{"numero_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_sha256": "c6332d6199549dbd4c8438c292e5d0534aab844e5abaa01005397644405dd14e", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1913/04/15_01/bmtnabh_1913-04-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1913/04/15_01/bmtnabh_1913-04-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "1", "page_fin": "1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.2", "titre_corps": "HAENDEL & L'ANGLETERRE, par Bernard Shaw. * CHANTS REVOLUTIONNAIRES DE", "titre_sommaire": "HAENDEL & L'ANGLETERRE, par Bernard Shaw. * CHANTS REVOLUTIONNAIRES DE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.1", "debut_caractere": 412, "fin_caractere_exclue": 784, "texte": "HAENDEL & L'ANGLETERRE, par Bernard Shaw. * CHANTS REVOLUTIONNAIRES DE\nSCHUMANN, par Julien Tiersot. S LES ORIGINES GERMANIQUES DE CESAR FRANCK,\n\" par Ernest Closson. # ENQUÊTE SUR LA CONDITION SOCIALE DU MUSICIEN, par\nM. Daubresse. # LES LIVRES.\nLE MOIS par\n# CLAUDE DEBUSSY * VINCENT D'INDY '§\nEMILE VUILLERMOZ\nA. SERIEYX S LOUIS LALOY & JEAN LAPORTE # RENE LYR *■ SWIFT"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c003", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c003", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "3", "page_fin": "6", "image_debut": 3, "image_fin": 6, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.3", "titre_corps": "HAENDEL ET L'ANGLETERRE", "titre_sommaire": "HAENDEL ET L'ANGLETERRE", "signature_source": "G. Bernard Shaw", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 3, "page_imprimee": "3", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.3", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1444, "texte": "HAENDEL ET L'ANGLETERRE\n\n1\nPour l'Angleterre, Haendel n'est pas un simple compositeur de\nmusique : c'est une institution. Je dirai plus : c'est une institution sacrée.\nQuand on exécute son Messie,à l'Alleluia l'assistance se lève, comme à\nl'église. Pour les protestants anglais c'est l'impression qui se rapproche le\nplus de celle que les catholiques ressentent à l'élévation du Saint\nSacrement.\nTous les trois ans, on célèbre en Angleterre un festival de Haendel. Ses\noratorios y sont joués par 4000 exécutants recrutés parmi tous les chœurs\nde l'Angleterre. L'effet est horrible, et on s'accorde à le déclarer sublime.\nNombre de mélodies, dans ces oratorios, sont d'anciens airs des opéras de\nHaendel qu'il a lui-même accommodés sur des paroles pieuses. Par\nexemple \" Rende sereno il ciglto, madré, non pianger est devenu :\n\" Seigneur, souviens-toi de David ; enseigne-lui à connaître tes voies. \"\nSi en Angleterre qui que ce soit avait l'audace de restituer à une de ces\nmélodies ses paroles profanes, il serait poursuivi pour blasphème. Parfois\nun auteur se risque à écrire le nom de Haendel, comme il convient, avec\nun tréma ou un as, au lieu de l'orthographe anglaise Handel. Il produit\npar là une impression aussi pénible que les hébraïsants qui s'obstinent a\ndire Jahveh pour Jéhovah. On appelle cela une impiété effrontée.\n\n1 Causerie traduite par M. Hamon, et lue par M. Louis Laloy aux matinées musicales de Marigny\nle 3 avril 191 3."}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.4", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2617, "texte": "Je ne connais aucun cas analogue en France, sauf peut-être celui de\nGluck. Gluck, presque inconnu en Angleterre avant que Giula Ravogli\nobtînt son succès dans Orph ée,il y a quelque vingt ans, était alors, et est\npeut-être encore, en France, une véritable institution ; mais c'est une\ninstitution à l'Opéra, non dans la musique religieuse. Il y a, néanmoins\nquelque analogie entre ces deux musiciens. Gluck et Haendel étaient, au\nsens large de ce mot, contemporains. Tous deux étaient allemands. Tous\ndeux étaient de très grands compositeurs. L'un et l'autre eut une vogue\ntoute particulière dans un pays qui n'était pas le sien, et chacun d'eux\ndemeura presque inconnu dans le pays que l'autre avait conquis. Je ne\nvois aucun autre exemple semblable à celui-ci.\nLa musique de Haendel est la musique la moins française et la plus\nanglaise qui soit au monde. Si le Dr. Johnson avait été compositeur, il\naurait certainement composé comme Haendel. De même pour Cobbett.\nC'est par Haendel que j'ai appris que le style consiste dans la force de\nl'assertion. Si vous pouvez dire une chose d'un seul trait, irréfutablement,\nalors vous avez du style : si non, vous n'êtes, tout au plus, qu'un\nmarchand de plaisir, un décorateur en littérature, un confiseur en musi-\nque, ou un peintre d'éventails ornés d'amours et de cocottes. Haendel a\nce pouvoir, cette force d'assertion. Quand il écrit : \" Dieu immuable,\nsur son siège éternel \", l'athée en demeure muet. Et vous avez beau\nhabiter dans une Avenue Paul Berte et mépriser pareilles superstitions,\nDieu n'en est pas moins là, immuablement fixé par Haendel sur \" Son\nsiège éternel \". Libre à vous de mépriser tout ce que vous voulez, mais\nvous ne pouvez pas contredire Haendel. Tous les sermons de Bossuet\nn'ont pas pu convaincre Grimm de l'existence de Dieu. Les quatre\nmesures par lesquelles Haendel affirme définitivement l'existence du\n\" Père éternel, du Prince de la Paix \" auraient précipité Grimm dans le\nruisseau, comme s'il avait été frappé par la foudre. Quand Haendel vous\ndit que lorsque les Israélites sortirent d'Egypte \" Il n'y avait pas, dans\ntoute leur tribu, une seule personne faible \", inutile d'émettre même\nl'idée qu'il ait pu se trouver parmi eux, tout au moins un cas d'influenza.\nHaendel ne veut pas qu'il en soit ainsi : \" Il n'y a pas une\npersonne faible, dans toutes leurs tribus \", et l'orchestre de le répéter en\naccords brefs et martelés, qui vous laissent sans voix pour protester. Et\nc'est pour cela que tous les Anglais croient que Haendel occupe mainte-\nnant une situation importante dans le Ciel. S'il en est ainsi, le Bon Dieu"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.5", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2574, "texte": "doit éprouver à son égard, un sentiment très comparable à celui que\nLouis XIII éprouvait à l'égard de Richelieu.\nEt maigre tout cela, en Angleterre, la musique de Haendel est\nassassinée par la tradition des grands chœurs. Les gens s'imaginent volon-\ntiers que 4000 chanteurs réunis doivent faire une impression 4000 fois\nplus grande qu'un chanteur isolé. C'est là une erreur. Ils ne font même\npas plus de bruit. Vous pouvez entendre n'importe quel jour, les pas de\n4000 personnes dans la rue de Rivoli (je cite cette rue parce que c'est la\nseule que les touristes anglais connaissent à Paris), mais ils ne produisent\npas autant d'impression qu'en produit la marche d'un seul acteur expéri-\nmenté qui descend la scène du Théâtre français. C'est comme si on disait\nque 4000 hommes qui meurent de faim ont quatre mille fois plus de\nfaim qu'un seul, ou que 4000 ingénues sveltes sont 4000 fois plus sveltes\nqu'une seule. Vous pouvez obtenir un fortissimo colossalement puissant\navec 20 bons chanteurs. (Je l'ai entendu obtenir par le maître hollandais\nDe Lange) parce que vous pouvez réunir 20 personnes dans ce qui est\nsensiblement un seul point. Mais tous les efforts des chefs d'orchestre\npour obtenir un fortissimo des 4000 choristes d'un festival de Haendel,\nsont complètement vains : l'espace est beaucoup trop considérable. Et\nmême, lorsque le chef d'orchestre réussit à leur faire chanter simultané-\nment une note, personne ne peut l'entendre simultanément, parce que le\nson demande un temps appréciable pour se propager le long d'un front\nde 4000 personnes. Dans les passages rapides, les doubles croches du\nchanteur le plus éloigné n'arrivent à l'auditeur qu'après que celles du\nchanteur le plus proche sont déjà passées. Si j'étais membre de la\nChambre des Communes, je présenterais une loi déclarant que\nl'exécution d'un oratorio de Haendel par plus de 80 exécutants, chœur\net orchestre réunis, soit 48 chanteurs et 32 instrumentistes, est un\ncrime capital. Rien autre que cette mesure ne pourra revivifier en\nAngleterre, la musique de Haendel. Elle gît, morte, sous le poids de son\nénorme réputation et de cette idée absurde que la grande musique\ndemande de grands orchestres et de grands chœurs. Si peu que la musique\nde Haendel soit jouée en France, les Français, étant donné qu'ils n'ont\npas de chœurs de festival, doivent être de meilleurs haendeliens que les\nAnglais (ils ne pourraient certes pas en être de pires). Peut-être même\nconnaissent-ils ses opéras, dans lesquels demeure enfouie une grande\npart de sa musique la meilleure ?"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.6", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1685, "texte": "Le fait récent le plus étrange relatif à Haendel en Angleterre, c'est\nl'engouement qu'il a inspiré à Samuel Butler. Vous ne savez pas encore\nen France que Samuel Butler fut un des plus grands écrivains anglais\net même européens de la seconde moitié du dix-neuvième siècle.\nCertes, vous le découvrirez dans une couple de siècles environ. Paris n'est\njamais pressé de découvrir les grands hommes. Il est encore trop absorbé\npar Victor Hugo, Meyerbeer et Ingres, pour prêter aucune attention à\nceux dont la renommée vient d'émerger brusquement. Non, je suis\ninjuste ; il y a quelques Parisiens avancés qui connaissent Delacroix,\nl'école de Barbizon et même Wagner, et j'ai une fois rencontré un\nParisien qui avait entendu parler de Debussy, et qui avait même échafaudé\nune théorie d'après laquelle Debussy, vu sa prédilection pour la gamme\ndes tons entiers, devait avoir été autrement ingénieur dans une manufac-\nture d'orgues.\nMais voilà que j'oublie Haendel et Butler. Donc, Butler était si\nenthousiaste de Haendel qu'il alla jusqu'à composer deux oratorios,\nNarcisse et Ulysse, en imitant le plus près possible son style, avec des\nchœurs fugués sur les cris de la Bourse : la combinaison la plus bizarre\nqu'on pût imaginer ! Les livres de Butler sont pleins de références à\nHaendel et de citations de sa musique. Mais, comme je l'ai dit, les\nFrançais ne se soucient pas de Butler. Seul, M. Bergson peut comprendre\nl'importance de son œuvre.\nJe devrais expliquer que M. Bergson est un philosophe français très\nconnu en Angleterre. Quand il sera mort depuis aussi longtemps que\nDescartes ou Leibnitz, alors, sa réputation atteindra Paris. Cher vieux\nParis !\n\nG. Bernard Shaw."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c006", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "7", "page_fin": "27", "image_debut": 7, "image_fin": 27, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.4", "titre_corps": "ROBERT SCHUMANN ET LA RÉVOLUTION DE 1848", "titre_sommaire": "ROBERT SCHUMANN ET LA RÉVOLUTION DE 1848", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.7", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1634, "texte": "ROBERT SCHUMANN\nET LA RÉVOLUTION DE 1848\n\nI\nLa révolution française de février 1848 aeu dans toute l'Europe, et\nparticulièrement en Allemagne, une répercussion dont l'effet est connu\nde tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des peuples. Les musiciens\nmême ne l'ont point ignorée, car celui d'entre eux qui était alors doué\ndu plus haut génie, Richard Wagner, prit une part directe aux manifes-\ntations qui en furent la conséquence et, de ce fait, dût subir pendant dix\nans et plus l'épreuve de l'exil.\nAuprès de lui, dans la même ville, vivait un autre artiste que la\nnature de son génie ne semblait pas destiner à se lancer aussi ardemment\ndans la mélée : Robert Schumann. En effet, durant les quinze mois qu'il\npassa à Dresde de février 1848 à mai 1849 et au cours desquels la ville\nfut en effervescence, on ne lui vit commettre aucun acte ni prononcer\npubliquement aucune parole qui pût le désigner à l'attention de l'un ou\nl'autre parti.\nEst-ce à dire qu'il fût indifférent aux événements qui agitaient si\nviolemment son pays et la conscience nationale elle-même ? N'en croyons\nrien. Si Schumann eut cette attitude insensible en apparence, ce ne fut\nque par souci de sa tranquilité, par son inclination naturelle à s'écarter\ndu tumulte du monde et par cette humeur taciturne qui allait jusqu'à\nl'empêcher de se mêler à la société même de ses amis. Si jamais il y\neut un artiste enfermé dans sa tour d'ivoire, ce fut bien Robert Schumann.\nMais au fond de son âme il était avec ceux qui luttaient pour les causes\nlibérales et s'insurgeaient contre l'oppression.\nRien n'était plus logique que cette disposition de son esprit. Elle"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.8", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2776, "texte": "s'est manifestée dans son art depuis son entrée dans la carrière * pouvait-\nelle demeurer étrangère à sa conception de la vie politique et sociale ?\nSchumann n'a jamais accepté de se courber sous le joug d'aucune autorité\nqu'il ne tînt pour légitime, ni de se plier aux exigences des opinions\ntoutes faites. Comme Saxon, il ne pouvait pas plus reconnaître la domina-\ntion du roi de Prusse ou ne pas haïr la Russie persécutrice des Polonais,\nque, comme musicien, il ne se courbait sous le joug de Rossini, de Herz\nou de Hummel. Homme de son temps, il suivait dans son domaine une\nvoie parallèle à celle dans laquelle s'etaient engagés d'autres hommes épris\nd'indépendance ; il se conformait à leur exemple ; il imitait leurs gestes.\nC'était l'époque des sociétés secrètes, des associations fraternelles : il créa,\nlui, la Davidsbûndlerschaft, ligue plus que secrète, assurément, puisqu'elle\nn'existait que dans l'imagination de son fondateur, Eusèbe, Florestan,\nincarnations diverses de Schumann en personne, toujours unis par un\nsentiment commun : l'ardeur à batailler contre les Philistins !\nIl était fixé à Dresde depuis trois ans lorsqu'éclata la Révolution de\n1848. Il y avait renoué connaissance avec Wagner, qu'il avait vu jadis à\nLeipzig. Avec lui il fit partie d'un cercle d'artistes et d'amis, où les\nmusiciens étaient loin d'être en majorité, et où l'on discutait les idées\ngénérales. Semper, Rietschel, Hiibner, qui s'y rencontraient, devaient\nbientôt se retrouver, avec Wagner, dans les réunions populaires et sur les\nbarricades.1\nA vrai dire, il faut reconnaître que Schumann se tenait le plus\nhabituellement a 1 écart des controverses étrangères à sa préoccupation\nprincipale, car il était de ceux qui rapportent tout à leur art. Il ne se\nreveillait que lorsqu'on parlait musique, comme par exemple en cette\nsoiree de mars 1845 ou Liszt, passant par Dresde après avoir été specta-\nteur des émeutes de Vienne et de leur répression sanglante, ne sut le tirer\nde sa torpeur qu en attaquant violemment ]Vlendelssohn et la musique\nqu on faisait a Leipzig : Wagner, témoin de cette petite scène tragi-\ncomique, 1 a racontée dans son autobiographie, et Schumann y revient\nlui-même, plus d'un an après, dans une de ses propres lettres à Liszt, écrite\npendant qu on se battait dans les rues, et par laquelle semble avoir été\nscellée leur réconciliation. 2 Mais en général il évite de parler à ses\n\nSur ces réunions D artistes a Dresde, voir WAGNER, t, II de la traduction française,\np. 165, et lettre de Schumann à Mendelssohn, du 18 novembre 1845, p. 148 du second recueil de\nLettre! choisies de R. Schumann traduites par Mathilde Crémieux.\n1 Voy.R. WAGNER, Ma vie,p. 245, et lettre de Schumann à Liszt, du 3 (?) mai 1849, p. 182 du\necueil précédemment cité."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.9", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2716, "texte": "correspondants des événements extérieurs, et l'on est surpris de lire les\ndates de certaines de ses lettres, écrites au milieu des agitations les\nplus graves, et de constater qu'il y parle exclusivement de Bach ou de\nMendelssohn, de pièces de piano ou de musique de quatuor, surtout de\nFaust et de Geneviève, à la composition desquels il était tout occupé\npendant cette période de troubles. Ainsi Archimède ne se laissait pas\ndistraire de la solution de son problème par l'entrée des ennemis !\nSi parfois, dans des lettres écrites à des amis lointains auxquels il\nfallait donner des nouvelles, on trouve quelques allusions aux faits de la\nvie publique, c'est comme à contre-cœur et avec un sorte de timidité\nqu'il s'exprime. \" Soyez remercié pour votre lettre qui, dans ces temps\ntroublés, me fut doublement bienfaisante \", écrit-il à un ami français\ndans l'été de 1848 ; et, dans la même lettre, faisant allusion à la mort de\nMendelssohn, il dit : \" Il repose maintenant en paix : les derniers orages\net les dernières tempêtes lui auront été épargnés ! Il est mort le 4 novembre,\nle jour juste où, en Suisse, les premiers cris de guerre retentirent. Il\nn'aurait pas pu se plier à la vie qui est la nôtre depuis lors. \" Et, trois\nmois après : \" Quelle époque nous traversons ! Quel effrayant soulèvement\ndes masses populaires, même chez nous !\" 1 Ce sont là, semble-t-il, les\nparoles d'un bourgeois timoré, et qui craint pour sa tranquillité, bien\nplutôt que celles d'un compagnon de David !\nSon premier biographe, Wasielewski, écrivant dans un temps où les\nsouvenirs de sa personne étaient encore vivaces chez ceux qui l'avaient\nconnu, nous donne sur Schumann des renseignements intéressants au point\nde vue qui nous occupe. Après avoir déclaré qu'il était \" en pensée et en\naction ce qu'on appelle un libre penseur \" et avoir cité ces mots de lui,\nqui sont comme sa profession de foi religieuse : \" Quand on connait\nla Bible, Shakespeare et Gœthe et qu'on s'est bien pénétré de leurs\nmaximes, cela est suffisant \", il écrit :\n\"Le soulèvement politique de Dresde, en mai 1849, obligea\nSchumann, ainsi que beaucoup d'autres habitants paisibles, à quitter la\nville pour quelques semaines. Il se réfugia à Kreischa, petit village\nvoisin, non pas que ses opinions fûssent contraires à la révolution,\nmais l'agitation et le désordre inséparables d'un mouvement politique lui\nétaient insupportables ; peut-être aussi craignait-il d'y laisser la vie. Tout\ncela donnait chez lui le tableau des plus étranges contrastes. Car, en\n\n1 Voy. Le Un s choisies de R. Schumann, recueil cité, lettres des 23 août 1848, a J.-B, Laurens, de\nMontpellier, pp. 168, 169, et du 3 novembre 184.8, au même, p. 176."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.10", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2639, "texte": "politique comme en religion Schumann était un libéral convaincu. Il prit\ntoujours, au fond du cœur, le plus vif intérêt aux événements nationaux ;\nmais il n'était pas dans sa nature d'exprimer franchement et sans réserve\nson opinion devant les autres, et encore moins de prendre une part active\naux actes politiques. Ainsi, il était intérieurement libéral, et extérieure-\nment conservateur. Pour se le représenter sous le premier aspect, ce n'est\npoint dans les réunions populaires qu'il faut se le figurer, mais à sa table\nde travail, la plume à la main, écrivant les (Op. 76) qu'il com-\nposa à cette occasion, ainsi que l'indique la date qu'il désigna lui-même\nsur le titre. \" 1\nNous aurons en effet à revenir sur ces Marches, et à en préciser la\nsignification. Pour l'instant, tenons nous en à rappeler qu'au moment\nmême où il les composa, rentrant de la campagne à Dresde après que\nl'ordre fut revenu dans la ville, Wagner, lui, fuyait vers la terre étrangère,\nsur laquelle il devait rester en exil pendant de longues années. Et s'il est\nvrai que c'est dans un post-scriptum qu'il faut chercher la véritable préoc-\ncupation de celui qui écrit, peut-être allons-nous trouver celle de Schumann\nà la fin d'une lettre qu'il adressait le 10 août à Ferdinand Hiller, et après\nla signature de laquelle on lit ces simples mots : \" Où est Wagner ? \"2\nEtait-ce à l'auteur de Lohengrin, était-ce au citoyen compromis pour sa\ncause, qu'il marquait s'intéresser ainsi? Nous ne saurions le dire.\nUn de leurs amis communs et de leurs élèves à tous deux, Cari\nRitter, a communiqué à un biographe de Schumann, Hermann Erler,\nces autres renseignements : après avoir déclaré que les rapports personnels\ndes deux maîtres étaient, au fond, très amicaux, et constaté que les\nopinions de Schumann l'inclinaient vers les mêmes idées politiques affir-\nmées par Wagner, puis, à cette occasion, ayant cité un propos échappé\nà l'auteur de Manfredsur le roi de Hanovre, que, dans un accès de\nviolente colère, il traita de méchant garçon il ajoute ce\ndernier souvenir :\n\" Mais lorsque parut la brochure de Wagner : V Art et la Révolution,\nSchumann dit qu'il aurait mieux aimé que Wagner eût écrit une\nnouvelle. \"\nA vrai dire, cette opinion de Schumann n'a rien qui doive nous sur-\nprendre. Il n'avait certainement jamais de sa vie rien conçu par lui-même\n\n1 Robert Sckumann, eine Biographie, par J. von Wasielewski, 1858, p. 225 ; traduction française\nde F. Herzog, Ménestrel du 6 juin 1869 (36mc année, pp. 209, 210).\n- Lettre du 10 août 1849, recueil Crémieux, 11, p. 187.\n3 Robert Se humant? s Leben aus seinen Brie/en,par Hermann Erler, t. 11, p. 3."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.12", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 35, "texte": "CHANTS RÉVOLUTIONNAIRES DE SCHUMANN"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.13", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2748, "texte": "de ce qui constituait Je fond de la pensée de Wagner, si complexe, si\ndiverse, si hardie. La révolution ! Wagner l'avait dans le sang î Et avec\nlui, il faut prendre le mot dans son acception la plus absolue, la plus\ncomplète, et l'interpréter jusque dans ses conséquences les plus extrêmes.\nPour lui, la mission de l'artiste, telle qu'il se l'était donnée, était\ninséparable de l'accomplissement de cette révolution. Ne disons pas\nmême que c'était dans l'intention égoïste de remplir lui-même cette\nmission qu'il rêvait à des transformations si extraordinaires de l'huma-\nnité : non, le bouleversement de la vie sociale et celui de la vie\nartistique devaient, dans sa conception, aller de pair, indissolublement\nliés l'un à l'autre, car l'aboutissement suprême de cette révolution,\nc'était le triomphe définitif, la domination absolue de l'art, considéré\ncomme seul objet de la vie humaine, de la vie sociale. Schumann, lui, tout\ngagné qu'il fût aux causes libérales, à l'idée de l'indépendance de la nation\ncomme de l'art, ne visait pas si loin. De fait, la différence fonda-\nmentale de leurs points de vue provenait de ce que Wagner ne s'occupait\npas seulement de son art, mais aussi de ceux pour lesquels il le créait. Il\ny a beaucoup d'artistes qui travaillent pour le public ; ceux-ci, d'ordinaire,\nse laissent guider par lui et s'en tiennent à satisfaire à ses instincts et à ses\ngoûts, bons ou mauvais : Wagner n'était pas de ceux-ci ; mais il voulait\nque le public, le peuple, pour mieux dire, fût formé pour lui, pour son\nœuvre, l'œuvre d'art de l'avenir. C'était donc encore s'occuper du public,\nque d'exiger sa coopération. Avec Schumann, il n'en allait pas de même.\nCe n'était pas pour les autres qu'il travaillait, mais il se contentait d'écou-\nter chanter en lui, de chanter comme l'oiseau l'oiseau poëte, l'oiseau\nprophète, permettant, sans doute, qu'on l'écoutât, mais ne faisant rien\npour s'attirer des auditeurs, si ce n'est de chanter de son mieux. Gardons\nnous de discuter la légitimité de ces deux tendances d'art et de les oppo-\nser l'une à l'autre ; elles se défendent assez par elles mêmes, quand c'est\nun Schuman et un Wagner qui les représentent ; il suffit donc ici de les\ndéfinir, afin de marquer les différences. Mais ces différences mêmes\nexpliquent que Schuman ait déclaré que Wagner aurait mieux fait d'écrire\nune nouvelle que de publier Art et Révolution, et qu'il soit parti pour\nla campagne plutôt que de se battre sur les barricades ou montei sui la\ntour de la Croix, et il ne résulte aucunement de cette attitude réservée\nqu'il ait cessé d'être de cœur avec lui pour la Révolution.\nSa lettre du 10 août 1849, ou s'enquiert de ce qu'est devenu\nWagner, contient ces mots significatifs :"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.14", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2499, "texte": "\" On dirait que les orages extérieurs poussent l'homme à chercher\nen lui-même un contrepoids à de si terribles bouleversements. J'ai beau-\ncoup travaillé pendant ces derniers temps ; cette année est, pour moi, la\nplus productive de toutes. 1\nEn effet : le catalogue de ses œuvres comprend, pour les années\n1848 et 1849, cinc[ cahiers de lieder à une ou plusieurs voix, quatre\ncahiers de compositions pour le piano, des morceaux détachés pour divers\ninstruments, le Chant de F Avent^le et la musique pour\nGeneviève, Manfred, quelques-unes des scènes de Faust, etc. Si c'était là\nl'effet de la répercussion de l'activité populaire sur son esprit d'artiste, il\nfaut avouer que l'influence en fut considérable.\nLa plupart de ces œuvres sont d'un caractère entièrement désintéressé\ndes evenements extérieurs. Déjà pourtant nous trouvons, dans le nombre,\nun certain Op. 76 : Quatre Marches qui s'y rattache de\nfaçon intime. Nous en avons déjà lu le titre dans l'extrait de la biographie\nde Wasielewski par lequel a été déterminé le caractère de Schumann au\npoint de vue qui nous préoccupe : l'artiste, y était-il dit, avait composé ces\nmarches à l'occasion du soulèvement de Dresde en mai 1849, \" ainsi 9ue\nl'indique la date qu'il désigne lui-même sur le titre. \" Cette date, reportée\nsur le catalogue, est : •' 12-16 Juin 1849 \"> et Schumann a écrit à la fin\ndu n° 1, sur son manuscrit : Le 12 jui\nEt nous avons mieux encore, pour nous édifier, qu'un manuscrit purement\nmusical, car nous connaissons aussi la lettre par laquelle Schumann\nenvoya à son éditeur l'œuvre fraîchement écrite. Il y est dit, à la date\ndu 17 Juin :\nVous allez recevoir deux marches non pas dans le vieux style\nde Dessauer, mais bien plutôt républicaines. Je ne pouvais pas soulager\nautrement mon agitation ; elles ont été écrités avec une véritable ardeur. \" 2\nCari Ritter, dans sa communication à Erler à laquelle nous avons\naussi demande quelques renseignements, dit, de son côté, que dans leur\ncercle intime, a Dresde, les amis de Schumann avaient dénommé ces\nmorceaux : Marches des barricades.\nL'influence des derniers événements de la Révolution se manifeste\ndonc d'une façon directe dans ces pages, par lesquelles passe un souffle\nénergique dont on ne constate pas trop souvent l'existence dans l'œuvre\nde Schumann, délicat et mystérieux poète de sons.\n\nLettre à F. Hiller, du lo août 1849, recueil Crémieux, 11. p. 186.\n* Lettre à l'éditeur Fr. Whistling, de Dresde, 17 juin 1849, recueil Erler, t. 11, p. 90."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.15", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2430, "texte": "II\nEt pourtant ce n'était pas la première fois qu'il s'était senti touché\npar ce souffle révolutionnaire, car déjà, aux premiers jours des événements,\nil avait traduit en musique ce sentiment de révolte et de fierté nationale\nqui s'était communiqué à lui, venu des couches profondes du peuple.\nL'œuvre qu'il avait ainsi composée, par un besoin irrésistible de\ns'associer aux passions que ressentaient les âmes généreuses, ne porte pas\nde numéro d'ordre sur son catalogue ; ou du moins, si elle porte un\nnuméro, il n'en est resté d'autre trace que celle que nous pouvons relever\nsur le manuscrit, car c'est uniquement par l'exemplaire écrit de la\nmain de l'auteur qu'elle est venue à la connaissance de la postérité, et le\nn° d'Op. 65 qu'on lit sur la première page a été définitivement attribué\npar Schumann ou son éditeur à une toute autre œuvre :\nmanière canonique pour voix d'hommes a plusieurs parties, dédiées au poete\nFr. Ruckert. Quant à l'œuvre à laquelle ce n° 65 avait été primitivement\ndestiné, Schumann l'a laissée inédite, et elle est restée inconnue jusqu'à\nce jour.\nNéanmoins, son existence n'avait pas été complètement ignorée.\nPar quelle voie ce manuscrit est-il entré, il y a quelques années, dans\nune collection française, la collection Malherbe, c'est ce que je ne saurais\ndire. Toujours est-il qu'on savait, en Allemagne, qu'une œuvre inédite\nde Schumann, inspirée par les événements révolutionnaires de 1848,\nfigurait dans cette collection, et l'on n'a pas oublié qu'il y a deux ans\nenviron une association socialiste allemande demanda l'autorisation d'en\nprendre une copie, afin de pouvoir chanter dans ses fêtes des chants si\nbien faits pour y figurer avec honneur ; mais, pour des motifs dans\nlesquels se mêlaient des considérations d'opportunité et de convenance\npolitique ou personnelle, le possesseur en refusa la communication.\nDepuis ce temps, une mort inattendue et prématurée a fait entrer a la\nBibliothèque du Conservatoire de Paris, à laquelle elle était léguee, la\ncollection Malherbe. Les œuvres qui la composent appartiennent donc\ndésormais au public, et il ne semble pas qu'il y ait de raisons de le priver\nplus longtemps de la connaissance d'un document fait pour l'interesser\nà divers titres. Aussi n'attendrons-nous pas davantage pour consacrer a\ncette composition de circonstance l'étude qu'elle mérite et pour en donner\nla primeur aux lecteurs de cette Revue."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.16", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2390, "texte": "C'est une suite de trois chœurs, écrits, de la main de Schumann, sur\ntrois feuilles de papier à musique de format moyen. La reproduction en\nfac-similé du titre général et de la première page de partition pourrait\nnous dispenser, à la rigueur, de toute description. Transcrivons pourtant,\nen le traduisant, ce titre, qui groupe sur la même page les noms des trois\nmorceaux suivis de ceux des poètes :\nZu den Wappen ! (Aux armes !)par Titus Ulrich.\nSchwarz, Roth, Gold (Noir, Rouge, Or), par F. Freiligrath.\nFreiheitssang ( Chant de Liberté),par J. Fiirst.\nComposé pour chœurd \"hommes avec ac d\" harmonie\n(àd libitum). Op. 65.\nA la fin du premier morceau est écrite la date du 19 avril 1848 ;\n4 avril après le second, et, après le troisième, 3 avril, date suivie des\ninitiales : R. Sh.\nLe manuscrit ne porte pas d'autre signature. Soyons d'ailleurs com-\nplètement rassurés sur son authenticité : l'écriture de Schumann, son\ngriffonnage, dirons-nous volontiers, après lui-même, ne saurait tromper.\nQuels étaient les poètes à qui l'auteur de a emprunté les\nvers par l'interprétation desquels il voulut mettre sa musique à l'unisson\ndu sentiment populaire et national de ce temps là ? L'un est bien connu:\nc'est Freiligrath, qui, né à Detmold en 1810, passa en exil la plus grande\npartie de sa vie ; il est mort à Londres il y a quelques années seulement.\nDès 1844, il avait publié un recueil de vers dont les tendances politiques\nétaient telles qu'il jugea prudent de s'éloigner d'Allemagne. Il y revint\nen 1848, et se mit à la tête du parti démocratique dans les provinces\nrhénanes ; puis, ayant été poursuivi judiciairement à plusieurs reprises,\nil partit de nouveau et fut se fixer définitivement en Angleterre. Dès son\nentrée dans la carrière littéraire, il avait eu une polémique retentissante\navec Herwegh, autre poète de la révolution allemande. Henri Heine l'a\npris pour héros de son poëme bouffon d'Atta-Troll. Bien qu'Allemand,\nil n'avait pas dédaigné de subir l'influence des poètes romantiques français.\nParmi les titres de ses diverses œuvres, je note celui-ci : Ça ira, six poëmes\n(1846). Il a traduit en allemand plusieurs volumes de vers de Victor\nHugo.\nLes deux autres, Titus Ulrich et J. Fùrst, sont moins renommés. Le\npremier, né en 1813, fut reçu en 1836 docteur en philosophie à Berlin,\ns'essaya à la poésie en se lançant dans le genre épique ; en 1848, il tut"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.17", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2676, "texte": "rédacteur de la Nationalzeitung, où il fut chargé de la critique littéraire\net théâtrale ; plus tard, on le vit devenir secrétaire de l'lntendance des\nthéâtres de Berlin. On a publié de lui, après sa mort, des relations de\nvoyages d'études en Italie, Angleterre et Ecosse. Pour J. Fùrst, il est\nmoins connu encore : c'était un orientaliste, professeur à l'Université de\nLeipzig, auteur de plusieurs ouvrages sur l'histoire et les langues juive,\nchaldéenne, etc.\nVoilà donc (outre Freiligrath, qui était, lui, un professionnel de la\npoésie politique) quels étaient les collaborateurs de Schumann dans son\nœuvre issue de la révolution : des professeurs, des hommes de lettres, qui\nsans doute ne prirent pas une plus grande part personnelle que lui aux\nsoulèvements, mais qui sympathisaient si bien avec ceux qui luttaient\npour la cause de l'indépendance qu'ils ne purent se tenir d'exprimer\nleurs sentiments sous la forme lyrique du vers destiné à s'unir au chant.\nNotons, sans plus attendre, que la tendance de plusieurs de ces\nstrophes n'apparaîtra pas comme très spécialement révolutionnaire, mais\nbien plutôt patriotique. Mais cela même était révolutionnaire en 1848.\nL'idée de l'unité allemande était à la base de toutes les revendications\npopulaires et nationales. C'est elle qui inspire exclusivement le poème de\nFreiligrath, qui salue les trois couleurs du vieil Empire allemand. Au\nreste, d'autres de ces poésies proclament la misère du peuple, et c'est là\nune note révolutionnaire commune à tous les pays du monde. Tel est le\ncas pour la poésie de Titus Ulrich, dont nous traduisons d abord, aussi\nlittéralement que possible, les deux premières strophes, laissant sous la\nmusique de Schumann les paroles allemandes du premier couplet, telles\nque les donne le manuscrit. 1\nI\nAux ARMES !\nDu visage à bas le masque ! L'heure des esprits sonne. L'esprit ressuscite du\ntombeau, associé avec le jour nouveau. Et vous en etes encore a remercier le\nSeigneur de ce qu'ainsi, ainsi, vous vous divertissez ! Est-ce que votre jeu est\nfausseté ? Est-ce que votre breuvage est poison ? Est-ce que vos paroles sont\nmensonges ? Avoir des oreilles et la lumière des yeux, et ne pas oser voir ni\nentendre ! Et ne pas oser voir ni entendre !\n\n1 M. Th. de Wyzewa a bien voulu nous aider à déchiffrer les textes écrits par Schumann sous ses\nnotes musicales et àen donner une traduction littérale. Notons àce propos que vers écrits sous la\nmusique sont parfois d'une autre main que celle du compositeur : tel est le cas précisément pai le fac-\nsimilé de la fin du 3me chœur, où la date et la signature (initiales) sont autographes, mais non les paro es\nchantées."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.18", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2254, "texte": "Vous entrevoyez cette image trompeuse, dont vous attendez beaucoup. Vous\nsouffrez, vous mourez et vous avez faim. Vous n'avez ni vêtements pour vous\nhabiller, ni pain pour manger. Un mot, un mot, et cette détresse se changera en\njoie. O souffrance trop grande ! Devons-nous donc être écrasés sous de nouvelles\nrancunes ?...\nA cet essai, quelque peu incohérent et surtout très emphatique, de\nprophétie révolutionnaire dans la manière biblique, va s'opposer l'expres-\nsion beaucoup plus franche des vers de Freiligath. Appelons par avance\nl'attention sur la dernière strophe, qui contient un appel à la collaboration\nfraternelle d'un musicien, appel auquel Schumann ne resta pas sourd.\nII\nNOIR, ROUGE, OR\nDans le souci et dans les ténèbres, c'est là que nous devions les cacher. Mais\nmaintenant, nous les avons délivrés, délivrés de leur cercueil ! Oh ! comme cela\nétincelle, et bruisse, et roule ! Hourrah ! Hourrah ! Toi noir, toi rouge, toi or.\nHurrah ! hurrah ! La poudre est noire, le sang est rouge, et c'est couleur d'or\nque brille la flamme.\nC'est là l'antique bannière de l'Empire. Ce sont là les vieilles couleurs. Et\nbientôt nous y ferons de nouvelles blessures, car le commencement seul est fait.\nHurrah ! hurrah ! La dernière bataille est encore à venir. Hurrah, etc.\nAu combat donc, au combat maintenant ! Le combat seul donnera la consé-\ncration. Et si tu reviens déchirée ou souillée, alors on te brodera de nouveau.\nN'est-ce pas, ô jeunes filles allemandes ? Hurrah ! Hurrah ! Voilà qui sera une\nvraie broderie ! Hurrah, etc.\nCelui qui a composé un lied pour vous durant l'une de ces nuits, celui-là a\nvoulu qu'un musicien pût bientôt le revêtir de notes. Je veux dire par là un vrai\nmusicien ; alors bien clairement retentira à travers toute la terre allemande :\nHurrah ! Hurrah ! La poudre est noire, le sang est rouge, et c'est couleur d'or\nque brille la flamme.\nLa troisième poésie (de J. Fiirst) a, elle aussi, un caractère plus national\nque révolutionnaire. Schumann n'en a écrit qu'un seul couplet sous les\nparties vocales de sa partition.\nIII\nCHANT DE LIBERTÉ\nLa victoire est à toi, ô mon peuple de héros ; qui oserait te la ravir ? Le cri\nsinistre des corbeaux ne paralysera pas son vol. Nous nous dressons tous commt"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.19", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2535, "texte": "un seul homme. Le coq de bruyère allemand s'élance jusqu'au ciel. Malheur à\nqui aujourd'hui pourrait songer encore à l'apprivoiser pour en faire un animal\ndomestique !\nSur ces brèves strophes, Schumann a composé la musique qui con-\nvenait, c'est-à-dire des chœurs, dans le style populaire de l'orphéon\nallemand, aux quatre parties desquels il a ajouté le renforcement d'un\naccompagnement pour musique d'harmonie, lequel n'est guère qu'un\nredoublement des voix. Les instruments sont exactement ceux qui forment\nles groupes des instruments à vent dans l'orchestre symphonique : flûtes\n(petites et grandes), hautbois, clarinettes, bassons, cors, trompettes et\ntrombones, auxquels s'ajoute, pour soutenir les basses, le vieux serpent,\nqu'on s'étonne de trouver encore en usage en Allemagne au milieu du\ndix-neuvième siècle ; les timbales roulent dans le dernier chœur. La\nmusique ne comporte aucun développement superflu : c'est celle du\nchoral, telle qu'en ont écrit, pour les sociétés populaires, tous les maîtres\nallemands de ce temps-là, y compris Weber, Mendelssohn, Schumann, et\njusqu'à Wagner.\nIl faut nous attendre, après que les musiciens auront pris connaissance\nde ces morceaux, à entendre prononcer la phrase obligatoire en pareil cas :\n\" Cela n'ajoute rien à la gloire de Schumann. \" Il est vrai. L'auteur de\nla Symphonie rhénane,des scènes de Faude et de tant d'autres\nchefs-d'œuvre de haute portée, n'avait pas besoin que ces petits chœurs\npopulaires fussent connus du public pour que son génie fût affirmé de la\nfaçon la plus péremptoire. Aussi bien, parmi les quelque cent-cinquante\nœuvres qu'il a laissées après lui, il en est plusieurs qui auraient pu de même\nrester inconnues sans que son bon renom en souffrît : aucune pourtant n'est\nfaite pour le compromettre, et les chœurs de 1848 ne sont pas plus indignes\nque les autres de figurer dans l'ensemble de sa production. Weber a\ncomposé, en 1815, des chants nationaux qui, par leur forme, leur déve-\nloppement et leur style, ne diffèrent guère de ceux qui nous occupent :\nils n'ont rien ôté à sa gloire, au contraire.\nCette série de chœurs à voix d'hommes n'est d'ailleurs pas la seule\nque Schumann ait produite : il en a écrit plusieurs autres pour ces\nsociétés chorales, si florissantes en son temps, telles que la de\nDresde, qu'il dirigea après Wagner et Hiller, et ce Chorgesangverein fondé\npar lui-même à la date du 5 janvier 1848, c'est-à-dire trois mois avant\nles chœurs révolutionnaires, dont, sans aucun doute, il lui avait destiné"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.20", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2795, "texte": "l'exécution.1 Ces derniers ne sont ni d'un autre style ni d'une moindre\nvaleur que les autres compositions du même auteur dans le même genre.\nLe chœur sur les vers de Freiligrath est un aimable lied, en mouvement\nde valse allemande, qui commence dans une allure très familière et prend\npar la suite un éclat de fanfare : c'est la révolution chantée dans le senti-\nment du Gemuthgermanique, et cette naïveté n'est point pour déplaire.\nLe premier chœur : Aux armes ! a l'accent farouche qu'annoncent les\nparoles ; les triolets de la dernière partie sont caractéristiques du style de\nSchumann : nous en avons connu l'emploi dans les meilleures parties de\nFaust [Pater Seraphicus,le Chœur des Jeunes Anges).\nMais c'est à un autre point de vue que cette œuvre est le plus\ndigne de nous intéresser. Elle nous découvre des vues nouvelles sur l'âme\nde Schumann : non de Schumann artiste, que nous connaissions déjà\ntrès bien, mais du citoyen, de l'homme vivant dans sa patrie en une heure\nd'épreuves ; et, à ce point de vue, il s'était beaucoup plus dérobé à nos\nregards. De tout ce que nous venons d'exposer, il résulte que le poète\nd'intimité que fut l'auteur du Pèlerinage de la rose a été ému, et peut-être\nplus qu'il ne voulait le paraître, par la révolution qu'il vit s'accomplir\nsous ses yeux, et qu'à deux moments il ne se contenta pas d'y assister en\nsimple spectacteur, mais y prit part par les moyens qu'il avait à sa\ndisposition, et y joua son rôle. Ces deux moments furent les plus impor-\ntants de toute cette histoire : le dernier fut celui de la bataille dans les\nrues de Dresde, en mai 1849, qui lui inspira ses \" Marches des barri-\ncades \" ; l'autre avait été celui des premières espérances, l'aurore que des\nesprits généreux pensaient d'être celle d'un jour nouveau, les journées de\nmars 1848, au cours desquelles presque tous les princes s'inclinèrent pour\nun temps devant la volonté populaire ; et c'est au lendemain, sous\nl'inspiration immédiate des événements qui réjouissaient son cœur que\nSchumann, unissant ses accords à des vers qui saluaient avec enthousiasme\nl'avènement de temps nouveaux, écrivit ses chœurs pour voix d'hommes,\ndatés des 3, 4 et 19 avril 1848.\nJULIEN TIERSOT.\n\n1 Voir sur ce sujet Wasïelewski, Menesirel du 6 juin 1869, et lettre à F. Hiller du 10 août 1849,\nrec. Crémieux, 11, p. 185. Les compositions de Schumann pour chœur d'hommes sont : Sechs Lieder,\nop. 33 (1840) ; Drei Gesange fiir Mannerchor, op. 62 (1847) ; les Ritornelle qui prirent la place des\nchœurs révolutionnaires sous le n° d'op. 65 (composé en 1847). Il convient d'ajouter à cette liste un\nPa;riûtisches Lied\\ datant de 1842, qui n'est autre que le célèbre Rhin allemand, et qui a paru sous\nplusieurs formes, à voix d'hommes en solo ou en chœur, avec ou sans accompagnement."}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.22", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 18, "texte": "I\n\n84"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.23", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2, "texte": "34"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2, "texte": "34"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.24", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 19, "texte": "II"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.25", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2, "texte": "34"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.26", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 20, "texte": "III\n\n34"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.27", "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 34, "texte": "34"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c008", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c008", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "11", "page_fin": "11", "image_debut": 11, "image_fin": 11, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.4.2", "titre_corps": "CHANTS REVOLUTIONNAIRES DE SCHUMANN La première page du manuscrit.", "titre_sommaire": "CHANTS REVOLUTIONNAIRES DE SCHUMANN La première page du manuscrit.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.11", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 66, "texte": "CHANTS REVOLUTIONNAIRES DE SCHUMANN\nLa première page du manuscrit."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c017", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c017", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "28", "page_fin": "34", "image_debut": 28, "image_fin": 34, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.5", "titre_corps": "LES ORIGINES GERMANIQUES DE CÉSAR FRANCK ET LES ACCOINTANCES DE LA JEUNE ÉCOLE FRANÇAISE.", "titre_sommaire": "LES ORIGINES GERMANIQUES DE CÉSAR FRANCK ET LES ACCOINTANCES DE LA JEUNE ÉCOLE FRANÇAISE.", "signature_source": "Ernest Closson", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.28", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 693, "texte": "LES ORIGINES GERMANIQUES DE CÉSAR FRANCK\nET LES ACCOINTANCES\nDE LA JEUNE ÉCOLE FRANÇAISE.\n\nChausson, sur lequel a lourdement pesé l'influence flamande\nde César Franck... (Debussy, dans S. I. M., 1913,1, p. 5)\nCésar Franck était flamand ; de là le profond mélange de\nsang germanique... (W\\ Niemann, Das Klavierbuch,\nLeipzig, 1912, p. 154.)\nOn s'accorde à désigner plus spécialement, sous le nom de \" Jeune\nécole française la baillante pleïade de musiciens sortis de la souche\nartistique de César Franck. Après la mort du maître et sa glorification\ntardive, ses élèves, on le sait, se multiplièrent d'une manière inattendue,\nse firent tout à coup aussi nombreux que les élèves de Liszt. Dans son"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.29", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2404, "texte": "livre retentissant sur Franck ', M. Vincent d'lndy joua avec imposteurs\nle mauvais tour de délimiter cette \" famille artistique \". Celle-ci com-\nprend, d'abord, les élèves directs : Arthur Coquard, Albert Cahen, Duparc,\nde Castillon, d'lndy, Camille Benoît, Augusta Holmes, Chausson, Paul\nde Wailly, Henri Kunkelmann, de Bréville, Louis de Serres, Guy\nRopartz, Gaston Vallin, Bordes, Lekeu ; l'auteur y joint les nombreux\nmusiciens qui, soit qu'ils eussent passé quelque temps dans la classe\nd'orgue de Franck au Conservatoire, soit que leur tempérament artistique\nles eût entraînés sur la même pente, subirent plus ou moins profondé-\nment l'influence franckiste. Nous voudrions encore faire passer, avant\nceux-là, les disciples indirects de Franck, les nombreux musiciens sortis\nde la Schola cantorumet que le zèle apostolique de M. d'lndy fit à leur\ntour dépositaires des traditions dont il avait recueilli l'héritage.\nIl est superflu de rappeler à ce propos que, depuis l'avènement du\ndebussysme, d'ailleurs inconcevable, croyons-nous, sans l'école\nfranckiste, celle-ci apparaît aujourd'hui comme singulièrement con-\nservatrice. Les \" Jeunes Français \" sont devenus vénérables comme de\nvieux Jeunes-Turcs ; tels d'entre-eux naguère hardiment campés sur un\nterritoire inexploré, se trouvent aujourd'hui, grâce à l'incessante extension\ndu vocabulaire musical, sis au milieu d'une paisible banlieue. L'évolution\nartistique, de plus en plus rapide, le veut ainsi.\nMais pour l'instant, ce n'est pas la question. La jeune école\n\" française \" est germanique aussi. Et c'est à ce propos que nous voudrions\nformuler ici quelques réflexions.\nDe ces appellations \" géographiques il en est qui désignent àla\nfois l'origine des compositeurs et le style local ; ce sont les plus justifiées.\nTelles, les écoles florentine, vénitienne, napolitaine, romaine, telles, les\nécoles folkloristiques modernes, telle, l'école viennoise tant qu'il s'agit de\nHaydn et de Mozart ; l'école néerlandaise est, en réalité, internationale,\net Beethoven reste \" viennois \" pendant si peu de temps qu'il est absurde\nde le classer tout entier sous cette dénomination. De même, la qualifica-\ntion \"Jeune école française\" ne se justifie, au fond, que par des détails\nd'état-civil. La nationalité seule des musiciens qu'elle désigne, et non leur\n\n1 Collection des Maîtres de la Musique. Paris, Alcan, 1906."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.30", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2456, "texte": "esprit, s'y exprime et ce n'est pas sans certaines bonnes raisons que\nM. Debussy et ses tenants prétendent, eux, restaurer des traditions\nnationales longtemps oblitérées sous les influences italiennes et allemandes.\nDans la jeune école dite française, ces dernières sont évidentes. C'est aux\ngrands poètes allemands, à Goethe, à Schiller, à Burger, que Franck,\nd'lndy, Chausson, Duparc demandent des arguments poétiques. L'influence\nwagnérienne est évidente dans le livret de dans le livret et la\npartition du Roi Artus.De même, I'\"idée wagnérienne\" n'est pas étran-\ngère à cette dramatisation de la musique de chambre poursuivie par Franck\net par ses disciples les plus autorisés. Le caractère nébuleux, vaticinateur\net passablement apocalyptique de beaucoup d'ouvrages de ces derniers\ncontraste vivement avec la tendance traditionnelle de la musique française\nvers la simplicité, la clarté, l'évocation des réalités extérieures, ou tout au\nmoins le pittoresque musical. Que les Jeunes Français aient introduit ici\nla mesure et l'atticisme généralement étrangers, d'autre part, à l'art\nallemand, ce n'est pas douteux ; mais le fond de leur art est plus germa-\nnique que français. Ceci pourrait même se dire, par extension, de la\nmusique \" absolue \", représentée par la symphonie et la musique de\nchambre, lesquelles, de tous temps en honneur en Allemagne, ne comp-\ntaient en France, avant Franck, que des représentants isolés, ne formant\npas une école.\nMais comment, dira-t-on, concilier ce germanisme de la jeune école\nfrançaise avec la nationalité liégeoise de son fondateur? C'est que, préci-\nsément, il faudrait ignorer tout des particularités ethnographiques de la\nBelgique pour se refuser à tenir compte de la consanguinité germanique\ndes Wallons de /'Est, qui constituent la fraction la plus vivante, la plus\nagissante et la plus intéressante du peuple wallon. Les habitants du pays\nde Liège se distinguent des Français dans la mesure où ils se rapprochent\ndes Allemands de la province rhénane. Cette compénétration ne date pas\nd'hier et l'histoire l'explique ; elle se manifeste d'ailleurs surabondamment\ndans le dialecte local, dans les lieux-dits, dans les noms des habitants '.\nElle s'exprime surtout dans l'art du pays, qui révèle une sensibilité toute\nspéciale, dans les tableaux pensifs de ses peintres, dans les harmonies de\n\n1 Voir à ce sujet un ouvrage récent, Belgique et Allemagne, par \" Integer \" (Bruxelles 1913), p. 135."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.31", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2637, "texte": "ses musiciens, où la clarté française, le sens et le goût des réalités con-\ncrètes d'une part, le mysticisme germanique de l'autre, se combinent et\nse combattent en des rêveries troubles, des emportements subits, des\nabattements lassés, des oppositions de transparence et de brume, d'une\nlancinante intensité d'expression.\nC'est cela, écrivions-nous ailleurs \\ qui, dans la musique de chambre de\nFranck et de Lekeu, donne à tels allégros leur essor vertigineux ; c'est cela qui\nsanglote dans les élans éperdus de tels adagios et met une inquiétude latente\njusque dans la contemplation. La musique française contemporaine n'offre rien de\nsemblable... Le lyrisme germanique lui-même trouve dans son idéalisme robuste et\nconscient cette sorte d'assurance imperturbable qui marque ses plus vifs élans.\nMais cette poésie trouble et par là si profondément émouvante qui émane des\npages les plus caractéristiques de nos musiciens liégeois contemporains est unique\ndans le langage des sons...\nIl suffit, en effet, pour se rendre compte de ces choses, d'une double\nexpérience : rapprocher les ouvrages de César Franck de ceux de Lekeu,\nun Wallon comme son maître ( \" une nature quasi-géniale \", comme\ndit excellemment M. d'lndy), pour constater leur profonde analogie\néthnique ; comparer les œuvres de l'un et de l'autre à celles des adeptes\nproprement français de l'école pour observer ce qui distingue ceux-ci de\nceux-là. Nous avons rappelé plus haut ce que l'art de la Jeune école\nfrançaise a de germanique. Mais il s'agit là d'une tendance d'école, qui\nest dans l'esprit plus que dans le cœur et qui fait violence au sentiment\nnational. Chez Franck et Lekeu, au contraire, le mysticisme et la\nrêverie sont contingents au tempérament national, constituent une fonction\ninconsciente de la psychologie racique. Suivant un mot de Léonce\nMesnard, ce sont, ici, des affinités \" naturelles \" avec l'art allemand, là,\ndes affinités \" électives\nSans insister autrement sur ce point 2, reconnaissons que la consan-\nguinité germanique des Wallons de l'Est constitue un élément essentiel\nd'appréciation de l'art de ce pays. On ne peut notamment, sans en tenir\ncompte, formuler un jugement complet sur la musique de Lekeu, comme\nsur celle de Franck lui-même. M. d'lndy semble avoir voulu en tenir\ncompte quand il écrit, au début de son livre :\n\nILe Sentiment wallon en musique,rapport au Congrès wallon de 1910 (IV Liège, t. XIII).\n«J»TO2 Nous avons dû l'envisager également dans notre rapport, pour la Société des Amis de l Ait\nsur-le projet d'un monument à la mémoire de César Franck, à Liège (à paraître dans Walionia)."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.32", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2625, "texte": "... Et c'était bien, en effet, ce pays, gaulois d'aspect, germain d'habitudes et\nde voisinage, qui devait fatalement enfanter le génie prédestiné à la création d'un\nart symphonique bien français en son esprit de mesure et de précision, mais soli-\ndement appuyé sur la haute tradition beethovénienne.\nMais, dans le fait ethnographique auquel ces lignes font allusion sans le\npréciser, l'auteur ne voit qu'une sorte d'argument symbolique à l'appui\nde sa thèse favorite : l'hérédité beethovénienne de l'art franckiste. Il n'y\nrevient pas dans la suite, et en fait abstraction quand il s'agit de caracté-\nriser l'art du maître liégeois.\nFranck, émigré de bonne heure en France, suivant une tradition sécu-\nlaire des artistes et des artisans liégeois, est fréquemment considéré comme\nfrançais d'origine. Par contre, des historiens et critiques soucieux de pré-\ncision accordent qu'il est natif de Liège, mais partent de là pour en faire...\nun Flamand 1 ; c'est de la même manière qu'on qualifia de \" flamands\nindistinctement, tous les polyphonistes belges de l'école dite \" néerlan-\ndaise \", qu'ils fussent originaires de nos provinces flamandes ou romanes.\nNous n'avons franchement, nous Wallons, pas de chance !\nEn réalité, cette qualification germanique, appliquée à César Franck,\nest moins éloignée de la vérité qu'elle ne paraît et notamment moins para-\ndoxale que lorsqu'elle vise nos vieux maîtres hennuyers.\nMais d'abord, écoutons encore M. d'lndy :\nC'est au pays wallon que se passèrent les premières années de César Franck,\nen ce pays si français, non seulement de cœur et de langage, mais encore d'aspect\nextérieur ; car quoi de plus semblable à notre plateau central de la France que ces\nvallées accidentées aux plans abrupts et pittoresques, que ces landes où le genêt\ns'épanouit au printemps en un horizon d'or quasi illimité, que ces collines, peu\nélevées cependant, où le voyageur français retrouve avec surprise les hêtres et les\npins, végétation des froides montagnes cévenoles ?...\nLa famille Franck prétend rattacher ses origines à une dynastie de peintres\nwallons de même nom dans les oeuvres desquels, à côté des qualités de la peinture\ndite primitive, on rencontre force détails qui font pressentir l'art d'un Rembrandt.\nLe plus ancien de ces peintres fut Jérôme Franck, né en 1540 à \" Herrenthal \" en\nCampine et mort en 1610 à Paris, où, comme son descendant musicien, il avait\némigré et obtenu le titre de peintre du roi Henri 111... \"\n\n1 Voir ci-dessus. En revanche, M. A. Schering classe M. Ryelandt, de Bruges, parmi les musiciens\nwallons (Geschichte des Oratorium, Leipzig, 1911, p. 555)."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.33", "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 2657, "texte": "Naître à Hérenthals, pour un peintre wallon, est déjà suspect. Mais\nlaissons cette hérédité lointaine et assez hypothétique. S'il est vrai que\nl'hérédité devient plus déterminante à mesure qu'on se rapproche du\nsujet, les ascendants immédiats de César Franck sont de nature à nous\nintéresser davantage. Personnellement, nous savions dès longtemps que\nla mère du maître n'était ni plus ni moins qu'une Allemande d'Aix-la-\nChapelle. Ce détail, que M. d'lndy a pu ignorer, prend une signification\nparticulière si l'on veut bien se souvenir de l'influence marquée delà mère\ndans l'élaboration d'une personnalité artistique. Nous nous étions promis à\nce propos d'étudier quelque jour d'un peu près la question assez obscure des\norigines de César Franck, mais nous ignorions que, dès 1894, M. Char-\nles Delchevalerie eût publié sur ce sujet, dans un périodique liégeois peu\nrépandu, Flamberge,les renseignements les plus précis. Ces lignes viennent\nd'être reproduites dans la revue liégeoise ; le lecteur en appré-\nciera tout l'intérêt :\nCésar Franck est issu d'une famille de bourgeois de village. Son grand-père,\nBarthélémi Franck, naquit et vécut à Gemmenich, bourg situé aux confins du\nLi m bourg et de la Prusse, sur la ligne de Verviers à Aix-la-Chapelle, par Bleiberg.\nC'est un pays de grasses cultures, assez accidenté, où Von ne parle qu un patois alle-\nmand. Barthélémi Franck exerçait dans la contrée, —où il mourut le 30 mars\n1794, des fonctions nombreuses et surannées : il était procureur de la justice de\nGemmenich, mayeur à la cour de justice de Saint-Hubert et à celle de Palantes,\nconseiller à la haute-cour du canton de Limbourg, notaire, percepteur et bourg-\nmestre de Gemmenich, échevin de la justice de Teuven.\nSon fils, Nicolas-Joseph, le père de César Franck, naquit à Volkerich, hameau\nde Gemmenich, le 30 mai 1794; il épousa, le 24 août 1820, une jeune fille d'Aix-\nla-Chapelle. Le nouveau ménage vint habiter Liègeoù naquit, le 10 décembre 1822,\ndans l'ancienne rue Saint-Pierre, près Sainte-Croix, le petit César.\nLes fonctions publiques exercées par Barthélémy Franck à Gemme-\nnich le mettant en contact avec une population de langue basse-allemande,\nmontrent en lui un homme du pays, de même langue que ses administrés.\nToutefois, nous désirions posséder sur ce point quelques précisions. A notre\ndemande, M. l'abbé Vivroux, curé de Gemmenich, a bien voulu faire\ndans ses registres paroissiaux des recherches dont il appert qu'en effet le\ndit Barthélémy Franck était lui-même originaire de cette localité, où il\nnaquit, le 26 mai 1745, de Etienne Franck et de Anne-Marie Schenneux.\n\n1 T. XXI, p. 123."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.34", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 796, "texte": "Nos conclusions ? Elles ne seront pas aussi rigoureuses qu'on pourrait\ns'y attendre. C'est un fait d'expérience courante que, la culture germanique\net la culture latine mises en présence, celle-ci tend toujours à absorber\ncelle-là. En Belgique, les Flamands établis en Wallonie voient leurs\nparticularités ethniques éliminées dans leur descendance, avant même que\nleur nom ait eu le temps de se corrompre. César Franck n'était pas un\nWallon de race. Il fut d'origine germanique par son père et même\npurement allemand par sa mère. Mais il naquit et reçut ses premières\nimpressions dans un milieu wallon. Emigré de bonne heure à Paris, c'est\nau contact du génie français que se développa sa personnalité et c'est de\nlui qu'elle devait recevoir sa définitive empreinte.\n\nErnest Closson."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c020", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "35", "page_fin": "40", "image_debut": 35, "image_fin": 40, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.6", "titre_corps": "ENQUÊTE SUR LA CONDITION SOCIALE DU MUSICIEN", "titre_sommaire": "ENQUÊTE SUR LA CONDITION SOCIALE DU MUSICIEN", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.35", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1133, "texte": "ENQUÊTE SUR LA CONDITION SOCIALE\nDU MUSICIEN\n\nPORTUGAL\nIci c'est à l'obligeance de M. Alfredo Pinto Saccaven, critique\nmusical, que nous devons les renseignements qui vont suivre.\nEn Portugal, nous avons seulement un Conservatoire à Lisbonne. Il\na grand besoin d'une réforme radicale. On y donne des cours de solfège,\npiano, violon, flûte, violoncelle, contrebasse ; harmonie, contrepoint, fugue,\ncomposition ; histoire de la musique, langue italienne, musique de\nchambre, etc.\nOn dit qu'à la prochaine réforme on introduira, au Conservatoire,\nla lecture à vue et l'accompagnement, le chant choral et l'orgue. C'est\nl'unique Ecole d'Etat que nous avons.\nDans r Académie d'Amateurs de il y a presque les mêmes\ncours qu'au Conservatoire. Il y a quelques écoles privées où on donne\nl'enseignement du piano et du chant sous la direction de professeurs\nmasculins et féminins diplômés.\nC'est seulement le Conservatoire qui peut délivrer des diplômes a la\nfin des cours. Ceux qui sont délivrés par Y Académie n'ont rien d'officiel.\nLégalement un musicien ne peut pas prendre le titre de professeur\net ouvrir un cours sans avoir de diplômes."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.36", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1422, "texte": "Le traitement des professeurs du Conservatoire, hommes et femmes,\nest, en première classe de 500000 reis (2500 fr.). En deuxième classe de\n300000 reis (1500 fr.). Les professeurs auxiliaires touchent 150000 reis\n(750 fr.). L orsqu'ils sont membres des jurys d'examen ils reçoivent par\njour une indemnité de 2000 reis (10 fr.).\nIl est difficile d'évaluer le traitement d'un professeur dans l'enseigne-\nment privé. En général il est assez bas.\nLe traitement moyen d'un musicien d'orchestre est plus facile à\nconnaître. Au théâtre de San-Carlo(opéra-lyrique) il suit le règlement\nde Y Association des musiciens.\nn . A. 80000 reis (400 fr.)\nPremiers 1 ; r (\n( B. 70000 „ (350 fr.)\n-v f A. 60000 ~ (300 fr.) par mois.\nDeuxièmes 1 n , s (\n( B. 52000 „ (260 rr.)\nTroisièmes 45 000 „ (220 fr.) I\nDans les théâtres de deuxième classe.\nOPÉRETTES, VAUDEVILLES, REVISTAS, DRAMAS, ETC.\n. f A. 1200 reis (6.00 fr.)\nPremiers i T, ) r (\n18. 1100 „ {5.50 tr.)\nDeuxièmes 1000 „ ( c.oo fr.) ,\n(,r ( > par seance.\n900 „ (4.50 fr.) r f\n800 „ (4.00 fr.)\n600 „ (3 .00 fr.) J\nSPECTACLES DE VARIÉTÉS.\nn . ( A. 1200 reis (6.00 fr.)\nPremiers <0 ;\n{ B. 1î 00 „ (5.00 fr.)\nDeuxièmes lA' 9°° \" (4'5° fr^\nV U A ivlilvv \\ A / \\ f\n( 8.000 „ (4.00 fr.) par seance.\n/ 800 ~ (4.00 fr.)\nBatterie 700 „ (3.50 fr.)\n( 600 „ (3.00 fr.) ,\nCes prix sont établis pour les compagnies portugaises. 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Certains ont beaucoup de talent, nul ne\npeut les empêcher d'en tirer la gloire ou même le profit qu'ils désirent,\nmais, le faisant, ils nuisent aux professionnels, et on ne saurait trop\nprotester, avec mesure et courtoisie, mais énergiquement, contre leur\nintrusion.\nLa seconde cause du chômage réside dans la durée extrêmement\nlongue de la saison estivale, ou, plus exactement, dans la durée de périodes\nde vacances que l'on n'a jamais connues. Actuellement, beaucoup de\nfamilles ne regagnent la Capitale qu'au mois de décembre et même de\njanvier. Dès les premiers froids le midi appelle vers ses contrées ensoleil-\nlées tous ceux qui redoutent l'hiver parisien et à qui la fortune permet\nde tels déplacements, comme ces privilèges sont aussi, pour la même\nraison, ceux qui peuvent encourager les artistes, leur absence est, pour\nces derniers des plus nuisible.\nEnfin la pratique des sports détourne, de plus en plus, des plaisirs\nsédentaires que l'art réserve à ses adeptes. 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Certains ont beaucoup de talent, nul ne\npeut les empêcher d'en tirer la gloire ou même le profit qu'ils désirent,\nmais, le faisant, ils nuisent aux professionnels, et on ne saurait trop\nprotester, avec mesure et courtoisie, mais énergiquement, contre leur\nintrusion.\nLa seconde cause du chômage réside dans la durée extrêmement\nlongue de la saison estivale, ou, plus exactement, dans la durée de périodes\nde vacances que l'on n'a jamais connues. Actuellement, beaucoup de\nfamilles ne regagnent la Capitale qu'au mois de décembre et même de\njanvier. Dès les premiers froids le midi appelle vers ses contrées ensoleil-\nlées tous ceux qui redoutent l'hiver parisien et à qui la fortune permet\nde tels déplacements, comme ces privilèges sont aussi, pour la même\nraison, ceux qui peuvent encourager les artistes, leur absence est, pour\nces derniers des plus nuisible.\nEnfin la pratique des sports détourne, de plus en plus, des plaisirs\nsédentaires que l'art réserve à ses adeptes. 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Daubresse."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c024", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "41", "page_fin": "48", "image_debut": 41, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.7", "titre_corps": "LES LIVRES", "titre_sommaire": "LES LIVRES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2853, "texte": "PIRRO (A.) Dietrich Buxtehude (Paris, Fiscbacher, 1913,\ngr. in-8° de 508 pp.)\nOn sait le rôle considérable que l'organiste Dietrich Buxte-\nhude a joué dans l'Allemagne musicale du XVIIe siècle ; son\ninfluence sur Bach, déjà signalée par Spitta, a été précisée par\nM. Pirro, en ce qui concerne les œuvres d'orgue du cantor de\nLeipzig, et, dernièrement, M. Romain Rolland montrait que le\nstyle des oratorios de Haendel la reflétait, lui aussi. Bien que, dans\nson nouveau livre, M. André Pirro ne traite pas des rapports de\nBuxtehude avec Jean Sébastien Bach, c'est sans doute un peu au\nculte qu'il a voué à celui-ci que nous sommes redevables du puis-\nsant ouvrage que notre savant collègue vient de consacrer au\nmusicien de Lûbeck. Buxtehude y est justement considéré comme\nun personnage central, selon une méthode très répandue aujourd'hui\nen histoire ; jamais on ne l'isole de son entourage, dont la descrip-\ntion en arrive à l'emporter sur la biographie proprement dite du\npersonnage principal. Qu'il s'agisse de l'enface de Buxtehude\nà Elseneur où son père occupait un emploi d'organiste, de ses\nétudes à Copenhague auprès de Lorentz, ou de son séjour à\ni e> i ' «»\nLubeck, on aura soin de restituer par le détail le milieu où il a vécu et travaillé, de rappeler\nles musiciens qu'il a fréquentés, les œuvres qu'il a entendues, les circonstances qui accom-\npagnèrent ou déterminèrent ses diverses compositions. D'où un exposé extrêmement dense,\nfourmillant de faits, d'une information minutieuse et précise, qui témoigne de l'érudition la\nplus étendue. Un pareil travail suppose le dépouillement de sources inédites ou peu connues et\nune somme vraiment prodigieuse de lectures. L'auteur nous renseigne abondamment sur les\nartistes qui ont influencé Buxtehude, et, en particulier, sur Gaspar Fôrster qui dirigeait la\nchapelle royal de Copenhague, sur les divertissements de musique en usages dans les cours\ndu Nord, sur les troupes de musiciens étrangers qui parcouraient celles-ci, sur les relations qui\ns'établissaient de ville à ville entre les artistes. Incidemment, il étudiera les œuvres de ces musi-\nciens, au fur et à mesure que les noms de ceux-ci se présentent dans son récit, et en citera\navec une véritable profusion d'exemples musicaux, les passages les plus caractéristiques. C est\nainsi qu'il nous initie aux compositions des maîtres de Hambourg, de ce Thomas Selle, qui avec\nH. Schûtz et Schein, constituait la triade des \" grandes S \", et de l'organiste Scheidemann.\nBuxtehude se pénétra d'abord de l'enseignement théorique de Sweelinck, et, dans ses pre-\nmières compositions, il imite Schûtz, Fôrster et Carissimi. Puis, le voilà à Lûbeck, dans un\ncentre très artistique où brille l'organiste Tunder qu'il remplacera, en 1668, à la M arien\nKirche, après avoir épousé sa fille, ce qui semblait alors de règle. Les Motets et Cantates de"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.42", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3944, "texte": "Tunder, comme aussi les compositions de Geist, fournissent à M. Pirro matière à de\nnombreuses analyses, de sorte que son livre, par l'abondance des citations qu'il renferme,\ndevient une manière d'anthologie de musiciens allemands encore à demi ignorés, A propos\ndu Gollegium musicum de Hambourg, il passe en revue les pièces qu'on y exécutait, et\ns'étend sur les ouvrages de Rosenmûller et de Fôrster, sur les espèces d' u Histoires\nSacrées \" de ce dernier, et sur les Deutsche Concerten de Bernhard. Il brosse, de la sorte, un\nvaste et brillant tableau de la musique allemande à Lubeck et à Hambourg au XVIIE siècle, et\nnous révèle la vie artistique, si intense et si féconde qui animait ces puissantes cités commer-\nciales. Il n'oublie point les intéressantes Messes de Johann Theile lequel, au dire de Walther,\naurait été le maître de Buxtehude ; mais si Buxtehude professait pour l'art hautain de I heile\nune grande admiration, si comme lui, il se plaisait aux problèmes scolastiques, son talent de\nsavant contraponiste s'était manifesté bien avant qu'il prît contact avec Theile. D'ailleurs, en\nDanemark comme en Allemagne, la mode était alors aux canons, aux ouvrages écrits en style\nstrict, et tout ce qu'on peut dire au sujet des relations qui s'établirent entre Theile et Buxte-\nhude, c'est que ces deux musiciens s'influencèrent l'un l'autre.\nLes fameuses Ahend-muzikeny que Buxtehude donnait le jeudi à la Marienkirche, sont\nmentionnées, pour la première fois, en 1673 > e^es consistaient en concerts religieux patronnés\npar les corporations de marchands, concerts sur lesquels M. Pirro donne les renseignements les\nplus curieux. - Là, Buxtehude réalise une \" musique religieuse de caractère dramatique,\nadaptée à des textes allemands \" qui s'ajuste bien à son austère devise : Non hominibu$y sed Deo,\nmusique dont les opéras de Hambourg apportaient, pour ainsi dire, un précédent.\nFidèle à sa méthode objective et descriptive, M. Pirro consacre aux Cantates et Motets de\nBuxtehude des pages pénétrantes où se retrouvent les qualités d'analyse, et le style si personnel\net si expressif que tous les musicologues ont goûtés dans Y Esthétique de J. S. Bach. Fort peu\nde ces compositions sont datées ; presque toutes sont conservées dans les recueils de Gustave\nDuben, et existent, en tablature, à la Bibliothèque de l'Université d'Upsal. M. Pirro a effectué\nle dépouillement complet de ces recueils, et il nous donne des Cantates écrites de 1680 à 1684,\ncomme de celles qui ttaient destinées aux différentes fêtes de l'année, une étude approfondie,\nattentive et émue qui nous permet d'apprécier la manière large, claire de Buxtehude, manière\naussi portée aux détails significatifs qu'à l'édification de vastes ensembles majestueux, tels le\nBenedicam Dominum à 6 heures. L'œuvre vocal de Buxtehude, fort considérable, comprend\nplus de 130 compositions, dont M. Pirro a dressé la bibliographie.\nSon œuvre instrumental mérite aussi de retenir l'attention, malgré qu'il demeure d'impor-\ntance beaucoup moindre. M. Pirro cite des pièces manuscrites qui paraissent antérieures aux\ndeux recueils de sonates publiés en 1696 et qui étaient considérés jusqu'ici comme les deux\npremières œuvres instrumentales du maître de Lubeck. En quelques pages sobres, Fauteur\nexpose les conclusions de son énorme travail, véritable monument dont les érudits pourront\nextraire une foule de matériaux précieux.\nLIONEL DE LA LAURENCIE.\nPOU GIN (Arthur). Mariette Alboni (1 vol. in-180 avec quatre gravures et un fac-\nsimilé. Pion édit.)\nCe petit volume conte la vie d'une artiste qui souleva de bien grands enthousiasmes dans la\ngénération de nos pères. (On sait qu'elle se consacra surtout aux œuvres de Rossini.) Elle\nméritait du reste cette admiration et par la qualité de sa voix et par sa tessitura extraordinaire\nqui associait le registre du soprano à celui du contralto ; et aussi par le labeur assidu auquel\nelle se soumit en sa jeunesse.)"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.43", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 10, "texte": "LES LIVRES"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.43", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3652, "texte": "Ce qu'on sait peut-être moins, c'est que cette artiste fut une fiere, pleine de\nnobles sentiments et généreusement bienfaisante. Le livre fourmille d anecdotes typiques,\nsouvent fort curieuses. Le récit de ses années d'enfance est particulièrement savoureux par les\naperçus qu'il ouvre sur la bonhomie de la vie provinciale italienne au siecle deiniei. Il s y\ntrouve notamment (page 11) l'anecdote d'un moine dont les paroles seraient dignes de fîgurei\ndans la Légende Dorée.\nPROD'HOMME (J. G.) Ecrits de Musiciens (XV*-XVHP siècles) (i vol. in-12,\nParis,) Mercure de France.\nLes documents sur les musiciens ne sont en général que peu nombreux. Parmi les plus\nimportants figurent naturellement les écrits personnels de l'auteur. Mais beaucoup ont peu\nécrit. De l'un subsistent seulement quelques lettres, de l'autre des dédicaces. Parfois, un\ntestament seul a été conservé. Bien rares sont ceux qui laissent de véritables desettations.\nMais les documents sont épars et souvent peu faciles à consulter. C'est pour comolei cette\nlacune que M. J. G. Prod'homme a publié son recueil.\nLe but du livre explique qu'il n'y ait pas d'idée directrice à faire ressortir. C est un\ncompendium à conserver où suivant l'étude du moment ou trouvera le renseignement dont on a\nbesoin. Notons seulement que, dans les fragments de Lassus, de Monteverdi et de Bach, on\ntrouve des indications typiques sur la condition ancienne des musiciens. On y voit que\nl'organisation démocratique de Leipzig ne leur était pas beaucoup plus favorable que 1 organi-\nsation aristocratique de cours italiennes. Et même quelles licences se permettait envers\nson duc ! Sur la musique proprement dite, ia Préface de Jacques de Gouy est supérieure-\nment intéressante. Enfin le testament de Guillaume du Fay s ouvre par une belle page\nde prose du XVe siècle.\nCRAWFORD FLITCH (J. E.) Modem dancing and dancers. (i vol. in-40 avec illustra-\ntions noires et en couleurs. London, Grant Richards Ltd.)\nM. Crawford Flitch est un fervent de l'art de la danse. Il aime à rappeler le mot de\nLucien : \"La danse est aussi vieille que l'amour, le plus ancien des dieux.\" Il s'indignerait pour\nun peu du scandale qu'affectaient les Beaux-Arts de la voir ranger dans leur groupe. Et dans\nla renaissance actuelle de la danse, il voit une réaction contre les tendances de 1 art actuel qui\n4< répond par un conseil à celui qui lui demande de la beaute ' # Il espere qu elle fera revivre\npour nous la vie joyeuse que les autres arts nous ont fait oublier.\nEt à l'appui de ses idées, il fait un historique des plus complets de la danse depuis\nl'antiquité, jusqu'à nos jours. Il fait même une place aux a danses excentriques et a une\ndanse populaire anglaise : la \" horris dance. \" La plupart de ces chapitres intéresseront\nsûrement les amateurs. L'ouvrage est luxueusement présenté et de nombreuses gravures ajoutent\nà son intérêt. Nous noterons spécialement de bonnes épreuves colorées de la Carmencita, de\nSargent, des Danseuses de Degas et un très curieux dessin de Léon Bakst : Danse orientale.\nMONOD (Edmond). Mathis Lussy et le Rythme musical. (Publié par l'Association des\nMusiciens Suisses. 1 vol. in-40, Pat*is Fischbacher.)\nVous souvenez-vous d'un certain passage de la Psychologie de William James? aNul\nobjet qui ait un attribut véritablement essentiel : le même attribut peut être essentiel a un point\nde vuey et parfaitement inessentiel a un autre. \" Ainsi, en ce moment, 1 essence de mon papier\nest d'être propre à l'écriture ; plus tard son essence sera d'être propre à allumer du feu...\nCe passage serait d'un relativisme absolument décourageant, si l'on ne tempérait ce sentiment"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.44", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3861, "texte": "par l'idée que le grave philosophe ne dédaigne peut-être pas de s'amuser a des paradoxes a la\nMark Twain.\nC'est un identique sentiment de découragement qu'on éprouve en trouvant, dès l'avant-\npropos de l'étude de M. Edmond Monod, une phrase comme la suivante. Il s'adresse aux\nfamiliers de l'œuvre de Mathis Lussy et il leur dit : \" Votre Lussy et mon Lussy différent\npeut-être : ce qui dans son œuvre est essentiel a mes yeux ne Vest pas aux vôtres, et réciproque-\nment. \" Et cela sonne d'une façon d'autant plus inquiétante qu'on ne se fait pas faute d'ajouter\nque dans son œuvre \" on rencontre des contradictions\" ; qu'il n'était pas \" un scientifique \" ;\nqu'il \" n'était pas un homme à creuser jusqu'au fond une idée. \" Ajoutons à cela le souvenir\ndes déceptions que nous avons pu éprouver à la lecture d'ouvrages du même genre. Fous\npromettent tant ; et tous (je n'ose même pas excepter Riemann) tiennent si peu ! Voilà bien,\ndirez-vous, de peu favorables dispositions pour commencer une lecture !\nJe l'accorde. Mais, le plus grave, c'est qu'une première lecture n'est pas faite pour\ndissiper cette inquiétude. Constamment on voit qu'on a peine à s'accorder sur les définitions.\nQu'entend Lussy par une syncope ? (p. 98) Qu'entend-il par rythme r... (p. 28) De guerre\nlasse vous vous rabattez sur les exemples. Vous trouvez (p. 78) une citation de Beethoven et\nune autre de Schumann. Lussy en a u corrigé \" la mensuration. Allons-nous nous trouver cette\nfois sur un terrain plus affermi ? Aucunement. Car, à mon humble avis, l'interprétation\nordinaire de ce début de la Sonate op. 27, en mi bémol, et en particulier celle de l'Edition\nacadémique est sûrement préférable à celle de Lussy.\nMais alors ?... alors il faut, comme le fait très franchement M. Monod, il faut\nreconnaître que les tentatives si originales de Lussy n'ont pas abouti à se codifier en une forme\ndéfinitive. Mais ce qui reste de son œuvre, ce sont de très larges aperçus sur l'interprétation\nintelligente des œuvres et une très heureuse influence sur le soin à porter aux éditions musicales.\nM. Monod estime qu'il a préparé la voie à l'affranchissement, u à la musique dans laquelle la\nbarre de mesure, n'a d'autre valeur que celle d'un repère destiné à faciliter au lecteur sa tâche. \"\nLa suppression de la barre de mesure a déjà été tentée par Félix Artann dans sa Grande Sonate ;\net les exécutants ne s'en sont trouvés nullement gênés dans sa Sonate astronomique pour violon\net piano. Mais que M. Monod me permette de lui rappeler une de ses propres pensées qui me\nparaît tout à fait profonde (p. 91) : c'est que, pour que se fasse sentir cette vivante lutte entre\nla liberté du rythme et la contrainte de la mesure, encore faut-il u qu'une mesure quelconque\nsoit adoptée. \"\nGUSTAVE ROBERT.\nBORREN (Ch. Van den). Les origines de la musique de clavier en Angleterre (Bruxelles,\n1912, in-B°, vil-254 P-> 5 fr-)-\nUn important article de l'auteur, publié par la S. I. M. du 15 novembre 1912, nous\nfaisait pressentir ce livre, dont le titre pourrait, croyons-nous, donner lieu à une légère méprise:\nil ne s'agit pas, en effet, d'une tentative faite pour éclaircir le mystère qui plane sur la musique\nde clavier en Angleterre pendant deux siècles (XIVe à XVIe), mais au contraire d'une étude\nesthétique du virginal pendant sa période de floraison, c'est-à-dire la seconde moitié du XVIe\nsiècle et le début du XVIIe.\nIl n'en demeure pas moins qu'un haut intérêt s'attache à cette étude : la publication\nfaite il y a douze ou quatorze ans déjà du fameux recueil connu sous le nom de Fitzwilliam\nBook nous avait révélé la richesse et l'imprévu d'un art trop ignoré jusqu'alors ; mais il\nmanquait évidemment que les caractéristiques de cet art fussent isolées, coordonnées, et portées\nà la connaissance de tous par un travail musicologique d'un accès plus facile que le volumineux"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.47", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3356, "texte": "recueil musical» C'est ce travail qu'a réalisé M. Van den B. avec une méthode rigoureuse, une\nanalyse minutieuse, une classification logique, et par dessus tout une très profonde connaissance\ndu sujet.\nLes musicologues et même les musiciens trouveront dans ce livre comme un vade-mecum\nde la musique virginalistique de la meilleure époque, et je ne m'étonnerais pas que Byrd,\nBull, Farnaly et d'autres encore, dussent à M. Van den B. de retrouver, grâce à son ouvrage,\nla popularité qu'ils connurent il y a environ trois cents ans dans leur île et même sur le\ncontinent.\nA. MACHABEY.\nKUFFERATH (Maurice). Fidelio, de L. van Beethoven (Paris, Fischbacher, in-8° de\n283 pp.).\nN'ayant procédé, en 1912, à la reprise de Fidelio, au théâtre de la Monnaie, qu'après de\nconsciencieuses études personnelles aux points de vue bibliographique, historique et critique,\nM. Kufferath a la bonne pensée d'en faire part au public dans ce volume muni, comme il\nconvient aujourd'hui, d'une abondante iconographie, et qui sera lu avec intérêt.\nA noter une spirituelle protestation contre la vanité des (au regard de la\nréalité appartenant à Vœuvre seule), dans la proscription dogmatique de formes particulières\ntelles que le mélange du chant et du parlé. Et, à propos de Gevaert, M. K. 11e se borne pas à\ncontester la convenance des récitatifs ajoutés, il a aussi le courage d'émettre certaines critiques ,\ndifficiles à formuler du vivant du célèbre Directeur du Conservatoire de Bruxelles. Il s'agit de la\nmanie des arrangements souvent infidèles atteignant, aussi bien que Beethoven, Bach, Haendel,\nGluck, Weber, etc., dans des éditions connues et répandues (p. 126, 187, 19°)*\nMais, était-il justifié d'attribuer cette tendance au séjour trop prolongé de Gevaert en\nFrance ? Je me garderai bien de répliquer par les faciles et banales plaisanteries de jadis sur le\npenchant belge pour la contrefaçon, et aucune nation, même parmi les plus portées au\ndoktoral, n'est à l'abri de reproches analogues, parfois plus regrettables encore (Cf. affaire Rust).\nANSELME VINÉE.\nWEINGARTNER (Félix). Gesammelte (Leipzig, Breitkopf & Hârtel,\n1912, in-8° du 300 pages. Broché 5 mk.)\nSous ce titre original M. Weingartner vient de publier une série d'études parues d'abord\nséparément en diverses revues.\nMalgré leur diversité, ces articles peuvent se rattacher à un sujet commun : l'art d'étudier\net de diriger les chefs-d'œuvre des maîtres ; plusieurs chapitres complètent de façon fort\nintéressante les vues et les études publiées dans 1' \" Art de diriger 1 \" pour l'année précédente,\net sont d'autant plus précieux qu'ils sont le fruit d'une longue et féconde expérience.\nEn dehors des souvenirs personnels de l'auteur : souvenirs d'enfance et de jeunesse,\nd'intimité avec Liszt, et Félix Mottl, l'intérêt de ce livre réside surtout dans les discussions\nartistiques soulevées à propos des hommes et des œuvres : la question des coupures dans les\nœuvres de Wagner par exemple ; la manière de diriger les poèmes symphoniques ae Liszt ; et\nplus loin : Qu'avons-nous à apprendre de Mozart ? de Berlioz ? de Brahms r\nVoici maintenant d'originales dissertations sur : la forme, l'originalité, l'avenir de 1 opeia,\nce que doit être le chef d'orchestre, le rôle des solistes dans les concerts d orchestre, la reforme\n\n1 L'art de diriger (Traduit par Heintz, Breitkopf, 1911)-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.48", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2632, "texte": "de la notation des partitions, etc. Plusieurs analyses très fines sont consacrées à Beethoven,\nSchumann, Berlioz et Brahms ; l'enthousiasme du grand chef d'orchestre pour le glorieux auteur\nde \" Benvenuto Cellini \" se manifeste dans des pages vibrantes d'éloquence, où le style si clair\nde M. Weingartner est bien adéquat à son art de diriger.\nL'éminent Kapellmeister propose aussi des réformes très sages pour faciliter la lecture\ndes partitions, surtout en ce qui concerne les instruments transpositeurs : écrire les cors et\ntrompettes en ut3 avec leurs armatures et ne conserver que 3 clefs sol 2e 1. fa 4e 1. ut 3e 1.\nOn indiquerait par de petits chiffres (8) au-dessus ou au-dessous de la clef, qui commande la\nportée, les transpositions d'octave, etc...\nParlant de l'instrumentation, M. Weingartner préconise l'emploi d'un cinquième\ninstrument à cordes accordé à l'octave grave du violon et qui servirait d'intermédiaire entre le\nvioloncelle et l'alto. (Ténor geige).\nIl y a aussi un chapitre sur la flûte-alto, dont M. Weingartner a tenté l'emploi dans un\npoème symphonique : Champs-Elysées, et dans un opéra : Oreste. Cet instrument construit par\nun facteur berlinois M. Moritz, sur les indications de M. Weingartner descend une quarte plus\nbas que la grande flûte en ut actuelle, c'est donc une grande flûte en sol destinée à étendre vers\nle grave le registre de ce type instrumental, et à enrichir ainsi d'une nouvelle couleur l'orchestre\nmoderne.\nLe volume se ferme sur deux poésies : l'une pour célébrer le centième anniversaire de la\nmort de Schiller, l'autre le cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Mozart.\nEst-il nécessaire d'ajouter que toutes les pages de ce livre attestent la plus haute sincérité\nartistique et témoignent de l'idéal le plus fier. A quand la traduction française ?\n\nFélix Raugel.\n\nLIVRES REÇUS\n\\\nSERVIERES (G.). Freischutz,traduction française, avec préface. (Fischbacher\n1913, in-120 de 188 pp. Fr. 2.)\nCROZE (A. de). La chanson populaire (Paris H. Champion 1911,\nin-i 2° de 1 88 pp.)\nCOLLET (Henri). Le Mysticisme (Paris F. Alcan,\n1913, in-8° de 536 pp. Fr. 10.)\nBORGEX (Louis). Vincent d'lndy.(Paris Durand et fils 1913, in-i2'J de\n32 pp. Fr. 2.)\nBOSCHOT (Adolphe). Le crépuscule H. Berlioz 1842-1869.\n(Paris Pion, 1913, in-120 de 712 pp. Fr. 5.)\nANNEE MUSICALE (L'). (Paris F. Alcan 1913, in-8° de 311 pp. Fr. 10.)\nKINSKI (G.). Kleiner Katalog des Sammlung alter Musikinstrumente. (Kocln\nHeyer-Museum 1913, in-120 de 250 pp. et 32 planches. Mk. 2.50.)\n1 Richard Strauss dans ses commentaires du Traité d'orchestration de Berlioz, ne partage pas cette\nmanière de voir."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c026", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "41", "page_fin": "48", "image_debut": 41, "image_fin": 48, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.7.2", "titre_corps": "PIRRO (A.) Dietrich Buxtehude (Paris, Fiscbacher, 1913,", "titre_sommaire": "PIRRO (A.) Dietrich Buxtehude (Paris, Fiscbacher, 1913,", "signature_source": "Félix Raugel", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 41, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2853, "texte": "PIRRO (A.) Dietrich Buxtehude (Paris, Fiscbacher, 1913,\ngr. in-8° de 508 pp.)\nOn sait le rôle considérable que l'organiste Dietrich Buxte-\nhude a joué dans l'Allemagne musicale du XVIIe siècle ; son\ninfluence sur Bach, déjà signalée par Spitta, a été précisée par\nM. Pirro, en ce qui concerne les œuvres d'orgue du cantor de\nLeipzig, et, dernièrement, M. Romain Rolland montrait que le\nstyle des oratorios de Haendel la reflétait, lui aussi. Bien que, dans\nson nouveau livre, M. André Pirro ne traite pas des rapports de\nBuxtehude avec Jean Sébastien Bach, c'est sans doute un peu au\nculte qu'il a voué à celui-ci que nous sommes redevables du puis-\nsant ouvrage que notre savant collègue vient de consacrer au\nmusicien de Lûbeck. Buxtehude y est justement considéré comme\nun personnage central, selon une méthode très répandue aujourd'hui\nen histoire ; jamais on ne l'isole de son entourage, dont la descrip-\ntion en arrive à l'emporter sur la biographie proprement dite du\npersonnage principal. Qu'il s'agisse de l'enface de Buxtehude\nà Elseneur où son père occupait un emploi d'organiste, de ses\nétudes à Copenhague auprès de Lorentz, ou de son séjour à\ni e> i ' «»\nLubeck, on aura soin de restituer par le détail le milieu où il a vécu et travaillé, de rappeler\nles musiciens qu'il a fréquentés, les œuvres qu'il a entendues, les circonstances qui accom-\npagnèrent ou déterminèrent ses diverses compositions. D'où un exposé extrêmement dense,\nfourmillant de faits, d'une information minutieuse et précise, qui témoigne de l'érudition la\nplus étendue. Un pareil travail suppose le dépouillement de sources inédites ou peu connues et\nune somme vraiment prodigieuse de lectures. L'auteur nous renseigne abondamment sur les\nartistes qui ont influencé Buxtehude, et, en particulier, sur Gaspar Fôrster qui dirigeait la\nchapelle royal de Copenhague, sur les divertissements de musique en usages dans les cours\ndu Nord, sur les troupes de musiciens étrangers qui parcouraient celles-ci, sur les relations qui\ns'établissaient de ville à ville entre les artistes. Incidemment, il étudiera les œuvres de ces musi-\nciens, au fur et à mesure que les noms de ceux-ci se présentent dans son récit, et en citera\navec une véritable profusion d'exemples musicaux, les passages les plus caractéristiques. C est\nainsi qu'il nous initie aux compositions des maîtres de Hambourg, de ce Thomas Selle, qui avec\nH. Schûtz et Schein, constituait la triade des \" grandes S \", et de l'organiste Scheidemann.\nBuxtehude se pénétra d'abord de l'enseignement théorique de Sweelinck, et, dans ses pre-\nmières compositions, il imite Schûtz, Fôrster et Carissimi. Puis, le voilà à Lûbeck, dans un\ncentre très artistique où brille l'organiste Tunder qu'il remplacera, en 1668, à la M arien\nKirche, après avoir épousé sa fille, ce qui semblait alors de règle. Les Motets et Cantates de"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.42", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3944, "texte": "Tunder, comme aussi les compositions de Geist, fournissent à M. Pirro matière à de\nnombreuses analyses, de sorte que son livre, par l'abondance des citations qu'il renferme,\ndevient une manière d'anthologie de musiciens allemands encore à demi ignorés, A propos\ndu Gollegium musicum de Hambourg, il passe en revue les pièces qu'on y exécutait, et\ns'étend sur les ouvrages de Rosenmûller et de Fôrster, sur les espèces d' u Histoires\nSacrées \" de ce dernier, et sur les Deutsche Concerten de Bernhard. Il brosse, de la sorte, un\nvaste et brillant tableau de la musique allemande à Lubeck et à Hambourg au XVIIE siècle, et\nnous révèle la vie artistique, si intense et si féconde qui animait ces puissantes cités commer-\nciales. Il n'oublie point les intéressantes Messes de Johann Theile lequel, au dire de Walther,\naurait été le maître de Buxtehude ; mais si Buxtehude professait pour l'art hautain de I heile\nune grande admiration, si comme lui, il se plaisait aux problèmes scolastiques, son talent de\nsavant contraponiste s'était manifesté bien avant qu'il prît contact avec Theile. D'ailleurs, en\nDanemark comme en Allemagne, la mode était alors aux canons, aux ouvrages écrits en style\nstrict, et tout ce qu'on peut dire au sujet des relations qui s'établirent entre Theile et Buxte-\nhude, c'est que ces deux musiciens s'influencèrent l'un l'autre.\nLes fameuses Ahend-muzikeny que Buxtehude donnait le jeudi à la Marienkirche, sont\nmentionnées, pour la première fois, en 1673 > e^es consistaient en concerts religieux patronnés\npar les corporations de marchands, concerts sur lesquels M. Pirro donne les renseignements les\nplus curieux. - Là, Buxtehude réalise une \" musique religieuse de caractère dramatique,\nadaptée à des textes allemands \" qui s'ajuste bien à son austère devise : Non hominibu$y sed Deo,\nmusique dont les opéras de Hambourg apportaient, pour ainsi dire, un précédent.\nFidèle à sa méthode objective et descriptive, M. Pirro consacre aux Cantates et Motets de\nBuxtehude des pages pénétrantes où se retrouvent les qualités d'analyse, et le style si personnel\net si expressif que tous les musicologues ont goûtés dans Y Esthétique de J. S. Bach. Fort peu\nde ces compositions sont datées ; presque toutes sont conservées dans les recueils de Gustave\nDuben, et existent, en tablature, à la Bibliothèque de l'Université d'Upsal. M. Pirro a effectué\nle dépouillement complet de ces recueils, et il nous donne des Cantates écrites de 1680 à 1684,\ncomme de celles qui ttaient destinées aux différentes fêtes de l'année, une étude approfondie,\nattentive et émue qui nous permet d'apprécier la manière large, claire de Buxtehude, manière\naussi portée aux détails significatifs qu'à l'édification de vastes ensembles majestueux, tels le\nBenedicam Dominum à 6 heures. L'œuvre vocal de Buxtehude, fort considérable, comprend\nplus de 130 compositions, dont M. Pirro a dressé la bibliographie.\nSon œuvre instrumental mérite aussi de retenir l'attention, malgré qu'il demeure d'impor-\ntance beaucoup moindre. M. Pirro cite des pièces manuscrites qui paraissent antérieures aux\ndeux recueils de sonates publiés en 1696 et qui étaient considérés jusqu'ici comme les deux\npremières œuvres instrumentales du maître de Lubeck. En quelques pages sobres, Fauteur\nexpose les conclusions de son énorme travail, véritable monument dont les érudits pourront\nextraire une foule de matériaux précieux.\nLIONEL DE LA LAURENCIE.\nPOU GIN (Arthur). Mariette Alboni (1 vol. in-180 avec quatre gravures et un fac-\nsimilé. Pion édit.)\nCe petit volume conte la vie d'une artiste qui souleva de bien grands enthousiasmes dans la\ngénération de nos pères. (On sait qu'elle se consacra surtout aux œuvres de Rossini.) Elle\nméritait du reste cette admiration et par la qualité de sa voix et par sa tessitura extraordinaire\nqui associait le registre du soprano à celui du contralto ; et aussi par le labeur assidu auquel\nelle se soumit en sa jeunesse.)"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.43", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3652, "texte": "Ce qu'on sait peut-être moins, c'est que cette artiste fut une fiere, pleine de\nnobles sentiments et généreusement bienfaisante. Le livre fourmille d anecdotes typiques,\nsouvent fort curieuses. Le récit de ses années d'enfance est particulièrement savoureux par les\naperçus qu'il ouvre sur la bonhomie de la vie provinciale italienne au siecle deiniei. Il s y\ntrouve notamment (page 11) l'anecdote d'un moine dont les paroles seraient dignes de fîgurei\ndans la Légende Dorée.\nPROD'HOMME (J. G.) Ecrits de Musiciens (XV*-XVHP siècles) (i vol. in-12,\nParis,) Mercure de France.\nLes documents sur les musiciens ne sont en général que peu nombreux. Parmi les plus\nimportants figurent naturellement les écrits personnels de l'auteur. Mais beaucoup ont peu\nécrit. De l'un subsistent seulement quelques lettres, de l'autre des dédicaces. Parfois, un\ntestament seul a été conservé. Bien rares sont ceux qui laissent de véritables desettations.\nMais les documents sont épars et souvent peu faciles à consulter. C'est pour comolei cette\nlacune que M. J. G. Prod'homme a publié son recueil.\nLe but du livre explique qu'il n'y ait pas d'idée directrice à faire ressortir. C est un\ncompendium à conserver où suivant l'étude du moment ou trouvera le renseignement dont on a\nbesoin. Notons seulement que, dans les fragments de Lassus, de Monteverdi et de Bach, on\ntrouve des indications typiques sur la condition ancienne des musiciens. On y voit que\nl'organisation démocratique de Leipzig ne leur était pas beaucoup plus favorable que 1 organi-\nsation aristocratique de cours italiennes. Et même quelles licences se permettait envers\nson duc ! Sur la musique proprement dite, ia Préface de Jacques de Gouy est supérieure-\nment intéressante. Enfin le testament de Guillaume du Fay s ouvre par une belle page\nde prose du XVe siècle.\nCRAWFORD FLITCH (J. E.) Modem dancing and dancers. (i vol. in-40 avec illustra-\ntions noires et en couleurs. London, Grant Richards Ltd.)\nM. Crawford Flitch est un fervent de l'art de la danse. Il aime à rappeler le mot de\nLucien : \"La danse est aussi vieille que l'amour, le plus ancien des dieux.\" Il s'indignerait pour\nun peu du scandale qu'affectaient les Beaux-Arts de la voir ranger dans leur groupe. Et dans\nla renaissance actuelle de la danse, il voit une réaction contre les tendances de 1 art actuel qui\n4< répond par un conseil à celui qui lui demande de la beaute ' # Il espere qu elle fera revivre\npour nous la vie joyeuse que les autres arts nous ont fait oublier.\nEt à l'appui de ses idées, il fait un historique des plus complets de la danse depuis\nl'antiquité, jusqu'à nos jours. Il fait même une place aux a danses excentriques et a une\ndanse populaire anglaise : la \" horris dance. \" La plupart de ces chapitres intéresseront\nsûrement les amateurs. L'ouvrage est luxueusement présenté et de nombreuses gravures ajoutent\nà son intérêt. Nous noterons spécialement de bonnes épreuves colorées de la Carmencita, de\nSargent, des Danseuses de Degas et un très curieux dessin de Léon Bakst : Danse orientale.\nMONOD (Edmond). Mathis Lussy et le Rythme musical. (Publié par l'Association des\nMusiciens Suisses. 1 vol. in-40, Pat*is Fischbacher.)\nVous souvenez-vous d'un certain passage de la Psychologie de William James? aNul\nobjet qui ait un attribut véritablement essentiel : le même attribut peut être essentiel a un point\nde vuey et parfaitement inessentiel a un autre. \" Ainsi, en ce moment, 1 essence de mon papier\nest d'être propre à l'écriture ; plus tard son essence sera d'être propre à allumer du feu...\nCe passage serait d'un relativisme absolument décourageant, si l'on ne tempérait ce sentiment"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.44", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3861, "texte": "par l'idée que le grave philosophe ne dédaigne peut-être pas de s'amuser a des paradoxes a la\nMark Twain.\nC'est un identique sentiment de découragement qu'on éprouve en trouvant, dès l'avant-\npropos de l'étude de M. Edmond Monod, une phrase comme la suivante. Il s'adresse aux\nfamiliers de l'œuvre de Mathis Lussy et il leur dit : \" Votre Lussy et mon Lussy différent\npeut-être : ce qui dans son œuvre est essentiel a mes yeux ne Vest pas aux vôtres, et réciproque-\nment. \" Et cela sonne d'une façon d'autant plus inquiétante qu'on ne se fait pas faute d'ajouter\nque dans son œuvre \" on rencontre des contradictions\" ; qu'il n'était pas \" un scientifique \" ;\nqu'il \" n'était pas un homme à creuser jusqu'au fond une idée. \" Ajoutons à cela le souvenir\ndes déceptions que nous avons pu éprouver à la lecture d'ouvrages du même genre. Fous\npromettent tant ; et tous (je n'ose même pas excepter Riemann) tiennent si peu ! Voilà bien,\ndirez-vous, de peu favorables dispositions pour commencer une lecture !\nJe l'accorde. Mais, le plus grave, c'est qu'une première lecture n'est pas faite pour\ndissiper cette inquiétude. Constamment on voit qu'on a peine à s'accorder sur les définitions.\nQu'entend Lussy par une syncope ? (p. 98) Qu'entend-il par rythme r... (p. 28) De guerre\nlasse vous vous rabattez sur les exemples. Vous trouvez (p. 78) une citation de Beethoven et\nune autre de Schumann. Lussy en a u corrigé \" la mensuration. Allons-nous nous trouver cette\nfois sur un terrain plus affermi ? Aucunement. Car, à mon humble avis, l'interprétation\nordinaire de ce début de la Sonate op. 27, en mi bémol, et en particulier celle de l'Edition\nacadémique est sûrement préférable à celle de Lussy.\nMais alors ?... alors il faut, comme le fait très franchement M. Monod, il faut\nreconnaître que les tentatives si originales de Lussy n'ont pas abouti à se codifier en une forme\ndéfinitive. Mais ce qui reste de son œuvre, ce sont de très larges aperçus sur l'interprétation\nintelligente des œuvres et une très heureuse influence sur le soin à porter aux éditions musicales.\nM. Monod estime qu'il a préparé la voie à l'affranchissement, u à la musique dans laquelle la\nbarre de mesure, n'a d'autre valeur que celle d'un repère destiné à faciliter au lecteur sa tâche. \"\nLa suppression de la barre de mesure a déjà été tentée par Félix Artann dans sa Grande Sonate ;\net les exécutants ne s'en sont trouvés nullement gênés dans sa Sonate astronomique pour violon\net piano. Mais que M. Monod me permette de lui rappeler une de ses propres pensées qui me\nparaît tout à fait profonde (p. 91) : c'est que, pour que se fasse sentir cette vivante lutte entre\nla liberté du rythme et la contrainte de la mesure, encore faut-il u qu'une mesure quelconque\nsoit adoptée. \"\nGUSTAVE ROBERT.\nBORREN (Ch. Van den). Les origines de la musique de clavier en Angleterre (Bruxelles,\n1912, in-B°, vil-254 P-> 5 fr-)-\nUn important article de l'auteur, publié par la S. I. M. du 15 novembre 1912, nous\nfaisait pressentir ce livre, dont le titre pourrait, croyons-nous, donner lieu à une légère méprise:\nil ne s'agit pas, en effet, d'une tentative faite pour éclaircir le mystère qui plane sur la musique\nde clavier en Angleterre pendant deux siècles (XIVe à XVIe), mais au contraire d'une étude\nesthétique du virginal pendant sa période de floraison, c'est-à-dire la seconde moitié du XVIe\nsiècle et le début du XVIIe.\nIl n'en demeure pas moins qu'un haut intérêt s'attache à cette étude : la publication\nfaite il y a douze ou quatorze ans déjà du fameux recueil connu sous le nom de Fitzwilliam\nBook nous avait révélé la richesse et l'imprévu d'un art trop ignoré jusqu'alors ; mais il\nmanquait évidemment que les caractéristiques de cet art fussent isolées, coordonnées, et portées\nà la connaissance de tous par un travail musicologique d'un accès plus facile que le volumineux"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.47", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3356, "texte": "recueil musical» C'est ce travail qu'a réalisé M. Van den B. avec une méthode rigoureuse, une\nanalyse minutieuse, une classification logique, et par dessus tout une très profonde connaissance\ndu sujet.\nLes musicologues et même les musiciens trouveront dans ce livre comme un vade-mecum\nde la musique virginalistique de la meilleure époque, et je ne m'étonnerais pas que Byrd,\nBull, Farnaly et d'autres encore, dussent à M. Van den B. de retrouver, grâce à son ouvrage,\nla popularité qu'ils connurent il y a environ trois cents ans dans leur île et même sur le\ncontinent.\nA. MACHABEY.\nKUFFERATH (Maurice). Fidelio, de L. van Beethoven (Paris, Fischbacher, in-8° de\n283 pp.).\nN'ayant procédé, en 1912, à la reprise de Fidelio, au théâtre de la Monnaie, qu'après de\nconsciencieuses études personnelles aux points de vue bibliographique, historique et critique,\nM. Kufferath a la bonne pensée d'en faire part au public dans ce volume muni, comme il\nconvient aujourd'hui, d'une abondante iconographie, et qui sera lu avec intérêt.\nA noter une spirituelle protestation contre la vanité des (au regard de la\nréalité appartenant à Vœuvre seule), dans la proscription dogmatique de formes particulières\ntelles que le mélange du chant et du parlé. Et, à propos de Gevaert, M. K. 11e se borne pas à\ncontester la convenance des récitatifs ajoutés, il a aussi le courage d'émettre certaines critiques ,\ndifficiles à formuler du vivant du célèbre Directeur du Conservatoire de Bruxelles. Il s'agit de la\nmanie des arrangements souvent infidèles atteignant, aussi bien que Beethoven, Bach, Haendel,\nGluck, Weber, etc., dans des éditions connues et répandues (p. 126, 187, 19°)*\nMais, était-il justifié d'attribuer cette tendance au séjour trop prolongé de Gevaert en\nFrance ? Je me garderai bien de répliquer par les faciles et banales plaisanteries de jadis sur le\npenchant belge pour la contrefaçon, et aucune nation, même parmi les plus portées au\ndoktoral, n'est à l'abri de reproches analogues, parfois plus regrettables encore (Cf. affaire Rust).\nANSELME VINÉE.\nWEINGARTNER (Félix). Gesammelte (Leipzig, Breitkopf & Hârtel,\n1912, in-8° du 300 pages. Broché 5 mk.)\nSous ce titre original M. Weingartner vient de publier une série d'études parues d'abord\nséparément en diverses revues.\nMalgré leur diversité, ces articles peuvent se rattacher à un sujet commun : l'art d'étudier\net de diriger les chefs-d'œuvre des maîtres ; plusieurs chapitres complètent de façon fort\nintéressante les vues et les études publiées dans 1' \" Art de diriger 1 \" pour l'année précédente,\net sont d'autant plus précieux qu'ils sont le fruit d'une longue et féconde expérience.\nEn dehors des souvenirs personnels de l'auteur : souvenirs d'enfance et de jeunesse,\nd'intimité avec Liszt, et Félix Mottl, l'intérêt de ce livre réside surtout dans les discussions\nartistiques soulevées à propos des hommes et des œuvres : la question des coupures dans les\nœuvres de Wagner par exemple ; la manière de diriger les poèmes symphoniques ae Liszt ; et\nplus loin : Qu'avons-nous à apprendre de Mozart ? de Berlioz ? de Brahms r\nVoici maintenant d'originales dissertations sur : la forme, l'originalité, l'avenir de 1 opeia,\nce que doit être le chef d'orchestre, le rôle des solistes dans les concerts d orchestre, la reforme\n\n1 L'art de diriger (Traduit par Heintz, Breitkopf, 1911)-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.48", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1840, "texte": "de la notation des partitions, etc. Plusieurs analyses très fines sont consacrées à Beethoven,\nSchumann, Berlioz et Brahms ; l'enthousiasme du grand chef d'orchestre pour le glorieux auteur\nde \" Benvenuto Cellini \" se manifeste dans des pages vibrantes d'éloquence, où le style si clair\nde M. Weingartner est bien adéquat à son art de diriger.\nL'éminent Kapellmeister propose aussi des réformes très sages pour faciliter la lecture\ndes partitions, surtout en ce qui concerne les instruments transpositeurs : écrire les cors et\ntrompettes en ut3 avec leurs armatures et ne conserver que 3 clefs sol 2e 1. fa 4e 1. ut 3e 1.\nOn indiquerait par de petits chiffres (8) au-dessus ou au-dessous de la clef, qui commande la\nportée, les transpositions d'octave, etc...\nParlant de l'instrumentation, M. Weingartner préconise l'emploi d'un cinquième\ninstrument à cordes accordé à l'octave grave du violon et qui servirait d'intermédiaire entre le\nvioloncelle et l'alto. (Ténor geige).\nIl y a aussi un chapitre sur la flûte-alto, dont M. Weingartner a tenté l'emploi dans un\npoème symphonique : Champs-Elysées, et dans un opéra : Oreste. Cet instrument construit par\nun facteur berlinois M. Moritz, sur les indications de M. Weingartner descend une quarte plus\nbas que la grande flûte en ut actuelle, c'est donc une grande flûte en sol destinée à étendre vers\nle grave le registre de ce type instrumental, et à enrichir ainsi d'une nouvelle couleur l'orchestre\nmoderne.\nLe volume se ferme sur deux poésies : l'une pour célébrer le centième anniversaire de la\nmort de Schiller, l'autre le cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Mozart.\nEst-il nécessaire d'ajouter que toutes les pages de ce livre attestent la plus haute sincérité\nartistique et témoignent de l'idéal le plus fier. A quand la traduction française ?\n\nFélix Raugel."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c027", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "45", "page_fin": "45", "image_debut": 45, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.7.3", "titre_corps": "AU SALON DES DESSINATEURS HUMORISTES", "titre_sommaire": "AU SALON DES DESSINATEURS HUMORISTES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 45, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.45", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 66, "texte": "AU SALON DES DESSINATEURS HUMORISTES\nCLAUDE DEBUSSY\npar B. 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Freischutz,traduction française, avec préface. (Fischbacher\n1913, in-120 de 188 pp. Fr. 2.)\nCROZE (A. de). La chanson populaire (Paris H. Champion 1911,\nin-i 2° de 1 88 pp.)\nCOLLET (Henri). Le Mysticisme (Paris F. Alcan,\n1913, in-8° de 536 pp. Fr. 10.)\nBORGEX (Louis). Vincent d'lndy.(Paris Durand et fils 1913, in-i2'J de\n32 pp. Fr. 2.)\nBOSCHOT (Adolphe). Le crépuscule H. Berlioz 1842-1869.\n(Paris Pion, 1913, in-120 de 712 pp. Fr. 5.)\nANNEE MUSICALE (L'). (Paris F. Alcan 1913, in-8° de 311 pp. Fr. 10.)\nKINSKI (G.). Kleiner Katalog des Sammlung alter Musikinstrumente. (Kocln\nHeyer-Museum 1913, in-120 de 250 pp. et 32 planches. Mk. 2.50.)\n1 Richard Strauss dans ses commentaires du Traité d'orchestration de Berlioz, ne partage pas cette\nmanière de voir."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c030", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "49", "page_fin": "52", "image_debut": 49, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.8", "titre_corps": "LE MOIS", "titre_sommaire": "LE MOIS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": "49", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.49", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1549, "texte": "Les Théâtres\n\nTHÉÂTRE DES ARTS. 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C'est une grave partie qui se joue pour l'esthétique\nromantique en général et en particulier pour celle du volcanique \" Père-la-Joie \" que défend si\npieusement Adolphe Boschot mais que plus d'un compositeur moderne se refuse énergiquement\nà considérer comme un musicien ! Un soupir de soulagement accueillera la publication des\nrésultats de cette enquête qui nous débarrassera définitivement de ce périodique scrupule... Il\nfaut que la porte de la maison Berlioz soit ouverte ou fermée. 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Sommes-nous à son égard, comme l'affirment les autres peuples, coupables d'une erreur\njudiciaire ? Voilà ce que nous apprendra la résurrection solennelle de \" Benvenuto Cellini \".\nEst-il vrai que le vérisme a faussé l'optique théâtrale des Français? La foule ne s'inté-\nresse-t-elle plus au lyrisme romantique ? Y a-t-il encore un public pour la représentation\nd'un chef-d'œuvre purement musical ? C'est ce que nous révélera la restitution exquise du\n\" Freyschûtz\nNous serons édifiés sur ces deux points lorsque paraîtront ces lignes. Quelle que soit la\nréponse de la foule à ce référendum, il faut féliciter de son courage et de sa franchise le\ndirecteur qui a osé, au début d'une saison riche en promesses de toute sorte, poser nettement\nces deux questions à la conscience française. C'est une grave partie qui se joue pour l'esthétique\nromantique en général et en particulier pour celle du volcanique \" Père-la-Joie \" que défend si\npieusement Adolphe Boschot mais que plus d'un compositeur moderne se refuse énergiquement\nà considérer comme un musicien ! Un soupir de soulagement accueillera la publication des\nrésultats de cette enquête qui nous débarrassera définitivement de ce périodique scrupule... Il\nfaut que la porte de la maison Berlioz soit ouverte ou fermée. Attendons les événements sans\nimpatience : la Musique saura toujours reconnaître les siens !\n\nEmile Vuillermoz."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c033", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "52", "page_fin": "52", "image_debut": 52, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.8.3", "titre_corps": "Les Grands Concerts", "titre_sommaire": "Les Grands Concerts", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.52", "debut_caractere": 1904, "fin_caractere_exclue": 2138, "texte": "Les Grands Concerts\nUn retard postal a désorganisé notre\ntrouveront dans le prochain Numéro la chronique\nCLAUDE DEBUSSY sur les Concerts Colo\nThéâtre des Champs-Elysées.\nDans le même Numéro paraîtront également\nLes Concerts Lamoureux."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c034", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "53", "page_fin": "56", "image_debut": 53, "image_fin": 56, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.9", "titre_corps": "Une Mystification Musicale", "titre_sommaire": "Une Mystification Musicale", "signature_source": "Vincent d'Indy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.53", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3011, "texte": "Une Mystification Musicale\n\nLE CAS RUST\nBien des bévues seraient épargnées aux musiciens et aux musicographes s'ils voulaient se\ndonner la peine d'examiner avec soin l'inappréciable collection des documents manuscrits\nréunis à la bibliothèque de Berlin.\nLa lecture de l'exemplaire autographe de la IXe symphonie de Beethoven pourrait éclairer\nles chefs d'orchestre sur les véritables intentions de l'auteur, faire tomber bien des préjugés et\nrectifier de fortes erreurs qui subsistent encore dans les éditions.\nLes musicographes seraient à même de s'y instruire de choses dont ils parlent trop souvent\ninconsidérément, s'en remettant à l'autorité d'autres musicographes qui ne sont pas plus\ninstruits qu'eux-mêmes sur ces choses.\nNe vit-on pas naguère une bien comique confusion s'établir au sujet du nom d'un cham-\nbellan de Louis XVIII signataire de la lettre de remercîment à Beethoven pour l'envoi d'un\nexemplaire de la Messe en ré au roi de France ? Comment affiibla-t-on le duc de la Châtre\nd'un nom d'opérette à désinence tchèque qui aurait fait le plus singulier effet dans VAlmanach\nroyal de l'année 1823 ? Erreur de lecture... c'est possible, les allemands étant peu habitués à\nnotre belle écriture française du XVIIIe siècle, mais erreur recueillie avec soin et propagée par\ntous ceux de nos musicographes français qui parlèrent de cette lettre.\nIl était pourtant facile de contrôler sur le document à la bibliothèque de Berlin, et il y a\nlieu d'être surpris qu'un critique averti comme M. J. Chantavoine ait lui-même reproduit\nà deux reprises, dans sa \" Correspondance de Beethoven \" 1 ce désopilant quiproquo.\nMais ne voilà-t-il pas que, tout dernièrement, sur l'assertion d'un docteur allemand peu\nperspicace et surtout bien peu musicien, (l'événement le prouve), nos critiques parisiens, nos\nmusicologues français, voire des maîtres incontestés de l'école moderne, embouchant la double\nflûte de l'ironie et de l'indignation, s'avisèrent de partir en guerre et de fulminer des anathèmes\ndans des journaux sérieux, tout cela parce que, sur les 57 sonates écrites par Friedrich Wilhelm\nRust, le très curieux musicien de Dessau qui forme une sorte de pont entre Ph. Emm. Bach\net Beethoven, deux d'entr'elles ont été \" tripatouillées \" à la mode allemande dans l'édition\nqu'en a donnée son petit fils il y a une quinzaine d'années, et parce que le dit petit-fils s'est cru\nautorisé par d'illustres précédents à introduire dans deux autres sonates, trois pièces qu'on\nsuppose être de son crû, sans toutefois en être certain, mais qui n'altèrent en rien le fonds\nmusical de ces sonates. Et nos critiques de se voiler la face..., de parler de scandale et de\nmystification, de crier haro sur le pauvre docteur Wilhelm (le petit fils) qui n'a fait, en somme,\nque tondre du pré musical la largeur de sa langue alors que tant de ses compatriotes et non\ndes moins réputés, ne se sont pas tenus de manger le berger...\n1 Correspondance de Beethoven, traduction par J. Chantavoine, 3ma édition, pages 212 et 279."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.54", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3209, "texte": "Pourquoi ces indignations un peu comiques en face d'une piété filiale, intempestive et\nmaladroite, d'accord, mais presque excusable en raison même de sa maladresse; et pourquoi ces\ntacites indulgences envers des falsifications d'art tout à fait identiques, mais aggravées par cette\ncirconstance qu'elles ont été généralement commises dans un but de lucre ?\nC'est une habitude passée ;dans les mœurs, en Allemagne, de déranger (bearbeiten)\nl'ordonnance des œuvres d'art, voire des chefs-d'œuvre, d'habiller ceux-ci de vêtements\nmodernes {modernisirer?), de les repeindre et de les revenir à neuf (voir le musée de Berlin...).\nPourquoi, dès lors, prendre tout à coup pour bouc émissaire un petit fils trop zélé en\npassant sous silence les fauteurs de faits similaires ?\nC'eût été cependant une belle occasion de s'en expliquer...\nEt, à tout prendre, qu'est-ce que ce pauvre docteur Wilhelm a donc fait de plus repré-\nhensible que tant d'autres ? Par exemple :\nHans de Bulow publiant sous le titre menteur : d'étranges\nélucubrations sur 18 charmants Ezercizidu compositeur napolitain, arrangements sans pudeur\noù la gracilité et l'élégance italiennes s'étiolent sous la lourdeur des polyphonies germaines, où\nla direction de la ligne mélodique n'est même pas respectée ?...\nQu'a fait de plus ce pauvre docteur Wilhelm, que Tausig ajoutant des pages entières de\nsa composition aux Ezercizi de Scarlatti ou que le Bulow déjà nommé éditant, comme sonates\noriginales de Ph. Emm. Bach, de simples fantaisies de M. de Bulow sur des thèmes du dit\nBach ?...\n/ Qu'a fait le docteur Wilhelm de plus condamnable que Fr. Liszt dénaturent pour\norchestre et piano la merveilleuse Fantaisie en ut de Schubert et en faisant, par d'inutiles\nadjonctions, un morceau long, lourd et mal équilibré ?...\nQu'a fait de plus le docteur Wilhelm que Czerny et Griepenkerl changeant, dans\nl'édition Peters, la signification expressive des préludes et fugues du\nou que la même édition Peters publiant sous le nom de \" Concertos de Bach \" des duos de\nVivaldi, et supprimant effrontément des trentaines de mesures dans les symphonies d'Haydn,\nà seule et économique fin de faire tenir la partie de violon en quatre pages ?...\nQu'a fait de plus le docteur Wilhelm qu'un Robert Franz modernisant les Cantates de\nBach, qu'un Félix Mottl réorchestrant à neuf les airs de ballet de Gluck et enfin que la légion\ndes arrangeurs et dérangeurs de la belle littérature du violon, depuis David jusqu'à Kreisler ?\nAlors pourquoi cette subite levée de boucliers contre le seul docteur Wilhelm ?\nEt surtout cela est plus grave pourquoi venir affirmer à la légère et sans preuves\nque, parce qu'il a été modernisir par son petit fils, le vieux Rust n'existe plus musicalement,\nque ses compositions ne sont plus que des productions \" des plus banales \", des pauvres petites\nsonates dans le style de la galanterie du XVIIIe siècle, bref que \" c'est le néant !... \"\nEst-ce que les noms des Scarlatti, des Bach, des Corelli, des Vitali, des Gluck et des\nSchubert sont à banir de l'histoire de la musique parce qu'il a plu à un Bulow, à un Tausig,\nà un Franz, à un Czerny, à un David, à un Kreisler, à un Mottl ou à un Liszt de dénaturer\nleurs œuvres ?"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.55", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3440, "texte": "Quant à traiter de banales et inexistantes les compositions de F. W. Rust, il faudrait\nvoir !...\nJe viens de lire l'œuvre entière du musicien de Dessau, du moins les quatre-vingt trois\nouvrages en manuscrits autographes déposés à la Charlottenstrasse, ainsi que ceux qui furent\ngravés au commencement du XIXe siècle, et je reste émerveillé de leur haute valeur musicale.\nCet examen m'a plus que jamais convaincu que F. W. Rust fut un très grand artiste, un\ncompositeur éminemment attachant non pas seulement en raison de sa hardiesse harmonique\net de sa façon, toute nouvelle à son époque, de traiter l'écriture des instruments, piano,\nviole ou violon, mais surtout parce que, dans son œuvre on ne rencontre pas seulement des\nformules, comme dans cette école symphonique de Mannheim, si injustement vantée, mais\nde la musique, de la vraie musique... et enfin parce qu'il forme un bien intéressant trait\nd'union entre le style de Ph. Emm. Bach et celui de Beethoven, dont il est, non point le\nprécurseur, mais Vun des précurseurs les plus caractérisés.\nL'œuvre connu de F. W. Rust peut se classer ainsi qu'il suit : 21 sonates ou variations\npour piano ; 28 sonates pour violon ; 8 sonates ou pièces pour alto ou viole d'amour ; 1 sonate\npour violoncelle ; 3 sonates pour harpe ; 6 compositions pour musique de chambre ; 8 recueils\npour chant; lieders pour une ou deux voix, avec ou sans chœur; 2 opéra-comiques ; 6 cantates.\nCes compositions, en partie datées par leur auteur ne sont pas toutes de même valeur ;\névidemment les sonates de la jeunesse de Rust portent l'empreinte de l'art d'un Ph. Emm.\nBach qui aurait cultivé Scarlatti.\nMais, à partir de 1788, l'intérêt musical s'accroit de plus en plus, et c'est alors qu'ap-\nparaissent des œuvres de tout premier ordre : les sonates pour piano en mi mineur, en la majeur\nen rè mineur (sur thème de \" l'Offrande musicale \"), celle en rè bémol, puis les grandes\ndernières : en ré majeur, en ut majeur avec la magistrale fugue, et enfin l'admirable sonate en\nfa dièze mineur ; puis les sonates pour violon en ut, en réy en si bémol, toutes trois extraordinaire-\nment beethovéniennes, celles en si mineur, en si majeur, où le violon est accordé un demi-ton\nau dessus de l'accord normal, enfin celle si bémol mineur ; puis voici le quatuor en la bémol, les\ncurieux trios pour viole d'amour et deux flûtes, pour alto et deux cors, enfin le lied avec chœur\nsur la mort d'un enfant, si plein de vraie et douloureuse émotion...\nEt je ne cite ici que les œuvres vraiment belles. Il y en a une foule d'autres extrême-\nment curieuses et hautement intéressantes pour l'histoire de l'art du piano et du violon ainsi\nque pour l'enseignement de ces deux instruments.\nLorsque, il y a environ quinze ans, parurent les dix à douze sonates éditées par les soins\ndu petit fils, on reconnut facilement ça et là l'usuel tripatouillage allemand, mais les artistes\nqui 11e font pas constituer la musique uniquement dans l'arrangement plus ou moins ingénieux\ndes parties intermédiaires, furent frappés par le cachet de beauté de ces compositions, subsistant\nmalgré les surcharges à la Liszt et les harmonies à la Gounod...\nEh ! bien, on ne peut se douter je l'ai constaté avec joie combien ses œuvres gagnent\nà être vues dans leur état de nature et débarrassées des oripeaux modernes qui en voilaient les\ngracieux contours. Alors, telle intéressante sonorité, telle forme originale qui s'enlisaient dans"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.56", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3458, "texte": "le sable mouvant des dessins surajoutés, apparaissent clairement en lumière et viennent rehausser\nd'autant l'intérêt musical.\nPar exemple, ce dont personne ne se doutait, il y a quinze ans, c'est que le petit fils avait\ninsinué trois pièces de sa propre composition (ou du moins on le suppose) dans les sonates en\nut et en rb, puis transcrit et splendidement paraphrasé dans cette dernière la belle ode sur la\nmort d'un enfant, et enfin ajouté à une autre une fugue écrite pour l'orgue par son grand'père.\nCette adjonction de trois pièces d'origine inconnue à deux seules des cinquante sept sonates\nde Rust et le remaniement indiscret de l'écriture de deux autres, sans toutefois que la musique\nen soit changée, voilà à quoi ce bornent les méfaits du pauvre docteur Wilhelm.\nC'est bien peu de chose en comparaison des crimes de lèse-musique cités plus haut et\ndont personne ne semble s'indigner...\nEn somme, on se trouve avec F. W. Rust en présence d'un musicien d'une haute valeur\net d'une très curieuse originalité pour son époque ; ses œuvres principales sont pleines de\nmusique, d'une intérêt particulier pour la technique et l'esthétique du violon et du piano, et,\nsans contredit, infiniment supérieures aux sonates de Mozart leurs contemporaines.\nNous sommes loin des \" pauvres petites sonates \" dont les musicographes font des gorges\nchaudes ! Mais alors, où est donc la mystification ?...\nIl semblerait bien, en résumé, que ce n'est ni le public ni les musiciens mais nos bons\nmusicographes qui ont été mystifiés par un joyeux fumiste répondant au nom de Herr doktor\nNeufeldt... Il existe, même en Allemagne, des docteurs u pince sans rire \" !...\nToutefois, que des musicographes, qui, en somme, n'ont pas besoin d'être musiciens et\nqui ont malheureusement la manie de confondre document historique avec œuvre ce qui\nn'est pas du tout la même chose, que ces musicographes, dis-je, se méprennent sur la valeur\nmusicale des documents ou œuvres dont ils parlent, cela n'a rien qui puisse surprendre ; mais\non a le droit de rester soucieux lorsque l'on voit des maîtres de la musique moderne se laisser\nentrainer a commettre la même bévue et attacher à des œuvres de charme et de beauté\nl'étiquette désobligeante de \"sombre néant \".\nDans ce cas, il ne peut y avoir que deux hypothèses possibles : ou ces maîtres sont insen-\nsibles à la musicalité d'une œuvre et ne la jugent que sur son vêtement et son extériorité, ce\nqui semble a priori inadmissible, 0u..,, ils ne connaissent pas une note des ouvrages qu'ils osent\nsi sévèrement qualifier.\nM. Vincent d Indy a communiqué les épreuves de cet article à notre excellent confrère Le Temps\nqui s est empresse de mettre sous les yeux de ses lecteurs, la thèse de notre collaborateur, comme il avait\nenregistré les déclarations de M. Théodor de Wyzewa.\nM. de Wyzewa a repondu a M. Vincent d'lndy, en prenant la défense de Mozart, en refusant\nd assimiler aux procédés du petit-fils de Rust, les changements apportés par Hans de Btllow aux pièces\nde Scarlatti et en invitant son eminent contradicteur à verser dans le débat les preuves matérielles des\naccusations qu'il porte contre M. Neufeldt.\nIl nous a semble intéressant de faire sortir cette discussion du domaine subjectif où elle risque de\ns'éterniser, en priant M. Neufeldt de présenter lui-même dans S. I. M. la défense de sa thèse, et de\nsoumettre à nos lecteurs les pièces à conviction de ce curieux procès. N. D. L. R.\n\nVincent d'Indy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c035", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "57", "page_fin": "57", "image_debut": 57, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.10", "titre_corps": "SOCIÉTÉ DES CONCERTS", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ DES CONCERTS", "signature_source": "Jean Laporte", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 57, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.57", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3951, "texte": "SOCIÉTÉ DES CONCERTS\nA propos des Béatitudes de César Franck\nJean Laporte.\nLe nom de César Franck, la mémoire de César Franck, comme l'apparition sur un\nprogramme de concert d'une de ses œuvres et particulièrement des Béatitudes, imposent le\nrespect : les mots glorieux surgissent à son propos : la fumée des encens s'élève des gazettes, et\nl'on peut affirmer, sans craindre le démenti que le miracle d'Orphée est renouvelé constamment\npar l'ancien organiste de Sainte Clotilde : il calme, il apaise. Il apaise: son œuvre ne renferme\npas seulement des monômes de notes congelées avec art et une rythmique d'un archaïsme\ncharmant qui se répète inlassablement, elle contient également des affirmations têtues et des\nénergies latentes dont le pouvoir est certain. Elle s'accorde aux temps modernes par de\nmultiples raisons : nous traversons en ce moment une prodigieuse voie lactée musicale :\nles météores et les comètes à longue chevelure abondent comme aussi les étoiles de première\ngrandeur Sirius, Altaïr, Aldébaran : un concert s'élève où il y a à entendre et à attendre : les\nfils de rois sont nombreux : ils parlent à voix haute: leurs entreprises dissemblables ne peuvent\ns'affectionner. Et c'est alors que la voix du pire se fait entendre.\nBeaucoup réclament pour eux les discours musicaux de César Franck ; certains impro-\nvisent un a vocero \" en son honneur et font une main mise intransigeante sur l'héritage sacré:\nd'autres se contentent, comme les naturels Ouessantins pour les péris en mer, d'enterrer avec des\nairs religieux et profanes un simulacre du mort, de faire une \" proella \". Mais, en somme\nl'unanimité s'accorde à rendre hommage au très pur, au très digne, au très grand. Et ce privilège\nsi rare dans les fastes musicaux est dû sans doute à ce que Franck a su immobiliser en quelque\nsorte la musique et arrêter le long de la pente de l'inspiration des phrases mélodiques qui auraient\npu s'épandre en riches cascades. Le musicien averti aperçoit trop de trésors profonds affleurant le\nsol pour porter un poing sacrilège contre celui qu'il préférera caresser d'une main cauteleuse ou\ncandide. Autour des Béatitudes la garde est montée sévèrement : c'est en effet une œuvre nom-\nbreuse qui a suscité de nombreuses gloses comme le Sermon sur la montagne qu'elle illustre.\nCe sont des œuvres cependant qui dépassent toute querelle : Le Christ n'est pas plus\nd'une religion que l'œuvre de Franck n'est d'une école : ce sont classifications inutiles et\nlourdes. Il faut entendre certains mots ou certains sons les yeux voilés et vêtu, comme dirait\nl'autre, d'un lin candide : des musiques évoqueront les cloches du soir pour ceux dont l'enfance\nfut bercée dans les campagnes à angélus et des refrains populaires grisants et malodorants pour\nceux qui poussèrent au coin des carrefours.\nSi la théorie des milieux de Taine était exacte, l'art de Franck serait le plus artificiel le\nplus factice le moins vivant, l'homme des cathédrales, Mérovak, ayant eu sa première incarna-\ntion dans l'admirable musicien qui passa de nombreuses années, sous- des voûtes renouvelées\nde l'art gothique et y recueillit le plus pur de son inspiration. On retrouve en effet dans maintes\npages de son œuvre les proportions des temples religieux l'harmonie des arches qui retombent\nénergiquement et l'arc brisé des mélodies.\n\"L'homme descend parfois sur terre \" disait Oscar Wilde : et telle page de Franck nous\na fait parfois souvenir de cette amère boutade du malheureux anglais; on en trouve l'application\nquoi qu'il en semble, dans quelques endroits des Béatitudes. Car les sons offerts à notre curiosité,\nà notre délectation par César Franck nous procurent certes une joie extrême mais non de cette\nqualité céleste que d'autres œuvres du maître pourront évoquer et que suscitent genereusement,\ninfailliblement, les subtiles les prodigieuses créations de celui que vers le tournant du vingtième\nsiècle découvrit le pays de la quatrième dimension musicale."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c036", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c036", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "58", "page_fin": "61", "image_debut": 58, "image_fin": 61, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.11", "titre_corps": "Cabarets et Music=Halls", "titre_sommaire": "Cabarets et Music=Halls", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 58, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.58", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3796, "texte": "Cabarets et Music=Halls\n\nLe Malade imaginaire de Molière a comparu devant le public de Bobino, music-hall qui\nchaque soir ouvre ses portes cochères sur les trottoirs tumultueux de la rue de la Gaîté, par\ndelà la gare Montparnasse. L'épreuve, comme il fallait s'y attendre, a tourné à son honneur\net à celui de ses vaillants interprètes 5 qui selon l'ancien usage du théâtre ajoutent à leur nom\npersonnel la désignation de leur emploi : chanteur typique, chanteur à voix, comique troupier,\ndiseuse de genre ou ténorino bouffe. De fait, le patron aujourd'hui vénérable de notre Comédie\nFrançaise n'avait certainement pas dû rencontrer toujours, en ses tournées provinciales, une salle\naussi spacieuse, ni par la suite, au Petit-Bourbon non plus qu'au Palais-Royal, un auditoire\naussi dévot. Ce dont il se fût réjoui cependant, c'est de voir, largement placardées à l'entrée,\nentre les affiches prometteuses d'équilibristes ou de chansonniers, les feuilles quotidiennes, avec\nleurs éloges, encadrés d'un crayon fier parmi le fatras des entrefilets : de son temps on n'accordait\npas tant d'estime aux gazetiers, ou peut-être on les méprisait plus ouvertement parce que leur\npuissance était moindre ; ils se vengeaient par des injures et des calomnies dont Molière eut\nbeaucoup à souffrir ; nos mœurs sont en progrès, puisqu'elles sont plus dissimulées.\nQuel spectacle instructif lui eussent offert aussi ces têtes aux regards parallèlement fixés\nà la scène dans un même et presque douleureux effort d'intelligence ! De pauvres têtes,\npresque toutes, pâlies par l'usine ou le bureau, plissées de soucis, séchées d'alcool, têtes naives\net dociles, foule inconsistante, prête à recevoir tous les mots d'ordre, à suivre tous les exemples,\nà s'exalter pour tous les fanatismes. Ici le rire est de rigueur : c'est pourquoi on souligne\nchaque mot d'un éclat vite coupé pour ne rien perdre de la suite ; les acteurs, non insensibles\nà tant de bonne volonté, détaillent le texte sacré, ralentissent le débit au point de rendre\ninvraisemblables les discours simultanés de M. Diafoirus et d'Argan ; la petite Louison,\nlorsqu'elle dit à son père : u Au nom de Dieu, ne me donnez pas le fouet \", favorise l'erreur\ninévitable par un accent qui change en un juron cette supplication, et la salle entière pousse\nun \" ho \" de joie scandalisée.\nSeules quelques jolies filles aux toilettes fraîches encore que dépourvues de ligne, se con-\ntentent de sourire et évoquent à voix presque haute le souvenir de l'Odéon. Filles d'ouvriers,\nde concierges ou de comptables, elles ont fréquenté les ateliers de peintres qui pullulent en ce\nquartier, et souvent y sont demeurées après la pose terminée ; elles ont pour amies des\nchanteuses, des figurantes ; elles trouvent elles-mêmes, aux époques de vertu forcée ou consentie,\nl'utilisation de leurs grâces naturelles sur les divers tréteaux du faubourg parisien. Mieux que\ntous les projets de nos législateurs elles résolvent la question sociale en démontrant que le\npeuple, celui de Paris surtout, peut s'élever jusqu'aux délicatesses et même aux frivolités du\nplaisir, non dans son ensemble, mais par l'intermédiaire d'une élite, dont elles sont par droit\nde beauté, et nos plus romanesques officiers de marine ne dédaigneraient pas de venir chercher\nen leurs rangs babillards de petites alliées.\nCependant l'artiste de la scène, s'il est intimement flatté par l'approbation de ces connais-\nseuses, doit avant tout briguer les applaudissements du gros public. C'est pourquoi l'interpréta-\ntion reste bien en deçà de la fantaisie outrancière qu'on pouvait espérer, et que certes Molière\neût accueillie avec reconnaissance. Seul M. Charlay a osé faire de Thomas Diafoirus un benêt\népanoui, dont chaque mot, chaque geste étale l'imbécillité satisfaite ; et, comme il ne fait que"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.59", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4297, "texte": "poursuivre le trait de Molière, sa charge au lieu de s'écarter de la nature la creuse plus avant,\nprécise le type immortel, le rapproche et nous fait reconnaître en cet apprenti qui parle latin\nla \" bête à concours \" qui de nos jours exerce impunément ses ravages après un triomphe de\nmémoire aux épreuves de l'internat. M. Diafoirus le père, sous les traits de M. Sarvey, est\négalement un bon portrait du patricien illustre qui s'exprime en termes rares avec une diction\nrecherchée, et use de son renom pour le succès d'un fils indigne. M. Emile Rhein, à qui était\néchu le rôle écrasant d'Argan, a bien vu quel parti on pouvait tirer de ce nerveux que nous\ndirions aujourd'hui neurasthénique, de ses colères soudaines, de ses criailleries sans motif, de\nsa faiblesse, de son irrésolution, de sa crédulité folle, enfin de la traditionnelle avarice qui seule\nreste debout parmi les débris de son caractère effondré ; mais il n'a osé le rendre bouffon, et\npourtant Molière allait certainement jusque-là. Mlle Lolita est une Toinette sans malice, et\nplutôt bonne à tout faire que soubrette de comédie ; mais Mlle Rosaberth apporte à Angélique\nune sincérité de jeunesse que tous nos théâtres, les subventionnés surtout, pourraient envier\nà Bobino.\nLe public des Folies-Bergères est goulu de femmes. Il existe des gourmets qui consacrent\nleur repas à un seul plat dont ils étudient la saveur ; il est de bons buveurs qui vident lente-\nment une bouteille et la méditent. Un autre n'est content que s'il entasse les truffes sur les\nhuîtres, et confond le bourgogne avec le Champagne. A ces financiers étrangers, à ces commer-\nçants du centre parisien, à ces provinciaux en rupture d'austérité, n'allez pas dire qu'une\nfemme peut capter en la nuance de son regard la beauté non de son sexe seulement, mais de\nl'univers. Ils vous traiteraient de poète. Ce qu'il leur faut, ce sont tous ces bras balancés, toutes\nces jambes au même instant levées, toutes ces joues roses du même fard, toutes ces gorges\nservies à point en de pareils corsages comme des fruits frais en des corbeilles. Ce qui mettra le\ncomble à leur béatitude, ce sont des costumes qui fassent au corps féminin quelque injure ou\nquelque violence, suggérant ainsi à ces pachas d'une heure l'idée flatteuse que les désirables\nesclaves sont à leur merci. De là tant de travestis qui accusent ce qu'ils devraient cacher, et,\nsous prétexte d'hirondelles, d'asperges, de fleurs de marronnier, de pruneaux, tant de fourreaux\noppresseurs. A quoi rêvent nos classes moyennes ? Le music-hall qu'elles fréquentent donnera\nla réponse. Mais aussi, en accomplissant le rêve, il en détruit la hantise. Ce que disait Aristote\nde la tragédie est vrai de tous les genres dramatiques. La passion se décharge par un exercice\nillusoire. De retour en leurs foyers, ces braves gens, même s'ils se sont tenus au plaisir des\nyeux, contempleront avec moins de haine la chemise talaire dont leurs épouses dissimulent des\ncharmes à jamais endormis.\nMM. Bataille Henri et Lucien Boyer ont fait de leur mieux pour sauvegarder, en cette\nrevue printanière qui est surtout potagère, autant presque qu'un poème de Mme de Noailles,\nles droits de l'esprit. Leurs couplets sont grivois ; on les écoute à peine. Même cette affriolante\nfraise, qui croit, ne vous déplaise, ajoute la rime, au bord d'une source, sous un ombrage, passe\ninaperçue, parce qu'on se hâte d'étudier les huit maillots empourprés qui sur la scène l'incar-\nnent. Seul le rire peut pour quelques instants faire oublier la convoitise. C'est Dorville\nqui l'amène avec lui, accroché aux plis tombants de sa bouche, à son nez déçu, même aux\naccidents de sa voix enrhumée. Il est si heureusement doué qu'un accent à peine marque lui\nsuffit pour rendre un mot irrésistible ; il le sait, et joue de ce physique merveilleux en délicat\nartiste. Voyez-le prendre possession de cet appartement moderne, et expliquer allègrement\naux siens l'usage de cette roue qui tournée à propos fera surgir toutes les commodités inscrites\nsur son cadran : Quittance, Concierge, Pompiers, Domestiques, Cocotte, Aspirator. Il entreprend\nde se raser ; au-dessus de la toilette, ce qu'il prend pour une glace n est qu une baie ouverte\npar où un deuxième personnage imite inversement tous ses gestes, et tout a coup, passant le"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.60", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4394, "texte": "bras par l'ouverture, atteint sa joue savonneuse. \" Tiens, s'écrie Dorville, voilà que je m'ap-\nplique une gifle à moi-même. C'est étonnant, ce qu'on arrive à faire avec l'électricité. \"\nC'est M. Tommy Footit qui joue avec la plus alerte précision le rôle du double. Il\nanime aussi, secondé par son frère Georgy, les quatre pattes du taureau dont leur père est le\ntoréador, dans une parodie de Carmen qu'on pouvait faire plus précise. Il est regrettable qu'une\nmission plus importante n'ait pas été confiée à ces jeunes gens dont on n'a pas oublié l'émou-\nvante bouffonnerie dans Dollyy le ballet du Théâtre des Arts.\nUne musique aimable accompagne ces exhibitions et ces facéties. C'est le chef d'orchestre,\nM. Lachaume, qui l'a établie en rapprochant, sur la trame d'un clair orchestre, des airs\npopulaires et des fragments d'œuvres appropriés, comme cette impression du matin dont le\npublic savoure la tendresse ingénue en ignorant le nom de son auteur, Edvard Grieg. Ce\nmusicien raffiné jusqu'à la langueur, un des premiers chercheurs de l'harmonie moderne, ne\nse doutait guère qu'il dût un jour charmer les foules ; mais la foule ne suit que son plaisir, et\npeu lui importe qu'une musique ait été condamnée au tribunal de la critique, comme trop\nsavante, s'il en ressent en toute simplicité l'émotion. Il lui suffit que cueillant ses fleurs où bon\nlui semblait, M. Lachaume en ait composé un bouquet joli et parfumé.\nLe cabaret n'est pas comme le music-hall un dévorateur de cohues ; à peine si son entrée,\npareille à celle d'un café d'habitués ou d'une teinturerie de confiance, attire, par une phospho-\nrescence discrète, les regards initiés. Mais on n'obtient accès aux régals de l'esprit, tout\ncomme aux délices de la vertu, qu'en passant par la porte étroite. Dressé sur les hauteurs d'où\nil se refuse à descendre, le cabaret nourrit les music-halls de la plaine, dont il n'a pas la\nmachinerie puissante ni les galantes équipes d'ouvrières ; mais sans les joyeux couplets, sans les\nscènes plaisamment l'une à l'autre accrochées, sans les prétextes toujours renouvelés aux cortèges\net aux tableaux vivants, ce matériel resterait sans emploi, ce personnel immobile. Or ces allu-\nsions, ces jeux de mots, ces situations, ces idées dont s'émerveille le grand public anonyme, ont\npresque toujours été mis à l'épreuve d'abord devant les auditoires restreints du cabaret ; on a\nseulement, pour cet usage plus vulgaire, émoussé les pointes trop pénétrantes, élagué les équi-\nvoques les plus subtiles, enfin grossi le tout par un enveloppement de spectacle et un bourrage de\nlieux communs. Même les airs qu'on entend chanter au music-hall, quand ils ne sont pas depuis\nlongtemps populaires, sont empruntés aux plus récentes créations de nos chansonniers.\nTrès artistement dirigé par le célèbre et sympathique Montoya, le cabaret des Quat'z Arts\npoursuit et développe la noble tradition du Chat noir : il joint à la chanson la pièce d'ombres\nqui permet, comme on sait, les plus expressifs raccourcis. Trop étroit pour contenir l'empres-\nsement des amateurs, la salle en rapprochant les visages crée entre tous une intimité passagère\nmais complice, où les sourires d'un rang à l'autre se communiquent, où chaque mot, chaque\naccent, chaque syllabe, est happé au passage par les curiosités qui l'une l'autre se surexcitent ;\nle chansonnier debout près du piano sur une estrade à peine surélevée est un ami qui laisse aller\nsa verve, sûr d'être compris, et du regard pardonne quand les rires ou les applaudissements\nsaluent ce qu'il semble trouver sans y penser. Or ces couplets aux vers menus, aux rimes légères\nfaits de mots familiers, sont de véritables chefs d'œuvre de cet art parisien qui par défi de\ncoquetterie choisit une matière sans éclat, mais sait si bien la façonner et l'assortir, qu'il en fait\ndes parures magiques et des merveilles de lumière. C'est M. Cançon qui distille insidieusement\nles étapes d'un imprudent voyage et les progrès d'un aviatrice bientôt experte au maniement des\nrigides leviers ; M. Carol qui dépeint sur le mode agreste la joie des lilas dans un jardin prési-\ndentiel qui vient de changer de maître ; M. Brienne qui feint, en la chargeant à peine, l'affec-\ntation superflue et l'imbécillité sincère d'un poète si indigne de ce nom qu'on vient de le\ndécréter prince; M.Jacques Ferny qui explique avec une satisfaction doctorale les avantages d'un"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "61", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.61", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2808, "texte": "inintelligible système de représentation proportionnelle; M. Vincent Hyspa qui de sa brusque\nironie flagelle un uniforme verdoyant, puis le lyrisme printanier, enfin les pourparlers sans\ncesse proroges de la paix balkanique, et l'auditoire entraîné reprend en choeur ce refrain\ninvariable :\nEt la séance fut levée à Vunanimité\nEt ces Messieurs s\"*en sont allés\nBras dessus bras dessous pour déjeuner.\nEnfin c est Montoya lui-même qui malgré la fatigue dont le menace Messaline, veut bien\ndonner à ses admirateurs deux de ses œuvres charmantes, la Ballade poitevine et la Sérénade\njalouse. Le bon chanteur dont la voix suave a pourtant de si fermes contours ! Le bon poète\nqui sait en quelques lignes et en quelques notes faire tenir la chimérique douceur des pastorales\nou l'ardeur farouche de la passion déçue !\nMessaline est l'histoire, contée sans amertume et même avec quelque pitié caressante, de\ncette impératrice féroce et malheureuse, toujours en mal de l'amour qui la fuit, entraînée par\nla fatalité de son corps aux curiosités, aux débauches, aux crimes et enfin au désespoir mortel.\nQui de nous n'a rencontré quelque Messaline, d'autant plus dangereuse qu'elle est plus\nmisérable ? Celle d'aujourd'hui dispose de ressources plus variées qu'elle épuise plus rapidement\nencore : elle s'enivre d'alcool, elle fume l'opium, fort mal d'ailleurs, en brûlant les pipes et ne\ncherchant que l'hébétude de l'abus ; elle passe à l'éther, à la morphine, à la cocaïne, et comme\naucune chimie ne peut guérir l'infirmité secrète de sa chair, elle reste inapaisée, affaiblie seule-\nment, malade, décharnée, et folle d'un désir qu'elle est devenue incapable d'inspirer. Sur ce\nsujet éternellement vrai, M. Jean Messager a écrit une musique très souplement émouvante,\ndont M. Montoya fait excellemment valoir les accents variés ; les silhouettes de M. Geo\nDorival sont découpées d'une main sûre, et l'éclairage en est fort habilement nuancé. Chacun\nde ces tableaux dure tout juste le temps nécessaire pour donner son effet et jamais les auteurs\nne cèdent à la tentation du développement. Bel exemple qu'on pourrait méditer avec fruit sur\ndes scènes plus vastes.\nCette jolie soirée a pour épilogue une revue lestement enlevée par la charmante Santerne\net ses camarades Brienne, Spark, Manescau, d'Astorq. L'une des scènes les plus réussies met\naux prises un ministre aujourd'hui très parisien avec son passé provincial, socialiste et populaire ;\nmais après quelques reproches réciproques les deux personnages se mettent d'accord sur une\nsouriante indifférence. Le cabaret ne respecte rien, pas même les hommes politiques que le\nmusic-hall glorifie comme des sauveurs et juche au pinacle de ses apothéoses. La foule a besoin\nd'une foi dont seule une rare élite peut être privée sans danger.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c038", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "62", "page_fin": "63", "image_debut": 62, "image_fin": 63, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.12", "titre_corps": "Concerts Divers", "titre_sommaire": "Concerts Divers", "signature_source": "G. 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Des sociétés orchestrales qui avaient sommeillé tout l'hiver s'éveillent\nsoudain : l'Association Hasselmans se signale par l'intérêt particulier de ses programmes\noù l'on voit Sylvio Lazzari voisiner avec Maurice Ravel, Roger Ducasse et Séverac,\noù Melle Bréval chante ou Melle Micheline Kahn, vient, à l'instar de Tristan, \" harper pour\napaiser notre déconfort Les concerts Sechiari caracolent sous la cravache d'Enesco\npuis du professeur Kaehler, chef d'orchestre de l'opéra de Schwerin. L'orchestre de la\nSchola Cantorum continue sous la direction de Vincent d'lndy son petit cours d'histoire:\nXaver-Richter, Haydn et Beethoven sont les trois chapitres de ce que les organisateurs\nappellent un peu légèrement peut-être l'Histoire de la Symphonie. Les Chanteurs de\nSaint Gervais ont donné une excellente audition de musique religieuse sous le patronage\ndes Amis de la Musique : Mounet-Sully, MMmes Raunay et Croiza, MM. Plamondon et\nJoseph Bonnet partagèrent leur succès. La Société Nationale rend à Erik Satie un\nhommage trop longtemps différé : malgré le cynisme de sa dédicace on peut estimer en effet\nque l'auteur des Préludes flasques n'écrit pas de la musique pour les chiens. Magnard, Jean Cras,\nC. P. Simon et Blair Fairchild lui font une escorte d'honneur. Et Vinès feuillette le livre des\nPréludes de Debussy que l'auteur nous avait entr'ouvert."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "63", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.63", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3662, "texte": "Mme Jeanne Hersclier, se signale par une heureuse initiative. Avec de prudentes\nprécautions oratoires car l'opinion n'est pas tendre aux transcripteurs et M. Vierne ne\nplaisante pas ! elle vulgarise intelligemment par d'adroites versions pianistiques tout un\nadmirable répertoire d'orgue que nous n'entendrons jamais sous sa forme originale. Les mânes\nde Nicolas de Grigny, de Roberday, de Marchand, de Dandrieu, de.Clérambault, de Boesset,\nde Lambert ou de d'Aquin lui doivent une sérieuse reconnaissance. Quelques pianistes de\nmarque : le fougueux Montoriol-Tarrès qui semble vouloir enfin faire bénéficier les com-\npositeurs modernes de sa puissante technique jusqu'ici vouée aux seuls chefs-d'œuvres classiques;\nle vertigineux André Clievillion dont le mécanisme est célèbre mais dont l'intelligente\ninterprétation égale la virtuosité supérieure ; Ossyp Galîrilowitscll dont le repertoire va de\nMozart à Tchérepnine ; Paul (irold.Seh.mitt qui mime de la tête et des épaules les émo-\ntions que doivent dispenser ses dix doigts ; Joseph Vecsei qui se fait accompagner par\nl'orchestre Philarmonique excellemment dirigé par Lucien \"W\"uriïlSGr ; Miss Morall\nDrewett dont la vélocité est prodigieuse et la sonorité exquise et qui sera une délicieuse\ninterprète de l'école contemporaine ; Jules ertïteim, Clarence de Amelungen,\nMlle Irène Reichert ; la célèbre virtuose russe Lufoa d'Alexandrowsky et le beetho-\nvenien Baekhaus.\nUne modeste équipe de violonistes : Barozzi qui lutte avec l'orchestre Hasselmans\nHenry Duval qui se fait assister de Rhené Bâton ; Daniel Melsa qui pour le même usage\ndéplace le merveilleux Nikisch ; Mlle Roussel, énergique et gracieuse, et M. Giulio\nHarnisch qui se fait procéder d'une photographie menaçante qui glace d'eftroi les mélomanes\nles plus intrépides.\nUne harpiste, mais de premier ordre : Melle Suzanne Cardon qui a donne son\npremier concert mais qui a, d'un seul coup, conquis la gloire. Un flûtiste, mais de mérité supé-\nrieur : l'excellent Blanquart qui a l'estime de tous les musiciens.\nMlle Lucy Vauthrin sait choisir ses accompagnateurs : MM. Gabriel Fauré, Alexandre\nGeorges, Pierre de Bréville, Albert Roussel, de Séverac. Le public prouve a la delicieuse artiste\nqu'il ne s'est pas encore résigné à son départ de l'Opéra-Comique.\nMme Alvina-Alvi nous révèle d'admirables chants populaires hébraïques ; 1 Accord\nParfait donne une audition éclectique mêlée de danses ; les Concerts Chaigneau\ncontinuent leur œuvre de large vulgarisation ; La Société des Amis de Balzac nous\nrévèle des pages intéressantes de Stuart Willfort. Le LyCBUHI déploie une activité considérable;\nReynaldo Hahn, Mlle Gignoux, Alexandre Georges s'y font chaleureusement par\nune assistance de choix ; un très intéressant concert de Musique Tchèque fait apprécier\nl'effort des Novak, des Fibich, des Suk et des Fœrster ; M. Henry Prunières étudie avec\nune élégante érudition la vie musicale à Rome au temps de Luigi Rossi ; M e Marguerite\nBabaiail illustre cette conférence d'auditions d'œuvres de Rossi, de Cesti, de Cavalli et de\nMarazolli ; M. et Mme Georges ïbos, l'un à l'orgue et l'autre au violon témoignent d'une\nculture musicale remarquable ; Bdsler, Boucherit et Pollain unissent leurs talents\nsolides pour rendre hommage à Brahms, à Mendelssohn et à Schumann. Et lon eniegistre a\nfondation d'un nouveau groupe intitulé Ecole et Club Berlioz qu donne d intéressants\nconcerts d'où le nom de Berlioz est sévèrement banni : ingénieuse manière de glorifier un\nauteur qui devrait bien être imitée pour certains de nos musisiens indisciets. Quels admira es\nEcoles et Clubs on pourrait fonder sur ces bases bienfaisantes !\n\nG. K."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c040", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "64", "page_fin": "64", "image_debut": 64, "image_fin": 64, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.13", "titre_corps": "Revue de la Presse Quotidienne", "titre_sommaire": "Revue de la Presse Quotidienne", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 64, "page_imprimee": "64", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.64", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 5056, "texte": "Revue de la Presse Quotidienne\nLE CARILLONNEUR\nLa partition de M. Xavier Leroux,\ndans les scènes sentimentales a subi sur-\ntout l'influence de Massenet. Gêné par\nson sujet, ne pouvant céder à sa verve\nméridionale, M. Leroux a fâcheusement\naffadi ses mélodies et son orchestration.\nSa musique trop suave et trop douceâtre\nmanque de nerfs et de muscles. Cette\nespèce de mollesse langoureuse et pâmée\nengendre la lassitude. La qualité des idées\nest du reste assez banale. S'il y a plus\nde mouvements et de couleur dans les\ntableaux du concours de carillon et de la\nprocession des béguines, on n'y trouve\npas beaucoup de substance ni de person-\nnalité. L'imagerie est alors plus animée,\nmais du même ordre. PAUL SOUDAY.\nLE FIGARO\nOn sait quel musicien est M. Xavier\nLeroux ; musicien doué, très au fait de\ntoutes les ressources de son art, très\nlaborieux et sincèrement fidèle aux con-\nceptions qui lui sont inspirées par un\ntempérament particulièrement chaleu-\nreux, expansif, parfois même exubérant.\nLes qualités qui valurent à ses précé-\ndents ouvrages, tels que la Reine Fiam-\nmette, le Chemineau, mieux qu'un accueil\nfavorable, le succès ; ces effusions mélo-\ndiques, cette clarté continue, ce brio et,\naussi, ce souci du pittoresque, nous les\nretrouvons en maintes pages du premier\net du second tableau. J'ajouterai que ce\nsecond tableau, de physionomie saisis-\nsante et qui comporte un développement\nmusical considérable et solidement éta-\nbli, a toutes mes préférences. Dans l'ac-\ntion, cependant, tout n'est point d'un\ncaractère extérieur. Un drame plus intime\nse déroule dans les âmes de Joris, de\nGodelieve, de Barbara. Ce conflit inté-\nrieur est poignant. M.Xavier Leroux l'a\ntraduit avec l'expression concentrée,\némue, profonde qu'il nécessitait et dont\ntémoigne le second acte presque tout\nentier. Et si j'ai parlé de cette exubé-\nrance qui procède de la nature même de\nM. Xavier Leroux, c'est qu'il m'a semblé\nla retrouver un peu trop bruyante, un\npeu trop verbeuse peut-être dans la\npéroraison si violemment, si sombrement\ndramatique de l'ouvrage.\nJ'ai dit déjà combien M. Xavier Leroux\nest maître de son art 5 on n'attendra donc\npas que je loue des qualités techniques\nqui, pour un musicien tel que lui, ne\nconstituent plus un mérite.\nGABRIEL FAURÉ.\nLA LIBERTÉ\nVous verrez les plus heureux passages\nde la partition et cela fait son éloge\ndans les scènes qui se sont le moins écar-\ntées du caractère intime de l'original,\nparticulièrement dans le rôle de Barbara,\ncelui qui se tient le mieux malgré la\ndéformation, et qui est marqué, bien\nqu'il soit sacrifié, des traits les plus justes\net les plus sensibles. Le premier tableau,\nle troisième, et une partie de l'avant-\ndernier sont dans une note discrète et\nconcise, où l'émotion, de se contenir,\nn'est que plus efficace. Il y a aussi beau-\ncoup de sûreté dans l'agencement de la\nscène populaire du second acte 5 mais le\nchant patriotique qui le termine prend un\naccent révolutionnaire, un développe-\nment et un éclat qui désaccordent tout\nl'ouvrage.\nEt je me demande si l'effort de con-\nscience dont témoigne la partition du\nCarillonneur est un effort bien clairvoyant.\nLa musique de M. Leroux a des carac-\ntères trop nettement déterminés pour\nse plier à toutes les formes ; et elle a\navant tout le caractère mélodique, ou\nplus exactement vocal, jusque dans l'or-\nchestre. Par là, je crois que la coupe par\nmorceaux distincts qu'il serait tou-\njours parfaitement raisonnable d'adapter\naux besoins de l'art moderne lui con-\nviendrait mieux que le dialogue continu,\nauquel M. Leroux a fait à peine une\nexception. Ses idées ont une forme et\nune étendue qui ne se prêtent point au\nsystème du leitmotiv. Et c'est, je crois, à\ncause de la nature même de ces idées\net à cause encore, et surtout, de l'ab-\nsence de plan tonal que certaines\nscènes, qui à la lecture se montrent fort\nbien menées, paraissent au théâtre con-\nfuses et sans relief. Chaque retour d'un\nvéritable leitmotiv lui ajoute une force ou\nun charme de plus : les retours d'une\nphrase mélodique, ne pouvant avoir ni la\nmême précision ni la même variété, au\nlieu de convaincre, lassent peu à peu. On\na l'habitude de considérer M. Leroux\ncomme un musicien de théâtre, parce qu'il\npossède en effet une grande expérience\net une grande habileté du théâtre, et\nparce que son lyrisme est souvent assez\nextérieur 5 mais peut-être est-il bien\nplutôt un lyrique. GASTON CARRAUD.\n%.% m\nIntime et simple au début c'est là\nque je la préfère la musique de\nM. Xavier Leroux traduit avec force,\npar la suite, l'allégresse tout extérieure\ndes tableaux populaires, le lyrisme\néperdu des scènes où l'enivrement reli-\ngieux augmente l'intensité de la passion;\nelle accentue l'horreur tragique du\ndénouement. Quelques thèmes signifi-\ncatifs y sont adroitement employés et sa\nconstruction me semble très solide. Les\nlongueurs excessives de la pièce lui sont\nassez défavorables et la rendent souvent\nmonotone, mais certaines de ses pages ont\nune saveur instrumentale, un charme,\nune séduction que l'on ne saurait sans\ninjustice méconnaître.\nALFRED BRUNEAU."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c042", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c042", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "65", "page_fin": "67", "image_debut": 65, "image_fin": 67, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.14", "titre_corps": "Belgique", "titre_sommaire": "Belgique", "signature_source": "R. 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Mais son sort est typique, chez\nnous : il a fallu dix années avant que l'on se décidât à la monter ; l'expérience fut concluante...\nPourtant, nous nous trouvons encore devant les mêmes parti-pris de défiance et d'ostracisme à\nl'égard des productions nationales. Le public, paraît-il, leur préfère les \" gros succès \" étrangers\ncomme La Fille du Far West de M. Puccini, dont je n'ai rien à dire. Un livret mélodramatique,\naux effets vulgaires de roman policier, commenté, musicalement (et qu'est-ce que la musique\nvient y faire ?) par un technicien certes habile. Pareilles œuvres n'ont aucun rapport avec le\nthéâtre tel que nous le concevons. A défaut du plaisir purement esthétique se suffissant à\nlui-même - on peut encore accorder à l'art un noble but au point de vue social : celui\nd'élever les âmes à des communions de Beauté. Il n'est ni moral, ni digne, de flatter le peuple\ndans ses goûts inférieurs.\nM. Léon du Bois a consacré le dernier concert du Conservatoire à l'exécution intégrale\nde Franciscus, l'œuvre maîtresse d'Edgar Tinel. Nous avons ici-même analysé la partition.\nElle est connue. Qu'il nous suffise donc de signaler l'excellence de l'interprétation : chœurs,\norchestre, solistes, parmi lesquels M. Plamondon, M. Seguin, Mme Mellot-Joubert, M. Moris-\nsens et M. Ansseau. A la Libre Esthétique, dont le salon réunit cette année des peintres du\nmidi, M. Octave Maus poursuit l'apostolat musical qui nous valut la révélation de toute la\nmusique franco-wallonne moderne. Le programme du premier concert : Sonate en si majeur,\npour violon et piano, de Victor Vreuls, jouée par Mme De Vos et M. Defauw ; Renouveau,\nmélodie, du même. Les Petites Litanies de fésusy exquises paraphrases, de P. de Bréville ; deux\nlieder de Chausson, chantés par Mme M.-A. Weber-Delacre. Deux Rondes sur des thèmes\npopulaires wallons et une Sonate (op. 39) pour violoncelle et piano de Joseph Jongen, dans la\ndouce grisaille et le beau développement que nous aimons chez le délicat symphoniste, par\nl'auteur et M. Dambois. La deuxième séance, plus \" jeune France \" encore et plus précieuse.\nMeile Georgette Gûller, pianiste elle débutait, je crois, àla Libre Esthétique —en qui nous\nsaluons une virtuose de grand avenir, le violoncelliste montois M. Pitsch, interprêtent une\nSonate de Guy Ropartz, savamment construite, de bel équilibre, de saine et vraie poésie. Plus\nraffinés, mais de grâce un peu fragile, l'Elégie première de Raymond Bonheur, le Secret de\nP. de Bréville, Le Promenoir de deux amants de Claude Debussy, chantés et dits avec un art\nincomparable par Mme Jane Bathori-Engel. Au piano, la très subtile artiste accompagne\nM. Pitsch dans la Pavane pour mie Infante défunte de Ravel. 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José Lassalle, et avec le concours du pianiste Alfred\nCortot, laissa quelque peu à désirer, quant à la mise au point orchestrale. Le gros succès fut\nréservé en toute justice à M. Cortot. La symphonie en ré, le prélude de Rédemption,\nl'accompagnement symphonique des Djims et des Variations Symphoniques, eussent réclamé\nplus de perfection ; de même le Chasseur Maudit et les pages de Psyché. Les Compositeurs\nBelges n'ont pas cru devoir modifier encore leur façon de faire. Le quatrième concert offrait\npour toute \"révélation\" une mélodie de Gustave Huberti ! Nous connaissions le Scherzo\ncaprice d'Erasme Raway, qui n'a pas écrit que cela, encore que sa réapparition fatale à\ntoute séance où part est réservée au musicien, puisse le faire soupçonner ; Humoresques de\nFrémolle, Chant d'Amour de Léon du Bois, Quintette en si bémol majeur de Delcroix\ncette œuvre toutefois, avec les poèmes de A. du Boeck, fut peu entendue ; trois pièces pour\nvioloncelle de Sylvain Dupuis. Cari Friedberg après avoir triomphé au Cercle artistique,\ndirigea le concert donné par MM°lles Maud Delstanche, la violoncelliste belge appréciée,\net Lonny Epstein, élève remarquable du maître pianiste. Ces jeunes artistes y trouvèrent\nle plus vif succès. Parmi les nombreuses auditions à signaler : un récital Berthe Bernard,\nun concert Eugénie Buess—Germaine Schellings, violoniste, Jeanne Loché, pianiste, Gabrielle\nBernard, cantatrice ; séances Louise Desmaisons, pianiste, Thérésa Sarata, violoniste, Sydney\nVantyn, pianiste ; récital Backhaus, Buckwilder, Fanny Hiart ; offices de la semaine sainte et\nde Pâques par 1 Association des Chanteurs de Saint-Boniface, sous la direction de M. Carpay,\nconcert organise par la Ligue nationale pour la défense de la Langue française récital\nEug. Poehaerdt, pianiste, brillante élève du maître Théo Ysaye, etc... M. Jacques Dalcroze\nest venu donner une ciemonsration de Gymnastique rythmique à Bruxelles, y moissonnant de\nnouveaux enthousiasmes avec ça et là, un bien d'ivraie... En leur hôtel, M. et Mme Gaston\nHaardt lui firent honneur par une Matinée toute vouée à ses composions, à sa méthode, devant\nune brillante société mondaine.\nEn Province, quelques manifestations remarquables, à commencer par l'exécution des\nBéatitudes, à la Société de Musique sacrée d'Anvers, sous la direction de M. Ontrop. A Liège,\nM e Caioline Bernard, notre très distinguée consœur du Journal de Liege, et sa très jeune fille\nYvonne donnent deux récitals oe piano-violoncelle, faisant apprécier chez la mère une\nvii tuosite giacieuse et cultivée ; la fermete, le phrasé délicat chez la mignonne instrumentiste.\nA Liège encore, l'audition de VA Capella liégeois sous la direction de M. L. Mamet : le\nPrélude de Proserpine de J. B. Lully, avec Mmes Joliet, Tripels, M. Bodeau ; des pages\nanciennes, guirlandes fanées, mais exquises, de Jannequin, Guyot, Sweelinck, Gresnick,\nRobson, Kennis, chantees avec un art parfait par ces chœurs ; sept chansons populaires\nharmonisées par L. Mawet ; un fragment du motet Ecce Sedes hic tonantis de J. J. Rousseau.\nMM. Gérôme, G. Tourneur, Fernand Mawet, A. Rahier, J. Pétronio, C. Vrancken,\nF. Sottiaux tenaient la partie symphonique de cette soirée d'art très pur. L'excellente\ncontatrice Melle Marthe Lorrain, poursuivant, à Verviers, sa bonne et vaillante propagande en\nfaveur de notre école wallonne, compose un beau programme avec des œuvres de Victor Vreuls ;"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "67", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.67", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 435, "texte": "secondée par Maurice Jaspar, le compositeur-pianiste liégeois bien connu, et C. 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D'accord avec le\nquatuor Lœwensohn, la Revue SIM prenait cet automne l'initiative d'organiser à Berlin 6\nConcerts de musique de chambre moderne, initiative qui, honorée du patronage de M. l'Am-\nbassadeur de France, devenait une manifestation officielle. Ayant organisé ces concerts unique-\nment par invitations, nous voyons bientôt affluer les demandes d'un public d'artistes et\nd'amateurs avertis désireux d'entendre des œuvres pour la plupart inconnues ici. Le programme\nen effet plaçait à côté des noms familiers de Saint-Saëns, d'lndy, Fauré et Ravel, ceux des\nGabriel Dupont, A. Bruneau, Roger Ducasse, Florent Schmitt, de Sévérac, Coquard, Ropartz,\nChausson etc. La difficulté était grande d'arriver à restreindre la plupart des plus belles œuvres\nmodernes dans le cadre des 6 concerts et pour quelques compositeurs on dut se contenter de\nMélodies.\nLe public invité (hélas, on dut refuser du monde !) se montra intéressé et peu à peu\nenthousiaste dès la première Soirée ; la critique, il faut bien le dire, plus ou moins sympathique\nd'ordinaire à tout ce qui vient de l'étranger se félicita de trouver dans cette entreprise\nl'occasion de s'instruire et applaudit des deux mains.\nC'est à la critique berlinoise d'ailleurs que nous laisserons la parole et nous choisirons\nparmi les nombreuses critiques et lettres personnelles que valurent à la Revue cette heureuse\net généreuse initiative, celles qui sont le plus caractéristiques et par suite susceptibles d'interesser\nnos lecteurs. Les nombreuses marques de sympathie qui nous vinrent de tous côtés nous\npermettent d'assurer à la Revue SIM qu'elle mérite la reconnaissance de nos maîtres et du\npays dont elle a élevé plus haut encore le renom artistique à l'étranger.\nVoici d'abord quelques mots de notre confrère Mr Pessmann qui dirigea longtemps\n\" VAllgemeine Musikzeiiung \" : \" ... une très heureuse idée de la Revue S. I. M. de faire connaître\nla musique de chambre française au monde artistique allemand : artistes, critiques et public Il\nva de soi que chez vous comme chez nous et dans chaque pays, on ne peut considérer toute production\ncomme un chef d'œuvre. De même, les efforts des jeunes pour élargir le domaine harmonique, briseï\nles formes consacrées et augmenter les possibilités d'expression, aboutissent chez vous comme chez nous"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "68", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.68", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 4778, "texte": "à des extravagances devant lesquelles ou secoue la tête en se demandant si on peut encore appeler cela\nde la musique ; mais cette levure, inutilisable donnera peut-être, ça et là, un bon vin là où un véritable\ntalent la fera fermenter et grâce à de la logique et un savoir appliqué ; cette perspective doit consoler\nde ce qui ne nous paraît encore qu'une impossibilité... je ne puis que souhaiter que des artistes français\nde valeur qui jouissent et jouiront toujours chez vous d'un acceuil favorable vous fassent entendre des\nœuvres des maîtres les plus distingués de leur pays. Nous ne pouvons qu'apprendre quand on nous fait\nentendre de la musique d'une autre nation avec son caractère national\nVoici quelques extraits des critiques les plus significatives, dans l'ordre des Concerts.\nPremier Concert. \" Das deutsche Blatt\" : \" ... De ces 3 compositeurs, Chausson, Ropartz et Fauré,\nle premier est celui qui fait le plus d'effet, le deuxième le plus intérieurement doué et le troisième le\nplus aimable. Les 3 œuvres représentent le type de la bonne musique française, par la grâce du travail\net le coulant dans le développement thématique. En dehors de cela, pour l'auditeur aux nerfs sensibles\nse révèle un sens de la sonorité que nous pourrions recommander comme modèle à beaucoup de nos\ncompositeurs allemands. \"\n\" Die Vossische Zeitung \". \" On doit aimer Chausson et respecter les autres. Le très beau travail de\nChausson est tout en musique, en mélodie, en sentiments et en fine sensualité et la forme traditionnelle\nest traitée franchement et d'une façon originale. Chausson était un \" rare \", un \" artiste \", il est triste\nqu'il nous ait quittés si tôt. L'âpre Ropartz est essentiellement un ouvrier d'art qui cultive avec dignité\net bonheur dans la manière nommée \" forme cyclique \", les mélodies religieuses et populaires. Fauré\nest en substance un ouvrier d'art plus fin et de plus de goût. Sa musique relativement assez jouée en\nAllemagne n'y atteindra jamais le rang qu'elle occupe en France. Le plus faible semble être ses Lieders,\nils ont le caractère particulièrement français ou peut-être parisien dont on est vite fatigué. \"\nDeuxième Concert. Die Vossische Zeitung. \"Nous aurions à peine attendu de Widor cette œuvre\nbien bâtie, pleine d'expression et de noble mélodie. La douceur automnale qui flotte sur le tout parmi\nles mouvements, les progressions et la joie du chant, touche singulièrement. Ce n'est pas une qualité\nparticulière à Widor qui se révèle là, beaucoup d'œuvres françaises la possèdent et surtout Debussy. Le\nsoleil gaulois est-il déjà couché ? L'automne est beau aussi. Dans la Sonate pour Violoncelle de\nSaint-Saëns règne presque l'hiver ; malgré sa merveilleuse exécution par Kreutzer et Lœvensohn,\nelle n'a pas pu nous réchauffer. C'est fait de main de maître et translucide... On comprend à l'audition\nde cette œuvre que Saint-Saëns ait appelé une fois Mendelssohn un génie et qu'il ait puisé de nouvelles\nforces dans ses oratorios. \"\n\" Konigsberg Hartiingsche Zeitung. \" \" ... Debussy et Fauré paraissent déjà vieillis lorsqu'on entend\nles Lieder d'lngelbrecht et Kœchlin (apparemment des noms allemands), qui avec audace s'asseyent sur\nles touches du piano et écrivent.\nTroisième Concert. \" Die Musik. \" La Sonate de Gabriel Pierné. Tout l'ouvrage finement travaillé\nest rempli de passion et de rêverie ; pourtant la première et la troisième partie laissent voir un manque\nd'équilibré dans la forme.... La deuxième partie cependant mérite de prendre rang parmi les œuvres\nles plus réussies et les plus ravissantes de la musique de chambre moderne.\nQuatrième Concert. \" Vossische Zeitung. \" L'œuvre principale de la Soirée, à côté du Quatuor très\nconnu de Debussy, fut un quintette de Florent Schmitt. Il a été couronné par le Grand Prix de Rome\net c'est sa seule couronne, car il ne porte pas la couronne de l'Art... Pour faire une comparaison, c'est\nun glacier éblouissant mais non une âme étincelante. Une facture toute moderne est obtenue par une\ngrande technique et un grand labeur... Il nous faut écarter en musique tout travail de machine (si soigné\net si brillant qu'il soit).\n\" Allgemeine Musikzeiiung. \" Le quintette de Florent Schmitt exécuté pour la première fois en Alle-\nmagne est en grande partie intéressant, mais, surtout dans la première partie tantôt éloquent, tantôt pauvre\nd'idées. S'il ne manque pas de finesse dans la sonorité et de \" Stimmung \", l'organisme général indispensable\nlaisse a desirer. En tout, il me semble ce qui n'est pas du tout français que l'abondance du besoin\nd'expression est chez le compositeur plus grande que la valeur propre de son matériel musical et aussi que la\nvaleur de sa forme artistique. (Au reste, dans la première partie, on est vivement troublé par une réminis-"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "69", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.69", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4272, "texte": "cence frappante de la fin de \" Mort et Transfiguration \" de R. Strauss.) Les dimenssions du Quintette sont\nplutôt celles d'une œuvre orchestrale que de musique de chambre. Il y a toutefois tant d'esprit, de\nsavoir et de beau véritable dans cet ouvrage qu'il faut se féliciter de le connaître et le compter en tous\ncas parmi les meilleurs que nous possédons. Mais parmi les meilleurs, tout à fait en première ligne, il\nfaut placer le Quatuor de Debussy. Cette œuvre géniale avec sa belle ligne en relief ne tombe jamais\ndans cette sorte d'accompagnement passif, (qui n'est en somme qu'une simple broderie et ne produit\nqu'un effet physiologique,) comme dans les œuvres que Debussy écrivit dans la suite ; bien plus, c'est\nici une force intérieure qui se fait jour et prend une forme. Bien qu'original dans son rythme, sa mélodie\net son harmonie, cet ouvrage ne laisse pas sous cette impression despotique que donnent les procédés\nmodernes, qui sont le principal pour les compositeurs d'aujourd'hui, mais il les a surmontés. Ça c'est\nde l'Art. Si un jour Schônberg en arrive là, alors nous pourrons considérer aussi ses créations comme\ndes œuvres d'art...\nCinquième Concert. Allgemeine Musikzeitung \". (L. Misch.) Les concerts de la Revue Musicale\nSIM dédiés à la musique française moderne montrent combien nous connaissons peu cette musique et\ncombien peu notre oreille y a été jusqu'à présent habituée...\nCelui qui fréquente les Concerts sans s'intéresser spécialement à la musique des jeunes Français\napprend ça et là à connaître l'une ou l'autre Standard work de cette \" école \" et croit s'en faire une\nidée mais une idée de quoi exactement, plus d'un s'y trompe. Celui qui fait la connaissance d'un\nChinois ne connaît pas de ce fait les Chinois.\nDie Musik. Berlin.\nDès la première soirée on pouvait reconnaître un trait du caractère national français, remarquable\nmême dans le domaine artistique : la faculté, (même lorsqu'il s'agit de choses de moindre importance,)\nde les rendre de telle façon que si l'auditeur n'est pas absolument empoigné, du moins reste-t-il intéressé\net captivé. Le quatuor pour piano en la, un peu décousu d'Ernest Chausson, de même que la Sonate\npour violon de Guy Ropartz, plus substantielle, sont des œuvres, en ce qui concerne l'invention et la\nforce du sentiment, qui n'ont pas absolument une très haute valeur, mais le travail ingénieux, toute la\nfaçon de se donner soutient l'intérêt et sauvegarde de toute fatigue ou même d'ennui. Le quatuor pour\npiano de Gabriel Fauré, connu, avec ses empreintes classicistes terminait la Soirée, à laquelle Lolo\nBarnay par son interprétation intelligente de quelques Mélodies de Franck, Duparc et Fauré, apporta\nune heureuse diversion.\nSixième Concert. \" Der Reichsanzeiger \" La sonate pour violoncelle et piano de C. Chevillard\nfut une jouissence vraiment extraordinaire. La veine mélodique du compositeur est riche et originale,\nsans jamais devenir banale ; l'excellente exécution de Lœwensohn et Max Trapp décida essentiellement\ndu succès... Le Quatuor Lœwensohn avait d'abord joué pour la première fois en Allemagne le Quintette\n\" Poème \" de G. Dupont. Cette œuvre est intéressante mais sans profondeur intérieure.\nIl nous est bien difficile d'ajouter une appréciation personnelle à la critique de ces concerts\ndont nous avons assumé nous-même l'organisation.\nQu'on nous permette seulement ici d'adresser un chaleureux merci à tous les interprêtes\nqui ont bien voulu mettre leur talent au service de notre entreprise. Merci d'abord au\nQuatuor Lœwensohn auquel se sont joints les pianistes Leonid Breutzer, Max Trapp,\nA. Golner, Léo Restenberg ainsi que M. James Simon et Steuermann qui ont bien voulu\naccompagner nos cantatrices : MDle Lolo Barnay, Zlohricka, Pohl et El-Tour.\nIl est assez juste d'associer dans un remerciement plus chaleureux encore nos artistes de\nParis qui ont tenu à se rendre exprès à Berlin pour nous aider cette manifestation d art\nfrançais : Mlîe Bonnard qui chanta au 2e concert, MU!e Fournery-Coquard au 4e, tandis que\nMlle Geneviève Dehelly était au piano, enfin au 5e Ricardo Vinès toujours prêt à plaider la\ncause des modernes. Le succès que tous ont remporté ici a acquitté en partie la dette de\nreconnaissance que nous leur devions.\n\nE. Heintz-Arnault."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c045", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c045", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "70", "page_fin": "71", "image_debut": 70, "image_fin": 71, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.16", "titre_corps": "LETTRE DE PRAGUE", "titre_sommaire": "LETTRE DE PRAGUE", "signature_source": "Jan Lœwenbach", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 70, "page_imprimee": "70", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.70", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3875, "texte": "LETTRE DE PRAGUE\n\nIl n'y a guère plus de soixante ans, qu'une musique tchèque nationale existe en Bohème.\nC'est vers 1860 que les Tchèques prirent conscience de leur nationalité et se libérèrent, en\ntoutes choses, des influences germaniques. De ce temps datent les trois grandes institutions,\nqui forment encore les assises de notre musique à Prague : le Théâtre National de Prague\nl'Association Chorale \" Hlahol \" et l'Union artistique Umieletzka Beseda.\nLe Théâtre National est encore aujourd'hui l'organe essentiel de notre musique. Nos plus\neminents compositeurs, Smetana, Dvorjak, Fibich ont non seulement fait exécuter leurs œuvres\nsur cette scène, mais ont eux mêmes joué leur rôle dans son organisme. Il peut actuellement\nrivaliser avec les meilleurs théâtres d'Autriche et d'Allemagne. Son chef d'orchestre Karl\nKovarjovitz, esprit éclairé, est aussi attentif à jouer Smetana que Strauss ou Wagner, à\nreprésenter Rimski-Korsakoff ou Moussorgski que Charpentier ou Massenet. Il n'est pas\nseulement exécutant distingué, mais aussi compositeur d'opéras très populaires.\nLe Théâtre National est la seule de ces institutions musicales qui ait conservé toute son\nimportance. Les deux autres grandes Sociétés, crées dans un même moment d'enthousiasme\npatriotique, ont peu à peu vu leur rôle se réduire. Le Hlahol, dirigé par Jaroslav Krijtschka,\nest devenu une Société de grandes auditions, où Bach voisine avec Novak et César Franck.\nL Umieletzka Beseda se voue aujourd'hui principalement à propager la musique moderne des\njeunes talents et à éditer des œuvres musicales importantes.\nLa meilleure musique de chambre de Prague nous est donnée par les huit concerts de\nla u Société tchèque de musique de chambre \". Le principal organe de cette société est le Quatuor\nTchèque, dont le second violon Joseph Souk, un compositeur très sensitif et profond, élève de\nDvorjak, et auteur de u Praga de \" Asrael y' etc... ade grandes affinités avec les modernes\nImpressionnistes français, mais conservant ses éléments slaves caractéristiques. Quand on\nprononce le nom de Souk, on est sûr d'entendre aussitôt celui de Vitezslav Novak, le chef\navoue de notre école la plus nouvelle, personnalité marquante, compositeur de grands ouvrages\nsymphoniques, tels que a La Tempête \" et d'un cycle de pièces de piano réunies sous le nom\nde \" Pan \". Novak a succédé à son maître Dvorjak au Conservatoire de Prague, institution\nfort bien organisée, sous la direction sévère de Henri Kàan d'Albest.\nDepuis dix ans il y a à Prague une Philharmonie, donnant vingt concerts dominicaux par\nsaison. Le Dr Zemanek en est le chef vigilant. Ses programmes montrent une attention égale\na la musique classique à la moderne. Depuis peu, un groupe de dilettantes s'est réuni sous\nle bâton d Otokar Ostretschil, compositeur talentueux pour se vouer à la musique moderne,\nsurtout à celle de Mahler et du compositeur tchèque viennois, Joseph B. Foerster.\nA tout cela s'ajoute naturellement la foule nombreuse des virtuosses de tout les genres\nqui foisonnent à Prague. Puis encore les théâtres de musique légère, tel celui de Vinohrady où\nsévit 1 operette viennoise ; ou même le Deutsches Fhéater dont Alexandre de Zemlinski à élevé\nrécemment le niveau jusqu'à pouvoir donner u Ariane a Naxos \".\nSignalons encore u Y Association Chorale \" des Instituteurs de Prague si admirablement\ndisciplinée par le Prof. Spilka, et dont Paris vient d'acclamer il y a quelques mois les impec-\ncables exécutions. Et ajoutons que la Bohème compte cinq périodiques ou revues de musique,\ndont le plus ancienne est le Dalibor, qui soutint jadis Smetana, tandis que le plus important est\nu 1 Hudebni Revue \", organe de l'Umieletzka Beseda, et du groupe avancé de la musique\ntchèque. A côté d'elles se place le \" Smetana \", défenseur d'un parti dont Zdene Nejedly,\nle Professeur de l'Université, est aujourd'hui le chef."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "71", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.71", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 808, "texte": "Hors de Prague, les villes tchèques où la musique a une certaine importance sont :\nPilsen, avec son théâtre dirigé par Vaclav Talich et (en Moravie) Brunn, ou Reissig,\nYanatchek et Kountz font de bonne besogne. C'est d'ailleurs de Moravie que nous vint cette\nchorale d'lnstituteurs du Prof. Vach, dont les exécutions modernes et précises furent pour nous\ntous une leçon.\nLa Bohème peut passer pour une sorte de réserve musicale de l'Europe. Nombreux sont\nles artistes tchèques répandus dans le monde entier de la musique. Quant à nos compositeurs,\nSmetana, Dvorjak et Fibich, ce ne sont encore que nos classiques ; ils ont tracé la voie à une\ngénération qui est en train de grandir. J'aurai prochainement l'occasion faire connaître les\nœuvres et les tendances de cette génération.\n\nJan Lœwenbach."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c046", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c046", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "71", "page_fin": "71", "image_debut": 71, "image_fin": 71, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.17", "titre_corps": "LETTRE DE VIENNE", "titre_sommaire": "LETTRE DE VIENNE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 71, "page_imprimee": "71", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.71", "debut_caractere": 810, "fin_caractere_exclue": 2520, "texte": "LETTRE DE VIENNE\nUN PUGILAT AU CONCERT\nOn se bat à Vienne. Non pas pour la question d'Orient, mais pour la musique de\nSchoenberg. Un concert organisé par l'Akademischer Verband présentait, il y a quelques jours\nau public la Kammersymphonie d'Arnold Schoenberg, dirigée par l'auteur, des mélodies de\nZemlinski sur des paroles de Maeterlinck, des lieder d'Alban Berg et Six Morceaux d'orchestre\nd'Anton von Webern. Ce fut une belle séance de scandale ! Partisans et adversaires de la\njeune école, animés d'une humeur également belliqueuse, et décidés à donner à cette manifes-\ntation tous les caractères d'une démonstration éclatante, en vinrent aux mains. Il y eut des\ncoups et des gifles. On attend de nombreux duels.\nUn journal s'exprime ainsi : \" L'Akademischer Verband, qui s'efforce aux cris de Mort\naux Philistins, d'offrir aux pathologues un nouveau champ d'expérience, a obtenu hier le\nscandale qu'il cherchait depuis longtemps. Un scandale unique dans les annales de Musikve-\nreinssaal et dont la honte rejaillirait sur Vienne tout entier, s'il n'avait eu pour résultat de\nlibérer cette fois le public, et pour jamais, de la tyrannie de cette Association... Qui pourrait\nsoutenir sérieusement que les Six Morceaux d'orchestre dont M. von Webern a pris la respon-\nsabilité, ont quoi que ce soit de commun avec ce que nous appelons du nom de musique ?...\nMais le comble de l'impossible nous a été offert par u Deux légendes pour cartes postales illustrées 99\n(Zwei Ansichtskartentexte), plaisanterie perpétrée par Peter Altenberg et que M. 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Les principaux artistes\nfurent rappelés nombre de fois en l'hon-\nneur de leurs créations qui sont extrême-\nment intéressantes.\n...Le petit drame est très bien agencé.\nLes situations sont vraiment drama-\ntiques... La Forêt Bleue est un conte de\nfées et c'est aussi une très charmante\nhistoire, une habile réunion des contes\naimés. Le premier chœur est joli, sédui-\nsant, et très évocateur... Un des passa-\nges les plus réussis de la partition est,\nau 2me acte, la scène de l'Ogre et des\nenfants. On y trouve une mélodie très\nneuve et personnelle et beaucoup d'ingé-\nniosité orchestrale... La chanson de\nChaperon Rouge est douce et jolie, le\nrôle de la Fée charmant et les chœurs\nde coulisse presque tous très agréables...\nCette musique a une couleur, une atmos-\nphère à elle. Elle accompagne bien et\nsied toujours aux jolis tableaux de la\nscène. Le récitatif est agréable et adroi-\ntement conçu.\nQjSosfon 3^urna£\nLa scène de l'Ogre et des enfants a\ndéchaîné l'enthousiasme des jeunes audi-\nteurs à partir de ce moment là, le\nsuccès de la Forêt Bleue n'a plus fait de\ndoute. Au point de vue dramatique et\nmusical, ce 2me acte est le meilleur. Il est\nmême si réussi qu'au baisser du rideau,\ntout le monde, l'auteur, le chef d'or-\nchestre, le régisseur et les artistes durent\nvenir sur la scène répondre aux applau-\ndissements... Et c'est certes un jour\nheureux pour M. Aubert venu de Paris\npour diriger les répétitions. Il fut rap-\npelé plus de douze fois. Il est vraiment\nregrettable que Jacques Chenevière, le\npoète auteur du livret n'ait pas été\nprésent, car une grande part des bravos\nlui revenait certainement\nQBoefon âjimto})\nÇpoef\nAprès le 2me acte, d'innombrables\nrappels ont fêté les artistes, l'auteur et\nle chef d'orchestre... Cette œuvre a inté-\nressé certains par son sujet surtout, et\nd'autres l'ont été aussi, par ses tendances\nmusicales. M. Aubert est à l'avant-garde\nde ceux qui combattent pour la complète\nliberté harmonique... Il a orchestré\nnombre de pages délicieusement... Si\nl'œuvre manque de puissantes idées mu-\nsicales, on rencontre ici un motif sédui-\nsant, ici une couleur charmante, plus\nloin un fragment de thème populaire.\nTout cela contribue a rendre la Forêt\nBleue intéressante...\nLa musique du 3me acte est peut être\nmoins raffinée que celle des deux autres,\nmais elle a incomparablement plus de\npuissance ; on y sent une main plus\nvigoureuse. Le 3me acte marque en tous\ncas une forte gradation et est de bon\nthéâtre... Chaque personnage, dans la\nForêt Bleue a un genre de chant qui le\ncaractérise. Ainsi les enfants d'une\npart, le Prince et la Princesse de l'autre\ns'expriment en un style tout différent.\nDe même le chœur des fées et celui des\nfileuses n'ont aucune parenté. Là l'auteur\na complètement réussi dans son projet...\nLa musique des fées qui revient plusieurs\nfois est charmante. Celle de Chaperon\nRouge et de Petit Poucet, surtout au\npremier acte, quand ils conversent au\nvillage est parmi les meilleures parties\nde l'œuvre... La vieille chanson popu-\nlaire, chantée par les moissonneurs, fait\nun très heureux et savant contraste avec\nle chœur des fées qui précède.\nQooofon 45pentncj\nD'une façon générale, l'audition de\nla Forêt Bleue fut très intéressante. Par\nmoments, l'œuvre a un charme bien a\nelle. Elle fut remarquablement jouée.\nElle a fait une agréable et fraîche diver-\nsion dans le cours de cette saison...\nM. Jacques Chenevière n'est pas du\ntout asservi à l'habituelle routine des\nlivrets. Il a inventé une intrigue fine et\npleine de fantaisie, et il l'a exprimée\navec autant de grâce que de charme. Il\na écrit son joli conte en vers heureux\net alertes, pleins de jolis mouvements\net d'ingénieuses images, comme si les\nFées avaient touché de leur baguette\nson imagination de jeune poète...\nM. Aubert, quand il le peut, évite la\nmélodie directe et soutenue. Mais lors-\nqu'il en écrit, c'est-à-dire, lorsqu'il ne\npeut s'y soustraire, alors la mélodie se\nvenge sur lui à sa façon, car ces passages\nlà sont les plus intéressants et les plus\ncharmants de l'œuvre... L'inspiration\nun peu trop subtile parfois de M. Aubert\nne refuse pas cependant toute mélodie\naux fées, et, quand elles chantent dans\nl'aube pâle, près du village, ou dans le\nclair de lune de la forêt, elles sont\ndouces à entendre. Là M. Aubert a\nécrit une musique aérienne, gracieuse,\npleine de fantaisie, qui évite toute bana-\nlité, ainsi que l'auteur le veut tou-\njours, et à tout prix et cette musique\névoque joliment l'influence des fées.\nQltomfor\n...A la fin du 2me acte les artistes, le\nchef et l'auteur durent venir une dizaine\nde fois devant le rideau pour répondre\naux applaudissements enthousiastes d'une\ntrès nombreuse assistance... L'événe-\nment de plus digne de remarque de cette\nœuvre est que l'illusion féérique s'y sou-\ntient d'un bout à l'autre... La Forêt Bleue\nn'est pas, comme Haensel et Gretel une\ncomédie lyrique. La Forêt Bleue est d'une\ninspiration presque continuellement sé-\nrieuse 5 je veux dire que l'épisode de\nl'Ogre est le seul où il y ait un effet\ncomique... La nouvelle œuvre, aussi\nbien par son poème que par sa musique,\nreste toujours fidèle à ses intentions\npremières... C'est avec la plus grande\nconviction qu'elle expose l'histoire du\nChaperon Rouge, du Petit Poucet et de\nla Belle au Bois Dormant, et jamais\nelle n'abandonne sa sincérité d'attitude\nvis à vis de ses héros et de leurs aven-\ntures.\n...Toutefois la valeur musicale de la\nForêt Bleue n'est pas moins accessible\naux enfants que son charme féérique.\nLes formules harmoniques et mélodiques\nde Debussy que M. Aubert emploie\natteignent leur but aussi promptement\net sûrement que les formules de chan-\nsons populaires de Humperdinck dans\nHaensel et Gretel... Les personnes qui\navouent leur incapacité de comprendre\nles compositeurs français modernes se\ntrouveraient contredits dans leurs ten-\ndances conservatrices s'ils voyaient com-\nbien facilement l'expression Debussyste\nproduit son effet sur l'oreille non pré-\nvenue de la jeunesse."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c049", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c049", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "73", "page_fin": "73", "image_debut": 73, "image_fin": 73, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.19", "titre_corps": "Les Faits au Mois 10 MARS AU 10 AVRIL", "titre_sommaire": "Les Faits au Mois 10 MARS AU 10 AVRIL", "signature_source": "Swift", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 73, "page_imprimee": "73", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.73", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2146, "texte": "Les Faits au Mois\n10 MARS AU 10 AVRIL\nSwift.\nsait ses soirées : elle a tout simplement loué\n(Frs : 10.000) une loge au Théâtre des\nChamps-Elysées. Tous les soirs son regard se\nfixe sur les Folies-Montaigne et Von voit son\nœil briller de plaisir. Prenez garde,\nMadame? vous commencez a grossir !... et\ngrossir c'est vieillir !... En suivant la méthode\nDalcroze? qui a introduit le sport dans le solfège, vous\nconserverez toute votre sveltesse. Trois sonates de Beethoven\ndéterminent un amaigrissement progressif très sensible et\nsix fugues de Bach ont sur les cellules adipeuses une action\nOn ne\nsavait plus,\ndepuis quel-\nque temps,\nou la Tour\nEiffel pas-\nfoudroyante. On peut accélérer encore les effets du traitement en Vexécutant sur\ndes thèmes cycliques ou motocycliques. Un professeur de golf de boxe et de natation\nrythmiques est attaché a Fétablissement. Du choix d'une carrière : les\ndirecteurs de nos grandes scènes musicales publient d'importants articles pour\ndémontrer que Fétat de spectateur dans un théâtre lyrique est le seul qui convienne\na un homme intelligent et qui puisse donner aux mortels un avant-goût des\nbéatitudes célestes. La société des u Amis de Beethoven \" navrée de constater\nVinjuste oubli dans lequel sont tombées les sublimes symphonies du Maître (il en\nexiste neuf en excellent état) ont décidé d'entreprendre une campagne de presse pour\nattirer F attention des directeurs de concerts sur ces partitions autour desquelles la conjuration du\nsilence na que trop duré. C'est M. Gabriel Fauré qui a inspiré aM. de Monzie le projet de\nloi sur a les enfants au théâtre \" ; Fiminent Directeur du Conservatoire espère ainsi prévenir le\nretour d'un nouvel incident Vorska. M. Gabriel Astruc a ouvert\ndans son théâtre un concours pour F obtention du titre de u Roi des\nchefs d'orchestres \" : MM. Camille Saint-\nSaënSy Gabriel Fauré, Vincent d'lndy,\nClaude Debussy, Paul Dukas, TVeingartnery\nD. E. Inghelbrecht, Fernand Lamyy\nCamillieri, Beecham5 Hasselmans, Mathieu,\netc.) ont pris part aux épreuves imposées.\nA Vheure ou nous mettons sous presse le\nrésultat du concours n est pas encore connu.\n(Croquis d'Emmanuel Barcet)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c054", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c054", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "74", "page_fin": "74", "image_debut": 74, "image_fin": 74, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.20", "titre_corps": "ISADORA DUNCAN", "titre_sommaire": "ISADORA DUNCAN", "signature_source": "J. 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Pourquoi, et comment ? Les meilleurs\nesprits se le demandent. Rodin et Gérard d'Houville, Carrière et\nHoffmannsthal, la sculpture, la plastique, la poésie et le drame tournent\ninquiets autour de cette énigme. Et les railleurs car il y en eut - n'ont servi qu'à préciser\nle mystère de cette apparition !\nIsadora, c'est l'imprévu au service du prosélytisme, l'improvisation perpétuelle soumise\naux volontés d'un inflexible apostolat. Deux tempéraments bien rarement unis, surtout en\nFrance, ou spontanéité est ennemie de méthode. Leur coïncidence nous trouble ici, et nous\nséduit à la fois. Comment ces bras, ces jambes, ce corps, sans le secours d'une irrésistible\nplastique, sans l'apparence de lois convenues, parviennent-ils à émouvoir ainsi, directement ? En\nvérité, Isadora n'a ni bras, ni jambes, ni corps, mais un fluide intérieur, qui se révèle, de je ne\nsais quelle manière, infaillible... Elle est dionysiaque ; voilà le secret. Ne cherchons pas plus loin.\nTelle encore nous la montrait hier, au Trocadéro, Y Orphée de Gluck. Péladan, grave,\nla précédait ; Mounet vibrant, et Plamondon-à-la-voix-d'éphèbe l'encadraient ; à ses pieds gisait\nl'orchestre Colonne, lac sonore dont le flot étalé obéissait à Pierné. Enfin, de douces élèves\nvenues de Darmstadt, l'entouraient de leur beauté blonde et ronde.\nDans une pâleur bleuâtre et irréelle, l'âme d'Eurydice vêtue d'une longue robe fit son\napparition hiératique. Puis, Orphée s'avança vers l'Erèbe, à travers tous les obstacles de la\nmythologie consacrée. Enfin on le vit au calme jardin des Champs Elysées. Habiles transposi-\ntions chorégraphiques d'un drame immortel, que Gluck tempéra des feux de sa musique. Ces\ntrois demeures de l'humanité idéalisée, la terre, l'enfer et le ciel, évoquées dans une atmosphère\nde musique, de récit et de chant, par une protagoniste dont la pantomine retient toute l'atten-\ntion... Quel beau rêve vous nous avez fait faire avec vous, Isadora !\nA vrai dire et ceci ne vise que le programme Gluck, le contemporain de La Harpe\net de Louis XVI, était-il bien le musicien capable de correspondre à ce rêve\norphique, empreint de mystique symbolisme ? On sait que ce violent a porté\ntout son effort sur l'expression verbale, et que chez lui le musique est le\nvéhicule des mots. Le reste..., mon Dieu ce sont de charmantes mélodies,\npoudrées et taillées suivant les formules de notre XVIIIe siècle. Je n'ai garde\nd'en dire du mal, bien que le tempo ralenti de l'autre soir nous les ait rendues\nlongues, longues. Mais avouez qu'il n'est pas d'art plus anti-dionysiaque !\nAinsi, et sans qu'elle s'en doute, Isadora se plaît à jouer la difficulté. Les\nyeux fixés sur une antiquité fabuleuse et mythique, elle transfigure un art qui a\nvu le jour dans notre France de l'Encyclopédie, entre le Coin du Roi et celui de\nla Reine. Paradoxe enchanteur ! Ce retour à la vie élémentaire d'une musique\nessentiellement localisée, cette rentrée dans le naturel expressif et impulsif\nd'une stylisation forcenée, c'est bien le plus merveilleux spectacle qui se puisse\nvoir en notre temps de féerie scènique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c057", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c057", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "75", "page_fin": "75", "image_debut": 75, "image_fin": 75, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.21", "titre_corps": "LA GYMNASTIQUE RYTHMIQUE", "titre_sommaire": "LA GYMNASTIQUE RYTHMIQUE", "signature_source": "R. 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Mais des expériences plus systématique-\nment musicales ont retenu l'attention des congressistes,\nau Gymnase Huyghens et au Théâtre Antoine : ce sont\nles démonstrations de gymnastique rythmique de Jacques\nDalcroze entouré de ses élèves d'Hellerau.\nOn connaît le principe de ces exercices. Au moyen\nde gestes convenus, de contractions musculaires, d'in-\nflexions du corps, les élèves, immobiles ou en marche,\nextériorisent l'ossature métrique d'une phrase musicale,\nfrappent du talon les temps forts, divisent des bras, à la\nfaçon des nageurs dont ils revêtent le costume, l'onde\nmélodique, indiquent les syncopes, silhouettent les grupetti\nau moyen de mille artifices ingénieux et situent ainsi dans l'espace tout ce que le com-\npositeur a voulu réaliser dans le temps. Le résultat est, plastiquement, délicieux. Cette\nsorte de danse, miraculeusement précise, exécutée par de souples jeunes filles demi-nues,\nai-je besoin d'ajouter que ce spectacle est pourtant le plus chaste du monde possède\npour les musiciens qui ont le sentiment du rythme un charme unique, à cause de sa certitude\net de son union indissoluble avec le texte musical. Tous ceux qui ont souffert de voir nos plus\nmerveilleuses ballerines retomber en souriant à droite ou à gauche du temps comprendront la\nvolupté de cette sensation de quiétude que donnent toutes ces notes devenues vivantes et venant\nse placer pour l'œil au point précis que, d'avance, leur désignait l'oreille.\nMais la valeur éducative de la méthode est plus importante encore que son agrément\nesthétique. Une discipline mentale et musculaire de ce genre donne à ses adeptes vine invrai-\nsemblable rapidité de perception, d'association et de transmission de sensations psycho-physiques.\nLe professeur vient à peine de libérer du piano l'écharpe flottante de son improvisation que\ndéjà toutes ces fillettes l'ont cueillie au vol, l'ont drapée sur leur corps frémissant et la déroulent\ndans leur ronde harmonieuse avec le sentiment infaillible de ses courbes, de ses plis et de ses\ndimensions. Ces enfants ont l'œil radioscopique : elles voient instantanément dans une phrase\nmélodique les vertèbres des temps et les désignent avec certitude. Et leurs muscles obéissants\ntraduisent avec une rapidité électrique les visions qui s'enregistrent dans ces jeunes cerveaux\nsensibles.\nIl faudrait un volume pour analyser tous les miracles obtenus par Dalcroze avec la\n- -i— • • y • 1\ncollaboration de sujets intelligents. Ce n'est donc pas ici qu il sera\npossible de les signaler. Contentons-nous de saluer les gymnastes du\nRythme et d'appeler sur eux l'attention des musiciens. On aux\ndirecteurs de l'Opéra l'intention de donner une place d'honneur a cet\nenseignement dans leurs classes de danse. Il faut encourager chaudement\ncette initiative appelée à rendre à la chorégraphie de 1 avenir d inappie-\nçiables services."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c060", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c060", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "76", "page_fin": "76", "image_debut": 76, "image_fin": 76, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.22", "titre_corps": "ISADORA DUNCAN", "titre_sommaire": "ISADORA DUNCAN", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": "76", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.76", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 14, "texte": "ISADORA DUNCAN"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c061", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c061", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "77", "page_fin": "77", "image_debut": 77, "image_fin": 77, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.23", "titre_corps": "UN DOCUMENT CUBISTE AU XVIme SIÈCLE", "titre_sommaire": "UN DOCUMENT CUBISTE AU XVIme SIÈCLE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 77, "page_imprimee": "77", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.77", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 534, "texte": "UN DOCUMENT CUBISTE AU\nXVIme SIÈCLE\nSi la date de 1539 ne figurait pas sur ce singulier enchevêtrement, nous\naurions pu ouvrir un concours entre nos lecteurs et demander à quelle\npériode de l'art appartenait cette œuvre, dans laquelle on retrouve\nsinon les procédés, du moins l'illusion du moderne cubisme. Il\ns'agit en réalité d'une assiette qui se trouve au Musée de\nCluny, et dont la photographie est venu dernièrement\nprendre place dans la Collection d'iconographie\nmusicale entreprise, et déjà en partie réalisée\npar notre Revue."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c063", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c063", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "78", "page_fin": "78", "image_debut": 78, "image_fin": 78, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.24", "titre_corps": "UNE CLASSE DE HARPE CHROMATIQUE", "titre_sommaire": "UNE CLASSE DE HARPE CHROMATIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": "78", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.78", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 851, "texte": "UNE CLASSE DE HARPE CHROMATIQUE\nA BUENOS=AYRES\nM\"e ZIELINSKA, dont tous les musiciens connaissent le beau talent, a gagné\nBuenos-Ayres avec 1 idée d y fonder une classe de harpe chromatique. Cette heureuse\ninitiative a été pleinement couronnée de succès, de tout dernièrement le public\nargentin était à même d'apprécier, l'excellent enseignement de Mlle Zielinska qui\ndonnait dans les salons de \"La Argentina une audition de ses toutes jeunes\nélèves. Le succès, du reste, ne fut pas seulement pour celles-ci et leur professeur.\nL'instrument de G. Lyon, lui aussi, en eut sa part. On s'émerveilla de sa simplicité de\nconception, sa sonorité charmante, et l'on fut surpris de voir le degré d'exécution\natteint, en très peu de temps par ces jeunes filles que guide si sûrement Ml,e Zielinska,\naux efforts de laquelle nous sommes très heureux d'applaudir."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c067", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c067", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "79", "page_fin": "79", "image_debut": 79, "image_fin": 79, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.25", "titre_corps": "L'Édition Musicale", "titre_sommaire": "L'Édition Musicale", "signature_source": "V. 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La vision de l'œil est liée aux lignes immobiles\net arrêtées dans l'espace ; mais l'audition prend conscience du cosmos en action. Et, depuis\nque la musique existe, les artistes d'avant-garde ont toujours cherché à accroître cette mobilité,\naux dépens même de la plasticité et de l'harmonie des formes. Je ne veux point dire par là\nque les amis de la forme belle soient dans l'erreur ; ils jouent simplement en musique un autre\nrôle, que les chercheurs de la vibration intense.\nDe ces partisans de la musique statique, peut se réclamer M. Jean Hubert auteur des\nAmphoresl. Cette forte partition de 256 pages nous présente, pour orchestre réduit, un choix\nde poésies de Catulle, d'après la traduction d'Eugène Rostand, père de l'auteur de Cyrano.\nLa harpe et le hautbois, y évoquent l'antiquité ; le sentiment général d'un lyrisme grave\nsoutenu, classique par endroits, reste simple. Il y a plus de désenchantement que de joie dans\nces pages. Comme tous les heureux de ce monde M. Hubert se réfugie volontiers à l'ombre\nd'une grande tristesse. C'est une belle œuvre.\nLe même désir d'un art défini anime M. John A. Carpenter. Retenez ce nom ;\nc'est celui d'un jeune compositeur américain, encore très inconnu chez nous. Un flot de\nmélodies 2 (quelques-unes sur des vers de Verlaine), et une sonate, piano et violon, nous\nmontrent une âme de musicien, qui voudrait s'élever au dessus de la médiocrité de ses compa-\ntriotes. Tandis que M. Hubert nous donne l'impression d'un classique, parmi les audacieux de\nl'heure présente, M. Carpenter, avec un art assez semblable, produit là-bas l'effet d'un jeune\nespoir avancé. Les Anglo-Saxons n'ont pas encore pris leur rôle musical dans le concert\neuropéen. Ils sont en train de relier une tradition, dont ils avaient perdu le souvenir. Ils se\njettent à la fois sur Brahms et sur Debussy, sur Wagner, Franck et Widor, sur d'lndy et\nStrauss. De tout cet effort d'acclimatation sort un style composite, derrière lequel n'apparaît\npas encore bien nettement la personnalité ethnique de ce peuple, et encore moins l'individualité\nde ses artistes. Mais le temps marche, et si l'on s'en rapporte à certains musiciens anglais\n(comme Vaughan Williams), la présente génération nous réserve des surprises. M. Carpenter\npourrait être en Amérique un de ces pionniers. Il a la technique, le goût, le désir de l'origi-\nnalité. Ce qui lui manque sans doute, c'est le public, ce public acariâtre et snob, toujours en\néveil, toujours en bataille, qui encourage, sélectionne, améliore sans cesse la race de nos\nmusiciens du continent, C'est à Carpenter et à ses confrères, et aux éditeurs d'Amérique, à\nà.\ncréer ce rouage essentiel de la bonne, de la vraie musique."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c069", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c069", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "80", "page_fin": "80", "image_debut": 80, "image_fin": 80, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.26", "titre_corps": "Çà et Là", "titre_sommaire": "Çà et Là", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 80, "page_imprimee": "80", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.80", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3095, "texte": "Çà et Là\nDANS LE MONDE. Une très brillante soirée musicale chez M. Hecht a permis\nd'applaudir des œuvres de Beethoven, Schumann, César Franck et Pierre Hermant. Le jeune\nclarinettiste Jean Michelin a obtenu un gros succès personnel en compagnie de MMmes Henri\nAlvin, Cécile Winsback et M. Cros-Saint Ange.\nM. Raoul Wachtmeister a donné une intéressante audition de ses œuvres interprétées\npar Mme Noëla Cousin, Mme Heartt Dreyfus, et Mlle Frances Yves. Reconnu dans l'assistance :\nS. E. le ministre de Suède et la Comtesse Gyldenstolpe, le compositeur Emil Sjôgren, le\nsculpteur Stéphane Sinding, Mme Signe Lunel, etc.\nDîner de la section musicale du Lyceum :le 18 Mars, une élégante chambrée d'ama-\nteurs se pressait autour de Mlle Gignoux et de Gabriel Fauré qui présidaient la réunion. Un\nconcert où furent exécutées des œuvres du Maître termina la soirée.\nNous apprenons la mort de Marc A. Blumenberg, éditeur du \" Musical Courier \" de\nNew-York. Une embolie au cœur le foudroya le 27 mars à son domicile de l'Avenue\nAlphand. Il habitait Paris depuis plusieurs années. C'était un écrivain de talent et un érudit.\nTrès au courant de la vie musicale contemporaine, il favorisait de tout son pouvoir les artistes\nde son temps. C'est lui qui, pour caractériser l'effort de son journal, le mit au service des seuls\nmusiciens vivants en déclarant : \"Une Revue n'est pas un cimetière ! \"\nCOURRIER DE MONTE-CARLO. L'activité la plus fiévreuse règne sur la\nRiviera : création à Cannes du Cœur Dormant de Jules Méry et Bellenot, œuvre délicatement\nmusicale découverte par Saint-Saëns ; création à l'Opéra de Monte-Carlo de Tatoy opéra en\ndeux actes de Cain et Payen qui servit de brillant début à Mme Labori dans la musique drama-\ntique et qui remporta un très vif succès ; soirées de gala aux Concerts Louis Ganne ; concerts\nclassiques incomparables de Léon Jehin où l'éminent chef d'orchestre accompagne Kubelik et\nHollmann ; représentations d'Hamlet avec Lipkowska, de Samson et Dalila avec Litvinne et\nRousselière, d^Aïda avec Koussnetzoff et Baklanoff... etc. Il faut la prodigieuse virtuosité direc-\ntorale de Raoul Gunsbourg pour conduire au succès un programme aussi lourdement chargé.\nPOUR LA MUSIQUE TCHEQUE. L'an dernier, au Concours de la Ville de\nParis, la Chorale des Instituteurs Tchèques de Prague remporta un prix d'honneur. Cette\nannée, cette chorale modèle va venir du lerIer au 10 mai faire entendre de la musique tchèque à\nParis, Bruxelles, Liège, Luxembourg, Namur, Lille, Reims et Nancy. Elle s'est adjoint dans\nson œuvre d'apostolat Mme Raymonde Delaunois, qui chante du Ravel à Prague, du Debussy\nà Vienne, du Moussorgsky à Munich, du Mahler à Paris... \"et parfois même du Chopin à\nSaint-Quentin \", ce qui est tout à fait international.\nLe programme des concerts comprendra des œuvres de Smetana, Dvorak, Fibich, Suk,\nFœrster, Kunc, Novak et des chansons populaires tchèques.\nNotre aimable collaborateur Erik Satie a perdu en taxi-auto une comédie en un acte,\nPiège de Méduse, manuscrit précieux, admirablement calligraphié. Récompense à qui le rappor-\ntera (une pièce froide)."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-04-15-01-c070", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-04-15_01#c070", "volume": "bmtnabh_1913-04-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "2", "page_fin": "2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.2.27", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1337, "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE T>ES\nAMIS ■DE LA MUSIQUE\nCOMITE D'HONNEUR\nM. le Président d\nM. le Ministre de V Instruction\nM. le Sous-Secrétaire d'État des Beaux-Arts.\nM. Gabriel Faurè, Directeur du Conservatoire.\nM. Henry Marcel, ancien Directeur des Beaux-Arts, Administrateur général\nde la Bibliothèque\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nPRÉSIDENTE D'HONNEUR\nS. A. R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\n.v\nPRESIDENT\nM. GUSTAVE BERLY,\nVICE-PRÉSIDENTS\nM, LE PRINCE A. D'ARENBERG,\nM. Louis BARTHOU,\nMinistre de V Instruction\nBeaux-Arts\nM. J. ECORCHEVILLE, docteur es-lettres.\nBUREAU\nM. ALEXIS ROSTAND,\nd'Administration\nEscompte de P\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nSECRETAIRE DU CONSEIL\nM. GUSTAVE CAHEN.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M. Louis DE MORSIER\nMEMBRES DU CONSEIL\n■\nm.\nM®\" ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN. 1\nM. ANDRÉ BÉNAC, directeur général hono-\nraire au ministère d\nM. LÉON BOURGEOIS,\nministre du Travail.\nM. GUSTAVE BRET.\nMME LA COMTESSE GÉRARD DE GANAY.\nM. FERNAND HALPHEN.\nMME LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMME LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nMM° DANIEL HERRMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nV £\n' ■ \" /< ' I ■\nMME GEORGES KINEN.\nM. J. PASQUIER.\nM. LE MARQUIS DE POLIGNAC.\nMme LA COMTESSE PAUL DE PoURTALis.\n' ■\nM. A. PRÈGRE.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND.\nM. JACQUES ROUCHÉ.\nM. LOUIS SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nM. JACQUES STERN.\nMME TERNAUX-COMPANS.\nmâ"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.1", "texte": "V\"} /*:*£ ' **-'♦* Ofc\nIXe Année.\nN° 4.\nÎS Avril 1913.\n: - > , ,- . ' . ' -, ■ Ï ♦ . :••< ' ■' , . ' ' •' *\nREVUE MUSICALE\nWBBBi 0 «H^U^U\nHonorée d'une souscription du Ministère de l'lnstruction Publique et des Beaux-Arts\nLe numéro :\nFrance# Belgique 1 fr. 50\nUnion Postale 2 fr.\nPARIS, 29, rue La Boëtie\nTéléphone Wagram : 98«12\nUN AN\nFrance et Belgique 15 fr.\nUnion postale 20 fr.\nCopyright fey S* ï* M. 1913\n\nHAENDEL & L'ANGLETERRE, par Bernard Shaw. * CHANTS REVOLUTIONNAIRES DE\nSCHUMANN, par Julien Tiersot. S LES ORIGINES GERMANIQUES DE CESAR FRANCK,\n\" par Ernest Closson. # ENQUÊTE SUR LA CONDITION SOCIALE DU MUSICIEN, par\nM. Daubresse. # LES LIVRES.\nLE MOIS par\n# CLAUDE DEBUSSY * VINCENT D'INDY '§\nEMILE VUILLERMOZ\nA. SERIEYX S LOUIS LALOY & JEAN LAPORTE # RENE LYR *■ SWIFT"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.2", "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE T>ES\nAMIS ■DE LA MUSIQUE\nCOMITE D'HONNEUR\nM. le Président d\nM. le Ministre de V Instruction\nM. le Sous-Secrétaire d'État des Beaux-Arts.\nM. Gabriel Faurè, Directeur du Conservatoire.\nM. Henry Marcel, ancien Directeur des Beaux-Arts, Administrateur général\nde la Bibliothèque\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nPRÉSIDENTE D'HONNEUR\nS. A. R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\n.v\nPRESIDENT\nM. GUSTAVE BERLY,\nVICE-PRÉSIDENTS\nM, LE PRINCE A. D'ARENBERG,\nM. Louis BARTHOU,\nMinistre de V Instruction\nBeaux-Arts\nM. J. ECORCHEVILLE, docteur es-lettres.\nBUREAU\nM. ALEXIS ROSTAND,\nd'Administration\nEscompte de P\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nSECRETAIRE DU CONSEIL\nM. GUSTAVE CAHEN.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M. Louis DE MORSIER\nMEMBRES DU CONSEIL\n■\nm.\nM®\" ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN. 1\nM. ANDRÉ BÉNAC, directeur général hono-\nraire au ministère d\nM. LÉON BOURGEOIS,\nministre du Travail.\nM. GUSTAVE BRET.\nMME LA COMTESSE GÉRARD DE GANAY.\nM. FERNAND HALPHEN.\nMME LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMME LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nMM° DANIEL HERRMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nV £\n' ■ \" /< ' I ■\nMME GEORGES KINEN.\nM. J. PASQUIER.\nM. LE MARQUIS DE POLIGNAC.\nMme LA COMTESSE PAUL DE PoURTALis.\n' ■\nM. A. PRÈGRE.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND.\nM. JACQUES ROUCHÉ.\nM. LOUIS SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nM. 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Par\nexemple \" Rende sereno il ciglto, madré, non pianger est devenu :\n\" Seigneur, souviens-toi de David ; enseigne-lui à connaître tes voies. \"\nSi en Angleterre qui que ce soit avait l'audace de restituer à une de ces\nmélodies ses paroles profanes, il serait poursuivi pour blasphème. Parfois\nun auteur se risque à écrire le nom de Haendel, comme il convient, avec\nun tréma ou un as, au lieu de l'orthographe anglaise Handel. Il produit\npar là une impression aussi pénible que les hébraïsants qui s'obstinent a\ndire Jahveh pour Jéhovah. On appelle cela une impiété effrontée.\n\n1 Causerie traduite par M. Hamon, et lue par M. Louis Laloy aux matinées musicales de Marigny\nle 3 avril 191 3.\n\nI"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "4", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.4", "texte": "2\nS. I. M.\n\nJe ne connais aucun cas analogue en France, sauf peut-être celui de\nGluck. Gluck, presque inconnu en Angleterre avant que Giula Ravogli\nobtînt son succès dans Orph ée,il y a quelque vingt ans, était alors, et est\npeut-être encore, en France, une véritable institution ; mais c'est une\ninstitution à l'Opéra, non dans la musique religieuse. Il y a, néanmoins\nquelque analogie entre ces deux musiciens. Gluck et Haendel étaient, au\nsens large de ce mot, contemporains. Tous deux étaient allemands. Tous\ndeux étaient de très grands compositeurs. L'un et l'autre eut une vogue\ntoute particulière dans un pays qui n'était pas le sien, et chacun d'eux\ndemeura presque inconnu dans le pays que l'autre avait conquis. Je ne\nvois aucun autre exemple semblable à celui-ci.\nLa musique de Haendel est la musique la moins française et la plus\nanglaise qui soit au monde. Si le Dr. Johnson avait été compositeur, il\naurait certainement composé comme Haendel. De même pour Cobbett.\nC'est par Haendel que j'ai appris que le style consiste dans la force de\nl'assertion. Si vous pouvez dire une chose d'un seul trait, irréfutablement,\nalors vous avez du style : si non, vous n'êtes, tout au plus, qu'un\nmarchand de plaisir, un décorateur en littérature, un confiseur en musi-\nque, ou un peintre d'éventails ornés d'amours et de cocottes. Haendel a\nce pouvoir, cette force d'assertion. Quand il écrit : \" Dieu immuable,\nsur son siège éternel \", l'athée en demeure muet. Et vous avez beau\nhabiter dans une Avenue Paul Berte et mépriser pareilles superstitions,\nDieu n'en est pas moins là, immuablement fixé par Haendel sur \" Son\nsiège éternel \". Libre à vous de mépriser tout ce que vous voulez, mais\nvous ne pouvez pas contredire Haendel. Tous les sermons de Bossuet\nn'ont pas pu convaincre Grimm de l'existence de Dieu. Les quatre\nmesures par lesquelles Haendel affirme définitivement l'existence du\n\" Père éternel, du Prince de la Paix \" auraient précipité Grimm dans le\nruisseau, comme s'il avait été frappé par la foudre. Quand Haendel vous\ndit que lorsque les Israélites sortirent d'Egypte \" Il n'y avait pas, dans\ntoute leur tribu, une seule personne faible \", inutile d'émettre même\nl'idée qu'il ait pu se trouver parmi eux, tout au moins un cas d'influenza.\nHaendel ne veut pas qu'il en soit ainsi : \" Il n'y a pas une\npersonne faible, dans toutes leurs tribus \", et l'orchestre de le répéter en\naccords brefs et martelés, qui vous laissent sans voix pour protester. Et\nc'est pour cela que tous les Anglais croient que Haendel occupe mainte-\nnant une situation importante dans le Ciel. S'il en est ainsi, le Bon Dieu"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "5", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.5", "texte": "HAENDEL ET L'ANGLETERRE\n3\n\ndoit éprouver à son égard, un sentiment très comparable à celui que\nLouis XIII éprouvait à l'égard de Richelieu.\nEt maigre tout cela, en Angleterre, la musique de Haendel est\nassassinée par la tradition des grands chœurs. Les gens s'imaginent volon-\ntiers que 4000 chanteurs réunis doivent faire une impression 4000 fois\nplus grande qu'un chanteur isolé. C'est là une erreur. Ils ne font même\npas plus de bruit. Vous pouvez entendre n'importe quel jour, les pas de\n4000 personnes dans la rue de Rivoli (je cite cette rue parce que c'est la\nseule que les touristes anglais connaissent à Paris), mais ils ne produisent\npas autant d'impression qu'en produit la marche d'un seul acteur expéri-\nmenté qui descend la scène du Théâtre français. C'est comme si on disait\nque 4000 hommes qui meurent de faim ont quatre mille fois plus de\nfaim qu'un seul, ou que 4000 ingénues sveltes sont 4000 fois plus sveltes\nqu'une seule. Vous pouvez obtenir un fortissimo colossalement puissant\navec 20 bons chanteurs. (Je l'ai entendu obtenir par le maître hollandais\nDe Lange) parce que vous pouvez réunir 20 personnes dans ce qui est\nsensiblement un seul point. Mais tous les efforts des chefs d'orchestre\npour obtenir un fortissimo des 4000 choristes d'un festival de Haendel,\nsont complètement vains : l'espace est beaucoup trop considérable. Et\nmême, lorsque le chef d'orchestre réussit à leur faire chanter simultané-\nment une note, personne ne peut l'entendre simultanément, parce que le\nson demande un temps appréciable pour se propager le long d'un front\nde 4000 personnes. Dans les passages rapides, les doubles croches du\nchanteur le plus éloigné n'arrivent à l'auditeur qu'après que celles du\nchanteur le plus proche sont déjà passées. Si j'étais membre de la\nChambre des Communes, je présenterais une loi déclarant que\nl'exécution d'un oratorio de Haendel par plus de 80 exécutants, chœur\net orchestre réunis, soit 48 chanteurs et 32 instrumentistes, est un\ncrime capital. Rien autre que cette mesure ne pourra revivifier en\nAngleterre, la musique de Haendel. Elle gît, morte, sous le poids de son\nénorme réputation et de cette idée absurde que la grande musique\ndemande de grands orchestres et de grands chœurs. Si peu que la musique\nde Haendel soit jouée en France, les Français, étant donné qu'ils n'ont\npas de chœurs de festival, doivent être de meilleurs haendeliens que les\nAnglais (ils ne pourraient certes pas en être de pires). Peut-être même\nconnaissent-ils ses opéras, dans lesquels demeure enfouie une grande\npart de sa musique la meilleure ?"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "6", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.6", "texte": "4\nS. I. M.\n\nLe fait récent le plus étrange relatif à Haendel en Angleterre, c'est\nl'engouement qu'il a inspiré à Samuel Butler. Vous ne savez pas encore\nen France que Samuel Butler fut un des plus grands écrivains anglais\net même européens de la seconde moitié du dix-neuvième siècle.\nCertes, vous le découvrirez dans une couple de siècles environ. Paris n'est\njamais pressé de découvrir les grands hommes. Il est encore trop absorbé\npar Victor Hugo, Meyerbeer et Ingres, pour prêter aucune attention à\nceux dont la renommée vient d'émerger brusquement. Non, je suis\ninjuste ; il y a quelques Parisiens avancés qui connaissent Delacroix,\nl'école de Barbizon et même Wagner, et j'ai une fois rencontré un\nParisien qui avait entendu parler de Debussy, et qui avait même échafaudé\nune théorie d'après laquelle Debussy, vu sa prédilection pour la gamme\ndes tons entiers, devait avoir été autrement ingénieur dans une manufac-\nture d'orgues.\nMais voilà que j'oublie Haendel et Butler. Donc, Butler était si\nenthousiaste de Haendel qu'il alla jusqu'à composer deux oratorios,\nNarcisse et Ulysse, en imitant le plus près possible son style, avec des\nchœurs fugués sur les cris de la Bourse : la combinaison la plus bizarre\nqu'on pût imaginer ! Les livres de Butler sont pleins de références à\nHaendel et de citations de sa musique. Mais, comme je l'ai dit, les\nFrançais ne se soucient pas de Butler. Seul, M. Bergson peut comprendre\nl'importance de son œuvre.\nJe devrais expliquer que M. Bergson est un philosophe français très\nconnu en Angleterre. Quand il sera mort depuis aussi longtemps que\nDescartes ou Leibnitz, alors, sa réputation atteindra Paris. Cher vieux\nParis !\n\nG. Bernard Shaw."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "7", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.7", "texte": "ROBERT SCHUMANN\nET LA RÉVOLUTION DE 1848\n\nI\nLa révolution française de février 1848 aeu dans toute l'Europe, et\nparticulièrement en Allemagne, une répercussion dont l'effet est connu\nde tous ceux qui s'intéressent à l'histoire des peuples. Les musiciens\nmême ne l'ont point ignorée, car celui d'entre eux qui était alors doué\ndu plus haut génie, Richard Wagner, prit une part directe aux manifes-\ntations qui en furent la conséquence et, de ce fait, dût subir pendant dix\nans et plus l'épreuve de l'exil.\nAuprès de lui, dans la même ville, vivait un autre artiste que la\nnature de son génie ne semblait pas destiner à se lancer aussi ardemment\ndans la mélée : Robert Schumann. En effet, durant les quinze mois qu'il\npassa à Dresde de février 1848 à mai 1849 et au cours desquels la ville\nfut en effervescence, on ne lui vit commettre aucun acte ni prononcer\npubliquement aucune parole qui pût le désigner à l'attention de l'un ou\nl'autre parti.\nEst-ce à dire qu'il fût indifférent aux événements qui agitaient si\nviolemment son pays et la conscience nationale elle-même ? N'en croyons\nrien. Si Schumann eut cette attitude insensible en apparence, ce ne fut\nque par souci de sa tranquilité, par son inclination naturelle à s'écarter\ndu tumulte du monde et par cette humeur taciturne qui allait jusqu'à\nl'empêcher de se mêler à la société même de ses amis. Si jamais il y\neut un artiste enfermé dans sa tour d'ivoire, ce fut bien Robert Schumann.\nMais au fond de son âme il était avec ceux qui luttaient pour les causes\nlibérales et s'insurgeaient contre l'oppression.\nRien n'était plus logique que cette disposition de son esprit. Elle"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "8", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.8", "texte": "6\nS. I. M.\n\ns'est manifestée dans son art depuis son entrée dans la carrière * pouvait-\nelle demeurer étrangère à sa conception de la vie politique et sociale ?\nSchumann n'a jamais accepté de se courber sous le joug d'aucune autorité\nqu'il ne tînt pour légitime, ni de se plier aux exigences des opinions\ntoutes faites. Comme Saxon, il ne pouvait pas plus reconnaître la domina-\ntion du roi de Prusse ou ne pas haïr la Russie persécutrice des Polonais,\nque, comme musicien, il ne se courbait sous le joug de Rossini, de Herz\nou de Hummel. Homme de son temps, il suivait dans son domaine une\nvoie parallèle à celle dans laquelle s'etaient engagés d'autres hommes épris\nd'indépendance ; il se conformait à leur exemple ; il imitait leurs gestes.\nC'était l'époque des sociétés secrètes, des associations fraternelles : il créa,\nlui, la Davidsbûndlerschaft, ligue plus que secrète, assurément, puisqu'elle\nn'existait que dans l'imagination de son fondateur, Eusèbe, Florestan,\nincarnations diverses de Schumann en personne, toujours unis par un\nsentiment commun : l'ardeur à batailler contre les Philistins !\nIl était fixé à Dresde depuis trois ans lorsqu'éclata la Révolution de\n1848. Il y avait renoué connaissance avec Wagner, qu'il avait vu jadis à\nLeipzig. Avec lui il fit partie d'un cercle d'artistes et d'amis, où les\nmusiciens étaient loin d'être en majorité, et où l'on discutait les idées\ngénérales. Semper, Rietschel, Hiibner, qui s'y rencontraient, devaient\nbientôt se retrouver, avec Wagner, dans les réunions populaires et sur les\nbarricades.1\nA vrai dire, il faut reconnaître que Schumann se tenait le plus\nhabituellement a 1 écart des controverses étrangères à sa préoccupation\nprincipale, car il était de ceux qui rapportent tout à leur art. Il ne se\nreveillait que lorsqu'on parlait musique, comme par exemple en cette\nsoiree de mars 1845 ou Liszt, passant par Dresde après avoir été specta-\nteur des émeutes de Vienne et de leur répression sanglante, ne sut le tirer\nde sa torpeur qu en attaquant violemment ]Vlendelssohn et la musique\nqu on faisait a Leipzig : Wagner, témoin de cette petite scène tragi-\ncomique, 1 a racontée dans son autobiographie, et Schumann y revient\nlui-même, plus d'un an après, dans une de ses propres lettres à Liszt, écrite\npendant qu on se battait dans les rues, et par laquelle semble avoir été\nscellée leur réconciliation. 2 Mais en général il évite de parler à ses\n\nSur ces réunions D artistes a Dresde, voir WAGNER, t, II de la traduction française,\np. 165, et lettre de Schumann à Mendelssohn, du 18 novembre 1845, p. 148 du second recueil de\nLettre! choisies de R. Schumann traduites par Mathilde Crémieux.\n1 Voy.R. WAGNER, Ma vie,p. 245, et lettre de Schumann à Liszt, du 3 (?) mai 1849, p. 182 du\necueil précédemment cité."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "9", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.9", "texte": "CHANTS RÉVOLUTIONNAIRES\n7\n\ncorrespondants des événements extérieurs, et l'on est surpris de lire les\ndates de certaines de ses lettres, écrites au milieu des agitations les\nplus graves, et de constater qu'il y parle exclusivement de Bach ou de\nMendelssohn, de pièces de piano ou de musique de quatuor, surtout de\nFaust et de Geneviève, à la composition desquels il était tout occupé\npendant cette période de troubles. Ainsi Archimède ne se laissait pas\ndistraire de la solution de son problème par l'entrée des ennemis !\nSi parfois, dans des lettres écrites à des amis lointains auxquels il\nfallait donner des nouvelles, on trouve quelques allusions aux faits de la\nvie publique, c'est comme à contre-cœur et avec un sorte de timidité\nqu'il s'exprime. \" Soyez remercié pour votre lettre qui, dans ces temps\ntroublés, me fut doublement bienfaisante \", écrit-il à un ami français\ndans l'été de 1848 ; et, dans la même lettre, faisant allusion à la mort de\nMendelssohn, il dit : \" Il repose maintenant en paix : les derniers orages\net les dernières tempêtes lui auront été épargnés ! Il est mort le 4 novembre,\nle jour juste où, en Suisse, les premiers cris de guerre retentirent. Il\nn'aurait pas pu se plier à la vie qui est la nôtre depuis lors. \" Et, trois\nmois après : \" Quelle époque nous traversons ! Quel effrayant soulèvement\ndes masses populaires, même chez nous !\" 1 Ce sont là, semble-t-il, les\nparoles d'un bourgeois timoré, et qui craint pour sa tranquillité, bien\nplutôt que celles d'un compagnon de David !\nSon premier biographe, Wasielewski, écrivant dans un temps où les\nsouvenirs de sa personne étaient encore vivaces chez ceux qui l'avaient\nconnu, nous donne sur Schumann des renseignements intéressants au point\nde vue qui nous occupe. Après avoir déclaré qu'il était \" en pensée et en\naction ce qu'on appelle un libre penseur \" et avoir cité ces mots de lui,\nqui sont comme sa profession de foi religieuse : \" Quand on connait\nla Bible, Shakespeare et Gœthe et qu'on s'est bien pénétré de leurs\nmaximes, cela est suffisant \", il écrit :\n\"Le soulèvement politique de Dresde, en mai 1849, obligea\nSchumann, ainsi que beaucoup d'autres habitants paisibles, à quitter la\nville pour quelques semaines. Il se réfugia à Kreischa, petit village\nvoisin, non pas que ses opinions fûssent contraires à la révolution,\nmais l'agitation et le désordre inséparables d'un mouvement politique lui\nétaient insupportables ; peut-être aussi craignait-il d'y laisser la vie. Tout\ncela donnait chez lui le tableau des plus étranges contrastes. Car, en\n\n1 Voy. Le Un s choisies de R. Schumann, recueil cité, lettres des 23 août 1848, a J.-B, Laurens, de\nMontpellier, pp. 168, 169, et du 3 novembre 184.8, au même, p. 176."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "10", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.10", "texte": "8\nS. I. M.\n\npolitique comme en religion Schumann était un libéral convaincu. Il prit\ntoujours, au fond du cœur, le plus vif intérêt aux événements nationaux ;\nmais il n'était pas dans sa nature d'exprimer franchement et sans réserve\nson opinion devant les autres, et encore moins de prendre une part active\naux actes politiques. Ainsi, il était intérieurement libéral, et extérieure-\nment conservateur. Pour se le représenter sous le premier aspect, ce n'est\npoint dans les réunions populaires qu'il faut se le figurer, mais à sa table\nde travail, la plume à la main, écrivant les (Op. 76) qu'il com-\nposa à cette occasion, ainsi que l'indique la date qu'il désigna lui-même\nsur le titre. \" 1\nNous aurons en effet à revenir sur ces Marches, et à en préciser la\nsignification. Pour l'instant, tenons nous en à rappeler qu'au moment\nmême où il les composa, rentrant de la campagne à Dresde après que\nl'ordre fut revenu dans la ville, Wagner, lui, fuyait vers la terre étrangère,\nsur laquelle il devait rester en exil pendant de longues années. Et s'il est\nvrai que c'est dans un post-scriptum qu'il faut chercher la véritable préoc-\ncupation de celui qui écrit, peut-être allons-nous trouver celle de Schumann\nà la fin d'une lettre qu'il adressait le 10 août à Ferdinand Hiller, et après\nla signature de laquelle on lit ces simples mots : \" Où est Wagner ? \"2\nEtait-ce à l'auteur de Lohengrin, était-ce au citoyen compromis pour sa\ncause, qu'il marquait s'intéresser ainsi? Nous ne saurions le dire.\nUn de leurs amis communs et de leurs élèves à tous deux, Cari\nRitter, a communiqué à un biographe de Schumann, Hermann Erler,\nces autres renseignements : après avoir déclaré que les rapports personnels\ndes deux maîtres étaient, au fond, très amicaux, et constaté que les\nopinions de Schumann l'inclinaient vers les mêmes idées politiques affir-\nmées par Wagner, puis, à cette occasion, ayant cité un propos échappé\nà l'auteur de Manfredsur le roi de Hanovre, que, dans un accès de\nviolente colère, il traita de méchant garçon il ajoute ce\ndernier souvenir :\n\" Mais lorsque parut la brochure de Wagner : V Art et la Révolution,\nSchumann dit qu'il aurait mieux aimé que Wagner eût écrit une\nnouvelle. \"\nA vrai dire, cette opinion de Schumann n'a rien qui doive nous sur-\nprendre. Il n'avait certainement jamais de sa vie rien conçu par lui-même\n\n1 Robert Sckumann, eine Biographie, par J. von Wasielewski, 1858, p. 225 ; traduction française\nde F. Herzog, Ménestrel du 6 juin 1869 (36mc année, pp. 209, 210).\n- Lettre du 10 août 1849, recueil Crémieux, 11, p. 187.\n3 Robert Se humant? s Leben aus seinen Brie/en,par Hermann Erler, t. 11, p. 3."}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "11", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.11", "texte": "CHANTS REVOLUTIONNAIRES DE SCHUMANN\nLa première page du manuscrit."}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "12", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.12", "texte": "CHANTS RÉVOLUTIONNAIRES DE SCHUMANN"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "13", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.13", "texte": "CHANTS RÉVOLUTIONNAIRES\n9\n\nde ce qui constituait Je fond de la pensée de Wagner, si complexe, si\ndiverse, si hardie. La révolution ! Wagner l'avait dans le sang î Et avec\nlui, il faut prendre le mot dans son acception la plus absolue, la plus\ncomplète, et l'interpréter jusque dans ses conséquences les plus extrêmes.\nPour lui, la mission de l'artiste, telle qu'il se l'était donnée, était\ninséparable de l'accomplissement de cette révolution. Ne disons pas\nmême que c'était dans l'intention égoïste de remplir lui-même cette\nmission qu'il rêvait à des transformations si extraordinaires de l'huma-\nnité : non, le bouleversement de la vie sociale et celui de la vie\nartistique devaient, dans sa conception, aller de pair, indissolublement\nliés l'un à l'autre, car l'aboutissement suprême de cette révolution,\nc'était le triomphe définitif, la domination absolue de l'art, considéré\ncomme seul objet de la vie humaine, de la vie sociale. Schumann, lui, tout\ngagné qu'il fût aux causes libérales, à l'idée de l'indépendance de la nation\ncomme de l'art, ne visait pas si loin. De fait, la différence fonda-\nmentale de leurs points de vue provenait de ce que Wagner ne s'occupait\npas seulement de son art, mais aussi de ceux pour lesquels il le créait. Il\ny a beaucoup d'artistes qui travaillent pour le public ; ceux-ci, d'ordinaire,\nse laissent guider par lui et s'en tiennent à satisfaire à ses instincts et à ses\ngoûts, bons ou mauvais : Wagner n'était pas de ceux-ci ; mais il voulait\nque le public, le peuple, pour mieux dire, fût formé pour lui, pour son\nœuvre, l'œuvre d'art de l'avenir. C'était donc encore s'occuper du public,\nque d'exiger sa coopération. Avec Schumann, il n'en allait pas de même.\nCe n'était pas pour les autres qu'il travaillait, mais il se contentait d'écou-\nter chanter en lui, de chanter comme l'oiseau l'oiseau poëte, l'oiseau\nprophète, permettant, sans doute, qu'on l'écoutât, mais ne faisant rien\npour s'attirer des auditeurs, si ce n'est de chanter de son mieux. Gardons\nnous de discuter la légitimité de ces deux tendances d'art et de les oppo-\nser l'une à l'autre ; elles se défendent assez par elles mêmes, quand c'est\nun Schuman et un Wagner qui les représentent ; il suffit donc ici de les\ndéfinir, afin de marquer les différences. Mais ces différences mêmes\nexpliquent que Schuman ait déclaré que Wagner aurait mieux fait d'écrire\nune nouvelle que de publier Art et Révolution, et qu'il soit parti pour\nla campagne plutôt que de se battre sur les barricades ou montei sui la\ntour de la Croix, et il ne résulte aucunement de cette attitude réservée\nqu'il ait cessé d'être de cœur avec lui pour la Révolution.\nSa lettre du 10 août 1849, ou s'enquiert de ce qu'est devenu\nWagner, contient ces mots significatifs :"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "14", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.14", "texte": "10\nS. I. M.\n\n\" On dirait que les orages extérieurs poussent l'homme à chercher\nen lui-même un contrepoids à de si terribles bouleversements. J'ai beau-\ncoup travaillé pendant ces derniers temps ; cette année est, pour moi, la\nplus productive de toutes. 1\nEn effet : le catalogue de ses œuvres comprend, pour les années\n1848 et 1849, cinc[ cahiers de lieder à une ou plusieurs voix, quatre\ncahiers de compositions pour le piano, des morceaux détachés pour divers\ninstruments, le Chant de F Avent^le et la musique pour\nGeneviève, Manfred, quelques-unes des scènes de Faust, etc. Si c'était là\nl'effet de la répercussion de l'activité populaire sur son esprit d'artiste, il\nfaut avouer que l'influence en fut considérable.\nLa plupart de ces œuvres sont d'un caractère entièrement désintéressé\ndes evenements extérieurs. Déjà pourtant nous trouvons, dans le nombre,\nun certain Op. 76 : Quatre Marches qui s'y rattache de\nfaçon intime. Nous en avons déjà lu le titre dans l'extrait de la biographie\nde Wasielewski par lequel a été déterminé le caractère de Schumann au\npoint de vue qui nous préoccupe : l'artiste, y était-il dit, avait composé ces\nmarches à l'occasion du soulèvement de Dresde en mai 1849, \" ainsi 9ue\nl'indique la date qu'il désigne lui-même sur le titre. \" Cette date, reportée\nsur le catalogue, est : •' 12-16 Juin 1849 \"> et Schumann a écrit à la fin\ndu n° 1, sur son manuscrit : Le 12 jui\nEt nous avons mieux encore, pour nous édifier, qu'un manuscrit purement\nmusical, car nous connaissons aussi la lettre par laquelle Schumann\nenvoya à son éditeur l'œuvre fraîchement écrite. Il y est dit, à la date\ndu 17 Juin :\nVous allez recevoir deux marches non pas dans le vieux style\nde Dessauer, mais bien plutôt républicaines. Je ne pouvais pas soulager\nautrement mon agitation ; elles ont été écrités avec une véritable ardeur. \" 2\nCari Ritter, dans sa communication à Erler à laquelle nous avons\naussi demande quelques renseignements, dit, de son côté, que dans leur\ncercle intime, a Dresde, les amis de Schumann avaient dénommé ces\nmorceaux : Marches des barricades.\nL'influence des derniers événements de la Révolution se manifeste\ndonc d'une façon directe dans ces pages, par lesquelles passe un souffle\nénergique dont on ne constate pas trop souvent l'existence dans l'œuvre\nde Schumann, délicat et mystérieux poète de sons.\n\nLettre à F. Hiller, du lo août 1849, recueil Crémieux, 11. p. 186.\n* Lettre à l'éditeur Fr. Whistling, de Dresde, 17 juin 1849, recueil Erler, t. 11, p. 90."}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "15", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.15", "texte": "CHANTS RÉVOLUTIONNAIRES\n11\n\nII\nEt pourtant ce n'était pas la première fois qu'il s'était senti touché\npar ce souffle révolutionnaire, car déjà, aux premiers jours des événements,\nil avait traduit en musique ce sentiment de révolte et de fierté nationale\nqui s'était communiqué à lui, venu des couches profondes du peuple.\nL'œuvre qu'il avait ainsi composée, par un besoin irrésistible de\ns'associer aux passions que ressentaient les âmes généreuses, ne porte pas\nde numéro d'ordre sur son catalogue ; ou du moins, si elle porte un\nnuméro, il n'en est resté d'autre trace que celle que nous pouvons relever\nsur le manuscrit, car c'est uniquement par l'exemplaire écrit de la\nmain de l'auteur qu'elle est venue à la connaissance de la postérité, et le\nn° d'Op. 65 qu'on lit sur la première page a été définitivement attribué\npar Schumann ou son éditeur à une toute autre œuvre :\nmanière canonique pour voix d'hommes a plusieurs parties, dédiées au poete\nFr. Ruckert. Quant à l'œuvre à laquelle ce n° 65 avait été primitivement\ndestiné, Schumann l'a laissée inédite, et elle est restée inconnue jusqu'à\nce jour.\nNéanmoins, son existence n'avait pas été complètement ignorée.\nPar quelle voie ce manuscrit est-il entré, il y a quelques années, dans\nune collection française, la collection Malherbe, c'est ce que je ne saurais\ndire. Toujours est-il qu'on savait, en Allemagne, qu'une œuvre inédite\nde Schumann, inspirée par les événements révolutionnaires de 1848,\nfigurait dans cette collection, et l'on n'a pas oublié qu'il y a deux ans\nenviron une association socialiste allemande demanda l'autorisation d'en\nprendre une copie, afin de pouvoir chanter dans ses fêtes des chants si\nbien faits pour y figurer avec honneur ; mais, pour des motifs dans\nlesquels se mêlaient des considérations d'opportunité et de convenance\npolitique ou personnelle, le possesseur en refusa la communication.\nDepuis ce temps, une mort inattendue et prématurée a fait entrer a la\nBibliothèque du Conservatoire de Paris, à laquelle elle était léguee, la\ncollection Malherbe. Les œuvres qui la composent appartiennent donc\ndésormais au public, et il ne semble pas qu'il y ait de raisons de le priver\nplus longtemps de la connaissance d'un document fait pour l'interesser\nà divers titres. Aussi n'attendrons-nous pas davantage pour consacrer a\ncette composition de circonstance l'étude qu'elle mérite et pour en donner\nla primeur aux lecteurs de cette Revue."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "16", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.16", "texte": "12\nS. I. M.\n\nC'est une suite de trois chœurs, écrits, de la main de Schumann, sur\ntrois feuilles de papier à musique de format moyen. La reproduction en\nfac-similé du titre général et de la première page de partition pourrait\nnous dispenser, à la rigueur, de toute description. Transcrivons pourtant,\nen le traduisant, ce titre, qui groupe sur la même page les noms des trois\nmorceaux suivis de ceux des poètes :\nZu den Wappen ! (Aux armes !)par Titus Ulrich.\nSchwarz, Roth, Gold (Noir, Rouge, Or), par F. Freiligrath.\nFreiheitssang ( Chant de Liberté),par J. Fiirst.\nComposé pour chœurd \"hommes avec ac d\" harmonie\n(àd libitum). Op. 65.\nA la fin du premier morceau est écrite la date du 19 avril 1848 ;\n4 avril après le second, et, après le troisième, 3 avril, date suivie des\ninitiales : R. Sh.\nLe manuscrit ne porte pas d'autre signature. Soyons d'ailleurs com-\nplètement rassurés sur son authenticité : l'écriture de Schumann, son\ngriffonnage, dirons-nous volontiers, après lui-même, ne saurait tromper.\nQuels étaient les poètes à qui l'auteur de a emprunté les\nvers par l'interprétation desquels il voulut mettre sa musique à l'unisson\ndu sentiment populaire et national de ce temps là ? L'un est bien connu:\nc'est Freiligrath, qui, né à Detmold en 1810, passa en exil la plus grande\npartie de sa vie ; il est mort à Londres il y a quelques années seulement.\nDès 1844, il avait publié un recueil de vers dont les tendances politiques\nétaient telles qu'il jugea prudent de s'éloigner d'Allemagne. Il y revint\nen 1848, et se mit à la tête du parti démocratique dans les provinces\nrhénanes ; puis, ayant été poursuivi judiciairement à plusieurs reprises,\nil partit de nouveau et fut se fixer définitivement en Angleterre. Dès son\nentrée dans la carrière littéraire, il avait eu une polémique retentissante\navec Herwegh, autre poète de la révolution allemande. Henri Heine l'a\npris pour héros de son poëme bouffon d'Atta-Troll. Bien qu'Allemand,\nil n'avait pas dédaigné de subir l'influence des poètes romantiques français.\nParmi les titres de ses diverses œuvres, je note celui-ci : Ça ira, six poëmes\n(1846). Il a traduit en allemand plusieurs volumes de vers de Victor\nHugo.\nLes deux autres, Titus Ulrich et J. Fùrst, sont moins renommés. Le\npremier, né en 1813, fut reçu en 1836 docteur en philosophie à Berlin,\ns'essaya à la poésie en se lançant dans le genre épique ; en 1848, il tut"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "17", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.17", "texte": "CHANTS RÉVOLUTIONNAIRES\n13\n\nrédacteur de la Nationalzeitung, où il fut chargé de la critique littéraire\net théâtrale ; plus tard, on le vit devenir secrétaire de l'lntendance des\nthéâtres de Berlin. On a publié de lui, après sa mort, des relations de\nvoyages d'études en Italie, Angleterre et Ecosse. Pour J. Fùrst, il est\nmoins connu encore : c'était un orientaliste, professeur à l'Université de\nLeipzig, auteur de plusieurs ouvrages sur l'histoire et les langues juive,\nchaldéenne, etc.\nVoilà donc (outre Freiligrath, qui était, lui, un professionnel de la\npoésie politique) quels étaient les collaborateurs de Schumann dans son\nœuvre issue de la révolution : des professeurs, des hommes de lettres, qui\nsans doute ne prirent pas une plus grande part personnelle que lui aux\nsoulèvements, mais qui sympathisaient si bien avec ceux qui luttaient\npour la cause de l'indépendance qu'ils ne purent se tenir d'exprimer\nleurs sentiments sous la forme lyrique du vers destiné à s'unir au chant.\nNotons, sans plus attendre, que la tendance de plusieurs de ces\nstrophes n'apparaîtra pas comme très spécialement révolutionnaire, mais\nbien plutôt patriotique. Mais cela même était révolutionnaire en 1848.\nL'idée de l'unité allemande était à la base de toutes les revendications\npopulaires et nationales. C'est elle qui inspire exclusivement le poème de\nFreiligrath, qui salue les trois couleurs du vieil Empire allemand. Au\nreste, d'autres de ces poésies proclament la misère du peuple, et c'est là\nune note révolutionnaire commune à tous les pays du monde. Tel est le\ncas pour la poésie de Titus Ulrich, dont nous traduisons d abord, aussi\nlittéralement que possible, les deux premières strophes, laissant sous la\nmusique de Schumann les paroles allemandes du premier couplet, telles\nque les donne le manuscrit. 1\nI\nAux ARMES !\nDu visage à bas le masque ! L'heure des esprits sonne. L'esprit ressuscite du\ntombeau, associé avec le jour nouveau. Et vous en etes encore a remercier le\nSeigneur de ce qu'ainsi, ainsi, vous vous divertissez ! Est-ce que votre jeu est\nfausseté ? Est-ce que votre breuvage est poison ? Est-ce que vos paroles sont\nmensonges ? Avoir des oreilles et la lumière des yeux, et ne pas oser voir ni\nentendre ! Et ne pas oser voir ni entendre !\n\n1 M. Th. de Wyzewa a bien voulu nous aider à déchiffrer les textes écrits par Schumann sous ses\nnotes musicales et àen donner une traduction littérale. Notons àce propos que vers écrits sous la\nmusique sont parfois d'une autre main que celle du compositeur : tel est le cas précisément pai le fac-\nsimilé de la fin du 3me chœur, où la date et la signature (initiales) sont autographes, mais non les paro es\nchantées."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "18", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.18", "texte": "14\nS. I. M.\n\nVous entrevoyez cette image trompeuse, dont vous attendez beaucoup. Vous\nsouffrez, vous mourez et vous avez faim. Vous n'avez ni vêtements pour vous\nhabiller, ni pain pour manger. Un mot, un mot, et cette détresse se changera en\njoie. O souffrance trop grande ! Devons-nous donc être écrasés sous de nouvelles\nrancunes ?...\nA cet essai, quelque peu incohérent et surtout très emphatique, de\nprophétie révolutionnaire dans la manière biblique, va s'opposer l'expres-\nsion beaucoup plus franche des vers de Freiligath. Appelons par avance\nl'attention sur la dernière strophe, qui contient un appel à la collaboration\nfraternelle d'un musicien, appel auquel Schumann ne resta pas sourd.\nII\nNOIR, ROUGE, OR\nDans le souci et dans les ténèbres, c'est là que nous devions les cacher. Mais\nmaintenant, nous les avons délivrés, délivrés de leur cercueil ! Oh ! comme cela\nétincelle, et bruisse, et roule ! Hourrah ! Hourrah ! Toi noir, toi rouge, toi or.\nHurrah ! hurrah ! La poudre est noire, le sang est rouge, et c'est couleur d'or\nque brille la flamme.\nC'est là l'antique bannière de l'Empire. Ce sont là les vieilles couleurs. Et\nbientôt nous y ferons de nouvelles blessures, car le commencement seul est fait.\nHurrah ! hurrah ! La dernière bataille est encore à venir. Hurrah, etc.\nAu combat donc, au combat maintenant ! Le combat seul donnera la consé-\ncration. Et si tu reviens déchirée ou souillée, alors on te brodera de nouveau.\nN'est-ce pas, ô jeunes filles allemandes ? Hurrah ! Hurrah ! Voilà qui sera une\nvraie broderie ! Hurrah, etc.\nCelui qui a composé un lied pour vous durant l'une de ces nuits, celui-là a\nvoulu qu'un musicien pût bientôt le revêtir de notes. Je veux dire par là un vrai\nmusicien ; alors bien clairement retentira à travers toute la terre allemande :\nHurrah ! Hurrah ! La poudre est noire, le sang est rouge, et c'est couleur d'or\nque brille la flamme.\nLa troisième poésie (de J. Fiirst) a, elle aussi, un caractère plus national\nque révolutionnaire. Schumann n'en a écrit qu'un seul couplet sous les\nparties vocales de sa partition.\nIII\nCHANT DE LIBERTÉ\nLa victoire est à toi, ô mon peuple de héros ; qui oserait te la ravir ? Le cri\nsinistre des corbeaux ne paralysera pas son vol. Nous nous dressons tous commt"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "19", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.19", "texte": "CHANTS RÉVOLUTIONNAIRES\ni 5\n\nun seul homme. Le coq de bruyère allemand s'élance jusqu'au ciel. Malheur à\nqui aujourd'hui pourrait songer encore à l'apprivoiser pour en faire un animal\ndomestique !\nSur ces brèves strophes, Schumann a composé la musique qui con-\nvenait, c'est-à-dire des chœurs, dans le style populaire de l'orphéon\nallemand, aux quatre parties desquels il a ajouté le renforcement d'un\naccompagnement pour musique d'harmonie, lequel n'est guère qu'un\nredoublement des voix. Les instruments sont exactement ceux qui forment\nles groupes des instruments à vent dans l'orchestre symphonique : flûtes\n(petites et grandes), hautbois, clarinettes, bassons, cors, trompettes et\ntrombones, auxquels s'ajoute, pour soutenir les basses, le vieux serpent,\nqu'on s'étonne de trouver encore en usage en Allemagne au milieu du\ndix-neuvième siècle ; les timbales roulent dans le dernier chœur. La\nmusique ne comporte aucun développement superflu : c'est celle du\nchoral, telle qu'en ont écrit, pour les sociétés populaires, tous les maîtres\nallemands de ce temps-là, y compris Weber, Mendelssohn, Schumann, et\njusqu'à Wagner.\nIl faut nous attendre, après que les musiciens auront pris connaissance\nde ces morceaux, à entendre prononcer la phrase obligatoire en pareil cas :\n\" Cela n'ajoute rien à la gloire de Schumann. \" Il est vrai. L'auteur de\nla Symphonie rhénane,des scènes de Faude et de tant d'autres\nchefs-d'œuvre de haute portée, n'avait pas besoin que ces petits chœurs\npopulaires fussent connus du public pour que son génie fût affirmé de la\nfaçon la plus péremptoire. Aussi bien, parmi les quelque cent-cinquante\nœuvres qu'il a laissées après lui, il en est plusieurs qui auraient pu de même\nrester inconnues sans que son bon renom en souffrît : aucune pourtant n'est\nfaite pour le compromettre, et les chœurs de 1848 ne sont pas plus indignes\nque les autres de figurer dans l'ensemble de sa production. Weber a\ncomposé, en 1815, des chants nationaux qui, par leur forme, leur déve-\nloppement et leur style, ne diffèrent guère de ceux qui nous occupent :\nils n'ont rien ôté à sa gloire, au contraire.\nCette série de chœurs à voix d'hommes n'est d'ailleurs pas la seule\nque Schumann ait produite : il en a écrit plusieurs autres pour ces\nsociétés chorales, si florissantes en son temps, telles que la de\nDresde, qu'il dirigea après Wagner et Hiller, et ce Chorgesangverein fondé\npar lui-même à la date du 5 janvier 1848, c'est-à-dire trois mois avant\nles chœurs révolutionnaires, dont, sans aucun doute, il lui avait destiné"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "20", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.20", "texte": "16\nS. I. M.\n\nl'exécution.1 Ces derniers ne sont ni d'un autre style ni d'une moindre\nvaleur que les autres compositions du même auteur dans le même genre.\nLe chœur sur les vers de Freiligrath est un aimable lied, en mouvement\nde valse allemande, qui commence dans une allure très familière et prend\npar la suite un éclat de fanfare : c'est la révolution chantée dans le senti-\nment du Gemuthgermanique, et cette naïveté n'est point pour déplaire.\nLe premier chœur : Aux armes ! a l'accent farouche qu'annoncent les\nparoles ; les triolets de la dernière partie sont caractéristiques du style de\nSchumann : nous en avons connu l'emploi dans les meilleures parties de\nFaust [Pater Seraphicus,le Chœur des Jeunes Anges).\nMais c'est à un autre point de vue que cette œuvre est le plus\ndigne de nous intéresser. Elle nous découvre des vues nouvelles sur l'âme\nde Schumann : non de Schumann artiste, que nous connaissions déjà\ntrès bien, mais du citoyen, de l'homme vivant dans sa patrie en une heure\nd'épreuves ; et, à ce point de vue, il s'était beaucoup plus dérobé à nos\nregards. De tout ce que nous venons d'exposer, il résulte que le poète\nd'intimité que fut l'auteur du Pèlerinage de la rose a été ému, et peut-être\nplus qu'il ne voulait le paraître, par la révolution qu'il vit s'accomplir\nsous ses yeux, et qu'à deux moments il ne se contenta pas d'y assister en\nsimple spectacteur, mais y prit part par les moyens qu'il avait à sa\ndisposition, et y joua son rôle. Ces deux moments furent les plus impor-\ntants de toute cette histoire : le dernier fut celui de la bataille dans les\nrues de Dresde, en mai 1849, qui lui inspira ses \" Marches des barri-\ncades \" ; l'autre avait été celui des premières espérances, l'aurore que des\nesprits généreux pensaient d'être celle d'un jour nouveau, les journées de\nmars 1848, au cours desquelles presque tous les princes s'inclinèrent pour\nun temps devant la volonté populaire ; et c'est au lendemain, sous\nl'inspiration immédiate des événements qui réjouissaient son cœur que\nSchumann, unissant ses accords à des vers qui saluaient avec enthousiasme\nl'avènement de temps nouveaux, écrivit ses chœurs pour voix d'hommes,\ndatés des 3, 4 et 19 avril 1848.\nJULIEN TIERSOT.\n\n1 Voir sur ce sujet Wasïelewski, Menesirel du 6 juin 1869, et lettre à F. Hiller du 10 août 1849,\nrec. Crémieux, 11, p. 185. Les compositions de Schumann pour chœur d'hommes sont : Sechs Lieder,\nop. 33 (1840) ; Drei Gesange fiir Mannerchor, op. 62 (1847) ; les Ritornelle qui prirent la place des\nchœurs révolutionnaires sous le n° d'op. 65 (composé en 1847). Il convient d'ajouter à cette liste un\nPa;riûtisches Lied\\ datant de 1842, qui n'est autre que le célèbre Rhin allemand, et qui a paru sous\nplusieurs formes, à voix d'hommes en solo ou en chœur, avec ou sans accompagnement."}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "21", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.21", "texte": "3 Ch.\nde Robert\n'Pour la Révolution\ntranscrits avec accompagnement de 'Piano par\nJULIEN TIERSOT\ni\nA UX ARMES\n(zu den IVappert)\nPoésie de itus Ulrich\nh\nNOIR - ROUGE - OR\n(Schwarz - Roth - Gold)\n'Poésie de F. Freiligrath\nComposé pour chœurs d'hommes\navec accompagnement de musique d'harmonie (ad libitum).\nop. 6\n2"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "22", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.22", "texte": "18\nS. I. M.\n\nI\n\n84"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "23", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.23", "texte": "34\n\n3 CHŒURS DE ROBERT SCHUMANN\n19"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "24", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.24", "texte": "34\n\n20\nS. I. M.\n\nII"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "25", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.25", "texte": "34\n\n3 CHŒURS DE ROBERT SCHUMANN\n2 I"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "26", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.26", "texte": "22\nS. I. M.\n\nIII\n\n34"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "27", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.27", "texte": "3 CHŒURS DE ROBERT SCHUMANN\n23\n\n34"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "28", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.28", "texte": "LES ORIGINES GERMANIQUES DE CÉSAR FRANCK\nET LES ACCOINTANCES\nDE LA JEUNE ÉCOLE FRANÇAISE.\n\nChausson, sur lequel a lourdement pesé l'influence flamande\nde César Franck... (Debussy, dans S. I. M., 1913,1, p. 5)\nCésar Franck était flamand ; de là le profond mélange de\nsang germanique... (W\\ Niemann, Das Klavierbuch,\nLeipzig, 1912, p. 154.)\nOn s'accorde à désigner plus spécialement, sous le nom de \" Jeune\nécole française la baillante pleïade de musiciens sortis de la souche\nartistique de César Franck. Après la mort du maître et sa glorification\ntardive, ses élèves, on le sait, se multiplièrent d'une manière inattendue,\nse firent tout à coup aussi nombreux que les élèves de Liszt. Dans son"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "29", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.29", "texte": "LES ORIGINES DE CÉSAR FRANCK\n25\n\nlivre retentissant sur Franck ', M. Vincent d'lndy joua avec imposteurs\nle mauvais tour de délimiter cette \" famille artistique \". Celle-ci com-\nprend, d'abord, les élèves directs : Arthur Coquard, Albert Cahen, Duparc,\nde Castillon, d'lndy, Camille Benoît, Augusta Holmes, Chausson, Paul\nde Wailly, Henri Kunkelmann, de Bréville, Louis de Serres, Guy\nRopartz, Gaston Vallin, Bordes, Lekeu ; l'auteur y joint les nombreux\nmusiciens qui, soit qu'ils eussent passé quelque temps dans la classe\nd'orgue de Franck au Conservatoire, soit que leur tempérament artistique\nles eût entraînés sur la même pente, subirent plus ou moins profondé-\nment l'influence franckiste. Nous voudrions encore faire passer, avant\nceux-là, les disciples indirects de Franck, les nombreux musiciens sortis\nde la Schola cantorumet que le zèle apostolique de M. d'lndy fit à leur\ntour dépositaires des traditions dont il avait recueilli l'héritage.\nIl est superflu de rappeler à ce propos que, depuis l'avènement du\ndebussysme, d'ailleurs inconcevable, croyons-nous, sans l'école\nfranckiste, celle-ci apparaît aujourd'hui comme singulièrement con-\nservatrice. Les \" Jeunes Français \" sont devenus vénérables comme de\nvieux Jeunes-Turcs ; tels d'entre-eux naguère hardiment campés sur un\nterritoire inexploré, se trouvent aujourd'hui, grâce à l'incessante extension\ndu vocabulaire musical, sis au milieu d'une paisible banlieue. L'évolution\nartistique, de plus en plus rapide, le veut ainsi.\nMais pour l'instant, ce n'est pas la question. La jeune école\n\" française \" est germanique aussi. Et c'est à ce propos que nous voudrions\nformuler ici quelques réflexions.\nDe ces appellations \" géographiques il en est qui désignent àla\nfois l'origine des compositeurs et le style local ; ce sont les plus justifiées.\nTelles, les écoles florentine, vénitienne, napolitaine, romaine, telles, les\nécoles folkloristiques modernes, telle, l'école viennoise tant qu'il s'agit de\nHaydn et de Mozart ; l'école néerlandaise est, en réalité, internationale,\net Beethoven reste \" viennois \" pendant si peu de temps qu'il est absurde\nde le classer tout entier sous cette dénomination. De même, la qualifica-\ntion \"Jeune école française\" ne se justifie, au fond, que par des détails\nd'état-civil. La nationalité seule des musiciens qu'elle désigne, et non leur\n\n1 Collection des Maîtres de la Musique. Paris, Alcan, 1906."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "30", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.30", "texte": "26\nS. I. M.\n\nesprit, s'y exprime et ce n'est pas sans certaines bonnes raisons que\nM. Debussy et ses tenants prétendent, eux, restaurer des traditions\nnationales longtemps oblitérées sous les influences italiennes et allemandes.\nDans la jeune école dite française, ces dernières sont évidentes. C'est aux\ngrands poètes allemands, à Goethe, à Schiller, à Burger, que Franck,\nd'lndy, Chausson, Duparc demandent des arguments poétiques. L'influence\nwagnérienne est évidente dans le livret de dans le livret et la\npartition du Roi Artus.De même, I'\"idée wagnérienne\" n'est pas étran-\ngère à cette dramatisation de la musique de chambre poursuivie par Franck\net par ses disciples les plus autorisés. Le caractère nébuleux, vaticinateur\net passablement apocalyptique de beaucoup d'ouvrages de ces derniers\ncontraste vivement avec la tendance traditionnelle de la musique française\nvers la simplicité, la clarté, l'évocation des réalités extérieures, ou tout au\nmoins le pittoresque musical. Que les Jeunes Français aient introduit ici\nla mesure et l'atticisme généralement étrangers, d'autre part, à l'art\nallemand, ce n'est pas douteux ; mais le fond de leur art est plus germa-\nnique que français. Ceci pourrait même se dire, par extension, de la\nmusique \" absolue \", représentée par la symphonie et la musique de\nchambre, lesquelles, de tous temps en honneur en Allemagne, ne comp-\ntaient en France, avant Franck, que des représentants isolés, ne formant\npas une école.\nMais comment, dira-t-on, concilier ce germanisme de la jeune école\nfrançaise avec la nationalité liégeoise de son fondateur? C'est que, préci-\nsément, il faudrait ignorer tout des particularités ethnographiques de la\nBelgique pour se refuser à tenir compte de la consanguinité germanique\ndes Wallons de /'Est, qui constituent la fraction la plus vivante, la plus\nagissante et la plus intéressante du peuple wallon. Les habitants du pays\nde Liège se distinguent des Français dans la mesure où ils se rapprochent\ndes Allemands de la province rhénane. Cette compénétration ne date pas\nd'hier et l'histoire l'explique ; elle se manifeste d'ailleurs surabondamment\ndans le dialecte local, dans les lieux-dits, dans les noms des habitants '.\nElle s'exprime surtout dans l'art du pays, qui révèle une sensibilité toute\nspéciale, dans les tableaux pensifs de ses peintres, dans les harmonies de\n\n1 Voir à ce sujet un ouvrage récent, Belgique et Allemagne, par \" Integer \" (Bruxelles 1913), p. 135."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "31", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.31", "texte": "LES ORIGINES DE CÉSAR FRANCK\n27\n\nses musiciens, où la clarté française, le sens et le goût des réalités con-\ncrètes d'une part, le mysticisme germanique de l'autre, se combinent et\nse combattent en des rêveries troubles, des emportements subits, des\nabattements lassés, des oppositions de transparence et de brume, d'une\nlancinante intensité d'expression.\nC'est cela, écrivions-nous ailleurs \\ qui, dans la musique de chambre de\nFranck et de Lekeu, donne à tels allégros leur essor vertigineux ; c'est cela qui\nsanglote dans les élans éperdus de tels adagios et met une inquiétude latente\njusque dans la contemplation. La musique française contemporaine n'offre rien de\nsemblable... Le lyrisme germanique lui-même trouve dans son idéalisme robuste et\nconscient cette sorte d'assurance imperturbable qui marque ses plus vifs élans.\nMais cette poésie trouble et par là si profondément émouvante qui émane des\npages les plus caractéristiques de nos musiciens liégeois contemporains est unique\ndans le langage des sons...\nIl suffit, en effet, pour se rendre compte de ces choses, d'une double\nexpérience : rapprocher les ouvrages de César Franck de ceux de Lekeu,\nun Wallon comme son maître ( \" une nature quasi-géniale \", comme\ndit excellemment M. d'lndy), pour constater leur profonde analogie\néthnique ; comparer les œuvres de l'un et de l'autre à celles des adeptes\nproprement français de l'école pour observer ce qui distingue ceux-ci de\nceux-là. Nous avons rappelé plus haut ce que l'art de la Jeune école\nfrançaise a de germanique. Mais il s'agit là d'une tendance d'école, qui\nest dans l'esprit plus que dans le cœur et qui fait violence au sentiment\nnational. Chez Franck et Lekeu, au contraire, le mysticisme et la\nrêverie sont contingents au tempérament national, constituent une fonction\ninconsciente de la psychologie racique. Suivant un mot de Léonce\nMesnard, ce sont, ici, des affinités \" naturelles \" avec l'art allemand, là,\ndes affinités \" électives\nSans insister autrement sur ce point 2, reconnaissons que la consan-\nguinité germanique des Wallons de l'Est constitue un élément essentiel\nd'appréciation de l'art de ce pays. On ne peut notamment, sans en tenir\ncompte, formuler un jugement complet sur la musique de Lekeu, comme\nsur celle de Franck lui-même. M. d'lndy semble avoir voulu en tenir\ncompte quand il écrit, au début de son livre :\n\nILe Sentiment wallon en musique,rapport au Congrès wallon de 1910 (IV Liège, t. XIII).\n«J»TO2 Nous avons dû l'envisager également dans notre rapport, pour la Société des Amis de l Ait\nsur-le projet d'un monument à la mémoire de César Franck, à Liège (à paraître dans Walionia)."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "32", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.32", "texte": "28\nS. I, M.\n\n... Et c'était bien, en effet, ce pays, gaulois d'aspect, germain d'habitudes et\nde voisinage, qui devait fatalement enfanter le génie prédestiné à la création d'un\nart symphonique bien français en son esprit de mesure et de précision, mais soli-\ndement appuyé sur la haute tradition beethovénienne.\nMais, dans le fait ethnographique auquel ces lignes font allusion sans le\npréciser, l'auteur ne voit qu'une sorte d'argument symbolique à l'appui\nde sa thèse favorite : l'hérédité beethovénienne de l'art franckiste. Il n'y\nrevient pas dans la suite, et en fait abstraction quand il s'agit de caracté-\nriser l'art du maître liégeois.\nFranck, émigré de bonne heure en France, suivant une tradition sécu-\nlaire des artistes et des artisans liégeois, est fréquemment considéré comme\nfrançais d'origine. Par contre, des historiens et critiques soucieux de pré-\ncision accordent qu'il est natif de Liège, mais partent de là pour en faire...\nun Flamand 1 ; c'est de la même manière qu'on qualifia de \" flamands\nindistinctement, tous les polyphonistes belges de l'école dite \" néerlan-\ndaise \", qu'ils fussent originaires de nos provinces flamandes ou romanes.\nNous n'avons franchement, nous Wallons, pas de chance !\nEn réalité, cette qualification germanique, appliquée à César Franck,\nest moins éloignée de la vérité qu'elle ne paraît et notamment moins para-\ndoxale que lorsqu'elle vise nos vieux maîtres hennuyers.\nMais d'abord, écoutons encore M. d'lndy :\nC'est au pays wallon que se passèrent les premières années de César Franck,\nen ce pays si français, non seulement de cœur et de langage, mais encore d'aspect\nextérieur ; car quoi de plus semblable à notre plateau central de la France que ces\nvallées accidentées aux plans abrupts et pittoresques, que ces landes où le genêt\ns'épanouit au printemps en un horizon d'or quasi illimité, que ces collines, peu\nélevées cependant, où le voyageur français retrouve avec surprise les hêtres et les\npins, végétation des froides montagnes cévenoles ?...\nLa famille Franck prétend rattacher ses origines à une dynastie de peintres\nwallons de même nom dans les oeuvres desquels, à côté des qualités de la peinture\ndite primitive, on rencontre force détails qui font pressentir l'art d'un Rembrandt.\nLe plus ancien de ces peintres fut Jérôme Franck, né en 1540 à \" Herrenthal \" en\nCampine et mort en 1610 à Paris, où, comme son descendant musicien, il avait\némigré et obtenu le titre de peintre du roi Henri 111... \"\n\n1 Voir ci-dessus. En revanche, M. A. Schering classe M. Ryelandt, de Bruges, parmi les musiciens\nwallons (Geschichte des Oratorium, Leipzig, 1911, p. 555)."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "33", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.33", "texte": "LES ORIGINES DE CÉSAR FRANCK\n29\n\nNaître à Hérenthals, pour un peintre wallon, est déjà suspect. Mais\nlaissons cette hérédité lointaine et assez hypothétique. S'il est vrai que\nl'hérédité devient plus déterminante à mesure qu'on se rapproche du\nsujet, les ascendants immédiats de César Franck sont de nature à nous\nintéresser davantage. Personnellement, nous savions dès longtemps que\nla mère du maître n'était ni plus ni moins qu'une Allemande d'Aix-la-\nChapelle. Ce détail, que M. d'lndy a pu ignorer, prend une signification\nparticulière si l'on veut bien se souvenir de l'influence marquée delà mère\ndans l'élaboration d'une personnalité artistique. Nous nous étions promis à\nce propos d'étudier quelque jour d'un peu près la question assez obscure des\norigines de César Franck, mais nous ignorions que, dès 1894, M. Char-\nles Delchevalerie eût publié sur ce sujet, dans un périodique liégeois peu\nrépandu, Flamberge,les renseignements les plus précis. Ces lignes viennent\nd'être reproduites dans la revue liégeoise ; le lecteur en appré-\nciera tout l'intérêt :\nCésar Franck est issu d'une famille de bourgeois de village. Son grand-père,\nBarthélémi Franck, naquit et vécut à Gemmenich, bourg situé aux confins du\nLi m bourg et de la Prusse, sur la ligne de Verviers à Aix-la-Chapelle, par Bleiberg.\nC'est un pays de grasses cultures, assez accidenté, où Von ne parle qu un patois alle-\nmand. Barthélémi Franck exerçait dans la contrée, —où il mourut le 30 mars\n1794, des fonctions nombreuses et surannées : il était procureur de la justice de\nGemmenich, mayeur à la cour de justice de Saint-Hubert et à celle de Palantes,\nconseiller à la haute-cour du canton de Limbourg, notaire, percepteur et bourg-\nmestre de Gemmenich, échevin de la justice de Teuven.\nSon fils, Nicolas-Joseph, le père de César Franck, naquit à Volkerich, hameau\nde Gemmenich, le 30 mai 1794; il épousa, le 24 août 1820, une jeune fille d'Aix-\nla-Chapelle. Le nouveau ménage vint habiter Liègeoù naquit, le 10 décembre 1822,\ndans l'ancienne rue Saint-Pierre, près Sainte-Croix, le petit César.\nLes fonctions publiques exercées par Barthélémy Franck à Gemme-\nnich le mettant en contact avec une population de langue basse-allemande,\nmontrent en lui un homme du pays, de même langue que ses administrés.\nToutefois, nous désirions posséder sur ce point quelques précisions. A notre\ndemande, M. l'abbé Vivroux, curé de Gemmenich, a bien voulu faire\ndans ses registres paroissiaux des recherches dont il appert qu'en effet le\ndit Barthélémy Franck était lui-même originaire de cette localité, où il\nnaquit, le 26 mai 1745, de Etienne Franck et de Anne-Marie Schenneux.\n\n1 T. XXI, p. 123."}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "34", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.34", "texte": "30\nS. I. M.\n\nNos conclusions ? Elles ne seront pas aussi rigoureuses qu'on pourrait\ns'y attendre. C'est un fait d'expérience courante que, la culture germanique\net la culture latine mises en présence, celle-ci tend toujours à absorber\ncelle-là. En Belgique, les Flamands établis en Wallonie voient leurs\nparticularités ethniques éliminées dans leur descendance, avant même que\nleur nom ait eu le temps de se corrompre. César Franck n'était pas un\nWallon de race. Il fut d'origine germanique par son père et même\npurement allemand par sa mère. Mais il naquit et reçut ses premières\nimpressions dans un milieu wallon. Emigré de bonne heure à Paris, c'est\nau contact du génie français que se développa sa personnalité et c'est de\nlui qu'elle devait recevoir sa définitive empreinte.\n\nErnest Closson."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "35", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.35", "texte": "ENQUÊTE SUR LA CONDITION SOCIALE\nDU MUSICIEN\n\nPORTUGAL\nIci c'est à l'obligeance de M. Alfredo Pinto Saccaven, critique\nmusical, que nous devons les renseignements qui vont suivre.\nEn Portugal, nous avons seulement un Conservatoire à Lisbonne. Il\na grand besoin d'une réforme radicale. On y donne des cours de solfège,\npiano, violon, flûte, violoncelle, contrebasse ; harmonie, contrepoint, fugue,\ncomposition ; histoire de la musique, langue italienne, musique de\nchambre, etc.\nOn dit qu'à la prochaine réforme on introduira, au Conservatoire,\nla lecture à vue et l'accompagnement, le chant choral et l'orgue. C'est\nl'unique Ecole d'Etat que nous avons.\nDans r Académie d'Amateurs de il y a presque les mêmes\ncours qu'au Conservatoire. Il y a quelques écoles privées où on donne\nl'enseignement du piano et du chant sous la direction de professeurs\nmasculins et féminins diplômés.\nC'est seulement le Conservatoire qui peut délivrer des diplômes a la\nfin des cours. Ceux qui sont délivrés par Y Académie n'ont rien d'officiel.\nLégalement un musicien ne peut pas prendre le titre de professeur\net ouvrir un cours sans avoir de diplômes."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "36", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.36", "texte": "32\nS. I. M.\n\nLe traitement des professeurs du Conservatoire, hommes et femmes,\nest, en première classe de 500000 reis (2500 fr.). En deuxième classe de\n300000 reis (1500 fr.). Les professeurs auxiliaires touchent 150000 reis\n(750 fr.). L orsqu'ils sont membres des jurys d'examen ils reçoivent par\njour une indemnité de 2000 reis (10 fr.).\nIl est difficile d'évaluer le traitement d'un professeur dans l'enseigne-\nment privé. En général il est assez bas.\nLe traitement moyen d'un musicien d'orchestre est plus facile à\nconnaître. Au théâtre de San-Carlo(opéra-lyrique) il suit le règlement\nde Y Association des musiciens.\nn . A. 80000 reis (400 fr.)\nPremiers 1 ; r (\n( B. 70000 „ (350 fr.)\n-v f A. 60000 ~ (300 fr.) par mois.\nDeuxièmes 1 n , s (\n( B. 52000 „ (260 rr.)\nTroisièmes 45 000 „ (220 fr.) I\nDans les théâtres de deuxième classe.\nOPÉRETTES, VAUDEVILLES, REVISTAS, DRAMAS, ETC.\n. f A. 1200 reis (6.00 fr.)\nPremiers i T, ) r (\n18. 1100 „ {5.50 tr.)\nDeuxièmes 1000 „ ( c.oo fr.) ,\n(,r ( > par seance.\n900 „ (4.50 fr.) r f\n800 „ (4.00 fr.)\n600 „ (3 .00 fr.) J\nSPECTACLES DE VARIÉTÉS.\nn . ( A. 1200 reis (6.00 fr.)\nPremiers <0 ;\n{ B. 1î 00 „ (5.00 fr.)\nDeuxièmes lA' 9°° \" (4'5° fr^\nV U A ivlilvv \\ A / \\ f\n( 8.000 „ (4.00 fr.) par seance.\n/ 800 ~ (4.00 fr.)\nBatterie 700 „ (3.50 fr.)\n( 600 „ (3.00 fr.) ,\nCes prix sont établis pour les compagnies portugaises. Pour les\nmusiciens étrangers il ya 25 35% d'augmentation."}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "37", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.37", "texte": "3\n\nLA CONDITION SOCIALE DU MUSICIEN\n33\n\nLes prix des concerts sont à peu près les suivants :\nPremiers 10 fr.\nDeuxièmes 7 fr. F chaque concert.\nBatterie 7 fr. j\nChaque répétition 4 fr. par artiste.\nAu sujet de la dépense annuelle d'un musicien par le temps qui\ncourt, la vie est chère et on peut réellement affirmer que la plupart vivent\navec de grandes difficultés.\nComme caisses de retraites et de chômages il y a une caisse\nPio Philharmonique bien organisée, tout à fait séparée de\nMusiciens Portugais. Elle a été fondée en 1834. Il y a une caisse auxiliaire\nde X Association dont les statuts attendent l'approbation officielle.\nLes musiciens portugais ne souffrent pas d'une crise aiguë car ils ont\ntoujours à faire dans les théâtres et salons de cinémas. Pendant l'été, par\ngroupes de six artistes (piano, trois violons, violoncelle et contrebasse) ils sont\nengagés dans les casinos. Il existe à peine un petit inconvénient c'est la con-\ncurrence des musiciens espagnols qui porte préjudice aux musiciens portu-\ngais. Pour atténuer ce mal X Association des musiciens a plein droit de réclamer.\nNous ne pouvons que remercier M. Pinto Sacaven de son intéres-\nsante communication.\n\nFRANCE\n\nNous n'avions pas, au début de cette enquête, l'intention d'y faire\nfigurer noire propre pays. Puis on nous fait remarquer que la Revue\nS. I. M.,par son caractère international, admettait des lecteurs étrangers,\nque les conditions sociales de la musique, en France, pouvaient les\nintéresser. Ensuite nous avons nous-mêmes constaté, depuis que nous\navons commencé ces études, que beaucoup de musiciens ignoraient\nplusieurs des questions qui les touchent. Un rapide aperçu ne leur sera\nsans doute pas inutile. C'est pourquoi nous allons consacrer quelques\nlignes à la condition du musicien de France.\nL'enseignement musical est donné, chez nous, au Conservatoire de Paris,\ndans douze succursales de ce Conservatoire, par 18 Ecoles nationales de musique.\nUn certain nombre d'Ecoles municipales sont soutenues par les muni-\ncipalités et échappent complètement au contrôle l'Etat.\nEn dehors de ces écoles, exclusivement consacrées à la musique,"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "38", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.38", "texte": "34\nS. I. M.\n\nl'enseignement musical est donné gratuitement dans tous les établissements\nd'instruction primaire et secondaire publics, savoir : Les lycées et les\ncollèges de jeunes gens et de jeunes filles : les deux Ecoles Normales\nSupérieures ; les Ecoles Normales Primaires ; les\nles Ecoles Primaires Publiques ; les Ecoles maternelles.\nLes Conservatoires, leurs succursales, et les Ecoles Nationales de\nmusique délivrent des diplômes. Faut-il ajouter que les plus estimés sont\nceux qu'estampille le Conservatoire de Paris but de toutes les juvéniles\naspirations musicales.\nDe plus, l'Etat et la Ville de Paris ont institué des examens destinés\naux futurs professeurs chargés de l'enseignement musical dans les établis-\nsements d'instruction primaire et secondaire. Ces diplômes, encore peu\nconnus, devraient être exigés de tous ceux qui prennent souvent sans\ncapacités professionnelles suffisantes le titre de professeurs. Enfin\nun grand nombre de cours et d'écoles privés, à l'instar du Conservatoire,\nont établi des examens de fin d'année pour les élèves qui ont terminé\nleurs études et les plus méritants de ceux-ci reçoivent des diplômes.\nEn France, un musicien peut prendre le titre de professeur, et\nouvrir un cours, sans avoir de diplômes ce qui est très regrettable, non\nseulement pour les élèves incapables, très souvent, aussi bien que leurs\nfamilles, de juger de la valeur du maître et à qui d'audacieux ignorants\nfont perdre leur temps et leur argent ; mais encore pour les professeurs\nsérieux qui se voient fréquemment concurrencés par des non-valeurs\ndonnant des leçons à plus bas prix. Le mal n'est pas spécial à la France,\non l'a constaté au cours de cette enquête, où qu'il se produise, il a de\ndésastreuses conséquences.\nLes traitements des professeurs, au sont en\ngénéral peu élevés, mais le titre est fort recherché. Dans les autres\nEcoles, ils dépendent des ressources des municipalités et de l'importance\nde la ville.\nDans l'enseignement privé, le traitement du professeur est très\nvariable. Au cours de récentes conférences sur la femme musicienne,\nnous citons le cas d'une célèbre cantatrice qui donnait 20 minutes de\nleçon pour 60 frs. et d'un professeur du Conservatoire, dont nous pour-\nrions donner le nom, qui moins exigeant que la cantatrice, se contente\nde 60 frs. pour une heure de leçon. A l'autre extrémité de l'échelle sociale\nprofessorale, et professionnelle, nous trouvons d'infortunées musiciennes"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "39", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.39", "texte": "LA CONDITION SOCIALE DU MUSICIEN\n35\n\nqui donnent des cours à 5 frs. par mois et même à o fr. 25 l'heure.\nEntre ces deux extrêmes s'établit une série de prix dépendant : de la\nnotoriété du professeur, de la ville, et même du quartier, qu'il habite, de\nsa résistance au travail telle femme délicate ne peut donner le même\neffort qu'une robuste créature et aussi, en dehors de sa valeur tech-\nnique, des qualités personnelles.\nDe même que le gain, la dépense d'un musicien est extrêmement\nvariable. Il est bien évident que le maître de musique qui donne des\nleçons à 1 fr. la minute, le ténor ou la prima donna à la mode qui tou-\nchent de somptueux cachets, vivent sur un pied que ne connaîtra jamais\nle petit musicien d'orchestre ou la maîtresse du piano du pensionnat\nvoisin. Comme dans toute profession, et pour s'en tenir à ce point de\nvue étroit et très matériel du rendement, il y a, dans le monde musical,\nune aristocratie opulente : grands professeurs, virtuoses aux mondiales\ntournées, artistes de théâtre di primo cartello ; une classe moyenne et un\ninfortuné prolétariat qui végète, peine, se plaint et pratique l'Art comme\nle dernier des métiers.\nDepuis quelques années les musiciens ont fondé un syndicat très\npuissant la Fédération des artistes music affiliée àla Bourse\ndu Travail, ayant sa caisse, son journal et... ses cahiers des revendications.\nAinsi groupés ils ont réussi à améliorer notablement les conditions maté-\nrielles de leur existence : exigeant des augmentations de salaires, des\ncontrats plus précis et plus avantageux et une reconnaissance de leurs\ndroits qui n'a pas été sans surprendre tout d'abord ceux qui les employaient ?\nOnt-ils tort de mêler les questions politiques aux questions profession-\nnelles ? Ce n'est pas ici l'instant de formuler ce genre de critiques.\nLa Fédération des artistes musiciens a des caisses de retraites\net donne des secours en cas de maladie à ses adhérents.\nLa Société des Artistes musiciens fondée en 1483 par le Baron\nTaylor assure, moyennant le paiement d'une certaine somme une fois\ndonnée ou des versements annuels, une retraite à ses membres. Nous\ntrouvons encore :la Société de secours compre-\nnant, sous cette rubrique, les artistes dramatiques, musiciens, artistes de\nthéâtres, de concerts, de music-halls. La\nprévoyance des Employés du commerce a Le titre est un\npeu long, mais il mérite toute considération. L'œuvre a pour but d'assurer\nune retraite à tous ses membres. A côté de cette œuvre se place naturel-"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "40", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.40", "texte": "36\nS. I. M.\n\nlement la Société de Secours mutuels fondée en\n1880. Nous négligeons un nombre important de petites associations ayant\nles mêmes buts mais dont l'action s'exerce dans un champ plus restreint.\nBeaucoup sont de fondation récente. Mentionnons l'œuvre si connue des\nTrente Ans de Théâtre.\nNous concluerons à la réponse par la question posée au début de\nl'enquête sur les causes du chômage. Elles sont multiples. Tout d'abord\nil faut noter l'encombrement de la carrière de musicien par une quantité\nde gens d'une incapacité notoire : professeurs au rabais, musiciens\nd'orchestre sans talent, chanteurs prétentieux d'une inimaginable insuffi-\nsance ; d'autre part, cette même carrière se trouve surchargée par un\nnombre incroyable d'amateurs. Certains ont beaucoup de talent, nul ne\npeut les empêcher d'en tirer la gloire ou même le profit qu'ils désirent,\nmais, le faisant, ils nuisent aux professionnels, et on ne saurait trop\nprotester, avec mesure et courtoisie, mais énergiquement, contre leur\nintrusion.\nLa seconde cause du chômage réside dans la durée extrêmement\nlongue de la saison estivale, ou, plus exactement, dans la durée de périodes\nde vacances que l'on n'a jamais connues. Actuellement, beaucoup de\nfamilles ne regagnent la Capitale qu'au mois de décembre et même de\njanvier. Dès les premiers froids le midi appelle vers ses contrées ensoleil-\nlées tous ceux qui redoutent l'hiver parisien et à qui la fortune permet\nde tels déplacements, comme ces privilèges sont aussi, pour la même\nraison, ceux qui peuvent encourager les artistes, leur absence est, pour\nces derniers des plus nuisible.\nEnfin la pratique des sports détourne, de plus en plus, des plaisirs\nsédentaires que l'art réserve à ses adeptes. L'habitude de l'automobile,\ncelle des sports d'hiver, que le T. C. F. met à la mode avec une ferveur\nque justifient bien des avantages, ont peu de rapports avec les séances\ndominicales de nos grands concerts, les longues soirées de musique de\nchambre ou l'assistance assidue aux nombreuses séances que les virtuoses\noffrent inlassablement à une attention trop distraite et surtout trop\nfugitive. Les remèdes à un tel état de choses ?... Leur étude dépasserait\nsingulièrement le cadre de cet article et les limites assignées à cette\nsimple enquête.\n\nM. Daubresse."}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "41", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.41", "texte": "PIRRO (A.) Dietrich Buxtehude (Paris, Fiscbacher, 1913,\ngr. in-8° de 508 pp.)\nOn sait le rôle considérable que l'organiste Dietrich Buxte-\nhude a joué dans l'Allemagne musicale du XVIIe siècle ; son\ninfluence sur Bach, déjà signalée par Spitta, a été précisée par\nM. Pirro, en ce qui concerne les œuvres d'orgue du cantor de\nLeipzig, et, dernièrement, M. Romain Rolland montrait que le\nstyle des oratorios de Haendel la reflétait, lui aussi. Bien que, dans\nson nouveau livre, M. André Pirro ne traite pas des rapports de\nBuxtehude avec Jean Sébastien Bach, c'est sans doute un peu au\nculte qu'il a voué à celui-ci que nous sommes redevables du puis-\nsant ouvrage que notre savant collègue vient de consacrer au\nmusicien de Lûbeck. Buxtehude y est justement considéré comme\nun personnage central, selon une méthode très répandue aujourd'hui\nen histoire ; jamais on ne l'isole de son entourage, dont la descrip-\ntion en arrive à l'emporter sur la biographie proprement dite du\npersonnage principal. Qu'il s'agisse de l'enface de Buxtehude\nà Elseneur où son père occupait un emploi d'organiste, de ses\nétudes à Copenhague auprès de Lorentz, ou de son séjour à\ni e> i ' «»\nLubeck, on aura soin de restituer par le détail le milieu où il a vécu et travaillé, de rappeler\nles musiciens qu'il a fréquentés, les œuvres qu'il a entendues, les circonstances qui accom-\npagnèrent ou déterminèrent ses diverses compositions. D'où un exposé extrêmement dense,\nfourmillant de faits, d'une information minutieuse et précise, qui témoigne de l'érudition la\nplus étendue. Un pareil travail suppose le dépouillement de sources inédites ou peu connues et\nune somme vraiment prodigieuse de lectures. L'auteur nous renseigne abondamment sur les\nartistes qui ont influencé Buxtehude, et, en particulier, sur Gaspar Fôrster qui dirigeait la\nchapelle royal de Copenhague, sur les divertissements de musique en usages dans les cours\ndu Nord, sur les troupes de musiciens étrangers qui parcouraient celles-ci, sur les relations qui\ns'établissaient de ville à ville entre les artistes. Incidemment, il étudiera les œuvres de ces musi-\nciens, au fur et à mesure que les noms de ceux-ci se présentent dans son récit, et en citera\navec une véritable profusion d'exemples musicaux, les passages les plus caractéristiques. C est\nainsi qu'il nous initie aux compositions des maîtres de Hambourg, de ce Thomas Selle, qui avec\nH. Schûtz et Schein, constituait la triade des \" grandes S \", et de l'organiste Scheidemann.\nBuxtehude se pénétra d'abord de l'enseignement théorique de Sweelinck, et, dans ses pre-\nmières compositions, il imite Schûtz, Fôrster et Carissimi. Puis, le voilà à Lûbeck, dans un\ncentre très artistique où brille l'organiste Tunder qu'il remplacera, en 1668, à la M arien\nKirche, après avoir épousé sa fille, ce qui semblait alors de règle. Les Motets et Cantates de"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "42", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.42", "texte": "38\nS. I. M.\n\nTunder, comme aussi les compositions de Geist, fournissent à M. Pirro matière à de\nnombreuses analyses, de sorte que son livre, par l'abondance des citations qu'il renferme,\ndevient une manière d'anthologie de musiciens allemands encore à demi ignorés, A propos\ndu Gollegium musicum de Hambourg, il passe en revue les pièces qu'on y exécutait, et\ns'étend sur les ouvrages de Rosenmûller et de Fôrster, sur les espèces d' u Histoires\nSacrées \" de ce dernier, et sur les Deutsche Concerten de Bernhard. Il brosse, de la sorte, un\nvaste et brillant tableau de la musique allemande à Lubeck et à Hambourg au XVIIE siècle, et\nnous révèle la vie artistique, si intense et si féconde qui animait ces puissantes cités commer-\nciales. Il n'oublie point les intéressantes Messes de Johann Theile lequel, au dire de Walther,\naurait été le maître de Buxtehude ; mais si Buxtehude professait pour l'art hautain de I heile\nune grande admiration, si comme lui, il se plaisait aux problèmes scolastiques, son talent de\nsavant contraponiste s'était manifesté bien avant qu'il prît contact avec Theile. D'ailleurs, en\nDanemark comme en Allemagne, la mode était alors aux canons, aux ouvrages écrits en style\nstrict, et tout ce qu'on peut dire au sujet des relations qui s'établirent entre Theile et Buxte-\nhude, c'est que ces deux musiciens s'influencèrent l'un l'autre.\nLes fameuses Ahend-muzikeny que Buxtehude donnait le jeudi à la Marienkirche, sont\nmentionnées, pour la première fois, en 1673 > e^es consistaient en concerts religieux patronnés\npar les corporations de marchands, concerts sur lesquels M. Pirro donne les renseignements les\nplus curieux. - Là, Buxtehude réalise une \" musique religieuse de caractère dramatique,\nadaptée à des textes allemands \" qui s'ajuste bien à son austère devise : Non hominibu$y sed Deo,\nmusique dont les opéras de Hambourg apportaient, pour ainsi dire, un précédent.\nFidèle à sa méthode objective et descriptive, M. Pirro consacre aux Cantates et Motets de\nBuxtehude des pages pénétrantes où se retrouvent les qualités d'analyse, et le style si personnel\net si expressif que tous les musicologues ont goûtés dans Y Esthétique de J. S. Bach. Fort peu\nde ces compositions sont datées ; presque toutes sont conservées dans les recueils de Gustave\nDuben, et existent, en tablature, à la Bibliothèque de l'Université d'Upsal. M. Pirro a effectué\nle dépouillement complet de ces recueils, et il nous donne des Cantates écrites de 1680 à 1684,\ncomme de celles qui ttaient destinées aux différentes fêtes de l'année, une étude approfondie,\nattentive et émue qui nous permet d'apprécier la manière large, claire de Buxtehude, manière\naussi portée aux détails significatifs qu'à l'édification de vastes ensembles majestueux, tels le\nBenedicam Dominum à 6 heures. L'œuvre vocal de Buxtehude, fort considérable, comprend\nplus de 130 compositions, dont M. Pirro a dressé la bibliographie.\nSon œuvre instrumental mérite aussi de retenir l'attention, malgré qu'il demeure d'impor-\ntance beaucoup moindre. M. Pirro cite des pièces manuscrites qui paraissent antérieures aux\ndeux recueils de sonates publiés en 1696 et qui étaient considérés jusqu'ici comme les deux\npremières œuvres instrumentales du maître de Lubeck. En quelques pages sobres, Fauteur\nexpose les conclusions de son énorme travail, véritable monument dont les érudits pourront\nextraire une foule de matériaux précieux.\nLIONEL DE LA LAURENCIE.\nPOU GIN (Arthur). Mariette Alboni (1 vol. in-180 avec quatre gravures et un fac-\nsimilé. Pion édit.)\nCe petit volume conte la vie d'une artiste qui souleva de bien grands enthousiasmes dans la\ngénération de nos pères. (On sait qu'elle se consacra surtout aux œuvres de Rossini.) Elle\nméritait du reste cette admiration et par la qualité de sa voix et par sa tessitura extraordinaire\nqui associait le registre du soprano à celui du contralto ; et aussi par le labeur assidu auquel\nelle se soumit en sa jeunesse.)"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "43", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.43", "texte": "LES LIVRES\n\n39\n\nCe qu'on sait peut-être moins, c'est que cette artiste fut une fiere, pleine de\nnobles sentiments et généreusement bienfaisante. Le livre fourmille d anecdotes typiques,\nsouvent fort curieuses. Le récit de ses années d'enfance est particulièrement savoureux par les\naperçus qu'il ouvre sur la bonhomie de la vie provinciale italienne au siecle deiniei. Il s y\ntrouve notamment (page 11) l'anecdote d'un moine dont les paroles seraient dignes de fîgurei\ndans la Légende Dorée.\nPROD'HOMME (J. G.) Ecrits de Musiciens (XV*-XVHP siècles) (i vol. in-12,\nParis,) Mercure de France.\nLes documents sur les musiciens ne sont en général que peu nombreux. Parmi les plus\nimportants figurent naturellement les écrits personnels de l'auteur. Mais beaucoup ont peu\nécrit. De l'un subsistent seulement quelques lettres, de l'autre des dédicaces. Parfois, un\ntestament seul a été conservé. Bien rares sont ceux qui laissent de véritables desettations.\nMais les documents sont épars et souvent peu faciles à consulter. C'est pour comolei cette\nlacune que M. J. G. Prod'homme a publié son recueil.\nLe but du livre explique qu'il n'y ait pas d'idée directrice à faire ressortir. C est un\ncompendium à conserver où suivant l'étude du moment ou trouvera le renseignement dont on a\nbesoin. Notons seulement que, dans les fragments de Lassus, de Monteverdi et de Bach, on\ntrouve des indications typiques sur la condition ancienne des musiciens. On y voit que\nl'organisation démocratique de Leipzig ne leur était pas beaucoup plus favorable que 1 organi-\nsation aristocratique de cours italiennes. Et même quelles licences se permettait envers\nson duc ! Sur la musique proprement dite, ia Préface de Jacques de Gouy est supérieure-\nment intéressante. Enfin le testament de Guillaume du Fay s ouvre par une belle page\nde prose du XVe siècle.\nCRAWFORD FLITCH (J. E.) Modem dancing and dancers. (i vol. in-40 avec illustra-\ntions noires et en couleurs. London, Grant Richards Ltd.)\nM. Crawford Flitch est un fervent de l'art de la danse. Il aime à rappeler le mot de\nLucien : \"La danse est aussi vieille que l'amour, le plus ancien des dieux.\" Il s'indignerait pour\nun peu du scandale qu'affectaient les Beaux-Arts de la voir ranger dans leur groupe. Et dans\nla renaissance actuelle de la danse, il voit une réaction contre les tendances de 1 art actuel qui\n4< répond par un conseil à celui qui lui demande de la beaute ' # Il espere qu elle fera revivre\npour nous la vie joyeuse que les autres arts nous ont fait oublier.\nEt à l'appui de ses idées, il fait un historique des plus complets de la danse depuis\nl'antiquité, jusqu'à nos jours. Il fait même une place aux a danses excentriques et a une\ndanse populaire anglaise : la \" horris dance. \" La plupart de ces chapitres intéresseront\nsûrement les amateurs. L'ouvrage est luxueusement présenté et de nombreuses gravures ajoutent\nà son intérêt. Nous noterons spécialement de bonnes épreuves colorées de la Carmencita, de\nSargent, des Danseuses de Degas et un très curieux dessin de Léon Bakst : Danse orientale.\nMONOD (Edmond). Mathis Lussy et le Rythme musical. (Publié par l'Association des\nMusiciens Suisses. 1 vol. in-40, Pat*is Fischbacher.)\nVous souvenez-vous d'un certain passage de la Psychologie de William James? aNul\nobjet qui ait un attribut véritablement essentiel : le même attribut peut être essentiel a un point\nde vuey et parfaitement inessentiel a un autre. \" Ainsi, en ce moment, 1 essence de mon papier\nest d'être propre à l'écriture ; plus tard son essence sera d'être propre à allumer du feu...\nCe passage serait d'un relativisme absolument décourageant, si l'on ne tempérait ce sentiment"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "44", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.44", "texte": "4°\nS. I. M.\n\npar l'idée que le grave philosophe ne dédaigne peut-être pas de s'amuser a des paradoxes a la\nMark Twain.\nC'est un identique sentiment de découragement qu'on éprouve en trouvant, dès l'avant-\npropos de l'étude de M. Edmond Monod, une phrase comme la suivante. Il s'adresse aux\nfamiliers de l'œuvre de Mathis Lussy et il leur dit : \" Votre Lussy et mon Lussy différent\npeut-être : ce qui dans son œuvre est essentiel a mes yeux ne Vest pas aux vôtres, et réciproque-\nment. \" Et cela sonne d'une façon d'autant plus inquiétante qu'on ne se fait pas faute d'ajouter\nque dans son œuvre \" on rencontre des contradictions\" ; qu'il n'était pas \" un scientifique \" ;\nqu'il \" n'était pas un homme à creuser jusqu'au fond une idée. \" Ajoutons à cela le souvenir\ndes déceptions que nous avons pu éprouver à la lecture d'ouvrages du même genre. Fous\npromettent tant ; et tous (je n'ose même pas excepter Riemann) tiennent si peu ! Voilà bien,\ndirez-vous, de peu favorables dispositions pour commencer une lecture !\nJe l'accorde. Mais, le plus grave, c'est qu'une première lecture n'est pas faite pour\ndissiper cette inquiétude. Constamment on voit qu'on a peine à s'accorder sur les définitions.\nQu'entend Lussy par une syncope ? (p. 98) Qu'entend-il par rythme r... (p. 28) De guerre\nlasse vous vous rabattez sur les exemples. Vous trouvez (p. 78) une citation de Beethoven et\nune autre de Schumann. Lussy en a u corrigé \" la mensuration. Allons-nous nous trouver cette\nfois sur un terrain plus affermi ? Aucunement. Car, à mon humble avis, l'interprétation\nordinaire de ce début de la Sonate op. 27, en mi bémol, et en particulier celle de l'Edition\nacadémique est sûrement préférable à celle de Lussy.\nMais alors ?... alors il faut, comme le fait très franchement M. Monod, il faut\nreconnaître que les tentatives si originales de Lussy n'ont pas abouti à se codifier en une forme\ndéfinitive. Mais ce qui reste de son œuvre, ce sont de très larges aperçus sur l'interprétation\nintelligente des œuvres et une très heureuse influence sur le soin à porter aux éditions musicales.\nM. Monod estime qu'il a préparé la voie à l'affranchissement, u à la musique dans laquelle la\nbarre de mesure, n'a d'autre valeur que celle d'un repère destiné à faciliter au lecteur sa tâche. \"\nLa suppression de la barre de mesure a déjà été tentée par Félix Artann dans sa Grande Sonate ;\net les exécutants ne s'en sont trouvés nullement gênés dans sa Sonate astronomique pour violon\net piano. Mais que M. Monod me permette de lui rappeler une de ses propres pensées qui me\nparaît tout à fait profonde (p. 91) : c'est que, pour que se fasse sentir cette vivante lutte entre\nla liberté du rythme et la contrainte de la mesure, encore faut-il u qu'une mesure quelconque\nsoit adoptée. \"\nGUSTAVE ROBERT.\nBORREN (Ch. Van den). Les origines de la musique de clavier en Angleterre (Bruxelles,\n1912, in-B°, vil-254 P-> 5 fr-)-\nUn important article de l'auteur, publié par la S. I. M. du 15 novembre 1912, nous\nfaisait pressentir ce livre, dont le titre pourrait, croyons-nous, donner lieu à une légère méprise:\nil ne s'agit pas, en effet, d'une tentative faite pour éclaircir le mystère qui plane sur la musique\nde clavier en Angleterre pendant deux siècles (XIVe à XVIe), mais au contraire d'une étude\nesthétique du virginal pendant sa période de floraison, c'est-à-dire la seconde moitié du XVIe\nsiècle et le début du XVIIe.\nIl n'en demeure pas moins qu'un haut intérêt s'attache à cette étude : la publication\nfaite il y a douze ou quatorze ans déjà du fameux recueil connu sous le nom de Fitzwilliam\nBook nous avait révélé la richesse et l'imprévu d'un art trop ignoré jusqu'alors ; mais il\nmanquait évidemment que les caractéristiques de cet art fussent isolées, coordonnées, et portées\nà la connaissance de tous par un travail musicologique d'un accès plus facile que le volumineux"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "45", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.45", "texte": "AU SALON DES DESSINATEURS HUMORISTES\nCLAUDE DEBUSSY\npar B. Fabiano"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "46", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.46", "texte": "AU SALON DES DESSINATEURS HUMORISTES\nXAVIER LEROUX\npar B. Fabiano"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "47", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.47", "texte": "LES LIVRES\n41\n\nrecueil musical» C'est ce travail qu'a réalisé M. Van den B. avec une méthode rigoureuse, une\nanalyse minutieuse, une classification logique, et par dessus tout une très profonde connaissance\ndu sujet.\nLes musicologues et même les musiciens trouveront dans ce livre comme un vade-mecum\nde la musique virginalistique de la meilleure époque, et je ne m'étonnerais pas que Byrd,\nBull, Farnaly et d'autres encore, dussent à M. Van den B. de retrouver, grâce à son ouvrage,\nla popularité qu'ils connurent il y a environ trois cents ans dans leur île et même sur le\ncontinent.\nA. MACHABEY.\nKUFFERATH (Maurice). Fidelio, de L. van Beethoven (Paris, Fischbacher, in-8° de\n283 pp.).\nN'ayant procédé, en 1912, à la reprise de Fidelio, au théâtre de la Monnaie, qu'après de\nconsciencieuses études personnelles aux points de vue bibliographique, historique et critique,\nM. Kufferath a la bonne pensée d'en faire part au public dans ce volume muni, comme il\nconvient aujourd'hui, d'une abondante iconographie, et qui sera lu avec intérêt.\nA noter une spirituelle protestation contre la vanité des (au regard de la\nréalité appartenant à Vœuvre seule), dans la proscription dogmatique de formes particulières\ntelles que le mélange du chant et du parlé. Et, à propos de Gevaert, M. K. 11e se borne pas à\ncontester la convenance des récitatifs ajoutés, il a aussi le courage d'émettre certaines critiques ,\ndifficiles à formuler du vivant du célèbre Directeur du Conservatoire de Bruxelles. Il s'agit de la\nmanie des arrangements souvent infidèles atteignant, aussi bien que Beethoven, Bach, Haendel,\nGluck, Weber, etc., dans des éditions connues et répandues (p. 126, 187, 19°)*\nMais, était-il justifié d'attribuer cette tendance au séjour trop prolongé de Gevaert en\nFrance ? Je me garderai bien de répliquer par les faciles et banales plaisanteries de jadis sur le\npenchant belge pour la contrefaçon, et aucune nation, même parmi les plus portées au\ndoktoral, n'est à l'abri de reproches analogues, parfois plus regrettables encore (Cf. affaire Rust).\nANSELME VINÉE.\nWEINGARTNER (Félix). Gesammelte (Leipzig, Breitkopf & Hârtel,\n1912, in-8° du 300 pages. Broché 5 mk.)\nSous ce titre original M. Weingartner vient de publier une série d'études parues d'abord\nséparément en diverses revues.\nMalgré leur diversité, ces articles peuvent se rattacher à un sujet commun : l'art d'étudier\net de diriger les chefs-d'œuvre des maîtres ; plusieurs chapitres complètent de façon fort\nintéressante les vues et les études publiées dans 1' \" Art de diriger 1 \" pour l'année précédente,\net sont d'autant plus précieux qu'ils sont le fruit d'une longue et féconde expérience.\nEn dehors des souvenirs personnels de l'auteur : souvenirs d'enfance et de jeunesse,\nd'intimité avec Liszt, et Félix Mottl, l'intérêt de ce livre réside surtout dans les discussions\nartistiques soulevées à propos des hommes et des œuvres : la question des coupures dans les\nœuvres de Wagner par exemple ; la manière de diriger les poèmes symphoniques ae Liszt ; et\nplus loin : Qu'avons-nous à apprendre de Mozart ? de Berlioz ? de Brahms r\nVoici maintenant d'originales dissertations sur : la forme, l'originalité, l'avenir de 1 opeia,\nce que doit être le chef d'orchestre, le rôle des solistes dans les concerts d orchestre, la reforme\n\n1 L'art de diriger (Traduit par Heintz, Breitkopf, 1911)-"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "48", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.48", "texte": "42\nS. I. M.\n\nde la notation des partitions, etc. Plusieurs analyses très fines sont consacrées à Beethoven,\nSchumann, Berlioz et Brahms ; l'enthousiasme du grand chef d'orchestre pour le glorieux auteur\nde \" Benvenuto Cellini \" se manifeste dans des pages vibrantes d'éloquence, où le style si clair\nde M. Weingartner est bien adéquat à son art de diriger.\nL'éminent Kapellmeister propose aussi des réformes très sages pour faciliter la lecture\ndes partitions, surtout en ce qui concerne les instruments transpositeurs : écrire les cors et\ntrompettes en ut3 avec leurs armatures et ne conserver que 3 clefs sol 2e 1. fa 4e 1. ut 3e 1.\nOn indiquerait par de petits chiffres (8) au-dessus ou au-dessous de la clef, qui commande la\nportée, les transpositions d'octave, etc...\nParlant de l'instrumentation, M. Weingartner préconise l'emploi d'un cinquième\ninstrument à cordes accordé à l'octave grave du violon et qui servirait d'intermédiaire entre le\nvioloncelle et l'alto. (Ténor geige).\nIl y a aussi un chapitre sur la flûte-alto, dont M. Weingartner a tenté l'emploi dans un\npoème symphonique : Champs-Elysées, et dans un opéra : Oreste. Cet instrument construit par\nun facteur berlinois M. Moritz, sur les indications de M. Weingartner descend une quarte plus\nbas que la grande flûte en ut actuelle, c'est donc une grande flûte en sol destinée à étendre vers\nle grave le registre de ce type instrumental, et à enrichir ainsi d'une nouvelle couleur l'orchestre\nmoderne.\nLe volume se ferme sur deux poésies : l'une pour célébrer le centième anniversaire de la\nmort de Schiller, l'autre le cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Mozart.\nEst-il nécessaire d'ajouter que toutes les pages de ce livre attestent la plus haute sincérité\nartistique et témoignent de l'idéal le plus fier. A quand la traduction française ?\n\nFélix Raugel.\n\nLIVRES REÇUS\n\\\nSERVIERES (G.). Freischutz,traduction française, avec préface. (Fischbacher\n1913, in-120 de 188 pp. Fr. 2.)\nCROZE (A. de). La chanson populaire (Paris H. Champion 1911,\nin-i 2° de 1 88 pp.)\nCOLLET (Henri). Le Mysticisme (Paris F. Alcan,\n1913, in-8° de 536 pp. Fr. 10.)\nBORGEX (Louis). Vincent d'lndy.(Paris Durand et fils 1913, in-i2'J de\n32 pp. Fr. 2.)\nBOSCHOT (Adolphe). Le crépuscule H. Berlioz 1842-1869.\n(Paris Pion, 1913, in-120 de 712 pp. Fr. 5.)\nANNEE MUSICALE (L'). (Paris F. Alcan 1913, in-8° de 311 pp. Fr. 10.)\nKINSKI (G.). Kleiner Katalog des Sammlung alter Musikinstrumente. (Kocln\nHeyer-Museum 1913, in-120 de 250 pp. et 32 planches. Mk. 2.50.)\n1 Richard Strauss dans ses commentaires du Traité d'orchestration de Berlioz, ne partage pas cette\nmanière de voir."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "49", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.49", "texte": "Les Théâtres\n\nTHÉÂTRE DES ARTS. OPÉRA-COMIQUE. THEATRE\nDES CHAMPS-ÉLYSÉES\nNous entrons dans la période de l'année où les revues mensuelles doivent se hausser à la\ncritique synoptique. Le lecteur trouverait singulièrement indiscrète le conscience professionnelle\nqui me pousserait aujourd'hui à le prendre neuf fois de suite pour confident sous prétexte que\nles Eléments, les Aveux indiscrets, Ma Mère l'Oye, Pigmalion, l'Araignée, les Dames de la\nHalle, le Carillonneur, Benvenuto Cellini et le Freyschiitz furent successivement proposés à\nnotre admiration par des directeurs prodigues.\nTressons donc une seule couronne pour en ceindre le front de M. Jacques Rouché qui fut\npourtant six fois vainqueur dans sa lutte contre l'indifférence publique. Tressons la avec des\nfleurs rares et n'y dissimulons que d'inoffensives épines. Le directeur du Théâtre des Arts a\nadopté une attitude souverainement impertinente. Il s'est donné pour tâche de démontrer à ses\nchers collègues l'absurdité de leurs lamentations au sujet de la rareté des bonnes partitions. Il\ns'amuse à en faire sortir du sol, trois par trois, des quantités considérables, les prend entre deux\ndoigts, les montre à ses confrères dépités et, négligemment, en grand seigneur à qui suffit cette\nplatonique victoire, les rejette au néant. Et la désinvolture souriante avec laquelle il traite ses\ntrouvailles est plus irritante encore pour ses concurrents que ses trouvailles eîles-memes ! Rien\nn'exaspère davantage les fauves affamés de la jungle théâtrale que de voir lun des leur terrasser"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "50", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.50", "texte": "44\nS. I. M.\n\nla proie et l'abandonner, par dérision, sans la dévorer. Car la loi de la jungle interdit aux plus\nfaméliques de toucher au festin ainsi dédaigné et leur estomac en conçoit un furieux\nressentiment.\nEn apprenant à nos subventionnés, toujours prompts à crier famine, que Lully, Rameau,\nMonteverdi, Monsigny, Mozart, Destouches, Florent Schmitt, Fauré, Roussel, Offenbach,\nBruneau, Delibes, Mme de Polignac et Gaubert sont des compositeurs parfaitement comestibles,\nM. Rouché a développé leur appétit tout en leur enlevant sournoisement les moyens de le\nsatisfaire. M. Rouché est un gâcheur !\nSon dernier spectacle contient une petite merveille. Quel directeur pourra se consoler de\nlui avoir laissé capturer dans son minuscule théâtre, d'un coup de son ballet lilliputien, cette\nextraordinaire Araignée de Gilbert des Voisins qui aurait pu tisser entre d'autres murs une\ntoile plus vaste et plus solide ! Il y a dans ce divertissement d'insectes une invention plastique\ninfiniment ingénieuse mais désormais inutilisable. Et, pourtant, que d'exquises choses a faire\navec un tel sujet ! Que de maîtres de ballet ont du envier M. Staats, que de musiciens ont du\nsouhaiter prendre la place de M. Roussel ! Quelle joie d'animer tout ce u petit-peuple , de\ndiscipliner des fourmis rouges, des mantes religieuses, des papillons et des éphémères et\nd'apprendre la gymnastique rythmique à l'intéressante famille des bousiers ! L entomologie\nsemble, d'ailleurs, avoir été particulièrement favorable au compositeur de tant d intéressantes\npages d'une beauté un peu âpre et d'une musicalité parfois rugueuse, car beaucoup d artistes\naprès avoir résisté aux arguments sonores de la Sonate en ré mineur et du Poeme de la Forêt,\nse sont laissé prendre aux fils délicats de l'Araignée. Les concessions faites dans cette partition\nà la sensualité auriculaire vont singulièrement agrandir le cercle des amis de M. Roussel.\nAjoutons qu'une fois encore le music-hall a triomphé au théâtre en la souple personne de\nSahary-Djelly et des deux fils Footit et que ces fantaisistes ont su donner à leurs camarades\n\" de culture classique \" d'assez sévères leçons.\nPendant ce temps, une étrange aventure retenait l'attention des habitués de l'Opéra-\nComique. Le Carillonneur, au lieu de disperser dans l'air nocturne le vol calme de ces petites\ncantilènes irisées qui auréolent les beffrois des Flandres d'un si doux halo sonore, martelait\nbrusquement sur son clavier de bronze un furieux tocsin. De tous côtés les citadins se ruaient\nvers la place Boïeldieu, en gesticulant et en s'invectivant avec frénésie. Que se passait-il donc ?\nTout simplement ceci : M. Xavier Leroux, compositeur à succès, après nous avoir donné une\nsérie de partitions hautes en couleur, larges d'épaules et de hanches, expansives et exubérantes,\ns'avisait de changer sa manière sans en avoir obtenu licence de l'opinion publique. Sa dernière\nfille est blonde, pâle, rêveuse, mélancolique et scandale retentissant ! elle a les yeux\nbleus ! C'est du joli !...\nDéjà, il y a quelques semaines, un petit incident significatif avait frappé les observateurs.\nM. Xavier Leroux avait fait exécuter chez Chevillard deux mélodies avec orchestre, deux\nlieder comme en écrivent passionnément les membres de la Nationale ou de la S.M.I. dans le\nsublime et naïf désintéressement dont la vie ne tarde pas à les guérir. Et ces mélodies avaient\nsurpris par leur tenue musicale, par l'intimité de leur atmosphère, par la dignité de leur style,"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "51", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.51", "texte": "LE MOIS\n\n4 S\n\ntous ceux qui ne voyaient dans leur auteur que le spécialiste du coup de poing mélodique et\nignoraient pour ne l'avoir jamais serrée que la main qui brandissait la trique du chemineau,\nn'était pas calleuse !\nDès les premiers tableaux du Carillonneur la coquetterie musicale affichée par un homme\nde théâtre qui pouvait si bien s'en passer provoqua la plus vive stupeur. Loin de lui en savoir\ngré, les adversaires habituels de ce Bernstein lyrique entrant en littérature furent profondément\nchoqués et dénoncèrent cet outrage aux bonnes mœurs théâtrales. Il en advint autant à Verdi\nle jour où, renonçant aux succès faciles, il entreprit de prouver la subtilité de son oreille et la\nclairvoyance de son goût en adoptant un vocabulaire harmonique nouveau : au lieu d'admirer\nla loyauté et le courage d'un tel geste on s'en scandalisa bruyamment et l'on sait que le jeune\nGeorges Bizet, témoin du miracle, déplora vertueusement la folie du glorieux vieillard.\nM. Xavier Leroux, qui n'est pas un vieillard, a du s'apercevoir qu'à tout âge il est très\ndifficile de passer d'un casier à un autre dans le classeur de l'esthétique. Une surveillance\nrigoureuse est exercée pour que l'ordre règne dans les cartons verts : malheur à qui essaie de\ntromper la vigilance de Monsieur Badin ! Il aura bientôt tous les garçons de bureau à ses\ntrousses. L'auteur du Carillonneur vient de jouer un vilain tour à Monsieur Badin, il n'échap-\npera pas au châtiment que mérite son outrecuidance. Et ce sera justice.\nMéditez, ô jeunes gens, cette édifiante historiette avant d'embrasser une carrière musicale\ndéterminée. Réfléchissez longuement avant d'entrer dans l'arène. En musique, comme dans\ncertains music-halls \" on ne délivre pas de cartes de sortie \". Où la chèvre est attachée il faut\nqu'elle broute. Il est bon de carillonner sur tous les toits la symbolique aventure qui défraie en\nce moment la chronique. M. Xavier Leroux avait de splendides et orgueilleuses moustaches\nde palikare. Certains avaient pris la douce habitude de railler leur insolence victorieuse. Par\njeu, par défi ou par goût, M. Xavier Leroux les abattit un jour, d'un coup de rasoir et\nprésenta soudain à ses détracteurs un visage strictement conforme à l'esthétique du moment.\nMais ceux-ci se voilèrent la face en criant : \" Fi ! quelle horreur ! \".... La mode américaine\na provoqué des drames de ce genre dans bien des ménages parisiens !... M. Xavier Leroux\nlaissera-t-il repousser ses moustaches ?... Nous le saurons bientôt.\nCependant, au jour fixé et à l'heure dite, le nouveau Théâtre des Champs Elysées ouvrait\nses portes. Ce fut un émerveillement. Par une subtile précaution impliquant à l'égard de la\ngent critique une défiance assez peu flatteuse pour la corporation, M. Gabriel Astruc ne nous\na plus rien laissé à révéler sur les trésors qu'il a entassés dans sa maison. Tous nos enthousiasmes\nen présence de l'admirable monument dont s'enrichit la capitale ont été depuis longtemps\ncambriolés ; tous nos lyrismes ont été dégonflés et l'on a forcé tous les tiroirs à épithètes !\nN'attendez donc pas que je vous chante la gloire de Maurice Denis, de Bourdelle, ae Perret,\nde Bouvard, de l'ornemaniste Sporrer ou du ferronnier Bagués : c'est une chanson dont tout\nParis sait reprendre en chœur le refrain ! Et je le regrette : il eut été si agréable de 1 entonner\nle premier !\nLes représentations d'inauguration données dans cette salle, que l'Europe sera, enfin,\ncontrainte de nous envier, appelleraient de longues réflexions. Elles seront extraordinairement"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "52", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.52", "texte": "4-6\nS. I. M.\n\ninstructives et éclaireront très curieusement la mentalité de la foule. Comme don de joyeux\navènement, avant de se lancer dans l'âpre mêlée lyrique, avant de se constituer un répertoire\ncommercialement exploitable, M. Gabriel Astruc s'est offert le luxe de deux expériences\nmusicologiques. Il a voulu tirer au clair deux graves et irritants problèmes restés sans solution\ndans notre histoire contemporaine.\nBerlioz est-il une victime ou un faux martyr ? Son théâtre mérite-t-il l'exhumation ou\nl'oubli ? Sommes-nous à son égard, comme l'affirment les autres peuples, coupables d'une erreur\njudiciaire ? Voilà ce que nous apprendra la résurrection solennelle de \" Benvenuto Cellini \".\nEst-il vrai que le vérisme a faussé l'optique théâtrale des Français? La foule ne s'inté-\nresse-t-elle plus au lyrisme romantique ? Y a-t-il encore un public pour la représentation\nd'un chef-d'œuvre purement musical ? C'est ce que nous révélera la restitution exquise du\n\" Freyschûtz\nNous serons édifiés sur ces deux points lorsque paraîtront ces lignes. Quelle que soit la\nréponse de la foule à ce référendum, il faut féliciter de son courage et de sa franchise le\ndirecteur qui a osé, au début d'une saison riche en promesses de toute sorte, poser nettement\nces deux questions à la conscience française. C'est une grave partie qui se joue pour l'esthétique\nromantique en général et en particulier pour celle du volcanique \" Père-la-Joie \" que défend si\npieusement Adolphe Boschot mais que plus d'un compositeur moderne se refuse énergiquement\nà considérer comme un musicien ! Un soupir de soulagement accueillera la publication des\nrésultats de cette enquête qui nous débarrassera définitivement de ce périodique scrupule... Il\nfaut que la porte de la maison Berlioz soit ouverte ou fermée. Attendons les événements sans\nimpatience : la Musique saura toujours reconnaître les siens !\n\nEmile Vuillermoz.\n\nLes Grands Concerts\nUn retard postal a désorganisé notre\ntrouveront dans le prochain Numéro la chronique\nCLAUDE DEBUSSY sur les Concerts Colo\nThéâtre des Champs-Elysées.\nDans le même Numéro paraîtront également\nLes Concerts Lamoureux."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "53", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.53", "texte": "Une Mystification Musicale\n\nLE CAS RUST\nBien des bévues seraient épargnées aux musiciens et aux musicographes s'ils voulaient se\ndonner la peine d'examiner avec soin l'inappréciable collection des documents manuscrits\nréunis à la bibliothèque de Berlin.\nLa lecture de l'exemplaire autographe de la IXe symphonie de Beethoven pourrait éclairer\nles chefs d'orchestre sur les véritables intentions de l'auteur, faire tomber bien des préjugés et\nrectifier de fortes erreurs qui subsistent encore dans les éditions.\nLes musicographes seraient à même de s'y instruire de choses dont ils parlent trop souvent\ninconsidérément, s'en remettant à l'autorité d'autres musicographes qui ne sont pas plus\ninstruits qu'eux-mêmes sur ces choses.\nNe vit-on pas naguère une bien comique confusion s'établir au sujet du nom d'un cham-\nbellan de Louis XVIII signataire de la lettre de remercîment à Beethoven pour l'envoi d'un\nexemplaire de la Messe en ré au roi de France ? Comment affiibla-t-on le duc de la Châtre\nd'un nom d'opérette à désinence tchèque qui aurait fait le plus singulier effet dans VAlmanach\nroyal de l'année 1823 ? Erreur de lecture... c'est possible, les allemands étant peu habitués à\nnotre belle écriture française du XVIIIe siècle, mais erreur recueillie avec soin et propagée par\ntous ceux de nos musicographes français qui parlèrent de cette lettre.\nIl était pourtant facile de contrôler sur le document à la bibliothèque de Berlin, et il y a\nlieu d'être surpris qu'un critique averti comme M. J. Chantavoine ait lui-même reproduit\nà deux reprises, dans sa \" Correspondance de Beethoven \" 1 ce désopilant quiproquo.\nMais ne voilà-t-il pas que, tout dernièrement, sur l'assertion d'un docteur allemand peu\nperspicace et surtout bien peu musicien, (l'événement le prouve), nos critiques parisiens, nos\nmusicologues français, voire des maîtres incontestés de l'école moderne, embouchant la double\nflûte de l'ironie et de l'indignation, s'avisèrent de partir en guerre et de fulminer des anathèmes\ndans des journaux sérieux, tout cela parce que, sur les 57 sonates écrites par Friedrich Wilhelm\nRust, le très curieux musicien de Dessau qui forme une sorte de pont entre Ph. Emm. Bach\net Beethoven, deux d'entr'elles ont été \" tripatouillées \" à la mode allemande dans l'édition\nqu'en a donnée son petit fils il y a une quinzaine d'années, et parce que le dit petit-fils s'est cru\nautorisé par d'illustres précédents à introduire dans deux autres sonates, trois pièces qu'on\nsuppose être de son crû, sans toutefois en être certain, mais qui n'altèrent en rien le fonds\nmusical de ces sonates. Et nos critiques de se voiler la face..., de parler de scandale et de\nmystification, de crier haro sur le pauvre docteur Wilhelm (le petit fils) qui n'a fait, en somme,\nque tondre du pré musical la largeur de sa langue alors que tant de ses compatriotes et non\ndes moins réputés, ne se sont pas tenus de manger le berger...\n1 Correspondance de Beethoven, traduction par J. Chantavoine, 3ma édition, pages 212 et 279."}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "54", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.54", "texte": "48\nS. I. M.\n\nPourquoi ces indignations un peu comiques en face d'une piété filiale, intempestive et\nmaladroite, d'accord, mais presque excusable en raison même de sa maladresse; et pourquoi ces\ntacites indulgences envers des falsifications d'art tout à fait identiques, mais aggravées par cette\ncirconstance qu'elles ont été généralement commises dans un but de lucre ?\nC'est une habitude passée ;dans les mœurs, en Allemagne, de déranger (bearbeiten)\nl'ordonnance des œuvres d'art, voire des chefs-d'œuvre, d'habiller ceux-ci de vêtements\nmodernes {modernisirer?), de les repeindre et de les revenir à neuf (voir le musée de Berlin...).\nPourquoi, dès lors, prendre tout à coup pour bouc émissaire un petit fils trop zélé en\npassant sous silence les fauteurs de faits similaires ?\nC'eût été cependant une belle occasion de s'en expliquer...\nEt, à tout prendre, qu'est-ce que ce pauvre docteur Wilhelm a donc fait de plus repré-\nhensible que tant d'autres ? Par exemple :\nHans de Bulow publiant sous le titre menteur : d'étranges\nélucubrations sur 18 charmants Ezercizidu compositeur napolitain, arrangements sans pudeur\noù la gracilité et l'élégance italiennes s'étiolent sous la lourdeur des polyphonies germaines, où\nla direction de la ligne mélodique n'est même pas respectée ?...\nQu'a fait de plus ce pauvre docteur Wilhelm, que Tausig ajoutant des pages entières de\nsa composition aux Ezercizi de Scarlatti ou que le Bulow déjà nommé éditant, comme sonates\noriginales de Ph. Emm. Bach, de simples fantaisies de M. de Bulow sur des thèmes du dit\nBach ?...\n/ Qu'a fait le docteur Wilhelm de plus condamnable que Fr. Liszt dénaturent pour\norchestre et piano la merveilleuse Fantaisie en ut de Schubert et en faisant, par d'inutiles\nadjonctions, un morceau long, lourd et mal équilibré ?...\nQu'a fait de plus le docteur Wilhelm que Czerny et Griepenkerl changeant, dans\nl'édition Peters, la signification expressive des préludes et fugues du\nou que la même édition Peters publiant sous le nom de \" Concertos de Bach \" des duos de\nVivaldi, et supprimant effrontément des trentaines de mesures dans les symphonies d'Haydn,\nà seule et économique fin de faire tenir la partie de violon en quatre pages ?...\nQu'a fait de plus le docteur Wilhelm qu'un Robert Franz modernisant les Cantates de\nBach, qu'un Félix Mottl réorchestrant à neuf les airs de ballet de Gluck et enfin que la légion\ndes arrangeurs et dérangeurs de la belle littérature du violon, depuis David jusqu'à Kreisler ?\nAlors pourquoi cette subite levée de boucliers contre le seul docteur Wilhelm ?\nEt surtout cela est plus grave pourquoi venir affirmer à la légère et sans preuves\nque, parce qu'il a été modernisir par son petit fils, le vieux Rust n'existe plus musicalement,\nque ses compositions ne sont plus que des productions \" des plus banales \", des pauvres petites\nsonates dans le style de la galanterie du XVIIIe siècle, bref que \" c'est le néant !... \"\nEst-ce que les noms des Scarlatti, des Bach, des Corelli, des Vitali, des Gluck et des\nSchubert sont à banir de l'histoire de la musique parce qu'il a plu à un Bulow, à un Tausig,\nà un Franz, à un Czerny, à un David, à un Kreisler, à un Mottl ou à un Liszt de dénaturer\nleurs œuvres ?"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "55", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.55", "texte": "LE MOIS\n+9\n\nQuant à traiter de banales et inexistantes les compositions de F. W. Rust, il faudrait\nvoir !...\nJe viens de lire l'œuvre entière du musicien de Dessau, du moins les quatre-vingt trois\nouvrages en manuscrits autographes déposés à la Charlottenstrasse, ainsi que ceux qui furent\ngravés au commencement du XIXe siècle, et je reste émerveillé de leur haute valeur musicale.\nCet examen m'a plus que jamais convaincu que F. W. Rust fut un très grand artiste, un\ncompositeur éminemment attachant non pas seulement en raison de sa hardiesse harmonique\net de sa façon, toute nouvelle à son époque, de traiter l'écriture des instruments, piano,\nviole ou violon, mais surtout parce que, dans son œuvre on ne rencontre pas seulement des\nformules, comme dans cette école symphonique de Mannheim, si injustement vantée, mais\nde la musique, de la vraie musique... et enfin parce qu'il forme un bien intéressant trait\nd'union entre le style de Ph. Emm. Bach et celui de Beethoven, dont il est, non point le\nprécurseur, mais Vun des précurseurs les plus caractérisés.\nL'œuvre connu de F. W. Rust peut se classer ainsi qu'il suit : 21 sonates ou variations\npour piano ; 28 sonates pour violon ; 8 sonates ou pièces pour alto ou viole d'amour ; 1 sonate\npour violoncelle ; 3 sonates pour harpe ; 6 compositions pour musique de chambre ; 8 recueils\npour chant; lieders pour une ou deux voix, avec ou sans chœur; 2 opéra-comiques ; 6 cantates.\nCes compositions, en partie datées par leur auteur ne sont pas toutes de même valeur ;\névidemment les sonates de la jeunesse de Rust portent l'empreinte de l'art d'un Ph. Emm.\nBach qui aurait cultivé Scarlatti.\nMais, à partir de 1788, l'intérêt musical s'accroit de plus en plus, et c'est alors qu'ap-\nparaissent des œuvres de tout premier ordre : les sonates pour piano en mi mineur, en la majeur\nen rè mineur (sur thème de \" l'Offrande musicale \"), celle en rè bémol, puis les grandes\ndernières : en ré majeur, en ut majeur avec la magistrale fugue, et enfin l'admirable sonate en\nfa dièze mineur ; puis les sonates pour violon en ut, en réy en si bémol, toutes trois extraordinaire-\nment beethovéniennes, celles en si mineur, en si majeur, où le violon est accordé un demi-ton\nau dessus de l'accord normal, enfin celle si bémol mineur ; puis voici le quatuor en la bémol, les\ncurieux trios pour viole d'amour et deux flûtes, pour alto et deux cors, enfin le lied avec chœur\nsur la mort d'un enfant, si plein de vraie et douloureuse émotion...\nEt je ne cite ici que les œuvres vraiment belles. Il y en a une foule d'autres extrême-\nment curieuses et hautement intéressantes pour l'histoire de l'art du piano et du violon ainsi\nque pour l'enseignement de ces deux instruments.\nLorsque, il y a environ quinze ans, parurent les dix à douze sonates éditées par les soins\ndu petit fils, on reconnut facilement ça et là l'usuel tripatouillage allemand, mais les artistes\nqui 11e font pas constituer la musique uniquement dans l'arrangement plus ou moins ingénieux\ndes parties intermédiaires, furent frappés par le cachet de beauté de ces compositions, subsistant\nmalgré les surcharges à la Liszt et les harmonies à la Gounod...\nEh ! bien, on ne peut se douter je l'ai constaté avec joie combien ses œuvres gagnent\nà être vues dans leur état de nature et débarrassées des oripeaux modernes qui en voilaient les\ngracieux contours. Alors, telle intéressante sonorité, telle forme originale qui s'enlisaient dans"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "56", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.56", "texte": "50\nS. I. M.\n\nle sable mouvant des dessins surajoutés, apparaissent clairement en lumière et viennent rehausser\nd'autant l'intérêt musical.\nPar exemple, ce dont personne ne se doutait, il y a quinze ans, c'est que le petit fils avait\ninsinué trois pièces de sa propre composition (ou du moins on le suppose) dans les sonates en\nut et en rb, puis transcrit et splendidement paraphrasé dans cette dernière la belle ode sur la\nmort d'un enfant, et enfin ajouté à une autre une fugue écrite pour l'orgue par son grand'père.\nCette adjonction de trois pièces d'origine inconnue à deux seules des cinquante sept sonates\nde Rust et le remaniement indiscret de l'écriture de deux autres, sans toutefois que la musique\nen soit changée, voilà à quoi ce bornent les méfaits du pauvre docteur Wilhelm.\nC'est bien peu de chose en comparaison des crimes de lèse-musique cités plus haut et\ndont personne ne semble s'indigner...\nEn somme, on se trouve avec F. W. Rust en présence d'un musicien d'une haute valeur\net d'une très curieuse originalité pour son époque ; ses œuvres principales sont pleines de\nmusique, d'une intérêt particulier pour la technique et l'esthétique du violon et du piano, et,\nsans contredit, infiniment supérieures aux sonates de Mozart leurs contemporaines.\nNous sommes loin des \" pauvres petites sonates \" dont les musicographes font des gorges\nchaudes ! Mais alors, où est donc la mystification ?...\nIl semblerait bien, en résumé, que ce n'est ni le public ni les musiciens mais nos bons\nmusicographes qui ont été mystifiés par un joyeux fumiste répondant au nom de Herr doktor\nNeufeldt... Il existe, même en Allemagne, des docteurs u pince sans rire \" !...\nToutefois, que des musicographes, qui, en somme, n'ont pas besoin d'être musiciens et\nqui ont malheureusement la manie de confondre document historique avec œuvre ce qui\nn'est pas du tout la même chose, que ces musicographes, dis-je, se méprennent sur la valeur\nmusicale des documents ou œuvres dont ils parlent, cela n'a rien qui puisse surprendre ; mais\non a le droit de rester soucieux lorsque l'on voit des maîtres de la musique moderne se laisser\nentrainer a commettre la même bévue et attacher à des œuvres de charme et de beauté\nl'étiquette désobligeante de \"sombre néant \".\nDans ce cas, il ne peut y avoir que deux hypothèses possibles : ou ces maîtres sont insen-\nsibles à la musicalité d'une œuvre et ne la jugent que sur son vêtement et son extériorité, ce\nqui semble a priori inadmissible, 0u..,, ils ne connaissent pas une note des ouvrages qu'ils osent\nsi sévèrement qualifier.\nM. Vincent d Indy a communiqué les épreuves de cet article à notre excellent confrère Le Temps\nqui s est empresse de mettre sous les yeux de ses lecteurs, la thèse de notre collaborateur, comme il avait\nenregistré les déclarations de M. Théodor de Wyzewa.\nM. de Wyzewa a repondu a M. Vincent d'lndy, en prenant la défense de Mozart, en refusant\nd assimiler aux procédés du petit-fils de Rust, les changements apportés par Hans de Btllow aux pièces\nde Scarlatti et en invitant son eminent contradicteur à verser dans le débat les preuves matérielles des\naccusations qu'il porte contre M. Neufeldt.\nIl nous a semble intéressant de faire sortir cette discussion du domaine subjectif où elle risque de\ns'éterniser, en priant M. Neufeldt de présenter lui-même dans S. I. M. la défense de sa thèse, et de\nsoumettre à nos lecteurs les pièces à conviction de ce curieux procès. N. D. L. R.\n\nVincent d'Indy."}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "57", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.57", "texte": "SOCIÉTÉ DES CONCERTS\nA propos des Béatitudes de César Franck\nJean Laporte.\nLe nom de César Franck, la mémoire de César Franck, comme l'apparition sur un\nprogramme de concert d'une de ses œuvres et particulièrement des Béatitudes, imposent le\nrespect : les mots glorieux surgissent à son propos : la fumée des encens s'élève des gazettes, et\nl'on peut affirmer, sans craindre le démenti que le miracle d'Orphée est renouvelé constamment\npar l'ancien organiste de Sainte Clotilde : il calme, il apaise. Il apaise: son œuvre ne renferme\npas seulement des monômes de notes congelées avec art et une rythmique d'un archaïsme\ncharmant qui se répète inlassablement, elle contient également des affirmations têtues et des\nénergies latentes dont le pouvoir est certain. Elle s'accorde aux temps modernes par de\nmultiples raisons : nous traversons en ce moment une prodigieuse voie lactée musicale :\nles météores et les comètes à longue chevelure abondent comme aussi les étoiles de première\ngrandeur Sirius, Altaïr, Aldébaran : un concert s'élève où il y a à entendre et à attendre : les\nfils de rois sont nombreux : ils parlent à voix haute: leurs entreprises dissemblables ne peuvent\ns'affectionner. Et c'est alors que la voix du pire se fait entendre.\nBeaucoup réclament pour eux les discours musicaux de César Franck ; certains impro-\nvisent un a vocero \" en son honneur et font une main mise intransigeante sur l'héritage sacré:\nd'autres se contentent, comme les naturels Ouessantins pour les péris en mer, d'enterrer avec des\nairs religieux et profanes un simulacre du mort, de faire une \" proella \". Mais, en somme\nl'unanimité s'accorde à rendre hommage au très pur, au très digne, au très grand. Et ce privilège\nsi rare dans les fastes musicaux est dû sans doute à ce que Franck a su immobiliser en quelque\nsorte la musique et arrêter le long de la pente de l'inspiration des phrases mélodiques qui auraient\npu s'épandre en riches cascades. Le musicien averti aperçoit trop de trésors profonds affleurant le\nsol pour porter un poing sacrilège contre celui qu'il préférera caresser d'une main cauteleuse ou\ncandide. Autour des Béatitudes la garde est montée sévèrement : c'est en effet une œuvre nom-\nbreuse qui a suscité de nombreuses gloses comme le Sermon sur la montagne qu'elle illustre.\nCe sont des œuvres cependant qui dépassent toute querelle : Le Christ n'est pas plus\nd'une religion que l'œuvre de Franck n'est d'une école : ce sont classifications inutiles et\nlourdes. Il faut entendre certains mots ou certains sons les yeux voilés et vêtu, comme dirait\nl'autre, d'un lin candide : des musiques évoqueront les cloches du soir pour ceux dont l'enfance\nfut bercée dans les campagnes à angélus et des refrains populaires grisants et malodorants pour\nceux qui poussèrent au coin des carrefours.\nSi la théorie des milieux de Taine était exacte, l'art de Franck serait le plus artificiel le\nplus factice le moins vivant, l'homme des cathédrales, Mérovak, ayant eu sa première incarna-\ntion dans l'admirable musicien qui passa de nombreuses années, sous- des voûtes renouvelées\nde l'art gothique et y recueillit le plus pur de son inspiration. On retrouve en effet dans maintes\npages de son œuvre les proportions des temples religieux l'harmonie des arches qui retombent\nénergiquement et l'arc brisé des mélodies.\n\"L'homme descend parfois sur terre \" disait Oscar Wilde : et telle page de Franck nous\na fait parfois souvenir de cette amère boutade du malheureux anglais; on en trouve l'application\nquoi qu'il en semble, dans quelques endroits des Béatitudes. Car les sons offerts à notre curiosité,\nà notre délectation par César Franck nous procurent certes une joie extrême mais non de cette\nqualité céleste que d'autres œuvres du maître pourront évoquer et que suscitent genereusement,\ninfailliblement, les subtiles les prodigieuses créations de celui que vers le tournant du vingtième\nsiècle découvrit le pays de la quatrième dimension musicale."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "58", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.58", "texte": "Cabarets et Music=Halls\n\nLe Malade imaginaire de Molière a comparu devant le public de Bobino, music-hall qui\nchaque soir ouvre ses portes cochères sur les trottoirs tumultueux de la rue de la Gaîté, par\ndelà la gare Montparnasse. L'épreuve, comme il fallait s'y attendre, a tourné à son honneur\net à celui de ses vaillants interprètes 5 qui selon l'ancien usage du théâtre ajoutent à leur nom\npersonnel la désignation de leur emploi : chanteur typique, chanteur à voix, comique troupier,\ndiseuse de genre ou ténorino bouffe. De fait, le patron aujourd'hui vénérable de notre Comédie\nFrançaise n'avait certainement pas dû rencontrer toujours, en ses tournées provinciales, une salle\naussi spacieuse, ni par la suite, au Petit-Bourbon non plus qu'au Palais-Royal, un auditoire\naussi dévot. Ce dont il se fût réjoui cependant, c'est de voir, largement placardées à l'entrée,\nentre les affiches prometteuses d'équilibristes ou de chansonniers, les feuilles quotidiennes, avec\nleurs éloges, encadrés d'un crayon fier parmi le fatras des entrefilets : de son temps on n'accordait\npas tant d'estime aux gazetiers, ou peut-être on les méprisait plus ouvertement parce que leur\npuissance était moindre ; ils se vengeaient par des injures et des calomnies dont Molière eut\nbeaucoup à souffrir ; nos mœurs sont en progrès, puisqu'elles sont plus dissimulées.\nQuel spectacle instructif lui eussent offert aussi ces têtes aux regards parallèlement fixés\nà la scène dans un même et presque douleureux effort d'intelligence ! De pauvres têtes,\npresque toutes, pâlies par l'usine ou le bureau, plissées de soucis, séchées d'alcool, têtes naives\net dociles, foule inconsistante, prête à recevoir tous les mots d'ordre, à suivre tous les exemples,\nà s'exalter pour tous les fanatismes. Ici le rire est de rigueur : c'est pourquoi on souligne\nchaque mot d'un éclat vite coupé pour ne rien perdre de la suite ; les acteurs, non insensibles\nà tant de bonne volonté, détaillent le texte sacré, ralentissent le débit au point de rendre\ninvraisemblables les discours simultanés de M. Diafoirus et d'Argan ; la petite Louison,\nlorsqu'elle dit à son père : u Au nom de Dieu, ne me donnez pas le fouet \", favorise l'erreur\ninévitable par un accent qui change en un juron cette supplication, et la salle entière pousse\nun \" ho \" de joie scandalisée.\nSeules quelques jolies filles aux toilettes fraîches encore que dépourvues de ligne, se con-\ntentent de sourire et évoquent à voix presque haute le souvenir de l'Odéon. Filles d'ouvriers,\nde concierges ou de comptables, elles ont fréquenté les ateliers de peintres qui pullulent en ce\nquartier, et souvent y sont demeurées après la pose terminée ; elles ont pour amies des\nchanteuses, des figurantes ; elles trouvent elles-mêmes, aux époques de vertu forcée ou consentie,\nl'utilisation de leurs grâces naturelles sur les divers tréteaux du faubourg parisien. Mieux que\ntous les projets de nos législateurs elles résolvent la question sociale en démontrant que le\npeuple, celui de Paris surtout, peut s'élever jusqu'aux délicatesses et même aux frivolités du\nplaisir, non dans son ensemble, mais par l'intermédiaire d'une élite, dont elles sont par droit\nde beauté, et nos plus romanesques officiers de marine ne dédaigneraient pas de venir chercher\nen leurs rangs babillards de petites alliées.\nCependant l'artiste de la scène, s'il est intimement flatté par l'approbation de ces connais-\nseuses, doit avant tout briguer les applaudissements du gros public. C'est pourquoi l'interpréta-\ntion reste bien en deçà de la fantaisie outrancière qu'on pouvait espérer, et que certes Molière\neût accueillie avec reconnaissance. Seul M. Charlay a osé faire de Thomas Diafoirus un benêt\népanoui, dont chaque mot, chaque geste étale l'imbécillité satisfaite ; et, comme il ne fait que"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "59", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.59", "texte": "LE MOIS\n53\n\npoursuivre le trait de Molière, sa charge au lieu de s'écarter de la nature la creuse plus avant,\nprécise le type immortel, le rapproche et nous fait reconnaître en cet apprenti qui parle latin\nla \" bête à concours \" qui de nos jours exerce impunément ses ravages après un triomphe de\nmémoire aux épreuves de l'internat. M. Diafoirus le père, sous les traits de M. Sarvey, est\négalement un bon portrait du patricien illustre qui s'exprime en termes rares avec une diction\nrecherchée, et use de son renom pour le succès d'un fils indigne. M. Emile Rhein, à qui était\néchu le rôle écrasant d'Argan, a bien vu quel parti on pouvait tirer de ce nerveux que nous\ndirions aujourd'hui neurasthénique, de ses colères soudaines, de ses criailleries sans motif, de\nsa faiblesse, de son irrésolution, de sa crédulité folle, enfin de la traditionnelle avarice qui seule\nreste debout parmi les débris de son caractère effondré ; mais il n'a osé le rendre bouffon, et\npourtant Molière allait certainement jusque-là. Mlle Lolita est une Toinette sans malice, et\nplutôt bonne à tout faire que soubrette de comédie ; mais Mlle Rosaberth apporte à Angélique\nune sincérité de jeunesse que tous nos théâtres, les subventionnés surtout, pourraient envier\nà Bobino.\nLe public des Folies-Bergères est goulu de femmes. Il existe des gourmets qui consacrent\nleur repas à un seul plat dont ils étudient la saveur ; il est de bons buveurs qui vident lente-\nment une bouteille et la méditent. Un autre n'est content que s'il entasse les truffes sur les\nhuîtres, et confond le bourgogne avec le Champagne. A ces financiers étrangers, à ces commer-\nçants du centre parisien, à ces provinciaux en rupture d'austérité, n'allez pas dire qu'une\nfemme peut capter en la nuance de son regard la beauté non de son sexe seulement, mais de\nl'univers. Ils vous traiteraient de poète. Ce qu'il leur faut, ce sont tous ces bras balancés, toutes\nces jambes au même instant levées, toutes ces joues roses du même fard, toutes ces gorges\nservies à point en de pareils corsages comme des fruits frais en des corbeilles. Ce qui mettra le\ncomble à leur béatitude, ce sont des costumes qui fassent au corps féminin quelque injure ou\nquelque violence, suggérant ainsi à ces pachas d'une heure l'idée flatteuse que les désirables\nesclaves sont à leur merci. De là tant de travestis qui accusent ce qu'ils devraient cacher, et,\nsous prétexte d'hirondelles, d'asperges, de fleurs de marronnier, de pruneaux, tant de fourreaux\noppresseurs. A quoi rêvent nos classes moyennes ? Le music-hall qu'elles fréquentent donnera\nla réponse. Mais aussi, en accomplissant le rêve, il en détruit la hantise. Ce que disait Aristote\nde la tragédie est vrai de tous les genres dramatiques. La passion se décharge par un exercice\nillusoire. De retour en leurs foyers, ces braves gens, même s'ils se sont tenus au plaisir des\nyeux, contempleront avec moins de haine la chemise talaire dont leurs épouses dissimulent des\ncharmes à jamais endormis.\nMM. Bataille Henri et Lucien Boyer ont fait de leur mieux pour sauvegarder, en cette\nrevue printanière qui est surtout potagère, autant presque qu'un poème de Mme de Noailles,\nles droits de l'esprit. Leurs couplets sont grivois ; on les écoute à peine. Même cette affriolante\nfraise, qui croit, ne vous déplaise, ajoute la rime, au bord d'une source, sous un ombrage, passe\ninaperçue, parce qu'on se hâte d'étudier les huit maillots empourprés qui sur la scène l'incar-\nnent. Seul le rire peut pour quelques instants faire oublier la convoitise. C'est Dorville\nqui l'amène avec lui, accroché aux plis tombants de sa bouche, à son nez déçu, même aux\naccidents de sa voix enrhumée. Il est si heureusement doué qu'un accent à peine marque lui\nsuffit pour rendre un mot irrésistible ; il le sait, et joue de ce physique merveilleux en délicat\nartiste. Voyez-le prendre possession de cet appartement moderne, et expliquer allègrement\naux siens l'usage de cette roue qui tournée à propos fera surgir toutes les commodités inscrites\nsur son cadran : Quittance, Concierge, Pompiers, Domestiques, Cocotte, Aspirator. Il entreprend\nde se raser ; au-dessus de la toilette, ce qu'il prend pour une glace n est qu une baie ouverte\npar où un deuxième personnage imite inversement tous ses gestes, et tout a coup, passant le"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "60", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.60", "texte": "54\nS. I. M.\n\nbras par l'ouverture, atteint sa joue savonneuse. \" Tiens, s'écrie Dorville, voilà que je m'ap-\nplique une gifle à moi-même. C'est étonnant, ce qu'on arrive à faire avec l'électricité. \"\nC'est M. Tommy Footit qui joue avec la plus alerte précision le rôle du double. Il\nanime aussi, secondé par son frère Georgy, les quatre pattes du taureau dont leur père est le\ntoréador, dans une parodie de Carmen qu'on pouvait faire plus précise. Il est regrettable qu'une\nmission plus importante n'ait pas été confiée à ces jeunes gens dont on n'a pas oublié l'émou-\nvante bouffonnerie dans Dollyy le ballet du Théâtre des Arts.\nUne musique aimable accompagne ces exhibitions et ces facéties. C'est le chef d'orchestre,\nM. Lachaume, qui l'a établie en rapprochant, sur la trame d'un clair orchestre, des airs\npopulaires et des fragments d'œuvres appropriés, comme cette impression du matin dont le\npublic savoure la tendresse ingénue en ignorant le nom de son auteur, Edvard Grieg. Ce\nmusicien raffiné jusqu'à la langueur, un des premiers chercheurs de l'harmonie moderne, ne\nse doutait guère qu'il dût un jour charmer les foules ; mais la foule ne suit que son plaisir, et\npeu lui importe qu'une musique ait été condamnée au tribunal de la critique, comme trop\nsavante, s'il en ressent en toute simplicité l'émotion. Il lui suffit que cueillant ses fleurs où bon\nlui semblait, M. Lachaume en ait composé un bouquet joli et parfumé.\nLe cabaret n'est pas comme le music-hall un dévorateur de cohues ; à peine si son entrée,\npareille à celle d'un café d'habitués ou d'une teinturerie de confiance, attire, par une phospho-\nrescence discrète, les regards initiés. Mais on n'obtient accès aux régals de l'esprit, tout\ncomme aux délices de la vertu, qu'en passant par la porte étroite. Dressé sur les hauteurs d'où\nil se refuse à descendre, le cabaret nourrit les music-halls de la plaine, dont il n'a pas la\nmachinerie puissante ni les galantes équipes d'ouvrières ; mais sans les joyeux couplets, sans les\nscènes plaisamment l'une à l'autre accrochées, sans les prétextes toujours renouvelés aux cortèges\net aux tableaux vivants, ce matériel resterait sans emploi, ce personnel immobile. Or ces allu-\nsions, ces jeux de mots, ces situations, ces idées dont s'émerveille le grand public anonyme, ont\npresque toujours été mis à l'épreuve d'abord devant les auditoires restreints du cabaret ; on a\nseulement, pour cet usage plus vulgaire, émoussé les pointes trop pénétrantes, élagué les équi-\nvoques les plus subtiles, enfin grossi le tout par un enveloppement de spectacle et un bourrage de\nlieux communs. Même les airs qu'on entend chanter au music-hall, quand ils ne sont pas depuis\nlongtemps populaires, sont empruntés aux plus récentes créations de nos chansonniers.\nTrès artistement dirigé par le célèbre et sympathique Montoya, le cabaret des Quat'z Arts\npoursuit et développe la noble tradition du Chat noir : il joint à la chanson la pièce d'ombres\nqui permet, comme on sait, les plus expressifs raccourcis. Trop étroit pour contenir l'empres-\nsement des amateurs, la salle en rapprochant les visages crée entre tous une intimité passagère\nmais complice, où les sourires d'un rang à l'autre se communiquent, où chaque mot, chaque\naccent, chaque syllabe, est happé au passage par les curiosités qui l'une l'autre se surexcitent ;\nle chansonnier debout près du piano sur une estrade à peine surélevée est un ami qui laisse aller\nsa verve, sûr d'être compris, et du regard pardonne quand les rires ou les applaudissements\nsaluent ce qu'il semble trouver sans y penser. Or ces couplets aux vers menus, aux rimes légères\nfaits de mots familiers, sont de véritables chefs d'œuvre de cet art parisien qui par défi de\ncoquetterie choisit une matière sans éclat, mais sait si bien la façonner et l'assortir, qu'il en fait\ndes parures magiques et des merveilles de lumière. C'est M. Cançon qui distille insidieusement\nles étapes d'un imprudent voyage et les progrès d'un aviatrice bientôt experte au maniement des\nrigides leviers ; M. Carol qui dépeint sur le mode agreste la joie des lilas dans un jardin prési-\ndentiel qui vient de changer de maître ; M. Brienne qui feint, en la chargeant à peine, l'affec-\ntation superflue et l'imbécillité sincère d'un poète si indigne de ce nom qu'on vient de le\ndécréter prince; M.Jacques Ferny qui explique avec une satisfaction doctorale les avantages d'un"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "61", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.61", "texte": "LE MOIS\n5 5\n\ninintelligible système de représentation proportionnelle; M. Vincent Hyspa qui de sa brusque\nironie flagelle un uniforme verdoyant, puis le lyrisme printanier, enfin les pourparlers sans\ncesse proroges de la paix balkanique, et l'auditoire entraîné reprend en choeur ce refrain\ninvariable :\nEt la séance fut levée à Vunanimité\nEt ces Messieurs s\"*en sont allés\nBras dessus bras dessous pour déjeuner.\nEnfin c est Montoya lui-même qui malgré la fatigue dont le menace Messaline, veut bien\ndonner à ses admirateurs deux de ses œuvres charmantes, la Ballade poitevine et la Sérénade\njalouse. Le bon chanteur dont la voix suave a pourtant de si fermes contours ! Le bon poète\nqui sait en quelques lignes et en quelques notes faire tenir la chimérique douceur des pastorales\nou l'ardeur farouche de la passion déçue !\nMessaline est l'histoire, contée sans amertume et même avec quelque pitié caressante, de\ncette impératrice féroce et malheureuse, toujours en mal de l'amour qui la fuit, entraînée par\nla fatalité de son corps aux curiosités, aux débauches, aux crimes et enfin au désespoir mortel.\nQui de nous n'a rencontré quelque Messaline, d'autant plus dangereuse qu'elle est plus\nmisérable ? Celle d'aujourd'hui dispose de ressources plus variées qu'elle épuise plus rapidement\nencore : elle s'enivre d'alcool, elle fume l'opium, fort mal d'ailleurs, en brûlant les pipes et ne\ncherchant que l'hébétude de l'abus ; elle passe à l'éther, à la morphine, à la cocaïne, et comme\naucune chimie ne peut guérir l'infirmité secrète de sa chair, elle reste inapaisée, affaiblie seule-\nment, malade, décharnée, et folle d'un désir qu'elle est devenue incapable d'inspirer. Sur ce\nsujet éternellement vrai, M. Jean Messager a écrit une musique très souplement émouvante,\ndont M. Montoya fait excellemment valoir les accents variés ; les silhouettes de M. Geo\nDorival sont découpées d'une main sûre, et l'éclairage en est fort habilement nuancé. Chacun\nde ces tableaux dure tout juste le temps nécessaire pour donner son effet et jamais les auteurs\nne cèdent à la tentation du développement. Bel exemple qu'on pourrait méditer avec fruit sur\ndes scènes plus vastes.\nCette jolie soirée a pour épilogue une revue lestement enlevée par la charmante Santerne\net ses camarades Brienne, Spark, Manescau, d'Astorq. L'une des scènes les plus réussies met\naux prises un ministre aujourd'hui très parisien avec son passé provincial, socialiste et populaire ;\nmais après quelques reproches réciproques les deux personnages se mettent d'accord sur une\nsouriante indifférence. Le cabaret ne respecte rien, pas même les hommes politiques que le\nmusic-hall glorifie comme des sauveurs et juche au pinacle de ses apothéoses. La foule a besoin\nd'une foi dont seule une rare élite peut être privée sans danger.\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "62", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.62", "texte": "Concerts Divers\n\nLa mode du concert dit \" spirituel \" tend à se perdre en France. Autrefois la semaine\nde Pâques voyait éclore un nombre invraisemblable de récitals sacrés dont la spiritualité\nétait d'ailleurs singulièrement approximative et le public prenait plaisir à ces auditions d'un\ncaractère un peu exceptionnel. Mais on a abusé de sa naïveté en lui offrant trop souvent sous ce\ntitre le banal répertoire courant ou les laissés pour compte de la saison d'hiver, et il s'est lassé.\nCette année les impresarii ont définitivement renoncé à afficher des tendances spiritualistes.\nEt le public a pris des vacances bien gagnées.\nPas longtemps. Des sociétés orchestrales qui avaient sommeillé tout l'hiver s'éveillent\nsoudain : l'Association Hasselmans se signale par l'intérêt particulier de ses programmes\noù l'on voit Sylvio Lazzari voisiner avec Maurice Ravel, Roger Ducasse et Séverac,\noù Melle Bréval chante ou Melle Micheline Kahn, vient, à l'instar de Tristan, \" harper pour\napaiser notre déconfort Les concerts Sechiari caracolent sous la cravache d'Enesco\npuis du professeur Kaehler, chef d'orchestre de l'opéra de Schwerin. L'orchestre de la\nSchola Cantorum continue sous la direction de Vincent d'lndy son petit cours d'histoire:\nXaver-Richter, Haydn et Beethoven sont les trois chapitres de ce que les organisateurs\nappellent un peu légèrement peut-être l'Histoire de la Symphonie. Les Chanteurs de\nSaint Gervais ont donné une excellente audition de musique religieuse sous le patronage\ndes Amis de la Musique : Mounet-Sully, MMmes Raunay et Croiza, MM. Plamondon et\nJoseph Bonnet partagèrent leur succès. La Société Nationale rend à Erik Satie un\nhommage trop longtemps différé : malgré le cynisme de sa dédicace on peut estimer en effet\nque l'auteur des Préludes flasques n'écrit pas de la musique pour les chiens. Magnard, Jean Cras,\nC. P. Simon et Blair Fairchild lui font une escorte d'honneur. Et Vinès feuillette le livre des\nPréludes de Debussy que l'auteur nous avait entr'ouvert."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "63", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.63", "texte": "LE MOIS\n57\n\nMme Jeanne Hersclier, se signale par une heureuse initiative. Avec de prudentes\nprécautions oratoires car l'opinion n'est pas tendre aux transcripteurs et M. Vierne ne\nplaisante pas ! elle vulgarise intelligemment par d'adroites versions pianistiques tout un\nadmirable répertoire d'orgue que nous n'entendrons jamais sous sa forme originale. Les mânes\nde Nicolas de Grigny, de Roberday, de Marchand, de Dandrieu, de.Clérambault, de Boesset,\nde Lambert ou de d'Aquin lui doivent une sérieuse reconnaissance. Quelques pianistes de\nmarque : le fougueux Montoriol-Tarrès qui semble vouloir enfin faire bénéficier les com-\npositeurs modernes de sa puissante technique jusqu'ici vouée aux seuls chefs-d'œuvres classiques;\nle vertigineux André Clievillion dont le mécanisme est célèbre mais dont l'intelligente\ninterprétation égale la virtuosité supérieure ; Ossyp Galîrilowitscll dont le repertoire va de\nMozart à Tchérepnine ; Paul (irold.Seh.mitt qui mime de la tête et des épaules les émo-\ntions que doivent dispenser ses dix doigts ; Joseph Vecsei qui se fait accompagner par\nl'orchestre Philarmonique excellemment dirigé par Lucien \"W\"uriïlSGr ; Miss Morall\nDrewett dont la vélocité est prodigieuse et la sonorité exquise et qui sera une délicieuse\ninterprète de l'école contemporaine ; Jules ertïteim, Clarence de Amelungen,\nMlle Irène Reichert ; la célèbre virtuose russe Lufoa d'Alexandrowsky et le beetho-\nvenien Baekhaus.\nUne modeste équipe de violonistes : Barozzi qui lutte avec l'orchestre Hasselmans\nHenry Duval qui se fait assister de Rhené Bâton ; Daniel Melsa qui pour le même usage\ndéplace le merveilleux Nikisch ; Mlle Roussel, énergique et gracieuse, et M. Giulio\nHarnisch qui se fait procéder d'une photographie menaçante qui glace d'eftroi les mélomanes\nles plus intrépides.\nUne harpiste, mais de premier ordre : Melle Suzanne Cardon qui a donne son\npremier concert mais qui a, d'un seul coup, conquis la gloire. Un flûtiste, mais de mérité supé-\nrieur : l'excellent Blanquart qui a l'estime de tous les musiciens.\nMlle Lucy Vauthrin sait choisir ses accompagnateurs : MM. Gabriel Fauré, Alexandre\nGeorges, Pierre de Bréville, Albert Roussel, de Séverac. Le public prouve a la delicieuse artiste\nqu'il ne s'est pas encore résigné à son départ de l'Opéra-Comique.\nMme Alvina-Alvi nous révèle d'admirables chants populaires hébraïques ; 1 Accord\nParfait donne une audition éclectique mêlée de danses ; les Concerts Chaigneau\ncontinuent leur œuvre de large vulgarisation ; La Société des Amis de Balzac nous\nrévèle des pages intéressantes de Stuart Willfort. Le LyCBUHI déploie une activité considérable;\nReynaldo Hahn, Mlle Gignoux, Alexandre Georges s'y font chaleureusement par\nune assistance de choix ; un très intéressant concert de Musique Tchèque fait apprécier\nl'effort des Novak, des Fibich, des Suk et des Fœrster ; M. Henry Prunières étudie avec\nune élégante érudition la vie musicale à Rome au temps de Luigi Rossi ; M e Marguerite\nBabaiail illustre cette conférence d'auditions d'œuvres de Rossi, de Cesti, de Cavalli et de\nMarazolli ; M. et Mme Georges ïbos, l'un à l'orgue et l'autre au violon témoignent d'une\nculture musicale remarquable ; Bdsler, Boucherit et Pollain unissent leurs talents\nsolides pour rendre hommage à Brahms, à Mendelssohn et à Schumann. Et lon eniegistre a\nfondation d'un nouveau groupe intitulé Ecole et Club Berlioz qu donne d intéressants\nconcerts d'où le nom de Berlioz est sévèrement banni : ingénieuse manière de glorifier un\nauteur qui devrait bien être imitée pour certains de nos musisiens indisciets. Quels admira es\nEcoles et Clubs on pourrait fonder sur ces bases bienfaisantes !\n\nG. K."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "64", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.64", "texte": "Revue de la Presse Quotidienne\nLE CARILLONNEUR\nLa partition de M. Xavier Leroux,\ndans les scènes sentimentales a subi sur-\ntout l'influence de Massenet. Gêné par\nson sujet, ne pouvant céder à sa verve\nméridionale, M. Leroux a fâcheusement\naffadi ses mélodies et son orchestration.\nSa musique trop suave et trop douceâtre\nmanque de nerfs et de muscles. Cette\nespèce de mollesse langoureuse et pâmée\nengendre la lassitude. La qualité des idées\nest du reste assez banale. S'il y a plus\nde mouvements et de couleur dans les\ntableaux du concours de carillon et de la\nprocession des béguines, on n'y trouve\npas beaucoup de substance ni de person-\nnalité. L'imagerie est alors plus animée,\nmais du même ordre. PAUL SOUDAY.\nLE FIGARO\nOn sait quel musicien est M. Xavier\nLeroux ; musicien doué, très au fait de\ntoutes les ressources de son art, très\nlaborieux et sincèrement fidèle aux con-\nceptions qui lui sont inspirées par un\ntempérament particulièrement chaleu-\nreux, expansif, parfois même exubérant.\nLes qualités qui valurent à ses précé-\ndents ouvrages, tels que la Reine Fiam-\nmette, le Chemineau, mieux qu'un accueil\nfavorable, le succès ; ces effusions mélo-\ndiques, cette clarté continue, ce brio et,\naussi, ce souci du pittoresque, nous les\nretrouvons en maintes pages du premier\net du second tableau. J'ajouterai que ce\nsecond tableau, de physionomie saisis-\nsante et qui comporte un développement\nmusical considérable et solidement éta-\nbli, a toutes mes préférences. Dans l'ac-\ntion, cependant, tout n'est point d'un\ncaractère extérieur. Un drame plus intime\nse déroule dans les âmes de Joris, de\nGodelieve, de Barbara. Ce conflit inté-\nrieur est poignant. M.Xavier Leroux l'a\ntraduit avec l'expression concentrée,\némue, profonde qu'il nécessitait et dont\ntémoigne le second acte presque tout\nentier. Et si j'ai parlé de cette exubé-\nrance qui procède de la nature même de\nM. Xavier Leroux, c'est qu'il m'a semblé\nla retrouver un peu trop bruyante, un\npeu trop verbeuse peut-être dans la\npéroraison si violemment, si sombrement\ndramatique de l'ouvrage.\nJ'ai dit déjà combien M. Xavier Leroux\nest maître de son art 5 on n'attendra donc\npas que je loue des qualités techniques\nqui, pour un musicien tel que lui, ne\nconstituent plus un mérite.\nGABRIEL FAURÉ.\nLA LIBERTÉ\nVous verrez les plus heureux passages\nde la partition et cela fait son éloge\ndans les scènes qui se sont le moins écar-\ntées du caractère intime de l'original,\nparticulièrement dans le rôle de Barbara,\ncelui qui se tient le mieux malgré la\ndéformation, et qui est marqué, bien\nqu'il soit sacrifié, des traits les plus justes\net les plus sensibles. Le premier tableau,\nle troisième, et une partie de l'avant-\ndernier sont dans une note discrète et\nconcise, où l'émotion, de se contenir,\nn'est que plus efficace. Il y a aussi beau-\ncoup de sûreté dans l'agencement de la\nscène populaire du second acte 5 mais le\nchant patriotique qui le termine prend un\naccent révolutionnaire, un développe-\nment et un éclat qui désaccordent tout\nl'ouvrage.\nEt je me demande si l'effort de con-\nscience dont témoigne la partition du\nCarillonneur est un effort bien clairvoyant.\nLa musique de M. Leroux a des carac-\ntères trop nettement déterminés pour\nse plier à toutes les formes ; et elle a\navant tout le caractère mélodique, ou\nplus exactement vocal, jusque dans l'or-\nchestre. Par là, je crois que la coupe par\nmorceaux distincts qu'il serait tou-\njours parfaitement raisonnable d'adapter\naux besoins de l'art moderne lui con-\nviendrait mieux que le dialogue continu,\nauquel M. Leroux a fait à peine une\nexception. Ses idées ont une forme et\nune étendue qui ne se prêtent point au\nsystème du leitmotiv. Et c'est, je crois, à\ncause de la nature même de ces idées\net à cause encore, et surtout, de l'ab-\nsence de plan tonal que certaines\nscènes, qui à la lecture se montrent fort\nbien menées, paraissent au théâtre con-\nfuses et sans relief. Chaque retour d'un\nvéritable leitmotiv lui ajoute une force ou\nun charme de plus : les retours d'une\nphrase mélodique, ne pouvant avoir ni la\nmême précision ni la même variété, au\nlieu de convaincre, lassent peu à peu. On\na l'habitude de considérer M. Leroux\ncomme un musicien de théâtre, parce qu'il\npossède en effet une grande expérience\net une grande habileté du théâtre, et\nparce que son lyrisme est souvent assez\nextérieur 5 mais peut-être est-il bien\nplutôt un lyrique. GASTON CARRAUD.\n%.% m\nIntime et simple au début c'est là\nque je la préfère la musique de\nM. Xavier Leroux traduit avec force,\npar la suite, l'allégresse tout extérieure\ndes tableaux populaires, le lyrisme\néperdu des scènes où l'enivrement reli-\ngieux augmente l'intensité de la passion;\nelle accentue l'horreur tragique du\ndénouement. Quelques thèmes signifi-\ncatifs y sont adroitement employés et sa\nconstruction me semble très solide. Les\nlongueurs excessives de la pièce lui sont\nassez défavorables et la rendent souvent\nmonotone, mais certaines de ses pages ont\nune saveur instrumentale, un charme,\nune séduction que l'on ne saurait sans\ninjustice méconnaître.\nALFRED BRUNEAU."}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "65", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.65", "texte": "LE MOIS\n59\n\nBelgique\n\nOn a revu avec plaisir la belle œuvre de Jean Van den Eeden : Rhèna. Cette partition\nbelge a démenti le préjugé par quoi tous ceux qui, en Belgique, auraient le devoir profes-\nsionnel de soutenir nos musiciens, tentent de décourager l'effort et l'enthousiasme en leur\nfaveur. Elle eut treize représentations l'an dernier. Elle retrouvera le même succès. Rhéna, il\nest vrai, réunit toutes les fortunes ; en dehors de son incontestable valeur musicale, elle possède\nd'exceptionnelles qualités scéniques. Une maison parisienne (Enoch) l'édita. Grâce à cela, elle\npeut s'imposer dans le répertoire du Théâtre lyrique universel. Mais son sort est typique, chez\nnous : il a fallu dix années avant que l'on se décidât à la monter ; l'expérience fut concluante...\nPourtant, nous nous trouvons encore devant les mêmes parti-pris de défiance et d'ostracisme à\nl'égard des productions nationales. Le public, paraît-il, leur préfère les \" gros succès \" étrangers\ncomme La Fille du Far West de M. Puccini, dont je n'ai rien à dire. Un livret mélodramatique,\naux effets vulgaires de roman policier, commenté, musicalement (et qu'est-ce que la musique\nvient y faire ?) par un technicien certes habile. Pareilles œuvres n'ont aucun rapport avec le\nthéâtre tel que nous le concevons. A défaut du plaisir purement esthétique se suffissant à\nlui-même - on peut encore accorder à l'art un noble but au point de vue social : celui\nd'élever les âmes à des communions de Beauté. Il n'est ni moral, ni digne, de flatter le peuple\ndans ses goûts inférieurs.\nM. Léon du Bois a consacré le dernier concert du Conservatoire à l'exécution intégrale\nde Franciscus, l'œuvre maîtresse d'Edgar Tinel. Nous avons ici-même analysé la partition.\nElle est connue. Qu'il nous suffise donc de signaler l'excellence de l'interprétation : chœurs,\norchestre, solistes, parmi lesquels M. Plamondon, M. Seguin, Mme Mellot-Joubert, M. Moris-\nsens et M. Ansseau. A la Libre Esthétique, dont le salon réunit cette année des peintres du\nmidi, M. Octave Maus poursuit l'apostolat musical qui nous valut la révélation de toute la\nmusique franco-wallonne moderne. Le programme du premier concert : Sonate en si majeur,\npour violon et piano, de Victor Vreuls, jouée par Mme De Vos et M. Defauw ; Renouveau,\nmélodie, du même. Les Petites Litanies de fésusy exquises paraphrases, de P. de Bréville ; deux\nlieder de Chausson, chantés par Mme M.-A. Weber-Delacre. Deux Rondes sur des thèmes\npopulaires wallons et une Sonate (op. 39) pour violoncelle et piano de Joseph Jongen, dans la\ndouce grisaille et le beau développement que nous aimons chez le délicat symphoniste, par\nl'auteur et M. Dambois. La deuxième séance, plus \" jeune France \" encore et plus précieuse.\nMeile Georgette Gûller, pianiste elle débutait, je crois, àla Libre Esthétique —en qui nous\nsaluons une virtuose de grand avenir, le violoncelliste montois M. Pitsch, interprêtent une\nSonate de Guy Ropartz, savamment construite, de bel équilibre, de saine et vraie poésie. Plus\nraffinés, mais de grâce un peu fragile, l'Elégie première de Raymond Bonheur, le Secret de\nP. de Bréville, Le Promenoir de deux amants de Claude Debussy, chantés et dits avec un art\nincomparable par Mme Jane Bathori-Engel. Au piano, la très subtile artiste accompagne\nM. Pitsch dans la Pavane pour mie Infante défunte de Ravel. Encore un titre qui dénonce la\npréciosité de l'école, assez lointaine, ma foi, de nos transports et de nos fièvres, aux bonds du\ngrand effort moderne. Quatre poèmes de P. Verlaine, finement illustrés par Mme Poldowsky,\nun Prélude et Fugue si peu de Gabriel Pierné, les Cigales et Vile heureuse (en bis) de"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "66", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.66", "texte": "60\nS. I. M.\n\nChabrier, deux pièces pour piano d'Albenitz. Les frères Reuchsel font apprécier, à la Salle\nNouvelle : un trio et deux sonates, un poème de cloches, œuvres originales et inspirées de\nM. Amédée Reuchsel, Concertstuck pour violon, Suite romantique, des mélodies, dans une tenue\nclassique, de M. Maurice Reuchsel. Aussi, à une seconde audition, de remarquables lieders,\net des pages de musique de chambre de M. Léo Sachs. Le Festival César Franck, aux\nConcerts Tsaye sous la direction de M. José Lassalle, et avec le concours du pianiste Alfred\nCortot, laissa quelque peu à désirer, quant à la mise au point orchestrale. Le gros succès fut\nréservé en toute justice à M. Cortot. La symphonie en ré, le prélude de Rédemption,\nl'accompagnement symphonique des Djims et des Variations Symphoniques, eussent réclamé\nplus de perfection ; de même le Chasseur Maudit et les pages de Psyché. Les Compositeurs\nBelges n'ont pas cru devoir modifier encore leur façon de faire. Le quatrième concert offrait\npour toute \"révélation\" une mélodie de Gustave Huberti ! Nous connaissions le Scherzo\ncaprice d'Erasme Raway, qui n'a pas écrit que cela, encore que sa réapparition fatale à\ntoute séance où part est réservée au musicien, puisse le faire soupçonner ; Humoresques de\nFrémolle, Chant d'Amour de Léon du Bois, Quintette en si bémol majeur de Delcroix\ncette œuvre toutefois, avec les poèmes de A. du Boeck, fut peu entendue ; trois pièces pour\nvioloncelle de Sylvain Dupuis. Cari Friedberg après avoir triomphé au Cercle artistique,\ndirigea le concert donné par MM°lles Maud Delstanche, la violoncelliste belge appréciée,\net Lonny Epstein, élève remarquable du maître pianiste. Ces jeunes artistes y trouvèrent\nle plus vif succès. Parmi les nombreuses auditions à signaler : un récital Berthe Bernard,\nun concert Eugénie Buess—Germaine Schellings, violoniste, Jeanne Loché, pianiste, Gabrielle\nBernard, cantatrice ; séances Louise Desmaisons, pianiste, Thérésa Sarata, violoniste, Sydney\nVantyn, pianiste ; récital Backhaus, Buckwilder, Fanny Hiart ; offices de la semaine sainte et\nde Pâques par 1 Association des Chanteurs de Saint-Boniface, sous la direction de M. Carpay,\nconcert organise par la Ligue nationale pour la défense de la Langue française récital\nEug. Poehaerdt, pianiste, brillante élève du maître Théo Ysaye, etc... M. Jacques Dalcroze\nest venu donner une ciemonsration de Gymnastique rythmique à Bruxelles, y moissonnant de\nnouveaux enthousiasmes avec ça et là, un bien d'ivraie... En leur hôtel, M. et Mme Gaston\nHaardt lui firent honneur par une Matinée toute vouée à ses composions, à sa méthode, devant\nune brillante société mondaine.\nEn Province, quelques manifestations remarquables, à commencer par l'exécution des\nBéatitudes, à la Société de Musique sacrée d'Anvers, sous la direction de M. Ontrop. A Liège,\nM e Caioline Bernard, notre très distinguée consœur du Journal de Liege, et sa très jeune fille\nYvonne donnent deux récitals oe piano-violoncelle, faisant apprécier chez la mère une\nvii tuosite giacieuse et cultivée ; la fermete, le phrasé délicat chez la mignonne instrumentiste.\nA Liège encore, l'audition de VA Capella liégeois sous la direction de M. L. Mamet : le\nPrélude de Proserpine de J. B. Lully, avec Mmes Joliet, Tripels, M. Bodeau ; des pages\nanciennes, guirlandes fanées, mais exquises, de Jannequin, Guyot, Sweelinck, Gresnick,\nRobson, Kennis, chantees avec un art parfait par ces chœurs ; sept chansons populaires\nharmonisées par L. Mawet ; un fragment du motet Ecce Sedes hic tonantis de J. J. Rousseau.\nMM. Gérôme, G. Tourneur, Fernand Mawet, A. Rahier, J. Pétronio, C. Vrancken,\nF. Sottiaux tenaient la partie symphonique de cette soirée d'art très pur. L'excellente\ncontatrice Melle Marthe Lorrain, poursuivant, à Verviers, sa bonne et vaillante propagande en\nfaveur de notre école wallonne, compose un beau programme avec des œuvres de Victor Vreuls ;"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "67", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.67", "texte": "LE MOIS\n61\n\nsecondée par Maurice Jaspar, le compositeur-pianiste liégeois bien connu, et C. Vrancken,\nvioloncelliste, elle produit la même séance à Liège.\nSous les auspices de la revue S. /. M. est annoncée, pour le 28 avril, à la Salle Patria,\nune audition musicale :la Jeune Ecole Espagnole, avec le concours de Melle Julia Demont,\ncontatrice, par MM. Blanco-Récio, violoniste et Peracchio, pianiste. Avant-propos de\nRené Lyr.\n\nR. L.\n\nETRANGER\n\nS. I. M. A BERLIN\nSix Concerts de Musique de Chambre française moderne organisés a Berlin par la Revue\nMusicale S I M, sous le Patronage de M. \"Jules Cambon, Ambassadeur de France.\nAyant constaté au cours d'un séjour assez prolongé en Allemagne, combien notre musique\nmoderne y était ignorée, nous avions pensé souvent à l'intérêt qu'il y aurait à en donner une\nbonne fois une vue d'ensemble.\nConnaissant l'esprit de la Revue SIM dont nous avions l'honneur d'être le correspondant,\nnous lui parlions de nos projets, et nous ne tardions pas à la voir y souscrire. D'accord avec le\nquatuor Lœwensohn, la Revue SIM prenait cet automne l'initiative d'organiser à Berlin 6\nConcerts de musique de chambre moderne, initiative qui, honorée du patronage de M. l'Am-\nbassadeur de France, devenait une manifestation officielle. Ayant organisé ces concerts unique-\nment par invitations, nous voyons bientôt affluer les demandes d'un public d'artistes et\nd'amateurs avertis désireux d'entendre des œuvres pour la plupart inconnues ici. Le programme\nen effet plaçait à côté des noms familiers de Saint-Saëns, d'lndy, Fauré et Ravel, ceux des\nGabriel Dupont, A. Bruneau, Roger Ducasse, Florent Schmitt, de Sévérac, Coquard, Ropartz,\nChausson etc. La difficulté était grande d'arriver à restreindre la plupart des plus belles œuvres\nmodernes dans le cadre des 6 concerts et pour quelques compositeurs on dut se contenter de\nMélodies.\nLe public invité (hélas, on dut refuser du monde !) se montra intéressé et peu à peu\nenthousiaste dès la première Soirée ; la critique, il faut bien le dire, plus ou moins sympathique\nd'ordinaire à tout ce qui vient de l'étranger se félicita de trouver dans cette entreprise\nl'occasion de s'instruire et applaudit des deux mains.\nC'est à la critique berlinoise d'ailleurs que nous laisserons la parole et nous choisirons\nparmi les nombreuses critiques et lettres personnelles que valurent à la Revue cette heureuse\net généreuse initiative, celles qui sont le plus caractéristiques et par suite susceptibles d'interesser\nnos lecteurs. Les nombreuses marques de sympathie qui nous vinrent de tous côtés nous\npermettent d'assurer à la Revue SIM qu'elle mérite la reconnaissance de nos maîtres et du\npays dont elle a élevé plus haut encore le renom artistique à l'étranger.\nVoici d'abord quelques mots de notre confrère Mr Pessmann qui dirigea longtemps\n\" VAllgemeine Musikzeiiung \" : \" ... une très heureuse idée de la Revue S. I. M. de faire connaître\nla musique de chambre française au monde artistique allemand : artistes, critiques et public Il\nva de soi que chez vous comme chez nous et dans chaque pays, on ne peut considérer toute production\ncomme un chef d'œuvre. De même, les efforts des jeunes pour élargir le domaine harmonique, briseï\nles formes consacrées et augmenter les possibilités d'expression, aboutissent chez vous comme chez nous"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "68", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.68", "texte": "6 2\nS. I. M.\n\nà des extravagances devant lesquelles ou secoue la tête en se demandant si on peut encore appeler cela\nde la musique ; mais cette levure, inutilisable donnera peut-être, ça et là, un bon vin là où un véritable\ntalent la fera fermenter et grâce à de la logique et un savoir appliqué ; cette perspective doit consoler\nde ce qui ne nous paraît encore qu'une impossibilité... je ne puis que souhaiter que des artistes français\nde valeur qui jouissent et jouiront toujours chez vous d'un acceuil favorable vous fassent entendre des\nœuvres des maîtres les plus distingués de leur pays. Nous ne pouvons qu'apprendre quand on nous fait\nentendre de la musique d'une autre nation avec son caractère national\nVoici quelques extraits des critiques les plus significatives, dans l'ordre des Concerts.\nPremier Concert. \" Das deutsche Blatt\" : \" ... De ces 3 compositeurs, Chausson, Ropartz et Fauré,\nle premier est celui qui fait le plus d'effet, le deuxième le plus intérieurement doué et le troisième le\nplus aimable. Les 3 œuvres représentent le type de la bonne musique française, par la grâce du travail\net le coulant dans le développement thématique. En dehors de cela, pour l'auditeur aux nerfs sensibles\nse révèle un sens de la sonorité que nous pourrions recommander comme modèle à beaucoup de nos\ncompositeurs allemands. \"\n\" Die Vossische Zeitung \". \" On doit aimer Chausson et respecter les autres. Le très beau travail de\nChausson est tout en musique, en mélodie, en sentiments et en fine sensualité et la forme traditionnelle\nest traitée franchement et d'une façon originale. Chausson était un \" rare \", un \" artiste \", il est triste\nqu'il nous ait quittés si tôt. L'âpre Ropartz est essentiellement un ouvrier d'art qui cultive avec dignité\net bonheur dans la manière nommée \" forme cyclique \", les mélodies religieuses et populaires. Fauré\nest en substance un ouvrier d'art plus fin et de plus de goût. Sa musique relativement assez jouée en\nAllemagne n'y atteindra jamais le rang qu'elle occupe en France. Le plus faible semble être ses Lieders,\nils ont le caractère particulièrement français ou peut-être parisien dont on est vite fatigué. \"\nDeuxième Concert. Die Vossische Zeitung. \"Nous aurions à peine attendu de Widor cette œuvre\nbien bâtie, pleine d'expression et de noble mélodie. La douceur automnale qui flotte sur le tout parmi\nles mouvements, les progressions et la joie du chant, touche singulièrement. Ce n'est pas une qualité\nparticulière à Widor qui se révèle là, beaucoup d'œuvres françaises la possèdent et surtout Debussy. Le\nsoleil gaulois est-il déjà couché ? L'automne est beau aussi. Dans la Sonate pour Violoncelle de\nSaint-Saëns règne presque l'hiver ; malgré sa merveilleuse exécution par Kreutzer et Lœvensohn,\nelle n'a pas pu nous réchauffer. C'est fait de main de maître et translucide... On comprend à l'audition\nde cette œuvre que Saint-Saëns ait appelé une fois Mendelssohn un génie et qu'il ait puisé de nouvelles\nforces dans ses oratorios. \"\n\" Konigsberg Hartiingsche Zeitung. \" \" ... Debussy et Fauré paraissent déjà vieillis lorsqu'on entend\nles Lieder d'lngelbrecht et Kœchlin (apparemment des noms allemands), qui avec audace s'asseyent sur\nles touches du piano et écrivent.\nTroisième Concert. \" Die Musik. \" La Sonate de Gabriel Pierné. Tout l'ouvrage finement travaillé\nest rempli de passion et de rêverie ; pourtant la première et la troisième partie laissent voir un manque\nd'équilibré dans la forme.... La deuxième partie cependant mérite de prendre rang parmi les œuvres\nles plus réussies et les plus ravissantes de la musique de chambre moderne.\nQuatrième Concert. \" Vossische Zeitung. \" L'œuvre principale de la Soirée, à côté du Quatuor très\nconnu de Debussy, fut un quintette de Florent Schmitt. Il a été couronné par le Grand Prix de Rome\net c'est sa seule couronne, car il ne porte pas la couronne de l'Art... Pour faire une comparaison, c'est\nun glacier éblouissant mais non une âme étincelante. Une facture toute moderne est obtenue par une\ngrande technique et un grand labeur... Il nous faut écarter en musique tout travail de machine (si soigné\net si brillant qu'il soit).\n\" Allgemeine Musikzeiiung. \" Le quintette de Florent Schmitt exécuté pour la première fois en Alle-\nmagne est en grande partie intéressant, mais, surtout dans la première partie tantôt éloquent, tantôt pauvre\nd'idées. S'il ne manque pas de finesse dans la sonorité et de \" Stimmung \", l'organisme général indispensable\nlaisse a desirer. En tout, il me semble ce qui n'est pas du tout français que l'abondance du besoin\nd'expression est chez le compositeur plus grande que la valeur propre de son matériel musical et aussi que la\nvaleur de sa forme artistique. (Au reste, dans la première partie, on est vivement troublé par une réminis-"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "69", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.69", "texte": "LE MOIS\n63\n\ncence frappante de la fin de \" Mort et Transfiguration \" de R. Strauss.) Les dimenssions du Quintette sont\nplutôt celles d'une œuvre orchestrale que de musique de chambre. Il y a toutefois tant d'esprit, de\nsavoir et de beau véritable dans cet ouvrage qu'il faut se féliciter de le connaître et le compter en tous\ncas parmi les meilleurs que nous possédons. Mais parmi les meilleurs, tout à fait en première ligne, il\nfaut placer le Quatuor de Debussy. Cette œuvre géniale avec sa belle ligne en relief ne tombe jamais\ndans cette sorte d'accompagnement passif, (qui n'est en somme qu'une simple broderie et ne produit\nqu'un effet physiologique,) comme dans les œuvres que Debussy écrivit dans la suite ; bien plus, c'est\nici une force intérieure qui se fait jour et prend une forme. Bien qu'original dans son rythme, sa mélodie\net son harmonie, cet ouvrage ne laisse pas sous cette impression despotique que donnent les procédés\nmodernes, qui sont le principal pour les compositeurs d'aujourd'hui, mais il les a surmontés. Ça c'est\nde l'Art. Si un jour Schônberg en arrive là, alors nous pourrons considérer aussi ses créations comme\ndes œuvres d'art...\nCinquième Concert. Allgemeine Musikzeitung \". (L. Misch.) Les concerts de la Revue Musicale\nSIM dédiés à la musique française moderne montrent combien nous connaissons peu cette musique et\ncombien peu notre oreille y a été jusqu'à présent habituée...\nCelui qui fréquente les Concerts sans s'intéresser spécialement à la musique des jeunes Français\napprend ça et là à connaître l'une ou l'autre Standard work de cette \" école \" et croit s'en faire une\nidée mais une idée de quoi exactement, plus d'un s'y trompe. Celui qui fait la connaissance d'un\nChinois ne connaît pas de ce fait les Chinois.\nDie Musik. Berlin.\nDès la première soirée on pouvait reconnaître un trait du caractère national français, remarquable\nmême dans le domaine artistique : la faculté, (même lorsqu'il s'agit de choses de moindre importance,)\nde les rendre de telle façon que si l'auditeur n'est pas absolument empoigné, du moins reste-t-il intéressé\net captivé. Le quatuor pour piano en la, un peu décousu d'Ernest Chausson, de même que la Sonate\npour violon de Guy Ropartz, plus substantielle, sont des œuvres, en ce qui concerne l'invention et la\nforce du sentiment, qui n'ont pas absolument une très haute valeur, mais le travail ingénieux, toute la\nfaçon de se donner soutient l'intérêt et sauvegarde de toute fatigue ou même d'ennui. Le quatuor pour\npiano de Gabriel Fauré, connu, avec ses empreintes classicistes terminait la Soirée, à laquelle Lolo\nBarnay par son interprétation intelligente de quelques Mélodies de Franck, Duparc et Fauré, apporta\nune heureuse diversion.\nSixième Concert. \" Der Reichsanzeiger \" La sonate pour violoncelle et piano de C. Chevillard\nfut une jouissence vraiment extraordinaire. La veine mélodique du compositeur est riche et originale,\nsans jamais devenir banale ; l'excellente exécution de Lœwensohn et Max Trapp décida essentiellement\ndu succès... Le Quatuor Lœwensohn avait d'abord joué pour la première fois en Allemagne le Quintette\n\" Poème \" de G. Dupont. Cette œuvre est intéressante mais sans profondeur intérieure.\nIl nous est bien difficile d'ajouter une appréciation personnelle à la critique de ces concerts\ndont nous avons assumé nous-même l'organisation.\nQu'on nous permette seulement ici d'adresser un chaleureux merci à tous les interprêtes\nqui ont bien voulu mettre leur talent au service de notre entreprise. Merci d'abord au\nQuatuor Lœwensohn auquel se sont joints les pianistes Leonid Breutzer, Max Trapp,\nA. Golner, Léo Restenberg ainsi que M. James Simon et Steuermann qui ont bien voulu\naccompagner nos cantatrices : MDle Lolo Barnay, Zlohricka, Pohl et El-Tour.\nIl est assez juste d'associer dans un remerciement plus chaleureux encore nos artistes de\nParis qui ont tenu à se rendre exprès à Berlin pour nous aider cette manifestation d art\nfrançais : Mlîe Bonnard qui chanta au 2e concert, MU!e Fournery-Coquard au 4e, tandis que\nMlle Geneviève Dehelly était au piano, enfin au 5e Ricardo Vinès toujours prêt à plaider la\ncause des modernes. Le succès que tous ont remporté ici a acquitté en partie la dette de\nreconnaissance que nous leur devions.\n\nE. Heintz-Arnault."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "70", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.70", "texte": "64\nS. I. M.\n\nLETTRE DE PRAGUE\n\nIl n'y a guère plus de soixante ans, qu'une musique tchèque nationale existe en Bohème.\nC'est vers 1860 que les Tchèques prirent conscience de leur nationalité et se libérèrent, en\ntoutes choses, des influences germaniques. De ce temps datent les trois grandes institutions,\nqui forment encore les assises de notre musique à Prague : le Théâtre National de Prague\nl'Association Chorale \" Hlahol \" et l'Union artistique Umieletzka Beseda.\nLe Théâtre National est encore aujourd'hui l'organe essentiel de notre musique. Nos plus\neminents compositeurs, Smetana, Dvorjak, Fibich ont non seulement fait exécuter leurs œuvres\nsur cette scène, mais ont eux mêmes joué leur rôle dans son organisme. Il peut actuellement\nrivaliser avec les meilleurs théâtres d'Autriche et d'Allemagne. Son chef d'orchestre Karl\nKovarjovitz, esprit éclairé, est aussi attentif à jouer Smetana que Strauss ou Wagner, à\nreprésenter Rimski-Korsakoff ou Moussorgski que Charpentier ou Massenet. Il n'est pas\nseulement exécutant distingué, mais aussi compositeur d'opéras très populaires.\nLe Théâtre National est la seule de ces institutions musicales qui ait conservé toute son\nimportance. Les deux autres grandes Sociétés, crées dans un même moment d'enthousiasme\npatriotique, ont peu à peu vu leur rôle se réduire. Le Hlahol, dirigé par Jaroslav Krijtschka,\nest devenu une Société de grandes auditions, où Bach voisine avec Novak et César Franck.\nL Umieletzka Beseda se voue aujourd'hui principalement à propager la musique moderne des\njeunes talents et à éditer des œuvres musicales importantes.\nLa meilleure musique de chambre de Prague nous est donnée par les huit concerts de\nla u Société tchèque de musique de chambre \". Le principal organe de cette société est le Quatuor\nTchèque, dont le second violon Joseph Souk, un compositeur très sensitif et profond, élève de\nDvorjak, et auteur de u Praga de \" Asrael y' etc... ade grandes affinités avec les modernes\nImpressionnistes français, mais conservant ses éléments slaves caractéristiques. Quand on\nprononce le nom de Souk, on est sûr d'entendre aussitôt celui de Vitezslav Novak, le chef\navoue de notre école la plus nouvelle, personnalité marquante, compositeur de grands ouvrages\nsymphoniques, tels que a La Tempête \" et d'un cycle de pièces de piano réunies sous le nom\nde \" Pan \". Novak a succédé à son maître Dvorjak au Conservatoire de Prague, institution\nfort bien organisée, sous la direction sévère de Henri Kàan d'Albest.\nDepuis dix ans il y a à Prague une Philharmonie, donnant vingt concerts dominicaux par\nsaison. Le Dr Zemanek en est le chef vigilant. Ses programmes montrent une attention égale\na la musique classique à la moderne. Depuis peu, un groupe de dilettantes s'est réuni sous\nle bâton d Otokar Ostretschil, compositeur talentueux pour se vouer à la musique moderne,\nsurtout à celle de Mahler et du compositeur tchèque viennois, Joseph B. Foerster.\nA tout cela s'ajoute naturellement la foule nombreuse des virtuosses de tout les genres\nqui foisonnent à Prague. Puis encore les théâtres de musique légère, tel celui de Vinohrady où\nsévit 1 operette viennoise ; ou même le Deutsches Fhéater dont Alexandre de Zemlinski à élevé\nrécemment le niveau jusqu'à pouvoir donner u Ariane a Naxos \".\nSignalons encore u Y Association Chorale \" des Instituteurs de Prague si admirablement\ndisciplinée par le Prof. Spilka, et dont Paris vient d'acclamer il y a quelques mois les impec-\ncables exécutions. Et ajoutons que la Bohème compte cinq périodiques ou revues de musique,\ndont le plus ancienne est le Dalibor, qui soutint jadis Smetana, tandis que le plus important est\nu 1 Hudebni Revue \", organe de l'Umieletzka Beseda, et du groupe avancé de la musique\ntchèque. A côté d'elles se place le \" Smetana \", défenseur d'un parti dont Zdene Nejedly,\nle Professeur de l'Université, est aujourd'hui le chef."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "71", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.71", "texte": "LE MOIS\n65\n\nHors de Prague, les villes tchèques où la musique a une certaine importance sont :\nPilsen, avec son théâtre dirigé par Vaclav Talich et (en Moravie) Brunn, ou Reissig,\nYanatchek et Kountz font de bonne besogne. C'est d'ailleurs de Moravie que nous vint cette\nchorale d'lnstituteurs du Prof. Vach, dont les exécutions modernes et précises furent pour nous\ntous une leçon.\nLa Bohème peut passer pour une sorte de réserve musicale de l'Europe. Nombreux sont\nles artistes tchèques répandus dans le monde entier de la musique. Quant à nos compositeurs,\nSmetana, Dvorjak et Fibich, ce ne sont encore que nos classiques ; ils ont tracé la voie à une\ngénération qui est en train de grandir. J'aurai prochainement l'occasion faire connaître les\nœuvres et les tendances de cette génération.\n\nJan Lœwenbach.\n\nLETTRE DE VIENNE\nUN PUGILAT AU CONCERT\nOn se bat à Vienne. Non pas pour la question d'Orient, mais pour la musique de\nSchoenberg. Un concert organisé par l'Akademischer Verband présentait, il y a quelques jours\nau public la Kammersymphonie d'Arnold Schoenberg, dirigée par l'auteur, des mélodies de\nZemlinski sur des paroles de Maeterlinck, des lieder d'Alban Berg et Six Morceaux d'orchestre\nd'Anton von Webern. Ce fut une belle séance de scandale ! Partisans et adversaires de la\njeune école, animés d'une humeur également belliqueuse, et décidés à donner à cette manifes-\ntation tous les caractères d'une démonstration éclatante, en vinrent aux mains. Il y eut des\ncoups et des gifles. On attend de nombreux duels.\nUn journal s'exprime ainsi : \" L'Akademischer Verband, qui s'efforce aux cris de Mort\naux Philistins, d'offrir aux pathologues un nouveau champ d'expérience, a obtenu hier le\nscandale qu'il cherchait depuis longtemps. Un scandale unique dans les annales de Musikve-\nreinssaal et dont la honte rejaillirait sur Vienne tout entier, s'il n'avait eu pour résultat de\nlibérer cette fois le public, et pour jamais, de la tyrannie de cette Association... Qui pourrait\nsoutenir sérieusement que les Six Morceaux d'orchestre dont M. von Webern a pris la respon-\nsabilité, ont quoi que ce soit de commun avec ce que nous appelons du nom de musique ?...\nMais le comble de l'impossible nous a été offert par u Deux légendes pour cartes postales illustrées 99\n(Zwei Ansichtskartentexte), plaisanterie perpétrée par Peter Altenberg et que M. Alban Berg\na cru devoir nous rendre accessibles par le moyen de la notation musicale... \"\nNe serait-ce pas temps pour Paris de s'intéresser à ces révolutionnaires ?"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "72", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.72", "texte": "REVUE DE LA PRESSE AMÉRICAINE\nLA FORÊT BLEUE DE LOUIS AUBERT A BOSTON\nQjSoefon Çjtmmcan\n(FREDERICK JOHNS)\n...Le compositeur qui était présent,\nfut cordialement acclamé par l'assistance\ntrès nombreuse. Les principaux artistes\nfurent rappelés nombre de fois en l'hon-\nneur de leurs créations qui sont extrême-\nment intéressantes.\n...Le petit drame est très bien agencé.\nLes situations sont vraiment drama-\ntiques... La Forêt Bleue est un conte de\nfées et c'est aussi une très charmante\nhistoire, une habile réunion des contes\naimés. Le premier chœur est joli, sédui-\nsant, et très évocateur... Un des passa-\nges les plus réussis de la partition est,\nau 2me acte, la scène de l'Ogre et des\nenfants. On y trouve une mélodie très\nneuve et personnelle et beaucoup d'ingé-\nniosité orchestrale... La chanson de\nChaperon Rouge est douce et jolie, le\nrôle de la Fée charmant et les chœurs\nde coulisse presque tous très agréables...\nCette musique a une couleur, une atmos-\nphère à elle. Elle accompagne bien et\nsied toujours aux jolis tableaux de la\nscène. Le récitatif est agréable et adroi-\ntement conçu.\nQjSosfon 3^urna£\nLa scène de l'Ogre et des enfants a\ndéchaîné l'enthousiasme des jeunes audi-\nteurs à partir de ce moment là, le\nsuccès de la Forêt Bleue n'a plus fait de\ndoute. Au point de vue dramatique et\nmusical, ce 2me acte est le meilleur. Il est\nmême si réussi qu'au baisser du rideau,\ntout le monde, l'auteur, le chef d'or-\nchestre, le régisseur et les artistes durent\nvenir sur la scène répondre aux applau-\ndissements... Et c'est certes un jour\nheureux pour M. Aubert venu de Paris\npour diriger les répétitions. Il fut rap-\npelé plus de douze fois. Il est vraiment\nregrettable que Jacques Chenevière, le\npoète auteur du livret n'ait pas été\nprésent, car une grande part des bravos\nlui revenait certainement\nQBoefon âjimto})\nÇpoef\nAprès le 2me acte, d'innombrables\nrappels ont fêté les artistes, l'auteur et\nle chef d'orchestre... Cette œuvre a inté-\nressé certains par son sujet surtout, et\nd'autres l'ont été aussi, par ses tendances\nmusicales. M. Aubert est à l'avant-garde\nde ceux qui combattent pour la complète\nliberté harmonique... Il a orchestré\nnombre de pages délicieusement... Si\nl'œuvre manque de puissantes idées mu-\nsicales, on rencontre ici un motif sédui-\nsant, ici une couleur charmante, plus\nloin un fragment de thème populaire.\nTout cela contribue a rendre la Forêt\nBleue intéressante...\nLa musique du 3me acte est peut être\nmoins raffinée que celle des deux autres,\nmais elle a incomparablement plus de\npuissance ; on y sent une main plus\nvigoureuse. Le 3me acte marque en tous\ncas une forte gradation et est de bon\nthéâtre... Chaque personnage, dans la\nForêt Bleue a un genre de chant qui le\ncaractérise. Ainsi les enfants d'une\npart, le Prince et la Princesse de l'autre\ns'expriment en un style tout différent.\nDe même le chœur des fées et celui des\nfileuses n'ont aucune parenté. Là l'auteur\na complètement réussi dans son projet...\nLa musique des fées qui revient plusieurs\nfois est charmante. Celle de Chaperon\nRouge et de Petit Poucet, surtout au\npremier acte, quand ils conversent au\nvillage est parmi les meilleures parties\nde l'œuvre... La vieille chanson popu-\nlaire, chantée par les moissonneurs, fait\nun très heureux et savant contraste avec\nle chœur des fées qui précède.\nQooofon 45pentncj\nD'une façon générale, l'audition de\nla Forêt Bleue fut très intéressante. Par\nmoments, l'œuvre a un charme bien a\nelle. Elle fut remarquablement jouée.\nElle a fait une agréable et fraîche diver-\nsion dans le cours de cette saison...\nM. Jacques Chenevière n'est pas du\ntout asservi à l'habituelle routine des\nlivrets. Il a inventé une intrigue fine et\npleine de fantaisie, et il l'a exprimée\navec autant de grâce que de charme. Il\na écrit son joli conte en vers heureux\net alertes, pleins de jolis mouvements\net d'ingénieuses images, comme si les\nFées avaient touché de leur baguette\nson imagination de jeune poète...\nM. Aubert, quand il le peut, évite la\nmélodie directe et soutenue. Mais lors-\nqu'il en écrit, c'est-à-dire, lorsqu'il ne\npeut s'y soustraire, alors la mélodie se\nvenge sur lui à sa façon, car ces passages\nlà sont les plus intéressants et les plus\ncharmants de l'œuvre... L'inspiration\nun peu trop subtile parfois de M. Aubert\nne refuse pas cependant toute mélodie\naux fées, et, quand elles chantent dans\nl'aube pâle, près du village, ou dans le\nclair de lune de la forêt, elles sont\ndouces à entendre. Là M. Aubert a\nécrit une musique aérienne, gracieuse,\npleine de fantaisie, qui évite toute bana-\nlité, ainsi que l'auteur le veut tou-\njours, et à tout prix et cette musique\névoque joliment l'influence des fées.\nQltomfor\n...A la fin du 2me acte les artistes, le\nchef et l'auteur durent venir une dizaine\nde fois devant le rideau pour répondre\naux applaudissements enthousiastes d'une\ntrès nombreuse assistance... L'événe-\nment de plus digne de remarque de cette\nœuvre est que l'illusion féérique s'y sou-\ntient d'un bout à l'autre... La Forêt Bleue\nn'est pas, comme Haensel et Gretel une\ncomédie lyrique. La Forêt Bleue est d'une\ninspiration presque continuellement sé-\nrieuse 5 je veux dire que l'épisode de\nl'Ogre est le seul où il y ait un effet\ncomique... La nouvelle œuvre, aussi\nbien par son poème que par sa musique,\nreste toujours fidèle à ses intentions\npremières... C'est avec la plus grande\nconviction qu'elle expose l'histoire du\nChaperon Rouge, du Petit Poucet et de\nla Belle au Bois Dormant, et jamais\nelle n'abandonne sa sincérité d'attitude\nvis à vis de ses héros et de leurs aven-\ntures.\n...Toutefois la valeur musicale de la\nForêt Bleue n'est pas moins accessible\naux enfants que son charme féérique.\nLes formules harmoniques et mélodiques\nde Debussy que M. Aubert emploie\natteignent leur but aussi promptement\net sûrement que les formules de chan-\nsons populaires de Humperdinck dans\nHaensel et Gretel... Les personnes qui\navouent leur incapacité de comprendre\nles compositeurs français modernes se\ntrouveraient contredits dans leurs ten-\ndances conservatrices s'ils voyaient com-\nbien facilement l'expression Debussyste\nproduit son effet sur l'oreille non pré-\nvenue de la jeunesse."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "73", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.73", "texte": "Les Faits au Mois\n10 MARS AU 10 AVRIL\nSwift.\nsait ses soirées : elle a tout simplement loué\n(Frs : 10.000) une loge au Théâtre des\nChamps-Elysées. Tous les soirs son regard se\nfixe sur les Folies-Montaigne et Von voit son\nœil briller de plaisir. Prenez garde,\nMadame? vous commencez a grossir !... et\ngrossir c'est vieillir !... En suivant la méthode\nDalcroze? qui a introduit le sport dans le solfège, vous\nconserverez toute votre sveltesse. Trois sonates de Beethoven\ndéterminent un amaigrissement progressif très sensible et\nsix fugues de Bach ont sur les cellules adipeuses une action\nOn ne\nsavait plus,\ndepuis quel-\nque temps,\nou la Tour\nEiffel pas-\nfoudroyante. On peut accélérer encore les effets du traitement en Vexécutant sur\ndes thèmes cycliques ou motocycliques. Un professeur de golf de boxe et de natation\nrythmiques est attaché a Fétablissement. Du choix d'une carrière : les\ndirecteurs de nos grandes scènes musicales publient d'importants articles pour\ndémontrer que Fétat de spectateur dans un théâtre lyrique est le seul qui convienne\na un homme intelligent et qui puisse donner aux mortels un avant-goût des\nbéatitudes célestes. La société des u Amis de Beethoven \" navrée de constater\nVinjuste oubli dans lequel sont tombées les sublimes symphonies du Maître (il en\nexiste neuf en excellent état) ont décidé d'entreprendre une campagne de presse pour\nattirer F attention des directeurs de concerts sur ces partitions autour desquelles la conjuration du\nsilence na que trop duré. C'est M. Gabriel Fauré qui a inspiré aM. de Monzie le projet de\nloi sur a les enfants au théâtre \" ; Fiminent Directeur du Conservatoire espère ainsi prévenir le\nretour d'un nouvel incident Vorska. M. Gabriel Astruc a ouvert\ndans son théâtre un concours pour F obtention du titre de u Roi des\nchefs d'orchestres \" : MM. Camille Saint-\nSaënSy Gabriel Fauré, Vincent d'lndy,\nClaude Debussy, Paul Dukas, TVeingartnery\nD. E. Inghelbrecht, Fernand Lamyy\nCamillieri, Beecham5 Hasselmans, Mathieu,\netc.) ont pris part aux épreuves imposées.\nA Vheure ou nous mettons sous presse le\nrésultat du concours n est pas encore connu.\n(Croquis d'Emmanuel Barcet)"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "74", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.74", "texte": "ISADORA DUNCAN\nJ. E.\nJe ne sais par quelle fatalité notre Revue n'a jamais trouvé occasion\nde rendre à Isadora l'hommage d'une admiration, que tant de périodiques\nlui ont si justement décernée ! Mea culpa, chère amie... pour la Revue,\nmais non pour moi certes! Car je fus des premiers en ce Trocadéro,\nquand une salle impressionnée et encore légèrement houleuse vous vit\narriver à Paris. J'étais conquis ; mais la revue ne le dit pas :\nComment l'aurait-elle fait ? Car elle n'était pas née !\nDepuis, le triomphe est venu. Le miracle s'est opéré : grâce à\ncette intrépide, l'esprit de la danse, qui avait abandonné nos planches,\nest revenu errer parmi nous. Pourquoi, et comment ? Les meilleurs\nesprits se le demandent. Rodin et Gérard d'Houville, Carrière et\nHoffmannsthal, la sculpture, la plastique, la poésie et le drame tournent\ninquiets autour de cette énigme. Et les railleurs car il y en eut - n'ont servi qu'à préciser\nle mystère de cette apparition !\nIsadora, c'est l'imprévu au service du prosélytisme, l'improvisation perpétuelle soumise\naux volontés d'un inflexible apostolat. Deux tempéraments bien rarement unis, surtout en\nFrance, ou spontanéité est ennemie de méthode. Leur coïncidence nous trouble ici, et nous\nséduit à la fois. Comment ces bras, ces jambes, ce corps, sans le secours d'une irrésistible\nplastique, sans l'apparence de lois convenues, parviennent-ils à émouvoir ainsi, directement ? En\nvérité, Isadora n'a ni bras, ni jambes, ni corps, mais un fluide intérieur, qui se révèle, de je ne\nsais quelle manière, infaillible... Elle est dionysiaque ; voilà le secret. Ne cherchons pas plus loin.\nTelle encore nous la montrait hier, au Trocadéro, Y Orphée de Gluck. Péladan, grave,\nla précédait ; Mounet vibrant, et Plamondon-à-la-voix-d'éphèbe l'encadraient ; à ses pieds gisait\nl'orchestre Colonne, lac sonore dont le flot étalé obéissait à Pierné. Enfin, de douces élèves\nvenues de Darmstadt, l'entouraient de leur beauté blonde et ronde.\nDans une pâleur bleuâtre et irréelle, l'âme d'Eurydice vêtue d'une longue robe fit son\napparition hiératique. Puis, Orphée s'avança vers l'Erèbe, à travers tous les obstacles de la\nmythologie consacrée. Enfin on le vit au calme jardin des Champs Elysées. Habiles transposi-\ntions chorégraphiques d'un drame immortel, que Gluck tempéra des feux de sa musique. Ces\ntrois demeures de l'humanité idéalisée, la terre, l'enfer et le ciel, évoquées dans une atmosphère\nde musique, de récit et de chant, par une protagoniste dont la pantomine retient toute l'atten-\ntion... Quel beau rêve vous nous avez fait faire avec vous, Isadora !\nA vrai dire et ceci ne vise que le programme Gluck, le contemporain de La Harpe\net de Louis XVI, était-il bien le musicien capable de correspondre à ce rêve\norphique, empreint de mystique symbolisme ? On sait que ce violent a porté\ntout son effort sur l'expression verbale, et que chez lui le musique est le\nvéhicule des mots. Le reste..., mon Dieu ce sont de charmantes mélodies,\npoudrées et taillées suivant les formules de notre XVIIIe siècle. Je n'ai garde\nd'en dire du mal, bien que le tempo ralenti de l'autre soir nous les ait rendues\nlongues, longues. Mais avouez qu'il n'est pas d'art plus anti-dionysiaque !\nAinsi, et sans qu'elle s'en doute, Isadora se plaît à jouer la difficulté. Les\nyeux fixés sur une antiquité fabuleuse et mythique, elle transfigure un art qui a\nvu le jour dans notre France de l'Encyclopédie, entre le Coin du Roi et celui de\nla Reine. Paradoxe enchanteur ! Ce retour à la vie élémentaire d'une musique\nessentiellement localisée, cette rentrée dans le naturel expressif et impulsif\nd'une stylisation forcenée, c'est bien le plus merveilleux spectacle qui se puisse\nvoir en notre temps de féerie scènique."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "75", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.75", "texte": "LA GYMNASTIQUE RYTHMIQUE\nR. P.\nLa musique a joué un grand rôle dans le Congrès\nde l'Education Physique. La méthode callisthénique\nanglaise, la méthode Demeny et la gymnastique suédo-\nbelge ont fait de fréquents appels à un piano, placé au\nmilieu des agrès et des portiques et même à un quintette\nà cordes tout surpris de donner l'essor à Scarlatti ou à\nCouperin dans le grand cirque démocratique du Vélo-\ndrome d'Hiver. Mais des expériences plus systématique-\nment musicales ont retenu l'attention des congressistes,\nau Gymnase Huyghens et au Théâtre Antoine : ce sont\nles démonstrations de gymnastique rythmique de Jacques\nDalcroze entouré de ses élèves d'Hellerau.\nOn connaît le principe de ces exercices. Au moyen\nde gestes convenus, de contractions musculaires, d'in-\nflexions du corps, les élèves, immobiles ou en marche,\nextériorisent l'ossature métrique d'une phrase musicale,\nfrappent du talon les temps forts, divisent des bras, à la\nfaçon des nageurs dont ils revêtent le costume, l'onde\nmélodique, indiquent les syncopes, silhouettent les grupetti\nau moyen de mille artifices ingénieux et situent ainsi dans l'espace tout ce que le com-\npositeur a voulu réaliser dans le temps. Le résultat est, plastiquement, délicieux. Cette\nsorte de danse, miraculeusement précise, exécutée par de souples jeunes filles demi-nues,\nai-je besoin d'ajouter que ce spectacle est pourtant le plus chaste du monde possède\npour les musiciens qui ont le sentiment du rythme un charme unique, à cause de sa certitude\net de son union indissoluble avec le texte musical. Tous ceux qui ont souffert de voir nos plus\nmerveilleuses ballerines retomber en souriant à droite ou à gauche du temps comprendront la\nvolupté de cette sensation de quiétude que donnent toutes ces notes devenues vivantes et venant\nse placer pour l'œil au point précis que, d'avance, leur désignait l'oreille.\nMais la valeur éducative de la méthode est plus importante encore que son agrément\nesthétique. Une discipline mentale et musculaire de ce genre donne à ses adeptes vine invrai-\nsemblable rapidité de perception, d'association et de transmission de sensations psycho-physiques.\nLe professeur vient à peine de libérer du piano l'écharpe flottante de son improvisation que\ndéjà toutes ces fillettes l'ont cueillie au vol, l'ont drapée sur leur corps frémissant et la déroulent\ndans leur ronde harmonieuse avec le sentiment infaillible de ses courbes, de ses plis et de ses\ndimensions. Ces enfants ont l'œil radioscopique : elles voient instantanément dans une phrase\nmélodique les vertèbres des temps et les désignent avec certitude. Et leurs muscles obéissants\ntraduisent avec une rapidité électrique les visions qui s'enregistrent dans ces jeunes cerveaux\nsensibles.\nIl faudrait un volume pour analyser tous les miracles obtenus par Dalcroze avec la\n- -i— • • y • 1\ncollaboration de sujets intelligents. Ce n'est donc pas ici qu il sera\npossible de les signaler. Contentons-nous de saluer les gymnastes du\nRythme et d'appeler sur eux l'attention des musiciens. On aux\ndirecteurs de l'Opéra l'intention de donner une place d'honneur a cet\nenseignement dans leurs classes de danse. Il faut encourager chaudement\ncette initiative appelée à rendre à la chorégraphie de 1 avenir d inappie-\nçiables services."}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "76", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.76", "texte": "ISADORA DUNCAN"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "77", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.77", "texte": "UN DOCUMENT CUBISTE AU\nXVIme SIÈCLE\nSi la date de 1539 ne figurait pas sur ce singulier enchevêtrement, nous\naurions pu ouvrir un concours entre nos lecteurs et demander à quelle\npériode de l'art appartenait cette œuvre, dans laquelle on retrouve\nsinon les procédés, du moins l'illusion du moderne cubisme. Il\ns'agit en réalité d'une assiette qui se trouve au Musée de\nCluny, et dont la photographie est venu dernièrement\nprendre place dans la Collection d'iconographie\nmusicale entreprise, et déjà en partie réalisée\npar notre Revue."}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "78", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.78", "texte": "UNE CLASSE DE HARPE CHROMATIQUE\nA BUENOS=AYRES\nM\"e ZIELINSKA, dont tous les musiciens connaissent le beau talent, a gagné\nBuenos-Ayres avec 1 idée d y fonder une classe de harpe chromatique. Cette heureuse\ninitiative a été pleinement couronnée de succès, de tout dernièrement le public\nargentin était à même d'apprécier, l'excellent enseignement de Mlle Zielinska qui\ndonnait dans les salons de \"La Argentina une audition de ses toutes jeunes\nélèves. Le succès, du reste, ne fut pas seulement pour celles-ci et leur professeur.\nL'instrument de G. Lyon, lui aussi, en eut sa part. On s'émerveilla de sa simplicité de\nconception, sa sonorité charmante, et l'on fut surpris de voir le degré d'exécution\natteint, en très peu de temps par ces jeunes filles que guide si sûrement Ml,e Zielinska,\naux efforts de laquelle nous sommes très heureux d'applaudir."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "79", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.79", "texte": "L'Édition\nMusicale\nV. P.\n1 Heugel 2 G. Schirmer\nOn réclame ! M. Machabey se sent offusqué par le mot de Hugo Vinforme hurlant,\nappliqué à sa musique. Et M. Dupin en pense peut-être autant, sans le dire. N'avais-je pas indiqué\nque ces termes, sous ma plume, constituaient un éloge, et non pas un blâme ? Oui, si tout est\nbien mouvement et vibration, comme le suppose la science la plus avertie, il faut convenir que\nla musique, et la musique seule, a le privilège d'atteindre directement les forces mouvantes du\nmonde, sans les figer dans des formes imposées. La vision de l'œil est liée aux lignes immobiles\net arrêtées dans l'espace ; mais l'audition prend conscience du cosmos en action. Et, depuis\nque la musique existe, les artistes d'avant-garde ont toujours cherché à accroître cette mobilité,\naux dépens même de la plasticité et de l'harmonie des formes. Je ne veux point dire par là\nque les amis de la forme belle soient dans l'erreur ; ils jouent simplement en musique un autre\nrôle, que les chercheurs de la vibration intense.\nDe ces partisans de la musique statique, peut se réclamer M. Jean Hubert auteur des\nAmphoresl. Cette forte partition de 256 pages nous présente, pour orchestre réduit, un choix\nde poésies de Catulle, d'après la traduction d'Eugène Rostand, père de l'auteur de Cyrano.\nLa harpe et le hautbois, y évoquent l'antiquité ; le sentiment général d'un lyrisme grave\nsoutenu, classique par endroits, reste simple. Il y a plus de désenchantement que de joie dans\nces pages. Comme tous les heureux de ce monde M. Hubert se réfugie volontiers à l'ombre\nd'une grande tristesse. C'est une belle œuvre.\nLe même désir d'un art défini anime M. John A. Carpenter. Retenez ce nom ;\nc'est celui d'un jeune compositeur américain, encore très inconnu chez nous. Un flot de\nmélodies 2 (quelques-unes sur des vers de Verlaine), et une sonate, piano et violon, nous\nmontrent une âme de musicien, qui voudrait s'élever au dessus de la médiocrité de ses compa-\ntriotes. Tandis que M. Hubert nous donne l'impression d'un classique, parmi les audacieux de\nl'heure présente, M. Carpenter, avec un art assez semblable, produit là-bas l'effet d'un jeune\nespoir avancé. Les Anglo-Saxons n'ont pas encore pris leur rôle musical dans le concert\neuropéen. Ils sont en train de relier une tradition, dont ils avaient perdu le souvenir. Ils se\njettent à la fois sur Brahms et sur Debussy, sur Wagner, Franck et Widor, sur d'lndy et\nStrauss. De tout cet effort d'acclimatation sort un style composite, derrière lequel n'apparaît\npas encore bien nettement la personnalité ethnique de ce peuple, et encore moins l'individualité\nde ses artistes. Mais le temps marche, et si l'on s'en rapporte à certains musiciens anglais\n(comme Vaughan Williams), la présente génération nous réserve des surprises. M. Carpenter\npourrait être en Amérique un de ces pionniers. Il a la technique, le goût, le désir de l'origi-\nnalité. Ce qui lui manque sans doute, c'est le public, ce public acariâtre et snob, toujours en\néveil, toujours en bataille, qui encourage, sélectionne, améliore sans cesse la race de nos\nmusiciens du continent, C'est à Carpenter et à ses confrères, et aux éditeurs d'Amérique, à\nà.\ncréer ce rouage essentiel de la bonne, de la vraie musique."}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "80", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130415-01.1.80", "texte": "Çà et Là\nDANS LE MONDE. Une très brillante soirée musicale chez M. Hecht a permis\nd'applaudir des œuvres de Beethoven, Schumann, César Franck et Pierre Hermant. Le jeune\nclarinettiste Jean Michelin a obtenu un gros succès personnel en compagnie de MMmes Henri\nAlvin, Cécile Winsback et M. Cros-Saint Ange.\nM. Raoul Wachtmeister a donné une intéressante audition de ses œuvres interprétées\npar Mme Noëla Cousin, Mme Heartt Dreyfus, et Mlle Frances Yves. Reconnu dans l'assistance :\nS. E. le ministre de Suède et la Comtesse Gyldenstolpe, le compositeur Emil Sjôgren, le\nsculpteur Stéphane Sinding, Mme Signe Lunel, etc.\nDîner de la section musicale du Lyceum :le 18 Mars, une élégante chambrée d'ama-\nteurs se pressait autour de Mlle Gignoux et de Gabriel Fauré qui présidaient la réunion. Un\nconcert où furent exécutées des œuvres du Maître termina la soirée.\nNous apprenons la mort de Marc A. Blumenberg, éditeur du \" Musical Courier \" de\nNew-York. Une embolie au cœur le foudroya le 27 mars à son domicile de l'Avenue\nAlphand. Il habitait Paris depuis plusieurs années. C'était un écrivain de talent et un érudit.\nTrès au courant de la vie musicale contemporaine, il favorisait de tout son pouvoir les artistes\nde son temps. C'est lui qui, pour caractériser l'effort de son journal, le mit au service des seuls\nmusiciens vivants en déclarant : \"Une Revue n'est pas un cimetière ! \"\nCOURRIER DE MONTE-CARLO. L'activité la plus fiévreuse règne sur la\nRiviera : création à Cannes du Cœur Dormant de Jules Méry et Bellenot, œuvre délicatement\nmusicale découverte par Saint-Saëns ; création à l'Opéra de Monte-Carlo de Tatoy opéra en\ndeux actes de Cain et Payen qui servit de brillant début à Mme Labori dans la musique drama-\ntique et qui remporta un très vif succès ; soirées de gala aux Concerts Louis Ganne ; concerts\nclassiques incomparables de Léon Jehin où l'éminent chef d'orchestre accompagne Kubelik et\nHollmann ; représentations d'Hamlet avec Lipkowska, de Samson et Dalila avec Litvinne et\nRousselière, d^Aïda avec Koussnetzoff et Baklanoff... etc. Il faut la prodigieuse virtuosité direc-\ntorale de Raoul Gunsbourg pour conduire au succès un programme aussi lourdement chargé.\nPOUR LA MUSIQUE TCHEQUE. L'an dernier, au Concours de la Ville de\nParis, la Chorale des Instituteurs Tchèques de Prague remporta un prix d'honneur. Cette\nannée, cette chorale modèle va venir du lerIer au 10 mai faire entendre de la musique tchèque à\nParis, Bruxelles, Liège, Luxembourg, Namur, Lille, Reims et Nancy. Elle s'est adjoint dans\nson œuvre d'apostolat Mme Raymonde Delaunois, qui chante du Ravel à Prague, du Debussy\nà Vienne, du Moussorgsky à Munich, du Mahler à Paris... \"et parfois même du Chopin à\nSaint-Quentin \", ce qui est tout à fait international.\nLe programme des concerts comprendra des œuvres de Smetana, Dvorak, Fibich, Suk,\nFœrster, Kunc, Novak et des chansons populaires tchèques.\nNotre aimable collaborateur Erik Satie a perdu en taxi-auto une comédie en un acte,\nPiège de Méduse, manuscrit précieux, admirablement calligraphié. Récompense à qui le rappor-\ntera (une pièce froide).\n\nTous droits réservés pour tous pays y compris la Scandinavie et l'Extrême Orient.\nLe Gérant : MARCEL FREDET.\nImprimerie SAINTE CATHERINE, Quai St. Pierre, Bruges, Belgique (Tél. 517)."}]}