{"numero_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_sha256": "1af44f503e33802ef53426d23e0848298473826da8a37a00710f012435a85b1e", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1913/06/15_01/bmtnabh_1913-06-15_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1913/06/15_01/bmtnabh_1913-06-15_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c002", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.2", "titre_corps": "LES MÉLODIES ESPAGNOLES ET ITALIENNES d'HUGO WOLF, par Gabriel Marcel. 0", "titre_sommaire": "LES MÉLODIES ESPAGNOLES ET ITALIENNES d'HUGO WOLF, par Gabriel Marcel. 0", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.1", "debut_caractere": 521, "fin_caractere_exclue": 752, "texte": "LES MÉLODIES ESPAGNOLES ET ITALIENNES d'HUGO WOLF, par Gabriel Marcel. 0\n| SOUVENIRS SUR ROLLINAT, par G. 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Aussi a-t-on quelque peine à comprendre qu'un musicien tel\nqu'Hugo Wolf soit presque complètement ignoré en France: de même\nen effet que les affinités sont nombreuses entre la jeune école littéraire\nviennoise et nos écrivains contemporains, il y a, nous le verrons, une\nréelle communauté d'orientation entre l'art de Wolf et notre musique\nd'aujourd'hui. On ne saurait songer dans une brève esquisse comme celle-ci\nà étudier complètement l'œuvre vocale du grand musicien autrichien,\nmais, choisissant les deux recueils de lieder à nos yeux les plus caractéris-\ntiques, nous voudrions en indiquer les traits saillants. 1\n\n1 Hugo Wolf naquit à Windisch-Graz le 13 mars 1860.11 marqua de bonne heure des dispositions\nexceptionnelles pour la musique, et vint à Vienne dès 1875 pour entrer au Conservatoire, ou il ne resta\nd'ailleurs que peu de temps. Il s'enthousiasma pour Wagner et pour Liszt, et dans le Wiener Salonblatt,\ndont il fut le critique musical de 1884 à 1887, ne se lassa pas de combattre l'art a ses yeux suranné et\nvide de Brahms. Aussi se fit-il de nombreux ennemis, et ne parvint-il pas à faire exécuter ses premières\noeuvres (Penthesilée, quatuor à cordes). Il composa d'ailleurs assez peu pendant cette période, et ses"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.4", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2815, "texte": "Le Spanisches Liederbuch et Yltalienisches Liederbuch occupent dans\nl'œuvre de Wolf une place centrale. Lorsqu'il les composa, il était\nabsolument le maître de sa technique propre : dans les premiers recueils\nde mélodies, au contraire, en dépit de nombreuses et éclatantes réussites,\nles influences diverses que Wolf a subies sont encore manifestes, à tel\npoint qu'on serait parfois tenté d'attribuer tel ou tel lied aux musiciens\nmêmes dont il s'inspirait (Schubert, Schumann). Dans d'autres le wagné-\nrisme est infiniment plus littéral qu'il ne le sera plus tard; la \" \"\nsemble baigner dans les clartés du Vendredi-Saint. Et sans doute il y a\ndéjà dans les premiers recueils une richesse, un frémissement de vie\nmerveilleux ; et rien dans les lieder espagnols ou italiens n'est supérieur à\n\" Seufzer\", \" In der Fruhe\", \"Wo d'un pathétique si\nintime et si profond, à \" Ganymède \", aux \" Grenzen der Menschheit\névocations métaphysiques grandioses, ou à telle page des\n(\" . Nachtzanber\"par exemple). Mais ce qui fait à nos yeux l'intérêt\nspécial des mélodies espagnoles et italiennes, c'est qu'elles constituent des\nensembles remarquables à la fois par la richesse et par l'unité ; on ne trouve\npas ici, en dépit d'inégalités inévitables, ces disparates qui choquent dans\nles premières œuvres, surtout dans le C'est qu'ici au\nfond la division en lieder ne doit pas nous tromper : nous sommes en\nrealité en présence de grandes fresques musicales où l'on ne saurait isoler\ndes éléments que par abstraction.\nLes mélodies espagnoles, sur des paroles de Heyse et Geibel, furent\ncomposées à Perchtolsdorf au cours de l'hiver 1889-1890, immédiatement\naprès l'achèvement du Gœthe Liederbuch, et rien extérieurement ne rend\ncompte de la différence de maturité des deux recueils, dont Wolf lui-\nmême semble avoir eu conscience. Les lettres qu'il écrivit à cette époque\n\nœuvres importantes, c'est-à-dire ses grands recueils de lieder, sont toutes postérieures à 1887. Dans l'espace\nde 2 ans (1887-1889) il mit sur pied le Môrike Liederbuch, le Gœthe Liederbuch, l'Eichendorff Lieder-\nbuch, le Spanisches Liederbuch et les premières mélodies italiennes, sans compter les Alte Weisen de\nKeller et quelques autres mélodies. A cette crise de production intensive fit suite une période de stérilité\nqui dura 5 ans. En 1895 il retrouve sa puissance créatrice, et écrit en 3 mois la partition pour piano\ndu Corrégidor, représenté à Mannheim en 1896, avec peu de succès d'ailleurs. Il termine les mélodies\nitaliennes, amorce un nouvel opéra, Manuel Venegas, compose 3 lieder importants sur des paroles de\nMichel Ange, et en 1897 a une première crise de folie. Il recouvre la raison pour quelques mois.\nMais un nouvel accès survient en 1898. Puis c'est la paralysie générale. Il meurt d'une péripneumonie\nle 16 février 1903."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.5", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 24, "texte": "LES MÉLODIES D'HUGO WOLF"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.5", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1875, "texte": "(à Eckstein, à Strasser) nous montrent l'enthousiasme émerveillé avec\nlequel il assistait à sa propre production ; M. Romain Rolland, dans\nl'excellente étude 1 qu'il a consacrée à Wolf, a trop heureusement insisté\nsur ce qu'eut de miraculeusement spontané la production de Wolf au\ncours des années 1888-1890, pour qu'il y ait lieu de revenir sur ce qu'il\na justement appelé \" un des cas les plus extraordinaires de l'art, un de\nceux qui font le mieux entrevoir les mystères du génie\nLa question de savoir si l'image que les mélodies de Wolf nous\ndonnent de l'Espagne est exacte, est de celles qu'il convient de laisser\nrésolument et par principe de côté. Tout ce qui importe, c'est qu'il a su\nen communiquer une vision lyrique extraordinairement intense et précise.\nQu'il se soit borné par là à extérioriser certaines tendances profondes de\nson âme altérée de lumières violentes et de contrastes tragiques, c'est ce\nqu'il serait à nos yeux imprudent de nier. Mais l'exotisme en art est-il\njamais autre chose qu'une reprise de possession des contrées ignorées\nde l'âme ?\nL'Espagne que Wolf a exprimée et qu'il a sentie en lui comme une\nplaie, est une Espagne avant tout fanatisée, hallucinée par une foi terrible,\npar une foi qui baigne dans l'angoisse en quelque sorte physique de la\nmort. Sans doute il arrive que l'âme à certaines heures de lassitude appelle\nla Redoutée comme une libératrice (XXIV) ; il y a dans cette invocation\nla joie saisie et contenue de l'ultime détachement. Ailleurs la mort\napparaît à l'homme haletant d'espoir et de terreur comme le repos lointain\nqui viendra un jour-un jour (dereinst-dereinst) ; et il semble que par une\nattraction mystérieuse et irrésistible, exercée par l'avenir sur le présent,\nun peu de ce calme se répande dans le cœur de celui qui prévoit (XXII) ;\n\n1 Romain Rolland : Musiciens d'aujourd'hui."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.6", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1769, "texte": "et dans ces appels éperdus vers l'inconscience bienfaisante, vers l'oubli\ndans le sein de la mort, on dirait que passe un écho de Tristan. Mais\nl'âme ne trouve dans cette pensée un apaisement qu'aux moments où elle\ngémit accablée sous le poids de la vie : en toute autre circonstance la\nmort est l'Etrangère innomée, la mystérieuse, celle qui ouvrira les portes\nd'un monde où seule la clémence divine pourra nous épargner des tortures\néternelles que nous avons méritées. Et l'âme pécheresse se prosterne\ndevant Celui qui par sa Passion a racheté tous les péchés ; comme dans\ncertaines cantates de Bach, un dialogue surnaturel s'engage entre l'indigne\nqui plie sous le fardeau de ses fautes et Celui qui les a toutes expiées par\navance (chant spirituel IX) ; et voici que la pitié envahit l'âme croyante\nen face du Dieu crucifié (ch. sp. X). Nulle part sans doute, Wolf n'a\nmieux su utiliser ses admirables dons d'expression harmonique que dans\nces lieder tragiques où se joue le destin du pécheur repentant : parfois,\navec une insistance cruelle qui ressemble à une mortification volontaire,\nil plaque des septièmes augmentées qui ne parviennent pas à se résoudre\ndans l'harmonie libératrice (ch. sp. VII). Ailleurs, à la lamentation sup-\npliante qui module douloureusement sans trouver la paix, il oppose des\naccords parfaits mineurs qui, par une cadence simple, aboutissent à\nl'harmonie majeure et traduisent de façon saisissante la bonté paternelle\net douloureuse du Sauveur (ch. sp. IX). Ailleurs encore il a trouvé, pour\nexprimer les détresses du croyant qui se résolvent en actions de grâces,\ndes modulations étranges et hardies qui s'apaisent en des accords par-\nfaits où pourtant semble encore subsister le souvenir de l'angoisse passée\n(ch. sp. X)."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.7", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1716, "texte": "Mais il arrive aussi que le cœur se détende, qu'il s'enchante lui-même\nde la vision du Christ enfant et de la Sainte-Famille, qu'il s'attendrisse sur\nl'aspect simplement humain de la tragédie sacrée (ch. sp. Y) ; Wolf\nretrouve ici cette douceur religieuse sans mollesse, sans fadeur, qu'on\nrencontre parfois chez Bach, dans l'Oratorio de Noël par exemple:\nl'accompagnement se déroule alors avec une aisance paisible, sans les\nmodulations tendues et presque douloureuses qui expriment ailleurs le\ndrame de la foi.\nNulle part dans ces mélodies, et ceci vaut pour la totalité de l'œuvre\nde Wolf, il ne s'asservit à une transposition musicale pure et simple de la\npensée ; on a dit, sans prendre garde à l'équivoque possible, qu'il fait,\ncomme Wagner, de la poésie le principe de la musique ; mais par poésie\nil faut entendre chez l'un comme chez l'autre non les mots pris dans leur\nlittéralité, mais le mouvement intérieur de la pensée qui déborde toute\ntraduction musicale ou verbale ; c'est seulement parceque Wolf retrouve\nce mouvement qu'il peut arriver à la justesse absolue de l'expression ; et\ndes commentateurs d'ailleurs ingénieux comme M. Decsey ont trop\nsouvent semblé croire qu'il suffisait, pour rendre compte de ces réussites,\nd'admettre qu'il convertit purement et simplement les accents du poème\nparlé en accents musicaux.\nSi l'on comprend que le mysticisme des mélodies religieuses est\navant tout imaginatif, qu'il est l'expression spontanée d'une âme qui\ns'hypnotise sur des visions de terreur et d'amour, non point du tout\nl'extase d'une pensée qui s'absorberait dans l'être comme dans son principe\net son bien propre, on ne sera pas surpris que les mélodies profanes meme"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.8", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1409, "texte": "baignent dans une atmosphère de dévotion tragique. La vie religieuse,\ndans l'Espagne que Wolf a conçue, n'est en somme que la manifestation\nsuprême d'une sensibilité vibrante, fébrile, qui en d'autres temps s'aban-\ndonnera aux excès de l'amour physique. Cet amour, ce désir frénétique\nde possession, Wolf l'a exprimé avec une sorte d'emportement sensuel\nqu'on ne rencontre guère chez les compositeurs allemands. Ce n'est point\nlà cette véhémence schumannienne qui n'est que l'ardeur d'un fiancé\néternellement déçu ; ce n'est pas non plus la passion wagnérienne qui\nsemble être le véhicule d'une puissance cosmique. Dans des mélodies\ncomme \" Sagt ihm dass er zu mir h(XV), ou \" Geh,\ngeh \" (XXXIV), le désir humain est exprimé en lui-même, sans que\ntransparaisse derrière lui aucun idéal ou aucune idée; c'est que la religion\nelle-même n'est ici que la tension ultime de l'âme qui trouve une volupté\nterrible à prévoir son destin : aussi n'est-il pas étonnant que par un\nmouvement inverse l'image de la mort et le sentiment de l'universelle\ncaducité soient partout présents dans l'amour sensuel. Et de fait Wolf a\ntraduit avec une intensité d'ironie dont il y a peu d'exemples dans\nl'histoire de la musique, la fugacité du désir et l'amertume des cœurs\nqu'il laisse irrémédiablement déçus. Tantôt il se lamentera sur l'universelle\ntrahison amoureuse (X : \" Eide, so die IJebe schwur, schwache Bùrgen"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.9", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 910, "texte": "sind sie nur \"), tantôt il reproduira la supplication haletante de la jeune\nfille qui ne veut pas revoir celui dont l'amour la tue : et il semble qu'ici\non entende en soi ce cœur qui bat à se briser (XVI). Ce sera encore la\ntristesse amère de l'amant qui voit ses moindres désirs froidement contre-\ncarrés par sa maîtresse (111 : \" Seltsam ist Juanas \") ; les modulations\nmineures, fort simples cependant, traduisent avec précision l'amertume\nd'une liaison ruinée par l'indifference. Plus rarement, Wolf nous fait\npénétrer dans l'intimité des amants aux heures d'abandon ; l'amant dort\ndans l'ombre de la chevelure de l'amante : le réveillera-t-elle ? elle hésite,\navec un sourire elle le laisse dormir (II). Dans d'autres mélodies enfin\nc'est la vie populaire de l'Espagne qui se rythme devant nous au son des\nguitares et des pandouras (I, XII, etc), et le grouillement bigarre des"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.10", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1849, "texte": "foules de Séville s'évoque sous le ciel sans tendresse parmi les paysages\ntragiques de l'âme.\nOn voit donc quelle contrée intérieure est l'Espagne de Wolf, et\ncombien puissamment elle se caractérise. Il suffit pour s'en rendre compte\nde comparer une mélodie quelconque du recueil à 1' \" Aveu \" de Schumann,\nlied espagnol sur des paroles de Geibel : combien dans ce chant, admirable\nd'ailleurs, fait défaut cette faculté de spécification émotionnelle qui est le\ntrait dominant du génie de Wolf! Tandis que Schumann est resté partout\nl'adolescent rêveur et tendre, chaste jusque dans la passion, et pour qui la\nvolupté n'est que l'indicible promesse d'un bonheur nuptial que la pensée\ncroirait profaner en l'évoquant, Wolf hardiment a recréé en lui le monde\ndes convoitises, des révoltes et des désespérances charnelles, dont l'âme ne\nparvient à s'enfuir que par une sorte de transposition mystique; le ciel n'est\npas ici, comme dans le Faust de Schumann, le lieu d'universel apaisement\net d'éternelle réconciliation, mais celui des affirmations passionnées d'une\npensée qui projette ses espoirs et ses effrois jusque par delà le tombeau.\nLa première partie de Yltalieniscfies fut composée en 1890,\nla seconde en 1896 après une période de stérilité complète. De cette\ndiscontinuité la musique ne présente aucune trace ; et le recueil a une\nunité, une cohésion aussi grandes que le Spanisches Liederbuch. Mais à\ntout autre point de vue combien l'opposition des deux œuvres est mani-\nfeste ! Sans doute les sujets évoqués sont analogues : ici encore se dessinent\ndevant nous des âmes vibrantes et voluptueuses. Mais la sensualité se\ntempère maintenant de tendresse ; la lumière s'adoucit. La mort même\nprésente un visage souriant, et l'homme évoque sans amertume le bon\nsommeil sans fin parmi les fleurs (XXXIII). Il n'est plus obsédé par la"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.11", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1337, "texte": "terreur de l'au delà ; et les portes mystérieuses ne s'entr'ouvrent plus que\npour laisser apercevoir des visions de béatitude (XXXIV). L'âme peut se\ndonner tout entière et sans arrière-pensée douloureuse à la vie séduisante\net facile, quitte à s'étonner tristement un jour en songeant au temps perdu,\net aux joies éternelles qu'elle s'est peut-être condamnée à ne connaître\njamais (XXXVII). L'amour n'est plus ici une rencontre charnelle tragique\net brève,-il est l'aventure hasardeuse et tendre de deux âmes heureuses de\ncheminer ensemble parmi l'universel printemps : \" que béni soit le vert\net qui le porte\" (XXXIX), chante le poète qui s'attendrit devant les\nbourgeons qui vont éclore et les cœurs qui vont s'épanouir ; et ailleurs\ndeux amants scellent le pacte de concorde, tandis qu'ondule un accom-\npagnement silvestre comme le rythme des rameaux bercés par la brise\n(VIII). Sur cette félicité rêveuse qui s'enchante d'elle-même, la musique\npose une clarté souriante et tempérée : celle d'un crépuscule de Toscane.\nSans rhétorique et sans cris l'âme s'abandonne au bonheur comme a son\ndestin. Rien ici de cette verbosité sentimentale qui gâte si souvent le\nlyrisme d'un Schubert, et semble envelopper la passion d une atmosphère\nde religiosité larmoyante et fade. Une indication suffit, et, mieux qu un"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.12", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 666, "texte": "développement, précise l'attitude d'une âme: Wolf le sait bien, et avec\nune discrétion profonde et poignante, celle d'un Mozart ou d'un Claude\nDebussy, il s'attache à ressaisir et à reproduire dans sa vérité le progrès\nintérieur de l'amour (XIX). Et rares sans doute sont les heures graves\noù le cœur fléchit sous le poids de ses trésors et s'achemine vers le don de\nsoi comme vers une délivrance : plus souvent l'amour sourit avec une\nironie qui n'est pas sans tendresse et la maîtresse plaisante l'amant sur\nles grands airs qu'il prend avec elle: pourtant lui non plus n'est pas né\nsur le trône d'Espagne (XXVIII). Ailleurs ce sont des plaintes et des"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.13", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1499, "texte": "reproches. Mais de meme que pour le paysagiste les nuages qui passent\ndans le ciel, par les alternatives d ombre et de lumière qu'ils engendrent,\ncontribuent au divertissement perpétuellement renouvelé du regard, de\nmeme ici les ti agi-comedies de 1 amour semblent bien n'être qu'une fête\nmerveilleuse et multiple que le monde offre au poète épris d'images\nintérieures et d'invisibles spectacles. Et voici que reparait celle qu'avait\nbannie un siecle accable de romantisme et de critique, la gaieté non la\njoie puissante et universelle de la Symphonie avec Chœurs et des Maîtres\nChanteurs, mais la gaieté qui est l'agilité pure, le progrès fantaisiste et\ncependant réglé d'une pensée qui trouve sa satisfaction dans son exercice\nmeme, la gaiete qui n est après tout que la jasene volubile et divinement\npuérile d'une source. Gaieté émouvante comme la douleur, vivante par\naela la vie, la gaieté de Mozart et de Zarathustra. Avec une verve\nhumoristique et attendrie, la musique déroule devant nous des images\nplaisantes et gracieuses : \" Mon amour est si petit que sans se baisser il\nbalaye la chambre de ses boucles \", et Wolf avec une vivacité amusée et\nhaletante nous décrit la terreur du petit être à la vue d'une limace (XV).\nAilleurs la jeune fille se plaît à imaginer une maison de verre où son\namant demeurerait (XL). Une autre fait le dénombrement de ses amoureux\n(XLVI). Wolf se divertit à évoquer devant nous ces images fugaces,\nfantasmagories légères du cœur."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.14", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2389, "texte": "Les Lieder italiens marquent, mieux même à notre avis que les\nMichel Angelo Lieder qui pourtant sont postérieurs, le point extrême de\nl'évolution musicale de Wolf, celui où sa technique s'est le plus com-\nplètement libérée de l'influence wagnérienne, qu'il en ait eu d'ailleurs ou\nnon conscience. Il nous reste à nous demander dans quel sens exactement\nil prolongea et enrichit l'art même d'où le sien était sorti. Et tout\nd'abord, de quoi exactement lui fut-il redevable ? Il semble qu'il faille\ninsister ici sur deux points essentiels. D'abord, Wolf applique absolument\nle principe wagnérien de l'indépendance réciproque du chant et de\nl'accompagnement ; celui-ci a presque partout une existence, une valeur\nautonome ; on pourrait dire qu'il exprime la réalité absolue de la situation\ndramatique ou lyrique, dont le chant ne traduirait que le retentissement\ndans la conscience immédiate. D'autre part, c'est à Wagner que Wolf\ndoit la merveilleuse richesse de son harmonie. A tout autre égard on\npourrait soutenir qu'au moins dans les dernières mélodies les tendances de\nWolf sont profondément différentes de celles de Wagner. Il semble que\nWolf ait éprouvé, comme nos grands musiciens à nous, le besoin de\nconstituer un classicisme nouveau, c'est-à-dire un art où la musique\nserait absolument libre, et ne dépendrait pas d'une Weltanschauung\ndont elle serait réduite à traiter plus ou moins exactement les thèmes\ngénéraux.\nLes mélodies de Wolf se définissent comme celles de Debussy par ce\nqu'on pourrait appeler un lyrisme concret, c'est-à-dire par une disposition\noriginale à adopter les attitudes diverses de l'âme, à recréer musicalement\nun monde aussi complexe que le monde visible, dont elles dégageraient\npour ainsi dire les articulations intérieures. Entre Wolf et Debussy les\ndifférences sont profondes, sans doute; elles sont essentielles; on peut\naffirmer qu'il y a chez Debussy une puissance créatrice plus géniale, un\ngoût plus raffiné et plus exigeant, un don -plus rare de pénétrer jusqu'à\nl'essence intime de la pensée affective et d'en reproduire du dedans l'idéale\ngenèse; chez Wolf, avec une subtilité moindre, plus de fécondité et comme\nde vitalité, plus de couleur et d'accent; une aperception plus riche des\nbeautés tangibles de l'univers. Mais chez l'un et chez l'autre, si opposés\nque soient les tempéraments, on devine une aspiration commune vers un"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.15", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 454, "texte": "art sobre, et, au beau sens du mot, naïf, c'est-à-dire dégagé de toute\nidéologie, et débarrassé aussi de ces superfluités oratoires qui nous gâtent\nparfois les plus grandes œuvres du passé; on sent l'amour de la vie dans ce\nqu'elle a de plus intime et de plus secret, et, pour tout dire, une même\nrecherche de cette vérité lyrique qui ne serait en somme que la découverte\ndu mouvement intérieur de l'esprit.\n\nGabriel Marcel."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c022", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 16, "image_fin": 31, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.4", "titre_corps": "SOUVENIRS SUR ROLLINAT", "titre_sommaire": "SOUVENIRS SUR ROLLINAT", "signature_source": "Georges Lorin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.16", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1899, "texte": "SOUVENIRS\nSUR ROLLINAT\n\nA l'époque de ma toute première jeunesse, (je suis jeune encore), je\nprenais pension dans un restaurant du Boulevard Saint-Germain, fréquenté\npar des peintres et littérateurs; (je me souviens de Paul Renouard et de\nMaindron) et qu'on appelait : le petit Là, venait un homme qui\nressemblait à un Victor Hugo jeune mais ayant déjà ses cheveux blancs.\nTerriblement méridional, il virgulait d'un \" heigne \" interrogateur et\ncirculaire chaque demi-phrase. Le \" heigne \" entrait aussi facilement dans\nles vers que dans la prose. Je l'entendis, un jour, dire d'admirables vers\nayant pour titre \" Le Crapaud \". Il préférait ce \" Crapaud \" à celui\nd'Hugo. Oui, lui qui avait traversé la Manche (me fut-il conté plus\ntard) seul dans une barque, par une tempête violente, pour aller montrer\nà Victor Hugo (à Guernesey) qu'il lui ressemblait, il n'hésitait pas à\nétablir (et il le fit pour d'autres pièces) ce parallèle. Il dit \" la Mare aux\nGrenouilles \", \"l'Amante Macabre\" et discuta également de la Musique\nde Rollinat. Je percevais parfois les noms de ses interlocuteurs : Charles\net Aristide Frémine, Léon Valade, Albert Mérat, Raoul Gineste. Delà\nMusique de l'homme qui avait rimé l'Amante Macabre, je voulus en\nentendre. Pelleport étant venu à ma table prendre du sel, je l'interpellai :\n\" Qui est Rollinat ? Où le voit-on ? \" \" Il vient ici, je vous le mon-\ntrerai. \" Il vint. Je le reconnus facilement sans le connaître. Quand\nj'entrai, je l'aperçus, assis, tournant le dos à la fenêtre. Son regard, dans\nla pénombre du visage, apparaissait comme un double feu follet ; un\nregard lointainement mélancolique d'ange déchu mais non révolté, qu'il\ndardait fugacement autour de lui. Sur ce regard, une grande mèche de\ncheveux que je le vis rejeter soudain de toute une main d'homme à la\nhoue, flottait en virgule. Pelleport me fit un signe discret, mais il n'y eut\npas présentation."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.17", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2259, "texte": "Un soir que je cherchais à travers les vitrines de mes cafés habituels\nquelques silhouettes d'amis, j'appuyai mon front au carreau du \" Voltaire \"\n(côté de la rue de Tournon). Là, contre moi, seul, Rollinat fumant une\npipe terriblement culottée. J'entrai et allai résolument à lui : \" J'ai\nentendu dire de vos vers par Pelleport. Ils ont une relation d'ambiance\navec Edgar Poë que j'ai tenté d'illustrer. Il prétend que vous faites de la\nMusique qui ressemble à vos vers. Je vais vous surprendre : je n'ai jamais\nentendu de Musique ; je ne suis jamais tout à fait satisfait. Les premières\nphrases du Clair de hune de Beethoven semblaient partir mais cela\ns'arrondit et se dilue. Je suis avide de je ne sais pas quoi. J'attends,\nj'espère... alors... vous excuserez mon indiscrétion. \" \" Monsieur, je\nvous excuse avec d'autant plus de plaisir que vous ressemblez étrange-\nment à mon frère, hélas ! disparu. Vous avez tenté, dites-vous, d'illustrer\nEdgar Poë. Je serais curieux...\" \"Oh ! j'établis de suite qu'on n'illustre\npas Edgar Poë. On peut faire œuvre à côté, pour éditeur. Mes dessins\nmanquant plus de science que d'imagination furent soumis à la Maison\nMichel Lévy et se trouvèrent en concurrence avec Urabieta Vierge.\nC'était... trop d'honneur ! Il n'y eut nulle décision. Je vous les offrirai,\nces dessins, mais... votre musique ?? \"\n\"Si cinq étages ne vous font pas peur, j'ai encore du bois, on peut\nfaire une flambée. C'est rue Saint Jacques. Ne vous attendez pas a un\npiano, c'est un clavecin. \"\nC'était rue Saint Jacques, à deux maisons de la rue Gay-Lussac (à\ngauche et à gauche, en partant du Luxembourg). Escalier humide et\nbossué, évoquant les Mystères de Paris d'Eugène Suë. Rollinat alluma du\nfeu, posa sa pipe sur le bord du clavecin et dans une rutilante improvisa-\ntion, sembla l'essuyer. Le petit son aigre, trépidant, de l'instrument, se\nbouscula comme un combat de gouttes d'eau dans un vieux bassin de\nfeuilles mortes.\n\" Que voulez-vous que je vous joue....\n\" Mais... je n'ai pas encore de préférence !\n\" Tiens ! c'est vrai ! \" et ce fut un rire.\n\" Je vais vous jouer çà ! \" Il partit.\nPluviôse irrité contre la vie entière...\nUn des Spleen de Baudelaire.\nMa chaise entra dans le mur et toute ma tête dans le piano dont,"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.18", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1608, "texte": "certes, mes cheveux étaient devenus subitement les cordes. Rollinat\ntermina:\nLe blond valet de cœur et la dame de pique\nCausent sinistrement de leurs amours défunts.\net se tournant à demi :\n\" Que dites-vous ?\n\" Recommencez ! \"\nJ'étais dans Tailleurs ! Tailleurs de Michel-Ange, de Shakespeare, de\nDelacroix.\nCe n'était pas de la musique cela, c'était du langage.\nIl me semblait que cet homme faisait rouler sous ses doigts le cœur\nde l'humanité.\nA 4 h. du matin, Rollinat chantait encore. Il faillit avoir congé.\nLa précision de mes observations le grisait. Pour lui, j'étais foule.\nEn moi, le silence de Paris l'écoutait.\nMais mon admiration avait une inquiétude : mon enthousiasme ne\npouvait suffire à rassurer ce miraculeux homme sur la valeur de mon\ndiscernement. Il m'avait questionné :\n\" Vous savez la musique ?\n«! M \"\n• • •\nJe dus ne plus me contenter de passer simplement pour un vague\ndessinateur et comme la relation est plus proche entre les sons et le sens\ndes mots qu'entre les formes et les sons, j'avouai quelques vers, entre\nautres la pièce suivante qu'il me pria, plus tard, de dire à Barbey\nd'Aurevilly et que je cite parce qu'elle me tint plus spécialement sur\nles fonds baptismaux auprès de mon désormais ami.\nL'IDÉAL\nO reste inaccessible à toute ma tendresse\nEt permets seulement que mon œil te caresse ;\nSois charmante toujours mais laisse mon désir\nRôder autour de toi sans jamais te saisir.\nQue tu sois vierge ou bien que d'autres te possèdent,\nReste mystérieuse et superbe pour moi,\nMaintiens mon éternel et magnétique émoi\nEn ne levant jamais ces voiles qui m'obsèdent."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.19", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2003, "texte": "Comme un fleuve infini que rien ne peut tarir\nEt que n'engloutit pas la mer inexorable\nLaisse mon cœur errer sous le ciel adorable\nDe tes grands yeux d'azur et je pourrai mourir,\nPlein du ravissement de ton sourire d'ange\nEt de tout l'art exquis de ton beau corps cambré,\nAyant des biens mortels ignoré le mélange,\nDans l'extase du rêve où rien n'est altéré.\nRollinat, ce soir là même eut une surprise. Je lui fredonnai presque\nimmédiatement deux ou trois de ses mélodies. \" Quel malheur que vous\nn'ayez pas de voix, s'était-il écrié, vous seriez mon meilleur interprète et\nprouveriez que ma musique n'existe pas que par moi mais par elle-même. \"\nOn ne se quitta plus. J'étais devenu le contrôle nécessaire des\nnouvelles œuvres et comme, à propos d'interprétation, je lui faisais cc\nreproche, ayant, lui, toutes les voix, de ne pas penser aux autres, il me dit\nun jour : \" Toi !je t'autorise à modifier et il écrivit en riant (en riant il\navait une fossette qui ressemblait à celle de Rochefort) un autographe.\nJe n'en ai pas abusé. Pas du tout. Rollinat savait, en m'accordant\ncette confiance, que si j'avais modifié deux ou trois notes parce que cela\nétait nécessaire, je serais resté dans le même pays musical que lui.\nOui, avec de la voix, j'eusse prouvé que le frisson de la musique de\nRollinat était transmissible par un autre que par lui ce qui a été fait\npar Mme Montaigu-Montibert pour X—\nmais il faut exprimer un grand, très grand regret : c'est que Rollinat\nn'ait pas chanté dans les gramophones du temps, ce qui pouvait être fait.\nSa vraie statue, puisque l'on parle parfois d'un monument, c'eut été sa\nvoix, son jeu, à jamais morts.\nNous nous retrouvions, le soir, dans les brasseries à piano, le plus\nsouvent au 7 de la rue Racine. Là, fut en réalité le nid des\ncar c'est là que nous rencontrâmes Emile Goudeau. Charles Frémine,\nRollinat, Goudeau et moi devînmes inséparables. Goudeau nous avait\nrévélé ses Fleurs du Bitume :\nLes voyez-vous passer les belles affranchies ?\n\n2"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.20", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2279, "texte": "Nous allions parfois rejoindre d'autres groupes au café de la Rive\nGauche, au coin de la rue Cujas et du Boul' Mich ! Un soir apparut un\nnommé Paillard, ancien secrétaire du général de mon régiment. Ace\nrégiment, j'avais fondé, en dépit d'acteurs, soldats comme moi, qui préten-\ndaient que les camarades aimeraient mieux aller boire du cidre avec des\nfilles que d'écouter des œuvres d'art, des concerts \" d'artilleurs \" qui\neurent plein succès.\n\" Je vous cherche, me dit Paillard. En souvenir d'autrefois, j'ai\norganisé, au 2 du Boulevard Voltaire, des soirées auxquelles vous assiste-\nriez avec plaisir. Venez donc ! \"\nCes soirées avaient lieu le mercredi. Goudeau les baptisa immé-\ndiatement : les Mercredines. Au premier mercredi, nous partîmes ;ce\nfut charmant. A 2 heures du matin, nous rentrions à pied au quartier\nquand, soudain, sous l'horloge de la rue Turbigo qui surmonte le Passage\nde l'Ancre, Goudeau s'écria : \" C'est un peu épatant, les étudiants qui\npassent pour l'élite de la jeunesse intelligente, ne sont bons qu'à se\nsaouler et à eng... des femmes dans les brasseries alors que voilà de braves\nbourgeois qui organisent des distractions délicieusement artistiques... \"\n\" Mais, fis-je, il ne tient qu'à nous d'en faire autant, il faut simplement\nvouloir. \" Je lui racontai les concerts \" d'artilleurs \". \"Eh bien !\nessayons, \" conclut Goudeau. Le vendredi, à la Rive Gauche, ou fit\npart du projet. Paul Mounet se leva en s'écriant : \"Je commence!\"\nEt il commença : \"\nWaterloo, Waterloo, Waterloo, sombre plaine...\nLes Hydropathesétaient créés. Il y eut un peu de houle; différents\ntitres furent proposés. Un nommé Picquemal, très éloquent, politique,\nflairant peut-être un tzemplin, ambitionna la présidence. Je le combattis\nviolemment. Il n'était pas le promoteur et il n'était pas poëte. On vota.\nGoudeau fut nommé Président. Moi et de Puyferrat, vice-présidents. De\nPuyferrat n'était pas poëte mais il représentait la jeunesse éternelle.\nC'était un Henri IV vivant qui disait un sonnet LouisXV « V Aiguille \"\navec une distinction qui évoquait tout le délicieux règne. Cet Henri IV\nportait un monocle.\nPourquoi Hydropathes ? Le mot appartenait à Goudeau. Son histoire,\nen détail, serait trop longue à raconter ici. Il s'écrivit un instant: hydro-"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.21", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2211, "texte": "pattes \" animal à pattes de verre Avec la première orthographe, il\nvoulait aussi bien dire: pour ou contre l'eau. J'en conclus que les journaux\ndiscuteraient et qu'il serait parlé de nous, ce qui eut lieu.\nUne fraternité extraordinaire régna dans ces soirées dont le siège fut\nd'abord au coin de la rue Cujas et de la rue Victor Cousin, puis rue de\nl'Entrepôt, dans une grande salle de concert.\nLes Hydropathes moururent parce que Sapeck, Fragerolles et\nAlphonse Allais entrèrent, un soir, en lançant des feux d'artifice dans la salle.\nIls se reconstituèrent vers 1884, sous le nom à'Hirsutes, dans les\nsous-sols du Soleil d'Or (Place Saint Michel) avec, comme Président, un\nnommé Maurice célèbre parce qu'à l'instar de Sarah Bernhardt, il\ncouchait dans un cercueil capitonné de satin blanc. Je fus également\nvice-président avec Laurent Tailhade. Un point d'histoire en passant :\nRichepin ne fut jamais d'aucune de ces sociétés : Hydropathes, Hirsutes,\nZutistes (Président : Charles Cros). C'est aux Hirsutes qu'apparurent\nLaurent Tailhade, Charles Vignier, Haraucourt, Jean Rameau. Aux\nZutistes (rue de Rennes) Moréas, d'Esparbés, le Cardonel, Marsolleau,\nMac-Nab.\nC'est après un habile complot avec Salis qui était un vieux camarade\nde Bullier que j'ai entraîné les Hirsutes au Ayant pressenti les\nprincipaux et Salis ayant amené des \" carrosses \" j'interrompis la séance\npar un petit speach où je faisais valoir ses propositions avantageuses.\nDans une joyeuse bousculade on partit et elle fut terminée Boulevard\nRochechouart où Willette se trouva mal en entendant chanter Rollinat.\nC'est cette chevauchée vers la butte que j'ai synthétisée en 1898,\nà propos d'un banquet où Jules lévy tentait de rajuster les \" débris\nen représentant Goudeau, assis sur le Panthéon, donnant la becquée à un\nnid de petits aigles perché sur Montmartre.\nRevenons à la fraternité Hydropatesque. On s'aimait tous, on se\nproclamait tous.\nChez un Monsieur Paul Eudel auteur d'une fine pantomine :\n\" la statue du Commandeur \" et des \" truquages à l'Hôtel Drouot \"\nqui recevait somptueusement Galipaux et disait des monologues de moi\n(quelle joyeuse époque !)\nLe vent enlève les chapeaux\nMais il n'enlève pas les têtes ;"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.22", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2493, "texte": "Les fous peuvent perdre leurs têtes\nSans pourtant perdre leurs chapeaux ;\nLes clowns font tourner les chapeaux,\nLes femmes font tourner les têtes....\net Paul Bilhaud proclamait Rollinat. Eudel leur demanda de nous amener.\nVoilà la filière. Ici la gloire de Rollinat commence. Le jour convenu,\nRollinat vint me chercher à l'atelier, 5 rue Béranger. Nous longeâmes les\nboulevards, Eudel demeurait 12 rue Rougemont. Ala hauteur du\nPont-de-Fer, je le vis, avec un mal énorme, glisser des gants noirs : \"Que\nfais-tu ? \" \" Je mets mes gants !\" \" Ils sont noirs ! \" \" Eh\nbien !je suis en deuil. \" \" Mais les gants blancs... se portent égale-\nment... c'est même mieux porté... \" Je ne savais lui exprimer que ses\ngants étaient d'une vétusté déplorable. J'arrivai à le persuader, sans trop\nde douleur, qu'il fallait en acheter des blancs, ce qui fut fait.\nA la soirée, Clémenceau, Massenet, Taskin. Nous fûmes plusieurs à\ndire des vers mais il était établi que nous préparions la salle. On attendait\nautre chose ! Nous mîmes Rollinat au piano. Clémenceau ne le quitta\nplus. Toutes les dames le clouèrent à ce piano. Elles rapprochaient leurs\nchaises à chaque mélodie. Il riait de surprise, disait : \" Mais... je ne sais\nplus !\" et continuait. Taskin murmura à côté de moi : \" Si c'est çà qu'il\nleur faut, je ne chanterai pas ce soir \" et il s'en alla, étant, lui, officielle-\nment sur le programme. J'entendis Massenet dire : \" Je voudrais l'avoir\ncomme élève J'aurais mauvaise grâce à critiquer une seconde le fin\nmusiste du \" Jongleur de Notre Dame \" mais à quelque temps de là, il\npublia \" les Coccinelles sont couché éé éé éhe ! \" (paroles d'Armand Sylvestre)\ncertainement pour montrer de quelle façon Rollinat eut dù traiter \"\nDemoiselles \". Or, non seulement ce n'était pas du Rollinat mais pour\navoir voulu parodier en maître^Massenet avait perdu sa propre route, ce\nn'était pas même du Massenet. Et ceci est un compliment. Je ne puis\nemployer une meilleure forme du pardon.\nRollinat, après ce triomphe, vint me reconduire jusqu'à la Place de\nla République. A peu près devant ce même Pont-de-Fer, il soupira :\n\" Enfin ! j'ai... du... talent... pourquoi ne suis-je pas aussi connu que les\nautres? P't'être que çà pourrait me rapporter un peu \", et c'est d'un gros\nrire qu'il soulignait cette réflexion. Et le rire s'accentua : \" Avoue-donc\nque t'es avide de célébrité ?\" \"Eh ben, oui ! \" fit-il, en me tapant\nsur l'épaule à la façon des paysans et en imitant l'accent du grand Nuret,"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.23", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1260, "texte": "un type bizarre de son pays, \" j'voudrais êtr' ceulebe ! \" Je devins serieux :\n\" Si tu le voulais, çà serait fait ! Seulement, il faudrait m'obéir \"\n\" J'veux ben... t'obéir, qu'est ce qui faudrait faire ! \" \" Je te le dirai,\ntu promets ? \" \"Je promets ! \" J'avais mon idée. Soudain il me dit :\n\" Ecoute donc çà ! \" Depuis la sortie de chez Eudel et à travers toutes\nces paroles, il venait de rimer quatre merveilleux vers.\nJe me vengeai. A quelques jours de là je lui récitai cette pièce :\nLA RÉCLAME\nFais du bruit, tape, tape, tape\nSur le ventre de ton talent :\nPlan ra ta plan, boum, zing et v'ian !\nGonfle la voix et crie et frappe !\nNe va pas te dire : Il suffit\nD'être un rêveur pour que l'on m'aime !\nOh ! non ! Proclame-toi toi-même,\nLe front haut, le masque bouffi.\nMéprisant quiconque te nie,\nInsolent et dardant ton œil,\nSouffle le vent de ton orgueil\nComme la claque du génie.\nNe rôde pas par les chemins,\nSi tu tiens bazar de pensée,\nBras ballants et nuque brisée,\nDresse les pieds, lève les mains.\nÉcoute bien ce qu'il faut croire :\nL'écho, c'est la célébrité.\nMarche sur ta timidité,\nFabrique l'écho de ta gloire.\nTu vaincras les femmes d'abord\nQui se sentiront honorées\nDe baiser tes tempes laurées...\nEt tu gagneras beaucoup d'or."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.24", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2457, "texte": "Et pourquoi pas ? Pourquoi méprise-t-on la réclame ? Qui attaque-t-\n-elle ? Et... la Modestie (regardons bien au fond de nous-même) n'est-elle\npas... souvent... l'hypocrisie de l'Orgueil.\nJ'allai voir Coquelin Cadet : \" Rollinat veut être célèbre. J'ai un\nmoyen. \" \" Lequel ! \" \"Tu vas inviter Sarah après l'avoir\nchauffée à blanc...\" \"J'ai compris. C'est fait ! tenez-vous en haleine.\"\nJe racontai à Rollinat. Il eut le trac. C'est presque sévèrement et\navec des discours qu'il fallait lui rappeler qu'il m'avait donné sa parole. Il\ny eut deux fausses alertes. A la seconde, nous avions déjà passé l'habit. Et\nRollinat flairant une chance d'échapper, me disait : \" Tu vois bien, elle ne\nviendra pas !\nSarah, tout en blanc, Damala, Richepin. Nous étions peu. Dans le\nmiroir du souvenir, je ne vois pas les autres. Peut-être (?) Eugène\nMorand. Sarah fit cette réflexion : \" Cette musique me donne\nla sensation des musiques orientales. \" Elle apporta elle-même un verre\nde bière à Rollinat toujours assis au piano et s'agenouilla à demi en le lui\nprésentant.\nOn sait le reste. Sarah, en musant, paraît-il, fit le reproche à Albert\nWolf de ne pas connaître Rollinat. Elle donna une soirée où elle avait\ninvité également Arthur Meyer, ce qui gâta tout. Car ce furent les deux\njournaux, le Figaro et le Gaulois,qui s'arrachèrent l'Actualité. Arthur\nMeyer envoya Charles Buet, avant la fin de la soirée, rédiger un article...\nqui coupa l'herbe sous le pied de celui de Wolf et Wolf ayant fait le sien\ntout de même parce qu'il l'avait promis reprocha à Rollinat l'article\nde Buet. Il me fut raconté qu'une artiste peintre dont je tais le nom\npar amitié à qui Sarah avait dit : \" Comment le trouves-tu, ce\nRollinat ? \" avait répondu : \" Oh ! c'est un poseur, il ne peut pas s'asseoir\nau piano sans s'être regardé dans la glace \" et que Sarah avait ajouté :\n<< Tu as raison \". En effet, Rollinat ne retourna pas chez Sarah. Rollinat,\nposeur, c'est la plus historique des drôleries ! Et voilà cependant comme\nil est presque certain qu'il fut abattu.\nais, chez lui, le tout reportage affluait. Je restai quatre jours sans\nrien lire et sans le voir. J'avais été l'Eminence Grise, je cuvais la réussite.\nAu quatrième jour donc je sonnai rue Oudinot. Rollinat vint m'ouvrir.\nUn brouhaha tanguait derrière lui. \" Que deviens-tu ? \" lui dis-je, en\nsouriant finaud. \"Je monte le Calvaire de la Gloire ! \" Le salon était\nplein et cosmopolite. J'aperçus Lavedan."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.25", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2558, "texte": "Des vers de Rollinat parurent dans tous les journaux. Des légendes\nabsurdes se mirent à siffler. On le niait en bloc. On l'accusait de tout,\nexcepté d'être lui-même. La gloire en éclatant lui cassait ses vitres. Il\ns'attrista. A la Conférence que fit Sarcey sur les Névroses il refusa d'aller\n(aux Capucines). Sarcey l'assassina. Du livre formidablement ouvragé des\nNévroses il extirpa la Belle Fromagere qu'il prenait pour une frivolité !\nSarcey disait fort bien les vers. Or, après plusieurs admirables vers de\ncette pièce, un auditeur l'arrêta : \" Eh bien ? \" \" Oui, toujours en\ntrès beaux vers (textuel) fit Sarcey, mais.... \" \" Mais quoi ? \" et il y\neut des \" Oh ! \" Il lut la Morte Embaumée. Ce n'était pas là non plus le\nchoix à faire. Le parti pris de rabaisser l'œuvre était évident. Et c'est\ncomme avec un accent de regret qu'en descendant lourdement de la\ntribune il dit : \" Enfin ! il paraît qu'on en est déjà au deuxième mille ! \"\nIl devint plus tard l'ami de Rollinat et commis la plus maladroite\ndes gaffes. Il fit chanter du Rollinat... à par Kam-111. Kam-11l\ntrouvant les rondels de Rollinat trop courts, pour faire une chanson d'au\nmoins deux couplets, les répétait ! ! ! Pauvre Rollinat. Encombré de ces\ninconséquences il alla se cacher dans la Nature et ce fut du bonheur car\nc'est là qu'il fit le plus beau des livres, à mon avis :\nLa France ne manque pas de grands hommes mais elle n'a pas assez\nconstaté celui-là. En ce moment, il se fait une vague réaction. Les littéra-\nteurs ayant bouleversé toutes les lois anciennes, on accorde qu'un mélodiste\ndont la puissance émotive fut incontestée avait peut-être éveillé des\nsecrets. Madame Bartet, dans une Conférence au Théâtre des Arts, alors\nque Raynaldo Hahn était au piano, évoqua Rollinat. Signe des temps.\nSymptôme, L'homme simple ne profitera pas. On parle d'une statue, où ?\ncomment ? Un peu de marbre lui a été donné signé d'un grand nom :\nune stèle de Rodin scellée sur l'Eglise de Fresselines. Rollinat avait été\npeu préoccupé d'idées religieuses. Finir pour de bon l'ennuyait. C'est\ntout !\nC'est moi qui ai présenté Rollinat à Rodin, rue de l'Université. Rodin\nvenait de terminer sa \" Cariatidell y avait là l'espoir d'un portrait.\nRollinat était timide. Revenir c'était l'imposer. Il s'attarda et mourut.\nRodin le regrette. Je suis peut-être fautif. Rollinat avait manifesté le\ndésir de voir Rodin modeler. Rodin commença de bonne grâce une\nexquisse d'hercule. Il ne me vint pas à l'idée de lui dire en lui montrant\nle poëte : \" Travaillez donc d'après nature ! \""}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.26", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1227, "texte": "Je n'hésite pas à donner à cette cérémonie de la stèle sa physionomie\nréduite. Nul poëte, nul musicien de Paris. En personne, cela s'excuse,\nmais nulle manifestation. Seul, l'ami de la rue St-Jacques, celui qui\nressemblait au frère envoya des vers que le poëte Bouchard de Châteauroux\nvoulut bien dire devant Rodin présent.\nLes voici :\nParler aux morts est un mirage\nCependant, à celui qui dort\nParlons. Evoquons son image...\nLe mirage est un charme encor !\nAppelons la douce figure\nDu poète trop tôt banni\nQui dort au fond de la nature\nDans le berceau de l'lnfini !\nEvoquons sa grande musique\nEt les tendresses de sa voix...\nSa voix, fleur sonore et magique,\nPerdue, hélas ! dans l'autrefois !\nIl décalquait l'âme des choses,\nIl donnait, on ne sait pourquoi,\nAux larmes la saveur des roses,\nEt le frisson était sa loi !\nDe la grâce noble des rimes\nIl fut l'ouvrier merveilleux.\nIl scruta nos profonds abîmes\nDe son scalpel harmonieux...\nViens, Rollinat, c'est une fête\nOù, réunis, nous affirmons\nQue ton oeuvre est plus que parfaite i\nViens, Rollinat que nous aimons...\nIl vient ! il grimpe par les routes,\nLes cailloux roulent sous ses pas...\nQui donc disait, parmi ses doutes,\nQue les morts ne répondaient pas ?"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.27", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1042, "texte": "Mordant sa moustache, il s'avance ;\nSur ses regards, ses cheveux fous\nPleuvent. Il marche et se balance...\nRollinat, te voici vers nous.\nPour le sourire de l'histoire,\nViens embrasser, hors du néant,\nRodin qui signe de sa gloire\nTa gloire, avec son nom géant.\nNous la voyons comme en un rêve\nLe mirage est un charme encor\nCette étreinte idéale et brève...\nRollinat s'en retourne...\nIl dort !\nTous les poëtes Berrichons étaient là.\nSur le socle de la \" statue \", sous le portrait de l'homme, on pourrait\nmettre le portrait de sa musique que je crois avoir exprimé. Contentons-\nnous du même cadre :\nSon chant fut la clameur de l'âme.\nSon jeu fougueux fut souple et fort,\nIl ondulait comme la flamme\nEt pesait comme le remord.\nJL\nTraduisant en verve féconde\nDe notre enfer tous les décors,\nLarme tendre ou larme profonde\nIl fit pleurer tous ses accords.\nRâle d'espoir ou cri de rage,\nAccents étranges et navrés,\nSa musique fut un langage\nCompris des seuls désespérés.\nElle nous promène en nous-mêmes,\nElle est le miroir des douleurs"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.28", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1899, "texte": "Et sœur des face à face blêmes\nLes grise d'harmoniques fleurs.\nElle plonge aux pires détresses,\nBondit au suprême idéal,\nEn de frissonnantes ivresses\nNous fait savourer notre mal.\nEt cette Musique d'alarme,\nTelle un poison qui sait guérir,\nA ceux qu'elle a bercés de charme\nDonne le regret de mourir.\nOui, cette musique permettrait de supporter indéfiniment \" le\ndéshonneur \" de vivre, selon le mot d'un poëte dont le nom n'est pas\nprésent à ma mémoire. En l'imprégnant, elle corrige la vie. Elle rappelle\nà l'ordre le désespoir. Je disais un jour à mon ami Armand Dayot qui\napplaudît : \" l'architecture gothique, c'est de la pierre qui chante \" eh\nbien, j'oserai dire aujourd'hui : \" la Musique de Rollinat c'est de l'âme\nsonore. \" De l'âme c'est-à-dire nulle réticence de fabrication. Ce fut dans\ntoute sa palpitante simplicité la technique de Rollinat. Il chanta de la\nVraie Musique. Cette technique-là chasse le roquet qui s'impose\ndans vos pas.\n\" L'Ampleur sans Procédé de vos chants douloureux ! \"\nLes autres génies Gounod a traité Rollinat de \" fou de génie \"\nMerci Gounod ! composent leur musique, ils ne la cueillent pas\nsur leur souffrance directe, ils l'adaptent à des motifs, à des à propos.\nUne preuve qui va surprendre. A combien d'entre eux la valeur intérieure\ndes paroles importe-t-elle ? Rollinat n'a greffé que sur des fraternités.\nC'est pourquoi il n'impose pas, comme eux, que la surprise et l'admi-\nration, mais l'émotion immédiate. Et à tous, subtils ou non. Je suis certain\nde discerner les habiletés musicales mais je n'en connais pas... l'algèbre.\nJe ne puis, à côté de la sensation, discuter, mais je m'aide de cette\ncitation d'un pratiquant, Léo Goudeau, frère d'Emile Goudeau :\nLa Mélodie, chez Rollinat, a quelque chose de bizarre qui frappe par le côté\néminemment original.\nIl emploie de préférence les intervalles les plus vibrants et les plus inattendus"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.29", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2342, "texte": "et constamment se sert du triton en descendant et de l'intervalle d'un ton et demi.\nCela ne constitue point une originalité mais où il est étrange, c'est quand il attaque\navec vigueur des modulations très éloignées et, le plus souvent, par des\nappogiatures ; celles-ci, quelquefois, d'une hardiesse extrême, le chant faisant deux\nnotes diatoniques étrangères à l'harmonie.\nL'harmonie, du reste, est en rupture de ban avec toutes les règles établies ;\nelle présente des successions sans liaison ; elle abandonne le chant qui alors lutte\ncontre elle, ou s'en fait une esclave absolue, modulant sous chaque degré nouveau,\nmême dans un chant rapide, et alors avec un débordement de richesse et de\nlibertinage qui donne une frissonnante sensation.\nJ'ai ouï-dire bien des gens, après avoir entendu Rollinat : \"Il n y entend\nrien ! \" mais ils partaient émus. Pourquoi donc disaient-ils : \" Il n'y entend rien !\ngrave question.\nGrave question ! L'Oreille n'est-elle pas et seule, le guide sans Appel\nde l'Harmonie. Que pensent les Musiciens des huitièmes de ton des\nmusiques javanaises ? La grave question, je la précises : les pilotis de la\nMusique, jusqu'à présent, sont-ils conventionnels ? Lui est-il impose d etre\nanalogue au vers parnassien, a-t-elle droit au vers libre. En littérature, je\npréfère, moi, la jonglerie qui simule plus de sélection, mais la musique\nAile des âmes prisonnières\nn'a-t-elle pas droit à l'essor : hors barrière ?\nWagner lui même, puissant poëte, n'a pas osé la délivrer. Il cède encore\nau lieu commun... qui pullule dans son chef-d'œuvre... pour braves gens :\nla Chanson de l'Étoile ! La Musique de Rollinat ne fait nulle concession\nà l'habitude. Il a écrit :\nLa goutte d'eau de l'Habitude\nCorrode notre liberté.\nQuel pianiste peut lui être comparé. Il n'employait pas la pédale, il\nen avait une sous chaque doigt. Il n'effaçait jamais une note. La mitraille\nde son jeu, pour la plus policière oreille, il la chronométrait. S'il fut un\nPaganini du piano, c'est lui. Des amis venaient et me disaient: \"je suis\npremier prix du conservatoire\" \"Jouez la Valse des Squelettes,\" et ils\ns'embrouillaient.\nCe qui donnait l'audace à Pelleport de mettre en face d'Hugo\nRollinat, c'est que celui-ci fut l'orfèvre que ne fut jamais Hugo. Hugo\naugmentait sa poésie d'éloquence et ne jouait jamais la difficulté. C'est"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.30", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2457, "texte": "dans les plus extrêmes difficultés que Rollinat serrait l'idée. Il fut le plus\ncourageux ouvrier du vers. La synthèse sans arrêt. Nul mot ne s'échap-\npait du titre et cela dans l'abstrait qu'il traquait sans oubli. Hugo a risqué\ndeux sonnets dont un madrigal. Les rondels, rondeaux, villanelles de\nRollinat sont d'inimitables joailleries par leur rigidité d'observation.\nBeaucoup sont d'une réussite stupéfiante. Hugo s'épand avec facilité dans\nla fresque décorative. Rollinat burinait l'eau forte.\nCe grand auteur qui comme chanteur avait toutes les voix, dans\ntoutes ses voix avait tous les moyens.\nLorsque Rollinat interpréta ses mélodies devant l'éditeur Lemoine,\nj'étais présent celui-ci s'écria : \"Il ne termine jamais de la même\nfaçon ! \" Souvent j'avais formulé cette remarque à certains compositeurs:\n\" Vous faites un nœud toujours le même, ou à peu près, à vos différentes\ncompositions, n'est-ce pas comme si nous, poètes, nous terminions nos\ndifférentes pièces de vers par le même vers ? \" L'un fut cruel pour\nlui-même et les autres, en s'excusant ainsi : \" C'est pour donner une\nsatisfaction au public et l'avertir que c'est fini ! \"\nLa Musique de Rollinat est une pensée qui ne joue pas avec elle-\nmême, qui ne bavarde pas. Elle élague toute anecdote. Elle se résume et\nse surveille. Toute note qui n'émane pas du parfum de sensitivité est\nexilée. Cette Musique est magique. Elle éclaire les paroles. Elle les ouvre\net les auréole. Ceux que fatiguait la compréhension de Baudelaire, avec\nson aide, l'ont élucidée. Après Rollinat on ne se remémore plus les vers\nde Baudelaire, on les chante. Je ne parle pas seul. M\"0 Judith Cladel a\nécrit : \" des mélodies qui collaient à cette poësie circéenne comme des\nvoiles mouillés à un corps nu\nMoi, j'ajoute : \" comme une tunique de Nessus \". Les paroles\nentendues avec la Musique de Rollinat ne sont plus libres.\nIl y a, dans les harmonies, des mariages de raison et des mariages\nd'amour. Rollinat ne répercute que les mariages d'amour, de profond\namour. J'insiste, elle cueille la fleur du sentiment comme certains peintres\nqui ont dérouté et déroutent encore cueillent la fleur de\nl'atmosphère ; Monet dans ses cathédrales, Brangwyn dans ses \"boucaniers\"\nBoznanska et Mêla Mutermilch dans toutes leurs vertigineuses toiles et\ncomme Aurel cueille, en prose, les plus imperceptibles balancements de\nl'indécision humaine.\nL'Art est la Coquetterie d'une nation. Une nation doit se fleurir de"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.31", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1073, "texte": "l'effigie de ses artistes. La France doit-elle omettre de joindre à son\nbouquet la plus rutilante de toutes ses fleurs.\nRollinat fut plusieurs fois grand homme.\nImporte-t-il décidément que Rollinat ait sa statue ? Si je croyais aux\nmorts, je le voudrais pour l'équilibre de la justice. Nous sommes des\napparences. Je le désire pour l'apparence de la justice et pour rectifier\nnettement une apparence de la justice. Ecoutez ceci : depuis la mort de\nRollinat je n'ai jamais été à Châteauroux. On m'a affirmé l'authencité de\nla drôlerie suivante (déférente, c'est entendu, mais drôlerie tout de même).\nLe conseil Municipal obéissant à la rumeur qui lui révélait qu'un grand\nhomme était né dans la ville, se décida à donner son nom à une rue,\nmais la mère de Rollinat protesta. Elle découvrait que le talent d'orateur\nde son mari équivalait aux divers talents de Maurice et que la priorité\npaternelle s'imposant, c'était le nom du père qu'il fallait arborer. Le\nconseil Municipal obtempéra de cette façon : il appela la rue : Rue\nRollinat.\nLequel ?\n\nGeorges Lorin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c025", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 32, "image_fin": 35, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.5", "titre_corps": "RÉFLEXIONS D'UN SOLITAIRE", "titre_sommaire": "RÉFLEXIONS D'UN SOLITAIRE", "signature_source": "Pauline Long", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.32", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1729, "texte": "RÉFLEXIONS D'UN SOLITAIRE\n\nOn sait que avait écrit de volumineux mémoires, dont les manuscrits ont été partagés\nà sa mort en 1813, entre ses sept neveux et nièces. Ces précieux volumes sont aujourd'hui dispersés,\nMademoiselle Pauline Long a pu en retrouver la trace dans les différentes bibliothèques\net se disposé a en faire la publication. Nous sommes heureux de pouvoir présenter aujourd'hui à nos\nlecteurs, un fragment de ces Reflexions. Il appartient au volume manuscrit qui se trouve à la Biblio-\nthèque Nationale.\nPlaidoyer pour moi-même adressé au tribunal dramatique.\nDans la préfacé de mon livre \"De la Vérité\", j'ai dit pourquoi je ne\ncomposais plus de musique ; mais je n'ai pas assez insisté sur la raison\nprincipale, qui est ma santé. Je vais donc, si on me le permet, entrer\ndans quelques détails à ce sujet. Aujourd'hui qu'on voit que ma résolution\nest stable, et que je n'ai pas fait un serment d'auteur ou d'ivrogne, on\nme pousse plus que jamais de reprendre ma lyre ; le puis-je, le dois-je ?\nc'est ce qu'on verra dans la suite de ce chapitre. D'abord je pense que\n1 amour, la poesie et la composition vivent des mêmes éléments, et qu'en\nrenonçant au premier, on n'a plus de justes prétentions aux deux autres.\nQuand il n'est plus amoureux, le rossignol cesse de chanter, et la mue\ns'ensuit.\nAinsi que le peut le poète dramatique et d'autres artistes, nous\nn avons pas 1 avantage de mettre en séquestre quelque pièce de jeunesse\nqui ne parait dans le monde qu'au vieux temps de notre vie ; nous\nsommes deux pour un ouvrage, et lun ou 1 autre est toujours pressé de\njouir. En remarquant le silence de la belle muse qui fit le charme de ma\nvie, c'est dommage, dit-on, que vous l'abandonniez, puisque vos derniers"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.33", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2745, "texte": "ouvrages Lisbeth, Anacréon chez Polycrate, Elisca, prouvent que votre\ntête est encore remplie d'idées et de chants musicaux. Je le sais, mais\npour mettre en œuvre et à leur véritable place ces idées et ces chants, il\nfaudrait que je fisse des efforts surnaturels que je redoute actuellement, il\nfaudrait, c'est ce que j'ai éprouvé à chaque ouvrage de musique que j'ai\nfait, il faudrait me monter et remonter la tête presque jusqu'au délire.\nAlors ne dormant presque point, ne mangeant presque plus, et souvent\ncrachant le sang, mes idées abonderaient. Est-ce à mon âge, est-ce à\n67 ans (1808), que je puis soutenir cet orage des sens qui me donnera,\nje veux le croire, un ou deux opéras de plus, mais achetés par le sacrifice\ndu reste de ma vie? Le savent-ils, s'en soucient-ils beaucoup ceux qui me\nsollicitent à remonter ma lyre? Encore un opéra, me dit-on, le dernier, le\nchant du cygne. Proposition assez inhumaine, puisqu'on sait que l'oiseau\nexpire après avoir chanté pour la dernière fois. Mais, me dit-on encore, vous\ntravaillez chaque jour, chaque jour vous écrivez, autant et mieux vaudrait\nfaire de la musique. Quelle différence de travail et d'étude ! Ce que j'écris\nest affaire de raisonnement, et c'est à force d'imagination qu'on fait de la\nbonne musique. Mon travail actuel est celui de l'esprit, l'autre de l'âme,\net de l'âme dans toute son exaltation. Quand je jette les yeux sur 50 ou\n55 partitions sorties de ma tête, et la plupart de ma plume... (Un copiste\nintelligent a souvent mis au net mon premier brouillon fort exigu, après\nquoi je lui dictai les immenses détails d'une partition. Nous ne pouvons\npas comme les peintres abandonner une partie de notre ouvrage à nos\nélèves, nul compositeur, quelque habile qu'il soit, ne peut remplir les\nintentions d'un autre)... Je suis étonné moi-même de ce magasin de\npapiers et de cette énormité de notes. Certains compositeurs italiens, je\nle sais, ont fait jusqu'à cent opéras. Mais ont-ils varié leur style et leurs\nchants autant de fois qu'ils ont changé de poèmes ? N'y a-t-il pas cin-\nquante opéras dans un ou un dans cinquante ? Barilli excellent bouffe,\nassistant à une représentation de 1' \" Amant Jaloux \" avec sa femme,\nparfaite chanteuse, lui disait qu'on ne pouvait distinguer deux auteurs\ndans cette pièce, qu'il semblait qu'une même tête avait produit paroles\net musique. C'est, ajoutait-il, ce qu'il faudra que nous fassions un jour en\nItalie, si nous voulons intéresser les spectateurs, et ne pas les voir comme\nils font s'occuper de tout autre chose que du spectacle. Monsieur Barilli\navait raison, et je suis charmé qu'un acteur italien pense ainsi. Les chants\nvagues, le luxe musical ne conviennent que dans les concerts, ou quand"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.34", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2575, "texte": "le poème ne présente aucun intérêt ; s'il est attachant, la musique doit\ns'identifier avec l'action, sinon elle la tue. Je ne boude pas la musique,\ntant s'en faut, elle est toujours ma favorite. Quand j'entends mes meilleurs\nouvrages bien rendus, je jouis pleinement comme un père qui voit ses\nenfants bien portants et bien établis. Mes premiers ouvrages surtout me\nrappellent le temps de ma jeunesse et mouillent quelquefois mes yeux\nsexagénaires ; et, musique à part, je sens alors combien je dois aux\npoèmes qui m'ont inspiré.\nMadame Marmontel ayant fait une fausse couche, on disait de son\nmari : Cet homme ne fera jamais rien qui puisse vivre. On avait tort.\nSans compter les ouvrages de littérature qu'il ne m'appartient pas de\njuger, les opéras intitulés Lucile, Sylvain, Zémire et Azor, et surtout\nL'Ami de la maison, sont de charmants ouvrages. La meilleure musique\njointe à un mauvais drame, est comme une belle âme attachée à un corps\ndéfaillant ; elle ne peut rien, étant dépourvue d'organes par lesquels elle\npeut agir. Dans ses beaux jours l'artiste vit de sa gloire actuelle et plus\nencore peut-être de sa gloire future ; dans ses vieux ans de celle acquise,\ntrop heureux de vivre ainsi sans infirmités, et sans payer chèrement les\nfatigues qui l'ont conduit au temple de Mémoire. Mais, à tout âge, il\nfaut une occupation, quand dès sa jeunesse, on en a contracté l'habitude,\net celle d'écrire ses pensées sur différents sujets est la plus convenable à\nl'âge mûr. L'homme pour être bon et sociable, a besoin d'être occupé,\nalors il ne songe qu'à son affaire, et laisse vivre en paix les siens et les\nautres. Jeunes filles qui vous mariez, n'épousez point l'homme sans\noccupation, c'est le fléau de la vie. Tout occupé de vous les premiers\njours, il est heureux, mais bientôt, n'ayant point de diversion, il se\nrendra insupportable. On voit peu d'aimables paresseux, leur premier\ntitre est de dormir. Chez certains hommes de lettres, la paresse est un\navantage réel, en 20 années le paresseux produit une petite brochure bien\nfaite, bien piquante. C'est dommage, se dit-on, que cet homme n'écrive\npas davantage. Disons plutôt que souvent c'est une bonne fortune pour\nlui d'inspirer des regrets au lieu d'éveiller la critique toujours inséparable\ndes grands ouvrages.\nL'homme travailleur n'a de ressources que dans la continuelle\nrévision de ses écrits. De même qu'un bon horloger avant de livrer une\nmontre, la pose en tous sens, et lui laisse le temps nécessaire pour voir si\nelle ne se dérange point, de même l'auteur d'un ouvrage quelconque doit"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.35", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 1917, "texte": "le revoir le matin, le jour, avant et après ses repas, en état de joie et de\nmélancolie,... et après tous ces soins et ces épurements continuels, si son\nœuvre paraît, la surveillante critique, disons mieux, les érudits \" ad hoc \"\nde chaque chose dont il a parlé, l'avertissent encore qu'on ne sait le tout\nde rien. D'ailleurs, quel que soit le talent de l'homme, il dépend tellement\nde l'état actuel de sa santé, et de la température qui l'environne, qu'on\noserait presque dire que chaque vent divers, que les variations du sec à\nl'humide, du chaud au froid, produits par les 32 rumbs ou parties de la\nboussole, apportent autant de modifications dans son esprit et ses juge-\nments. Il me reste un mot à dire touchant les efforts d'imagination\ninséparables de la composition musicale, qui ont rapport à la maladie\ndout i'ai toute ma vie été affecté. Les personnes éloignées de Paris qui\nsont sujettes à ce mal, et qui ont lu mes \" Essais sur la musique \" et mon\nlivre \" De la Vérité \" où j'ai parlé de mon crachement de sang, me\ndemandent encore quelquefois par lettres des conseils sur leur santé. Je\nleur réponds ici que depuis que j'ai abandonné la lyre d'Apollon et les\nautels de Vénus, ajoutons à cela le calme des sens, triste produit des\nannées, les accès infiniment diminués ne se renouvellent qu'au changement\ndes saisons. Le docteur Tronchin avait raison de vouloir, lorsque j'avais\n30 ans, me faire renoncer à la musique pour guérir mon crachement de\nsang ; mais alors c'était m'ôter l'existence que de me faire vivre à ce prix.\nAujourd'hui que je risque de ne pas faire aussi bien que dans ma jeunesse,\naujourd'hui qu'il me faudrait plus d'efforts périlleux pour arriver à\nl'inspiration, je prends le parti de parler au lieu de chanter, trop heureux\nsi après avoir longtemps amusé les hommes par mes chants, mes réflexions\npeuvent encore leur être profitables.\n\nPauline Long."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c027", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 36, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.6", "titre_corps": "LES LIVRES", "titre_sommaire": "LES LIVRES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2324, "texte": "WALLNER (Dr 8.-A.). Musikalische Denkmaler der\nSteinâtzkunst des 16. und 17. (Munich, 1912,\nvin-546 p., mk. 12.)\nL'idée n'est pas nouvelle de s'adresser aux \" monuments\nfigurés \", à la miniature même, pour en tirer quelques renseigne-\nments concernant l'histoire musicale : mais le présent ouvrage qui\nporte sur une dizaine de tables, rondes ou carrées, gravées, peintes,\nrevêtues de motets à 3, 4 ou 5 voix, offre un intérêt tout particulier\npar l'abondance des détails et le caractère de la période historique\nqui les vit naître.\nCes tables gravées donnent lieu, souvent, à des rapprochements\ninattendus, dont l'auteur cherche et trouve les causes dans l'édu-\ncation et les goûts des familles princières de la Bavière, du\nWurtemberg, etc., dans l'activité artistique et musicale des cours,\nles allées et venues des ducs ou des prélats, des artistes, des\ndiplomates, les différences de religions, les flottements d'opinions\nauxquels donne lieu la réforme, en somme dans toute la vie intime,\npresque familiale, et surtout insoupçonnée la plupart du temps,\nqui forme la trame enchevêtrée, touffue, sur laquelle s'édifient\nles grands faits historiques.\nChacun des documents devient ainsi l'occasion d'une monographie qui fait défiler devant\nnous toute une série de personnages, tantôt très connus, tantôt moins et même ignorés\ndont l'action, importante ou médiocre, nous explique le voyage de l'œuvre musicale, du texte\net de leur dédicace depuis les auteurs jusqu'à la pierre qui les doit immortaliser.\nOn a vraiment la sensation, en lisant ces pages, extrêmement documentées, d'être mêlé\nau va et vient de cette époque transitionnelle, dont le caractère très particulier se traduit par\ndes mélanges hétéroclites d'humanisme, d'antiquité, de gravité et de raillerie, de textes bibliques\net de chansons à boire, de réforme et de papisme, l'art ne perdant pas ses droits, et\nenveloppant les \" calendriers perpétuels \" de banderoles musicales signées Goudimel, Roland\nde Lassus, Biffi, etc.\nDes textes littéraires et musicaux, placés à fin de cet important ouvrage, viennent éclairer\net préciser les analyses esthétiques qui sont faites à leur sujet au cours des chapitres.\nA. MACHABEY.\nSACHS (Curt) Musik und Oper am Kur (Berlin 1910, 290 pp.)\nNous voici de nouveau reportés à l'époque de la Réforme et de la Renaissance ; nous"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.37", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 10, "texte": "LES LIVRES"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.37", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3612, "texte": "atteignons même le i8me siècle, puisque l'auteur étudie l'évolution de la musique, ou plutôt des\ngroupements musicaux à la cour de Brandebourg depuis leur origine, vers jusqu a leur\nsuppression en 1712.\nRègne par règne, M. Sachs nous montre la constitution de la chapelle et de la musique\nde chambre ; puis les manifestations dramatiques ; grâce aux documents d archives, il a pu\nreconstituer chaque maîtrise, chaque orchestre et nous donner de chaque musicien (ou a peu près)\nune courte notice biographique.\nComme dans toutes les monographies de ce genre, des extraits de correspondance nous\nmettent au courant, mieux que n'importe quoi, de l'activité et de 1 état d esprit de ces petites\ncours; on croirait, à de certains moments que la grande, l'unique préoccupation des princes et\nprincesses soit la musique ; la reine Sophie Charlotte u tâche a se consoler des maux de la\nguerre \"en faisant écrire une pastorale à Bononcini ;ce pauvre grand artiste ! Le grand\nBononcini est encore ici, affligé de la mort de sa maîtresse. Cela est cause que je n ai point eu\nde musique depuis huit jours. \" (p. 86).\nL'ouvrage de M. Sachs prend encore de la valeur par une bibliographie très complété et\nune indication scrupuleuse de ses sources.\nAi MACHABEY.\nROTTER (Curt) Der SchnaderhupjJ-Rythmus. (Berlin, 1912, in-40, 236 p. et un\nappendice contenant 34 exemples. Mk. 8.)\nBien que l'on puisse m'accuser de céder à un penchant tout personnel, si l'on me voit\napplaudir à l'apparition d'un ouvrage traitant du rythme, j'espère que la valeur même de cette\nétude justifiera mon humble appréciation.\nL'auteur n'obéit à aucune idée préconçue, à aucune théorie trop rigide : il peint les faits\ntels qu'ils sont, les classe logiquement, découvre ce qui se cache sous les apparences, et crée\nautant de catégories que les dissemblances rythmiques en réclament ; pourquoi vouloir réduire\nau même schème des formes dont les différences sont constantes ?...\nNous voici donc en face d'un phénomène initial : l'union de la poésie, de la musique et\nde la danse ; et l'auteur qui nous a d'abord montré comment d'un simple quatrain, très court,\npouvait résulter, grâce à l'intervention de la musique instrumentale, une danse assez longue\n\" pour satisfaire les danseurs \" nous fait assister à la formation de ce contrepoint rythmique\nqui résulte de la superposition des rythmes caractéristiques : celui de la danse, celui de la\nmusiaue de la mélodie proprement dite, et enfin celui du texte poétique : cela avec une\nnetteté et une simplicité remarquables. Une quantité d'observations extrêmement judicieuses\nsur les contractions, les allongements, les désaccords presque complets entre le texte et la\nmusique, lors des cadences, sont au surplus de nature à nous éclairer sur bien des points\nobscurs qui subsistent encore dans l'esthétique de l'art vocal, ainsi que sur toutes les formes\nprimitives de cet art, les formes helléniques, par exemple.\nMais ce qui doit encore retenir notre attention, c'est que le \" Schnaderhupfl \" est\nl'aspect primordial et rudimentaire de la valse, de la valse qui, échappée du Tyrol, s'en vint\nd'abord dans les brasseries viennoises, puis dans les salons, à qui Beethoven fit l'honneur de\nconsacrer quelques loisirs, que Saint-Saëns transforma en \" Etude \" de haute tenue et qui, non\ncontente d'accaparer une bonne partie du ballet d'opéra, s'introduit, plus ou moins déguisée,\ndans de grandes œuvres symphoniques.\nSans parler de la place énorme qu'elle tient dans la musique légère, où elle est encore\nchez elle, et où il est tout naturel de la trouver, la valse, ou, si l'on aime mieux, la"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.38", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3025, "texte": "\" Schnaderhtipfl \" par son ascension continuelle vers les \" formes intérieures ne reproduit-\nelle pas devant nous l'histoire des vieilles danses médiévales ou renaissantes, aboutissant progres-\nsivement aux types les plus achevés de la musique instrumentale, à la sonate en un\nmot ?...\nCette leçon vaut bien un ouvrage : c'est celui de M. C. R., où nous trouvons l'humble\net naïf couplet tyrolien, avec ses angles vifs, son rythme net, et sa vie aussi, sa vie débordante,\nqui devait, en un siècle, envahir l'Europe, lui communiquer sa chaleur, et s'installer mais\ncette fois avec des vêtements \"à la mode —au sein même de nos concerts les plus\n\" collet monté \".\nA. MACHABEY.\nWEINGARTNER (Félix). Erlebnisse \" \"\n(1912, in-8° de 87 p., Paul Cassirer, Berlin.)\nDans cette brochure, le célèbre kapellmeister raconte par le menu les vexations qu'il eut\nà subir de la part de l'lntendance générale, (et royale) des théâtres.\nOn croît rêver en parcourant ces pages, et on ne sait qu'admirer le plus de la patience et\nde la générosité de M. Weingartner ou de la mauvaise foi persévérante et du \" corporatisme \"\nprétendant contraindre ce grand artiste à rester de force dans un établissement (le Grand\nOpéra Royal) où l'on s'ingénie à lui rendre la vie impossible.\nL'éminent chef d'orchestre n'a-t-il pas été condamné à une amende de 120 marks pour\navoir mal dirigé \" Cavalleria rusticana \" ? Plus loin, il monte au pupitre pour conduire une\nreprésentation de \" Hansel et Gretel \" : le rideau se lève, et il aperçoit sur la scène une\n\" Gretel \" qu'il n'avait jamais vue, et dont il ignorait même le nom.\nL'lntendance avait tout simplement engagé une nouvelle pensionnaire sans en informer\nle chef d'orchestre, et sans même lui donner l'occasion de répéter avec elle !.. Ensuite, c'est\nle récit de manœuvres essayées pour empêcher M. Weingartner de venir pour la première fois\nà Paris conduire deux concerts chez Lamoureux... Et tout cela n'est pas du roman, c'est la\npure vérité. La lecture de ces pages écrites dans un style qui rappelle celui de notre grand\nBerlioz, nous apprendra à nous montrer moins sévères pour ce qui se passe en la \" Ville\nBarbare \"... Cette Cité d'après 1870, n'est peut-être plus le Paris du temps de Berlioz !...\nMais l'accueil triomphal que le grand public de Paris réserve chaque année à M. Wein-\ngartner, le consolera certainement des épreuves qu'il a endurées près des bords de la Sprée.\nFÉLIX RAUGEL.\nROOTHAM (C. B.). Voice training for choirs and schools. (Cambridge at the\nUniversity Press. 1913, in-8°).\nL'éducation de la voix pour chœurs et écoles par M. Rootham, organiste et chef de\nchœurs à S' John Collège, Cambridge, est un livre qui sera très-utile non seulement aux\nMaîtres de Chapelle mais encore à tous les professeurs de l'enseignement primaire.\nIl se compose de deux parties, l'une théorique, l'autre pratique, et cette dernière est la\nplus importante. Le plan de l'ouvrage est très-clair et la table qui est placée au début est\nun véritable résumé des idées de M. Rootham."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.39", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3265, "texte": "Avant la puberté, l'auteur ne fait aucune différence entre la voix des garçons et des filles ; il\nindique plus loin comment on peut modifier les défauts de la voix parlée et chantée chez les enfants;\nil passe en revue les principales imperfections que l'on rencontre et il engage en terminant les\njeunes compositeurs modernes à écrire des morceaux pour voix enfantines.\nNul doute que cet appel ne soit entendu. MARAGE.\nCUMMINGS (Dr. H .). Purcell. (London, in-i2112).\nBrève et précise, cette biographie nous place dans la seconde moitié de ce 17e siècle\nanglais qui devait voir s'évanouir pour longtemps l'originalité et la fécondité artistiques dont\ns'enorgueillissait alors à juste titre la Grande-Bretagne.\nL'auteur ne dédaigne pas l'anecdote, mais n'en use qu'avec mesure, et il s'applique même\nparfois à combattre quelques erreurs historiques.\nCependant on regrette que la partie esthétique de l'ouvrage soit si succincte et si super-\nficielle et que aucun texte musical ne vienne illustrer et animer les éloges abondants mais\nmonotones que M. W. C. prodigue à l'un de plus grands musiciens de l'Angleterre.\nSouhaitons donc que ce petit livre incite l'un de nos historiens à tracer de Purcell un\nportrait plus ample et plus riche, digne de l'organiste de Westminster Abbey, qui, mort à\n37 ans, nous laisse cependant un bagage musical d'une variété et d'une valeur surprenantes.\nH ANS HEINZ ERVERS & MARC HENRY. Joli Tambour! (Berlin, W. Born-\ngrâber, 1912, in-120 de 272 pp.).\nFaire connaître en Allemagne la chanson française, ou mieux encore l'âme française par\nla chanson, tel est le but que se propose cet ouvrage, dicté, nous dit la préface, par le\ndésir d'un rapprochement entre les deux nations. En réalité, seuls les textes figurent ; la\nmusique, les \" airs \" dont beaucoup cependant sont tradionnels, font défaut ; et c'est croyons-\nnous regrettable.\nMais quel défilé ! Depuis Villon, ancêtre du bohème montmartrois, jusqu'à 1' u Interna-\ntionale \" ce qui n'est peut-être pas sans ironie la chanson populaire nous apparait dans\ntous ses costumes, sous toutes ses formes, tantôt narquoise, tantôt précieuse ; grivoise ou\ngaillarde, batailleuse ou provoquante, mais aussi toujours alerte et franche.\nCeux qui parcourront ce livre, y retrouveront, non sans sourire, l'origine combien\npudique de certaines chansons de route d'une finesse douteuse —, et le souvenir rajeunissant\ndes joyeux cabarets de Montmartre.\nGEORGY CALMUS. Zwei Op ern-Burlesken ans der Rokokozeit, Berlin, 1912.\n(Télémaque de Le Sage et The Beggars Opéra de Gay et Pepusch).\nIl est curieux que Français et Anglais aient laissé à l'Allemagne le soin de ressuciter leur\nesprit d'autrefois et de publier avec tant de luxe ces deux œuvres si caractéristiques du\ni8me siècle.\nLe Xhéâtre de la Foire ! C'est tout un monde, une lutte, presqu'une épopée, qui surgissent\ndevant nous ; l'art officiel d'une part, l'art populaire de l'autre l'un avec ses \" privilèges\nmassue terrible ; le second avec son esprit, sa u rosserie \" dirions-nous aujourd'hui, arme plus\nterrible encore, et qui lui valut le triomphe définitif : les successeurs de Le Sage jouent\nu Pelléas \" ; mais se sont des parvenus.\nVers la même époque un conflit analogue se produisait en Angleterre, et une sorte"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.40", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3477, "texte": "d'opéra populaire, d'opéra-comique, fondé, régi, exploité par des hommes extraordinaires\ns'oppose avec acharnement et succès au Théâtre Royal.\nMlle C. nous retrace la genèse et les péripéties de cette double bataille, en une introduction\ntrès claire, très documentée qui n'occupe pas moins de 40 pages. Mais ce dont tout le monde\nlui sera reconnaissant c'est d'avoir publié in-extenso la musique de ces deux petits drames\nsatiriques et d'avoir ainsi animé les textes par les sons, cette vie circulante dont le défaut peut\nprovoquer l'incompréhension d'une œuvre ou même de tout un côté de l'histoire. Car la\nmusique des opéras du \" Rokokozeit \" est la clé qui nous aide à saisir comment et pourquoi le\npublic faisait fête au Théâtre de la Foire qui finit par vaincre ses nobles rivaux : l'âme française\nn a pas change ; il lui faut rire, il lui faut décocher des flèches à ceux qui plastronnent et\nc est pourquoi la \" Revue \" moderne est bien plus l'héritière de Le Sage que l'opéra-comique.\nHAMMERICH (Angul). Mediœval musical Relies of Denmark. (Leipzig, 1912,\n126 p., in-40).\nOn ne saurait trop admirer la piété de ceux qui entourent l'archéologie de la musique\nd un luxe, qui semble être la compensation de l'injuste oubli où sont tombés les plus vénérables\ndocuments.\nGrâce à M. H. nous voici en possession d'une superbe édition de ces a Reliques Danoises \"\nassez inconnues, et qui cependant procèdent de l'art français, et même le plus souvent\nreproduisent simplement des textes musicaux de notre moyen-âge. M. H. en effet, outre qu'il\neut 1 adresse d exposer rapidement et clairement l'esthétique de la u Séquence \", put identifier\nla plupart de ces textes, grâce au travail d'Aubry et Misset sur Adam de St Victor.\nEt l'on reste un peu stupéfait de la vigueur de l'école de S 1 Gall qui après avoir peut-être\nconcentre une partie de l'effort byzantin, fît rayonner son art, ses procédés ses formules, sa\n\" manière \" même, par toute l'Europe pendant plusieurs siècles, et nous impose la nécessité de\nreconnaître son génie dans les feuillets d'un registre poudreux ou les paperasses d'un monastère\ndu Danemark\nWEISSMANN (A.). Chopin. (Schuster, Berlin et Leipzig, 215 p. et 52 planches).\nLa maniéré dont est présentée cette biographie n'est pas très originale : Que Chopin a régné\nsur les salons et qu il fut adulé des femmes, nous le savions, et l'auteur insiste peut-être un peu\ntrop sur ce point de vue. Mais l'analyse qui nous montre le développement du génie, celui de la\nmaladie et celui de 1 amour chez le u poète du piano \" est intéressante et les appréciations\nrelatives à l'esthétique de ses œuvres, à leur interprétation même, sont souvent à retenir.\nCe qui soutient surtout l'intérêt de cet ouvrage, est qu'il est écrit avec une conviction\ntrès sincere, qu il est comme un hommage rendu au grand musicien, dont on ne saisit pas\ntoujours paraît-il l'esprit, en Allemagne.\nUn grand nombre de gravures placées à la fin du volume servent très utilement à fixer d'une\nmaniéré u visuelle la physionomie et même l'aspect de l'existence mouvementée de Chopin.\nREYSCHOOT (Dossan van). - Analyse thématique rythmique et métrique des symphonies\nde Beethoven. Symp. let //, en partitions. (Breitkopf, Bruxelles). {JL.es textes sont en français,\nallemand et anglais).\nNul mieux que M. Combarieu n'était désigné pour faire l'éloge de cette édition remarquable >\net il le fît avec chaleur dans une préface dont j'aurais voulu pouvoir extraire bien des passages-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.41", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3643, "texte": "Certes, cette édition rythmique devra, quelques temps encore, faire antichambre avant de\npénétrer dans les sanctuaires de la musique : la foule compacte des musiciens que l'incompré-\nhensible orgueil d'une éducation scolastique et d'un talent médiocre éloigne de la Raison,\npréférera toujours remplacer l'évidente logique du classicisme qu'elle affirme comprendre et\nadmirer par le désordre d'une interprétion fantaisiste. C'est ainsi n'est-il pas vrai ?\nqu'on devient original, qu'on \" se fait une individualité\nMais nous espérons en revanche que le public éclairé fera prochainement bon accueil à la\ntentative de M. V. R. : il n'y a ni déshonneur, ni désavantage à soumettre ses facultés à la\ndiscipline des \" belles formes \", et même ceux que guide un instinct très sûr découvriront plus\nfacilement la solution de ces \" cas de conscience \" si fréquents en musique. Au surplus, le\ntravail de M. V. R. n'est-il pas la mise en évidence de cette sorte d'Harmonie préétablie, de\ncette espèce de a géométrie du temps \" qui est à notre insu la façon habituelle dont nous\npensons, de ce guide obscur dont nous avons parfois seulement l'intuition très nette ? Qu'un\ntrait de lumière adroitement dirigé vienne nous les préciser à notre volonté, et nous voilà\nenrichis d'une arme nouvelle dont nous ne savions nous servir que sans habileté jusque là.\nC'est ainsi que bien loin d'être une pure théorie, la morphologie musicale poursuit un but\néminemment pratique ; c'est la pensée directrice de notre collègue de Gand et c'est dans\ncet esprit qu'il faut examiner les deux symphonies de Beethoven dont il nous fournit l'inter-\nprétation rythmique. A. MACHABEY.\nPROD'HOMME (J. G.) Ecrits de Musiciens. (i vol. in-18, Paris, Mercure de\nFrance, 1912.)\nL'intéressente anthologie que publie notre collègue Prod'homme comprend une série\nd'écrits provenant de musiciens des XVe, XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, et qui constituent de\nprécieux documents biographiques et esthétiques. Qu'il s'agisse d'Avertissements, de Dédicaces,\nde Lettres ou de Testaments, ces divers écrits apportent, en effet, des renseignements extrême-\nment pittoresques et expressifs sur leurs auteurs. Ajoutons que M. Prod'homme a consacré à\nchacun des auteurs de son anthologie une substantielle notice qui résume les travaux\nhistoriques les plus récents. LIONEL DE LA LAURENCIE\nCOMBARIEU (J.) Histoire de la musique des origines a la mort de Beethoven. Tome I.\n(Paris, Armand Colin, 1913, in-8° de 651 pages. 8 fr.)\nCe premier volume représente à lui seul des années de recherches et de travail ; aussi\ndoit-on tout d'abord louer M. Combarieu pour l'énergie et pour la persévérance qu'il a mon-\ntrées dans l'accomplissement d'une semblable entreprise. Il est un des premiers, en France du\nmoins, à aborder un sujet d'une telle ampleur et à le traiter avec une pareille abondance de\ndocumentation. Lorsque l'index qui doit terminer l'ouvrage aura paru, nous posséderons une\nsource d'indications précieuse.\nLe tome que nous analysons va des origines àla fin du XVIme siècle.\nDans une première partie M. Combarieu explique comment la musique est sortie de la\nmagie : l'homme primitif a peur des esprits et il cherche à les apaiser soit par des chants, soit\npar des danses, dont le rythme a une signification précise. Les instruments par leurs éléments\nou par leur décoration rappellent aussi ce but. On se rend compte que l'auteur émet des\nopinions qui lui sont chères et qu'il étaie par des preuves tirées de la philologie ou de la mytho-\nlogie. Une étude des débuts de l'art musical chez les peuples d'orient et notamment chez les\nChinois termine cette première division."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.42", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3952, "texte": "Dans la seconde, nous assistons à l'évolution de la musique qui perd son caractère\nmagique, c'est-à-dire intéressé, pour prendre une forme religieuse et exprimer un acte de foi.\nC'est sa seconde étape, avant de se libérer complètement et de vivre par elle-même en s'inspi-\nrant de la nature. C'est par les Grecs que s'effectue le passage de la magie à la religion, la\nmusique, ce mot avait un sens beaucoup plus général, touche à la philosophie et a sa\nplace dans toutes les manifestations de la vie hellénique. M. Combarieu expose quels sont les\ndivers chants sacrés des Grecs, leur théorie musicale, leurs différents modes, leurs compositions,\nleur rythme et enfin leurs instruments. Une étude des cérémonies religieuses et des représen-\ntations théâtrales, une consultation des philosophes, de Platon et d'Aristote principalement\nforment les chapitres suivants. Il est ensuite question des théoriciens, de Pythagore' dont les\nprincipes nous ont été transmis par ceux qui, quinze siècles durant, ont été ses disciples,\nd'Aristoxène de Tarente, d'Aristide Quintilien, de Plutarque. L'auteur prend congé du monde\nhellénique avec les faibles vestiges qui subsistent de son art lyrique, les hymnes à Apollon, puis\nbrièvement il montre la faible place que la musique tient chez les latins, dépourvus d'originalité\net médiocres amateurs.\nLa troisième partie est consacrée au moyen-âge dont le chant religieux (chant grégorien\npuis plain-chant) est sorti de la combinaison de la musique grecque avec la musique hébraïque.\nM. Combarieu en signale les formes diverses, puis leur place dans la liturgie. Il montre les\nliens qui rattachent la théorie musicale du moyen-âge à celle de l'antiquité grecque. Les tradi-\ntions pythagoriciennes, toutes mathématiques et qui entravent le libre développement de l'art,\nsont transmises par Boèce dont l'influence est considérable. Des modes nouveaux\net plagaux) se rattachent à la nomenclature antique dont ils diffèrent cependant. Les premiers\nsystèmes de notation, alphabétique et neumatique, sont créés. Le plain-chant, \" anti-rnusical et\nadmirable \", prend sa forme définitive. A côté, la musique mesurée est en train de naître à\nParis. Après avoir consacré d'importants développements au théâtre sous sa double forme\ndramatique et comique, après avoir montré ce que fut le chant profane, grâce aux troubadours\net aux trouvères, M. Combarieu arrive à la grande création du moyen-âge : le contrepoint.\nNous ne pouvons malheureusement entrer dans le détail des cent pages où l'auteur étudie à\nloisir les résultats de cette découverte, les premiers monuments de la musique polyphonique et\nleurs créateurs.\nLa musique gardait encore un caractère scolastique et figé. La Renaissance, sujet de la\nquatrième partie, apporta la vie et l'expression. Cette régénération s'opère, grâce aux chan-\nsonniers nançais (musique a cappellu]et aux madi îgalistes italiens qui créent l'accompagnement.\nLa musique religieuse vocale, d'une part grâce aux Protestants (Luther et Calvin), de l'autre\naux papes de la Contre-Réforme (Grégoire XIII) subit une évolution parallèle. M. Combarieu\nen étudie les principaux représentants. La musique instrumentale, elle, fait des progrès. Les\ninstruments se perfectionnent. Dans tous les pays civilisés, les compositeurs rivalisent d'ingé-\nniosité. A l'église même, la musique instrumentale fait son apparition à l'église avec la sym-\nphonie sacrée (Rôle des Vénitiens et de Gabrieli). Quant au théâtre, le ballet en Italie, en\nFrance et en Angleterre favorise la création de l'opéra qui va naître.\nTel est, résumé aussi exactement que possible, ce premier tome, avec lequel M. Com-\nbarieu nous a donné une sorte d'encyclopédie de la musique avant le XVIIme siècle tâche\nconsidérable. Le second volume, annonce pour la fin de cette année, embrassera l'histoire de la\nmusique depuis le XVII e siecle jusqu a la mort de Beethoven. Nul doute qu'il soit digne du\ntome premier.\nG. ROUCHÈS."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.43", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3894, "texte": "SOUBIES (Albert). —Le Théâtre Italien de 1801 a 1913 (1 vol. in-40 illustré, tiré à\n600 exemplaires numérotés. Paris. Fischbacher éditeur).\nA travers ce siècle troublé, M. Albert Soubies s'est proposé de rechercher tous les docu-\nments pouvant servir à nous renseigner sur le rôle des Italiens en France dans le domaine\nthéâtral, tant en qualité de compositeurs, qu'en celle d'interprètes ou meme de directeurs.\nQuel est du reste l'interprète, qui de tout temps, 11e s'est point senti 1 irrésistible vocation\nd'assumer la direction d'une scène ? Et quel est aussi le directeur de théâtre qui n a pas appîis,\nen présence de difficultés insoupçonnées, à regretter le temps où, simple acteur, il ne voyait\nque le beau côté, le a côté face \" si l'on peut dire, du fauteuil directoral.\nCombien le \" côté pile \" est douloureux et décevant ! C'est ce que nous montre le triste\ndénombrement des u bouillons bus \", depuis le Théâtre Olympique de la rue Chantereine, en\n1802, jusqu'aux entreprises les plus récentes. Mais cela n'est pas une spécialité des Théâtres\nitaliens : ils ont subi le sort commun ; et si le résultat financier fut souvent piteux, le rôle\nartistique ne fut point négligeable. Le nom seul de Rossini suffirait a i attester. Celui-la du\nmoins connaissait a les affaires \" beaucoup mieux que ces anciens chanteurs devenus directeurs,\ndont M. Albert Soubies nous montre les déconfitures successives. La publication de certaines\nlettres éminemment commerciales de l'auteur du Barbier n'est pas faite pour grossir le dossier\ndu \" désintéressement chez les artistes \" : on s'en doutait d'ailleurs.\nSur le grand pontife de l'italianisme comme sur une foule d'autres moindres personnages,\nle livre de M. Albert Soubies nous apporte une solide et intéressante documentation, mérite\nd'autant plus remarquable que de graves difficultés rendaient plus périlleuses les recherches\nrelatives à cette époque. La rareté des pièces officielles permettant d'établir sûrement la chro-\nnologie des représentations données dans un théâtre, a souvent obligé l'auteur il nous\nen avertit lui-même à recourir aux collections de journaux du temps. Et il avoue\nsans détour leur fâcheux désaccord sur la matérialité des faits les plus simples, et leur partialité\nplus fâcheuse encore. On peut se demander si, même avec toutes nos institutions officielles,\nles écrivains de l'avenir seront mieux outillés lorsqu'ils étudieront les événements contem-\nporains ?\nQuoi qu'il en soit, il faut être très reconnaissant à M. Albert Soubies de la grande\nsagacité et du soin minutieux qu'il a déployés dans ses intéressantes recherches : son ouvrage\nsur le Théâtre Italien est de ceux que l'on aimera à consulter pour se mettre en contact avec\nune catégorie très spéciale de nos archives théâtrales. Et l'auteur est vraiment trop sévère pour\nlui-même quand i! qualifie son propre travail d'\" aperçu historique \"ou d'\" une libre causerie \",\nen se défendant d'avoir voulu le soumettre a aux règles d'une méthode rigoureux \". Son\nouvrage nous apparaît au contraire bien divisé et ordonné ; et si les pages relatives à nos\nmodernes Puccini, Mascagni, Leoncavallo et autres pseudo-véristes éludent paternellement toute\nvelléité de critique sur les ouvrages, elles n'en suffisent pas moins à montrer le 64 perpétuel\nrecommencement \" des envahissements périodiques successifs de nos scènes françaises par l'art\nétranger et non le meilleur. Quoi que l'on pense des effets de ces réapparitions, sous des\nnoms divers, des Bujfoni qui nous apportèrent la Serva Padrona, il faut rendre à ceux-ci\ncette justice qu'ils excellèrent tout au moins dans Y art du chant. u Si l'ltalie n'existait pas, il\nfaudrait l'inventer. \" Combien de prétendus professeurs de chant pourraient utilement méditer\ncet apophtegme ! Le bel canto italien nous a \" fait voir les étoiles \" : quel dommage qu'on les\nait éteintes !\nAUGUSTE SERIEYX."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.44", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3391, "texte": "ALARD (D.). — Les Maîtres classiques du Violon, avec le style, le phrasé,\nles doigtés et les coups d'archet propres à l'interprétation traditionnelle de ces œuvres. (Paris,\nL. Alleton, 1912, 50 livraisons in-fol.).\nCette réédition ne laisse pas de venir à son heure. Jamais on ne s'est intéressé plus\nqu'aujourd'hui aux maîtres anciens du violon ; toutes sortes de transcriptions nous en offrent\nles images les plus variées, des fantaisies un brin anachroniques de Kreisler aux consciencieuses,\nmais lourdes élaborations de Schering. Les éditions Peters, Litolff, Augener leur font une\nplace enviable, et la France est bien distancée, avec la seule collection Debroux, et les travaux\nvaleureux mais fragmentaires des Borrel et des Bouvet.\nC'est donc un apport considérable que celui de cinquante numéros d'œuvres dont trois\nou quatre à peine sont aujourd'hui sans grand intérêt, parce que sacrifiant à un goût qui n'est\nplus le nôtre : VAir russe, de Baillot, pieux hommage d'Alard à la mémoire de son maître, ou\nla Molinara de Kreutzer, ou la Romanesca 66 d'auteur inconnu qui s'adresse probablement à\nquelque élève encore malhabile.\nLe reste est inappréciable. C'est d'abord un ensemble d'œuvres connues, concertos\nd'étude de Viotti et de Kreutzer, concertos du répertoire des virtuoses, en mi majeur et en la\nmineur de J.-S. Bach, en mi bémol de Mozart, Trille du Diable de Tartini, etc., qui se\ntrouvent ici dans leur intégrité, avec les indications de nuances que l'éditeur tenait de Baillot,\ndétenteur avéré des traditions classiques ; et l'on n'est pas médiocrement surpris de rencontrer\nenfin une leçon non altérée de la Follia de Corelli, vingt fois reprise, ornée, augmentée, rac-\ncourcie, avec une certaine mesure par J.-B. Cartier, et par Thomson, sans autre souci, semble-\nt-il, que la tardive justification du titre.\nPlus directement intéressant est le groupe des violonistes du XVIIIe siècle dont les\nœuvres ne figurent pas couramment dans les éditions classiques : Chabran, Dauvergne,\nGuillemin, Lahoussaye, Pagin, Francœur, Leclair, Nardini, Tartini, Pugnani, Barbella,\nManfredi, Boccherini, d'autres encore qui résument vraiment ce que l'école française et l'école\nitalienne ont produit de plus musical, en même temps que toute la technique de l'instrument\ny est enclose, de l'art encore primitif de Corelli aux harmoniques, aux staccato de Chabran,\naux doubles-cordes de Guillemin et de Porpora, aux pizzicati de la iome sonate de Paganinu\nRestent quelques duos, pour violon et alto, de Fiorillo, pour deux violons, de Lolli et de\nS1 Georges, enfin, pour violon seul, 2 fugues, 4 préludes de Campagnoli, 2 divertimenti de\nStamitz, et le labyrinthe de l'harmonie, de Locatelli.\nOn ne peut, dans un compte rendu bibliographique — et celui-ci s'étend déjà démesuré-\nment, — analyser par le menu toutes les œuvres citées: il nous suffira avoir signalé leur valeur\nau point de vue spécial de l'étude du violon, et l'extrême probité du transcripteur, qui confère\nà la collection un rare intérêt documentaire.\nMARC PINCHERLE.\n\nLIVRES REÇUS\nPETERS. Jahrbuch der Musikbibliothek fur 1912, herausgegeben von\nR. SCHWATZ (Lpz. Peters 1913, in-40 de 125 pp.)\nADLER (Guido). Studien zur Musikwissenschaft, Beihefte der Denkmaeler in\nOesterreich. Heft I (Wien Artaria, 1913, in-40 de 303 pp.)\nDUSSAUZE (Henry). Captain Cooke and his choir boys (S. 1. n. d. in-8°\nde 122 pp.)"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.45", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1736, "texte": "LENORMAND (René). Etude sur l'harmonie moderne (Paris Monde Musical et\nMax Eschig, 1913, in-120, fr. 5.)\nGASCUE (Francesco). Origen de la musica popular vascongada. (Revista int. de los\nestudios vascos. Paris, Champion, 1913, N° I.)\nPROD'HOMME (J.-G.). Œuvres en proses de R. Wagner. Tome quatrième.\n(Delagrave s. d., in-120 de 276 pp., fr. 3.5°-)\nDENKMAELER DER TONKUNST IN OESTERREICH. J. Handly\nOpus Musicum. Gesaenge von Frauenlob, Zweter und Alexander. (Wien Artaria, 1913*\nDeux volumes in-fol.)\nSAMAZEUXLH (Gustave). Paul Dukas. (Durand et fils, in-l2° de 27 pp. fr. 2.)\nCOMBARIEU ( fuies). Histoire de la musique. Tome I. Des origines à la fin du\nXVIe siècle. (Paris, A. Collin, in-8° de 652 pp., fr. 8.)\nROBERT (P. L.). Etudes sur Boieldieu, Chopin, et Liszt. (Rouen, L. Gy, 1913,\nin-8° de 113 pp.)\nMONTE VERDI (Claudio). UOrfeo. Deutsche Buehnen Bearbeitung von Erd-\nmann Gugkel, Einleitung von O. Kinkeldey. (Breslau, I9I 3? *n-I2°o\nBREITKOPF UND HAERTEL. Das Musik-Buch. (Leipzig, Breitkopf, 1913,\nin-40 de 390 pp.)\nCUCUEL (Georges). La Pouplinïere et la musique de chambre au XVHF siècle.\n(Fischbacher, 1913, in-40 de 460 pp.)\n-—. Etude sur un orchestre au XVIIF siècle. (Id. ibid. in-fol. de 70 pp.)\nDAURIAC (L.). Meyerbeer. (Collection des Maîtres de la musique, 1913, Paris,\nAlcan, in-12°, fr. 3,5°0\nPIRRO (André.). Schiïtz. (Id. ibid.)\nSINGER (Kurt). R. Wagner. (Berlin, Morawe et Scheffelt, 1913, in-8° de 150 pp.)\nGUTMANSTAL (N. de). Souvenirs de F. Liszt (Breitkopf 1913, in 12° de 70\npp. Mk. 2).\nVATIELLI (Francesco). —La civilita musicale di moda. (Torino, Bocca I9I3> in~l2°\nde 120 pp. Lire 2).\nLAMY (F.). Shakespeare et la musique (Extrait des Mémoires de l'Académie\nd'Amiens 1912, in-8° de 44 pp.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c029", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 36, "image_fin": 44, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.6.2", "titre_corps": "WALLNER (Dr 8.-A.). Musikalische Denkmaler der", "titre_sommaire": "WALLNER (Dr 8.-A.). 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(Munich, 1912,\nvin-546 p., mk. 12.)\nL'idée n'est pas nouvelle de s'adresser aux \" monuments\nfigurés \", à la miniature même, pour en tirer quelques renseigne-\nments concernant l'histoire musicale : mais le présent ouvrage qui\nporte sur une dizaine de tables, rondes ou carrées, gravées, peintes,\nrevêtues de motets à 3, 4 ou 5 voix, offre un intérêt tout particulier\npar l'abondance des détails et le caractère de la période historique\nqui les vit naître.\nCes tables gravées donnent lieu, souvent, à des rapprochements\ninattendus, dont l'auteur cherche et trouve les causes dans l'édu-\ncation et les goûts des familles princières de la Bavière, du\nWurtemberg, etc., dans l'activité artistique et musicale des cours,\nles allées et venues des ducs ou des prélats, des artistes, des\ndiplomates, les différences de religions, les flottements d'opinions\nauxquels donne lieu la réforme, en somme dans toute la vie intime,\npresque familiale, et surtout insoupçonnée la plupart du temps,\nqui forme la trame enchevêtrée, touffue, sur laquelle s'édifient\nles grands faits historiques.\nChacun des documents devient ainsi l'occasion d'une monographie qui fait défiler devant\nnous toute une série de personnages, tantôt très connus, tantôt moins et même ignorés\ndont l'action, importante ou médiocre, nous explique le voyage de l'œuvre musicale, du texte\net de leur dédicace depuis les auteurs jusqu'à la pierre qui les doit immortaliser.\nOn a vraiment la sensation, en lisant ces pages, extrêmement documentées, d'être mêlé\nau va et vient de cette époque transitionnelle, dont le caractère très particulier se traduit par\ndes mélanges hétéroclites d'humanisme, d'antiquité, de gravité et de raillerie, de textes bibliques\net de chansons à boire, de réforme et de papisme, l'art ne perdant pas ses droits, et\nenveloppant les \" calendriers perpétuels \" de banderoles musicales signées Goudimel, Roland\nde Lassus, Biffi, etc.\nDes textes littéraires et musicaux, placés à fin de cet important ouvrage, viennent éclairer\net préciser les analyses esthétiques qui sont faites à leur sujet au cours des chapitres.\nA. MACHABEY.\nSACHS (Curt) Musik und Oper am Kur (Berlin 1910, 290 pp.)\nNous voici de nouveau reportés à l'époque de la Réforme et de la Renaissance ; nous"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.37", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3612, "texte": "atteignons même le i8me siècle, puisque l'auteur étudie l'évolution de la musique, ou plutôt des\ngroupements musicaux à la cour de Brandebourg depuis leur origine, vers jusqu a leur\nsuppression en 1712.\nRègne par règne, M. Sachs nous montre la constitution de la chapelle et de la musique\nde chambre ; puis les manifestations dramatiques ; grâce aux documents d archives, il a pu\nreconstituer chaque maîtrise, chaque orchestre et nous donner de chaque musicien (ou a peu près)\nune courte notice biographique.\nComme dans toutes les monographies de ce genre, des extraits de correspondance nous\nmettent au courant, mieux que n'importe quoi, de l'activité et de 1 état d esprit de ces petites\ncours; on croirait, à de certains moments que la grande, l'unique préoccupation des princes et\nprincesses soit la musique ; la reine Sophie Charlotte u tâche a se consoler des maux de la\nguerre \"en faisant écrire une pastorale à Bononcini ;ce pauvre grand artiste ! Le grand\nBononcini est encore ici, affligé de la mort de sa maîtresse. Cela est cause que je n ai point eu\nde musique depuis huit jours. \" (p. 86).\nL'ouvrage de M. Sachs prend encore de la valeur par une bibliographie très complété et\nune indication scrupuleuse de ses sources.\nAi MACHABEY.\nROTTER (Curt) Der SchnaderhupjJ-Rythmus. (Berlin, 1912, in-40, 236 p. et un\nappendice contenant 34 exemples. Mk. 8.)\nBien que l'on puisse m'accuser de céder à un penchant tout personnel, si l'on me voit\napplaudir à l'apparition d'un ouvrage traitant du rythme, j'espère que la valeur même de cette\nétude justifiera mon humble appréciation.\nL'auteur n'obéit à aucune idée préconçue, à aucune théorie trop rigide : il peint les faits\ntels qu'ils sont, les classe logiquement, découvre ce qui se cache sous les apparences, et crée\nautant de catégories que les dissemblances rythmiques en réclament ; pourquoi vouloir réduire\nau même schème des formes dont les différences sont constantes ?...\nNous voici donc en face d'un phénomène initial : l'union de la poésie, de la musique et\nde la danse ; et l'auteur qui nous a d'abord montré comment d'un simple quatrain, très court,\npouvait résulter, grâce à l'intervention de la musique instrumentale, une danse assez longue\n\" pour satisfaire les danseurs \" nous fait assister à la formation de ce contrepoint rythmique\nqui résulte de la superposition des rythmes caractéristiques : celui de la danse, celui de la\nmusiaue de la mélodie proprement dite, et enfin celui du texte poétique : cela avec une\nnetteté et une simplicité remarquables. Une quantité d'observations extrêmement judicieuses\nsur les contractions, les allongements, les désaccords presque complets entre le texte et la\nmusique, lors des cadences, sont au surplus de nature à nous éclairer sur bien des points\nobscurs qui subsistent encore dans l'esthétique de l'art vocal, ainsi que sur toutes les formes\nprimitives de cet art, les formes helléniques, par exemple.\nMais ce qui doit encore retenir notre attention, c'est que le \" Schnaderhupfl \" est\nl'aspect primordial et rudimentaire de la valse, de la valse qui, échappée du Tyrol, s'en vint\nd'abord dans les brasseries viennoises, puis dans les salons, à qui Beethoven fit l'honneur de\nconsacrer quelques loisirs, que Saint-Saëns transforma en \" Etude \" de haute tenue et qui, non\ncontente d'accaparer une bonne partie du ballet d'opéra, s'introduit, plus ou moins déguisée,\ndans de grandes œuvres symphoniques.\nSans parler de la place énorme qu'elle tient dans la musique légère, où elle est encore\nchez elle, et où il est tout naturel de la trouver, la valse, ou, si l'on aime mieux, la"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.38", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3025, "texte": "\" Schnaderhtipfl \" par son ascension continuelle vers les \" formes intérieures ne reproduit-\nelle pas devant nous l'histoire des vieilles danses médiévales ou renaissantes, aboutissant progres-\nsivement aux types les plus achevés de la musique instrumentale, à la sonate en un\nmot ?...\nCette leçon vaut bien un ouvrage : c'est celui de M. C. R., où nous trouvons l'humble\net naïf couplet tyrolien, avec ses angles vifs, son rythme net, et sa vie aussi, sa vie débordante,\nqui devait, en un siècle, envahir l'Europe, lui communiquer sa chaleur, et s'installer mais\ncette fois avec des vêtements \"à la mode —au sein même de nos concerts les plus\n\" collet monté \".\nA. MACHABEY.\nWEINGARTNER (Félix). Erlebnisse \" \"\n(1912, in-8° de 87 p., Paul Cassirer, Berlin.)\nDans cette brochure, le célèbre kapellmeister raconte par le menu les vexations qu'il eut\nà subir de la part de l'lntendance générale, (et royale) des théâtres.\nOn croît rêver en parcourant ces pages, et on ne sait qu'admirer le plus de la patience et\nde la générosité de M. Weingartner ou de la mauvaise foi persévérante et du \" corporatisme \"\nprétendant contraindre ce grand artiste à rester de force dans un établissement (le Grand\nOpéra Royal) où l'on s'ingénie à lui rendre la vie impossible.\nL'éminent chef d'orchestre n'a-t-il pas été condamné à une amende de 120 marks pour\navoir mal dirigé \" Cavalleria rusticana \" ? Plus loin, il monte au pupitre pour conduire une\nreprésentation de \" Hansel et Gretel \" : le rideau se lève, et il aperçoit sur la scène une\n\" Gretel \" qu'il n'avait jamais vue, et dont il ignorait même le nom.\nL'lntendance avait tout simplement engagé une nouvelle pensionnaire sans en informer\nle chef d'orchestre, et sans même lui donner l'occasion de répéter avec elle !.. Ensuite, c'est\nle récit de manœuvres essayées pour empêcher M. Weingartner de venir pour la première fois\nà Paris conduire deux concerts chez Lamoureux... Et tout cela n'est pas du roman, c'est la\npure vérité. La lecture de ces pages écrites dans un style qui rappelle celui de notre grand\nBerlioz, nous apprendra à nous montrer moins sévères pour ce qui se passe en la \" Ville\nBarbare \"... Cette Cité d'après 1870, n'est peut-être plus le Paris du temps de Berlioz !...\nMais l'accueil triomphal que le grand public de Paris réserve chaque année à M. Wein-\ngartner, le consolera certainement des épreuves qu'il a endurées près des bords de la Sprée.\nFÉLIX RAUGEL.\nROOTHAM (C. B.). Voice training for choirs and schools. (Cambridge at the\nUniversity Press. 1913, in-8°).\nL'éducation de la voix pour chœurs et écoles par M. Rootham, organiste et chef de\nchœurs à S' John Collège, Cambridge, est un livre qui sera très-utile non seulement aux\nMaîtres de Chapelle mais encore à tous les professeurs de l'enseignement primaire.\nIl se compose de deux parties, l'une théorique, l'autre pratique, et cette dernière est la\nplus importante. Le plan de l'ouvrage est très-clair et la table qui est placée au début est\nun véritable résumé des idées de M. Rootham."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.39", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3265, "texte": "Avant la puberté, l'auteur ne fait aucune différence entre la voix des garçons et des filles ; il\nindique plus loin comment on peut modifier les défauts de la voix parlée et chantée chez les enfants;\nil passe en revue les principales imperfections que l'on rencontre et il engage en terminant les\njeunes compositeurs modernes à écrire des morceaux pour voix enfantines.\nNul doute que cet appel ne soit entendu. MARAGE.\nCUMMINGS (Dr. H .). Purcell. (London, in-i2112).\nBrève et précise, cette biographie nous place dans la seconde moitié de ce 17e siècle\nanglais qui devait voir s'évanouir pour longtemps l'originalité et la fécondité artistiques dont\ns'enorgueillissait alors à juste titre la Grande-Bretagne.\nL'auteur ne dédaigne pas l'anecdote, mais n'en use qu'avec mesure, et il s'applique même\nparfois à combattre quelques erreurs historiques.\nCependant on regrette que la partie esthétique de l'ouvrage soit si succincte et si super-\nficielle et que aucun texte musical ne vienne illustrer et animer les éloges abondants mais\nmonotones que M. W. C. prodigue à l'un de plus grands musiciens de l'Angleterre.\nSouhaitons donc que ce petit livre incite l'un de nos historiens à tracer de Purcell un\nportrait plus ample et plus riche, digne de l'organiste de Westminster Abbey, qui, mort à\n37 ans, nous laisse cependant un bagage musical d'une variété et d'une valeur surprenantes.\nH ANS HEINZ ERVERS & MARC HENRY. Joli Tambour! (Berlin, W. Born-\ngrâber, 1912, in-120 de 272 pp.).\nFaire connaître en Allemagne la chanson française, ou mieux encore l'âme française par\nla chanson, tel est le but que se propose cet ouvrage, dicté, nous dit la préface, par le\ndésir d'un rapprochement entre les deux nations. En réalité, seuls les textes figurent ; la\nmusique, les \" airs \" dont beaucoup cependant sont tradionnels, font défaut ; et c'est croyons-\nnous regrettable.\nMais quel défilé ! Depuis Villon, ancêtre du bohème montmartrois, jusqu'à 1' u Interna-\ntionale \" ce qui n'est peut-être pas sans ironie la chanson populaire nous apparait dans\ntous ses costumes, sous toutes ses formes, tantôt narquoise, tantôt précieuse ; grivoise ou\ngaillarde, batailleuse ou provoquante, mais aussi toujours alerte et franche.\nCeux qui parcourront ce livre, y retrouveront, non sans sourire, l'origine combien\npudique de certaines chansons de route d'une finesse douteuse —, et le souvenir rajeunissant\ndes joyeux cabarets de Montmartre.\nGEORGY CALMUS. Zwei Op ern-Burlesken ans der Rokokozeit, Berlin, 1912.\n(Télémaque de Le Sage et The Beggars Opéra de Gay et Pepusch).\nIl est curieux que Français et Anglais aient laissé à l'Allemagne le soin de ressuciter leur\nesprit d'autrefois et de publier avec tant de luxe ces deux œuvres si caractéristiques du\ni8me siècle.\nLe Xhéâtre de la Foire ! C'est tout un monde, une lutte, presqu'une épopée, qui surgissent\ndevant nous ; l'art officiel d'une part, l'art populaire de l'autre l'un avec ses \" privilèges\nmassue terrible ; le second avec son esprit, sa u rosserie \" dirions-nous aujourd'hui, arme plus\nterrible encore, et qui lui valut le triomphe définitif : les successeurs de Le Sage jouent\nu Pelléas \" ; mais se sont des parvenus.\nVers la même époque un conflit analogue se produisait en Angleterre, et une sorte"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.40", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3477, "texte": "d'opéra populaire, d'opéra-comique, fondé, régi, exploité par des hommes extraordinaires\ns'oppose avec acharnement et succès au Théâtre Royal.\nMlle C. nous retrace la genèse et les péripéties de cette double bataille, en une introduction\ntrès claire, très documentée qui n'occupe pas moins de 40 pages. Mais ce dont tout le monde\nlui sera reconnaissant c'est d'avoir publié in-extenso la musique de ces deux petits drames\nsatiriques et d'avoir ainsi animé les textes par les sons, cette vie circulante dont le défaut peut\nprovoquer l'incompréhension d'une œuvre ou même de tout un côté de l'histoire. Car la\nmusique des opéras du \" Rokokozeit \" est la clé qui nous aide à saisir comment et pourquoi le\npublic faisait fête au Théâtre de la Foire qui finit par vaincre ses nobles rivaux : l'âme française\nn a pas change ; il lui faut rire, il lui faut décocher des flèches à ceux qui plastronnent et\nc est pourquoi la \" Revue \" moderne est bien plus l'héritière de Le Sage que l'opéra-comique.\nHAMMERICH (Angul). Mediœval musical Relies of Denmark. (Leipzig, 1912,\n126 p., in-40).\nOn ne saurait trop admirer la piété de ceux qui entourent l'archéologie de la musique\nd un luxe, qui semble être la compensation de l'injuste oubli où sont tombés les plus vénérables\ndocuments.\nGrâce à M. H. nous voici en possession d'une superbe édition de ces a Reliques Danoises \"\nassez inconnues, et qui cependant procèdent de l'art français, et même le plus souvent\nreproduisent simplement des textes musicaux de notre moyen-âge. M. H. en effet, outre qu'il\neut 1 adresse d exposer rapidement et clairement l'esthétique de la u Séquence \", put identifier\nla plupart de ces textes, grâce au travail d'Aubry et Misset sur Adam de St Victor.\nEt l'on reste un peu stupéfait de la vigueur de l'école de S 1 Gall qui après avoir peut-être\nconcentre une partie de l'effort byzantin, fît rayonner son art, ses procédés ses formules, sa\n\" manière \" même, par toute l'Europe pendant plusieurs siècles, et nous impose la nécessité de\nreconnaître son génie dans les feuillets d'un registre poudreux ou les paperasses d'un monastère\ndu Danemark\nWEISSMANN (A.). Chopin. (Schuster, Berlin et Leipzig, 215 p. et 52 planches).\nLa maniéré dont est présentée cette biographie n'est pas très originale : Que Chopin a régné\nsur les salons et qu il fut adulé des femmes, nous le savions, et l'auteur insiste peut-être un peu\ntrop sur ce point de vue. Mais l'analyse qui nous montre le développement du génie, celui de la\nmaladie et celui de 1 amour chez le u poète du piano \" est intéressante et les appréciations\nrelatives à l'esthétique de ses œuvres, à leur interprétation même, sont souvent à retenir.\nCe qui soutient surtout l'intérêt de cet ouvrage, est qu'il est écrit avec une conviction\ntrès sincere, qu il est comme un hommage rendu au grand musicien, dont on ne saisit pas\ntoujours paraît-il l'esprit, en Allemagne.\nUn grand nombre de gravures placées à la fin du volume servent très utilement à fixer d'une\nmaniéré u visuelle la physionomie et même l'aspect de l'existence mouvementée de Chopin.\nREYSCHOOT (Dossan van). - Analyse thématique rythmique et métrique des symphonies\nde Beethoven. Symp. let //, en partitions. (Breitkopf, Bruxelles). {JL.es textes sont en français,\nallemand et anglais).\nNul mieux que M. Combarieu n'était désigné pour faire l'éloge de cette édition remarquable >\net il le fît avec chaleur dans une préface dont j'aurais voulu pouvoir extraire bien des passages-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.41", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3643, "texte": "Certes, cette édition rythmique devra, quelques temps encore, faire antichambre avant de\npénétrer dans les sanctuaires de la musique : la foule compacte des musiciens que l'incompré-\nhensible orgueil d'une éducation scolastique et d'un talent médiocre éloigne de la Raison,\npréférera toujours remplacer l'évidente logique du classicisme qu'elle affirme comprendre et\nadmirer par le désordre d'une interprétion fantaisiste. C'est ainsi n'est-il pas vrai ?\nqu'on devient original, qu'on \" se fait une individualité\nMais nous espérons en revanche que le public éclairé fera prochainement bon accueil à la\ntentative de M. V. R. : il n'y a ni déshonneur, ni désavantage à soumettre ses facultés à la\ndiscipline des \" belles formes \", et même ceux que guide un instinct très sûr découvriront plus\nfacilement la solution de ces \" cas de conscience \" si fréquents en musique. Au surplus, le\ntravail de M. V. R. n'est-il pas la mise en évidence de cette sorte d'Harmonie préétablie, de\ncette espèce de a géométrie du temps \" qui est à notre insu la façon habituelle dont nous\npensons, de ce guide obscur dont nous avons parfois seulement l'intuition très nette ? Qu'un\ntrait de lumière adroitement dirigé vienne nous les préciser à notre volonté, et nous voilà\nenrichis d'une arme nouvelle dont nous ne savions nous servir que sans habileté jusque là.\nC'est ainsi que bien loin d'être une pure théorie, la morphologie musicale poursuit un but\néminemment pratique ; c'est la pensée directrice de notre collègue de Gand et c'est dans\ncet esprit qu'il faut examiner les deux symphonies de Beethoven dont il nous fournit l'inter-\nprétation rythmique. A. MACHABEY.\nPROD'HOMME (J. G.) Ecrits de Musiciens. (i vol. in-18, Paris, Mercure de\nFrance, 1912.)\nL'intéressente anthologie que publie notre collègue Prod'homme comprend une série\nd'écrits provenant de musiciens des XVe, XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, et qui constituent de\nprécieux documents biographiques et esthétiques. Qu'il s'agisse d'Avertissements, de Dédicaces,\nde Lettres ou de Testaments, ces divers écrits apportent, en effet, des renseignements extrême-\nment pittoresques et expressifs sur leurs auteurs. Ajoutons que M. Prod'homme a consacré à\nchacun des auteurs de son anthologie une substantielle notice qui résume les travaux\nhistoriques les plus récents. LIONEL DE LA LAURENCIE\nCOMBARIEU (J.) Histoire de la musique des origines a la mort de Beethoven. Tome I.\n(Paris, Armand Colin, 1913, in-8° de 651 pages. 8 fr.)\nCe premier volume représente à lui seul des années de recherches et de travail ; aussi\ndoit-on tout d'abord louer M. Combarieu pour l'énergie et pour la persévérance qu'il a mon-\ntrées dans l'accomplissement d'une semblable entreprise. Il est un des premiers, en France du\nmoins, à aborder un sujet d'une telle ampleur et à le traiter avec une pareille abondance de\ndocumentation. Lorsque l'index qui doit terminer l'ouvrage aura paru, nous posséderons une\nsource d'indications précieuse.\nLe tome que nous analysons va des origines àla fin du XVIme siècle.\nDans une première partie M. Combarieu explique comment la musique est sortie de la\nmagie : l'homme primitif a peur des esprits et il cherche à les apaiser soit par des chants, soit\npar des danses, dont le rythme a une signification précise. Les instruments par leurs éléments\nou par leur décoration rappellent aussi ce but. On se rend compte que l'auteur émet des\nopinions qui lui sont chères et qu'il étaie par des preuves tirées de la philologie ou de la mytho-\nlogie. Une étude des débuts de l'art musical chez les peuples d'orient et notamment chez les\nChinois termine cette première division."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.42", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3952, "texte": "Dans la seconde, nous assistons à l'évolution de la musique qui perd son caractère\nmagique, c'est-à-dire intéressé, pour prendre une forme religieuse et exprimer un acte de foi.\nC'est sa seconde étape, avant de se libérer complètement et de vivre par elle-même en s'inspi-\nrant de la nature. C'est par les Grecs que s'effectue le passage de la magie à la religion, la\nmusique, ce mot avait un sens beaucoup plus général, touche à la philosophie et a sa\nplace dans toutes les manifestations de la vie hellénique. M. Combarieu expose quels sont les\ndivers chants sacrés des Grecs, leur théorie musicale, leurs différents modes, leurs compositions,\nleur rythme et enfin leurs instruments. Une étude des cérémonies religieuses et des représen-\ntations théâtrales, une consultation des philosophes, de Platon et d'Aristote principalement\nforment les chapitres suivants. Il est ensuite question des théoriciens, de Pythagore' dont les\nprincipes nous ont été transmis par ceux qui, quinze siècles durant, ont été ses disciples,\nd'Aristoxène de Tarente, d'Aristide Quintilien, de Plutarque. L'auteur prend congé du monde\nhellénique avec les faibles vestiges qui subsistent de son art lyrique, les hymnes à Apollon, puis\nbrièvement il montre la faible place que la musique tient chez les latins, dépourvus d'originalité\net médiocres amateurs.\nLa troisième partie est consacrée au moyen-âge dont le chant religieux (chant grégorien\npuis plain-chant) est sorti de la combinaison de la musique grecque avec la musique hébraïque.\nM. Combarieu en signale les formes diverses, puis leur place dans la liturgie. Il montre les\nliens qui rattachent la théorie musicale du moyen-âge à celle de l'antiquité grecque. Les tradi-\ntions pythagoriciennes, toutes mathématiques et qui entravent le libre développement de l'art,\nsont transmises par Boèce dont l'influence est considérable. Des modes nouveaux\net plagaux) se rattachent à la nomenclature antique dont ils diffèrent cependant. Les premiers\nsystèmes de notation, alphabétique et neumatique, sont créés. Le plain-chant, \" anti-rnusical et\nadmirable \", prend sa forme définitive. A côté, la musique mesurée est en train de naître à\nParis. Après avoir consacré d'importants développements au théâtre sous sa double forme\ndramatique et comique, après avoir montré ce que fut le chant profane, grâce aux troubadours\net aux trouvères, M. Combarieu arrive à la grande création du moyen-âge : le contrepoint.\nNous ne pouvons malheureusement entrer dans le détail des cent pages où l'auteur étudie à\nloisir les résultats de cette découverte, les premiers monuments de la musique polyphonique et\nleurs créateurs.\nLa musique gardait encore un caractère scolastique et figé. La Renaissance, sujet de la\nquatrième partie, apporta la vie et l'expression. Cette régénération s'opère, grâce aux chan-\nsonniers nançais (musique a cappellu]et aux madi îgalistes italiens qui créent l'accompagnement.\nLa musique religieuse vocale, d'une part grâce aux Protestants (Luther et Calvin), de l'autre\naux papes de la Contre-Réforme (Grégoire XIII) subit une évolution parallèle. M. Combarieu\nen étudie les principaux représentants. La musique instrumentale, elle, fait des progrès. Les\ninstruments se perfectionnent. Dans tous les pays civilisés, les compositeurs rivalisent d'ingé-\nniosité. A l'église même, la musique instrumentale fait son apparition à l'église avec la sym-\nphonie sacrée (Rôle des Vénitiens et de Gabrieli). Quant au théâtre, le ballet en Italie, en\nFrance et en Angleterre favorise la création de l'opéra qui va naître.\nTel est, résumé aussi exactement que possible, ce premier tome, avec lequel M. Com-\nbarieu nous a donné une sorte d'encyclopédie de la musique avant le XVIIme siècle tâche\nconsidérable. Le second volume, annonce pour la fin de cette année, embrassera l'histoire de la\nmusique depuis le XVII e siecle jusqu a la mort de Beethoven. Nul doute qu'il soit digne du\ntome premier.\nG. ROUCHÈS."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.43", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3894, "texte": "SOUBIES (Albert). —Le Théâtre Italien de 1801 a 1913 (1 vol. in-40 illustré, tiré à\n600 exemplaires numérotés. Paris. Fischbacher éditeur).\nA travers ce siècle troublé, M. Albert Soubies s'est proposé de rechercher tous les docu-\nments pouvant servir à nous renseigner sur le rôle des Italiens en France dans le domaine\nthéâtral, tant en qualité de compositeurs, qu'en celle d'interprètes ou meme de directeurs.\nQuel est du reste l'interprète, qui de tout temps, 11e s'est point senti 1 irrésistible vocation\nd'assumer la direction d'une scène ? Et quel est aussi le directeur de théâtre qui n a pas appîis,\nen présence de difficultés insoupçonnées, à regretter le temps où, simple acteur, il ne voyait\nque le beau côté, le a côté face \" si l'on peut dire, du fauteuil directoral.\nCombien le \" côté pile \" est douloureux et décevant ! C'est ce que nous montre le triste\ndénombrement des u bouillons bus \", depuis le Théâtre Olympique de la rue Chantereine, en\n1802, jusqu'aux entreprises les plus récentes. Mais cela n'est pas une spécialité des Théâtres\nitaliens : ils ont subi le sort commun ; et si le résultat financier fut souvent piteux, le rôle\nartistique ne fut point négligeable. Le nom seul de Rossini suffirait a i attester. Celui-la du\nmoins connaissait a les affaires \" beaucoup mieux que ces anciens chanteurs devenus directeurs,\ndont M. Albert Soubies nous montre les déconfitures successives. La publication de certaines\nlettres éminemment commerciales de l'auteur du Barbier n'est pas faite pour grossir le dossier\ndu \" désintéressement chez les artistes \" : on s'en doutait d'ailleurs.\nSur le grand pontife de l'italianisme comme sur une foule d'autres moindres personnages,\nle livre de M. Albert Soubies nous apporte une solide et intéressante documentation, mérite\nd'autant plus remarquable que de graves difficultés rendaient plus périlleuses les recherches\nrelatives à cette époque. La rareté des pièces officielles permettant d'établir sûrement la chro-\nnologie des représentations données dans un théâtre, a souvent obligé l'auteur il nous\nen avertit lui-même à recourir aux collections de journaux du temps. Et il avoue\nsans détour leur fâcheux désaccord sur la matérialité des faits les plus simples, et leur partialité\nplus fâcheuse encore. On peut se demander si, même avec toutes nos institutions officielles,\nles écrivains de l'avenir seront mieux outillés lorsqu'ils étudieront les événements contem-\nporains ?\nQuoi qu'il en soit, il faut être très reconnaissant à M. Albert Soubies de la grande\nsagacité et du soin minutieux qu'il a déployés dans ses intéressantes recherches : son ouvrage\nsur le Théâtre Italien est de ceux que l'on aimera à consulter pour se mettre en contact avec\nune catégorie très spéciale de nos archives théâtrales. Et l'auteur est vraiment trop sévère pour\nlui-même quand i! qualifie son propre travail d'\" aperçu historique \"ou d'\" une libre causerie \",\nen se défendant d'avoir voulu le soumettre a aux règles d'une méthode rigoureux \". Son\nouvrage nous apparaît au contraire bien divisé et ordonné ; et si les pages relatives à nos\nmodernes Puccini, Mascagni, Leoncavallo et autres pseudo-véristes éludent paternellement toute\nvelléité de critique sur les ouvrages, elles n'en suffisent pas moins à montrer le 64 perpétuel\nrecommencement \" des envahissements périodiques successifs de nos scènes françaises par l'art\nétranger et non le meilleur. Quoi que l'on pense des effets de ces réapparitions, sous des\nnoms divers, des Bujfoni qui nous apportèrent la Serva Padrona, il faut rendre à ceux-ci\ncette justice qu'ils excellèrent tout au moins dans Y art du chant. u Si l'ltalie n'existait pas, il\nfaudrait l'inventer. \" Combien de prétendus professeurs de chant pourraient utilement méditer\ncet apophtegme ! Le bel canto italien nous a \" fait voir les étoiles \" : quel dommage qu'on les\nait éteintes !\nAUGUSTE SERIEYX."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.44", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3050, "texte": "ALARD (D.). — Les Maîtres classiques du Violon, avec le style, le phrasé,\nles doigtés et les coups d'archet propres à l'interprétation traditionnelle de ces œuvres. (Paris,\nL. Alleton, 1912, 50 livraisons in-fol.).\nCette réédition ne laisse pas de venir à son heure. Jamais on ne s'est intéressé plus\nqu'aujourd'hui aux maîtres anciens du violon ; toutes sortes de transcriptions nous en offrent\nles images les plus variées, des fantaisies un brin anachroniques de Kreisler aux consciencieuses,\nmais lourdes élaborations de Schering. Les éditions Peters, Litolff, Augener leur font une\nplace enviable, et la France est bien distancée, avec la seule collection Debroux, et les travaux\nvaleureux mais fragmentaires des Borrel et des Bouvet.\nC'est donc un apport considérable que celui de cinquante numéros d'œuvres dont trois\nou quatre à peine sont aujourd'hui sans grand intérêt, parce que sacrifiant à un goût qui n'est\nplus le nôtre : VAir russe, de Baillot, pieux hommage d'Alard à la mémoire de son maître, ou\nla Molinara de Kreutzer, ou la Romanesca 66 d'auteur inconnu qui s'adresse probablement à\nquelque élève encore malhabile.\nLe reste est inappréciable. C'est d'abord un ensemble d'œuvres connues, concertos\nd'étude de Viotti et de Kreutzer, concertos du répertoire des virtuoses, en mi majeur et en la\nmineur de J.-S. Bach, en mi bémol de Mozart, Trille du Diable de Tartini, etc., qui se\ntrouvent ici dans leur intégrité, avec les indications de nuances que l'éditeur tenait de Baillot,\ndétenteur avéré des traditions classiques ; et l'on n'est pas médiocrement surpris de rencontrer\nenfin une leçon non altérée de la Follia de Corelli, vingt fois reprise, ornée, augmentée, rac-\ncourcie, avec une certaine mesure par J.-B. Cartier, et par Thomson, sans autre souci, semble-\nt-il, que la tardive justification du titre.\nPlus directement intéressant est le groupe des violonistes du XVIIIe siècle dont les\nœuvres ne figurent pas couramment dans les éditions classiques : Chabran, Dauvergne,\nGuillemin, Lahoussaye, Pagin, Francœur, Leclair, Nardini, Tartini, Pugnani, Barbella,\nManfredi, Boccherini, d'autres encore qui résument vraiment ce que l'école française et l'école\nitalienne ont produit de plus musical, en même temps que toute la technique de l'instrument\ny est enclose, de l'art encore primitif de Corelli aux harmoniques, aux staccato de Chabran,\naux doubles-cordes de Guillemin et de Porpora, aux pizzicati de la iome sonate de Paganinu\nRestent quelques duos, pour violon et alto, de Fiorillo, pour deux violons, de Lolli et de\nS1 Georges, enfin, pour violon seul, 2 fugues, 4 préludes de Campagnoli, 2 divertimenti de\nStamitz, et le labyrinthe de l'harmonie, de Locatelli.\nOn ne peut, dans un compte rendu bibliographique — et celui-ci s'étend déjà démesuré-\nment, — analyser par le menu toutes les œuvres citées: il nous suffira avoir signalé leur valeur\nau point de vue spécial de l'étude du violon, et l'extrême probité du transcripteur, qui confère\nà la collection un rare intérêt documentaire.\nMARC PINCHERLE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c030", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c030", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 44, "image_fin": 45, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.6.3", "titre_corps": "LIVRES REÇUS", "titre_sommaire": "LIVRES REÇUS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.44", "debut_caractere": 3052, "fin_caractere_exclue": 3391, "texte": "LIVRES REÇUS\nPETERS. Jahrbuch der Musikbibliothek fur 1912, herausgegeben von\nR. SCHWATZ (Lpz. Peters 1913, in-40 de 125 pp.)\nADLER (Guido). Studien zur Musikwissenschaft, Beihefte der Denkmaeler in\nOesterreich. Heft I (Wien Artaria, 1913, in-40 de 303 pp.)\nDUSSAUZE (Henry). Captain Cooke and his choir boys (S. 1. n. d. in-8°\nde 122 pp.)"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.45", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1736, "texte": "LENORMAND (René). Etude sur l'harmonie moderne (Paris Monde Musical et\nMax Eschig, 1913, in-120, fr. 5.)\nGASCUE (Francesco). Origen de la musica popular vascongada. (Revista int. de los\nestudios vascos. Paris, Champion, 1913, N° I.)\nPROD'HOMME (J.-G.). Œuvres en proses de R. Wagner. Tome quatrième.\n(Delagrave s. d., in-120 de 276 pp., fr. 3.5°-)\nDENKMAELER DER TONKUNST IN OESTERREICH. J. Handly\nOpus Musicum. Gesaenge von Frauenlob, Zweter und Alexander. (Wien Artaria, 1913*\nDeux volumes in-fol.)\nSAMAZEUXLH (Gustave). Paul Dukas. (Durand et fils, in-l2° de 27 pp. fr. 2.)\nCOMBARIEU ( fuies). Histoire de la musique. Tome I. Des origines à la fin du\nXVIe siècle. (Paris, A. Collin, in-8° de 652 pp., fr. 8.)\nROBERT (P. L.). Etudes sur Boieldieu, Chopin, et Liszt. (Rouen, L. Gy, 1913,\nin-8° de 113 pp.)\nMONTE VERDI (Claudio). UOrfeo. Deutsche Buehnen Bearbeitung von Erd-\nmann Gugkel, Einleitung von O. Kinkeldey. (Breslau, I9I 3? *n-I2°o\nBREITKOPF UND HAERTEL. Das Musik-Buch. (Leipzig, Breitkopf, 1913,\nin-40 de 390 pp.)\nCUCUEL (Georges). La Pouplinïere et la musique de chambre au XVHF siècle.\n(Fischbacher, 1913, in-40 de 460 pp.)\n-—. Etude sur un orchestre au XVIIF siècle. (Id. ibid. in-fol. de 70 pp.)\nDAURIAC (L.). Meyerbeer. (Collection des Maîtres de la musique, 1913, Paris,\nAlcan, in-12°, fr. 3,5°0\nPIRRO (André.). Schiïtz. (Id. ibid.)\nSINGER (Kurt). R. Wagner. (Berlin, Morawe et Scheffelt, 1913, in-8° de 150 pp.)\nGUTMANSTAL (N. de). Souvenirs de F. Liszt (Breitkopf 1913, in 12° de 70\npp. Mk. 2).\nVATIELLI (Francesco). —La civilita musicale di moda. (Torino, Bocca I9I3> in~l2°\nde 120 pp. Lire 2).\nLAMY (F.). Shakespeare et la musique (Extrait des Mémoires de l'Académie\nd'Amiens 1912, in-8° de 44 pp.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c031", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 46, "image_fin": 50, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.7", "titre_corps": "Les Théâtres", "titre_sommaire": "Les Théâtres", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.46", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1484, "texte": "Les Théâtres\nJULIEN A L'OPÉRA COMIQUE\nApres avoir tente les plus loyaux efforts pour essayer de deviner Vintérêt artistique ou sentimental\ndu dernier ouvrage de Gustave (charpentier5 d'oublier ses tares congénitales et de m abandonner a son\npouvoir émotifs j ai du reconnaître5 en toute humilité? que je n éprouvais pour les conceptions philoso-\nphiques, littéraires et musicales de l auteur de JULIEN5 qu'une insurmontable aversion. En\ndévelopper égoïstement les raisons m a paru infiniment moins intéressant que de verser au débat la\ndéposition de quelque important témoin a déchargé. Avec une bonne grâce dont nous lui soynmes très\nreconnaissantsy IVÎ. G. de Pawlowski —plus courageux que certains amis de Fauteur trop prompts\nà se dérober a ce devoir — a consenti a remplacer mon inutile réquisitoire par la plus éloquente des\nplaidoiries. Tous nos lecteurs approuveront mon scrupule qui leur procure aujourd'hui la bonne\nfortune de lire une remarquable page d'esthétique et qui enrichit notre Revue du commerce d'un des\nesprits les plus distingués de ce temps.\nE. V,\nPour punir sans doute Gustave Charpentier d'avoir fait de la littérature en étant son\npropre poète, c'est à un littérateur • que la S. L M. demande aujourd'hui, quelques mots\nsur Julien. Comme il s'agit de donner des impressions synthétiques de spectateur et non\npoint d assut er une cntique musicale analytique, je n ai point, je l'aouve de raison sérieuse pour\nfaire valoir ma parfaite naïveté en ces matières."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.47", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3582, "texte": "Depuis plusieurs années en effet et c'est là tout le débat il semble qu'une sorte d'affaire\nDreyfus ait atteint le monde musical. Aux principes de foi de la musique ancienne, on a\nsubstitué volontiers le libre examen. La musique se raisonne, elle s'analyse comme un ouvrage\nde mathématique, on ne juge plus sa valeur d'après la seule émotion qu'elle procure. Ceci\nmarque sans doute un progrès. La musique était parait-il en retard sur les autres arts et notre\nadmiration allait peut-être vers des œuvres dont nous réprouvons l'équivalent en littérature,\nsous forme de mélodrames ou de romans feuilletons.\nJ'avoue toutefois que j'éprouve quelque défiance pour les résultats fournis par la critique\nanalytique. Dès l'instant qu'une œuvre d'art peut être analysée complètement, que l'on peut\nen peser tous les éléments, cela signifie qu'il est possible de la reconstruire par synthèse,\ncomme un composé chimique. Cela signifie tout en même temps qu'elle ne contient pas cet\nélément impondérable et surnaturel qui constitue tout justement l'œuvre d'art.\nImaginez une critique analytique de la Ronde de Nuit, de Rembrandt. Quel désastre !\nquelle critique ! Connaissez-vous au monde un tableau plus absurde, plus mal construit, plus\nincompréhensible ? Où vont ces gens ? que veulent-ils ? Quelle est cette femme cul-de-jatte\njaunâtre qui occupe le centre du tableau? L'action se passe-t-elle de jour ou de nuit? Personne,\nà l'heure actuelle, ne saurait encore vous le dire avec exactitude. Il y a là des absurdités\nd'éclairage qui feraient punir un écolier. La critique analytique, dans cet ouvrage, ne peut\nrelever que des incohérences et des défauts. Il n'en est pas moins vrai que la Ronde de Nuit\nest le plus beau tableau du monde, que l'émotion que l'on ressent en le considérant est telle\nque l'on ne peut plus regarder ensuite sans sourire les a chefs-d'œuvre \" environnants. La\nRonde de Nuit, c'est la vie toute entière, c'est la fête de la lumière. Les autres tableaux ne\nsont plus auprès d'elle que de simples toiles accrochées au mur.\nConnaissez-vous également une pièce plus incohérente, au regard de la critique analytique,\nque le Misanthrope ? Quel est le directeur qui accepterait aujourd'hui un pareil ouvrage à une\népoque où l'on ne juge plus une pièce que d'après le scénario ? Ce monsieur qui en veut à tout\nle monde, on ne sait pourquoi, qui aime une femme on ne sait comment, cette action à tiroirs\ndestinée, comme dans un vaudeville moderne, à mettre en valeur des petits couplets\nartificiellement rapportés, cette affaire du sonnet qui domine tout, cette scène des portraits\nintercalée par un ingénieux vaudevilliste, cette convocation chez les maréchaux, qui est le\nplus pauvre dénouement qui soit : aucun dramaturge n'oserait tenir raisonnablement un pareil\nsujet pour définitif. N'est-ce point cependant l'œuvre dramatique la plus émouvante, la mieux\nécrite, la plus complète de notre littérature française ?\nLa même critique pourrait être adressée à la femme sans tête et sans bras qu'est la\nVictoire de Samothrace. On pourrait l'appliquer à tous les chefs-d'œuvre. L'art, en effet, ne\ns'analyse pas ; il s'impose. Notre esprit reconnait un chef-d'œuvre à sa première apparition sur\nterre. Nous nous sentons attirés invinciblement vers la beauté par une sorte d'esprit de famille\nsupérieur à la nature, puisque dans la nature les chef-d'œuvres artistiques n'existent pas.\nUne œuvre d'art se reconnait donc d'instinct par l'émotion qu'elle provoque. Elle\néchappe à toute critique car la critique ne s'applique qu'aux supports matériels des idées, aux"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.48", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3370, "texte": "échafaudages du monument, aux moyens matériels employés pour nous faire connaître la\npensée d'un artiste.\nJe n'entends point, je me hâte de le dire, comparer l'œuvre de M. Gustave Charpentier\nà la Ronde de Nuit ou au Misanthrope. L'émotion artistique qu'elle nous donne, bien que très\nviolente, n'a point cependant cette plénitude, cette puissance définitive qu'engendrent les\nchefs-d'œuvre. Ce que je veux seulement faire admettre pour l'instant, c'est le peu d'impor-\ntance relative des insuffisances scéniques ou des ridicules matériels de Julien.\nAu point de vue de la critique analytique, ces pauvretés sont innombrables. Elles nous\nchoquent à tout instant. Je ne connais rien, par exemple, de plus puéril que la scène du\nu temple colossal de la Beauté \" et il faut une candeur véritablement enfantine pour réaliser\nd'une façon plastique que répudieraient nos actuels music-halls, cette marche d'un poète vers\nl'ldéal.\nOn sait en effet qu'après avoir abandonné, au premier tableau sa Louise endormie dans\nune petite chambre à Rome, Julien veut conquérir la Beauté. Pour cela, tous les moyens en\nusage dans les gravures d'Epinal lui sont bons et le poète, avec un pantalon trop long et un\nveston qui ne lui va pas, accepte sans rire que le hiérophante le couronne de persil doré et le\ndécore d'une belle toison d'or qui eut fait sourire Médée.\nQue dire également de l'évocation de la vie rurale matérialisée par une Hongrie voisine\nde Bois-Colombes ? La manière un peu trop schématique dont le poète repousse sa Louise,\nréincarnée en paysanne, pour poursuivre sa route vers l'ldéal, la façon dont Julien l'apostat\nfait de la peine à sa vieille mère en injuriant le bon Dieu et en refusant les secours de la\nreligion dans un noir paysage breton, nous rappellent trop la puérilité mystique de ces\nnaturalistes qui furent, sans s'en douter, plus éloignés de la réalité que les plus fervents\nidéalistes. Quant au dernier tableau, celui de la Fête de Montmartre, il abonde, lui aussi, en\npuérilités. Le désespoir de Julien le fataliste en reconnaissant le grand prêtre dans un pitre de\nfoire nous étonne et nous nous demandons si, raisonnablement, ce grand garçon ne ferait pas\nmieux de pratiquer les sports en plein air plutôt que d'aller au café s'agenouiller devant une\nLouise réincarnée en pierreuse.\nCe sont là autant de critiques faciles qui se révèlent à l'analyse. Elles s'adressent en\ngrande partie à l'auteur, mais je me demande toutefois si la réalisatition scénique de Julien ne\ndoit pas être, elle aussi, rendue responsable de ces déceptions.\nJe n'oublierai jamais la première audition de Julien, lorsque la pièce fut jouée, mimée et\nexpliquée en petit comité par Charpentier et Wolff, avec l'aide d'un simple piano. Une\nharmonie imitative indiquait un mouvement de foule, un geste de la main suffisait à déplacer\ndes nuages. Rien ne venait troubler le lent et puissant mouvement musical de l'œuvre, cette\nsourde montée du rêve ou mieux du cauchemar aboutissant à la bacchanale désespérée de\ndernier acte. Pas de prêtres habillés en petits amours roses, pas de cortèges nuptiaux dignes\ndu salon des familles de Saint Mandé ; l'enthousiasme musical subsistait seul. L'affreuse et\ntrop somptueuse réalisation matérielle d'un rêve n'égarait pas l'esprit.\nIl y a, dans Julien, plusieurs décors ingénieux qui auraient dû, je crois, servir de modèles"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.49", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3608, "texte": "pour monter le reste de l'ouvrage. La scène, par exemple, inspirée de Gustave Doré, qui nous\nmontre les poètes maudits se traînant dans l'obscurité vers un chemin fantastique de rochers,\nce petit château de l'ldéal que l'on aperçoit seul éclairé, très au-dessus de la montagne, l'appa-\nrition de Julien et de Louise, dont on distingue seulement les deux figures dans l'obscurité,\nvoilà, je crois, l'éclairage dont il eut fallu se contenter d'un bout à l'autre de cette pièce et qui\nlui eut donné l'enveloppe nécessaire, l'atmosphère mystérieuse qui lui manque.\nJulien, représenté sur une petite scène, dans de pauvres décors, un peu comme l'Annonce\nfaite a Marie ou la Brebis égarée, serait demeuré, je crois, à sa véritable place. Le luxe et la\nprécision scénique ont étouffé cette œuvre de rêve et d'instinct.\nCes erreurs matérielles, tous les musicographes vous diront qu'elles s'aggravent des\ninsuffisances musicales de la partition. A l'analyse, celle-ci n'apporte le plus souvent aucun\nélément nouveau. Les impressions d'ltalie, la Vie du poete et Louise ont fourni les pages les plus\nremarquables de Julien. Seulement, que voulez-vous, toutes ces objections relèvent, une fois\nde plus, de la critique analytique. Elles sont de même ordre que celles que nous opposions\ntout à l'heure à la Ronde de Nnit ou au Misanthrope. Le résultat seul doit nous intéresser pour\nune œuvre toute de sentiment, et ce résultat est extraordinaire.\nDepuis plusieurs années, nous n'avions pas ressenti une pareille émotion musicale à\nl'Opéra-Comique. Pour la première fois depuis longtemps, nous nous sommes sentis transportés,\nentraînés invinciblement par une ardeur, par une foi, par une jeunesse qui ne se raisonnent\npas. C'est la caractéristique du talent que de remporter d'éclatantes victoires sur un terrain où\nd'autres ne connaissent que la défaite et l'œuvre d'art, ici comme ailleurs, échappe vigoureuse-\nment à toute critique analytique des moyens employés.\nEst-ce l'abandon de Louise au premier acte, est-ce le désespoir de Julien au dernier,\nest-ce la naïveté et la sincérité de son effort ? Nous restons impuissants à expliquer cette\némotion qui s'empare de nous en écoutant 'Julien et, pour un peu, elle nous ferait verser des\nlarmes, non point de celles que l'on répand à l'Ambigu en écoutant quelque tirade sentimen-\ntale, mais bien de celles que fait couler lentement ni la joie, ni la tristesse, mais la seule\ncontemplation d'une œuvre d'art. Cette émotion est peut-être faite d'éléments insignifiants\nmais harmonieusement groupés en juste proportion. C'est une question d'équilibre, de mesure,\nde sentiment que le talent pour l'œuvre d'art, le hasard pour la nature, peuvent seuls fournir.\nTelle chanson qui nous ferait sourire à Paris nous remue profondément si nous l'entendons\ndans l'air transparent du matin, sur les pentes du Vésuve ; tel geste de la vie vulgaire peut se\nrévéler admirable s'il est stylisé par un artiste ; telle pensée insignifiante ou médiocre peut\ndevenir prodigieuse si elle nous conduit aux sources même de l'esprit et de la vie.\nLa façon puérile dont Gustave Charpentier traite Y Idéal comme un devoir de classe ou\nun poncif d'école, déçoit profondément nos convictions philosophiques. Nous retrouvons, dans\nses désillusions prévues, tout l'enfantillage du naturalisme. Mais, ce qui ne saurait nous\ndécevoir, c'est le désespoir même de Julien, sa tristesse naïve, sincère qui transfigure toute son\nœuvre, qui nous fait atteindre la Vérité par des voies que nous ne soupçonnions pas.\nOn a dit beaucoup de bien et beaucoup de mal de Montmartre et ce qu'on en a dit"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.50", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2217, "texte": "peut s'appliquer à l'auteur de Julien. Montmartre est un petit village trop étroit, trop borné,\nincapable de faire connaître à ses habitants toutes les vérités, toutes les beautés du monde.\nMais c'est en même temps par son particularisme étroit, par son intransigeance d'opinions que\nce petit village a su, dans notre vie contemporaine, abriter des ermites de la pensée, desstylites\nde l'esprit, qui, à force de répudier le reste du monde, se sont efforcés de regarder au-dedans\nd'eux-mêmes, de tirer du tout petit détail qu'était leur vie, leur œuvre toute entière. Or, en\nart, plus le point de départ est restreint, plus l'effort se porte sur un détail et plus l'œuvre gagne\nen profondeur. Julien ne connait que ses sensations à propos de très petits événements d'une\ntrès petite ville. Il ignore tout du dehors, mais il sait tout du dedans. Il atteint le monde\nentier en passant par l'intérieur ; il ne nous éblouit pas, comme tant d'autres, d'un éclat\nemprunté : son ouvrage n'est pas un admirable jardin fait de décors en carton, c'est une petite\ngraine qui germe irrésistiblement, qui porte en elle la vie et qui s'épanouit spontanément. En\nnégligeant les opinions des autres, en ne se mettant point à la mode du temps, Gustave\nCharpentier se sépare forcément de ceux qui dirigent le goût d'une époque. Il se sépare de\nquelques amis mais il atteint la foule inconnue : il cesse de vivre à son époque pour vivre\néternellement. En cela, il suit exactement l'évolution de son maître, de Massenet, qui cessa\nd'être défendu par ses contemporains le jour où il devint grand pour les hommes de tous les\ntemps.\nIl faut une force singulière, lorsque l'on n'est qu'un homme, pour rompre ainsi avec ses\ncontemporains, pour ne plus écouter que la voix immense et anonyme de la foule, pour ne\nplus connaître que les mouvements du cœur communs à l'humanité toute entière.\nGustave Charpentier, en écrivant Julien, a mécontenté sans doute les arbitres de la mode\nmusicale, il a donné un peu de joie nouvelle à des milliers de gens qu'il ne connaîtra jamais ;\nil a fait une œuvre vivante en meurtrissant son cœur, en faisant de sa douleur un peu\nd'humanité, de toute sa jeunesse un peu d'harmonie.\nG. de Pawlowski."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c034", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 51, "image_fin": 58, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.8", "titre_corps": "La Saison Russe au Théâtre des Champs Elysées", "titre_sommaire": "La Saison Russe au Théâtre des Champs Elysées", "signature_source": "Emile Vuillermoz", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.51", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1175, "texte": "La Saison Russe au Théâtre des Champs Elysées\n\nEnfin seuls ! Nos hôtes turbulents sont partis après avoir affolé,\némerveillé et exaspéré Paris. Comme des maîtres de maison qui ont\ndonné à danser et qui, après avoir reconduit les derniers couples, rentrent\ndans leurs salons bouleversés, nous nous regardons avec un peu d'effare-\nment et de lassitude. Les invités furent exquis mais ils ont commis\nquelques dégâts : voici une statuette décapitée,une glace brisée, une soierie\ntachée et voici un accroc au tapis. Les Russes ont passé là, tout est ruine\net deuil dans les salons de l'esthétique française. Il faudra du temps pour\ny rétablir un peu d'ordre. Désemparés et courbatus, nous y travaillons\navec mélancolie.\nLa fête fut magnifique. Jamais elle ne se prolongea aussi longtemps\net, pour la première fois, elle se déroula dans un cadre digne d'elle. En\nl'honneur de ses hôtes, Paris remplit trente fois, jusqu'au bord, la pré-\ncieuse coupe de Théâtre des Champs-Elysées. Trente fois y moussèrent\nles élégances les plus raffinées, trente fois y pétilla l'esprit le plus\nparadoxal et le plus frondeur de nos couturiers. Ce fut un éblouissement.\n\n4"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.52", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3070, "texte": "Il y a, désormais, une mode\n\" ballet-russe \", un effort an-\nnuel vers un luxe plus auda-\ncieux, des lignes plus souples\net des couleurs plus hardies.\nIl faudra, quelque jour, noter\nles étapes successives de ce\nmouvement et son influence\nsur notre art décoratif. La\nsaison russe est le seul terrain\nd'expériences vraiment pro-\npre à l'essai des plus téméraires\nnouveautés linéaires qui mo-\ndifient si profondément l'édu-\ncation de notre œil, et, à ce\ntitre, elle joue un rôle décisif\ndans notre culture esthétique.\nC'est là que s'élaborent ces\nsubtiles transformation de la\nsilhouette féminine qui don-\nnent à la pauvre humanité\nl'illusion sans cesse renouve-\nlée de l'éternelle jeunesse du\nmonde. Notons pour les histo-\nriens de l'avenir que le prin-\ncipe de l'abolition du corsage\nvient d'y être sérieusement\nexaminé. La mode sut trans-\nformer en sirènes les belles\nécouteuses qui prolongèrent\nainsi jusque dans la salle la\nmise en scène du troisième\nNocturne de Debussy. Hors\ndes anfractuosités des rochers\nde l'île de Caprée, Ulysse ne\nvit pas se dresser plus de sou-\nples créatures nues jusqu'aux\nhanches que n'en contemplè-\nrent, dans les loges de Gabriel\nAstruc les habitués de la\nGrande Saison de Paris.\nMais tous les souvenirs\nque nous ont laissés les Russes ne sont pas aussi exempts d'amertume. Nos terribles amis ont\ncommis oh ! bien innocemment et sans penser à mal ! certaines déprédations dont\nnous devons affectueusement leur demander compte.\nOn sait dans quel sens évolue leur direction artistique. Après avoir chorégraphié des\npoèmes symphoniques de leur pays, les prestigieux danseurs, encouragés par le succès, ont\nvoulu étendre à la musique de toutes les nations le bénéfice de leur interprétation plastique.\nVendangeurs enivrés, ils ont joyeusement foulé aux pieds des grappes d'accords cueillies dans\ntout l'univers. Les vignes de France retinrent tout particulièrement leur attention. Nous en\nfûmes d'abord délicatement flattés dans notre orgueil national et trouvâmes attendrissants et\ntouchants les soins qu'apportait, l'an dernier, un Michel Fokine à traduire en russe les discours\nmusicaux de Reynaldo Hahn ou de Maurice Ravel. Ayant pris goût à ce petit jeu, les\ntraducteurs se passionnèrent pour nos textes. Serge de Diaghilew en fit surgir du sol des quan-\ntités prodigieuses. Tous les jeunes compositeurs de France\nrépondirent à son appel et étendirent sous les pieds de\nNijinsky une partition de ballet-russe, richement historiée\ncomme un tapis de prière.\nCe fut un premier élément de trouble dans l'admi-\nrable ensemble que réalisait jusqu'ici la troupe des génies\nailés. Le cosmopolitisme de la musique vint rompre le bel\néquilibre ethnique de la compagnie. L'initiative était\nlouable et sympathique mais singulièrement dangereuse.\nNotre pays produit, en ce moment, une variété de musi-\nque, incroyablement délicate, à la tige fragile, aux pétales\nrétractiles. Nous sommes parfois embarrassés pour effleurer\ncette sensitive sans la froisser et nous n'osons la cueillir\nqu'avec mille précautions. Nos joyeux amis n'y mettent"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.53", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2921, "texte": "pas tant de façons. Il faut les voir jongler\navec les harmonies de Debussy ! \" A\ngauche et puis à droite, en avant, en\narrière, jusqu'à terre ! juqu'à terre ! \" Ah !\nles gaillards ne s'embarrassent pas de nos\nvains scrupules. Et nous sommes encore\népouvantés à la pensée de ce que nos yeux\nont vu !\nAutre surprise : le magicien Michel\nFokine, le visionnaire génial qui excellait\nà composer avec des ballerines des\nmosaïques mouvantes d'une inoubliable\nbeauté, ne fait plus partie de la troupe\net c'est à Nijinsky, danseur-étoile,\nqu'échoit la lourde succession et qu'in-\ncombe précisément la redoutable tâche\nde traduire la musique française en dialecte\nballet-russien. Et ce n'est pas tout : au\ncours de leurs voyages, les pensionnaires\nde Serge de Diaghilew ont eu le malheur\nde rencontrer l'excellent Jacque-Dai-\ncroze et voici que la gymnastique ryth-\nmique procédé de pure pédagogie, ne\nl'oublions pas a fait son entrée dans\nla danse et a pénétré dans un domaine\nqui lui est interdit par définition. Il\nn'en fallait pas tant pour transformer\nprofondément le caractère et la portée\ndes nouveaux spectacles qui viennent\nde nous être présentés. Trois créations,\nJeux, le Sacre du Printemps et la Tragédie\nde Salomé précisèrent nettement les\ntendances actuelles de la chorégraphie russe et établirent franchement les données du problème\nqui nous est posé.\nLa solution n'est pas aussi simple que semblent l'imaginer les spectateurs qui ont accueilli\npar des rires et des sifflets, les gesticulations inattendues des\nministres de la réforme officiant selon le nouveau rite. Le\npublic français n'a pas fait preuve, en cette circonstance,\nd'un bien grand souci de sa réputation de clairvoyance et\nde courtoisie. Quelle que soit l'étrangeté d'une conception\nchorégraphique on a le devoir de l'étudier avec attention\nlorsqu'elle est proposée par des artistes ayant fait leurs preuves\nen matière d'art plastique. Il faut être bien sûr de soi pour\npouvoir déclarer à celui qui fut l'Arlequin du Carnaval, le\nberger Daphnis ou le favori de la sultane Zobéïde : a V ous\nignorez la beauté ; je vous en apprendrai les secrets. \" L'indig-\nnation des gens-du-monde en présence des expériences labo-\nrieuses et passionnées d'un chercheur tel que Nijinsky est\ndonc parfaitement ridicule et ne mérite pas d'être discutée.\nLes griefs que les artistes peuvent avoir contre certaines de\nses réalisations scéniques échappent complètement à la compé-\ntence des merles qui nichèrent si indiscrètement dans les loges du Théâtre des Champs-Llysees.\nLe fond de la querelle est d'ordre purement musical. Nijinsky a péché contre Debussy.\nSa traduction de \" Jeux \" fut une trahison. En présence de la partition la plus délicieusement\nfrémissante et bondissante\nqui ait jamais été offerte à\nun chorégraphe, dans le\nvol des écharpes sonores\nles plus souples et les plus\nsoyeuses qu'ait jamais\ndéroulées un musicien,\ndevant un orchestre que"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.54", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2070, "texte": "l'on entend sourdre aux pieds des\ndanseurs avec un frais gazouillement\nde source, le metteur en scène n'a\npas perdu un seul instant son coupable\nsang-froid de théoricien. Comme il\nl'avait fait pour le Prélude à l'Après-\nmidi d'un Faune et avec la même\ninsouciance des droits les plus sacrés\ndu compositeur, Nijinsky a méthodi-\nquement appliqué sa technique bre-\nvetée à cette nouvelle partition sans\ndaigner écouter les supplications dés-\nespérée de la musique monter du\nsouterrain où on la tient captive.\nCes supplications étaient tellement émouvantes que les\nmusiciens n'ont pu y résister un seul instant et ont immédia-\ntement donné tort au geôlier. Celui-ci d'ailleurs, ne s'était pas\nmis en frais pour justifier sa cruauté devant l'opinion. Il\nn'avait pas cru devoir modifier les procédés simplistes et\nexpéditifs qui nous avaient déjà scandalisés l'an dernier lors\nde la consécration de son église schismatique. C'est toujours\nle même parti-pris de décomposition du mouvement, le souci\nde figer le geste et d'immobiliser l'élan pour créer une suc-\ncession absolument arbitraire de \" motifs \" décoratifs, d'attitudes\nreprésentatives de passions idéalisées, épurées, schématisées\njusqu'à la plus absolue sécheresse. C'est, paraît-il, de l'expres-\nsion cérébralisée en face de la grossièreté désormais insoutenable\nde l'émotion simplement humaine. C'est une phase nouvelle\nde la lutte de l'idéalisme contre le réalisme dans l'art scénique.\nOn a eu tort de s'étonner en retrouvant dans chaque nouvelle\ncréation de Nij-\ninsky le style\nu marionnette \"\nqui avait créé le\ncharme puéril et\nprofond de son\n\" Petrouchka\nCe partipris ré-\npond logique-\nment à l'esthé-\ntique nouvelle :\nl'automatisme et\nl'impassibilité de\nces 66 poupées\ndivines \" exal-\ntent ce qu'il y\na d'immatériel\ndans cette sty-\nlisation de la\nbeauté et de la\nsensibilité hu-\nmaines. Le flirt\ncompliqué des\njoueurs de tennis\nn'anime pas îles\nvisages de porce-\nlaine des trois\nblancs pupazzi\nque d'invisibles\nfils font sautiller\nau-dessus des\nparterres. Par-\nfois, la main qui\nles soutient dans"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.55", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2675, "texte": "les airs et leur imprime de rythmiques\nsaccades abandonne l'un des pantins qui\nchoit alors dans un coin de la scène, jambes\net bras ballants, dans une immobilité d'un\ncomique douloureux ; puis le fil se tend de\nnouveau et la danse éperdue recommence.\nIl ne s'agit donc pas de créatures vivantes\nmais de figurines conventionnelles à qui\nune articulation perfecti-\nonnée permet toutes sortes\nde jeux linéaires suavement\nu intellectualisés\nLancé dans cette voie,\nNijinsky, intéressé à cha-\nque pas par d'ingénieuses\ntrouvailles, ne devait plus\ns'arrêter. Mais lorsqu'il se\nretourna pour jouir de\nl'émerveillement de son musicien, il s'aperçut que Debussy n'était plus là. Debussy ne l'avait\npas suivi : consciencieusement, loyalement, il avait joué le Jeu, à la française, avec tout son\ncœur, tout son cerveau et tous ses muscles. Il s'était souvenu du beau thème que lui avait\noffert le danseur : la réhabilitation de la beauté contemporaine, l'exaltation de l'homme\nd'aujourd'hui retrouvant dans le sport la grâce et l'élégance injustement localisées par les\nesthéticiens dans les prétendus siècles d'art, l'expression de la poésie quotidienne d'un parc\nmoderne, des lunes d'opale que l'électricité suspend dans nos arbres et de nos souples diver-\ntissements sportifs. Hélas ! le chorégraphe avait, depuis longtemps, oublié son sujet et se\npréoccupait surtout de démontrer son érudition picturale en tordant les membres délicats\nde Karsavina et de Ludmila Schollar au nom de Matisse, de Metzinger et de Picasso. Tout\naccord était devenu impossible et nous eûmes cet essai déconcertant et sacrilège, en révolte\nouverte contre les injonctions de la musique, plein de puéri-\nlités, de niaiseries et de maladroites citations, cette sorte\nd'expérience paradoxale d'une stylisation arbitraire, singuliè-\nrement gauche et incomplète et s'éloignant systématiquement\ndu rêve du compositeur.\nAucun musicien français n'acceptera sans colère une\naussi insolente désinvolture. Ces tentatives informes cachent\npeut-être des germes de beauté insoupçonnée et de ces\ndésarticulations de pantins sortira sans doute une esthétique\nnouvelle.... n'hésitons pas à le croire et faisons largement\ncrédit à un artiste à qui nous devons déjà des joies certaines.\nMais nous ne lui pardonnerons jamais d'avoir pris pour sujet\nd'expérience une partition de la valeur et de la détermination\nde celle de \" Jeux \", et de lui avoir si délibérément refusé\nl'obéissance et manqué de respect. Il y a là une véritable\ninconvenance qu'il est impossible de ne pas signaler et contre\nlaquelle il faudra désormais tenter de protéger nos œuvres d'art.\nLe \" Sacre du Printemps \" fut conçu d'après les mêmes"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.56", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2134, "texte": "principes, mais la réalisation en fut toute différente parce que le musicien\nétait Russe et qu'il était consentant. Nous retrouvâmes la technique choré-\ngraphique de \" Jeux \" légitimement appliquée à une musique faite pour la\nsupporter. Et nous assistâmes pour la première lois à un essai réellement\nsignificatif. Mais comment analyser le monstrueux attrait d'une œuvre\naussi résolument outrancière, aussi volontairement agressive, si riche d ap-\nports nouveaux et si contraire à ceux de nos goûts qui nous paraissaient\nle plus respectables ? On n'analyse pas le \" Sacre du Printemps \", on le\nsubit, avec horreur ou volupté, selon son tempérament. I outes les femmes\nn'accueillent pas de la même façon les derniers outrages : la musique,\ngénéralement, les accepte avec reconnaissance.\nIl ne faut pas se pencher sur la partition sous peine de vertige. N'ayant à notre disposi-\ntion pour juger cette écriture nouvelle que le vocabulaire de l'ancienne école nous pâlissons\nen constatant qu'un solide accord de ré mineur sert de soubassement à un thème harmonisé\nen mi bémol mineur, en voyant appliquer étroitement une phrase mineure sur son \" double\nrevêtu des attributs majeurs, en percevant l'écho horrifique d'une\nseptième majeure accompagnant fidèlement un dessin mélodique.\nEt nous ne surveillons pas sans inquiétude cet orchestre, tendu\nà éclater, où tous les instruments escaladent des altitudes vertigi-\nneuses, où les sons s'étranglent tragiquement, où les violonistes\nmortifiés, écoutent, les bras croisés, un basson transfiguré et une\ntrompette méconnaissable chantant éperdûment sur des cîmes\ninterdites aux chanterelles, pendant qu'un coup de vrille de la\npetite flûte leur perfore, d'un coup, les deux tympans. Mais une\nsecrète attirance nous ramène à chacune des représentations et\nbientôt l'envoûtement s'opère. Une sorte d'enivrement barbare\nvous saisit, vous roule sans défense dans ce formidable chaos de\nsonorités exceptionnelles. Un rythme continu, mécanique, frénétique\nvous entraîne comme un torrent emporte un fétu ; toute résistance\nest inutile. A la troisième audition vous êtes lié à cet orchestre"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.57", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2430, "texte": "comme Mazeppa à la\ncroupe de son cheval et\nvous êtes bien forcé de\ngaloper, bon gré mal gré,\npar dessus les monts et les\nplaines et d'aller où il lui\npoings hauts et la tête ren-\nversée, vous guettez l'en-\ntrée des cueilleuses de fleurs\ndont les jambes fines décou-\npent le rythme comme des\nciseaux, vous panteiez à\nplaît de vous conduire. Bientôt les\nétranges troglodytes qui peuplent la\nscène deviennent vos amis. Vous vous\nintéressez à la vieille femme de 300\nans qui presse un fagot sur son cœur et\ns'amuse à poser les pieds sur chacune\ndes notes de son thème goguenard,\nvous piétinez allègrement avec les petits\nhommes aux joues enflammées, tantôt\ncourbés vers le sol, tantôt cambrés, les\nl'approche de la sublimefrise du cortège\ndu Sage qui avance et recule comme un\nflot sur la grève, vous voyez la force\ncentrifuge lancer,hors de la foule grouil -\nlante qui tourne, cinglée par le fouet\nde l'orchestre, des femmes épouvantées,\nhappées par le cyclone instrumental,\net, rentrés chez vous, vous ne résistez\npas à la joie sauvage d'arracher du\nsol lesaccords de mi bémol des \" rondes\nprintanières \" et d'entasser les syncopes en ployant légèrement les\ngenoux à l'instar des vierges mongoles, aux tresses raidies de graisse\nd'ours.\nEt voilà qui donne au \" cérébralisme \" exaspéré de Nijinsky la\nplus ironique des leçons. Qu'y a-t-il de cérébral et d'intellectuel dans\nla force surhumaine d'lgor Strawinsky, dans l'athlétisme de cet art\nbrutal qui répond aux objections par des \" directs ' à l'estomac et des\nu crochets du droit \" à la mâchoire. Cette musique courbe les danseurs\npar files, passe sur les épaules des danseuses comme l'ouragan sur un\nchamp d'avoine ; elle les projette dans les airs,\ne^e leur brûle la plante des pieds. Les inter-\nprêtes de Strawinsky ne sont pas simplement\nélectrisés par ces décharges rythmiques : ils\nsont électrocutés. Le terrible courant agite\nleurs membres de\ntrès aillements\nconv ulsifs. Et de-\nvant les effets fou-\ndroyants de ce\nfluide on sent\ntoute l'inutilité\ndes préoccupati-\nons picturales et littéraires ou met-\nteur en scène empressé à nous énu-\nmérer ses souvenirs de musées.\nRien de plus importun que cette\npauvre érudition indiscrète. Rien de\nplus fâcheux éga-\nlement que les\nlaborieuses prati-\nques empruntées\nà la gymnastique\nrythmique et qui,\nbien souvent, tra-\nhissent le rythme.\nQuand donc\ns'apercevra - t-on\nque les élèves de\nDalcroze acquiè-\nrent une culture"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.58", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2715, "texte": "spécialement a métrique\": ils sont dressés à dénicher les 66 temps\nforts \" blottis dans les broussailles mélodiques. Quels services\nce flair particulier peut-il rendre à des danseurs chargés d'exté-\nrioriser la rythmique moderne qui, précisément, méprise la barre\nde mesure et exigera bientôt sa suppression ? Il y a là un très\ngrave malentendu qui pourra stériliser de très louables efforts, si\nla technique russe s'attarde à ces expériences. Et les premiers\nessais de Boris Romanoff dans la Tragédie de Salomé ne sont\npas faits pour nous rassurer.\nDe toute cette agitation une seule certitude consolante\ndemeure : celle du génie de Strawinsky. Ce jeune créateur\nfrénétique pour qui les orchestres sont toujours trop pauvres,\nles instruments trop peu étendus, et qui est obligé de rompre\nl'équilibre des sons purs, de les fêler de dissonnances pour les\nrendre plus vibrants, pour qu'ils mordent en pleine chair, pour\nqu'ils se laissent arracher l'âme, représente dans l'art contem-\nporain une force incomparable, une réserve d'énergie qui semble\ninépuisable, un élément de dynamisme d'une puissance inouïe. Malgré les imperfections d'une\nréalisation tâtonnante Nijinsky n'est pas le Strawinsky de la danse le Sacre de Prin-\ntemps atteint à l'émotion et à la beauté par des moyens inconnus. Il demeurera une inoublia-\nble étape dans l'évolution d'un musicien dont les voies sont mystérieuses et qui ménage\nplus d'une surprise à ceux qui, depuis l'Oiseau de Feu, l'ontpris pour guide.\nA ce magnifique effort les Russes ont ajouté une réalisation nouvelle de la poignante\nTragédieal de Somé de Florent Schmitt dont tous les musiciens connaissent parcœur la riche\npartition,somptueusement orchestrée. Là encore, le compositeur eut à souffrir d'une stylisation\nexcessive qui paralysa son généreux lyrisme et réduisit à la plus fâcheuse banalité l'inter-\nprétation de l'adorable Karsavina.\nDaphnis et Chloé nous fut rendu, en fin de saison, imperceptiblement modifié par les\nhéritiers de Fokine. Malgré la fougueuse admiration qu'il proclama pour les nouvelles con-\nceptions de Nijinsky, Maurice\nRavel n'a pas cru devoir demander\nà son principal interprête d'ajouter\nà son œuvre quelques amendements\ncubistes. Ce futun trait de charité\nbien mal ordonnée !\nLa série habituelle des succès\nchorégraphiques de la troupe russe\nencadrait ces pièces de combat et\nréconciliait chaque soir .les belligé-\nrants après les plus ichaude sescar-\nmouches. Le retour périodique de\nBoris Godounow et de Khovanchin\nachevait d'apaiser les habitués du\nthéâtre, heureux d'applaudir Mous-\nsorgsky, Chaliapine, les merveilleux\npécors de Fédorovsky et les plus\nbeaux chœurs du monde.\n(Croquis d'Emmanuel Barcet).\n\nEmile Vuillermoz."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c035", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c035", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 51, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.8.1", "titre_corps": "Décor de Jeux par Bakst.", "titre_sommaire": "Décor de Jeux par Bakst.", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.51", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 24, "texte": "Décor de Jeux par Bakst."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c061", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c061", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 59, "image_fin": 59, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.9", "titre_corps": "UNE LETTRE DE M. ALBERT ROUSSEL", "titre_sommaire": "UNE LETTRE DE M. ALBERT ROUSSEL", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.59", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1792, "texte": "UNE LETTRE DE M. ALBERT ROUSSEL\nA la suite de la publication de Varticle de M. Serieyx sur les u Evocations \" d\"*Albert Roussel,\nnous avons reçu de F auteur la lettre suivante que nous nous empressons d'insérer :\nMon cher Ami,\nJe lis dans le dernier numéro de 5. /. M. un article d'Auguste Serieyx fort élogieux pour\nles \" Evocations \" mais où se trouve une inexactitude que je crois de mon devoir de rectifier.\nIl y est dit en effet : u II paraît même que, sans la fermeté de l'auteur, on eût fait subir une\ngrave mutilation à son œuvre : la suppression de la pièce avec soli et chœurs, tout simplement.\"\nM. Serieyx a été victime d'un renseignement erroné. Il n'a jamais été question de\nsupprimer ce final et je n'ai eu à me défendre contre aucune proposition de ce genre.\nJe tiens, au contraire, à rendre hommage au soin intelligent avec lequel M. Chevillard a\ndirigé les répétitions des chœurs, dont la tâche était des plus délicates, et au zèle que j'ai\nrencontré chez tous en vue d'arriver à une bonne exécution de mon œuvre.\nCroyez, mon cher Ami, à mes sentiments de cordiale sympathie.\nAlbert Roussel.\nMSerieyx nous demande de publier la lettre suivante quil a adressée à M. Albert Roussel\nà la suite de cette rectification :\nMon cher Ami,\nIl est nécessaire en effet qu'une erreur matérielle dans la documentation de mon dernier\narticle a A propos des Evocations \" soit réparée ; et je comprends fort bien que vous teniez à ce\nqu'il ne puisse être dit qu'on a voulu supprimer de l'exécution du 30 mars, la troisième pièce,\navec chœurs, la plus belle.\nPuisque vous me dites que mon renseignement sur ce point est inexact, je ne fais nulle\ndifficulté de le reconnaître et vous remercie d'avance de bien vouloir m'aider à le faire savoir.\nBien affectueusement à vous.\nSerieyx."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c062", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c062", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 59, "image_fin": 60, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.10", "titre_corps": "Cabarets et Music=Halls", "titre_sommaire": "Cabarets et Music=Halls", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.59", "debut_caractere": 1794, "fin_caractere_exclue": 2213, "texte": "Cabarets et Music=Halls\n\nHommage à M. Jules Claretie.\nDepuis quelques semaines, Paris possède un théâtre de luxe, ou chaque représentation a\nla valeur exceptionnelle d'une première. Que l'œuvre reçoive l'acclamation unanime comme\nla Pénélope de Gabriel Fauré, qu'elle soit déjà vouée au succès comme Boris Godounov, le Prince\nIgory Sheherazade, ou cruellement écartelée entre les parties contraires comme les Jeux et le"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.60", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3657, "texte": "Sacre du printemps,sur un point tout le monde est d'accord : c'est qu'il faut à tout prix s'être\nmontré à des soirées qu'on peut, sans craindre le démenti de la postérité, présumer historiques.\nToute la vie de la capitale, autour de cet ardent foyer, paraît suspendue ; les concerts sont\nréduits au silence ; les théâtres ferment leurs portes ; la tour Eiffel, si peu curieuse d'art pour\nl'ordinaire, palpe chaque soir d'un faisceau anxieux la façade qui dérobe ces révélations reten-\ntissantes. Pour la première fois la musique moderne est imposée à l'attention mondaine, donc\nuniverselle ; M. Astruc aurait obtenu ce seul miracle, que son nom mériterait de ne jamais périr.\nCe n'est pas sans quelque appréhension que, fidèle aveuglément à sa consigne, le critique\nse risque un soir, loin de la fastueuse cohue, par les voies montueuses de l'antique Montmartre.\nO surprise ! elle ne sont pas désertes. Non seulement les voitures grondent comme de coutume\naux aspérités du pavé et les passants sur les trottoirs étroits se bousculent sans malveillance,\nmais les enseignes lumineuses continuent de convier aux plaisirs de l'esprit, et dans les salles\nl'affluence inégale n'est pas diminuée. Tout au plus les graves événements qui s'accomplissent\nà une autre extrémité de Paris figurent-ils, en cette gazette rimée que nous font nos chanson-\nniers, pour quelque couplets dont la malice peu documentée demeure inoffensive :\nQui, qui, qui qu'a vu Nijinski, etc.\nA l'entracte, le fondateur illustre de la maison, qui est aussi l'inventeur de son genre inimi-\ntable, devise avec quelques amis devant des boissons fraîches. \"Avez-vous été aux ballets russes ? \"\ndemande l'un. Il fait signe que non. \" Il paraît, reprend un autre, que c'est du cubisme\nen musique. Il y a quatre-vingts danseurs, qui font quatre-vingts pas différents, sur quatre-\nvingts airs qu'on joue ensemble. \" Le silence de la totale indifférence accueille cette infor-\nmation digne pourtant de quelque surprise, et on parle du beau temps. Heureux Montmartre,\nprovince de Paris, où la grande ville se ramassant sur soi-même devient petite ville, cité murée\nd'orgueil comme une cité grecque, tout occupée d'un art fragile dont les produits perdent leur\nprix à l'extérieur de ses limites, et si dédaigneuse de ce que peuvent inventer les barbares\nd'alentour qu'elle ne prend pas la peine de l'étudier pour mieux en rire ! Combien nos luttes, nos\nambitions, nos gloires, vues de ces hauteurs, sont petites, et quelle leçon de sagesse y viendraient\nprendre ces jeunes adeptes qui récemment, parce que des femmes élégantes s'étaient permis de\nsourire en leurs loges, les insultaient avec des noms d'oiseaux ou d'appareils élévatoires.\nIl est cependant, même à Montmartre, des heures soucieuses. On s'y trouve sous la\ndépendance directe d'un public qui ne cherche que son plaisir et ne reconnaît pas l'empire de\nla mode. En ce moment, son goût change : il lui faut du spectacle, du mouvement, des danses.\nLa chanson lutte difficilement et ne se soutient que dans les petits cénacles où une élite se\nréunit encore. La foule va aux défilés bruyants du music-hall ou bien au cinématographe, et\nc'est là encore un autre monde. Ces jours passés, une des grandes maisons qui fournissent de\nfilms les débitants annonçait une excellente réalisation de et le drame de\nMaeterlinck, et ajoutait avec innocence : \" Cette pièce a été représentée il y a deux ans non\nsans quelques incidents à cause d'un désaccord entre l'auteur et le compositeur. \" Un journal\nde Paris qui s'occupe uniquement de théâtre a reproduit ce texte en sa rubrique spéciale, sans\nobjection. Vanité des vanités !\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c063", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c063", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 61, "image_fin": 62, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.11", "titre_corps": "Concerts Divers", "titre_sommaire": "Concerts Divers", "signature_source": "G. K", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.61", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3714, "texte": "Concerts Divers\n\nPas aussi divers que l'indique ce titre trompeur. Terriblement semblables, au contraire,\ndans leur inflexible routine, et nombreux à décourager l'appétit musical le plus effrené. Songez\nque de leur simple énumération, un de nos confrères arrive à combler jusqu'aux bords une\npetite brochure hebdomadaire. Comment les faire revivre ici autrement que sous la forme\nd'un simple memento ? Le seul alignement, par ordre chronologique, des noms de pianistes\nayant convié le public à entendre leurs prouesses suffira, nous l'espérons, à apaiser chez ie\nlecteur, toute soif de critique analytique. La cohorte comprend Mlle Morsztin, Frédéric\nLamond\\ V. Weingarten, Mme Fleury-Monchablon, H. Bauer, Risler, MUe Peczenik, A. de\nRadwan, Busoni, A4mt Jane Mortier, Diémer, Mlle Valabregue, R. Vanzande, A/me\nGaufres, Turczynski, Delafosse, yWl]e Beaulavon, AfIle Aussenac, Victor Gilles, Pfeiffer,\nÂflle dfe Laulerie, Dinsart, xMlle Delevoye, Lazare Lévy, AfIle Magnus, A/116 Tagliaferro,\nChevillion, yl/lle Stojoivsky, y. Aubert, //. Danvers, iî/me Riss-Arbeau, Borchard,\n7kfme Gousseau-dyAlmeida, Dario Attal, //. Stephenson, Afme Lausnay, A/llc Meerovitch,\nAfme Hiard-Kuehn... et quelques autres. Tous témoignèrent de vertus brillantes ou modestes ;\ntous furent appplaudis par leur public fidèle. Certains pourtant méritent une mention\nspéciale : de ce nombre Af. André Chevillion qui donna quatre récitals d'éblouissante virtuosité\net me Jane Adortier qui n'a pas de rivale pour l'intelligente et musicale ordonnance de ses\nprogrammes.\nQuelques cantatrices descendent à l'avant-scène : voici l'admirable Koussnetzoff et son\naccompagnateur conjugal, voici y^/lle Lit ade Klint, voici Maria Freund, voici A/nie Sakhnow-\nskoïa, voici 7k/me Eames, voici J/me Kutscherra, voici Jdfme Tî/Vtt et voici 7k/me Povla Frisch. De\nmoins en moins nombreux, les chanteurs et les violonistes s'espacent : notons pourtant\nTkf. Sautelet, M. Albers et Ad. Reinhold von Warlich, délégués de la première corporation et\nMM. Max Roger, Lelievre et Boucherit, représentants de la seconde.\nLes u équipes par contre, ont donné vigoureusement. Le trio Kellert, le Quatuor vocal\nBattaille, l'Association des Concerts Chaigneau, riche en solistes de marque, le Lyceum où\nl'activité de Mlle Gignoux fait des miracles, Y Oratorio, les Chanteurs de la Reyiaissance, le\nQuatuor Duttenhojfer qui découvre six délicieux quatuors de Jean-Christoff-Féderico Bach, la\nSociété Mozart-Haydn qui fête ingénieusement ses patrons en leur substituant les noms de\nMartineau, Vuillemin et Barlow, la Société moderne d'lnstruments à vent, la Société des Instru-\nments anciens, le Trio Dumesnil, Enesco, Hekking, le Salon des Musiciens, la Société Bach, le\ntandem Capet-Gilles, le Quatuor Capet, la Société des Concerts d'autrefois où chante Mme Mellot-\nJoubert, The London String Quartett, l'essaim des Chanteuses de Ste-Céciley les Enfants cVApollon,\nle groupe de Y Echo musical qui fête Gabriel Fauré, toutes et tous témoignent d'une activité\ndévorante, activité qui n'a d'égale que celle de l'ubiquiste Léo Sachs qui remporte, en moyenne,\nun succès par jour.\nUn admirable concert, propre à humilier profondément notre orgueil national, nous fut\noffert par l'inoubliable Chorale des Instituteurs Tchèques dont la discipline et l'harmonie ne\nsemblent pas devoir s'acclimater facilement parmi nos choristes conscients et organisés.\nMme Judith Gautier plaide une fois encore la révision du procès Fanelh :le public renvoie son\nverdict à la prochaine session. La musique espagnole est brillamment fêtée en la personne de\nTurina et de Manuel de Fa/la.\nLa Société Nationale et la Société Musicale Indépendante continuent à nous étonner par leur"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.62", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 917, "texte": "politique orchestrale mystérieuse. La première reçoit une subvention de l'éditeur Durand pour\nexecuter une œuvre d'un fondateur de la société rivale et la seconde conclut avec la Société\ndes Grandes Auditions une alliance imprévue. Les humbles sociétaires des deux groupes se\nregardent avec inquiétude, ne comprenant qu'une seule chose : c'est qu'ils ne seront pas\nencore joues cette année. Les concerts de musique de chambre des deux Sociétés offrent, au\ncontraire, un aspect rassurant. La Nationale emprunte au répertoire de son ennemie d'intéres-\nsantes reprises (d Oionne, Grovlez, Schmitt, etc.) et fête Marcel Orban, Magnard, Bertelin,\nde Lioncourt, Roiîet et Bretagne, pendant que la S, M. /. révèle du Kodaly, du Ravel, du\nMilhaud, du ïaure, du Vaughan Williams, du Granados, du Grovlez et du redoutable\nSchonberg. Un public blasé réserve à toutes ces audaces une insultante bienveillance.\n\nG. K."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c064", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c064", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 62, "image_fin": 65, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.12", "titre_corps": "Belgique", "titre_sommaire": "Belgique", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.62", "debut_caractere": 919, "fin_caractere_exclue": 3292, "texte": "Belgique\nUne note, récemment publiée par Le Soiry quotidien belge, a provoqué, dans nos milieux\nartistiques, une petite révolution. Elle annonçait la démission de M. Cornélis, professeur de\nviolon au Conservatoire Royal de Bruxelles, et la nomination, d'ores et déjà certaine, aux\nfonctions vacantes, de M. Edouard Deru, violoniste de L.L. M.M. le Roi et la Reine.\nM. Coinelis, parait-il, ignorait sa mise a la retraite, décidée en vertu de la règle, désormais,\net fort légitimement, rigoureuse, de la limite d'âge à soixante cinq ans. La façon un peu\nbiusque de 1 en aviser et surtout, la pensée manifeste de prévenir toute candidature, déter-\nminèrent joli tapage. Une pétition circula, qui se couvrit de signatures. u L'annonce seule,\ndisent ses sousci ipteurs, qu une place de professeur de violon deviendra vacante sous peu au\nConservatoire de Musique de Bruxelles et que de hautes influences se sont manifestées déjà en\nfaveur d un candidat dont les titres a une bienveillance exceptionnelle sont discutables, a suffi\npour soulevei les vehementes protestations d'un groupe imposant de jeunes artistes également\népris d'art et de justice. \"\nSuivent des reflexions fort justes, que nous reproduisons : u II importe de savoir choisir\n1 artiste d elite à \" qui seront confiés pour une longue période de 25 ou 30 ans l'éducation\net les espoiis de a deux générations ; le violoniste sur lequel reposera d'ici quelques années la\nlourde lacne de u maintenir en partie tout au moins le renom mondial d'une école\nillustrée par les \" De Bériot et les Vieuxtemps. \"\nInutile de s illusionner. Notre ecole de violon qui nous donnait il y a quelques lustres\nYsaïe, I homson, Marsick, Musin, Mauhin est en décadence aujourd'hui. Il est donc plus\nnécessaire que jamais, que la place vacante soit donnée au plus digne, au plus méritant. Nos\nconservâtol? es comptent trop de processeurs pour lesquels Part tout entier tient dans les illusoires\n\" récompenses accordées a leurs élèves à la fin de chaque année scolaire.\n\" La faute en est imputable (en partie tout au moins) aux Directeurs et aux Commissions\nAdministratives de nos Conservatoires qui, influencés par des considérations étrangères à l'art\nou des compétitions de clocher, n ont pas eu la clairvoyance de faire appel au moment voulu\nau dévouement et au talent qui ne demandaient qu'à se manifester dans un intérêt supérieur.\""}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.63", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4343, "texte": "C'est vrai ! L'école des De Bériot et Vieuxtemps est en voie de déchéance. La Belgique\nn'a pas su, ou plutôt, n'a pas voulu retenir la plupart de ses meilleurs représentants. Ils sont\nallés à Paris surtout, et l'école française en a vu grandir son prestige d'année en année. Le\ndanger que signale la lettre alarmée des jeunes musiciens bruxellois est réel et il importe qu'on y\npare au plus tôt. Toute question de personne doit s'effacer dès lors. Il convient, en vérité, que\nl'on nomme, à des postes comme celui dont la vacation est en tout cas imminente, des artistes\nayant donné des preuves de fermeté et de maîtrise à défendre les leçons glorieuses du passé.\nPersonne, sans doute, ne songerait à contester le talent de M. Deru. C'est un violoniste distin-\ngué, c'est un artiste pour qui nous avons une réelle sympathie. On a cité aussi comme candi-\ndats possibles MM. Zimmer, Lambert, et autres instrumentistes de premier ordre. Mais nous\nestimons, en toute sincérité, que nul encore n'a conquis l'autorité d'un chef d'école, du chef\nd'école appelé, comme le disent les signataires de la protestation, à la haute mais difficile\nmission de sauvegarder nos traditions.\nA côté des Ysaye et des Thomson, un seul violoniste s'impose, à notre avis, au choix\ndes autorités, compétentes. C'est M. Crickboom. Il jouit d'une mondiale consécration de vir-\ntuose. Beaucoup de musiciens, et non les moindres, le considèrent comme l'égal des maîtres\nillustres que je viens de citer. (Eugène Ysaye fit de lui son second, il y a près de vingt-six ans\ndéjà). Un simple résumé de sa carrière suffit d'ailleurs à justifier cette opinion. Mathieu Crick-\nboom, né le 2 mars 1871, à Hodimont, près de Verviers, obtint le premier prix avec la plus\ngrande distinction au Conservatoire de Bruxelles, en 1888, dans la classe d'Eugène Ysaye. Il\nfut moniteur de ce dernier, et second violon du quatuor Ysaye de 1888 à 1894. (E. Ysaye.\nM. Crickboom. L. Van Hout. J. Jacob). En 1894, il fonda lui-même avec Angenot, Miry et\nGillet, un quatuor dont les débuts furent un événement. Vincent d'lndy ayant distingué le\njeune virtuose le fît engager aux \" Concerts dvHarcourt\" et à la Société Nationale de Paris. Il y\nexécuta en première audition la plupart des œuvres de la jeune école française. Crickboom\naccomplit à cette époque de nombreuses tournées en France, en Russie, en Allemagne, en\nEspagne. Partout il trouve un triomphant accueil. La Société Catalane de Barcelone, en 1896,\nlui offre même, avec la direction de son Académie de musique, les fonctions de chef d'orchestre\nà la Société Philharmonique. Il quitte la brillante situation qu'il occupe à Paris et va créer en\nCatalogne un centre musical où les plus grands virtuoses se font entendre. Il forme un nouveau\nquatuor avec Rocabruna, Galvez et Pablo Casais. Berlin, Hambourg, Paris (Concerts Colonne)\nBordeaux, Lyon, Milan, Florence, Londres le réclament. Il y passe, glânant toujours le succès.\nMais il n'a pu, au cours de ces glorieuses étapes en terre lointaine, oublier la patrie. De secrets\net puissants liens l'y ramènent. Il abandonne les promesses d'avenir qui lui sourient hors du\npays, et le voici qui rentre à Bruxelles. Il organise des concerts d'abonnement qui se placent au\npremier rang de nos manifestations d'art. Il s'occupe activement du groupe des Compositeurs\nBelges. Il donne des concerts qui sont, pour l'élite musicienne, restés parmi les plus pures\nimpressions de ces dernières années. Il a de nombreux élèves, venus de partout pour réclamer\nun enseignement qu'une méthode a codifié. Cette méthode, publiéée en 1908, en quatre\nparties, fut adoptée par la Schola Cantorum (Vincent d'lndy), par les Conservatoires de Bruxelles,\nLiège, Gand, Lille, Barcelone, Bilbao, Mexico, Buenos-Ayres, etc... etc... Citons quelques\nélèves du maître: MM. Emilio Rocabruna, directeur des classes de violon à Mexico; Julius\nHang, professeur au Conservatoire de San-Francisco ; Blanco-Récio, violon-solo aux concerts\nsymphoniques de Dresde ; Enrique Ainaud, directeur de l'Académie de Barcelone ; E. Bordas,\nprofesseur à l'école municipale de musique, à Barcelone ; O. Claeys, professeur au Conservatoire\nde Bruges; Fritz Brûnner, violon solo à l'opéra de Vienne ; Juan Frigola, violon solo des con-\ncerts Durant; Jean Paulus, professeur à l'école de musique de Verviers. Nombreux aussi sont"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.64", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3752, "texte": "les premiers prix des Conservatoires de Bruxelles et d'Anvers qui viennent annuellement se\nperfectionner après de lui. Parmi eux se distinguèrent MM. Hugo Lenaerts, Jos. de Clerck,\nMlles M. Deprez et Samuel, MM. Henderickx, Delavignette, etc. etc....\nDepuis 19 10, Mathieu Crickboom est professeur de violon au Conservatoire Royal de\nLiège, où il fut appelé, candidat unique du directeur M. Radoux et de la commission\nadministrative, en remplacement de M. Ovide Musin. Plusieurs fois la semaine, il s'y rend,\nde Bruxelles où il habite, et où il continue à se consacrer à maint élèves, trouvant encore,\ngrâce à une activité inlassable le temps de préparer des tournées périodiques (il fut cet hiver à\nBerlin et en Espagne) et de produire des œuvres musicales hautement intéressantes. Car\nM. Crickboom est compositeur. Et il n'est pas compositeur à la façon des virtuoses ; ses œuvres,\ndont les sonates pour violon et piano, sont dignes de figurer, nous le disions ici, avec celles de\nLekeu, de Vreuls, de Jos. Jongen, parmi les meilleures qu'ait produites la génération franckiste.\nTels sont les titres que possède Mathieu Crickboom. Je n'en vois pas qui puissent, ici, les\nfaire pâlir. Et s'ils ne lui suffisaient pas, il lui en resterait un autre, qui, dans les circonstances\nprésentes, équivaudrait sans doute à tous. Cependant qu'Eugène Ysaye, emporté par son\npropre génie, dépassant la révélation que lui fut, dans la jeunesse, le jeu du polonais Wieniawsky,\nse donnant tout entier à ses dilections françaises, d'autre part, s'est créé un style souveraine-\nment et splendidement personnel ; tandis que César Thomson, cet autre grand violoniste,\nne démentit jamais une éducation et des tendances germaniques, Mathieu Crickboom apparaît\ncomme le véritable dépositaire, comme le fidèle disciple des fondateurs de notre école. Il\na gardé, respectueusement et fervemment, la tradition qu'ils ont léguée. Il s'efforça de la\nservir, de la développer toujours.\nFils de la terre wallonne, fils des Fagnes chantantes qui ont vu naître les meilleurs\nde nos compositeurs et virtuoses contemporains, M. Mathieu Crickboom est homme de claire\nintelligence, de loyal caractère, de haute culture. Il atteint à cette période de la vie où l'artiste\nconnait les joies d'une maturité. Il a conquis, par l'étude et par le vouloir, îa sereine possession\nde soi-même. J'estime, certes, qu'un tel maître sera capable de maintenir le renom de notre\nart. C'est le chef qu'il faut donner à notre jeune école du violon.\nRené Lyr.\nNous le pressentions: le Festival belge, annoncé par les \" Concerts Ysaije\" n'a pas\neu lieu, et plus personne ne parle du concert symphonique de la Société Nationale des\nCompositeurs belges. Hélas... n'espérons point que la saison 1913-1914 débute par ces\nsolennités ! Des rumeurs vagues nous apportent toutefois quelques promesses. MM. les\nDirecteurs du Théâtre de la Monnaie songeraient, chuchotent-elles, à monter plusieurs\nœuvres nationales : une de Léon Du Bois, une de Paul Gilson, une de De Boeck, une de\nV. Vreuls. Ce serait là bien agréable résultat de notre campagne, peut-être. Mais n'est-ce pas\ntrop beau pour y croire déjà ? 1 On dit encore que le Théâtre des Champs Elysées accueillera\n\n1 Ces notes sont composées quand nous prenons connaissance, dans 1 * Art Moderne du 8 Juin, des projets\nofficiels de MM. Kufferath et Guidé. Ils ont de quoi satisfaire aux plus hautaines dilections d'art : Parcifal,\nLyEtranger, Pénelope, Boris-Godounow avec M. Chaliapine ; aussi : Julien, de M. G. Charpentier, Istar de\nM. d'lndy, Les Joyaux de la Madone de M. Wolf-Ferrari, La Forêt-Bleue de M. L. Aubert. Nous voudrions\nnous réjouir et les féliciter sans réserve. Mais pourquoi donc la moindre place, en principe même, n'est-elle"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.65", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3425, "texte": "les nôtres en son temple qui, dès l'apparition, a détourne tous les regards, tous les espoirs,\ntoutes les fois du monde, fustice serait deux fois belle, qui leur viendrait aussi de France.\n— Quelques dernières auditions à mentionner : le concert de M. Tirabassi, un Italien établi\nà Bruxelles depuis quelques années, qui explore nos bibliothèques, et y découvre des trésors. Il\nvient de publier trois œuvres de Monteverde :\n0 corne sei gentile avec une réalisation de basse continue. Il éditera prochainement une Suite\ninédite de J. S. Bach pour luth, trouvée dans le fonds Fétis. Les concerts qu'il organise chez\nnous sont consacrés à l'histoire, exclusivement. Le cinquième et dernier offrit une interpré-\ntation parfaite de quelques pages de Monteverde, et d'autres maîtres italiens de la première\nmoitié du XVIIe siècle. — Une pianiste de talent, Mme Henriette Eggermont dont nous avons\nsignalé déjà le succès dans des récitals, a fait apprécier, Salle Erard, la valeur de son enseigne-\nment, à l'audition de cinq élèves de son cours d'ensemble. Celles-ci à la première partie, elle-\nmême, à la seconde, interprétèrent excellemment des œuvres diverses, anciennes et modernes,\npleines de difficultés. — MM. Bosquet et D. Defauw ont inauguré une série de soirées musi-\ncales qui promettent de compter parmi les plus captivantes qu'il nous sera donné de suivre à\nBruxelles. Que l'on en juge par le premier programme : de Florent Schmitt, pour\ndouble quatuor à cordes de M. Defauw, La de C. Debussy. On entendit\nl'œuvre de M. Defauw, ce printemps même, à la Elle fut révélatrice d'un art\nsubtil, d'attaches foncièrement françaises, et prometteuse d'une production originale. Quant au\nQuintette de M. Schmitt, c'est une composition qu'il faudrait réentendre, (plusieurs fois sans\ndoute) avant que de pouvoir la bien connaître et apprécier. On y sent une personnalité véhé-\nmente, une rare puissance, des audaces, nées d'un instinct fougueux que refrène une volonté\nparfois trop consciente, peut-être. L'auditeur supporte difficilement la longueur du développe-\nment ; l'architecture générale, la ligne lui échappeut un peu ; seule, l'impression reste d'un art\nprofond et grand. — Le charme pur des lumineuses harmonies, flottant comme des voiles\naériennes sur le poème aux mots enfants de la repose d'un tel effort. O la\ncaresse des musiques douces, au balancement des accords, tels des lys vierges, sous les brises...\nAu Waux-Hall, M. Lauweryns a dirigé un concert d'orchestre consacré à des œuvres\nbelles, parmi lesquelles, Wiegenlied,d'E. Heeckhautte, d'A. de Boeck,\nCanadienne,de Paul Gilson, Le Chevalier Maudit,entr'acte symphonique, de Paul Lagye. —\nAnvers a eu son Festival Wagner, avec les grands chanteurs et cantatrices de Bayreuth, —\nMons, un concert de musique sacrée, sous la direction de M. Léon Jadin, avec le concours de\nMUe Cholet, violoniste et M. Absalon, violoncelliste, et d'un groupe de chanteurs, où la Sonate\npour piano et violon de l'excellent compositeur, en première audition, fut remarquée.\nR. L.\n\nréservée à nos compositeurs ? Nous attendons toujours, pour publier les conclusions de notre Enquête, l'explica-\ntion autorisée de ce dédain systématique. Elle sera de nature à éclairer le Comité formé, (il se compose\nMM. Léon Du Bois, Paul Gilson, Emile Mathieu, Jean Van den Eeden, Camille Lemonnier, Georges Eek-\nhoud, Nestor de Thière, Paul Lagye, René Lyr) pour une action décisive."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c065", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c065", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 66, "image_fin": 67, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.13", "titre_corps": "ETRANGER", "titre_sommaire": "ETRANGER", "signature_source": "X. Marcel Boulestin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.66", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3212, "texte": "ETRANGER\n\nLETTRE DE LONDRES\nOn fait beaucoup de musique en ce moment à Londres surtout dans les restaurants ;\ncar aux tziganes et autres orchestres discrets ont succédé les petits orchestres qui font, pendant\nqu'on mange une tranche de roastbeef ou une pêche Melba, les bruits les plus effroyables. Ce\nne sont que des fantaisies sur Carmen, ouvertures wagnériennes, valses de Rosenkavalier, tous\nhorribles mélanges exécutés avec des ralentissements viennois, des syncopations américaines et\nsoutenus par d'entêtantes et vibrantes basses issues d'harmoniums perfectionnés, ahurissants\ncomme durent l'être les orgues des premiers chrétiens et comme le sont encore les cuivres de\nl'armée du Salut.\nCependant la récente saison de M. Thomas Beecham a aussi fait quelque bruit. Ce digne\nchef d'orchestre y a conduit Tristan et Meistersinger d'une façon vraiment bien personnelle,\navec des déchaînements effarants et subits, détruisant complètement l'effet des crescendos\nnécessaires et suffisants. L'Ysolde mourut, sembla-t-il, d'une extinction de voix et Tristan fit\nde la pantomime. Electra et Salomè, partitions plus compliquées et moins connues réussirent\nmieux à M. Beecham, mais son orchestre fit merveille souvent, les soirs du Ballet Russe, sous\nla direction de M. Monteux et autres chefs-d'orchestre.\nLe Ballet Russe ! Le gros succès enfin, toutes places louées, rappels réitérés, ovations\ninterminables pour Thamar, Pétrouchka et Y Oiseau de feu, et, chose étrange, Y Après-midi d'un\nfaune bissé tous les soirs, car, de tous les ballets russes, cette discutable élucubration de Nijinsky\ns'affirma la plus populaire. On eut beau s'étonner d'attitudes si anguleuses, si en arrêt de\nmouvement, à la façon d'un fragment de cliché cinématographique, on eut beau sourire de la\npetite note du programme affirmant que la réalisation scénique annoncée à l'extérieur, n'avait\nrien à voir avec l'églogue de Mallarmé (encore que la musique en soit un prologue dans le\nmême mode !) ; on eut beau dire que Nijinsky s'était inspiré de vases du British Muséum faits,\nà une époque de décadence, pour plaire au mauvais goût romain rien n'y fit ; aucune\ncritique ne put décourager l'enthousiasme le plus sincère et le plus obstiné.\nMaintenant, c'est, au Palace, Anne sa grâce et sa personnalité soit dans un\nnouveau ballet, les Préludes de Liszt assez confus et en lequel ses ballerines ne montrent qu'un\nentrain fort modéré en dépit du très-modéré décor. D'ailleurs, dans les Music-Halls aussi, le\nballet russe triomphe : une version édulcorée de Sheherazade au Coliseum, une Rose d'lspahan\nquelconque au London Opéra House qui fut cher (à tous les sens du mot) à M. Oscar\nHammerstein, même dans la Revue de PAlhambra.\nIl est bien difficile, pour ne pas dire impossible, de se faire une opinion sur le Promethèe\nde Scriabine. Evidemment on peut le suivre, au point de vue musical, on peut l'aimer ou ne\npas l'aimer, mais on ne peut guère prétendre à la compréhension absolue d'une œuvre aussi\ncomplexe et aussi touffue. Le Zarathustra de Strauss se terminait par un point d'interrogation\ndéjà presque en dehors du domaine de la musique, mais le Prometheus tout entier c'est et de la\nmusique et de la Théosophie."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.67", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2926, "texte": "J'avoue mon incompétence en matières théosophiques et que dire d'une œuvre mystique\nécrite en toute sincérité, à la gloire d'une religion que nous ne connaissons guère. Et que dire\nd'un compositeur d'une ingéniosité orchestrale d'ailleurs remarquable qui songe\nà ajouter à son orchestre non des instruments nouveaux et rares, mais des projections lumi-\nneuses de différentes couleurs et même des accords de parfums ? L'autre jour, au Queen's\nHall nous n'eûmes ni les couleurs ni les odeurs aux mystérieuses correspondances, mais Sir\nHenry Wood crut que de donner deux auditions de l'œuvre au même Concert. Quelques\nenthousiastes seulement, y compris M. Bernard Shaw restèrent pour la seconde audition.\nDes Concerts : quatre séances dirigées par M. Balfour Gardiner au cours desquelles\nfurent exécutées plusieurs œuvres modernes anglaises, la symphonie de M. Frédéric Austin,\nThe Cload Messeng er de Von Holst, des compositions nouvelles de Arnold Bax, Vaughan\nWilliam et Percy Grainger dont je parlerai en détail un peu plus tard dans un article\nspécial sur la musique anglaise moderne.\nLa Société des Concerts Français continue sur œuvre de propagande (avec le plus grand\nsuccès) et Covent Garden continue (avec aussi le plus grand succès) de donner le Ring, Pelléas,\nLouise et les opéras italiens, anciens et modernes habituels.\nCependant M. Oscar Hammerstein son opéra est devenu un Music-hall comme je\nl'avais prédit ! après s'être plaint de l'indifférence du public anglais, se plaint maintenant de\nl'atmosphère d'immoralité que l'on respire dans les couloirs des théâtres Européens. C'est\npourquoi et n'engageux plus que des artistes américaines, et encore si elles n'ont pas été\nétudier en Europe... \" Une jeune fille Américaine qui a fait ses études musicales en Europe,\npeut en revenir avec une voix, mais elle aura perdu et la tête et son cœur (sic). Ce qui\nmanque aux chanteurs et chanteuses d'opéra, c'est la moralité... \" (A ceux que nous avons\nentendus naguère au London Opéra House de M. Hammerstein, c'était surtout la voix et\nle talent qui manquaient.)\nAinsi l'Amérique qui a démoralisé la moitié de l'Europe avec le \" rag-time \" tient-elle à\nla moralité de ses chanteurs d'opéra, et, par la bouche de M. Hammerstein le cria-t-eile bien\nhaut dans les journaux d'un sou.\nP. S. On vient de fêter comme il convient Saint-Saëns, qui somme toute représente pour\nla majorité des Anglais la musique française contemporaine. On\nannonce Parslfal...au Coliseum. A quand un petit Ballet de Filles\nFleurs aux Folies Bergères? Sir Herbert Tree et M. Beecham\nviennent de donner huit représentations du suivi\nde Ariadne in Naxos ;la partie de comédie arrangée par les soins de\nMolière, M. Somerset-Maugham et Hugo von Hoffmanstahl, la partie\nopératique étant l'etrange élucubration que l'on sait, déjà analysée ici\net avec quelle clairvoyance par M. Vuillermoz.\n(Croquis de Bernard Naudin.)\n\nX. Marcel Boulestin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c067", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c067", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 68, "image_fin": 69, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.14", "titre_corps": "L'Édition Musicale", "titre_sommaire": "L'Édition Musicale", "signature_source": "V. 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J'admire sincèrement l'architecture de ce maître, et pourtant, je me demande si la\nmusique moderne a réellement besoin de si amples développements pour nous confier ses\nsecrets. Elle est si entraînée à ce jeu, la musique moderne ! Ou bien encore la Sonate pour\nmêmes instruments 6 de Louis Tllirion, assez contournée en ses allures fauréennes, et qui\npeut faire honneur à deux bons partenaires.\nCeux qui aiment le théâtre trouveront (enfin !) dans le traduction du Freischutz par\nGeorges Servières \\ une œuvre ayant un sens poétique. Qui aurait cru qu'il ait fallu\nattendre si longtemps une remise au point, probe et honnête, de ce mélodrame romantique?\nLes gens qui chantent seront pourvus de mélodies par les soin de différents compositeurs.\nD'abord M. Grassi et ses Cinq mélodies siamoises *, curieuses compositions occidentales sur des\npoésies traduites par l'universel Calvocoressi. J'ignore tout de M. Grassi, mais sa tentative\nd'orientalisation est des plus intéressantes. A côté de lui voisinent, aimables, la Gantifone et\nMirage de M. van der Boijen, et le Patio de M. Jacques Larnianjat 2. Puis le poème\npour chant et orchestre les deux Routes de Marc Delmas4, solide et judicieux, deux mélodies;\nde notre collègue Bruxellois Gaston Knosp et toute une série nouvelle de la Musique\nContemporaine (à remarquer Hier au soir de A. Pllilipp). Puis encore les Rondels\nmélancoliques6 de Louis \"Vuillemin, de ce style un peu précieux et bien français en son\nraffinement, que les lieder de Fauré mirent en vogue, et qui, avec des procédés modernes,\nrenoue le tradition de l'ancien air de cour. Puis toujours Trois Chansons dans le caractère\npopulaire de Paul Dupin 6. Que devient Dupin ? On n'entend presque plus parler de lui ?\nDe ces Chansons il a composé le texte avec cette émotion bonasse et naïve qui le place tout\nà fait à part dans le monde actuel de la musique. Dupin n'est nullement \" ballet russe \" ;\nil ignore les rites ambitieux du cubisme polytonal, et la mode sourira sans doute en voyant son\nPaysan, sa petite Solange, ou son Ménétrier qui maudit l'incapacité de nos danseurs de\nvillage. Mais une sympathie chaude et communicative se dégage de cette musique simple.\nSaluons une vieille connaissance la Sonate de Beethoven pour mandoline et basse 2,\npubliée récemment ici même pour la première fois, ainsi que les Deux Pièces pour harpe\nchromatique de Florent Schmitt6, ou se retrouvent l'incroyable sûreté de main et le\ntempérament bouillonnant de l'auteur de Salomé."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.69", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1498, "texte": "De Lyon nous arrivent différentes œuvres d'église, de bonne tenue et a recommander\naux maîtrises5: Chants de la messe de l'infatigable abbé Brun, Vent Creator de Civil y\nCastellvi, Sub Tuum de G. Berruyer.\nEnfin trois œuvres hors pair. La Scène Andalouse pour alto et quatuor a cordes de ce\nmusicien savoureux en qui le génie espagnol semble vouloir s'extérioriser en ce moment,\nJoaquin Turina. Le Festin de rAraignée, ballet de Roussel qui vient de triompher au\nthéâtre des Arts et les Tableaux Symphoniques du mystérieux et célèbre Fanelli 7. Il serait aise\nd'opposer entre eux ces deux derniers auteurs. \" Roussellus et Fanelli inter se conferantur \"\nsera peut-être dans deux siècles un sujet de concours académique ! Roussel nous montre le\nsingulier spectacle d'un compositeur parvenu, au milieu des écoles les plus divergentes, à se\ncréer un style condensé, où se reflètent sans se nuire les différents états de notre art\ncontemporain. C'est ainsi qu'ont procédé certains musiciens et des plus célèbres, tels que Lully,\nHaendel ou Gluck. Le second au contraire, personnalité outrancière et intransigeante, s'est\njuré de vaincre ou de mourir. Il n'est pas mort, mais on ne saurait l'assurer de la victoire en\nlisant cette partition qui date de trente ans. Après Wagner, après Debussy, après Ravel, après\nSchoenberg la personnalité en musique devient un luxe dangereux. Cela ne se portera peut-être\nplus du tout dans quelques années. Qui sait ! Attendons la saison prochaine.\n\nV. P."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c070", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c070", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 70, "image_fin": 70, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.15", "titre_corps": "LE GALA DE CLAUDE DEBUSSY", "titre_sommaire": "LE GALA DE CLAUDE DEBUSSY", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.70", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2618, "texte": "LE GALA DE CLAUDE DEBUSSY\nLouis Laloy.\nLe 19 juin, à la Comédie des Champs-Elysées, Claude Debussy était célébré. Rarement\nla musique s'était trouvée à pareille fête. Une salle trop étroite pour la foule accourue, et\npourtant un recueillement égal à la plus choisie intimité. Des artistes dévoués, mais que leur\nrespect sans contrainte animait d'une plus naïve émotion. L'auteur lui-même, jouant, accom-\npagnant ou dirigeant ses œuvres avec une bonne grâce qui répondait à l'assentiment unanime.\nNul faste, nul effort, nulle affectation ; rien de cette gravité convenue qui rend tant de concerts\npareils à d'imposantes funérailles. C'est qu'on n'enterre que les morts. Cette musique est\nvivante d'une vie immortelle sans doute. Ainsi nous en avait persuadé d'avance M. Emile\nVuillermoz en un préambule charmeur, mis en valeur sans peine par l'excellent Signoret, suivi\nde l'attention la plus vivace, et qui, en une langue digne du sujet, donnait l'histoire précise en\nmême temps que la poétique évocation de la grande délivrance opérée à la fois dans l'art et\ndans nos cœurs.\nCe furent alors la suite symphonique d'lberia,privée de l'orchestre mais dotée, grâce à\nses deux pianos commandés par l'auteur et l'incomparable R. Vinés, d'une souplesse cadencée\nque jusqu'ici l'orchestre n'a su conquérir ;le recueil entier des dont Mlle Vallin\ntraduisit d'une voix généreuse et sûre la radieuse ferveur ; trois de Baudelaire, chantés\npar M. Paulet dans la plus tendre simplicité. Trois de la seconde série,\n'affligée, le digne M. Pickwick et les enchantements de la Terrasse du clair de lune, ont attribué\nau piano cette transparence dont dispose seul cet auteur par soi-même interprêté. Les\nde Charles d'Orléans présidaient aux débuts d'une société chorale dont les chefs avisés sont\nMM. Inghelbrecht et Lamy ; débuts heureux tant pour la compagnie récente que pour les\nœuvres dont surgirent en un relief les lignes fermes et délicates. Enfin Mlle Vallin fît si\nprofondément ressentir l'amoureuse et tremblante extase du qu'elle\ndut malgré l'heure tardive en recommencer l'une et l'autre mélodie. L'enthousiasme était allé\ncroissant, à tel point que nombre d'auditeurs se refusaient à quitter la salle harmonieuse et\nqu'en manière de consolation et de souvenir ils se partagèrent les affiches annonciatrices. Beau\njour en effet que celui où l'on peut, parcourant les étapes d'une carrière éloignée de son terme\nencore, apprécier de combien, pour la confusion des envieux ou des timides, les promesses du\ndébut furent dépassées, et retrouvant l'inquiétant émoi de la jeunesse le joindre aux joies\naccomplies de la maturité."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c071", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c071", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 71, "image_fin": 71, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.16", "titre_corps": "Les faits au mois", "titre_sommaire": "Les faits au mois", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.71", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1705, "texte": "Les faits au mois\n\nSports ci'été : plusieurs lecteurs nous demandent les règles du tennis russe qui fera fureur, cette\nsaisony dans tous les châteaux. Elles peuvent se résumer ainsi : la partie se joue la nuit5 sur des\neorbeilles de\nfleurs éclai-\nrées par des\nlampes à arc;\nelle n admet\nque tr ois\npartenaires ;\nle filet est\nsupprimé ; la\nb ail e est\nremplacée\npar un ballon\nde foot-ball ;\nF usage de la\nraquette est interdit. Dans une tranchée, creusée à Vextrémité du terrain, on dissimule un orchestre\nqui accompagne les ébats des joueurs. Ce sport a pour objet de développer une extrême souplesse dans les\narticulations des poignetsy du cou et des chevilles. Il a reçu Vapprobation de F Académie de médecine.\nLe Théâtre\nsées a organisé pour\ndu a Sacre du\nservice spécia\nlanciers chargés de\ndomicile les pro-\nà qui le contact de\nwinsky a procuré\nvives. ha So-\nAuditions a justifi\ngénieusement son\nun grand concert\ndes Champs Ely-\nles représentations\nPrintemps \" un\nd\"*huissiers - ambu -\nreconduire a leur\nfesseurs d'9harmonie\nla musique de Stra-\ndes émotions trop\nciété des Grandes\nbrillamment et in-\ntitre en donnant\nou Fon a pu ad-\nmirer la plus grande partition d'orchestre et le plus grand bâton de mesure connus jusquà ce jour :\nles observateurs superficiels crurent voir sur Vestrade du capellmeister un pêcheur à la ligne feuilletant\nle Grand-Livre de la dette publique. Coup de théâtre : nous apprenons que le u Sacre du\nPrintemps \" qui asi violemment ému l'opinion fut un simple exploit de publicité américaine. Cet\nouvrage fut commandé par les Galeries Lafayette pour ridiculiser, au moyen d'une consécration\nironique, les modes d'un établissement voisin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c075", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c075", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 71, "image_fin": 71, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.16.4", "titre_corps": "Swift. (Croquis d'Emmanuel Barcet.)", "titre_sommaire": "Swift. (Croquis d'Emmanuel Barcet.)", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.71", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 35, "texte": "Swift.\n(Croquis d'Emmanuel Barcet.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c076", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c076", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 72, "image_fin": 72, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.17", "titre_corps": "Autour de l'Opéra", "titre_sommaire": "Autour de l'Opéra", "signature_source": "Pierre Lérys", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.72", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4142, "texte": "Autour de l'Opéra\nPierre Lérys.\nLes musiciens sont, en ce moment, dans un état d'esprit analogue à celui des parlemen-\ntaires à la veille d'un Congrès de Versailles. Le septennat du Président de la République\nlyrique touche à sa fin. Déjà des groupes se forment, des compétiteurs se dressent ; on élabore\ndes programmes de politique musicale, on prépare des embûches à ses concurrents, on recrute\ndes partisans et l'on songe à tout, sauf à ce petit fait que les duumvirs sortants sont rééligibles\net que leurs états de service sont de ceux qu'on ne saurait facilement oublier.\nNous n'entreprendrons pas aujourd'hui l'examen des titres que possèdent les candidats en\npresence, mais il convient de résumer, pour l'histoire contemporaine, l'œuvre des deux direc-\nteurs qui vont tenir tête à la ruée des ambitions prochaines. Un coup d'œil sur le chemin\nparcouru ne sera pas inutile pour juger nettement la situation.\nLa majestueuse Académie Nationale de Musique et de Danse a la réputation de pratiquer\nun travail exempt de fièvre. Il est admis qu'on s'y hâte lentement. On est donc surpris de ce\nque nous révèlent les statistiques. Nous avons encore présente à la mémoire la fameuse repré-\nsentation du Faust rajeuni par les soins de MM. Messager et Broussan, représentation éclatante\nqui fut le don de joyeux avènement des nouveaux souverains, et nous avons peine à croire que\ntant d importantes créations aient pu trouver place entre cette soirée d'inauguration et le gala\nBeethoven-Verdi-Saint-Saëns qui fut donné ces jours derniers. Et pourtant les affiches sont là,\ninstructives : 27 janvier 1908 : Faust ; 30 mars 1908 : Namouna ; 13 mai 1908 : Hippolyte et\nAride; 23 octobre 1908: Le Crépuscule des Dieux; 13 janvier 1909: Monna Vanna;\n5 février 1909 : Javotte ; 5 mai 1909 : Bacchus ; 17 novembre 1909 : UOr du Rhin ;\n16 février 1910 : La Forêt ; La Fête chez Thérèse ; 6 mai 1910 : Salomé; 10 juin 1910 :\nLa Damnation de Faust ;30 décembre 1910 :Le Miracle ; 3 mai 1911 : Espana ; 9 juin 1911:\nLiberia ; 22 novembre 1911 : Déjanire ; 8 décembre 1911 : La Roussalka ; 30 mars 1912 :\nLe Cobzar ; 24 avril 1912 : Roma ; 30 octobre 1912 : Les Bacchantes ; 8 janvier 1913 :\nFervaal; 29 janvier 1913 : Le Sortilège. Au total : quatre-vingt-dix actes ou tableaux montés\njusqu a ce jour par la direction actuelle qui, d'ailleurs, n'a pas encore achevé son programme\net le réalisera méthodiquement, jusqu'au bout, avant l'expiration de ses pouvoirs !\nVoila de quoi faire réfléchir les candidats trop empressés à vendre la fourrure des ours\nque ne manqueront pas de leur présenter nos bons auteurs. Un septennat d'Opéra représente\nla mise à la scene d une centaine d'actes lyriques ! Et avec les exigences du public moderne\nsous le 1 apport du luxe de la présentation et celles des compositeurs pour l'exécution orchestrale,\nun tel laoeur devient un peu effrayant. Pour faire oublier la direction Messager et Broussan,\nles nouveaux-venus devront, en outre, trouver quelque idée assez élevée et assez brillante pour\nrepondi e a celle qui donna aux deux tetrarques actuels une autorité artistique toute particulière:\nles représentations wagneriennes modèles, les exécutions bayreuthiennes mieux encore,\nmunichoises de la Tétralogie jouee en quatre journées, aux heures sacrées, avec i'entracte\ngastronomique et l'atmosphère exacte rêvée par l'auteur ! Et n'oublions pas que la présence\nd'un des directeurs au pupitre achevait de créer au profit de la direction actuelle une sorte de\nprivilège, de brevet d'invention que personne n'entreprendra de lui disputer !\nFournir un travail au moins égal, pour ne pas avoir à supporter de comparaison écrasante,\ntrouver une idee digne de rivaliser avec celle des galas wagnériens dirigés par Messager et\nsavoir conserver à l'Opéra cette tenue mondaine, cette aristocratie indiscutable qui furent si\nparfaitement sauvegardées depuis six ans, tels sont les trois premiers articles que doit inscrire\ntout candidat sur sa profession de foi, pour se présenter devant l'opinion. Il y a de quoi faire\nréfléchir les plus couiageux. Nous verrons bientôt ce que comptent faire ceux qui acceptent ce\ndangereux combat !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c077", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c077", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 73, "image_fin": 73, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.18", "titre_corps": "Çà et Là", "titre_sommaire": "Çà et Là", "signature_source": "Robert Catteau", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.73", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2559, "texte": "Çà et Là\nRobert Catteau\nÉPIGRAPHE POUR LES MÉLODIES DE GABRIEL FAURÉ\nNotre excellent confrère Robert Catteau nous adresse ce délicat poème que lui ont inspiré les mélodies de Gabriel\nFauré. Nous sommes heureux de le mettre sous les yeux de nos lecteurs en ce moment ou Von jête le tendre génie de\nVauteur de Pénelope.\nCaresse languide des brises;\nParfums qui glissent par surprise\nD'un vieux mur fleuri de jasmins;\nEffeuillements sur les chemins\nDe pétales blancs et carmin ;\nFrissons de lumière pâlie\nOù tremble en rayons si légers\nUn soleil de mélancolie\nQu'on s'imagine voir neiger\nLa chevelure d'Ophélie;\nEcho des lointains angélus\nTombés des clochers vermoulus;\nOndes sonores dont le flux\nRaconte que là-bas l'air vibre\nAu passage d'une heure libre;\nTressaillements frais des jets d'eau\nJaillis en humeur de conquête\nEt qui perdent soudain la tête\nDe se sentir portés si haut ;\nPromenade des ombres lentes\nSur les terrasses vers le soir ;\nCrépusculaire nonchaloir\nDes lierres aux vrilles tremblantes\nNouant leur étreinte dolente\nA l'éclat des balustres blancs\nQui portent, chaudes à leur flanc,\nLes roses pourpre d'lspahan...\nParfums, jets d'eau, brise et pétales,\nLumière d'or et ciel d'opale,\nVous composez l'exquis décor\nQue suggèrent les harmonies\nSuaves des notes, unies\nDans l'enlacement d'un accord.\nParmi ces fleurs, le long des pentes\nAu caprice léger du vent\nSe courbant et se soulevant,\nLa mélodie enveloppante\nCourt, s'insinue et se poursuit,\nRanimant le lis qui se fane\nOù s'aventure son déduit,\nAvec l'aurore diaphane,\nMystérieuse avec la nuit,\nEt souple comme une liane...\nOn trouvera dans les Salons de 1913, édités par l'Argus de la Presse, outre la revue\ndes œuvres exposées, un précis de l'histoire des Salons depuis leur fondation, du à la plume\nde notre confrère, H. de Julliany.\nNous signalons à nos lecteurs l'intérêt tout particulier que présente l'Annuaire de la\nCuriosité et des Beaux-Arts dont la 4me édition (1913) paraîtra àla fin de cette année.\nPublié en un volume d'environ 580 pages, soigneusement imprimé sur beau papier, il\ncontient plus de 25,000 adresses et une importante partie de renseignements divers.\nLe très grand soin apporté à la composition et au tirage de cet ouvrage, le nombre, la\nvariété et l'intérêt des renseignements qui y sont contenus, ont classé Y Annuaire de la Curiosité\net des Beaux-Arts, parmi les documents indispensables à tous les Amateurs, Collectionneurs,\nBibliophiles, Artistes, Antiquaires, en un mot à toutes les personnes qui, par goût ou profession,\ns'occupent d'art ou de collection."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c078", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c078", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 74, "image_fin": 76, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.19", "titre_corps": "Société Française des Amis de la Musique", "titre_sommaire": "Société Française des Amis de la Musique", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.74", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1915, "texte": "Société Française des Amis\nde la Musique\nBUT DE LA SOCIÉTÉ\nLA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE a pour but de\ngrouper en une Grande Association tous ceux qui aiment la Musique, d'aider de la\nmanière la plus générale, au développement de l'Art Musical en France et à sa diffusion\nà l'Etranger ; d'accorder son patronage et son appui à toute manifestation musicale digne\nd'intérêt, enfin de créer les moyens d'action nécessaires pour réaliser, à côté de son pro-\ngramme artistique, une Œuvre sociale, philanthropique et utilitaire qui ennoblisse ses\nefforts et justifie la mission qu'elle s'est proposée.\nEXTRAIT DES STATUTS\nARTICLE 3.\nLa Société se compose de membres sociétaires, de membres donateurs, de membres\nbienfaiteurs et de membres d'honneur.\nLes membres sociétaires, donateurs et bienfaiteurs devront être agréés par le Bureau.\nPour être membre sociétaire, il faut payer une cotisation annuelle de 20 francs.\nLa cotisation de 20 francs peut être rachetée par un versement unique de 500 francs.\nPour être membre donateur, il faut verser une cotisation annuelle d'au moins\n100 francs.\nPour être membre bienfaiteur, il faut avoir versé en une fois une somme d'au moins\n1000 francs.\nLes Dames peuvent faire partie de l'Association. Elles sont éligibles à toutes les\nfonctions.\nARTICLE 4.\nLa qualité de membre de la Société se perd : i® Par la démission. 2° Par la radiation\nprononcée par le Conseil d'administration pour non paiement des cotisations, après deux avis,\nou pour motif grave.\nTout membre démissionnaire doit les cotisations échues et celles de\nl'année courante. (Loi du ier juillet 1901, art. 4.)\n\nN. B. Les adhésions qui nous parviendraient pendant les deux derniers mois de Vannée\ns'*appliqueront a P année suivante. Néanmoins, les nouveaux AMIS recevront immédiatement\nleur carte, et ils bénéficieront du service de la Revue mensuelle et de tous les avantages réservés\na nos sociétaires."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.75", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2575, "texte": "Tous ceux qui, de près ou de loin, comme amateurs ou à titre professionnel,\ns'intéressent à l'art musical, doivent faire partie de la Société Française des AMIS\nDE LA MUSIQUE :\nPARCE QUE LES AVANTAGES QUI LEUR SONT OFFERTS :\nService gratuit de la Revue Musicale S. I. M. dont l'abonnement est de 15 francs.\nRéduction sur le prix des places de certains concerts symphoniques et de musique\nde chambre.\nRemise spéciale sur achat de livres et de musique.\nEn certaines circonstances, réduction de prix sur les chemins de fer.\nPrérogatives particulières, etc...\nleur assureront plusieurs fois le remboursement de leur cotisation,\nPARCE QU'ILS profiteront de privilèges spéciaux pendant la saison musicale\nà Paris,\nPARCE QU'ILS seront conviés à des réunions privées réservées aux seuls\nmembres de la Société (représentations, concerts, auditions, conférences, promenades etc.).\nPARCE QU'ILS trouveront au siège de la Société les renseignements, les avis\net l'appui qui leur manque bien souvent, en province surtout,\nPARCE QUE l'union s'impose entre ceux qui estiment que la musique n'a pas,\ndans la vie de notre pays, le rôle et la place qu'elle doit et qu'elle peut avoir,\nPARCE QU'ILS coopéreront à une œuvre à la fois artistique, sociale et\nphilanthropique dont le succès immédiat a prouvé la nécessité le haut intérêt moral,\net dont toute l'ambition son Conseil d'Administration en est garant, est de se\nmontrer éclairée, indépendante, active et pratique.\nDes nouvelles adhésions sont parvenues au Secrétaire Général de la Société. Ce sont par\nordre d'inscription :\nMembre Bienfaiteur : M. Pyrame Naville. Membres Donateurs : M. Gabriel Gaupillat.\nLes Etablissements Gaveau. M. Léon Tabet. Dr M. Schiller. Membres Sociétaires : Mme Pontalba\nKulp. M. Georges Maxwell. M. Jean Naville. Mnie M. Schiller. M. Kateneff.\nLa COMMISSION DE PROPAGANDE et la COMMISSION DE MUSIQUE\nse sont réunies dans le courant du mois de mai chez Monsieur Gustave Berly, Président.\nLa COMMISSION DE PROPAGANDE a confirmé le patronage accordé par la\nSociété au u Festival Fanelli \", organisé par les soins de Madame Judith Gautier et a décidé\nde recommander tout particulièrement aux Sociétaires cette belle manifestation musicale.\nElle s'est ensuite occupée de la question de la décentralisation en Province.\nUne correspondance a été engagée avec les grands centres de Province, dans le\nbut de créer des branches filiales de la Société et d'accorder le patronage à certaines\nSociétés Philharmoniques.\nIl a été également décidé de donner une dernière réunion dans le courant du mois\nde juin."}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.76", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2262, "texte": "La COMMISSION DE MUSIQUE s'est occupée de la question de la création\nd'un u Prix de Musique \" que la Société décernerait chaque année ainsi que de la\nfondation d'une \" Bibliothèque Musicale \" pour venir en aide aux compositeurs peu\nfortunés ainsi qu'à certaines Sociétés Philharmoniques de Province.\nUne réunion du Conseil d'Administration aura lieu dans le courant du mois de juin.\nUne délégation de la Société s'est rendue à Vevey pour assister, du 18 au 21 mai\nau Festival donné en l'honneur du maître Camille Saint-Saëns avec le concours de\nl'illustre pianiste Paderewski et de Monsieur Gustave Doret.\nLes artistes qui se sont fait entendre à ces belles fêtes musicales sont : Mesdames\nFélia Litvinne, Croiza, Maria Philippi, Messieurs Corpait et Froelich. Les chœurs\nmixtes de la Société Chorale de Vevey, ainsi que l'orchestre du Concert-Verein\nprenaient part également à ces concerts.\nLes membres de la Société Française des ont été très touchés\nde l'accueil sympathique qu'ils ont trouvé à Vevey notamment de la part de Monsieur\nle Syndic Couvreu, l'organisateur de ce Festival qui a remporté le plus grand et le\nplus légitime succès.\nLes membres de la Société se sont réunis, une dernière fois, avant les vacances, en un\ndéjeuner, suivi d'une \" Garden-Party, \" qui a eu lieu le 24 juin courant, dans l'lle du Bois\nde Boulogne.\nCette réunion a été extrêmement brillante et nos sociétaires ont eu la bonne surprise\nd'entendre, sous les ombrages, quelques artistes réputés, qui avaient bien voulu apporter, à cette\nréunion, leur sympathique concours.\nOn a fêté Madame Yvette Guilbert, qui a dit, avec l'art incomparable que l'on sait,\nquelques vieilles chansons françaises. Monsieur Warmbrodt, de l'Opéra, qu'on a trop rarement\nl'occasion d'applaudir, a chanté, avec un style superbe, des chants patriotiques suisses. Enfin,\nM. Georges Chepfer a réjoui l'assistance en disant quelques-unes de ses plus spirituelles chansons.\nLe piano a été tenu successivement par Monsieur Raoul Pickaërt, Monsieur Verdeau et\nMonsieur Jesler.\nNous adressons à tous ces artistes, qui ont été la joie de cette fête champêtre, nos remer-\nciements les plus émus.\n\nToutes les communications doivent être adressées au Secrétaire général de la Société.,\n29, Rue La 29"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c079", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c079", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 77, "image_fin": 78, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.20", "titre_corps": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "titre_sommaire": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.77", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2173, "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE\nSECTION DE PARIS\nCONGRÈS DE 1914\nSÉANCE DU 30 AVRIL 1913, AU MINISTERE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE ET DES BEAUX-ATRS.\nLa séance est ouverte à 5 heures 3/4 sous la présidence de M. Louis Barthou, Président\ndu Conseil, Ministre de l'lnstruction Publique et des Beaux-Arts.\nSont présents :\nMM. Gabriel Astruc, A. Banès, Berly, Ad. Boschot, Broussan, Calvocoressi, Jean\nChantavoine, Camille Chevillard, Collet, Henri Deutsch de la Meurthe, A. Dolmetsch,\nEcorcheville, J. d'Estournelles de Constant, Henri Expert, René Gadave, Gastoué, Lucien\nGreilsamer, Emile et Vincent Isola, L. de la Laurencie, Gabriel Lefeuve, Charles Mutin,\nPeyrot, Poirée, Mme la Princesse de Polignac, MM. Prodhomme, Prunières, Henri Quittard,\nThéodore Reinach, Jacques Rouché, Julien Tiersot.\nSe sont excusés :\nMM. Couyba, Custot, Delanney, Halphen, Gabriel Pierné, Poirier de Narcay, Alexis\nRostand.\nM. le Président du Conseil fait connaître à l'assemblée qu'il est heureux de pouvoir la\nrecevoir au Ministère de l'lnstruction Publique. Il exprime le regret de ne pouvoir rester\njusqu'à la fin de la séance en raison des nombreuses obligations qui lui incombent, mais il ne\nmanquera pas, toutes les fois qu'il en aura la possibilité, de prêter sa collaboration et son appui\nen vue de l'organisation du Congrès.\nM. Ecorcheville remercie M. le Président du Conseil de ce témoignage de bienveillance.\nIl attire ensuite l'attention de l'assemblée sur l'organisation financière du Congrès et de ses\nmanifestations artistiques en s'appuyant sur l'exemple de Londres et de Vienne et en exprimant\nl'espoir d'une participation des pouvoirs publics et de la municipalité.\nM, le Président du Conseil fait savoir qu'il interviendra bien volontiers, dans la mesure du\npossible pour faciliter la tâche des organisateurs. Il renouvelle ses regrets de ne pouvoir\ndemeurer plus longtemps en séance et se retire, laissant à M. Ecorcheville le présidence de la\nréunion.\nL'ordre du jour comporte, en premier lieu la constitution des comités du Congrès dont la\ncomposition définitive est arrêtée comme suit :\nPrésident d'honneur : M. Henry ROUJON. Président : M. Louis BARTHOU, Président du"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.78", "debut_caractere": 196, "fin_caractere_exclue": 2902, "texte": "Conseil des Ministres. Vice-Pré Adents ; M. Deutsch de la Meurthe, M. J. Ecorcheville et\nM. le Professeur Gariel. Secrétaire général : M. Chantavoine.\nComité de patronage : M. le Sous-Secrétaire d'Etat des Beaux-Arts, M. le Vice-Recteur\nde l'Université de Paris, M. le Préfet de la Seine, M. le Président du Conseil Municipal de\nParis, M. le Président du Conseil Général de la Seine, M. Henri Auriol, Député, M. d'Es-\ntournelles de Constant, M. Layus, Président du Cercle de la Librairie. M.M. G. Charpentier,\nTh. Dubois, G. Fauré, E. Paladilhe, C. Saint-Saëns, Ch.-M. Widor, de l'lnstitut,\nM.M. Bruneau, Debussy, Dukas. MM. Astruc, Messager et Broussan, A. Carré, E. et V.\nIsola, J. Rouché, C. Chevillard, G. Pierné, Mme la Princesse de Polignac, M. G. Berly,\nPrésident de la Société Française des Amis de la Musique, M. Coubya, ancien ministre, J.\nRoche, ancien ministre, F. Custot, F. Halphen, A. Rostand, E. d'Eichtal, Jacques Stern,\nBlondel, E. Gaveau, G. Lyon.\nIl est procédé ensuite à la détermination des Sections d'organisation du Congrès et à la\ndésignation de leurs présidents. Ces sections sont les suivantes :\nHistoire Profane : MM. Pirro, Tiersot, Michel Brenet ;\nHistoire Religieuse : M. Gastoué, Raugel ;\nEsthétique : MM. Dauriac, Poirée ;\nEthnologie et Exotisme : MM. Laloy, Lefeuve ;\nInstruments : MM» Greilsamer, Mutin ;\nAcoustique : MM. Gariel, Gustave Lyon ;\nBibliographie : MM. de la Laurencie, Expert ;\nThéorie et Enseignement : M. Maurice Emmanuel, Paul Vidal.\nM. Théodore Reinach propose de donner au Congrès la dénomination de \" Congrès\nd histoire et de science musicales. \" Cette proposition est approuvée et le Président signale que\ncette appellation est conforme à celle qui avait été adoptée jusqu'à ce jour.\nL ordre du jour comprend, en outre, l'étude des festivités qu'il y aura lieu d'organiser à 1\nl'occasion du Congrès. D'intéressantes propositions sont faites par M. Gabriel Astruc, et\nM. Uroussan. Une discussion s'engage au cours de laquelle Ad M. Théodore Reinach, Jacques\nRouchey Calvocoressi Deutsch de la Adeurthe et à?Estournelles de Constant prennent successivement\nparole.\nUne commission est nommée pour discuter ces projets. Elle se compose de M.M. Astruc,\nBroussan, Carré, Ecorcheville, d'Estourneiles de Constant, E. et V. Isola, Théodore Reinach\net J. Rouché. Elle se réunira à l'automne prochain.\nM. L. de La Laurencie présente l'idée, qui est adoptée, d'une exposition de la musique\nqui pourrait être limitée à une exposition de l'iconographie musicale française. M. L. de La\nLaurencie est charge de mettre au point cette idée qui sera inscrite à l'ordre du jour de la\nprochaine réunion du Comité d'Organisation du Congrès.\nLa séance est levée à 7 heures."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c080", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c080", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.21", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1349, "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE T>ES\nAMIS DE LA\n■m\n■ !\n'\nY- '' ' , . ■\nCOMITE D'HONNEUR\nM. le Président de la République.\nM. le Ministre deV Instruction\nM. le Sous-Secrétaire d\nM. Gabriel Fauré, Directe\nM. Henry Marcel, ancien Directeur des Beaux-Arts, Directeur\ndes Musées Nationaux.\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\n'\nPRÉSIDENTE D'HONNEUR : S. A. R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\n■ *' ; .'./' a V./ .V ' '' '' 4\" S\n■\nBUREAU\nPRESIDENT\nM. GUSTAVE BERLY, banquier.\n»! ,\nVICE-PRESIDENTS\nM. LE PRINCE A. D'ARENBERG,\nM. Louis BARTHOU,\nMinistre de\net des Beaux-Arts.\nM. J. ECORCHEVILLE, docteur és-lettres.\nM. ALEXIS ROSTAND,\nd\" Administration du\nd'Escompte de Paris.\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nSECRÉTAIRE DU CONSEIL\nM. GUSTAVE CAHEN.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M. Louis DE MORSIER.\nMEMBRES DU CONSEIL\nMME ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, directeur général hono-\nraire au ministère des finances.\nM. LÉON BOURGEOIS,\ndu Travail.\nM. GUSTAVE BRET.\nMME LA COMTESSE GÉRARD DE GANAY.\nM. FERNAND HALPHEN.\nMME LA VICOMTESSE D'HARCOURT.\nMME LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nME DANIEL HERRMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nMME GEORGES KINEN.\nM. 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I. M\n(SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE)\nyax's-z\nWs-\n- et COURRIER MUSICAL réunis\nDirecteur des services administratifs :\nRENÉ DOIRE\nDirecteur artistique :\nEMILE VUILLERMOZ\nGabriel Marcel .\nGeorges Lorin .\nPauline Long. .\nLE MOIS\nO. de Pawlowsky\nEmile vuillermoz\nAlbert Roussel .\nLouis Laloy\nG. K.\nRené Lyr.\nX. M. Boulestin\nV. P\nLouis Laloy.\nSwift\nPierre Lérys\nRédacteur pour la Belgique :\nRENE LYR\nDANS CE NUMÉRO:\nLes Mélodies Espagnoles et Ita 1\nSouvenirs sur Rollinat 14\nRéflexions d'un Solitaire 30\nLes Livres 34\n• 9\n44\n• «\n» ©\n# H\n* *\n» *\n« • a\n| Les Théâtres «\nUne Lettre 57\nCabarets et Music-Halls . 57\nConcerts divers 59\nLa Belgique . . . „ ... „ .... 60\nLettre de Londres .......... 64\ni\\ a i\"> £? ■V,\\■ \\ ; ' •;M - t v'* 'V.- m ,v ■ PS®\nLy Edition Musicale .......... 66\nLe Gala de Claude Debussy ....... 68\nLes Faits du Mois 69\nAutour de VOpéra .......... 70\nÇa et là 71\nSociété des Amis de la Musique ...... 72\nSociété Internationale de Musique ..... 75"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-06-15-01-c082", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-06-15_01#c082", "volume": "bmtnabh_1913-06-15_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 80, "image_fin": 80, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.2.23", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.80", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 565, "texte": "353ï»?\n-• v-.?.\nÔ:;;\n; jfj\nCJfeA-I\ns\ni\n«\n-\nil\n<*\nm\nr T- vV\nfcij:?\n/ M •<£«? S\n«\n■T%: -■\nu\nSB\nm\ny\na-\n• ••\ni\n- \"\nr - A. ' v v?\n£\nnaH\nI: ■■■\n1\nas*\nil\n©r.\n«\ny?.\n<■\nus»\nV*i\n-?■\n■V' IV..\n'\" i V; -. ?\ncr\n«S»\nVf.iff\n«33\n£\n...\n?\nïik\nX\nm\n<\nmm ESGTÊRîQUE\nPOUR une DANSEUSE\nPIANO VIOLOfI ET TRfAflGlf\nm ESOTEWSCHES\nm/izoEoiorr fur eine\nTknitmn kiaviér\nes\nM\nm\n\\\nf I•','\n■ > i •\nCof|,ïi\n✓i\n«\nm\nVlOtlîiE lîJßlAîieei\nPAU\n- Tkiïlj*\ns\nWH®\nm\nm\nWTV»*\nS- ' ~\n: :-•\n••\n1 $\nWï**M\nm\nm\n5»\nv «*\nJi\nA 7\nKTïf .V\n*\nEn Vente au Prix de I0f nets chez COSTALLATs C'f Edïteurs.6o. Ctl\nS€€\ni\nli\néMmm"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.1", "texte": "» IX® Année.\nN° 6.\n15 Juin 1913.\nREVUE MUSICALE\nj&p j jhbb^hh\n£îî# SBH| n|K WSSBSBÈ^K^BË^Eg-\nlre! I jjgf »v,;V' P '\nJjsijg JHF\nîg&ese MEjp ||gfe\n9 ■ ,—v ■■^\"-''•, SHB\n■HR ;. ffiraMagagMre? ranmHHH jfà&ttmi tSftfc«yfcfl^nß\nI\nSB ffifSßßf iflraß\nj Honorée d une souscription du Ministère de 1 Instruction Publique et des Beaux-Arts\nB\nLe numéro ;\npanceô Belgique 1 fr. 50\n■ Union Postale 2 £r*\nTéléphone Wagram : 98=12\nPARIS» 29, rue La Boëtie\nUN AN\nFrance et Belgique 1S fr-\nUnion postale 20 fr„\nCopyright by S. ï, M. 1913\n\nLES MÉLODIES ESPAGNOLES ET ITALIENNES d'HUGO WOLF, par Gabriel Marcel. 0\n| SOUVENIRS SUR ROLLINAT, par G. Lorin. REFLEXIONS D'UN SOLITAIRE, par Grétry.\nLE MOIS, par\nI|i' àG. de PAWLOWSKI. OE. VUILLERMOZ 0 LOUIS LALOY. 0 RENÉ LYR. 0"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.2", "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE T>ES\nAMIS DE LA\n■m\n■ !\n'\nY- '' ' , . ■\nCOMITE D'HONNEUR\nM. le Président de la République.\nM. le Ministre deV Instruction\nM. le Sous-Secrétaire d\nM. 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Aussi a-t-on quelque peine à comprendre qu'un musicien tel\nqu'Hugo Wolf soit presque complètement ignoré en France: de même\nen effet que les affinités sont nombreuses entre la jeune école littéraire\nviennoise et nos écrivains contemporains, il y a, nous le verrons, une\nréelle communauté d'orientation entre l'art de Wolf et notre musique\nd'aujourd'hui. On ne saurait songer dans une brève esquisse comme celle-ci\nà étudier complètement l'œuvre vocale du grand musicien autrichien,\nmais, choisissant les deux recueils de lieder à nos yeux les plus caractéris-\ntiques, nous voudrions en indiquer les traits saillants. 1\n\n1 Hugo Wolf naquit à Windisch-Graz le 13 mars 1860.11 marqua de bonne heure des dispositions\nexceptionnelles pour la musique, et vint à Vienne dès 1875 pour entrer au Conservatoire, ou il ne resta\nd'ailleurs que peu de temps. Il s'enthousiasma pour Wagner et pour Liszt, et dans le Wiener Salonblatt,\ndont il fut le critique musical de 1884 à 1887, ne se lassa pas de combattre l'art a ses yeux suranné et\nvide de Brahms. Aussi se fit-il de nombreux ennemis, et ne parvint-il pas à faire exécuter ses premières\noeuvres (Penthesilée, quatuor à cordes). Il composa d'ailleurs assez peu pendant cette période, et ses"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.4", "texte": "2\nS. I. M.\n\nLe Spanisches Liederbuch et Yltalienisches Liederbuch occupent dans\nl'œuvre de Wolf une place centrale. Lorsqu'il les composa, il était\nabsolument le maître de sa technique propre : dans les premiers recueils\nde mélodies, au contraire, en dépit de nombreuses et éclatantes réussites,\nles influences diverses que Wolf a subies sont encore manifestes, à tel\npoint qu'on serait parfois tenté d'attribuer tel ou tel lied aux musiciens\nmêmes dont il s'inspirait (Schubert, Schumann). Dans d'autres le wagné-\nrisme est infiniment plus littéral qu'il ne le sera plus tard; la \" \"\nsemble baigner dans les clartés du Vendredi-Saint. Et sans doute il y a\ndéjà dans les premiers recueils une richesse, un frémissement de vie\nmerveilleux ; et rien dans les lieder espagnols ou italiens n'est supérieur à\n\" Seufzer\", \" In der Fruhe\", \"Wo d'un pathétique si\nintime et si profond, à \" Ganymède \", aux \" Grenzen der Menschheit\névocations métaphysiques grandioses, ou à telle page des\n(\" . Nachtzanber\"par exemple). Mais ce qui fait à nos yeux l'intérêt\nspécial des mélodies espagnoles et italiennes, c'est qu'elles constituent des\nensembles remarquables à la fois par la richesse et par l'unité ; on ne trouve\npas ici, en dépit d'inégalités inévitables, ces disparates qui choquent dans\nles premières œuvres, surtout dans le C'est qu'ici au\nfond la division en lieder ne doit pas nous tromper : nous sommes en\nrealité en présence de grandes fresques musicales où l'on ne saurait isoler\ndes éléments que par abstraction.\nLes mélodies espagnoles, sur des paroles de Heyse et Geibel, furent\ncomposées à Perchtolsdorf au cours de l'hiver 1889-1890, immédiatement\naprès l'achèvement du Gœthe Liederbuch, et rien extérieurement ne rend\ncompte de la différence de maturité des deux recueils, dont Wolf lui-\nmême semble avoir eu conscience. Les lettres qu'il écrivit à cette époque\n\nœuvres importantes, c'est-à-dire ses grands recueils de lieder, sont toutes postérieures à 1887. Dans l'espace\nde 2 ans (1887-1889) il mit sur pied le Môrike Liederbuch, le Gœthe Liederbuch, l'Eichendorff Lieder-\nbuch, le Spanisches Liederbuch et les premières mélodies italiennes, sans compter les Alte Weisen de\nKeller et quelques autres mélodies. A cette crise de production intensive fit suite une période de stérilité\nqui dura 5 ans. En 1895 il retrouve sa puissance créatrice, et écrit en 3 mois la partition pour piano\ndu Corrégidor, représenté à Mannheim en 1896, avec peu de succès d'ailleurs. Il termine les mélodies\nitaliennes, amorce un nouvel opéra, Manuel Venegas, compose 3 lieder importants sur des paroles de\nMichel Ange, et en 1897 a une première crise de folie. Il recouvre la raison pour quelques mois.\nMais un nouvel accès survient en 1898. Puis c'est la paralysie générale. Il meurt d'une péripneumonie\nle 16 février 1903."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.5", "texte": "LES MÉLODIES D'HUGO WOLF\n\n3\n\n(à Eckstein, à Strasser) nous montrent l'enthousiasme émerveillé avec\nlequel il assistait à sa propre production ; M. Romain Rolland, dans\nl'excellente étude 1 qu'il a consacrée à Wolf, a trop heureusement insisté\nsur ce qu'eut de miraculeusement spontané la production de Wolf au\ncours des années 1888-1890, pour qu'il y ait lieu de revenir sur ce qu'il\na justement appelé \" un des cas les plus extraordinaires de l'art, un de\nceux qui font le mieux entrevoir les mystères du génie\nLa question de savoir si l'image que les mélodies de Wolf nous\ndonnent de l'Espagne est exacte, est de celles qu'il convient de laisser\nrésolument et par principe de côté. Tout ce qui importe, c'est qu'il a su\nen communiquer une vision lyrique extraordinairement intense et précise.\nQu'il se soit borné par là à extérioriser certaines tendances profondes de\nson âme altérée de lumières violentes et de contrastes tragiques, c'est ce\nqu'il serait à nos yeux imprudent de nier. Mais l'exotisme en art est-il\njamais autre chose qu'une reprise de possession des contrées ignorées\nde l'âme ?\nL'Espagne que Wolf a exprimée et qu'il a sentie en lui comme une\nplaie, est une Espagne avant tout fanatisée, hallucinée par une foi terrible,\npar une foi qui baigne dans l'angoisse en quelque sorte physique de la\nmort. Sans doute il arrive que l'âme à certaines heures de lassitude appelle\nla Redoutée comme une libératrice (XXIV) ; il y a dans cette invocation\nla joie saisie et contenue de l'ultime détachement. Ailleurs la mort\napparaît à l'homme haletant d'espoir et de terreur comme le repos lointain\nqui viendra un jour-un jour (dereinst-dereinst) ; et il semble que par une\nattraction mystérieuse et irrésistible, exercée par l'avenir sur le présent,\nun peu de ce calme se répande dans le cœur de celui qui prévoit (XXII) ;\n\n1 Romain Rolland : Musiciens d'aujourd'hui."}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.6", "texte": "4\nS. I. M.\n\net dans ces appels éperdus vers l'inconscience bienfaisante, vers l'oubli\ndans le sein de la mort, on dirait que passe un écho de Tristan. Mais\nl'âme ne trouve dans cette pensée un apaisement qu'aux moments où elle\ngémit accablée sous le poids de la vie : en toute autre circonstance la\nmort est l'Etrangère innomée, la mystérieuse, celle qui ouvrira les portes\nd'un monde où seule la clémence divine pourra nous épargner des tortures\néternelles que nous avons méritées. Et l'âme pécheresse se prosterne\ndevant Celui qui par sa Passion a racheté tous les péchés ; comme dans\ncertaines cantates de Bach, un dialogue surnaturel s'engage entre l'indigne\nqui plie sous le fardeau de ses fautes et Celui qui les a toutes expiées par\navance (chant spirituel IX) ; et voici que la pitié envahit l'âme croyante\nen face du Dieu crucifié (ch. sp. X). Nulle part sans doute, Wolf n'a\nmieux su utiliser ses admirables dons d'expression harmonique que dans\nces lieder tragiques où se joue le destin du pécheur repentant : parfois,\navec une insistance cruelle qui ressemble à une mortification volontaire,\nil plaque des septièmes augmentées qui ne parviennent pas à se résoudre\ndans l'harmonie libératrice (ch. sp. VII). Ailleurs, à la lamentation sup-\npliante qui module douloureusement sans trouver la paix, il oppose des\naccords parfaits mineurs qui, par une cadence simple, aboutissent à\nl'harmonie majeure et traduisent de façon saisissante la bonté paternelle\net douloureuse du Sauveur (ch. sp. IX). Ailleurs encore il a trouvé, pour\nexprimer les détresses du croyant qui se résolvent en actions de grâces,\ndes modulations étranges et hardies qui s'apaisent en des accords par-\nfaits où pourtant semble encore subsister le souvenir de l'angoisse passée\n(ch. sp. X)."}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.7", "texte": "LES MÉLODIES D'HUGO WOLF\n5\n\nMais il arrive aussi que le cœur se détende, qu'il s'enchante lui-même\nde la vision du Christ enfant et de la Sainte-Famille, qu'il s'attendrisse sur\nl'aspect simplement humain de la tragédie sacrée (ch. sp. Y) ; Wolf\nretrouve ici cette douceur religieuse sans mollesse, sans fadeur, qu'on\nrencontre parfois chez Bach, dans l'Oratorio de Noël par exemple:\nl'accompagnement se déroule alors avec une aisance paisible, sans les\nmodulations tendues et presque douloureuses qui expriment ailleurs le\ndrame de la foi.\nNulle part dans ces mélodies, et ceci vaut pour la totalité de l'œuvre\nde Wolf, il ne s'asservit à une transposition musicale pure et simple de la\npensée ; on a dit, sans prendre garde à l'équivoque possible, qu'il fait,\ncomme Wagner, de la poésie le principe de la musique ; mais par poésie\nil faut entendre chez l'un comme chez l'autre non les mots pris dans leur\nlittéralité, mais le mouvement intérieur de la pensée qui déborde toute\ntraduction musicale ou verbale ; c'est seulement parceque Wolf retrouve\nce mouvement qu'il peut arriver à la justesse absolue de l'expression ; et\ndes commentateurs d'ailleurs ingénieux comme M. Decsey ont trop\nsouvent semblé croire qu'il suffisait, pour rendre compte de ces réussites,\nd'admettre qu'il convertit purement et simplement les accents du poème\nparlé en accents musicaux.\nSi l'on comprend que le mysticisme des mélodies religieuses est\navant tout imaginatif, qu'il est l'expression spontanée d'une âme qui\ns'hypnotise sur des visions de terreur et d'amour, non point du tout\nl'extase d'une pensée qui s'absorberait dans l'être comme dans son principe\net son bien propre, on ne sera pas surpris que les mélodies profanes meme"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.8", "texte": "6\nS. I. M.\n\nbaignent dans une atmosphère de dévotion tragique. La vie religieuse,\ndans l'Espagne que Wolf a conçue, n'est en somme que la manifestation\nsuprême d'une sensibilité vibrante, fébrile, qui en d'autres temps s'aban-\ndonnera aux excès de l'amour physique. Cet amour, ce désir frénétique\nde possession, Wolf l'a exprimé avec une sorte d'emportement sensuel\nqu'on ne rencontre guère chez les compositeurs allemands. Ce n'est point\nlà cette véhémence schumannienne qui n'est que l'ardeur d'un fiancé\néternellement déçu ; ce n'est pas non plus la passion wagnérienne qui\nsemble être le véhicule d'une puissance cosmique. Dans des mélodies\ncomme \" Sagt ihm dass er zu mir h(XV), ou \" Geh,\ngeh \" (XXXIV), le désir humain est exprimé en lui-même, sans que\ntransparaisse derrière lui aucun idéal ou aucune idée; c'est que la religion\nelle-même n'est ici que la tension ultime de l'âme qui trouve une volupté\nterrible à prévoir son destin : aussi n'est-il pas étonnant que par un\nmouvement inverse l'image de la mort et le sentiment de l'universelle\ncaducité soient partout présents dans l'amour sensuel. Et de fait Wolf a\ntraduit avec une intensité d'ironie dont il y a peu d'exemples dans\nl'histoire de la musique, la fugacité du désir et l'amertume des cœurs\nqu'il laisse irrémédiablement déçus. Tantôt il se lamentera sur l'universelle\ntrahison amoureuse (X : \" Eide, so die IJebe schwur, schwache Bùrgen"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.9", "texte": "LES MÉLODIES D'HUGO WOLF\n7\n\nsind sie nur \"), tantôt il reproduira la supplication haletante de la jeune\nfille qui ne veut pas revoir celui dont l'amour la tue : et il semble qu'ici\non entende en soi ce cœur qui bat à se briser (XVI). Ce sera encore la\ntristesse amère de l'amant qui voit ses moindres désirs froidement contre-\ncarrés par sa maîtresse (111 : \" Seltsam ist Juanas \") ; les modulations\nmineures, fort simples cependant, traduisent avec précision l'amertume\nd'une liaison ruinée par l'indifference. Plus rarement, Wolf nous fait\npénétrer dans l'intimité des amants aux heures d'abandon ; l'amant dort\ndans l'ombre de la chevelure de l'amante : le réveillera-t-elle ? elle hésite,\navec un sourire elle le laisse dormir (II). Dans d'autres mélodies enfin\nc'est la vie populaire de l'Espagne qui se rythme devant nous au son des\nguitares et des pandouras (I, XII, etc), et le grouillement bigarre des"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.10", "texte": "8\nS. I. M.\n\nfoules de Séville s'évoque sous le ciel sans tendresse parmi les paysages\ntragiques de l'âme.\nOn voit donc quelle contrée intérieure est l'Espagne de Wolf, et\ncombien puissamment elle se caractérise. Il suffit pour s'en rendre compte\nde comparer une mélodie quelconque du recueil à 1' \" Aveu \" de Schumann,\nlied espagnol sur des paroles de Geibel : combien dans ce chant, admirable\nd'ailleurs, fait défaut cette faculté de spécification émotionnelle qui est le\ntrait dominant du génie de Wolf! Tandis que Schumann est resté partout\nl'adolescent rêveur et tendre, chaste jusque dans la passion, et pour qui la\nvolupté n'est que l'indicible promesse d'un bonheur nuptial que la pensée\ncroirait profaner en l'évoquant, Wolf hardiment a recréé en lui le monde\ndes convoitises, des révoltes et des désespérances charnelles, dont l'âme ne\nparvient à s'enfuir que par une sorte de transposition mystique; le ciel n'est\npas ici, comme dans le Faust de Schumann, le lieu d'universel apaisement\net d'éternelle réconciliation, mais celui des affirmations passionnées d'une\npensée qui projette ses espoirs et ses effrois jusque par delà le tombeau.\nLa première partie de Yltalieniscfies fut composée en 1890,\nla seconde en 1896 après une période de stérilité complète. De cette\ndiscontinuité la musique ne présente aucune trace ; et le recueil a une\nunité, une cohésion aussi grandes que le Spanisches Liederbuch. Mais à\ntout autre point de vue combien l'opposition des deux œuvres est mani-\nfeste ! Sans doute les sujets évoqués sont analogues : ici encore se dessinent\ndevant nous des âmes vibrantes et voluptueuses. Mais la sensualité se\ntempère maintenant de tendresse ; la lumière s'adoucit. La mort même\nprésente un visage souriant, et l'homme évoque sans amertume le bon\nsommeil sans fin parmi les fleurs (XXXIII). Il n'est plus obsédé par la"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.11", "texte": "LES MÉLODIES D'HUGO WOLF\n9\n\nterreur de l'au delà ; et les portes mystérieuses ne s'entr'ouvrent plus que\npour laisser apercevoir des visions de béatitude (XXXIV). L'âme peut se\ndonner tout entière et sans arrière-pensée douloureuse à la vie séduisante\net facile, quitte à s'étonner tristement un jour en songeant au temps perdu,\net aux joies éternelles qu'elle s'est peut-être condamnée à ne connaître\njamais (XXXVII). L'amour n'est plus ici une rencontre charnelle tragique\net brève,-il est l'aventure hasardeuse et tendre de deux âmes heureuses de\ncheminer ensemble parmi l'universel printemps : \" que béni soit le vert\net qui le porte\" (XXXIX), chante le poète qui s'attendrit devant les\nbourgeons qui vont éclore et les cœurs qui vont s'épanouir ; et ailleurs\ndeux amants scellent le pacte de concorde, tandis qu'ondule un accom-\npagnement silvestre comme le rythme des rameaux bercés par la brise\n(VIII). Sur cette félicité rêveuse qui s'enchante d'elle-même, la musique\npose une clarté souriante et tempérée : celle d'un crépuscule de Toscane.\nSans rhétorique et sans cris l'âme s'abandonne au bonheur comme a son\ndestin. Rien ici de cette verbosité sentimentale qui gâte si souvent le\nlyrisme d'un Schubert, et semble envelopper la passion d une atmosphère\nde religiosité larmoyante et fade. Une indication suffit, et, mieux qu un"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.12", "texte": "10\nS. I. M.\n\ndéveloppement, précise l'attitude d'une âme: Wolf le sait bien, et avec\nune discrétion profonde et poignante, celle d'un Mozart ou d'un Claude\nDebussy, il s'attache à ressaisir et à reproduire dans sa vérité le progrès\nintérieur de l'amour (XIX). Et rares sans doute sont les heures graves\noù le cœur fléchit sous le poids de ses trésors et s'achemine vers le don de\nsoi comme vers une délivrance : plus souvent l'amour sourit avec une\nironie qui n'est pas sans tendresse et la maîtresse plaisante l'amant sur\nles grands airs qu'il prend avec elle: pourtant lui non plus n'est pas né\nsur le trône d'Espagne (XXVIII). Ailleurs ce sont des plaintes et des"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.13", "texte": "LES MÉLODIES D'HUGO WOLF\n11\n\nreproches. Mais de meme que pour le paysagiste les nuages qui passent\ndans le ciel, par les alternatives d ombre et de lumière qu'ils engendrent,\ncontribuent au divertissement perpétuellement renouvelé du regard, de\nmeme ici les ti agi-comedies de 1 amour semblent bien n'être qu'une fête\nmerveilleuse et multiple que le monde offre au poète épris d'images\nintérieures et d'invisibles spectacles. Et voici que reparait celle qu'avait\nbannie un siecle accable de romantisme et de critique, la gaieté non la\njoie puissante et universelle de la Symphonie avec Chœurs et des Maîtres\nChanteurs, mais la gaieté qui est l'agilité pure, le progrès fantaisiste et\ncependant réglé d'une pensée qui trouve sa satisfaction dans son exercice\nmeme, la gaiete qui n est après tout que la jasene volubile et divinement\npuérile d'une source. Gaieté émouvante comme la douleur, vivante par\naela la vie, la gaieté de Mozart et de Zarathustra. Avec une verve\nhumoristique et attendrie, la musique déroule devant nous des images\nplaisantes et gracieuses : \" Mon amour est si petit que sans se baisser il\nbalaye la chambre de ses boucles \", et Wolf avec une vivacité amusée et\nhaletante nous décrit la terreur du petit être à la vue d'une limace (XV).\nAilleurs la jeune fille se plaît à imaginer une maison de verre où son\namant demeurerait (XL). Une autre fait le dénombrement de ses amoureux\n(XLVI). Wolf se divertit à évoquer devant nous ces images fugaces,\nfantasmagories légères du cœur."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.14", "texte": "12\nS. I. M.\n\nLes Lieder italiens marquent, mieux même à notre avis que les\nMichel Angelo Lieder qui pourtant sont postérieurs, le point extrême de\nl'évolution musicale de Wolf, celui où sa technique s'est le plus com-\nplètement libérée de l'influence wagnérienne, qu'il en ait eu d'ailleurs ou\nnon conscience. Il nous reste à nous demander dans quel sens exactement\nil prolongea et enrichit l'art même d'où le sien était sorti. Et tout\nd'abord, de quoi exactement lui fut-il redevable ? Il semble qu'il faille\ninsister ici sur deux points essentiels. D'abord, Wolf applique absolument\nle principe wagnérien de l'indépendance réciproque du chant et de\nl'accompagnement ; celui-ci a presque partout une existence, une valeur\nautonome ; on pourrait dire qu'il exprime la réalité absolue de la situation\ndramatique ou lyrique, dont le chant ne traduirait que le retentissement\ndans la conscience immédiate. D'autre part, c'est à Wagner que Wolf\ndoit la merveilleuse richesse de son harmonie. A tout autre égard on\npourrait soutenir qu'au moins dans les dernières mélodies les tendances de\nWolf sont profondément différentes de celles de Wagner. Il semble que\nWolf ait éprouvé, comme nos grands musiciens à nous, le besoin de\nconstituer un classicisme nouveau, c'est-à-dire un art où la musique\nserait absolument libre, et ne dépendrait pas d'une Weltanschauung\ndont elle serait réduite à traiter plus ou moins exactement les thèmes\ngénéraux.\nLes mélodies de Wolf se définissent comme celles de Debussy par ce\nqu'on pourrait appeler un lyrisme concret, c'est-à-dire par une disposition\noriginale à adopter les attitudes diverses de l'âme, à recréer musicalement\nun monde aussi complexe que le monde visible, dont elles dégageraient\npour ainsi dire les articulations intérieures. Entre Wolf et Debussy les\ndifférences sont profondes, sans doute; elles sont essentielles; on peut\naffirmer qu'il y a chez Debussy une puissance créatrice plus géniale, un\ngoût plus raffiné et plus exigeant, un don -plus rare de pénétrer jusqu'à\nl'essence intime de la pensée affective et d'en reproduire du dedans l'idéale\ngenèse; chez Wolf, avec une subtilité moindre, plus de fécondité et comme\nde vitalité, plus de couleur et d'accent; une aperception plus riche des\nbeautés tangibles de l'univers. Mais chez l'un et chez l'autre, si opposés\nque soient les tempéraments, on devine une aspiration commune vers un"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.15", "texte": "LES MÉLODIES D'HUGO WOLF\ni 3\n\nart sobre, et, au beau sens du mot, naïf, c'est-à-dire dégagé de toute\nidéologie, et débarrassé aussi de ces superfluités oratoires qui nous gâtent\nparfois les plus grandes œuvres du passé; on sent l'amour de la vie dans ce\nqu'elle a de plus intime et de plus secret, et, pour tout dire, une même\nrecherche de cette vérité lyrique qui ne serait en somme que la découverte\ndu mouvement intérieur de l'esprit.\n\nGabriel Marcel."}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.16", "texte": "SOUVENIRS\nSUR ROLLINAT\n\nA l'époque de ma toute première jeunesse, (je suis jeune encore), je\nprenais pension dans un restaurant du Boulevard Saint-Germain, fréquenté\npar des peintres et littérateurs; (je me souviens de Paul Renouard et de\nMaindron) et qu'on appelait : le petit Là, venait un homme qui\nressemblait à un Victor Hugo jeune mais ayant déjà ses cheveux blancs.\nTerriblement méridional, il virgulait d'un \" heigne \" interrogateur et\ncirculaire chaque demi-phrase. Le \" heigne \" entrait aussi facilement dans\nles vers que dans la prose. Je l'entendis, un jour, dire d'admirables vers\nayant pour titre \" Le Crapaud \". Il préférait ce \" Crapaud \" à celui\nd'Hugo. Oui, lui qui avait traversé la Manche (me fut-il conté plus\ntard) seul dans une barque, par une tempête violente, pour aller montrer\nà Victor Hugo (à Guernesey) qu'il lui ressemblait, il n'hésitait pas à\nétablir (et il le fit pour d'autres pièces) ce parallèle. Il dit \" la Mare aux\nGrenouilles \", \"l'Amante Macabre\" et discuta également de la Musique\nde Rollinat. Je percevais parfois les noms de ses interlocuteurs : Charles\net Aristide Frémine, Léon Valade, Albert Mérat, Raoul Gineste. Delà\nMusique de l'homme qui avait rimé l'Amante Macabre, je voulus en\nentendre. Pelleport étant venu à ma table prendre du sel, je l'interpellai :\n\" Qui est Rollinat ? Où le voit-on ? \" \" Il vient ici, je vous le mon-\ntrerai. \" Il vint. Je le reconnus facilement sans le connaître. Quand\nj'entrai, je l'aperçus, assis, tournant le dos à la fenêtre. Son regard, dans\nla pénombre du visage, apparaissait comme un double feu follet ; un\nregard lointainement mélancolique d'ange déchu mais non révolté, qu'il\ndardait fugacement autour de lui. Sur ce regard, une grande mèche de\ncheveux que je le vis rejeter soudain de toute une main d'homme à la\nhoue, flottait en virgule. Pelleport me fit un signe discret, mais il n'y eut\npas présentation."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.17", "texte": "ROLLINAT\n15\n\nUn soir que je cherchais à travers les vitrines de mes cafés habituels\nquelques silhouettes d'amis, j'appuyai mon front au carreau du \" Voltaire \"\n(côté de la rue de Tournon). Là, contre moi, seul, Rollinat fumant une\npipe terriblement culottée. J'entrai et allai résolument à lui : \" J'ai\nentendu dire de vos vers par Pelleport. Ils ont une relation d'ambiance\navec Edgar Poë que j'ai tenté d'illustrer. Il prétend que vous faites de la\nMusique qui ressemble à vos vers. Je vais vous surprendre : je n'ai jamais\nentendu de Musique ; je ne suis jamais tout à fait satisfait. Les premières\nphrases du Clair de hune de Beethoven semblaient partir mais cela\ns'arrondit et se dilue. Je suis avide de je ne sais pas quoi. J'attends,\nj'espère... alors... vous excuserez mon indiscrétion. \" \" Monsieur, je\nvous excuse avec d'autant plus de plaisir que vous ressemblez étrange-\nment à mon frère, hélas ! disparu. Vous avez tenté, dites-vous, d'illustrer\nEdgar Poë. Je serais curieux...\" \"Oh ! j'établis de suite qu'on n'illustre\npas Edgar Poë. On peut faire œuvre à côté, pour éditeur. Mes dessins\nmanquant plus de science que d'imagination furent soumis à la Maison\nMichel Lévy et se trouvèrent en concurrence avec Urabieta Vierge.\nC'était... trop d'honneur ! Il n'y eut nulle décision. Je vous les offrirai,\nces dessins, mais... votre musique ?? \"\n\"Si cinq étages ne vous font pas peur, j'ai encore du bois, on peut\nfaire une flambée. C'est rue Saint Jacques. Ne vous attendez pas a un\npiano, c'est un clavecin. \"\nC'était rue Saint Jacques, à deux maisons de la rue Gay-Lussac (à\ngauche et à gauche, en partant du Luxembourg). Escalier humide et\nbossué, évoquant les Mystères de Paris d'Eugène Suë. Rollinat alluma du\nfeu, posa sa pipe sur le bord du clavecin et dans une rutilante improvisa-\ntion, sembla l'essuyer. Le petit son aigre, trépidant, de l'instrument, se\nbouscula comme un combat de gouttes d'eau dans un vieux bassin de\nfeuilles mortes.\n\" Que voulez-vous que je vous joue....\n\" Mais... je n'ai pas encore de préférence !\n\" Tiens ! c'est vrai ! \" et ce fut un rire.\n\" Je vais vous jouer çà ! \" Il partit.\nPluviôse irrité contre la vie entière...\nUn des Spleen de Baudelaire.\nMa chaise entra dans le mur et toute ma tête dans le piano dont,"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.18", "texte": "16\nS. I. M.\n\ncertes, mes cheveux étaient devenus subitement les cordes. Rollinat\ntermina:\nLe blond valet de cœur et la dame de pique\nCausent sinistrement de leurs amours défunts.\net se tournant à demi :\n\" Que dites-vous ?\n\" Recommencez ! \"\nJ'étais dans Tailleurs ! Tailleurs de Michel-Ange, de Shakespeare, de\nDelacroix.\nCe n'était pas de la musique cela, c'était du langage.\nIl me semblait que cet homme faisait rouler sous ses doigts le cœur\nde l'humanité.\nA 4 h. du matin, Rollinat chantait encore. Il faillit avoir congé.\nLa précision de mes observations le grisait. Pour lui, j'étais foule.\nEn moi, le silence de Paris l'écoutait.\nMais mon admiration avait une inquiétude : mon enthousiasme ne\npouvait suffire à rassurer ce miraculeux homme sur la valeur de mon\ndiscernement. Il m'avait questionné :\n\" Vous savez la musique ?\n«! M \"\n• • •\nJe dus ne plus me contenter de passer simplement pour un vague\ndessinateur et comme la relation est plus proche entre les sons et le sens\ndes mots qu'entre les formes et les sons, j'avouai quelques vers, entre\nautres la pièce suivante qu'il me pria, plus tard, de dire à Barbey\nd'Aurevilly et que je cite parce qu'elle me tint plus spécialement sur\nles fonds baptismaux auprès de mon désormais ami.\nL'IDÉAL\nO reste inaccessible à toute ma tendresse\nEt permets seulement que mon œil te caresse ;\nSois charmante toujours mais laisse mon désir\nRôder autour de toi sans jamais te saisir.\nQue tu sois vierge ou bien que d'autres te possèdent,\nReste mystérieuse et superbe pour moi,\nMaintiens mon éternel et magnétique émoi\nEn ne levant jamais ces voiles qui m'obsèdent."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.19", "texte": "ROLLINAT\nI 7\n\nComme un fleuve infini que rien ne peut tarir\nEt que n'engloutit pas la mer inexorable\nLaisse mon cœur errer sous le ciel adorable\nDe tes grands yeux d'azur et je pourrai mourir,\nPlein du ravissement de ton sourire d'ange\nEt de tout l'art exquis de ton beau corps cambré,\nAyant des biens mortels ignoré le mélange,\nDans l'extase du rêve où rien n'est altéré.\nRollinat, ce soir là même eut une surprise. Je lui fredonnai presque\nimmédiatement deux ou trois de ses mélodies. \" Quel malheur que vous\nn'ayez pas de voix, s'était-il écrié, vous seriez mon meilleur interprète et\nprouveriez que ma musique n'existe pas que par moi mais par elle-même. \"\nOn ne se quitta plus. J'étais devenu le contrôle nécessaire des\nnouvelles œuvres et comme, à propos d'interprétation, je lui faisais cc\nreproche, ayant, lui, toutes les voix, de ne pas penser aux autres, il me dit\nun jour : \" Toi !je t'autorise à modifier et il écrivit en riant (en riant il\navait une fossette qui ressemblait à celle de Rochefort) un autographe.\nJe n'en ai pas abusé. Pas du tout. Rollinat savait, en m'accordant\ncette confiance, que si j'avais modifié deux ou trois notes parce que cela\nétait nécessaire, je serais resté dans le même pays musical que lui.\nOui, avec de la voix, j'eusse prouvé que le frisson de la musique de\nRollinat était transmissible par un autre que par lui ce qui a été fait\npar Mme Montaigu-Montibert pour X—\nmais il faut exprimer un grand, très grand regret : c'est que Rollinat\nn'ait pas chanté dans les gramophones du temps, ce qui pouvait être fait.\nSa vraie statue, puisque l'on parle parfois d'un monument, c'eut été sa\nvoix, son jeu, à jamais morts.\nNous nous retrouvions, le soir, dans les brasseries à piano, le plus\nsouvent au 7 de la rue Racine. Là, fut en réalité le nid des\ncar c'est là que nous rencontrâmes Emile Goudeau. Charles Frémine,\nRollinat, Goudeau et moi devînmes inséparables. Goudeau nous avait\nrévélé ses Fleurs du Bitume :\nLes voyez-vous passer les belles affranchies ?\n\n2"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.20", "texte": "18\nS. I. M.\n\nNous allions parfois rejoindre d'autres groupes au café de la Rive\nGauche, au coin de la rue Cujas et du Boul' Mich ! Un soir apparut un\nnommé Paillard, ancien secrétaire du général de mon régiment. Ace\nrégiment, j'avais fondé, en dépit d'acteurs, soldats comme moi, qui préten-\ndaient que les camarades aimeraient mieux aller boire du cidre avec des\nfilles que d'écouter des œuvres d'art, des concerts \" d'artilleurs \" qui\neurent plein succès.\n\" Je vous cherche, me dit Paillard. En souvenir d'autrefois, j'ai\norganisé, au 2 du Boulevard Voltaire, des soirées auxquelles vous assiste-\nriez avec plaisir. Venez donc ! \"\nCes soirées avaient lieu le mercredi. Goudeau les baptisa immé-\ndiatement : les Mercredines. Au premier mercredi, nous partîmes ;ce\nfut charmant. A 2 heures du matin, nous rentrions à pied au quartier\nquand, soudain, sous l'horloge de la rue Turbigo qui surmonte le Passage\nde l'Ancre, Goudeau s'écria : \" C'est un peu épatant, les étudiants qui\npassent pour l'élite de la jeunesse intelligente, ne sont bons qu'à se\nsaouler et à eng... des femmes dans les brasseries alors que voilà de braves\nbourgeois qui organisent des distractions délicieusement artistiques... \"\n\" Mais, fis-je, il ne tient qu'à nous d'en faire autant, il faut simplement\nvouloir. \" Je lui racontai les concerts \" d'artilleurs \". \"Eh bien !\nessayons, \" conclut Goudeau. Le vendredi, à la Rive Gauche, ou fit\npart du projet. Paul Mounet se leva en s'écriant : \"Je commence!\"\nEt il commença : \"\nWaterloo, Waterloo, Waterloo, sombre plaine...\nLes Hydropathesétaient créés. Il y eut un peu de houle; différents\ntitres furent proposés. Un nommé Picquemal, très éloquent, politique,\nflairant peut-être un tzemplin, ambitionna la présidence. Je le combattis\nviolemment. Il n'était pas le promoteur et il n'était pas poëte. On vota.\nGoudeau fut nommé Président. Moi et de Puyferrat, vice-présidents. De\nPuyferrat n'était pas poëte mais il représentait la jeunesse éternelle.\nC'était un Henri IV vivant qui disait un sonnet LouisXV « V Aiguille \"\navec une distinction qui évoquait tout le délicieux règne. Cet Henri IV\nportait un monocle.\nPourquoi Hydropathes ? Le mot appartenait à Goudeau. Son histoire,\nen détail, serait trop longue à raconter ici. Il s'écrivit un instant: hydro-"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.21", "texte": "ROLLINAT\nI 9\n\npattes \" animal à pattes de verre Avec la première orthographe, il\nvoulait aussi bien dire: pour ou contre l'eau. J'en conclus que les journaux\ndiscuteraient et qu'il serait parlé de nous, ce qui eut lieu.\nUne fraternité extraordinaire régna dans ces soirées dont le siège fut\nd'abord au coin de la rue Cujas et de la rue Victor Cousin, puis rue de\nl'Entrepôt, dans une grande salle de concert.\nLes Hydropathes moururent parce que Sapeck, Fragerolles et\nAlphonse Allais entrèrent, un soir, en lançant des feux d'artifice dans la salle.\nIls se reconstituèrent vers 1884, sous le nom à'Hirsutes, dans les\nsous-sols du Soleil d'Or (Place Saint Michel) avec, comme Président, un\nnommé Maurice célèbre parce qu'à l'instar de Sarah Bernhardt, il\ncouchait dans un cercueil capitonné de satin blanc. Je fus également\nvice-président avec Laurent Tailhade. Un point d'histoire en passant :\nRichepin ne fut jamais d'aucune de ces sociétés : Hydropathes, Hirsutes,\nZutistes (Président : Charles Cros). C'est aux Hirsutes qu'apparurent\nLaurent Tailhade, Charles Vignier, Haraucourt, Jean Rameau. Aux\nZutistes (rue de Rennes) Moréas, d'Esparbés, le Cardonel, Marsolleau,\nMac-Nab.\nC'est après un habile complot avec Salis qui était un vieux camarade\nde Bullier que j'ai entraîné les Hirsutes au Ayant pressenti les\nprincipaux et Salis ayant amené des \" carrosses \" j'interrompis la séance\npar un petit speach où je faisais valoir ses propositions avantageuses.\nDans une joyeuse bousculade on partit et elle fut terminée Boulevard\nRochechouart où Willette se trouva mal en entendant chanter Rollinat.\nC'est cette chevauchée vers la butte que j'ai synthétisée en 1898,\nà propos d'un banquet où Jules lévy tentait de rajuster les \" débris\nen représentant Goudeau, assis sur le Panthéon, donnant la becquée à un\nnid de petits aigles perché sur Montmartre.\nRevenons à la fraternité Hydropatesque. On s'aimait tous, on se\nproclamait tous.\nChez un Monsieur Paul Eudel auteur d'une fine pantomine :\n\" la statue du Commandeur \" et des \" truquages à l'Hôtel Drouot \"\nqui recevait somptueusement Galipaux et disait des monologues de moi\n(quelle joyeuse époque !)\nLe vent enlève les chapeaux\nMais il n'enlève pas les têtes ;"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.22", "texte": "20\nS. I. M.\n\nLes fous peuvent perdre leurs têtes\nSans pourtant perdre leurs chapeaux ;\nLes clowns font tourner les chapeaux,\nLes femmes font tourner les têtes....\net Paul Bilhaud proclamait Rollinat. Eudel leur demanda de nous amener.\nVoilà la filière. Ici la gloire de Rollinat commence. Le jour convenu,\nRollinat vint me chercher à l'atelier, 5 rue Béranger. Nous longeâmes les\nboulevards, Eudel demeurait 12 rue Rougemont. Ala hauteur du\nPont-de-Fer, je le vis, avec un mal énorme, glisser des gants noirs : \"Que\nfais-tu ? \" \" Je mets mes gants !\" \" Ils sont noirs ! \" \" Eh\nbien !je suis en deuil. \" \" Mais les gants blancs... se portent égale-\nment... c'est même mieux porté... \" Je ne savais lui exprimer que ses\ngants étaient d'une vétusté déplorable. J'arrivai à le persuader, sans trop\nde douleur, qu'il fallait en acheter des blancs, ce qui fut fait.\nA la soirée, Clémenceau, Massenet, Taskin. Nous fûmes plusieurs à\ndire des vers mais il était établi que nous préparions la salle. On attendait\nautre chose ! Nous mîmes Rollinat au piano. Clémenceau ne le quitta\nplus. Toutes les dames le clouèrent à ce piano. Elles rapprochaient leurs\nchaises à chaque mélodie. Il riait de surprise, disait : \" Mais... je ne sais\nplus !\" et continuait. Taskin murmura à côté de moi : \" Si c'est çà qu'il\nleur faut, je ne chanterai pas ce soir \" et il s'en alla, étant, lui, officielle-\nment sur le programme. J'entendis Massenet dire : \" Je voudrais l'avoir\ncomme élève J'aurais mauvaise grâce à critiquer une seconde le fin\nmusiste du \" Jongleur de Notre Dame \" mais à quelque temps de là, il\npublia \" les Coccinelles sont couché éé éé éhe ! \" (paroles d'Armand Sylvestre)\ncertainement pour montrer de quelle façon Rollinat eut dù traiter \"\nDemoiselles \". Or, non seulement ce n'était pas du Rollinat mais pour\navoir voulu parodier en maître^Massenet avait perdu sa propre route, ce\nn'était pas même du Massenet. Et ceci est un compliment. Je ne puis\nemployer une meilleure forme du pardon.\nRollinat, après ce triomphe, vint me reconduire jusqu'à la Place de\nla République. A peu près devant ce même Pont-de-Fer, il soupira :\n\" Enfin ! j'ai... du... talent... pourquoi ne suis-je pas aussi connu que les\nautres? P't'être que çà pourrait me rapporter un peu \", et c'est d'un gros\nrire qu'il soulignait cette réflexion. Et le rire s'accentua : \" Avoue-donc\nque t'es avide de célébrité ?\" \"Eh ben, oui ! \" fit-il, en me tapant\nsur l'épaule à la façon des paysans et en imitant l'accent du grand Nuret,"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.23", "texte": "ROLLINAT\n2 I\n\nun type bizarre de son pays, \" j'voudrais êtr' ceulebe ! \" Je devins serieux :\n\" Si tu le voulais, çà serait fait ! Seulement, il faudrait m'obéir \"\n\" J'veux ben... t'obéir, qu'est ce qui faudrait faire ! \" \" Je te le dirai,\ntu promets ? \" \"Je promets ! \" J'avais mon idée. Soudain il me dit :\n\" Ecoute donc çà ! \" Depuis la sortie de chez Eudel et à travers toutes\nces paroles, il venait de rimer quatre merveilleux vers.\nJe me vengeai. A quelques jours de là je lui récitai cette pièce :\nLA RÉCLAME\nFais du bruit, tape, tape, tape\nSur le ventre de ton talent :\nPlan ra ta plan, boum, zing et v'ian !\nGonfle la voix et crie et frappe !\nNe va pas te dire : Il suffit\nD'être un rêveur pour que l'on m'aime !\nOh ! non ! Proclame-toi toi-même,\nLe front haut, le masque bouffi.\nMéprisant quiconque te nie,\nInsolent et dardant ton œil,\nSouffle le vent de ton orgueil\nComme la claque du génie.\nNe rôde pas par les chemins,\nSi tu tiens bazar de pensée,\nBras ballants et nuque brisée,\nDresse les pieds, lève les mains.\nÉcoute bien ce qu'il faut croire :\nL'écho, c'est la célébrité.\nMarche sur ta timidité,\nFabrique l'écho de ta gloire.\nTu vaincras les femmes d'abord\nQui se sentiront honorées\nDe baiser tes tempes laurées...\nEt tu gagneras beaucoup d'or."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.24", "texte": "2 2\nS. I. M.\n\nEt pourquoi pas ? Pourquoi méprise-t-on la réclame ? Qui attaque-t-\n-elle ? Et... la Modestie (regardons bien au fond de nous-même) n'est-elle\npas... souvent... l'hypocrisie de l'Orgueil.\nJ'allai voir Coquelin Cadet : \" Rollinat veut être célèbre. J'ai un\nmoyen. \" \" Lequel ! \" \"Tu vas inviter Sarah après l'avoir\nchauffée à blanc...\" \"J'ai compris. C'est fait ! tenez-vous en haleine.\"\nJe racontai à Rollinat. Il eut le trac. C'est presque sévèrement et\navec des discours qu'il fallait lui rappeler qu'il m'avait donné sa parole. Il\ny eut deux fausses alertes. A la seconde, nous avions déjà passé l'habit. Et\nRollinat flairant une chance d'échapper, me disait : \" Tu vois bien, elle ne\nviendra pas !\nSarah, tout en blanc, Damala, Richepin. Nous étions peu. Dans le\nmiroir du souvenir, je ne vois pas les autres. Peut-être (?) Eugène\nMorand. Sarah fit cette réflexion : \" Cette musique me donne\nla sensation des musiques orientales. \" Elle apporta elle-même un verre\nde bière à Rollinat toujours assis au piano et s'agenouilla à demi en le lui\nprésentant.\nOn sait le reste. Sarah, en musant, paraît-il, fit le reproche à Albert\nWolf de ne pas connaître Rollinat. Elle donna une soirée où elle avait\ninvité également Arthur Meyer, ce qui gâta tout. Car ce furent les deux\njournaux, le Figaro et le Gaulois,qui s'arrachèrent l'Actualité. Arthur\nMeyer envoya Charles Buet, avant la fin de la soirée, rédiger un article...\nqui coupa l'herbe sous le pied de celui de Wolf et Wolf ayant fait le sien\ntout de même parce qu'il l'avait promis reprocha à Rollinat l'article\nde Buet. Il me fut raconté qu'une artiste peintre dont je tais le nom\npar amitié à qui Sarah avait dit : \" Comment le trouves-tu, ce\nRollinat ? \" avait répondu : \" Oh ! c'est un poseur, il ne peut pas s'asseoir\nau piano sans s'être regardé dans la glace \" et que Sarah avait ajouté :\n<< Tu as raison \". En effet, Rollinat ne retourna pas chez Sarah. Rollinat,\nposeur, c'est la plus historique des drôleries ! Et voilà cependant comme\nil est presque certain qu'il fut abattu.\nais, chez lui, le tout reportage affluait. Je restai quatre jours sans\nrien lire et sans le voir. J'avais été l'Eminence Grise, je cuvais la réussite.\nAu quatrième jour donc je sonnai rue Oudinot. Rollinat vint m'ouvrir.\nUn brouhaha tanguait derrière lui. \" Que deviens-tu ? \" lui dis-je, en\nsouriant finaud. \"Je monte le Calvaire de la Gloire ! \" Le salon était\nplein et cosmopolite. J'aperçus Lavedan."}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.25", "texte": "ROLLINAT\n23\n\nDes vers de Rollinat parurent dans tous les journaux. Des légendes\nabsurdes se mirent à siffler. On le niait en bloc. On l'accusait de tout,\nexcepté d'être lui-même. La gloire en éclatant lui cassait ses vitres. Il\ns'attrista. A la Conférence que fit Sarcey sur les Névroses il refusa d'aller\n(aux Capucines). Sarcey l'assassina. Du livre formidablement ouvragé des\nNévroses il extirpa la Belle Fromagere qu'il prenait pour une frivolité !\nSarcey disait fort bien les vers. Or, après plusieurs admirables vers de\ncette pièce, un auditeur l'arrêta : \" Eh bien ? \" \" Oui, toujours en\ntrès beaux vers (textuel) fit Sarcey, mais.... \" \" Mais quoi ? \" et il y\neut des \" Oh ! \" Il lut la Morte Embaumée. Ce n'était pas là non plus le\nchoix à faire. Le parti pris de rabaisser l'œuvre était évident. Et c'est\ncomme avec un accent de regret qu'en descendant lourdement de la\ntribune il dit : \" Enfin ! il paraît qu'on en est déjà au deuxième mille ! \"\nIl devint plus tard l'ami de Rollinat et commis la plus maladroite\ndes gaffes. Il fit chanter du Rollinat... à par Kam-111. Kam-11l\ntrouvant les rondels de Rollinat trop courts, pour faire une chanson d'au\nmoins deux couplets, les répétait ! ! ! Pauvre Rollinat. Encombré de ces\ninconséquences il alla se cacher dans la Nature et ce fut du bonheur car\nc'est là qu'il fit le plus beau des livres, à mon avis :\nLa France ne manque pas de grands hommes mais elle n'a pas assez\nconstaté celui-là. En ce moment, il se fait une vague réaction. Les littéra-\nteurs ayant bouleversé toutes les lois anciennes, on accorde qu'un mélodiste\ndont la puissance émotive fut incontestée avait peut-être éveillé des\nsecrets. Madame Bartet, dans une Conférence au Théâtre des Arts, alors\nque Raynaldo Hahn était au piano, évoqua Rollinat. Signe des temps.\nSymptôme, L'homme simple ne profitera pas. On parle d'une statue, où ?\ncomment ? Un peu de marbre lui a été donné signé d'un grand nom :\nune stèle de Rodin scellée sur l'Eglise de Fresselines. Rollinat avait été\npeu préoccupé d'idées religieuses. Finir pour de bon l'ennuyait. C'est\ntout !\nC'est moi qui ai présenté Rollinat à Rodin, rue de l'Université. Rodin\nvenait de terminer sa \" Cariatidell y avait là l'espoir d'un portrait.\nRollinat était timide. Revenir c'était l'imposer. Il s'attarda et mourut.\nRodin le regrette. Je suis peut-être fautif. Rollinat avait manifesté le\ndésir de voir Rodin modeler. Rodin commença de bonne grâce une\nexquisse d'hercule. Il ne me vint pas à l'idée de lui dire en lui montrant\nle poëte : \" Travaillez donc d'après nature ! \""}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.26", "texte": "24\nS. I. M.\n\nJe n'hésite pas à donner à cette cérémonie de la stèle sa physionomie\nréduite. Nul poëte, nul musicien de Paris. En personne, cela s'excuse,\nmais nulle manifestation. Seul, l'ami de la rue St-Jacques, celui qui\nressemblait au frère envoya des vers que le poëte Bouchard de Châteauroux\nvoulut bien dire devant Rodin présent.\nLes voici :\nParler aux morts est un mirage\nCependant, à celui qui dort\nParlons. Evoquons son image...\nLe mirage est un charme encor !\nAppelons la douce figure\nDu poète trop tôt banni\nQui dort au fond de la nature\nDans le berceau de l'lnfini !\nEvoquons sa grande musique\nEt les tendresses de sa voix...\nSa voix, fleur sonore et magique,\nPerdue, hélas ! dans l'autrefois !\nIl décalquait l'âme des choses,\nIl donnait, on ne sait pourquoi,\nAux larmes la saveur des roses,\nEt le frisson était sa loi !\nDe la grâce noble des rimes\nIl fut l'ouvrier merveilleux.\nIl scruta nos profonds abîmes\nDe son scalpel harmonieux...\nViens, Rollinat, c'est une fête\nOù, réunis, nous affirmons\nQue ton oeuvre est plus que parfaite i\nViens, Rollinat que nous aimons...\nIl vient ! il grimpe par les routes,\nLes cailloux roulent sous ses pas...\nQui donc disait, parmi ses doutes,\nQue les morts ne répondaient pas ?"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.27", "texte": "ROLLINAT\n25\n\nMordant sa moustache, il s'avance ;\nSur ses regards, ses cheveux fous\nPleuvent. Il marche et se balance...\nRollinat, te voici vers nous.\nPour le sourire de l'histoire,\nViens embrasser, hors du néant,\nRodin qui signe de sa gloire\nTa gloire, avec son nom géant.\nNous la voyons comme en un rêve\nLe mirage est un charme encor\nCette étreinte idéale et brève...\nRollinat s'en retourne...\nIl dort !\nTous les poëtes Berrichons étaient là.\nSur le socle de la \" statue \", sous le portrait de l'homme, on pourrait\nmettre le portrait de sa musique que je crois avoir exprimé. Contentons-\nnous du même cadre :\nSon chant fut la clameur de l'âme.\nSon jeu fougueux fut souple et fort,\nIl ondulait comme la flamme\nEt pesait comme le remord.\nJL\nTraduisant en verve féconde\nDe notre enfer tous les décors,\nLarme tendre ou larme profonde\nIl fit pleurer tous ses accords.\nRâle d'espoir ou cri de rage,\nAccents étranges et navrés,\nSa musique fut un langage\nCompris des seuls désespérés.\nElle nous promène en nous-mêmes,\nElle est le miroir des douleurs"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.28", "texte": "26\nS. I. M.\n\nEt sœur des face à face blêmes\nLes grise d'harmoniques fleurs.\nElle plonge aux pires détresses,\nBondit au suprême idéal,\nEn de frissonnantes ivresses\nNous fait savourer notre mal.\nEt cette Musique d'alarme,\nTelle un poison qui sait guérir,\nA ceux qu'elle a bercés de charme\nDonne le regret de mourir.\nOui, cette musique permettrait de supporter indéfiniment \" le\ndéshonneur \" de vivre, selon le mot d'un poëte dont le nom n'est pas\nprésent à ma mémoire. En l'imprégnant, elle corrige la vie. Elle rappelle\nà l'ordre le désespoir. Je disais un jour à mon ami Armand Dayot qui\napplaudît : \" l'architecture gothique, c'est de la pierre qui chante \" eh\nbien, j'oserai dire aujourd'hui : \" la Musique de Rollinat c'est de l'âme\nsonore. \" De l'âme c'est-à-dire nulle réticence de fabrication. Ce fut dans\ntoute sa palpitante simplicité la technique de Rollinat. Il chanta de la\nVraie Musique. Cette technique-là chasse le roquet qui s'impose\ndans vos pas.\n\" L'Ampleur sans Procédé de vos chants douloureux ! \"\nLes autres génies Gounod a traité Rollinat de \" fou de génie \"\nMerci Gounod ! composent leur musique, ils ne la cueillent pas\nsur leur souffrance directe, ils l'adaptent à des motifs, à des à propos.\nUne preuve qui va surprendre. A combien d'entre eux la valeur intérieure\ndes paroles importe-t-elle ? Rollinat n'a greffé que sur des fraternités.\nC'est pourquoi il n'impose pas, comme eux, que la surprise et l'admi-\nration, mais l'émotion immédiate. Et à tous, subtils ou non. Je suis certain\nde discerner les habiletés musicales mais je n'en connais pas... l'algèbre.\nJe ne puis, à côté de la sensation, discuter, mais je m'aide de cette\ncitation d'un pratiquant, Léo Goudeau, frère d'Emile Goudeau :\nLa Mélodie, chez Rollinat, a quelque chose de bizarre qui frappe par le côté\néminemment original.\nIl emploie de préférence les intervalles les plus vibrants et les plus inattendus"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.29", "texte": "ROLLINAT\n27\n\net constamment se sert du triton en descendant et de l'intervalle d'un ton et demi.\nCela ne constitue point une originalité mais où il est étrange, c'est quand il attaque\navec vigueur des modulations très éloignées et, le plus souvent, par des\nappogiatures ; celles-ci, quelquefois, d'une hardiesse extrême, le chant faisant deux\nnotes diatoniques étrangères à l'harmonie.\nL'harmonie, du reste, est en rupture de ban avec toutes les règles établies ;\nelle présente des successions sans liaison ; elle abandonne le chant qui alors lutte\ncontre elle, ou s'en fait une esclave absolue, modulant sous chaque degré nouveau,\nmême dans un chant rapide, et alors avec un débordement de richesse et de\nlibertinage qui donne une frissonnante sensation.\nJ'ai ouï-dire bien des gens, après avoir entendu Rollinat : \"Il n y entend\nrien ! \" mais ils partaient émus. Pourquoi donc disaient-ils : \" Il n'y entend rien !\ngrave question.\nGrave question ! L'Oreille n'est-elle pas et seule, le guide sans Appel\nde l'Harmonie. Que pensent les Musiciens des huitièmes de ton des\nmusiques javanaises ? La grave question, je la précises : les pilotis de la\nMusique, jusqu'à présent, sont-ils conventionnels ? Lui est-il impose d etre\nanalogue au vers parnassien, a-t-elle droit au vers libre. En littérature, je\npréfère, moi, la jonglerie qui simule plus de sélection, mais la musique\nAile des âmes prisonnières\nn'a-t-elle pas droit à l'essor : hors barrière ?\nWagner lui même, puissant poëte, n'a pas osé la délivrer. Il cède encore\nau lieu commun... qui pullule dans son chef-d'œuvre... pour braves gens :\nla Chanson de l'Étoile ! La Musique de Rollinat ne fait nulle concession\nà l'habitude. Il a écrit :\nLa goutte d'eau de l'Habitude\nCorrode notre liberté.\nQuel pianiste peut lui être comparé. Il n'employait pas la pédale, il\nen avait une sous chaque doigt. Il n'effaçait jamais une note. La mitraille\nde son jeu, pour la plus policière oreille, il la chronométrait. S'il fut un\nPaganini du piano, c'est lui. Des amis venaient et me disaient: \"je suis\npremier prix du conservatoire\" \"Jouez la Valse des Squelettes,\" et ils\ns'embrouillaient.\nCe qui donnait l'audace à Pelleport de mettre en face d'Hugo\nRollinat, c'est que celui-ci fut l'orfèvre que ne fut jamais Hugo. Hugo\naugmentait sa poésie d'éloquence et ne jouait jamais la difficulté. C'est"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.30", "texte": "28\nS. I. M.\n\ndans les plus extrêmes difficultés que Rollinat serrait l'idée. Il fut le plus\ncourageux ouvrier du vers. La synthèse sans arrêt. Nul mot ne s'échap-\npait du titre et cela dans l'abstrait qu'il traquait sans oubli. Hugo a risqué\ndeux sonnets dont un madrigal. Les rondels, rondeaux, villanelles de\nRollinat sont d'inimitables joailleries par leur rigidité d'observation.\nBeaucoup sont d'une réussite stupéfiante. Hugo s'épand avec facilité dans\nla fresque décorative. Rollinat burinait l'eau forte.\nCe grand auteur qui comme chanteur avait toutes les voix, dans\ntoutes ses voix avait tous les moyens.\nLorsque Rollinat interpréta ses mélodies devant l'éditeur Lemoine,\nj'étais présent celui-ci s'écria : \"Il ne termine jamais de la même\nfaçon ! \" Souvent j'avais formulé cette remarque à certains compositeurs:\n\" Vous faites un nœud toujours le même, ou à peu près, à vos différentes\ncompositions, n'est-ce pas comme si nous, poètes, nous terminions nos\ndifférentes pièces de vers par le même vers ? \" L'un fut cruel pour\nlui-même et les autres, en s'excusant ainsi : \" C'est pour donner une\nsatisfaction au public et l'avertir que c'est fini ! \"\nLa Musique de Rollinat est une pensée qui ne joue pas avec elle-\nmême, qui ne bavarde pas. Elle élague toute anecdote. Elle se résume et\nse surveille. Toute note qui n'émane pas du parfum de sensitivité est\nexilée. Cette Musique est magique. Elle éclaire les paroles. Elle les ouvre\net les auréole. Ceux que fatiguait la compréhension de Baudelaire, avec\nson aide, l'ont élucidée. Après Rollinat on ne se remémore plus les vers\nde Baudelaire, on les chante. Je ne parle pas seul. M\"0 Judith Cladel a\nécrit : \" des mélodies qui collaient à cette poësie circéenne comme des\nvoiles mouillés à un corps nu\nMoi, j'ajoute : \" comme une tunique de Nessus \". Les paroles\nentendues avec la Musique de Rollinat ne sont plus libres.\nIl y a, dans les harmonies, des mariages de raison et des mariages\nd'amour. Rollinat ne répercute que les mariages d'amour, de profond\namour. J'insiste, elle cueille la fleur du sentiment comme certains peintres\nqui ont dérouté et déroutent encore cueillent la fleur de\nl'atmosphère ; Monet dans ses cathédrales, Brangwyn dans ses \"boucaniers\"\nBoznanska et Mêla Mutermilch dans toutes leurs vertigineuses toiles et\ncomme Aurel cueille, en prose, les plus imperceptibles balancements de\nl'indécision humaine.\nL'Art est la Coquetterie d'une nation. Une nation doit se fleurir de"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.31", "texte": "ROLLINAT\n29\n\nl'effigie de ses artistes. La France doit-elle omettre de joindre à son\nbouquet la plus rutilante de toutes ses fleurs.\nRollinat fut plusieurs fois grand homme.\nImporte-t-il décidément que Rollinat ait sa statue ? Si je croyais aux\nmorts, je le voudrais pour l'équilibre de la justice. Nous sommes des\napparences. Je le désire pour l'apparence de la justice et pour rectifier\nnettement une apparence de la justice. Ecoutez ceci : depuis la mort de\nRollinat je n'ai jamais été à Châteauroux. On m'a affirmé l'authencité de\nla drôlerie suivante (déférente, c'est entendu, mais drôlerie tout de même).\nLe conseil Municipal obéissant à la rumeur qui lui révélait qu'un grand\nhomme était né dans la ville, se décida à donner son nom à une rue,\nmais la mère de Rollinat protesta. Elle découvrait que le talent d'orateur\nde son mari équivalait aux divers talents de Maurice et que la priorité\npaternelle s'imposant, c'était le nom du père qu'il fallait arborer. Le\nconseil Municipal obtempéra de cette façon : il appela la rue : Rue\nRollinat.\nLequel ?\n\nGeorges Lorin."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.32", "texte": "RÉFLEXIONS D'UN SOLITAIRE\n\nOn sait que avait écrit de volumineux mémoires, dont les manuscrits ont été partagés\nà sa mort en 1813, entre ses sept neveux et nièces. Ces précieux volumes sont aujourd'hui dispersés,\nMademoiselle Pauline Long a pu en retrouver la trace dans les différentes bibliothèques\net se disposé a en faire la publication. Nous sommes heureux de pouvoir présenter aujourd'hui à nos\nlecteurs, un fragment de ces Reflexions. Il appartient au volume manuscrit qui se trouve à la Biblio-\nthèque Nationale.\nPlaidoyer pour moi-même adressé au tribunal dramatique.\nDans la préfacé de mon livre \"De la Vérité\", j'ai dit pourquoi je ne\ncomposais plus de musique ; mais je n'ai pas assez insisté sur la raison\nprincipale, qui est ma santé. Je vais donc, si on me le permet, entrer\ndans quelques détails à ce sujet. Aujourd'hui qu'on voit que ma résolution\nest stable, et que je n'ai pas fait un serment d'auteur ou d'ivrogne, on\nme pousse plus que jamais de reprendre ma lyre ; le puis-je, le dois-je ?\nc'est ce qu'on verra dans la suite de ce chapitre. D'abord je pense que\n1 amour, la poesie et la composition vivent des mêmes éléments, et qu'en\nrenonçant au premier, on n'a plus de justes prétentions aux deux autres.\nQuand il n'est plus amoureux, le rossignol cesse de chanter, et la mue\ns'ensuit.\nAinsi que le peut le poète dramatique et d'autres artistes, nous\nn avons pas 1 avantage de mettre en séquestre quelque pièce de jeunesse\nqui ne parait dans le monde qu'au vieux temps de notre vie ; nous\nsommes deux pour un ouvrage, et lun ou 1 autre est toujours pressé de\njouir. En remarquant le silence de la belle muse qui fit le charme de ma\nvie, c'est dommage, dit-on, que vous l'abandonniez, puisque vos derniers"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.33", "texte": "RÉFLEXIONS D'UN SOLITAIRE\n31\n\nouvrages Lisbeth, Anacréon chez Polycrate, Elisca, prouvent que votre\ntête est encore remplie d'idées et de chants musicaux. Je le sais, mais\npour mettre en œuvre et à leur véritable place ces idées et ces chants, il\nfaudrait que je fisse des efforts surnaturels que je redoute actuellement, il\nfaudrait, c'est ce que j'ai éprouvé à chaque ouvrage de musique que j'ai\nfait, il faudrait me monter et remonter la tête presque jusqu'au délire.\nAlors ne dormant presque point, ne mangeant presque plus, et souvent\ncrachant le sang, mes idées abonderaient. Est-ce à mon âge, est-ce à\n67 ans (1808), que je puis soutenir cet orage des sens qui me donnera,\nje veux le croire, un ou deux opéras de plus, mais achetés par le sacrifice\ndu reste de ma vie? Le savent-ils, s'en soucient-ils beaucoup ceux qui me\nsollicitent à remonter ma lyre? Encore un opéra, me dit-on, le dernier, le\nchant du cygne. Proposition assez inhumaine, puisqu'on sait que l'oiseau\nexpire après avoir chanté pour la dernière fois. Mais, me dit-on encore, vous\ntravaillez chaque jour, chaque jour vous écrivez, autant et mieux vaudrait\nfaire de la musique. Quelle différence de travail et d'étude ! Ce que j'écris\nest affaire de raisonnement, et c'est à force d'imagination qu'on fait de la\nbonne musique. Mon travail actuel est celui de l'esprit, l'autre de l'âme,\net de l'âme dans toute son exaltation. Quand je jette les yeux sur 50 ou\n55 partitions sorties de ma tête, et la plupart de ma plume... (Un copiste\nintelligent a souvent mis au net mon premier brouillon fort exigu, après\nquoi je lui dictai les immenses détails d'une partition. Nous ne pouvons\npas comme les peintres abandonner une partie de notre ouvrage à nos\nélèves, nul compositeur, quelque habile qu'il soit, ne peut remplir les\nintentions d'un autre)... Je suis étonné moi-même de ce magasin de\npapiers et de cette énormité de notes. Certains compositeurs italiens, je\nle sais, ont fait jusqu'à cent opéras. Mais ont-ils varié leur style et leurs\nchants autant de fois qu'ils ont changé de poèmes ? N'y a-t-il pas cin-\nquante opéras dans un ou un dans cinquante ? Barilli excellent bouffe,\nassistant à une représentation de 1' \" Amant Jaloux \" avec sa femme,\nparfaite chanteuse, lui disait qu'on ne pouvait distinguer deux auteurs\ndans cette pièce, qu'il semblait qu'une même tête avait produit paroles\net musique. C'est, ajoutait-il, ce qu'il faudra que nous fassions un jour en\nItalie, si nous voulons intéresser les spectateurs, et ne pas les voir comme\nils font s'occuper de tout autre chose que du spectacle. Monsieur Barilli\navait raison, et je suis charmé qu'un acteur italien pense ainsi. Les chants\nvagues, le luxe musical ne conviennent que dans les concerts, ou quand"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.34", "texte": "32\nS. I. M.\n\nle poème ne présente aucun intérêt ; s'il est attachant, la musique doit\ns'identifier avec l'action, sinon elle la tue. Je ne boude pas la musique,\ntant s'en faut, elle est toujours ma favorite. Quand j'entends mes meilleurs\nouvrages bien rendus, je jouis pleinement comme un père qui voit ses\nenfants bien portants et bien établis. Mes premiers ouvrages surtout me\nrappellent le temps de ma jeunesse et mouillent quelquefois mes yeux\nsexagénaires ; et, musique à part, je sens alors combien je dois aux\npoèmes qui m'ont inspiré.\nMadame Marmontel ayant fait une fausse couche, on disait de son\nmari : Cet homme ne fera jamais rien qui puisse vivre. On avait tort.\nSans compter les ouvrages de littérature qu'il ne m'appartient pas de\njuger, les opéras intitulés Lucile, Sylvain, Zémire et Azor, et surtout\nL'Ami de la maison, sont de charmants ouvrages. La meilleure musique\njointe à un mauvais drame, est comme une belle âme attachée à un corps\ndéfaillant ; elle ne peut rien, étant dépourvue d'organes par lesquels elle\npeut agir. Dans ses beaux jours l'artiste vit de sa gloire actuelle et plus\nencore peut-être de sa gloire future ; dans ses vieux ans de celle acquise,\ntrop heureux de vivre ainsi sans infirmités, et sans payer chèrement les\nfatigues qui l'ont conduit au temple de Mémoire. Mais, à tout âge, il\nfaut une occupation, quand dès sa jeunesse, on en a contracté l'habitude,\net celle d'écrire ses pensées sur différents sujets est la plus convenable à\nl'âge mûr. L'homme pour être bon et sociable, a besoin d'être occupé,\nalors il ne songe qu'à son affaire, et laisse vivre en paix les siens et les\nautres. Jeunes filles qui vous mariez, n'épousez point l'homme sans\noccupation, c'est le fléau de la vie. Tout occupé de vous les premiers\njours, il est heureux, mais bientôt, n'ayant point de diversion, il se\nrendra insupportable. On voit peu d'aimables paresseux, leur premier\ntitre est de dormir. Chez certains hommes de lettres, la paresse est un\navantage réel, en 20 années le paresseux produit une petite brochure bien\nfaite, bien piquante. C'est dommage, se dit-on, que cet homme n'écrive\npas davantage. Disons plutôt que souvent c'est une bonne fortune pour\nlui d'inspirer des regrets au lieu d'éveiller la critique toujours inséparable\ndes grands ouvrages.\nL'homme travailleur n'a de ressources que dans la continuelle\nrévision de ses écrits. De même qu'un bon horloger avant de livrer une\nmontre, la pose en tous sens, et lui laisse le temps nécessaire pour voir si\nelle ne se dérange point, de même l'auteur d'un ouvrage quelconque doit"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.35", "texte": "RÉFLEXIONS D'UN SOLITAIRE\n3 3\n\nle revoir le matin, le jour, avant et après ses repas, en état de joie et de\nmélancolie,... et après tous ces soins et ces épurements continuels, si son\nœuvre paraît, la surveillante critique, disons mieux, les érudits \" ad hoc \"\nde chaque chose dont il a parlé, l'avertissent encore qu'on ne sait le tout\nde rien. D'ailleurs, quel que soit le talent de l'homme, il dépend tellement\nde l'état actuel de sa santé, et de la température qui l'environne, qu'on\noserait presque dire que chaque vent divers, que les variations du sec à\nl'humide, du chaud au froid, produits par les 32 rumbs ou parties de la\nboussole, apportent autant de modifications dans son esprit et ses juge-\nments. Il me reste un mot à dire touchant les efforts d'imagination\ninséparables de la composition musicale, qui ont rapport à la maladie\ndout i'ai toute ma vie été affecté. Les personnes éloignées de Paris qui\nsont sujettes à ce mal, et qui ont lu mes \" Essais sur la musique \" et mon\nlivre \" De la Vérité \" où j'ai parlé de mon crachement de sang, me\ndemandent encore quelquefois par lettres des conseils sur leur santé. Je\nleur réponds ici que depuis que j'ai abandonné la lyre d'Apollon et les\nautels de Vénus, ajoutons à cela le calme des sens, triste produit des\nannées, les accès infiniment diminués ne se renouvellent qu'au changement\ndes saisons. Le docteur Tronchin avait raison de vouloir, lorsque j'avais\n30 ans, me faire renoncer à la musique pour guérir mon crachement de\nsang ; mais alors c'était m'ôter l'existence que de me faire vivre à ce prix.\nAujourd'hui que je risque de ne pas faire aussi bien que dans ma jeunesse,\naujourd'hui qu'il me faudrait plus d'efforts périlleux pour arriver à\nl'inspiration, je prends le parti de parler au lieu de chanter, trop heureux\nsi après avoir longtemps amusé les hommes par mes chants, mes réflexions\npeuvent encore leur être profitables.\n\nPauline Long."}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.36", "texte": "WALLNER (Dr 8.-A.). Musikalische Denkmaler der\nSteinâtzkunst des 16. und 17. (Munich, 1912,\nvin-546 p., mk. 12.)\nL'idée n'est pas nouvelle de s'adresser aux \" monuments\nfigurés \", à la miniature même, pour en tirer quelques renseigne-\nments concernant l'histoire musicale : mais le présent ouvrage qui\nporte sur une dizaine de tables, rondes ou carrées, gravées, peintes,\nrevêtues de motets à 3, 4 ou 5 voix, offre un intérêt tout particulier\npar l'abondance des détails et le caractère de la période historique\nqui les vit naître.\nCes tables gravées donnent lieu, souvent, à des rapprochements\ninattendus, dont l'auteur cherche et trouve les causes dans l'édu-\ncation et les goûts des familles princières de la Bavière, du\nWurtemberg, etc., dans l'activité artistique et musicale des cours,\nles allées et venues des ducs ou des prélats, des artistes, des\ndiplomates, les différences de religions, les flottements d'opinions\nauxquels donne lieu la réforme, en somme dans toute la vie intime,\npresque familiale, et surtout insoupçonnée la plupart du temps,\nqui forme la trame enchevêtrée, touffue, sur laquelle s'édifient\nles grands faits historiques.\nChacun des documents devient ainsi l'occasion d'une monographie qui fait défiler devant\nnous toute une série de personnages, tantôt très connus, tantôt moins et même ignorés\ndont l'action, importante ou médiocre, nous explique le voyage de l'œuvre musicale, du texte\net de leur dédicace depuis les auteurs jusqu'à la pierre qui les doit immortaliser.\nOn a vraiment la sensation, en lisant ces pages, extrêmement documentées, d'être mêlé\nau va et vient de cette époque transitionnelle, dont le caractère très particulier se traduit par\ndes mélanges hétéroclites d'humanisme, d'antiquité, de gravité et de raillerie, de textes bibliques\net de chansons à boire, de réforme et de papisme, l'art ne perdant pas ses droits, et\nenveloppant les \" calendriers perpétuels \" de banderoles musicales signées Goudimel, Roland\nde Lassus, Biffi, etc.\nDes textes littéraires et musicaux, placés à fin de cet important ouvrage, viennent éclairer\net préciser les analyses esthétiques qui sont faites à leur sujet au cours des chapitres.\nA. MACHABEY.\nSACHS (Curt) Musik und Oper am Kur (Berlin 1910, 290 pp.)\nNous voici de nouveau reportés à l'époque de la Réforme et de la Renaissance ; nous"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.37", "texte": "LES LIVRES\n\n35\n\natteignons même le i8me siècle, puisque l'auteur étudie l'évolution de la musique, ou plutôt des\ngroupements musicaux à la cour de Brandebourg depuis leur origine, vers jusqu a leur\nsuppression en 1712.\nRègne par règne, M. Sachs nous montre la constitution de la chapelle et de la musique\nde chambre ; puis les manifestations dramatiques ; grâce aux documents d archives, il a pu\nreconstituer chaque maîtrise, chaque orchestre et nous donner de chaque musicien (ou a peu près)\nune courte notice biographique.\nComme dans toutes les monographies de ce genre, des extraits de correspondance nous\nmettent au courant, mieux que n'importe quoi, de l'activité et de 1 état d esprit de ces petites\ncours; on croirait, à de certains moments que la grande, l'unique préoccupation des princes et\nprincesses soit la musique ; la reine Sophie Charlotte u tâche a se consoler des maux de la\nguerre \"en faisant écrire une pastorale à Bononcini ;ce pauvre grand artiste ! Le grand\nBononcini est encore ici, affligé de la mort de sa maîtresse. Cela est cause que je n ai point eu\nde musique depuis huit jours. \" (p. 86).\nL'ouvrage de M. Sachs prend encore de la valeur par une bibliographie très complété et\nune indication scrupuleuse de ses sources.\nAi MACHABEY.\nROTTER (Curt) Der SchnaderhupjJ-Rythmus. (Berlin, 1912, in-40, 236 p. et un\nappendice contenant 34 exemples. Mk. 8.)\nBien que l'on puisse m'accuser de céder à un penchant tout personnel, si l'on me voit\napplaudir à l'apparition d'un ouvrage traitant du rythme, j'espère que la valeur même de cette\nétude justifiera mon humble appréciation.\nL'auteur n'obéit à aucune idée préconçue, à aucune théorie trop rigide : il peint les faits\ntels qu'ils sont, les classe logiquement, découvre ce qui se cache sous les apparences, et crée\nautant de catégories que les dissemblances rythmiques en réclament ; pourquoi vouloir réduire\nau même schème des formes dont les différences sont constantes ?...\nNous voici donc en face d'un phénomène initial : l'union de la poésie, de la musique et\nde la danse ; et l'auteur qui nous a d'abord montré comment d'un simple quatrain, très court,\npouvait résulter, grâce à l'intervention de la musique instrumentale, une danse assez longue\n\" pour satisfaire les danseurs \" nous fait assister à la formation de ce contrepoint rythmique\nqui résulte de la superposition des rythmes caractéristiques : celui de la danse, celui de la\nmusiaue de la mélodie proprement dite, et enfin celui du texte poétique : cela avec une\nnetteté et une simplicité remarquables. Une quantité d'observations extrêmement judicieuses\nsur les contractions, les allongements, les désaccords presque complets entre le texte et la\nmusique, lors des cadences, sont au surplus de nature à nous éclairer sur bien des points\nobscurs qui subsistent encore dans l'esthétique de l'art vocal, ainsi que sur toutes les formes\nprimitives de cet art, les formes helléniques, par exemple.\nMais ce qui doit encore retenir notre attention, c'est que le \" Schnaderhupfl \" est\nl'aspect primordial et rudimentaire de la valse, de la valse qui, échappée du Tyrol, s'en vint\nd'abord dans les brasseries viennoises, puis dans les salons, à qui Beethoven fit l'honneur de\nconsacrer quelques loisirs, que Saint-Saëns transforma en \" Etude \" de haute tenue et qui, non\ncontente d'accaparer une bonne partie du ballet d'opéra, s'introduit, plus ou moins déguisée,\ndans de grandes œuvres symphoniques.\nSans parler de la place énorme qu'elle tient dans la musique légère, où elle est encore\nchez elle, et où il est tout naturel de la trouver, la valse, ou, si l'on aime mieux, la"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.38", "texte": "36\nS. I. M.\n\n\" Schnaderhtipfl \" par son ascension continuelle vers les \" formes intérieures ne reproduit-\nelle pas devant nous l'histoire des vieilles danses médiévales ou renaissantes, aboutissant progres-\nsivement aux types les plus achevés de la musique instrumentale, à la sonate en un\nmot ?...\nCette leçon vaut bien un ouvrage : c'est celui de M. C. R., où nous trouvons l'humble\net naïf couplet tyrolien, avec ses angles vifs, son rythme net, et sa vie aussi, sa vie débordante,\nqui devait, en un siècle, envahir l'Europe, lui communiquer sa chaleur, et s'installer mais\ncette fois avec des vêtements \"à la mode —au sein même de nos concerts les plus\n\" collet monté \".\nA. MACHABEY.\nWEINGARTNER (Félix). Erlebnisse \" \"\n(1912, in-8° de 87 p., Paul Cassirer, Berlin.)\nDans cette brochure, le célèbre kapellmeister raconte par le menu les vexations qu'il eut\nà subir de la part de l'lntendance générale, (et royale) des théâtres.\nOn croît rêver en parcourant ces pages, et on ne sait qu'admirer le plus de la patience et\nde la générosité de M. Weingartner ou de la mauvaise foi persévérante et du \" corporatisme \"\nprétendant contraindre ce grand artiste à rester de force dans un établissement (le Grand\nOpéra Royal) où l'on s'ingénie à lui rendre la vie impossible.\nL'éminent chef d'orchestre n'a-t-il pas été condamné à une amende de 120 marks pour\navoir mal dirigé \" Cavalleria rusticana \" ? Plus loin, il monte au pupitre pour conduire une\nreprésentation de \" Hansel et Gretel \" : le rideau se lève, et il aperçoit sur la scène une\n\" Gretel \" qu'il n'avait jamais vue, et dont il ignorait même le nom.\nL'lntendance avait tout simplement engagé une nouvelle pensionnaire sans en informer\nle chef d'orchestre, et sans même lui donner l'occasion de répéter avec elle !.. Ensuite, c'est\nle récit de manœuvres essayées pour empêcher M. Weingartner de venir pour la première fois\nà Paris conduire deux concerts chez Lamoureux... Et tout cela n'est pas du roman, c'est la\npure vérité. La lecture de ces pages écrites dans un style qui rappelle celui de notre grand\nBerlioz, nous apprendra à nous montrer moins sévères pour ce qui se passe en la \" Ville\nBarbare \"... Cette Cité d'après 1870, n'est peut-être plus le Paris du temps de Berlioz !...\nMais l'accueil triomphal que le grand public de Paris réserve chaque année à M. Wein-\ngartner, le consolera certainement des épreuves qu'il a endurées près des bords de la Sprée.\nFÉLIX RAUGEL.\nROOTHAM (C. B.). Voice training for choirs and schools. (Cambridge at the\nUniversity Press. 1913, in-8°).\nL'éducation de la voix pour chœurs et écoles par M. Rootham, organiste et chef de\nchœurs à S' John Collège, Cambridge, est un livre qui sera très-utile non seulement aux\nMaîtres de Chapelle mais encore à tous les professeurs de l'enseignement primaire.\nIl se compose de deux parties, l'une théorique, l'autre pratique, et cette dernière est la\nplus importante. Le plan de l'ouvrage est très-clair et la table qui est placée au début est\nun véritable résumé des idées de M. Rootham."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.39", "texte": "LES LIVRES\n37\n\nAvant la puberté, l'auteur ne fait aucune différence entre la voix des garçons et des filles ; il\nindique plus loin comment on peut modifier les défauts de la voix parlée et chantée chez les enfants;\nil passe en revue les principales imperfections que l'on rencontre et il engage en terminant les\njeunes compositeurs modernes à écrire des morceaux pour voix enfantines.\nNul doute que cet appel ne soit entendu. MARAGE.\nCUMMINGS (Dr. H .). Purcell. (London, in-i2112).\nBrève et précise, cette biographie nous place dans la seconde moitié de ce 17e siècle\nanglais qui devait voir s'évanouir pour longtemps l'originalité et la fécondité artistiques dont\ns'enorgueillissait alors à juste titre la Grande-Bretagne.\nL'auteur ne dédaigne pas l'anecdote, mais n'en use qu'avec mesure, et il s'applique même\nparfois à combattre quelques erreurs historiques.\nCependant on regrette que la partie esthétique de l'ouvrage soit si succincte et si super-\nficielle et que aucun texte musical ne vienne illustrer et animer les éloges abondants mais\nmonotones que M. W. C. prodigue à l'un de plus grands musiciens de l'Angleterre.\nSouhaitons donc que ce petit livre incite l'un de nos historiens à tracer de Purcell un\nportrait plus ample et plus riche, digne de l'organiste de Westminster Abbey, qui, mort à\n37 ans, nous laisse cependant un bagage musical d'une variété et d'une valeur surprenantes.\nH ANS HEINZ ERVERS & MARC HENRY. Joli Tambour! (Berlin, W. Born-\ngrâber, 1912, in-120 de 272 pp.).\nFaire connaître en Allemagne la chanson française, ou mieux encore l'âme française par\nla chanson, tel est le but que se propose cet ouvrage, dicté, nous dit la préface, par le\ndésir d'un rapprochement entre les deux nations. En réalité, seuls les textes figurent ; la\nmusique, les \" airs \" dont beaucoup cependant sont tradionnels, font défaut ; et c'est croyons-\nnous regrettable.\nMais quel défilé ! Depuis Villon, ancêtre du bohème montmartrois, jusqu'à 1' u Interna-\ntionale \" ce qui n'est peut-être pas sans ironie la chanson populaire nous apparait dans\ntous ses costumes, sous toutes ses formes, tantôt narquoise, tantôt précieuse ; grivoise ou\ngaillarde, batailleuse ou provoquante, mais aussi toujours alerte et franche.\nCeux qui parcourront ce livre, y retrouveront, non sans sourire, l'origine combien\npudique de certaines chansons de route d'une finesse douteuse —, et le souvenir rajeunissant\ndes joyeux cabarets de Montmartre.\nGEORGY CALMUS. Zwei Op ern-Burlesken ans der Rokokozeit, Berlin, 1912.\n(Télémaque de Le Sage et The Beggars Opéra de Gay et Pepusch).\nIl est curieux que Français et Anglais aient laissé à l'Allemagne le soin de ressuciter leur\nesprit d'autrefois et de publier avec tant de luxe ces deux œuvres si caractéristiques du\ni8me siècle.\nLe Xhéâtre de la Foire ! C'est tout un monde, une lutte, presqu'une épopée, qui surgissent\ndevant nous ; l'art officiel d'une part, l'art populaire de l'autre l'un avec ses \" privilèges\nmassue terrible ; le second avec son esprit, sa u rosserie \" dirions-nous aujourd'hui, arme plus\nterrible encore, et qui lui valut le triomphe définitif : les successeurs de Le Sage jouent\nu Pelléas \" ; mais se sont des parvenus.\nVers la même époque un conflit analogue se produisait en Angleterre, et une sorte"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.40", "texte": "3»\nS. I. M.\n\nd'opéra populaire, d'opéra-comique, fondé, régi, exploité par des hommes extraordinaires\ns'oppose avec acharnement et succès au Théâtre Royal.\nMlle C. nous retrace la genèse et les péripéties de cette double bataille, en une introduction\ntrès claire, très documentée qui n'occupe pas moins de 40 pages. Mais ce dont tout le monde\nlui sera reconnaissant c'est d'avoir publié in-extenso la musique de ces deux petits drames\nsatiriques et d'avoir ainsi animé les textes par les sons, cette vie circulante dont le défaut peut\nprovoquer l'incompréhension d'une œuvre ou même de tout un côté de l'histoire. Car la\nmusique des opéras du \" Rokokozeit \" est la clé qui nous aide à saisir comment et pourquoi le\npublic faisait fête au Théâtre de la Foire qui finit par vaincre ses nobles rivaux : l'âme française\nn a pas change ; il lui faut rire, il lui faut décocher des flèches à ceux qui plastronnent et\nc est pourquoi la \" Revue \" moderne est bien plus l'héritière de Le Sage que l'opéra-comique.\nHAMMERICH (Angul). Mediœval musical Relies of Denmark. (Leipzig, 1912,\n126 p., in-40).\nOn ne saurait trop admirer la piété de ceux qui entourent l'archéologie de la musique\nd un luxe, qui semble être la compensation de l'injuste oubli où sont tombés les plus vénérables\ndocuments.\nGrâce à M. H. nous voici en possession d'une superbe édition de ces a Reliques Danoises \"\nassez inconnues, et qui cependant procèdent de l'art français, et même le plus souvent\nreproduisent simplement des textes musicaux de notre moyen-âge. M. H. en effet, outre qu'il\neut 1 adresse d exposer rapidement et clairement l'esthétique de la u Séquence \", put identifier\nla plupart de ces textes, grâce au travail d'Aubry et Misset sur Adam de St Victor.\nEt l'on reste un peu stupéfait de la vigueur de l'école de S 1 Gall qui après avoir peut-être\nconcentre une partie de l'effort byzantin, fît rayonner son art, ses procédés ses formules, sa\n\" manière \" même, par toute l'Europe pendant plusieurs siècles, et nous impose la nécessité de\nreconnaître son génie dans les feuillets d'un registre poudreux ou les paperasses d'un monastère\ndu Danemark\nWEISSMANN (A.). Chopin. (Schuster, Berlin et Leipzig, 215 p. et 52 planches).\nLa maniéré dont est présentée cette biographie n'est pas très originale : Que Chopin a régné\nsur les salons et qu il fut adulé des femmes, nous le savions, et l'auteur insiste peut-être un peu\ntrop sur ce point de vue. Mais l'analyse qui nous montre le développement du génie, celui de la\nmaladie et celui de 1 amour chez le u poète du piano \" est intéressante et les appréciations\nrelatives à l'esthétique de ses œuvres, à leur interprétation même, sont souvent à retenir.\nCe qui soutient surtout l'intérêt de cet ouvrage, est qu'il est écrit avec une conviction\ntrès sincere, qu il est comme un hommage rendu au grand musicien, dont on ne saisit pas\ntoujours paraît-il l'esprit, en Allemagne.\nUn grand nombre de gravures placées à la fin du volume servent très utilement à fixer d'une\nmaniéré u visuelle la physionomie et même l'aspect de l'existence mouvementée de Chopin.\nREYSCHOOT (Dossan van). - Analyse thématique rythmique et métrique des symphonies\nde Beethoven. Symp. let //, en partitions. (Breitkopf, Bruxelles). {JL.es textes sont en français,\nallemand et anglais).\nNul mieux que M. Combarieu n'était désigné pour faire l'éloge de cette édition remarquable >\net il le fît avec chaleur dans une préface dont j'aurais voulu pouvoir extraire bien des passages-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.41", "texte": "LES LIVRES\n39\n\nCertes, cette édition rythmique devra, quelques temps encore, faire antichambre avant de\npénétrer dans les sanctuaires de la musique : la foule compacte des musiciens que l'incompré-\nhensible orgueil d'une éducation scolastique et d'un talent médiocre éloigne de la Raison,\npréférera toujours remplacer l'évidente logique du classicisme qu'elle affirme comprendre et\nadmirer par le désordre d'une interprétion fantaisiste. C'est ainsi n'est-il pas vrai ?\nqu'on devient original, qu'on \" se fait une individualité\nMais nous espérons en revanche que le public éclairé fera prochainement bon accueil à la\ntentative de M. V. R. : il n'y a ni déshonneur, ni désavantage à soumettre ses facultés à la\ndiscipline des \" belles formes \", et même ceux que guide un instinct très sûr découvriront plus\nfacilement la solution de ces \" cas de conscience \" si fréquents en musique. Au surplus, le\ntravail de M. V. R. n'est-il pas la mise en évidence de cette sorte d'Harmonie préétablie, de\ncette espèce de a géométrie du temps \" qui est à notre insu la façon habituelle dont nous\npensons, de ce guide obscur dont nous avons parfois seulement l'intuition très nette ? Qu'un\ntrait de lumière adroitement dirigé vienne nous les préciser à notre volonté, et nous voilà\nenrichis d'une arme nouvelle dont nous ne savions nous servir que sans habileté jusque là.\nC'est ainsi que bien loin d'être une pure théorie, la morphologie musicale poursuit un but\néminemment pratique ; c'est la pensée directrice de notre collègue de Gand et c'est dans\ncet esprit qu'il faut examiner les deux symphonies de Beethoven dont il nous fournit l'inter-\nprétation rythmique. A. MACHABEY.\nPROD'HOMME (J. G.) Ecrits de Musiciens. (i vol. in-18, Paris, Mercure de\nFrance, 1912.)\nL'intéressente anthologie que publie notre collègue Prod'homme comprend une série\nd'écrits provenant de musiciens des XVe, XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, et qui constituent de\nprécieux documents biographiques et esthétiques. Qu'il s'agisse d'Avertissements, de Dédicaces,\nde Lettres ou de Testaments, ces divers écrits apportent, en effet, des renseignements extrême-\nment pittoresques et expressifs sur leurs auteurs. Ajoutons que M. Prod'homme a consacré à\nchacun des auteurs de son anthologie une substantielle notice qui résume les travaux\nhistoriques les plus récents. LIONEL DE LA LAURENCIE\nCOMBARIEU (J.) Histoire de la musique des origines a la mort de Beethoven. Tome I.\n(Paris, Armand Colin, 1913, in-8° de 651 pages. 8 fr.)\nCe premier volume représente à lui seul des années de recherches et de travail ; aussi\ndoit-on tout d'abord louer M. Combarieu pour l'énergie et pour la persévérance qu'il a mon-\ntrées dans l'accomplissement d'une semblable entreprise. Il est un des premiers, en France du\nmoins, à aborder un sujet d'une telle ampleur et à le traiter avec une pareille abondance de\ndocumentation. Lorsque l'index qui doit terminer l'ouvrage aura paru, nous posséderons une\nsource d'indications précieuse.\nLe tome que nous analysons va des origines àla fin du XVIme siècle.\nDans une première partie M. Combarieu explique comment la musique est sortie de la\nmagie : l'homme primitif a peur des esprits et il cherche à les apaiser soit par des chants, soit\npar des danses, dont le rythme a une signification précise. Les instruments par leurs éléments\nou par leur décoration rappellent aussi ce but. On se rend compte que l'auteur émet des\nopinions qui lui sont chères et qu'il étaie par des preuves tirées de la philologie ou de la mytho-\nlogie. Une étude des débuts de l'art musical chez les peuples d'orient et notamment chez les\nChinois termine cette première division."}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.42", "texte": "4-0\nS. I. M.\n\nDans la seconde, nous assistons à l'évolution de la musique qui perd son caractère\nmagique, c'est-à-dire intéressé, pour prendre une forme religieuse et exprimer un acte de foi.\nC'est sa seconde étape, avant de se libérer complètement et de vivre par elle-même en s'inspi-\nrant de la nature. C'est par les Grecs que s'effectue le passage de la magie à la religion, la\nmusique, ce mot avait un sens beaucoup plus général, touche à la philosophie et a sa\nplace dans toutes les manifestations de la vie hellénique. M. Combarieu expose quels sont les\ndivers chants sacrés des Grecs, leur théorie musicale, leurs différents modes, leurs compositions,\nleur rythme et enfin leurs instruments. Une étude des cérémonies religieuses et des représen-\ntations théâtrales, une consultation des philosophes, de Platon et d'Aristote principalement\nforment les chapitres suivants. Il est ensuite question des théoriciens, de Pythagore' dont les\nprincipes nous ont été transmis par ceux qui, quinze siècles durant, ont été ses disciples,\nd'Aristoxène de Tarente, d'Aristide Quintilien, de Plutarque. L'auteur prend congé du monde\nhellénique avec les faibles vestiges qui subsistent de son art lyrique, les hymnes à Apollon, puis\nbrièvement il montre la faible place que la musique tient chez les latins, dépourvus d'originalité\net médiocres amateurs.\nLa troisième partie est consacrée au moyen-âge dont le chant religieux (chant grégorien\npuis plain-chant) est sorti de la combinaison de la musique grecque avec la musique hébraïque.\nM. Combarieu en signale les formes diverses, puis leur place dans la liturgie. Il montre les\nliens qui rattachent la théorie musicale du moyen-âge à celle de l'antiquité grecque. Les tradi-\ntions pythagoriciennes, toutes mathématiques et qui entravent le libre développement de l'art,\nsont transmises par Boèce dont l'influence est considérable. Des modes nouveaux\net plagaux) se rattachent à la nomenclature antique dont ils diffèrent cependant. Les premiers\nsystèmes de notation, alphabétique et neumatique, sont créés. Le plain-chant, \" anti-rnusical et\nadmirable \", prend sa forme définitive. A côté, la musique mesurée est en train de naître à\nParis. Après avoir consacré d'importants développements au théâtre sous sa double forme\ndramatique et comique, après avoir montré ce que fut le chant profane, grâce aux troubadours\net aux trouvères, M. Combarieu arrive à la grande création du moyen-âge : le contrepoint.\nNous ne pouvons malheureusement entrer dans le détail des cent pages où l'auteur étudie à\nloisir les résultats de cette découverte, les premiers monuments de la musique polyphonique et\nleurs créateurs.\nLa musique gardait encore un caractère scolastique et figé. La Renaissance, sujet de la\nquatrième partie, apporta la vie et l'expression. Cette régénération s'opère, grâce aux chan-\nsonniers nançais (musique a cappellu]et aux madi îgalistes italiens qui créent l'accompagnement.\nLa musique religieuse vocale, d'une part grâce aux Protestants (Luther et Calvin), de l'autre\naux papes de la Contre-Réforme (Grégoire XIII) subit une évolution parallèle. M. Combarieu\nen étudie les principaux représentants. La musique instrumentale, elle, fait des progrès. Les\ninstruments se perfectionnent. Dans tous les pays civilisés, les compositeurs rivalisent d'ingé-\nniosité. A l'église même, la musique instrumentale fait son apparition à l'église avec la sym-\nphonie sacrée (Rôle des Vénitiens et de Gabrieli). Quant au théâtre, le ballet en Italie, en\nFrance et en Angleterre favorise la création de l'opéra qui va naître.\nTel est, résumé aussi exactement que possible, ce premier tome, avec lequel M. Com-\nbarieu nous a donné une sorte d'encyclopédie de la musique avant le XVIIme siècle tâche\nconsidérable. Le second volume, annonce pour la fin de cette année, embrassera l'histoire de la\nmusique depuis le XVII e siecle jusqu a la mort de Beethoven. Nul doute qu'il soit digne du\ntome premier.\nG. ROUCHÈS."}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.43", "texte": "LES LIVRES\n4-1\n\nSOUBIES (Albert). —Le Théâtre Italien de 1801 a 1913 (1 vol. in-40 illustré, tiré à\n600 exemplaires numérotés. Paris. Fischbacher éditeur).\nA travers ce siècle troublé, M. Albert Soubies s'est proposé de rechercher tous les docu-\nments pouvant servir à nous renseigner sur le rôle des Italiens en France dans le domaine\nthéâtral, tant en qualité de compositeurs, qu'en celle d'interprètes ou meme de directeurs.\nQuel est du reste l'interprète, qui de tout temps, 11e s'est point senti 1 irrésistible vocation\nd'assumer la direction d'une scène ? Et quel est aussi le directeur de théâtre qui n a pas appîis,\nen présence de difficultés insoupçonnées, à regretter le temps où, simple acteur, il ne voyait\nque le beau côté, le a côté face \" si l'on peut dire, du fauteuil directoral.\nCombien le \" côté pile \" est douloureux et décevant ! C'est ce que nous montre le triste\ndénombrement des u bouillons bus \", depuis le Théâtre Olympique de la rue Chantereine, en\n1802, jusqu'aux entreprises les plus récentes. Mais cela n'est pas une spécialité des Théâtres\nitaliens : ils ont subi le sort commun ; et si le résultat financier fut souvent piteux, le rôle\nartistique ne fut point négligeable. Le nom seul de Rossini suffirait a i attester. Celui-la du\nmoins connaissait a les affaires \" beaucoup mieux que ces anciens chanteurs devenus directeurs,\ndont M. Albert Soubies nous montre les déconfitures successives. La publication de certaines\nlettres éminemment commerciales de l'auteur du Barbier n'est pas faite pour grossir le dossier\ndu \" désintéressement chez les artistes \" : on s'en doutait d'ailleurs.\nSur le grand pontife de l'italianisme comme sur une foule d'autres moindres personnages,\nle livre de M. Albert Soubies nous apporte une solide et intéressante documentation, mérite\nd'autant plus remarquable que de graves difficultés rendaient plus périlleuses les recherches\nrelatives à cette époque. La rareté des pièces officielles permettant d'établir sûrement la chro-\nnologie des représentations données dans un théâtre, a souvent obligé l'auteur il nous\nen avertit lui-même à recourir aux collections de journaux du temps. Et il avoue\nsans détour leur fâcheux désaccord sur la matérialité des faits les plus simples, et leur partialité\nplus fâcheuse encore. On peut se demander si, même avec toutes nos institutions officielles,\nles écrivains de l'avenir seront mieux outillés lorsqu'ils étudieront les événements contem-\nporains ?\nQuoi qu'il en soit, il faut être très reconnaissant à M. Albert Soubies de la grande\nsagacité et du soin minutieux qu'il a déployés dans ses intéressantes recherches : son ouvrage\nsur le Théâtre Italien est de ceux que l'on aimera à consulter pour se mettre en contact avec\nune catégorie très spéciale de nos archives théâtrales. Et l'auteur est vraiment trop sévère pour\nlui-même quand i! qualifie son propre travail d'\" aperçu historique \"ou d'\" une libre causerie \",\nen se défendant d'avoir voulu le soumettre a aux règles d'une méthode rigoureux \". Son\nouvrage nous apparaît au contraire bien divisé et ordonné ; et si les pages relatives à nos\nmodernes Puccini, Mascagni, Leoncavallo et autres pseudo-véristes éludent paternellement toute\nvelléité de critique sur les ouvrages, elles n'en suffisent pas moins à montrer le 64 perpétuel\nrecommencement \" des envahissements périodiques successifs de nos scènes françaises par l'art\nétranger et non le meilleur. Quoi que l'on pense des effets de ces réapparitions, sous des\nnoms divers, des Bujfoni qui nous apportèrent la Serva Padrona, il faut rendre à ceux-ci\ncette justice qu'ils excellèrent tout au moins dans Y art du chant. u Si l'ltalie n'existait pas, il\nfaudrait l'inventer. \" Combien de prétendus professeurs de chant pourraient utilement méditer\ncet apophtegme ! Le bel canto italien nous a \" fait voir les étoiles \" : quel dommage qu'on les\nait éteintes !\nAUGUSTE SERIEYX."}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.44", "texte": "42\nS. I. M.\n\nALARD (D.). — Les Maîtres classiques du Violon, avec le style, le phrasé,\nles doigtés et les coups d'archet propres à l'interprétation traditionnelle de ces œuvres. (Paris,\nL. Alleton, 1912, 50 livraisons in-fol.).\nCette réédition ne laisse pas de venir à son heure. Jamais on ne s'est intéressé plus\nqu'aujourd'hui aux maîtres anciens du violon ; toutes sortes de transcriptions nous en offrent\nles images les plus variées, des fantaisies un brin anachroniques de Kreisler aux consciencieuses,\nmais lourdes élaborations de Schering. Les éditions Peters, Litolff, Augener leur font une\nplace enviable, et la France est bien distancée, avec la seule collection Debroux, et les travaux\nvaleureux mais fragmentaires des Borrel et des Bouvet.\nC'est donc un apport considérable que celui de cinquante numéros d'œuvres dont trois\nou quatre à peine sont aujourd'hui sans grand intérêt, parce que sacrifiant à un goût qui n'est\nplus le nôtre : VAir russe, de Baillot, pieux hommage d'Alard à la mémoire de son maître, ou\nla Molinara de Kreutzer, ou la Romanesca 66 d'auteur inconnu qui s'adresse probablement à\nquelque élève encore malhabile.\nLe reste est inappréciable. C'est d'abord un ensemble d'œuvres connues, concertos\nd'étude de Viotti et de Kreutzer, concertos du répertoire des virtuoses, en mi majeur et en la\nmineur de J.-S. Bach, en mi bémol de Mozart, Trille du Diable de Tartini, etc., qui se\ntrouvent ici dans leur intégrité, avec les indications de nuances que l'éditeur tenait de Baillot,\ndétenteur avéré des traditions classiques ; et l'on n'est pas médiocrement surpris de rencontrer\nenfin une leçon non altérée de la Follia de Corelli, vingt fois reprise, ornée, augmentée, rac-\ncourcie, avec une certaine mesure par J.-B. Cartier, et par Thomson, sans autre souci, semble-\nt-il, que la tardive justification du titre.\nPlus directement intéressant est le groupe des violonistes du XVIIIe siècle dont les\nœuvres ne figurent pas couramment dans les éditions classiques : Chabran, Dauvergne,\nGuillemin, Lahoussaye, Pagin, Francœur, Leclair, Nardini, Tartini, Pugnani, Barbella,\nManfredi, Boccherini, d'autres encore qui résument vraiment ce que l'école française et l'école\nitalienne ont produit de plus musical, en même temps que toute la technique de l'instrument\ny est enclose, de l'art encore primitif de Corelli aux harmoniques, aux staccato de Chabran,\naux doubles-cordes de Guillemin et de Porpora, aux pizzicati de la iome sonate de Paganinu\nRestent quelques duos, pour violon et alto, de Fiorillo, pour deux violons, de Lolli et de\nS1 Georges, enfin, pour violon seul, 2 fugues, 4 préludes de Campagnoli, 2 divertimenti de\nStamitz, et le labyrinthe de l'harmonie, de Locatelli.\nOn ne peut, dans un compte rendu bibliographique — et celui-ci s'étend déjà démesuré-\nment, — analyser par le menu toutes les œuvres citées: il nous suffira avoir signalé leur valeur\nau point de vue spécial de l'étude du violon, et l'extrême probité du transcripteur, qui confère\nà la collection un rare intérêt documentaire.\nMARC PINCHERLE.\n\nLIVRES REÇUS\nPETERS. Jahrbuch der Musikbibliothek fur 1912, herausgegeben von\nR. SCHWATZ (Lpz. Peters 1913, in-40 de 125 pp.)\nADLER (Guido). Studien zur Musikwissenschaft, Beihefte der Denkmaeler in\nOesterreich. Heft I (Wien Artaria, 1913, in-40 de 303 pp.)\nDUSSAUZE (Henry). Captain Cooke and his choir boys (S. 1. n. d. in-8°\nde 122 pp.)"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.45", "texte": "LES LIVRES\n43\n\nLENORMAND (René). Etude sur l'harmonie moderne (Paris Monde Musical et\nMax Eschig, 1913, in-120, fr. 5.)\nGASCUE (Francesco). Origen de la musica popular vascongada. (Revista int. de los\nestudios vascos. Paris, Champion, 1913, N° I.)\nPROD'HOMME (J.-G.). Œuvres en proses de R. Wagner. Tome quatrième.\n(Delagrave s. d., in-120 de 276 pp., fr. 3.5°-)\nDENKMAELER DER TONKUNST IN OESTERREICH. J. Handly\nOpus Musicum. Gesaenge von Frauenlob, Zweter und Alexander. (Wien Artaria, 1913*\nDeux volumes in-fol.)\nSAMAZEUXLH (Gustave). Paul Dukas. (Durand et fils, in-l2° de 27 pp. fr. 2.)\nCOMBARIEU ( fuies). Histoire de la musique. Tome I. Des origines à la fin du\nXVIe siècle. (Paris, A. Collin, in-8° de 652 pp., fr. 8.)\nROBERT (P. L.). Etudes sur Boieldieu, Chopin, et Liszt. (Rouen, L. Gy, 1913,\nin-8° de 113 pp.)\nMONTE VERDI (Claudio). UOrfeo. Deutsche Buehnen Bearbeitung von Erd-\nmann Gugkel, Einleitung von O. Kinkeldey. (Breslau, I9I 3? *n-I2°o\nBREITKOPF UND HAERTEL. Das Musik-Buch. (Leipzig, Breitkopf, 1913,\nin-40 de 390 pp.)\nCUCUEL (Georges). La Pouplinïere et la musique de chambre au XVHF siècle.\n(Fischbacher, 1913, in-40 de 460 pp.)\n-—. Etude sur un orchestre au XVIIF siècle. (Id. ibid. in-fol. de 70 pp.)\nDAURIAC (L.). Meyerbeer. (Collection des Maîtres de la musique, 1913, Paris,\nAlcan, in-12°, fr. 3,5°0\nPIRRO (André.). Schiïtz. (Id. ibid.)\nSINGER (Kurt). R. Wagner. (Berlin, Morawe et Scheffelt, 1913, in-8° de 150 pp.)\nGUTMANSTAL (N. de). Souvenirs de F. Liszt (Breitkopf 1913, in 12° de 70\npp. Mk. 2).\nVATIELLI (Francesco). —La civilita musicale di moda. (Torino, Bocca I9I3> in~l2°\nde 120 pp. Lire 2).\nLAMY (F.). Shakespeare et la musique (Extrait des Mémoires de l'Académie\nd'Amiens 1912, in-8° de 44 pp.)"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.46", "texte": "Les Théâtres\nJULIEN A L'OPÉRA COMIQUE\nApres avoir tente les plus loyaux efforts pour essayer de deviner Vintérêt artistique ou sentimental\ndu dernier ouvrage de Gustave (charpentier5 d'oublier ses tares congénitales et de m abandonner a son\npouvoir émotifs j ai du reconnaître5 en toute humilité? que je n éprouvais pour les conceptions philoso-\nphiques, littéraires et musicales de l auteur de JULIEN5 qu'une insurmontable aversion. En\ndévelopper égoïstement les raisons m a paru infiniment moins intéressant que de verser au débat la\ndéposition de quelque important témoin a déchargé. Avec une bonne grâce dont nous lui soynmes très\nreconnaissantsy IVÎ. G. de Pawlowski —plus courageux que certains amis de Fauteur trop prompts\nà se dérober a ce devoir — a consenti a remplacer mon inutile réquisitoire par la plus éloquente des\nplaidoiries. Tous nos lecteurs approuveront mon scrupule qui leur procure aujourd'hui la bonne\nfortune de lire une remarquable page d'esthétique et qui enrichit notre Revue du commerce d'un des\nesprits les plus distingués de ce temps.\nE. V,\nPour punir sans doute Gustave Charpentier d'avoir fait de la littérature en étant son\npropre poète, c'est à un littérateur • que la S. L M. demande aujourd'hui, quelques mots\nsur Julien. Comme il s'agit de donner des impressions synthétiques de spectateur et non\npoint d assut er une cntique musicale analytique, je n ai point, je l'aouve de raison sérieuse pour\nfaire valoir ma parfaite naïveté en ces matières."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.47", "texte": "LE MOIS\n45\n\nDepuis plusieurs années en effet et c'est là tout le débat il semble qu'une sorte d'affaire\nDreyfus ait atteint le monde musical. Aux principes de foi de la musique ancienne, on a\nsubstitué volontiers le libre examen. La musique se raisonne, elle s'analyse comme un ouvrage\nde mathématique, on ne juge plus sa valeur d'après la seule émotion qu'elle procure. Ceci\nmarque sans doute un progrès. La musique était parait-il en retard sur les autres arts et notre\nadmiration allait peut-être vers des œuvres dont nous réprouvons l'équivalent en littérature,\nsous forme de mélodrames ou de romans feuilletons.\nJ'avoue toutefois que j'éprouve quelque défiance pour les résultats fournis par la critique\nanalytique. Dès l'instant qu'une œuvre d'art peut être analysée complètement, que l'on peut\nen peser tous les éléments, cela signifie qu'il est possible de la reconstruire par synthèse,\ncomme un composé chimique. Cela signifie tout en même temps qu'elle ne contient pas cet\nélément impondérable et surnaturel qui constitue tout justement l'œuvre d'art.\nImaginez une critique analytique de la Ronde de Nuit, de Rembrandt. Quel désastre !\nquelle critique ! Connaissez-vous au monde un tableau plus absurde, plus mal construit, plus\nincompréhensible ? Où vont ces gens ? que veulent-ils ? Quelle est cette femme cul-de-jatte\njaunâtre qui occupe le centre du tableau? L'action se passe-t-elle de jour ou de nuit? Personne,\nà l'heure actuelle, ne saurait encore vous le dire avec exactitude. Il y a là des absurdités\nd'éclairage qui feraient punir un écolier. La critique analytique, dans cet ouvrage, ne peut\nrelever que des incohérences et des défauts. Il n'en est pas moins vrai que la Ronde de Nuit\nest le plus beau tableau du monde, que l'émotion que l'on ressent en le considérant est telle\nque l'on ne peut plus regarder ensuite sans sourire les a chefs-d'œuvre \" environnants. La\nRonde de Nuit, c'est la vie toute entière, c'est la fête de la lumière. Les autres tableaux ne\nsont plus auprès d'elle que de simples toiles accrochées au mur.\nConnaissez-vous également une pièce plus incohérente, au regard de la critique analytique,\nque le Misanthrope ? Quel est le directeur qui accepterait aujourd'hui un pareil ouvrage à une\népoque où l'on ne juge plus une pièce que d'après le scénario ? Ce monsieur qui en veut à tout\nle monde, on ne sait pourquoi, qui aime une femme on ne sait comment, cette action à tiroirs\ndestinée, comme dans un vaudeville moderne, à mettre en valeur des petits couplets\nartificiellement rapportés, cette affaire du sonnet qui domine tout, cette scène des portraits\nintercalée par un ingénieux vaudevilliste, cette convocation chez les maréchaux, qui est le\nplus pauvre dénouement qui soit : aucun dramaturge n'oserait tenir raisonnablement un pareil\nsujet pour définitif. N'est-ce point cependant l'œuvre dramatique la plus émouvante, la mieux\nécrite, la plus complète de notre littérature française ?\nLa même critique pourrait être adressée à la femme sans tête et sans bras qu'est la\nVictoire de Samothrace. On pourrait l'appliquer à tous les chefs-d'œuvre. L'art, en effet, ne\ns'analyse pas ; il s'impose. Notre esprit reconnait un chef-d'œuvre à sa première apparition sur\nterre. Nous nous sentons attirés invinciblement vers la beauté par une sorte d'esprit de famille\nsupérieur à la nature, puisque dans la nature les chef-d'œuvres artistiques n'existent pas.\nUne œuvre d'art se reconnait donc d'instinct par l'émotion qu'elle provoque. Elle\néchappe à toute critique car la critique ne s'applique qu'aux supports matériels des idées, aux"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.48", "texte": "A.6\nS. I. M.\n\néchafaudages du monument, aux moyens matériels employés pour nous faire connaître la\npensée d'un artiste.\nJe n'entends point, je me hâte de le dire, comparer l'œuvre de M. Gustave Charpentier\nà la Ronde de Nuit ou au Misanthrope. L'émotion artistique qu'elle nous donne, bien que très\nviolente, n'a point cependant cette plénitude, cette puissance définitive qu'engendrent les\nchefs-d'œuvre. Ce que je veux seulement faire admettre pour l'instant, c'est le peu d'impor-\ntance relative des insuffisances scéniques ou des ridicules matériels de Julien.\nAu point de vue de la critique analytique, ces pauvretés sont innombrables. Elles nous\nchoquent à tout instant. Je ne connais rien, par exemple, de plus puéril que la scène du\nu temple colossal de la Beauté \" et il faut une candeur véritablement enfantine pour réaliser\nd'une façon plastique que répudieraient nos actuels music-halls, cette marche d'un poète vers\nl'ldéal.\nOn sait en effet qu'après avoir abandonné, au premier tableau sa Louise endormie dans\nune petite chambre à Rome, Julien veut conquérir la Beauté. Pour cela, tous les moyens en\nusage dans les gravures d'Epinal lui sont bons et le poète, avec un pantalon trop long et un\nveston qui ne lui va pas, accepte sans rire que le hiérophante le couronne de persil doré et le\ndécore d'une belle toison d'or qui eut fait sourire Médée.\nQue dire également de l'évocation de la vie rurale matérialisée par une Hongrie voisine\nde Bois-Colombes ? La manière un peu trop schématique dont le poète repousse sa Louise,\nréincarnée en paysanne, pour poursuivre sa route vers l'ldéal, la façon dont Julien l'apostat\nfait de la peine à sa vieille mère en injuriant le bon Dieu et en refusant les secours de la\nreligion dans un noir paysage breton, nous rappellent trop la puérilité mystique de ces\nnaturalistes qui furent, sans s'en douter, plus éloignés de la réalité que les plus fervents\nidéalistes. Quant au dernier tableau, celui de la Fête de Montmartre, il abonde, lui aussi, en\npuérilités. Le désespoir de Julien le fataliste en reconnaissant le grand prêtre dans un pitre de\nfoire nous étonne et nous nous demandons si, raisonnablement, ce grand garçon ne ferait pas\nmieux de pratiquer les sports en plein air plutôt que d'aller au café s'agenouiller devant une\nLouise réincarnée en pierreuse.\nCe sont là autant de critiques faciles qui se révèlent à l'analyse. Elles s'adressent en\ngrande partie à l'auteur, mais je me demande toutefois si la réalisatition scénique de Julien ne\ndoit pas être, elle aussi, rendue responsable de ces déceptions.\nJe n'oublierai jamais la première audition de Julien, lorsque la pièce fut jouée, mimée et\nexpliquée en petit comité par Charpentier et Wolff, avec l'aide d'un simple piano. Une\nharmonie imitative indiquait un mouvement de foule, un geste de la main suffisait à déplacer\ndes nuages. Rien ne venait troubler le lent et puissant mouvement musical de l'œuvre, cette\nsourde montée du rêve ou mieux du cauchemar aboutissant à la bacchanale désespérée de\ndernier acte. Pas de prêtres habillés en petits amours roses, pas de cortèges nuptiaux dignes\ndu salon des familles de Saint Mandé ; l'enthousiasme musical subsistait seul. L'affreuse et\ntrop somptueuse réalisation matérielle d'un rêve n'égarait pas l'esprit.\nIl y a, dans Julien, plusieurs décors ingénieux qui auraient dû, je crois, servir de modèles"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.49", "texte": "LE MOIS\n47\n\npour monter le reste de l'ouvrage. La scène, par exemple, inspirée de Gustave Doré, qui nous\nmontre les poètes maudits se traînant dans l'obscurité vers un chemin fantastique de rochers,\nce petit château de l'ldéal que l'on aperçoit seul éclairé, très au-dessus de la montagne, l'appa-\nrition de Julien et de Louise, dont on distingue seulement les deux figures dans l'obscurité,\nvoilà, je crois, l'éclairage dont il eut fallu se contenter d'un bout à l'autre de cette pièce et qui\nlui eut donné l'enveloppe nécessaire, l'atmosphère mystérieuse qui lui manque.\nJulien, représenté sur une petite scène, dans de pauvres décors, un peu comme l'Annonce\nfaite a Marie ou la Brebis égarée, serait demeuré, je crois, à sa véritable place. Le luxe et la\nprécision scénique ont étouffé cette œuvre de rêve et d'instinct.\nCes erreurs matérielles, tous les musicographes vous diront qu'elles s'aggravent des\ninsuffisances musicales de la partition. A l'analyse, celle-ci n'apporte le plus souvent aucun\nélément nouveau. Les impressions d'ltalie, la Vie du poete et Louise ont fourni les pages les plus\nremarquables de Julien. Seulement, que voulez-vous, toutes ces objections relèvent, une fois\nde plus, de la critique analytique. Elles sont de même ordre que celles que nous opposions\ntout à l'heure à la Ronde de Nnit ou au Misanthrope. Le résultat seul doit nous intéresser pour\nune œuvre toute de sentiment, et ce résultat est extraordinaire.\nDepuis plusieurs années, nous n'avions pas ressenti une pareille émotion musicale à\nl'Opéra-Comique. Pour la première fois depuis longtemps, nous nous sommes sentis transportés,\nentraînés invinciblement par une ardeur, par une foi, par une jeunesse qui ne se raisonnent\npas. C'est la caractéristique du talent que de remporter d'éclatantes victoires sur un terrain où\nd'autres ne connaissent que la défaite et l'œuvre d'art, ici comme ailleurs, échappe vigoureuse-\nment à toute critique analytique des moyens employés.\nEst-ce l'abandon de Louise au premier acte, est-ce le désespoir de Julien au dernier,\nest-ce la naïveté et la sincérité de son effort ? Nous restons impuissants à expliquer cette\némotion qui s'empare de nous en écoutant 'Julien et, pour un peu, elle nous ferait verser des\nlarmes, non point de celles que l'on répand à l'Ambigu en écoutant quelque tirade sentimen-\ntale, mais bien de celles que fait couler lentement ni la joie, ni la tristesse, mais la seule\ncontemplation d'une œuvre d'art. Cette émotion est peut-être faite d'éléments insignifiants\nmais harmonieusement groupés en juste proportion. C'est une question d'équilibre, de mesure,\nde sentiment que le talent pour l'œuvre d'art, le hasard pour la nature, peuvent seuls fournir.\nTelle chanson qui nous ferait sourire à Paris nous remue profondément si nous l'entendons\ndans l'air transparent du matin, sur les pentes du Vésuve ; tel geste de la vie vulgaire peut se\nrévéler admirable s'il est stylisé par un artiste ; telle pensée insignifiante ou médiocre peut\ndevenir prodigieuse si elle nous conduit aux sources même de l'esprit et de la vie.\nLa façon puérile dont Gustave Charpentier traite Y Idéal comme un devoir de classe ou\nun poncif d'école, déçoit profondément nos convictions philosophiques. Nous retrouvons, dans\nses désillusions prévues, tout l'enfantillage du naturalisme. Mais, ce qui ne saurait nous\ndécevoir, c'est le désespoir même de Julien, sa tristesse naïve, sincère qui transfigure toute son\nœuvre, qui nous fait atteindre la Vérité par des voies que nous ne soupçonnions pas.\nOn a dit beaucoup de bien et beaucoup de mal de Montmartre et ce qu'on en a dit"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.50", "texte": "4 8\nS. I. M.\n\npeut s'appliquer à l'auteur de Julien. Montmartre est un petit village trop étroit, trop borné,\nincapable de faire connaître à ses habitants toutes les vérités, toutes les beautés du monde.\nMais c'est en même temps par son particularisme étroit, par son intransigeance d'opinions que\nce petit village a su, dans notre vie contemporaine, abriter des ermites de la pensée, desstylites\nde l'esprit, qui, à force de répudier le reste du monde, se sont efforcés de regarder au-dedans\nd'eux-mêmes, de tirer du tout petit détail qu'était leur vie, leur œuvre toute entière. Or, en\nart, plus le point de départ est restreint, plus l'effort se porte sur un détail et plus l'œuvre gagne\nen profondeur. Julien ne connait que ses sensations à propos de très petits événements d'une\ntrès petite ville. Il ignore tout du dehors, mais il sait tout du dedans. Il atteint le monde\nentier en passant par l'intérieur ; il ne nous éblouit pas, comme tant d'autres, d'un éclat\nemprunté : son ouvrage n'est pas un admirable jardin fait de décors en carton, c'est une petite\ngraine qui germe irrésistiblement, qui porte en elle la vie et qui s'épanouit spontanément. En\nnégligeant les opinions des autres, en ne se mettant point à la mode du temps, Gustave\nCharpentier se sépare forcément de ceux qui dirigent le goût d'une époque. Il se sépare de\nquelques amis mais il atteint la foule inconnue : il cesse de vivre à son époque pour vivre\néternellement. En cela, il suit exactement l'évolution de son maître, de Massenet, qui cessa\nd'être défendu par ses contemporains le jour où il devint grand pour les hommes de tous les\ntemps.\nIl faut une force singulière, lorsque l'on n'est qu'un homme, pour rompre ainsi avec ses\ncontemporains, pour ne plus écouter que la voix immense et anonyme de la foule, pour ne\nplus connaître que les mouvements du cœur communs à l'humanité toute entière.\nGustave Charpentier, en écrivant Julien, a mécontenté sans doute les arbitres de la mode\nmusicale, il a donné un peu de joie nouvelle à des milliers de gens qu'il ne connaîtra jamais ;\nil a fait une œuvre vivante en meurtrissant son cœur, en faisant de sa douleur un peu\nd'humanité, de toute sa jeunesse un peu d'harmonie.\nG. de Pawlowski."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.51", "texte": "Décor de Jeux par Bakst.\n\nLa Saison Russe au Théâtre des Champs Elysées\n\nEnfin seuls ! Nos hôtes turbulents sont partis après avoir affolé,\némerveillé et exaspéré Paris. Comme des maîtres de maison qui ont\ndonné à danser et qui, après avoir reconduit les derniers couples, rentrent\ndans leurs salons bouleversés, nous nous regardons avec un peu d'effare-\nment et de lassitude. Les invités furent exquis mais ils ont commis\nquelques dégâts : voici une statuette décapitée,une glace brisée, une soierie\ntachée et voici un accroc au tapis. Les Russes ont passé là, tout est ruine\net deuil dans les salons de l'esthétique française. Il faudra du temps pour\ny rétablir un peu d'ordre. Désemparés et courbatus, nous y travaillons\navec mélancolie.\nLa fête fut magnifique. Jamais elle ne se prolongea aussi longtemps\net, pour la première fois, elle se déroula dans un cadre digne d'elle. En\nl'honneur de ses hôtes, Paris remplit trente fois, jusqu'au bord, la pré-\ncieuse coupe de Théâtre des Champs-Elysées. Trente fois y moussèrent\nles élégances les plus raffinées, trente fois y pétilla l'esprit le plus\nparadoxal et le plus frondeur de nos couturiers. Ce fut un éblouissement.\n\n4"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.52", "texte": "5°\nS. I. M.\n\nIl y a, désormais, une mode\n\" ballet-russe \", un effort an-\nnuel vers un luxe plus auda-\ncieux, des lignes plus souples\net des couleurs plus hardies.\nIl faudra, quelque jour, noter\nles étapes successives de ce\nmouvement et son influence\nsur notre art décoratif. La\nsaison russe est le seul terrain\nd'expériences vraiment pro-\npre à l'essai des plus téméraires\nnouveautés linéaires qui mo-\ndifient si profondément l'édu-\ncation de notre œil, et, à ce\ntitre, elle joue un rôle décisif\ndans notre culture esthétique.\nC'est là que s'élaborent ces\nsubtiles transformation de la\nsilhouette féminine qui don-\nnent à la pauvre humanité\nl'illusion sans cesse renouve-\nlée de l'éternelle jeunesse du\nmonde. Notons pour les histo-\nriens de l'avenir que le prin-\ncipe de l'abolition du corsage\nvient d'y être sérieusement\nexaminé. La mode sut trans-\nformer en sirènes les belles\nécouteuses qui prolongèrent\nainsi jusque dans la salle la\nmise en scène du troisième\nNocturne de Debussy. Hors\ndes anfractuosités des rochers\nde l'île de Caprée, Ulysse ne\nvit pas se dresser plus de sou-\nples créatures nues jusqu'aux\nhanches que n'en contemplè-\nrent, dans les loges de Gabriel\nAstruc les habitués de la\nGrande Saison de Paris.\nMais tous les souvenirs\nque nous ont laissés les Russes ne sont pas aussi exempts d'amertume. Nos terribles amis ont\ncommis oh ! bien innocemment et sans penser à mal ! certaines déprédations dont\nnous devons affectueusement leur demander compte.\nOn sait dans quel sens évolue leur direction artistique. Après avoir chorégraphié des\npoèmes symphoniques de leur pays, les prestigieux danseurs, encouragés par le succès, ont\nvoulu étendre à la musique de toutes les nations le bénéfice de leur interprétation plastique.\nVendangeurs enivrés, ils ont joyeusement foulé aux pieds des grappes d'accords cueillies dans\ntout l'univers. Les vignes de France retinrent tout particulièrement leur attention. Nous en\nfûmes d'abord délicatement flattés dans notre orgueil national et trouvâmes attendrissants et\ntouchants les soins qu'apportait, l'an dernier, un Michel Fokine à traduire en russe les discours\nmusicaux de Reynaldo Hahn ou de Maurice Ravel. Ayant pris goût à ce petit jeu, les\ntraducteurs se passionnèrent pour nos textes. Serge de Diaghilew en fit surgir du sol des quan-\ntités prodigieuses. Tous les jeunes compositeurs de France\nrépondirent à son appel et étendirent sous les pieds de\nNijinsky une partition de ballet-russe, richement historiée\ncomme un tapis de prière.\nCe fut un premier élément de trouble dans l'admi-\nrable ensemble que réalisait jusqu'ici la troupe des génies\nailés. Le cosmopolitisme de la musique vint rompre le bel\néquilibre ethnique de la compagnie. L'initiative était\nlouable et sympathique mais singulièrement dangereuse.\nNotre pays produit, en ce moment, une variété de musi-\nque, incroyablement délicate, à la tige fragile, aux pétales\nrétractiles. Nous sommes parfois embarrassés pour effleurer\ncette sensitive sans la froisser et nous n'osons la cueillir\nqu'avec mille précautions. Nos joyeux amis n'y mettent"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.53", "texte": "LE MOIS\n51\n\npas tant de façons. Il faut les voir jongler\navec les harmonies de Debussy ! \" A\ngauche et puis à droite, en avant, en\narrière, jusqu'à terre ! juqu'à terre ! \" Ah !\nles gaillards ne s'embarrassent pas de nos\nvains scrupules. Et nous sommes encore\népouvantés à la pensée de ce que nos yeux\nont vu !\nAutre surprise : le magicien Michel\nFokine, le visionnaire génial qui excellait\nà composer avec des ballerines des\nmosaïques mouvantes d'une inoubliable\nbeauté, ne fait plus partie de la troupe\net c'est à Nijinsky, danseur-étoile,\nqu'échoit la lourde succession et qu'in-\ncombe précisément la redoutable tâche\nde traduire la musique française en dialecte\nballet-russien. Et ce n'est pas tout : au\ncours de leurs voyages, les pensionnaires\nde Serge de Diaghilew ont eu le malheur\nde rencontrer l'excellent Jacque-Dai-\ncroze et voici que la gymnastique ryth-\nmique procédé de pure pédagogie, ne\nl'oublions pas a fait son entrée dans\nla danse et a pénétré dans un domaine\nqui lui est interdit par définition. Il\nn'en fallait pas tant pour transformer\nprofondément le caractère et la portée\ndes nouveaux spectacles qui viennent\nde nous être présentés. Trois créations,\nJeux, le Sacre du Printemps et la Tragédie\nde Salomé précisèrent nettement les\ntendances actuelles de la chorégraphie russe et établirent franchement les données du problème\nqui nous est posé.\nLa solution n'est pas aussi simple que semblent l'imaginer les spectateurs qui ont accueilli\npar des rires et des sifflets, les gesticulations inattendues des\nministres de la réforme officiant selon le nouveau rite. Le\npublic français n'a pas fait preuve, en cette circonstance,\nd'un bien grand souci de sa réputation de clairvoyance et\nde courtoisie. Quelle que soit l'étrangeté d'une conception\nchorégraphique on a le devoir de l'étudier avec attention\nlorsqu'elle est proposée par des artistes ayant fait leurs preuves\nen matière d'art plastique. Il faut être bien sûr de soi pour\npouvoir déclarer à celui qui fut l'Arlequin du Carnaval, le\nberger Daphnis ou le favori de la sultane Zobéïde : a V ous\nignorez la beauté ; je vous en apprendrai les secrets. \" L'indig-\nnation des gens-du-monde en présence des expériences labo-\nrieuses et passionnées d'un chercheur tel que Nijinsky est\ndonc parfaitement ridicule et ne mérite pas d'être discutée.\nLes griefs que les artistes peuvent avoir contre certaines de\nses réalisations scéniques échappent complètement à la compé-\ntence des merles qui nichèrent si indiscrètement dans les loges du Théâtre des Champs-Llysees.\nLe fond de la querelle est d'ordre purement musical. Nijinsky a péché contre Debussy.\nSa traduction de \" Jeux \" fut une trahison. En présence de la partition la plus délicieusement\nfrémissante et bondissante\nqui ait jamais été offerte à\nun chorégraphe, dans le\nvol des écharpes sonores\nles plus souples et les plus\nsoyeuses qu'ait jamais\ndéroulées un musicien,\ndevant un orchestre que"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.54", "texte": "52\nS. I. M.\n\nl'on entend sourdre aux pieds des\ndanseurs avec un frais gazouillement\nde source, le metteur en scène n'a\npas perdu un seul instant son coupable\nsang-froid de théoricien. Comme il\nl'avait fait pour le Prélude à l'Après-\nmidi d'un Faune et avec la même\ninsouciance des droits les plus sacrés\ndu compositeur, Nijinsky a méthodi-\nquement appliqué sa technique bre-\nvetée à cette nouvelle partition sans\ndaigner écouter les supplications dés-\nespérée de la musique monter du\nsouterrain où on la tient captive.\nCes supplications étaient tellement émouvantes que les\nmusiciens n'ont pu y résister un seul instant et ont immédia-\ntement donné tort au geôlier. Celui-ci d'ailleurs, ne s'était pas\nmis en frais pour justifier sa cruauté devant l'opinion. Il\nn'avait pas cru devoir modifier les procédés simplistes et\nexpéditifs qui nous avaient déjà scandalisés l'an dernier lors\nde la consécration de son église schismatique. C'est toujours\nle même parti-pris de décomposition du mouvement, le souci\nde figer le geste et d'immobiliser l'élan pour créer une suc-\ncession absolument arbitraire de \" motifs \" décoratifs, d'attitudes\nreprésentatives de passions idéalisées, épurées, schématisées\njusqu'à la plus absolue sécheresse. C'est, paraît-il, de l'expres-\nsion cérébralisée en face de la grossièreté désormais insoutenable\nde l'émotion simplement humaine. C'est une phase nouvelle\nde la lutte de l'idéalisme contre le réalisme dans l'art scénique.\nOn a eu tort de s'étonner en retrouvant dans chaque nouvelle\ncréation de Nij-\ninsky le style\nu marionnette \"\nqui avait créé le\ncharme puéril et\nprofond de son\n\" Petrouchka\nCe partipris ré-\npond logique-\nment à l'esthé-\ntique nouvelle :\nl'automatisme et\nl'impassibilité de\nces 66 poupées\ndivines \" exal-\ntent ce qu'il y\na d'immatériel\ndans cette sty-\nlisation de la\nbeauté et de la\nsensibilité hu-\nmaines. Le flirt\ncompliqué des\njoueurs de tennis\nn'anime pas îles\nvisages de porce-\nlaine des trois\nblancs pupazzi\nque d'invisibles\nfils font sautiller\nau-dessus des\nparterres. Par-\nfois, la main qui\nles soutient dans"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.55", "texte": "LE MOIS\n5 3\n\nles airs et leur imprime de rythmiques\nsaccades abandonne l'un des pantins qui\nchoit alors dans un coin de la scène, jambes\net bras ballants, dans une immobilité d'un\ncomique douloureux ; puis le fil se tend de\nnouveau et la danse éperdue recommence.\nIl ne s'agit donc pas de créatures vivantes\nmais de figurines conventionnelles à qui\nune articulation perfecti-\nonnée permet toutes sortes\nde jeux linéaires suavement\nu intellectualisés\nLancé dans cette voie,\nNijinsky, intéressé à cha-\nque pas par d'ingénieuses\ntrouvailles, ne devait plus\ns'arrêter. Mais lorsqu'il se\nretourna pour jouir de\nl'émerveillement de son musicien, il s'aperçut que Debussy n'était plus là. Debussy ne l'avait\npas suivi : consciencieusement, loyalement, il avait joué le Jeu, à la française, avec tout son\ncœur, tout son cerveau et tous ses muscles. Il s'était souvenu du beau thème que lui avait\noffert le danseur : la réhabilitation de la beauté contemporaine, l'exaltation de l'homme\nd'aujourd'hui retrouvant dans le sport la grâce et l'élégance injustement localisées par les\nesthéticiens dans les prétendus siècles d'art, l'expression de la poésie quotidienne d'un parc\nmoderne, des lunes d'opale que l'électricité suspend dans nos arbres et de nos souples diver-\ntissements sportifs. Hélas ! le chorégraphe avait, depuis longtemps, oublié son sujet et se\npréoccupait surtout de démontrer son érudition picturale en tordant les membres délicats\nde Karsavina et de Ludmila Schollar au nom de Matisse, de Metzinger et de Picasso. Tout\naccord était devenu impossible et nous eûmes cet essai déconcertant et sacrilège, en révolte\nouverte contre les injonctions de la musique, plein de puéri-\nlités, de niaiseries et de maladroites citations, cette sorte\nd'expérience paradoxale d'une stylisation arbitraire, singuliè-\nrement gauche et incomplète et s'éloignant systématiquement\ndu rêve du compositeur.\nAucun musicien français n'acceptera sans colère une\naussi insolente désinvolture. Ces tentatives informes cachent\npeut-être des germes de beauté insoupçonnée et de ces\ndésarticulations de pantins sortira sans doute une esthétique\nnouvelle.... n'hésitons pas à le croire et faisons largement\ncrédit à un artiste à qui nous devons déjà des joies certaines.\nMais nous ne lui pardonnerons jamais d'avoir pris pour sujet\nd'expérience une partition de la valeur et de la détermination\nde celle de \" Jeux \", et de lui avoir si délibérément refusé\nl'obéissance et manqué de respect. Il y a là une véritable\ninconvenance qu'il est impossible de ne pas signaler et contre\nlaquelle il faudra désormais tenter de protéger nos œuvres d'art.\nLe \" Sacre du Printemps \" fut conçu d'après les mêmes"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.56", "texte": "54\nS. I. M.\n\nprincipes, mais la réalisation en fut toute différente parce que le musicien\nétait Russe et qu'il était consentant. Nous retrouvâmes la technique choré-\ngraphique de \" Jeux \" légitimement appliquée à une musique faite pour la\nsupporter. Et nous assistâmes pour la première lois à un essai réellement\nsignificatif. Mais comment analyser le monstrueux attrait d'une œuvre\naussi résolument outrancière, aussi volontairement agressive, si riche d ap-\nports nouveaux et si contraire à ceux de nos goûts qui nous paraissaient\nle plus respectables ? On n'analyse pas le \" Sacre du Printemps \", on le\nsubit, avec horreur ou volupté, selon son tempérament. I outes les femmes\nn'accueillent pas de la même façon les derniers outrages : la musique,\ngénéralement, les accepte avec reconnaissance.\nIl ne faut pas se pencher sur la partition sous peine de vertige. N'ayant à notre disposi-\ntion pour juger cette écriture nouvelle que le vocabulaire de l'ancienne école nous pâlissons\nen constatant qu'un solide accord de ré mineur sert de soubassement à un thème harmonisé\nen mi bémol mineur, en voyant appliquer étroitement une phrase mineure sur son \" double\nrevêtu des attributs majeurs, en percevant l'écho horrifique d'une\nseptième majeure accompagnant fidèlement un dessin mélodique.\nEt nous ne surveillons pas sans inquiétude cet orchestre, tendu\nà éclater, où tous les instruments escaladent des altitudes vertigi-\nneuses, où les sons s'étranglent tragiquement, où les violonistes\nmortifiés, écoutent, les bras croisés, un basson transfiguré et une\ntrompette méconnaissable chantant éperdûment sur des cîmes\ninterdites aux chanterelles, pendant qu'un coup de vrille de la\npetite flûte leur perfore, d'un coup, les deux tympans. Mais une\nsecrète attirance nous ramène à chacune des représentations et\nbientôt l'envoûtement s'opère. Une sorte d'enivrement barbare\nvous saisit, vous roule sans défense dans ce formidable chaos de\nsonorités exceptionnelles. Un rythme continu, mécanique, frénétique\nvous entraîne comme un torrent emporte un fétu ; toute résistance\nest inutile. A la troisième audition vous êtes lié à cet orchestre"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.57", "texte": "LE MOIS\n55\n\ncomme Mazeppa à la\ncroupe de son cheval et\nvous êtes bien forcé de\ngaloper, bon gré mal gré,\npar dessus les monts et les\nplaines et d'aller où il lui\npoings hauts et la tête ren-\nversée, vous guettez l'en-\ntrée des cueilleuses de fleurs\ndont les jambes fines décou-\npent le rythme comme des\nciseaux, vous panteiez à\nplaît de vous conduire. Bientôt les\nétranges troglodytes qui peuplent la\nscène deviennent vos amis. Vous vous\nintéressez à la vieille femme de 300\nans qui presse un fagot sur son cœur et\ns'amuse à poser les pieds sur chacune\ndes notes de son thème goguenard,\nvous piétinez allègrement avec les petits\nhommes aux joues enflammées, tantôt\ncourbés vers le sol, tantôt cambrés, les\nl'approche de la sublimefrise du cortège\ndu Sage qui avance et recule comme un\nflot sur la grève, vous voyez la force\ncentrifuge lancer,hors de la foule grouil -\nlante qui tourne, cinglée par le fouet\nde l'orchestre, des femmes épouvantées,\nhappées par le cyclone instrumental,\net, rentrés chez vous, vous ne résistez\npas à la joie sauvage d'arracher du\nsol lesaccords de mi bémol des \" rondes\nprintanières \" et d'entasser les syncopes en ployant légèrement les\ngenoux à l'instar des vierges mongoles, aux tresses raidies de graisse\nd'ours.\nEt voilà qui donne au \" cérébralisme \" exaspéré de Nijinsky la\nplus ironique des leçons. Qu'y a-t-il de cérébral et d'intellectuel dans\nla force surhumaine d'lgor Strawinsky, dans l'athlétisme de cet art\nbrutal qui répond aux objections par des \" directs ' à l'estomac et des\nu crochets du droit \" à la mâchoire. Cette musique courbe les danseurs\npar files, passe sur les épaules des danseuses comme l'ouragan sur un\nchamp d'avoine ; elle les projette dans les airs,\ne^e leur brûle la plante des pieds. Les inter-\nprêtes de Strawinsky ne sont pas simplement\nélectrisés par ces décharges rythmiques : ils\nsont électrocutés. Le terrible courant agite\nleurs membres de\ntrès aillements\nconv ulsifs. Et de-\nvant les effets fou-\ndroyants de ce\nfluide on sent\ntoute l'inutilité\ndes préoccupati-\nons picturales et littéraires ou met-\nteur en scène empressé à nous énu-\nmérer ses souvenirs de musées.\nRien de plus importun que cette\npauvre érudition indiscrète. Rien de\nplus fâcheux éga-\nlement que les\nlaborieuses prati-\nques empruntées\nà la gymnastique\nrythmique et qui,\nbien souvent, tra-\nhissent le rythme.\nQuand donc\ns'apercevra - t-on\nque les élèves de\nDalcroze acquiè-\nrent une culture"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.58", "texte": "56\nS. I. M.\n\nspécialement a métrique\": ils sont dressés à dénicher les 66 temps\nforts \" blottis dans les broussailles mélodiques. Quels services\nce flair particulier peut-il rendre à des danseurs chargés d'exté-\nrioriser la rythmique moderne qui, précisément, méprise la barre\nde mesure et exigera bientôt sa suppression ? Il y a là un très\ngrave malentendu qui pourra stériliser de très louables efforts, si\nla technique russe s'attarde à ces expériences. Et les premiers\nessais de Boris Romanoff dans la Tragédie de Salomé ne sont\npas faits pour nous rassurer.\nDe toute cette agitation une seule certitude consolante\ndemeure : celle du génie de Strawinsky. Ce jeune créateur\nfrénétique pour qui les orchestres sont toujours trop pauvres,\nles instruments trop peu étendus, et qui est obligé de rompre\nl'équilibre des sons purs, de les fêler de dissonnances pour les\nrendre plus vibrants, pour qu'ils mordent en pleine chair, pour\nqu'ils se laissent arracher l'âme, représente dans l'art contem-\nporain une force incomparable, une réserve d'énergie qui semble\ninépuisable, un élément de dynamisme d'une puissance inouïe. Malgré les imperfections d'une\nréalisation tâtonnante Nijinsky n'est pas le Strawinsky de la danse le Sacre de Prin-\ntemps atteint à l'émotion et à la beauté par des moyens inconnus. Il demeurera une inoublia-\nble étape dans l'évolution d'un musicien dont les voies sont mystérieuses et qui ménage\nplus d'une surprise à ceux qui, depuis l'Oiseau de Feu, l'ontpris pour guide.\nA ce magnifique effort les Russes ont ajouté une réalisation nouvelle de la poignante\nTragédieal de Somé de Florent Schmitt dont tous les musiciens connaissent parcœur la riche\npartition,somptueusement orchestrée. Là encore, le compositeur eut à souffrir d'une stylisation\nexcessive qui paralysa son généreux lyrisme et réduisit à la plus fâcheuse banalité l'inter-\nprétation de l'adorable Karsavina.\nDaphnis et Chloé nous fut rendu, en fin de saison, imperceptiblement modifié par les\nhéritiers de Fokine. Malgré la fougueuse admiration qu'il proclama pour les nouvelles con-\nceptions de Nijinsky, Maurice\nRavel n'a pas cru devoir demander\nà son principal interprête d'ajouter\nà son œuvre quelques amendements\ncubistes. Ce futun trait de charité\nbien mal ordonnée !\nLa série habituelle des succès\nchorégraphiques de la troupe russe\nencadrait ces pièces de combat et\nréconciliait chaque soir .les belligé-\nrants après les plus ichaude sescar-\nmouches. Le retour périodique de\nBoris Godounow et de Khovanchin\nachevait d'apaiser les habitués du\nthéâtre, heureux d'applaudir Mous-\nsorgsky, Chaliapine, les merveilleux\npécors de Fédorovsky et les plus\nbeaux chœurs du monde.\n(Croquis d'Emmanuel Barcet).\n\nEmile Vuillermoz."}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.59", "texte": "LE MOIS\n57\n\nUNE LETTRE DE M. ALBERT ROUSSEL\nA la suite de la publication de Varticle de M. Serieyx sur les u Evocations \" d\"*Albert Roussel,\nnous avons reçu de F auteur la lettre suivante que nous nous empressons d'insérer :\nMon cher Ami,\nJe lis dans le dernier numéro de 5. /. M. un article d'Auguste Serieyx fort élogieux pour\nles \" Evocations \" mais où se trouve une inexactitude que je crois de mon devoir de rectifier.\nIl y est dit en effet : u II paraît même que, sans la fermeté de l'auteur, on eût fait subir une\ngrave mutilation à son œuvre : la suppression de la pièce avec soli et chœurs, tout simplement.\"\nM. Serieyx a été victime d'un renseignement erroné. Il n'a jamais été question de\nsupprimer ce final et je n'ai eu à me défendre contre aucune proposition de ce genre.\nJe tiens, au contraire, à rendre hommage au soin intelligent avec lequel M. Chevillard a\ndirigé les répétitions des chœurs, dont la tâche était des plus délicates, et au zèle que j'ai\nrencontré chez tous en vue d'arriver à une bonne exécution de mon œuvre.\nCroyez, mon cher Ami, à mes sentiments de cordiale sympathie.\nAlbert Roussel.\nMSerieyx nous demande de publier la lettre suivante quil a adressée à M. Albert Roussel\nà la suite de cette rectification :\nMon cher Ami,\nIl est nécessaire en effet qu'une erreur matérielle dans la documentation de mon dernier\narticle a A propos des Evocations \" soit réparée ; et je comprends fort bien que vous teniez à ce\nqu'il ne puisse être dit qu'on a voulu supprimer de l'exécution du 30 mars, la troisième pièce,\navec chœurs, la plus belle.\nPuisque vous me dites que mon renseignement sur ce point est inexact, je ne fais nulle\ndifficulté de le reconnaître et vous remercie d'avance de bien vouloir m'aider à le faire savoir.\nBien affectueusement à vous.\nSerieyx.\n\nCabarets et Music=Halls\n\nHommage à M. Jules Claretie.\nDepuis quelques semaines, Paris possède un théâtre de luxe, ou chaque représentation a\nla valeur exceptionnelle d'une première. Que l'œuvre reçoive l'acclamation unanime comme\nla Pénélope de Gabriel Fauré, qu'elle soit déjà vouée au succès comme Boris Godounov, le Prince\nIgory Sheherazade, ou cruellement écartelée entre les parties contraires comme les Jeux et le"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.60", "texte": "58\nS. I. M.\n\nSacre du printemps,sur un point tout le monde est d'accord : c'est qu'il faut à tout prix s'être\nmontré à des soirées qu'on peut, sans craindre le démenti de la postérité, présumer historiques.\nToute la vie de la capitale, autour de cet ardent foyer, paraît suspendue ; les concerts sont\nréduits au silence ; les théâtres ferment leurs portes ; la tour Eiffel, si peu curieuse d'art pour\nl'ordinaire, palpe chaque soir d'un faisceau anxieux la façade qui dérobe ces révélations reten-\ntissantes. Pour la première fois la musique moderne est imposée à l'attention mondaine, donc\nuniverselle ; M. Astruc aurait obtenu ce seul miracle, que son nom mériterait de ne jamais périr.\nCe n'est pas sans quelque appréhension que, fidèle aveuglément à sa consigne, le critique\nse risque un soir, loin de la fastueuse cohue, par les voies montueuses de l'antique Montmartre.\nO surprise ! elle ne sont pas désertes. Non seulement les voitures grondent comme de coutume\naux aspérités du pavé et les passants sur les trottoirs étroits se bousculent sans malveillance,\nmais les enseignes lumineuses continuent de convier aux plaisirs de l'esprit, et dans les salles\nl'affluence inégale n'est pas diminuée. Tout au plus les graves événements qui s'accomplissent\nà une autre extrémité de Paris figurent-ils, en cette gazette rimée que nous font nos chanson-\nniers, pour quelque couplets dont la malice peu documentée demeure inoffensive :\nQui, qui, qui qu'a vu Nijinski, etc.\nA l'entracte, le fondateur illustre de la maison, qui est aussi l'inventeur de son genre inimi-\ntable, devise avec quelques amis devant des boissons fraîches. \"Avez-vous été aux ballets russes ? \"\ndemande l'un. Il fait signe que non. \" Il paraît, reprend un autre, que c'est du cubisme\nen musique. Il y a quatre-vingts danseurs, qui font quatre-vingts pas différents, sur quatre-\nvingts airs qu'on joue ensemble. \" Le silence de la totale indifférence accueille cette infor-\nmation digne pourtant de quelque surprise, et on parle du beau temps. Heureux Montmartre,\nprovince de Paris, où la grande ville se ramassant sur soi-même devient petite ville, cité murée\nd'orgueil comme une cité grecque, tout occupée d'un art fragile dont les produits perdent leur\nprix à l'extérieur de ses limites, et si dédaigneuse de ce que peuvent inventer les barbares\nd'alentour qu'elle ne prend pas la peine de l'étudier pour mieux en rire ! Combien nos luttes, nos\nambitions, nos gloires, vues de ces hauteurs, sont petites, et quelle leçon de sagesse y viendraient\nprendre ces jeunes adeptes qui récemment, parce que des femmes élégantes s'étaient permis de\nsourire en leurs loges, les insultaient avec des noms d'oiseaux ou d'appareils élévatoires.\nIl est cependant, même à Montmartre, des heures soucieuses. On s'y trouve sous la\ndépendance directe d'un public qui ne cherche que son plaisir et ne reconnaît pas l'empire de\nla mode. En ce moment, son goût change : il lui faut du spectacle, du mouvement, des danses.\nLa chanson lutte difficilement et ne se soutient que dans les petits cénacles où une élite se\nréunit encore. La foule va aux défilés bruyants du music-hall ou bien au cinématographe, et\nc'est là encore un autre monde. Ces jours passés, une des grandes maisons qui fournissent de\nfilms les débitants annonçait une excellente réalisation de et le drame de\nMaeterlinck, et ajoutait avec innocence : \" Cette pièce a été représentée il y a deux ans non\nsans quelques incidents à cause d'un désaccord entre l'auteur et le compositeur. \" Un journal\nde Paris qui s'occupe uniquement de théâtre a reproduit ce texte en sa rubrique spéciale, sans\nobjection. Vanité des vanités !\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.61", "texte": "LE MOIS\n59\n\nConcerts Divers\n\nPas aussi divers que l'indique ce titre trompeur. Terriblement semblables, au contraire,\ndans leur inflexible routine, et nombreux à décourager l'appétit musical le plus effrené. Songez\nque de leur simple énumération, un de nos confrères arrive à combler jusqu'aux bords une\npetite brochure hebdomadaire. Comment les faire revivre ici autrement que sous la forme\nd'un simple memento ? Le seul alignement, par ordre chronologique, des noms de pianistes\nayant convié le public à entendre leurs prouesses suffira, nous l'espérons, à apaiser chez ie\nlecteur, toute soif de critique analytique. La cohorte comprend Mlle Morsztin, Frédéric\nLamond\\ V. Weingarten, Mme Fleury-Monchablon, H. Bauer, Risler, MUe Peczenik, A. de\nRadwan, Busoni, A4mt Jane Mortier, Diémer, Mlle Valabregue, R. Vanzande, A/me\nGaufres, Turczynski, Delafosse, yWl]e Beaulavon, AfIle Aussenac, Victor Gilles, Pfeiffer,\nÂflle dfe Laulerie, Dinsart, xMlle Delevoye, Lazare Lévy, AfIle Magnus, A/116 Tagliaferro,\nChevillion, yl/lle Stojoivsky, y. Aubert, //. Danvers, iî/me Riss-Arbeau, Borchard,\n7kfme Gousseau-dyAlmeida, Dario Attal, //. Stephenson, Afme Lausnay, A/llc Meerovitch,\nAfme Hiard-Kuehn... et quelques autres. Tous témoignèrent de vertus brillantes ou modestes ;\ntous furent appplaudis par leur public fidèle. Certains pourtant méritent une mention\nspéciale : de ce nombre Af. André Chevillion qui donna quatre récitals d'éblouissante virtuosité\net me Jane Adortier qui n'a pas de rivale pour l'intelligente et musicale ordonnance de ses\nprogrammes.\nQuelques cantatrices descendent à l'avant-scène : voici l'admirable Koussnetzoff et son\naccompagnateur conjugal, voici y^/lle Lit ade Klint, voici Maria Freund, voici A/nie Sakhnow-\nskoïa, voici 7k/me Eames, voici J/me Kutscherra, voici Jdfme Tî/Vtt et voici 7k/me Povla Frisch. De\nmoins en moins nombreux, les chanteurs et les violonistes s'espacent : notons pourtant\nTkf. Sautelet, M. Albers et Ad. Reinhold von Warlich, délégués de la première corporation et\nMM. Max Roger, Lelievre et Boucherit, représentants de la seconde.\nLes u équipes par contre, ont donné vigoureusement. Le trio Kellert, le Quatuor vocal\nBattaille, l'Association des Concerts Chaigneau, riche en solistes de marque, le Lyceum où\nl'activité de Mlle Gignoux fait des miracles, Y Oratorio, les Chanteurs de la Reyiaissance, le\nQuatuor Duttenhojfer qui découvre six délicieux quatuors de Jean-Christoff-Féderico Bach, la\nSociété Mozart-Haydn qui fête ingénieusement ses patrons en leur substituant les noms de\nMartineau, Vuillemin et Barlow, la Société moderne d'lnstruments à vent, la Société des Instru-\nments anciens, le Trio Dumesnil, Enesco, Hekking, le Salon des Musiciens, la Société Bach, le\ntandem Capet-Gilles, le Quatuor Capet, la Société des Concerts d'autrefois où chante Mme Mellot-\nJoubert, The London String Quartett, l'essaim des Chanteuses de Ste-Céciley les Enfants cVApollon,\nle groupe de Y Echo musical qui fête Gabriel Fauré, toutes et tous témoignent d'une activité\ndévorante, activité qui n'a d'égale que celle de l'ubiquiste Léo Sachs qui remporte, en moyenne,\nun succès par jour.\nUn admirable concert, propre à humilier profondément notre orgueil national, nous fut\noffert par l'inoubliable Chorale des Instituteurs Tchèques dont la discipline et l'harmonie ne\nsemblent pas devoir s'acclimater facilement parmi nos choristes conscients et organisés.\nMme Judith Gautier plaide une fois encore la révision du procès Fanelh :le public renvoie son\nverdict à la prochaine session. La musique espagnole est brillamment fêtée en la personne de\nTurina et de Manuel de Fa/la.\nLa Société Nationale et la Société Musicale Indépendante continuent à nous étonner par leur"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.62", "texte": "6o\nS. I. M.\n\npolitique orchestrale mystérieuse. La première reçoit une subvention de l'éditeur Durand pour\nexecuter une œuvre d'un fondateur de la société rivale et la seconde conclut avec la Société\ndes Grandes Auditions une alliance imprévue. Les humbles sociétaires des deux groupes se\nregardent avec inquiétude, ne comprenant qu'une seule chose : c'est qu'ils ne seront pas\nencore joues cette année. Les concerts de musique de chambre des deux Sociétés offrent, au\ncontraire, un aspect rassurant. La Nationale emprunte au répertoire de son ennemie d'intéres-\nsantes reprises (d Oionne, Grovlez, Schmitt, etc.) et fête Marcel Orban, Magnard, Bertelin,\nde Lioncourt, Roiîet et Bretagne, pendant que la S, M. /. révèle du Kodaly, du Ravel, du\nMilhaud, du ïaure, du Vaughan Williams, du Granados, du Grovlez et du redoutable\nSchonberg. Un public blasé réserve à toutes ces audaces une insultante bienveillance.\n\nG. K.\n\nBelgique\nUne note, récemment publiée par Le Soiry quotidien belge, a provoqué, dans nos milieux\nartistiques, une petite révolution. Elle annonçait la démission de M. Cornélis, professeur de\nviolon au Conservatoire Royal de Bruxelles, et la nomination, d'ores et déjà certaine, aux\nfonctions vacantes, de M. Edouard Deru, violoniste de L.L. M.M. le Roi et la Reine.\nM. Coinelis, parait-il, ignorait sa mise a la retraite, décidée en vertu de la règle, désormais,\net fort légitimement, rigoureuse, de la limite d'âge à soixante cinq ans. La façon un peu\nbiusque de 1 en aviser et surtout, la pensée manifeste de prévenir toute candidature, déter-\nminèrent joli tapage. Une pétition circula, qui se couvrit de signatures. u L'annonce seule,\ndisent ses sousci ipteurs, qu une place de professeur de violon deviendra vacante sous peu au\nConservatoire de Musique de Bruxelles et que de hautes influences se sont manifestées déjà en\nfaveur d un candidat dont les titres a une bienveillance exceptionnelle sont discutables, a suffi\npour soulevei les vehementes protestations d'un groupe imposant de jeunes artistes également\népris d'art et de justice. \"\nSuivent des reflexions fort justes, que nous reproduisons : u II importe de savoir choisir\n1 artiste d elite à \" qui seront confiés pour une longue période de 25 ou 30 ans l'éducation\net les espoiis de a deux générations ; le violoniste sur lequel reposera d'ici quelques années la\nlourde lacne de u maintenir en partie tout au moins le renom mondial d'une école\nillustrée par les \" De Bériot et les Vieuxtemps. \"\nInutile de s illusionner. Notre ecole de violon qui nous donnait il y a quelques lustres\nYsaïe, I homson, Marsick, Musin, Mauhin est en décadence aujourd'hui. Il est donc plus\nnécessaire que jamais, que la place vacante soit donnée au plus digne, au plus méritant. Nos\nconservâtol? es comptent trop de processeurs pour lesquels Part tout entier tient dans les illusoires\n\" récompenses accordées a leurs élèves à la fin de chaque année scolaire.\n\" La faute en est imputable (en partie tout au moins) aux Directeurs et aux Commissions\nAdministratives de nos Conservatoires qui, influencés par des considérations étrangères à l'art\nou des compétitions de clocher, n ont pas eu la clairvoyance de faire appel au moment voulu\nau dévouement et au talent qui ne demandaient qu'à se manifester dans un intérêt supérieur.\""}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.63", "texte": "LE MOIS\n6i\n\nC'est vrai ! L'école des De Bériot et Vieuxtemps est en voie de déchéance. La Belgique\nn'a pas su, ou plutôt, n'a pas voulu retenir la plupart de ses meilleurs représentants. Ils sont\nallés à Paris surtout, et l'école française en a vu grandir son prestige d'année en année. Le\ndanger que signale la lettre alarmée des jeunes musiciens bruxellois est réel et il importe qu'on y\npare au plus tôt. Toute question de personne doit s'effacer dès lors. Il convient, en vérité, que\nl'on nomme, à des postes comme celui dont la vacation est en tout cas imminente, des artistes\nayant donné des preuves de fermeté et de maîtrise à défendre les leçons glorieuses du passé.\nPersonne, sans doute, ne songerait à contester le talent de M. Deru. C'est un violoniste distin-\ngué, c'est un artiste pour qui nous avons une réelle sympathie. On a cité aussi comme candi-\ndats possibles MM. Zimmer, Lambert, et autres instrumentistes de premier ordre. Mais nous\nestimons, en toute sincérité, que nul encore n'a conquis l'autorité d'un chef d'école, du chef\nd'école appelé, comme le disent les signataires de la protestation, à la haute mais difficile\nmission de sauvegarder nos traditions.\nA côté des Ysaye et des Thomson, un seul violoniste s'impose, à notre avis, au choix\ndes autorités, compétentes. C'est M. Crickboom. Il jouit d'une mondiale consécration de vir-\ntuose. Beaucoup de musiciens, et non les moindres, le considèrent comme l'égal des maîtres\nillustres que je viens de citer. (Eugène Ysaye fit de lui son second, il y a près de vingt-six ans\ndéjà). Un simple résumé de sa carrière suffit d'ailleurs à justifier cette opinion. Mathieu Crick-\nboom, né le 2 mars 1871, à Hodimont, près de Verviers, obtint le premier prix avec la plus\ngrande distinction au Conservatoire de Bruxelles, en 1888, dans la classe d'Eugène Ysaye. Il\nfut moniteur de ce dernier, et second violon du quatuor Ysaye de 1888 à 1894. (E. Ysaye.\nM. Crickboom. L. Van Hout. J. Jacob). En 1894, il fonda lui-même avec Angenot, Miry et\nGillet, un quatuor dont les débuts furent un événement. Vincent d'lndy ayant distingué le\njeune virtuose le fît engager aux \" Concerts dvHarcourt\" et à la Société Nationale de Paris. Il y\nexécuta en première audition la plupart des œuvres de la jeune école française. Crickboom\naccomplit à cette époque de nombreuses tournées en France, en Russie, en Allemagne, en\nEspagne. Partout il trouve un triomphant accueil. La Société Catalane de Barcelone, en 1896,\nlui offre même, avec la direction de son Académie de musique, les fonctions de chef d'orchestre\nà la Société Philharmonique. Il quitte la brillante situation qu'il occupe à Paris et va créer en\nCatalogne un centre musical où les plus grands virtuoses se font entendre. Il forme un nouveau\nquatuor avec Rocabruna, Galvez et Pablo Casais. Berlin, Hambourg, Paris (Concerts Colonne)\nBordeaux, Lyon, Milan, Florence, Londres le réclament. Il y passe, glânant toujours le succès.\nMais il n'a pu, au cours de ces glorieuses étapes en terre lointaine, oublier la patrie. De secrets\net puissants liens l'y ramènent. Il abandonne les promesses d'avenir qui lui sourient hors du\npays, et le voici qui rentre à Bruxelles. Il organise des concerts d'abonnement qui se placent au\npremier rang de nos manifestations d'art. Il s'occupe activement du groupe des Compositeurs\nBelges. Il donne des concerts qui sont, pour l'élite musicienne, restés parmi les plus pures\nimpressions de ces dernières années. Il a de nombreux élèves, venus de partout pour réclamer\nun enseignement qu'une méthode a codifié. Cette méthode, publiéée en 1908, en quatre\nparties, fut adoptée par la Schola Cantorum (Vincent d'lndy), par les Conservatoires de Bruxelles,\nLiège, Gand, Lille, Barcelone, Bilbao, Mexico, Buenos-Ayres, etc... etc... Citons quelques\nélèves du maître: MM. Emilio Rocabruna, directeur des classes de violon à Mexico; Julius\nHang, professeur au Conservatoire de San-Francisco ; Blanco-Récio, violon-solo aux concerts\nsymphoniques de Dresde ; Enrique Ainaud, directeur de l'Académie de Barcelone ; E. Bordas,\nprofesseur à l'école municipale de musique, à Barcelone ; O. Claeys, professeur au Conservatoire\nde Bruges; Fritz Brûnner, violon solo à l'opéra de Vienne ; Juan Frigola, violon solo des con-\ncerts Durant; Jean Paulus, professeur à l'école de musique de Verviers. Nombreux aussi sont"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.64", "texte": "6 2\nS. I. M.\n\nles premiers prix des Conservatoires de Bruxelles et d'Anvers qui viennent annuellement se\nperfectionner après de lui. Parmi eux se distinguèrent MM. Hugo Lenaerts, Jos. de Clerck,\nMlles M. Deprez et Samuel, MM. Henderickx, Delavignette, etc. etc....\nDepuis 19 10, Mathieu Crickboom est professeur de violon au Conservatoire Royal de\nLiège, où il fut appelé, candidat unique du directeur M. Radoux et de la commission\nadministrative, en remplacement de M. Ovide Musin. Plusieurs fois la semaine, il s'y rend,\nde Bruxelles où il habite, et où il continue à se consacrer à maint élèves, trouvant encore,\ngrâce à une activité inlassable le temps de préparer des tournées périodiques (il fut cet hiver à\nBerlin et en Espagne) et de produire des œuvres musicales hautement intéressantes. Car\nM. Crickboom est compositeur. Et il n'est pas compositeur à la façon des virtuoses ; ses œuvres,\ndont les sonates pour violon et piano, sont dignes de figurer, nous le disions ici, avec celles de\nLekeu, de Vreuls, de Jos. Jongen, parmi les meilleures qu'ait produites la génération franckiste.\nTels sont les titres que possède Mathieu Crickboom. Je n'en vois pas qui puissent, ici, les\nfaire pâlir. Et s'ils ne lui suffisaient pas, il lui en resterait un autre, qui, dans les circonstances\nprésentes, équivaudrait sans doute à tous. Cependant qu'Eugène Ysaye, emporté par son\npropre génie, dépassant la révélation que lui fut, dans la jeunesse, le jeu du polonais Wieniawsky,\nse donnant tout entier à ses dilections françaises, d'autre part, s'est créé un style souveraine-\nment et splendidement personnel ; tandis que César Thomson, cet autre grand violoniste,\nne démentit jamais une éducation et des tendances germaniques, Mathieu Crickboom apparaît\ncomme le véritable dépositaire, comme le fidèle disciple des fondateurs de notre école. Il\na gardé, respectueusement et fervemment, la tradition qu'ils ont léguée. Il s'efforça de la\nservir, de la développer toujours.\nFils de la terre wallonne, fils des Fagnes chantantes qui ont vu naître les meilleurs\nde nos compositeurs et virtuoses contemporains, M. Mathieu Crickboom est homme de claire\nintelligence, de loyal caractère, de haute culture. Il atteint à cette période de la vie où l'artiste\nconnait les joies d'une maturité. Il a conquis, par l'étude et par le vouloir, îa sereine possession\nde soi-même. J'estime, certes, qu'un tel maître sera capable de maintenir le renom de notre\nart. C'est le chef qu'il faut donner à notre jeune école du violon.\nRené Lyr.\nNous le pressentions: le Festival belge, annoncé par les \" Concerts Ysaije\" n'a pas\neu lieu, et plus personne ne parle du concert symphonique de la Société Nationale des\nCompositeurs belges. Hélas... n'espérons point que la saison 1913-1914 débute par ces\nsolennités ! Des rumeurs vagues nous apportent toutefois quelques promesses. MM. les\nDirecteurs du Théâtre de la Monnaie songeraient, chuchotent-elles, à monter plusieurs\nœuvres nationales : une de Léon Du Bois, une de Paul Gilson, une de De Boeck, une de\nV. Vreuls. Ce serait là bien agréable résultat de notre campagne, peut-être. Mais n'est-ce pas\ntrop beau pour y croire déjà ? 1 On dit encore que le Théâtre des Champs Elysées accueillera\n\n1 Ces notes sont composées quand nous prenons connaissance, dans 1 * Art Moderne du 8 Juin, des projets\nofficiels de MM. Kufferath et Guidé. Ils ont de quoi satisfaire aux plus hautaines dilections d'art : Parcifal,\nLyEtranger, Pénelope, Boris-Godounow avec M. Chaliapine ; aussi : Julien, de M. G. Charpentier, Istar de\nM. d'lndy, Les Joyaux de la Madone de M. Wolf-Ferrari, La Forêt-Bleue de M. L. Aubert. Nous voudrions\nnous réjouir et les féliciter sans réserve. Mais pourquoi donc la moindre place, en principe même, n'est-elle"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.65", "texte": "LE MOIS\n63\n\nles nôtres en son temple qui, dès l'apparition, a détourne tous les regards, tous les espoirs,\ntoutes les fois du monde, fustice serait deux fois belle, qui leur viendrait aussi de France.\n— Quelques dernières auditions à mentionner : le concert de M. Tirabassi, un Italien établi\nà Bruxelles depuis quelques années, qui explore nos bibliothèques, et y découvre des trésors. Il\nvient de publier trois œuvres de Monteverde :\n0 corne sei gentile avec une réalisation de basse continue. Il éditera prochainement une Suite\ninédite de J. S. Bach pour luth, trouvée dans le fonds Fétis. Les concerts qu'il organise chez\nnous sont consacrés à l'histoire, exclusivement. Le cinquième et dernier offrit une interpré-\ntation parfaite de quelques pages de Monteverde, et d'autres maîtres italiens de la première\nmoitié du XVIIe siècle. — Une pianiste de talent, Mme Henriette Eggermont dont nous avons\nsignalé déjà le succès dans des récitals, a fait apprécier, Salle Erard, la valeur de son enseigne-\nment, à l'audition de cinq élèves de son cours d'ensemble. Celles-ci à la première partie, elle-\nmême, à la seconde, interprétèrent excellemment des œuvres diverses, anciennes et modernes,\npleines de difficultés. — MM. Bosquet et D. Defauw ont inauguré une série de soirées musi-\ncales qui promettent de compter parmi les plus captivantes qu'il nous sera donné de suivre à\nBruxelles. Que l'on en juge par le premier programme : de Florent Schmitt, pour\ndouble quatuor à cordes de M. Defauw, La de C. Debussy. On entendit\nl'œuvre de M. Defauw, ce printemps même, à la Elle fut révélatrice d'un art\nsubtil, d'attaches foncièrement françaises, et prometteuse d'une production originale. Quant au\nQuintette de M. Schmitt, c'est une composition qu'il faudrait réentendre, (plusieurs fois sans\ndoute) avant que de pouvoir la bien connaître et apprécier. On y sent une personnalité véhé-\nmente, une rare puissance, des audaces, nées d'un instinct fougueux que refrène une volonté\nparfois trop consciente, peut-être. L'auditeur supporte difficilement la longueur du développe-\nment ; l'architecture générale, la ligne lui échappeut un peu ; seule, l'impression reste d'un art\nprofond et grand. — Le charme pur des lumineuses harmonies, flottant comme des voiles\naériennes sur le poème aux mots enfants de la repose d'un tel effort. O la\ncaresse des musiques douces, au balancement des accords, tels des lys vierges, sous les brises...\nAu Waux-Hall, M. Lauweryns a dirigé un concert d'orchestre consacré à des œuvres\nbelles, parmi lesquelles, Wiegenlied,d'E. Heeckhautte, d'A. de Boeck,\nCanadienne,de Paul Gilson, Le Chevalier Maudit,entr'acte symphonique, de Paul Lagye. —\nAnvers a eu son Festival Wagner, avec les grands chanteurs et cantatrices de Bayreuth, —\nMons, un concert de musique sacrée, sous la direction de M. Léon Jadin, avec le concours de\nMUe Cholet, violoniste et M. Absalon, violoncelliste, et d'un groupe de chanteurs, où la Sonate\npour piano et violon de l'excellent compositeur, en première audition, fut remarquée.\nR. L.\n\nréservée à nos compositeurs ? Nous attendons toujours, pour publier les conclusions de notre Enquête, l'explica-\ntion autorisée de ce dédain systématique. Elle sera de nature à éclairer le Comité formé, (il se compose\nMM. Léon Du Bois, Paul Gilson, Emile Mathieu, Jean Van den Eeden, Camille Lemonnier, Georges Eek-\nhoud, Nestor de Thière, Paul Lagye, René Lyr) pour une action décisive."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.66", "texte": "6 4-\nS. I. M.\n\nETRANGER\n\nLETTRE DE LONDRES\nOn fait beaucoup de musique en ce moment à Londres surtout dans les restaurants ;\ncar aux tziganes et autres orchestres discrets ont succédé les petits orchestres qui font, pendant\nqu'on mange une tranche de roastbeef ou une pêche Melba, les bruits les plus effroyables. Ce\nne sont que des fantaisies sur Carmen, ouvertures wagnériennes, valses de Rosenkavalier, tous\nhorribles mélanges exécutés avec des ralentissements viennois, des syncopations américaines et\nsoutenus par d'entêtantes et vibrantes basses issues d'harmoniums perfectionnés, ahurissants\ncomme durent l'être les orgues des premiers chrétiens et comme le sont encore les cuivres de\nl'armée du Salut.\nCependant la récente saison de M. Thomas Beecham a aussi fait quelque bruit. Ce digne\nchef d'orchestre y a conduit Tristan et Meistersinger d'une façon vraiment bien personnelle,\navec des déchaînements effarants et subits, détruisant complètement l'effet des crescendos\nnécessaires et suffisants. L'Ysolde mourut, sembla-t-il, d'une extinction de voix et Tristan fit\nde la pantomime. Electra et Salomè, partitions plus compliquées et moins connues réussirent\nmieux à M. Beecham, mais son orchestre fit merveille souvent, les soirs du Ballet Russe, sous\nla direction de M. Monteux et autres chefs-d'orchestre.\nLe Ballet Russe ! Le gros succès enfin, toutes places louées, rappels réitérés, ovations\ninterminables pour Thamar, Pétrouchka et Y Oiseau de feu, et, chose étrange, Y Après-midi d'un\nfaune bissé tous les soirs, car, de tous les ballets russes, cette discutable élucubration de Nijinsky\ns'affirma la plus populaire. On eut beau s'étonner d'attitudes si anguleuses, si en arrêt de\nmouvement, à la façon d'un fragment de cliché cinématographique, on eut beau sourire de la\npetite note du programme affirmant que la réalisation scénique annoncée à l'extérieur, n'avait\nrien à voir avec l'églogue de Mallarmé (encore que la musique en soit un prologue dans le\nmême mode !) ; on eut beau dire que Nijinsky s'était inspiré de vases du British Muséum faits,\nà une époque de décadence, pour plaire au mauvais goût romain rien n'y fit ; aucune\ncritique ne put décourager l'enthousiasme le plus sincère et le plus obstiné.\nMaintenant, c'est, au Palace, Anne sa grâce et sa personnalité soit dans un\nnouveau ballet, les Préludes de Liszt assez confus et en lequel ses ballerines ne montrent qu'un\nentrain fort modéré en dépit du très-modéré décor. D'ailleurs, dans les Music-Halls aussi, le\nballet russe triomphe : une version édulcorée de Sheherazade au Coliseum, une Rose d'lspahan\nquelconque au London Opéra House qui fut cher (à tous les sens du mot) à M. Oscar\nHammerstein, même dans la Revue de PAlhambra.\nIl est bien difficile, pour ne pas dire impossible, de se faire une opinion sur le Promethèe\nde Scriabine. Evidemment on peut le suivre, au point de vue musical, on peut l'aimer ou ne\npas l'aimer, mais on ne peut guère prétendre à la compréhension absolue d'une œuvre aussi\ncomplexe et aussi touffue. Le Zarathustra de Strauss se terminait par un point d'interrogation\ndéjà presque en dehors du domaine de la musique, mais le Prometheus tout entier c'est et de la\nmusique et de la Théosophie."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.67", "texte": "LE MOIS\n65\n\nJ'avoue mon incompétence en matières théosophiques et que dire d'une œuvre mystique\nécrite en toute sincérité, à la gloire d'une religion que nous ne connaissons guère. Et que dire\nd'un compositeur d'une ingéniosité orchestrale d'ailleurs remarquable qui songe\nà ajouter à son orchestre non des instruments nouveaux et rares, mais des projections lumi-\nneuses de différentes couleurs et même des accords de parfums ? L'autre jour, au Queen's\nHall nous n'eûmes ni les couleurs ni les odeurs aux mystérieuses correspondances, mais Sir\nHenry Wood crut que de donner deux auditions de l'œuvre au même Concert. Quelques\nenthousiastes seulement, y compris M. Bernard Shaw restèrent pour la seconde audition.\nDes Concerts : quatre séances dirigées par M. Balfour Gardiner au cours desquelles\nfurent exécutées plusieurs œuvres modernes anglaises, la symphonie de M. Frédéric Austin,\nThe Cload Messeng er de Von Holst, des compositions nouvelles de Arnold Bax, Vaughan\nWilliam et Percy Grainger dont je parlerai en détail un peu plus tard dans un article\nspécial sur la musique anglaise moderne.\nLa Société des Concerts Français continue sur œuvre de propagande (avec le plus grand\nsuccès) et Covent Garden continue (avec aussi le plus grand succès) de donner le Ring, Pelléas,\nLouise et les opéras italiens, anciens et modernes habituels.\nCependant M. Oscar Hammerstein son opéra est devenu un Music-hall comme je\nl'avais prédit ! après s'être plaint de l'indifférence du public anglais, se plaint maintenant de\nl'atmosphère d'immoralité que l'on respire dans les couloirs des théâtres Européens. C'est\npourquoi et n'engageux plus que des artistes américaines, et encore si elles n'ont pas été\nétudier en Europe... \" Une jeune fille Américaine qui a fait ses études musicales en Europe,\npeut en revenir avec une voix, mais elle aura perdu et la tête et son cœur (sic). Ce qui\nmanque aux chanteurs et chanteuses d'opéra, c'est la moralité... \" (A ceux que nous avons\nentendus naguère au London Opéra House de M. Hammerstein, c'était surtout la voix et\nle talent qui manquaient.)\nAinsi l'Amérique qui a démoralisé la moitié de l'Europe avec le \" rag-time \" tient-elle à\nla moralité de ses chanteurs d'opéra, et, par la bouche de M. Hammerstein le cria-t-eile bien\nhaut dans les journaux d'un sou.\nP. S. On vient de fêter comme il convient Saint-Saëns, qui somme toute représente pour\nla majorité des Anglais la musique française contemporaine. On\nannonce Parslfal...au Coliseum. A quand un petit Ballet de Filles\nFleurs aux Folies Bergères? Sir Herbert Tree et M. Beecham\nviennent de donner huit représentations du suivi\nde Ariadne in Naxos ;la partie de comédie arrangée par les soins de\nMolière, M. Somerset-Maugham et Hugo von Hoffmanstahl, la partie\nopératique étant l'etrange élucubration que l'on sait, déjà analysée ici\net avec quelle clairvoyance par M. Vuillermoz.\n(Croquis de Bernard Naudin.)\n\nX. Marcel Boulestin."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.68", "texte": "L'Édition\nMusicale\n\n1 Costallat et Cl#\n4 Cari Selva\n7 Max Eschig\n* Édition moderne n rue Royale\n5 Janin frère à Lyon\n8 M. Senart et Cle\n3 A. Z. Mathot\n6 Durand et fils\n5\n\nOn ferme..! Mais encore quelques notices pour avertir les mélomanes qui voudraient\nemporter à la campagne le viatique de nouvelles partitions.\nAux amateurs de musique d'ensemble conviendra la sonate pour piano et violoncelle de\nJongen 10 Constructeur6, un des plus éminents musiciens de la nouvelle école franco-\nbelge. J'admire sincèrement l'architecture de ce maître, et pourtant, je me demande si la\nmusique moderne a réellement besoin de si amples développements pour nous confier ses\nsecrets. Elle est si entraînée à ce jeu, la musique moderne ! Ou bien encore la Sonate pour\nmêmes instruments 6 de Louis Tllirion, assez contournée en ses allures fauréennes, et qui\npeut faire honneur à deux bons partenaires.\nCeux qui aiment le théâtre trouveront (enfin !) dans le traduction du Freischutz par\nGeorges Servières \\ une œuvre ayant un sens poétique. Qui aurait cru qu'il ait fallu\nattendre si longtemps une remise au point, probe et honnête, de ce mélodrame romantique?\nLes gens qui chantent seront pourvus de mélodies par les soin de différents compositeurs.\nD'abord M. Grassi et ses Cinq mélodies siamoises *, curieuses compositions occidentales sur des\npoésies traduites par l'universel Calvocoressi. J'ignore tout de M. Grassi, mais sa tentative\nd'orientalisation est des plus intéressantes. A côté de lui voisinent, aimables, la Gantifone et\nMirage de M. van der Boijen, et le Patio de M. Jacques Larnianjat 2. Puis le poème\npour chant et orchestre les deux Routes de Marc Delmas4, solide et judicieux, deux mélodies;\nde notre collègue Bruxellois Gaston Knosp et toute une série nouvelle de la Musique\nContemporaine (à remarquer Hier au soir de A. Pllilipp). Puis encore les Rondels\nmélancoliques6 de Louis \"Vuillemin, de ce style un peu précieux et bien français en son\nraffinement, que les lieder de Fauré mirent en vogue, et qui, avec des procédés modernes,\nrenoue le tradition de l'ancien air de cour. Puis toujours Trois Chansons dans le caractère\npopulaire de Paul Dupin 6. Que devient Dupin ? On n'entend presque plus parler de lui ?\nDe ces Chansons il a composé le texte avec cette émotion bonasse et naïve qui le place tout\nà fait à part dans le monde actuel de la musique. Dupin n'est nullement \" ballet russe \" ;\nil ignore les rites ambitieux du cubisme polytonal, et la mode sourira sans doute en voyant son\nPaysan, sa petite Solange, ou son Ménétrier qui maudit l'incapacité de nos danseurs de\nvillage. Mais une sympathie chaude et communicative se dégage de cette musique simple.\nSaluons une vieille connaissance la Sonate de Beethoven pour mandoline et basse 2,\npubliée récemment ici même pour la première fois, ainsi que les Deux Pièces pour harpe\nchromatique de Florent Schmitt6, ou se retrouvent l'incroyable sûreté de main et le\ntempérament bouillonnant de l'auteur de Salomé."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.69", "texte": "S. I. M.\n67\n\nDe Lyon nous arrivent différentes œuvres d'église, de bonne tenue et a recommander\naux maîtrises5: Chants de la messe de l'infatigable abbé Brun, Vent Creator de Civil y\nCastellvi, Sub Tuum de G. Berruyer.\nEnfin trois œuvres hors pair. La Scène Andalouse pour alto et quatuor a cordes de ce\nmusicien savoureux en qui le génie espagnol semble vouloir s'extérioriser en ce moment,\nJoaquin Turina. Le Festin de rAraignée, ballet de Roussel qui vient de triompher au\nthéâtre des Arts et les Tableaux Symphoniques du mystérieux et célèbre Fanelli 7. Il serait aise\nd'opposer entre eux ces deux derniers auteurs. \" Roussellus et Fanelli inter se conferantur \"\nsera peut-être dans deux siècles un sujet de concours académique ! Roussel nous montre le\nsingulier spectacle d'un compositeur parvenu, au milieu des écoles les plus divergentes, à se\ncréer un style condensé, où se reflètent sans se nuire les différents états de notre art\ncontemporain. C'est ainsi qu'ont procédé certains musiciens et des plus célèbres, tels que Lully,\nHaendel ou Gluck. Le second au contraire, personnalité outrancière et intransigeante, s'est\njuré de vaincre ou de mourir. Il n'est pas mort, mais on ne saurait l'assurer de la victoire en\nlisant cette partition qui date de trente ans. Après Wagner, après Debussy, après Ravel, après\nSchoenberg la personnalité en musique devient un luxe dangereux. Cela ne se portera peut-être\nplus du tout dans quelques années. Qui sait ! Attendons la saison prochaine.\n\nV. P."}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.70", "texte": "LE GALA DE CLAUDE DEBUSSY\nLouis Laloy.\nLe 19 juin, à la Comédie des Champs-Elysées, Claude Debussy était célébré. Rarement\nla musique s'était trouvée à pareille fête. Une salle trop étroite pour la foule accourue, et\npourtant un recueillement égal à la plus choisie intimité. Des artistes dévoués, mais que leur\nrespect sans contrainte animait d'une plus naïve émotion. L'auteur lui-même, jouant, accom-\npagnant ou dirigeant ses œuvres avec une bonne grâce qui répondait à l'assentiment unanime.\nNul faste, nul effort, nulle affectation ; rien de cette gravité convenue qui rend tant de concerts\npareils à d'imposantes funérailles. C'est qu'on n'enterre que les morts. Cette musique est\nvivante d'une vie immortelle sans doute. Ainsi nous en avait persuadé d'avance M. Emile\nVuillermoz en un préambule charmeur, mis en valeur sans peine par l'excellent Signoret, suivi\nde l'attention la plus vivace, et qui, en une langue digne du sujet, donnait l'histoire précise en\nmême temps que la poétique évocation de la grande délivrance opérée à la fois dans l'art et\ndans nos cœurs.\nCe furent alors la suite symphonique d'lberia,privée de l'orchestre mais dotée, grâce à\nses deux pianos commandés par l'auteur et l'incomparable R. Vinés, d'une souplesse cadencée\nque jusqu'ici l'orchestre n'a su conquérir ;le recueil entier des dont Mlle Vallin\ntraduisit d'une voix généreuse et sûre la radieuse ferveur ; trois de Baudelaire, chantés\npar M. Paulet dans la plus tendre simplicité. Trois de la seconde série,\n'affligée, le digne M. Pickwick et les enchantements de la Terrasse du clair de lune, ont attribué\nau piano cette transparence dont dispose seul cet auteur par soi-même interprêté. Les\nde Charles d'Orléans présidaient aux débuts d'une société chorale dont les chefs avisés sont\nMM. Inghelbrecht et Lamy ; débuts heureux tant pour la compagnie récente que pour les\nœuvres dont surgirent en un relief les lignes fermes et délicates. Enfin Mlle Vallin fît si\nprofondément ressentir l'amoureuse et tremblante extase du qu'elle\ndut malgré l'heure tardive en recommencer l'une et l'autre mélodie. L'enthousiasme était allé\ncroissant, à tel point que nombre d'auditeurs se refusaient à quitter la salle harmonieuse et\nqu'en manière de consolation et de souvenir ils se partagèrent les affiches annonciatrices. Beau\njour en effet que celui où l'on peut, parcourant les étapes d'une carrière éloignée de son terme\nencore, apprécier de combien, pour la confusion des envieux ou des timides, les promesses du\ndébut furent dépassées, et retrouvant l'inquiétant émoi de la jeunesse le joindre aux joies\naccomplies de la maturité."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.71", "texte": "Swift.\n(Croquis d'Emmanuel Barcet.)\n\nLes faits au mois\n\nSports ci'été : plusieurs lecteurs nous demandent les règles du tennis russe qui fera fureur, cette\nsaisony dans tous les châteaux. Elles peuvent se résumer ainsi : la partie se joue la nuit5 sur des\neorbeilles de\nfleurs éclai-\nrées par des\nlampes à arc;\nelle n admet\nque tr ois\npartenaires ;\nle filet est\nsupprimé ; la\nb ail e est\nremplacée\npar un ballon\nde foot-ball ;\nF usage de la\nraquette est interdit. Dans une tranchée, creusée à Vextrémité du terrain, on dissimule un orchestre\nqui accompagne les ébats des joueurs. Ce sport a pour objet de développer une extrême souplesse dans les\narticulations des poignetsy du cou et des chevilles. Il a reçu Vapprobation de F Académie de médecine.\nLe Théâtre\nsées a organisé pour\ndu a Sacre du\nservice spécia\nlanciers chargés de\ndomicile les pro-\nà qui le contact de\nwinsky a procuré\nvives. ha So-\nAuditions a justifi\ngénieusement son\nun grand concert\ndes Champs Ely-\nles représentations\nPrintemps \" un\nd\"*huissiers - ambu -\nreconduire a leur\nfesseurs d'9harmonie\nla musique de Stra-\ndes émotions trop\nciété des Grandes\nbrillamment et in-\ntitre en donnant\nou Fon a pu ad-\nmirer la plus grande partition d'orchestre et le plus grand bâton de mesure connus jusquà ce jour :\nles observateurs superficiels crurent voir sur Vestrade du capellmeister un pêcheur à la ligne feuilletant\nle Grand-Livre de la dette publique. Coup de théâtre : nous apprenons que le u Sacre du\nPrintemps \" qui asi violemment ému l'opinion fut un simple exploit de publicité américaine. Cet\nouvrage fut commandé par les Galeries Lafayette pour ridiculiser, au moyen d'une consécration\nironique, les modes d'un établissement voisin."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.72", "texte": "Autour de l'Opéra\nPierre Lérys.\nLes musiciens sont, en ce moment, dans un état d'esprit analogue à celui des parlemen-\ntaires à la veille d'un Congrès de Versailles. Le septennat du Président de la République\nlyrique touche à sa fin. Déjà des groupes se forment, des compétiteurs se dressent ; on élabore\ndes programmes de politique musicale, on prépare des embûches à ses concurrents, on recrute\ndes partisans et l'on songe à tout, sauf à ce petit fait que les duumvirs sortants sont rééligibles\net que leurs états de service sont de ceux qu'on ne saurait facilement oublier.\nNous n'entreprendrons pas aujourd'hui l'examen des titres que possèdent les candidats en\npresence, mais il convient de résumer, pour l'histoire contemporaine, l'œuvre des deux direc-\nteurs qui vont tenir tête à la ruée des ambitions prochaines. Un coup d'œil sur le chemin\nparcouru ne sera pas inutile pour juger nettement la situation.\nLa majestueuse Académie Nationale de Musique et de Danse a la réputation de pratiquer\nun travail exempt de fièvre. Il est admis qu'on s'y hâte lentement. On est donc surpris de ce\nque nous révèlent les statistiques. Nous avons encore présente à la mémoire la fameuse repré-\nsentation du Faust rajeuni par les soins de MM. Messager et Broussan, représentation éclatante\nqui fut le don de joyeux avènement des nouveaux souverains, et nous avons peine à croire que\ntant d importantes créations aient pu trouver place entre cette soirée d'inauguration et le gala\nBeethoven-Verdi-Saint-Saëns qui fut donné ces jours derniers. Et pourtant les affiches sont là,\ninstructives : 27 janvier 1908 : Faust ; 30 mars 1908 : Namouna ; 13 mai 1908 : Hippolyte et\nAride; 23 octobre 1908: Le Crépuscule des Dieux; 13 janvier 1909: Monna Vanna;\n5 février 1909 : Javotte ; 5 mai 1909 : Bacchus ; 17 novembre 1909 : UOr du Rhin ;\n16 février 1910 : La Forêt ; La Fête chez Thérèse ; 6 mai 1910 : Salomé; 10 juin 1910 :\nLa Damnation de Faust ;30 décembre 1910 :Le Miracle ; 3 mai 1911 : Espana ; 9 juin 1911:\nLiberia ; 22 novembre 1911 : Déjanire ; 8 décembre 1911 : La Roussalka ; 30 mars 1912 :\nLe Cobzar ; 24 avril 1912 : Roma ; 30 octobre 1912 : Les Bacchantes ; 8 janvier 1913 :\nFervaal; 29 janvier 1913 : Le Sortilège. Au total : quatre-vingt-dix actes ou tableaux montés\njusqu a ce jour par la direction actuelle qui, d'ailleurs, n'a pas encore achevé son programme\net le réalisera méthodiquement, jusqu'au bout, avant l'expiration de ses pouvoirs !\nVoila de quoi faire réfléchir les candidats trop empressés à vendre la fourrure des ours\nque ne manqueront pas de leur présenter nos bons auteurs. Un septennat d'Opéra représente\nla mise à la scene d une centaine d'actes lyriques ! Et avec les exigences du public moderne\nsous le 1 apport du luxe de la présentation et celles des compositeurs pour l'exécution orchestrale,\nun tel laoeur devient un peu effrayant. Pour faire oublier la direction Messager et Broussan,\nles nouveaux-venus devront, en outre, trouver quelque idée assez élevée et assez brillante pour\nrepondi e a celle qui donna aux deux tetrarques actuels une autorité artistique toute particulière:\nles représentations wagneriennes modèles, les exécutions bayreuthiennes mieux encore,\nmunichoises de la Tétralogie jouee en quatre journées, aux heures sacrées, avec i'entracte\ngastronomique et l'atmosphère exacte rêvée par l'auteur ! Et n'oublions pas que la présence\nd'un des directeurs au pupitre achevait de créer au profit de la direction actuelle une sorte de\nprivilège, de brevet d'invention que personne n'entreprendra de lui disputer !\nFournir un travail au moins égal, pour ne pas avoir à supporter de comparaison écrasante,\ntrouver une idee digne de rivaliser avec celle des galas wagnériens dirigés par Messager et\nsavoir conserver à l'Opéra cette tenue mondaine, cette aristocratie indiscutable qui furent si\nparfaitement sauvegardées depuis six ans, tels sont les trois premiers articles que doit inscrire\ntout candidat sur sa profession de foi, pour se présenter devant l'opinion. Il y a de quoi faire\nréfléchir les plus couiageux. Nous verrons bientôt ce que comptent faire ceux qui acceptent ce\ndangereux combat !"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.73", "texte": "Çà et Là\nRobert Catteau\nÉPIGRAPHE POUR LES MÉLODIES DE GABRIEL FAURÉ\nNotre excellent confrère Robert Catteau nous adresse ce délicat poème que lui ont inspiré les mélodies de Gabriel\nFauré. Nous sommes heureux de le mettre sous les yeux de nos lecteurs en ce moment ou Von jête le tendre génie de\nVauteur de Pénelope.\nCaresse languide des brises;\nParfums qui glissent par surprise\nD'un vieux mur fleuri de jasmins;\nEffeuillements sur les chemins\nDe pétales blancs et carmin ;\nFrissons de lumière pâlie\nOù tremble en rayons si légers\nUn soleil de mélancolie\nQu'on s'imagine voir neiger\nLa chevelure d'Ophélie;\nEcho des lointains angélus\nTombés des clochers vermoulus;\nOndes sonores dont le flux\nRaconte que là-bas l'air vibre\nAu passage d'une heure libre;\nTressaillements frais des jets d'eau\nJaillis en humeur de conquête\nEt qui perdent soudain la tête\nDe se sentir portés si haut ;\nPromenade des ombres lentes\nSur les terrasses vers le soir ;\nCrépusculaire nonchaloir\nDes lierres aux vrilles tremblantes\nNouant leur étreinte dolente\nA l'éclat des balustres blancs\nQui portent, chaudes à leur flanc,\nLes roses pourpre d'lspahan...\nParfums, jets d'eau, brise et pétales,\nLumière d'or et ciel d'opale,\nVous composez l'exquis décor\nQue suggèrent les harmonies\nSuaves des notes, unies\nDans l'enlacement d'un accord.\nParmi ces fleurs, le long des pentes\nAu caprice léger du vent\nSe courbant et se soulevant,\nLa mélodie enveloppante\nCourt, s'insinue et se poursuit,\nRanimant le lis qui se fane\nOù s'aventure son déduit,\nAvec l'aurore diaphane,\nMystérieuse avec la nuit,\nEt souple comme une liane...\nOn trouvera dans les Salons de 1913, édités par l'Argus de la Presse, outre la revue\ndes œuvres exposées, un précis de l'histoire des Salons depuis leur fondation, du à la plume\nde notre confrère, H. de Julliany.\nNous signalons à nos lecteurs l'intérêt tout particulier que présente l'Annuaire de la\nCuriosité et des Beaux-Arts dont la 4me édition (1913) paraîtra àla fin de cette année.\nPublié en un volume d'environ 580 pages, soigneusement imprimé sur beau papier, il\ncontient plus de 25,000 adresses et une importante partie de renseignements divers.\nLe très grand soin apporté à la composition et au tirage de cet ouvrage, le nombre, la\nvariété et l'intérêt des renseignements qui y sont contenus, ont classé Y Annuaire de la Curiosité\net des Beaux-Arts, parmi les documents indispensables à tous les Amateurs, Collectionneurs,\nBibliophiles, Artistes, Antiquaires, en un mot à toutes les personnes qui, par goût ou profession,\ns'occupent d'art ou de collection."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.74", "texte": "Société Française des Amis\nde la Musique\nBUT DE LA SOCIÉTÉ\nLA SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES AMIS DE LA MUSIQUE a pour but de\ngrouper en une Grande Association tous ceux qui aiment la Musique, d'aider de la\nmanière la plus générale, au développement de l'Art Musical en France et à sa diffusion\nà l'Etranger ; d'accorder son patronage et son appui à toute manifestation musicale digne\nd'intérêt, enfin de créer les moyens d'action nécessaires pour réaliser, à côté de son pro-\ngramme artistique, une Œuvre sociale, philanthropique et utilitaire qui ennoblisse ses\nefforts et justifie la mission qu'elle s'est proposée.\nEXTRAIT DES STATUTS\nARTICLE 3.\nLa Société se compose de membres sociétaires, de membres donateurs, de membres\nbienfaiteurs et de membres d'honneur.\nLes membres sociétaires, donateurs et bienfaiteurs devront être agréés par le Bureau.\nPour être membre sociétaire, il faut payer une cotisation annuelle de 20 francs.\nLa cotisation de 20 francs peut être rachetée par un versement unique de 500 francs.\nPour être membre donateur, il faut verser une cotisation annuelle d'au moins\n100 francs.\nPour être membre bienfaiteur, il faut avoir versé en une fois une somme d'au moins\n1000 francs.\nLes Dames peuvent faire partie de l'Association. Elles sont éligibles à toutes les\nfonctions.\nARTICLE 4.\nLa qualité de membre de la Société se perd : i® Par la démission. 2° Par la radiation\nprononcée par le Conseil d'administration pour non paiement des cotisations, après deux avis,\nou pour motif grave.\nTout membre démissionnaire doit les cotisations échues et celles de\nl'année courante. (Loi du ier juillet 1901, art. 4.)\n\nN. B. Les adhésions qui nous parviendraient pendant les deux derniers mois de Vannée\ns'*appliqueront a P année suivante. Néanmoins, les nouveaux AMIS recevront immédiatement\nleur carte, et ils bénéficieront du service de la Revue mensuelle et de tous les avantages réservés\na nos sociétaires."}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.75", "texte": "LE MOIS\n73\n\nTous ceux qui, de près ou de loin, comme amateurs ou à titre professionnel,\ns'intéressent à l'art musical, doivent faire partie de la Société Française des AMIS\nDE LA MUSIQUE :\nPARCE QUE LES AVANTAGES QUI LEUR SONT OFFERTS :\nService gratuit de la Revue Musicale S. I. M. dont l'abonnement est de 15 francs.\nRéduction sur le prix des places de certains concerts symphoniques et de musique\nde chambre.\nRemise spéciale sur achat de livres et de musique.\nEn certaines circonstances, réduction de prix sur les chemins de fer.\nPrérogatives particulières, etc...\nleur assureront plusieurs fois le remboursement de leur cotisation,\nPARCE QU'ILS profiteront de privilèges spéciaux pendant la saison musicale\nà Paris,\nPARCE QU'ILS seront conviés à des réunions privées réservées aux seuls\nmembres de la Société (représentations, concerts, auditions, conférences, promenades etc.).\nPARCE QU'ILS trouveront au siège de la Société les renseignements, les avis\net l'appui qui leur manque bien souvent, en province surtout,\nPARCE QUE l'union s'impose entre ceux qui estiment que la musique n'a pas,\ndans la vie de notre pays, le rôle et la place qu'elle doit et qu'elle peut avoir,\nPARCE QU'ILS coopéreront à une œuvre à la fois artistique, sociale et\nphilanthropique dont le succès immédiat a prouvé la nécessité le haut intérêt moral,\net dont toute l'ambition son Conseil d'Administration en est garant, est de se\nmontrer éclairée, indépendante, active et pratique.\nDes nouvelles adhésions sont parvenues au Secrétaire Général de la Société. Ce sont par\nordre d'inscription :\nMembre Bienfaiteur : M. Pyrame Naville. Membres Donateurs : M. Gabriel Gaupillat.\nLes Etablissements Gaveau. M. Léon Tabet. Dr M. Schiller. Membres Sociétaires : Mme Pontalba\nKulp. M. Georges Maxwell. M. Jean Naville. Mnie M. Schiller. M. Kateneff.\nLa COMMISSION DE PROPAGANDE et la COMMISSION DE MUSIQUE\nse sont réunies dans le courant du mois de mai chez Monsieur Gustave Berly, Président.\nLa COMMISSION DE PROPAGANDE a confirmé le patronage accordé par la\nSociété au u Festival Fanelli \", organisé par les soins de Madame Judith Gautier et a décidé\nde recommander tout particulièrement aux Sociétaires cette belle manifestation musicale.\nElle s'est ensuite occupée de la question de la décentralisation en Province.\nUne correspondance a été engagée avec les grands centres de Province, dans le\nbut de créer des branches filiales de la Société et d'accorder le patronage à certaines\nSociétés Philharmoniques.\nIl a été également décidé de donner une dernière réunion dans le courant du mois\nde juin."}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.76", "texte": "74\nS. I. M.\n\nLa COMMISSION DE MUSIQUE s'est occupée de la question de la création\nd'un u Prix de Musique \" que la Société décernerait chaque année ainsi que de la\nfondation d'une \" Bibliothèque Musicale \" pour venir en aide aux compositeurs peu\nfortunés ainsi qu'à certaines Sociétés Philharmoniques de Province.\nUne réunion du Conseil d'Administration aura lieu dans le courant du mois de juin.\nUne délégation de la Société s'est rendue à Vevey pour assister, du 18 au 21 mai\nau Festival donné en l'honneur du maître Camille Saint-Saëns avec le concours de\nl'illustre pianiste Paderewski et de Monsieur Gustave Doret.\nLes artistes qui se sont fait entendre à ces belles fêtes musicales sont : Mesdames\nFélia Litvinne, Croiza, Maria Philippi, Messieurs Corpait et Froelich. Les chœurs\nmixtes de la Société Chorale de Vevey, ainsi que l'orchestre du Concert-Verein\nprenaient part également à ces concerts.\nLes membres de la Société Française des ont été très touchés\nde l'accueil sympathique qu'ils ont trouvé à Vevey notamment de la part de Monsieur\nle Syndic Couvreu, l'organisateur de ce Festival qui a remporté le plus grand et le\nplus légitime succès.\nLes membres de la Société se sont réunis, une dernière fois, avant les vacances, en un\ndéjeuner, suivi d'une \" Garden-Party, \" qui a eu lieu le 24 juin courant, dans l'lle du Bois\nde Boulogne.\nCette réunion a été extrêmement brillante et nos sociétaires ont eu la bonne surprise\nd'entendre, sous les ombrages, quelques artistes réputés, qui avaient bien voulu apporter, à cette\nréunion, leur sympathique concours.\nOn a fêté Madame Yvette Guilbert, qui a dit, avec l'art incomparable que l'on sait,\nquelques vieilles chansons françaises. Monsieur Warmbrodt, de l'Opéra, qu'on a trop rarement\nl'occasion d'applaudir, a chanté, avec un style superbe, des chants patriotiques suisses. Enfin,\nM. Georges Chepfer a réjoui l'assistance en disant quelques-unes de ses plus spirituelles chansons.\nLe piano a été tenu successivement par Monsieur Raoul Pickaërt, Monsieur Verdeau et\nMonsieur Jesler.\nNous adressons à tous ces artistes, qui ont été la joie de cette fête champêtre, nos remer-\nciements les plus émus.\n\nToutes les communications doivent être adressées au Secrétaire général de la Société.,\n29, Rue La 29"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.77", "texte": "SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE\nSECTION DE PARIS\nCONGRÈS DE 1914\nSÉANCE DU 30 AVRIL 1913, AU MINISTERE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE ET DES BEAUX-ATRS.\nLa séance est ouverte à 5 heures 3/4 sous la présidence de M. Louis Barthou, Président\ndu Conseil, Ministre de l'lnstruction Publique et des Beaux-Arts.\nSont présents :\nMM. Gabriel Astruc, A. Banès, Berly, Ad. Boschot, Broussan, Calvocoressi, Jean\nChantavoine, Camille Chevillard, Collet, Henri Deutsch de la Meurthe, A. Dolmetsch,\nEcorcheville, J. d'Estournelles de Constant, Henri Expert, René Gadave, Gastoué, Lucien\nGreilsamer, Emile et Vincent Isola, L. de la Laurencie, Gabriel Lefeuve, Charles Mutin,\nPeyrot, Poirée, Mme la Princesse de Polignac, MM. Prodhomme, Prunières, Henri Quittard,\nThéodore Reinach, Jacques Rouché, Julien Tiersot.\nSe sont excusés :\nMM. Couyba, Custot, Delanney, Halphen, Gabriel Pierné, Poirier de Narcay, Alexis\nRostand.\nM. le Président du Conseil fait connaître à l'assemblée qu'il est heureux de pouvoir la\nrecevoir au Ministère de l'lnstruction Publique. Il exprime le regret de ne pouvoir rester\njusqu'à la fin de la séance en raison des nombreuses obligations qui lui incombent, mais il ne\nmanquera pas, toutes les fois qu'il en aura la possibilité, de prêter sa collaboration et son appui\nen vue de l'organisation du Congrès.\nM. Ecorcheville remercie M. le Président du Conseil de ce témoignage de bienveillance.\nIl attire ensuite l'attention de l'assemblée sur l'organisation financière du Congrès et de ses\nmanifestations artistiques en s'appuyant sur l'exemple de Londres et de Vienne et en exprimant\nl'espoir d'une participation des pouvoirs publics et de la municipalité.\nM, le Président du Conseil fait savoir qu'il interviendra bien volontiers, dans la mesure du\npossible pour faciliter la tâche des organisateurs. Il renouvelle ses regrets de ne pouvoir\ndemeurer plus longtemps en séance et se retire, laissant à M. Ecorcheville le présidence de la\nréunion.\nL'ordre du jour comporte, en premier lieu la constitution des comités du Congrès dont la\ncomposition définitive est arrêtée comme suit :\nPrésident d'honneur : M. Henry ROUJON. Président : M. Louis BARTHOU, Président du"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.78", "texte": "76\nS. I. M.\nTous droits réservés pour tous pays y compris la Scandinavie et l'Extrême Orient.\nImprimerie SAINTE CATHERINE, Quai St. Pierre, Bruges, Belgique (Tél. 517).\nLe Gérant: MARCEL FREDET.\n\nConseil des Ministres. Vice-Pré Adents ; M. Deutsch de la Meurthe, M. J. Ecorcheville et\nM. le Professeur Gariel. Secrétaire général : M. Chantavoine.\nComité de patronage : M. le Sous-Secrétaire d'Etat des Beaux-Arts, M. le Vice-Recteur\nde l'Université de Paris, M. le Préfet de la Seine, M. le Président du Conseil Municipal de\nParis, M. le Président du Conseil Général de la Seine, M. Henri Auriol, Député, M. d'Es-\ntournelles de Constant, M. Layus, Président du Cercle de la Librairie. M.M. G. Charpentier,\nTh. Dubois, G. Fauré, E. Paladilhe, C. Saint-Saëns, Ch.-M. Widor, de l'lnstitut,\nM.M. Bruneau, Debussy, Dukas. MM. Astruc, Messager et Broussan, A. Carré, E. et V.\nIsola, J. Rouché, C. Chevillard, G. Pierné, Mme la Princesse de Polignac, M. G. Berly,\nPrésident de la Société Française des Amis de la Musique, M. Coubya, ancien ministre, J.\nRoche, ancien ministre, F. Custot, F. Halphen, A. Rostand, E. d'Eichtal, Jacques Stern,\nBlondel, E. Gaveau, G. Lyon.\nIl est procédé ensuite à la détermination des Sections d'organisation du Congrès et à la\ndésignation de leurs présidents. Ces sections sont les suivantes :\nHistoire Profane : MM. Pirro, Tiersot, Michel Brenet ;\nHistoire Religieuse : M. Gastoué, Raugel ;\nEsthétique : MM. Dauriac, Poirée ;\nEthnologie et Exotisme : MM. Laloy, Lefeuve ;\nInstruments : MM» Greilsamer, Mutin ;\nAcoustique : MM. Gariel, Gustave Lyon ;\nBibliographie : MM. de la Laurencie, Expert ;\nThéorie et Enseignement : M. Maurice Emmanuel, Paul Vidal.\nM. Théodore Reinach propose de donner au Congrès la dénomination de \" Congrès\nd histoire et de science musicales. \" Cette proposition est approuvée et le Président signale que\ncette appellation est conforme à celle qui avait été adoptée jusqu'à ce jour.\nL ordre du jour comprend, en outre, l'étude des festivités qu'il y aura lieu d'organiser à 1\nl'occasion du Congrès. D'intéressantes propositions sont faites par M. Gabriel Astruc, et\nM. Uroussan. Une discussion s'engage au cours de laquelle Ad M. Théodore Reinach, Jacques\nRouchey Calvocoressi Deutsch de la Adeurthe et à?Estournelles de Constant prennent successivement\nparole.\nUne commission est nommée pour discuter ces projets. Elle se compose de M.M. Astruc,\nBroussan, Carré, Ecorcheville, d'Estourneiles de Constant, E. et V. Isola, Théodore Reinach\net J. Rouché. Elle se réunira à l'automne prochain.\nM. L. de La Laurencie présente l'idée, qui est adoptée, d'une exposition de la musique\nqui pourrait être limitée à une exposition de l'iconographie musicale française. M. L. de La\nLaurencie est charge de mettre au point cette idée qui sera inscrite à l'ordre du jour de la\nprochaine réunion du Comité d'Organisation du Congrès.\nLa séance est levée à 7 heures."}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.79", "texte": "A REVUE MUSICAL\nS. I. M\n(SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE MUSIQUE)\nyax's-z\nWs-\n- et COURRIER MUSICAL réunis\nDirecteur des services administratifs :\nRENÉ DOIRE\nDirecteur artistique :\nEMILE VUILLERMOZ\nGabriel Marcel .\nGeorges Lorin .\nPauline Long. .\nLE MOIS\nO. de Pawlowsky\nEmile vuillermoz\nAlbert Roussel .\nLouis Laloy\nG. K.\nRené Lyr.\nX. M. Boulestin\nV. P\nLouis Laloy.\nSwift\nPierre Lérys\nRédacteur pour la Belgique :\nRENE LYR\nDANS CE NUMÉRO:\nLes Mélodies Espagnoles et Ita 1\nSouvenirs sur Rollinat 14\nRéflexions d'un Solitaire 30\nLes Livres 34\n• 9\n44\n• «\n» ©\n# H\n* *\n» *\n« • a\n| Les Théâtres «\nUne Lettre 57\nCabarets et Music-Halls . 57\nConcerts divers 59\nLa Belgique . . . „ ... „ .... 60\nLettre de Londres .......... 64\ni\\ a i\"> £? ■V,\\■ \\ ; ' •;M - t v'* 'V.- m ,v ■ PS®\nLy Edition Musicale .......... 66\nLe Gala de Claude Debussy ....... 68\nLes Faits du Mois 69\nAutour de VOpéra .......... 70\nÇa et là 71\nSociété des Amis de la Musique ...... 72\nSociété Internationale de Musique ..... 75"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh19130615-01.1.80", "texte": "353ï»?\n-• v-.?.\nÔ:;;\n; jfj\nCJfeA-I\ns\ni\n«\n-\nil\n<*\nm\nr T- vV\nfcij:?\n/ M •<£«? S\n«\n■T%: -■\nu\nSB\nm\ny\na-\n• ••\ni\n- \"\nr - A. ' v v?\n£\nnaH\nI: ■■■\n1\nas*\nil\n©r.\n«\ny?.\n<■\nus»\nV*i\n-?■\n■V' IV..\n'\" i V; -. ?\ncr\n«S»\nVf.iff\n«33\n£\n...\n?\nïik\nX\nm\n<\nmm ESGTÊRîQUE\nPOUR une DANSEUSE\nPIANO VIOLOfI ET TRfAflGlf\nm ESOTEWSCHES\nm/izoEoiorr fur eine\nTknitmn kiaviér\nes\nM\nm\n\\\nf I•','\n■ > i •\nCof|,ïi\n✓i\n«\nm\nVlOtlîiE lîJßlAîieei\nPAU\n- Tkiïlj*\ns\nWH®\nm\nm\nWTV»*\nS- ' ~\n: :-•\n••\n1 $\nWï**M\nm\nm\n5»\nv «*\nJi\nA 7\nKTïf .V\n*\nEn Vente au Prix de I0f nets chez COSTALLATs C'f Edïteurs.6o. Ctl\nS€€\ni\nli\néMmm"}]}