{"numero_id": "bm-bmtnabh-1913-02-15-01", "volume": "bmtnabh_1913-02-15_01", "ocr_sha256": "5366959659b4db26c7aca920aa6188af4f57166a5864bb4030b0e7e9291ad97f", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1913/02/15_01/bmtnabh_1913-02-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1913/02/15_01/bmtnabh_1913-02-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1913-02-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-02-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1913-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.2.2", "titre_corps": "L'EMOTION MUSICALE DANS LA PEINTURE, par Georges Lecomte, * LA MUSIQUE CHEZ", "titre_sommaire": "L'EMOTION MUSICALE DANS LA PEINTURE, par Georges Lecomte, * LA MUSIQUE CHEZ", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.1", "debut_caractere": 512, "fin_caractere_exclue": 878, "texte": "L'EMOTION MUSICALE DANS LA PEINTURE, par Georges Lecomte, * LA MUSIQUE CHEZ\nSPENCER, par G. 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Ils ne peuvent non plus nous dire la majesté ou la grâce\nharmonieuse de leur forme, l'éclat ou le faste sourd de leur couleur,\nla beauté de la matière vibrante qui caractérise la physionomie de\nchacun d'eux.\nVoilà pourquoi, désireux de ne pas résister à la flatteuse demande\nde la Société des Amis de la Musique qui exerce une si heureuse action\nsur le développement de la musique française et sur son prestige au\ndehors, j'ai, simple littérateur, cherché, et trouvé quelques raisons de\nfaire cette étude un peu imprévue à propos de la musique.\nJe ne vous dirai pas que, selon la formule pittoresque et célèbre, le\nsujet m'en soit venu la nuit en écoutant le rossignol. Non ! Il faisait\n\n1 Conférence faite aux \" Amis de la musique en décembre dernier et illustrée de projections."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.4", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2056, "texte": "encore assez jour pour que j'eusse le bonheur de pouvoir suivre 1 emoi\ndes cœurs sur le visage de mes compagnes et de mes compagnons, et la\nmusique qui nous étreignait était tout\nsimplement celle du vent dans les arbres\nd'un parc. C'était à cette heure poignante\noù, par-dessus les choses déjà tout en-\nveloppées de mystère, les premières\nétoiles commencent à palpiter dans l'azur\nencore lumineux du ciel, où les êtres,\ntout frissonnants de la gravité de l'heure\net du silence sont plus profondément\nsensibles à la poésie du monde, écoutent\nsangloter leur vieux cœur ou frémir leur\njeune espérance. Avec quel recueillement\nles personnes présentés se laissaient en-\nvelopper par les longs souffles qui autour\nde nous, dans le parc déjà plein d'ombre,\nsemblaient remuer des tourbillons de\nténèbres ! Symphonie puissante et nuan-\ncée ! Sous le vent tiède on percevait\ndistinctement la lourde palpitation des\ntrembles, les houles profondes des tilleuls,\nle gémissement sinueux et noir des sapins, la ruisselante éploration du\nsaule pleureur. C'étaient des rythmes bien puissants que ce formidable\norchestre faisait passer sur les nerfs et gronder dans les âmes. Aussi la\nplupart des hôtes restaient-ils silencieux. Les rares et indécises paroles\nqu'ils échangeaient n'étaient guère que de rapides politesses pour préserver\nleur méditation. Quelques-uns d'entre nous y associaient la contem-\nplation des visages. Que ne se trouvait-il parmi nous un peintre pour\nen fixer les impressions si diverses ! Telle femme, les yeux clos et la face\nimmobile, paraissait prendre une volupté douloureuse à recevoir cette\nmusique sur sa tourmente intérieure. Telle autre, le regard aux étoiles et\nles doigts battant sur les bras de son fauteuil des accords d'allégresse,\nsemblait défier la tempête et faisait des rêves au milieu d'elle. D'autres\nfemmes, qui se souvenaient sans doute, lui opposaient un sourire mélan-\ncolique. Comme l'émotion produite par la musique du vent dans cet amas\nbruissant de feuillages aurait pu inspirer de nobles toiles, d'émouvantes"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.5", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2029, "texte": "statues ! Par ses gestes, son attitude, la gravité ou la jeunesse confiante de\nson sourire, par l'expression de son regard, chacun révélait une âme et\nune existence différentes dans la communion de ce même frémissement.\nSongez à toutes les nuan-\nces, pathétiques ou plaisantes,\nd'émotions musicales, depuis\nl'enfant qui, le regard en joie,\nles joues fraîches et rebondies,\ns'émerveille du son de sa mu-\nsette, en train de pleurer d'une\nmanière plus ou moins mélo-\ndieuse son dégonflement, jus-\nqu'au solitaire, comme on en\ndécouvre parfois au seuil d'une\nchaumière ou dans la pénombre\nd'un logis pauvre, soulageant sa\nmélancolie ou ses rêves, expri-\nmant à sa façon la mystérieuse\npoésie qui fleurit dans son cœur,\nen jouant pour lui-même de l'accordéon ou de l'ocarina; depuis la vieille\nfille allant le soir, dans la solitude de la vieille église enténébrée, traduire\npar les sons graves de l'harmonium non seulement sa ferveur mystique\nmais aussi, inconsciemment peut-être, toute l'exaltation sentimentale qui\ndans le monde n'a pas trouvé son emploi jusqu'à l'officier ou soldat,\nqui, croyant en la beauté de son rôle, en la grandeur de son devoir, se\nreprésente la Patrie en apercevant l'étendard, son symbole, et qui, contracté\nd'émotion derrière son sabre levé, pâlit et frissonne en recevant au\nprofond de son cœur les rythmes du salut au drapeau. Fière musique qui\nennoblit singulièrement les visages ! Emotion que l'habitude atténue\npeut-être dans l'ordinaire de la vie mais que, à certaines heures d'in-\nquiétude, les plus chevronnés et les plus distraits retrouvent aussi poignante\nqu'au jour où pour la première fois ils la ressentirent.\nMais je n'ai pas le droit de m'attarder à de tels souvenirs qui n'ont\npas trouvé leur transcription plastique. Je dois m'en tenir aux émotions\nmusicales représentées par les peintres et sculpteurs, et aux instruments\nqui ont un rôle dans leurs œuvres. Iconographie riche et variée. Elle\npeut intéresser non seulement les passionnés de musique mais jusqu'aux"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.6", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1954, "texte": "profanes qui aiment les beaux vieux objets dont s'enchantèrent les aïeux.\nParmi ces instruments il en est de rares, de désuets, de disparus. Il\nsemble que, en les voyant sous les doigts nerveux des personnages, près\nde leurs visages extasiés, on les entende encore gronder et frémir.\nOn en trouve qui sont d'une forme, d'une matière et d'une couleur\nadmirables et d'une rare préciosité dans l'ornementation. Des incrustations\ncompliquées et harmonieuses soulignent le dessin des violes, s'épanouissent\nen bouquets au cœur des luths. Certains d'entre eux évoquent des idées\nde triomphe et d'allégresse, nous font pour ainsi dire entendre des fanfares\navant de les avoir sonnées. Par leur seul aspect, d'autres nous donnent\nune impression de douceur et de recueillement.\nTâchons aussi de sentir leur poésie et leur grâce silencieuse\nlorsque, comme dans les natures mortes de Chardin, ils nous sont\nreprésentés au milieu des rubans et des fleurs qui nous rappellent si déli-\ncatement les douceurs de l'intimité au milieu de laquelle ils retentirent.\nImaginons leurs sonorités et leurs rythmes entre les mains ou sous les\nlèvres des ardents musiciens et des belles inspirées qui se servent de leurs\nvibrations pour exprimer leur propre émoi. Admirons leurs courbes\nluisantes, leur galbe harmonieux, la noblesse ou l'élégance de leurs lignes\nqui s'accordent si bien avec les\ngestes et les attitudes des person-\nnages, avec l'expression particu-\nlière de leur visage. Dans certains\ntableaux de primitifs, les luths qui\nvibrent sous d'angéliques doigts\ndonnent presque aussi bien que\nles visages une impression de\nchasteté fervente et de foi naïve.\nPour remémorer les instru-\nments qui figurent dans le marbre\net sur les toiles, pour faire appa-\nraître les plus diverses représen-\ntations de l'émoi musical, nous\navons cherché dans l'art de tous\nles siècles et de tous les pays les\nœuvres les plus significatives. Au\ncours d'une conférence faite sur"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.7", "debut_caractere": 76, "fin_caractere_exclue": 1139, "texte": "le même sujet, soixante et quinze photographies de tableaux et de\nstatues furent projetées. S'il ne peut être question de les décrire dans ce\nrapide article, du moins pouvons nous essayer de mettre en valeur les\ncaractéristiques de ces représentations plastiques selon les pays et les\népoques.\nUn bas-relief égyptien, datant de la XIIe dynastie, atteste que les\nartistes d'Egypte savaient déjà observer avec justesse la preste agilité et la\ncontraction nerveuse des doigts sur les cordes d'une harpe, et aussi la\ngrave attention de la musicienne qui écoute chanter en elle le son de sa\nharpe et peut-être celui des instruments voisins.\nNombreux sont les bas-reliefs et les statues helléniques représentant\nmusiciens et danseuses comme enivrés des rythmes qu'ils se jouent à\neux-mêmes. Les lignes souples et vivantes des corps, les plis mobiles des\nvoiles légers nous en font pour ainsi dire percevoir les harmonies.\nN'a-t-on pas la sensation d'entendre l'air passionné que, dans tel cortège\nde fête, une Bacchante éperdue joue sur son double aulos et dont, sur un"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.8", "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 1162, "texte": "tambourin, une autre danseuse non moins frémissante scande la mesure.\nAu-dessus des têtes qui se renversent, échevelées et frénétiques, les bras\ns'élèvent pour faire jaillir haut dans l'air l'exaltante sonorité des in-\nstruments. Surgissant des draperies qui s'écartent, les beaux corps con-\ntractés se crispent aux accents de cette musique passionnée. D'autres fois\nc'est une musicienne nue qui, assise dans une pose de recueillement,\nexprime par la douceur apaisée des lignes de son corps la douceur du\nchant dont elle se délecte. Ou bien, c'est Apollon qui, portant dans ses\nmains l'architecture majestueuse de sa Cithare, la fait retentir en l'honneur\nd'une Niké, figure volante à l'attitude si gracieusement vivante, au noble\net souple drapé dont le mouvement harmonieux semble comme une\nmatérialisation de cette musique. Enfin la triomphatrice allure de la\nVictoire de Samothrace, la souveraine apparition de son corps sous les\nplis de l'étoffe que le vent de sa marche fait palpiter, ne nous obligent-ils\npas à entendre l'allégresse des sons qu'elle tirait de sa trompette, hélas !\naujourd'hui disparue ?"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.9", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1860, "texte": "C est sur des instruments moins tumultueux que chante l'âme\nmélancolique et fervente du Moyen-Age. Les luths, les rebecs et les\n•\nvioles sont ceux que l'on retrouve le plus entre les mains des moines et\ndes vieillards sculptés par les pieux ima-\ngiers aux chapiteaux, aux portails et sous\nles fenêtres des cathédrales. Souvent, pour\nvivre plus intensément le rêve intérieur\nqui s'exprime par leur musique, ils ferment\nles yeux, et leur grave visage sans lumière\ntraduit leur concentration morale. Parfois\naussi quelque figure grimaçante joue une\nmusique d'enfer. Ainsi quelle diabolique\nmusique peut bien faire entendre ce singe\nde la cathédrale de Beauvais qui unit à la\nfrénésie malicieuse du sapajou la macabre\nhorreur d'une tête de mort ?\nMais, en général, qu'ils soient italiens\nou flamands, ce sont des visages plus char-\nmants que nous montrent les artistes de\ncette époque ou du début de la Renais-\nsance. Dans ses adorables bas-reliefs,\nd'une vie si justement observée et d'une\nbeauté décorative si parfaite, Luca délia\nRobbia représente des gambades d'enfants,\nheureux de se trémousser au son des trom-\npettes vers lesquelles leurs corps dodus et\nleurs bras potelés se haussent, émerveillés\ndu bruit qu'ils font avec des cymbales ;\nFra Angélico, quelques années auparavant,\npeint la douceur extasiée des femmes qui,\navec une candeur si fervente, s'unissent pour chanter leur foi. Comme\nles mouvements de leurs mains sur les luths sont en accord avec la grâce\nnaïve de leurs visages, tous animés d'un pareil sentiment d'adoration !\nParfois la tubulure légère et contournée d'un \" Serpent \" évoque l'ara-\nbesque légère du chant qu'elles font retentir. Parfois ce sont des trompettes\nqu'elles élèvent au bord de leurs bras. Mais toujours les figures angéliques\nexpriment le même ravissement. C'est un luth que Luca Signorelli a mis"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.10", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2492, "texte": "sous les doigts de cette musicienne si vivante sous sa robe somptueuse, une\nrégale dont le maître de St. Bartholomé ne craint pas de confier la\nlourde architecture aux mains frêles d'une Stu Cécile, un cor que Spagna\nfait sonner dans un vaste horizon, un cromorne dont Carpaccio peint\nminutieusement le détail, un psaltérion que Cosimo étale sur la poitrine\nd'une vierge.\nPuis quelles attendrissantes extases virginales on trouve dans les\ntableaux de Van Eyck et Memling. Leurs anges jouent de tous les\ninstruments. Mais, que Van Eyck ait mis entre leurs mains orgue, viole\net trompette marine comme dans le de Madrid,\nharpe, orgue et viole comme dans le fameux volet de /'Adoration de\nl'agneau qui est à Berlin, ou que, comme dans l'autre volet du même\ntableau, il se soit borné à les faire chanter sans instruments, c'est toujours\ncette délicieuse pureté extatique des figures, illuminées d'un doux\nenchantement, que l'on trouve également dans les tableaux de Memling.\nMais à côté de la Flandre mystique voici la Flandre mafflue et joyeuse\nqui se plait aux ripailles, à la grosse liesse, qui aime à faire retentir le sol\ndes lourdes gambades de sa danse. Ce sont, bien entendu, d'autres\ninstruments, la cornemuse, la vielle et le flageolet, qui déchaînent le\ntumulte de ses farandoles pesantes, l'audace de sa sensualité folâtre, qui\naccompagnent les grimaces de son rire et de sa goinfrerie. Ils font rage\nchez Breughel, Rubens, Jordaens. Et c'est encore leur alerte jovialité que\nl'on entend parfois chez les petits maîtres hollandais.\nPourtant c'est un luth que Franz Hais met sous les doigts de son\ncélèbre \"fou \" qui a plutôt l'air d'un musicien joyeux et sarcastique, c'est\nun violon et une flûte qui unissent leur chant dans le\nVan Ostade, un hautbois et un luth aux sons duquel se trémousse le\nfélin dans la Danse du chat de Jean Steen.\nMais voici que résonnent mélodieusement épinette, luth et viole\ndans les paisibles intérieurs, à la lumière si douce, où, avec tant de simple\npoésie, Vermeer de Delft situe ses leçons de musique, et aussi dans ceux,\nd'une plus cérémonieuse somptuosité, où Terburg place ses dociles et\nfraîches musiciennes, ses importants professeurs aux gestes avantageux.\nToute la splendeur de la Renaissance italienne n'apparaît-elle pas\ndans cette partie des Noces de Cana où Véronèse a peint magnifiquement\nun quatuor de violes avec un cornet droit, tout le faste hautain de\nl'Espagne dans tel panneau d'un retable de la Cathédrale de Séville où"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.11", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2015, "texte": "Louis de Vargas a peint un ange jouant de l'orgue sous les traits d'une\ngrande dame impérieuse et passionnée ?\nPlus simple tout d'abord le XVIIe siècle français qui, en représentant\nun maître de chapelle en train de faire exécuter un motet devant\nLouis XIII, nous montre en action une maîtrise de cette époque et qui,\npar l'art sincère et si vivant des frères\nLenain, nous fait entendre le chant d'un\nluth dans une Réunion de famille où\ntoutes les figures, rendues avec leur vrai\net profond caractère, s'unissent si bien\ndans la commune émotion ressentie, et\noù, au milieu des silhouettes viriles,\nrayonne une figure gracieuse de jeune\nfille.\nMais le siècle ne tarde pas à devenir\npompeux et théâtral. Quels que soient\nles instruments dont Rigaud et Largil-\nlière munissent leurs personnages, ils ne\nsont que prétextes à des poses de parade.\nIl en est de même, la plupart du temps,\nchez Lancret, Nattier et même parfois\nchez Watteau au XVIIIe siècle. Ce n'est\npas dans l'œuvre des peintres de ce temps qu'il faut chercher l'expression\nsincère des profondes émotions musicales. Pourtant Y Enchanteur de\nWatteau nous fait sentir l'assurance persuasive d'un musicien et la\nfascination de son auditrice, et, dans son Duplessis\nexprima de la manière la plus vivante la bonhomie passionnée de son\nmodèle. On connait aussi une Leçon de Musique où Fragonard exprima\nfièrement l'application d'une jolie musicienne à la frimousse mutine, au\ntorse altièrement cambré. Et les musiciens de Chardin sont fort attentifs.\nEn représentant dans une gravure célèbre un âne qui écoute de la\nmusique avec la plus silencieuse et immobile jubilation, l'espagnol Goya\ndonne une spirituelle leçon à bien de prétendus mélomanes, épileptiques\net tapageurs, qui, malgré la moindre longueur de leurs oreilles, sont loin\nparfois de se tenir aussi bien dans les salons et concerts.\nEn général le XIXe siècle sut peindre avec simplicité et profondeur\nl'émotion musicale. 11 serait oiseux de rechercher tant d'exemples si près"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.12", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2171, "texte": "de nous. Mais, si rapide que soit l'allusion aux interprètes de ce sentiment,\npeut-on terminer un tel article sans rappeler les féeriques compositions de\nFantin-Latour qui exprima avec tant d'intensité lyrique la poésie des\ndrames Wagnériens et avec tant de sereine douceur la possession des\nêtres par la musique. N'ayant pas assez de place pour m'étendre davantage\nsur ses lithographies et tableaux, je veux du moins rappeler sa célèbre\nréunion de musiciens chez Emmanuel Chabrier où, autour du maître\nassis au piano, il a groupé MM. Camille Benoît et Adolphe Jullien,\nauxquels nous devons de si pénétrantes études sur la musique, M. Vincent\nd'lndy, MM. Lascoux, Edmond Maitre, Amédée Pigeon et le violoniste\nBoisseau. Toile célèbre qui, au Louvre de l'avenir, voisinera avec le\nCoin des Poètes,légué à notre grand Musée par M. Emile Blémont son\npropriétaire, et avec F atelier des Badont l'harmonieuse vérité\nresplendit au Musée du Luxembourg.\nN'ai-je pas le devoir aussi d'accorder un souvenir au au\nGuitariste, au violon du Musicien aux castagnettes et aux\ncithares du Ballet espagnol que Manet représenta avec tous les prestiges\nde sa vigoureuse franchise? Ne me reprocherait-on pas un impardonnable\noubli si je ne mentionnais pas l'originale maîtrise avec laquelle M. Degas\nmit souvent au premier plan de ses radieuses\névocations de danseuses le sommet des con-\ntrebasses, des altos et les crânes des musiciens\nqui leur jouent les rythmes sur lesquels elles\nse trémoussent tout au fond du tableau, dans\nune gloire de lumière ?\nUn des maîtres le plus justement réputés\nde la nouvelle génération d'artistes, le peintre\nGeorges d'Espagnat, a eu l'idée de recom-\nmencer, avec quelques jeunes musiciens\nd'aujourd'hui, ce que Fantin-Latour réalisa\nsi bien pour les musiciens de son temps.\nM. Georges d'Espagnat y a mis tout son\namour de la vérité, ses dons de coloriste,\nl'art avec lequel il sait rendre la vie. Le caractère de chaque visage est\ntraduit avec la plus sobre et robuste franchise et toutes les figures sont\nunies non seulement par l'harmonieuse couleur mais par la communion\nde sentiments dans la musique gravement écoutée. Autour de M. Ricardo"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.13", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2535, "texte": "Vinès, au piano, on reconnaît M. Florent Schmitt et M. Maurice Ravel,\npuis, autour de M. Cyprien Godebski et de son fils, MM. Déodat de\nSéverac, Calvocoressi et Albert Roussel. Tableau bien composé, superbe\nde vie et de vérité, où l'émotion musicale est traduite avec profondeur.\nIl a produit une grande impression et, déjà fameux, il sera célèbre un\njour.\nD'ailleurs ce n'est pas la seule forme sous laquelle M. Georges\nd'Espagnat rendit hommage à la musique. Nombreuses sont les toiles,\nrayonnants poèmes d'allégresse, où il s'est plu à compléter les joies\nsereines de la nature par les plus gracieuses figures de musiciennes.\nParmi les guirlandes de fleurs, sous les arbres aux feuillages chatoyants,\nelles mettent d'adorables silhouettes et leurs enfants dansent au son de\nleur flûte. Ce sont de limpides, fraîches et vibrantes visions de joie\nauxquelles la musique prête son enchantement.\nL'une des plus saisissantes interprétations de l'émotion musicale\nqu'il m'ait été donné de voir est l'eau-forte célèbre de Louis Legrand,\nintitulée Amants-, où il a rendu avec toutes les ressources de son prodigieux\ntalent la langueur et la crispation d'une femme pour ainsi dire pâmée\nsous les effluves de musique dont un violoniste l'enveloppe et la fait\ntressaillir. M. Louis Legrand, l'un des plus merveilleux dessinateurs\nd'aujourd'hui, a représenté avec la plus rare intensité d'expression tous\nles émois de l'être humain, la tendresse maternelle, les ivresses et les\nabandons de l'amour, les frémissements de la chair heureuse, comme les\ntorsions du corps des danseuses, qu'il a rendues avec une vérité vivante\nd'attitudes et de gestes inexprimés avant lui. Aussi devait-il écrire avec la\nmême maîtrise l'ardent poème de la musique. C'est un chant de passion\nque, avec toute son ardeur, l'être aimé fait entendre. Avec quelle extase\nl'auditrice le reçoit dans son cœur et dans tout son être frissonnant !\nVoilà l'émotion musicale superbement rendue. Certaines de ses\nexpressions sont si belles ! Et si les peintres prenaient davantage le soin\nde regarder autour d'eux, quelles inspirations précieuses ils pourraient\nrecueillir ! Nous n'avons les uns et les autres qu'à interroger nos souvenirs\npour retrouver des sensations poignantes.\nAinsi je me rappelle comment, un soir, j'eus dans un salon la\nrévélation du tendre et mystérieux lien qui unissait, à l'insu de tous, un\nhomme jeune et une femme très belle. Jamais, aux yeux de leurs plus\nproches amis, rien dans leur attitude ni dans leur physionomie n'avait"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.14", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1447, "texte": "trahi ce secret. Soudain une musique s'élève. Elle est d'une si émouvante\nbeauté ou tout au moins elle est si mêlée aux souvenirs de leurs ivresses,\nque, troublés jusqu'au fond du cœur, ils ne peuvent s'empêcher d'unir\nardemment leurs regards, d'échanger un sourire d'enchantement et de\ngratitude infinis. Sourire et regard d'une telle béatitude qu'aucun doute\nn'était désormais possible sur l'intimité de leur tendresse.\nUne autre fois, dans un milieu différent, l'émotion musicale prit\ndevant moi l'aspect héroïque. Depuis une demi-heure on jouait molle-\nment d'insignifiantes musiquettes qui n'empêchaient ni les bâillements\nderrière l'éventail ni les papotages. Tout-à-coup l'airain profond d'une\nvoix fait sonner les Grenadiers de Schumann. L'héroïsme de ce chant se\nrépand sur l'auditoire. Soudain on sent passer quelque ch ose de noble.\nLes bavardages s'éteignent. Le silence se fait. Les éventails ne battent\nplus. Ce sont les cœurs qui palpitent. Et les visages deviennent magnifiques\nde tension, d'ardeur et de flamme. Ils sont unis dans un même sentiment\nde la Beauté.\nSont-ce des impressions qui ne peuvent être rendues que par la\nlittérature ? Je ne le crois pas. De fortes émotions musicales ont été\ntraduites par les anciens. Celles que nous ressentons avec nos nerfs\nfrémissants et nos âmes frénétiques peuvent aussi trouver leur expression\ndans l'art si aigu et raffiné de nos artistes contemporains.\n\nGeorge Lecomte."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-02-15-01-c004", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-02-15_01#c004", "volume": "bmtnabh_1913-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 3, "image_fin": 3, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.2.3.1", "titre_corps": "G. Reni – Eglise St. Grégoire de Rome.", "titre_sommaire": "G. 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On ne sait pas assez que la musique tient une place importante\ndans la production du génial philosophe anglais et on néglige volontiers\nla part pratique que cet art eut dans ses habitudes. Or, l'essai de Spencer\nsur /'origine et la fonction de la musique nous apparaît comme l'un des très\nrares ouvrages où il soit traité de musique et d'idées pures de manière à\naugmenter et le musicien et le curieux de généralisations ; et, par ailleurs,\ndans ses mémoires, dans cette Autobiographie qui contient l'histoire scru-\npuleuse de sa vie morale, physique, intellectuelle et sociale, Spencer est\namené si souvent à noter comme faits considérables ses propres contin-\ngences musicales que celles-ci prennent la valeur de phénomènes dont on\ndoit tenir compte dans l'évaluation de sa personnalité.\nC'est en 1857 que Spencer, qui avait alors trente-sept ans, publia cet\nessai intitulé : Origine et Fonction de la Musique. Cette page, à laquelle il\ndevait se référer mainte fois par la suite et qui prit place dans l'édition\ncomplète des Essais de Morale, de Science et d*Esthétique x, parut d'abord\nsous la forme d'un article du Macmillan set passa à peu près\ninaperçue. C'était pourtant un événement dans l'histoire des idées que\ncet essai où, pour la première fois, la musique était présentée comme\nréductible aux concepts de la science expérimentale et aux hypothèses\nde l'évolution.\n\n1 Essais de morale, de science et etesthétique, par Herbert Spencer, trad. d'A. Burdeau. Paris, Germer\nBaillière et Cie, édit., 1877."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.16", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2559, "texte": "Si Spencer s'était contenté d'indiquer l'assimilation possible de la\nmusique à un produit organique, cette seule indication vaudrait déjà\nd'être retenue à son actif en tant qu'apport philosophique ; mais il eut\nune vision très nette, très poussée,de l'objet de sa spéculation. Il mit\ndebout une théorie complète dont on ne sait s'il faut plus admirer la\nrigueur rationnelle ou l'originalité, attribut esthétique du philosophe\naussi bien que du poète et de l'artiste.\nSpencer part de cette observation que chez les bêtes de même que\nchez l'homme, les sensations et les émotions, agréables ou désagréables,\nmettent les muscles en jeu. \" Tous les sentiments, écrit-il, ont ce caractère\ncommun d'être des aiguillons (stimulï)du système musculaire. \" Il s'ensuit\ndonc qu'un rapport doit exister entre le \" tous les sons de la\nvoix étant produits par le jeu de certains muscles \", et la musique, \" toute\nmusique étant vocale à l'origine \".\nDès lors, Spencer analyse les éléments du langage des émotions, dont\nles lois se superposent, si l'on peut dire, à celles de l'articulation. Il montre\nréclat de la voix proportionné à la vivacité de l'excitation musculaire ; le\ntimbre lui suggère aussi des rapprochements rationnels ; son interprétation\nde la hauteur des sons du langage veut quelques citations littérales.\n\" Il faudra, dit-il, en vertu de notre principe général, que les notes\ndu médium soient celles de l'indifférence, et que celles de l'exaltation\nsoient plus hautes ou plus basses. \" Et cette proposition, il l'affermit à\nl'aide d'observations impressionnantes. C'est d'abord : \" Ceux qui souf-\nfrent continuellement font entendre leur plainte sur un ton très supérieur\nà la gamme naturelle \". C'est encore : \" Tandis que le ton du discours\ncalme est, en comparaison, monotone, le ton de l'émotion admet des\nintervalles de quinte, d'octave, et même de plus grands. \"\nEt, comme s'il voulait surenchérir encore sur ces précisions, il ajoute :\n\" Les notes moyennes étant celles qui ne demandent aucun effort sensible\npour ajuster les organes, et l'effort grandissant en proportion que l'on\nmonte ou descend, il suit que, de s'éloigner dans l'un ou l'autre sens des\nnotes moyennes, ce sera la marque d'une émotion croissante. De là vient\nqu'une personne dans l'enthousiasme, pour prononcer cette phrase : \" C'est\nle spectacle le plus splendide que j'aie jamais vu ! \" montera jusqu'à\nla première syllabe du mot \" splendide \" et puis descendra, parce que\nle mot \" splendide \" marque le point culminant dans l'émotion que fait\nnaître ce souvenir."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.17", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2383, "texte": "Lorsqu'il pense avoir produit ainsi les éléments d'une donnée incontes-\ntable et il a lieu de la tenir pour telle puisque l'énoncé de ses exemples\nprévoit les objections possibles et y répond d'avance Spencer formule\ninterrogativement la généralisation à laquelle il tend depuis le début de\nson essai :\n\" Eh ! bien, demande-t-il, n'avons-nous pas là tous les éléments d'une\nthéorie de la musique ?\n\" Ces particularités de la voix qui sont l'indice d'une exaltation des\nsentiments, sont celles qui distinguent sp\nChacune des inflexions de la voix qui nous ont paru être l'effet physiolo-\ngique de la peine ou du plaisir, est\nportée a son plus haut degré. \"\nEt il résume comme suit la première partie de sa doctrine :\n\" Ainsi, qu'il s'agisse de l'éclat,du du des ou de\nla vitesse relative des variations,le chant emploie et exagère les signes du\nlangage naturel de la passion; il consiste en une combinaison systématique\ndes particularités de la voix qui sont les effets physiologiques du plaisir\nou de la douleur extrême. \"\nSpencer observe ensuite que d'autres particularités musicales viennent\nà l'appui de sa théorie.\n\" Même le rythme, dit-il, qui établit une dernière distinction entre le\nchant et le parlé, a, du moins cela n'est pas improbable, une cause sem-\nblable. Les actions que nous fait faire un sentiment puissant tendent à\nprendre une allure rythmée ; pourquoi ? Cela n'est pas facile à dire ;\nmais elles y tendent, il y en a diverses preuves. \"\nPar exemple :\n\" ... La poésie, qui est une sorte de discours plus capable de rendre\nles émotions, montre ce même besoin de rythme dans tout son développe-\nment. Et si nous rappelons que la danse, la poésie et la musique sont nées\nensemble, sont à l'origine les parties constituantes d'un même tout, il est\nclair que le mouvement fait en mesure, qui se retrouve dans chacune des\ntrois, suppose une action rythmée du corps entier, l'appareil vocal com-\npris ; et qu'ainsi le rythme de la musique n'est qu'un résultat plus subtil\n\n1 Ainsi pour la phrase précitée : \" C'est le spectacle, etc. \", il admet qu'il y a péril à donner en\nexemple des cas de ce genre, car \" chaque lecteur se montera à un certain degré qui ne sera pas celui\ndes autres ; mais pour les mots isolés, la chose sera moins difficile. \" Suit une lumineuse analyse de\nl'accent des interjections et de ses relations psychologiques."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.18", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2533, "texte": "et plus complexe de la relation entre l'excitation mentale et celle des\nmuscles. \"\nAprès avoir demandé ses preuves à l'observation et à l'analyse, Spencer\nen appelle à l'histoire, encore qu'il reconnaisse qu'elle n'éclaire pas\nbeaucoup la question. \" Mais, ajoute-t-il, dans les limites où elle l'éclairé,\nelle confirme notre conclusion.\nIl rappelle notamment que les poèmes primitifs des Grecs se chantaient.\n\" Au yeux des gens qui connaissent la question, précise-t-il, ce chant n'était\npas ce que nous appelons proprement du chant, c'était quelque chose qui\ntenait de notre récitatif. \" Et plus loin : \" Que le récitatif soit sorti\nnaturellement des modulations et cadences de la voix dans les grandes\némotions, c'est ce dont nous avons encore une preuve immédiate... Ceux\nqui ont assisté, dans une assemblée de Quakers, à une allocution d'un de\nleurs prédicateurs (ils ont pour habitude de ne parler que lorsque\nl'émotion réligieuse les saisit), ont dû être frappés du ton extraordinaire\nde l'allocution : c est comme un chant c\n\" Il est clair également que les intonations en usage dans certaines\néglises sont des signes du même état mental ; et ce qui les a fait adopter,\nc'est un sentiment obscur de l'accord qu'il y a entre elles et le ton\nordinaire de la contrition, de la supplication, de la vénération.\nSuit ce parallèle entre l'évolution de la poésie et celle de la musique :\n\" Si, comme nous avons de bonnes raisons de le croire, le récitatif s'est\ndégagé peu à peu du langage de la passion, le même mouvement, se\ncontinuant, a dû, cela est clair, tirer du récitatif le chant. Des harangues\net des récits légendaires des sauvages, mis dans ce style à métaphores et\nà allégories qui leur est naturel, est sortie la poésie épique, de laquelle\nensuite naquit, par voie de développement, la poésie lyrique ; de même\naussi, l'usage de dire ces harangues et ces récits en marquant davantage\nles notes et la cadence, a fait naître le chant ou musique récitative, d'où\nest née depuis la musique lyrique.\n\" ...La différence entre la poésie lyrique et la poésie épique est la\nmême qu'entre la musique lyrique et le récitatif ; de part et d'autre, c'est\nune exaltation plus grande du langage naturel des émotions. La poésie\nlyrique a plus de métaphores, d'hyperboles, d'ellipses, et ajoute le rythme\ndes vers au rythme des pieds ; et de même la musique lyrique a plus\nd'éclat, plus de sonorité, des intervalles plus larges et ajoute le rythme des\nphrases au rythme des mesures. De plus, on sait que les passions, en se"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.19", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2484, "texte": "renforçant, ont tiré de la poésie épique la poésie lyrique comme leur\ninstrument naturel : ce qui porte à croire encore qu'elles ont de même\ntiré la musique lyrique du récitatif.\nEt voici le résumé qui couronne ce monument rationnel à la musique\ndont nous avons tenté de montrer ici quelques aspects significatifs :\n\" Il y a chez les animaux comme chez nous un rapport physiologique\nentre le sentiment et le jeu de muscles ; comme les sons vocaux sont le\nproduit d'un jeu de muscles, il y a, par suite, un rapport physiologique\nentre le sentiment et les sons vocaux : àce rapport physiologique toutes\nles modifications de la voix qui expriment le sentiment doivent directe-\nment leur signification; la musique, se servant de toutes ces modifications,\nles amplifie de plus en plus à mesure qu'elle s'élève à des formes de plus\nen plus hautes, et devient vraiment musique par le seul fait de ce dévelop-\npement ; depuis les anciens poètes épiques, qui chantaient leurs vers,\njusqu'aux compositeurs modernes, des hommes chez qui les sentiments,\nétant très vifs, allaient toujours à l'extrême dans leur façon de s'exprimer, ont\nété les agents naturels de ce développement ; et ainsi, petit à petit, la dif-\nférence a grandi entre le langage idéalisé de la passion et son langage naturel.\n\" Et à cette preuve directe, nous avons ajouté cette autre indirecte,\nqu'il n'est pas une autre hypothèse sérieuse en état d'expliquer la puissance\nd'expression ou l'origine de la musique.\nCes quelques extraits permettent, pensons-nous, d'évaluer la grandeur\net la puissance extraordinaires de l'intelligence qui sut, en dehors de\ntoute métaphysique, se donner et donner à autrui une telle représentation\ndes origines d'un art aussi subtil que la musique, d'un art dont les\nmanifestations voisinent si souvent avec l'inconnaissable.\nOn observera, par ailleurs, que, malgré la sévérité de sa méthode, pas\nune seule fois Spencer n'oublie qu'il travaille sur de rémotion. Les passages\nque nous reproduisons ci-dessus sont typiques à cet égard ; ceux qui\nexcèdent le cadre de cette étude ne le sont pas moins. Trop de théoriciens\nde l'art furent étrangers à l'art par le sentiment pour que nous n'admirions\npas celui-là, qui agença l'édifice de ses idées touchant la musique sans\nméconnaître la musique un seul instant.\nNe peut-on pas poser en fait, après la lecture de l'essai de Spencer, que\nle musicien le plus sensible y trouve la justification rationnelle de sa\nmission ?"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.20", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": "On conçoit qu'un tel homme ait pu s'intéresser à la musique sur un\nautre plan que celui des spéculations intellectuelles. Et, de fait, au rebours\nde tant de professionnels des idées générales qui sont indifférents à l'objet\nde leurs travaux en dehors de ces travaux, Spencer aima et pratiqua la\nmusique. Il lui consacra même beaucoup de temps.\nDans son Autobiographie, 1 l'obsession musicale se fait jour fréquemment.\nSpencer note avec un soin très attentif les événements musicaux de sa\nvie. La sincérité de ces mémoires est pour nous évidente ; mais le lecteur\nse défierait-il des suggestions de leur ton qu'il aurait une preuve de leur\nvéracité en constatant que, par la publication de son\nSpencer avait manifestement l'intention d'éclairer et de coordonner l'en-\nsemble de son œuvre philosophique.\nSi la solidarité de tous les écrits d'un homme doit être invoquée\nquelque part c'est bien ici.\nQuelles furent les premières réactions de la musique sur celui qui\ndevait écrire les pages définitives que nous venons de parcourir, touchant\nl'origine et la fonction de cet art ?\nC'est en 1841 que Spencer qui avait alors vingt-un ans semble\navoir pris goût aux distractions musicales. Tout en s'adonnant avec\nardeur au canotage, à Worcester, il éprouve un vif plaisir à chanter avec\nun de ses amis, son partenaire en rowdes ballades sentimentales ; ces\n\" morceaux \" sont très à la mode et le futur grand philosophe et\nsociologue en a apporté de Powick toute une collection. A dire le vrai,\nSpencer, à cette époque, n'a que de vagues notions musicales ; une cir-\nconstance tout extérieure le détermine à essayer d'en acquérir de moins\nrudimentaires. L'étude du chant choral commençait à se répandre en\nAngleterre; dans la plupart des localités de quelque importance l'enseigne-\nment de la musique vocale s'organisait avec succès ; des sociétés se\nfondaient. Il en fut ainsi dans le pays où se trouvait alors Spencer, qui\nsuivit assidûment les leçons et fut, s'il l'on peut dire, un orphéoniste\nmilitant de la première heure !\n\" Outre les leçons régulières, rapporte-t-il, 011 commença bientôt à\ns'exercer chez mon ami Lott. Lott, sa sœur et moi, nous passions au\nmoins une soirée par semaine à répéter des chœurs. Après que la série\ndes leçons fut terminée, il se forma une petite société chorale d'une\n\n1 Une Autobiographie, par Herbert Spencer, trad. de Henry de Varigny. Paris, Félix Alcan,\nédit., 1907."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.21", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2452, "texte": "douzaine de membres, dont je fis partie. Non seulement pendant cette\npériode, mais encore longtemps après, le chant choral fut un de mes\nplus grands plaisirs. Comment se fait-il que parmi ceux qui font profession\nd'aimer la musique, ce plaisir, aussi grand qu'il est peu coûteux, soit si\npeu apprécié ? Il y a peu de plaisirs plus élevés, et il n'y en a aucun qu'il\nsoit aussi facile de se procurer lorsque le désir est partagé par le nombre\nrequis de personnes.\nEt comme, chez Spencer, le généralisateur ne perd jamais ses droits, il\najoute :\n\" Peut-être un des obstacles tient-il à ce que dans le chant choral les\njeunes filles ne peuvent point exhiber leurs talents musicaux ? Seuls les\nsoli le leur permettent. Et comme notre organisation sociale est faite,\ndans une large mesure, en vue de faciliter des mariages, il en résulte que\nle chant d'ensemble n'est pas bien vu par les mères et par les filles, quoi-\nqu'elles prétendent aimer la musique.\nQuatre ans après, Spencer est à Londres et, pour la première fois, il\nassiste à une représentation d'opéra. Il a noté soigneusement ses impres-\nsions de cette soirée dans une lettre à son ami Lott, en date du 7 mai 1 845.\nComme on verra, son premier contact avec la musique dramatique ne fut\npas précisément générateur d'enthousiasme.\n\" Hutton et moi, écrit-il, nous sommes allés ensemble à l'Opéra. J'ai\nété terriblement déçu. Je n'ai senti ni émotion, ni rien qui ressemble à\nde l'enthousiasme, pendant tout le temps. L'illogisme du dialogue réci-\ntatif, le chant de paroles de signification entièrement différente sur la\nmême harmonie, etc., etc., m'agaçaient au point de me gâter complète-\nment le plaisir causé par la musique ou le drame. L'effet de la musique,\nnon plus, n'a pas été aussi grand que je l'imaginais. Celle-ci n'a pas\n\" réalisé son ambition \" : vous comprenez sans doute. Les effets de ses\ndiverses parties n'étaient pas assez puissants pour les rendre parties adéquates\nd'une composition aussi grande.\n\" Il manquait à l'ensemble une \" massivité \" plus en proportion avec\nles dimensions. Tel quel, il m'a donné une impression de rachitisme.\n\" Toutefois, je tenterai une autre épreuve. L'opéra que j'ai entendu\nétait la Somnambule et quelques-uns des premiers chanteurs étaient\nabsents, de sorte que je n'ai pas entendu tout ce que cela peut donner.\nDemain j'irai avec Hutton entendre \".\nSpencer alla entendre Don Juan ; mais ce ne fut point pour lui la"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.22", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2476, "texte": "révélation espérée, et il s'en explique très franchement dans ces lignes où\nl'ingénuité de l'impression contraste avec les exigences de la logique :\n\" Quoique capable d'écouter, sans être trop choqué de ce qu'il y a\nd'artificiel et de peu congru, la traduction mélodique des sentiments du\nhéros et de l'héroïne, puisque le chant est naturel à la grande émotion,\npourtant je ne pouvais m'empêcher de protester intérieurement en\nentendant chanter les autres personnages du drame, qui n'avaient point\nles mêmes raisons d'être émus.\n\" Que l'on rende poétiques des serviteurs et des servantes et qu'on les\nfasse parler en récitatif, parce que leurs maîtres et maîtresses sont épris les\nuns des autres, est une absurdité par trop évidente. Et la conscience de\ncette absurdité détruisit une partie du plaisir que j'eusse pu prendre à\ncette œuvre. Il en est de la musique comme de la peinture ; du moment\noù l'œuvre s'écarte trop de la réalité, j'oublie la signification ou l'intention\ndu tout, au point de ne presque plus ressentir aucun plaisir.\nOn remarquera que le jeune Spencer regrettait de ne pas devoir en\ncette occurrence à la musique la sensation qu'il en attendait.\nL'oratorio lui fut plus propice que l'opéra ; dans la même lettre, il fait\nmention de la Création,de Haydn et du grand plaisir qu'il a retiré de\nl'audition de cette œuvre :\n\" En l'absence d'une tentative de traduction dramatique, dit-il, mon\nattention pouvait se donner beaucoup plus entièrement à la musique et\nles choses qui pouvaient me choquer étaient beaucoup moins senties. \"\nSpencer, étant devenu journaliste, eut, peu après, toutes facilités pour\naller souvent au théâtre et il entendit un grand nombre d'ouvrages. Aux\nenvirons de 1847, il s'est créé une manière d'esthétique personnelle en\nmatière d'opéra. Il écrit :\n\" ...Je pouvais aller aux Italiens, à Covent Garden, chaque fois que\nles billets n'étaient pas pris pas Mme Wilson qui, en qualité de femme du\npropriétaire et directeur, avait naturellement les premiers droits. La\nplupart des spectacles ne m'attiraient guère. Je ne faisais que peu de cas\ndes opéras où la passion personnelle occupait la principale place, quelque\nagreable que put etre la musique. Même Don Juan ne me plaisait pas\nentièrement. Une série de jolis airs et duos, même accompagnés d'une\nbelle orchestration, ne répondait pas Il me\nsemble que, dans tous les cas, il faut\nsentiments produits pendant les révolutions et les enthousiasmes religieux prennent"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.23", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2587, "texte": "dyeux-mêmes la forme chantée, chez les individus et chez les foules. C'est pour\ncela qu'un opéra qui a pour sujet dominant les incidents d'une conclusion\nsociale, possède quelque chose qui ressemble à un caractère dramatique ;\net grâce à l'intérêt produit par une interprétation musicale suffisante des\npassions populaires, on peut oublier les petits détails fâcheux. \"\nSpencer est, on le voit, constamment heurté par l'illogique, le disparate\net le discontinu de l'opéra, par le manque de \" massivité \" du genre et\nil aspire à une forme plus rationnelle et plus consistante du drame musical.\nOn reconnaîtra que pour un demi-profane, tel qu'était Spencer en\n1847 et anglais par surcroît cette ébauche d'une théorie du théâtre\nlyrique ne manquait ni d'envergure ni de personnalité.\nCe qui surprendra certains lecteurs, par exemple, c'est le nom du\ncompositeur qui, pour le philosophe, synthétise dès lors et synthétisera\ntoujours les qualités qu'il demande au musicien dramatique : Meyerbeer.\nIl demeurera fidèle à son admiration. Il est le contemporain de la gloire\npersonnelle de Meyerbeer, mais il assistera plus tard à l'assaut des critiques\ndoctrinaires et autres dirigé contre l'auteur des : il ne\nvariera pas. Il se fera même le constant apologiste de Meyerbeer, de\nqui, dès cette époque (1847) il disait dans une lettre à Lott :\n\" Meyerbeer est plus dramatique que tous les autres compositeurs\nd'opéras. Il subordonne tout aux caractères, à l'émotion, aux sentiments,\net il ne parsème pas sa musique de jolis petits airs ou duos qui n'ont\naucun rapport avec l'action. La \" massivité \" est une de ses principales\ncaractéristiques. Un opéra de lui ne donne pas l'idée de quelque chose\nde bon, longuement étiré et aminci comme le sont la plupart des opéras.\nEt puis, et surtout, il est extrêmement original. Je puis dire, en somme,\nque je n'ai jamais été absolument satisfait d'un opéra jusqu'au moment\n•où j'ai entendu les Huguenots.\"\nEst-ce à dire que Spencer se soit rabattu sur Meyerbeer parce qu'il\nignorait Wagner, alors à ses premiers débuts effectifs et dont il semble\nque l'esthétique dût logiquement correspondre à ses aspirations à une plus\nparfaite cohérence des éléments d'une œuvre, à ce qu'il nomme expres-\nsivement leur \" massivité \" ? Nullement. Lorsque Spencer eut des échos\nde l'effort de Wagner, il en comprit la portée.\nAvant d'avoir assisté à aucun spectacle wagnérien, il est renseigné.\n\" Des amis, écrit-il, prétendent qu'il faut juger les compositeurs d'après\nleur musique, simplement considérée comme musique ; mais j'ai toujours"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.24", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2476, "texte": "soutenu qu'il faut se préoccuper avant tout de la vérité dramatique, et\nque l'inspiration mélodique doit être subordonnée à celle-ci. Ceci est, je\ncrois, la doctrine de Wagner. Mais, autant que je l'ai entendu dire, sa\npratique n'est pas conforme à sa théorie. Il sacrifie le mélodique sans\nparachever le dramatique. \"\nIl ne paraît pas que, par la suite, l'auteur de ait jamais fait\ncomplètement la conquête de l'auteur des Spencer se\ndefie de la part du snobisme dans la gloire wagnérienne.\nEn 1876, des représentations d'oeuvres de Wagner sont données à\nAlbert Hall. Spencer y assiste. Il en discute avec George Eliot, la célèbre\nromancière, qui est de ses amis, qui est musicienne et que séduit l'art du\nnovateur ; or, tous deux finissent par tomber d'accord \" qu'il manque à\ncette musique le caractère dramatique auquel elle vise tout particulière-\nment, et qu'elle ne donne pas la forme musicale aux sentiments exprimés\npar les mots. \"\nRapprochons cette opinion de celle exprimée par Spencer au lendemain\nde sa première audition d'un opéra : nous trouvons, à deux étapes fort\ndistantes de sa vie, exprimée avec une égale franchise, la même déception\ndu philosophe en présence d'une forme nouvelle pour lui d'un art qu'il\naffectionne. Certes, il ne se donne point pour expert en la technique de\ncet art, mais, par son essai, il a fourni victorieusement la preuve qu'il est\ncapable den penetrer l'essence, d'en analyser le substrat. Et l'impression\nd'un être doué d'une intelligence aussi vaste vaut bien, même dans l'erreur,\n1 approbation accidentellement exacte d'un assemblage de messieurs et de\ndames quelconques. D'autant que, malgré sa résistance \" sensationnelle \",\nSpencer rend justice au principal du mérité de Wagner, lorsqu'il écrit\n(passons sur l'outrance paradoxale des mots pour ne considérer que l'idée\nen soi) :\nDans cette occasion comme d autres fois, en écoutant de la musique\nde Wagner, j en vins a conclure qu il était un grand artiste, mais non\npas un grand musicien ( !) en ceci qu'il savait mieux que d'autres compositeurs\ngrouper ses effets. Pour faire une belle œuvre d'art il faut que les éléments\nen soient combinés de manière à fournir des contrastes suffisants de tous\nles ordies : grands pour les grandes divisions et plus petits pour les\nsubdivisions et les sous-subdivisions ; et qu'il y ait des contrastes non\nseulement d un genre, mais de beaucoup de genres. Wagner, je crois, noyait\ncela plus clairement que ses devanciers. \""}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.25", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2451, "texte": "Néanmoins Meyerbeer continue de l'enthousiasmer. Il est navré des\nattaques dont est l'objet l'œuvre de son musicien de prédilection ; et ce\nsentiment est si vif que, dans son dernier livre,\npublié par lui alors qu'il a quatre-vingt-deux ans, il tient à consacrer un\nchapitre sur les cinq concernant la musique contenus dans le volume\nà Meyerbeer. Il y tente une justification originale et ingénieuse du\ncompositeur en rattachant son cas à une admirable théorie du \" rythme\nde l'opinion \", développée dans le même ouvrage.\n\" Une illustration de ce rythme de l'opinion, écrit-il, est fournie par\nla réputation de Meyerbeer, jadis si grande, aujourd'hui si petite... Il\nsemble qu'il n'y a pas moyen d'échapper à cette violente action et réaction\net que, quand les hommes ont été élevés trop haut, ils doivent expier en\ntombant trop bas. Mais les esprits judicieux peuvent, de la façon déjà\nindiquée, rabattre des opinions régnantes et former des jugements raison-\nnables. Quand un homme, si hautement loué à un moment, vient à être\nnégligé et traité avec mépris, nous pouvons être sûrs que l'excès de\nmésestime se trompe comme avait fait l'excès d'estime, et, par la phase\npassagère d'excès de mésestime, nous pouvons approximativement juger\noù est sa véritable place. Ainsi jugé, Meyerbeer occuperait incontestable-\nment une situation beaucoup plus haute qu'aujourd'hui. \"\nIci se place une parenthèse amusante :\nSpencer ayant constaté qu'on reprochait à Meyerbeer d'avoir abusé\ndes traits et des arpèges, s'avisa de faire compter par \" une dame\npianiste qui habitait sa maison \" les traits et les arpèges contenus dans\nles cinquante premières pages de trois partitions de Meyerbeer et de\nconfronter le résultat obtenu avec celui donné par une opération sem-\nblable effectuée sur trois partitions de Mozart ! Or, il se trouva que les\ngammes et les arpèges étaient plus nombreux chez Mozart que chez\nMeyerbeer !...\nCette preuve par la statistique est évidemment moins concluante que\nles arguments de haute pensée et de subtile observation produits par\nSpencer à l'appui de sa thèse sur l'origine et la fonction de la musique ;\nmais, si naïf que soit le procédé, et même parce que très naïf, il montre\nque l'obsession musicale était bien l'un des attributs caractéristiques de la\npersonnalité du philosophe.\n\n1 Faits et Commentaires, par Herbert Spencer, trad. d'Auguste Dietrich. Paris, Librairie Hachette\net Cie, édit., 1903."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.26", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2396, "texte": "De cette obsession nous avons d'autres indices encore, et non moins\ncurieux que les précédents.\nAinsi, Spencer avait horreur de la virtuosité pour la virtuosité. Dans\nce même livre, Faits et Commentaires^il emploie un autre des cinq\nchapitres musicaux qu'il y a insérés à requérir contre l'acrobatie des\nconcertistes qui ne songent qu'à étonner, indépendamment de toute\nexpression émotive. Ce chapitre est intitulé : La Corruption de la Musique \\\nDans son Autobiographie, Spencer avait déjà écrit énergiquement sur ce\nthème de la virtuosité haïssable et déploré certaines exécutions de Sivori.\nIci il s'en prend à Rubinstein. Ailleurs il en a au public, lequel acclame\npar esprit d'imitation lorsqu'il voit les musiciens de l'orchestre applaudir\nleur confrère virtuose. \" Quand on pense, ajoute-t-il, que la grande\nmajorité des gens ont si peu d'individualité en excès, il semble étrange\nqu'ils prennent tant de peine pour cacher le peu qu'ils en ont.\nAutre particularité des sympathies et des antipathies musicales de\nSpencer: il ne goûte que médiocrement le violon et s'étonne du fétichisme\ndont cet instrument est l'objet. Sa critique, qu'il pousse assez loin dans le\ndomaine de l'acoustique scientifique, est très discutable en soi, mais elle\nl'induit à une généralisation qui, elle, a son prix :\n\" Nous tous, compositeurs et musiciens inclus, on nous a habitués à\naccepter passivement les idées, les sentiments, les usages politiques,\nréligieux et sociaux, et, je puis ajouter ici : artistiques. Nous acceptons\nles qualités de la musique d'orchestre comme nécessaires en un certain\nsens, sans nous demander jamais si elles sont ou ne sont pas tout ce qu'on\npeut désirer.\nUne lecture attentive des écrits \"musicaux \" de Spencer accuse mainte\nautre révélation typique, mais quelques exemples de plus n'ajouteraient\npas à la portée des précédents et, du reste, passeraient les dimensions de\ncette étude. Pourtant il est un document qui doit trouver place ici, étant\ndonné le destinataire ; c'est la lettre que Spencer écrivit à Darwin en\n\n1 Voici les titres des quatre autres : VOrigine de la Musique (où il reprend la thèse de son essai,\naugmentée d'une réfutation des critiques auxquelles il a donné lieu, notamment de la part de\nM. Edmund Grey, du Dr Wallaschek, de M. Ernest Newman et de M. Combarieu) ; Le Développement\nde la Musique ; Meyerbeer ; Quelques hérésies musicales."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.27", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2403, "texte": "réponse à l'envoi que celui-ci lui avait fait de son livre UExpression des\nEmotions. Cette lettre, la voici :\nï 6 novembre 1872\nMon cher Darwin,\n\" J'ai tardé plus longtemps que je n'aurais voulu à vous accuser récep-\ntion du nouveau volume que vous avez eu la bonté de m'envoyer. Ce\nretard vient en partie de ce que j'espérais pouvoir en lire davantage avant\nde vous écrire ; mais ma capacité de lecture est si restreinte, et ce que\nj'en possède se trouvant employé maintenant à rassembler des matériaux\npour le travail que j'ai en cours, je n'ai pas pu avancer beaucoup la\nlecture de votre livre. J'en ai lu assez cependant pour voir quelle immense\nquantité de faits vous apportez à l'appui de vos propositions.\n\" Je ne me permettrai de commentaires que sur un point où je vois\nque nous différons, c'est-à-dire l'explication de l'expression musicale, à\npropos de laquelle vous citez M. Litchfield. Je crois que si vous voulez\nretracer la genèse de la mélodie, en commençant par les cadences d'une\nparole légèrement émue et passant par le récitatif, vous verrez que la\nmélodie se comprend très bien en vertu des principes que j'ai mis en\nlumière. Une bonne preuve de ceci est le fait que la mélodie proprement\ndite s'est développée dans un temps relativement récent. Le fait que le\nrécitatif est l'expression naturelle de l'émotion est abondamment prouvé.\nJe me rappelle avoir lu que les Australiens emploient une sorte de récitatif\nquand ils se promènent en causant de choses qui les intéressent ; et j'ai\nentendu des enfants se parler à eux mêmes en récitatif quand ils jouaient\nà un jeu intéressant, ou s'occupaient par exemple à cueillir des fleurs.\nRapprochez ceci du fait que bien des races inférieures ne se sont jamais\nélevées au-dessus du récitatif (les Chinois et les Hindous par exemple),\net que même chez les Grecs, on peut croire que la mélodie ne différait\npas autant que maintenant du récitatif ; ajoutez-y le fait que même à\nprésent on peut entendre dans les Hdes chants gallois dont le\ncaractère se rapproche beaucoup du récitatif, et vous verrez, je pense,\nque la mélodie, est comme je le prétends, une forme idéalisée des cadences\nnaturelles de l'émotion. Je pourrais vous citer des phrases musicales qui,\nje le crois, vous le prouveraient clairement. Priez votre fille de vous jouer\n\" Robert, toi que j'aime \", et je crois que vous comprendrez. Je ne veux"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.28", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1898, "texte": "pas dire que cela soit tout ; car il y a dans la mélodie d'autres éléments.\nMais cela en est, je crois, l'élément essentiel.\n\" Bien à vous,\n\" Herbert Spencer \".\nOn le voit, c'est la musique qui fait le fond de cette lettre écrite à\npropos d'un livre aussi général que possible. Ce trait suffirait, à défaut\nd'autres, à démonter l'obsession musicale chez Spencer.\nSi nous avons insisté de la sorte sur cette obsession, c'est parce qu'elle\nest significative nonobstant le cas que l'on peut faire des spéculations\nmusicales de l'illustre philosophe.\nSans doute, des musiciens ont souri de telles de ses réflexions si mani-\nfestement étrangères aux modes de concevoir d'un professionnel ou\nseulement d'un amateur éclairé. Sans doute, quelques lecteurs ont été\neffarés par la distance qui sépare l'essai sur l'Origine et la Fonction de la\nMusique d'un sophisme tel que celui impliqué par le décompte des arpèges\nchez Mozart et chez Meyerbeer... Sans doute, encore, il manquait à\nSpencer une culture musicale.\nMais tout cela ne préjudicie point la portée de ce fait que\ndes types les plus admirables de F intelligence\nplace a la musique dans les occupations\nAutre aspect du même fait : l'œuvre\nrares exemples du rattachement de la musique a une doctrine rationnelle sur\nl'universel.\nInnombrables, dans les littératures, sont les assimilations arbitrairement\ntentées ou les rapprochements fortuitement établis entre la musique et la\nmorale, entre la musique et les lettres, entre la musique et la psychologie,\nentre la musique et la peinture, etc. Plus rares infiniment sont les essais\ndu même ordre visant à rattacher la musique aux idées générales, et qui-\nconque, en l'état actuel de la pensée, voudra faire, à propos de cet art,\nacte de synthèse philosophique, devra, croyons-nous, tenir compte de\nl'apport réalisé par Spencer dans sa recherche rationnelle de l'origine.\n\nGabriel Bernard."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-02-15-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-02-15_01#c016", "volume": "bmtnabh_1913-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 29, "image_fin": 30, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.2.5", "titre_corps": "RAMEAU ET LES CLARINETTES", "titre_sommaire": "RAMEAU ET LES CLARINETTES", "signature_source": "Lionel de la Laurencie", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1773, "texte": "RAMEAU ET LES CLARINETTES\n\nLa question des clarinettes et de leur apparition dans l'orchestre du\nXVIIIe siècle a déjà fait couler beaucoup d'encre. 1 Des recherches\neffectuées récemment dans les Archives de l'Opéra nous ont permis de\ndécouvrir un document de comptabilité qui prouve que les clarinettistes\nétaient employés à l'Académie Royale de Musique antérieurement à\n1751, c'est-à-dire avant l'époque où Rameau fit appel à leur concours\npour Acanthe et Céphise. —Il résulte, en effet, du document en question\nque Rameau introduisit des clarinettes dans représenté, pour la\npremière fois, le 5 décembre 1749.\nCe document porte le titre suivant :\nINSTRUMENTS EXTRAORDINAIRES EMPLOYÉS A L'OPÉRA\nEtat de qui eeront faite\nemployez, a l'Opéra, par extraordinaire, depuis le 29 aoust 1749.2\nSigné de François Rebel, directeur de l'Opéra, il concerne les frais\nnécessités par l'emploi de musiciens supplémentaires dans les 3 répétitions\net les 2 5 représentations de Zoroastre, à raison de 6 Livres par séance et\npar musicien, et se monte à un total de 948 Livres. Chacun des 6 mu-\nsiciens dont il porte les noms a émargé à la date du 5 mai 17 50.\nLes trois premiers, Stoffels, Valentini et Simon, jouent, Stoffels, de\nla trompette,3 les deux autres, du cor ; ils reçoivent chacun 168 Livres.\n\n1 Voir sur cette question : H. Riemann, dans la Préface du tome 111. I. des Denkmaler Bavarois (1902).\nM. Brenet : Rameau, Gossec et les clarinettes. (Guide Musical, 1903). —L. de la Laurencie : Rameau, son gendre\net ses descendants. (S. I. M. 15 fév. 1911). —G. Cucuel :La question des clarinettes dans Vinstrumentation du\nXVIII• siècle. (Zeitschrift de Pl. M. G., juillet 1911).\n2 Arch. Opéra. A. 19. Emargements, 1749-1751.\n3 Stoffels était trompette au Concert Spirituel en 1751."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.30", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1848, "texte": "Les deux suivants se nomment Jean Schieffer 1 et François Raiffer,\net touchent, tous deux, 168 Livres \"pour avoir joué de la clarinette\ndans trois Répétitions et 25 Représentations de l'Opéra de à\nraison de 6 Livres, chaque fois\nDe ces deux artistes, nous connaissons le second, Raiffer, lequel\ntenait un emploi de clarinette au Concert Spirituel en 1775.2 Quant à\nSchieffer ou Schiefer, il se confond peut-être avec le musicien du même\nnom dont un Concerto à 2 cors de chasse fut exécuté au Concert Spirituel,\nle 9 avril 1751. Il ne semble pas que ces deux clarinettistes aient\nappartenu, comme Gaspard Procksch et Flieger, que Rameau utilisait\nen 1751.\nQuoiqu'il en soit, le document qui précède, en démontrant la\nprésence des clarinettes à l'orchestre de l'Opéra pour les répétitions et les\nreprésentations de Zoroastre,3 permet d'avancer de deux ans la première\nmention officielle de ces instruments à Paris.\nNous observerons toutefois que ni la partition de Zoroastre gravée en\n1749, ni la partition d'orchestre de cet opéra, datant de 1756, que\nconserve la Bibliothèque Nationale4 ne contiennent d'indications té-\nmoignant de la participation des clarinettes à l'exécution de\nL'orchestre comprend seulement, outre les instruments à archet, 2 flûtes,\n2 cors et 2 hautbois. Il s'en suit que les deux clarinettistes \" employés\npar extraordinaire\" devaient, soit doubler les hautboïstes, soit les remplacer,\nconformément à l'usage de l'époque, qui a été nettement mis en lumière\npar MM. Riemann et G. Cucuel.\nNous retiendrons surtout de la pièce comptable que nous signalons\nici le rôle remarquable joué par Rameau dans l'introduction des clarinet-\ntes en France.\n\nLionel de la Laurencie.\n\n1 II signe Schiefer.\n2 M. Brenet : Les Concerts en France sous /'ancien régime, p. 313.\n°J Mercure, décembre 1749, P- 172-\n4 Bib. Nat. Vm2 376."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-02-15-01-c019", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-02-15_01#c019", "volume": "bmtnabh_1913-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 31, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.2.6", "titre_corps": "L'OREILLE ET LA MUSIQUE", "titre_sommaire": "L'OREILLE ET LA MUSIQUE", "signature_source": "Pierre Bonnier", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1748, "texte": "L'OREILLE\nET LA\nMUSIQUE\n\nQue ce soit le Soleil qui tourne autour de la Terre, ou que ce soit\nla Terre qui tourne autour du Soleil, l'harmonie sidérale, les rapports des\njours, des mois et des ans restent les mêmes. La métrique astronomique\navait établi le calendrier bien avant Galilée.\nIl en est de même, en tout petit, pour l'harmonie musicale ; et la\nmétrique de la gamme est indépendante des diverses théories de l'audition.\nLes Grecs avaient commencé à l'établir sans aucune idée physiologique.\nL'arithmétique sonore ne fait que chiffrer les divers systèmes de conson-\nnances comme la géométrie groupe et classe les divers systèmes de cristaux.\nTous les phénomènes naturels, étendus dans le temps et dans l'espace,\nont leur morphologie, leur harmonie et leur mélodie propres, que l'homme\nn'a pu que constater à mesure que le lui permettait l'investigation esthétique\net scientifique. Notre psychologie est à l'école de la grammaire naturelle.\nIl est néanmoins préférable, pour l'astronome comme pour l'esthéti-\ncien, de ne pas s'attarder à la fréquentation de conceptions enfantines ou\nfantaisistes, qui marquent les premiers stades de notions destinées à se\nmodifier ou à se développer par une connaissance plus approfondie des\nchoses de la nature, et aussi par la critique même de nos moyens humains\nde connaissance.\nFaute de cet instinct si rare qui est le faute aussi de\nce fil d'Ariane qui est la physiologie comparée, deux chercheurs célèbres\nse sont perdus dans le labyrinthe de l'oreille. L'illustre physicien Helmholtz\na conçu une théorie de l'audition dont l'absurdité a égaré depuis un\ndemi-siècle les recherches de la physiologie et de la clinique auriculaires.\nPlus récemment, de Cyon s'est lancé, à propos de l'oreille également,"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.32", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2573, "texte": "dans une conception métaphysiologique et métapsychologique qui confine\nau délire.\nSi l'on met en série, du plus simple au plus complexe, l'immense\nvariété des appareils organiques qui ont, dans l'enchaînement des êtres\nvivants, la signification morphologique et physiologique d'oreille, on\nconstate sans peine que tous ces appareils sont simplement des enregistreurs\nde pression,et que l'audition elle-même n'est que l'enregistrement, sous\nforme tonale, de cette variation circulante de pression qui constitue\nl'ébranlement. Ces appareils renseignent l'animal sur les variations de la\npression du milieu extérieur, comme de véritables baromètres, ou encore\nsur celles du milieu intérieur, comme de petits manomètres. A mesure\nque les espèces compliquent et différencient leur morphologie en l'adaptant\nà des conditions d'existence de plus en plus complexes, il se montre dans\nces appareils une remarquable distribution du travail enregistreur. Varia-\ntions régulières ou irrégulières de la pression du milieu extérieur fluide,\nliquide ou aérien, variations périodiques ou ébranlements, ondulations,\nvariations de la pression exercée par le milieu sur l'animal ou par l'animal\nsur son milieu, selon les déplacements actifs ou passifs de l'animal,\nl'oreille enregistre tout en des récepteurs de plus en plus distincts, et\nfournit aux centres nerveux des notions qui serviront à les renseigner sur\nce qui se passe dans le milieu extérieur et dans le milieu intérieur, en\ntant que variations de pression.\nDans l'immense majorité des êtres vivants, la variation périodique\nde pression du milieu extérieur est perçue simplement comme vibration,\ncomme ébranlement, comme trépidation ; mais ce n'est qu'assez haut\ndans la série des organismes, au niveau des Amphibiens, qu'apparaît un\nprocédé d'enregistrement qui va permettre de noter l'ébranlement non plus\nsous forme de variations plus ou moins rapides de pression, mais sous\nforme de sensations sonores, plus ou moins aiguës. La sensation de trépi-\ndation est dès lors doublée de la sensation sensation continue\ncomme les sensations lumineuses, caloriques, qui sont également provo-\nquées par des vibrations, et susceptibles de se sérier du grave à l'aigu.\nL'audition, telle que la possèdent les Vertébrés supérieurs, dont l'appareil\nauriculaire est muni de ce qu'on a appelé le n'existe donc pas\ndans la plupart des espèces vivantes. La perception de trépidation, de\nvibration est générale à tous les êtres vivants ; elle se développe mer-\nveilleusement chez le sourd, surtout chez le sourd de naissance. Elle est"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.33", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2656, "texte": "une perception directement tactile, mais aucun appareil tactile ne peut\nenregistrer, comme l'oreille ou les appareils de même signification organi-\nque, les ébranlements périodiques des milieux fluides, et d'origine lointaine.\nSi l'on avait eu la prudence et le bon sens de rester, pour l'oreille,\ndans les données générales de la physiologie sensorielle, et de ne pas créer\npour elle une physiologie purement fantaisiste, on eût cherché, comme\nje l'ai fait, le procédé d'enregistrement le mieux approprié aux variations\nrégulières et rapides de pression des milieux fluides, et l'on eût reconnu\nsans peine dans l'oreille un appareil supérieur aux meilleurs phonographes,\naux meilleurs baromètres enregistreurs : des tympans d'une passivité\nextrême, des plaques, des leviers multiplicateurs, des milieux de transfor-\nmation de l'ébranlement moléculaire destinés à solliciter de plus en plus\nl'inertie des parties profondes, un procédé d'inscription d'une délicatesse\ninouie, et la surface sensible la plus extraordinaire que l'on puisse conce-\nvoir, offrant à la courbe ondulatoire dirigée sur toute son étendue les\nconditions d'une inscription de détail, qui laissent loin en arrière tous nos\nappareils enregistreurs de laboratoire. Longtemps avant que l'inscription\nsur un cylindre tournant ait permis de tenir dans un tout petit espace une\nligne d'empreinte vibratoire dont le développement en ligne droite cou-\nvrirait plusieurs mètres en quelques secondes, l'inscription en avait\nété réalisée par l'oreille interne, et la forme en colimaçon de la papille\nsur laquelle va s'inscrire l'ébranlement capté par l'oreille n'a pas d'autre\nraison d'être. L'enroulement de cette papille d'enregistrement, dont la\nlongueur varie selon les espèces animales, a naturellement adopté la forme\nde colimaçon ; la coque rigide qui contient la papille a des dimensions de\nplus en plus réduites, tandis qu'a l'intérieur, au contraire, les dimensions\ndes éléments papillaires, et celles des parties qui les suspendent et assurent\nleur susceptibilité à l'impression, augmentent à mesure que l'ébranlement,\nen s'inscrivant perd, de sa force de sollicitation. J'ai étudié ailleurs dans\ntous ses détails cette merveilleuse physiologie. 1\nMais ce dispositif en limaçon, cette adaption progressive des appareils\nenregistreurs le long de la papille sensible, cette variation progressive des\ncalibres offrant à la sollicitation vibratoire une inertie de plus en plus\nlibre à mesure que cette sollicitation s'épuisait, ce dispositif a complète-\nment égaré les physiologistes, qui ont imaginé que ces différences de\n\n1 VOreille. Masson. VAudition. Doin."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.34", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2712, "texte": "dimensions répondaient on le croirait à peine si l'hypothèse n'était\nclassique depuis deux siècles, à des différentes.\nLongtemps avant Helmholtz, à l'époque où l'on croyait encore\nl'oreille interne pleine d'air, on avait supposé que les calibres différents\ndes cavités osseuses répondaient à des lieux de résonance distincts. Plus\ntard, quand on connut un peu les parties molles de l'oreille et que l'on\neut quelques idées sur la structure de la papille, la même conception sévit\nà nouveau. Pour Helmholtz, les petits piliers de Corti devinrent des corps\nadmirablement faits pour vibrer respectivement à l'unisson de tous les\nsons que pouvait percevoir une oreille humaine. L'idée de ce petit clavier\ntout accordé, vibrant en ses divers points pour des sons différents, réjouit\nprofondément les physiologistes. Mais il fallut déchanter, parce que l'on\nreconnut que les Oiseaux, bons musiciens, n'avaient pas, dans leur oreille,\nde ces petits piliers sonnants. Immédiatement on changea la théorie\nd'épaule ; les parties si admirablement faites pour vibrer devinrent de\nvulgaires étouffoirs, et d'autres parties de la papille, qui, dans la première\nhypothèse, n'étaient bonnes qu'à étouffer la vibration, devinrent de\nmerveilleux appareils de résonance. Les fibres de la membrane basilaire,\nqui soutient la papille nerveuse, passèrent au premier rang physiologique,\net pour réparer le tort que leur avait fait la première conception, on leur\nattribua des aptitudes encore bien plus extraordinaires qu'aux malheureux\npiliers de Corti. Tellement extraordinaires, ces aptitudes, qu'elles ne purent\nrésister à l'examen. On avait supposé la membrane tendue ; elle ne tenait\nguère que par un bout. On la supposait presque rigide ; elle flottait comme\nun drapeau. On la disait mince ; dans certaines espèces elle est presque\naussi épaisse que large. Ses dimensions répondaient à des vibrations par\ninfluence qui lui livraient toute la série des sons perceptibles : en fait,\nl'échelle des sonorités connues de notre oreille va, comme périodicité, de\nun à deux mille,tandis que celle des dimensions, dans l'oreille, va de un\nà douze.C'est un écart sensible. Après Helmholtz, on abandonna un\nmoment la membrane basilaire et ses soi-disantes fibres, pour se rejeter\nsur les cils inégaux que l'arrachement des parties molles laisse au sommet\ndes cellules auditives, au cours de la préparation histologique, et on en\nfit aussi de petits corps sonnants et accordés. Puis on revint à des portions\nisolées de la membrane, et les classiques en sont là. En résumé, on avait\ndû supposer la propriété de vibrer à des parties organiques aussi peu\nfaites que possible pour être mises en vibration ; on avait fait vibrer des"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.35", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2589, "texte": "éléments si petits que pour enregistrer les vibrations que nous entendons,\nil leur aurait fallu, vu leur petitesse, être extraordinairement détendus\nou chargés, et par suite encore moins capables de vibrer. Eussent-ils pu\nvibrer, leurs dimensions et la sériation de leurs dimensions leur interdisaient\ntout accord avec les périodicités sonores que nous pratiquons.\nEnfin, et c'est en cela qu'éclate l'absurdité de l'hypothèse, on devait\nadmettre que des éléments anatomiques, tendus et accordés pour les divers\nsons que nous avons à percevoir, pussent c'est-à-\n-dire garder exactement la même tension pendant toute notre vie !\nPendant soixante ans, cette monstruosité ne choqua personne, tant\nla théorie de X oreille-résonateur avait séduit les physiciens et après eux les\nphysiologistes. Elle est encore la théorie officielle.\nIl ne faut donc pas trop s'étonner si, plus tard, M. de Cyon dota\nces mêmes appareils, si complaisants, de la propriété d'éveiller en nous la\nnotion des nombres, et celle du temps. Non seulement ils vibrent, mais\nils calculent ; ils nous ont appris l'arithmétique en nous révélant les\nrapports numériques des vibrations sonores, ils nous ont donné le\nproportionnel !La métaphysiologie a rattrapé la métaphysique et l'absur-\ndité de la conclusion a dépassé celle des prémisses.\nLe pire des défauts que pourrait présenter une plaque de téléphone,\nune membrane de phonographe, ce serait précisément d'avoir une vibra-\ntion propre, d'être accordée, au lieu d'offrir à tous les ébranlements de\ntoute périodicité l'accueil le plus large et le plus hospitalier. On frémit\nde penser à ce qui se passerait dans notre pauvre tête si nos oreilles\nétaient accordées, et si nos fibres internes vibraient isolément. Mieux\nvaudrait pour nous être sourds de naissance, dussions-nous, ignorer\ntoujours le calcul, les proportions et même la notion du temps.\nL'autre portion de l'oreille interne, l'appareil des canaux semi-\ncirculaires, nous renseigne sur nos va par le conflit qui\ns'établit, à chacun des mouvements de notre tête, entre l'inertie de la\nparoi rigide de ces canaux, paroi solidaire des moindres mouvements du\ncrâne, et l'inertie du contenu liquide de ces mêmes canaux, ce liquide\nmettant quelque indocilité à suivre ces mouvements. Il se passe en tout\npetit, dans ce liquide visqueux, ce qui se produit quand nous faisons\ntourner sur lui-même un vase plein d'eau. L'eau obéissant moins vite que\nla paroi, il se fait un frottement du contenu sur la paroi du contenant.\nChez les animaux inférieurs, la cavité du récipient auriculaire est"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.36", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2627, "texte": "sphérique, et toute la paroi, rendue sensible par une vaste papille nerveuse\nqui la tapisse, enregistre directement les moindres variations de l'attitude\nde l'animal. Chez les animaux supérieurs, ces frottements sont canalisés\npar des sillons creusés dans la paroi, permettant à chaque sillon d'être\nsensible au mouvement qui se produit dans le sens du sillon, mais insen-\nsible aux autres mouvements. Enfin, cette délicatesse d'analyse, chez les\nVertébrés supérieurs, est poussée à l'extrême par ce fait que les sillons\nsont devenus de véritables anses creuses, dont chacune est au maximum\nouverte aux frottements correspondant à tout déplacement selon le sens\nde l'anse, et totalement fermée à tous les autres.\nOn conçoit que suivant les modes de déplacement propres à chaque\nespèce animale, reptation, natation, vol, saut, marche, l'appareil d'enre-\ngistrement varie avec les besoins de l'analyse sensorielle ; et il existe des\noreilles à une anse, à deux anses, et presque toujours à trois anses, pour\nl'enregistrement des mouvements dans le sens du virage, du tangage, et\ndu roulis. Ces trois anses, exceptionnellement, s'incrivent dans trois plans\nperpendiculaires entre eux, et c'est cette disposition qui a égaré les\nphysiologistes, de même que nous l'avons vu plus haut pour le dispositif\nen spirale de la papille auditive. L'examen de l'appareil des trois canaux\nsemi-circulaires de l'oreille interne convainc immédiatement, quand on\npasse en revue les diverses espèces animales, i° qu'il est exceptionnel\nqu'un canal puisse être exactement inscrit dans un plan ; souvent le canal\nest fléchi, ondulé, dans certaines espèces il forme presque un 8 ; 2° qu'il\nest également exceptionnel que les trois canaux soient, même en redressant\nchacun d'eux selon un plan, perpendiculaires entre eux. Cette rectitude\ngéométrique ne conviendrait qu'à un automate, aucune espèce vivante ne\nla possède, l'homme pas plus que les autres animaux. Elle n'existe que\ndans l'imagination de M. de Cyon.\nAu lieu de voir dans ces appareils des enregistreurs d'attitudes et de\nmouvements, comme la plupart des physiologistes, mieux avisés, je dois\nle reconnaître, pour cette partie de l'oreille que pour la partie auditive,\nM. de Cyon en a fait l'appareil qui nous fournit la notion de\ntrois dimensions,spécialement destiné à nous donner la représentation d'un\nsystème des coordonnées de Descartes, base de la géométrie antique\nd'Euclide. Nous voilà de nouveau dans la métaphysiologie.\nS'il y a quelque logique dans la conception de M. de Cyon, le défaut\nde symétrie entre nos deux oreilles internes doit nous fournir la représen-"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.37", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2498, "texte": "tation simultanée de deux espaces, un droit et un gauche, qui ne coincident\npas. Certains êtres doivent établir leur notion de l'espace sur des coordonnées\ncontournées comme des rubans de guimauve; certains Poissons inférieurs\nne connaissent à l'espace que deux dimensions, même une seule. Certains\nMollusques supérieurs, dont la cavité auriculaire présente un sillon et une\ntache papillaire, connaissent un espace qui n'a qu'une dimension et demie.\nEn revanche l'escargot, dont la cavité auriculaire est parfaitement sphé-\nrique, établit ses conceptions géométriques sur un espace à dimensions.\nCe n'est pas diminuer Euclide et Descartes que de supposer que la\nvue et le raisonnement ont joué dans leurs conceptions géométriques un\nrôle supérieur à celui que M. de Cyon réclame pour les canaux de\nl'oreille interne.\nDe cette double fantaisie physiologique, le limaçon calculateur et\nles canaux dessinateurs, M. de Cyon conclut que le sens du temps a son\nsiège dans le labyrinthe de l'oreille.\nL'absurdité de la théorie de Helmholtz en matière physiologique\nn'enlève rien à la valeur de ses belles recherches en acoustique physique,\nni même à celle de ses vues musicales, mais le prestige de son nom et le\ncaractère séduisant de sa théorie physiologique ont longtemps retardé\nla physiologie sur la question du mécanisme de l'oreille. Les conceptions\nmétaphysiques de M. de Cyon n'auront pas le même effet désastreux.\nNéanmoins une erreur en entraîne toujours d'autres, et dans l'article\nintéressant de M. Poirée, sur XOreille publié le\n15 février par S. I. M., une conception ingénieuse de l'édification de la\ngamme moderne eût gagné à chercher d'autres bases physiologiques\nplus solides.\nQuand nous écrivons une mélodie, nous traçons en réalité sur le\npapier le graphique d'un phénomène sonore qui n'a absolument rien à\nfaire avec la notion d'espace. Chaque note se place plus ou moins haut sur\nla portée, selon qu'elle se trouve plus ou moins élevée dans l'échelle\nacoustique, dans la série des sons, du grave à l'aigu. Mais ce n'est pas\ndans l'espace qu'elle résonne plus ou moins haut. On ne peut pas dire\nque le la résonne dans l'espace en un point plus élevé que le ; dans\nla pratique au contraire tous les sons d'une même mélodie prennent\nsuccessivement naissance au même point de l'espace. C'est une convention\nqui nous habitue à placer l'aigu en haut et le grave en bas, et à étager les\nnotes du grave à l'aigu. Cette convention a son origine dans les attitudes"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.38", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2647, "texte": "de notre tête, qui s'élève dans l'émission des sons aigus, pour étiner\nl'appareil phonateur, et s'abaisse dans celle des sons graves, pour le\ntasser. Mais cette convention se ramène à inscrire chaque note à sa\nhauteur convenue sur l'axe des y,gradué par les lignes de la portée.\nLa succession mélodique s'inscrit de son côté sur l'axe des x, de gauche\nà droite. Ce qui revient à dire que l'acuité s'inscrit verticalement,\net la chronicité horizontalement, chaque note s'élève plus ou moins haut\nsur la portée selon qu'elle est plus ou moins aiguë, et s'inscrit plus ou moins\nloin vers la droite selon qu'elle vient un temps plus ou moins long après\nle début du morceau. Graduation d'acuité sonore, graduation de temps :\nil n'y a là aucune notion d'espace, sauf sur le papier.\nLa forme mélodique n'est pas étendue dans l'espace ; elle est fonction\nd'acuité sonore et de temps seulement. Les combinaisons harmoniques n'ont\npas davantage à faire avec l'espace, sauf en ce que plusieurs notes ne peuvent\npratiquement être fournies par des voix ou par des instruments qu'en des\npoints différents. Mais si le soprano chante sol en même temps que le\nténor chante ut^cela fait toujours une quinte, que le soprano se trouve à\nla gauche ou à la droite du ténor. La notion d'espace ne joue aucun rôle\nen harmonie. Elle n'intervient que dans la définition suivante : quand\nplusieurs sons harmoniques ont leur source en un point unique de l'espace,\nils nous donnent la sensation de tim ; quand ils partent de sources\ndifférentes dans l'espace, ils forment ce que l'on appelle\nOn imagine donc mal ce qui a pu amener M. Poirée à faire inter-\nvenir la notion d'espace, de points, de lignes, d'angles droits, de coordonnées\ngéométriques dans la composition des affinités essentielles de la gamme.\nSon exposé pouvait se passer absolument de cette considération, injustifiée\nd'ailleurs. En quoi l'intervalle de quinte juste, qu'il appelle l'angle de\nquinte, a-t-il \" toute la précision de l'angle droit formé par les canaux\nsemi-circulaires de l'oreille ?\" La conception ancienne de la formation\nde la gamme par quintes successives nous donne les mêmes points, sans\ncomplication physiologique ou métaphysique. La conception plus moderne\nde l'analyse progressive des affinités harmoniques et de la dissection des\néléments du timbre par l'oreille donne les mêmes résultats.\nLes sons divers sont produits par des vibrations qui peuvent affecter\nentre elles certaines harmonies de période, de forme, d'intensité. Ces\nharmonies existent en dehors de la connaissance de l'homme, et ont\nprécédé cette connaissance. Il suffit que nos appareils sensoriels soient"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.39", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1723, "texte": "aptes à enregistrer ces divers caractères du phénomène sonore pour que\nnotre esthétique s'y conforme ; ce qu'elle a fait. Mais il est tout à fait\ninutile d'imaginer que pour avoir la connaissance d'une chose, il faut que\ncette chose ait en nous la figuration préalable de ses caractères. Notre\nœil est tout rond : apprécie-t-il moins bien pour cela les triangles et les\ncarrés ?\nLa notion d'espace nait en nous de ce fait que la substance nerveuse,\nqui subit l'empreinte de toute chose distribuée dans l'espace, est elle-même\ndistribuée dans l'espace, et que l'empreinte a elle-même une forme, une\ndistribution, quel que soit le domaine sensoriel ou psychique intéressé.\nL'espace se révèle à nous sous forme d'espace, et son image est distribuée.\nDeux points différents de l'espace ne font pas image au même point de\nma substance nerveuse, et je perçois l'espace parce que je suis moi-même\nespace. La notion de temps nait de même en moi de ce fait que ma\nsubstance nerveuse évolue, vit, se déroule comme le cylindre enregistreur,\nd'une impression à l'autre ; je suis, puisque je vis, tout aussi distribué\ndans le temps que je le suis dans l'espace ; deux notes successives de la\nmélodie que j'entends atteignent en moi deux moi successifs, et c'est\nparce que ma matière nerveuse déroule sa vie avec une allure qui lui est\npropre, que la notion de temps, de durée lui est naturelle comme à\ntoute matière sensible et vivante.\nTout phénomène extérieur à moi est fonction de temps et d'espace.\nJe suis moi-même fonction de temps et d'espace. Tout rapport entre le\nmonde extérieur et moi sera forcément établi sur cette double notion\nessentiellement physique, nullement métaphysique.\n\nPierre Bonnier."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-02-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-02-15_01#c022", "volume": "bmtnabh_1913-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 40, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.2.7", "titre_corps": "LES LIVRES", "titre_sommaire": "LES LIVRES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.40", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2419, "texte": "QUELQUES OUVRAGES DE THÉORIE\nMUSICALE\n\nMAYRHOFER. Der Kunstklang. Band i : das Problem\nder Durdiatonik (Leipzig-Wien, 1910, VI, 253 Pages in B°.)\nCet ouvrage nous paraît devoir retenir l'attention des musi-\ncologues ; non peut-être par les conclusions qui ne sont pas d'une\ngrande nouveauté, mais par la méthode (qui est d'une rare préci-\nsion) et par le détail des idées.\nLa base de toute musique est la gamme diatonique ; nous le\nsavions. Mais comment cette échelle a-t-elle pu se constituer ?\nC'est ce que M. M. s'efforce de nous montrer avec un luxe de\nlogique qu'on ne rencontre plus guère qu'en Allemagne.\nL'auteur, sans citer ses sources, s'appuie cependant sur quan-\ntité de travaux antérieurs : il tire parti des résultats obtenus par\nHelmholtz, relativement aux harmoniques ; des degrés de fusion\ndes sons, idée de Stumpf ; du processus psychologique qui va du\nphénomène excitant à la perception consciente, tel que Wundt\nl'a exposé, etc. bref, il admet tout ce qui est à peu près incontesté, rejette nettement les\nhypothèses commodes mais trop fragiles (les harmoniques inférieurs de Riemann, par exemple)\nou les insinuations perfides grâce auxquelles on peut présenter un objet \" truqué \" comme\n\" phénomène naturel \" : je veux parler du fa et du la qui n'existent pas avec leur véritable\nhauteur dans la résonance du corps sonore.\nLes seuls matériaux vraiment authentiques de cette résonance, et je le repète une logique\nserrée, une psychologie profonde, permettent à l'auteur d'édifier une théorie à la fois séduisante\net solide de la gamme diatonique ; nous aboutissons parfois à des conclusions que pressentent\nles musiciens, que certains théoriciens ont osé exprimer mais que personne, je crois, n'a\nprésentées avec autant de clarté et d'une façon tellement irréfutable.\nC'est presque un tour de force, et qui s'en réjouira ? 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Harmonielehre (Leipzig-Wien, Universal Edition, 8 M.)"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 10, "texte": "LES LIVRES"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.41", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3848, "texte": "Deux sentiments gouvernent cette théorie : l'un pédagogique, Vhorreur du dogmatisme ;\nl'autre musical : une conception particulière de la tonalité\\\nL'auteur ne nous impose pas un \" système \" nouveau d'harmonie ; il ne fait qu'une\nexposition des procédés artistiques employés en musique jusqu'à ce jour. Ces procédés sont-ils\nabsolus ? A-t-on le droit de dire à l'élève : \" Tu feras ceci... tu ne feras pas cela \" ? Oui, si la\ndéfense ou la prescription est justifiée, puis expliquée.\nS., dédaigneux de ce qu'on a coutume d'appeler la Science musicale nous met en présence\nde la complexité touffue, mais réelle, des faits, des procédés, de l'évolution de la vie musicale\nelle-même ! Il n'envisage plus la musique sous son aspect \"physique \", mais sous son aspect\npsychologique ; disons plus et mieux : sous son aspect sociologique. Et n'est-ce pas ainsi qu'elle\ndoit-être considérée ? La musique n'est jamais qu'un sentiment collectif réfléchi par une âme\nindividuelle ; par conséquent, la technique qui lui est propre doit se courber à toutes les fluc-\ntuations et les fantaisies que peut manifester ce sentiment sous la pression énorme et complexe\nde l'évolution sociale.\nN'est-ce pas ce que S. veut exprimer en vous disant : \" que l'élève étudie ce qui est\néternel, le changement et ce qui est temporaire : Vexistant \" ?\nAinsi se poursuit l'exposition des procédés harmoniques, depuis l'accord parfait jusqu'aux\nagrégations les plus compliquées ; toutes y trouvent leur place, même la quinte augmentée. On\na contesté la valeur pédagogique de ce livre : cela me semble injustifié. Evidemment l'ordre\nfait un peu défaut, et les longues digressions philosophiques réparties d'un bout à l'autre de\nl'ouvrage viennent parfois interrompre le cours normal de l'enseignement : mais en définitive\ntout ce qui se rapporte strictement à la constitution et à l'enchaînement des accords est étudié\navec un luxe de détails et d'exemples, une précision de langage et un souci d'être complet qui\nconviennent parfaitement à l'instruction musicale.\nPour nous, que les plagiaires de Rameau ont accoutumés à la sécheresse, à la pauvreté et\nà la banalité des \" Traités d'Harmonie \", l'ouvrage de S. apparaît comme fourmillant d'idées,\nsouvent ingénieuses, comme plein de vie et de liberté et répondant enfin à des tendances\nexprimées depuis longtemps par la musique, alors que nos théoriciens se refusent à les consacrer\npar la science, par leur science.\nLEICHTENTRITT (H.). Musikalische Formenlehre (Leipzig, Breitkopf, 1911,\n238 pp.)\nOn me permettra, j'en suis certain, de m'appesantir quelque peu sur cet ouvrage tout à\nfait pédagogique. Nous sommes, nul ne l'ignore à un moment où la maîtrise de l'art\nallemand et l'incontestable valeur de ses musicographes forcent l'attention des musiciens de tous\nles pays, de la France en particulier. Les doctrines d'outre-Rhin font déjà sentir chez nous\nleur influence et s'infiltrent chaque jour plus profondément dans les nouvelles couches\nd'écoliers ; or, ne sommes-nous pas avertis par l'histoire que nous devons nous méfier de nous-\nmêmes, et que, tout étant affaire de mode en notre pays nous ne tarderons pas à\naccepter les yeux fermés et avec enthousiasme n'importe quelle doctrine pourvu qu'elle porte\nune signature étrangère ? Le devoir de l'humble critique est donc au premier chef de passer au\ncrible toute brochure importée et d'avertir ceux qui s'en serviront des inutilités qu'elle contient\naussi bien que du profit qu'ils en peuvent tirer.\nLe livre de M. L. est bâti à la manière du \" Katechismus \" de Hugo Riemann, et\ns'inspire fort souvent au surplus, de l'illustre pédagogue. Toute la première partie la\nmeilleure est une théorie rythmique claire et précise : comparant classiquement la pièce\nmusicale et le roman, l'auteur explique les divisions de l'une par celles de l'autre et parvient"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.42", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4055, "texte": "en dernière analyse au motif musical qui nécessite au moins deux sons. S'il y a deux sons, nous\ndit M. L. il y a aussi mouvement, progression, pour passer de l'un à l'autre, et là comme dans\nla marche, où le pied s'élève d'abord puis s'abaisse, il y a un temps levé, l'arsis, 1' \" Auftackt \"\nauquel répond et fait équilibre un temps abaissé, thésis ou \" Senken \" : c'est là la forme\nnormale rythmique du motif. Et comme tout à l'heure (mais dans le sens contraire) l'auteur\nfait surgir petit à petit les structures de plus en plus compliquées; ayant d'abord fait ressortir\nl'importance de la constitution rythmique, au point de vue de la cohésion de toute phrase musicale.\nRetenons également ce principe, sur lequel Riemann s'appuie déjà dans ses \" Notions d'esthé-\ntique \"et avant lui Westphal, que de deux figures rythmiques successives, la 2me est générale-\nment la plus importante, celle qui porte l'accent. Ainsi s'édifient des périodes de 2, 4 mesures,\npuis de 8 (4 + 4), de 16 (8 + 8), etc. Nombreux exemples, exposé consciencieux et logique\nqui n'omet pas les réactions des rythmes sur les cadences tonales, etc. Tout est mené rapidement,\nmais suffisamment détaillé et bien que nous soyons déjà familiarisés avec cette logique des\nchiffres et avertis de ses dangers, nous finissons par y croire et nous laisser prendre au charme\nfacile de la symétrie rythmique.\nMais voici le chapitre 2 : c'est une étude également très consciencieuse des constructions\nanormales, de phrases qui ont des membres inégaux, des mesures de trop ou de moins ; les\npremiers types ne sont pas trop affreux, à ne considérer que les chiffres qui les représentent\n(3 + 3 = 2 + 2 = 3 + 3); mais il y en a d'horribles : jugez de ce menuet de Haydn\n(5 + 2 + 1 + 2 + 2) ; et l'irrégularité va croissant à mesure que l'écriture se complique, que\ndes procédés d'imitation se viennent greffer sur les formules originales. Or, à Vaudition, tout est\nparfaitement d'aplomb. Que penser ? Où est la règle ? où est l'exception ? Y a-t-il seulement\nune règle et la doctrine qui figure au chapitre I, n'est-elle pas annulée par les constatations du\nch. 2 ? Quel est le cliché original : la carrure ou l'absence de carrure ? Ne voyons-nous pas au\ncours de l'histoire les rythmes carrés de la danse, s'abolir petit à petit dans la suite ; et la sonate\nprimitive, ressusciter sans aucune nécessité apparente dans la sonate classique, disparaître à\nnouveau pendant la période suivante et constituer de nos jours un véritable problème auquel\npersonne ne peut répondre décisivement ? Et d'autre part, ne pouvons-nous pas observer que\nles rythmes libres de la musique vocale s'enferment en de certains moments dans des formes\nrégulières ; puis en sortir, pour y retomber plus tard et ainsi de suite ?\nOn se demande alors s'il est vraiment besoin d'édifier toute une théorie rythmique pour\nexpliquer les formes musicales, et s'il ne suffirait pas simplement de constater les faits, dont\nl'explication au surplus n'est pas d'une grande utilité, ni d'un enseignement bien précieux.\nNous atteignons ainsi l'étude des formes musicales proprement dites (de la polka à\nl'oratorio, l'opéra, etc.). Ici les descriptions sont tellement succinctes, qu'elles forment plutôt,\nun aide mémoire, une suite d'articles de dictionnaire qu'un traité proprement dit.\nL'étude des formes vocales qui termine ce traité est assez bien conduite, mais avec une\nrapidité déconcertante. Au total, un ouvrage intéressant, qui tend à vulgariser une méthode\nassez nouvelle, une doctrine un peu trop confinée jusqu'ici dans le monde des musicographes ;\nmais qui s'adresse cependant à des gens suffisamment instruits pour deviner ce qui lui fait\ndéfaut.\nVILLIERS STANFORD (Ch.). Musical composition (Londres, Macmillan and Co,\n19H).\nCe petit ouvrage traite de la composition musicale sur ce ton quasi familier que nous\nrencontrons si souvent dans la pédagogie et la philosophie anglaises, et qui semble bien être, au\nfond, l'un des aspects caractéristiques de l'esprit britannique. En tous cas, il est fort avantageux"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.43", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2711, "texte": "au point de vue de l'enseignement : n'est-il pas foncièrement anti-dogmatique bien que très\nrespectueux de la tradition ? Cet empirisme de bon aloi, ce bon sens ami du grand air et de la\nsanté, dominent ce petit traité sans prétentions, et permettent à l'auteur de le présenter sous\nforme d'un résumé d'utiles et pratiques conseils à l'adresse des élèves compositeurs.\nL'ouvrage est excellent à mettre entre les mains d'un débutant, dont il fera un honnête\ncompositeur, tant par son instruction primaire que par la direction imprimée à son esprit. A lui\nplus tard de lire Berlioz, Gevaert, Richard Strauss, ou mieux d'étudier l'orchestre au sein même\nde l'orchestre.\nSCHREYER. Lehrbuch der Harmonie und der Elementar Komposition (Leipzig, Merse-\nburger, 1911).\nTout à fait pédagogique également, l'ouvrage de M. S. qui prétend nous enseigner\nl'harmonie et les éléments de la composition en 168 pages. Il est vrai que les nombreux\nexemples sont réunis en une brochure spéciale assez importante.\nAucune innovation saillante, mais beaucoup d'ordre, de clarté, pas de discours inutiles.\nLes principes et même le chiffrage extrêmement simple sont empruntés à Riemann ; mais\nl'auteur en a su faire une intelligente application qui s'adresse à des élèves et s'insinuera dans\nleur cerveau avec une grande facilité. Chacun des chapitres, (il y en a 30, brefs et significatifs)\ncontient quelques textes de devoirs à accomplir par l'étudiant et une clé de ces devoirs est\nvendue séparément.\nEvidemment la méthode surprendra un peu les habitués du \" Reber et Dubois \" : voici\npar exemple l'un de ces problèmes :\nu Remplir chacune des mesures du schème suivant avec une harmonie à 3 voix :\nA) T D T|D|T| S | D | T\nB) T D etc.\net écrire la-dessus des variations a 3/4.\nOn laisse, dans notre France démocratique, moins de liberté et moins d'initiative aux\ndisciples de la classe d'harmonie : ce n'est pas une classe de composition, n'est-ce pas ?\nEntre les mains d'un professeur éclairé, ce petit livre peut devenir extrêmement fécond,\nl'aridité de l'harmonie toute pure étant corrigée le plus tôt possible par des essais de composition\nqui sont une satisfaction pour l'élève, et empêchent de s'endormir, chez lui, des facultés\ncréatrices trop souvent abolies par la tyrannie des jeux de patience musicaux.\n\nA. Machabey.\n\nLIVRES REÇUS\nPROCEEDINGS OF THE MUSICAL ASSOCIATION (London Novello\n1912, in-8° de 170 pp. 1 Guinea.)\nWAGNER (Peter). Einfuehrung in die gregorianischen Melodien. Zweiter Teil.\nZweite Auflage. (Lpz. Breitkopf 1912, in-40 de 505 pp. Mk 12).\nPOUZET (Dr). Notes sur les chapitaux de /'abbaye de Cluny. (Tirage à part de la\nRevue de l'Art Chrétien. Première Livraison de 1912, in-40 de 17 pp.)"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.44", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 984, "texte": "BARCLAY SQUIRE. Catalogue between 1487 and\n1800 now in the British Muséum.(London British Muséum, 2 vol. in-40 de 775 et 754 pp.;\nFrs. 78.75).\nBRENET (Michel). Hœndel (Laurens. Collection des Musiciens célèbres. Paris\n1912, in-120 de 128 pp. Fcs. 2.50)\nCALMUS (Georgy) Tèlémaquevon Lesage. von Gay and\nPepusch. (Berlin, Liepmannssohn 1912 in-40 de 223 pp.)\nAURIOL (H.). Décentralisation Musicale, avec une préface de Gabriel Fauré.\n(Paris Figuière et Cie. 1913, in-12\" de 256 pp. ; Fcs. 3.5°)-\nCHYBINSKI (Dr A.) Beitràger %ûr geschichte der Taktschlagens. (Breitkopf 1912\nin-120 de 96 pp. Mk 2.50).\nDENT (E. J.) Mo%art,s opéras. (London Chatto et Windus 1913» hi-S0 de\n432 pp. 12 s. 6 d.)\nBRADLEY ROOTHAM (Cyril). (Cambridge\n19x3, in-8° do 110 pp.)\nMARAGE (Professeur). Education (Paris 19, rue\nCambon, 1913, in-8° de 16 pp.)\nCHABRIER (Emmanuel). In memoriam. (Paris, à la Belle édition, 71, rue des\nSaints Pères, in-B°, tiré à 300 exemplaires, non mis dans le commerce)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-02-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-02-15_01#c024", "volume": "bmtnabh_1913-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 40, "image_fin": 43, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.2.7.2", "titre_corps": "QUELQUES OUVRAGES DE THÉORIE MUSICALE", "titre_sommaire": "QUELQUES OUVRAGES DE THÉORIE MUSICALE", "signature_source": "A. 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Harmonielehre (Leipzig-Wien, Universal Edition, 8 M.)"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.41", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3848, "texte": "Deux sentiments gouvernent cette théorie : l'un pédagogique, Vhorreur du dogmatisme ;\nl'autre musical : une conception particulière de la tonalité\\\nL'auteur ne nous impose pas un \" système \" nouveau d'harmonie ; il ne fait qu'une\nexposition des procédés artistiques employés en musique jusqu'à ce jour. Ces procédés sont-ils\nabsolus ? A-t-on le droit de dire à l'élève : \" Tu feras ceci... tu ne feras pas cela \" ? Oui, si la\ndéfense ou la prescription est justifiée, puis expliquée.\nS., dédaigneux de ce qu'on a coutume d'appeler la Science musicale nous met en présence\nde la complexité touffue, mais réelle, des faits, des procédés, de l'évolution de la vie musicale\nelle-même ! Il n'envisage plus la musique sous son aspect \"physique \", mais sous son aspect\npsychologique ; disons plus et mieux : sous son aspect sociologique. Et n'est-ce pas ainsi qu'elle\ndoit-être considérée ? La musique n'est jamais qu'un sentiment collectif réfléchi par une âme\nindividuelle ; par conséquent, la technique qui lui est propre doit se courber à toutes les fluc-\ntuations et les fantaisies que peut manifester ce sentiment sous la pression énorme et complexe\nde l'évolution sociale.\nN'est-ce pas ce que S. veut exprimer en vous disant : \" que l'élève étudie ce qui est\néternel, le changement et ce qui est temporaire : Vexistant \" ?\nAinsi se poursuit l'exposition des procédés harmoniques, depuis l'accord parfait jusqu'aux\nagrégations les plus compliquées ; toutes y trouvent leur place, même la quinte augmentée. On\na contesté la valeur pédagogique de ce livre : cela me semble injustifié. Evidemment l'ordre\nfait un peu défaut, et les longues digressions philosophiques réparties d'un bout à l'autre de\nl'ouvrage viennent parfois interrompre le cours normal de l'enseignement : mais en définitive\ntout ce qui se rapporte strictement à la constitution et à l'enchaînement des accords est étudié\navec un luxe de détails et d'exemples, une précision de langage et un souci d'être complet qui\nconviennent parfaitement à l'instruction musicale.\nPour nous, que les plagiaires de Rameau ont accoutumés à la sécheresse, à la pauvreté et\nà la banalité des \" Traités d'Harmonie \", l'ouvrage de S. apparaît comme fourmillant d'idées,\nsouvent ingénieuses, comme plein de vie et de liberté et répondant enfin à des tendances\nexprimées depuis longtemps par la musique, alors que nos théoriciens se refusent à les consacrer\npar la science, par leur science.\nLEICHTENTRITT (H.). Musikalische Formenlehre (Leipzig, Breitkopf, 1911,\n238 pp.)\nOn me permettra, j'en suis certain, de m'appesantir quelque peu sur cet ouvrage tout à\nfait pédagogique. Nous sommes, nul ne l'ignore à un moment où la maîtrise de l'art\nallemand et l'incontestable valeur de ses musicographes forcent l'attention des musiciens de tous\nles pays, de la France en particulier. Les doctrines d'outre-Rhin font déjà sentir chez nous\nleur influence et s'infiltrent chaque jour plus profondément dans les nouvelles couches\nd'écoliers ; or, ne sommes-nous pas avertis par l'histoire que nous devons nous méfier de nous-\nmêmes, et que, tout étant affaire de mode en notre pays nous ne tarderons pas à\naccepter les yeux fermés et avec enthousiasme n'importe quelle doctrine pourvu qu'elle porte\nune signature étrangère ? Le devoir de l'humble critique est donc au premier chef de passer au\ncrible toute brochure importée et d'avertir ceux qui s'en serviront des inutilités qu'elle contient\naussi bien que du profit qu'ils en peuvent tirer.\nLe livre de M. L. est bâti à la manière du \" Katechismus \" de Hugo Riemann, et\ns'inspire fort souvent au surplus, de l'illustre pédagogue. Toute la première partie la\nmeilleure est une théorie rythmique claire et précise : comparant classiquement la pièce\nmusicale et le roman, l'auteur explique les divisions de l'une par celles de l'autre et parvient"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.42", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4055, "texte": "en dernière analyse au motif musical qui nécessite au moins deux sons. S'il y a deux sons, nous\ndit M. L. il y a aussi mouvement, progression, pour passer de l'un à l'autre, et là comme dans\nla marche, où le pied s'élève d'abord puis s'abaisse, il y a un temps levé, l'arsis, 1' \" Auftackt \"\nauquel répond et fait équilibre un temps abaissé, thésis ou \" Senken \" : c'est là la forme\nnormale rythmique du motif. Et comme tout à l'heure (mais dans le sens contraire) l'auteur\nfait surgir petit à petit les structures de plus en plus compliquées; ayant d'abord fait ressortir\nl'importance de la constitution rythmique, au point de vue de la cohésion de toute phrase musicale.\nRetenons également ce principe, sur lequel Riemann s'appuie déjà dans ses \" Notions d'esthé-\ntique \"et avant lui Westphal, que de deux figures rythmiques successives, la 2me est générale-\nment la plus importante, celle qui porte l'accent. Ainsi s'édifient des périodes de 2, 4 mesures,\npuis de 8 (4 + 4), de 16 (8 + 8), etc. Nombreux exemples, exposé consciencieux et logique\nqui n'omet pas les réactions des rythmes sur les cadences tonales, etc. Tout est mené rapidement,\nmais suffisamment détaillé et bien que nous soyons déjà familiarisés avec cette logique des\nchiffres et avertis de ses dangers, nous finissons par y croire et nous laisser prendre au charme\nfacile de la symétrie rythmique.\nMais voici le chapitre 2 : c'est une étude également très consciencieuse des constructions\nanormales, de phrases qui ont des membres inégaux, des mesures de trop ou de moins ; les\npremiers types ne sont pas trop affreux, à ne considérer que les chiffres qui les représentent\n(3 + 3 = 2 + 2 = 3 + 3); mais il y en a d'horribles : jugez de ce menuet de Haydn\n(5 + 2 + 1 + 2 + 2) ; et l'irrégularité va croissant à mesure que l'écriture se complique, que\ndes procédés d'imitation se viennent greffer sur les formules originales. Or, à Vaudition, tout est\nparfaitement d'aplomb. Que penser ? Où est la règle ? où est l'exception ? Y a-t-il seulement\nune règle et la doctrine qui figure au chapitre I, n'est-elle pas annulée par les constatations du\nch. 2 ? Quel est le cliché original : la carrure ou l'absence de carrure ? Ne voyons-nous pas au\ncours de l'histoire les rythmes carrés de la danse, s'abolir petit à petit dans la suite ; et la sonate\nprimitive, ressusciter sans aucune nécessité apparente dans la sonate classique, disparaître à\nnouveau pendant la période suivante et constituer de nos jours un véritable problème auquel\npersonne ne peut répondre décisivement ? Et d'autre part, ne pouvons-nous pas observer que\nles rythmes libres de la musique vocale s'enferment en de certains moments dans des formes\nrégulières ; puis en sortir, pour y retomber plus tard et ainsi de suite ?\nOn se demande alors s'il est vraiment besoin d'édifier toute une théorie rythmique pour\nexpliquer les formes musicales, et s'il ne suffirait pas simplement de constater les faits, dont\nl'explication au surplus n'est pas d'une grande utilité, ni d'un enseignement bien précieux.\nNous atteignons ainsi l'étude des formes musicales proprement dites (de la polka à\nl'oratorio, l'opéra, etc.). Ici les descriptions sont tellement succinctes, qu'elles forment plutôt,\nun aide mémoire, une suite d'articles de dictionnaire qu'un traité proprement dit.\nL'étude des formes vocales qui termine ce traité est assez bien conduite, mais avec une\nrapidité déconcertante. Au total, un ouvrage intéressant, qui tend à vulgariser une méthode\nassez nouvelle, une doctrine un peu trop confinée jusqu'ici dans le monde des musicographes ;\nmais qui s'adresse cependant à des gens suffisamment instruits pour deviner ce qui lui fait\ndéfaut.\nVILLIERS STANFORD (Ch.). Musical composition (Londres, Macmillan and Co,\n19H).\nCe petit ouvrage traite de la composition musicale sur ce ton quasi familier que nous\nrencontrons si souvent dans la pédagogie et la philosophie anglaises, et qui semble bien être, au\nfond, l'un des aspects caractéristiques de l'esprit britannique. En tous cas, il est fort avantageux"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.43", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2320, "texte": "au point de vue de l'enseignement : n'est-il pas foncièrement anti-dogmatique bien que très\nrespectueux de la tradition ? Cet empirisme de bon aloi, ce bon sens ami du grand air et de la\nsanté, dominent ce petit traité sans prétentions, et permettent à l'auteur de le présenter sous\nforme d'un résumé d'utiles et pratiques conseils à l'adresse des élèves compositeurs.\nL'ouvrage est excellent à mettre entre les mains d'un débutant, dont il fera un honnête\ncompositeur, tant par son instruction primaire que par la direction imprimée à son esprit. A lui\nplus tard de lire Berlioz, Gevaert, Richard Strauss, ou mieux d'étudier l'orchestre au sein même\nde l'orchestre.\nSCHREYER. Lehrbuch der Harmonie und der Elementar Komposition (Leipzig, Merse-\nburger, 1911).\nTout à fait pédagogique également, l'ouvrage de M. S. qui prétend nous enseigner\nl'harmonie et les éléments de la composition en 168 pages. Il est vrai que les nombreux\nexemples sont réunis en une brochure spéciale assez importante.\nAucune innovation saillante, mais beaucoup d'ordre, de clarté, pas de discours inutiles.\nLes principes et même le chiffrage extrêmement simple sont empruntés à Riemann ; mais\nl'auteur en a su faire une intelligente application qui s'adresse à des élèves et s'insinuera dans\nleur cerveau avec une grande facilité. Chacun des chapitres, (il y en a 30, brefs et significatifs)\ncontient quelques textes de devoirs à accomplir par l'étudiant et une clé de ces devoirs est\nvendue séparément.\nEvidemment la méthode surprendra un peu les habitués du \" Reber et Dubois \" : voici\npar exemple l'un de ces problèmes :\nu Remplir chacune des mesures du schème suivant avec une harmonie à 3 voix :\nA) T D T|D|T| S | D | T\nB) T D etc.\net écrire la-dessus des variations a 3/4.\nOn laisse, dans notre France démocratique, moins de liberté et moins d'initiative aux\ndisciples de la classe d'harmonie : ce n'est pas une classe de composition, n'est-ce pas ?\nEntre les mains d'un professeur éclairé, ce petit livre peut devenir extrêmement fécond,\nl'aridité de l'harmonie toute pure étant corrigée le plus tôt possible par des essais de composition\nqui sont une satisfaction pour l'élève, et empêchent de s'endormir, chez lui, des facultés\ncréatrices trop souvent abolies par la tyrannie des jeux de patience musicaux.\n\nA. Machabey."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-02-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-02-15_01#c025", "volume": "bmtnabh_1913-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 43, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.2.7.3", "titre_corps": "LIVRES REÇUS", "titre_sommaire": "LIVRES REÇUS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.43", "debut_caractere": 2322, "fin_caractere_exclue": 2711, "texte": "LIVRES REÇUS\nPROCEEDINGS OF THE MUSICAL ASSOCIATION (London Novello\n1912, in-8° de 170 pp. 1 Guinea.)\nWAGNER (Peter). Einfuehrung in die gregorianischen Melodien. Zweiter Teil.\nZweite Auflage. (Lpz. Breitkopf 1912, in-40 de 505 pp. Mk 12).\nPOUZET (Dr). Notes sur les chapitaux de /'abbaye de Cluny. (Tirage à part de la\nRevue de l'Art Chrétien. Première Livraison de 1912, in-40 de 17 pp.)"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.44", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 984, "texte": "BARCLAY SQUIRE. Catalogue between 1487 and\n1800 now in the British Muséum.(London British Muséum, 2 vol. in-40 de 775 et 754 pp.;\nFrs. 78.75).\nBRENET (Michel). Hœndel (Laurens. Collection des Musiciens célèbres. Paris\n1912, in-120 de 128 pp. Fcs. 2.50)\nCALMUS (Georgy) Tèlémaquevon Lesage. von Gay and\nPepusch. (Berlin, Liepmannssohn 1912 in-40 de 223 pp.)\nAURIOL (H.). Décentralisation Musicale, avec une préface de Gabriel Fauré.\n(Paris Figuière et Cie. 1913, in-12\" de 256 pp. ; Fcs. 3.5°)-\nCHYBINSKI (Dr A.) Beitràger %ûr geschichte der Taktschlagens. (Breitkopf 1912\nin-120 de 96 pp. Mk 2.50).\nDENT (E. J.) Mo%art,s opéras. (London Chatto et Windus 1913» hi-S0 de\n432 pp. 12 s. 6 d.)\nBRADLEY ROOTHAM (Cyril). (Cambridge\n19x3, in-8° do 110 pp.)\nMARAGE (Professeur). Education (Paris 19, rue\nCambon, 1913, in-8° de 16 pp.)\nCHABRIER (Emmanuel). In memoriam. (Paris, à la Belle édition, 71, rue des\nSaints Pères, in-B°, tiré à 300 exemplaires, non mis dans le commerce)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-02-15-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-02-15_01#c027", "volume": "bmtnabh_1913-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 45, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.2.8", "titre_corps": "Le Théâtre des Champs Elysées", "titre_sommaire": "Le Théâtre des Champs Elysées", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.45", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1543, "texte": "Le Théâtre des Champs Elysées\n\nL'annonce faite à Paris d'une basilique d'art vient de se réaliser. Pierre de Craon, le cons-\ntructeur de cathédrales, est revenu parmi nous et a fait sortir de terre le sanctuaire de: la\nfoi moderne. C'est là que l'éternelle soif d'idéal entraînera les foules. C est la que s assouvira cet\nappétit du surnaturel qui a si souvent changé d'objet au cours des siècles mais qui tourmeijite\naussi impérieusement nos contemporains que les hommes du moyen-âge. Jusqu ici, par une\nincompréhensible négligence, par une maladroite accumulation de richesses disparates, unie a\nindulgence inexplicable pour les pires expédients du trompe-l'œil, les églises de la musique se\nsont toujours privées d'un des plus puissants éléments d'extase dont s'enorgueillissent leurs sœurs\nsacrées : l'atmosphère. Les faux-marbres, les faux-bois, les cariatides de carton-pate, les amours\nen plâtre doré et les innombrables friandises qu'inventèrent nos pâtissiers-staffeurs découragent\nl'essor du rêve qui prend au contraire si joyeusement son vol sous la plus pauvre voûte de pierre,\nentre des murailles nues, dans la douce vibration de la lumière qu'orchestrent des vitraux ! C'est\nce qu'ont enfin compris les architectes du temple de marbre blanc qui s'achève en ce moment\nAvenue Montaigne et qui offrira à tous ceux qui demandent aux paradis artificiels de l'art\nl'oubli des médiocrités quotidiennes, un asile digne des Muses à qui on l'a consacre.\nLa pureté de son style, la noblesse de sa conception, la sobre richesse des matériaux"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.46", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 689, "texte": "employés font du Théâtre des Champs Elysées un palais renouant à nos plus belles traditions\narchitecturales les plus audacieuses découvertes de la technique contemporaine. Un souci rigou-\nreux de l'unité a présidé aux moindres détails de son exécution. Un seul peintre, Maurice D enis\net un seul sculpteur, Bourdelle, ont collaboré avec les ingénieurs. Ici les artistes ne sont pas\nécrasés par la souveraineté de la matière comme cela s'est produit trop souvent dans les décora-\ntions de vastes monuments où peintres et sculpteurs, esclaves du maçon, se contentèrent\nhumblement de tirer parti des surfaces abandonnées à leur inspiration après l'achèvement de"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.47", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 1998, "texte": "l'ensemble. Voyez au\ncontraire cette harmo-\nnieuse façade sortie d'un\nseul cerveau et réalisée,\nsemble-t-il, par un seul\nartisan. On croirait voir\nun beau coffret de mar-\nbre travaillé par quelque\nciseleur géant, il semble\nque deux mains colos-\nsales en ont ajusté et\norné les panneaux, et\nqu'un Cellini surhu-\nmain en a modelé tous\nles contours. Terminée,\ncette formidable bâtisse\nminutieusement édifiée\npar des armées d'ouvriers, donne cette impression d'unité et de perfection qu'on ne rencontre\nd'ordinaire que dans un meuble d'art amoureusement patiné par les doigts de son créateur.\nLe pouce hardi et savant de Bourdelle paraît avoir accompagné et noué dans les airs l'élan\nde ces lignes heureuses.\nDerrière ce portique s'ouvre un atrium aux pures colonnes helléniques entre lesquelles\nfleurissent des peintures à fresque exécutées également par Bourdelle. La salle arrondit son har-\nmonieuse coupe de marbre sous un plafond lumineux baignant une coupole où s'inscrivent les\npanneaux décoratifs de Maurice Denis représentant l'Histoire de la Musique, d'Orphée à\nDebussy. Un rideau d'argent refléchit la lumière et se nuance au gré de l'électricien comme un\nétang au crépuscule. Les flûtes argentées d'un grand orgue encadrent la scène et complètent la\ndécoration du rideau. Inutile d'ajouter que la préoccupation d'un confort inconnu en France a\nprésidé à l'aménagement de la salle. Les fauteuils, les loges, les couloirs, les dégagements, les\nvestiaires, les foyers, fumoirs, bars et boudoirs ont été conçus d'après les plus brillantes réalisa-\ntions des plus beaux théâ-\ntres anglais, allemands et\nrusses, qui depuis quelques\nannées nous humilièrent\nde leur luxe et de leur\nélégance.\nLa scène, machinée\ncomme à Bayreuth, pour-\nvue de tous les perfec-\ntionnements techniques\nconnus jusqu'à ce jour,\npermettra d'accueillir les\nféeries les plus audacieuses.\nUne innervation électrique\nextraordinairement déve-\nloppée va porter dans tous\nles organes du formidable"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.48", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 625, "texte": "monument le mouvement et la lumière. Une usine souterraine en assurera l'indépendance.\nTel est le nouveau temple où l'on célébrera dans quelques semaines le premier sacrifice à\nApollon. Des mains pieuses l'ont édifié pierre à pierre. Souhaitons que le seuil n'en soit jamais\nsouillé par d'indignes offrandes et que son saint parvis soit respecté. La pureté et la majesté\nde sa nef décourageront, espérons-le, les coupables desseins des mauvais prêtres qu'attire\ndans les sanctuaires nouvellement consacrés la joie sadique du sacrilège ! La Beauté a trouvé\nun asile ; qu'elle sache le défendre !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-02-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-02-15_01#c029", "volume": "bmtnabh_1913-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 46, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.2.8.2", "titre_corps": "PANNEAUX DÉCORATIFS DE LA COUPOLE Maurice Denis: le Chœur", "titre_sommaire": "PANNEAUX DÉCORATIFS DE LA COUPOLE Maurice Denis: le Chœur", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.46", "debut_caractere": 691, "fin_caractere_exclue": 748, "texte": "PANNEAUX DÉCORATIFS DE LA COUPOLE\nMaurice Denis: le Chœur"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-02-15-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-02-15_01#c030", "volume": "bmtnabh_1913-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 47, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; 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[n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.2.9", "titre_corps": "Les Théâtres", "titre_sommaire": "Les Théâtres", "signature_source": "Emile Vuillermoz", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.49", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1589, "texte": "Les Théâtres\n\nLE SORTILÈGE. LE COURONNEMENT DE POPPÉE. DOLLY.\nVoulant sonder les reins et le cœur d'un compositeur auquel il s'intéressait, Georges\nBizet lui demanda s'il avait \" fait du quatuor, de la scène lyrique, de l'opéra et de l'oratorio. \"\nEt il fut inondé d'une joie profonde en apprenant que son protégé avait satisfait à toutes les\nexigences du baccalauréat, de la licence, du doctorat et de l'agrégation de musique représentés\npar ces divers sujets de concours. C'était de la bonne critique, basée sur le principe bien\nfrançais de la hiérarchie des genres. C'était de l'analyse dosimétrique, c'était l'esthétique\nrassurante de l'éprouvette graduée, c'était le triomphe de la méthode. Bizet s'avançait ainsi\nd'un pas ferme dans les allées bien ratissées d'un jardin musical dessiné par Le Nôtre.\nLes critiques du temps ne connaissaient pas leur bonheur. Le beau jardin est devenu une\nforêt vierge ; les plantes ont envahi et effacé les sentiers. L'explorateur d'aujourd'hui est obligé\nde se frayer péniblement un passage à travers les lianes et les ronces. Il ne s'oriente que d'après\nle parfum des fleurs invisibles. Les clôtures, les bordures de buis taillé ont disparu. On ne croit\nplus aux genres ni aux catégories et le bel escalier de marbre qui vous élevait sans effort de la\nsonate à la symphonie et du lied au drame lyrique, s'est effondré sous le poids des passants\nchaque jour plus nombreux : le métier de cicerone au pays de la double croche est devenu le\ndernier des métiers.\nA la fin d'un mois comme celui qui vient de s'écouler, le critique respectueux de l'ordre"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.50", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3547, "texte": "hiérarchique aurait accompli tout son devoir en analysant longuement l'œuvre nouvelle\nmontée à l'Académie Nationale de Musique, en accordant une mention respectueuse à la\ntentative de reconstitution due à l'initiative d'un maître vénéré et en signalant d'un mot\nl'amusante transformation en ballet d'une suite de piano déjà classique. Et tout le monde\naurait approuvé cette équitable répartition des dividendes de la gloire au prorata des actions\nsouscrites par les auteurs. Il n'en va plus ainsi et l'équité nous oblige précisément à constater\nqu'un minuscule ballet peut avoir une importance beaucoup plus considérable qu'un vaste\nopéra du palais Garnier.\nIl faudrait avoir l'âme bien noire pour chicaner le jeune André Gailhard sur la qualité\nexacte de l'accueil qui lui a été fait dans Pex-maison paternelle. Pourquoi gâter la joie de cet\nOrphée de vingt ans qui doit à l'amicale courtoisie des gardiens de la grande lyre nationale,\nd'avoir pu chatouiller prématurément l'instrument officiel dont, seuls, les barbons glorieux ont\nle droit d'émouvoir les cordes ? On lui a fait mesurer l'étendue d'une telle faveur et on ne lui\na pas caché que le génie était la seule monnaie digne d'en acquitter le prix. C'est handicaper\nbien sévèrement un jeune auteur que de le charger ainsi dès le début de sa carrière d'une aussi\nlourde dette. Sur ce point, d'ailleurs, je crois à l'insolvabilité des auteurs du Sortilège.\nLe sujet de cette féerie rustique est d'une touchante simplicité. Les méchantes fées du\ndépartement de l'Ariège ayant appris que la jeune Angèle a perdu son scapulaire, décident de\nl'en punir de façon exemplaire en lui enlevant son fiancé. Mais l'énergique villageoise pour-\nchasse les voleuses et les rejoint après avoir subi de la part de ses guides les plus fantaisistes\nexigences, l'un réclamant pour salaire une complainte en la mineur, l'autre risquant une\npiquante proposition d'école buissonnière et le troisième n'hésitant pas à vider les orbites de\nla voyageuse de leurs globes oculaires qu'il fait danser joyeusement au bout de leur nerf\noptique. Ces espiègleries n'empêchent pas la jeune fille d'arriver jusqu'à la grotte des fées où\nelle trébuche sur le cadavre de son fiancé ! Et ce serait une bien cruelle aventure si la sœur\nd'Angèle, en retrouvant le scapulaire, ne dissipait le maléfice. Les fées deviennent solubles\ndans l'air, le fiancé ressuscite, les égratignures d'Angèle se cicatrisent et ses sclérotiques\nregagnent leur emplacement habituel. Un hymne au soleil et au travail amène la chute du\nrideau.\nEnvelopper une telle affabulation d'un sublime commentaire musical constituerait une\nvéritable trahison : M. André Gailhard nous a prouvé qu'il est tout le contraire d'un traître.\nDénuée de toute prétention, sa musique s'applique charitablement à ne pas dépasser d'une seule\nenjambée le menu trottinement du poème. Assez peu féerique de nature, la muse du jeune\ncompositeur montre plus d'aisance dans les épisodes agrestes que dans les conjonctures\nsurnaturelles. Elle ne se pique pas d'originalité mais elle se préoccupe de distinction et de\nbonne éducation. Cette sorte de politesse se fait, hélas, de jour' en jour plus rare parmi\nles musiciens. M. André Gailhard, entrant brusquement dans l'auguste assemblée des lyriques\nmodernes, n'a pas osé sans doute il est si jeune ! exprimer tout haut des pensées\nmusicales personnelles ; il s'est contenté de commenter respectueusement celles de ses aînés,\ndans un langage correct et agréable d'humaniste. Il faut lui en savoir gré. Il y a dans son"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.51", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3648, "texte": "attitude une charmante modestie qu'il serait injuste de méconnaître ; elle porte d'ailleurs, en\nsoi-même sa récompense, les dieux ayant promis une longue vie aux mortels honorant leurs\nparents. Tout porte à croire que la longévité de M. André Gailhard sera prodigieuse !\nPareil privilège sera sans doute réservé également à notre éminent collaborateur Vincent\nd'lndy dont la fidélité au culte des ancêtres est notoire. Les soins pieux dont il entoure les\nombres des grands disparus sont pour ses contemporains un perpétuel sujet d'édification.\nLe tombeau de Monteverdi, vous ne l'ignorez pas, est un de ceux qu'il honore de fréquentes\nlibations funèbres et de précieuses offrandes. Il vient de lui rendre de nouveaux devoirs\nau Théâtre des Arts en conduisant le Couronnement de Poppée. Malgré l'involontaire raideur et\nla lente majesté d'une évocation un peu trop solennelle, le glorieux ancêtre se dressa hors de sa\ntombe avec une surprenante vivacité. Il stupéfia ses arrière-neveux par la prodigieuse souplesse\nde son vocabulaire lyrique, par l'infinie variété de ses accents expressifs, par la liberté de ses\ninflexions musicales, par ses néologismes, par sa délicate sensibilité, par son pathétique direct,\npar son mépris des locutions et des formules, par son humanité éternelle. Il fut malheureusement\nplus jeune et plus vibrant que ses interprètes déconcertés de découvrir tant de pétulance chez\nun immortel. Il est à craindre que, par leur faute, la résurrection ne produise pas les résultats\nmiraculeux qu'on en attendait ; l'intention fut excellente mais l'effort incomplet.\nOn fournit d'ailleurs un labeur un peu fiévreux au Théâtre des Arts. Les spectacles de\nmusique se succèdent avec rapidité... C'est Y Education manquée de Chabrier, dont le titre\ns'applique aux interprètes avec un impitoyable à propos ; c'est Thésée, délicieusement grandi-\nloquent et suavement boursouflé, présenté dans un décor exquis ; c'est un divertissement\nchorégraphique de Bruneau - le Bruneau à facettes coruscantes, tout cliquetant de glocken-\nspiel et de célesta que nous avait révélé la Faute de l'Abbé Mouret ; c'est une généreuse\ntentative de Gaubert digne d'une meilleure cause et, enfin, c'est Dolly.\nDolly est une petite fantaisie intellectuelle explosive qui projette dans toutes les directions\nune grêle d'idées générales, de conceptions artistiques nouvelles, de postulats, de problèmes\nesthétiques, de critiques en action, de confidences et de promesses. Dolly commet tous\nces méfaits avec une parfaite innocence et ne cesse pas de sourire avec son adorable moue\ningénue et malicieuse de \" girl \" aux yeux purs. Mais il faut bien se garder de croire à\nl'innocence de Dolly. Voyez ce qu'elle a fait du théâtre si plein de respectabilité de M. Jacques\nRouché : elle l'a livré aux artistes de music-hall, de cirque et de cabarets montmartrois en se\nréclamant impertinence suprême ! du Directeur du Conservatoire ! Au nom de Gabriel\nFauré et de sa délicieuse partition la sournoise gamine a organisé la plus folle partie en\ncompagnie de clowns et de danseurs, jouets vivants échappés d'une maisonnette de carton rose,\ndans un jardin où déambule un jeune lapin noir portant un coquet pantalon de dentelles\net prompt à se scandaliser du spectacle qui lui est offert.\nCe lapin sait en effet ce que pense Dolly et s'en épouvante. Il n'ignore pas qu'elle\nn'accorde à la musique descriptive qu'un pouvoir d'évocation vague et imprécis et qu'elle se\nflatte de créer, sans se préoccuper des intentions premières de l'auteur, des associations d'idées\nnouvelles entre une mélodie, un geste et un sentiment. Elle sait fort bien que Fauré n'avait"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.52", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3340, "texte": "prévu dans sa délicate Suite ni clowns, ni musicien grotesque, ni lapin noir, mais elle prétend\nque l'ingéniosité de son ami Laloy et les inventions techniques de Staats sauront river aux\naccents fauréens des visions qui en deviendont aussitôt inséparables. Et elle cherche à se\njustifier en évoquant cette prestigieuse Shéhérazade qui malgré sa prédestination formelle de\ntableau maritime est devenue, de par la fantaisie tyrannique d'un maître de ballet, le commen-\ntaire très éloquent et très précis d'une aventure de harem !\nElle soutient également une thèse audacieuse. Elle affirme et Colette Willy ne la\ncontredira pas que le music-hall est le dernier refuge de la solide technique théâtrale, du\nbeau métier, la pépinière des u ouvriers d'art \" de la scène, appliqués, modestes, aimant leur\ntravail avec une silencieuse passion et toujours prêts à l'effort discipliné. Et elle nous montre\nles admirables résultats obtenus par cette méthode d'interprétation. Dans ce Théâtre des Arts\ndont l'amateurisme distingué est légendaire, le ballet de Fauré et Laloy s'est imposé comme\nune réalisation définitive ; on s'émerveilla de voir tous les détails \" en place \" et tous les\neffets infailliblement réglés. Et on ne s'avisa pas immédiatement, d'en attribuer le mérite à\nl'adorable Eva Reid, aux fils de Footit et au danseur Miralès qui contrepointèrent la musique\nde Fauré de gestes si précis, si minutieusement établis et si savamment prémédités, sous les\napparences d'une fantaisie échevelée, que toute la grâce et la science classique d'Aveline ne\npurent égaler le \" caractère \" et le relief de l'interprétation de ses camarades ! En vérité qui\nn'a pas goûté la saveur purement musicale des pizzicati disloqués de Tommy, des trilles qu'il\nexécute sur la tête ou des tours de reins de l'effarant Espagnol, ignore la joie profonde des\nstylisations et des traductions plastiques d'un rythme, et qui n'a pas savouré les trouvailles\n\" mélodiques \" du petit corps potelé de la fillette aux rubans verts ne peut se flatter d'avoir\nl'œil musical ! Nous n'avons pas eu en France depuis la révélation des ballets russes une\nexpérience de synesthésie digne d'être comparée à celle-là. Son seul tort pour des Français, est\nd'être trop menue et trop exceptionnelle pour frapper l'entendement des foules et constituer\nun enseignement fécond. C'est une experience de laboratoire. Son succès éclatant doit nous\namener à la renouveler avec confiance dans de plus vastes proportions. Dans l'admirable élan\nqui entraîneien ce moment les artistes de toutes les races vers la religion plastique de la musique,\nnous avons été dépassés par les techniciens slaves dont le classicisme chorégraphique nous\nhumilie mais nous pouvons prendre une prompte revanche en luttant sur le terrain de la\nfantaisie, de l'esprit et de la bonne humeur où nos chances internationales sont sérieuses. Nous\nsommes seuls à posséder la clef de certaines subtiles énigmes musicales. Pourquoi ne prendrions\nnous pas enfin la parole puisque nous avons quelque chose de nouveau à dire ? Dolly nous y\ninvite, il faut obéir aux caprices de Dolly qui tyrannise nonchalamment son entourage et\ndétourne si gentiment son petit visage boudeur pour qu'on n'y surprenne pas l'aveu de ses\nyeux brillants de malice et la confidence de son joli sourire réticent...\n\nEmile Vuillermoz."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-02-15-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-02-15_01#c037", "volume": "bmtnabh_1913-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 53, "image_fin": 58, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.2.10", "titre_corps": "LE MOIS", "titre_sommaire": "LE MOIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.53", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2279, "texte": "CONCERTS COLONNE\nDu goût\nA notre époque où se perd, peu à peu, le sens du mystère, tout occupés que nous sommes\nà essayer divers systèmes d'entrainement humain, il était nécessaire que nous perdions également\nle vrai sens du mot \" goût\nAu siècle dernier, avoir du goût n'était qu'une façon aimable de défendre ses opinions.\nAujourd'hui, ce mot a pris une telle extension, sert à tant de manifestations, qu'il n'est guère\nplus qu'une sorte d'argument \" coup de poing américain à coup sûr affirmatif, mais sans\nélégance. Par une pente naturelle le \" goût \" fait de nuances et de délicatesse est devenu ce\n\" mauvais goût \" où les formes et les couleurs se livrent à des combats singuliers... Réflexion\nd'ordre trop général, puisqu'il ne doit être question ici que de musique entreprise suffisam-\nment ardue !\nLe génie peut évidemment se passer d'avoir du goût, exemple : Beethoven. Mais on peut\nlui opposer : Mozart qui à autant de génie ajoute le goût le plus délicat. Si nous regardons\nl'œuvre de J. S. Bach, Dieu bienveillant auquel les musiciens devraient adresser une prière\navant de se mettre au travail, pour se préserver de la médiocrité, cette œuvre innombrable où\nl'on retrouve à chaque pas ce que nous croyons être d'hier, depuis la capricieuse arabesque,\njusqu'à cette effusion religieuse, pour laquelle nous n'avons rien trouvé de mieux jusqu'ici, on\ny cherchera vainement une faute de goût.\nLa Portia du Marchand de Venise parle d'une musique que tout être porte en soi...\n\" Malheur, dit-elle, à qui ne l'entend pas... \" Paroles admirables, sur lesquelles devraient\nméditer ceux qui, avant d'écouter ce qui chante en leurs âmes, se préoccupent de savoir\nla formule qui les servira le mieux. Ou, très ingénieusement, juxtaposent des mesures, tristes\ncomme de petits cubes. Musique qui sent la table et la pantoufle. Ceci pris dans un sens\nspécial aux mécaniciens qui, essayant une machine mal montée en disent : \"ça sent l'huile 99.\nMéfions-nous de Y écriture. Travail de taupe, où nous finissons par réduire la beauté vivante des\nsons à une opération où, péniblement, deux et deux font quatre... Depuis longtemps la\nmusique connait ce que les mathématiciens appellent la folie du nombre :\nSurtout, gardons nous des systèmes qui ne sont que des \" attrape-dilettantes \"."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.54", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3351, "texte": "Il y a eu, il y a même encore, malgré les désordres qu'apporte la civilisation, de\ncharmants petits peuples qui apprirent la musique aussi simplement qu'on apprend à respirer.\nLeur conservatoire c'est : le rythme éternel de la mer, le vent dans les feuilles, et mille petits\nbruits qu'ils écoutèrent avec soin, sans jamais regarder dans d'arbitraires traités. Leurs traditions\nn'existent que dans de très vieilles chansons, mêlées de danses, où chacun, siècle sur siècle,\napporta sa respectueuse contribution. Cependant, la musique Javanaise observe un contrepoint\nauprès duquel celui de Palestrina, n'est qu'un jeu d'enfant. Et si l'on écoute, sans parti pris\neuropéen, le charme de leur \" percussion \" on est bien obligé de constater que la nôtre n'est\nqu'un bruit barbare de cirque forain.\nChez les Annamites on représente une sorte d'embryon de drame lyrique, d'influence\nchinoise, où se reconnait la formule tétralogique ; il y a seulement plus de Dieux, et moins de\ndécors... Une petite clarinette rageuse conduit l'émotion ; un Tam-Tam organise la terreur...\net c'est tout ! Plus de théâtre spécial, plus d'orchestre caché. Rien qu'un instinctif besoin d'art,\ningénieux à se satisfaire ; aucune trace de mauvais goût ! Dire que ces gens là n'ont jamais\neu l'idée d'aller chercher leurs formules à l'école de Munich : à quoi pensent-ils ?\nSerait-ce donc les professionnels qui gâtèrent les pays civilisés ? Et l'accusation faite au\npublic de n'aimer que la musique facile (mauvaise musique !) se trompe t'elle d'adresse ?\nAu vrai, la musique devient \" difficile \" toutes les fois qu'elle n'existe pas, difficile n'étant\nlà qu'un mot-paravent pour cacher sa pauvreté. Il n'y a qu'une musique, et celle-là prend en\nelle même le droit d'exister, qu'elle emprunte le rythme d'une valse, voire même de café\nconcert, ou le cadre imposant d'une symphonie. Et pourquoi ne pas avouer que, dans ces deux\ncas, le bon goût sera souvent du côté de la valse, tandis que la symphonie dissimulera avec\npeine, l'amas pompeux de sa médiocrité !\nNe nous obstinons donc plus à proclamer ce lieu-commun, solide comme la bêtise : des\ngoûts et des couleurs il ne faut point discuter... Au contraire, discutons, retrouvons\ngoût, non pas qu'il soit perdu, mais nous l'avons étouffé sous des édredons septentrionaux. Il\nsera notre meilleur soutien dans la lutte à soutenir contre les Barbares, devenus bien plus\nterribles depuis qu'ils séparent leurs cheveux par une raie médiane.\nSoutenons que la beauté d'une œuvre d'art restera toujours mystérieuse, c'est-à-dire qu'on\nne pourra jamais exactement vérifier \" comment cela est fait. \" Conservons, à tout prix, cette\nmagie particulière à la musique. Par son essence, elle est plus susceptible d'en contenir que\ntout autre art.\nQuand le dieu Pan assembla les sept tuyaux de la syrinx, il n'imita d'abord que la longue\nnote mélancolique du crapaud se plaignant aux rayons de la lune. Plus tard, il lutta avec\nle chant des oiseaux. 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Nous lui en adressons nos respectueux compliments.\nOn a beaucoup joué la Damnation de Faust. Cela fait généralement plaisir. Du haut\ndu ciel, sa demeure dernière, Goethe n'y comprend rien !\nC'est pour des raisons que la musique ne connaît pas qu'on a diversement apprécié l'audi-\ntion intégrale des \" Images \". L'exécution en fut nerveuse et vibrante à souhait.\n\nCONCERTS LAMOUREUX\n\nTrès intéressante première aux Concerts-Lamoureux : Y Interlude en fa dièze, extrait de\nl'œuvre de M. Roger Ducasse intitulée : Au jardin de Marguerite. Faust, vieux et très\nfatigué, vient se remémorer sa jeunesse en ce jardin abandonné où durent se passer tant de\ncharmants épisodes d'amour ; et le jardin se réveille au mystérieux enchantement de la nuit.\nIl sied de louer hautement M. Roger Ducasse d'avoir cherché, dans ce morceau sympho-\nnique, à faire de la musique et non pas seulement du bruit... ou des bruits. La pièce est\nconstruite avec soin et ne revêt en rien le caractère d'une improvisation. Peut-être eût-il été\ndésirable ceci est une opinion toute personnelle que les thèmes employés fussent, mélo-\ndiquement, plus frappants et que le dessin en fut plus varié... Je suis certain que lorsque\nM. Ducasse voudra se laisser aller davantage aux impulsions de son cœur plutôt qu'aux\nrecherches de sonorité, il pourra faire de la très belle musique : il n'est vraiment, en art, que\nle cœur pour engendrer de la beauté.\nQuoi qu'il en soit, on se trouve ici en face d'une pièce musicale d'une très haute tenue, où\nl'auteur ne sacrifie que très peu à la mode du jour, c'est-à-dire à la musique cinématographique.\nQu'on me permette d'expliquer brièvement ce terme que j'écris ici très sérieusement.\nIl me semble qu'un grand nombre de compositions symphoniques modernes, où la sensation\nprend le pas sur le sentiment, gagneraient à l'adjonction d'un cinématographe qui serait appelé\nà expliquer et à déterminer les diverses phases du morceau.\nDu moment que toute forme musicale est bannie, comme surannée et vieux jeu, il me\nparaîtrait indispensable de faire accompagner toute musique \" sensorielle \" par sa représentation\nplastique.\nCela aurait un double avantage : i° faire comprendre ce que le compositeur a voulu dire\nà l'auditeur non snob (car le snob comprend et avale tout ce qui est à la mode... par définition);\n2° présenter à l'œil un agréable tremblotement, qui s'harmoniserait à merveille avec les petits"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.56", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3387, "texte": "chichis orchestraux et autres titillations auriculaires, constituant généralement le principal\nmérite de ces compositions.\nCeci est une question à étudier... On pourrait peut-être nommer une commission...\nA ce même programme figurait la Symphonie écossaise de Mendelssohn, rarement\nentendue maintenant. Je crois qu'il est impossible d'exécuter de façon plus parfaite et plus\nspirituelle que ne firent M. Chevillard et son bel orchestre cette élégante symphonie, aussi à la\nmode au temps de nos grand'mères que peut l'être actuellement l'Après-midi d'un Faune.\nVincent d'lndy,\n\" L'excellent violoniste Ch. Herman a fort bien joué, au Concert-Lamoureux du\n12 Janvier 1913, le Concerto en ré de Beethoven : le chef d'orchestre s'étant abstenu après\nla répétition, de tout jugement sur la valeur artistique de cet ouvrage, aucun incident ne s'est\nproduit. \"\nLe temps n'est pas éloigné où une information, d'apparence aussi normale que celle qu'on\nvient de lire, prendra, par la touchante simplicité de certains virtuoses, un intérêt\na sensationnel \", pour parler le jargon que la presse s'efforce de substituer au français dans le\nlangage contemporain.\nCe n'est vraiment pas de notre faute si les nécessités de l'actualité imposent dorénavant\naux \" correspondants particuliers \" de toutes les publications musicales l'obligation nouvelle de\nsignaler les dernières auditions de concertos \" échangées sans résultat \" entre les bretteurs de\nl'archet et ceux de la baguette.\nEst-il donc si nécessaire que la plupart des concerts soient annoncés \" avec le concours\nde M. X. ou de Mlle Z\"? Il paraît que cela plaît à Vabonné. Mais en quoi donc est-il fait\ncet \" abonné \" qui ne prend plaisir qu'à la jonglerie de ces prestidigitateurs, qui entre après le\npremier morceau de la symphonie, et qui s'en va au beau milieu de la suite d'orchestre de\nNamouna par exemple ? Sans doute, lorsqu'il s'agit de l'art du chant, nul ne se plaint d'entendre\nla belle voix de Mme Campredon dans le Madrigal lyrique d'Henri de Régnier, finement\norchestré par M. G. Grovlez. Le régal devient exquis quand s'élève la délicieuse voix de la plus\ndélicieuse Mme Nicot-Vauchelet : on se demande alors comment il se fait que cette artiste\nhors de pair, l'une des trois ou quatre cantatrices françaises de ce siècle qui connaisse et\npratique encore le véritable art du chant, soit si rarement entendue dans le cadre qui lui\nconviendrait, dans ce théâtre de l'Opéra-Comique où elle pouvait continuer si bien la noble et artis-\ntique tradition de ses ascendants, dans des rôles qui semblent faits pour elle, et que l'on donne\ntoujours à d'autres, moins qualifiées. Entendre vraiment chanter est un fait tellement rare\nqu'il faut être indulgent pour le vide musical presque complet de cette admirable leçon de\nchant qu'est ce Rossignol du pauvre Haendel : il Pensieroso. La vaillante Société Haendel n'a\njamais fait entendre cette œuvre de son patron ; en quoi elle a artistiquement agi. Mais quand\non a soi-même tout le charme du\nBarde ailé de la solitude,\non peut se permettre cette joute exquisement inutile avec la flûte agile et discrète de\nM. Deschamps. Les trois mélodies de M. G. de Saint-Quentin se prêtaient moins bien\nau déploiement du magnifique talent vocal de Mme Nicot-Vauchelet. Elles sont sobrement\nécrites, claires, un peu naïves comme il convient à des poésies plutôt intimes, ne réclamant pas"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.57", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3547, "texte": "le déploiement de ce vaste orchestre qu'une \" équipe de renfort \" allait accroître encore pour\nétaler le vide bruyant de la Fie d'un héros :\nParturiunt montes ; nascetur ridiculus mus.\nRidicule en effet, cette effroyable cadence de violon qui pour n'être pas de M. Camille\nSaint-Saëns n'en représente pas plus musicalement pour cela \" la compagne du héros\nComme on comprend que ce héros soit \"à la triste figure\" avec une encombrante compagne qui\na dû donner tant de mal à M. Soudant ! Et les \" antagonistes du héros \" (instruments de bois\ndialoguant avec des intentions sarcastiques) ! Et le \" champ de bataille \" (voyez trompettes) !\nEt les \" œuvres pacifiques \" (voyez harpes) ! Et cette \" désillusion finale \" (cor anglais)\nqui n'est rien auprès de la nôtre ! La voilà bien, la (voir ci-dessus) !\nmais quelle belle \" leçon d'orchestre surtout avec la vigoureuse direction de M. Chevillard.\nCertain dimanche de janvier, le grand chef avait cédé sa baguette et son pupître à\nVincent d'lndy, autre \" grand chef \" : c'est merveille de voir avec quelle étonnante\n\" malléabilité \" (si l'on peut dire) les mêmes musiciens se prêtent, après quelques répétitions, à\nune compréhension aussi nettement tranchée et distincte de celle dont ils ont 1 habitude.\nVigoureuse aussi, sans nul doute, la direction souple, graduée, équilibrée de Vincent d'lndy\nobtient de ces instrumentistes remarquables certains effets qui changent assurément en plus\nd'un point les usages de la maison. Rarement les œuvres du maître, le\net le deuxième tableau du Chant de la cloche,ont atteint un tel degré de fondu et d'émotion\ndans l'interprétation. Au surplus, les chanteurs solistes ont, pour la seconde de ces deux\nœuvres, fort bien traduit la pensée de l'auteur ; M. Plamondon donne même la plus complété\net la plus juste image musicale du personnage de Wilhem.\nMais on aurait tort de croire que c'est seulement dans la direction de ses propres\ncompositions que Vincent d'lndy obtient une telle perfection. Sans insister sur 1 étonnante\nouverture de Zaïs de Rameau, aussi sonore et aussi riche qu une partition du siecle dernier, la\nmagnifique exécution de la quatrième Béatitude de César Franck montre mieux encore quel\nchef incomparable est le disciple du vieux maître, quand a son experience et a son autorite\nincontestées vient s'ajouter l'amour filial et clairvoyant, seul capable de faire disparaître, dans\nla ferveur de l'action, les impérities instrumentales qui déparent parfois l'orchestre \"organistique\"\ndu père Franck.\n\nAuguste Sérieyx.\n\nSOCIÉTÉ DES CONCERTS\n\nLe hasard me favorise qui me place, habituellement, aux concerts où ma fantaisie, mes\nobligations aussi, me font assister, entre des gens d opinions contraires : je les écouté,\navec la joie de ceux qui goûtent l'exaltation humaine sous toutes ses formes, s exprimei sur ce\nqu'ils entendent en termes catégoriques, et proférer ces jugements entiers que les gens en\npossession de leur bon sens citerai-je le docteur Tribulat Bonhomet ? reprouvent.\nLe dimanche 12 janvier, un ami de Vincent d'lndy vint se mettre a ma droite,\ncôté de la raison : une amie de Ch. M. Widor, de celles qui pendant la grand messe de Saint\nSulpice brûlent l'encens des compliments en l'honneur de l'organiste occupe a descendre\nl'Esprit de l'improvisation dans le pain du \" Positif\" et le vin du u Récit, s assit ama\ngauche, côté du cœur.\nDes fragments du u Chant de la cloche \" de d'lndy ayant ete executes, mon voisin parla »\na Vincent d'lndy est vraiment un chef : sa musique est de celui qui commande : et son"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.58", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3903, "texte": "commandement a des vertus religieuses : il est à la fois prêtre et soldat ; mais ceci a été dit\nsouvent ; jine autre qualité me semble primordiale, celle-ci : il est le musicien de la sécurité\nsonore : avec lui l'esprit est assuré ; le jugement à porter est garanti : les combinaisons mélodiques\net rythmiques sortent de son cerveau revêtues de la tenue qui leur convient : je vois,\nMonsieur à votre mine que vous avez savouré comme il convenait cette œuvre excellente\net de jeunesse où se dessine déjà la fermeté des principes de son auteur que rien n'a pu et ne\npourra jamais arracher à son art. \"\nIl se tut comme l'orchestre attaquait la suite en mi mineur de Widor ; quand celle-ci fut\nachevée, ma voisine frappa des mains comme les jeunes juives du psalmiste et se tournant vers\nmon voisin lui dit :\n\" Vos propos sur Vincent d'lndy sont évidemment de qualité, mais et le jugement\nd'une femme est bon, croyez-moi je donnerais le directeur de la Schola, et Debussy par\ndessus le marché, pour mon Widor ; sa musique à lui est musicale ce qu'oublie parfois d'être\ncelle de vos amis... la suite de Widor est une bien belle suite chantante nuancée, mouvementée,\nonduleuse et que l'on comprend ; ça dit ce que ça veut dire et pour ce qui est du métier je me\nsuis laissé raconter que M. Widor en savait autant qu'homme de France.\"\nLe dimanche 26 janvier, je me trouvais dans une compagnie plus dangereuse, entre\nl'homme qui protège les artistes et l'homme qui assassina le concerto.\nAprès l'exécution du concerto en fa de Chopin par Paderewski, l'homme qui protège les\nartistes parla ainsi et du haut de son faux-col.\n66 Rien n'est beau comme Paderewski jouant du piano ; il perd son apparence humaine,\npour se revêtir d'un caractère supra terrestre; son masque se creuse de toute l'angoisse même de\nla phrase mélodique ; les cheveux se rejettent en arrière de la fougue des thèmes ; les mains\nvolent comme des colombes sur les nuées des arpèges; l'amour que Paderewski met dans une telle\nreconstitution d'une œuvre en fait une véritable création ; aimer une œuvre à ce point c'est\nla créer de nouveau ; le génie de l'artiste qui exécute est souvent plus intense que celui du\ncompositeur ; celui-ci donne une base sur quoi l'artiste bâtit et le roi des artistes n'est-il pas\nconcertiste génial, pianiste ou violoniste, qui nous tient au bout de ses doigts comme un enfant\ntraîne au bout d'une corde son chariot ou son polichinelle \".\nL'homme qui assassina le concerto répondit :\n\" Vous êtes, Monsieur, trop jeune cependant certaines vieilles coquettes ont des\nsecrets qui les font paraître 20 ans quand elles en ont 60 pour avoir connu mes jours de\ntriomphe lorsque la justice populaire m'acclama à cause d'un meurtre légitime ; je suis celui\nqui assassina le concerto ; je délogeai de l'avant-scène cet espèce de régisseur parlant au public\nqui vient faire des grâces et filer des sons pendant d'insipides minutes ; bourreurs de tierces ou\nd'octaves, crachotteurs d'harmoniques, grinceurs de doubles, de triples, de quadruples cordes,\ntruqueurs de glissandos et de traits vertigineux, tous les bellâtres du piano et du violon, je les\nai eus ; mais voici qu'ils reviennent ; et leur audace est plus grande que jamais ; je sais tel\nvioloniste adulé une qui a le front de composer un programme avec trois concertos dont deux\nde virtuose de son espèce : oh ! la belle soirée que cela sera ! je sais tel violoncelliste qui ne\npermet pas que l'on puisse douter de la qualité de l'œuvre musicale qu'il interprète et qui\nn'accepte de jouer que si l'on situe un Dvorak au dessus de Jean-Sébastien Bach ; mais la\nrevanche ne saurait tarder ; je crois à la justice immanente \".\nL'homme qui protège les artistes allait répliquer quand l'orchestre se prit à jouer le\nde Rimsky-Rorsakoff ; comme il ne s'agissait que de musique l'homme qui protège les artistes\nprit son chapeau et s'en alla.\n\nJean Laporte."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-02-15-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-02-15_01#c039", "volume": "bmtnabh_1913-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 53, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.2.10.2", "titre_corps": "CONCERTS COLONNE", "titre_sommaire": "CONCERTS COLONNE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.53", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2279, "texte": "CONCERTS COLONNE\nDu goût\nA notre époque où se perd, peu à peu, le sens du mystère, tout occupés que nous sommes\nà essayer divers systèmes d'entrainement humain, il était nécessaire que nous perdions également\nle vrai sens du mot \" goût\nAu siècle dernier, avoir du goût n'était qu'une façon aimable de défendre ses opinions.\nAujourd'hui, ce mot a pris une telle extension, sert à tant de manifestations, qu'il n'est guère\nplus qu'une sorte d'argument \" coup de poing américain à coup sûr affirmatif, mais sans\nélégance. Par une pente naturelle le \" goût \" fait de nuances et de délicatesse est devenu ce\n\" mauvais goût \" où les formes et les couleurs se livrent à des combats singuliers... Réflexion\nd'ordre trop général, puisqu'il ne doit être question ici que de musique entreprise suffisam-\nment ardue !\nLe génie peut évidemment se passer d'avoir du goût, exemple : Beethoven. Mais on peut\nlui opposer : Mozart qui à autant de génie ajoute le goût le plus délicat. Si nous regardons\nl'œuvre de J. S. Bach, Dieu bienveillant auquel les musiciens devraient adresser une prière\navant de se mettre au travail, pour se préserver de la médiocrité, cette œuvre innombrable où\nl'on retrouve à chaque pas ce que nous croyons être d'hier, depuis la capricieuse arabesque,\njusqu'à cette effusion religieuse, pour laquelle nous n'avons rien trouvé de mieux jusqu'ici, on\ny cherchera vainement une faute de goût.\nLa Portia du Marchand de Venise parle d'une musique que tout être porte en soi...\n\" Malheur, dit-elle, à qui ne l'entend pas... \" Paroles admirables, sur lesquelles devraient\nméditer ceux qui, avant d'écouter ce qui chante en leurs âmes, se préoccupent de savoir\nla formule qui les servira le mieux. Ou, très ingénieusement, juxtaposent des mesures, tristes\ncomme de petits cubes. Musique qui sent la table et la pantoufle. Ceci pris dans un sens\nspécial aux mécaniciens qui, essayant une machine mal montée en disent : \"ça sent l'huile 99.\nMéfions-nous de Y écriture. Travail de taupe, où nous finissons par réduire la beauté vivante des\nsons à une opération où, péniblement, deux et deux font quatre... Depuis longtemps la\nmusique connait ce que les mathématiciens appellent la folie du nombre :\nSurtout, gardons nous des systèmes qui ne sont que des \" attrape-dilettantes \"."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.54", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3351, "texte": "Il y a eu, il y a même encore, malgré les désordres qu'apporte la civilisation, de\ncharmants petits peuples qui apprirent la musique aussi simplement qu'on apprend à respirer.\nLeur conservatoire c'est : le rythme éternel de la mer, le vent dans les feuilles, et mille petits\nbruits qu'ils écoutèrent avec soin, sans jamais regarder dans d'arbitraires traités. Leurs traditions\nn'existent que dans de très vieilles chansons, mêlées de danses, où chacun, siècle sur siècle,\napporta sa respectueuse contribution. Cependant, la musique Javanaise observe un contrepoint\nauprès duquel celui de Palestrina, n'est qu'un jeu d'enfant. Et si l'on écoute, sans parti pris\neuropéen, le charme de leur \" percussion \" on est bien obligé de constater que la nôtre n'est\nqu'un bruit barbare de cirque forain.\nChez les Annamites on représente une sorte d'embryon de drame lyrique, d'influence\nchinoise, où se reconnait la formule tétralogique ; il y a seulement plus de Dieux, et moins de\ndécors... Une petite clarinette rageuse conduit l'émotion ; un Tam-Tam organise la terreur...\net c'est tout ! Plus de théâtre spécial, plus d'orchestre caché. Rien qu'un instinctif besoin d'art,\ningénieux à se satisfaire ; aucune trace de mauvais goût ! Dire que ces gens là n'ont jamais\neu l'idée d'aller chercher leurs formules à l'école de Munich : à quoi pensent-ils ?\nSerait-ce donc les professionnels qui gâtèrent les pays civilisés ? Et l'accusation faite au\npublic de n'aimer que la musique facile (mauvaise musique !) se trompe t'elle d'adresse ?\nAu vrai, la musique devient \" difficile \" toutes les fois qu'elle n'existe pas, difficile n'étant\nlà qu'un mot-paravent pour cacher sa pauvreté. Il n'y a qu'une musique, et celle-là prend en\nelle même le droit d'exister, qu'elle emprunte le rythme d'une valse, voire même de café\nconcert, ou le cadre imposant d'une symphonie. Et pourquoi ne pas avouer que, dans ces deux\ncas, le bon goût sera souvent du côté de la valse, tandis que la symphonie dissimulera avec\npeine, l'amas pompeux de sa médiocrité !\nNe nous obstinons donc plus à proclamer ce lieu-commun, solide comme la bêtise : des\ngoûts et des couleurs il ne faut point discuter... Au contraire, discutons, retrouvons\ngoût, non pas qu'il soit perdu, mais nous l'avons étouffé sous des édredons septentrionaux. Il\nsera notre meilleur soutien dans la lutte à soutenir contre les Barbares, devenus bien plus\nterribles depuis qu'ils séparent leurs cheveux par une raie médiane.\nSoutenons que la beauté d'une œuvre d'art restera toujours mystérieuse, c'est-à-dire qu'on\nne pourra jamais exactement vérifier \" comment cela est fait. \" Conservons, à tout prix, cette\nmagie particulière à la musique. Par son essence, elle est plus susceptible d'en contenir que\ntout autre art.\nQuand le dieu Pan assembla les sept tuyaux de la syrinx, il n'imita d'abord que la longue\nnote mélancolique du crapaud se plaignant aux rayons de la lune. Plus tard, il lutta avec\nle chant des oiseaux. C'est probablement depuis ce temps que les oiseaux enrichirent leur\nrépertoire.\nCe sont là des origines suffisamment sacrées, d'où la musique peut prendre quelque fierté,\net conserver une part de mystère... Au nom de tous les dieux, n'essayons pas plus de l'en\ndébarrasser que de l'expliquer. 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Il nous semble que le droit strict était de son côté. Et\nM. P. Casais s'en allant sans jouer a trouvé une façon nouvelle d'affirmer son admiration pour\nle susdit concerto. Nous lui en adressons nos respectueux compliments.\nOn a beaucoup joué la Damnation de Faust. Cela fait généralement plaisir. Du haut\ndu ciel, sa demeure dernière, Goethe n'y comprend rien !\nC'est pour des raisons que la musique ne connaît pas qu'on a diversement apprécié l'audi-\ntion intégrale des \" Images \". 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Roger Ducasse intitulée : Au jardin de Marguerite. Faust, vieux et très\nfatigué, vient se remémorer sa jeunesse en ce jardin abandonné où durent se passer tant de\ncharmants épisodes d'amour ; et le jardin se réveille au mystérieux enchantement de la nuit.\nIl sied de louer hautement M. Roger Ducasse d'avoir cherché, dans ce morceau sympho-\nnique, à faire de la musique et non pas seulement du bruit... ou des bruits. La pièce est\nconstruite avec soin et ne revêt en rien le caractère d'une improvisation. Peut-être eût-il été\ndésirable ceci est une opinion toute personnelle que les thèmes employés fussent, mélo-\ndiquement, plus frappants et que le dessin en fut plus varié... Je suis certain que lorsque\nM. Ducasse voudra se laisser aller davantage aux impulsions de son cœur plutôt qu'aux\nrecherches de sonorité, il pourra faire de la très belle musique : il n'est vraiment, en art, que\nle cœur pour engendrer de la beauté.\nQuoi qu'il en soit, on se trouve ici en face d'une pièce musicale d'une très haute tenue, où\nl'auteur ne sacrifie que très peu à la mode du jour, c'est-à-dire à la musique cinématographique.\nQu'on me permette d'expliquer brièvement ce terme que j'écris ici très sérieusement.\nIl me semble qu'un grand nombre de compositions symphoniques modernes, où la sensation\nprend le pas sur le sentiment, gagneraient à l'adjonction d'un cinématographe qui serait appelé\nà expliquer et à déterminer les diverses phases du morceau.\nDu moment que toute forme musicale est bannie, comme surannée et vieux jeu, il me\nparaîtrait indispensable de faire accompagner toute musique \" sensorielle \" par sa représentation\nplastique.\nCela aurait un double avantage : i° faire comprendre ce que le compositeur a voulu dire\nà l'auditeur non snob (car le snob comprend et avale tout ce qui est à la mode... par définition);\n2° présenter à l'œil un agréable tremblotement, qui s'harmoniserait à merveille avec les petits"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.56", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3387, "texte": "chichis orchestraux et autres titillations auriculaires, constituant généralement le principal\nmérite de ces compositions.\nCeci est une question à étudier... On pourrait peut-être nommer une commission...\nA ce même programme figurait la Symphonie écossaise de Mendelssohn, rarement\nentendue maintenant. Je crois qu'il est impossible d'exécuter de façon plus parfaite et plus\nspirituelle que ne firent M. Chevillard et son bel orchestre cette élégante symphonie, aussi à la\nmode au temps de nos grand'mères que peut l'être actuellement l'Après-midi d'un Faune.\nVincent d'lndy,\n\" L'excellent violoniste Ch. Herman a fort bien joué, au Concert-Lamoureux du\n12 Janvier 1913, le Concerto en ré de Beethoven : le chef d'orchestre s'étant abstenu après\nla répétition, de tout jugement sur la valeur artistique de cet ouvrage, aucun incident ne s'est\nproduit. \"\nLe temps n'est pas éloigné où une information, d'apparence aussi normale que celle qu'on\nvient de lire, prendra, par la touchante simplicité de certains virtuoses, un intérêt\na sensationnel \", pour parler le jargon que la presse s'efforce de substituer au français dans le\nlangage contemporain.\nCe n'est vraiment pas de notre faute si les nécessités de l'actualité imposent dorénavant\naux \" correspondants particuliers \" de toutes les publications musicales l'obligation nouvelle de\nsignaler les dernières auditions de concertos \" échangées sans résultat \" entre les bretteurs de\nl'archet et ceux de la baguette.\nEst-il donc si nécessaire que la plupart des concerts soient annoncés \" avec le concours\nde M. X. ou de Mlle Z\"? Il paraît que cela plaît à Vabonné. Mais en quoi donc est-il fait\ncet \" abonné \" qui ne prend plaisir qu'à la jonglerie de ces prestidigitateurs, qui entre après le\npremier morceau de la symphonie, et qui s'en va au beau milieu de la suite d'orchestre de\nNamouna par exemple ? Sans doute, lorsqu'il s'agit de l'art du chant, nul ne se plaint d'entendre\nla belle voix de Mme Campredon dans le Madrigal lyrique d'Henri de Régnier, finement\norchestré par M. G. Grovlez. Le régal devient exquis quand s'élève la délicieuse voix de la plus\ndélicieuse Mme Nicot-Vauchelet : on se demande alors comment il se fait que cette artiste\nhors de pair, l'une des trois ou quatre cantatrices françaises de ce siècle qui connaisse et\npratique encore le véritable art du chant, soit si rarement entendue dans le cadre qui lui\nconviendrait, dans ce théâtre de l'Opéra-Comique où elle pouvait continuer si bien la noble et artis-\ntique tradition de ses ascendants, dans des rôles qui semblent faits pour elle, et que l'on donne\ntoujours à d'autres, moins qualifiées. Entendre vraiment chanter est un fait tellement rare\nqu'il faut être indulgent pour le vide musical presque complet de cette admirable leçon de\nchant qu'est ce Rossignol du pauvre Haendel : il Pensieroso. La vaillante Société Haendel n'a\njamais fait entendre cette œuvre de son patron ; en quoi elle a artistiquement agi. Mais quand\non a soi-même tout le charme du\nBarde ailé de la solitude,\non peut se permettre cette joute exquisement inutile avec la flûte agile et discrète de\nM. Deschamps. Les trois mélodies de M. G. de Saint-Quentin se prêtaient moins bien\nau déploiement du magnifique talent vocal de Mme Nicot-Vauchelet. Elles sont sobrement\nécrites, claires, un peu naïves comme il convient à des poésies plutôt intimes, ne réclamant pas"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.57", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2535, "texte": "le déploiement de ce vaste orchestre qu'une \" équipe de renfort \" allait accroître encore pour\nétaler le vide bruyant de la Fie d'un héros :\nParturiunt montes ; nascetur ridiculus mus.\nRidicule en effet, cette effroyable cadence de violon qui pour n'être pas de M. Camille\nSaint-Saëns n'en représente pas plus musicalement pour cela \" la compagne du héros\nComme on comprend que ce héros soit \"à la triste figure\" avec une encombrante compagne qui\na dû donner tant de mal à M. Soudant ! Et les \" antagonistes du héros \" (instruments de bois\ndialoguant avec des intentions sarcastiques) ! Et le \" champ de bataille \" (voyez trompettes) !\nEt les \" œuvres pacifiques \" (voyez harpes) ! Et cette \" désillusion finale \" (cor anglais)\nqui n'est rien auprès de la nôtre ! La voilà bien, la (voir ci-dessus) !\nmais quelle belle \" leçon d'orchestre surtout avec la vigoureuse direction de M. Chevillard.\nCertain dimanche de janvier, le grand chef avait cédé sa baguette et son pupître à\nVincent d'lndy, autre \" grand chef \" : c'est merveille de voir avec quelle étonnante\n\" malléabilité \" (si l'on peut dire) les mêmes musiciens se prêtent, après quelques répétitions, à\nune compréhension aussi nettement tranchée et distincte de celle dont ils ont 1 habitude.\nVigoureuse aussi, sans nul doute, la direction souple, graduée, équilibrée de Vincent d'lndy\nobtient de ces instrumentistes remarquables certains effets qui changent assurément en plus\nd'un point les usages de la maison. Rarement les œuvres du maître, le\net le deuxième tableau du Chant de la cloche,ont atteint un tel degré de fondu et d'émotion\ndans l'interprétation. Au surplus, les chanteurs solistes ont, pour la seconde de ces deux\nœuvres, fort bien traduit la pensée de l'auteur ; M. Plamondon donne même la plus complété\net la plus juste image musicale du personnage de Wilhem.\nMais on aurait tort de croire que c'est seulement dans la direction de ses propres\ncompositions que Vincent d'lndy obtient une telle perfection. Sans insister sur 1 étonnante\nouverture de Zaïs de Rameau, aussi sonore et aussi riche qu une partition du siecle dernier, la\nmagnifique exécution de la quatrième Béatitude de César Franck montre mieux encore quel\nchef incomparable est le disciple du vieux maître, quand a son experience et a son autorite\nincontestées vient s'ajouter l'amour filial et clairvoyant, seul capable de faire disparaître, dans\nla ferveur de l'action, les impérities instrumentales qui déparent parfois l'orchestre \"organistique\"\ndu père Franck.\n\nAuguste Sérieyx."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-02-15-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-02-15_01#c042", "volume": "bmtnabh_1913-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 57, "image_fin": 58, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.2.10.5", "titre_corps": "SOCIÉTÉ DES CONCERTS", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ DES CONCERTS", "signature_source": "Jean Laporte", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.57", "debut_caractere": 2537, "fin_caractere_exclue": 3547, "texte": "SOCIÉTÉ DES CONCERTS\n\nLe hasard me favorise qui me place, habituellement, aux concerts où ma fantaisie, mes\nobligations aussi, me font assister, entre des gens d opinions contraires : je les écouté,\navec la joie de ceux qui goûtent l'exaltation humaine sous toutes ses formes, s exprimei sur ce\nqu'ils entendent en termes catégoriques, et proférer ces jugements entiers que les gens en\npossession de leur bon sens citerai-je le docteur Tribulat Bonhomet ? reprouvent.\nLe dimanche 12 janvier, un ami de Vincent d'lndy vint se mettre a ma droite,\ncôté de la raison : une amie de Ch. M. Widor, de celles qui pendant la grand messe de Saint\nSulpice brûlent l'encens des compliments en l'honneur de l'organiste occupe a descendre\nl'Esprit de l'improvisation dans le pain du \" Positif\" et le vin du u Récit, s assit ama\ngauche, côté du cœur.\nDes fragments du u Chant de la cloche \" de d'lndy ayant ete executes, mon voisin parla »\na Vincent d'lndy est vraiment un chef : sa musique est de celui qui commande : et son"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.58", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3903, "texte": "commandement a des vertus religieuses : il est à la fois prêtre et soldat ; mais ceci a été dit\nsouvent ; jine autre qualité me semble primordiale, celle-ci : il est le musicien de la sécurité\nsonore : avec lui l'esprit est assuré ; le jugement à porter est garanti : les combinaisons mélodiques\net rythmiques sortent de son cerveau revêtues de la tenue qui leur convient : je vois,\nMonsieur à votre mine que vous avez savouré comme il convenait cette œuvre excellente\net de jeunesse où se dessine déjà la fermeté des principes de son auteur que rien n'a pu et ne\npourra jamais arracher à son art. \"\nIl se tut comme l'orchestre attaquait la suite en mi mineur de Widor ; quand celle-ci fut\nachevée, ma voisine frappa des mains comme les jeunes juives du psalmiste et se tournant vers\nmon voisin lui dit :\n\" Vos propos sur Vincent d'lndy sont évidemment de qualité, mais et le jugement\nd'une femme est bon, croyez-moi je donnerais le directeur de la Schola, et Debussy par\ndessus le marché, pour mon Widor ; sa musique à lui est musicale ce qu'oublie parfois d'être\ncelle de vos amis... la suite de Widor est une bien belle suite chantante nuancée, mouvementée,\nonduleuse et que l'on comprend ; ça dit ce que ça veut dire et pour ce qui est du métier je me\nsuis laissé raconter que M. Widor en savait autant qu'homme de France.\"\nLe dimanche 26 janvier, je me trouvais dans une compagnie plus dangereuse, entre\nl'homme qui protège les artistes et l'homme qui assassina le concerto.\nAprès l'exécution du concerto en fa de Chopin par Paderewski, l'homme qui protège les\nartistes parla ainsi et du haut de son faux-col.\n66 Rien n'est beau comme Paderewski jouant du piano ; il perd son apparence humaine,\npour se revêtir d'un caractère supra terrestre; son masque se creuse de toute l'angoisse même de\nla phrase mélodique ; les cheveux se rejettent en arrière de la fougue des thèmes ; les mains\nvolent comme des colombes sur les nuées des arpèges; l'amour que Paderewski met dans une telle\nreconstitution d'une œuvre en fait une véritable création ; aimer une œuvre à ce point c'est\nla créer de nouveau ; le génie de l'artiste qui exécute est souvent plus intense que celui du\ncompositeur ; celui-ci donne une base sur quoi l'artiste bâtit et le roi des artistes n'est-il pas\nconcertiste génial, pianiste ou violoniste, qui nous tient au bout de ses doigts comme un enfant\ntraîne au bout d'une corde son chariot ou son polichinelle \".\nL'homme qui assassina le concerto répondit :\n\" Vous êtes, Monsieur, trop jeune cependant certaines vieilles coquettes ont des\nsecrets qui les font paraître 20 ans quand elles en ont 60 pour avoir connu mes jours de\ntriomphe lorsque la justice populaire m'acclama à cause d'un meurtre légitime ; je suis celui\nqui assassina le concerto ; je délogeai de l'avant-scène cet espèce de régisseur parlant au public\nqui vient faire des grâces et filer des sons pendant d'insipides minutes ; bourreurs de tierces ou\nd'octaves, crachotteurs d'harmoniques, grinceurs de doubles, de triples, de quadruples cordes,\ntruqueurs de glissandos et de traits vertigineux, tous les bellâtres du piano et du violon, je les\nai eus ; mais voici qu'ils reviennent ; et leur audace est plus grande que jamais ; je sais tel\nvioloniste adulé une qui a le front de composer un programme avec trois concertos dont deux\nde virtuose de son espèce : oh ! la belle soirée que cela sera ! je sais tel violoncelliste qui ne\npermet pas que l'on puisse douter de la qualité de l'œuvre musicale qu'il interprète et qui\nn'accepte de jouer que si l'on situe un Dvorak au dessus de Jean-Sébastien Bach ; mais la\nrevanche ne saurait tarder ; je crois à la justice immanente \".\nL'homme qui protège les artistes allait répliquer quand l'orchestre se prit à jouer le\nde Rimsky-Rorsakoff ; comme il ne s'agissait que de musique l'homme qui protège les artistes\nprit son chapeau et s'en alla.\n\nJean Laporte."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-02-15-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-02-15_01#c043", "volume": "bmtnabh_1913-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 59, "image_fin": 62, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.2.11", "titre_corps": "Cabarets et Music=Halls", "titre_sommaire": "Cabarets et Music=Halls", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.59", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3311, "texte": "Cabarets et Music=Halls\n\nLes directeurs de cabarets et de music-halls cultivent une humilité excessive. Victimes du préjugé de la\nhiérarchie des genres? ils ne se sont jamais décidés à faire appel aux critiques d*art pour consacrer publiquement\nleur effort. Ce n'est que par le procédé simpliste du \" communiqué lyrique\" dont la force de persuasion est\nlimitée que le public apprend leurs prouesses. Les articles de Paul Adam, les livres de Colette Willy, les\nencouragements officiels d*Antoine n ont pu guérir le music-hall de cette modestie inébranlable. Répondant a la-\ncuriosité des artistes qui s'intéressent a Vévolution de la revue et de la chanson et croient a leur influence décisive\nsur P éducation de F œil et de V oreille des foules, S. I. M. a confié a LOUIS LALOY la mission de noter,\nchaque mois, les étapes caractéristiques de ce mouvement.\nGardiens de toutes les traditionnelles hiérarchies, nos journaux quotidiens ont coutume\nde reléguer l'annonce de ces spectacles après celle des théâtres, quand ils ne la logent pas\ndédaigneusement en quelque case vacante, entre la petite correspondance et le Monsieur\nhumanitaire qui a fait vœu d'accalmir les épidermes exubérants. Cependant le public y afflue ;\npassé neuf heures et demie du soir, pas une place ne reste disponible ni devant l'étroit plateau\noù s'avance parmi un murmure recueilli le chansonnier aimé, ni dans la vaste salle que fascine\nla scène éblouissante. Et c'est un public sans fraude, que n'amène ni la camaraderie, ni la\ndiscipline de coterie, ni la dévotion de chapelle, ni la mode, ni la vanité, ni le billet de faveur.\nAlors que, si fréquemment, au seuil de nos théâtres réguliers et de nos concerts dominicaux,\nl'auditeur doit abandonner toute espérance d'une joie véritable ou d'une opinion sincère, ici\nchacun ne vient que pour son plaisir. Aussi toutes les classes de la société sont représentées,\ndepuis les gens de maison que le complet gris repose de la livrée, jusqu'à leurs maîtres qui par\nun usage opposé endossent l'habit chaque soir, depuis les familles bourgeoises qui se font\nréserver les loges jusqu'aux beautés professionnelles qui vont et viennent par les promenoirs,\nfières de leurs panaches et relevant le pas comme des pouliches de course avant l'épreuve.\nToutes les classes, à l'exception d'une seule, peu nombreuse à la vérité, mais si indiscrète,\nfanatique et bruyante, qu'un de ses représentants peut tenir tête à une foule : celle des\nchefs et sous-chefs d'écoles.\nCe sera pour les générations futures un sujet d'étonnement inépuisable qu'au début du\nXXe siècle, en France, tant de symphonies et de sonates, tant d'opéras, de drames lyriques, de\npoèmes chantés, d'actions musicales, aient été recommandés comme des chefs-d'œuvre par une\npresse unanime, alors que pas un auditeur de bonne foi n'a jamais été capable d'en supporter\njusqu'au bout la complication, la prétention, la laideur et l'ennui ; que même on soit arrivé\nà honorer comme des maîtres et à couronner de lauriers illusoires des compositeurs qui, toute\nleur vie, alignant les notes en dépit du rythme et de l'harmonie, n'ont connu que la déception\ndes chutes irrémédiables ou la tristesse plus amère encore des applaudissements commandés:\nà telles enseignes que d'austères journalistes sont venus prétendre sans rire que l'insuccès est"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.60", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3737, "texte": "un mérite, et que le grand art est de déplaire. Ils sont eux-mêmes, à ce compte, de grands\nartistes; on ne les rencontre pas au music-hall ; ou s'ils y vont, c'est à titre privé, sans mission,\nsans mot d'ordre : ils s'effacent, ils se taisent, et leur plume hautaine s'abstiendra de tout\ncommentaire sur un délassement aussi frivole. Ainsi, au XVIIIe siècle, pendant qu'à l'Opéra\nles partisans de Luliy et ceux de Rameau, puis les ennemis de la musique française et ses\ndéfenseurs, enfin les lieutenants de Gluck et les suppôts de Piccini échangaient sans trêve les\narguments et les invectives, tranquillement, parmi les acclamations innocentes des badauds,\nles théâtres de la foire faisaient fortune, et fondaient, loin des théories, le genre de l'opéra-\ncomique, destiné à supplanter ceux-là même dont on disputait si fort. Nul doute que de même\nles établissements aimables qui aujourd'hui s'échelonnent, par cercles concentriques et toujours\nplus pressés, tout autour de l'Opéra immuable, ne recèlent, en leur confusion même et en leur\nagitation joyeuse, les destinées futures, et vagues encore, de notre musique dramatique.\nDéjà nous devons au music-hall les pages les plus savoureuses qu'un maître de notre prose\nait écrites, et si la vagabonde aujourd'hui renonce à l'inquiétude, ayant conclu un pacte avec\nle bonheur, du moins ne reniera-t-elle jamais ce que le hasard des tournées lui a donne\nd'impressions vives, ni ce que les visages luisants de fard sous le feu violet des projecteurs lui\nont révélé de passion, de courage et souvent de pur enthousiasme. Après Colette Willy, qui\noserait décrire les coulisses où le cheval de l'écuyère passe, tête baissée, parmi l'essaim paillete\ndes danseuses ; où les clowns studieux répètent chaque soir leurs facéties ; où les chiens\nsavants, muets tant que dure leur rôle, sortent de scène en se poursuivant avec des cris de joie;\noù le chef d'orchestre, nerfs tendus, gesticule, tandis qu'un régisseur ému gourmande\nd'inattentives figurantes ; où ces Anglais sains et corrects dans quelques minutes vont redes-\ncendre, grimés en musiciens grotesques ; où le ténor frise au fer sa moustache, méprisé de ce\ndompteur en grand manteau, toujours muet, que la mime principale prend pour un seigneur\nrusse ? Mais sans chercher une comparaison qui ne pourrait être que désastreuse, on doit en\ntoute justice louer l'humanité d'administrations plus pitoyables que celles des théâtres, parce\nqu'elles assistent à de plus navrantes infortunes, ainsi que le dévouement d'artistes qui sont\ncapables de se donner à un rôle, au point d'en créer à eux seuls le caractère. Sans doute la\nvaleur des interprètes a souvent aussi pour rançon, pour condition même, l'insuffisance du texte\nqui ne leur est fourni que comme une occasion de se faire valoir. Mais si le texte exprime par\nlui-même toute la pensée de l'auteur, plus n'est besoin ni d'interprètes, ni de scène, ni de mise\nen scène, ni de théâtre. Croit-on que Shakespeare ou Molière se contentaient de réciter leurs\nvers, sans les illustrer d'intonations variées, de gestes, de jeux de physionomie, même de\ngrimaces, de contorsions et de cabrioles ? De même que toutes paroles ne sont pas aptes à être\nornées de musique, de même le théâtre a son style dont les lacunes calculées ménagent\nl'initiative de l'acteur. Ce style est aujourd'hui celui du music-hall bien plus que du théâtre,\ndu théâtre musical surtout, qui a renoncé à toute action dramatique afin que l'auditeur puisse\nsuivre de toutes ses oreilles la symphonie jalonnée de motifs conducteurs.\nHéritier opulent du café-concert qui fit les délices du second empire et des premières\nannées de la république, le music-hall en diffère par l'importance qu'il accorde au spectacle,"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.61", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3572, "texte": "au lieu que le cabaret artistique, plus spécialement localisé à Montmartre, se voue à la chanson\ndépouillée d'accessoires. Le music-hall a longtemps offert au public la variété d'exhibitions\ndistinctes, appelées en jargon de coulisses numéros : numéros de force, ou d'adresse, ou de\ndressage, ou de chant, ou de danse, parfois petites pantomimes ou pochades de comédies,\ndécorées du nom anglais de sketches. Aujourd'hui le plus grand nombre des music-halls préfèrent\nle spectacle suivi. La revue, qui jadis liquidait en décembre les événements de l'année, se\nrenouvelle de saison en saison, même de mois en mois ; l'opérette remplit les intervalles.\nLes numéros sont donnés en lever de rideau ; quelquefois on les introduit dans la\npièce. C'est ainsi que l'année passée, à l'Olympia, une troupe d'équilibristes, fort remarquables\nd'ailleurs, faisaient leurs tours, en costumes d'Espagne, sur une place de Séville, devant les\npersonnages d'une aimable bouffonnerie, à peu près comme dans l'opéra le roi, au troisième\nacte, donne une fête qui sert de prétexte au ballet. Et cet intermède n'était pas l'un des moins\napplaudis.\nLa revue se nourrit de l'actualité sous toutes ses formes, bien mieux partagée en cela que\nla comédie du boulevard, qui depuis cinquante ans ne traite que des différents procédés que\npeuvent inventer deux époux pour se rendre la vie mutuellement intolérable. Elle n'exige pas\nla réforme de nos lois ; elle ne se flatte pas de jeter bas l'édifice social pour le reconstruire par\nprincipe. Elle se contente de signaler tous les excès du vice, de l'ambition et de la sottise ; elle\nse réclame du bon sens ; elle s'adresse à ce public d'honnêtes gens sans parti pris qui de tout\ntemps a donné la plus juste mesure du goût français ; elle est la revanche inoffensive de ce\ngoût contre les charlatans de toute origine qui à force d'outrecuidance sont parvenus à lui\nimposer. Aussi ne badine-t-elle pas avec le sentiment national. Un frémissement approbateur\nparcourt l'auditoire de la Cigale à cette réplique : \" M. Poincaré n'est donc pas un homme\ndu Midi ? Non, c'est l'homme de toute la France \". Des applaudissements prolongés\nsaluent le tableau de Détaillé, le Rêve, lorsqu'il prend forme sur la scène. Les glorieux\nsouvenirs de l'histoire sont également bien accueillis, ceux surtout de la révolution française :\nà la Cigale, c'est un menuet de marquises que guette la guillotine aux reflets sanglants ; à\nl'Olympia, une ci devant noble fourvoyée en un bal de sans-culottes est entourée, menacée,\nmalmenée, et sa robe en lambeaux dévoile l'agile grâce de Mlle Darthez.\nLa revue n'est pas collet monté. Elle aime les assemblées de jolies femmes, dont les plus\nfavorisées de la nature sont généreuses envers les regards qui les admirent. Pour répondre aux\ncritiques de vertueux censeurs, on a cherché de subtiles distinctions entre l'art et la pornographie,\ncomme si la beauté féminime ne répandait pas le désir de même que la fleur son parfum. A la\nCigale, le tableau des buveuses d'éther est le prétexte de nudités sculpturales et de reptations\nlangoureuses qui ont leur harmonie. La musique est l'art de l'ouïe, la peinture l'art de la vue ;\nchacun de nos sens peut devenir le principe d'un art. Croit-on qu'un tel spectacle corrompe\nles mœurs ?Il les affine au contraire et les épure. Quelle femme ne souhaiterait un amant instruit\nà cette école ? Et que valent, en comparaison, les comédies où le mariage n'exhale qu'un relent\nde papier timbré, ou les opéras à la mode de Wagner, où le héros ignore le moyen d'éveiller\nune endormie ?"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.62", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2921, "texte": "La revue répond à toutes les curiosités du public. Non seulement elle l'informe des\ndernières découvertes de la science et le tient au courant des prévisions politiques, mais elle\nrésume agréablement, pour son usage, les œuvres d'art qu'il ne connaît que par ouï-dire et les\ndiscussions d'esthétique dont les journaux lui ont transmis l'écho. L'actuelle revue de l'Olympia\ncommence par une parodie du cubisme ; on y voit paraître en suite Raymond Duncan, puis\nNijinski dans cette Apres-midi d'un Faune qui fut réservée à quelques centaines de privilégiés;\nle roman d'Anatole France, les Dieux ont soif est joliment incarné par MllO Valliez sous les\ntraits de la fougueuse marchande d'estampes; le prince des poètes, élu dans un café, est un\ngarçon de café à qui l'excellent Dorville confère la plus candide bonhomie. Enfin le premier\nacte se termine par une histoire comparée des spectacles de marionnettes, où l'on voit tour à\ntour, évoqués sous les couleurs les plus vives, les Polichinelles, les Burattini de Naples, les\nFantoches javanais, les Marionnettes de Brioché, le Casperl de Nuremberg, Karagheuz,\nPétrouchka, enfin la Marche funèbre d'une Marionnette, réglée de façon touchante. Et la\nmusique dont s'accompagne ces diverses illustrations laisse reconnaître un reflet de Fellèas, une\ncitation du Carnaval de Schumann, une autre de Namouna de Lalo, enfin un très convenable\nraccourci de Pétrouchka de Stravinski. Le tout simplifié sans doute, mais, par la même, mis à la\nportée des esprits novices ou rebelles ; après la copie, ils pourront goûter l'original ; et cette\npropagande par l'image est plus favorable aux œuvres que beaucoup d'arguments ou de\npanégyriques.\nEnfin la revue est gaie. Sérieuse à l'occasion, elle reprend vite son sourire sans amertume.\nMM. Rip et Bouquet, auteurs préférés de l'Olympia, excellent en ce genre de plaisanterie\ntrop fantaisiste pour toucher le vif, et M. Paul Fort lui-même se montrerait bien soupçonneux\nou bien modeste s'il se reconnaissait en leur Paul Costaud. M. Hugues Delorme aux rimes\nimprévues a l'imagination plus gracieuse. Sa charmante interprète Miss Campton fait valoir\nde toute sa vivacité ironique la scène de la fille sabotée par des parents syndicalistes qui n'a\nrien en place, et l'accent qu'elle peut donner au mot \" emboutellée \" est inoubliable.\nM. Claudius a la gravité la plus comique dans le rôle de l'acteur de la Comédie Française\nqui joue le classique au cinéma et y ramasse de mauvais coups parce que, explique-t-il sans se\nlasser, \" au cinéma il faut qu'on voie \". Enfin la scène de la poste restante, où un miséreux\nqui retire les lettres pour mineures s'éprend d'une employée mûrissante est une excellente scène\nde farce, et M. Pascal l'enlève de verve. De longs jours sont promis à la revue de la Cigale.\nP. S. L'Olympia vient de remplacer sa revue par une opérette dont il faut voir les\ntroublantes merveilles.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-02-15-01-c044", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-02-15_01#c044", "volume": "bmtnabh_1913-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 63, "image_fin": 64, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.2.12", "titre_corps": "Concerts Divers", "titre_sommaire": "Concerts Divers", "signature_source": "G. 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Paris n'est\nplus qu'un immense orchestre composé d'innombrables chefs de pupitre dont on ne cherche\nplus à savoir les noms.\nPour s'imposer à l'attention de la foule, ces instrumentistes n'auraient qu'à se signaler\npar un petit offert de culture et d'érudition ; ils n'auraient qu'à combiner un programme\ningénieux, attachant, instructif. Mais la gloire et le succès ne les tentent pas. Ils se contentent\nde vivre modestement sur le répertoire courant et ne recherchent que le témoignage de leur\nconscience.\nCe témoignage est celui qu'ont pu se décerner Mesdames Riss-Arbeau, Blancart,\nVeluard, Marthe Dron, Jeanne Alvin, Boutet deMonvel et Messieurs Veuve,\nFernando Via, Desider Szanto, Staub, Pergola, Canivet et Mark Hambourg\nqui ont estimé que Beethoven, Schumann, Chopin et Liszt pouvaient répondre à tous les\nbesoins de l'existence d'un pianiste. Par contre on a retenu le nom de Mlle Ingenius qui nous\nrévéla des œuvres de Rontgen, de von Brucken Fock et d'Otterstrom, ainsi que\nceux de M. Turcat dont le programme n'accueillit que des auteurs dynamiques ; de\nM. Pierre Lucas dont le modernisme éclairé s'affirma avec résolution et qui trouva en\nMme Jane Mortier une collaboratrice incomparable.\nMême abnégation chez les gens d'archet. Voyez la touchante timidité esthétique de\nM. Kreisler et de M. Enesco qui limite à M. d'Ambrosio ses explorations dans le présent.\nRemarquez au contraire l'adresse de Melle Lorrain qui en corsant son concert de l'apparition\nde M. Nouguès accompagnant un air de l'Aigle, a soulevé une curiosité durable.\nPourquoi ne chantez-vous que des pages trop classiques MM. Perlmutter et George\nWalter et vous, Mesdemoiselles Revel et Visalès ? Que n'avez-vous imité Mme\nKarweska : un air de Cavalleria Rusticana et le Crucifix de J. Faure ont suffi à l'immor-\ntaliser pour plusieurs semaines...\nNos chefs de quatuors n'ont fait également que des reprises : Parent avec d'lndy,\nChausson, Lekeu, Franck et Ravel ; Luquin avec Schubert ; Lejeune avec Mozart et\nHaydn ; Capet avec son Beethoven attitré. Le trio Cortot-Tfalbaud-Casals se consacre\nà Beethoven et à Haydn mais le trio Bailet-Talluel-Clément nous fait la grâce d'unt\npremière audition de Désiré Paque.\nLes groupes fermentent et bouillonnent mais ne nous apportent pas de révélations. 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Tricon ; que la Manécanterie des petits\nchanteurs cherche à vulgariser le motu proprio et que le Salon des Musiciens où le poète\nJean Richepin vient de fermer le piano pour faire une conférence, est bien le dernier salon où\nl'on cause.\nUne société de bienfaisance a permis à un rival heureux de l'abbé Perosi de donner une\nexécution chorale et orchestrale d'un poème lyrique intitulé le Miracle de Saint François : cet\nouvrage de l'abbé Bethenod a scandalisé les dames patronesses et séduit les musiciens\nprésents par son expressive musicalité et la sincérité de ses accents dramatiques ; des qualités\nindéniables de théâtre communiquent à ce pseudo-oratorio un parfum de fagot tout à fait\nsavoureux. A l'Ecole des Hautes Etudes Sociales avec le Quatuor Luquin, à la Comédie Royale\navec Edouard Mathé, l'infatigable Henry Expert poursuit son ardent prosélytisme.\nEnfin la vénérable Société Nationale émerveille les passants par l'adresse et l'agilité\navec laquelle, malgré son grand âge, elle escalade les murs de sa voisine la S. M. I. pour aller\ncueillir dans les plates-bandes de cette jeune personne les fleurs rares (l'azalée Ducasse, le\ngynérium Schmitt ou l'orchidée Ravel) qui ne poussent pas dans son jardin. Mais, malgré tous\nles efforts du bon jardinier Gustave, elle n'a pu réussir, ni par la greffe ni par le bouturage à\nobtenir leur reproduction.\n\nG. K."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-02-15-01-c045", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-02-15_01#c045", "volume": "bmtnabh_1913-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 64, "image_fin": 70, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.2.13", "titre_corps": "Belgique", "titre_sommaire": "Belgique", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.64", "debut_caractere": 2028, "fin_caractere_exclue": 3156, "texte": "Belgique\n\nTHÉATRES ET CONCERTS\n\nNotre Enquête sur le Théâtre musical nous a forcé de négliger la vie musicale, de plus en\nplus intense à Bruxelles. Résumons là brièvement aujourd'hui.\nAprès le Chant de là Cloche, la scène royale a ressuscité La Flûte enchantée. Ressuscité\nvraiment, puisque M. Kufferath, avec la collaboration de H. Cain, a rétabli l'antique ouvrage en\nsa forme originale et complète. C'est tâche pieuse, sans doute, mais est-il bien nécessaire\nd'accorder autant de sollicitude à des chefs-d'œuvre, soit, mais qui ont vieilli, et n'apportent plus\nguère qu'un intérêt historique. J'aimerais, pour ma part, vibrer à des frissons modernes. Pour-\nquoi ne point tourner les yeux vers le présent, et vers l'Avenir ? On a fait, avec des éléments\nnouveaux, une très remarquable reprise de Pelléas et Mèlïsande. On reprendra aussi Rhèna,\ndont le succès fut considérable l'an dernier, au cours de la saison. L'opéra que M. le baron\nBuffin a tiré de Kaatje, pièce applaudie de M. Paul Spaak, est en répétition. Ce sera vraisem-\nblement la seule partition nationale représentée cette année à Bruxelles. M. Victor Buflîn est"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.65", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4254, "texte": "en effet l'un de nos meilleurs écrivains musicaux ; son poème symphonique, exécuté aux\nConcerts Ysaye, puis à Ostende ; sa sonate pour violon et piano, ses mélodies révèlent un\ntempérament d'exubérance et de fougue, que sert une écriture pleine de recherche et de\ndistinction. —En attendant l'apparition de Kaatje, c'est en quelque théâtre populaire ou\nen province qu'il faut aller pour entendre les œuvres autochtones. Une société privée a donné\nau Théâtre flamand une représentation, d'ailleurs très imparfaite, de Perkïn Waarbeck,\nl'lmposteur Magnanime du Maître écrivain Georges Eekhoud. Le jeune compositeur\nPaul Lagye a écrit pour ce drame une musique de scène. Malheureusement le publie de\n\" marchandes des Halles \" habitué au Théâtre flamand, est peu fait pour goûter la musique,\nla \" grande \" musique. Nous reviendrons à la partition en meilleures circonstances. Paul\nest de ceux qui réclament l'attention. A peine âgé de trente ans, il a donné déjà de\nnombreuses preuves de son talent. Il écrivit cinq opéras, dont UApercevance et Franchimont\n(seule œuvre couronnée au concours national de Spa) récemment édités. Nous venons de\nparcourir la première de ces œuvres. Elle est robuste et colorée. Une âme inquiète s'y traduit,\nque torturent les angoisses, les hallucinations. Musicalement, Lagye semble se rattacher à\nPaul Gilson. Son orchestration est de pâte puissante. Il construit solidement. Il a le goût de la\nrecherche et de l'audace. Incontestablement voici un tempérament dramatique, en possession\nde moyens vigoureux et sûrs. Voici une personnalité qui s'affirmera, à bref délai, je pense, par\ndes ouvrages définitifs. C'est à Anvers, comme par le passé que l'on représente le plus d'opéras\nnationaux. M. Henry Fontaine en donnera huit cette saison. La Mort du Roi Renaud, de\nDelune, la Chanson d'Halewyn d'Albert Dupuis ont passé déjà. Dans trois jours, le Forgeron\nde la Paix de J.-B. Schrey, le distingué chef d'orchestre du Lyrique Flamand verra les feux de\nla rampe en ce joli théâtre. Notre ami et collaborateur Paul Gilson vous en parlera dans le\nnuméro prochain. Les autres partitions belges seront : La Bernoise, d'Emile Mathieu, Lorenzo\nMurano, de Potjes ; Eesjes Zwenschoon de Van Overmeer, Weibike de Verheyden ; Studentenlief\nde J. Blockx. On trouve donc, à Anvers, de quoi représenter huit opéras en une seule saison\ncependant qu'à Bruxelles, l'or* éprouve toutes les difficultés à en monter une. C'est déplorable,\nquelles que soient les raisons de cet état de choses. Le théâtre de Gand a lui aussi produit une\npartition belge, Y poème de Maeterlinck, musique de Léo Van der Haegen. L'œuvre,\nremarquable, a fait vive impression ; elle marque un succès pour l'excellent compositeur. A\nLiège enfin, une direction téméraire annonça plusieurs pièces nationales. Un ouvrage de\nMawet (junior) est sur le chantier.\nNombreuses, quotidiennes, multi-quotidiennes même, les auditions. Le grand Paderewsky\nnous est revenu pour quelques heures au cours de la triomphale tournée qu'il accomplit à\ntravers les deux mondes. La foule a envahi le Théâtre de la Monnaie du Paradis jusqu'à la\nscène. Paderewsky, dans cette apothéose, se sera-t-il souvenu des jours, lointains déjà, où il\nfit ses débuts, à Bruxelles. Car c'est chez nous que commença cette éblouissante carrière. C'était\nen 1888, la seizième année de la direction Joseph Dupont aux Concerts Populaires. C'était\nà l'époque héroïque où le vaillant chef d'orchestre, hélas,point encore remplacé, conduisait les\npartitions wagnériennes àla victoire. Parmi les mélomanes enthousiastes qui firent alors la\nréputation dont notre ville jouit encore à l'étranger, l'un des plus convaincus était M. Elkan,\nun Allemand, représentant à Bruxelles d'une compagnie anglaise d'assurances. Le siège de cette\nfirme était situé en face du Conservatoire. Or, se trouvant, en la saison de 1888, de passage\nà Stuttgart l'amateur bruxellois eut l'occasion d'entendre, en un salon, un très obscur\nprofesseur de piano, dont la crinière léonine, le masque volontaire, et le talent prestigieux aussi,\nl'impressionnèrent vivement. Il s'écria, transporté, \" Vous êtes le roi des pianistes ! Mon ami,\nsi vous le voulez, je vous ferai célèbre en six mois ! \" L'humble professeur consentit, comme"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.66", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4010, "texte": "bien on pense. Quelque temps après, M. Elkan le montrait à Bruxelles. Il lui faisait visiter\nnotre Conservatoire. Paderewsky, c'était lui, parcourut toutes les classes de l'établisse-\nment. Il entrait ; sa chevelure, d'un roux magnifique, flamboyait comme un soleil couchant\nil écoutait quelques mesures en son honneur, puis s'en allait, toujours silencieux sous la\nconduite de mécène. Il se fit entendre pour la première fois au puis le\ndimanche 9 décembre, au concert populaire, le premier de la saison. Il y exécuta le\npour piano n. 5, en mi bémol, avec accompagnement d'orchestre, de Beethoven, un\n(op 52) de Schumann, un Nocturne et Scherzo de Chopin, et la\navec orchestre de Fr. Liszt.\nLe mercredi suivant, il jouait à la Grande Harmonie, devant une salle à demi remplie,\nmalgré le succès remporté ! Ainsi fut consacré, pour la première fois, l'artiste. Paris lui fit,\nà peu de jours de là, un accueil délirant. La prédiction du brave M. Elkan se réalisa, avec\nune surprenante rapidité.\nAprès Paris, Londres, Vienne, Berlin, Varsovie, toutes les grandes capitales l'acclamèrent.\nL'Amérique, bientôt, l'accapara tout à fait. Il n'est revenu qu'une fois à Bruxelles, il y a\nquelques quinze ans, à un concert organisé par la Société des Nouveaux-Concerts défunte\ndepuis.\nBeaucoup d'autres auditions intéressantes mériteraient d'être commentées : hélas la place\nnous est mesurée. Signalons en premier lieu la séance donnée chez Giroux, en l'exquise salle\nd'exposition, la plus jolie de Bruxelles, par la section belge de S. I. M. Elle fut de grand art.\nNotre ami J. J. Nin, dont on connaît le talent subtil et de pianiste, et d'écrivain, MUe Julia\nDemont, le violoniste Blanco Recio y prêtaient leur concours. Nin s'est spécialisé dans l'inter-\nprétation des vieux maîtres italiens: il y excelle. Blanco Recio et Mlle Demont sont eux aussi de\ndélicats artistes. Tous trois offrirent à l'assistance d'élite venue pour les entendre, des joies\nprécieuses et rares. Sous les auspices du groupe belge de la Société Internationale de Musique\nencore, Mlle Roggere, diplômée de l'lnstitut Jacques Dalcroze a donné le 30 janvier une\ndémonstration de gymnastique rythmique. |MM. Joseph Jongen et Delgouffre, l'un comme\nimprovisateur, l'autre comme conférencier, la secondèrent. Nous avons eu l'occasion, naguère,\nd'exprimer notre opinion quant à la méthode Dalcroze. Cette opinion n'a point changé, du\nmoins, en ce qui concerne le sens artistique, et purement musical de l'éducation. Nous lui\nreconnaissons une utilité, incontestable, au point de vue pédagogique, pour la formation des\ninstrumentistes, des chefs d'orchestres, des danseuses. Nous avons vu des bambins de cinq ans,\net même de quatre ans et demi, reconnaître et figurer, à la simple audition d'un motif, des\nmesures en cinq et en sept temps, ce que le professionnel le plus averti ne pourrait faire\nd'emblée, c'est entendu ! Mais est-ce la musique ? Est-ce l'art ? Cette éducation ne\ndétruit-elle pas le rythme individuel et l'harmonie instinctive des rythmes puérils ?\nQue les âmes musiciennes ignorent donc les mesures en cinq ou en sept temps, et toutes les\nautres. La nature les nie, qui fait les fleurs et les oiseaux. Défendons-nous contre le méca-\nnisme. Il nous paralyse et la vraie volonté le brise.\nLa société nationale des Compositeurs belges organise plusieurs concerts, dont un d'orchestre.\nDeux ont eu lieu, les 16 décembre et 10 janvier. Ils attirèrent la foule, la grande foule. Le\npremier, avec le concours de MIIe Julia Boogaerts, cantatrice, Mlles Gladys Mayne et\nA. Jones, pianistes. M.M. Charles Hemisse pianiste et Kuhner violoncelliste avait au pro-\ngramme une Sonate pour orgue (transcrite pour deux pianos) de Ray. Moulaert, œuvre de belle\narchitecture et de savante écriture ; des mélodies agréables de M. Jaspar et Willems : un\nnocturne de Paul Gilson, page d'inspiration profonde, assez peu pianistique, mais que parvint\nà rendre, malgré les difficultés accumulées, avec un art étrangement pénétrant, le pianiste"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.67", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4328, "texte": "Charles Hemisse, ce pur, ce compréhensif, ce consciencieux artiste que nous voyons enfin\napprécié à sa valeur. Les Jacques Tibaud, les Fritz Kreisler, les cantatrices étrangères les plus\ncélèbres ont fait de lui leur accompagnateur en Belgique. Les uns et les autres trouvent en lui\nla sécurité absolue. N'accompagne-t-il pas chaque fois, au pied levé, et sur les manuscrits\nfaits par lui-même, Kreisler ? Une interprétation délicate et fouillée, une science sans\ndéfauts, un goût des plus raffiné, une virtuosité qui, pour rester opiniâtrement modeste n'en\nest pas moins des plus remarquables Hémisse, compositeur et instrumentiste, prendra\nmalgré lui une toute première place chez nous. Au même concert quelques mélodies un peu\nsèches, mais de technique impeccable et M. Lunssens, et une Sonate pour violoncelle et piano\nde J. Strauwen. La deuxième scéance, plus homogène, réunissait d'excellentes œuvres dont\nplusieurs déjà entendues. Mais il y a, Dieu merci, assez de pages inédites dans les cartons de\nnos musiciens pour qu'on puisse regretter la mise au programme d'œuvres connues. La Société\nNationale des Compositeurs belges a toujours manqué et elle manque encore d'audace,\nd'indépendance, de morgue aussi, souvent nécessaire. Il convient d'aller de l'avant, de briser\nles vitres au besoin de crier fort, cela n'empêche pas la musique, au contraire... Ceci dit, je\nm'empresse d'ajouter que les Sonates de Jongen et de Vreuls sont des meilleures productions de\nl'école franco-wallonne. Des mélodies de M. Léop. Samuel, j'ai longuement parlé lors de leurs\npremières et deuxième exécution... Elles viennent de paraître : Les Heures d' trois\nclairs poèmes d'Emile Verhaeren à l'Edition Mutuelle... Des pièces pour piano, d'un sentiment\ncharmeur, d'un style aimable et d'une écriture parfaite d' A. De Greef, quelques mélodies\n\" piquantes \" fort bienvenues de M. Rasse. Mlle Bernard, pianiste, Mlle Suzanne Poirier\ncantatrice, MM. Bosquet et de Pauw s'y firent applaudir. Mr Léon Du Bois, le nouveau\ndirecteur du Conservatoire Royal, a inauguré ses Concerts à l'Etablissement. Il y a remporté\nun franc succès. Mme Maria Philippi, la célèbre cantatrice, prêtait son concours au deuxième.\nElle chanta le Psaume V de Marcello, l'arioso : Dank sei dir et l'air ; Arsace de Partenope de\nHaendel, et Kindertotenlieder, cycle de poèmes sur la mort de deux enfants de Gustave Mahler.\nCette œuvre poignante, d'une émotion dramatique intense, impressionna si vivement que plu-\nsieurs personnes en furent malades ; l'une même eut une crise nerveuse. Au programme encore\nun poème symphonique de Smetana, et la 8e symphonie de Beethoven. L'orchestre fut parfait\nsous la baguette de M. Léon Du Bois, qui décidément, s'engage dans une bonne voie.\nAux Concerts Ysaye : un festival Mozart, un festival Brahms, un festival Beethoven, un\nfestival Strauss. Au 23 février, nous avons un festival Wagner, puis un \"Frank\" puis un\n\" belge \". Voilà d'imposantes figures. Nous n'avons plus grand chose à dire des Concerts\nYsaye, on en connaît le caractère, la vogue, l'allure un peu bohème, mais très artiste. On sait\naussi tout ce qu'il faut savoir des maîtres et des œuvres qu'ils fêtent cette année. Nous\nparlerons spécialement du concert belge. Les concerts populaires, dont l'administration est\nconfiée à la maison Schott, ont clôturé leur cycle, ou plutôt, leur carré. Les Cappel-Meister :\nSechiari, Raabe, Pfitzner, S. Dupuis, les virtuoses : Lucien Capet, Lamond, Bramester, et Pablo\nCasais, par deux et tour à tour récoltèrent succès dans des exécutions de programmes n'offrant\nguère de u nouveautés \". Les u jeunes \" Belges, et j'en demande les raisons furent encore\nune fois négligés, ignorés, sacrifiés. Il est bien entendu que la Belgique n'est qu'une infime\nprovince de la patrie musicale, mais enfin, elle a ses droits. Les concerts dits populaires et\nqui pourraient le devenir vraiment, sont précisément bien placés pour faire connaître les nôtres !\n\" On \" avait dit qu'une intervention ministérielle imposerait 40 minutes de musique belge !\nA quelles mesures extrêmes, et extrêmement ridicules, est-on donc forcé d'en venir ? Elle\nrestent infertiles au surplus. En fait de \" révélation \", M. Sylvain Dupuis a dirigé au dernier\nconcert, un fragment du Songe d'une nuit d'hiver d'Auguste de Boeck, partition vivante, pleine"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.68", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 4310, "texte": "de verve et de pétulance, attestant une aisance, une facilité, une sûreté dans le technique et\nl'expression, vraiment peu ordinaires. Mais le public, celui des premières de la Monnaie, ce\npublic prétentieux, dédaigneux, ignare, qui se pâme au Puccini, a profité de ce que l'on avait,\nintentionnellement peut-être, placé cette œuvre à la fin du programme, pour quitter ironique-\nment la salle. Quand donc le vrai \" populaire \" remplacera-t-il ces snobs, auxquels l'on\ns'obstine à vouloir imposer notre art, comme s'il était capable de le comprendre ? Une\nentreprise qui se décore, assez improprement sans doute, du titre de Société Philharmonique,\nnous valut jusqu'ici deux auditions sentationnelles : Raoul Pugno-Eugène Ysaye. Ils furent\nmerveilleux dans la sonate de Frank, toujours sublime. Fritz Kreisler, avec Charles Hémisse,\nenthousiasma lui aussi une assistance exceptionnelle qui apprécie son jeu tzigane, un peu, mais\nsuprêmement virtuose. Son programme est toujours \" viennois \", \" italien \", \" petit-prince\nil nous cisèle, avec brio, délicatesse et pureté des bijoux vieillots et fragiles, aux incrustations\nétincelantes, aux fins caprices d'orfèvrerie. Mathieu Crikboom, F. Gaillard, et Mme Marx-\nGoldschmidt donnèrent à la grande Harmonie trois séances Beethoven. Nous avons dit l'an\ndernier la maîtrise avec laquelle l'éminent violoniste joua les sonates de Beethoven. Cette fois,\nil en exécutait encore quelques unes ; M. Gaillard, un artiste talentueux, interpréta trois\nsonates pour violencelle, avec piano. Mme Marx-Goldschmidt fut leur digne partenaire dans les\ntrios. Ces soirées valurent nouveaux lauriers à ces virtuoses dont la collaboration est tout à fait\nheureuse. Salle Nouvelle, Mme Berry, cantatrice, MM. Louis Barcn, altiste, Perachio, pianiste,\nZimmer et Moulaert, suscitent l'attention, à deux mardis de bonne musique. Retenons des\nprogrammes très clectiques, la Sonata du Caméra de Locatelli, bien comprise et rendue par\nMM. Baroen et Peruchio, la sonate pour alto et piano de Karl Klinger, œuvre moderne\nhérissée de difficultés ; des lieder de Schumann, et Pourquoi de Raymond Moulaert.\nDie junge Nonne, de Schubert, chantée excellemment par Mme Berry et Mlle Marguerite\nLaenen inaugura les auditions de la salle Giroux. Nous avons parlé ici de son admirable talent,\nfait de fougue, de clarté, d'aisance. Elle jouait, selon son habitude (elle est presque exception-\nnelle en Belgique, et c'est pourquoi nous la remarquons) des œuvres de nos compositeurs :\nGilson, Moulaert, De Boeck-Mademoiselle Laenen fait ainsi noble tâche, de propagande\nsolidaire, car elle même compose... Bravo ! Des œuvres belges aussi aux concerts de Marcel\nJorez, violoniste, Charles Scharrès, pianiste et Fanny Carîhant, cantatrice. Les sonates de\nFranck et de Lekeu, un beau poème pour violon et piano de Victor Buffîn, des mélodies de\nLekeu, Buffin, Lefèbure, Lauweryns, Auguste De Boeck. Une série de séances (musique\nancienne et moderne) par le quatuor Chaumont. A la deuxième, à noter la première exécution\nd'un quatuor de Ravel. Citons encore une audition du quatuor Carpay, un concert Edouard\nDeru, une séance de musique de chambre donnée par Mme Eggermont et Edouard Lambert,\nune soirée de bienfaisance avec le concours de M3le Julia Demont, MM. Edouard Deru et\nM. Laoureux, plusieurs récitals : Hélène Duisart, lauréate du concours \" Musica \" en 1911,\nc'est une virtuose accomplie, avec le concours de G. De Greef, chef d'orchestre ;Edyth Walker;\nGabrielle Tambuyser, excellente pianiste; Julia Loicq, cantatrice; Louis Closson, A. Veuve,\nSeverin Eisenberger, Richard Buhlig, tous pianistes appréciés; une conférence et audition\nmusicale organisée par notre consœur à la Vie Intellectuelle avec Monsieur André du Fresnois\nrédacteur au Gil Blas, Mlles d'Ambly, cantatrice; Maud Delstauche, violoniste. Cette dernière\na remporté par ailleurs un succès à Verviers et se voit fêtée en ce moment à Berlin; une\naudition à l'Ecole de musique d'Anderlecht, sous la direction de Monsieur Soudant, compositeur;\nun concert \" de Gala \" consacré aux œuvres de Charles Mélaut : F Ami du Roi (ouverture de\nl'opéra avec Lucien Solvay). La désespérance de Faust (fragments d'un acte avec Edmond Picard).\nU Autre (drame lyrique avec Liebrecht et Duplessy), une exécution, à l'église protestante,"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.69", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3526, "texte": "place du Musée, d'un Aria de Mlle Huguette d'Haricourt, violoniste et compositeur. Le\nvioloncelliste Van Horen annonce plusieurs séances avec Charles Hénusse. Une mention spé-\nciale du concert Guillain-Buestt. M\"e Guillain, l'une des brillantes élèves d'Ysaye, est en\npossession d'un métier très sur. Son jeu est plein d'âme et de force, il dégage avec justesse le\nsentiment des œuvres, il ne tombe jamais dans la fausse grâce, défaut commun aux violonistes\ndu beau sexe. M. Buestt est un pianiste maître de sa technique. Il a de la puissance, il s'est\nfait applaudir dans les concertos de Liszt, de Saint-Saëns, pages brillantes, acrobatiques même,\nd'un grand effet.\nL'Œuvre de la goutte de lait de Forest nous convia à une Heure de Musique, d'un choix\nexquis. Mme Noblet, violoncelliste, MM. Charles Henusse et Chaumont y interprétèrent le\nbeau trio de Leclair (1687-1764), Mme Le Bœuf chanta une mélodie de Papini (1744) tendre\net passionnée, avec accompagnement du violon et du violoncelle. Mme Le Bœuf, la présidente\nde l'Œuvre possède une voix sympathique, cultivée;elle chante avec délicatesse et sentiment.\nLe timbre puissant de basse-barytonnante de M. Van der Borght, un amateur, porta jusqu'aux\nbalcons garnis de fronts attentifs, l'air de la Fille et une mélodie\nde Richard Strauss. Mine Noblet phrasa, avec une émotion pénétrante, le très évocateur, mélan-\ncolique et suave Chant du Soir de Schumann. Je garde encore l'évocation charmante de la\nChanson Louis XIII et Pavane,(marquises de Watteau dans un paysage lunaire, poudrerizées et\nde rose vêtues), jouées avec une délicatesse infinie par Chaumont et Charles Henusse. Madame\nDemest, cantatrice, accompagnée par M. Henry Les Broussarts, nous révéla une\nun petit chef-d'œuvre émouvant de Duparc, le d'E. Chausson,\nde Fabre. M. Henry Les Broussarts est un pianiste talentueux. Il joint à l'avantage natif de\nposséder une âme musicienne, celui d'avoir acquis beaucoup de science, une culture, un\nraffinement que lui envieraient beaucoup d'artistes, et le plus subtil talent de critique. Nous le\nvîmes diriger le chœur de dames qu'il a formé. De jolies voix, de fervents enthousiasmes sans\nprétention, sans doute, mais qui veulent et qui réussissent. C'est avec un art réel, de la souplesse,\nde l'ensemble, une belle compréhension que furent chantés : Sur la Mer, de Vincent d'lndy,\nœuvre difficile, et le pittoresque Boerenkerrnislied,de Gustave Huberty, peinture pleine de vie,\nde caractère, de la fête paysanne et flamande... Les rythmes lourds, frappés à la cadence des\nsabots, la gaieté saine et franche, l'allure endiablée... C'est bien ainsi que les gars de Flandre\nvont au plaisir. Beaucoup d'art, on le voit, et du meilleur, au service d'une sincère philan-\nthropie. Le geste en est deux fois joli.\nArrêtons ici ces notes rapides. Il faudrait signaler encore une belle exécution de la\nSolennis de Beethoven à la Société de Musique sacrée d'Anvers (direction Outrop). Le 4 mars,\non y donnera Les Béatitudes de César Franck. A Tournay, celles-ci furent exécutés récemment.\nLa Société de Musique annonce La Damnation et un concert qui sera dirigé\npar le Maître.\n\nRené Lyr.\n\nMEMENTO.\nVient de paraître : Macbeth, poème symphonique de S. Dupuis, (partition éditée chez Breit-\nkopff et Hârtell). Cette \"paraphrase\" orchestrale vient d'être exécutée aux Concerts Populaires...\nElle est puissante et dramatique. Trois Poèmes de René Lyr mélodies de Lucien Mawet. Noctuelles\net Le Soir poèmes de René Lyr, musique de Léo Jadin. (Breitkopff et Hârtel)."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.70", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 585, "texte": "Le Jury du Concours Musical de la Maison Riesenburger, à Bruxelles, a primé deux\nœuvres : de M. J. Toussaint-De Sutter, et Berceuse, de M. E. 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Victor Buflîn est"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.65", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4254, "texte": "en effet l'un de nos meilleurs écrivains musicaux ; son poème symphonique, exécuté aux\nConcerts Ysaye, puis à Ostende ; sa sonate pour violon et piano, ses mélodies révèlent un\ntempérament d'exubérance et de fougue, que sert une écriture pleine de recherche et de\ndistinction. —En attendant l'apparition de Kaatje, c'est en quelque théâtre populaire ou\nen province qu'il faut aller pour entendre les œuvres autochtones. Une société privée a donné\nau Théâtre flamand une représentation, d'ailleurs très imparfaite, de Perkïn Waarbeck,\nl'lmposteur Magnanime du Maître écrivain Georges Eekhoud. Le jeune compositeur\nPaul Lagye a écrit pour ce drame une musique de scène. Malheureusement le publie de\n\" marchandes des Halles \" habitué au Théâtre flamand, est peu fait pour goûter la musique,\nla \" grande \" musique. Nous reviendrons à la partition en meilleures circonstances. Paul\nest de ceux qui réclament l'attention. A peine âgé de trente ans, il a donné déjà de\nnombreuses preuves de son talent. Il écrivit cinq opéras, dont UApercevance et Franchimont\n(seule œuvre couronnée au concours national de Spa) récemment édités. Nous venons de\nparcourir la première de ces œuvres. Elle est robuste et colorée. Une âme inquiète s'y traduit,\nque torturent les angoisses, les hallucinations. Musicalement, Lagye semble se rattacher à\nPaul Gilson. Son orchestration est de pâte puissante. Il construit solidement. Il a le goût de la\nrecherche et de l'audace. Incontestablement voici un tempérament dramatique, en possession\nde moyens vigoureux et sûrs. Voici une personnalité qui s'affirmera, à bref délai, je pense, par\ndes ouvrages définitifs. C'est à Anvers, comme par le passé que l'on représente le plus d'opéras\nnationaux. M. Henry Fontaine en donnera huit cette saison. La Mort du Roi Renaud, de\nDelune, la Chanson d'Halewyn d'Albert Dupuis ont passé déjà. Dans trois jours, le Forgeron\nde la Paix de J.-B. Schrey, le distingué chef d'orchestre du Lyrique Flamand verra les feux de\nla rampe en ce joli théâtre. Notre ami et collaborateur Paul Gilson vous en parlera dans le\nnuméro prochain. Les autres partitions belges seront : La Bernoise, d'Emile Mathieu, Lorenzo\nMurano, de Potjes ; Eesjes Zwenschoon de Van Overmeer, Weibike de Verheyden ; Studentenlief\nde J. Blockx. On trouve donc, à Anvers, de quoi représenter huit opéras en une seule saison\ncependant qu'à Bruxelles, l'or* éprouve toutes les difficultés à en monter une. C'est déplorable,\nquelles que soient les raisons de cet état de choses. Le théâtre de Gand a lui aussi produit une\npartition belge, Y poème de Maeterlinck, musique de Léo Van der Haegen. L'œuvre,\nremarquable, a fait vive impression ; elle marque un succès pour l'excellent compositeur. A\nLiège enfin, une direction téméraire annonça plusieurs pièces nationales. Un ouvrage de\nMawet (junior) est sur le chantier.\nNombreuses, quotidiennes, multi-quotidiennes même, les auditions. Le grand Paderewsky\nnous est revenu pour quelques heures au cours de la triomphale tournée qu'il accomplit à\ntravers les deux mondes. La foule a envahi le Théâtre de la Monnaie du Paradis jusqu'à la\nscène. Paderewsky, dans cette apothéose, se sera-t-il souvenu des jours, lointains déjà, où il\nfit ses débuts, à Bruxelles. Car c'est chez nous que commença cette éblouissante carrière. C'était\nen 1888, la seizième année de la direction Joseph Dupont aux Concerts Populaires. C'était\nà l'époque héroïque où le vaillant chef d'orchestre, hélas,point encore remplacé, conduisait les\npartitions wagnériennes àla victoire. Parmi les mélomanes enthousiastes qui firent alors la\nréputation dont notre ville jouit encore à l'étranger, l'un des plus convaincus était M. Elkan,\nun Allemand, représentant à Bruxelles d'une compagnie anglaise d'assurances. Le siège de cette\nfirme était situé en face du Conservatoire. Or, se trouvant, en la saison de 1888, de passage\nà Stuttgart l'amateur bruxellois eut l'occasion d'entendre, en un salon, un très obscur\nprofesseur de piano, dont la crinière léonine, le masque volontaire, et le talent prestigieux aussi,\nl'impressionnèrent vivement. Il s'écria, transporté, \" Vous êtes le roi des pianistes ! Mon ami,\nsi vous le voulez, je vous ferai célèbre en six mois ! \" L'humble professeur consentit, comme"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.66", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4010, "texte": "bien on pense. Quelque temps après, M. Elkan le montrait à Bruxelles. Il lui faisait visiter\nnotre Conservatoire. Paderewsky, c'était lui, parcourut toutes les classes de l'établisse-\nment. Il entrait ; sa chevelure, d'un roux magnifique, flamboyait comme un soleil couchant\nil écoutait quelques mesures en son honneur, puis s'en allait, toujours silencieux sous la\nconduite de mécène. Il se fit entendre pour la première fois au puis le\ndimanche 9 décembre, au concert populaire, le premier de la saison. Il y exécuta le\npour piano n. 5, en mi bémol, avec accompagnement d'orchestre, de Beethoven, un\n(op 52) de Schumann, un Nocturne et Scherzo de Chopin, et la\navec orchestre de Fr. Liszt.\nLe mercredi suivant, il jouait à la Grande Harmonie, devant une salle à demi remplie,\nmalgré le succès remporté ! Ainsi fut consacré, pour la première fois, l'artiste. Paris lui fit,\nà peu de jours de là, un accueil délirant. La prédiction du brave M. Elkan se réalisa, avec\nune surprenante rapidité.\nAprès Paris, Londres, Vienne, Berlin, Varsovie, toutes les grandes capitales l'acclamèrent.\nL'Amérique, bientôt, l'accapara tout à fait. Il n'est revenu qu'une fois à Bruxelles, il y a\nquelques quinze ans, à un concert organisé par la Société des Nouveaux-Concerts défunte\ndepuis.\nBeaucoup d'autres auditions intéressantes mériteraient d'être commentées : hélas la place\nnous est mesurée. Signalons en premier lieu la séance donnée chez Giroux, en l'exquise salle\nd'exposition, la plus jolie de Bruxelles, par la section belge de S. I. M. Elle fut de grand art.\nNotre ami J. J. Nin, dont on connaît le talent subtil et de pianiste, et d'écrivain, MUe Julia\nDemont, le violoniste Blanco Recio y prêtaient leur concours. Nin s'est spécialisé dans l'inter-\nprétation des vieux maîtres italiens: il y excelle. Blanco Recio et Mlle Demont sont eux aussi de\ndélicats artistes. Tous trois offrirent à l'assistance d'élite venue pour les entendre, des joies\nprécieuses et rares. Sous les auspices du groupe belge de la Société Internationale de Musique\nencore, Mlle Roggere, diplômée de l'lnstitut Jacques Dalcroze a donné le 30 janvier une\ndémonstration de gymnastique rythmique. |MM. Joseph Jongen et Delgouffre, l'un comme\nimprovisateur, l'autre comme conférencier, la secondèrent. Nous avons eu l'occasion, naguère,\nd'exprimer notre opinion quant à la méthode Dalcroze. Cette opinion n'a point changé, du\nmoins, en ce qui concerne le sens artistique, et purement musical de l'éducation. Nous lui\nreconnaissons une utilité, incontestable, au point de vue pédagogique, pour la formation des\ninstrumentistes, des chefs d'orchestres, des danseuses. Nous avons vu des bambins de cinq ans,\net même de quatre ans et demi, reconnaître et figurer, à la simple audition d'un motif, des\nmesures en cinq et en sept temps, ce que le professionnel le plus averti ne pourrait faire\nd'emblée, c'est entendu ! Mais est-ce la musique ? Est-ce l'art ? Cette éducation ne\ndétruit-elle pas le rythme individuel et l'harmonie instinctive des rythmes puérils ?\nQue les âmes musiciennes ignorent donc les mesures en cinq ou en sept temps, et toutes les\nautres. La nature les nie, qui fait les fleurs et les oiseaux. Défendons-nous contre le méca-\nnisme. Il nous paralyse et la vraie volonté le brise.\nLa société nationale des Compositeurs belges organise plusieurs concerts, dont un d'orchestre.\nDeux ont eu lieu, les 16 décembre et 10 janvier. Ils attirèrent la foule, la grande foule. Le\npremier, avec le concours de MIIe Julia Boogaerts, cantatrice, Mlles Gladys Mayne et\nA. Jones, pianistes. M.M. Charles Hemisse pianiste et Kuhner violoncelliste avait au pro-\ngramme une Sonate pour orgue (transcrite pour deux pianos) de Ray. Moulaert, œuvre de belle\narchitecture et de savante écriture ; des mélodies agréables de M. Jaspar et Willems : un\nnocturne de Paul Gilson, page d'inspiration profonde, assez peu pianistique, mais que parvint\nà rendre, malgré les difficultés accumulées, avec un art étrangement pénétrant, le pianiste"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.67", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4328, "texte": "Charles Hemisse, ce pur, ce compréhensif, ce consciencieux artiste que nous voyons enfin\napprécié à sa valeur. Les Jacques Tibaud, les Fritz Kreisler, les cantatrices étrangères les plus\ncélèbres ont fait de lui leur accompagnateur en Belgique. Les uns et les autres trouvent en lui\nla sécurité absolue. N'accompagne-t-il pas chaque fois, au pied levé, et sur les manuscrits\nfaits par lui-même, Kreisler ? Une interprétation délicate et fouillée, une science sans\ndéfauts, un goût des plus raffiné, une virtuosité qui, pour rester opiniâtrement modeste n'en\nest pas moins des plus remarquables Hémisse, compositeur et instrumentiste, prendra\nmalgré lui une toute première place chez nous. Au même concert quelques mélodies un peu\nsèches, mais de technique impeccable et M. Lunssens, et une Sonate pour violoncelle et piano\nde J. Strauwen. La deuxième scéance, plus homogène, réunissait d'excellentes œuvres dont\nplusieurs déjà entendues. Mais il y a, Dieu merci, assez de pages inédites dans les cartons de\nnos musiciens pour qu'on puisse regretter la mise au programme d'œuvres connues. La Société\nNationale des Compositeurs belges a toujours manqué et elle manque encore d'audace,\nd'indépendance, de morgue aussi, souvent nécessaire. Il convient d'aller de l'avant, de briser\nles vitres au besoin de crier fort, cela n'empêche pas la musique, au contraire... Ceci dit, je\nm'empresse d'ajouter que les Sonates de Jongen et de Vreuls sont des meilleures productions de\nl'école franco-wallonne. Des mélodies de M. Léop. Samuel, j'ai longuement parlé lors de leurs\npremières et deuxième exécution... Elles viennent de paraître : Les Heures d' trois\nclairs poèmes d'Emile Verhaeren à l'Edition Mutuelle... Des pièces pour piano, d'un sentiment\ncharmeur, d'un style aimable et d'une écriture parfaite d' A. De Greef, quelques mélodies\n\" piquantes \" fort bienvenues de M. Rasse. Mlle Bernard, pianiste, Mlle Suzanne Poirier\ncantatrice, MM. Bosquet et de Pauw s'y firent applaudir. Mr Léon Du Bois, le nouveau\ndirecteur du Conservatoire Royal, a inauguré ses Concerts à l'Etablissement. Il y a remporté\nun franc succès. Mme Maria Philippi, la célèbre cantatrice, prêtait son concours au deuxième.\nElle chanta le Psaume V de Marcello, l'arioso : Dank sei dir et l'air ; Arsace de Partenope de\nHaendel, et Kindertotenlieder, cycle de poèmes sur la mort de deux enfants de Gustave Mahler.\nCette œuvre poignante, d'une émotion dramatique intense, impressionna si vivement que plu-\nsieurs personnes en furent malades ; l'une même eut une crise nerveuse. Au programme encore\nun poème symphonique de Smetana, et la 8e symphonie de Beethoven. L'orchestre fut parfait\nsous la baguette de M. Léon Du Bois, qui décidément, s'engage dans une bonne voie.\nAux Concerts Ysaye : un festival Mozart, un festival Brahms, un festival Beethoven, un\nfestival Strauss. Au 23 février, nous avons un festival Wagner, puis un \"Frank\" puis un\n\" belge \". Voilà d'imposantes figures. Nous n'avons plus grand chose à dire des Concerts\nYsaye, on en connaît le caractère, la vogue, l'allure un peu bohème, mais très artiste. On sait\naussi tout ce qu'il faut savoir des maîtres et des œuvres qu'ils fêtent cette année. Nous\nparlerons spécialement du concert belge. Les concerts populaires, dont l'administration est\nconfiée à la maison Schott, ont clôturé leur cycle, ou plutôt, leur carré. Les Cappel-Meister :\nSechiari, Raabe, Pfitzner, S. Dupuis, les virtuoses : Lucien Capet, Lamond, Bramester, et Pablo\nCasais, par deux et tour à tour récoltèrent succès dans des exécutions de programmes n'offrant\nguère de u nouveautés \". Les u jeunes \" Belges, et j'en demande les raisons furent encore\nune fois négligés, ignorés, sacrifiés. Il est bien entendu que la Belgique n'est qu'une infime\nprovince de la patrie musicale, mais enfin, elle a ses droits. Les concerts dits populaires et\nqui pourraient le devenir vraiment, sont précisément bien placés pour faire connaître les nôtres !\n\" On \" avait dit qu'une intervention ministérielle imposerait 40 minutes de musique belge !\nA quelles mesures extrêmes, et extrêmement ridicules, est-on donc forcé d'en venir ? Elle\nrestent infertiles au surplus. En fait de \" révélation \", M. Sylvain Dupuis a dirigé au dernier\nconcert, un fragment du Songe d'une nuit d'hiver d'Auguste de Boeck, partition vivante, pleine"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.68", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 4310, "texte": "de verve et de pétulance, attestant une aisance, une facilité, une sûreté dans le technique et\nl'expression, vraiment peu ordinaires. Mais le public, celui des premières de la Monnaie, ce\npublic prétentieux, dédaigneux, ignare, qui se pâme au Puccini, a profité de ce que l'on avait,\nintentionnellement peut-être, placé cette œuvre à la fin du programme, pour quitter ironique-\nment la salle. Quand donc le vrai \" populaire \" remplacera-t-il ces snobs, auxquels l'on\ns'obstine à vouloir imposer notre art, comme s'il était capable de le comprendre ? Une\nentreprise qui se décore, assez improprement sans doute, du titre de Société Philharmonique,\nnous valut jusqu'ici deux auditions sentationnelles : Raoul Pugno-Eugène Ysaye. Ils furent\nmerveilleux dans la sonate de Frank, toujours sublime. Fritz Kreisler, avec Charles Hémisse,\nenthousiasma lui aussi une assistance exceptionnelle qui apprécie son jeu tzigane, un peu, mais\nsuprêmement virtuose. Son programme est toujours \" viennois \", \" italien \", \" petit-prince\nil nous cisèle, avec brio, délicatesse et pureté des bijoux vieillots et fragiles, aux incrustations\nétincelantes, aux fins caprices d'orfèvrerie. Mathieu Crikboom, F. Gaillard, et Mme Marx-\nGoldschmidt donnèrent à la grande Harmonie trois séances Beethoven. Nous avons dit l'an\ndernier la maîtrise avec laquelle l'éminent violoniste joua les sonates de Beethoven. Cette fois,\nil en exécutait encore quelques unes ; M. Gaillard, un artiste talentueux, interpréta trois\nsonates pour violencelle, avec piano. Mme Marx-Goldschmidt fut leur digne partenaire dans les\ntrios. Ces soirées valurent nouveaux lauriers à ces virtuoses dont la collaboration est tout à fait\nheureuse. Salle Nouvelle, Mme Berry, cantatrice, MM. Louis Barcn, altiste, Perachio, pianiste,\nZimmer et Moulaert, suscitent l'attention, à deux mardis de bonne musique. Retenons des\nprogrammes très clectiques, la Sonata du Caméra de Locatelli, bien comprise et rendue par\nMM. Baroen et Peruchio, la sonate pour alto et piano de Karl Klinger, œuvre moderne\nhérissée de difficultés ; des lieder de Schumann, et Pourquoi de Raymond Moulaert.\nDie junge Nonne, de Schubert, chantée excellemment par Mme Berry et Mlle Marguerite\nLaenen inaugura les auditions de la salle Giroux. Nous avons parlé ici de son admirable talent,\nfait de fougue, de clarté, d'aisance. Elle jouait, selon son habitude (elle est presque exception-\nnelle en Belgique, et c'est pourquoi nous la remarquons) des œuvres de nos compositeurs :\nGilson, Moulaert, De Boeck-Mademoiselle Laenen fait ainsi noble tâche, de propagande\nsolidaire, car elle même compose... Bravo ! Des œuvres belges aussi aux concerts de Marcel\nJorez, violoniste, Charles Scharrès, pianiste et Fanny Carîhant, cantatrice. Les sonates de\nFranck et de Lekeu, un beau poème pour violon et piano de Victor Buffîn, des mélodies de\nLekeu, Buffin, Lefèbure, Lauweryns, Auguste De Boeck. Une série de séances (musique\nancienne et moderne) par le quatuor Chaumont. A la deuxième, à noter la première exécution\nd'un quatuor de Ravel. Citons encore une audition du quatuor Carpay, un concert Edouard\nDeru, une séance de musique de chambre donnée par Mme Eggermont et Edouard Lambert,\nune soirée de bienfaisance avec le concours de M3le Julia Demont, MM. Edouard Deru et\nM. Laoureux, plusieurs récitals : Hélène Duisart, lauréate du concours \" Musica \" en 1911,\nc'est une virtuose accomplie, avec le concours de G. De Greef, chef d'orchestre ;Edyth Walker;\nGabrielle Tambuyser, excellente pianiste; Julia Loicq, cantatrice; Louis Closson, A. Veuve,\nSeverin Eisenberger, Richard Buhlig, tous pianistes appréciés; une conférence et audition\nmusicale organisée par notre consœur à la Vie Intellectuelle avec Monsieur André du Fresnois\nrédacteur au Gil Blas, Mlles d'Ambly, cantatrice; Maud Delstauche, violoniste. Cette dernière\na remporté par ailleurs un succès à Verviers et se voit fêtée en ce moment à Berlin; une\naudition à l'Ecole de musique d'Anderlecht, sous la direction de Monsieur Soudant, compositeur;\nun concert \" de Gala \" consacré aux œuvres de Charles Mélaut : F Ami du Roi (ouverture de\nl'opéra avec Lucien Solvay). La désespérance de Faust (fragments d'un acte avec Edmond Picard).\nU Autre (drame lyrique avec Liebrecht et Duplessy), une exécution, à l'église protestante,"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.69", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3153, "texte": "place du Musée, d'un Aria de Mlle Huguette d'Haricourt, violoniste et compositeur. Le\nvioloncelliste Van Horen annonce plusieurs séances avec Charles Hénusse. Une mention spé-\nciale du concert Guillain-Buestt. M\"e Guillain, l'une des brillantes élèves d'Ysaye, est en\npossession d'un métier très sur. Son jeu est plein d'âme et de force, il dégage avec justesse le\nsentiment des œuvres, il ne tombe jamais dans la fausse grâce, défaut commun aux violonistes\ndu beau sexe. M. Buestt est un pianiste maître de sa technique. Il a de la puissance, il s'est\nfait applaudir dans les concertos de Liszt, de Saint-Saëns, pages brillantes, acrobatiques même,\nd'un grand effet.\nL'Œuvre de la goutte de lait de Forest nous convia à une Heure de Musique, d'un choix\nexquis. Mme Noblet, violoncelliste, MM. Charles Henusse et Chaumont y interprétèrent le\nbeau trio de Leclair (1687-1764), Mme Le Bœuf chanta une mélodie de Papini (1744) tendre\net passionnée, avec accompagnement du violon et du violoncelle. Mme Le Bœuf, la présidente\nde l'Œuvre possède une voix sympathique, cultivée;elle chante avec délicatesse et sentiment.\nLe timbre puissant de basse-barytonnante de M. Van der Borght, un amateur, porta jusqu'aux\nbalcons garnis de fronts attentifs, l'air de la Fille et une mélodie\nde Richard Strauss. Mine Noblet phrasa, avec une émotion pénétrante, le très évocateur, mélan-\ncolique et suave Chant du Soir de Schumann. Je garde encore l'évocation charmante de la\nChanson Louis XIII et Pavane,(marquises de Watteau dans un paysage lunaire, poudrerizées et\nde rose vêtues), jouées avec une délicatesse infinie par Chaumont et Charles Henusse. Madame\nDemest, cantatrice, accompagnée par M. Henry Les Broussarts, nous révéla une\nun petit chef-d'œuvre émouvant de Duparc, le d'E. Chausson,\nde Fabre. M. Henry Les Broussarts est un pianiste talentueux. Il joint à l'avantage natif de\nposséder une âme musicienne, celui d'avoir acquis beaucoup de science, une culture, un\nraffinement que lui envieraient beaucoup d'artistes, et le plus subtil talent de critique. Nous le\nvîmes diriger le chœur de dames qu'il a formé. De jolies voix, de fervents enthousiasmes sans\nprétention, sans doute, mais qui veulent et qui réussissent. C'est avec un art réel, de la souplesse,\nde l'ensemble, une belle compréhension que furent chantés : Sur la Mer, de Vincent d'lndy,\nœuvre difficile, et le pittoresque Boerenkerrnislied,de Gustave Huberty, peinture pleine de vie,\nde caractère, de la fête paysanne et flamande... Les rythmes lourds, frappés à la cadence des\nsabots, la gaieté saine et franche, l'allure endiablée... C'est bien ainsi que les gars de Flandre\nvont au plaisir. Beaucoup d'art, on le voit, et du meilleur, au service d'une sincère philan-\nthropie. Le geste en est deux fois joli.\nArrêtons ici ces notes rapides. Il faudrait signaler encore une belle exécution de la\nSolennis de Beethoven à la Société de Musique sacrée d'Anvers (direction Outrop). Le 4 mars,\non y donnera Les Béatitudes de César Franck. A Tournay, celles-ci furent exécutés récemment.\nLa Société de Musique annonce La Damnation et un concert qui sera dirigé\npar le Maître.\n\nRené Lyr."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-02-15-01-c047", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-02-15_01#c047", "volume": "bmtnabh_1913-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 69, "image_fin": 70, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.2.13.2", "titre_corps": "MEMENTO.", "titre_sommaire": "MEMENTO.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.69", "debut_caractere": 3155, "fin_caractere_exclue": 3526, "texte": "MEMENTO.\nVient de paraître : Macbeth, poème symphonique de S. 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J, Rousseau, pages publiées par S. I. M.)\nJannequin, Gosseck, Swelink etc... Causerie par René Lyr."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-02-15-01-c049", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-02-15_01#c049", "volume": "bmtnabh_1913-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 71, "image_fin": 71, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.2.14", "titre_corps": "REVUE DE LA PRESSE QUOTIDIENNE", "titre_sommaire": "REVUE DE LA PRESSE QUOTIDIENNE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.71", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 6571, "texte": "REVUE DE LA PRESSE QUOTIDIENNE\nLE SORTILÈGE\nfTBrfatr\nLa musique de M. André Gailhard\nn'a pas une saveur locale très accusée.\nElle n'a pas non plus la magie pittores-\nque, l'éclatant coloris, la poésie enchantée\nqui conviennent à un conte de fées et\nqui nous ravissent, par exemple, dans les\nopéras et les symphonies vraiment féeri-\nques d'un Rimsky-Korsakof. M. André\nGailhard marque peu de penchant à\nl'impressionnisme et n'a point subi l'in-\nfluence des Russes, ni celle de M. Claude\nDebussy, de M. Maurice Ravel ou de\nM. Florent Schmitt. Sa palette orches-\ntrale n'est pas d'une richesse éblouis-\nsante. Il fait encore de la musique de\nprix de Rome, avec une sagesse et une\nmodération un peu excessives. Les pre-\nmiers tableaux notamment n'évitent pas\nla monotonie. Celui des ondines a plus\nde fraîcheur et de brillant :1a conclusion\nplaît par un sentiment bucolique très\nsincère et assez chaleureux. M. André\nGailhard écrit agréablement pour les\nvoix, et, somme toute, cet essai d'un\nmusicien de vingt-cinq ans, qui possède\ndu moins les bonnes traditions et ne\ntombe point dans le mauvais goût, doit\nêtre considéré comme fort honorable.\nCe début laisse espérer une heureuse\ncarrière. On ne peut reprocher à\nMM Messager et Broussan d'avoir fait\nà leur prédécesseur la politesse d'ac-\ncueillir le premier opéra de son fils.\nPAUL SOUDAY.\nLA LIBERTÉ\nLe geste de courtoisie confraternelle de\nMM. Messager et Broussan n'aurait en\nsoi aucune importance, s'il ne fallait aussi\npenser à ceux qu'on ne joue pas. Tant de\nmusiciens au talent mûr et certain, tant\nd'œuvres originales et fortes peuvent\nattendre devant ces portes si vite ouver-\ntes en cette occasion : attendre depuis le\ntemps même où M. Gailhard était\nencore directeur ! On a souvent parlé\nd'ouvrages de M. Vidal ou de M. Lazzari :\noù sont-ils ? Un Guercoeur n'est même\npas examiné. Et l'Opéra-Comique doit\nrecueillir un ouvrage de M. Gustave\nCharpentier, pour lequel le cadre de\nl'Opéra serait à peine assez vaste.\nM. André Gailhard, avant trente ans,\nentre tout droit où M. Vincent d'Indy,\nà soixante, ne fut admis qu'après des\nstages lointains. Et sans plus parler des\nvivants, n'est-il pas singulier que Berlioz,\nFranck ou Ernest Chausson, jusque dans\nl'apothéose de la mort, trouvent plus de\ndifficultés à se faire représenter, que\nM. André Gailhard au sortir de l'enfance?\nCe n'est point à lui que j'en veux, bien\nentendu, ni que je reproche rien. Dans\nl'accueil du public qui l'a, pour ainsi dire,\nvu naître, s'est retrouvée cette sympa-\ntique cordialité qu'éveilla partout la per-\nsonne de son père : je m'en réjouis avec\ntout le monde. Sa partition me déplaît\nd'ailleurs moins qu'une infinité d'autres\nchoses. Elle montre plus de banalité que\nje ne souhaiterais, mais rien de trivial\nni de bas. Et d'abord elle est écrite pres-\nque toujours correctement, et non sans\nquelque élégance parfois : on y sent\nl'homme qui a appris à mettre l'ortho-\ngraphe, et à ne pas employer de gros\nmots. C'est devenu une chose à dire, en\nce temps où nos trois scènes lyriques\nsubventionnées ont vu de si étranges\nmanifestations : une chose à dire, après\nles Cobzar, les Elsen et les Danseuse de\nPompéi\nM. André Gailhard traite assez mal\nles voix : c'est la plus grande faiblesse\nde sa technique, et d'autant plus sensible\nque son style est exclusivement vocal.\nGASTON CARRAUD.\nLE FIGARO\nL'auteur de la musiqe du Sortillège,\nM. André Gailhard, est un des plus\njeunes parmi les jeunes compositeurs\nqui appellent actuellement l'attention.\nMais, au contraire de certains de ses\némules qui, pensant simplement et clai-\nrement, s'évertuent à s'exprimer obscu-\nrément, M. André Gailhard pense sim-\nplement clairement, et n'hésite pas à\ns'exprimer de même. Incontestablement\nmusicien, il bénéficie, par surcroit, de\ncette heureuse facilité que la terre tou-\nlousaine dispense si généreusement à ses\nenfants.\nCette facilité ne l a point entraîné à\ndes négligences ; mais peut-être l'a-t-elle\néloigné de l'effort que réclamait une plus\nnette, une plus frappante opposition entre\nles deux éléments constitutifs du poème:\nle rêve et la réalité. Dans tous les cas,\nc'est dans l'expression des sentiments\nhumains qu'il s'est montré tout à fait à\nl'aise 5 c'est par des qualités de sensibilité\net d'émotion tendre que son talent s'est\nmanifesté de la façon la plus intéressante.\nGABRIEL FAURÉ.\nm Mutin B\nSa jeunesse extrême rend M. Anaré\nGailhard particulièrement sympathique.\nA peine revenu de la Villa Médicis, i\nvoit s'ouvrir devant lui toutes grandes\nles portes de notre première scène lyrique.\nL'immense joie qu'il en doit éprouver\ndésarmerait certainement ses juges les\nplus rigoureux si ce qui du reste ne me\nparaît pas le cas la sévérité leur était\nimposée.\nM. Gailhard n'affiche aucune idée\navancée, ne se soucie nullement des der-\nnières méthodes de composition. Libre\nà lui de choisir sa voie et de produire\nselon son tempérament. Wagner, Masse-\nnet, Gounod semblent être, pour l'instant,\nses maîtres préférés. Si les tableaux fan-\ntastiques de l'œuvre n'ont pas toujours\nun relief bien saisissant, en revanche les\npages agrestes et amoureuses ne man-\nquent ni de fraîcheur, ni de grâce natu-\nrelle,ni même d'ampleur.Leprix de Rome\ns'y révèle, y témoigne qu'il a fait de\nsolides études, qu'il sait écrire et qu'il\npourra prendre une place sérieuse au\nthéâtre, quand sa personnalité, encore\nun peu hésitante, se manifestera nette-\nment.\nALFRED BRUNEAU.\nCOMŒDÏA\nM. André Gailhard a écrit une parti-\ntion claire,facile, aimable,parée de grâces\nsymphoniquement juvéniles. Il a laissé se\npréciser d'eux-mêmes les mélodies et les\nrythmes qui chantaient en lui. On objec-\ntera que la musique du Sortilège n'est point\nimpérieusement originale. C'est possible.\nM. André Gailhard n'a guère plus de\nvingt-cinq ans. De plus, je ne crois pas\nqu'il ait conçu le dessein de produire une\nœuvre de combat, une œuvre d'avant-\ngarde, une révolution en trois actes. Il\ns'est montré sincère et abondant. Il a\ndédaigné l'emphase. Et surtout, il n'a\npas commis la faute de travestir après\ncoup en les compliquant à plaisir, des\ninspirations souvent délicates, mais tou-\njours primesautières.\nIl faut reconnaître à la partition du\nSortilège de la fraîcheur, de l'animation,\nde la verve. Si M. André Gailhard a par\ninstants subi comme une contagion\nd'épanchement mascagniste, ce ne fut\npas sans veiller à la constante dignité de\nla facture. L'orchestre du Sortilège est\nbien écrit, assez sonore, élégant et l'on\ny peut, en général, apprécier plus de\nrecherche que dans l'agencement musical\nlui-même. M. André Gailhard sait son\nmétier.\nLOUIS VUILLEMIN."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-02-15-01-c050", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-02-15_01#c050", "volume": "bmtnabh_1913-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 72, "image_fin": 73, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.2.15", "titre_corps": "Pour Clio, Muse de l'Histoire....", "titre_sommaire": "Pour Clio, Muse de l'Histoire....", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.72", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 979, "texte": "Pour Clio, Muse de l'Histoire....\nVoici un curieux document à l'usage des imaginatifs qui se plaisent à feuilleter d'avance\nnotre histoire contemporaine telle que l'écriront nos arrière-neveux : c'est le bulletin de\nsouscription par lequel un jeune musicien, nommé Claude Debussy, s'assura le 17 mai 1893\nla possession d'un fauteuil d'orchestre au théâtre des Bouffes-Parisiens pour assister à la\nreprésentation d'une drame de Maurice Maeterlinck intitulé a Pelléas et Mélisande \" :\nLa plume acérée qui griffa le papier de cette signature nerveuse était évidemment guidée\npar la main impérieuse du Destin. Le Destin une fois n'est pas coutume ! savait ce\nqu'il faisait. Il voyait déjà imprimé le bristol suivant que Mr Albert Carré adressa récemment\nà notre Directeur et à notre Rédacteur en chef :\nToute l'histoire d'un régne musical tient entre ces deux documents ; l'histoire d'une\nRévolution et d'un Empire ! Années décisives pour notre culture artistique, pour l'orientation"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.73", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1930, "texte": "de notre sensibilité collective, pour l'éducation du public français et pour l'envoûtement de\ntoute une génération de compositeurs émerveillés...\nEnrichissant le menu d'une saveur critique le suprême d'agneau fut \" à la Favorite \"\net les écrevisses \"au vin du Rhin \" : ingénieux symbolisme qui permit aux debussystes présents\nde déchirer à belles dents l'idéal lyrique de Donizetti et celui de Wagner et de n'en faire\nqu'une bouchée. Un ministre de la troisième République vint, au dessert, affirmer une fois de\nplus la ferveur athénienne qui dévore notre démocratie. Et, jusqu'à une heure avancée de la\nnuit, la fumée bleue des cigares, qui remplace celle de l'encens dans les apothéoses modernes,\nmonta vers le triomphateur.\nAvec une naïveté dont nous nous excusons, nous avions pensé que cette date heureuse\npermettrait à M. Maeterlinck de renoncer à cette attitude d'enfant boudeur que chaque succès\nnouveau de \" Pelléas \" rend un peu plus difficile. Mais le poète nous a fait tenir le billet que\nvoici : \" Veuillez m'excuser : je n'ai aucun souvenir intéressant au temps du Pelléas de 1893.\nQuant à celui de l'Opéra-Comique, j'aime mieux n'en point parler. Je tiens du reste énormé-\nment au privilège et au bonheur d'oublier totalement une œuvre dès l'instant qu'elle elle livrée\nau public\nOn 11e saurait mieux dire. Que l'auteur de \" Pelléas \" apprenne donc aujourd'hui par\nS. I. M. que \" celui de l'Opéra-Comique \" a fêté son centième anniversaire ; que la Société\ndes Auteurs sache bien que nous ne lui laisserons pas impunément thésauriser les droits\nd'auteur considérables dont l'oublieux poète s'est ainsi désintéressé depuis dix ans (ne pourrait-\non affecter cette somme à la fondation de quelque prix de poésie ?) et que ce feuillet de revue\nsoit d'un utile secours à M. 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Gabriel Pierné, simple\nchef d9orchestre, oubliant la modestie de sa situation,\npermet d9entretenir familièrement de questions\nesthétiques un doctenr ès-cello ! Ecœuré on le\nserait a moins de ces mœurs\nnouvelles, M. Pablo Casais\nquitte précipitamment le Châtelet et, ce jour-là, il\nne joua pas plus avant. Le syndicat des culs-\nde-jattes vote des félicitations a M. Gustave Lyon qui, en supprimant les\npédales des harpes, a rendu la pratique de cet instrument accessible a toute une\nintéressante catégorie de travailleurs. Flagornerie : toute la presse annonce\nM. Albert Carré a reçu le Ménestrel ; nous le\nrecevons également tous les huit jours mais aucun journal\nn a jamais songé h en informer le public. Ayant\ndemandé quatre vingt dix neuf fois : u Voule%-vous\nboire un peu d'eau ?99 a son époux qui lui répondit\ninvariablement : u Merci, je nai pas soif99 F astucieuse\nMélisandey le centième jour, lui propose du Champagne.\nGolaud accepte immédiatement. La Société Protec-\ntrice des Animaux proteste énergiquement contre le\nrécent engagement à F Opéra en qualité de duettistes\nd9une paire de bœufs du Charolais qui ont débuté dans le uSortilège 99. CW\nmalheureux ruminants, le succès, perdent peu a peu au contact des\nhistrions le sentiment de leur dignité et compromettent par leur cabotinage\nF honneur professionnel des bovidés. yâT L# \" Société des Ennemis de la Schola 99 ayant constate qu un\npanneau décoratif du Théâtre des Champs-Elysées, intitulé uLa Sonate 99 représentait MellG Blanche\nSelva au piano et M. ate Castéra lui tournant les pages, « m/5 <2 la tête de M. Gabriel Astruc\net celle de M. Maurice Denis. Nietsche est vaincu ; la force germanique\nprime le \" Droit de la Méditerranée 99. L9affaire Parsifal aboutit a un\ndénouement rigoureusement wagnérien. Comme au second acte de la JValkyrie,\nWotan apparaît dans un nuage, désarme le désobéissant Siegmund\nqui tombe mort. jGt Gymnopédies: de savantes\nrecherches ont démontré que? contrairement\nà F opinion généralement admise, les fées ne\n•1• 7 7\nportaient pas de maillots roses\nni de corsets : s9inspirant de\nces récents travaux, F érudite\nMlle Lequien a patiemment re-\nconstitué pour F Opéra la véri-\ni\ntable toilette de\nsoirée d'une fée\nélégante.\nCroquis d 9 Emmanuel Bar cet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-02-15-01-c060", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-02-15_01#c060", "volume": "bmtnabh_1913-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 75, "image_fin": 75, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.2.17", "titre_corps": "Mémoires d'un amnésique", "titre_sommaire": "Mémoires d'un amnésique", "signature_source": "Erik Satie", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.75", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1907, "texte": "Mémoires d'un amnésique\nErik Satie.\nLA JOURNÉE DU MUSICIEN (fragment)\nL'artiste doit régler sa vie.\nVoici l'horaire précis de mes actes journaliers :\nMon lever :à7 h. 18 ; inspiré :de10h.23 à 11 h. 47. Je déjeune\nà 12 h. 11 et quitte la table à 12 h. 14.\nSalutaire promenade a cheval, dans le fond de mon parc: de 13 h. 19\nà *4 h. 53. Autre inspiration : de 15 h. 12 a 16 h. 07.\nOccupations diverses (escrime, réflexions, immobilité, visites, contem-\nplation, dextérité, natation, etc...) : de 16 h. 21 à 18 h. 47.\nLe dinei est servi a 19 h. 16 et terminé à 19 h. 20. Viennent des\nlectures symphoniques, à haute voix : de 20 h. 09 à 21 h. 59.\nMon coucher a lieu régulièrement à 22 h. 37. Hebdomadairement,\nreveil et sursaut à 3 h, 19 (le mardi).\nJe ne mange que des aliments blancs : des œufs, du sucre, des os râpés;\nde la graisse d animaux morts ; du veau, du sel, des noix de coco, du poulet\ncuit dans de l'eau blanche ; des moisissures de fruits, du riz, des navets ;\nau ooudin camphre, des pâtes, du fromage (blanc), de la salade de coton et\nde certains poissons (sans la peau).\nJe fais bouillir mon vin, que je bois froid avec du jus de fuchsia. J'ai\nbon appétit; mais je ne parle jamais en mangeant, de peur de m'étrangler.\nJe respire avec soin (peu à la fois). Je danse très rarement. En mar-\nchant, je me tiens par les cotes et regarde fixement derrière moi.\nD'aspect très sérieux, si je ris, c'est sans le faire exprès. Je m'en\nexcuse toujours et avec affabilité.\nJe ne dors que d'un œil ; mon sommeil est très dur. Mon lit est rond,\npercé d'un trou pour le passage de la tête. Toutes les heures, un domestique\nprend ma température et m'en donne une autre.\nDepuis longtemps, je suis abonné à un journal de modes. Je porte un\nbonnet blanc, des bas blancs et un gilet blanc.\nMon médecin m'a toujours dit de fumer. Il ajoute à ses conseils :\nFumez, mon ami : sans cela, un autre fumera à votre place."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-02-15-01-c061", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-02-15_01#c061", "volume": "bmtnabh_1913-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 76, "image_fin": 77, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.2.18", "titre_corps": "Çà et Là", "titre_sommaire": "Çà et Là", "signature_source": "Robert Chauvelot", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.76", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3101, "texte": "Çà et Là\n\nUN NOUVEL INSTRUMENT : L'ORPHÉAL\nLe 13 Janvier dernier, un inventeur belge M. Cloetens convoquait un grand nombre de\npersonnalités parisiennes, d'artistes et d'amis de la musique à une séance au cours de laquelle on\nexpérimenta un très curieux instrument VOrphêaL\nL'Orphéal est un piano ordinaire qui, par l'adjonction d'un tuyau imite à s'y méprendre\nune quantité d'instruments. Très intéressé par les comptes rendus des expériences faites en 1907\net 1908 par MM. Marconi et Cerbotini lorsqu'ils réussirent l'envoi de messages simultanés,\nM. Cloetens eut l'idée d'appliquer au piano les théories de la télégraphie sans fil et tenta\nd'obtenir des sonorités multiples en une seule colonne d'air. Il obtint le résultat le plus satisfai-\nsant dès qu'il eut constaté que la transformation d'un des bouts du tuyau en transformait\négalement le timbre. Et à l'aide de ce tuyau unique à l'extrémité agrandie on diminuée, suivant\nle cas, il put produire les sonorités des instruments anciens tels que l'Orgue de Régale, la Cor-\nnemuse, le Basson, la Musette, le Cor anglais, la viole d'amour, la viole de gambe, le hautbois\nde chasse et en adjoignant des pavillons au tuyau des effets d'orgue, de cor, de saxophone\net de trompette harmonique.\nLe dispositif occupe peu de place puisqu'il se compose d'un seul tuyau de imso sur om2o.0m20.\nOn peut l'adapter à tous les instruments à clavier et, désormais, les pianistes, les organistes et\nles clavecinistes disposeront d'un petit orchestre de salon.\nL'Orphéal est, semble-t-il, très indiqué pour faciliter la tâche des compositeurs auxquels\nil suggérera une foule de combinaisons orchestrales.\nLe système est actionné par une soufflerie munie d'un régulateur qui permet au plus\ninexpert de s'en servir. Le pédalage est sans action sur l'expression de l'instrument. Cette\nexpression s'obtient à l'aide d'une ingénieuse genouillère qui permet d'imiter d'une façon sur-\nprenante le coup de langue du joueur de cor ou le coup d'archet du violoniste. L'Orphéal\ns'accorde avec une grande facilité. L'adaptation du tuyau à un piano laisse à ce piano toutes\nses qualités et n'empêche en aucune manière d'en jouer comme à l'ordinaire. La combinaison\nest faite de telle sorte qu'il est toujours possible d'utiliser le piano seul ou l'Orphéal seul, ou\nencore le piano et l'Orphéal réunis. Un exécutant pourra, s'il le désire, faire chanter une mélodie\nau centre d'un accord ou d'une suite d'accords formant accompagnement et ceci par une\nsimple différence de toucher. Enfin, sans même varier le toucher, on peut supprimer le piano\nou l'Orphéal à la basse (ou au dessus) par un simple jeu de manettes.\nCette très intéressante tentative valait d'être signalée. L'Orphéal a beaucoup intéressé les\nauditeurs et il paraît juste que M. Cloetens l'inventeur se soit vu décerner le Grand Prix à\nl'Exposition de Bruxelles.\nMONTE-CARLO. La renommée, bien légitime d'ailleurs, des concerts classiques,\nattire à chacune de ces magnifiques séances musicales une foule toujours nombreuse. La\nmaitrise universellement réputée de M. Léon Jehin, l'un des premiers capellmeisters de"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.77", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3104, "texte": "notre époque, et la suprématie du merveilleux orchestre du casino justifient amplement cette\nvogue sans cesse croissante.\nA signaler, au iome concert classique, a côté de Beethoven, Wagner, Rabaud et Dukas, le\nbrillant succès remporté par une fort remarquable pianiste, Mme Marguerite Long, qui a joué\nle Concerto en mi bémol de Saint-Saëns, la Ballade de Gabriel Fauré (et, en bis, un finale de\nSonate de Mozart) avec une prodigieuse facilité, un mécanisme de virtuose, mais surtout avec\nune rare perfection de style, sachant allier la puissance et le charme.\nThéâtres et Concerts chez soi\nCombien de de dilettantes et de mondaines simplement amateurs de musique,\nse plaignent de ne pouvoir se délecter de auditu aux harmonies des grands concerts sympho-\nniques et aux mélodies que chantent nos grands artistes sur les quatre ou cinq scènes lyriques\nde notre capitale !... Pour les uns, c'est l'âge ou la maladie qui les retient à la chambre, qui les\ncloue dans leur fauteuil ; pour les autres, c'est le deuil encore récent d'affections chères qui\nleur impose l'obligation de se claustrer chez eux, soit par sentiment de douleur vraie, soit par\nsimple préjugé de convenances, toujours au fond pour échapper aux commentaires de le\nraillerie ou de l'indignation d'autrui.\nAussi fut-ce en 1889, une grande émotion chez lez amis de la musique, âgés, malades\nou endeuillés, lorsque les journaux portèrent à leur connaissance que, deux inventeurs de\nParis, M.M. Marinovitch et Szarvady, venaient de réaliser avec succès pour eux, ce qui ne\nleur était apparu que comme un rêve. Le Théâtrophone était né. Vingt deux ans plus tard\nsa réussite était complète : tous les grands clubs parisiens possédaient leur fil ; un nombre\ngrandissant d'abonnés étendait son réseau jusqu'en province. Des perfectionnements étaient\napportés, peu à peu, dans la transmission et l'audition par fil téléphonique relié au poste de\nl'abonné.\nMais voici qu'aujourd'hui l'invention simple et merveilleuse ne s'en tient plus à l'audition\nde nos chefs d'œuvre lyriques : l'administration du Théâtrophone s'en prend aux grands concerts\net à la musique de chambre.\nConfortablement installé dans son cabinet de travail Empire ou munichois, le mélomane,\nhanté par le désir d'ouïr à tête reposée, partition sur les genoux, quelque œuvre symphonique,\nallongera désormais une main nonchalante vers le cornet aérophone nickelé. Et selon la\nfantaisie de l'heure, le caprice du moment, le mélomane usera et abusera de la toute puissance\nque lui confère son double titre d'abonné au téléphone et au théâtrophone. Or, ce soir, il lui\nsied, par exemple, d'entendre le premier mouvement de la Rhénane. Après quoi, son humeur\néclectique et voyageuse veut l'entraîner vers les hauteurs cévenoles de l'Opéra... C'est chose\nfaite ! Une heure plus tard, ce sera le salut forcené, l'alleluia vibrant de Leuise à Paris\nnocturne illuminé.... Il y a deux siècles, tout ce miracle, qui n'a pas dépassé trois heures,\neut mené droit ses inventeurs aux bûchers de la Sorcellerie, en place de Grève. Où donc\ns'arrêtera le Progrès ?...\n\nRobert Chauvelot."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-02-15-01-c062", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-02-15_01#c062", "volume": "bmtnabh_1913-02-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 78, "image_fin": 78, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.2.19", "titre_corps": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.78", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2097, "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSÉANCE DU LUNDI 27 JANVIER 1913\nLa Séance est ouverte à la Bibliothèque de l'Opéra, à 4 heures 1/4, sous la présidence de\nM. J. Ecorcheville.\nSont présents : MM. L. de La Laurencie, G. Cucuel, G. Allix, J.-G. Prod'Homme,\nMme Brenet, M. Tenéo, D. F. Scheurleer (de la Haye), Mlle M. Daubresse, MM. Max Rikoff,\nOctave Maus, Lionel Dauriac, Mmes Wiener-Newton, Alice Sauvrezis, MM. le Dr Laugier,\nPrunières, Raugel, Lefeuve, Mnies Filliaux-Tiger, Lefeuve, MM. Ecorcheville et Jean\nChantavoine.\nLe président souhaite la bienvenue à notre Collègue, M. le Dr Scheurleer, président de la\nSection de la Haye, de passage à Paris, qui assiste à la Séance.\nLes candidatures de MM. Lazare Ponnelle, de Beaune (Côte-d'Or) (présenté par\nMM. Maurice Emmanuel et Jean Chantavoine) et le Dr Heinrich Môller (présenté par\nMM. Arnold Dolmetsch et Jean Chantavoine), sont agréées.\nCorrespondance : Le Président donne communication d'une lettre de M. Mac-Lean,\ns'excusant de ce que le nom de M. J.-G. Prod'homme, Secrétaire-Adjoint de la Section de\nParis, ait été omis dans le Bulletin mensuel de la I. M. G., parmi les membres du Comité\nde la Section de Paris.\nLe Président donne communication d'une lettre de M. Mandyczewski, de Vienne,\nannonçant que les fêtes de la Bach-Gessellschaft auront lieu en 1914 avant la Pentecôte et ne\ncoïncideront donc pas avec le Congrès de la société qui doit se tenir à Paris, la même année.\nLe Président donne la parole à M. de La Laurencie pour une communication touchant\nla Commission de Bibliographie saisie par M. Springer, de Berlin, d'une demande de collaboration\nà un répertoire bio-bibliographique s'appuyant sur le Quelien-Lexikon d'Eitner.\nLe président donne la parole à Mme Brenet, pour la communication : \" Quelques mots sur\nBoëly après laquelle Mlle Catherine Vallet exécute les pièces suivantes :de Boëly :\nCaprice, extrait de l'op. 2. Etude, extrait de l'op. 6. 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Gabriel Faurèy Directeur du Conservatoire.\nM. Henry ancien Directeur de\nde la Bibliothèque Nationale.\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nPRESIDENTE D HONNEUR\nS. A. R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\nBUREAU\nPRESIDENT\nM. LE COMTE GASTON CHANDON DE\nBRIAILLES.\nVICE-PRESIDENTS\nM. LE PRINCE A. D'ARENBERG, de r Institut.\nM. Louis BARTHOUj\ndes sceaux.\nM. GUSTAVE BERLY, banquier.\nM. T. ECORCHEVILLE, docteur ès-lettres.\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nSECRETAIRE DU CONSEIL\n\\\nM. J. PASQUIER.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M. GEORGES CASELLA.\nMEMBRES DU CONSEIL\n: -.\n- 4:' '\n--\nMŒ* ALEXANDRE ANDRÉ,\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, di\nraire au ministère des finances.\nM. LÉON BOURGEOIS,\ndu Travail.\nM. GUSTAVE BRET.\nM. GUSTAVE CAHEN.\nMME MICHEL EPHRUSSI.\nMME LA COMTESSE GÉRARD DE GANAY\nM. FERNAND HALPHEN.\nMME LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMME LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nMME DANIEL HERRMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nMME GEORGES KINEN.\nMM® LA COMTESSE PAUL DE POURTALÈS.\nM, A. -PRÈGRE.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND.\nM. ALEXIS ROSTAND,\nd'Administration du Comptoir National\nd'Escompte de Paris.\nM. LOUIS SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nM. JACQUES STERN.\nMME TERNAUX-COMPANS.\n■■^<mrmmm"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.1", "texte": "IXe Année»\nN° 2.\n15 Février 1913. j\nREVUE MUSICALE\n- . :■; ■\"-. •'■' ! •■• ' ■ .. ' \"'\"■■■ ■•■ v.':.-:;: :•<-:'\\.; \"/•■•. J'ïÛ;: - ? - *<? s&%& ' ,-'-v- '■ . - ■.\" * / •■-■.-\nii\"ié li MgM 1BBSS1S8&\nvJÊmËBÈÈÈ MmÊm |HHH| JHH|Hh|B\nJÉL • H JE ,\nHonorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction Publique et des Beaux-Arts\nLe numéro :\nance S Belgique 1 fr. 50\nUnion Postale 2 fr.\nPARIS, 29, rue La Boëtie\nTéléphone Wagram : 98=12\nUN AN\nFrance et Belgique 15fr.\nUnion postale 20 fr.\nCopyright by S. I. M. 1913\n\nL'EMOTION MUSICALE DANS LA PEINTURE, par Georges Lecomte, * LA MUSIQUE CHEZ\nSPENCER, par G. Bernard. # LA MUSIQUE & L'OREILLE, par le Dr. Bonnier. # RAMEAU ET-\nLES CLARINETTES, par Lionel de la Laurencie. * LES LIVRES. | *\nLE MOIS, par\n# CLAUDE DEBUSSY * '# VINCENT D'INDY-d» .\nFMII F VLJII LFRMO7 d»\nA. SERIEYX * LOUIS LALOY S J. LAPORTE * R. LYR # SWIFT * E. 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Reni - Eglise St. Grégoire de Rome.\n\nL'ÉMOTION MUSICALE\nET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE\n\n1\nC'est après une hésitation bien légitime que j'ai accepté d'écrire,\nmoi profane, cet article sur les représentations plastiques de l'émotion\nmusicale et des instruments de musique qui s'expriment si parfaitement\npar eux-mêmes.\nMais, si persuasifs qu'ils soient, il y a tout de même certaines\nchoses qu'ils ne peuvent pas traduire, par exemple l'émotion que leur\nchant produit dans l'âme des auditeurs et les signes de cette émotion sur\nles visages. Ils ne peuvent non plus nous dire la majesté ou la grâce\nharmonieuse de leur forme, l'éclat ou le faste sourd de leur couleur,\nla beauté de la matière vibrante qui caractérise la physionomie de\nchacun d'eux.\nVoilà pourquoi, désireux de ne pas résister à la flatteuse demande\nde la Société des Amis de la Musique qui exerce une si heureuse action\nsur le développement de la musique française et sur son prestige au\ndehors, j'ai, simple littérateur, cherché, et trouvé quelques raisons de\nfaire cette étude un peu imprévue à propos de la musique.\nJe ne vous dirai pas que, selon la formule pittoresque et célèbre, le\nsujet m'en soit venu la nuit en écoutant le rossignol. Non ! Il faisait\n\n1 Conférence faite aux \" Amis de la musique en décembre dernier et illustrée de projections."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.4", "texte": "2\nS. I. M.\n\nencore assez jour pour que j'eusse le bonheur de pouvoir suivre 1 emoi\ndes cœurs sur le visage de mes compagnes et de mes compagnons, et la\nmusique qui nous étreignait était tout\nsimplement celle du vent dans les arbres\nd'un parc. C'était à cette heure poignante\noù, par-dessus les choses déjà tout en-\nveloppées de mystère, les premières\nétoiles commencent à palpiter dans l'azur\nencore lumineux du ciel, où les êtres,\ntout frissonnants de la gravité de l'heure\net du silence sont plus profondément\nsensibles à la poésie du monde, écoutent\nsangloter leur vieux cœur ou frémir leur\njeune espérance. Avec quel recueillement\nles personnes présentés se laissaient en-\nvelopper par les longs souffles qui autour\nde nous, dans le parc déjà plein d'ombre,\nsemblaient remuer des tourbillons de\nténèbres ! Symphonie puissante et nuan-\ncée ! Sous le vent tiède on percevait\ndistinctement la lourde palpitation des\ntrembles, les houles profondes des tilleuls,\nle gémissement sinueux et noir des sapins, la ruisselante éploration du\nsaule pleureur. C'étaient des rythmes bien puissants que ce formidable\norchestre faisait passer sur les nerfs et gronder dans les âmes. Aussi la\nplupart des hôtes restaient-ils silencieux. Les rares et indécises paroles\nqu'ils échangeaient n'étaient guère que de rapides politesses pour préserver\nleur méditation. Quelques-uns d'entre nous y associaient la contem-\nplation des visages. Que ne se trouvait-il parmi nous un peintre pour\nen fixer les impressions si diverses ! Telle femme, les yeux clos et la face\nimmobile, paraissait prendre une volupté douloureuse à recevoir cette\nmusique sur sa tourmente intérieure. Telle autre, le regard aux étoiles et\nles doigts battant sur les bras de son fauteuil des accords d'allégresse,\nsemblait défier la tempête et faisait des rêves au milieu d'elle. D'autres\nfemmes, qui se souvenaient sans doute, lui opposaient un sourire mélan-\ncolique. Comme l'émotion produite par la musique du vent dans cet amas\nbruissant de feuillages aurait pu inspirer de nobles toiles, d'émouvantes\n\nZurbaran. - Musée de Nantes."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.5", "texte": "L'ÉMOTION MUSICALE\n3\n\nstatues ! Par ses gestes, son attitude, la gravité ou la jeunesse confiante de\nson sourire, par l'expression de son regard, chacun révélait une âme et\nune existence différentes dans la communion de ce même frémissement.\nSongez à toutes les nuan-\nces, pathétiques ou plaisantes,\nd'émotions musicales, depuis\nl'enfant qui, le regard en joie,\nles joues fraîches et rebondies,\ns'émerveille du son de sa mu-\nsette, en train de pleurer d'une\nmanière plus ou moins mélo-\ndieuse son dégonflement, jus-\nqu'au solitaire, comme on en\ndécouvre parfois au seuil d'une\nchaumière ou dans la pénombre\nd'un logis pauvre, soulageant sa\nmélancolie ou ses rêves, expri-\nmant à sa façon la mystérieuse\npoésie qui fleurit dans son cœur,\nen jouant pour lui-même de l'accordéon ou de l'ocarina; depuis la vieille\nfille allant le soir, dans la solitude de la vieille église enténébrée, traduire\npar les sons graves de l'harmonium non seulement sa ferveur mystique\nmais aussi, inconsciemment peut-être, toute l'exaltation sentimentale qui\ndans le monde n'a pas trouvé son emploi jusqu'à l'officier ou soldat,\nqui, croyant en la beauté de son rôle, en la grandeur de son devoir, se\nreprésente la Patrie en apercevant l'étendard, son symbole, et qui, contracté\nd'émotion derrière son sabre levé, pâlit et frissonne en recevant au\nprofond de son cœur les rythmes du salut au drapeau. Fière musique qui\nennoblit singulièrement les visages ! Emotion que l'habitude atténue\npeut-être dans l'ordinaire de la vie mais que, à certaines heures d'in-\nquiétude, les plus chevronnés et les plus distraits retrouvent aussi poignante\nqu'au jour où pour la première fois ils la ressentirent.\nMais je n'ai pas le droit de m'attarder à de tels souvenirs qui n'ont\npas trouvé leur transcription plastique. Je dois m'en tenir aux émotions\nmusicales représentées par les peintres et sculpteurs, et aux instruments\nqui ont un rôle dans leurs œuvres. Iconographie riche et variée. Elle\npeut intéresser non seulement les passionnés de musique mais jusqu'aux\n\nLuth et viola da spala (Cima da conegliano, 1500)"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.6", "texte": "4\nS. I. M.\n\nprofanes qui aiment les beaux vieux objets dont s'enchantèrent les aïeux.\nParmi ces instruments il en est de rares, de désuets, de disparus. Il\nsemble que, en les voyant sous les doigts nerveux des personnages, près\nde leurs visages extasiés, on les entende encore gronder et frémir.\nOn en trouve qui sont d'une forme, d'une matière et d'une couleur\nadmirables et d'une rare préciosité dans l'ornementation. Des incrustations\ncompliquées et harmonieuses soulignent le dessin des violes, s'épanouissent\nen bouquets au cœur des luths. Certains d'entre eux évoquent des idées\nde triomphe et d'allégresse, nous font pour ainsi dire entendre des fanfares\navant de les avoir sonnées. Par leur seul aspect, d'autres nous donnent\nune impression de douceur et de recueillement.\nTâchons aussi de sentir leur poésie et leur grâce silencieuse\nlorsque, comme dans les natures mortes de Chardin, ils nous sont\nreprésentés au milieu des rubans et des fleurs qui nous rappellent si déli-\ncatement les douceurs de l'intimité au milieu de laquelle ils retentirent.\nImaginons leurs sonorités et leurs rythmes entre les mains ou sous les\nlèvres des ardents musiciens et des belles inspirées qui se servent de leurs\nvibrations pour exprimer leur propre émoi. Admirons leurs courbes\nluisantes, leur galbe harmonieux, la noblesse ou l'élégance de leurs lignes\nqui s'accordent si bien avec les\ngestes et les attitudes des person-\nnages, avec l'expression particu-\nlière de leur visage. Dans certains\ntableaux de primitifs, les luths qui\nvibrent sous d'angéliques doigts\ndonnent presque aussi bien que\nles visages une impression de\nchasteté fervente et de foi naïve.\nPour remémorer les instru-\nments qui figurent dans le marbre\net sur les toiles, pour faire appa-\nraître les plus diverses représen-\ntations de l'émoi musical, nous\navons cherché dans l'art de tous\nles siècles et de tous les pays les\nœuvres les plus significatives. Au\ncours d'une conférence faite sur\n\nWatteau. - Le Guitariste.\n(Musée de l'Ermitage)."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.7", "texte": "L'ÉMOTION MUSICALE\n5\n\nMemling. - Anges Musiciens (1400).\n(Musée d'Anvers).\n\nle même sujet, soixante et quinze photographies de tableaux et de\nstatues furent projetées. S'il ne peut être question de les décrire dans ce\nrapide article, du moins pouvons nous essayer de mettre en valeur les\ncaractéristiques de ces représentations plastiques selon les pays et les\népoques.\nUn bas-relief égyptien, datant de la XIIe dynastie, atteste que les\nartistes d'Egypte savaient déjà observer avec justesse la preste agilité et la\ncontraction nerveuse des doigts sur les cordes d'une harpe, et aussi la\ngrave attention de la musicienne qui écoute chanter en elle le son de sa\nharpe et peut-être celui des instruments voisins.\nNombreux sont les bas-reliefs et les statues helléniques représentant\nmusiciens et danseuses comme enivrés des rythmes qu'ils se jouent à\neux-mêmes. Les lignes souples et vivantes des corps, les plis mobiles des\nvoiles légers nous en font pour ainsi dire percevoir les harmonies.\nN'a-t-on pas la sensation d'entendre l'air passionné que, dans tel cortège\nde fête, une Bacchante éperdue joue sur son double aulos et dont, sur un"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.8", "texte": "6\nS. I. M.\n\nCortège Bacchique.\n(Musée du Louvre).\n\ntambourin, une autre danseuse non moins frémissante scande la mesure.\nAu-dessus des têtes qui se renversent, échevelées et frénétiques, les bras\ns'élèvent pour faire jaillir haut dans l'air l'exaltante sonorité des in-\nstruments. Surgissant des draperies qui s'écartent, les beaux corps con-\ntractés se crispent aux accents de cette musique passionnée. D'autres fois\nc'est une musicienne nue qui, assise dans une pose de recueillement,\nexprime par la douceur apaisée des lignes de son corps la douceur du\nchant dont elle se délecte. Ou bien, c'est Apollon qui, portant dans ses\nmains l'architecture majestueuse de sa Cithare, la fait retentir en l'honneur\nd'une Niké, figure volante à l'attitude si gracieusement vivante, au noble\net souple drapé dont le mouvement harmonieux semble comme une\nmatérialisation de cette musique. Enfin la triomphatrice allure de la\nVictoire de Samothrace, la souveraine apparition de son corps sous les\nplis de l'étoffe que le vent de sa marche fait palpiter, ne nous obligent-ils\npas à entendre l'allégresse des sons qu'elle tirait de sa trompette, hélas !\naujourd'hui disparue ?"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.9", "texte": "L'ÉMOTION MUSICALE\n7\n\nC est sur des instruments moins tumultueux que chante l'âme\nmélancolique et fervente du Moyen-Age. Les luths, les rebecs et les\n•\nvioles sont ceux que l'on retrouve le plus entre les mains des moines et\ndes vieillards sculptés par les pieux ima-\ngiers aux chapiteaux, aux portails et sous\nles fenêtres des cathédrales. Souvent, pour\nvivre plus intensément le rêve intérieur\nqui s'exprime par leur musique, ils ferment\nles yeux, et leur grave visage sans lumière\ntraduit leur concentration morale. Parfois\naussi quelque figure grimaçante joue une\nmusique d'enfer. Ainsi quelle diabolique\nmusique peut bien faire entendre ce singe\nde la cathédrale de Beauvais qui unit à la\nfrénésie malicieuse du sapajou la macabre\nhorreur d'une tête de mort ?\nMais, en général, qu'ils soient italiens\nou flamands, ce sont des visages plus char-\nmants que nous montrent les artistes de\ncette époque ou du début de la Renais-\nsance. Dans ses adorables bas-reliefs,\nd'une vie si justement observée et d'une\nbeauté décorative si parfaite, Luca délia\nRobbia représente des gambades d'enfants,\nheureux de se trémousser au son des trom-\npettes vers lesquelles leurs corps dodus et\nleurs bras potelés se haussent, émerveillés\ndu bruit qu'ils font avec des cymbales ;\nFra Angélico, quelques années auparavant,\npeint la douceur extasiée des femmes qui,\navec une candeur si fervente, s'unissent pour chanter leur foi. Comme\nles mouvements de leurs mains sur les luths sont en accord avec la grâce\nnaïve de leurs visages, tous animés d'un pareil sentiment d'adoration !\nParfois la tubulure légère et contournée d'un \" Serpent \" évoque l'ara-\nbesque légère du chant qu'elles font retentir. Parfois ce sont des trompettes\nqu'elles élèvent au bord de leurs bras. Mais toujours les figures angéliques\nexpriment le même ravissement. C'est un luth que Luca Signorelli a mis\n\nMaitre! allemand du XVe siècle\n(Munich. ― Pinacothek)."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.10", "texte": "8\nS. I. M.\n\nsous les doigts de cette musicienne si vivante sous sa robe somptueuse, une\nrégale dont le maître de St. Bartholomé ne craint pas de confier la\nlourde architecture aux mains frêles d'une Stu Cécile, un cor que Spagna\nfait sonner dans un vaste horizon, un cromorne dont Carpaccio peint\nminutieusement le détail, un psaltérion que Cosimo étale sur la poitrine\nd'une vierge.\nPuis quelles attendrissantes extases virginales on trouve dans les\ntableaux de Van Eyck et Memling. Leurs anges jouent de tous les\ninstruments. Mais, que Van Eyck ait mis entre leurs mains orgue, viole\net trompette marine comme dans le de Madrid,\nharpe, orgue et viole comme dans le fameux volet de /'Adoration de\nl'agneau qui est à Berlin, ou que, comme dans l'autre volet du même\ntableau, il se soit borné à les faire chanter sans instruments, c'est toujours\ncette délicieuse pureté extatique des figures, illuminées d'un doux\nenchantement, que l'on trouve également dans les tableaux de Memling.\nMais à côté de la Flandre mystique voici la Flandre mafflue et joyeuse\nqui se plait aux ripailles, à la grosse liesse, qui aime à faire retentir le sol\ndes lourdes gambades de sa danse. Ce sont, bien entendu, d'autres\ninstruments, la cornemuse, la vielle et le flageolet, qui déchaînent le\ntumulte de ses farandoles pesantes, l'audace de sa sensualité folâtre, qui\naccompagnent les grimaces de son rire et de sa goinfrerie. Ils font rage\nchez Breughel, Rubens, Jordaens. Et c'est encore leur alerte jovialité que\nl'on entend parfois chez les petits maîtres hollandais.\nPourtant c'est un luth que Franz Hais met sous les doigts de son\ncélèbre \"fou \" qui a plutôt l'air d'un musicien joyeux et sarcastique, c'est\nun violon et une flûte qui unissent leur chant dans le\nVan Ostade, un hautbois et un luth aux sons duquel se trémousse le\nfélin dans la Danse du chat de Jean Steen.\nMais voici que résonnent mélodieusement épinette, luth et viole\ndans les paisibles intérieurs, à la lumière si douce, où, avec tant de simple\npoésie, Vermeer de Delft situe ses leçons de musique, et aussi dans ceux,\nd'une plus cérémonieuse somptuosité, où Terburg place ses dociles et\nfraîches musiciennes, ses importants professeurs aux gestes avantageux.\nToute la splendeur de la Renaissance italienne n'apparaît-elle pas\ndans cette partie des Noces de Cana où Véronèse a peint magnifiquement\nun quatuor de violes avec un cornet droit, tout le faste hautain de\nl'Espagne dans tel panneau d'un retable de la Cathédrale de Séville où"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.11", "texte": "L'ÉMOTION MUSICALE\n9\n\nLouis de Vargas a peint un ange jouant de l'orgue sous les traits d'une\ngrande dame impérieuse et passionnée ?\nPlus simple tout d'abord le XVIIe siècle français qui, en représentant\nun maître de chapelle en train de faire exécuter un motet devant\nLouis XIII, nous montre en action une maîtrise de cette époque et qui,\npar l'art sincère et si vivant des frères\nLenain, nous fait entendre le chant d'un\nluth dans une Réunion de famille où\ntoutes les figures, rendues avec leur vrai\net profond caractère, s'unissent si bien\ndans la commune émotion ressentie, et\noù, au milieu des silhouettes viriles,\nrayonne une figure gracieuse de jeune\nfille.\nMais le siècle ne tarde pas à devenir\npompeux et théâtral. Quels que soient\nles instruments dont Rigaud et Largil-\nlière munissent leurs personnages, ils ne\nsont que prétextes à des poses de parade.\nIl en est de même, la plupart du temps,\nchez Lancret, Nattier et même parfois\nchez Watteau au XVIIIe siècle. Ce n'est\npas dans l'œuvre des peintres de ce temps qu'il faut chercher l'expression\nsincère des profondes émotions musicales. Pourtant Y Enchanteur de\nWatteau nous fait sentir l'assurance persuasive d'un musicien et la\nfascination de son auditrice, et, dans son Duplessis\nexprima de la manière la plus vivante la bonhomie passionnée de son\nmodèle. On connait aussi une Leçon de Musique où Fragonard exprima\nfièrement l'application d'une jolie musicienne à la frimousse mutine, au\ntorse altièrement cambré. Et les musiciens de Chardin sont fort attentifs.\nEn représentant dans une gravure célèbre un âne qui écoute de la\nmusique avec la plus silencieuse et immobile jubilation, l'espagnol Goya\ndonne une spirituelle leçon à bien de prétendus mélomanes, épileptiques\net tapageurs, qui, malgré la moindre longueur de leurs oreilles, sont loin\nparfois de se tenir aussi bien dans les salons et concerts.\nEn général le XIXe siècle sut peindre avec simplicité et profondeur\nl'émotion musicale. 11 serait oiseux de rechercher tant d'exemples si près\n\nCarpaccio. - Joueurade Cromorne.\n(Venise)."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.12", "texte": "10\nS. I. M.\n\nde nous. Mais, si rapide que soit l'allusion aux interprètes de ce sentiment,\npeut-on terminer un tel article sans rappeler les féeriques compositions de\nFantin-Latour qui exprima avec tant d'intensité lyrique la poésie des\ndrames Wagnériens et avec tant de sereine douceur la possession des\nêtres par la musique. N'ayant pas assez de place pour m'étendre davantage\nsur ses lithographies et tableaux, je veux du moins rappeler sa célèbre\nréunion de musiciens chez Emmanuel Chabrier où, autour du maître\nassis au piano, il a groupé MM. Camille Benoît et Adolphe Jullien,\nauxquels nous devons de si pénétrantes études sur la musique, M. Vincent\nd'lndy, MM. Lascoux, Edmond Maitre, Amédée Pigeon et le violoniste\nBoisseau. Toile célèbre qui, au Louvre de l'avenir, voisinera avec le\nCoin des Poètes,légué à notre grand Musée par M. Emile Blémont son\npropriétaire, et avec F atelier des Badont l'harmonieuse vérité\nresplendit au Musée du Luxembourg.\nN'ai-je pas le devoir aussi d'accorder un souvenir au au\nGuitariste, au violon du Musicien aux castagnettes et aux\ncithares du Ballet espagnol que Manet représenta avec tous les prestiges\nde sa vigoureuse franchise? Ne me reprocherait-on pas un impardonnable\noubli si je ne mentionnais pas l'originale maîtrise avec laquelle M. Degas\nmit souvent au premier plan de ses radieuses\névocations de danseuses le sommet des con-\ntrebasses, des altos et les crânes des musiciens\nqui leur jouent les rythmes sur lesquels elles\nse trémoussent tout au fond du tableau, dans\nune gloire de lumière ?\nUn des maîtres le plus justement réputés\nde la nouvelle génération d'artistes, le peintre\nGeorges d'Espagnat, a eu l'idée de recom-\nmencer, avec quelques jeunes musiciens\nd'aujourd'hui, ce que Fantin-Latour réalisa\nsi bien pour les musiciens de son temps.\nM. Georges d'Espagnat y a mis tout son\namour de la vérité, ses dons de coloriste,\nl'art avec lequel il sait rendre la vie. Le caractère de chaque visage est\ntraduit avec la plus sobre et robuste franchise et toutes les figures sont\nunies non seulement par l'harmonieuse couleur mais par la communion\nde sentiments dans la musique gravement écoutée. Autour de M. Ricardo\n\nB. Strozzi. - Joueur de hautbois.\n(Gènes. - Palazzo Rosso)."}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.13", "texte": "L'ÉMOTION MUSICALE\n11\n\nVinès, au piano, on reconnaît M. Florent Schmitt et M. Maurice Ravel,\npuis, autour de M. Cyprien Godebski et de son fils, MM. Déodat de\nSéverac, Calvocoressi et Albert Roussel. Tableau bien composé, superbe\nde vie et de vérité, où l'émotion musicale est traduite avec profondeur.\nIl a produit une grande impression et, déjà fameux, il sera célèbre un\njour.\nD'ailleurs ce n'est pas la seule forme sous laquelle M. Georges\nd'Espagnat rendit hommage à la musique. Nombreuses sont les toiles,\nrayonnants poèmes d'allégresse, où il s'est plu à compléter les joies\nsereines de la nature par les plus gracieuses figures de musiciennes.\nParmi les guirlandes de fleurs, sous les arbres aux feuillages chatoyants,\nelles mettent d'adorables silhouettes et leurs enfants dansent au son de\nleur flûte. Ce sont de limpides, fraîches et vibrantes visions de joie\nauxquelles la musique prête son enchantement.\nL'une des plus saisissantes interprétations de l'émotion musicale\nqu'il m'ait été donné de voir est l'eau-forte célèbre de Louis Legrand,\nintitulée Amants-, où il a rendu avec toutes les ressources de son prodigieux\ntalent la langueur et la crispation d'une femme pour ainsi dire pâmée\nsous les effluves de musique dont un violoniste l'enveloppe et la fait\ntressaillir. M. Louis Legrand, l'un des plus merveilleux dessinateurs\nd'aujourd'hui, a représenté avec la plus rare intensité d'expression tous\nles émois de l'être humain, la tendresse maternelle, les ivresses et les\nabandons de l'amour, les frémissements de la chair heureuse, comme les\ntorsions du corps des danseuses, qu'il a rendues avec une vérité vivante\nd'attitudes et de gestes inexprimés avant lui. Aussi devait-il écrire avec la\nmême maîtrise l'ardent poème de la musique. C'est un chant de passion\nque, avec toute son ardeur, l'être aimé fait entendre. Avec quelle extase\nl'auditrice le reçoit dans son cœur et dans tout son être frissonnant !\nVoilà l'émotion musicale superbement rendue. Certaines de ses\nexpressions sont si belles ! Et si les peintres prenaient davantage le soin\nde regarder autour d'eux, quelles inspirations précieuses ils pourraient\nrecueillir ! Nous n'avons les uns et les autres qu'à interroger nos souvenirs\npour retrouver des sensations poignantes.\nAinsi je me rappelle comment, un soir, j'eus dans un salon la\nrévélation du tendre et mystérieux lien qui unissait, à l'insu de tous, un\nhomme jeune et une femme très belle. Jamais, aux yeux de leurs plus\nproches amis, rien dans leur attitude ni dans leur physionomie n'avait"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.14", "texte": "12\nS. I. M.\n\ntrahi ce secret. Soudain une musique s'élève. Elle est d'une si émouvante\nbeauté ou tout au moins elle est si mêlée aux souvenirs de leurs ivresses,\nque, troublés jusqu'au fond du cœur, ils ne peuvent s'empêcher d'unir\nardemment leurs regards, d'échanger un sourire d'enchantement et de\ngratitude infinis. Sourire et regard d'une telle béatitude qu'aucun doute\nn'était désormais possible sur l'intimité de leur tendresse.\nUne autre fois, dans un milieu différent, l'émotion musicale prit\ndevant moi l'aspect héroïque. Depuis une demi-heure on jouait molle-\nment d'insignifiantes musiquettes qui n'empêchaient ni les bâillements\nderrière l'éventail ni les papotages. Tout-à-coup l'airain profond d'une\nvoix fait sonner les Grenadiers de Schumann. L'héroïsme de ce chant se\nrépand sur l'auditoire. Soudain on sent passer quelque ch ose de noble.\nLes bavardages s'éteignent. Le silence se fait. Les éventails ne battent\nplus. Ce sont les cœurs qui palpitent. Et les visages deviennent magnifiques\nde tension, d'ardeur et de flamme. Ils sont unis dans un même sentiment\nde la Beauté.\nSont-ce des impressions qui ne peuvent être rendues que par la\nlittérature ? Je ne le crois pas. De fortes émotions musicales ont été\ntraduites par les anciens. Celles que nous ressentons avec nos nerfs\nfrémissants et nos âmes frénétiques peuvent aussi trouver leur expression\ndans l'art si aigu et raffiné de nos artistes contemporains.\n\nGeorge Lecomte.\n\nJoueurs de luth et de rebec (1397).\n(Poblet en Catalogne)."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.15", "texte": "LA MUSIQUE CHEZ SPENCER\n\nIl nous a semblé que ce ne serait point une entreprise vaine que\nd'étudier l'élément musical dans l'œuvre et dans la vie de Herbert\nSpencer. On ne sait pas assez que la musique tient une place importante\ndans la production du génial philosophe anglais et on néglige volontiers\nla part pratique que cet art eut dans ses habitudes. Or, l'essai de Spencer\nsur /'origine et la fonction de la musique nous apparaît comme l'un des très\nrares ouvrages où il soit traité de musique et d'idées pures de manière à\naugmenter et le musicien et le curieux de généralisations ; et, par ailleurs,\ndans ses mémoires, dans cette Autobiographie qui contient l'histoire scru-\npuleuse de sa vie morale, physique, intellectuelle et sociale, Spencer est\namené si souvent à noter comme faits considérables ses propres contin-\ngences musicales que celles-ci prennent la valeur de phénomènes dont on\ndoit tenir compte dans l'évaluation de sa personnalité.\nC'est en 1857 que Spencer, qui avait alors trente-sept ans, publia cet\nessai intitulé : Origine et Fonction de la Musique. Cette page, à laquelle il\ndevait se référer mainte fois par la suite et qui prit place dans l'édition\ncomplète des Essais de Morale, de Science et d*Esthétique x, parut d'abord\nsous la forme d'un article du Macmillan set passa à peu près\ninaperçue. C'était pourtant un événement dans l'histoire des idées que\ncet essai où, pour la première fois, la musique était présentée comme\nréductible aux concepts de la science expérimentale et aux hypothèses\nde l'évolution.\n\n1 Essais de morale, de science et etesthétique, par Herbert Spencer, trad. d'A. Burdeau. Paris, Germer\nBaillière et Cie, édit., 1877."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.16", "texte": "x 4\nS. I. M.\n\nSi Spencer s'était contenté d'indiquer l'assimilation possible de la\nmusique à un produit organique, cette seule indication vaudrait déjà\nd'être retenue à son actif en tant qu'apport philosophique ; mais il eut\nune vision très nette, très poussée,de l'objet de sa spéculation. Il mit\ndebout une théorie complète dont on ne sait s'il faut plus admirer la\nrigueur rationnelle ou l'originalité, attribut esthétique du philosophe\naussi bien que du poète et de l'artiste.\nSpencer part de cette observation que chez les bêtes de même que\nchez l'homme, les sensations et les émotions, agréables ou désagréables,\nmettent les muscles en jeu. \" Tous les sentiments, écrit-il, ont ce caractère\ncommun d'être des aiguillons (stimulï)du système musculaire. \" Il s'ensuit\ndonc qu'un rapport doit exister entre le \" tous les sons de la\nvoix étant produits par le jeu de certains muscles \", et la musique, \" toute\nmusique étant vocale à l'origine \".\nDès lors, Spencer analyse les éléments du langage des émotions, dont\nles lois se superposent, si l'on peut dire, à celles de l'articulation. Il montre\nréclat de la voix proportionné à la vivacité de l'excitation musculaire ; le\ntimbre lui suggère aussi des rapprochements rationnels ; son interprétation\nde la hauteur des sons du langage veut quelques citations littérales.\n\" Il faudra, dit-il, en vertu de notre principe général, que les notes\ndu médium soient celles de l'indifférence, et que celles de l'exaltation\nsoient plus hautes ou plus basses. \" Et cette proposition, il l'affermit à\nl'aide d'observations impressionnantes. C'est d'abord : \" Ceux qui souf-\nfrent continuellement font entendre leur plainte sur un ton très supérieur\nà la gamme naturelle \". C'est encore : \" Tandis que le ton du discours\ncalme est, en comparaison, monotone, le ton de l'émotion admet des\nintervalles de quinte, d'octave, et même de plus grands. \"\nEt, comme s'il voulait surenchérir encore sur ces précisions, il ajoute :\n\" Les notes moyennes étant celles qui ne demandent aucun effort sensible\npour ajuster les organes, et l'effort grandissant en proportion que l'on\nmonte ou descend, il suit que, de s'éloigner dans l'un ou l'autre sens des\nnotes moyennes, ce sera la marque d'une émotion croissante. De là vient\nqu'une personne dans l'enthousiasme, pour prononcer cette phrase : \" C'est\nle spectacle le plus splendide que j'aie jamais vu ! \" montera jusqu'à\nla première syllabe du mot \" splendide \" et puis descendra, parce que\nle mot \" splendide \" marque le point culminant dans l'émotion que fait\nnaître ce souvenir."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.17", "texte": "LA MUSIQUE CHEZ SPENCER\n*5\n\nLorsqu'il pense avoir produit ainsi les éléments d'une donnée incontes-\ntable et il a lieu de la tenir pour telle puisque l'énoncé de ses exemples\nprévoit les objections possibles et y répond d'avance Spencer formule\ninterrogativement la généralisation à laquelle il tend depuis le début de\nson essai :\n\" Eh ! bien, demande-t-il, n'avons-nous pas là tous les éléments d'une\nthéorie de la musique ?\n\" Ces particularités de la voix qui sont l'indice d'une exaltation des\nsentiments, sont celles qui distinguent sp\nChacune des inflexions de la voix qui nous ont paru être l'effet physiolo-\ngique de la peine ou du plaisir, est\nportée a son plus haut degré. \"\nEt il résume comme suit la première partie de sa doctrine :\n\" Ainsi, qu'il s'agisse de l'éclat,du du des ou de\nla vitesse relative des variations,le chant emploie et exagère les signes du\nlangage naturel de la passion; il consiste en une combinaison systématique\ndes particularités de la voix qui sont les effets physiologiques du plaisir\nou de la douleur extrême. \"\nSpencer observe ensuite que d'autres particularités musicales viennent\nà l'appui de sa théorie.\n\" Même le rythme, dit-il, qui établit une dernière distinction entre le\nchant et le parlé, a, du moins cela n'est pas improbable, une cause sem-\nblable. Les actions que nous fait faire un sentiment puissant tendent à\nprendre une allure rythmée ; pourquoi ? Cela n'est pas facile à dire ;\nmais elles y tendent, il y en a diverses preuves. \"\nPar exemple :\n\" ... La poésie, qui est une sorte de discours plus capable de rendre\nles émotions, montre ce même besoin de rythme dans tout son développe-\nment. Et si nous rappelons que la danse, la poésie et la musique sont nées\nensemble, sont à l'origine les parties constituantes d'un même tout, il est\nclair que le mouvement fait en mesure, qui se retrouve dans chacune des\ntrois, suppose une action rythmée du corps entier, l'appareil vocal com-\npris ; et qu'ainsi le rythme de la musique n'est qu'un résultat plus subtil\n\n1 Ainsi pour la phrase précitée : \" C'est le spectacle, etc. \", il admet qu'il y a péril à donner en\nexemple des cas de ce genre, car \" chaque lecteur se montera à un certain degré qui ne sera pas celui\ndes autres ; mais pour les mots isolés, la chose sera moins difficile. \" Suit une lumineuse analyse de\nl'accent des interjections et de ses relations psychologiques."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.18", "texte": "16\nS. I. M.\n\net plus complexe de la relation entre l'excitation mentale et celle des\nmuscles. \"\nAprès avoir demandé ses preuves à l'observation et à l'analyse, Spencer\nen appelle à l'histoire, encore qu'il reconnaisse qu'elle n'éclaire pas\nbeaucoup la question. \" Mais, ajoute-t-il, dans les limites où elle l'éclairé,\nelle confirme notre conclusion.\nIl rappelle notamment que les poèmes primitifs des Grecs se chantaient.\n\" Au yeux des gens qui connaissent la question, précise-t-il, ce chant n'était\npas ce que nous appelons proprement du chant, c'était quelque chose qui\ntenait de notre récitatif. \" Et plus loin : \" Que le récitatif soit sorti\nnaturellement des modulations et cadences de la voix dans les grandes\némotions, c'est ce dont nous avons encore une preuve immédiate... Ceux\nqui ont assisté, dans une assemblée de Quakers, à une allocution d'un de\nleurs prédicateurs (ils ont pour habitude de ne parler que lorsque\nl'émotion réligieuse les saisit), ont dû être frappés du ton extraordinaire\nde l'allocution : c est comme un chant c\n\" Il est clair également que les intonations en usage dans certaines\néglises sont des signes du même état mental ; et ce qui les a fait adopter,\nc'est un sentiment obscur de l'accord qu'il y a entre elles et le ton\nordinaire de la contrition, de la supplication, de la vénération.\nSuit ce parallèle entre l'évolution de la poésie et celle de la musique :\n\" Si, comme nous avons de bonnes raisons de le croire, le récitatif s'est\ndégagé peu à peu du langage de la passion, le même mouvement, se\ncontinuant, a dû, cela est clair, tirer du récitatif le chant. Des harangues\net des récits légendaires des sauvages, mis dans ce style à métaphores et\nà allégories qui leur est naturel, est sortie la poésie épique, de laquelle\nensuite naquit, par voie de développement, la poésie lyrique ; de même\naussi, l'usage de dire ces harangues et ces récits en marquant davantage\nles notes et la cadence, a fait naître le chant ou musique récitative, d'où\nest née depuis la musique lyrique.\n\" ...La différence entre la poésie lyrique et la poésie épique est la\nmême qu'entre la musique lyrique et le récitatif ; de part et d'autre, c'est\nune exaltation plus grande du langage naturel des émotions. La poésie\nlyrique a plus de métaphores, d'hyperboles, d'ellipses, et ajoute le rythme\ndes vers au rythme des pieds ; et de même la musique lyrique a plus\nd'éclat, plus de sonorité, des intervalles plus larges et ajoute le rythme des\nphrases au rythme des mesures. De plus, on sait que les passions, en se"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.19", "texte": "LA MUSIQUE CHEZ SPENCER\n17\n\nrenforçant, ont tiré de la poésie épique la poésie lyrique comme leur\ninstrument naturel : ce qui porte à croire encore qu'elles ont de même\ntiré la musique lyrique du récitatif.\nEt voici le résumé qui couronne ce monument rationnel à la musique\ndont nous avons tenté de montrer ici quelques aspects significatifs :\n\" Il y a chez les animaux comme chez nous un rapport physiologique\nentre le sentiment et le jeu de muscles ; comme les sons vocaux sont le\nproduit d'un jeu de muscles, il y a, par suite, un rapport physiologique\nentre le sentiment et les sons vocaux : àce rapport physiologique toutes\nles modifications de la voix qui expriment le sentiment doivent directe-\nment leur signification; la musique, se servant de toutes ces modifications,\nles amplifie de plus en plus à mesure qu'elle s'élève à des formes de plus\nen plus hautes, et devient vraiment musique par le seul fait de ce dévelop-\npement ; depuis les anciens poètes épiques, qui chantaient leurs vers,\njusqu'aux compositeurs modernes, des hommes chez qui les sentiments,\nétant très vifs, allaient toujours à l'extrême dans leur façon de s'exprimer, ont\nété les agents naturels de ce développement ; et ainsi, petit à petit, la dif-\nférence a grandi entre le langage idéalisé de la passion et son langage naturel.\n\" Et à cette preuve directe, nous avons ajouté cette autre indirecte,\nqu'il n'est pas une autre hypothèse sérieuse en état d'expliquer la puissance\nd'expression ou l'origine de la musique.\nCes quelques extraits permettent, pensons-nous, d'évaluer la grandeur\net la puissance extraordinaires de l'intelligence qui sut, en dehors de\ntoute métaphysique, se donner et donner à autrui une telle représentation\ndes origines d'un art aussi subtil que la musique, d'un art dont les\nmanifestations voisinent si souvent avec l'inconnaissable.\nOn observera, par ailleurs, que, malgré la sévérité de sa méthode, pas\nune seule fois Spencer n'oublie qu'il travaille sur de rémotion. Les passages\nque nous reproduisons ci-dessus sont typiques à cet égard ; ceux qui\nexcèdent le cadre de cette étude ne le sont pas moins. Trop de théoriciens\nde l'art furent étrangers à l'art par le sentiment pour que nous n'admirions\npas celui-là, qui agença l'édifice de ses idées touchant la musique sans\nméconnaître la musique un seul instant.\nNe peut-on pas poser en fait, après la lecture de l'essai de Spencer, que\nle musicien le plus sensible y trouve la justification rationnelle de sa\nmission ?"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.20", "texte": "18\nS. I. M.\n\nOn conçoit qu'un tel homme ait pu s'intéresser à la musique sur un\nautre plan que celui des spéculations intellectuelles. Et, de fait, au rebours\nde tant de professionnels des idées générales qui sont indifférents à l'objet\nde leurs travaux en dehors de ces travaux, Spencer aima et pratiqua la\nmusique. Il lui consacra même beaucoup de temps.\nDans son Autobiographie, 1 l'obsession musicale se fait jour fréquemment.\nSpencer note avec un soin très attentif les événements musicaux de sa\nvie. La sincérité de ces mémoires est pour nous évidente ; mais le lecteur\nse défierait-il des suggestions de leur ton qu'il aurait une preuve de leur\nvéracité en constatant que, par la publication de son\nSpencer avait manifestement l'intention d'éclairer et de coordonner l'en-\nsemble de son œuvre philosophique.\nSi la solidarité de tous les écrits d'un homme doit être invoquée\nquelque part c'est bien ici.\nQuelles furent les premières réactions de la musique sur celui qui\ndevait écrire les pages définitives que nous venons de parcourir, touchant\nl'origine et la fonction de cet art ?\nC'est en 1841 que Spencer qui avait alors vingt-un ans semble\navoir pris goût aux distractions musicales. Tout en s'adonnant avec\nardeur au canotage, à Worcester, il éprouve un vif plaisir à chanter avec\nun de ses amis, son partenaire en rowdes ballades sentimentales ; ces\n\" morceaux \" sont très à la mode et le futur grand philosophe et\nsociologue en a apporté de Powick toute une collection. A dire le vrai,\nSpencer, à cette époque, n'a que de vagues notions musicales ; une cir-\nconstance tout extérieure le détermine à essayer d'en acquérir de moins\nrudimentaires. L'étude du chant choral commençait à se répandre en\nAngleterre; dans la plupart des localités de quelque importance l'enseigne-\nment de la musique vocale s'organisait avec succès ; des sociétés se\nfondaient. Il en fut ainsi dans le pays où se trouvait alors Spencer, qui\nsuivit assidûment les leçons et fut, s'il l'on peut dire, un orphéoniste\nmilitant de la première heure !\n\" Outre les leçons régulières, rapporte-t-il, 011 commença bientôt à\ns'exercer chez mon ami Lott. Lott, sa sœur et moi, nous passions au\nmoins une soirée par semaine à répéter des chœurs. Après que la série\ndes leçons fut terminée, il se forma une petite société chorale d'une\n\n1 Une Autobiographie, par Herbert Spencer, trad. de Henry de Varigny. Paris, Félix Alcan,\nédit., 1907."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.21", "texte": "LA MUSIQUE CHEZ SPENCER\n*9\n\ndouzaine de membres, dont je fis partie. Non seulement pendant cette\npériode, mais encore longtemps après, le chant choral fut un de mes\nplus grands plaisirs. Comment se fait-il que parmi ceux qui font profession\nd'aimer la musique, ce plaisir, aussi grand qu'il est peu coûteux, soit si\npeu apprécié ? Il y a peu de plaisirs plus élevés, et il n'y en a aucun qu'il\nsoit aussi facile de se procurer lorsque le désir est partagé par le nombre\nrequis de personnes.\nEt comme, chez Spencer, le généralisateur ne perd jamais ses droits, il\najoute :\n\" Peut-être un des obstacles tient-il à ce que dans le chant choral les\njeunes filles ne peuvent point exhiber leurs talents musicaux ? Seuls les\nsoli le leur permettent. Et comme notre organisation sociale est faite,\ndans une large mesure, en vue de faciliter des mariages, il en résulte que\nle chant d'ensemble n'est pas bien vu par les mères et par les filles, quoi-\nqu'elles prétendent aimer la musique.\nQuatre ans après, Spencer est à Londres et, pour la première fois, il\nassiste à une représentation d'opéra. Il a noté soigneusement ses impres-\nsions de cette soirée dans une lettre à son ami Lott, en date du 7 mai 1 845.\nComme on verra, son premier contact avec la musique dramatique ne fut\npas précisément générateur d'enthousiasme.\n\" Hutton et moi, écrit-il, nous sommes allés ensemble à l'Opéra. J'ai\nété terriblement déçu. Je n'ai senti ni émotion, ni rien qui ressemble à\nde l'enthousiasme, pendant tout le temps. L'illogisme du dialogue réci-\ntatif, le chant de paroles de signification entièrement différente sur la\nmême harmonie, etc., etc., m'agaçaient au point de me gâter complète-\nment le plaisir causé par la musique ou le drame. L'effet de la musique,\nnon plus, n'a pas été aussi grand que je l'imaginais. Celle-ci n'a pas\n\" réalisé son ambition \" : vous comprenez sans doute. Les effets de ses\ndiverses parties n'étaient pas assez puissants pour les rendre parties adéquates\nd'une composition aussi grande.\n\" Il manquait à l'ensemble une \" massivité \" plus en proportion avec\nles dimensions. Tel quel, il m'a donné une impression de rachitisme.\n\" Toutefois, je tenterai une autre épreuve. L'opéra que j'ai entendu\nétait la Somnambule et quelques-uns des premiers chanteurs étaient\nabsents, de sorte que je n'ai pas entendu tout ce que cela peut donner.\nDemain j'irai avec Hutton entendre \".\nSpencer alla entendre Don Juan ; mais ce ne fut point pour lui la"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.22", "texte": "2 O\nS. I. M.\n\nrévélation espérée, et il s'en explique très franchement dans ces lignes où\nl'ingénuité de l'impression contraste avec les exigences de la logique :\n\" Quoique capable d'écouter, sans être trop choqué de ce qu'il y a\nd'artificiel et de peu congru, la traduction mélodique des sentiments du\nhéros et de l'héroïne, puisque le chant est naturel à la grande émotion,\npourtant je ne pouvais m'empêcher de protester intérieurement en\nentendant chanter les autres personnages du drame, qui n'avaient point\nles mêmes raisons d'être émus.\n\" Que l'on rende poétiques des serviteurs et des servantes et qu'on les\nfasse parler en récitatif, parce que leurs maîtres et maîtresses sont épris les\nuns des autres, est une absurdité par trop évidente. Et la conscience de\ncette absurdité détruisit une partie du plaisir que j'eusse pu prendre à\ncette œuvre. Il en est de la musique comme de la peinture ; du moment\noù l'œuvre s'écarte trop de la réalité, j'oublie la signification ou l'intention\ndu tout, au point de ne presque plus ressentir aucun plaisir.\nOn remarquera que le jeune Spencer regrettait de ne pas devoir en\ncette occurrence à la musique la sensation qu'il en attendait.\nL'oratorio lui fut plus propice que l'opéra ; dans la même lettre, il fait\nmention de la Création,de Haydn et du grand plaisir qu'il a retiré de\nl'audition de cette œuvre :\n\" En l'absence d'une tentative de traduction dramatique, dit-il, mon\nattention pouvait se donner beaucoup plus entièrement à la musique et\nles choses qui pouvaient me choquer étaient beaucoup moins senties. \"\nSpencer, étant devenu journaliste, eut, peu après, toutes facilités pour\naller souvent au théâtre et il entendit un grand nombre d'ouvrages. Aux\nenvirons de 1847, il s'est créé une manière d'esthétique personnelle en\nmatière d'opéra. Il écrit :\n\" ...Je pouvais aller aux Italiens, à Covent Garden, chaque fois que\nles billets n'étaient pas pris pas Mme Wilson qui, en qualité de femme du\npropriétaire et directeur, avait naturellement les premiers droits. La\nplupart des spectacles ne m'attiraient guère. Je ne faisais que peu de cas\ndes opéras où la passion personnelle occupait la principale place, quelque\nagreable que put etre la musique. Même Don Juan ne me plaisait pas\nentièrement. Une série de jolis airs et duos, même accompagnés d'une\nbelle orchestration, ne répondait pas Il me\nsemble que, dans tous les cas, il faut\nsentiments produits pendant les révolutions et les enthousiasmes religieux prennent"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.23", "texte": "LA MUSIQUE CHEZ SPENCER\n21\n\ndyeux-mêmes la forme chantée, chez les individus et chez les foules. C'est pour\ncela qu'un opéra qui a pour sujet dominant les incidents d'une conclusion\nsociale, possède quelque chose qui ressemble à un caractère dramatique ;\net grâce à l'intérêt produit par une interprétation musicale suffisante des\npassions populaires, on peut oublier les petits détails fâcheux. \"\nSpencer est, on le voit, constamment heurté par l'illogique, le disparate\net le discontinu de l'opéra, par le manque de \" massivité \" du genre et\nil aspire à une forme plus rationnelle et plus consistante du drame musical.\nOn reconnaîtra que pour un demi-profane, tel qu'était Spencer en\n1847 et anglais par surcroît cette ébauche d'une théorie du théâtre\nlyrique ne manquait ni d'envergure ni de personnalité.\nCe qui surprendra certains lecteurs, par exemple, c'est le nom du\ncompositeur qui, pour le philosophe, synthétise dès lors et synthétisera\ntoujours les qualités qu'il demande au musicien dramatique : Meyerbeer.\nIl demeurera fidèle à son admiration. Il est le contemporain de la gloire\npersonnelle de Meyerbeer, mais il assistera plus tard à l'assaut des critiques\ndoctrinaires et autres dirigé contre l'auteur des : il ne\nvariera pas. Il se fera même le constant apologiste de Meyerbeer, de\nqui, dès cette époque (1847) il disait dans une lettre à Lott :\n\" Meyerbeer est plus dramatique que tous les autres compositeurs\nd'opéras. Il subordonne tout aux caractères, à l'émotion, aux sentiments,\net il ne parsème pas sa musique de jolis petits airs ou duos qui n'ont\naucun rapport avec l'action. La \" massivité \" est une de ses principales\ncaractéristiques. Un opéra de lui ne donne pas l'idée de quelque chose\nde bon, longuement étiré et aminci comme le sont la plupart des opéras.\nEt puis, et surtout, il est extrêmement original. Je puis dire, en somme,\nque je n'ai jamais été absolument satisfait d'un opéra jusqu'au moment\n•où j'ai entendu les Huguenots.\"\nEst-ce à dire que Spencer se soit rabattu sur Meyerbeer parce qu'il\nignorait Wagner, alors à ses premiers débuts effectifs et dont il semble\nque l'esthétique dût logiquement correspondre à ses aspirations à une plus\nparfaite cohérence des éléments d'une œuvre, à ce qu'il nomme expres-\nsivement leur \" massivité \" ? Nullement. Lorsque Spencer eut des échos\nde l'effort de Wagner, il en comprit la portée.\nAvant d'avoir assisté à aucun spectacle wagnérien, il est renseigné.\n\" Des amis, écrit-il, prétendent qu'il faut juger les compositeurs d'après\nleur musique, simplement considérée comme musique ; mais j'ai toujours"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.24", "texte": "22\nS. I. M.\n\nsoutenu qu'il faut se préoccuper avant tout de la vérité dramatique, et\nque l'inspiration mélodique doit être subordonnée à celle-ci. Ceci est, je\ncrois, la doctrine de Wagner. Mais, autant que je l'ai entendu dire, sa\npratique n'est pas conforme à sa théorie. Il sacrifie le mélodique sans\nparachever le dramatique. \"\nIl ne paraît pas que, par la suite, l'auteur de ait jamais fait\ncomplètement la conquête de l'auteur des Spencer se\ndefie de la part du snobisme dans la gloire wagnérienne.\nEn 1876, des représentations d'oeuvres de Wagner sont données à\nAlbert Hall. Spencer y assiste. Il en discute avec George Eliot, la célèbre\nromancière, qui est de ses amis, qui est musicienne et que séduit l'art du\nnovateur ; or, tous deux finissent par tomber d'accord \" qu'il manque à\ncette musique le caractère dramatique auquel elle vise tout particulière-\nment, et qu'elle ne donne pas la forme musicale aux sentiments exprimés\npar les mots. \"\nRapprochons cette opinion de celle exprimée par Spencer au lendemain\nde sa première audition d'un opéra : nous trouvons, à deux étapes fort\ndistantes de sa vie, exprimée avec une égale franchise, la même déception\ndu philosophe en présence d'une forme nouvelle pour lui d'un art qu'il\naffectionne. Certes, il ne se donne point pour expert en la technique de\ncet art, mais, par son essai, il a fourni victorieusement la preuve qu'il est\ncapable den penetrer l'essence, d'en analyser le substrat. Et l'impression\nd'un être doué d'une intelligence aussi vaste vaut bien, même dans l'erreur,\n1 approbation accidentellement exacte d'un assemblage de messieurs et de\ndames quelconques. D'autant que, malgré sa résistance \" sensationnelle \",\nSpencer rend justice au principal du mérité de Wagner, lorsqu'il écrit\n(passons sur l'outrance paradoxale des mots pour ne considérer que l'idée\nen soi) :\nDans cette occasion comme d autres fois, en écoutant de la musique\nde Wagner, j en vins a conclure qu il était un grand artiste, mais non\npas un grand musicien ( !) en ceci qu'il savait mieux que d'autres compositeurs\ngrouper ses effets. Pour faire une belle œuvre d'art il faut que les éléments\nen soient combinés de manière à fournir des contrastes suffisants de tous\nles ordies : grands pour les grandes divisions et plus petits pour les\nsubdivisions et les sous-subdivisions ; et qu'il y ait des contrastes non\nseulement d un genre, mais de beaucoup de genres. Wagner, je crois, noyait\ncela plus clairement que ses devanciers. \""}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.25", "texte": "LA MUSIQUE CHEZ SPENCER\n23.\n\nNéanmoins Meyerbeer continue de l'enthousiasmer. Il est navré des\nattaques dont est l'objet l'œuvre de son musicien de prédilection ; et ce\nsentiment est si vif que, dans son dernier livre,\npublié par lui alors qu'il a quatre-vingt-deux ans, il tient à consacrer un\nchapitre sur les cinq concernant la musique contenus dans le volume\nà Meyerbeer. Il y tente une justification originale et ingénieuse du\ncompositeur en rattachant son cas à une admirable théorie du \" rythme\nde l'opinion \", développée dans le même ouvrage.\n\" Une illustration de ce rythme de l'opinion, écrit-il, est fournie par\nla réputation de Meyerbeer, jadis si grande, aujourd'hui si petite... Il\nsemble qu'il n'y a pas moyen d'échapper à cette violente action et réaction\net que, quand les hommes ont été élevés trop haut, ils doivent expier en\ntombant trop bas. Mais les esprits judicieux peuvent, de la façon déjà\nindiquée, rabattre des opinions régnantes et former des jugements raison-\nnables. Quand un homme, si hautement loué à un moment, vient à être\nnégligé et traité avec mépris, nous pouvons être sûrs que l'excès de\nmésestime se trompe comme avait fait l'excès d'estime, et, par la phase\npassagère d'excès de mésestime, nous pouvons approximativement juger\noù est sa véritable place. Ainsi jugé, Meyerbeer occuperait incontestable-\nment une situation beaucoup plus haute qu'aujourd'hui. \"\nIci se place une parenthèse amusante :\nSpencer ayant constaté qu'on reprochait à Meyerbeer d'avoir abusé\ndes traits et des arpèges, s'avisa de faire compter par \" une dame\npianiste qui habitait sa maison \" les traits et les arpèges contenus dans\nles cinquante premières pages de trois partitions de Meyerbeer et de\nconfronter le résultat obtenu avec celui donné par une opération sem-\nblable effectuée sur trois partitions de Mozart ! Or, il se trouva que les\ngammes et les arpèges étaient plus nombreux chez Mozart que chez\nMeyerbeer !...\nCette preuve par la statistique est évidemment moins concluante que\nles arguments de haute pensée et de subtile observation produits par\nSpencer à l'appui de sa thèse sur l'origine et la fonction de la musique ;\nmais, si naïf que soit le procédé, et même parce que très naïf, il montre\nque l'obsession musicale était bien l'un des attributs caractéristiques de la\npersonnalité du philosophe.\n\n1 Faits et Commentaires, par Herbert Spencer, trad. d'Auguste Dietrich. Paris, Librairie Hachette\net Cie, édit., 1903."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.26", "texte": "24\nS. I. M.\n\nDe cette obsession nous avons d'autres indices encore, et non moins\ncurieux que les précédents.\nAinsi, Spencer avait horreur de la virtuosité pour la virtuosité. Dans\nce même livre, Faits et Commentaires^il emploie un autre des cinq\nchapitres musicaux qu'il y a insérés à requérir contre l'acrobatie des\nconcertistes qui ne songent qu'à étonner, indépendamment de toute\nexpression émotive. Ce chapitre est intitulé : La Corruption de la Musique \\\nDans son Autobiographie, Spencer avait déjà écrit énergiquement sur ce\nthème de la virtuosité haïssable et déploré certaines exécutions de Sivori.\nIci il s'en prend à Rubinstein. Ailleurs il en a au public, lequel acclame\npar esprit d'imitation lorsqu'il voit les musiciens de l'orchestre applaudir\nleur confrère virtuose. \" Quand on pense, ajoute-t-il, que la grande\nmajorité des gens ont si peu d'individualité en excès, il semble étrange\nqu'ils prennent tant de peine pour cacher le peu qu'ils en ont.\nAutre particularité des sympathies et des antipathies musicales de\nSpencer: il ne goûte que médiocrement le violon et s'étonne du fétichisme\ndont cet instrument est l'objet. Sa critique, qu'il pousse assez loin dans le\ndomaine de l'acoustique scientifique, est très discutable en soi, mais elle\nl'induit à une généralisation qui, elle, a son prix :\n\" Nous tous, compositeurs et musiciens inclus, on nous a habitués à\naccepter passivement les idées, les sentiments, les usages politiques,\nréligieux et sociaux, et, je puis ajouter ici : artistiques. Nous acceptons\nles qualités de la musique d'orchestre comme nécessaires en un certain\nsens, sans nous demander jamais si elles sont ou ne sont pas tout ce qu'on\npeut désirer.\nUne lecture attentive des écrits \"musicaux \" de Spencer accuse mainte\nautre révélation typique, mais quelques exemples de plus n'ajouteraient\npas à la portée des précédents et, du reste, passeraient les dimensions de\ncette étude. Pourtant il est un document qui doit trouver place ici, étant\ndonné le destinataire ; c'est la lettre que Spencer écrivit à Darwin en\n\n1 Voici les titres des quatre autres : VOrigine de la Musique (où il reprend la thèse de son essai,\naugmentée d'une réfutation des critiques auxquelles il a donné lieu, notamment de la part de\nM. Edmund Grey, du Dr Wallaschek, de M. Ernest Newman et de M. Combarieu) ; Le Développement\nde la Musique ; Meyerbeer ; Quelques hérésies musicales."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.27", "texte": "LA MUSIQUE CHEZ SPENCER\n25\n\nréponse à l'envoi que celui-ci lui avait fait de son livre UExpression des\nEmotions. Cette lettre, la voici :\nï 6 novembre 1872\nMon cher Darwin,\n\" J'ai tardé plus longtemps que je n'aurais voulu à vous accuser récep-\ntion du nouveau volume que vous avez eu la bonté de m'envoyer. Ce\nretard vient en partie de ce que j'espérais pouvoir en lire davantage avant\nde vous écrire ; mais ma capacité de lecture est si restreinte, et ce que\nj'en possède se trouvant employé maintenant à rassembler des matériaux\npour le travail que j'ai en cours, je n'ai pas pu avancer beaucoup la\nlecture de votre livre. J'en ai lu assez cependant pour voir quelle immense\nquantité de faits vous apportez à l'appui de vos propositions.\n\" Je ne me permettrai de commentaires que sur un point où je vois\nque nous différons, c'est-à-dire l'explication de l'expression musicale, à\npropos de laquelle vous citez M. Litchfield. Je crois que si vous voulez\nretracer la genèse de la mélodie, en commençant par les cadences d'une\nparole légèrement émue et passant par le récitatif, vous verrez que la\nmélodie se comprend très bien en vertu des principes que j'ai mis en\nlumière. Une bonne preuve de ceci est le fait que la mélodie proprement\ndite s'est développée dans un temps relativement récent. Le fait que le\nrécitatif est l'expression naturelle de l'émotion est abondamment prouvé.\nJe me rappelle avoir lu que les Australiens emploient une sorte de récitatif\nquand ils se promènent en causant de choses qui les intéressent ; et j'ai\nentendu des enfants se parler à eux mêmes en récitatif quand ils jouaient\nà un jeu intéressant, ou s'occupaient par exemple à cueillir des fleurs.\nRapprochez ceci du fait que bien des races inférieures ne se sont jamais\nélevées au-dessus du récitatif (les Chinois et les Hindous par exemple),\net que même chez les Grecs, on peut croire que la mélodie ne différait\npas autant que maintenant du récitatif ; ajoutez-y le fait que même à\nprésent on peut entendre dans les Hdes chants gallois dont le\ncaractère se rapproche beaucoup du récitatif, et vous verrez, je pense,\nque la mélodie, est comme je le prétends, une forme idéalisée des cadences\nnaturelles de l'émotion. Je pourrais vous citer des phrases musicales qui,\nje le crois, vous le prouveraient clairement. Priez votre fille de vous jouer\n\" Robert, toi que j'aime \", et je crois que vous comprendrez. Je ne veux"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.28", "texte": "26\nS. I. M.\n\npas dire que cela soit tout ; car il y a dans la mélodie d'autres éléments.\nMais cela en est, je crois, l'élément essentiel.\n\" Bien à vous,\n\" Herbert Spencer \".\nOn le voit, c'est la musique qui fait le fond de cette lettre écrite à\npropos d'un livre aussi général que possible. Ce trait suffirait, à défaut\nd'autres, à démonter l'obsession musicale chez Spencer.\nSi nous avons insisté de la sorte sur cette obsession, c'est parce qu'elle\nest significative nonobstant le cas que l'on peut faire des spéculations\nmusicales de l'illustre philosophe.\nSans doute, des musiciens ont souri de telles de ses réflexions si mani-\nfestement étrangères aux modes de concevoir d'un professionnel ou\nseulement d'un amateur éclairé. Sans doute, quelques lecteurs ont été\neffarés par la distance qui sépare l'essai sur l'Origine et la Fonction de la\nMusique d'un sophisme tel que celui impliqué par le décompte des arpèges\nchez Mozart et chez Meyerbeer... Sans doute, encore, il manquait à\nSpencer une culture musicale.\nMais tout cela ne préjudicie point la portée de ce fait que\ndes types les plus admirables de F intelligence\nplace a la musique dans les occupations\nAutre aspect du même fait : l'œuvre\nrares exemples du rattachement de la musique a une doctrine rationnelle sur\nl'universel.\nInnombrables, dans les littératures, sont les assimilations arbitrairement\ntentées ou les rapprochements fortuitement établis entre la musique et la\nmorale, entre la musique et les lettres, entre la musique et la psychologie,\nentre la musique et la peinture, etc. Plus rares infiniment sont les essais\ndu même ordre visant à rattacher la musique aux idées générales, et qui-\nconque, en l'état actuel de la pensée, voudra faire, à propos de cet art,\nacte de synthèse philosophique, devra, croyons-nous, tenir compte de\nl'apport réalisé par Spencer dans sa recherche rationnelle de l'origine.\n\nGabriel Bernard."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.29", "texte": "RAMEAU ET LES CLARINETTES\n\nLa question des clarinettes et de leur apparition dans l'orchestre du\nXVIIIe siècle a déjà fait couler beaucoup d'encre. 1 Des recherches\neffectuées récemment dans les Archives de l'Opéra nous ont permis de\ndécouvrir un document de comptabilité qui prouve que les clarinettistes\nétaient employés à l'Académie Royale de Musique antérieurement à\n1751, c'est-à-dire avant l'époque où Rameau fit appel à leur concours\npour Acanthe et Céphise. —Il résulte, en effet, du document en question\nque Rameau introduisit des clarinettes dans représenté, pour la\npremière fois, le 5 décembre 1749.\nCe document porte le titre suivant :\nINSTRUMENTS EXTRAORDINAIRES EMPLOYÉS A L'OPÉRA\nEtat de qui eeront faite\nemployez, a l'Opéra, par extraordinaire, depuis le 29 aoust 1749.2\nSigné de François Rebel, directeur de l'Opéra, il concerne les frais\nnécessités par l'emploi de musiciens supplémentaires dans les 3 répétitions\net les 2 5 représentations de Zoroastre, à raison de 6 Livres par séance et\npar musicien, et se monte à un total de 948 Livres. Chacun des 6 mu-\nsiciens dont il porte les noms a émargé à la date du 5 mai 17 50.\nLes trois premiers, Stoffels, Valentini et Simon, jouent, Stoffels, de\nla trompette,3 les deux autres, du cor ; ils reçoivent chacun 168 Livres.\n\n1 Voir sur cette question : H. Riemann, dans la Préface du tome 111. I. des Denkmaler Bavarois (1902).\nM. Brenet : Rameau, Gossec et les clarinettes. (Guide Musical, 1903). —L. de la Laurencie : Rameau, son gendre\net ses descendants. (S. I. M. 15 fév. 1911). —G. Cucuel :La question des clarinettes dans Vinstrumentation du\nXVIII• siècle. (Zeitschrift de Pl. M. G., juillet 1911).\n2 Arch. Opéra. A. 19. Emargements, 1749-1751.\n3 Stoffels était trompette au Concert Spirituel en 1751."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.30", "texte": "28\nS. I. M.\n\nLes deux suivants se nomment Jean Schieffer 1 et François Raiffer,\net touchent, tous deux, 168 Livres \"pour avoir joué de la clarinette\ndans trois Répétitions et 25 Représentations de l'Opéra de à\nraison de 6 Livres, chaque fois\nDe ces deux artistes, nous connaissons le second, Raiffer, lequel\ntenait un emploi de clarinette au Concert Spirituel en 1775.2 Quant à\nSchieffer ou Schiefer, il se confond peut-être avec le musicien du même\nnom dont un Concerto à 2 cors de chasse fut exécuté au Concert Spirituel,\nle 9 avril 1751. Il ne semble pas que ces deux clarinettistes aient\nappartenu, comme Gaspard Procksch et Flieger, que Rameau utilisait\nen 1751.\nQuoiqu'il en soit, le document qui précède, en démontrant la\nprésence des clarinettes à l'orchestre de l'Opéra pour les répétitions et les\nreprésentations de Zoroastre,3 permet d'avancer de deux ans la première\nmention officielle de ces instruments à Paris.\nNous observerons toutefois que ni la partition de Zoroastre gravée en\n1749, ni la partition d'orchestre de cet opéra, datant de 1756, que\nconserve la Bibliothèque Nationale4 ne contiennent d'indications té-\nmoignant de la participation des clarinettes à l'exécution de\nL'orchestre comprend seulement, outre les instruments à archet, 2 flûtes,\n2 cors et 2 hautbois. Il s'en suit que les deux clarinettistes \" employés\npar extraordinaire\" devaient, soit doubler les hautboïstes, soit les remplacer,\nconformément à l'usage de l'époque, qui a été nettement mis en lumière\npar MM. Riemann et G. Cucuel.\nNous retiendrons surtout de la pièce comptable que nous signalons\nici le rôle remarquable joué par Rameau dans l'introduction des clarinet-\ntes en France.\n\nLionel de la Laurencie.\n\n1 II signe Schiefer.\n2 M. Brenet : Les Concerts en France sous /'ancien régime, p. 313.\n°J Mercure, décembre 1749, P- 172-\n4 Bib. Nat. Vm2 376."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.31", "texte": "L'OREILLE\nET LA\nMUSIQUE\n\nQue ce soit le Soleil qui tourne autour de la Terre, ou que ce soit\nla Terre qui tourne autour du Soleil, l'harmonie sidérale, les rapports des\njours, des mois et des ans restent les mêmes. La métrique astronomique\navait établi le calendrier bien avant Galilée.\nIl en est de même, en tout petit, pour l'harmonie musicale ; et la\nmétrique de la gamme est indépendante des diverses théories de l'audition.\nLes Grecs avaient commencé à l'établir sans aucune idée physiologique.\nL'arithmétique sonore ne fait que chiffrer les divers systèmes de conson-\nnances comme la géométrie groupe et classe les divers systèmes de cristaux.\nTous les phénomènes naturels, étendus dans le temps et dans l'espace,\nont leur morphologie, leur harmonie et leur mélodie propres, que l'homme\nn'a pu que constater à mesure que le lui permettait l'investigation esthétique\net scientifique. Notre psychologie est à l'école de la grammaire naturelle.\nIl est néanmoins préférable, pour l'astronome comme pour l'esthéti-\ncien, de ne pas s'attarder à la fréquentation de conceptions enfantines ou\nfantaisistes, qui marquent les premiers stades de notions destinées à se\nmodifier ou à se développer par une connaissance plus approfondie des\nchoses de la nature, et aussi par la critique même de nos moyens humains\nde connaissance.\nFaute de cet instinct si rare qui est le faute aussi de\nce fil d'Ariane qui est la physiologie comparée, deux chercheurs célèbres\nse sont perdus dans le labyrinthe de l'oreille. L'illustre physicien Helmholtz\na conçu une théorie de l'audition dont l'absurdité a égaré depuis un\ndemi-siècle les recherches de la physiologie et de la clinique auriculaires.\nPlus récemment, de Cyon s'est lancé, à propos de l'oreille également,"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.32", "texte": "3°\nS. I. M.\n\ndans une conception métaphysiologique et métapsychologique qui confine\nau délire.\nSi l'on met en série, du plus simple au plus complexe, l'immense\nvariété des appareils organiques qui ont, dans l'enchaînement des êtres\nvivants, la signification morphologique et physiologique d'oreille, on\nconstate sans peine que tous ces appareils sont simplement des enregistreurs\nde pression,et que l'audition elle-même n'est que l'enregistrement, sous\nforme tonale, de cette variation circulante de pression qui constitue\nl'ébranlement. Ces appareils renseignent l'animal sur les variations de la\npression du milieu extérieur, comme de véritables baromètres, ou encore\nsur celles du milieu intérieur, comme de petits manomètres. A mesure\nque les espèces compliquent et différencient leur morphologie en l'adaptant\nà des conditions d'existence de plus en plus complexes, il se montre dans\nces appareils une remarquable distribution du travail enregistreur. Varia-\ntions régulières ou irrégulières de la pression du milieu extérieur fluide,\nliquide ou aérien, variations périodiques ou ébranlements, ondulations,\nvariations de la pression exercée par le milieu sur l'animal ou par l'animal\nsur son milieu, selon les déplacements actifs ou passifs de l'animal,\nl'oreille enregistre tout en des récepteurs de plus en plus distincts, et\nfournit aux centres nerveux des notions qui serviront à les renseigner sur\nce qui se passe dans le milieu extérieur et dans le milieu intérieur, en\ntant que variations de pression.\nDans l'immense majorité des êtres vivants, la variation périodique\nde pression du milieu extérieur est perçue simplement comme vibration,\ncomme ébranlement, comme trépidation ; mais ce n'est qu'assez haut\ndans la série des organismes, au niveau des Amphibiens, qu'apparaît un\nprocédé d'enregistrement qui va permettre de noter l'ébranlement non plus\nsous forme de variations plus ou moins rapides de pression, mais sous\nforme de sensations sonores, plus ou moins aiguës. La sensation de trépi-\ndation est dès lors doublée de la sensation sensation continue\ncomme les sensations lumineuses, caloriques, qui sont également provo-\nquées par des vibrations, et susceptibles de se sérier du grave à l'aigu.\nL'audition, telle que la possèdent les Vertébrés supérieurs, dont l'appareil\nauriculaire est muni de ce qu'on a appelé le n'existe donc pas\ndans la plupart des espèces vivantes. La perception de trépidation, de\nvibration est générale à tous les êtres vivants ; elle se développe mer-\nveilleusement chez le sourd, surtout chez le sourd de naissance. Elle est"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.33", "texte": "L'OREILLE ET LA MUSIQUE\n3i\n\nune perception directement tactile, mais aucun appareil tactile ne peut\nenregistrer, comme l'oreille ou les appareils de même signification organi-\nque, les ébranlements périodiques des milieux fluides, et d'origine lointaine.\nSi l'on avait eu la prudence et le bon sens de rester, pour l'oreille,\ndans les données générales de la physiologie sensorielle, et de ne pas créer\npour elle une physiologie purement fantaisiste, on eût cherché, comme\nje l'ai fait, le procédé d'enregistrement le mieux approprié aux variations\nrégulières et rapides de pression des milieux fluides, et l'on eût reconnu\nsans peine dans l'oreille un appareil supérieur aux meilleurs phonographes,\naux meilleurs baromètres enregistreurs : des tympans d'une passivité\nextrême, des plaques, des leviers multiplicateurs, des milieux de transfor-\nmation de l'ébranlement moléculaire destinés à solliciter de plus en plus\nl'inertie des parties profondes, un procédé d'inscription d'une délicatesse\ninouie, et la surface sensible la plus extraordinaire que l'on puisse conce-\nvoir, offrant à la courbe ondulatoire dirigée sur toute son étendue les\nconditions d'une inscription de détail, qui laissent loin en arrière tous nos\nappareils enregistreurs de laboratoire. Longtemps avant que l'inscription\nsur un cylindre tournant ait permis de tenir dans un tout petit espace une\nligne d'empreinte vibratoire dont le développement en ligne droite cou-\nvrirait plusieurs mètres en quelques secondes, l'inscription en avait\nété réalisée par l'oreille interne, et la forme en colimaçon de la papille\nsur laquelle va s'inscrire l'ébranlement capté par l'oreille n'a pas d'autre\nraison d'être. L'enroulement de cette papille d'enregistrement, dont la\nlongueur varie selon les espèces animales, a naturellement adopté la forme\nde colimaçon ; la coque rigide qui contient la papille a des dimensions de\nplus en plus réduites, tandis qu'a l'intérieur, au contraire, les dimensions\ndes éléments papillaires, et celles des parties qui les suspendent et assurent\nleur susceptibilité à l'impression, augmentent à mesure que l'ébranlement,\nen s'inscrivant perd, de sa force de sollicitation. J'ai étudié ailleurs dans\ntous ses détails cette merveilleuse physiologie. 1\nMais ce dispositif en limaçon, cette adaption progressive des appareils\nenregistreurs le long de la papille sensible, cette variation progressive des\ncalibres offrant à la sollicitation vibratoire une inertie de plus en plus\nlibre à mesure que cette sollicitation s'épuisait, ce dispositif a complète-\nment égaré les physiologistes, qui ont imaginé que ces différences de\n\n1 VOreille. Masson. VAudition. Doin."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.34", "texte": "32\nS. I. M.\n\ndimensions répondaient on le croirait à peine si l'hypothèse n'était\nclassique depuis deux siècles, à des différentes.\nLongtemps avant Helmholtz, à l'époque où l'on croyait encore\nl'oreille interne pleine d'air, on avait supposé que les calibres différents\ndes cavités osseuses répondaient à des lieux de résonance distincts. Plus\ntard, quand on connut un peu les parties molles de l'oreille et que l'on\neut quelques idées sur la structure de la papille, la même conception sévit\nà nouveau. Pour Helmholtz, les petits piliers de Corti devinrent des corps\nadmirablement faits pour vibrer respectivement à l'unisson de tous les\nsons que pouvait percevoir une oreille humaine. L'idée de ce petit clavier\ntout accordé, vibrant en ses divers points pour des sons différents, réjouit\nprofondément les physiologistes. Mais il fallut déchanter, parce que l'on\nreconnut que les Oiseaux, bons musiciens, n'avaient pas, dans leur oreille,\nde ces petits piliers sonnants. Immédiatement on changea la théorie\nd'épaule ; les parties si admirablement faites pour vibrer devinrent de\nvulgaires étouffoirs, et d'autres parties de la papille, qui, dans la première\nhypothèse, n'étaient bonnes qu'à étouffer la vibration, devinrent de\nmerveilleux appareils de résonance. Les fibres de la membrane basilaire,\nqui soutient la papille nerveuse, passèrent au premier rang physiologique,\net pour réparer le tort que leur avait fait la première conception, on leur\nattribua des aptitudes encore bien plus extraordinaires qu'aux malheureux\npiliers de Corti. Tellement extraordinaires, ces aptitudes, qu'elles ne purent\nrésister à l'examen. On avait supposé la membrane tendue ; elle ne tenait\nguère que par un bout. On la supposait presque rigide ; elle flottait comme\nun drapeau. On la disait mince ; dans certaines espèces elle est presque\naussi épaisse que large. Ses dimensions répondaient à des vibrations par\ninfluence qui lui livraient toute la série des sons perceptibles : en fait,\nl'échelle des sonorités connues de notre oreille va, comme périodicité, de\nun à deux mille,tandis que celle des dimensions, dans l'oreille, va de un\nà douze.C'est un écart sensible. Après Helmholtz, on abandonna un\nmoment la membrane basilaire et ses soi-disantes fibres, pour se rejeter\nsur les cils inégaux que l'arrachement des parties molles laisse au sommet\ndes cellules auditives, au cours de la préparation histologique, et on en\nfit aussi de petits corps sonnants et accordés. Puis on revint à des portions\nisolées de la membrane, et les classiques en sont là. En résumé, on avait\ndû supposer la propriété de vibrer à des parties organiques aussi peu\nfaites que possible pour être mises en vibration ; on avait fait vibrer des"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.35", "texte": "L'OREILLE ET LA MUSIQUE\n33\n\néléments si petits que pour enregistrer les vibrations que nous entendons,\nil leur aurait fallu, vu leur petitesse, être extraordinairement détendus\nou chargés, et par suite encore moins capables de vibrer. Eussent-ils pu\nvibrer, leurs dimensions et la sériation de leurs dimensions leur interdisaient\ntout accord avec les périodicités sonores que nous pratiquons.\nEnfin, et c'est en cela qu'éclate l'absurdité de l'hypothèse, on devait\nadmettre que des éléments anatomiques, tendus et accordés pour les divers\nsons que nous avons à percevoir, pussent c'est-à-\n-dire garder exactement la même tension pendant toute notre vie !\nPendant soixante ans, cette monstruosité ne choqua personne, tant\nla théorie de X oreille-résonateur avait séduit les physiciens et après eux les\nphysiologistes. Elle est encore la théorie officielle.\nIl ne faut donc pas trop s'étonner si, plus tard, M. de Cyon dota\nces mêmes appareils, si complaisants, de la propriété d'éveiller en nous la\nnotion des nombres, et celle du temps. Non seulement ils vibrent, mais\nils calculent ; ils nous ont appris l'arithmétique en nous révélant les\nrapports numériques des vibrations sonores, ils nous ont donné le\nproportionnel !La métaphysiologie a rattrapé la métaphysique et l'absur-\ndité de la conclusion a dépassé celle des prémisses.\nLe pire des défauts que pourrait présenter une plaque de téléphone,\nune membrane de phonographe, ce serait précisément d'avoir une vibra-\ntion propre, d'être accordée, au lieu d'offrir à tous les ébranlements de\ntoute périodicité l'accueil le plus large et le plus hospitalier. On frémit\nde penser à ce qui se passerait dans notre pauvre tête si nos oreilles\nétaient accordées, et si nos fibres internes vibraient isolément. Mieux\nvaudrait pour nous être sourds de naissance, dussions-nous, ignorer\ntoujours le calcul, les proportions et même la notion du temps.\nL'autre portion de l'oreille interne, l'appareil des canaux semi-\ncirculaires, nous renseigne sur nos va par le conflit qui\ns'établit, à chacun des mouvements de notre tête, entre l'inertie de la\nparoi rigide de ces canaux, paroi solidaire des moindres mouvements du\ncrâne, et l'inertie du contenu liquide de ces mêmes canaux, ce liquide\nmettant quelque indocilité à suivre ces mouvements. Il se passe en tout\npetit, dans ce liquide visqueux, ce qui se produit quand nous faisons\ntourner sur lui-même un vase plein d'eau. L'eau obéissant moins vite que\nla paroi, il se fait un frottement du contenu sur la paroi du contenant.\nChez les animaux inférieurs, la cavité du récipient auriculaire est"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.36", "texte": "34\nS. I. M.\n\nsphérique, et toute la paroi, rendue sensible par une vaste papille nerveuse\nqui la tapisse, enregistre directement les moindres variations de l'attitude\nde l'animal. Chez les animaux supérieurs, ces frottements sont canalisés\npar des sillons creusés dans la paroi, permettant à chaque sillon d'être\nsensible au mouvement qui se produit dans le sens du sillon, mais insen-\nsible aux autres mouvements. Enfin, cette délicatesse d'analyse, chez les\nVertébrés supérieurs, est poussée à l'extrême par ce fait que les sillons\nsont devenus de véritables anses creuses, dont chacune est au maximum\nouverte aux frottements correspondant à tout déplacement selon le sens\nde l'anse, et totalement fermée à tous les autres.\nOn conçoit que suivant les modes de déplacement propres à chaque\nespèce animale, reptation, natation, vol, saut, marche, l'appareil d'enre-\ngistrement varie avec les besoins de l'analyse sensorielle ; et il existe des\noreilles à une anse, à deux anses, et presque toujours à trois anses, pour\nl'enregistrement des mouvements dans le sens du virage, du tangage, et\ndu roulis. Ces trois anses, exceptionnellement, s'incrivent dans trois plans\nperpendiculaires entre eux, et c'est cette disposition qui a égaré les\nphysiologistes, de même que nous l'avons vu plus haut pour le dispositif\nen spirale de la papille auditive. L'examen de l'appareil des trois canaux\nsemi-circulaires de l'oreille interne convainc immédiatement, quand on\npasse en revue les diverses espèces animales, i° qu'il est exceptionnel\nqu'un canal puisse être exactement inscrit dans un plan ; souvent le canal\nest fléchi, ondulé, dans certaines espèces il forme presque un 8 ; 2° qu'il\nest également exceptionnel que les trois canaux soient, même en redressant\nchacun d'eux selon un plan, perpendiculaires entre eux. Cette rectitude\ngéométrique ne conviendrait qu'à un automate, aucune espèce vivante ne\nla possède, l'homme pas plus que les autres animaux. Elle n'existe que\ndans l'imagination de M. de Cyon.\nAu lieu de voir dans ces appareils des enregistreurs d'attitudes et de\nmouvements, comme la plupart des physiologistes, mieux avisés, je dois\nle reconnaître, pour cette partie de l'oreille que pour la partie auditive,\nM. de Cyon en a fait l'appareil qui nous fournit la notion de\ntrois dimensions,spécialement destiné à nous donner la représentation d'un\nsystème des coordonnées de Descartes, base de la géométrie antique\nd'Euclide. Nous voilà de nouveau dans la métaphysiologie.\nS'il y a quelque logique dans la conception de M. de Cyon, le défaut\nde symétrie entre nos deux oreilles internes doit nous fournir la représen-"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.37", "texte": "L'OREILLE ET LA MUSIQUE\n35\n\ntation simultanée de deux espaces, un droit et un gauche, qui ne coincident\npas. Certains êtres doivent établir leur notion de l'espace sur des coordonnées\ncontournées comme des rubans de guimauve; certains Poissons inférieurs\nne connaissent à l'espace que deux dimensions, même une seule. Certains\nMollusques supérieurs, dont la cavité auriculaire présente un sillon et une\ntache papillaire, connaissent un espace qui n'a qu'une dimension et demie.\nEn revanche l'escargot, dont la cavité auriculaire est parfaitement sphé-\nrique, établit ses conceptions géométriques sur un espace à dimensions.\nCe n'est pas diminuer Euclide et Descartes que de supposer que la\nvue et le raisonnement ont joué dans leurs conceptions géométriques un\nrôle supérieur à celui que M. de Cyon réclame pour les canaux de\nl'oreille interne.\nDe cette double fantaisie physiologique, le limaçon calculateur et\nles canaux dessinateurs, M. de Cyon conclut que le sens du temps a son\nsiège dans le labyrinthe de l'oreille.\nL'absurdité de la théorie de Helmholtz en matière physiologique\nn'enlève rien à la valeur de ses belles recherches en acoustique physique,\nni même à celle de ses vues musicales, mais le prestige de son nom et le\ncaractère séduisant de sa théorie physiologique ont longtemps retardé\nla physiologie sur la question du mécanisme de l'oreille. Les conceptions\nmétaphysiques de M. de Cyon n'auront pas le même effet désastreux.\nNéanmoins une erreur en entraîne toujours d'autres, et dans l'article\nintéressant de M. Poirée, sur XOreille publié le\n15 février par S. I. M., une conception ingénieuse de l'édification de la\ngamme moderne eût gagné à chercher d'autres bases physiologiques\nplus solides.\nQuand nous écrivons une mélodie, nous traçons en réalité sur le\npapier le graphique d'un phénomène sonore qui n'a absolument rien à\nfaire avec la notion d'espace. Chaque note se place plus ou moins haut sur\nla portée, selon qu'elle se trouve plus ou moins élevée dans l'échelle\nacoustique, dans la série des sons, du grave à l'aigu. Mais ce n'est pas\ndans l'espace qu'elle résonne plus ou moins haut. On ne peut pas dire\nque le la résonne dans l'espace en un point plus élevé que le ; dans\nla pratique au contraire tous les sons d'une même mélodie prennent\nsuccessivement naissance au même point de l'espace. C'est une convention\nqui nous habitue à placer l'aigu en haut et le grave en bas, et à étager les\nnotes du grave à l'aigu. Cette convention a son origine dans les attitudes"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.38", "texte": "36\nS. I. M.\n\nde notre tête, qui s'élève dans l'émission des sons aigus, pour étiner\nl'appareil phonateur, et s'abaisse dans celle des sons graves, pour le\ntasser. Mais cette convention se ramène à inscrire chaque note à sa\nhauteur convenue sur l'axe des y,gradué par les lignes de la portée.\nLa succession mélodique s'inscrit de son côté sur l'axe des x, de gauche\nà droite. Ce qui revient à dire que l'acuité s'inscrit verticalement,\net la chronicité horizontalement, chaque note s'élève plus ou moins haut\nsur la portée selon qu'elle est plus ou moins aiguë, et s'inscrit plus ou moins\nloin vers la droite selon qu'elle vient un temps plus ou moins long après\nle début du morceau. Graduation d'acuité sonore, graduation de temps :\nil n'y a là aucune notion d'espace, sauf sur le papier.\nLa forme mélodique n'est pas étendue dans l'espace ; elle est fonction\nd'acuité sonore et de temps seulement. Les combinaisons harmoniques n'ont\npas davantage à faire avec l'espace, sauf en ce que plusieurs notes ne peuvent\npratiquement être fournies par des voix ou par des instruments qu'en des\npoints différents. Mais si le soprano chante sol en même temps que le\nténor chante ut^cela fait toujours une quinte, que le soprano se trouve à\nla gauche ou à la droite du ténor. La notion d'espace ne joue aucun rôle\nen harmonie. Elle n'intervient que dans la définition suivante : quand\nplusieurs sons harmoniques ont leur source en un point unique de l'espace,\nils nous donnent la sensation de tim ; quand ils partent de sources\ndifférentes dans l'espace, ils forment ce que l'on appelle\nOn imagine donc mal ce qui a pu amener M. Poirée à faire inter-\nvenir la notion d'espace, de points, de lignes, d'angles droits, de coordonnées\ngéométriques dans la composition des affinités essentielles de la gamme.\nSon exposé pouvait se passer absolument de cette considération, injustifiée\nd'ailleurs. En quoi l'intervalle de quinte juste, qu'il appelle l'angle de\nquinte, a-t-il \" toute la précision de l'angle droit formé par les canaux\nsemi-circulaires de l'oreille ?\" La conception ancienne de la formation\nde la gamme par quintes successives nous donne les mêmes points, sans\ncomplication physiologique ou métaphysique. La conception plus moderne\nde l'analyse progressive des affinités harmoniques et de la dissection des\néléments du timbre par l'oreille donne les mêmes résultats.\nLes sons divers sont produits par des vibrations qui peuvent affecter\nentre elles certaines harmonies de période, de forme, d'intensité. Ces\nharmonies existent en dehors de la connaissance de l'homme, et ont\nprécédé cette connaissance. Il suffit que nos appareils sensoriels soient"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.39", "texte": "L'OREILLE ET LA MUSIQUE\n37\n\naptes à enregistrer ces divers caractères du phénomène sonore pour que\nnotre esthétique s'y conforme ; ce qu'elle a fait. Mais il est tout à fait\ninutile d'imaginer que pour avoir la connaissance d'une chose, il faut que\ncette chose ait en nous la figuration préalable de ses caractères. Notre\nœil est tout rond : apprécie-t-il moins bien pour cela les triangles et les\ncarrés ?\nLa notion d'espace nait en nous de ce fait que la substance nerveuse,\nqui subit l'empreinte de toute chose distribuée dans l'espace, est elle-même\ndistribuée dans l'espace, et que l'empreinte a elle-même une forme, une\ndistribution, quel que soit le domaine sensoriel ou psychique intéressé.\nL'espace se révèle à nous sous forme d'espace, et son image est distribuée.\nDeux points différents de l'espace ne font pas image au même point de\nma substance nerveuse, et je perçois l'espace parce que je suis moi-même\nespace. La notion de temps nait de même en moi de ce fait que ma\nsubstance nerveuse évolue, vit, se déroule comme le cylindre enregistreur,\nd'une impression à l'autre ; je suis, puisque je vis, tout aussi distribué\ndans le temps que je le suis dans l'espace ; deux notes successives de la\nmélodie que j'entends atteignent en moi deux moi successifs, et c'est\nparce que ma matière nerveuse déroule sa vie avec une allure qui lui est\npropre, que la notion de temps, de durée lui est naturelle comme à\ntoute matière sensible et vivante.\nTout phénomène extérieur à moi est fonction de temps et d'espace.\nJe suis moi-même fonction de temps et d'espace. Tout rapport entre le\nmonde extérieur et moi sera forcément établi sur cette double notion\nessentiellement physique, nullement métaphysique.\n\nPierre Bonnier."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.40", "texte": "QUELQUES OUVRAGES DE THÉORIE\nMUSICALE\n\nMAYRHOFER. Der Kunstklang. Band i : das Problem\nder Durdiatonik (Leipzig-Wien, 1910, VI, 253 Pages in B°.)\nCet ouvrage nous paraît devoir retenir l'attention des musi-\ncologues ; non peut-être par les conclusions qui ne sont pas d'une\ngrande nouveauté, mais par la méthode (qui est d'une rare préci-\nsion) et par le détail des idées.\nLa base de toute musique est la gamme diatonique ; nous le\nsavions. Mais comment cette échelle a-t-elle pu se constituer ?\nC'est ce que M. M. s'efforce de nous montrer avec un luxe de\nlogique qu'on ne rencontre plus guère qu'en Allemagne.\nL'auteur, sans citer ses sources, s'appuie cependant sur quan-\ntité de travaux antérieurs : il tire parti des résultats obtenus par\nHelmholtz, relativement aux harmoniques ; des degrés de fusion\ndes sons, idée de Stumpf ; du processus psychologique qui va du\nphénomène excitant à la perception consciente, tel que Wundt\nl'a exposé, etc. bref, il admet tout ce qui est à peu près incontesté, rejette nettement les\nhypothèses commodes mais trop fragiles (les harmoniques inférieurs de Riemann, par exemple)\nou les insinuations perfides grâce auxquelles on peut présenter un objet \" truqué \" comme\n\" phénomène naturel \" : je veux parler du fa et du la qui n'existent pas avec leur véritable\nhauteur dans la résonance du corps sonore.\nLes seuls matériaux vraiment authentiques de cette résonance, et je le repète une logique\nserrée, une psychologie profonde, permettent à l'auteur d'édifier une théorie à la fois séduisante\net solide de la gamme diatonique ; nous aboutissons parfois à des conclusions que pressentent\nles musiciens, que certains théoriciens ont osé exprimer mais que personne, je crois, n'a\nprésentées avec autant de clarté et d'une façon tellement irréfutable.\nC'est presque un tour de force, et qui s'en réjouira ? Les \" anciens \" qui verront dans\ncette victoire du raisonnement le triomphe de leurs procédés désuets ? ou les a jeunes \", qui\ndécouvrirons que leurs instincts n'ont fait que précéder la science? Ne préjugeons de rien,\net recommandons aux uns comme aux autres (car il y en a et il y en aura toujours) la\nlecture de ce livre dont je ne puis malheureusement donner qu'un bref aperçu : peut-être que\nleur pensée, saisie et entraînée dans cet engrenage sévère, tyrannique, en ressortira plus haute\net plus forte.\nSCHOMBERG (A.) Harmonielehre (Leipzig-Wien, Universal Edition, 8 M.)"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.41", "texte": "LES LIVRES\n\n39\n\nDeux sentiments gouvernent cette théorie : l'un pédagogique, Vhorreur du dogmatisme ;\nl'autre musical : une conception particulière de la tonalité\\\nL'auteur ne nous impose pas un \" système \" nouveau d'harmonie ; il ne fait qu'une\nexposition des procédés artistiques employés en musique jusqu'à ce jour. Ces procédés sont-ils\nabsolus ? A-t-on le droit de dire à l'élève : \" Tu feras ceci... tu ne feras pas cela \" ? Oui, si la\ndéfense ou la prescription est justifiée, puis expliquée.\nS., dédaigneux de ce qu'on a coutume d'appeler la Science musicale nous met en présence\nde la complexité touffue, mais réelle, des faits, des procédés, de l'évolution de la vie musicale\nelle-même ! Il n'envisage plus la musique sous son aspect \"physique \", mais sous son aspect\npsychologique ; disons plus et mieux : sous son aspect sociologique. Et n'est-ce pas ainsi qu'elle\ndoit-être considérée ? La musique n'est jamais qu'un sentiment collectif réfléchi par une âme\nindividuelle ; par conséquent, la technique qui lui est propre doit se courber à toutes les fluc-\ntuations et les fantaisies que peut manifester ce sentiment sous la pression énorme et complexe\nde l'évolution sociale.\nN'est-ce pas ce que S. veut exprimer en vous disant : \" que l'élève étudie ce qui est\néternel, le changement et ce qui est temporaire : Vexistant \" ?\nAinsi se poursuit l'exposition des procédés harmoniques, depuis l'accord parfait jusqu'aux\nagrégations les plus compliquées ; toutes y trouvent leur place, même la quinte augmentée. On\na contesté la valeur pédagogique de ce livre : cela me semble injustifié. Evidemment l'ordre\nfait un peu défaut, et les longues digressions philosophiques réparties d'un bout à l'autre de\nl'ouvrage viennent parfois interrompre le cours normal de l'enseignement : mais en définitive\ntout ce qui se rapporte strictement à la constitution et à l'enchaînement des accords est étudié\navec un luxe de détails et d'exemples, une précision de langage et un souci d'être complet qui\nconviennent parfaitement à l'instruction musicale.\nPour nous, que les plagiaires de Rameau ont accoutumés à la sécheresse, à la pauvreté et\nà la banalité des \" Traités d'Harmonie \", l'ouvrage de S. apparaît comme fourmillant d'idées,\nsouvent ingénieuses, comme plein de vie et de liberté et répondant enfin à des tendances\nexprimées depuis longtemps par la musique, alors que nos théoriciens se refusent à les consacrer\npar la science, par leur science.\nLEICHTENTRITT (H.). Musikalische Formenlehre (Leipzig, Breitkopf, 1911,\n238 pp.)\nOn me permettra, j'en suis certain, de m'appesantir quelque peu sur cet ouvrage tout à\nfait pédagogique. Nous sommes, nul ne l'ignore à un moment où la maîtrise de l'art\nallemand et l'incontestable valeur de ses musicographes forcent l'attention des musiciens de tous\nles pays, de la France en particulier. Les doctrines d'outre-Rhin font déjà sentir chez nous\nleur influence et s'infiltrent chaque jour plus profondément dans les nouvelles couches\nd'écoliers ; or, ne sommes-nous pas avertis par l'histoire que nous devons nous méfier de nous-\nmêmes, et que, tout étant affaire de mode en notre pays nous ne tarderons pas à\naccepter les yeux fermés et avec enthousiasme n'importe quelle doctrine pourvu qu'elle porte\nune signature étrangère ? Le devoir de l'humble critique est donc au premier chef de passer au\ncrible toute brochure importée et d'avertir ceux qui s'en serviront des inutilités qu'elle contient\naussi bien que du profit qu'ils en peuvent tirer.\nLe livre de M. L. est bâti à la manière du \" Katechismus \" de Hugo Riemann, et\ns'inspire fort souvent au surplus, de l'illustre pédagogue. Toute la première partie la\nmeilleure est une théorie rythmique claire et précise : comparant classiquement la pièce\nmusicale et le roman, l'auteur explique les divisions de l'une par celles de l'autre et parvient"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.42", "texte": "4©\nS. I. M.\n\nen dernière analyse au motif musical qui nécessite au moins deux sons. S'il y a deux sons, nous\ndit M. L. il y a aussi mouvement, progression, pour passer de l'un à l'autre, et là comme dans\nla marche, où le pied s'élève d'abord puis s'abaisse, il y a un temps levé, l'arsis, 1' \" Auftackt \"\nauquel répond et fait équilibre un temps abaissé, thésis ou \" Senken \" : c'est là la forme\nnormale rythmique du motif. Et comme tout à l'heure (mais dans le sens contraire) l'auteur\nfait surgir petit à petit les structures de plus en plus compliquées; ayant d'abord fait ressortir\nl'importance de la constitution rythmique, au point de vue de la cohésion de toute phrase musicale.\nRetenons également ce principe, sur lequel Riemann s'appuie déjà dans ses \" Notions d'esthé-\ntique \"et avant lui Westphal, que de deux figures rythmiques successives, la 2me est générale-\nment la plus importante, celle qui porte l'accent. Ainsi s'édifient des périodes de 2, 4 mesures,\npuis de 8 (4 + 4), de 16 (8 + 8), etc. Nombreux exemples, exposé consciencieux et logique\nqui n'omet pas les réactions des rythmes sur les cadences tonales, etc. Tout est mené rapidement,\nmais suffisamment détaillé et bien que nous soyons déjà familiarisés avec cette logique des\nchiffres et avertis de ses dangers, nous finissons par y croire et nous laisser prendre au charme\nfacile de la symétrie rythmique.\nMais voici le chapitre 2 : c'est une étude également très consciencieuse des constructions\nanormales, de phrases qui ont des membres inégaux, des mesures de trop ou de moins ; les\npremiers types ne sont pas trop affreux, à ne considérer que les chiffres qui les représentent\n(3 + 3 = 2 + 2 = 3 + 3); mais il y en a d'horribles : jugez de ce menuet de Haydn\n(5 + 2 + 1 + 2 + 2) ; et l'irrégularité va croissant à mesure que l'écriture se complique, que\ndes procédés d'imitation se viennent greffer sur les formules originales. Or, à Vaudition, tout est\nparfaitement d'aplomb. Que penser ? Où est la règle ? où est l'exception ? Y a-t-il seulement\nune règle et la doctrine qui figure au chapitre I, n'est-elle pas annulée par les constatations du\nch. 2 ? Quel est le cliché original : la carrure ou l'absence de carrure ? Ne voyons-nous pas au\ncours de l'histoire les rythmes carrés de la danse, s'abolir petit à petit dans la suite ; et la sonate\nprimitive, ressusciter sans aucune nécessité apparente dans la sonate classique, disparaître à\nnouveau pendant la période suivante et constituer de nos jours un véritable problème auquel\npersonne ne peut répondre décisivement ? Et d'autre part, ne pouvons-nous pas observer que\nles rythmes libres de la musique vocale s'enferment en de certains moments dans des formes\nrégulières ; puis en sortir, pour y retomber plus tard et ainsi de suite ?\nOn se demande alors s'il est vraiment besoin d'édifier toute une théorie rythmique pour\nexpliquer les formes musicales, et s'il ne suffirait pas simplement de constater les faits, dont\nl'explication au surplus n'est pas d'une grande utilité, ni d'un enseignement bien précieux.\nNous atteignons ainsi l'étude des formes musicales proprement dites (de la polka à\nl'oratorio, l'opéra, etc.). Ici les descriptions sont tellement succinctes, qu'elles forment plutôt,\nun aide mémoire, une suite d'articles de dictionnaire qu'un traité proprement dit.\nL'étude des formes vocales qui termine ce traité est assez bien conduite, mais avec une\nrapidité déconcertante. Au total, un ouvrage intéressant, qui tend à vulgariser une méthode\nassez nouvelle, une doctrine un peu trop confinée jusqu'ici dans le monde des musicographes ;\nmais qui s'adresse cependant à des gens suffisamment instruits pour deviner ce qui lui fait\ndéfaut.\nVILLIERS STANFORD (Ch.). Musical composition (Londres, Macmillan and Co,\n19H).\nCe petit ouvrage traite de la composition musicale sur ce ton quasi familier que nous\nrencontrons si souvent dans la pédagogie et la philosophie anglaises, et qui semble bien être, au\nfond, l'un des aspects caractéristiques de l'esprit britannique. En tous cas, il est fort avantageux"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.43", "texte": "LES LIVRES\n4i\n\nau point de vue de l'enseignement : n'est-il pas foncièrement anti-dogmatique bien que très\nrespectueux de la tradition ? Cet empirisme de bon aloi, ce bon sens ami du grand air et de la\nsanté, dominent ce petit traité sans prétentions, et permettent à l'auteur de le présenter sous\nforme d'un résumé d'utiles et pratiques conseils à l'adresse des élèves compositeurs.\nL'ouvrage est excellent à mettre entre les mains d'un débutant, dont il fera un honnête\ncompositeur, tant par son instruction primaire que par la direction imprimée à son esprit. A lui\nplus tard de lire Berlioz, Gevaert, Richard Strauss, ou mieux d'étudier l'orchestre au sein même\nde l'orchestre.\nSCHREYER. Lehrbuch der Harmonie und der Elementar Komposition (Leipzig, Merse-\nburger, 1911).\nTout à fait pédagogique également, l'ouvrage de M. S. qui prétend nous enseigner\nl'harmonie et les éléments de la composition en 168 pages. Il est vrai que les nombreux\nexemples sont réunis en une brochure spéciale assez importante.\nAucune innovation saillante, mais beaucoup d'ordre, de clarté, pas de discours inutiles.\nLes principes et même le chiffrage extrêmement simple sont empruntés à Riemann ; mais\nl'auteur en a su faire une intelligente application qui s'adresse à des élèves et s'insinuera dans\nleur cerveau avec une grande facilité. Chacun des chapitres, (il y en a 30, brefs et significatifs)\ncontient quelques textes de devoirs à accomplir par l'étudiant et une clé de ces devoirs est\nvendue séparément.\nEvidemment la méthode surprendra un peu les habitués du \" Reber et Dubois \" : voici\npar exemple l'un de ces problèmes :\nu Remplir chacune des mesures du schème suivant avec une harmonie à 3 voix :\nA) T D T|D|T| S | D | T\nB) T D etc.\net écrire la-dessus des variations a 3/4.\nOn laisse, dans notre France démocratique, moins de liberté et moins d'initiative aux\ndisciples de la classe d'harmonie : ce n'est pas une classe de composition, n'est-ce pas ?\nEntre les mains d'un professeur éclairé, ce petit livre peut devenir extrêmement fécond,\nl'aridité de l'harmonie toute pure étant corrigée le plus tôt possible par des essais de composition\nqui sont une satisfaction pour l'élève, et empêchent de s'endormir, chez lui, des facultés\ncréatrices trop souvent abolies par la tyrannie des jeux de patience musicaux.\n\nA. Machabey.\n\nLIVRES REÇUS\nPROCEEDINGS OF THE MUSICAL ASSOCIATION (London Novello\n1912, in-8° de 170 pp. 1 Guinea.)\nWAGNER (Peter). Einfuehrung in die gregorianischen Melodien. Zweiter Teil.\nZweite Auflage. (Lpz. Breitkopf 1912, in-40 de 505 pp. Mk 12).\nPOUZET (Dr). Notes sur les chapitaux de /'abbaye de Cluny. (Tirage à part de la\nRevue de l'Art Chrétien. Première Livraison de 1912, in-40 de 17 pp.)"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.44", "texte": "42\nS. I. M.\n\nBARCLAY SQUIRE. Catalogue between 1487 and\n1800 now in the British Muséum.(London British Muséum, 2 vol. in-40 de 775 et 754 pp.;\nFrs. 78.75).\nBRENET (Michel). Hœndel (Laurens. Collection des Musiciens célèbres. Paris\n1912, in-120 de 128 pp. Fcs. 2.50)\nCALMUS (Georgy) Tèlémaquevon Lesage. von Gay and\nPepusch. (Berlin, Liepmannssohn 1912 in-40 de 223 pp.)\nAURIOL (H.). Décentralisation Musicale, avec une préface de Gabriel Fauré.\n(Paris Figuière et Cie. 1913, in-12\" de 256 pp. ; Fcs. 3.5°)-\nCHYBINSKI (Dr A.) Beitràger %ûr geschichte der Taktschlagens. (Breitkopf 1912\nin-120 de 96 pp. Mk 2.50).\nDENT (E. J.) Mo%art,s opéras. (London Chatto et Windus 1913» hi-S0 de\n432 pp. 12 s. 6 d.)\nBRADLEY ROOTHAM (Cyril). (Cambridge\n19x3, in-8° do 110 pp.)\nMARAGE (Professeur). Education (Paris 19, rue\nCambon, 1913, in-8° de 16 pp.)\nCHABRIER (Emmanuel). In memoriam. (Paris, à la Belle édition, 71, rue des\nSaints Pères, in-B°, tiré à 300 exemplaires, non mis dans le commerce)."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.45", "texte": "Le Théâtre des Champs Elysées\n\nL'annonce faite à Paris d'une basilique d'art vient de se réaliser. Pierre de Craon, le cons-\ntructeur de cathédrales, est revenu parmi nous et a fait sortir de terre le sanctuaire de: la\nfoi moderne. C'est là que l'éternelle soif d'idéal entraînera les foules. C est la que s assouvira cet\nappétit du surnaturel qui a si souvent changé d'objet au cours des siècles mais qui tourmeijite\naussi impérieusement nos contemporains que les hommes du moyen-âge. Jusqu ici, par une\nincompréhensible négligence, par une maladroite accumulation de richesses disparates, unie a\nindulgence inexplicable pour les pires expédients du trompe-l'œil, les églises de la musique se\nsont toujours privées d'un des plus puissants éléments d'extase dont s'enorgueillissent leurs sœurs\nsacrées : l'atmosphère. Les faux-marbres, les faux-bois, les cariatides de carton-pate, les amours\nen plâtre doré et les innombrables friandises qu'inventèrent nos pâtissiers-staffeurs découragent\nl'essor du rêve qui prend au contraire si joyeusement son vol sous la plus pauvre voûte de pierre,\nentre des murailles nues, dans la douce vibration de la lumière qu'orchestrent des vitraux ! C'est\nce qu'ont enfin compris les architectes du temple de marbre blanc qui s'achève en ce moment\nAvenue Montaigne et qui offrira à tous ceux qui demandent aux paradis artificiels de l'art\nl'oubli des médiocrités quotidiennes, un asile digne des Muses à qui on l'a consacre.\nLa pureté de son style, la noblesse de sa conception, la sobre richesse des matériaux"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.46", "texte": "LE THÉÂTRE DES CHAMPS ÉLYSÉES\n\nemployés font du Théâtre des Champs Elysées un palais renouant à nos plus belles traditions\narchitecturales les plus audacieuses découvertes de la technique contemporaine. Un souci rigou-\nreux de l'unité a présidé aux moindres détails de son exécution. Un seul peintre, Maurice D enis\net un seul sculpteur, Bourdelle, ont collaboré avec les ingénieurs. Ici les artistes ne sont pas\nécrasés par la souveraineté de la matière comme cela s'est produit trop souvent dans les décora-\ntions de vastes monuments où peintres et sculpteurs, esclaves du maçon, se contentèrent\nhumblement de tirer parti des surfaces abandonnées à leur inspiration après l'achèvement de\n\nPANNEAUX DÉCORATIFS DE LA COUPOLE\nMaurice Denis: le Chœur"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.47", "texte": "LE THÉÂTRE DES CHAMPS ÉLYSÉES\n\nl'ensemble. Voyez au\ncontraire cette harmo-\nnieuse façade sortie d'un\nseul cerveau et réalisée,\nsemble-t-il, par un seul\nartisan. On croirait voir\nun beau coffret de mar-\nbre travaillé par quelque\nciseleur géant, il semble\nque deux mains colos-\nsales en ont ajusté et\norné les panneaux, et\nqu'un Cellini surhu-\nmain en a modelé tous\nles contours. Terminée,\ncette formidable bâtisse\nminutieusement édifiée\npar des armées d'ouvriers, donne cette impression d'unité et de perfection qu'on ne rencontre\nd'ordinaire que dans un meuble d'art amoureusement patiné par les doigts de son créateur.\nLe pouce hardi et savant de Bourdelle paraît avoir accompagné et noué dans les airs l'élan\nde ces lignes heureuses.\nDerrière ce portique s'ouvre un atrium aux pures colonnes helléniques entre lesquelles\nfleurissent des peintures à fresque exécutées également par Bourdelle. La salle arrondit son har-\nmonieuse coupe de marbre sous un plafond lumineux baignant une coupole où s'inscrivent les\npanneaux décoratifs de Maurice Denis représentant l'Histoire de la Musique, d'Orphée à\nDebussy. Un rideau d'argent refléchit la lumière et se nuance au gré de l'électricien comme un\nétang au crépuscule. Les flûtes argentées d'un grand orgue encadrent la scène et complètent la\ndécoration du rideau. Inutile d'ajouter que la préoccupation d'un confort inconnu en France a\nprésidé à l'aménagement de la salle. Les fauteuils, les loges, les couloirs, les dégagements, les\nvestiaires, les foyers, fumoirs, bars et boudoirs ont été conçus d'après les plus brillantes réalisa-\ntions des plus beaux théâ-\ntres anglais, allemands et\nrusses, qui depuis quelques\nannées nous humilièrent\nde leur luxe et de leur\nélégance.\nLa scène, machinée\ncomme à Bayreuth, pour-\nvue de tous les perfec-\ntionnements techniques\nconnus jusqu'à ce jour,\npermettra d'accueillir les\nféeries les plus audacieuses.\nUne innervation électrique\nextraordinairement déve-\nloppée va porter dans tous\nles organes du formidable\n\nLA MUSIQUE\n\nLA DANSE\n\nLA COMÉDIE\n\nLA TRAGÉDIE\nClichés Druet"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.48", "texte": "LE THÉÂTRE DES CHAMPS ÉLYSÉES\n\nmonument le mouvement et la lumière. Une usine souterraine en assurera l'indépendance.\nTel est le nouveau temple où l'on célébrera dans quelques semaines le premier sacrifice à\nApollon. Des mains pieuses l'ont édifié pierre à pierre. Souhaitons que le seuil n'en soit jamais\nsouillé par d'indignes offrandes et que son saint parvis soit respecté. La pureté et la majesté\nde sa nef décourageront, espérons-le, les coupables desseins des mauvais prêtres qu'attire\ndans les sanctuaires nouvellement consacrés la joie sadique du sacrilège ! La Beauté a trouvé\nun asile ; qu'elle sache le défendre !\n\nPANNEAUX DÉCORATIFS DE LA COUPOLE\nMaurice Denis: l'Orchestre"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.49", "texte": "Les Théâtres\n\nLE SORTILÈGE. LE COURONNEMENT DE POPPÉE. DOLLY.\nVoulant sonder les reins et le cœur d'un compositeur auquel il s'intéressait, Georges\nBizet lui demanda s'il avait \" fait du quatuor, de la scène lyrique, de l'opéra et de l'oratorio. \"\nEt il fut inondé d'une joie profonde en apprenant que son protégé avait satisfait à toutes les\nexigences du baccalauréat, de la licence, du doctorat et de l'agrégation de musique représentés\npar ces divers sujets de concours. C'était de la bonne critique, basée sur le principe bien\nfrançais de la hiérarchie des genres. C'était de l'analyse dosimétrique, c'était l'esthétique\nrassurante de l'éprouvette graduée, c'était le triomphe de la méthode. Bizet s'avançait ainsi\nd'un pas ferme dans les allées bien ratissées d'un jardin musical dessiné par Le Nôtre.\nLes critiques du temps ne connaissaient pas leur bonheur. Le beau jardin est devenu une\nforêt vierge ; les plantes ont envahi et effacé les sentiers. L'explorateur d'aujourd'hui est obligé\nde se frayer péniblement un passage à travers les lianes et les ronces. Il ne s'oriente que d'après\nle parfum des fleurs invisibles. Les clôtures, les bordures de buis taillé ont disparu. On ne croit\nplus aux genres ni aux catégories et le bel escalier de marbre qui vous élevait sans effort de la\nsonate à la symphonie et du lied au drame lyrique, s'est effondré sous le poids des passants\nchaque jour plus nombreux : le métier de cicerone au pays de la double croche est devenu le\ndernier des métiers.\nA la fin d'un mois comme celui qui vient de s'écouler, le critique respectueux de l'ordre"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.50", "texte": "44\nS. I. M.\n\nhiérarchique aurait accompli tout son devoir en analysant longuement l'œuvre nouvelle\nmontée à l'Académie Nationale de Musique, en accordant une mention respectueuse à la\ntentative de reconstitution due à l'initiative d'un maître vénéré et en signalant d'un mot\nl'amusante transformation en ballet d'une suite de piano déjà classique. Et tout le monde\naurait approuvé cette équitable répartition des dividendes de la gloire au prorata des actions\nsouscrites par les auteurs. Il n'en va plus ainsi et l'équité nous oblige précisément à constater\nqu'un minuscule ballet peut avoir une importance beaucoup plus considérable qu'un vaste\nopéra du palais Garnier.\nIl faudrait avoir l'âme bien noire pour chicaner le jeune André Gailhard sur la qualité\nexacte de l'accueil qui lui a été fait dans Pex-maison paternelle. Pourquoi gâter la joie de cet\nOrphée de vingt ans qui doit à l'amicale courtoisie des gardiens de la grande lyre nationale,\nd'avoir pu chatouiller prématurément l'instrument officiel dont, seuls, les barbons glorieux ont\nle droit d'émouvoir les cordes ? On lui a fait mesurer l'étendue d'une telle faveur et on ne lui\na pas caché que le génie était la seule monnaie digne d'en acquitter le prix. C'est handicaper\nbien sévèrement un jeune auteur que de le charger ainsi dès le début de sa carrière d'une aussi\nlourde dette. Sur ce point, d'ailleurs, je crois à l'insolvabilité des auteurs du Sortilège.\nLe sujet de cette féerie rustique est d'une touchante simplicité. Les méchantes fées du\ndépartement de l'Ariège ayant appris que la jeune Angèle a perdu son scapulaire, décident de\nl'en punir de façon exemplaire en lui enlevant son fiancé. Mais l'énergique villageoise pour-\nchasse les voleuses et les rejoint après avoir subi de la part de ses guides les plus fantaisistes\nexigences, l'un réclamant pour salaire une complainte en la mineur, l'autre risquant une\npiquante proposition d'école buissonnière et le troisième n'hésitant pas à vider les orbites de\nla voyageuse de leurs globes oculaires qu'il fait danser joyeusement au bout de leur nerf\noptique. Ces espiègleries n'empêchent pas la jeune fille d'arriver jusqu'à la grotte des fées où\nelle trébuche sur le cadavre de son fiancé ! Et ce serait une bien cruelle aventure si la sœur\nd'Angèle, en retrouvant le scapulaire, ne dissipait le maléfice. Les fées deviennent solubles\ndans l'air, le fiancé ressuscite, les égratignures d'Angèle se cicatrisent et ses sclérotiques\nregagnent leur emplacement habituel. Un hymne au soleil et au travail amène la chute du\nrideau.\nEnvelopper une telle affabulation d'un sublime commentaire musical constituerait une\nvéritable trahison : M. André Gailhard nous a prouvé qu'il est tout le contraire d'un traître.\nDénuée de toute prétention, sa musique s'applique charitablement à ne pas dépasser d'une seule\nenjambée le menu trottinement du poème. Assez peu féerique de nature, la muse du jeune\ncompositeur montre plus d'aisance dans les épisodes agrestes que dans les conjonctures\nsurnaturelles. Elle ne se pique pas d'originalité mais elle se préoccupe de distinction et de\nbonne éducation. Cette sorte de politesse se fait, hélas, de jour' en jour plus rare parmi\nles musiciens. M. André Gailhard, entrant brusquement dans l'auguste assemblée des lyriques\nmodernes, n'a pas osé sans doute il est si jeune ! exprimer tout haut des pensées\nmusicales personnelles ; il s'est contenté de commenter respectueusement celles de ses aînés,\ndans un langage correct et agréable d'humaniste. Il faut lui en savoir gré. Il y a dans son"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.51", "texte": "LE MOIS\n45\n\nattitude une charmante modestie qu'il serait injuste de méconnaître ; elle porte d'ailleurs, en\nsoi-même sa récompense, les dieux ayant promis une longue vie aux mortels honorant leurs\nparents. Tout porte à croire que la longévité de M. André Gailhard sera prodigieuse !\nPareil privilège sera sans doute réservé également à notre éminent collaborateur Vincent\nd'lndy dont la fidélité au culte des ancêtres est notoire. Les soins pieux dont il entoure les\nombres des grands disparus sont pour ses contemporains un perpétuel sujet d'édification.\nLe tombeau de Monteverdi, vous ne l'ignorez pas, est un de ceux qu'il honore de fréquentes\nlibations funèbres et de précieuses offrandes. Il vient de lui rendre de nouveaux devoirs\nau Théâtre des Arts en conduisant le Couronnement de Poppée. Malgré l'involontaire raideur et\nla lente majesté d'une évocation un peu trop solennelle, le glorieux ancêtre se dressa hors de sa\ntombe avec une surprenante vivacité. Il stupéfia ses arrière-neveux par la prodigieuse souplesse\nde son vocabulaire lyrique, par l'infinie variété de ses accents expressifs, par la liberté de ses\ninflexions musicales, par ses néologismes, par sa délicate sensibilité, par son pathétique direct,\npar son mépris des locutions et des formules, par son humanité éternelle. Il fut malheureusement\nplus jeune et plus vibrant que ses interprètes déconcertés de découvrir tant de pétulance chez\nun immortel. Il est à craindre que, par leur faute, la résurrection ne produise pas les résultats\nmiraculeux qu'on en attendait ; l'intention fut excellente mais l'effort incomplet.\nOn fournit d'ailleurs un labeur un peu fiévreux au Théâtre des Arts. Les spectacles de\nmusique se succèdent avec rapidité... C'est Y Education manquée de Chabrier, dont le titre\ns'applique aux interprètes avec un impitoyable à propos ; c'est Thésée, délicieusement grandi-\nloquent et suavement boursouflé, présenté dans un décor exquis ; c'est un divertissement\nchorégraphique de Bruneau - le Bruneau à facettes coruscantes, tout cliquetant de glocken-\nspiel et de célesta que nous avait révélé la Faute de l'Abbé Mouret ; c'est une généreuse\ntentative de Gaubert digne d'une meilleure cause et, enfin, c'est Dolly.\nDolly est une petite fantaisie intellectuelle explosive qui projette dans toutes les directions\nune grêle d'idées générales, de conceptions artistiques nouvelles, de postulats, de problèmes\nesthétiques, de critiques en action, de confidences et de promesses. Dolly commet tous\nces méfaits avec une parfaite innocence et ne cesse pas de sourire avec son adorable moue\ningénue et malicieuse de \" girl \" aux yeux purs. Mais il faut bien se garder de croire à\nl'innocence de Dolly. Voyez ce qu'elle a fait du théâtre si plein de respectabilité de M. Jacques\nRouché : elle l'a livré aux artistes de music-hall, de cirque et de cabarets montmartrois en se\nréclamant impertinence suprême ! du Directeur du Conservatoire ! Au nom de Gabriel\nFauré et de sa délicieuse partition la sournoise gamine a organisé la plus folle partie en\ncompagnie de clowns et de danseurs, jouets vivants échappés d'une maisonnette de carton rose,\ndans un jardin où déambule un jeune lapin noir portant un coquet pantalon de dentelles\net prompt à se scandaliser du spectacle qui lui est offert.\nCe lapin sait en effet ce que pense Dolly et s'en épouvante. Il n'ignore pas qu'elle\nn'accorde à la musique descriptive qu'un pouvoir d'évocation vague et imprécis et qu'elle se\nflatte de créer, sans se préoccuper des intentions premières de l'auteur, des associations d'idées\nnouvelles entre une mélodie, un geste et un sentiment. Elle sait fort bien que Fauré n'avait"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.52", "texte": "4-6\nS. I. M.\n\nprévu dans sa délicate Suite ni clowns, ni musicien grotesque, ni lapin noir, mais elle prétend\nque l'ingéniosité de son ami Laloy et les inventions techniques de Staats sauront river aux\naccents fauréens des visions qui en deviendont aussitôt inséparables. Et elle cherche à se\njustifier en évoquant cette prestigieuse Shéhérazade qui malgré sa prédestination formelle de\ntableau maritime est devenue, de par la fantaisie tyrannique d'un maître de ballet, le commen-\ntaire très éloquent et très précis d'une aventure de harem !\nElle soutient également une thèse audacieuse. Elle affirme et Colette Willy ne la\ncontredira pas que le music-hall est le dernier refuge de la solide technique théâtrale, du\nbeau métier, la pépinière des u ouvriers d'art \" de la scène, appliqués, modestes, aimant leur\ntravail avec une silencieuse passion et toujours prêts à l'effort discipliné. Et elle nous montre\nles admirables résultats obtenus par cette méthode d'interprétation. Dans ce Théâtre des Arts\ndont l'amateurisme distingué est légendaire, le ballet de Fauré et Laloy s'est imposé comme\nune réalisation définitive ; on s'émerveilla de voir tous les détails \" en place \" et tous les\neffets infailliblement réglés. Et on ne s'avisa pas immédiatement, d'en attribuer le mérite à\nl'adorable Eva Reid, aux fils de Footit et au danseur Miralès qui contrepointèrent la musique\nde Fauré de gestes si précis, si minutieusement établis et si savamment prémédités, sous les\napparences d'une fantaisie échevelée, que toute la grâce et la science classique d'Aveline ne\npurent égaler le \" caractère \" et le relief de l'interprétation de ses camarades ! En vérité qui\nn'a pas goûté la saveur purement musicale des pizzicati disloqués de Tommy, des trilles qu'il\nexécute sur la tête ou des tours de reins de l'effarant Espagnol, ignore la joie profonde des\nstylisations et des traductions plastiques d'un rythme, et qui n'a pas savouré les trouvailles\n\" mélodiques \" du petit corps potelé de la fillette aux rubans verts ne peut se flatter d'avoir\nl'œil musical ! Nous n'avons pas eu en France depuis la révélation des ballets russes une\nexpérience de synesthésie digne d'être comparée à celle-là. Son seul tort pour des Français, est\nd'être trop menue et trop exceptionnelle pour frapper l'entendement des foules et constituer\nun enseignement fécond. C'est une experience de laboratoire. Son succès éclatant doit nous\namener à la renouveler avec confiance dans de plus vastes proportions. Dans l'admirable élan\nqui entraîneien ce moment les artistes de toutes les races vers la religion plastique de la musique,\nnous avons été dépassés par les techniciens slaves dont le classicisme chorégraphique nous\nhumilie mais nous pouvons prendre une prompte revanche en luttant sur le terrain de la\nfantaisie, de l'esprit et de la bonne humeur où nos chances internationales sont sérieuses. Nous\nsommes seuls à posséder la clef de certaines subtiles énigmes musicales. Pourquoi ne prendrions\nnous pas enfin la parole puisque nous avons quelque chose de nouveau à dire ? Dolly nous y\ninvite, il faut obéir aux caprices de Dolly qui tyrannise nonchalamment son entourage et\ndétourne si gentiment son petit visage boudeur pour qu'on n'y surprenne pas l'aveu de ses\nyeux brillants de malice et la confidence de son joli sourire réticent...\n\nEmile Vuillermoz."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.53", "texte": "CONCERTS COLONNE\nDu goût\nA notre époque où se perd, peu à peu, le sens du mystère, tout occupés que nous sommes\nà essayer divers systèmes d'entrainement humain, il était nécessaire que nous perdions également\nle vrai sens du mot \" goût\nAu siècle dernier, avoir du goût n'était qu'une façon aimable de défendre ses opinions.\nAujourd'hui, ce mot a pris une telle extension, sert à tant de manifestations, qu'il n'est guère\nplus qu'une sorte d'argument \" coup de poing américain à coup sûr affirmatif, mais sans\nélégance. Par une pente naturelle le \" goût \" fait de nuances et de délicatesse est devenu ce\n\" mauvais goût \" où les formes et les couleurs se livrent à des combats singuliers... Réflexion\nd'ordre trop général, puisqu'il ne doit être question ici que de musique entreprise suffisam-\nment ardue !\nLe génie peut évidemment se passer d'avoir du goût, exemple : Beethoven. Mais on peut\nlui opposer : Mozart qui à autant de génie ajoute le goût le plus délicat. Si nous regardons\nl'œuvre de J. S. Bach, Dieu bienveillant auquel les musiciens devraient adresser une prière\navant de se mettre au travail, pour se préserver de la médiocrité, cette œuvre innombrable où\nl'on retrouve à chaque pas ce que nous croyons être d'hier, depuis la capricieuse arabesque,\njusqu'à cette effusion religieuse, pour laquelle nous n'avons rien trouvé de mieux jusqu'ici, on\ny cherchera vainement une faute de goût.\nLa Portia du Marchand de Venise parle d'une musique que tout être porte en soi...\n\" Malheur, dit-elle, à qui ne l'entend pas... \" Paroles admirables, sur lesquelles devraient\nméditer ceux qui, avant d'écouter ce qui chante en leurs âmes, se préoccupent de savoir\nla formule qui les servira le mieux. Ou, très ingénieusement, juxtaposent des mesures, tristes\ncomme de petits cubes. Musique qui sent la table et la pantoufle. Ceci pris dans un sens\nspécial aux mécaniciens qui, essayant une machine mal montée en disent : \"ça sent l'huile 99.\nMéfions-nous de Y écriture. Travail de taupe, où nous finissons par réduire la beauté vivante des\nsons à une opération où, péniblement, deux et deux font quatre... Depuis longtemps la\nmusique connait ce que les mathématiciens appellent la folie du nombre :\nSurtout, gardons nous des systèmes qui ne sont que des \" attrape-dilettantes \"."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.54", "texte": "48\nS. I. M.\n\nIl y a eu, il y a même encore, malgré les désordres qu'apporte la civilisation, de\ncharmants petits peuples qui apprirent la musique aussi simplement qu'on apprend à respirer.\nLeur conservatoire c'est : le rythme éternel de la mer, le vent dans les feuilles, et mille petits\nbruits qu'ils écoutèrent avec soin, sans jamais regarder dans d'arbitraires traités. Leurs traditions\nn'existent que dans de très vieilles chansons, mêlées de danses, où chacun, siècle sur siècle,\napporta sa respectueuse contribution. Cependant, la musique Javanaise observe un contrepoint\nauprès duquel celui de Palestrina, n'est qu'un jeu d'enfant. Et si l'on écoute, sans parti pris\neuropéen, le charme de leur \" percussion \" on est bien obligé de constater que la nôtre n'est\nqu'un bruit barbare de cirque forain.\nChez les Annamites on représente une sorte d'embryon de drame lyrique, d'influence\nchinoise, où se reconnait la formule tétralogique ; il y a seulement plus de Dieux, et moins de\ndécors... Une petite clarinette rageuse conduit l'émotion ; un Tam-Tam organise la terreur...\net c'est tout ! Plus de théâtre spécial, plus d'orchestre caché. Rien qu'un instinctif besoin d'art,\ningénieux à se satisfaire ; aucune trace de mauvais goût ! Dire que ces gens là n'ont jamais\neu l'idée d'aller chercher leurs formules à l'école de Munich : à quoi pensent-ils ?\nSerait-ce donc les professionnels qui gâtèrent les pays civilisés ? Et l'accusation faite au\npublic de n'aimer que la musique facile (mauvaise musique !) se trompe t'elle d'adresse ?\nAu vrai, la musique devient \" difficile \" toutes les fois qu'elle n'existe pas, difficile n'étant\nlà qu'un mot-paravent pour cacher sa pauvreté. Il n'y a qu'une musique, et celle-là prend en\nelle même le droit d'exister, qu'elle emprunte le rythme d'une valse, voire même de café\nconcert, ou le cadre imposant d'une symphonie. Et pourquoi ne pas avouer que, dans ces deux\ncas, le bon goût sera souvent du côté de la valse, tandis que la symphonie dissimulera avec\npeine, l'amas pompeux de sa médiocrité !\nNe nous obstinons donc plus à proclamer ce lieu-commun, solide comme la bêtise : des\ngoûts et des couleurs il ne faut point discuter... Au contraire, discutons, retrouvons\ngoût, non pas qu'il soit perdu, mais nous l'avons étouffé sous des édredons septentrionaux. Il\nsera notre meilleur soutien dans la lutte à soutenir contre les Barbares, devenus bien plus\nterribles depuis qu'ils séparent leurs cheveux par une raie médiane.\nSoutenons que la beauté d'une œuvre d'art restera toujours mystérieuse, c'est-à-dire qu'on\nne pourra jamais exactement vérifier \" comment cela est fait. \" Conservons, à tout prix, cette\nmagie particulière à la musique. Par son essence, elle est plus susceptible d'en contenir que\ntout autre art.\nQuand le dieu Pan assembla les sept tuyaux de la syrinx, il n'imita d'abord que la longue\nnote mélancolique du crapaud se plaignant aux rayons de la lune. Plus tard, il lutta avec\nle chant des oiseaux. C'est probablement depuis ce temps que les oiseaux enrichirent leur\nrépertoire.\nCe sont là des origines suffisamment sacrées, d'où la musique peut prendre quelque fierté,\net conserver une part de mystère... Au nom de tous les dieux, n'essayons pas plus de l'en\ndébarrasser que de l'expliquer. Ornons le de cette délicate observance du \" goût.\" Et qu'il soit\nle gardien du Secret."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.55", "texte": "LE MOIS\n\n+9\n\nNOTES SUR LES CONCERTS COLONNE\nClaude Debussy.\nMonsieur Pablo Casais, éminent virtuose, a troublé l'ordonnance du programme de\ndimanche dernier en se refusant à répéter le concerto de Dvorak, Monsieur Gabriel Pierné\ns'étant permis d'en critiquer la beauté ! Il nous semble que le droit strict était de son côté. Et\nM. P. Casais s'en allant sans jouer a trouvé une façon nouvelle d'affirmer son admiration pour\nle susdit concerto. Nous lui en adressons nos respectueux compliments.\nOn a beaucoup joué la Damnation de Faust. Cela fait généralement plaisir. Du haut\ndu ciel, sa demeure dernière, Goethe n'y comprend rien !\nC'est pour des raisons que la musique ne connaît pas qu'on a diversement apprécié l'audi-\ntion intégrale des \" Images \". L'exécution en fut nerveuse et vibrante à souhait.\n\nCONCERTS LAMOUREUX\n\nTrès intéressante première aux Concerts-Lamoureux : Y Interlude en fa dièze, extrait de\nl'œuvre de M. Roger Ducasse intitulée : Au jardin de Marguerite. Faust, vieux et très\nfatigué, vient se remémorer sa jeunesse en ce jardin abandonné où durent se passer tant de\ncharmants épisodes d'amour ; et le jardin se réveille au mystérieux enchantement de la nuit.\nIl sied de louer hautement M. Roger Ducasse d'avoir cherché, dans ce morceau sympho-\nnique, à faire de la musique et non pas seulement du bruit... ou des bruits. La pièce est\nconstruite avec soin et ne revêt en rien le caractère d'une improvisation. Peut-être eût-il été\ndésirable ceci est une opinion toute personnelle que les thèmes employés fussent, mélo-\ndiquement, plus frappants et que le dessin en fut plus varié... Je suis certain que lorsque\nM. Ducasse voudra se laisser aller davantage aux impulsions de son cœur plutôt qu'aux\nrecherches de sonorité, il pourra faire de la très belle musique : il n'est vraiment, en art, que\nle cœur pour engendrer de la beauté.\nQuoi qu'il en soit, on se trouve ici en face d'une pièce musicale d'une très haute tenue, où\nl'auteur ne sacrifie que très peu à la mode du jour, c'est-à-dire à la musique cinématographique.\nQu'on me permette d'expliquer brièvement ce terme que j'écris ici très sérieusement.\nIl me semble qu'un grand nombre de compositions symphoniques modernes, où la sensation\nprend le pas sur le sentiment, gagneraient à l'adjonction d'un cinématographe qui serait appelé\nà expliquer et à déterminer les diverses phases du morceau.\nDu moment que toute forme musicale est bannie, comme surannée et vieux jeu, il me\nparaîtrait indispensable de faire accompagner toute musique \" sensorielle \" par sa représentation\nplastique.\nCela aurait un double avantage : i° faire comprendre ce que le compositeur a voulu dire\nà l'auditeur non snob (car le snob comprend et avale tout ce qui est à la mode... par définition);\n2° présenter à l'œil un agréable tremblotement, qui s'harmoniserait à merveille avec les petits"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.56", "texte": "5°\nS. I. M.\n\nchichis orchestraux et autres titillations auriculaires, constituant généralement le principal\nmérite de ces compositions.\nCeci est une question à étudier... On pourrait peut-être nommer une commission...\nA ce même programme figurait la Symphonie écossaise de Mendelssohn, rarement\nentendue maintenant. Je crois qu'il est impossible d'exécuter de façon plus parfaite et plus\nspirituelle que ne firent M. Chevillard et son bel orchestre cette élégante symphonie, aussi à la\nmode au temps de nos grand'mères que peut l'être actuellement l'Après-midi d'un Faune.\nVincent d'lndy,\n\" L'excellent violoniste Ch. Herman a fort bien joué, au Concert-Lamoureux du\n12 Janvier 1913, le Concerto en ré de Beethoven : le chef d'orchestre s'étant abstenu après\nla répétition, de tout jugement sur la valeur artistique de cet ouvrage, aucun incident ne s'est\nproduit. \"\nLe temps n'est pas éloigné où une information, d'apparence aussi normale que celle qu'on\nvient de lire, prendra, par la touchante simplicité de certains virtuoses, un intérêt\na sensationnel \", pour parler le jargon que la presse s'efforce de substituer au français dans le\nlangage contemporain.\nCe n'est vraiment pas de notre faute si les nécessités de l'actualité imposent dorénavant\naux \" correspondants particuliers \" de toutes les publications musicales l'obligation nouvelle de\nsignaler les dernières auditions de concertos \" échangées sans résultat \" entre les bretteurs de\nl'archet et ceux de la baguette.\nEst-il donc si nécessaire que la plupart des concerts soient annoncés \" avec le concours\nde M. X. ou de Mlle Z\"? Il paraît que cela plaît à Vabonné. Mais en quoi donc est-il fait\ncet \" abonné \" qui ne prend plaisir qu'à la jonglerie de ces prestidigitateurs, qui entre après le\npremier morceau de la symphonie, et qui s'en va au beau milieu de la suite d'orchestre de\nNamouna par exemple ? Sans doute, lorsqu'il s'agit de l'art du chant, nul ne se plaint d'entendre\nla belle voix de Mme Campredon dans le Madrigal lyrique d'Henri de Régnier, finement\norchestré par M. G. Grovlez. Le régal devient exquis quand s'élève la délicieuse voix de la plus\ndélicieuse Mme Nicot-Vauchelet : on se demande alors comment il se fait que cette artiste\nhors de pair, l'une des trois ou quatre cantatrices françaises de ce siècle qui connaisse et\npratique encore le véritable art du chant, soit si rarement entendue dans le cadre qui lui\nconviendrait, dans ce théâtre de l'Opéra-Comique où elle pouvait continuer si bien la noble et artis-\ntique tradition de ses ascendants, dans des rôles qui semblent faits pour elle, et que l'on donne\ntoujours à d'autres, moins qualifiées. Entendre vraiment chanter est un fait tellement rare\nqu'il faut être indulgent pour le vide musical presque complet de cette admirable leçon de\nchant qu'est ce Rossignol du pauvre Haendel : il Pensieroso. La vaillante Société Haendel n'a\njamais fait entendre cette œuvre de son patron ; en quoi elle a artistiquement agi. Mais quand\non a soi-même tout le charme du\nBarde ailé de la solitude,\non peut se permettre cette joute exquisement inutile avec la flûte agile et discrète de\nM. Deschamps. Les trois mélodies de M. G. de Saint-Quentin se prêtaient moins bien\nau déploiement du magnifique talent vocal de Mme Nicot-Vauchelet. Elles sont sobrement\nécrites, claires, un peu naïves comme il convient à des poésies plutôt intimes, ne réclamant pas"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.57", "texte": "LE MOIS\n51\n\nle déploiement de ce vaste orchestre qu'une \" équipe de renfort \" allait accroître encore pour\nétaler le vide bruyant de la Fie d'un héros :\nParturiunt montes ; nascetur ridiculus mus.\nRidicule en effet, cette effroyable cadence de violon qui pour n'être pas de M. Camille\nSaint-Saëns n'en représente pas plus musicalement pour cela \" la compagne du héros\nComme on comprend que ce héros soit \"à la triste figure\" avec une encombrante compagne qui\na dû donner tant de mal à M. Soudant ! Et les \" antagonistes du héros \" (instruments de bois\ndialoguant avec des intentions sarcastiques) ! Et le \" champ de bataille \" (voyez trompettes) !\nEt les \" œuvres pacifiques \" (voyez harpes) ! Et cette \" désillusion finale \" (cor anglais)\nqui n'est rien auprès de la nôtre ! La voilà bien, la (voir ci-dessus) !\nmais quelle belle \" leçon d'orchestre surtout avec la vigoureuse direction de M. Chevillard.\nCertain dimanche de janvier, le grand chef avait cédé sa baguette et son pupître à\nVincent d'lndy, autre \" grand chef \" : c'est merveille de voir avec quelle étonnante\n\" malléabilité \" (si l'on peut dire) les mêmes musiciens se prêtent, après quelques répétitions, à\nune compréhension aussi nettement tranchée et distincte de celle dont ils ont 1 habitude.\nVigoureuse aussi, sans nul doute, la direction souple, graduée, équilibrée de Vincent d'lndy\nobtient de ces instrumentistes remarquables certains effets qui changent assurément en plus\nd'un point les usages de la maison. Rarement les œuvres du maître, le\net le deuxième tableau du Chant de la cloche,ont atteint un tel degré de fondu et d'émotion\ndans l'interprétation. Au surplus, les chanteurs solistes ont, pour la seconde de ces deux\nœuvres, fort bien traduit la pensée de l'auteur ; M. Plamondon donne même la plus complété\net la plus juste image musicale du personnage de Wilhem.\nMais on aurait tort de croire que c'est seulement dans la direction de ses propres\ncompositions que Vincent d'lndy obtient une telle perfection. Sans insister sur 1 étonnante\nouverture de Zaïs de Rameau, aussi sonore et aussi riche qu une partition du siecle dernier, la\nmagnifique exécution de la quatrième Béatitude de César Franck montre mieux encore quel\nchef incomparable est le disciple du vieux maître, quand a son experience et a son autorite\nincontestées vient s'ajouter l'amour filial et clairvoyant, seul capable de faire disparaître, dans\nla ferveur de l'action, les impérities instrumentales qui déparent parfois l'orchestre \"organistique\"\ndu père Franck.\n\nAuguste Sérieyx.\n\nSOCIÉTÉ DES CONCERTS\n\nLe hasard me favorise qui me place, habituellement, aux concerts où ma fantaisie, mes\nobligations aussi, me font assister, entre des gens d opinions contraires : je les écouté,\navec la joie de ceux qui goûtent l'exaltation humaine sous toutes ses formes, s exprimei sur ce\nqu'ils entendent en termes catégoriques, et proférer ces jugements entiers que les gens en\npossession de leur bon sens citerai-je le docteur Tribulat Bonhomet ? reprouvent.\nLe dimanche 12 janvier, un ami de Vincent d'lndy vint se mettre a ma droite,\ncôté de la raison : une amie de Ch. M. Widor, de celles qui pendant la grand messe de Saint\nSulpice brûlent l'encens des compliments en l'honneur de l'organiste occupe a descendre\nl'Esprit de l'improvisation dans le pain du \" Positif\" et le vin du u Récit, s assit ama\ngauche, côté du cœur.\nDes fragments du u Chant de la cloche \" de d'lndy ayant ete executes, mon voisin parla »\na Vincent d'lndy est vraiment un chef : sa musique est de celui qui commande : et son"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.58", "texte": "52\nS. I. M.\n\ncommandement a des vertus religieuses : il est à la fois prêtre et soldat ; mais ceci a été dit\nsouvent ; jine autre qualité me semble primordiale, celle-ci : il est le musicien de la sécurité\nsonore : avec lui l'esprit est assuré ; le jugement à porter est garanti : les combinaisons mélodiques\net rythmiques sortent de son cerveau revêtues de la tenue qui leur convient : je vois,\nMonsieur à votre mine que vous avez savouré comme il convenait cette œuvre excellente\net de jeunesse où se dessine déjà la fermeté des principes de son auteur que rien n'a pu et ne\npourra jamais arracher à son art. \"\nIl se tut comme l'orchestre attaquait la suite en mi mineur de Widor ; quand celle-ci fut\nachevée, ma voisine frappa des mains comme les jeunes juives du psalmiste et se tournant vers\nmon voisin lui dit :\n\" Vos propos sur Vincent d'lndy sont évidemment de qualité, mais et le jugement\nd'une femme est bon, croyez-moi je donnerais le directeur de la Schola, et Debussy par\ndessus le marché, pour mon Widor ; sa musique à lui est musicale ce qu'oublie parfois d'être\ncelle de vos amis... la suite de Widor est une bien belle suite chantante nuancée, mouvementée,\nonduleuse et que l'on comprend ; ça dit ce que ça veut dire et pour ce qui est du métier je me\nsuis laissé raconter que M. Widor en savait autant qu'homme de France.\"\nLe dimanche 26 janvier, je me trouvais dans une compagnie plus dangereuse, entre\nl'homme qui protège les artistes et l'homme qui assassina le concerto.\nAprès l'exécution du concerto en fa de Chopin par Paderewski, l'homme qui protège les\nartistes parla ainsi et du haut de son faux-col.\n66 Rien n'est beau comme Paderewski jouant du piano ; il perd son apparence humaine,\npour se revêtir d'un caractère supra terrestre; son masque se creuse de toute l'angoisse même de\nla phrase mélodique ; les cheveux se rejettent en arrière de la fougue des thèmes ; les mains\nvolent comme des colombes sur les nuées des arpèges; l'amour que Paderewski met dans une telle\nreconstitution d'une œuvre en fait une véritable création ; aimer une œuvre à ce point c'est\nla créer de nouveau ; le génie de l'artiste qui exécute est souvent plus intense que celui du\ncompositeur ; celui-ci donne une base sur quoi l'artiste bâtit et le roi des artistes n'est-il pas\nconcertiste génial, pianiste ou violoniste, qui nous tient au bout de ses doigts comme un enfant\ntraîne au bout d'une corde son chariot ou son polichinelle \".\nL'homme qui assassina le concerto répondit :\n\" Vous êtes, Monsieur, trop jeune cependant certaines vieilles coquettes ont des\nsecrets qui les font paraître 20 ans quand elles en ont 60 pour avoir connu mes jours de\ntriomphe lorsque la justice populaire m'acclama à cause d'un meurtre légitime ; je suis celui\nqui assassina le concerto ; je délogeai de l'avant-scène cet espèce de régisseur parlant au public\nqui vient faire des grâces et filer des sons pendant d'insipides minutes ; bourreurs de tierces ou\nd'octaves, crachotteurs d'harmoniques, grinceurs de doubles, de triples, de quadruples cordes,\ntruqueurs de glissandos et de traits vertigineux, tous les bellâtres du piano et du violon, je les\nai eus ; mais voici qu'ils reviennent ; et leur audace est plus grande que jamais ; je sais tel\nvioloniste adulé une qui a le front de composer un programme avec trois concertos dont deux\nde virtuose de son espèce : oh ! la belle soirée que cela sera ! je sais tel violoncelliste qui ne\npermet pas que l'on puisse douter de la qualité de l'œuvre musicale qu'il interprète et qui\nn'accepte de jouer que si l'on situe un Dvorak au dessus de Jean-Sébastien Bach ; mais la\nrevanche ne saurait tarder ; je crois à la justice immanente \".\nL'homme qui protège les artistes allait répliquer quand l'orchestre se prit à jouer le\nde Rimsky-Rorsakoff ; comme il ne s'agissait que de musique l'homme qui protège les artistes\nprit son chapeau et s'en alla.\n\nJean Laporte."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.59", "texte": "Cabarets et Music=Halls\n\nLes directeurs de cabarets et de music-halls cultivent une humilité excessive. Victimes du préjugé de la\nhiérarchie des genres? ils ne se sont jamais décidés à faire appel aux critiques d*art pour consacrer publiquement\nleur effort. Ce n'est que par le procédé simpliste du \" communiqué lyrique\" dont la force de persuasion est\nlimitée que le public apprend leurs prouesses. Les articles de Paul Adam, les livres de Colette Willy, les\nencouragements officiels d*Antoine n ont pu guérir le music-hall de cette modestie inébranlable. Répondant a la-\ncuriosité des artistes qui s'intéressent a Vévolution de la revue et de la chanson et croient a leur influence décisive\nsur P éducation de F œil et de V oreille des foules, S. I. M. a confié a LOUIS LALOY la mission de noter,\nchaque mois, les étapes caractéristiques de ce mouvement.\nGardiens de toutes les traditionnelles hiérarchies, nos journaux quotidiens ont coutume\nde reléguer l'annonce de ces spectacles après celle des théâtres, quand ils ne la logent pas\ndédaigneusement en quelque case vacante, entre la petite correspondance et le Monsieur\nhumanitaire qui a fait vœu d'accalmir les épidermes exubérants. Cependant le public y afflue ;\npassé neuf heures et demie du soir, pas une place ne reste disponible ni devant l'étroit plateau\noù s'avance parmi un murmure recueilli le chansonnier aimé, ni dans la vaste salle que fascine\nla scène éblouissante. Et c'est un public sans fraude, que n'amène ni la camaraderie, ni la\ndiscipline de coterie, ni la dévotion de chapelle, ni la mode, ni la vanité, ni le billet de faveur.\nAlors que, si fréquemment, au seuil de nos théâtres réguliers et de nos concerts dominicaux,\nl'auditeur doit abandonner toute espérance d'une joie véritable ou d'une opinion sincère, ici\nchacun ne vient que pour son plaisir. Aussi toutes les classes de la société sont représentées,\ndepuis les gens de maison que le complet gris repose de la livrée, jusqu'à leurs maîtres qui par\nun usage opposé endossent l'habit chaque soir, depuis les familles bourgeoises qui se font\nréserver les loges jusqu'aux beautés professionnelles qui vont et viennent par les promenoirs,\nfières de leurs panaches et relevant le pas comme des pouliches de course avant l'épreuve.\nToutes les classes, à l'exception d'une seule, peu nombreuse à la vérité, mais si indiscrète,\nfanatique et bruyante, qu'un de ses représentants peut tenir tête à une foule : celle des\nchefs et sous-chefs d'écoles.\nCe sera pour les générations futures un sujet d'étonnement inépuisable qu'au début du\nXXe siècle, en France, tant de symphonies et de sonates, tant d'opéras, de drames lyriques, de\npoèmes chantés, d'actions musicales, aient été recommandés comme des chefs-d'œuvre par une\npresse unanime, alors que pas un auditeur de bonne foi n'a jamais été capable d'en supporter\njusqu'au bout la complication, la prétention, la laideur et l'ennui ; que même on soit arrivé\nà honorer comme des maîtres et à couronner de lauriers illusoires des compositeurs qui, toute\nleur vie, alignant les notes en dépit du rythme et de l'harmonie, n'ont connu que la déception\ndes chutes irrémédiables ou la tristesse plus amère encore des applaudissements commandés:\nà telles enseignes que d'austères journalistes sont venus prétendre sans rire que l'insuccès est"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.60", "texte": "54\nS. I. M.\n\nun mérite, et que le grand art est de déplaire. Ils sont eux-mêmes, à ce compte, de grands\nartistes; on ne les rencontre pas au music-hall ; ou s'ils y vont, c'est à titre privé, sans mission,\nsans mot d'ordre : ils s'effacent, ils se taisent, et leur plume hautaine s'abstiendra de tout\ncommentaire sur un délassement aussi frivole. Ainsi, au XVIIIe siècle, pendant qu'à l'Opéra\nles partisans de Luliy et ceux de Rameau, puis les ennemis de la musique française et ses\ndéfenseurs, enfin les lieutenants de Gluck et les suppôts de Piccini échangaient sans trêve les\narguments et les invectives, tranquillement, parmi les acclamations innocentes des badauds,\nles théâtres de la foire faisaient fortune, et fondaient, loin des théories, le genre de l'opéra-\ncomique, destiné à supplanter ceux-là même dont on disputait si fort. Nul doute que de même\nles établissements aimables qui aujourd'hui s'échelonnent, par cercles concentriques et toujours\nplus pressés, tout autour de l'Opéra immuable, ne recèlent, en leur confusion même et en leur\nagitation joyeuse, les destinées futures, et vagues encore, de notre musique dramatique.\nDéjà nous devons au music-hall les pages les plus savoureuses qu'un maître de notre prose\nait écrites, et si la vagabonde aujourd'hui renonce à l'inquiétude, ayant conclu un pacte avec\nle bonheur, du moins ne reniera-t-elle jamais ce que le hasard des tournées lui a donne\nd'impressions vives, ni ce que les visages luisants de fard sous le feu violet des projecteurs lui\nont révélé de passion, de courage et souvent de pur enthousiasme. Après Colette Willy, qui\noserait décrire les coulisses où le cheval de l'écuyère passe, tête baissée, parmi l'essaim paillete\ndes danseuses ; où les clowns studieux répètent chaque soir leurs facéties ; où les chiens\nsavants, muets tant que dure leur rôle, sortent de scène en se poursuivant avec des cris de joie;\noù le chef d'orchestre, nerfs tendus, gesticule, tandis qu'un régisseur ému gourmande\nd'inattentives figurantes ; où ces Anglais sains et corrects dans quelques minutes vont redes-\ncendre, grimés en musiciens grotesques ; où le ténor frise au fer sa moustache, méprisé de ce\ndompteur en grand manteau, toujours muet, que la mime principale prend pour un seigneur\nrusse ? Mais sans chercher une comparaison qui ne pourrait être que désastreuse, on doit en\ntoute justice louer l'humanité d'administrations plus pitoyables que celles des théâtres, parce\nqu'elles assistent à de plus navrantes infortunes, ainsi que le dévouement d'artistes qui sont\ncapables de se donner à un rôle, au point d'en créer à eux seuls le caractère. Sans doute la\nvaleur des interprètes a souvent aussi pour rançon, pour condition même, l'insuffisance du texte\nqui ne leur est fourni que comme une occasion de se faire valoir. Mais si le texte exprime par\nlui-même toute la pensée de l'auteur, plus n'est besoin ni d'interprètes, ni de scène, ni de mise\nen scène, ni de théâtre. Croit-on que Shakespeare ou Molière se contentaient de réciter leurs\nvers, sans les illustrer d'intonations variées, de gestes, de jeux de physionomie, même de\ngrimaces, de contorsions et de cabrioles ? De même que toutes paroles ne sont pas aptes à être\nornées de musique, de même le théâtre a son style dont les lacunes calculées ménagent\nl'initiative de l'acteur. Ce style est aujourd'hui celui du music-hall bien plus que du théâtre,\ndu théâtre musical surtout, qui a renoncé à toute action dramatique afin que l'auditeur puisse\nsuivre de toutes ses oreilles la symphonie jalonnée de motifs conducteurs.\nHéritier opulent du café-concert qui fit les délices du second empire et des premières\nannées de la république, le music-hall en diffère par l'importance qu'il accorde au spectacle,"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.61", "texte": "LE MOIS\n55\n\nau lieu que le cabaret artistique, plus spécialement localisé à Montmartre, se voue à la chanson\ndépouillée d'accessoires. Le music-hall a longtemps offert au public la variété d'exhibitions\ndistinctes, appelées en jargon de coulisses numéros : numéros de force, ou d'adresse, ou de\ndressage, ou de chant, ou de danse, parfois petites pantomimes ou pochades de comédies,\ndécorées du nom anglais de sketches. Aujourd'hui le plus grand nombre des music-halls préfèrent\nle spectacle suivi. La revue, qui jadis liquidait en décembre les événements de l'année, se\nrenouvelle de saison en saison, même de mois en mois ; l'opérette remplit les intervalles.\nLes numéros sont donnés en lever de rideau ; quelquefois on les introduit dans la\npièce. C'est ainsi que l'année passée, à l'Olympia, une troupe d'équilibristes, fort remarquables\nd'ailleurs, faisaient leurs tours, en costumes d'Espagne, sur une place de Séville, devant les\npersonnages d'une aimable bouffonnerie, à peu près comme dans l'opéra le roi, au troisième\nacte, donne une fête qui sert de prétexte au ballet. Et cet intermède n'était pas l'un des moins\napplaudis.\nLa revue se nourrit de l'actualité sous toutes ses formes, bien mieux partagée en cela que\nla comédie du boulevard, qui depuis cinquante ans ne traite que des différents procédés que\npeuvent inventer deux époux pour se rendre la vie mutuellement intolérable. Elle n'exige pas\nla réforme de nos lois ; elle ne se flatte pas de jeter bas l'édifice social pour le reconstruire par\nprincipe. Elle se contente de signaler tous les excès du vice, de l'ambition et de la sottise ; elle\nse réclame du bon sens ; elle s'adresse à ce public d'honnêtes gens sans parti pris qui de tout\ntemps a donné la plus juste mesure du goût français ; elle est la revanche inoffensive de ce\ngoût contre les charlatans de toute origine qui à force d'outrecuidance sont parvenus à lui\nimposer. Aussi ne badine-t-elle pas avec le sentiment national. Un frémissement approbateur\nparcourt l'auditoire de la Cigale à cette réplique : \" M. Poincaré n'est donc pas un homme\ndu Midi ? Non, c'est l'homme de toute la France \". Des applaudissements prolongés\nsaluent le tableau de Détaillé, le Rêve, lorsqu'il prend forme sur la scène. Les glorieux\nsouvenirs de l'histoire sont également bien accueillis, ceux surtout de la révolution française :\nà la Cigale, c'est un menuet de marquises que guette la guillotine aux reflets sanglants ; à\nl'Olympia, une ci devant noble fourvoyée en un bal de sans-culottes est entourée, menacée,\nmalmenée, et sa robe en lambeaux dévoile l'agile grâce de Mlle Darthez.\nLa revue n'est pas collet monté. Elle aime les assemblées de jolies femmes, dont les plus\nfavorisées de la nature sont généreuses envers les regards qui les admirent. Pour répondre aux\ncritiques de vertueux censeurs, on a cherché de subtiles distinctions entre l'art et la pornographie,\ncomme si la beauté féminime ne répandait pas le désir de même que la fleur son parfum. A la\nCigale, le tableau des buveuses d'éther est le prétexte de nudités sculpturales et de reptations\nlangoureuses qui ont leur harmonie. La musique est l'art de l'ouïe, la peinture l'art de la vue ;\nchacun de nos sens peut devenir le principe d'un art. Croit-on qu'un tel spectacle corrompe\nles mœurs ?Il les affine au contraire et les épure. Quelle femme ne souhaiterait un amant instruit\nà cette école ? Et que valent, en comparaison, les comédies où le mariage n'exhale qu'un relent\nde papier timbré, ou les opéras à la mode de Wagner, où le héros ignore le moyen d'éveiller\nune endormie ?"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.62", "texte": "5 6\nS. I. M.\n\nLa revue répond à toutes les curiosités du public. Non seulement elle l'informe des\ndernières découvertes de la science et le tient au courant des prévisions politiques, mais elle\nrésume agréablement, pour son usage, les œuvres d'art qu'il ne connaît que par ouï-dire et les\ndiscussions d'esthétique dont les journaux lui ont transmis l'écho. L'actuelle revue de l'Olympia\ncommence par une parodie du cubisme ; on y voit paraître en suite Raymond Duncan, puis\nNijinski dans cette Apres-midi d'un Faune qui fut réservée à quelques centaines de privilégiés;\nle roman d'Anatole France, les Dieux ont soif est joliment incarné par MllO Valliez sous les\ntraits de la fougueuse marchande d'estampes; le prince des poètes, élu dans un café, est un\ngarçon de café à qui l'excellent Dorville confère la plus candide bonhomie. Enfin le premier\nacte se termine par une histoire comparée des spectacles de marionnettes, où l'on voit tour à\ntour, évoqués sous les couleurs les plus vives, les Polichinelles, les Burattini de Naples, les\nFantoches javanais, les Marionnettes de Brioché, le Casperl de Nuremberg, Karagheuz,\nPétrouchka, enfin la Marche funèbre d'une Marionnette, réglée de façon touchante. Et la\nmusique dont s'accompagne ces diverses illustrations laisse reconnaître un reflet de Fellèas, une\ncitation du Carnaval de Schumann, une autre de Namouna de Lalo, enfin un très convenable\nraccourci de Pétrouchka de Stravinski. Le tout simplifié sans doute, mais, par la même, mis à la\nportée des esprits novices ou rebelles ; après la copie, ils pourront goûter l'original ; et cette\npropagande par l'image est plus favorable aux œuvres que beaucoup d'arguments ou de\npanégyriques.\nEnfin la revue est gaie. Sérieuse à l'occasion, elle reprend vite son sourire sans amertume.\nMM. Rip et Bouquet, auteurs préférés de l'Olympia, excellent en ce genre de plaisanterie\ntrop fantaisiste pour toucher le vif, et M. Paul Fort lui-même se montrerait bien soupçonneux\nou bien modeste s'il se reconnaissait en leur Paul Costaud. M. Hugues Delorme aux rimes\nimprévues a l'imagination plus gracieuse. Sa charmante interprète Miss Campton fait valoir\nde toute sa vivacité ironique la scène de la fille sabotée par des parents syndicalistes qui n'a\nrien en place, et l'accent qu'elle peut donner au mot \" emboutellée \" est inoubliable.\nM. Claudius a la gravité la plus comique dans le rôle de l'acteur de la Comédie Française\nqui joue le classique au cinéma et y ramasse de mauvais coups parce que, explique-t-il sans se\nlasser, \" au cinéma il faut qu'on voie \". Enfin la scène de la poste restante, où un miséreux\nqui retire les lettres pour mineures s'éprend d'une employée mûrissante est une excellente scène\nde farce, et M. Pascal l'enlève de verve. De longs jours sont promis à la revue de la Cigale.\nP. S. L'Olympia vient de remplacer sa revue par une opérette dont il faut voir les\ntroublantes merveilles.\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.63", "texte": "LE MOIS\n57\n\nConcerts Divers\n\nOn calomnie les virtuoses. Ils ne sont pas ce qu'un vain peuple pense. Ces êtres qu'on\nnous a représentés comme des monstres de vanité et d'ambition sont, tout au contraire, des\nmodèles d'humilité et des professeurs de modestie. Loin de rechercher les ovations des foules,\nils se désintéressent complètement du public et semblent ne donner leurs concerts que pour leur\nplaisir personnel. Tout le monde sait, en effet, que le nombre toujours croissant des auditions\ntend à condamner à l'anonymat l'effort individuel de nos plus respectables solistes. Paris n'est\nplus qu'un immense orchestre composé d'innombrables chefs de pupitre dont on ne cherche\nplus à savoir les noms.\nPour s'imposer à l'attention de la foule, ces instrumentistes n'auraient qu'à se signaler\npar un petit offert de culture et d'érudition ; ils n'auraient qu'à combiner un programme\ningénieux, attachant, instructif. Mais la gloire et le succès ne les tentent pas. Ils se contentent\nde vivre modestement sur le répertoire courant et ne recherchent que le témoignage de leur\nconscience.\nCe témoignage est celui qu'ont pu se décerner Mesdames Riss-Arbeau, Blancart,\nVeluard, Marthe Dron, Jeanne Alvin, Boutet deMonvel et Messieurs Veuve,\nFernando Via, Desider Szanto, Staub, Pergola, Canivet et Mark Hambourg\nqui ont estimé que Beethoven, Schumann, Chopin et Liszt pouvaient répondre à tous les\nbesoins de l'existence d'un pianiste. Par contre on a retenu le nom de Mlle Ingenius qui nous\nrévéla des œuvres de Rontgen, de von Brucken Fock et d'Otterstrom, ainsi que\nceux de M. Turcat dont le programme n'accueillit que des auteurs dynamiques ; de\nM. Pierre Lucas dont le modernisme éclairé s'affirma avec résolution et qui trouva en\nMme Jane Mortier une collaboratrice incomparable.\nMême abnégation chez les gens d'archet. Voyez la touchante timidité esthétique de\nM. Kreisler et de M. Enesco qui limite à M. d'Ambrosio ses explorations dans le présent.\nRemarquez au contraire l'adresse de Melle Lorrain qui en corsant son concert de l'apparition\nde M. Nouguès accompagnant un air de l'Aigle, a soulevé une curiosité durable.\nPourquoi ne chantez-vous que des pages trop classiques MM. Perlmutter et George\nWalter et vous, Mesdemoiselles Revel et Visalès ? Que n'avez-vous imité Mme\nKarweska : un air de Cavalleria Rusticana et le Crucifix de J. Faure ont suffi à l'immor-\ntaliser pour plusieurs semaines...\nNos chefs de quatuors n'ont fait également que des reprises : Parent avec d'lndy,\nChausson, Lekeu, Franck et Ravel ; Luquin avec Schubert ; Lejeune avec Mozart et\nHaydn ; Capet avec son Beethoven attitré. Le trio Cortot-Tfalbaud-Casals se consacre\nà Beethoven et à Haydn mais le trio Bailet-Talluel-Clément nous fait la grâce d'unt\npremière audition de Désiré Paque.\nLes groupes fermentent et bouillonnent mais ne nous apportent pas de révélations. Vous"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.64", "texte": "5»\nS. I. M.\n\ndevinez le programme de la Société Beethoven, vous pressentez celui des Concerts\nChaigneau et vous subodorez celui des excellents Lénars-Bizet, Mais vous pourriez\nignorer sans mon secours que la Société Hœndel a joué toute sorte de musique sauf celle\nde son parrain ; que la Schola, coupant sous le pied de Gabriel Astruc l'herbe qu'il vient de\nsemer, avenue Montaigne, a donné deux auditions intégrales du Freyschutz; que le Lyceum\na fêté la mémoire du compositeur Bourdeney ; que les Amis des Cathédrales ont\napplaudi une conférence de Tiersot sur les Noëls anciens ; que l'Ecole coloniale a savouré\ndes chansons cambodgiennes importées par M. Tricon ; que la Manécanterie des petits\nchanteurs cherche à vulgariser le motu proprio et que le Salon des Musiciens où le poète\nJean Richepin vient de fermer le piano pour faire une conférence, est bien le dernier salon où\nl'on cause.\nUne société de bienfaisance a permis à un rival heureux de l'abbé Perosi de donner une\nexécution chorale et orchestrale d'un poème lyrique intitulé le Miracle de Saint François : cet\nouvrage de l'abbé Bethenod a scandalisé les dames patronesses et séduit les musiciens\nprésents par son expressive musicalité et la sincérité de ses accents dramatiques ; des qualités\nindéniables de théâtre communiquent à ce pseudo-oratorio un parfum de fagot tout à fait\nsavoureux. A l'Ecole des Hautes Etudes Sociales avec le Quatuor Luquin, à la Comédie Royale\navec Edouard Mathé, l'infatigable Henry Expert poursuit son ardent prosélytisme.\nEnfin la vénérable Société Nationale émerveille les passants par l'adresse et l'agilité\navec laquelle, malgré son grand âge, elle escalade les murs de sa voisine la S. M. I. pour aller\ncueillir dans les plates-bandes de cette jeune personne les fleurs rares (l'azalée Ducasse, le\ngynérium Schmitt ou l'orchidée Ravel) qui ne poussent pas dans son jardin. Mais, malgré tous\nles efforts du bon jardinier Gustave, elle n'a pu réussir, ni par la greffe ni par le bouturage à\nobtenir leur reproduction.\n\nG. K.\n\nBelgique\n\nTHÉATRES ET CONCERTS\n\nNotre Enquête sur le Théâtre musical nous a forcé de négliger la vie musicale, de plus en\nplus intense à Bruxelles. Résumons là brièvement aujourd'hui.\nAprès le Chant de là Cloche, la scène royale a ressuscité La Flûte enchantée. Ressuscité\nvraiment, puisque M. Kufferath, avec la collaboration de H. Cain, a rétabli l'antique ouvrage en\nsa forme originale et complète. C'est tâche pieuse, sans doute, mais est-il bien nécessaire\nd'accorder autant de sollicitude à des chefs-d'œuvre, soit, mais qui ont vieilli, et n'apportent plus\nguère qu'un intérêt historique. J'aimerais, pour ma part, vibrer à des frissons modernes. Pour-\nquoi ne point tourner les yeux vers le présent, et vers l'Avenir ? On a fait, avec des éléments\nnouveaux, une très remarquable reprise de Pelléas et Mèlïsande. On reprendra aussi Rhèna,\ndont le succès fut considérable l'an dernier, au cours de la saison. L'opéra que M. le baron\nBuffin a tiré de Kaatje, pièce applaudie de M. Paul Spaak, est en répétition. Ce sera vraisem-\nblement la seule partition nationale représentée cette année à Bruxelles. M. Victor Buflîn est"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.65", "texte": "LE MOIS\n59\n\nen effet l'un de nos meilleurs écrivains musicaux ; son poème symphonique, exécuté aux\nConcerts Ysaye, puis à Ostende ; sa sonate pour violon et piano, ses mélodies révèlent un\ntempérament d'exubérance et de fougue, que sert une écriture pleine de recherche et de\ndistinction. —En attendant l'apparition de Kaatje, c'est en quelque théâtre populaire ou\nen province qu'il faut aller pour entendre les œuvres autochtones. Une société privée a donné\nau Théâtre flamand une représentation, d'ailleurs très imparfaite, de Perkïn Waarbeck,\nl'lmposteur Magnanime du Maître écrivain Georges Eekhoud. Le jeune compositeur\nPaul Lagye a écrit pour ce drame une musique de scène. Malheureusement le publie de\n\" marchandes des Halles \" habitué au Théâtre flamand, est peu fait pour goûter la musique,\nla \" grande \" musique. Nous reviendrons à la partition en meilleures circonstances. Paul\nest de ceux qui réclament l'attention. A peine âgé de trente ans, il a donné déjà de\nnombreuses preuves de son talent. Il écrivit cinq opéras, dont UApercevance et Franchimont\n(seule œuvre couronnée au concours national de Spa) récemment édités. Nous venons de\nparcourir la première de ces œuvres. Elle est robuste et colorée. Une âme inquiète s'y traduit,\nque torturent les angoisses, les hallucinations. Musicalement, Lagye semble se rattacher à\nPaul Gilson. Son orchestration est de pâte puissante. Il construit solidement. Il a le goût de la\nrecherche et de l'audace. Incontestablement voici un tempérament dramatique, en possession\nde moyens vigoureux et sûrs. Voici une personnalité qui s'affirmera, à bref délai, je pense, par\ndes ouvrages définitifs. C'est à Anvers, comme par le passé que l'on représente le plus d'opéras\nnationaux. M. Henry Fontaine en donnera huit cette saison. La Mort du Roi Renaud, de\nDelune, la Chanson d'Halewyn d'Albert Dupuis ont passé déjà. Dans trois jours, le Forgeron\nde la Paix de J.-B. Schrey, le distingué chef d'orchestre du Lyrique Flamand verra les feux de\nla rampe en ce joli théâtre. Notre ami et collaborateur Paul Gilson vous en parlera dans le\nnuméro prochain. Les autres partitions belges seront : La Bernoise, d'Emile Mathieu, Lorenzo\nMurano, de Potjes ; Eesjes Zwenschoon de Van Overmeer, Weibike de Verheyden ; Studentenlief\nde J. Blockx. On trouve donc, à Anvers, de quoi représenter huit opéras en une seule saison\ncependant qu'à Bruxelles, l'or* éprouve toutes les difficultés à en monter une. C'est déplorable,\nquelles que soient les raisons de cet état de choses. Le théâtre de Gand a lui aussi produit une\npartition belge, Y poème de Maeterlinck, musique de Léo Van der Haegen. L'œuvre,\nremarquable, a fait vive impression ; elle marque un succès pour l'excellent compositeur. A\nLiège enfin, une direction téméraire annonça plusieurs pièces nationales. Un ouvrage de\nMawet (junior) est sur le chantier.\nNombreuses, quotidiennes, multi-quotidiennes même, les auditions. Le grand Paderewsky\nnous est revenu pour quelques heures au cours de la triomphale tournée qu'il accomplit à\ntravers les deux mondes. La foule a envahi le Théâtre de la Monnaie du Paradis jusqu'à la\nscène. Paderewsky, dans cette apothéose, se sera-t-il souvenu des jours, lointains déjà, où il\nfit ses débuts, à Bruxelles. Car c'est chez nous que commença cette éblouissante carrière. C'était\nen 1888, la seizième année de la direction Joseph Dupont aux Concerts Populaires. C'était\nà l'époque héroïque où le vaillant chef d'orchestre, hélas,point encore remplacé, conduisait les\npartitions wagnériennes àla victoire. Parmi les mélomanes enthousiastes qui firent alors la\nréputation dont notre ville jouit encore à l'étranger, l'un des plus convaincus était M. Elkan,\nun Allemand, représentant à Bruxelles d'une compagnie anglaise d'assurances. Le siège de cette\nfirme était situé en face du Conservatoire. Or, se trouvant, en la saison de 1888, de passage\nà Stuttgart l'amateur bruxellois eut l'occasion d'entendre, en un salon, un très obscur\nprofesseur de piano, dont la crinière léonine, le masque volontaire, et le talent prestigieux aussi,\nl'impressionnèrent vivement. Il s'écria, transporté, \" Vous êtes le roi des pianistes ! Mon ami,\nsi vous le voulez, je vous ferai célèbre en six mois ! \" L'humble professeur consentit, comme"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.66", "texte": "6o\nS. I. M.\n\nbien on pense. Quelque temps après, M. Elkan le montrait à Bruxelles. Il lui faisait visiter\nnotre Conservatoire. Paderewsky, c'était lui, parcourut toutes les classes de l'établisse-\nment. Il entrait ; sa chevelure, d'un roux magnifique, flamboyait comme un soleil couchant\nil écoutait quelques mesures en son honneur, puis s'en allait, toujours silencieux sous la\nconduite de mécène. Il se fit entendre pour la première fois au puis le\ndimanche 9 décembre, au concert populaire, le premier de la saison. Il y exécuta le\npour piano n. 5, en mi bémol, avec accompagnement d'orchestre, de Beethoven, un\n(op 52) de Schumann, un Nocturne et Scherzo de Chopin, et la\navec orchestre de Fr. Liszt.\nLe mercredi suivant, il jouait à la Grande Harmonie, devant une salle à demi remplie,\nmalgré le succès remporté ! Ainsi fut consacré, pour la première fois, l'artiste. Paris lui fit,\nà peu de jours de là, un accueil délirant. La prédiction du brave M. Elkan se réalisa, avec\nune surprenante rapidité.\nAprès Paris, Londres, Vienne, Berlin, Varsovie, toutes les grandes capitales l'acclamèrent.\nL'Amérique, bientôt, l'accapara tout à fait. Il n'est revenu qu'une fois à Bruxelles, il y a\nquelques quinze ans, à un concert organisé par la Société des Nouveaux-Concerts défunte\ndepuis.\nBeaucoup d'autres auditions intéressantes mériteraient d'être commentées : hélas la place\nnous est mesurée. Signalons en premier lieu la séance donnée chez Giroux, en l'exquise salle\nd'exposition, la plus jolie de Bruxelles, par la section belge de S. I. M. Elle fut de grand art.\nNotre ami J. J. Nin, dont on connaît le talent subtil et de pianiste, et d'écrivain, MUe Julia\nDemont, le violoniste Blanco Recio y prêtaient leur concours. Nin s'est spécialisé dans l'inter-\nprétation des vieux maîtres italiens: il y excelle. Blanco Recio et Mlle Demont sont eux aussi de\ndélicats artistes. Tous trois offrirent à l'assistance d'élite venue pour les entendre, des joies\nprécieuses et rares. Sous les auspices du groupe belge de la Société Internationale de Musique\nencore, Mlle Roggere, diplômée de l'lnstitut Jacques Dalcroze a donné le 30 janvier une\ndémonstration de gymnastique rythmique. |MM. Joseph Jongen et Delgouffre, l'un comme\nimprovisateur, l'autre comme conférencier, la secondèrent. Nous avons eu l'occasion, naguère,\nd'exprimer notre opinion quant à la méthode Dalcroze. Cette opinion n'a point changé, du\nmoins, en ce qui concerne le sens artistique, et purement musical de l'éducation. Nous lui\nreconnaissons une utilité, incontestable, au point de vue pédagogique, pour la formation des\ninstrumentistes, des chefs d'orchestres, des danseuses. Nous avons vu des bambins de cinq ans,\net même de quatre ans et demi, reconnaître et figurer, à la simple audition d'un motif, des\nmesures en cinq et en sept temps, ce que le professionnel le plus averti ne pourrait faire\nd'emblée, c'est entendu ! Mais est-ce la musique ? Est-ce l'art ? Cette éducation ne\ndétruit-elle pas le rythme individuel et l'harmonie instinctive des rythmes puérils ?\nQue les âmes musiciennes ignorent donc les mesures en cinq ou en sept temps, et toutes les\nautres. La nature les nie, qui fait les fleurs et les oiseaux. Défendons-nous contre le méca-\nnisme. Il nous paralyse et la vraie volonté le brise.\nLa société nationale des Compositeurs belges organise plusieurs concerts, dont un d'orchestre.\nDeux ont eu lieu, les 16 décembre et 10 janvier. Ils attirèrent la foule, la grande foule. Le\npremier, avec le concours de MIIe Julia Boogaerts, cantatrice, Mlles Gladys Mayne et\nA. Jones, pianistes. M.M. Charles Hemisse pianiste et Kuhner violoncelliste avait au pro-\ngramme une Sonate pour orgue (transcrite pour deux pianos) de Ray. Moulaert, œuvre de belle\narchitecture et de savante écriture ; des mélodies agréables de M. Jaspar et Willems : un\nnocturne de Paul Gilson, page d'inspiration profonde, assez peu pianistique, mais que parvint\nà rendre, malgré les difficultés accumulées, avec un art étrangement pénétrant, le pianiste"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.67", "texte": "LE MOIS\n6i\n\nCharles Hemisse, ce pur, ce compréhensif, ce consciencieux artiste que nous voyons enfin\napprécié à sa valeur. Les Jacques Tibaud, les Fritz Kreisler, les cantatrices étrangères les plus\ncélèbres ont fait de lui leur accompagnateur en Belgique. Les uns et les autres trouvent en lui\nla sécurité absolue. N'accompagne-t-il pas chaque fois, au pied levé, et sur les manuscrits\nfaits par lui-même, Kreisler ? Une interprétation délicate et fouillée, une science sans\ndéfauts, un goût des plus raffiné, une virtuosité qui, pour rester opiniâtrement modeste n'en\nest pas moins des plus remarquables Hémisse, compositeur et instrumentiste, prendra\nmalgré lui une toute première place chez nous. Au même concert quelques mélodies un peu\nsèches, mais de technique impeccable et M. Lunssens, et une Sonate pour violoncelle et piano\nde J. Strauwen. La deuxième scéance, plus homogène, réunissait d'excellentes œuvres dont\nplusieurs déjà entendues. Mais il y a, Dieu merci, assez de pages inédites dans les cartons de\nnos musiciens pour qu'on puisse regretter la mise au programme d'œuvres connues. La Société\nNationale des Compositeurs belges a toujours manqué et elle manque encore d'audace,\nd'indépendance, de morgue aussi, souvent nécessaire. Il convient d'aller de l'avant, de briser\nles vitres au besoin de crier fort, cela n'empêche pas la musique, au contraire... Ceci dit, je\nm'empresse d'ajouter que les Sonates de Jongen et de Vreuls sont des meilleures productions de\nl'école franco-wallonne. Des mélodies de M. Léop. Samuel, j'ai longuement parlé lors de leurs\npremières et deuxième exécution... Elles viennent de paraître : Les Heures d' trois\nclairs poèmes d'Emile Verhaeren à l'Edition Mutuelle... Des pièces pour piano, d'un sentiment\ncharmeur, d'un style aimable et d'une écriture parfaite d' A. De Greef, quelques mélodies\n\" piquantes \" fort bienvenues de M. Rasse. Mlle Bernard, pianiste, Mlle Suzanne Poirier\ncantatrice, MM. Bosquet et de Pauw s'y firent applaudir. Mr Léon Du Bois, le nouveau\ndirecteur du Conservatoire Royal, a inauguré ses Concerts à l'Etablissement. Il y a remporté\nun franc succès. Mme Maria Philippi, la célèbre cantatrice, prêtait son concours au deuxième.\nElle chanta le Psaume V de Marcello, l'arioso : Dank sei dir et l'air ; Arsace de Partenope de\nHaendel, et Kindertotenlieder, cycle de poèmes sur la mort de deux enfants de Gustave Mahler.\nCette œuvre poignante, d'une émotion dramatique intense, impressionna si vivement que plu-\nsieurs personnes en furent malades ; l'une même eut une crise nerveuse. Au programme encore\nun poème symphonique de Smetana, et la 8e symphonie de Beethoven. L'orchestre fut parfait\nsous la baguette de M. Léon Du Bois, qui décidément, s'engage dans une bonne voie.\nAux Concerts Ysaye : un festival Mozart, un festival Brahms, un festival Beethoven, un\nfestival Strauss. Au 23 février, nous avons un festival Wagner, puis un \"Frank\" puis un\n\" belge \". Voilà d'imposantes figures. Nous n'avons plus grand chose à dire des Concerts\nYsaye, on en connaît le caractère, la vogue, l'allure un peu bohème, mais très artiste. On sait\naussi tout ce qu'il faut savoir des maîtres et des œuvres qu'ils fêtent cette année. Nous\nparlerons spécialement du concert belge. Les concerts populaires, dont l'administration est\nconfiée à la maison Schott, ont clôturé leur cycle, ou plutôt, leur carré. Les Cappel-Meister :\nSechiari, Raabe, Pfitzner, S. Dupuis, les virtuoses : Lucien Capet, Lamond, Bramester, et Pablo\nCasais, par deux et tour à tour récoltèrent succès dans des exécutions de programmes n'offrant\nguère de u nouveautés \". Les u jeunes \" Belges, et j'en demande les raisons furent encore\nune fois négligés, ignorés, sacrifiés. Il est bien entendu que la Belgique n'est qu'une infime\nprovince de la patrie musicale, mais enfin, elle a ses droits. Les concerts dits populaires et\nqui pourraient le devenir vraiment, sont précisément bien placés pour faire connaître les nôtres !\n\" On \" avait dit qu'une intervention ministérielle imposerait 40 minutes de musique belge !\nA quelles mesures extrêmes, et extrêmement ridicules, est-on donc forcé d'en venir ? Elle\nrestent infertiles au surplus. En fait de \" révélation \", M. Sylvain Dupuis a dirigé au dernier\nconcert, un fragment du Songe d'une nuit d'hiver d'Auguste de Boeck, partition vivante, pleine"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.68", "texte": "6 2\nS. I. M.\n\nde verve et de pétulance, attestant une aisance, une facilité, une sûreté dans le technique et\nl'expression, vraiment peu ordinaires. Mais le public, celui des premières de la Monnaie, ce\npublic prétentieux, dédaigneux, ignare, qui se pâme au Puccini, a profité de ce que l'on avait,\nintentionnellement peut-être, placé cette œuvre à la fin du programme, pour quitter ironique-\nment la salle. Quand donc le vrai \" populaire \" remplacera-t-il ces snobs, auxquels l'on\ns'obstine à vouloir imposer notre art, comme s'il était capable de le comprendre ? Une\nentreprise qui se décore, assez improprement sans doute, du titre de Société Philharmonique,\nnous valut jusqu'ici deux auditions sentationnelles : Raoul Pugno-Eugène Ysaye. Ils furent\nmerveilleux dans la sonate de Frank, toujours sublime. Fritz Kreisler, avec Charles Hémisse,\nenthousiasma lui aussi une assistance exceptionnelle qui apprécie son jeu tzigane, un peu, mais\nsuprêmement virtuose. Son programme est toujours \" viennois \", \" italien \", \" petit-prince\nil nous cisèle, avec brio, délicatesse et pureté des bijoux vieillots et fragiles, aux incrustations\nétincelantes, aux fins caprices d'orfèvrerie. Mathieu Crikboom, F. Gaillard, et Mme Marx-\nGoldschmidt donnèrent à la grande Harmonie trois séances Beethoven. Nous avons dit l'an\ndernier la maîtrise avec laquelle l'éminent violoniste joua les sonates de Beethoven. Cette fois,\nil en exécutait encore quelques unes ; M. Gaillard, un artiste talentueux, interpréta trois\nsonates pour violencelle, avec piano. Mme Marx-Goldschmidt fut leur digne partenaire dans les\ntrios. Ces soirées valurent nouveaux lauriers à ces virtuoses dont la collaboration est tout à fait\nheureuse. Salle Nouvelle, Mme Berry, cantatrice, MM. Louis Barcn, altiste, Perachio, pianiste,\nZimmer et Moulaert, suscitent l'attention, à deux mardis de bonne musique. Retenons des\nprogrammes très clectiques, la Sonata du Caméra de Locatelli, bien comprise et rendue par\nMM. Baroen et Peruchio, la sonate pour alto et piano de Karl Klinger, œuvre moderne\nhérissée de difficultés ; des lieder de Schumann, et Pourquoi de Raymond Moulaert.\nDie junge Nonne, de Schubert, chantée excellemment par Mme Berry et Mlle Marguerite\nLaenen inaugura les auditions de la salle Giroux. Nous avons parlé ici de son admirable talent,\nfait de fougue, de clarté, d'aisance. Elle jouait, selon son habitude (elle est presque exception-\nnelle en Belgique, et c'est pourquoi nous la remarquons) des œuvres de nos compositeurs :\nGilson, Moulaert, De Boeck-Mademoiselle Laenen fait ainsi noble tâche, de propagande\nsolidaire, car elle même compose... Bravo ! Des œuvres belges aussi aux concerts de Marcel\nJorez, violoniste, Charles Scharrès, pianiste et Fanny Carîhant, cantatrice. Les sonates de\nFranck et de Lekeu, un beau poème pour violon et piano de Victor Buffîn, des mélodies de\nLekeu, Buffin, Lefèbure, Lauweryns, Auguste De Boeck. Une série de séances (musique\nancienne et moderne) par le quatuor Chaumont. A la deuxième, à noter la première exécution\nd'un quatuor de Ravel. Citons encore une audition du quatuor Carpay, un concert Edouard\nDeru, une séance de musique de chambre donnée par Mme Eggermont et Edouard Lambert,\nune soirée de bienfaisance avec le concours de M3le Julia Demont, MM. Edouard Deru et\nM. Laoureux, plusieurs récitals : Hélène Duisart, lauréate du concours \" Musica \" en 1911,\nc'est une virtuose accomplie, avec le concours de G. De Greef, chef d'orchestre ;Edyth Walker;\nGabrielle Tambuyser, excellente pianiste; Julia Loicq, cantatrice; Louis Closson, A. Veuve,\nSeverin Eisenberger, Richard Buhlig, tous pianistes appréciés; une conférence et audition\nmusicale organisée par notre consœur à la Vie Intellectuelle avec Monsieur André du Fresnois\nrédacteur au Gil Blas, Mlles d'Ambly, cantatrice; Maud Delstauche, violoniste. Cette dernière\na remporté par ailleurs un succès à Verviers et se voit fêtée en ce moment à Berlin; une\naudition à l'Ecole de musique d'Anderlecht, sous la direction de Monsieur Soudant, compositeur;\nun concert \" de Gala \" consacré aux œuvres de Charles Mélaut : F Ami du Roi (ouverture de\nl'opéra avec Lucien Solvay). La désespérance de Faust (fragments d'un acte avec Edmond Picard).\nU Autre (drame lyrique avec Liebrecht et Duplessy), une exécution, à l'église protestante,"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.69", "texte": "LE MOIS\n63\n\nplace du Musée, d'un Aria de Mlle Huguette d'Haricourt, violoniste et compositeur. Le\nvioloncelliste Van Horen annonce plusieurs séances avec Charles Hénusse. Une mention spé-\nciale du concert Guillain-Buestt. M\"e Guillain, l'une des brillantes élèves d'Ysaye, est en\npossession d'un métier très sur. Son jeu est plein d'âme et de force, il dégage avec justesse le\nsentiment des œuvres, il ne tombe jamais dans la fausse grâce, défaut commun aux violonistes\ndu beau sexe. M. Buestt est un pianiste maître de sa technique. Il a de la puissance, il s'est\nfait applaudir dans les concertos de Liszt, de Saint-Saëns, pages brillantes, acrobatiques même,\nd'un grand effet.\nL'Œuvre de la goutte de lait de Forest nous convia à une Heure de Musique, d'un choix\nexquis. Mme Noblet, violoncelliste, MM. Charles Henusse et Chaumont y interprétèrent le\nbeau trio de Leclair (1687-1764), Mme Le Bœuf chanta une mélodie de Papini (1744) tendre\net passionnée, avec accompagnement du violon et du violoncelle. Mme Le Bœuf, la présidente\nde l'Œuvre possède une voix sympathique, cultivée;elle chante avec délicatesse et sentiment.\nLe timbre puissant de basse-barytonnante de M. Van der Borght, un amateur, porta jusqu'aux\nbalcons garnis de fronts attentifs, l'air de la Fille et une mélodie\nde Richard Strauss. Mine Noblet phrasa, avec une émotion pénétrante, le très évocateur, mélan-\ncolique et suave Chant du Soir de Schumann. Je garde encore l'évocation charmante de la\nChanson Louis XIII et Pavane,(marquises de Watteau dans un paysage lunaire, poudrerizées et\nde rose vêtues), jouées avec une délicatesse infinie par Chaumont et Charles Henusse. Madame\nDemest, cantatrice, accompagnée par M. Henry Les Broussarts, nous révéla une\nun petit chef-d'œuvre émouvant de Duparc, le d'E. Chausson,\nde Fabre. M. Henry Les Broussarts est un pianiste talentueux. Il joint à l'avantage natif de\nposséder une âme musicienne, celui d'avoir acquis beaucoup de science, une culture, un\nraffinement que lui envieraient beaucoup d'artistes, et le plus subtil talent de critique. Nous le\nvîmes diriger le chœur de dames qu'il a formé. De jolies voix, de fervents enthousiasmes sans\nprétention, sans doute, mais qui veulent et qui réussissent. C'est avec un art réel, de la souplesse,\nde l'ensemble, une belle compréhension que furent chantés : Sur la Mer, de Vincent d'lndy,\nœuvre difficile, et le pittoresque Boerenkerrnislied,de Gustave Huberty, peinture pleine de vie,\nde caractère, de la fête paysanne et flamande... Les rythmes lourds, frappés à la cadence des\nsabots, la gaieté saine et franche, l'allure endiablée... C'est bien ainsi que les gars de Flandre\nvont au plaisir. Beaucoup d'art, on le voit, et du meilleur, au service d'une sincère philan-\nthropie. Le geste en est deux fois joli.\nArrêtons ici ces notes rapides. Il faudrait signaler encore une belle exécution de la\nSolennis de Beethoven à la Société de Musique sacrée d'Anvers (direction Outrop). Le 4 mars,\non y donnera Les Béatitudes de César Franck. A Tournay, celles-ci furent exécutés récemment.\nLa Société de Musique annonce La Damnation et un concert qui sera dirigé\npar le Maître.\n\nRené Lyr.\n\nMEMENTO.\nVient de paraître : Macbeth, poème symphonique de S. Dupuis, (partition éditée chez Breit-\nkopff et Hârtell). Cette \"paraphrase\" orchestrale vient d'être exécutée aux Concerts Populaires...\nElle est puissante et dramatique. Trois Poèmes de René Lyr mélodies de Lucien Mawet. Noctuelles\net Le Soir poèmes de René Lyr, musique de Léo Jadin. (Breitkopff et Hârtel)."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.70", "texte": "64\nS. I. M.\n\nLe Jury du Concours Musical de la Maison Riesenburger, à Bruxelles, a primé deux\nœuvres : de M. J. Toussaint-De Sutter, et Berceuse, de M. E. Van Nieuwenhove.\nCe concours se continuera en 1913 pour un prix unique de 300 frs.\nAu concours pianistique, le Piano Ibach offert par la même maison a été accordé à\nM. André Devacre, de Courtrai.\nUA cappella liégeois donnera le 4 mars, sous la conduite de son fondateur-directeur\nM. Lucien Mawet une audition consacrée à Lully, J. J, Rousseau, pages publiées par S. I. M.)\nJannequin, Gosseck, Swelink etc... Causerie par René Lyr."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.71", "texte": "REVUE DE LA PRESSE QUOTIDIENNE\nLE SORTILÈGE\nfTBrfatr\nLa musique de M. André Gailhard\nn'a pas une saveur locale très accusée.\nElle n'a pas non plus la magie pittores-\nque, l'éclatant coloris, la poésie enchantée\nqui conviennent à un conte de fées et\nqui nous ravissent, par exemple, dans les\nopéras et les symphonies vraiment féeri-\nques d'un Rimsky-Korsakof. M. André\nGailhard marque peu de penchant à\nl'impressionnisme et n'a point subi l'in-\nfluence des Russes, ni celle de M. Claude\nDebussy, de M. Maurice Ravel ou de\nM. Florent Schmitt. Sa palette orches-\ntrale n'est pas d'une richesse éblouis-\nsante. Il fait encore de la musique de\nprix de Rome, avec une sagesse et une\nmodération un peu excessives. Les pre-\nmiers tableaux notamment n'évitent pas\nla monotonie. Celui des ondines a plus\nde fraîcheur et de brillant :1a conclusion\nplaît par un sentiment bucolique très\nsincère et assez chaleureux. M. André\nGailhard écrit agréablement pour les\nvoix, et, somme toute, cet essai d'un\nmusicien de vingt-cinq ans, qui possède\ndu moins les bonnes traditions et ne\ntombe point dans le mauvais goût, doit\nêtre considéré comme fort honorable.\nCe début laisse espérer une heureuse\ncarrière. On ne peut reprocher à\nMM Messager et Broussan d'avoir fait\nà leur prédécesseur la politesse d'ac-\ncueillir le premier opéra de son fils.\nPAUL SOUDAY.\nLA LIBERTÉ\nLe geste de courtoisie confraternelle de\nMM. Messager et Broussan n'aurait en\nsoi aucune importance, s'il ne fallait aussi\npenser à ceux qu'on ne joue pas. Tant de\nmusiciens au talent mûr et certain, tant\nd'œuvres originales et fortes peuvent\nattendre devant ces portes si vite ouver-\ntes en cette occasion : attendre depuis le\ntemps même où M. Gailhard était\nencore directeur ! On a souvent parlé\nd'ouvrages de M. Vidal ou de M. Lazzari :\noù sont-ils ? Un Guercoeur n'est même\npas examiné. Et l'Opéra-Comique doit\nrecueillir un ouvrage de M. Gustave\nCharpentier, pour lequel le cadre de\nl'Opéra serait à peine assez vaste.\nM. André Gailhard, avant trente ans,\nentre tout droit où M. Vincent d'Indy,\nà soixante, ne fut admis qu'après des\nstages lointains. Et sans plus parler des\nvivants, n'est-il pas singulier que Berlioz,\nFranck ou Ernest Chausson, jusque dans\nl'apothéose de la mort, trouvent plus de\ndifficultés à se faire représenter, que\nM. André Gailhard au sortir de l'enfance?\nCe n'est point à lui que j'en veux, bien\nentendu, ni que je reproche rien. Dans\nl'accueil du public qui l'a, pour ainsi dire,\nvu naître, s'est retrouvée cette sympa-\ntique cordialité qu'éveilla partout la per-\nsonne de son père : je m'en réjouis avec\ntout le monde. Sa partition me déplaît\nd'ailleurs moins qu'une infinité d'autres\nchoses. Elle montre plus de banalité que\nje ne souhaiterais, mais rien de trivial\nni de bas. Et d'abord elle est écrite pres-\nque toujours correctement, et non sans\nquelque élégance parfois : on y sent\nl'homme qui a appris à mettre l'ortho-\ngraphe, et à ne pas employer de gros\nmots. C'est devenu une chose à dire, en\nce temps où nos trois scènes lyriques\nsubventionnées ont vu de si étranges\nmanifestations : une chose à dire, après\nles Cobzar, les Elsen et les Danseuse de\nPompéi\nM. André Gailhard traite assez mal\nles voix : c'est la plus grande faiblesse\nde sa technique, et d'autant plus sensible\nque son style est exclusivement vocal.\nGASTON CARRAUD.\nLE FIGARO\nL'auteur de la musiqe du Sortillège,\nM. André Gailhard, est un des plus\njeunes parmi les jeunes compositeurs\nqui appellent actuellement l'attention.\nMais, au contraire de certains de ses\némules qui, pensant simplement et clai-\nrement, s'évertuent à s'exprimer obscu-\nrément, M. André Gailhard pense sim-\nplement clairement, et n'hésite pas à\ns'exprimer de même. Incontestablement\nmusicien, il bénéficie, par surcroit, de\ncette heureuse facilité que la terre tou-\nlousaine dispense si généreusement à ses\nenfants.\nCette facilité ne l a point entraîné à\ndes négligences ; mais peut-être l'a-t-elle\néloigné de l'effort que réclamait une plus\nnette, une plus frappante opposition entre\nles deux éléments constitutifs du poème:\nle rêve et la réalité. Dans tous les cas,\nc'est dans l'expression des sentiments\nhumains qu'il s'est montré tout à fait à\nl'aise 5 c'est par des qualités de sensibilité\net d'émotion tendre que son talent s'est\nmanifesté de la façon la plus intéressante.\nGABRIEL FAURÉ.\nm Mutin B\nSa jeunesse extrême rend M. Anaré\nGailhard particulièrement sympathique.\nA peine revenu de la Villa Médicis, i\nvoit s'ouvrir devant lui toutes grandes\nles portes de notre première scène lyrique.\nL'immense joie qu'il en doit éprouver\ndésarmerait certainement ses juges les\nplus rigoureux si ce qui du reste ne me\nparaît pas le cas la sévérité leur était\nimposée.\nM. Gailhard n'affiche aucune idée\navancée, ne se soucie nullement des der-\nnières méthodes de composition. Libre\nà lui de choisir sa voie et de produire\nselon son tempérament. Wagner, Masse-\nnet, Gounod semblent être, pour l'instant,\nses maîtres préférés. Si les tableaux fan-\ntastiques de l'œuvre n'ont pas toujours\nun relief bien saisissant, en revanche les\npages agrestes et amoureuses ne man-\nquent ni de fraîcheur, ni de grâce natu-\nrelle,ni même d'ampleur.Leprix de Rome\ns'y révèle, y témoigne qu'il a fait de\nsolides études, qu'il sait écrire et qu'il\npourra prendre une place sérieuse au\nthéâtre, quand sa personnalité, encore\nun peu hésitante, se manifestera nette-\nment.\nALFRED BRUNEAU.\nCOMŒDÏA\nM. André Gailhard a écrit une parti-\ntion claire,facile, aimable,parée de grâces\nsymphoniquement juvéniles. Il a laissé se\npréciser d'eux-mêmes les mélodies et les\nrythmes qui chantaient en lui. On objec-\ntera que la musique du Sortilège n'est point\nimpérieusement originale. C'est possible.\nM. André Gailhard n'a guère plus de\nvingt-cinq ans. De plus, je ne crois pas\nqu'il ait conçu le dessein de produire une\nœuvre de combat, une œuvre d'avant-\ngarde, une révolution en trois actes. Il\ns'est montré sincère et abondant. Il a\ndédaigné l'emphase. Et surtout, il n'a\npas commis la faute de travestir après\ncoup en les compliquant à plaisir, des\ninspirations souvent délicates, mais tou-\njours primesautières.\nIl faut reconnaître à la partition du\nSortilège de la fraîcheur, de l'animation,\nde la verve. Si M. André Gailhard a par\ninstants subi comme une contagion\nd'épanchement mascagniste, ce ne fut\npas sans veiller à la constante dignité de\nla facture. L'orchestre du Sortilège est\nbien écrit, assez sonore, élégant et l'on\ny peut, en général, apprécier plus de\nrecherche que dans l'agencement musical\nlui-même. M. André Gailhard sait son\nmétier.\nLOUIS VUILLEMIN."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.72", "texte": "Pour Clio, Muse de l'Histoire....\nVoici un curieux document à l'usage des imaginatifs qui se plaisent à feuilleter d'avance\nnotre histoire contemporaine telle que l'écriront nos arrière-neveux : c'est le bulletin de\nsouscription par lequel un jeune musicien, nommé Claude Debussy, s'assura le 17 mai 1893\nla possession d'un fauteuil d'orchestre au théâtre des Bouffes-Parisiens pour assister à la\nreprésentation d'une drame de Maurice Maeterlinck intitulé a Pelléas et Mélisande \" :\nLa plume acérée qui griffa le papier de cette signature nerveuse était évidemment guidée\npar la main impérieuse du Destin. Le Destin une fois n'est pas coutume ! savait ce\nqu'il faisait. Il voyait déjà imprimé le bristol suivant que Mr Albert Carré adressa récemment\nà notre Directeur et à notre Rédacteur en chef :\nToute l'histoire d'un régne musical tient entre ces deux documents ; l'histoire d'une\nRévolution et d'un Empire ! Années décisives pour notre culture artistique, pour l'orientation"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.73", "texte": "LE MOIS\n6 ?\n\nde notre sensibilité collective, pour l'éducation du public français et pour l'envoûtement de\ntoute une génération de compositeurs émerveillés...\nEnrichissant le menu d'une saveur critique le suprême d'agneau fut \" à la Favorite \"\net les écrevisses \"au vin du Rhin \" : ingénieux symbolisme qui permit aux debussystes présents\nde déchirer à belles dents l'idéal lyrique de Donizetti et celui de Wagner et de n'en faire\nqu'une bouchée. Un ministre de la troisième République vint, au dessert, affirmer une fois de\nplus la ferveur athénienne qui dévore notre démocratie. Et, jusqu'à une heure avancée de la\nnuit, la fumée bleue des cigares, qui remplace celle de l'encens dans les apothéoses modernes,\nmonta vers le triomphateur.\nAvec une naïveté dont nous nous excusons, nous avions pensé que cette date heureuse\npermettrait à M. Maeterlinck de renoncer à cette attitude d'enfant boudeur que chaque succès\nnouveau de \" Pelléas \" rend un peu plus difficile. Mais le poète nous a fait tenir le billet que\nvoici : \" Veuillez m'excuser : je n'ai aucun souvenir intéressant au temps du Pelléas de 1893.\nQuant à celui de l'Opéra-Comique, j'aime mieux n'en point parler. Je tiens du reste énormé-\nment au privilège et au bonheur d'oublier totalement une œuvre dès l'instant qu'elle elle livrée\nau public\nOn 11e saurait mieux dire. Que l'auteur de \" Pelléas \" apprenne donc aujourd'hui par\nS. I. M. que \" celui de l'Opéra-Comique \" a fêté son centième anniversaire ; que la Société\ndes Auteurs sache bien que nous ne lui laisserons pas impunément thésauriser les droits\nd'auteur considérables dont l'oublieux poète s'est ainsi désintéressé depuis dix ans (ne pourrait-\non affecter cette somme à la fondation de quelque prix de poésie ?) et que ce feuillet de revue\nsoit d'un utile secours à M. Maeterlinck le jour où il s'avisera d'écrire ses mémoires qui seront\névidemment pends-toi brave Satie ! les mémoires d'un amnésique !"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.74", "texte": "Les Faits du Mois\n10 JANVIER AU 10 FÉVRIER\nSwift.\nLe respect s9en va :M. Gabriel Pierné, simple\nchef d9orchestre, oubliant la modestie de sa situation,\npermet d9entretenir familièrement de questions\nesthétiques un doctenr ès-cello ! Ecœuré on le\nserait a moins de ces mœurs\nnouvelles, M. Pablo Casais\nquitte précipitamment le Châtelet et, ce jour-là, il\nne joua pas plus avant. Le syndicat des culs-\nde-jattes vote des félicitations a M. Gustave Lyon qui, en supprimant les\npédales des harpes, a rendu la pratique de cet instrument accessible a toute une\nintéressante catégorie de travailleurs. Flagornerie : toute la presse annonce\nM. Albert Carré a reçu le Ménestrel ; nous le\nrecevons également tous les huit jours mais aucun journal\nn a jamais songé h en informer le public. Ayant\ndemandé quatre vingt dix neuf fois : u Voule%-vous\nboire un peu d'eau ?99 a son époux qui lui répondit\ninvariablement : u Merci, je nai pas soif99 F astucieuse\nMélisandey le centième jour, lui propose du Champagne.\nGolaud accepte immédiatement. La Société Protec-\ntrice des Animaux proteste énergiquement contre le\nrécent engagement à F Opéra en qualité de duettistes\nd9une paire de bœufs du Charolais qui ont débuté dans le uSortilège 99. CW\nmalheureux ruminants, le succès, perdent peu a peu au contact des\nhistrions le sentiment de leur dignité et compromettent par leur cabotinage\nF honneur professionnel des bovidés. yâT L# \" Société des Ennemis de la Schola 99 ayant constate qu un\npanneau décoratif du Théâtre des Champs-Elysées, intitulé uLa Sonate 99 représentait MellG Blanche\nSelva au piano et M. ate Castéra lui tournant les pages, « m/5 <2 la tête de M. Gabriel Astruc\net celle de M. Maurice Denis. Nietsche est vaincu ; la force germanique\nprime le \" Droit de la Méditerranée 99. L9affaire Parsifal aboutit a un\ndénouement rigoureusement wagnérien. Comme au second acte de la JValkyrie,\nWotan apparaît dans un nuage, désarme le désobéissant Siegmund\nqui tombe mort. jGt Gymnopédies: de savantes\nrecherches ont démontré que? contrairement\nà F opinion généralement admise, les fées ne\n•1• 7 7\nportaient pas de maillots roses\nni de corsets : s9inspirant de\nces récents travaux, F érudite\nMlle Lequien a patiemment re-\nconstitué pour F Opéra la véri-\ni\ntable toilette de\nsoirée d'une fée\nélégante.\nCroquis d 9 Emmanuel Bar cet."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.75", "texte": "Mémoires d'un amnésique\nErik Satie.\nLA JOURNÉE DU MUSICIEN (fragment)\nL'artiste doit régler sa vie.\nVoici l'horaire précis de mes actes journaliers :\nMon lever :à7 h. 18 ; inspiré :de10h.23 à 11 h. 47. Je déjeune\nà 12 h. 11 et quitte la table à 12 h. 14.\nSalutaire promenade a cheval, dans le fond de mon parc: de 13 h. 19\nà *4 h. 53. Autre inspiration : de 15 h. 12 a 16 h. 07.\nOccupations diverses (escrime, réflexions, immobilité, visites, contem-\nplation, dextérité, natation, etc...) : de 16 h. 21 à 18 h. 47.\nLe dinei est servi a 19 h. 16 et terminé à 19 h. 20. Viennent des\nlectures symphoniques, à haute voix : de 20 h. 09 à 21 h. 59.\nMon coucher a lieu régulièrement à 22 h. 37. Hebdomadairement,\nreveil et sursaut à 3 h, 19 (le mardi).\nJe ne mange que des aliments blancs : des œufs, du sucre, des os râpés;\nde la graisse d animaux morts ; du veau, du sel, des noix de coco, du poulet\ncuit dans de l'eau blanche ; des moisissures de fruits, du riz, des navets ;\nau ooudin camphre, des pâtes, du fromage (blanc), de la salade de coton et\nde certains poissons (sans la peau).\nJe fais bouillir mon vin, que je bois froid avec du jus de fuchsia. J'ai\nbon appétit; mais je ne parle jamais en mangeant, de peur de m'étrangler.\nJe respire avec soin (peu à la fois). Je danse très rarement. En mar-\nchant, je me tiens par les cotes et regarde fixement derrière moi.\nD'aspect très sérieux, si je ris, c'est sans le faire exprès. Je m'en\nexcuse toujours et avec affabilité.\nJe ne dors que d'un œil ; mon sommeil est très dur. Mon lit est rond,\npercé d'un trou pour le passage de la tête. Toutes les heures, un domestique\nprend ma température et m'en donne une autre.\nDepuis longtemps, je suis abonné à un journal de modes. Je porte un\nbonnet blanc, des bas blancs et un gilet blanc.\nMon médecin m'a toujours dit de fumer. Il ajoute à ses conseils :\nFumez, mon ami : sans cela, un autre fumera à votre place."}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.76", "texte": "Çà et Là\n\nUN NOUVEL INSTRUMENT : L'ORPHÉAL\nLe 13 Janvier dernier, un inventeur belge M. Cloetens convoquait un grand nombre de\npersonnalités parisiennes, d'artistes et d'amis de la musique à une séance au cours de laquelle on\nexpérimenta un très curieux instrument VOrphêaL\nL'Orphéal est un piano ordinaire qui, par l'adjonction d'un tuyau imite à s'y méprendre\nune quantité d'instruments. Très intéressé par les comptes rendus des expériences faites en 1907\net 1908 par MM. Marconi et Cerbotini lorsqu'ils réussirent l'envoi de messages simultanés,\nM. Cloetens eut l'idée d'appliquer au piano les théories de la télégraphie sans fil et tenta\nd'obtenir des sonorités multiples en une seule colonne d'air. Il obtint le résultat le plus satisfai-\nsant dès qu'il eut constaté que la transformation d'un des bouts du tuyau en transformait\négalement le timbre. Et à l'aide de ce tuyau unique à l'extrémité agrandie on diminuée, suivant\nle cas, il put produire les sonorités des instruments anciens tels que l'Orgue de Régale, la Cor-\nnemuse, le Basson, la Musette, le Cor anglais, la viole d'amour, la viole de gambe, le hautbois\nde chasse et en adjoignant des pavillons au tuyau des effets d'orgue, de cor, de saxophone\net de trompette harmonique.\nLe dispositif occupe peu de place puisqu'il se compose d'un seul tuyau de imso sur om2o.0m20.\nOn peut l'adapter à tous les instruments à clavier et, désormais, les pianistes, les organistes et\nles clavecinistes disposeront d'un petit orchestre de salon.\nL'Orphéal est, semble-t-il, très indiqué pour faciliter la tâche des compositeurs auxquels\nil suggérera une foule de combinaisons orchestrales.\nLe système est actionné par une soufflerie munie d'un régulateur qui permet au plus\ninexpert de s'en servir. Le pédalage est sans action sur l'expression de l'instrument. Cette\nexpression s'obtient à l'aide d'une ingénieuse genouillère qui permet d'imiter d'une façon sur-\nprenante le coup de langue du joueur de cor ou le coup d'archet du violoniste. L'Orphéal\ns'accorde avec une grande facilité. L'adaptation du tuyau à un piano laisse à ce piano toutes\nses qualités et n'empêche en aucune manière d'en jouer comme à l'ordinaire. La combinaison\nest faite de telle sorte qu'il est toujours possible d'utiliser le piano seul ou l'Orphéal seul, ou\nencore le piano et l'Orphéal réunis. Un exécutant pourra, s'il le désire, faire chanter une mélodie\nau centre d'un accord ou d'une suite d'accords formant accompagnement et ceci par une\nsimple différence de toucher. Enfin, sans même varier le toucher, on peut supprimer le piano\nou l'Orphéal à la basse (ou au dessus) par un simple jeu de manettes.\nCette très intéressante tentative valait d'être signalée. L'Orphéal a beaucoup intéressé les\nauditeurs et il paraît juste que M. Cloetens l'inventeur se soit vu décerner le Grand Prix à\nl'Exposition de Bruxelles.\nMONTE-CARLO. La renommée, bien légitime d'ailleurs, des concerts classiques,\nattire à chacune de ces magnifiques séances musicales une foule toujours nombreuse. La\nmaitrise universellement réputée de M. Léon Jehin, l'un des premiers capellmeisters de"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.77", "texte": "LE MOIS\n71\n\nnotre époque, et la suprématie du merveilleux orchestre du casino justifient amplement cette\nvogue sans cesse croissante.\nA signaler, au iome concert classique, a côté de Beethoven, Wagner, Rabaud et Dukas, le\nbrillant succès remporté par une fort remarquable pianiste, Mme Marguerite Long, qui a joué\nle Concerto en mi bémol de Saint-Saëns, la Ballade de Gabriel Fauré (et, en bis, un finale de\nSonate de Mozart) avec une prodigieuse facilité, un mécanisme de virtuose, mais surtout avec\nune rare perfection de style, sachant allier la puissance et le charme.\nThéâtres et Concerts chez soi\nCombien de de dilettantes et de mondaines simplement amateurs de musique,\nse plaignent de ne pouvoir se délecter de auditu aux harmonies des grands concerts sympho-\nniques et aux mélodies que chantent nos grands artistes sur les quatre ou cinq scènes lyriques\nde notre capitale !... Pour les uns, c'est l'âge ou la maladie qui les retient à la chambre, qui les\ncloue dans leur fauteuil ; pour les autres, c'est le deuil encore récent d'affections chères qui\nleur impose l'obligation de se claustrer chez eux, soit par sentiment de douleur vraie, soit par\nsimple préjugé de convenances, toujours au fond pour échapper aux commentaires de le\nraillerie ou de l'indignation d'autrui.\nAussi fut-ce en 1889, une grande émotion chez lez amis de la musique, âgés, malades\nou endeuillés, lorsque les journaux portèrent à leur connaissance que, deux inventeurs de\nParis, M.M. Marinovitch et Szarvady, venaient de réaliser avec succès pour eux, ce qui ne\nleur était apparu que comme un rêve. Le Théâtrophone était né. Vingt deux ans plus tard\nsa réussite était complète : tous les grands clubs parisiens possédaient leur fil ; un nombre\ngrandissant d'abonnés étendait son réseau jusqu'en province. Des perfectionnements étaient\napportés, peu à peu, dans la transmission et l'audition par fil téléphonique relié au poste de\nl'abonné.\nMais voici qu'aujourd'hui l'invention simple et merveilleuse ne s'en tient plus à l'audition\nde nos chefs d'œuvre lyriques : l'administration du Théâtrophone s'en prend aux grands concerts\net à la musique de chambre.\nConfortablement installé dans son cabinet de travail Empire ou munichois, le mélomane,\nhanté par le désir d'ouïr à tête reposée, partition sur les genoux, quelque œuvre symphonique,\nallongera désormais une main nonchalante vers le cornet aérophone nickelé. Et selon la\nfantaisie de l'heure, le caprice du moment, le mélomane usera et abusera de la toute puissance\nque lui confère son double titre d'abonné au téléphone et au théâtrophone. Or, ce soir, il lui\nsied, par exemple, d'entendre le premier mouvement de la Rhénane. Après quoi, son humeur\néclectique et voyageuse veut l'entraîner vers les hauteurs cévenoles de l'Opéra... C'est chose\nfaite ! Une heure plus tard, ce sera le salut forcené, l'alleluia vibrant de Leuise à Paris\nnocturne illuminé.... Il y a deux siècles, tout ce miracle, qui n'a pas dépassé trois heures,\neut mené droit ses inventeurs aux bûchers de la Sorcellerie, en place de Grève. Où donc\ns'arrêtera le Progrès ?...\n\nRobert Chauvelot."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130215-01.1.78", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSÉANCE DU LUNDI 27 JANVIER 1913\nLa Séance est ouverte à la Bibliothèque de l'Opéra, à 4 heures 1/4, sous la présidence de\nM. J. Ecorcheville.\nSont présents : MM. L. de La Laurencie, G. Cucuel, G. Allix, J.-G. Prod'Homme,\nMme Brenet, M. Tenéo, D. F. Scheurleer (de la Haye), Mlle M. Daubresse, MM. Max Rikoff,\nOctave Maus, Lionel Dauriac, Mmes Wiener-Newton, Alice Sauvrezis, MM. le Dr Laugier,\nPrunières, Raugel, Lefeuve, Mnies Filliaux-Tiger, Lefeuve, MM. Ecorcheville et Jean\nChantavoine.\nLe président souhaite la bienvenue à notre Collègue, M. le Dr Scheurleer, président de la\nSection de la Haye, de passage à Paris, qui assiste à la Séance.\nLes candidatures de MM. Lazare Ponnelle, de Beaune (Côte-d'Or) (présenté par\nMM. Maurice Emmanuel et Jean Chantavoine) et le Dr Heinrich Môller (présenté par\nMM. Arnold Dolmetsch et Jean Chantavoine), sont agréées.\nCorrespondance : Le Président donne communication d'une lettre de M. Mac-Lean,\ns'excusant de ce que le nom de M. J.-G. Prod'homme, Secrétaire-Adjoint de la Section de\nParis, ait été omis dans le Bulletin mensuel de la I. M. G., parmi les membres du Comité\nde la Section de Paris.\nLe Président donne communication d'une lettre de M. Mandyczewski, de Vienne,\nannonçant que les fêtes de la Bach-Gessellschaft auront lieu en 1914 avant la Pentecôte et ne\ncoïncideront donc pas avec le Congrès de la société qui doit se tenir à Paris, la même année.\nLe Président donne la parole à M. de La Laurencie pour une communication touchant\nla Commission de Bibliographie saisie par M. Springer, de Berlin, d'une demande de collaboration\nà un répertoire bio-bibliographique s'appuyant sur le Quelien-Lexikon d'Eitner.\nLe président donne la parole à Mme Brenet, pour la communication : \" Quelques mots sur\nBoëly après laquelle Mlle Catherine Vallet exécute les pièces suivantes :de Boëly :\nCaprice, extrait de l'op. 2. Etude, extrait de l'op. 6. Quatre pièces (oeuvres posthumes).\nLe Président adresse à Mme Brenet et Mlle Vallet, les félicitations et remerciements de\nl'assistance.\nLa Séance est levée à 5 heures 25.\n\nTous droits réservés pour tous pays y compris la Scandinavie et l'Extrême Orient.\nLe Gérant : MARCEL FREDET.\nImprimerie SAINTE CATHERINE, Quai St. Pierre, Bruges, Belgique (Tél. 517)"}]}