{"numero_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_sha256": "8b485b8160c84a6a67add28e189473fa816d3cbe62c3f73d02c21396fefa0c67", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1913/03/15_01/bmtnabh_1913-03-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1913/03/15_01/bmtnabh_1913-03-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.2", "titre_corps": "POURQUOI NOTRE MUSIQUE N'EST-ELLE PAS MÉLODIQUE, par Wanda Landowska. é> LES", "titre_sommaire": "POURQUOI NOTRE MUSIQUE N'EST-ELLE PAS MÉLODIQUE, par Wanda Landowska. é> LES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.1", "debut_caractere": 460, "fin_caractere_exclue": 837, "texte": "POURQUOI NOTRE MUSIQUE N'EST-ELLE PAS MÉLODIQUE, par Wanda Landowska. é> LES\nAMOURS DU FILS DE GOSSEC par G. CucueL * LA MUSIQUE AUX ILES HAWAI, parie Dr\n| Marqués, * LES ETAPES D'UNE DÉCOUVERTE ACOUSTIQUE, par G. Sizes. LES LIVRES.\nLE MOIS par\n.# CLAUDE DEBUSSY # * AUGUSTE SERIEYX *\nEMILE VUILLERMOZ\n? LOUIS LALOY # P. GILSON S JEAN LAPORTE # R. 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C'est la \" Mééélodie \", la belle \" Mééélodie \" ! A la bonne heure,\non va de nouveau entendre parler de cette charmante dame grassouillette.\nQue voulez-vous ? L'on revient toujours à ses premières amours. Et non\nseulement des journalistes, des écrivains, des critiques, ou des musiciens\nde l'ancien régime, mais même le maître d'lndy la dote d'une consécration\nsuprême : \" Seule la mélodie ne vieillit jamais \". Et cette phrase courte\net lapidaire est citée et recitée.\nQuelqu'un, je ne me souviens plus qui, a déterré une sentence de\nHaydn, qui fait la joie des défenseurs de la mélodie : \" La mélodie c'est le"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.4", "debut_caractere": 11, "fin_caractere_exclue": 2359, "texte": "principal, l'harmonie ne servant que pour l'agrément de l'oreille. \" Ce\nbrave oncle qui avait toujours ses poches pleines d'adorables douceurs, ne\nprévoyait peut-être pas qu'un jour, l'on s'appuyerait avec tant de confiance\nsur ses dogmes philosophiques.\nL'harmonie ne sert que pour l'agrément de l'oreille, et la mélodie\nest le principal ! Où classerons-nous alors des œuvres telles que la\nPhantaisie chromatique,la plupart des Tcertains préludes du\nbien tempéré de Bach, qui sont à tel point dénués de mélodie, que le\npremier, par exemple, en excita la pitié de Gounod. Je pourrais citer\nencore des centaines d'oeuvres admirables et non seulement de Bach\ndénuées de ce qu'on appelle \" la mélodie \" ou dans lesquelles celle-ci ne\njoue qu'un rôle secondaire. Mais à quoi bon multiplier les citations ?\nLes quelques compositions mentionnées valent largement les beautés\nmélodiques de Haydn. Que l'on ne m'accuse pas d'irrévérence envers\nl'auteur de la Création.J'ai consacré à l'étude de ses œuvres une belle\npartie de ma vie et je continue de mon propre gré.\nPourquoi notre musique moderne manque-t-elle de mélodie ? Devinez\nun peu... C'est si simple pourtant...\nParce qu'elle est moderne. Jamais une musique moderne ne fut mélo-\ndique. Au dix-septième siècle les Français reprochaient à la musique ita-\nlienne de manquer de mélodie, de ressembler à une coquette fardée remplie\nde vivacité, toujours le pied en l'air, cherchant à briller partout, de sorte\nque toutes ses passions paraissent uniformes. Un siècle plus tard ce sont\nles Italiens et leurs défenseurs, les Encyclopédistes qui reprochent aux\nFrançais de faire de la musique savante, dénuée de mélodie.\nC'est ensuite le tour de Gluck de remplacer les beaux airs par des\nclameurs de désespoir, des gémissements convulsifs sans que le charme de\nla mélodie s'en mêle. \" Et que dire de Bach, dont les propres fils\ncouraient chez le Padre Martini, pour apprendre chez lui le secret de la\nbelle mélodie. Beethoven et même Chopin ont essuyé des griefs pareils.\nEt Wagner ! Ce monstre qui a tué à tout jamais la mélodie ! \"\nIl faut croire que la brave dame a la vie dure. Plus on attentait à ses\njours, plus elle resplendissait de santé et de rondeur. Il est intéressant à\nremarquer que tous ceux qu'on accusait comme ses assassins devenaient,\nchacun à son tour, ses bienfaiteurs et ses sauveurs."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.5", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2328, "texte": "L'ltalie au dix-septième siècle aurait eu le mérite d'avoir délivré la\nmélodie des liens polyphoniques qui l'enserraient trop étroitement.\nLully nous aurait délivrés du chant traînant et lugubre des anciens.\nRameau nous aurait libéré du \" plain-chant lullyste qu'on avait\npsalmodié durant un siècle\nLes Italiens du dix-huitième siècle nous auraient délivrés de la\nsécheresse de Rameau par leur chant tendre et léger. Les romantiques\nnous auraient libérés de la légèreté des Italiens et des Français et de la\ncuirasse contrepointique qui armait la musique de Bach.\nQu'est-ce que c'est que la mélodie ? Notre ami Jean Huré vient d'en\ndonner une excellente définition dans un récent article. Je regrette de ne\npas l'avoir sous la main, et de n'en pouvoir donner qu'une paraphrase\nmaladroite.\n\" La mélodie c'est une suite de notes formant un dessin plus précis\net qui se détache du fond de l'harmonie \". Fort bien. Mais ce qui se\ndétache pour Jean Huré ne se détachera point pour un musicien médiocre\net restera insaisissable pour un profane. Je suis plongée ici dans la musique\ncaucasienne, persane, géorgienne, arménienne, laquelle me passionne\ndepuis de longues années ; j'y découvre des trésors de beautés mélodiques.\nOr, lisez les récits de voyageurs, où chaque fois qu'il est question d'une\nmusique exotique vous trouverez toujours la même phrase : sonorités\nbizarres, monotonie, manque de mélodie. Mais ces musiques sont forcé-\nment mélodieuses, puisque les gens d'ici les chantent avec une tendresse\net une ardeur non moins grandes que nous la nôtre. Seulement, les courbes\nmélodiques et les agréments de leurs chants ne sont pas familiers aux\noreilles européennes. Et c'était bien le cas de chaque musique nouvelle,\nles oreilles n'étant pas encore habituées aux combinaisons modernes et le\ngosier ne s'étant pas encore accoutumé à les reproduire, on criait au\nscandale, à la disparition de la mélodie et au massacre de la voix humaine.\nIl y a certains vins qui se sucrent avec le temps. Il faut croire que les\nannées rendent les musiques chantantes, elles les font \" mélodier \" si l'on\npeut s'exprimer ainsi, et il y en a qui deviennent tellement mélodieuses,\nqu'elles en sont écœurantes. La musique mélodieuse c'est la musique d'hier ;\ncelle d'aujourd'hui ne l'est pas encore, elle le sera plus tard et voici"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.6", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": "pourquoi nous l'appelons musique de demain ; celle d'avant-hier l'est\ntrop, ou le plus souvent ne l'est plus.\n\" La mélodie \" dit-on \" c'est ce qui dans la musique parle\nle plus directement au cœur et à l'intelligence C'est très juste. Car les\ncourbes sonores le plus usuelles ont été durant une époque accompagnées\ndes paroles, des situations ce qui leur a imprimé à chacune, une signifi-\ncation particulière, formant ainsi, ce que nous appelons le langage\nmusical, un langage d'ailleurs fort conventionnel, lié à une époque et à\nun degré de culture.\nCela me fait penser à ce que Nietzsche avait dit d'un peintre :\n\" regardez cet artiste, il ne peint que ce qu'il aime profondément ; et\nsavez-vous ce qu'il aime profondément ? ce qu'il sait peindre, ce qu'il a\nappris à peindre \". La mélodie c'est ce qui nous touche le plus. Et\nsavez-vous ce qui nous touche le plus ? Ce que nos oreilles savent saisir\nplus facilement et ce que notre gosier ou nos doigts ont appris à reproduire.\nLe mélomane ne veut pas se contenter d'une impression générale\nd'un opéra ou d'une œuvre symphonique ; c'est pour lui trop vague, trop\nfugitif, il lui faut des souvenirs plus palpables, de la mélodie, c'est-à-dire\nces quelques bouts de chant qu'il entendra bourdonner toute la nuit dans\nses oreilles et qu'il fredonnera à son tour le lendemain et les jours\nsuivants dans son bureau, à table, dans sa chambre à coucher, au grand\ndésespoir de sa femme et de son entourage.\nIl ressemble en ceci à ces petites femmes qui aiment les cafés de\nnuit où, en revanche du mauvais vin dont on les régale il leur est offert\nun petit éventail en papier, avec la marque de la maison.\nPour le musicien la mélodie est une conception plus large, mais\nd'une précision si faible qu'après la longue discussion il ne manque jamais\nd'ajouter : \" il va de soi que tout ce que j'ai dit ne se rapporte qu'à la\nbelle mélodie ! \"\nQu'est-ce que c'est que la belle mélodie ? Ce qui est beau pour un\nne l'est pas pour l'autre, Berlioz était insensible aux beautés mélodiques\nde Bach. Chopin, fervent du chant polonais, est resté sourd à la musique\npopulaire d'Espagne. Mais pourquoi chercher si loin ? Soumettez un air\nde Massenet à Saint-Saëns, d'lndy, Debussy. Je doute fort que les juge-\nments soient unanimes. Et que dire alors là où il y a différence de race,\nde pays ou d'époque ?\nLa mélodie, la belle mélodie est une conception bien vague, voulant"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.7", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2281, "texte": "dire peu de chose et c'est peut-être pour cette raison qu'elle a fait tant parler\nd'elle, qu'elle a fait verser tant d'encre que je n'ai pu résister au désir d'y\najouter encore un petit pot.\nJe suis prise d'une frousse terrible. Je me suis attaquée à un sujet\nséculaire et beaucoup trop compliqué pour mon pauvre cerveau. Je crains\nd'avoir trop maladroitement rassemblé mes arguments, et serais désolée\nd'être mal comprise.\nIl n'a point été dans mes intentions de me poser en pionnier de la\nmusique ultra-moderne, celle-ci comptant déjà des chefs-d'œuvre qui la\ndéfendent mieux que je ne saurais le faire. D'autre part, je ne suis pas du\ntout d'avis qu'il faut faire du nouveau à tout prix. Je connais des épigones\nde génie et des révolutionnaires ridicules, et il est plus facile de briser\ntous les moules, que d'avoir un brin de talent. Beethoven, Mozart, Haydn\nont relativement changé peu de choses. Bach a été plutôt réactionnaire.\nWagner doit sa grandeur à l'immensité de son génie et non à ses inno-\nvations. Il serait en outre sans pitié, cruel même, de contraindre des\nnégociants, des professeurs, ou des musiciens professionnels à un art trop\nnouveau ou trop ancien. Ils ont eu tant de peine de s'approprier celui\nd'hier ! Qu'ils en jouissent du moins un peu !\n\" J'aime bien rester chez moi, me dit quelqu'un au milieu\nde mes objets qui m'ont accompagné toute la vie, et si quelques-uns de\nmes bibelots vous choquent par leur banalité, vous les regarderiez autre-\nment si vous saviez que de chers souvenirs sont liés à eux \". Mais ce sont\nlà des sentiments des plus respectables !\nEt à côté de lui un autre ne peut rester sur place ; il lui faut des\nimpressions nouvelles, des sensations nouvelles. Mais ce sont là aussi des\nsentiments fort respectables. Ces deux personnes ne peuvent évidemment\npas s'entendre. Et c'est un jeu qui se répète à peu près à chaque génération.\nLes traditionnalistes crient au massacre de la mélodie, au vinaigre\ndes harmonies nouvelles et se retournent d'épouvante comme un vieillard,\nquand il voit des jeunes gens casser des noisettes de leurs dents.\n\" Quand vous étiez jeune vous en faisiez autant ? \"\n\" Oui \" répond-il, non sans fierté \", mais je le regrette\nNous aussi, nous ferons de même ; c'est que nous voulons avoir une"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.8", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1610, "texte": "vraie vieillesse avec tous les sentiments qui lui sont dûs : sagesse, faute de\nmieux, regrets tardifs ; nous voulons avoir une vraie vieillesse après une\nvraie jeunesse.\nNe nous parlez pas d'hygiène : la Les plats\nqu' on digère le plus facilement ne sont pas toujours les plus savoureux,\net les choses les plus suaves perdent leur goût en devenant communes.\nDans la deuxième moitié du dix-huitième siècle, les\nont fini par peser au moins aussi lourd que la mythologie wagnérienne\naujourd'hui. Et voyez avec quel plaisir nous revenons de nos jours aux\nbergeries des temps passés ! Etouffant dans l'atmosphère lourde du\nromantisme outré, certains de nous cherchent à se rafraîchir l'âme dans\nnotre passé magnifique, d'autres dans les harmonies nouvelles.\nLa musique moderne ne vous paraît pas mélodieuse ?\nElle le deviendra, patientez un peu, c'est une question de temps.\nOui, me dira-t-on, mais cette mélodie ne sera jamais aussi franche,\naussi large....\nTant mieux, tant mieux ! Nous avons eu tout un siècle de mélodies\nlarges et grosses, et grasses et violentes, et brûlantes et gluantes.\nLa mélodie moderne manquera de souffle, elle sera un peu asthmatique,\nelle ne s'adressera pas à des gosiers puissants. Tant mieux !\n\" Avec une voix forte dans la gorge dit Nietzsche on est\npresque incapable de dire des choses délicates \".\nCertes, il n'y a tel que le spectacle d'un gros chou frisé, un superbe\nchou de Milan épanoui. Mais laissez nous planter par ci par là quelques\nfleurs plus fines. Notre jardin est assez grand.\nN'est-ce pas, cher Ami ?\nTiflis, 3 Février 1913.\n\nBien votre\nWanda Landowska."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c005", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c005", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 9, "image_fin": 16, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.4", "titre_corps": "LES AMOURS DU FILS GOSSEC", "titre_sommaire": "LES AMOURS DU FILS GOSSEC", "signature_source": "Georges Cucuel", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.9", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1267, "texte": "\" Tel père, tel fils, \" dit la sagesse des nations ; à quoi elle se hâte\nde répondre elle même \" à père avare, fils prodigue, \" et la vie est ainsi\nfaite que le deuxième dicton a plus souvent l'occasion de se vérifier que\nle premier, voire même dans le monde des musiciens. Le bon Gossec, qui\ntoute sa vie fut un petit bourgeois d'ancien régime, sage, économe et\nméticuleux, eut un fils unique, extravagant et dépensier. Ce jeune homme\navait-il hérité pareils goûts de son parrain, le fermier général La Poupli-\nnière ? Si les dates le permettaient, on l'en soupçonnerait volontiers. Une\nsérie de documents inédits ou peu connus vont nous permettre de retracer\nune partie de l'existence du fils Gossec, lequel a consacré le plus clair de\nson temps à ses amours et à ses \" folies \", musicales ou autres.\nOn sait que François-Joseph Gossec, né à Vergnies le 17 janvier 1734,\nse maria de très bonne heure à Anvers avec Marie-Elisabeth Georges,\npuis vint chercher fortune à Paris vers 1752. Un fils naquit de cette\nunion le 29 décembre 1760 :\nLe 29 décembre 1760 fut baptisé à St-Médard : Gosset, Alexandre François\nJoseph, né le même jour rue du Jardin du Roi, fils de Gosset, François Joseph,\nmusicien et de Georges, Marie-Elisabeth. Le parrain : Le Riche de la Poupli-"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.10", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "nière, fermier général, la marraine : Marie Thérèse de Mondran, son épouse,\nreprésentés par Caillot Pierre et Flan Geneviève qui sont à leur service et qui ont\nsigné avec le père.1\nA cette époque Gossec était violoniste chez La Pouplinière aux\nappointements de 1200 livres par an ; sa femme recevait 300 livres pour\ntenir le clavecin ; mais il est probable que ce baptême fut le prétexte\nd'une de ces gratifications où se complaisait le fermier général. Alexandre\nGossec fit son éducation musicale sous la direction de son père, devenu\naprès 1762 musicien du prince de Conti, puis directeur du Concert\nSpirituel ; mais nous n'entendrons point parler de lui avant 1782. Cette\nannée-là, il dédie à Mlle Saint Huberty un recueil d\nchant et airs de ballet de Thésée, arrangés pour le clavecin ou le Forte Piano.\nIl habite alors \" rue Fontaine au Roy, faubourg du Temple, vis-à-vis le\ntroisième Réverbère. \" 2\nLes Tablettes de renommée des music en 1785 rendent hommage à\nson talent : \" Claveciniste et compositeur, il a arrangé plusieurs morceaux\nde musique avec accompagnement et a donné dans chacun des preuves\nde son goût et de son intelligence. \"\nMais il nous faut arriver jusqu'en 1789 pour trouver l'œuvre la\nplus marquante du fils Gossec, publiée sous le titre suivant :\nSix folies musicales graves, pathétiques\nForte avec accompagnement de violon très ad libitum et dédiées a Mme Krumpholtz,\npar A.F.J. Gossec, jils du célébré c\npiano forte. Œuvre lerIer.3\nMadame Krumpholtz était alors une jolie femme dont le monde\nmusical s'occupait beaucoup depuis dix ans. 4 Elle s'appelait Anne-\nMarguerite Steckler et était la fille de Christian Steckler, marchand\nluthier à Metz ; le célèbre harpiste Jean-Baptiste Krumpholtz lui avait\ndonné des leçons et dédié plusieurs recueils de musique, avant d'en faire\n\n1 Arch. de la Seine. Fonds Bégis. Pierre Caillot était le valet de chambre-chirurgien de\nLa Pouplinière.\n2 Bibl. du Cons. In-f°, obi, 36 p. La première de de Gossec eut lieu le 26 février 1782;\nsur le recueil, cf. Mercure de France, mai 1782, p. 4.5. Gossec fils est encore l'auteur d'une cantate\nreligieuse (hiérodrame) jouée au Conc. Spir. en 1787 et restée introuvable.\n3 In-f° obi., Bibl. Nat. Vm7 5472. Edité chez l'auteur rue d'Argenteuil, chez Bignon, Mercier,\nZimmerman. En 1790 Alexandre Gossec, 20 rue d'Argenteuil, est indiqué comme auteur-éditeur et\nmarchand de feuilles musicales (P. Delalain, Vlmprimerie 1789-1813, p. 90).\n4La notice de Fétis (V, 123) l'appelle par erreur Melle Meyer."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 25, "texte": "LES AMOURS DU FILS GOSSEC"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.11", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2590, "texte": "sa femme. 5 Madame Krumpholtz débuta au Concert Spirituel le\n8 décembre 1779. 6\nElle inspira à Alexandre Gossec une assez copieuse littérature qui\nremplit les premières pages de son œuvre. Le titre porte une épigraphe\nsans intérêt tirée \" du Répertoire de mes folies. \" Vient ensuite \" une\népitre dédicatoire en vers adressée à Mme Krumpholtz, \" puis un\n\" hommage impromptu adressé à Mme Krumpholtz, en sortant d'un\nConcert donné chez elle le Jeudi 2 octobre 1788, en présence de\nplusieurs professeurs des plus célèbres dans la musique. \" Ces poésies,\nencore que médiocres, sont fort enflammées et le jeune Gossec y déploie\nune passion enthousiaste et mythologique :\nAh, trop tendre Daphné, pardonne mon délire,\nMais, si j'étais Pâris, tu verrais ton empire !\nL'Avertissement de l'auteur, en dehors des épithètes décernées à\nl'objet de son amour, renferme quelques renseignements intéressants sur\nsa carrière :\nLa reconnaissance m'impose le légitime devoir de divulguer au Public les\nillustres modèles qui ont guidé mes pas chancelants dans la carrière épineuse que\nj'entreprends de parcourir.\nC'est à l'immortel Edelmann que j'ai obligation de l'Art enchanteur du\nclavier. Pour l'âme de la Musique, qui était plus digne de me l'inspirer que les\ncélestes, que les inimitables Laïs et St-Huberti ? Ah ! que leur accens mélodieux\nont d'ascendant sur une âme sensible ! la mienne, ouverte comme malgré moi à\nleurs tendres impressions, ils l'ont subjuguée tout entière. Je vous demande\npardon, lecteurs, de ma prolixité, mais je crois leur devoir cet hommage.\nOui, voilà les trois virtuoses qui ont empreint vivement dans mon cœur, et\nles douceurs de l'art sublime que j'ose indignement professer, et le charme consola-\nteur de la sainte reconnaissance.\nQuant au recueil de musique lui même, les titres en sont fort\nprometteurs ; ils annoncent \" des folies ou suites de différents caractères,\"\ncaractère martial et bruyant, sautillant et propre à la dance, grave,\n\n5 Krumpholtz était veuf de Marguerite Gilbert, fille de Simon Gilbert, luthier à Metz ; deux\nenfants étaient nés de ce premier mariage.\n6Au Conc.-Spir. du I novembre 1783, Mme Krumpholtz qui se trouvait enceinte, se contenta de\njouer quelques petits airs variés, parce qu'elle craignait qu'un grand concerto ne la fatiguât trop. On\nsait que les médecins du XVIIIe siècle considéraient l'exercice de la harpe comme fort préjudiciable àla\ngrossesse. Quelque temps après Mme Krumpholtz mit au monde une fille. (Cf. Mercure, novembre 1783,\n132, signalé par M. Hellouin, Feuillets d'hist. music., p. 29)."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.12", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1106, "texte": "pathétique, gai, noble et guerrier.... Le N° VI représente le caractère\norageux, \" pièce d'exercice pour la main gauche, toujours trop négligée\net pourtant susceptible de faire des folies comme la main droite. \" Il\ns'agit en réalité de simples sonates pour piano, dont l'inspiration reste en\ngénéral fort médiocre. La deuxième Folie débute par un Allegro maestoso,\nde \" caractère grave : \"\nVient ensuite un \" Andante lagrimosa \" qui symbolise le caractère\npathétique :\net un Rondeau final de caractère gai :\nNotons encore, en tête de la cinquième folie, ce titre assez amusant :\nCette musique est le plus souvent originale ; Gossec utilise pourtant\nun menuet de Fischer, avec variations, et un air varié du\ncomposé par M. Dezède. Si l'ensemble de la publication révèle un\nmusicien sans grand talent, elle indique en tout cas un esprit mal\néquilibré, prêt à toutes les extravagances.\nCette brûlante dédicace produisit-elle son effet ? Mme Krumpholtz,\nqui passait pour n'être point farouche, se décida-t-elle à couronner la\nflamme du jeune Alexandre ? C'est un point qu'il est assez difficile de"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.13", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2530, "texte": "fixer, bien entendu.7 Le recueil des Folies parut en 1789, au dire de\nBoisgelou, qui mentionne dans son catalogue \" les petits vers et la prose\ngalante adressés à Mme Krumpholtz, femme du célèbre professeur de\nharpe, à qui M. Gossec le fils adresse ses folies musicales et amoureuses. \"\nOr, en 1790, Anne Steckler fut enlevée par un jeune homme qui la\nconduisit à Londres, où elle resta de longues années ; cet amant n'était-il\npoint le fils Gossec, dont nous perdons précisément les traces à Paris à\ncette époque ? Le rapprochement des dates semble bien l'indiquer et\ncette histoire amoureuse et musicale serait assez piquante pour être vraie ;\nmais ce n'est là qu'une hypothèse que nous ne pouvons vérifier pour\nl'instant.\nQuoiqu'il en soit, les conséquences de cette fugue sont connues ;\nl'infortuné Krumpholtz ne put y survivre et se jeta dans la Seine, d'où on\nle retira au bout de quinze jours. Les Scellés qui furent apposés après\nsa disparition nous donnent quelques détails sur ce suicide.8 Krumpholtz\nhabitait rue d'Argenteuil n° 16, en une maison appelée l'Hôtel de la\nPrévôté, ayant pour principal locataire le sieur Nadermann, luthier ordi-\nnaire de la Reine. Devant le commissaire au Châtelet comparut Jean-\nHenry Nadermann, \" lequel nous a dit et déclaré que led. sr Krumpholtz\njouissoit dudit appartement (ir étage) à luy loué par le comparant sans\nbail, moyennant 1200 1. par an, que depuis le vendredy 5 du présent\nmois (février 1790) led. sr Krumpholtz étoit disparu sans que l'on pût\nsçavoir ce qu'il étoit devenu, mais que samedy dernier 20 du présent\nmois, son cadavre a été retiré noyé de la Rivière de Seine à Passy, ce\nqui a été constaté par procès-verbal dressé par la maréchaussée dudit lieu\nde Passy... \" Le cadavre avait été déposé à la basse geôle du Châtelet ;\non avait trouvé sur lui des clefs et des paquets de lettres. L'inventaire de\nla musique et des instruments fut dressé par Amable-François-Joseph\nDelaplanque, demeurant rue Bailleul, et François Petrini, rue des Fossés\nS 4 Germain l'Auxerrois, tous deux professeurs de harpe. Krumpholtz fut\nenterré le lendemain :\nRegistres de Saint Roch, 1790 :\nL'an 1790, le 23 février, a été inhumé au cimetière J.B. Krumpholtz, profes-\n\n7 II est juste de dire qu'il y avait une différence d'âge de 25 ans entre Krumpholtz, né vers 1745\net sa jeune femme, née vers 1770.\n8 Arch. Nat. Y 15301 (Acte du 22 février 1790). \"L'inventaire mentionne un pupitre de\nmusique, quelques cahiers de musique tant gravée que manuscrite. \""}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.14", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2225, "texte": "seur de harpe, époux en secondes noces de Julie Steckler, décédé hier en cette\nparoisse, rue d'Argenteuil, âgé d'environ 45 ans.\nPrésents : J.H. Nadermann. A.F.J. Delaplanque.9\nTelle fut la fin tragique d'un grand artiste dont les œuvres méri-\nteraient d'être mieux connues, parce que leur style très personnel semble\ncontribuer à l'évolution de la musique instrumentale à la fin du\nXVIIIe siècle. Sa femme continua à habiter Londres ; elle jouait en\n1791 dans un concert donné au bénéfice de Haydn, en 1792 dans un\nconcert donné au bénéfice d'lgnace Pleyel ; on l'entendait encore en\n1794 ; 10 rappelons-nous qu'elle était toute jeune quand elle avait quitté\nla France et qu'elle pouvait prétendre \" vivre sa vie\nQuant au fils Gossec, ses traces sont plus difficiles à retrouver ; sa\nmère mourut en mars 1801 rue Bergère au Conservatoire ;11 les actes ne\nmentionnent pas Alexandre et nous savons que Gossec père paya la\nsomme insignifiante de 9 francs 36 de frais de succession, ce qui prouve\nbien que son fils n'avait rien à attendre de cet héritage.\nLe 10 germinal an XII (31 mars 1804) Gossec écrivait au peintre\nChéri cette curieuse lettre publiée par M. Tiersot et dont nous croyons\nintéressant de reproduire quelques passages :\nMonsieur,\nJe vous envoie le quartier de Loier de la chambre de mon fils, échu\nle premier du présent mois germinal et vous préviens qu'à compter de la même\ndate, son loier sera à son compte, attendu que les pertes énormes que j'ai faites\ndepuis deux ans, jointes à celles que j'ai éprouvées depuis son retour à Paris, ne\nme permettent plus de rien faire pour lui, ni de supporter le poid qu'il fait peser\nsur ma vieillesse.\nMon fils est jeune encore (43 ans) et je suis septuagénaire ; il est libre de ses\nvolontés et a des talens ; c'est à lui à les faire valoir en quelque lieu du globe qu'il\nlui plaira de choisir, car il ne m'importe nullement que ce soit à Paris, à la Chine\nou au Japon... 12\n\n9 Arch. de la Seine. Fonds Bégis. Cf. Journal du 27 février 1790.\n10 Cf. Pohl, Mozart and Haydn in London,l, 41, 44, 129, 262.\n11 Acte publié pour la Ie fois par Ch. Nauroy dans le Curieux, t. 11, p. 167, d'après les Petites\nAffiches.\n12 Rivista Music. ItaI.XVIII, 1911, p. 561."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.15", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2355, "texte": "Ces lignes sont fort significatives : elles nous montrent qu'Alexandre\nGossec avait continué à vivre aux crochets de son père et à l'inquiéter\npar ses frasques. L'allusion à \" son retour à Paris \" semble bien confirmer\nl'hypothèse, formulée plus haut, d'un séjour en Angleterre de ce fils\nprodigue.\nCes préoccupations attristèrent les dernières années de Gossec, passées\ndans la condition la plus modeste, sinon dans la misère. On sait que le\nvieux compositeur mourut à Passy le 16 février 1829 ;13 un testament\nolographe instituait comme légataire universel son ami, François-Sauveur\nAnseaume, propriétaire au dit lieu ; aucune mention d'Alexandre Gossec,\nqui à cette date était donc mort ou volontairement ignoré de son père. 14\nAu reste, la succession, purement mobilière, n'offrait qu'un intérêt\nmédiocre. Gossec occupait un appartement pauvre, sans salon, 55, rue de\nPassy ; le mobilier fut évalué à 1000 francs ; dans un secrétaire empire\non trouva un diplôme de la Légion d'honneur et un diplôme de membre\nde l'Académie de Stockholm. Gossec semblait avoir renoncé complète-\nment à la musique ; il n'avait pas de piano ; toute sa musique gravée ou\nmanuscrite se trouvait reléguée au grenier, où on l'alla découvrir dans\nla poussière, pour l'évaluer 70 francs. Voici qui est plus amusant et qui\nconfirme point par point le joli portrait qu'Hédouin a tracé de Gossec :\n\" Il portait la poudre et la queue ; un petit chapeau à trois cornes\ncouvrait sa tête et il était vêtu d'un large habit gris, d'un gilet de\npiqué blanc, d'une culotte et de bas de soie noire. De grandes boucles\nd'argent attachaient ses souliers et il tenait à la main un gros jonc à\npomme d'ivoire. \" 15\nL'inventaire énumère scrupuleusement des culottes de nankin, des\nbas de soie blancs et noirs, un gilet de soie verte, plusieurs habits à la\nfrançaise et deux épées à garde d'acier.16\nAinsi, dans ses habitudes même, Gossec était resté sous la Restaura-\n\n13 Acte aux Arch. de la Seine dans le Fonds Bégis. Extraits publiées dans le Bull, de la Soc. hist.\nd'Auteuil et de Passy, t. VII (1910), pp. 61, 62.\n14 Communication de M. le Receveur de l'Enregistrement de Neuilly-sur-Seine.\n15 Hédouin, Mosaïque, 1856, p. 311.\n16 Je dois ces renseignements à l'obligeance de M. Amy, notaire à Passy (d'après l'acte dressé par\nMe Triboulet le 18 février 1829)."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.16", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 980, "texte": "tion un homme d'ancien régime ; au terme de cette longue existence,\nsa pensée devait se reporter souvent aux heureuses années où il était venu\ntenter la fortune à Paris. Destinée bien remplie que celle de cet homme,\nqui avait connu Rameau dans ses années de gloire, joué dans l'orchestre\nde Jean Stamitz, assisté aux triomphes de Gluck et de Haydn, et qui\nmourait, pauvre et obscur, deux ans après Beethoven ! La découverte de\nses Mémoires, dont Fétis seul a donné quelques extraits, nous révélerait\npeut-être ce qu'il pensait de cette admirable évolution de la musique\ndont il avait été le témoin et parfois l'acteur. Malgré un rude travail, il avait\nla tristesse de rester au second plan et sa vie privée ne lui apportait que\ndeuils et déboires. Souhaitons que des documents nouveaux nous apportent\nbientôt quelques renseignements sur Alexandre Gossec et mettent en\nlumière la vie de ce personnage funambulesque que fut le filleul de La\nPouplinière.\n\nGeorges Cucuel."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c012", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 25, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.5", "titre_corps": "LA MUSIQUE AUX ILES HAWAÏ", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE AUX ILES HAWAÏ", "signature_source": "A. Marquès", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1444, "texte": "LA MUSIQUE AUX ILES HAWAÏ\n\nIl est devenu aujourd'hui bien difficile de traiter avec quelque autorité\nde la nature, de la musique nationale, des anciens Polynésiens, peuplant le\ngroupe des Iles Hawaï, telle qu'elle existait même encore à l'époque\n(1820) où l'arrivée des premiers missionnaires protestants vint marquer\nla fin de l'ancien régime avec la destruction de ses coutumes, et la prompte\nsubstition des mœurs et des agissements de la civilisation moderne.\nLa raison de cette difficulté est évidente :\n1) Les derniers représentants autorisés des temps anciens ont natu-\nrellement disparu, et les jeunes générations, même parmi le petit nombre\nde celles qui ont encore conservé avec amour quelques vagues vestiges\ndes coutumes anciennes, en ont perdu la délicatesse générale et\nintime, d'exécution, et même jusqu'au sens exact des mots les moins\ncommuns du langage, des mots à signification occulte qui se rencontrent\ndans les poésies antiques, et ils admettent ne plus être capables de déclamer\nces poésies suivant les strictes règles du passé. Il n'existe plus, apparem-\nment, que deux ou trois vieillards encore capables de réciter sur des\nintonations un peu correctes, les chants anciens, et la Reine Liliuokalani,\ndont l'intelligence éclairée reconnaît l'utilité de conserver autant que\npossible ces derniers vestiges d'une intéressante civilisation primitive, que\nle fanatisme religieux moderne a trop tôt écrasée, se prépare à faire"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.18", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2631, "texte": "phonographier leurs chants comme dernière contribution au souvenir des\nconnaissances passées.\n2) Les premiers voyageurs européens, qui décrivirent l'archipel,\nn'avaient évidemment ni le temps ni probablement la capacité de s'occu-\nper d'une chose aussi peu importante que la nature de la musique locale,\nau sujet de laquelle on ne trouve, dans les relations de voyage, que des\nmentions accidentelles sans grande valeur. Ainsi, dans les rapports de\nCook, à qui l'on doit la découverte moderne de ces îles, on ne trouve\nque le passage suivant : \"Les danses des insulaires des Sandwich ressemblent\nbeaucoup plus à celles des habitants de la Nouvelle-Zélande qu'à celles\nque nous avons vu à Tahiti et aux îles des Amis (Tonga). Elles sont\nprécédées par un chant solennel, auquel tous les assistants prennent part,\nen remuant en même temps lentement leurs jambes.... La musique de ces\ninsulaires est d'une espèce rudimentaire, car, en fait d'instruments, nous\nn'avons observé parmi eux que des tambours de différentes dimensions.\nLeurs chants pourtant, que l'on dit être chantés en parties différentes, et\nqu'ils accompagnent avec des mouvements gracieux des bras, comme\nle font les habitants de Tonga, produisent une impression très agréable\".\nEt cette assertion de Cook est accompagnée d'une note explicative, disant\n\" que le fait du chant en parties est nié par plusieurs personnes du bord\nayant des connaissances musicales, mais le capitaine Burney et le capitaine\nPhillips de l'infanterie de marine, tous deux musiciens, attestent énergi-\nquement que ces indigènes chantaient en parties\", c'est-à-dire ensemble\nsur différentes intonations. Vancouver, qui, après Cook, eut des relations\nplus intimes avec les insulaires des Sandwich, se contente de décrire les\n\"hulas\", danses avec ou sans chant, mais il ne dit rien de la musique\nproprement dite. Le russe Lisiansky, qui suivit Vancouver au commence-\nment du XIXe siècle, raconte que les jeunes hommes et les jeunes femmes\nétaient très amateurs de danse, mais que leur musique était d'une nature\nbeaucoup plus grossière que celle des Tahitiens, et que, sauf des tambours\nde différentes dimensions, ils n'avaient ni flûtes ni aucune autre espèce\nd'instruments à anches ou à cordes, mais que pourtant leurs chants, qu'ils\nchantaient en chœur en parties, avec de gracieux mouvements des bras,\nétaient très agréables. Enfin le capitaine Byron, qui, ayant ramené\ndans la \"Blonde\" en 1825, les dépouilles mortelles du roi et de la reine\ndes Hawaï, qui moururent de la petite-vérole à Londres, fut témoin\ndes grandes cérémonies que les indigènes célébrèrent à cette occasion,"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.19", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2396, "texte": "ajoute simplement qu'ils \"ne sont pas entièrement dépourvus de sens\nmusical, et que même leurs ballades les plus anciennes énumèrent divers\ninstruments de musique qui n'existent plus\" ; \"diverses espèces de tam-\nbours sont encore en usage, mais l'instrument le plus curieux est une petite\nflûte double, jouée avec le nez ; il ne paraît pas qu'ils eussent des instru-\nments à cordes\".\nDe ces diverses assertions, on pourrait déduire, sans trop s'écarter de\nla vérité, que, bien que doués d'un sentiment musical relativement délicat,\nles anciens habitants des Hawaï ne furent jamais aussi raffinés en musique\nque leurs congénères de Tahiti, de Tonga, de Samoa, et même de la\nNlle-Zélande, quoique le genre en fût tout à fait similaire ; et on peut\naffirmer aussi, qu'avant la civilisation que leur apportèrent les européens,\nils n'eurent jamais aucune musique semblable à notre art moderne, avec\nses gammes naturelles et chromatiques, et avec son harmonie et ses\nmodulations compliquées. En outre, il paraîtrait que leur musique, telle\nqu'ils la comprenaient, voix et instruments, était presque toujours\nl'accessoire à des cérémonies religieuses ou à des danses quelconques, tandis\nque leurs poésies, leurs ballades, étaient plutôt déclamées que chantées,\ndes récitatifs et non des mélodies.\nPersonnellement, je dois à mes longues relations amicales avec la\ndernière famille royale d'Hawaï, d'avoir pu obtenir des renseignements\nplus détaillés et assurément plus authentiques sur les conditions musicales\nde l'ancienne race d'Hawaï. En ce qui concerne leurs chants, ils étaient\ndivisés en \" Mélé s'\\ ballades récitées ou déclamées, avec ou sans accom-\npagnement d'instruments, et en \"hulas\",danses ou tout au moins contor-\nsions corporelles réglées par l'accompagnement d'instrument, principale-\nment à percussion, avec ou sans chants. Lors des fêtes du couronnement\ndu roi Kalakaua, l'avant dernier souverain indépendant de cet archipel,\net qui était non seulement très amateur de musique, mais aussi très\ndésireux de conserver et de raviver les des anciennes traditions\nnationales et les hulascaractéristiques des temps passés, lesquels, natu-\nrellement, à défaut de notation écrite, ne pouvaient être perpétués que\npar transmission orale, tous les indigènes de toutes les îles de l'archipel,\nqui pouvaient justifier de posséder des traditions anciennes, furent convo-\n\n2"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.20", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2549, "texte": "qués au palais royal à Honolulu, où pendant plusieurs semaines, les\n\"troubadours\" hawaïens, hommes et femmes, chanteurs et danseurs et\ninstrumentistes, rivalisèrent à reproduire, (au grand scandale des mission-\nnaires, auxquels leur éducation sectaire ne permettait de voir dans les\ntraditions antiques que des idées indécentes,) tout ce qu'ils savaient des\nmêlés et hulasanciens, que Kalakaua aurait certainement fait phonogra-\nphier, si le phonographe avait eu à cette époque la perfection qu'il a acquis\nmaintenant. Ce fut à cette occasion, chant du cygne des anciennes\ntraditions et de la royauté indépendante, qu'il me fut permis d'obtenir\nune idée exceptionnelle de la nature de la vieille musique hawaiienne.\nD'autre part, au point de vue instrumental, je dois à la courtoisie\nde la Reine Liliuokalani, la dernière souveraine d'Hawaï, elle-même\nmusicienne distinguée et compositeur, en paroles et musique d'un grand\nnombre de jolies ballades hawaiiennes modernes, la liste suivante des\ninstruments dont l'usage était connu dans l'archipel au commencement\ndu XIXe siècle, et dont quelques spéciments seulement se trouvent dans\nla musée Polynésen Bishop à Honotulu.\n1) Instrument à cordes. JJkeke,harpe rudimentaire, formée d'une\nlatte longue et plate de bois flexible, facile à courber en forme d'arc, sur\nlaquelle on tendait deux cordes de fibre de cocotier simplement attachées\naux extrémités du bois, ou bien fixées d'un côté avec deux chevilles pour\ntendre les cordes au ton voulu, et à l'intervalle soit d'une seconde soit\nd'une quarte basse ; quelques ukekes étaient, dit-on, aussi montés d'une\ntroisième corde accordée propablement à la tierce. Ces instruments étaient\nemployés en appuyant le bout de la latte contre les dents, de façon à\nsouffler en chantant contre les cordes, en même temps qu'on les pinçait\navec les doigts. Cette description les rapproche singulièrement de la primi-\ntive lyre ou harpe grecque.1 Des ukukes plus petits, tiges plates de bois\nmais sans cordes, étaient simplement appuyés contre les dents pour ren-\nforcer la voix du parleur ou du chanteur.\n2) Instruments à vent. Ceux-ci comprenaient essentiellement deux\nespèces, les gourdes ou calebasses et les bambous. Dans la première classe,\nle Tu-Aétait fait d'une petite gourde percée de trois trous, un pour le\nnez, les deux autres pour le jeu des doigts ; le était une gourde\nun peu plus grande, percée de 4 trous, un à la tige pour le souffle, et\n\n1 Des instruments exactement semblables existent parmi les races sauvages de l'Afrique central."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.21", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2635, "texte": "trois à l'autre extrémité pour le doigté, et le souffle y était fourni soit du\nnez en bouchant une narine avec une main, soit de la bouche, et souvent\nle jeu s'en faisait alternativement en aspirant et en expirant ; ces instru-\nments représentent bien le germe du petit instrument moderne (renouvelé\ndes grecs) appelé ocarina. Il y avait peut-être aussi des pu-a doubles,\nformés de deux gourdes juxtaposées, de façon à ce que l'instrumentiste\npouvait souffler de l'une à l'autre. La seconde catégorie comprenait essenti-\nellement le Ohe Hano Ihu,ou flûte nasale, formée d'un tronçon de bambou\nplus ou moins long, avec un trou vers le nœud, qui était appliqué contre\nune narine pendant que le joueur bouchait l'autre avec le pouce, et deux\nautres trous, rarement trois, pour les doigts vers l'extrémité ouverte ;\nles hano ihuà plus de quatre trous furent évidemment d'invention moderne\npour copier la flûte. A côté de ces instruments, il faut noter les conques\nmarines, lu Puhi, employées pour signaux et comme trompes de guerre.\n3) Instruments de percussion. Les principaux étaient les tambours\nde diverses dimensions et de différentes formes, les plus petits composés\nd'une peau tendue sur une moitié de noix de coco, les moyens, principale-\nment employés pour les hulas, d'où leur nom formés de\ncalebasses simples, et les Ihu hula,calebasses doubles, cimentées l'une sur\nl'autre, et dont l'inférieure atteignait souvent des dimensions énormes ;\nenfin les plus grands, tambours de guerre ou des temples, formés de troncs\nd'arbres creusés et recouverts de peaux de requin fortement tendues avec\ncordes de fibre de cocotier, et sur lesquelles la percussion se faisait à l'aide\nd'un nœud de corde de la même fibre. Sur les petits tambours, les indigènes\nfrappaient avec la main, tandis que les tambours de hula, soit calebasses\nsoit bois, étaient légèrement soulevés pour frapper terre en retombant,\nde façon à marquer ainsi le premier temps ou les temps forts de chaque\nmesure, tandis que les autres temps et leurs contretemps étaient produits\net accentués par des coups avec la paume et les doigts des mains sur les\ncôtés de l'instrument. Des tambours en calebasses doubles sont encore\nemployés de nos jours pour les \"hulas\" ou danses des femmes. Aucun\ndes tambours anciens recouverts de peaux, bien que susceptibles de ten-\nsions variées, ne produisaient un son musical, à l'instar des timbales\nmodernes.\nAux tambours, les Hawaiiens ajoutaient, pour renforcer le rythme\net les temps de la mesure, divers autres instruments de percussion, tels\nque les suivants : les Kaeke, formés de deux gros nœuds de bambou,"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.22", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2438, "texte": "ouverts à une extrémité et attachés ensemble, qu'on laissait tomber perpen-\ndiculairement sur le sol, de façon à produire un son creux et sonore ; les\nOhe hula pulli, longs tronçons de bambou, fendus en petites lanières à une\nextrémité, généralement tenus par deux personnes qui les frappaient l'un\ncontre l'autre de façon à produire un bruit rappelant la crécelle, mais\nservant aussi à marquer la mesure et les trémolos ; le Hula\nxylophone rudimentaire, composé de longues tiges d'un bois dur et sonore,\nle kauili, (Alphitonia Ponderosa), suspendues par leur centre ou par leurs\nextrémités au moyen d'une ficelle de fibre de cocotier ou de banane, et\nplacées à demeure ou tenues à la main, et sur lesquelles on produisait une\nvibration assez claire et puissante, en les frappant d'un marteau de bois\ndur : ces instruments étaient ordinairement employés par batteries de\ntrois pièces de différentes longueurs, donnant par conséquent des sons\ndifférents, correspondant probablement aux trois principales notes du\nchant ; enfin le Huluili,espèce de crécelle ou de hochet, formé par de\npetites gourdes ou noix de coco vidées et remplies en partie avec des\npetits cailloux, qui produisaient en les secouant, un son bruyant ressemblant\nun peu à celui des castagnettes. Des cailloux résonnants étaient aussi\nchoqués l'un contre l'autre en guise de cymbales.\nEn ce qui concerne la musique vocale proprement dite, elle paraît\navoir été divisée en deux classes, que, faute de meilleure dénomination,\nje qualifierai de muisique chantante et musique dansante.\nLa première comprenait les \"mêlés \" de tous les genres chantés à\nvoix seule, rarement avec accompagnement d'instruments, et comprenant :\ni) principalement les poèmes épiques racontant les guerres du passé,\nles haut-faits des chefs et les prouesses des guerriers de chaque tribu dans\nles différentes îles, les légendes de l'origine et des voyages de la race et\npar extension donnant les généalogies de tous les personnages marquants,\nde la même façon que le \"Melos\" des Grecs anciens désignait le chant\ndes poèmes épiques de cette race ; ici, notons en passant l'étrange similarité\ndes deux mots, grec et hawïien, pour désigner le même genre de poésies\nchantées. 2) des incantations et prières religieuses, y compris les légendes\ncosmogoniques. 3) des ballades d'amour et de pure poésie, dans lesquelles\nles charmes de la nature étaient célébrés avec une richesse d'images et de"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.23", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2701, "texte": "langage dignes de peuples plus civilisés. 4) des chants de deuil. Tous ces\nmélés étaient récités ou déclamés sur une seule note tonique longtemps\nprolongée et brisée par intervalles par un tremblement de la voix sur une\ndes deux notes coadjacentes, espèce de trille sur une seconde majeure ou\nmineure, ascendante ou descendante. Certains de ces chants étaient pourvus\nd'une espèce de refrain auquel prenaient part les assistants, ou que les\nfemmes accompagnaient d'un tremblement de voix semblable au iou-iou\nque les femmes arabes produisent en frappant de la main contre la bouche.\nA part la difficulté matérielle de l'exécution vocale, le chant des mélés\ndemandait un prodigieux exercice de mémoire, et la pratique en était\ngénéralement confinée à certaines familles, qui s'en transmettaient la\nconnaissance de père en fils, mais qui avaient aussi à subir de longues\nannées d'études et d'épreuves, avant de passer maîtres de l'art.\nLa seconde classe embrassait toute musique, vocale et instrumentale,\nservant à accompagner les \" hulas \" ou danses. Les hulas, généralement\ndansés par des femmes, sont isolément soit en groupes, comprenaient un\ngrand nombre de genres divers, classés essentiellement en deux catégories,\nselon qu'ils étaient dansés assis ou debout. Ils constituaient de véritables\nballets à pantomime, les gestes appropriés des danseuses servant à élucider\nles idées de la poésie chantée. C'était donc un art difficile à acquérir, qui\nexigeait un entraînement spécial, de sorte que les filles destinées à cette\ncarrière, soit pour les cérémonies des temples, soit pour le divertissement\ndes chefs, ou pour les fêtes publiques, étaient dressées dès leur plus tendre\nenfance, afin d'acquérir la souplesse, la dextérité et la grâce des mouve-\nments des bras et du corps, ainsi que le sentiment exquis des rythmes\nnécessaires, marqués par les tambourins de calebasses. La nature du chant\net des danses des hulas variait selon qu'ils se rapportaient à des scènes\nhistoriques, à des faits de guerre, ou à des cérémonies religieuses, ou\nservaient simplement de divertissement, devenant en ce cas lyriques ou\négloguesques, traitant tour à tour des phénomènes naturels de l'océan ou\ndu volcan, ou des scènes domestiques ; et une variété était destinée\nsimplement à décrire les phases de l'union sexuelle.\nLa musique des hulas était plus variée que celle des simples mélés,\net était bâtie sur deux ou trois notes différentes, correspondant probable-\nment à celles produites par les instruments précités, à cordes et à vent,\navec cette différence toutefois, que les chanteurs habiles ajoutaient à leurs\nintervalles ordinaires, de ton et de demi-ton, des subdivisions non"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.24", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1910, "texte": "reconnues par notre musique moderne, mais dont nous pouvons donner\nl'idée par les enharmoniques que l'on peut obtenir distinctement sur le\nvioloncelle et la contre-basse ; et cette faculté rappelle d'une façon frap-\npante l'usage de la subdivision en tiers de tons attribuée à la musique\ngrecque antique. Chose curieuse, cette faculté des anciens Hawaiiens de\nproduire et de distinguer des tiers de tons existait aussi dans la musique\ndes anciens naturels de la Nouvelle-Zélande, laquelle était aussi bâtie sur\ntrois notes seulement, mais subdivisées en\nainsi\nque le démontre une intéressante étude spéciale de Sir George Grey, dans\nson livre \" Polynesian Mythology, \" (Londres 1855).\nParmi les hulas que j'ai pu entendre en 1883, les plus ordinaires\nétaient formés de différentes combinaisons de ce que je pourrais appeler\nDo, si, do ; Do, sol, do, si, do ; et Do, sol, do, ré, avec des tiers de tons\nintercalés, produisant, sur l'oreille inaccoutumée, l'effet d'un simple\ntremblement de voix ; quelques finales ajoutaient do, mi, do, mi, do ; et\nla danse la plus compliquée me parut rouler sur Sol do si do ré mi, avec\nfinales sur ré sol et mi do, mais celle-là était probablement modernisée,\ncar les plus anciennes étaient les plus simples, employant seulement deux\nnotes avec leurs dièses ou leurs bémols. Par conséquent, par rapport à\nnos idées d'harmonie, tous les hulas pouvaient être réduits aux deux\naccords de tonique et de dominante, et même les hulas modernes, que les\njeunes indigènes composent encore et chantent maintenant avec accom-\npagnement de guitare (instrument qui est devenu parmi eux un accessoire\nfavori, presque indispensable, que l'on trouve dans presque toutes les\nmaisons) sont toujours bâtis sur ces deux accords, et presque jamais sur la\nsous-dominante (Fa), qui, si elle se produit, paraît être d'importation\nmoderne.\nÉCHANTILLON DE MUSIQUE DE HULA HAWAIIEN ancien."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.25", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1966, "texte": "Les indigènes d'aujourd'hui sont passionnés pour la musique et ont\nune oreille extrêmement délicate ; ils chantent spontanément en chœur à\nplusieurs parties, avec une bonne harmonie naturelle ; mais cette capacité\nmême porte à croire, avec les témoins de Cook, que les anciens Hawaiiens\ndevaient chanter à deux et trois parties, bien que leur idée de l'harmonie\nproduite devait être très différente de nos idées modernes. Autant que\nj'ai pu m'en rendre compte, ils devaient chanter ainsi : les hommes sur la\ntonique adoptée, les femmes une octave et quinte au dessus avec une\npartie intermédiaire peut-être sur la tierce, (°) chaque partie suivant\nsimultanément et parallèlement le dessin mélodique, et ces combinaisons,\nquoique étranges, et souvent très-agréables, n'étaient jamais absolument\ndésagréables comme on pourrait le supposer.\nOn peut donc apprécier, sous ce point de vue, combien la musique\ndes Hawaiiens était primitive. Mais la monotonie des deux ou trois notes\nemployées, avec leurs variantes enharmoniques, était amplement com-\npensée, pour les récitatifs comme pour les chants dansés, par un\nsentiment exquis de mesure, de rythme et d'expression, celle-ci rendue\nplus riche encore par les possibilités d'accentuation dues au génie même\nde leur langue.\nVoilà donc l'état de la musique en Hawaï, en ce qui concerne les\nindigènes, mais l'on peut constater un fait : Cette pauvre et aimable race,\nqui s'est effondrée au contact délétère de la soi-disante civilisation moderne,\net qui bientôt n'existera plus qu'en la personne des individus qui ont\nacquis un regain de vitalité par des croisements heureux avec les races\nsupérieures (les demi-blancs, comme on les appelle, bien qu'il y ait parmi\neux des demi-jaunes tout aussi pleins d'avenir), cette pauvre race, disons-\nnous, aura tout au moins laissé l'empreinte indélébile de son génie dans\nles tendances musicales locales.\nCorrespondant de S. I. M. a Honoluîu.\n\nA. Marquès."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c016", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 26, "image_fin": 39, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.6", "titre_corps": "LES SONS INFÉRIEURS", "titre_sommaire": "LES SONS INFÉRIEURS", "signature_source": "Gabriel Sizes", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.26", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1638, "texte": "Inscription photographique des 2 Les résultats\nexposés dans les articles précédents provoquèrent quelques objections\nà l'adresse de notre méthode expérimentale, principalement sur la prove-\nnance des vibrations complexes... Ne proviendraient-elles pas de mouve-\nments propres du fil transmetteur ? M. Violle, tout en m'affirmant sa\nconviction personnelle parce qu'il avait eu sous les yeux un certain\nnombre de feuilles d'inscriptions qui ne lui laissèrent aucun doute me\nfit part de ces objections et il m'encouragea à chercher une méthode\nd'inscription directe pous supprimer le fil transmetteur. J'en informai\nM. Massol à la fin du mois de septembre 1909, au cours d'une série\nd'expériences.\nUserions-nous de la photographie. Mais comment ?... nous eûmes\nl'idée d'employer le cinématographe. Mais cette manière d'opérer ne\npouvait servir qu'à faire des reproductions sur un écran et non à obtenir\nun graphique fixe permettant de faire des mesures acoustiques. Au bout\nde quelques mois, M. Massol trouva un dispositif très ingénieux, qui\nconsiste : à projeter un rayon lumineux soleil ou lumière électrique\nréfléchi par un petit miroir fixé à l'extrémité de l'une des branches du\ndiapason, sur un objectif à grande ouverture. L'enregistreur, dont le\ncylindre est recouvert d'une feuille de papier extra-sensible, se déplace\n\n1 Voir S. I. M. des 15 janvier, 15 mars, et juillet-août 1912 et 15 janvier 1913.\n2 Le titre de Photographie des sons attirerait certainement davantage la curiosité des profanes. Ce serait plus\nsensationnel, mais ce serait faux. On ne photographie pas les sons, mais seulement les vibrations qui les produisent."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.27", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 19, "texte": "LES SONS INFÉRIEURS"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.27", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1833, "texte": "devant l'objectif à l'aide d'un dispositif très simple. Cependant les premiers\nessais furent laborieux. Nous étions presque découragés, lorsque survinrent\nles vacances de Pâques de 1910.\nL'appareil mis au point, au cours d'une série d'expériences com-\nmencées le 29 mars, nous eûmes des résultats merveilleux. Nous en\néprouvâmes des émotions aussi grandes que celles ressenties pendant les\nexpériences du 31 décembre 1907, dont j'ai parlé précédemment. Le\npapier sensible nous révéla des figures acoustiques nouvelles faisant prévoir\ndes choses remarquables. Grâce à l'expérience acquise, l'étude des nou-\nveaux graphiques des courbes ne réclama que quelques mois.\nCette nouvelle méthode expérimentale fit l'objet de la 4e note\nprésentée par M. J. Violle le 27 juin 1910, sous le titre\nphotographique des vibrations diapason \". Les quelques extraits de\ncourbes ci-après donneront au lecteur une idée de l'importance de ces\nrésultats.\ntracés A et B, représentent l'espace de de deux\ncourbes différentes, qui se sont succédées à peu d'intervalle l'une de\nl'autre. Dans A on aperçoit pour chaque seconde : 4 périodes à 2 phases\ndifférentes, formées de sept et demi petites vibrations chacune ; ce qui\nreprésente : 4 grandes vibrations ut-3 ; 7%5 x4= 30% = si—xl.\nLe tracé B est le même que le précédent, auquel est venu s'adjoindre\nun ■ mouvement à 2 grandes périodes par seconde ; c'est l'octave grave\nde 4% soit 2V ou ut-4. Ce qui prouve bien que cette grande période est le\nrésultat d'un harmonique particulier à 2V, c'est qu'au bout d'un certain\nnombre de secondes ce mouvement cesse et le courbe reprend l'aspect\nprécédent. En réalité, le tracé commence comme en B, pour passer en A.\nPuis, lorsqu'on observe plus longtemps les vibrations des branches, les\ngrandes amplitudes cessent et la vibration normale"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.28", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1947, "texte": "seule reste ; c'est celle qui correspond au son prédominant du diapason\nut0 = 32 v-d.\nPour mieux étudier ce phénomène, il fallait décomposer le graphique\nde ce mouvement vibratoire. Nous pûmes l'obtenir en le photographiant\nà une vitesse dix fois plus grande ; c'est ce mouvement que montre la\ncourbe C. A cette vitesse du cylindre, les grandes amplitudes ne sont\nplus apparentes. Le fragment C ci-dessus, ne représente des\ncourbes A et B ; c'est-à-dire i/8e de ces courbes, correspondant à 1/4 de\nseconde. Pour comprendre ce tracé, il faut considérer les\nsupérieurs ou inférieurs formés par chaque vibration ; ils sont au nombre\nde 8 qui, multipliés par 4, donnent 32v en ou utQ. D'autre\npart il faut suivre la forme du dessin en S en partant de gauche en haut\ndu tracé ; on remarquera que la boucle de S s'allonge insensiblement de\nla ire à la 4e vibrati on, pour finir en bas ; puis brusquement, en un\nmouvement d'une 1/2 vibration elle va former trois mouvements en forme\nde V, jusqu'à la courbure d'une nouvelle période en S. Quatre vibrations\nen S, trois en V et une demie qui relie les deux mouvements, cela fait bien\n7V,5 pour un quart de seconde,soit 30v pour une seconde, ce qui égale si-,.\nCe phénomène fut à mes yeux la démonstration des deux mouve-\nments parallèle et perpendiculaire simultanés des branches du diapason,\nauxquels était venu se joindre, dans la courbe B, le mouvement de la\nvibration tournante.\nEn poursuivant ces inscriptions et en exécutant simultanément les\ntrois mouvements des branches avec l'archet de contrebasse, nous fûmes\nassez heureux de photographier toute une feuille d'admirables courbes,\ndans le genre de la fig. 2 ci-dessous.\nQuelques physiciens soupçonnaient l'existence des\ntes et d'autres les niaient. Après ces résultats le doute n'est plus possible.\nJ'ai dit plus haut que M. Cornu les avait démontrées dans la vibration\ndes cordes, mais il n'en a tiré aucune conséquence acoustique."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.29", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2059, "texte": "Par un heureux hasard d'expérience nous avons pu photographier\ntoute une feuille de courbes encore plus compliquées, dans le genre de la\nfig. 3 ci-dessous.\nCette courbe représente une durée de Les tracés en\nblanc de la partie droite (2e seconde) la rendent compréhensible. Le plus\ngrand tracé embrasse une seconde,c'est un mouvement à iv, = ut-5.\nL'autre, plus petit, égale iv, !/3 = Fa-5. Les sept vibrations en haut\nde la courbe, correspondent à Si t>-3, en fonction de 7e harmonique.\nL'ut0, ou son prédominant de ce diapason, est représenté par les vibrations\nverticales à raison de 32 par seconde. Le s'est inscrit\npar quatre points (ou oscillations) qui sillonnent chaque vibration verti-\ncale ;ce qui fait huit pour une vibration double, soit 32' x 8 2 ou\nut3. Au total cinq mouvements vibratoires superposés, indiquant la vibration\nsimultanée des harmoniques : ut-s, Fa-5, Si l>-3, utQ et ut3.\nAu moyen de cette méthode photographique, nous avons confirmé\nl'existence de 12 harmoniques inférieurs et 11 supérieurs, déjà publiés et\nenregistrés au moyen du fil métallique.\nL'importance de ces résultats que nous devons aux observations\nde M. J. Violle, dans les circonstances indiquées ci-dessus réside non\nseulement dans la confirmation des et des\nbranches d'un diapason, dont on n'avait tenu aucun compte, mais encore\ndans la preuve indéniable de l'existence d'un certain nombre de sons de\nl'échelle naturelle qu'on avait considérés comme étant parce\nque leur présence ne pouvait s'expliquer à l'aide de son prédominant ut°,\nqu'on croyait être le fondamental de la manifestation vibratoire. Tous les\nharmoniques produits par un corps sonore quels que soient ses diffé-\nrents modes de vibration servent à constituer son échelle harmonique\nparticulière.\nPour qu'il ne puisse y avoir amphibologie entre le son fondamental\nréel de l'échelle (son 1) et le son fondamental des physiciens (celui qui\ndonne sa hauteur au son complexe), j'ai proposé dans la 2e note\nprésentée par M. J. Violle à l'Académie des Sciences le 6 janvier 1908,"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.30", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1200, "texte": "sous la signature G. Sizes et G. Massol d'appeler son prédominant le\nfondamental des physiciens et de réserver le nom de au son i\nde l'échelle, c'est-à-dire à celui dont le nombre de vibrations est un sous-\nmultiple exact du nombre de vibrations de tous les autres sons-partiels.\nLa longueur de la partie vibrante d^esf branches du diapason utQ\nl'ut le plus grave d'un piano construit spécialement pour ces\nexpériences, mesure environ 0,45 centimètres. Les de\nl'échelle de sons que nous avons pu enregistrer au moyen des deux\nméthodes expérimentales m'ont permis d'en déterminer l'échelle\ngénérale ; elle a pour base (ou son 1) un Fa-7 de de v-d àla seconde\nce son ne s'est pas inscrit. Le son prédominant est un utQ de 32 v-d\nplacé entre parenthèses —. Il est la base de l'échelle harmonique\nsupérieure. L'ordre adopté dans le tableau ci-dessous est le suivant :\ni° noms des sons ; 2° nombre de vibrations ; 30 ordre des harmoniques et\nrapports à la fondamentale. Le trait placé sous un nom de note signifie\nque ce son est en fonction de 7e harmonique, c'est-à-dire\ntion résolutive descendante propre àce son, dans les rapports musicaux 7/4,\n7/5 ou 7/6, contenus dans raccord\ndominante."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.31", "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 2230, "texte": "Voilà ce que nous avons pu enregistrer des vibrations d'un diapason\nfait pour donner un seul son,uto de 32 v-d ; c'est-à-dire :28 harmoniques\ninférieurs et 36 supérieurs, constituant un qui embrasse\nprès de treize octaves ;et je me garde de dire que nous avons inscrit\nles harmoniques que ce diapason a vibrés au cours de nos multiples\nexpériences.\nPour rendre aussi exacte que possible l'interprétation d'un ensemble\nde manifestations vibratoires aussi complexe, il a fallu plusieurs années de\ntravail et employer tous les moyens dont on peut disposer. J'ai dit que la\nmajeure partie des inscriptions de courbes fut faite au moyen du fil\nmétallique ; beaucoup étaient indéchiffrables. Grâce au dévouement et au\ngrand art de photographe d'un de mes amis, M. J. Boyreau, qui fut fon-\ndateur et président du Photo-Club toulousain, je pus étudier certaines\nfeuilles au moyen de leur projection sur un écran, et d'autres par agran-\ndissements photographiques successifs d'une partie de leur contenu. Grâce\nà ces moyens, je crus avoir tiré de ces expériences toute la série des\nvibrations acoustiques enregistrées.\nAu cours de cette longue étude, je dus résister à des appels trop\npressants d'en finir. On me disait \" Il ne s'agit pas d'avoir un grand\nnombre d'harmoniques, il s'agit d'avoir des harmoniques graves, inférieurs\nau son fondamental ; c'est le point capital... \" On ne voyait dans tout cela\nqu'un fait d'expérience, tandis que je voulais en tirer tout le parti\nthéorique possible et pénétrer les secrets de toutes ces manifestations. Il\nn'y avait pas intérêt à se hâter en présence de phénomènes si curieux et\nsi intéressants, comme on va voir.\nInterprétation. Contrairement à ce qui se produisait avec d'autres\ncorps sonores, je trouvais dans les échelles fournies par les diapasons un\nnombre relativement considérable de notes chromatiques qui semblaient\nne pouvoir coexister avec les sons de l'échelle de la fondamentale, ou\navec ceux de l'échelle partielle supérieure du son prédominant. En faisant\nXanalyse harmonique du tableau ci-dessus, on trouve à sa base la tonalité de\nsi!> maj.constituée par son accord de Fa, la, ut,\nmii>, sol ; avec agrégation du même accord de 9e de dominante de Fa"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.32", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2515, "texte": "maj : ut, mi, sol, ré. Ce 2e accord de neuvième est dû à la puis-\nsance d'intensité de la quinte de fondamenta ut, répétée aux cinq octaves\ninférieures de sa hauteur relative comme Cette agré-\ngation de deux accords de neuvième^en rapport de quinte, constitue le\nplus bel exemple d'accord de treizième ayant deux notes\nen fonction résolutive de 7e har. mil* et si faisant fonction de et\nonzième de cet accord. Ces deux notes résolutives lui donnent une saveur\ntoute particulière, de dureté : malgré que cet accord : Fa, la, ut,\nmil*, sol, si S', ré, contienne sepF notes susceptibles de composer\nment la gamme de si 1? majeur.\nLa présence de mi naturel,dans l'échelle inférieure à côté de\nmi-L en fonction résolutive, répété aux trois octaves supérieures malgré\n. i, JL\nsa relation très harmonique de tierce m d'ut, me paraissait étrange ; de\n' même le dernier harmonique si-I 5 placé entre si]*! et ut0, son prédominant.\nl'étude de la présence de ces sons gênants eut été tentant. Mais\nà mesure que j'étudiais les feuilles se rapportant aux harmoniques aigus,\napparaissaient à côté des octaves des sous-inférieurs toute une série\nde sons chromatiques dans l'échelle supérieure. Je crus avoir trouvé dans\nce fait, l'explication du phénomène que me signala M. E. Saint-Saëns et\nobservé à l'Eglise de la Madeleine (voir S. I. M. du 15 janvier 1912,\npage 35) \" qu'après un accord final de l'orgue, le son montait avant de\ns'éteindre \". je pensais que ces vibrations du diapason produisaient ce\nmême effet, parce que ses vibrations le s'éteignent et disparaissent pour\nfaire place aux harmoniques supérieurs ; contrairement à ce qui se\nproduit avec les cloches, dont les vibrations lentes accompagnent long-\ntemps le son prédominant.\nCependant mon attention fut éveillée par la complexité de certaines\ncourbes ; par exemple : une courbe d'ut-15 le 16 v-d, porte un rapport\n_ 266/66= utf ; une autre du même ut-I 5 porte un rapport ~ =\n1 oov, = soit. En poursuivant mon étude, je vis apparaître ainsi deux\ntonalités nouvelles, celle de La maj. caractérisée par son accord de 9e de\ndomîe mi, soit, si, ré, fat, et celle de mi maj. par son accord de dominante\nsi, rét, fat, malgré l'absence de La en fonction de 7e har. Plus de doute,\nje me trouvais en présence d'un phénomène particulier de vibration,\nayant pour base mi-3, de 5 v-d, l'harmonique 15 du tableau çi-dessus. En\nprenant les multiples entiers de cette nouvelle fondamentale, il en résulte\nl'échelle partielle suivante, dont mi-3 devient le son 1."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.33", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1834, "texte": "Il ne restait plus qu'à connaître le de cette échelle.\nSuivant la loi de vibration des diapasons, cela ne pouvait être qu'un Si,\nen relation de quinte ou l'une de ses octaves avec le fondamental\nmi. En recherchant dans les courbes photographiées avec M. Massol,\ncelles qui provenaient des vibrations des branches, nous\ntrouvâmes des courbes simples faisant 60 v-d. = siQ, en rapport I 5 avec\nutQ qui est le son prédominant de l'échelle générale de ce diapason. Dans\nles courbes complexes, telles que celles des fig. 1 et 2 ci-avant, c est\noctave inférieure si-! de 30 v-d qui accompagne ut0 de 32v. L'échelle\nci-dessus provenait donc des vibrations perpendiculaires des branches du\ndiapason, se superposant et s'entremêlant aux vibrations parallèles,\ncomme j'en ai donné l'explication, particulièrement à la courbe C de\nla fig. 1.\nOn comprend aisément la satisfaction que cette conclusion me fit\néprouver. C'était la confirmation de l'exactitude de mes premières\nmesures des courbes et du classement que j'en avais fait. Or la ire com-\nmunication à l'Académie des Sciences remontait a Je fus\ndonc bien inspiré de publier successivement la des résultats et\nd'avoir une confiance inébranlable dans leur valeur harmonique.\nCongres de V AssociationJrançaise\n1910. Ce congrès eut lieu à Toulouse le ir Août. Nous eûmes l'honneur,\nM. Massol et moi, d'y présenter un rapport détaillé sur les résultats\nexpérimentaux obtenus jusqu'à cette date. M. Gariel, qui était président\nde l'Association, nous honora de sa présence et nous témoigna toute sa\nsatisfaction. Il nous encouragea à activer nos recherches et à les publier\nau plutôt, dans l'intérêt de l'acoustique et de la musique.\nJe profitai de la présence de M. Massol pour lui soumettre les\nconclusions auxquelles m'avait conduit l'analyse du tableau d'harmoniques"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.34", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1831, "texte": "que je viens d'exposer ; il s'y rallia et nous rédigeâmes la 6e note que\nM. J. Violle présenta le 8 Août à l'Académie des Sciences, sous le titre :\n\" Comment vibre un diapason Vibrations tournantes \". Plusieurs revues\nscientifiques et musicales, se firent l'écho du congrès de Toulouse.\nInstruments a tube en cuivre. Harmon\ndu cor d'harmonie.J'avais suivi avec beaucoup d'intérêt la discussion qui eut\nlieu pendant l'été 1911, dans Gomœdia,\nplusieurs sons simultanés sur le cor W. Welter l'affirmait ;\nM. Georges Mellin disait : \" que la du cor pas plus que celle de\nn'importe quel instrument à vent, ne peut faire entendre deux sons en\nmême temps M. Castelbon de Beauxhostes écrivait, avec raison, que\nson ancien professeur de cor, M. Mascara que j'ai beaucoup connu\njouait un air de fanfare, en dessin de tierces, érigé sur une grave.\nM. Mascara imitait ainsi la fanfare célèbre qu'exécutait Vivier. Je tiens\ncette fanfare de M. C. Saint-Saëns ; elle a 6/8 et composée : à l'octave\ngrave, d'un mouvement régulier de tonique et dominante sur chaque\ntemps ; au milieu, d'une pédale de dominante et à la partie supérieure,\nd'un dessin alerte formé des trois notes composant la tierce majeure. Ce\nque l'on y trouve de remarquable, c'est que la 2e période de cette phrase\nest transposée identiquement un ton plus la 3e est sur la dominante,\npour revenir ensuite sur la tonique. On conçoit quel tour de force Vivier\nexécutait.\nJe dois aux recherches de notre excellent collègue au Conservatoire,\nM. Clergue, de connaître une méthode de cor de Dauprat, 1824,\nqui parle du système employé par Punto, le remarquable corniste du\n18e siècle, pour produire des sons simultanés sur le cor d'harmonie.\nGiovanni Punto qui composa un grand nombre d'œuvres pour le cor\net remania une méthode de son maître Hampel qu'il publia en 1789"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1, "texte": "3"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.35", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2557, "texte": "n'était autre que Johann-Wenzel «Stich, né à Zchuzicz (Bohême) en 1748\net mort à Prague en 1803. Sous le nom de Punto il parcourut tout\nl'Europe. Il se fixa un certain temps à Wiirzbourg, puis en 1782 à Paris.\nWeber dut le reconnaître, sinon il n'eut osé jamais écrire dans son con-\ncerto pour cor, le passage suivant en forme de point-d'orgue.\nCe ne sont plus deux ni trois, mais quatre notes simultanées que\nWeber exige de son interprète. Certainement il faudrait une perce\nparticulière et au corniste une étude non moins particulière pour user\nfacilement de ce moyen ; mais aucun doute ne peut s'élever sur la possi-\nbilité de faire sortir simultanément plusieurs harmoniques d'un cor et\nmême d'un trombone. Que la chose ne soit ni indispensable ni artistique,\nc'est possible ; mais le fait existe ; il n'a rien d'étonnant, étant donné le\nconstitution du son produit par un instrument à tube en cuivre, comme\nnous allons le voir.\nCe qui est plus intéressant, c'est de savoir si, avec une modification\nprobablement peu importante, on ne pourrait doter le cor (particulièrement)\nd'une échelle beaucoup plus favorable de sons naturels, et part, si la loi de\nvibration des instruments à tube est celle qu'on avait supposée jusqu'ici.\nLa note présentée par M. Violle à l'Académie des sciences, le 25 juillet\n1910, va répondre à ces deux questions. Elle a pour titre \"sur les har-\nmoniques des instruments à tube en cuivre \". Les inscriptions des vibra-\ntions furent faites avec la collaboration de M. G. Massol.\nIl est généralement admis que la longueur totale du tube des\ninstruments de musique est égale à la demi-longueur d'onde du son le\nplus grave qu'ils peuvent donner, ou sont (sensé* donner ; et que ce son est\nle premier de leur échelle harmonique. Ces instruments sont assimilés aux\ntuyaux ouverts ; la série théorique de sons qu'ils produisent (sans le\nsecours de moyens j~actices) suit la loi des harmoniques.\nSi cette loi est réellement celle qui leur est applicable, le fait qu'un\nartiste a quelquefois de la difficulté à faire sortir juste le son qu'il recherche,\ntandis qu'il n'obtient qu'un son faux (vulgairement appelé est\ninexplicable. D'autre part, les sons ainsi produits, intermédiaires à ceux\nde la série naturelle, ne peuvent se classer que si l'on prend une nouvelle\nbase de rapports, plus grave que la première.\nIl était donc intéressant de savoir si ces instrument ne faisaient pas\nvibrer des harmoniques inférieurs au son fondamental.\nPour cela nous avons fait jouer de divers instruments dans une sorte"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.36", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2125, "texte": "de résonnateur constitué par un cylindre en verre de 2icm de long et de\ni6cm, sde diamètre, sur l'une des extrémités duquel nous avions tendu\nune membrane mince en papier parchemin. Au centre de cette membrane\nnous avons adapté un fil fin en aluminium au moyen d'un peu de cire\nmolle. Les vibrations ont été inscrites ainsi que nous l'avions dit à propos\ndes diapasons.\nEn faisant résonner dans ce cylindre Vutl de 25ÔV donné par un\ncornet a pistons en j/b, nous avons enregistré des feuilles entières de courbes\ncorrespondant à ut% accompagné de utA 512\\faz 170% ut2 = 128' et\nfaY =8 qv ; ces trois derniers harmoniques sont inférieurs au son généra-\nteur, utr\nAfin d'impressionner plus vigoureusement la membrane, nous nous\nsommes servis d'un tuba en si\\, pour faire vibrer le deuxième harmonique\nde son échelle, ou sfiï (le plus grave qu'il puisse donner). Nous avons\nobtenu une échelle plus complète. La hauteur du a varié, au cours\ndes expériences, de ii6và i 20y, selon l'intensité du souffle de l'instru-\nmentiste.\nEn adoptant la base de sibt 116T, nous avons observé les harmo-\nniques suivants :\nCe sont encore trois harmoniques inférieurs au son générateur\nenregistrés. L'existence de ces harmoniques inférieurs étant démontrée,\nje me suis adressé à trois de mes collègues instrumentistes de talent\nprofesseurs au Conservatoire de Toulouse, M. Albus (trompette),\nM. Clergue (cor), M. Troupel (trombone), pour les prier de rechercher\ns'il était possible de faire rendre, pratiquà leur instrument d'autres\nsons que ceux de l'échelle usuelle, sans le secours de moyens factices.\nL'expérience a pleinement réussi. Le a donné une entre le\nlerIer et le 2e harmonique, et une tierce entre les 2e et 3e. Ces sons sont très\nbeaux et ils pourraient être employés couramment. La en\naigu (ut2) a permis d'émettre une gamme chromatique descendante entre la\n2e et le lerIer harmonique et une de formant\nl'octave au-dessous du lerIer harmonique. Elle a donné en outre : trois sons\nintermédiaires entre l'harmonique 2 et l'harmonique 3 (W3) de\nl'échelle ; ce sont : mivfa^et/^i3 (très juste) ; et trois autres entre les"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.37", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1811, "texte": "harmoniques : 3—4, 4—5 et 5 6, qui sont : si3 (très beau), (bas)\net (bas). Le cor d'harmonie en fa a couronné ses expériences par une\néchelle d'une richesse extraordinaire. Comme la trompette, il a permis\nd'émettre une gamme chromatique descendant du 2e harmonique au Ter ;\npuis un nombre assez important de sons intermédiaires.\nL'échelle théorique du cor d'harmonie va du 2e au 16e harmonique,\nc'est-à-dire quinze sons dans l'ordre naturel. Or nous avons obtenu à ce\njour, une série de quarante-deux harmoniques, allant du lerIer au 16e de\nl'échelle admise. Voici cette échelle :\nLes rondes représentent les harmoniques usuels du cor en Fa et les\nnombres placés au-dessous, l'ordre de ces harmoniques dans l'échelle\npartielle de ce cor.\nLa psésence de ces sons intermédiaires démontre : que les dimensions\ndonnées actuellement aux instruments à tube favorisent l'émission de\nYéchelle partielle du son pour lequel ils ont été construits ; mais que leur\nloi de vibration se rapporte à une dont la fondamentale,\nqui vibre à une très grande distance au grave, justifie l'existence d'un si\ngrand nombre de sons. Il suffirait probablement de quelques légères\nmodifications apportées aux dimensions de leurs tubes, pour rendre\npratiques un certain nombre de ces sons nouveaux.\nLes résultats obtenus par nos collaborateurs artistiques confirment\npleinement ceux que nous a donnés la méthode d'inscription ordinaire ;\nils montrent que les instruments à tube en cuivre peuvent donner un plus\ngrand nombre d'harmoniques que ne prévoit la théorie des tuyaux ouverts\net que l'ensemble de leurs manifestations vibratoires est régi par une loi\ngénérale analogue à celle qui a été précédemment établie à la suite des\nexpériences sur les diapasons.\nJe suis heureux de compléter l'enquête faite par et de"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.38", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2494, "texte": "conclure par la victoire des doubles, tr notes qu'on pourrait\nfaire vibrer simultanément sur le cor d'harmonie, comme Weber les\na écrites et comme Vivier|, Mascara, Dauprat et Punto les exécutaient.\nMais le côté le plus intéressant de la question est celui qui a trait aux\nmoyens d'exécution nouveaux que les cornistes peuvent tirer de ces expé-\nriences. M. Clergue m'a démontré qu'en appliquant avec confiance la\nméthode que je lui avais indiquée, il était arrivé à exécuter facilement\nen sons ouverts beaucoup de choses qu'il avait trouvées fort difficiles\njusques là, autant dans la musique ancienne que dans ces œuvres modernes.\nEn se servant des mêmes moyens, ses élèves réussissent beaucoup de\npassages qui sont fort scabreux au moyen en ; particulièrement des\ndessins à notes conjointes dans le genre des et la gamme ascen-\ndante très rapide, d'ut à ut aigu, qui est dans la dernière partie du\nMorceau de concert op. 94, de M. C. Saint-Saëns. C'est certainement\nainsi que devait l'exécuter le grand corniste Chaussier, auquel l'œuvre est\ndédiée. Voici d'ailleurs ce que le Maitre m'écrivait à ce sujet, après lui\navoir communiqué les résultats expérimentaux et l'idée qui les avaient\nprovoqués : \" Mon cher ami... ce que vous dites à propos des sons\nnaturels du cor m'explique le phénomène du corniste Chaussier (mort\nrécemment), qui exécutait en son ouverts, sur le cor sans pistons, à peu\nprès tout ce qu'il voulait. Il me disait à ce propos des choses extraordi-\nnaires, toutes différentes de la théorie admise. On le prenait pour un fou,\nmais les résultats étaient là, indéniables, et il exécutait couramment des\nchoses réputées impossibles pour les autres. Cela devait tenir à une\nconformation particulière de ses lèvres. \"\nUn fait nouveau pour moi, et inconnu de mes collègues, est venu\nconfirmer les expériences dont il vient d'être question. Mon collègue au\nconservatoire, M. Albus, a pris copie au mois de septembre 1912, d'une\ncadence exécutée par M. Albert Couturier, surnommé \" Le Roi des\nPistons \", dans les divers concerts d'Europe, d'Amérique et particulière-\nment à \" l'Etoile-Palace \" de Paris, en novembre 1906. Cette\nsans accompagnement ne tient pas moins de deux pages grand\nformat. Elle est on ne peut plus abracadabrante comme difficultés, et\nexige une étendue de cinq octaves chromaallant de l'ut6 au-dessus de\nla 5e ligne supplémentaire en clé de sol, à l'ut! 2e ligne au-dessous de la\nportée en clé de Fa ; contenant au milieu le passage ci-dessous."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.39", "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1575, "texte": "Comme on l'a vu précédemment, nous avions constaté avec M. Albus\nl'étendue extraordinaire de cinq octaves,mais je ne me doutais pas qu'un\ninstrumentiste avait pu obtenir d'un cornet à piston\nsons, comme les exécutaient les cornistes précédemment cités. Il est\ncependant curieux de constater et le fait est très naturel que les\ncornistes espaçaient leurs doubles, triples et quadruples notes de une,\ndeux et trois octaves ; tandis qu'avec le cornet à pistons elles peuvent se\nfaire dans la même octave. Cela tient à ce que les harmoniques sont\nbeaucoup plus rapprochés au diapason auquel Couturier les faisait\nentendre, (de l'ut3 à l'ut4 de l'échelle partielle du piston, plus aiguë que\ncelle du cor). Tout cela provient de phénomènes naturels encore inconnus\nde nous et qui ont pour base : l'existence réelle d'une échelle inférieure\nde sons que notre oreille ne perçoit pas - heureusement pour la musique?\nmais qui est à la base de tous le phénomènes vibratoires, c'est ce\nque j'ai été assez heureux de pouvoir le démontrer après vingt-cinq\nannées de recherches.\nJ'aurais encore beaucoup à dire sur un sujet aussi vaste, ne serais-ce\nque pour répondre aux nombreuses demandes que l'on me fait l'honneur\nde m'adresser ; mais, en attendant que le peu de temps dont je dispose en\ndehors de ma carrière artistique et professorale me permette de publier\nmes travaux complets, je me réserve pour une prochaine communication\nsur : la loi générale de vibration des corps sonores, pour laquelle quelques\nexpériences me sont encore nécessaires.\n\nGabriel Sizes."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c028", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 40, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.7", "titre_corps": "LES LIVRES", "titre_sommaire": "LES LIVRES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.40", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2690, "texte": "UN LIVRE NOUVEAU DE CAMILLE SAINT-SAÈNS\nSAINT-SAËNS (Camille). Ecole buissonnïere. Notes et\nsouvenirs. (Pierre Lafitte et Cie. 1913, in-120 de 366 pp.)\nDepuis que la musique existe, l'histoire ne nous a pas donné\nl'exemple d'un compositeur plus curieux que ne l'est M. Saint-\nSaëns, je veux dire curieux des choses de son art et de quibusdam\naliis. Personne mieux que l'auteur de ces brillantes causeries, n'a\nréalisé le vœux du poète latin \" Félix qui potuit rerum cognoscere\ncausas \" ! Heureux, en effet, l'artiste que la pratique de son métier\nn'absorbe pas et qui sait se faire lire après s'être fait entendre ! Et,\nen vérité, la plume de M. Saint-Saëns est singulièrement alerte.\nOn ne résiste pas à la vivacité d'un style aussi aisé, qui nous mène et\nnous promène et nous ramène, à travers les souvenirs personnels,\njusqu'aux problèmes insolubles, qui diviseront toujours la critique\nmusicale. Ici, ce sont des impressions d'enfance, dont nos lecteurs\nont eu la bonne surprise, là, des récits de voyage, poétiques et\nsaississants ou bien des portraits dont l'histoire saura gré à l'auteur\nd'Ascanio ; enfin des fantaisies scientifiques, des variétés, et\ndes discussions proprement musicales.\nCes dernières nous intéressent tout particulièrement et nous demanderons la permisson au\nvénérable Maître d'insister un instant sur les idées qu'elles défendent ou qu'elles attaquent.\nCar il y a des polémiques dans ces pages, ou plutôt derrière elles. M. Saint-Saëns et\nc'est son grand mérite n'écrit jamais sans qu'une certaine émotion ne fasse tressaillir sa\nplume, et vingt fois apparaît en son livre, comme un leit motif involontaire, le thème favori\nd'un esprit inquiet, qui déplore les tendances de la musique moderne. Oui, les voies où s'est\nengagé notre art, sous l'influence de Wagner et de la jeune école française, sont, pour\nM. Saint-Saëns, des voies de perdition au bout desquelles une catastrophe semble inévitable.\nTelle est la thèse que nous laisse apercevoir, comme un point de vue familier, comme une\nperspective obligatoire, cet esprit tentateur et subtil, chaque fois qu'il nous transporte sur la\nmontagne de la science. Thèse hardie, à laquelle beaucoup de lecteurs applaudissent, je le\nsais, mais qui demanderait cependant à être examinée d'un peu près.\nM. Saint-Saëns a toujours évité ce débat. Ici encore il écrit :\n\" On ne trouvera pas dans ce livre mon opinion sur une nouvelle Ecole musicale, connue de tout\nle monde.... Nombre de gens déclarent quils adorent ça. Ils sont bien heureux : ils goûtent des jouis-\nsances dont je n'ai même pas Vidée, et que je ne connaîtrai jamais. \"\nCette retenue se conçoit. M. Saint-Saëns est un bienveillant ; il nous donne la plus"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 10, "texte": "LES LIVRES"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.41", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 4073, "texte": "belle preuve de son libéralisme, tout en nous laissant entendre où vont ses préférences.\nMais il y a plus encore, M. Saint-Saëns appartient très manifestement à la catégorie des\nesprits novateurs qui sont nés pour guider l'humanité et non pour arrêter ses regards sur le\npassé. Mais certes, mon cher Maître ? Ne vous défendez pas d'avoir voulu faire et d'avoir fait\ndu nouveau avec le Timbre d'argent comme avec Samson et avec la Symphonie en ut. L'indiffé-\nrence énergique des directeurs de théâtre, l'indignation sauvage de la critique, les clameurs de\ntoutes routines, de tous les statu quo vous ont assez démontré que vous dérangiez les lois\nadmises, les concepts reçus, les formules favorites. Ne vous défendez pas d'avoir fait triompher\nchez nous cette musique symphonique, cet art de pure émotion, celui de Bach, de Beethoven,\nde Schumann, dont la France de 1865 ignorait la puissante magie et dont elle avait, par tous\nles moyens, cherché à éviter l'emprise. Si le Français est devenu musical, s'il se plonge avec\njoie dans le flot des musiques de chambre et des musiques d'orchestre que d'incessants concerts\nfont jaillir sous ses pas, c'est à vous, à l'apostolat exercé par vous en faveur de tous les\nnouveaux venus dans la musique (il y a trente ans), qu'il le doit. C'est à votre sympathie pour\nle grand révolutionnaire Hector Berlioz, à votre amitié pour l'étrange et bouillonnant Franz\nLiszt, à votre désir de provoquer un mouvement neuf et local comme cette Société Nationale\nque vous fondiez jadis avec Henri Duparc, enfin à cette rapide intuition de Wagner, qui\n(permettez-moi une anecdote) vous faisait certain soir briser de dépit votre assiette au restau-\nrant de Bayreuth, en apprenant que la Valkyrie était ajournée. La musique de l'avenir ! Mais\nelle n'a pas eu en France de défenseur plus passionné, d'agent plus efficace et plus heureux\nque le très grand et très éclairé Camille Saint-Saëns.\nEt voilà qu'aujourd'hui cette attitude s'est modifiée, cet apostolat s'est arrêté, cette\nmarche en avant a cédé la place à une prudente réserve. Que s'est-il passé ? Nous ne le voyons\npas, nous ne le comprenons pas, et nous gémissons de constater que le Maître veut laisser\nplaner une mystérieuse obscurité sur ses sentiments.\nComment en un plomb vil, l'or pur s'est-il changé ?\nLa musique aurait-elle démérité depuis quelques années ? Elle a évolué ; c'est un fait ;\nc'est aussi un droit. Et s'il est un esprit assez clairvoyant dans le monde pour comprendre,\npour justifier, pour accepter cette évolution, n'est-ce pas celui qui a conçu ces pages lucides\nde Y Ecole buissonnière ? N'est-ce pas celui d'un érudit qui nous raconte comment l'harmonie\ns'est peu formée depuis Monteverde, comment l'édifice des septièmes, des neuvièmes, des\nonzièmes a successivement élevé l'audace de ses dissonances ! Nous lisons5 pages 305 :\n\" Fétisy dans son Traité d'harmonie s'est élevé contre un délicieux passage de la symphonie en\nut de Beethoven (construit sur un accord de neuvième), il constate le frémissement de plaisir du public\na son audition, mais, selon lui, l'auteur n'avait pas le droit de l'écrire, l'auditoire n'a pas le droit de\nl'admirer. Les savants ont parfois d'étranges idées... \"\nSoyons bien persuadés que le grand artiste qu'est M. Saint-Saëns n'est jamais tombé dans\nsemblable travers en écoutant un morceau de musique moderne et que sa sensibilité a toujours\ndonné raison à l'émotion du public contre le précepte de l'école. Le suspecter d'un fétisisme\ngrossier serait lui faire injure.\nDira-t-on, pour expliquer les résistances dont il est ici question, que l'évolution musicale\nde ces dernières années a brusquement changé de sens et que nous tournons le dos aux grands\nhommes du XIXe siècle, germano-sentimental, dont M. Saint-Saëns fut le champion. Non pas\net, il semble bien au contraire que la continuité d'une même orientation soit admise et sentie\npar l'auteur de ce livre suggestif. Car M. Saint-Saëns nous représente de la façon suivante, et\nà vol d'oiseau, la marche de notre musique occidentale depuis le moyen âge :"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3894, "texte": "u U expression, écrit-il, est née avec /'accord de septième [a la fin du XVIe siècle).... Ce serait\nune grande erreur de croire qu alors les règles furent renversées; de nouvelles s9ajoutèrent aux anciennes,\nnécessités par des besoins vouveaux. On apprit a moduler, à se transporter aux tonalités voisines, puis\naux tonalités de plus en plus éloignées.... jusqu à ce qu on a appelé fort justement le système omnitonique\nréalisé par Richard Wagner... Nous en sommes au système a-tonique... \"\nOn ne saurait mieux dire, et mieux sentir la logique des réalités historiques.\nMais alors ?...\nAlors, le lecteur, arrivé à cette page de tranquille narration, sera bien en peine de s'expliquer\nla brusque indignation qui saisit tout à coup l'auteur en face cet a-tonisme, résultat dernier et\nnormal d'une évolution placide et inéluctable. Hé quoi! la musique s'est engagée à fond depuis\nquatre siècles dans la voie de l'expression sentimentale, elle a bouleversé l'ordre des vieux modes\nmélodiques, elle n'a cessé d'ajouter des règles, chaque fois qu'un besoin nouveau se faisait\nsentir, (ce qui revient à avouer que la théorie a docilement suivi la pratique des maîtres,) enfin,\ntout ce grand mouvement n'a tendu qu'à une fusion plus intime et plus émouvante de la matière\nsonore ! Et l'on vient nous dire aujourd'hui qu'il faut s'arrêter, que le mélange des tonalités est\ntrop intime, l'atmosphère sonore trop subtile, l'ambiance trop exquise, le résultat sentimental\ntrop bien atteint, que la théorie, l'éternelle servante, s'alarme des progrès de la pratique ! On\nen vient à dénier pour ainsi dire le nom de musique à ce qui n'est que la conséquence avouée\nd'un des plus prodigieux efforts dont le génie humain ait jamais donné l'exemple !\nAh ! très illustre Maître, si vous étiez des ennemis de la musique, si vous aviez signé la\nbulle de Jean XXII, condamnant l'essor de notre art dès le moyen âge, si vous aviez raillé\nles Bouffons italiens, déprécié Rameau, sacrifié Gluck à Picinni, et Berlioz à Auber, si vous vous\nnommiez Castil-Blaze, ou Scudo, voire même Fétis, si, au lieu de composer l'étincelante\nOuverture de la Princesse Jaune, vous vous étiez écrié comme Jouvin : \" On ne sait dans quelle\ntonalité, dans quelle mesures est écrite cette œuvre \",... alors votre thèse deviendrait aisée à\nsoutenir. Mais, encore une fois, vous êtes de ceux, dont la musique occidentale a le droit d'être\nfière ; vous avez tout fait pour sa gloire, et elle vous l'a bien rendu ! Ne lui tenez pas\nrigueur. On ne comprend pas comment l'enthousiasme pour une cause juste et sainte, celle de\nla musique pure, peut se changer tout à coup en froideur insigne et en humeur terrifiante. En\nvérité, il y a là une énigme !\nJ. ECORCHEVILLE.\nAURIOL (Henri). — Décentralisation musicale. (Paris Figuière, 1912, in-120 de\n256 pp ; Fcs. 3,50).\nGrave question, qui se complique de beaucoup d'autres. L'existence de nos théâtres\nlyriques à Paris et en province est liée à tant d'intérêts ! La campagne de M. Auriol n'en sera\npas moins bienfaisante. Nos lecteurs auxquels le député de la Haute-Garonne l'a exposé en\ndétail savent combien ce projet est utile, est nécessaire pour rendre à notre vie musicale de\nprovince un peu d'éclat, et surtout pour décongestionner nos théâtres de Paris. Ce qu'on ne\nsaurait imaginer, avant d'avoir parcouru le volume lui-même, c'est la somme de documents\nprécis de statistiques, de tableaux et de chiffres accumulée par M. Auriol et qui fait de cet\nouvrage un tableau saisissant de notre état lyrique présent de la France.\nIl est une chose pourtant à laquelle, l'auteur ne me semble pas avoir accordé grande\nimportance, et qui est de nature, selon moi, à rendre difficile une sérieuse décentralisation\nmusicale. C'est ce qu'on pourrait appeler la moralité de nos théâtres de province. Chacun sait\nque hors de quelques grands théâtres de très grandes villes, les établissements lyriques en"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.43", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3596, "texte": "provinces ne vivraient pas s'ils n'étaient maintenus par des amateurs qui les commanditent et\nles soutiennent. Ce soutien, est-ce à la musique qu'il s'adresse, est-ce même au bénéfice de fin\nd'année ? Nullement. Les amis du théâtre sont en réalité les amis des jeunes personnes qui\nviennent égayer durant quelques semaines la monotonie de la vie provinciale. Les conséquences,\non les devine. Toute tentative artistique de décentralisation se heurtera à la mentalité particu-\nlière de ce groupe d'amateur qui fait la loi dans chaque théâtre provincial, et à qui aucun\ndirecteur ne résiste. Ni M. Auriol, ni M. Silver, ni M. Bérard lui-même ne prévaudront\ncontre ces mœurs, que personne n'ose dénoncer, sujet scabreux entre tous, et autour duquel la\nmorale et l'intérêt personnel s'entendent pour faire le silence.\nSWIFT.\nBASTIANELLI (Giannotto). La crisi musicale europea. (Pistoia, D. Pagnini, 1912,\nin-160, 267 pp. Fr. 3,00.)\nLes principaux jeunes musiciens d'aujourd'hui sont-ils ou non des décadents ? Telle est la\nlourde question que, je l'avoue humblement, je n'avais pas encore songé à me poser et que mon\ncompatriote Bastianelii résout dans ce très remarquable livre par l'affirmative. Je dois dire, que,\nsi cette conclusion ne correspond pas entièrement à mes idées personnelles à propos de maints\nmusiciens français actuels, je n'en trouve pas moins que l'auteur défend cette thèse avec une\nardeur éminemment sympathique, une clairvoyance et une finesse d'observation fort rares. On\npourra reprocher à Fauteur quelques abus \" philosophiques \" qui, parfois, rendent difficile la\ncompréhension de ses idées. Mais la jeunesse débordante et enthousiaste, la justesse presque\nconstante des vues, la solidité de la documentation historique priment tout et confèrent un\nhaut prix à l'œuvre.\nParticulièrement heureux sont les chapitres sur Richard Strauss et sur les modernes français,\npour la musicalité desquels B. professe la plus grande et sincère admiration. La comparaison de\nl'art grandiose, chaotique et baroque (cependant si vivant) de Salomè et de l'autre art si éton-\nnamment riche, harmonieux et original de 1' A pris-midi d'un faune et des Rondes de printemps,\ncomparaison toute à l'avantage de ce dernier, est particulièrement profonde et abondante en\naperçus ingénieux, notamment sur la distance qui sépare le système tonal debussyste, si subtil\net si complexe, du système chromatique (partant post-wagnérien et romantique altéré)\nstraussien. Cette comparaison suggère à l'auteur une piquante remarque : \" La terrible tyrannie\nwagnérienne vaincue définitivement, non par le flamboyant Strauss, mais par le \" diaphane \"\nDebussy, quel troublant symbole ! \"\nMais il est un autre côté du livre plus intéressant encore pour ceux qui, comme le\nsignataire de ces lignes, ont à cœur l'avenir de l'ltalie musicale. 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Bibliographie des Chants Populaires Français.\n(Rouart-Lerolle et Cie, in-8° de 186 pp. Fr. 5.)\nL'auteur l'avoue lui-même, ce n'est pas une bibliographie bibliographique, mais plutôt la\npromenade d'un ami de la chanson populaire à travers une riche collection de fiches et livres\nanciens ou modernes. La première partie du volume est consacrée à des extraits, pris dans nos\nauteurs français, et où la chanson populaire est traitée avec éloges. Puis vient une liste de livres\nde chanson, où le XVIe joue un grand rôle ; on y rencontre un peu de tout, même les\ntablatures de Nicolas Vallet ou les Traités du Père Parant. Enfin suivent les éléments d'une\nbibliographie du folklore provincial et l'indication de quelques volumes littéraires, où la chanson\ntraditionnaliste a trouvé sa mention. L'effort accompli par M. de Beaurepaire est considérable\net il ne devait pas être perdu. Cette bibliographie sera un précieux instrument pour les.\nchercheurs.\nCAULLET (G.). Musiciens de la Collégiale Notre-Dame de Courir ai, d'après leur\ntestament. (Courtrai, \" Flandria \", 1911, in-8° de 194 pp.\nEn faisant des recherches dans les archives de Flandres au XVe et XVIe siècle, 011 est sûr\nae découvrir des noms, dont l'Europe se souvient encore. C'est le cas pour M. Caullet qui met\nau jour ses fructueuses recherches dans les papiers de la Collégiale N. D. à Courtrai. Il nous\nmontre des actes concernant Pierre de la Rue, Gombert, Canis, Pickart et bien d'autres\nmoins illustres, mais, dont les testaments rédigés, nous donnent un tableau fidèle des mœurs\ncanoniques de l'école franco-belge. Ce Hainaut était pour les souverains de Bourgogne et\nd'Autriche un pays de riches prébendes,dont ils gratifiaient les musiciens de leur chapelle, moyen\ntrès simple de donner aux fonctionnaires une retraite ouvrière. Grâce à ces actes de chapitre\nnous pouvons nous représenter quelle était la vie de ces artistes, pourvus d'un bénéfice et d'un\ntitre à Courtrai, à St-Omer, ou à Malines, mais suivant, en réalité, le souverain, à Augsbourgy\nà Tolède, à Bourges ou à Madrid.\n\nLIVRES REÇUS\nCOURANT (Maurice). Essai historique sur la musique classique des Chinois, avec\nun appendice relatif à la musique Coréenne. (Delagras 1913, in-fol de 165 pp.)\nSAINT-SAENS (Camille). Ecole buissonnïere, notes et souvenirs. (Pierre Lafitte\net Cie, 1913 in 12° de 366 pp.)\nGASTOLDI (Jacopo) di Caravaggio. Ballet italien de 1592, remis en partitions\npar DESPORTES, illustrations de B. NAUDIN. (Paris, Martine, 83, faubourg Sl. Honoré,\n1913, in-fol.)\nMAHILLON. Catalogue du Musée instrumental du Conservatoire royal de Musique\nde Bruxelles. Tome IV. (Gand 1912, in-12° de 500 pp.)\nHAMMERICH (Angul). Mediaeval musical relies of Denmark. (Lpz. Breitkopf\n1912, in-fol de 124 pp. tiré à 200 exemplaires.)\nROBERT (Paul-Louis). Auguste Guéroult, organiste de Rouen, 1836-1911.\n(Rouen, P. Leprètre 1913, in-8° de 24 pp)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c030", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 40, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.7.2", "titre_corps": "UN LIVRE NOUVEAU DE CAMILLE SAINT-SAÈNS", "titre_sommaire": "UN LIVRE NOUVEAU DE CAMILLE SAINT-SAÈNS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.40", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2690, "texte": "UN LIVRE NOUVEAU DE CAMILLE SAINT-SAÈNS\nSAINT-SAËNS (Camille). Ecole buissonnïere. Notes et\nsouvenirs. (Pierre Lafitte et Cie. 1913, in-120 de 366 pp.)\nDepuis que la musique existe, l'histoire ne nous a pas donné\nl'exemple d'un compositeur plus curieux que ne l'est M. Saint-\nSaëns, je veux dire curieux des choses de son art et de quibusdam\naliis. Personne mieux que l'auteur de ces brillantes causeries, n'a\nréalisé le vœux du poète latin \" Félix qui potuit rerum cognoscere\ncausas \" ! Heureux, en effet, l'artiste que la pratique de son métier\nn'absorbe pas et qui sait se faire lire après s'être fait entendre ! Et,\nen vérité, la plume de M. Saint-Saëns est singulièrement alerte.\nOn ne résiste pas à la vivacité d'un style aussi aisé, qui nous mène et\nnous promène et nous ramène, à travers les souvenirs personnels,\njusqu'aux problèmes insolubles, qui diviseront toujours la critique\nmusicale. Ici, ce sont des impressions d'enfance, dont nos lecteurs\nont eu la bonne surprise, là, des récits de voyage, poétiques et\nsaississants ou bien des portraits dont l'histoire saura gré à l'auteur\nd'Ascanio ; enfin des fantaisies scientifiques, des variétés, et\ndes discussions proprement musicales.\nCes dernières nous intéressent tout particulièrement et nous demanderons la permisson au\nvénérable Maître d'insister un instant sur les idées qu'elles défendent ou qu'elles attaquent.\nCar il y a des polémiques dans ces pages, ou plutôt derrière elles. M. Saint-Saëns et\nc'est son grand mérite n'écrit jamais sans qu'une certaine émotion ne fasse tressaillir sa\nplume, et vingt fois apparaît en son livre, comme un leit motif involontaire, le thème favori\nd'un esprit inquiet, qui déplore les tendances de la musique moderne. Oui, les voies où s'est\nengagé notre art, sous l'influence de Wagner et de la jeune école française, sont, pour\nM. Saint-Saëns, des voies de perdition au bout desquelles une catastrophe semble inévitable.\nTelle est la thèse que nous laisse apercevoir, comme un point de vue familier, comme une\nperspective obligatoire, cet esprit tentateur et subtil, chaque fois qu'il nous transporte sur la\nmontagne de la science. Thèse hardie, à laquelle beaucoup de lecteurs applaudissent, je le\nsais, mais qui demanderait cependant à être examinée d'un peu près.\nM. Saint-Saëns a toujours évité ce débat. Ici encore il écrit :\n\" On ne trouvera pas dans ce livre mon opinion sur une nouvelle Ecole musicale, connue de tout\nle monde.... Nombre de gens déclarent quils adorent ça. Ils sont bien heureux : ils goûtent des jouis-\nsances dont je n'ai même pas Vidée, et que je ne connaîtrai jamais. \"\nCette retenue se conçoit. M. Saint-Saëns est un bienveillant ; il nous donne la plus"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.41", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 4073, "texte": "belle preuve de son libéralisme, tout en nous laissant entendre où vont ses préférences.\nMais il y a plus encore, M. Saint-Saëns appartient très manifestement à la catégorie des\nesprits novateurs qui sont nés pour guider l'humanité et non pour arrêter ses regards sur le\npassé. Mais certes, mon cher Maître ? Ne vous défendez pas d'avoir voulu faire et d'avoir fait\ndu nouveau avec le Timbre d'argent comme avec Samson et avec la Symphonie en ut. L'indiffé-\nrence énergique des directeurs de théâtre, l'indignation sauvage de la critique, les clameurs de\ntoutes routines, de tous les statu quo vous ont assez démontré que vous dérangiez les lois\nadmises, les concepts reçus, les formules favorites. Ne vous défendez pas d'avoir fait triompher\nchez nous cette musique symphonique, cet art de pure émotion, celui de Bach, de Beethoven,\nde Schumann, dont la France de 1865 ignorait la puissante magie et dont elle avait, par tous\nles moyens, cherché à éviter l'emprise. Si le Français est devenu musical, s'il se plonge avec\njoie dans le flot des musiques de chambre et des musiques d'orchestre que d'incessants concerts\nfont jaillir sous ses pas, c'est à vous, à l'apostolat exercé par vous en faveur de tous les\nnouveaux venus dans la musique (il y a trente ans), qu'il le doit. C'est à votre sympathie pour\nle grand révolutionnaire Hector Berlioz, à votre amitié pour l'étrange et bouillonnant Franz\nLiszt, à votre désir de provoquer un mouvement neuf et local comme cette Société Nationale\nque vous fondiez jadis avec Henri Duparc, enfin à cette rapide intuition de Wagner, qui\n(permettez-moi une anecdote) vous faisait certain soir briser de dépit votre assiette au restau-\nrant de Bayreuth, en apprenant que la Valkyrie était ajournée. La musique de l'avenir ! Mais\nelle n'a pas eu en France de défenseur plus passionné, d'agent plus efficace et plus heureux\nque le très grand et très éclairé Camille Saint-Saëns.\nEt voilà qu'aujourd'hui cette attitude s'est modifiée, cet apostolat s'est arrêté, cette\nmarche en avant a cédé la place à une prudente réserve. Que s'est-il passé ? Nous ne le voyons\npas, nous ne le comprenons pas, et nous gémissons de constater que le Maître veut laisser\nplaner une mystérieuse obscurité sur ses sentiments.\nComment en un plomb vil, l'or pur s'est-il changé ?\nLa musique aurait-elle démérité depuis quelques années ? Elle a évolué ; c'est un fait ;\nc'est aussi un droit. Et s'il est un esprit assez clairvoyant dans le monde pour comprendre,\npour justifier, pour accepter cette évolution, n'est-ce pas celui qui a conçu ces pages lucides\nde Y Ecole buissonnière ? N'est-ce pas celui d'un érudit qui nous raconte comment l'harmonie\ns'est peu formée depuis Monteverde, comment l'édifice des septièmes, des neuvièmes, des\nonzièmes a successivement élevé l'audace de ses dissonances ! Nous lisons5 pages 305 :\n\" Fétisy dans son Traité d'harmonie s'est élevé contre un délicieux passage de la symphonie en\nut de Beethoven (construit sur un accord de neuvième), il constate le frémissement de plaisir du public\na son audition, mais, selon lui, l'auteur n'avait pas le droit de l'écrire, l'auditoire n'a pas le droit de\nl'admirer. Les savants ont parfois d'étranges idées... \"\nSoyons bien persuadés que le grand artiste qu'est M. Saint-Saëns n'est jamais tombé dans\nsemblable travers en écoutant un morceau de musique moderne et que sa sensibilité a toujours\ndonné raison à l'émotion du public contre le précepte de l'école. Le suspecter d'un fétisisme\ngrossier serait lui faire injure.\nDira-t-on, pour expliquer les résistances dont il est ici question, que l'évolution musicale\nde ces dernières années a brusquement changé de sens et que nous tournons le dos aux grands\nhommes du XIXe siècle, germano-sentimental, dont M. Saint-Saëns fut le champion. Non pas\net, il semble bien au contraire que la continuité d'une même orientation soit admise et sentie\npar l'auteur de ce livre suggestif. Car M. Saint-Saëns nous représente de la façon suivante, et\nà vol d'oiseau, la marche de notre musique occidentale depuis le moyen âge :"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.42", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3894, "texte": "u U expression, écrit-il, est née avec /'accord de septième [a la fin du XVIe siècle).... Ce serait\nune grande erreur de croire qu alors les règles furent renversées; de nouvelles s9ajoutèrent aux anciennes,\nnécessités par des besoins vouveaux. On apprit a moduler, à se transporter aux tonalités voisines, puis\naux tonalités de plus en plus éloignées.... jusqu à ce qu on a appelé fort justement le système omnitonique\nréalisé par Richard Wagner... Nous en sommes au système a-tonique... \"\nOn ne saurait mieux dire, et mieux sentir la logique des réalités historiques.\nMais alors ?...\nAlors, le lecteur, arrivé à cette page de tranquille narration, sera bien en peine de s'expliquer\nla brusque indignation qui saisit tout à coup l'auteur en face cet a-tonisme, résultat dernier et\nnormal d'une évolution placide et inéluctable. Hé quoi! la musique s'est engagée à fond depuis\nquatre siècles dans la voie de l'expression sentimentale, elle a bouleversé l'ordre des vieux modes\nmélodiques, elle n'a cessé d'ajouter des règles, chaque fois qu'un besoin nouveau se faisait\nsentir, (ce qui revient à avouer que la théorie a docilement suivi la pratique des maîtres,) enfin,\ntout ce grand mouvement n'a tendu qu'à une fusion plus intime et plus émouvante de la matière\nsonore ! Et l'on vient nous dire aujourd'hui qu'il faut s'arrêter, que le mélange des tonalités est\ntrop intime, l'atmosphère sonore trop subtile, l'ambiance trop exquise, le résultat sentimental\ntrop bien atteint, que la théorie, l'éternelle servante, s'alarme des progrès de la pratique ! On\nen vient à dénier pour ainsi dire le nom de musique à ce qui n'est que la conséquence avouée\nd'un des plus prodigieux efforts dont le génie humain ait jamais donné l'exemple !\nAh ! très illustre Maître, si vous étiez des ennemis de la musique, si vous aviez signé la\nbulle de Jean XXII, condamnant l'essor de notre art dès le moyen âge, si vous aviez raillé\nles Bouffons italiens, déprécié Rameau, sacrifié Gluck à Picinni, et Berlioz à Auber, si vous vous\nnommiez Castil-Blaze, ou Scudo, voire même Fétis, si, au lieu de composer l'étincelante\nOuverture de la Princesse Jaune, vous vous étiez écrié comme Jouvin : \" On ne sait dans quelle\ntonalité, dans quelle mesures est écrite cette œuvre \",... alors votre thèse deviendrait aisée à\nsoutenir. Mais, encore une fois, vous êtes de ceux, dont la musique occidentale a le droit d'être\nfière ; vous avez tout fait pour sa gloire, et elle vous l'a bien rendu ! Ne lui tenez pas\nrigueur. On ne comprend pas comment l'enthousiasme pour une cause juste et sainte, celle de\nla musique pure, peut se changer tout à coup en froideur insigne et en humeur terrifiante. En\nvérité, il y a là une énigme !\nJ. ECORCHEVILLE.\nAURIOL (Henri). — Décentralisation musicale. (Paris Figuière, 1912, in-120 de\n256 pp ; Fcs. 3,50).\nGrave question, qui se complique de beaucoup d'autres. L'existence de nos théâtres\nlyriques à Paris et en province est liée à tant d'intérêts ! La campagne de M. Auriol n'en sera\npas moins bienfaisante. Nos lecteurs auxquels le député de la Haute-Garonne l'a exposé en\ndétail savent combien ce projet est utile, est nécessaire pour rendre à notre vie musicale de\nprovince un peu d'éclat, et surtout pour décongestionner nos théâtres de Paris. Ce qu'on ne\nsaurait imaginer, avant d'avoir parcouru le volume lui-même, c'est la somme de documents\nprécis de statistiques, de tableaux et de chiffres accumulée par M. Auriol et qui fait de cet\nouvrage un tableau saisissant de notre état lyrique présent de la France.\nIl est une chose pourtant à laquelle, l'auteur ne me semble pas avoir accordé grande\nimportance, et qui est de nature, selon moi, à rendre difficile une sérieuse décentralisation\nmusicale. C'est ce qu'on pourrait appeler la moralité de nos théâtres de province. Chacun sait\nque hors de quelques grands théâtres de très grandes villes, les établissements lyriques en"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.43", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3596, "texte": "provinces ne vivraient pas s'ils n'étaient maintenus par des amateurs qui les commanditent et\nles soutiennent. Ce soutien, est-ce à la musique qu'il s'adresse, est-ce même au bénéfice de fin\nd'année ? Nullement. Les amis du théâtre sont en réalité les amis des jeunes personnes qui\nviennent égayer durant quelques semaines la monotonie de la vie provinciale. Les conséquences,\non les devine. Toute tentative artistique de décentralisation se heurtera à la mentalité particu-\nlière de ce groupe d'amateur qui fait la loi dans chaque théâtre provincial, et à qui aucun\ndirecteur ne résiste. Ni M. Auriol, ni M. Silver, ni M. Bérard lui-même ne prévaudront\ncontre ces mœurs, que personne n'ose dénoncer, sujet scabreux entre tous, et autour duquel la\nmorale et l'intérêt personnel s'entendent pour faire le silence.\nSWIFT.\nBASTIANELLI (Giannotto). La crisi musicale europea. (Pistoia, D. Pagnini, 1912,\nin-160, 267 pp. Fr. 3,00.)\nLes principaux jeunes musiciens d'aujourd'hui sont-ils ou non des décadents ? Telle est la\nlourde question que, je l'avoue humblement, je n'avais pas encore songé à me poser et que mon\ncompatriote Bastianelii résout dans ce très remarquable livre par l'affirmative. Je dois dire, que,\nsi cette conclusion ne correspond pas entièrement à mes idées personnelles à propos de maints\nmusiciens français actuels, je n'en trouve pas moins que l'auteur défend cette thèse avec une\nardeur éminemment sympathique, une clairvoyance et une finesse d'observation fort rares. On\npourra reprocher à Fauteur quelques abus \" philosophiques \" qui, parfois, rendent difficile la\ncompréhension de ses idées. Mais la jeunesse débordante et enthousiaste, la justesse presque\nconstante des vues, la solidité de la documentation historique priment tout et confèrent un\nhaut prix à l'œuvre.\nParticulièrement heureux sont les chapitres sur Richard Strauss et sur les modernes français,\npour la musicalité desquels B. professe la plus grande et sincère admiration. 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Ce sont les réflexions sur\nl'origine probable de l'effroyable décadence subie au i()me siècle par la musique italienne,\ntombée assez bas pour réduire la patrie de notre art à donner le jour à un Leoncavallo dans\nla ville même qui avait vu naître Domenico Scarlatti. B. voit avec justesse les causes de cette\ndouloureuse décadence dans l'abaissement de la conscience nationale chez un peuple qui,\npendant trois siècles, fut l'esclave de l'Europe. Puisse l'éclatante affirmation d'une nouvelle\nmais déjà forte conscience, affirmation qui apparut aux Italiens, comme le plus magnifique\napport de ce fécond et étonnant 1912, nous faire bientôt assister àla réalisation de nos rêves !\nLe beau livre de B. en est un joyeux et significatif présage...\nALFRED CASELLA."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.44", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2093, "texte": "BEAUREPAIRE-FROMENT (de). Bibliographie des Chants Populaires Français.\n(Rouart-Lerolle et Cie, in-8° de 186 pp. Fr. 5.)\nL'auteur l'avoue lui-même, ce n'est pas une bibliographie bibliographique, mais plutôt la\npromenade d'un ami de la chanson populaire à travers une riche collection de fiches et livres\nanciens ou modernes. La première partie du volume est consacrée à des extraits, pris dans nos\nauteurs français, et où la chanson populaire est traitée avec éloges. Puis vient une liste de livres\nde chanson, où le XVIe joue un grand rôle ; on y rencontre un peu de tout, même les\ntablatures de Nicolas Vallet ou les Traités du Père Parant. Enfin suivent les éléments d'une\nbibliographie du folklore provincial et l'indication de quelques volumes littéraires, où la chanson\ntraditionnaliste a trouvé sa mention. L'effort accompli par M. de Beaurepaire est considérable\net il ne devait pas être perdu. Cette bibliographie sera un précieux instrument pour les.\nchercheurs.\nCAULLET (G.). Musiciens de la Collégiale Notre-Dame de Courir ai, d'après leur\ntestament. (Courtrai, \" Flandria \", 1911, in-8° de 194 pp.\nEn faisant des recherches dans les archives de Flandres au XVe et XVIe siècle, 011 est sûr\nae découvrir des noms, dont l'Europe se souvient encore. C'est le cas pour M. Caullet qui met\nau jour ses fructueuses recherches dans les papiers de la Collégiale N. D. à Courtrai. Il nous\nmontre des actes concernant Pierre de la Rue, Gombert, Canis, Pickart et bien d'autres\nmoins illustres, mais, dont les testaments rédigés, nous donnent un tableau fidèle des mœurs\ncanoniques de l'école franco-belge. Ce Hainaut était pour les souverains de Bourgogne et\nd'Autriche un pays de riches prébendes,dont ils gratifiaient les musiciens de leur chapelle, moyen\ntrès simple de donner aux fonctionnaires une retraite ouvrière. Grâce à ces actes de chapitre\nnous pouvons nous représenter quelle était la vie de ces artistes, pourvus d'un bénéfice et d'un\ntitre à Courtrai, à St-Omer, ou à Malines, mais suivant, en réalité, le souverain, à Augsbourgy\nà Tolède, à Bourges ou à Madrid."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c031", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 44, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.7.3", "titre_corps": "LIVRES REÇUS", "titre_sommaire": "LIVRES REÇUS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.44", "debut_caractere": 2095, "fin_caractere_exclue": 2917, "texte": "LIVRES REÇUS\nCOURANT (Maurice). Essai historique sur la musique classique des Chinois, avec\nun appendice relatif à la musique Coréenne. (Delagras 1913, in-fol de 165 pp.)\nSAINT-SAENS (Camille). Ecole buissonnïere, notes et souvenirs. (Pierre Lafitte\net Cie, 1913 in 12° de 366 pp.)\nGASTOLDI (Jacopo) di Caravaggio. Ballet italien de 1592, remis en partitions\npar DESPORTES, illustrations de B. NAUDIN. (Paris, Martine, 83, faubourg Sl. Honoré,\n1913, in-fol.)\nMAHILLON. Catalogue du Musée instrumental du Conservatoire royal de Musique\nde Bruxelles. Tome IV. (Gand 1912, in-12° de 500 pp.)\nHAMMERICH (Angul). Mediaeval musical relies of Denmark. (Lpz. Breitkopf\n1912, in-fol de 124 pp. tiré à 200 exemplaires.)\nROBERT (Paul-Louis). Auguste Guéroult, organiste de Rouen, 1836-1911.\n(Rouen, P. Leprètre 1913, in-8° de 24 pp)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c032", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 45, "image_fin": 47, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.8", "titre_corps": "Les Théâtres", "titre_sommaire": "Les Théâtres", "signature_source": "Emile Vuillermoz", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.45", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1549, "texte": "Les Théâtres\n\nPÉNÉLOPE ET VENISE A MONTE-CARLO\nOn sait que M. Raoul Gunsbourg a embrassé la carrière de thaumaturge et qu'il exerce\ncette délicate profession avec une maestria toute particulière. Chaque année, en se jouant, il\nexécute sa petite série de miracles à la face de l'Europe attentive et respectueuse. Sa force est\nd'ignorer la notion de l'impossibilité : le mot impossible n'est pas monégasque. Dans une ville\nbâtie à l'embouchure du Pactole, dans la maison même où la sagesse mystérieuse du Chiffre\ntransforme inlassablement les destinées, de 10 heures du matin à minuit, n'est-on pas d'ailleurs\nentraîné à secouer le joug des vieilles civilisations et à faire bon marché des conventions\nhumaines ?\nDans son luxueux théâtre, amarré dans un golfe d'azur comme la nef de Jason, le hardi\npilote s'amuse à stupéfier ses passagers par ses audacieuses prouesses. Il ne dédaigne pas le\nparadoxe : au moment où les discussions d'école tiennent en musique une place si prépondé-\nrante, il refuse d'admettre les écoles ; à notre époque de technique exaspérée, de métier raffiné,\nil s'improvise champion de l'autodidactisme, répudie toute contrainte de forme, mélange les\ngenres et commet négligemment à un professionnel le sculpteur n'en use-t-il pas ainsi avec\nson praticien le soin d'accomplir les formalités d'écriture et d'orchestration auxquelles son\nindomptable inspiration refuse de s'attarder. Il affronte courageusement les plus terribles adver-\nsaires, prend la parole devant les plus augustes Maîtres et emporte leur suffrage : Massenet"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.46", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3546, "texte": "célébrait son génie en termes lyriques et j'ai vu, aujourd'hui même, notre sévère Camille\nSaint-Saëns, peu prodigue de ces publics témoignages d'estime, lui ouvrir ses bras et lui donner\nune fraternelle et admirative accolade. Il ne respecte aucune opinion reçue, ne s'inquiète\nd'aucun obstacle et balaie d'un geste les parti-pris et les situations acquises. Un Directeur de\nConservatoire, membre de l'lnstitut, a pu voir combien tous ses titres pesaient peu en face de\nceux que le succès se charge de décerner à un musicien sans diplômes et à quel point la\nvertueuse épouse d'Ulysse pouvait souffrir du voisinage d'une jeune veuve américaine, libérée\nde tout préjugé conjugal.\nCes prodiges, inconcevables pour un habitué de nos théâtres, sont d'observation courante\nsur la scène où se jouèrent tant d'audacieuses parties. Mais on peut en noter bien d'autres.\nParmi tous les miracles relevés dans l'existence de Raoul Gunsbourg, qui est entré dans l'art\nun peu à la façon d'Attila, roi des Huns, comptez-vous pour rien celui de la critique unifiée ?\nAlors que les jurés musicaux ne sont jamais d'accord sur la peine à appliquer à un compositeur,\nà ses interprêtes ou à leur Directeur et rendent des sentences contradictoires dans tous les\nprocès où ils siègent, on a vu ce spectacle inattendu d'une critique proclamant d'une seule\nvoix la qualité rare de l'effort artistique réalisé dans ce théâtre avec la collaboration des plus\nbrillants artistes de l'univers, d'un orchestre unique, d'un chef comme Léon Jehin et d'un\ndécorateur comme Visconti.\nJ'avais donc le plus vif désir d'observer de près le magicien qui réalisait de si sensation-\nnelles expériences et de le surprendre en pleine action. J'ai satisfait cette secrète ambition et je\nn'oublierai pas \" ce que mes yeux ont vu \".\nRaoul Gunsbourg n'est pas ce qu'un vain peuple pense. Ses succès de directeur et de\ncompositeur ne l'ont pas grisé. Il entend avec une bonne grâce charmante la contradiction et\nla plaisanterie et réclame pour tout le monde le droit à la libre discussion. Il eut l'amabilité de\nme prendre à part pour m'exposer ses principes artistiques et je crois qu'il serait difficile d'en\ntrouver de plus édifiants. 66 Qu'importe, me dit-il, que nous ne soyons pas, musicalement, du\nmême a bord \" : en art la bonne foi est tout. Je suis un sauvage, ma musique est sauvage,\naussi bien dans cette mondaine \" Venise \" que dans \" Ivan-le-Terrible Si vous n'avez pas\naimé Ivan c'est que vous n'avez pas compris que ma musique y parlait le langage des Russes\ndu XVIe siècle. Car mon but est toujours d'établir une concordance parfaite entre l'expression\ndramatique et l'expression musicale. Et c'est pourquoi j'estime que si l'on peut diviser le\ntravail d'écriture entre le compositeur et l'orchestrateur, l'on ne saurait, par contre, concevoir\nun compositeur qui ne serait pas son propre poète.\n\" Il faut avoir la foi. Il faut croire à ce que l'on fait et l'on triomphe de tout. Jamais de\nconcessions, retenez bien cela ! Si j'avais écouté mon entourage j'aurais atténué la folle effer-\nvescence qui entraîne mes amants de Venise dans la griserie des danses les plus frivoles, dans\nl'ivresse d'un soir tumultueux de carnaval ! J'aurais évité la valse lente, les tziganes, le boston\net le \" pas de l'ours \" de peur de passer pour un musicien d'opérette ! Mais c'est précisément\ndans ce contraste violent que réside l'intérêt psychologique de mon dernier acte. C'est parce\nqu'ils y connurent des minutes d'inoubliable exaltation que mes amoureux souffriront plus tard"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.47", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3240, "texte": "de la froideur du décor qui fut jadis témoin de leur folie. C'est précisément le sentiment de\nleur impuissance à revivre ces paroxysmes qui les sépare. C'est une leçon quotidienne de la\nvie et il faut toujours être d'accord avec la vie. C'est elle qui est la grande inspiratrice ; ma\nmusique reproduit l'inflexion du verbe pour donner à mes idées mélodiques une expression\ndéfinitive et saisissante. Il faut que les notes immobilisent les mots assez adroitement pour\nqu'on ne puisse concevoir ceux-ci sous un autre aspect musical ! Et c'est là qu'on reconnaît\nl'homme inspiré ! \"\nA ce propos, le \" collaborateur de Dieu \" se plaint avec bonne humeur du partage de\nses droits d'auteur que lui ont ainsi imposé devant l'opinion quelques chroniqueurs facétieux.\nQuelle que soit la faveur d'une collaboration divine, Raoul Gunsbourg entend désormais\nsigner seul ses ouvrages. On n'a pas compris qu'il prétendait uniquement par cette image\nrespectueuse des croyances d'autrui, défendre les droits sacrés de l'inspiration contre la tyrannie\ndu métier.\nEt c'est par un mot profond, lancé avec un inexprimable orgueil et accompagné du plus\nmalicieux des regards, qu'il termine cette profession de foi : \" Quand on a le bonheur d'être\nfou, il faut se montrer digne de cette faveur en allant jusqu'au bout de sa folie !\nTel est l'homme un des plus intelligents de ce temps qui s'amuse à jongler avec\nnos respects, nos croyances et nos scepticismes. Tel est le directeur de théâtre qui vient de\nnous donner Pénélope et Venise.De la première je ne vous dirai rien, le Théâtre des Champs-\nElysées nous annonçant sa prochaine transplantation à Paris, sinon qu'elle fut admirablement\ninterprétée par Lucienne Bréval et Rousselière, et vous savez déjà, par les déclarations de\nl'auteur, ce qu'il faut penser de la seconde. Cette tragédie ironique de l'amour quotidien, cette\nanalyse de la sensibilité féminine par un observateur qui la connait bien, cette idylle dans un\npoétique décor d'une Américaine affranchie et d'un Parisien sincèrement épris, ont ravi le\npublic. Le mélange de légèreté, de folie échevelée et de sanglotante passion qui constitue le\nfond même de cette action a trouvé un écho dans la mémoire de plus d'un spectateur.\n« Comme c'est vrai ! \" disaient à l'auteur des admirateurs qui trouvaient ainsi la plus délicate\nformule de louange qui puisse lui être offerte !...\nLe succès de l'ouvrage présenté par Mme Koussnetzow, Jean Périer et Rousselière avec une\nautorité et une fantaisie incomparables fut triomphal. Et l'auteur, dans la loge de son souverain\nqui le félicitait avec empressement, put savourer une parfaite apothéose.\nT'ai vu, ce soir là, le visage de l'homme heureux : si j'avais à immobiliser dans le marbre\nl'expression du bonheur, je demanderais à Raoul Gunsbourg de m'accorder quelques séances\nde pose et je copierais avec soin le doux sourire d'enfantine innocence qui erre sur ses lèvres\net donne à son visage un caractère si particulier. Ce visage nous révèle en effet que le père\nFranck était bien naïf en limitant à huit le nombre des Béatitudes. Si au lieu d'être organiste\nà Paris il avait été directeur de l'Opéra de Monte-Carlo, il se serait aperçu qu'il y en a bien\ndavantage...\n\nEmile Vuillermoz."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c034", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.9", "titre_corps": "Du Précurseur", "titre_sommaire": "Du Précurseur", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.48", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2445, "texte": "CONCERTS COLONNE\n\nDu Précurseur\nLa profession de précurseur remonte à la plus haute antiquité. On n'en connaît pourtant\npoint à Dieu du moins son nom ne nous est pas parvenu. Il est vrai que dans l'espèce la \"ma-\ntière \" est considérable, la transformation de la moindre des planètes exigeant plusieurs siècles.\nD'après les dernières recherches cosmogoniques il paraît certain que le singe fut le\nprécurseur de l'homme. Pour la musique, point qui nous occupe plus spécialement ici\nle précurseur fut le premier sauvage qui imagina de frapper deux morceaux de bois l'un contre\nl'autre ; l'un d'eux, étant creux, résonna, cela suffit pour amuser le sauvage. Un autre sauvage,\nplus malin, tendit des ficelles sur le morceau de bois creux, les gratta de ses ongles frénétiques\n«t mal taillés c'est là, n'en doutons pas, d'où sort cet accord de neuvième, non préparé\nqui devait, par la suite, troubler si profondément le monde de la musique.\nLa profession de précurseur a suivi un développement parallèle à celui de la musique, c'est-\nà-dire que plus on a fait de musique, plus il y a eu de précurseurs. Si de certaines époques en\nmanquaient l'époque suivante en inventait, ce qui rend particulièrement difficile à fixer\nl'exacte importance de cette profession, d'autant plus que quelquefois le précurseur n'est que\nde seconde main, comme le prouve une récente aventure, tellement effarante, que nos plus\nnotoires musicologues semblent l'avoir ignorée jusqu'ici. Qu'on nous permette pour l'histoire\nd'en rapporter les faits principaux.\nEn Allemagne, dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, vivait un savant musicien\nappelé Frédéric-Guillaume Rust, élève de Philippe-Emmanuel Bach, puis \" maître de\nchapelle \" du prince d'Anhalt-Dessau, mort en 1796 en laissant de nombreuses compositions,\nécrites pour divertir son prince protecteur. Quelques-unes avaient été publiées de son vivant :\nelles tombèrent presque aussitôt dans un parfait oubli. Frédéric-Guillaume Rust avait un petit-\nfils qui hérita des manuscrits de son obscur grand'père et, du même coup, de sa science\nmusicale. Il devint le u professeur Wilhelm Rust \" et remplit à Leipzig les fonctions de maître\nde chant de l'église Saint Thomas qu'avait autrefois illustrée le grand Jean Sébastien Bach.\nUne Société Internationale s'en autorisa pour confier à Wilhelm Rust le soin de publier,\npour la première fois, la série de cantates du vieux maître, restées inconnues jusqu'à ce moment."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.49", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3245, "texte": "Mis en goût par cette confiance \" internationale \" le devenu \" vénérable professeur \"\nWilhelm Rust se décida en l'année 1885 à publier une douzaine de grandes sonates de son\ngrand'père. Ce fut une révolution dans le monde musical. En France, les maîtres incontestés\nde notre école n'hésitèrent pas une seconde à l'appeler \" précurseur de Beethoven \" Ils\nallèrent jusqu'à lui trouver un génie supérieur. Rencontrant dans ces sonates des harmonies\npré-wagnériennes, l'emploi judicieux du \" leit-motiv , nul frisson de doute ne leur vint,\nquelle admirable discipline !\nPourtant des sociétés Rust se forment ; M. Ernest Neufeldt, directeur de l'une\nd'elles, songe à la possibilité de découvrir de nouveaux chef-d'œuvres dans les manuscrits que\nle professeur Wilhelm Rust, étant mort, n'aurait pas utilisés et qu'il avait légués à la\nBibliothèque Royale de Berlin. M. Neufeldt ne les y retrouve que pour voir s'écrouler\nle précurseur de Beethoven, Wagner, etc.... Rien ne restait du prodigieux modernisme des\ndes sonates, qu'un parfum évanoui d'une époque périmée plus d'harmonies licencieuses,\nplus de ces modes d'anthiphonaires s'alliant aux enharmonies dernier modèle le sombre\nnéant !\nD'abord, on s'explique mal la tristesse que M. Neufeldt a exhalée dans un article de\nla revue \" Die Musik \" : il pouvait lui suffire de constater l'intégrité glorieuse de Beethoven,\net que Wagner restait propriétaire responsable du u leit-motiv \". Ensuite, on s'explique plus\nmal encore le but du curieux petit-fils de Rust comme le fait remarquer M. Théodore de\nWyzewa qui rapporte dans un article du journal \"Le Temps \" les doléances de\nM. E. Neufeldt d'autant plus que le professeur Wilhelm Rust, n'ayant pas cru devoir\ndétruire les manuscrits de son grand'père, la découverte de la mystification était à la\nmerci du premier chercheur venu.\nOn aurait aimé qu'un de nos éminents musicographes découvrit cette fraude ; ça\nn'expliquait pas davantage ce \" cas \" extravagant; du moins se serait-il méfié, une autre fois,\ndu \" fumiste \" que peut parfois cacher le précurseur ?\nArrachons-nous à la famille Rust et revenons à des questions qui touchent encore d'assez\nprès notre sujet :\nComparons pour plus de clarté, les sons aux mots : tout le monde se sert des mêmes\nmots ! Pourtant, d'où vient le charme, la lumière nouvelle qu'acquièrent ces mêmes mots\nemployés par certains écrivains, si ce n'est d'une particulière mise en place.\nPareillement, d'où vient le charme inattendu que prennent des accords entendus à travers\ntoute la musique, si ce n'est de cette \" mise en place sonore \" qu'on ne peut apprendre, attendu\nqu'elle n'est inscrite nulle part d'une façon visible. Seuls les initiés la pressentent après avoir\ninterrogé l'apparente énigme des maîtres; et souvent se trompent-ils et vont-ils chercher la cause\nde leurs émotions bien loin de ce coin discret où se dissimule comme sous des herbes\nfolles la douceur parfumée des violettes, la beauté des harmonies.\nA côté de cette \" mise en place \" il y a aussi le choix rigoureux de ce qui la précède et\nla suit.... ? C'est une autre histoire qu'il vaut mieux ne pas raconter aux grandes personnes\nraisonnables ! Autre question : un architecte n'a jamais songé à reprocher à un autre architecte"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.50", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3173, "texte": "de se servir de pierres semblables ! Tout au plus sera-t-il choqué de rencontrer les mêmes\nprofils dans l'œuvre d'un confrère. Il n'en va pas de même en musique, où, froidement, un\ncompositeur moderne copiera les formes d'une œuvre classique sans que personne n'y prenne\ngarde. Bien mieux on le félicitera ! (Le respect des traditions a de singulières façons de se\nmanifester !) Mais qu'il emploie un accord soi-disant inconnu (?), voilà que s'élèvent des\nrumeurs du \" petit peuple \" et qu'on entend crier : \" au voleur \" ! Encore une fois, un accord\ndans l'édifice sonore n'a que l'importance d'une pierre dans un monument, et c'est dans la\nplace qu'il occupe, le soutien qu'il apporte à la courbe flexible de la ligne mélodique, qu'il\nprend sa réelle valeur.\nDepuis des siècles nous nous servons des mêmes sons pour traduire nos rêves, comme, à\npeu de différence près, nous nous servons des mêmes mots pour écrire. Qu'il y ait diverses\nfaçons d'écrire ou de faire de la musique ce sont là des questions multiples qui en soulèvent\nd'autres. En tout cas, elles nous paraissent diminuer l'importance que l'on attache à la\nprofession de précurseur ! Plus simplement n'est-il qu'un homme qui profite de la faiblesse de\nson époque ?\nNOTES SUR LES CONCERTS COLONNE\nL'aventure de M. Ernest Fanelli est assez commune quant au fond Il a traîné\nla misère pendant trente ans, ayant pour tout bagage les plus beaux rêves du monde. Perdant\npatience, il enfouit ses beaux rêves dans le fond d'une malle, les oublie, et tâche à simplement\nvivre ! A la suite d'une démarche près de Gabriel Pierné, celui-ci frappé par l'écriture du\nmanuscrit que lui montre Ernest Fanelli, en découvre instantanément l'intérêt. On trouve\nune assez semblable histoire dans la jeunesse d'Edgard Poë, qui, tout à fait inconnu, obtient\nle prix dans un concours, grâce à la beauté de son écriture.\nAvoir quelque chose à dire rend généralement timide. Pourtant, Ernest Fanelli n'était\npas sans amis qui auraient pu parler pour lui. On se heurte souvent dans cette aventure, à ces\njeux de la destinée, où il y a autant d'amertume que de lâche inertie.\nLe 17 mars 1912, Gabriel Pierné, qu'il faut remercier pour la rare cordialité de son geste,\nfait jouer la première partie des Tableaux Symphond'après \" \" de\nTh. Gauthier. Enorme succès ; intense émotion. On s'étonne 5 on s'interroge ; on cherche\nqui est responsable. Naturellement on ne trouve personne, parce que l'on a rarement le\ncourage de retrouver la source d'une ignorance.\nLe 23 fevriei 1913, Gabriel Pierne fait jouer la seconde partie des Tableaux Symphoniques,\nL'accueil est sensiblement différent. Faut-il ne voir dans ce fait qu'un caprice de la gloire ?\nCe qui importe maintenant, c est ce que pouira faire Ernest Fanelli, moins pressé par la vie\npouvant se choisir dans ce qu'il veut faire entendre. Pour l'instant, il obéit trop docilement au\ndémon familier qui lui commande d accumuler des notes sur d'autres notes, sans °rand souci\nd'équilibre.\nIl a un sens très aigu de la musique décorative qui le pousse vers une minutie descriptive\ntelle, qu il se perd de vue, oublie ce que sa musique pourrait avoir de persuasif sans autre"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.51", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1, "texte": "4"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.51", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2922, "texte": "concours. Qu'il puisse se recueillir, la vie lui doit bien cela, et, sympathiquement, faisons lui\nconfiance.\nDes deux premières auditions : Le Printemps, allégresse symphonique de G. Soudry et les\nDeux Routes, poème lyrique, paroles de René Robine, musique de Marc Delmas, nous n'avons\nentendu que ce dernier, merveilleusement chanté par Madame Jacques Isnardon. C'est de la\ntrès jeune musique qui se souvient encore du concours de Rome. Le charme des paroles ne\nméritait pas d'être accablé sous le poids d'un dramatisme un peu facile. M. Marc Delmas étant\ntrès jeune, a tout le temps de voir muer son présent respect pour ce qu'on lui a appris, en une\nconscience libérée de formules arbitraires.\n\nClaude Debussy.\n\nCONCERTS LAMOUREUX\n\nOn reproche souvent aux chefs des grands concerts d'empiéter sur le domaine des direc-\nteurs de théâtres lyriques, subventionnés ou non, en inscrivant à leurs programmes des extraits\nd'ouvrages musicaux expressément destinés à la représentation scénique : ils pourraient répondre\nque la faute en est aux directeurs susnommés, lesquels s'abstiennent, pour diverses raisons\ntotalement étrangères à l'art, de monter certaines œuvres de véritable mérite. Mais cette\nexcuse est inefficace lorsqu'il s'agit par exemple du \" répertoire Wagner \", pièce de résistance\ndes vêpres symphoniques dominicales. Seul Parsifal jouit d'une immunité particulière :\nl'immuable beauté du chef-d'œuvre de Wagner tout autant que le privilège expirant de\nBayreuth aurait dû suffire à justifier depuis longtemps son audition fragmentaire dans nos\nconcerts. On s'en avise, semble-t-il, au moment précis où nous menacent les inquiétants\nBayreuth-Palaces de toutes les Rivieras, azurées ou élyséennes, méditerranéennes ou séqua-\nnaises. Depuis que d'immenses affiches annoncent la chute prochaine sur quelque divan-le-\nterrible du héros rebelle aux charmes de Kundry elle-même, les concerts offrent un asile\nincertain au simple, au pur Parsifal, remplaçant sur les affiches le visage attristant d'Yseult\ntoujours mourante... et jamais morte.\nPâques étant de bonne heure cette année, nous éprouverons un véritable enchantement,\nle Vendredi-Saint, à nous souvenir que M. Chevillard avait avancé jusqu'au 5 janvier\nl'audition spirituelle (on se demande pourquoi ?) de cette belle page.\nLe roman Un Mâle de M. Camille Lemonnier, transformé par les soins diligents de\nM. Henry Cain en un \" drame aux admirables proportions en un livret \"à la construction\nlogique paraît se rapprocher assez peu de Parsifaly même affublé du nom patois de\nCachaprès. Toutefois, M. Casadesus, comme Wagner, bénéficie d'une audition des préludes et\ninterlude symphoniques de son œuvre, au concert, avant la représentation intégrale de celle-ci.\nAttendons cet admirable drame à la construction logique que nous annonce si discrète-\nment le programme, pour juger \"en place et à sa place\" ces extraits destinés à le \"synthétiser\""}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.52", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3550, "texte": "ou à en \" relier vigoureusement \" les éléments. Ainsi isolés, ces fragments ne sont point\ndésagréables ; ils témoignent même d'une recherche assez personnelle au point de vue des\ndispositions orchestrales, d'un sens assez juste du plein air et de la joie populaire. Cette musique\nest aussi vivante qu'il convient pour le sujet que le modeste commentaire nous laisse entre-\nvoir ; mais cette vie semble un peu grossie, comme l'exige parfois la scène. Avec l'atmosphère\nplus subtile du concert, ce grossissement peut devenir choquant ; là est précisément l'écueil\ndans l'audition d'une œuvre morcelée et soustraite au cadre pour lequel elle est faite.\nPourquoi la sonore Rapsodie Cambodgienne de Bourgault-Ducoudray produit-elle ici la\nmême impression de dépaysement ? ce n'est certes pas parce que les Cambodgiens sont plutôt\nrares dans la salle Gaveau. Les thèmes du père Bourgault ne sont pas plus Cambodgiens que\nles auditeurs, soyez en sûrs. Mais l'agencement de ces thèmes qui se succèdent avec des\ncontrastes de sonorité extrêmement brusques s'appliquerait si bien aux cortèges, aux entrées\nde ballet et aux danses de toutes sortes, qu'on est surpris, en ce temps d'adaptations chorégra-\nphiques insolites, de n'avoir pas vu poindre encore sur une de nos scènes, lyrique ou non,\nquelque pantomime \" aux admirables proportions \", tirée de cette rapsodie, avec ou sans\nCambodge, avec ou sans \" construction logique \".\nOn ne pourrait assurément pas dire de la Fantaisie pour piano et orchestre de Mlle Nadia\nBoulanger qu'elle n'est pas dans son cadre au concert ; M. Raoul Pugno a même prodigué à\nsouhait dans son interprétation les meilleures ressources de son talent de virtuose-poète. Mais\nil ne semble pas que cette Fantaisie justifie le déploiement instrumental qui l'accompagne. Et\npuisqu'aussi bien c'est encore une Fantaisie qui succède à celle de Mlle Boulanger, nous ne\npouvons qu'admirer l'étonnante complaisance de ce vocable qui sert de titre à la pièce\nsymphonique de M. Jongen sur deux Noëls popula pièce pourtant très dissemblable\nde la précédente. Nous avons parlé déjà de la grande facilité du jeune auteur et des dangers\nqui en résultent pour la bonne tenue de ce qu'il écrit : ce charmant hors-d'œuvre agréable-\nment présenté, autour de thèmes populaires sans grand caractère, n'est pas pour modifier\nnotre précédent jugement. Tout cela se tient suffisamment, s'agence ingénieusement, se\ndéveloppe tant bien que mal et conclut... comme conclut un orateur disert au moment où il\njette un regard sur la pendule. Mais n'avons-nous pas constaté qu'il s'agissait d'une\n\" fantaisie \" ? \" ... O divin mensonge ! \" avait dit jadis un fonctionnaire de l'Enregistrement\ndevenu librettiste et parlant par la bouche d'un officier anglais amoureux d'une hindoue.\nM. Jongen ferait prudemment en appliquant sa volonté à éviter que la perfide conseillère ne\n\" revienne l'égarer encore \".\nTient-on absolument à savoir que si le Concerto en ut mineur de Beethoven, aidé de la\ngrâce du jeu de M. Pugno, fait encore noble figure dans un programme, il n'en est pas du\ntout de même du Concerto en mi mineur de Chopin, présenté sans aucune espèce de liberté par\nl'ultra-correct M. Emil Sauer : ce métromane consciencieux n'a même pas fait entendre une\nseule fausse note. Il ne s'est point écarté de la plus scrupuleuse exactitude, même de l'épaisseur\nd'un cheveu : les siens seuls d'ailleurs constituent tout ce qui subsiste en lui du romantique...\net c'est vraiment trop peu pour interpréter Chopin. Tout au contraire, M. Th. Soudant dans"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.53", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2884, "texte": "le Rondo Capriccioso pour violon de Saint-Saëns s'est fait très légitimement applaudir par les\nexcellentes qualités de son jeu souple, correct et expressif. Et cette petite pièce déjà ancienne\ndu vénérable doyen de nos musiciens nationaux nous paraît représenter la part maxima qu'on\npuisse légitimement attribuer à un soliste dans un concert sérieux, s'adressant à des musiciens.\nIl est vrai qu'il y a aussi des \" abonnés \". N'importe ; notre cri d'alarme \" Beiuare of Concerto ! \"\nsera sûrement entendu et répété, car cette contrefaçon de la musique nous menace toujours.\nLe Quartette vocal de Paris s'expose à de redoutables conflits, lorsqu'il veut lutter de\nsonorité avec l'orchestre Chevillard. Le Madrigal de Gabriel Fauré est une musique si ténue\nque les zélés solistes peuvent encore s'y faire entendre. Mais il n'en est pas de même pour la\nRonde du Blé d'Amour de M. Jean Poueigh : dans l'orchestre de cette ronde il y a de jolies\nchoses peut-être un peu trop monorythmiques et dans les parties vocales il doit y avoir\naussi de charmants détails. C'est du moins le souvenir que nous avait laissé une audition de\ncette œuvre accompagnée au piano. Mais ici, le \" bataillon \" Chevillard écrase si complètement\nle \" carré \" Bonnard-Chadeigne-Paulet-Eyraud qu'il en résulte de graves dommages à la\nronde : et le pauvre \" carré \", tout en s'évertuant du mieux qu'il peut, ne chante guère que\npour l'œil... ce qui n'est pas tout à fait suffisant.\n\nAuguste Sérieyx.\n\nSOCIÉTÉ DES CONCERTS\n\nFaust de Schumann\nAprès avoir assisté au Faust de Schumann, il est d'usage, parmi le public cultivé comme\nparmi les critiques de procéder à un examen de conscience musical, de proférer quelques\nvérités sur les beautés relatives des trois Faust et de comparer ce que l'on vient d'entendre à\nce que l'on a entendu autrefois grâce à Gounod et grâce à Berlioz.\nL'épithète d'êpisodique est décernée à l'opéra : celle de romantique à la Damnation :\nenfin l'on prononce avec énergie et onction tout à la fois le grand mot de pour\nqualifier l'œuvre de Schumann.\nOn rie peut en effet décemment parler de Gounod : tous les théâtres de province ouvrent\nleur saison avec ce succès certain : c'est l'ultime ressource de l'Opéra de Paris : une musique\nconnue par tant de monde mérite nécessairement d'être qualifiée d'épisodique. Grâce à\nMM. Colonne, Pierné et Gunsbourg, la Damnation ne manque pas non plus de chanter dans\nbeaucoup de mémoires ; une certaine truculence, une bruyante extériorité fournissent les con-\nditions requises par le romantisme, mot commode et péjoratif. Quant a 1 œuvre de Schumannj\nelle ne paraît que rarement et le plus souvent fragmentairement sur les programmes des\ngrands concerts : le silence qui l'entoure permet donc de l'étudier parallèlement à l'œuvre\nmême de Gœthe, ce que l'on n'a ni le temps, ni l'occasion de faire quand il s'agit de Berlioz\nou de Gounod."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.54", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2958, "texte": "Or l'œuvre de Gœthe est obscure et géniale : Schumann, grand musicien devait donc\nécrire une œuvre obscure et géniale.\nMais un raisonnement philosophique est facilement obscur et génial : la musique de\nSchumann sera donc philosophique.\nIl ne faut pas se laisser prendre aux rapprochements faciles et aux épithètes qui semblent\ns'imposer. Pénétrer dans l'antre de Gœthe est besogne terrible : parcourir avec le docteur\nmétaphysique et son démon familier les divers stades de l'équilibre cérébral et sentimental,\nchercher à satisfaire auprès de lui ses idées et ses sentiments n'est pas besogne d'une heure.\nToutefois en admettant ce postulat résolu et Faust assimilé par l'auditeur, Schumann\npouvait-il exprimer musicalement le drame dantesque ?\nCertes je crois au progrès : tout art va d'un moindre à un excelsior : les beautés sculptu-\nrales d'un Rodin émeuvent en profondeur comme ne le font les œuvres superbes de l'antiquité\nou de la renaissance : la musique parvient à un degré de pénétration et de spéciosité qu'elle ne\nconnut pas auparavant : plus tard nous arriverons sans doute, (nous ou les arrière-descendants\nde nous), à rendre par la statuaire, et par la musique les plus hautes conceptions intellectuelles\nou sociologiques, les termes les plus abstraits, et les plus confus de la pensée.\nMais pas plus l'un que l'autre art n'y parvient encore, et n'y parvenait il y a\n50 ou 100 ans.\nSchumann n'a pu exprimer la pensée de Gœthe : Beethoven n'y serait pas parvenu,\nmalgré qu'il soit d'usage de frémir devant la pensée nombreuse l'idée intérieure des derniers\nquatuors et de répéter avec effroi le \" muss es sein ? es muss sein \", du finale du 17™.\nOr là où Beethoven a échoué en admettant qu'il ait voulu traduire l'anxieuse interro-\ngation de l'homme à la destinée que pouvait faire Schumann ?\nSon domaine c'est le lyrisme : il est le poète des amours troubles : il est le musicien\nde la passion dolente : à lui nous disons le u Tu duca, Tu signore e Tu maestro \" nous qui\nvivons par le lied des heures tumultueuses. Mais Schumann ne fut jamais à son aise dans le\nmaniement de l'orchestre ; chaque fois qu'il aborde l'écriture symphonique ou même le\nquatuor il s'essoufle : il ne possède pas les ailes titaniques qui permettent d'escalader\nlibrement les grandes masses sonores. Son Faust est un essai, intéressant toujours, fort beau par\ninstants S toute la partie philosophique reste à écrire : ne nous laissons pas prendre aux noms\ndes personnages :le \" pater extaticus le \" pater profundus \", pas plus que le \" docteur\nMarianus \" n'atteignent le saint des saints, le Montsalvat inaccessible de la sereine pensée\nmusicale : il se peut que le Faust de Schumann soit le meilleur des trois Faust : je préfère,\nquant à moi, voir naître par la seule pensée de mon désir \" l'éternel féminin \" que l'entendre\névoquer par les \" petites voix \" qui n'ont rien de Mallarméennes de l'orchestre et des chœurs\nde Robert Schumann.\n\nJean Laporte."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c036", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 48, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.9.2", "titre_corps": "CONCERTS COLONNE", "titre_sommaire": "CONCERTS COLONNE", "signature_source": "Claude Debussy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.48", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2445, "texte": "CONCERTS COLONNE\n\nDu Précurseur\nLa profession de précurseur remonte à la plus haute antiquité. On n'en connaît pourtant\npoint à Dieu du moins son nom ne nous est pas parvenu. Il est vrai que dans l'espèce la \"ma-\ntière \" est considérable, la transformation de la moindre des planètes exigeant plusieurs siècles.\nD'après les dernières recherches cosmogoniques il paraît certain que le singe fut le\nprécurseur de l'homme. Pour la musique, point qui nous occupe plus spécialement ici\nle précurseur fut le premier sauvage qui imagina de frapper deux morceaux de bois l'un contre\nl'autre ; l'un d'eux, étant creux, résonna, cela suffit pour amuser le sauvage. Un autre sauvage,\nplus malin, tendit des ficelles sur le morceau de bois creux, les gratta de ses ongles frénétiques\n«t mal taillés c'est là, n'en doutons pas, d'où sort cet accord de neuvième, non préparé\nqui devait, par la suite, troubler si profondément le monde de la musique.\nLa profession de précurseur a suivi un développement parallèle à celui de la musique, c'est-\nà-dire que plus on a fait de musique, plus il y a eu de précurseurs. Si de certaines époques en\nmanquaient l'époque suivante en inventait, ce qui rend particulièrement difficile à fixer\nl'exacte importance de cette profession, d'autant plus que quelquefois le précurseur n'est que\nde seconde main, comme le prouve une récente aventure, tellement effarante, que nos plus\nnotoires musicologues semblent l'avoir ignorée jusqu'ici. Qu'on nous permette pour l'histoire\nd'en rapporter les faits principaux.\nEn Allemagne, dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, vivait un savant musicien\nappelé Frédéric-Guillaume Rust, élève de Philippe-Emmanuel Bach, puis \" maître de\nchapelle \" du prince d'Anhalt-Dessau, mort en 1796 en laissant de nombreuses compositions,\nécrites pour divertir son prince protecteur. Quelques-unes avaient été publiées de son vivant :\nelles tombèrent presque aussitôt dans un parfait oubli. Frédéric-Guillaume Rust avait un petit-\nfils qui hérita des manuscrits de son obscur grand'père et, du même coup, de sa science\nmusicale. Il devint le u professeur Wilhelm Rust \" et remplit à Leipzig les fonctions de maître\nde chant de l'église Saint Thomas qu'avait autrefois illustrée le grand Jean Sébastien Bach.\nUne Société Internationale s'en autorisa pour confier à Wilhelm Rust le soin de publier,\npour la première fois, la série de cantates du vieux maître, restées inconnues jusqu'à ce moment."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.49", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3245, "texte": "Mis en goût par cette confiance \" internationale \" le devenu \" vénérable professeur \"\nWilhelm Rust se décida en l'année 1885 à publier une douzaine de grandes sonates de son\ngrand'père. Ce fut une révolution dans le monde musical. En France, les maîtres incontestés\nde notre école n'hésitèrent pas une seconde à l'appeler \" précurseur de Beethoven \" Ils\nallèrent jusqu'à lui trouver un génie supérieur. Rencontrant dans ces sonates des harmonies\npré-wagnériennes, l'emploi judicieux du \" leit-motiv , nul frisson de doute ne leur vint,\nquelle admirable discipline !\nPourtant des sociétés Rust se forment ; M. Ernest Neufeldt, directeur de l'une\nd'elles, songe à la possibilité de découvrir de nouveaux chef-d'œuvres dans les manuscrits que\nle professeur Wilhelm Rust, étant mort, n'aurait pas utilisés et qu'il avait légués à la\nBibliothèque Royale de Berlin. M. Neufeldt ne les y retrouve que pour voir s'écrouler\nle précurseur de Beethoven, Wagner, etc.... Rien ne restait du prodigieux modernisme des\ndes sonates, qu'un parfum évanoui d'une époque périmée plus d'harmonies licencieuses,\nplus de ces modes d'anthiphonaires s'alliant aux enharmonies dernier modèle le sombre\nnéant !\nD'abord, on s'explique mal la tristesse que M. Neufeldt a exhalée dans un article de\nla revue \" Die Musik \" : il pouvait lui suffire de constater l'intégrité glorieuse de Beethoven,\net que Wagner restait propriétaire responsable du u leit-motiv \". Ensuite, on s'explique plus\nmal encore le but du curieux petit-fils de Rust comme le fait remarquer M. Théodore de\nWyzewa qui rapporte dans un article du journal \"Le Temps \" les doléances de\nM. E. Neufeldt d'autant plus que le professeur Wilhelm Rust, n'ayant pas cru devoir\ndétruire les manuscrits de son grand'père, la découverte de la mystification était à la\nmerci du premier chercheur venu.\nOn aurait aimé qu'un de nos éminents musicographes découvrit cette fraude ; ça\nn'expliquait pas davantage ce \" cas \" extravagant; du moins se serait-il méfié, une autre fois,\ndu \" fumiste \" que peut parfois cacher le précurseur ?\nArrachons-nous à la famille Rust et revenons à des questions qui touchent encore d'assez\nprès notre sujet :\nComparons pour plus de clarté, les sons aux mots : tout le monde se sert des mêmes\nmots ! Pourtant, d'où vient le charme, la lumière nouvelle qu'acquièrent ces mêmes mots\nemployés par certains écrivains, si ce n'est d'une particulière mise en place.\nPareillement, d'où vient le charme inattendu que prennent des accords entendus à travers\ntoute la musique, si ce n'est de cette \" mise en place sonore \" qu'on ne peut apprendre, attendu\nqu'elle n'est inscrite nulle part d'une façon visible. Seuls les initiés la pressentent après avoir\ninterrogé l'apparente énigme des maîtres; et souvent se trompent-ils et vont-ils chercher la cause\nde leurs émotions bien loin de ce coin discret où se dissimule comme sous des herbes\nfolles la douceur parfumée des violettes, la beauté des harmonies.\nA côté de cette \" mise en place \" il y a aussi le choix rigoureux de ce qui la précède et\nla suit.... ? C'est une autre histoire qu'il vaut mieux ne pas raconter aux grandes personnes\nraisonnables ! Autre question : un architecte n'a jamais songé à reprocher à un autre architecte"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.50", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3173, "texte": "de se servir de pierres semblables ! Tout au plus sera-t-il choqué de rencontrer les mêmes\nprofils dans l'œuvre d'un confrère. Il n'en va pas de même en musique, où, froidement, un\ncompositeur moderne copiera les formes d'une œuvre classique sans que personne n'y prenne\ngarde. Bien mieux on le félicitera ! (Le respect des traditions a de singulières façons de se\nmanifester !) Mais qu'il emploie un accord soi-disant inconnu (?), voilà que s'élèvent des\nrumeurs du \" petit peuple \" et qu'on entend crier : \" au voleur \" ! Encore une fois, un accord\ndans l'édifice sonore n'a que l'importance d'une pierre dans un monument, et c'est dans la\nplace qu'il occupe, le soutien qu'il apporte à la courbe flexible de la ligne mélodique, qu'il\nprend sa réelle valeur.\nDepuis des siècles nous nous servons des mêmes sons pour traduire nos rêves, comme, à\npeu de différence près, nous nous servons des mêmes mots pour écrire. Qu'il y ait diverses\nfaçons d'écrire ou de faire de la musique ce sont là des questions multiples qui en soulèvent\nd'autres. En tout cas, elles nous paraissent diminuer l'importance que l'on attache à la\nprofession de précurseur ! Plus simplement n'est-il qu'un homme qui profite de la faiblesse de\nson époque ?\nNOTES SUR LES CONCERTS COLONNE\nL'aventure de M. Ernest Fanelli est assez commune quant au fond Il a traîné\nla misère pendant trente ans, ayant pour tout bagage les plus beaux rêves du monde. Perdant\npatience, il enfouit ses beaux rêves dans le fond d'une malle, les oublie, et tâche à simplement\nvivre ! A la suite d'une démarche près de Gabriel Pierné, celui-ci frappé par l'écriture du\nmanuscrit que lui montre Ernest Fanelli, en découvre instantanément l'intérêt. On trouve\nune assez semblable histoire dans la jeunesse d'Edgard Poë, qui, tout à fait inconnu, obtient\nle prix dans un concours, grâce à la beauté de son écriture.\nAvoir quelque chose à dire rend généralement timide. Pourtant, Ernest Fanelli n'était\npas sans amis qui auraient pu parler pour lui. On se heurte souvent dans cette aventure, à ces\njeux de la destinée, où il y a autant d'amertume que de lâche inertie.\nLe 17 mars 1912, Gabriel Pierné, qu'il faut remercier pour la rare cordialité de son geste,\nfait jouer la première partie des Tableaux Symphond'après \" \" de\nTh. Gauthier. Enorme succès ; intense émotion. On s'étonne 5 on s'interroge ; on cherche\nqui est responsable. Naturellement on ne trouve personne, parce que l'on a rarement le\ncourage de retrouver la source d'une ignorance.\nLe 23 fevriei 1913, Gabriel Pierne fait jouer la seconde partie des Tableaux Symphoniques,\nL'accueil est sensiblement différent. Faut-il ne voir dans ce fait qu'un caprice de la gloire ?\nCe qui importe maintenant, c est ce que pouira faire Ernest Fanelli, moins pressé par la vie\npouvant se choisir dans ce qu'il veut faire entendre. Pour l'instant, il obéit trop docilement au\ndémon familier qui lui commande d accumuler des notes sur d'autres notes, sans °rand souci\nd'équilibre.\nIl a un sens très aigu de la musique décorative qui le pousse vers une minutie descriptive\ntelle, qu il se perd de vue, oublie ce que sa musique pourrait avoir de persuasif sans autre"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.51", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 728, "texte": "concours. Qu'il puisse se recueillir, la vie lui doit bien cela, et, sympathiquement, faisons lui\nconfiance.\nDes deux premières auditions : Le Printemps, allégresse symphonique de G. Soudry et les\nDeux Routes, poème lyrique, paroles de René Robine, musique de Marc Delmas, nous n'avons\nentendu que ce dernier, merveilleusement chanté par Madame Jacques Isnardon. C'est de la\ntrès jeune musique qui se souvient encore du concours de Rome. Le charme des paroles ne\nméritait pas d'être accablé sous le poids d'un dramatisme un peu facile. M. Marc Delmas étant\ntrès jeune, a tout le temps de voir muer son présent respect pour ce qu'on lui a appris, en une\nconscience libérée de formules arbitraires.\n\nClaude Debussy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c037", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c037", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 51, "image_fin": 53, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.9.3", "titre_corps": "CONCERTS LAMOUREUX", "titre_sommaire": "CONCERTS LAMOUREUX", "signature_source": "Auguste Sérieyx", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.51", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1, "texte": "4"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.51", "debut_caractere": 730, "fin_caractere_exclue": 2922, "texte": "CONCERTS LAMOUREUX\n\nOn reproche souvent aux chefs des grands concerts d'empiéter sur le domaine des direc-\nteurs de théâtres lyriques, subventionnés ou non, en inscrivant à leurs programmes des extraits\nd'ouvrages musicaux expressément destinés à la représentation scénique : ils pourraient répondre\nque la faute en est aux directeurs susnommés, lesquels s'abstiennent, pour diverses raisons\ntotalement étrangères à l'art, de monter certaines œuvres de véritable mérite. 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Depuis que d'immenses affiches annoncent la chute prochaine sur quelque divan-le-\nterrible du héros rebelle aux charmes de Kundry elle-même, les concerts offrent un asile\nincertain au simple, au pur Parsifal, remplaçant sur les affiches le visage attristant d'Yseult\ntoujours mourante... et jamais morte.\nPâques étant de bonne heure cette année, nous éprouverons un véritable enchantement,\nle Vendredi-Saint, à nous souvenir que M. Chevillard avait avancé jusqu'au 5 janvier\nl'audition spirituelle (on se demande pourquoi ?) de cette belle page.\nLe roman Un Mâle de M. Camille Lemonnier, transformé par les soins diligents de\nM. Henry Cain en un \" drame aux admirables proportions en un livret \"à la construction\nlogique paraît se rapprocher assez peu de Parsifaly même affublé du nom patois de\nCachaprès. Toutefois, M. Casadesus, comme Wagner, bénéficie d'une audition des préludes et\ninterlude symphoniques de son œuvre, au concert, avant la représentation intégrale de celle-ci.\nAttendons cet admirable drame à la construction logique que nous annonce si discrète-\nment le programme, pour juger \"en place et à sa place\" ces extraits destinés à le \"synthétiser\""}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.52", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3550, "texte": "ou à en \" relier vigoureusement \" les éléments. Ainsi isolés, ces fragments ne sont point\ndésagréables ; ils témoignent même d'une recherche assez personnelle au point de vue des\ndispositions orchestrales, d'un sens assez juste du plein air et de la joie populaire. Cette musique\nest aussi vivante qu'il convient pour le sujet que le modeste commentaire nous laisse entre-\nvoir ; mais cette vie semble un peu grossie, comme l'exige parfois la scène. Avec l'atmosphère\nplus subtile du concert, ce grossissement peut devenir choquant ; là est précisément l'écueil\ndans l'audition d'une œuvre morcelée et soustraite au cadre pour lequel elle est faite.\nPourquoi la sonore Rapsodie Cambodgienne de Bourgault-Ducoudray produit-elle ici la\nmême impression de dépaysement ? ce n'est certes pas parce que les Cambodgiens sont plutôt\nrares dans la salle Gaveau. Les thèmes du père Bourgault ne sont pas plus Cambodgiens que\nles auditeurs, soyez en sûrs. Mais l'agencement de ces thèmes qui se succèdent avec des\ncontrastes de sonorité extrêmement brusques s'appliquerait si bien aux cortèges, aux entrées\nde ballet et aux danses de toutes sortes, qu'on est surpris, en ce temps d'adaptations chorégra-\nphiques insolites, de n'avoir pas vu poindre encore sur une de nos scènes, lyrique ou non,\nquelque pantomime \" aux admirables proportions \", tirée de cette rapsodie, avec ou sans\nCambodge, avec ou sans \" construction logique \".\nOn ne pourrait assurément pas dire de la Fantaisie pour piano et orchestre de Mlle Nadia\nBoulanger qu'elle n'est pas dans son cadre au concert ; M. Raoul Pugno a même prodigué à\nsouhait dans son interprétation les meilleures ressources de son talent de virtuose-poète. Mais\nil ne semble pas que cette Fantaisie justifie le déploiement instrumental qui l'accompagne. Et\npuisqu'aussi bien c'est encore une Fantaisie qui succède à celle de Mlle Boulanger, nous ne\npouvons qu'admirer l'étonnante complaisance de ce vocable qui sert de titre à la pièce\nsymphonique de M. Jongen sur deux Noëls popula pièce pourtant très dissemblable\nde la précédente. Nous avons parlé déjà de la grande facilité du jeune auteur et des dangers\nqui en résultent pour la bonne tenue de ce qu'il écrit : ce charmant hors-d'œuvre agréable-\nment présenté, autour de thèmes populaires sans grand caractère, n'est pas pour modifier\nnotre précédent jugement. Tout cela se tient suffisamment, s'agence ingénieusement, se\ndéveloppe tant bien que mal et conclut... comme conclut un orateur disert au moment où il\njette un regard sur la pendule. Mais n'avons-nous pas constaté qu'il s'agissait d'une\n\" fantaisie \" ? \" ... O divin mensonge ! \" avait dit jadis un fonctionnaire de l'Enregistrement\ndevenu librettiste et parlant par la bouche d'un officier anglais amoureux d'une hindoue.\nM. Jongen ferait prudemment en appliquant sa volonté à éviter que la perfide conseillère ne\n\" revienne l'égarer encore \".\nTient-on absolument à savoir que si le Concerto en ut mineur de Beethoven, aidé de la\ngrâce du jeu de M. Pugno, fait encore noble figure dans un programme, il n'en est pas du\ntout de même du Concerto en mi mineur de Chopin, présenté sans aucune espèce de liberté par\nl'ultra-correct M. Emil Sauer : ce métromane consciencieux n'a même pas fait entendre une\nseule fausse note. Il ne s'est point écarté de la plus scrupuleuse exactitude, même de l'épaisseur\nd'un cheveu : les siens seuls d'ailleurs constituent tout ce qui subsiste en lui du romantique...\net c'est vraiment trop peu pour interpréter Chopin. Tout au contraire, M. Th. Soudant dans"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.53", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1479, "texte": "le Rondo Capriccioso pour violon de Saint-Saëns s'est fait très légitimement applaudir par les\nexcellentes qualités de son jeu souple, correct et expressif. Et cette petite pièce déjà ancienne\ndu vénérable doyen de nos musiciens nationaux nous paraît représenter la part maxima qu'on\npuisse légitimement attribuer à un soliste dans un concert sérieux, s'adressant à des musiciens.\nIl est vrai qu'il y a aussi des \" abonnés \". N'importe ; notre cri d'alarme \" Beiuare of Concerto ! \"\nsera sûrement entendu et répété, car cette contrefaçon de la musique nous menace toujours.\nLe Quartette vocal de Paris s'expose à de redoutables conflits, lorsqu'il veut lutter de\nsonorité avec l'orchestre Chevillard. Le Madrigal de Gabriel Fauré est une musique si ténue\nque les zélés solistes peuvent encore s'y faire entendre. Mais il n'en est pas de même pour la\nRonde du Blé d'Amour de M. Jean Poueigh : dans l'orchestre de cette ronde il y a de jolies\nchoses peut-être un peu trop monorythmiques et dans les parties vocales il doit y avoir\naussi de charmants détails. C'est du moins le souvenir que nous avait laissé une audition de\ncette œuvre accompagnée au piano. Mais ici, le \" bataillon \" Chevillard écrase si complètement\nle \" carré \" Bonnard-Chadeigne-Paulet-Eyraud qu'il en résulte de graves dommages à la\nronde : et le pauvre \" carré \", tout en s'évertuant du mieux qu'il peut, ne chante guère que\npour l'œil... ce qui n'est pas tout à fait suffisant.\n\nAuguste Sérieyx."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c038", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 53, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.9.4", "titre_corps": "SOCIÉTÉ DES CONCERTS", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ DES CONCERTS", "signature_source": "Jean Laporte", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.53", "debut_caractere": 1481, "fin_caractere_exclue": 2884, "texte": "SOCIÉTÉ DES CONCERTS\n\nFaust de Schumann\nAprès avoir assisté au Faust de Schumann, il est d'usage, parmi le public cultivé comme\nparmi les critiques de procéder à un examen de conscience musical, de proférer quelques\nvérités sur les beautés relatives des trois Faust et de comparer ce que l'on vient d'entendre à\nce que l'on a entendu autrefois grâce à Gounod et grâce à Berlioz.\nL'épithète d'êpisodique est décernée à l'opéra : celle de romantique à la Damnation :\nenfin l'on prononce avec énergie et onction tout à la fois le grand mot de pour\nqualifier l'œuvre de Schumann.\nOn rie peut en effet décemment parler de Gounod : tous les théâtres de province ouvrent\nleur saison avec ce succès certain : c'est l'ultime ressource de l'Opéra de Paris : une musique\nconnue par tant de monde mérite nécessairement d'être qualifiée d'épisodique. Grâce à\nMM. Colonne, Pierné et Gunsbourg, la Damnation ne manque pas non plus de chanter dans\nbeaucoup de mémoires ; une certaine truculence, une bruyante extériorité fournissent les con-\nditions requises par le romantisme, mot commode et péjoratif. Quant a 1 œuvre de Schumannj\nelle ne paraît que rarement et le plus souvent fragmentairement sur les programmes des\ngrands concerts : le silence qui l'entoure permet donc de l'étudier parallèlement à l'œuvre\nmême de Gœthe, ce que l'on n'a ni le temps, ni l'occasion de faire quand il s'agit de Berlioz\nou de Gounod."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.54", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2958, "texte": "Or l'œuvre de Gœthe est obscure et géniale : Schumann, grand musicien devait donc\nécrire une œuvre obscure et géniale.\nMais un raisonnement philosophique est facilement obscur et génial : la musique de\nSchumann sera donc philosophique.\nIl ne faut pas se laisser prendre aux rapprochements faciles et aux épithètes qui semblent\ns'imposer. Pénétrer dans l'antre de Gœthe est besogne terrible : parcourir avec le docteur\nmétaphysique et son démon familier les divers stades de l'équilibre cérébral et sentimental,\nchercher à satisfaire auprès de lui ses idées et ses sentiments n'est pas besogne d'une heure.\nToutefois en admettant ce postulat résolu et Faust assimilé par l'auditeur, Schumann\npouvait-il exprimer musicalement le drame dantesque ?\nCertes je crois au progrès : tout art va d'un moindre à un excelsior : les beautés sculptu-\nrales d'un Rodin émeuvent en profondeur comme ne le font les œuvres superbes de l'antiquité\nou de la renaissance : la musique parvient à un degré de pénétration et de spéciosité qu'elle ne\nconnut pas auparavant : plus tard nous arriverons sans doute, (nous ou les arrière-descendants\nde nous), à rendre par la statuaire, et par la musique les plus hautes conceptions intellectuelles\nou sociologiques, les termes les plus abstraits, et les plus confus de la pensée.\nMais pas plus l'un que l'autre art n'y parvient encore, et n'y parvenait il y a\n50 ou 100 ans.\nSchumann n'a pu exprimer la pensée de Gœthe : Beethoven n'y serait pas parvenu,\nmalgré qu'il soit d'usage de frémir devant la pensée nombreuse l'idée intérieure des derniers\nquatuors et de répéter avec effroi le \" muss es sein ? es muss sein \", du finale du 17™.\nOr là où Beethoven a échoué en admettant qu'il ait voulu traduire l'anxieuse interro-\ngation de l'homme à la destinée que pouvait faire Schumann ?\nSon domaine c'est le lyrisme : il est le poète des amours troubles : il est le musicien\nde la passion dolente : à lui nous disons le u Tu duca, Tu signore e Tu maestro \" nous qui\nvivons par le lied des heures tumultueuses. Mais Schumann ne fut jamais à son aise dans le\nmaniement de l'orchestre ; chaque fois qu'il aborde l'écriture symphonique ou même le\nquatuor il s'essoufle : il ne possède pas les ailes titaniques qui permettent d'escalader\nlibrement les grandes masses sonores. Son Faust est un essai, intéressant toujours, fort beau par\ninstants S toute la partie philosophique reste à écrire : ne nous laissons pas prendre aux noms\ndes personnages :le \" pater extaticus le \" pater profundus \", pas plus que le \" docteur\nMarianus \" n'atteignent le saint des saints, le Montsalvat inaccessible de la sereine pensée\nmusicale : il se peut que le Faust de Schumann soit le meilleur des trois Faust : je préfère,\nquant à moi, voir naître par la seule pensée de mon désir \" l'éternel féminin \" que l'entendre\névoquer par les \" petites voix \" qui n'ont rien de Mallarméennes de l'orchestre et des chœurs\nde Robert Schumann.\n\nJean Laporte."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c039", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c039", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 55, "image_fin": 59, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.10", "titre_corps": "Cabarets et Music=Halls", "titre_sommaire": "Cabarets et Music=Halls", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.55", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3841, "texte": "Cabarets et Music=Halls\n\nC'étaient quatre petites Anglaises qui se ressemblaient comme des sœurs, et plus encore,\ncomme ces girls dont l'essaim innombrable et uniforme a envahi tous les music-halls de toutes\nles capitales. Elles avaient appris une danse très difficile, dérivée de la gigue, où le rythme\nn'est manifesté que par des battements du talon, si rapides qu'on croirait un roulement de\ntambour. Déjà des danseurs Espagnols avaient eu la coquetterie de suppléer par leurs pieds\nagiles aux castagnettes absentes, mais sans omettre ces trémoussements onduleux dont les\nGitanes ou peut-être les Maures leur ont transmis le secret. Elles, les girls, ne s'occupaient\nqu'à claquer, le plus vite qu'elles pouvaient, d'abord du talon droit, puis du talon gauche, le\ncorps immobile et les bras ballants. Tour à tour, dans le silence impressionnant de l'orchestre,\nelles se détachaient, et les trois au repos fixaient les pieds de l'exécutante avec le regard docile\ndes chiens savants. Puis elles montaient les trente degrés d'un triple escalier, se croisaient au\nsommet, redescendaient, sans que s'interrompît un instant le grondement synchronique. Et cela\nsuffisait pour que le bon public anglo-saxon éclatât en bravos attendris.\nCe music-hall de Paris possède un frère homonyme à Londres, et c'est là qu'elles ont cru\nse retrouver d'abord : la salle spacieuse, comme à Londres, mêlait au velours rouge des\nspectacles le strict acajou des traversées. Une noire et silencieuse assemblée la remplissait\ndepuis le fond jusqu'aux bords, différente seulement des auditoires btitanniques par la plus rare\nblancheur des plastrons ; des flocons de fumée grise s'élevaient lentement. Or la troisième, qui\nest aussi la plus petite et la mieux dressée, avait à peine commencé son solo, qu'au promenoir\nsupérieur des applaudissements prématurés fusaient, et aussitôt il y eut par tous les cœurs ce\nchoc soudain qui transmis jusqu'à la scène par des voies mystérieusement convergentes y avertit\nl'artiste que le public se décroche. Elles n'en continuèrent pas moins, héroïques, et d'ailleurs\nincapables de changer un seul battement à la leçon apprise par leurs jambes. Comme pour la\nseconde fois et dans un ordre différent elles entreprenaient l'ascension de l'escalier frémissant,\nune rumeur s'éleva : c'étaient les nerveux Français qui perdaient patience, et, comme ils disent\nen leur jargon de coulisse, \" emboîtaient le numéro\nCependant il faut féliciter l'Alhambra de rester fidèle à ses programmes d'\" attractions\nIl a eu son heure d'ambition, lui aussi ; il a voulu un jour favoriser le grand art en la personne\nd'un jeune musicien méconnu et donner une leçon à la morgue égoïste de l'Opéra. L'expé-\nrience a été concluante et suffira sans doute pour longtemps. Ce qu'il faut aux foules qui chaque\nsoir descendent de Belleville ou refluent du Marais, chaudes encore du travail sous pression et\navides de relâche, ce sont des jeux de cirque ou bien des facéties : les frères Pederson, gymnastes\nqui d'un pied prenant grimpent à la tige d'acier poli d'où pendent les anneaux ; le trio Lyons\net son repas fantaisiste où le fromage de Hollande éclate comme un ballon de baudruche qu'il\nest sous la pointe du couteau ; les frères Rigoletto qui si aimablement reçoivent au bout d'un\nfume-cigares les balles lancées depuis la salle ; le clown Gobert Belling qui avec la collaboration\nd'un petit buffle apprivoisé simule une course de taureaux. Quand il a cassé sa bretelle et que\nramenant à deux mains sa culotte vagabonde il implore, résigné: \"Vous n'auriez pas une\népingle ? \" les fronts les plus moroses en dépit d'eux-mêmes se dérident. Car les très classiques\nplaisanteries peuvent être renouvelées par le style. S'il est permis de risquer un vœu jusqu'à\nl'empyrée intercontinental où trône l'invisible directeur Barrasford, demandons-lui simplement"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.56", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3454, "texte": "de ne pas abuser des rapprochements politiques pour nous imposer trop de danseurs ou de\nchanteurs anglais, car un divertissement est beaucoup plus difficile à acclimater en terre\nétrangère qu'un sport. On peut regretter aussi l'absence des dompteurs, relégués aujourd'hui\ndans les roulottes des foires. Que sont-ils devenus, ces braves qui chez feu Bostock soulevaient\ndes tempêtes d'admiration terrifiée ? Mlle Morelli qui discutait avec des panthères et des jaguars,\nen robe de soirée ; un soir elle s'embarrassa dans sa traîne et les bêtes sournoises en profitèrent\naussitôt ; le sang coula. Weedon et son ours comédien qui lui tirait de la poche une bouteille\net la vidait avec les signes parfaitement contrefaits de I'ébriété nègre. Le plus audacieux de\ntous peut-être, l'homme aux alligators, qui réveillait à coups de bâton les monstres géologiques\nengourdis en leur cuve de verre et leur faisait cueillir des appâts au bout de ses doigts et même\nsur ses lèvres. Quel émoi quand les gueules articulées, pareilles à des pièges déclenchés,\nclaquaient ! Il avait perdu déjà quelques doigts à ce jeu ; régulier et rangé comme un employé,\nchaque jour il se rendait à son travail, sur l'impériale de l'omnibus Clichy-Odéon.\nLa Scala, depuis surtout qu'elle a passé sous la direction de l'ingénieux Fursy, récuse\nfièrement l'intrusion étrangère. Dès la porte franchie, ou se sent en terre française : point de\nportiers chamarrés, ni de vestiaires bureaucratiques, mais nos ouvreuses nationales, qu'on\nmaudit et qu'on retrouve avec autant de joie que les mouches domestiques après les noustiques\ntropicaux ; une salle confortable, mais qui, pareille à l'habit de l'élégant véritable, a perdu\nla raideur empesée du neuf ; des garçons en tablier qui viennent offrir des consommations ;\nune scène modérée, où les mots ne risquent pas de se perdre et où les décors sont franchement\nde toile peinte, si franchement qu'on ne craint pas d'y donner du pied. La poussière elle-même\nn'est pas proscrite avec trop de rigueur : l'hygiéniste qui flambe ses doigts à l'alcool et met au\nbain-marie le sein des nourrices dénonce ce gîte à microbes ; l'artiste se plaît à ces linceuls\nlégers qui adoucissent les contours et les voilent de souvenir ; d'ailleurs il ne s'en porte pas\nplus mal, bien au contraire. Est-il besoin d'observer que cette négligence est voulue ? Ce ne\nsont pas les moyens qui manqueraient, et le luxe de clinquant dont ailleurs s'éblouit le richard\nde fraîche date est aujourd'hui à bon marché. Mais ici on traite la matière avec désinvolture,\net on l'écarté afin que l'esprit seul triomphe.\nC'est bien un triomphe de l'esprit que cette revue où selon la règle du genre on trouve\nles événements du jour, mais traitées avec une finesse et surtout une précision qui fort heureu-\nsement transporte au music-hall l'illustre rosserie du cabaret. Il y aurait de fort instructifs\nparallèles à développer entre telle guerre des Balkans, telle scène de Kismet, de la Comédie\nfrançaise, ou de l'argot académique, selon qu'elle est traitée ici ou là. Ce n'est qu'à la nouvelle\nScala que M. Lucien Guitry est croqué d'un couplet aussi incisif :\nCet acteur séduit,\nNul ne sait comm'lui\nJouer Prépertoir' d'aujourd'hui.\nLes répliqu's il les décoche\nAvec les mains dans ses poches.\nNul comm'lui n'manie\nLa fine ironie.\nQuelquefois même il s'ingénie\nA blaguer son rôle.\nL'public trouve ça drôle.\nY a pas à dire il l'enjole :\nIl a la gueule sympatique."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.57", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3581, "texte": "Il vous transforme un mélodrame en pièce comique.\nIl fait son complice du spectateur,\nQui se met à charrier l'auteur.\nM. Girier détaille ce portrait avec la plus souriante bonhomie, sous les traits arrondis d'un\nrégisseur pour tournées en province, qui d'une pointe d'accent provençal relève sa vieille expé-\nrience : \" Ah ! celle-là, c'en est encore une raclure de doublure ! \" C'est lui aussi, l'agent\ncenseur dont la massive moustache frémit d'indignation devant\nrenses, M. de la Police à l'Apollo, et la Prise de\nUn commissair' comme un Borgia\nFait l'amour au commissariat,\nPendant qu'un agent qui rougit\nTient la bougi' !\nEn ce temps de divorce où la poésie répudie la rime, ce n'est plus qu'au music-hall que\ncette esclave-reine de nos romantiques à antithèse est mise en bonne place et en récompense\nse laisse gentiment trousser les finales.\nL'interprétation est si exactement ajustée que chacun paraît trouver ses mots et ses gestes\nsur l'instant. C'est Mlle Renée Baltha, bouquetière avertie sans avoir l'air d'y toucher ;\nM. Serjius, homme-réclame commandé par un mécanisme saccadé, puis lieutenant gymnaste\naux muscles démonstratifs ; M. Boucot, ahuri avec pétulance dans les rôles du père malgré\nlui, de l'académicien égrillard et du jockey plus dopé que dopeur ; MUe Walser, commère\nrayonnante ;M. Magnard, affable compère ; Mlle Mistinguett, sous les apparences imprévues\nde l'Académie française, de mylord l'Arsouille et de la femme qui comprend le lieutenant\nHébert, étincelante d'une fantaisie nourrie d'observation et de malice. Les moindres détails\nsont à point : qui de nous n'a reçu, en quelque carrefour de Londres, la décevante réponse de\nce policeman placide, ici M. Marche, qui rit de n'avoir pas compris ? Les artistes prennent le\npublic à témoin de leurs farces ou de leurs mésaventures, et !e public s'amuse non à leurs\ndépens, mais en leur compagnie. La rampe n'est plus une barrière. On sourit d'entendre\nl'Académie demander à son pensionnaire, avant leur danse chaloupée : \" Est-ce qu'on voit\nmon pantalon ? \" Quand M. Boucot, qui se croit poulain, se roule à terre en proie aux\ntranchées, des cris partent d'une loge et s'élèvent si haut que le compère depuis la scène\nadresse un signe d'indulgence à ce frais visage éperdu qui s'empourpre sous le chapeau fourré.\nLa musique est empruntée aux derniers succès du concert, tels que Motogirl, Sympathique.\nJe connais une blonde, Je V sais, sans oublier le refrain anglais de la saison, Hitchy-koo.\nM. Monteux-Brisac l'anime de rythmes qui tour à tour emportent les jupes comme une bour-\nrasque au coin d'un pont ou prêtent un solide marchepied aux pas virils. Notre musique, et\nsurtout celle du théâtre, dédaigne aujourd'hui le contraste des temps forts et faibles ; elle se\nprive ainsi d'un pouvoir irrésistible que le music-hall recueille et peut-être gardera en réserve\npour des temps plus fortunés où l'on n'aura plus honte de trépigner en cadence.\nMM. Michel Carré et André Barde ont donné à la Scala cette revue. Dans le même\ntemps le second de ces auteurs faisait jouer à l'Olympia une opérette dont M. Charles\nCuvillier a écrit la musique. Le public de l'Olympia l'emporte sur celui de la Scala, si on\névalue de part et d'autre le prix total des bijoux, des aigrettes et des fourrures. Il est aussi\nmoins attentif et moins subtilement informé. C'est Paris encore, mais celui du boulevard, ou\ndes étrangers au sortir de leur hôtel regardent avec envie d'autres étrangers que le précédent\npaquebot a débarqués et qu'ils prennent pour les derniers rejetons de l'aristocratie française."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.58", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4335, "texte": "Notre nation s'y trouve représentée cependant, mais en minorité, et surtout par d'élégantes\npromeneuses qui donnent au fond de la salle un spectacle toujours flatteur et souvent délicieux.\nLa scène les imite et parle, à cette foule bruissante d'or et de soieries, par la communication\ndes yeux, le langage international du plaisir.\nDeux de ces beautés sont assises à une table où nul garçon ne s'empresse d'apporter des\nverres : ce sont des habituées. L'une abrite sous des ailes de paille un visage aux traits légers et\nlaisse bouffer autour d'elle les tulles de beige printanier ; l'autre, drapée de cerise depuis la\ntoque de satin jusqu'au bas luisants, est cerise elle-même par ses joues arrondies et ses lèvres\njuteuses. Leurs chaises rapprochées, elles se touchent du bras, et rappellent au chimiste l'image\nd'une molécule où deux atomes se soudent étroitement par leur unique valence. Ces amies ne\nsont pas manchotes, cependant : elles offrent à l'affinité masculine une autre main, représenta-\ntive d'une supplémentaire valence, mais exceptionnelle, équivoque, instable, peut-être même\nendothermique. Bientôt elles souriront de voir, sur la scène, Mlles Delysia et Derly, dociles\naux effluves polarisés du tango, se fuir, se poursuivre, se rejoindre, tournoyer en se prenant\nl'une l'autre pour axe temporaire, devenir alternativement tangentes, puis développées, puis\nconcentriques, céder enfin à l'attraction plus forte, et parvenues au contact, se précipiter en\nune étreinte indissoluble. Elles souriront, bien qu'elles ignorent la chimie, de ce qu'elles\ncroiront se reconnaître, mais la scène est plus hardie parce qu'elle est fictive : des deux artistes,\nl'une arrondit fièrement une gorge marmoréenne, et l'autre dissimule sous le bleu ruissellement\nd'une écharpe les charmes plus suaves en leur fluidité. La Vie parisienne, qui pourtant doit se\nconnaître, s'est trouvée scandalisée, à la Cigale, par une scène pareille, et a exprimé l'espérance\nsévère que la Muse de M. Delorme ne se repaissait pas de ces friandises là. Il n'entre pourtant\nnulle perversité dans la complaisance désintéressée dont nous suivons ces ébats de tendresse\nvéridique ou mensongère. Nous y retrouvons bien l'image de l'amour, maître du monde, arbitre\ndes atomes, destin des cœurs, mais dérivé jnsqu'à un ordre où le désir brutal s'élimine. Pur\nhommage de la beauté à la beauté. Caresses indéfinies des fleurs.\nLa reine s'amuse, nous promet M. André Barbe. Il va sans dire que cette reine sans\nprétention voudra des divertissements de la plus honnête simplicité, et que, moins féroce que\nle Roi qui s'amusait aussi au temps de Victor Hugo, elle ne rendra victime de ses caprices\nqu'un vieux monarque incapable de conjurer le sort. Mlle Angèle Gril est une reine séduisante\nen sa fierté, et M. Polin traduit très adroitement le cynisme inconscient de son indigne époux.\nM. Morton est un ministre ingénieux, M. Capoul un jeune officier dont la jolie voix fait\nmerveille dans la romance, encore qu il chante, un peu trop quand il faudrait agir. Les\nperipeties faciles a concevoir amènent toute la bande ou plutôt toute la débandade souveraine\nà Paiis, et au bal celebie des Quat z Arts où ils rencontrent 1 excellent Dorville, peintre gogue-\nnard, et son modèle, IVI e Regine Flory. Ce bal est 1 occasion d'une fête persane dont le\nspectacle est non seulement somptueux comme on pouvait s'y attendre, mais peint de couleurs\nsi savoureuses par elles-memes et si artistement disposées que l'ceil en demeure longuement\nébloui et charmé. Un chemin lumineux, au-dessus des fauteuils d'orchestre, amène sur\nla scene ce cortège de princes, d eunuques, de sultanes, de bayadères, tous dansants\nselon leurs différents caractères. Ainsi le public se trouve rapproché des artistes, et\ncomme dans les anciens ballets de cour, se donne l'illusion d'être lui-même de la fête.\nMelle Régine Flory s'élance alors tendue en avant comme une nageuse qui va quitter le sol,\nmais c est dans 1 air qu elle plonge ; elle le fend, le bat, s y retourne, il rejaillit et écume à\n1 entour ; portée par les flots invisibles, elle lance a la fois ses bras, ses jambes, tout son corps\npâle sous la robe noire que les lames d'or plaquent comme un costume mouillé, et ce n'est\nplus qu'une agitation tumultueuse et cependant réglée, une gracieuse effervescence de mouve-"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.59", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1554, "texte": "ment sans matière. Parvenue sur la scène, elle se livre à des jeux terrestres, attirant une jambe\nen avant, puis en arrière, la prenant au pli de son écharpe, et nouée ainsi en quelque corolle\nentrouverte, tantôt posée à terre, tantôt portée sur une tige fléchissante, fait en de brèves\néchappées passer devant nous un reflet des danses cambodgiennes, entrecoupées de nervosité\noccidentale. Chanteuse agréable d'ailleurs et comédienne très experte dans le rôle qui lui a été\nconfié, on se demande comment tant de talents divers peuvent tenir en une si frêle enveloppe\nde chair : mais le regard si vif qui filtre dans le visage aminci décèle l'esprit qui domine cette\nagilité prodigieuse, et aux plus incroyables attitudes imprime un accent que sans nulle ironie,\ncomme un grand éloge au contraire, on peut dire parisien.\nLes artistes de theatre se retranchent avec orgueil en leur attribution consacrée : un\ncomédien se croirait déshonoré s'il chantait ; un chanteur se refuse à parler ; l'un et l'autre se\nsentiraient ravalé au rang de danseur s'il exécutait un seul mouvement calculé. Les artistes du\nmusic-hall sont tous tenus, au contraire, de cumuler ces trois emplois. Ils accomplissent en eux\ncette union des arts du théâtre dont Wagner a rêvé toute sa vie et qu'il n'a pu atteindre, faute\nd'interprètes capables et de bonne volonté.\nLa musique de M. Cuvillier ne prétend pas à la profondeur, et elle a bien raison ; mais\nelle offre des rythmes très nets et M. Paul Letombe la dirige avec le goût d'un excellent\nmusicien.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c040", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 59, "image_fin": 61, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.11", "titre_corps": "Concerts Divers", "titre_sommaire": "Concerts Divers", "signature_source": "G. 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Aubrya l'ingéniosité de réunir en gerbe par l'élégant lien de ce qu'il appelle un \" pré-\ntexte littéraire \" quelques fleurs délicates de Debussy, Fauré, Chausson, Ravel, d'lndy, Roussel,\nSchmitt, Séverac et Ducasse : un public fervent d'hydrothérapie goûte avec lui le plaisir\nde l'eau. Pour nous prouver que l'organe crée la fonction, le Quartette VOCal de Paris\norganise une exposition de toutes les partitions nouvelles écrites à son intention par les\ncompositeurs qui apprécient les voix jeunes de MMme! Bonnard et Chadeigne, de MM. Paulet\net Eyraud et l'intelligente autorité de leur guide, l'excellent Marcel Chadeigne qui les conduit\n\" four in hand \" avec une superbe maestria. L'éditeur Durand s'efforce dans ses concerts de\nMusique moderne française de contenter tout le monde et son père; tenant compte\nde toutes les susceptibilités de sa clientèle il fait défiler à sa tribune les leaders de tous les partis\nmusicaux : et le même piano enregistre impartialement les professions de foi de Debussy et de\nSamazeuilh, de Saint-Saëns et de Marcel Labey, de Vincent d'lndy et de Ravel, de Dukas\net de Grovlez, de Vierne et de Florent Schmitt : applaudissements prolongés à droite, à gauche\net au centre. L'événement de la session est la révélation par Debussy, poète du piano qui\nconsent trop rarement à indiquer lui-même le nombre et le rythme de ses poèmes, de trois\nadorables pages extraites du second livre des Préludes. Mais hélas, le piano ne s'apprend pas en\nune leçon et les rois du clavier sont de si mauvais élèves ! Lequel d'entre eux nous rendra"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.60", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3787, "texte": "dans leur couleur exacte et leur parfum ces Bruyères, ces Feuilles mortes, cette Puerta del\nVino dont l'auteur fait des paysages si saisissants et nous restituera l'ironie amusée de ce\n\" General Lavine \" excentric, si follement clownesque et si joyeusement disloqué ?\nLes Sociétés poursuivent leurs chères études. Raugel conduit à la Société Hœndel le\nTe Deum de Dettingen (1743) et l'Antienne du Couronnement. Il nous apprend aussi que\nH. Schtitz (1629) avait besoin pour sonder toute la profondeur de la douleur de David en\nprésence du cadavre d'Absalon de quatre trombones, d'un orgue et d'une voix de basse.\nL'A. M. M, A. s'adonne à la musique de chambre : Fauré, Mozart, Chausson, Schumann,\nPassereau et Jacques Pillois bénéficient des excellentes mises-au-point qu'obtient M. E. R.\nSchmitz. Le compositeur Bourdeney est fêté successivement à La Lyre où il se trouve en\nnoble compagnie et à I'TT. P. A. M. où les suffragettes l'acclament. La Société Philhar-\nmonique continue à truster les grands virtuoses de tout l'univers : le Quatuor Rosé, Galeotti\net Capet émerveillent ses fidèles abonnés. Le Salon des Musiciens voit son intéressant\neffort s'enliser dans la médiocrité des manuscrits qui lui sont envoyés et dans la grisaille d'une\nesthétique déjà officielle. L'Echo Musical continue à offrir à ses abonnés de très intéressants\nconcerts parfaitement composés. La Société Bach se consacre à la Passion selon Saint-\nMathieu en compagnie de Mme Croiza, de Mlle Cesbron, de MM. Walter, Rielens-Collet,\nHermann, Blanquart et Mondain. L'Association des Compositeurs bretons fait\nde la centralisation et cherche à acclimater à Paris la muse celtique. Les bardes Guy Ropartz,\nLadmirault, Le Flem, Duhamel, Vuillemin et Martineau officient avec une ferveur commu-\nnicative. La Société Nationale, revenue à ses premières amours, compose avec les noms\nde Vincent d'lndy, Séverac, Riadis, J. Renié et Blanche Sel va une affiche homogène et logi-\nquement orientée vers son idéal. Et les Concerts Chaigneau gardent une intéressante\ntenue artistique.\nLes francs-tireurs isolés sont innombrables. Il y en a un derrière chaque colonne Picard.\nLes pianistes des deux sexes montrent une combativité particulière. Le chevaleresque\nE. Sauer a pris le commandement de la troupe dispersée. Derrière lui, Pugno, Harold\nBauer, Yves Nat, Maurice Amour, Patrice Devanchy, Desider Szanto,\nRiera, Maurice Schwab font d'utile besogne. Les amazones du clavier ne sont pas moins\nardents. Voici Blanche Selva et Marthe Dron, voici Mlle Jacqueline Rahder,\nMlle Georgette Guller, Mme Riss-Arbeau qui aeu l'étrange idée d'exécuter tout le\nfonds Chopin en suivant l'ordre des chiffres d'opus, ce qui amène d'étranges voisinages,\nMile S. Godenne, M™ Vallin-Hekking dont les interprétations sont remarquablement\nintelligentes, Mlle Boutet de Monvel qui ale courage de donner un concert le soir de la\nMi-Carême et d'y jouer du Bach et du Franck, Mlie Baltus Jacquard, Mlle Blaneart,\nMlle Hélène Léon, Ml,e Lœuffer, MUe Veluard, Mile Stievenard, Mlle Suzanne\nLoge, d'autres et d'autres encore.\nLe violon chôme un peu : MM. Debroux, \"Wael-Munck et Sailler sont à peu\nseuls à le défendre depuis quelques semaines en qualité de solistes. Les quatuors Capet,\nLuquin, Lejeune sont également les seules équipes mises en ligne.\nMM. Reuchsel présentent un ensemble de leurs oeuvres où la supériorité de la forme\nsur le fond s'affirme avec quelque insistance.\nQuelques fauvettes : Mlle Speranza Calo qui franchit en quelques secondes la distance\nqui sépare Monteverdi de Duparc, et Marcello de Debussy, Mlle Jeanne Pelletier,\nMlîe Marthe Prévost, remarquablement douée, Mme Normann, Mme Aktzery qui\nnous révèle un fragment de la Salammbô inachevée de Moussorgsky. Le baryton Clark\nrépond à leurs charmantes voix."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.61", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 369, "texte": "Quelques gouttes de harpe, grâce à MM. Grandjany et Bertheaume,\nMlles Anckier, Lenars et Grandpierre rafraîchissent nos tympans enfiévrés par le\nchoc de tant de doubles croches et nous voilà tout prêts à subir l'assaut du mois prochain pour\nlequel nous n'aurons pas trop de toute notre force de résistance. Car le critique meurt mais\nne se rend pas !\n\nG. K."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c041", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c041", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 61, "image_fin": 62, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.12", "titre_corps": "La Province", "titre_sommaire": "La Province", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.61", "debut_caractere": 371, "fin_caractere_exclue": 3733, "texte": "La Province\nSur le chapitre de la musique en province notre conscience est elle sans remords ?\nHabitués à recevoir de nos préfectures, sous-préfectures, chefs-lieux d'arrondissements et de\ncantons des nouvelles musicales assez peu sensationnelles et des échos souvent décourageants,\nn'avons-nous pas commis une injustice en laissant trop facilement envahir par les chroniques\nparisiennes cette page réservée aux manifestations de l'activité départementale ? Il faut le croire\npuisque la province repousse victorieusement aujourd'hui l'assaut de la capitale en s'imposant a\nnotre attention par des actions d'éclat.\nLa décentralisation devient en effet frénétique depuis le bienfaisant décret ministériel qui\nl'a si opportunément libérée d'une de ses plus lourdes servitudes. Tous les grands théâtres\nrégionaux ont revendiqué pour les jeunes musisiens le fameux \" droit d'asile Angers vient\nde se couvrir de gloire en montant le Retour de Max d'Olonne, œuvre de haute pensée et de\nnoble réalisation d'un musicien qui reçoit enfin, dans le pays qu'il a tant aimé et si bien servi,\nson brevet de prophète. Les habitués des concerts se voient offrir la première audition de la\nmusique de scène du Ramuntcho de Pierné, l'éblouissante Schéhérazade, la Neuvième\nSymphonie et les prouesses de la charmante violoniste Christiane Roussel. Lyon après avoir\ncréé un Boris français rend hommage au génie réfléchi et profond de Mariotte en donnant le\nVieux Roiy oeuvre de belle tenue et de noble pensée sur un délicat poème de Remy de\nGourmont. Rouen permet à Jules Mazellier de faire sur le public l'essai des vertus drama-\ntiques auxquelles ne purent résister les membres de l'lnstitut le jour où leur fut revelee sa\ncantate de Rome. La foule rouennaise ratifie le vote officiel et fête Graziella. Un des attraits\nde la représentation fut le début scénique du baryton parisien Jules Tordo qui s'était jusqu ici\nconsacré exclusivement à la musique de chambre. Le très vif succès obtenu par ce parfait\ntragédien lyrique nous permet d'augurer favorablement de la brillante carrière theatrale qui\nl'attend et où il saura mériter plus que jamais l'affectueuse reconnaissance des musiciens. A\nsignaler aussi à l'actif du théâtre des Arts, la création de Madame Roland, drame lyrique selon\nla formule Bernède, adroitement mis en partition par Félix Fourdrain. Et Nantes applaudit\nune Sonia de Philippe Ganbert et de Batilliot où tous les éléments de succès du Grand-Soir\nse retrouvent, exaltés et décuplés par une musique extrêmement attachante. C'est également\nau théâtre de M. Rachet que débarque d'Amérique une adaptation scénique de 1 Enfant\nProdigue de Debussy. Cette pièce inattendue a subi son biblique destin : après avoir vécu en\ncompagnie des marchands de pourceaux américains, elle rentre au pays natal ou on 1 accueille\navec d'indulgents transports. Et, toujours comme dans la parabole les autres ouvrages de\nDebussy murmurent discrètement contre cette faveur excessive dont ils estiment avoir mente\nles titres à des bienfaits infiniment plus respectables, Bordeaux se contente de peu : les Deux\nMasques de M. Isidore de Lara comblent son ambition carnavalesque. Il est vrai que les beaux\nConcerts de la Société Sainte-Cécile savent consoler les mélomanes affligés. Marseille vient\nde créer Annette de M. Durand-Boch et récompense le splendide effort de M. de Lacerda en"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.62", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 786, "texte": "suivant passionnément les exécutions de son Association Artistique dont les programmes sont\nadmirablement composés et pourraient être utilement étudiés par plus d'un chef d'orchestre\nparisien. Saint Etienne acclame Mme Wurmser Delcourt, muse de la harpe chromatique,\net assiste avec admiration aux passes magnétiques de ses doigts agiles qui ressuscitent les chers\nfantômes de Bach, de Scarlatti et de Rameau. Le Havre a le privilège d'entendre Jane\nBathori-Engel et Motte-Lacroix dans un récital moderne, riche en premières auditions et\nNancy réunit Magnard, Fauré, Ravel, d'lndy, Bach, Glazounow et Mlle Blanche Selva sur\nune affiche qui proclame avec une terrible énergie l'éclectisme de M. J. Guy-Ropartz. L'Est,\nl'Ouest, le Nord et le Midi bougent ! Tenons-nous bien !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c042", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 62, "image_fin": 65, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.13", "titre_corps": "Belgique", "titre_sommaire": "Belgique", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.62", "debut_caractere": 788, "fin_caractere_exclue": 3730, "texte": "Belgique\nNos lecteurs auront rectifié, outre les nombreuses coquilles qu'un chassé-croisé d'épreuves\nentraîna, une petite erreur, aux premières lignes de notre chronique de février. Ce n'est pas\nMM. Kufferath et Cain qui ont remis en son état original le livret de La Flûte enchantée,\nmais bien MM. Prod'homme et Kielin. Inutile de dire que nous donnons volontiers\nacte à notre distingué confrère et collègue de la protestation qu'il fit tenir à notre rédacteur\nen chef. De même Kaatje ne sera pas la seule œuvre belge représentée cette saison à la\nMonnaie, puisqu'on y a repris La Fiancée de la Mer et Milenka de J. Blokx, puisque l'on va\nreprendre Rhéna de Van den Eeden ; mais c'est la seule création voulais-je dire. Personne\nne s'y sera trompé. Le Guide musical fait observer que les musiciens belges ne sont pas\nnégligés à la Monnaie : il tire argument des reprises que je signale, et de Kaatjey sans doute !\nJe ne nie pas la valeur ni la qualité \" nationale \" de ces ouvrages. Toutefois, M. Maurice\nKufferath, directeur de la Monnaie, m'ayant invité à lui citer d'autres partitions autochtones,\nje défère à son désir. U Enquête sur le Théâtre lyrique national, que nous venons de faire,\ndémontra l'existence de nombreux opéras, susceptibles d'être montés sur notre première scène.\nPaul Gilson en possède deux au moins, je pense ; Emile Mathieu, Auguste de Boeck,\nLéon du Bois, Victor Vreuls, Paul Lagye, Dupuis, L. Delcroix, D. Pâque, Eugène Samuel,\nJ. B. Schrey, d'autres, et d'autres encore, réclament la meilleure attention. Ce ne sont pas,\nje ne cesserai de le dire, les œuvres qui manquent, et jusqu'à preuve du contraire, nous sommes\nen droit de les croire viables. Etudions les moyens de les présenter, dans les meilleures con-\nditions, au public, qui les jugera, et les accueillera pourquoi non ? avec autant de bien-\nveillance, voire d'enthousiasme, que les œuvres déjà consacrées. Et même si parfois leur sens\nélevé doit échapper à la grande foule, puisque l'on nous donne, superbement, je le reconnais une\nfois de plus ici, des chefs-d'œuvre d'art pur comme le Chant de la Cloche et Pelléas, je ne vois pas\nde raisons pour condamner nos maîtres au plus injuste des silences.... Mais nous reparlerons\nlonguement, et définitivement de tout cela dans nos conclusions et dans notre livre d'Enquête.\nKaatje a donc vu les feux de la rampe. Le libretto en fut tiré, on le sait, de la pièce\napplaudie de M. P. Spaak. Jouée au Théâtre du Parc en 1908, cette pièce fut le premier gros\nsuccès du théâtre dramatique belge. Elle eut quatre-vingt-dix-neuf représentations. M. Guidé\nconçut alors le projet d'en détacher la trame plus sobre d'un opéra. Il confia ce soin au spécia-\nliste du genre M. H. Cain. L'illustration musicale fut proposée tout d'abord à Paul Gilson.\nMais la grâce un peu mièvre, la sentimentalité naïve, la'facile poésie du sujet convenaient peu,\nsemble-t-il au puissant orchestrateur, épris de fresques somptueuses."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.63", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4354, "texte": "M. Buffin, précisément, dont le poème symphonique venait d'être (19x0) exécuté\naux concerts Ysaye, cherchait un poème. Kaatje le séduisit; il résolut de tenter un\ndébut sous son aimable et gracieuse tutelle. En une année, il écrivit les trois actes que nous\nvenons d'entendre. Beaucoup de nos lecteurs connaissent le drame de M. Spaak. M. Cain\na réduit à trois les quatre actes primitifs. Je dois dire qu'il a beaucoup enlevé au charme du\npoème ; qui était surtout dans les \" longueurs \" littéraires. Je l'accorde, elles eussent pris, avec\nla complicité du discours musical, une réelle monotonie. Mais, la sobriété du livret, se\nbornant à indiquer les situations, à esquisser l'action symbolique, ne va pas sans une certaine\nsécheresse. La condensation des données initiales ralentit le mouvement scénique, cependant\nqu'elle entraîne des raccourcis fâcheux. Le dénouement se précipite : la transition entre le\ndésespoir de Jean et sa joie de retrouver Kaatje avec son affection fidèle est trop brusque,\ninvraisemblable, presque illogique, malgré le commentaire symphonique. On ne nous accusera\npas, je suppose, de vouloir un théâtre de trucs et de ficelles, ni même un théâtre d'action\nnous aimons au contraire le symbole, le rêve, la pure fiction d'immatière.... mais ici, c'est une\naventure très humaine, très simple, c'est une histoire \" familiale \" que l'on nous conte. Elle a\nbesoin, dans ses accents lyriques et dramatiques même, de gestes et d'animation tout extérieures.\nLe jeune peintre Jean quitte les siens, et la claire patrie hollandaise, pour aller étudier en\nItalie. Sa mère et son père pleurent. Kaatje,l'enfant adoptive, qui a grandit avec lui, qui l'aime\nsans en avoir rien avoué encore, cache sa peine et exalte, pour qu'il parte joyeux la terre\nlointaine. Quand il a disparu, elle se jette dans les bras des vieux parents et les console. Au\ndeuxième acte, en la vieille salle calme et lumineuse, tous trois attendent l'enfant chéri, qui\nva revenir enfin... Les amis de Jean, et des amies de Kaatje interrogent aussi la route. Ils\ndonnent prétexte au musicien d'évoquer une sarabande, un peu mélancolique. Or voici que la\nporte s'ouvre. C'est lui ! Mais il n'est pas seul. Avant d'entrer, il explique qu'il a ramené sa\n\" femme \". Le père s'indigne : \" Nos fils, à présent, ne nous demandent plus conseil \"...\n\" Que l'étrangère s'en aille \". La révélation a percé le cœur de la pauvre Elle a étouffé\nun cri d'oiseau blessé dans sa poitrine... La mère implore le pardon de son fils. Le père cède,\net Pomena prend place au foyer. Le troisième acte nous montre l'italienne souffrant de\nnostalgie. Des chanteurs, de son pays, ont passé tout à l'heure. Leur musique, sur la neige,\na laissé comme un rayon du grand soleil natal. Ici, le ciel est brumeux, l'hiver est triste et\nfroid. Elle veut fuir. L'artiste refuse. Pomena s'emporte. Elle s'en ira seule.... Il n'en faut pas\ndavantage. Jean la laisse partir. Puis il tombe, la tête entre les mains ; il se désespère. Des\ncloches sonnent complies. La mère et Kaatje rentrent des vêpres. Discrète, Kaatje éloigne\nla maman. Elle s'assied au carreau et, gentiment, mêle les fils ténus de lin, en fleurs légères\nde dentelle. Sa chanson dissipe la douleur du peintre, comme par enchantement. Il se lève,\nregarde longuement, par la verrière large ouverte, où Kaatje, en robe d'or, brille, fraîche et\njolie, et rose comme tulipe printanière, le paysage verdoyant, avec son moulin lent, là-bas,\net les pommiers fleuris. Il est sauvé. La voix de la terre patriale parle à nouveau en lui. Il va\npeindre ces paysages, où vibre aussi toute la beauté. Et puis... les bras frêles de Kaatje déjà l'ont\nenlacé ; sa jeune joue frôle ses lèvres...\nM. Victor Buffin a enveloppé cette charmante affabulation d'une musique nuancée,\nmenue et subtile, infiniment agréable. Elle a, cette musique, la patine d'un vieux tableau. Elle\nfait flotter sur le décor d'un Vermeer de Delft une fine atmosphère discrètement sonore.\nLes précédentes compositions du musicien étaient remarquables par leur force, par leur allure\nfougueuse, aussi, par la recherche des harmonies, toujours très adéquates au sens des poèmes,\ndans les mélodies ; d'une belle homogénéité dans les pièces concertantes. La distinction reste\nla caractéristique de son travail. J'ai l'impression, toutefois, que M. Buffin se fût senti mieux à"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.64", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3642, "texte": "l'aise dans un sujet plus vigoureux, et je pense qu'il a grand tort d'astreindre son inspiration\nmélodique à une rigueur, aune synthétisation dans l'expression harmonique, qui lui coupe trop\ntôt l'essor. Le goût peut être un danger, qui fait craindre l'expansivité libre, le hors-d'œuvre,\nla faute... Quoiqu'il en soit, la partition de Kaatje a de nombreuses qualités. Elle mérite ce\npremier éloge d'être fort bien écrite pour les voix : la déclamation est excellente. L'orchestra-\ntion est d'une grande sûreté, très lumineuse toujours. Quelques pages sont d'une inspiration\ndélicate. Les introductions du premier et du deuxième acte sont certainement de remar-\nquables morceaux symphoniques. La chanson de la dentellière est exquise. M. Buffin a\nintercalé quelques motifs populaires flamands : les chœurs d'hommes et de femmes et le couplet de\nla servante. Ils jettent une note pittoresque dans l'ensemble.\nL'interprétation de Kaatje, sa présentation, furent très soignées. Mlle Heldy, Kaatje\npoétique, est bien digne de retenir le jeune artiste. Mme Charney, qui remplaça au pied\nlevé Mlle De Georgis, souffrante, prête son caractère de brune ardente au rôle de Pomena ;\nM. Girod, silhouette fort bien Jean ; citons aussi les interprètes du Père, M. de Cléry, de la\nmère, Mme Bardo. M. Otto Lohse dirigeait : il eut beaucoup de succès, et remplaça l'auteur,\ntrop modeste, que le public réclamait au chu du rideau. M. le baron Bufïin, brillant officier, il\nest commandant d'Etat-major, et officier d'ordonnance du Roi Albert ce qui ne l'empêche\npas, on le voit, de faire de la vraie musique craint-il le feu des bravos ?\nRené Lyr.\n* *\nLe même M. Lohse diriga le premier u extraordinaire \" concert Ysaije. Le programme\nen était tout entier consacré à Wagner. L'ineffable Prélude de Tristan fut pris par le célèbre\ncappel-meister dans un mouvement d'une lenteur désespérante —j'entends, désespérante parce\nqu'il ne met d'accent dans les mouvements. Il semble ne pas sentir - j'ose ce sacrilège\nfroidement la passion, la sublime passion qu'il y a sous cette langueur vespérale et volup-\ntueuse. Si son intention fut de ménager la transition avec la Mort d'Yseult, qui suivait\nimmédiatement, le moyen est regrettable. La marche funèbre de Siegfried, et Tanhâuser furent\ntrahis aussi par l'éminent chef d'orchestre. La partie vocale était tenue par Mme M. Kurt et\nM. Hensel. Ils chantèrent bien le duo de la Walkyrie. Signalons pour ce mois : le troisième\nconcert des Compositeurs Belges. Au programme : la sonate de G. Lekeu, le trio de Vreuls,\ndeux pièces pour piano de A. Van Dooren, et des mélodies de Sarly. Intéressante séance,\npar Mlle G. Schellinkx violoniste et Marguerite Rollet, de la Monnaie, Salle nouvelle.\nMlle J. Samuel y donne aussi son concert amuel, où nous remarquons quelques lieder de sa compo-\nsition, fort bien venus. Lequator Capet nous offre sept séances délicieuses, dont la dernière aura la\ncollaboration du jeune pianiste Richards. Le quatuor Carpay interprète plusieurs œuvres reli-\ngieuses de Tinel, avec A. de Boeck, organiste. Le quatuor Schiïrg révèle, au cercle artistique, un\nquatuor de E. von Dohnanyi, œuvre puissante, magistrale. S'inspirant de M. P. Ginisty,\nMmes la vicomtesse de Sousberge et la comtesse d'Oultremont composent un programme d'œuvres\nde Souverains authentiques : le prince hindou Soudraka, Napoléon, Louis XVIII, Frédéric le\nGrand. Poèmes, chœurs, ballet, drame, avec musique archaïque de Mêlant.\nR. L.\nNomination. C'est M. Paul Lebrun qui vient d'être désigné à la succession de Léon\ndu Bois comme directeur de l'Ecole de Musique de Louvain. Né le 21 Avril 1863, l'excellent"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.65", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 613, "texte": "compositeur a donné plusieurs poèmes symphoniques, des chœurs, des mélodies, et un opéra\nLa Fiancée (TAbydos. Il était professeur au Conservatoire de Gand.\nFédération des Artistes Wallons. Le comité définitif de la section musicale dont\nS. I. M. est l'organe officiel vient d'être constitué. En font partie : MM. Eugène et Théo\nYsaije, Mathieu Crickboom, Victor Vreuls, Joseph Jongen, Sylvain Dupuis, A. Biarent,\nN. Daneau, René Lyr. A l'occasion de l'exposition de Mons, en septembre, des auditions de\nmusique, moderne surtout, seront organisées par ce dernier, avec le concours de virtuoses\nwallons."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c043", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c043", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 65, "image_fin": 68, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.14", "titre_corps": "LE FORGERON DE LA PAIX", "titre_sommaire": "LE FORGERON DE LA PAIX", "signature_source": "Paul Gilson", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.65", "debut_caractere": 615, "fin_caractere_exclue": 3361, "texte": "LE FORGERON DE LA PAIX\n\nPremière représentation, au Théâtre lyrique néerlandais\nd'Anvers, du drame lyrique DE SMID VJN DEN\nVREDE (le Forgeron de la Paix), paroles de M. Monet,\nmusique de M. Schrey.\nCe titre d'une chanson populaire n'évoque pas précisément le sujet de la pièce de\nM. Monet. Le Forgeron et la Paix qu'elle chante sont vraiment peu... banals. Qu'on en juge.\nLe village de frontière anglo-écossaise Gretna-Green est célèbre par la facilité avec\nlaquelle on y convole, sans péage, en justes noces. La légende a personnifié ce séjour sous les\naspects d'un forgeron gai marieur. Ce forgeron Fergus Macdonald habite les rivages\ndu lac Lomond, au pied de la montagne Ben-Lomond. Chaque année, aux fêtes de la Pentecôte,\nil unit les couples désireux de contracter mariage. Il remet aux époux un anneau d'acier\nforgé par les gnomes, habitants des cavernes de Ben-Lomond. Cet anneau possède le magique\npouvoir de rendre à jamais fidèles ceux qui le passent aux doigts. Toutefois, ce merveilleux\nprivilège cesse dès qu'un rayon de soleil vient à toucher la bague avant qu'elle soit ouvrée. Un\nsortilège maléfique le remplace, qui disjoint les époux. Or, depuis les siècles, deux clans (tribus\nécossaises) sont en guerre. Les Macdonald et les Macfarlane. Ceux-ci ont vaincu naguère les\nancêtres du forgeron et pour prix de la victoire, exigé leur plus belle fille pour un de leurs\ngars. Cette union fut tragique : la jeune épousée s'étant jetée, et noyée, dans le lac Lomond.\nDepuis, son fantôme apparaît, au clair de lune, chaque fois qu'une Macdonald sacrifie son\namour et se laisse unir contre son gré. C'est la Dame Blanche, dit-on. Un caïrn, tas de pierres\nsurmonté d'une croix, a été élevé à l'endroit d'où la victime s'est élancée. Tout passant y\najoute un caillou. C'est à côté de ce caïrn qu'est située la forge de Fergus.\nCelui-ci a formé le dessein de pacifier la vieille querelle. Par le moyen des anneaux\nmagiques, il va tenter de réconcilier les clans ennemis. Il a promis sa propre fille Nelly 3\nRobert Macfarlane. Nous sommes au point du jour. Le joueur de cornemuse de\nla tribu Macdonald aime la fille de Fergus en silence. Il sait qu'elle est destinée à Robert et il\nen souffre, mais la Dame Blanche lui apparaît et lui annonce que tout espoir n'est pas perdu.\nEvan s'éloigne. Le forgeron apparaît. Il vient réclamer aux gnomes les anneaux d'épousailles,\npour la cérémonie du lendemain. L'une des bagues est inachevée. Fergus la prend quand même,\nse promettant de la finir. Les gnomes fuient, car l'aube s'éclaire, et Nelly s'approche. Il lui a\nsemblé dans son sommeil entendre le chant mystérieux de la Dame Blanche. Son père l'attire\nauprès de lui, il lui demande si nul autre sentiment ne l'empêche d'aimer Robert ; sur sa"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.66", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3648, "texte": "réponse affirmative, sans y prendre garde, il lui remet l'anneau fatal. Restée seule, la jeune\nfille invoque la Dame du lac et la supplie de lui pardonner le mal qu'elle pourra faire à un\ncœur ignoré. Elle a levé la main; à cet instant même, le spectre de la morte écarte les bran-\nchages derrière lesquels le soleil s'est levé : un rayon vient glisser sur le métal.\nAu deuxième acte, c'est la fête du mariage. Elle a été un peu troublée par Evan qui\nchanta la triste ballade de la Dame Blanche. La fiancée le lui a reproché avec violence, ce qui\nrévèle au pauvre joueur de cornemuse qu'elle aime vraiment Macfarlane. Ici se placent les\nrites nuptiaux, d'une allure plutôt comique. Puis c'est le troisième acte, devant la forge de\nFergus. La nuit règne, les derniers feux de joie s'éteignent sur les coteaux. Evan clame sa détresse,\ntandis que le forgeron et ses hôtes conduisent à leur home nuptial les nouveaux mariés. Mais à\npeine Robert et Nelly se trouvent-ils seuls, que la jeune femme repousse son mari. Le pouvoir\nde l'anneau s'exerce. Robert, indigné, court ameuter sa tribu. Nelly implore la Dame Blanche;\nelle a senti, confusément, qu'elle aimait quelqu'un d'autre... Le fantôme, quoiqu'invisible, lui\nrévèle qu'elle saura le nom de l'aimé aux premières lueurs du jour. Bientôt, Evan arrivé, et les\njeunes gens s'expriment leur passion. Robert revient sur ces entrefaites, accompagné de ses\npartisans. Il brise le balai magique, symbole du pouvoir de Fergus, et il en jette les débris\ndans le lac, ce qui suscite un tremblement de terre. Robert reproche à Fergus d'en\nêtre cause, et d'avoir abusé le peuple par ses sortilèges. La foule maudit le forgeron. Soudain,\nle sol s'entr'ouvre, et Fergus y disparaît. Les Donald chassent les Farlane. Nelly tombe dans\nles bras d'Evan. La Dame Blanche, alors, annonce qu'elle n'apparaîtra plus, puisque jamais\nplus, un cœur de vierge ne sera sacrifié à la chirrière de la paix.\nLe caïrn se fleurit de roses, les cloches sonnent, et le peuple entonne des chants d'allé-\ngresse. \" Uamour est libéré. La paix sur terre ne vaut pas le sacrifice dyun amour. U amour, c'est la\nvie, et la vie, c est le combat ! \"\nTel est le symbolisme de cette oeuvre étrange, Vouloir pacifier les peuples est chimère.\nL amour entre les races différentes est impossible. Des forces obscures et mystérieuses s'y\nopposent, au nom du passé, au nom des morts qui ont souffert et dont les âmes nous dirigent,\nLa terre elle-même fait une tombe à l'idéal, au rêve fou du forgeron. Il faut bien accepter la\nloi de la vie.\nLa partition de M. J. B. Schrey est bâtie selon la formule wagnérienne. On peut\ngrouper en trois catégories les quelque trente thèmes qu'elle fusionne : les thèmes de personnes,\nles motifs évoquant les objets (l'anneau, le balai, le soleil celui-ci est des plus significatifs de\nl'ouvrage), enfin les thèmes représentatifs d'idées ou de sentiments. Evidemment, ils sont\nmodifies sans cesse. L orchestration offre quelques particularités : chaque groupe d'instru-\nments, encore une fois suivant la tradition wagnérienne, est représenté par quatre unités.\nTubas et bassons sont au complet. Quatre bugles, quatre saxophones complètent l'ensemble\ninstrumental qui comprend 84 exécutants. M. Schrey a tiré de puissants effets de cet\norchestre. Le seul reproche qu'on pourrait lui faire est que les voix sont écrasées sous son\ndéchaînement. Signalons parmi les pages remarquables : la forge des gnomes avec le martèle-\nment des bijoux magiques rendu par une sorte de carillon qu'accompagnent, en sonorités\nfantastiques, les instruments à vents. Cette scène est très curieuse. Des rythmes très animés"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.68", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1787, "texte": "dessinent l'acte du mariage, où la Ballade de la Dame Blanche fait passer sa mélancolie, en\nun motif archaïque d'une grande simplicité. La scène entre Nelly et Evan, aux effets gradués\nsavamment, est d'une belle ampleur. Le cortège des noces met en scène une foule bizarrée,\nextrêmement pittoresque dans les costumes écossais, de cent cinquante personnes. Le chœur\nest de puissante sonorité. Quelques pages d'un vif intérêt musical, au 3e acte, surtout le duo\nd'amour, qui marque le sommet émotif de l'œuvre. Un charme mystérieux empreint l'adieu\ndu fantôme. L'allégro final est d'une belle envolée.\nM. J. B. Schrey a attesté une fois de plus, dans le choix de son livret, et dans son effort\nmusical, de la ferveur, du respect et de la conscience artistiques qui l'animent. Je lui réitère\nmon admiration. Le Forgeron de la Paix est l'œuvre d'un musicien consommé, d'un artiste\nsincère, autant que probe et modeste. Elle est en tous points digne de l'accueil enthousiaste\nque lui a fait le public anversois, et nous espérons qu'elle se maintiendra au répertoire.\nM. Henri Fontaine a monté le Forgeron de la Faix avec un luxe de mise en scène un peu\nnaïve. L'interprétation mérite tout éloge : Mme Seroen (Nelly) ; MM. Collignon (Fergus),\n80l (Evan), Daman (Robert) ; Mlle Buyens (La Dame Blanche), Mlle Noos (un gnome).\nL'orchestre, sous la conduite de l'auteur, son vaillant chef, fut d'une homogénéité, d'une\nsûreté, d'une souplesse admirables.\nC'est avec joie que nous inscrivons la nouvelle victoire que remporte le Théâtre lyrique\nbelge, que M. J. B. Schrey a tant servi depuis dix ans. La plupart d'entre nous lui devons en\neffet la révélation de nos ouvrages. Notre satisfaction est doublée cette fois, puisque celui qui\nfut à la peine est à l'honneur.\n\nPaul Gilson."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c044", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c044", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 67, "image_fin": 67, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.15", "titre_corps": "LE CARNAVAL A BALE", "titre_sommaire": "LE CARNAVAL A BALE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.67", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 18, "texte": "LE CARNAVAL A BALE"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c045", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c045", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 68, "image_fin": 69, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.16", "titre_corps": "Étranger", "titre_sommaire": "Étranger", "signature_source": "Ad. Zinsstag", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.68", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1, "texte": "5"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.68", "debut_caractere": 1789, "fin_caractere_exclue": 3299, "texte": "Étranger\n\nLE CARNAVAL A BALE\nLa \"Basler Festnacht \" n'a pas l'universelle renommée des carnavals de Venise ou de Nice.\nElle n'en a pas moins sa précieuse originalité, elle mérite bien d'être mentionnée dans une\nrevue de musique.\nLa population de Bâle, environ 140,000, ne comprend guère que 22,000 bourgeois de\nla ville. Le reste est formé par des Suisses de divers cantons, des Badois, et beaucoup\nd'Alsaciens, émigrés après la guerre. Malgré ce mélange des nationalités, Bâle a su conserver\nintact le vieil usage médiéval des montres et des défilés et lui garder un caractère local tout à\nfait curieux. Voici comment les choses se passent :\nUn mois avant les jours gras paraît dans un Bulletin Officiel de la Ville, un arrêté\nautorisant temporairement l'exercice du tambour jusqu'à neuf heures du soir. Et aussitôt\ncommence, dans tous les quartiers à la fois, la plus extraordinaire débauche de tambourinage\nqui se puisse concevoir. Malheur à qui n'apprécie pas le son de la peau d'âne ; il vaut mieux\npour lui s'exiler de sa bonne ville de Bâle. De toutes les maisons, durant ce mois sonore, sort\nune voix percutante et grave produite par le u Basler Trommel\", sorte de grosse caisse claire\nmesurant jusqu'à 60 centimètres de diamètre et autant, sinon plus, de hauteur. Partout la\nvibration se propage et le bruissement s'étend.\nCette tyrannie du tambour est essentiellement bâloise. Partout on joue du tambour —~ un\ndes plus vieux instruments du monde mais nulle part on n'a érigé ce jeu en véritable sport"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.69", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4219, "texte": "national ! Que dis-je ! C'est un art, avec ses lois, ses traditions et ses manifestations. Car\nl'artiste ne se borne pas à promener sa caisse dans les rues. Il existe de véritables Concerts de\ntambour, dont l'auditeur le plus prévenu est obligé de reconnaître le caractère musical. Dans\nles mêmes salles ou s'exécute en temps ordinaire le répertoire habituel de nos concerts\nsymphoniques, se groupent 20 ou 30 tambours, pour donner à un public attentif un avant\ngoût des délices du Carnaval. C'est comme une répétition générale. La salle est comble, et\non n'enlèvera à aucun des Bâlois l'idée qu'une exécution de ce genre ne vaut pas celle de\nn'importe quelle œuvre, fut-elle d'un maitre reconnu et populaire.\nLe succès unanime de ces concerts, l'entrainement de tout un peuple de tambours,\nprépare àla grande solennité du Morgenstreich. C'est ainsi que s'appelle le premier acte du\nCarnaval. Il a lieu, non pas le mardi gras, mais huit jours plus tard, dans la nuit du dimanche\nau lundi. A quatre heures du matin, tout la ville en attente s'ébranle aux sons d'une infinité de\nrataplans, patiemment étudiés. Une douzaine de groupes appelés cliques se sont formés dans les\ndifférents quartiers. Chacun organise un cortège à sa guise et, sans se soucier des groupes,\ncomprend son orchestre obligé, de tambours bien souvent aussi de petites flûtes, qui encouragent\nle sentiment mélodique, et enfin des lanternes. Oui, de gigantesques lanternes portées à dos\nd'homme et sur lesquelles sont représentées force charges et caricatures burlesques, grotesques,\nsans pitié pour toutes les célébrités bâloises. Ainsi par exemple pour tourner en ridicule la\ncommission du Nouveau Musée de Baie, commission qui siège depuis des années sans pouvoir\naboutir, on dressera un énorme colimaçon, portant l'édifice futur du Musée, et dont la coquille\npeinte, éclairée à l'intérieur, montrera les différents membres de la commission ; le tout sera\nsur les épaules de masques costumés en gardiens de Musée avec un grand point d'interrogation\nen fer blanc sur leur casquette. Il n'en faut pas plus aux Bâlois pour descendre dans la rue en\npleine nuit d'hiver et suivre allègrement la poussée de la foule enchantée.\nPuis le jour du lundi se lève, la foule se disperse et retourne à ses occupations. Quelques\nbandes d'enfants parcourent encore les rues en tambourinant, afin d'entretenir l'atmosphère\nvibratoire, et de ne pas interrompre le règne de \" Peau d'âne\". Mais bientôt arrive l'après-\nmidi. C'est alors que cortèges, cliques etc.... déploient toute leur gloire, Des cavaliers précèdent\nles goupes, et un tambour-major guide les fidèles tambours. Il n'y a pas bien longtemps encore\nque ce tambour-major jetait en l'air une canne à la pomme dorée.. Les trolleys modernes ont\ncondamné cette fantaisie. La foule n'en est pas moins excitée. Les masques circulent. Les\nchars s'avancent pourvus de leurs décorations, de leurs groupes satiriques ; serpentins et\nconfettis sont de la partie, et des oranges sont lancées d'en bas aux spectateurs des fenêtres,\nnon sans quelques bris de carreaux. Nous sommes ici dans les conditions habituelles et tout\ns'achève normalement, à grand renforts de tambours, comme bien on peut le penser.\nTel est le Carnaval de Bâle. Sa musique est de persuasion, et elle sait faire vibrer tout\nune population par le seul choix des rythmes. L'historien pourrait ici ouvrir le cycle de ses\nérudites considérations. Comment en plein XXe siècle le simple percussion rythmique suffit\nelle à toute une vie musicale ? Par quels secrets, par quels procédés arrive-t-on à musicaliser\nle tambour et à l'introduire en soliste jusqu'au cœur du concert ? Pour répondre à tout cela il\nfaudrait étudier de plus près que nous ne pouvons le faire, la technique des batteurs bâlois.\nLeur art se transmet par tradition ; on peut à peine le noter, et je ne me figure pas bien\ncomment on en donnerait la représentation graphique et scientifique. Tout ce que j'ai\nremarqué c'est la lenteur du tempo, (environ 95 pas à la minute). Plus les rythmes sont\nretenus et mesurés, plus la foule se sent attirée et les suit. Un jour peut-être publiera-t-on le\nrépertoire du Bassler Trommel. Ce serait une œuvre à tenter.\n\nAd. Zinsstag"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c046", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 70, "image_fin": 71, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.17", "titre_corps": "Extrême Orient", "titre_sommaire": "Extrême Orient", "signature_source": "Gabriel Lefeuve", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.70", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3299, "texte": "Extrême Orient\n\nWESTHARP ET LE POINT DE VUE ORIENTAL EN MUSIQUE.\nNous avons reçu la lettre suivante de notre excellent collègue Gabriel Lefeuve et nous nous empressons\nde la communiquer à nos lecteurs.\nMon cher ami,\nf\\ 1 V /fi i\nDans son numéro du La Revue Musicale S. I. M. a présenté sous la signa-\nture de son correspondant de Tokyo, Ingram Bryan, des idées assez nouvelles et qui nous\nmontrent de quel point de vue nous devons nous autres Occidentaux, juger la musique d'Orient.\nVous sou venez-vous d'avoir déjà entendu soutenir une thèse semblable par notre collègue\nA. Westharp, au grand scandale de beaucoup d'entre nous ? Vous souvenez vous de la\npropagande acharnée, et toute récente encore de notre collègue, en faveur de la prééminence de\nla musique orientale, sinon en pratique du moins en théorie? Ici c'était un article du Bulletin\nde la Société Franco-Japonaise de Paris (sept. 1911), une causerie àla Japan-Society de Londres\nsous ce titre hardi : \" Japan ahead in music \" (Le Japon à la tête du mouvement musical), et\nenfin une conférence au musée Guimet le 30 mai de l'année dernière, conférence qui restera\nfameuse par l'ampleur de ses développements et par la très curieuse musique de koto, dont\nMlle Utagawa voulut bien l'illustrer.\nOr Westharp, nous devons le dire à l'honneur de la perspicacité occidentale, Westharp\nva encore plus loin que Bryan. L'évangile qu'il s'efforce de prêcher devant nous avec un zèle\ncommunicatif est celui-ci :\nTout d'abord tel un Walther des Maîtres Chanteurs, ombre théâtrale de notre grand\nrévolté Jean-Jacques Westharp fait table rase de toute notre technique musicale occidentale.\nLa musique dont il fait honneur aux races de l'Orient et pourquoi pas ? c'est celle au\npassé plusieurs fois millénaire, épandue partout comme la fleur des champs, recueillie aux lèvres\ndu peuple, libre dans son rythme et 'dans son intonation. C'est le folklore, seul chant naturel,\nseule expression directe de l'âme, seule source saine de l'idéal ! Ce ne saurait donc être ce qu'il\nappelle lui-même : \" un art atrophié dont notre inconscience tire vanité, un produit tératologique\nné d'hier dans la couveuse de Jean-Philippe Rameau, déformé par nos systèmes, nos instruments,\nnotre notation grossière... \"\nWestharp, pour atteindre le concept oriental, se libère de toutes barres de mesures,\ns'indigne abondamment contre nos instruments à tempérament égal, appelle de ses vœux une\nnotation nouvelle, une lutherie invraisemblable, qui ne reculerait pas devant la division de\nl'octave en 104 parties. Il s'efforce surtout d'échapper à cette sorte d'envoûtement que notre\nmélodie subit de la part de l'harmonie. Il conjure la magie des gammes qui torturent notre\nmusique dans l'étreinte barbare des deux modes majeurs et mineurs, libère la tonalité des\nséductions de la polyphonie scélérate. Westharp retrouve le charme de la mélodie pure.\nAinsi redevenu monodiste conscient, et ayant rejeté tout européanisme, Westharp nous\ndévoile les principes d'un orientalisme intégral.\nCeci consiste avant toutes choses, à s'efforcer de goûter le son pour le son, à écouter\nchaque note isolée, ou au plus par groupe de deux, de trois, - à puiser notre émotion dans les\nseules variations d'intensité de cet élément sonore, dans le crescendo pt le decrescendo qui est"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.71", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1963, "texte": "toute sa vie psychique. Nous arrivons ainsi aux antipodes de notre accoutumance, et nous pouvons\npasser à l'étude d'axiomes comme ceux-ci :\nLa lenteur du mouvement sera proportionnelle à /'importance du sentiment a exprimer, le\nmaximum d? effet s\"*obtiendra donc par un rallentendo, non par un precipitendo, La descente vers\nle grave, et non Pascension vers /'aigu est dynamique, la dissonance doit être la normale et la\nréglé, la consonnance /'exception, etc....\nVoilà les secrets de cette adaptation à la musique orientale, que nous a livrés Westharp,\navant de partir lui-même vers ces régions lointaines, encourager tous ceux qui tentent le réveil\nde la culture des musiques indigènes. Westharp est parti pour saluer de la part du jeune\nOccident Misaelidés en Grèce, Meschakah à Damas, Sourindo Tagore à Calcutta, et Tomoyeshi\nTomiogi à Tokyo. Et c'est en vain que, de Smyrne à Honolulu, les nations achèteront nos\nharmoniums, clameront nos cantiques dans les écoles, se rueront vers nos phonographes,\norganiseront des fanfares et des conservatoires à l'instar de Paris ou de Berlin.... Westharp est\nbien résolu à prêcher la bonne parole jusqu'au pays du Soleil Levant et du Matin Calme.\nCes idées sont nouvelles. Elles paraissent encore subversives. Mais le fait même qu'elles\nse présentent simultanément à Paris, Londres et à Tokyo, sous la plume d'un Bavarois comme\nWestharp, ou d'un Américain comme votre collaborateur I. Bryan, prouve bien qu'elles\nreposent sur quelques réalités. 1 Au lieu d'examiner la musique orientale au point de vue\nEuropéen, nous nous mettons enfin à la considérer de son propre point de vue, ou de ce qui\nnous semble tel. Demain, avec Westharp, nous arriverons à regarder l'Occident musical avec\nla mentalité d'un oriental. Pourquoi pas ?\nCroyez bien\n1 Elles étaient doucement formulées (à la Boîte à Sardines) dans une conférence de M. de Ménil sur la\nMusique de VAvenir ce dimanche 2 mars dernier.\n\nGabriel Lefeuve."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c048", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c048", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 72, "image_fin": 72, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.18", "titre_corps": "Les Faits au Mois 10 FÉVRIER AU 10 MARS", "titre_sommaire": "Les Faits au Mois 10 FÉVRIER AU 10 MARS", "signature_source": "Swift", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.72", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1987, "texte": "Les Faits au Mois\n10 FÉVRIER AU 10 MARS\nSwift.\nRéveil annuel de la Momie de Mv Fanelli, atteinte de la fameuse\nmaladie du sommeil depuis 1883. Le D 1 Gabriel Pierné la présente aux\nspectateurs du Châtelet. Une foule cruelle, en constatant la maigreur\nsquelettique de la rescapée ricane férocement. Cédant aux pressantes\ndémarches de MMr* Xavier-Leroux et Albert Carré, /'autorité ecclésiastique\na accordé exceptionnellement aux cloches qui ont signé un\nengagement a VOpéra-Comique pour la création du\nCarillonneur5 une dispense du traditionnel voyage a\nRome qu elles auraient du précisément accomplir au moment ou passera cet\nouvrage. Le violon d'lngres : les gens de lettres continuent a envahir\nméthodiquement le domaine de la musique : le Figaro nous apprend que Georges\nCasella exécute des Concertos de Bach aux Thés-Marigny, Comedia nous révélé\nque Ml' Gabriel Faure a pris la Direction du Conservatoire et le programme\nofficiel du théâtre des Arts nous affirme qu Ernest Gaubert est Vauteur de la\npartition du Rêve. U outrecuidance des amateurs devient réellement stupéfiante!\nL'affaire de W. Rust, le Précurseur rétrospectifs trouble profondément la\nconscience des amateurs de musique ancienne : on se documente fiévreusement sur\nles petits-fils de Monteverdi pour découvrir la part de responsabilité qu'ils\npeuvent avoir dans le génie de leur grand-pire. JË* Melle Lucienne Bréval a\ncommence a Monte-Carlo un salon en point de Beauvais\nquelle compte venir achever à Paris. Claude\nDebussy inflige aux plus illustres virtuoses contempo-\nrains une petite leçon de piano.\nMalheureusement il a cru devoir\nflatter les plus basses passions de la\nfoule en donnant d'un de nos géné-\nraux (le Général Lavine, précise le\nprogramme) une caricature révol-\ntante d'inconvenance. Les antimili-\ntaristes exultent, mais Vauteur de\ncette injurieuse bouffonnerie sera\npoursuivi pour outrages a Varmée,\njoué la Damnation de Faust.\nUAssociation des Concerts Colonne n a pas\nCroquis cTEmmanuel Barcet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c053", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c053", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 73, "image_fin": 75, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.19", "titre_corps": "L'Édition Musicale", "titre_sommaire": "L'Édition Musicale", "signature_source": "V. 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On s'aperçoit non sans stupeur que, pour avoir du nouveau, en\nfait de musique symphonique, il faut tourner les yeux vers la patrie de Boïeldieu et d'Auber...!\nRompant avec les traditions cachottières de l'édition musicale parisienne, une maison\nlibérale (i) nous comble de ces petites partitions d'étude. Ainsi paraissent la Rhapsodie pour\nclarinette et orchestre de C. Debussy, le Jo et un extrait dy Au\nMarguerite de Roger-Ducasse, les Valses Nde Ravel, et ces inoubliables\nde Roussel. Œuvres que connaissent nos lecteurs par les comptes rendus des concerts, et\nsur lesquelles ils n'attendent pas de nouveaux commentaires.\nD'autres visions symphoniques nous parviennent sous forme de réduction de piano. \"\nnous, les faiseurs de musique et de reve\" (2), clame un vaste oratorio de Edward Elgar (2),\n\" The Music Makers \" habile certes, et digne de louange, mais d'un art qui se rattache à\nl'école de Leipzig, celle de Mendelssohn, et de Reinecke. Que M. Elgar ne nous en veuille\npas, nous sommes si mal placés, de ce coté du détroit, pour juger un style dont aucune\naggressivité ne vient altérer la confortable humeur ! Par contre l'excellent Paolo Litta\net sa Déesse Nue, (3) (poème ésotérique, pour piano, violon, triangle et danseuse) mettent nos\nnerfs entraînés à une dure épreuve. Nous avons déjà parlé des idées esthétiques dont Litta\npoursuit la réalisation, il convient d'ajouter que sa musique, ultra-surchargée, doit nécessaire-\nment réclamer l'aide et le complément d'une plastique nue. La danseuse dévêtue fera jaillir\nces formes enchevêtrées ; il faut un corps sous ce vêtement sonore. Pourquoi le Théâtre des\nArts ne tenterait-il pas l'expérience ?... Deux sommeils nous invitent à l'apaisement : celui\nde Guy Ropartz, A Marie endormie (1) et celui de Canope (1) de Gustave Saiïiazeuilll,\nl'un d'une adorable douceur, tout en teintes plates et qui rappelle le divin Chausson, l'autre\nbruissant, frémissant, abondant et largement développé, à la manière de d'lndy.\nPIANO A DEUX MAINS. C'est au détour du clavier que nous attend le gros des\ntroupes musicales. Tenons-nous bien. Si nous cédons à l'aimable Persuasion (4), valse lente de\nClaude Chandon de Briailles, bientôt surgira la (5), de René\nChansarel, et les Feuilles d'Album s'agiteront sous les mains expertes de M. Edouard\nBron, (5) OU de M. Philippe Jarnach, (1) pour laisser passer le subtil Erik Satie, le\nmusicien de la Porte Héroïque du Ciel', des Gnossiennes, des Pièces Froides (6) et des Préludes"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.74", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4133, "texte": "Flasques ! (5) Les éditeurs s'arrachent maintenant ce recordman de l'amorphie, qui a juré de\nmettre à quia la tonalité et la carrure. Tout se tient cependant dans ces pages, parce que\nrien ne s'y tient. C'est-à-dire que l'absence de toute forme convenue produit, en fin de compte,\nune impression de satisfaisante logique. Mais que Satie prenne garde! S'il construit, il est perdu.\nDerrière ces fourrageurs, qui fondent sur nous en ordre dispersé, j'aperçois Roussel et sa\nSonatine (1) de précision, à laquelle on ne peut guère résister. Albert Roussel est en train de\nse faire un style. Sait-on ce que cela représente d'indépendance et de conscience artistique ?...\nJean Neymarck préfère se servir d'armes habituelles et sa Sonate (6) logiquement paisible,\nintéressante d'ailleurs, révère les classiques. Mais que dire de M. Artance qui s'édite lui\nmême et qui certainement on ne saurait reprocher de manquer d'ingéniosité, dans sa Sonate\nBi-harmonique ou dans sa Sonate des quatre éléments ? Si j'avais la place je distinguerais en\nM. Artance l'homme à idées et le compositeur. L'un nous montre les quatre états du monde,\ncomme s'il avait étudié avec Arfagard lui-même, il s'impose à nous par son Torrent, piece\nbi-mondale, style du XVIIIe par son Ruisseau, piece omnitale, style du XIXe siècle et par sa\nMer, bièce sextonique, style XXe siecle. Mais l'autre, le musicien ne me semble pas avoir trouvé\npar ces détours de l'intellect de nouvelles voies vers une musique inconnue. Ces sonates, malgré\nleurs intentions restent de la musique, de la bonne et solide musique, où plane un parfum\nd'orgue et qui révèlent un homme ami de l'art. Les conceptions hardies qui les ont inspirées\n(suppression des barres de mesure, armature sur une seule des deux portées etc...) ne donnent\npas un résultat sensiblement différent de ce qu'on peut attendre de notre muse occidentale,\ndepuis qu'elle a passé par les bras d'un Schumann ou les mains d'un César Franck. Pourquoi,\noui, pourquoi ?\nMM. Machabey 6t Dupin, ne me laissent pas le loisir de méditer cette question. Les\nSix Préludes brefs (6) du premier et la Sonate (1) du second, s'élancent en bon ordre pour nous\nrappeler que tout n'est pas rose dans la vie, fut-elle musicale. Il faut faire front contre une\ntelle musique, je veux dire qu'il faut la prendre absolument au sérieux, ou la fuir. Car elle est\nfaite de pure expression subjective. Sans souci des charmes de la forme, sans préoccupations\npittoresques, sans égard pour le plaisir sensuel de l'oreille, sans craindre ni le dieu de l'Ecole\nni le diable de la Critique, les musiciens de ce groupe, auxquels on pourrait adjoindre Fanelli,\npar exemple, se prennent à extérioriser violement, crûment, agressivement l'âpreté de leur moi.\nEt c'est encore, et toujours de la musique, notre art ayant justement cette supériorité sur tous\nles autres de ne pas faire partie des Beaux-Arts. Mais oui, c'est Vinforme hurlant dont parlait\nHugo, et dans lequel le dynamisme de l'expression est tout, veut être tout, aux dépens de tout.\nChose singulière le Français, si sociable, si enrubanné jadis, aux temps des Fêtes Galantes\nreprésente aujourd'hui en Europe ce que le musicien peut avoir de plus intraitable, de plus\njaloux dans l'expression des sentiments personnels.\nMais échappons nous en suivant les Sillages (1) de Louis Aubert fluides, ultra-modernes,\net si souples, si tendrement irisés. Je les préfère à la précédente Suite Brève pour 2 pianos.\nINSTRUMENTS. Nous avons peu à peu obliqué vers le camp de la Société\nMusicale Indépendante. Nous y sommes reçus par l'admirable (i) de\nRoger-Ducasse, le compositeur le plus subtilement, je dirai presque le plus méthodiquement\ncompliqué de cette jeune école. Le bon goût et la chaste mesure s'allient de curieuse façon\nchez ce musicien avec une singulier désir de la folle intrigue ; et aucun n'est plus entraîné\nque lui à la poursuite de l'insaisissable. Jeu dangereux, mais exquis. En tout cas bien français.\nSoyons maintenant espagnols avec les Flores de de Cassado, capricant morceau\nde violon et piano. Soyons Italiens avec deux idem de M. F. de Guarnieri (5) Moto perpetuo"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.75", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1852, "texte": "et Sognando. Soyons romantiques avec la Suite de ce nom de M. Maurice Reuchsel,\nou encore Franc-Comtois avec les œuvres de C. Bourdeney, (9) de facture sérieuse et de si\nhautes tendances. Soyons cosmopolites avec trois pièces, violon et piano de Bella Edvards(s).\nEt redevenons enfants pour applaudir à la Ronde des Eléphants (5) fantaisie pour 2-violoncelles du\ntrès bien doué Louis de Crévecœur. Et passons, non pas au Déluge, M. Saint Saëns\nnous en voudrait mais au chant, à ce chant humain, qui mérite bien de conserver sa place\nà côté de la voix des instruments.\nCHANT. Peu de choses d'ailleurs. Quelques mélodies de Maurice Reuchsel ;\ndeux autres de Cyrill Scott (10); et trois encore de Philippe Jarnach (1) ; dont on a\ndéjà vu le nom plus haut. J'aime, je l'avoue, la touche un peu mystérieuse de M. Jarnach,\ndont j'ignorais l'existence, et qu'il m'est difficile de juger sur ces quelques pages.\nA ce léger bagage, il convient d'ajouter quelques œuvres que réunit le lien assez lâche de\nla religiosité. Voici la suite des Messes de Dumont (11); que l'abbé Brun restitue en leur\npremière forme, et qu'il pourvoit d'un accompagnement à 3 parties. Voici une Cantate (12)\ndu Père Zahlfleisch. Une Messe pour voix moyenne seule (11) de St Requier, et une\nprésentation du grégorien du Jour de Pâques (11) par l'abbé Brun. Enfin un essai après\ntant d'autres pour accompagner le Chant des Offices, par l'abbé L. Jacquemin (Institution\nS*. Charles à Chauny, Aisne), dont notre ami Gastoué garantit les mérites.\nSortons de la liturgie, pour saluer le Stabat (7) d'E. Moor, écrit d'une plume aisée, le\nChoral Obstinato (1), pour voix et orgue de Laurent Cellier et le très poignant, très digne\net très beau In memoriam (1) composé par Maurice Emmanuel sur un poème de Vallery-\nRadot. Que la grâce de cette musique nous sanctifie. Amen.\n\nV. P."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c056", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c056", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 76, "image_fin": 76, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.20", "titre_corps": "Le Dîner de la Revue", "titre_sommaire": "Le Dîner de la Revue", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.76", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2883, "texte": "Le Dîner de la Revue\ncroquis de Bernard Naudin\nNotre seconde réunion du 11 février vint confirmer le succès de la première. Pour répondre\nà toutes les sympathiques adhésions qui affluèrent à nos bureaux, l'Elysée-Palace dut mettre à\nnotre disposition son grand hall où furent\ndressés, par petites tables fleuries les cent\ncinquante couverts de nos aimables con-\nvives. Reconnu MMmes Lucy-Vauthrin,\nDuvernois, Valentine de Saint-Point, Tou-\ntain-Grun, Charny, Laloy, Visconti, Alice\nDaumas, Pepa Bonafé, Jane Leduc, Maud\nGermy, Marguerite Delcourt, Georgette\nArmand, Sirbain, Elen Carré, Alys Lorraine,\nWilkszenka, Darry, Bruni, Jeanne Charrot,\nMadeleine Devé, Sauvaget, Suzanne et\nGermaine Béliard, Stéphane, Dimitria...\netc. MM. Gabriel Fauré, André Messager,\nHenry Roujon, Gervex, Alfred Bruneau,\nHenri Auriol, Maurice Reclus, Georges Lecomte, Léandre, Henry Barbusse, Romain Coolus,\nThéodore Reinach, Henri Duvernois, Eugène Lautier, Maurice de WalefFe, Jacques Rouché,\nSalignac, Paul Poiret, Jules Ecorcheville, de Brunoff, Henry Quittard, René Fauchois,\nKoechlin, Florent Schmidt, Louis Laloy, Emile Vuillermoz, Jean Lefranc, Georges Casella,\nAlfred Casella, Jean Laporte, A. Barres, de Laboulaye, Grûn, Delange, Vuillemin, Decroix,\nBernard Naudin, Fabert, Max Lyon, Berly, le Lubez, Lucas-Championnière, Langlé, Max\nRikoff, Davin de Champclos, Agache, Reifenberg, G. Lefeuve, de Méring, Léon Moreau,\nGabriel Grovlez, P. A. Schayé, Desportes, Hen-\nraux, Pauton, de Beaupré, de Raime, Landowski,\nReflet, Drouet, Silberer, Mayor, de Morsier,\nErnest Hecht, Pollet, Schloss, Chantagnt, Eugène\nMax, Singer, Eddy Lévis, Lévy Alvarez, de\nMaublanc, Barda, Hesse, Kayser, Silberer, Roland\nManuel, Jean Benedict, Grus, Prègre, Fontaine...\netc., etc.\nAprès le dîner, un très curieux ballet fut\nreprésenté \" aux chandelles \" par un groupe de\npeintres, de sculpteurs et de décorateurs. De\ndélicieux Madrigaux de Gastoldi édition de\n1602 - et des Baletti chantés, servirent de\nprétexte musical à cette amusante reconstitution à laquelle collabo-\nrèrent Desportes et Paul Poiret. Bernard Naudin sur la viole de gambe, Drouet sur la viole\nd'amour et Desportes au clavecin détaillèrent suavement cette exquise partition tandis qu'en des\ncostumes d'une étonnante fantaisie décorative, Poiret, Decroix, de Beaupré, de Raime,\nReflet et Jourdan incarnaient les personnages traditionnels du Spadassin, du Prisonnier, de la\nMatrone, du Maître à danser, de la Courtisane et du Moucheur de Chandelles. Le succès le\nplus vif accueillit cette très intéressante réalisation qui fut pour les musicologues aussi bien que\npour les amateurs de chorégraphie fantaisiste un régal délicat. La soirée se prolongea fort tard\net nous n'osons pas avouer l'heure où s'évanouirent les rythmes de tangos, de bostons, et de\ndanses anglaises qui entraînèrent dans leur irrésistible tourbillon nos plus charmantes invitées."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c061", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c061", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 77, "image_fin": 78, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.21", "titre_corps": "Çà et Là", "titre_sommaire": "Çà et Là", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.77", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3364, "texte": "Çà et Là\nLa publication, dans notre dernier numéro, du très curieux document que nous devions à\nl'obligeance de M. Lugné-Poe qui avait bien voulu, à l'occasion de la ioome de Pelléas,\nentr'ouvrir pour nous les précieuses archives de l'Œuvre, a soulevé dans les milieux artistiques\nun vif mouvement de curiosité. On nous demande de donner quelques détails sur les premières\nreprésentations de l'ouvrage de Maeterlinck.\nLa création de Pelléas et Mélisande eut lieu le 7 mai 1893 au théâtre des Bouffes-\nParisiens. Elle fut organisée par Lugné-Poe et Camille Mauclair qui en assumèrent toutes les\nresponsabilités, recrutèrent les acteurs, négocièrent pour obtenir la salle des Bouffes-Parisiens\net dessinèrent les costumes d'après des Primitifs flamands, notamment le costume de\nMélisande d'après la Sainte Ursule de Memling (châsse de Bruges). Les décors étaient de\nM. Paul Vogl er. La représentation eut lieu en matinée. Mélisande était jouée avec beaucoup\nde charme par Mlle Meuris 5 Pelléas en travesti, par Mlie Aubry ; Golaud, par Lugné-Poe et\nArkel par Emile Raymond. Le drame fut bien accueilli ; on rit un peu du \"je ne suis pas\nheureuse \" de Mélisande battue, comme il en est advenu encore aux représentations de l'œuvre\nde Debussy, mais la scène où Golaud fait épier Yniold à la fenêtre souleva l'enthousiasme.\nYniold était Mlle Georgette Loyer, qui débutait, encore presque enfant. La presse était déférente;\nOctave Mirbeau, Jacques des Gâchons et Jules Huret furent les premiers à fêter la victoire,\net le mouvement était si bien donné, que les autres, pourtant avec quelques réticences,\nsuivirent la même route. \" L'Œuvre \", qui depuis devait nous révéler Ibsen, Gorki, Bjornst-\njerne, Claudel et d'Annunzio était fondée.\nCORRESPONDANCE\nM. Joaquin Turina nous a adressé la lettre suivante :\nDans votre numéro du 15 janvier, je lis une correspondance d'Algésiras de M. Machabey et je me\ncrois obligé comme espagnol et andalou de mettre au point les erreurs qu'elle contient en vous priant\nde vouloir bien insérer ces quelques lignes dans votre revue.\nTout d'abord est-il permis d'envisager le mouvement musical de toute l'Espagne d'après ce qu'on\npeut entendre à Algésiras, simple bourgade tout en face du Maroc ? Tout étranger qui pénètre en\nEspagne, peut se rendre compte qu'elle a autant des trésors de musique ancienne polyphonique, que de\nmusique populaire, M. Machabey ne connaît pas la musique populaire, car il se place devant une\ngitane au café-concert, avec de jeux des lumières et un orchestre de cuivres, et c'est de là qu'il envoie des\ncitations empruntées à de simples compositeurs de xarxuelas.\nQue M. Machabey cherche dans les maisonnettes blanchies à la chaux, non pas des gitanes mais\nde vraies Andalouses avec leurs guitares, qu'il voie ensuite les fillettes danser des seguedilles sur les\nplaces publiques et c'est alors qu'il pourra envoyer de sérieux documents sur la musique espagnole.\nIgnore-t-il également qu'on acclame l'Après-Midi d'un faune de Debussy et Ma mère Poye de\nRavel à l'orchestre symphonique de Madrid ; qu'on répète l'Ariane et Barbe-Bleu de Dukas au théâtre\nroyal et qu'on y attend le cycle wagnérien ; qu'on fête à Barcelone le maître Vincent d'Indy et qu'aux\nPhilarmoniques espagnoles défilent incessamment les plus beaux artistes français et les plus belles œuvres\nfrançaises ?...\nAgrées, etc, JOACQUIN TURINA,"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.78", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3356, "texte": "Notre collaborateur, à qui nous avons communiqué cette lettre, nous fait tenir le billet\nsuivant :\nJe suis aux regrets d'avoir blessé l'amour-propre national d'un auteur dont j'appréciais dernière-\nment le talent et dont je recommandais les œuvres. Mettons si vous le voulez bien les choses au point :\nje sais parfaitement, et depuis longtemps qu'il existe en Espagne un fonds de musique ancienne\nimportant ; je sais qu'on joue toute la musique classique et moderne, et qu'on fait bon accueil aux artistes\nétrangers.\nJe sais tout cela : mais ce \" mouvement musical \" est condensé en quelques centres : Madrid,\nBarcelone, Séville... Et cela ne m'intéresse pas, parce que la société est à peu de chose près, partout la\nmême. Ce qui m'intéresse en pays étranger, c'est le peuple et la Province, qui ont échappé dans une\ncertaine mesure à la civilisation, et c'est en ce sens que j'ai parlé de l'Andalousie. Je maintiens d'ailleurs\nce que j'ai dit à ce sujet, et me refuse à reconnaître à l'Andalou aussi bien qu'au gitane, un sentiment\nmusical et un trésor de musique aussi remarquables que M. Turina veut bien le dire.\nJe fus à Séville, à Grenade, à Cordoue ; j'ai admiré ce qu'y ont édifié les Arabes — et j'ai\nrencontré partout des Français (et même des espagnols) qui ont partagé mon avis. Seule, la danse me\nparaît originale, et c'est ce que j'ai indiqué dans mon article.\nVeuillez agréer, etc. MACHABEY.\nIl vient de se fonder à Paris une Association Amicale des anciens prix de piano\nhommes du Conservatoire, dont le Président d'honneur est Francis Planté. Association dont\nle but sera surtout de bienfaisance.\nEN SOUSCRIPTION. Notre collègue le Dr. Alfred Einstein a eu l'heureuse idée\nde préparer une anthologie des œuvres de Luca Marenzio (+ 1599). On sait que Marenzio\nreprésente ce que la polyphonie italienne a de plus savoureux, et que son effort pour atteindre\nles harmonies rares et subtiles, en font un impressioniste, ancêtre de nos plus modernes com-\npositeurs. Mais ses œuvres, en éditions originales, ne sont guère accessibles. Aussi un choix de\n25 Madrigaux, en partition, formant trois volumes de 80 pages chacun, et paraissant de trois\nen trois mois dans le courant de 1914, sera-t~il sans doute bienvenu. Le prix de la souscription\nserait de 22,50 (iBmk) et, après le lerIer octobre 1913, ce prix sera porté à 31,25. Il y a tout\nlieu d'espérer qu'un nombre suffisant de souscripteurs permettra de mener rapidement à bien\nune œuvre utile à tous.\nOn peut souscrire, soit aux Bureaux de la Revue Musicale S. I. M., soit chez le\nDr. A. Einstein Cuvilliés-strasse 13 à Munich.\nNous apprenons que Madame Wanda Landowska vient d'être nommée titulaire d'une\nclasse de Clavecin créée pour elle àla Konigliche Hochschulefur Musik, de Berlin.\nNous adressons toutes nos félicitations à la charmante collègue et à la très grande artiste,\nmais nous ne pouvons nous empêcher de gémir à l'annonce d'une si funeste nouvelle. Paris se\ntrouve, en effet, dépouillé par Berlin, d'une des très rares interprêtes de la musique ancienne\nvraiment capables de nous reconstituer dans toute leur jeunesse et leur beauté, les œuvres de\nnos grands ancêtres. C'est à Berlin qu'il faudra désormais aller entendre Couperin et Cham-\nbonnières. Dommage ! Mais pourquoi, diable, notre Conservatoire s'est-il laissé distancer ?\nFaudra-t-il le dire un jour ?..."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c062", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c062", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 79, "image_fin": 80, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.22", "titre_corps": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE", "signature_source": "Le Secrétaire Générai", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.79", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2985, "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS\nDE LA MUSIQUE\n\nASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 24 FÉVRIER 1913\nL'Assemblée Générale de la Société Française des Amis de la Musique a eu lieu le 24\nfévrier dans une des salles de la maison Pleyel, mise gracieusement à la disposition de la\nSociété par M. Gustave Lyon, sous la présidence de M. Gustave Berly, Vice-Président,\nassisté des membres présents du bureau, M.M. Ecorcheville, Vice-Président, Léo Sachs,\ntrésorier, et Pasquier, secrétaire du Conseil.\nLe Président donne lecture du rapport du Conseil dans lequel il est notamment rappelé\nce que la Société a fait depuis sa fondation, puis exposé ce qu'elle s'efforcera de réaliser dans\nl'avenir. Cet intéressant rapport rencontre une approbation unanime et provoque des applau-\ndissements.\nM. Léo Sachs, trésorier, donne ensuite lecture de son rapport sur la situation financière\nde la Société. Il est approuvé à l'unanimité.\nLe Président dit qu'usant des pouvoirs que lui donnait l'article 15 des statuts primitifs\nde la Société, le Conseil a apporté à ces statuts diverses modifications que l'expérience a\nrendues nécessaires.\nIl a cru devoir néanmoins soumettre la ratification des statuts modifiés à l'Assemblée qui\nla vote à l'unanimité.\nIl ajoute que, d'après ces statuts, le Conseil est renouvelable en son entier, mais que le\nnombre des membres est réduit à 28 par suite de deux démissions.\nLe Comte Chandon de Briailles s'est vu, à son grand regret, obligé de résigner ses\nfonctions de Président, ses nombreuses occupations et ses fréquentes absences de Paris ne\nlui permettant pas de donner à la Société tout le temps et toute l'activité que, selon lui, son\nPrésident du Conseil a le devoir de lui consacrer. C'est avec un très sincère regret que le\nConseil a dû accepter cette démission. Il conservera un souvenir reconnaissant des conseils\néclairés et des témoignages de chaude sympathie que le Comte Chandon de Briailles a donnés\nà la Société.\nMadame Michel Ephrussi a fait savoir, au grand regret du Conseil, qu'elle se trouvait\nforcée de cesser d'en faire partie.\nPour remplacer ces deux membres démissionnaires, le Président, d'un commun accord\navec ses collègues, présente aux suffrages de l'Assemblée le Marquis de Polignac, qui,\npréalablement à l'Assemblée, s'était fait inscrire comme membre bienfaiteur, ce dont il a été\nvivement remercié, et M. Jacques Rouché, Directeur du Théâtre des Arts.\nIl ajoute que les 28 membres sortants et rééligibles posent leur candidature.\nIl est procédé au vote. Le dépouillement du scrutin donne le résultat suivant : les 28\nmembres sortants et les deux candidats nouveaux sont élus à l'unanimité par 154 voix sur 156\nmembres présents ou représentés.\nEn conséquence, le Président proclame ces 30 personnes membres du Conseil de la\nSociété Française des Amis de la Musique pour deux ans à dater du 24 février 1913.\nLa séance a été levée à 3 1/2 heures.\nA la suite de cette Assemblée, le Conseil s'est réuni et, à l'unanimité, a constitué son\nbureau comme suit :"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.80", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2375, "texte": "Président : M. Gustave Berly, Banquier,\nVice-Présidents : MM. le Prince A. d'Arenberg, de l'lnstitut, Louis Barthou, Député,\nMinistre de la Justice, J. Ecorcheville, Docteur ès-lettres, Alexis Rostand, Président du\nConseil d'Administration du Comptoir National d'Escompte de Paris,\nTrésorier : M. Léo Sachs,\nSecrétaire : M. Gustave Cahen, ancien avoué.\nEn outre, le Conseil, également à l'unanimité, et sur la démission de M. G. Casella a élu\nSecrétaire Général de la Société, M. Louis de Morsier.\nN. B. Nos lecteurs trouveront au verso de la couverture la nouvelle composition du\nConseil d'Administration de la Société.\nRÉUNION MONDAINE\nUne réception privée, offerte par la Société à ses membres, a eu lieu le vendredi après-\nmidi 28 février dans les salons de l'Elysée Palace Hôtel. Elle fut en tous points réussie et\nplus de trois cents personnes s'étaient rendues à l'invitation du Comité.\nUn programme musical, important et choisi, a été interprété par des artistes du plus\ngrand mérite qui avaient accepté, avec une bonne grâce charmante, d'apporter le mieux de\nleur talent à cette réunion intime.\nC'est ainsi que Madame Ida Nordmann, la célèbre cantatrice, a dit, avec un charme et\nun style au-dessus de tout éloge des mélodies de Chausson et de Schumann. Son succès a été\nconsidérable et l'auditoire lui a fait une véritable ovation.\nLa Société des Concerts d'Autrefois, composée de Mlle Delcourt, de MM. Taine, Des-\nmonte, Nanny, Blanquart et Mondain, a exécuté, avec une rare perfection, des pièces anciennes\nde Bach, Lovenziti et Rebet. On leur a fait fête.\nAvant elle une cantatrice, œuvre inconnue du grand public mais qui s'imposera vite\ncomme une artiste hors pair, Mlle Estelle Haertt, a produit une profonde impression pour l'art\navec lequel elle a chanté V Ode Saphique de Brahms, un air irlandais de Harty et une berceuse\nindienne.\nEnfin Mlle Noëla Cousin, violoniste, un des premiers du Conservatoire les plus remarqués\nl'an dernier, a charmé l'auditoire par la façon délicieuse dont elle a joué des morceaux de\nPugnani, Prade Martini et Couperin, transcrits par M. Kreisler. C'est une virtuose de grand\navenir. Madame Doucet et Voltevra ont tenu le piano avec leur autorité coutumière.\nLa Société Française des Amis de la musique renouvellera, de temps à autre, les\nréunions de ce genre qui sont toujours si appréciées»\n\nLe Secrétaire Générai"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c064", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c064", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 81, "image_fin": 81, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.23", "titre_corps": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.81", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2561, "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSÉANCE DU SAMEDI Ier MARS 1913\nLa Séance est ouverte à la Bibliothèque de l'Opéra, à 4 heures, sous la présidence de\nM. J. Ecorcheville.\nSont présents : MM. L. de la Laurencie, Jean Chantavoine, Lionel Dauriac, Anselme\nVinée, Gaston Calmann-Lévy, le Professeur Gariel, P. Cesbron, Raymond-Duval, A. Banès,\nM. Tenéo, E. Poirée, Docteur Marage, Ch. Mutin, F. Guérillot, Machabey, A. Laugier,\nA. Tessier, Mesdames M. Gallet, Filliaux-Tiger, Daubresse, Roche, Pereyra.\nS'est excusé M. Peyrot.\nLe procès-verbal de la dernière Séance est lu et adopté. La prochaine Séance est fixée à\nla première quinzaine d'avril.\nLe Président rappelle que la nomination de M. Louis Barthou au Ministère de la Justice,\na forcé d'ajourner la Séance de préparation au avoir lieu au Sous-Secrétariat des Beaux-Arts,\nle 25 février. M. Louis Barthou a demandé que cette Séance puisse se tenir dès que les\nComités d'honneur et des fêtes seront définitivement constitués, c'est-à-dire, d'ici peu.\nLe président rappelle à nos Collègues, que la participation française au Bulletin Mensuel\nInternational reste assez irrégulière, alors qu'elle est abondante dans les bulletins trimestriels*\nIl met en garde nos Collègues, contre une opinion qui s'est accréditée au moment de la\nfondation de la Société, qui n'a pas encore tout à fait disparu, et d'après laquelle la Société\nInternationale de Musique serait une Société allemande. Cette opinion erronée se trouvait\nencore tout dernièrement dans un article de notre Collègue M. A. Gastoué, paru dans\nLa Revue de Paris. La vérité est que la Société Internationale de Musique est Internationale,\net que toutes les sections ont même importance et mêmes voix délibératives. Le président\nactuel de la Société est français, son Secrétaire Général anglais, et son Trésorier allemand.\nM. Ecorcheville signale la présence dans un catologue de librairie, d'un ouvrage ayant\nappartenu à Brossard, et dont celui-ci a fait une mention spéciale, dans son Catalogue manuscrit\nde la Bibliothèque Nationale. Ce sont les : Documenti armonici de Berardi.\nLe Président donne la parole à M. Anselme Vinée, pour une communication sur la\nPluralité des Gammes de même série diatonique et leur harmonisation. Après la discussion de\ncette communication, discussion à laquelle plusieurs membres prennent part, Mme Georgiade,\naccompagnée par Mme Filliaux-Tiger, chante plusieurs mélodies populaires grecques. Le\nPrésident adresse à Mme Georgiade, toutes les félicitations et remerciements de l'assistance.\nLa Séance est levée à 5 heures 25."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-03-15-01-c065", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-03-15_01#c065", "volume": "bmtnabh_1913-03-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.2.24", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1270, "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE \"DES\nAMIS T>E LA MUSIQUE\nÏFES\n:'>A\nS.v'l\nCOMITÉ D'HONNEUR\nM. le Président\nM. le Ministre de V Instruction\nA 1. le Sous-Secrétaire\nM. Gabriel Fauré, Di\nM. Henry Marcel, ancien Directeur\nde la Bibliothèque\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nPRÉSIDENTE D'HONNEUR\nS. A. R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\nBUREAU\nPRÉSIDENT\nM. GUSTAVE BERLY, banquier.\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. LE PRINCE A. D'ARENBERG, de r Institut.\nM. Louis BARTHOU, garde des sceaux.\nM. J. ECORCHEVILLE, docteur ès-lettres.\nM. ALEXIS ROSTAND, Président du Conseil\n*\nd Administration du\nd'Escompte de Paris.\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nSECRÉTAIRE DU CONSEIL\nM. GUSTAVE CAHEN.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M. Louis DE MORSIER\nMEMBRES DU CONSEIL\nMM\" ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, directeur général hono-\nraire au ministère d\nM. LÉON BOURGEOIS,\nministre du Travail.\nM. GUSTAVE BRET.\nMme LA COMTESSE GÉRARD DE GANAY\nM. FERNAND HALPHEN.\nMME LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMME LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nMME DANIEL HERRMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nMME GEORGES KINEN. |\nM. J. PASQUIER.\nM. 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CucueL * LA MUSIQUE AUX ILES HAWAI, parie Dr\n| Marqués, * LES ETAPES D'UNE DÉCOUVERTE ACOUSTIQUE, par G. Sizes. LES LIVRES.\nLE MOIS par\n.# CLAUDE DEBUSSY # * AUGUSTE SERIEYX *\nEMILE VUILLERMOZ\n? LOUIS LALOY # P. GILSON S JEAN LAPORTE # R. LYR # GABRIEL LEFEUVE 4 SWIFT"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.2", "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE \"DES\nAMIS T>E LA MUSIQUE\nÏFES\n:'>A\nS.v'l\nCOMITÉ D'HONNEUR\nM. le Président\nM. le Ministre de V Instruction\nA 1. le Sous-Secrétaire\nM. Gabriel Fauré, Di\nM. Henry Marcel, ancien Directeur\nde la Bibliothèque\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nPRÉSIDENTE D'HONNEUR\nS. A. R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\nBUREAU\nPRÉSIDENT\nM. GUSTAVE BERLY, banquier.\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. LE PRINCE A. D'ARENBERG, de r Institut.\nM. Louis BARTHOU, garde des sceaux.\nM. J. ECORCHEVILLE, docteur ès-lettres.\nM. 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Et cette phrase courte\net lapidaire est citée et recitée.\nQuelqu'un, je ne me souviens plus qui, a déterré une sentence de\nHaydn, qui fait la joie des défenseurs de la mélodie : \" La mélodie c'est le"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.4", "texte": "2\nS. I. M\n\nprincipal, l'harmonie ne servant que pour l'agrément de l'oreille. \" Ce\nbrave oncle qui avait toujours ses poches pleines d'adorables douceurs, ne\nprévoyait peut-être pas qu'un jour, l'on s'appuyerait avec tant de confiance\nsur ses dogmes philosophiques.\nL'harmonie ne sert que pour l'agrément de l'oreille, et la mélodie\nest le principal ! Où classerons-nous alors des œuvres telles que la\nPhantaisie chromatique,la plupart des Tcertains préludes du\nbien tempéré de Bach, qui sont à tel point dénués de mélodie, que le\npremier, par exemple, en excita la pitié de Gounod. Je pourrais citer\nencore des centaines d'oeuvres admirables et non seulement de Bach\ndénuées de ce qu'on appelle \" la mélodie \" ou dans lesquelles celle-ci ne\njoue qu'un rôle secondaire. Mais à quoi bon multiplier les citations ?\nLes quelques compositions mentionnées valent largement les beautés\nmélodiques de Haydn. Que l'on ne m'accuse pas d'irrévérence envers\nl'auteur de la Création.J'ai consacré à l'étude de ses œuvres une belle\npartie de ma vie et je continue de mon propre gré.\nPourquoi notre musique moderne manque-t-elle de mélodie ? Devinez\nun peu... C'est si simple pourtant...\nParce qu'elle est moderne. Jamais une musique moderne ne fut mélo-\ndique. Au dix-septième siècle les Français reprochaient à la musique ita-\nlienne de manquer de mélodie, de ressembler à une coquette fardée remplie\nde vivacité, toujours le pied en l'air, cherchant à briller partout, de sorte\nque toutes ses passions paraissent uniformes. Un siècle plus tard ce sont\nles Italiens et leurs défenseurs, les Encyclopédistes qui reprochent aux\nFrançais de faire de la musique savante, dénuée de mélodie.\nC'est ensuite le tour de Gluck de remplacer les beaux airs par des\nclameurs de désespoir, des gémissements convulsifs sans que le charme de\nla mélodie s'en mêle. \" Et que dire de Bach, dont les propres fils\ncouraient chez le Padre Martini, pour apprendre chez lui le secret de la\nbelle mélodie. Beethoven et même Chopin ont essuyé des griefs pareils.\nEt Wagner ! Ce monstre qui a tué à tout jamais la mélodie ! \"\nIl faut croire que la brave dame a la vie dure. Plus on attentait à ses\njours, plus elle resplendissait de santé et de rondeur. Il est intéressant à\nremarquer que tous ceux qu'on accusait comme ses assassins devenaient,\nchacun à son tour, ses bienfaiteurs et ses sauveurs."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.5", "texte": "POURQUOI ?\n3\n\nL'ltalie au dix-septième siècle aurait eu le mérite d'avoir délivré la\nmélodie des liens polyphoniques qui l'enserraient trop étroitement.\nLully nous aurait délivrés du chant traînant et lugubre des anciens.\nRameau nous aurait libéré du \" plain-chant lullyste qu'on avait\npsalmodié durant un siècle\nLes Italiens du dix-huitième siècle nous auraient délivrés de la\nsécheresse de Rameau par leur chant tendre et léger. Les romantiques\nnous auraient libérés de la légèreté des Italiens et des Français et de la\ncuirasse contrepointique qui armait la musique de Bach.\nQu'est-ce que c'est que la mélodie ? Notre ami Jean Huré vient d'en\ndonner une excellente définition dans un récent article. Je regrette de ne\npas l'avoir sous la main, et de n'en pouvoir donner qu'une paraphrase\nmaladroite.\n\" La mélodie c'est une suite de notes formant un dessin plus précis\net qui se détache du fond de l'harmonie \". Fort bien. Mais ce qui se\ndétache pour Jean Huré ne se détachera point pour un musicien médiocre\net restera insaisissable pour un profane. Je suis plongée ici dans la musique\ncaucasienne, persane, géorgienne, arménienne, laquelle me passionne\ndepuis de longues années ; j'y découvre des trésors de beautés mélodiques.\nOr, lisez les récits de voyageurs, où chaque fois qu'il est question d'une\nmusique exotique vous trouverez toujours la même phrase : sonorités\nbizarres, monotonie, manque de mélodie. Mais ces musiques sont forcé-\nment mélodieuses, puisque les gens d'ici les chantent avec une tendresse\net une ardeur non moins grandes que nous la nôtre. Seulement, les courbes\nmélodiques et les agréments de leurs chants ne sont pas familiers aux\noreilles européennes. Et c'était bien le cas de chaque musique nouvelle,\nles oreilles n'étant pas encore habituées aux combinaisons modernes et le\ngosier ne s'étant pas encore accoutumé à les reproduire, on criait au\nscandale, à la disparition de la mélodie et au massacre de la voix humaine.\nIl y a certains vins qui se sucrent avec le temps. Il faut croire que les\nannées rendent les musiques chantantes, elles les font \" mélodier \" si l'on\npeut s'exprimer ainsi, et il y en a qui deviennent tellement mélodieuses,\nqu'elles en sont écœurantes. La musique mélodieuse c'est la musique d'hier ;\ncelle d'aujourd'hui ne l'est pas encore, elle le sera plus tard et voici"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.6", "texte": "4\nS. I. M.\n\npourquoi nous l'appelons musique de demain ; celle d'avant-hier l'est\ntrop, ou le plus souvent ne l'est plus.\n\" La mélodie \" dit-on \" c'est ce qui dans la musique parle\nle plus directement au cœur et à l'intelligence C'est très juste. Car les\ncourbes sonores le plus usuelles ont été durant une époque accompagnées\ndes paroles, des situations ce qui leur a imprimé à chacune, une signifi-\ncation particulière, formant ainsi, ce que nous appelons le langage\nmusical, un langage d'ailleurs fort conventionnel, lié à une époque et à\nun degré de culture.\nCela me fait penser à ce que Nietzsche avait dit d'un peintre :\n\" regardez cet artiste, il ne peint que ce qu'il aime profondément ; et\nsavez-vous ce qu'il aime profondément ? ce qu'il sait peindre, ce qu'il a\nappris à peindre \". La mélodie c'est ce qui nous touche le plus. Et\nsavez-vous ce qui nous touche le plus ? Ce que nos oreilles savent saisir\nplus facilement et ce que notre gosier ou nos doigts ont appris à reproduire.\nLe mélomane ne veut pas se contenter d'une impression générale\nd'un opéra ou d'une œuvre symphonique ; c'est pour lui trop vague, trop\nfugitif, il lui faut des souvenirs plus palpables, de la mélodie, c'est-à-dire\nces quelques bouts de chant qu'il entendra bourdonner toute la nuit dans\nses oreilles et qu'il fredonnera à son tour le lendemain et les jours\nsuivants dans son bureau, à table, dans sa chambre à coucher, au grand\ndésespoir de sa femme et de son entourage.\nIl ressemble en ceci à ces petites femmes qui aiment les cafés de\nnuit où, en revanche du mauvais vin dont on les régale il leur est offert\nun petit éventail en papier, avec la marque de la maison.\nPour le musicien la mélodie est une conception plus large, mais\nd'une précision si faible qu'après la longue discussion il ne manque jamais\nd'ajouter : \" il va de soi que tout ce que j'ai dit ne se rapporte qu'à la\nbelle mélodie ! \"\nQu'est-ce que c'est que la belle mélodie ? Ce qui est beau pour un\nne l'est pas pour l'autre, Berlioz était insensible aux beautés mélodiques\nde Bach. Chopin, fervent du chant polonais, est resté sourd à la musique\npopulaire d'Espagne. Mais pourquoi chercher si loin ? Soumettez un air\nde Massenet à Saint-Saëns, d'lndy, Debussy. Je doute fort que les juge-\nments soient unanimes. Et que dire alors là où il y a différence de race,\nde pays ou d'époque ?\nLa mélodie, la belle mélodie est une conception bien vague, voulant"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.7", "texte": "POURQUOI ?\n5\n\ndire peu de chose et c'est peut-être pour cette raison qu'elle a fait tant parler\nd'elle, qu'elle a fait verser tant d'encre que je n'ai pu résister au désir d'y\najouter encore un petit pot.\nJe suis prise d'une frousse terrible. Je me suis attaquée à un sujet\nséculaire et beaucoup trop compliqué pour mon pauvre cerveau. Je crains\nd'avoir trop maladroitement rassemblé mes arguments, et serais désolée\nd'être mal comprise.\nIl n'a point été dans mes intentions de me poser en pionnier de la\nmusique ultra-moderne, celle-ci comptant déjà des chefs-d'œuvre qui la\ndéfendent mieux que je ne saurais le faire. D'autre part, je ne suis pas du\ntout d'avis qu'il faut faire du nouveau à tout prix. Je connais des épigones\nde génie et des révolutionnaires ridicules, et il est plus facile de briser\ntous les moules, que d'avoir un brin de talent. Beethoven, Mozart, Haydn\nont relativement changé peu de choses. Bach a été plutôt réactionnaire.\nWagner doit sa grandeur à l'immensité de son génie et non à ses inno-\nvations. Il serait en outre sans pitié, cruel même, de contraindre des\nnégociants, des professeurs, ou des musiciens professionnels à un art trop\nnouveau ou trop ancien. Ils ont eu tant de peine de s'approprier celui\nd'hier ! Qu'ils en jouissent du moins un peu !\n\" J'aime bien rester chez moi, me dit quelqu'un au milieu\nde mes objets qui m'ont accompagné toute la vie, et si quelques-uns de\nmes bibelots vous choquent par leur banalité, vous les regarderiez autre-\nment si vous saviez que de chers souvenirs sont liés à eux \". Mais ce sont\nlà des sentiments des plus respectables !\nEt à côté de lui un autre ne peut rester sur place ; il lui faut des\nimpressions nouvelles, des sensations nouvelles. Mais ce sont là aussi des\nsentiments fort respectables. Ces deux personnes ne peuvent évidemment\npas s'entendre. Et c'est un jeu qui se répète à peu près à chaque génération.\nLes traditionnalistes crient au massacre de la mélodie, au vinaigre\ndes harmonies nouvelles et se retournent d'épouvante comme un vieillard,\nquand il voit des jeunes gens casser des noisettes de leurs dents.\n\" Quand vous étiez jeune vous en faisiez autant ? \"\n\" Oui \" répond-il, non sans fierté \", mais je le regrette\nNous aussi, nous ferons de même ; c'est que nous voulons avoir une"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.8", "texte": "6\nS. I. M.\n\nvraie vieillesse avec tous les sentiments qui lui sont dûs : sagesse, faute de\nmieux, regrets tardifs ; nous voulons avoir une vraie vieillesse après une\nvraie jeunesse.\nNe nous parlez pas d'hygiène : la Les plats\nqu' on digère le plus facilement ne sont pas toujours les plus savoureux,\net les choses les plus suaves perdent leur goût en devenant communes.\nDans la deuxième moitié du dix-huitième siècle, les\nont fini par peser au moins aussi lourd que la mythologie wagnérienne\naujourd'hui. Et voyez avec quel plaisir nous revenons de nos jours aux\nbergeries des temps passés ! Etouffant dans l'atmosphère lourde du\nromantisme outré, certains de nous cherchent à se rafraîchir l'âme dans\nnotre passé magnifique, d'autres dans les harmonies nouvelles.\nLa musique moderne ne vous paraît pas mélodieuse ?\nElle le deviendra, patientez un peu, c'est une question de temps.\nOui, me dira-t-on, mais cette mélodie ne sera jamais aussi franche,\naussi large....\nTant mieux, tant mieux ! Nous avons eu tout un siècle de mélodies\nlarges et grosses, et grasses et violentes, et brûlantes et gluantes.\nLa mélodie moderne manquera de souffle, elle sera un peu asthmatique,\nelle ne s'adressera pas à des gosiers puissants. Tant mieux !\n\" Avec une voix forte dans la gorge dit Nietzsche on est\npresque incapable de dire des choses délicates \".\nCertes, il n'y a tel que le spectacle d'un gros chou frisé, un superbe\nchou de Milan épanoui. Mais laissez nous planter par ci par là quelques\nfleurs plus fines. Notre jardin est assez grand.\nN'est-ce pas, cher Ami ?\nTiflis, 3 Février 1913.\n\nBien votre\nWanda Landowska."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.9", "texte": "\" Tel père, tel fils, \" dit la sagesse des nations ; à quoi elle se hâte\nde répondre elle même \" à père avare, fils prodigue, \" et la vie est ainsi\nfaite que le deuxième dicton a plus souvent l'occasion de se vérifier que\nle premier, voire même dans le monde des musiciens. Le bon Gossec, qui\ntoute sa vie fut un petit bourgeois d'ancien régime, sage, économe et\nméticuleux, eut un fils unique, extravagant et dépensier. Ce jeune homme\navait-il hérité pareils goûts de son parrain, le fermier général La Poupli-\nnière ? Si les dates le permettaient, on l'en soupçonnerait volontiers. Une\nsérie de documents inédits ou peu connus vont nous permettre de retracer\nune partie de l'existence du fils Gossec, lequel a consacré le plus clair de\nson temps à ses amours et à ses \" folies \", musicales ou autres.\nOn sait que François-Joseph Gossec, né à Vergnies le 17 janvier 1734,\nse maria de très bonne heure à Anvers avec Marie-Elisabeth Georges,\npuis vint chercher fortune à Paris vers 1752. Un fils naquit de cette\nunion le 29 décembre 1760 :\nLe 29 décembre 1760 fut baptisé à St-Médard : Gosset, Alexandre François\nJoseph, né le même jour rue du Jardin du Roi, fils de Gosset, François Joseph,\nmusicien et de Georges, Marie-Elisabeth. Le parrain : Le Riche de la Poupli-"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.10", "texte": "8\nS. I. M.\n\nnière, fermier général, la marraine : Marie Thérèse de Mondran, son épouse,\nreprésentés par Caillot Pierre et Flan Geneviève qui sont à leur service et qui ont\nsigné avec le père.1\nA cette époque Gossec était violoniste chez La Pouplinière aux\nappointements de 1200 livres par an ; sa femme recevait 300 livres pour\ntenir le clavecin ; mais il est probable que ce baptême fut le prétexte\nd'une de ces gratifications où se complaisait le fermier général. Alexandre\nGossec fit son éducation musicale sous la direction de son père, devenu\naprès 1762 musicien du prince de Conti, puis directeur du Concert\nSpirituel ; mais nous n'entendrons point parler de lui avant 1782. Cette\nannée-là, il dédie à Mlle Saint Huberty un recueil d\nchant et airs de ballet de Thésée, arrangés pour le clavecin ou le Forte Piano.\nIl habite alors \" rue Fontaine au Roy, faubourg du Temple, vis-à-vis le\ntroisième Réverbère. \" 2\nLes Tablettes de renommée des music en 1785 rendent hommage à\nson talent : \" Claveciniste et compositeur, il a arrangé plusieurs morceaux\nde musique avec accompagnement et a donné dans chacun des preuves\nde son goût et de son intelligence. \"\nMais il nous faut arriver jusqu'en 1789 pour trouver l'œuvre la\nplus marquante du fils Gossec, publiée sous le titre suivant :\nSix folies musicales graves, pathétiques\nForte avec accompagnement de violon très ad libitum et dédiées a Mme Krumpholtz,\npar A.F.J. Gossec, jils du célébré c\npiano forte. Œuvre lerIer.3\nMadame Krumpholtz était alors une jolie femme dont le monde\nmusical s'occupait beaucoup depuis dix ans. 4 Elle s'appelait Anne-\nMarguerite Steckler et était la fille de Christian Steckler, marchand\nluthier à Metz ; le célèbre harpiste Jean-Baptiste Krumpholtz lui avait\ndonné des leçons et dédié plusieurs recueils de musique, avant d'en faire\n\n1 Arch. de la Seine. Fonds Bégis. Pierre Caillot était le valet de chambre-chirurgien de\nLa Pouplinière.\n2 Bibl. du Cons. In-f°, obi, 36 p. La première de de Gossec eut lieu le 26 février 1782;\nsur le recueil, cf. Mercure de France, mai 1782, p. 4.5. Gossec fils est encore l'auteur d'une cantate\nreligieuse (hiérodrame) jouée au Conc. Spir. en 1787 et restée introuvable.\n3 In-f° obi., Bibl. Nat. Vm7 5472. Edité chez l'auteur rue d'Argenteuil, chez Bignon, Mercier,\nZimmerman. En 1790 Alexandre Gossec, 20 rue d'Argenteuil, est indiqué comme auteur-éditeur et\nmarchand de feuilles musicales (P. Delalain, Vlmprimerie 1789-1813, p. 90).\n4La notice de Fétis (V, 123) l'appelle par erreur Melle Meyer."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.11", "texte": "LES AMOURS DU FILS GOSSEC\n\n9\n\nsa femme. 5 Madame Krumpholtz débuta au Concert Spirituel le\n8 décembre 1779. 6\nElle inspira à Alexandre Gossec une assez copieuse littérature qui\nremplit les premières pages de son œuvre. Le titre porte une épigraphe\nsans intérêt tirée \" du Répertoire de mes folies. \" Vient ensuite \" une\népitre dédicatoire en vers adressée à Mme Krumpholtz, \" puis un\n\" hommage impromptu adressé à Mme Krumpholtz, en sortant d'un\nConcert donné chez elle le Jeudi 2 octobre 1788, en présence de\nplusieurs professeurs des plus célèbres dans la musique. \" Ces poésies,\nencore que médiocres, sont fort enflammées et le jeune Gossec y déploie\nune passion enthousiaste et mythologique :\nAh, trop tendre Daphné, pardonne mon délire,\nMais, si j'étais Pâris, tu verrais ton empire !\nL'Avertissement de l'auteur, en dehors des épithètes décernées à\nl'objet de son amour, renferme quelques renseignements intéressants sur\nsa carrière :\nLa reconnaissance m'impose le légitime devoir de divulguer au Public les\nillustres modèles qui ont guidé mes pas chancelants dans la carrière épineuse que\nj'entreprends de parcourir.\nC'est à l'immortel Edelmann que j'ai obligation de l'Art enchanteur du\nclavier. Pour l'âme de la Musique, qui était plus digne de me l'inspirer que les\ncélestes, que les inimitables Laïs et St-Huberti ? Ah ! que leur accens mélodieux\nont d'ascendant sur une âme sensible ! la mienne, ouverte comme malgré moi à\nleurs tendres impressions, ils l'ont subjuguée tout entière. Je vous demande\npardon, lecteurs, de ma prolixité, mais je crois leur devoir cet hommage.\nOui, voilà les trois virtuoses qui ont empreint vivement dans mon cœur, et\nles douceurs de l'art sublime que j'ose indignement professer, et le charme consola-\nteur de la sainte reconnaissance.\nQuant au recueil de musique lui même, les titres en sont fort\nprometteurs ; ils annoncent \" des folies ou suites de différents caractères,\"\ncaractère martial et bruyant, sautillant et propre à la dance, grave,\n\n5 Krumpholtz était veuf de Marguerite Gilbert, fille de Simon Gilbert, luthier à Metz ; deux\nenfants étaient nés de ce premier mariage.\n6Au Conc.-Spir. du I novembre 1783, Mme Krumpholtz qui se trouvait enceinte, se contenta de\njouer quelques petits airs variés, parce qu'elle craignait qu'un grand concerto ne la fatiguât trop. On\nsait que les médecins du XVIIIe siècle considéraient l'exercice de la harpe comme fort préjudiciable àla\ngrossesse. Quelque temps après Mme Krumpholtz mit au monde une fille. (Cf. Mercure, novembre 1783,\n132, signalé par M. Hellouin, Feuillets d'hist. music., p. 29)."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.12", "texte": "IO\nS. I. M.\n\npathétique, gai, noble et guerrier.... Le N° VI représente le caractère\norageux, \" pièce d'exercice pour la main gauche, toujours trop négligée\net pourtant susceptible de faire des folies comme la main droite. \" Il\ns'agit en réalité de simples sonates pour piano, dont l'inspiration reste en\ngénéral fort médiocre. La deuxième Folie débute par un Allegro maestoso,\nde \" caractère grave : \"\nVient ensuite un \" Andante lagrimosa \" qui symbolise le caractère\npathétique :\net un Rondeau final de caractère gai :\nNotons encore, en tête de la cinquième folie, ce titre assez amusant :\nCette musique est le plus souvent originale ; Gossec utilise pourtant\nun menuet de Fischer, avec variations, et un air varié du\ncomposé par M. Dezède. Si l'ensemble de la publication révèle un\nmusicien sans grand talent, elle indique en tout cas un esprit mal\néquilibré, prêt à toutes les extravagances.\nCette brûlante dédicace produisit-elle son effet ? Mme Krumpholtz,\nqui passait pour n'être point farouche, se décida-t-elle à couronner la\nflamme du jeune Alexandre ? C'est un point qu'il est assez difficile de"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.13", "texte": "LES AMOURS DU FILS GOSSEC\n11\n\nfixer, bien entendu.7 Le recueil des Folies parut en 1789, au dire de\nBoisgelou, qui mentionne dans son catalogue \" les petits vers et la prose\ngalante adressés à Mme Krumpholtz, femme du célèbre professeur de\nharpe, à qui M. Gossec le fils adresse ses folies musicales et amoureuses. \"\nOr, en 1790, Anne Steckler fut enlevée par un jeune homme qui la\nconduisit à Londres, où elle resta de longues années ; cet amant n'était-il\npoint le fils Gossec, dont nous perdons précisément les traces à Paris à\ncette époque ? Le rapprochement des dates semble bien l'indiquer et\ncette histoire amoureuse et musicale serait assez piquante pour être vraie ;\nmais ce n'est là qu'une hypothèse que nous ne pouvons vérifier pour\nl'instant.\nQuoiqu'il en soit, les conséquences de cette fugue sont connues ;\nl'infortuné Krumpholtz ne put y survivre et se jeta dans la Seine, d'où on\nle retira au bout de quinze jours. Les Scellés qui furent apposés après\nsa disparition nous donnent quelques détails sur ce suicide.8 Krumpholtz\nhabitait rue d'Argenteuil n° 16, en une maison appelée l'Hôtel de la\nPrévôté, ayant pour principal locataire le sieur Nadermann, luthier ordi-\nnaire de la Reine. Devant le commissaire au Châtelet comparut Jean-\nHenry Nadermann, \" lequel nous a dit et déclaré que led. sr Krumpholtz\njouissoit dudit appartement (ir étage) à luy loué par le comparant sans\nbail, moyennant 1200 1. par an, que depuis le vendredy 5 du présent\nmois (février 1790) led. sr Krumpholtz étoit disparu sans que l'on pût\nsçavoir ce qu'il étoit devenu, mais que samedy dernier 20 du présent\nmois, son cadavre a été retiré noyé de la Rivière de Seine à Passy, ce\nqui a été constaté par procès-verbal dressé par la maréchaussée dudit lieu\nde Passy... \" Le cadavre avait été déposé à la basse geôle du Châtelet ;\non avait trouvé sur lui des clefs et des paquets de lettres. L'inventaire de\nla musique et des instruments fut dressé par Amable-François-Joseph\nDelaplanque, demeurant rue Bailleul, et François Petrini, rue des Fossés\nS 4 Germain l'Auxerrois, tous deux professeurs de harpe. Krumpholtz fut\nenterré le lendemain :\nRegistres de Saint Roch, 1790 :\nL'an 1790, le 23 février, a été inhumé au cimetière J.B. Krumpholtz, profes-\n\n7 II est juste de dire qu'il y avait une différence d'âge de 25 ans entre Krumpholtz, né vers 1745\net sa jeune femme, née vers 1770.\n8 Arch. Nat. Y 15301 (Acte du 22 février 1790). \"L'inventaire mentionne un pupitre de\nmusique, quelques cahiers de musique tant gravée que manuscrite. \""}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.14", "texte": "I 2\nS. I. M.\n\nseur de harpe, époux en secondes noces de Julie Steckler, décédé hier en cette\nparoisse, rue d'Argenteuil, âgé d'environ 45 ans.\nPrésents : J.H. Nadermann. A.F.J. Delaplanque.9\nTelle fut la fin tragique d'un grand artiste dont les œuvres méri-\nteraient d'être mieux connues, parce que leur style très personnel semble\ncontribuer à l'évolution de la musique instrumentale à la fin du\nXVIIIe siècle. Sa femme continua à habiter Londres ; elle jouait en\n1791 dans un concert donné au bénéfice de Haydn, en 1792 dans un\nconcert donné au bénéfice d'lgnace Pleyel ; on l'entendait encore en\n1794 ; 10 rappelons-nous qu'elle était toute jeune quand elle avait quitté\nla France et qu'elle pouvait prétendre \" vivre sa vie\nQuant au fils Gossec, ses traces sont plus difficiles à retrouver ; sa\nmère mourut en mars 1801 rue Bergère au Conservatoire ;11 les actes ne\nmentionnent pas Alexandre et nous savons que Gossec père paya la\nsomme insignifiante de 9 francs 36 de frais de succession, ce qui prouve\nbien que son fils n'avait rien à attendre de cet héritage.\nLe 10 germinal an XII (31 mars 1804) Gossec écrivait au peintre\nChéri cette curieuse lettre publiée par M. Tiersot et dont nous croyons\nintéressant de reproduire quelques passages :\nMonsieur,\nJe vous envoie le quartier de Loier de la chambre de mon fils, échu\nle premier du présent mois germinal et vous préviens qu'à compter de la même\ndate, son loier sera à son compte, attendu que les pertes énormes que j'ai faites\ndepuis deux ans, jointes à celles que j'ai éprouvées depuis son retour à Paris, ne\nme permettent plus de rien faire pour lui, ni de supporter le poid qu'il fait peser\nsur ma vieillesse.\nMon fils est jeune encore (43 ans) et je suis septuagénaire ; il est libre de ses\nvolontés et a des talens ; c'est à lui à les faire valoir en quelque lieu du globe qu'il\nlui plaira de choisir, car il ne m'importe nullement que ce soit à Paris, à la Chine\nou au Japon... 12\n\n9 Arch. de la Seine. Fonds Bégis. Cf. Journal du 27 février 1790.\n10 Cf. Pohl, Mozart and Haydn in London,l, 41, 44, 129, 262.\n11 Acte publié pour la Ie fois par Ch. Nauroy dans le Curieux, t. 11, p. 167, d'après les Petites\nAffiches.\n12 Rivista Music. ItaI.XVIII, 1911, p. 561."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.15", "texte": "LES AMOURS DU FILS GOSSEC\n*3\n\nCes lignes sont fort significatives : elles nous montrent qu'Alexandre\nGossec avait continué à vivre aux crochets de son père et à l'inquiéter\npar ses frasques. L'allusion à \" son retour à Paris \" semble bien confirmer\nl'hypothèse, formulée plus haut, d'un séjour en Angleterre de ce fils\nprodigue.\nCes préoccupations attristèrent les dernières années de Gossec, passées\ndans la condition la plus modeste, sinon dans la misère. On sait que le\nvieux compositeur mourut à Passy le 16 février 1829 ;13 un testament\nolographe instituait comme légataire universel son ami, François-Sauveur\nAnseaume, propriétaire au dit lieu ; aucune mention d'Alexandre Gossec,\nqui à cette date était donc mort ou volontairement ignoré de son père. 14\nAu reste, la succession, purement mobilière, n'offrait qu'un intérêt\nmédiocre. Gossec occupait un appartement pauvre, sans salon, 55, rue de\nPassy ; le mobilier fut évalué à 1000 francs ; dans un secrétaire empire\non trouva un diplôme de la Légion d'honneur et un diplôme de membre\nde l'Académie de Stockholm. Gossec semblait avoir renoncé complète-\nment à la musique ; il n'avait pas de piano ; toute sa musique gravée ou\nmanuscrite se trouvait reléguée au grenier, où on l'alla découvrir dans\nla poussière, pour l'évaluer 70 francs. Voici qui est plus amusant et qui\nconfirme point par point le joli portrait qu'Hédouin a tracé de Gossec :\n\" Il portait la poudre et la queue ; un petit chapeau à trois cornes\ncouvrait sa tête et il était vêtu d'un large habit gris, d'un gilet de\npiqué blanc, d'une culotte et de bas de soie noire. De grandes boucles\nd'argent attachaient ses souliers et il tenait à la main un gros jonc à\npomme d'ivoire. \" 15\nL'inventaire énumère scrupuleusement des culottes de nankin, des\nbas de soie blancs et noirs, un gilet de soie verte, plusieurs habits à la\nfrançaise et deux épées à garde d'acier.16\nAinsi, dans ses habitudes même, Gossec était resté sous la Restaura-\n\n13 Acte aux Arch. de la Seine dans le Fonds Bégis. Extraits publiées dans le Bull, de la Soc. hist.\nd'Auteuil et de Passy, t. VII (1910), pp. 61, 62.\n14 Communication de M. le Receveur de l'Enregistrement de Neuilly-sur-Seine.\n15 Hédouin, Mosaïque, 1856, p. 311.\n16 Je dois ces renseignements à l'obligeance de M. Amy, notaire à Passy (d'après l'acte dressé par\nMe Triboulet le 18 février 1829)."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.16", "texte": "I\nS. I. M.\n\ntion un homme d'ancien régime ; au terme de cette longue existence,\nsa pensée devait se reporter souvent aux heureuses années où il était venu\ntenter la fortune à Paris. Destinée bien remplie que celle de cet homme,\nqui avait connu Rameau dans ses années de gloire, joué dans l'orchestre\nde Jean Stamitz, assisté aux triomphes de Gluck et de Haydn, et qui\nmourait, pauvre et obscur, deux ans après Beethoven ! La découverte de\nses Mémoires, dont Fétis seul a donné quelques extraits, nous révélerait\npeut-être ce qu'il pensait de cette admirable évolution de la musique\ndont il avait été le témoin et parfois l'acteur. Malgré un rude travail, il avait\nla tristesse de rester au second plan et sa vie privée ne lui apportait que\ndeuils et déboires. Souhaitons que des documents nouveaux nous apportent\nbientôt quelques renseignements sur Alexandre Gossec et mettent en\nlumière la vie de ce personnage funambulesque que fut le filleul de La\nPouplinière.\n\nGeorges Cucuel."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.17", "texte": "LA MUSIQUE AUX ILES HAWAÏ\n\nIl est devenu aujourd'hui bien difficile de traiter avec quelque autorité\nde la nature, de la musique nationale, des anciens Polynésiens, peuplant le\ngroupe des Iles Hawaï, telle qu'elle existait même encore à l'époque\n(1820) où l'arrivée des premiers missionnaires protestants vint marquer\nla fin de l'ancien régime avec la destruction de ses coutumes, et la prompte\nsubstition des mœurs et des agissements de la civilisation moderne.\nLa raison de cette difficulté est évidente :\n1) Les derniers représentants autorisés des temps anciens ont natu-\nrellement disparu, et les jeunes générations, même parmi le petit nombre\nde celles qui ont encore conservé avec amour quelques vagues vestiges\ndes coutumes anciennes, en ont perdu la délicatesse générale et\nintime, d'exécution, et même jusqu'au sens exact des mots les moins\ncommuns du langage, des mots à signification occulte qui se rencontrent\ndans les poésies antiques, et ils admettent ne plus être capables de déclamer\nces poésies suivant les strictes règles du passé. Il n'existe plus, apparem-\nment, que deux ou trois vieillards encore capables de réciter sur des\nintonations un peu correctes, les chants anciens, et la Reine Liliuokalani,\ndont l'intelligence éclairée reconnaît l'utilité de conserver autant que\npossible ces derniers vestiges d'une intéressante civilisation primitive, que\nle fanatisme religieux moderne a trop tôt écrasée, se prépare à faire"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.18", "texte": "16\nS. I. M.\n\nphonographier leurs chants comme dernière contribution au souvenir des\nconnaissances passées.\n2) Les premiers voyageurs européens, qui décrivirent l'archipel,\nn'avaient évidemment ni le temps ni probablement la capacité de s'occu-\nper d'une chose aussi peu importante que la nature de la musique locale,\nau sujet de laquelle on ne trouve, dans les relations de voyage, que des\nmentions accidentelles sans grande valeur. Ainsi, dans les rapports de\nCook, à qui l'on doit la découverte moderne de ces îles, on ne trouve\nque le passage suivant : \"Les danses des insulaires des Sandwich ressemblent\nbeaucoup plus à celles des habitants de la Nouvelle-Zélande qu'à celles\nque nous avons vu à Tahiti et aux îles des Amis (Tonga). Elles sont\nprécédées par un chant solennel, auquel tous les assistants prennent part,\nen remuant en même temps lentement leurs jambes.... La musique de ces\ninsulaires est d'une espèce rudimentaire, car, en fait d'instruments, nous\nn'avons observé parmi eux que des tambours de différentes dimensions.\nLeurs chants pourtant, que l'on dit être chantés en parties différentes, et\nqu'ils accompagnent avec des mouvements gracieux des bras, comme\nle font les habitants de Tonga, produisent une impression très agréable\".\nEt cette assertion de Cook est accompagnée d'une note explicative, disant\n\" que le fait du chant en parties est nié par plusieurs personnes du bord\nayant des connaissances musicales, mais le capitaine Burney et le capitaine\nPhillips de l'infanterie de marine, tous deux musiciens, attestent énergi-\nquement que ces indigènes chantaient en parties\", c'est-à-dire ensemble\nsur différentes intonations. Vancouver, qui, après Cook, eut des relations\nplus intimes avec les insulaires des Sandwich, se contente de décrire les\n\"hulas\", danses avec ou sans chant, mais il ne dit rien de la musique\nproprement dite. Le russe Lisiansky, qui suivit Vancouver au commence-\nment du XIXe siècle, raconte que les jeunes hommes et les jeunes femmes\nétaient très amateurs de danse, mais que leur musique était d'une nature\nbeaucoup plus grossière que celle des Tahitiens, et que, sauf des tambours\nde différentes dimensions, ils n'avaient ni flûtes ni aucune autre espèce\nd'instruments à anches ou à cordes, mais que pourtant leurs chants, qu'ils\nchantaient en chœur en parties, avec de gracieux mouvements des bras,\nétaient très agréables. Enfin le capitaine Byron, qui, ayant ramené\ndans la \"Blonde\" en 1825, les dépouilles mortelles du roi et de la reine\ndes Hawaï, qui moururent de la petite-vérole à Londres, fut témoin\ndes grandes cérémonies que les indigènes célébrèrent à cette occasion,"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.19", "texte": "LA MUSIQUE AUX HAWAI\n*7\n\najoute simplement qu'ils \"ne sont pas entièrement dépourvus de sens\nmusical, et que même leurs ballades les plus anciennes énumèrent divers\ninstruments de musique qui n'existent plus\" ; \"diverses espèces de tam-\nbours sont encore en usage, mais l'instrument le plus curieux est une petite\nflûte double, jouée avec le nez ; il ne paraît pas qu'ils eussent des instru-\nments à cordes\".\nDe ces diverses assertions, on pourrait déduire, sans trop s'écarter de\nla vérité, que, bien que doués d'un sentiment musical relativement délicat,\nles anciens habitants des Hawaï ne furent jamais aussi raffinés en musique\nque leurs congénères de Tahiti, de Tonga, de Samoa, et même de la\nNlle-Zélande, quoique le genre en fût tout à fait similaire ; et on peut\naffirmer aussi, qu'avant la civilisation que leur apportèrent les européens,\nils n'eurent jamais aucune musique semblable à notre art moderne, avec\nses gammes naturelles et chromatiques, et avec son harmonie et ses\nmodulations compliquées. En outre, il paraîtrait que leur musique, telle\nqu'ils la comprenaient, voix et instruments, était presque toujours\nl'accessoire à des cérémonies religieuses ou à des danses quelconques, tandis\nque leurs poésies, leurs ballades, étaient plutôt déclamées que chantées,\ndes récitatifs et non des mélodies.\nPersonnellement, je dois à mes longues relations amicales avec la\ndernière famille royale d'Hawaï, d'avoir pu obtenir des renseignements\nplus détaillés et assurément plus authentiques sur les conditions musicales\nde l'ancienne race d'Hawaï. En ce qui concerne leurs chants, ils étaient\ndivisés en \" Mélé s'\\ ballades récitées ou déclamées, avec ou sans accom-\npagnement d'instruments, et en \"hulas\",danses ou tout au moins contor-\nsions corporelles réglées par l'accompagnement d'instrument, principale-\nment à percussion, avec ou sans chants. Lors des fêtes du couronnement\ndu roi Kalakaua, l'avant dernier souverain indépendant de cet archipel,\net qui était non seulement très amateur de musique, mais aussi très\ndésireux de conserver et de raviver les des anciennes traditions\nnationales et les hulascaractéristiques des temps passés, lesquels, natu-\nrellement, à défaut de notation écrite, ne pouvaient être perpétués que\npar transmission orale, tous les indigènes de toutes les îles de l'archipel,\nqui pouvaient justifier de posséder des traditions anciennes, furent convo-\n\n2"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.20", "texte": "18\nS. I. M.\n\nqués au palais royal à Honolulu, où pendant plusieurs semaines, les\n\"troubadours\" hawaïens, hommes et femmes, chanteurs et danseurs et\ninstrumentistes, rivalisèrent à reproduire, (au grand scandale des mission-\nnaires, auxquels leur éducation sectaire ne permettait de voir dans les\ntraditions antiques que des idées indécentes,) tout ce qu'ils savaient des\nmêlés et hulasanciens, que Kalakaua aurait certainement fait phonogra-\nphier, si le phonographe avait eu à cette époque la perfection qu'il a acquis\nmaintenant. Ce fut à cette occasion, chant du cygne des anciennes\ntraditions et de la royauté indépendante, qu'il me fut permis d'obtenir\nune idée exceptionnelle de la nature de la vieille musique hawaiienne.\nD'autre part, au point de vue instrumental, je dois à la courtoisie\nde la Reine Liliuokalani, la dernière souveraine d'Hawaï, elle-même\nmusicienne distinguée et compositeur, en paroles et musique d'un grand\nnombre de jolies ballades hawaiiennes modernes, la liste suivante des\ninstruments dont l'usage était connu dans l'archipel au commencement\ndu XIXe siècle, et dont quelques spéciments seulement se trouvent dans\nla musée Polynésen Bishop à Honotulu.\n1) Instrument à cordes. JJkeke,harpe rudimentaire, formée d'une\nlatte longue et plate de bois flexible, facile à courber en forme d'arc, sur\nlaquelle on tendait deux cordes de fibre de cocotier simplement attachées\naux extrémités du bois, ou bien fixées d'un côté avec deux chevilles pour\ntendre les cordes au ton voulu, et à l'intervalle soit d'une seconde soit\nd'une quarte basse ; quelques ukekes étaient, dit-on, aussi montés d'une\ntroisième corde accordée propablement à la tierce. Ces instruments étaient\nemployés en appuyant le bout de la latte contre les dents, de façon à\nsouffler en chantant contre les cordes, en même temps qu'on les pinçait\navec les doigts. Cette description les rapproche singulièrement de la primi-\ntive lyre ou harpe grecque.1 Des ukukes plus petits, tiges plates de bois\nmais sans cordes, étaient simplement appuyés contre les dents pour ren-\nforcer la voix du parleur ou du chanteur.\n2) Instruments à vent. Ceux-ci comprenaient essentiellement deux\nespèces, les gourdes ou calebasses et les bambous. Dans la première classe,\nle Tu-Aétait fait d'une petite gourde percée de trois trous, un pour le\nnez, les deux autres pour le jeu des doigts ; le était une gourde\nun peu plus grande, percée de 4 trous, un à la tige pour le souffle, et\n\n1 Des instruments exactement semblables existent parmi les races sauvages de l'Afrique central."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.21", "texte": "LA MUSIQUE AUX HAWAI\n*9\n\ntrois à l'autre extrémité pour le doigté, et le souffle y était fourni soit du\nnez en bouchant une narine avec une main, soit de la bouche, et souvent\nle jeu s'en faisait alternativement en aspirant et en expirant ; ces instru-\nments représentent bien le germe du petit instrument moderne (renouvelé\ndes grecs) appelé ocarina. Il y avait peut-être aussi des pu-a doubles,\nformés de deux gourdes juxtaposées, de façon à ce que l'instrumentiste\npouvait souffler de l'une à l'autre. La seconde catégorie comprenait essenti-\nellement le Ohe Hano Ihu,ou flûte nasale, formée d'un tronçon de bambou\nplus ou moins long, avec un trou vers le nœud, qui était appliqué contre\nune narine pendant que le joueur bouchait l'autre avec le pouce, et deux\nautres trous, rarement trois, pour les doigts vers l'extrémité ouverte ;\nles hano ihuà plus de quatre trous furent évidemment d'invention moderne\npour copier la flûte. A côté de ces instruments, il faut noter les conques\nmarines, lu Puhi, employées pour signaux et comme trompes de guerre.\n3) Instruments de percussion. Les principaux étaient les tambours\nde diverses dimensions et de différentes formes, les plus petits composés\nd'une peau tendue sur une moitié de noix de coco, les moyens, principale-\nment employés pour les hulas, d'où leur nom formés de\ncalebasses simples, et les Ihu hula,calebasses doubles, cimentées l'une sur\nl'autre, et dont l'inférieure atteignait souvent des dimensions énormes ;\nenfin les plus grands, tambours de guerre ou des temples, formés de troncs\nd'arbres creusés et recouverts de peaux de requin fortement tendues avec\ncordes de fibre de cocotier, et sur lesquelles la percussion se faisait à l'aide\nd'un nœud de corde de la même fibre. Sur les petits tambours, les indigènes\nfrappaient avec la main, tandis que les tambours de hula, soit calebasses\nsoit bois, étaient légèrement soulevés pour frapper terre en retombant,\nde façon à marquer ainsi le premier temps ou les temps forts de chaque\nmesure, tandis que les autres temps et leurs contretemps étaient produits\net accentués par des coups avec la paume et les doigts des mains sur les\ncôtés de l'instrument. Des tambours en calebasses doubles sont encore\nemployés de nos jours pour les \"hulas\" ou danses des femmes. Aucun\ndes tambours anciens recouverts de peaux, bien que susceptibles de ten-\nsions variées, ne produisaient un son musical, à l'instar des timbales\nmodernes.\nAux tambours, les Hawaiiens ajoutaient, pour renforcer le rythme\net les temps de la mesure, divers autres instruments de percussion, tels\nque les suivants : les Kaeke, formés de deux gros nœuds de bambou,"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.22", "texte": "20\nS. I. M\n\nouverts à une extrémité et attachés ensemble, qu'on laissait tomber perpen-\ndiculairement sur le sol, de façon à produire un son creux et sonore ; les\nOhe hula pulli, longs tronçons de bambou, fendus en petites lanières à une\nextrémité, généralement tenus par deux personnes qui les frappaient l'un\ncontre l'autre de façon à produire un bruit rappelant la crécelle, mais\nservant aussi à marquer la mesure et les trémolos ; le Hula\nxylophone rudimentaire, composé de longues tiges d'un bois dur et sonore,\nle kauili, (Alphitonia Ponderosa), suspendues par leur centre ou par leurs\nextrémités au moyen d'une ficelle de fibre de cocotier ou de banane, et\nplacées à demeure ou tenues à la main, et sur lesquelles on produisait une\nvibration assez claire et puissante, en les frappant d'un marteau de bois\ndur : ces instruments étaient ordinairement employés par batteries de\ntrois pièces de différentes longueurs, donnant par conséquent des sons\ndifférents, correspondant probablement aux trois principales notes du\nchant ; enfin le Huluili,espèce de crécelle ou de hochet, formé par de\npetites gourdes ou noix de coco vidées et remplies en partie avec des\npetits cailloux, qui produisaient en les secouant, un son bruyant ressemblant\nun peu à celui des castagnettes. Des cailloux résonnants étaient aussi\nchoqués l'un contre l'autre en guise de cymbales.\nEn ce qui concerne la musique vocale proprement dite, elle paraît\navoir été divisée en deux classes, que, faute de meilleure dénomination,\nje qualifierai de muisique chantante et musique dansante.\nLa première comprenait les \"mêlés \" de tous les genres chantés à\nvoix seule, rarement avec accompagnement d'instruments, et comprenant :\ni) principalement les poèmes épiques racontant les guerres du passé,\nles haut-faits des chefs et les prouesses des guerriers de chaque tribu dans\nles différentes îles, les légendes de l'origine et des voyages de la race et\npar extension donnant les généalogies de tous les personnages marquants,\nde la même façon que le \"Melos\" des Grecs anciens désignait le chant\ndes poèmes épiques de cette race ; ici, notons en passant l'étrange similarité\ndes deux mots, grec et hawïien, pour désigner le même genre de poésies\nchantées. 2) des incantations et prières religieuses, y compris les légendes\ncosmogoniques. 3) des ballades d'amour et de pure poésie, dans lesquelles\nles charmes de la nature étaient célébrés avec une richesse d'images et de"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.23", "texte": "LA MUSIQUE AUX HAWAI\n2 I\n\nlangage dignes de peuples plus civilisés. 4) des chants de deuil. Tous ces\nmélés étaient récités ou déclamés sur une seule note tonique longtemps\nprolongée et brisée par intervalles par un tremblement de la voix sur une\ndes deux notes coadjacentes, espèce de trille sur une seconde majeure ou\nmineure, ascendante ou descendante. Certains de ces chants étaient pourvus\nd'une espèce de refrain auquel prenaient part les assistants, ou que les\nfemmes accompagnaient d'un tremblement de voix semblable au iou-iou\nque les femmes arabes produisent en frappant de la main contre la bouche.\nA part la difficulté matérielle de l'exécution vocale, le chant des mélés\ndemandait un prodigieux exercice de mémoire, et la pratique en était\ngénéralement confinée à certaines familles, qui s'en transmettaient la\nconnaissance de père en fils, mais qui avaient aussi à subir de longues\nannées d'études et d'épreuves, avant de passer maîtres de l'art.\nLa seconde classe embrassait toute musique, vocale et instrumentale,\nservant à accompagner les \" hulas \" ou danses. Les hulas, généralement\ndansés par des femmes, sont isolément soit en groupes, comprenaient un\ngrand nombre de genres divers, classés essentiellement en deux catégories,\nselon qu'ils étaient dansés assis ou debout. Ils constituaient de véritables\nballets à pantomime, les gestes appropriés des danseuses servant à élucider\nles idées de la poésie chantée. C'était donc un art difficile à acquérir, qui\nexigeait un entraînement spécial, de sorte que les filles destinées à cette\ncarrière, soit pour les cérémonies des temples, soit pour le divertissement\ndes chefs, ou pour les fêtes publiques, étaient dressées dès leur plus tendre\nenfance, afin d'acquérir la souplesse, la dextérité et la grâce des mouve-\nments des bras et du corps, ainsi que le sentiment exquis des rythmes\nnécessaires, marqués par les tambourins de calebasses. La nature du chant\net des danses des hulas variait selon qu'ils se rapportaient à des scènes\nhistoriques, à des faits de guerre, ou à des cérémonies religieuses, ou\nservaient simplement de divertissement, devenant en ce cas lyriques ou\négloguesques, traitant tour à tour des phénomènes naturels de l'océan ou\ndu volcan, ou des scènes domestiques ; et une variété était destinée\nsimplement à décrire les phases de l'union sexuelle.\nLa musique des hulas était plus variée que celle des simples mélés,\net était bâtie sur deux ou trois notes différentes, correspondant probable-\nment à celles produites par les instruments précités, à cordes et à vent,\navec cette différence toutefois, que les chanteurs habiles ajoutaient à leurs\nintervalles ordinaires, de ton et de demi-ton, des subdivisions non"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.24", "texte": "22\nS. I. M.\n\nreconnues par notre musique moderne, mais dont nous pouvons donner\nl'idée par les enharmoniques que l'on peut obtenir distinctement sur le\nvioloncelle et la contre-basse ; et cette faculté rappelle d'une façon frap-\npante l'usage de la subdivision en tiers de tons attribuée à la musique\ngrecque antique. Chose curieuse, cette faculté des anciens Hawaiiens de\nproduire et de distinguer des tiers de tons existait aussi dans la musique\ndes anciens naturels de la Nouvelle-Zélande, laquelle était aussi bâtie sur\ntrois notes seulement, mais subdivisées en\nainsi\nque le démontre une intéressante étude spéciale de Sir George Grey, dans\nson livre \" Polynesian Mythology, \" (Londres 1855).\nParmi les hulas que j'ai pu entendre en 1883, les plus ordinaires\nétaient formés de différentes combinaisons de ce que je pourrais appeler\nDo, si, do ; Do, sol, do, si, do ; et Do, sol, do, ré, avec des tiers de tons\nintercalés, produisant, sur l'oreille inaccoutumée, l'effet d'un simple\ntremblement de voix ; quelques finales ajoutaient do, mi, do, mi, do ; et\nla danse la plus compliquée me parut rouler sur Sol do si do ré mi, avec\nfinales sur ré sol et mi do, mais celle-là était probablement modernisée,\ncar les plus anciennes étaient les plus simples, employant seulement deux\nnotes avec leurs dièses ou leurs bémols. Par conséquent, par rapport à\nnos idées d'harmonie, tous les hulas pouvaient être réduits aux deux\naccords de tonique et de dominante, et même les hulas modernes, que les\njeunes indigènes composent encore et chantent maintenant avec accom-\npagnement de guitare (instrument qui est devenu parmi eux un accessoire\nfavori, presque indispensable, que l'on trouve dans presque toutes les\nmaisons) sont toujours bâtis sur ces deux accords, et presque jamais sur la\nsous-dominante (Fa), qui, si elle se produit, paraît être d'importation\nmoderne.\nÉCHANTILLON DE MUSIQUE DE HULA HAWAIIEN ancien."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.25", "texte": "LA MUSIQUE AUX HAWAI\n2 3\n\nLes indigènes d'aujourd'hui sont passionnés pour la musique et ont\nune oreille extrêmement délicate ; ils chantent spontanément en chœur à\nplusieurs parties, avec une bonne harmonie naturelle ; mais cette capacité\nmême porte à croire, avec les témoins de Cook, que les anciens Hawaiiens\ndevaient chanter à deux et trois parties, bien que leur idée de l'harmonie\nproduite devait être très différente de nos idées modernes. Autant que\nj'ai pu m'en rendre compte, ils devaient chanter ainsi : les hommes sur la\ntonique adoptée, les femmes une octave et quinte au dessus avec une\npartie intermédiaire peut-être sur la tierce, (°) chaque partie suivant\nsimultanément et parallèlement le dessin mélodique, et ces combinaisons,\nquoique étranges, et souvent très-agréables, n'étaient jamais absolument\ndésagréables comme on pourrait le supposer.\nOn peut donc apprécier, sous ce point de vue, combien la musique\ndes Hawaiiens était primitive. Mais la monotonie des deux ou trois notes\nemployées, avec leurs variantes enharmoniques, était amplement com-\npensée, pour les récitatifs comme pour les chants dansés, par un\nsentiment exquis de mesure, de rythme et d'expression, celle-ci rendue\nplus riche encore par les possibilités d'accentuation dues au génie même\nde leur langue.\nVoilà donc l'état de la musique en Hawaï, en ce qui concerne les\nindigènes, mais l'on peut constater un fait : Cette pauvre et aimable race,\nqui s'est effondrée au contact délétère de la soi-disante civilisation moderne,\net qui bientôt n'existera plus qu'en la personne des individus qui ont\nacquis un regain de vitalité par des croisements heureux avec les races\nsupérieures (les demi-blancs, comme on les appelle, bien qu'il y ait parmi\neux des demi-jaunes tout aussi pleins d'avenir), cette pauvre race, disons-\nnous, aura tout au moins laissé l'empreinte indélébile de son génie dans\nles tendances musicales locales.\nCorrespondant de S. I. M. a Honoluîu.\n\nA. Marquès."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.26", "texte": "Inscription photographique des 2 Les résultats\nexposés dans les articles précédents provoquèrent quelques objections\nà l'adresse de notre méthode expérimentale, principalement sur la prove-\nnance des vibrations complexes... Ne proviendraient-elles pas de mouve-\nments propres du fil transmetteur ? M. Violle, tout en m'affirmant sa\nconviction personnelle parce qu'il avait eu sous les yeux un certain\nnombre de feuilles d'inscriptions qui ne lui laissèrent aucun doute me\nfit part de ces objections et il m'encouragea à chercher une méthode\nd'inscription directe pous supprimer le fil transmetteur. J'en informai\nM. Massol à la fin du mois de septembre 1909, au cours d'une série\nd'expériences.\nUserions-nous de la photographie. Mais comment ?... nous eûmes\nl'idée d'employer le cinématographe. Mais cette manière d'opérer ne\npouvait servir qu'à faire des reproductions sur un écran et non à obtenir\nun graphique fixe permettant de faire des mesures acoustiques. Au bout\nde quelques mois, M. Massol trouva un dispositif très ingénieux, qui\nconsiste : à projeter un rayon lumineux soleil ou lumière électrique\nréfléchi par un petit miroir fixé à l'extrémité de l'une des branches du\ndiapason, sur un objectif à grande ouverture. L'enregistreur, dont le\ncylindre est recouvert d'une feuille de papier extra-sensible, se déplace\n\n1 Voir S. I. M. des 15 janvier, 15 mars, et juillet-août 1912 et 15 janvier 1913.\n2 Le titre de Photographie des sons attirerait certainement davantage la curiosité des profanes. Ce serait plus\nsensationnel, mais ce serait faux. On ne photographie pas les sons, mais seulement les vibrations qui les produisent."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.27", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n\n25\n\ndevant l'objectif à l'aide d'un dispositif très simple. Cependant les premiers\nessais furent laborieux. Nous étions presque découragés, lorsque survinrent\nles vacances de Pâques de 1910.\nL'appareil mis au point, au cours d'une série d'expériences com-\nmencées le 29 mars, nous eûmes des résultats merveilleux. Nous en\néprouvâmes des émotions aussi grandes que celles ressenties pendant les\nexpériences du 31 décembre 1907, dont j'ai parlé précédemment. Le\npapier sensible nous révéla des figures acoustiques nouvelles faisant prévoir\ndes choses remarquables. Grâce à l'expérience acquise, l'étude des nou-\nveaux graphiques des courbes ne réclama que quelques mois.\nCette nouvelle méthode expérimentale fit l'objet de la 4e note\nprésentée par M. J. Violle le 27 juin 1910, sous le titre\nphotographique des vibrations diapason \". Les quelques extraits de\ncourbes ci-après donneront au lecteur une idée de l'importance de ces\nrésultats.\ntracés A et B, représentent l'espace de de deux\ncourbes différentes, qui se sont succédées à peu d'intervalle l'une de\nl'autre. Dans A on aperçoit pour chaque seconde : 4 périodes à 2 phases\ndifférentes, formées de sept et demi petites vibrations chacune ; ce qui\nreprésente : 4 grandes vibrations ut-3 ; 7%5 x4= 30% = si—xl.\nLe tracé B est le même que le précédent, auquel est venu s'adjoindre\nun ■ mouvement à 2 grandes périodes par seconde ; c'est l'octave grave\nde 4% soit 2V ou ut-4. Ce qui prouve bien que cette grande période est le\nrésultat d'un harmonique particulier à 2V, c'est qu'au bout d'un certain\nnombre de secondes ce mouvement cesse et le courbe reprend l'aspect\nprécédent. En réalité, le tracé commence comme en B, pour passer en A.\nPuis, lorsqu'on observe plus longtemps les vibrations des branches, les\ngrandes amplitudes cessent et la vibration normale"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.28", "texte": "2 6\nS. I. M.\n\nseule reste ; c'est celle qui correspond au son prédominant du diapason\nut0 = 32 v-d.\nPour mieux étudier ce phénomène, il fallait décomposer le graphique\nde ce mouvement vibratoire. Nous pûmes l'obtenir en le photographiant\nà une vitesse dix fois plus grande ; c'est ce mouvement que montre la\ncourbe C. A cette vitesse du cylindre, les grandes amplitudes ne sont\nplus apparentes. Le fragment C ci-dessus, ne représente des\ncourbes A et B ; c'est-à-dire i/8e de ces courbes, correspondant à 1/4 de\nseconde. Pour comprendre ce tracé, il faut considérer les\nsupérieurs ou inférieurs formés par chaque vibration ; ils sont au nombre\nde 8 qui, multipliés par 4, donnent 32v en ou utQ. D'autre\npart il faut suivre la forme du dessin en S en partant de gauche en haut\ndu tracé ; on remarquera que la boucle de S s'allonge insensiblement de\nla ire à la 4e vibrati on, pour finir en bas ; puis brusquement, en un\nmouvement d'une 1/2 vibration elle va former trois mouvements en forme\nde V, jusqu'à la courbure d'une nouvelle période en S. Quatre vibrations\nen S, trois en V et une demie qui relie les deux mouvements, cela fait bien\n7V,5 pour un quart de seconde,soit 30v pour une seconde, ce qui égale si-,.\nCe phénomène fut à mes yeux la démonstration des deux mouve-\nments parallèle et perpendiculaire simultanés des branches du diapason,\nauxquels était venu se joindre, dans la courbe B, le mouvement de la\nvibration tournante.\nEn poursuivant ces inscriptions et en exécutant simultanément les\ntrois mouvements des branches avec l'archet de contrebasse, nous fûmes\nassez heureux de photographier toute une feuille d'admirables courbes,\ndans le genre de la fig. 2 ci-dessous.\nQuelques physiciens soupçonnaient l'existence des\ntes et d'autres les niaient. Après ces résultats le doute n'est plus possible.\nJ'ai dit plus haut que M. Cornu les avait démontrées dans la vibration\ndes cordes, mais il n'en a tiré aucune conséquence acoustique."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.29", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n27\n\nPar un heureux hasard d'expérience nous avons pu photographier\ntoute une feuille de courbes encore plus compliquées, dans le genre de la\nfig. 3 ci-dessous.\nCette courbe représente une durée de Les tracés en\nblanc de la partie droite (2e seconde) la rendent compréhensible. Le plus\ngrand tracé embrasse une seconde,c'est un mouvement à iv, = ut-5.\nL'autre, plus petit, égale iv, !/3 = Fa-5. Les sept vibrations en haut\nde la courbe, correspondent à Si t>-3, en fonction de 7e harmonique.\nL'ut0, ou son prédominant de ce diapason, est représenté par les vibrations\nverticales à raison de 32 par seconde. Le s'est inscrit\npar quatre points (ou oscillations) qui sillonnent chaque vibration verti-\ncale ;ce qui fait huit pour une vibration double, soit 32' x 8 2 ou\nut3. Au total cinq mouvements vibratoires superposés, indiquant la vibration\nsimultanée des harmoniques : ut-s, Fa-5, Si l>-3, utQ et ut3.\nAu moyen de cette méthode photographique, nous avons confirmé\nl'existence de 12 harmoniques inférieurs et 11 supérieurs, déjà publiés et\nenregistrés au moyen du fil métallique.\nL'importance de ces résultats que nous devons aux observations\nde M. J. Violle, dans les circonstances indiquées ci-dessus réside non\nseulement dans la confirmation des et des\nbranches d'un diapason, dont on n'avait tenu aucun compte, mais encore\ndans la preuve indéniable de l'existence d'un certain nombre de sons de\nl'échelle naturelle qu'on avait considérés comme étant parce\nque leur présence ne pouvait s'expliquer à l'aide de son prédominant ut°,\nqu'on croyait être le fondamental de la manifestation vibratoire. Tous les\nharmoniques produits par un corps sonore quels que soient ses diffé-\nrents modes de vibration servent à constituer son échelle harmonique\nparticulière.\nPour qu'il ne puisse y avoir amphibologie entre le son fondamental\nréel de l'échelle (son 1) et le son fondamental des physiciens (celui qui\ndonne sa hauteur au son complexe), j'ai proposé dans la 2e note\nprésentée par M. J. Violle à l'Académie des Sciences le 6 janvier 1908,"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.30", "texte": "28\nS. I. M.\n\nsous la signature G. Sizes et G. Massol d'appeler son prédominant le\nfondamental des physiciens et de réserver le nom de au son i\nde l'échelle, c'est-à-dire à celui dont le nombre de vibrations est un sous-\nmultiple exact du nombre de vibrations de tous les autres sons-partiels.\nLa longueur de la partie vibrante d^esf branches du diapason utQ\nl'ut le plus grave d'un piano construit spécialement pour ces\nexpériences, mesure environ 0,45 centimètres. Les de\nl'échelle de sons que nous avons pu enregistrer au moyen des deux\nméthodes expérimentales m'ont permis d'en déterminer l'échelle\ngénérale ; elle a pour base (ou son 1) un Fa-7 de de v-d àla seconde\nce son ne s'est pas inscrit. Le son prédominant est un utQ de 32 v-d\nplacé entre parenthèses —. Il est la base de l'échelle harmonique\nsupérieure. L'ordre adopté dans le tableau ci-dessous est le suivant :\ni° noms des sons ; 2° nombre de vibrations ; 30 ordre des harmoniques et\nrapports à la fondamentale. Le trait placé sous un nom de note signifie\nque ce son est en fonction de 7e harmonique, c'est-à-dire\ntion résolutive descendante propre àce son, dans les rapports musicaux 7/4,\n7/5 ou 7/6, contenus dans raccord\ndominante."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.31", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n2 9\n\nVoilà ce que nous avons pu enregistrer des vibrations d'un diapason\nfait pour donner un seul son,uto de 32 v-d ; c'est-à-dire :28 harmoniques\ninférieurs et 36 supérieurs, constituant un qui embrasse\nprès de treize octaves ;et je me garde de dire que nous avons inscrit\nles harmoniques que ce diapason a vibrés au cours de nos multiples\nexpériences.\nPour rendre aussi exacte que possible l'interprétation d'un ensemble\nde manifestations vibratoires aussi complexe, il a fallu plusieurs années de\ntravail et employer tous les moyens dont on peut disposer. J'ai dit que la\nmajeure partie des inscriptions de courbes fut faite au moyen du fil\nmétallique ; beaucoup étaient indéchiffrables. Grâce au dévouement et au\ngrand art de photographe d'un de mes amis, M. J. Boyreau, qui fut fon-\ndateur et président du Photo-Club toulousain, je pus étudier certaines\nfeuilles au moyen de leur projection sur un écran, et d'autres par agran-\ndissements photographiques successifs d'une partie de leur contenu. Grâce\nà ces moyens, je crus avoir tiré de ces expériences toute la série des\nvibrations acoustiques enregistrées.\nAu cours de cette longue étude, je dus résister à des appels trop\npressants d'en finir. On me disait \" Il ne s'agit pas d'avoir un grand\nnombre d'harmoniques, il s'agit d'avoir des harmoniques graves, inférieurs\nau son fondamental ; c'est le point capital... \" On ne voyait dans tout cela\nqu'un fait d'expérience, tandis que je voulais en tirer tout le parti\nthéorique possible et pénétrer les secrets de toutes ces manifestations. Il\nn'y avait pas intérêt à se hâter en présence de phénomènes si curieux et\nsi intéressants, comme on va voir.\nInterprétation. Contrairement à ce qui se produisait avec d'autres\ncorps sonores, je trouvais dans les échelles fournies par les diapasons un\nnombre relativement considérable de notes chromatiques qui semblaient\nne pouvoir coexister avec les sons de l'échelle de la fondamentale, ou\navec ceux de l'échelle partielle supérieure du son prédominant. En faisant\nXanalyse harmonique du tableau ci-dessus, on trouve à sa base la tonalité de\nsi!> maj.constituée par son accord de Fa, la, ut,\nmii>, sol ; avec agrégation du même accord de 9e de dominante de Fa"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.32", "texte": "3°\nS. I. M.\n\nmaj : ut, mi, sol, ré. Ce 2e accord de neuvième est dû à la puis-\nsance d'intensité de la quinte de fondamenta ut, répétée aux cinq octaves\ninférieures de sa hauteur relative comme Cette agré-\ngation de deux accords de neuvième^en rapport de quinte, constitue le\nplus bel exemple d'accord de treizième ayant deux notes\nen fonction résolutive de 7e har. mil* et si faisant fonction de et\nonzième de cet accord. Ces deux notes résolutives lui donnent une saveur\ntoute particulière, de dureté : malgré que cet accord : Fa, la, ut,\nmil*, sol, si S', ré, contienne sepF notes susceptibles de composer\nment la gamme de si 1? majeur.\nLa présence de mi naturel,dans l'échelle inférieure à côté de\nmi-L en fonction résolutive, répété aux trois octaves supérieures malgré\n. i, JL\nsa relation très harmonique de tierce m d'ut, me paraissait étrange ; de\n' même le dernier harmonique si-I 5 placé entre si]*! et ut0, son prédominant.\nl'étude de la présence de ces sons gênants eut été tentant. Mais\nà mesure que j'étudiais les feuilles se rapportant aux harmoniques aigus,\napparaissaient à côté des octaves des sous-inférieurs toute une série\nde sons chromatiques dans l'échelle supérieure. Je crus avoir trouvé dans\nce fait, l'explication du phénomène que me signala M. E. Saint-Saëns et\nobservé à l'Eglise de la Madeleine (voir S. I. M. du 15 janvier 1912,\npage 35) \" qu'après un accord final de l'orgue, le son montait avant de\ns'éteindre \". je pensais que ces vibrations du diapason produisaient ce\nmême effet, parce que ses vibrations le s'éteignent et disparaissent pour\nfaire place aux harmoniques supérieurs ; contrairement à ce qui se\nproduit avec les cloches, dont les vibrations lentes accompagnent long-\ntemps le son prédominant.\nCependant mon attention fut éveillée par la complexité de certaines\ncourbes ; par exemple : une courbe d'ut-15 le 16 v-d, porte un rapport\n_ 266/66= utf ; une autre du même ut-I 5 porte un rapport ~ =\n1 oov, = soit. En poursuivant mon étude, je vis apparaître ainsi deux\ntonalités nouvelles, celle de La maj. caractérisée par son accord de 9e de\ndomîe mi, soit, si, ré, fat, et celle de mi maj. par son accord de dominante\nsi, rét, fat, malgré l'absence de La en fonction de 7e har. Plus de doute,\nje me trouvais en présence d'un phénomène particulier de vibration,\nayant pour base mi-3, de 5 v-d, l'harmonique 15 du tableau çi-dessus. En\nprenant les multiples entiers de cette nouvelle fondamentale, il en résulte\nl'échelle partielle suivante, dont mi-3 devient le son 1."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.33", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n31\n\nIl ne restait plus qu'à connaître le de cette échelle.\nSuivant la loi de vibration des diapasons, cela ne pouvait être qu'un Si,\nen relation de quinte ou l'une de ses octaves avec le fondamental\nmi. En recherchant dans les courbes photographiées avec M. Massol,\ncelles qui provenaient des vibrations des branches, nous\ntrouvâmes des courbes simples faisant 60 v-d. = siQ, en rapport I 5 avec\nutQ qui est le son prédominant de l'échelle générale de ce diapason. Dans\nles courbes complexes, telles que celles des fig. 1 et 2 ci-avant, c est\noctave inférieure si-! de 30 v-d qui accompagne ut0 de 32v. L'échelle\nci-dessus provenait donc des vibrations perpendiculaires des branches du\ndiapason, se superposant et s'entremêlant aux vibrations parallèles,\ncomme j'en ai donné l'explication, particulièrement à la courbe C de\nla fig. 1.\nOn comprend aisément la satisfaction que cette conclusion me fit\néprouver. C'était la confirmation de l'exactitude de mes premières\nmesures des courbes et du classement que j'en avais fait. Or la ire com-\nmunication à l'Académie des Sciences remontait a Je fus\ndonc bien inspiré de publier successivement la des résultats et\nd'avoir une confiance inébranlable dans leur valeur harmonique.\nCongres de V AssociationJrançaise\n1910. Ce congrès eut lieu à Toulouse le ir Août. Nous eûmes l'honneur,\nM. Massol et moi, d'y présenter un rapport détaillé sur les résultats\nexpérimentaux obtenus jusqu'à cette date. M. Gariel, qui était président\nde l'Association, nous honora de sa présence et nous témoigna toute sa\nsatisfaction. Il nous encouragea à activer nos recherches et à les publier\nau plutôt, dans l'intérêt de l'acoustique et de la musique.\nJe profitai de la présence de M. Massol pour lui soumettre les\nconclusions auxquelles m'avait conduit l'analyse du tableau d'harmoniques"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.34", "texte": "32\nS. I. M.\n\nque je viens d'exposer ; il s'y rallia et nous rédigeâmes la 6e note que\nM. J. Violle présenta le 8 Août à l'Académie des Sciences, sous le titre :\n\" Comment vibre un diapason Vibrations tournantes \". Plusieurs revues\nscientifiques et musicales, se firent l'écho du congrès de Toulouse.\nInstruments a tube en cuivre. Harmon\ndu cor d'harmonie.J'avais suivi avec beaucoup d'intérêt la discussion qui eut\nlieu pendant l'été 1911, dans Gomœdia,\nplusieurs sons simultanés sur le cor W. Welter l'affirmait ;\nM. Georges Mellin disait : \" que la du cor pas plus que celle de\nn'importe quel instrument à vent, ne peut faire entendre deux sons en\nmême temps M. Castelbon de Beauxhostes écrivait, avec raison, que\nson ancien professeur de cor, M. Mascara que j'ai beaucoup connu\njouait un air de fanfare, en dessin de tierces, érigé sur une grave.\nM. Mascara imitait ainsi la fanfare célèbre qu'exécutait Vivier. Je tiens\ncette fanfare de M. C. Saint-Saëns ; elle a 6/8 et composée : à l'octave\ngrave, d'un mouvement régulier de tonique et dominante sur chaque\ntemps ; au milieu, d'une pédale de dominante et à la partie supérieure,\nd'un dessin alerte formé des trois notes composant la tierce majeure. Ce\nque l'on y trouve de remarquable, c'est que la 2e période de cette phrase\nest transposée identiquement un ton plus la 3e est sur la dominante,\npour revenir ensuite sur la tonique. On conçoit quel tour de force Vivier\nexécutait.\nJe dois aux recherches de notre excellent collègue au Conservatoire,\nM. Clergue, de connaître une méthode de cor de Dauprat, 1824,\nqui parle du système employé par Punto, le remarquable corniste du\n18e siècle, pour produire des sons simultanés sur le cor d'harmonie.\nGiovanni Punto qui composa un grand nombre d'œuvres pour le cor\net remania une méthode de son maître Hampel qu'il publia en 1789"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.35", "texte": "3\n\nLES SONS INFÉRIEURS\n33\n\nn'était autre que Johann-Wenzel «Stich, né à Zchuzicz (Bohême) en 1748\net mort à Prague en 1803. Sous le nom de Punto il parcourut tout\nl'Europe. Il se fixa un certain temps à Wiirzbourg, puis en 1782 à Paris.\nWeber dut le reconnaître, sinon il n'eut osé jamais écrire dans son con-\ncerto pour cor, le passage suivant en forme de point-d'orgue.\nCe ne sont plus deux ni trois, mais quatre notes simultanées que\nWeber exige de son interprète. Certainement il faudrait une perce\nparticulière et au corniste une étude non moins particulière pour user\nfacilement de ce moyen ; mais aucun doute ne peut s'élever sur la possi-\nbilité de faire sortir simultanément plusieurs harmoniques d'un cor et\nmême d'un trombone. Que la chose ne soit ni indispensable ni artistique,\nc'est possible ; mais le fait existe ; il n'a rien d'étonnant, étant donné le\nconstitution du son produit par un instrument à tube en cuivre, comme\nnous allons le voir.\nCe qui est plus intéressant, c'est de savoir si, avec une modification\nprobablement peu importante, on ne pourrait doter le cor (particulièrement)\nd'une échelle beaucoup plus favorable de sons naturels, et part, si la loi de\nvibration des instruments à tube est celle qu'on avait supposée jusqu'ici.\nLa note présentée par M. Violle à l'Académie des sciences, le 25 juillet\n1910, va répondre à ces deux questions. Elle a pour titre \"sur les har-\nmoniques des instruments à tube en cuivre \". Les inscriptions des vibra-\ntions furent faites avec la collaboration de M. G. Massol.\nIl est généralement admis que la longueur totale du tube des\ninstruments de musique est égale à la demi-longueur d'onde du son le\nplus grave qu'ils peuvent donner, ou sont (sensé* donner ; et que ce son est\nle premier de leur échelle harmonique. Ces instruments sont assimilés aux\ntuyaux ouverts ; la série théorique de sons qu'ils produisent (sans le\nsecours de moyens j~actices) suit la loi des harmoniques.\nSi cette loi est réellement celle qui leur est applicable, le fait qu'un\nartiste a quelquefois de la difficulté à faire sortir juste le son qu'il recherche,\ntandis qu'il n'obtient qu'un son faux (vulgairement appelé est\ninexplicable. D'autre part, les sons ainsi produits, intermédiaires à ceux\nde la série naturelle, ne peuvent se classer que si l'on prend une nouvelle\nbase de rapports, plus grave que la première.\nIl était donc intéressant de savoir si ces instrument ne faisaient pas\nvibrer des harmoniques inférieurs au son fondamental.\nPour cela nous avons fait jouer de divers instruments dans une sorte"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.36", "texte": "34\nS. I. M.\n\nde résonnateur constitué par un cylindre en verre de 2icm de long et de\ni6cm, sde diamètre, sur l'une des extrémités duquel nous avions tendu\nune membrane mince en papier parchemin. Au centre de cette membrane\nnous avons adapté un fil fin en aluminium au moyen d'un peu de cire\nmolle. Les vibrations ont été inscrites ainsi que nous l'avions dit à propos\ndes diapasons.\nEn faisant résonner dans ce cylindre Vutl de 25ÔV donné par un\ncornet a pistons en j/b, nous avons enregistré des feuilles entières de courbes\ncorrespondant à ut% accompagné de utA 512\\faz 170% ut2 = 128' et\nfaY =8 qv ; ces trois derniers harmoniques sont inférieurs au son généra-\nteur, utr\nAfin d'impressionner plus vigoureusement la membrane, nous nous\nsommes servis d'un tuba en si\\, pour faire vibrer le deuxième harmonique\nde son échelle, ou sfiï (le plus grave qu'il puisse donner). Nous avons\nobtenu une échelle plus complète. La hauteur du a varié, au cours\ndes expériences, de ii6và i 20y, selon l'intensité du souffle de l'instru-\nmentiste.\nEn adoptant la base de sibt 116T, nous avons observé les harmo-\nniques suivants :\nCe sont encore trois harmoniques inférieurs au son générateur\nenregistrés. L'existence de ces harmoniques inférieurs étant démontrée,\nje me suis adressé à trois de mes collègues instrumentistes de talent\nprofesseurs au Conservatoire de Toulouse, M. Albus (trompette),\nM. Clergue (cor), M. Troupel (trombone), pour les prier de rechercher\ns'il était possible de faire rendre, pratiquà leur instrument d'autres\nsons que ceux de l'échelle usuelle, sans le secours de moyens factices.\nL'expérience a pleinement réussi. Le a donné une entre le\nlerIer et le 2e harmonique, et une tierce entre les 2e et 3e. Ces sons sont très\nbeaux et ils pourraient être employés couramment. La en\naigu (ut2) a permis d'émettre une gamme chromatique descendante entre la\n2e et le lerIer harmonique et une de formant\nl'octave au-dessous du lerIer harmonique. Elle a donné en outre : trois sons\nintermédiaires entre l'harmonique 2 et l'harmonique 3 (W3) de\nl'échelle ; ce sont : mivfa^et/^i3 (très juste) ; et trois autres entre les"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.37", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n35\n\nharmoniques : 3—4, 4—5 et 5 6, qui sont : si3 (très beau), (bas)\net (bas). Le cor d'harmonie en fa a couronné ses expériences par une\néchelle d'une richesse extraordinaire. Comme la trompette, il a permis\nd'émettre une gamme chromatique descendant du 2e harmonique au Ter ;\npuis un nombre assez important de sons intermédiaires.\nL'échelle théorique du cor d'harmonie va du 2e au 16e harmonique,\nc'est-à-dire quinze sons dans l'ordre naturel. Or nous avons obtenu à ce\njour, une série de quarante-deux harmoniques, allant du lerIer au 16e de\nl'échelle admise. Voici cette échelle :\nLes rondes représentent les harmoniques usuels du cor en Fa et les\nnombres placés au-dessous, l'ordre de ces harmoniques dans l'échelle\npartielle de ce cor.\nLa psésence de ces sons intermédiaires démontre : que les dimensions\ndonnées actuellement aux instruments à tube favorisent l'émission de\nYéchelle partielle du son pour lequel ils ont été construits ; mais que leur\nloi de vibration se rapporte à une dont la fondamentale,\nqui vibre à une très grande distance au grave, justifie l'existence d'un si\ngrand nombre de sons. Il suffirait probablement de quelques légères\nmodifications apportées aux dimensions de leurs tubes, pour rendre\npratiques un certain nombre de ces sons nouveaux.\nLes résultats obtenus par nos collaborateurs artistiques confirment\npleinement ceux que nous a donnés la méthode d'inscription ordinaire ;\nils montrent que les instruments à tube en cuivre peuvent donner un plus\ngrand nombre d'harmoniques que ne prévoit la théorie des tuyaux ouverts\net que l'ensemble de leurs manifestations vibratoires est régi par une loi\ngénérale analogue à celle qui a été précédemment établie à la suite des\nexpériences sur les diapasons.\nJe suis heureux de compléter l'enquête faite par et de"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.38", "texte": "3^\nS. I. M.\n\nconclure par la victoire des doubles, tr notes qu'on pourrait\nfaire vibrer simultanément sur le cor d'harmonie, comme Weber les\na écrites et comme Vivier|, Mascara, Dauprat et Punto les exécutaient.\nMais le côté le plus intéressant de la question est celui qui a trait aux\nmoyens d'exécution nouveaux que les cornistes peuvent tirer de ces expé-\nriences. M. Clergue m'a démontré qu'en appliquant avec confiance la\nméthode que je lui avais indiquée, il était arrivé à exécuter facilement\nen sons ouverts beaucoup de choses qu'il avait trouvées fort difficiles\njusques là, autant dans la musique ancienne que dans ces œuvres modernes.\nEn se servant des mêmes moyens, ses élèves réussissent beaucoup de\npassages qui sont fort scabreux au moyen en ; particulièrement des\ndessins à notes conjointes dans le genre des et la gamme ascen-\ndante très rapide, d'ut à ut aigu, qui est dans la dernière partie du\nMorceau de concert op. 94, de M. C. Saint-Saëns. C'est certainement\nainsi que devait l'exécuter le grand corniste Chaussier, auquel l'œuvre est\ndédiée. Voici d'ailleurs ce que le Maitre m'écrivait à ce sujet, après lui\navoir communiqué les résultats expérimentaux et l'idée qui les avaient\nprovoqués : \" Mon cher ami... ce que vous dites à propos des sons\nnaturels du cor m'explique le phénomène du corniste Chaussier (mort\nrécemment), qui exécutait en son ouverts, sur le cor sans pistons, à peu\nprès tout ce qu'il voulait. Il me disait à ce propos des choses extraordi-\nnaires, toutes différentes de la théorie admise. On le prenait pour un fou,\nmais les résultats étaient là, indéniables, et il exécutait couramment des\nchoses réputées impossibles pour les autres. Cela devait tenir à une\nconformation particulière de ses lèvres. \"\nUn fait nouveau pour moi, et inconnu de mes collègues, est venu\nconfirmer les expériences dont il vient d'être question. Mon collègue au\nconservatoire, M. Albus, a pris copie au mois de septembre 1912, d'une\ncadence exécutée par M. Albert Couturier, surnommé \" Le Roi des\nPistons \", dans les divers concerts d'Europe, d'Amérique et particulière-\nment à \" l'Etoile-Palace \" de Paris, en novembre 1906. Cette\nsans accompagnement ne tient pas moins de deux pages grand\nformat. Elle est on ne peut plus abracadabrante comme difficultés, et\nexige une étendue de cinq octaves chromaallant de l'ut6 au-dessus de\nla 5e ligne supplémentaire en clé de sol, à l'ut! 2e ligne au-dessous de la\nportée en clé de Fa ; contenant au milieu le passage ci-dessous."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.39", "texte": "LES SONS INFÉRIEURS\n37\n\nComme on l'a vu précédemment, nous avions constaté avec M. Albus\nl'étendue extraordinaire de cinq octaves,mais je ne me doutais pas qu'un\ninstrumentiste avait pu obtenir d'un cornet à piston\nsons, comme les exécutaient les cornistes précédemment cités. Il est\ncependant curieux de constater et le fait est très naturel que les\ncornistes espaçaient leurs doubles, triples et quadruples notes de une,\ndeux et trois octaves ; tandis qu'avec le cornet à pistons elles peuvent se\nfaire dans la même octave. Cela tient à ce que les harmoniques sont\nbeaucoup plus rapprochés au diapason auquel Couturier les faisait\nentendre, (de l'ut3 à l'ut4 de l'échelle partielle du piston, plus aiguë que\ncelle du cor). Tout cela provient de phénomènes naturels encore inconnus\nde nous et qui ont pour base : l'existence réelle d'une échelle inférieure\nde sons que notre oreille ne perçoit pas - heureusement pour la musique?\nmais qui est à la base de tous le phénomènes vibratoires, c'est ce\nque j'ai été assez heureux de pouvoir le démontrer après vingt-cinq\nannées de recherches.\nJ'aurais encore beaucoup à dire sur un sujet aussi vaste, ne serais-ce\nque pour répondre aux nombreuses demandes que l'on me fait l'honneur\nde m'adresser ; mais, en attendant que le peu de temps dont je dispose en\ndehors de ma carrière artistique et professorale me permette de publier\nmes travaux complets, je me réserve pour une prochaine communication\nsur : la loi générale de vibration des corps sonores, pour laquelle quelques\nexpériences me sont encore nécessaires.\n\nGabriel Sizes."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.40", "texte": "UN LIVRE NOUVEAU DE CAMILLE SAINT-SAÈNS\nSAINT-SAËNS (Camille). Ecole buissonnïere. Notes et\nsouvenirs. (Pierre Lafitte et Cie. 1913, in-120 de 366 pp.)\nDepuis que la musique existe, l'histoire ne nous a pas donné\nl'exemple d'un compositeur plus curieux que ne l'est M. Saint-\nSaëns, je veux dire curieux des choses de son art et de quibusdam\naliis. Personne mieux que l'auteur de ces brillantes causeries, n'a\nréalisé le vœux du poète latin \" Félix qui potuit rerum cognoscere\ncausas \" ! Heureux, en effet, l'artiste que la pratique de son métier\nn'absorbe pas et qui sait se faire lire après s'être fait entendre ! Et,\nen vérité, la plume de M. Saint-Saëns est singulièrement alerte.\nOn ne résiste pas à la vivacité d'un style aussi aisé, qui nous mène et\nnous promène et nous ramène, à travers les souvenirs personnels,\njusqu'aux problèmes insolubles, qui diviseront toujours la critique\nmusicale. Ici, ce sont des impressions d'enfance, dont nos lecteurs\nont eu la bonne surprise, là, des récits de voyage, poétiques et\nsaississants ou bien des portraits dont l'histoire saura gré à l'auteur\nd'Ascanio ; enfin des fantaisies scientifiques, des variétés, et\ndes discussions proprement musicales.\nCes dernières nous intéressent tout particulièrement et nous demanderons la permisson au\nvénérable Maître d'insister un instant sur les idées qu'elles défendent ou qu'elles attaquent.\nCar il y a des polémiques dans ces pages, ou plutôt derrière elles. M. Saint-Saëns et\nc'est son grand mérite n'écrit jamais sans qu'une certaine émotion ne fasse tressaillir sa\nplume, et vingt fois apparaît en son livre, comme un leit motif involontaire, le thème favori\nd'un esprit inquiet, qui déplore les tendances de la musique moderne. Oui, les voies où s'est\nengagé notre art, sous l'influence de Wagner et de la jeune école française, sont, pour\nM. Saint-Saëns, des voies de perdition au bout desquelles une catastrophe semble inévitable.\nTelle est la thèse que nous laisse apercevoir, comme un point de vue familier, comme une\nperspective obligatoire, cet esprit tentateur et subtil, chaque fois qu'il nous transporte sur la\nmontagne de la science. Thèse hardie, à laquelle beaucoup de lecteurs applaudissent, je le\nsais, mais qui demanderait cependant à être examinée d'un peu près.\nM. Saint-Saëns a toujours évité ce débat. Ici encore il écrit :\n\" On ne trouvera pas dans ce livre mon opinion sur une nouvelle Ecole musicale, connue de tout\nle monde.... Nombre de gens déclarent quils adorent ça. Ils sont bien heureux : ils goûtent des jouis-\nsances dont je n'ai même pas Vidée, et que je ne connaîtrai jamais. \"\nCette retenue se conçoit. M. Saint-Saëns est un bienveillant ; il nous donne la plus"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.41", "texte": "LES LIVRES\n\n39\n\nbelle preuve de son libéralisme, tout en nous laissant entendre où vont ses préférences.\nMais il y a plus encore, M. Saint-Saëns appartient très manifestement à la catégorie des\nesprits novateurs qui sont nés pour guider l'humanité et non pour arrêter ses regards sur le\npassé. Mais certes, mon cher Maître ? Ne vous défendez pas d'avoir voulu faire et d'avoir fait\ndu nouveau avec le Timbre d'argent comme avec Samson et avec la Symphonie en ut. L'indiffé-\nrence énergique des directeurs de théâtre, l'indignation sauvage de la critique, les clameurs de\ntoutes routines, de tous les statu quo vous ont assez démontré que vous dérangiez les lois\nadmises, les concepts reçus, les formules favorites. Ne vous défendez pas d'avoir fait triompher\nchez nous cette musique symphonique, cet art de pure émotion, celui de Bach, de Beethoven,\nde Schumann, dont la France de 1865 ignorait la puissante magie et dont elle avait, par tous\nles moyens, cherché à éviter l'emprise. Si le Français est devenu musical, s'il se plonge avec\njoie dans le flot des musiques de chambre et des musiques d'orchestre que d'incessants concerts\nfont jaillir sous ses pas, c'est à vous, à l'apostolat exercé par vous en faveur de tous les\nnouveaux venus dans la musique (il y a trente ans), qu'il le doit. C'est à votre sympathie pour\nle grand révolutionnaire Hector Berlioz, à votre amitié pour l'étrange et bouillonnant Franz\nLiszt, à votre désir de provoquer un mouvement neuf et local comme cette Société Nationale\nque vous fondiez jadis avec Henri Duparc, enfin à cette rapide intuition de Wagner, qui\n(permettez-moi une anecdote) vous faisait certain soir briser de dépit votre assiette au restau-\nrant de Bayreuth, en apprenant que la Valkyrie était ajournée. La musique de l'avenir ! Mais\nelle n'a pas eu en France de défenseur plus passionné, d'agent plus efficace et plus heureux\nque le très grand et très éclairé Camille Saint-Saëns.\nEt voilà qu'aujourd'hui cette attitude s'est modifiée, cet apostolat s'est arrêté, cette\nmarche en avant a cédé la place à une prudente réserve. Que s'est-il passé ? Nous ne le voyons\npas, nous ne le comprenons pas, et nous gémissons de constater que le Maître veut laisser\nplaner une mystérieuse obscurité sur ses sentiments.\nComment en un plomb vil, l'or pur s'est-il changé ?\nLa musique aurait-elle démérité depuis quelques années ? Elle a évolué ; c'est un fait ;\nc'est aussi un droit. Et s'il est un esprit assez clairvoyant dans le monde pour comprendre,\npour justifier, pour accepter cette évolution, n'est-ce pas celui qui a conçu ces pages lucides\nde Y Ecole buissonnière ? N'est-ce pas celui d'un érudit qui nous raconte comment l'harmonie\ns'est peu formée depuis Monteverde, comment l'édifice des septièmes, des neuvièmes, des\nonzièmes a successivement élevé l'audace de ses dissonances ! Nous lisons5 pages 305 :\n\" Fétisy dans son Traité d'harmonie s'est élevé contre un délicieux passage de la symphonie en\nut de Beethoven (construit sur un accord de neuvième), il constate le frémissement de plaisir du public\na son audition, mais, selon lui, l'auteur n'avait pas le droit de l'écrire, l'auditoire n'a pas le droit de\nl'admirer. Les savants ont parfois d'étranges idées... \"\nSoyons bien persuadés que le grand artiste qu'est M. Saint-Saëns n'est jamais tombé dans\nsemblable travers en écoutant un morceau de musique moderne et que sa sensibilité a toujours\ndonné raison à l'émotion du public contre le précepte de l'école. Le suspecter d'un fétisisme\ngrossier serait lui faire injure.\nDira-t-on, pour expliquer les résistances dont il est ici question, que l'évolution musicale\nde ces dernières années a brusquement changé de sens et que nous tournons le dos aux grands\nhommes du XIXe siècle, germano-sentimental, dont M. Saint-Saëns fut le champion. Non pas\net, il semble bien au contraire que la continuité d'une même orientation soit admise et sentie\npar l'auteur de ce livre suggestif. Car M. Saint-Saëns nous représente de la façon suivante, et\nà vol d'oiseau, la marche de notre musique occidentale depuis le moyen âge :"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.42", "texte": "u U expression, écrit-il, est née avec /'accord de septième [a la fin du XVIe siècle).... Ce serait\nune grande erreur de croire qu alors les règles furent renversées; de nouvelles s9ajoutèrent aux anciennes,\nnécessités par des besoins vouveaux. On apprit a moduler, à se transporter aux tonalités voisines, puis\naux tonalités de plus en plus éloignées.... jusqu à ce qu on a appelé fort justement le système omnitonique\nréalisé par Richard Wagner... Nous en sommes au système a-tonique... \"\nOn ne saurait mieux dire, et mieux sentir la logique des réalités historiques.\nMais alors ?...\nAlors, le lecteur, arrivé à cette page de tranquille narration, sera bien en peine de s'expliquer\nla brusque indignation qui saisit tout à coup l'auteur en face cet a-tonisme, résultat dernier et\nnormal d'une évolution placide et inéluctable. Hé quoi! la musique s'est engagée à fond depuis\nquatre siècles dans la voie de l'expression sentimentale, elle a bouleversé l'ordre des vieux modes\nmélodiques, elle n'a cessé d'ajouter des règles, chaque fois qu'un besoin nouveau se faisait\nsentir, (ce qui revient à avouer que la théorie a docilement suivi la pratique des maîtres,) enfin,\ntout ce grand mouvement n'a tendu qu'à une fusion plus intime et plus émouvante de la matière\nsonore ! Et l'on vient nous dire aujourd'hui qu'il faut s'arrêter, que le mélange des tonalités est\ntrop intime, l'atmosphère sonore trop subtile, l'ambiance trop exquise, le résultat sentimental\ntrop bien atteint, que la théorie, l'éternelle servante, s'alarme des progrès de la pratique ! On\nen vient à dénier pour ainsi dire le nom de musique à ce qui n'est que la conséquence avouée\nd'un des plus prodigieux efforts dont le génie humain ait jamais donné l'exemple !\nAh ! très illustre Maître, si vous étiez des ennemis de la musique, si vous aviez signé la\nbulle de Jean XXII, condamnant l'essor de notre art dès le moyen âge, si vous aviez raillé\nles Bouffons italiens, déprécié Rameau, sacrifié Gluck à Picinni, et Berlioz à Auber, si vous vous\nnommiez Castil-Blaze, ou Scudo, voire même Fétis, si, au lieu de composer l'étincelante\nOuverture de la Princesse Jaune, vous vous étiez écrié comme Jouvin : \" On ne sait dans quelle\ntonalité, dans quelle mesures est écrite cette œuvre \",... alors votre thèse deviendrait aisée à\nsoutenir. Mais, encore une fois, vous êtes de ceux, dont la musique occidentale a le droit d'être\nfière ; vous avez tout fait pour sa gloire, et elle vous l'a bien rendu ! Ne lui tenez pas\nrigueur. On ne comprend pas comment l'enthousiasme pour une cause juste et sainte, celle de\nla musique pure, peut se changer tout à coup en froideur insigne et en humeur terrifiante. En\nvérité, il y a là une énigme !\nJ. ECORCHEVILLE.\nAURIOL (Henri). — Décentralisation musicale. (Paris Figuière, 1912, in-120 de\n256 pp ; Fcs. 3,50).\nGrave question, qui se complique de beaucoup d'autres. L'existence de nos théâtres\nlyriques à Paris et en province est liée à tant d'intérêts ! La campagne de M. Auriol n'en sera\npas moins bienfaisante. Nos lecteurs auxquels le député de la Haute-Garonne l'a exposé en\ndétail savent combien ce projet est utile, est nécessaire pour rendre à notre vie musicale de\nprovince un peu d'éclat, et surtout pour décongestionner nos théâtres de Paris. Ce qu'on ne\nsaurait imaginer, avant d'avoir parcouru le volume lui-même, c'est la somme de documents\nprécis de statistiques, de tableaux et de chiffres accumulée par M. Auriol et qui fait de cet\nouvrage un tableau saisissant de notre état lyrique présent de la France.\nIl est une chose pourtant à laquelle, l'auteur ne me semble pas avoir accordé grande\nimportance, et qui est de nature, selon moi, à rendre difficile une sérieuse décentralisation\nmusicale. C'est ce qu'on pourrait appeler la moralité de nos théâtres de province. Chacun sait\nque hors de quelques grands théâtres de très grandes villes, les établissements lyriques en\n\n4°\nS. I. M."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.43", "texte": "LES LIVRES\n41\n\nprovinces ne vivraient pas s'ils n'étaient maintenus par des amateurs qui les commanditent et\nles soutiennent. Ce soutien, est-ce à la musique qu'il s'adresse, est-ce même au bénéfice de fin\nd'année ? Nullement. Les amis du théâtre sont en réalité les amis des jeunes personnes qui\nviennent égayer durant quelques semaines la monotonie de la vie provinciale. Les conséquences,\non les devine. Toute tentative artistique de décentralisation se heurtera à la mentalité particu-\nlière de ce groupe d'amateur qui fait la loi dans chaque théâtre provincial, et à qui aucun\ndirecteur ne résiste. Ni M. Auriol, ni M. Silver, ni M. Bérard lui-même ne prévaudront\ncontre ces mœurs, que personne n'ose dénoncer, sujet scabreux entre tous, et autour duquel la\nmorale et l'intérêt personnel s'entendent pour faire le silence.\nSWIFT.\nBASTIANELLI (Giannotto). La crisi musicale europea. (Pistoia, D. Pagnini, 1912,\nin-160, 267 pp. Fr. 3,00.)\nLes principaux jeunes musiciens d'aujourd'hui sont-ils ou non des décadents ? Telle est la\nlourde question que, je l'avoue humblement, je n'avais pas encore songé à me poser et que mon\ncompatriote Bastianelii résout dans ce très remarquable livre par l'affirmative. Je dois dire, que,\nsi cette conclusion ne correspond pas entièrement à mes idées personnelles à propos de maints\nmusiciens français actuels, je n'en trouve pas moins que l'auteur défend cette thèse avec une\nardeur éminemment sympathique, une clairvoyance et une finesse d'observation fort rares. On\npourra reprocher à Fauteur quelques abus \" philosophiques \" qui, parfois, rendent difficile la\ncompréhension de ses idées. Mais la jeunesse débordante et enthousiaste, la justesse presque\nconstante des vues, la solidité de la documentation historique priment tout et confèrent un\nhaut prix à l'œuvre.\nParticulièrement heureux sont les chapitres sur Richard Strauss et sur les modernes français,\npour la musicalité desquels B. professe la plus grande et sincère admiration. La comparaison de\nl'art grandiose, chaotique et baroque (cependant si vivant) de Salomè et de l'autre art si éton-\nnamment riche, harmonieux et original de 1' A pris-midi d'un faune et des Rondes de printemps,\ncomparaison toute à l'avantage de ce dernier, est particulièrement profonde et abondante en\naperçus ingénieux, notamment sur la distance qui sépare le système tonal debussyste, si subtil\net si complexe, du système chromatique (partant post-wagnérien et romantique altéré)\nstraussien. Cette comparaison suggère à l'auteur une piquante remarque : \" La terrible tyrannie\nwagnérienne vaincue définitivement, non par le flamboyant Strauss, mais par le \" diaphane \"\nDebussy, quel troublant symbole ! \"\nMais il est un autre côté du livre plus intéressant encore pour ceux qui, comme le\nsignataire de ces lignes, ont à cœur l'avenir de l'ltalie musicale. Ce sont les réflexions sur\nl'origine probable de l'effroyable décadence subie au i()me siècle par la musique italienne,\ntombée assez bas pour réduire la patrie de notre art à donner le jour à un Leoncavallo dans\nla ville même qui avait vu naître Domenico Scarlatti. B. voit avec justesse les causes de cette\ndouloureuse décadence dans l'abaissement de la conscience nationale chez un peuple qui,\npendant trois siècles, fut l'esclave de l'Europe. Puisse l'éclatante affirmation d'une nouvelle\nmais déjà forte conscience, affirmation qui apparut aux Italiens, comme le plus magnifique\napport de ce fécond et étonnant 1912, nous faire bientôt assister àla réalisation de nos rêves !\nLe beau livre de B. en est un joyeux et significatif présage...\nALFRED CASELLA."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.44", "texte": "4-2\nS. I. M.\n\nBEAUREPAIRE-FROMENT (de). Bibliographie des Chants Populaires Français.\n(Rouart-Lerolle et Cie, in-8° de 186 pp. Fr. 5.)\nL'auteur l'avoue lui-même, ce n'est pas une bibliographie bibliographique, mais plutôt la\npromenade d'un ami de la chanson populaire à travers une riche collection de fiches et livres\nanciens ou modernes. La première partie du volume est consacrée à des extraits, pris dans nos\nauteurs français, et où la chanson populaire est traitée avec éloges. Puis vient une liste de livres\nde chanson, où le XVIe joue un grand rôle ; on y rencontre un peu de tout, même les\ntablatures de Nicolas Vallet ou les Traités du Père Parant. Enfin suivent les éléments d'une\nbibliographie du folklore provincial et l'indication de quelques volumes littéraires, où la chanson\ntraditionnaliste a trouvé sa mention. L'effort accompli par M. de Beaurepaire est considérable\net il ne devait pas être perdu. Cette bibliographie sera un précieux instrument pour les.\nchercheurs.\nCAULLET (G.). Musiciens de la Collégiale Notre-Dame de Courir ai, d'après leur\ntestament. (Courtrai, \" Flandria \", 1911, in-8° de 194 pp.\nEn faisant des recherches dans les archives de Flandres au XVe et XVIe siècle, 011 est sûr\nae découvrir des noms, dont l'Europe se souvient encore. C'est le cas pour M. Caullet qui met\nau jour ses fructueuses recherches dans les papiers de la Collégiale N. D. à Courtrai. Il nous\nmontre des actes concernant Pierre de la Rue, Gombert, Canis, Pickart et bien d'autres\nmoins illustres, mais, dont les testaments rédigés, nous donnent un tableau fidèle des mœurs\ncanoniques de l'école franco-belge. Ce Hainaut était pour les souverains de Bourgogne et\nd'Autriche un pays de riches prébendes,dont ils gratifiaient les musiciens de leur chapelle, moyen\ntrès simple de donner aux fonctionnaires une retraite ouvrière. Grâce à ces actes de chapitre\nnous pouvons nous représenter quelle était la vie de ces artistes, pourvus d'un bénéfice et d'un\ntitre à Courtrai, à St-Omer, ou à Malines, mais suivant, en réalité, le souverain, à Augsbourgy\nà Tolède, à Bourges ou à Madrid.\n\nLIVRES REÇUS\nCOURANT (Maurice). Essai historique sur la musique classique des Chinois, avec\nun appendice relatif à la musique Coréenne. (Delagras 1913, in-fol de 165 pp.)\nSAINT-SAENS (Camille). Ecole buissonnïere, notes et souvenirs. (Pierre Lafitte\net Cie, 1913 in 12° de 366 pp.)\nGASTOLDI (Jacopo) di Caravaggio. Ballet italien de 1592, remis en partitions\npar DESPORTES, illustrations de B. NAUDIN. (Paris, Martine, 83, faubourg Sl. Honoré,\n1913, in-fol.)\nMAHILLON. Catalogue du Musée instrumental du Conservatoire royal de Musique\nde Bruxelles. Tome IV. (Gand 1912, in-12° de 500 pp.)\nHAMMERICH (Angul). Mediaeval musical relies of Denmark. (Lpz. Breitkopf\n1912, in-fol de 124 pp. tiré à 200 exemplaires.)\nROBERT (Paul-Louis). Auguste Guéroult, organiste de Rouen, 1836-1911.\n(Rouen, P. Leprètre 1913, in-8° de 24 pp)."}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.45", "texte": "Les Théâtres\n\nPÉNÉLOPE ET VENISE A MONTE-CARLO\nOn sait que M. Raoul Gunsbourg a embrassé la carrière de thaumaturge et qu'il exerce\ncette délicate profession avec une maestria toute particulière. Chaque année, en se jouant, il\nexécute sa petite série de miracles à la face de l'Europe attentive et respectueuse. Sa force est\nd'ignorer la notion de l'impossibilité : le mot impossible n'est pas monégasque. Dans une ville\nbâtie à l'embouchure du Pactole, dans la maison même où la sagesse mystérieuse du Chiffre\ntransforme inlassablement les destinées, de 10 heures du matin à minuit, n'est-on pas d'ailleurs\nentraîné à secouer le joug des vieilles civilisations et à faire bon marché des conventions\nhumaines ?\nDans son luxueux théâtre, amarré dans un golfe d'azur comme la nef de Jason, le hardi\npilote s'amuse à stupéfier ses passagers par ses audacieuses prouesses. Il ne dédaigne pas le\nparadoxe : au moment où les discussions d'école tiennent en musique une place si prépondé-\nrante, il refuse d'admettre les écoles ; à notre époque de technique exaspérée, de métier raffiné,\nil s'improvise champion de l'autodidactisme, répudie toute contrainte de forme, mélange les\ngenres et commet négligemment à un professionnel le sculpteur n'en use-t-il pas ainsi avec\nson praticien le soin d'accomplir les formalités d'écriture et d'orchestration auxquelles son\nindomptable inspiration refuse de s'attarder. Il affronte courageusement les plus terribles adver-\nsaires, prend la parole devant les plus augustes Maîtres et emporte leur suffrage : Massenet"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.46", "texte": "44\nS. I. M.\n\ncélébrait son génie en termes lyriques et j'ai vu, aujourd'hui même, notre sévère Camille\nSaint-Saëns, peu prodigue de ces publics témoignages d'estime, lui ouvrir ses bras et lui donner\nune fraternelle et admirative accolade. Il ne respecte aucune opinion reçue, ne s'inquiète\nd'aucun obstacle et balaie d'un geste les parti-pris et les situations acquises. Un Directeur de\nConservatoire, membre de l'lnstitut, a pu voir combien tous ses titres pesaient peu en face de\nceux que le succès se charge de décerner à un musicien sans diplômes et à quel point la\nvertueuse épouse d'Ulysse pouvait souffrir du voisinage d'une jeune veuve américaine, libérée\nde tout préjugé conjugal.\nCes prodiges, inconcevables pour un habitué de nos théâtres, sont d'observation courante\nsur la scène où se jouèrent tant d'audacieuses parties. Mais on peut en noter bien d'autres.\nParmi tous les miracles relevés dans l'existence de Raoul Gunsbourg, qui est entré dans l'art\nun peu à la façon d'Attila, roi des Huns, comptez-vous pour rien celui de la critique unifiée ?\nAlors que les jurés musicaux ne sont jamais d'accord sur la peine à appliquer à un compositeur,\nà ses interprêtes ou à leur Directeur et rendent des sentences contradictoires dans tous les\nprocès où ils siègent, on a vu ce spectacle inattendu d'une critique proclamant d'une seule\nvoix la qualité rare de l'effort artistique réalisé dans ce théâtre avec la collaboration des plus\nbrillants artistes de l'univers, d'un orchestre unique, d'un chef comme Léon Jehin et d'un\ndécorateur comme Visconti.\nJ'avais donc le plus vif désir d'observer de près le magicien qui réalisait de si sensation-\nnelles expériences et de le surprendre en pleine action. J'ai satisfait cette secrète ambition et je\nn'oublierai pas \" ce que mes yeux ont vu \".\nRaoul Gunsbourg n'est pas ce qu'un vain peuple pense. Ses succès de directeur et de\ncompositeur ne l'ont pas grisé. Il entend avec une bonne grâce charmante la contradiction et\nla plaisanterie et réclame pour tout le monde le droit à la libre discussion. Il eut l'amabilité de\nme prendre à part pour m'exposer ses principes artistiques et je crois qu'il serait difficile d'en\ntrouver de plus édifiants. 66 Qu'importe, me dit-il, que nous ne soyons pas, musicalement, du\nmême a bord \" : en art la bonne foi est tout. Je suis un sauvage, ma musique est sauvage,\naussi bien dans cette mondaine \" Venise \" que dans \" Ivan-le-Terrible Si vous n'avez pas\naimé Ivan c'est que vous n'avez pas compris que ma musique y parlait le langage des Russes\ndu XVIe siècle. Car mon but est toujours d'établir une concordance parfaite entre l'expression\ndramatique et l'expression musicale. Et c'est pourquoi j'estime que si l'on peut diviser le\ntravail d'écriture entre le compositeur et l'orchestrateur, l'on ne saurait, par contre, concevoir\nun compositeur qui ne serait pas son propre poète.\n\" Il faut avoir la foi. Il faut croire à ce que l'on fait et l'on triomphe de tout. Jamais de\nconcessions, retenez bien cela ! Si j'avais écouté mon entourage j'aurais atténué la folle effer-\nvescence qui entraîne mes amants de Venise dans la griserie des danses les plus frivoles, dans\nl'ivresse d'un soir tumultueux de carnaval ! J'aurais évité la valse lente, les tziganes, le boston\net le \" pas de l'ours \" de peur de passer pour un musicien d'opérette ! Mais c'est précisément\ndans ce contraste violent que réside l'intérêt psychologique de mon dernier acte. C'est parce\nqu'ils y connurent des minutes d'inoubliable exaltation que mes amoureux souffriront plus tard"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.47", "texte": "LE MOIS\n45\n\nde la froideur du décor qui fut jadis témoin de leur folie. C'est précisément le sentiment de\nleur impuissance à revivre ces paroxysmes qui les sépare. C'est une leçon quotidienne de la\nvie et il faut toujours être d'accord avec la vie. C'est elle qui est la grande inspiratrice ; ma\nmusique reproduit l'inflexion du verbe pour donner à mes idées mélodiques une expression\ndéfinitive et saisissante. Il faut que les notes immobilisent les mots assez adroitement pour\nqu'on ne puisse concevoir ceux-ci sous un autre aspect musical ! Et c'est là qu'on reconnaît\nl'homme inspiré ! \"\nA ce propos, le \" collaborateur de Dieu \" se plaint avec bonne humeur du partage de\nses droits d'auteur que lui ont ainsi imposé devant l'opinion quelques chroniqueurs facétieux.\nQuelle que soit la faveur d'une collaboration divine, Raoul Gunsbourg entend désormais\nsigner seul ses ouvrages. On n'a pas compris qu'il prétendait uniquement par cette image\nrespectueuse des croyances d'autrui, défendre les droits sacrés de l'inspiration contre la tyrannie\ndu métier.\nEt c'est par un mot profond, lancé avec un inexprimable orgueil et accompagné du plus\nmalicieux des regards, qu'il termine cette profession de foi : \" Quand on a le bonheur d'être\nfou, il faut se montrer digne de cette faveur en allant jusqu'au bout de sa folie !\nTel est l'homme un des plus intelligents de ce temps qui s'amuse à jongler avec\nnos respects, nos croyances et nos scepticismes. Tel est le directeur de théâtre qui vient de\nnous donner Pénélope et Venise.De la première je ne vous dirai rien, le Théâtre des Champs-\nElysées nous annonçant sa prochaine transplantation à Paris, sinon qu'elle fut admirablement\ninterprétée par Lucienne Bréval et Rousselière, et vous savez déjà, par les déclarations de\nl'auteur, ce qu'il faut penser de la seconde. Cette tragédie ironique de l'amour quotidien, cette\nanalyse de la sensibilité féminine par un observateur qui la connait bien, cette idylle dans un\npoétique décor d'une Américaine affranchie et d'un Parisien sincèrement épris, ont ravi le\npublic. Le mélange de légèreté, de folie échevelée et de sanglotante passion qui constitue le\nfond même de cette action a trouvé un écho dans la mémoire de plus d'un spectateur.\n« Comme c'est vrai ! \" disaient à l'auteur des admirateurs qui trouvaient ainsi la plus délicate\nformule de louange qui puisse lui être offerte !...\nLe succès de l'ouvrage présenté par Mme Koussnetzow, Jean Périer et Rousselière avec une\nautorité et une fantaisie incomparables fut triomphal. Et l'auteur, dans la loge de son souverain\nqui le félicitait avec empressement, put savourer une parfaite apothéose.\nT'ai vu, ce soir là, le visage de l'homme heureux : si j'avais à immobiliser dans le marbre\nl'expression du bonheur, je demanderais à Raoul Gunsbourg de m'accorder quelques séances\nde pose et je copierais avec soin le doux sourire d'enfantine innocence qui erre sur ses lèvres\net donne à son visage un caractère si particulier. Ce visage nous révèle en effet que le père\nFranck était bien naïf en limitant à huit le nombre des Béatitudes. Si au lieu d'être organiste\nà Paris il avait été directeur de l'Opéra de Monte-Carlo, il se serait aperçu qu'il y en a bien\ndavantage...\n\nEmile Vuillermoz."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.48", "texte": "CONCERTS COLONNE\n\nDu Précurseur\nLa profession de précurseur remonte à la plus haute antiquité. On n'en connaît pourtant\npoint à Dieu du moins son nom ne nous est pas parvenu. Il est vrai que dans l'espèce la \"ma-\ntière \" est considérable, la transformation de la moindre des planètes exigeant plusieurs siècles.\nD'après les dernières recherches cosmogoniques il paraît certain que le singe fut le\nprécurseur de l'homme. Pour la musique, point qui nous occupe plus spécialement ici\nle précurseur fut le premier sauvage qui imagina de frapper deux morceaux de bois l'un contre\nl'autre ; l'un d'eux, étant creux, résonna, cela suffit pour amuser le sauvage. Un autre sauvage,\nplus malin, tendit des ficelles sur le morceau de bois creux, les gratta de ses ongles frénétiques\n«t mal taillés c'est là, n'en doutons pas, d'où sort cet accord de neuvième, non préparé\nqui devait, par la suite, troubler si profondément le monde de la musique.\nLa profession de précurseur a suivi un développement parallèle à celui de la musique, c'est-\nà-dire que plus on a fait de musique, plus il y a eu de précurseurs. Si de certaines époques en\nmanquaient l'époque suivante en inventait, ce qui rend particulièrement difficile à fixer\nl'exacte importance de cette profession, d'autant plus que quelquefois le précurseur n'est que\nde seconde main, comme le prouve une récente aventure, tellement effarante, que nos plus\nnotoires musicologues semblent l'avoir ignorée jusqu'ici. Qu'on nous permette pour l'histoire\nd'en rapporter les faits principaux.\nEn Allemagne, dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, vivait un savant musicien\nappelé Frédéric-Guillaume Rust, élève de Philippe-Emmanuel Bach, puis \" maître de\nchapelle \" du prince d'Anhalt-Dessau, mort en 1796 en laissant de nombreuses compositions,\nécrites pour divertir son prince protecteur. Quelques-unes avaient été publiées de son vivant :\nelles tombèrent presque aussitôt dans un parfait oubli. Frédéric-Guillaume Rust avait un petit-\nfils qui hérita des manuscrits de son obscur grand'père et, du même coup, de sa science\nmusicale. Il devint le u professeur Wilhelm Rust \" et remplit à Leipzig les fonctions de maître\nde chant de l'église Saint Thomas qu'avait autrefois illustrée le grand Jean Sébastien Bach.\nUne Société Internationale s'en autorisa pour confier à Wilhelm Rust le soin de publier,\npour la première fois, la série de cantates du vieux maître, restées inconnues jusqu'à ce moment."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.49", "texte": "LE MOIS\n+7\n\nMis en goût par cette confiance \" internationale \" le devenu \" vénérable professeur \"\nWilhelm Rust se décida en l'année 1885 à publier une douzaine de grandes sonates de son\ngrand'père. Ce fut une révolution dans le monde musical. En France, les maîtres incontestés\nde notre école n'hésitèrent pas une seconde à l'appeler \" précurseur de Beethoven \" Ils\nallèrent jusqu'à lui trouver un génie supérieur. Rencontrant dans ces sonates des harmonies\npré-wagnériennes, l'emploi judicieux du \" leit-motiv , nul frisson de doute ne leur vint,\nquelle admirable discipline !\nPourtant des sociétés Rust se forment ; M. Ernest Neufeldt, directeur de l'une\nd'elles, songe à la possibilité de découvrir de nouveaux chef-d'œuvres dans les manuscrits que\nle professeur Wilhelm Rust, étant mort, n'aurait pas utilisés et qu'il avait légués à la\nBibliothèque Royale de Berlin. M. Neufeldt ne les y retrouve que pour voir s'écrouler\nle précurseur de Beethoven, Wagner, etc.... Rien ne restait du prodigieux modernisme des\ndes sonates, qu'un parfum évanoui d'une époque périmée plus d'harmonies licencieuses,\nplus de ces modes d'anthiphonaires s'alliant aux enharmonies dernier modèle le sombre\nnéant !\nD'abord, on s'explique mal la tristesse que M. Neufeldt a exhalée dans un article de\nla revue \" Die Musik \" : il pouvait lui suffire de constater l'intégrité glorieuse de Beethoven,\net que Wagner restait propriétaire responsable du u leit-motiv \". Ensuite, on s'explique plus\nmal encore le but du curieux petit-fils de Rust comme le fait remarquer M. Théodore de\nWyzewa qui rapporte dans un article du journal \"Le Temps \" les doléances de\nM. E. Neufeldt d'autant plus que le professeur Wilhelm Rust, n'ayant pas cru devoir\ndétruire les manuscrits de son grand'père, la découverte de la mystification était à la\nmerci du premier chercheur venu.\nOn aurait aimé qu'un de nos éminents musicographes découvrit cette fraude ; ça\nn'expliquait pas davantage ce \" cas \" extravagant; du moins se serait-il méfié, une autre fois,\ndu \" fumiste \" que peut parfois cacher le précurseur ?\nArrachons-nous à la famille Rust et revenons à des questions qui touchent encore d'assez\nprès notre sujet :\nComparons pour plus de clarté, les sons aux mots : tout le monde se sert des mêmes\nmots ! Pourtant, d'où vient le charme, la lumière nouvelle qu'acquièrent ces mêmes mots\nemployés par certains écrivains, si ce n'est d'une particulière mise en place.\nPareillement, d'où vient le charme inattendu que prennent des accords entendus à travers\ntoute la musique, si ce n'est de cette \" mise en place sonore \" qu'on ne peut apprendre, attendu\nqu'elle n'est inscrite nulle part d'une façon visible. Seuls les initiés la pressentent après avoir\ninterrogé l'apparente énigme des maîtres; et souvent se trompent-ils et vont-ils chercher la cause\nde leurs émotions bien loin de ce coin discret où se dissimule comme sous des herbes\nfolles la douceur parfumée des violettes, la beauté des harmonies.\nA côté de cette \" mise en place \" il y a aussi le choix rigoureux de ce qui la précède et\nla suit.... ? C'est une autre histoire qu'il vaut mieux ne pas raconter aux grandes personnes\nraisonnables ! Autre question : un architecte n'a jamais songé à reprocher à un autre architecte"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.50", "texte": "4-8\nS. 1. M.\n\nde se servir de pierres semblables ! Tout au plus sera-t-il choqué de rencontrer les mêmes\nprofils dans l'œuvre d'un confrère. Il n'en va pas de même en musique, où, froidement, un\ncompositeur moderne copiera les formes d'une œuvre classique sans que personne n'y prenne\ngarde. Bien mieux on le félicitera ! (Le respect des traditions a de singulières façons de se\nmanifester !) Mais qu'il emploie un accord soi-disant inconnu (?), voilà que s'élèvent des\nrumeurs du \" petit peuple \" et qu'on entend crier : \" au voleur \" ! Encore une fois, un accord\ndans l'édifice sonore n'a que l'importance d'une pierre dans un monument, et c'est dans la\nplace qu'il occupe, le soutien qu'il apporte à la courbe flexible de la ligne mélodique, qu'il\nprend sa réelle valeur.\nDepuis des siècles nous nous servons des mêmes sons pour traduire nos rêves, comme, à\npeu de différence près, nous nous servons des mêmes mots pour écrire. Qu'il y ait diverses\nfaçons d'écrire ou de faire de la musique ce sont là des questions multiples qui en soulèvent\nd'autres. En tout cas, elles nous paraissent diminuer l'importance que l'on attache à la\nprofession de précurseur ! Plus simplement n'est-il qu'un homme qui profite de la faiblesse de\nson époque ?\nNOTES SUR LES CONCERTS COLONNE\nL'aventure de M. Ernest Fanelli est assez commune quant au fond Il a traîné\nla misère pendant trente ans, ayant pour tout bagage les plus beaux rêves du monde. Perdant\npatience, il enfouit ses beaux rêves dans le fond d'une malle, les oublie, et tâche à simplement\nvivre ! A la suite d'une démarche près de Gabriel Pierné, celui-ci frappé par l'écriture du\nmanuscrit que lui montre Ernest Fanelli, en découvre instantanément l'intérêt. On trouve\nune assez semblable histoire dans la jeunesse d'Edgard Poë, qui, tout à fait inconnu, obtient\nle prix dans un concours, grâce à la beauté de son écriture.\nAvoir quelque chose à dire rend généralement timide. Pourtant, Ernest Fanelli n'était\npas sans amis qui auraient pu parler pour lui. On se heurte souvent dans cette aventure, à ces\njeux de la destinée, où il y a autant d'amertume que de lâche inertie.\nLe 17 mars 1912, Gabriel Pierné, qu'il faut remercier pour la rare cordialité de son geste,\nfait jouer la première partie des Tableaux Symphond'après \" \" de\nTh. Gauthier. Enorme succès ; intense émotion. On s'étonne 5 on s'interroge ; on cherche\nqui est responsable. Naturellement on ne trouve personne, parce que l'on a rarement le\ncourage de retrouver la source d'une ignorance.\nLe 23 fevriei 1913, Gabriel Pierne fait jouer la seconde partie des Tableaux Symphoniques,\nL'accueil est sensiblement différent. Faut-il ne voir dans ce fait qu'un caprice de la gloire ?\nCe qui importe maintenant, c est ce que pouira faire Ernest Fanelli, moins pressé par la vie\npouvant se choisir dans ce qu'il veut faire entendre. Pour l'instant, il obéit trop docilement au\ndémon familier qui lui commande d accumuler des notes sur d'autres notes, sans °rand souci\nd'équilibre.\nIl a un sens très aigu de la musique décorative qui le pousse vers une minutie descriptive\ntelle, qu il se perd de vue, oublie ce que sa musique pourrait avoir de persuasif sans autre"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.51", "texte": "4\n\nLE MOIS\n49\n\nconcours. Qu'il puisse se recueillir, la vie lui doit bien cela, et, sympathiquement, faisons lui\nconfiance.\nDes deux premières auditions : Le Printemps, allégresse symphonique de G. Soudry et les\nDeux Routes, poème lyrique, paroles de René Robine, musique de Marc Delmas, nous n'avons\nentendu que ce dernier, merveilleusement chanté par Madame Jacques Isnardon. C'est de la\ntrès jeune musique qui se souvient encore du concours de Rome. Le charme des paroles ne\nméritait pas d'être accablé sous le poids d'un dramatisme un peu facile. M. Marc Delmas étant\ntrès jeune, a tout le temps de voir muer son présent respect pour ce qu'on lui a appris, en une\nconscience libérée de formules arbitraires.\n\nClaude Debussy.\n\nCONCERTS LAMOUREUX\n\nOn reproche souvent aux chefs des grands concerts d'empiéter sur le domaine des direc-\nteurs de théâtres lyriques, subventionnés ou non, en inscrivant à leurs programmes des extraits\nd'ouvrages musicaux expressément destinés à la représentation scénique : ils pourraient répondre\nque la faute en est aux directeurs susnommés, lesquels s'abstiennent, pour diverses raisons\ntotalement étrangères à l'art, de monter certaines œuvres de véritable mérite. Mais cette\nexcuse est inefficace lorsqu'il s'agit par exemple du \" répertoire Wagner \", pièce de résistance\ndes vêpres symphoniques dominicales. Seul Parsifal jouit d'une immunité particulière :\nl'immuable beauté du chef-d'œuvre de Wagner tout autant que le privilège expirant de\nBayreuth aurait dû suffire à justifier depuis longtemps son audition fragmentaire dans nos\nconcerts. On s'en avise, semble-t-il, au moment précis où nous menacent les inquiétants\nBayreuth-Palaces de toutes les Rivieras, azurées ou élyséennes, méditerranéennes ou séqua-\nnaises. Depuis que d'immenses affiches annoncent la chute prochaine sur quelque divan-le-\nterrible du héros rebelle aux charmes de Kundry elle-même, les concerts offrent un asile\nincertain au simple, au pur Parsifal, remplaçant sur les affiches le visage attristant d'Yseult\ntoujours mourante... et jamais morte.\nPâques étant de bonne heure cette année, nous éprouverons un véritable enchantement,\nle Vendredi-Saint, à nous souvenir que M. Chevillard avait avancé jusqu'au 5 janvier\nl'audition spirituelle (on se demande pourquoi ?) de cette belle page.\nLe roman Un Mâle de M. Camille Lemonnier, transformé par les soins diligents de\nM. Henry Cain en un \" drame aux admirables proportions en un livret \"à la construction\nlogique paraît se rapprocher assez peu de Parsifaly même affublé du nom patois de\nCachaprès. Toutefois, M. Casadesus, comme Wagner, bénéficie d'une audition des préludes et\ninterlude symphoniques de son œuvre, au concert, avant la représentation intégrale de celle-ci.\nAttendons cet admirable drame à la construction logique que nous annonce si discrète-\nment le programme, pour juger \"en place et à sa place\" ces extraits destinés à le \"synthétiser\""}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.52", "texte": "o\nS. I. M.\n\nou à en \" relier vigoureusement \" les éléments. Ainsi isolés, ces fragments ne sont point\ndésagréables ; ils témoignent même d'une recherche assez personnelle au point de vue des\ndispositions orchestrales, d'un sens assez juste du plein air et de la joie populaire. Cette musique\nest aussi vivante qu'il convient pour le sujet que le modeste commentaire nous laisse entre-\nvoir ; mais cette vie semble un peu grossie, comme l'exige parfois la scène. Avec l'atmosphère\nplus subtile du concert, ce grossissement peut devenir choquant ; là est précisément l'écueil\ndans l'audition d'une œuvre morcelée et soustraite au cadre pour lequel elle est faite.\nPourquoi la sonore Rapsodie Cambodgienne de Bourgault-Ducoudray produit-elle ici la\nmême impression de dépaysement ? ce n'est certes pas parce que les Cambodgiens sont plutôt\nrares dans la salle Gaveau. Les thèmes du père Bourgault ne sont pas plus Cambodgiens que\nles auditeurs, soyez en sûrs. Mais l'agencement de ces thèmes qui se succèdent avec des\ncontrastes de sonorité extrêmement brusques s'appliquerait si bien aux cortèges, aux entrées\nde ballet et aux danses de toutes sortes, qu'on est surpris, en ce temps d'adaptations chorégra-\nphiques insolites, de n'avoir pas vu poindre encore sur une de nos scènes, lyrique ou non,\nquelque pantomime \" aux admirables proportions \", tirée de cette rapsodie, avec ou sans\nCambodge, avec ou sans \" construction logique \".\nOn ne pourrait assurément pas dire de la Fantaisie pour piano et orchestre de Mlle Nadia\nBoulanger qu'elle n'est pas dans son cadre au concert ; M. Raoul Pugno a même prodigué à\nsouhait dans son interprétation les meilleures ressources de son talent de virtuose-poète. Mais\nil ne semble pas que cette Fantaisie justifie le déploiement instrumental qui l'accompagne. Et\npuisqu'aussi bien c'est encore une Fantaisie qui succède à celle de Mlle Boulanger, nous ne\npouvons qu'admirer l'étonnante complaisance de ce vocable qui sert de titre à la pièce\nsymphonique de M. Jongen sur deux Noëls popula pièce pourtant très dissemblable\nde la précédente. Nous avons parlé déjà de la grande facilité du jeune auteur et des dangers\nqui en résultent pour la bonne tenue de ce qu'il écrit : ce charmant hors-d'œuvre agréable-\nment présenté, autour de thèmes populaires sans grand caractère, n'est pas pour modifier\nnotre précédent jugement. Tout cela se tient suffisamment, s'agence ingénieusement, se\ndéveloppe tant bien que mal et conclut... comme conclut un orateur disert au moment où il\njette un regard sur la pendule. Mais n'avons-nous pas constaté qu'il s'agissait d'une\n\" fantaisie \" ? \" ... O divin mensonge ! \" avait dit jadis un fonctionnaire de l'Enregistrement\ndevenu librettiste et parlant par la bouche d'un officier anglais amoureux d'une hindoue.\nM. Jongen ferait prudemment en appliquant sa volonté à éviter que la perfide conseillère ne\n\" revienne l'égarer encore \".\nTient-on absolument à savoir que si le Concerto en ut mineur de Beethoven, aidé de la\ngrâce du jeu de M. Pugno, fait encore noble figure dans un programme, il n'en est pas du\ntout de même du Concerto en mi mineur de Chopin, présenté sans aucune espèce de liberté par\nl'ultra-correct M. Emil Sauer : ce métromane consciencieux n'a même pas fait entendre une\nseule fausse note. Il ne s'est point écarté de la plus scrupuleuse exactitude, même de l'épaisseur\nd'un cheveu : les siens seuls d'ailleurs constituent tout ce qui subsiste en lui du romantique...\net c'est vraiment trop peu pour interpréter Chopin. Tout au contraire, M. Th. Soudant dans"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.53", "texte": "LE MOIS\n5i\n\nle Rondo Capriccioso pour violon de Saint-Saëns s'est fait très légitimement applaudir par les\nexcellentes qualités de son jeu souple, correct et expressif. Et cette petite pièce déjà ancienne\ndu vénérable doyen de nos musiciens nationaux nous paraît représenter la part maxima qu'on\npuisse légitimement attribuer à un soliste dans un concert sérieux, s'adressant à des musiciens.\nIl est vrai qu'il y a aussi des \" abonnés \". N'importe ; notre cri d'alarme \" Beiuare of Concerto ! \"\nsera sûrement entendu et répété, car cette contrefaçon de la musique nous menace toujours.\nLe Quartette vocal de Paris s'expose à de redoutables conflits, lorsqu'il veut lutter de\nsonorité avec l'orchestre Chevillard. Le Madrigal de Gabriel Fauré est une musique si ténue\nque les zélés solistes peuvent encore s'y faire entendre. Mais il n'en est pas de même pour la\nRonde du Blé d'Amour de M. Jean Poueigh : dans l'orchestre de cette ronde il y a de jolies\nchoses peut-être un peu trop monorythmiques et dans les parties vocales il doit y avoir\naussi de charmants détails. C'est du moins le souvenir que nous avait laissé une audition de\ncette œuvre accompagnée au piano. Mais ici, le \" bataillon \" Chevillard écrase si complètement\nle \" carré \" Bonnard-Chadeigne-Paulet-Eyraud qu'il en résulte de graves dommages à la\nronde : et le pauvre \" carré \", tout en s'évertuant du mieux qu'il peut, ne chante guère que\npour l'œil... ce qui n'est pas tout à fait suffisant.\n\nAuguste Sérieyx.\n\nSOCIÉTÉ DES CONCERTS\n\nFaust de Schumann\nAprès avoir assisté au Faust de Schumann, il est d'usage, parmi le public cultivé comme\nparmi les critiques de procéder à un examen de conscience musical, de proférer quelques\nvérités sur les beautés relatives des trois Faust et de comparer ce que l'on vient d'entendre à\nce que l'on a entendu autrefois grâce à Gounod et grâce à Berlioz.\nL'épithète d'êpisodique est décernée à l'opéra : celle de romantique à la Damnation :\nenfin l'on prononce avec énergie et onction tout à la fois le grand mot de pour\nqualifier l'œuvre de Schumann.\nOn rie peut en effet décemment parler de Gounod : tous les théâtres de province ouvrent\nleur saison avec ce succès certain : c'est l'ultime ressource de l'Opéra de Paris : une musique\nconnue par tant de monde mérite nécessairement d'être qualifiée d'épisodique. Grâce à\nMM. Colonne, Pierné et Gunsbourg, la Damnation ne manque pas non plus de chanter dans\nbeaucoup de mémoires ; une certaine truculence, une bruyante extériorité fournissent les con-\nditions requises par le romantisme, mot commode et péjoratif. Quant a 1 œuvre de Schumannj\nelle ne paraît que rarement et le plus souvent fragmentairement sur les programmes des\ngrands concerts : le silence qui l'entoure permet donc de l'étudier parallèlement à l'œuvre\nmême de Gœthe, ce que l'on n'a ni le temps, ni l'occasion de faire quand il s'agit de Berlioz\nou de Gounod."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.54", "texte": "52\nS. I. M.\n\nOr l'œuvre de Gœthe est obscure et géniale : Schumann, grand musicien devait donc\nécrire une œuvre obscure et géniale.\nMais un raisonnement philosophique est facilement obscur et génial : la musique de\nSchumann sera donc philosophique.\nIl ne faut pas se laisser prendre aux rapprochements faciles et aux épithètes qui semblent\ns'imposer. Pénétrer dans l'antre de Gœthe est besogne terrible : parcourir avec le docteur\nmétaphysique et son démon familier les divers stades de l'équilibre cérébral et sentimental,\nchercher à satisfaire auprès de lui ses idées et ses sentiments n'est pas besogne d'une heure.\nToutefois en admettant ce postulat résolu et Faust assimilé par l'auditeur, Schumann\npouvait-il exprimer musicalement le drame dantesque ?\nCertes je crois au progrès : tout art va d'un moindre à un excelsior : les beautés sculptu-\nrales d'un Rodin émeuvent en profondeur comme ne le font les œuvres superbes de l'antiquité\nou de la renaissance : la musique parvient à un degré de pénétration et de spéciosité qu'elle ne\nconnut pas auparavant : plus tard nous arriverons sans doute, (nous ou les arrière-descendants\nde nous), à rendre par la statuaire, et par la musique les plus hautes conceptions intellectuelles\nou sociologiques, les termes les plus abstraits, et les plus confus de la pensée.\nMais pas plus l'un que l'autre art n'y parvient encore, et n'y parvenait il y a\n50 ou 100 ans.\nSchumann n'a pu exprimer la pensée de Gœthe : Beethoven n'y serait pas parvenu,\nmalgré qu'il soit d'usage de frémir devant la pensée nombreuse l'idée intérieure des derniers\nquatuors et de répéter avec effroi le \" muss es sein ? es muss sein \", du finale du 17™.\nOr là où Beethoven a échoué en admettant qu'il ait voulu traduire l'anxieuse interro-\ngation de l'homme à la destinée que pouvait faire Schumann ?\nSon domaine c'est le lyrisme : il est le poète des amours troubles : il est le musicien\nde la passion dolente : à lui nous disons le u Tu duca, Tu signore e Tu maestro \" nous qui\nvivons par le lied des heures tumultueuses. Mais Schumann ne fut jamais à son aise dans le\nmaniement de l'orchestre ; chaque fois qu'il aborde l'écriture symphonique ou même le\nquatuor il s'essoufle : il ne possède pas les ailes titaniques qui permettent d'escalader\nlibrement les grandes masses sonores. Son Faust est un essai, intéressant toujours, fort beau par\ninstants S toute la partie philosophique reste à écrire : ne nous laissons pas prendre aux noms\ndes personnages :le \" pater extaticus le \" pater profundus \", pas plus que le \" docteur\nMarianus \" n'atteignent le saint des saints, le Montsalvat inaccessible de la sereine pensée\nmusicale : il se peut que le Faust de Schumann soit le meilleur des trois Faust : je préfère,\nquant à moi, voir naître par la seule pensée de mon désir \" l'éternel féminin \" que l'entendre\névoquer par les \" petites voix \" qui n'ont rien de Mallarméennes de l'orchestre et des chœurs\nde Robert Schumann.\n\nJean Laporte."}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.55", "texte": "Cabarets et Music=Halls\n\nC'étaient quatre petites Anglaises qui se ressemblaient comme des sœurs, et plus encore,\ncomme ces girls dont l'essaim innombrable et uniforme a envahi tous les music-halls de toutes\nles capitales. Elles avaient appris une danse très difficile, dérivée de la gigue, où le rythme\nn'est manifesté que par des battements du talon, si rapides qu'on croirait un roulement de\ntambour. Déjà des danseurs Espagnols avaient eu la coquetterie de suppléer par leurs pieds\nagiles aux castagnettes absentes, mais sans omettre ces trémoussements onduleux dont les\nGitanes ou peut-être les Maures leur ont transmis le secret. Elles, les girls, ne s'occupaient\nqu'à claquer, le plus vite qu'elles pouvaient, d'abord du talon droit, puis du talon gauche, le\ncorps immobile et les bras ballants. Tour à tour, dans le silence impressionnant de l'orchestre,\nelles se détachaient, et les trois au repos fixaient les pieds de l'exécutante avec le regard docile\ndes chiens savants. Puis elles montaient les trente degrés d'un triple escalier, se croisaient au\nsommet, redescendaient, sans que s'interrompît un instant le grondement synchronique. Et cela\nsuffisait pour que le bon public anglo-saxon éclatât en bravos attendris.\nCe music-hall de Paris possède un frère homonyme à Londres, et c'est là qu'elles ont cru\nse retrouver d'abord : la salle spacieuse, comme à Londres, mêlait au velours rouge des\nspectacles le strict acajou des traversées. Une noire et silencieuse assemblée la remplissait\ndepuis le fond jusqu'aux bords, différente seulement des auditoires btitanniques par la plus rare\nblancheur des plastrons ; des flocons de fumée grise s'élevaient lentement. Or la troisième, qui\nest aussi la plus petite et la mieux dressée, avait à peine commencé son solo, qu'au promenoir\nsupérieur des applaudissements prématurés fusaient, et aussitôt il y eut par tous les cœurs ce\nchoc soudain qui transmis jusqu'à la scène par des voies mystérieusement convergentes y avertit\nl'artiste que le public se décroche. Elles n'en continuèrent pas moins, héroïques, et d'ailleurs\nincapables de changer un seul battement à la leçon apprise par leurs jambes. Comme pour la\nseconde fois et dans un ordre différent elles entreprenaient l'ascension de l'escalier frémissant,\nune rumeur s'éleva : c'étaient les nerveux Français qui perdaient patience, et, comme ils disent\nen leur jargon de coulisse, \" emboîtaient le numéro\nCependant il faut féliciter l'Alhambra de rester fidèle à ses programmes d'\" attractions\nIl a eu son heure d'ambition, lui aussi ; il a voulu un jour favoriser le grand art en la personne\nd'un jeune musicien méconnu et donner une leçon à la morgue égoïste de l'Opéra. L'expé-\nrience a été concluante et suffira sans doute pour longtemps. Ce qu'il faut aux foules qui chaque\nsoir descendent de Belleville ou refluent du Marais, chaudes encore du travail sous pression et\navides de relâche, ce sont des jeux de cirque ou bien des facéties : les frères Pederson, gymnastes\nqui d'un pied prenant grimpent à la tige d'acier poli d'où pendent les anneaux ; le trio Lyons\net son repas fantaisiste où le fromage de Hollande éclate comme un ballon de baudruche qu'il\nest sous la pointe du couteau ; les frères Rigoletto qui si aimablement reçoivent au bout d'un\nfume-cigares les balles lancées depuis la salle ; le clown Gobert Belling qui avec la collaboration\nd'un petit buffle apprivoisé simule une course de taureaux. Quand il a cassé sa bretelle et que\nramenant à deux mains sa culotte vagabonde il implore, résigné: \"Vous n'auriez pas une\népingle ? \" les fronts les plus moroses en dépit d'eux-mêmes se dérident. Car les très classiques\nplaisanteries peuvent être renouvelées par le style. S'il est permis de risquer un vœu jusqu'à\nl'empyrée intercontinental où trône l'invisible directeur Barrasford, demandons-lui simplement"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.56", "texte": "54\nS. I. M.\n\nde ne pas abuser des rapprochements politiques pour nous imposer trop de danseurs ou de\nchanteurs anglais, car un divertissement est beaucoup plus difficile à acclimater en terre\nétrangère qu'un sport. On peut regretter aussi l'absence des dompteurs, relégués aujourd'hui\ndans les roulottes des foires. Que sont-ils devenus, ces braves qui chez feu Bostock soulevaient\ndes tempêtes d'admiration terrifiée ? Mlle Morelli qui discutait avec des panthères et des jaguars,\nen robe de soirée ; un soir elle s'embarrassa dans sa traîne et les bêtes sournoises en profitèrent\naussitôt ; le sang coula. Weedon et son ours comédien qui lui tirait de la poche une bouteille\net la vidait avec les signes parfaitement contrefaits de I'ébriété nègre. Le plus audacieux de\ntous peut-être, l'homme aux alligators, qui réveillait à coups de bâton les monstres géologiques\nengourdis en leur cuve de verre et leur faisait cueillir des appâts au bout de ses doigts et même\nsur ses lèvres. Quel émoi quand les gueules articulées, pareilles à des pièges déclenchés,\nclaquaient ! Il avait perdu déjà quelques doigts à ce jeu ; régulier et rangé comme un employé,\nchaque jour il se rendait à son travail, sur l'impériale de l'omnibus Clichy-Odéon.\nLa Scala, depuis surtout qu'elle a passé sous la direction de l'ingénieux Fursy, récuse\nfièrement l'intrusion étrangère. Dès la porte franchie, ou se sent en terre française : point de\nportiers chamarrés, ni de vestiaires bureaucratiques, mais nos ouvreuses nationales, qu'on\nmaudit et qu'on retrouve avec autant de joie que les mouches domestiques après les noustiques\ntropicaux ; une salle confortable, mais qui, pareille à l'habit de l'élégant véritable, a perdu\nla raideur empesée du neuf ; des garçons en tablier qui viennent offrir des consommations ;\nune scène modérée, où les mots ne risquent pas de se perdre et où les décors sont franchement\nde toile peinte, si franchement qu'on ne craint pas d'y donner du pied. La poussière elle-même\nn'est pas proscrite avec trop de rigueur : l'hygiéniste qui flambe ses doigts à l'alcool et met au\nbain-marie le sein des nourrices dénonce ce gîte à microbes ; l'artiste se plaît à ces linceuls\nlégers qui adoucissent les contours et les voilent de souvenir ; d'ailleurs il ne s'en porte pas\nplus mal, bien au contraire. Est-il besoin d'observer que cette négligence est voulue ? Ce ne\nsont pas les moyens qui manqueraient, et le luxe de clinquant dont ailleurs s'éblouit le richard\nde fraîche date est aujourd'hui à bon marché. Mais ici on traite la matière avec désinvolture,\net on l'écarté afin que l'esprit seul triomphe.\nC'est bien un triomphe de l'esprit que cette revue où selon la règle du genre on trouve\nles événements du jour, mais traitées avec une finesse et surtout une précision qui fort heureu-\nsement transporte au music-hall l'illustre rosserie du cabaret. Il y aurait de fort instructifs\nparallèles à développer entre telle guerre des Balkans, telle scène de Kismet, de la Comédie\nfrançaise, ou de l'argot académique, selon qu'elle est traitée ici ou là. Ce n'est qu'à la nouvelle\nScala que M. Lucien Guitry est croqué d'un couplet aussi incisif :\nCet acteur séduit,\nNul ne sait comm'lui\nJouer Prépertoir' d'aujourd'hui.\nLes répliqu's il les décoche\nAvec les mains dans ses poches.\nNul comm'lui n'manie\nLa fine ironie.\nQuelquefois même il s'ingénie\nA blaguer son rôle.\nL'public trouve ça drôle.\nY a pas à dire il l'enjole :\nIl a la gueule sympatique."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.57", "texte": "LE MOIS\n55\n\nIl vous transforme un mélodrame en pièce comique.\nIl fait son complice du spectateur,\nQui se met à charrier l'auteur.\nM. Girier détaille ce portrait avec la plus souriante bonhomie, sous les traits arrondis d'un\nrégisseur pour tournées en province, qui d'une pointe d'accent provençal relève sa vieille expé-\nrience : \" Ah ! celle-là, c'en est encore une raclure de doublure ! \" C'est lui aussi, l'agent\ncenseur dont la massive moustache frémit d'indignation devant\nrenses, M. de la Police à l'Apollo, et la Prise de\nUn commissair' comme un Borgia\nFait l'amour au commissariat,\nPendant qu'un agent qui rougit\nTient la bougi' !\nEn ce temps de divorce où la poésie répudie la rime, ce n'est plus qu'au music-hall que\ncette esclave-reine de nos romantiques à antithèse est mise en bonne place et en récompense\nse laisse gentiment trousser les finales.\nL'interprétation est si exactement ajustée que chacun paraît trouver ses mots et ses gestes\nsur l'instant. C'est Mlle Renée Baltha, bouquetière avertie sans avoir l'air d'y toucher ;\nM. Serjius, homme-réclame commandé par un mécanisme saccadé, puis lieutenant gymnaste\naux muscles démonstratifs ; M. Boucot, ahuri avec pétulance dans les rôles du père malgré\nlui, de l'académicien égrillard et du jockey plus dopé que dopeur ; MUe Walser, commère\nrayonnante ;M. Magnard, affable compère ; Mlle Mistinguett, sous les apparences imprévues\nde l'Académie française, de mylord l'Arsouille et de la femme qui comprend le lieutenant\nHébert, étincelante d'une fantaisie nourrie d'observation et de malice. Les moindres détails\nsont à point : qui de nous n'a reçu, en quelque carrefour de Londres, la décevante réponse de\nce policeman placide, ici M. Marche, qui rit de n'avoir pas compris ? Les artistes prennent le\npublic à témoin de leurs farces ou de leurs mésaventures, et !e public s'amuse non à leurs\ndépens, mais en leur compagnie. La rampe n'est plus une barrière. On sourit d'entendre\nl'Académie demander à son pensionnaire, avant leur danse chaloupée : \" Est-ce qu'on voit\nmon pantalon ? \" Quand M. Boucot, qui se croit poulain, se roule à terre en proie aux\ntranchées, des cris partent d'une loge et s'élèvent si haut que le compère depuis la scène\nadresse un signe d'indulgence à ce frais visage éperdu qui s'empourpre sous le chapeau fourré.\nLa musique est empruntée aux derniers succès du concert, tels que Motogirl, Sympathique.\nJe connais une blonde, Je V sais, sans oublier le refrain anglais de la saison, Hitchy-koo.\nM. Monteux-Brisac l'anime de rythmes qui tour à tour emportent les jupes comme une bour-\nrasque au coin d'un pont ou prêtent un solide marchepied aux pas virils. Notre musique, et\nsurtout celle du théâtre, dédaigne aujourd'hui le contraste des temps forts et faibles ; elle se\nprive ainsi d'un pouvoir irrésistible que le music-hall recueille et peut-être gardera en réserve\npour des temps plus fortunés où l'on n'aura plus honte de trépigner en cadence.\nMM. Michel Carré et André Barde ont donné à la Scala cette revue. Dans le même\ntemps le second de ces auteurs faisait jouer à l'Olympia une opérette dont M. Charles\nCuvillier a écrit la musique. Le public de l'Olympia l'emporte sur celui de la Scala, si on\névalue de part et d'autre le prix total des bijoux, des aigrettes et des fourrures. Il est aussi\nmoins attentif et moins subtilement informé. C'est Paris encore, mais celui du boulevard, ou\ndes étrangers au sortir de leur hôtel regardent avec envie d'autres étrangers que le précédent\npaquebot a débarqués et qu'ils prennent pour les derniers rejetons de l'aristocratie française."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.58", "texte": "56\nS. I. M.\n\nNotre nation s'y trouve représentée cependant, mais en minorité, et surtout par d'élégantes\npromeneuses qui donnent au fond de la salle un spectacle toujours flatteur et souvent délicieux.\nLa scène les imite et parle, à cette foule bruissante d'or et de soieries, par la communication\ndes yeux, le langage international du plaisir.\nDeux de ces beautés sont assises à une table où nul garçon ne s'empresse d'apporter des\nverres : ce sont des habituées. L'une abrite sous des ailes de paille un visage aux traits légers et\nlaisse bouffer autour d'elle les tulles de beige printanier ; l'autre, drapée de cerise depuis la\ntoque de satin jusqu'au bas luisants, est cerise elle-même par ses joues arrondies et ses lèvres\njuteuses. Leurs chaises rapprochées, elles se touchent du bras, et rappellent au chimiste l'image\nd'une molécule où deux atomes se soudent étroitement par leur unique valence. Ces amies ne\nsont pas manchotes, cependant : elles offrent à l'affinité masculine une autre main, représenta-\ntive d'une supplémentaire valence, mais exceptionnelle, équivoque, instable, peut-être même\nendothermique. Bientôt elles souriront de voir, sur la scène, Mlles Delysia et Derly, dociles\naux effluves polarisés du tango, se fuir, se poursuivre, se rejoindre, tournoyer en se prenant\nl'une l'autre pour axe temporaire, devenir alternativement tangentes, puis développées, puis\nconcentriques, céder enfin à l'attraction plus forte, et parvenues au contact, se précipiter en\nune étreinte indissoluble. Elles souriront, bien qu'elles ignorent la chimie, de ce qu'elles\ncroiront se reconnaître, mais la scène est plus hardie parce qu'elle est fictive : des deux artistes,\nl'une arrondit fièrement une gorge marmoréenne, et l'autre dissimule sous le bleu ruissellement\nd'une écharpe les charmes plus suaves en leur fluidité. La Vie parisienne, qui pourtant doit se\nconnaître, s'est trouvée scandalisée, à la Cigale, par une scène pareille, et a exprimé l'espérance\nsévère que la Muse de M. Delorme ne se repaissait pas de ces friandises là. Il n'entre pourtant\nnulle perversité dans la complaisance désintéressée dont nous suivons ces ébats de tendresse\nvéridique ou mensongère. Nous y retrouvons bien l'image de l'amour, maître du monde, arbitre\ndes atomes, destin des cœurs, mais dérivé jnsqu'à un ordre où le désir brutal s'élimine. Pur\nhommage de la beauté à la beauté. Caresses indéfinies des fleurs.\nLa reine s'amuse, nous promet M. André Barbe. Il va sans dire que cette reine sans\nprétention voudra des divertissements de la plus honnête simplicité, et que, moins féroce que\nle Roi qui s'amusait aussi au temps de Victor Hugo, elle ne rendra victime de ses caprices\nqu'un vieux monarque incapable de conjurer le sort. Mlle Angèle Gril est une reine séduisante\nen sa fierté, et M. Polin traduit très adroitement le cynisme inconscient de son indigne époux.\nM. Morton est un ministre ingénieux, M. Capoul un jeune officier dont la jolie voix fait\nmerveille dans la romance, encore qu il chante, un peu trop quand il faudrait agir. Les\nperipeties faciles a concevoir amènent toute la bande ou plutôt toute la débandade souveraine\nà Paiis, et au bal celebie des Quat z Arts où ils rencontrent 1 excellent Dorville, peintre gogue-\nnard, et son modèle, IVI e Regine Flory. Ce bal est 1 occasion d'une fête persane dont le\nspectacle est non seulement somptueux comme on pouvait s'y attendre, mais peint de couleurs\nsi savoureuses par elles-memes et si artistement disposées que l'ceil en demeure longuement\nébloui et charmé. Un chemin lumineux, au-dessus des fauteuils d'orchestre, amène sur\nla scene ce cortège de princes, d eunuques, de sultanes, de bayadères, tous dansants\nselon leurs différents caractères. Ainsi le public se trouve rapproché des artistes, et\ncomme dans les anciens ballets de cour, se donne l'illusion d'être lui-même de la fête.\nMelle Régine Flory s'élance alors tendue en avant comme une nageuse qui va quitter le sol,\nmais c est dans 1 air qu elle plonge ; elle le fend, le bat, s y retourne, il rejaillit et écume à\n1 entour ; portée par les flots invisibles, elle lance a la fois ses bras, ses jambes, tout son corps\npâle sous la robe noire que les lames d'or plaquent comme un costume mouillé, et ce n'est\nplus qu'une agitation tumultueuse et cependant réglée, une gracieuse effervescence de mouve-"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.59", "texte": "LE MOIS\n57\n\nment sans matière. Parvenue sur la scène, elle se livre à des jeux terrestres, attirant une jambe\nen avant, puis en arrière, la prenant au pli de son écharpe, et nouée ainsi en quelque corolle\nentrouverte, tantôt posée à terre, tantôt portée sur une tige fléchissante, fait en de brèves\néchappées passer devant nous un reflet des danses cambodgiennes, entrecoupées de nervosité\noccidentale. Chanteuse agréable d'ailleurs et comédienne très experte dans le rôle qui lui a été\nconfié, on se demande comment tant de talents divers peuvent tenir en une si frêle enveloppe\nde chair : mais le regard si vif qui filtre dans le visage aminci décèle l'esprit qui domine cette\nagilité prodigieuse, et aux plus incroyables attitudes imprime un accent que sans nulle ironie,\ncomme un grand éloge au contraire, on peut dire parisien.\nLes artistes de theatre se retranchent avec orgueil en leur attribution consacrée : un\ncomédien se croirait déshonoré s'il chantait ; un chanteur se refuse à parler ; l'un et l'autre se\nsentiraient ravalé au rang de danseur s'il exécutait un seul mouvement calculé. Les artistes du\nmusic-hall sont tous tenus, au contraire, de cumuler ces trois emplois. Ils accomplissent en eux\ncette union des arts du théâtre dont Wagner a rêvé toute sa vie et qu'il n'a pu atteindre, faute\nd'interprètes capables et de bonne volonté.\nLa musique de M. Cuvillier ne prétend pas à la profondeur, et elle a bien raison ; mais\nelle offre des rythmes très nets et M. Paul Letombe la dirige avec le goût d'un excellent\nmusicien.\n\nLouis Laloy.\n\nConcerts Divers\n\nUn petit nombre de tentatives nouvelles. Quelques affiches, témoignent d'un certain\nesprit d'initiative, s'efforcent de retenir l'attention du passant et de piquer sa curiosité émoussée\npar l'éternel recommencement des récitals où rien ne se perd ni hélas ne se crée. M. Louis\nThomas fonde à Paris une Société de Musique allemande pour inciter, dit-il, nos\nvoisins, à nous rendre la politesse. C'est dans cet esprit qu'il compte échanger un lot de\nMahler, de Reger et de Strauss contre un assortiment de Fauré, de Debussy et de Ravel.\nL'audace des transactions de cet exportateur effraie la petite épargne musicale française.\nM. J. G. Aubrya l'ingéniosité de réunir en gerbe par l'élégant lien de ce qu'il appelle un \" pré-\ntexte littéraire \" quelques fleurs délicates de Debussy, Fauré, Chausson, Ravel, d'lndy, Roussel,\nSchmitt, Séverac et Ducasse : un public fervent d'hydrothérapie goûte avec lui le plaisir\nde l'eau. Pour nous prouver que l'organe crée la fonction, le Quartette VOCal de Paris\norganise une exposition de toutes les partitions nouvelles écrites à son intention par les\ncompositeurs qui apprécient les voix jeunes de MMme! Bonnard et Chadeigne, de MM. Paulet\net Eyraud et l'intelligente autorité de leur guide, l'excellent Marcel Chadeigne qui les conduit\n\" four in hand \" avec une superbe maestria. L'éditeur Durand s'efforce dans ses concerts de\nMusique moderne française de contenter tout le monde et son père; tenant compte\nde toutes les susceptibilités de sa clientèle il fait défiler à sa tribune les leaders de tous les partis\nmusicaux : et le même piano enregistre impartialement les professions de foi de Debussy et de\nSamazeuilh, de Saint-Saëns et de Marcel Labey, de Vincent d'lndy et de Ravel, de Dukas\net de Grovlez, de Vierne et de Florent Schmitt : applaudissements prolongés à droite, à gauche\net au centre. L'événement de la session est la révélation par Debussy, poète du piano qui\nconsent trop rarement à indiquer lui-même le nombre et le rythme de ses poèmes, de trois\nadorables pages extraites du second livre des Préludes. Mais hélas, le piano ne s'apprend pas en\nune leçon et les rois du clavier sont de si mauvais élèves ! Lequel d'entre eux nous rendra"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.60", "texte": "5»\nS. I. M.\n\ndans leur couleur exacte et leur parfum ces Bruyères, ces Feuilles mortes, cette Puerta del\nVino dont l'auteur fait des paysages si saisissants et nous restituera l'ironie amusée de ce\n\" General Lavine \" excentric, si follement clownesque et si joyeusement disloqué ?\nLes Sociétés poursuivent leurs chères études. Raugel conduit à la Société Hœndel le\nTe Deum de Dettingen (1743) et l'Antienne du Couronnement. Il nous apprend aussi que\nH. Schtitz (1629) avait besoin pour sonder toute la profondeur de la douleur de David en\nprésence du cadavre d'Absalon de quatre trombones, d'un orgue et d'une voix de basse.\nL'A. M. M, A. s'adonne à la musique de chambre : Fauré, Mozart, Chausson, Schumann,\nPassereau et Jacques Pillois bénéficient des excellentes mises-au-point qu'obtient M. E. R.\nSchmitz. Le compositeur Bourdeney est fêté successivement à La Lyre où il se trouve en\nnoble compagnie et à I'TT. P. A. M. où les suffragettes l'acclament. La Société Philhar-\nmonique continue à truster les grands virtuoses de tout l'univers : le Quatuor Rosé, Galeotti\net Capet émerveillent ses fidèles abonnés. Le Salon des Musiciens voit son intéressant\neffort s'enliser dans la médiocrité des manuscrits qui lui sont envoyés et dans la grisaille d'une\nesthétique déjà officielle. L'Echo Musical continue à offrir à ses abonnés de très intéressants\nconcerts parfaitement composés. La Société Bach se consacre à la Passion selon Saint-\nMathieu en compagnie de Mme Croiza, de Mlle Cesbron, de MM. Walter, Rielens-Collet,\nHermann, Blanquart et Mondain. L'Association des Compositeurs bretons fait\nde la centralisation et cherche à acclimater à Paris la muse celtique. Les bardes Guy Ropartz,\nLadmirault, Le Flem, Duhamel, Vuillemin et Martineau officient avec une ferveur commu-\nnicative. La Société Nationale, revenue à ses premières amours, compose avec les noms\nde Vincent d'lndy, Séverac, Riadis, J. Renié et Blanche Sel va une affiche homogène et logi-\nquement orientée vers son idéal. Et les Concerts Chaigneau gardent une intéressante\ntenue artistique.\nLes francs-tireurs isolés sont innombrables. Il y en a un derrière chaque colonne Picard.\nLes pianistes des deux sexes montrent une combativité particulière. Le chevaleresque\nE. Sauer a pris le commandement de la troupe dispersée. Derrière lui, Pugno, Harold\nBauer, Yves Nat, Maurice Amour, Patrice Devanchy, Desider Szanto,\nRiera, Maurice Schwab font d'utile besogne. Les amazones du clavier ne sont pas moins\nardents. Voici Blanche Selva et Marthe Dron, voici Mlle Jacqueline Rahder,\nMlle Georgette Guller, Mme Riss-Arbeau qui aeu l'étrange idée d'exécuter tout le\nfonds Chopin en suivant l'ordre des chiffres d'opus, ce qui amène d'étranges voisinages,\nMile S. Godenne, M™ Vallin-Hekking dont les interprétations sont remarquablement\nintelligentes, Mlle Boutet de Monvel qui ale courage de donner un concert le soir de la\nMi-Carême et d'y jouer du Bach et du Franck, Mlie Baltus Jacquard, Mlle Blaneart,\nMlle Hélène Léon, Ml,e Lœuffer, MUe Veluard, Mile Stievenard, Mlle Suzanne\nLoge, d'autres et d'autres encore.\nLe violon chôme un peu : MM. Debroux, \"Wael-Munck et Sailler sont à peu\nseuls à le défendre depuis quelques semaines en qualité de solistes. Les quatuors Capet,\nLuquin, Lejeune sont également les seules équipes mises en ligne.\nMM. Reuchsel présentent un ensemble de leurs oeuvres où la supériorité de la forme\nsur le fond s'affirme avec quelque insistance.\nQuelques fauvettes : Mlle Speranza Calo qui franchit en quelques secondes la distance\nqui sépare Monteverdi de Duparc, et Marcello de Debussy, Mlle Jeanne Pelletier,\nMlîe Marthe Prévost, remarquablement douée, Mme Normann, Mme Aktzery qui\nnous révèle un fragment de la Salammbô inachevée de Moussorgsky. Le baryton Clark\nrépond à leurs charmantes voix."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.61", "texte": "LE MOIS\n59\n\nQuelques gouttes de harpe, grâce à MM. Grandjany et Bertheaume,\nMlles Anckier, Lenars et Grandpierre rafraîchissent nos tympans enfiévrés par le\nchoc de tant de doubles croches et nous voilà tout prêts à subir l'assaut du mois prochain pour\nlequel nous n'aurons pas trop de toute notre force de résistance. Car le critique meurt mais\nne se rend pas !\n\nG. K.\n\nLa Province\nSur le chapitre de la musique en province notre conscience est elle sans remords ?\nHabitués à recevoir de nos préfectures, sous-préfectures, chefs-lieux d'arrondissements et de\ncantons des nouvelles musicales assez peu sensationnelles et des échos souvent décourageants,\nn'avons-nous pas commis une injustice en laissant trop facilement envahir par les chroniques\nparisiennes cette page réservée aux manifestations de l'activité départementale ? Il faut le croire\npuisque la province repousse victorieusement aujourd'hui l'assaut de la capitale en s'imposant a\nnotre attention par des actions d'éclat.\nLa décentralisation devient en effet frénétique depuis le bienfaisant décret ministériel qui\nl'a si opportunément libérée d'une de ses plus lourdes servitudes. Tous les grands théâtres\nrégionaux ont revendiqué pour les jeunes musisiens le fameux \" droit d'asile Angers vient\nde se couvrir de gloire en montant le Retour de Max d'Olonne, œuvre de haute pensée et de\nnoble réalisation d'un musicien qui reçoit enfin, dans le pays qu'il a tant aimé et si bien servi,\nson brevet de prophète. Les habitués des concerts se voient offrir la première audition de la\nmusique de scène du Ramuntcho de Pierné, l'éblouissante Schéhérazade, la Neuvième\nSymphonie et les prouesses de la charmante violoniste Christiane Roussel. Lyon après avoir\ncréé un Boris français rend hommage au génie réfléchi et profond de Mariotte en donnant le\nVieux Roiy oeuvre de belle tenue et de noble pensée sur un délicat poème de Remy de\nGourmont. Rouen permet à Jules Mazellier de faire sur le public l'essai des vertus drama-\ntiques auxquelles ne purent résister les membres de l'lnstitut le jour où leur fut revelee sa\ncantate de Rome. La foule rouennaise ratifie le vote officiel et fête Graziella. Un des attraits\nde la représentation fut le début scénique du baryton parisien Jules Tordo qui s'était jusqu ici\nconsacré exclusivement à la musique de chambre. Le très vif succès obtenu par ce parfait\ntragédien lyrique nous permet d'augurer favorablement de la brillante carrière theatrale qui\nl'attend et où il saura mériter plus que jamais l'affectueuse reconnaissance des musiciens. A\nsignaler aussi à l'actif du théâtre des Arts, la création de Madame Roland, drame lyrique selon\nla formule Bernède, adroitement mis en partition par Félix Fourdrain. Et Nantes applaudit\nune Sonia de Philippe Ganbert et de Batilliot où tous les éléments de succès du Grand-Soir\nse retrouvent, exaltés et décuplés par une musique extrêmement attachante. C'est également\nau théâtre de M. Rachet que débarque d'Amérique une adaptation scénique de 1 Enfant\nProdigue de Debussy. Cette pièce inattendue a subi son biblique destin : après avoir vécu en\ncompagnie des marchands de pourceaux américains, elle rentre au pays natal ou on 1 accueille\navec d'indulgents transports. Et, toujours comme dans la parabole les autres ouvrages de\nDebussy murmurent discrètement contre cette faveur excessive dont ils estiment avoir mente\nles titres à des bienfaits infiniment plus respectables, Bordeaux se contente de peu : les Deux\nMasques de M. Isidore de Lara comblent son ambition carnavalesque. Il est vrai que les beaux\nConcerts de la Société Sainte-Cécile savent consoler les mélomanes affligés. Marseille vient\nde créer Annette de M. Durand-Boch et récompense le splendide effort de M. de Lacerda en"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.62", "texte": "6o\nS. I. M.\n\nsuivant passionnément les exécutions de son Association Artistique dont les programmes sont\nadmirablement composés et pourraient être utilement étudiés par plus d'un chef d'orchestre\nparisien. Saint Etienne acclame Mme Wurmser Delcourt, muse de la harpe chromatique,\net assiste avec admiration aux passes magnétiques de ses doigts agiles qui ressuscitent les chers\nfantômes de Bach, de Scarlatti et de Rameau. Le Havre a le privilège d'entendre Jane\nBathori-Engel et Motte-Lacroix dans un récital moderne, riche en premières auditions et\nNancy réunit Magnard, Fauré, Ravel, d'lndy, Bach, Glazounow et Mlle Blanche Selva sur\nune affiche qui proclame avec une terrible énergie l'éclectisme de M. J. Guy-Ropartz. L'Est,\nl'Ouest, le Nord et le Midi bougent ! Tenons-nous bien !\n\nBelgique\nNos lecteurs auront rectifié, outre les nombreuses coquilles qu'un chassé-croisé d'épreuves\nentraîna, une petite erreur, aux premières lignes de notre chronique de février. Ce n'est pas\nMM. Kufferath et Cain qui ont remis en son état original le livret de La Flûte enchantée,\nmais bien MM. Prod'homme et Kielin. Inutile de dire que nous donnons volontiers\nacte à notre distingué confrère et collègue de la protestation qu'il fit tenir à notre rédacteur\nen chef. De même Kaatje ne sera pas la seule œuvre belge représentée cette saison à la\nMonnaie, puisqu'on y a repris La Fiancée de la Mer et Milenka de J. Blokx, puisque l'on va\nreprendre Rhéna de Van den Eeden ; mais c'est la seule création voulais-je dire. Personne\nne s'y sera trompé. Le Guide musical fait observer que les musiciens belges ne sont pas\nnégligés à la Monnaie : il tire argument des reprises que je signale, et de Kaatjey sans doute !\nJe ne nie pas la valeur ni la qualité \" nationale \" de ces ouvrages. Toutefois, M. Maurice\nKufferath, directeur de la Monnaie, m'ayant invité à lui citer d'autres partitions autochtones,\nje défère à son désir. U Enquête sur le Théâtre lyrique national, que nous venons de faire,\ndémontra l'existence de nombreux opéras, susceptibles d'être montés sur notre première scène.\nPaul Gilson en possède deux au moins, je pense ; Emile Mathieu, Auguste de Boeck,\nLéon du Bois, Victor Vreuls, Paul Lagye, Dupuis, L. Delcroix, D. Pâque, Eugène Samuel,\nJ. B. Schrey, d'autres, et d'autres encore, réclament la meilleure attention. Ce ne sont pas,\nje ne cesserai de le dire, les œuvres qui manquent, et jusqu'à preuve du contraire, nous sommes\nen droit de les croire viables. Etudions les moyens de les présenter, dans les meilleures con-\nditions, au public, qui les jugera, et les accueillera pourquoi non ? avec autant de bien-\nveillance, voire d'enthousiasme, que les œuvres déjà consacrées. Et même si parfois leur sens\nélevé doit échapper à la grande foule, puisque l'on nous donne, superbement, je le reconnais une\nfois de plus ici, des chefs-d'œuvre d'art pur comme le Chant de la Cloche et Pelléas, je ne vois pas\nde raisons pour condamner nos maîtres au plus injuste des silences.... Mais nous reparlerons\nlonguement, et définitivement de tout cela dans nos conclusions et dans notre livre d'Enquête.\nKaatje a donc vu les feux de la rampe. Le libretto en fut tiré, on le sait, de la pièce\napplaudie de M. P. Spaak. Jouée au Théâtre du Parc en 1908, cette pièce fut le premier gros\nsuccès du théâtre dramatique belge. Elle eut quatre-vingt-dix-neuf représentations. M. Guidé\nconçut alors le projet d'en détacher la trame plus sobre d'un opéra. Il confia ce soin au spécia-\nliste du genre M. H. Cain. L'illustration musicale fut proposée tout d'abord à Paul Gilson.\nMais la grâce un peu mièvre, la sentimentalité naïve, la'facile poésie du sujet convenaient peu,\nsemble-t-il au puissant orchestrateur, épris de fresques somptueuses."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.63", "texte": "LE MOIS\n61\n\nM. Buffin, précisément, dont le poème symphonique venait d'être (19x0) exécuté\naux concerts Ysaye, cherchait un poème. Kaatje le séduisit; il résolut de tenter un\ndébut sous son aimable et gracieuse tutelle. En une année, il écrivit les trois actes que nous\nvenons d'entendre. Beaucoup de nos lecteurs connaissent le drame de M. Spaak. M. Cain\na réduit à trois les quatre actes primitifs. Je dois dire qu'il a beaucoup enlevé au charme du\npoème ; qui était surtout dans les \" longueurs \" littéraires. Je l'accorde, elles eussent pris, avec\nla complicité du discours musical, une réelle monotonie. Mais, la sobriété du livret, se\nbornant à indiquer les situations, à esquisser l'action symbolique, ne va pas sans une certaine\nsécheresse. La condensation des données initiales ralentit le mouvement scénique, cependant\nqu'elle entraîne des raccourcis fâcheux. Le dénouement se précipite : la transition entre le\ndésespoir de Jean et sa joie de retrouver Kaatje avec son affection fidèle est trop brusque,\ninvraisemblable, presque illogique, malgré le commentaire symphonique. On ne nous accusera\npas, je suppose, de vouloir un théâtre de trucs et de ficelles, ni même un théâtre d'action\nnous aimons au contraire le symbole, le rêve, la pure fiction d'immatière.... mais ici, c'est une\naventure très humaine, très simple, c'est une histoire \" familiale \" que l'on nous conte. Elle a\nbesoin, dans ses accents lyriques et dramatiques même, de gestes et d'animation tout extérieures.\nLe jeune peintre Jean quitte les siens, et la claire patrie hollandaise, pour aller étudier en\nItalie. Sa mère et son père pleurent. Kaatje,l'enfant adoptive, qui a grandit avec lui, qui l'aime\nsans en avoir rien avoué encore, cache sa peine et exalte, pour qu'il parte joyeux la terre\nlointaine. Quand il a disparu, elle se jette dans les bras des vieux parents et les console. Au\ndeuxième acte, en la vieille salle calme et lumineuse, tous trois attendent l'enfant chéri, qui\nva revenir enfin... Les amis de Jean, et des amies de Kaatje interrogent aussi la route. Ils\ndonnent prétexte au musicien d'évoquer une sarabande, un peu mélancolique. Or voici que la\nporte s'ouvre. C'est lui ! Mais il n'est pas seul. Avant d'entrer, il explique qu'il a ramené sa\n\" femme \". Le père s'indigne : \" Nos fils, à présent, ne nous demandent plus conseil \"...\n\" Que l'étrangère s'en aille \". La révélation a percé le cœur de la pauvre Elle a étouffé\nun cri d'oiseau blessé dans sa poitrine... La mère implore le pardon de son fils. Le père cède,\net Pomena prend place au foyer. Le troisième acte nous montre l'italienne souffrant de\nnostalgie. Des chanteurs, de son pays, ont passé tout à l'heure. Leur musique, sur la neige,\na laissé comme un rayon du grand soleil natal. Ici, le ciel est brumeux, l'hiver est triste et\nfroid. Elle veut fuir. L'artiste refuse. Pomena s'emporte. Elle s'en ira seule.... Il n'en faut pas\ndavantage. Jean la laisse partir. Puis il tombe, la tête entre les mains ; il se désespère. Des\ncloches sonnent complies. La mère et Kaatje rentrent des vêpres. Discrète, Kaatje éloigne\nla maman. Elle s'assied au carreau et, gentiment, mêle les fils ténus de lin, en fleurs légères\nde dentelle. Sa chanson dissipe la douleur du peintre, comme par enchantement. Il se lève,\nregarde longuement, par la verrière large ouverte, où Kaatje, en robe d'or, brille, fraîche et\njolie, et rose comme tulipe printanière, le paysage verdoyant, avec son moulin lent, là-bas,\net les pommiers fleuris. Il est sauvé. La voix de la terre patriale parle à nouveau en lui. Il va\npeindre ces paysages, où vibre aussi toute la beauté. Et puis... les bras frêles de Kaatje déjà l'ont\nenlacé ; sa jeune joue frôle ses lèvres...\nM. Victor Buffin a enveloppé cette charmante affabulation d'une musique nuancée,\nmenue et subtile, infiniment agréable. Elle a, cette musique, la patine d'un vieux tableau. Elle\nfait flotter sur le décor d'un Vermeer de Delft une fine atmosphère discrètement sonore.\nLes précédentes compositions du musicien étaient remarquables par leur force, par leur allure\nfougueuse, aussi, par la recherche des harmonies, toujours très adéquates au sens des poèmes,\ndans les mélodies ; d'une belle homogénéité dans les pièces concertantes. La distinction reste\nla caractéristique de son travail. J'ai l'impression, toutefois, que M. Buffin se fût senti mieux à"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.64", "texte": "6 2\nS. I. M.\n\nl'aise dans un sujet plus vigoureux, et je pense qu'il a grand tort d'astreindre son inspiration\nmélodique à une rigueur, aune synthétisation dans l'expression harmonique, qui lui coupe trop\ntôt l'essor. Le goût peut être un danger, qui fait craindre l'expansivité libre, le hors-d'œuvre,\nla faute... Quoiqu'il en soit, la partition de Kaatje a de nombreuses qualités. Elle mérite ce\npremier éloge d'être fort bien écrite pour les voix : la déclamation est excellente. L'orchestra-\ntion est d'une grande sûreté, très lumineuse toujours. Quelques pages sont d'une inspiration\ndélicate. Les introductions du premier et du deuxième acte sont certainement de remar-\nquables morceaux symphoniques. La chanson de la dentellière est exquise. M. Buffin a\nintercalé quelques motifs populaires flamands : les chœurs d'hommes et de femmes et le couplet de\nla servante. Ils jettent une note pittoresque dans l'ensemble.\nL'interprétation de Kaatje, sa présentation, furent très soignées. Mlle Heldy, Kaatje\npoétique, est bien digne de retenir le jeune artiste. Mme Charney, qui remplaça au pied\nlevé Mlle De Georgis, souffrante, prête son caractère de brune ardente au rôle de Pomena ;\nM. Girod, silhouette fort bien Jean ; citons aussi les interprètes du Père, M. de Cléry, de la\nmère, Mme Bardo. M. Otto Lohse dirigeait : il eut beaucoup de succès, et remplaça l'auteur,\ntrop modeste, que le public réclamait au chu du rideau. M. le baron Bufïin, brillant officier, il\nest commandant d'Etat-major, et officier d'ordonnance du Roi Albert ce qui ne l'empêche\npas, on le voit, de faire de la vraie musique craint-il le feu des bravos ?\nRené Lyr.\n* *\nLe même M. Lohse diriga le premier u extraordinaire \" concert Ysaije. Le programme\nen était tout entier consacré à Wagner. L'ineffable Prélude de Tristan fut pris par le célèbre\ncappel-meister dans un mouvement d'une lenteur désespérante —j'entends, désespérante parce\nqu'il ne met d'accent dans les mouvements. Il semble ne pas sentir - j'ose ce sacrilège\nfroidement la passion, la sublime passion qu'il y a sous cette langueur vespérale et volup-\ntueuse. Si son intention fut de ménager la transition avec la Mort d'Yseult, qui suivait\nimmédiatement, le moyen est regrettable. La marche funèbre de Siegfried, et Tanhâuser furent\ntrahis aussi par l'éminent chef d'orchestre. La partie vocale était tenue par Mme M. Kurt et\nM. Hensel. Ils chantèrent bien le duo de la Walkyrie. Signalons pour ce mois : le troisième\nconcert des Compositeurs Belges. Au programme : la sonate de G. Lekeu, le trio de Vreuls,\ndeux pièces pour piano de A. Van Dooren, et des mélodies de Sarly. Intéressante séance,\npar Mlle G. Schellinkx violoniste et Marguerite Rollet, de la Monnaie, Salle nouvelle.\nMlle J. Samuel y donne aussi son concert amuel, où nous remarquons quelques lieder de sa compo-\nsition, fort bien venus. Lequator Capet nous offre sept séances délicieuses, dont la dernière aura la\ncollaboration du jeune pianiste Richards. Le quatuor Carpay interprète plusieurs œuvres reli-\ngieuses de Tinel, avec A. de Boeck, organiste. Le quatuor Schiïrg révèle, au cercle artistique, un\nquatuor de E. von Dohnanyi, œuvre puissante, magistrale. S'inspirant de M. P. Ginisty,\nMmes la vicomtesse de Sousberge et la comtesse d'Oultremont composent un programme d'œuvres\nde Souverains authentiques : le prince hindou Soudraka, Napoléon, Louis XVIII, Frédéric le\nGrand. Poèmes, chœurs, ballet, drame, avec musique archaïque de Mêlant.\nR. L.\nNomination. C'est M. Paul Lebrun qui vient d'être désigné à la succession de Léon\ndu Bois comme directeur de l'Ecole de Musique de Louvain. Né le 21 Avril 1863, l'excellent"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.65", "texte": "LE MOIS\n63\n\ncompositeur a donné plusieurs poèmes symphoniques, des chœurs, des mélodies, et un opéra\nLa Fiancée (TAbydos. Il était professeur au Conservatoire de Gand.\nFédération des Artistes Wallons. Le comité définitif de la section musicale dont\nS. I. M. est l'organe officiel vient d'être constitué. En font partie : MM. Eugène et Théo\nYsaije, Mathieu Crickboom, Victor Vreuls, Joseph Jongen, Sylvain Dupuis, A. Biarent,\nN. Daneau, René Lyr. A l'occasion de l'exposition de Mons, en septembre, des auditions de\nmusique, moderne surtout, seront organisées par ce dernier, avec le concours de virtuoses\nwallons.\n\nLE FORGERON DE LA PAIX\n\nPremière représentation, au Théâtre lyrique néerlandais\nd'Anvers, du drame lyrique DE SMID VJN DEN\nVREDE (le Forgeron de la Paix), paroles de M. Monet,\nmusique de M. Schrey.\nCe titre d'une chanson populaire n'évoque pas précisément le sujet de la pièce de\nM. Monet. Le Forgeron et la Paix qu'elle chante sont vraiment peu... banals. Qu'on en juge.\nLe village de frontière anglo-écossaise Gretna-Green est célèbre par la facilité avec\nlaquelle on y convole, sans péage, en justes noces. La légende a personnifié ce séjour sous les\naspects d'un forgeron gai marieur. Ce forgeron Fergus Macdonald habite les rivages\ndu lac Lomond, au pied de la montagne Ben-Lomond. Chaque année, aux fêtes de la Pentecôte,\nil unit les couples désireux de contracter mariage. Il remet aux époux un anneau d'acier\nforgé par les gnomes, habitants des cavernes de Ben-Lomond. Cet anneau possède le magique\npouvoir de rendre à jamais fidèles ceux qui le passent aux doigts. Toutefois, ce merveilleux\nprivilège cesse dès qu'un rayon de soleil vient à toucher la bague avant qu'elle soit ouvrée. Un\nsortilège maléfique le remplace, qui disjoint les époux. Or, depuis les siècles, deux clans (tribus\nécossaises) sont en guerre. Les Macdonald et les Macfarlane. Ceux-ci ont vaincu naguère les\nancêtres du forgeron et pour prix de la victoire, exigé leur plus belle fille pour un de leurs\ngars. Cette union fut tragique : la jeune épousée s'étant jetée, et noyée, dans le lac Lomond.\nDepuis, son fantôme apparaît, au clair de lune, chaque fois qu'une Macdonald sacrifie son\namour et se laisse unir contre son gré. C'est la Dame Blanche, dit-on. Un caïrn, tas de pierres\nsurmonté d'une croix, a été élevé à l'endroit d'où la victime s'est élancée. Tout passant y\najoute un caillou. C'est à côté de ce caïrn qu'est située la forge de Fergus.\nCelui-ci a formé le dessein de pacifier la vieille querelle. Par le moyen des anneaux\nmagiques, il va tenter de réconcilier les clans ennemis. Il a promis sa propre fille Nelly 3\nRobert Macfarlane. Nous sommes au point du jour. Le joueur de cornemuse de\nla tribu Macdonald aime la fille de Fergus en silence. Il sait qu'elle est destinée à Robert et il\nen souffre, mais la Dame Blanche lui apparaît et lui annonce que tout espoir n'est pas perdu.\nEvan s'éloigne. Le forgeron apparaît. Il vient réclamer aux gnomes les anneaux d'épousailles,\npour la cérémonie du lendemain. L'une des bagues est inachevée. Fergus la prend quand même,\nse promettant de la finir. Les gnomes fuient, car l'aube s'éclaire, et Nelly s'approche. Il lui a\nsemblé dans son sommeil entendre le chant mystérieux de la Dame Blanche. Son père l'attire\nauprès de lui, il lui demande si nul autre sentiment ne l'empêche d'aimer Robert ; sur sa"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.66", "texte": "64\nS. I. M.\n\nréponse affirmative, sans y prendre garde, il lui remet l'anneau fatal. Restée seule, la jeune\nfille invoque la Dame du lac et la supplie de lui pardonner le mal qu'elle pourra faire à un\ncœur ignoré. Elle a levé la main; à cet instant même, le spectre de la morte écarte les bran-\nchages derrière lesquels le soleil s'est levé : un rayon vient glisser sur le métal.\nAu deuxième acte, c'est la fête du mariage. Elle a été un peu troublée par Evan qui\nchanta la triste ballade de la Dame Blanche. La fiancée le lui a reproché avec violence, ce qui\nrévèle au pauvre joueur de cornemuse qu'elle aime vraiment Macfarlane. Ici se placent les\nrites nuptiaux, d'une allure plutôt comique. Puis c'est le troisième acte, devant la forge de\nFergus. La nuit règne, les derniers feux de joie s'éteignent sur les coteaux. Evan clame sa détresse,\ntandis que le forgeron et ses hôtes conduisent à leur home nuptial les nouveaux mariés. Mais à\npeine Robert et Nelly se trouvent-ils seuls, que la jeune femme repousse son mari. Le pouvoir\nde l'anneau s'exerce. Robert, indigné, court ameuter sa tribu. Nelly implore la Dame Blanche;\nelle a senti, confusément, qu'elle aimait quelqu'un d'autre... Le fantôme, quoiqu'invisible, lui\nrévèle qu'elle saura le nom de l'aimé aux premières lueurs du jour. Bientôt, Evan arrivé, et les\njeunes gens s'expriment leur passion. Robert revient sur ces entrefaites, accompagné de ses\npartisans. Il brise le balai magique, symbole du pouvoir de Fergus, et il en jette les débris\ndans le lac, ce qui suscite un tremblement de terre. Robert reproche à Fergus d'en\nêtre cause, et d'avoir abusé le peuple par ses sortilèges. La foule maudit le forgeron. Soudain,\nle sol s'entr'ouvre, et Fergus y disparaît. Les Donald chassent les Farlane. Nelly tombe dans\nles bras d'Evan. La Dame Blanche, alors, annonce qu'elle n'apparaîtra plus, puisque jamais\nplus, un cœur de vierge ne sera sacrifié à la chirrière de la paix.\nLe caïrn se fleurit de roses, les cloches sonnent, et le peuple entonne des chants d'allé-\ngresse. \" Uamour est libéré. La paix sur terre ne vaut pas le sacrifice dyun amour. U amour, c'est la\nvie, et la vie, c est le combat ! \"\nTel est le symbolisme de cette oeuvre étrange, Vouloir pacifier les peuples est chimère.\nL amour entre les races différentes est impossible. Des forces obscures et mystérieuses s'y\nopposent, au nom du passé, au nom des morts qui ont souffert et dont les âmes nous dirigent,\nLa terre elle-même fait une tombe à l'idéal, au rêve fou du forgeron. Il faut bien accepter la\nloi de la vie.\nLa partition de M. J. B. Schrey est bâtie selon la formule wagnérienne. On peut\ngrouper en trois catégories les quelque trente thèmes qu'elle fusionne : les thèmes de personnes,\nles motifs évoquant les objets (l'anneau, le balai, le soleil celui-ci est des plus significatifs de\nl'ouvrage), enfin les thèmes représentatifs d'idées ou de sentiments. Evidemment, ils sont\nmodifies sans cesse. L orchestration offre quelques particularités : chaque groupe d'instru-\nments, encore une fois suivant la tradition wagnérienne, est représenté par quatre unités.\nTubas et bassons sont au complet. Quatre bugles, quatre saxophones complètent l'ensemble\ninstrumental qui comprend 84 exécutants. M. Schrey a tiré de puissants effets de cet\norchestre. Le seul reproche qu'on pourrait lui faire est que les voix sont écrasées sous son\ndéchaînement. Signalons parmi les pages remarquables : la forge des gnomes avec le martèle-\nment des bijoux magiques rendu par une sorte de carillon qu'accompagnent, en sonorités\nfantastiques, les instruments à vents. Cette scène est très curieuse. Des rythmes très animés"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.67", "texte": "LE CARNAVAL A BALE"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.68", "texte": "5\n\nLE MOIS\n65\n\ndessinent l'acte du mariage, où la Ballade de la Dame Blanche fait passer sa mélancolie, en\nun motif archaïque d'une grande simplicité. La scène entre Nelly et Evan, aux effets gradués\nsavamment, est d'une belle ampleur. Le cortège des noces met en scène une foule bizarrée,\nextrêmement pittoresque dans les costumes écossais, de cent cinquante personnes. Le chœur\nest de puissante sonorité. Quelques pages d'un vif intérêt musical, au 3e acte, surtout le duo\nd'amour, qui marque le sommet émotif de l'œuvre. Un charme mystérieux empreint l'adieu\ndu fantôme. L'allégro final est d'une belle envolée.\nM. J. B. Schrey a attesté une fois de plus, dans le choix de son livret, et dans son effort\nmusical, de la ferveur, du respect et de la conscience artistiques qui l'animent. Je lui réitère\nmon admiration. Le Forgeron de la Paix est l'œuvre d'un musicien consommé, d'un artiste\nsincère, autant que probe et modeste. Elle est en tous points digne de l'accueil enthousiaste\nque lui a fait le public anversois, et nous espérons qu'elle se maintiendra au répertoire.\nM. Henri Fontaine a monté le Forgeron de la Faix avec un luxe de mise en scène un peu\nnaïve. L'interprétation mérite tout éloge : Mme Seroen (Nelly) ; MM. Collignon (Fergus),\n80l (Evan), Daman (Robert) ; Mlle Buyens (La Dame Blanche), Mlle Noos (un gnome).\nL'orchestre, sous la conduite de l'auteur, son vaillant chef, fut d'une homogénéité, d'une\nsûreté, d'une souplesse admirables.\nC'est avec joie que nous inscrivons la nouvelle victoire que remporte le Théâtre lyrique\nbelge, que M. J. B. Schrey a tant servi depuis dix ans. La plupart d'entre nous lui devons en\neffet la révélation de nos ouvrages. Notre satisfaction est doublée cette fois, puisque celui qui\nfut à la peine est à l'honneur.\n\nPaul Gilson.\n\nÉtranger\n\nLE CARNAVAL A BALE\nLa \"Basler Festnacht \" n'a pas l'universelle renommée des carnavals de Venise ou de Nice.\nElle n'en a pas moins sa précieuse originalité, elle mérite bien d'être mentionnée dans une\nrevue de musique.\nLa population de Bâle, environ 140,000, ne comprend guère que 22,000 bourgeois de\nla ville. Le reste est formé par des Suisses de divers cantons, des Badois, et beaucoup\nd'Alsaciens, émigrés après la guerre. Malgré ce mélange des nationalités, Bâle a su conserver\nintact le vieil usage médiéval des montres et des défilés et lui garder un caractère local tout à\nfait curieux. Voici comment les choses se passent :\nUn mois avant les jours gras paraît dans un Bulletin Officiel de la Ville, un arrêté\nautorisant temporairement l'exercice du tambour jusqu'à neuf heures du soir. Et aussitôt\ncommence, dans tous les quartiers à la fois, la plus extraordinaire débauche de tambourinage\nqui se puisse concevoir. Malheur à qui n'apprécie pas le son de la peau d'âne ; il vaut mieux\npour lui s'exiler de sa bonne ville de Bâle. De toutes les maisons, durant ce mois sonore, sort\nune voix percutante et grave produite par le u Basler Trommel\", sorte de grosse caisse claire\nmesurant jusqu'à 60 centimètres de diamètre et autant, sinon plus, de hauteur. Partout la\nvibration se propage et le bruissement s'étend.\nCette tyrannie du tambour est essentiellement bâloise. Partout on joue du tambour —~ un\ndes plus vieux instruments du monde mais nulle part on n'a érigé ce jeu en véritable sport"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.69", "texte": "66\nS. I. M.\n\nnational ! Que dis-je ! C'est un art, avec ses lois, ses traditions et ses manifestations. Car\nl'artiste ne se borne pas à promener sa caisse dans les rues. Il existe de véritables Concerts de\ntambour, dont l'auditeur le plus prévenu est obligé de reconnaître le caractère musical. Dans\nles mêmes salles ou s'exécute en temps ordinaire le répertoire habituel de nos concerts\nsymphoniques, se groupent 20 ou 30 tambours, pour donner à un public attentif un avant\ngoût des délices du Carnaval. C'est comme une répétition générale. La salle est comble, et\non n'enlèvera à aucun des Bâlois l'idée qu'une exécution de ce genre ne vaut pas celle de\nn'importe quelle œuvre, fut-elle d'un maitre reconnu et populaire.\nLe succès unanime de ces concerts, l'entrainement de tout un peuple de tambours,\nprépare àla grande solennité du Morgenstreich. C'est ainsi que s'appelle le premier acte du\nCarnaval. Il a lieu, non pas le mardi gras, mais huit jours plus tard, dans la nuit du dimanche\nau lundi. A quatre heures du matin, tout la ville en attente s'ébranle aux sons d'une infinité de\nrataplans, patiemment étudiés. Une douzaine de groupes appelés cliques se sont formés dans les\ndifférents quartiers. Chacun organise un cortège à sa guise et, sans se soucier des groupes,\ncomprend son orchestre obligé, de tambours bien souvent aussi de petites flûtes, qui encouragent\nle sentiment mélodique, et enfin des lanternes. Oui, de gigantesques lanternes portées à dos\nd'homme et sur lesquelles sont représentées force charges et caricatures burlesques, grotesques,\nsans pitié pour toutes les célébrités bâloises. Ainsi par exemple pour tourner en ridicule la\ncommission du Nouveau Musée de Baie, commission qui siège depuis des années sans pouvoir\naboutir, on dressera un énorme colimaçon, portant l'édifice futur du Musée, et dont la coquille\npeinte, éclairée à l'intérieur, montrera les différents membres de la commission ; le tout sera\nsur les épaules de masques costumés en gardiens de Musée avec un grand point d'interrogation\nen fer blanc sur leur casquette. Il n'en faut pas plus aux Bâlois pour descendre dans la rue en\npleine nuit d'hiver et suivre allègrement la poussée de la foule enchantée.\nPuis le jour du lundi se lève, la foule se disperse et retourne à ses occupations. Quelques\nbandes d'enfants parcourent encore les rues en tambourinant, afin d'entretenir l'atmosphère\nvibratoire, et de ne pas interrompre le règne de \" Peau d'âne\". Mais bientôt arrive l'après-\nmidi. C'est alors que cortèges, cliques etc.... déploient toute leur gloire, Des cavaliers précèdent\nles goupes, et un tambour-major guide les fidèles tambours. Il n'y a pas bien longtemps encore\nque ce tambour-major jetait en l'air une canne à la pomme dorée.. Les trolleys modernes ont\ncondamné cette fantaisie. La foule n'en est pas moins excitée. Les masques circulent. Les\nchars s'avancent pourvus de leurs décorations, de leurs groupes satiriques ; serpentins et\nconfettis sont de la partie, et des oranges sont lancées d'en bas aux spectateurs des fenêtres,\nnon sans quelques bris de carreaux. Nous sommes ici dans les conditions habituelles et tout\ns'achève normalement, à grand renforts de tambours, comme bien on peut le penser.\nTel est le Carnaval de Bâle. Sa musique est de persuasion, et elle sait faire vibrer tout\nune population par le seul choix des rythmes. L'historien pourrait ici ouvrir le cycle de ses\nérudites considérations. Comment en plein XXe siècle le simple percussion rythmique suffit\nelle à toute une vie musicale ? Par quels secrets, par quels procédés arrive-t-on à musicaliser\nle tambour et à l'introduire en soliste jusqu'au cœur du concert ? Pour répondre à tout cela il\nfaudrait étudier de plus près que nous ne pouvons le faire, la technique des batteurs bâlois.\nLeur art se transmet par tradition ; on peut à peine le noter, et je ne me figure pas bien\ncomment on en donnerait la représentation graphique et scientifique. Tout ce que j'ai\nremarqué c'est la lenteur du tempo, (environ 95 pas à la minute). Plus les rythmes sont\nretenus et mesurés, plus la foule se sent attirée et les suit. Un jour peut-être publiera-t-on le\nrépertoire du Bassler Trommel. Ce serait une œuvre à tenter.\n\nAd. Zinsstag"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.70", "texte": "LE MOIS\n67\n\nExtrême Orient\n\nWESTHARP ET LE POINT DE VUE ORIENTAL EN MUSIQUE.\nNous avons reçu la lettre suivante de notre excellent collègue Gabriel Lefeuve et nous nous empressons\nde la communiquer à nos lecteurs.\nMon cher ami,\nf\\ 1 V /fi i\nDans son numéro du La Revue Musicale S. I. M. a présenté sous la signa-\nture de son correspondant de Tokyo, Ingram Bryan, des idées assez nouvelles et qui nous\nmontrent de quel point de vue nous devons nous autres Occidentaux, juger la musique d'Orient.\nVous sou venez-vous d'avoir déjà entendu soutenir une thèse semblable par notre collègue\nA. Westharp, au grand scandale de beaucoup d'entre nous ? Vous souvenez vous de la\npropagande acharnée, et toute récente encore de notre collègue, en faveur de la prééminence de\nla musique orientale, sinon en pratique du moins en théorie? Ici c'était un article du Bulletin\nde la Société Franco-Japonaise de Paris (sept. 1911), une causerie àla Japan-Society de Londres\nsous ce titre hardi : \" Japan ahead in music \" (Le Japon à la tête du mouvement musical), et\nenfin une conférence au musée Guimet le 30 mai de l'année dernière, conférence qui restera\nfameuse par l'ampleur de ses développements et par la très curieuse musique de koto, dont\nMlle Utagawa voulut bien l'illustrer.\nOr Westharp, nous devons le dire à l'honneur de la perspicacité occidentale, Westharp\nva encore plus loin que Bryan. L'évangile qu'il s'efforce de prêcher devant nous avec un zèle\ncommunicatif est celui-ci :\nTout d'abord tel un Walther des Maîtres Chanteurs, ombre théâtrale de notre grand\nrévolté Jean-Jacques Westharp fait table rase de toute notre technique musicale occidentale.\nLa musique dont il fait honneur aux races de l'Orient et pourquoi pas ? c'est celle au\npassé plusieurs fois millénaire, épandue partout comme la fleur des champs, recueillie aux lèvres\ndu peuple, libre dans son rythme et 'dans son intonation. C'est le folklore, seul chant naturel,\nseule expression directe de l'âme, seule source saine de l'idéal ! Ce ne saurait donc être ce qu'il\nappelle lui-même : \" un art atrophié dont notre inconscience tire vanité, un produit tératologique\nné d'hier dans la couveuse de Jean-Philippe Rameau, déformé par nos systèmes, nos instruments,\nnotre notation grossière... \"\nWestharp, pour atteindre le concept oriental, se libère de toutes barres de mesures,\ns'indigne abondamment contre nos instruments à tempérament égal, appelle de ses vœux une\nnotation nouvelle, une lutherie invraisemblable, qui ne reculerait pas devant la division de\nl'octave en 104 parties. Il s'efforce surtout d'échapper à cette sorte d'envoûtement que notre\nmélodie subit de la part de l'harmonie. Il conjure la magie des gammes qui torturent notre\nmusique dans l'étreinte barbare des deux modes majeurs et mineurs, libère la tonalité des\nséductions de la polyphonie scélérate. Westharp retrouve le charme de la mélodie pure.\nAinsi redevenu monodiste conscient, et ayant rejeté tout européanisme, Westharp nous\ndévoile les principes d'un orientalisme intégral.\nCeci consiste avant toutes choses, à s'efforcer de goûter le son pour le son, à écouter\nchaque note isolée, ou au plus par groupe de deux, de trois, - à puiser notre émotion dans les\nseules variations d'intensité de cet élément sonore, dans le crescendo pt le decrescendo qui est"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.71", "texte": "68\nS. I. M.\n\ntoute sa vie psychique. Nous arrivons ainsi aux antipodes de notre accoutumance, et nous pouvons\npasser à l'étude d'axiomes comme ceux-ci :\nLa lenteur du mouvement sera proportionnelle à /'importance du sentiment a exprimer, le\nmaximum d? effet s\"*obtiendra donc par un rallentendo, non par un precipitendo, La descente vers\nle grave, et non Pascension vers /'aigu est dynamique, la dissonance doit être la normale et la\nréglé, la consonnance /'exception, etc....\nVoilà les secrets de cette adaptation à la musique orientale, que nous a livrés Westharp,\navant de partir lui-même vers ces régions lointaines, encourager tous ceux qui tentent le réveil\nde la culture des musiques indigènes. Westharp est parti pour saluer de la part du jeune\nOccident Misaelidés en Grèce, Meschakah à Damas, Sourindo Tagore à Calcutta, et Tomoyeshi\nTomiogi à Tokyo. Et c'est en vain que, de Smyrne à Honolulu, les nations achèteront nos\nharmoniums, clameront nos cantiques dans les écoles, se rueront vers nos phonographes,\norganiseront des fanfares et des conservatoires à l'instar de Paris ou de Berlin.... Westharp est\nbien résolu à prêcher la bonne parole jusqu'au pays du Soleil Levant et du Matin Calme.\nCes idées sont nouvelles. Elles paraissent encore subversives. Mais le fait même qu'elles\nse présentent simultanément à Paris, Londres et à Tokyo, sous la plume d'un Bavarois comme\nWestharp, ou d'un Américain comme votre collaborateur I. Bryan, prouve bien qu'elles\nreposent sur quelques réalités. 1 Au lieu d'examiner la musique orientale au point de vue\nEuropéen, nous nous mettons enfin à la considérer de son propre point de vue, ou de ce qui\nnous semble tel. Demain, avec Westharp, nous arriverons à regarder l'Occident musical avec\nla mentalité d'un oriental. Pourquoi pas ?\nCroyez bien\n1 Elles étaient doucement formulées (à la Boîte à Sardines) dans une conférence de M. de Ménil sur la\nMusique de VAvenir ce dimanche 2 mars dernier.\n\nGabriel Lefeuve."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.72", "texte": "Les Faits au Mois\n10 FÉVRIER AU 10 MARS\nSwift.\nRéveil annuel de la Momie de Mv Fanelli, atteinte de la fameuse\nmaladie du sommeil depuis 1883. Le D 1 Gabriel Pierné la présente aux\nspectateurs du Châtelet. Une foule cruelle, en constatant la maigreur\nsquelettique de la rescapée ricane férocement. Cédant aux pressantes\ndémarches de MMr* Xavier-Leroux et Albert Carré, /'autorité ecclésiastique\na accordé exceptionnellement aux cloches qui ont signé un\nengagement a VOpéra-Comique pour la création du\nCarillonneur5 une dispense du traditionnel voyage a\nRome qu elles auraient du précisément accomplir au moment ou passera cet\nouvrage. Le violon d'lngres : les gens de lettres continuent a envahir\nméthodiquement le domaine de la musique : le Figaro nous apprend que Georges\nCasella exécute des Concertos de Bach aux Thés-Marigny, Comedia nous révélé\nque Ml' Gabriel Faure a pris la Direction du Conservatoire et le programme\nofficiel du théâtre des Arts nous affirme qu Ernest Gaubert est Vauteur de la\npartition du Rêve. U outrecuidance des amateurs devient réellement stupéfiante!\nL'affaire de W. Rust, le Précurseur rétrospectifs trouble profondément la\nconscience des amateurs de musique ancienne : on se documente fiévreusement sur\nles petits-fils de Monteverdi pour découvrir la part de responsabilité qu'ils\npeuvent avoir dans le génie de leur grand-pire. JË* Melle Lucienne Bréval a\ncommence a Monte-Carlo un salon en point de Beauvais\nquelle compte venir achever à Paris. Claude\nDebussy inflige aux plus illustres virtuoses contempo-\nrains une petite leçon de piano.\nMalheureusement il a cru devoir\nflatter les plus basses passions de la\nfoule en donnant d'un de nos géné-\nraux (le Général Lavine, précise le\nprogramme) une caricature révol-\ntante d'inconvenance. Les antimili-\ntaristes exultent, mais Vauteur de\ncette injurieuse bouffonnerie sera\npoursuivi pour outrages a Varmée,\njoué la Damnation de Faust.\nUAssociation des Concerts Colonne n a pas\nCroquis cTEmmanuel Barcet."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.73", "texte": "L'Édition\nMusicale\n\n1 Durand\n5 Demets\n9 A. Leduc\n2 Novello\n6 Rouart Lerolle & Cie\n10 Elkinl(London)\n3 Hofmeister (Leipzig)\n7 A. Z. Mathot\n11 Janin (Lyon)\n4 M. Jumande\n8 Hamelle\n12 Aubitsch (Innsbruck)\nPOUR ORCHESTRE. Nous avons ici, tout d'abord, une série de petites partition\nd'orchestre dont l'apparition réjouira tous les amis de l'école française moderne, surtout les\nchefs d'orchestre étrangers. Car, dans le monde entier, une curiosité singulière commence à\ns'emparer du public. On s'aperçoit non sans stupeur que, pour avoir du nouveau, en\nfait de musique symphonique, il faut tourner les yeux vers la patrie de Boïeldieu et d'Auber...!\nRompant avec les traditions cachottières de l'édition musicale parisienne, une maison\nlibérale (i) nous comble de ces petites partitions d'étude. Ainsi paraissent la Rhapsodie pour\nclarinette et orchestre de C. Debussy, le Jo et un extrait dy Au\nMarguerite de Roger-Ducasse, les Valses Nde Ravel, et ces inoubliables\nde Roussel. Œuvres que connaissent nos lecteurs par les comptes rendus des concerts, et\nsur lesquelles ils n'attendent pas de nouveaux commentaires.\nD'autres visions symphoniques nous parviennent sous forme de réduction de piano. \"\nnous, les faiseurs de musique et de reve\" (2), clame un vaste oratorio de Edward Elgar (2),\n\" The Music Makers \" habile certes, et digne de louange, mais d'un art qui se rattache à\nl'école de Leipzig, celle de Mendelssohn, et de Reinecke. Que M. Elgar ne nous en veuille\npas, nous sommes si mal placés, de ce coté du détroit, pour juger un style dont aucune\naggressivité ne vient altérer la confortable humeur ! Par contre l'excellent Paolo Litta\net sa Déesse Nue, (3) (poème ésotérique, pour piano, violon, triangle et danseuse) mettent nos\nnerfs entraînés à une dure épreuve. Nous avons déjà parlé des idées esthétiques dont Litta\npoursuit la réalisation, il convient d'ajouter que sa musique, ultra-surchargée, doit nécessaire-\nment réclamer l'aide et le complément d'une plastique nue. La danseuse dévêtue fera jaillir\nces formes enchevêtrées ; il faut un corps sous ce vêtement sonore. Pourquoi le Théâtre des\nArts ne tenterait-il pas l'expérience ?... Deux sommeils nous invitent à l'apaisement : celui\nde Guy Ropartz, A Marie endormie (1) et celui de Canope (1) de Gustave Saiïiazeuilll,\nl'un d'une adorable douceur, tout en teintes plates et qui rappelle le divin Chausson, l'autre\nbruissant, frémissant, abondant et largement développé, à la manière de d'lndy.\nPIANO A DEUX MAINS. C'est au détour du clavier que nous attend le gros des\ntroupes musicales. Tenons-nous bien. Si nous cédons à l'aimable Persuasion (4), valse lente de\nClaude Chandon de Briailles, bientôt surgira la (5), de René\nChansarel, et les Feuilles d'Album s'agiteront sous les mains expertes de M. Edouard\nBron, (5) OU de M. Philippe Jarnach, (1) pour laisser passer le subtil Erik Satie, le\nmusicien de la Porte Héroïque du Ciel', des Gnossiennes, des Pièces Froides (6) et des Préludes"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.74", "texte": "LE MOIS\n71\n\nFlasques ! (5) Les éditeurs s'arrachent maintenant ce recordman de l'amorphie, qui a juré de\nmettre à quia la tonalité et la carrure. Tout se tient cependant dans ces pages, parce que\nrien ne s'y tient. C'est-à-dire que l'absence de toute forme convenue produit, en fin de compte,\nune impression de satisfaisante logique. Mais que Satie prenne garde! S'il construit, il est perdu.\nDerrière ces fourrageurs, qui fondent sur nous en ordre dispersé, j'aperçois Roussel et sa\nSonatine (1) de précision, à laquelle on ne peut guère résister. Albert Roussel est en train de\nse faire un style. Sait-on ce que cela représente d'indépendance et de conscience artistique ?...\nJean Neymarck préfère se servir d'armes habituelles et sa Sonate (6) logiquement paisible,\nintéressante d'ailleurs, révère les classiques. Mais que dire de M. Artance qui s'édite lui\nmême et qui certainement on ne saurait reprocher de manquer d'ingéniosité, dans sa Sonate\nBi-harmonique ou dans sa Sonate des quatre éléments ? Si j'avais la place je distinguerais en\nM. Artance l'homme à idées et le compositeur. L'un nous montre les quatre états du monde,\ncomme s'il avait étudié avec Arfagard lui-même, il s'impose à nous par son Torrent, piece\nbi-mondale, style du XVIIIe par son Ruisseau, piece omnitale, style du XIXe siècle et par sa\nMer, bièce sextonique, style XXe siecle. Mais l'autre, le musicien ne me semble pas avoir trouvé\npar ces détours de l'intellect de nouvelles voies vers une musique inconnue. Ces sonates, malgré\nleurs intentions restent de la musique, de la bonne et solide musique, où plane un parfum\nd'orgue et qui révèlent un homme ami de l'art. Les conceptions hardies qui les ont inspirées\n(suppression des barres de mesure, armature sur une seule des deux portées etc...) ne donnent\npas un résultat sensiblement différent de ce qu'on peut attendre de notre muse occidentale,\ndepuis qu'elle a passé par les bras d'un Schumann ou les mains d'un César Franck. Pourquoi,\noui, pourquoi ?\nMM. Machabey 6t Dupin, ne me laissent pas le loisir de méditer cette question. Les\nSix Préludes brefs (6) du premier et la Sonate (1) du second, s'élancent en bon ordre pour nous\nrappeler que tout n'est pas rose dans la vie, fut-elle musicale. Il faut faire front contre une\ntelle musique, je veux dire qu'il faut la prendre absolument au sérieux, ou la fuir. Car elle est\nfaite de pure expression subjective. Sans souci des charmes de la forme, sans préoccupations\npittoresques, sans égard pour le plaisir sensuel de l'oreille, sans craindre ni le dieu de l'Ecole\nni le diable de la Critique, les musiciens de ce groupe, auxquels on pourrait adjoindre Fanelli,\npar exemple, se prennent à extérioriser violement, crûment, agressivement l'âpreté de leur moi.\nEt c'est encore, et toujours de la musique, notre art ayant justement cette supériorité sur tous\nles autres de ne pas faire partie des Beaux-Arts. Mais oui, c'est Vinforme hurlant dont parlait\nHugo, et dans lequel le dynamisme de l'expression est tout, veut être tout, aux dépens de tout.\nChose singulière le Français, si sociable, si enrubanné jadis, aux temps des Fêtes Galantes\nreprésente aujourd'hui en Europe ce que le musicien peut avoir de plus intraitable, de plus\njaloux dans l'expression des sentiments personnels.\nMais échappons nous en suivant les Sillages (1) de Louis Aubert fluides, ultra-modernes,\net si souples, si tendrement irisés. Je les préfère à la précédente Suite Brève pour 2 pianos.\nINSTRUMENTS. Nous avons peu à peu obliqué vers le camp de la Société\nMusicale Indépendante. Nous y sommes reçus par l'admirable (i) de\nRoger-Ducasse, le compositeur le plus subtilement, je dirai presque le plus méthodiquement\ncompliqué de cette jeune école. Le bon goût et la chaste mesure s'allient de curieuse façon\nchez ce musicien avec une singulier désir de la folle intrigue ; et aucun n'est plus entraîné\nque lui à la poursuite de l'insaisissable. Jeu dangereux, mais exquis. En tout cas bien français.\nSoyons maintenant espagnols avec les Flores de de Cassado, capricant morceau\nde violon et piano. Soyons Italiens avec deux idem de M. F. de Guarnieri (5) Moto perpetuo"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.75", "texte": "72\nS. 1. M.\n\net Sognando. Soyons romantiques avec la Suite de ce nom de M. Maurice Reuchsel,\nou encore Franc-Comtois avec les œuvres de C. Bourdeney, (9) de facture sérieuse et de si\nhautes tendances. Soyons cosmopolites avec trois pièces, violon et piano de Bella Edvards(s).\nEt redevenons enfants pour applaudir à la Ronde des Eléphants (5) fantaisie pour 2-violoncelles du\ntrès bien doué Louis de Crévecœur. Et passons, non pas au Déluge, M. Saint Saëns\nnous en voudrait mais au chant, à ce chant humain, qui mérite bien de conserver sa place\nà côté de la voix des instruments.\nCHANT. Peu de choses d'ailleurs. Quelques mélodies de Maurice Reuchsel ;\ndeux autres de Cyrill Scott (10); et trois encore de Philippe Jarnach (1) ; dont on a\ndéjà vu le nom plus haut. J'aime, je l'avoue, la touche un peu mystérieuse de M. Jarnach,\ndont j'ignorais l'existence, et qu'il m'est difficile de juger sur ces quelques pages.\nA ce léger bagage, il convient d'ajouter quelques œuvres que réunit le lien assez lâche de\nla religiosité. Voici la suite des Messes de Dumont (11); que l'abbé Brun restitue en leur\npremière forme, et qu'il pourvoit d'un accompagnement à 3 parties. Voici une Cantate (12)\ndu Père Zahlfleisch. Une Messe pour voix moyenne seule (11) de St Requier, et une\nprésentation du grégorien du Jour de Pâques (11) par l'abbé Brun. Enfin un essai après\ntant d'autres pour accompagner le Chant des Offices, par l'abbé L. Jacquemin (Institution\nS*. Charles à Chauny, Aisne), dont notre ami Gastoué garantit les mérites.\nSortons de la liturgie, pour saluer le Stabat (7) d'E. Moor, écrit d'une plume aisée, le\nChoral Obstinato (1), pour voix et orgue de Laurent Cellier et le très poignant, très digne\net très beau In memoriam (1) composé par Maurice Emmanuel sur un poème de Vallery-\nRadot. Que la grâce de cette musique nous sanctifie. Amen.\n\nV. P."}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.76", "texte": "Le Dîner de la Revue\ncroquis de Bernard Naudin\nNotre seconde réunion du 11 février vint confirmer le succès de la première. Pour répondre\nà toutes les sympathiques adhésions qui affluèrent à nos bureaux, l'Elysée-Palace dut mettre à\nnotre disposition son grand hall où furent\ndressés, par petites tables fleuries les cent\ncinquante couverts de nos aimables con-\nvives. Reconnu MMmes Lucy-Vauthrin,\nDuvernois, Valentine de Saint-Point, Tou-\ntain-Grun, Charny, Laloy, Visconti, Alice\nDaumas, Pepa Bonafé, Jane Leduc, Maud\nGermy, Marguerite Delcourt, Georgette\nArmand, Sirbain, Elen Carré, Alys Lorraine,\nWilkszenka, Darry, Bruni, Jeanne Charrot,\nMadeleine Devé, Sauvaget, Suzanne et\nGermaine Béliard, Stéphane, Dimitria...\netc. MM. Gabriel Fauré, André Messager,\nHenry Roujon, Gervex, Alfred Bruneau,\nHenri Auriol, Maurice Reclus, Georges Lecomte, Léandre, Henry Barbusse, Romain Coolus,\nThéodore Reinach, Henri Duvernois, Eugène Lautier, Maurice de WalefFe, Jacques Rouché,\nSalignac, Paul Poiret, Jules Ecorcheville, de Brunoff, Henry Quittard, René Fauchois,\nKoechlin, Florent Schmidt, Louis Laloy, Emile Vuillermoz, Jean Lefranc, Georges Casella,\nAlfred Casella, Jean Laporte, A. Barres, de Laboulaye, Grûn, Delange, Vuillemin, Decroix,\nBernard Naudin, Fabert, Max Lyon, Berly, le Lubez, Lucas-Championnière, Langlé, Max\nRikoff, Davin de Champclos, Agache, Reifenberg, G. Lefeuve, de Méring, Léon Moreau,\nGabriel Grovlez, P. A. Schayé, Desportes, Hen-\nraux, Pauton, de Beaupré, de Raime, Landowski,\nReflet, Drouet, Silberer, Mayor, de Morsier,\nErnest Hecht, Pollet, Schloss, Chantagnt, Eugène\nMax, Singer, Eddy Lévis, Lévy Alvarez, de\nMaublanc, Barda, Hesse, Kayser, Silberer, Roland\nManuel, Jean Benedict, Grus, Prègre, Fontaine...\netc., etc.\nAprès le dîner, un très curieux ballet fut\nreprésenté \" aux chandelles \" par un groupe de\npeintres, de sculpteurs et de décorateurs. De\ndélicieux Madrigaux de Gastoldi édition de\n1602 - et des Baletti chantés, servirent de\nprétexte musical à cette amusante reconstitution à laquelle collabo-\nrèrent Desportes et Paul Poiret. Bernard Naudin sur la viole de gambe, Drouet sur la viole\nd'amour et Desportes au clavecin détaillèrent suavement cette exquise partition tandis qu'en des\ncostumes d'une étonnante fantaisie décorative, Poiret, Decroix, de Beaupré, de Raime,\nReflet et Jourdan incarnaient les personnages traditionnels du Spadassin, du Prisonnier, de la\nMatrone, du Maître à danser, de la Courtisane et du Moucheur de Chandelles. Le succès le\nplus vif accueillit cette très intéressante réalisation qui fut pour les musicologues aussi bien que\npour les amateurs de chorégraphie fantaisiste un régal délicat. La soirée se prolongea fort tard\net nous n'osons pas avouer l'heure où s'évanouirent les rythmes de tangos, de bostons, et de\ndanses anglaises qui entraînèrent dans leur irrésistible tourbillon nos plus charmantes invitées."}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.77", "texte": "Çà et Là\nLa publication, dans notre dernier numéro, du très curieux document que nous devions à\nl'obligeance de M. Lugné-Poe qui avait bien voulu, à l'occasion de la ioome de Pelléas,\nentr'ouvrir pour nous les précieuses archives de l'Œuvre, a soulevé dans les milieux artistiques\nun vif mouvement de curiosité. On nous demande de donner quelques détails sur les premières\nreprésentations de l'ouvrage de Maeterlinck.\nLa création de Pelléas et Mélisande eut lieu le 7 mai 1893 au théâtre des Bouffes-\nParisiens. Elle fut organisée par Lugné-Poe et Camille Mauclair qui en assumèrent toutes les\nresponsabilités, recrutèrent les acteurs, négocièrent pour obtenir la salle des Bouffes-Parisiens\net dessinèrent les costumes d'après des Primitifs flamands, notamment le costume de\nMélisande d'après la Sainte Ursule de Memling (châsse de Bruges). Les décors étaient de\nM. Paul Vogl er. La représentation eut lieu en matinée. Mélisande était jouée avec beaucoup\nde charme par Mlle Meuris 5 Pelléas en travesti, par Mlie Aubry ; Golaud, par Lugné-Poe et\nArkel par Emile Raymond. Le drame fut bien accueilli ; on rit un peu du \"je ne suis pas\nheureuse \" de Mélisande battue, comme il en est advenu encore aux représentations de l'œuvre\nde Debussy, mais la scène où Golaud fait épier Yniold à la fenêtre souleva l'enthousiasme.\nYniold était Mlle Georgette Loyer, qui débutait, encore presque enfant. La presse était déférente;\nOctave Mirbeau, Jacques des Gâchons et Jules Huret furent les premiers à fêter la victoire,\net le mouvement était si bien donné, que les autres, pourtant avec quelques réticences,\nsuivirent la même route. \" L'Œuvre \", qui depuis devait nous révéler Ibsen, Gorki, Bjornst-\njerne, Claudel et d'Annunzio était fondée.\nCORRESPONDANCE\nM. Joaquin Turina nous a adressé la lettre suivante :\nDans votre numéro du 15 janvier, je lis une correspondance d'Algésiras de M. Machabey et je me\ncrois obligé comme espagnol et andalou de mettre au point les erreurs qu'elle contient en vous priant\nde vouloir bien insérer ces quelques lignes dans votre revue.\nTout d'abord est-il permis d'envisager le mouvement musical de toute l'Espagne d'après ce qu'on\npeut entendre à Algésiras, simple bourgade tout en face du Maroc ? Tout étranger qui pénètre en\nEspagne, peut se rendre compte qu'elle a autant des trésors de musique ancienne polyphonique, que de\nmusique populaire, M. Machabey ne connaît pas la musique populaire, car il se place devant une\ngitane au café-concert, avec de jeux des lumières et un orchestre de cuivres, et c'est de là qu'il envoie des\ncitations empruntées à de simples compositeurs de xarxuelas.\nQue M. Machabey cherche dans les maisonnettes blanchies à la chaux, non pas des gitanes mais\nde vraies Andalouses avec leurs guitares, qu'il voie ensuite les fillettes danser des seguedilles sur les\nplaces publiques et c'est alors qu'il pourra envoyer de sérieux documents sur la musique espagnole.\nIgnore-t-il également qu'on acclame l'Après-Midi d'un faune de Debussy et Ma mère Poye de\nRavel à l'orchestre symphonique de Madrid ; qu'on répète l'Ariane et Barbe-Bleu de Dukas au théâtre\nroyal et qu'on y attend le cycle wagnérien ; qu'on fête à Barcelone le maître Vincent d'Indy et qu'aux\nPhilarmoniques espagnoles défilent incessamment les plus beaux artistes français et les plus belles œuvres\nfrançaises ?...\nAgrées, etc, JOACQUIN TURINA,"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.78", "texte": "LE MOIS\n75\n\nNotre collaborateur, à qui nous avons communiqué cette lettre, nous fait tenir le billet\nsuivant :\nJe suis aux regrets d'avoir blessé l'amour-propre national d'un auteur dont j'appréciais dernière-\nment le talent et dont je recommandais les œuvres. Mettons si vous le voulez bien les choses au point :\nje sais parfaitement, et depuis longtemps qu'il existe en Espagne un fonds de musique ancienne\nimportant ; je sais qu'on joue toute la musique classique et moderne, et qu'on fait bon accueil aux artistes\nétrangers.\nJe sais tout cela : mais ce \" mouvement musical \" est condensé en quelques centres : Madrid,\nBarcelone, Séville... Et cela ne m'intéresse pas, parce que la société est à peu de chose près, partout la\nmême. Ce qui m'intéresse en pays étranger, c'est le peuple et la Province, qui ont échappé dans une\ncertaine mesure à la civilisation, et c'est en ce sens que j'ai parlé de l'Andalousie. Je maintiens d'ailleurs\nce que j'ai dit à ce sujet, et me refuse à reconnaître à l'Andalou aussi bien qu'au gitane, un sentiment\nmusical et un trésor de musique aussi remarquables que M. Turina veut bien le dire.\nJe fus à Séville, à Grenade, à Cordoue ; j'ai admiré ce qu'y ont édifié les Arabes — et j'ai\nrencontré partout des Français (et même des espagnols) qui ont partagé mon avis. Seule, la danse me\nparaît originale, et c'est ce que j'ai indiqué dans mon article.\nVeuillez agréer, etc. MACHABEY.\nIl vient de se fonder à Paris une Association Amicale des anciens prix de piano\nhommes du Conservatoire, dont le Président d'honneur est Francis Planté. Association dont\nle but sera surtout de bienfaisance.\nEN SOUSCRIPTION. Notre collègue le Dr. Alfred Einstein a eu l'heureuse idée\nde préparer une anthologie des œuvres de Luca Marenzio (+ 1599). On sait que Marenzio\nreprésente ce que la polyphonie italienne a de plus savoureux, et que son effort pour atteindre\nles harmonies rares et subtiles, en font un impressioniste, ancêtre de nos plus modernes com-\npositeurs. Mais ses œuvres, en éditions originales, ne sont guère accessibles. Aussi un choix de\n25 Madrigaux, en partition, formant trois volumes de 80 pages chacun, et paraissant de trois\nen trois mois dans le courant de 1914, sera-t~il sans doute bienvenu. Le prix de la souscription\nserait de 22,50 (iBmk) et, après le lerIer octobre 1913, ce prix sera porté à 31,25. Il y a tout\nlieu d'espérer qu'un nombre suffisant de souscripteurs permettra de mener rapidement à bien\nune œuvre utile à tous.\nOn peut souscrire, soit aux Bureaux de la Revue Musicale S. I. M., soit chez le\nDr. A. Einstein Cuvilliés-strasse 13 à Munich.\nNous apprenons que Madame Wanda Landowska vient d'être nommée titulaire d'une\nclasse de Clavecin créée pour elle àla Konigliche Hochschulefur Musik, de Berlin.\nNous adressons toutes nos félicitations à la charmante collègue et à la très grande artiste,\nmais nous ne pouvons nous empêcher de gémir à l'annonce d'une si funeste nouvelle. Paris se\ntrouve, en effet, dépouillé par Berlin, d'une des très rares interprêtes de la musique ancienne\nvraiment capables de nous reconstituer dans toute leur jeunesse et leur beauté, les œuvres de\nnos grands ancêtres. C'est à Berlin qu'il faudra désormais aller entendre Couperin et Cham-\nbonnières. Dommage ! Mais pourquoi, diable, notre Conservatoire s'est-il laissé distancer ?\nFaudra-t-il le dire un jour ?..."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.79", "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS\nDE LA MUSIQUE\n\nASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 24 FÉVRIER 1913\nL'Assemblée Générale de la Société Française des Amis de la Musique a eu lieu le 24\nfévrier dans une des salles de la maison Pleyel, mise gracieusement à la disposition de la\nSociété par M. Gustave Lyon, sous la présidence de M. Gustave Berly, Vice-Président,\nassisté des membres présents du bureau, M.M. Ecorcheville, Vice-Président, Léo Sachs,\ntrésorier, et Pasquier, secrétaire du Conseil.\nLe Président donne lecture du rapport du Conseil dans lequel il est notamment rappelé\nce que la Société a fait depuis sa fondation, puis exposé ce qu'elle s'efforcera de réaliser dans\nl'avenir. Cet intéressant rapport rencontre une approbation unanime et provoque des applau-\ndissements.\nM. Léo Sachs, trésorier, donne ensuite lecture de son rapport sur la situation financière\nde la Société. Il est approuvé à l'unanimité.\nLe Président dit qu'usant des pouvoirs que lui donnait l'article 15 des statuts primitifs\nde la Société, le Conseil a apporté à ces statuts diverses modifications que l'expérience a\nrendues nécessaires.\nIl a cru devoir néanmoins soumettre la ratification des statuts modifiés à l'Assemblée qui\nla vote à l'unanimité.\nIl ajoute que, d'après ces statuts, le Conseil est renouvelable en son entier, mais que le\nnombre des membres est réduit à 28 par suite de deux démissions.\nLe Comte Chandon de Briailles s'est vu, à son grand regret, obligé de résigner ses\nfonctions de Président, ses nombreuses occupations et ses fréquentes absences de Paris ne\nlui permettant pas de donner à la Société tout le temps et toute l'activité que, selon lui, son\nPrésident du Conseil a le devoir de lui consacrer. C'est avec un très sincère regret que le\nConseil a dû accepter cette démission. Il conservera un souvenir reconnaissant des conseils\néclairés et des témoignages de chaude sympathie que le Comte Chandon de Briailles a donnés\nà la Société.\nMadame Michel Ephrussi a fait savoir, au grand regret du Conseil, qu'elle se trouvait\nforcée de cesser d'en faire partie.\nPour remplacer ces deux membres démissionnaires, le Président, d'un commun accord\navec ses collègues, présente aux suffrages de l'Assemblée le Marquis de Polignac, qui,\npréalablement à l'Assemblée, s'était fait inscrire comme membre bienfaiteur, ce dont il a été\nvivement remercié, et M. Jacques Rouché, Directeur du Théâtre des Arts.\nIl ajoute que les 28 membres sortants et rééligibles posent leur candidature.\nIl est procédé au vote. Le dépouillement du scrutin donne le résultat suivant : les 28\nmembres sortants et les deux candidats nouveaux sont élus à l'unanimité par 154 voix sur 156\nmembres présents ou représentés.\nEn conséquence, le Président proclame ces 30 personnes membres du Conseil de la\nSociété Française des Amis de la Musique pour deux ans à dater du 24 février 1913.\nLa séance a été levée à 3 1/2 heures.\nA la suite de cette Assemblée, le Conseil s'est réuni et, à l'unanimité, a constitué son\nbureau comme suit :"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.80", "texte": "LE MOIS\n77\n\nPrésident : M. Gustave Berly, Banquier,\nVice-Présidents : MM. le Prince A. d'Arenberg, de l'lnstitut, Louis Barthou, Député,\nMinistre de la Justice, J. Ecorcheville, Docteur ès-lettres, Alexis Rostand, Président du\nConseil d'Administration du Comptoir National d'Escompte de Paris,\nTrésorier : M. Léo Sachs,\nSecrétaire : M. Gustave Cahen, ancien avoué.\nEn outre, le Conseil, également à l'unanimité, et sur la démission de M. G. Casella a élu\nSecrétaire Général de la Société, M. Louis de Morsier.\nN. B. Nos lecteurs trouveront au verso de la couverture la nouvelle composition du\nConseil d'Administration de la Société.\nRÉUNION MONDAINE\nUne réception privée, offerte par la Société à ses membres, a eu lieu le vendredi après-\nmidi 28 février dans les salons de l'Elysée Palace Hôtel. Elle fut en tous points réussie et\nplus de trois cents personnes s'étaient rendues à l'invitation du Comité.\nUn programme musical, important et choisi, a été interprété par des artistes du plus\ngrand mérite qui avaient accepté, avec une bonne grâce charmante, d'apporter le mieux de\nleur talent à cette réunion intime.\nC'est ainsi que Madame Ida Nordmann, la célèbre cantatrice, a dit, avec un charme et\nun style au-dessus de tout éloge des mélodies de Chausson et de Schumann. Son succès a été\nconsidérable et l'auditoire lui a fait une véritable ovation.\nLa Société des Concerts d'Autrefois, composée de Mlle Delcourt, de MM. Taine, Des-\nmonte, Nanny, Blanquart et Mondain, a exécuté, avec une rare perfection, des pièces anciennes\nde Bach, Lovenziti et Rebet. On leur a fait fête.\nAvant elle une cantatrice, œuvre inconnue du grand public mais qui s'imposera vite\ncomme une artiste hors pair, Mlle Estelle Haertt, a produit une profonde impression pour l'art\navec lequel elle a chanté V Ode Saphique de Brahms, un air irlandais de Harty et une berceuse\nindienne.\nEnfin Mlle Noëla Cousin, violoniste, un des premiers du Conservatoire les plus remarqués\nl'an dernier, a charmé l'auditoire par la façon délicieuse dont elle a joué des morceaux de\nPugnani, Prade Martini et Couperin, transcrits par M. Kreisler. C'est une virtuose de grand\navenir. Madame Doucet et Voltevra ont tenu le piano avec leur autorité coutumière.\nLa Société Française des Amis de la musique renouvellera, de temps à autre, les\nréunions de ce genre qui sont toujours si appréciées»\n\nLe Secrétaire Générai"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130315-01.1.81", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE\nDE MUSIQUE\nSÉANCE DU SAMEDI Ier MARS 1913\nLa Séance est ouverte à la Bibliothèque de l'Opéra, à 4 heures, sous la présidence de\nM. J. Ecorcheville.\nSont présents : MM. L. de la Laurencie, Jean Chantavoine, Lionel Dauriac, Anselme\nVinée, Gaston Calmann-Lévy, le Professeur Gariel, P. Cesbron, Raymond-Duval, A. Banès,\nM. Tenéo, E. Poirée, Docteur Marage, Ch. Mutin, F. Guérillot, Machabey, A. Laugier,\nA. Tessier, Mesdames M. Gallet, Filliaux-Tiger, Daubresse, Roche, Pereyra.\nS'est excusé M. Peyrot.\nLe procès-verbal de la dernière Séance est lu et adopté. La prochaine Séance est fixée à\nla première quinzaine d'avril.\nLe Président rappelle que la nomination de M. Louis Barthou au Ministère de la Justice,\na forcé d'ajourner la Séance de préparation au avoir lieu au Sous-Secrétariat des Beaux-Arts,\nle 25 février. M. Louis Barthou a demandé que cette Séance puisse se tenir dès que les\nComités d'honneur et des fêtes seront définitivement constitués, c'est-à-dire, d'ici peu.\nLe président rappelle à nos Collègues, que la participation française au Bulletin Mensuel\nInternational reste assez irrégulière, alors qu'elle est abondante dans les bulletins trimestriels*\nIl met en garde nos Collègues, contre une opinion qui s'est accréditée au moment de la\nfondation de la Société, qui n'a pas encore tout à fait disparu, et d'après laquelle la Société\nInternationale de Musique serait une Société allemande. Cette opinion erronée se trouvait\nencore tout dernièrement dans un article de notre Collègue M. A. Gastoué, paru dans\nLa Revue de Paris. La vérité est que la Société Internationale de Musique est Internationale,\net que toutes les sections ont même importance et mêmes voix délibératives. Le président\nactuel de la Société est français, son Secrétaire Général anglais, et son Trésorier allemand.\nM. Ecorcheville signale la présence dans un catologue de librairie, d'un ouvrage ayant\nappartenu à Brossard, et dont celui-ci a fait une mention spéciale, dans son Catalogue manuscrit\nde la Bibliothèque Nationale. Ce sont les : Documenti armonici de Berardi.\nLe Président donne la parole à M. Anselme Vinée, pour une communication sur la\nPluralité des Gammes de même série diatonique et leur harmonisation. Après la discussion de\ncette communication, discussion à laquelle plusieurs membres prennent part, Mme Georgiade,\naccompagnée par Mme Filliaux-Tiger, chante plusieurs mélodies populaires grecques. Le\nPrésident adresse à Mme Georgiade, toutes les félicitations et remerciements de l'assistance.\nLa Séance est levée à 5 heures 25.\n\nTous droits réservés pour tous pays y compris la Scandinavie et l'Extrême Orient.\nLe Gérant : MARCEL FREDET.\nImprimerie SAINTE CATHERINE, Quai St. Pierre, Bruges, Belgique (Tél. 517)"}]}