{"numero_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_sha256": "2c2f1d7127262120cd5025991be8d8cfc8cf93a75d391d2f99e6035348ee285b", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1913/01/15_01/bmtnabh_1913-01-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1913/01/15_01/bmtnabh_1913-01-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.2", "titre_corps": "SOUVENIRS DE PARIS, par Jeno Hûbay. * LA NAISSANCE DU VIOLON, par L. Greasamer. S", "titre_sommaire": "SOUVENIRS DE PARIS, par Jeno Hûbay. * LA NAISSANCE DU VIOLON, par L. Greasamer. S", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.1", "debut_caractere": 333, "fin_caractere_exclue": 687, "texte": "SOUVENIRS DE PARIS, par Jeno Hûbay. * LA NAISSANCE DU VIOLON, par L. Greasamer. S\nMUSTAPHA ET L'ART PALESTRINIEN, par Péladan. * HISTOIRE D'UNE DÉCOUVERTE\nACOUSTIQUE, par G. Sizes. # UNE ROMANCE CHANTÉE PAR LOUIS XVII, par J. E. #\nLES LIVRES.\nLE MOIS, par\nS CLAUDE DEBUSSY # # AUGUSTE SËRIEYX ê\n* EMILE VUILLERMOZ * RENÉ LYR # ERIK SATÏE W JEAN LAPORTE #"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c003", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 7, "image_fin": 7, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.3", "titre_corps": "Si la fourmi était prêteuse.....", "titre_sommaire": "Si la fourmi était prêteuse.....", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 32, "texte": "Si la fourmi était prêteuse....."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c004", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 13, "image_fin": 21, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.4", "titre_corps": "SOUVENIRS DE PARIS", "titre_sommaire": "SOUVENIRS DE PARIS", "signature_source": "Jenö Hubay", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.13", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2086, "texte": "Toute la Hongrie vient de célébrer par une semaine de fêtes musicales, son grand\nvioloniste Jénô-Hubay. Né à Budapest en 1858, Hubay entra au Conservatoire de Berlin en\n1873, où il devint l'élève de Joachim. Encouragé par Liszt, et après avoir dirigé les Concerts\nde Dusseldorf, en 1878, il vint à Paris où Pasdeloup lui donna l'occasion d'un début sensa-\ntionnel. Nommé professeur au Conservatoire de Bruxelles en 1882, il fonda avec le violon-\ncelliste Servais, un quatuor célèbre. Enfin, rentré en Hongrie en 1885 pour succéder à son\npère professeur à l'Académie Royale de Budapest, le grand artiste, sans abandonner la carrière\nde virtuose, se consacra à la pédagogie et aux compositions. On peut citer parmi ses œuvres :\nAliénor (1891), Le Luthier de Crémone (1894), Le Rôdeur de Village, Rose Mousse (1903),\nL'amour de Lavotta (1906), Nuit d'amour (encore inédit).\nM. Hubay a bien voulu raconter à nos lecteurs ses débuts à Paris.\nEn 1878, lors de l'Exposition Universelle, je débarquai à Paris,\nn'ayant pour tout bagage que mon violon et quelques lettres de recom-\nmandation que Franz Liszt avait bien voulu me donner pour quelques-\nuns de ses amis. Parmi celles-ci, s'en trouvait une pour le maître Camille\nSaint-Saëns qui m'accueillit de la plus aimable façon et m'invita à ses\ncélèbres \" Lundis \".\nCes soirées, qui réunissaient alors tout le Paris artistique de l'époque,\nresteront toujours gravées d'inoubliable façon dans ma mémoire. C'est\ndans ces réunions que je rencontrai et fis la connaissance d'autres maîtres\nde la musique française tel que Gabriel Fauré et André Messager.\nSaint-Saëns occupait presque constamment le piano et interprétait\nsouvent des ouvrages inconnus. Un soir par exemple, il nous joua la\n\" Sonate en Si mineur \" de Franz Listz qui fit une grande impression sur\ntout le monde tant par l'originalité de l'œuvre elle-même que par la\nmagistrale interprétation, avec laquelle le maître français l'exécuta. Une\nautre fois, il nous fit la grande surprise de nous jouer la partition toute\nentière de son opéra \" Samson et Dalila qui venait de remporter un"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.14", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2653, "texte": "succès marqué à Weimar et d'être.... refusé à l'Opéra de Paris. Inutile de\ndire l'émotion et surtout l'admiration qui s'emparèrent des personnes\nprésentes au fur et a mesure que se déroulaient au piano des beautés\nmusicales trop hardies pour l'époque. C'est encore dans les salons de\nSaint-Saëns que j eus 1 occasion d'entendre pour la première fois les\nadmirables mélodies de Gabriel Fauré, qui venait d'en publier à cette\népoque le premier recueil. Ces mélodies, elles aussi, passaient à ce moment\npour révolutionnaires et cependant, la \" Société \"\nn hésita pas a les produire et elle eut raison. Ah ! ces soirées de la rue\nMonsieur le Prince, qu'elles étaient admirables de grâce et de charme !...\nEt maintenant, après trente-trois ans, ce n'est pas sans une douce émotion\nque je les évoque encore.\nJ'allai, un jour, frapper à la porte du petit hôtel du maître Vieux-\ntemps, dont la santé était déjà chancelante et à qui le médecin défendait\nabsolument de jouer du violon. Cette défense, pour ce virtuose, était, on\npourrait dire, tout ce qu'il y a de plus cruel. Je me rappelle que sa fille,\nMadame Landowska, me raconta que Vieuxtemps qui avait l'air, pendant\nle jour, de prendre cette défense, sinon raisonnablement, du moins avec\npatience, montait la nuit au grenier de son hôtel, où se trouvaient remisés\npar ordre des médecins, ses merveilleux violons. Il fut ainsi surpris plusieurs\nfois la nuit par sa fille, qui ne pouvait s'empêcher de retenir ses larmes en\nme racontant cette scène émouvante. Vieuxtemps me reçut très aimable-\nment. C était a cette epoque un homme approchant la soixantaine, au\nvisage encadré de favoris blancs, ayant plutôt l'air d'un amiral en retraite.\nEt ce qui me donna cette impression de militaire pensionné, c'est qu'il\nme reçut debout, appuyé sur une canne dont il se servait pour marcher\nil avait eu une attaque de paralysie dont il s'était remis ; sa taille était\ndroite, il avait le regard perçant, l'œil vif et quand il ouvrait la bouche,\non s attendait a en entendre sortir un commandement. J'avais depuis mon\nenfance si souvent joué les œuvres de Vieuxtemps, et je l'admirais déjà\ndepuis si longtemps, sans le connaître personnellement, il représentait\ntellement pour moi, jeune homme de 18 ans. le suprême idéal du virtuose,\nque lorsque je me trouvai en face de lui, je ne sus que dire, les mots ne\nvenaient pas et, sans cependant trembler, j'étais, devant cet homme, pris\nd'un accès de timidité incompréhensible, quoiqu'ayant cependant l'habi-\ntude de la foule. Sans doute, cette impression venait de ce que j'avais\ndevant les yeux celui qui, pour moi, était un symbole, car c'était le Maître."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 18, "texte": "SOUVENIRS DE PARIS"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.15", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2624, "texte": "Vieuxtemps s'aperçut fort bien de mon émotion mais, par des\nparoles aimables il sut la calmer. Apprenant que j'étais hongrois, il me\nparla de la Hongrie, de ses souvenirs sur mon pays et, quand enfin il me\nvit presque rassuré, il me demanda de lui jouer quelque chose. Je lui jouai\nson \" Cinquième Concerto\" puis, quand j'eus terminé, il appela sa fille et\nson gendre le docteur Landowski et me pria de répéter le même morceau.\nA peine avais-je donné le dernier coup d'archet, qu'il m'embrassa et dit à\nses enfants : \" Enfin j'ai trouvé mon successeur !\" A partir de ce\njour-là je fis presque partie de la famille et je passai la plus grande partie\nde mes journées chez lui. Les matinées se passaient à jouer ses nouvelles\ncompositions et quelques autres peu connues, notamment son \" Sixième\nConcerto en Sol majeur \" qu'il venait de terminer et qu'il a dédié à\nMadame de Norman-Neruda. Sitôt après le déjeuner nous sortions faire\nde longues promenades à travers Paris. Au cours de ces randonnées il\ns'arrêtait à toutes les boutiques d'antiquaires que nous rencontrions sur\nnotre chemin et achetait souvent des objets d'art, qu'il marchandait en\nconnaisseur. Il fallait voir sa joie quand il avait trouvé quelque chose\nd'authentique ou qu'il croyait l'être !\nAu mois de Janvier suivant, Vieuxtemps, qui tenait absolument à\nme produire à Paris, me conseilla vivement de donner un concert à la\nsalle Erard. Je suivis ce conseil et donnai donc mon premier concert à\nParis ; c'est Vieuxtemps lui-même qui choisit le programme sur lequel\nfigurait, outre ses œuvres, la \" Sonate \" qu'il aimait beaucoup.\nCe fut mon compatriote, Carolus Agghazy, pianiste de très grand talent\nqui m'accompagna dans cette Sonate. C'était mon premier concert à\nParis, Vieuxtemps y assista ; la salle était comble et le public nous fit, à\nAgghazy et moi un accueil très sympathique. Vieuxtemps dont la joie se\nlisait sur la figure, devint pourtant assez morose quand il fallut rentrer\nchez lui. Je me rappelle même que sa patience traversa tous les degrés\nd'une rude épreuve, surtout pour un homme, qui, comme lui, était\ntoujours plus ou moins souffrant. En effet, il faisait très froid ce soir-là ;\nun brouillard épais était tombé et avait transformé le pavé en verglas\nbrillant comme une glace. On ne pouvait faire un pas sans risquer de\ntomber. Minuit avait depuis longtemps sonné au beffroi de l'église\nSt.-Eustache, quand une voiture dont le cheval était ferré à glace, voulut\nenfin nous prendre Je me rappellerai toujours cette soirée où Vieuxtemps,\nappuyé sur sa canne, attendait impatiemment la voiture libératrice tandis"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.16", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2529, "texte": "que je tenais mon violon à la main tout en essayant de calmer l'impa-\ntience du maître.\nAprès ce concert j'étais, ce qu'on peut appeler, lancé. Le cercle de\nmes relations s'agrandit et je fus successivement présenté par Vieuxtemps\net aussi par le grand peintre Munkâcsy, mon compatriote, à plusieurs\ncélébrités françaises : Gounod, Reyer, Joncière, Lalo, Godard, Delibes.\nGrâce à ces relations, je parvins à être reçu dans les salons parisiens où\nun jour,j'eus l'occasion de jouer devant Léon Gambetta qui, à cette époque,\nétait non seulement l'homme du jour mais aussi l'homme de la France.\nOn me présenta à lui et, quand il apprit que j'étais hongrois, il me parla\navec une sympathie marquée de mon pays, qu'il connaissait bien à ce qu'il\nme parut. Je fus enchanté de cette conversation et, quand j'écris ces lignes,\nje revois encore cette figure de tribun qui était de suite sympathique et\ndont la conversation avait un charme prenant.\nAu printemps de cette même année 1878 j'eus le grand chagrin\nd'assister au départ de Vieuxtemps, qui quittait définitivement Paris pour\naller s'installer à Alger au sanatorium que son gendre, le Dr. Edouard\nLandowski, venait d'ouvrir à Mustapha-Supérieur. Après le départ de\nVieuxtemps et de sa famille je continuai mes concerts à Paris et en\nprovince. Invité par mon compatriote Munkâcsy à son château de\nColpack près de Luxembourg, j'arrivai un jour chez lui, au mois de Juillet\net il me retint plusieurs semaines. Madame Munkâcsy qui était une\nexcellente pianiste, m'accompagnait très souvent et c'est sur son piano\nqu'un matin je trouvais la partition de l'opéra \" Le Roi de Lakore ~ de\nE. Massenet, qui avait été le grand succès de l'Exposition Universelle de\nl'année précédente. Je me mis à jouer au piano cette partition qui\nvenait de me tomber sous la main et que je ne connaissais pas encore. Au\nfur et â mesure que les phrases et les mélodies frappaient mes oreilles, je\nfus pour ainsi dire empoigné par le style de cette œuvre remarquable et\n•in jour je me mis à écrire une \" Suite pour violon \", tirée de cet opéra.\nKmon retour â Paris, au mois d'octobre, je portai mon travail à Massenet\nqui me pria de le jouer pendant qu'il m'accompagnerait. Le maître me\ntémoigna toute sa sympathie et me proposa de faire lui-même l'orchestra-\ntion de cette \" Suite \".\nLe travail que j'avais écrit uniquement par plaisir et par goût me\nvalut d'être présenté à Pasdeloup par Massenet lui-même. Le directeur et\nfondateur des \" Grands Concerts populaires \" après avoir entendu cette"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.17", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2486, "texte": "\" Suite du Roi Labore \" que je lui jouai chez l'éditeur de Massenet qui\nm'accompagna lui-même au piano, Pasdeloup dis-je, m'engagea pour le\nConcert du 19 décembre 1879, et, après le concert, il courut à\nmon hôtel pour me proposer un autre engagement que j'acceptai ; le\ndimanche suivant je jouai à ces mêmes \" \" le \"\nquième Concerto de Vieuxtemps Mais ici se place un de ces souvenirs\nou plutôt une impression qu'on n'oublie pas facilement et qui vaut la\npeine d'être contée.\nMassenet qui m'avait fait engager lui-même au premier concert que\nj'avais donné chez Pasdeloup, ne parut pas à ce concert ; mes yeux le\ncherchèrent vainement dans la salle et je puis bien le dire, j'en éprouvai\nune inquiétude indéfinissable. Cependant, pris moi-même par mon violon,\nje cessai de le chercher pensant bien le retrouver après le concert. Dût\nma modestie en souffrir, je dois dire pour l'intelligence de ce qui suit,\nque j'eus un énorme succès et que je sentis moi-même dès les premiers\ncoups d'archet que je tenais mon public. Tous les artistes qui se produisent\nconnaissent cette psychologie du public qui se livre à l'artiste. Donc, la\nmusique de Massenet y aidant, nous remportâmes un des plus brillants\nsuccès que j'ai connu.\nMais, en saluant le public qui applaudissait je cherchais toujours\nMassenet. Décidément il m'abandonne pensai-je ! Le concert terminé je\nm'inquiète : personne ne l'avait vu. Je cours à mon hôtel de la rue de\nConstantinople pour déposer mon violon avant de me mettre à la recherche\ndu maître. Quelle ne fut ma surprise en trouvant devant la porte de\nmon hôtel, Massenet lui-même, Massenet en personne, qui me sauta au\ncou, m'embrassa et me dit : \" Je sais tout... je sais le brillant succès que\nvous avez eu.... ! j'en suis heureux ! j'en suis content.... ! je vous verrai\ndemain. Au revoir donc, cher ami, au revoir et à demain ! \" Puis il partit\nne me laissant même pas le temps de placer un seul mot et de le remercier\ncomme je le devais.\nLe lendemain, j'eus l'explication de cette attitude de Massenet, que\nj'avais la veille, trouvé bizarre. Il me confia en effet, qu'il n'allait jamais\nà une \" Première \" de ses œuvres et qu'il avait considéré comme une\n\" Première \" le concert que j'avais donné la veille. Il me dit qu'il lui\nétait absolument impossible de supporter pendant une soirée entière\nl'émotion nerveuse que produit l'attente du résultat. Chaque fois qu'on\njouait pour la première fois un de ses opéras, il devenait quelques jours"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.18", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2478, "texte": "avant la première représentation d'une nervosité extrême et, la veille de\nla première, il disparaissait complètement.\nMassenet me conserva toujours cette amitié qui naquit de nos\npremières relations, Nous restâmes très liés et notre correspondance ne\ncessa jamais. L'an dernier encore, il m'écrivit pour la nouvelle année et\nsa lettre contenait ce passage : \" Savez-vous, cher ami, que je vous aime\ndepuis trente-deux ans ? \"\nL'amitié de Massenet qui m'avait valu d'être produit aux \" Concerts\npopulaires \" me valut également, par l'enchaînement des événements, de\nrecevoir des propositions d'engagement de tous côtés. J'en reçus d'Angle-\nterre, d'Amérique, mais ce qui fixa le plus mon attention ce furent les\noffres qui me furent faites de Bruxelles et que j'acceptai.\nL'année précédente, sur l'invitation de Vieuxtemps, j'étais allé à\nAlger où se tenait une exposition nationale. Je descendis chez lui, c'est-\nà-dire au sanatorium. Mon compatriote Carolus Agghâzy, le pianiste,\nm'avait accompagné. Vieuxtemps fut enchanté de nous revoir et son\ngendre organisa de grandes fêtes musicales dans ses salons, où assistèrent\nle monde officiel et la colonie étrangère. Dans ces matinées et soirées\nmusicales nous jouâmes surtout les œuvres préférées de Vieuxtemps,\nc'est-à-dire du Beethoven et les quatuors de Haydn. A un grand concert\nqu'on avait organisé pour moi à Alger par une chaleur torride 40\ndegrés dans la salle je jouai des œuvres de Vieuxtemps et le public\nfit de chaudes ovations au vieux maître qui assistait à ce concert, le dernier\nqu'il entendit d'ailleurs, car il mourut quelques jours après. Le jour de\nsa mort, j'étais à son chevet où il me tendit pour la dernière fois la main.\nOn l'enterra provisoirement à Alger et, quelques années plus tard, on le\ntransporta dans sa patrie, à Verviers,où on lui fit des funérailles dignes\nde ce grand homme.\nAu cours des derniers mois de sa vie, Vieuxtemps avait insisté tout\nspécialement lui-même pour que je devinsse son remplaçant à Bruxelles.\nLes succès que je remportai dans les concerts de Bruxelles, firent le reste\net j'entrai au Conservatoire Royal, mais en conservant constamment le\ncontact avec la grande ville, \" lumière des artistes\nJe fis connaissance à Paris, dans le salon du sculpteur Godebski,\nd'Edmond Haraucourt, qui écrivit un poème d'après la légende de\nMerlin l'Enchanteur et dont je fis la musique. Nous appelâmes notre\nouvrage \" Aliénor\", opéra en cinq actes, qui fut représenté quelques"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.20", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2477, "texte": "années plus tard à l'opéra royal de Budapest. Dans ce même salon je fis\nla connaissance d'Alphonse Daudet, qui me promit un livret pour un\nopéra et que la mort empêcha malheureusement de tenir sa promesse.\nPendant un de mes voyages à Paris j'eus l'occasion de connaître\nFrançois Coppée et, d'accord avec lui et Henri Beauclair, j'écrivis la\nmusique du \" Luthier de Crémone\". J'eus un jour à Bruxelles, la visite du\ncompositeur français Benjamin Godard, qui venait produire ses œuvres au\n\" Cercle Artistique et Littéraire de Br\", où on avait organisé un\nconcert à son honneur. On m'avait déjà prié de prêter mon concours à\ncette manifestation artistique, aussi ne fus-je point étonné de la visite de\nBenjamin Godard. Ce qui me surprit, par exemple, c'est qu'il m'annonça\nqu'il jouerait lui-même du violon à ce concert. Certes, je savais parfaite-\nment qu'il avait étudié le violon pendant ses jeunes années mais je ne le\ncroyais cependant pas assez sûr de lui pour affronter le public. Je dois, à\nma confusion, confesser qu'il s'en tira fort bien et qu'il me seconda\nadmirablement dans l'exécution de ses charmants duos à deux violons.\nAprès cinq ans de séjour à Bruxelles, le gouvernement hongrois m'ap-\npela à la tète de la classe de perfectionnement de violon à l'Académie\nRoyale de Musique, fondée par Liszt qui, jusqu'à la fin de ses jours,\nresta à la tête de cet institut.\nA Budapest, nous créâmes avec David Popper, le célèbre violoncel-\nliste, un quatuor connu sous le nom de \" Quatuor Hubay-Popper \" et qui\nfut appelé il y quelques années, à Paris par la \" Société de Musique de\nChambre \" pour donner un concert. Johannès Brahms réserva souvent\nl'honneur de ses manuscrits inédits, à notre quatuor, chargé de les\nexécuter devant le public budapestois pour la première fois. Très souvent,\nBrahms prenait place lui-même au piano, surtout lorsque nous jouions,\npour la première fois, une œuvre manuscrite et inédite du célèbre\ncompositeur.\nC'est ainsi qu'avec lui nous avons interprété pour la première fois son\n\" Trio en Ut Mineur \", son \" Trio en Si Majeur \" remanié, sa \" Deuxième\nSonate pour Violoncelle \" et sa \" Troisième Sonate pour Violon en Ré\nMineur \" que je jouais également plus tard, à Paris, avec Madame Mon-\ntigny-Rémaury.\nRevenu dans ma patrie où je reste désormais fixé, je n'ai jamais oublié\nParis, ni la vie artistique française. J'ai toujours conservé comme une\nsorte de mal du pays pour tout ce qui est français. A Budapest, j'ai"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.21", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1817, "texte": "organisé les \" Grands Qoncerts Symphomtjues de 1 Académie Royale de\nMusique, dont les programmes étaient toujours composés suivant des\ngoûts contractés en France, c'est-a-dire que je fis connaître au public\nhongrois les chefs-d'œuvre de la musique française. Jai eu un sensible\nplaisir le jour où j'ai pu faire entendre, dans ces concerts, la magnifique\n\" Symphonie avec Orgue \" de St.-Saëns et la superbe \" Symphonie d'Orgue\navec Orchestre \" de Widor. Dans d'autres concerts je fis également con-\nnaître à ce public hongrois qui aime beaucoup la musique française,\n\" lu Enfant Prodigue \" de Debussy ainsi que les œuvres de Gabriel Fauré,\nde Vincent d'lndy et de César Franck. Dans toutes mes tournées de\nconcert, en Allemagne même, j'ai toujours fait figurer sur mes programmes\ndes œuvres françaises.\nEn terminant, je dois dire, que la France, la Belgique et surtout Parts\nm'ont été hospitaliers. Les débuts qui sont toujours difficiles, et parfois\ntrès durs à beaucoup d'artistes, ont été pour moi singulièrement facilités\npar les maîtres que je connus des mon arrivée a Paris et il ne m en est\nresté que des impressions sympathiques, aimables, agréables et surtout\nartistiques.\nJ'ai gardé le meilleur souvenir de ce grand public parisien qui est\nsi accueillant quand un artiste lui plaît et qui ne s en laisse imposer m\npar la réclame ni par les réputations surfaites. Si un artiste peut aruver a\nsentir vibrer ce public et le tenir en haleine, celui-ci, par son enthousiasme,\npar sa façon de témoigner son plaisir, s'empare également de l'artiste,\nqui, certains soirs de concert, peut arriver à se surpasser lui-même grâce\nprécisément au généreux enthousiasme du public.\nCe souvenir de profonde reconnaissance restera toujours vivant en\nmoi, car il est gravé au plus profond de mon cœur.\n\nJenö Hubay."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c007", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 19, "image_fin": 19, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.5", "titre_corps": "JENÖ HÜBAY", "titre_sommaire": "JENÖ HÜBAY", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 10, "texte": "JENÖ HÜBAY"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c008", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 22, "image_fin": 29, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.6", "titre_corps": "LA NAISSANCE DU VIOLON", "titre_sommaire": "LA NAISSANCE DU VIOLON", "signature_source": "Lucien Greilsamer", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.22", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1992, "texte": "Il fut une guerre dans le monde musical, qui dépassa toutes les\nautres en durée. Auprès d'elle pâlit la querelle des BoufFons, avec la lutte\ndes gluckistes et piccinistes. Pendant près de deux siècles, la dynastie des\nvioles et la famille des violons se disputèrent la suprématie d'où devait\ndépendre cette fois, non seulement le sort d'une seule branche de l'art\nmusical, mais bien l'avenir de la musique tout entière.\nLes violes, dont l'origine inconnue a fait l'objet de tant de vaines\nrecherches, régnaient légitimement et sans partage, lorsque sur la fin du\nXVIe siècle, vint au monde un prétendant inattendu, le violon. La\nnaissance de ce futur roi des instruments passa inaperçue, tel Moïse élevé\nsecrètement par la fille de Pharaon, pour devenir le chef du peuple\nd'lsraël, et présider à ses destinées. Plusieurs ont écrit sur cette mysté-\nrieuse naissance non sans compétence, quoique leurs avis se trouvent\npartagés, et que l'opinion de chacun d'eux ne se base en grande partie\nque sur de simples hypothèses.\nLe célèbre auteur Anglais Charles Reade, fit paraître en i 872 dans\nla Pall Mail Gazette, à l'occasion de l'exposition des anciens instruments\nde musique au South Kensington Muséum de Londres, une série d'articles\nsur la lutherie. Ce travail extrêmement curieux offre, outre l'intérêt\nfondamental qui s'y rattache, la particularité de n'avoir jamais été publié\nen français. A ce double titre, les vues du grand connaisseur, sur cet\nobscur point d'histoire, méritent d'être examinées. J'en extrais donc le\npassage qui nous intéresse :\n\" Je vais maintenant rechercher dans quel pays on a inventé les\ninstruments à quatre cordes et à quatre coins. La France et l'Allemagne\nont autrefois élevé des prétentions à cet égard, mais les recherches, aussi\nbien que l'étymologie du nom leur ont donné tort. L'étymologie d'ailleurs\nsuffisait seule. Tous les termes français dérivent de l'italien, et il n'en faut\npas davantage pour écarter les prétentions françaises. Quant à celles de"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.23", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2539, "texte": "l'Allemagne, je pousserais ma critique bien plus à fond, si seulement on\npouvait m'indiquer un mot allemand signifiant viole ou violon, si on\npouvait m'indiquer de la musique allemande composée pour cet instrument.\nLe violon rudimentaire est des plus anciens, mais il était en forme\nde poire, jusqu'à ce que l'ltalie eut inventé les quatre coins qui contri-\nbuèrent à la beauté de la forme, et à la sonorité de l'instrument.\nL'étymologie démontre préremptoirement que le violoncelle fut\ninventé après le violone ou double basse. Le violon fut inventé avant le\nvioloncelle, d'après les experts en la matière qui le prouvent de deux\nfaçons :\ni° Par la critique, car si le violoncelle tire son nom du violone,\nil est fait sur le modèle du violon avec un fond voûté et de grands CC.\n2° Par l'historique : Un violoncelle fait par les inventeurs du violon\nest introuvable, et même jusqu'en 1610 est excessivement rare.\nLe violino (violon), mot qui dérive de viola, semble indiquer qu il\nvint après le ténor, mais cette conclusion pourrait être imprudente, car\nviola ne signifie pas seulement ténor. Ce nom était employé en Italie plus\nde cent ans avant qu'apparut le ténor à quatre cordes. Pour parler\nmaintenant en connaisseur, je dirai que j'ai rencontré autant de ténors\nque de violons de Gasparo da Salo qui travailla de 1555 a et pas\nautant chez Gio Paolo Maggini, qui commença quelques années plus tard.\nLe violon étant le roi de tous ces instruments, il n'y aurait pas eu à\nmon avis une aussi grande production de ténors que de violons une fois\ncelui-ci crée. De plus, vers cette époque, se montre Corelli, compositeur\net violoniste, qui dut nécessairement aider à la propagation du violon.\nOr, comme on rencontre autant de ténors que de violons de Gasparo, on\npeut en conclure que le ténor eut un succès relatif, c'est-à-dire que ce\nfut lui qui fut inventé le premier, et encore à l'appui de cette opinion,\non trouve quelques rares, bien rares spécimens de ténors a 4 cordes avec\n2 coins seulement, ce qui chez ce maître, est une forme primitive et\nantérieure à celle du violon. Voilà donc toutes les raisons qui me fait\nconclure que l'Alto a précédé de quelques années le violon. Ce qui\nm'embarrasse le plus par exemple, c'est de déterminer l'époque de\nnaissance du violone que nous appelons inconsidérément contre-basse,\nd'après le nom de son descendant, le violoncelle ou basse.\nSi j'avais la présomption de m'en rapporter à l'œil seulement, je\ndirais que c'est du violone que sont sortis tous les autres instruments a 4"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 22, "texte": "LA NAISSANCE DU VIOLON"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.24", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2599, "texte": "cordes. Il est en effet peu en rapport avec eux, et semble plutôt appartenir\nà une famille plus ancienne, celle des violes da Gamba. D'abord il n'a\npas 4 cordes. Son fond est plat et non voûté, il se termine en haut comme\ncelui de la viole da Gamba, et dans les plus anciens spécimens, les coins\ndu haut et du bas sont séparés par des CC grotesquement petits. Il est\ndonc difficile à admettre qu'un œil exercé, qui aurait observé les gracieuses\nproportions du ténor et du violon, se fut rendu coupable de la construction\nde la misérable petite poitrine qu'offre la contre-basse de Brescia. Mais\nd'un autre côté, les ffsemblent copiées sur celles des instruments de la\nfamille de ceux à 4 cordes, et nullement sur celles de la famille plus\nancienne des violes. Puis encore le violon et l'alto sont des instruments\nmélodiques et aussi d'accompagnement ; la contrebasse sert à l'accom-\npagnement seul. C'est donc un argument qui vient à l'encontre de sa\npriorité d'invention, sur celle d'instruments dont il est seulement le\ncomplément. L'homme, en effet n'invente que ce que la nécessité lui\nsuggère. Ainsi donc j'en reviens au classement suivant :\n\" D'abord les grands ténors qu'on jouait entre les genoux, puis le\nviolon tenu sous le menton, ensuite la petite contrebasse, (si toutefois ce\nn'est pas la première en date), puis, bien des années après le violon,\narrive le violoncelle et la grande contrebasse, et finalement, bien plus\ntard, le petit alto qui termine la série...\nLe premier constructeur du véritable ténor, et probablement aussi\ndu premier violon, fut Gasparo da Salo. L'amateur qui a lu l'excellent\nouvrage de Fétis ou de Vuillaume, pourrait supposer que je viens le\ncontredire, car ces deux écrivains citent Kerlino, Linarolli, Dardelli et\nquelques autres comme antérieurs à Gasparo. Je ne donnerai à l'appui de\nmon dire qu'une seule preuve, et une très simple. Leurs étiquettes sont\nimprimées en caractères gothiques, et celles de Gasparo en caractères\nromains. Je connais les œuvres de ces luthiers, et ils n'ont fait ni ténors,\nni violons. Ils ont fait des instruments d'une famille plus ancienne, et\nleurs étiquettes originales sont toujours en caractères gothiques, ce qui ne\nse rencontre jamais dans les plus vieux violons, ni dans les plus vieux altos\nauthentiques \".\nDeux objetions viennent à l'encontre ce ces ingénieuses déductions :\ni° L'étymologie veut en effet que violino dérive de viola, dont il est\nle diminutif, mais rien ne prouve que violino ne soit pas simplement un\nterme diminutif de l'ancienne viole, crée dans le but de distinguer"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.25", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2401, "texte": "le nouveau-né. Pour appuyer une telle supposition, nous avons, à défaut\nd'instruments, quelques documents écrits, prouvant l'existence du mot\nviolon bien longtemps avant l'apparition du ténor de Gasparo. Le premier\nouvrage qui en fasse mention date de Brescia 1533. (Lanfranco: Scintille\nossia regola di musica). La même année, on le trouve dans les comptes\nde François ler.Ier. En 1550 il est signalé dans la description des fêtes offertes\nà Rouen au roi Henri II et à la reine Catherine de Médicis :\n\" A la dextre les neuf muses vestues de satin blanc, lesquelles\nrendaient ensemble de leurs violons madrés et pollys d'excellentes voix. \"\nA la même époque, Balthazarini dit Beaujoyeulx, était nommé\nviolon de la chambre du roy.\nLe chevalier Léon de Burbure nous apprend qu'en 1559 un\nmarchand d'Anvers vendit cinq violons.\nEn 1571 il y avait sept violons faisant partie de la musique\nd'Elisabeth, reine d'Angleterre.\nEn 1572, dans les comptes du roi de France Charles IX, il est fait\nmention de cinquante livres tournois données à un sieur Dolinet, \" pour\nachepter un violon de Crémone \". Cette indication : \" de Crémone\nest embarrassante, car elle témoigne de la célébrité des violons crémonais\nparallèlement si ce n'est antérieurement à ceux de Salo et de Brescia.\nDevant tant d'incertitudes, il ne faut pas songer à trouver une\nexplication plausible aux \" Duoi violoni piccoli alla francese \" indiqués\npar Monteverde dans la composition de l'orchestre de son opéra Orfeo\njoué en 1607. La France achète des violons italiens, et l'ltalie demande\ndes violons à la française !\nQu'étaient tous ces instruments antérieurs à Gasparo, et désignés\nsous le nom de violons ? Il est impossible de le savoir exactement.\nProbablement une forme de transition, dont l'instrument gravé sur le\nlivre d'Agricola en 1528, peut nous donner une idée, avec ses 4 cordes et\nses 4 coins déjà ébauchés, et prêts à se développer pour recevoir les tasseaux.\nQuoi qu'il en soit, le violon tel que nous le comprenons, ne fit pas\nson apparition avant l'époque de Gasparo, André Amati, et G. P. Maggini.\nIci se place la seconde objection :\nGasparo ne data aucun de ses instruments ; nous ne pouvons donc\nen estimer approximativement l'année que d'après son âge. Or Gasparo\nnaquit en 1540, André Amati en 1535 et Maggini en 1580, comment\nsavoir lequel des trois fut le véritable père ? Il est tout au plus permis de"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.26", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2569, "texte": "supposer que Maggini fut l'élève de Gasparo, lorsque celui-ci se retira à\nBrescia. Il faut ajouter qu'il existe au moins un violoncelle d'André\nAmati : ce dernier ayant été le créateur du premier violoncelle, rien ne\ns'oppose à ce qu'il l'ait aussi été du premier violon. Il se pourrait encore\nque ce ne fut ni l'un ni l'autre, et que l'antériorité doive être attribuée à\nGirolamo de Virchis, intitulé dans les actes : Magistro de instrumenti de\nmusica. Plus âgé que Gasparo, il fut le parrain d'un de ses fils, et croit-\non son maître dans l'art de la lutherie. Il est le seul luthier dont on trouve\nla trace à Brescia au i6me siècle, sauf Maggini ; on le désignait du nom\nlatinisé de Hieronimus, comme c'était la coutume.\nJe possède un violon portant l'étiquette de ce Hieronimus, et\nl'instrument représente bien le type le plus primitif de l'école de Brescia.\nLe patron est normal, et le travail intérieur, le plus fruste que j'aie\nrencontré dans les violons italiens. Absence de contre-éclisses, ces dernières\nsont remplacées par de petits bouts de bois collés de distance en distance,\nprocédé antérieur à celui consistant à consolider les éclisses par des bandes\nde toile. C'est le seul instrument que je connaisse de ce luthier cité par\nVidal, lequel n'en avait vu que l'étiquette.\nEn résumé, si l'on ne s'en tient pas à la lettre, l'opinion de Charles\nReade est acceptable, et il est à peu près certain que c'est en Italie,\nà Salo, Brescia ou bien Crémone que naquit le premier instrument à 4\ncoins et 4 cordes, que nous appelons aujourd'hui violon.\nLa création de la famille complète dût suivre immédiatement celle\ndu violon, conformément à l'usage d'alors, d'avoir des familles entières\npour chaque catégorie d'instruments. Ainsi celle des flûtes elle-même\ns'étendait jusqu'à la contrebasse.\nA l'apparition du violon, on ne s'empressa pas de brûler ce que l'on\navait adoré, en jetant toutes les violes au feu. Ces dernières continuèrent\nà avoir de chauds partisans, ennemis résolus du violon. A la vérité,\nil existait de bonnes raisons pour cela. La nature des violes s'adaptait\nadmirablement à l'esthétique du temps. Leur sonorité douce, voilée,\nlégèrement nasillarde, monochrome et monotone, convenait pour chanter\ndes passions de pure convention, et que personne ne prenait au sérieux,\ntandis que la famille du violon avec son timbre clair, incisif, son éclat et\nsa puissance, devait offusquer les oreilles du plus grand nombre, habitué\nà une musique bourdonnante, incapable d'élever sa voix à la hauteur de la\npassion véritable."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.27", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2578, "texte": "Le violon fut en réalité un précurseur, et seulement deux siècles\naprès sa naissance, il devait devenir l'organe le plus propre à exprimer les\nmouvements de l'âme humaine profondément modifiée par le souffle de\nla révolution française, inspiratrice du génie de l'allemand Beethoven,\nainsi que le dépeint Rubinstein dans son langage imagé : \" L'humanité\ncherche les orages, elle sent qu'elle se dessécherait sous les rayons brûlants\ndu soleil de Mozart, elle a besoin de s'épancher, elle souffre de l'inaction\nelle se dramatise....La Révolution française éclate, et Beethoven paraît\nLe violon devança réellement son temps : on s'en servit jusqu'à la\nfin du 18me siècle, sans même en connaître toutes les ressources dont, il est\nvrai, on n'avait aucun besoin. On ne lui demandait que deux octaves et\ndemie à l'orchestre, alors qu'il en embrasse quatre. En outre, l'intensité\nde son qui paraissait intolérable à nos aïeux, dût être encore augmentée\npar un dernier perfectionnement au début du içme siècle, pour répondre\naux exigences de la musique moderne.\nLe violon entra le premier de sa famille dans l'orchestre, et il s'y\nmaintint grâce à la protection de Henri IV qui avait crée la charge de\nroi des violons, et à la formation par Louis XIV de la fameuse bande des\npetits violons, laquelle porta un rude coup aux violes. C'est seulement\nvers 1709 qu'un musicien florentin du nom de Jean Baptiste Stuck, dit\nBaptistin, joua le premier du violoncelle à l'Opéra. La contrebasse n'y fit\nson apparition qu'en 1730 avec Monteclair, l'auteur de Jephté, mais\ncelui-ci n'en jouait que le vendredi pour le roi.\nDans toute l'Europe les luthiers continuèrent pendant le i8me siècle\nà faire des violes concurremment aux violons, \"\ndes cordes courtes et grosses sacrifie tout à la voix \" disait Hubert le Blanc,\ndans son pamphlet intitulé : Défense de la basse de viole contre les entre-\nprises du violon, et les prétentions du violoncelle (Amsterdam 1740).\nLes orchestres d'ltalie furent longtemps avant de se décider à\néliminer les anciens éléments. Cet éclectisme charma tout particulière-\nment le président de Brosses pendant son voyage de 1739 à 1740. Ils\ns'entendent, dit-il, dans une de ses lettres, à varier le son par la variété\nde celui des instruments qu'ils emploient : violons, cors, trompettes,\nhautbois, flûtes, harpes, violes d'amour, archiluths, mandolines, etc. Nous\nn'avons pas assez de diversité dans nos instruments ; c'est ce qui contribue\nà la monotonie que l'on reproche à notre musique.\nC'est la basse de viole que se défendit le plus énergiquement, et"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.28", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2508, "texte": "abandonna la position la dernière ; elle avait eu pour la soutenir une\npléiade d'artistes et de virtuoses remarquables, tels que les Maugars,\nSainte-Colombe, Marin Marais, Fourqueray père et fils, etc.\nSous l'influence de Corelli, l'ltalie avait fourni les premiers violon-\ncellistes ; la France eut presqu'aussitôt les meilleurs. Disciples des Italiens,\nils surpassèrent rapidement leurs maîtres. Le premier virtuose digne de\nce nom, Duport l'aîné, élève de Berteaux, révéla le violoncelle aux\nparisiens dès l'année 1761.\nLe Mercure lui consacra le passage suivant :\n\" M. Duport a fait entendre tous les jours sur le violoncelle de\nnouveaux prodiges, et a mérité une nouvelle admiration. Cet instrument\nn'est plus reconnaissable entre ses mains : il parle, il exprime, il rend tout,\nau delà de ce charme qu'on croyait exclusivement réservé au violon \".\nLa même année, parut dans le Mémorial raisonné (de Gascault, Paris),\nune notice affirmant positivement que si l'exception s'obstinait encore au\nculte des violes, leur règne était virtuellement terminé :\n\" La basse de viole a été longtemps en grande réputation, mais le\nvioloncelle l'a totalement anéantie. A l'égard du dessus de viole, il n'a\njamais eu grande réussite. La basse de viole est un instrument à cordes de\nboyaux et à archet, le manche en est large, le corps approche de la taille\nde celui du violoncelle ; mais plus profond, il a 7 touches (ou sillets\nmobiles), sur son manche et 7 cordes. Comme les cordes d'un instrument\ndoivent être proportionnées entre elles et au corps de l'instrument,\nla quantité qu'il y en a à la basse de viole fait que les cordes hautes\ndoivent être minces et déliées, ce qui vu leur longueur, ne peut manquer\nde leur donner un ton peu nourri et par conséquent aigre : de plus, le\nson s'étend dans un ventre creux, d'où il ne peut être renvoyé que faible-\nment. On peut dire la même chose du dessus de viole, en ajoutant qu'il\nest encore moins supportable que la basse ; car un dessus doit être brillant\net il est sombre et maigre... \"\nSic transit...\nAujourd'hui les violes ne sont plus que des objets de curiosité, tout\ncomme, osons le dire, les compositions de leur temps. Elles offrent\nle même intérêt archéologique et musical, et qui désire connaître les unes\ndoit nécessairement y associer les autres. C'est l'unique moyen d'avoir une\nidée exacte et non déformée de l'esthétique d'époques lointaines, et de\nretrouver les sensations fragiles et fugaces que fait naître la musique.\n\n2"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.29", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2076, "texte": "La famille du violon se trouvait, ainsi que nous l'avons vu, au grand\ncomplet lors de sa création. Les quatre voix humaines étaient ainsi\nreprésentées et réparties : Le violon, l'alto, le ténor et la basse. Le ténor\net l'alto étaient accordés l'un une octave, l'autre une quinte en dessous\ndu violon, la basse une octave en dessous de l'alto. Cet ensemble parfait\naussi bien sous le rapport de l'échelle que sous celui du timbre, fut\npourtant peu employé. On le trouve néanmoins dans l'ancienne littérature\nitalienne, et les grands luthiers construisirent des ténors dont quelques\nuns sont restés célèbres, comme celui de Stradivarius, faisant partie du\nquatuor du prince de Toscane, et actuellement à l'lnstitut musical de\nFlorence : La longueur de sa table est de 48 centimètres. Cependant,\ntout compte fait, ils en produisirent peu, et c'est l'alto qui dût le rem-\nplacer dans le quatuor, et devenir le maître Jacques de la musique de\nchambre. Les quatuors les plus célèbres, en effet, sont composés pour un\nensemble dont le ténor est exclus, et où le second violon et l'alto sont\nalternativement alto et ténor. Ceci explique les variations que l'on trouve\ndans le format des altos depuis le début même du ijmo siècle jusqu'à nos\njours. On en fit de petits, de moyens, d'énormes, tous hybrides et insuffi-\nsants. Longtemps les petits furent en faveur malgré leur qualité de son\ndéplorable, parce que la partie d'alto était tenue par des violonistes, et\nconsidérée comme accessoire. Aujourd'hui on en est revenu au format\nmoyen de 40 centimètres, et c'est très-raisonnable.\nOn se demande pourquoi Haydn, Mozart et surtout Beethoven se\ncontentèrent d'un quatuor aussi boiteux. L'usage, sans doute, et la\ndifficulté pratique de faire autrement, paraissent l'expliquer.\nIl y a peu de chances que le ténor ressuscite jamais. La musique de\nchambre tend de plus en plus à disparaître de nos mœurs, avec l'intimité\nde réunions peu nombreuses auxquelles elle était destinée, et les salles de\nconcert deviennent trop grandes pour le quatuor à cordes.\n\nLucien Greilsamer."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c011", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c011", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 30, "image_fin": 37, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.7", "titre_corps": "MUSTAPHA ET L'ART PALESTINIEN", "titre_sommaire": "MUSTAPHA ET L'ART PALESTINIEN", "signature_source": "Péladan", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.30", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1473, "texte": "Y étiez-vous, lorsque Cafarelli nous jetait dans le\nravissement ?\nDIDEROT.\nLorsque Napoléon Ir donna la décoration de la couronne de fer à\nCrescentini, un toile se leva dans l'opinion.\n\" Cest une profanation !\" s'écria quelqu'un. \"\nd'un chanteur ?\nMadame de G. admiratrice du castrato répliqua du ton le plus\nsérieux du monde :\nEt sa blessure donc, Monsieur,\nOn pourrait répéter ce mot hardi à la presse italienne, qui a beaucoup\nparlé du maestro Mustapha et nullement du Cantor qui vient de mourir\nen sa villa de Montefalco, dans la province de Pérouse.\nDomenico Mustapha naquit le 16 avril 1829, à Sellano, aux environs\nde Spolete.\nUne disgraziata sebbene a scapito lui valut une\nexcellente voix de soprano. Son père l'envoya à Rome chez un certain\nTobilli, chanteur de la Sixtine.\nOn le trouve chanteur bénéficier de la cathédrale d'Agnani, à treize\nans : il est trop jeune pour la Sixtine et les autres chapelles sont au\ncomplet. A Anagni, il étudie sous d'Addrizza, contrepointiste. En 1848,\nil est appelé à Rome en qualité de premier soprano ; la foule des\ndilettantes l'admire. En 1874, il se forme une société chorale \" Societa\nMusicale Romana \" qui prend Domenico Mustapha comme directeur et\nexécute Fernand Cortez, Israël en Egypte,la et le de Haendel\net un grand festival en l'honneur de Palestrina. Le pape nomme enfin\nnotre cantor, Directeur perpétuel de la chapelle Sixtine.\nIl fut l'ami de Mercadante, Ponchielli, Platania, Marchetti, Spontini,\nVerdi, Boïto."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.31", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2251, "texte": "C'est lui, paraît-il, qui pour le salut de la tradition Sixtinienne\nindiqua Dom Lorenzo Perosi, le plus profane des musiciens actuels.\nLes souvenirs qu'on lui attribue sont peu curieux. Mercadante, avec\nqui il chanta trois messes solennelles à Ravenne, était si petit que pour\ndiriger les chanteurs il lui fallait une prédelle d'au moins trois palmes.\nMême en supprimant les adjectifs en délire, sans valeur dans un texte\nitalien, Domenico Mustapha eut de vrais succès de compositeur. A treize\nans, sa première messe ! Le premier morceau qu'il écrivit pour voix seule\nen 1855 fut un Miserere pour remplacer celui d'Allegri ! Puis il écrivit\nson tu es Petrusà trois chœurs dont chacun était composé de deux\ncents voix ; il mit un chœur à l'entrée de l'église sur les trois portes\nmajeures, ténors et basses, un chœur de soprani dans la coupole et un chœur\nde contralti au milieu de la nef. Il paraît que les applaudissements\ncouvrirent le chant et que la basilique se remplit de stupeur.\nJ'ignore complètement le maestro Mustapha je ne connais que le\ncantor, et si je m'intéresse à lui c'est pour une raison assez singulière :\nje crois être le seul français qui ait eu l'idée de faire entendre Mustapha\naux parisiens.\nLe jeudi 17 mars 1892 la messe du Pape Marcel fut exécutée\ndans la galerie Durand Ruel. A cette date, Bordes n'avait pas encore\nformé sa Schola. Pour une entreprise qui se proposait de manifester la\ntradition, le choix de cette œuvre comme premier concert méritait autre\nchose que les critiques qui l'accueillirent. Cette idée, je la devais à\nMustapha. C'est en l'écoutant que je découvris la splendeur de la\npolyphonie vocale du seizième siècle. L'incomparable virtuose ne deman-\ndait que 350 fr. par mois et ses frais, je certifie ce chiffre, si incroyable\nqu'il paraisse comme démonstratif de l'ignorance où ont été les impresarii\ndu mérite de Mustapha.\nCette célèbre partition fut exécutée à Capella et derrière un rideau\nafin que la vulgarité du choriste parisien ne dissuadât pas les yeux de la\nmajesté qui s'imposait aux oreilles. Un acteur en costume du XVIe siècle\nvint dire cette manière d'avertissement qui n'a pour lui, que sa circonstance\net d'être inédit, tant pour le texte italien que pour la traduction."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.32", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 29, "texte": "MUSTAPHA ET L'ART PALESTINIEN"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.32", "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1609, "texte": "C'était à ce moment du siècle seizième\noù le paganisme renaissant\nétouffait F inspiration chrétienne.\nL'art devenu savant cessait sa piété ;\nla musique, subtile et vaine,\ns énervait en mièvreries mondaines.\nLa mode profanait la prière\nVéglise s\"emplissait de F écho\nLe Pape résolut de chasser\n\" Ecoute, Père Saint avant fulminer,\ndit une voix persuasive^\n\" Tous les arts célèbrent VArtiste suprême\net tous ont leurs saints comme leurs mécréants ;\nLes mêmes roses qui vont parer des tempes impudiques\nfleuriront les autels de Madame Marie\nVas-tu maudire la rose ? Ec\nEt Marcel entendit la messe incomparable\n\" Tous les pécheurs sont pardonnés par le seul holocauste,\npour cette messe la,, que la musique soit sauvée ! \"\nAinsi, Palestrina, tu sauvas ton art de Vanathème\nTa vie fut calme et simple.\nTu croyais, tu chantas ;\nmais d'une voix si noble et\nque Beethoven et Wagner pour\nleurs oraisons sublimes\nne purent qu'imiter ton art\naux chœurs de la Neuvième, aux chœurs de Montsalvat\nTu es resté le maître de la voix\ntu as donné ton nom a la m\net quand l'humanité lève son cœur vers Dieu\nil n'est qu'une manière : alla Palestrina !\nTu dors à l'ombre de Saint Pierre,\nToi, musicien des papes, pape des musiciens\nmodèle du chrétien, modèle de l'artiste\nqui écrivis les tables de la loi\npour la prière humaine\nPatriarche des voix, O Moïse\nSeul Frédéric Masson pourrait nous dire ce que chantait Crescentini,\nà la cour de Napoléon. De 1812 à 1830, l'art Palestrinien tomba en\noubli, chez nous jusqu'à Niedermeyer.\nCelui qui écrivit la musique du Lac de Lamartine l'auteur rebuté"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.33", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2530, "texte": "de Stradellaet de Marie Stuart,fonda à Paris un\nsacrée. Patronnée par les d'Orléans et spécialement par la Comtesse de\nParis, l'école Niedermeyer prit une grande importance qu'elle conserva\nsous son gendre Gustave LefetWre. On se souvient, comme d'une date\nlumineuse des auditions à double chœur données dans la Sainte Chapelle,\ncadre idéal d'une belle musique. Les élèves, par tous les temps, devaient\nêtre là à 6 heures du matin, et Bourgault-Ducoudray venait à cette heure\nmatinale, tellement il était fanatisé par ces exécutions. Il faut dire que\nGustave Lefebvre considérait son rôle de directeur comme un apostolat.\n\" La première règle c'est l'enthousiasme : si vous ne chantez les maîtres\navec enthousiasme, vous ne les comprenez Il menait ses élèves dans le\nbois de Mendon et au cours de la promenade on exécutait du Palestrina\nou du Vittoria, en pleine nature, détail délicieux et qui prouve que notre\ntemps a eu des âmes semblables à celles du Moyen Age. Lorsque un des\nchanteurs de cette admirable école évoque de tels souvenirs, il s'émeut et\nj'ai vu Alexandre Georges célébrer l'atmosphère de cette Manécanterie\ncomme la plus pure qu'il ait respirée.\nVers 1869 et jusqu'en 1890, l'art Palestrinien eut un asile, la\ncathédrale de Moulins. Sous la direction de Monseigneur de Coni, prélat\nde la Renaissance qu'on appelait admirativement le Pere Seigneur,\nM. Charles Duvois d'abord, ensuite l'abbé Chérion (qui mourut il y a\nune dizaine d'années maître de chapelle à la Madeleine, à Paris) et Jules\nSerieyx réalisèrent une véritable Renaissance du chant religieux. Les\nrépons et motets de Vittoria, autographiés pour cette maîtrise, avec de\nprécieuses indications, témoignent de cette étonnante réalisation. C'est\ndonc à Moulins et en 1869 qu'on entendit pour la première fois en\nFrance, depuis des siècles, cette merveille unique de Vittoria intitulée\nsimplement : in festo plurimorum martyrum et qu'on appelle aussi le Sine\nfine dicentes.\nGounod se passionna pour l'œuvre de Monseigneur de Coni, il régla\nlui-même l'interprétation du Miserere d'Allegri, qu'il avait entendu\nchanter par Mustapha. Théodore Dubois, Lenepveu firent souvent le\nvoyage de Moulins pour assister aux auditions Palestiniennes; ils obtinrent\npour elle une subvention et le titre d'Ecole nationale de musique.\nSur la maîtrise de Moulins, il y aurait à recueillir bien des anecdotes\ncurieuses que connaît celui qui fut le bras droit de Monseigneur de Coni,\nJules Serieyx, de qui je tiens ces détails. Chose singulière, on retrouve à"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.34", "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2446, "texte": "Moulins, comme à Paris, les mêmes belles coutumes. La maîtrise de\nMonseigneur de Coni allait chanter dans le bois de Maladier, comme\nl'école Niedermeyer dans le bois de Meudon. Duvois, l'abbé Chérion,\nSerieyx, expliquaient le caractère pathétique et idéal d'un morceau et\nfaisaient précéder la répétition d'une véritable exhortation, comme\ndemandant d'abord l'enthousiasme. A travers Gounod et d'autres,\non peut dire que la maîtrise de Moulins s'inspira de Mustapha qui\nincarnait à cette époque toute la tradition Sixtinienne.\nLa Schola Cantorum fut une noble entreprise, malgré les pâles\nrésultats ; le nom de Charles Bordes restera inscrit dans l'histoire de la\nmusique vocale. Toutefois, son tort reste indéniable d'avoir fait chanter les\nsoprani et les altos par des femmes. Ces parties ont été écrites pour voix\nde garçons : leur registre vocal est peu étendu. Entre la voix de garçon\net la voix de fille, il y a la différence orchestrale des bois aux cuivres.\nVoilà à peu près l'historique de la musique sacrée au siècle dernier :\nil reste deux questions à étudier, la voix de Mustapha et sa méthode. La\nvoix, après la castration, est plus grêle \" dit Ambroise Paré \" ce qui est\nfaux : j'ai lu que parmi les castrats les uns étaient soprani et les autres\ncontralti. Les Millico, Farinelli, Marchesi, Cafarelli, Velluti, Crescentini\net enfin Mustapha étaient tous sopranistes. Burney mentionne qu'à\nl'époque où Mozart vint à Bologne avec son père, le collège Sout Onofrio\nde Naples renfermait 16 jeunes castrats \"leur dortoir est séparé de celui\ndes autres jeunes garçons, il est tenu plus chaud, de peur de refroidisse-\nments qui non seulement pourraient nuire à leurs exercices, mais leur\nfaire perdre entièrement leur voix\nAu XVIIIe siècle, le castrato était fort commun en Italie. Ce sont\ndes castrats qui guérissent Philippe V de son humeur noire (Farinelli) ; on\nse souvient de la Gabrielli défaillant après un cantabile de Marchesi,\net Napoléon et sa cour pleurant à écouter Crescentini dans\nJuliette de Zingarelli. En collectionnant les anecdotes et les témoignages\non obtiendrait un tableau singulier où le castrat agit sur les hommes les\nplus cultivés, les plus blasés, comme le thrace légendaire sur les bêtes ; il\ncharme, il enchante : c'est un magicien de la voix. Théophile Gautier l'a\nchanté sous le titre de Contralto dans Emaux et Camées.\nDesdémone chantant le saule\nZerline bernant Mazetto"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.35", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1862, "texte": "Ou Malcolm le plaid sur l'épaule\nC'est toi que j'aime, O Castrato.\nNature charmante et bizarre\nQue Dieu d'un double attrait para\nToi qui pourrais comme Gulnare\nEtre le Kaled d'un Lara.\nEt dans la voix, dans sa caresse\nRéveillant le cœur endormi\nMêle aux soupirs de la maîtresse\nL'accent plus mâle de l'ami.\nA l'impression positive, la voix du castrat paraît beaucoup plus\nétendue qu'en réalité, par la plénitude de sa plus haute et de sa plus basse\nnote : cette plénitude donne l'illusion que la voix pourrait monter ou\ndescendre encore ; sa puissance paraît sans limite. Qu'on se remémore les\ntypes de force helléniques. C'est au repos qu'ils semblent invincibles et\nnon dans l'action même.\nLe castrat a une voix enveloppée dont tous les accents sont ronds\nou courbes, tandis qu'à Bayreuth le récitatif géométrique procède par\nangles droits : je dirai encore que cette voix est convexe, tandis que\nl'ordinaire est concave et je suis d'accord que voilà du charabia : à d'autres\nde traduire cela en meilleur langage. L'angle, philosophiquement, est la\nnégation du plaisir et la courbe, son affirmation. Ecoutez les italiens, de\nPalestrina à Marcello, l'onde sonore vous arrive par segments de cercles :\nce qui explique qu'un simple \" amen \" émeuve comme un morceau\nd'antique, au contraire l'art allemand ne se manifeste que par le dévelop-\npement.\nCeux qui ont accusé Wagner d'ignorer la mélodie ne se sont pas\ntrompés tout à fait : il n'a jamais été chanté mélodiquement.\nLe timbre du Castrato est double, chanterelle et violoncelle, de là sa\npuissance émotive. La nature a tort de ne pas produire cette voix ; c'est\nla plus belle, la plus pure, la plus complexe : j'en suis désolé pour les\nbonnes mœurs : au reste Mustapha était le dernier de sa sorte : et si on\npeut encore faire des castrats, ce n'est pas Dom Perosi qui leur apprendra\nà chanter."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.36", "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 2563, "texte": "Si merveilleux que soit un instrument, il faut savoir s'en servir et si\nMustapha n'avait été qu'un timbre très rare, il n'aurait pas droit à tant\nde regrets. Eut-il été normal, qu'il resterait le dernier tenant de la\ntradition, le dernier et par conséquent à l'état décadent, gorgettiste,\nfiorituriste, encore incomparable. L'art Palestinien a pour principe\nl'homogénéité et la constante plénitude du son : cela explique que le\ncastrato réalise son interprétation idéale. Sur le on disserte étour-\ndiment, on pourrait le définir : ce chant où la beauté musicale est main-\ntenue en dehors de la beauté expressive. Les vierges de Raphaël sont\nbelles avant tout et le petit S 1 Jean passerait pour le petit Jésus, telle-\nment l'artiste a cherché la beauté, alors que l'expression demandait que le\ndivin Bambino l'emportât sur l'autre.\nLa beauté du chant diffère de la beauté du morceau. Un exemple\ndécisif du bel canto est Mounet Sullv. Quand il dit :\nEh bien ?je plongerai dans ces ténèbres, moi ! il a trois accents dont le\npremier suffirait ; l'eh bien ! résonne d'une volonté infrangible \"je plon-\ngerai \" n'est que le point d'orgue de \" l'eh bien \" et le \" moi \" résout\nl'accord vocal. Une déclamation allemande occupée de la pensée seule ne\nnous donnerait pas trois intonations aussi inoubliables que des mesures\nde Beethoven. \" Eh bien ? \" quel mot commun, qu'on entend et qu'on\nprononce sans cesse, et qui devient inoubliable, unique, parce qu'il a été\ndit une fois, bellement.\nEtendez ce que je dis de trois mots à toutes les notes d'un motet et\nvous aurez une explication du Palestrinisme, la constance dans la beauté\nsonore. La virtuosité ordinaire se borne à déblayer pour le détachement\nde certains effets : le vrai cantor n'a point d'effets et ne déblaye jamais :\nil chante tout également.so *// '\nSi les prédécesseurs de Mustapha agirent si sûrement sur l'âme de leurs\ncontemporains c'est qu'ils avaient le don pathétique. Il ne faut pas d'autre\nraison pour conclure que le bel canto appliqué aux grandes partitions,\nleur donnerait un surcroît de beauté et de puissance : comme si un\nFra Bartolomeo ajoutât son style à la conviction des Evangélistes de\nDurer, ou que Raphaël redessinât l'ange de la Mélancolie. Ces considé-\nrations paraîtront folles aux musicographes allemands ; leur sensibilité se\nrefuse au caractère synthétique : et Goethe seul parmi eux a contemplé la\nbeaute pure, a travers les nuages du second Faust. Ils comprendront qu'on\nveut remplacer l'accent anonyne par l'accent plastique, alors que je"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.37", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2495, "texte": "préconise seulement de les unir, et de vêtir de plasticité le pathétique !\nCeux qui ont entendu le finale d'Yseult chanté par Mustapha savent\nque Wagner n'a jamais ouï que ses drames et non sa musique. A Bayreuth,\non chante ou du moins on a chanté, avec toutes les vertus morales\nvénération, obéissance, discipline, componction, et c'était touchant : mais\non n'y a jamais bellement chanté.\n\" Qu'est-ce qu'un beau chant ? \" demandera-t-on. \" Celui dont\ntoutes les notes, prises séparément, sont belles \". Je ne peux pas être plus\nclair, et l'art Palestinien est le seul qui poursuive cet idéal.\nAjouterai-je que c'est le seul que l'on doive enseigner au Conser-\nvatoire, qui devrait être une école Niedermeyer et point autre chose. Or\nle Conservatoire si fameux est incapable d'exécuter la Messe du Pape\nMarcel ou les répons de Vittoria, j'entends de les exécuter en\nLe triomphe, légitime certes, de Wagner a entraîné l'hégémonie\nvocale de l'Allemagne. Les rites du nouveau Dyonisos recevraient un\néclat incomparable de l'ancienne et unique méthode.\nAvec la récitation allemande on ne peut rendre ni Mozart, ni Gluck\net a fortiori aucun des polyphonistes du chant : tandis que le bel canto\ns'applique à tout : car souvent les petites choses accomplissent les grandes.\nSoutiendra-t-on que la beauté des sons soit contraire à leur dramatisme ?\nJe témoignerai, et aucun ne me démentira, que Mustapha, si décadent\nqu'il fut, produisait une émotion beaucoup plus vive que les horlogers\nsans voix qu'on donne pour des Siegfrieds à Bayreuth. Il faut avoir entendu\nle vieux Vogel dans Logue de /'Or pour se figurer ce que ce\npublic snobique accepte. Sentimentalement c'est fort bien : honorons les\nvétérans et les invalides mais qu'est-ce que cet art fait de considérations\nd'un tel ordre ? Oui, il y a une beauté du chant, en dehors de sa fidélité\net de sa valeur esthétique comme il y a une beauté du corps, en dehors\nde son identification àun personnage et àun acte. Les écoles n'ont pas\nd'autre raison d'être que d'enseigner cela :et c'était l'art de Mustapha,\nun art tellement précieux qu'il charme avec un fredon et qu'il n'existe\npas de chef-d'œuvre qu'il n'embellisse.\nL'homme qui gardait la tradition, a disparu sans que personne ait\nsongé à recueillir ses secrets, précieux cependant, même au sens de l'or :\net maintenant le bel canto n'ayant plus d'exemplaire vivant, on peut croire\nque ce n'est qu'un snobisme d'autrefois, qu'évoque aujourd'hui un bizarre\nincompétent.\n\nPéladan."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c013", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c013", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 38, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.8", "titre_corps": "LES SONS INFÉRIEURS", "titre_sommaire": "LES SONS INFÉRIEURS", "signature_source": "G. Sizes", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.38", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1416, "texte": "Les plaques de Chladni.Les années 1905-6 et 7 furent employées à\nde nouvelles inscriptions de diapasons, cymbales, timbres, clochettes et\nplaques dites de Chladni. A propos de ces dernières, je dois confesser :\nque je ne puis comprendre l'intérêt que leurs résultats ont inspiré, en\ndehors des figures acoustiques produites par les lesquelles\nd'ailleurs n'ont rien révélé. Pourquoi ces plaques, telles qu'on les a expé-\nrimentées, n'ont-elles qu'une relation très éloignée avec les études vrai-\nment acoustiques c'est-à-dire, l'étude des phénomènes des sons ?... parce\nque, au lieu de les faire vibrer en les on les sur\nun pivot et que dans ces conditions el dans le sens acous-\ntique du terme. Aussi n'a-t'on pu rien en tirer de musical, que des images\ntrès intéressantes.\nPrenez une plaque de cuivre bien plane, assez mince, pas trop grande,\nde 20 à 40 centimètres carrés ; suspendez-la au moyen d'un petit trou\npercé à l'un de ses angles ; frappez dessus au moyen d'une mailloche, pas\ntrop fort, et vous entendrez des résonances très belles, dans le genre de\ncelles qu'on tire des gongs. Je crois même qu'il suffirait de leur donner la\nforme de ces derniers pour en obtenir des résultats identiques. Mais\npercez ces plaques au milieu, fixez-les et elles ne vibreront plus.\nUn moment critique. Certaines circonstances me portent à mentionner\nici un épisode que je dédie à tous ceux qui travaillent ; car il est bon"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.39", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2615, "texte": "d'exciter en soi le sentiment de ténacité qu'il faut avoir pour franchir tous\nles obstacles afin d'arriver au but qu'on s'est proposé d'atteindre.\nEn nous contrôlant mutuellement, M. Massol et moi, nous avions\nfait un ensemble de relevés d'inscriptions ; nous nous étions beaucoup\nattachés à l'étude des courbes complexes, provenant des vibrations à\ngrandes amplitudes des sons très inférieurs, qui constituent la partie la plus\nintéressante et nouvelle de mes travaux. Cette étude est extrêmement\nardue et elle n'intéresse que celui qui peut en saisir les relations générales,\ncomme je l'ai dit précédemment. Ayant trouvé une confirmation suffi-\nsante de mes conceptions théoriques, je résolus d'en commencer la publi-\ncation, comme m'y encourageait M. Mathias.\nJ'en fis part à M. Massol, au cours d'une série d'expériences que nous\nfîmes fin septembre 1907. Il rédigea à cet effet les notes concernant\nexpérimentale, et je lui soumis le plan d'un premier résumé, que je devais\naller présenter en novembre à l'un des membres de l'Académie des sciences\nde Paris. Je me préparais à partir, lorsque je reçus, le 30 octobre, une\nlettre absolument inattendue de M. Massol, dont voici la partie essentielle,\nafin de montrer avec quel scrupule nos travaux ont été poursuivis.\n\"Montpellier 29 octobre 1907. Mon cher Sizes... Il n'y a rien d'éton-\nnant à ce que les grandes ondulations soient en rapport simple avec la\nvibration fondamentale du diapason, mais elles doivent dépendre de la\nlongueur du fil et c'est là une question à résoudre avant de publier quoi\nque ce soit. Il me semble donc, qu'allant à Paris, vous pourriez vous y\noccuper de votre livre d'acoustique, mais sans trop insister sur cette partie\nexpérimentale. Cependant, comme vous avez la foi et que je sens votre\nimpatience, je n'hésite pas à vous abandonner toute ma part de collabora-\ntion, et vous laisse entièrement libre de publier la note en votre nom\npersonnel. Je ne me sens pas assez musicien pour suivre tous ces débats,\net toutes ces théories sont pour moi de l'hébreu ; c'est ce qui m'empêche\nde me faire une opinion ferme. Comme vous le voyez, je vous laisse toute\nliberté et vous cède volontiers ma part de travail. Amitiés et bien cordia-\nlement. G. Massol. \"\nHabitué à ne compter que sur moi-même, je repris courage après\ntrois jours de réflexions. Le lerIer novembre, non sans émotion, je partis pour\nParis afin d'aller présenter mes travaux aux autorités scientifiques et contre-\ndire des théories séculaires, moi qui n'avais jamais rêvé que d'être un\nmusicien. Je n'emportais que ma conviction, mon rapport et un rouleau"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.40", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 19, "texte": "LES SONS INFÉRIEURS"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.40", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2613, "texte": "formé d'un choix de nos plus belles et concluantes feuilles d'inscriptions.\nJe songeais que quelques années auparavant, comme j'exprimais devant\nun physicien de grande valeur mon opinion sur\nde vibration : \" mais c'est fou ce que vous dites-là, me répondit-il, on\nn'affirme pas des choses de ce genre sans les démontrer Ce même phy-\nsicien admet aujourd'hui mes théories, mais je dois à ses sévères critiques\nde les avoir fortifiées par de rigoureuses expériences.\nMes premières démarches. Une heureuse inspiration me poussa vers\nM. Mercadier, alors directeur des études de l'Ecole Polytechnique, parce\nqu'il était l'auteur des travaux les plus récents sur les diapasons — à un\npoint de vue tout différent des miens — et des premiers travaux expéri-\nmentaux sur la musique moderne, en collaboration avec M. Cornu.\nM. Mercadier me fit l'honneur de s'entretenir avec moi pendant une\nheure, et après avoir manifesté pour les résultats que je lui soumettais le\nplus vif intérêt, il ajouta : ce soir lundi, il y a séance à l'Académie des\nsciences, je verrai M. Violle et je vous présenterai à lui.\nAprès cette présentation M. Violle me demanda de lui laisser mes\nnotes et il me fixa un rendez-vous pour le jeudi suivant, dans son cabinet\ndu Conservatoire des Arts et Métiers.\nJe tins M. C. Saint-Saëns au courant de ces démarches et il voulut\nbien m'accréditer auprès de M. Violle, qui m'honora de la plus cordiale\nréception. Je mis sous ses yeux les feuilles d'inscriptions qui justifiaient\nles notes qu'il m'avait fait l'honneur d'étudier ; leur importance lui apparut\nimmédiatement. Esprit très libre, il accueillit mes idées nouvelles ; il me\nfit part d'erreurs qu'il avait relevées dans diverses lois de vibrations et\nm'encouragea à persévérer dans les études que je poursuivais ; contraire-\nment à l'aveu que je venais de lui faire : que je serais heureux de voir un\nphysicien se charger de la partie qui concerne la physique, pour ne me\nréserver que la partie théorique et surtout musicale. Comme confirmation\nde l'intérêt qu'il portait à mes travaux, il m'annonça son intention de\nprésenter une première note — sur la partie expérimentale — à la séance\nde l'académie du lundi suivant, en me disant : c'est de la bonne physique,\ncomme on n'en a pas fait depuis longtemps. Il me demanda quelques\nprécisions sur la 2\"partie, concernant les résultats et la théorie qui s'y\nrapportait, pour en faire une 2e note qu'il présenterait ultérieurement. Il\nne me cacha pas que cette 2e partie lui apparaissait appartenir davantage\nau domaine musical qu'à celui de la physique pure, tout en recon-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.41", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2534, "texte": "naissant qu'il fallait bien admettre que l'une est la dépendance de l'autre.\nLe cœur plein de courage j'annonçai à M. Massol le résultat de cet\nentretien si intéressant et je lui fis savoir que je n'avais pas passé sous\nsilence sa collaboration. M. Violle ne put présenter la iere note que le\nlundi suivant 18 novembre. Ce retard émut M. Massol qui m'écri-\nvait le 21 novembre : \" n'ayant aucune nouvelle et n'ayant pas votre\nenthousiasme, je ne suis pas sans inquiétude, car je crains que vous ne\nvous laissiez emballer sur les ailes de vos théories \". La note parut quelques\njours après. ,\n'Expériences de Savart. A la recherche d'une fondamentale tonique. A\npeine revenu de ces émotions, je n'eus qu'un but : convaincre mon colla-\nborateur qui, à la réflexion, s'était certainement laissé trop'influencer par\nla remarque de Savart, qu'il avait inséré lui-même dans les notes biogra-\nphiques qu'il m'avait données et que j'avais fait figurer dans cette\niere communication. Elle est ainsi conçue : Harmoniques graves. Savart a\nsignalé pour les verges longues et minces l'émission de sons graves\ncomme caractères particuliers, d'êtrerauques,\ncomme par explosion \". Il ne signale que l'octave grave du son qu'il\nappelle toujours fondamentale malgré cela donné par la verge.\nCette iere note portait : une série de dix\ndescendant jusqu'à 2 vibrations, ou ut-4 ; quatre octaves au-dessous du son\nqu'on croyait être le générateur de son échelle de vibrations.\nJe désirais pousser plus loin mes investigations et savoir si tout à fait\nau grave de cette manifestation vibratoire, il n'y aurait pas une\ntonique selon l'opinion que nous nous étions faite avec M. C. Saint-Saëns.\nAu mois de décembre je priai M. Massol de tenir les instruments\nprêts pour la fin du mois. J'eus là une excellente inspiration ; M. Massol\nayant fait subir une préparation en conséquence, au moyen d'un archet de\ncontrebasse, au diapason ut0 dont nous nous servions, je le trouvai admira-\nblement disposé à vibrer. Le 31 décembre il nous donna des choses mer-\nveilleuses. Nous observâmes d'une manière certaine,\nn'avait pas de mouvements propres et qu'il ne transmettait que les vibrations\ndu diapason. Ces vibrations se compliquaient d'un ensemble d'harmoniques\nqui faisait faire au fil un travail inouï. Nous avons constaté ce jour-là :\njusqu'à cinq fonctions différentes que traçait admirablement son extrémité\nlibre et que nous inscrivions sur le cylindre enfumé. Nous décidâmes de\nprofiter de ces bonnes dispositions pour faire une séance de nuit."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.42", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1428, "texte": "A la fin de cette soirée nous eûmes un moment de véritable émotion\nprovoquée par la réalisation de l'expérience de Savart. Le diapason repro-\nduisant les grandes amplitudes de l'après-midi, le fil se mit à transmettre\nune vibration extraordinaire à voir, cependant sans désordre dans ses\nmouvements ; elle était accompagnée d'un flou !.. flou!., périodique lent, à\nchacun desquels correspondait un de l'un des quatre\nsegments vibratoires de l'extrémité du fil, pendant que les trois autres\nsemblaient être très affairés à une fonction mystérieuse. Qu'on se figure\nune araignée tissant fiévreusement une toile avec quatre pattes, dont l'une\nd'elles, par un mouvement brusque répété environ chaque seconde, irait\nchercher un filament éloigné pour le ramener rapidement au centre du\ntissage. C'est cette impression qu'on peut remarquer dans le fac-similé de\nla 2me courbe çi-dessous.\nA un autre moment, alors que nous laissions éteindre les vibrations\ndes branches du diapason, elles se remettaient subitement à vibrer et à\npasser d'un mouvement vibratoire relativement nul, à une amplitude très\ngrande d'une durée d'une seconde et demie. A ce moment le fil inscrivit\nla iere courbe çi-dessous.\nDans l'espace de trois secondes, la iere courbe donne : deux grandes\npériodes formées de 48 grandes vibrations, affectées du rapport d'octave\n:i = 96 vib. Ce rapport est beaucoup plus accentué par la suite, alors"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.43", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1199, "texte": "que les grandes périodes cessent de s'inscrire ; il en est de même de toutes\nles grandes amplitudes. Au total, la ilîre courbe représente : oY,2/3 de vib.\npar seconde = Fa-6 (le fa de la 6rne octave au-dessous du dernier utQ du\npiano); puis 16 et 32 vib.\nLa 2me courbe donne en trois secondes : cinq grandes périodes, chacune\ndivisée en deux moyennes formant rapport zjet d'un total de 48 vib. dans\nl'ensemble de la courbe. Par seconde cela fait : IV/3 = La-5 (5e octave\nau-dessous du la le plus grave du piano) 3 Y/3 = \"a-4 et i6v = ut-, (une\noctave au-dessous de celui du piano, lequel est ut0 de 32 v-d.)\nSavart avait dit vrai ; mais n'ayant pas fait d'inscriptions de vibra-\ntions, il n'avait pu en tirer aucun parti. Nous verrons plus loin qu'il en\nfut de même des derniers travaux de M. Cornu, relativement aux vibra-\ntions tournantes des cordes, qu'il publia dans le de Physique en 1896.\nAprès ces résultats je fus heureux de voir les suspicions de mon\ndévoué collaborateur expérimental prendre fin ; il me rendit sa confiance\net il s'est aperçu depuis lors : que les sont encore plus\nsolides que celles des aéroplanes de nos intrépides et glorieux aviateurs.\nC A Suiv\n\nG. Sizes."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c015", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 42, "image_fin": 42, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.8.2", "titre_corps": "-Fragments de deux courbes obtenues à la vitesse de 1 tour du cylindre du chronographe en 10 secondes. Les espaces figurés par les flèches indiquent la durée d'une seconde.", "titre_sommaire": "-Fragments de deux courbes obtenues à la vitesse de 1 tour du cylindre du chronographe en 10 secondes. Les espaces figurés par les flèches indiquent la durée d'une seconde.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.42", "debut_caractere": 1430, "fin_caractere_exclue": 1602, "texte": "-Fragments de deux courbes obtenues à la vitesse de 1 tour du cylindre\ndu chronographe en 10 secondes.\nLes espaces figurés par les flèches indiquent la durée d'une seconde."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c017", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 44, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.9", "titre_corps": "UNE ROMANCE PAR LOUIS XVII", "titre_sommaire": "UNE ROMANCE PAR LOUIS XVII", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.44", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1517, "texte": "UNE ROMANCE CHANTEE PAR LOUIS XVII\nAu moment où nos lecteurs ouvriront ce numéro, ils songeront\npeut-être au douloureux aniversaire de la mort de Louis XVI. Il y a en\neffet exactement cent dix ans que d'illustres prisonniers entraient à la\nprison du Temple. Le roi avait toujours été indifférent à la musique.\nMais la reine était restée tout sa vie fidèle à l'art de Gluck et de Mozart.\nOn sait combien à Versailles et à Trianon la musique tient une place\nd'honneur dans la vie agitée ou champêtre de Marie Antoinette, et,\naprès tous le biographes, il y aurait encore un bien joli article à écrire\nsur \" Marie Antoinette musicienne \", protectrice de Grétry, admiratrice\nde Garat, défendant contre toutes les cabales l'auteur d'Armide et\nd'lphigénie... !\nCes romances qui suivent, et dont peu d'exemplaires ont été con-\nservés, nous montrent que la musique sous sa forme la plus humble\nn'abandonna point la souveraine prisonnière et déchue. Aux moments les\nplus tragiques de la Révolution, entre 1793 et 1795, quelques voix et\nun clavecin purent encore résonner au Temple, le jeune roi s'y associa.\nL'auteur des paroles, le nommé Lepitre, membre de la Commune\nest connu pour avoir tenté avec son camarade Toulan de faire évader les\nmembres de la famille royale. Commissaire de surveillance au Temple,\nil fut bien près de mettre à exécution son projet. La reine et Madame\nElisabeth enveloppées d'habits d'hommes, fussent sorties avec les cartes des\ncommissaires. Madame Royale et le Dauphin auraient été substitués à\n\n3"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.45", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1663, "texte": "deux enfants qui accompagnaient ordinairement l'allumeur des réverbères.\nUn narcotique eût endormi les gardiens et la fuite à travers la Normandie\neût conduit les prisonniers en Angleterre. Le complot fut-il éventé ? Le\nhasard empêcha-t-il la réalisation de ce projet minutieusement préparé ?\nToujours est il certain que Lepitre et Toulan ne furent pas réélus à\nPâque 1793 et perdirent ainsi l'autorité qui seule eut pu rendre leur plan\nexécutable.\nDe Madame Cléry le talent musical n'est guère connu des historiens.\nFemme du dévoué valet de chambre de Louis XVI, elle imagina cette\nruse touchante pour adoucir la captivité de ses illustres maîtres. Il faut\ntenir compte ici de l'intention, avant même de juger la musique. Enfin\nl'on remarquera, sur le titre de ces facsimilés, la signature de Beaumont,\nqui paraît bien être celle de Mme Beaumont, l'amie dont la voix se mariait\na celle de Mme Cléry, comme nous l'indique la seconde romance.\nL'édition de ce volume paraît dater de la Restauration, et s'être faite\npar les soins mêmes de cette dame Beaumont. Les deux romances que\nnous reproduisons ici sont suivies de deux autres encore. L'une intitulée\nLa Consolation ; l'autre La Crainte,composée le 22 août. Enfin l'ouvrage\nse termine par Le vieux Troubadour dont les\nchangements pour s'adapter a Pheureux retour de la famille royale.\nIl faut espérer que l'hommage de ces deux âmes fidèles fut agréé\npar la cour, et que le roi Louis XVIII sut récompenser le dévouement\nartistique de ces deux musiciennes. C'est du moins à un espoir de ce genre\nqu il faut attribuer la publication et par conséquent la conservation de\nces reliques révolutionnaires."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.47", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 370, "texte": "LA PIETÉ FILIALE.\n2\n„ Icre Romance\nloris XVII A SON AUGUSTE MERE.\n' * .\nCette Romance composée ,après la Mort de LOUIS XVÎret mis« en Musique Par MT'e\npresentee a la REINE par l'Auteur, alors Membre delà Commune, quand iî\n' f\nrevint au Temple, Sa MAJESTE lui fit entendre les paroles chantees par le jeune\nROl,et Accompagnées sur le Piano/par MADAME ROYALE."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.48", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 26, "texte": "UNE ROMANCE PAR LOUIS XVII"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.48", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1106, "texte": "'2e. C.\nDès Ferà! o LOUTS/toi) courage\n* ;\nLes annoblit en les portant.\nTon filé na plus en cet instant*\nQue tes .vertus pour'he'ritage .\nTr one,Palais? Pouvoir, Grandeur\nTout a fui pour moi sur la ierre7\nMais je suis auprès de ma Mere\nJe connais encor le bonheur. (^B\\s)\n3e. C .\nUn. j.our peut e tre,. l'es pe'rance\nDoit être permise au malheur:\n•Un jour en faisant son bonheur\nJe me vengerai de Va France.\nUn Dieu favorable a ton Fils\nBientôt calmera la tempete •\nL'orage qui courbe leur tête\nNe détruira jaipais les Li?<,\n4e. C ,\n• Helas! si du poids de nos chaînes\nLe ciel daigne nous affranchir,\nNos. cœurs doubleront le plaisir\nPar le souvenir de nos peines,.\nTon \"Fils plus heureux qu'aujourd'hui\nSaura, dissipant tes allarmes,\neffacer la trace dés larmes\nQu'en ces lieux tu'.verses pour lui.\nS?C a EI isa b eth\nEt toi dont les soins, la tendresse\nadouci tant de\nTa récompensé est dans les cœurs\nQue tu formes à la sagesse....\nAhf souviens toi des. derniers vœux\nQu'en mourant exprima ton Frere/\nReste toujours près cie ma Mt rc\nEt ses Enfants en auront deux.\n( C . H"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.49", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 525, "texte": "LES REGRETS.\n4\n2e. Romance\nN*a Lorsque Madame Royale eut la liberté' de se promener dans le Jardin du Temple,\nde fideles Serviteurs de son Auguste Famille louèrent deux chambres qui dominaient\nsur le Jardin. Ils donnèrent quelques Concerts ou M 1?6 Clery exécuta sur la Harpe et\nchanta avec une Amie a- les deux Romances, Las!avec moi gemissez cœurs sensibles^tc-Toi\nque pour consoler la vie... Cette derniere fut composée le jour même ou lon connut le\nDécret qui ordonnait que Madame serait remise a sa Famille."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.50", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2021, "texte": "C .\nDe tes vertus quand triompha le crime,\nLouis, sur toi vefsai longtems des pieurs;\nMais attendais qu'une seule victime\nDes Assassins appaisat les fureurs'.\"...\nTa Fille helas ton Fils a son aurore,\n/ f\nMe consolaient ... joaes maux étaient calmes\nEt supposais revoir* LOUIS encore.\nEn.voyant ceux qu'il avait tant aimes.\n3e. C.\nSéjour affreux qu'habitait l'innocence -\nQue mas laisse triste et doux souvenir /\nNoble famille au sein de la souffrance\n/ /\nQuand me. voyait goûtait quelque plaisir.\nAimable Soeur, Auguste et tendre More/\nQu'ont-ils produit mes vœux pour-vous formés?\nLespoir a fui....comme une ombr.e légère\n*)nt. djisçaru ceux que j'ai tant aimés.\n4e. C.\nQuand des Bourreaux le glaive parricide\n» ' /\nREINE adorée termine ton sort\nVictime aussi de leur rage homicide*\nmourir, mais bénissais la mort.\nalors fini tânt de misère.. -\nAvais trop vu noirs consommés\nHeureux est-on d'abandonner la terre '\nOu pe sont plus ceux qu'on a bien aimes.\n5? C .\nPour contenter leur aveugle furie\nC'était trop peu de nie faire mourir:\nEn me laissant le fardeau de la vie\nDun long supplice ils ont scu me punir.\n. /\nELISABETH,sur les rivages sombres\nAurovs reçu tes mânes fortunes,.*\nMoi.meme heureux dans le séjour des otnbres\nD'être av.ee ceux qucj'avais tant aimes..\nGc: C.\nPoint rt'au rois vu battu par la tempête\nTomber ce Lis qui faisait mon bonheur\nAvec fierte comme il portait sa tête 1\nComme il brillait d une vivo blancheàr!\nDun vain espoir plus ne sens le prestige-.\nPlus ne sera ce beau Lis ranime\nHommes cruels! ils ont brise la tige\nDu rejetton.que j avais tant aime',\n1H C .\nEn quelque lieu que mon œil.repose\nVois des Cyprès et ne vois plus de fleurs\nLas ! cepefidant est encore une Rose,\nUn souffV impur a flétri ses couleurs.\nProtégé -la !)icu j'appelle ...\nQue noir*; Auians soient par toi comprimes.\nPlus n'ai.de vuux a former que pour elle.\n\"f* . 9\nAi touà perd.i ceux que Jai tan? aunes .\nif 4 ï Auteur subit 2.0 heures de JuZemen t a. près avoir ete 42 jo^rs*\ni C . K"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c019", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 44, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.9.2", "titre_corps": "UNE ROMANCE CHANTEE PAR LOUIS XVII", "titre_sommaire": "UNE ROMANCE CHANTEE PAR LOUIS XVII", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.44", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1517, "texte": "UNE ROMANCE CHANTEE PAR LOUIS XVII\nAu moment où nos lecteurs ouvriront ce numéro, ils songeront\npeut-être au douloureux aniversaire de la mort de Louis XVI. Il y a en\neffet exactement cent dix ans que d'illustres prisonniers entraient à la\nprison du Temple. Le roi avait toujours été indifférent à la musique.\nMais la reine était restée tout sa vie fidèle à l'art de Gluck et de Mozart.\nOn sait combien à Versailles et à Trianon la musique tient une place\nd'honneur dans la vie agitée ou champêtre de Marie Antoinette, et,\naprès tous le biographes, il y aurait encore un bien joli article à écrire\nsur \" Marie Antoinette musicienne \", protectrice de Grétry, admiratrice\nde Garat, défendant contre toutes les cabales l'auteur d'Armide et\nd'lphigénie... !\nCes romances qui suivent, et dont peu d'exemplaires ont été con-\nservés, nous montrent que la musique sous sa forme la plus humble\nn'abandonna point la souveraine prisonnière et déchue. Aux moments les\nplus tragiques de la Révolution, entre 1793 et 1795, quelques voix et\nun clavecin purent encore résonner au Temple, le jeune roi s'y associa.\nL'auteur des paroles, le nommé Lepitre, membre de la Commune\nest connu pour avoir tenté avec son camarade Toulan de faire évader les\nmembres de la famille royale. Commissaire de surveillance au Temple,\nil fut bien près de mettre à exécution son projet. La reine et Madame\nElisabeth enveloppées d'habits d'hommes, fussent sorties avec les cartes des\ncommissaires. Madame Royale et le Dauphin auraient été substitués à\n\n3"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.45", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1663, "texte": "deux enfants qui accompagnaient ordinairement l'allumeur des réverbères.\nUn narcotique eût endormi les gardiens et la fuite à travers la Normandie\neût conduit les prisonniers en Angleterre. Le complot fut-il éventé ? Le\nhasard empêcha-t-il la réalisation de ce projet minutieusement préparé ?\nToujours est il certain que Lepitre et Toulan ne furent pas réélus à\nPâque 1793 et perdirent ainsi l'autorité qui seule eut pu rendre leur plan\nexécutable.\nDe Madame Cléry le talent musical n'est guère connu des historiens.\nFemme du dévoué valet de chambre de Louis XVI, elle imagina cette\nruse touchante pour adoucir la captivité de ses illustres maîtres. Il faut\ntenir compte ici de l'intention, avant même de juger la musique. Enfin\nl'on remarquera, sur le titre de ces facsimilés, la signature de Beaumont,\nqui paraît bien être celle de Mme Beaumont, l'amie dont la voix se mariait\na celle de Mme Cléry, comme nous l'indique la seconde romance.\nL'édition de ce volume paraît dater de la Restauration, et s'être faite\npar les soins mêmes de cette dame Beaumont. Les deux romances que\nnous reproduisons ici sont suivies de deux autres encore. L'une intitulée\nLa Consolation ; l'autre La Crainte,composée le 22 août. Enfin l'ouvrage\nse termine par Le vieux Troubadour dont les\nchangements pour s'adapter a Pheureux retour de la famille royale.\nIl faut espérer que l'hommage de ces deux âmes fidèles fut agréé\npar la cour, et que le roi Louis XVIII sut récompenser le dévouement\nartistique de ces deux musiciennes. C'est du moins à un espoir de ce genre\nqu il faut attribuer la publication et par conséquent la conservation de\nces reliques révolutionnaires."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c021", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 47, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.9.3", "titre_corps": "LA PIETÉ FILIALE.", "titre_sommaire": "LA PIETÉ FILIALE.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.47", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 370, "texte": "LA PIETÉ FILIALE.\n2\n„ Icre Romance\nloris XVII A SON AUGUSTE MERE.\n' * .\nCette Romance composée ,après la Mort de LOUIS XVÎret mis« en Musique Par MT'e\npresentee a la REINE par l'Auteur, alors Membre delà Commune, quand iî\n' f\nrevint au Temple, Sa MAJESTE lui fit entendre les paroles chantees par le jeune\nROl,et Accompagnées sur le Piano/par MADAME ROYALE."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.48", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1106, "texte": "'2e. C.\nDès Ferà! o LOUTS/toi) courage\n* ;\nLes annoblit en les portant.\nTon filé na plus en cet instant*\nQue tes .vertus pour'he'ritage .\nTr one,Palais? Pouvoir, Grandeur\nTout a fui pour moi sur la ierre7\nMais je suis auprès de ma Mere\nJe connais encor le bonheur. (^B\\s)\n3e. C .\nUn. j.our peut e tre,. l'es pe'rance\nDoit être permise au malheur:\n•Un jour en faisant son bonheur\nJe me vengerai de Va France.\nUn Dieu favorable a ton Fils\nBientôt calmera la tempete •\nL'orage qui courbe leur tête\nNe détruira jaipais les Li?<,\n4e. C ,\n• Helas! si du poids de nos chaînes\nLe ciel daigne nous affranchir,\nNos. cœurs doubleront le plaisir\nPar le souvenir de nos peines,.\nTon \"Fils plus heureux qu'aujourd'hui\nSaura, dissipant tes allarmes,\neffacer la trace dés larmes\nQu'en ces lieux tu'.verses pour lui.\nS?C a EI isa b eth\nEt toi dont les soins, la tendresse\nadouci tant de\nTa récompensé est dans les cœurs\nQue tu formes à la sagesse....\nAhf souviens toi des. derniers vœux\nQu'en mourant exprima ton Frere/\nReste toujours près cie ma Mt rc\nEt ses Enfants en auront deux.\n( C . H"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c024", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 49, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.9.4", "titre_corps": "LES REGRETS.", "titre_sommaire": "LES REGRETS.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.49", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 525, "texte": "LES REGRETS.\n4\n2e. Romance\nN*a Lorsque Madame Royale eut la liberté' de se promener dans le Jardin du Temple,\nde fideles Serviteurs de son Auguste Famille louèrent deux chambres qui dominaient\nsur le Jardin. Ils donnèrent quelques Concerts ou M 1?6 Clery exécuta sur la Harpe et\nchanta avec une Amie a- les deux Romances, Las!avec moi gemissez cœurs sensibles^tc-Toi\nque pour consoler la vie... Cette derniere fut composée le jour même ou lon connut le\nDécret qui ordonnait que Madame serait remise a sa Famille."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.50", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2021, "texte": "C .\nDe tes vertus quand triompha le crime,\nLouis, sur toi vefsai longtems des pieurs;\nMais attendais qu'une seule victime\nDes Assassins appaisat les fureurs'.\"...\nTa Fille helas ton Fils a son aurore,\n/ f\nMe consolaient ... joaes maux étaient calmes\nEt supposais revoir* LOUIS encore.\nEn.voyant ceux qu'il avait tant aimes.\n3e. C.\nSéjour affreux qu'habitait l'innocence -\nQue mas laisse triste et doux souvenir /\nNoble famille au sein de la souffrance\n/ /\nQuand me. voyait goûtait quelque plaisir.\nAimable Soeur, Auguste et tendre More/\nQu'ont-ils produit mes vœux pour-vous formés?\nLespoir a fui....comme une ombr.e légère\n*)nt. djisçaru ceux que j'ai tant aimés.\n4e. C.\nQuand des Bourreaux le glaive parricide\n» ' /\nREINE adorée termine ton sort\nVictime aussi de leur rage homicide*\nmourir, mais bénissais la mort.\nalors fini tânt de misère.. -\nAvais trop vu noirs consommés\nHeureux est-on d'abandonner la terre '\nOu pe sont plus ceux qu'on a bien aimes.\n5? C .\nPour contenter leur aveugle furie\nC'était trop peu de nie faire mourir:\nEn me laissant le fardeau de la vie\nDun long supplice ils ont scu me punir.\n. /\nELISABETH,sur les rivages sombres\nAurovs reçu tes mânes fortunes,.*\nMoi.meme heureux dans le séjour des otnbres\nD'être av.ee ceux qucj'avais tant aimes..\nGc: C.\nPoint rt'au rois vu battu par la tempête\nTomber ce Lis qui faisait mon bonheur\nAvec fierte comme il portait sa tête 1\nComme il brillait d une vivo blancheàr!\nDun vain espoir plus ne sens le prestige-.\nPlus ne sera ce beau Lis ranime\nHommes cruels! ils ont brise la tige\nDu rejetton.que j avais tant aime',\n1H C .\nEn quelque lieu que mon œil.repose\nVois des Cyprès et ne vois plus de fleurs\nLas ! cepefidant est encore une Rose,\nUn souffV impur a flétri ses couleurs.\nProtégé -la !)icu j'appelle ...\nQue noir*; Auians soient par toi comprimes.\nPlus n'ai.de vuux a former que pour elle.\n\"f* . 9\nAi touà perd.i ceux que Jai tan? aunes .\nif 4 ï Auteur subit 2.0 heures de JuZemen t a. près avoir ete 42 jo^rs*\ni C . K"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c027", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 51, "image_fin": 55, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.10", "titre_corps": "LES LIVRES", "titre_sommaire": "LES LIVRES", "signature_source": "L. M", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.51", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2669, "texte": "WARNECKE (F.). Der Kontrabass (Im Verlag des\nVerfassers. Hamburg 1909 in-fol de 127 + 84 pp.)\nIl y a d'abord ici une méthode, dont l'auteur annonce le\ncomplément dans un ouvrage qui paraîtra ultérieurement, et nous\nrévélera un nouveau doigté, devant modifier, paraît-il, la technique\nde la contrebasse. Il y a ensuite une étude historique, dont deux\nchapitres sont consacrés l'un à Dragonetti, l'autre à Bottesini. De\nces deux chapitres rien à signaler sinon qu'ils résument ce qu'on\nsait de ces virtuoses. Enfin, reste la partie proprement musicolo-\ngique. Et ici je ne puis m'empêcher de mettre l'auteur en garde\ncontre ce qu'il croit être de l'érudition utile à ses lecteurs. Non,\nil ne suffit pas d'ouvrir Praetorius et Mersenne, de citer Wasie-\nlewski, et de compulser des lexiques, pour faire œuvre de science.\nDe tout ce dédale de textes (d'ailleurs sans références) il résulte\nsimplement que depuis le moyen-âge on s'est servi d'instruments\nà archets du registre bas et de forte taille. Cela ne nous dit pas\nquand, comment, est sorti de ce groupe connu l'instrument parti-\nculier qui se nomme contrebasse. Une fois de plus l'auteur a cru sa\ntâche remplie lorsqu'il a posé devant nous les éléments du problème\nqu'il avait à résoudre. Quand donc aurons-nous de bonnes monographies sur chacun des\ninstruments qui donnent la vie à notre art ?\nFELLINGER (Maria). Brahms-Bilder. (Breitkopf 1911 in-120 de 40 pp. Mk 3.)\nBonne idée de nous montrer Brahms, et les lieux où il vécut, en une quarantaine de\nphotographies. Le goût du jour, la curiosité, et j'ajoute l'érudition s'accordent pour approuver\ntous les luxes d'une abondante iconographie. Je sais bien que parfois cette portraltomanie\néveille l'idée de réclame inévitable, et tout aussitôt les scrupules de l'incorruptible critique. (Voir\npar exemple certain article nocif que Pierre Lalo écrivit jadis contre notre numéro des fêtes de\nMunich). Mais le public, ici comme ailleurs, suit ses goûts plutôt que ses Mentors. Et il a\nraison. Le petit recueil de Maria Fellinger fera donc plaisir à tous les Amis de Brahms, de plus\nen plus nombreux en France. Ils y verront l'auteur du Requiem Allemand pris sur le vif,\nsouvent sans qu'il s'en doutât, par un appareil toujours dispos. Je n'ai qu'un regret, c'est que\nMllO F. n'ai pas commencé trente ans plus tôt son œuvre d'admiratrice passionnée. Il est vrai\nqu'elle nous donne, d'après une petite photo, un portrait de Brahms en 1852, mais n'est-ce\npas un peu bien retouché ?\nBARROSO (Matheo H.). —La IX Sinfonia de Beethoven. (Madrid, Morantin 22, 1912,\nin-120 de 221 pp. Pes. 3,50.)\nOn ne saurait trouver de meilleurs arguments en faveur de la théorie de Gobineau,"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.52", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 10, "texte": "LES LIVRES"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.52", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3634, "texte": "théorie d'une race européenne noble, idéale, privilégiée qu'en s'adressant à la musique. Il\nsemble bien en effet qu'il appartienne depuis plusieurs siècles aux gens du Nord, d'origine\ngermano-celte, de réveiller chez les Méditerranéens de toute couleur l'instinct du lyrisme\ntranscendant qui se confie au papier à musique. Voici que l'Espagne, dont la musique\nsommeillait depuis l'époque des grands flamands, se sent aujourd'hui touchée par la grâce des\ngrands classiques. Albeniz, le père de cette renaissance, trouva sa voie lorsqu'il eut rencontré\nles disciples de Franck. Les \"jeunes\" qui le suivent, montent vers Paris, pour y entendre\nRusses, Allemands et Français. Enfin M. Barroso nous montre comment le contact s'établit\ndu côté de la critique. En un fort volume il commente, je dirais presque il découvre l'âme de\nBeethoven. \" Ce livre, nous dit-il, répond à une nécessité morale, à un devoir de gratitude,\npour le Moderne Prométhée, dont les œuvres m'ont fait si souvent perdre la notion même du\ntemps Et comme pour compléter cette vision apologétique, de truculentes gravures sur bois\nde Pino, de Penagos et de Vivanco évoquent à leur manière le trouble d'une âme espagnole en\nface de la révélation du mystère musical. C'est là, dans toute la force du terme un livre\nd'initiation. La religion de la musique pure et des rites beethoveniens réussira-t-elle dans le\npays de la Verbena et des courses de toros ? Qui le sait ? M. Barroso n'en aura pas moins été à\nla tête d'un groupe effervescent de néphytes enthousiastes, pour qui nous ne pouvons éprouver\nque la plus entière sympathie.\nSCHARLITT. Friedrich Chopin s gesammelte Briefe, zum ersten Mal herausgegeben\nund getreu ins deutsche übertragen. (Leipzig, Breitkopf & Hârtel, 1911, in-8° de IX-305 pp.)\nLa tâche de rassembler en volume ce qu'il existe des lettres de Chopin de réviser les\nversions souvent inexactes ou tronquées d'une partie de la correspondance du maître qu'accré-\nditent divers ouvrages s'avérait particulièrement nécessaire. M. Scharlitt a le mérite de l'avoir\naccomplie. Et la lecture de son recueil jette un jour nouveau sur plusieurs points de la\nbiographie de Chopin. Sans avoir les textes originaux sous les yeux, il est difficile de dire à\nquel point la traduction est aussi fidèle que l'affirment le titre et la préface. Il serait même,\nsomme toute, très impertinent de mettre la question sur le tapis si l'on ne constatait qu'après\navoir reproduit (p. 305) en facsimile le dernier autographe, très lisible, de Chopin : \" Comme\ncette terre m'étouffera, je vous conjure de faire ouvrir mon corps... \" M. Scharlitt traduit :\na Falls ich durch diesen Husten ersticke... \" c'est-à-dire : au cas où cette toux m'étoufferait.\nPeut-être bien est-ce là l'unique inexactitude qu'ait commise le traducteur. Mais elle est\ninquiétante.\nQuoiqu'il en soit, le livre apporte un appoint très bienvenu à la bibliographie assez\nrestreinte dont nous disposons.\nM.-D. C.\nREPORT OF THE FOURTH CONGRESS OF THE INTERNATIONAL\nMUSICAL SOCIETY. —29 May-3 June 1911. (London, Novello and C°, 1912, in-40\nde VIII. 427 pp.)\nL'important compte-rendu du dernier Congrès de Londres que vient de publier la\nmaison Novello, sous la direction de M. Charles Maclean, témoigne éloquemment de l'activité\nde la Société Internationale de Musique. Dressé avec une méthode parfaite, ce \" Report \"\nconstitue un excellent instrument bibliographique. Nous n'insisterons pas, à nouveau, sur la\nmagnificence traditionnelle de l'hospitalité britannique, non plus que sur les nombreux\nconcerts qui révélèrent tant d'œuvres si suggestives des madrigalistes et des virginalistes"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.53", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3753, "texte": "anglais. Nous voudrions seulement dire quelques mots des communications présentées au\nCongrès et essayer de dégager une idée d'ensemble du caractère et de l'ordonnance de ces\nmémoires, dont les auteurs du u Report \" ont, fort judicieusement, placé en tête de leur\npublication l'ensemble des résumés rédigés en anglais.\nLes lectures faites en séance solennelle occupent les pages 76 à 83 ; ensuite, viennent\nles diverses communications classées en 6 sections, chacune d'elles étant précédée d'un résumé\nétabli dans sa langue originale. L'ouvrage se termine par les comptes-rendus des groupements\nde la Société, par des documents administratifs et par un index alphabétique de tous les noms\ncités (pp. 415 à 427).\nPlus de 80 mémoires ont été lus au Congrès : c'est dire que le travail scientifique a tenu,\nau milieu des réceptions et des auditions de musique, une place très honorable. Des résolutions\némanant de la Commission de Bibliographie font l'objet d'une note de Mr Springer qui\nexpose l'état des travaux déjà entrepris pour la refonte du Quellen Lexikon d'Eitner.\nDans presque toutes les sections, on a soulevé des questions de méthode ; nous citerons\nl'étude de M. Launis, (section II), celles de MM. Calvocoressi, Krohn et Wellesz (section III),\net l'intéressant mémoire de M. Scheurleer, sur la nécessité d'une enquête systématique\ntouchant l'iconographie musicale (section V). Disons, au point de vue méthodologique, que la\nclassification, en 6 sections, des diverses matières étudiées n'échappe pas à toute critique.\nAinsi, la section 111 (Musique religieuse) n'apparaît que comme une subdivision de la section I,\nlaquelle déborde elle-même sur l'ensemble des autres. La section de Musique religieuse\nenregistre, en effet, des communications de caractère strictement historique et on ne saisit pas\nles raisons qui permettent d'isoler arbitrairement la musique religieuse de la musique profane.\nDe même, la IIIe section (Théorie-Esthétique-Acoustique) accueille des travaux sur\nl'Esthétique qui pourraient tout aussi bien, et même mieux, se placer dans la section historique.\nN'oublions pas que Vhistoricité doit dominer aujourd'hui études esthétiques sous peine de\nvoir celles-ci perpétuer (les conceptions surannées et stériles. De même encore, la\nVe section (Instruments) comprend deux communications de MMrs Norlind et Roda qui sont\nessentiellement historiques. Dans la section d'Histoire proprement dite, 10 communications\nsur 16 traitent de sujets concernant les XVIIe et XVIIIe siècles, tandis que la musique\nmédiévale n'inspire que 2 mémoires. De précieuses contributions à l'examen des caractères\nethniques de la musique résultent des lectures faites dans la IIe section, Enfin, la section des\nInstruments n a pas entendu moins de 15 communications extrêmement intéressantes pour la.\nplupart, et parmi lesquelles nous citerons une étude sur la harpe irlandaise, que le u Report \"\nillustre d'une très curieuse iconographie.\nCe volume fait le plus grand honneur au Comité d'organisation du Congrès et aux\néditeurs qui l'ont publié.\nLIONEL DE LA LAURENCIE.\nLANDRY (Eugene). La Théorie du Ryth?ne et le Rythme du Français déclamé\n(H. Champion, 1911, in-8° de 428 pages).\nCet ouvrage n'est sans doute pas étranger au titre de docteur ès-lettres appartenant à\nl'auteur, quoique devant une grande partie de son intérêt à l'emploi consciencieux de\nméthodes scientifiques d'expérimentation. M. L. était très qualifié pour traiter son sujet,\njoignant à une culture littéraire et scientifique étendue le goût de la musique, et, çrâce à sa\nconnaissance de plusieurs langues, n'ignorant rien des publications de l'étranger ; n'a-t-il pas\nété entraîné par là à exotiser parfois son style et aussi à partager, jusqu'à un certain point,"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.54", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3973, "texte": "l'horreur de la définition fréquente chez certains théoriciens d'à côté ? En cette matière, la\ndéfectuosité de la terminologie courante ne saurait pourtant inspirer trop de précaution au\npoint de vue de la clarté.\nLa déclamation pure se trouvant en dehors du cadre de cette Revue, c'est surtout, avec\ncertaines échappées sur le point de vue musical, la Théorie générale qui donnera lieu ici à\nquelques observations.\nOr, pour envisager cette théorie dans sa généralité, ne serait-il pas indispensable d'isoler\nd'abord la notion de Rythme, au lieu d'y mêler de suite les conditions de variabilité dans le\nmouvement ou vitesse (appelés tempo, pourquoi ?), dans l'énergie et l'accent, dans le timbre\n(pourquoi dénommer ainsi le caractère spécifique de chaque voyelle et d'autres faits analogues,\npar exemple allitération, assonances, page 22 ?), conditions qui sont, avec le rythme, des\nfacteurs de Vexpression et non du rythme lui-même pris dans son sens propre, et dont la\ntendance, même reconnue, à la fréquence de certaines modalités, ne saurait constituer de\nvéritables lois ?\nLa conception du Rythme peut sembler en effet simplement liée à la perception, entre\néléments sonores, de rapports de durée très simples, d'après une certaine commune mesure\nprise pour unité. En éliminant toute autre condition, notamment la variation dans l'énergie, il\nsuffit, pour la possibilité de cette perception, de considérer, avec un son unique, l'intermittence\ndans l'émission, dont la nécessité disparaît dans la succession de sons différents. Ces conditions\nélémentaires ne sont pas une fiction ; elles existent avec les sons immobiles ordinaires de\nl'orgue, et personne ne prétendra qu'une pièce de Bach, jouée ainsi qu'elle a été conçue pour\ncet instrument, soit dénuée de rythme.\nOn peut s'étonner aussi de voir tous les théoriciens passer par dessus la considération\nprimitive du rythme unitaire. Pourtant, dire que, pour une même série de pulsations isotones\net isochrones, plusieurs observateurs peuvent avoir chacun la sensation de groupes différents,\nbinaires, ternaires ou quaternaires (p. 82), sensation encore susceptible de changer au cours\nd'une seule expérience pour un même observateur, n'est-ce pas reconnaître qu'il s'agit alors\nd'un rythme simplement unitaire ? Et l'on en trouve notamment des exemples dans la liturgie,\nen particulier dans la récitation de prières.\nLe rythme plural, en réalité, se concrète seulement par les moments remarquables\napparaissant à la fois comme initiaux dans le groupement métrique et susceptibles d'être\nordinairement terminaux dans la période esthétique, phrase ou membre de phrase, bien malen-\ncontreusement qualifié, avec un sens restreint, du nom du rythme, par Reicha et Mathis\nLussy. Si l'on tenait à un sens particularisé dans certains cas pour le mot rythme, il convien-\ndrait bien mieux aux courtes formules, analogues aux pieds prosodiques dans la verisfication,\npouvant être considérées comme les éléments de formation des membres de phrase.\nLes moments remarquables dont il vient d'être question peuvent du reste être déterminés\nbien autrement que par l'énergie périodique d'accentuation, et, dans toute musique non\npurement monophone, ils le sont en réalité le plus souvent polyphoniquement par des procédés\ndivers appliqués d'instinct ou volontairement par les compositeurs et dont on peut se contenter\nde citer le plus banal dans la pulsation périodique, souvent avec une très faible intensité, d'une\nbasse volontiers chargée, non sans motif plausible, du rôle de balancier dans l'équilibre\nmétrique. Et l'on peut dire que toute expérience musicale touchant un fragment non mono-\nphone est incomplète si elle est purement mélodique.\nIl faut remarquer encore qu'une même unité rythmique peut se subdiviser, dans des\nparties distinctes mais simultanées, d'après des fractionnements différents, par 2, 3, 4, 5> etc...\nOn est amené ainsi à une conception identique pour le temps et la mesure, celle d'unités"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.55", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3286, "texte": "numériques d'ordre plus ou moins grand, d'après certains rapports simples, en analogie avec la\nconsidération d'unités proprement dites, de dizaines, de centaines, etc...., dans le système de\nnumération décimale.\nM. L. confirme expérimentalement le fait connu de tous, que le rythme musical, absolu\ndans son principe, ne l'est jamais dans son application, non plus que le rythme à la vérité plus\nlibre de la déclamation. Ces variations esthétiques de la vitesse oscillant autour d'un même\nmouvement moyen doivent toujours garder une proportion instinctive laissant transparaître le\nrapport numérique. Mais leur appliquer une analyse rigoureuse et leur assigner des lois peut\nsembler une tentative quelque peu illusoire. M. L. constate du reste, non sans ironie, que des\nthéoriciens ont trouvé, les uns beaucoup de régularité relative, les autres beaucoup d'irrégularité\ndans le jeu d'artistes différents également notables (p. 397). Ceci n'est pas pour surprendre,\nétant donnée la diversité des tempéraments pouvant amener des interprétations également\nacceptables, malgré leur variété. Quant à l'exemple cité p. 401, à propos du jeu d'un virtuose\ncélèbre exécutant sa propre musique, il est permis de penser qu'il ne jouait pas ce qu'il avait\nécrit, ou qu'il n'avait pas écrit ce qu'il voulait être joué.\nEn résumé, tout en ne nous apportant peut-être pas, avec ce livre conçu du reste dans\nun but spécial, une formule définitive pour la Théorie générale du Rythme, l'auteur justifie\nplus que largement la modeste prétention qu'il s'attribue (p. 30), de présenter une importante\ncontribution à cette étude, et les musiciens pourront en outre trouver, dans la partie qui traite\nde l'expression dans la déclamation, d'utiles considérations et des aperçus ingénieux au point\nde vue de l'accentuation et de la prosodie qui les intéresse particulièrement.\nANSELME VINEE.\nTORREFRANCA (Fausto). Giacomo Puecini e /'opéra internazionale. (Turino, Bocca,\n1912, in-12 de 136 pp. £ 2.50).\nTrès courageux, ce livre de notre collègue, s'attaque à la situation humiliée de la musique\nitalienne, et prend comme exemple la déchéance de l'opéra vériste dont Puccini est le prota-\ngoniste. L'auteur de la Bohème passe ici un mauvais quart d'heure, ainsi que ses soutiens, les\ngrands éditeurs, hors desquels, en Italie, il n'y a pas de salut musical. On pourrait évidemment\nplaider la cause de ces opérateurs qui, après tout, ont eu le droit de chercher le succès et l'argent.\nIls vendent un produit qui ne plaît pas à tout le monde mais que personne n'est forcé de\nconsommer.\nPour l'artiste italien cependant, la main mise sur l'art musical par ces puissances mercan-\ntiles, constitue un danger, et devant cette carnora artistique le beau geste de la révolte s'impose.\nLa France suivra avec plaisir et encouragera certainement ces jeunes libérateurs du territoire\nmusical, et la critique lira avec profit cette analyse bien conduite. Je ne sais cependant si tout\nle monde souscrira à la thèse fort originale de M. Torrefranca, qui consiste à prétendre que\nl'italien a un tempérament de symphoniste, et que son goût, son talent même pour la musique\nde théâtre doit être considéré comme une décadence. En tout cas, la soutenance d'une idée de\nce genre au pays de Verdi est un symptôme.\n\nL. M."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c029", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 56, "image_fin": 59, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.11", "titre_corps": "Les Théâtres", "titre_sommaire": "Les Théâtres", "signature_source": "Emile Vuillermoz", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.56", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1437, "texte": "Les Théâtres\n\nIDOMÉNEE — LA SORCIÈRE — FER VA AL\nQuand le hasard se mêle de nous donner des leçons d'histoire, il ne le fait pas à demi; dès\nqu'il se pique d'intentions didactiques il résiste mal à la tentation d'être pédant. Il est toujours\ndisposé à trop prouver et à entrer dans les démonstrations qu'on ne lui demande pas. Très fier\nde son éloquence souvent célébrée, il joue les compères de revue, opère des rapprochements,\ndes présentations, fait parler les faits et ne nous laisse que le soin de tirer une conclusion\nfacile.\nEn voyant avec quelle astuce renouvelée de Rip et Bousquet notre vieux Fatum échelon-\nnait les tentatives lyriques de ce mois pour amorcer une discussion générale sur les genres, les\nclasses et les catégories, j'ai compris de suite que ma tâche de critique allait être singulièrement\nsimplifiée et que je devais laisser la parole à l'incorrigible bavard pour la plus grande édification\nde mes lecteurs.\nAvec cette nonchalance et cet affectueux détachement qui caractérisent le personnage, il\nme proposa de faire défiler sous mes yeux trois réalisations différentes de l'idéal lyrique, trois\nétapes de son histoire : l'opéra où le compositeur a réduit le librettiste en esclavage, l'opéra où\nle librettiste s'est vengé en imposant sa loi au musicien et enfin le drame lyrique unifié, sorti,\npoème et partition, d'un même cerveau et qui répond dans l'esthétique française au nom\ngracieux de \" Wort-Ton-Drama"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.57", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3631, "texte": "Il dit, et avisant le directeur du Théâtre des Arts, l'invite courtoisement à nous exposer\nsa conception du spectacle musical.\nM. Rouché, gagnant l'avant-scène, a répondu avec grâce : <c J'ai fait trois fois le tour du\nmonde lyrique. J'ai abordé tous les genres, exploré tous les milieux artistiques, étudié toutes\nles époques. Mon chef d'orchestre distribua tour à tour à ses administrés les accords parfaits de\nLully et les appoggiatures non résolues de Ravel. Mes peintres, mes poètes, mes danseurs ont\ntrouvé en moi le plus patient, le plus complaisant et le plus courageux des collaborateurs. Je\nles ai présentés en liberté, je les ai laissé improviser, j'ai souscrit à toutes leurs audaces, de peur\nd'offenser la beauté inconnue. Si je livre généralement mes batailles sur un étroit plateau, assez\nvaste en somme pour les ébats de la frêle Napierkowska, naïade d'une \" Source Lointaine \" où\nmurmure un flot si frais de musique sincère et ingénue, je sais aussi, quand il le faut, changer\nmon terrain de combat : pour Trouhanowa j'ai loué la vaste scène du Châtelet et pour\nl'apothéose du gymnase rythmique de mon ami d'Udine je ferai agrandir le Trocadéro. J'ai\ngoûté à tous les fruits de l'arbre de la science théâtrale, je suis donc un peu blasé. Je ne crois\nplus au \" métier \", je n'ai jamais cru à l'esthétique officielle, j'incline par raisonnement et par\ngoût à un amateurisme élégant qui chagrine certains professionnels mais qui contente mon\nsecret scepticisme. Et voilà pourquoi j'éprouve aujourd'hui un plaisir complet à monter de\ndélicats spectacles fragmentés à ressusciter pour un instant, le prologue de Thésée ou un acte\nd'ldoménée, avec une sorte de philosophie attendrie, sans chercher à masquer la pauvreté des\nlivrets, sans me soucier d'une vaine mise en scène « n'êtes-vous pas las de toutes ces puériles\nvirtuosités ? heureux seulement de voir s'évader de mon petit orchestre ainsi que d'une\ncassolette ce parfum musical des siècles morts qui tremble dans les airs comme la fumée bleue\nde l'oliban ou de la myrrhe ! \"\nMon guide sourit avec malice et m'entraîna chez M. Albert Carré à qui il posa les mêmçs\nquestions. Le directeur de l'Opéra-Comique nous répondit d'une voix nette et tranchante :\n\" Mon public n'est pas blasé. Il me demande des émotions théâtrales directes et\npositives. Il veut une anecdote, des péripéties, de grands chanteurs, de beaux décors, une mise\nen scène vivante et même, par surcroît, une partition de bonne musique. Je ne puis pas toujours\nréunir dans la même soirée tous ces éléments mais des expériences comme celles de la Tosca\net de Bérénice m'ont appris à discerner ceux d'entre eux que je ne saurais sacrifier sans\ndanger. Aujourd'hui j'ai la sensation d'avoir rempli toutes les conditions du jeu. L'aventure de\nla Sorcière est une belle aventure, mouvementée, passionnée, pittoresque et d'un intérêt qui ne\nfaiblit pas. C'est du meilleur Sardou, expurgé d'ailleurs de toute littérature indiscrète. A défaut\nde personnages doués d'une psychologie nettement lyrique la presse en a eu un gros\nchagrin, je ne sais pourquoi ! ce sujet réunit un certain nombre de situations et d'atmos-\nphères très musicales, ce qui n'est pas un mérite négligeable. Erlanger en a tiré une partition\nd'une qualité inattaquable, sobre, nette, distinguée, expressive ; tous les artistes, même ceux\nqui avaient trouvé un peu grinçant le lyrisme d'Aphrodite, ont admiré la belle tenue musicale\nde cette nouvelle œuvre, et l'adresse du compositeur à éviter les pièges du vérisme tendus sous\nses pas par son trop habile collaborateur. Etant donné que je ne suis pas ici uniquement pour"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.58", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3539, "texte": "essayer sur les contribuables de la troisième république des pièces d'avant-garde et que,\nd'ailleurs, on ne m'apporte pas toutes les semaines un Pelléas, j'estime avoir trouvé dans la\nSorcière l'œuvre lyrique pouvant servir de type à l'exploitation normale de mon théâtre, l'œuvre\nqui tient compte des aspirations de la foule sans flatter son mauvais goût, l'œuvre qui force\nl'estime par sa parfaite honnêteté. Que les délicats se donnent la peine d'apprécier la nuance.\nS'ils ne me soutiennent pas dans cette tentative je cesserai de lutter plus longtemps pour des\ningrats et simplifierai d'un seul coup mon existence directoriale en me faisant naturaliser\nitalien. \"\nEpouvantés par cette menace, nous avions déjà fui et cherchions bientôt dans les coulisses\nde l'Académie Nationale de Musique à cerner M. André Messager pour lui arracher des\ndéclarations définitives sur Fervaal dont s'achevait la répétition générale mouvementée.\nPendant que mon compagnon s'acharnait à cette inutile poursuite je m'immobilisai soudain\nderrière l'huis mal clos du petit foyer de la danse et, retenant mon souffle, m'appliquai à ne\nrien perdre de la curieuse scène qui s'y jouait. Le maître V incent d'lndy, entouré de ses\ndisciples bien-aimés, leur adressait une paternelle homélie. Il avait jeté sur son frac le manteau\ndu voyageur et tenait à la main un léger bagage ; insoucieux de la date lointaine que les\nmédecins de Guilhen tentaient d'assigner à la prochaine représentation de son œuvre, le\ncompositeur se rendait à Florence et, oublieux des âpres Cévennes de carton, peintes par\nMM. Rochette et Landrin, souriait déjà au fin profil de la colline violette de San Miniato.\n\" Encore un peu de temps, mes enfants, dit-il d'une voix affectueuse, et je ne vous verrai plus.\nRecevez mes adieux. Je veux vous laisser ce soir des paroles mélancoliques. Ce départ, ce\nretour sur moi-même, cette résurrection de Fervaal qui efface vingt ans de ma carrière et\nm'oblige à mesurer le chemin parcouru, tout m'invite à un examen de conscience. Je veux\nm'y livrer avec vous avant de nous séparer.\n\" Je vous ai consacré ma vie et vous savez combien je vous aime. J'y ai quelque mérite. Ne\nprotestez pas : je sais.... vos consciences sont pures. Mais voyez ce que vous avez fait de moi\ndepuis que je me suis voué avec tant d'enthousiasme à votre éducation musicale. Par affection, par\nrespect, par prosélytisme vous m'avez peu à peu retiré de l'humanité. Vous m'avez dépeint aux\npassants comme un surhomme, vous leur avez dénombré bruyamment toutes mes vertus,\nexpliqué toutes mes croyances, analysé mon éthique, ma morale et ma religion au risque de\nfaire suspecter ma modestie. Les badauds qu'enchantent toujours les spécialisations m'ont\nimmédiatement sacré musicien vertueux, noble et hautain et n'en démordront plus jamais. Je\nmourrai couronné de ces trois adjectifs hérissés d'épines invisibles.\n\" Et pourtant j'ambitionnais une gloire plus pure que celle du surhomme : vous qui venez\nd'entendre ce Fervaal, ne comprenez vous pas que je pouvais être cette chose bien plus belle :\nun homme, un homme qui aime, qui souffre, qui se bat contre ses passions, qui tombe et se\nrelève. Pourquoi m'avoir étouffé sous cette réputation d'impassibilité et de puritanisme\ninflexible ? Pourquoi tant d'âmes ingénues doutent-elles aujourd'hui de ma sensibilité ? Pourquoi\nn'avez-vous pas permis qu'on dissocie mon instinct de mes théories ? Pourquoi m'avez-vous\ncontraint, par votre zèle indiscret, à continuer dans les rues, dans les salles de concerts et sur"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.59", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3412, "texte": "les places publiques des leçons qui devaient être terminées au seuil de notre Schola ? Entraîné\npar vos questions pressantes j'ai fait souvent figure de magister alors que j'avais à parler en\nartiste.\n\" Gentiment, affectueusement, ne m'avez-vous pas mis souvent en fâcheuse posture par\nl'exagération de vos innocentes théories ? Pourquoi avez-vous la désobligeante manie de\nm'attribuer le monopole de l'art \" hautement sincère et désintéressé ? \" Il est entendu\nmaintenant que telle est ma spécialité dans la société contemporaine. Ne sentez-vous pas\nl'absurdité de cet exclusivisme qui irrite à juste titre plus d'un musicien de bonne foi faisant\nvaloir des droits égaux à un tel hommage. Pourquoi cherchez-vous à tout prix et proclamez\nvous ma prétendue ressemblance avec mon maître César Franck ? Pourquoi faites-vous de moi\nun monomane et un spécialiste de la construction mathémathique ? Vous savez bien que je suis\ncapable de fantaisie et ce n'est pas un paradoxe de prétendre que le Prélude à l'Après-\nmidi d'un Faune est musicalement construit avec beaucoup plus de logique et de rigueur que\nmon Jour d'été sur la montagne ! Du jargon didactique indispensable à mes leçons vous avez\nfait votre langage quotidien, apportant dans la vie vos préoccupations scolaires et pliant la\nmusique à votre discipline intellectuelle. Je porte dans l'univers l'effroyable responsabilité\nd'avoir desséché toute une jeunesse en lui communiquant la passion coupable de la\nmorphologie ! Grâce à vous je passe pour un maître intransigeant et autoritaire, modelant le\ncerveau de mes élèves à l'image du mien... et, nous pouvons bien l'avouer, les meilleurs d'entre\nvous font du Debussy !... Vous avez sans cesse travaillé à multiplier de tels malentendus entre\nle public et mon œuvre. Peu de gens connaissent aujourd'hui mon véritable visage et lorsque je\nm'écrie : \" Laissez venir à moi les petits enfants de la génération nouvelle \" les petits enfants,\nqui 11e me voient qu'à travers vos récits, n'osent plus s'approcher !\n\" Vous n'avez pas compris la leçon de Fervaal. Vous n'avez vu dans cette partition que la\nbrochette des vingt-sept thèmes et le plan tonal. Ecoutez mieux cette œuvre qui constitue un\naveu plus sûr que ma sonate en mi. Comprenez enfin que j'ai exalté dans cette fable le\ntriomphe de l'esprit sur la lettre, de la religion du feu sur celle de l'eau, que j'ai salué l'avène-\nment de la loi d'amour abolissant la loi de crainte ! Je suis Fervaal ! J'ai tué Arfagard d'un revers\nde glaive, je veux quitter la vallée étouffante où vous m'aviez muré dans une chapelle votive\net je veux monter vers les sommets, vers l'air pur, vers la Cravann nouvelle, brillante de clartés.\nVoyez ! j'ai pris dans mes bras, notre chère Schola, plus lourde que le corps inanimé de\nGuilhen, et malgré ce poids écrasant, je monte vers mon idéal ! Hogué ! Ha ! suivez-moi, plus\nhaut, toujours plus haut !... le jeune Amour est vainqueur de la Mort !... \"\nEn proie à la plus vive exaltation, le maître avait peu à peu élevé la voix. Sa parole\nenflammée résonnait maintenant jusqu'au fond des couloirs déserts et déjà, attirés par le bruit,\nquelques fonctionnaires inquiets apparaissaient à l'horizon. Ne voulant pas être surpris à mon\nposte d'observation, je quittai ma cachette et m'éloignai à pas lents, après avoir soigneusement\nrépandu sur mes traits une expression de trompeuse indifférence.\n\nEmile Vuillermoz."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c031", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 60, "image_fin": 66, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.12", "titre_corps": "LE MOIS", "titre_sommaire": "LE MOIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.60", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2109, "texte": "CONCERTS COLONNE\nFin d'année\nIl est probablement nécessaire que, pour préparer les nouvelles modes, les fins d'année\ndans nos grands concerts symphoniques soient sans intérêt. Presqu'aucune œuvre nouvelle ne\ns'y aventure ; seules, les indestructibles symphonies de Beethoven en assurent l'honorable\nliquidation.\nToutefois on y peut trouver matière à réflexions assez justement mélancoliques, en\nconstatant combien peu nous avons la religion du souvenir et, pas du tout, le culte de nos\nmorts, — qui en valent pourtant bien d'autres.\nPourquoi tant d'indifférence pour notre grand Rameau ? Pour Destouches, à peu près\ninconnu ? Pour Couperin, le plus poète de nos clavecinistes, dont la tendre mélancolie semble\nl'adorable écho venu du fond mystérieux des paysages où s'attristent les personnages de\nWatteau ? Cette indifférence devient coupable, en ce qu'elle donne aux autres pays — si\nsoigneux de leurs gloires — l'impression que nous ne tenons guère aux nôtres, puisqu'aucun\nde ces illustres français ne figure sur les programmes, pas même à ce moment de l'année où\nil est d'usage de se rapprocher des vieux parents. Par contre, on y trouve Parsifal.\nPlusieurs théâtres se disputant l'honneur de représenter ce chef-d'œuvre, — ils ont bien\nraison : le chef-d'œuvre est chose rare ! l'opportunité de le jouer au concert devient\ncontestable. Puis, ne sent-on pas comme une fausse note dans cette poursuite? Ne ramène-t-on\npas Parsifal au rang d'une simple \" actualité \", figure désagréable pour les fidèles, allant, au\nsurplus, à l'encontre de ce qu'en a toujours voulu Wagner. Ce n'est certainement pas en vain\nqu'il avait organisé le pèlerinage de Bayreuth... il sentait bien que Parsifal ne s'adaptait à rien\nde contemporain et que, pour en conserver, intact, le mystère, il fallait l'isoler des préoccupa-\ntions quotidiennes.\nBayreuth supprimait le quotidien, rien n'y troublait la religion pour le dieu, bien au\ncontraire, tout vous en entretenait, quelquefois par des moyens discutables. C'est ainsi que l'on\nmontrait la table où Wagner venait boire la bière ; la fraulein mafflue qui portait le Graal ;"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.61", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3014, "texte": "des serviettes de toilette, même, s'ornaient des premières mesures du prélude, brodées en\nfil rouge. Il faut avouer que c'était là un moyen de diffusion aussi imprévu qu'admirable ! Le\npublic n'étant pas exclusivement composé d'esprits délicats, cela n'est, ni foncièrement\nridicule ni absolument inutile.\nEn raison de cette atmosphère patiemment créée autour de Parsifal, on peut se demander\nce qu'en deviendra la beauté transplantée, exilée dans des capitales trop civilisées, promptes au\nscepticisme, troublées par ces mille petites tragédies, que la vie nous force à jouer, sans\nrésultat bien appréciable qu'une diminution de sensibilité.\nQue Parsifal soit de force à secouer ces misères est hors de doute. Aussi, honorons-le,\ndonnons-lui le tribut d'admiration qu'il mérite. Seulement, n'irritons plus les ombres de ceux\nqui ont consacré le meilleur d'eux-mêmes à la gloire de la musique française.\nSouhaitons, qu'à côté de la Société Bach,qui s'occupe si activement de conserver le\nsouvenir de cet ancêtre de toute musique, il se fonde une celui-là est notre\nancêtre par le sang ; nous devons bien cet hommage à son esprit.\n\nNOTES SUR LES CONCERTS DU MOIS\n\nErnest Chausson, sur lequel a lourdement pesé l'influence flamande de César Franck,\nétait un des artistes les plus délicats de notre temps. Si l'influence du maître de Liège a pu\nservir, indéniablement, quelques musiciens contemporains, elle semble avoir plutôt desservi\nChausson, dans ce sens qu'à des dons naturels d'élégance et de clarté, elle opposait cette\nrigueur sentimentale qui est la base de l'esthétique franckiste.\nCroire que les qualités particulières au génie d'une race sont transmissibles à une autre\nrace, sans dommage, est une erreur qui a faussé notre musique assez souvent, car nous\nadoptons, avec un enthousiasme sans défiance, des formules dans lesquelles rien de français ne\npeut entrer. Il serait meilleur de les confronter avec les nôtres, de voir ce qui nous manque, et\ntâcher de le retrouver, sans rien changer au rythme de notre pensée. Ainsi nous enrichirions\nnotre patrimoine.\nFranck car il faut y revenir avait un prodigieux insouci du temps, car il ignorait\nl'ennui... Quand il \" commence \" bien, on peut être tranquille, mais quelquefois il peine à\ntrouver ce qu'il veut dire. Son génie s'essouffle dans un curieux mélange d'extrême complica-\ntion, coupé par des élans dramatiques ou pompeux, écourtés, non par faiblesse, mais parce que\nsa loyale simplicité répugnait à de tels moyens. On retrouve un peu de tout cela dans la\nmusique de Chausson qui, tout de même, se débarrasse, et marche dans un chemin bien à lui.\nLe Poème pour violon et orchestre que Monsieur L. Capet a joué avec une chaleureuse\nconviction, contient ses meilleures qualités. La liberté de sa forme n'en contrarie jamais l'har-\nmonieuse proportion. Rien n'est plus touchant de douceur rêveuse que la fin de ce Poème où\nla musique laissant de côté, toute description, toute anecdote, devient le sentiment même qui\nen inspira l'émotion."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.62", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 7, "texte": "LE MOIS"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.62", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2305, "texte": "Ce sont des minutes très rares dans l'œuvre d'un artiste. Pour nous, elles s'accompagnent\ndu regret de sa fin prématurée, qui empêcha son charmant génie d'accomplir sa complète\névolution, dans des œuvres d'ardente et fine musique.\nA midi, quand y'entrai dans ta chaumière sombre,\nTu dormais, succombant à la chaleur du jour.\nTes cheveux dénoués flottaient, noirs et sans nombre :\nJe te vis et sur moi planaient encor dans Vombre\nLes grandes ailes de VAmour !\n(.A Marie endormie, A. BRIZEUX.)\nSur ces vers beaux et tranquilles, Monsieur J.-Guy Ropartz a écrit une musique\ntroublante et qui, volontiers, serait amoureuse, si la muse de Guy Ropartz n'était une personne\nsévère qoi n'incline pas vers ces jeux... L'orchestre soupire, s'élance, se passionne, puis\ns'endort. La tendre fatigue, la lourdeur passionnée de l'heure, la musique peut aller plus\nloin que les mots ! semblent avoir moins préoccupé réminent directeur du Conservatoire\nde Nancy, ou, du moins, il les retient dans l'ordonnance des périodes de ce morceau, qui n'est\npourtant qu'une esquisse. Pourquoi \" les grandes ailes de l'Amour ! \" sont-elles en ut majeur ?\nC'est un ton qui éclate, quelque précaution l'on prenne ; du reste, il n'y manque pas et\nréveillerait sûrement Marie, si J.-Guy Ropartz ne refermait vite sur elle les harmonies douce-\nment fléchissantes qui concluent cette esquisse, écrite de la manière la plus experte.\nLa beauté de l'andante du concerto pour violon de J.-S. Bach est telle, que, très sincère-\nment, on ne sait plus où se mettre, ni comment se tenir pour se rendre digne de l'entendre !\nElle nous hante longtemps après, et l'on s'étonne, en sortant dans les rues, que le ciel ne soit\npas plus bleu, et que le Parthénon ne surgisse pas de terre. La trompe féroce des autobus a\nvite fait de remettre les choses à leur place accoutumée.\n\nClaude Debussy.\n\nCONCERTS LAMOUREUX\n\" Si c'était au Châtelet, qu'est-ce qu'il prendrait ! \"\n\" II \", sauf le respect que nous devons au lecteur, était un honnête jeune homme, lauréat\nd'un de ces innombrables concours qu'organisent journellement les diverses revues en a pul-\nlulant dans la musique et ailleurs. Et \" ce qu'il a pris \", ce sont seulement quelques \" chut ! \"\nbénins et indulgents eu égard à son étonnante adaptation des lois du solfège et du style."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.63", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3380, "texte": "Heureusement, cela se passait dans l'immeuble si bien élevé de la rue La Boétie :\nd'où l'apostrophe ci-dessus fidèlement transcrite. Nos lecteurs savent, en effet, par notre\néminent confrère, comment on a coutume de pratiquer au Châtelet le Respect dans VArt.\nu Beware of Concerto ! \" disions-nous le mois dernier : et voici que ce prudent avis reçoit\nles plus singulières confirmations. Le grand Camille (nous parlons de M. Chevillard) et le petit\nJohn lauréat méditent sans doute, chacun de leur côté, sur les méfaits de ce véritable \" pick-\npocket \" de l'art, et peuvent se livrer, l'un et l'autre, à de tristes variations sur le même thème.\nIl n'est pas jusqu'à votre serviteur qui ne soit mis, toujours à propos du Concerto, dans la dou-\nloureuse obligation de faire des excuses au digne et excellent Henri Ravina, inconsidérément\nimpliqué, par voie de comparaison, dans la paternité de la lourde cadence en style Hans de Btilow\nqui \" rafraîchissait \" le Concerto en sol de Beethoven : un aimable correspondant que nous\nremercions 1 ne nous fait-il pas savoir que ce rajeunissement est dû à la plume experte de\nM. Camille Saint-Saëns ? Pauvre Ravina ! Pauvre Bulow ! Pauvre Prof essor Knatschké ! Eux\naussi peuvent répéter en chœur : \" Beware of Concerto ! \"\nCependant, le dimanche précédent, on avait pu voir le violoncelliste Joseph Salmon\naffronter la redoutable épreuve, mais dans d'autres conditions, car l'œuvre de M. Jongen\npourrait vraiment s'appeler un \" minimum de concerto L'orchestre, toujours bien traité, j\noccupe une large place, et la virtuosité du soliste y demeure soumise aux exigences de la\nmusique, circonstance tout-à-fait favorable au jeu sobre et équilibré d'un artiste tel que\nM. Salmon. La souplesse et l'abondance mélodiques paraissent être les qualités prépondérantes\ndu Concerto de M. Jongen. Il discourt musicalement à la façon d'un orateur distingué,\nmais un peu trop confiant dans ses dons naturels. Sans doute, l'habile disposition des instru-\nments, la correction de l'écriture suffisent à protéger cet aimable ouvrage contre la qualifi-\ncation péjorative d'improvisation. Mais l'incertitude et l'instabilité de son plan, assez diffus\net souvent monotone (au sens étymologique de ce mot), donnent un peu trop l'impression d'une\nœuvre due à quelque musicien bien doué et instruit, qui raturerait fort peu et accepterait\n1 Notre rédacteur en chef a reçu, en effet, la lettre suivante :\nMon cher ami,\nDans votre numéro du 15 courant je lis ceci, à propos du 4me concerto de Beethoven interprété,\npeu de jours avant, par Harold Bauer aux concerts Lamoureux :\n\" La cadence d'Outre-Rhin, prétentieuse et difforme, s'allonge ridiculement : le chef d'orchestre\nlui-même marque avec raison quelque impatience en présence de cet étalage dû à un quelconque Hans\nde Biilow, rafraîchissant Beethoven par des formules pianistiques qu'un Ravina n'eût point reniées,\ncomme l'on rafraîchit, à Berlin ou à Stuttgart, les vieux tableaux des Primitifs par des tons subtilement\nchoisis dans la palette des chromos... \"\nAyant assisté personnellement au concert, je me crois obligé de rectifier l'erreur commise par le\ncritique M. A. Sérieyx et de vous dire que les cadences jouées par Bauer (de plein accord avec\nM. Chevillard) étaient celles de M. Camille Saint-Saëns.\nEn vous remerciant d'avance, je vous serre cordialement la main.\nALFRED CASELLA."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.64", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3556, "texte": "sans contrôle les produits parfois très inégaux de son imagination. Peut-être le finale, assurément\nmieux conçu et plus solidement charpenté, échappe-t-il à cette critique.\nLe chapitre des nouveautés qui, comme les jours, raccourcit en décembre, comporte\nencore un long poème pour chant et orchestre de Mad. M. Labori, Le cœur de Hialmar, et\ndeux brèves mélodies de M. Xavier Leroux. Pour être juste, l'attribution des éloges semble\ndevoir être faite en rapport inverse : le long poème, au cours duquel Mlle Alice Raveau put\nmontrer à loisir sa fort belle voix, appartient à un genre un peu trop voisin de la Cantate de\nconcours. Cette musique officielle commande le respect... et surtout la brièveté des commen-\ntaires. On l'entend, rien n'y choque, puis l'on passe à autre chose.\nAutre chose effectivement sont les deux mélodies de M. Leroux. Que nous voici loin\ndu Nil ou d'Astarté! Cette trop discutable \"première manière\" nous avait mal préparés à la\ndiscrétion et à la sobriété des moyens, à la bonne tenue dans les effets de voix comme dans\nceux de l'orchestre, par quoi se distinguent ces mélodies et surtout la première, Résistance, la\nplus récente probablement et aussi la meilleure, avec son mélancolique dessin obstiné, sa\ntristesse de bon aloi, émouvante et point déclamatoire.\nPeut-être la seconde, Lamentation, porte-t-elle des traces encore trop reconnaissables de la\nlecture assidue de modèles d'ailleurs excellents. On serait tenté de le croire en écoutant cette\nadmirable Vie antérieure d'Henri Duparc, dont le talent accompli de Mme Jeanne Raunay fait\ncomprendre toute la profondeur, aussi bien qu'il exprime la poignante émotion du Manoir de\nRosemonde et la douloureuse mélancolie du Pays ou se fait la guerre.\nQuoi qu'il en soit, chez M. Xavier Leroux, la qualité de la musique demeurera toujours,\ncroyons-nous, un peu \" théâtre \", avec les inconvénients attachés à cette spécialisation. Mais,\nsauf cette réserve, il serait injuste de ne point rendre hommage en toute sincérité à raffinement\nnotable, à l'élévation progressive d'un musicien que ses dons indéniables avaient naguère engagé\ndans une voie glissante, mais que sa culture, peut-être tardive, paraît ramener aujourd'hui vers\nde plus nobles aspirations.\nEt maintenant que, suivant le rite, nous avons fait \" place aux jeunes \", n'oublions pas\nles autres, ces auteurs d'ouvrages classés, peut-être classiques demain, qu'on ne peut sans\nirrévérence appeler u les vieux \" et qui sont souvent plus jeunes que les jeunes : le bon Rimsky,\navec sa pittoresque Sadko qui, pour l'orchestre, doit tant à Tannhâuser ; le délicat Chausson\ndont la symphonie a pris désormais dans le répertoire instrumental français un rang éminent,\njustifié par son harmonieuse ordonnance et son intéressante péroraison ; l'impérieux Richard\nStrauss aux thèmes toujours si vulgaires, mais parfois si somptueusement nippés (comme ceux\nde son Don Juan) qu'on est tenté d'oublier leur basse extraction pour se laisser momentanément\néblouir par leur étincelante parure ; enfin, l'auteur de la trilogie de JVallenstein, à laquelle on\naccorde maintenant les honneurs (naguère réservés aux seuls classiques) de la double audition,\nafin que les fidèles de la série B puissent se convaincre, comme ceux de la série A, qu'en tête\ncomme en fin de programme, avant comme après les extraits de Farsifal chantés avec beaucoup\nde vigueur et d'accent par M. Vilmos Beck, l'œuvre resplendissante et forte de Vincent\nd'lndy, de ce vrai \" jeune \" qui la composa entre sa vingt-troisième et sa trentième année,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.65", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2995, "texte": "marque une date importante dans l'histoire de la musique symphonique française au XIXe siecle.\nParmi ces \"jeunes\" de tous les âges, un seul pourtant aura toujours quelque peine\nà passer pour un \" classique\" et, plus encore, pour un \" vieux classique\": ce désopilant\nChabrier, qui attend toujours sa rue, probablement sans se faire de bile, tandis que sa\nJoyeuse Marche, ébouriffante et débraillée à souhait, soumet à une terrible tentation la bonne\ntenue, désormais traditionnelle du public des Concerts-Lamoureux, tout émoustille a l'audition\nde ce \" bon chahut \" qui reste en même temps de la bonne musique.\nEt notre aimable voisin de s'exclamer avec sa verve bien parisienne : \" Si c'était à la\nLune Rousse, qu'est-ce qu'il prendrait ! \"\nAuguste Sérieyx.\n\nSOCIÉTÉ DES CONCERTS DU CONSERVATOIRE\n\nA propos du psaume de Alexis de Castiîlon\nLe sort ne fut pas heureux qui échut à Alexis de Castiîlon : sa vie durant, il ne connut\nni les triomphes, ni la joie des applaudissements ; les émerveillements du succès ne lui furent\npas distribués par la bonne fée Justice ou la maligne fée Hasard : faut-il l'en plaindre ?\nPour qui bâtit un monument à la postérité : pour qui place son idéal non dans la fortune\nmomentanée, mais dans la persistance d'une renommée, qui s'étaye d'année en année, pour\nqui désire la gloire idéale, pour qui place sa mémoire au-delà de sa propre existence, les\njugements des hommes sont bien suspects qui se portent sur un artiste vivant, non que la\nbonne foi des critiques ou des foules puisse être un instant mise en doute, mais parce qu'inter-\nviennent ces facteurs : luttes d'influences, querelles d'écoles, mystères — joyeux, glorieux ou\ndouloureux — des initiations, atmosphères, et toutes sortes de contingences.\nAlexis de Castiîlon connaît donc actuellement, ou plutôt l'œuvre de Castiîlon connaît\nune substance et une qualité de gloire supérieures.\nCar voici, en effet, ce qui se passe : on parle avec émotion du brave et malheureux\nofficier ; on s'attriste devant cette jeunesse courbée sous la gloire et la servitude militaires ; on\ns'étonne d'une culture musicale commencée par un Victor Massé ; on souligne la rencontre de\nCésar Franck et du mobile écolier pénétré des Noces de Jeannette : devant le mince cahier\nposé sur le cercueil de ce héros de 33 ans (en dehors du psaume 84 exécuté à la Société des\nconcerts, quelques œuvres de musique de chambre, deux suites d'orchestre, une ouverture de\nconcert), on s'émeut d'une aussi ingénue sobriété ; au contact de cette musique nourrie,\nsincère, sobre et haute, on proclame le triomphe obligatoire.\nEt cet on, cet on souligné et répété est un composé de toutes les tendances, de tous les\ngroupements.\n\" Castiîlon, disent certains, mais c'est notre homme : il est, comme nous, l'élève, l'héri-\ntier, le descendant du père Franck ; il était son élève le plus choyé ; il possédait les secrets ; il\nétait initié ; sa gloire est notre gloire ; elle rejaillit sur nous ; notre force s'accroît de sa force"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.66", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2014, "texte": "son œuvre tient à la nôtre par mille fibres, par mille rapports : regardez, goûtez, comparez :\nsa musique, notre musique, est la meilleure des musiques. \"\n\" Castillon, répliquent d'autres, mais c'est l'autodidacte type ; c'est le musicien naturel,\ncelui qui s'est formé hors de toute école, hors de toute influence ; c'est Yindépendant, c'est le\ncréateur. Il a travaillé avec César Franck, mais il a travaillé aussi avec Victor Massé ; et s'il\navait 28 ans avec l'un, il avait 30 ans avec l'autre, et ce sont des âges où l'emprise extérieure\nn'est guère possible. Non ! l'inspiration de Castillon n'appartient à personne ; elle est de lui,\npar lui, à lui. \"\n\" Castillon, ajoutent de troisièmes larrons, mais il écrit beaucoup à l'école, bien qu'il n'y\nait pas passé ; la structure de ses œuvres, leur développement, tout indique un excellent et\nsouple sujet qui, s'il avait vécu plus longtemps, aurait échafaudé de belles constructions\nsonores, selon tous les principes, selon toutes les règles ; c'est un tempérament classique ; il\nsuffit de savoir regarder ; il suffit de connaître la loi de la jungle ; il en était imbu, il en était\npossédé. \"\nNe concluons pas. Pourquoi prendre parti dans cette querelle renouvelée des petit s-boutiens\net des gros-boutiens ; une chose importe : Castillon est proclamé grand musicien.\nIl faut noter toutefois que le psaume 84 a été exécuté à son heure ; depuis deux ans\nl'inspiration sinon religieuse, du moins mystique est à la mode : c'est pour vous en tenir à\nla saison 1912 le psaume prodigieux de Florent Schmitt, véritable forêt sonore, celui de\nTournemire, la légende de François d'Assise de Pierné. Admirons en silence cette floraison\nbiblique et médiévale.\nMais soulignons, comme il est dit justement dans le psaume de Castillon, que :\naussi bien que le cèdre immense\nle brin d*herbe prend unt voix.\nEt le brin d'herbe de Castillon n'a pas formé une pelouse de parc, mais une prairie\nsomptueuse et grave qui penche vers le fleuve de la vie.\n\nJean Laporte."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c033", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 60, "image_fin": 61, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.12.2", "titre_corps": "CONCERTS COLONNE", "titre_sommaire": "CONCERTS COLONNE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.60", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2109, "texte": "CONCERTS COLONNE\nFin d'année\nIl est probablement nécessaire que, pour préparer les nouvelles modes, les fins d'année\ndans nos grands concerts symphoniques soient sans intérêt. Presqu'aucune œuvre nouvelle ne\ns'y aventure ; seules, les indestructibles symphonies de Beethoven en assurent l'honorable\nliquidation.\nToutefois on y peut trouver matière à réflexions assez justement mélancoliques, en\nconstatant combien peu nous avons la religion du souvenir et, pas du tout, le culte de nos\nmorts, — qui en valent pourtant bien d'autres.\nPourquoi tant d'indifférence pour notre grand Rameau ? Pour Destouches, à peu près\ninconnu ? Pour Couperin, le plus poète de nos clavecinistes, dont la tendre mélancolie semble\nl'adorable écho venu du fond mystérieux des paysages où s'attristent les personnages de\nWatteau ? Cette indifférence devient coupable, en ce qu'elle donne aux autres pays — si\nsoigneux de leurs gloires — l'impression que nous ne tenons guère aux nôtres, puisqu'aucun\nde ces illustres français ne figure sur les programmes, pas même à ce moment de l'année où\nil est d'usage de se rapprocher des vieux parents. Par contre, on y trouve Parsifal.\nPlusieurs théâtres se disputant l'honneur de représenter ce chef-d'œuvre, — ils ont bien\nraison : le chef-d'œuvre est chose rare ! l'opportunité de le jouer au concert devient\ncontestable. Puis, ne sent-on pas comme une fausse note dans cette poursuite? Ne ramène-t-on\npas Parsifal au rang d'une simple \" actualité \", figure désagréable pour les fidèles, allant, au\nsurplus, à l'encontre de ce qu'en a toujours voulu Wagner. Ce n'est certainement pas en vain\nqu'il avait organisé le pèlerinage de Bayreuth... il sentait bien que Parsifal ne s'adaptait à rien\nde contemporain et que, pour en conserver, intact, le mystère, il fallait l'isoler des préoccupa-\ntions quotidiennes.\nBayreuth supprimait le quotidien, rien n'y troublait la religion pour le dieu, bien au\ncontraire, tout vous en entretenait, quelquefois par des moyens discutables. C'est ainsi que l'on\nmontrait la table où Wagner venait boire la bière ; la fraulein mafflue qui portait le Graal ;"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.61", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1142, "texte": "des serviettes de toilette, même, s'ornaient des premières mesures du prélude, brodées en\nfil rouge. Il faut avouer que c'était là un moyen de diffusion aussi imprévu qu'admirable ! Le\npublic n'étant pas exclusivement composé d'esprits délicats, cela n'est, ni foncièrement\nridicule ni absolument inutile.\nEn raison de cette atmosphère patiemment créée autour de Parsifal, on peut se demander\nce qu'en deviendra la beauté transplantée, exilée dans des capitales trop civilisées, promptes au\nscepticisme, troublées par ces mille petites tragédies, que la vie nous force à jouer, sans\nrésultat bien appréciable qu'une diminution de sensibilité.\nQue Parsifal soit de force à secouer ces misères est hors de doute. Aussi, honorons-le,\ndonnons-lui le tribut d'admiration qu'il mérite. Seulement, n'irritons plus les ombres de ceux\nqui ont consacré le meilleur d'eux-mêmes à la gloire de la musique française.\nSouhaitons, qu'à côté de la Société Bach,qui s'occupe si activement de conserver le\nsouvenir de cet ancêtre de toute musique, il se fonde une celui-là est notre\nancêtre par le sang ; nous devons bien cet hommage à son esprit."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c034", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 61, "image_fin": 62, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.12.3", "titre_corps": "NOTES SUR LES CONCERTS DU MOIS", "titre_sommaire": "NOTES SUR LES CONCERTS DU MOIS", "signature_source": "Claude Debussy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.61", "debut_caractere": 1144, "fin_caractere_exclue": 3014, "texte": "NOTES SUR LES CONCERTS DU MOIS\n\nErnest Chausson, sur lequel a lourdement pesé l'influence flamande de César Franck,\nétait un des artistes les plus délicats de notre temps. Si l'influence du maître de Liège a pu\nservir, indéniablement, quelques musiciens contemporains, elle semble avoir plutôt desservi\nChausson, dans ce sens qu'à des dons naturels d'élégance et de clarté, elle opposait cette\nrigueur sentimentale qui est la base de l'esthétique franckiste.\nCroire que les qualités particulières au génie d'une race sont transmissibles à une autre\nrace, sans dommage, est une erreur qui a faussé notre musique assez souvent, car nous\nadoptons, avec un enthousiasme sans défiance, des formules dans lesquelles rien de français ne\npeut entrer. Il serait meilleur de les confronter avec les nôtres, de voir ce qui nous manque, et\ntâcher de le retrouver, sans rien changer au rythme de notre pensée. Ainsi nous enrichirions\nnotre patrimoine.\nFranck car il faut y revenir avait un prodigieux insouci du temps, car il ignorait\nl'ennui... Quand il \" commence \" bien, on peut être tranquille, mais quelquefois il peine à\ntrouver ce qu'il veut dire. Son génie s'essouffle dans un curieux mélange d'extrême complica-\ntion, coupé par des élans dramatiques ou pompeux, écourtés, non par faiblesse, mais parce que\nsa loyale simplicité répugnait à de tels moyens. On retrouve un peu de tout cela dans la\nmusique de Chausson qui, tout de même, se débarrasse, et marche dans un chemin bien à lui.\nLe Poème pour violon et orchestre que Monsieur L. Capet a joué avec une chaleureuse\nconviction, contient ses meilleures qualités. La liberté de sa forme n'en contrarie jamais l'har-\nmonieuse proportion. Rien n'est plus touchant de douceur rêveuse que la fin de ce Poème où\nla musique laissant de côté, toute description, toute anecdote, devient le sentiment même qui\nen inspira l'émotion."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.62", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1859, "texte": "Ce sont des minutes très rares dans l'œuvre d'un artiste. Pour nous, elles s'accompagnent\ndu regret de sa fin prématurée, qui empêcha son charmant génie d'accomplir sa complète\névolution, dans des œuvres d'ardente et fine musique.\nA midi, quand y'entrai dans ta chaumière sombre,\nTu dormais, succombant à la chaleur du jour.\nTes cheveux dénoués flottaient, noirs et sans nombre :\nJe te vis et sur moi planaient encor dans Vombre\nLes grandes ailes de VAmour !\n(.A Marie endormie, A. BRIZEUX.)\nSur ces vers beaux et tranquilles, Monsieur J.-Guy Ropartz a écrit une musique\ntroublante et qui, volontiers, serait amoureuse, si la muse de Guy Ropartz n'était une personne\nsévère qoi n'incline pas vers ces jeux... L'orchestre soupire, s'élance, se passionne, puis\ns'endort. La tendre fatigue, la lourdeur passionnée de l'heure, la musique peut aller plus\nloin que les mots ! semblent avoir moins préoccupé réminent directeur du Conservatoire\nde Nancy, ou, du moins, il les retient dans l'ordonnance des périodes de ce morceau, qui n'est\npourtant qu'une esquisse. Pourquoi \" les grandes ailes de l'Amour ! \" sont-elles en ut majeur ?\nC'est un ton qui éclate, quelque précaution l'on prenne ; du reste, il n'y manque pas et\nréveillerait sûrement Marie, si J.-Guy Ropartz ne refermait vite sur elle les harmonies douce-\nment fléchissantes qui concluent cette esquisse, écrite de la manière la plus experte.\nLa beauté de l'andante du concerto pour violon de J.-S. Bach est telle, que, très sincère-\nment, on ne sait plus où se mettre, ni comment se tenir pour se rendre digne de l'entendre !\nElle nous hante longtemps après, et l'on s'étonne, en sortant dans les rues, que le ciel ne soit\npas plus bleu, et que le Parthénon ne surgisse pas de terre. La trompe féroce des autobus a\nvite fait de remettre les choses à leur place accoutumée.\n\nClaude Debussy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c035", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 62, "image_fin": 65, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.12.4", "titre_corps": "CONCERTS LAMOUREUX", "titre_sommaire": "CONCERTS LAMOUREUX", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.62", "debut_caractere": 1861, "fin_caractere_exclue": 2305, "texte": "CONCERTS LAMOUREUX\n\" Si c'était au Châtelet, qu'est-ce qu'il prendrait ! \"\n\" II \", sauf le respect que nous devons au lecteur, était un honnête jeune homme, lauréat\nd'un de ces innombrables concours qu'organisent journellement les diverses revues en a pul-\nlulant dans la musique et ailleurs. Et \" ce qu'il a pris \", ce sont seulement quelques \" chut ! \"\nbénins et indulgents eu égard à son étonnante adaptation des lois du solfège et du style."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.63", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3380, "texte": "Heureusement, cela se passait dans l'immeuble si bien élevé de la rue La Boétie :\nd'où l'apostrophe ci-dessus fidèlement transcrite. Nos lecteurs savent, en effet, par notre\néminent confrère, comment on a coutume de pratiquer au Châtelet le Respect dans VArt.\nu Beware of Concerto ! \" disions-nous le mois dernier : et voici que ce prudent avis reçoit\nles plus singulières confirmations. Le grand Camille (nous parlons de M. Chevillard) et le petit\nJohn lauréat méditent sans doute, chacun de leur côté, sur les méfaits de ce véritable \" pick-\npocket \" de l'art, et peuvent se livrer, l'un et l'autre, à de tristes variations sur le même thème.\nIl n'est pas jusqu'à votre serviteur qui ne soit mis, toujours à propos du Concerto, dans la dou-\nloureuse obligation de faire des excuses au digne et excellent Henri Ravina, inconsidérément\nimpliqué, par voie de comparaison, dans la paternité de la lourde cadence en style Hans de Btilow\nqui \" rafraîchissait \" le Concerto en sol de Beethoven : un aimable correspondant que nous\nremercions 1 ne nous fait-il pas savoir que ce rajeunissement est dû à la plume experte de\nM. Camille Saint-Saëns ? Pauvre Ravina ! Pauvre Bulow ! Pauvre Prof essor Knatschké ! Eux\naussi peuvent répéter en chœur : \" Beware of Concerto ! \"\nCependant, le dimanche précédent, on avait pu voir le violoncelliste Joseph Salmon\naffronter la redoutable épreuve, mais dans d'autres conditions, car l'œuvre de M. Jongen\npourrait vraiment s'appeler un \" minimum de concerto L'orchestre, toujours bien traité, j\noccupe une large place, et la virtuosité du soliste y demeure soumise aux exigences de la\nmusique, circonstance tout-à-fait favorable au jeu sobre et équilibré d'un artiste tel que\nM. Salmon. La souplesse et l'abondance mélodiques paraissent être les qualités prépondérantes\ndu Concerto de M. Jongen. Il discourt musicalement à la façon d'un orateur distingué,\nmais un peu trop confiant dans ses dons naturels. Sans doute, l'habile disposition des instru-\nments, la correction de l'écriture suffisent à protéger cet aimable ouvrage contre la qualifi-\ncation péjorative d'improvisation. Mais l'incertitude et l'instabilité de son plan, assez diffus\net souvent monotone (au sens étymologique de ce mot), donnent un peu trop l'impression d'une\nœuvre due à quelque musicien bien doué et instruit, qui raturerait fort peu et accepterait\n1 Notre rédacteur en chef a reçu, en effet, la lettre suivante :\nMon cher ami,\nDans votre numéro du 15 courant je lis ceci, à propos du 4me concerto de Beethoven interprété,\npeu de jours avant, par Harold Bauer aux concerts Lamoureux :\n\" La cadence d'Outre-Rhin, prétentieuse et difforme, s'allonge ridiculement : le chef d'orchestre\nlui-même marque avec raison quelque impatience en présence de cet étalage dû à un quelconque Hans\nde Biilow, rafraîchissant Beethoven par des formules pianistiques qu'un Ravina n'eût point reniées,\ncomme l'on rafraîchit, à Berlin ou à Stuttgart, les vieux tableaux des Primitifs par des tons subtilement\nchoisis dans la palette des chromos... \"\nAyant assisté personnellement au concert, je me crois obligé de rectifier l'erreur commise par le\ncritique M. A. Sérieyx et de vous dire que les cadences jouées par Bauer (de plein accord avec\nM. Chevillard) étaient celles de M. Camille Saint-Saëns.\nEn vous remerciant d'avance, je vous serre cordialement la main.\nALFRED CASELLA."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.64", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3556, "texte": "sans contrôle les produits parfois très inégaux de son imagination. Peut-être le finale, assurément\nmieux conçu et plus solidement charpenté, échappe-t-il à cette critique.\nLe chapitre des nouveautés qui, comme les jours, raccourcit en décembre, comporte\nencore un long poème pour chant et orchestre de Mad. M. Labori, Le cœur de Hialmar, et\ndeux brèves mélodies de M. Xavier Leroux. Pour être juste, l'attribution des éloges semble\ndevoir être faite en rapport inverse : le long poème, au cours duquel Mlle Alice Raveau put\nmontrer à loisir sa fort belle voix, appartient à un genre un peu trop voisin de la Cantate de\nconcours. Cette musique officielle commande le respect... et surtout la brièveté des commen-\ntaires. On l'entend, rien n'y choque, puis l'on passe à autre chose.\nAutre chose effectivement sont les deux mélodies de M. Leroux. Que nous voici loin\ndu Nil ou d'Astarté! Cette trop discutable \"première manière\" nous avait mal préparés à la\ndiscrétion et à la sobriété des moyens, à la bonne tenue dans les effets de voix comme dans\nceux de l'orchestre, par quoi se distinguent ces mélodies et surtout la première, Résistance, la\nplus récente probablement et aussi la meilleure, avec son mélancolique dessin obstiné, sa\ntristesse de bon aloi, émouvante et point déclamatoire.\nPeut-être la seconde, Lamentation, porte-t-elle des traces encore trop reconnaissables de la\nlecture assidue de modèles d'ailleurs excellents. On serait tenté de le croire en écoutant cette\nadmirable Vie antérieure d'Henri Duparc, dont le talent accompli de Mme Jeanne Raunay fait\ncomprendre toute la profondeur, aussi bien qu'il exprime la poignante émotion du Manoir de\nRosemonde et la douloureuse mélancolie du Pays ou se fait la guerre.\nQuoi qu'il en soit, chez M. Xavier Leroux, la qualité de la musique demeurera toujours,\ncroyons-nous, un peu \" théâtre \", avec les inconvénients attachés à cette spécialisation. Mais,\nsauf cette réserve, il serait injuste de ne point rendre hommage en toute sincérité à raffinement\nnotable, à l'élévation progressive d'un musicien que ses dons indéniables avaient naguère engagé\ndans une voie glissante, mais que sa culture, peut-être tardive, paraît ramener aujourd'hui vers\nde plus nobles aspirations.\nEt maintenant que, suivant le rite, nous avons fait \" place aux jeunes \", n'oublions pas\nles autres, ces auteurs d'ouvrages classés, peut-être classiques demain, qu'on ne peut sans\nirrévérence appeler u les vieux \" et qui sont souvent plus jeunes que les jeunes : le bon Rimsky,\navec sa pittoresque Sadko qui, pour l'orchestre, doit tant à Tannhâuser ; le délicat Chausson\ndont la symphonie a pris désormais dans le répertoire instrumental français un rang éminent,\njustifié par son harmonieuse ordonnance et son intéressante péroraison ; l'impérieux Richard\nStrauss aux thèmes toujours si vulgaires, mais parfois si somptueusement nippés (comme ceux\nde son Don Juan) qu'on est tenté d'oublier leur basse extraction pour se laisser momentanément\néblouir par leur étincelante parure ; enfin, l'auteur de la trilogie de JVallenstein, à laquelle on\naccorde maintenant les honneurs (naguère réservés aux seuls classiques) de la double audition,\nafin que les fidèles de la série B puissent se convaincre, comme ceux de la série A, qu'en tête\ncomme en fin de programme, avant comme après les extraits de Farsifal chantés avec beaucoup\nde vigueur et d'accent par M. Vilmos Beck, l'œuvre resplendissante et forte de Vincent\nd'lndy, de ce vrai \" jeune \" qui la composa entre sa vingt-troisième et sa trentième année,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.65", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 770, "texte": "marque une date importante dans l'histoire de la musique symphonique française au XIXe siecle.\nParmi ces \"jeunes\" de tous les âges, un seul pourtant aura toujours quelque peine\nà passer pour un \" classique\" et, plus encore, pour un \" vieux classique\": ce désopilant\nChabrier, qui attend toujours sa rue, probablement sans se faire de bile, tandis que sa\nJoyeuse Marche, ébouriffante et débraillée à souhait, soumet à une terrible tentation la bonne\ntenue, désormais traditionnelle du public des Concerts-Lamoureux, tout émoustille a l'audition\nde ce \" bon chahut \" qui reste en même temps de la bonne musique.\nEt notre aimable voisin de s'exclamer avec sa verve bien parisienne : \" Si c'était à la\nLune Rousse, qu'est-ce qu'il prendrait ! \"\nAuguste Sérieyx."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c036", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 65, "image_fin": 66, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.12.5", "titre_corps": "SOCIÉTÉ DES CONCERTS DU CONSERVATOIRE", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ DES CONCERTS DU CONSERVATOIRE", "signature_source": "Jean Laporte", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.65", "debut_caractere": 772, "fin_caractere_exclue": 2995, "texte": "SOCIÉTÉ DES CONCERTS DU CONSERVATOIRE\n\nA propos du psaume de Alexis de Castiîlon\nLe sort ne fut pas heureux qui échut à Alexis de Castiîlon : sa vie durant, il ne connut\nni les triomphes, ni la joie des applaudissements ; les émerveillements du succès ne lui furent\npas distribués par la bonne fée Justice ou la maligne fée Hasard : faut-il l'en plaindre ?\nPour qui bâtit un monument à la postérité : pour qui place son idéal non dans la fortune\nmomentanée, mais dans la persistance d'une renommée, qui s'étaye d'année en année, pour\nqui désire la gloire idéale, pour qui place sa mémoire au-delà de sa propre existence, les\njugements des hommes sont bien suspects qui se portent sur un artiste vivant, non que la\nbonne foi des critiques ou des foules puisse être un instant mise en doute, mais parce qu'inter-\nviennent ces facteurs : luttes d'influences, querelles d'écoles, mystères — joyeux, glorieux ou\ndouloureux — des initiations, atmosphères, et toutes sortes de contingences.\nAlexis de Castiîlon connaît donc actuellement, ou plutôt l'œuvre de Castiîlon connaît\nune substance et une qualité de gloire supérieures.\nCar voici, en effet, ce qui se passe : on parle avec émotion du brave et malheureux\nofficier ; on s'attriste devant cette jeunesse courbée sous la gloire et la servitude militaires ; on\ns'étonne d'une culture musicale commencée par un Victor Massé ; on souligne la rencontre de\nCésar Franck et du mobile écolier pénétré des Noces de Jeannette : devant le mince cahier\nposé sur le cercueil de ce héros de 33 ans (en dehors du psaume 84 exécuté à la Société des\nconcerts, quelques œuvres de musique de chambre, deux suites d'orchestre, une ouverture de\nconcert), on s'émeut d'une aussi ingénue sobriété ; au contact de cette musique nourrie,\nsincère, sobre et haute, on proclame le triomphe obligatoire.\nEt cet on, cet on souligné et répété est un composé de toutes les tendances, de tous les\ngroupements.\n\" Castiîlon, disent certains, mais c'est notre homme : il est, comme nous, l'élève, l'héri-\ntier, le descendant du père Franck ; il était son élève le plus choyé ; il possédait les secrets ; il\nétait initié ; sa gloire est notre gloire ; elle rejaillit sur nous ; notre force s'accroît de sa force"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.66", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2014, "texte": "son œuvre tient à la nôtre par mille fibres, par mille rapports : regardez, goûtez, comparez :\nsa musique, notre musique, est la meilleure des musiques. \"\n\" Castillon, répliquent d'autres, mais c'est l'autodidacte type ; c'est le musicien naturel,\ncelui qui s'est formé hors de toute école, hors de toute influence ; c'est Yindépendant, c'est le\ncréateur. Il a travaillé avec César Franck, mais il a travaillé aussi avec Victor Massé ; et s'il\navait 28 ans avec l'un, il avait 30 ans avec l'autre, et ce sont des âges où l'emprise extérieure\nn'est guère possible. Non ! l'inspiration de Castillon n'appartient à personne ; elle est de lui,\npar lui, à lui. \"\n\" Castillon, ajoutent de troisièmes larrons, mais il écrit beaucoup à l'école, bien qu'il n'y\nait pas passé ; la structure de ses œuvres, leur développement, tout indique un excellent et\nsouple sujet qui, s'il avait vécu plus longtemps, aurait échafaudé de belles constructions\nsonores, selon tous les principes, selon toutes les règles ; c'est un tempérament classique ; il\nsuffit de savoir regarder ; il suffit de connaître la loi de la jungle ; il en était imbu, il en était\npossédé. \"\nNe concluons pas. Pourquoi prendre parti dans cette querelle renouvelée des petit s-boutiens\net des gros-boutiens ; une chose importe : Castillon est proclamé grand musicien.\nIl faut noter toutefois que le psaume 84 a été exécuté à son heure ; depuis deux ans\nl'inspiration sinon religieuse, du moins mystique est à la mode : c'est pour vous en tenir à\nla saison 1912 le psaume prodigieux de Florent Schmitt, véritable forêt sonore, celui de\nTournemire, la légende de François d'Assise de Pierné. Admirons en silence cette floraison\nbiblique et médiévale.\nMais soulignons, comme il est dit justement dans le psaume de Castillon, que :\naussi bien que le cèdre immense\nle brin d*herbe prend unt voix.\nEt le brin d'herbe de Castillon n'a pas formé une pelouse de parc, mais une prairie\nsomptueuse et grave qui penche vers le fleuve de la vie.\n\nJean Laporte."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c037", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 66, "image_fin": 67, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.13", "titre_corps": "Concerts Divers", "titre_sommaire": "Concerts Divers", "signature_source": "G. K", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.66", "debut_caractere": 2016, "fin_caractere_exclue": 2730, "texte": "Concerts Divers\n\nA Paris, la trêve des confiseurs n'est pas un vain mot. En musique elle s'exerce avec une\nheureuse rigueur. Les chanteuses, la bouche emplie de chocolats, demeurent muettes pendant\nhuit jours et les virtuoses, les doigts empoissés de marrons glacés, n'osent toucher le clavier ni\nl'archet. Alors que l'hiver musical est trop court et que les artistes ne peuvent trouver de salles\nlibres avant la canicule, nous assistons chaque année à ce paradoxal chômage en pleine saison.\nEt nous attendons encore le héros qui osera briser ce joug absurde ou l'homme habile qui\nsaura comprendre l'opportunité de prendre la parole dans cet impressionnant silence. Mais\naucun d'eux ne s'est manifesté cette année."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.67", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3709, "texte": "Les cérémonies musicales prévues se sont déroulées sans surprises. Des pianos ont frémi\nsous les doigts de Mlle Haskil, moderne traductrice d'une littérature pianistique déjà classique,\nde Bach à Albenitz en passant par Beethoven, Schumann, Chopin, Liszt et Fauré ; de\nMlle Blanche Selva, parfaite éducatrice de ses auditeurs, chargée d'un cours d'histoire digitale\nàla Schola ;de Mlle Aubert qui en trahissant à son programme sa qualité de compositeur nous\na livré ainsi le secret de ses très musicales interprétations de Beethoven, Schumann et Schubert\net de MUe Bartzi qui passe de Beethoven à Saint Saëns et de Schubert à Brahms avec une\nrare égalité d'humeur.\nLes cordes, isolées ou en escouade ont fait de bonne besogne. La charmante Mme Reol\nabandonnant pour un soir le modeste anonymat de son labeur orchestral, nous a démontré, au\nnom de Kreisler, de Saint-Saëns et de Lalo que Pierné avait en elle une collaboratrice d'attaque:\nhebdomadairement le groupe Parent est venu nous chanter les louanges de Brahms ; Enesco\nassisté de Risler se voua gravement à la glorification de Beethoven ; M. Tkaltchitch qui\nrépond au prénom de Youro, s'est révélé aussi classique dans ses compositions que dans ses\ninterprétations de Max Bruch et de Dvorak, enfin le Quatuor Lejeune, nous transporta à\nl'époque du père Haydn, ce qui ne nous rajeunit pas.\nPeu de rossignols. Ce n'est pas la saison. Bravant pourtant les frimas Mlle Germaine\nChevalet détaille un très intéressant programme composé de pages adroitement choisies dans\nHaendel et Schubert; M]îede Febrer professe un éclectisme résolu en rapprochant Massenet\nde Chausson, Reyer de Fauré, Dubois de Debussy et Wieniawsky d'Hugo Wolf; le baryton\nAerts se dissimule modestement au milieu de nombreux compagnons d'affiche tandis que\nGeorges Petit, qui opère lui même, interprète seul, et de remarquable façon, un récital\nénorme ou se coudoient Haendel, Rameau, Beethoven, Mozart, Schumann, Wagner, Fauré,\nFranck, d'lndy, Bréville, Reynaldo Hahn, Debussy et Duparc.\nMme Lucie Delarue-Mardrus évoque avec un charme prenant les pittoresques cérémo-\nnies des fêtes et noces arabes. Mlï!e Sorga et M. Mathieu complètent musicalement cette\névocation.\nLes Soirées d'Art offrent à leurs fidèles des effigies beethoveniennes sculptées par\nEnesco et Risler ; la Schola entreprend une brève \" histoire du lied instrumental et vocal \"\nqu'elle illustre d'images sonores empruntées à Lekeu, Ropartz, Chabrier, Fauré et Chausson ;\nl'Edition Mutuelle vide ses cartons et nous invite à feuilleter les œuvres de Le Flem,\nBretagne, de Castera, Albeniz, Charles Bordes, Séverac, Philipp, Orban et Guy de Lioncourt;\nl'Edition Mathot en fait autant au cours de ses intimes et hebdomadaires heures de\nmusique ; le groupe d'amateurs et de professionnels I'A.M.M. A. vaillamment dirigé par\nE. R. Schmitz donne un brillant concert pour chœurs et orchestre, nous révèle le Stabat Mater\nd'E. Moor et nous rappelle de bonnes pages de Rimsky, de Franck et de Ravel ; notre excellent\nconfrère l'Echo Musical nous fait parcourir des sites auriculaires infiniment variés sous la\nconduite de guides éprouvés : Henry Expert, le claveciniste Brunold, le vielleux Michaux,\nl'artiste protéiforme Fabert et les compositeurs Couperin, Rameau, Chédeville, Boismortier,\nSéverac, Schmitt, Ravel et Ducasse. Le Salon des Musiciens continue à couvrir sa cimaise\nde toiles multicolores signées Simon, Gabriel Dupont, Mercier, Jean Huré, Georges Sporck et\nRaoul Pugno. Et la Société Philharmonique fait acclamer Bauer et Casais et exalte\nl'âme allemande dans un poétique festival où Mlll6 Elena Gerhardt assistée d'instrumentistes\nfrançais réalise la plus parfaite entente internationale.\n\nG. K."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c038", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 68, "image_fin": 75, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.14", "titre_corps": "Notre Enquête sur le Théâtre musical belge", "titre_sommaire": "Notre Enquête sur le Théâtre musical belge", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.68", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2759, "texte": "Notre Enquête sur le Théâtre\nmusical belge\nLe grand nombre de réponses qui nous sont parvenues menaçant de faire durer la publi-\ncation de ce référendum plusieurs mois encore, nous avons songé à les réunir en un volume.\nChacune sera accompagnée d'une brève notice biographique, de la liste des oeuvres et du\nportrait de son auteur. L'ouvrage ainsi formé constituera, pensons-nous, une encyclopédie\nunique et précieuse de la production musicale lyrique belge. Il paraîtra prochainement.\nVoici quelques avis encore, pour terminer :\nRéponse de M. Edmond Picard, Président de la Commission d'Encouragement pour\nle développement de la littérature dramatique d'express\nBruxelles, ler décembre 1912.\nCher Monsieur René Lyr,\nAprès tant d'opinions par vous recueillies, il me semble que la brièveté est pour moi un\nélémentaire devoir.\nI. Les musiciens belges ont-ils beaucoup écrit pour le théâtre depuis 20 ans ?\nOui, vous ont dit vos nombreux interlocuteurs, tous spécialistes avertis, alors que je ne\nsuis qu'un profane. Et cette abondance étonne et rassure alors que notre public, atteint de\n\" singisme \" n'avait de foi et d'admiration que pour les étrangers. Que sera-ce quand nos\ncompositeurs pourront espérer justice et bienveillance ? Le temps en est proche, car notre\nAme Nationale se dégage et enfin, nous croyons en nous. Salut à la Confiance !\n11. Estimez-vous quil existe un art lyrique vraiment belge ?\nOui, oui, oui ! à moins d'être une nation qui aurait, par triste merveille, l'originalité de\nne pas avoir d'originalité. Pareil sort serait unique sur la terre et dans l'Histoire. Voyez notre\npassé politique, industriel, juridique, esthétique ; il proteste avec véhémence contre cette\ninfirmité. Laissez faire nos psychologies. Encouragez les efforts. La moisson sort déjà et sera\nvraisemblablement superbe. Seuls \" les crapoussins \" en doutent. Culbutons les crapoussins !\n111. A quelles causes attribuer le silence ou\nde nos compositeurs ?\nToujours la même : la sottise de notre public, l'indifférence ou le dénigrement de nos\njournaux et de nos revues, la manie de n'admirer que l'exotisme, la zwanze ! l'indécrottable\nzwanze nationale !\nIV. Comment expliquer le peu de succès\nreprésentées (sur les scènes nationales du moins) et V\nJe viens de l'écrire, mais il est bon de le répéter : le goût malsain, la préférence pour ce\nqui vient de loin, la haine pour ce qui vient de chez nous.\nV. Pourquoi les tentatives faites pour me\nconcours d'Ostende, par exemple, ont-elles toujours é\nEncore la même question ! Donc encore la même réponse ! Il était acquis, grâce notam-\nment aux étrangers divers admis hospitalièrement dans nos gazettes et nos revues, que nous\nétions un peuple grossier, vulgaire, matériel, sans goût, un simple imitateur maladroit du"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.69", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3371, "texte": "génie réservé à nos voisins. A l'appui on citait, avec joie, les propos amers de deux malades :\nBaudelaire et Mirbeau. Et comme sifflaient ces ténors, nos bons concitoyens chantaient.\nQue cette séquelle soit envoyée au diable !\nVI. Les œuvres lyriques nationales ne seraient-elles pas viables ?\nVoilà que vous y revenez pour la quatrième fois.\nJe répugne à me répéter, quoique Napoléon ait dit que la répétition est la plus éner-\ngique des figures de rhétorique et quoique je sache par cruelles expériences que les Belges\nsont \" durs de comprenure\nVII. Quelles mesures seraient capables de porter remède a cet état de choses d*attirer\nVattention du public sur Veffort de nos musiciens en assurant la représentation et Védition de\nleurs œuvres ?\nParler comme je le fais ici, dire brutalement les vérités, taper sur les récalcitrants et les\nmétèques qui s'arrogent le rôle de nous morigéner et qui feraient mieux de retourner chez eux,\nà moins que quelque cause confidentielle les contraigne à un exil chez nous.\nL'opinion est à refaire en Belgique. Elle est honteusement dévoyée. Le devoir est de la\nrectifier sans relâche. Votre subtile Enquête y aura aidé. Je souhaite que mes propos irrités\naient la même chance.\nQue de choses à faire en ce sens ! Mais, comme a dit Léon Bloy : u la vie est trop courte\npour giffler tout le monde. \"\nEDMOND PICARD.\nRéponse de M. Octave Pvï&lXS, Président de /'Association des Ecrivains Belges, Directeur\nde rArt Moderne et de la Libre Esthétique.\nCher Monsieur,\nPlusieurs des musiciens et hommes de lettres qui ont répondu avant moi à votre enquête\nont démontré combien il est absurde de réunir sous une étiquette unique l'expression musicale\ndes Flandres, nettement germanique, et celle de la Wallonie, qui associe à son caractère autoch-\ntone des affinités françaises indéniables. Je ne m'attarderai donc pas à discuter la question de\nsavoir s'il existe \"un art lyrique vraiment belge \". Il n'y a pas d'art musical belge parce que\nl'antagonisme de la pensée wallonne et de la pensée flamande ne pourrait fondre ses deux\ntermes sans détruire l'originalité individuelle de chacun d'eux. Mais il y a des musiciens nés\nsur le sol belge, et ces musiciens ont créé un double courant lyrique.\nQu'il faille fournir à ceux d'entre eux qui ont du talent l'occasion de produire leurs\nœuvres en public, qui y contredira ? Et que l'équité commande au gouvernement, aux direc-\nteurs de théâtres subventionnés de favoriser dans une mesure égale les compositeurs de la\nFlandre et ceux de la Wallonie, nul ne le conteste. Ce principe est d'ailleurs respecté par les\ndirecteurs du théâtre de la Monnaie qui, s'ils montèrent entre autres les œuvres de Blockx, de\nGilson, de Tinel et de Van den Eeden, ne manquèrent pas au devoir de représenter celles\nd'Albert Dupuis, de Charles Radoux et de Joseph Jongen.\nSans doute, une même fortune ne sourit pas à ces efforts divers. Mais à qui s'en prendre,\nsinon au goût du public, dont les préférences sont aussi obscures qu'imprévues ? N'a-t-on pas\nvu échouer devant lui des œuvres françaises, italiennes ou allemandes ? Est-il juste de ne le\ndéclarer hostile qu'aux seules manifestations lyriques nationales ?\nSans remonter au delà des dix dernières années et pour ne parler que des ouvrages repré-\nsentés à Bruxelles, constatons que les partitions indigènes sont loin d'avoir été accueillies avec"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.70", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3887, "texte": "indifférence. La Fiancée de la Mer, par exemple, créée en Octobre 1902, n'eut pas moins de\n31 représentations consécutives; elle tint l'affiche jusqu'à l'expiration de la saison, avec des\nrecettes moyennes (très honorables à la Monnaie, où le tarif des places est des plus modérés)\nde 2933 francs. Reprise l'année suivante, elle fut jouée encore 6 fois, réalisant une moyenne\nde 2732 francs par représentation. Katharinafut jouée 20 fois de février 1909 à décembre\n1910, avec des recettes moyennes de 3815 francs. Trois fois on dépassa 6000 francs. Dira-t-on\nque c'est un insuccès ?\nRemarquez que Pelléas et Mélisande,l'un des chefs-d'œuvre du théâtre lyrique, n'atteignit\nen cinq ans (de janvier 1907 à avril 1911) qu'un total de 18 représentations et qu'Ariane et\nBarbe-Bleue, qu'il faut classer parmi les plus purs joyaux de l'Ecole française, ne fut joué\n(janvier 1909) que 5 fois ! Qu'est-ce, sinon l'engouement nationaliste, qui a fait préférer à ces\ndeux drames musicaux de haute valeur le banal opéra de Jan Blockx et la filandreuse parti-\ntion de Tinel ? Loin de leur nuire, l'origine flamande de ces deux musiciens les a heureu-\nsement servis dans l'opinion. Mais on incline volontiers en Belgique à se croire persécuté.\nAutres chiffres. Princesse Rayon de Soleil fut joué 12 fois; moyenne des recettes : 2819 fr.\nMême nombre de représentations, l'an dernier, pour Rhêna, dont on annonce la reprise pro-\nchaine; moyenne des recettes : 2623 fr. Jean Michel fut joué 6 fois; moyenne des recettes :\n2627 fr. Martil 1e,5 fois ; moyenne des recettes : 2572 fr.\nEn établissant ces calculs, puisés dans les renseignements qu'a bien voulu me fournir\nl'aimable correspondant central de la Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques, j'ai\nvoulu apporter à votre enquête quelques données d'ordre pratique. On en peut tirer, selon moi,\nles conclusions suivantes :\nLes musiciens belges produisent des ouvrages lyriques qui, représentés avec les soins qu'ils\nexigent, intéressent tout autant les spectateurs que les partitions étrangères et qui leur sont\nparfois préférés.\nDe ce fait naît, pour les pouvoirs publics, l'obligation de seconder l'effort des directeurs\nde théâtres en leur permettant, par des subventions plus larges, de multiplier les tentatives des-\ntinées à mettre le public en contact avec les compositeurs belges. Il existe nombre de partitions\ninédites. J'en connais, pour ma part, d'excellentes, parmi lesquelles un drame lyrique superbe\nde Victor Vreuls, Olivier le Simple, et une partition charmante de Léon Jongen, Anne-Josèphe.\nL'une et l'autre (et combien d'autres que l'ignore !) méritent d'être représentées sans délai.\nLe seul moyen d'attirer l'attention sur les deux écoles lyriques qui se partagent la\nBelgique, et la meilleure voie à suivre pour assurer leur développement normal, c'est de fournir\naux compositeurs un plus grand nombre d'occasions de se produire. Je m'excuse d'énoncer un\npareil truisme : mais votre questionnaire m'y contraint.\nAux musiciens, de leur côté, à choisir avec discernement leurs sujets. Au théâtre, la\nmusique la plus belle ne comble jamais les vides d'un livret sans intérêt. Peut-être est-ce\nsimplement aux puérilités, à l'insignifiance des poèmes traités qu'est dû l'insuccès relatif de\ncertaines œuvres lyriques nées en Belgique. C'est fréquemment la même cause qui empêche\nles directeurs de spectacles de les accepter. Nos musiciens ne sont, pour la plupart, que des\nmusiciens. Faute de culture, ils s'emparent souvent d'un livret dont ils n'ont pas aperçu les\ntares. L'expression symphonique leur est d'ailleurs plus familière que le domaine lyrique, qui\nexige un sens littéraire affiné. C'est, selon moi, en développant en eux ce dernier qu'ils attein-\ndront à une réalisation plus pure et plus élevée du drame musical.\nVeuillez agréer, cher Monsieur, l'assurance de mes meilleurs sentiments.\nOCTAVE MAUS."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.71", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3784, "texte": "Réponse de M. Mathieu Crickboom, Professeur au Conservatoire de Liège.\nI. Les compositeurs belges ont beaucoup écrit pour le théâtre ces vingt dernières années,\nmalgré l'indifférence de la plupart des directeurs, de la presse, des éditeurs et du public. Tout\nse tient !\n11. Notre art lyrique ne sera pas belge ; il sera wallon, il sera flamand. Pourquoi pas ?\n111. La plupart des œuvres lyriques de nos compositeurs sont restées dans l'ombre pour\ndes raisons multiples : i° Nos éditeurs ne semblent avoir d'autre but que de submerger notre\npays sous les excellentes éditions Breitkopf et Peters ; éditer une Sonate ou douze mélodies\nleur paraît un effort au-dessus de leurs forces. Comment se résoudraient-ils à éditer une parti-\ntion de 350 à 400 pages ? Ajoutons que nos compositeurs ont le déplorable défaut d'être peu\nfortunés !\nEt cependant, comment arriver à la notoriété si l'on n'est pas édité ?\n2° La longue et omnipotente direction du très éminent A. F. Gevaert au Conservatoire\nRoyal de Bruxelles, a été néfaste à l'activité musicale belge. Gevaert n'exécutait à ses concerts,\nque les œuvres des compositeurs décédés ; un exemple venant d'un musicologue d'un talent si\nindiscuté devait naturellement être imité un peu partout. C'était si commode ! Et pendant\ntrente ans nous eûmes le règne de l'éteignoir.\n30 Nos directeurs de théâtre ne se différencient pas beaucoup des autres directeurs.\nMascagni, Léoncavallo et autres Nouguès ont plus de mérites à leurs yeux que Gilson, Du Bois\nou De Boeck. Ne faut-il pas, avant tout, faire venir au moulin du bureau de location la bonne,\nla sainte galette ?\n4° Jusqu'à ces derniers temps, la critique musicale de nos quotidiens était confiée presque\nuniquement à des littérateurs fort bien intentionnés sans doute, mais n'ayant avec la musique\nque des rapports assez lointains, donc mal armés pour défendre une œuvre intéressante.\nQue nos compositeurs aient pu vivre pendant trente ans dans l'atmosphère créée par ces\ndifférentes causes sans avoir recours au suicide fera l'admiration des générations futures.\nIV. Malgré tout, il est injuste de dire, que nos œuvres nationales obtinrent moins de\nsuccès que la plupart des œuvres étrangères conçues dans un style élevé'. Les œuvres d'Emile\nMathieu, de Jean Blockx, de Gilson, de Tinel, de Van den Eeden furent aussi bien accueillies\ndans leur ensemble que les productions hautement artistiques de d'lndy, de Chausson, de\nDukas, d'Albeniz, etc. Elles n'obtinrent pas le succès de Cavalleria Rusticana, de La Bohême\nou de Quo Vadis, c'est entendu ; mais ce succès là, Wagner le Prodigieux ne l'a pas obtenu,\nmaigre la crise de snobisme suscitée par d ardentes polémiques. L'heureux auteur des Moulins\nqui Cbantent et du Mariage de Mlle Beulemans deviendra-t-il notre grand compositeur national\nparce que ces œuvres atteindront la centième ?\nV, VI, VII. Toute la discussion porte à faux mon cher Lyr, parce que vos questions\nsont mal posées. * La seule chose qui importe, est de savoir si l'art véritable peut se passer de\nprotection, peut vivre de ses propres forces. Evidemment non.\nIl est beau de dire comme notre chaleureux Destrée que nos auteurs écrivent pour eux-\nmemes, obéissant a un ordre intérieur. IVlais ces auteurs fussent-ils des génies de première\ngrandeur, s'ils ne sont ni édités, ni joués dans de bonnes conditions, leurs personnalités n'ac-\nquerront pas toute leui valeur. C est a 1 exécution seulement qu'un compositeur se rend compte\ns il a réalisé une partie de son idéal aitistique, qu il peut sainement la force expressive de\nses idées et leur mise en valeur.\n\n1 Croyez-vous ? Vous y avez fort bien répondu, en tout cas, mon cher Crickboom, ainsi que tant d'autres\nNotez que ce n'étaient que des questions. D'aucuns y virent, à tort, mon opinion..."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.72", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3627, "texte": "Mais ce n'est pas tout : les artistes savent que les œuvres les plus belles, les conceptions\nd'art les plus hautes, ne s'adressent qu'à une élite. Fidélio, le Vaisseau Fantôme, Fervaal, le\nRoi Arthus, Pépita Gimenez, Ariane et Barbe Bleue n'atteindront par cela même qu'un\nnombre restreint de représentations. Faudra-t-il pour cela déclarer ces œuvres non viables\ncomme nous y incite votre questionnaire ? Les déclarer inférieures à Faust celui de Gounod\nqui pourrait faire le maximum trois fois par semaine ? Faut-il renoncer à les donner? Non.\nLe remède est simple. Je le soumets à mon ami Kufferath qui retrouve de temps à autre\nune plume si étonnamment acérée pour tomber les compositeurs belges.\nIl faut tout simplement diviser en deux parts égales les subventions que l'on accorde à nos\nscènes lyriques. Une part pour faire marcher la boîte. L'autre pour représenter les œuvres\nnationales et étrangères qui en valent la peine.\nCent mille francs pour continuer à protéger la Juive, la Favorite, Cavalleria et Rigoletto,\nc'est déjà beaucoup.\nVoilà mon cher Lyr, mon opinion, on ne peut en suspecter la sincérité car je ne possède\nen portefeuille aucune partition... même en vue !\nTrès cordialement, M. CRICKBOOM.\nRéponse de M. Camille Lemonnier.\nMon cher Confrère,\nJe lis avec intérêt votre enquête sur le théâtre musical belge et vous félicite d'avoir pris,\nen réalisant cette idée une initiative qui met au jour en même temps que l'existence de très\nréelles valeurs d'art chez nous, les déplorables agissements dont celles-ci ne cessent d'être victimes\npar suite de l'impéritie ou de la malveillance des directions. Comme mon éminent collaborateur\net ami, Léon Dubois, je pense que le théâtre musical compte ici des compositeurs du plus\ngrand mérite, auxquels il n'a manqué pour leur donner la haute consécration publique que des\nauteurs obtiennent en tout autre pays que des directeurs de bonne foi et de bonne volonté,\nplus soucieux d'art véritable plutôt que d'intérêt personnel. Tout pour les compositeurs étrangers\nmême de dixième ordre, et le moins possible pour les maîtres de chez nous, même illustrés\npar des œuvres incontestables. Bien cordialement votre\nCAMILLE LEMONNIER.\nRéponse de M. Alfred. Mabille. Directeur général de Vlnstruction publique et des Beaux\nArts de la ville de Bruxelles.\nM. A. Mabille a bien voulu nous dire son opinion au cours d'une entrevue cù\nnous traduisit ses sentiments de haute bienveillance, et l'intérêt qu'il porte à notre effort :\n\" La plupart de vos répondants ont accusé le public : c'est injuste et trop commode ! Félix\nMottl m'affirmait un jour que le public belge est un des plus compréhensifs et supérieur à beau-\ncoup d'autres. Nulle part on ne fait plus de musique, et de bonne musique, qu'à Bruxelles. Voyez\nquoi qu'on en dise l'affiuence fidèle aux Concerts Populaires, aux Concerts Ysaye, et, en\ngénéral, aux auditions journalières ! L'éducation de notre public se poursuit ainsi depuis des\nannées... Ce qui est vrai, c'est que l'on ignore beaucoup de nos compositeurs, et que ceux-ci ne\nsont pas encouragés comme ils le mériteraient. On pourrait faire davantage peut-être, pour les\naider à vivre et à se faire apprécier. Ce ne sont point les œuvres qui manquent, et le succès\naccueille celles qui furent représentées. Succès moral, sans doute, plus que pécuniaire, c'est celui\nqui importe avant tout à l'artiste. Mais est-ce suffisant ? Princesse Rayon de Soleil, Richilde, pour\nn'en citer que deux, n'ont pas échoué. Les opéras de Jan Blokx ont seuls, toutefois, connu le\nvrai triomphe ; c'est qu'ils étaient soutenus par une puissante maison d'édition."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.73", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3884, "texte": "Evidemment, il faut que l'on arrive à produire les œuvres nationales ! Comment ? C'est\nplus difficile à résoudre... La a Aionnaie \" fait état les frais énormes qu'entraîne chaque\ncréation. Et l'on ne peut songer à lui en faire grief On trouvera peut-être un moyen de\nconcilier les intérêts de tous, en rendant justice à notre art. Je le souhaite de tout cœur, et\ncroyez que personnellement, je seconderai toute initiative en faveur de nos compositeurs... \"\nM. Mabille nous fait remarquer encore que les mêmes plaintes et les mêmes récriminations se\nproduisent, en France, de la part des compositeurs français.\n~>\nRéponse de M. JoSGph. JoilgGîl, Professeur au Conservatoire Royal de hîlge.\nI. Un assez grand nombre d'oeuvres lyriques belges ont été représentées sur nos\nscènes nationales au cours de ces vingt dernières années ; elles forment cependant une minorité\ndans la production des compositeurs qui ont écrit pour le théâtre. Pour ma part je connais\npas mal d'auteurs ayant une ou même deux œuvres en portefeuille et parmi celles-ci il y en\na de fort remarquables, j'en conclus qu'il en existe encore beaucoup d'autres qui sont\nignorées.\nLe Théâtre de la Monnaie et le Lyrique Flamand d'Anvers sont à peu près les seuls\nqui osent créer des œuvres belges. A raison d'une ou deux œuvres par an, c'est peu pour faire\nconnaître les principales productions belles.\n11. C'est une question pour la solution de laquelle il faudrait beaucoup écrire et\nencore pourrait-on y répondre ? Au fond y a-t-il encore des arts nationaux à notre époque ?\nLa Belgique, pays où règne une activité intense, où le travail intellectuel toutes proportions\ngardées est bien supérieur à celui des autres pays quels qu'ils soient est, géographiquement, un\ntrès petit pays écrasé par deux nations puissantes et musicalement très différentes de tendances.\nLes compositeurs belges, Wallons et Flamands divisés eux-mêmes en deux courants très distincts\nsont influencés (peut-être à leur insu) par les pays voisins. De cette situation sortira probable-\nment un art qui se a bien belge !\n111. IV & V. - A la méfiance exagérée du public pour les œuvres belges (aussi bien\nsymphoniques que dramatiques.) La mise en scène d'une œuvre exigeant presque toujours de\ngrands sacrifices de la part des directeurs d'un théâtre, on comprend un peu que ceux-ci ne se\nsentant pas du tout appuyés par le public qui désertera leur salle dès la seconde représentation,\nhésitent à boire le bouillon, d'où une méfiance systématique pour les œuvres belges. Le public\ndes théâtres lyriques belges doit avant tout entendre les œuvres à succès qu'elles soient\nallemandes, françaises ou italiennes, du reste presque toujours imposées aux directeurs des\nthéâtres par les éditeurs.\nLoin de moi la pensée toutefois de tenir toute œuvre belge pour parfaite. Et c'est le\nmoment de dire que les compositeurs ou librettistes de notre pays ne se sont pas assez inquiétés\njusqu'à présent de la nécessité de corser les situations dramatiques par des imprévus, des à-\ncôtés indispensables et qui demandent l'optique théâtrale. Ils y vont trop honnêtement, trop\nconfiants en leur génie créateur. Il leur manque un peu en somme ce que les principaux\nlibrettistes français et italiens ont eu trop: des trucs, des ficelles, de gros effets enfin... !\nQue voulez-vous, il faut passer par le paraît-il pour réussir. Ce qui me fait dire en passant que\nl'art théâtral est un art de second ordre. (Ce que je vais prendre pour mon rhume.)\nVI. Beaucoup d'œuvres belges ayant été jouées 2 ou 3 fois à peine, il serait difficile\nde se prononcer. Je pense que beaucoup d'entre elles seraient parvenues à triompher de l'indiffé-\nrence du public si elles avaient été reprises par la suite ; il faut qu'une œuvre réunisse une\nfameuse somme de qualités et qu'elle arrive aussi à un bon moment pour s'imposer à la\npremière ou à la seconde représentation."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.74", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3710, "texte": "VII. Les mesures doivent être prises avant tout par les pouvoirs publics. Qu'on\nsubventionne davantage les théâtres, tout au moins un ou deux à la condition d'imposer des\nœuvres belges. On n'arrivera pas à un résultat sans sacrifices. Les directeurs de théâtre ne\npouvant pas, en règle générale, les supporter, il faut par une presse bienveillante et surtout\nunanime et bien organisée arriver à émouvoir et à intéresser ceux qui peuvent apporter leur\naide efficace à la mise en valeur de nos œuvres nationales.\nŒuvres de théâtre de \"Joseph Jongen 1 : 't Sarka, ballet mimo-symphonique, joui a la Monnaie\nen 1911.\nRéponse de M. Lucien Solvay, critique musical de /'Etoile Belge, Président de la classe\ndes Belles-Lettres de VAcadémie Royale de Belgique.\nMa réponse aux intéressantes questions de l'enquête que vous avez ouverte, mon cher\nconfrère, sur le théâtre musical belge, est toute entière dans mes feuilletons hebdomadaires de\nY Etoile Belge. Depuis plusieurs années, chaque fois qu'un opéra d'auteurs nationaux arrive à\nêtre représenté, à Bruxelles ou à Anvers, je traite ces questions, du mieux que je puis ; et j'y\nreviens en toute occasion. Il me serait difficile de reproduire tout cela, dans cette réponse hâtive,\nqui serait évidemment trop courte ou trop longue, et ne dirait jamais mieux que ce\nqu'ont dit ici, déjà, à ce sujet, les principaux intéressés, les musiciens eux-mêmes.\nJ'ajouterai cependant quelques mots. Le mal dont les compositeurs belges se plaignent à\nbon droit, les compositeurs français, en France, s'en plaignent également. Il existe dans l'un et\ndans l'autre pays, énormément d'auteurs, qui écrivent beaucoup d'oeuvres ; et il n'y a qu'une\ncouple de théâtres pour représenter toutes ces œuvres. Alors, c'est la lutte. En France, elle est\nbien plus ardente encore qu'en Belgique ! Seulement, en France, les théâtres subventionnés\nsont obligés de monter tous les ans un certain nombre d'œuvres \" nationales \" ; en Belgique,\npas. N'oublions pas, en outre, que, ici comme partout, les directeurs de théâtre sont, avant\ntout, des commerçants. Ils n'ont aucun intérêt à représenter des œuvres du crû, à l'égard\ndesquelles le public sceptique se montrera toujours méfiant, attendu qu'elles n'ont pas reçu la\nconsécration du succès à l'étranger et qu'il sera tout naturellement induit, dès lors, à\nles trouver mauvaises, même si ce sont des chefs-d'œuvre. Ils leur préfèrent nécessairement les\nœuvres étrangères, bonnes ou mauvaises, d'auteurs connus, qu'ont précédées les trompettes de\nla réclame et qui, à cause de cela, sont assurées de faire recette.\nPour porter remède à cette situation, un compositeur belge a divers moyens à sa disposi-\ntion ; voici les principaux :\ni° Etre très riche, ou très influent ;\n2° Obtenir du gouvernement, au profit de la direction, un gros subside, qui couvre les\nfrais largement.\n3° Louer une salle de théâtre et faire jouer son œuvre par des artistes qu'il aura payés,\ndevant un public qu'il aura invité.\n4° Ecrire sa musique sur un poème flamand, ou bien faire traduire son poème en flamand,\net porter le tout à M. Henry Fontaine, à Anvers.\nS'il ne lui plaît pas d'employer un de ces moyens ou s'il ne le peut pas, qu'il\nattende patiemment, qu'il fasse les démarches nécessaires, qu'il se remue beaucoup, et qu'il se\nnourrisse d'illusions : peut-être la chance, un jour, aura-elle pitié de lui, et alors son œuvre\nsera représentée, tout à la fin de la saison, en pleines chaleurs, devant un public gavé de\nmusique, mais du moins pourra-t-il se vanter d'avoir été joué... LUCIEN SOLVAY.\n\n1 A vrai dire, les ballets ne devraient pas figurer parmi les œuvres qui font l'objet de cette Enquête. Je les\ncite au point de vue documentaire."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.75", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 423, "texte": "Il ne nous reste qu'à dégager les conclusions générales de l'ensemble et à remercier tous\nceux qui voulurent bien seconder notre initiative. Nous exprimons ici notre cordiale gratitude\nà nos confrères de la Presse belge, quotidienne et périodique, qui nous accordèrent le plus\nchaleureux appui. Nous reproduirons dans notre livre des extraits les principaux articles parus\nau sujet de cette campagne.\nRENÉ LYR."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c039", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 75, "image_fin": 77, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.15", "titre_corps": "Étranger", "titre_sommaire": "Étranger", "signature_source": "Machabey", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.75", "debut_caractere": 425, "fin_caractere_exclue": 3113, "texte": "Étranger\nLETTRE D'ANDALOUSIE\n\nALGÉSIRAS\nMusicalement l'Espagne est beaucoup moins riche qu'on ne se le figure généralement ;\ncette nation où l'on ne pénètre pas encore très facilement, revêt pour beaucoup un caractère\nun peu mystérieux, et l'on imagine facilement qu'elle recèle des trésors de musique ancienne,\nde musique populaire, inouïe et inédite. Illusion pure : la pauvreté artistique de l'Espagne est\nflagrante et tient à des causes qu'il appartient au sociologue de découvrir. Je crois pourtant\navoir observé, chez l'Andalou principalement, que l'orgueil et la paresse, souvent corrélatifs\nl'un de l'autre, sont les motifs immédiats de l'inactivité artistique : le paysage le plus idiot,\nla masure la plus délabrée, le tabac le plus malodorant... tout est très joli, très bon du seul\nfait que c'est espagnol. Rien n'est beau que l'Espagne, l'Espagne seule est aimable. Cet\norgueil très patriotique, et que quelques-uns trouveront peut-être un peu naïf (pour ne pas\ndire plus) joint à la température assez élevée du midi, entraînent naturellement l'indigène\nà ne rien faire de ses dix doigts, et à vivre de la renommée que lui ont léguée des ancêtres\ndéjà lointains ; cela l'entraîne aussi à boycotter la production étrangère ou à l'accabler\nd'impôts : ce qui est encore une manière de vivre sans faire grand'chose.\nPauvre musique française ! Pauvre Mendelssohn ! Pauvres originalités anglaises ! Que\nvîntes-vous faire à Algésiras ?... Car c'est tout cela que nous prétendions faire entendre, et\nque nous avons fait entendre pendant trois mois dans la salle de spectacles du Casino (on\nappelle ainsi de grands baraquements en planches, construits sur pilotis au-dessus de la mer,\net qui ont le mérite immense d'abriter une roulette et des jeux divers). Mais les journaux\nlocaux s'indignèrent : \" A quoi sert-il de nous imposer de la musique française (lisez\neuropéenne), fort bien exécutée sans doute, mais qui ne nous plaît pas?\" Et c'était sincère:\nl'Andalou ne doit pas se plaire à notre art musical parce qu'il n'y comprend rien ; il nous\nest arrivé de saisir par de belles nuits, des sonates de Beethoven qui s'échappaient des fenêtres\nde quelque Algésirienne de talent ; mais il fallait de la bonne volonté pour les reconnaître à\ntravers les rythmes de tango, de garrotin ou de jota dont on les affublait. \" Ce qu'il nous faut,\ndisait encore le périodique, ce sont des artistes Espagnols et de la musique espagnole\nDe la musique Espagnole ! Savez-vous ce qu'en Andalousie on appelle musique\nespagnole ? Ce sont des danses composées à l'aide de bribes empruntées probablement à un\nfond populaire assez ancien, et, disons-le, assez original. Séparée de la danse, cette musique"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.76", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2554, "texte": "est absolument insignifiante. Au contraire unie à elle, elle revêt un caractère imprévu et une\nsignification singulière.\nLes danses espagnoles ! Ne vous figurez pas que ce soient constamment des a Zapateos \"\nendiablés et bruyants, des évolutions tumultueuses importées de l'Amérique du Sud, ni les\nexhibitions d'un goût douteux dont on trouve le modèle chez les graves musulmans.\névidemment les gitanes connaissent tout cela, dansent tout cela : j'en ai vu qui dansaient\nle cake-walk ! Elles y sont obligées par le public-tyran, qui, tantôt cosmopolite, tantôt trop\nenfant, se fatiguerait rapidement des danses calmes, silencieuses, dans lesquelles précisément\nla danseuse déploie tout son art, toute sa véritable personnalité, et auxquelles nous sommes\nforcés de nous intéresser vivement.\nOui, la vraie danse artistique est calme. En voici une qui m'a frappé, et que je vous\nretracerai hâtivement. Figurez-vous la salle plongée dans l'obscurité sauf un rayon électrique\ndans lequel évolue la \" gitana \" : celle-ci une femme de race, brune, expressive, bien faite et\nvetue de telle sorte que pas un de ses mouvements ne passe inaperçu (et pourtant, aucune\nnudité). La musique est exécutée en sourdine par un petit orchestre à cordes. Après une entrée\nen forme de marche concentrique, l'artiste se trouve au milieu de la scène, et la musique\ns'égrène lentement en mineur :\nPetit à petit, les bras se sont élevés, les mains frémissant légèrement au-dessus de la tête\nsemblent attirer et fixer le regard de la danseuse, qui doucement pivote sur place avec une\nondulation rythmique de tout le corps, scandé de temps en temps par un léger claquement\nde castagnettes ; le mouvement paraît vouloir s'animer :\nMais il n'en est rien : le motif obstiné reprend \" pp \"\net plus lentement encore.\nA ce moment, la danseuse est dans une attitude quasi extatique : l'ondulation qui l'agitait\ns'est transformée en un frémissement imperceptible qui la parcourt des talons à l'extrémité des\nmains, et il y a quelque chose d'hypnotique dans cette situation. D'ailleurs est-ce si in-\nvraisemblable ?\nLe jeu de lumière, le silence, la monotonie et la tonalité de la musique, la régularité du\nrythme, la persistance de la pose, créent une sorte de milieu parfaitement propre à une légère\nauto-hypnose (il faudrait que le Dr Grasset passe par là) — et malgré soi, on songe qu'il court\ndans ces veines un sang à moitié oriental, ami du mystère, et qu'il pourrait bien ressusciter\nles visions dont les Alexandrins se délectaient aux temps déjà si lointains de la belle"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.77", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1771, "texte": "orchestique Mais le charme est rompu ;un vigoureux coup de talon dans le plancher,\net la réalité réapparaît : l'orchestre, à plein son, et avec les cuivres, lance de motif final.\nLes castagnettes entrent en jeu, le geste est vaste, accentué, rapide, le rythme marqué avec\nles pieds impérieusement jusqu'à l'accord final, où la gitane se fige soudain en une attitude\nsuperbe.\nLe chant tient une assez grande place dans l'art gitane : beaucoup de danses sont\nencadrées et entrecoupées de fragments mélodiques d'un caractère très spécial, et voisin,\ncertainement cette fois, de la mélopée orientale ; tonalité mineure le plus souvent, mélismes\nnombreux, inflexions gutturales, échelle chromatique, rien n'y manque. En voici un exemple :\nToute l'Andalousie, d'ailleurs, connaît et pratique ces types mélodiques, parfois c'est la\nnuit, dans les sentiers qui parcourent les sauvages montagnes de cette région que l'on surprend\nl'étrange mélopée : c'est un voyageur, un marchand, qui tranquillement assis sur son âne\ncharme sa route en chantant les refrains de son enfance :\nl'Ai paS .quel(ïue chose de l'Arabesque qui nous émerveille à l'Alhambra ou à\nAlcazar. .Lt pourquoi faut-il que la mémoire humaine soit si peu durable et si peu fidèle?\nbans quoi nous aurions peut-être un stock mélodique important d'un art disparu et qui dut\nêtre le digne pendant de l'architecture si frappante d'originalité et de perfection qui se dresse\naujourd hui encore en Andalousie.\n, _ .Mai® l'Espagnol a laissé s'échapper le trésor musical de l'Arabe vaincu, comme il laisse\nseitriter les monuments orientaux dont il s'enorgueillit naïvement et je crois que\narchéologie de notre art ne s'enrichira pas, dans ces régions, de bien nombreux et bien\nintéressants documents.\n\nMachabey."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c046", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 78, "image_fin": 78, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.16", "titre_corps": "LES FAITS DU MOIS", "titre_sommaire": "LES FAITS DU MOIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.78", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2172, "texte": "LES FAITS DU MOIS\n10 DECEMBRE AU 10 JANVIER\nQuelques blocs\nde marbre blanc\nsortent de terre\nau milieu d'un\ntrottoir de VA-\nvenue Montaigne. Les passants, intrigués, com-\nmentent cette éruption. \"Julien VApostat :\nle nouveau drame lyrique du nouvel immortel\nse passera devant la gare Saint-Lazare. Les\nabonnes de V Ouest-Etat sont dans Vextase ?nais\ncette publicité systématique faite par un officiel,\nau réseau de VEtat est sévèrement jugée par\nles indépendants. Tératologie : un soiriste\nde Comœdia rapporte d'une promenade en\ncoulisse cette impressionnante vision : \" MUe Edmée Favart montre ses petites dents de rossignol \"\nLe monde savant est en émoi : une commission d'ornithologues vient de se réunir pour discuter la\nportée incalculable de cette découverte. Les dialogues sur la pierre blanche continuent : u 6 est\nde Vart grec ? \" \" Evi-\nXVI. \" u Vous savez que\nVan Dyck. \" \" Parbleu !\nun peintre !\" Les tortion-\net celui de la Schola Cantorum,\nobligent Mlle Bréval\\ déjà\nnuit du 31 décembre les glaciers\ndemment, puisque c est du Louis\nla mise en scène a été confiée a\nIl fallait un musicien, on a pris\nnaires : le directeur de l'Opéra\ndans un accès de cruauté inouïey\nenrhumée, à gravir dans la\nde la montagne d'lserlech. Après\navoir chanté pendant une heure, les pieds dans la neige, /'excellente cantatrice est obligée de s'aliter.\nuAu large, maintenant, au large ! \" s'écrient cyniquement les coupables qui hèlent deux taxis, se\nfont conduire à la gare de Lyon et quittent Paris avant l'aurore. M. Messager s'est terré sur la\nCôte d'Azur, mais M. Vincent d'lndy a passé la frontière et ne s'est senti en sécurité qu'en arrivant\na Florence. Pendant ce tempsy les abonnés de l'Opéra, qui en ont vu bien d'autres, attendent\npatiemment, jumelles en mains, que Fervaal redescende de sa mon-\ntagne et engagent des paris sur la durée probable de son ascension.\nSoutenu par les chauds témoignages de sympathie que lui prodiguent\nses collègues, M. Raoul Gunsbourg s'élance\nau pupitre pour conduire Parsifal.\nNotre collaboratrice, Mlle Marie Denizard\npose sa candidature a la Présidence de la\nRépublique. Et la scène montait toujours.\nSWIFT (Croquis d'Emmanuel Barcet)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c052", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c052", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 79, "image_fin": 79, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.17", "titre_corps": "REVUE DE LA PRESSE QUOTIDIENNE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA PRESSE QUOTIDIENNE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.79", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 6817, "texte": "REVUE DE LA PRESSE QUOTIDIENNE\nLA SORCIÈRE\nLE FIGARO\nIl n'est aucune page de cette nouvelle\npartition qui ne soit traitée avec la plus\nbelle conscience artistique, qui ne soit\nélaborée avec un souci de perfection et\nla plus rare ingéniosité dans la technique.\nUn orchestre d'une admirable sonorité,\nsans surcharges, sans recherches d'inutile\npréciosité, entoure l'œuvre entière d'une\natmosphère pittoresque, tendre ou tra-\ngique, et commente les diverses péripé-\nties de l'action avec une éloquence sobre,\nd'un effet pénétrant.\nDe cet ensemble d'une si noble tenue\nse dégagent quelques pages tout à fait\nsupérieures. Le quatrième acte tout en-\ntier d'abord l'interrogatoire de Zoraya\ndans les souterrains de l'lnquisition de\nTolède, dont la musique sombre et con-\ncentrée, d'une vérité sinistre, traduit si\nfidèlement l'impitoyable horreur. Cet\nacte assurerait à lui seul le succès, certain\nd'ailleurs, de l'ouvrage.\nLa couleur riante, ensoleillée, des\npremières scènes du second acte, dans la\ndemeure de Zoraya, avec le murmure\nlointain des cloches résonnant dans l'air\ndu soir 5 la fête si pittoresque et si\nvivante de l'acte suivant dans le patio\ndu palais du gouverneur 5 à la fin du\nmême acte, la fuite éperdue des deux\namants après le meurtre du familier du\nSaint-Office, tandis que retentissent au\nloin les derniers échos d'une sérénade :\nautant de tableaux où l'art du composi-\nteur se révèle varié, expressif, sincère\ntoujours et toujours supérieur.\nH. QUITTARD.\n¥ A I IFK?P HP\nIL /4 Ll ÈDïihk il à kJj\nJe ne puis le cacher : dans la Sorcière\nil me semble que l'effort du musicien a\nfléchi. Non que je lui reproche d'avoir\nsensiblement simplifié et clarifié son\nstyle, qui n'a toujours eu que trop de\ntendance au touffu. C'est malheureuse-\nment aussi dans l'intime esprit de son\nœuvre qu'un changement apparaît. J'y\nvois avec peine la recherche de la mu-\nsique le céder à celle de l'effet extérieur,\net se marquer le dessein évident d'obéir\nau goût du public pour le mélodrame.\nM. Erlanger n'y a d'ailleurs que très\nimparfaitement réussi. Certes, son ex-\npérience du théâtre atteint un succès ;\nmais en compromettant un peu ses qua-\nlités propres, il n'a pu acquérir tout à\nfait les défauts qui font délirer les foules.\nIl a pris depuis longtemps de mauvaises\nhabitudes. Un musicien qui a son passé\néprouve forcément qu'il n'est pas a la\nportée de tout le monde d'oublier la\nmusique, et de recommencer la Tosca.\nQu'il me pardonne ce mot, et ne\ncroie pas que j'aie pu penser un instant\nà le comparer à un Puccini ! Son mélo-\ndrame n'est point grossier : et à ce qu'il\nécrit, on verra toujours qu'il est un\nmusicien. Mais le seul fait d'accepter\npour livret, je ne dis pas : un sujet\nconflit passionnel, au fond, quelconque\net fort simple mais un drame de\nVictorien Sardou, dans la forme même\nque lui a donnée ce magistral illusion-\nniste, ne peut qu'indiquer, ou bien une\nerreur fondamentale sur l'essence de la\nmusique dont on ne peut soupçonner\nM. Erlanger, ou bien le ferme propos de\nn'écrire qu'un ouvrage facticement mu-\nsical. Le procédé scénique de Sardou est\nen effet le contraire de la musique.\nGASTON CARRAUD.\nM. Erlanger a prêté aux acteurs du\ndrame une physionomie et une allure\nfort expressives, a su les animer, selon\nleur caractère, d'une vie chaleureuse,\nd'un accent sincère, vrai, communicatif,\net, sous ce rapport, La Sorcière me paraît\nmarquer sur ses ouvrages précédents un\nprogrès indéniable (si, toutefois, il n'est\npas malséant d'employer le mot progrès\nen parlant d'un artiste aussi expérimenté\nque M. Erlanger et aussi parfaitement\nmaître de son talent). Il y a aussi dans\nLa Sorcière des pages poétiques : l'entrée,\nau premier acte, de Zoraya cueillant des\nfleurs au clair de lune, son dialogue avec\nEnrique, le prélude du deuxième acte,\npuis le duo où il semble que les deux\namants soient enveloppés d'un arôme de\n\"musc et de benjoin\" exhalé par les\ncheveux de la belle sorcière ; le petit\nchœur des mendiants, d'autres encore.\nLes mouvements scéniques sont menés\nd'une main sûre 5 a ce point de vue, la\nfin du troisième acte est excellente, avec\nses raclements de guitare, ses sorties\nsilencieuses et furtives\nCe que j'ai à cœur de dire, c'est que\nLa Sorcière de M. Erlanger, malgré cer-\ntaines réserves que je me permets de\nfaire et que je développerais si j'en\navais ici le loisir, est une œuvre intéres-\nsante, robuste, convaincue et musicale.\nJ'insiste sur ce mot. On peut aimer ou\nne pas aimer la nature musicale de\nM. Erlanger, mais on ne peut nier qu'il\nécrive en musique. Et, croyez-le, toute\nla question est là. Qu'on s'appelle\nDebussy ou Gounod, Mozart ou Dukas,\nPalestrina ou Ravel, l'essentiel pour un\nhomme qui se dit compositeur est d'écrire\nen musique ; qu'on s'aime ou qu'on se\nhaïsse, que l'on s'admire ou se décrie,\ncela met quand même un lien entre\nartistes de genres, d'opinions ou de\ntempéraments divers : ils peuvent être\nadversaires, ennemis même, ils parlent\nun langage dont l'origine est semblable,\nsi lointaine, si imperceptible qu'elle soit.\nVoilà ce qui les différencie de ceux\nqui prétendent vivre de la composition\nmusicale que dis-je ? qui en vivent\nsans avoir, au préalable, jugé utile d'ap-\nprendre la musique. C'est ainsi 5 et le\ntableau des recettes, pas plus que les\n\" communiqués\" des courriers de théâtre\nn'y sauraient rien changer.\nREYNALDO HAHN,\nLe seul genre de musique qui eût\nréellement convenu ici, comme dans la\nTosca et dans Fédora, c'est la musique\nvériste. M. Camille Erlanger n'a pas\nvoulu emboîter le pas carrément aux\nPuccini et aux Giordano. En principe,\non ne peut que l'en féliciter. Il y a bien\ncependant, surtout dans les derniers\nactes, quelques effets analogues à ceux\nque pratiquent les Italiens contempo-\nrains. Mais il est vrai que M. Erlanger\na été gêné par des scrupules qui ne lui\nont pas permis de recueillir tout le\nbénéfice de ces tentatives. Faute d'avoir\nsu prendre un parti, il a écrit une par-\ntition qui n'empoigne qu'à moitié les\namateurs de vérisme et qui ne satis-\nfait pas complètement non plus les\namateurs de musique. Cette indécision\nconstitue le défaut essentiel de cette\nœuvre, qui souffre aussi d'une lourdeur,\nd'une monotonie, d'un manque d'aisance\net de spontanéité qui se retrouvent\ntoujours chez M. Erlanger. La ligne\nmélodique est contourrée et torturée ;\nl'orchestration est soignée, mais sans\néclat et sans imprévu. On ne peut dire\nprécisément que M. Erlanger soit un\nmauvais musicien : il connaît la théorie\nde son art ; mais je crains qu'il ne soit\npas un musicien-né et qu'il ne ressemble\nà ces poètes que Boileau accusait de\nrimer malgré Minerve. Le grand duo\nd'amour du second acte, un des rares\nendroits de la pièce où la musique\npouvait se déployer un peu, est prodi-\ngieusement inexpressif. Le succès a été\npour les derniers actes, où la musique\ns'efface devant l'action.\nPAUL SOUDAY."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c053", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c053", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 80, "image_fin": 81, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.18", "titre_corps": "L'Édition Musicale", "titre_sommaire": "L'Édition Musicale", "signature_source": "V. P", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.80", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2979, "texte": "L'Édition\nMusicale\n\n* Soprano ## Mezzo *** En plusieurs Tons\n1 Durand 2 Demets 3 Senart 4 Mathot\n5 Elkin 6 Schott 7 Ricordi 8 Universal édition\nCHANT. Les habiles gens que MM. les compositeurs ! Que faut il admirer le plus,\nde leur adresse ou de leur fécondité ? une mélodie pour chant et piano ne leur coûte évidem-\nment qu'un trait de plume : quelques vers de Verlaine ou d'Albert Samain, un accompagne-\nment enveloppant quelques petits emprunts à Pelléas, et le tour est joué. Il l'est même souvent\nd'une façon tout à fait magistrale.\nCette remarque nocive ne nous empêche pas de reconnaître de très bonne musique par\nexemple chez M. Louis Aubert dans le Secret Aveu, ou Un berceau (*** i) • chez\nM. Jean Gras, dont les Elégies s'apparentent aux meilleures pages d'Henri Duparc (** i) ;\nchez M. Edouard Mignan avec ses Quatre mélodiej (** i), si prenantes de couleur et de\ncontour. Il ya un peu moins de notes utiles chez Mme Pauline Aulbert, qui s'emploie\nà nous dire la Plainte de Pan (** 2) et les impressions intimes de La Lampe (** 2), une\nlampe qui aurait rêvé d'être soleil. Avec M. A. Borchard, Invocation, (*\"* 1) et Dédicace (** 1),\nnous commençons à nous éloigner de la formule debussyste pour nous rapprocher de Massenet.\nNous continuons à évoluer dans le même sens avec M. Paul Bazelaire, Villanelle (* 2),\navec M. Louis de Orévecœur, Le Vitrail (** 2)5 et le Sonnet de Dante (* 2), amusante\nfantaisie dans le style archaïque, avec M. Georges Anglefoel, le Chant de la pluie (** 6),\navec M. Bron, Le plus doux chemin (** 2). Ce chemin là nous mènerait tout droit chez\nPaul Delmet si nous nous y risquions trop avant. Mais en suivant M. Cyriil Scott, nous\narriverons, chez les ministrels, avec Pierrot and the moon maiden (*** Sleep song (*** 5) et\nIn the valley {*** 5).\nUn mot encore au sujet de Six mélodies qui ne sont pas sans valeur ; mais n'étions-nous\npas en droit d'attendre plus de modernisme de Mme Amirian, principale dépositaire d'une\nméthode de composition dont l'originalité ne saurait être mise en doute ? Un mot encore,\net que je voudrais plus long, au sujet de deux petits recueils où tout chanteur de salon trou-\nverait à glaner : l'un, de M. Louis Schopfer renferme 5 Mélodies (* 7) qui pour avoir été\nécrites il y a une vingtaine d'années n'ont rien perdu de leur fraîcheur ni de leur à propos ;\nil ya là des pages d'une grâce achevée : Y Investiture, le Spleen, Clair de Lune. L'autre de\nM. Dupin, (3) est au premier abord, moins séduisant ; l'écriture y est souvent grimaçante ;\ndes longueurs, des insistances, des naïvetés ; on songe malgré soi à certaines complaintes popu-\nlaires : à côté de cela, une originalité mélodique très accusée une inspiration très soutenue, très\ngrave et dont la sincérité ne saurait être mise en question ; voilà bien des qualités.\nQuelques Anthologies, à présent : un volume de Chansons Populaires franco-vallonnés (6)\nfaisant suite aux chansons flamandes déjà publiées en 1904. Douze Airs de l'ancienne école"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.81", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 882, "texte": "italienne, groupés par ordre chronologique, avec paroles allemandes et italiennes, sous le titre\nd'lsori Album (8). Nul n'était plus qualifié, reconnaissons le que Mme Isori, pour remettre\nau jour et annoter les chefs d'oeuvre du Bel Canto qui font le fond de son répertoire. Un\ncahier de Rondes et Chansons bretonnes (4), paroles et dessins de Léon Pradère Niquet,\nmusique du même, le tout en style Botrel ; mais avec beaucoup plus de conviction. De style\npopulaire encore, une ronde à quatre voix mixtes qui ne manque pas d'entrain ni de verdeur,\nVoici le temps de la moisson, par Jacques Pillois (4). A la dernière minute, je reçois encore\n6 quatuors ou chœurs de M. Léo Sachs, pièces très chantantes, très vocales, et faisant preuve\nd'une musicalité qui va s'affinant de jour en jour. Les sociétés chorales auraient grand tort de\nne pas en faire leur profit.\n\nV. P."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c055", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c055", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 81, "image_fin": 81, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.19", "titre_corps": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.81", "debut_caractere": 884, "fin_caractere_exclue": 2500, "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS\nDE LA MUSIQUE\nAu cours de ia dernière réunion de son -Conseil d'Administration, la Société Française des\nAmis de la Musique, a adressé à Son Altesse Royale, la Duchesse de Vendôme, Présidente\nd'Honneur de la Société, l'expression de ses respectueux sentiments de condoléance, à l'occasion\ndu deuil qui vient de frapper la famille royale de Belgique.\nLe Conseil vote des compliments à l'adresse de M. le Comte Gaston Chandon de Briailles,\nPrésident de la Société, nommé Chevalier de la Légion d'Honneur, et à M. Gustave Berly,\nVice-Président de la Société, nommé Chevalier de la Légion d'Honneur.\nDans leur dernière réunion, les membres des Amis de la Musique ont applaudi\nM. Georges Lecomte, qui au cours d'une brillante Conférence sur Y Emotion Musicale dans la\npeinture et la sculpture conférence dont on trouvera bientôt dans la Revue, les parties\nessentielles a fait défiler 80 projections lumineuses, représentant les chefs-d'œuvre de' notre\nart sculptural et pictural. M. Georges Lecomte obtint un très vif succès. Mme Engel-Bathori a\ncharmé l'auditoire, en chantant de subtiles et spirituelles mélodies de Maurice Ravel, que le\ndistingué compositeur accompagnait lui-même, avec son habituelle virtuosité.\nLes Amis de la Musique ont été convoqués le 13 janvier à la Salle Hoche, pour, assister\nà une réunion au cours de laquelle a été présenté un très curieux instrument, \" l'Orphéal \"\nqui procède des récentes découvertes de Marconi, et figure à lui seul, ui\\ orchestre entier.\nLes membres de la Société seront prochainement convoqués, pour assister à l'Assemblée\nGénérale annuelle."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c056", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c056", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 82, "image_fin": 82, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.20", "titre_corps": "Mémoires d'un amnésique", "titre_sommaire": "Mémoires d'un amnésique", "signature_source": "Erik Satie", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.82", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2005, "texte": "Mémoires d'un amnésique\nErik Satie.\nCHOSES DE THEATRE (fragment)\nJ'ai toujours eu la pensée d'écrire un drame lyrique sur le suivant et\nparticulier sujet :\nEn ce temps-là, je m'occupais d'alchimie. Seul dans mon laboratoire,\nun jour je me reposais. Dehors, un ciel de plomb, blafard, sinistre : une\nhorreur !\nJ'étais triste, sans en connaître la raison ; presque craintif, sans en\nsavoir la cause. L'idée me prit de me distraire en comptant, lentement sur\nmes doigts, de un à deux cent soixante mille.\nv Je le fis : et n'en tirai qu'un grand ennui. Me levant, j'allai prendre\nune noix magique et la mis, avec douceur, dans un coffret en os d'alpaca\nenrichi de sept diamants.\nAussitôt, un oiseau empaillé s'envola ; un squelette de singe se sauva;\nune peau de truie grimpa le long du mur. Alors la nuit vint couvrir les\nobjets, détruire les formes.\nMais on frappe à la porte du fond, celle qui est proche des talismans\nmédiques, talismans qui me furent vendus par un maniaque polynésien.\nQu'est-ce ? Mon Dieu ! n'abandonnez pas votre serviteur. Il a\ncertainement péché, mais il s'en repent. Pardonnez-lui, je vous prie.\nOr la porte s'ouvre, s'ouvre, s'ouvre comme un œil ; un être informe\net silencieux s'avance, s'avance, s'avance. Je n'ai plus une goutte de sueur\nsur ma chair terrorisée ; de plus, j'ai très soif, très soif.\nDans l'ombre, une voix s'élève :\n— Monsieur, je crois que j'ai la double vue.\nJe ne connais pas cette voix. Elle dit :\n— Monsieur, c'est moi ; c'est bien moi.\n<v — Qui, vous? fis-je, angoissé.\n— Moi, votre domestique. Je crois que j'ai la double vue. N'avez-\nvous pas mis, avec douceur, une noix magique dans un coffret en os\nd'alpaca enrichi de sept diamants ?\nSuffoquant, je ne pus que répondre :\n— Oui, mon ami. Comment le savez-vous ?\nIl s'approche de moi, glissant et ténébreux, noir dans la nuit. Je le\nsens qui tremble. Sans doute, il a peur que je ne lui envoie un coup\nde fusil.\nEn un hoquet, tel un petit enfant, il murmure :\n— Je vous ai vu par le trou de la serrure."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c057", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c057", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 83, "image_fin": 83, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.21", "titre_corps": "Çà et Là", "titre_sommaire": "Çà et Là", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.83", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2838, "texte": "Çà et Là\nLE DINER DE LA REVUE\nNous ne nous étions pas trompés en escomptant le succès d'un dîner périodique réunis-\nsant dans l'intimité d'un 8 à 10 cordial les personnalités du théâtre, des lettres et des arts à qui\nla fièvre parisienne ne permet que trop rarement de consacrer quelques instants à d'amicales\nrencontres et à de sympathiques entretiens, La brillante réussite du premier dîner de notre\nRevue qui eut lieu le 16 décembre à PElysée-Palace nous a prouvé que notre initiative était\nheureuse. Les noms seuls de nos convives affirmeront la charmante solidarité et l'affectueuse\ncamaraderie qui persistent dans les milieux artistiques malgré l'âpreté de la lutte pour la gloire.\nAutour des petites tables fleuries avaient en effet pris place : Mesdames Marguerite Carré,\nLucie Delarue-Mardrus, Berthe Bady, Isadora Duncan, Natacha Trouhanowa, Jane Henri-\nquez, Napierkowska, Germaine Bailac, Lilian Greuze, Darling, Rouvier, Le Senne, Jane\nMortier, de Varenne, etc., etc. MM. Louis Barthou, Albert Carré, Henry Bataille, Léon\nBailby, Albert Flament, Léon Bakst, J.-H. Rosny aîné, J. Ecorcheville, Théodore Reinach,\nGabriel Astruc, Xavier Leroux, Camille Chevillard, Alexis Rostand, Raoul Gunsbourg,\nJacques Rouché, Docteur Mardrus, Gabriel Alphaud, Jean Lefranc, E. Vuillermoz, Georges\nRicou, Marinetti, Robert Brussel, G. Berly, Georges Casella, Maurice Ravel, F. Custot, Ch.\nLegrand, Ed. Mathé, Prègre, Ricardo Vinès, Georges Pioch, Louis Payen, Putz, Borgex, L.\nde Morsier, Laporte, Louis Masson, Alfred Casella, Lévi-Alvarès, Docteur Bouteron, G.\nLefeuve, Kayser, Chantagut, Richter, Dolmetsch, Schloss, Henry de Maublanc, P. Landowski,\nG. Risler, René Chalupt, Max Rikoff, Jacques Jarry, Marcel Pollet, H. Reifenberg,\nE. Max, etc.\nAprès le dîner, avec une charmante bonne grâce, Isadora Duncan improvisa quelques\ndanses exquises et la délicieuse Darling, de l'Opéra-Comique se fît applaudir dans de fougueux\npas espagnols.\nLe prochain dîner de la revue est fixé au 11 février.\nUne curieuse séance de contrepoint pédestre nous a été donnée il y a quelques jours, chez\nle très aimable mécène Franz Custot. Mademoiselle Carmelita Ferrer, chorégraphe espagnole,\nen travesti gris, et perchée sur de hauts talons, nous charma par des danses savamment\nrythmées. Aux accents d'une guitare et d'une mandoline se mêlèrent les crépitements de deux\ntalons agiles. Jean d'Udine, présent, n'arrivait pas à compter les naves et les puises accumulées\npar ces pieds incoercibles. Remarqué dans l'assistance :M. et Mme Dettelbach, M. et\nMme Etienne Gaveau, Mme Kutscherra, M.M. Jean Périer, Abel Faivre, d'Estournelles de\nConstant, Ricardo Vinès, M. et Mme Lazare Lévy, M.M. Calvocoressi, Maurice Dumesnil,\nLouis de Morsier, Alfred Cortot, F. Richter, M. et Mme A. Casella, M. et Mme J. Ecorche-\nville, marquis et marquise de St. Légier, etc."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c058", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c058", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.22", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1431, "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES\nAMIS DE LA M USIQ\nCOMITÉ D'HONNEUR\nM. le Président de la République.\nt,v\nM. le Ministre de V Instruction\nM. le Sous-Secrétaire\nM. Gabriel Fauré, Directeur du Conservatoire.\nM. Henry Marcel, ancien Directeur des Beaux-Arts, Administrateur général\nde la Bibliothèque\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nPRÉSIDENTE D'HONNEUR\nS. A. R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\nx' ! * / • -■ * » . • . •. . ■\nBUREAU\nPRÉSIDENT-.\nM. LE COMTE GASTON CHANDON DE\nBRIAILLES.\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. LE PRINCE A. D'ARENBERG, de r Institut.\nM. LOUIS BARTHOU, député, anciengarae\ndes sceaux.\nP. GUSTAVE BERLY,\nM', j, ECÔRCHEVILLE, docteur es-lettres.\n\\ét é. >\nTRESORIER\n•-%v\nM. LÉO SACHS.\nSECRETAIRE DU CONSEIL\nM. J. PASQUIER.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M. GEORGES CASELLA.\nMEMBRES DU CONSEIL\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, directeur général hono-\nraire au ministère des finances.\nM. LÉON BOURGEOIS, sénateur, ministre\ndu Travail.\nM. GUSTAVE BRET.\nM. GUSTAVE CAHEN.\nMME MICHEL EPHRUSSI.\nMME LA COMTESSE GÉRARD DE GANAY\nM. FERNAND HALPHEN.\nMME LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMME LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nMME DANIEL HERRMANN.\nMME H ENRY HOTTINGUÈR.\nMME GEORGES KINEN.\nMME LA COMTESSE PAUL DE POSTALES,\nM. A. PRÈGRE. Ï , •\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND.\n*\nM. ALEXIS ROSTAND,\nd ' Administration du Comptoir National\nd'Escompte de Paris.\nM. Louis SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI. |\nM. JACQUES STERN.\nMME TERNAUX-COM PANS."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c059", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c059", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.23", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1349, "texte": "LE PIANOLA-PIANO\nn'est p\nff piano méc\nV\nC> .r\\\nT T\n\\\nt\n<7\nsT\nA\nm\nS/êcA\nS\nLe PIAN OL A-PI AN O\nn'a rien de commun avec les\npianos automatiques, élec-\ntriques ou autres, dont le résul-\ntat est identique pour tous ceux\nqui les font \" tourner Le\ngrand intérêt du PIANOLA\n(qu'il soit indépendant et adapté\nextérieurement au piano, ou\nlogé dans le piano lui-même\nsous la forme du PIANOLA-\nPIANO) est de mettre à l'en-\ntière disposition de l'exécutant,\n— d'une façon absolue, —\nl'accent, la nuance et le\nmouvement métronomi-\nque, tout le style \" enfin,\net de lui permettre de guider\nces éléments en les variant\nsuivant son goût personnel. Il\ns'en suit que la même œuvre\npeut être jouée différemment\nselon le contingent de person-\nnalité apporté par chacun.\nLe répertoire du PIANOLA comprend toute la musique connue à ce jour : Sonates,\nConcertos, Airs d'Opéras, Danses, Chansons populaires, etc. Le perfectionnement du\nMétrostyle (propriété exclusive de la Cie permet à toute personne de jouer\nces œuvres en reproduisant l'interprétation des plus grands virtuoses contemporains\nou des compositeurs eux-mêmes.\nLe catalogue descriptif \"S \" est envoyé franco sur demande,\naccompagné d'une intéressante brochure par Alex. MoszkoWski sur le Vianola,\nTHE JEOLIAN COMPANY\nSALLE JEOLIAN, 32, Avenue de l'Opéra, Paris\nUNIQUE DEPOT A PARIS — AUDITIONS A TOUTE HEURE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c060", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c060", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 4, "image_fin": 4, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.24", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.4", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 775, "texte": "ÈTA © IL II S® El ® ïfTS\n*\n-,\nr\nSociété Anonyme au capital de 3.000.000 de francs entièrement versés\n0 0\nMANUFACTURE DE PIANOS\nFondée par J. G. Gaveau en 1847\nETIENNE GAVEAU, ADMINISTRATEUR-DIRECTEUR\nSiEGE SOCIAL a USINE\n45, 47, rue La Boëtie, (VIÎIe) % à Fontenay-sous-Bois (Seine)\nAdresse télégraphique : GAVIANOS, PARIS — Téléphone 528.20, 528.01\nHors Concours Barcelone 1888, Moscou 1891, Chicago 1893,\nAmsterdam 1895, Paris 1900.\nDiplômes d'honneur Amsterdam 1883, Anvers 1885,\nBruxelles 1888.\nGrand Prix Hanoï 1893, Liège 1905.\nClavicordes, Epinettes, Virginales, Clavecins\nPianos Droits\nPianos à Queue\nPianos de style\nDea, Phonola, Uniola, Unioliszt\n—• • • • • • • • —\nRAYON SPÉCIAL DE MUSIQUE (Vente et Abonnement)\nSALLES DE CONCERTS\nDÉPÔT DES ÉDITIONS DE LA S. I. M."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c061", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c061", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 5, "image_fin": 5, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.25", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.5", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 682, "texte": "BERLIN W. 35\nFLOTTWELLSTR. 1\nTEL. AMT. LUTZOW\n797 et 3779\nLA DIRECTION DES\nCONCERTS HERMANN WOLFF\nORGANISE A BERLIN\nDU 21 AU 28 AVRIL 1912/13\nUN FESTIVAL BACH, BEETHOVEN, BRAHMS\nChefs d'Orchestre : Arthur Nikisch, Siegfried Ochs.\nW JT\nBERLIN 1912/13 HAMBOURG 1912/13\n10 Concerts Philharmoniques 6 Concerts Philharmoniques\nChef d'orchestre : Arthur Nikisch Chef d'Orchestre : Arthur Nikisch\n*# # £\nLa Direction des Concerts Hermann Wolfï\norganise des Concerts et des Con- Entreprend l'arrangement de\nférences [à Berlin et dans toutes Festivals de Musique et d'or-\nles grandes villes du Continent. ganisations cycliques\nREPRÉSENTE LES ARTISTES LES\nPLUS ÉMINENTS DE TOUTES LES\nNATIONS."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c062", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c062", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 6, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.26", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.6", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 819, "texte": "ÉCOLE N1EDERMEYER\nFONDÉE EN 1853\n9, Boulevard d'Auteuil (au Parc des Princes)\nBO U LOGN E-SU R-S EIN E\nv\n■»4..\nm\nv ; .\nm\nmm\nmM\nm\n-\nM\n•*:? *1\nI\n■\n1\nCette école d où sont sortis nombre d artistes qui honorent grandement la\nmusique française contemporaine dans les genres le plus divers : Gabriel Fauré,\nMessager, Bûsser, Alexandre George, Périlhou, Claude Terrasse, Gigout etc.\nest le seul internat existant en France où l'élève puisse mener de front ses études\nlittéraires et musicales. Elle \" doit être considérée comme une Ecole Normale\ndans laquelle les élèves font leurs humanités musicales \" (Rapport de M. Couyba\npour les beaux arts en 1907).\nExternat : Cours de solfège, chant, piano, orgue, violon, violoncelle. —\nEnsemble vocal. — Accompagnement. — Harmonie, contrepoint, composition.\nCours spéciaux pour Dames."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c063", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c063", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 8, "image_fin": 8, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.27", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.8", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 339, "texte": "MAX ESCHIG, Editeur de Musique\nTéléphone: 108.14 Rue Laffitte, PARIS Télégr- Eschig . Paris\nOUVERTURE EN JANVIER 1913\nD'UNE\nSUCCURSALE\nPOUR LA VENTE AU DÉTAIL ET LE\nSERVICE D'ABONNEMENT\n48» RUE DE ROME, 48\n1» rue de Madrid, 1\nPRÈS LE CONSERTATOIRE (MÉTRO : EUROPE)\nTéléphone : WAGRAM 99.04\n_\nABONNEMENTS\nMax Eschig et L. Grus et Cie réunis"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c064", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c064", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 9, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.28", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1344, "texte": "Comptoir National d'Escompte\nDE PARIS.\nCAPITAL : 200 Millions de francs, entièrement versés.\nSIÈGE SOCIAL: RUE BERGÈRE — SUCCURSALE: 2, Place de l'Opéra, PARIS.\nPrésident du Conseil d'Administration : M. ALEXIS ROSTAND,\nVice-Président, Directeur : M. E. ULLMANN,\nAdministrateur Directeur : M. P. BOYER.\nOPÉRATIONS DU COMPTODR\nBons à échéance fixe, Escompte et Recouvrements, Escompte de chèques, Achat et vente de\nMonnaies étrangères, Lettres de Crédit, Ordres de Bourse, Avances sur Titres, Chèques, Traites,\nEnvois de Fonds en Province et à l'Etranger, Souscriptions, Garde de Titres, Prêts hypothécaires\nmaritimes, Garantie contre les risques de remboursement au pair, Paiements de coupons, etc.\nAGENCES\n38 Bureaux de quartiers dans Paris — 1 5 Bureaux de Ban«\nlieue — 150 Agences en Province — 11 Agences dans les\ncolonies et pays de protectorat — 1 2 AGENCES A L'ÉTRANGER.\nLOCATION DE COFFRES-FORTS\nLe Comptoir tient un service de coffres-forts à la disposition\ndu public, 14, rue Bergère; 2, place de VOpéra; 147, boulevard\nSaint-Germain; 49, avenue des Champs-Elysées, et dans les\nprincipales Agences.\nUNE CLEF SPÉCIALE UNIQUE EST REMISE\nA CHAQUE LOCATAIRE.\nLa combinaison est faite et changée par le locataire, à son\ngré. — Le locataire peut seul ouvrir son coffre.\ns.\n3\nO\n*0 CO\nCO 05\nCD\nw O\nrn CO\n■— _Q\nC *\nci\ns»\nCD\nco\nco\nCL\nen\n■o\nc\nco"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c065", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c065", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 9, "image_fin": 9, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.29", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.9", "debut_caractere": 1346, "fin_caractere_exclue": 2964, "texte": "SOCIÉTÉ GÉNÉRALE\nPour favoriser le développement du Commerce et de l'Industrie en France.\nSOCIÉTÉ ANONYME. — CAPITAL : 400 MILLIONS.\nSIEGE SOCIAL ; 54,et 56, Rue de Provence\nSUCCURSALE-OPERA ; 1, Rue Halévy\nSUCCURSALE ; 134, Rue Réaumur (Place de la Bourse)\nà PARIS.\nDépôts de fonds à intérêts en compte ou à échéance fixe (taux des dépôts : de 1 an à 2 ans 2 °/0 ;\nde 4 ans à S ans 4 °/0 ; net d'impôt et de timbre) ; — Ordres de Bourse (France et Etranger) ; —\nSouscriptions sans frais ; — Vente aux guichets de valeurs livrées immédiatement (Obi. de Ch. de\nfer, Obi. et bons à lots, etc.) ; — Escompte et Encaissement d'Effets de Commerce et de Coupons\nfrançais et étrangers ; — Mise en règle et Garde de titres ; — Avances sur titres ; — Garantie contre\nle remboursement au pair et les risques de non-vérification des tirages , — Virements et chèques sur\nla France et l'Etranger ; — Lettres et Billets de crédit circulaires ; — Change de monnaies\nétrangères. — Assurances (Vie, Incendie, Accidents), etc.\nSERVICE DE COFFRES-FORTS\n(Compartiments depuis 5 fr. par mois ; tarif décroissant en proportion\nde la durée et de la dimension.)\n98 succursales, agences et bureaux à Paris et dans la Banlieue ; 877 agences en Province ; 3 agences\nà l'Etranger (Londres, 53, Old Broad Street ; Bureau à West-End, 65, 67, Regent-Street), et\nSt-Sébastien (Espagne) ; correspondants sur toutes les places de France et de l'Etranger. Corres-\npondant en Belgique et Hollande ; Société française de Banque et de dépôts, Bruxelles, 70, rue\nRoyale ; Anvers, 74, place de Meir ; Ostenda, 21, avenue Léopold ; Rotterdam, 103, Leuvehaven."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c066", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c066", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 10, "image_fin": 10, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.30", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.10", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 472, "texte": "% 4 „\nMi\n■\n■\n«\n§PB\n: &\nm\"\ni;!§||i§i| ■&:<**, W '\nkJ&$ ■ \".:\n'U\nM\n' :\n4< ■■\nÎSSHÏS?'\"\n;.Vt\n-• \", ~-x.\n.'. illlllililli\n.\n-■' y •\n•: :x'';''\n-.Vv-' .-•\n::::x;::::'\n16\nmf: ■ . ■\nB:. ..\nolliW\nv\nma\nSssSsssaiS&M\nm*iv.. tfïW^:\n'\n»\n;;i;?\niSS /\nSS#*!'\ns;®\n;;P:\n; im\nMÊÊmM\na S\n:j|||f;; :ï;,\nSîiïiiii i^lllliiilMi;;;\nBBIIBBIg SB\nv. \" •:«:<•■ • -«s:« .-H::/:l;site:ii^?lilï'0 - ?\n!§i\nMlllllf1\n1111 W lia m\n. >::::::::::::V::::x:.::':::::;.:: ' ;:.\nI r.\n„ V * Vï'-M\nMÊêW P; . ;ïliis»l;"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c067", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c067", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 11, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.31", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 962, "texte": "A NOS LECTEURS\nLe projet dont nos lecteurs ont pu voir l'annonce dans notre numéro de\nNovembre est le suivant :\n44 La Revue Musicale S. I. M. \" organise\nune série de dix auditions de MUSIQUE ANCIENNE\nles mardis de 4 h. 1/2 à 6 h. I /2, au\nThéâtre de la Comédie-Marigny (Champs Élysèes)\nDE JANVIER A AVRIL\navec le concours de l'ORCHESTRE COLONNE\nCes auditions comprendront :\nUn bref décor oratoire d'un quart d'heure;\nUne heure et demie de musique, coupée par :\nUn entr'acte permettant au public de prendre, au foyer, un five o clock tea,\noffert par la Revue.\nTout abonné d'un an à notre S. I. M. bénéficiera d'une réduction de\n25 °/„ sur les carnets de 60 francs, qui donnent droit à une place de fauteuil\nd'orchestre, loge ou balcon, â chacune de ces auditions. Soit 45 francs au\nlieu de 60. Donc :\nPour les non-abonnés, 10 auditions ....... 60 francs\nPour les abonnés :\nAbonnement à la Revue, ! 15 francs ) , n\n10 auditions .... 45 francs / rancs\nLA DIRECTION."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c068", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c068", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 12, "image_fin": 12, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.32", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1853, "texte": "PROGRAMME\nLe 21 Janvier : Musiques Anciennes\npar M. Henry ROUJON\nœuvres de la Renaissance, du £%£oycn-Age et du XVIle siècle.\nLe 28 Janvier : De Lully à Rameau\npar M. Théodore REINACH\nœuvres de Lully, Couperin, Vivaldi, Campra\nLe 4 Février : Rameau et la France\npar M. J. CHANT AVOINE\nœuvres de Rameau, CXCondonville, Lagarde, ete.\nLe 11 Février : Haendel et l'Angleterre\npar M. Bernard SHAW\nœuvres de l'Ecole anglaise du XVIle siècle,\nde Purcell et de Haendel.\nLe 18 Février: Bach et son temps\npar Mme DELARUE=MARDRUS\nœuvres de {F}ach, fëuctehede, elemann, Loeillet\nLe 25 Février : Deux Siècles d'Art Italien\npar M. G. D'ANNUNZIO\nœuvres italiennes de /600 à /800\nLe 4 Mars : Le Chevalier Gluck\npar M. Camille BELLAIGUE\nœuvres et dramatiques,\nopéra-comique de Çluck\nLe 11 Mars: Musiques Exotiques\npar M. Louis LALOY\nExtrême-Orient, Jlrménie, Russie, art mauresque. L'exotisme au\n*XVIIe siècle. L'exotisme dans la musique contemporaine.\nLe 1 Avril : La Révolution\npar M, Julien TIERSOT\nœuvres de cKCéhul. Gossec, etc.\nLe 8 Avril : Mozart et les Classiques\npar M. C. SAINT-SAËNS\nœuvres de Haydn, ZKCozart et leurs contemporains\nORCHESTRE COLONNE\nsous la direction\nM. Gabriel PIERNÊ\net de M. Philippe MOREAU\nInterprètes\nM mes F. Litvinne, de VOpéra.\nNeliy Martyll? de VOpéra-Comique.\nNicot-Vauchelet, de ïOpéra-Comique.\nLucy Vauthrin, de l'Opéra-Comique.\nMastio, de ï Opéra-Comique.\nValhn, de ï Opéra-Comique.\nEdmée Favart.\nElisabeth Velder, de VOpéra-Comique.\nM. Bonnard.\nSperanza Calo.\nMM. Altschewsky, de l'Opéra.\nG. Dubois, de l'Opéra.\nFabert, de l'Opéra.\nFrancell, de l'Opéra-Comique.\nCoulomb, de l'Opéra-Comique.\nLouis Diémer.\nAlfred Casella\nDufriche.\nDomnier.\nJ.-J. Nin.\n£3 0\nDanses\nMrnes Cléode Mérode, Chasles,Trouhanowa.\nM. Quinaut.\na\nChœurs\nLes Chanteurs Français sous la direction\nM. Henry EXPERT\nLa Revue publie les conférences de ces matinées"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-01-15-01-c069", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-01-15_01#c069", "volume": "bmtnabh_1913-01-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 46, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.2.33", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.46", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 374, "texte": "«\navec j\\ccom\n\\\n(le l'orte Piano on de Hari)\n0 &\n,3 A\n£ il\n*>\nT\n:H\n:M\n, (•\nA.\nKVS\n( y!\n__/y /.\nI\na-i\nr\nà\nsfr A/' /Z. /',/{} f afi'f de //ui/ii/rr </r </ /■ • Z,()[rZ S JKZ'Z .\n/'A/M/ /■:. v MM: A:/'/ / ///-'.\n(5' \"\nA PARIS\nI •\nSZ/'./i/'U. Zlttlîfaitr </e + lZu '((tttp, Z^M e </c,/' f'i/fs.r c/. ZZittMins* J ° ZZ. (7/(tit /te' iZcaa<J.\nZj { Zrt> rx /(Hf, r ,<v (fc J/ff/tU?"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.1", "texte": "IX-, Année, ,\nf\\ m.%\n15 Janvier 191Â.\nHonorée dune souscription du Ministère de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts\nfcafe.f i • Le numéro :\nI | m\nI France Ô Belgique 1 fr. 50\ng$ Union Postale 2 fr.\nPARIS, 29, rue La Boëtie\nTéléphone Wagram : 98=12\nCopyright by S. I. M. 1913\nUN AN\nFrance et Belgique 15 fr.\nUnion postale 20fr.\n\nSOUVENIRS DE PARIS, par Jeno Hûbay. * LA NAISSANCE DU VIOLON, par L. Greasamer. S\nMUSTAPHA ET L'ART PALESTRINIEN, par Péladan. * HISTOIRE D'UNE DÉCOUVERTE\nACOUSTIQUE, par G. Sizes. # UNE ROMANCE CHANTÉE PAR LOUIS XVII, par J. E. #\nLES LIVRES.\nLE MOIS, par\nS CLAUDE DEBUSSY # # AUGUSTE SËRIEYX ê\n* EMILE VUILLERMOZ * RENÉ LYR # ERIK SATÏE W JEAN LAPORTE #"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.2", "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES\nAMIS DE LA M USIQ\nCOMITÉ D'HONNEUR\nM. le Président de la République.\nt,v\nM. le Ministre de V Instruction\nM. le Sous-Secrétaire\nM. Gabriel Fauré, Directeur du Conservatoire.\nM. Henry Marcel, ancien Directeur des Beaux-Arts, Administrateur général\nde la Bibliothèque\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nPRÉSIDENTE D'HONNEUR\nS. A. R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\nx' ! * / • -■ * » . • . •. . ■\nBUREAU\nPRÉSIDENT-.\nM. LE COMTE GASTON CHANDON DE\nBRIAILLES.\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. LE PRINCE A. D'ARENBERG, de r Institut.\nM. LOUIS BARTHOU, député, anciengarae\ndes sceaux.\nP. GUSTAVE BERLY,\nM', j, ECÔRCHEVILLE, docteur es-lettres.\n\\ét é. >\nTRESORIER\n•-%v\nM. LÉO SACHS.\nSECRETAIRE DU CONSEIL\nM. J. PASQUIER.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M. GEORGES CASELLA.\nMEMBRES DU CONSEIL\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, directeur général hono-\nraire au ministère des finances.\nM. LÉON BOURGEOIS, sénateur, ministre\ndu Travail.\nM. GUSTAVE BRET.\nM. GUSTAVE CAHEN.\nMME MICHEL EPHRUSSI.\nMME LA COMTESSE GÉRARD DE GANAY\nM. FERNAND HALPHEN.\nMME LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMME LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nMME DANIEL HERRMANN.\nMME H ENRY HOTTINGUÈR.\nMME GEORGES KINEN.\nMME LA COMTESSE PAUL DE POSTALES,\nM. A. PRÈGRE. Ï , •\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND.\n*\nM. ALEXIS ROSTAND,\nd ' Administration du Comptoir National\nd'Escompte de Paris.\nM. Louis SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI. |\nM. JACQUES STERN.\nMME TERNAUX-COM PANS."}, {"page_pdf": 3, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.3", "texte": "LE PIANOLA-PIANO\nn'est p\nff piano méc\nV\nC> .r\\\nT T\n\\\nt\n<7\nsT\nA\nm\nS/êcA\nS\nLe PIAN OL A-PI AN O\nn'a rien de commun avec les\npianos automatiques, élec-\ntriques ou autres, dont le résul-\ntat est identique pour tous ceux\nqui les font \" tourner Le\ngrand intérêt du PIANOLA\n(qu'il soit indépendant et adapté\nextérieurement au piano, ou\nlogé dans le piano lui-même\nsous la forme du PIANOLA-\nPIANO) est de mettre à l'en-\ntière disposition de l'exécutant,\n— d'une façon absolue, —\nl'accent, la nuance et le\nmouvement métronomi-\nque, tout le style \" enfin,\net de lui permettre de guider\nces éléments en les variant\nsuivant son goût personnel. Il\ns'en suit que la même œuvre\npeut être jouée différemment\nselon le contingent de person-\nnalité apporté par chacun.\nLe répertoire du PIANOLA comprend toute la musique connue à ce jour : Sonates,\nConcertos, Airs d'Opéras, Danses, Chansons populaires, etc. Le perfectionnement du\nMétrostyle (propriété exclusive de la Cie permet à toute personne de jouer\nces œuvres en reproduisant l'interprétation des plus grands virtuoses contemporains\nou des compositeurs eux-mêmes.\nLe catalogue descriptif \"S \" est envoyé franco sur demande,\naccompagné d'une intéressante brochure par Alex. MoszkoWski sur le Vianola,\nTHE JEOLIAN COMPANY\nSALLE JEOLIAN, 32, Avenue de l'Opéra, Paris\nUNIQUE DEPOT A PARIS — AUDITIONS A TOUTE HEURE."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.4", "texte": "ÈTA © IL II S® El ® ïfTS\n*\n-,\nr\nSociété Anonyme au capital de 3.000.000 de francs entièrement versés\n0 0\nMANUFACTURE DE PIANOS\nFondée par J. G. Gaveau en 1847\nETIENNE GAVEAU, ADMINISTRATEUR-DIRECTEUR\nSiEGE SOCIAL a USINE\n45, 47, rue La Boëtie, (VIÎIe) % à Fontenay-sous-Bois (Seine)\nAdresse télégraphique : GAVIANOS, PARIS — Téléphone 528.20, 528.01\nHors Concours Barcelone 1888, Moscou 1891, Chicago 1893,\nAmsterdam 1895, Paris 1900.\nDiplômes d'honneur Amsterdam 1883, Anvers 1885,\nBruxelles 1888.\nGrand Prix Hanoï 1893, Liège 1905.\nClavicordes, Epinettes, Virginales, Clavecins\nPianos Droits\nPianos à Queue\nPianos de style\nDea, Phonola, Uniola, Unioliszt\n—• • • • • • • • —\nRAYON SPÉCIAL DE MUSIQUE (Vente et Abonnement)\nSALLES DE CONCERTS\nDÉPÔT DES ÉDITIONS DE LA S. I. M."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.5", "texte": "BERLIN W. 35\nFLOTTWELLSTR. 1\nTEL. AMT. LUTZOW\n797 et 3779\nLA DIRECTION DES\nCONCERTS HERMANN WOLFF\nORGANISE A BERLIN\nDU 21 AU 28 AVRIL 1912/13\nUN FESTIVAL BACH, BEETHOVEN, BRAHMS\nChefs d'Orchestre : Arthur Nikisch, Siegfried Ochs.\nW JT\nBERLIN 1912/13 HAMBOURG 1912/13\n10 Concerts Philharmoniques 6 Concerts Philharmoniques\nChef d'orchestre : Arthur Nikisch Chef d'Orchestre : Arthur Nikisch\n*# # £\nLa Direction des Concerts Hermann Wolfï\norganise des Concerts et des Con- Entreprend l'arrangement de\nférences [à Berlin et dans toutes Festivals de Musique et d'or-\nles grandes villes du Continent. ganisations cycliques\nREPRÉSENTE LES ARTISTES LES\nPLUS ÉMINENTS DE TOUTES LES\nNATIONS."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.6", "texte": "ÉCOLE N1EDERMEYER\nFONDÉE EN 1853\n9, Boulevard d'Auteuil (au Parc des Princes)\nBO U LOGN E-SU R-S EIN E\nv\n■»4..\nm\nv ; .\nm\nmm\nmM\nm\n-\nM\n•*:? *1\nI\n■\n1\nCette école d où sont sortis nombre d artistes qui honorent grandement la\nmusique française contemporaine dans les genres le plus divers : Gabriel Fauré,\nMessager, Bûsser, Alexandre George, Périlhou, Claude Terrasse, Gigout etc.\nest le seul internat existant en France où l'élève puisse mener de front ses études\nlittéraires et musicales. Elle \" doit être considérée comme une Ecole Normale\ndans laquelle les élèves font leurs humanités musicales \" (Rapport de M. Couyba\npour les beaux arts en 1907).\nExternat : Cours de solfège, chant, piano, orgue, violon, violoncelle. —\nEnsemble vocal. — Accompagnement. — Harmonie, contrepoint, composition.\nCours spéciaux pour Dames."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.7", "texte": "Si la fourmi était prêteuse....."}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.8", "texte": "MAX ESCHIG, Editeur de Musique\nTéléphone: 108.14 Rue Laffitte, PARIS Télégr- Eschig . Paris\nOUVERTURE EN JANVIER 1913\nD'UNE\nSUCCURSALE\nPOUR LA VENTE AU DÉTAIL ET LE\nSERVICE D'ABONNEMENT\n48» RUE DE ROME, 48\n1» rue de Madrid, 1\nPRÈS LE CONSERTATOIRE (MÉTRO : EUROPE)\nTéléphone : WAGRAM 99.04\n_\nABONNEMENTS\nMax Eschig et L. Grus et Cie réunis"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.9", "texte": "Comptoir National d'Escompte\nDE PARIS.\nCAPITAL : 200 Millions de francs, entièrement versés.\nSIÈGE SOCIAL: RUE BERGÈRE — SUCCURSALE: 2, Place de l'Opéra, PARIS.\nPrésident du Conseil d'Administration : M. ALEXIS ROSTAND,\nVice-Président, Directeur : M. E. ULLMANN,\nAdministrateur Directeur : M. P. BOYER.\nOPÉRATIONS DU COMPTODR\nBons à échéance fixe, Escompte et Recouvrements, Escompte de chèques, Achat et vente de\nMonnaies étrangères, Lettres de Crédit, Ordres de Bourse, Avances sur Titres, Chèques, Traites,\nEnvois de Fonds en Province et à l'Etranger, Souscriptions, Garde de Titres, Prêts hypothécaires\nmaritimes, Garantie contre les risques de remboursement au pair, Paiements de coupons, etc.\nAGENCES\n38 Bureaux de quartiers dans Paris — 1 5 Bureaux de Ban«\nlieue — 150 Agences en Province — 11 Agences dans les\ncolonies et pays de protectorat — 1 2 AGENCES A L'ÉTRANGER.\nLOCATION DE COFFRES-FORTS\nLe Comptoir tient un service de coffres-forts à la disposition\ndu public, 14, rue Bergère; 2, place de VOpéra; 147, boulevard\nSaint-Germain; 49, avenue des Champs-Elysées, et dans les\nprincipales Agences.\nUNE CLEF SPÉCIALE UNIQUE EST REMISE\nA CHAQUE LOCATAIRE.\nLa combinaison est faite et changée par le locataire, à son\ngré. — Le locataire peut seul ouvrir son coffre.\ns.\n3\nO\n*0 CO\nCO 05\nCD\nw O\nrn CO\n■— _Q\nC *\nci\ns»\nCD\nco\nco\nCL\nen\n■o\nc\nco\n\nSOCIÉTÉ GÉNÉRALE\nPour favoriser le développement du Commerce et de l'Industrie en France.\nSOCIÉTÉ ANONYME. — CAPITAL : 400 MILLIONS.\nSIEGE SOCIAL ; 54,et 56, Rue de Provence\nSUCCURSALE-OPERA ; 1, Rue Halévy\nSUCCURSALE ; 134, Rue Réaumur (Place de la Bourse)\nà PARIS.\nDépôts de fonds à intérêts en compte ou à échéance fixe (taux des dépôts : de 1 an à 2 ans 2 °/0 ;\nde 4 ans à S ans 4 °/0 ; net d'impôt et de timbre) ; — Ordres de Bourse (France et Etranger) ; —\nSouscriptions sans frais ; — Vente aux guichets de valeurs livrées immédiatement (Obi. de Ch. de\nfer, Obi. et bons à lots, etc.) ; — Escompte et Encaissement d'Effets de Commerce et de Coupons\nfrançais et étrangers ; — Mise en règle et Garde de titres ; — Avances sur titres ; — Garantie contre\nle remboursement au pair et les risques de non-vérification des tirages , — Virements et chèques sur\nla France et l'Etranger ; — Lettres et Billets de crédit circulaires ; — Change de monnaies\nétrangères. — Assurances (Vie, Incendie, Accidents), etc.\nSERVICE DE COFFRES-FORTS\n(Compartiments depuis 5 fr. par mois ; tarif décroissant en proportion\nde la durée et de la dimension.)\n98 succursales, agences et bureaux à Paris et dans la Banlieue ; 877 agences en Province ; 3 agences\nà l'Etranger (Londres, 53, Old Broad Street ; Bureau à West-End, 65, 67, Regent-Street), et\nSt-Sébastien (Espagne) ; correspondants sur toutes les places de France et de l'Etranger. Corres-\npondant en Belgique et Hollande ; Société française de Banque et de dépôts, Bruxelles, 70, rue\nRoyale ; Anvers, 74, place de Meir ; Ostenda, 21, avenue Léopold ; Rotterdam, 103, Leuvehaven."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.10", "texte": "% 4 „\nMi\n■\n■\n«\n§PB\n: &\nm\"\ni;!§||i§i| ■&:<**, W '\nkJ&$ ■ \".:\n'U\nM\n' :\n4< ■■\nÎSSHÏS?'\"\n;.Vt\n-• \", ~-x.\n.'. illlllililli\n.\n-■' y •\n•: :x'';''\n-.Vv-' .-•\n::::x;::::'\n16\nmf: ■ . ■\nB:. ..\nolliW\nv\nma\nSssSsssaiS&M\nm*iv.. tfïW^:\n'\n»\n;;i;?\niSS /\nSS#*!'\ns;®\n;;P:\n; im\nMÊÊmM\na S\n:j|||f;; :ï;,\nSîiïiiii i^lllliiilMi;;;\nBBIIBBIg SB\nv. \" •:«:<•■ • -«s:« .-H::/:l;site:ii^?lilï'0 - ?\n!§i\nMlllllf1\n1111 W lia m\n. >::::::::::::V::::x:.::':::::;.:: ' ;:.\nI r.\n„ V * Vï'-M\nMÊêW P; . ;ïliis»l;"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.11", "texte": "A NOS LECTEURS\nLe projet dont nos lecteurs ont pu voir l'annonce dans notre numéro de\nNovembre est le suivant :\n44 La Revue Musicale S. I. M. \" organise\nune série de dix auditions de MUSIQUE ANCIENNE\nles mardis de 4 h. 1/2 à 6 h. I /2, au\nThéâtre de la Comédie-Marigny (Champs Élysèes)\nDE JANVIER A AVRIL\navec le concours de l'ORCHESTRE COLONNE\nCes auditions comprendront :\nUn bref décor oratoire d'un quart d'heure;\nUne heure et demie de musique, coupée par :\nUn entr'acte permettant au public de prendre, au foyer, un five o clock tea,\noffert par la Revue.\nTout abonné d'un an à notre S. I. M. bénéficiera d'une réduction de\n25 °/„ sur les carnets de 60 francs, qui donnent droit à une place de fauteuil\nd'orchestre, loge ou balcon, â chacune de ces auditions. Soit 45 francs au\nlieu de 60. Donc :\nPour les non-abonnés, 10 auditions ....... 60 francs\nPour les abonnés :\nAbonnement à la Revue, ! 15 francs ) , n\n10 auditions .... 45 francs / rancs\nLA DIRECTION."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.12", "texte": "PROGRAMME\nLe 21 Janvier : Musiques Anciennes\npar M. Henry ROUJON\nœuvres de la Renaissance, du £%£oycn-Age et du XVIle siècle.\nLe 28 Janvier : De Lully à Rameau\npar M. Théodore REINACH\nœuvres de Lully, Couperin, Vivaldi, Campra\nLe 4 Février : Rameau et la France\npar M. J. CHANT AVOINE\nœuvres de Rameau, CXCondonville, Lagarde, ete.\nLe 11 Février : Haendel et l'Angleterre\npar M. Bernard SHAW\nœuvres de l'Ecole anglaise du XVIle siècle,\nde Purcell et de Haendel.\nLe 18 Février: Bach et son temps\npar Mme DELARUE=MARDRUS\nœuvres de {F}ach, fëuctehede, elemann, Loeillet\nLe 25 Février : Deux Siècles d'Art Italien\npar M. G. D'ANNUNZIO\nœuvres italiennes de /600 à /800\nLe 4 Mars : Le Chevalier Gluck\npar M. Camille BELLAIGUE\nœuvres et dramatiques,\nopéra-comique de Çluck\nLe 11 Mars: Musiques Exotiques\npar M. Louis LALOY\nExtrême-Orient, Jlrménie, Russie, art mauresque. L'exotisme au\n*XVIIe siècle. L'exotisme dans la musique contemporaine.\nLe 1 Avril : La Révolution\npar M, Julien TIERSOT\nœuvres de cKCéhul. Gossec, etc.\nLe 8 Avril : Mozart et les Classiques\npar M. C. SAINT-SAËNS\nœuvres de Haydn, ZKCozart et leurs contemporains\nORCHESTRE COLONNE\nsous la direction\nM. Gabriel PIERNÊ\net de M. Philippe MOREAU\nInterprètes\nM mes F. Litvinne, de VOpéra.\nNeliy Martyll? de VOpéra-Comique.\nNicot-Vauchelet, de ïOpéra-Comique.\nLucy Vauthrin, de l'Opéra-Comique.\nMastio, de ï Opéra-Comique.\nValhn, de ï Opéra-Comique.\nEdmée Favart.\nElisabeth Velder, de VOpéra-Comique.\nM. Bonnard.\nSperanza Calo.\nMM. Altschewsky, de l'Opéra.\nG. Dubois, de l'Opéra.\nFabert, de l'Opéra.\nFrancell, de l'Opéra-Comique.\nCoulomb, de l'Opéra-Comique.\nLouis Diémer.\nAlfred Casella\nDufriche.\nDomnier.\nJ.-J. Nin.\n£3 0\nDanses\nMrnes Cléode Mérode, Chasles,Trouhanowa.\nM. Quinaut.\na\nChœurs\nLes Chanteurs Français sous la direction\nM. Henry EXPERT\nLa Revue publie les conférences de ces matinées"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.13", "texte": "Toute la Hongrie vient de célébrer par une semaine de fêtes musicales, son grand\nvioloniste Jénô-Hubay. Né à Budapest en 1858, Hubay entra au Conservatoire de Berlin en\n1873, où il devint l'élève de Joachim. Encouragé par Liszt, et après avoir dirigé les Concerts\nde Dusseldorf, en 1878, il vint à Paris où Pasdeloup lui donna l'occasion d'un début sensa-\ntionnel. Nommé professeur au Conservatoire de Bruxelles en 1882, il fonda avec le violon-\ncelliste Servais, un quatuor célèbre. Enfin, rentré en Hongrie en 1885 pour succéder à son\npère professeur à l'Académie Royale de Budapest, le grand artiste, sans abandonner la carrière\nde virtuose, se consacra à la pédagogie et aux compositions. On peut citer parmi ses œuvres :\nAliénor (1891), Le Luthier de Crémone (1894), Le Rôdeur de Village, Rose Mousse (1903),\nL'amour de Lavotta (1906), Nuit d'amour (encore inédit).\nM. Hubay a bien voulu raconter à nos lecteurs ses débuts à Paris.\nEn 1878, lors de l'Exposition Universelle, je débarquai à Paris,\nn'ayant pour tout bagage que mon violon et quelques lettres de recom-\nmandation que Franz Liszt avait bien voulu me donner pour quelques-\nuns de ses amis. Parmi celles-ci, s'en trouvait une pour le maître Camille\nSaint-Saëns qui m'accueillit de la plus aimable façon et m'invita à ses\ncélèbres \" Lundis \".\nCes soirées, qui réunissaient alors tout le Paris artistique de l'époque,\nresteront toujours gravées d'inoubliable façon dans ma mémoire. C'est\ndans ces réunions que je rencontrai et fis la connaissance d'autres maîtres\nde la musique française tel que Gabriel Fauré et André Messager.\nSaint-Saëns occupait presque constamment le piano et interprétait\nsouvent des ouvrages inconnus. Un soir par exemple, il nous joua la\n\" Sonate en Si mineur \" de Franz Listz qui fit une grande impression sur\ntout le monde tant par l'originalité de l'œuvre elle-même que par la\nmagistrale interprétation, avec laquelle le maître français l'exécuta. Une\nautre fois, il nous fit la grande surprise de nous jouer la partition toute\nentière de son opéra \" Samson et Dalila qui venait de remporter un"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.14", "texte": "4\nS. I. M.\n\nsuccès marqué à Weimar et d'être.... refusé à l'Opéra de Paris. Inutile de\ndire l'émotion et surtout l'admiration qui s'emparèrent des personnes\nprésentes au fur et a mesure que se déroulaient au piano des beautés\nmusicales trop hardies pour l'époque. C'est encore dans les salons de\nSaint-Saëns que j eus 1 occasion d'entendre pour la première fois les\nadmirables mélodies de Gabriel Fauré, qui venait d'en publier à cette\népoque le premier recueil. Ces mélodies, elles aussi, passaient à ce moment\npour révolutionnaires et cependant, la \" Société \"\nn hésita pas a les produire et elle eut raison. Ah ! ces soirées de la rue\nMonsieur le Prince, qu'elles étaient admirables de grâce et de charme !...\nEt maintenant, après trente-trois ans, ce n'est pas sans une douce émotion\nque je les évoque encore.\nJ'allai, un jour, frapper à la porte du petit hôtel du maître Vieux-\ntemps, dont la santé était déjà chancelante et à qui le médecin défendait\nabsolument de jouer du violon. Cette défense, pour ce virtuose, était, on\npourrait dire, tout ce qu'il y a de plus cruel. Je me rappelle que sa fille,\nMadame Landowska, me raconta que Vieuxtemps qui avait l'air, pendant\nle jour, de prendre cette défense, sinon raisonnablement, du moins avec\npatience, montait la nuit au grenier de son hôtel, où se trouvaient remisés\npar ordre des médecins, ses merveilleux violons. Il fut ainsi surpris plusieurs\nfois la nuit par sa fille, qui ne pouvait s'empêcher de retenir ses larmes en\nme racontant cette scène émouvante. Vieuxtemps me reçut très aimable-\nment. C était a cette epoque un homme approchant la soixantaine, au\nvisage encadré de favoris blancs, ayant plutôt l'air d'un amiral en retraite.\nEt ce qui me donna cette impression de militaire pensionné, c'est qu'il\nme reçut debout, appuyé sur une canne dont il se servait pour marcher\nil avait eu une attaque de paralysie dont il s'était remis ; sa taille était\ndroite, il avait le regard perçant, l'œil vif et quand il ouvrait la bouche,\non s attendait a en entendre sortir un commandement. J'avais depuis mon\nenfance si souvent joué les œuvres de Vieuxtemps, et je l'admirais déjà\ndepuis si longtemps, sans le connaître personnellement, il représentait\ntellement pour moi, jeune homme de 18 ans. le suprême idéal du virtuose,\nque lorsque je me trouvai en face de lui, je ne sus que dire, les mots ne\nvenaient pas et, sans cependant trembler, j'étais, devant cet homme, pris\nd'un accès de timidité incompréhensible, quoiqu'ayant cependant l'habi-\ntude de la foule. Sans doute, cette impression venait de ce que j'avais\ndevant les yeux celui qui, pour moi, était un symbole, car c'était le Maître."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.15", "texte": "SOUVENIRS DE PARIS\n\n5\n\nVieuxtemps s'aperçut fort bien de mon émotion mais, par des\nparoles aimables il sut la calmer. Apprenant que j'étais hongrois, il me\nparla de la Hongrie, de ses souvenirs sur mon pays et, quand enfin il me\nvit presque rassuré, il me demanda de lui jouer quelque chose. Je lui jouai\nson \" Cinquième Concerto\" puis, quand j'eus terminé, il appela sa fille et\nson gendre le docteur Landowski et me pria de répéter le même morceau.\nA peine avais-je donné le dernier coup d'archet, qu'il m'embrassa et dit à\nses enfants : \" Enfin j'ai trouvé mon successeur !\" A partir de ce\njour-là je fis presque partie de la famille et je passai la plus grande partie\nde mes journées chez lui. Les matinées se passaient à jouer ses nouvelles\ncompositions et quelques autres peu connues, notamment son \" Sixième\nConcerto en Sol majeur \" qu'il venait de terminer et qu'il a dédié à\nMadame de Norman-Neruda. Sitôt après le déjeuner nous sortions faire\nde longues promenades à travers Paris. Au cours de ces randonnées il\ns'arrêtait à toutes les boutiques d'antiquaires que nous rencontrions sur\nnotre chemin et achetait souvent des objets d'art, qu'il marchandait en\nconnaisseur. Il fallait voir sa joie quand il avait trouvé quelque chose\nd'authentique ou qu'il croyait l'être !\nAu mois de Janvier suivant, Vieuxtemps, qui tenait absolument à\nme produire à Paris, me conseilla vivement de donner un concert à la\nsalle Erard. Je suivis ce conseil et donnai donc mon premier concert à\nParis ; c'est Vieuxtemps lui-même qui choisit le programme sur lequel\nfigurait, outre ses œuvres, la \" Sonate \" qu'il aimait beaucoup.\nCe fut mon compatriote, Carolus Agghazy, pianiste de très grand talent\nqui m'accompagna dans cette Sonate. C'était mon premier concert à\nParis, Vieuxtemps y assista ; la salle était comble et le public nous fit, à\nAgghazy et moi un accueil très sympathique. Vieuxtemps dont la joie se\nlisait sur la figure, devint pourtant assez morose quand il fallut rentrer\nchez lui. Je me rappelle même que sa patience traversa tous les degrés\nd'une rude épreuve, surtout pour un homme, qui, comme lui, était\ntoujours plus ou moins souffrant. En effet, il faisait très froid ce soir-là ;\nun brouillard épais était tombé et avait transformé le pavé en verglas\nbrillant comme une glace. On ne pouvait faire un pas sans risquer de\ntomber. Minuit avait depuis longtemps sonné au beffroi de l'église\nSt.-Eustache, quand une voiture dont le cheval était ferré à glace, voulut\nenfin nous prendre Je me rappellerai toujours cette soirée où Vieuxtemps,\nappuyé sur sa canne, attendait impatiemment la voiture libératrice tandis"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.16", "texte": "6\nS. I. M.\n\nque je tenais mon violon à la main tout en essayant de calmer l'impa-\ntience du maître.\nAprès ce concert j'étais, ce qu'on peut appeler, lancé. Le cercle de\nmes relations s'agrandit et je fus successivement présenté par Vieuxtemps\net aussi par le grand peintre Munkâcsy, mon compatriote, à plusieurs\ncélébrités françaises : Gounod, Reyer, Joncière, Lalo, Godard, Delibes.\nGrâce à ces relations, je parvins à être reçu dans les salons parisiens où\nun jour,j'eus l'occasion de jouer devant Léon Gambetta qui, à cette époque,\nétait non seulement l'homme du jour mais aussi l'homme de la France.\nOn me présenta à lui et, quand il apprit que j'étais hongrois, il me parla\navec une sympathie marquée de mon pays, qu'il connaissait bien à ce qu'il\nme parut. Je fus enchanté de cette conversation et, quand j'écris ces lignes,\nje revois encore cette figure de tribun qui était de suite sympathique et\ndont la conversation avait un charme prenant.\nAu printemps de cette même année 1878 j'eus le grand chagrin\nd'assister au départ de Vieuxtemps, qui quittait définitivement Paris pour\naller s'installer à Alger au sanatorium que son gendre, le Dr. Edouard\nLandowski, venait d'ouvrir à Mustapha-Supérieur. Après le départ de\nVieuxtemps et de sa famille je continuai mes concerts à Paris et en\nprovince. Invité par mon compatriote Munkâcsy à son château de\nColpack près de Luxembourg, j'arrivai un jour chez lui, au mois de Juillet\net il me retint plusieurs semaines. Madame Munkâcsy qui était une\nexcellente pianiste, m'accompagnait très souvent et c'est sur son piano\nqu'un matin je trouvais la partition de l'opéra \" Le Roi de Lakore ~ de\nE. Massenet, qui avait été le grand succès de l'Exposition Universelle de\nl'année précédente. Je me mis à jouer au piano cette partition qui\nvenait de me tomber sous la main et que je ne connaissais pas encore. Au\nfur et â mesure que les phrases et les mélodies frappaient mes oreilles, je\nfus pour ainsi dire empoigné par le style de cette œuvre remarquable et\n•in jour je me mis à écrire une \" Suite pour violon \", tirée de cet opéra.\nKmon retour â Paris, au mois d'octobre, je portai mon travail à Massenet\nqui me pria de le jouer pendant qu'il m'accompagnerait. Le maître me\ntémoigna toute sa sympathie et me proposa de faire lui-même l'orchestra-\ntion de cette \" Suite \".\nLe travail que j'avais écrit uniquement par plaisir et par goût me\nvalut d'être présenté à Pasdeloup par Massenet lui-même. Le directeur et\nfondateur des \" Grands Concerts populaires \" après avoir entendu cette"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.17", "texte": "SOUVENIRS DE PARIS\n7\n\n\" Suite du Roi Labore \" que je lui jouai chez l'éditeur de Massenet qui\nm'accompagna lui-même au piano, Pasdeloup dis-je, m'engagea pour le\nConcert du 19 décembre 1879, et, après le concert, il courut à\nmon hôtel pour me proposer un autre engagement que j'acceptai ; le\ndimanche suivant je jouai à ces mêmes \" \" le \"\nquième Concerto de Vieuxtemps Mais ici se place un de ces souvenirs\nou plutôt une impression qu'on n'oublie pas facilement et qui vaut la\npeine d'être contée.\nMassenet qui m'avait fait engager lui-même au premier concert que\nj'avais donné chez Pasdeloup, ne parut pas à ce concert ; mes yeux le\ncherchèrent vainement dans la salle et je puis bien le dire, j'en éprouvai\nune inquiétude indéfinissable. Cependant, pris moi-même par mon violon,\nje cessai de le chercher pensant bien le retrouver après le concert. Dût\nma modestie en souffrir, je dois dire pour l'intelligence de ce qui suit,\nque j'eus un énorme succès et que je sentis moi-même dès les premiers\ncoups d'archet que je tenais mon public. Tous les artistes qui se produisent\nconnaissent cette psychologie du public qui se livre à l'artiste. Donc, la\nmusique de Massenet y aidant, nous remportâmes un des plus brillants\nsuccès que j'ai connu.\nMais, en saluant le public qui applaudissait je cherchais toujours\nMassenet. Décidément il m'abandonne pensai-je ! Le concert terminé je\nm'inquiète : personne ne l'avait vu. Je cours à mon hôtel de la rue de\nConstantinople pour déposer mon violon avant de me mettre à la recherche\ndu maître. Quelle ne fut ma surprise en trouvant devant la porte de\nmon hôtel, Massenet lui-même, Massenet en personne, qui me sauta au\ncou, m'embrassa et me dit : \" Je sais tout... je sais le brillant succès que\nvous avez eu.... ! j'en suis heureux ! j'en suis content.... ! je vous verrai\ndemain. Au revoir donc, cher ami, au revoir et à demain ! \" Puis il partit\nne me laissant même pas le temps de placer un seul mot et de le remercier\ncomme je le devais.\nLe lendemain, j'eus l'explication de cette attitude de Massenet, que\nj'avais la veille, trouvé bizarre. Il me confia en effet, qu'il n'allait jamais\nà une \" Première \" de ses œuvres et qu'il avait considéré comme une\n\" Première \" le concert que j'avais donné la veille. Il me dit qu'il lui\nétait absolument impossible de supporter pendant une soirée entière\nl'émotion nerveuse que produit l'attente du résultat. Chaque fois qu'on\njouait pour la première fois un de ses opéras, il devenait quelques jours"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.18", "texte": "8\nS. I. M.\n\navant la première représentation d'une nervosité extrême et, la veille de\nla première, il disparaissait complètement.\nMassenet me conserva toujours cette amitié qui naquit de nos\npremières relations, Nous restâmes très liés et notre correspondance ne\ncessa jamais. L'an dernier encore, il m'écrivit pour la nouvelle année et\nsa lettre contenait ce passage : \" Savez-vous, cher ami, que je vous aime\ndepuis trente-deux ans ? \"\nL'amitié de Massenet qui m'avait valu d'être produit aux \" Concerts\npopulaires \" me valut également, par l'enchaînement des événements, de\nrecevoir des propositions d'engagement de tous côtés. J'en reçus d'Angle-\nterre, d'Amérique, mais ce qui fixa le plus mon attention ce furent les\noffres qui me furent faites de Bruxelles et que j'acceptai.\nL'année précédente, sur l'invitation de Vieuxtemps, j'étais allé à\nAlger où se tenait une exposition nationale. Je descendis chez lui, c'est-\nà-dire au sanatorium. Mon compatriote Carolus Agghâzy, le pianiste,\nm'avait accompagné. Vieuxtemps fut enchanté de nous revoir et son\ngendre organisa de grandes fêtes musicales dans ses salons, où assistèrent\nle monde officiel et la colonie étrangère. Dans ces matinées et soirées\nmusicales nous jouâmes surtout les œuvres préférées de Vieuxtemps,\nc'est-à-dire du Beethoven et les quatuors de Haydn. A un grand concert\nqu'on avait organisé pour moi à Alger par une chaleur torride 40\ndegrés dans la salle je jouai des œuvres de Vieuxtemps et le public\nfit de chaudes ovations au vieux maître qui assistait à ce concert, le dernier\nqu'il entendit d'ailleurs, car il mourut quelques jours après. Le jour de\nsa mort, j'étais à son chevet où il me tendit pour la dernière fois la main.\nOn l'enterra provisoirement à Alger et, quelques années plus tard, on le\ntransporta dans sa patrie, à Verviers,où on lui fit des funérailles dignes\nde ce grand homme.\nAu cours des derniers mois de sa vie, Vieuxtemps avait insisté tout\nspécialement lui-même pour que je devinsse son remplaçant à Bruxelles.\nLes succès que je remportai dans les concerts de Bruxelles, firent le reste\net j'entrai au Conservatoire Royal, mais en conservant constamment le\ncontact avec la grande ville, \" lumière des artistes\nJe fis connaissance à Paris, dans le salon du sculpteur Godebski,\nd'Edmond Haraucourt, qui écrivit un poème d'après la légende de\nMerlin l'Enchanteur et dont je fis la musique. Nous appelâmes notre\nouvrage \" Aliénor\", opéra en cinq actes, qui fut représenté quelques"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.19", "texte": "JENÖ HÜBAY"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.20", "texte": "SOUVENIRS DE PARIS\n9\n\nannées plus tard à l'opéra royal de Budapest. Dans ce même salon je fis\nla connaissance d'Alphonse Daudet, qui me promit un livret pour un\nopéra et que la mort empêcha malheureusement de tenir sa promesse.\nPendant un de mes voyages à Paris j'eus l'occasion de connaître\nFrançois Coppée et, d'accord avec lui et Henri Beauclair, j'écrivis la\nmusique du \" Luthier de Crémone\". J'eus un jour à Bruxelles, la visite du\ncompositeur français Benjamin Godard, qui venait produire ses œuvres au\n\" Cercle Artistique et Littéraire de Br\", où on avait organisé un\nconcert à son honneur. On m'avait déjà prié de prêter mon concours à\ncette manifestation artistique, aussi ne fus-je point étonné de la visite de\nBenjamin Godard. Ce qui me surprit, par exemple, c'est qu'il m'annonça\nqu'il jouerait lui-même du violon à ce concert. Certes, je savais parfaite-\nment qu'il avait étudié le violon pendant ses jeunes années mais je ne le\ncroyais cependant pas assez sûr de lui pour affronter le public. Je dois, à\nma confusion, confesser qu'il s'en tira fort bien et qu'il me seconda\nadmirablement dans l'exécution de ses charmants duos à deux violons.\nAprès cinq ans de séjour à Bruxelles, le gouvernement hongrois m'ap-\npela à la tète de la classe de perfectionnement de violon à l'Académie\nRoyale de Musique, fondée par Liszt qui, jusqu'à la fin de ses jours,\nresta à la tête de cet institut.\nA Budapest, nous créâmes avec David Popper, le célèbre violoncel-\nliste, un quatuor connu sous le nom de \" Quatuor Hubay-Popper \" et qui\nfut appelé il y quelques années, à Paris par la \" Société de Musique de\nChambre \" pour donner un concert. Johannès Brahms réserva souvent\nl'honneur de ses manuscrits inédits, à notre quatuor, chargé de les\nexécuter devant le public budapestois pour la première fois. Très souvent,\nBrahms prenait place lui-même au piano, surtout lorsque nous jouions,\npour la première fois, une œuvre manuscrite et inédite du célèbre\ncompositeur.\nC'est ainsi qu'avec lui nous avons interprété pour la première fois son\n\" Trio en Ut Mineur \", son \" Trio en Si Majeur \" remanié, sa \" Deuxième\nSonate pour Violoncelle \" et sa \" Troisième Sonate pour Violon en Ré\nMineur \" que je jouais également plus tard, à Paris, avec Madame Mon-\ntigny-Rémaury.\nRevenu dans ma patrie où je reste désormais fixé, je n'ai jamais oublié\nParis, ni la vie artistique française. J'ai toujours conservé comme une\nsorte de mal du pays pour tout ce qui est français. A Budapest, j'ai"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.21", "texte": "IO\ns. I. M.\n\norganisé les \" Grands Qoncerts Symphomtjues de 1 Académie Royale de\nMusique, dont les programmes étaient toujours composés suivant des\ngoûts contractés en France, c'est-a-dire que je fis connaître au public\nhongrois les chefs-d'œuvre de la musique française. Jai eu un sensible\nplaisir le jour où j'ai pu faire entendre, dans ces concerts, la magnifique\n\" Symphonie avec Orgue \" de St.-Saëns et la superbe \" Symphonie d'Orgue\navec Orchestre \" de Widor. Dans d'autres concerts je fis également con-\nnaître à ce public hongrois qui aime beaucoup la musique française,\n\" lu Enfant Prodigue \" de Debussy ainsi que les œuvres de Gabriel Fauré,\nde Vincent d'lndy et de César Franck. Dans toutes mes tournées de\nconcert, en Allemagne même, j'ai toujours fait figurer sur mes programmes\ndes œuvres françaises.\nEn terminant, je dois dire, que la France, la Belgique et surtout Parts\nm'ont été hospitaliers. Les débuts qui sont toujours difficiles, et parfois\ntrès durs à beaucoup d'artistes, ont été pour moi singulièrement facilités\npar les maîtres que je connus des mon arrivée a Paris et il ne m en est\nresté que des impressions sympathiques, aimables, agréables et surtout\nartistiques.\nJ'ai gardé le meilleur souvenir de ce grand public parisien qui est\nsi accueillant quand un artiste lui plaît et qui ne s en laisse imposer m\npar la réclame ni par les réputations surfaites. Si un artiste peut aruver a\nsentir vibrer ce public et le tenir en haleine, celui-ci, par son enthousiasme,\npar sa façon de témoigner son plaisir, s'empare également de l'artiste,\nqui, certains soirs de concert, peut arriver à se surpasser lui-même grâce\nprécisément au généreux enthousiasme du public.\nCe souvenir de profonde reconnaissance restera toujours vivant en\nmoi, car il est gravé au plus profond de mon cœur.\n\nJenö Hubay."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.22", "texte": "Il fut une guerre dans le monde musical, qui dépassa toutes les\nautres en durée. Auprès d'elle pâlit la querelle des BoufFons, avec la lutte\ndes gluckistes et piccinistes. Pendant près de deux siècles, la dynastie des\nvioles et la famille des violons se disputèrent la suprématie d'où devait\ndépendre cette fois, non seulement le sort d'une seule branche de l'art\nmusical, mais bien l'avenir de la musique tout entière.\nLes violes, dont l'origine inconnue a fait l'objet de tant de vaines\nrecherches, régnaient légitimement et sans partage, lorsque sur la fin du\nXVIe siècle, vint au monde un prétendant inattendu, le violon. La\nnaissance de ce futur roi des instruments passa inaperçue, tel Moïse élevé\nsecrètement par la fille de Pharaon, pour devenir le chef du peuple\nd'lsraël, et présider à ses destinées. Plusieurs ont écrit sur cette mysté-\nrieuse naissance non sans compétence, quoique leurs avis se trouvent\npartagés, et que l'opinion de chacun d'eux ne se base en grande partie\nque sur de simples hypothèses.\nLe célèbre auteur Anglais Charles Reade, fit paraître en i 872 dans\nla Pall Mail Gazette, à l'occasion de l'exposition des anciens instruments\nde musique au South Kensington Muséum de Londres, une série d'articles\nsur la lutherie. Ce travail extrêmement curieux offre, outre l'intérêt\nfondamental qui s'y rattache, la particularité de n'avoir jamais été publié\nen français. A ce double titre, les vues du grand connaisseur, sur cet\nobscur point d'histoire, méritent d'être examinées. J'en extrais donc le\npassage qui nous intéresse :\n\" Je vais maintenant rechercher dans quel pays on a inventé les\ninstruments à quatre cordes et à quatre coins. La France et l'Allemagne\nont autrefois élevé des prétentions à cet égard, mais les recherches, aussi\nbien que l'étymologie du nom leur ont donné tort. L'étymologie d'ailleurs\nsuffisait seule. Tous les termes français dérivent de l'italien, et il n'en faut\npas davantage pour écarter les prétentions françaises. Quant à celles de"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.23", "texte": "I 2\nS. I. M.\n\nl'Allemagne, je pousserais ma critique bien plus à fond, si seulement on\npouvait m'indiquer un mot allemand signifiant viole ou violon, si on\npouvait m'indiquer de la musique allemande composée pour cet instrument.\nLe violon rudimentaire est des plus anciens, mais il était en forme\nde poire, jusqu'à ce que l'ltalie eut inventé les quatre coins qui contri-\nbuèrent à la beauté de la forme, et à la sonorité de l'instrument.\nL'étymologie démontre préremptoirement que le violoncelle fut\ninventé après le violone ou double basse. Le violon fut inventé avant le\nvioloncelle, d'après les experts en la matière qui le prouvent de deux\nfaçons :\ni° Par la critique, car si le violoncelle tire son nom du violone,\nil est fait sur le modèle du violon avec un fond voûté et de grands CC.\n2° Par l'historique : Un violoncelle fait par les inventeurs du violon\nest introuvable, et même jusqu'en 1610 est excessivement rare.\nLe violino (violon), mot qui dérive de viola, semble indiquer qu il\nvint après le ténor, mais cette conclusion pourrait être imprudente, car\nviola ne signifie pas seulement ténor. Ce nom était employé en Italie plus\nde cent ans avant qu'apparut le ténor à quatre cordes. Pour parler\nmaintenant en connaisseur, je dirai que j'ai rencontré autant de ténors\nque de violons de Gasparo da Salo qui travailla de 1555 a et pas\nautant chez Gio Paolo Maggini, qui commença quelques années plus tard.\nLe violon étant le roi de tous ces instruments, il n'y aurait pas eu à\nmon avis une aussi grande production de ténors que de violons une fois\ncelui-ci crée. De plus, vers cette époque, se montre Corelli, compositeur\net violoniste, qui dut nécessairement aider à la propagation du violon.\nOr, comme on rencontre autant de ténors que de violons de Gasparo, on\npeut en conclure que le ténor eut un succès relatif, c'est-à-dire que ce\nfut lui qui fut inventé le premier, et encore à l'appui de cette opinion,\non trouve quelques rares, bien rares spécimens de ténors a 4 cordes avec\n2 coins seulement, ce qui chez ce maître, est une forme primitive et\nantérieure à celle du violon. Voilà donc toutes les raisons qui me fait\nconclure que l'Alto a précédé de quelques années le violon. Ce qui\nm'embarrasse le plus par exemple, c'est de déterminer l'époque de\nnaissance du violone que nous appelons inconsidérément contre-basse,\nd'après le nom de son descendant, le violoncelle ou basse.\nSi j'avais la présomption de m'en rapporter à l'œil seulement, je\ndirais que c'est du violone que sont sortis tous les autres instruments a 4"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.24", "texte": "LA NAISSANCE DU VIOLON\n\n*3\n\ncordes. Il est en effet peu en rapport avec eux, et semble plutôt appartenir\nà une famille plus ancienne, celle des violes da Gamba. D'abord il n'a\npas 4 cordes. Son fond est plat et non voûté, il se termine en haut comme\ncelui de la viole da Gamba, et dans les plus anciens spécimens, les coins\ndu haut et du bas sont séparés par des CC grotesquement petits. Il est\ndonc difficile à admettre qu'un œil exercé, qui aurait observé les gracieuses\nproportions du ténor et du violon, se fut rendu coupable de la construction\nde la misérable petite poitrine qu'offre la contre-basse de Brescia. Mais\nd'un autre côté, les ffsemblent copiées sur celles des instruments de la\nfamille de ceux à 4 cordes, et nullement sur celles de la famille plus\nancienne des violes. Puis encore le violon et l'alto sont des instruments\nmélodiques et aussi d'accompagnement ; la contrebasse sert à l'accom-\npagnement seul. C'est donc un argument qui vient à l'encontre de sa\npriorité d'invention, sur celle d'instruments dont il est seulement le\ncomplément. L'homme, en effet n'invente que ce que la nécessité lui\nsuggère. Ainsi donc j'en reviens au classement suivant :\n\" D'abord les grands ténors qu'on jouait entre les genoux, puis le\nviolon tenu sous le menton, ensuite la petite contrebasse, (si toutefois ce\nn'est pas la première en date), puis, bien des années après le violon,\narrive le violoncelle et la grande contrebasse, et finalement, bien plus\ntard, le petit alto qui termine la série...\nLe premier constructeur du véritable ténor, et probablement aussi\ndu premier violon, fut Gasparo da Salo. L'amateur qui a lu l'excellent\nouvrage de Fétis ou de Vuillaume, pourrait supposer que je viens le\ncontredire, car ces deux écrivains citent Kerlino, Linarolli, Dardelli et\nquelques autres comme antérieurs à Gasparo. Je ne donnerai à l'appui de\nmon dire qu'une seule preuve, et une très simple. Leurs étiquettes sont\nimprimées en caractères gothiques, et celles de Gasparo en caractères\nromains. Je connais les œuvres de ces luthiers, et ils n'ont fait ni ténors,\nni violons. Ils ont fait des instruments d'une famille plus ancienne, et\nleurs étiquettes originales sont toujours en caractères gothiques, ce qui ne\nse rencontre jamais dans les plus vieux violons, ni dans les plus vieux altos\nauthentiques \".\nDeux objetions viennent à l'encontre ce ces ingénieuses déductions :\ni° L'étymologie veut en effet que violino dérive de viola, dont il est\nle diminutif, mais rien ne prouve que violino ne soit pas simplement un\nterme diminutif de l'ancienne viole, crée dans le but de distinguer"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.25", "texte": "i 4\nS. I. M.\n\nle nouveau-né. Pour appuyer une telle supposition, nous avons, à défaut\nd'instruments, quelques documents écrits, prouvant l'existence du mot\nviolon bien longtemps avant l'apparition du ténor de Gasparo. Le premier\nouvrage qui en fasse mention date de Brescia 1533. (Lanfranco: Scintille\nossia regola di musica). La même année, on le trouve dans les comptes\nde François ler.Ier. En 1550 il est signalé dans la description des fêtes offertes\nà Rouen au roi Henri II et à la reine Catherine de Médicis :\n\" A la dextre les neuf muses vestues de satin blanc, lesquelles\nrendaient ensemble de leurs violons madrés et pollys d'excellentes voix. \"\nA la même époque, Balthazarini dit Beaujoyeulx, était nommé\nviolon de la chambre du roy.\nLe chevalier Léon de Burbure nous apprend qu'en 1559 un\nmarchand d'Anvers vendit cinq violons.\nEn 1571 il y avait sept violons faisant partie de la musique\nd'Elisabeth, reine d'Angleterre.\nEn 1572, dans les comptes du roi de France Charles IX, il est fait\nmention de cinquante livres tournois données à un sieur Dolinet, \" pour\nachepter un violon de Crémone \". Cette indication : \" de Crémone\nest embarrassante, car elle témoigne de la célébrité des violons crémonais\nparallèlement si ce n'est antérieurement à ceux de Salo et de Brescia.\nDevant tant d'incertitudes, il ne faut pas songer à trouver une\nexplication plausible aux \" Duoi violoni piccoli alla francese \" indiqués\npar Monteverde dans la composition de l'orchestre de son opéra Orfeo\njoué en 1607. La France achète des violons italiens, et l'ltalie demande\ndes violons à la française !\nQu'étaient tous ces instruments antérieurs à Gasparo, et désignés\nsous le nom de violons ? Il est impossible de le savoir exactement.\nProbablement une forme de transition, dont l'instrument gravé sur le\nlivre d'Agricola en 1528, peut nous donner une idée, avec ses 4 cordes et\nses 4 coins déjà ébauchés, et prêts à se développer pour recevoir les tasseaux.\nQuoi qu'il en soit, le violon tel que nous le comprenons, ne fit pas\nson apparition avant l'époque de Gasparo, André Amati, et G. P. Maggini.\nIci se place la seconde objection :\nGasparo ne data aucun de ses instruments ; nous ne pouvons donc\nen estimer approximativement l'année que d'après son âge. Or Gasparo\nnaquit en 1540, André Amati en 1535 et Maggini en 1580, comment\nsavoir lequel des trois fut le véritable père ? Il est tout au plus permis de"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.26", "texte": "LA NAISSANCE DU VIOLON\ni 5\n\nsupposer que Maggini fut l'élève de Gasparo, lorsque celui-ci se retira à\nBrescia. Il faut ajouter qu'il existe au moins un violoncelle d'André\nAmati : ce dernier ayant été le créateur du premier violoncelle, rien ne\ns'oppose à ce qu'il l'ait aussi été du premier violon. Il se pourrait encore\nque ce ne fut ni l'un ni l'autre, et que l'antériorité doive être attribuée à\nGirolamo de Virchis, intitulé dans les actes : Magistro de instrumenti de\nmusica. Plus âgé que Gasparo, il fut le parrain d'un de ses fils, et croit-\non son maître dans l'art de la lutherie. Il est le seul luthier dont on trouve\nla trace à Brescia au i6me siècle, sauf Maggini ; on le désignait du nom\nlatinisé de Hieronimus, comme c'était la coutume.\nJe possède un violon portant l'étiquette de ce Hieronimus, et\nl'instrument représente bien le type le plus primitif de l'école de Brescia.\nLe patron est normal, et le travail intérieur, le plus fruste que j'aie\nrencontré dans les violons italiens. Absence de contre-éclisses, ces dernières\nsont remplacées par de petits bouts de bois collés de distance en distance,\nprocédé antérieur à celui consistant à consolider les éclisses par des bandes\nde toile. C'est le seul instrument que je connaisse de ce luthier cité par\nVidal, lequel n'en avait vu que l'étiquette.\nEn résumé, si l'on ne s'en tient pas à la lettre, l'opinion de Charles\nReade est acceptable, et il est à peu près certain que c'est en Italie,\nà Salo, Brescia ou bien Crémone que naquit le premier instrument à 4\ncoins et 4 cordes, que nous appelons aujourd'hui violon.\nLa création de la famille complète dût suivre immédiatement celle\ndu violon, conformément à l'usage d'alors, d'avoir des familles entières\npour chaque catégorie d'instruments. Ainsi celle des flûtes elle-même\ns'étendait jusqu'à la contrebasse.\nA l'apparition du violon, on ne s'empressa pas de brûler ce que l'on\navait adoré, en jetant toutes les violes au feu. Ces dernières continuèrent\nà avoir de chauds partisans, ennemis résolus du violon. A la vérité,\nil existait de bonnes raisons pour cela. La nature des violes s'adaptait\nadmirablement à l'esthétique du temps. Leur sonorité douce, voilée,\nlégèrement nasillarde, monochrome et monotone, convenait pour chanter\ndes passions de pure convention, et que personne ne prenait au sérieux,\ntandis que la famille du violon avec son timbre clair, incisif, son éclat et\nsa puissance, devait offusquer les oreilles du plus grand nombre, habitué\nà une musique bourdonnante, incapable d'élever sa voix à la hauteur de la\npassion véritable."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.27", "texte": "iô\nS. I. M.\n\nLe violon fut en réalité un précurseur, et seulement deux siècles\naprès sa naissance, il devait devenir l'organe le plus propre à exprimer les\nmouvements de l'âme humaine profondément modifiée par le souffle de\nla révolution française, inspiratrice du génie de l'allemand Beethoven,\nainsi que le dépeint Rubinstein dans son langage imagé : \" L'humanité\ncherche les orages, elle sent qu'elle se dessécherait sous les rayons brûlants\ndu soleil de Mozart, elle a besoin de s'épancher, elle souffre de l'inaction\nelle se dramatise....La Révolution française éclate, et Beethoven paraît\nLe violon devança réellement son temps : on s'en servit jusqu'à la\nfin du 18me siècle, sans même en connaître toutes les ressources dont, il est\nvrai, on n'avait aucun besoin. On ne lui demandait que deux octaves et\ndemie à l'orchestre, alors qu'il en embrasse quatre. En outre, l'intensité\nde son qui paraissait intolérable à nos aïeux, dût être encore augmentée\npar un dernier perfectionnement au début du içme siècle, pour répondre\naux exigences de la musique moderne.\nLe violon entra le premier de sa famille dans l'orchestre, et il s'y\nmaintint grâce à la protection de Henri IV qui avait crée la charge de\nroi des violons, et à la formation par Louis XIV de la fameuse bande des\npetits violons, laquelle porta un rude coup aux violes. C'est seulement\nvers 1709 qu'un musicien florentin du nom de Jean Baptiste Stuck, dit\nBaptistin, joua le premier du violoncelle à l'Opéra. La contrebasse n'y fit\nson apparition qu'en 1730 avec Monteclair, l'auteur de Jephté, mais\ncelui-ci n'en jouait que le vendredi pour le roi.\nDans toute l'Europe les luthiers continuèrent pendant le i8me siècle\nà faire des violes concurremment aux violons, \"\ndes cordes courtes et grosses sacrifie tout à la voix \" disait Hubert le Blanc,\ndans son pamphlet intitulé : Défense de la basse de viole contre les entre-\nprises du violon, et les prétentions du violoncelle (Amsterdam 1740).\nLes orchestres d'ltalie furent longtemps avant de se décider à\néliminer les anciens éléments. Cet éclectisme charma tout particulière-\nment le président de Brosses pendant son voyage de 1739 à 1740. Ils\ns'entendent, dit-il, dans une de ses lettres, à varier le son par la variété\nde celui des instruments qu'ils emploient : violons, cors, trompettes,\nhautbois, flûtes, harpes, violes d'amour, archiluths, mandolines, etc. Nous\nn'avons pas assez de diversité dans nos instruments ; c'est ce qui contribue\nà la monotonie que l'on reproche à notre musique.\nC'est la basse de viole que se défendit le plus énergiquement, et"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.28", "texte": "LA NAISSANCE DU VIOLON\n*7\n\nabandonna la position la dernière ; elle avait eu pour la soutenir une\npléiade d'artistes et de virtuoses remarquables, tels que les Maugars,\nSainte-Colombe, Marin Marais, Fourqueray père et fils, etc.\nSous l'influence de Corelli, l'ltalie avait fourni les premiers violon-\ncellistes ; la France eut presqu'aussitôt les meilleurs. Disciples des Italiens,\nils surpassèrent rapidement leurs maîtres. Le premier virtuose digne de\nce nom, Duport l'aîné, élève de Berteaux, révéla le violoncelle aux\nparisiens dès l'année 1761.\nLe Mercure lui consacra le passage suivant :\n\" M. Duport a fait entendre tous les jours sur le violoncelle de\nnouveaux prodiges, et a mérité une nouvelle admiration. Cet instrument\nn'est plus reconnaissable entre ses mains : il parle, il exprime, il rend tout,\nau delà de ce charme qu'on croyait exclusivement réservé au violon \".\nLa même année, parut dans le Mémorial raisonné (de Gascault, Paris),\nune notice affirmant positivement que si l'exception s'obstinait encore au\nculte des violes, leur règne était virtuellement terminé :\n\" La basse de viole a été longtemps en grande réputation, mais le\nvioloncelle l'a totalement anéantie. A l'égard du dessus de viole, il n'a\njamais eu grande réussite. La basse de viole est un instrument à cordes de\nboyaux et à archet, le manche en est large, le corps approche de la taille\nde celui du violoncelle ; mais plus profond, il a 7 touches (ou sillets\nmobiles), sur son manche et 7 cordes. Comme les cordes d'un instrument\ndoivent être proportionnées entre elles et au corps de l'instrument,\nla quantité qu'il y en a à la basse de viole fait que les cordes hautes\ndoivent être minces et déliées, ce qui vu leur longueur, ne peut manquer\nde leur donner un ton peu nourri et par conséquent aigre : de plus, le\nson s'étend dans un ventre creux, d'où il ne peut être renvoyé que faible-\nment. On peut dire la même chose du dessus de viole, en ajoutant qu'il\nest encore moins supportable que la basse ; car un dessus doit être brillant\net il est sombre et maigre... \"\nSic transit...\nAujourd'hui les violes ne sont plus que des objets de curiosité, tout\ncomme, osons le dire, les compositions de leur temps. Elles offrent\nle même intérêt archéologique et musical, et qui désire connaître les unes\ndoit nécessairement y associer les autres. C'est l'unique moyen d'avoir une\nidée exacte et non déformée de l'esthétique d'époques lointaines, et de\nretrouver les sensations fragiles et fugaces que fait naître la musique.\n\n2"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.29", "texte": "18\nS. I. M.\n\nLa famille du violon se trouvait, ainsi que nous l'avons vu, au grand\ncomplet lors de sa création. Les quatre voix humaines étaient ainsi\nreprésentées et réparties : Le violon, l'alto, le ténor et la basse. Le ténor\net l'alto étaient accordés l'un une octave, l'autre une quinte en dessous\ndu violon, la basse une octave en dessous de l'alto. Cet ensemble parfait\naussi bien sous le rapport de l'échelle que sous celui du timbre, fut\npourtant peu employé. On le trouve néanmoins dans l'ancienne littérature\nitalienne, et les grands luthiers construisirent des ténors dont quelques\nuns sont restés célèbres, comme celui de Stradivarius, faisant partie du\nquatuor du prince de Toscane, et actuellement à l'lnstitut musical de\nFlorence : La longueur de sa table est de 48 centimètres. Cependant,\ntout compte fait, ils en produisirent peu, et c'est l'alto qui dût le rem-\nplacer dans le quatuor, et devenir le maître Jacques de la musique de\nchambre. Les quatuors les plus célèbres, en effet, sont composés pour un\nensemble dont le ténor est exclus, et où le second violon et l'alto sont\nalternativement alto et ténor. Ceci explique les variations que l'on trouve\ndans le format des altos depuis le début même du ijmo siècle jusqu'à nos\njours. On en fit de petits, de moyens, d'énormes, tous hybrides et insuffi-\nsants. Longtemps les petits furent en faveur malgré leur qualité de son\ndéplorable, parce que la partie d'alto était tenue par des violonistes, et\nconsidérée comme accessoire. Aujourd'hui on en est revenu au format\nmoyen de 40 centimètres, et c'est très-raisonnable.\nOn se demande pourquoi Haydn, Mozart et surtout Beethoven se\ncontentèrent d'un quatuor aussi boiteux. L'usage, sans doute, et la\ndifficulté pratique de faire autrement, paraissent l'expliquer.\nIl y a peu de chances que le ténor ressuscite jamais. La musique de\nchambre tend de plus en plus à disparaître de nos mœurs, avec l'intimité\nde réunions peu nombreuses auxquelles elle était destinée, et les salles de\nconcert deviennent trop grandes pour le quatuor à cordes.\n\nLucien Greilsamer."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.30", "texte": "Y étiez-vous, lorsque Cafarelli nous jetait dans le\nravissement ?\nDIDEROT.\nLorsque Napoléon Ir donna la décoration de la couronne de fer à\nCrescentini, un toile se leva dans l'opinion.\n\" Cest une profanation !\" s'écria quelqu'un. \"\nd'un chanteur ?\nMadame de G. admiratrice du castrato répliqua du ton le plus\nsérieux du monde :\nEt sa blessure donc, Monsieur,\nOn pourrait répéter ce mot hardi à la presse italienne, qui a beaucoup\nparlé du maestro Mustapha et nullement du Cantor qui vient de mourir\nen sa villa de Montefalco, dans la province de Pérouse.\nDomenico Mustapha naquit le 16 avril 1829, à Sellano, aux environs\nde Spolete.\nUne disgraziata sebbene a scapito lui valut une\nexcellente voix de soprano. Son père l'envoya à Rome chez un certain\nTobilli, chanteur de la Sixtine.\nOn le trouve chanteur bénéficier de la cathédrale d'Agnani, à treize\nans : il est trop jeune pour la Sixtine et les autres chapelles sont au\ncomplet. A Anagni, il étudie sous d'Addrizza, contrepointiste. En 1848,\nil est appelé à Rome en qualité de premier soprano ; la foule des\ndilettantes l'admire. En 1874, il se forme une société chorale \" Societa\nMusicale Romana \" qui prend Domenico Mustapha comme directeur et\nexécute Fernand Cortez, Israël en Egypte,la et le de Haendel\net un grand festival en l'honneur de Palestrina. Le pape nomme enfin\nnotre cantor, Directeur perpétuel de la chapelle Sixtine.\nIl fut l'ami de Mercadante, Ponchielli, Platania, Marchetti, Spontini,\nVerdi, Boïto."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.31", "texte": "2 O\nS. I. M.\n\nC'est lui, paraît-il, qui pour le salut de la tradition Sixtinienne\nindiqua Dom Lorenzo Perosi, le plus profane des musiciens actuels.\nLes souvenirs qu'on lui attribue sont peu curieux. Mercadante, avec\nqui il chanta trois messes solennelles à Ravenne, était si petit que pour\ndiriger les chanteurs il lui fallait une prédelle d'au moins trois palmes.\nMême en supprimant les adjectifs en délire, sans valeur dans un texte\nitalien, Domenico Mustapha eut de vrais succès de compositeur. A treize\nans, sa première messe ! Le premier morceau qu'il écrivit pour voix seule\nen 1855 fut un Miserere pour remplacer celui d'Allegri ! Puis il écrivit\nson tu es Petrusà trois chœurs dont chacun était composé de deux\ncents voix ; il mit un chœur à l'entrée de l'église sur les trois portes\nmajeures, ténors et basses, un chœur de soprani dans la coupole et un chœur\nde contralti au milieu de la nef. Il paraît que les applaudissements\ncouvrirent le chant et que la basilique se remplit de stupeur.\nJ'ignore complètement le maestro Mustapha je ne connais que le\ncantor, et si je m'intéresse à lui c'est pour une raison assez singulière :\nje crois être le seul français qui ait eu l'idée de faire entendre Mustapha\naux parisiens.\nLe jeudi 17 mars 1892 la messe du Pape Marcel fut exécutée\ndans la galerie Durand Ruel. A cette date, Bordes n'avait pas encore\nformé sa Schola. Pour une entreprise qui se proposait de manifester la\ntradition, le choix de cette œuvre comme premier concert méritait autre\nchose que les critiques qui l'accueillirent. Cette idée, je la devais à\nMustapha. C'est en l'écoutant que je découvris la splendeur de la\npolyphonie vocale du seizième siècle. L'incomparable virtuose ne deman-\ndait que 350 fr. par mois et ses frais, je certifie ce chiffre, si incroyable\nqu'il paraisse comme démonstratif de l'ignorance où ont été les impresarii\ndu mérite de Mustapha.\nCette célèbre partition fut exécutée à Capella et derrière un rideau\nafin que la vulgarité du choriste parisien ne dissuadât pas les yeux de la\nmajesté qui s'imposait aux oreilles. Un acteur en costume du XVIe siècle\nvint dire cette manière d'avertissement qui n'a pour lui, que sa circonstance\net d'être inédit, tant pour le texte italien que pour la traduction."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.32", "texte": "MUSTAPHA ET L'ART PALESTINIEN\n\n2 I\n\nC'était à ce moment du siècle seizième\noù le paganisme renaissant\nétouffait F inspiration chrétienne.\nL'art devenu savant cessait sa piété ;\nla musique, subtile et vaine,\ns énervait en mièvreries mondaines.\nLa mode profanait la prière\nVéglise s\"emplissait de F écho\nLe Pape résolut de chasser\n\" Ecoute, Père Saint avant fulminer,\ndit une voix persuasive^\n\" Tous les arts célèbrent VArtiste suprême\net tous ont leurs saints comme leurs mécréants ;\nLes mêmes roses qui vont parer des tempes impudiques\nfleuriront les autels de Madame Marie\nVas-tu maudire la rose ? Ec\nEt Marcel entendit la messe incomparable\n\" Tous les pécheurs sont pardonnés par le seul holocauste,\npour cette messe la,, que la musique soit sauvée ! \"\nAinsi, Palestrina, tu sauvas ton art de Vanathème\nTa vie fut calme et simple.\nTu croyais, tu chantas ;\nmais d'une voix si noble et\nque Beethoven et Wagner pour\nleurs oraisons sublimes\nne purent qu'imiter ton art\naux chœurs de la Neuvième, aux chœurs de Montsalvat\nTu es resté le maître de la voix\ntu as donné ton nom a la m\net quand l'humanité lève son cœur vers Dieu\nil n'est qu'une manière : alla Palestrina !\nTu dors à l'ombre de Saint Pierre,\nToi, musicien des papes, pape des musiciens\nmodèle du chrétien, modèle de l'artiste\nqui écrivis les tables de la loi\npour la prière humaine\nPatriarche des voix, O Moïse\nSeul Frédéric Masson pourrait nous dire ce que chantait Crescentini,\nà la cour de Napoléon. De 1812 à 1830, l'art Palestrinien tomba en\noubli, chez nous jusqu'à Niedermeyer.\nCelui qui écrivit la musique du Lac de Lamartine l'auteur rebuté"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.33", "texte": "2 2\nS. I. M.\n\nde Stradellaet de Marie Stuart,fonda à Paris un\nsacrée. Patronnée par les d'Orléans et spécialement par la Comtesse de\nParis, l'école Niedermeyer prit une grande importance qu'elle conserva\nsous son gendre Gustave LefetWre. On se souvient, comme d'une date\nlumineuse des auditions à double chœur données dans la Sainte Chapelle,\ncadre idéal d'une belle musique. Les élèves, par tous les temps, devaient\nêtre là à 6 heures du matin, et Bourgault-Ducoudray venait à cette heure\nmatinale, tellement il était fanatisé par ces exécutions. Il faut dire que\nGustave Lefebvre considérait son rôle de directeur comme un apostolat.\n\" La première règle c'est l'enthousiasme : si vous ne chantez les maîtres\navec enthousiasme, vous ne les comprenez Il menait ses élèves dans le\nbois de Mendon et au cours de la promenade on exécutait du Palestrina\nou du Vittoria, en pleine nature, détail délicieux et qui prouve que notre\ntemps a eu des âmes semblables à celles du Moyen Age. Lorsque un des\nchanteurs de cette admirable école évoque de tels souvenirs, il s'émeut et\nj'ai vu Alexandre Georges célébrer l'atmosphère de cette Manécanterie\ncomme la plus pure qu'il ait respirée.\nVers 1869 et jusqu'en 1890, l'art Palestrinien eut un asile, la\ncathédrale de Moulins. Sous la direction de Monseigneur de Coni, prélat\nde la Renaissance qu'on appelait admirativement le Pere Seigneur,\nM. Charles Duvois d'abord, ensuite l'abbé Chérion (qui mourut il y a\nune dizaine d'années maître de chapelle à la Madeleine, à Paris) et Jules\nSerieyx réalisèrent une véritable Renaissance du chant religieux. Les\nrépons et motets de Vittoria, autographiés pour cette maîtrise, avec de\nprécieuses indications, témoignent de cette étonnante réalisation. C'est\ndonc à Moulins et en 1869 qu'on entendit pour la première fois en\nFrance, depuis des siècles, cette merveille unique de Vittoria intitulée\nsimplement : in festo plurimorum martyrum et qu'on appelle aussi le Sine\nfine dicentes.\nGounod se passionna pour l'œuvre de Monseigneur de Coni, il régla\nlui-même l'interprétation du Miserere d'Allegri, qu'il avait entendu\nchanter par Mustapha. Théodore Dubois, Lenepveu firent souvent le\nvoyage de Moulins pour assister aux auditions Palestiniennes; ils obtinrent\npour elle une subvention et le titre d'Ecole nationale de musique.\nSur la maîtrise de Moulins, il y aurait à recueillir bien des anecdotes\ncurieuses que connaît celui qui fut le bras droit de Monseigneur de Coni,\nJules Serieyx, de qui je tiens ces détails. Chose singulière, on retrouve à"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.34", "texte": "MUSTAPHA ET L'ART PALESTINIEN\n23\n\nMoulins, comme à Paris, les mêmes belles coutumes. La maîtrise de\nMonseigneur de Coni allait chanter dans le bois de Maladier, comme\nl'école Niedermeyer dans le bois de Meudon. Duvois, l'abbé Chérion,\nSerieyx, expliquaient le caractère pathétique et idéal d'un morceau et\nfaisaient précéder la répétition d'une véritable exhortation, comme\ndemandant d'abord l'enthousiasme. A travers Gounod et d'autres,\non peut dire que la maîtrise de Moulins s'inspira de Mustapha qui\nincarnait à cette époque toute la tradition Sixtinienne.\nLa Schola Cantorum fut une noble entreprise, malgré les pâles\nrésultats ; le nom de Charles Bordes restera inscrit dans l'histoire de la\nmusique vocale. Toutefois, son tort reste indéniable d'avoir fait chanter les\nsoprani et les altos par des femmes. Ces parties ont été écrites pour voix\nde garçons : leur registre vocal est peu étendu. Entre la voix de garçon\net la voix de fille, il y a la différence orchestrale des bois aux cuivres.\nVoilà à peu près l'historique de la musique sacrée au siècle dernier :\nil reste deux questions à étudier, la voix de Mustapha et sa méthode. La\nvoix, après la castration, est plus grêle \" dit Ambroise Paré \" ce qui est\nfaux : j'ai lu que parmi les castrats les uns étaient soprani et les autres\ncontralti. Les Millico, Farinelli, Marchesi, Cafarelli, Velluti, Crescentini\net enfin Mustapha étaient tous sopranistes. Burney mentionne qu'à\nl'époque où Mozart vint à Bologne avec son père, le collège Sout Onofrio\nde Naples renfermait 16 jeunes castrats \"leur dortoir est séparé de celui\ndes autres jeunes garçons, il est tenu plus chaud, de peur de refroidisse-\nments qui non seulement pourraient nuire à leurs exercices, mais leur\nfaire perdre entièrement leur voix\nAu XVIIIe siècle, le castrato était fort commun en Italie. Ce sont\ndes castrats qui guérissent Philippe V de son humeur noire (Farinelli) ; on\nse souvient de la Gabrielli défaillant après un cantabile de Marchesi,\net Napoléon et sa cour pleurant à écouter Crescentini dans\nJuliette de Zingarelli. En collectionnant les anecdotes et les témoignages\non obtiendrait un tableau singulier où le castrat agit sur les hommes les\nplus cultivés, les plus blasés, comme le thrace légendaire sur les bêtes ; il\ncharme, il enchante : c'est un magicien de la voix. Théophile Gautier l'a\nchanté sous le titre de Contralto dans Emaux et Camées.\nDesdémone chantant le saule\nZerline bernant Mazetto"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.35", "texte": "24\nS. I. M.\n\nOu Malcolm le plaid sur l'épaule\nC'est toi que j'aime, O Castrato.\nNature charmante et bizarre\nQue Dieu d'un double attrait para\nToi qui pourrais comme Gulnare\nEtre le Kaled d'un Lara.\nEt dans la voix, dans sa caresse\nRéveillant le cœur endormi\nMêle aux soupirs de la maîtresse\nL'accent plus mâle de l'ami.\nA l'impression positive, la voix du castrat paraît beaucoup plus\nétendue qu'en réalité, par la plénitude de sa plus haute et de sa plus basse\nnote : cette plénitude donne l'illusion que la voix pourrait monter ou\ndescendre encore ; sa puissance paraît sans limite. Qu'on se remémore les\ntypes de force helléniques. C'est au repos qu'ils semblent invincibles et\nnon dans l'action même.\nLe castrat a une voix enveloppée dont tous les accents sont ronds\nou courbes, tandis qu'à Bayreuth le récitatif géométrique procède par\nangles droits : je dirai encore que cette voix est convexe, tandis que\nl'ordinaire est concave et je suis d'accord que voilà du charabia : à d'autres\nde traduire cela en meilleur langage. L'angle, philosophiquement, est la\nnégation du plaisir et la courbe, son affirmation. Ecoutez les italiens, de\nPalestrina à Marcello, l'onde sonore vous arrive par segments de cercles :\nce qui explique qu'un simple \" amen \" émeuve comme un morceau\nd'antique, au contraire l'art allemand ne se manifeste que par le dévelop-\npement.\nCeux qui ont accusé Wagner d'ignorer la mélodie ne se sont pas\ntrompés tout à fait : il n'a jamais été chanté mélodiquement.\nLe timbre du Castrato est double, chanterelle et violoncelle, de là sa\npuissance émotive. La nature a tort de ne pas produire cette voix ; c'est\nla plus belle, la plus pure, la plus complexe : j'en suis désolé pour les\nbonnes mœurs : au reste Mustapha était le dernier de sa sorte : et si on\npeut encore faire des castrats, ce n'est pas Dom Perosi qui leur apprendra\nà chanter."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.36", "texte": "MUSTAPHA ET L'ART PALESTRINIEN\n25\n\nSi merveilleux que soit un instrument, il faut savoir s'en servir et si\nMustapha n'avait été qu'un timbre très rare, il n'aurait pas droit à tant\nde regrets. Eut-il été normal, qu'il resterait le dernier tenant de la\ntradition, le dernier et par conséquent à l'état décadent, gorgettiste,\nfiorituriste, encore incomparable. L'art Palestinien a pour principe\nl'homogénéité et la constante plénitude du son : cela explique que le\ncastrato réalise son interprétation idéale. Sur le on disserte étour-\ndiment, on pourrait le définir : ce chant où la beauté musicale est main-\ntenue en dehors de la beauté expressive. Les vierges de Raphaël sont\nbelles avant tout et le petit S 1 Jean passerait pour le petit Jésus, telle-\nment l'artiste a cherché la beauté, alors que l'expression demandait que le\ndivin Bambino l'emportât sur l'autre.\nLa beauté du chant diffère de la beauté du morceau. Un exemple\ndécisif du bel canto est Mounet Sullv. Quand il dit :\nEh bien ?je plongerai dans ces ténèbres, moi ! il a trois accents dont le\npremier suffirait ; l'eh bien ! résonne d'une volonté infrangible \"je plon-\ngerai \" n'est que le point d'orgue de \" l'eh bien \" et le \" moi \" résout\nl'accord vocal. Une déclamation allemande occupée de la pensée seule ne\nnous donnerait pas trois intonations aussi inoubliables que des mesures\nde Beethoven. \" Eh bien ? \" quel mot commun, qu'on entend et qu'on\nprononce sans cesse, et qui devient inoubliable, unique, parce qu'il a été\ndit une fois, bellement.\nEtendez ce que je dis de trois mots à toutes les notes d'un motet et\nvous aurez une explication du Palestrinisme, la constance dans la beauté\nsonore. La virtuosité ordinaire se borne à déblayer pour le détachement\nde certains effets : le vrai cantor n'a point d'effets et ne déblaye jamais :\nil chante tout également.so *// '\nSi les prédécesseurs de Mustapha agirent si sûrement sur l'âme de leurs\ncontemporains c'est qu'ils avaient le don pathétique. Il ne faut pas d'autre\nraison pour conclure que le bel canto appliqué aux grandes partitions,\nleur donnerait un surcroît de beauté et de puissance : comme si un\nFra Bartolomeo ajoutât son style à la conviction des Evangélistes de\nDurer, ou que Raphaël redessinât l'ange de la Mélancolie. Ces considé-\nrations paraîtront folles aux musicographes allemands ; leur sensibilité se\nrefuse au caractère synthétique : et Goethe seul parmi eux a contemplé la\nbeaute pure, a travers les nuages du second Faust. Ils comprendront qu'on\nveut remplacer l'accent anonyne par l'accent plastique, alors que je"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.37", "texte": "2 6\nS. I. M.\n\npréconise seulement de les unir, et de vêtir de plasticité le pathétique !\nCeux qui ont entendu le finale d'Yseult chanté par Mustapha savent\nque Wagner n'a jamais ouï que ses drames et non sa musique. A Bayreuth,\non chante ou du moins on a chanté, avec toutes les vertus morales\nvénération, obéissance, discipline, componction, et c'était touchant : mais\non n'y a jamais bellement chanté.\n\" Qu'est-ce qu'un beau chant ? \" demandera-t-on. \" Celui dont\ntoutes les notes, prises séparément, sont belles \". Je ne peux pas être plus\nclair, et l'art Palestinien est le seul qui poursuive cet idéal.\nAjouterai-je que c'est le seul que l'on doive enseigner au Conser-\nvatoire, qui devrait être une école Niedermeyer et point autre chose. Or\nle Conservatoire si fameux est incapable d'exécuter la Messe du Pape\nMarcel ou les répons de Vittoria, j'entends de les exécuter en\nLe triomphe, légitime certes, de Wagner a entraîné l'hégémonie\nvocale de l'Allemagne. Les rites du nouveau Dyonisos recevraient un\néclat incomparable de l'ancienne et unique méthode.\nAvec la récitation allemande on ne peut rendre ni Mozart, ni Gluck\net a fortiori aucun des polyphonistes du chant : tandis que le bel canto\ns'applique à tout : car souvent les petites choses accomplissent les grandes.\nSoutiendra-t-on que la beauté des sons soit contraire à leur dramatisme ?\nJe témoignerai, et aucun ne me démentira, que Mustapha, si décadent\nqu'il fut, produisait une émotion beaucoup plus vive que les horlogers\nsans voix qu'on donne pour des Siegfrieds à Bayreuth. Il faut avoir entendu\nle vieux Vogel dans Logue de /'Or pour se figurer ce que ce\npublic snobique accepte. Sentimentalement c'est fort bien : honorons les\nvétérans et les invalides mais qu'est-ce que cet art fait de considérations\nd'un tel ordre ? Oui, il y a une beauté du chant, en dehors de sa fidélité\net de sa valeur esthétique comme il y a une beauté du corps, en dehors\nde son identification àun personnage et àun acte. Les écoles n'ont pas\nd'autre raison d'être que d'enseigner cela :et c'était l'art de Mustapha,\nun art tellement précieux qu'il charme avec un fredon et qu'il n'existe\npas de chef-d'œuvre qu'il n'embellisse.\nL'homme qui gardait la tradition, a disparu sans que personne ait\nsongé à recueillir ses secrets, précieux cependant, même au sens de l'or :\net maintenant le bel canto n'ayant plus d'exemplaire vivant, on peut croire\nque ce n'est qu'un snobisme d'autrefois, qu'évoque aujourd'hui un bizarre\nincompétent.\n\nPéladan."}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.38", "texte": "Les plaques de Chladni.Les années 1905-6 et 7 furent employées à\nde nouvelles inscriptions de diapasons, cymbales, timbres, clochettes et\nplaques dites de Chladni. A propos de ces dernières, je dois confesser :\nque je ne puis comprendre l'intérêt que leurs résultats ont inspiré, en\ndehors des figures acoustiques produites par les lesquelles\nd'ailleurs n'ont rien révélé. Pourquoi ces plaques, telles qu'on les a expé-\nrimentées, n'ont-elles qu'une relation très éloignée avec les études vrai-\nment acoustiques c'est-à-dire, l'étude des phénomènes des sons ?... parce\nque, au lieu de les faire vibrer en les on les sur\nun pivot et que dans ces conditions el dans le sens acous-\ntique du terme. Aussi n'a-t'on pu rien en tirer de musical, que des images\ntrès intéressantes.\nPrenez une plaque de cuivre bien plane, assez mince, pas trop grande,\nde 20 à 40 centimètres carrés ; suspendez-la au moyen d'un petit trou\npercé à l'un de ses angles ; frappez dessus au moyen d'une mailloche, pas\ntrop fort, et vous entendrez des résonances très belles, dans le genre de\ncelles qu'on tire des gongs. Je crois même qu'il suffirait de leur donner la\nforme de ces derniers pour en obtenir des résultats identiques. Mais\npercez ces plaques au milieu, fixez-les et elles ne vibreront plus.\nUn moment critique. Certaines circonstances me portent à mentionner\nici un épisode que je dédie à tous ceux qui travaillent ; car il est bon"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.39", "texte": "2 8\nS. I. M.\n\nd'exciter en soi le sentiment de ténacité qu'il faut avoir pour franchir tous\nles obstacles afin d'arriver au but qu'on s'est proposé d'atteindre.\nEn nous contrôlant mutuellement, M. Massol et moi, nous avions\nfait un ensemble de relevés d'inscriptions ; nous nous étions beaucoup\nattachés à l'étude des courbes complexes, provenant des vibrations à\ngrandes amplitudes des sons très inférieurs, qui constituent la partie la plus\nintéressante et nouvelle de mes travaux. Cette étude est extrêmement\nardue et elle n'intéresse que celui qui peut en saisir les relations générales,\ncomme je l'ai dit précédemment. Ayant trouvé une confirmation suffi-\nsante de mes conceptions théoriques, je résolus d'en commencer la publi-\ncation, comme m'y encourageait M. Mathias.\nJ'en fis part à M. Massol, au cours d'une série d'expériences que nous\nfîmes fin septembre 1907. Il rédigea à cet effet les notes concernant\nexpérimentale, et je lui soumis le plan d'un premier résumé, que je devais\naller présenter en novembre à l'un des membres de l'Académie des sciences\nde Paris. Je me préparais à partir, lorsque je reçus, le 30 octobre, une\nlettre absolument inattendue de M. Massol, dont voici la partie essentielle,\nafin de montrer avec quel scrupule nos travaux ont été poursuivis.\n\"Montpellier 29 octobre 1907. Mon cher Sizes... Il n'y a rien d'éton-\nnant à ce que les grandes ondulations soient en rapport simple avec la\nvibration fondamentale du diapason, mais elles doivent dépendre de la\nlongueur du fil et c'est là une question à résoudre avant de publier quoi\nque ce soit. Il me semble donc, qu'allant à Paris, vous pourriez vous y\noccuper de votre livre d'acoustique, mais sans trop insister sur cette partie\nexpérimentale. Cependant, comme vous avez la foi et que je sens votre\nimpatience, je n'hésite pas à vous abandonner toute ma part de collabora-\ntion, et vous laisse entièrement libre de publier la note en votre nom\npersonnel. Je ne me sens pas assez musicien pour suivre tous ces débats,\net toutes ces théories sont pour moi de l'hébreu ; c'est ce qui m'empêche\nde me faire une opinion ferme. Comme vous le voyez, je vous laisse toute\nliberté et vous cède volontiers ma part de travail. Amitiés et bien cordia-\nlement. G. Massol. \"\nHabitué à ne compter que sur moi-même, je repris courage après\ntrois jours de réflexions. Le lerIer novembre, non sans émotion, je partis pour\nParis afin d'aller présenter mes travaux aux autorités scientifiques et contre-\ndire des théories séculaires, moi qui n'avais jamais rêvé que d'être un\nmusicien. Je n'emportais que ma conviction, mon rapport et un rouleau"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.40", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n\n2 9\n\nformé d'un choix de nos plus belles et concluantes feuilles d'inscriptions.\nJe songeais que quelques années auparavant, comme j'exprimais devant\nun physicien de grande valeur mon opinion sur\nde vibration : \" mais c'est fou ce que vous dites-là, me répondit-il, on\nn'affirme pas des choses de ce genre sans les démontrer Ce même phy-\nsicien admet aujourd'hui mes théories, mais je dois à ses sévères critiques\nde les avoir fortifiées par de rigoureuses expériences.\nMes premières démarches. Une heureuse inspiration me poussa vers\nM. Mercadier, alors directeur des études de l'Ecole Polytechnique, parce\nqu'il était l'auteur des travaux les plus récents sur les diapasons — à un\npoint de vue tout différent des miens — et des premiers travaux expéri-\nmentaux sur la musique moderne, en collaboration avec M. Cornu.\nM. Mercadier me fit l'honneur de s'entretenir avec moi pendant une\nheure, et après avoir manifesté pour les résultats que je lui soumettais le\nplus vif intérêt, il ajouta : ce soir lundi, il y a séance à l'Académie des\nsciences, je verrai M. Violle et je vous présenterai à lui.\nAprès cette présentation M. Violle me demanda de lui laisser mes\nnotes et il me fixa un rendez-vous pour le jeudi suivant, dans son cabinet\ndu Conservatoire des Arts et Métiers.\nJe tins M. C. Saint-Saëns au courant de ces démarches et il voulut\nbien m'accréditer auprès de M. Violle, qui m'honora de la plus cordiale\nréception. Je mis sous ses yeux les feuilles d'inscriptions qui justifiaient\nles notes qu'il m'avait fait l'honneur d'étudier ; leur importance lui apparut\nimmédiatement. Esprit très libre, il accueillit mes idées nouvelles ; il me\nfit part d'erreurs qu'il avait relevées dans diverses lois de vibrations et\nm'encouragea à persévérer dans les études que je poursuivais ; contraire-\nment à l'aveu que je venais de lui faire : que je serais heureux de voir un\nphysicien se charger de la partie qui concerne la physique, pour ne me\nréserver que la partie théorique et surtout musicale. Comme confirmation\nde l'intérêt qu'il portait à mes travaux, il m'annonça son intention de\nprésenter une première note — sur la partie expérimentale — à la séance\nde l'académie du lundi suivant, en me disant : c'est de la bonne physique,\ncomme on n'en a pas fait depuis longtemps. Il me demanda quelques\nprécisions sur la 2\"partie, concernant les résultats et la théorie qui s'y\nrapportait, pour en faire une 2e note qu'il présenterait ultérieurement. Il\nne me cacha pas que cette 2e partie lui apparaissait appartenir davantage\nau domaine musical qu'à celui de la physique pure, tout en recon-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.41", "texte": "3°\nS. I. M.\n\nnaissant qu'il fallait bien admettre que l'une est la dépendance de l'autre.\nLe cœur plein de courage j'annonçai à M. Massol le résultat de cet\nentretien si intéressant et je lui fis savoir que je n'avais pas passé sous\nsilence sa collaboration. M. Violle ne put présenter la iere note que le\nlundi suivant 18 novembre. Ce retard émut M. Massol qui m'écri-\nvait le 21 novembre : \" n'ayant aucune nouvelle et n'ayant pas votre\nenthousiasme, je ne suis pas sans inquiétude, car je crains que vous ne\nvous laissiez emballer sur les ailes de vos théories \". La note parut quelques\njours après. ,\n'Expériences de Savart. A la recherche d'une fondamentale tonique. A\npeine revenu de ces émotions, je n'eus qu'un but : convaincre mon colla-\nborateur qui, à la réflexion, s'était certainement laissé trop'influencer par\nla remarque de Savart, qu'il avait inséré lui-même dans les notes biogra-\nphiques qu'il m'avait données et que j'avais fait figurer dans cette\niere communication. Elle est ainsi conçue : Harmoniques graves. Savart a\nsignalé pour les verges longues et minces l'émission de sons graves\ncomme caractères particuliers, d'êtrerauques,\ncomme par explosion \". Il ne signale que l'octave grave du son qu'il\nappelle toujours fondamentale malgré cela donné par la verge.\nCette iere note portait : une série de dix\ndescendant jusqu'à 2 vibrations, ou ut-4 ; quatre octaves au-dessous du son\nqu'on croyait être le générateur de son échelle de vibrations.\nJe désirais pousser plus loin mes investigations et savoir si tout à fait\nau grave de cette manifestation vibratoire, il n'y aurait pas une\ntonique selon l'opinion que nous nous étions faite avec M. C. Saint-Saëns.\nAu mois de décembre je priai M. Massol de tenir les instruments\nprêts pour la fin du mois. J'eus là une excellente inspiration ; M. Massol\nayant fait subir une préparation en conséquence, au moyen d'un archet de\ncontrebasse, au diapason ut0 dont nous nous servions, je le trouvai admira-\nblement disposé à vibrer. Le 31 décembre il nous donna des choses mer-\nveilleuses. Nous observâmes d'une manière certaine,\nn'avait pas de mouvements propres et qu'il ne transmettait que les vibrations\ndu diapason. Ces vibrations se compliquaient d'un ensemble d'harmoniques\nqui faisait faire au fil un travail inouï. Nous avons constaté ce jour-là :\njusqu'à cinq fonctions différentes que traçait admirablement son extrémité\nlibre et que nous inscrivions sur le cylindre enfumé. Nous décidâmes de\nprofiter de ces bonnes dispositions pour faire une séance de nuit."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.42", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n31\n\nA la fin de cette soirée nous eûmes un moment de véritable émotion\nprovoquée par la réalisation de l'expérience de Savart. Le diapason repro-\nduisant les grandes amplitudes de l'après-midi, le fil se mit à transmettre\nune vibration extraordinaire à voir, cependant sans désordre dans ses\nmouvements ; elle était accompagnée d'un flou !.. flou!., périodique lent, à\nchacun desquels correspondait un de l'un des quatre\nsegments vibratoires de l'extrémité du fil, pendant que les trois autres\nsemblaient être très affairés à une fonction mystérieuse. Qu'on se figure\nune araignée tissant fiévreusement une toile avec quatre pattes, dont l'une\nd'elles, par un mouvement brusque répété environ chaque seconde, irait\nchercher un filament éloigné pour le ramener rapidement au centre du\ntissage. C'est cette impression qu'on peut remarquer dans le fac-similé de\nla 2me courbe çi-dessous.\nA un autre moment, alors que nous laissions éteindre les vibrations\ndes branches du diapason, elles se remettaient subitement à vibrer et à\npasser d'un mouvement vibratoire relativement nul, à une amplitude très\ngrande d'une durée d'une seconde et demie. A ce moment le fil inscrivit\nla iere courbe çi-dessous.\nDans l'espace de trois secondes, la iere courbe donne : deux grandes\npériodes formées de 48 grandes vibrations, affectées du rapport d'octave\n:i = 96 vib. Ce rapport est beaucoup plus accentué par la suite, alors\n\n-Fragments de deux courbes obtenues à la vitesse de 1 tour du cylindre\ndu chronographe en 10 secondes.\nLes espaces figurés par les flèches indiquent la durée d'une seconde."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.43", "texte": "32\nS. I. M.\n\nque les grandes périodes cessent de s'inscrire ; il en est de même de toutes\nles grandes amplitudes. Au total, la ilîre courbe représente : oY,2/3 de vib.\npar seconde = Fa-6 (le fa de la 6rne octave au-dessous du dernier utQ du\npiano); puis 16 et 32 vib.\nLa 2me courbe donne en trois secondes : cinq grandes périodes, chacune\ndivisée en deux moyennes formant rapport zjet d'un total de 48 vib. dans\nl'ensemble de la courbe. Par seconde cela fait : IV/3 = La-5 (5e octave\nau-dessous du la le plus grave du piano) 3 Y/3 = \"a-4 et i6v = ut-, (une\noctave au-dessous de celui du piano, lequel est ut0 de 32 v-d.)\nSavart avait dit vrai ; mais n'ayant pas fait d'inscriptions de vibra-\ntions, il n'avait pu en tirer aucun parti. Nous verrons plus loin qu'il en\nfut de même des derniers travaux de M. Cornu, relativement aux vibra-\ntions tournantes des cordes, qu'il publia dans le de Physique en 1896.\nAprès ces résultats je fus heureux de voir les suspicions de mon\ndévoué collaborateur expérimental prendre fin ; il me rendit sa confiance\net il s'est aperçu depuis lors : que les sont encore plus\nsolides que celles des aéroplanes de nos intrépides et glorieux aviateurs.\nC A Suiv\n\nG. Sizes."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.44", "texte": "UNE ROMANCE CHANTEE PAR LOUIS XVII\nAu moment où nos lecteurs ouvriront ce numéro, ils songeront\npeut-être au douloureux aniversaire de la mort de Louis XVI. Il y a en\neffet exactement cent dix ans que d'illustres prisonniers entraient à la\nprison du Temple. Le roi avait toujours été indifférent à la musique.\nMais la reine était restée tout sa vie fidèle à l'art de Gluck et de Mozart.\nOn sait combien à Versailles et à Trianon la musique tient une place\nd'honneur dans la vie agitée ou champêtre de Marie Antoinette, et,\naprès tous le biographes, il y aurait encore un bien joli article à écrire\nsur \" Marie Antoinette musicienne \", protectrice de Grétry, admiratrice\nde Garat, défendant contre toutes les cabales l'auteur d'Armide et\nd'lphigénie... !\nCes romances qui suivent, et dont peu d'exemplaires ont été con-\nservés, nous montrent que la musique sous sa forme la plus humble\nn'abandonna point la souveraine prisonnière et déchue. Aux moments les\nplus tragiques de la Révolution, entre 1793 et 1795, quelques voix et\nun clavecin purent encore résonner au Temple, le jeune roi s'y associa.\nL'auteur des paroles, le nommé Lepitre, membre de la Commune\nest connu pour avoir tenté avec son camarade Toulan de faire évader les\nmembres de la famille royale. Commissaire de surveillance au Temple,\nil fut bien près de mettre à exécution son projet. La reine et Madame\nElisabeth enveloppées d'habits d'hommes, fussent sorties avec les cartes des\ncommissaires. Madame Royale et le Dauphin auraient été substitués à\n\n3"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.45", "texte": "34\nS. I. M.\n\ndeux enfants qui accompagnaient ordinairement l'allumeur des réverbères.\nUn narcotique eût endormi les gardiens et la fuite à travers la Normandie\neût conduit les prisonniers en Angleterre. Le complot fut-il éventé ? Le\nhasard empêcha-t-il la réalisation de ce projet minutieusement préparé ?\nToujours est il certain que Lepitre et Toulan ne furent pas réélus à\nPâque 1793 et perdirent ainsi l'autorité qui seule eut pu rendre leur plan\nexécutable.\nDe Madame Cléry le talent musical n'est guère connu des historiens.\nFemme du dévoué valet de chambre de Louis XVI, elle imagina cette\nruse touchante pour adoucir la captivité de ses illustres maîtres. Il faut\ntenir compte ici de l'intention, avant même de juger la musique. Enfin\nl'on remarquera, sur le titre de ces facsimilés, la signature de Beaumont,\nqui paraît bien être celle de Mme Beaumont, l'amie dont la voix se mariait\na celle de Mme Cléry, comme nous l'indique la seconde romance.\nL'édition de ce volume paraît dater de la Restauration, et s'être faite\npar les soins mêmes de cette dame Beaumont. Les deux romances que\nnous reproduisons ici sont suivies de deux autres encore. L'une intitulée\nLa Consolation ; l'autre La Crainte,composée le 22 août. Enfin l'ouvrage\nse termine par Le vieux Troubadour dont les\nchangements pour s'adapter a Pheureux retour de la famille royale.\nIl faut espérer que l'hommage de ces deux âmes fidèles fut agréé\npar la cour, et que le roi Louis XVIII sut récompenser le dévouement\nartistique de ces deux musiciennes. C'est du moins à un espoir de ce genre\nqu il faut attribuer la publication et par conséquent la conservation de\nces reliques révolutionnaires."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.46", "texte": "«\navec j\\ccom\n\\\n(le l'orte Piano on de Hari)\n0 &\n,3 A\n£ il\n*>\nT\n:H\n:M\n, (•\nA.\nKVS\n( y!\n__/y /.\nI\na-i\nr\nà\nsfr A/' /Z. /',/{} f afi'f de //ui/ii/rr </r </ /■ • Z,()[rZ S JKZ'Z .\n/'A/M/ /■:. v MM: A:/'/ / ///-'.\n(5' \"\nA PARIS\nI •\nSZ/'./i/'U. Zlttlîfaitr </e + lZu '((tttp, Z^M e </c,/' f'i/fs.r c/. ZZittMins* J ° ZZ. (7/(tit /te' iZcaa<J.\nZj { Zrt> rx /(Hf, r ,<v (fc J/ff/tU?"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.47", "texte": "36\nS. I. M.\n\nLA PIETÉ FILIALE.\n2\n„ Icre Romance\nloris XVII A SON AUGUSTE MERE.\n' * .\nCette Romance composée ,après la Mort de LOUIS XVÎret mis« en Musique Par MT'e\npresentee a la REINE par l'Auteur, alors Membre delà Commune, quand iî\n' f\nrevint au Temple, Sa MAJESTE lui fit entendre les paroles chantees par le jeune\nROl,et Accompagnées sur le Piano/par MADAME ROYALE."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.48", "texte": "UNE ROMANCE PAR LOUIS XVII\n\n37\n\n'2e. C.\nDès Ferà! o LOUTS/toi) courage\n* ;\nLes annoblit en les portant.\nTon filé na plus en cet instant*\nQue tes .vertus pour'he'ritage .\nTr one,Palais? Pouvoir, Grandeur\nTout a fui pour moi sur la ierre7\nMais je suis auprès de ma Mere\nJe connais encor le bonheur. (^B\\s)\n3e. C .\nUn. j.our peut e tre,. l'es pe'rance\nDoit être permise au malheur:\n•Un jour en faisant son bonheur\nJe me vengerai de Va France.\nUn Dieu favorable a ton Fils\nBientôt calmera la tempete •\nL'orage qui courbe leur tête\nNe détruira jaipais les Li?<,\n4e. C ,\n• Helas! si du poids de nos chaînes\nLe ciel daigne nous affranchir,\nNos. cœurs doubleront le plaisir\nPar le souvenir de nos peines,.\nTon \"Fils plus heureux qu'aujourd'hui\nSaura, dissipant tes allarmes,\neffacer la trace dés larmes\nQu'en ces lieux tu'.verses pour lui.\nS?C a EI isa b eth\nEt toi dont les soins, la tendresse\nadouci tant de\nTa récompensé est dans les cœurs\nQue tu formes à la sagesse....\nAhf souviens toi des. derniers vœux\nQu'en mourant exprima ton Frere/\nReste toujours près cie ma Mt rc\nEt ses Enfants en auront deux.\n( C . H"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.49", "texte": "38\nS. I. M.\n\nLES REGRETS.\n4\n2e. Romance\nN*a Lorsque Madame Royale eut la liberté' de se promener dans le Jardin du Temple,\nde fideles Serviteurs de son Auguste Famille louèrent deux chambres qui dominaient\nsur le Jardin. Ils donnèrent quelques Concerts ou M 1?6 Clery exécuta sur la Harpe et\nchanta avec une Amie a- les deux Romances, Las!avec moi gemissez cœurs sensibles^tc-Toi\nque pour consoler la vie... Cette derniere fut composée le jour même ou lon connut le\nDécret qui ordonnait que Madame serait remise a sa Famille."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.50", "texte": "UNE ROMANCE PAR LOUIS XVII\n39\n\nC .\nDe tes vertus quand triompha le crime,\nLouis, sur toi vefsai longtems des pieurs;\nMais attendais qu'une seule victime\nDes Assassins appaisat les fureurs'.\"...\nTa Fille helas ton Fils a son aurore,\n/ f\nMe consolaient ... joaes maux étaient calmes\nEt supposais revoir* LOUIS encore.\nEn.voyant ceux qu'il avait tant aimes.\n3e. C.\nSéjour affreux qu'habitait l'innocence -\nQue mas laisse triste et doux souvenir /\nNoble famille au sein de la souffrance\n/ /\nQuand me. voyait goûtait quelque plaisir.\nAimable Soeur, Auguste et tendre More/\nQu'ont-ils produit mes vœux pour-vous formés?\nLespoir a fui....comme une ombr.e légère\n*)nt. djisçaru ceux que j'ai tant aimés.\n4e. C.\nQuand des Bourreaux le glaive parricide\n» ' /\nREINE adorée termine ton sort\nVictime aussi de leur rage homicide*\nmourir, mais bénissais la mort.\nalors fini tânt de misère.. -\nAvais trop vu noirs consommés\nHeureux est-on d'abandonner la terre '\nOu pe sont plus ceux qu'on a bien aimes.\n5? C .\nPour contenter leur aveugle furie\nC'était trop peu de nie faire mourir:\nEn me laissant le fardeau de la vie\nDun long supplice ils ont scu me punir.\n. /\nELISABETH,sur les rivages sombres\nAurovs reçu tes mânes fortunes,.*\nMoi.meme heureux dans le séjour des otnbres\nD'être av.ee ceux qucj'avais tant aimes..\nGc: C.\nPoint rt'au rois vu battu par la tempête\nTomber ce Lis qui faisait mon bonheur\nAvec fierte comme il portait sa tête 1\nComme il brillait d une vivo blancheàr!\nDun vain espoir plus ne sens le prestige-.\nPlus ne sera ce beau Lis ranime\nHommes cruels! ils ont brise la tige\nDu rejetton.que j avais tant aime',\n1H C .\nEn quelque lieu que mon œil.repose\nVois des Cyprès et ne vois plus de fleurs\nLas ! cepefidant est encore une Rose,\nUn souffV impur a flétri ses couleurs.\nProtégé -la !)icu j'appelle ...\nQue noir*; Auians soient par toi comprimes.\nPlus n'ai.de vuux a former que pour elle.\n\"f* . 9\nAi touà perd.i ceux que Jai tan? aunes .\nif 4 ï Auteur subit 2.0 heures de JuZemen t a. près avoir ete 42 jo^rs*\ni C . K"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.51", "texte": "WARNECKE (F.). Der Kontrabass (Im Verlag des\nVerfassers. Hamburg 1909 in-fol de 127 + 84 pp.)\nIl y a d'abord ici une méthode, dont l'auteur annonce le\ncomplément dans un ouvrage qui paraîtra ultérieurement, et nous\nrévélera un nouveau doigté, devant modifier, paraît-il, la technique\nde la contrebasse. Il y a ensuite une étude historique, dont deux\nchapitres sont consacrés l'un à Dragonetti, l'autre à Bottesini. De\nces deux chapitres rien à signaler sinon qu'ils résument ce qu'on\nsait de ces virtuoses. Enfin, reste la partie proprement musicolo-\ngique. Et ici je ne puis m'empêcher de mettre l'auteur en garde\ncontre ce qu'il croit être de l'érudition utile à ses lecteurs. Non,\nil ne suffit pas d'ouvrir Praetorius et Mersenne, de citer Wasie-\nlewski, et de compulser des lexiques, pour faire œuvre de science.\nDe tout ce dédale de textes (d'ailleurs sans références) il résulte\nsimplement que depuis le moyen-âge on s'est servi d'instruments\nà archets du registre bas et de forte taille. Cela ne nous dit pas\nquand, comment, est sorti de ce groupe connu l'instrument parti-\nculier qui se nomme contrebasse. Une fois de plus l'auteur a cru sa\ntâche remplie lorsqu'il a posé devant nous les éléments du problème\nqu'il avait à résoudre. Quand donc aurons-nous de bonnes monographies sur chacun des\ninstruments qui donnent la vie à notre art ?\nFELLINGER (Maria). Brahms-Bilder. (Breitkopf 1911 in-120 de 40 pp. Mk 3.)\nBonne idée de nous montrer Brahms, et les lieux où il vécut, en une quarantaine de\nphotographies. Le goût du jour, la curiosité, et j'ajoute l'érudition s'accordent pour approuver\ntous les luxes d'une abondante iconographie. Je sais bien que parfois cette portraltomanie\néveille l'idée de réclame inévitable, et tout aussitôt les scrupules de l'incorruptible critique. (Voir\npar exemple certain article nocif que Pierre Lalo écrivit jadis contre notre numéro des fêtes de\nMunich). Mais le public, ici comme ailleurs, suit ses goûts plutôt que ses Mentors. Et il a\nraison. Le petit recueil de Maria Fellinger fera donc plaisir à tous les Amis de Brahms, de plus\nen plus nombreux en France. Ils y verront l'auteur du Requiem Allemand pris sur le vif,\nsouvent sans qu'il s'en doutât, par un appareil toujours dispos. Je n'ai qu'un regret, c'est que\nMllO F. n'ai pas commencé trente ans plus tôt son œuvre d'admiratrice passionnée. Il est vrai\nqu'elle nous donne, d'après une petite photo, un portrait de Brahms en 1852, mais n'est-ce\npas un peu bien retouché ?\nBARROSO (Matheo H.). —La IX Sinfonia de Beethoven. (Madrid, Morantin 22, 1912,\nin-120 de 221 pp. Pes. 3,50.)\nOn ne saurait trouver de meilleurs arguments en faveur de la théorie de Gobineau,"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.52", "texte": "LES LIVRES\n\n41\n\nthéorie d'une race européenne noble, idéale, privilégiée qu'en s'adressant à la musique. Il\nsemble bien en effet qu'il appartienne depuis plusieurs siècles aux gens du Nord, d'origine\ngermano-celte, de réveiller chez les Méditerranéens de toute couleur l'instinct du lyrisme\ntranscendant qui se confie au papier à musique. Voici que l'Espagne, dont la musique\nsommeillait depuis l'époque des grands flamands, se sent aujourd'hui touchée par la grâce des\ngrands classiques. Albeniz, le père de cette renaissance, trouva sa voie lorsqu'il eut rencontré\nles disciples de Franck. Les \"jeunes\" qui le suivent, montent vers Paris, pour y entendre\nRusses, Allemands et Français. Enfin M. Barroso nous montre comment le contact s'établit\ndu côté de la critique. En un fort volume il commente, je dirais presque il découvre l'âme de\nBeethoven. \" Ce livre, nous dit-il, répond à une nécessité morale, à un devoir de gratitude,\npour le Moderne Prométhée, dont les œuvres m'ont fait si souvent perdre la notion même du\ntemps Et comme pour compléter cette vision apologétique, de truculentes gravures sur bois\nde Pino, de Penagos et de Vivanco évoquent à leur manière le trouble d'une âme espagnole en\nface de la révélation du mystère musical. C'est là, dans toute la force du terme un livre\nd'initiation. La religion de la musique pure et des rites beethoveniens réussira-t-elle dans le\npays de la Verbena et des courses de toros ? Qui le sait ? M. Barroso n'en aura pas moins été à\nla tête d'un groupe effervescent de néphytes enthousiastes, pour qui nous ne pouvons éprouver\nque la plus entière sympathie.\nSCHARLITT. Friedrich Chopin s gesammelte Briefe, zum ersten Mal herausgegeben\nund getreu ins deutsche übertragen. (Leipzig, Breitkopf & Hârtel, 1911, in-8° de IX-305 pp.)\nLa tâche de rassembler en volume ce qu'il existe des lettres de Chopin de réviser les\nversions souvent inexactes ou tronquées d'une partie de la correspondance du maître qu'accré-\nditent divers ouvrages s'avérait particulièrement nécessaire. M. Scharlitt a le mérite de l'avoir\naccomplie. Et la lecture de son recueil jette un jour nouveau sur plusieurs points de la\nbiographie de Chopin. Sans avoir les textes originaux sous les yeux, il est difficile de dire à\nquel point la traduction est aussi fidèle que l'affirment le titre et la préface. Il serait même,\nsomme toute, très impertinent de mettre la question sur le tapis si l'on ne constatait qu'après\navoir reproduit (p. 305) en facsimile le dernier autographe, très lisible, de Chopin : \" Comme\ncette terre m'étouffera, je vous conjure de faire ouvrir mon corps... \" M. Scharlitt traduit :\na Falls ich durch diesen Husten ersticke... \" c'est-à-dire : au cas où cette toux m'étoufferait.\nPeut-être bien est-ce là l'unique inexactitude qu'ait commise le traducteur. Mais elle est\ninquiétante.\nQuoiqu'il en soit, le livre apporte un appoint très bienvenu à la bibliographie assez\nrestreinte dont nous disposons.\nM.-D. C.\nREPORT OF THE FOURTH CONGRESS OF THE INTERNATIONAL\nMUSICAL SOCIETY. —29 May-3 June 1911. (London, Novello and C°, 1912, in-40\nde VIII. 427 pp.)\nL'important compte-rendu du dernier Congrès de Londres que vient de publier la\nmaison Novello, sous la direction de M. Charles Maclean, témoigne éloquemment de l'activité\nde la Société Internationale de Musique. Dressé avec une méthode parfaite, ce \" Report \"\nconstitue un excellent instrument bibliographique. Nous n'insisterons pas, à nouveau, sur la\nmagnificence traditionnelle de l'hospitalité britannique, non plus que sur les nombreux\nconcerts qui révélèrent tant d'œuvres si suggestives des madrigalistes et des virginalistes"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.53", "texte": "42\nS. I. M.\n\nanglais. Nous voudrions seulement dire quelques mots des communications présentées au\nCongrès et essayer de dégager une idée d'ensemble du caractère et de l'ordonnance de ces\nmémoires, dont les auteurs du u Report \" ont, fort judicieusement, placé en tête de leur\npublication l'ensemble des résumés rédigés en anglais.\nLes lectures faites en séance solennelle occupent les pages 76 à 83 ; ensuite, viennent\nles diverses communications classées en 6 sections, chacune d'elles étant précédée d'un résumé\nétabli dans sa langue originale. L'ouvrage se termine par les comptes-rendus des groupements\nde la Société, par des documents administratifs et par un index alphabétique de tous les noms\ncités (pp. 415 à 427).\nPlus de 80 mémoires ont été lus au Congrès : c'est dire que le travail scientifique a tenu,\nau milieu des réceptions et des auditions de musique, une place très honorable. Des résolutions\némanant de la Commission de Bibliographie font l'objet d'une note de Mr Springer qui\nexpose l'état des travaux déjà entrepris pour la refonte du Quellen Lexikon d'Eitner.\nDans presque toutes les sections, on a soulevé des questions de méthode ; nous citerons\nl'étude de M. Launis, (section II), celles de MM. Calvocoressi, Krohn et Wellesz (section III),\net l'intéressant mémoire de M. Scheurleer, sur la nécessité d'une enquête systématique\ntouchant l'iconographie musicale (section V). Disons, au point de vue méthodologique, que la\nclassification, en 6 sections, des diverses matières étudiées n'échappe pas à toute critique.\nAinsi, la section 111 (Musique religieuse) n'apparaît que comme une subdivision de la section I,\nlaquelle déborde elle-même sur l'ensemble des autres. La section de Musique religieuse\nenregistre, en effet, des communications de caractère strictement historique et on ne saisit pas\nles raisons qui permettent d'isoler arbitrairement la musique religieuse de la musique profane.\nDe même, la IIIe section (Théorie-Esthétique-Acoustique) accueille des travaux sur\nl'Esthétique qui pourraient tout aussi bien, et même mieux, se placer dans la section historique.\nN'oublions pas que Vhistoricité doit dominer aujourd'hui études esthétiques sous peine de\nvoir celles-ci perpétuer (les conceptions surannées et stériles. De même encore, la\nVe section (Instruments) comprend deux communications de MMrs Norlind et Roda qui sont\nessentiellement historiques. Dans la section d'Histoire proprement dite, 10 communications\nsur 16 traitent de sujets concernant les XVIIe et XVIIIe siècles, tandis que la musique\nmédiévale n'inspire que 2 mémoires. De précieuses contributions à l'examen des caractères\nethniques de la musique résultent des lectures faites dans la IIe section, Enfin, la section des\nInstruments n a pas entendu moins de 15 communications extrêmement intéressantes pour la.\nplupart, et parmi lesquelles nous citerons une étude sur la harpe irlandaise, que le u Report \"\nillustre d'une très curieuse iconographie.\nCe volume fait le plus grand honneur au Comité d'organisation du Congrès et aux\néditeurs qui l'ont publié.\nLIONEL DE LA LAURENCIE.\nLANDRY (Eugene). La Théorie du Ryth?ne et le Rythme du Français déclamé\n(H. Champion, 1911, in-8° de 428 pages).\nCet ouvrage n'est sans doute pas étranger au titre de docteur ès-lettres appartenant à\nl'auteur, quoique devant une grande partie de son intérêt à l'emploi consciencieux de\nméthodes scientifiques d'expérimentation. M. L. était très qualifié pour traiter son sujet,\njoignant à une culture littéraire et scientifique étendue le goût de la musique, et, çrâce à sa\nconnaissance de plusieurs langues, n'ignorant rien des publications de l'étranger ; n'a-t-il pas\nété entraîné par là à exotiser parfois son style et aussi à partager, jusqu'à un certain point,"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.54", "texte": "LES LIVRES\n43\n\nl'horreur de la définition fréquente chez certains théoriciens d'à côté ? En cette matière, la\ndéfectuosité de la terminologie courante ne saurait pourtant inspirer trop de précaution au\npoint de vue de la clarté.\nLa déclamation pure se trouvant en dehors du cadre de cette Revue, c'est surtout, avec\ncertaines échappées sur le point de vue musical, la Théorie générale qui donnera lieu ici à\nquelques observations.\nOr, pour envisager cette théorie dans sa généralité, ne serait-il pas indispensable d'isoler\nd'abord la notion de Rythme, au lieu d'y mêler de suite les conditions de variabilité dans le\nmouvement ou vitesse (appelés tempo, pourquoi ?), dans l'énergie et l'accent, dans le timbre\n(pourquoi dénommer ainsi le caractère spécifique de chaque voyelle et d'autres faits analogues,\npar exemple allitération, assonances, page 22 ?), conditions qui sont, avec le rythme, des\nfacteurs de Vexpression et non du rythme lui-même pris dans son sens propre, et dont la\ntendance, même reconnue, à la fréquence de certaines modalités, ne saurait constituer de\nvéritables lois ?\nLa conception du Rythme peut sembler en effet simplement liée à la perception, entre\néléments sonores, de rapports de durée très simples, d'après une certaine commune mesure\nprise pour unité. En éliminant toute autre condition, notamment la variation dans l'énergie, il\nsuffit, pour la possibilité de cette perception, de considérer, avec un son unique, l'intermittence\ndans l'émission, dont la nécessité disparaît dans la succession de sons différents. Ces conditions\nélémentaires ne sont pas une fiction ; elles existent avec les sons immobiles ordinaires de\nl'orgue, et personne ne prétendra qu'une pièce de Bach, jouée ainsi qu'elle a été conçue pour\ncet instrument, soit dénuée de rythme.\nOn peut s'étonner aussi de voir tous les théoriciens passer par dessus la considération\nprimitive du rythme unitaire. Pourtant, dire que, pour une même série de pulsations isotones\net isochrones, plusieurs observateurs peuvent avoir chacun la sensation de groupes différents,\nbinaires, ternaires ou quaternaires (p. 82), sensation encore susceptible de changer au cours\nd'une seule expérience pour un même observateur, n'est-ce pas reconnaître qu'il s'agit alors\nd'un rythme simplement unitaire ? Et l'on en trouve notamment des exemples dans la liturgie,\nen particulier dans la récitation de prières.\nLe rythme plural, en réalité, se concrète seulement par les moments remarquables\napparaissant à la fois comme initiaux dans le groupement métrique et susceptibles d'être\nordinairement terminaux dans la période esthétique, phrase ou membre de phrase, bien malen-\ncontreusement qualifié, avec un sens restreint, du nom du rythme, par Reicha et Mathis\nLussy. Si l'on tenait à un sens particularisé dans certains cas pour le mot rythme, il convien-\ndrait bien mieux aux courtes formules, analogues aux pieds prosodiques dans la verisfication,\npouvant être considérées comme les éléments de formation des membres de phrase.\nLes moments remarquables dont il vient d'être question peuvent du reste être déterminés\nbien autrement que par l'énergie périodique d'accentuation, et, dans toute musique non\npurement monophone, ils le sont en réalité le plus souvent polyphoniquement par des procédés\ndivers appliqués d'instinct ou volontairement par les compositeurs et dont on peut se contenter\nde citer le plus banal dans la pulsation périodique, souvent avec une très faible intensité, d'une\nbasse volontiers chargée, non sans motif plausible, du rôle de balancier dans l'équilibre\nmétrique. Et l'on peut dire que toute expérience musicale touchant un fragment non mono-\nphone est incomplète si elle est purement mélodique.\nIl faut remarquer encore qu'une même unité rythmique peut se subdiviser, dans des\nparties distinctes mais simultanées, d'après des fractionnements différents, par 2, 3, 4, 5> etc...\nOn est amené ainsi à une conception identique pour le temps et la mesure, celle d'unités"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.55", "texte": "4-4\nS. I. M.\n\nnumériques d'ordre plus ou moins grand, d'après certains rapports simples, en analogie avec la\nconsidération d'unités proprement dites, de dizaines, de centaines, etc...., dans le système de\nnumération décimale.\nM. L. confirme expérimentalement le fait connu de tous, que le rythme musical, absolu\ndans son principe, ne l'est jamais dans son application, non plus que le rythme à la vérité plus\nlibre de la déclamation. Ces variations esthétiques de la vitesse oscillant autour d'un même\nmouvement moyen doivent toujours garder une proportion instinctive laissant transparaître le\nrapport numérique. Mais leur appliquer une analyse rigoureuse et leur assigner des lois peut\nsembler une tentative quelque peu illusoire. M. L. constate du reste, non sans ironie, que des\nthéoriciens ont trouvé, les uns beaucoup de régularité relative, les autres beaucoup d'irrégularité\ndans le jeu d'artistes différents également notables (p. 397). Ceci n'est pas pour surprendre,\nétant donnée la diversité des tempéraments pouvant amener des interprétations également\nacceptables, malgré leur variété. Quant à l'exemple cité p. 401, à propos du jeu d'un virtuose\ncélèbre exécutant sa propre musique, il est permis de penser qu'il ne jouait pas ce qu'il avait\nécrit, ou qu'il n'avait pas écrit ce qu'il voulait être joué.\nEn résumé, tout en ne nous apportant peut-être pas, avec ce livre conçu du reste dans\nun but spécial, une formule définitive pour la Théorie générale du Rythme, l'auteur justifie\nplus que largement la modeste prétention qu'il s'attribue (p. 30), de présenter une importante\ncontribution à cette étude, et les musiciens pourront en outre trouver, dans la partie qui traite\nde l'expression dans la déclamation, d'utiles considérations et des aperçus ingénieux au point\nde vue de l'accentuation et de la prosodie qui les intéresse particulièrement.\nANSELME VINEE.\nTORREFRANCA (Fausto). Giacomo Puecini e /'opéra internazionale. (Turino, Bocca,\n1912, in-12 de 136 pp. £ 2.50).\nTrès courageux, ce livre de notre collègue, s'attaque à la situation humiliée de la musique\nitalienne, et prend comme exemple la déchéance de l'opéra vériste dont Puccini est le prota-\ngoniste. L'auteur de la Bohème passe ici un mauvais quart d'heure, ainsi que ses soutiens, les\ngrands éditeurs, hors desquels, en Italie, il n'y a pas de salut musical. On pourrait évidemment\nplaider la cause de ces opérateurs qui, après tout, ont eu le droit de chercher le succès et l'argent.\nIls vendent un produit qui ne plaît pas à tout le monde mais que personne n'est forcé de\nconsommer.\nPour l'artiste italien cependant, la main mise sur l'art musical par ces puissances mercan-\ntiles, constitue un danger, et devant cette carnora artistique le beau geste de la révolte s'impose.\nLa France suivra avec plaisir et encouragera certainement ces jeunes libérateurs du territoire\nmusical, et la critique lira avec profit cette analyse bien conduite. Je ne sais cependant si tout\nle monde souscrira à la thèse fort originale de M. Torrefranca, qui consiste à prétendre que\nl'italien a un tempérament de symphoniste, et que son goût, son talent même pour la musique\nde théâtre doit être considéré comme une décadence. En tout cas, la soutenance d'une idée de\nce genre au pays de Verdi est un symptôme.\n\nL. M."}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.56", "texte": "Les Théâtres\n\nIDOMÉNEE — LA SORCIÈRE — FER VA AL\nQuand le hasard se mêle de nous donner des leçons d'histoire, il ne le fait pas à demi; dès\nqu'il se pique d'intentions didactiques il résiste mal à la tentation d'être pédant. Il est toujours\ndisposé à trop prouver et à entrer dans les démonstrations qu'on ne lui demande pas. Très fier\nde son éloquence souvent célébrée, il joue les compères de revue, opère des rapprochements,\ndes présentations, fait parler les faits et ne nous laisse que le soin de tirer une conclusion\nfacile.\nEn voyant avec quelle astuce renouvelée de Rip et Bousquet notre vieux Fatum échelon-\nnait les tentatives lyriques de ce mois pour amorcer une discussion générale sur les genres, les\nclasses et les catégories, j'ai compris de suite que ma tâche de critique allait être singulièrement\nsimplifiée et que je devais laisser la parole à l'incorrigible bavard pour la plus grande édification\nde mes lecteurs.\nAvec cette nonchalance et cet affectueux détachement qui caractérisent le personnage, il\nme proposa de faire défiler sous mes yeux trois réalisations différentes de l'idéal lyrique, trois\nétapes de son histoire : l'opéra où le compositeur a réduit le librettiste en esclavage, l'opéra où\nle librettiste s'est vengé en imposant sa loi au musicien et enfin le drame lyrique unifié, sorti,\npoème et partition, d'un même cerveau et qui répond dans l'esthétique française au nom\ngracieux de \" Wort-Ton-Drama"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.57", "texte": "46\nS. I. M.\n\nIl dit, et avisant le directeur du Théâtre des Arts, l'invite courtoisement à nous exposer\nsa conception du spectacle musical.\nM. Rouché, gagnant l'avant-scène, a répondu avec grâce : <c J'ai fait trois fois le tour du\nmonde lyrique. J'ai abordé tous les genres, exploré tous les milieux artistiques, étudié toutes\nles époques. Mon chef d'orchestre distribua tour à tour à ses administrés les accords parfaits de\nLully et les appoggiatures non résolues de Ravel. Mes peintres, mes poètes, mes danseurs ont\ntrouvé en moi le plus patient, le plus complaisant et le plus courageux des collaborateurs. Je\nles ai présentés en liberté, je les ai laissé improviser, j'ai souscrit à toutes leurs audaces, de peur\nd'offenser la beauté inconnue. Si je livre généralement mes batailles sur un étroit plateau, assez\nvaste en somme pour les ébats de la frêle Napierkowska, naïade d'une \" Source Lointaine \" où\nmurmure un flot si frais de musique sincère et ingénue, je sais aussi, quand il le faut, changer\nmon terrain de combat : pour Trouhanowa j'ai loué la vaste scène du Châtelet et pour\nl'apothéose du gymnase rythmique de mon ami d'Udine je ferai agrandir le Trocadéro. J'ai\ngoûté à tous les fruits de l'arbre de la science théâtrale, je suis donc un peu blasé. Je ne crois\nplus au \" métier \", je n'ai jamais cru à l'esthétique officielle, j'incline par raisonnement et par\ngoût à un amateurisme élégant qui chagrine certains professionnels mais qui contente mon\nsecret scepticisme. Et voilà pourquoi j'éprouve aujourd'hui un plaisir complet à monter de\ndélicats spectacles fragmentés à ressusciter pour un instant, le prologue de Thésée ou un acte\nd'ldoménée, avec une sorte de philosophie attendrie, sans chercher à masquer la pauvreté des\nlivrets, sans me soucier d'une vaine mise en scène « n'êtes-vous pas las de toutes ces puériles\nvirtuosités ? heureux seulement de voir s'évader de mon petit orchestre ainsi que d'une\ncassolette ce parfum musical des siècles morts qui tremble dans les airs comme la fumée bleue\nde l'oliban ou de la myrrhe ! \"\nMon guide sourit avec malice et m'entraîna chez M. Albert Carré à qui il posa les mêmçs\nquestions. Le directeur de l'Opéra-Comique nous répondit d'une voix nette et tranchante :\n\" Mon public n'est pas blasé. Il me demande des émotions théâtrales directes et\npositives. Il veut une anecdote, des péripéties, de grands chanteurs, de beaux décors, une mise\nen scène vivante et même, par surcroît, une partition de bonne musique. Je ne puis pas toujours\nréunir dans la même soirée tous ces éléments mais des expériences comme celles de la Tosca\net de Bérénice m'ont appris à discerner ceux d'entre eux que je ne saurais sacrifier sans\ndanger. Aujourd'hui j'ai la sensation d'avoir rempli toutes les conditions du jeu. L'aventure de\nla Sorcière est une belle aventure, mouvementée, passionnée, pittoresque et d'un intérêt qui ne\nfaiblit pas. C'est du meilleur Sardou, expurgé d'ailleurs de toute littérature indiscrète. A défaut\nde personnages doués d'une psychologie nettement lyrique la presse en a eu un gros\nchagrin, je ne sais pourquoi ! ce sujet réunit un certain nombre de situations et d'atmos-\nphères très musicales, ce qui n'est pas un mérite négligeable. Erlanger en a tiré une partition\nd'une qualité inattaquable, sobre, nette, distinguée, expressive ; tous les artistes, même ceux\nqui avaient trouvé un peu grinçant le lyrisme d'Aphrodite, ont admiré la belle tenue musicale\nde cette nouvelle œuvre, et l'adresse du compositeur à éviter les pièges du vérisme tendus sous\nses pas par son trop habile collaborateur. Etant donné que je ne suis pas ici uniquement pour"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.58", "texte": "LE MOIS\n47\n\nessayer sur les contribuables de la troisième république des pièces d'avant-garde et que,\nd'ailleurs, on ne m'apporte pas toutes les semaines un Pelléas, j'estime avoir trouvé dans la\nSorcière l'œuvre lyrique pouvant servir de type à l'exploitation normale de mon théâtre, l'œuvre\nqui tient compte des aspirations de la foule sans flatter son mauvais goût, l'œuvre qui force\nl'estime par sa parfaite honnêteté. Que les délicats se donnent la peine d'apprécier la nuance.\nS'ils ne me soutiennent pas dans cette tentative je cesserai de lutter plus longtemps pour des\ningrats et simplifierai d'un seul coup mon existence directoriale en me faisant naturaliser\nitalien. \"\nEpouvantés par cette menace, nous avions déjà fui et cherchions bientôt dans les coulisses\nde l'Académie Nationale de Musique à cerner M. André Messager pour lui arracher des\ndéclarations définitives sur Fervaal dont s'achevait la répétition générale mouvementée.\nPendant que mon compagnon s'acharnait à cette inutile poursuite je m'immobilisai soudain\nderrière l'huis mal clos du petit foyer de la danse et, retenant mon souffle, m'appliquai à ne\nrien perdre de la curieuse scène qui s'y jouait. Le maître V incent d'lndy, entouré de ses\ndisciples bien-aimés, leur adressait une paternelle homélie. Il avait jeté sur son frac le manteau\ndu voyageur et tenait à la main un léger bagage ; insoucieux de la date lointaine que les\nmédecins de Guilhen tentaient d'assigner à la prochaine représentation de son œuvre, le\ncompositeur se rendait à Florence et, oublieux des âpres Cévennes de carton, peintes par\nMM. Rochette et Landrin, souriait déjà au fin profil de la colline violette de San Miniato.\n\" Encore un peu de temps, mes enfants, dit-il d'une voix affectueuse, et je ne vous verrai plus.\nRecevez mes adieux. Je veux vous laisser ce soir des paroles mélancoliques. Ce départ, ce\nretour sur moi-même, cette résurrection de Fervaal qui efface vingt ans de ma carrière et\nm'oblige à mesurer le chemin parcouru, tout m'invite à un examen de conscience. Je veux\nm'y livrer avec vous avant de nous séparer.\n\" Je vous ai consacré ma vie et vous savez combien je vous aime. J'y ai quelque mérite. Ne\nprotestez pas : je sais.... vos consciences sont pures. Mais voyez ce que vous avez fait de moi\ndepuis que je me suis voué avec tant d'enthousiasme à votre éducation musicale. Par affection, par\nrespect, par prosélytisme vous m'avez peu à peu retiré de l'humanité. Vous m'avez dépeint aux\npassants comme un surhomme, vous leur avez dénombré bruyamment toutes mes vertus,\nexpliqué toutes mes croyances, analysé mon éthique, ma morale et ma religion au risque de\nfaire suspecter ma modestie. Les badauds qu'enchantent toujours les spécialisations m'ont\nimmédiatement sacré musicien vertueux, noble et hautain et n'en démordront plus jamais. Je\nmourrai couronné de ces trois adjectifs hérissés d'épines invisibles.\n\" Et pourtant j'ambitionnais une gloire plus pure que celle du surhomme : vous qui venez\nd'entendre ce Fervaal, ne comprenez vous pas que je pouvais être cette chose bien plus belle :\nun homme, un homme qui aime, qui souffre, qui se bat contre ses passions, qui tombe et se\nrelève. Pourquoi m'avoir étouffé sous cette réputation d'impassibilité et de puritanisme\ninflexible ? Pourquoi tant d'âmes ingénues doutent-elles aujourd'hui de ma sensibilité ? Pourquoi\nn'avez-vous pas permis qu'on dissocie mon instinct de mes théories ? Pourquoi m'avez-vous\ncontraint, par votre zèle indiscret, à continuer dans les rues, dans les salles de concerts et sur"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.59", "texte": "48\nS. ï. M.\n\nles places publiques des leçons qui devaient être terminées au seuil de notre Schola ? Entraîné\npar vos questions pressantes j'ai fait souvent figure de magister alors que j'avais à parler en\nartiste.\n\" Gentiment, affectueusement, ne m'avez-vous pas mis souvent en fâcheuse posture par\nl'exagération de vos innocentes théories ? Pourquoi avez-vous la désobligeante manie de\nm'attribuer le monopole de l'art \" hautement sincère et désintéressé ? \" Il est entendu\nmaintenant que telle est ma spécialité dans la société contemporaine. Ne sentez-vous pas\nl'absurdité de cet exclusivisme qui irrite à juste titre plus d'un musicien de bonne foi faisant\nvaloir des droits égaux à un tel hommage. Pourquoi cherchez-vous à tout prix et proclamez\nvous ma prétendue ressemblance avec mon maître César Franck ? Pourquoi faites-vous de moi\nun monomane et un spécialiste de la construction mathémathique ? Vous savez bien que je suis\ncapable de fantaisie et ce n'est pas un paradoxe de prétendre que le Prélude à l'Après-\nmidi d'un Faune est musicalement construit avec beaucoup plus de logique et de rigueur que\nmon Jour d'été sur la montagne ! Du jargon didactique indispensable à mes leçons vous avez\nfait votre langage quotidien, apportant dans la vie vos préoccupations scolaires et pliant la\nmusique à votre discipline intellectuelle. Je porte dans l'univers l'effroyable responsabilité\nd'avoir desséché toute une jeunesse en lui communiquant la passion coupable de la\nmorphologie ! Grâce à vous je passe pour un maître intransigeant et autoritaire, modelant le\ncerveau de mes élèves à l'image du mien... et, nous pouvons bien l'avouer, les meilleurs d'entre\nvous font du Debussy !... Vous avez sans cesse travaillé à multiplier de tels malentendus entre\nle public et mon œuvre. Peu de gens connaissent aujourd'hui mon véritable visage et lorsque je\nm'écrie : \" Laissez venir à moi les petits enfants de la génération nouvelle \" les petits enfants,\nqui 11e me voient qu'à travers vos récits, n'osent plus s'approcher !\n\" Vous n'avez pas compris la leçon de Fervaal. Vous n'avez vu dans cette partition que la\nbrochette des vingt-sept thèmes et le plan tonal. Ecoutez mieux cette œuvre qui constitue un\naveu plus sûr que ma sonate en mi. Comprenez enfin que j'ai exalté dans cette fable le\ntriomphe de l'esprit sur la lettre, de la religion du feu sur celle de l'eau, que j'ai salué l'avène-\nment de la loi d'amour abolissant la loi de crainte ! Je suis Fervaal ! J'ai tué Arfagard d'un revers\nde glaive, je veux quitter la vallée étouffante où vous m'aviez muré dans une chapelle votive\net je veux monter vers les sommets, vers l'air pur, vers la Cravann nouvelle, brillante de clartés.\nVoyez ! j'ai pris dans mes bras, notre chère Schola, plus lourde que le corps inanimé de\nGuilhen, et malgré ce poids écrasant, je monte vers mon idéal ! Hogué ! Ha ! suivez-moi, plus\nhaut, toujours plus haut !... le jeune Amour est vainqueur de la Mort !... \"\nEn proie à la plus vive exaltation, le maître avait peu à peu élevé la voix. Sa parole\nenflammée résonnait maintenant jusqu'au fond des couloirs déserts et déjà, attirés par le bruit,\nquelques fonctionnaires inquiets apparaissaient à l'horizon. Ne voulant pas être surpris à mon\nposte d'observation, je quittai ma cachette et m'éloignai à pas lents, après avoir soigneusement\nrépandu sur mes traits une expression de trompeuse indifférence.\n\nEmile Vuillermoz."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.60", "texte": "CONCERTS COLONNE\nFin d'année\nIl est probablement nécessaire que, pour préparer les nouvelles modes, les fins d'année\ndans nos grands concerts symphoniques soient sans intérêt. Presqu'aucune œuvre nouvelle ne\ns'y aventure ; seules, les indestructibles symphonies de Beethoven en assurent l'honorable\nliquidation.\nToutefois on y peut trouver matière à réflexions assez justement mélancoliques, en\nconstatant combien peu nous avons la religion du souvenir et, pas du tout, le culte de nos\nmorts, — qui en valent pourtant bien d'autres.\nPourquoi tant d'indifférence pour notre grand Rameau ? Pour Destouches, à peu près\ninconnu ? Pour Couperin, le plus poète de nos clavecinistes, dont la tendre mélancolie semble\nl'adorable écho venu du fond mystérieux des paysages où s'attristent les personnages de\nWatteau ? Cette indifférence devient coupable, en ce qu'elle donne aux autres pays — si\nsoigneux de leurs gloires — l'impression que nous ne tenons guère aux nôtres, puisqu'aucun\nde ces illustres français ne figure sur les programmes, pas même à ce moment de l'année où\nil est d'usage de se rapprocher des vieux parents. Par contre, on y trouve Parsifal.\nPlusieurs théâtres se disputant l'honneur de représenter ce chef-d'œuvre, — ils ont bien\nraison : le chef-d'œuvre est chose rare ! l'opportunité de le jouer au concert devient\ncontestable. Puis, ne sent-on pas comme une fausse note dans cette poursuite? Ne ramène-t-on\npas Parsifal au rang d'une simple \" actualité \", figure désagréable pour les fidèles, allant, au\nsurplus, à l'encontre de ce qu'en a toujours voulu Wagner. Ce n'est certainement pas en vain\nqu'il avait organisé le pèlerinage de Bayreuth... il sentait bien que Parsifal ne s'adaptait à rien\nde contemporain et que, pour en conserver, intact, le mystère, il fallait l'isoler des préoccupa-\ntions quotidiennes.\nBayreuth supprimait le quotidien, rien n'y troublait la religion pour le dieu, bien au\ncontraire, tout vous en entretenait, quelquefois par des moyens discutables. C'est ainsi que l'on\nmontrait la table où Wagner venait boire la bière ; la fraulein mafflue qui portait le Graal ;"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.61", "texte": "5o\nS. I. M.\n\ndes serviettes de toilette, même, s'ornaient des premières mesures du prélude, brodées en\nfil rouge. Il faut avouer que c'était là un moyen de diffusion aussi imprévu qu'admirable ! Le\npublic n'étant pas exclusivement composé d'esprits délicats, cela n'est, ni foncièrement\nridicule ni absolument inutile.\nEn raison de cette atmosphère patiemment créée autour de Parsifal, on peut se demander\nce qu'en deviendra la beauté transplantée, exilée dans des capitales trop civilisées, promptes au\nscepticisme, troublées par ces mille petites tragédies, que la vie nous force à jouer, sans\nrésultat bien appréciable qu'une diminution de sensibilité.\nQue Parsifal soit de force à secouer ces misères est hors de doute. Aussi, honorons-le,\ndonnons-lui le tribut d'admiration qu'il mérite. Seulement, n'irritons plus les ombres de ceux\nqui ont consacré le meilleur d'eux-mêmes à la gloire de la musique française.\nSouhaitons, qu'à côté de la Société Bach,qui s'occupe si activement de conserver le\nsouvenir de cet ancêtre de toute musique, il se fonde une celui-là est notre\nancêtre par le sang ; nous devons bien cet hommage à son esprit.\n\nNOTES SUR LES CONCERTS DU MOIS\n\nErnest Chausson, sur lequel a lourdement pesé l'influence flamande de César Franck,\nétait un des artistes les plus délicats de notre temps. Si l'influence du maître de Liège a pu\nservir, indéniablement, quelques musiciens contemporains, elle semble avoir plutôt desservi\nChausson, dans ce sens qu'à des dons naturels d'élégance et de clarté, elle opposait cette\nrigueur sentimentale qui est la base de l'esthétique franckiste.\nCroire que les qualités particulières au génie d'une race sont transmissibles à une autre\nrace, sans dommage, est une erreur qui a faussé notre musique assez souvent, car nous\nadoptons, avec un enthousiasme sans défiance, des formules dans lesquelles rien de français ne\npeut entrer. Il serait meilleur de les confronter avec les nôtres, de voir ce qui nous manque, et\ntâcher de le retrouver, sans rien changer au rythme de notre pensée. Ainsi nous enrichirions\nnotre patrimoine.\nFranck car il faut y revenir avait un prodigieux insouci du temps, car il ignorait\nl'ennui... Quand il \" commence \" bien, on peut être tranquille, mais quelquefois il peine à\ntrouver ce qu'il veut dire. Son génie s'essouffle dans un curieux mélange d'extrême complica-\ntion, coupé par des élans dramatiques ou pompeux, écourtés, non par faiblesse, mais parce que\nsa loyale simplicité répugnait à de tels moyens. On retrouve un peu de tout cela dans la\nmusique de Chausson qui, tout de même, se débarrasse, et marche dans un chemin bien à lui.\nLe Poème pour violon et orchestre que Monsieur L. Capet a joué avec une chaleureuse\nconviction, contient ses meilleures qualités. La liberté de sa forme n'en contrarie jamais l'har-\nmonieuse proportion. Rien n'est plus touchant de douceur rêveuse que la fin de ce Poème où\nla musique laissant de côté, toute description, toute anecdote, devient le sentiment même qui\nen inspira l'émotion."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.62", "texte": "LE MOIS\n\n51\n\nCe sont des minutes très rares dans l'œuvre d'un artiste. Pour nous, elles s'accompagnent\ndu regret de sa fin prématurée, qui empêcha son charmant génie d'accomplir sa complète\névolution, dans des œuvres d'ardente et fine musique.\nA midi, quand y'entrai dans ta chaumière sombre,\nTu dormais, succombant à la chaleur du jour.\nTes cheveux dénoués flottaient, noirs et sans nombre :\nJe te vis et sur moi planaient encor dans Vombre\nLes grandes ailes de VAmour !\n(.A Marie endormie, A. BRIZEUX.)\nSur ces vers beaux et tranquilles, Monsieur J.-Guy Ropartz a écrit une musique\ntroublante et qui, volontiers, serait amoureuse, si la muse de Guy Ropartz n'était une personne\nsévère qoi n'incline pas vers ces jeux... L'orchestre soupire, s'élance, se passionne, puis\ns'endort. La tendre fatigue, la lourdeur passionnée de l'heure, la musique peut aller plus\nloin que les mots ! semblent avoir moins préoccupé réminent directeur du Conservatoire\nde Nancy, ou, du moins, il les retient dans l'ordonnance des périodes de ce morceau, qui n'est\npourtant qu'une esquisse. Pourquoi \" les grandes ailes de l'Amour ! \" sont-elles en ut majeur ?\nC'est un ton qui éclate, quelque précaution l'on prenne ; du reste, il n'y manque pas et\nréveillerait sûrement Marie, si J.-Guy Ropartz ne refermait vite sur elle les harmonies douce-\nment fléchissantes qui concluent cette esquisse, écrite de la manière la plus experte.\nLa beauté de l'andante du concerto pour violon de J.-S. Bach est telle, que, très sincère-\nment, on ne sait plus où se mettre, ni comment se tenir pour se rendre digne de l'entendre !\nElle nous hante longtemps après, et l'on s'étonne, en sortant dans les rues, que le ciel ne soit\npas plus bleu, et que le Parthénon ne surgisse pas de terre. La trompe féroce des autobus a\nvite fait de remettre les choses à leur place accoutumée.\n\nClaude Debussy.\n\nCONCERTS LAMOUREUX\n\" Si c'était au Châtelet, qu'est-ce qu'il prendrait ! \"\n\" II \", sauf le respect que nous devons au lecteur, était un honnête jeune homme, lauréat\nd'un de ces innombrables concours qu'organisent journellement les diverses revues en a pul-\nlulant dans la musique et ailleurs. Et \" ce qu'il a pris \", ce sont seulement quelques \" chut ! \"\nbénins et indulgents eu égard à son étonnante adaptation des lois du solfège et du style."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.63", "texte": "52\nS. I. M.\n\nHeureusement, cela se passait dans l'immeuble si bien élevé de la rue La Boétie :\nd'où l'apostrophe ci-dessus fidèlement transcrite. Nos lecteurs savent, en effet, par notre\néminent confrère, comment on a coutume de pratiquer au Châtelet le Respect dans VArt.\nu Beware of Concerto ! \" disions-nous le mois dernier : et voici que ce prudent avis reçoit\nles plus singulières confirmations. Le grand Camille (nous parlons de M. Chevillard) et le petit\nJohn lauréat méditent sans doute, chacun de leur côté, sur les méfaits de ce véritable \" pick-\npocket \" de l'art, et peuvent se livrer, l'un et l'autre, à de tristes variations sur le même thème.\nIl n'est pas jusqu'à votre serviteur qui ne soit mis, toujours à propos du Concerto, dans la dou-\nloureuse obligation de faire des excuses au digne et excellent Henri Ravina, inconsidérément\nimpliqué, par voie de comparaison, dans la paternité de la lourde cadence en style Hans de Btilow\nqui \" rafraîchissait \" le Concerto en sol de Beethoven : un aimable correspondant que nous\nremercions 1 ne nous fait-il pas savoir que ce rajeunissement est dû à la plume experte de\nM. Camille Saint-Saëns ? Pauvre Ravina ! Pauvre Bulow ! Pauvre Prof essor Knatschké ! Eux\naussi peuvent répéter en chœur : \" Beware of Concerto ! \"\nCependant, le dimanche précédent, on avait pu voir le violoncelliste Joseph Salmon\naffronter la redoutable épreuve, mais dans d'autres conditions, car l'œuvre de M. Jongen\npourrait vraiment s'appeler un \" minimum de concerto L'orchestre, toujours bien traité, j\noccupe une large place, et la virtuosité du soliste y demeure soumise aux exigences de la\nmusique, circonstance tout-à-fait favorable au jeu sobre et équilibré d'un artiste tel que\nM. Salmon. La souplesse et l'abondance mélodiques paraissent être les qualités prépondérantes\ndu Concerto de M. Jongen. Il discourt musicalement à la façon d'un orateur distingué,\nmais un peu trop confiant dans ses dons naturels. Sans doute, l'habile disposition des instru-\nments, la correction de l'écriture suffisent à protéger cet aimable ouvrage contre la qualifi-\ncation péjorative d'improvisation. Mais l'incertitude et l'instabilité de son plan, assez diffus\net souvent monotone (au sens étymologique de ce mot), donnent un peu trop l'impression d'une\nœuvre due à quelque musicien bien doué et instruit, qui raturerait fort peu et accepterait\n1 Notre rédacteur en chef a reçu, en effet, la lettre suivante :\nMon cher ami,\nDans votre numéro du 15 courant je lis ceci, à propos du 4me concerto de Beethoven interprété,\npeu de jours avant, par Harold Bauer aux concerts Lamoureux :\n\" La cadence d'Outre-Rhin, prétentieuse et difforme, s'allonge ridiculement : le chef d'orchestre\nlui-même marque avec raison quelque impatience en présence de cet étalage dû à un quelconque Hans\nde Biilow, rafraîchissant Beethoven par des formules pianistiques qu'un Ravina n'eût point reniées,\ncomme l'on rafraîchit, à Berlin ou à Stuttgart, les vieux tableaux des Primitifs par des tons subtilement\nchoisis dans la palette des chromos... \"\nAyant assisté personnellement au concert, je me crois obligé de rectifier l'erreur commise par le\ncritique M. A. Sérieyx et de vous dire que les cadences jouées par Bauer (de plein accord avec\nM. Chevillard) étaient celles de M. Camille Saint-Saëns.\nEn vous remerciant d'avance, je vous serre cordialement la main.\nALFRED CASELLA."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.64", "texte": "LE MOIS\n5 3\n\nsans contrôle les produits parfois très inégaux de son imagination. Peut-être le finale, assurément\nmieux conçu et plus solidement charpenté, échappe-t-il à cette critique.\nLe chapitre des nouveautés qui, comme les jours, raccourcit en décembre, comporte\nencore un long poème pour chant et orchestre de Mad. M. Labori, Le cœur de Hialmar, et\ndeux brèves mélodies de M. Xavier Leroux. Pour être juste, l'attribution des éloges semble\ndevoir être faite en rapport inverse : le long poème, au cours duquel Mlle Alice Raveau put\nmontrer à loisir sa fort belle voix, appartient à un genre un peu trop voisin de la Cantate de\nconcours. Cette musique officielle commande le respect... et surtout la brièveté des commen-\ntaires. On l'entend, rien n'y choque, puis l'on passe à autre chose.\nAutre chose effectivement sont les deux mélodies de M. Leroux. Que nous voici loin\ndu Nil ou d'Astarté! Cette trop discutable \"première manière\" nous avait mal préparés à la\ndiscrétion et à la sobriété des moyens, à la bonne tenue dans les effets de voix comme dans\nceux de l'orchestre, par quoi se distinguent ces mélodies et surtout la première, Résistance, la\nplus récente probablement et aussi la meilleure, avec son mélancolique dessin obstiné, sa\ntristesse de bon aloi, émouvante et point déclamatoire.\nPeut-être la seconde, Lamentation, porte-t-elle des traces encore trop reconnaissables de la\nlecture assidue de modèles d'ailleurs excellents. On serait tenté de le croire en écoutant cette\nadmirable Vie antérieure d'Henri Duparc, dont le talent accompli de Mme Jeanne Raunay fait\ncomprendre toute la profondeur, aussi bien qu'il exprime la poignante émotion du Manoir de\nRosemonde et la douloureuse mélancolie du Pays ou se fait la guerre.\nQuoi qu'il en soit, chez M. Xavier Leroux, la qualité de la musique demeurera toujours,\ncroyons-nous, un peu \" théâtre \", avec les inconvénients attachés à cette spécialisation. Mais,\nsauf cette réserve, il serait injuste de ne point rendre hommage en toute sincérité à raffinement\nnotable, à l'élévation progressive d'un musicien que ses dons indéniables avaient naguère engagé\ndans une voie glissante, mais que sa culture, peut-être tardive, paraît ramener aujourd'hui vers\nde plus nobles aspirations.\nEt maintenant que, suivant le rite, nous avons fait \" place aux jeunes \", n'oublions pas\nles autres, ces auteurs d'ouvrages classés, peut-être classiques demain, qu'on ne peut sans\nirrévérence appeler u les vieux \" et qui sont souvent plus jeunes que les jeunes : le bon Rimsky,\navec sa pittoresque Sadko qui, pour l'orchestre, doit tant à Tannhâuser ; le délicat Chausson\ndont la symphonie a pris désormais dans le répertoire instrumental français un rang éminent,\njustifié par son harmonieuse ordonnance et son intéressante péroraison ; l'impérieux Richard\nStrauss aux thèmes toujours si vulgaires, mais parfois si somptueusement nippés (comme ceux\nde son Don Juan) qu'on est tenté d'oublier leur basse extraction pour se laisser momentanément\néblouir par leur étincelante parure ; enfin, l'auteur de la trilogie de JVallenstein, à laquelle on\naccorde maintenant les honneurs (naguère réservés aux seuls classiques) de la double audition,\nafin que les fidèles de la série B puissent se convaincre, comme ceux de la série A, qu'en tête\ncomme en fin de programme, avant comme après les extraits de Farsifal chantés avec beaucoup\nde vigueur et d'accent par M. Vilmos Beck, l'œuvre resplendissante et forte de Vincent\nd'lndy, de ce vrai \" jeune \" qui la composa entre sa vingt-troisième et sa trentième année,"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.65", "texte": "54\nS. I. M.\n\nmarque une date importante dans l'histoire de la musique symphonique française au XIXe siecle.\nParmi ces \"jeunes\" de tous les âges, un seul pourtant aura toujours quelque peine\nà passer pour un \" classique\" et, plus encore, pour un \" vieux classique\": ce désopilant\nChabrier, qui attend toujours sa rue, probablement sans se faire de bile, tandis que sa\nJoyeuse Marche, ébouriffante et débraillée à souhait, soumet à une terrible tentation la bonne\ntenue, désormais traditionnelle du public des Concerts-Lamoureux, tout émoustille a l'audition\nde ce \" bon chahut \" qui reste en même temps de la bonne musique.\nEt notre aimable voisin de s'exclamer avec sa verve bien parisienne : \" Si c'était à la\nLune Rousse, qu'est-ce qu'il prendrait ! \"\nAuguste Sérieyx.\n\nSOCIÉTÉ DES CONCERTS DU CONSERVATOIRE\n\nA propos du psaume de Alexis de Castiîlon\nLe sort ne fut pas heureux qui échut à Alexis de Castiîlon : sa vie durant, il ne connut\nni les triomphes, ni la joie des applaudissements ; les émerveillements du succès ne lui furent\npas distribués par la bonne fée Justice ou la maligne fée Hasard : faut-il l'en plaindre ?\nPour qui bâtit un monument à la postérité : pour qui place son idéal non dans la fortune\nmomentanée, mais dans la persistance d'une renommée, qui s'étaye d'année en année, pour\nqui désire la gloire idéale, pour qui place sa mémoire au-delà de sa propre existence, les\njugements des hommes sont bien suspects qui se portent sur un artiste vivant, non que la\nbonne foi des critiques ou des foules puisse être un instant mise en doute, mais parce qu'inter-\nviennent ces facteurs : luttes d'influences, querelles d'écoles, mystères — joyeux, glorieux ou\ndouloureux — des initiations, atmosphères, et toutes sortes de contingences.\nAlexis de Castiîlon connaît donc actuellement, ou plutôt l'œuvre de Castiîlon connaît\nune substance et une qualité de gloire supérieures.\nCar voici, en effet, ce qui se passe : on parle avec émotion du brave et malheureux\nofficier ; on s'attriste devant cette jeunesse courbée sous la gloire et la servitude militaires ; on\ns'étonne d'une culture musicale commencée par un Victor Massé ; on souligne la rencontre de\nCésar Franck et du mobile écolier pénétré des Noces de Jeannette : devant le mince cahier\nposé sur le cercueil de ce héros de 33 ans (en dehors du psaume 84 exécuté à la Société des\nconcerts, quelques œuvres de musique de chambre, deux suites d'orchestre, une ouverture de\nconcert), on s'émeut d'une aussi ingénue sobriété ; au contact de cette musique nourrie,\nsincère, sobre et haute, on proclame le triomphe obligatoire.\nEt cet on, cet on souligné et répété est un composé de toutes les tendances, de tous les\ngroupements.\n\" Castiîlon, disent certains, mais c'est notre homme : il est, comme nous, l'élève, l'héri-\ntier, le descendant du père Franck ; il était son élève le plus choyé ; il possédait les secrets ; il\nétait initié ; sa gloire est notre gloire ; elle rejaillit sur nous ; notre force s'accroît de sa force"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.66", "texte": "LE MOIS\n5 5\n\nson œuvre tient à la nôtre par mille fibres, par mille rapports : regardez, goûtez, comparez :\nsa musique, notre musique, est la meilleure des musiques. \"\n\" Castillon, répliquent d'autres, mais c'est l'autodidacte type ; c'est le musicien naturel,\ncelui qui s'est formé hors de toute école, hors de toute influence ; c'est Yindépendant, c'est le\ncréateur. Il a travaillé avec César Franck, mais il a travaillé aussi avec Victor Massé ; et s'il\navait 28 ans avec l'un, il avait 30 ans avec l'autre, et ce sont des âges où l'emprise extérieure\nn'est guère possible. Non ! l'inspiration de Castillon n'appartient à personne ; elle est de lui,\npar lui, à lui. \"\n\" Castillon, ajoutent de troisièmes larrons, mais il écrit beaucoup à l'école, bien qu'il n'y\nait pas passé ; la structure de ses œuvres, leur développement, tout indique un excellent et\nsouple sujet qui, s'il avait vécu plus longtemps, aurait échafaudé de belles constructions\nsonores, selon tous les principes, selon toutes les règles ; c'est un tempérament classique ; il\nsuffit de savoir regarder ; il suffit de connaître la loi de la jungle ; il en était imbu, il en était\npossédé. \"\nNe concluons pas. Pourquoi prendre parti dans cette querelle renouvelée des petit s-boutiens\net des gros-boutiens ; une chose importe : Castillon est proclamé grand musicien.\nIl faut noter toutefois que le psaume 84 a été exécuté à son heure ; depuis deux ans\nl'inspiration sinon religieuse, du moins mystique est à la mode : c'est pour vous en tenir à\nla saison 1912 le psaume prodigieux de Florent Schmitt, véritable forêt sonore, celui de\nTournemire, la légende de François d'Assise de Pierné. Admirons en silence cette floraison\nbiblique et médiévale.\nMais soulignons, comme il est dit justement dans le psaume de Castillon, que :\naussi bien que le cèdre immense\nle brin d*herbe prend unt voix.\nEt le brin d'herbe de Castillon n'a pas formé une pelouse de parc, mais une prairie\nsomptueuse et grave qui penche vers le fleuve de la vie.\n\nJean Laporte.\n\nConcerts Divers\n\nA Paris, la trêve des confiseurs n'est pas un vain mot. En musique elle s'exerce avec une\nheureuse rigueur. Les chanteuses, la bouche emplie de chocolats, demeurent muettes pendant\nhuit jours et les virtuoses, les doigts empoissés de marrons glacés, n'osent toucher le clavier ni\nl'archet. Alors que l'hiver musical est trop court et que les artistes ne peuvent trouver de salles\nlibres avant la canicule, nous assistons chaque année à ce paradoxal chômage en pleine saison.\nEt nous attendons encore le héros qui osera briser ce joug absurde ou l'homme habile qui\nsaura comprendre l'opportunité de prendre la parole dans cet impressionnant silence. Mais\naucun d'eux ne s'est manifesté cette année."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.67", "texte": "56\nS. I. M.\n\nLes cérémonies musicales prévues se sont déroulées sans surprises. Des pianos ont frémi\nsous les doigts de Mlle Haskil, moderne traductrice d'une littérature pianistique déjà classique,\nde Bach à Albenitz en passant par Beethoven, Schumann, Chopin, Liszt et Fauré ; de\nMlle Blanche Selva, parfaite éducatrice de ses auditeurs, chargée d'un cours d'histoire digitale\nàla Schola ;de Mlle Aubert qui en trahissant à son programme sa qualité de compositeur nous\na livré ainsi le secret de ses très musicales interprétations de Beethoven, Schumann et Schubert\net de MUe Bartzi qui passe de Beethoven à Saint Saëns et de Schubert à Brahms avec une\nrare égalité d'humeur.\nLes cordes, isolées ou en escouade ont fait de bonne besogne. La charmante Mme Reol\nabandonnant pour un soir le modeste anonymat de son labeur orchestral, nous a démontré, au\nnom de Kreisler, de Saint-Saëns et de Lalo que Pierné avait en elle une collaboratrice d'attaque:\nhebdomadairement le groupe Parent est venu nous chanter les louanges de Brahms ; Enesco\nassisté de Risler se voua gravement à la glorification de Beethoven ; M. Tkaltchitch qui\nrépond au prénom de Youro, s'est révélé aussi classique dans ses compositions que dans ses\ninterprétations de Max Bruch et de Dvorak, enfin le Quatuor Lejeune, nous transporta à\nl'époque du père Haydn, ce qui ne nous rajeunit pas.\nPeu de rossignols. Ce n'est pas la saison. Bravant pourtant les frimas Mlle Germaine\nChevalet détaille un très intéressant programme composé de pages adroitement choisies dans\nHaendel et Schubert; M]îede Febrer professe un éclectisme résolu en rapprochant Massenet\nde Chausson, Reyer de Fauré, Dubois de Debussy et Wieniawsky d'Hugo Wolf; le baryton\nAerts se dissimule modestement au milieu de nombreux compagnons d'affiche tandis que\nGeorges Petit, qui opère lui même, interprète seul, et de remarquable façon, un récital\nénorme ou se coudoient Haendel, Rameau, Beethoven, Mozart, Schumann, Wagner, Fauré,\nFranck, d'lndy, Bréville, Reynaldo Hahn, Debussy et Duparc.\nMme Lucie Delarue-Mardrus évoque avec un charme prenant les pittoresques cérémo-\nnies des fêtes et noces arabes. Mlï!e Sorga et M. Mathieu complètent musicalement cette\névocation.\nLes Soirées d'Art offrent à leurs fidèles des effigies beethoveniennes sculptées par\nEnesco et Risler ; la Schola entreprend une brève \" histoire du lied instrumental et vocal \"\nqu'elle illustre d'images sonores empruntées à Lekeu, Ropartz, Chabrier, Fauré et Chausson ;\nl'Edition Mutuelle vide ses cartons et nous invite à feuilleter les œuvres de Le Flem,\nBretagne, de Castera, Albeniz, Charles Bordes, Séverac, Philipp, Orban et Guy de Lioncourt;\nl'Edition Mathot en fait autant au cours de ses intimes et hebdomadaires heures de\nmusique ; le groupe d'amateurs et de professionnels I'A.M.M. A. vaillamment dirigé par\nE. R. Schmitz donne un brillant concert pour chœurs et orchestre, nous révèle le Stabat Mater\nd'E. Moor et nous rappelle de bonnes pages de Rimsky, de Franck et de Ravel ; notre excellent\nconfrère l'Echo Musical nous fait parcourir des sites auriculaires infiniment variés sous la\nconduite de guides éprouvés : Henry Expert, le claveciniste Brunold, le vielleux Michaux,\nl'artiste protéiforme Fabert et les compositeurs Couperin, Rameau, Chédeville, Boismortier,\nSéverac, Schmitt, Ravel et Ducasse. Le Salon des Musiciens continue à couvrir sa cimaise\nde toiles multicolores signées Simon, Gabriel Dupont, Mercier, Jean Huré, Georges Sporck et\nRaoul Pugno. Et la Société Philharmonique fait acclamer Bauer et Casais et exalte\nl'âme allemande dans un poétique festival où Mlll6 Elena Gerhardt assistée d'instrumentistes\nfrançais réalise la plus parfaite entente internationale.\n\nG. K."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.68", "texte": "Notre Enquête sur le Théâtre\nmusical belge\nLe grand nombre de réponses qui nous sont parvenues menaçant de faire durer la publi-\ncation de ce référendum plusieurs mois encore, nous avons songé à les réunir en un volume.\nChacune sera accompagnée d'une brève notice biographique, de la liste des oeuvres et du\nportrait de son auteur. L'ouvrage ainsi formé constituera, pensons-nous, une encyclopédie\nunique et précieuse de la production musicale lyrique belge. Il paraîtra prochainement.\nVoici quelques avis encore, pour terminer :\nRéponse de M. Edmond Picard, Président de la Commission d'Encouragement pour\nle développement de la littérature dramatique d'express\nBruxelles, ler décembre 1912.\nCher Monsieur René Lyr,\nAprès tant d'opinions par vous recueillies, il me semble que la brièveté est pour moi un\nélémentaire devoir.\nI. Les musiciens belges ont-ils beaucoup écrit pour le théâtre depuis 20 ans ?\nOui, vous ont dit vos nombreux interlocuteurs, tous spécialistes avertis, alors que je ne\nsuis qu'un profane. Et cette abondance étonne et rassure alors que notre public, atteint de\n\" singisme \" n'avait de foi et d'admiration que pour les étrangers. Que sera-ce quand nos\ncompositeurs pourront espérer justice et bienveillance ? Le temps en est proche, car notre\nAme Nationale se dégage et enfin, nous croyons en nous. Salut à la Confiance !\n11. Estimez-vous quil existe un art lyrique vraiment belge ?\nOui, oui, oui ! à moins d'être une nation qui aurait, par triste merveille, l'originalité de\nne pas avoir d'originalité. Pareil sort serait unique sur la terre et dans l'Histoire. Voyez notre\npassé politique, industriel, juridique, esthétique ; il proteste avec véhémence contre cette\ninfirmité. Laissez faire nos psychologies. Encouragez les efforts. La moisson sort déjà et sera\nvraisemblablement superbe. Seuls \" les crapoussins \" en doutent. Culbutons les crapoussins !\n111. A quelles causes attribuer le silence ou\nde nos compositeurs ?\nToujours la même : la sottise de notre public, l'indifférence ou le dénigrement de nos\njournaux et de nos revues, la manie de n'admirer que l'exotisme, la zwanze ! l'indécrottable\nzwanze nationale !\nIV. Comment expliquer le peu de succès\nreprésentées (sur les scènes nationales du moins) et V\nJe viens de l'écrire, mais il est bon de le répéter : le goût malsain, la préférence pour ce\nqui vient de loin, la haine pour ce qui vient de chez nous.\nV. Pourquoi les tentatives faites pour me\nconcours d'Ostende, par exemple, ont-elles toujours é\nEncore la même question ! Donc encore la même réponse ! Il était acquis, grâce notam-\nment aux étrangers divers admis hospitalièrement dans nos gazettes et nos revues, que nous\nétions un peuple grossier, vulgaire, matériel, sans goût, un simple imitateur maladroit du"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.69", "texte": "58\nS. I. M.\n\ngénie réservé à nos voisins. A l'appui on citait, avec joie, les propos amers de deux malades :\nBaudelaire et Mirbeau. Et comme sifflaient ces ténors, nos bons concitoyens chantaient.\nQue cette séquelle soit envoyée au diable !\nVI. Les œuvres lyriques nationales ne seraient-elles pas viables ?\nVoilà que vous y revenez pour la quatrième fois.\nJe répugne à me répéter, quoique Napoléon ait dit que la répétition est la plus éner-\ngique des figures de rhétorique et quoique je sache par cruelles expériences que les Belges\nsont \" durs de comprenure\nVII. Quelles mesures seraient capables de porter remède a cet état de choses d*attirer\nVattention du public sur Veffort de nos musiciens en assurant la représentation et Védition de\nleurs œuvres ?\nParler comme je le fais ici, dire brutalement les vérités, taper sur les récalcitrants et les\nmétèques qui s'arrogent le rôle de nous morigéner et qui feraient mieux de retourner chez eux,\nà moins que quelque cause confidentielle les contraigne à un exil chez nous.\nL'opinion est à refaire en Belgique. Elle est honteusement dévoyée. Le devoir est de la\nrectifier sans relâche. Votre subtile Enquête y aura aidé. Je souhaite que mes propos irrités\naient la même chance.\nQue de choses à faire en ce sens ! Mais, comme a dit Léon Bloy : u la vie est trop courte\npour giffler tout le monde. \"\nEDMOND PICARD.\nRéponse de M. Octave Pvï&lXS, Président de /'Association des Ecrivains Belges, Directeur\nde rArt Moderne et de la Libre Esthétique.\nCher Monsieur,\nPlusieurs des musiciens et hommes de lettres qui ont répondu avant moi à votre enquête\nont démontré combien il est absurde de réunir sous une étiquette unique l'expression musicale\ndes Flandres, nettement germanique, et celle de la Wallonie, qui associe à son caractère autoch-\ntone des affinités françaises indéniables. Je ne m'attarderai donc pas à discuter la question de\nsavoir s'il existe \"un art lyrique vraiment belge \". Il n'y a pas d'art musical belge parce que\nl'antagonisme de la pensée wallonne et de la pensée flamande ne pourrait fondre ses deux\ntermes sans détruire l'originalité individuelle de chacun d'eux. Mais il y a des musiciens nés\nsur le sol belge, et ces musiciens ont créé un double courant lyrique.\nQu'il faille fournir à ceux d'entre eux qui ont du talent l'occasion de produire leurs\nœuvres en public, qui y contredira ? Et que l'équité commande au gouvernement, aux direc-\nteurs de théâtres subventionnés de favoriser dans une mesure égale les compositeurs de la\nFlandre et ceux de la Wallonie, nul ne le conteste. Ce principe est d'ailleurs respecté par les\ndirecteurs du théâtre de la Monnaie qui, s'ils montèrent entre autres les œuvres de Blockx, de\nGilson, de Tinel et de Van den Eeden, ne manquèrent pas au devoir de représenter celles\nd'Albert Dupuis, de Charles Radoux et de Joseph Jongen.\nSans doute, une même fortune ne sourit pas à ces efforts divers. Mais à qui s'en prendre,\nsinon au goût du public, dont les préférences sont aussi obscures qu'imprévues ? N'a-t-on pas\nvu échouer devant lui des œuvres françaises, italiennes ou allemandes ? Est-il juste de ne le\ndéclarer hostile qu'aux seules manifestations lyriques nationales ?\nSans remonter au delà des dix dernières années et pour ne parler que des ouvrages repré-\nsentés à Bruxelles, constatons que les partitions indigènes sont loin d'avoir été accueillies avec"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.70", "texte": "LE MOIS\n5 9\n\nindifférence. La Fiancée de la Mer, par exemple, créée en Octobre 1902, n'eut pas moins de\n31 représentations consécutives; elle tint l'affiche jusqu'à l'expiration de la saison, avec des\nrecettes moyennes (très honorables à la Monnaie, où le tarif des places est des plus modérés)\nde 2933 francs. Reprise l'année suivante, elle fut jouée encore 6 fois, réalisant une moyenne\nde 2732 francs par représentation. Katharinafut jouée 20 fois de février 1909 à décembre\n1910, avec des recettes moyennes de 3815 francs. Trois fois on dépassa 6000 francs. Dira-t-on\nque c'est un insuccès ?\nRemarquez que Pelléas et Mélisande,l'un des chefs-d'œuvre du théâtre lyrique, n'atteignit\nen cinq ans (de janvier 1907 à avril 1911) qu'un total de 18 représentations et qu'Ariane et\nBarbe-Bleue, qu'il faut classer parmi les plus purs joyaux de l'Ecole française, ne fut joué\n(janvier 1909) que 5 fois ! Qu'est-ce, sinon l'engouement nationaliste, qui a fait préférer à ces\ndeux drames musicaux de haute valeur le banal opéra de Jan Blockx et la filandreuse parti-\ntion de Tinel ? Loin de leur nuire, l'origine flamande de ces deux musiciens les a heureu-\nsement servis dans l'opinion. Mais on incline volontiers en Belgique à se croire persécuté.\nAutres chiffres. Princesse Rayon de Soleil fut joué 12 fois; moyenne des recettes : 2819 fr.\nMême nombre de représentations, l'an dernier, pour Rhêna, dont on annonce la reprise pro-\nchaine; moyenne des recettes : 2623 fr. Jean Michel fut joué 6 fois; moyenne des recettes :\n2627 fr. Martil 1e,5 fois ; moyenne des recettes : 2572 fr.\nEn établissant ces calculs, puisés dans les renseignements qu'a bien voulu me fournir\nl'aimable correspondant central de la Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques, j'ai\nvoulu apporter à votre enquête quelques données d'ordre pratique. On en peut tirer, selon moi,\nles conclusions suivantes :\nLes musiciens belges produisent des ouvrages lyriques qui, représentés avec les soins qu'ils\nexigent, intéressent tout autant les spectateurs que les partitions étrangères et qui leur sont\nparfois préférés.\nDe ce fait naît, pour les pouvoirs publics, l'obligation de seconder l'effort des directeurs\nde théâtres en leur permettant, par des subventions plus larges, de multiplier les tentatives des-\ntinées à mettre le public en contact avec les compositeurs belges. Il existe nombre de partitions\ninédites. J'en connais, pour ma part, d'excellentes, parmi lesquelles un drame lyrique superbe\nde Victor Vreuls, Olivier le Simple, et une partition charmante de Léon Jongen, Anne-Josèphe.\nL'une et l'autre (et combien d'autres que l'ignore !) méritent d'être représentées sans délai.\nLe seul moyen d'attirer l'attention sur les deux écoles lyriques qui se partagent la\nBelgique, et la meilleure voie à suivre pour assurer leur développement normal, c'est de fournir\naux compositeurs un plus grand nombre d'occasions de se produire. Je m'excuse d'énoncer un\npareil truisme : mais votre questionnaire m'y contraint.\nAux musiciens, de leur côté, à choisir avec discernement leurs sujets. Au théâtre, la\nmusique la plus belle ne comble jamais les vides d'un livret sans intérêt. Peut-être est-ce\nsimplement aux puérilités, à l'insignifiance des poèmes traités qu'est dû l'insuccès relatif de\ncertaines œuvres lyriques nées en Belgique. C'est fréquemment la même cause qui empêche\nles directeurs de spectacles de les accepter. Nos musiciens ne sont, pour la plupart, que des\nmusiciens. Faute de culture, ils s'emparent souvent d'un livret dont ils n'ont pas aperçu les\ntares. L'expression symphonique leur est d'ailleurs plus familière que le domaine lyrique, qui\nexige un sens littéraire affiné. C'est, selon moi, en développant en eux ce dernier qu'ils attein-\ndront à une réalisation plus pure et plus élevée du drame musical.\nVeuillez agréer, cher Monsieur, l'assurance de mes meilleurs sentiments.\nOCTAVE MAUS."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.71", "texte": "6o\nS. I. M.\n\nRéponse de M. Mathieu Crickboom, Professeur au Conservatoire de Liège.\nI. Les compositeurs belges ont beaucoup écrit pour le théâtre ces vingt dernières années,\nmalgré l'indifférence de la plupart des directeurs, de la presse, des éditeurs et du public. Tout\nse tient !\n11. Notre art lyrique ne sera pas belge ; il sera wallon, il sera flamand. Pourquoi pas ?\n111. La plupart des œuvres lyriques de nos compositeurs sont restées dans l'ombre pour\ndes raisons multiples : i° Nos éditeurs ne semblent avoir d'autre but que de submerger notre\npays sous les excellentes éditions Breitkopf et Peters ; éditer une Sonate ou douze mélodies\nleur paraît un effort au-dessus de leurs forces. Comment se résoudraient-ils à éditer une parti-\ntion de 350 à 400 pages ? Ajoutons que nos compositeurs ont le déplorable défaut d'être peu\nfortunés !\nEt cependant, comment arriver à la notoriété si l'on n'est pas édité ?\n2° La longue et omnipotente direction du très éminent A. F. Gevaert au Conservatoire\nRoyal de Bruxelles, a été néfaste à l'activité musicale belge. Gevaert n'exécutait à ses concerts,\nque les œuvres des compositeurs décédés ; un exemple venant d'un musicologue d'un talent si\nindiscuté devait naturellement être imité un peu partout. C'était si commode ! Et pendant\ntrente ans nous eûmes le règne de l'éteignoir.\n30 Nos directeurs de théâtre ne se différencient pas beaucoup des autres directeurs.\nMascagni, Léoncavallo et autres Nouguès ont plus de mérites à leurs yeux que Gilson, Du Bois\nou De Boeck. Ne faut-il pas, avant tout, faire venir au moulin du bureau de location la bonne,\nla sainte galette ?\n4° Jusqu'à ces derniers temps, la critique musicale de nos quotidiens était confiée presque\nuniquement à des littérateurs fort bien intentionnés sans doute, mais n'ayant avec la musique\nque des rapports assez lointains, donc mal armés pour défendre une œuvre intéressante.\nQue nos compositeurs aient pu vivre pendant trente ans dans l'atmosphère créée par ces\ndifférentes causes sans avoir recours au suicide fera l'admiration des générations futures.\nIV. Malgré tout, il est injuste de dire, que nos œuvres nationales obtinrent moins de\nsuccès que la plupart des œuvres étrangères conçues dans un style élevé'. Les œuvres d'Emile\nMathieu, de Jean Blockx, de Gilson, de Tinel, de Van den Eeden furent aussi bien accueillies\ndans leur ensemble que les productions hautement artistiques de d'lndy, de Chausson, de\nDukas, d'Albeniz, etc. Elles n'obtinrent pas le succès de Cavalleria Rusticana, de La Bohême\nou de Quo Vadis, c'est entendu ; mais ce succès là, Wagner le Prodigieux ne l'a pas obtenu,\nmaigre la crise de snobisme suscitée par d ardentes polémiques. L'heureux auteur des Moulins\nqui Cbantent et du Mariage de Mlle Beulemans deviendra-t-il notre grand compositeur national\nparce que ces œuvres atteindront la centième ?\nV, VI, VII. Toute la discussion porte à faux mon cher Lyr, parce que vos questions\nsont mal posées. * La seule chose qui importe, est de savoir si l'art véritable peut se passer de\nprotection, peut vivre de ses propres forces. Evidemment non.\nIl est beau de dire comme notre chaleureux Destrée que nos auteurs écrivent pour eux-\nmemes, obéissant a un ordre intérieur. IVlais ces auteurs fussent-ils des génies de première\ngrandeur, s'ils ne sont ni édités, ni joués dans de bonnes conditions, leurs personnalités n'ac-\nquerront pas toute leui valeur. C est a 1 exécution seulement qu'un compositeur se rend compte\ns il a réalisé une partie de son idéal aitistique, qu il peut sainement la force expressive de\nses idées et leur mise en valeur.\n\n1 Croyez-vous ? Vous y avez fort bien répondu, en tout cas, mon cher Crickboom, ainsi que tant d'autres\nNotez que ce n'étaient que des questions. D'aucuns y virent, à tort, mon opinion..."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.72", "texte": "LE MOIS\n61\n\nMais ce n'est pas tout : les artistes savent que les œuvres les plus belles, les conceptions\nd'art les plus hautes, ne s'adressent qu'à une élite. Fidélio, le Vaisseau Fantôme, Fervaal, le\nRoi Arthus, Pépita Gimenez, Ariane et Barbe Bleue n'atteindront par cela même qu'un\nnombre restreint de représentations. Faudra-t-il pour cela déclarer ces œuvres non viables\ncomme nous y incite votre questionnaire ? Les déclarer inférieures à Faust celui de Gounod\nqui pourrait faire le maximum trois fois par semaine ? Faut-il renoncer à les donner? Non.\nLe remède est simple. Je le soumets à mon ami Kufferath qui retrouve de temps à autre\nune plume si étonnamment acérée pour tomber les compositeurs belges.\nIl faut tout simplement diviser en deux parts égales les subventions que l'on accorde à nos\nscènes lyriques. Une part pour faire marcher la boîte. L'autre pour représenter les œuvres\nnationales et étrangères qui en valent la peine.\nCent mille francs pour continuer à protéger la Juive, la Favorite, Cavalleria et Rigoletto,\nc'est déjà beaucoup.\nVoilà mon cher Lyr, mon opinion, on ne peut en suspecter la sincérité car je ne possède\nen portefeuille aucune partition... même en vue !\nTrès cordialement, M. CRICKBOOM.\nRéponse de M. Camille Lemonnier.\nMon cher Confrère,\nJe lis avec intérêt votre enquête sur le théâtre musical belge et vous félicite d'avoir pris,\nen réalisant cette idée une initiative qui met au jour en même temps que l'existence de très\nréelles valeurs d'art chez nous, les déplorables agissements dont celles-ci ne cessent d'être victimes\npar suite de l'impéritie ou de la malveillance des directions. Comme mon éminent collaborateur\net ami, Léon Dubois, je pense que le théâtre musical compte ici des compositeurs du plus\ngrand mérite, auxquels il n'a manqué pour leur donner la haute consécration publique que des\nauteurs obtiennent en tout autre pays que des directeurs de bonne foi et de bonne volonté,\nplus soucieux d'art véritable plutôt que d'intérêt personnel. Tout pour les compositeurs étrangers\nmême de dixième ordre, et le moins possible pour les maîtres de chez nous, même illustrés\npar des œuvres incontestables. Bien cordialement votre\nCAMILLE LEMONNIER.\nRéponse de M. Alfred. Mabille. Directeur général de Vlnstruction publique et des Beaux\nArts de la ville de Bruxelles.\nM. A. Mabille a bien voulu nous dire son opinion au cours d'une entrevue cù\nnous traduisit ses sentiments de haute bienveillance, et l'intérêt qu'il porte à notre effort :\n\" La plupart de vos répondants ont accusé le public : c'est injuste et trop commode ! Félix\nMottl m'affirmait un jour que le public belge est un des plus compréhensifs et supérieur à beau-\ncoup d'autres. Nulle part on ne fait plus de musique, et de bonne musique, qu'à Bruxelles. Voyez\nquoi qu'on en dise l'affiuence fidèle aux Concerts Populaires, aux Concerts Ysaye, et, en\ngénéral, aux auditions journalières ! L'éducation de notre public se poursuit ainsi depuis des\nannées... Ce qui est vrai, c'est que l'on ignore beaucoup de nos compositeurs, et que ceux-ci ne\nsont pas encouragés comme ils le mériteraient. On pourrait faire davantage peut-être, pour les\naider à vivre et à se faire apprécier. Ce ne sont point les œuvres qui manquent, et le succès\naccueille celles qui furent représentées. Succès moral, sans doute, plus que pécuniaire, c'est celui\nqui importe avant tout à l'artiste. Mais est-ce suffisant ? Princesse Rayon de Soleil, Richilde, pour\nn'en citer que deux, n'ont pas échoué. Les opéras de Jan Blokx ont seuls, toutefois, connu le\nvrai triomphe ; c'est qu'ils étaient soutenus par une puissante maison d'édition."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.73", "texte": "02\nS. I. M.\n\nEvidemment, il faut que l'on arrive à produire les œuvres nationales ! Comment ? C'est\nplus difficile à résoudre... La a Aionnaie \" fait état les frais énormes qu'entraîne chaque\ncréation. Et l'on ne peut songer à lui en faire grief On trouvera peut-être un moyen de\nconcilier les intérêts de tous, en rendant justice à notre art. Je le souhaite de tout cœur, et\ncroyez que personnellement, je seconderai toute initiative en faveur de nos compositeurs... \"\nM. Mabille nous fait remarquer encore que les mêmes plaintes et les mêmes récriminations se\nproduisent, en France, de la part des compositeurs français.\n~>\nRéponse de M. JoSGph. JoilgGîl, Professeur au Conservatoire Royal de hîlge.\nI. Un assez grand nombre d'oeuvres lyriques belges ont été représentées sur nos\nscènes nationales au cours de ces vingt dernières années ; elles forment cependant une minorité\ndans la production des compositeurs qui ont écrit pour le théâtre. Pour ma part je connais\npas mal d'auteurs ayant une ou même deux œuvres en portefeuille et parmi celles-ci il y en\na de fort remarquables, j'en conclus qu'il en existe encore beaucoup d'autres qui sont\nignorées.\nLe Théâtre de la Monnaie et le Lyrique Flamand d'Anvers sont à peu près les seuls\nqui osent créer des œuvres belges. A raison d'une ou deux œuvres par an, c'est peu pour faire\nconnaître les principales productions belles.\n11. C'est une question pour la solution de laquelle il faudrait beaucoup écrire et\nencore pourrait-on y répondre ? Au fond y a-t-il encore des arts nationaux à notre époque ?\nLa Belgique, pays où règne une activité intense, où le travail intellectuel toutes proportions\ngardées est bien supérieur à celui des autres pays quels qu'ils soient est, géographiquement, un\ntrès petit pays écrasé par deux nations puissantes et musicalement très différentes de tendances.\nLes compositeurs belges, Wallons et Flamands divisés eux-mêmes en deux courants très distincts\nsont influencés (peut-être à leur insu) par les pays voisins. De cette situation sortira probable-\nment un art qui se a bien belge !\n111. IV & V. - A la méfiance exagérée du public pour les œuvres belges (aussi bien\nsymphoniques que dramatiques.) La mise en scène d'une œuvre exigeant presque toujours de\ngrands sacrifices de la part des directeurs d'un théâtre, on comprend un peu que ceux-ci ne se\nsentant pas du tout appuyés par le public qui désertera leur salle dès la seconde représentation,\nhésitent à boire le bouillon, d'où une méfiance systématique pour les œuvres belges. Le public\ndes théâtres lyriques belges doit avant tout entendre les œuvres à succès qu'elles soient\nallemandes, françaises ou italiennes, du reste presque toujours imposées aux directeurs des\nthéâtres par les éditeurs.\nLoin de moi la pensée toutefois de tenir toute œuvre belge pour parfaite. Et c'est le\nmoment de dire que les compositeurs ou librettistes de notre pays ne se sont pas assez inquiétés\njusqu'à présent de la nécessité de corser les situations dramatiques par des imprévus, des à-\ncôtés indispensables et qui demandent l'optique théâtrale. Ils y vont trop honnêtement, trop\nconfiants en leur génie créateur. Il leur manque un peu en somme ce que les principaux\nlibrettistes français et italiens ont eu trop: des trucs, des ficelles, de gros effets enfin... !\nQue voulez-vous, il faut passer par le paraît-il pour réussir. Ce qui me fait dire en passant que\nl'art théâtral est un art de second ordre. (Ce que je vais prendre pour mon rhume.)\nVI. Beaucoup d'œuvres belges ayant été jouées 2 ou 3 fois à peine, il serait difficile\nde se prononcer. Je pense que beaucoup d'entre elles seraient parvenues à triompher de l'indiffé-\nrence du public si elles avaient été reprises par la suite ; il faut qu'une œuvre réunisse une\nfameuse somme de qualités et qu'elle arrive aussi à un bon moment pour s'imposer à la\npremière ou à la seconde représentation."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.74", "texte": "LE MOIS\n63\n\nVII. Les mesures doivent être prises avant tout par les pouvoirs publics. Qu'on\nsubventionne davantage les théâtres, tout au moins un ou deux à la condition d'imposer des\nœuvres belges. On n'arrivera pas à un résultat sans sacrifices. Les directeurs de théâtre ne\npouvant pas, en règle générale, les supporter, il faut par une presse bienveillante et surtout\nunanime et bien organisée arriver à émouvoir et à intéresser ceux qui peuvent apporter leur\naide efficace à la mise en valeur de nos œuvres nationales.\nŒuvres de théâtre de \"Joseph Jongen 1 : 't Sarka, ballet mimo-symphonique, joui a la Monnaie\nen 1911.\nRéponse de M. Lucien Solvay, critique musical de /'Etoile Belge, Président de la classe\ndes Belles-Lettres de VAcadémie Royale de Belgique.\nMa réponse aux intéressantes questions de l'enquête que vous avez ouverte, mon cher\nconfrère, sur le théâtre musical belge, est toute entière dans mes feuilletons hebdomadaires de\nY Etoile Belge. Depuis plusieurs années, chaque fois qu'un opéra d'auteurs nationaux arrive à\nêtre représenté, à Bruxelles ou à Anvers, je traite ces questions, du mieux que je puis ; et j'y\nreviens en toute occasion. Il me serait difficile de reproduire tout cela, dans cette réponse hâtive,\nqui serait évidemment trop courte ou trop longue, et ne dirait jamais mieux que ce\nqu'ont dit ici, déjà, à ce sujet, les principaux intéressés, les musiciens eux-mêmes.\nJ'ajouterai cependant quelques mots. Le mal dont les compositeurs belges se plaignent à\nbon droit, les compositeurs français, en France, s'en plaignent également. Il existe dans l'un et\ndans l'autre pays, énormément d'auteurs, qui écrivent beaucoup d'oeuvres ; et il n'y a qu'une\ncouple de théâtres pour représenter toutes ces œuvres. Alors, c'est la lutte. En France, elle est\nbien plus ardente encore qu'en Belgique ! Seulement, en France, les théâtres subventionnés\nsont obligés de monter tous les ans un certain nombre d'œuvres \" nationales \" ; en Belgique,\npas. N'oublions pas, en outre, que, ici comme partout, les directeurs de théâtre sont, avant\ntout, des commerçants. Ils n'ont aucun intérêt à représenter des œuvres du crû, à l'égard\ndesquelles le public sceptique se montrera toujours méfiant, attendu qu'elles n'ont pas reçu la\nconsécration du succès à l'étranger et qu'il sera tout naturellement induit, dès lors, à\nles trouver mauvaises, même si ce sont des chefs-d'œuvre. Ils leur préfèrent nécessairement les\nœuvres étrangères, bonnes ou mauvaises, d'auteurs connus, qu'ont précédées les trompettes de\nla réclame et qui, à cause de cela, sont assurées de faire recette.\nPour porter remède à cette situation, un compositeur belge a divers moyens à sa disposi-\ntion ; voici les principaux :\ni° Etre très riche, ou très influent ;\n2° Obtenir du gouvernement, au profit de la direction, un gros subside, qui couvre les\nfrais largement.\n3° Louer une salle de théâtre et faire jouer son œuvre par des artistes qu'il aura payés,\ndevant un public qu'il aura invité.\n4° Ecrire sa musique sur un poème flamand, ou bien faire traduire son poème en flamand,\net porter le tout à M. Henry Fontaine, à Anvers.\nS'il ne lui plaît pas d'employer un de ces moyens ou s'il ne le peut pas, qu'il\nattende patiemment, qu'il fasse les démarches nécessaires, qu'il se remue beaucoup, et qu'il se\nnourrisse d'illusions : peut-être la chance, un jour, aura-elle pitié de lui, et alors son œuvre\nsera représentée, tout à la fin de la saison, en pleines chaleurs, devant un public gavé de\nmusique, mais du moins pourra-t-il se vanter d'avoir été joué... LUCIEN SOLVAY.\n\n1 A vrai dire, les ballets ne devraient pas figurer parmi les œuvres qui font l'objet de cette Enquête. Je les\ncite au point de vue documentaire."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.75", "texte": "64\nS. I. M.\n\nIl ne nous reste qu'à dégager les conclusions générales de l'ensemble et à remercier tous\nceux qui voulurent bien seconder notre initiative. Nous exprimons ici notre cordiale gratitude\nà nos confrères de la Presse belge, quotidienne et périodique, qui nous accordèrent le plus\nchaleureux appui. Nous reproduirons dans notre livre des extraits les principaux articles parus\nau sujet de cette campagne.\nRENÉ LYR.\n\nÉtranger\nLETTRE D'ANDALOUSIE\n\nALGÉSIRAS\nMusicalement l'Espagne est beaucoup moins riche qu'on ne se le figure généralement ;\ncette nation où l'on ne pénètre pas encore très facilement, revêt pour beaucoup un caractère\nun peu mystérieux, et l'on imagine facilement qu'elle recèle des trésors de musique ancienne,\nde musique populaire, inouïe et inédite. Illusion pure : la pauvreté artistique de l'Espagne est\nflagrante et tient à des causes qu'il appartient au sociologue de découvrir. Je crois pourtant\navoir observé, chez l'Andalou principalement, que l'orgueil et la paresse, souvent corrélatifs\nl'un de l'autre, sont les motifs immédiats de l'inactivité artistique : le paysage le plus idiot,\nla masure la plus délabrée, le tabac le plus malodorant... tout est très joli, très bon du seul\nfait que c'est espagnol. Rien n'est beau que l'Espagne, l'Espagne seule est aimable. Cet\norgueil très patriotique, et que quelques-uns trouveront peut-être un peu naïf (pour ne pas\ndire plus) joint à la température assez élevée du midi, entraînent naturellement l'indigène\nà ne rien faire de ses dix doigts, et à vivre de la renommée que lui ont léguée des ancêtres\ndéjà lointains ; cela l'entraîne aussi à boycotter la production étrangère ou à l'accabler\nd'impôts : ce qui est encore une manière de vivre sans faire grand'chose.\nPauvre musique française ! Pauvre Mendelssohn ! Pauvres originalités anglaises ! Que\nvîntes-vous faire à Algésiras ?... Car c'est tout cela que nous prétendions faire entendre, et\nque nous avons fait entendre pendant trois mois dans la salle de spectacles du Casino (on\nappelle ainsi de grands baraquements en planches, construits sur pilotis au-dessus de la mer,\net qui ont le mérite immense d'abriter une roulette et des jeux divers). Mais les journaux\nlocaux s'indignèrent : \" A quoi sert-il de nous imposer de la musique française (lisez\neuropéenne), fort bien exécutée sans doute, mais qui ne nous plaît pas?\" Et c'était sincère:\nl'Andalou ne doit pas se plaire à notre art musical parce qu'il n'y comprend rien ; il nous\nest arrivé de saisir par de belles nuits, des sonates de Beethoven qui s'échappaient des fenêtres\nde quelque Algésirienne de talent ; mais il fallait de la bonne volonté pour les reconnaître à\ntravers les rythmes de tango, de garrotin ou de jota dont on les affublait. \" Ce qu'il nous faut,\ndisait encore le périodique, ce sont des artistes Espagnols et de la musique espagnole\nDe la musique Espagnole ! Savez-vous ce qu'en Andalousie on appelle musique\nespagnole ? Ce sont des danses composées à l'aide de bribes empruntées probablement à un\nfond populaire assez ancien, et, disons-le, assez original. Séparée de la danse, cette musique"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.76", "texte": "LE MOIS\n65\n\nest absolument insignifiante. Au contraire unie à elle, elle revêt un caractère imprévu et une\nsignification singulière.\nLes danses espagnoles ! Ne vous figurez pas que ce soient constamment des a Zapateos \"\nendiablés et bruyants, des évolutions tumultueuses importées de l'Amérique du Sud, ni les\nexhibitions d'un goût douteux dont on trouve le modèle chez les graves musulmans.\névidemment les gitanes connaissent tout cela, dansent tout cela : j'en ai vu qui dansaient\nle cake-walk ! Elles y sont obligées par le public-tyran, qui, tantôt cosmopolite, tantôt trop\nenfant, se fatiguerait rapidement des danses calmes, silencieuses, dans lesquelles précisément\nla danseuse déploie tout son art, toute sa véritable personnalité, et auxquelles nous sommes\nforcés de nous intéresser vivement.\nOui, la vraie danse artistique est calme. En voici une qui m'a frappé, et que je vous\nretracerai hâtivement. Figurez-vous la salle plongée dans l'obscurité sauf un rayon électrique\ndans lequel évolue la \" gitana \" : celle-ci une femme de race, brune, expressive, bien faite et\nvetue de telle sorte que pas un de ses mouvements ne passe inaperçu (et pourtant, aucune\nnudité). La musique est exécutée en sourdine par un petit orchestre à cordes. Après une entrée\nen forme de marche concentrique, l'artiste se trouve au milieu de la scène, et la musique\ns'égrène lentement en mineur :\nPetit à petit, les bras se sont élevés, les mains frémissant légèrement au-dessus de la tête\nsemblent attirer et fixer le regard de la danseuse, qui doucement pivote sur place avec une\nondulation rythmique de tout le corps, scandé de temps en temps par un léger claquement\nde castagnettes ; le mouvement paraît vouloir s'animer :\nMais il n'en est rien : le motif obstiné reprend \" pp \"\net plus lentement encore.\nA ce moment, la danseuse est dans une attitude quasi extatique : l'ondulation qui l'agitait\ns'est transformée en un frémissement imperceptible qui la parcourt des talons à l'extrémité des\nmains, et il y a quelque chose d'hypnotique dans cette situation. D'ailleurs est-ce si in-\nvraisemblable ?\nLe jeu de lumière, le silence, la monotonie et la tonalité de la musique, la régularité du\nrythme, la persistance de la pose, créent une sorte de milieu parfaitement propre à une légère\nauto-hypnose (il faudrait que le Dr Grasset passe par là) — et malgré soi, on songe qu'il court\ndans ces veines un sang à moitié oriental, ami du mystère, et qu'il pourrait bien ressusciter\nles visions dont les Alexandrins se délectaient aux temps déjà si lointains de la belle"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.77", "texte": "66\nS. I. M.\n\norchestique Mais le charme est rompu ;un vigoureux coup de talon dans le plancher,\net la réalité réapparaît : l'orchestre, à plein son, et avec les cuivres, lance de motif final.\nLes castagnettes entrent en jeu, le geste est vaste, accentué, rapide, le rythme marqué avec\nles pieds impérieusement jusqu'à l'accord final, où la gitane se fige soudain en une attitude\nsuperbe.\nLe chant tient une assez grande place dans l'art gitane : beaucoup de danses sont\nencadrées et entrecoupées de fragments mélodiques d'un caractère très spécial, et voisin,\ncertainement cette fois, de la mélopée orientale ; tonalité mineure le plus souvent, mélismes\nnombreux, inflexions gutturales, échelle chromatique, rien n'y manque. En voici un exemple :\nToute l'Andalousie, d'ailleurs, connaît et pratique ces types mélodiques, parfois c'est la\nnuit, dans les sentiers qui parcourent les sauvages montagnes de cette région que l'on surprend\nl'étrange mélopée : c'est un voyageur, un marchand, qui tranquillement assis sur son âne\ncharme sa route en chantant les refrains de son enfance :\nl'Ai paS .quel(ïue chose de l'Arabesque qui nous émerveille à l'Alhambra ou à\nAlcazar. .Lt pourquoi faut-il que la mémoire humaine soit si peu durable et si peu fidèle?\nbans quoi nous aurions peut-être un stock mélodique important d'un art disparu et qui dut\nêtre le digne pendant de l'architecture si frappante d'originalité et de perfection qui se dresse\naujourd hui encore en Andalousie.\n, _ .Mai® l'Espagnol a laissé s'échapper le trésor musical de l'Arabe vaincu, comme il laisse\nseitriter les monuments orientaux dont il s'enorgueillit naïvement et je crois que\narchéologie de notre art ne s'enrichira pas, dans ces régions, de bien nombreux et bien\nintéressants documents.\n\nMachabey."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.78", "texte": "LES FAITS DU MOIS\n10 DECEMBRE AU 10 JANVIER\nQuelques blocs\nde marbre blanc\nsortent de terre\nau milieu d'un\ntrottoir de VA-\nvenue Montaigne. Les passants, intrigués, com-\nmentent cette éruption. \"Julien VApostat :\nle nouveau drame lyrique du nouvel immortel\nse passera devant la gare Saint-Lazare. Les\nabonnes de V Ouest-Etat sont dans Vextase ?nais\ncette publicité systématique faite par un officiel,\nau réseau de VEtat est sévèrement jugée par\nles indépendants. Tératologie : un soiriste\nde Comœdia rapporte d'une promenade en\ncoulisse cette impressionnante vision : \" MUe Edmée Favart montre ses petites dents de rossignol \"\nLe monde savant est en émoi : une commission d'ornithologues vient de se réunir pour discuter la\nportée incalculable de cette découverte. Les dialogues sur la pierre blanche continuent : u 6 est\nde Vart grec ? \" \" Evi-\nXVI. \" u Vous savez que\nVan Dyck. \" \" Parbleu !\nun peintre !\" Les tortion-\net celui de la Schola Cantorum,\nobligent Mlle Bréval\\ déjà\nnuit du 31 décembre les glaciers\ndemment, puisque c est du Louis\nla mise en scène a été confiée a\nIl fallait un musicien, on a pris\nnaires : le directeur de l'Opéra\ndans un accès de cruauté inouïey\nenrhumée, à gravir dans la\nde la montagne d'lserlech. Après\navoir chanté pendant une heure, les pieds dans la neige, /'excellente cantatrice est obligée de s'aliter.\nuAu large, maintenant, au large ! \" s'écrient cyniquement les coupables qui hèlent deux taxis, se\nfont conduire à la gare de Lyon et quittent Paris avant l'aurore. M. Messager s'est terré sur la\nCôte d'Azur, mais M. Vincent d'lndy a passé la frontière et ne s'est senti en sécurité qu'en arrivant\na Florence. Pendant ce tempsy les abonnés de l'Opéra, qui en ont vu bien d'autres, attendent\npatiemment, jumelles en mains, que Fervaal redescende de sa mon-\ntagne et engagent des paris sur la durée probable de son ascension.\nSoutenu par les chauds témoignages de sympathie que lui prodiguent\nses collègues, M. Raoul Gunsbourg s'élance\nau pupitre pour conduire Parsifal.\nNotre collaboratrice, Mlle Marie Denizard\npose sa candidature a la Présidence de la\nRépublique. Et la scène montait toujours.\nSWIFT (Croquis d'Emmanuel Barcet)."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.79", "texte": "REVUE DE LA PRESSE QUOTIDIENNE\nLA SORCIÈRE\nLE FIGARO\nIl n'est aucune page de cette nouvelle\npartition qui ne soit traitée avec la plus\nbelle conscience artistique, qui ne soit\nélaborée avec un souci de perfection et\nla plus rare ingéniosité dans la technique.\nUn orchestre d'une admirable sonorité,\nsans surcharges, sans recherches d'inutile\npréciosité, entoure l'œuvre entière d'une\natmosphère pittoresque, tendre ou tra-\ngique, et commente les diverses péripé-\nties de l'action avec une éloquence sobre,\nd'un effet pénétrant.\nDe cet ensemble d'une si noble tenue\nse dégagent quelques pages tout à fait\nsupérieures. Le quatrième acte tout en-\ntier d'abord l'interrogatoire de Zoraya\ndans les souterrains de l'lnquisition de\nTolède, dont la musique sombre et con-\ncentrée, d'une vérité sinistre, traduit si\nfidèlement l'impitoyable horreur. Cet\nacte assurerait à lui seul le succès, certain\nd'ailleurs, de l'ouvrage.\nLa couleur riante, ensoleillée, des\npremières scènes du second acte, dans la\ndemeure de Zoraya, avec le murmure\nlointain des cloches résonnant dans l'air\ndu soir 5 la fête si pittoresque et si\nvivante de l'acte suivant dans le patio\ndu palais du gouverneur 5 à la fin du\nmême acte, la fuite éperdue des deux\namants après le meurtre du familier du\nSaint-Office, tandis que retentissent au\nloin les derniers échos d'une sérénade :\nautant de tableaux où l'art du composi-\nteur se révèle varié, expressif, sincère\ntoujours et toujours supérieur.\nH. QUITTARD.\n¥ A I IFK?P HP\nIL /4 Ll ÈDïihk il à kJj\nJe ne puis le cacher : dans la Sorcière\nil me semble que l'effort du musicien a\nfléchi. Non que je lui reproche d'avoir\nsensiblement simplifié et clarifié son\nstyle, qui n'a toujours eu que trop de\ntendance au touffu. C'est malheureuse-\nment aussi dans l'intime esprit de son\nœuvre qu'un changement apparaît. J'y\nvois avec peine la recherche de la mu-\nsique le céder à celle de l'effet extérieur,\net se marquer le dessein évident d'obéir\nau goût du public pour le mélodrame.\nM. Erlanger n'y a d'ailleurs que très\nimparfaitement réussi. Certes, son ex-\npérience du théâtre atteint un succès ;\nmais en compromettant un peu ses qua-\nlités propres, il n'a pu acquérir tout à\nfait les défauts qui font délirer les foules.\nIl a pris depuis longtemps de mauvaises\nhabitudes. Un musicien qui a son passé\néprouve forcément qu'il n'est pas a la\nportée de tout le monde d'oublier la\nmusique, et de recommencer la Tosca.\nQu'il me pardonne ce mot, et ne\ncroie pas que j'aie pu penser un instant\nà le comparer à un Puccini ! Son mélo-\ndrame n'est point grossier : et à ce qu'il\nécrit, on verra toujours qu'il est un\nmusicien. Mais le seul fait d'accepter\npour livret, je ne dis pas : un sujet\nconflit passionnel, au fond, quelconque\net fort simple mais un drame de\nVictorien Sardou, dans la forme même\nque lui a donnée ce magistral illusion-\nniste, ne peut qu'indiquer, ou bien une\nerreur fondamentale sur l'essence de la\nmusique dont on ne peut soupçonner\nM. Erlanger, ou bien le ferme propos de\nn'écrire qu'un ouvrage facticement mu-\nsical. Le procédé scénique de Sardou est\nen effet le contraire de la musique.\nGASTON CARRAUD.\nM. Erlanger a prêté aux acteurs du\ndrame une physionomie et une allure\nfort expressives, a su les animer, selon\nleur caractère, d'une vie chaleureuse,\nd'un accent sincère, vrai, communicatif,\net, sous ce rapport, La Sorcière me paraît\nmarquer sur ses ouvrages précédents un\nprogrès indéniable (si, toutefois, il n'est\npas malséant d'employer le mot progrès\nen parlant d'un artiste aussi expérimenté\nque M. Erlanger et aussi parfaitement\nmaître de son talent). Il y a aussi dans\nLa Sorcière des pages poétiques : l'entrée,\nau premier acte, de Zoraya cueillant des\nfleurs au clair de lune, son dialogue avec\nEnrique, le prélude du deuxième acte,\npuis le duo où il semble que les deux\namants soient enveloppés d'un arôme de\n\"musc et de benjoin\" exhalé par les\ncheveux de la belle sorcière ; le petit\nchœur des mendiants, d'autres encore.\nLes mouvements scéniques sont menés\nd'une main sûre 5 a ce point de vue, la\nfin du troisième acte est excellente, avec\nses raclements de guitare, ses sorties\nsilencieuses et furtives\nCe que j'ai à cœur de dire, c'est que\nLa Sorcière de M. Erlanger, malgré cer-\ntaines réserves que je me permets de\nfaire et que je développerais si j'en\navais ici le loisir, est une œuvre intéres-\nsante, robuste, convaincue et musicale.\nJ'insiste sur ce mot. On peut aimer ou\nne pas aimer la nature musicale de\nM. Erlanger, mais on ne peut nier qu'il\nécrive en musique. Et, croyez-le, toute\nla question est là. Qu'on s'appelle\nDebussy ou Gounod, Mozart ou Dukas,\nPalestrina ou Ravel, l'essentiel pour un\nhomme qui se dit compositeur est d'écrire\nen musique ; qu'on s'aime ou qu'on se\nhaïsse, que l'on s'admire ou se décrie,\ncela met quand même un lien entre\nartistes de genres, d'opinions ou de\ntempéraments divers : ils peuvent être\nadversaires, ennemis même, ils parlent\nun langage dont l'origine est semblable,\nsi lointaine, si imperceptible qu'elle soit.\nVoilà ce qui les différencie de ceux\nqui prétendent vivre de la composition\nmusicale que dis-je ? qui en vivent\nsans avoir, au préalable, jugé utile d'ap-\nprendre la musique. C'est ainsi 5 et le\ntableau des recettes, pas plus que les\n\" communiqués\" des courriers de théâtre\nn'y sauraient rien changer.\nREYNALDO HAHN,\nLe seul genre de musique qui eût\nréellement convenu ici, comme dans la\nTosca et dans Fédora, c'est la musique\nvériste. M. Camille Erlanger n'a pas\nvoulu emboîter le pas carrément aux\nPuccini et aux Giordano. En principe,\non ne peut que l'en féliciter. Il y a bien\ncependant, surtout dans les derniers\nactes, quelques effets analogues à ceux\nque pratiquent les Italiens contempo-\nrains. Mais il est vrai que M. Erlanger\na été gêné par des scrupules qui ne lui\nont pas permis de recueillir tout le\nbénéfice de ces tentatives. Faute d'avoir\nsu prendre un parti, il a écrit une par-\ntition qui n'empoigne qu'à moitié les\namateurs de vérisme et qui ne satis-\nfait pas complètement non plus les\namateurs de musique. Cette indécision\nconstitue le défaut essentiel de cette\nœuvre, qui souffre aussi d'une lourdeur,\nd'une monotonie, d'un manque d'aisance\net de spontanéité qui se retrouvent\ntoujours chez M. Erlanger. La ligne\nmélodique est contourrée et torturée ;\nl'orchestration est soignée, mais sans\néclat et sans imprévu. On ne peut dire\nprécisément que M. Erlanger soit un\nmauvais musicien : il connaît la théorie\nde son art ; mais je crains qu'il ne soit\npas un musicien-né et qu'il ne ressemble\nà ces poètes que Boileau accusait de\nrimer malgré Minerve. Le grand duo\nd'amour du second acte, un des rares\nendroits de la pièce où la musique\npouvait se déployer un peu, est prodi-\ngieusement inexpressif. Le succès a été\npour les derniers actes, où la musique\ns'efface devant l'action.\nPAUL SOUDAY."}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.80", "texte": "L'Édition\nMusicale\n\n* Soprano ## Mezzo *** En plusieurs Tons\n1 Durand 2 Demets 3 Senart 4 Mathot\n5 Elkin 6 Schott 7 Ricordi 8 Universal édition\nCHANT. Les habiles gens que MM. les compositeurs ! Que faut il admirer le plus,\nde leur adresse ou de leur fécondité ? une mélodie pour chant et piano ne leur coûte évidem-\nment qu'un trait de plume : quelques vers de Verlaine ou d'Albert Samain, un accompagne-\nment enveloppant quelques petits emprunts à Pelléas, et le tour est joué. Il l'est même souvent\nd'une façon tout à fait magistrale.\nCette remarque nocive ne nous empêche pas de reconnaître de très bonne musique par\nexemple chez M. Louis Aubert dans le Secret Aveu, ou Un berceau (*** i) • chez\nM. Jean Gras, dont les Elégies s'apparentent aux meilleures pages d'Henri Duparc (** i) ;\nchez M. Edouard Mignan avec ses Quatre mélodiej (** i), si prenantes de couleur et de\ncontour. Il ya un peu moins de notes utiles chez Mme Pauline Aulbert, qui s'emploie\nà nous dire la Plainte de Pan (** 2) et les impressions intimes de La Lampe (** 2), une\nlampe qui aurait rêvé d'être soleil. Avec M. A. Borchard, Invocation, (*\"* 1) et Dédicace (** 1),\nnous commençons à nous éloigner de la formule debussyste pour nous rapprocher de Massenet.\nNous continuons à évoluer dans le même sens avec M. Paul Bazelaire, Villanelle (* 2),\navec M. Louis de Orévecœur, Le Vitrail (** 2)5 et le Sonnet de Dante (* 2), amusante\nfantaisie dans le style archaïque, avec M. Georges Anglefoel, le Chant de la pluie (** 6),\navec M. Bron, Le plus doux chemin (** 2). Ce chemin là nous mènerait tout droit chez\nPaul Delmet si nous nous y risquions trop avant. Mais en suivant M. Cyriil Scott, nous\narriverons, chez les ministrels, avec Pierrot and the moon maiden (*** Sleep song (*** 5) et\nIn the valley {*** 5).\nUn mot encore au sujet de Six mélodies qui ne sont pas sans valeur ; mais n'étions-nous\npas en droit d'attendre plus de modernisme de Mme Amirian, principale dépositaire d'une\nméthode de composition dont l'originalité ne saurait être mise en doute ? Un mot encore,\net que je voudrais plus long, au sujet de deux petits recueils où tout chanteur de salon trou-\nverait à glaner : l'un, de M. Louis Schopfer renferme 5 Mélodies (* 7) qui pour avoir été\nécrites il y a une vingtaine d'années n'ont rien perdu de leur fraîcheur ni de leur à propos ;\nil ya là des pages d'une grâce achevée : Y Investiture, le Spleen, Clair de Lune. L'autre de\nM. Dupin, (3) est au premier abord, moins séduisant ; l'écriture y est souvent grimaçante ;\ndes longueurs, des insistances, des naïvetés ; on songe malgré soi à certaines complaintes popu-\nlaires : à côté de cela, une originalité mélodique très accusée une inspiration très soutenue, très\ngrave et dont la sincérité ne saurait être mise en question ; voilà bien des qualités.\nQuelques Anthologies, à présent : un volume de Chansons Populaires franco-vallonnés (6)\nfaisant suite aux chansons flamandes déjà publiées en 1904. Douze Airs de l'ancienne école"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.81", "texte": "7°\nS. I. M.\n\nitalienne, groupés par ordre chronologique, avec paroles allemandes et italiennes, sous le titre\nd'lsori Album (8). Nul n'était plus qualifié, reconnaissons le que Mme Isori, pour remettre\nau jour et annoter les chefs d'oeuvre du Bel Canto qui font le fond de son répertoire. Un\ncahier de Rondes et Chansons bretonnes (4), paroles et dessins de Léon Pradère Niquet,\nmusique du même, le tout en style Botrel ; mais avec beaucoup plus de conviction. De style\npopulaire encore, une ronde à quatre voix mixtes qui ne manque pas d'entrain ni de verdeur,\nVoici le temps de la moisson, par Jacques Pillois (4). A la dernière minute, je reçois encore\n6 quatuors ou chœurs de M. Léo Sachs, pièces très chantantes, très vocales, et faisant preuve\nd'une musicalité qui va s'affinant de jour en jour. Les sociétés chorales auraient grand tort de\nne pas en faire leur profit.\n\nV. P.\n\nSOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS\nDE LA MUSIQUE\nAu cours de ia dernière réunion de son -Conseil d'Administration, la Société Française des\nAmis de la Musique, a adressé à Son Altesse Royale, la Duchesse de Vendôme, Présidente\nd'Honneur de la Société, l'expression de ses respectueux sentiments de condoléance, à l'occasion\ndu deuil qui vient de frapper la famille royale de Belgique.\nLe Conseil vote des compliments à l'adresse de M. le Comte Gaston Chandon de Briailles,\nPrésident de la Société, nommé Chevalier de la Légion d'Honneur, et à M. Gustave Berly,\nVice-Président de la Société, nommé Chevalier de la Légion d'Honneur.\nDans leur dernière réunion, les membres des Amis de la Musique ont applaudi\nM. Georges Lecomte, qui au cours d'une brillante Conférence sur Y Emotion Musicale dans la\npeinture et la sculpture conférence dont on trouvera bientôt dans la Revue, les parties\nessentielles a fait défiler 80 projections lumineuses, représentant les chefs-d'œuvre de' notre\nart sculptural et pictural. M. Georges Lecomte obtint un très vif succès. Mme Engel-Bathori a\ncharmé l'auditoire, en chantant de subtiles et spirituelles mélodies de Maurice Ravel, que le\ndistingué compositeur accompagnait lui-même, avec son habituelle virtuosité.\nLes Amis de la Musique ont été convoqués le 13 janvier à la Salle Hoche, pour, assister\nà une réunion au cours de laquelle a été présenté un très curieux instrument, \" l'Orphéal \"\nqui procède des récentes découvertes de Marconi, et figure à lui seul, ui\\ orchestre entier.\nLes membres de la Société seront prochainement convoqués, pour assister à l'Assemblée\nGénérale annuelle."}, {"page_pdf": 82, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.82", "texte": "Mémoires d'un amnésique\nErik Satie.\nCHOSES DE THEATRE (fragment)\nJ'ai toujours eu la pensée d'écrire un drame lyrique sur le suivant et\nparticulier sujet :\nEn ce temps-là, je m'occupais d'alchimie. Seul dans mon laboratoire,\nun jour je me reposais. Dehors, un ciel de plomb, blafard, sinistre : une\nhorreur !\nJ'étais triste, sans en connaître la raison ; presque craintif, sans en\nsavoir la cause. L'idée me prit de me distraire en comptant, lentement sur\nmes doigts, de un à deux cent soixante mille.\nv Je le fis : et n'en tirai qu'un grand ennui. Me levant, j'allai prendre\nune noix magique et la mis, avec douceur, dans un coffret en os d'alpaca\nenrichi de sept diamants.\nAussitôt, un oiseau empaillé s'envola ; un squelette de singe se sauva;\nune peau de truie grimpa le long du mur. Alors la nuit vint couvrir les\nobjets, détruire les formes.\nMais on frappe à la porte du fond, celle qui est proche des talismans\nmédiques, talismans qui me furent vendus par un maniaque polynésien.\nQu'est-ce ? Mon Dieu ! n'abandonnez pas votre serviteur. Il a\ncertainement péché, mais il s'en repent. Pardonnez-lui, je vous prie.\nOr la porte s'ouvre, s'ouvre, s'ouvre comme un œil ; un être informe\net silencieux s'avance, s'avance, s'avance. Je n'ai plus une goutte de sueur\nsur ma chair terrorisée ; de plus, j'ai très soif, très soif.\nDans l'ombre, une voix s'élève :\n— Monsieur, je crois que j'ai la double vue.\nJe ne connais pas cette voix. Elle dit :\n— Monsieur, c'est moi ; c'est bien moi.\n<v — Qui, vous? fis-je, angoissé.\n— Moi, votre domestique. Je crois que j'ai la double vue. N'avez-\nvous pas mis, avec douceur, une noix magique dans un coffret en os\nd'alpaca enrichi de sept diamants ?\nSuffoquant, je ne pus que répondre :\n— Oui, mon ami. Comment le savez-vous ?\nIl s'approche de moi, glissant et ténébreux, noir dans la nuit. Je le\nsens qui tremble. Sans doute, il a peur que je ne lui envoie un coup\nde fusil.\nEn un hoquet, tel un petit enfant, il murmure :\n— Je vous ai vu par le trou de la serrure."}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130115-01.1.83", "texte": "Çà et Là\nLE DINER DE LA REVUE\nNous ne nous étions pas trompés en escomptant le succès d'un dîner périodique réunis-\nsant dans l'intimité d'un 8 à 10 cordial les personnalités du théâtre, des lettres et des arts à qui\nla fièvre parisienne ne permet que trop rarement de consacrer quelques instants à d'amicales\nrencontres et à de sympathiques entretiens, La brillante réussite du premier dîner de notre\nRevue qui eut lieu le 16 décembre à PElysée-Palace nous a prouvé que notre initiative était\nheureuse. Les noms seuls de nos convives affirmeront la charmante solidarité et l'affectueuse\ncamaraderie qui persistent dans les milieux artistiques malgré l'âpreté de la lutte pour la gloire.\nAutour des petites tables fleuries avaient en effet pris place : Mesdames Marguerite Carré,\nLucie Delarue-Mardrus, Berthe Bady, Isadora Duncan, Natacha Trouhanowa, Jane Henri-\nquez, Napierkowska, Germaine Bailac, Lilian Greuze, Darling, Rouvier, Le Senne, Jane\nMortier, de Varenne, etc., etc. MM. Louis Barthou, Albert Carré, Henry Bataille, Léon\nBailby, Albert Flament, Léon Bakst, J.-H. Rosny aîné, J. Ecorcheville, Théodore Reinach,\nGabriel Astruc, Xavier Leroux, Camille Chevillard, Alexis Rostand, Raoul Gunsbourg,\nJacques Rouché, Docteur Mardrus, Gabriel Alphaud, Jean Lefranc, E. Vuillermoz, Georges\nRicou, Marinetti, Robert Brussel, G. Berly, Georges Casella, Maurice Ravel, F. Custot, Ch.\nLegrand, Ed. Mathé, Prègre, Ricardo Vinès, Georges Pioch, Louis Payen, Putz, Borgex, L.\nde Morsier, Laporte, Louis Masson, Alfred Casella, Lévi-Alvarès, Docteur Bouteron, G.\nLefeuve, Kayser, Chantagut, Richter, Dolmetsch, Schloss, Henry de Maublanc, P. Landowski,\nG. Risler, René Chalupt, Max Rikoff, Jacques Jarry, Marcel Pollet, H. Reifenberg,\nE. Max, etc.\nAprès le dîner, avec une charmante bonne grâce, Isadora Duncan improvisa quelques\ndanses exquises et la délicieuse Darling, de l'Opéra-Comique se fît applaudir dans de fougueux\npas espagnols.\nLe prochain dîner de la revue est fixé au 11 février.\nUne curieuse séance de contrepoint pédestre nous a été donnée il y a quelques jours, chez\nle très aimable mécène Franz Custot. Mademoiselle Carmelita Ferrer, chorégraphe espagnole,\nen travesti gris, et perchée sur de hauts talons, nous charma par des danses savamment\nrythmées. Aux accents d'une guitare et d'une mandoline se mêlèrent les crépitements de deux\ntalons agiles. Jean d'Udine, présent, n'arrivait pas à compter les naves et les puises accumulées\npar ces pieds incoercibles. Remarqué dans l'assistance :M. et Mme Dettelbach, M. et\nMme Etienne Gaveau, Mme Kutscherra, M.M. Jean Périer, Abel Faivre, d'Estournelles de\nConstant, Ricardo Vinès, M. et Mme Lazare Lévy, M.M. Calvocoressi, Maurice Dumesnil,\nLouis de Morsier, Alfred Cortot, F. Richter, M. et Mme A. Casella, M. et Mme J. Ecorche-\nville, marquis et marquise de St. Légier, etc.\n\nTous droits réservés pour tous pays y compris la Scandinavie et l'Extrême Orient.\nLe Gérant : MARCEL FREDET.\nImpr. par THE ST. CATHERINE PRESS LTD. Bruges, Belgique."}]}