquête.\nLes musiciens belges ont de tout temps peu écrit pour le théâtre par suite de l'indifférence\ndu public et des pouvoirs publics, indifférence qui a déterminé un manque de conviction\nartistique chez les artistes mêmes. D'autre part l'artiste belge trop infatué de lui-même tourne\ndans un cercle vicieux par ce fait même. A part Paul Gilson, on ne pourrait citer un homme\nayant écrit depuis 20 ans et plus, une partition pour le théâtre qui se puisse décemment\nreprésenter. Au reste il n'y a pas d'art (ni symphonique, ni théâtral) national en Belgique, il y\na des individualités, telles encore Paul Gilson, mais qui auraient besoin pour s'épanouir de l'air\nlibre et vivifiant que l'on respire en dehors de la Belgique. Quant aux tentatives faites pour\nmettre en lumière les œuvres belges, elles sont toutes destinées à l'avortement étant donné\nl'esprit qui préside à leur préparation, esprit d'étroitesse, de clocher, de manque de réelle\ntendance artistique.\nVoilà ce que je crois pouvoir dire. Je pense cela, et vous en ferez ce que vous\nvoudrez."}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.80", "texte": "LE MOIS\n77\n\nŒuvres théâtrales de M. Désiré Pâque.\n\" Va'ima \" deux actes (paroles et musique) Bruxelles et Lisbonne 1903-1907.\n\"Judas \" drame lyrique. Warnemunde. (1909-1910).\nLiégeois, Désiré Pâque a quitté la Belgique depuis longtemps. Il a planté sa tente libre\nun peu partout : en Portugal, en Turquie, en Allemagne, en Suisse, que sais-je ? Nous ne l'en\nconsidérons pas moins comme l'un de nos plus remarquables compositeurs. Il nous a confié\nrécemment le manuscrit de son \"Esthétique où il présente une critique\nsingulièrement audacieuse et logique des formules consacrées, et développe sa conception\nbellement \" futuriste \" au sens probe et sain du terme, de l'art musical. — Dans sa réponse,\nH. Pâque, un peu sobrement, exprime certaines vérités. Nous avons reconnu que nous\nmanquons en Belgique, d'un milieu, d'un mouvement, d'une vie artistiques dont puissent\nnaître une âme et un langage communs. Mais nous ne croyions point qu'ils se découvrent...\nà l'étranger ! Il est exact que la hauteur de vues, l'esprit généralisateur font défaut à beaucoup\nde nos artistes. Nos étroites frontières les oppressent peut-être. Et pourtant, c'est en commu-\nniant de la vie même de notre sol que nous devons respirer le vent du large. En outre, sans\nsonger à établir la moindre comparaison avec les œuvres, certes maîtresses, de Paul Gilson,\nje pense qu'il est exagéré de prétendre que seul, Gilson ait écrit des partitions décemment\nprésentables. Enfin, et je l'ai dit précisément dans la Préfase à \"YEsthétique musicale nouvelle\",\nla conviction artistique ne dépend jamais des contingences matérielles. L'art trouve sa raison\nd'être en lui seul.\n{A suivre.) RENÈ LYR.\nAu numéros prochains les réponses de MM. Ch. Delgouffre, Auguste De Boeck, Joseph Jongen,\nThéo Isaye, Henri Maubel, Jean Fan den Eeden, Charles Fan den Borren, Mathieu Crikboom,\nLéon Delcroix, A. De Ruddery C. Thomson, F.M aivet,\nH. Mangin, Eug. Samuel, etc. etc...."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.81", "texte": "ÉTRANGER\n\nM. Arnold Bax\n\nM. Balfour Gardiner\n\nLONDRES. Les représentations allemandes du Ring et de Tristan terminées, la\ntroupe de Covent Garden joue l'un après l'autre tous les opéras de Puccini sur quoi il n'y\na pas lieu d'insister. Quant au London Opéra House, son directeur continue d'avoir foi en\nMassenet, entre deux représentations du Trovatore et de Rigoletto. Cette fois c'est Don Quichotte\nque Mr Hammerstein nous offre, admirablement monté, bien joué et bien chanté par M. Julien\nLafond qui, paraît-il, créa le rôle à Monte-Carlo, par M. Danse et par Mlle Kerlord. Et\nMassenet, pour la première fois à Londres obtint un succès de public et de presse. Le public\nen effet accueillit par des bravos chaque fin d'acte et même avec un vrai enthousiasme certaines\ndes moins bonnes pages de la partition.\nDes deux seules nouveautés de l'année, les Jewels of the Madonna de M. Wolf-Ferrari à\nCovent Garden et The Children of Don de Mr Josef Holbrooke au London Opéra House qui\nvont passer ces jours-ci, je parlerai la prochaine fois. C'est à certains concerts, dont quelques-\nuns des plus intéressants, que je tiens à consacrer la plus grande partie de cet article.\nLes deux derniers concerts donnés au Queen's Hall par Mr Balfour-Gardiner ont obtenu\nle plus grand et le plus mérité des succès. L'on ne saurait trop louer Mr Balfour-Gardiner de\nla composition de ses programmes. Pour la première fois en Angleterre quatre concerts ont été\nconsacrés à des œuvres anglaises cf'un caractère vraiment anglais et dont quelques-unes de\ngrande valeur qui ont été une révélation pour le public et pour les critiques. Cette fois-ci c'a\nété le tour de Mr. Vaughan Williams avec ses Norfolk Rhapsodies, de Mr Balfour-Gardiner\nlui-même avec son Stage Coach et sa Shepherd KenneTs Dancey gaie, charmante et délicatement\norchestrée, de Mr. Cyril Scott avec son Helen of Kirkconnel, de Mr. Norman O'Neill avec sa\nBallade de la Belle Dame sans Merci et de Mr. Von Holst dont la suite orientale Beni-Mora\nest tout à fait curieuse, avec une atmosphère vraiment orientale, une sincérité digne d'éloges\net un rare souci d'écriture en somme une des meilleures compositions britanniques que\nnous ayons entendues depuis longtemps. Et c'a été une fois de plus l'énorme succès de\nMr. Percy Grainger qui est vraiment cette saison le \" musicien du jour\nSa Mock-Morris par exemple faite de thèmes entièrement originaux et non d'airs populaires\nest d'une adresse incroyable, pastiche ingénieux, qui, même joué après des compositions des\nseizième et dix-septième siècles (chantés à merveille par 1' \" Oriana Madrigal Society \") charme,\namuse et donne l'illusion parfaite d'une vraie \" Morris-Dance \" ancienne populaire.\nAu programme de son concert, Mr. Percy Grainger inscrivit plusieurs arrangements d'airs\npopulaires tels que My robin is to the greenwood gone, Willow JVillow et autres charmants airs\ndu Kent, du Lincolnshire, d'lrlande et d'Ecosse. Une Strathspey écossaise merveilleusement\n\nCroquis de X. M. Boulestin. Copyright by S. I. M. juillet 1912."}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.82", "texte": "LE MOIS\n79\n\ncombinée avec plusieurs airs de gigues et avec le beau \"\ndrunken sailor ? \" d'un rythme admirablement marqué, joués par huit instruments à cordes,\ndeux guitares, un xylophone, une flûte, un hautbois, un basson, une clarinette, un concertina et\nchantés par quatre voix d'homme obtint un succès d'enthousiasme et eut les honneurs du\nbis. Rien ne saurait décrire le charme amusant et entraînant (rythmes combinés, audacieuses\nharmonies, magnifique crescendo tourbillonnant de gaîté) de cet ingénieux arrangement. Peut-\nêtre certains esprits chagrins préféreront-ils à ces divertissements d'un excellent musicien des\nœuvres plus pompeuses et plus lourdes, pour ne pas dire plus vides. Mais l'Angleterre en\nproduit tant, de ces élucubrations laborieuses à prétentions modernes que l'on se sent plein de\nreconnaissance pour un compositeur tel que Mr. Percy Grainger qui puise son inspiration\naux sources populaires anglaises.\nCes semaines-ci, les Concerts se sont fait remarquer par leur\nexcellente qualité. Je tiens à citer parmi les meilleurs donneurs de\nRécitals : MUo Guiomar Novaés, une enfant prodige vraiment pro-\ndigieuse par l'intellectuallité de ses interprétations ; Miss Vera\nBianca, bonne chanteuse autant qu'excellente artiste ; Mme Olénine\nd'Alheim, admirable dans la Chambre et autres œuvres de\nMoussorgsky : Mr Kelly intéressant pianiste et agréable composi-\nteur ; Mr. Ernest Groom dont la belle voix de baryton fit merveille\ndans des lieder anciens et modernes ; Mme Bathori, MUe Astruc et\nM. Georges Enesco, les plus récents triomphateurs de la \" Société\ndes Concerts Français \" et Mine Aktzery qui chanta en russe des\nairs de Balakirew, Gretchaninow, Rachmaninow, Tchérépnine,\nKorestchenko et autres compositeurs russes du XXe siècle.\nSurtout le concert donné par Mr. Thornely Gibson, de l'opéra de Berne nous fut une\nfort agréable surprise. Voici enfin un chanteur anglais, qui non seulement possède une voix\nadmirable, étendue, nuancée et sonore de baryton, mais qui encore sait s'en servir de la façon\nla plus remarquable en anglais, en italien ou en allemand, sans avoir l'air de le faire exprès ou\nde s'appliquer, sans aucun des défauts chers à la plupart des chanteurs anglais, avec un art\nnaturel et charmant. Car Mr. Gibson possède et l'art et la voix, heureuse et rare combinaison ;\nil peut chanter de la musique intime et de la musique d'opéra, celle-ci avec une force inattendue\nchez un interprète de lieder, celle-là avec une délicatesse rare chez un chanteur dramatique.\nIl se fit valoir à tout son avantage dans le merveilleux récitatif de de Monteverde\net autres airs italiens du seizième siècle, dans des chansons de John Dowland, charmantes et\npeu connues, dans des lieder ou dramatiques ou plus purement lyriques de Schubert et de\nSchumann ; et il interpréta avec le même talent et de la façon la plus moderne les curieux\nFive Mystical Songs de Mr. Vaughan Williams et deux Oriental Sangs écrites par Mr. Geoffrey\nToye (sur des paroles de Confucius) avec un art délicat et une grâce subtile, et dont l'une\nsurtout, Fishes are therey ingénieuse au possible, plut tout particulièrement au public.\nL'endroit du monde où l'on s'attend le moins à entendre de la bonne musique c'est bien\n\" Earl's Court Exhibition \" qui est une manière de \" Magic City \" ou de \" Luna Park. \"\nCependant cette saison l'exposition annuelle s'intitulant l'on y a organisé\ndes concerts et des représentations tout à fait intéressants. Dans le \" Fortune Theatre \" et au\n\" Globe Theatre \" reconstitués à l'aide d'estampes et de documents tels qu'ils étaient au\ntemps de la reine Elizabeth, on peut entendre des pièces de Shakspeare ou contempler des\nMorris Dances, des pavanes, courantes et autres contre-danses exécutées le mieux du monde et\nen costumes de l'époque. Sir Henry Wood enfin dirige une série de Concerts Shakspeariens,\n\nM. Percy Grainger"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.83", "texte": "80\nS. I. M.\n\nchaque programme étant consacré à l'audition des œuvres inspirées par telle ou telle pièce de\nShakspeare. Par exemple le \" Hamlet Concert \" se composera d'œuvres de l'abbé Vogler,\nThomas, Tchaïkowsky, Edward German, Joachim, Henschel, Niels Gade, Liszt et Norman\nO'Neill ; le \" Macbeth Concert \" d'œuvres de Richard Strauss, Thorley, Spohr et Pierson ;\n\" Antony and Cleopatra \" sera illustré par Graun, Alexandre Georges, Roze, David et\nRubinstein et \" Romeo and Juliet \" par Berlioz, Tchaïkowsky, Gounod et autres compositeurs\nqu'inspira Shakspeare. C'est là une idée excellente que de faire entendre en quelques heures\nles interprétations toujours très différentes que donnèrent de Shakspeare les musiciens anglais et\nétrangers. Il y aura aussi des danses Shakspeariennes et d'intéressantes reconstitutions de ballets\nanciens, ce qui nous change des Montagnes russes et autres great attractions qui ornent\nd'habitude ce genre d'Expositions. (D'ailleurs on peut les découvrir quelques centaines de\nmètres plus loin derrière les vieilles maisons et les rues du u Vieux Londres. \")\nX.-M. BOULESTIN.\nP. S. Ajoutons, en dernière heure, un très intéressant concert donnée au Steinway Hall\npar nos compatriotes MM. Raoul et Edouard Laparra, que nous signale M. Gabriel Rouchés;\net la révélation d'un compositeur féminin Mme de Poldowski (Lady Dean Paul), sorte de\nLaforgue de la musique, dont nous présenterons bientôt ici même les compositions agiles et\nvivaces.\n*\n* *\nMOSCOU. Moscou, centre de la vie musicale en Russie, reçoit tous les ans la visite\nofficielle des grands virtuoses européens, depuis Cazals jusqu'à Mme Landowska, et des\ngrands chefs d'orchestre de Nikisch à Mengelberg. Peu de Français cependant, bien qu'on y\nentende de la musique de votre jeune école. A côté de ce pain quotidien de l'art international\net cosmopolite, il y a des manifestations particulièrement locales, qui méritent d'être connues.\nCette année la Société Impériale a présenté une symphonie nouvelle du compositeur\nS. Glière, un confrère de Stravinski, encore inconnu à l'étranger. Les matinées dominicales de\nS. Wassilenko ont continué la revue chronologique de la musique d'orchestre. La Société dite\nde \" l'Oratorio \" s'est maintenue dans le répertoire connu. La vaillante Société des \" Amis de\nla musique russe \" a succombé, son fondateur l'avocat Arkadi Kerzine, dont l'état de santé\ninspire des craintes ayant renoncé à poursuivre cette belle œuvre, qui a rendu de si grands\nservices à l'art russe. Dans la musique de chambre, à signaler l'apparition de Mme de\nWieniawski, dont vous connaissez la voix à Paris, et qui a produit ici une énorme sensation.\nA citer aussi S. Rachmaninow à la fois pianiste vigoureux et compositeur hardi, et Nicolas\nMedtner, dont vous entendrez parler prochainement et qui se rapproche de l'école allemande\nclassique. Faisons une place à Mme Olénine, qui personifïe le Lied, et insistons surtout sur\nScriabine et son poème symphonique \" Promethée \" œuvre dyonisiaque, dont certains se\nmontrent enthousiastes, et que d'autres discutent âprement. C'est la véritable nouveauté de\nl'année. M. Scriabine a voulu rompre ouvertement avec les habitudes de la musique consacrée,\nauxquelles les Russes sont fidèlement attachés. Les voies nouvelles dans lesquelles il s'engage le\nconduiront certainement de IVloscou a Pans, ce Paris qui est devenu la ville du caviar par\nexcellence.\nE. VON TIDEBOEHL."}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.84", "texte": "LE MOIS\n81\n\nLEIPZIG. On ne saurait citer les centaines de concerts qui constituent un hiver de\nmusique à Leipzig. Nikisch, Goehler et Winderstein ! Voilà les trois pilliers de notre vie\nmusicale. Ils nous ont tous trois comblés de programmes copieux. Goehler tient la tête, et l'on\nne saurait trop louer le jeune chef de triompher de toutes les difficultés accumulées sur son\nchemin et de nous donner avec un orchestre de fortune (celui d'Altenburg renforcé) des\nexécutions aussi variées et aussi soignées. Il nous a révélé une bien curieuse symphonie d'un\nmusicien suédois Fr. Berwald ; on la croirait d'hier, elle date de 1844 ! Il nous a, au milieu\nde beaucoup d'autres choses, réservé la surprise d'un concert de musique française, composé de\nSaint-Saëns, Franck, Gounod et Ducasse. Au Gewadhaus c'est le célèbre et impres-\nsionnant Nikisch qui opère. Nous lui devons la VIIIe de Mahler, dont on peut penser ce\nqu'on veut, mais que je persiste à trouver, pour ma part, un des grands chefs-d'œuvre de notre\nmusique contemporaine. Puis une symphonie nommée \"Vita\" du compositeur G. Naren,\nœuvre bien construite, quoiqu'un peu trop richement parée. Signalons encore une Lustspiel-\nOuverture de Max Reger, dont l'impression m'a semblé surtout foraine. Ajoutons le\nrépertoire habituel des grands concerts de l'Ancien et du Nouveau Monde, et par-dessus tout\nbeaucoup de Liszt, infiniment de Liszt ; nous aurons une idée du flot musical qui a déferlé\ncet hiver dans notre ville. N'oublions pas une mention toute particulière aux Chanteurs de\nPrague, accueillis un peu fraîchement pour des raisons politiques, mais dont la supériorité sur\ntout ce que nous avons ici apparut écrasante.\nBOSTON. Un vent de folie debussyste a soufflé sur notre ville. Pelléas et Mélisande,\nque Caplet avait fait répéter jusqu'à ce que les artistes puissent l'exécuter à l'envers, est cause\nde cette épidémie. Jamais nous n'avions vu un tel luxe à notre opéra. Et par dessus tout\nMme Maeterlinck.... Ce n'est pas qu'elle ait de la voix, mais elle s'en tire par une déclamation\nqui dramatise et qui impressionne. (Ne la comparons pas cependant à Garden.) Marcoux par\ncontre vaut mieux que Riddez, lequel chantait vraiment trop bien. Le bel canto devient gênant\ndans une œuvre où l'auteur a fait de l'orchestre le principal confident de ses intentions secrètes.\nPlus on entend Pelléas plus on s'y attache. L'œuvre deviendra-t-elle populaire chez nous ? Je ne\nle crois pas. Les palais de Maeterlinck, ténébreux et usagés, les personnages rongés de soucis\n(au nombre desquels il faut mettre la crainte des rhumatismes, si l'on en juge par l'ankylose de\nleurs gestes), et cet étang d'où s'échappe la malaria ! Un peu dangereux tout cela !\nN' est-ce pas ?\nLa symphonie d'léna fut, elle aussi, un événement, du moins pour la critique. On n'a\npas tous les j:ours l'occasion de dire son fait au jeune Beethoven. Avouerons-nous avec\nYAllgemeine Musikzeitung de 1798 que cette muse grincheuse et savante n'entend rien à choisir\nun thème varié ? Plutôt reconnaître en toute franchise que cette symphonie bonasse ne nuira\naucunement à la réputation des neuf autres. Au fait, est-elle bien de Louis van B. ?\nFiedler nous quitte, Fiedler nous a quittés, emportant tous les cœurs et quelques dollars\navec. Le Dr Muck le remplace. Entre temps, Nikisch conquiert l'Amérique, avec le London\nSymphony Orchestra, en conduisant Tschaikowski comme un Russe de naissance. Sa tournée\ntriomphale mérite cependant trois critiques. D'abord les prix trop élevés. Ici on ne met pas\n18 francs à un billet de concert. Ah ! si Caruso chantait.... En second lieu la vente des\nprogrammes (1,50) est une faute ; ce n'est pas admis. Enfin, l'excès de réclame. On lit dans la\nGrande Encyclopédie Britannique : uLe London Symphony Orchestra est le premier du\nmonde Signé Hans Richter. Ce qui montre tout simplement que le dit Richter s'y connaît"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.85", "texte": "8 2\nS. I. M.\n\nen musique autant qu'une vache américaine en mathématiques. Nous avons au moins un\norchestre très sensiblement supérieur au L.S.O. et deux autres qui le valent largement. Ses\nbois seraient sifflés à Paris. N'empêche que Nikisch fut admirable de pathétique et de furie.\nOn nous avait promis la Forêt Bleue ; elle fut remplacée par les Koenigskinder d'Humper-\ndinck, et la toute parfaite Géraldine Farrar. J'ai particulièrement admiré un troupeau d'oies\nqui fît merveille en lançant quelques notes de passage. Ce n'est pas la première fois que je\nvoyais ces charmants volatiles sur la scène, mais il m'avait toujours paru qu'ils n'avaient point\nd'ailes et qu'on leur confiait des rôles beaucoup plus considérables ! Tout se transforme.\nLouis C. ELSON.\nESPAGNE. — De Bilbao à Madrid, et de Vitoria à Oviedo, MM. J. Nin et Blanco\nRecio font connaître Rameau et Couperin, applaudir Bach et Veracini, admirer Scarlatti et\nSenaillé. La France et la musicologie doivent un bon point à ces courageux apôtres du Pro\nA rte for ever.\nPAUL MAGNETTE.\n\nCours et Conférences\nJEAN DE BONNEFON. —■ La har —\nDernièrement M. Vincent d'Indy nous montrait copiment le luth aboutit à la harpe.\nAujourd'hui M. Jean de Bonnefon aidé de M. Mulot, de Mlle Legrand et surtout de\nM1Ie Lénars en qui nous sommes heureux de saluer le professeur de la classe de harpe\nchromatique attendu et enfin nommé au Conservatoire — M. de Bonnefon rattachait la harpe\nmodernisée à tous les instruments qui l'ont précédée ou accompagnée dans sa longue évolution.\nEt, dans l'un et l'autre cas, la harpe-luth de notre collègue Gustave Lyon triomphait.\nPlein de lyrisme, le conférencier nous signale l'éoude pincé par les Arabes dans lâ solitude\ndu désert, le théorbe et l'archi-luth imposants, les mandores et guitares dont le gémissement\ns'accorde avec le murmure de la brise dans les arbres encore jeunes de Versailles. Il vante la\nlyre dont le nom semble avoir des ailes, il cite Homère et Pindare, et nous transporte aux\ntemps de l'ancien Testament avec le psaltérion, le kinnor et la sambuc de race noble...\nTandis que le public ravi écoute les sons égrenés de l'instrument chromatique, comme on\nécoute l'élégie que l'oiseau, ivre du parfum des roses, entonne sous la feuillée de mai, blanchie\npar la lune.\nEnfin voici venir la harpe d'Occident, gracieuse et lymphatique aux mains des dames du\nmoyen-âge, martyre avec la Sainte Cécile des catacombes et la Marie-Antoinette des écha-\nfauds, harpe royale et douloureuse de Nadermann ou d'Erard, qui, lasse d'avoir traversé toutes\nles civilisations musicales, se réfugie entre les bras d'un ingénieux polytechnicien, pour retrouver\nla force, la puissance et la jeunesse. Délivré de ses mécaniques surannées, et du poids de ses\npédales, pourvu de ses deux rangs de cordes métalliques, victorieux d'une sourde et injuste\ninimitié, l'instrument divin a reconquis sa grâce et la force des ailes !\nAinsi parla M. Jean de Bonnefon, Apollon porte-harpe glorieux."}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.86", "texte": "Mémoires d'un amnésique\nErik Satie\nPARFAIT ENTOURAGE (fragment).\nVivre au centre d'oeuvres glorieuses de l'Art est une des plus grandes\njoies qui se puissent ressentir. Parmi les précieux monuments de la pensée\nhumaine que la modestie de ma fortune m'a fait choisir pour partager ma\nvie, je parlerai d'un magnifique faux Rembrandt, profond et large d'exé-\ncution, si bon à presser du bout des yeux, comme un fruit gras, trop vert.\nVous pourriez voir aussi, dans mon cabinet de travail, une toile d'une\nbeauté incontestable, objet d'admiration unique : le délicieux \" Portrait\nattribué à un Inconnu\nVous ai-je parlé de mon Téniers simulé ? c'est une adorable et douce\nchose, pièce rare entre toutes.\nNe sont-ce pas là des pierreries divines, serties de bois dur ? Oui ?\nPourtant, ce qui surpasse ces œuvres magistrales ; ce qui les écrase\ndu poids formidable d'une géniale majesté ; ce qui les fait pâlir par son\néblouissante lumière ? un faux manuscrit de Beethoven — sublime\nsymphonie apocryphe du maître — acheté pieusement par moi, il y a dix\nans, je crois.\nDes œuvres du grandiose musicien, cette 10e symphonie, encore\nignorée, est une des plus somptueuses. Les proportions en sont vastes\ncomme un palais ; les idées en sont ombreuses et fraîches ; les développe-\nments en sont précis et justes.\nIl fallait que cette symphonie existât : le nombre 9 ne saurait être\nbeethovénien. Il aimait le système décimal : \" j'ai dix doigts \", expliquait-il.\nVenus pour absorber fîlialement ce chef-d'œuvre, de leurs oreilles\nméditatives et recueillies, quelques-uns, sans raison, crurent à une concep-\ntion inférieure de Beethoven, et le dirent. Ils allèrent plus loin même.\nBeethoven ne peut être inférieur à lui-même, dans aucun cas. Sa\ntechnique et sa forme restent augurales, même dans l'infime. Le rudimen-\ntaire ne lui est applicable. Il ne s'intimide pas du contrefait imputé à sa\npersonne artistique. .\nCroyez-vous qu'un athlète, longuement célébré, dont la force et\nl'adresse furent reconnues par des triomphes publics, s'infériore du fait de\nporter aisement un simple bouquet de tulipes et de jasmins assemblés ?\nEst-il moindre, si l'aide d'un enfant s'y ajoute ?\nVous n'y encontrerez pas.\n6"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.87", "texte": "Au Musée de la Voix\n\nNos lecteurs n'ont pas oublié une curieuse manifestation qui eut lieu il y a cinq ans, dans les\ncaves de l'opéra. La veille de Noël 1907, guidés par notre regretté président Charles Malherbe,\nalors bibliothécaire de l'Académie Nationale de musique, des personnages officiels de l'adminis-\ntration des Beaux Arts et quelques représentants des grands quotidiens allèrent, dans les profonds\nsous sols du monument Garnier, inaugurer le qu'un généreux donateur,\nM. Clark, offrait à la France et à la musique. Dans des urnes furent disposés des disques de\nGramophone, où les plus belles voix de notre répertoire étaient venues se fixer pour jamais.\nLe tout fut clos hermétiquement et scellé, avec défense d'ouvrir avant cent ans révolus ces\ntombeaux de la voix. Des discours furent échangés, des vœux émis, des regrets formulés et\nl'on se sépara en se promettant de recommencer un jour cette touchante cérémonie.\nCe jour arriva le 14 juin dernier où M. Clark eut la bonne pensée d'enrichir à nouveau\nla collection du Musée et d'entrouvrir pour quelques instants le caveau dont l'Opéra lui accorda\nla concession. Cette fois le Sous-secrétaire d'Etat aux Beaux Arts, M. Léon Bérard avait tenu\nà se rendre personnellement au convoi, à suivre nos voix chères jusqu'à leur dernière demeure.\nIl vint, accompagné du très aimable Maurice Reclus, son chef de cabinet et d'un attaché\nau cabinet du Ministre du Commerce, et fut reçu par M. Banès conservateur de la biblio-\nthèque, Henri Quittard archiviste, par l'état major de l'Opéra, MM. Messager et Broussan,\nSoulaine, Gabion, Maurice Lefèvre, Cassien-Bernard et François, auxquels s'étaient joints\nquelques rares invités, MM. Ecorcheville, Louis Schneider, de Curzon et des membres de la\npresse, enfin (à tout seigneur tout honneur) M. Clark lui-même et l'administrateur délégué\nde la Société Française du Gramophone, M. Reich.\nAprès avoir jeté l'œil du maître sur le Musée de l'Opéra et admiré particulièrement deux\nHubert Robert, dignes de la vente Doucet, M. Léon Bérard et le cortège qui le suivait,\ns'engagèrent dans de sombres dédales. Un arrêt, en passant, à la gigantesque salle des machines\nélectriques, qui fit l'an dernier l'admiration des \" Amis de la Musique \", et voici le caveau,\ndont M. Banès remet la clef au Ministre. La porte s'ouvre ; chacun prend place devant une\nvaste table, où vont se passer les derniers apprêts. Quelle est cette voix ? C'est celle de Gémier.\nElle aussi, va descendre au tombeau. Mais elle salue d'abord l'assistance par le pavillon\ndu gramophone :\nMonsieur le Ministre, Messieurs,\nSera-t-il permis au gramophone lui-même de prendre ici la parole, et de remercier en son\nnom l'éminente assistance, qui a bien voulu le suivre jusque dans ces catacombes de l'Opéra ?\nAvant de m'introduire, pour cent ans au moins, dans l'urne fatale, qui sera fermée sous vos\nyeux, je tiens à exprimer une fois encore ma gratitude envers ce Musée de la Voix, et envers\nson aimable conservateur M. Banès.\n• Ne l'oublions pas, Messieurs, c'est en France que naquit, il y a quelques années, l'idée\nd'une bibliothèque phonographique, idée que toutes les autres nations se sont fait un devoir\nd'imiter depuis lors, reconnaissant ainsi l'intérêt scientifique d'une pareille collection. Et c'est\nl'Académie Nationale de Musique qui, avant tout autre, réalisa cet ingénieux projet. N'était-ce\npas légitime ? Où les voix endormies auraient-elles trouvé meilleur et plus sûr accueil ? Il"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.88", "texte": "Cl. Meurisse.\nM. CLARK. M. M. RECLUS M. LÉON BÉRARD M. A. MESSAGER\nM. BANÈS\nAU MUSÉE DE LA VOIX\nDANS LES CAVES DE L'OPÉRA"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.89", "texte": "LE MOIS\n«5\n\nappartenait au temple de la musique dramatique française, dont nous saluons ici les grands\nprêtres MM. Messager et Broussan, de tenter ce miracle de la durée, de conserver à nos\narrières petits fils ce qu'il y a de plus fugitif au monde, ce qui par excellence n'a ni corps ni\ndurée : la voix humaine.\nComme le peintre, comme l'écrivain et le musicien même, l'artiste lyrique pourra désor-\nmais laisser d'autres témoignages de son talent que le souvenir d'une réputation périssable.\nCette souveraineté d'un organe précieux, ce charme efficace du mouvement vibratoire, cette\nvoix enfin, si subtile et si chère, nous l'aurons sauvée de l'oubli, et le chanteur pourra\ndire à son tour :\nNon omnis moriar ! . . . .\nM. le Ministre, en assistant personnellement à cette cérémonie, vous avez marqué le\nhaut intérêt que vous attachiez à cette œuvre de survie musicale. Lorsque, dans un siècle, ces\ndisques reverront le jour, les artistes vous sauront gré d'avoir donné cette preuve de bienveillante\nsympathie à leurs grands devanciers de 1912. \"\nA cette allocution succéda un air de Lohengrin chanté par Franz, puis un solo de\nKubelik dans lequel les harmoniques des cordes donnèrent l'impression d'un instrument à vent,\nenfin la plainte de Dalila soupirée par Mlle Brohly. Personne n'élève la voix, le disque seul a\nla parole. Le moment est solennel. Ligotés dans des feuilles d'amiante, serrés par les\nbandelettes funéraires, une trentaine de phonogrammes attendent l'enfouissement. Là gisent,\nen puissance, Chaliapine, Caruso, Amato, le délicieux Reynaldo Hahn, qui mérite bien de\npasser à la postérité en qualité de ténor, Mmes Farrar, de Montaient, Brohly, Melba etc...\nLe ministre se lève. Il se découvre et d'une main ferme appose le cachet que nul ne doit briser\navant 2012 ! Bruyants et indiscrets, les photographes nous aveuglent de leurs étincelles.\nIl n'y a point de sacristie. Le cortège remonte au jour. M. Clark est félicité pour cette\njournée des Disques, dont on escompte désormais le retour, et chacune s'éloigne en songeant\navec mélancolie à ce début du vingt et unième siècle, pour lequel nous venons de témoigner\nune si louable sollicitude.\n\nJ. Leroux."}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.90", "texte": "L'Édition Musicale\nV. P.\n1 Enoch\n5 Breitkopf de Londres\n9 Durand\n2 Janin à Lyon\n6 Demets\n10 Furstner\n3 Sénart et Roudanez\n7 Bouwens\n4 Grus\n8 Durdilly\nCLAVIER. Par quel hasard la musique de piano nous fait-elle défaut ce mois-ci ?\nJe ne vois guère à signaler que les Eolides de César Franck, 1 transcrites pour piano à deux\nmains par Gustave Samazeuilh. Pour Orgue ou Harmonium, Cinq Pièces brèves sur\ndes thèmes grégoriens, par l'Abbé Brun 2 ; puis trois gros In-folios, les maîtres contemporains\nde Vorgue, pièces inédites recueillies et publiées par l'Abbé Jos. Joubert, 3 organiste de la\nCathédrale de Luçon ; les deux premiers, dédiés aux organistes français et le troisième aux\nétrangers. Il ne faut pas se dissimuler que la lecture de ces trois volumes est plutôt décevante :\ninutile de nous perdre en classifications d'écoles : rien ne nous fera distinguer un Suédois d'un\nEspagnol, ou un Hollandais d'un Napolitain : tous appartiennent à une unique famille, celle\ndes organistes improvisateurs ; tous ont les mêmes qualités, ou, si vous le voulez, la même\nabsence de défauts. Depuis Franck, il n'est assurément pas un seul chef-d'œuvre qui ait été\nconçu pour l'orgue, ce Roi des instruments. Cela dit, avouons que l'entreprise était séduisante\net qu'en s'y risquant, M. l'Abbé Joubert s'est fait le plus grand honneur.\nCHAN F. Sept jolies Mélodies d'Alfred ïtullmann, 4 musique saine et inofifensive\nà tous égards, sans être totalement rétrograde ; à recommander aux jeunes élèves que l'on ne\nveut pas engager vers les abîmes d'un modernisme alarmant pour les familles. Parmi les petites\npublications où il y a toujours à glaner, citons quatre livraisons des Saints grégoriens publiés\npar M. l'Abbé Brun 2 en l'honneur de Saint Joseph et du Sacré Cœur ; un recueil des\nChansons de France (Chansons Limousines,) un volume de 3 : airs et Madrigaux à\nplusieurs voix, de Campion, Dowland, \"Wilbye et Pilkington, (ires anneés du\nXVIIe Siècle.) Ne se trouvera-t-il donc pas en France une Société Chorale pour renouveler ses\nprogrammes en y inscrivant quelques-unes de ces petites pièces, exquises de fraîcheur et\nd'originalité ?\nINSTRUMENTS. M. René Schidenhelm 6 qui à défaut d'une originalité bien\naccentuée a toujours le mérite de posséder à fond les ressources de son instrument nous donne\nun Lied pour deux Violoncelles et Piano, une Ballade et un Scherzo Sérénade, pour Violoncelle et\nOrchestre, celui-ci, réduit au Piano. Pour Violon, voici la Chanson d'un Soir d\" Automne de\nMlle Germaine Corbin, ' musique bien douloureusement grinçante ; de Mme Cécile\nSimon, 8 un T[ rio de belle allure et de M. Fairehild, () un Quatuor à cordes. Enfin une\npetite Transcription, le Rossignol en Amour, de Couperin, adapté à la flûte par Charles\nBouvet. 6 Que les puristes ne se hâtent point de crier au scandale ; cette pièce a bien été\nécrite pour clavecin, mais elle est de celles que Couperin jugeait lui-même devoir convenir\nindifféremment à plusieurs instruments : il en donne l'indication formelle ; voilà donc une de\nces transcriptions absolument légitimes, auxquelles nous ne pouvous qu'applaudir."}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.91", "texte": "Cl. Meurisse\nM. LÉON AUSCHER\nPrésident du Comité de Tourisme en Montagne du Touring Club de France"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.92", "texte": "La Musique et le Sport\n\nIII\nLÉON AUSCHER\nA la suite d'un article sur la décentralisation musicale au cours duquel je tentai d'ébaucher\nun programme de \" tourisme artistique je reçus une lettre chaleureuse de mon ami Léon\nAuscher, et l'idée me vint d'interroger ce grand sportsman, certain d'avance qu'il apporte-\nrait quelques aperçus ingénieux dans l'enquête que j'ai entreprise.\nLéon Auscher est vous ne l'ignorez point l'un des apôtres du tourisme en France.\nIl a aidé à répandre les sports d'hiver dans nos montagnes et plus d'un village isolé lui doit\nla création d'une route nouvelle, plus d'un liameau perdu lui doit d'être révélé au public\nvoyageur.\nIl s'est imposé une tâche et l'accomplit avec une persévérance inlassable. Il a organisé des\nvoyages d'exploration à travers la montagne hivernale, à l'époque où les paysans paraissent\ns'endormir du sommeil des marmottes. Il a révélé aux pyrénéens l'usage du traîneau et mené\ndans nos Alpes une campagne acharnée en faveur du ski. Les résultats qu'il a obtenus ne\nsont-ils pas surprenants ? Trente stations d'hiver se sont créées en France et déjà un nouveau\nmouvement de tourisme s'est produit. Chamonix, le Revard, Gérardmer, Saint Pierre de Char-\ntreuse, le Sapey, Cauterets, les Eaux-Bonnes jouissent désormais d'un renom qui fait pâlir\ncelui des centres réputés de l'industrieuse Helvétie. Appliquant la belle devise du Touring\nClub, il tente de \" faire connaître et de faire aimer notre pays \", mais sous un aspect ignoré.\nLe surprenant enthousiasme que provoqua chez nous la révélation des sports d'hiver, n'est-il\npas le résultat de l'œuvre patiente de Léon Auscher ? Et les hôteliers montagnards qui ont\ntrouvé dans cette passion nouvelle une source de fortune inespérée, n'oublieront peut-être pas\nle nom du propagandiste le plus actif et le plus modeste ?\nLéon Auscher appartient à une famille de musiciens : Il est parent de Léo Sachs et\nd'Alfred Casella, et Mme Auscher est une pianiste de grand talent. Je connaissais déjà ses goûts\nartistiques par nos nombreux entretiens et je savais ne pas m'adresser àun profane. Pourtant,\nce matin là lorsque je l'aperçus dans une allée du beau parc qui entoure sa propriété de Neuilly,\nil m'accueillit par des protestations véhémentes :\nJe vous vois venir,s'écria-t-il. Vous voudriez me faire dire quelques imprudences au sujet\nde la musique moderne. Avez-vous oublié que je suis un \"routier\" impénitent, un \"vagabond\"\néternel ? Comment voulez-vous que j'allie mon amour de la vie au grand air avec le goût de\nla \"musique de chambre\" ? J'ai trop le souci de fuir les espaces clos et les foules qui s'y pressent\npour devenir un \"amateur de concerts\".\nMais cette musique moderne, vous ne l'ignorez point cependant ?...\nCertes, j'en connais assez pour prétendre me former une opinion, si je me contentais de\njuger à la légère. Mais n'ayant fréquenté aucune audition musicale depuis nombre d'années,\nje n'ai pas le droit de jouer à l'arbitre et j'aime mieux vous dire tout net que, faute d'entraîne-\n1\n\n1 Voir les n°' 5 et 6."}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.93", "texte": "88\nLE MOIS\n\nment ou de constance, je ne comprends rien à la musique ultra-moderne. C'est un art qui,\npar ma faute peut-être, me demeure étranger. J'en suis resté au point où j'en étais à l'heure\nou j'ai commencé à battre les grands chemins, soit à pied, soit à bicyclette, soit en automobile,\nc est-a-dire à un respect profond pour les classiques et à une passion que rien n'éteindra jamais\npour Wagner. Depuis, le tourisme m'a empêché d'apprécier les maîtres de l'heure...\nPensez-vous donc que le goût du tourisme et l'amour de la musique soient des senti-\nments incompatibles ?\nBien au contraire, et je vois entre le tourisme et la musique des liens réels, des\nrapports étroits qu'il serait aisé de développer. Il y a d'abord un lien moral très net et très\nprécis : Le tourisme, en effet, est un admirable mode d'éducation : il exerce l'homme à voir\net a admirer ; il le met en présence des spectacles harmonieux et splendides de la nature ; il\nouvre son ame aux sensations les plus fortes et, par suite, il me paraît tout à fait évident\nqu'il doit le prédisposer à mieux concevoir, à comprendre plus nettement les manifestations\nartistiques.\n\" Enfin, ceux qui, comme nous, sont à l'avant-garde de ce grand mouvement du tourisme\nnational qui a eu sur les idees françaises une si heureuse influence, ceux-là s'aperçoivent de\nplus en plus que pour propager le tourisme en France, il faut sauvegarder chaque jour davan-\ntage les beautés de notre pays. Ces beautés sont de deux ordres: les beautés matérielles, c'est-à-\n-dire les sites, les monuments; et ensuite le patrimoine historique, et moral en quelque sorte, de\nnotre pays. Ce patrimoine comprend en première ligne les coutumes, c'est-à-dire les chants,\nles danses et les costumes nationaux. Et je vois là, comme vous l'avez indiqué déjà dans vos\narticles, un rôle considérable et utile à jouer pour un groupe soucieux de perpétuer les belles\ntraditions artistiques. La Société des Amis de la Musique, par exemple, pourrait avec l'appui de\nclubs touristiques, organiser des fêtes régionales aux cours desquelles on s'efforcerait de recon-\nstituer le folklore français. Certains musicologues accepteraient volontiers la tâche de retrouver\nles airs anciens, les mélodies désuètes, de faire revivre les vieilles danses de jadis. Je connais\nmaints villages où les plus antiques coutumes ont été conservées malgré l'envahissement des\nvoyageurs. Il faudrait encourager les paysans à ne pas renoncer aux mœurs d'autrefois et les\naider à transformer les réjouissances populaires, en fêtes périodiques. C'est ainsi que les régions\npyrénéenne ou dauphinoise pourraient être les théâtres annuels de spectacles admirables. Les\nvallees d Ossau et de Luz, le Queyias, 1 Oisans, la IVlaurienne ont un folklore d'une richesse\ninouïe. Ceux qui voudront le révéler au public sauront déplacer un grand nombre de touristes\ndesireux d éprouver une double impression d'art, grâce à la beauté des paysages et à l'intérêt\ndes musiques et des danses sauvées pieusement de l'oubli. Nul doute d'ailleurs que les Syndicats\nd'lnitiative qui s'occupent si activement aujourd'hui de vanter leurs départements ne s'intéres-\nsent à une tentative semblable. Et les promoteurs trouveraient à coup sûr d'autres appuis parmi\nles sociétés locales, les philarmoniques, les chorales, les clubs sportifs. Les hôteliers eux-mêmes\ndeviendraient soudain les champions de cette renaissance artistique et musicale, car ils verraient\nen elle un moyen de prolonger la \" saison \", toujours trop courte à leur gré. \"\nNous nous étions assis sous une tonnelle rustique entourée d'arbres touffus et de corbeilles\noù des fleurs confondaient leurs teintes vives. Léon Auscher renversé contre le dossier d'un\nfauteuil en rotin, parlait d'une voix lente. Il aspira voluptueusement l'air chargé de senteurs\ncomplexes.\nQue voulez-vous ? s'écria-t-il, sans transition, je ne puis vivre enfermé. Et combien\nme ressemblent ! Pourquoi n'allierait-on pas cette passion du grand air avec l'amour de la\nmusique. Il suffirait d'organiser des concerts d'orchestre sur les scènes de verdure, dans des\ncadres naturels ; j imagine très bien, en outre, la Walkyne jouee devant un paysage de mon-"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.94", "texte": "S. I. M.\n89\n\ntagnes ou telle symphonie exécutée dans une baie somptueuse au bord de la mer. Et enfin, le\ntouriste saisirait avec joie le prétexte d'un festival qui célébrerait un illustre musicien dans sa\nville natale, ou d'un défilé historique organisé à propos d'une fête commémorative et au cours\nduquel il entendrait des airs de l'époque réconstituée joués sur des instruments anciens. De\nsemblables projets aideraient à la décentralisation musicale et sauraient satisfaire en même\ntemps le touriste et le mélomane. Si ces idées prennent corps, je prêterai volontiers mon\nconcours, s'il peut-être utile à leur réalisation. Et vous me verrez au premier rang des\nspectateurs. Mais comment voulez-vous que j'hésite à négliger le concert que me vante un\nprogramme de la Salle Gaveau, quand je puis demain rouler en auto à travers le défilé\nsauvage de la Chartreuse, vers Saint Pierre, dans un prodigieux décor, parmi le chant des\ncascades et le bruit du vent dans les feuilles, qui valent toutes les mélodies humaines?...\n\nGeorges Casella."}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.95", "texte": "Piano ou clavecin?\nNous avons reçu ces lettres de nos collègues et amis M!ne Landowska et M. J. Nin. Nos\nlecteurs ne nous en voudront pas de considérer cette polémique comme terminée dans notre\nrevue où les adversaires ne sauraient exposer à l'aise tous leurs arguments.\nLA RÉDACTION.\nMon cher Ecorcheville,\nJe ne sais pas... mais il me semble que lorsqu'on a vraiment raison, on ne répond pas\navec une telle....nervosité...\nPourquoi Mme Landowska s'entête-t-elle à faire de l'esprit à propos d'une question où\nl'observation, la simple et sage observation, s'impose avant tout ? Cela nous engage dans la voie\ndes personnalités et nous éloigne singulièrement du terrain de l'art : c'est infiniment regrettable.\nJe n'ai jamais dit que les travaux de mes prédécesseurs dans la question Piano ou Clavecin\nfussent mauvais ; ils sont insuffisants en ce sens qu'en ne considérant que des aspects isolés\nparticuliers, et souvent personnels, du problème, ils ne l'ont étudié qu'incomplètement alors\nqu'une vue d'ensemble, partant des origines mêmes de l'expression musicale, eût été infiniment\nplus précieuse pour la recherche d'une conclusion nette et précise.\nLes noms de Fuller Maitland, Hermann Kretzschmar, Guido Adler et Cari Nef me sont\nfamiliers, (Mme Landowska aura l'occasion de s'en apercevoir) ; ce sont des savants, c'est\nentendu ; mais Praetorius, Kuhnau, Mattheson, Adlung, Walter, Quantz, Ph. Em. Bach\nTurk, Forkel, Rimbault, Oscar Paul et Spitta l'étaient aussi. Je les propose à ceux des lecteurs\ndu S. I. M.qui voudront connaître les origines de la question.\nJe n'ai jamais douté du succès du clavecin, pas plus que je n'ai mis en doute un seul\ninstant le succès du pianola ou du cinématographe. Fox populi vox Dei ; est-ce là par hasard\nla devise adoptée par les néo-clavecinistes ? Sans doute trouvent-ils trop fataliste le Sic transit\ngloria mundi des vieux clavecins de jadis ! N'importe ; l'artiste seul a le droit de juger les\nquestions d'art, et c'est par dessus de la foule et de soi même, surtout, qu'il doit les regarder\ns'il veut faire œuvre utile.\nPuis-je assurer notre facétieuse amie de mon silence ?... Je le souhaite, car j'ai fort peu\nde temps et il faut que je m'occupe, malgré tout, de mettre au point, pour elle, cette énorme\nblague qui doit la faire sourire et bâiller...\nMerci une dernière fois, mon cher Ecorcheville, de votre si parfaite et si loyale\nhospitalité.\nVotre tout dévoué,\nJ. JOACHIM NIN.\nUccle-Bruxelles, Juin, MCMXII."}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.96", "texte": "S. I. M.\n91\n\nMon cher ami,\nMonsieur Joachim Nin me demande pourquoi j'ai traité avec trop de légèreté ses lettres.\nMais, mon Dieu, je ne pouvais pas répondre autrement à une polémique, où toute argumenta-\ntion sérieuse a été remplacée par des citations tirées des journaux, ou par des phrases ronflantes\ndans le genre de celles : L'artiste doit toujours regarder par dessus la foule ! Vox populi, vox\nDei ! sic transit gloria mundi ! Mais, mon cher Monsieur Nin, ce n'est pas à moi qu'il faut\nenseigner ces belles vérités. Lors de mon séjour au pensionnat de Berlin, je les ai durant trois\nans brodées de mes propres mains avec des fils d'or.\nVous faites bien en vous pressant de mettre au point votre livre que j'espère fort intéres-\nsant, mais vous avez tort de vous en prendre aux musicographes que j'ai cités et qui sont tous,\nsans exception, des musiciens de grand mérite. Je regrette seulement d'avoir oublié M. Georg\nKinsky, le Conservateur du musée de Cologne.\nEn somme, que désire M. Joachim Nin ? Il voudrait prouver que les pièces anciennes\ngagnent dans l'exécution sur notre piano moderne. Si même cela était vrai, cet argument me\nparaîtrait encore insuffisant, car je préfère voir une gravure du XVIIIe siècle dans son modeste\ncadre de l'époque, que dans le plus somptueux encadrement moderne style. Mais encore faut-il\nprouver que les pièces de clavecin sonnent mieux sur notre piano que sur le clavecin. Je joue\navec un amour égal les deux instruments, j'ai eu cent fois l'occasion de m'assurer du con-\ntraire. Mais M. Joachim Nin est pianiste, pourquoi ne chercherait-il pas à nous convaincre\ndevant le piano ? Je lui ai fait cette proposition il y a quelques mois, il m'a fourni une réponse\névasive. Je le regrette, car cela vaudrait certes mieux que des citations.\nCe n'est pas la foule qui fait au clavecin son succès, bien au contraire le gros public et\nla foule des professionnels du piano lui font la guerre. Ce n'est pas la foule, qui fait figurer\nle clavecin dans les congrès musicaux, dans les fêtes de Haydn, de Mozart ; ce n'est pas la\nfoule qui a fait figurer le clavecin dans les fêtes de Bach, mais les membres du comité de la\nBachgesellschaft, les professeurs Hermann Kretzschmar, Siegfried Ochs, Gustave Schreck ;\nKarl Straube etc. Ce sont des chefs d'orchestre tels que Gustav Mahler, Félix Mottl, Siegfried\nOchs, Mengelberg qui introduisent le clavecin dans leurs orchestres. Ce sont des musiciens\ntels que St-Saëns, Richard Strauss, Joachim, Guilmant, Charles Bordes et tant d'autres qui lui\nportent intérêt. U artiste doit regarder par dessus la foule. C'est ce que je fais, Monsieur, je\nregarde par dessus cette foule immense de pianistes professionnels qui haussent les épaules, parce\nqu'il est plus facile de dédaigner que d'apprendre\nWANDA LANDOWSKA."}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191207-01.1.97", "texte": "Échos et Nouvelles\nLES MÉDAILLES DU SALON DES MUSICIENS FRANÇAIS. Sous la\nprésidence de M. Henri Maréchal, Inspecteur de l'Enseignement Musical, le Jury du \" Salon\ndes Musiciens Français\" a procédé au vote des récompenses. En voici le résultat :\nPremières Médailles : MM. Marcel Bertrand, Lucien Chevaillier, Jean Déré (Niort),\nLefèvre-Derodé (Reims).\nDeuxièmes Médailles : MM. C. A. Collin (Rennes), Eugène Cools, Mme Fleury-Roy,\nM. Fernand Masson, Mme Toutain-Griin.\nTroisièmes Médailles : Mu,> Balutet, MM. E. Guyonnet (La Roche-sur-Yon), Albert\nLaurent (Armentières), Paul Le Flem, Georges Palanque, (Chartres), Jean Pergola, Jacques\nPillois.\nMentions : MM. Louis Ancel, Constantin-Gilles, Jean Cras (Toulon), Adolphe Dietrich\n(Dijon), Marcel Gennaro, Eugène Riégel, René Schidenhelm.\nLa distribution officielle des récompenses aura lieu au mois de novembre prochain, à la\nRéouverture solennelle du \" Salon des Musiciens Français\nLes Compositeurs qui désirent voir leurs œuvres figurer aux programmes du prochain\nSalon devront les adresser au Secrétariat-Général, 28, rue Nollet, Paris, du lerIer au 25 octobre.\n*\n* *\nDECENTRALISATION MUSICALE. Le ministre des beaux-arts vient d'ap-\nprouver la répartition du crédit indicatif de 25.000 francs affecté sur le budget de 1912 en\nfaveur des théâtres lyriques de province ayant fait œuvre de décentralisation musicale. Cette\nrépartition est ainsi établie :\nLe théâtre des Arts de Rouen {l'Aube rouge, de M. G. Erlanger) et l'Opéra de Nice\n(Fercingétorixy de M. F. Fourdrain) reçoivent chacun 6.000 francs; les théâtres municipaux\nde Nancy (le Pays, de M. J. Guy-Ropartz) et Nantes (Myrdinn, de L.-A. Bourgault-Ducou-\ndray), 4.000 francs ; l'Opéra de Marseille ( Charlede M. Durand-Bloch) et le théâtre\nmunicipal d'Avignon (Maguelonneet le Roi Renêyde M. de Saussine), 1.000 francs. En outre,\nles compositeurs Camille Erlanger, Guy-Ropartz et Félix Fourdrain touchent chacun\n1.000 francs.\n*\n* *\nLA BATAILLE DES VIOLONS. Notre confrère le vient de\nrenouveler l'expérience de lutherie comparée qu'il avait déjà présentée au public en 1909.\nDevant une salle aussi peu éclairée que possible des artistes vinrent faire entendre une série de\nviolons, anciens et modernes sur les Stradivarius, Guarneri et autres célébrités auxquelles la\ntradition et la mode nous font attacher un prix sans doute excessif. En outre, on eut la surprise\nagréable de voir les deux premiers prix attribués à deux instruments construits sur des principes\nidentiques. Un violon de Bruxelles et un autre de Nantes fabriqués d'après les données du\nDr. Chenantais trouvèrent auprès du jury public une faveur unanime.\n\nTous droits réserves pour, tous pays y compris la Scandinavie et l'Extrême Orient.\nLe Gérant : MARCEL FREDET.\nImpr. par THE ST. CATHERINE PRESS LTD. Bruges, Belgique."}]}