{"numero_id": "bm-bmtnabh-1912-11-01", "volume": "bmtnabh_1912-11_01", "ocr_sha256": "c144a292c6766abbfbde9619c0e4d222c7a09142e922bc97d1dac6597a5e515e", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1912/11_01/bmtnabh_1912-11_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1912/11_01/bmtnabh_1912-11_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1912-11-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-11_01#c002", "volume": "bmtnabh_1912-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.2.2", "titre_corps": "L'HOMME QUI IMPROVISE, par André Suarè». 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Les noms des voyageurs qui ont accepté de nous confier leur\ncarnet de route et de nous laisser publier leurs impressions diront, à eux seuls,\nl'intérêt exceptionnel qui s'attachera à nos comptes-rendus.\nNous avons pu, en effet, décider\nCLAUDE DEBUSSY\nà rompre en notre faveur le trop long silence dont s'affligeaient tous ceux qui savent\nquelle pénétrante acuité d'analyse, quelle lumineuse clairvoyance l'auteur de PELLEAS\napporte dans ses appréciations sur la mêlée musicale contemporaine au sein de\nlaquelle il a su garder une si parfaite indépendance d'esprit. 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C'est donc avec l'assistance de son disciple Auguste Sérieyx,\ndéfenseur autorisé de son idéal, que l'auteur de /'ETRANGER assurera dans nos\ncolonnes la régularité d'une collaboration dont nos lecteurs apprécieront toute la valeur.\nEnfin, notre dévoué collaborateur EMILE VUILLERMOZ, sans cesser de\ntenir la rubrique des THEATRES,consacrera désormais tous ses soins à la revue,\ndont il devient le\nREDACTEUR EN CHEF\nSous sa direction, différentes rubriques, dont nos lecteurs ont souvent demandé\nla création dans l'actualité, seront, d'ici peu, définitivement organisées, notamment :"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.8", "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 932, "texte": "Mais il ne nous suffit pas d'offrir à nos abonnés le fascicule mensuel d'une\nRevue. 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CAMBON, AMBASSADEUR DE FRANCE A BERLIN\nmontrent dans quelle voie nous voulons nous engager.\nCeux qui s'intéressent directement à notre œuvre, et veulent suivre ses progrès,\nse trouveront réunis au\nDINER DE LA REVUE\nqui groupera périodiquement à 1 'Elysée-Palaceles maîtres de la musique et du théâtre\net leurs plus gracieuses interprètes.\nEnfin, tous nos lecteurs apprendront par notre numéro de Décembre, les\ndétails d'un\nPROJET MUSICAL\nqu'il nous faut encore tenir secret, mais dont la révélation sera certainement pour eux,\nune très agréable surprise.\n\nLA DIRECTION."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-11-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-11_01#c006", "volume": "bmtnabh_1912-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 6, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.2.3.3", "titre_corps": "Notre u S.I.M. \" entrera bientôt dans la neuvième année cle son existence. 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Le chant n'est pas moins\npropre à l'homme que la parole ou le regard. Il est le geste de l'émotion,\nen ce qu'elle a de plus libre, et peut-être de plus heureux. Le chant est\nla flamme de la parole, qui veut monter et se répandre.\nL'enfant qui jouit de vivre, l'homme qui aime, la jeune fille ravie\nd'éclore, ils chantent pour étendre leur plaisir, et s'entourer de leur joie :\nelle est le vêtement, qu'ils font flotter autour d'eux ; ils s'entourent de\nleur chant, comme d'un cercle magique. La joie du chant ne les défend\npas, elle les prolonge. Atmosphère plus que vêtement, robe aérienne\nd'espérance.\nSur le bout de la branche, l'oiseau chante sa propre vie : elle attend\nl'amour, ou elle l'a. Et dans son chant, c'est de soi-même que l'oiseau\ns'enivre. Le chant va plus loin que les corps. Les espaces du chant sont la\nprojection de cette force éternelle, qui meut les étoiles là-haut, et dans le\nciel de notre chair, qui n'est pas plus humble, les atomes et les astres de\nde la cellule, les planètes et les gemmes du sang.\nDans le chant, il y a tantôt un appel au bonheur, tantôt un don de\nla plénitude qui déborde : émotion ou bonheur, l'être qui chante se répand\nsur la nature. Voilà le chant à l'origine. Et, parmi les hommes, la femme\nest rossignol aussi. Ce n'est pas seulement le mâle qui chante sa peine ou\n\nI"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.11", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2361, "texte": "son désir. Mais, peut-être, l'amour seul fait-il le chanteur. Le chant est\ninné au cœur de l'homme : il est déjà une possession de la nature. La joie\nde vivre gazouille dans l'enfant même : la folle joie d'être homme, qui ne\nsurvit tout de même pas à l'enfant. Dans le chant le plus naïf, pourtant,\nla conscience se fait déjà entendre, à l'insu même du chanteur. Ce mystère\nest séduisant.\nLa musique de l'homme n'est pas toujours de sa joie ni de son\nplaisir : elle est bien tôt de sa douleur.\nSi les bêtes pleurent, elles ne chantent pas leur douleur, les pauvres\ncréatures.\nLa peine humaine cherche un secours ; et bien plus belle que la\njoie, bien plus féconde, elle aspire à une harmonie, que la médiocrité du\nbonheur croit tenir. La peine aspire au lieu de l'ordre et de la délivrance.\nTLlle s'enchante. Que ce mot est divin, et que de chant il recèle !\nLes pauvres bêtes, dans la douleur, ne savent pas sortir du hurlement.\nElles ne passent pas le cri. Beaucoup même n'y atteignent point, et sont\nmuettes. Tant elles sont saintes, toujours victimes, toujours vraies ; et sans\nconscience. Or, le grand crime de la conscience, dans l'homme, fait sa\ngrande épreuve, et la source de sa rédemption comme de son génie.\nPour nous, qui ne sommes plus des enfants, le chant est un enchante-\nment de la peine. Une douleur trop accomplie ne laisse aucune place à\nla parole : elle est toute dans le silence, ou dans le cri. C'est pourquoi\nl'état de mélancolie est le plus riche en musique. Et l'amour, même dans\nla passion, est fait d'une immense mélancolie. De là, que la femme jouit\nen tout temps de la musique. Mais de là, qu'elle est si peu musicienne,\nétant si musicale : la musique et la poésie sont les deux puissantes créations\nde l'amour et du mâle aux abois.\nAmour et mélancolie, le chant de l'homme est une réflexion et une\nconfidence. Il réfléchit sa passion, et la confie. A soi, d'abord, bien plus\nqu'aux autres hommes. Dans la joie, il déborde sur la nature ; mais à\nl'origine, il l'écoute peu ; et même s'il y prête l'oreille, il est rare qu'il\nlui parle. La peine et la mélancolie enseignent la nature au chanteur.\nIl ne s'en doute pas encore, que l'art naissant le sait pour lui. Aux heures\nd'ivresse, quand le bonheur est un vol dans le soleil, un bond de l'amour\ndans la flamme de midi, le chant de l'homme en passion se prend lui-même"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.12", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2374, "texte": "pour la voix de toute la nature. Elle est là, heureuse et brillante ; et le\nchanteur se l'associe : il veut qu'elle parle ; et il chante pour elle.\nMais la douleur n'est pas si naïve, et son procès va plus au fond.\nL'immense nature est un témoin. Le chant la convoque, pour qu'elle\nl'accompagne. Et déjà le chant est si fort, qu'il ne craint pas d'être\ncontredit par la nature. La passion finit par créer cette merveille : de la\nnature, elle fait la basse de son chant.\nMerveilles de l'accord, adorables prestiges : ils s'annoncent ici,\ncomme au frémissement des ailes, l'Ange s'annonce à Marie, et par\nl'Ange le parfait mystère. Notre musique est la conquête de l'harmonie.\nLa révélation de l'harmonie, telle est notre musique : car, de l'Ancien\nTestament, nous avons passé sous la loi du Nouveau. L'harmonie, miracle\nde l'Occident, est la magie du chant, l'incantation de l'amour et de la\nmélancolie. Le simple chant, la mélodie populaire n'est belle qu'à la\nfaçon du paysage ; mais le plus beau paysage reste en deçà de l'art,\nil aspire au chef-d'œuvre, il cherche Rembrandt. J'appelai jadis la mélodie\npopulaire un paysage, et le paysage une mélodie de la nature.\nCependant, ce n'est pas assez d'une basse confuse. Non, si beau soit\nle chant, si sacrée que puisse être la ligne, le chant n'est pas encore la\nmusique : il n'est que l'appel à la musique. Appel sûr d'être entendu. Il\nest le désir du miracle ; il en est même la promesse. Il faut encore\nl'évangile, pour que révélée soit la musique : il faut l'harmonie.\nOr, l'homme qui improvise est le chant qui invente son harmonie ;\net c'est de lui que je veux dire : enfin le chanteur est musique.\nJ'entrerai, maintenant, dans la vie intérieure. Je voudrais pénétrer\nces suaves ténèbres, où la chaleur de la vie est ramassée sur elle-même,\ncomme la femelle qui couve, la tête endormie, repliée dans le col, pareille\nsur l'œuf caché à un gros œuf de plumes.\nII\nLa joie de l'oiseau n'est donc pas la seule qui porte musique ? Ni\ncelle de l'enfant, qui chante comme il se meut : il crie, il joue avec sa\nvoix et avec l'air qu'il respire. Son chant est un cri, qui a trouvé le\nrhythme. La vraie musique vient de plus loin. Elle a un jet plus haut dans\nla solitude. Et qu'il soit dit, d'abord, que la musique d'un temps révolu\nn'est plus la vraie musique. Toute musique passe comme les belles de la"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.13", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2417, "texte": "ballade : et plus séduisantes elles ont vécu, plus vite elles ont passé, peut\nêtre. O musique, o femme mortelle, et d'autant plus aimée, d'être plus\npromise à la mort.\nUne ardente tristesse est son nid, sous les branches du désir et de\nl'ennui.\nEncore plus que le poète, le musicien est un solitaire au cœur trop\nlourd. Il peuple le désert de son propre sentiment. Une source secrète,\ndans un roc, au milieu de l'étendue stérile ; et il voudrait, perçant le grès\nde la roche, faire jaillir l'eau grondante sur toute la contrée des sables,\npour étancher cette soif éternelle, en apaisant son propre élan.\nEtat de guerre ardente, convoitise que rien ne peut satisfaire. Le\nrhythme est toujours un élan. La profondeur de ce désir est telle, que tout\ncontentement la déçoit. Il ne vit que pour la satisfaction, mais il serait\ndésespéré de se satisfaire. Ou bien, c'est le torrent d'une mélancolie qui\ntient aux sources de la vie, et que tout ramène aux abîmes féconds, d'où\nelle tâche à s'évader sans cesse. Quelles mâles passions que celles-là !\nRien ne comble cet appétit secret. Rien ne supplée à ce manque,\noù l'imagination invoque vainement toute la nature, sentant que la nature\nattend justement de ce cœur tout ce qu'il réclame. Tristesse, ardeur,\nmélancolie, dimensions de la profondeur.\nLe musicien cherche dans toutes les musiques l'accent de son désir ;\net ne le trouve pas. Le poète demande à tous les livres le poème, où il\nreconnaisse sa parole confuse. Mais il n'est pas de livre, il n'est pas de\nmusique, non pas même Parsifal, pour faire toujours une bonne réponse\nà l'émotion d'un cœur original.\nLa pensée est tout errante dans la nébuleuse du sentiment. Une\ngrande douleur est là, qui dégoûte de l'intelligence. La raison est sèche,\ncomme l'Arabie. Les notions et les idées tombent sur cette mélancolie\nfiévreuse, telles des pierres arides. L'étrange douleur, d'où la musique va\nnaître, est pareille à la perte de l'être le plus aimé. Sœur de l'ardent désir,\nqui postule un contentement, dont il ne saurait jamais se contenter, cette\npeine aspire à une consolation, qu'elle pourrait seule se donner. Pour être\nconsolée, il ne lui faut pas moins que la présence d'un dieu, celui là\nmême qui, dans les cœurs troublés que tourmente une belle angoisse, fait\nune paix harmonieuse. Car, c'est son propre chant que cette insomnie\nveut entendre, et sa profonde harmonie que ce trouble veut trouver."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.14", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2516, "texte": "Alors, le musicien se met à chanter. Sa musique est la seule musique\nqui réponde à ses sentiments. Seule, elle traduit pour lui, et peut-être\npour les autres, le discours puissant et confus de la créature, que la\nparole ne peut exprimer ; et elle l'interprète jusque dans la nuance la plus\nfine, incertaine d'abord à celui même qui s'y exprime.\nLe fond de l'âme s'exhale : le musicien prélude, il improvise. Ainsi\nnaît Euterpe, d'une ardeur passionnée qui se détourne du monde et qui se\nmultiplie dans la solitude ; d'une douleur qui ne veut connaître que soi,\nqui place toute la vie dans l'unique objet de sa passion, et qui se nourrit\nde son amertume jusqu'à ce point de la plénitude, où elle s'enchante d'elle-\nmême.\nOr, puis avoir nom Chanteplore\nQui de duel chante et de tristor.\nL'âme musicale, à l'instant du prélude, murmure à son Euterpe, la\nmélodie qui naît : \" Nous ne sommes pas facilement consolables, l'une ni\nl'autre ; car en nous, il y a toujours la révolte contre le monde, qui est\nplus forte même que la charité. Et la révolte est le cri égoïste du cœur\nqui brûle, dans l'éternelle et froide solitude de la vie. Nous ne sommes\npas facilement consolables, ma beauté : puisqu'enfin nous voulons moins\nêtre consolées, que vouées à d'adorables enchantements. \"\nL'harmonie cherche la beauté du chant. Et tel est le prélude.\nD'abord, la magie du son en lui-même, ce long et caressant ébranle-\nment, que seuls les musiciens connaissent ; et seuls ils savent les délices\nqu'ils s'en promettent. Amoureusement, voici le fond ingénu de l'homme\nqui veut jaillir, d'un élan spontané : mille fois plus intense, mille fois plus\nvivant dans l'improvisation qu'en toute œuvre accomplie. Ou plutôt, le\ngrand musicien aspire toujours davantage à fixer dans l'œuvre écrite la\nsuprême ingénuité du sentiment qui improvise. Pour la plupart des\nmusiciens, l'œuvre écrite est toujours, plus ou moins, voulue et roidie\ndans le cadre du genre. Elle n'a plus ce jet direct, qui est le propre\nmouvement du cœur en invention. Le sentiment personnel de chacun perd\nbeaucoup à se ployer ainsi aux formes de la sensibilité commune. En plus\nd'un, la partie raisonnante de la musique n'est que de la sensibilité morte. 1\n\n1 Qui a entendu César Franck à l'orgue sait bien que de toutes ses œuvres pas une n'approche, même de\nloin, les graves effusions de ce saint harmoniste, tandis qu'il improvisait à l'église. Pour jeune garçon que je\nfusse alors, je ne pense pas que la douceur de ce souvenir me trompe."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.15", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2411, "texte": "Le vrai musicien improvise par vocation.\nL'homme qui improvise est le musicien en amour. Il va de la\nrêverie à l'action orageuse, et de la violente affirmation à la suave tristesse\ndu retour sur soi-même.\nIl sait toujours ce qu'il veut faire, mais non pas exactement comme\nil le fera. La part du caprice et de la découverte, qui est si essentielle à\nun art, le plus sensible et le plus mouvant de tous les arts, il la préserve :\nil ne l'immole pas. La fantaisie est l'unique suivante qui sache habiller\nl'émotion, en toute saison. L'esprit du musicien a sans doute un plan. Il\na un ordre, étant artiste. Il connaît le pays où il va ; mais sans avoir tracé\nni pavé toute la route. Elle est neuve, ou peut l'être. Si un chemin hardi\nou mystérieux s'ouvre dans la forêt des sons, ou au-dessus de la mer une\nsente dangereuse, il les prendra, pour peu qu'un lointain appel de beauté\ny retentisse. Ayant nourri son instinct de logique, il n'en est le guide\nqu'à l'entrée du voyage : il s'y livre après les premiers pas.\nPuis, la grande force du son qui a trouvé sa ligne, porte la pensée\ndu musicien. L'accord le soutient. L'accord est une ligne verticale, une\npossession du temps, une victoire sur la durée. Je me figure la plénitude\nde l'accord, comme une mélodie éternelle. Heureux ceux qui jouissent\nde parcourir les espaces conjugués de l'accord ! Le jeu du pur esprit\nmusical est tout fondé sur le sentiment de l'harmonie. En vérité, de\nl'accord qui se développe, tout le feuillage mélodique s'élance et s'épa-\nnouit, toutes les branches, le charme et la liberté de l'arabesque.\nLe sentiment mène ici le musicien, non pas les règles du développe-\nment, non pas les doigts du virtuose. L'émotion fait tout l'homme qui\nimprovise. Donner son émotion aux autres, c'est l'art. On ne donne que\nce qu'on a.\nBeethoven, qui a sans doute été le génie même qui improvise,\ndétestait l'impiovisation formelle, sur un sujet donné. Il se plaisait, au\ncontraire, en tout temps, à l'improvisation libre. Un mot fameux de\nBeethoven peut servir de devise à l'art que j'explique : \" La musique ne\npeut ni ne doit toujours donner au sentiment une direction déterminée. \" 1\nS'abandonner à son démon, et le laisser parler. Encore faut-il un\ndémon, pour qu'il parle. Tandis qu'il improvise, l'artiste porte son émotion\nau comble, pour lui-même, en l'exprimant. Il se console de sa peine, en\n\n1 Schindler, Nachtrag., I, 291."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.16", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2520, "texte": "la cultivant jusqu'au plein été, où elle pousse, d'une fois, toutes ses fleurs\net tous ses fruits. Il achève enfin sa passion, en l'épuisant.\nNi les virtuoses, ni les femmes n'improvisent réellement. Ils n'ont\nque des réminiscences. Ils cheminent à tâtons sur des sentiers battus. Ils\nfont route dans le labyrinthe de la sonate ou du caprice, que çà et là un\nécho de la mémoire traverse ; où le rappel d'une mélodie éclaire, de loin\nen loin, la masse obscure. A peine ont-ils reçu cet éclair du souvenir, ils\nn'ont qu'un vœu : se coller à la muraille, chercher le fil de l'ordre,\nretrouver la solidité du mur, qui est la forme, et aller, le millième et cent\nmillième aveugle, jusqu'au bout du couloir maçonné, de la galerie et de\nla voie prévue où tant d'autres, avant eux, se traînèrent. Routine est leur\nroute, doit l'être et l'a été.\nLe progrès de l'invention est tout contraire. L'ardent désir de\nl'harmonie forme un enfant à la musique. Au doux chaos de l'émotion,\nEuterpe palpite, d'où l'homme fort la tire, la modèle et la polit. L'har-\nmonie du grand musicien est un monde révélé par le génie qui improvise\nà un peuple de sourds : et d'abord, ils s'effraient, ils se bouchent les\noreilles, ils s'indignent. Ils n'entendent que longtemps après leur mort,\ndans les fils qui leur survivent. Beethoven même leur a paru sans raison,\nà mesure qu'il était plus lui-même. Il est vrai que l'harmonie de Beethoven\nn'est pas nouvelle, mais qu'il a renouvelé toutes les formes par l'usage\nqu'il en sut faire ; il en use, et les use, en géant.\nLes femmes n'improvisent pas : elles subissent. Leur invention est\nnulle ; et nulle leur action. Elles n'entendent pas l'harmonie nouvelle ;\nmais elles jouissent merveilleusement de l'habitude. Elles font vivre le\ndon qu'elles ont reçu. Quoi de plus musical, que cet adorable dévouement\nà l'amour ? Elles conçoivent d'une passion supérieure ; mais elles n'en\nsont animées, qu'après avoir conçu. Elles se donnent, avec une majesté\nà jamais touchante : elles ne peuvent arracher au mystère des sons les\nrévélations désirées.\nL'immense domaine de l'enharmonie est sans doute une conquête du\ngénie qui improvise. Les vrais créateurs passent pour avoir été les maîtres\nde l'improvisation : en quoi la musique se sépare des autres arts, où\nl'improvisateur n'est qu'un virtuose sans décence ni remords. Improvisant,\nle clavier sous les doigts, tenant la matière sonore à pleines mains, la\npétrissant selon l'appétit de leur âme, les grands musiciens se sont donné"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.17", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2489, "texte": "les plus hautes délices du chant, le formant et le reformant dans cette\npâte idéale. Il est bien probable que les progrès de l'harmonie sont liés au\ngénie qui improvise. La rêverie du sentiment ne se satisfait guère des\nobjets connus : elle est avide d'invention sonore. L'oreille, à s'écouter,\ndevient toujours plus sensible.\nTous les grands musiciens ont vécu l'oreille au clavier. En eux,\nmieux que partout ailleurs, on saisit la différence capitale du musicien et\ndu virtuose. Au clavier, le virtuose joue pour l'instrument. Le musicien,\nqui ne chante que pour soi, improvise : l'instrument lui répond, il obéit\nen esclave. La haine du virtuose est bien forte en Beethoven et dans\nWagner.\nQuelques musiciens, doués uniquement pour l'art des sons, mais\nd'ailleurs sans grandeur ni force, toutes leurs œuvres semblent de pures\nimprovisations, et n'ont pas d'autre prix : Chopin entre tous, dont la\nvaleur est si petite, avec un don musical assez rare, mais encore plus\nmonotone.\nLe génie qui improvise, c'est l'homme dans tout l'aveu du style\nnaturel. En tout autre art, l'improvisation est la parodie de l'œuvre, et\nle scandale de l'artiste : car elle est toujours une injure à la forme. C'est\nprécisément le scandale de la musique, et la misère du talent, que l'impro-\nvisation y est presque toujours formelle. Depuis qu'ils ne sont plus\nmusiciens dans les cours, tous les joueurs d'orgue font métier d'improviser ;\net pas un d'eux n'improvise : ils tournent la manivelle de la forme dans\nla cour, que ce soit d'ailleurs au concert, au théâtre ou à l'église. Il faut\navouer que l'exemple est venu, autrefois, des grands maîtres : la rhétorique\nmusicale les a perdus. Elle leur a donné cette manie de radoter, déve-\nloppements et répétitions, qui fait en art l'impertinence des savants, et les\ny rend si ridicules, quand ils en parlent. Que de vide dans la masse\nénorme de l'ancienne musique ! Et la nouvelle se vide aussitôt qu'on cesse\nde l'entendre. La moindre phrase, où les résonances marquent pour nous\nl'essor d'un cœur vraiment sensible, passe en vertu cent volumes de vaines\nsymphonies et de mornes sonates.\n\" C'est l'harmonie qui nous guide. \" L'illustre sentence, qui est le\nfiât lux de la musique, est aussi la promesse du musicien et son guerdon.\nPar là, enfin, le musicien est musicien, non pas un ouvrier d'art et\nde philosophie qui se résigne à se servir des sons. L'harmonie désormais\nchante en nous ; c'est elle, en nous, qui crée la musique. La différence"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.18", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2438, "texte": "entre les hommes et leurs musiques est toute de leur harmonie, celle qu'ils\nvont créer et celle qu'ils héritent, celle dont ils ont le besoin et celle dont\nl'habitude leur est léguée, celle qui leur suffit et celle qu'ils désirent. Ah,\nau cœur du véritable artiste, il y a le désir : le désir, père de tout rhythme.\nIII\nL'arabesque est la liberté d'un dessin, qui décèle d'abord la vertu\noriginale du musicien, alors qu'il improvise. Les bons peintres savent que\nle plus beau dessin est impalpable, et modelé par les palpitations de\nla couleur.\nLe piano est l'orgue d'un monde sorti de l'Eglise. L'orgue et le\npiano ont seuls permis l'harmonie. Les Grecs ont-ils eu une musique ?\nOn le dit. Ils n'ont eu que la ligne. Il fallait que le cœur leur naquît,\npour qu'ils pussent naître à la musique. Le cœur est couleur, le cœur est\nrésonance. La musique n'est pas la mélodie seule ; elle n'est pas non plus\nl'harmonie, si l'on veut. La musique est le chant que contient l'harmonie,\nque la rêverie intérieure développe et recueille. Le développement de la\nconscience est le développement même de la sensibilité. L'intuition,\nce regard qui crée tout l'avenir, est riche de tout le passé pour le tout\nquitter. La musique est l'art de l'intuition.\nL'homme qui improvise, s'il n'entend pas les timbres de l'orchestre,\nest encore le serf de la ligne. Et sans doute, il ne les fait pas toujours\nentendre, ni presque jamais, à ceux qui l'écoutent ; mais, s'il est vraiment\nmusicien, il en donne la promesse, il en évoque les couleurs, il en annonce\nles prestiges aux cœurs épris de musique. Toutes les résonances de la\nnature espèrent en lui un sauveur : elles attendent toutes l'accord, à l'infini.\nLa fantaisie mène l'arabesque. Elle est le souffle qui disperse la fumée\ndu caprice, et qui la modèle dans l'espace. L'arabesque a son ordre : elle\nest l'ornement et l'entrelacs. Mais le sentiment, ici, règle la forme. Il faut\npremièrement un être sensible, un cœur original à la source de l'art.\nL'arabesque ne se prête pas à la formule, qu'elle dédaigne. La formule\nn'est pas moins étrangère à l'émotion que la symétrie. Elle a cette maudite\nrégularité, qui est le pis aller du vide, et quelque chose comme des\nbéquilles, au prix des jambes admirables de Diane chasseresse et d'Actéon.\nLa formule est l'imitation qui supplée à l'indigence de la forme. Et tout\nce qui fait le charme de l'arabesque est l'ennui de la formule."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.19", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2382, "texte": "Jusqu'à un certain point, l'harmonie banale, l'accord usé et vulgaire\nsont le désert de la musique. La grossièreté nulle part n'est moins la\npuissance qu'en musique. La plupart des musiques mortes sont des\nmusiques grossières, qui ont passé pour puissantes.\nRi en n'est plus propre, peut-être, à l'homme qui improvise, que le\ncommentaire en musique d'une grande œuvre, choisie et bien aimée entre\nles plus belles de la poésie. Je sais deux ou trois morceaux admirables de\nBeethoven, qui me donnent très mystérieusement l'impression de traduire,\npour le grand solitaire, telles œuvres de Shakspere. Et l'Ouverture de\nCoriolan, du moins dans la première partie et dans la conclusion, me fait\npenser à une improvisation sublime.\nQue peut être l'image musicale d'un beau poème ? Plus elle prétend\nà la fidélité, plus elle y manque. Il en est de même, quand le peintre\ntâche à traduire la vision du poète. Il faut qu'il s'inspire de l'œuvre\nécrite ; mais s'il se donne la charge de suivre le texte pas à pas, non\nseulement il ne le traduit pas, il trahit aussi la peinture. Qui sait si\nl'erreur de la musique au théâtre n'est pas, surtout, de s'asservir fidèlement\nau drame ? La musique est si peu le drame qu'elle est, au fond, tout le\ncontraire.\nLe musicien qui improvise a cette liberté que la musique réclame\nentre tous les arts, et qui est dans ses vœux, par dessus tous les autres.\nElle veut être libre, comme le chant intérieur. Les entraves de la tonalité\net de la mesure lui sont de plus en plus pesantes : lisières à la musique\nnaissante et qui grandit ; mais la musique adolescente s'en délivrera.\nLa musique commence seulement ses premiers pas. Et il n'y a qu'à voir,,\npour s'en convaincre, comme elle les précipite.\nOrante ou bacchante, la musique est possédée. L'amour l'entraîne :\nla joie ou le plaisir règne sur la moindre musique ; la mélancolie et\nl'ardente douleur sur la grande. Elle ne répugne qu'à la tiédeur et au repos.\nLe génie qui improvise retrouve le chant à ses sources, qui sont\nprincipalement trois : oraison, réflexion et confidence. Mais toutes trois\ncoulent ensemble et mêlent leurs flots dans la vasque brûlante. Oraison,\nc'est la bouche et la voix : certes, le chant est la musique première. Et\ntoute la nature chante, où nos sens imparfaits ne connaissent que des bruits.\nDans la réflexion, qui n'est point du tout, comme on croit, de la"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.20", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2586, "texte": "pensée seulement, je touche le retour de l'onde sur elle-même et du\nsentiment qui s'augmente : enfin, la mystérieuse résonance qui se brise et\nse démembre, son à son, pour se faire mieux connaître. Point de confession,\nsans l'aveu. Et sans confiance, point de confidence. C'est se livrer avec\namour ou du moins avec sécurité. Là, tout est foi, tout est fidélité. Et si le\nchant vient de l'âme fidèle à son bonheur et à sa peine, bref à la vie ; ou si\nla fidélité du cœur nait à la mesure du chant, il n'importe : ils s'épousent,\nils sont unis tendrement. Notre chant est plein de fiance. La foi musicale\nest toujours profession.\nTout ainsi, l'lmprovisateur suprême, qui est l'Amour, mène le\nmouvement universel. Le musicien qui improvise entre dans ce rhythme :\nil le tente, même quand il ne fait qu'un ou deux pas. L'âme de l'univers\nn'est pas un mot pour le vrai musicien : elle est toujours là, en présence.\nElle est son souffle.\nL'oubli de soi-même, au moment où le Moi en passion se répand à\nl'infini, élan cardinal de la musique, délivrée de toute formule : l'arabesque\nse calcule ainsi, sans le savoir, sur le plan divin de l'instinct. Comme elle\nest amour, la musique est une création où le créateur, un moment, se\nrenonce. Or, ce mystère est le plus beau et le plus saint de tous ceux que\nl'homme peut connaître, et qui se dévoile à lui, tandis qu'il improvise :\nla création est bien un renoncement du créateur : il se renonce par amour.\nLe sourire d'une beauté qui aime, la fin d'une rose dans l'excessif\ndélice de sa plus suave odeur, la parole du poète qui domine sa douleur,\nlui donnant sa forme la plus pleine, et le génie du musicien qui improvise :\nvoilà quelques moments de ce créateur dans son renoncement. Le sentiment\nseul improvise : il a l'invention perpétuelle. C'est Orphée qui délivre la\nmélodie captive dans les accords. Je parle pour le musicien, et non pas\npour les raisonneurs de musique.\nLa grandeur de Beethoven n'est nulle part aussi manifeste qu'en ses\nquatre ou cinq derniers Quatuors. Ils sont la perfection du génie qui\nimprovise. Je veux précisément dire que leurs plus belles parties font\nfigure d'une improvisation parfaite. Le fait même de l'homme qui\nimprovise, et son plus haut exploit, je l'admire dans le thème avec la\nvariation inépuisable : ici, l'arabesque finit par porter le sentiment à une\nexpression sublime. Dans ces œuvres si chères au musicien, les parties\ncaduques, les seules qui gâtent ou rompent l'émotion, qui parfois même\nla font descendre, sont dues à la superstition de la forme : elles ne tiennent"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.21", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 663, "texte": "pas au corps vivant du Quatuor, thème et variations ; elles y sont ajoutées,\nparasites et du dehors, comme un ornement de la mode, comme un\ndivertissement postiche, ou en guise de dénoûment. 1 Mais Beethoven\nnous a laissé le type éternel de l'œuvre tout entière jaillie du cœur, et du\ngénie qui improvise : le Quatuor en ut dièze mineur.\nAinsi, l'homme qui improvise est le musicien même. Il est l'homme\nde la musique, selon l'esprit profond de l'art. Et pareille à la suave\nnécessité du baiser dans l'amour, la fatalité de son instinct est d'inventer\nl'harmonie.\n\nAndré Suarès.\n\ni Ainsi, le Final du XIIIe Quatuor, et l'interminable Scherzo du XIIe."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-11-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-11_01#c012", "volume": "bmtnabh_1912-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 22, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.2.5", "titre_corps": "LES VIRGINALISTES ANGLAIS", "titre_sommaire": "LES VIRGINALISTES ANGLAIS", "signature_source": "Charles van den Borren", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 25, "texte": "LES\nVIRGINALISTES\nANGLAIS"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.22", "debut_caractere": 65, "fin_caractere_exclue": 1299, "texte": "Il n'est sans doute pas un lecteur de cette revue qui n'ait entendu\nparler de certaine école des virginalistes, qui jeta sur la musique anglaise,\nvers la fin du XVIe siècle, un éclat singulier. Les historiens la citent ; les\nartistes lui font quelques fois l'honneur de leurs programmes ; le public en\na retenu le nom. Mais la connaît-il autrement ? Nous nous permettons d'en\ndouter, sans lui faire injure, et nous voudrions pouvoir consacrer ici quelques\npages à un art oublié depuis trois cents ans, à l'une des plus exquises ma-\nnifestations de notre génie musical en Occident. Une excursion historique\nparmi les contemporains de la terrible Elisabeth et du grand Shakespeare\nne peut être sans intérêt, pour ceux-mêmes auxquels la musicologie appa-\nraît toujours un peu redoutable.\n\n1 Dans quelques jours paraîtra un livre que la musicologie attend avec impatience : \" Les origines de la\nmusique de clavier en Angleterre, par Charles van den Borren \" (Bruxelles, Librairie des Deux Mondes).\nNotre savant collègue qui, depuis deux ans, a fait de ce sujet l'objet de son cours à l'Université Nouvelle de\nBruxelles, a bien voulu présenter à nos lecteurs en ces quelques pages un résumé de la très complète étude\nqu'il vient d'achever."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.23", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2632, "texte": "Et tout d'abord, pourquoi ce terme de virginalistes, particulièrement\ninsolite en musique? Faut-il y voir une allusion à la vertu de ces brillants\nvirtuoses du clavier ou à la chasteté de ceux qui jouaient leurs œuvres ?\nIl est de fait que, sans qu'on sache exactement pourquoi, la prude Angle-\nterre appliqua le mot de virginal à l'instrument que la France nommait\nprosaïquement épinette. On a voulu lire dans ce qualificatif un discret\nhommage à la reine Elisabeth ; ce qui n'est point exact, car la dénomi-\nnation est plus ancienne. Elle paraît s'être associée naturellement à cette\nidée, ingénieuse d'ailleurs et de bonne réclame, que l'instrument à clavier\ndevait être le favori des jeunes filles et sa pratique nécessaire à la bonne\néducation de la vierge au foyer. L'honnêteté se trouvait si peu gênée de\ncette association, que le premier ouvrage de ce répertoire livré à l'impres-\nsion porte le titre audacieux de \" Par\nmusicke that ever was printed for the vir\", ce qui signifie : Parthenia\nou le pucelage de la première musique, qui ait jamais été imprimée pour\nles virginals. L'insistance nous choquerait aujourd'hui, elle séduisait l'esprit\nde 161 i; il faut en prendre notre parti. Le mot a fait fortune. Les clave-\ncinistes anglais se présentent dans l'histoire sous la bannière de la virginité\nmusicale ! Honni soit qui mal y pense !\nQuant à l'instrument lui-même, désigné sous ce charmant vocable,\nnous ne saurions trop dire s'il relevait du clavecin, ou appartenait exclusive-\nment à la famille de l'épinette. L'histoire hésite encore entre toutes ces\nformes voisines des ancêtres du piano moderne, qui vécurent longtemps\ndans une insouciante confusion. Elle penche cependant plutôt ici en\nfaveur de l'épinette carrée, telle que nous la montre Virdung en 1511 ',\net telle que nous la voyons en première page de la Parthenia, un siècle\nplus tard. Au fond la question est de mince importance. La sonorité d'un\nclavecin à grande et belle queue, et celle de la modeste épinette ne sont\npoint si distantes l'une de l'autre qu'il y ait incongruité à les confondre.\nQui voudrait même supposer que le clavicorde ou l'orgue, l'un aphone et\nl'autre bruyant, soit demeurés étrangers aux virginalistes et à leur art ?\nAdmettons plutôt que virginal est un terme générique, un terme moyen,\nqui s'applique à la forme la plus fréquente de l'instrument, à celle\ndont la sonorité, la dimension et le prix convenaient au public ordi-\nnaire des amateurs ; et soyons en garde contre une interprétation trop\nlittérale, dont nous serions bientôt obligés de reconnaître le danger.\n\n1 Voir cul-de-lampe à la fin de cet article."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.24", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2537, "texte": "Les virginalistes furent avant tout des musiciens. C'est leur pius beau\ntitre de gloire. Leurs œuvres, bien qu'écrites sur deux portées, bien que\nréalisées digitalement, obéissent à d'autres intérêts esthétiques que ceux\nde la pure sonorité. Il en est parmi elles que le technicien moderne le\nplus entraîné ne saurait affronter sans l'aide d'un vigoureux pédalier, et\ndont l'existence n'a jamais pu dépendre de la forme carrée ou oblongue\nd'un instrument. Laissons donc l'insouciance du XVIe siècle s'exercer ici\nlibrement comme au sein de toutes ces belles œuvres, dont elle fut pro-\ndigue, et hâtons-nous vers la musique.\nIl a tenu à peu de chose que nous n'en connaissions rien. Qu'une\ndouzaine de manuscrits ait péri, au milieu de tant d'autres, et nous ne\ntrouvions en face de nous que l'imprimé, le seul imprimé de cette litté-\nrature, la Partheniade 1611 déjà citée. Paru à une époque où la gloire\nde la musique anglaise commence à décliner, cet hommage tardif nous\ndonne une idée fort incomplète de l'école qu'il veut nous faire admirer.\nHeureusement, il y a les manuscrits ! Ceux de Cambridge et\nLondres, ceux de Berlin, de Vienne, de Liège et même de Paris. On ne\nme demandera pas d'en faire l'inventaire, sous la conduite de l'austère\nbibliographie. Ce voyage d'études méthodiques autour du répertoire\nvirginaliste nous entraînerait trop loin. D'ailleurs, il n'a pas encore été\ntenté, le croirait-on ? Comment notre musicologie, qui s'enfle tous les ans\nde quelques centaines de volumes, n'a-t-elle pas encore consacré ses soins\nà la mise au point de ce problème historique ? Comment un fervent de\nla documentation ne s'est-il pas avisé de collationner ces textes peu nom-\nbreux, et de donner un corpus du virginal, qui serait si bien accueilli de\ntous les amis de l'art ancien ?\nSeul M. Fuller Maitland, aidé de notre éminent collègue du British\nMuséum, M. Barclay Squire, a risqué la publication d'un de ces manus-\ncrits, véritable trésor de musique spontanée. C'est à cette audace que\nnous devons de pouvoir parler ici avec quelque assurance de l'école des\nclavecinistes anglais de la reine Elisabeth.\nMM. Maitland et Squire ont choisi très heureusement le plus\nimportant de ces recueils, celui qui se trouve au Fitzwilliam Muséum\nde Cambridge et qui se nomme le Un joli\nvol-urne d'ailleurs, en son infolio élancé recouvert de maroquin semé de\nfleurs de lys, et qui doit son existence, bien probablement, aux méfaits de\nla guerre civile et religieuse. On hypothétiquement en attribue la rédac-"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.25", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2210, "texte": "tion à un certain Tregian, homme de grande famille, mais désigné comme\ncatholique à la fureur des anti-papistes. Tregian père, déjà victime de ces\nluttes, avait passé vingt-quatre ans en prison de 1582 à 1606, et vint\nfinir sa vie, en odeur de sainteté, à Lisbonne. Tregian fils, l'un des dix-\nhuit enfants de ce prisonnier prolifique, fut incarcéré en 1609 et mourut\nen prison vers 1622, laissant une bibliothèque importante. Il avait été\nélevé à Eu, puis au collège de Douai, et passait pour un jeune homme\naccompli. Mais le sort, implacable pour lui comme pour tous les siens,\nl'obligea à chercher dans l'étude et dans la musique, le remède à une\nlamentable inaction. Ainsi, sans doute, naquit ca volumineux recueil de\n418 pages bien remplies, et qui ne contient pas moins de 291 œuvres\ndiverses. Le tout, transcrit en notation moderne, forme environ mille\npages de ces gros in-folios, dont l'érudition honore parfois les chefs-\nd'œuvre de la musique ancienne.\nQu'on se représente deux partitions comme celle de Tristan, réduc-\ntion piano et chant, et l'on aura l'idée de l'importance du\nVirginal. Book.Nous ne songeons pas seulement au poids du papier, ou au\nnombre des mesures, mais à la valeur historique et musicale du contenu.\nCar, au contraire de l'éditeur de la Parthenia, le collectionneur s'est\nefforcé de réunir tous les spécimens d'une école nationale sans en excepter\nni les singularités, ni les faiblesses.\nTrois cents œuvres de vingt-cinq artistes différents forment une\nexposition suffisante, pour permettre de juger sainement, sinon définitive-\nment, d'une école et d'une époque. C'est pourquoi nous nous en tenons\naujourd'hui au Fitzwilliam Book et voulons voir en lui l'ensemble\nreprésentatif du virginalisme. Tous les maîtres ou à peu près sont là.\nLes anciens, de 1570, comme Tallis et William Byrd ; les arrivés, de\n1590-1600, Morley, Philips, John Bull, Munday, Farnaby; enfin les jeunes,\nO. Gibbons, Person, Tomkins, qui appartiennent déjà au XVIIe siècle.\nCes trois générations limitent l'effort du virginal proprement dit. Elles\nconstituent l'école de ce nom avec ses débuts, son sommet, et son évolu-\ntion vers d'autres destins. L'auteur du manuscrit n'eût pas procédé"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.28", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2551, "texte": "autrement s'il eût vécu en France de nos jours, à l'époque du piano. Il\neût groupé César Franck avec Saint Saëns, d'lndy, Chausson avec\nDebussy, Ravel avec Inghelbrecht. Et rencontre singulière ! il eût\nvu se reproduire le même phénomène d'une école nouvelle du clavier au\ntournant d'un siècle. L'imprimerie et la gravure rendront-elles inutiles les\nefforts d'un Tregian de 191 3\nGrâce à ce document de particulière importance, les compositeurs\nanglais du virginal, sont donc aujourd'hui accessibles à ceux qui veulent\nse donner la peine de les connaître. On peut les situer dans l'histoire, et\nconstater qu'ils forment un groupe de haut relief, portant très vaillamment\nla bannière de la musique britannique vers la fin du XVIe siècle. D'où\nvenaient-ils ? c'est la question des origines. Où allaient-ils ? c'est\nla question des influences. On nous pardonnera de n'aborder ici ni l'une ni\nl'autre. Dans l'état présent de notre histoire, ces questions sont encore\nindiscrètes. Faut-il chercher du côté de l'art espagnol d'un Cabeçon\n(1510-1566), ou bien remonter comme l'a fait notre savant collègue, le\nprofesseur Wolf, jusqu'à l'organiste Ashton de 15 10, ou même jusqu'à\ncette singulière tablature d'orgue anglaise du début du XIVe ? L'em-\nbarras est grand.\nIl n'est pas moins sensible lorsque nous cherchons à suivre la trace\nde ce brillant météore que fut l'étoile virginaliste dans le ciel de la\nmusique anglaise. Comment expliquer que la patrie d'un John Bull et\nd'un Farnaby soit devenue si vite la terre la moins féconde de notre\nOccident artistique ? Comment prédire en 1600, que l'arbre en pleine\nfloraison allait rapidement sécher sur pied, et que le clavier anglais pas-\nserait tout entier aux mains des étrangers ? Puritanisme, esprit de\nréaction sectaire contre le catholicisme, voilà, pour certains historiens, la\nvéritable cause de cette paralysie soudaine de la muse anglicane. L'aven-\nture des virginalistes pourrait, à la vérité, soutenir cette hypothèse. Si\nnous nous en rapportons au Fitzwilliam Book, le milieu virginaliste\nsemble manifestement catholique. Byrd est connu pour ses \" popish\npractices \", Tallis, quoique fonctionnaire, conserva ses préférences pour\n\" the older faith \". Bull quitta l'Angleterre pour Bruxelles et pour le\nservice de l'archiduc Albert. Peter Philips, persécuté, dut se réfugier à\nAnvers. Enfin les Tregian ont payé d'une longue détention leur fidélité\nau papisme. Autant de précieuses indications !\nAinsi donc, au XVIIe siècle, les maîtres du virginal fantaisiste et\n\n2"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.29", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2226, "texte": "cavalier n'auraient plus trouvé un terrain propice en sol anglais ; ils\nauraient essaimé et porté leur art vers le continent. Est-ce la vérité ?\nUne étude attentive des documents viendra peut-être vérifier un jour les\nidées que nous présentons ici dans leur plus grande brièveté, simplement\npour orienter le lecteur hâtivement, à travers cette littérature nouvelle.\nMais, a quoi bon disserter des êtres et des faits, si nous ignorons les\nœuvres elles-mêmes ! La naturelle et légitime curiosité qui nous porte\nvers 1 etude d'un artiste ou de son époque, n'a d'autre point d'appui que\nle souvenir ou l'attente des joies auriculaires. La musicologie n'est qu'un\nmoyen de plus d'atteindre la musique. N'est-il pas vrai ?\nCe qui nous frappe d'abord, en ouvrant l'imposant Fitzwilliam\nVirginal Book, c'est l'ampleur des œuvres qu'il renferme. Dès le premier\nmorceau, une infatigable variation serpente et déroule ses anneaux à\ntravers dix-huit pages de la partition. Nous sommes plus près de\nBach que de Couperin, et de la pièce de clavecin traditionnelle. Partout\nle virginaliste conserve ses qualités de joyeuse endurance et de solide\nentraînement. On sent chez lui un continuel désir de s'épanouir, de\ncréer dans la surabondance et de s'ébattre dans le son. Tout à l'opposé\ndu Français du XVIIIe siècle, qui se concentre et se condense pour\néchapper à la critique maligne qui le guette, l'Anglais de i... s'aban-\ndonne tout entier à l'ivresse du développement. Il vit dans la prodigalité,\net dépense assez vite d'ailleurs les trésors d'une ingéniosité, à\nlaquelle la musique ancienne ne nous a pas accoutumés.\nAussi ne pouvons-nous qu'avec peine nous orienter au milieu de ces\nfolies. Certaines pièces du volume semblent, à première vue, d'irritantes\ngageures, imaginées pour faire perdre patience à l'auditeur le moins\nsusceptible. Il convient de parcourir en tous sens et posément cette forêt\nenchantée, avant d'y trouver le chemin de la raison et le sens de la beauté.\nUn peu de patience (et d'analyse aussi) est nécessaire pour mettre\nen ordre nos impressions, pour distinguer les êtres qui peuplent ces lieux.\nLa musique a ses figures commes les arts plastiques. Celles que nous\nrencontrons ici méritent examen."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.30", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 1985, "texte": "Les unes nous sont déjà familières, Ce sont des figures archaïques,\ndont la musique du moyen-âge a, pour ainsi dire, usé et abusé. Ici, les faux\nbourdons, aux traits lourds qui prêtent à la mélodie le soutien de leur\ncontrepoint massif. Là, les groupes ternaires, chers au\nOu bien encore les plaisants hoquets, qui hachent, et leurs amusantes\ndécoupures. Enfin l'imitation figurée, ressource classique de la polyphonie,\nprocédé d'architecture commode, déjà devenu banal. A remarquer que\nl'imitation est d'autant plus fréquente en ces œuvres que nous\navons à faire à des maîtres plus anciens. Byrd y revient sans cesse ; ses\nsuccesseurs l'allègent jusqu'à lui faire perdre son caractère scholastique.\nD'autres figures sont d'emprunt étranger. Nous reconnaissons\naisément les formules caractéristiques et brillantes des Italiens de la\nRenaissance et la virtuosité des grands toccatistes, les Gabrieli, les Merulo.\nLa mélodie anglaise, un peu frileuse, ne saurait se passer du manteau\nsomptueux que l'art méridional jette sur ses épaules, et qui pèse parfois\nlourdement sur elles. Mais les pièces exclusivement dans le goût transalpin\nsont rares, et encore plus celles qui se rapprochent du goût français. Le\nvirginal, au milieu de toutes les influences du temps et de l'espace,\ncherche à dégager les éléments d'un style personnel. Ce modernisme\névident, cet effort vers le progrès et la nouveauté, donne au Fitzwilliam\nBook sa valeur et son éternelle jeunesse.\nOui, les Bull, les Farnaby et leurs collègues ont été des progressistes\nde la musique, et l'origine de la technique pianistique en Occident devra\nêtre cherchée parmi la figuration progressiste de leurs œuvres. Mélos,\nrythmes, harmonie, tout subit chez eux la poussée d'une figuration mou-\nvementée. La matière musicale y est tournée et retournée en tous sens,\ndéveloppée, étirée de mille façons.\nVeut-on des souplesses, les virginalistes en sont prodigues. Une\npetite Spagnoletta comme celle-ci :"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.31", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 166, "texte": "prend aussitôt entre leurs mains l'allure d'un caprice :\nune simple chanson leur inspire des recherches ou vraiment 1 oreille\nmoderne n'est point déçue :"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.32", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 187, "texte": "Ailleurs cette aisance, cette mobilité devient l'occasion d'une pièce\nentière, dans laquelle nous reconnaissons les caractères du grand prélude\nde clavecin :"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.33", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 179, "texte": "L'obstination d'un motif, qui, depuis, a si souvent servi et même\ndesservi la musique instrumentale, ne saurait manquer aux virginalistes.\nJohn Bull en obtient ceci :"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.34", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 578, "texte": "La séquence, excellent procédé pour tous ceux qui veulent déve-\nlopper, est naturellement leur alliée. Ils l'apprécient particulièrement dans\nleurs pièces de résistance, et, (il faut bien le dire), là ou l'inspiration\ncommence à faiblir. C'est ainsi qu'on la voit prolonger sur certaines\npavanes et gaillardes l'ombre de ses formes allongées et de ses vastes\nmouvements diatoniques, montants et descendants, lamentables et oiseux.\nParfois cependant elle s'anime et prend un air Maître Chanteur qui lui\nsied fort bien. Par exemple :\nOu bien encore :"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.35", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 695, "texte": "N' oublions pas certaines pratiques, chères à la technique de ces\nartistes et qui leur ont été inspirées par la musique instrumentale de leur\ntemps. A travers le Fitzwilliam Book, et ses deux portées, sonnent bien\nd'autres instruments que l'humble virginal.\nTantôt c'est la fanfare des trompettes et des hautbois :\ntantôt le|luth qui résonne à la manière de Francesco da Milano ou de\nDowland, en dolentes fantaisies, pleines d'imitations légères et de traits\nfrémissants. L'antique musette apporte çà et là sa note champêtre et\naigre, et rappelle que nous sommes en pays Celte :\nLe cor lui-même s'entend au fond des bois dans la Chasse du Roi,\net se mêle aux aboiements des chiens :"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.36", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 1066, "texte": "Ici, l'instrument à vent est pittoresque, mais n'est-il pas purement musi-\ncal et présent encore à l'oreille du compositeur dans des passages comme\ncelui-ci ?\nOn invoquera sans doute et avec raison la présence de l'orgue, dont\ntous ces artistes ont pratiqué le culte.\nEnfin, l'orchestre lui-même nous arrive directement par bouffées, à\ntravers ces pièces dont il soutient pour ainsi dire la belle sonorité et la\nvaste charpente. Que de peine ces artistes du clavier se sont donnée pour\nenfermer dans les dix doigts de l'exécutant l'âme de la musique de leur\ntemps ! Il leur eut été si facile de simplifier et de ramener leur art aux\nproportions de l'étroit virginal. Et voilà qu'ils ne songent qu'à amplifier,\nqu'à grandir la mission dont ils se sentent chargés. Quelle reconnaissance\nne devons-nous pas à leur lyrisme communicatif ?\nEn fait de rythmes, les confrères de John Bull sont également de\nsubtils et ingénieux ouvriers. Ne leur demandons pas, bien entendu,\ncette rythmique heurtée à laquelle le théâtre nous accoutume, et dont"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.37", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2248, "texte": "notre musique tire de saisissants effets. Ont-ils connus le style recitativo\nde la déclamation florentine ? Sans doute, et l'illustre Caccini a sa place\ndans ce recueil de Cambridge, avec une des meilleures compositions de ses\nNuoveMusiche ; d autres compositions du même genre se sont glissées à\nplusieurs endroits du volume. Mais, peu nombreuses, elles prennent\n1 allure générale de 1 œuvre, c'est-à-dire qu'au lieu de tendre vers l'isole-\nment de la monodie, elles se laissent envahir par la végétation vivace et\nluxuiiante, dont la musique virginaliste les a vite recouvertes. Elles\nsubissent la loi et 1 entraînement de cet art d'imagination outrancière.\nEt 1 on saisit ici, sur le vif, une des raisons de la soudaine disparition\nde 1 ecole que nous étudions. Au moment où la Renaissance italienne\nrassemble toutes les energies de l'esprit autour de l'expression verbale et\ndu geste dramatique, il n y a plus de place pour les épanchements\ncompliques du sentiment musical anglo-celte. La rencontre, en une même\npiece de clavecin, dun mystique comme Peter Philips et d'un homme\nde théâtre comme Caccini, semble presque tragique. Il faut qu'un des\ndeux tempéraments l'emporte sur l'autre dans l'évolution de l'art, et, l'on\ndevine bien que le Florentin, appuyé sur une déclamation qui fait image,\nsera victorieux, dans ce monde des réalités visibles et tangibles. Aussi\nbien, leurs convictions religieuses ne sauraient les sauver. Comment les\nvirginalistes auraient-ils résisté entre l'Eglise d'Elisabeth, qui réprouve\nla volupté des oreilles, et l'Eglise de Palestrina, qui sacrifie le charme de\nla musique à l'intelligibilité du texte littéraire ? Ne cherchons donc\npas chez eux l'accent dramatique des paroles qui récitent ou qui décrivent.\nIci, le rythme, comme tous les procédés de l'art, est au service d'un\nirrésistible penchant. Il sert à prolonger l'ivresse sonore, à retarder la\nvenue de la cadence finale. C'est un moyen dilatoire, diraient les juristes.\nGrâce à lui la musique reprend sans cesse de nouvelles forces, en se\ncontrastant, et s intrigant, en renouvelant la série capricieuse de ses\nmouvements vibratoires.\nCe qui ne veut pas dire que les virginalistes ignorent le ferme dessin\ndes rythmes les plus francs :"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.38", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 900, "texte": "Mais ils savent qu'on ne va pas loin d'une allure aussi canaille. Ils\npreferent le déhanchement de ce Musca par exemple :\nOu la subtilité de ce Maske :\nLeur goût les porte souvent vers les Ils ne\nseraient pas de leur temps s'ils ne cherchaient à maintenir, aussi bien\ndans la polyphonie que dans l'harmonie, dans le morceau de danse\nque dans le morceau d'église, cet équilibre volontairement instable, où\nles rythmes chevauchent et trébuchent les uns sur les autres et\ndont l'incertitude est un véritable obstacle au lecteur moderne qui\nveut pénétrer dans la musique savante du XVIe et du XVIIe siècle. Le\nseul jeu du contrepoint et de ses entrées successives ne saurait justifier\ncette passion de l'ambiguité, dont la forme la plus élémentaire se rencon-\ntre dans presque toutes les gaillardes et s'obtient en associant le ternaire\net le binaire de la façon suivante :"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.39", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 631, "texte": "Les exemples de ces substitutions, que les philologues appelleraient\namphibologiques, sont légions. Ils ne suffisent point du reste à la logique\ningénieuse des virginalistes. Bien souvent c'est simultanément que les\nrythmes se superposent, et avec une insouciance de l'exécutant qui ne se\nrencontre peut-être plus beaucoup aujourd'hui dans notre musique de\nclavier. Que dire de passages comme ceux-ci, ou le 6/4 suit tranquille-\nment son cours sans souci du C qui intervient à l'improviste :\nou ce terrible » enchevêtrement, dont\" la gymnastique rythmique nous\ndonnerait sans doute une curieuse réalisation plastique :"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.40", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1652, "texte": "On ne reverra plus, et de longtemps, de pareils visages dans la\nmusique de clavier. L'orchestre seul, et l'orchestre moderne, sera capable\nde reprendre pour son compte ces tentatives hardies et de les mener à bien.\nSeule aussi notre toute jeune musique nous donnera la clef du langage\nharmonique, dont les virginalistes ont cherché les formules et pressenti la\nbeauté, parallèlement aux grands chromatistes italiens.\nNon point que l'harmonie de Bull soit celle de Bach ou de Rameau,\ncelle qu'on peut appeler classique et dont l'essentiel est d'avoir fait triom-\npher l'omnipotent majeur. Bien au contraire, elle participe à la fois des\nanciennes et des nouvelles tendances tonales, elle hésite entre l'écriture\nverticale et l'écriture horizontale, elle cherche entre les sons des relations\nintimes et hardies. Et tout ceci, avec une indépendance, un goût progres-\nsiste, auxquels la théorie de l'âge suivant va bientôt mettre bon ordre,\nmais que les musiciens actuels trouveront sympathiques. Quand on passe\nde la tyrannie du Code de musique et de sa basse fondamentale, dans le\njoyeux tohu-bohu du Fitzwilliam Book, on éprouve la sensation d'une\ndélivrance. Les confrères de Farnaby et de Byrd sont à peu près à la\nmême distance que nous de ce XVIIIe siècle, que l'on peut considérer\ncomme le point mort de notre évolution harmonique. Chez eux, comme\nchez nous, la musique est en marche, mais dans un sens opposé. Ils vont\nvers l'unification des modes ; nous nous en éloignons.\nAvec cette différence cependant, que nous avons, pour nous guider,\nl'expérience de trois siècles, et le credo de nos grands maîtres. Les vir-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.41", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1585, "texte": "ginalistes au contraire, marchent à tâtons. Leur harmonie rebondit sur\ntous les angles de leur contrepoint, virevolte, tourbillonne et cascade, entraî-\nnée par le flot d'une figuration incoercible. Bien expert qui pourrait dire\ns'il faut ici un dièse ou un bémol, quand le texte n'en porte pas et que\nl'oreille s'inquiète. Les accords se brisent, les gammes s'enguirlandent, les\nimitations se pressent, et la tierce et la sensible, à tout coup submergées,\napparaissent tantôt majeures, tantôt mineures au hasard des rencontres et\ndes combinaisons ! Ainsi ce passage où l'on pressent Moussorgski :\nEt mille autres, que nous ne saurions citer, sans rebuter le lecteur. Car\ntelle agrégation sonore ne signifie rien lorsqu'elle est arrachée à l'atmos-\nphère du morceau qu'elle anime.\nIl faut se plonger dans le Fitzwilliam Book, contempler le paysage\nvirginaliste, ses perspectives fuyantes, ses grands horizons, baignés de\nlumière parfois indécise ; et l'on se prend à aimer la teinte grise de ses\nharmonies, et jusqu'à la gaucherie de sa couleur. Nous traversons ici un\nlieu de transition, nous franchissons un stade d'élaboration. La musique\ns'y dépolyphonise, et l'harmonie, avant de s'immobiliser dans l'accord, y\naccomplit un vigoureux travail d'assouplissement. Les différents concepts\nauxquels obéit notre technique moderne se trouvent aux prises déjà sur ce\nclavier du virginal, où le chromatisme des notes noires et blanches\négalise, tempère le son, en le rendant esclave des habitudes digitales,\ndont sortira notre grand art, celui de Liszt, de Mozart et de Franck."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.42", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2576, "texte": "Tel est ce que nous appelions le matériel figuratif des virginalistes.\nTel est le fonds de roulement sur lequel ils ont vécu pendant près d'un\ndemi siècle. Comment ont-ils vécu, et qu'ont-ils produit en s'aidant de\nces éléments, en s'inspirant de ces tendances ? C'est ce que nous dit avec\néloquence le somptueux Fitzwilliam Book, cette bible de la musique\nanglaise au temps de Shakespeare.\nDanses, fantaisies, motets, préludes, airs variés ou amplifiés, plain-\nchant liturgique, défilés et mascarades, inventions contrapontiques et\npont-neufs, tout le répertoire de la Renaissance a passé par les dix doigts\ndes virginalistes. Le Toyshakespearien voisine avec le Félix\nMargot soupire non loin cT Amarilli^entre un et le rêve de\nBarafostus ; l'ltalie, l'Espagne, la France et jusqu'aux Gypsies mènent\navec l'Angleterre, l'Ecosse, l'lrlande et les Pays-Bas une ronde folle, où la\ngigue (dont notre music-hall a conservé le souvenir) ne craint pas de\ndonner la main aux Miserere à trois pa ou au 140. Quelle\nétrange confusion et comme l'esprit de la musique nous apparaît ici indif-\nférent à l'originalité de la matière sonore? Bien peu d'idées, parmi celles\nqui orientent ces pièces, appartiennent à l'auteur qui les a traitées. Les\nunes portent manifestement la marque de leur origine, les autres suivent\nla mode du temps, et sortent de n'importe où. Le mérite de l'artiste est\ndans l'effort accompli pour dégager le mouvement et la vie d'un thème\nqui vient se poser devant lui. On ne saurait même prétendre que le\nvirginaliste se soucie beaucoup de faire sien le bien d'autrui, et de mettre\nà son œuvre un cachet nettement personnel. Il individualise rarement, il\nmusicalisetoujours. C'est bien son droit.\nEt c'est aussi le nôtre de vouloir établir un classement logique là\noù règne une pareille insouciance. Mais comment faire ? La simple\nchronologie serait vaine. La morphologie, qui s'en tient aux titres des\nœuvres, resterait impuissante ou arbitraire. Car le virginaliste, dont le\nbut est de se faire jouer sur un instrument déterminé, accommode d'un\nmême style tous les plats qu'il nous sert, et s'efforce de faire\nmusique à propos de tout ce qui lui tombe sous la main.\nMieux vaudrait distinguer dans ce vaste répertoire d'abord les pièces\npurement digitales qui émanent directement du clavier, puis celles qui lui\nviennent au contraire de l'autre extrémité du monde de la musique, de la\nhaute polyphonie par exemple, et enfin celles que le virginaliste a pour ainsi\ndire trouvées sous sa main. La part de l'empirisme se trouverait ainsi"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.43", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2362, "texte": "réduite autant que possible, et l'on verrait, par exemple, les préludes ou\nles toccatas s'opposer au groupe des motets, tandis que les chansons, les\ndanses, les pièces pittoresques ou scéniques, les fantaisies profanes ou\nsacrées iraient de compagnie. Et l'on apercevrait aussi que les œuvres les\nplus intéressantes sont précisément celles qui satisfont à la fois les néces-\nsités du clavier et les exigences de la musique pure. Ni le madrigal, ni le\nmotet, conçus pour une exécution collective, ni le simple prélude écrit\npour faire briller un instrument modeste (pardon clavecinistes?), ne\ndonnent la mesure d'un de ces grands génies.\nÏ1 faut voir John Bull dans la Kings Hunt, où la meute hurle parmi\nles fanfares, à travers les galopades des chevaux. Il faut admirer Byrd,\nRichardson, Morley, dans leurs pesantes pavanes, qui ont toute la richesse\ndes étoffes du XVIe siècle, et qui longtemps avant notre sonate, posent\ndéjà le principe du bi-thématisme expressif. Il faut applaudir le merveil-\nleux Giles Farnaby, une des plus singulières imaginations dont la musique\nait enrichi l'humanité, homme incomplet, mais de surprenante invention.\nIl faut enfin s'incliner devant les très grandes pièces d'architecture, con-\nstruites sur des fragments de gamme, ou des motifs grégoriens, et qui\ndépassent le virginal proprement dit de toute la hauteur de la musique\nsymphonique. Ici l'artiste trouve sa liberté. La matière qu'il, traite\nn'appartient à personne, et il la traite sans se soucier de qui que ce soit.\nIl marche, soutenu par sa propre fantaisie. Bel effort en vérité, mais\ncombien difficile à cette époque de la musique !\nAlors le virginalis menous apparaîtra dans toute la singularité de\nson splendide isolement. Nous verrons en lui un des plus furieux efforts\nde l'humanité pour envahir le domaine de la musique pure, un des plus\ndignes d'admiration et d'émulation. La gloire des virginalistes, c'est\nd'avoir voulu, selon le mot d'un poète moderne, leur parent spirituel :\n\" de la musique avant toutes choses\". Oubliant les catégories, insoucieux de\npolyphonie ou d'harmonie, des modes anciens ou modernes, des conve-\nnances instrumentales, et des possibilités d'exécution, ils se sont lancés à\ntravers la musique, bravement, héroïquement, joyeusement, avec toute\nl'assurance de la \" Merry England\"qu'ils personnifiaient. L'instinct de la"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.44", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1, "texte": "3"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.44", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1534, "texte": "conquête les a conduits vers des terres nouvelles. Ils ont été d'admirables\nnovateurs.\nLes premiers, peut-être, ils ont clairement aperçu que la musique\nvivait d'expansion, que le mouvement vibratoire portait en lui-même\nune force sans cesse renouvelée, une énergie, qui s'exalte de nos jours par\nla mélodie continue et la grande variation.Loin de séparer comme l'ont fait\ntant de musiciens (avant et après eux,) l'accessoire du principal, le fonds\nde la forme, la ligne de son ornementation, ils se sont efforcés d'incorporer\ndans leurs œuvres toutes les énergies dont la musique était capable à cette\népoque. Loin de faire servir le son à des fins intellectuelles, morales,\nreligieuses, didactiques, dramatiques, que sais-je ? ils ont tout subordonné\nà cet art de libre échange sentimental. On dira qu'ils l'ont fait avec plus\nd'ardeur et plus de juvénilité que de prévoyance et de méthode, et l'on\nprouvera ainsi que leur œuvre n'était point faite pour la résistance. On\nnous montrera qu'ils ne savent guère où ils vont, et que leur perpétuelle\nagitation finit par nous lasser. C'est vrai, le fruit qu'ils nous offrent est\nrarement à point. Mais faut-il s'en plaindre ? Trop souvent notre\nmusique occidentale a manqué de fraîcheur. Trop souvent elle fut un\nart de réflexion et de convenance. Ici, et pour un moment, nous sentons\nl'enthousiasme et l'ivresse qui cherchent leur voie. C'est la musique dans\ntoute sa fleur virginale. Les virginalistes ont bien mérité leur nom.\n\nCharles van den Borren."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-11-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-11_01#c013", "volume": "bmtnabh_1912-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 22, "image_fin": 22, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.2.5.1", "titre_corps": "Frontispice de la Parthenia de 1611.", "titre_sommaire": "Frontispice de la Parthenia de 1611.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.22", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 63, "texte": "Frontispice de la Parthenia de 1611."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-11-01-c014", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-11_01#c014", "volume": "bmtnabh_1912-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 26, "image_fin": 26, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; 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[n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.2.6", "titre_corps": "Choses d'Asie", "titre_sommaire": "Choses d'Asie", "signature_source": "Robert Chauvelot", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.45", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1538, "texte": "Choses d'Asie\n\nDE QUELQUES MUSIQUES ET DANSES\nD'EXTRÊME-ORIENT\nJe voudrais que les lecteurs sous les yeux de qui tomberont ces lignes,\ndétachées d'un calepin de voyageur, eussent pour leur signataire, non la\nsévérité d'appréciation dont ils font si justement preuve à l'endroit d'une\nétude musicographique professionnelle, mais la souriante indulgence à\nlaquelle peut prétendre un touriste profane, passionnément épris de sensa-\ntions musicales mais dépourvu de technique et de métier.\nOn a beaucoup écrit, et excellemment, sur les musiques exotiques,\nen particulier sur celles d'Asie. C'est même là un des titres de gloire de\nla Revue S. I. M.. Au surplus, de quelque façon qu'elle se manifeste, la\nmusique ne laisse pas que d'être partout profondément humaine. Qu'elle\ns'exprime au moyen d'un orchestre complet ou d'un assemblage d'instru-\nments barbares, elle traduit toujours exactement le sentiment, le tempéra-\nment, le modus vivendide ses auteurs. Elle est le miroir d'un peuple civilisé,\ncomme celui d'une tribu sauvage. Et, s'il lui arrive parfois de déchoir\ndans le bruit ou la cacophonie, le moraliste, le psychologue et l'ethnographe\nseront néanmoins assurés d'y trouver le point de départ de leur synthèse\nou le but final de leur analyse.\nAllons plus loin. La musique, plus et mieux que tout autre art, est\nl'esclave, la sujette, des conditions ambiantes où il lui est donné de se\nmanifester. Elle sera rêveuse, intellectuelle, philosophique ou mystique\ndans les pays septentrionaux ; chaude, amoureuse, sensuelle, jalouse et"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.46", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2215, "texte": "passionnée sous les tropiques. On a pu dire dans le même sens qu'il y avait\nune musique maritime, comme il y avait une musique montagnarde (et\nce n'est certes pas mon illustre ami cévenol Vincent d'lndy qui me contre-\ndira en cette dernière assertion !)\nEn Extrême-Orient, les musiques offrent cette particularité étrange\net déroutante de revêtir surtout un cachet de tristesse, de mélancolie ou\nde gravité.\nÉvidemment, il serait imprudent de généraliser. Mais il est hors de\ndoute que hormis les musiques de gaîté, à l'occasion des fêtes :\nfiançailles et noces, par exemple ces peuples ont une tendance marquée\nà exprimer musicalement leurs rêveries ou leurs peines, de préférence à\nleurs joies ou à leurs plaisirs. Le Japon, notamment, est extrêmement\ncaractéristique à ce point de vue : l'inspiration y est manifestement\nmélancolique, en un pays pourtant riant et enchanteur, où tout femmes,\nfleurs, paysages est un ravissement des yeux et une perpétuelle invita-\ntion au sourire et à la douceur de vivre\nEst-ce paradoxe de la Nature comme il s'en rencontre tant, parfois ?\nOu faut-il attribuer ce caractère de rêverie sentimentale à l'emploi exclusif\ndu mode mineur qui prévaut dans toutes ces musiques d'Asie ?...\nNous laisserons au lecteur seul le soin de conclure, à la fin de cette\nétude d'impressions dont, sans plus tarder, nous allons parcourir l'erre\ngéographique.\nBIRMANIE, SIAM, CAMBODGE\nLes musiques birmane, siamoise, cambodgienne et javanaise offrent\nentre elles d'étonnantes affinités. Même conception, mêmes procédés et, à\npeu de chose près, mêmes instruments.\nIl eût été intéressant pour un musicographe expert en exotisme,\ncomme le regretté Bourgault-Ducoudray par exemple, de rechercher, à\ntravers l'histoire des peuples indo-chinois et indo-javanais, la genèse\npremière de l'art des sons et de sa réalisation symphonique. Une fois de\nplus, on y aurait vu la musique intervenir dans le domaine de l'ethno-\ngraphie pure ; car celui qui eût fixé la véritable origine de ces musiques\nétroitement parentes eût peut-être trouvé la solution d'un grand problème\nethnique, savoir la filiation des races malaise et javanaise que d'aucuns\nprétendent asiatique, et d'autres, océanienne."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.47", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1516, "texte": "Aussi bien décrire la composition d'un orchestre siamois revient-il à\ndécrire celle d'un orchestre birman ou cambodgien (je dirai plus loin les\ndivergences, d'ailleurs légères, qu'offrent, à cet égard, musique, danses et\norchestres javanais). Que la scène se passe à Rangoon, Pnom-Penh ou\nBangkok, le spectacle sera le même et la sensation identique.\nOrchestre de frappements surtout, où le piano de bambous en forme\nde pirogue, les gongs et les pianos circulaires portent des noms différents\nmais jouent partout le même rôle primordial. On y notera généralement\naussi l'adjonction d'une clarinette aigre et d'un violon criard dont la\nfonction instrumentale n'est pas netttement définie. Quoiqu'il en soit,\nces musiciens, avec de si faibles moyens, se livrent à d'extraordinaires\nimprovisations, rappelant par instants celles des tziganes hongrois devant la\nvirtuosité desquels le grand Liszt, lui-même, demeurait confondu...\nDu vieux thème populaire lhaï :\nqui se trouvait à l'état de formule quasi-liturgique dans un grand nombre\nd'antiennes millénaires et dont l'origine remonte probablement aux\népoques khmères, les Siamois ont tiré les premières mesures de leur chant\nnational moderne, plus proche parent, par son écriture grave et hiératique,\nde Y Hymne Russe que de notre Marseillaise :\nLes conditions dans lesquelles il me fut donné d'entendre, pour la\npremière fois, cet Hymne Siamois restent gravées dans ma mémoire parmi\nles souvenirs les plus impressionnants de mon voyage en Extrême-Orient."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.48", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2487, "texte": "C'était aux obsèques, ou plus exactement à la crémation de S. M. le feu\nroi Maha Chulalongkorn. Joué par la garde royale, présidant le char\nfunèbre où trônait l'urne d'or aux feux adamantins, ce morceau de\nmusique indigène, harmonisé à l'européenne, avait tout le style angoissant\nd'une marche funèbre, dont les accents déchirants eussent été confiés aux\ncuivres et ponctués d'un roulement de timbales...\nDans le même défilé, mais cette fois derrière l'auguste dépouille,\nmarchaient une cinquantaine d'étranges musiciens indigènes vêtus de\ndalmatiques rouges et jaunes : la plupart se contentaient de frapper à\nintervalles réguliers sur des timbales de tonalité différente, cependant que\nl'un d'eux exécutait une curieuse improvisation sur un hautbois extrême-\nment nasillard. Je ne sais rien de plus frissonnant que ce solo ironique et\npersifleur s'élevant, au milieu du silence profond et du respect général\ncomme un blâme suprême aux défaillances et aux fautes du mort, au cours\nde sa dernière réincarnation humaine !...\nL'art de la danse au Siam et au Cambodge a toujours été\nhautement prisé. J'en dirai tout autant de la Birmanie, encore que la\ndéposition du roi Thebaw et l'actuelle administration de son royaume\npar les Anglais, qui l'ont rattaché à la couronne des Indes, aient fait\ndisparaître.\nQui d'entre nous, d'autre part, n'a admiré la grâce plastique des\ndanses cambodgiennes que Melle Cléo de Mérode, l'exquise et tanagréenne\nballerine, faisait revivre il n'y a pas bien longtemps ?... Sans doute, la\ncharmante artiste manquait-elle, professionnellement, de cette raideur\nd'articulations qui est le propre de toute chorégraphie indo-chinoise ou\njavanaise, et en particulier de ce renversement des mains sur le poignet\nqui ne s'obtient que par de longues et minutieuses études, dès l'enfance...\nMais, abstraction faite de ces imperfections nécessaires, Melle Cléo de\nMérode, par une divination qui lui fait le plus grand honneur, s'était\napprochée de très près de la Réalité où elle s'essayait. La tête casquée\nd'une pagode aux filigranes délicats, les doigt coiffés si j'ose dire de\nlongs ongles dorés, le corps serré, emprisonné dans une dalmatique de\nbrocart d'or, les pieds chaussés de fines babouches, elle allait et virevoltait,\naux sons d'un orchestre, bien un peu conventionnel... Mais à l'impossible,\nnul n'est tenu !...\nEt c'était vraiment pour le Parisien blasé, sceptique, une vision\npresque exacte des antiques danses aux pays thaï et khmer."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.49", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2224, "texte": "JAVA\nA Java, la musique paraît n'être que le corollaire de la danse. Peu\nou pas de chants populaires : en revanche, une grande quantité de danses\ncaractéristiques, harmonieuses et lentes.\nHeureux, l'Européen de passage auquel sa bonne étoile permet\nd'assister a un de ces concerts de plein air qui, à Batavia ou à Sœrabaya,\nsont l'indispensable complément de toute cérémonie nuptiale !... Pour\naider la chance, le mieux sera de s'enquérir au quartier chinois on\nsait que les Célestes, comme partout en Extrême-Orient, ont su accaparer\nle haut et le petit commerce des villes et drainer également à leur profit\nles richesses intérieures du pays le mieux sera, disons-nous, de s'en-\nquerir au quartier chinois des jours et heures de fêtes matrimoniales en\nperspective. J'ai pu ainsi, sans autre recommandation que le truchement\nd'un Hollandais de mes amis, M. Boerrigter. grand agriculteur de Buiten-\nzorg, assister, un soir, en me promenant dans Batavia, à un banquet de\nnoces chinois, suivi de danses. L'hostilité des Célestes pour le \" diable\nd'Occident, \" si accusée à Canton par exemple, n'existe pas à Batavia,\nBangkok ou Singapore. Le Fils du Ciel, nonobstant son nombre, ne s'y\nsent pas absolument chez lui : il a l'impression qu'on l'y tolère, parce que\nfacteur économique important, à l'instar du Grec et de l'Arménien dans\nles Echelles du Levant.\nAprès les innombrables services et plats pimentés d'un menu néces-\nsairement hétéroclite, voici venir les musiciens et les ronggeng ou\ndanseuses.\nL'orchestre javanais se compose ordinairement d'un piano à touches\nde bambous, d'un violon monocorde, de plusieurs gongs à timbres\ndifférents, d'une flûte aigre rappelant assez le hautbois, de claquoirs en\nbois et de cymbales. Le nombre des exécutants est d'une demi-douzaine\npour les orchestres courants, et d'une douzaine pour les garnelang des\nprinces indigènes tels que ceux du sultan de Djokkja et de l'Empereur\nde Solo.\nLes traits caractéristiques des danses javanaises sont la lenteur et\nl'harmonie. Mais il arrive parfois comme je l'ai observé d'ailleurs\naussi en Birmanie, au Siam et au Cambodge qui, je le répète, offrent avec\nJava d'étroites affinités musicales il arrive parfois que le final d'un"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.50", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2520, "texte": "mouvement s'amplifie tout-à-coup, s'accélère, se précipite sans transition\napparente, pour se terminer en cadence plagale, non religieuse comme\ncelle de Gounod, mais épileptiforme et presque cacophonique. Tous les\nmusiciens frappent à tour de bras sur leurs instruments : c'est une rage,\nune frénésie, courte heureusement... mais qui ne manque pas de saveur\nexotique !\nOn sait l'eurythmie des danses javanaises, célèbres dans le monde\nentier pour leur plastique générale et la grâce étrangement voluptueuse\nde leurs enveloppements. Les pieds n'y jouent qu'un rôle effacé, secon-\ndaire : toute l'importance de la chorégraphie réside dans le nonchaloir\ndes épaules, la torsion des bras et le redressement inusité des paumes. Le\nmoindre repliement du pouce, de l'index ou du médium a sa significa-\ntion ; en d'autres termes, la main du sujet est une main Mais\nil faut être javanais pour en percevoir les nuances. Et, si ce langage muet\ndemeure généralement peu compréhensible à l'Européen profane, c'est\nque celui-ci n'en perçoit que très rarement le symbolisme ésotérique.\nLa place me manque malheureusement ici pour entrer dans le détail\ndes danses de Java qui, à elles seules, vaudraient qu'on leur consacrât\ntoute une monographie. Je me contenterai de commenter brièvement\nl'une d'elles, la plus prisée de toutes : la slendang.\nImaginez un escadron volant de dix petites ballerines maigriotes,\ndécolletées et les bras nus de très longs bras minces qui les font\nressembler aux Wajangs ou marionnettes du théâtre javanais... Les\ndanseuses, au corselet de velours vert ou rouge, à broderies et crépinettes\nd'or ou effilés d'argent, au sarong national qui leur tient lieu de jupe,\ndéfilent d'abord à la file indienne, devant le public qu'elles saluent respec-\ntueusement. L'une d'elles se détache ensuite des autres ; elle tient à la\nmain une écharpe de mousseline qu'elle agite avec grâce. Elle va, vient,\navance recule, tourne et, finalement, se campant devant un des spectateurs\ndu premier rang, lui lance l'écharpe.\nC'est l'invitation à la valse, dans toute l'acception concrète du mot.\nEt le danseur désigné se voit dans le double alternative, ou de danser avec\nla ronggeng, ou de lui payer un florin de dédit. Les plus galants s'exécutent\navec empressement et pastichent, qui légèrement, qui lourdement,\nderrière la ballerine, ses pas et ses renversements de main, faisant, suivant\nle cas, crépiter les bravos ou déchaîner les rires.\nLe danseuse reprend ensuite sa place, derrière ses camarades ; le"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.51", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1389, "texte": "défilé recommence, puis les saluts au public, puis le jet de la mousseline\nà un nouvel élu. On pourrait croire que, répété dix fois, vingt fois ou\ndavantage, ce petit jeu ne tourne à la monotonie, partant à l'ennui\nprécurseur du décrochement des mâchoires... Il n'en est rien. Les ronggeng\nsavent varier à l'infini leurs attitudes et leurs mouvements ; les instru-\nmentistes sont d'étonnants improvisateurs ; et le danseur-amateur achevé\nde donner à chaque slendang un cachet de gaîté farce bien particulier.\nJ'ai pris plaisir à noter sur mon calepin de voyageur, pour l'harmo-\nniser ensuite à tête reposée, une de ces danses populaires. Elle est\nconstruite sur une pédale à la basse dont le dessin, à peu près invariable,\nsert de soutien au thème mineur suivant, martelé sur les touches de\nbambou du piano a forme de pirogue.\nA la dernière reprise de ce thème, dans les développements duquel\nl'improvisation personnelle des musiciens se laisse aller au gré de la\nfantaisie ou de l'inspiration comme il en va des joueurs de cymbalum\nhongrois les martelets frappent à l'octave et la constance à la basse\ns'agrémente d'un petit contrechant de violon (si violon on peut dire !)\ndonnant au final,une tonalilé un peu crue, mais si étrange, si extrême-\norientale, que l'on se sent définitivement conquis par le côté à la fois\nbarbare et charmeur de cette musique.\n\nRobert Chauvelot."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-11-01-c049", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-11_01#c049", "volume": "bmtnabh_1912-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 52, "image_fin": 56, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.2.7", "titre_corps": "LES FESTES DE BACCHUS", "titre_sommaire": "LES FESTES DE BACCHUS", "signature_source": "Bagnolet", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.52", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2564, "texte": "DESSIN DE J.-P. BESSON-DANDRIEUX.\nLe goût des divertissements costumés a repris tout son empire ces dernières années. Ce\nne sont plus que fêtes persanes, bals chinois, et travestissements de tous les ordres, de tous les\nlieux, de tous les temps. En entrant cet hiver dans un salon parisien, on pouvait se poser la\nquestion que Montesquieu mit jadis à la mode, et se demander, non sans anxiété : \" Comment\npeut-on être Français ? \"\nLes Echos mondains et les magazines ont popularisé l'aspect de ces fêtes somptueuses,\nmais qu'ont-ils fait de la musique, de cette musique, bonne ou mauvaise, sans laquelle de telles\nsolennités ne sauraient divertir leur public r Les historiens de l'avenir pour qui chacun le sait\nS.I.M. est animée de la plus vive sollicitude, ne nous pardonneraient pas, si nous ne cherchions\nà conserver le souvenir de l'atmosphère sonore qui enveloppa ces nuits voluptueuses. Et qui\nsait d'ailleurs si ces mascarades modernes, inventés par le plaisir et l'amour de l'art, n'auront\npas des suites heureuses, encore imprévues ? L'opéra-ballet du grand Lully sortit tout\nnaturellement des salons du Louvre et du Marais ! Le spectacle de demain s'organise dans\nl'hôtel de la comtesse de Ch.... ou dans le Pavillon de Paul P... t.\nC'est à cette dernière fête, à celle qui fut donnée en pleine forêt de St. Cloud, au\ncharmant et minuscule \" Butard \", que nous voudrions faire allusion. Elle eut le mérite\nd'avoir été préparée, et exécutée par des artistes et pour des artistes, et dirigée par un magicien\nde l'art décoratif. Elle doit rester le type d'une manifestation de ce genre en 1912.\n*\n* *-\nLa belle nuit ! Cinquante musiciens et acteurs : cent spectateurs de choix auxquels il\nfaut joindre la lune, mille étoiles et le soleil, à son petit lever : un parterre de rois et un\npoulailler d'astres.\nA quel spectacle, en cette nuit étrange Paul P...t conviait-il ses invités ? Le mystère dont il\ns'était entouré, son audace connue, son goût très sûr, faisait en prévoir un divertissement\ninédit et rare. On le sait évocateur superbe de mondes fabuleux, créateur de féeries.\nEt ce soir là, à l'orée du bois, on quittait le monde. Là vous conduisait le fragment de\ncarte d'Etat-Major joint à l'invitation. Alors, guidé par la torche d'une blanche Ariane, en\nentrant au Butard, on entrait dans la féerie. Quelques lumières discrètes, de grands trous\nd'ombre sous les arbres, et au fond la façade du pavillon éclairée à souhait par une habile\nprojection. En haut de quelques marches, olympien, blanc et or, Jupiter, maître de céans,\nrecevait ses invités."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.53", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1151, "texte": "Dans l'ombre les groupes se forment : on devine étendus sur des tapis bossués de coussins\ndes mercures,*des vulcains, des Actéons, des Dianes, des Junons : quelques lumières jouent sur\ndes tiares, des colliers, modèlent des torses,\nbadigeonnés à la Nijinsky, danseurs inconnus\net indigo, des faces cramoisies de Silènes :\ndieux bleus et nez rouges. Et tout ce monde\nétonné écoute et regarde.\nCar déjà la représentation commence.\nDans ce décor idéal, sous cette lumière exquise,\nles pantomimes, les ballets semblent un rêve.\nEt l'illusion grandit encore aux premiers accords\nde l'orchestre que dirige le savant Desportes.\nAvec amour, il a retrouvé, orchestré, restauré\nde vieux airs comme cet adorable Ballet Italien\nde G. di Caravaggio, et il mérite bien d'avoir\nrencontré un artiste qui lui donne ce cadre\nunique.\nPuis voici Bernard Naudin, qui l'eut cru?\nNon pas Naudin le graveur, dont le Pavillon\nde Marsan admire le burin féroce, mais Naudin\nmusicien, Naudin compositeur et pasticheur\nde Rameau dans un quatuor \" Le Butard \".\nPourquoi ne pas donner quelques preuves\ndu talent de cet auteur inconnu et dont la\nmusique deviendra rare ?"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.54", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 21, "texte": "LES FESTES DE BACCHUS"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.56", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1710, "texte": "Puis ce sont des cantates : Diane et Actéon de Boïsfleury, une Bourrée de Bach, un Rigaudon\net le Menuet du Bourgeois gentilhomme de Lully. Enfin le morceau capital : Les Festes de Bacchus,\nballet et pantomime de M. de Lully, avec ses entrées, ses défilés reconstitués avec art, joués\navec humour en des costumes\npittoresques, somptueux et\nexacts, par une troupe d'ama-\nteurs, peintres,amis du maître\nde la maison, organisés et\nconscients.\nAux enti'actes, les bosquets\ns'illuminent de feux de Ben-\ngale, la façade du Butard\nruisselle sous des feux d'arti-\nfice, en apothéose. Puis on\nva au hasard sous les arbres\nnoirs autour de braseros fu-\nmants, auprès d'un buffet\nbizarre, flanqué de tonneaux\nenluminés de couleurs vives,\nentouré de tablesaccueillantes,\ngarnies de solides victuailles qu'on cueille à des mâts, grands comme des arbres, grappes de\nsaucisses, régimes de jambons... Et on boit le vin dans des cornets à bouquin.\nPuis c'est le souper : de terre sont sorties les tables : le plafond s'éclaire et le soleil s'invite :\ntimides, les étoiles sont parties. Le concert se prolonge par l'audition des \" Soupez du Roy \"\ncomposés, dit le programme par M. de Lully fils et copiés par M. Philidor l'aisné.\nAinsi s'achève, dans l'or du soleil levant, cette fête extraordinaire. Des autos lointaines\nenlèvent les Vulcains et les Dianes. Bien reveillés, pourtant, des faunes et des driades s'obstinent\ndans leur rêve et le prolongent dans l'herbe, en bucolique :et le silence se fait dans les bois\ndu Butard, troublé seulement par les dernières exécutions sommaires du photographe au\nmagnésium qui, insoucieux du grand jour, bombarde froidement les derniers groupes de survi-\nvants."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.56", "debut_caractere": 1747, "fin_caractere_exclue": 1756, "texte": "Bagnolet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-11-01-c051", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-11_01#c051", "volume": "bmtnabh_1912-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 53, "image_fin": 53, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.2.7.2", "titre_corps": "Paul P...t par H. 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E", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.57", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2839, "texte": "CLOSSON (Ernest). - Le manuscrit dit des Basses Dances de\nla Bibliothèque de Bourgogne. (Bruxelles, Société des bibliophiles et\niconophiles de Belgique, in-8° oblg. de 148 pp. Frs 40.)\nS. I. M. se sent tout particulièrement honoré d'avoir reçu\nun des dix exemplaires de présentation de cet ouvrage luxueux,\nrecouvert des signatures du Prince de Ligne, président de la\nsociété des bibliophiles belges, et de notre collègue Closson. Et\nd'autant plus, qu'il s'agit ici d'un document dont la singularité a\ndepuis longtemps piqué, je dirai même effrayé, la musicologie\ninternationale, et dont le facsimilé n'avait jamais été publié.\nOn connaît ce manuscrit oblong de petit format, relié en\nbois sous, une couverture de soie grenat, et dont les feuillets\nsont de papier absolument noir, très mat, sur lesquels se détache\nune mystérieuse notation en caractères d'argent et d'or. L'effet est\nsaisissant, et tous ceux qui ont ouvert ce volume à la Bibliothèque\nRoyale de Bruxelles, où le R. P. van den Gheyn le garde précieu-\nsement, se sont senti le désir d'en connaître l'énigme. Disons de\nsuite qu'il appartenait à Marguerite d'Autriche, qui vraisembla-\nblement le tenait de sa mère Marie de Bourgogne, ce qui le situe\ndans la seconde moitié du XVe ; M. Closson soutient même dans le premier tiers. Il passa en\n1532 dans la bibliothèque de Marie de Hongrie, puis revint à Philippe 11, et parvint\njusqu'à nous, sans s'être égaré dans ces mains illustres.\nPas de nom d'auteur, mais une soixantaine de \" Basses dances \" notées en valeurs uniformes\net accompagnées d'indications schématiques et chorégraphiques. Le tout précédé d'une brève\net assez confuse introduction. Chacune de ces basses dances est pourvue d'un titre en français\ntelle que : Beaulté; La Belle ; Engoulesme ; La Rochelle ; Filles a marier ; le petit Rouen ; le doux\nespoir etc.... Tout le texte est d'ailleurs français et la provenance ne paraît pas douteuse. Nous\navons sous les yeux l'œuvre d'un de nos maîtres à danser de 1450, et un recueil inestimable\nde ces danses communes, qui ne réclamaient pas grande virtuosité parce que les pieds n'y quit-\ntaient guère le sol. Comme Ht ici notre anonyme u quand on les danse, on va en paix, sans s'y\ndémener, le plus gracieusement que on peult Elles étaient basses par leur attitude, et convenaient\nà la collectivité, de même que les danses \" par haut \" séduisaient les solistes* La contredanse\ndu XVIIIe, et le quadrille moderne sont les descendants de ces promenades cadencées.\nComment dansait-on au temps de Charles le Téméraire ? Voilà ce qu'on voudrait savoir.\nMalheureusement ce n'est pas encore ce manuscrit, qui nous permettra de répondre avec\ncertitude. Sa notation, à la fois musicale et chorégraphique, offre au chercheur le plus\nconvaincu, et le mieux armé, de sérieuses difficultés. M. Closson avoue très courageusement"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.58", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 10, "texte": "LES LIVRES"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.58", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3026, "texte": "n'avoir pu les résoudre toutes. Il a su toutefois, dégager la doctrine des pas, et préciser la\nthéorie des mesures qui groupent ces pas, et qui n'ont point de rapport avec les mesures de la\nmusique. C'est déjà un résultat, qui suppose de patientes études. Le reste demeure encore\nhypothétique.\nCe reste, c'est la musique même et son accord avec la chorégraphie. Le manuscrit oublie\nde nous dire comment les notes se plaçaient sous les postures de la danse. Bien plus, sa notation\naffecte un aspect hiéroglyphique extrêmement embarrassant. Elle se compose immuablement\nd'une succession de'brèves sans aucun signe de rythme ni de mesure. Cinquante-trois dances,\nsur cinquante-neuf, présentent cet aspect d'une tablature rébarbative et désespérante. Que faire?\nFaut-il confier un pas de la danse à chaque note de l'air ? La coïncidence est possible, à peu\nd'exceptions près, et M. Closson s'est arrêté à cette solution, dans l'impossibilité d'en justifier\nune autre. Faut-il croire au contraire que le pas et la note ne sont point du tout liés\nl'un à l'autre ? je pencherais plutôt vers cette opinion, tout en sentant ce qu'on pourrait\nm'opposer. Pour tenter de résoudre ce problème, il conviendrait avant tout de connaître\nla physionomie musicale de ces petits morceaux.\nOr, il est inadmissible, et contraire à la logique la plus évidente, de donner le nom de\nmusique à ces kirielles de brèves amorphes ! Un jour, sans doute, un autre manuscrit nous\nrévélera l'une de ces mélodies, sous sa forme rythmée, et nous aurons la clef de cette notation\ninsolite.\nSi l'on voulait cependant, dès maintenant, chercher une transcription plausible, il me\nsemble qu'on devrait suivre une lumineuse indication de l'lnstruction, qui sert de préface à ce\ndocument. L'auteur nous prévient en effet en écrivant : \" Et se nomme basse dance pour ce que on\nla joue suivant majer parfait \". Ce qui veut dire, en langage moderne, que le propre de la basse\ndance est un rythme ternaire. Et, cette constatation s'accorde à merveille avec ce que nous\nsavons de la musique populaire du moyen-âge. De belles et célèbres pièces comme par exemple\nla prose u Orientibus partibus \" de la messe de Pierre de Corbeil, ou le u iVîittit ad virginem \"\nattribué à Abelard par M. Gastoué restent de vénérables ancêtres de ce trois temps légers, qui\ns'inscrit dans une période symétrique de quatre ou de huit mesures. La carrure et la forme en\nsont en réalité binaires, mais les temps forts en se pointant légèrement en font un 6/8 ou\nun 9/12 ; et ainsi le ternaire s'établit au sein du binaire.\nLe manuscrit de Bourgogne nous montre un spécimen noté en clair qui relève absolument\nde ce genre. C'est \" L\"espérance de Bourbon \", un joli nom français, pour 1450 ! Voyez plutôt :\nDe A à D le cavalier seul prend différentes attitudes ; en I), la dame s'ébat à son tour ;\nen E ils se réunissent. Puis, en F commence la basse dance proprement dite, en sa notation\nhermétique. Qui ne voit que son rythme suit tout naturellement celui du reste de la mélodie,"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.59", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1037, "texte": "et qu'il faut le transcrire comme nous le faisons ici ! C'est bien là le u majeur parfait \" indiqué\npar l'auteur.\nAdoptons ce point de vue, et examinons le n° 19. Il nous donne :\nCe qui ferait :\nMélodie très acceptable, et qui avec un peu de rubato deviendrait un aimable 5/4.\nOn le voit, nous avons ici un principe fécond, et dont la vérification ne heurte en rien la\nfranchise aisée du mélos populaire. Ces basses dances si elles avaient ainsi sonné, seraient dans\nla tradition musicale et surtout française. Car, on ne peut s'empêcher de leur trouver un air de\nfrappante parenté avec nos contredanses et nos vaudevilles de la belle époque. Quelle\nagréable surprise de retrouver ces ponts-neufs déjà au temps de Louis XI ! Et comme\ncette reconnaissance nous engage à maintenir notre hypothèse ! Mais ce n'est encore qu'une\nhypothèse. Remercions en tout cas M. Closson d'avoir, par cette publication, engagé les\nchercheurs à s'intéresser à une énigme, dont nos Oedipes musicologues sortiront bien un jour\nvainqueurs.\n\nJ. E."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-11-01-c063", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-11_01#c063", "volume": "bmtnabh_1912-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 60, "image_fin": 64, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.2.9", "titre_corps": "Les Théâtres", "titre_sommaire": "Les Théâtres", "signature_source": "E. V", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.60", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1503, "texte": "Les Théâtres\n\nLA \"FESTWOCHE\" RICHARD STRAUSS A STUTTGART\nStuttgart, 3 novembre.\nL'entrée de Richard Strauss dans l'histoire de la musique contemporaine a revêtu un\ncaractère bien spécial. Les effusions tumultueuses d'un terre-neuve fêtant des joueurs de\nquilles, l'arrivée majestueuse d'un autobus dans un magasin de porcelaines sont des images\naffaiblies du désarroi que provoquèrent les explosions successives de la Symphonie Domestique,\nde Salomé et d'Elektra dans l'auguste assemblée des législateurs de notre esthétique. Les frêles\net élégantes cloisons que l'on venait d'établir entre les différents styles lyriques volèrent en\néclats, les classeurs perfectionnés où l'on avait enfermé les genres et les catégories jonchèrent\nle sol et l'on vit la plus belle collection d'idées générales réunie jusqu'à ce jour s'effriter et\ntomber en poussière.\nIl faut avouer que le choc était rude. Nous commencions à voir clair dans le développe-\nment musical de l'Europe ; remis de la terrible fièvre wagnérienne, nous reprenions notre\néquilibre mental ; nous venions de régler la question des échanges internationaux et de signer\nles traités nous assurant le bénéfice de certaines importations slaves et nous protégeant contre\ntels envahissements latins. La France, creuset intellectuel du monde, avait, une fois de plus,\namené à leur point de fusion les concepts les plus hétéroclites, les avait débarrassés de leurs\nalliages impurs et en avait tiré un métal précieux qu'elle commençait joyeusement à ouvrer"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.61", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3683, "texte": "avec sa dextérité coutumière. Il nous tombait du ciel un inventeur de génie qui enrichissait\nimmédiatement notre art national de trouvailles merveilleuses et à l'école duquel vingt\ningénieurs attentifs et deux cents contre-maîtres obéissants donnaient définitivement à l'article\nfrançais un fini, une perfection et une élégance qui semblaient devoir le rendre sans rival.\nNous avions enfin renoué le fil brisé de notre tradition, nous parlions une langue d'une\nincomparable souplesse et d'une exquise pureté, nous usions de locutions harmoniques aussi\nriches que savoureuses et notre orchestration irisée captait comme un prisme toute la féerie\nsolaire ; sensibles à l'émotion raffinée que dispensent les formes bien équilibrées, nous goûtions\njusqu'à ses extrêmes limites la volupté de créer des proportions sans défaut, nous cultivions\nl'art du mot juste, le souci du détail exact, le luxe de l'irréprochable mise en place, heureux\nde nous comprendre à demi-mot, intimement orgueilleux d'avoir découvert le secret d'un\nlyrisme sans clameurs et d'un pathétique sans gesticulation...\nMais quelqu'un troubla la fête. La porte de notre salon s'ouvrit avec fracas, on entendit\ndans l'antichambre une voix forte et autoritaire, de solides souliers ferrés griffèrent le parquet\nmarqueté et Richard Strauss, une lourde valise à la main, fit son entrée. Après avoir ri\nbruyamment de nos gracieux divertissements il s'offrit à nous apprendre des jeux plus virils.\nIl se mit aussitôt à l'œuvre et ce fut une stupeur ! Au milieu de notre cercle terrorise-\nil exécuta le cavalier seul le plus effarant et le plus fougueux du monde, humiliant le pauvre\nBolm dans sa danse de Dorcon ; balayant d'un geste tout ce qui faisait notre vanité, méprisant\nallègrement nos coquetteries et nos pudeurs, hurlant à pleine voix des refrains vulgaires mais\nterriblement énergiques, raflant nos fragiles bibelots d'étagère et jonglant avec les verres, les\ntasses et les soucoupes, renversant les meubles légers, sautant sur les tables sans rompre le\nrythme de sa danse sauvage, éteignant froidement les bougies des lustres à coups de revolver,\nécrasant les orteils des hommes et pinçant vigoureusement les lombes des femmes, exécutant\nsur place un triple saut périlleux, marchant sur les mains, faisant le grand écart et les ailes de\npigeon, trois heures durant, sans respirer, sans fatigue apparente, sans ralentir un instant la\ntrépidation frénétique de son grand corps maigre, il fut odieux et éblouissant. Et lorsque,\nmeurtris, froissés et contus nous retrouvâmes notre sang-froid nous pûmes constater que\nplusieurs d'entre nous n'avaient pu s'empêcher de crier \" bravo ! \" et que nos douces\ncompagnes promenaient sur le Huron des regards d'une surprenante indulgence.\nL'expérience se renouvela plusieurs fois et donna les mêmes résultats. Nous sortions de\nces brutales orgies indignés mais troublés d'un vague respect en présence des promesses de ce\nterrible champion de boxe qui semblait nous reprocher d'avoir méconnu la beauté de la religion\ndu muscle, de ce conquérant qui nous raillait d'avoir fait fausse route en choisissant pour\narriver jusqu'à la musique le sentier de la délicatesse et du scrupule. Et lorsque l'Allemagne\nannonça le cycle solennel des représentations de Stuttgart qui allaient consacrer la gloire\nnationale de son second Wagner, lorsque fut noué le faisceau des solides partitions du redoutable\nMaître, lorsqu'il fut avéré qu'une esthétique nouvelle allait officiellement heurter la nôtre, nous\ncomprîmes que l'heure était grave et que nous allions de nouveau entendre chez nos voisins\nretentir l'orgueilleuse parole : \" Et maintenant, messieurs, vous avez un Art !"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.62", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3600, "texte": "La bataille vient d'avoir lieu, ardente, longue, mais cette fois décisive. Strauss a donné\ntout son effort, splendidement ; nous avons pu le juger dans une épreuve régulière et complète\net c'est pourquoi je n'hésite pas à confier à ceux de mes compatriotes qui s'épouvantent des\nconséquences de ce conflit : \" Nous l'avons échappé belle : le colosse a des pieds d'argile ! \"\nCe qui a toujours fait la grandeur et la faiblesse des conceptions esthétiques allemandes\nest, en effet, leur propension à se systématiser. Si Richard Strauss, prenant conscience de sa\nmusculature herculéenne, avait voulu avec l'énergie indomptable que comporte ce mot chez\nles hommes de sa race ! se soumettre à un entraînement méthodique et spécialisé, comment\naurait-on pu lui disputer le championnat du monde. Stuttgart serait aujourd'hui un nouveau\nBayreuth vers lequel s'achemineraient dévotement tous les pèlerins de l'univers. Mais le\nformidable athlète a rompu son entraînement, il néglige les travaux de force, délaisse les\nhaltères et prend des leçons de prestidigitation ; il s'amuse, il est perdu.\nSalomèet Elektraébranlant de leur héroïque fracas le clair vaisseau gris et argent du\nHoftheater c'est toujours du Strauss attendu, de la vulgarité, de la brutalité mais de la force\nécrasante, de l'éblouissement orchestral, du mouvement irrésistible et de la passion ;\na la Rose et Ariane a Naxos,au contraire, témoignent d'un idéal nouveau. Cet idéal c'est celui\nde Louis II donnant dans son Herrenchiem seela copie de notre Palais de Versailles, c'est celui\nqui porte toujours un peuple à méconnaître ses vertus nationales et à envier celles de son\nvoisin. Hugo von HofFmansthal et Strauss ont pensé que rien ne pouvait convenir davantage\nà leur tournure d'esprit que le libertinage aimable, le badinage galant, les élégances de cour et\nl'atmosphère des nuits bergamasques dans un parc verlainien peuplé de donneurs de sérénades\net de belles écouteuses. Tircis, Eglé, Clitandre, tourbillonnant dans l'extase d'une lune rose et\ngrise n'est-ce pas \" echt-deutsch \" et, en étudiant de près le visage de l'auteur de la\nne reconnaissez-vous pas les yeux de Fauré, le front de Debussy et la moustache d'André\nMessager ? La prédestination n'est pas douteuse ; Elektra, Salomé, Mort et Transfiguration\nn'étaient que de regrettables erreurs de jeunesse ! Que de temps perdu pour la mandoline !...\nNos mandolinistes ont mis les bouchées doubles. En deux opéras ils nous ont fait bonne\nmesure. Après le Chevalier à la Rose et Ariane notre édification est complète. Nous avons vu\nStrauss, le bon géant, peinant sur sa guitare dont ses doigts de fer font éclater les cordes, nous\navons vu son collaborateur faisant valoir ses droits à la succession de Marivaux et de Musset\ns'ébattre dans nos jardins à la française et nous en avons éprouvé la plus sincère mélancolie.\nLe Rosenkavalierchevauchant en ce moment dans la direction de Paris et ayant déjà\nretenu sa chambre dans la nouvelle hostellerie de l'Avenue Montaigne, nous sera bientôt\nprésenté. Nous n'insisterons donc pas aujourd'hui sur les grâces de ce gentilhomme campagnard\nqui, monté sur un percheron, sa rose d'argent à la boutonnière, sifflotant une valse viennoise,\nvient au petit trot nous apprendre comment on traduit le Chevalier d'Eon et comment le nom\nde Chérubin se prononce en allemand. Nous aurons, au printemps prochain, tout le loisir de\nfaire sa connaissance.\nMais Ariane à Naxosne manifestant pas l'intention de faire un tour de boulevards,\nmérite de retenir dès à présent notre curiosité. On sait ce qu'avaient rêvé de faire les auteurs."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.63", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3650, "texte": "Cette Revue recueillit leur profession de foi liminaire et la pureté de leurs intentions n'y était\npas douteuse. Le résultat est un peu différent. Hoffmansthal a pris avec Molière des libertés\nréellement inattendues, désarticulant sa pièce, l'amputant de ses organes essentiels, ajoutant des\nscènes, des situations et des personnages de son invention et transformant ainsi le \" Bourgeois\nGentilhomme \" en une absurde et interminable préparation de l'opéra que Jourdain,\nmécène éclairé, assénera à ses hôtes au bon moment. Il ne faut pas crier au meurtre. Cette\nfamiliarité avec un chef-d'œuvre étranger est bien dans les mœurs locales; c'est du \"gemuth\".\nEt puis nous n'avons pas sur ce point la conscience assez tranquille pour jouer les redresseurs\nde torts. Fermons les yeux sur le décervelage de Molière.\nMais le moyen de fermer les oreilles à la musique dont cette opération chirurgicale\ns'accompagne ! Pour remplacer le Ballet des Nations et les courts intermèdes de Lulli, Richard\nStrauss a écrit une partition dont la seule réduction de piano cube deux cent cinquante pages.\nEt l'esprit dans lequel est conçue cette substitution est tel qu'il échappe à toute analyse.\nPour affirmer que sa maîtrise orchestrale ne résidait pas dans la richesse matérielle de son\ninstrumentation, le compositeur a limité à trente-six le nombre de ses musiciens. Un piano et\nun harmonium complètent cet orchestre en miniature qui rappelle celui de l'Arlésienne au\nVaudeville. On pouvait s'attendre à quelque heureuse recherche de style ancien, à quelque\npastiche attendri, à quelque résurrection d'une technique disparue... il n'en est rien. Il n'y a\nlà que la coquetterie d'un lutteur qui se targue d'avoir raison de son adversaire par la seule\npuissance de son bras gauche et qui, publiquement, avant la rencontre, se fait garrotter le bras\ndroit. C'est un tour de force que voulut réaliser le musicien et son succès fut complet. Cet\norchestre minuscule est aussi coruscant, aussi violemment dynamique, aussi souverain que ses\nfrères combattant dans la catégorie des poids-lourds. Le miracle est là, indéniable. L'avidité de\ncet enragé collectionneur de \"timbres \" est plus splendide que jamais : c'est dans son plus\npetit album qu'il a placé ses trouvailles les plus rares.\nMais quel goût détestable a présidé à l'arrangement de cette collection ! Cet \" opéra\ngalant \" d'Ariane est vraiment une lamentable chose. Pour stigmatiser l'ignorance des\nmécènes et leur habituelle tyrannie, les auteurs ont imaginé une intervention saugrenue de\nJourdain imposant au \" Komponist \" des coupures et des remaniements improvisés qui\nrendent l'ouvrage absurde. Il n'a que trop bien atteint son but. Cet interminable monologue\nd'Ariane gémissante coupé par des entrées injustifiables de personnages allégoriques de la\ncomédie italienne (ah ! les minauderies wurtembergeoises d'Arlequin, de Scaramouche, de\nZerbinette et de Truffaldin jouant avec des battes taillées en massues !) ces lamentations\nkilométriques qu'interrompent çà et là les plaisanteries musicales des bouffons, plus lourdes,\nplus indigestes, plus navrantes que les récriminations de la veuve inconsolable, cette inénar-\nrable romance à vocalises où l'infortunée Zerbinette, le visage contracté, le cou tordu et l'œil\nhors de l'orbite, doit lancer durant vingt-quatre pages un nombre paradoxal de contre-vit, de\ncontre-ré, de contre-mi et de contre-fa dièze, douloureuse demi-heure qui vous laisse pantelant,\nles nerfs brisés et les dents grinçantes, ces sauts alternatifs, éternellement symétriques d'une\nscène de larmes à une scène de ricanements sur un texte d'une banalité inconcevable, tout"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.64", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3240, "texte": "concourt à vous irriter contre la vanité et l'inutilité d'un tel effort. On sent la partie perdue\net l'insistance indiscrète des auteurs devient exaspérante. Impossible de deviner une possible\nironie réconfortante dans ce fatras héroï-comique ; tel effet grotesque sent sa parodie d'une\nlieue, mais la gravité admirative de l'auditoire vous prouve que les auteurs n'ont pas eu\nl'intention de plaisanter ! Et c'est fini de rire ! Rien ne saurait donner une idée de la\nconsternation et de l'accablement dans lesquels peut vous plonger cet effroyable spectacle dont\nla durée excède les forces humaines !\nLa mise en scène ne dissipe pas le malentendu. Cette caverne schématique, ces lustres\nde cristal dans le désert, ces cocotiers dessinés par le regretté douanier Rousseau, ce perroquet\nde cauchemar, ce magnifique ciel-de-lit mobile et symbolique descendant sur Ariane et\nBacchus à l'heure nuptiale et rabattant pudiquement sur leur étreinte, avec une brusquerie\nvaudevillesque, d'épais rideaux enguirlandés de papier doré, ces costumes alourdis d'intentions,\ncherchant à concilier le style \" sécession \" et la littérature du grand siècle — nymphes en\nrobes à paniers et coiffées de plumes d'autruches, Arlequin échappé de Sumurun ! — ne nous\napprennent pas si les armateurs de ce formidable navire ont témoigné d'une incorrigible\nmalice ou d'une incurable naïveté ! Et rien n'est plus désagréable pour l'étranger de bonne\nvolonté !\nSi le digne Valentin connaissait Richard Strauss il ne manquerait pas de lui dire avec\nforce : \" Te voilà dans la mauvaise voie ! \" Ne possédant pas l'autorité du frère vertueux de\nMarguerite, je n'aurai pas l'impertinence de donner une leçon aussi nette à un compositeur\nde génie, mais nous avons tous le droit de penser que l'influence actuelle de son librettiste ne\nsemble pas devoir favoriser l'expression de sa véritable nature. Qu'il renonce sans regrets à\nvouloir faire revivre dans sa musique un \" moment \" de notre littérature qui est bien à nous,\net ne s'accommode pas de l'exportation. Ses extraordinaires qualités y resteront sans emploi et\nses défauts s'y accuseront avec un relief imprévu.\nRichard Strauss maniant l'éventail de dentelles et jouant à \" saute marquis ! \" fait\nirrésistiblement penser à notre Reyer s'emparant de la mythologie wagnérienne pour confec-\ntionner un \" Sigurd \" bien parisien ! Il y a là un souvenir qui doit être aujourd'hui pour nous\nune leçon de modestie et d'indulgence, mais qui prend pour l'auteur la\nvaleur d'un avertissement des dieux !\nEmile Vuillermoz.\nP. S. Paris,5 Novembre. — Cependant qu'aux bords du lac de la Résidence, dans le\ndécor exquis du parc où l'on construisit cet admirable Théâtre Royal de Stuttgart, je pleurais\nainsi de tendresse sur l'excellence de notre lyrisme national, l'Opéra et l'Opéra-Comique\nenrichissaient notre histoire d'une œuvre de jeunesse de M. Bruneau et d'une œuvre de\nmaturité de M. Nouguès. N'étant pas absolument certain d'y trouver la justification éclatante\nde la fierté-d'être-français à laquelle m'exhortait la contemplation de la colonne Picard, j'ai jugé\nprudent de renvoyer mes lecteurs aux coupures de journaux qui leur raconteront, quelques\npages plus loin, le baptême des deux nouveaux-nés.\n\nE. V."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-11-01-c065", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-11_01#c065", "volume": "bmtnabh_1912-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 65, "image_fin": 66, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.2.10", "titre_corps": "CONCERT COLONNE", "titre_sommaire": "CONCERT COLONNE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.65", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2917, "texte": "CONCERT COLONNE\nLes voix semblaient former toutes le\nmême chant, si parfait était leur accord.\nDante-Alighiéri.\nIl paraît que la musique française subit une crise et que les vieilles querelles vont enfin se\nranimer.\nSincèrement cela est à souhaiter car, si la caractéristique de notre époque est dans la plus\ngrande liberté, son acceptation à toutes espèces de formules, sans discussion, marque une\nmollesse, une indifférence presque désobligeantes pour l'art. Grouper ces esprits-girouettes,\ntoujours vacants, toujours disposés à tourner au gré du vent d'une quelconque esthétique, suffit\nà occuper l'opinion. Adopter, sans faiblir, une attitude notoire n'est pas mauvais non plus.\nSurtout, ne jamais craindre le ridicule, ni une extrême longueur dans les développements...\nQuand au bout d'une centaine de mesures, on ne sait plus exactement ce dont il est question,\nle public, ou ceux qui le conduisent, sont bien prêts de crier au génie. Nous avons, notamment,\ndes maîtres qui excellent à jeter le désarroi dans les cerveaux, au moyen de périodes pendant\nlesquelles l'orchestre se désintéresse absolument des auditeurs. Cela, à un point tel, que malgré\nla bonne précaution d'interdire au public de sortir pendant l'éxécution des morceaux, il s'en\nirait de peur d'être indiscret. Cependant, une formule héroïque et banale vient excuser le\nchaos désertique qui l'a précédé. On applaudit, autant pour secouer la torpeur de l'atmosphère,\nque pour remercier l'auteur de nous laisser sortir.\nQuelques-uns continuent aveuglément à respecter les ancêtres, pareils en cela aux Chinois\npour lesquels Confucius, une fois pour toutes, a réglé la morale en formules accessibles.\nD'autres mettent des étiquettes neuves à des choses vieilles comme le monde. Ils retrouvent,\nmoins l'instinctive ingéniosité, les traits gravés de l'âge néolithique, les sons d'un javanisme\nen enfance. Cela n'est ni très nouveau, ni très inquiétant. H. Poincaré, dont la supériorité\ngarantit le désintéressement, proclamait, il y a quelques années, dans \" Science et Méthode \"\nl'utilité essentielle des esprits d'avant-garde, que la foule regarde comme des fous.\nEn effet la forme peut-être gauche, maladroite, mais contenir le germe de l'idée dont,\nbeaucoup plus tard, un autre dégagera la beauté.\nIl faut balbutier avant de parler, ce qu'oublie volontairement notre époque \" d'arrivisme \"\nforcené, où s'accumulent des œuvres qui ne répondent qu'à ce besoin de satisfaire une mode,\nforcément précaire. Et tant \" d'arrivistes \" qui ne sont même jamais partis ! Quand se\ndécidera-t-on à détruire l'opinion, trop courante, qu'il est aussi facile d'être artiste que dentiste?\nQuand cessera-t-on de multiplier des moyens de divulgation aussi dangereux qu'inutiles !\nBeethoven, dont s'autorisent tant de professeurs d'énergie, a dû décourager pas mal de jeunes\ngens ; il savait trop bien, lui, que l'art est un sacrifice. Aujourd'hui on le propose comme"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.66", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1051, "texte": "exemple dans sa gloire indestructible ! Ce n'est pas très malin, et c'est tricher au jeu des\npossibilités.\nLe mystère émouvant des vieilles forêts n'est-il pas fait de sacrifice et de mort ? Combien\nd'arbrisseaux furent écrasés par le pas indifférent des bêtes, sacrifiés au glorieux épanouissement\ndes grands chênes qui, siècles après siècles, ont le devoir d'en assurer la beauté ! N'y-a-t-il pas\nlà un exemple plus profitable, et comme une correspondance tragique avec cette dure u mise-\nau-point \" que le Temps inflige à l'œuvre des hommes ?\nSans demander aux hommes des sacrifices aussi catégoriques, tâchons, au moins, d'y\ntrouver une leçon. Ne détournons pas des u Gants et Cravates \" tant de charmantes bonnes\nvolontés. Tâchons de débarrasser la musique, non pas de ceux qui doivent vraiment l'aimer,\nmais de ceux qui en profitent en usurpant le beau nom d'artistes !\nMalgré le peu d'espoir que tout ceci arrive, il faut ardemment le souhaiter. Ainsi cesse-\nraient les malentendus, les discordances sur ce que veut dire la musique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-11-01-c067", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-11_01#c067", "volume": "bmtnabh_1912-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 66, "image_fin": 66, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.2.11", "titre_corps": "NOTES SUR LES CONCERTS DU MOIS", "titre_sommaire": "NOTES SUR LES CONCERTS DU MOIS", "signature_source": "Claude Debussy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.66", "debut_caractere": 1053, "fin_caractere_exclue": 3337, "texte": "NOTES SUR LES CONCERTS DU MOIS\nClaude Debussy.\nDans toute la musique que l'on a jouée au Concert Colonne, la plus nouvelle est, sans\nironie, la Symphonie Pastorale de Ludwig von Beethoven. Elle reste décidément, l'un des\nmeilleurs modèles de mécanique expressive... Entendre un orchestre imiter le cri des animaux\nest une joie sûre pour les petits comme pour les grands. Subir un orage, assis dans un fauteuil,\nc'est purement du sybaritisme. Monsieur Gabriel Pierné l'a fort bien dirigée, entendons par\ncela qu'il ne l'assomme pas sous les commentaires, et qu'il en fait ressortir le charme. A propos\nde cette symphonie, a-t-on jamais pensé combien il faut qu'un chef-d'œuvre soit \" chef-\nd'œuvre \" pour résister à tant d'interprétations ? Il y a : l'interprétation \" respectueuse \" où\nla peur de secouer la poussière des siècles fait ralentir les mouvements, éteindre les nuances...\nl'interprétation fantaisiste où c'est le contraire, et qui donne l'impression d'un enterrement\nsous la pluie. Que Beethoven ait eu mauvais caractère n'est pas une raison suffisante pour le\nrendre ennuyeux. Et c'est pourquoi cette dernière exécution était charmante... Nous étions\nvraiment à la campagne ; les arbres ne portaient pas la cravate blanche ; le ruisseau au bord\nduquel se déroule la plus pure, la plus allemande des idylles était plein de fraîcheur ; pour un\npeu ça aurait senti l'étable !\n* *\nLa symphonie fantastique de Berlioz est toujours ce fiévreux chef-d'œuvre d'ardeur\nromantique, où l'on s'étonne que la musique puisse traduire des situations aussi excessives sans\ns'essouffler. C'est d'ailleurs émouvant comme une lutte d'éléments.\n* *\nLes impressions d'ltalie de Gustave Charpentier sont une harmonieuse démonstration de\ncet axiome connu : \" les voyages forment la jeunesse \"... Malgré le formalisme de certaines\nparties, on pressent déjà le parfum qu'aura \" Louise \" et le tumulte de ses foules.\nL'lnstitut qui vient justement de recevoir Gustave Charpentier parmi ses membres, a dû\nêtre satisfait d'avoir envoyé à Rome un jeune homme qui ordonna si vite ses sensations\nitaliennes.\n*\n* *\nNous n'avons pu entendre \" Au Cimetière \" de M. Maurice Droeghmans. Nous le\nregrettons, et nous excusons de remettre au mois prochain la suite de ces u notes \" réellement\nV-/\ntrop hâtives."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-11-01-c068", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-11_01#c068", "volume": "bmtnabh_1912-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 67, "image_fin": 69, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.2.12", "titre_corps": "CONCERTS LAMOUREUX", "titre_sommaire": "CONCERTS LAMOUREUX", "signature_source": "Vincent d'Indy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.67", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3704, "texte": "CONCERTS LAMOUREUX\nLe bon Sens\n\nLe bon-sens est la chose d\ncar chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même\nqui sont les plus difficiles à contenter en toute chose, n'ont\npoint coutume d'en désirer plus\nEn commençant aujourd'hui la série d'articles mensuels que la direction de la revue S. I. M. nous a prié\nde faire ici, conjointement avec notre collaborateur et ami Auguste Sérieyx sur les grands concerts parisiens et\nplus spécialement sur les Concerts Lamoureux, il nous a paru opportun de formuler quelques principes qui nous\nsont particulièrement chers, afin de répandre toute la clarté désirable sur le point de vue que nous avons délibé-\nrément adopté. Tel est l'objet des simples réflexions qui vont suivre sur cette \" puissance de bien juger et distin-\nguer le vrai d'avec le faux qui est proprement \", nous dit le vieux Descartes, \" ce qu'on nomme le bon\nsens... \"\nLe bon-sens cette vieille locution qui pourra faire rire quelques-uns, désigne cependant\nl'une des plus précieuses qualités de notre génie français, je puis même dire : de notre génie\nlatin ;le : Si vis nu jlered'Horace est un mot de bon-sens au même titre que :\" Le temps,\nMonsieur, ne fait rien à l'affaire \", de notre Molière ou : \" La raison du plus fort... \" de notre\nLa Fontaine.\nQu'est-ce donc le bon-sens ?\nOh ! tout simplement la faculté de percevoir les objets avec des yeux sains et clairvoyants\net non point avec des lentilles déformantes.\nEt c'est malheureusement à cette dernière opération que s'appliquent systématiquement\nun certain nombre d'artistes de nos jours, encouragés en cela par quelques critiques arrivistes,\net suivis par le clan mondain des gens qui veulent à tout prix être à la mode.\nComment se fait-il qu'en art nous ayons laissé égarer ce bon-sens qui, pendant si long-\ntemps, de Montaigne à Molière et Beaumarchais, de Rameau à Gluck et Méhul, a sauvegardé\nl'originalité de notre création française et l'a soustraite en ce qui regarde l'art musical, par\nexemple, à l'influence délétère du mauvais-sens italien dont l'Europe entière sauf la France,\nsubissait le joug, au XVIIIe siècle ?\nLes raisons de cet égarement sont complexes et trop longues à exposer en un article ;\nmais, que la cause de cet état relève de l'ordre social ou qu'elle soit attribuable à l'invasion\ndes \" métèques \" dont la promiscuité tend à détruire le véritable esprit de notre pays, l'effet\nn'en est pas moins palpable en bien des matières, en art surtout.\nUn exemple, entre bien d'autres aberrations en cours:\n\"Pour faire une œuvre d'art, point n'est besoin d'études préalables, le génie suffit... \"\nEt, de là à enfourcher le dada de 1 11 autodidactisme^monstruosité qui n'a existé à aucune\népoque, il n'y a qu'un léger saut.\nEt cependant, voyez dans une loge de face de la salle de concerts, cette jolie petite\ndame si élégamment habillée. Vous pouvez être sûr qu'elle n'a pas confié à sa femme de\nchambre la coupe de son \" costume-tailleur \", mais qu'elle s'est adressée, pour cette opération\ndélicate, à une maison dont les coupeurs connaissent leur métier de longue date.\nRemarquez, aux fauteuils, ce commerçant dillettante et milliardaire ; soyez certain qu'il\naura choisi avec sollicitude son teneur de livres parmi les comptables congrument instruits des\nmystères de la balance et de la partie-double et qu'il ne lui viendrait pas à l'idée de préposer\nà la tenue de sa caisse le brave paysan illettré que lui recommande le maire de son village\nnatal... à celui-là, il fera faire les courses... et encore!...\nVoyez, au promenoir, ce critique averti, dont les articles sont toujours \"sensationnels \",\nsera-ce auprès des obligeants placeurs de la salle Gaveau qu'il ira chercher de sûrs \" tuyaux \""}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.68", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3705, "texte": "pour juger de la réelle valeur d'une œuvre ? Non, certes, il consultera simplement un musicien\ninstruit de son art.\nEt, en cela, jolie dame, millionnaire et critique auront fait preuve de\nMais que l'on joue au concert une œuvre nouvelle, dénuée d'intérêt et même de\nmusique, dans laquelle s'étale sans discernement le procédé à la mode, aussitôt voilà le\nparti... Et nos gens de s'extasier :\n\" L'auteur ignore tout de la composition... mais quelles curieuses suites de quintes et de\n\"secondes !... C'est admirable ! \" décrète le critique averti ;\n\" L'auteur n'a jamais appris son métier... et il n'y a pas, dans toute sa symphonie un\nseul accord parfait... C'est admirable ! \" s'exclame le bouquier ;\n\" Il faut aller entendre ça, ma chère \", susurre la petite dame, \"un compositeur qui ne\nsait rien... C'est admirable ! \"\nEt on va entendre ça... et ce n'est pas du tout admirable ; c'est seulement un démar-\nquage du procédé à la mode, sans proportions, sans pensée, sans musique... Mais, pour peu\nque ledit compositeur ait, dans quelque interview,traité Beethoven de musicien surfait et\nWagner de malfaiteur, alors il passe, du coup, homme de génie, et ces gens qui se garderaient\nbien de lui donner des bottines à raccommoder ou une dinde à cuire, parce qu'il ne sait ni le\nmétier de cordonnier ni celui de chef de cuisine, n'hésitent pas à en faire leur fournisseur\nordinaire en l'art des sons, qu'il ignore également... Mais cet ignorant emploie LE PROCÉDÉ,...\net ça tient lieu de tout. O bon-sens français, où es-tu ?\nA tout prendre, en quoi consiste donc ce qui a le don de conférer le génie....\naux yeux des snobs ?\nIci, un peu d'histoire est nécessaire.\nAu XVIIIe siècle, Rameau imagina d'ajouter discrètement, en certaines circonstances,\nune note à l'accord parfait, base de toute musique ; au XIXe, des compositeurs russes, en vue\nd'effets très particuliers, employèrent la gamme par tous-entiers, qu'on peut nommer\npuisqu'elle supprime toute possibilité de modulation.\nAu XXe siècle, Claude Debussy et Maurice Ravel tirèrent parti de ces méthodes en les\nélargissant, et en firent souvent de très ingénieuses applications ; mais ils ont eu le tort (il faut\nbien oser dire la vérité à ceux qu'on estime) d'ériger ces procédés en principes, ou du moins\nde les laisser ériger comme tels par leurs muftis et leurs ulémas, en sorte que la formule établie\nactuellement par la mode est celle-ci : \" Hors de la sensation harmonique et de la titillation\ndes timbres orchestraux, il n'est point de salut. \"\nCette formule est grave, car bien loin de constituer un progrès, une marche en avant,\nelle aboutit à une rétrogradation de notre art, et nous ramène de cent ans en arrière.\nExaminons franchement la situation.\nCe que les compositeurs précités, ou plutôt, je le crois, leurs prophètes, cherchent à\nétablir, c'est l'autonomie des sens à l'exclusion des sentiments, c'est la suprématie de la\nsensation sur l'équilibre du cœur et de l'intelligence, équilibre qui, chez les êtres doués, est\nseul appelé à produire l'œuvre d'art.\nCe mouvement sensualiste n'est ni nouveaux ni original ; il y a cent ans environ, une\nsimilaire aberration du bon-sens tentait d'intoxiquer notre musique. Toutefois, à l'époque des\nRossini et des Donizetti la formule sensorielle (qu'on me pardonne ce très vilain vocable) était :\nTout pour et par la Mélodie !\nA l'heure actuelle, on a seulement changé le terme final de la formule, et l'on s'exclame :\nTout pour et par l'Harmonie !\nAu fond, ces deux mouvements sont absolument identiques, en ce sens, qu'ils ont pour\neffet d'hypertrophier l'un des organes essentiels de la musique au dépens des autres organes et\npour conséquence un état maladif de la production."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.69", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3604, "texte": "Je dirai toutefois que, de ces deux maladies, la seconde en date (la pléthare harmonique)\nme semble moins grave que la première, car rien n'est plus éphémère que la trouvaille et\nl'emploi d'harmonies nouvelles, si ces harmonies ne prennent point leur point d'appui sur les\ndeux autres éléments de l'art musical : mélos et rythmique.\nUn seul exemple peut fournir la preuve de cette assertion : la bizarre destinée de l'accord\ndit : septième diminuée, seul titulaire, pendant un demi-siècle des expressions de tristesse, d'hor-\nreur, de cataclysmes physiques et moraux... Quel est le compositeur qui oserait s'en servir,\nactuellement ?\nOui, l'harmonie passe vite... Pour qu'elle soit durable, il faut qu'elle constitue, non des\nchatoyances, des tapis aux tons rares, mais le vêtement du personnage vivant et agissant qu'est\nla mélodie rythmée ; l'habit, dans ce cas, peut impunément passer de mode, le personnage\nhumain, s'il est bien constitué, durera autant que sa planète.\nEt voilà où le bon-sens reprend ses droits, lorsqu'il sait éliminer de l'œuvre d'art toute\nsubstance excessive pour ne garder que ce qui est éternel : l'équilibre des éléments de beauté.\nIl s'ensuit que tout mouvement qui tend à rompre l'équilibre, que ce soit du côté mélo-\ndique, comme en 1820, ou du côté harmonique, comme en 1910, est rétrograde et nuisible\nau réel développement de l'art.\nAinsi, la gamme par tous constitué à six notes est loin d'être un progrès sur notre gamme\noccidentale traditionnelle, puisqu'elle supprime toute tonalité et conséquemment toute modula-\ntion. Or, le changement de lieu tonal par le moyen de la modulation est l'un des éléments les\nplus précieux de l'expression, s'en priver systématiquement est donc un retour en arrière vers\nla monotonie barbare des époques reculées.\nEt vraiment les compositions basées sur ce mode atonal n'ont plus aucune proportion\npossible, elles n'ont aucune raison logique de durer trois minutes plutôt que trois quarts d'heure\net la fatigue seule de l'auditeur peut-être de l'auteur peut amener celui-ci à tracer la\nbarre de mesure finale.\n\" Alors \", va s'écrier quelque bachi-bouzauk en délire, \" c'est une levée de boucliers\ncontre Ravel et Debussy ! ! \"\nNon, certes, pas contre Ravel et Debussy ; ils n'ont rien de commun avec les ignorants\ndont je parlais en commençant cet article, car ils possèdent, eux, un métier solide, en outre de\nleurs belles qualités natives ; non, pas contre Ravel et Debussy, mais contre les Debussystes et\nles Ravelistes, proclamateurs de dogmes faux et propagateurs d'erreurs graves dont pourrait\nsouffrir la jeune génération, trop encline à ne voir dans toute manifestation d'art que le\nprocédé, sans se douter que l'abus du procédé a été, de tous temps, la spéciale ressource des\nimpuissants.\na Mais \", dira-t-on, \" qui nous apprendra où commence l'abus ?...\" Précisément ce bon-\nsens dont je déplorais l'oblitération tout à l'heure, ce bon-sens qui, seul, peut nous faire appré-\ncier les notions de logique et d'équilibre sans lesquelles il n'est point d'Art.\nEn somme, que demande-t-il, ce bon-sens ? Des choses cependant bien simples : que\nle jeune musicien commence par apprendre son métier et qu'il ne se laisse point ensuite\nhypnotiser par un procédé à la mode, employé avec fruit, il est vrai, par certaines natures, mais\nqui ne peut constituer à lui seul tout l'art musical.\nEt je terminerai par cet adage, bien connu de mes élèves :\n\" Tous les procédés sont bons, à la condition de ne jamais devenir le but principal et\n\" de n'être regardés que comme des moyens pour faire de la musique. \"\n\nVincent d'Indy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-11-01-c069", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-11_01#c069", "volume": "bmtnabh_1912-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 70, "image_fin": 73, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.2.13", "titre_corps": "Notre Enquête sur le Théâtre musical belge", "titre_sommaire": "Notre Enquête sur le Théâtre musical belge", "signature_source": "Paul Bergmans", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.70", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2833, "texte": "Notre Enquête sur le Théâtre\nmusical belge\n\nNotre ami Michel Brusselmans a profité séjour a Godinne, oie le Maître a coutume de\npasser F été, pour interviewer Eugène Isaye au sujet de V Enquête ouverte par notre revue sur le\nThéâtre musical belge.\nVoiciy textuellement, les réponses quil lui a données :\nRéponse de E. Ysaye.\nGodinne, le 23-9-12.\nMon cher René Lyr,\nI. D. Les musiciens belges ont-ils beaucoup écrit pour le théâtre depuis 20 ans ?\nR. Indépendamment des ouvrages connus, beaucoup d'entre les compositeurs belges pos-\nsèdent en portefeuille des ouvrages de théâtre, et il est certain que la production serait plus\nnombreuse, si elle ne se savait condamnée d'avance, à la longue attente, à l'indifférence\npublique sinon à l'oubli total.\n11. D. Estimez-vous qu'il existe un art lyrique vraiment belge ?\nR. Il est évident que les compositeurs flamands ont un genre plus à eux que les compo-\nsiteurs wallons dont l'art franco-wallon est foncièrement latin.\nLa personnalité des flamands est plus \" terroir \", elle se ressent dvi coloris de leurs peintres\nanciens et modernes, et à mon sens, s'il devait un jour exister un art lyrique vraiment belge,\nce serait à cette source qu'il devrait être puisé, parce que, elle a, à la fois, plus d'histoire et plus\nde fond. Le folklore flamand, très riche en matières mélodiques et rythmiques n'emprunte rien\nni à la Germanie ni aux pays latins ; tandis que nos cramignons wallons, qui tombent de jours\nen jours en désuétude, sont pour la plupart d'origine lorraine, bretonne et méridionale. Mais\nl'art wallon existe aussi, il existe comme l'art français auquel il devrait être incorporé. Inutile\nau compositeur wallon de chercher sa personnalité ailleurs qu'à côté de celle des français ; la\nlangue, les mœurs, le caractère de nos bons wallons découlent de France, et les compositeurs\ndu pays sont invinciblement et tout naturellement attirés vers la mère-patrie de leur art qui\nest, je le répète, la France.\nCe thème pourrait être plus développé mais ces quelques mots serviront à traduire le fond\nde ma pensée.\n111. D. A quelles causes attribuez-vous le silence où restèrent plongées la plupart des\nœuvres théâtrales de nos compositeurs ?\nR. Je l'attribue à des causes différentes, et tout d'abord à l'inertie, à l'impardonnable\nindifférence du public belge pour le musicien belge, j'ajoute que cela ne se manifeste pas\nqu'aux choses de théâtre, mais aussi à toute page symphonique sortie de la plume d'un des\nnôtres. Je me souviens que l'année où nous annonçâmes que les 6 concerts Ysaye ne produi-\nraient que les meilleures symphonies et autres genres d'œuvres belges, nous fûmes atterrés en\nconstatant que notre abonnement déjà pas très riche en général, était tombé à la plus misérable\ndes pauvretés. Cela ne nous empêcha pas d'ailleurs de poursuivre notre but, mais force nous"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.71", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4048, "texte": "fut de constater que les 6 symphonies belges que nous produisîmes n'eurent tout juste qu'un\nsuccès d'estime, et que, administrativement, il eut mieux valu jouer l'Ouverture de Tannhauser\net en général de Y extra muros. Cette indifférence du public est-elle due au caractère même de\nnos compatriotes, caractère dont l'enthousiasme déborde bien difficilement ? Est-elle due à cette\nmystérieuse attraction qu'exerce sur nos foules tout ce qui vient de l'étranger ? Enfin, n'avons-\nnous aucun talent ? La question est difficile à résoudre ; en tout cas, du talent nous en avons.\nSi aucune de nos symphonies ni aucun de nos opéras ne sont marqués au coin du génie\nnovateur, il est indéniable que le talent est la. La musique est bonne, avec parfois de beaux\ncoups d'ailes, des élans remarquables. Beaucoup d'ouvrages étrangers à symphonie et de théâtre\nontétémieux accueillis, qui ne dépassaient pas ce dont nous sommes capables Et nous voici\ndirectement amené à votre 4me question. On ne peut incriminer les directeurs de notre scène\nd'opéra de ne pas être plus largement hospitaliers pour les œuvres lyriques belges, on n'a jamais\nvu de directeur qui ne marche pas au gré et au goût du public. La direction de la Monnaie a\nde lourdes charges, l'ut de poitrine est hors de prix et l'organe essentiel de sa vitalité est\névidemment d'ordre budgétaire. Soyez sûr, que le jour où le public s'intéressera à la production\nnationale jusqu'à affluer au théâtre, ces ouvrages resteront au répertoire courant. Briser l'indif-\nférence du public belge pour les siens, lui faire comprendre qu'il doit à ses enfants protection\net encouragement, lui inculquer comme chez les Scandinaves, chez les Russes et chez les\nAllemands 1 amour (nous nous contenterons de l'intérêt) des œuvres nationales ; lui indiquer\nqu il n a pas le droit de demander à l'art belge ce qu'il demande aux grands pays dont\n1 histoire musicale est la fois plus reculée et plus riche en génies novateurs. Certes nous eûmes\ndes musiciens de haute valeur, Pierre Benoit crée un sillon productif dans les Flandres, et\nFranck, (dont les Français firent leur profit) le crée pour les wallons ; nous marcherons donc\nchacun de notre côté dans la voix tracée par ces deux penseurs-musiciens bien belges, quoique\n1 un d eux fut français par un contrat de naturalisation ; mais il nous faut du temps, notre\nheure viendra, et plus vite qu'on ne pense, si le public ne nous refuse pas l'appui moral qui\nnous est nécessaire.\nVotre question V, qui a trait au concours d'Ostende est bénévole ; ce concours fut mal\norganise, il eut fallu d'abord mettre au concours un livret et le faire adopter par les directeurs\nde la Monnaie, on n aurait eu ainsi qu'à juger la musique ; et la meilleure réalisation du livret\neut dû être imposée au directeur comme ouvrage reçu ; au lieu de cela les membres du jury\nfurent en un cruel embarras : les uns trouvaient la musique bonne et le livret détestable, les\nautres choisisaient le livret en déclarant la musique inécoutable !!!... Nous n'en reparlerons\nplus, c'est à refaire.\nLa question VI : D. Les œuvres lyriques belges ne seraient-elles pas viables ?\nR.Singulière demande. 1 La vitalité de nos œuvres lyriques n'est pas douteuse, elles\nvivent ces œuvres mais ne marchent pas, et toujours pour les mêmes raisons. Je prétends que\nce que produit de bon le sol ou la pensée belge doit être valable ou viable pour un belçe.\nVII. Mais, nous voici au remède.\nJe vois d'abord la patience, le temps ; je vois la nécessité de continuer les efforts, la\nproduction sans se décourager. D'ailleurs n'est-ce pas la bonne souffrance et n'a-t-elle pas été\nressentie par les plus grands comme par les plus petits ? Je verrai comme remède actif et moins\nabstrait la création, aux époques de printemps, d'une saison symphonico-lyrique exclusivement\nbelge et aidée sinon organisée par le ministère des Beaux-Arts. Remarquez qu'une institution\nde ce genre fut creee en Suisse qui, elle, n'a plus à adresser à ses nationaux pareil question-\n\n1 Elle est évidemment ironique. R. L."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.72", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3479, "texte": "naire. J'ajoute que si les pouvoirs publics ne pouvaient intervenir dans une aussi large mesure,\non pourrait faire appel au concours particulier, et j'estime qu'on ne rencontrerait là aucune\ngrande difficulté. Remarquez encore qu'une des raisons multiples qui retardent l'éclosion\nd'oeuvres lyriques et le développement de l'intérêt de nos concitoyens, est justement ce fait,\nqu'on ne joue d'œuvres belges que de loin en loin. La saison d'art national que je conseille\naurait cela d'intéressant qu'elle grouperait nos œuvres théâtrales et symphoniques et que le\npublic pourrait juger où nous en sommes.\nVoilà donc un remède, et je dis que si on ne l'applique pas, nous en serons dans 20 ans\nk publier le même questionnaire auquel j'aurai l'honneur si je suis encore de ce monde\nde faire les mêmes réponses.\nM. BRUSSELMANS.\nApprouve : E. YSAYE.\nNous n ajouterons quun mot à cette belle réponse de notre grand virtuose et artiste. Nous pensons\ncertes comme lui que les musiciens continueront a écrire des œuvres, sans souci des encouragements, du\nsuccès. Et nous estimons que Vart doit rester libre, indépendant de toutes les tutelles, de toutes les con-\ntraintes. Sans doute sera-t-il possible de fusionner les efforts dans un sens large : c est notre espoir.\nQuoi qu'il en advienne, le projet préconisé par Eugène Isaye, d'une saison symphonico-lyrique belge, est\nà Vétude. Que dis-je, il est déjà, théoriquement, posé. Sa réalisation pratique, réunissant toutes les\ncollaborations, semble assurée d'un prompt aboutissement. Le peuple lui-même sera convié a entendre\nles chants de la race : n est-ce pas en lui que bouillonnent toutes ses forces vives, et n est-ce pas en lui\nque Von trouvera V dans la franchise et la virginité des élans. Nous e?i reparlerons\nsous peu.\nRéponse de M. PA/11l BGPgniailS, charge du cours d'histoire de la musique a F Université de\nG and) critique dramatique musical de la u Flandre libérale. \"\nMon cher Confrère,\nOui, les musiciens belges ont beaucoup écrit pour le théâtre depuis vingt ans, et ils sont\nen somme, assez facilement parvenus à se faire représenter sur les scènes de province et à la\nMonnaie. Dans l'ensemble, la valeur des partitions est infiniment supérieure à celle des livrets,\nce qui est certainement une première cause du peu de succès des pièces nationales.\nMais, malgré leurs qualités réelles, celles-ci ne permettent pas de reconnaître l'existence\nd'un art lyrique belge, si l'on entend par là une école spécifiquement différenciée des écoles\nétrangères.\nCe sont, pour la plupart, des tentatives de conciliation des deux grandes écoles allemande\net française ; quelques-unes se rattachent même à l'école italienne.\nOn constate ainsi chez les compositeurs belges cette tendance cosmopolite qui est carac-\ntéristique du génie belge et qui constitue une originalité suffisante, sinon prime-sautière.\nQuelques compositeurs ont, d'ailleurs, accentué la note nationale en puisant dans le fonds de\nla mélodie populaire, fonds d'une certaine richesse, surtout dans la région flamande.\nS'il n'y a pas à proprement parler de musique belge, on peut cependant admettre que les\nproductions lyriques de chez nous présentent certains caractères communs, et qu'elles sont\nassez importantes et assez nombreuses pour constituer un théâtre lyrique belge, qu'il soit\nd'expression française ou flamande, car la langue littéraire importe assez peu lorsqu'elle n'est\nque l'auxiliaire de cet admirable langage international, la musique."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.73", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2869, "texte": "Pourquoi ce théâtre a-t-il eu peu de succès jusqu'à présent ?\nD'abord, à cause de l'infériorité de la plupart des livrets, maladroits et peu scéniques.\nEnsuite, à cause du manque de soin avec lequel les œuvres nationales sont habituellement\nmontées sur nos théâtres.\nEnfin, et surtout, à cause de l'infériorité du public, si j'ose dire.\nJe parle ici évidemment du grand public, de celui qui remplit les salles et les caisses, de\ncelui qui fait l'indispensable succès d'argent.\nCe public est indifférent, et parfois maldisposé à l'égard d'œuvres du terroir, celle-ci\nfussent-elles égales ou même supérieures aux productions étrangères qu'il applaudit. Le vieux\nproverbe : aNul n'est prophète en son pays\", est malheureusement d'application courante en\nBelgique.\nLes artistes étrangers ont coutume de vanter le public belge. Et ils ont raison... à leur\npoint de vue.\nC'est précisément parce que le public belge est un bon public pour les étrangers qu'il est,\npour les artistes belges, un mauvais public, un public déplorable.\nTravailleur tenace et homme pratique, dont l'idéal réside dans un certain confort\nmatériel, le Belge n'est pas curieux d'art et de littérature. Il dérobe aux affaires une heure\nbrève qu'il consent à consacrer à quelque distraction intellectuelle. Mais il entend ne pas le\nfaire à l'aventure. Il faut à ses plaisirs la même sécurité qu'à ses placements. Il s'attache aux\nvaleurs \" de tout repos. \" Il veut entendre des pièces dont il sait que le succès a été consacré\npar les grands organes de la presse étrangère, qui sont pour lui des oracles. L'inédit l'effraie, et\nil est décidé, par principe, à ne pas s'y intéresser.\nLe belge appartenant au grand public applique à lui-même l'esprit de dénigrement qu'on\nlui reproche souvent : il se décerne, en matière de jugement artistique, un brevet d'incapacité.\nEt il a bien tort, car son bon sens et son esprit rassis sont des qualités qui valent bien tel\nsnobisme étranger.\nC'est cet état d'esprit national qu'il faudrait surtout tâcher de modifier. Eclairons notre\npublic, et inspirons-lui confiance dans les œuvres belges.\nIl ne suffit pas que celles-ci soient montées sur un théâtre, il est indispensable qu'elles y\nsoient jouées plusieurs fois, qu'elles s'y maintiennent.\nL'Etat et les pouvoirs communaux peuvent ici intervenir de façon efficace. Qu'ils stipulent,\ndans les théâtres qu'ils subventionnent, non seulement l'obligation de jouer un certain nombre\nd'actes belges, mais encore celle de les monter avec le même soin que les œuvres étrangères,\net de donner un minimum de représentations des œuvres reçues, huit à dix.\nLa présence répétée d'un titre sur l'affiche est la meilleure amorce pour un public comme\nle nôtre. Qaund nos compatriotes auront pris l'habitude d'aller voir les pièces belges, le\nthéâtre belge sera viable.\nBien confraternellement vôtre.\n\nPaul Bergmans."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-11-01-c071", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-11_01#c071", "volume": "bmtnabh_1912-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 74, "image_fin": 75, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.2.14", "titre_corps": "EDGAR TINEL", "titre_sommaire": "EDGAR TINEL", "signature_source": "René Lyr", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.74", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3334, "texte": "EDGAR TINEL\n\nEdgar Tinel est mort, le lundi 28 octobre. Il était né le 27 mars 1854. à Sinay, petit\nvillage des Flandres, près de S 1 Nicolas. Son père y était à la fois instituteur et chantre de la\nparoisse. Ce fut lui qui donna, au jeune musicien, révélant une vocation dès l'enfance, la\npremière éducation. A peine âgé de 7 ans, le petit prodige pouvait le remplacer à l'Eglise.\nIl fréquenta l'Ecole de Musique de S 1 Nicolas dès la huitième année. Adolphe Siret, l'écrivain\nconnu, protégea les débuts du fils de l'organiste. Grâce à lui, il fut envoyé à Bruxelles, où il\nsuivit les cours du Conservatoire, dirigé par Fétis. En même temps, pour augmenter ses\nmodiques ressources, Edgar Tinel donnait des leçons et s'engageait comme choriste à la\nmaîtrise de S 1 Gilles. Il étonnait par ses merveilleuses dispositions. Il eut pour professeurs\nBrassin, Joseph Dupont, Ferdinand KufFerath, A. Mailly, Adolphe Samuel et Gevaert. En\n1872 et en 1873, il remporta les premiers prix de virtuosité. On le vit participer à de\nnombreux concerts ; il publia ses premières œuvres. On rappelle qu'en 1876, il remplaça au\npied levé, dans un concert donné à Londres par la célèbre Georgina Weldon, amie de Charles\nGounod, un pianiste de renom. Son succès fut retentissant. L'année suivante, à 23 ans, Tinel\nobtenait le grand prix de Rome, avec sa cantate Klokke Roelandt. Nos lecteurs se souviendront\npeut-être de l'incident que nous notions, dans une esquisse consacrée au compositeur, il y a\nquelque trois ans. (S. L M. février 1909.) Au moment d'entrer en loge, le concurrent avait\nvoulu emporter, contrairement aux usages, un petit livre. Le jury lui accorda cette faveur. Ce\nlivre était l'lmitation de N. S. Jésus-Christ. Le trait révèle, dès lors, le sentiment profondément\nreligieux et chrétien auquel l'auteur de St Franciscus, indéfectiblement, se montra fidèle... Au\ncours des voyages qui suivirent l'attribution du Prix de Rome, Tinel écrivit des sonates, des\npièces pour orgue et piano, des motets, des chœurs, des mélodies. De cette époque datent\naussi les tableaux symphoniques : Polyeucte ;La Ballade des Trois Chevaliers, pour baryton,\nchœur et orchestre, et le poème lyrique Korenbloemen, pour ténor, chœur et orchestre. Le\npianiste renonce alors à la virtuosité pour s'adonner à la composition. En 1881, il est appelé à\ndiriger l'lnstitut Lemmens, à Malines. Il y forma beaucoup d'élèves : compositeurs et organistes.\nCet Institut est aujourd'hui l'école épiscopale interdiocésaine de musique religieuse. En 1887,\nle premier grand ouvrage d'Edgar Tinel : S 1 Franciscus, oratorio-dramatique, peut-on dire, fut\nexécuté à Malines même, puis à Bruxelles, l'année d'après, aux Concerts Populaires, et à\nFrancfort-sur-le-Mein. Le succès de cette œuvre commença la célébrité du musicien.\nFranciscus a été joué partout: en Hollande, en Allemagne surtout, où Tinel jouit d'une très\nhaute considération, en Autriche, en Angleterre, en Amérique. Nous l'entendîmes, il y a peu\nd'années, aux Concerts symphoniques de Tournai. En 1889, Tinel fut nommé inspecteur des\nécoles de musique du Royaume. En 1896, il prit le cours de contre-point et de fugue, laissé\nvacant par F. KufFerath, décédé. Ses Maria liederen (chants à Marie) furent composés dans\nces années, ainsi que la Messe a N. D. de Lourdes, à cinq voix, chantée pour la première fois"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.75", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 840, "texte": "en la cathédrale de Tournai. Godelieveparut en 1897. En 1905, à l'occasion des fêtes nationales\nde l'lndépendance belge, il écrivit un Te Deum,pour chœur et orchestre. Enfin, en 1909, il\nachevait Ste Catherine d'Alexandrie,légende dramatique, conçue encore sous une forme proche\nde l'oratorio. Jouée au Théâtre de la Monnaie, Ste fut accueillie par un très vif succès.\nOn l'a reprise l'an dernier. Il convient de mentionner encore une série d'œuvres liturgiques,\net le Chant Grégorien, théorie sommaire de son exécu\nC'est en 1909 qu'Edgar Tinel fut désigné à la succession de Gevaert, au Conservatoire\nde Bruxelles. Il l'a tôt suivi dans la mort. Edgar Tinel était Maître de Chapelle du Roi,\nMembre de l'Académie Royale de la Belgique, Président de la section belge de notre société\ninternationale de Musique, etc...\n\nRené Lyr."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-11-01-c073", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-11_01#c073", "volume": "bmtnabh_1912-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 76, "image_fin": 77, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.2.15", "titre_corps": "Peu de gens savent ce qu'il est, et cela est bien naturel, car il n'a qu'un an d'existence.", "titre_sommaire": "Peu de gens savent ce qu'il est, et cela est bien naturel, car il n'a qu'un an d'existence.", "signature_source": "Henri Maréchal", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.76", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3421, "texte": "Peu de gens savent ce qu'il est, et cela est bien naturel, car il n'a qu'un an d'existence.\nIl emprunte son mécanisme à celui de son aîné, deux fois centenaire, le \" Salon de peinture \"\nbien entendu, à la différence près des exigences particulières à chacun.\nVoilà bien le moment de rappeler le cliché tant de fois entendu : \"Avec un clou au\nmur, le peintre peut exposer son tableau ; mais le musicien !... \" 11 est de notoriété qu'un clou\nne saurait lui suffire : ce clou n'ayant sa raison d'être que figurément, est considéré comme\ngrande attraction d'un programme !... Mais, déjà, sous le couvert d'une vague synonymie,\nvoici que le lien s'établit entre les deux \" Salons \" : celui des peintres et celui des musiciens.\nDans le premier, fonctionne un jury d'examen chargé d'admettre, de refuser, de classer\net de récompenser les œuvres envoyées. C'est exactement ce qui se passe au \"Salon\" des\nmusiciens. Le jury de peinture est composé d'artistes ayant fait leurs preuves ; le comité\ncar, chez les musiciens, le gouvernement prend ce nom de professionnels reconnus.\nCe comité réunit les noms de MM. Balay, Ph. Bellenot, Georges Caussade, Mme Chaminade,\nMM. Auguste Chapuis, Henri Dallier, Claude Debussy, E. Destenay, Louis Diémer, Paul\nDukas, Camille Erlanger, G. Falkenberg, Eugène Gigout, Reynaldo Hahn, Georges Hue,\nJean Huré, Albert Lavignac, Fernand Leborne, Charles Lefebvre, René Lenormand, Xavier\nLeroux, H. Letocart, Henri Libert, Henri Lutz, Henri Maréchal, Jules Meunier, Jules\nMouquet, Périlhou, Ch. Planchet, Paul Puget, Raoul Pugno, Henri Rabaud, Charles René,\nCh. Silver, Georges Sporck, Maxime Thomas, F. de la Tombelle, Charles Tournemire,\nPaul Vidal, André Wormser.\nNul ne pourra nier le caractère largement éclectique d'un tel groupement ; et ce n'est\nsans doute pas sans quelque surprise de se trouver réunis autour du même tapis vert ces\nsortes de tapis sont obligatoirement verts ! que ces noms s'unirent, néanmoins, dans la plus\ncordiale des ententes.\nLorsque les statuts, le règlement, le bureau, enfin, furent constitués, à l'entrée de l'hiver\nIQII, une note fut adressée à la presse de Paris et des départements. Des centaines de\njournaux voulurent bien lui prêter leurs trompettes et, à la suite d'une telle fanfare, les envois\nne manquèrent pas d'arriver nombreux, d'autant plus, que tous les genres étaient admis à\nl'exception des seules compositions d'orchestre ; le \" Salon \" ne pouvant songer, alors, à un\ncoûteux développement qu'il n'est pas loin de prendre, d'ailleurs. Mais, n'anticipons pas. Ces\nenvois de manuscrits ou d'œuvres publiées comprenaient des sonates, des trios, des quatuors,\ndes quintettes, des mélodies, des chœurs, des soli pour divers instruments, des pièces d'orgue, etc.;\nils furent d'abord examinés ; puis, à la suite d'une lecture au piano, classés définitivement.\nIci, une parenthèse : Cet examen ne porta nullement sur les particulières aux auteurs:\nces tendances étant affaire entre eux et le public seulmais, ici, le \"Salon \" des peintres donne encore\nl'exemple : dans son examen préalable il a le devoir d'écarter les chimères de pauvres détraqués qui\nne savent pas au juste si le nez est réellement au milieu du petit visage; les audaces de certains qui\ncambriolentla notoriétéau moyendu scandale en tentant d'exposer les pires obscénités; les opinions\nde quelques autres, affichées en des toiles où sont bravées les élémentaires convenances, etc., etc."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.77", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3892, "texte": "De même au Salon des musiciens à cela près, encore une fois, des moyens qui sont le\npropre de chaque art. Si les mœurs et les convenances n'eurent rien à redouter en ces\nenvois, les chimères ne manquèrent pas d'y tenir leur place !\nQu'entendez-vous par chimères, dira-t-on ? Le comité entend par chimères, des pages de\nmusique qui évoquent l'âge heureux où les petits garçons illustrent leur Histoire de France en\noctroyant une pipe à tous les portraits de rois, à commencer par Pharamond, bien entendu ;\ndes œuvres (!) où le rudiment le plus élémentaire du Solfège doit subir le plus irréductible\ndédain ; des essais, enfin, à ce point informes qu'ils seraient absolument inexécutables !\nEt si l'on mettait en doute l'existence de pareilles folies, il suffirait de rappeler qu'un\njour, dans un très important concours d'opéras, au Ministère des Beaux-arts, le jury découvrit\nune partition sur laquelle l'auteur avait épinglé cette note candide : \"Je n'ai pas eu le temps\nd'écrire la partie de contrebasse. \"\nCar, hélas, la caricature de l'art se trouve inconsciemment à la portée de tous ceux qui,\nlentement, se sont pénétrés de cette conviction qu'en ignorant jusqu'à l'alphabet ils ne seront\nque plus originaux !\nA la suite de ce lot vite écarté, apparurent, en plus grand nombre, des œuvres discutables,\ncertes, où est celle qui ne l'est pas ? mais qui, néanmoins, par une facture suffisante,\nadroite en certains cas, par un juste instinct de l'expression, par leur tenue générale, se\nmontraient dignes d'une exécution publique. Enfin, une réserve de choix vint montrer par sa\nréelle valeur que dans les rangs serrés des inconnus se trouvent des musiciens qui seront\npeut-être célèbres demain !\nPourvu de ces divers manuscrits, le comité esquissa des plans de programmes, en arrêtant\nmême les deux premiers. Ceux-ci vinrent illustrer deux soirées d'essai, en se plaçant sous la\ntutelle des six membres de l'lnstitut qui voulurent bien accorder au \" Salon \" le haut patronage\nde leur personnalité et accepter le titre de \" Membres d'honneur\nEn une première soirée par invitations, le 16 Janvier 1912, des œuvres de Massenet,\nSaint-Saëns, Théodore Dubois vinrent encadrer une chaleureuse causerie de M. Augé de\nLassus, chargé d'expliquer à un auditoire nombreux, réuni dans un local de fortune, ce\nqu'était et le but que poursuivait le Salon des musiciens français. Le succès fut très vif et\npermit de bien augurer de la seconde soirée qui eut lieu le 19 février suivant, Salle Trévise,\navec des œuvres de Paladilhe, Gabriel Fauré et Ch. M. Widor formant escorte à une autre\ncauserie fort documentée et fort attachante de M. André Parmentier.\nCette nouvelle tentative privée, en présence, néanmoins, d'un auditoire empressé et\nprompt à souligner les excellentes choses dites comme les belles pages exécutées, vint dé-\nmontrer que, dès lors, la porte pouvait s'ouvrir au véritable public, à celui qui paie sa place\nd'après un tarif, d'ailleurs accessible à tous, et chargé, seulement, de couvrir les frais d'éclairage,\nd'impressions, de police, d'employés, de droits, etc.\nLa Salle Trévise devint alors celle des neuf séances publiques qui allaient suivre. La\npremière eut lieu le 9 mars sous la présidence de M. Léon Bérard, Sous-Secrétaire d'Etat des\nBeaux-Arts, auprès de qui l'on avait fait valoir le caractère exclusivement national du \"Salon\".\nArrivé cinq minutes avant le commencement du concert, M. Léon Bérard ne quitta son\nfauteuil qu'après le dernier accord frappé. Peut-être était-il venu avec l'intention de seulement\nfaire acte de présence en un milieu dont sa fonction même ne saurait le désintéresser ; mais la\nvigueur de ses applaudissements, le mot aimable qu'il sût trouver pour chacun, vinrent confir-\nmer qu'à cette soirée il avait pris quelque plaisir, tout comme si lui eût été contée !\nEt huit séances succédèrent à celle-là.\n(A suivre.)\n\nHenri Maréchal."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-11-01-c075", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-11_01#c075", "volume": "bmtnabh_1912-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 78, "image_fin": 78, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.2.16", "titre_corps": "LES FAITS DU MOIS", "titre_sommaire": "LES FAITS DU MOIS", "signature_source": "Swift", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.78", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2449, "texte": "LES FAITS\nDU MOIS\nSwift.\n10 OCTOBRE AU 10 NOVEMBRE\nMatch de boxe en quatre rounds entre Albert Mx\nde la perception du droit des pauvres : le directeur\nplus hautaines allégories, avait symbolisé /' Assistance Publique par un touchant escadron d'ouvreuses,\nle brassard à l'humérus et Vescarcelle au fémur. Mr Mesureur, qui n'entend rien au symbolisme\ncroit à une sanglante ironie et appelle à son secours\nquelle ardeur ces hauts personnages discutent leurs\ns'humecter de bien douces larmes. MT Camille le Senne apprend aux musiciens qui Vignoraient et\nrappelle à ceux qui l'avaient oublié que Chopin rep\npeine autour de cette glorieuse tombe quelques rares mélomanes fidèles h la religion du souvenir\nS? MT G. de Pawlowski affirme \"qu il existe a Parts quelques compositeurs de talent, voire même\nde grand talent, mais que Gustave Charpentier est évidemment le seul qui ait construit à l'heure\nactuelle une œuvre musicale véritablement nouvelle.\npas partie de l'lnstitut il est notre plus grand compo \"\ndémission de professeur de la classe d'orchestre au Conservatoire et Mr Jean Nougués donne la\nDanseuse de Pompeï à l'Opéra-Comique : ces deux\nLa section musicale de l'lnstitut refuse de se ranger à l'avis de M 1 de Pawlowski et écarte la\ncandidature de Gustave Charpentier au fauteuil de\nmilieu des prétendants : Messager, Broussan et Carré la serrent de près et lui font à l'oreille les plus\nséduisantes promesses ; très embarrassé, Fauré, qui a des lettres, leur répond que son orchestration n'est\npas terminée. Mne Cécile Sorel fait une conférence sur le mariage de la musique et de la Poésie ;il\ns'agit évidemment d'un mariage de raison. Gusta\nles peintres, les sculpteurs et les graveurs de la Maison : Mr Gabriel Pierné,, beau joueur, inscrit aussitôt\na son programme une œuvre du musicien qui vient\nAstruc, s'étant adroitement grimé en Ulysse descendant du dernier bateau, se présente brusquement à\nPénélope qui se laisse tomber dans ses bras : les autres prétendants affolés, s'entretuent, Mr Jean\nNougués déclare officiellement que sa Danseuse de Pompéï \" est le résultat d'un travail assidu et\nd'efforts loyaux avec lui-même pour toujours progresser dans la voie qu'il s'est tracée. \" La cruauté\ninouïe de cette menace provoque une consternation gén\nd'lndy, directeur de la Schola Cantorum est nommé à la classe d'orchestre du Conservatoire\nNational de musique et ae déclamation : tous les mu\ndécontenancés, guelfes et les petits gibelins"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-11-01-c078", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-11_01#c078", "volume": "bmtnabh_1912-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 79, "image_fin": 80, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.2.17", "titre_corps": "Revue de la Presse Quotidienne", "titre_sommaire": "Revue de la Presse Quotidienne", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.79", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4623, "texte": "Revue de la Presse Quotidienne\nLES BACCHANTES\njTŒtter\nM. Alfred Bruneau, qui avait cou-\ntume de collaborer avec Zola, collabore\ncette fois avec Euripide. C'est un bel\navancement. \" Jamais Euripide n'avait\nété à pareille fête \", a dit quelqu'un. Je\nsuis moins certain qu'Euripide eût été si\nenchanté de l'aventure 5 mais on ne lui\na pas demandé son avis. Je dois à\nM. Bruneau quelques bons moments,\npuisqu'il m'a fourni l'occasion de relire\nla tragédie du poète athénien. Elle est\nadmirable. Le ballet l'est un peu moins.\nNon pas qu'il soit précisément désagréa-\nble ou ennuyeux : mais il est insignifiant.\nCe n'était vraiment pas la peine de\nprendre un si glorieux collaborateur et\nun si beau sujet pour aboutir à si peu de\nchose. M. Bruneau a eu le souci de ne\npas troubler la digestion des abonnés.\nSa musique est bien sage et bien dis-\ncrète. Les thèmes sont clairs, mais peu\noriginaux et peu expressifs : l'orchestra-\ntion est simple, mais lourde et sans\ncouleur...\nMais en somme, l'œuvre a tout l'air\nd'être un essai de jeunesse, comme le\nbruit en a couru ; j'ignore s'il est exact ;\nil est certainement vraisemblable.\nPAUL SOUDAY.\nL'ECHO DE PARIS\nLa partition, qui n'a pas encore paru\net qu'il est difficile d'apprécier en une\nseule audition, apportera plus d'une sur-\nprise aux admirateurs de M. Bruneau.\nDans cette œuvre (qui est, je crois, une\nœuvre de jeunesse) ils trouveront un\nabandon et une facilité fort savoureuses.\nIls y verront aussi une orchestration\nvigoureuse et luxuriante, une puissance\nrythmique, un souci de la vérité dans\nl'expression, qui caractérisent les œuvres\nplus récentes de l'auteur du Rêve. Il faut\nlouer encore le parti pris d'unir les\ndiverses scènes du ballet, de le moins\ndécouper en numéros,— et aussi l'ingé-\nnieuse idée d'avoir mêlé des chants\népisodiques à la trame orchestrale.\nADOLPHE BOSCHOT.\nLE FIGARO\nToutes les œuvres de M. Alfred Bru-\nneau témoignent d'une sincérité pro-\nfonde et d'une noblesse de caractère qui\nne s'est jamais démentie. Son ballet, si\nlégère qu'en soit par essence la mise en\nœuvre, reste en parfaite harmonie avec\ntout ce qui est sorti jusqu'ici de sa\npensée et de son cœur : il est généreuse-\nment conçu ; ses idées largement venues\net largement traitées sont claires et\nfranches 5 ses rythmes sont souples et\nnets ; son orchestre, sans surcharge, sonne\nbrillamment.\nJ'ai déjà dit que M. Alfred Bruneau\ns'était soumis, dans les Bacchantes, aux\nlois impérieuses du ballet 5 c'est dire que\nsa partition ne se développe pas sans\narrêt, mais qu'elle est, au contraire,\ndivisée en morceaux distincts. Quelques\nrappels mélodiques s'y font entendre 5\nmais c'est évidemment la diversité de\ncoloris que le musicien semble avoir\nsurtout recherchée.\nGABRIEL FAURE.\nLA LIBERTÉ\nQue ceci reste à distance respectueuse\nd'Euripide, vous n'en doutez point.\nCependant, le fait seul que les auteurs\ndes Bacchantes n'aient pas craint de\nréclamer un tel parrainage, indique qu'ils\nprennent le ballet très au sérieux, et\ndans un esprit qui n'est pas commun en\npareille matière.\nOn a dit que la partition des Bac-\nchantes était une œuvre de jeunesse. Je\nne serais pas étonné que ce fût vrai.\nAvec de l'abondance mélodique, les idées\net souvent l'écriture même n'y ont pas\ntoute la personnalité ni cette sorte\nd'âpreté recherchée qui marquent la\npuissante maturité de M. Bruneau. Et\nj'aurais attendu de lui, aujourd'hui, la\nconception d'une forme d'ensemble plus\nhardiment libérée. Il a conservé la coupe\npar morceaux détachés j mais grâce au\ndessin de ces morceaux, à leur caractère,\nsouvent à leur développement, grâce à\nla façon dont leurs thèmes, ramenés en\nd'autres places, s'enchevêtrent, le senti-\nment d'unité n'est pas rompu. Certains\nde ces thèmes jouent le rôle de leitmotiv :\npar exemple le thème antique symbo-\nlisant le culte de Bacchus, sous sa double\nforme de danse et de prière ou la\nmarche pompeuse et brutale qui caracté-\nrise Penthée. Et partout vous reconnaî-\ntrez, jusque dans sa façon de se plier aux\nnécessités du genre, la fermeté volontaire\nde M. Bruneau et son instinct du mouve-\nment, la franchise vigoureuse de son\ncoloris, son énergie rythmique surtout,\nqui ne s'est jamais plus complètement\naffirmée, GASTON CARRAUD.\nLE JOURNAL\nM. Bruneau, dont le talent m'a sou-\nvent procuré de nobles plaisirs, m'appa-\nraît, à travers ses œuvres, comme un\nmystique chrétien, si l'on veut bien\ndépouiller ce dernier mot de tout ce\ndont l'a affublé le catholicisme,\ncomme un poète austère, tendre et fra-\nternel, exaltant, en ses larges chants\nvirils, rustiques et nus, aux accents\nrobustes, des chants où il y a du soleil\net de l'espace, l'avènement du bonheur"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.80", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 6616, "texte": "humain fondé sur le travail et sur\nl'amour un amour viril, pur et fécon-\ndant. Or, les Bacchantes d'Euripide n'ont\nrien à voir avec tout cela. Le dieu qui\ntriomphe est ici Bacchus, c'est-à-dire le\ndieu du vin enivrant, de la sensualité\ninsatiable et sauvage, de la luxure, je\ndirai presque du luxe, toutes choses\nque M. Bruneau, jusqu'à présent, paraît\nn'avoir point célébrées. Peut-être n'avais-\nje pas tout à fait tort en pensant que\nM. Bruneau ne parviendrait pas du\npremier coup à devenir morbide et\nvoluptueux, à muer sans quelque effort\nen mollesse asiatique sa belle et franche\nrudesse. Il m'a semblé, en effet, mais\npeut-être était-ce par l'influence d'une\nsotte prévention, que la musique des\nBacchantes était souvent trop occidentale,\net que, dans les passages exigeant de la\ngrâce, elle n'était pas toujours exempte\nde convention. M. Bruneau a souvent\nmarqué, dans ses intéressants articles,\nun léger mépris pour la grâce et pour\nl'élégance. Il est juste que ces divinités\ncharmantes se vengent un peu des\nrigueurs qu'il leur infligea et lui révèlent\naujourd'hui en souriant que leurs faveurs\nsont parfois difficiles à conquérir.\nREYNALDO HAHN\nLA DANSEUSE DE POMPÉI\nLA LIBERTÉ\nM. Jean Nouguès, quand il parle dans\nles journaux, se met lui-même, avec\nassez de tact, à sa place ; mais il est\npermis d'estimer abusive la place qui lui\nest accordée sur le marché, en un temps\noù il n'est personne qui ne plaigne\nl'insuffisance des débouchés que notre\npays peut offrir à ses musiciens. En\ntrois ans, M. Nouguès cela ne s'était\njamais vu a fait représenter cinq\nouvrages à Paris, dont deux sur la même\nscène subventionnée. Autant en emporte\nle vent : c'est vrai. Cependant, il ne\nfaut pas oublier que le nombre des\npremières représentations que nos théâ-\ntres lyriques donnent chaque année est\nlimité. Tandis que le service de M. Nou-\nguès absorbe tant de jours et de soins,\nde talents et d'argent, des musiciens\nexcellents se morfondent dans l'attente :\nles uns, qui savent profondément la\nmusique ; les autres, qui consacrent leur\nvie à l'apprendre, animés de la pieuse\nconscience de ce que c'est que l'art, et\ntout leur avenir suspendu à un début\ndifféré. Voilà ce qui, tout de même, a\nde l'importance dans l'affaire. Quant au\nreste, il suffit évidemment de penser\nque dans le même moment s'élaborent\nchez nous des œuvres telles que la\nPénélope de Gabriel Fauré et le Saint\nChristophe de Vincent d'lndy, pour\nconsidérer les choses, comme le voulait\nRenan, du point de vue de Sirius.\nGASTON CARRAUD\nQuand, vers la fin de 1909, M. Jean\nNouguès, complètement inconnu, vit\ns'ouvrir devant lui les portes de la salle\nFavart, je rendis justice aux qualités\nd'homme de théâtre qui semblaient être\nles siennes et je lui souhaitai de réflé-\nchir, de travailler assez sérieusement,\nassez patiemment pour pouvoir produire\nquelque jour une œuvre véritable. Mon\nvœu ne se réalisa malheureusement pas.\nEn trois ans, l'auteur de Chiquito fit\njouer cinq partitions dont aucune n'est\nsupérieure aux autres. Il n'essaya nulle-\nment d'acquérir un talent solide et\noriginal. Le prodigieux succès ce Quo\nVadis ? paraît l'avoir aveuglé, immo-\nbilisé, et tel il était à ses débuts, tel\nnous le retrouvons maintenant. On le\nregrette sincèrement.\nALFRED BRUNEAU.\nL'ECHO DE PARIS\nLa partition de M. Nouguès, ainsi\nque l'aurait dit La Bruyère, \" est im-\nmédiatement au-dessous de rien\". Quoi\nqu'on y cherche, on ne l'y trouve pas.\nNi beauté, ni art, ni élégance, ni expres-\nsion, ni mouvement. De travail thé-\nmatique, de développement, d'invention\norchestrale, pas la moindre trace. Les\nidées mélodiques, si l'on ose se servir de\nce terme, échappent à tout qualificatif,\ncar elles demeurent dans le non-être. Ce\nsont des suites de notes qui restent\nau-dessous du flasque, de l'informe, du\nbébête et du pleurnichard.\nDès lors, pourquoi monter une telle\npièce sur un théâtre national et subven-\ntionné ? Certes, tout le monde peut se\ntromper, et même un directeur de\nthéâtre, et même M. Carré. Toutefois,\naprès d'autres bousillages de M. Nou-\nguès, après Chiquito, après d'étranges\nreprésentations en province, après les\nprotestations unanimes des auditeurs\ncultivés et des critiques sérieux, pour-\nquoi, alors qu'il y a tant d'autres\nauteurs intéressants, jeunes encore ou\ndéjà célèbres, et alors qu'on ne joue\npresque pas les classiques pourquoi\nhospitaliser cette musique misérable ?\nADOLPHE BOSCHOT.\nIndifférent en apparence aux recher-\nches d'expression ou de pittoresque qui\npassionnent en ce temps nos meilleurs\nmusiciens, M. Nouguès n'a point usé de\nses succès passés pour transformer sa\nmanière, pour faire de sa musique autre\nchose qu'un complément de la matière\ndécorative, pour en faire un élément qui\nait sa vie propre, sa propre beauté ou du\nmoins son propre intérêt. Mélodique,\ncertes, et facilement mélodique, nul n'en\ndisconviendra, la partition de M. Nou-\nguès, accuse, sinon une forme plus\ncaptivante, du moins une mise en œuvre\nplus soignée et un orchestre d'un plus\nsûr équilibre et d'une meilleure sonorité.\nLe mouvement, l'animation extérieure\nne lui font pas défaut, non plus qu'une\ncertaine expansion facile mais généreuse\ndans le lyrisme 5 mais on eût souhaité\nque M. Nouguès profitât de ses succès\npour lui donner des raisons moins fra-\ngiles et où, avec plus de réflexion et\nmoins d'abandon, la musique ait plus de\nplace.\nROBERT BRUSSEL.\nJ'ai entendu dire un jour à M. Jean\nNouguès : \" Il est si difficile d'écrire un\nopéra et si facile d'écrire un article de\ncritique ? \" Mon Dieu, cela dépend. Cer-\ntains opéras ne sont pas très difficiles à\nécrire 5 dans ceux de M. Nouguès, par\nexemple, il semble que \" l'écriture \",\nnotamment, n'ait pas dû coûter à l'au-\nteur un effort très assidu. Et, par contre,\non est souvent fort embarrassé pour\nécrire un article où l'on souhaiterait\nque la courtoisie ne le cédât en rien à la\nsincérité. Mais, après tout, est-il besoin\nde tant de prudence envers un auteur\naussi heureux que l'est M. Jean Nou-\nguès, un auteur qui, en quatre ans, a eu\nquatre ouvrages joués à Paris, dont l'un\navec un succès retentissant et qui, de ce\nfait, est sans doute autorisé à voir partout\ndes envieux, à méconnaître la loyauté\ndes avis qu'on lui donne et à n'en tenir\naucun compte, ainsi qu'il l'a témoigné\nen négligeant avec persistance, malgré\nles exhortations les plus désintéressées,\nd'acquérir, par des études sérieuses et\npar la lecture des maîtres, quelques\nnotions de technique et un semblant de\nstvle ? Certes non. S'il fallait absolu-\nJ\nment classer M. Nouguès dans une\ncatégorie de musiciens, ce ne pourrait\nêtre que parmi ceux dits de \" tempéra-\nment\nREYNALDO HAHN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-11-01-c080", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-11_01#c080", "volume": "bmtnabh_1912-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 81, "image_fin": 81, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.2.18", "titre_corps": "Mémoires d'un amnésique", "titre_sommaire": "Mémoires d'un amnésique", "signature_source": "Erik Satie", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.81", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2103, "texte": "Mémoires d'un amnésique\nMES TROIS CANDIDATURES\nErik Satie.\n(fragment).\nPlus heureux que moi, Gustave Charpentier est membre de l'lnstitut\nde France. Qu'il reçoive ici-même les tendres applaudissements d'un\nvieil ami.\nJe fus, trois fois, candidat à la Délicate Réunion : fauteuil d'Ernest\nGuiraud ; fauteuil de Charles Gounod ; fauteuil d'Ambroise Thomas.\nM.M. Paladilhe, Dubois & Lenepveu me furent, sans raison du reste,\npréférés. Et cela me fît grosse peine.\nBien que n'étant pas très observateur, il me sembla que les Précieux\nMembres de l'Académie des Beaux-Arts usaient, devers ma personne, d'un\nentêtement, d'un voulu frisant l'obstination la plus calculée. Et cela* me fît\ngrosse peine.\nAu temps de l'élection de M. Paladilhe, mes amis me dirent :\n\" Laissez faire : plus tard, il votera pour vous, Maître. Sa voix sera d'un\n\" grand poids Je n'eus ni son vote, ni sa voix, ni son poids. Et cela me\nfit grosse peine.\nAu temps de l'élection de M. Dubois, mes amis me dirent :\n\" Laissez faire : plus tard, ils seront deux qui voteront pour vous, Maître.\n\" Leur voix sera d'un grands poids. \" Je n'eus ni leur vote, ni leur voix,\nni leur poids. Et cela me fît grosse peine.\nJe me retirai. M. Lenepveu crut qu'il serait de bon ton d'occuper un\nfauteuil qui m'était destiné, et ne vit pas l'inconvenance qu'il y avait à le\nfaire. Il s'assit froidement à ma place. Et cela me fît grosse peine.\nToujours avec mélancolie, je me souviendrai de M. Emile Pessard,\nmon vieux Compagnon de lutte. J'ai pu constater, à plusieurs reprises,\nqu'il s'y prenait fort mal, sans aucune habileté, manquant de la plus simple\nastuce. Il ne sait pas ; et Ton voit trop qu'/7 ne sait pas. Pauvre bon Mon-\nsieur ! Combien il aura du mal à se caser, à se faufiler à travers un sein\npour lui si peu aimable, pour lui si peu accueillant, pour lui si peu hospita-\nlier ! Voilà vingt ans que je le vois s'arc-bouter à cet ingrat, à ce maussade,\nà ce triste objet ; tandis que les subtils compères du Palais-Mazarin le\nregardent étonnés, tout surpris de sa ténacité incapable et de sa pale\nimpuissance.\nEt cela me fait grosse peine."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-11-01-c081", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-11_01#c081", "volume": "bmtnabh_1912-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 82, "image_fin": 82, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.2.19", "titre_corps": "Çà et Là", "titre_sommaire": "Çà et Là", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.82", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2665, "texte": "Çà et Là\nL'Ecole des Hautes Etudes sociales annonce pour cette année le programme suivant de\nsa section de musique, placée sous la direction de notre collègue A. Pirro, docteur-ès-lettres.\nLes musiciens de la Renaissance fratiçaise^Henry Expert.\nXFIV\" siècle (musique de théâtre), André Pirro. L. Rosst, t. Cavalliy Henri Prunières.\nLes salons de musique auXI'IV' et au XVIIIe G. Cucuel.\ninstrumentale auXFIIIe siècle,L. de la Laurencie.\nvatoire, J. Tiersot, Grètry, id. Quelques tendances de la musique contemporaine, Calvocoressi.\nLa musique celtique^M. Duhamel.\n*\n* *\nAjoutons que M. André Pirro vient d'être nommé titulaire de la chaire d'histoire\nmusicale à la Faculté des lettres de Paris en remplacement de M. Romain Rolland.\n*\n* *\nLa société J. S. Bach (salle Gaveau) sous la direction de Me Gustave Bret annonce pour\nla saison 1912-1913 quatre concerts : le vendredi 22 novembre la avec\nune magnifique distribution vocale qui réunira les noms de M 1\"\"\" de Wienawska et Croiza,\nMM. Georges Walter (de Berlin) et Zalsman (de Rotterdam) ; le 13 décembre, Eole Apaisé\net Cantate de la Réjormation \" Ein fest Burg \";le 7 mars 1913, la Passion selon St Matthieu,\net en avril, un concert de musique de chambre avec le concours de Me Paderewski.\nLes jeudis, veille de chaque concert avec orchestre, répétition générale publique.\n* *\nL'Opéra de Nice aura, en février, la primeur d'un opéra de Manuel de Falla sur un\nlivret de Paul Millet.\n*\n* *\nLe pianiste Hjalmar Hedlund qui s'est très heureusement consacré à la diffusion de la\nmusique suédoise a fait connaître et applaudir en Suisse des œuvres de Lennart Lundberg,\nPetterson-Berger, Wilhelm Stenhammar et Joseph Eriksson.\n%\n* *\nLe journal \" L'Express Musical \" de Lyon ouvre un 16e Grand Concours pour la\nComposition d'un morceau pour chant et piano de genre absolument libre, sur une poésie au\nchoix des concurrents.\nNombreux prix dont cent francs au premier. Demander le règlement à M. Reuchsel,\n42 place de la République à Lyon, (joindre 15 centimes en timbres).\nOn sait l'importante manifestation de musique française moderne qui vient d'avoir lieu à\nSchwérin, grâce à l'initiative du Professeur Henri Marteau, et à l'appui de la célèbre Maison\nde Pianos Perzina. En plusieurs concerts d'orchestre et de musique de chambre, et en deux\nreprésentations au Théâtre, la musique française, de Rameau à Debussy, et de Franck à\nVincent d'lndy, s'est présentée à l'attention recueillie d'un public nombreux. Le Maître\nSaint-Saëns, MM. Marteau, Pugno, Madame Marie Debogis, et le chef d'orchestre Kaehler,\navaient prêté leur brillant concours à ces belles fêtes, auxquelles notre patriotisme applaudit de\ntout cœur."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-11-01-c082", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-11_01#c082", "volume": "bmtnabh_1912-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 83, "image_fin": 83, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.2.20", "titre_corps": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.83", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2493, "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSÉANCE DU 31 OCTOBRE 1912\nLa séance est ouverte à la Bibliothèque de l'opéra à 4 h. 1/4, sous la présidence de\nJ. Ecorcheville, président.\nEtaient présents: MM. L. de La Laurencie, Prod'homme, Banés, Ténéo, Allix, Cucuel,\nDr. M. Laugier, Dauriac, Bouvet, Peyrot, Vinée, Guérillot, Dolmetsch ; Mmes, Wiener-\nNewton, Daubresse et Pereyra. S'étaient excusés : Mme Filliaux-Tiger, MM. Mutin,\nGaveau, Bosc, Landormy, A. Laugier.\nLe président remercie MM. Banés et Ténéo de l'hospitalité qu'ils veulent bien accorder\nà la Société dans la salle vaste et somptueuse de la Bibliothèque de l'opéra. Il souhaite la\nbienvenue à M. Théodore Gerold, président de la Section de Francfort, de passage à Paris\net présent à la séance. Après adoption du procès-verbal, la candidature de M. Tessier,\nprésentée par MM. Pirro et Peyrot est acceptée.\nLe président annonce que M. de Bertha, souffrant a demandé l'ajournement de la\ncommunication, inscrite par lui à l'ordre du jour. Il fait part à la Section du décès de\nM. Charles Ruelle et donne lecture d'une lettre de M. Félix Naquet, exécuteur testamentaire\nde Charles Malherbe, par laquelle celui-ci le prie de vouloir accepter une monnaie antique,\nmontée en bague, et portée par le regretté président de la Section de Paris. M. Ecorcheville\nfait hommage à la Section de ce pieux souvenir et en confie la garde à l'archiviste.\nLa Section règle ensuite l'ordre de ses travaux pour l'année courante. Elle fixe la date de\nl'Assemblée Générale au lundi 25 novembre à 4 heures 1/4, et inscrit des communications de\nMM. Bouvet, Dolmetsch, Brenet et Dauriac.\nM. Peyrot présente une série d'observations sur la manière dont sont faits les achats de\nmusique, théorique et pratique, ancienne et moderne, dans les grandes bibliothèques de Paris.\nAprès discussion, la section décide d'intervenir auprès des membres de la société, placés à la\ntête de ces bibliothèques, et de chercher avec eux le moyen de remédier à cet état de choses.\nLe président rappelle la nécessité de préparer dès maintenant le Congrès de 1914. Il\nannonce qu'une commission provisoire, composée du comité de la Section et de M.M. Brenet,\nChantavoine, Emmanuel, Gariel et Tiersot a déjà tenu plusieurs séances, envoyé un question-\nnaire à toutes les Sections de la Société, et constitué les éléments d'un Comité Général du\nCongrès dont M. Roujon a bien voulu accepter la présidence d'honneur et M. Louis Barthou\nla présidence effective.\nLa séance est levée à 6 heures."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-11-01-c083", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-11_01#c083", "volume": "bmtnabh_1912-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.2.21", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1356, "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE T>ES\nAMIS DE LA\nCOMITÉ D'HONNEUR\nM.. le Président d\nAï. le Ministre de V Instruction\nM. le Sous-Secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts.\n*\nM. Gabriel Fauré, Directeur du Conservatoire.\nTA. Henry Marcel\\ ancien Directeur des Beaux-Arts, Administrateur général\n\\ > ■ - de la Bibliothèque Nationale.\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nPRÉSIDENTE D'HONNEUR\nS. A. R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\nBUREAU\nPRÉSIDENT\nM. LE COMTE GASTON CHANDON DE\nBRIAILLES.\ny\nVICE-PRÉSIDENTS.»*\nM . LE PRINCE A. D'ARENBERG, de r Institut.\nM. Louis BARTHOU^\ndes scea\nM. GUSTAVE BERLY,\nM. J. ECORCHEVILLE, t s-lettres.\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nSECRÉTAIRE DU CONSEIL\n'n\nM. J. PASQUIER.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M, GEORGES CASELLA.\nMEMBRES DU CONSEIL\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, directeur général hono-\nraire au ministère des finances.\nM. LÉON BOURGEOIS,\ndu Travail.\nM. GUSTAVE BRET.\nM. GUSTAVE CAHEN.\nMME MICHEL EPHRUSSI.\nMME LA COMTESSE GÉRARD DE GANAY\nM. FERNAND HALPHEN.\nMME LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMME LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.,\nMME DANIEL HERRMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nMME GEORGES KINEN.\nMme LA COMTESSE PAUL DE PoURTALÈS.\nM. A. PRÈGRE.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND.\nM. ALEXIS ROSTAND, Président du Conseil\nd* Administration du\nd'Escompte de Paris.\nM. LOUIS SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nM. 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ALEXIS ROSTAND\nVice-Président, Directeur : M. E. ULLMANN,\nAdministrateur Directeur : M. P. BOYER.\nOPÉRATIONS DU COMPTOIR\nBons à échéance fixe, Escompte et Recouvrements, Escompte de chèques, Achat et vente de\nMonnaies étrangères, Lettres de Crédit, Ordres de Bourse, Avances sur Titres, Chèques, Traites\nEnvois de Fonds en Province et à l'Etranger, Souscriptions, Garde de Titres, Prêts hypothécaires\nmaritimes, Garantie contre les risques de remboursement au pair, Paiements de coupons, etc.\nAGENCES\n38 Bureaux de quartiers dans Paris 15 Bureaux de Ban =\nlieue 150 Agences en Province 1 1 Agences dans les\ncolonies et pays de protectorat 1 2 AGENCES A L'ÉTRANGER.\nLOCATION DE COFFRES-FORTS\nLe Comptoir tient un service de coffres-forts à la disposition\nclu public, 14, rue Bergère; 2, place de VOpéra; 147, boulevard\nSaint-Germain; 49, avenue des Champs-Elysées, et dans les\nprincipales Agences.\nUNE CLEF SPÉCIALE UNIQUE EST REMISE\nA CHAQUE LOCATAIRE.\nLa combinaison est faite et changée par le locataire, à son\ngi\"é. 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CAPITAL : 400 MILLIONS.\nSIEGE SOCIAL ; 54 et 56, Rue de Provence\nSUCCURSALE-OPERA ; 1, Rue Halévy\nSUCCURSALE ; 134, Rue Réaumur (Place de la Bourse)\nà PARIS.\nDépôts de fonds à intérêts en compte ou à échéance fixe (taux des dépôts : de 1 an à 2 ans 2 °/0 ;\nde 4 ans à 5 ans 4°/0 ; net d'impôt et de timbre) ; Ordres de Bourse (France et Etranger) ;\nSouscriptions sans frais ; Vente aux guichets de valeurs livrées immédiatement (Obi. de Ch. de\nfer, Obi. et bons à lots, etc.) ; Escompte et Encaissement d'Effets de Commerce et de Coupons\nfrançais et étrangers ; Mise en règle et Garde de titres ; Avances sur titres ; Garantie contre\nle remboursement au pair et les risques de non-vérification des tirages , Virements et chèques sur\nla France et l'Etranger ; Lettres et Billets de crédit circulaires ; Change de monnaies\nétrangères. Assurances (Vie, Incendie, Accidents), etc.\nSERVICE DE COFFRES-FORTS\n(Compartiments depuis 5 fr. par mois ; tarif décroissant en proportion\nde la durée et de la dimension.)\n98 succursales, agences et bureaux à Paris et dans la Banlieue ; 877 agences en Province ; 3 agences\nà l'Etranger (Londres, 53, Old Broad Street ; Bureau à West-End, 65, 67, Regent-Street), et\nSt-Sébastien (Espagne) ; correspondants sur toutes les places de France et de l'Etranger. Corres-\npondant en Belgique et Hollande ; Société française de Banque et de dépôts, Bruxelles, 70, rue\nRoyale ; Anvers, 74, place de Meir ; Ostende, 21, avenue Léopold ; Rotterdam, 103, Leuvehaven."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-11-01-c086", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-11_01#c086", "volume": "bmtnabh_1912-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 4, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.2.24", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.4", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 905, "texte": "SIISB\nS; ■ V •:\n* \\\nm\n'• ; \\\nsa\nlip\nWMMMMMMmMMM\n%\nM\nmm\nm\nXi\nr\n•x^x\n.1\nm\nmm »»\ns;P\n■m\nMi ' S: Si\nX;\nXiXïXXXX\n.\nXsSSSSS\n: ::\n~vV ? -,\nm\nw^m\nri\nii*\nMiMMMii.\nm&MiM. ■ Â-yJ+iS**4*'\nm\nMM :\nSX;\n.V X:: ..\n' ■ . . . ■ ' ' . • : .\n... .. ï:\n:•-• :':x:::: ixx • - ■ - •\n- W&\nill\nsagas;\n■m\nm&mm\niMMMMMMMï:\nMM\nWM&- ' '\n86225®\n?\n•. ji\n:.S\n>:;>■ •\nWMi\nSSis»\nXX\nx ;slsllpsx*\nWMMMMmMm\n. .\nM\nMM\n■ y-\n\"\n,\nM ' '., ï| :\n: • ::. . x-, '\n:xx'\n1111111\n■S!SBls;jS«ii»ii^^^^MBBBBBBBBBBBMmHW\n:■ -:■ '. . ■\n«\n;\nsxssss\n- ■\nMWlllllllllill^^\nXSlslil\nXSî\n: x\n■\n: x'ivx-\nIxïSx . . . :\nSSSX,\nSSXÏ\n.xxx.\nX-x . : ''\n_\nMMMMMMMi,\nX ~ x, ,\nH\nx- -X-\n-mHHmÊamÊÊmmÊmmmm\nMMM M--M\nMMiMMMM MMMM\nfllllliillll\nM'\n:W:\n#\n:-':f:f:'M:KMMMM'MM\nMM\n11\nX'.\". :\n:iX;;\nixïl\nMMM'M\n/M\nPARFUME\n'■ :\nXli\nsPtiSiiilf»\n, ~ fT\n:\ny .- ■\n, £s*%: -Z&\ni < .x. y M >\n.\ny..\n.• ■ :\nWpMH\nx'x\". :•\n.. .\n- ■> - % XX 5-\nsii\n;ï\n\"\n' ■■■.M:\\fi\nBi—B\n;XXX|::x::xx:xK:::;\nm\nM-\nm§\nXX;\nWNI"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1912-11-01-c087", "article_bluemountain": "bmtnabh_1912-11_01#c087", "volume": "bmtnabh_1912-11_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 9, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.2.25", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 347, "texte": "REVUE MUSICALE\nJe soussigné - -\ndemeurant à ■-=\ndéclare souscrire a un abonnement Je(,) à la REVUE MUSICALE \" S.I.M. \"\nà dater\nSignature tr\n■/ï«\nRemplir ce bulletin et l'adresser à la SXCusicale S. /, 29, rue La soétiet 'Parts*\nFrance et SeJgique : un an- 15F rs. 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Chaovelot S LES FESTES DE BACCHUS, Musique de\nBernard Naudin. S LES LIVRES par J. E»\nLE MOIS »a\nOCLAUDE DEBUSSY S # VINCENT D'INDY\n# EMILE VUILLERMOZ *\nHENRI MARÉCHAL # RENÉ LYR * EMILE HEINTZ ERIK SATIE"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.2", "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE T>ES\nAMIS DE LA\nCOMITÉ D'HONNEUR\nM.. le Président d\nAï. le Ministre de V Instruction\nM. le Sous-Secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts.\n*\nM. Gabriel Fauré, Directeur du Conservatoire.\nTA. Henry Marcel\\ ancien Directeur des Beaux-Arts, Administrateur général\n\\ > ■ - de la Bibliothèque Nationale.\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nPRÉSIDENTE D'HONNEUR\nS. A. R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\nBUREAU\nPRÉSIDENT\nM. LE COMTE GASTON CHANDON DE\nBRIAILLES.\ny\nVICE-PRÉSIDENTS.»*\nM . LE PRINCE A. D'ARENBERG, de r Institut.\nM. Louis BARTHOU^\ndes scea\nM. GUSTAVE BERLY,\nM. J. ECORCHEVILLE, t s-lettres.\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nSECRÉTAIRE DU CONSEIL\n'n\nM. J. PASQUIER.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M, GEORGES CASELLA.\nMEMBRES DU CONSEIL\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, directeur général hono-\nraire au ministère des finances.\nM. LÉON BOURGEOIS,\ndu Travail.\nM. GUSTAVE BRET.\nM. GUSTAVE CAHEN.\nMME MICHEL EPHRUSSI.\nMME LA COMTESSE GÉRARD DE GANAY\nM. FERNAND HALPHEN.\nMME LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMME LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.,\nMME DANIEL HERRMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nMME GEORGES KINEN.\nMme LA COMTESSE PAUL DE PoURTALÈS.\nM. A. PRÈGRE.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND.\nM. ALEXIS ROSTAND, Président du Conseil\nd* Administration du\nd'Escompte de Paris.\nM. LOUIS SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nM. JACQUES STERN.\nMME TERNAUX-COMPANS."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.3", "texte": "Comptoir National d'Escompte\nDE PARIS.\nCAPITAL: 200 Millions de francs, entièrement versés.\n-V f *\nSIEGE SOCIAL: RUE BERGÈRE SUCCURSALE: 2, Place de l'Opéra, PARIS.\nPrésident du Conseil d} Administration : M. ALEXIS ROSTAND\nVice-Président, Directeur : M. E. ULLMANN,\nAdministrateur Directeur : M. P. BOYER.\nOPÉRATIONS DU COMPTOIR\nBons à échéance fixe, Escompte et Recouvrements, Escompte de chèques, Achat et vente de\nMonnaies étrangères, Lettres de Crédit, Ordres de Bourse, Avances sur Titres, Chèques, Traites\nEnvois de Fonds en Province et à l'Etranger, Souscriptions, Garde de Titres, Prêts hypothécaires\nmaritimes, Garantie contre les risques de remboursement au pair, Paiements de coupons, etc.\nAGENCES\n38 Bureaux de quartiers dans Paris 15 Bureaux de Ban =\nlieue 150 Agences en Province 1 1 Agences dans les\ncolonies et pays de protectorat 1 2 AGENCES A L'ÉTRANGER.\nLOCATION DE COFFRES-FORTS\nLe Comptoir tient un service de coffres-forts à la disposition\nclu public, 14, rue Bergère; 2, place de VOpéra; 147, boulevard\nSaint-Germain; 49, avenue des Champs-Elysées, et dans les\nprincipales Agences.\nUNE CLEF SPÉCIALE UNIQUE EST REMISE\nA CHAQUE LOCATAIRE.\nLa combinaison est faite et changée par le locataire, à son\ngi\"é. Le locataire peut seul ouvrir son coffre.\n«D\nCn\nt *1\n3\no\nCD\nen\nœ\nCD\nCD\nO\nCD\nœ\nCD\n_Q\na\n5 00\nS»\"œ\nTD\na\ni-\n-11 il\nco\nCD\nœ\n%\nww\n\nSOCIÉTÉ GÉNÉRALE\nPour favoriser le développement du Commerce et de l'lndustrie en France.\nSOCIÉTÉ ANONYME. CAPITAL : 400 MILLIONS.\nSIEGE SOCIAL ; 54 et 56, Rue de Provence\nSUCCURSALE-OPERA ; 1, Rue Halévy\nSUCCURSALE ; 134, Rue Réaumur (Place de la Bourse)\nà PARIS.\nDépôts de fonds à intérêts en compte ou à échéance fixe (taux des dépôts : de 1 an à 2 ans 2 °/0 ;\nde 4 ans à 5 ans 4°/0 ; net d'impôt et de timbre) ; Ordres de Bourse (France et Etranger) ;\nSouscriptions sans frais ; Vente aux guichets de valeurs livrées immédiatement (Obi. de Ch. de\nfer, Obi. et bons à lots, etc.) ; Escompte et Encaissement d'Effets de Commerce et de Coupons\nfrançais et étrangers ; Mise en règle et Garde de titres ; Avances sur titres ; Garantie contre\nle remboursement au pair et les risques de non-vérification des tirages , Virements et chèques sur\nla France et l'Etranger ; Lettres et Billets de crédit circulaires ; Change de monnaies\nétrangères. 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I. M.\n\nNotre u S.I.M. \" entrera bientôt dans la neuvième année cle son existence. C'est\nl'âge où les revues s'émancipent. \" 5.1.M.\" est majeure. Après une enfance laborieuse,\npassée dans le minuscule entre-sol de la Chaussée d'Antin, après une jeunesse féconde\ndans les bureaux de la rue\nSaint-Augustin, \"S.I.M. \" fran-\nchit une étape nouvelle. Elle\ngagne des quartiers plus dignes\nde son public et d'elle-même.\n\nHABITERA\n29, rue La Boétie\n\nDans un immeuble élégant,\nque Martine & Poiret se sont\nentendus pour rendre attrayant\net moderne, nous continuerons\navec joie l'œuvre entreprise, et\nque nos lecteurs ont sans cesse\nencouragée. Nous marcherons\ndans la voie tracée, ne sacrifiant\nni à la trop austère érudition,\nni à la très frivole actualité ;\nvoulant satisfaire à la fois toutes\nles curiosités, celles qui ouvrent\nune revue pour s'instruire, et\ncelles qui la feuillettent pour se renseigner.\nNous inspirant de ces principes, et tout en [accordant à l'actualité la place qu'elle\nmérite, nous cherchons à éviter le morcellement fastidieux de nos chroniques, défaut\nhabituel des rubriques d'information dans un périodique musical. Dresser le bilan"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.7", "texte": "A NOS LECTEURS\n• • •\n111\nT.A REVUE DE LA PRESSE\nLES FAITS DU MOIS\nLA REVUE DES REVUES\nNOS ECHOS ILLUSTRES\n\nartistique du mois qui vient de s'écouler, tirer des événements qui l'illustrèrent, la\nmorale esthétique qu'ils comportent, nous paraît une ambition plus noble que de tenir\nà jour la morne comptabilité de nos innombrables manufactures de musique dont\nl'effort se commercialise si fâcheusement d'année en année.\nA l'indicateur des voyages au pays des sons nous voulons substituer les beaux\nrécits d'excursion. Les noms des voyageurs qui ont accepté de nous confier leur\ncarnet de route et de nous laisser publier leurs impressions diront, à eux seuls,\nl'intérêt exceptionnel qui s'attachera à nos comptes-rendus.\nNous avons pu, en effet, décider\nCLAUDE DEBUSSY\nà rompre en notre faveur le trop long silence dont s'affligeaient tous ceux qui savent\nquelle pénétrante acuité d'analyse, quelle lumineuse clairvoyance l'auteur de PELLEAS\napporte dans ses appréciations sur la mêlée musicale contemporaine au sein de\nlaquelle il a su garder une si parfaite indépendance d'esprit. CLAUDE DEBUSSY a\naccepté de rattacher chaque mois à la rubrique des la\ncollaboration dont il honore notre Revue.\nC'est un grand maître aussi, et que ses écrits ont illustré à l'égal de ses compo-\nsitions, qui a bien voulu se charger de prendre en main notre rubrique des\nL AMOUREUX,\nVINCENT d'INDY\ndont on connaît l'ardente jeunesse intellectuelle et qui a déjà tant fait en France pour\nla culture des idées, accepte de venir affirmer dans nos rangs l'intérêt qu'il porte aux\nefforts artistiques des plus humbles de ses frères d'armes. Dans cette tâche, VINCENT\nd'INDY a désiré ne pas se séparer de son fidèle collaborateur du TRAITE DE\nCOMPOSRTION. C'est donc avec l'assistance de son disciple Auguste Sérieyx,\ndéfenseur autorisé de son idéal, que l'auteur de /'ETRANGER assurera dans nos\ncolonnes la régularité d'une collaboration dont nos lecteurs apprécieront toute la valeur.\nEnfin, notre dévoué collaborateur EMILE VUILLERMOZ, sans cesser de\ntenir la rubrique des THEATRES,consacrera désormais tous ses soins à la revue,\ndont il devient le\nREDACTEUR EN CHEF\nSous sa direction, différentes rubriques, dont nos lecteurs ont souvent demandé\nla création dans l'actualité, seront, d'ici peu, définitivement organisées, notamment :"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.8", "texte": "iv\nA NOS LECTEURS\n\nMais il ne nous suffit pas d'offrir à nos abonnés le fascicule mensuel d'une\nRevue. Nous voulons leur permettre de prendre une part plus active encore à la vie\nde la musique.\nCeux qui habitent loin de nous, se verront convier à des séries d'auditions. Nos\nsix Concerts de Musique de Chambre Française moderne à Berlin, sous le patronnage\nde M. CAMBON, AMBASSADEUR DE FRANCE A BERLIN\nmontrent dans quelle voie nous voulons nous engager.\nCeux qui s'intéressent directement à notre œuvre, et veulent suivre ses progrès,\nse trouveront réunis au\nDINER DE LA REVUE\nqui groupera périodiquement à 1 'Elysée-Palaceles maîtres de la musique et du théâtre\net leurs plus gracieuses interprètes.\nEnfin, tous nos lecteurs apprendront par notre numéro de Décembre, les\ndétails d'un\nPROJET MUSICAL\nqu'il nous faut encore tenir secret, mais dont la révélation sera certainement pour eux,\nune très agréable surprise.\n\nLA DIRECTION."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.9", "texte": "REVUE MUSICALE\nJe soussigné - -\ndemeurant à ■-=\ndéclare souscrire a un abonnement Je(,) à la REVUE MUSICALE \" S.I.M. \"\nà dater\nSignature tr\n■/ï«\nRemplir ce bulletin et l'adresser à la SXCusicale S. /, 29, rue La soétiet 'Parts*\nFrance et SeJgique : un an- 15F rs. Étranger : 20 Frs.\n•i\n6 mois 8 F rs.\n• 9\n12 F rs.\n( 1 ) Indiotiit la durée choisie."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.10", "texte": "L'HOMME QUI IMPROVISE\n\nI\nL'Homme qui chante est le musicien selon la nature.\nLe chant est d'abord toute la musique. Le chant n'est pas moins\npropre à l'homme que la parole ou le regard. Il est le geste de l'émotion,\nen ce qu'elle a de plus libre, et peut-être de plus heureux. Le chant est\nla flamme de la parole, qui veut monter et se répandre.\nL'enfant qui jouit de vivre, l'homme qui aime, la jeune fille ravie\nd'éclore, ils chantent pour étendre leur plaisir, et s'entourer de leur joie :\nelle est le vêtement, qu'ils font flotter autour d'eux ; ils s'entourent de\nleur chant, comme d'un cercle magique. La joie du chant ne les défend\npas, elle les prolonge. Atmosphère plus que vêtement, robe aérienne\nd'espérance.\nSur le bout de la branche, l'oiseau chante sa propre vie : elle attend\nl'amour, ou elle l'a. Et dans son chant, c'est de soi-même que l'oiseau\ns'enivre. Le chant va plus loin que les corps. Les espaces du chant sont la\nprojection de cette force éternelle, qui meut les étoiles là-haut, et dans le\nciel de notre chair, qui n'est pas plus humble, les atomes et les astres de\nde la cellule, les planètes et les gemmes du sang.\nDans le chant, il y a tantôt un appel au bonheur, tantôt un don de\nla plénitude qui déborde : émotion ou bonheur, l'être qui chante se répand\nsur la nature. Voilà le chant à l'origine. Et, parmi les hommes, la femme\nest rossignol aussi. Ce n'est pas seulement le mâle qui chante sa peine ou\n\nI"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.11", "texte": "2\nS. I. M.\n\nson désir. Mais, peut-être, l'amour seul fait-il le chanteur. Le chant est\ninné au cœur de l'homme : il est déjà une possession de la nature. La joie\nde vivre gazouille dans l'enfant même : la folle joie d'être homme, qui ne\nsurvit tout de même pas à l'enfant. Dans le chant le plus naïf, pourtant,\nla conscience se fait déjà entendre, à l'insu même du chanteur. Ce mystère\nest séduisant.\nLa musique de l'homme n'est pas toujours de sa joie ni de son\nplaisir : elle est bien tôt de sa douleur.\nSi les bêtes pleurent, elles ne chantent pas leur douleur, les pauvres\ncréatures.\nLa peine humaine cherche un secours ; et bien plus belle que la\njoie, bien plus féconde, elle aspire à une harmonie, que la médiocrité du\nbonheur croit tenir. La peine aspire au lieu de l'ordre et de la délivrance.\nTLlle s'enchante. Que ce mot est divin, et que de chant il recèle !\nLes pauvres bêtes, dans la douleur, ne savent pas sortir du hurlement.\nElles ne passent pas le cri. Beaucoup même n'y atteignent point, et sont\nmuettes. Tant elles sont saintes, toujours victimes, toujours vraies ; et sans\nconscience. Or, le grand crime de la conscience, dans l'homme, fait sa\ngrande épreuve, et la source de sa rédemption comme de son génie.\nPour nous, qui ne sommes plus des enfants, le chant est un enchante-\nment de la peine. Une douleur trop accomplie ne laisse aucune place à\nla parole : elle est toute dans le silence, ou dans le cri. C'est pourquoi\nl'état de mélancolie est le plus riche en musique. Et l'amour, même dans\nla passion, est fait d'une immense mélancolie. De là, que la femme jouit\nen tout temps de la musique. Mais de là, qu'elle est si peu musicienne,\nétant si musicale : la musique et la poésie sont les deux puissantes créations\nde l'amour et du mâle aux abois.\nAmour et mélancolie, le chant de l'homme est une réflexion et une\nconfidence. Il réfléchit sa passion, et la confie. A soi, d'abord, bien plus\nqu'aux autres hommes. Dans la joie, il déborde sur la nature ; mais à\nl'origine, il l'écoute peu ; et même s'il y prête l'oreille, il est rare qu'il\nlui parle. La peine et la mélancolie enseignent la nature au chanteur.\nIl ne s'en doute pas encore, que l'art naissant le sait pour lui. Aux heures\nd'ivresse, quand le bonheur est un vol dans le soleil, un bond de l'amour\ndans la flamme de midi, le chant de l'homme en passion se prend lui-même"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.12", "texte": "L'HOMME QUI IMPROVISE\n3\n\npour la voix de toute la nature. Elle est là, heureuse et brillante ; et le\nchanteur se l'associe : il veut qu'elle parle ; et il chante pour elle.\nMais la douleur n'est pas si naïve, et son procès va plus au fond.\nL'immense nature est un témoin. Le chant la convoque, pour qu'elle\nl'accompagne. Et déjà le chant est si fort, qu'il ne craint pas d'être\ncontredit par la nature. La passion finit par créer cette merveille : de la\nnature, elle fait la basse de son chant.\nMerveilles de l'accord, adorables prestiges : ils s'annoncent ici,\ncomme au frémissement des ailes, l'Ange s'annonce à Marie, et par\nl'Ange le parfait mystère. Notre musique est la conquête de l'harmonie.\nLa révélation de l'harmonie, telle est notre musique : car, de l'Ancien\nTestament, nous avons passé sous la loi du Nouveau. L'harmonie, miracle\nde l'Occident, est la magie du chant, l'incantation de l'amour et de la\nmélancolie. Le simple chant, la mélodie populaire n'est belle qu'à la\nfaçon du paysage ; mais le plus beau paysage reste en deçà de l'art,\nil aspire au chef-d'œuvre, il cherche Rembrandt. J'appelai jadis la mélodie\npopulaire un paysage, et le paysage une mélodie de la nature.\nCependant, ce n'est pas assez d'une basse confuse. Non, si beau soit\nle chant, si sacrée que puisse être la ligne, le chant n'est pas encore la\nmusique : il n'est que l'appel à la musique. Appel sûr d'être entendu. Il\nest le désir du miracle ; il en est même la promesse. Il faut encore\nl'évangile, pour que révélée soit la musique : il faut l'harmonie.\nOr, l'homme qui improvise est le chant qui invente son harmonie ;\net c'est de lui que je veux dire : enfin le chanteur est musique.\nJ'entrerai, maintenant, dans la vie intérieure. Je voudrais pénétrer\nces suaves ténèbres, où la chaleur de la vie est ramassée sur elle-même,\ncomme la femelle qui couve, la tête endormie, repliée dans le col, pareille\nsur l'œuf caché à un gros œuf de plumes.\nII\nLa joie de l'oiseau n'est donc pas la seule qui porte musique ? Ni\ncelle de l'enfant, qui chante comme il se meut : il crie, il joue avec sa\nvoix et avec l'air qu'il respire. Son chant est un cri, qui a trouvé le\nrhythme. La vraie musique vient de plus loin. Elle a un jet plus haut dans\nla solitude. Et qu'il soit dit, d'abord, que la musique d'un temps révolu\nn'est plus la vraie musique. Toute musique passe comme les belles de la"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.13", "texte": "4\nS. I. M.\n\nballade : et plus séduisantes elles ont vécu, plus vite elles ont passé, peut\nêtre. O musique, o femme mortelle, et d'autant plus aimée, d'être plus\npromise à la mort.\nUne ardente tristesse est son nid, sous les branches du désir et de\nl'ennui.\nEncore plus que le poète, le musicien est un solitaire au cœur trop\nlourd. Il peuple le désert de son propre sentiment. Une source secrète,\ndans un roc, au milieu de l'étendue stérile ; et il voudrait, perçant le grès\nde la roche, faire jaillir l'eau grondante sur toute la contrée des sables,\npour étancher cette soif éternelle, en apaisant son propre élan.\nEtat de guerre ardente, convoitise que rien ne peut satisfaire. Le\nrhythme est toujours un élan. La profondeur de ce désir est telle, que tout\ncontentement la déçoit. Il ne vit que pour la satisfaction, mais il serait\ndésespéré de se satisfaire. Ou bien, c'est le torrent d'une mélancolie qui\ntient aux sources de la vie, et que tout ramène aux abîmes féconds, d'où\nelle tâche à s'évader sans cesse. Quelles mâles passions que celles-là !\nRien ne comble cet appétit secret. Rien ne supplée à ce manque,\noù l'imagination invoque vainement toute la nature, sentant que la nature\nattend justement de ce cœur tout ce qu'il réclame. Tristesse, ardeur,\nmélancolie, dimensions de la profondeur.\nLe musicien cherche dans toutes les musiques l'accent de son désir ;\net ne le trouve pas. Le poète demande à tous les livres le poème, où il\nreconnaisse sa parole confuse. Mais il n'est pas de livre, il n'est pas de\nmusique, non pas même Parsifal, pour faire toujours une bonne réponse\nà l'émotion d'un cœur original.\nLa pensée est tout errante dans la nébuleuse du sentiment. Une\ngrande douleur est là, qui dégoûte de l'intelligence. La raison est sèche,\ncomme l'Arabie. Les notions et les idées tombent sur cette mélancolie\nfiévreuse, telles des pierres arides. L'étrange douleur, d'où la musique va\nnaître, est pareille à la perte de l'être le plus aimé. Sœur de l'ardent désir,\nqui postule un contentement, dont il ne saurait jamais se contenter, cette\npeine aspire à une consolation, qu'elle pourrait seule se donner. Pour être\nconsolée, il ne lui faut pas moins que la présence d'un dieu, celui là\nmême qui, dans les cœurs troublés que tourmente une belle angoisse, fait\nune paix harmonieuse. Car, c'est son propre chant que cette insomnie\nveut entendre, et sa profonde harmonie que ce trouble veut trouver."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.14", "texte": "L'HOMME QUI IMPROVISE\n5\n\nAlors, le musicien se met à chanter. Sa musique est la seule musique\nqui réponde à ses sentiments. Seule, elle traduit pour lui, et peut-être\npour les autres, le discours puissant et confus de la créature, que la\nparole ne peut exprimer ; et elle l'interprète jusque dans la nuance la plus\nfine, incertaine d'abord à celui même qui s'y exprime.\nLe fond de l'âme s'exhale : le musicien prélude, il improvise. Ainsi\nnaît Euterpe, d'une ardeur passionnée qui se détourne du monde et qui se\nmultiplie dans la solitude ; d'une douleur qui ne veut connaître que soi,\nqui place toute la vie dans l'unique objet de sa passion, et qui se nourrit\nde son amertume jusqu'à ce point de la plénitude, où elle s'enchante d'elle-\nmême.\nOr, puis avoir nom Chanteplore\nQui de duel chante et de tristor.\nL'âme musicale, à l'instant du prélude, murmure à son Euterpe, la\nmélodie qui naît : \" Nous ne sommes pas facilement consolables, l'une ni\nl'autre ; car en nous, il y a toujours la révolte contre le monde, qui est\nplus forte même que la charité. Et la révolte est le cri égoïste du cœur\nqui brûle, dans l'éternelle et froide solitude de la vie. Nous ne sommes\npas facilement consolables, ma beauté : puisqu'enfin nous voulons moins\nêtre consolées, que vouées à d'adorables enchantements. \"\nL'harmonie cherche la beauté du chant. Et tel est le prélude.\nD'abord, la magie du son en lui-même, ce long et caressant ébranle-\nment, que seuls les musiciens connaissent ; et seuls ils savent les délices\nqu'ils s'en promettent. Amoureusement, voici le fond ingénu de l'homme\nqui veut jaillir, d'un élan spontané : mille fois plus intense, mille fois plus\nvivant dans l'improvisation qu'en toute œuvre accomplie. Ou plutôt, le\ngrand musicien aspire toujours davantage à fixer dans l'œuvre écrite la\nsuprême ingénuité du sentiment qui improvise. Pour la plupart des\nmusiciens, l'œuvre écrite est toujours, plus ou moins, voulue et roidie\ndans le cadre du genre. Elle n'a plus ce jet direct, qui est le propre\nmouvement du cœur en invention. Le sentiment personnel de chacun perd\nbeaucoup à se ployer ainsi aux formes de la sensibilité commune. En plus\nd'un, la partie raisonnante de la musique n'est que de la sensibilité morte. 1\n\n1 Qui a entendu César Franck à l'orgue sait bien que de toutes ses œuvres pas une n'approche, même de\nloin, les graves effusions de ce saint harmoniste, tandis qu'il improvisait à l'église. Pour jeune garçon que je\nfusse alors, je ne pense pas que la douceur de ce souvenir me trompe."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.15", "texte": "6\nS. I. M.\n\nLe vrai musicien improvise par vocation.\nL'homme qui improvise est le musicien en amour. Il va de la\nrêverie à l'action orageuse, et de la violente affirmation à la suave tristesse\ndu retour sur soi-même.\nIl sait toujours ce qu'il veut faire, mais non pas exactement comme\nil le fera. La part du caprice et de la découverte, qui est si essentielle à\nun art, le plus sensible et le plus mouvant de tous les arts, il la préserve :\nil ne l'immole pas. La fantaisie est l'unique suivante qui sache habiller\nl'émotion, en toute saison. L'esprit du musicien a sans doute un plan. Il\na un ordre, étant artiste. Il connaît le pays où il va ; mais sans avoir tracé\nni pavé toute la route. Elle est neuve, ou peut l'être. Si un chemin hardi\nou mystérieux s'ouvre dans la forêt des sons, ou au-dessus de la mer une\nsente dangereuse, il les prendra, pour peu qu'un lointain appel de beauté\ny retentisse. Ayant nourri son instinct de logique, il n'en est le guide\nqu'à l'entrée du voyage : il s'y livre après les premiers pas.\nPuis, la grande force du son qui a trouvé sa ligne, porte la pensée\ndu musicien. L'accord le soutient. L'accord est une ligne verticale, une\npossession du temps, une victoire sur la durée. Je me figure la plénitude\nde l'accord, comme une mélodie éternelle. Heureux ceux qui jouissent\nde parcourir les espaces conjugués de l'accord ! Le jeu du pur esprit\nmusical est tout fondé sur le sentiment de l'harmonie. En vérité, de\nl'accord qui se développe, tout le feuillage mélodique s'élance et s'épa-\nnouit, toutes les branches, le charme et la liberté de l'arabesque.\nLe sentiment mène ici le musicien, non pas les règles du développe-\nment, non pas les doigts du virtuose. L'émotion fait tout l'homme qui\nimprovise. Donner son émotion aux autres, c'est l'art. On ne donne que\nce qu'on a.\nBeethoven, qui a sans doute été le génie même qui improvise,\ndétestait l'impiovisation formelle, sur un sujet donné. Il se plaisait, au\ncontraire, en tout temps, à l'improvisation libre. Un mot fameux de\nBeethoven peut servir de devise à l'art que j'explique : \" La musique ne\npeut ni ne doit toujours donner au sentiment une direction déterminée. \" 1\nS'abandonner à son démon, et le laisser parler. Encore faut-il un\ndémon, pour qu'il parle. Tandis qu'il improvise, l'artiste porte son émotion\nau comble, pour lui-même, en l'exprimant. Il se console de sa peine, en\n\n1 Schindler, Nachtrag., I, 291."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.16", "texte": "L'HOMME QUI IMPROVISE\n7\n\nla cultivant jusqu'au plein été, où elle pousse, d'une fois, toutes ses fleurs\net tous ses fruits. Il achève enfin sa passion, en l'épuisant.\nNi les virtuoses, ni les femmes n'improvisent réellement. Ils n'ont\nque des réminiscences. Ils cheminent à tâtons sur des sentiers battus. Ils\nfont route dans le labyrinthe de la sonate ou du caprice, que çà et là un\nécho de la mémoire traverse ; où le rappel d'une mélodie éclaire, de loin\nen loin, la masse obscure. A peine ont-ils reçu cet éclair du souvenir, ils\nn'ont qu'un vœu : se coller à la muraille, chercher le fil de l'ordre,\nretrouver la solidité du mur, qui est la forme, et aller, le millième et cent\nmillième aveugle, jusqu'au bout du couloir maçonné, de la galerie et de\nla voie prévue où tant d'autres, avant eux, se traînèrent. Routine est leur\nroute, doit l'être et l'a été.\nLe progrès de l'invention est tout contraire. L'ardent désir de\nl'harmonie forme un enfant à la musique. Au doux chaos de l'émotion,\nEuterpe palpite, d'où l'homme fort la tire, la modèle et la polit. L'har-\nmonie du grand musicien est un monde révélé par le génie qui improvise\nà un peuple de sourds : et d'abord, ils s'effraient, ils se bouchent les\noreilles, ils s'indignent. Ils n'entendent que longtemps après leur mort,\ndans les fils qui leur survivent. Beethoven même leur a paru sans raison,\nà mesure qu'il était plus lui-même. Il est vrai que l'harmonie de Beethoven\nn'est pas nouvelle, mais qu'il a renouvelé toutes les formes par l'usage\nqu'il en sut faire ; il en use, et les use, en géant.\nLes femmes n'improvisent pas : elles subissent. Leur invention est\nnulle ; et nulle leur action. Elles n'entendent pas l'harmonie nouvelle ;\nmais elles jouissent merveilleusement de l'habitude. Elles font vivre le\ndon qu'elles ont reçu. Quoi de plus musical, que cet adorable dévouement\nà l'amour ? Elles conçoivent d'une passion supérieure ; mais elles n'en\nsont animées, qu'après avoir conçu. Elles se donnent, avec une majesté\nà jamais touchante : elles ne peuvent arracher au mystère des sons les\nrévélations désirées.\nL'immense domaine de l'enharmonie est sans doute une conquête du\ngénie qui improvise. Les vrais créateurs passent pour avoir été les maîtres\nde l'improvisation : en quoi la musique se sépare des autres arts, où\nl'improvisateur n'est qu'un virtuose sans décence ni remords. Improvisant,\nle clavier sous les doigts, tenant la matière sonore à pleines mains, la\npétrissant selon l'appétit de leur âme, les grands musiciens se sont donné"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.17", "texte": "8\nS. I. M.\n\nles plus hautes délices du chant, le formant et le reformant dans cette\npâte idéale. Il est bien probable que les progrès de l'harmonie sont liés au\ngénie qui improvise. La rêverie du sentiment ne se satisfait guère des\nobjets connus : elle est avide d'invention sonore. L'oreille, à s'écouter,\ndevient toujours plus sensible.\nTous les grands musiciens ont vécu l'oreille au clavier. En eux,\nmieux que partout ailleurs, on saisit la différence capitale du musicien et\ndu virtuose. Au clavier, le virtuose joue pour l'instrument. Le musicien,\nqui ne chante que pour soi, improvise : l'instrument lui répond, il obéit\nen esclave. La haine du virtuose est bien forte en Beethoven et dans\nWagner.\nQuelques musiciens, doués uniquement pour l'art des sons, mais\nd'ailleurs sans grandeur ni force, toutes leurs œuvres semblent de pures\nimprovisations, et n'ont pas d'autre prix : Chopin entre tous, dont la\nvaleur est si petite, avec un don musical assez rare, mais encore plus\nmonotone.\nLe génie qui improvise, c'est l'homme dans tout l'aveu du style\nnaturel. En tout autre art, l'improvisation est la parodie de l'œuvre, et\nle scandale de l'artiste : car elle est toujours une injure à la forme. C'est\nprécisément le scandale de la musique, et la misère du talent, que l'impro-\nvisation y est presque toujours formelle. Depuis qu'ils ne sont plus\nmusiciens dans les cours, tous les joueurs d'orgue font métier d'improviser ;\net pas un d'eux n'improvise : ils tournent la manivelle de la forme dans\nla cour, que ce soit d'ailleurs au concert, au théâtre ou à l'église. Il faut\navouer que l'exemple est venu, autrefois, des grands maîtres : la rhétorique\nmusicale les a perdus. Elle leur a donné cette manie de radoter, déve-\nloppements et répétitions, qui fait en art l'impertinence des savants, et les\ny rend si ridicules, quand ils en parlent. Que de vide dans la masse\nénorme de l'ancienne musique ! Et la nouvelle se vide aussitôt qu'on cesse\nde l'entendre. La moindre phrase, où les résonances marquent pour nous\nl'essor d'un cœur vraiment sensible, passe en vertu cent volumes de vaines\nsymphonies et de mornes sonates.\n\" C'est l'harmonie qui nous guide. \" L'illustre sentence, qui est le\nfiât lux de la musique, est aussi la promesse du musicien et son guerdon.\nPar là, enfin, le musicien est musicien, non pas un ouvrier d'art et\nde philosophie qui se résigne à se servir des sons. L'harmonie désormais\nchante en nous ; c'est elle, en nous, qui crée la musique. La différence"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.18", "texte": "L'HOMME QUI IMPROVISE\n9\n\nentre les hommes et leurs musiques est toute de leur harmonie, celle qu'ils\nvont créer et celle qu'ils héritent, celle dont ils ont le besoin et celle dont\nl'habitude leur est léguée, celle qui leur suffit et celle qu'ils désirent. Ah,\nau cœur du véritable artiste, il y a le désir : le désir, père de tout rhythme.\nIII\nL'arabesque est la liberté d'un dessin, qui décèle d'abord la vertu\noriginale du musicien, alors qu'il improvise. Les bons peintres savent que\nle plus beau dessin est impalpable, et modelé par les palpitations de\nla couleur.\nLe piano est l'orgue d'un monde sorti de l'Eglise. L'orgue et le\npiano ont seuls permis l'harmonie. Les Grecs ont-ils eu une musique ?\nOn le dit. Ils n'ont eu que la ligne. Il fallait que le cœur leur naquît,\npour qu'ils pussent naître à la musique. Le cœur est couleur, le cœur est\nrésonance. La musique n'est pas la mélodie seule ; elle n'est pas non plus\nl'harmonie, si l'on veut. La musique est le chant que contient l'harmonie,\nque la rêverie intérieure développe et recueille. Le développement de la\nconscience est le développement même de la sensibilité. L'intuition,\nce regard qui crée tout l'avenir, est riche de tout le passé pour le tout\nquitter. La musique est l'art de l'intuition.\nL'homme qui improvise, s'il n'entend pas les timbres de l'orchestre,\nest encore le serf de la ligne. Et sans doute, il ne les fait pas toujours\nentendre, ni presque jamais, à ceux qui l'écoutent ; mais, s'il est vraiment\nmusicien, il en donne la promesse, il en évoque les couleurs, il en annonce\nles prestiges aux cœurs épris de musique. Toutes les résonances de la\nnature espèrent en lui un sauveur : elles attendent toutes l'accord, à l'infini.\nLa fantaisie mène l'arabesque. Elle est le souffle qui disperse la fumée\ndu caprice, et qui la modèle dans l'espace. L'arabesque a son ordre : elle\nest l'ornement et l'entrelacs. Mais le sentiment, ici, règle la forme. Il faut\npremièrement un être sensible, un cœur original à la source de l'art.\nL'arabesque ne se prête pas à la formule, qu'elle dédaigne. La formule\nn'est pas moins étrangère à l'émotion que la symétrie. Elle a cette maudite\nrégularité, qui est le pis aller du vide, et quelque chose comme des\nbéquilles, au prix des jambes admirables de Diane chasseresse et d'Actéon.\nLa formule est l'imitation qui supplée à l'indigence de la forme. Et tout\nce qui fait le charme de l'arabesque est l'ennui de la formule."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.19", "texte": "10\nS. I. M.\n\nJusqu'à un certain point, l'harmonie banale, l'accord usé et vulgaire\nsont le désert de la musique. La grossièreté nulle part n'est moins la\npuissance qu'en musique. La plupart des musiques mortes sont des\nmusiques grossières, qui ont passé pour puissantes.\nRi en n'est plus propre, peut-être, à l'homme qui improvise, que le\ncommentaire en musique d'une grande œuvre, choisie et bien aimée entre\nles plus belles de la poésie. Je sais deux ou trois morceaux admirables de\nBeethoven, qui me donnent très mystérieusement l'impression de traduire,\npour le grand solitaire, telles œuvres de Shakspere. Et l'Ouverture de\nCoriolan, du moins dans la première partie et dans la conclusion, me fait\npenser à une improvisation sublime.\nQue peut être l'image musicale d'un beau poème ? Plus elle prétend\nà la fidélité, plus elle y manque. Il en est de même, quand le peintre\ntâche à traduire la vision du poète. Il faut qu'il s'inspire de l'œuvre\nécrite ; mais s'il se donne la charge de suivre le texte pas à pas, non\nseulement il ne le traduit pas, il trahit aussi la peinture. Qui sait si\nl'erreur de la musique au théâtre n'est pas, surtout, de s'asservir fidèlement\nau drame ? La musique est si peu le drame qu'elle est, au fond, tout le\ncontraire.\nLe musicien qui improvise a cette liberté que la musique réclame\nentre tous les arts, et qui est dans ses vœux, par dessus tous les autres.\nElle veut être libre, comme le chant intérieur. Les entraves de la tonalité\net de la mesure lui sont de plus en plus pesantes : lisières à la musique\nnaissante et qui grandit ; mais la musique adolescente s'en délivrera.\nLa musique commence seulement ses premiers pas. Et il n'y a qu'à voir,,\npour s'en convaincre, comme elle les précipite.\nOrante ou bacchante, la musique est possédée. L'amour l'entraîne :\nla joie ou le plaisir règne sur la moindre musique ; la mélancolie et\nl'ardente douleur sur la grande. Elle ne répugne qu'à la tiédeur et au repos.\nLe génie qui improvise retrouve le chant à ses sources, qui sont\nprincipalement trois : oraison, réflexion et confidence. Mais toutes trois\ncoulent ensemble et mêlent leurs flots dans la vasque brûlante. Oraison,\nc'est la bouche et la voix : certes, le chant est la musique première. Et\ntoute la nature chante, où nos sens imparfaits ne connaissent que des bruits.\nDans la réflexion, qui n'est point du tout, comme on croit, de la"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.20", "texte": "L'HOMME QUI IMPROVISE\n11\n\npensée seulement, je touche le retour de l'onde sur elle-même et du\nsentiment qui s'augmente : enfin, la mystérieuse résonance qui se brise et\nse démembre, son à son, pour se faire mieux connaître. Point de confession,\nsans l'aveu. Et sans confiance, point de confidence. C'est se livrer avec\namour ou du moins avec sécurité. Là, tout est foi, tout est fidélité. Et si le\nchant vient de l'âme fidèle à son bonheur et à sa peine, bref à la vie ; ou si\nla fidélité du cœur nait à la mesure du chant, il n'importe : ils s'épousent,\nils sont unis tendrement. Notre chant est plein de fiance. La foi musicale\nest toujours profession.\nTout ainsi, l'lmprovisateur suprême, qui est l'Amour, mène le\nmouvement universel. Le musicien qui improvise entre dans ce rhythme :\nil le tente, même quand il ne fait qu'un ou deux pas. L'âme de l'univers\nn'est pas un mot pour le vrai musicien : elle est toujours là, en présence.\nElle est son souffle.\nL'oubli de soi-même, au moment où le Moi en passion se répand à\nl'infini, élan cardinal de la musique, délivrée de toute formule : l'arabesque\nse calcule ainsi, sans le savoir, sur le plan divin de l'instinct. Comme elle\nest amour, la musique est une création où le créateur, un moment, se\nrenonce. Or, ce mystère est le plus beau et le plus saint de tous ceux que\nl'homme peut connaître, et qui se dévoile à lui, tandis qu'il improvise :\nla création est bien un renoncement du créateur : il se renonce par amour.\nLe sourire d'une beauté qui aime, la fin d'une rose dans l'excessif\ndélice de sa plus suave odeur, la parole du poète qui domine sa douleur,\nlui donnant sa forme la plus pleine, et le génie du musicien qui improvise :\nvoilà quelques moments de ce créateur dans son renoncement. Le sentiment\nseul improvise : il a l'invention perpétuelle. C'est Orphée qui délivre la\nmélodie captive dans les accords. Je parle pour le musicien, et non pas\npour les raisonneurs de musique.\nLa grandeur de Beethoven n'est nulle part aussi manifeste qu'en ses\nquatre ou cinq derniers Quatuors. Ils sont la perfection du génie qui\nimprovise. Je veux précisément dire que leurs plus belles parties font\nfigure d'une improvisation parfaite. Le fait même de l'homme qui\nimprovise, et son plus haut exploit, je l'admire dans le thème avec la\nvariation inépuisable : ici, l'arabesque finit par porter le sentiment à une\nexpression sublime. Dans ces œuvres si chères au musicien, les parties\ncaduques, les seules qui gâtent ou rompent l'émotion, qui parfois même\nla font descendre, sont dues à la superstition de la forme : elles ne tiennent"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.21", "texte": "12\nS. I. M.\n\npas au corps vivant du Quatuor, thème et variations ; elles y sont ajoutées,\nparasites et du dehors, comme un ornement de la mode, comme un\ndivertissement postiche, ou en guise de dénoûment. 1 Mais Beethoven\nnous a laissé le type éternel de l'œuvre tout entière jaillie du cœur, et du\ngénie qui improvise : le Quatuor en ut dièze mineur.\nAinsi, l'homme qui improvise est le musicien même. Il est l'homme\nde la musique, selon l'esprit profond de l'art. Et pareille à la suave\nnécessité du baiser dans l'amour, la fatalité de son instinct est d'inventer\nl'harmonie.\n\nAndré Suarès.\n\ni Ainsi, le Final du XIIIe Quatuor, et l'interminable Scherzo du XIIe."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.22", "texte": "LES\nVIRGINALISTES\nANGLAIS\n\nFrontispice de la Parthenia de 1611.\n\nIl n'est sans doute pas un lecteur de cette revue qui n'ait entendu\nparler de certaine école des virginalistes, qui jeta sur la musique anglaise,\nvers la fin du XVIe siècle, un éclat singulier. Les historiens la citent ; les\nartistes lui font quelques fois l'honneur de leurs programmes ; le public en\na retenu le nom. Mais la connaît-il autrement ? Nous nous permettons d'en\ndouter, sans lui faire injure, et nous voudrions pouvoir consacrer ici quelques\npages à un art oublié depuis trois cents ans, à l'une des plus exquises ma-\nnifestations de notre génie musical en Occident. Une excursion historique\nparmi les contemporains de la terrible Elisabeth et du grand Shakespeare\nne peut être sans intérêt, pour ceux-mêmes auxquels la musicologie appa-\nraît toujours un peu redoutable.\n\n1 Dans quelques jours paraîtra un livre que la musicologie attend avec impatience : \" Les origines de la\nmusique de clavier en Angleterre, par Charles van den Borren \" (Bruxelles, Librairie des Deux Mondes).\nNotre savant collègue qui, depuis deux ans, a fait de ce sujet l'objet de son cours à l'Université Nouvelle de\nBruxelles, a bien voulu présenter à nos lecteurs en ces quelques pages un résumé de la très complète étude\nqu'il vient d'achever."}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.23", "texte": "14\nS. I. M.\n\nEt tout d'abord, pourquoi ce terme de virginalistes, particulièrement\ninsolite en musique? Faut-il y voir une allusion à la vertu de ces brillants\nvirtuoses du clavier ou à la chasteté de ceux qui jouaient leurs œuvres ?\nIl est de fait que, sans qu'on sache exactement pourquoi, la prude Angle-\nterre appliqua le mot de virginal à l'instrument que la France nommait\nprosaïquement épinette. On a voulu lire dans ce qualificatif un discret\nhommage à la reine Elisabeth ; ce qui n'est point exact, car la dénomi-\nnation est plus ancienne. Elle paraît s'être associée naturellement à cette\nidée, ingénieuse d'ailleurs et de bonne réclame, que l'instrument à clavier\ndevait être le favori des jeunes filles et sa pratique nécessaire à la bonne\néducation de la vierge au foyer. L'honnêteté se trouvait si peu gênée de\ncette association, que le premier ouvrage de ce répertoire livré à l'impres-\nsion porte le titre audacieux de \" Par\nmusicke that ever was printed for the vir\", ce qui signifie : Parthenia\nou le pucelage de la première musique, qui ait jamais été imprimée pour\nles virginals. L'insistance nous choquerait aujourd'hui, elle séduisait l'esprit\nde 161 i; il faut en prendre notre parti. Le mot a fait fortune. Les clave-\ncinistes anglais se présentent dans l'histoire sous la bannière de la virginité\nmusicale ! Honni soit qui mal y pense !\nQuant à l'instrument lui-même, désigné sous ce charmant vocable,\nnous ne saurions trop dire s'il relevait du clavecin, ou appartenait exclusive-\nment à la famille de l'épinette. L'histoire hésite encore entre toutes ces\nformes voisines des ancêtres du piano moderne, qui vécurent longtemps\ndans une insouciante confusion. Elle penche cependant plutôt ici en\nfaveur de l'épinette carrée, telle que nous la montre Virdung en 1511 ',\net telle que nous la voyons en première page de la Parthenia, un siècle\nplus tard. Au fond la question est de mince importance. La sonorité d'un\nclavecin à grande et belle queue, et celle de la modeste épinette ne sont\npoint si distantes l'une de l'autre qu'il y ait incongruité à les confondre.\nQui voudrait même supposer que le clavicorde ou l'orgue, l'un aphone et\nl'autre bruyant, soit demeurés étrangers aux virginalistes et à leur art ?\nAdmettons plutôt que virginal est un terme générique, un terme moyen,\nqui s'applique à la forme la plus fréquente de l'instrument, à celle\ndont la sonorité, la dimension et le prix convenaient au public ordi-\nnaire des amateurs ; et soyons en garde contre une interprétation trop\nlittérale, dont nous serions bientôt obligés de reconnaître le danger.\n\n1 Voir cul-de-lampe à la fin de cet article."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.24", "texte": "LES VIRGINALISTES ANGLAIS\n!5\n\nLes virginalistes furent avant tout des musiciens. C'est leur pius beau\ntitre de gloire. Leurs œuvres, bien qu'écrites sur deux portées, bien que\nréalisées digitalement, obéissent à d'autres intérêts esthétiques que ceux\nde la pure sonorité. Il en est parmi elles que le technicien moderne le\nplus entraîné ne saurait affronter sans l'aide d'un vigoureux pédalier, et\ndont l'existence n'a jamais pu dépendre de la forme carrée ou oblongue\nd'un instrument. Laissons donc l'insouciance du XVIe siècle s'exercer ici\nlibrement comme au sein de toutes ces belles œuvres, dont elle fut pro-\ndigue, et hâtons-nous vers la musique.\nIl a tenu à peu de chose que nous n'en connaissions rien. Qu'une\ndouzaine de manuscrits ait péri, au milieu de tant d'autres, et nous ne\ntrouvions en face de nous que l'imprimé, le seul imprimé de cette litté-\nrature, la Partheniade 1611 déjà citée. Paru à une époque où la gloire\nde la musique anglaise commence à décliner, cet hommage tardif nous\ndonne une idée fort incomplète de l'école qu'il veut nous faire admirer.\nHeureusement, il y a les manuscrits ! Ceux de Cambridge et\nLondres, ceux de Berlin, de Vienne, de Liège et même de Paris. On ne\nme demandera pas d'en faire l'inventaire, sous la conduite de l'austère\nbibliographie. Ce voyage d'études méthodiques autour du répertoire\nvirginaliste nous entraînerait trop loin. D'ailleurs, il n'a pas encore été\ntenté, le croirait-on ? Comment notre musicologie, qui s'enfle tous les ans\nde quelques centaines de volumes, n'a-t-elle pas encore consacré ses soins\nà la mise au point de ce problème historique ? Comment un fervent de\nla documentation ne s'est-il pas avisé de collationner ces textes peu nom-\nbreux, et de donner un corpus du virginal, qui serait si bien accueilli de\ntous les amis de l'art ancien ?\nSeul M. Fuller Maitland, aidé de notre éminent collègue du British\nMuséum, M. Barclay Squire, a risqué la publication d'un de ces manus-\ncrits, véritable trésor de musique spontanée. C'est à cette audace que\nnous devons de pouvoir parler ici avec quelque assurance de l'école des\nclavecinistes anglais de la reine Elisabeth.\nMM. Maitland et Squire ont choisi très heureusement le plus\nimportant de ces recueils, celui qui se trouve au Fitzwilliam Muséum\nde Cambridge et qui se nomme le Un joli\nvol-urne d'ailleurs, en son infolio élancé recouvert de maroquin semé de\nfleurs de lys, et qui doit son existence, bien probablement, aux méfaits de\nla guerre civile et religieuse. On hypothétiquement en attribue la rédac-"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.25", "texte": "16\nS. I. M.\n\ntion à un certain Tregian, homme de grande famille, mais désigné comme\ncatholique à la fureur des anti-papistes. Tregian père, déjà victime de ces\nluttes, avait passé vingt-quatre ans en prison de 1582 à 1606, et vint\nfinir sa vie, en odeur de sainteté, à Lisbonne. Tregian fils, l'un des dix-\nhuit enfants de ce prisonnier prolifique, fut incarcéré en 1609 et mourut\nen prison vers 1622, laissant une bibliothèque importante. Il avait été\nélevé à Eu, puis au collège de Douai, et passait pour un jeune homme\naccompli. Mais le sort, implacable pour lui comme pour tous les siens,\nl'obligea à chercher dans l'étude et dans la musique, le remède à une\nlamentable inaction. Ainsi, sans doute, naquit ca volumineux recueil de\n418 pages bien remplies, et qui ne contient pas moins de 291 œuvres\ndiverses. Le tout, transcrit en notation moderne, forme environ mille\npages de ces gros in-folios, dont l'érudition honore parfois les chefs-\nd'œuvre de la musique ancienne.\nQu'on se représente deux partitions comme celle de Tristan, réduc-\ntion piano et chant, et l'on aura l'idée de l'importance du\nVirginal. Book.Nous ne songeons pas seulement au poids du papier, ou au\nnombre des mesures, mais à la valeur historique et musicale du contenu.\nCar, au contraire de l'éditeur de la Parthenia, le collectionneur s'est\nefforcé de réunir tous les spécimens d'une école nationale sans en excepter\nni les singularités, ni les faiblesses.\nTrois cents œuvres de vingt-cinq artistes différents forment une\nexposition suffisante, pour permettre de juger sainement, sinon définitive-\nment, d'une école et d'une époque. C'est pourquoi nous nous en tenons\naujourd'hui au Fitzwilliam Book et voulons voir en lui l'ensemble\nreprésentatif du virginalisme. Tous les maîtres ou à peu près sont là.\nLes anciens, de 1570, comme Tallis et William Byrd ; les arrivés, de\n1590-1600, Morley, Philips, John Bull, Munday, Farnaby; enfin les jeunes,\nO. Gibbons, Person, Tomkins, qui appartiennent déjà au XVIIe siècle.\nCes trois générations limitent l'effort du virginal proprement dit. Elles\nconstituent l'école de ce nom avec ses débuts, son sommet, et son évolu-\ntion vers d'autres destins. L'auteur du manuscrit n'eût pas procédé"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.26", "texte": "Le Virginal vers 1550\npar le Maitre des Demi-figures"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.27", "texte": "Une leçon de Virginal au XVIIe siècle\n(Tableau de Jan Steen a la National Gallery)"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.28", "texte": "LES VIRGINALISTES ANGLAIS\n17\n\nautrement s'il eût vécu en France de nos jours, à l'époque du piano. Il\neût groupé César Franck avec Saint Saëns, d'lndy, Chausson avec\nDebussy, Ravel avec Inghelbrecht. Et rencontre singulière ! il eût\nvu se reproduire le même phénomène d'une école nouvelle du clavier au\ntournant d'un siècle. L'imprimerie et la gravure rendront-elles inutiles les\nefforts d'un Tregian de 191 3\nGrâce à ce document de particulière importance, les compositeurs\nanglais du virginal, sont donc aujourd'hui accessibles à ceux qui veulent\nse donner la peine de les connaître. On peut les situer dans l'histoire, et\nconstater qu'ils forment un groupe de haut relief, portant très vaillamment\nla bannière de la musique britannique vers la fin du XVIe siècle. D'où\nvenaient-ils ? c'est la question des origines. Où allaient-ils ? c'est\nla question des influences. On nous pardonnera de n'aborder ici ni l'une ni\nl'autre. Dans l'état présent de notre histoire, ces questions sont encore\nindiscrètes. Faut-il chercher du côté de l'art espagnol d'un Cabeçon\n(1510-1566), ou bien remonter comme l'a fait notre savant collègue, le\nprofesseur Wolf, jusqu'à l'organiste Ashton de 15 10, ou même jusqu'à\ncette singulière tablature d'orgue anglaise du début du XIVe ? L'em-\nbarras est grand.\nIl n'est pas moins sensible lorsque nous cherchons à suivre la trace\nde ce brillant météore que fut l'étoile virginaliste dans le ciel de la\nmusique anglaise. Comment expliquer que la patrie d'un John Bull et\nd'un Farnaby soit devenue si vite la terre la moins féconde de notre\nOccident artistique ? Comment prédire en 1600, que l'arbre en pleine\nfloraison allait rapidement sécher sur pied, et que le clavier anglais pas-\nserait tout entier aux mains des étrangers ? Puritanisme, esprit de\nréaction sectaire contre le catholicisme, voilà, pour certains historiens, la\nvéritable cause de cette paralysie soudaine de la muse anglicane. L'aven-\nture des virginalistes pourrait, à la vérité, soutenir cette hypothèse. Si\nnous nous en rapportons au Fitzwilliam Book, le milieu virginaliste\nsemble manifestement catholique. Byrd est connu pour ses \" popish\npractices \", Tallis, quoique fonctionnaire, conserva ses préférences pour\n\" the older faith \". Bull quitta l'Angleterre pour Bruxelles et pour le\nservice de l'archiduc Albert. Peter Philips, persécuté, dut se réfugier à\nAnvers. Enfin les Tregian ont payé d'une longue détention leur fidélité\nau papisme. Autant de précieuses indications !\nAinsi donc, au XVIIe siècle, les maîtres du virginal fantaisiste et\n\n2"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.29", "texte": "18\nS. I. M.\n\ncavalier n'auraient plus trouvé un terrain propice en sol anglais ; ils\nauraient essaimé et porté leur art vers le continent. Est-ce la vérité ?\nUne étude attentive des documents viendra peut-être vérifier un jour les\nidées que nous présentons ici dans leur plus grande brièveté, simplement\npour orienter le lecteur hâtivement, à travers cette littérature nouvelle.\nMais, a quoi bon disserter des êtres et des faits, si nous ignorons les\nœuvres elles-mêmes ! La naturelle et légitime curiosité qui nous porte\nvers 1 etude d'un artiste ou de son époque, n'a d'autre point d'appui que\nle souvenir ou l'attente des joies auriculaires. La musicologie n'est qu'un\nmoyen de plus d'atteindre la musique. N'est-il pas vrai ?\nCe qui nous frappe d'abord, en ouvrant l'imposant Fitzwilliam\nVirginal Book, c'est l'ampleur des œuvres qu'il renferme. Dès le premier\nmorceau, une infatigable variation serpente et déroule ses anneaux à\ntravers dix-huit pages de la partition. Nous sommes plus près de\nBach que de Couperin, et de la pièce de clavecin traditionnelle. Partout\nle virginaliste conserve ses qualités de joyeuse endurance et de solide\nentraînement. On sent chez lui un continuel désir de s'épanouir, de\ncréer dans la surabondance et de s'ébattre dans le son. Tout à l'opposé\ndu Français du XVIIIe siècle, qui se concentre et se condense pour\néchapper à la critique maligne qui le guette, l'Anglais de i... s'aban-\ndonne tout entier à l'ivresse du développement. Il vit dans la prodigalité,\net dépense assez vite d'ailleurs les trésors d'une ingéniosité, à\nlaquelle la musique ancienne ne nous a pas accoutumés.\nAussi ne pouvons-nous qu'avec peine nous orienter au milieu de ces\nfolies. Certaines pièces du volume semblent, à première vue, d'irritantes\ngageures, imaginées pour faire perdre patience à l'auditeur le moins\nsusceptible. Il convient de parcourir en tous sens et posément cette forêt\nenchantée, avant d'y trouver le chemin de la raison et le sens de la beauté.\nUn peu de patience (et d'analyse aussi) est nécessaire pour mettre\nen ordre nos impressions, pour distinguer les êtres qui peuplent ces lieux.\nLa musique a ses figures commes les arts plastiques. Celles que nous\nrencontrons ici méritent examen."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.30", "texte": "LES VIRGINALISTES ANGLAIS\n19\n\nLes unes nous sont déjà familières, Ce sont des figures archaïques,\ndont la musique du moyen-âge a, pour ainsi dire, usé et abusé. Ici, les faux\nbourdons, aux traits lourds qui prêtent à la mélodie le soutien de leur\ncontrepoint massif. Là, les groupes ternaires, chers au\nOu bien encore les plaisants hoquets, qui hachent, et leurs amusantes\ndécoupures. Enfin l'imitation figurée, ressource classique de la polyphonie,\nprocédé d'architecture commode, déjà devenu banal. A remarquer que\nl'imitation est d'autant plus fréquente en ces œuvres que nous\navons à faire à des maîtres plus anciens. Byrd y revient sans cesse ; ses\nsuccesseurs l'allègent jusqu'à lui faire perdre son caractère scholastique.\nD'autres figures sont d'emprunt étranger. Nous reconnaissons\naisément les formules caractéristiques et brillantes des Italiens de la\nRenaissance et la virtuosité des grands toccatistes, les Gabrieli, les Merulo.\nLa mélodie anglaise, un peu frileuse, ne saurait se passer du manteau\nsomptueux que l'art méridional jette sur ses épaules, et qui pèse parfois\nlourdement sur elles. Mais les pièces exclusivement dans le goût transalpin\nsont rares, et encore plus celles qui se rapprochent du goût français. Le\nvirginal, au milieu de toutes les influences du temps et de l'espace,\ncherche à dégager les éléments d'un style personnel. Ce modernisme\névident, cet effort vers le progrès et la nouveauté, donne au Fitzwilliam\nBook sa valeur et son éternelle jeunesse.\nOui, les Bull, les Farnaby et leurs collègues ont été des progressistes\nde la musique, et l'origine de la technique pianistique en Occident devra\nêtre cherchée parmi la figuration progressiste de leurs œuvres. Mélos,\nrythmes, harmonie, tout subit chez eux la poussée d'une figuration mou-\nvementée. La matière musicale y est tournée et retournée en tous sens,\ndéveloppée, étirée de mille façons.\nVeut-on des souplesses, les virginalistes en sont prodigues. Une\npetite Spagnoletta comme celle-ci :"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.31", "texte": "20\nS. I. M.\n\nprend aussitôt entre leurs mains l'allure d'un caprice :\nune simple chanson leur inspire des recherches ou vraiment 1 oreille\nmoderne n'est point déçue :"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.32", "texte": "LES VIRGINALISTES ANGLAIS\n21\n\nAilleurs cette aisance, cette mobilité devient l'occasion d'une pièce\nentière, dans laquelle nous reconnaissons les caractères du grand prélude\nde clavecin :"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.33", "texte": "22\nS. I. M.\n\nL'obstination d'un motif, qui, depuis, a si souvent servi et même\ndesservi la musique instrumentale, ne saurait manquer aux virginalistes.\nJohn Bull en obtient ceci :"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.34", "texte": "LES VIRGINALISTES ANGLAIS\n23\n\nLa séquence, excellent procédé pour tous ceux qui veulent déve-\nlopper, est naturellement leur alliée. Ils l'apprécient particulièrement dans\nleurs pièces de résistance, et, (il faut bien le dire), là ou l'inspiration\ncommence à faiblir. C'est ainsi qu'on la voit prolonger sur certaines\npavanes et gaillardes l'ombre de ses formes allongées et de ses vastes\nmouvements diatoniques, montants et descendants, lamentables et oiseux.\nParfois cependant elle s'anime et prend un air Maître Chanteur qui lui\nsied fort bien. Par exemple :\nOu bien encore :"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.35", "texte": "24\nS. I. M.\n\nN' oublions pas certaines pratiques, chères à la technique de ces\nartistes et qui leur ont été inspirées par la musique instrumentale de leur\ntemps. A travers le Fitzwilliam Book, et ses deux portées, sonnent bien\nd'autres instruments que l'humble virginal.\nTantôt c'est la fanfare des trompettes et des hautbois :\ntantôt le|luth qui résonne à la manière de Francesco da Milano ou de\nDowland, en dolentes fantaisies, pleines d'imitations légères et de traits\nfrémissants. L'antique musette apporte çà et là sa note champêtre et\naigre, et rappelle que nous sommes en pays Celte :\nLe cor lui-même s'entend au fond des bois dans la Chasse du Roi,\net se mêle aux aboiements des chiens :"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.36", "texte": "LES VIRGINALISTES ANGLAIS\n25\n\nIci, l'instrument à vent est pittoresque, mais n'est-il pas purement musi-\ncal et présent encore à l'oreille du compositeur dans des passages comme\ncelui-ci ?\nOn invoquera sans doute et avec raison la présence de l'orgue, dont\ntous ces artistes ont pratiqué le culte.\nEnfin, l'orchestre lui-même nous arrive directement par bouffées, à\ntravers ces pièces dont il soutient pour ainsi dire la belle sonorité et la\nvaste charpente. Que de peine ces artistes du clavier se sont donnée pour\nenfermer dans les dix doigts de l'exécutant l'âme de la musique de leur\ntemps ! Il leur eut été si facile de simplifier et de ramener leur art aux\nproportions de l'étroit virginal. Et voilà qu'ils ne songent qu'à amplifier,\nqu'à grandir la mission dont ils se sentent chargés. Quelle reconnaissance\nne devons-nous pas à leur lyrisme communicatif ?\nEn fait de rythmes, les confrères de John Bull sont également de\nsubtils et ingénieux ouvriers. Ne leur demandons pas, bien entendu,\ncette rythmique heurtée à laquelle le théâtre nous accoutume, et dont"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.37", "texte": "2 6\ns. I. M.\n\nnotre musique tire de saisissants effets. Ont-ils connus le style recitativo\nde la déclamation florentine ? Sans doute, et l'illustre Caccini a sa place\ndans ce recueil de Cambridge, avec une des meilleures compositions de ses\nNuoveMusiche ; d autres compositions du même genre se sont glissées à\nplusieurs endroits du volume. Mais, peu nombreuses, elles prennent\n1 allure générale de 1 œuvre, c'est-à-dire qu'au lieu de tendre vers l'isole-\nment de la monodie, elles se laissent envahir par la végétation vivace et\nluxuiiante, dont la musique virginaliste les a vite recouvertes. Elles\nsubissent la loi et 1 entraînement de cet art d'imagination outrancière.\nEt 1 on saisit ici, sur le vif, une des raisons de la soudaine disparition\nde 1 ecole que nous étudions. Au moment où la Renaissance italienne\nrassemble toutes les energies de l'esprit autour de l'expression verbale et\ndu geste dramatique, il n y a plus de place pour les épanchements\ncompliques du sentiment musical anglo-celte. La rencontre, en une même\npiece de clavecin, dun mystique comme Peter Philips et d'un homme\nde théâtre comme Caccini, semble presque tragique. Il faut qu'un des\ndeux tempéraments l'emporte sur l'autre dans l'évolution de l'art, et, l'on\ndevine bien que le Florentin, appuyé sur une déclamation qui fait image,\nsera victorieux, dans ce monde des réalités visibles et tangibles. Aussi\nbien, leurs convictions religieuses ne sauraient les sauver. Comment les\nvirginalistes auraient-ils résisté entre l'Eglise d'Elisabeth, qui réprouve\nla volupté des oreilles, et l'Eglise de Palestrina, qui sacrifie le charme de\nla musique à l'intelligibilité du texte littéraire ? Ne cherchons donc\npas chez eux l'accent dramatique des paroles qui récitent ou qui décrivent.\nIci, le rythme, comme tous les procédés de l'art, est au service d'un\nirrésistible penchant. Il sert à prolonger l'ivresse sonore, à retarder la\nvenue de la cadence finale. C'est un moyen dilatoire, diraient les juristes.\nGrâce à lui la musique reprend sans cesse de nouvelles forces, en se\ncontrastant, et s intrigant, en renouvelant la série capricieuse de ses\nmouvements vibratoires.\nCe qui ne veut pas dire que les virginalistes ignorent le ferme dessin\ndes rythmes les plus francs :"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.38", "texte": "LES VIRGINALISTES ANGLAIS\n2 7\n\nMais ils savent qu'on ne va pas loin d'une allure aussi canaille. Ils\npreferent le déhanchement de ce Musca par exemple :\nOu la subtilité de ce Maske :\nLeur goût les porte souvent vers les Ils ne\nseraient pas de leur temps s'ils ne cherchaient à maintenir, aussi bien\ndans la polyphonie que dans l'harmonie, dans le morceau de danse\nque dans le morceau d'église, cet équilibre volontairement instable, où\nles rythmes chevauchent et trébuchent les uns sur les autres et\ndont l'incertitude est un véritable obstacle au lecteur moderne qui\nveut pénétrer dans la musique savante du XVIe et du XVIIe siècle. Le\nseul jeu du contrepoint et de ses entrées successives ne saurait justifier\ncette passion de l'ambiguité, dont la forme la plus élémentaire se rencon-\ntre dans presque toutes les gaillardes et s'obtient en associant le ternaire\net le binaire de la façon suivante :"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.39", "texte": "28\nS. I. M.\n\nLes exemples de ces substitutions, que les philologues appelleraient\namphibologiques, sont légions. Ils ne suffisent point du reste à la logique\ningénieuse des virginalistes. Bien souvent c'est simultanément que les\nrythmes se superposent, et avec une insouciance de l'exécutant qui ne se\nrencontre peut-être plus beaucoup aujourd'hui dans notre musique de\nclavier. Que dire de passages comme ceux-ci, ou le 6/4 suit tranquille-\nment son cours sans souci du C qui intervient à l'improviste :\nou ce terrible » enchevêtrement, dont\" la gymnastique rythmique nous\ndonnerait sans doute une curieuse réalisation plastique :"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.40", "texte": "LES VIRGIN A LISTES ANGLAIS\n29\n\nOn ne reverra plus, et de longtemps, de pareils visages dans la\nmusique de clavier. L'orchestre seul, et l'orchestre moderne, sera capable\nde reprendre pour son compte ces tentatives hardies et de les mener à bien.\nSeule aussi notre toute jeune musique nous donnera la clef du langage\nharmonique, dont les virginalistes ont cherché les formules et pressenti la\nbeauté, parallèlement aux grands chromatistes italiens.\nNon point que l'harmonie de Bull soit celle de Bach ou de Rameau,\ncelle qu'on peut appeler classique et dont l'essentiel est d'avoir fait triom-\npher l'omnipotent majeur. Bien au contraire, elle participe à la fois des\nanciennes et des nouvelles tendances tonales, elle hésite entre l'écriture\nverticale et l'écriture horizontale, elle cherche entre les sons des relations\nintimes et hardies. Et tout ceci, avec une indépendance, un goût progres-\nsiste, auxquels la théorie de l'âge suivant va bientôt mettre bon ordre,\nmais que les musiciens actuels trouveront sympathiques. Quand on passe\nde la tyrannie du Code de musique et de sa basse fondamentale, dans le\njoyeux tohu-bohu du Fitzwilliam Book, on éprouve la sensation d'une\ndélivrance. Les confrères de Farnaby et de Byrd sont à peu près à la\nmême distance que nous de ce XVIIIe siècle, que l'on peut considérer\ncomme le point mort de notre évolution harmonique. Chez eux, comme\nchez nous, la musique est en marche, mais dans un sens opposé. Ils vont\nvers l'unification des modes ; nous nous en éloignons.\nAvec cette différence cependant, que nous avons, pour nous guider,\nl'expérience de trois siècles, et le credo de nos grands maîtres. Les vir-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.41", "texte": "3°\nS. I. M.\n\nginalistes au contraire, marchent à tâtons. Leur harmonie rebondit sur\ntous les angles de leur contrepoint, virevolte, tourbillonne et cascade, entraî-\nnée par le flot d'une figuration incoercible. Bien expert qui pourrait dire\ns'il faut ici un dièse ou un bémol, quand le texte n'en porte pas et que\nl'oreille s'inquiète. Les accords se brisent, les gammes s'enguirlandent, les\nimitations se pressent, et la tierce et la sensible, à tout coup submergées,\napparaissent tantôt majeures, tantôt mineures au hasard des rencontres et\ndes combinaisons ! Ainsi ce passage où l'on pressent Moussorgski :\nEt mille autres, que nous ne saurions citer, sans rebuter le lecteur. Car\ntelle agrégation sonore ne signifie rien lorsqu'elle est arrachée à l'atmos-\nphère du morceau qu'elle anime.\nIl faut se plonger dans le Fitzwilliam Book, contempler le paysage\nvirginaliste, ses perspectives fuyantes, ses grands horizons, baignés de\nlumière parfois indécise ; et l'on se prend à aimer la teinte grise de ses\nharmonies, et jusqu'à la gaucherie de sa couleur. Nous traversons ici un\nlieu de transition, nous franchissons un stade d'élaboration. La musique\ns'y dépolyphonise, et l'harmonie, avant de s'immobiliser dans l'accord, y\naccomplit un vigoureux travail d'assouplissement. Les différents concepts\nauxquels obéit notre technique moderne se trouvent aux prises déjà sur ce\nclavier du virginal, où le chromatisme des notes noires et blanches\négalise, tempère le son, en le rendant esclave des habitudes digitales,\ndont sortira notre grand art, celui de Liszt, de Mozart et de Franck."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.42", "texte": "LES VIRGINALISTES ANGLAIS\n3 1\n\nTel est ce que nous appelions le matériel figuratif des virginalistes.\nTel est le fonds de roulement sur lequel ils ont vécu pendant près d'un\ndemi siècle. Comment ont-ils vécu, et qu'ont-ils produit en s'aidant de\nces éléments, en s'inspirant de ces tendances ? C'est ce que nous dit avec\néloquence le somptueux Fitzwilliam Book, cette bible de la musique\nanglaise au temps de Shakespeare.\nDanses, fantaisies, motets, préludes, airs variés ou amplifiés, plain-\nchant liturgique, défilés et mascarades, inventions contrapontiques et\npont-neufs, tout le répertoire de la Renaissance a passé par les dix doigts\ndes virginalistes. Le Toyshakespearien voisine avec le Félix\nMargot soupire non loin cT Amarilli^entre un et le rêve de\nBarafostus ; l'ltalie, l'Espagne, la France et jusqu'aux Gypsies mènent\navec l'Angleterre, l'Ecosse, l'lrlande et les Pays-Bas une ronde folle, où la\ngigue (dont notre music-hall a conservé le souvenir) ne craint pas de\ndonner la main aux Miserere à trois pa ou au 140. Quelle\nétrange confusion et comme l'esprit de la musique nous apparaît ici indif-\nférent à l'originalité de la matière sonore? Bien peu d'idées, parmi celles\nqui orientent ces pièces, appartiennent à l'auteur qui les a traitées. Les\nunes portent manifestement la marque de leur origine, les autres suivent\nla mode du temps, et sortent de n'importe où. Le mérite de l'artiste est\ndans l'effort accompli pour dégager le mouvement et la vie d'un thème\nqui vient se poser devant lui. On ne saurait même prétendre que le\nvirginaliste se soucie beaucoup de faire sien le bien d'autrui, et de mettre\nà son œuvre un cachet nettement personnel. Il individualise rarement, il\nmusicalisetoujours. C'est bien son droit.\nEt c'est aussi le nôtre de vouloir établir un classement logique là\noù règne une pareille insouciance. Mais comment faire ? La simple\nchronologie serait vaine. La morphologie, qui s'en tient aux titres des\nœuvres, resterait impuissante ou arbitraire. Car le virginaliste, dont le\nbut est de se faire jouer sur un instrument déterminé, accommode d'un\nmême style tous les plats qu'il nous sert, et s'efforce de faire\nmusique à propos de tout ce qui lui tombe sous la main.\nMieux vaudrait distinguer dans ce vaste répertoire d'abord les pièces\npurement digitales qui émanent directement du clavier, puis celles qui lui\nviennent au contraire de l'autre extrémité du monde de la musique, de la\nhaute polyphonie par exemple, et enfin celles que le virginaliste a pour ainsi\ndire trouvées sous sa main. La part de l'empirisme se trouverait ainsi"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.43", "texte": "32\nS. I. M.\n\nréduite autant que possible, et l'on verrait, par exemple, les préludes ou\nles toccatas s'opposer au groupe des motets, tandis que les chansons, les\ndanses, les pièces pittoresques ou scéniques, les fantaisies profanes ou\nsacrées iraient de compagnie. Et l'on apercevrait aussi que les œuvres les\nplus intéressantes sont précisément celles qui satisfont à la fois les néces-\nsités du clavier et les exigences de la musique pure. Ni le madrigal, ni le\nmotet, conçus pour une exécution collective, ni le simple prélude écrit\npour faire briller un instrument modeste (pardon clavecinistes?), ne\ndonnent la mesure d'un de ces grands génies.\nÏ1 faut voir John Bull dans la Kings Hunt, où la meute hurle parmi\nles fanfares, à travers les galopades des chevaux. Il faut admirer Byrd,\nRichardson, Morley, dans leurs pesantes pavanes, qui ont toute la richesse\ndes étoffes du XVIe siècle, et qui longtemps avant notre sonate, posent\ndéjà le principe du bi-thématisme expressif. Il faut applaudir le merveil-\nleux Giles Farnaby, une des plus singulières imaginations dont la musique\nait enrichi l'humanité, homme incomplet, mais de surprenante invention.\nIl faut enfin s'incliner devant les très grandes pièces d'architecture, con-\nstruites sur des fragments de gamme, ou des motifs grégoriens, et qui\ndépassent le virginal proprement dit de toute la hauteur de la musique\nsymphonique. Ici l'artiste trouve sa liberté. La matière qu'il, traite\nn'appartient à personne, et il la traite sans se soucier de qui que ce soit.\nIl marche, soutenu par sa propre fantaisie. Bel effort en vérité, mais\ncombien difficile à cette époque de la musique !\nAlors le virginalis menous apparaîtra dans toute la singularité de\nson splendide isolement. Nous verrons en lui un des plus furieux efforts\nde l'humanité pour envahir le domaine de la musique pure, un des plus\ndignes d'admiration et d'émulation. La gloire des virginalistes, c'est\nd'avoir voulu, selon le mot d'un poète moderne, leur parent spirituel :\n\" de la musique avant toutes choses\". Oubliant les catégories, insoucieux de\npolyphonie ou d'harmonie, des modes anciens ou modernes, des conve-\nnances instrumentales, et des possibilités d'exécution, ils se sont lancés à\ntravers la musique, bravement, héroïquement, joyeusement, avec toute\nl'assurance de la \" Merry England\"qu'ils personnifiaient. L'instinct de la"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.44", "texte": "3\n\nLES VIRGINALISTES ANGLAIS\n33\n\nconquête les a conduits vers des terres nouvelles. Ils ont été d'admirables\nnovateurs.\nLes premiers, peut-être, ils ont clairement aperçu que la musique\nvivait d'expansion, que le mouvement vibratoire portait en lui-même\nune force sans cesse renouvelée, une énergie, qui s'exalte de nos jours par\nla mélodie continue et la grande variation.Loin de séparer comme l'ont fait\ntant de musiciens (avant et après eux,) l'accessoire du principal, le fonds\nde la forme, la ligne de son ornementation, ils se sont efforcés d'incorporer\ndans leurs œuvres toutes les énergies dont la musique était capable à cette\népoque. Loin de faire servir le son à des fins intellectuelles, morales,\nreligieuses, didactiques, dramatiques, que sais-je ? ils ont tout subordonné\nà cet art de libre échange sentimental. On dira qu'ils l'ont fait avec plus\nd'ardeur et plus de juvénilité que de prévoyance et de méthode, et l'on\nprouvera ainsi que leur œuvre n'était point faite pour la résistance. On\nnous montrera qu'ils ne savent guère où ils vont, et que leur perpétuelle\nagitation finit par nous lasser. C'est vrai, le fruit qu'ils nous offrent est\nrarement à point. Mais faut-il s'en plaindre ? Trop souvent notre\nmusique occidentale a manqué de fraîcheur. Trop souvent elle fut un\nart de réflexion et de convenance. Ici, et pour un moment, nous sentons\nl'enthousiasme et l'ivresse qui cherchent leur voie. C'est la musique dans\ntoute sa fleur virginale. Les virginalistes ont bien mérité leur nom.\n\nCharles van den Borren.\n\nLe Virginal d'après Virdung en 1510"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.45", "texte": "Choses d'Asie\n\nDE QUELQUES MUSIQUES ET DANSES\nD'EXTRÊME-ORIENT\nJe voudrais que les lecteurs sous les yeux de qui tomberont ces lignes,\ndétachées d'un calepin de voyageur, eussent pour leur signataire, non la\nsévérité d'appréciation dont ils font si justement preuve à l'endroit d'une\nétude musicographique professionnelle, mais la souriante indulgence à\nlaquelle peut prétendre un touriste profane, passionnément épris de sensa-\ntions musicales mais dépourvu de technique et de métier.\nOn a beaucoup écrit, et excellemment, sur les musiques exotiques,\nen particulier sur celles d'Asie. C'est même là un des titres de gloire de\nla Revue S. I. M.. Au surplus, de quelque façon qu'elle se manifeste, la\nmusique ne laisse pas que d'être partout profondément humaine. Qu'elle\ns'exprime au moyen d'un orchestre complet ou d'un assemblage d'instru-\nments barbares, elle traduit toujours exactement le sentiment, le tempéra-\nment, le modus vivendide ses auteurs. Elle est le miroir d'un peuple civilisé,\ncomme celui d'une tribu sauvage. Et, s'il lui arrive parfois de déchoir\ndans le bruit ou la cacophonie, le moraliste, le psychologue et l'ethnographe\nseront néanmoins assurés d'y trouver le point de départ de leur synthèse\nou le but final de leur analyse.\nAllons plus loin. La musique, plus et mieux que tout autre art, est\nl'esclave, la sujette, des conditions ambiantes où il lui est donné de se\nmanifester. Elle sera rêveuse, intellectuelle, philosophique ou mystique\ndans les pays septentrionaux ; chaude, amoureuse, sensuelle, jalouse et"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.46", "texte": "CHOSES D'ASIE\n35\n\npassionnée sous les tropiques. On a pu dire dans le même sens qu'il y avait\nune musique maritime, comme il y avait une musique montagnarde (et\nce n'est certes pas mon illustre ami cévenol Vincent d'lndy qui me contre-\ndira en cette dernière assertion !)\nEn Extrême-Orient, les musiques offrent cette particularité étrange\net déroutante de revêtir surtout un cachet de tristesse, de mélancolie ou\nde gravité.\nÉvidemment, il serait imprudent de généraliser. Mais il est hors de\ndoute que hormis les musiques de gaîté, à l'occasion des fêtes :\nfiançailles et noces, par exemple ces peuples ont une tendance marquée\nà exprimer musicalement leurs rêveries ou leurs peines, de préférence à\nleurs joies ou à leurs plaisirs. Le Japon, notamment, est extrêmement\ncaractéristique à ce point de vue : l'inspiration y est manifestement\nmélancolique, en un pays pourtant riant et enchanteur, où tout femmes,\nfleurs, paysages est un ravissement des yeux et une perpétuelle invita-\ntion au sourire et à la douceur de vivre\nEst-ce paradoxe de la Nature comme il s'en rencontre tant, parfois ?\nOu faut-il attribuer ce caractère de rêverie sentimentale à l'emploi exclusif\ndu mode mineur qui prévaut dans toutes ces musiques d'Asie ?...\nNous laisserons au lecteur seul le soin de conclure, à la fin de cette\nétude d'impressions dont, sans plus tarder, nous allons parcourir l'erre\ngéographique.\nBIRMANIE, SIAM, CAMBODGE\nLes musiques birmane, siamoise, cambodgienne et javanaise offrent\nentre elles d'étonnantes affinités. Même conception, mêmes procédés et, à\npeu de chose près, mêmes instruments.\nIl eût été intéressant pour un musicographe expert en exotisme,\ncomme le regretté Bourgault-Ducoudray par exemple, de rechercher, à\ntravers l'histoire des peuples indo-chinois et indo-javanais, la genèse\npremière de l'art des sons et de sa réalisation symphonique. Une fois de\nplus, on y aurait vu la musique intervenir dans le domaine de l'ethno-\ngraphie pure ; car celui qui eût fixé la véritable origine de ces musiques\nétroitement parentes eût peut-être trouvé la solution d'un grand problème\nethnique, savoir la filiation des races malaise et javanaise que d'aucuns\nprétendent asiatique, et d'autres, océanienne."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.47", "texte": "36\nS. I. M.\n\nAussi bien décrire la composition d'un orchestre siamois revient-il à\ndécrire celle d'un orchestre birman ou cambodgien (je dirai plus loin les\ndivergences, d'ailleurs légères, qu'offrent, à cet égard, musique, danses et\norchestres javanais). Que la scène se passe à Rangoon, Pnom-Penh ou\nBangkok, le spectacle sera le même et la sensation identique.\nOrchestre de frappements surtout, où le piano de bambous en forme\nde pirogue, les gongs et les pianos circulaires portent des noms différents\nmais jouent partout le même rôle primordial. On y notera généralement\naussi l'adjonction d'une clarinette aigre et d'un violon criard dont la\nfonction instrumentale n'est pas netttement définie. Quoiqu'il en soit,\nces musiciens, avec de si faibles moyens, se livrent à d'extraordinaires\nimprovisations, rappelant par instants celles des tziganes hongrois devant la\nvirtuosité desquels le grand Liszt, lui-même, demeurait confondu...\nDu vieux thème populaire lhaï :\nqui se trouvait à l'état de formule quasi-liturgique dans un grand nombre\nd'antiennes millénaires et dont l'origine remonte probablement aux\népoques khmères, les Siamois ont tiré les premières mesures de leur chant\nnational moderne, plus proche parent, par son écriture grave et hiératique,\nde Y Hymne Russe que de notre Marseillaise :\nLes conditions dans lesquelles il me fut donné d'entendre, pour la\npremière fois, cet Hymne Siamois restent gravées dans ma mémoire parmi\nles souvenirs les plus impressionnants de mon voyage en Extrême-Orient."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.48", "texte": "CHOSES D'ASIE\n37\n\nC'était aux obsèques, ou plus exactement à la crémation de S. M. le feu\nroi Maha Chulalongkorn. Joué par la garde royale, présidant le char\nfunèbre où trônait l'urne d'or aux feux adamantins, ce morceau de\nmusique indigène, harmonisé à l'européenne, avait tout le style angoissant\nd'une marche funèbre, dont les accents déchirants eussent été confiés aux\ncuivres et ponctués d'un roulement de timbales...\nDans le même défilé, mais cette fois derrière l'auguste dépouille,\nmarchaient une cinquantaine d'étranges musiciens indigènes vêtus de\ndalmatiques rouges et jaunes : la plupart se contentaient de frapper à\nintervalles réguliers sur des timbales de tonalité différente, cependant que\nl'un d'eux exécutait une curieuse improvisation sur un hautbois extrême-\nment nasillard. Je ne sais rien de plus frissonnant que ce solo ironique et\npersifleur s'élevant, au milieu du silence profond et du respect général\ncomme un blâme suprême aux défaillances et aux fautes du mort, au cours\nde sa dernière réincarnation humaine !...\nL'art de la danse au Siam et au Cambodge a toujours été\nhautement prisé. J'en dirai tout autant de la Birmanie, encore que la\ndéposition du roi Thebaw et l'actuelle administration de son royaume\npar les Anglais, qui l'ont rattaché à la couronne des Indes, aient fait\ndisparaître.\nQui d'entre nous, d'autre part, n'a admiré la grâce plastique des\ndanses cambodgiennes que Melle Cléo de Mérode, l'exquise et tanagréenne\nballerine, faisait revivre il n'y a pas bien longtemps ?... Sans doute, la\ncharmante artiste manquait-elle, professionnellement, de cette raideur\nd'articulations qui est le propre de toute chorégraphie indo-chinoise ou\njavanaise, et en particulier de ce renversement des mains sur le poignet\nqui ne s'obtient que par de longues et minutieuses études, dès l'enfance...\nMais, abstraction faite de ces imperfections nécessaires, Melle Cléo de\nMérode, par une divination qui lui fait le plus grand honneur, s'était\napprochée de très près de la Réalité où elle s'essayait. La tête casquée\nd'une pagode aux filigranes délicats, les doigt coiffés si j'ose dire de\nlongs ongles dorés, le corps serré, emprisonné dans une dalmatique de\nbrocart d'or, les pieds chaussés de fines babouches, elle allait et virevoltait,\naux sons d'un orchestre, bien un peu conventionnel... Mais à l'impossible,\nnul n'est tenu !...\nEt c'était vraiment pour le Parisien blasé, sceptique, une vision\npresque exacte des antiques danses aux pays thaï et khmer."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.49", "texte": "3 8\nS. I. M.\n\nJAVA\nA Java, la musique paraît n'être que le corollaire de la danse. Peu\nou pas de chants populaires : en revanche, une grande quantité de danses\ncaractéristiques, harmonieuses et lentes.\nHeureux, l'Européen de passage auquel sa bonne étoile permet\nd'assister a un de ces concerts de plein air qui, à Batavia ou à Sœrabaya,\nsont l'indispensable complément de toute cérémonie nuptiale !... Pour\naider la chance, le mieux sera de s'enquérir au quartier chinois on\nsait que les Célestes, comme partout en Extrême-Orient, ont su accaparer\nle haut et le petit commerce des villes et drainer également à leur profit\nles richesses intérieures du pays le mieux sera, disons-nous, de s'en-\nquerir au quartier chinois des jours et heures de fêtes matrimoniales en\nperspective. J'ai pu ainsi, sans autre recommandation que le truchement\nd'un Hollandais de mes amis, M. Boerrigter. grand agriculteur de Buiten-\nzorg, assister, un soir, en me promenant dans Batavia, à un banquet de\nnoces chinois, suivi de danses. L'hostilité des Célestes pour le \" diable\nd'Occident, \" si accusée à Canton par exemple, n'existe pas à Batavia,\nBangkok ou Singapore. Le Fils du Ciel, nonobstant son nombre, ne s'y\nsent pas absolument chez lui : il a l'impression qu'on l'y tolère, parce que\nfacteur économique important, à l'instar du Grec et de l'Arménien dans\nles Echelles du Levant.\nAprès les innombrables services et plats pimentés d'un menu néces-\nsairement hétéroclite, voici venir les musiciens et les ronggeng ou\ndanseuses.\nL'orchestre javanais se compose ordinairement d'un piano à touches\nde bambous, d'un violon monocorde, de plusieurs gongs à timbres\ndifférents, d'une flûte aigre rappelant assez le hautbois, de claquoirs en\nbois et de cymbales. Le nombre des exécutants est d'une demi-douzaine\npour les orchestres courants, et d'une douzaine pour les garnelang des\nprinces indigènes tels que ceux du sultan de Djokkja et de l'Empereur\nde Solo.\nLes traits caractéristiques des danses javanaises sont la lenteur et\nl'harmonie. Mais il arrive parfois comme je l'ai observé d'ailleurs\naussi en Birmanie, au Siam et au Cambodge qui, je le répète, offrent avec\nJava d'étroites affinités musicales il arrive parfois que le final d'un"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.50", "texte": "CHOSES D'ASIE\n39\n\nmouvement s'amplifie tout-à-coup, s'accélère, se précipite sans transition\napparente, pour se terminer en cadence plagale, non religieuse comme\ncelle de Gounod, mais épileptiforme et presque cacophonique. Tous les\nmusiciens frappent à tour de bras sur leurs instruments : c'est une rage,\nune frénésie, courte heureusement... mais qui ne manque pas de saveur\nexotique !\nOn sait l'eurythmie des danses javanaises, célèbres dans le monde\nentier pour leur plastique générale et la grâce étrangement voluptueuse\nde leurs enveloppements. Les pieds n'y jouent qu'un rôle effacé, secon-\ndaire : toute l'importance de la chorégraphie réside dans le nonchaloir\ndes épaules, la torsion des bras et le redressement inusité des paumes. Le\nmoindre repliement du pouce, de l'index ou du médium a sa significa-\ntion ; en d'autres termes, la main du sujet est une main Mais\nil faut être javanais pour en percevoir les nuances. Et, si ce langage muet\ndemeure généralement peu compréhensible à l'Européen profane, c'est\nque celui-ci n'en perçoit que très rarement le symbolisme ésotérique.\nLa place me manque malheureusement ici pour entrer dans le détail\ndes danses de Java qui, à elles seules, vaudraient qu'on leur consacrât\ntoute une monographie. Je me contenterai de commenter brièvement\nl'une d'elles, la plus prisée de toutes : la slendang.\nImaginez un escadron volant de dix petites ballerines maigriotes,\ndécolletées et les bras nus de très longs bras minces qui les font\nressembler aux Wajangs ou marionnettes du théâtre javanais... Les\ndanseuses, au corselet de velours vert ou rouge, à broderies et crépinettes\nd'or ou effilés d'argent, au sarong national qui leur tient lieu de jupe,\ndéfilent d'abord à la file indienne, devant le public qu'elles saluent respec-\ntueusement. L'une d'elles se détache ensuite des autres ; elle tient à la\nmain une écharpe de mousseline qu'elle agite avec grâce. Elle va, vient,\navance recule, tourne et, finalement, se campant devant un des spectateurs\ndu premier rang, lui lance l'écharpe.\nC'est l'invitation à la valse, dans toute l'acception concrète du mot.\nEt le danseur désigné se voit dans le double alternative, ou de danser avec\nla ronggeng, ou de lui payer un florin de dédit. Les plus galants s'exécutent\navec empressement et pastichent, qui légèrement, qui lourdement,\nderrière la ballerine, ses pas et ses renversements de main, faisant, suivant\nle cas, crépiter les bravos ou déchaîner les rires.\nLe danseuse reprend ensuite sa place, derrière ses camarades ; le"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.51", "texte": "4°\nS. ï. M.\n\ndéfilé recommence, puis les saluts au public, puis le jet de la mousseline\nà un nouvel élu. On pourrait croire que, répété dix fois, vingt fois ou\ndavantage, ce petit jeu ne tourne à la monotonie, partant à l'ennui\nprécurseur du décrochement des mâchoires... Il n'en est rien. Les ronggeng\nsavent varier à l'infini leurs attitudes et leurs mouvements ; les instru-\nmentistes sont d'étonnants improvisateurs ; et le danseur-amateur achevé\nde donner à chaque slendang un cachet de gaîté farce bien particulier.\nJ'ai pris plaisir à noter sur mon calepin de voyageur, pour l'harmo-\nniser ensuite à tête reposée, une de ces danses populaires. Elle est\nconstruite sur une pédale à la basse dont le dessin, à peu près invariable,\nsert de soutien au thème mineur suivant, martelé sur les touches de\nbambou du piano a forme de pirogue.\nA la dernière reprise de ce thème, dans les développements duquel\nl'improvisation personnelle des musiciens se laisse aller au gré de la\nfantaisie ou de l'inspiration comme il en va des joueurs de cymbalum\nhongrois les martelets frappent à l'octave et la constance à la basse\ns'agrémente d'un petit contrechant de violon (si violon on peut dire !)\ndonnant au final,une tonalilé un peu crue, mais si étrange, si extrême-\norientale, que l'on se sent définitivement conquis par le côté à la fois\nbarbare et charmeur de cette musique.\n\nRobert Chauvelot."}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.52", "texte": "DESSIN DE J.-P. BESSON-DANDRIEUX.\nLe goût des divertissements costumés a repris tout son empire ces dernières années. Ce\nne sont plus que fêtes persanes, bals chinois, et travestissements de tous les ordres, de tous les\nlieux, de tous les temps. En entrant cet hiver dans un salon parisien, on pouvait se poser la\nquestion que Montesquieu mit jadis à la mode, et se demander, non sans anxiété : \" Comment\npeut-on être Français ? \"\nLes Echos mondains et les magazines ont popularisé l'aspect de ces fêtes somptueuses,\nmais qu'ont-ils fait de la musique, de cette musique, bonne ou mauvaise, sans laquelle de telles\nsolennités ne sauraient divertir leur public r Les historiens de l'avenir pour qui chacun le sait\nS.I.M. est animée de la plus vive sollicitude, ne nous pardonneraient pas, si nous ne cherchions\nà conserver le souvenir de l'atmosphère sonore qui enveloppa ces nuits voluptueuses. Et qui\nsait d'ailleurs si ces mascarades modernes, inventés par le plaisir et l'amour de l'art, n'auront\npas des suites heureuses, encore imprévues ? L'opéra-ballet du grand Lully sortit tout\nnaturellement des salons du Louvre et du Marais ! Le spectacle de demain s'organise dans\nl'hôtel de la comtesse de Ch.... ou dans le Pavillon de Paul P... t.\nC'est à cette dernière fête, à celle qui fut donnée en pleine forêt de St. Cloud, au\ncharmant et minuscule \" Butard \", que nous voudrions faire allusion. Elle eut le mérite\nd'avoir été préparée, et exécutée par des artistes et pour des artistes, et dirigée par un magicien\nde l'art décoratif. Elle doit rester le type d'une manifestation de ce genre en 1912.\n*\n* *-\nLa belle nuit ! Cinquante musiciens et acteurs : cent spectateurs de choix auxquels il\nfaut joindre la lune, mille étoiles et le soleil, à son petit lever : un parterre de rois et un\npoulailler d'astres.\nA quel spectacle, en cette nuit étrange Paul P...t conviait-il ses invités ? Le mystère dont il\ns'était entouré, son audace connue, son goût très sûr, faisait en prévoir un divertissement\ninédit et rare. On le sait évocateur superbe de mondes fabuleux, créateur de féeries.\nEt ce soir là, à l'orée du bois, on quittait le monde. Là vous conduisait le fragment de\ncarte d'Etat-Major joint à l'invitation. Alors, guidé par la torche d'une blanche Ariane, en\nentrant au Butard, on entrait dans la féerie. Quelques lumières discrètes, de grands trous\nd'ombre sous les arbres, et au fond la façade du pavillon éclairée à souhait par une habile\nprojection. En haut de quelques marches, olympien, blanc et or, Jupiter, maître de céans,\nrecevait ses invités."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.53", "texte": "42\nS. I. M.\n\nDans l'ombre les groupes se forment : on devine étendus sur des tapis bossués de coussins\ndes mercures,*des vulcains, des Actéons, des Dianes, des Junons : quelques lumières jouent sur\ndes tiares, des colliers, modèlent des torses,\nbadigeonnés à la Nijinsky, danseurs inconnus\net indigo, des faces cramoisies de Silènes :\ndieux bleus et nez rouges. Et tout ce monde\nétonné écoute et regarde.\nCar déjà la représentation commence.\nDans ce décor idéal, sous cette lumière exquise,\nles pantomimes, les ballets semblent un rêve.\nEt l'illusion grandit encore aux premiers accords\nde l'orchestre que dirige le savant Desportes.\nAvec amour, il a retrouvé, orchestré, restauré\nde vieux airs comme cet adorable Ballet Italien\nde G. di Caravaggio, et il mérite bien d'avoir\nrencontré un artiste qui lui donne ce cadre\nunique.\nPuis voici Bernard Naudin, qui l'eut cru?\nNon pas Naudin le graveur, dont le Pavillon\nde Marsan admire le burin féroce, mais Naudin\nmusicien, Naudin compositeur et pasticheur\nde Rameau dans un quatuor \" Le Butard \".\nPourquoi ne pas donner quelques preuves\ndu talent de cet auteur inconnu et dont la\nmusique deviendra rare ?\n\nPaul P...t par H. Berquin"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.54", "texte": "LES FESTES DE BACCHUS\n\n43"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.55", "texte": "44\nS. I. M.\n\nMusique et dessins de Bernard Naudin."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.56", "texte": "LES FESTES DE BACCHUS\n45\n\nPuis ce sont des cantates : Diane et Actéon de Boïsfleury, une Bourrée de Bach, un Rigaudon\net le Menuet du Bourgeois gentilhomme de Lully. Enfin le morceau capital : Les Festes de Bacchus,\nballet et pantomime de M. de Lully, avec ses entrées, ses défilés reconstitués avec art, joués\navec humour en des costumes\npittoresques, somptueux et\nexacts, par une troupe d'ama-\nteurs, peintres,amis du maître\nde la maison, organisés et\nconscients.\nAux enti'actes, les bosquets\ns'illuminent de feux de Ben-\ngale, la façade du Butard\nruisselle sous des feux d'arti-\nfice, en apothéose. Puis on\nva au hasard sous les arbres\nnoirs autour de braseros fu-\nmants, auprès d'un buffet\nbizarre, flanqué de tonneaux\nenluminés de couleurs vives,\nentouré de tablesaccueillantes,\ngarnies de solides victuailles qu'on cueille à des mâts, grands comme des arbres, grappes de\nsaucisses, régimes de jambons... Et on boit le vin dans des cornets à bouquin.\nPuis c'est le souper : de terre sont sorties les tables : le plafond s'éclaire et le soleil s'invite :\ntimides, les étoiles sont parties. Le concert se prolonge par l'audition des \" Soupez du Roy \"\ncomposés, dit le programme par M. de Lully fils et copiés par M. Philidor l'aisné.\nAinsi s'achève, dans l'or du soleil levant, cette fête extraordinaire. Des autos lointaines\nenlèvent les Vulcains et les Dianes. Bien reveillés, pourtant, des faunes et des driades s'obstinent\ndans leur rêve et le prolongent dans l'herbe, en bucolique :et le silence se fait dans les bois\ndu Butard, troublé seulement par les dernières exécutions sommaires du photographe au\nmagnésium qui, insoucieux du grand jour, bombarde froidement les derniers groupes de survi-\nvants.\n\nDessin du programme par Falconnet\n\nBagnolet.\n\nFAUCONNET"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.57", "texte": "CLOSSON (Ernest). - Le manuscrit dit des Basses Dances de\nla Bibliothèque de Bourgogne. (Bruxelles, Société des bibliophiles et\niconophiles de Belgique, in-8° oblg. de 148 pp. Frs 40.)\nS. I. M. se sent tout particulièrement honoré d'avoir reçu\nun des dix exemplaires de présentation de cet ouvrage luxueux,\nrecouvert des signatures du Prince de Ligne, président de la\nsociété des bibliophiles belges, et de notre collègue Closson. Et\nd'autant plus, qu'il s'agit ici d'un document dont la singularité a\ndepuis longtemps piqué, je dirai même effrayé, la musicologie\ninternationale, et dont le facsimilé n'avait jamais été publié.\nOn connaît ce manuscrit oblong de petit format, relié en\nbois sous, une couverture de soie grenat, et dont les feuillets\nsont de papier absolument noir, très mat, sur lesquels se détache\nune mystérieuse notation en caractères d'argent et d'or. L'effet est\nsaisissant, et tous ceux qui ont ouvert ce volume à la Bibliothèque\nRoyale de Bruxelles, où le R. P. van den Gheyn le garde précieu-\nsement, se sont senti le désir d'en connaître l'énigme. Disons de\nsuite qu'il appartenait à Marguerite d'Autriche, qui vraisembla-\nblement le tenait de sa mère Marie de Bourgogne, ce qui le situe\ndans la seconde moitié du XVe ; M. Closson soutient même dans le premier tiers. Il passa en\n1532 dans la bibliothèque de Marie de Hongrie, puis revint à Philippe 11, et parvint\njusqu'à nous, sans s'être égaré dans ces mains illustres.\nPas de nom d'auteur, mais une soixantaine de \" Basses dances \" notées en valeurs uniformes\net accompagnées d'indications schématiques et chorégraphiques. Le tout précédé d'une brève\net assez confuse introduction. Chacune de ces basses dances est pourvue d'un titre en français\ntelle que : Beaulté; La Belle ; Engoulesme ; La Rochelle ; Filles a marier ; le petit Rouen ; le doux\nespoir etc.... Tout le texte est d'ailleurs français et la provenance ne paraît pas douteuse. Nous\navons sous les yeux l'œuvre d'un de nos maîtres à danser de 1450, et un recueil inestimable\nde ces danses communes, qui ne réclamaient pas grande virtuosité parce que les pieds n'y quit-\ntaient guère le sol. Comme Ht ici notre anonyme u quand on les danse, on va en paix, sans s'y\ndémener, le plus gracieusement que on peult Elles étaient basses par leur attitude, et convenaient\nà la collectivité, de même que les danses \" par haut \" séduisaient les solistes* La contredanse\ndu XVIIIe, et le quadrille moderne sont les descendants de ces promenades cadencées.\nComment dansait-on au temps de Charles le Téméraire ? Voilà ce qu'on voudrait savoir.\nMalheureusement ce n'est pas encore ce manuscrit, qui nous permettra de répondre avec\ncertitude. Sa notation, à la fois musicale et chorégraphique, offre au chercheur le plus\nconvaincu, et le mieux armé, de sérieuses difficultés. M. Closson avoue très courageusement"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.58", "texte": "LES LIVRES\n\n47\n\nn'avoir pu les résoudre toutes. Il a su toutefois, dégager la doctrine des pas, et préciser la\nthéorie des mesures qui groupent ces pas, et qui n'ont point de rapport avec les mesures de la\nmusique. C'est déjà un résultat, qui suppose de patientes études. Le reste demeure encore\nhypothétique.\nCe reste, c'est la musique même et son accord avec la chorégraphie. Le manuscrit oublie\nde nous dire comment les notes se plaçaient sous les postures de la danse. Bien plus, sa notation\naffecte un aspect hiéroglyphique extrêmement embarrassant. Elle se compose immuablement\nd'une succession de'brèves sans aucun signe de rythme ni de mesure. Cinquante-trois dances,\nsur cinquante-neuf, présentent cet aspect d'une tablature rébarbative et désespérante. Que faire?\nFaut-il confier un pas de la danse à chaque note de l'air ? La coïncidence est possible, à peu\nd'exceptions près, et M. Closson s'est arrêté à cette solution, dans l'impossibilité d'en justifier\nune autre. Faut-il croire au contraire que le pas et la note ne sont point du tout liés\nl'un à l'autre ? je pencherais plutôt vers cette opinion, tout en sentant ce qu'on pourrait\nm'opposer. Pour tenter de résoudre ce problème, il conviendrait avant tout de connaître\nla physionomie musicale de ces petits morceaux.\nOr, il est inadmissible, et contraire à la logique la plus évidente, de donner le nom de\nmusique à ces kirielles de brèves amorphes ! Un jour, sans doute, un autre manuscrit nous\nrévélera l'une de ces mélodies, sous sa forme rythmée, et nous aurons la clef de cette notation\ninsolite.\nSi l'on voulait cependant, dès maintenant, chercher une transcription plausible, il me\nsemble qu'on devrait suivre une lumineuse indication de l'lnstruction, qui sert de préface à ce\ndocument. L'auteur nous prévient en effet en écrivant : \" Et se nomme basse dance pour ce que on\nla joue suivant majer parfait \". Ce qui veut dire, en langage moderne, que le propre de la basse\ndance est un rythme ternaire. Et, cette constatation s'accorde à merveille avec ce que nous\nsavons de la musique populaire du moyen-âge. De belles et célèbres pièces comme par exemple\nla prose u Orientibus partibus \" de la messe de Pierre de Corbeil, ou le u iVîittit ad virginem \"\nattribué à Abelard par M. Gastoué restent de vénérables ancêtres de ce trois temps légers, qui\ns'inscrit dans une période symétrique de quatre ou de huit mesures. La carrure et la forme en\nsont en réalité binaires, mais les temps forts en se pointant légèrement en font un 6/8 ou\nun 9/12 ; et ainsi le ternaire s'établit au sein du binaire.\nLe manuscrit de Bourgogne nous montre un spécimen noté en clair qui relève absolument\nde ce genre. C'est \" L\"espérance de Bourbon \", un joli nom français, pour 1450 ! Voyez plutôt :\nDe A à D le cavalier seul prend différentes attitudes ; en I), la dame s'ébat à son tour ;\nen E ils se réunissent. Puis, en F commence la basse dance proprement dite, en sa notation\nhermétique. Qui ne voit que son rythme suit tout naturellement celui du reste de la mélodie,"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.59", "texte": "48\nS. I. M.\n\net qu'il faut le transcrire comme nous le faisons ici ! C'est bien là le u majeur parfait \" indiqué\npar l'auteur.\nAdoptons ce point de vue, et examinons le n° 19. Il nous donne :\nCe qui ferait :\nMélodie très acceptable, et qui avec un peu de rubato deviendrait un aimable 5/4.\nOn le voit, nous avons ici un principe fécond, et dont la vérification ne heurte en rien la\nfranchise aisée du mélos populaire. Ces basses dances si elles avaient ainsi sonné, seraient dans\nla tradition musicale et surtout française. Car, on ne peut s'empêcher de leur trouver un air de\nfrappante parenté avec nos contredanses et nos vaudevilles de la belle époque. Quelle\nagréable surprise de retrouver ces ponts-neufs déjà au temps de Louis XI ! Et comme\ncette reconnaissance nous engage à maintenir notre hypothèse ! Mais ce n'est encore qu'une\nhypothèse. Remercions en tout cas M. Closson d'avoir, par cette publication, engagé les\nchercheurs à s'intéresser à une énigme, dont nos Oedipes musicologues sortiront bien un jour\nvainqueurs.\n\nJ. E."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.60", "texte": "Les Théâtres\n\nLA \"FESTWOCHE\" RICHARD STRAUSS A STUTTGART\nStuttgart, 3 novembre.\nL'entrée de Richard Strauss dans l'histoire de la musique contemporaine a revêtu un\ncaractère bien spécial. Les effusions tumultueuses d'un terre-neuve fêtant des joueurs de\nquilles, l'arrivée majestueuse d'un autobus dans un magasin de porcelaines sont des images\naffaiblies du désarroi que provoquèrent les explosions successives de la Symphonie Domestique,\nde Salomé et d'Elektra dans l'auguste assemblée des législateurs de notre esthétique. Les frêles\net élégantes cloisons que l'on venait d'établir entre les différents styles lyriques volèrent en\néclats, les classeurs perfectionnés où l'on avait enfermé les genres et les catégories jonchèrent\nle sol et l'on vit la plus belle collection d'idées générales réunie jusqu'à ce jour s'effriter et\ntomber en poussière.\nIl faut avouer que le choc était rude. Nous commencions à voir clair dans le développe-\nment musical de l'Europe ; remis de la terrible fièvre wagnérienne, nous reprenions notre\néquilibre mental ; nous venions de régler la question des échanges internationaux et de signer\nles traités nous assurant le bénéfice de certaines importations slaves et nous protégeant contre\ntels envahissements latins. La France, creuset intellectuel du monde, avait, une fois de plus,\namené à leur point de fusion les concepts les plus hétéroclites, les avait débarrassés de leurs\nalliages impurs et en avait tiré un métal précieux qu'elle commençait joyeusement à ouvrer"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.61", "texte": "5°\nS. I. M.\n\navec sa dextérité coutumière. Il nous tombait du ciel un inventeur de génie qui enrichissait\nimmédiatement notre art national de trouvailles merveilleuses et à l'école duquel vingt\ningénieurs attentifs et deux cents contre-maîtres obéissants donnaient définitivement à l'article\nfrançais un fini, une perfection et une élégance qui semblaient devoir le rendre sans rival.\nNous avions enfin renoué le fil brisé de notre tradition, nous parlions une langue d'une\nincomparable souplesse et d'une exquise pureté, nous usions de locutions harmoniques aussi\nriches que savoureuses et notre orchestration irisée captait comme un prisme toute la féerie\nsolaire ; sensibles à l'émotion raffinée que dispensent les formes bien équilibrées, nous goûtions\njusqu'à ses extrêmes limites la volupté de créer des proportions sans défaut, nous cultivions\nl'art du mot juste, le souci du détail exact, le luxe de l'irréprochable mise en place, heureux\nde nous comprendre à demi-mot, intimement orgueilleux d'avoir découvert le secret d'un\nlyrisme sans clameurs et d'un pathétique sans gesticulation...\nMais quelqu'un troubla la fête. La porte de notre salon s'ouvrit avec fracas, on entendit\ndans l'antichambre une voix forte et autoritaire, de solides souliers ferrés griffèrent le parquet\nmarqueté et Richard Strauss, une lourde valise à la main, fit son entrée. Après avoir ri\nbruyamment de nos gracieux divertissements il s'offrit à nous apprendre des jeux plus virils.\nIl se mit aussitôt à l'œuvre et ce fut une stupeur ! Au milieu de notre cercle terrorise-\nil exécuta le cavalier seul le plus effarant et le plus fougueux du monde, humiliant le pauvre\nBolm dans sa danse de Dorcon ; balayant d'un geste tout ce qui faisait notre vanité, méprisant\nallègrement nos coquetteries et nos pudeurs, hurlant à pleine voix des refrains vulgaires mais\nterriblement énergiques, raflant nos fragiles bibelots d'étagère et jonglant avec les verres, les\ntasses et les soucoupes, renversant les meubles légers, sautant sur les tables sans rompre le\nrythme de sa danse sauvage, éteignant froidement les bougies des lustres à coups de revolver,\nécrasant les orteils des hommes et pinçant vigoureusement les lombes des femmes, exécutant\nsur place un triple saut périlleux, marchant sur les mains, faisant le grand écart et les ailes de\npigeon, trois heures durant, sans respirer, sans fatigue apparente, sans ralentir un instant la\ntrépidation frénétique de son grand corps maigre, il fut odieux et éblouissant. Et lorsque,\nmeurtris, froissés et contus nous retrouvâmes notre sang-froid nous pûmes constater que\nplusieurs d'entre nous n'avaient pu s'empêcher de crier \" bravo ! \" et que nos douces\ncompagnes promenaient sur le Huron des regards d'une surprenante indulgence.\nL'expérience se renouvela plusieurs fois et donna les mêmes résultats. Nous sortions de\nces brutales orgies indignés mais troublés d'un vague respect en présence des promesses de ce\nterrible champion de boxe qui semblait nous reprocher d'avoir méconnu la beauté de la religion\ndu muscle, de ce conquérant qui nous raillait d'avoir fait fausse route en choisissant pour\narriver jusqu'à la musique le sentier de la délicatesse et du scrupule. Et lorsque l'Allemagne\nannonça le cycle solennel des représentations de Stuttgart qui allaient consacrer la gloire\nnationale de son second Wagner, lorsque fut noué le faisceau des solides partitions du redoutable\nMaître, lorsqu'il fut avéré qu'une esthétique nouvelle allait officiellement heurter la nôtre, nous\ncomprîmes que l'heure était grave et que nous allions de nouveau entendre chez nos voisins\nretentir l'orgueilleuse parole : \" Et maintenant, messieurs, vous avez un Art !"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.62", "texte": "LE MOIS\n5i\n\nLa bataille vient d'avoir lieu, ardente, longue, mais cette fois décisive. Strauss a donné\ntout son effort, splendidement ; nous avons pu le juger dans une épreuve régulière et complète\net c'est pourquoi je n'hésite pas à confier à ceux de mes compatriotes qui s'épouvantent des\nconséquences de ce conflit : \" Nous l'avons échappé belle : le colosse a des pieds d'argile ! \"\nCe qui a toujours fait la grandeur et la faiblesse des conceptions esthétiques allemandes\nest, en effet, leur propension à se systématiser. Si Richard Strauss, prenant conscience de sa\nmusculature herculéenne, avait voulu avec l'énergie indomptable que comporte ce mot chez\nles hommes de sa race ! se soumettre à un entraînement méthodique et spécialisé, comment\naurait-on pu lui disputer le championnat du monde. Stuttgart serait aujourd'hui un nouveau\nBayreuth vers lequel s'achemineraient dévotement tous les pèlerins de l'univers. Mais le\nformidable athlète a rompu son entraînement, il néglige les travaux de force, délaisse les\nhaltères et prend des leçons de prestidigitation ; il s'amuse, il est perdu.\nSalomèet Elektraébranlant de leur héroïque fracas le clair vaisseau gris et argent du\nHoftheater c'est toujours du Strauss attendu, de la vulgarité, de la brutalité mais de la force\nécrasante, de l'éblouissement orchestral, du mouvement irrésistible et de la passion ;\na la Rose et Ariane a Naxos,au contraire, témoignent d'un idéal nouveau. Cet idéal c'est celui\nde Louis II donnant dans son Herrenchiem seela copie de notre Palais de Versailles, c'est celui\nqui porte toujours un peuple à méconnaître ses vertus nationales et à envier celles de son\nvoisin. Hugo von HofFmansthal et Strauss ont pensé que rien ne pouvait convenir davantage\nà leur tournure d'esprit que le libertinage aimable, le badinage galant, les élégances de cour et\nl'atmosphère des nuits bergamasques dans un parc verlainien peuplé de donneurs de sérénades\net de belles écouteuses. Tircis, Eglé, Clitandre, tourbillonnant dans l'extase d'une lune rose et\ngrise n'est-ce pas \" echt-deutsch \" et, en étudiant de près le visage de l'auteur de la\nne reconnaissez-vous pas les yeux de Fauré, le front de Debussy et la moustache d'André\nMessager ? La prédestination n'est pas douteuse ; Elektra, Salomé, Mort et Transfiguration\nn'étaient que de regrettables erreurs de jeunesse ! Que de temps perdu pour la mandoline !...\nNos mandolinistes ont mis les bouchées doubles. En deux opéras ils nous ont fait bonne\nmesure. Après le Chevalier à la Rose et Ariane notre édification est complète. Nous avons vu\nStrauss, le bon géant, peinant sur sa guitare dont ses doigts de fer font éclater les cordes, nous\navons vu son collaborateur faisant valoir ses droits à la succession de Marivaux et de Musset\ns'ébattre dans nos jardins à la française et nous en avons éprouvé la plus sincère mélancolie.\nLe Rosenkavalierchevauchant en ce moment dans la direction de Paris et ayant déjà\nretenu sa chambre dans la nouvelle hostellerie de l'Avenue Montaigne, nous sera bientôt\nprésenté. Nous n'insisterons donc pas aujourd'hui sur les grâces de ce gentilhomme campagnard\nqui, monté sur un percheron, sa rose d'argent à la boutonnière, sifflotant une valse viennoise,\nvient au petit trot nous apprendre comment on traduit le Chevalier d'Eon et comment le nom\nde Chérubin se prononce en allemand. Nous aurons, au printemps prochain, tout le loisir de\nfaire sa connaissance.\nMais Ariane à Naxosne manifestant pas l'intention de faire un tour de boulevards,\nmérite de retenir dès à présent notre curiosité. On sait ce qu'avaient rêvé de faire les auteurs."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.63", "texte": "52\nS. I. M.\n\nCette Revue recueillit leur profession de foi liminaire et la pureté de leurs intentions n'y était\npas douteuse. Le résultat est un peu différent. Hoffmansthal a pris avec Molière des libertés\nréellement inattendues, désarticulant sa pièce, l'amputant de ses organes essentiels, ajoutant des\nscènes, des situations et des personnages de son invention et transformant ainsi le \" Bourgeois\nGentilhomme \" en une absurde et interminable préparation de l'opéra que Jourdain,\nmécène éclairé, assénera à ses hôtes au bon moment. Il ne faut pas crier au meurtre. Cette\nfamiliarité avec un chef-d'œuvre étranger est bien dans les mœurs locales; c'est du \"gemuth\".\nEt puis nous n'avons pas sur ce point la conscience assez tranquille pour jouer les redresseurs\nde torts. Fermons les yeux sur le décervelage de Molière.\nMais le moyen de fermer les oreilles à la musique dont cette opération chirurgicale\ns'accompagne ! Pour remplacer le Ballet des Nations et les courts intermèdes de Lulli, Richard\nStrauss a écrit une partition dont la seule réduction de piano cube deux cent cinquante pages.\nEt l'esprit dans lequel est conçue cette substitution est tel qu'il échappe à toute analyse.\nPour affirmer que sa maîtrise orchestrale ne résidait pas dans la richesse matérielle de son\ninstrumentation, le compositeur a limité à trente-six le nombre de ses musiciens. Un piano et\nun harmonium complètent cet orchestre en miniature qui rappelle celui de l'Arlésienne au\nVaudeville. On pouvait s'attendre à quelque heureuse recherche de style ancien, à quelque\npastiche attendri, à quelque résurrection d'une technique disparue... il n'en est rien. Il n'y a\nlà que la coquetterie d'un lutteur qui se targue d'avoir raison de son adversaire par la seule\npuissance de son bras gauche et qui, publiquement, avant la rencontre, se fait garrotter le bras\ndroit. C'est un tour de force que voulut réaliser le musicien et son succès fut complet. Cet\norchestre minuscule est aussi coruscant, aussi violemment dynamique, aussi souverain que ses\nfrères combattant dans la catégorie des poids-lourds. Le miracle est là, indéniable. L'avidité de\ncet enragé collectionneur de \"timbres \" est plus splendide que jamais : c'est dans son plus\npetit album qu'il a placé ses trouvailles les plus rares.\nMais quel goût détestable a présidé à l'arrangement de cette collection ! Cet \" opéra\ngalant \" d'Ariane est vraiment une lamentable chose. Pour stigmatiser l'ignorance des\nmécènes et leur habituelle tyrannie, les auteurs ont imaginé une intervention saugrenue de\nJourdain imposant au \" Komponist \" des coupures et des remaniements improvisés qui\nrendent l'ouvrage absurde. Il n'a que trop bien atteint son but. Cet interminable monologue\nd'Ariane gémissante coupé par des entrées injustifiables de personnages allégoriques de la\ncomédie italienne (ah ! les minauderies wurtembergeoises d'Arlequin, de Scaramouche, de\nZerbinette et de Truffaldin jouant avec des battes taillées en massues !) ces lamentations\nkilométriques qu'interrompent çà et là les plaisanteries musicales des bouffons, plus lourdes,\nplus indigestes, plus navrantes que les récriminations de la veuve inconsolable, cette inénar-\nrable romance à vocalises où l'infortunée Zerbinette, le visage contracté, le cou tordu et l'œil\nhors de l'orbite, doit lancer durant vingt-quatre pages un nombre paradoxal de contre-vit, de\ncontre-ré, de contre-mi et de contre-fa dièze, douloureuse demi-heure qui vous laisse pantelant,\nles nerfs brisés et les dents grinçantes, ces sauts alternatifs, éternellement symétriques d'une\nscène de larmes à une scène de ricanements sur un texte d'une banalité inconcevable, tout"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.64", "texte": "LE MOIS\n53\n\nconcourt à vous irriter contre la vanité et l'inutilité d'un tel effort. On sent la partie perdue\net l'insistance indiscrète des auteurs devient exaspérante. Impossible de deviner une possible\nironie réconfortante dans ce fatras héroï-comique ; tel effet grotesque sent sa parodie d'une\nlieue, mais la gravité admirative de l'auditoire vous prouve que les auteurs n'ont pas eu\nl'intention de plaisanter ! Et c'est fini de rire ! Rien ne saurait donner une idée de la\nconsternation et de l'accablement dans lesquels peut vous plonger cet effroyable spectacle dont\nla durée excède les forces humaines !\nLa mise en scène ne dissipe pas le malentendu. Cette caverne schématique, ces lustres\nde cristal dans le désert, ces cocotiers dessinés par le regretté douanier Rousseau, ce perroquet\nde cauchemar, ce magnifique ciel-de-lit mobile et symbolique descendant sur Ariane et\nBacchus à l'heure nuptiale et rabattant pudiquement sur leur étreinte, avec une brusquerie\nvaudevillesque, d'épais rideaux enguirlandés de papier doré, ces costumes alourdis d'intentions,\ncherchant à concilier le style \" sécession \" et la littérature du grand siècle — nymphes en\nrobes à paniers et coiffées de plumes d'autruches, Arlequin échappé de Sumurun ! — ne nous\napprennent pas si les armateurs de ce formidable navire ont témoigné d'une incorrigible\nmalice ou d'une incurable naïveté ! Et rien n'est plus désagréable pour l'étranger de bonne\nvolonté !\nSi le digne Valentin connaissait Richard Strauss il ne manquerait pas de lui dire avec\nforce : \" Te voilà dans la mauvaise voie ! \" Ne possédant pas l'autorité du frère vertueux de\nMarguerite, je n'aurai pas l'impertinence de donner une leçon aussi nette à un compositeur\nde génie, mais nous avons tous le droit de penser que l'influence actuelle de son librettiste ne\nsemble pas devoir favoriser l'expression de sa véritable nature. Qu'il renonce sans regrets à\nvouloir faire revivre dans sa musique un \" moment \" de notre littérature qui est bien à nous,\net ne s'accommode pas de l'exportation. Ses extraordinaires qualités y resteront sans emploi et\nses défauts s'y accuseront avec un relief imprévu.\nRichard Strauss maniant l'éventail de dentelles et jouant à \" saute marquis ! \" fait\nirrésistiblement penser à notre Reyer s'emparant de la mythologie wagnérienne pour confec-\ntionner un \" Sigurd \" bien parisien ! Il y a là un souvenir qui doit être aujourd'hui pour nous\nune leçon de modestie et d'indulgence, mais qui prend pour l'auteur la\nvaleur d'un avertissement des dieux !\nEmile Vuillermoz.\nP. S. Paris,5 Novembre. — Cependant qu'aux bords du lac de la Résidence, dans le\ndécor exquis du parc où l'on construisit cet admirable Théâtre Royal de Stuttgart, je pleurais\nainsi de tendresse sur l'excellence de notre lyrisme national, l'Opéra et l'Opéra-Comique\nenrichissaient notre histoire d'une œuvre de jeunesse de M. Bruneau et d'une œuvre de\nmaturité de M. Nouguès. N'étant pas absolument certain d'y trouver la justification éclatante\nde la fierté-d'être-français à laquelle m'exhortait la contemplation de la colonne Picard, j'ai jugé\nprudent de renvoyer mes lecteurs aux coupures de journaux qui leur raconteront, quelques\npages plus loin, le baptême des deux nouveaux-nés.\n\nE. V."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.65", "texte": "CONCERT COLONNE\nLes voix semblaient former toutes le\nmême chant, si parfait était leur accord.\nDante-Alighiéri.\nIl paraît que la musique française subit une crise et que les vieilles querelles vont enfin se\nranimer.\nSincèrement cela est à souhaiter car, si la caractéristique de notre époque est dans la plus\ngrande liberté, son acceptation à toutes espèces de formules, sans discussion, marque une\nmollesse, une indifférence presque désobligeantes pour l'art. Grouper ces esprits-girouettes,\ntoujours vacants, toujours disposés à tourner au gré du vent d'une quelconque esthétique, suffit\nà occuper l'opinion. Adopter, sans faiblir, une attitude notoire n'est pas mauvais non plus.\nSurtout, ne jamais craindre le ridicule, ni une extrême longueur dans les développements...\nQuand au bout d'une centaine de mesures, on ne sait plus exactement ce dont il est question,\nle public, ou ceux qui le conduisent, sont bien prêts de crier au génie. Nous avons, notamment,\ndes maîtres qui excellent à jeter le désarroi dans les cerveaux, au moyen de périodes pendant\nlesquelles l'orchestre se désintéresse absolument des auditeurs. Cela, à un point tel, que malgré\nla bonne précaution d'interdire au public de sortir pendant l'éxécution des morceaux, il s'en\nirait de peur d'être indiscret. Cependant, une formule héroïque et banale vient excuser le\nchaos désertique qui l'a précédé. On applaudit, autant pour secouer la torpeur de l'atmosphère,\nque pour remercier l'auteur de nous laisser sortir.\nQuelques-uns continuent aveuglément à respecter les ancêtres, pareils en cela aux Chinois\npour lesquels Confucius, une fois pour toutes, a réglé la morale en formules accessibles.\nD'autres mettent des étiquettes neuves à des choses vieilles comme le monde. Ils retrouvent,\nmoins l'instinctive ingéniosité, les traits gravés de l'âge néolithique, les sons d'un javanisme\nen enfance. Cela n'est ni très nouveau, ni très inquiétant. H. Poincaré, dont la supériorité\ngarantit le désintéressement, proclamait, il y a quelques années, dans \" Science et Méthode \"\nl'utilité essentielle des esprits d'avant-garde, que la foule regarde comme des fous.\nEn effet la forme peut-être gauche, maladroite, mais contenir le germe de l'idée dont,\nbeaucoup plus tard, un autre dégagera la beauté.\nIl faut balbutier avant de parler, ce qu'oublie volontairement notre époque \" d'arrivisme \"\nforcené, où s'accumulent des œuvres qui ne répondent qu'à ce besoin de satisfaire une mode,\nforcément précaire. Et tant \" d'arrivistes \" qui ne sont même jamais partis ! Quand se\ndécidera-t-on à détruire l'opinion, trop courante, qu'il est aussi facile d'être artiste que dentiste?\nQuand cessera-t-on de multiplier des moyens de divulgation aussi dangereux qu'inutiles !\nBeethoven, dont s'autorisent tant de professeurs d'énergie, a dû décourager pas mal de jeunes\ngens ; il savait trop bien, lui, que l'art est un sacrifice. Aujourd'hui on le propose comme"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.66", "texte": "LE MOIS\n55\n\nexemple dans sa gloire indestructible ! Ce n'est pas très malin, et c'est tricher au jeu des\npossibilités.\nLe mystère émouvant des vieilles forêts n'est-il pas fait de sacrifice et de mort ? Combien\nd'arbrisseaux furent écrasés par le pas indifférent des bêtes, sacrifiés au glorieux épanouissement\ndes grands chênes qui, siècles après siècles, ont le devoir d'en assurer la beauté ! N'y-a-t-il pas\nlà un exemple plus profitable, et comme une correspondance tragique avec cette dure u mise-\nau-point \" que le Temps inflige à l'œuvre des hommes ?\nSans demander aux hommes des sacrifices aussi catégoriques, tâchons, au moins, d'y\ntrouver une leçon. Ne détournons pas des u Gants et Cravates \" tant de charmantes bonnes\nvolontés. Tâchons de débarrasser la musique, non pas de ceux qui doivent vraiment l'aimer,\nmais de ceux qui en profitent en usurpant le beau nom d'artistes !\nMalgré le peu d'espoir que tout ceci arrive, il faut ardemment le souhaiter. Ainsi cesse-\nraient les malentendus, les discordances sur ce que veut dire la musique.\n\nNOTES SUR LES CONCERTS DU MOIS\nClaude Debussy.\nDans toute la musique que l'on a jouée au Concert Colonne, la plus nouvelle est, sans\nironie, la Symphonie Pastorale de Ludwig von Beethoven. Elle reste décidément, l'un des\nmeilleurs modèles de mécanique expressive... Entendre un orchestre imiter le cri des animaux\nest une joie sûre pour les petits comme pour les grands. Subir un orage, assis dans un fauteuil,\nc'est purement du sybaritisme. Monsieur Gabriel Pierné l'a fort bien dirigée, entendons par\ncela qu'il ne l'assomme pas sous les commentaires, et qu'il en fait ressortir le charme. A propos\nde cette symphonie, a-t-on jamais pensé combien il faut qu'un chef-d'œuvre soit \" chef-\nd'œuvre \" pour résister à tant d'interprétations ? Il y a : l'interprétation \" respectueuse \" où\nla peur de secouer la poussière des siècles fait ralentir les mouvements, éteindre les nuances...\nl'interprétation fantaisiste où c'est le contraire, et qui donne l'impression d'un enterrement\nsous la pluie. Que Beethoven ait eu mauvais caractère n'est pas une raison suffisante pour le\nrendre ennuyeux. Et c'est pourquoi cette dernière exécution était charmante... Nous étions\nvraiment à la campagne ; les arbres ne portaient pas la cravate blanche ; le ruisseau au bord\nduquel se déroule la plus pure, la plus allemande des idylles était plein de fraîcheur ; pour un\npeu ça aurait senti l'étable !\n* *\nLa symphonie fantastique de Berlioz est toujours ce fiévreux chef-d'œuvre d'ardeur\nromantique, où l'on s'étonne que la musique puisse traduire des situations aussi excessives sans\ns'essouffler. C'est d'ailleurs émouvant comme une lutte d'éléments.\n* *\nLes impressions d'ltalie de Gustave Charpentier sont une harmonieuse démonstration de\ncet axiome connu : \" les voyages forment la jeunesse \"... Malgré le formalisme de certaines\nparties, on pressent déjà le parfum qu'aura \" Louise \" et le tumulte de ses foules.\nL'lnstitut qui vient justement de recevoir Gustave Charpentier parmi ses membres, a dû\nêtre satisfait d'avoir envoyé à Rome un jeune homme qui ordonna si vite ses sensations\nitaliennes.\n*\n* *\nNous n'avons pu entendre \" Au Cimetière \" de M. Maurice Droeghmans. Nous le\nregrettons, et nous excusons de remettre au mois prochain la suite de ces u notes \" réellement\nV-/\ntrop hâtives."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.67", "texte": "56\nS. I. M.\n\nCONCERTS LAMOUREUX\nLe bon Sens\n\nLe bon-sens est la chose d\ncar chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même\nqui sont les plus difficiles à contenter en toute chose, n'ont\npoint coutume d'en désirer plus\nEn commençant aujourd'hui la série d'articles mensuels que la direction de la revue S. I. M. nous a prié\nde faire ici, conjointement avec notre collaborateur et ami Auguste Sérieyx sur les grands concerts parisiens et\nplus spécialement sur les Concerts Lamoureux, il nous a paru opportun de formuler quelques principes qui nous\nsont particulièrement chers, afin de répandre toute la clarté désirable sur le point de vue que nous avons délibé-\nrément adopté. Tel est l'objet des simples réflexions qui vont suivre sur cette \" puissance de bien juger et distin-\nguer le vrai d'avec le faux qui est proprement \", nous dit le vieux Descartes, \" ce qu'on nomme le bon\nsens... \"\nLe bon-sens cette vieille locution qui pourra faire rire quelques-uns, désigne cependant\nl'une des plus précieuses qualités de notre génie français, je puis même dire : de notre génie\nlatin ;le : Si vis nu jlered'Horace est un mot de bon-sens au même titre que :\" Le temps,\nMonsieur, ne fait rien à l'affaire \", de notre Molière ou : \" La raison du plus fort... \" de notre\nLa Fontaine.\nQu'est-ce donc le bon-sens ?\nOh ! tout simplement la faculté de percevoir les objets avec des yeux sains et clairvoyants\net non point avec des lentilles déformantes.\nEt c'est malheureusement à cette dernière opération que s'appliquent systématiquement\nun certain nombre d'artistes de nos jours, encouragés en cela par quelques critiques arrivistes,\net suivis par le clan mondain des gens qui veulent à tout prix être à la mode.\nComment se fait-il qu'en art nous ayons laissé égarer ce bon-sens qui, pendant si long-\ntemps, de Montaigne à Molière et Beaumarchais, de Rameau à Gluck et Méhul, a sauvegardé\nl'originalité de notre création française et l'a soustraite en ce qui regarde l'art musical, par\nexemple, à l'influence délétère du mauvais-sens italien dont l'Europe entière sauf la France,\nsubissait le joug, au XVIIIe siècle ?\nLes raisons de cet égarement sont complexes et trop longues à exposer en un article ;\nmais, que la cause de cet état relève de l'ordre social ou qu'elle soit attribuable à l'invasion\ndes \" métèques \" dont la promiscuité tend à détruire le véritable esprit de notre pays, l'effet\nn'en est pas moins palpable en bien des matières, en art surtout.\nUn exemple, entre bien d'autres aberrations en cours:\n\"Pour faire une œuvre d'art, point n'est besoin d'études préalables, le génie suffit... \"\nEt, de là à enfourcher le dada de 1 11 autodidactisme^monstruosité qui n'a existé à aucune\népoque, il n'y a qu'un léger saut.\nEt cependant, voyez dans une loge de face de la salle de concerts, cette jolie petite\ndame si élégamment habillée. Vous pouvez être sûr qu'elle n'a pas confié à sa femme de\nchambre la coupe de son \" costume-tailleur \", mais qu'elle s'est adressée, pour cette opération\ndélicate, à une maison dont les coupeurs connaissent leur métier de longue date.\nRemarquez, aux fauteuils, ce commerçant dillettante et milliardaire ; soyez certain qu'il\naura choisi avec sollicitude son teneur de livres parmi les comptables congrument instruits des\nmystères de la balance et de la partie-double et qu'il ne lui viendrait pas à l'idée de préposer\nà la tenue de sa caisse le brave paysan illettré que lui recommande le maire de son village\nnatal... à celui-là, il fera faire les courses... et encore!...\nVoyez, au promenoir, ce critique averti, dont les articles sont toujours \"sensationnels \",\nsera-ce auprès des obligeants placeurs de la salle Gaveau qu'il ira chercher de sûrs \" tuyaux \""}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.68", "texte": "LE MOIS\n57\n\npour juger de la réelle valeur d'une œuvre ? Non, certes, il consultera simplement un musicien\ninstruit de son art.\nEt, en cela, jolie dame, millionnaire et critique auront fait preuve de\nMais que l'on joue au concert une œuvre nouvelle, dénuée d'intérêt et même de\nmusique, dans laquelle s'étale sans discernement le procédé à la mode, aussitôt voilà le\nparti... Et nos gens de s'extasier :\n\" L'auteur ignore tout de la composition... mais quelles curieuses suites de quintes et de\n\"secondes !... C'est admirable ! \" décrète le critique averti ;\n\" L'auteur n'a jamais appris son métier... et il n'y a pas, dans toute sa symphonie un\nseul accord parfait... C'est admirable ! \" s'exclame le bouquier ;\n\" Il faut aller entendre ça, ma chère \", susurre la petite dame, \"un compositeur qui ne\nsait rien... C'est admirable ! \"\nEt on va entendre ça... et ce n'est pas du tout admirable ; c'est seulement un démar-\nquage du procédé à la mode, sans proportions, sans pensée, sans musique... Mais, pour peu\nque ledit compositeur ait, dans quelque interview,traité Beethoven de musicien surfait et\nWagner de malfaiteur, alors il passe, du coup, homme de génie, et ces gens qui se garderaient\nbien de lui donner des bottines à raccommoder ou une dinde à cuire, parce qu'il ne sait ni le\nmétier de cordonnier ni celui de chef de cuisine, n'hésitent pas à en faire leur fournisseur\nordinaire en l'art des sons, qu'il ignore également... Mais cet ignorant emploie LE PROCÉDÉ,...\net ça tient lieu de tout. O bon-sens français, où es-tu ?\nA tout prendre, en quoi consiste donc ce qui a le don de conférer le génie....\naux yeux des snobs ?\nIci, un peu d'histoire est nécessaire.\nAu XVIIIe siècle, Rameau imagina d'ajouter discrètement, en certaines circonstances,\nune note à l'accord parfait, base de toute musique ; au XIXe, des compositeurs russes, en vue\nd'effets très particuliers, employèrent la gamme par tous-entiers, qu'on peut nommer\npuisqu'elle supprime toute possibilité de modulation.\nAu XXe siècle, Claude Debussy et Maurice Ravel tirèrent parti de ces méthodes en les\nélargissant, et en firent souvent de très ingénieuses applications ; mais ils ont eu le tort (il faut\nbien oser dire la vérité à ceux qu'on estime) d'ériger ces procédés en principes, ou du moins\nde les laisser ériger comme tels par leurs muftis et leurs ulémas, en sorte que la formule établie\nactuellement par la mode est celle-ci : \" Hors de la sensation harmonique et de la titillation\ndes timbres orchestraux, il n'est point de salut. \"\nCette formule est grave, car bien loin de constituer un progrès, une marche en avant,\nelle aboutit à une rétrogradation de notre art, et nous ramène de cent ans en arrière.\nExaminons franchement la situation.\nCe que les compositeurs précités, ou plutôt, je le crois, leurs prophètes, cherchent à\nétablir, c'est l'autonomie des sens à l'exclusion des sentiments, c'est la suprématie de la\nsensation sur l'équilibre du cœur et de l'intelligence, équilibre qui, chez les êtres doués, est\nseul appelé à produire l'œuvre d'art.\nCe mouvement sensualiste n'est ni nouveaux ni original ; il y a cent ans environ, une\nsimilaire aberration du bon-sens tentait d'intoxiquer notre musique. Toutefois, à l'époque des\nRossini et des Donizetti la formule sensorielle (qu'on me pardonne ce très vilain vocable) était :\nTout pour et par la Mélodie !\nA l'heure actuelle, on a seulement changé le terme final de la formule, et l'on s'exclame :\nTout pour et par l'Harmonie !\nAu fond, ces deux mouvements sont absolument identiques, en ce sens, qu'ils ont pour\neffet d'hypertrophier l'un des organes essentiels de la musique au dépens des autres organes et\npour conséquence un état maladif de la production."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.69", "texte": "58\nS. I. M.\n\nJe dirai toutefois que, de ces deux maladies, la seconde en date (la pléthare harmonique)\nme semble moins grave que la première, car rien n'est plus éphémère que la trouvaille et\nl'emploi d'harmonies nouvelles, si ces harmonies ne prennent point leur point d'appui sur les\ndeux autres éléments de l'art musical : mélos et rythmique.\nUn seul exemple peut fournir la preuve de cette assertion : la bizarre destinée de l'accord\ndit : septième diminuée, seul titulaire, pendant un demi-siècle des expressions de tristesse, d'hor-\nreur, de cataclysmes physiques et moraux... Quel est le compositeur qui oserait s'en servir,\nactuellement ?\nOui, l'harmonie passe vite... Pour qu'elle soit durable, il faut qu'elle constitue, non des\nchatoyances, des tapis aux tons rares, mais le vêtement du personnage vivant et agissant qu'est\nla mélodie rythmée ; l'habit, dans ce cas, peut impunément passer de mode, le personnage\nhumain, s'il est bien constitué, durera autant que sa planète.\nEt voilà où le bon-sens reprend ses droits, lorsqu'il sait éliminer de l'œuvre d'art toute\nsubstance excessive pour ne garder que ce qui est éternel : l'équilibre des éléments de beauté.\nIl s'ensuit que tout mouvement qui tend à rompre l'équilibre, que ce soit du côté mélo-\ndique, comme en 1820, ou du côté harmonique, comme en 1910, est rétrograde et nuisible\nau réel développement de l'art.\nAinsi, la gamme par tous constitué à six notes est loin d'être un progrès sur notre gamme\noccidentale traditionnelle, puisqu'elle supprime toute tonalité et conséquemment toute modula-\ntion. Or, le changement de lieu tonal par le moyen de la modulation est l'un des éléments les\nplus précieux de l'expression, s'en priver systématiquement est donc un retour en arrière vers\nla monotonie barbare des époques reculées.\nEt vraiment les compositions basées sur ce mode atonal n'ont plus aucune proportion\npossible, elles n'ont aucune raison logique de durer trois minutes plutôt que trois quarts d'heure\net la fatigue seule de l'auditeur peut-être de l'auteur peut amener celui-ci à tracer la\nbarre de mesure finale.\n\" Alors \", va s'écrier quelque bachi-bouzauk en délire, \" c'est une levée de boucliers\ncontre Ravel et Debussy ! ! \"\nNon, certes, pas contre Ravel et Debussy ; ils n'ont rien de commun avec les ignorants\ndont je parlais en commençant cet article, car ils possèdent, eux, un métier solide, en outre de\nleurs belles qualités natives ; non, pas contre Ravel et Debussy, mais contre les Debussystes et\nles Ravelistes, proclamateurs de dogmes faux et propagateurs d'erreurs graves dont pourrait\nsouffrir la jeune génération, trop encline à ne voir dans toute manifestation d'art que le\nprocédé, sans se douter que l'abus du procédé a été, de tous temps, la spéciale ressource des\nimpuissants.\na Mais \", dira-t-on, \" qui nous apprendra où commence l'abus ?...\" Précisément ce bon-\nsens dont je déplorais l'oblitération tout à l'heure, ce bon-sens qui, seul, peut nous faire appré-\ncier les notions de logique et d'équilibre sans lesquelles il n'est point d'Art.\nEn somme, que demande-t-il, ce bon-sens ? Des choses cependant bien simples : que\nle jeune musicien commence par apprendre son métier et qu'il ne se laisse point ensuite\nhypnotiser par un procédé à la mode, employé avec fruit, il est vrai, par certaines natures, mais\nqui ne peut constituer à lui seul tout l'art musical.\nEt je terminerai par cet adage, bien connu de mes élèves :\n\" Tous les procédés sont bons, à la condition de ne jamais devenir le but principal et\n\" de n'être regardés que comme des moyens pour faire de la musique. \"\n\nVincent d'Indy."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.70", "texte": "Notre Enquête sur le Théâtre\nmusical belge\n\nNotre ami Michel Brusselmans a profité séjour a Godinne, oie le Maître a coutume de\npasser F été, pour interviewer Eugène Isaye au sujet de V Enquête ouverte par notre revue sur le\nThéâtre musical belge.\nVoiciy textuellement, les réponses quil lui a données :\nRéponse de E. Ysaye.\nGodinne, le 23-9-12.\nMon cher René Lyr,\nI. D. Les musiciens belges ont-ils beaucoup écrit pour le théâtre depuis 20 ans ?\nR. Indépendamment des ouvrages connus, beaucoup d'entre les compositeurs belges pos-\nsèdent en portefeuille des ouvrages de théâtre, et il est certain que la production serait plus\nnombreuse, si elle ne se savait condamnée d'avance, à la longue attente, à l'indifférence\npublique sinon à l'oubli total.\n11. D. Estimez-vous qu'il existe un art lyrique vraiment belge ?\nR. Il est évident que les compositeurs flamands ont un genre plus à eux que les compo-\nsiteurs wallons dont l'art franco-wallon est foncièrement latin.\nLa personnalité des flamands est plus \" terroir \", elle se ressent dvi coloris de leurs peintres\nanciens et modernes, et à mon sens, s'il devait un jour exister un art lyrique vraiment belge,\nce serait à cette source qu'il devrait être puisé, parce que, elle a, à la fois, plus d'histoire et plus\nde fond. Le folklore flamand, très riche en matières mélodiques et rythmiques n'emprunte rien\nni à la Germanie ni aux pays latins ; tandis que nos cramignons wallons, qui tombent de jours\nen jours en désuétude, sont pour la plupart d'origine lorraine, bretonne et méridionale. Mais\nl'art wallon existe aussi, il existe comme l'art français auquel il devrait être incorporé. Inutile\nau compositeur wallon de chercher sa personnalité ailleurs qu'à côté de celle des français ; la\nlangue, les mœurs, le caractère de nos bons wallons découlent de France, et les compositeurs\ndu pays sont invinciblement et tout naturellement attirés vers la mère-patrie de leur art qui\nest, je le répète, la France.\nCe thème pourrait être plus développé mais ces quelques mots serviront à traduire le fond\nde ma pensée.\n111. D. A quelles causes attribuez-vous le silence où restèrent plongées la plupart des\nœuvres théâtrales de nos compositeurs ?\nR. Je l'attribue à des causes différentes, et tout d'abord à l'inertie, à l'impardonnable\nindifférence du public belge pour le musicien belge, j'ajoute que cela ne se manifeste pas\nqu'aux choses de théâtre, mais aussi à toute page symphonique sortie de la plume d'un des\nnôtres. Je me souviens que l'année où nous annonçâmes que les 6 concerts Ysaye ne produi-\nraient que les meilleures symphonies et autres genres d'œuvres belges, nous fûmes atterrés en\nconstatant que notre abonnement déjà pas très riche en général, était tombé à la plus misérable\ndes pauvretés. Cela ne nous empêcha pas d'ailleurs de poursuivre notre but, mais force nous"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.71", "texte": "60\nS. I. M.\n\nfut de constater que les 6 symphonies belges que nous produisîmes n'eurent tout juste qu'un\nsuccès d'estime, et que, administrativement, il eut mieux valu jouer l'Ouverture de Tannhauser\net en général de Y extra muros. Cette indifférence du public est-elle due au caractère même de\nnos compatriotes, caractère dont l'enthousiasme déborde bien difficilement ? Est-elle due à cette\nmystérieuse attraction qu'exerce sur nos foules tout ce qui vient de l'étranger ? Enfin, n'avons-\nnous aucun talent ? La question est difficile à résoudre ; en tout cas, du talent nous en avons.\nSi aucune de nos symphonies ni aucun de nos opéras ne sont marqués au coin du génie\nnovateur, il est indéniable que le talent est la. La musique est bonne, avec parfois de beaux\ncoups d'ailes, des élans remarquables. Beaucoup d'ouvrages étrangers à symphonie et de théâtre\nontétémieux accueillis, qui ne dépassaient pas ce dont nous sommes capables Et nous voici\ndirectement amené à votre 4me question. On ne peut incriminer les directeurs de notre scène\nd'opéra de ne pas être plus largement hospitaliers pour les œuvres lyriques belges, on n'a jamais\nvu de directeur qui ne marche pas au gré et au goût du public. La direction de la Monnaie a\nde lourdes charges, l'ut de poitrine est hors de prix et l'organe essentiel de sa vitalité est\névidemment d'ordre budgétaire. Soyez sûr, que le jour où le public s'intéressera à la production\nnationale jusqu'à affluer au théâtre, ces ouvrages resteront au répertoire courant. Briser l'indif-\nférence du public belge pour les siens, lui faire comprendre qu'il doit à ses enfants protection\net encouragement, lui inculquer comme chez les Scandinaves, chez les Russes et chez les\nAllemands 1 amour (nous nous contenterons de l'intérêt) des œuvres nationales ; lui indiquer\nqu il n a pas le droit de demander à l'art belge ce qu'il demande aux grands pays dont\n1 histoire musicale est la fois plus reculée et plus riche en génies novateurs. Certes nous eûmes\ndes musiciens de haute valeur, Pierre Benoit crée un sillon productif dans les Flandres, et\nFranck, (dont les Français firent leur profit) le crée pour les wallons ; nous marcherons donc\nchacun de notre côté dans la voix tracée par ces deux penseurs-musiciens bien belges, quoique\n1 un d eux fut français par un contrat de naturalisation ; mais il nous faut du temps, notre\nheure viendra, et plus vite qu'on ne pense, si le public ne nous refuse pas l'appui moral qui\nnous est nécessaire.\nVotre question V, qui a trait au concours d'Ostende est bénévole ; ce concours fut mal\norganise, il eut fallu d'abord mettre au concours un livret et le faire adopter par les directeurs\nde la Monnaie, on n aurait eu ainsi qu'à juger la musique ; et la meilleure réalisation du livret\neut dû être imposée au directeur comme ouvrage reçu ; au lieu de cela les membres du jury\nfurent en un cruel embarras : les uns trouvaient la musique bonne et le livret détestable, les\nautres choisisaient le livret en déclarant la musique inécoutable !!!... Nous n'en reparlerons\nplus, c'est à refaire.\nLa question VI : D. Les œuvres lyriques belges ne seraient-elles pas viables ?\nR.Singulière demande. 1 La vitalité de nos œuvres lyriques n'est pas douteuse, elles\nvivent ces œuvres mais ne marchent pas, et toujours pour les mêmes raisons. Je prétends que\nce que produit de bon le sol ou la pensée belge doit être valable ou viable pour un belçe.\nVII. Mais, nous voici au remède.\nJe vois d'abord la patience, le temps ; je vois la nécessité de continuer les efforts, la\nproduction sans se décourager. D'ailleurs n'est-ce pas la bonne souffrance et n'a-t-elle pas été\nressentie par les plus grands comme par les plus petits ? Je verrai comme remède actif et moins\nabstrait la création, aux époques de printemps, d'une saison symphonico-lyrique exclusivement\nbelge et aidée sinon organisée par le ministère des Beaux-Arts. Remarquez qu'une institution\nde ce genre fut creee en Suisse qui, elle, n'a plus à adresser à ses nationaux pareil question-\n\n1 Elle est évidemment ironique. R. L."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.72", "texte": "LE MOIS\n61\n\nnaire. J'ajoute que si les pouvoirs publics ne pouvaient intervenir dans une aussi large mesure,\non pourrait faire appel au concours particulier, et j'estime qu'on ne rencontrerait là aucune\ngrande difficulté. Remarquez encore qu'une des raisons multiples qui retardent l'éclosion\nd'oeuvres lyriques et le développement de l'intérêt de nos concitoyens, est justement ce fait,\nqu'on ne joue d'œuvres belges que de loin en loin. La saison d'art national que je conseille\naurait cela d'intéressant qu'elle grouperait nos œuvres théâtrales et symphoniques et que le\npublic pourrait juger où nous en sommes.\nVoilà donc un remède, et je dis que si on ne l'applique pas, nous en serons dans 20 ans\nk publier le même questionnaire auquel j'aurai l'honneur si je suis encore de ce monde\nde faire les mêmes réponses.\nM. BRUSSELMANS.\nApprouve : E. YSAYE.\nNous n ajouterons quun mot à cette belle réponse de notre grand virtuose et artiste. Nous pensons\ncertes comme lui que les musiciens continueront a écrire des œuvres, sans souci des encouragements, du\nsuccès. Et nous estimons que Vart doit rester libre, indépendant de toutes les tutelles, de toutes les con-\ntraintes. Sans doute sera-t-il possible de fusionner les efforts dans un sens large : c est notre espoir.\nQuoi qu'il en advienne, le projet préconisé par Eugène Isaye, d'une saison symphonico-lyrique belge, est\nà Vétude. Que dis-je, il est déjà, théoriquement, posé. Sa réalisation pratique, réunissant toutes les\ncollaborations, semble assurée d'un prompt aboutissement. Le peuple lui-même sera convié a entendre\nles chants de la race : n est-ce pas en lui que bouillonnent toutes ses forces vives, et n est-ce pas en lui\nque Von trouvera V dans la franchise et la virginité des élans. Nous e?i reparlerons\nsous peu.\nRéponse de M. PA/11l BGPgniailS, charge du cours d'histoire de la musique a F Université de\nG and) critique dramatique musical de la u Flandre libérale. \"\nMon cher Confrère,\nOui, les musiciens belges ont beaucoup écrit pour le théâtre depuis vingt ans, et ils sont\nen somme, assez facilement parvenus à se faire représenter sur les scènes de province et à la\nMonnaie. Dans l'ensemble, la valeur des partitions est infiniment supérieure à celle des livrets,\nce qui est certainement une première cause du peu de succès des pièces nationales.\nMais, malgré leurs qualités réelles, celles-ci ne permettent pas de reconnaître l'existence\nd'un art lyrique belge, si l'on entend par là une école spécifiquement différenciée des écoles\nétrangères.\nCe sont, pour la plupart, des tentatives de conciliation des deux grandes écoles allemande\net française ; quelques-unes se rattachent même à l'école italienne.\nOn constate ainsi chez les compositeurs belges cette tendance cosmopolite qui est carac-\ntéristique du génie belge et qui constitue une originalité suffisante, sinon prime-sautière.\nQuelques compositeurs ont, d'ailleurs, accentué la note nationale en puisant dans le fonds de\nla mélodie populaire, fonds d'une certaine richesse, surtout dans la région flamande.\nS'il n'y a pas à proprement parler de musique belge, on peut cependant admettre que les\nproductions lyriques de chez nous présentent certains caractères communs, et qu'elles sont\nassez importantes et assez nombreuses pour constituer un théâtre lyrique belge, qu'il soit\nd'expression française ou flamande, car la langue littéraire importe assez peu lorsqu'elle n'est\nque l'auxiliaire de cet admirable langage international, la musique."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.73", "texte": "6 2\nS. I. M.\n\nPourquoi ce théâtre a-t-il eu peu de succès jusqu'à présent ?\nD'abord, à cause de l'infériorité de la plupart des livrets, maladroits et peu scéniques.\nEnsuite, à cause du manque de soin avec lequel les œuvres nationales sont habituellement\nmontées sur nos théâtres.\nEnfin, et surtout, à cause de l'infériorité du public, si j'ose dire.\nJe parle ici évidemment du grand public, de celui qui remplit les salles et les caisses, de\ncelui qui fait l'indispensable succès d'argent.\nCe public est indifférent, et parfois maldisposé à l'égard d'œuvres du terroir, celle-ci\nfussent-elles égales ou même supérieures aux productions étrangères qu'il applaudit. Le vieux\nproverbe : aNul n'est prophète en son pays\", est malheureusement d'application courante en\nBelgique.\nLes artistes étrangers ont coutume de vanter le public belge. Et ils ont raison... à leur\npoint de vue.\nC'est précisément parce que le public belge est un bon public pour les étrangers qu'il est,\npour les artistes belges, un mauvais public, un public déplorable.\nTravailleur tenace et homme pratique, dont l'idéal réside dans un certain confort\nmatériel, le Belge n'est pas curieux d'art et de littérature. Il dérobe aux affaires une heure\nbrève qu'il consent à consacrer à quelque distraction intellectuelle. Mais il entend ne pas le\nfaire à l'aventure. Il faut à ses plaisirs la même sécurité qu'à ses placements. Il s'attache aux\nvaleurs \" de tout repos. \" Il veut entendre des pièces dont il sait que le succès a été consacré\npar les grands organes de la presse étrangère, qui sont pour lui des oracles. L'inédit l'effraie, et\nil est décidé, par principe, à ne pas s'y intéresser.\nLe belge appartenant au grand public applique à lui-même l'esprit de dénigrement qu'on\nlui reproche souvent : il se décerne, en matière de jugement artistique, un brevet d'incapacité.\nEt il a bien tort, car son bon sens et son esprit rassis sont des qualités qui valent bien tel\nsnobisme étranger.\nC'est cet état d'esprit national qu'il faudrait surtout tâcher de modifier. Eclairons notre\npublic, et inspirons-lui confiance dans les œuvres belges.\nIl ne suffit pas que celles-ci soient montées sur un théâtre, il est indispensable qu'elles y\nsoient jouées plusieurs fois, qu'elles s'y maintiennent.\nL'Etat et les pouvoirs communaux peuvent ici intervenir de façon efficace. Qu'ils stipulent,\ndans les théâtres qu'ils subventionnent, non seulement l'obligation de jouer un certain nombre\nd'actes belges, mais encore celle de les monter avec le même soin que les œuvres étrangères,\net de donner un minimum de représentations des œuvres reçues, huit à dix.\nLa présence répétée d'un titre sur l'affiche est la meilleure amorce pour un public comme\nle nôtre. Qaund nos compatriotes auront pris l'habitude d'aller voir les pièces belges, le\nthéâtre belge sera viable.\nBien confraternellement vôtre.\n\nPaul Bergmans."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.74", "texte": "EDGAR TINEL\n\nEdgar Tinel est mort, le lundi 28 octobre. Il était né le 27 mars 1854. à Sinay, petit\nvillage des Flandres, près de S 1 Nicolas. Son père y était à la fois instituteur et chantre de la\nparoisse. Ce fut lui qui donna, au jeune musicien, révélant une vocation dès l'enfance, la\npremière éducation. A peine âgé de 7 ans, le petit prodige pouvait le remplacer à l'Eglise.\nIl fréquenta l'Ecole de Musique de S 1 Nicolas dès la huitième année. Adolphe Siret, l'écrivain\nconnu, protégea les débuts du fils de l'organiste. Grâce à lui, il fut envoyé à Bruxelles, où il\nsuivit les cours du Conservatoire, dirigé par Fétis. En même temps, pour augmenter ses\nmodiques ressources, Edgar Tinel donnait des leçons et s'engageait comme choriste à la\nmaîtrise de S 1 Gilles. Il étonnait par ses merveilleuses dispositions. Il eut pour professeurs\nBrassin, Joseph Dupont, Ferdinand KufFerath, A. Mailly, Adolphe Samuel et Gevaert. En\n1872 et en 1873, il remporta les premiers prix de virtuosité. On le vit participer à de\nnombreux concerts ; il publia ses premières œuvres. On rappelle qu'en 1876, il remplaça au\npied levé, dans un concert donné à Londres par la célèbre Georgina Weldon, amie de Charles\nGounod, un pianiste de renom. Son succès fut retentissant. L'année suivante, à 23 ans, Tinel\nobtenait le grand prix de Rome, avec sa cantate Klokke Roelandt. Nos lecteurs se souviendront\npeut-être de l'incident que nous notions, dans une esquisse consacrée au compositeur, il y a\nquelque trois ans. (S. L M. février 1909.) Au moment d'entrer en loge, le concurrent avait\nvoulu emporter, contrairement aux usages, un petit livre. Le jury lui accorda cette faveur. Ce\nlivre était l'lmitation de N. S. Jésus-Christ. Le trait révèle, dès lors, le sentiment profondément\nreligieux et chrétien auquel l'auteur de St Franciscus, indéfectiblement, se montra fidèle... Au\ncours des voyages qui suivirent l'attribution du Prix de Rome, Tinel écrivit des sonates, des\npièces pour orgue et piano, des motets, des chœurs, des mélodies. De cette époque datent\naussi les tableaux symphoniques : Polyeucte ;La Ballade des Trois Chevaliers, pour baryton,\nchœur et orchestre, et le poème lyrique Korenbloemen, pour ténor, chœur et orchestre. Le\npianiste renonce alors à la virtuosité pour s'adonner à la composition. En 1881, il est appelé à\ndiriger l'lnstitut Lemmens, à Malines. Il y forma beaucoup d'élèves : compositeurs et organistes.\nCet Institut est aujourd'hui l'école épiscopale interdiocésaine de musique religieuse. En 1887,\nle premier grand ouvrage d'Edgar Tinel : S 1 Franciscus, oratorio-dramatique, peut-on dire, fut\nexécuté à Malines même, puis à Bruxelles, l'année d'après, aux Concerts Populaires, et à\nFrancfort-sur-le-Mein. Le succès de cette œuvre commença la célébrité du musicien.\nFranciscus a été joué partout: en Hollande, en Allemagne surtout, où Tinel jouit d'une très\nhaute considération, en Autriche, en Angleterre, en Amérique. Nous l'entendîmes, il y a peu\nd'années, aux Concerts symphoniques de Tournai. En 1889, Tinel fut nommé inspecteur des\nécoles de musique du Royaume. En 1896, il prit le cours de contre-point et de fugue, laissé\nvacant par F. KufFerath, décédé. Ses Maria liederen (chants à Marie) furent composés dans\nces années, ainsi que la Messe a N. D. de Lourdes, à cinq voix, chantée pour la première fois"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.75", "texte": "64\nS. I. M.\n\nen la cathédrale de Tournai. Godelieveparut en 1897. En 1905, à l'occasion des fêtes nationales\nde l'lndépendance belge, il écrivit un Te Deum,pour chœur et orchestre. Enfin, en 1909, il\nachevait Ste Catherine d'Alexandrie,légende dramatique, conçue encore sous une forme proche\nde l'oratorio. Jouée au Théâtre de la Monnaie, Ste fut accueillie par un très vif succès.\nOn l'a reprise l'an dernier. Il convient de mentionner encore une série d'œuvres liturgiques,\net le Chant Grégorien, théorie sommaire de son exécu\nC'est en 1909 qu'Edgar Tinel fut désigné à la succession de Gevaert, au Conservatoire\nde Bruxelles. Il l'a tôt suivi dans la mort. Edgar Tinel était Maître de Chapelle du Roi,\nMembre de l'Académie Royale de la Belgique, Président de la section belge de notre société\ninternationale de Musique, etc...\n\nRené Lyr."}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.76", "texte": "Peu de gens savent ce qu'il est, et cela est bien naturel, car il n'a qu'un an d'existence.\nIl emprunte son mécanisme à celui de son aîné, deux fois centenaire, le \" Salon de peinture \"\nbien entendu, à la différence près des exigences particulières à chacun.\nVoilà bien le moment de rappeler le cliché tant de fois entendu : \"Avec un clou au\nmur, le peintre peut exposer son tableau ; mais le musicien !... \" 11 est de notoriété qu'un clou\nne saurait lui suffire : ce clou n'ayant sa raison d'être que figurément, est considéré comme\ngrande attraction d'un programme !... Mais, déjà, sous le couvert d'une vague synonymie,\nvoici que le lien s'établit entre les deux \" Salons \" : celui des peintres et celui des musiciens.\nDans le premier, fonctionne un jury d'examen chargé d'admettre, de refuser, de classer\net de récompenser les œuvres envoyées. C'est exactement ce qui se passe au \"Salon\" des\nmusiciens. Le jury de peinture est composé d'artistes ayant fait leurs preuves ; le comité\ncar, chez les musiciens, le gouvernement prend ce nom de professionnels reconnus.\nCe comité réunit les noms de MM. Balay, Ph. Bellenot, Georges Caussade, Mme Chaminade,\nMM. Auguste Chapuis, Henri Dallier, Claude Debussy, E. Destenay, Louis Diémer, Paul\nDukas, Camille Erlanger, G. Falkenberg, Eugène Gigout, Reynaldo Hahn, Georges Hue,\nJean Huré, Albert Lavignac, Fernand Leborne, Charles Lefebvre, René Lenormand, Xavier\nLeroux, H. Letocart, Henri Libert, Henri Lutz, Henri Maréchal, Jules Meunier, Jules\nMouquet, Périlhou, Ch. Planchet, Paul Puget, Raoul Pugno, Henri Rabaud, Charles René,\nCh. Silver, Georges Sporck, Maxime Thomas, F. de la Tombelle, Charles Tournemire,\nPaul Vidal, André Wormser.\nNul ne pourra nier le caractère largement éclectique d'un tel groupement ; et ce n'est\nsans doute pas sans quelque surprise de se trouver réunis autour du même tapis vert ces\nsortes de tapis sont obligatoirement verts ! que ces noms s'unirent, néanmoins, dans la plus\ncordiale des ententes.\nLorsque les statuts, le règlement, le bureau, enfin, furent constitués, à l'entrée de l'hiver\nIQII, une note fut adressée à la presse de Paris et des départements. Des centaines de\njournaux voulurent bien lui prêter leurs trompettes et, à la suite d'une telle fanfare, les envois\nne manquèrent pas d'arriver nombreux, d'autant plus, que tous les genres étaient admis à\nl'exception des seules compositions d'orchestre ; le \" Salon \" ne pouvant songer, alors, à un\ncoûteux développement qu'il n'est pas loin de prendre, d'ailleurs. Mais, n'anticipons pas. Ces\nenvois de manuscrits ou d'œuvres publiées comprenaient des sonates, des trios, des quatuors,\ndes quintettes, des mélodies, des chœurs, des soli pour divers instruments, des pièces d'orgue, etc.;\nils furent d'abord examinés ; puis, à la suite d'une lecture au piano, classés définitivement.\nIci, une parenthèse : Cet examen ne porta nullement sur les particulières aux auteurs:\nces tendances étant affaire entre eux et le public seulmais, ici, le \"Salon \" des peintres donne encore\nl'exemple : dans son examen préalable il a le devoir d'écarter les chimères de pauvres détraqués qui\nne savent pas au juste si le nez est réellement au milieu du petit visage; les audaces de certains qui\ncambriolentla notoriétéau moyendu scandale en tentant d'exposer les pires obscénités; les opinions\nde quelques autres, affichées en des toiles où sont bravées les élémentaires convenances, etc., etc."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.77", "texte": "66\nS. I. M.\n\nDe même au Salon des musiciens à cela près, encore une fois, des moyens qui sont le\npropre de chaque art. Si les mœurs et les convenances n'eurent rien à redouter en ces\nenvois, les chimères ne manquèrent pas d'y tenir leur place !\nQu'entendez-vous par chimères, dira-t-on ? Le comité entend par chimères, des pages de\nmusique qui évoquent l'âge heureux où les petits garçons illustrent leur Histoire de France en\noctroyant une pipe à tous les portraits de rois, à commencer par Pharamond, bien entendu ;\ndes œuvres (!) où le rudiment le plus élémentaire du Solfège doit subir le plus irréductible\ndédain ; des essais, enfin, à ce point informes qu'ils seraient absolument inexécutables !\nEt si l'on mettait en doute l'existence de pareilles folies, il suffirait de rappeler qu'un\njour, dans un très important concours d'opéras, au Ministère des Beaux-arts, le jury découvrit\nune partition sur laquelle l'auteur avait épinglé cette note candide : \"Je n'ai pas eu le temps\nd'écrire la partie de contrebasse. \"\nCar, hélas, la caricature de l'art se trouve inconsciemment à la portée de tous ceux qui,\nlentement, se sont pénétrés de cette conviction qu'en ignorant jusqu'à l'alphabet ils ne seront\nque plus originaux !\nA la suite de ce lot vite écarté, apparurent, en plus grand nombre, des œuvres discutables,\ncertes, où est celle qui ne l'est pas ? mais qui, néanmoins, par une facture suffisante,\nadroite en certains cas, par un juste instinct de l'expression, par leur tenue générale, se\nmontraient dignes d'une exécution publique. Enfin, une réserve de choix vint montrer par sa\nréelle valeur que dans les rangs serrés des inconnus se trouvent des musiciens qui seront\npeut-être célèbres demain !\nPourvu de ces divers manuscrits, le comité esquissa des plans de programmes, en arrêtant\nmême les deux premiers. Ceux-ci vinrent illustrer deux soirées d'essai, en se plaçant sous la\ntutelle des six membres de l'lnstitut qui voulurent bien accorder au \" Salon \" le haut patronage\nde leur personnalité et accepter le titre de \" Membres d'honneur\nEn une première soirée par invitations, le 16 Janvier 1912, des œuvres de Massenet,\nSaint-Saëns, Théodore Dubois vinrent encadrer une chaleureuse causerie de M. Augé de\nLassus, chargé d'expliquer à un auditoire nombreux, réuni dans un local de fortune, ce\nqu'était et le but que poursuivait le Salon des musiciens français. Le succès fut très vif et\npermit de bien augurer de la seconde soirée qui eut lieu le 19 février suivant, Salle Trévise,\navec des œuvres de Paladilhe, Gabriel Fauré et Ch. M. Widor formant escorte à une autre\ncauserie fort documentée et fort attachante de M. André Parmentier.\nCette nouvelle tentative privée, en présence, néanmoins, d'un auditoire empressé et\nprompt à souligner les excellentes choses dites comme les belles pages exécutées, vint dé-\nmontrer que, dès lors, la porte pouvait s'ouvrir au véritable public, à celui qui paie sa place\nd'après un tarif, d'ailleurs accessible à tous, et chargé, seulement, de couvrir les frais d'éclairage,\nd'impressions, de police, d'employés, de droits, etc.\nLa Salle Trévise devint alors celle des neuf séances publiques qui allaient suivre. La\npremière eut lieu le 9 mars sous la présidence de M. Léon Bérard, Sous-Secrétaire d'Etat des\nBeaux-Arts, auprès de qui l'on avait fait valoir le caractère exclusivement national du \"Salon\".\nArrivé cinq minutes avant le commencement du concert, M. Léon Bérard ne quitta son\nfauteuil qu'après le dernier accord frappé. Peut-être était-il venu avec l'intention de seulement\nfaire acte de présence en un milieu dont sa fonction même ne saurait le désintéresser ; mais la\nvigueur de ses applaudissements, le mot aimable qu'il sût trouver pour chacun, vinrent confir-\nmer qu'à cette soirée il avait pris quelque plaisir, tout comme si lui eût été contée !\nEt huit séances succédèrent à celle-là.\n(A suivre.)\n\nHenri Maréchal."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.78", "texte": "LES FAITS\nDU MOIS\nSwift.\n10 OCTOBRE AU 10 NOVEMBRE\nMatch de boxe en quatre rounds entre Albert Mx\nde la perception du droit des pauvres : le directeur\nplus hautaines allégories, avait symbolisé /' Assistance Publique par un touchant escadron d'ouvreuses,\nle brassard à l'humérus et Vescarcelle au fémur. Mr Mesureur, qui n'entend rien au symbolisme\ncroit à une sanglante ironie et appelle à son secours\nquelle ardeur ces hauts personnages discutent leurs\ns'humecter de bien douces larmes. MT Camille le Senne apprend aux musiciens qui Vignoraient et\nrappelle à ceux qui l'avaient oublié que Chopin rep\npeine autour de cette glorieuse tombe quelques rares mélomanes fidèles h la religion du souvenir\nS? MT G. de Pawlowski affirme \"qu il existe a Parts quelques compositeurs de talent, voire même\nde grand talent, mais que Gustave Charpentier est évidemment le seul qui ait construit à l'heure\nactuelle une œuvre musicale véritablement nouvelle.\npas partie de l'lnstitut il est notre plus grand compo \"\ndémission de professeur de la classe d'orchestre au Conservatoire et Mr Jean Nougués donne la\nDanseuse de Pompeï à l'Opéra-Comique : ces deux\nLa section musicale de l'lnstitut refuse de se ranger à l'avis de M 1 de Pawlowski et écarte la\ncandidature de Gustave Charpentier au fauteuil de\nmilieu des prétendants : Messager, Broussan et Carré la serrent de près et lui font à l'oreille les plus\nséduisantes promesses ; très embarrassé, Fauré, qui a des lettres, leur répond que son orchestration n'est\npas terminée. Mne Cécile Sorel fait une conférence sur le mariage de la musique et de la Poésie ;il\ns'agit évidemment d'un mariage de raison. Gusta\nles peintres, les sculpteurs et les graveurs de la Maison : Mr Gabriel Pierné,, beau joueur, inscrit aussitôt\na son programme une œuvre du musicien qui vient\nAstruc, s'étant adroitement grimé en Ulysse descendant du dernier bateau, se présente brusquement à\nPénélope qui se laisse tomber dans ses bras : les autres prétendants affolés, s'entretuent, Mr Jean\nNougués déclare officiellement que sa Danseuse de Pompéï \" est le résultat d'un travail assidu et\nd'efforts loyaux avec lui-même pour toujours progresser dans la voie qu'il s'est tracée. \" La cruauté\ninouïe de cette menace provoque une consternation gén\nd'lndy, directeur de la Schola Cantorum est nommé à la classe d'orchestre du Conservatoire\nNational de musique et ae déclamation : tous les mu\ndécontenancés, guelfes et les petits gibelins"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.79", "texte": "Revue de la Presse Quotidienne\nLES BACCHANTES\njTŒtter\nM. Alfred Bruneau, qui avait cou-\ntume de collaborer avec Zola, collabore\ncette fois avec Euripide. C'est un bel\navancement. \" Jamais Euripide n'avait\nété à pareille fête \", a dit quelqu'un. Je\nsuis moins certain qu'Euripide eût été si\nenchanté de l'aventure 5 mais on ne lui\na pas demandé son avis. Je dois à\nM. Bruneau quelques bons moments,\npuisqu'il m'a fourni l'occasion de relire\nla tragédie du poète athénien. Elle est\nadmirable. Le ballet l'est un peu moins.\nNon pas qu'il soit précisément désagréa-\nble ou ennuyeux : mais il est insignifiant.\nCe n'était vraiment pas la peine de\nprendre un si glorieux collaborateur et\nun si beau sujet pour aboutir à si peu de\nchose. M. Bruneau a eu le souci de ne\npas troubler la digestion des abonnés.\nSa musique est bien sage et bien dis-\ncrète. Les thèmes sont clairs, mais peu\noriginaux et peu expressifs : l'orchestra-\ntion est simple, mais lourde et sans\ncouleur...\nMais en somme, l'œuvre a tout l'air\nd'être un essai de jeunesse, comme le\nbruit en a couru ; j'ignore s'il est exact ;\nil est certainement vraisemblable.\nPAUL SOUDAY.\nL'ECHO DE PARIS\nLa partition, qui n'a pas encore paru\net qu'il est difficile d'apprécier en une\nseule audition, apportera plus d'une sur-\nprise aux admirateurs de M. Bruneau.\nDans cette œuvre (qui est, je crois, une\nœuvre de jeunesse) ils trouveront un\nabandon et une facilité fort savoureuses.\nIls y verront aussi une orchestration\nvigoureuse et luxuriante, une puissance\nrythmique, un souci de la vérité dans\nl'expression, qui caractérisent les œuvres\nplus récentes de l'auteur du Rêve. Il faut\nlouer encore le parti pris d'unir les\ndiverses scènes du ballet, de le moins\ndécouper en numéros,— et aussi l'ingé-\nnieuse idée d'avoir mêlé des chants\népisodiques à la trame orchestrale.\nADOLPHE BOSCHOT.\nLE FIGARO\nToutes les œuvres de M. Alfred Bru-\nneau témoignent d'une sincérité pro-\nfonde et d'une noblesse de caractère qui\nne s'est jamais démentie. Son ballet, si\nlégère qu'en soit par essence la mise en\nœuvre, reste en parfaite harmonie avec\ntout ce qui est sorti jusqu'ici de sa\npensée et de son cœur : il est généreuse-\nment conçu ; ses idées largement venues\net largement traitées sont claires et\nfranches 5 ses rythmes sont souples et\nnets ; son orchestre, sans surcharge, sonne\nbrillamment.\nJ'ai déjà dit que M. Alfred Bruneau\ns'était soumis, dans les Bacchantes, aux\nlois impérieuses du ballet 5 c'est dire que\nsa partition ne se développe pas sans\narrêt, mais qu'elle est, au contraire,\ndivisée en morceaux distincts. Quelques\nrappels mélodiques s'y font entendre 5\nmais c'est évidemment la diversité de\ncoloris que le musicien semble avoir\nsurtout recherchée.\nGABRIEL FAURE.\nLA LIBERTÉ\nQue ceci reste à distance respectueuse\nd'Euripide, vous n'en doutez point.\nCependant, le fait seul que les auteurs\ndes Bacchantes n'aient pas craint de\nréclamer un tel parrainage, indique qu'ils\nprennent le ballet très au sérieux, et\ndans un esprit qui n'est pas commun en\npareille matière.\nOn a dit que la partition des Bac-\nchantes était une œuvre de jeunesse. Je\nne serais pas étonné que ce fût vrai.\nAvec de l'abondance mélodique, les idées\net souvent l'écriture même n'y ont pas\ntoute la personnalité ni cette sorte\nd'âpreté recherchée qui marquent la\npuissante maturité de M. Bruneau. Et\nj'aurais attendu de lui, aujourd'hui, la\nconception d'une forme d'ensemble plus\nhardiment libérée. Il a conservé la coupe\npar morceaux détachés j mais grâce au\ndessin de ces morceaux, à leur caractère,\nsouvent à leur développement, grâce à\nla façon dont leurs thèmes, ramenés en\nd'autres places, s'enchevêtrent, le senti-\nment d'unité n'est pas rompu. Certains\nde ces thèmes jouent le rôle de leitmotiv :\npar exemple le thème antique symbo-\nlisant le culte de Bacchus, sous sa double\nforme de danse et de prière ou la\nmarche pompeuse et brutale qui caracté-\nrise Penthée. Et partout vous reconnaî-\ntrez, jusque dans sa façon de se plier aux\nnécessités du genre, la fermeté volontaire\nde M. Bruneau et son instinct du mouve-\nment, la franchise vigoureuse de son\ncoloris, son énergie rythmique surtout,\nqui ne s'est jamais plus complètement\naffirmée, GASTON CARRAUD.\nLE JOURNAL\nM. Bruneau, dont le talent m'a sou-\nvent procuré de nobles plaisirs, m'appa-\nraît, à travers ses œuvres, comme un\nmystique chrétien, si l'on veut bien\ndépouiller ce dernier mot de tout ce\ndont l'a affublé le catholicisme,\ncomme un poète austère, tendre et fra-\nternel, exaltant, en ses larges chants\nvirils, rustiques et nus, aux accents\nrobustes, des chants où il y a du soleil\net de l'espace, l'avènement du bonheur"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.80", "texte": "LE MOIS\n69\n\nhumain fondé sur le travail et sur\nl'amour un amour viril, pur et fécon-\ndant. Or, les Bacchantes d'Euripide n'ont\nrien à voir avec tout cela. Le dieu qui\ntriomphe est ici Bacchus, c'est-à-dire le\ndieu du vin enivrant, de la sensualité\ninsatiable et sauvage, de la luxure, je\ndirai presque du luxe, toutes choses\nque M. Bruneau, jusqu'à présent, paraît\nn'avoir point célébrées. Peut-être n'avais-\nje pas tout à fait tort en pensant que\nM. Bruneau ne parviendrait pas du\npremier coup à devenir morbide et\nvoluptueux, à muer sans quelque effort\nen mollesse asiatique sa belle et franche\nrudesse. Il m'a semblé, en effet, mais\npeut-être était-ce par l'influence d'une\nsotte prévention, que la musique des\nBacchantes était souvent trop occidentale,\net que, dans les passages exigeant de la\ngrâce, elle n'était pas toujours exempte\nde convention. M. Bruneau a souvent\nmarqué, dans ses intéressants articles,\nun léger mépris pour la grâce et pour\nl'élégance. Il est juste que ces divinités\ncharmantes se vengent un peu des\nrigueurs qu'il leur infligea et lui révèlent\naujourd'hui en souriant que leurs faveurs\nsont parfois difficiles à conquérir.\nREYNALDO HAHN\nLA DANSEUSE DE POMPÉI\nLA LIBERTÉ\nM. Jean Nouguès, quand il parle dans\nles journaux, se met lui-même, avec\nassez de tact, à sa place ; mais il est\npermis d'estimer abusive la place qui lui\nest accordée sur le marché, en un temps\noù il n'est personne qui ne plaigne\nl'insuffisance des débouchés que notre\npays peut offrir à ses musiciens. En\ntrois ans, M. Nouguès cela ne s'était\njamais vu a fait représenter cinq\nouvrages à Paris, dont deux sur la même\nscène subventionnée. Autant en emporte\nle vent : c'est vrai. Cependant, il ne\nfaut pas oublier que le nombre des\npremières représentations que nos théâ-\ntres lyriques donnent chaque année est\nlimité. Tandis que le service de M. Nou-\nguès absorbe tant de jours et de soins,\nde talents et d'argent, des musiciens\nexcellents se morfondent dans l'attente :\nles uns, qui savent profondément la\nmusique ; les autres, qui consacrent leur\nvie à l'apprendre, animés de la pieuse\nconscience de ce que c'est que l'art, et\ntout leur avenir suspendu à un début\ndifféré. Voilà ce qui, tout de même, a\nde l'importance dans l'affaire. Quant au\nreste, il suffit évidemment de penser\nque dans le même moment s'élaborent\nchez nous des œuvres telles que la\nPénélope de Gabriel Fauré et le Saint\nChristophe de Vincent d'lndy, pour\nconsidérer les choses, comme le voulait\nRenan, du point de vue de Sirius.\nGASTON CARRAUD\nQuand, vers la fin de 1909, M. Jean\nNouguès, complètement inconnu, vit\ns'ouvrir devant lui les portes de la salle\nFavart, je rendis justice aux qualités\nd'homme de théâtre qui semblaient être\nles siennes et je lui souhaitai de réflé-\nchir, de travailler assez sérieusement,\nassez patiemment pour pouvoir produire\nquelque jour une œuvre véritable. Mon\nvœu ne se réalisa malheureusement pas.\nEn trois ans, l'auteur de Chiquito fit\njouer cinq partitions dont aucune n'est\nsupérieure aux autres. Il n'essaya nulle-\nment d'acquérir un talent solide et\noriginal. Le prodigieux succès ce Quo\nVadis ? paraît l'avoir aveuglé, immo-\nbilisé, et tel il était à ses débuts, tel\nnous le retrouvons maintenant. On le\nregrette sincèrement.\nALFRED BRUNEAU.\nL'ECHO DE PARIS\nLa partition de M. Nouguès, ainsi\nque l'aurait dit La Bruyère, \" est im-\nmédiatement au-dessous de rien\". Quoi\nqu'on y cherche, on ne l'y trouve pas.\nNi beauté, ni art, ni élégance, ni expres-\nsion, ni mouvement. De travail thé-\nmatique, de développement, d'invention\norchestrale, pas la moindre trace. Les\nidées mélodiques, si l'on ose se servir de\nce terme, échappent à tout qualificatif,\ncar elles demeurent dans le non-être. Ce\nsont des suites de notes qui restent\nau-dessous du flasque, de l'informe, du\nbébête et du pleurnichard.\nDès lors, pourquoi monter une telle\npièce sur un théâtre national et subven-\ntionné ? Certes, tout le monde peut se\ntromper, et même un directeur de\nthéâtre, et même M. Carré. Toutefois,\naprès d'autres bousillages de M. Nou-\nguès, après Chiquito, après d'étranges\nreprésentations en province, après les\nprotestations unanimes des auditeurs\ncultivés et des critiques sérieux, pour-\nquoi, alors qu'il y a tant d'autres\nauteurs intéressants, jeunes encore ou\ndéjà célèbres, et alors qu'on ne joue\npresque pas les classiques pourquoi\nhospitaliser cette musique misérable ?\nADOLPHE BOSCHOT.\nIndifférent en apparence aux recher-\nches d'expression ou de pittoresque qui\npassionnent en ce temps nos meilleurs\nmusiciens, M. Nouguès n'a point usé de\nses succès passés pour transformer sa\nmanière, pour faire de sa musique autre\nchose qu'un complément de la matière\ndécorative, pour en faire un élément qui\nait sa vie propre, sa propre beauté ou du\nmoins son propre intérêt. Mélodique,\ncertes, et facilement mélodique, nul n'en\ndisconviendra, la partition de M. Nou-\nguès, accuse, sinon une forme plus\ncaptivante, du moins une mise en œuvre\nplus soignée et un orchestre d'un plus\nsûr équilibre et d'une meilleure sonorité.\nLe mouvement, l'animation extérieure\nne lui font pas défaut, non plus qu'une\ncertaine expansion facile mais généreuse\ndans le lyrisme 5 mais on eût souhaité\nque M. Nouguès profitât de ses succès\npour lui donner des raisons moins fra-\ngiles et où, avec plus de réflexion et\nmoins d'abandon, la musique ait plus de\nplace.\nROBERT BRUSSEL.\nJ'ai entendu dire un jour à M. Jean\nNouguès : \" Il est si difficile d'écrire un\nopéra et si facile d'écrire un article de\ncritique ? \" Mon Dieu, cela dépend. Cer-\ntains opéras ne sont pas très difficiles à\nécrire 5 dans ceux de M. Nouguès, par\nexemple, il semble que \" l'écriture \",\nnotamment, n'ait pas dû coûter à l'au-\nteur un effort très assidu. Et, par contre,\non est souvent fort embarrassé pour\nécrire un article où l'on souhaiterait\nque la courtoisie ne le cédât en rien à la\nsincérité. Mais, après tout, est-il besoin\nde tant de prudence envers un auteur\naussi heureux que l'est M. Jean Nou-\nguès, un auteur qui, en quatre ans, a eu\nquatre ouvrages joués à Paris, dont l'un\navec un succès retentissant et qui, de ce\nfait, est sans doute autorisé à voir partout\ndes envieux, à méconnaître la loyauté\ndes avis qu'on lui donne et à n'en tenir\naucun compte, ainsi qu'il l'a témoigné\nen négligeant avec persistance, malgré\nles exhortations les plus désintéressées,\nd'acquérir, par des études sérieuses et\npar la lecture des maîtres, quelques\nnotions de technique et un semblant de\nstvle ? Certes non. S'il fallait absolu-\nJ\nment classer M. Nouguès dans une\ncatégorie de musiciens, ce ne pourrait\nêtre que parmi ceux dits de \" tempéra-\nment\nREYNALDO HAHN."}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.81", "texte": "Mémoires d'un amnésique\nMES TROIS CANDIDATURES\nErik Satie.\n(fragment).\nPlus heureux que moi, Gustave Charpentier est membre de l'lnstitut\nde France. Qu'il reçoive ici-même les tendres applaudissements d'un\nvieil ami.\nJe fus, trois fois, candidat à la Délicate Réunion : fauteuil d'Ernest\nGuiraud ; fauteuil de Charles Gounod ; fauteuil d'Ambroise Thomas.\nM.M. Paladilhe, Dubois & Lenepveu me furent, sans raison du reste,\npréférés. Et cela me fît grosse peine.\nBien que n'étant pas très observateur, il me sembla que les Précieux\nMembres de l'Académie des Beaux-Arts usaient, devers ma personne, d'un\nentêtement, d'un voulu frisant l'obstination la plus calculée. Et cela* me fît\ngrosse peine.\nAu temps de l'élection de M. Paladilhe, mes amis me dirent :\n\" Laissez faire : plus tard, il votera pour vous, Maître. Sa voix sera d'un\n\" grand poids Je n'eus ni son vote, ni sa voix, ni son poids. Et cela me\nfit grosse peine.\nAu temps de l'élection de M. Dubois, mes amis me dirent :\n\" Laissez faire : plus tard, ils seront deux qui voteront pour vous, Maître.\n\" Leur voix sera d'un grands poids. \" Je n'eus ni leur vote, ni leur voix,\nni leur poids. Et cela me fît grosse peine.\nJe me retirai. M. Lenepveu crut qu'il serait de bon ton d'occuper un\nfauteuil qui m'était destiné, et ne vit pas l'inconvenance qu'il y avait à le\nfaire. Il s'assit froidement à ma place. Et cela me fît grosse peine.\nToujours avec mélancolie, je me souviendrai de M. Emile Pessard,\nmon vieux Compagnon de lutte. J'ai pu constater, à plusieurs reprises,\nqu'il s'y prenait fort mal, sans aucune habileté, manquant de la plus simple\nastuce. Il ne sait pas ; et Ton voit trop qu'/7 ne sait pas. Pauvre bon Mon-\nsieur ! Combien il aura du mal à se caser, à se faufiler à travers un sein\npour lui si peu aimable, pour lui si peu accueillant, pour lui si peu hospita-\nlier ! Voilà vingt ans que je le vois s'arc-bouter à cet ingrat, à ce maussade,\nà ce triste objet ; tandis que les subtils compères du Palais-Mazarin le\nregardent étonnés, tout surpris de sa ténacité incapable et de sa pale\nimpuissance.\nEt cela me fait grosse peine."}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.82", "texte": "Çà et Là\nL'Ecole des Hautes Etudes sociales annonce pour cette année le programme suivant de\nsa section de musique, placée sous la direction de notre collègue A. Pirro, docteur-ès-lettres.\nLes musiciens de la Renaissance fratiçaise^Henry Expert.\nXFIV\" siècle (musique de théâtre), André Pirro. L. Rosst, t. Cavalliy Henri Prunières.\nLes salons de musique auXI'IV' et au XVIIIe G. Cucuel.\ninstrumentale auXFIIIe siècle,L. de la Laurencie.\nvatoire, J. Tiersot, Grètry, id. Quelques tendances de la musique contemporaine, Calvocoressi.\nLa musique celtique^M. Duhamel.\n*\n* *\nAjoutons que M. André Pirro vient d'être nommé titulaire de la chaire d'histoire\nmusicale à la Faculté des lettres de Paris en remplacement de M. Romain Rolland.\n*\n* *\nLa société J. S. Bach (salle Gaveau) sous la direction de Me Gustave Bret annonce pour\nla saison 1912-1913 quatre concerts : le vendredi 22 novembre la avec\nune magnifique distribution vocale qui réunira les noms de M 1\"\"\" de Wienawska et Croiza,\nMM. Georges Walter (de Berlin) et Zalsman (de Rotterdam) ; le 13 décembre, Eole Apaisé\net Cantate de la Réjormation \" Ein fest Burg \";le 7 mars 1913, la Passion selon St Matthieu,\net en avril, un concert de musique de chambre avec le concours de Me Paderewski.\nLes jeudis, veille de chaque concert avec orchestre, répétition générale publique.\n* *\nL'Opéra de Nice aura, en février, la primeur d'un opéra de Manuel de Falla sur un\nlivret de Paul Millet.\n*\n* *\nLe pianiste Hjalmar Hedlund qui s'est très heureusement consacré à la diffusion de la\nmusique suédoise a fait connaître et applaudir en Suisse des œuvres de Lennart Lundberg,\nPetterson-Berger, Wilhelm Stenhammar et Joseph Eriksson.\n%\n* *\nLe journal \" L'Express Musical \" de Lyon ouvre un 16e Grand Concours pour la\nComposition d'un morceau pour chant et piano de genre absolument libre, sur une poésie au\nchoix des concurrents.\nNombreux prix dont cent francs au premier. Demander le règlement à M. Reuchsel,\n42 place de la République à Lyon, (joindre 15 centimes en timbres).\nOn sait l'importante manifestation de musique française moderne qui vient d'avoir lieu à\nSchwérin, grâce à l'initiative du Professeur Henri Marteau, et à l'appui de la célèbre Maison\nde Pianos Perzina. En plusieurs concerts d'orchestre et de musique de chambre, et en deux\nreprésentations au Théâtre, la musique française, de Rameau à Debussy, et de Franck à\nVincent d'lndy, s'est présentée à l'attention recueillie d'un public nombreux. Le Maître\nSaint-Saëns, MM. Marteau, Pugno, Madame Marie Debogis, et le chef d'orchestre Kaehler,\navaient prêté leur brillant concours à ces belles fêtes, auxquelles notre patriotisme applaudit de\ntout cœur."}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191211-01.1.83", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSÉANCE DU 31 OCTOBRE 1912\nLa séance est ouverte à la Bibliothèque de l'opéra à 4 h. 1/4, sous la présidence de\nJ. Ecorcheville, président.\nEtaient présents: MM. L. de La Laurencie, Prod'homme, Banés, Ténéo, Allix, Cucuel,\nDr. M. Laugier, Dauriac, Bouvet, Peyrot, Vinée, Guérillot, Dolmetsch ; Mmes, Wiener-\nNewton, Daubresse et Pereyra. S'étaient excusés : Mme Filliaux-Tiger, MM. Mutin,\nGaveau, Bosc, Landormy, A. Laugier.\nLe président remercie MM. Banés et Ténéo de l'hospitalité qu'ils veulent bien accorder\nà la Société dans la salle vaste et somptueuse de la Bibliothèque de l'opéra. Il souhaite la\nbienvenue à M. Théodore Gerold, président de la Section de Francfort, de passage à Paris\net présent à la séance. Après adoption du procès-verbal, la candidature de M. Tessier,\nprésentée par MM. Pirro et Peyrot est acceptée.\nLe président annonce que M. de Bertha, souffrant a demandé l'ajournement de la\ncommunication, inscrite par lui à l'ordre du jour. Il fait part à la Section du décès de\nM. Charles Ruelle et donne lecture d'une lettre de M. Félix Naquet, exécuteur testamentaire\nde Charles Malherbe, par laquelle celui-ci le prie de vouloir accepter une monnaie antique,\nmontée en bague, et portée par le regretté président de la Section de Paris. M. Ecorcheville\nfait hommage à la Section de ce pieux souvenir et en confie la garde à l'archiviste.\nLa Section règle ensuite l'ordre de ses travaux pour l'année courante. Elle fixe la date de\nl'Assemblée Générale au lundi 25 novembre à 4 heures 1/4, et inscrit des communications de\nMM. Bouvet, Dolmetsch, Brenet et Dauriac.\nM. Peyrot présente une série d'observations sur la manière dont sont faits les achats de\nmusique, théorique et pratique, ancienne et moderne, dans les grandes bibliothèques de Paris.\nAprès discussion, la section décide d'intervenir auprès des membres de la société, placés à la\ntête de ces bibliothèques, et de chercher avec eux le moyen de remédier à cet état de choses.\nLe président rappelle la nécessité de préparer dès maintenant le Congrès de 1914. Il\nannonce qu'une commission provisoire, composée du comité de la Section et de M.M. Brenet,\nChantavoine, Emmanuel, Gariel et Tiersot a déjà tenu plusieurs séances, envoyé un question-\nnaire à toutes les Sections de la Société, et constitué les éléments d'un Comité Général du\nCongrès dont M. Roujon a bien voulu accepter la présidence d'honneur et M. Louis Barthou\nla présidence effective.\nLa séance est levée à 6 heures.\n\nTous droits réservés pour tous pays y compris la Scandinavie et l'Extrême Orient.\nLe Gérant : MARCEL FREDET.\nImpr. par THE ST. CATHERINE PRESS LTD. Bruges, Belgique."}]}