{"numero_id": "bm-bmtnabh-1913-07-01", "volume": "bmtnabh_1913-07_01", "ocr_sha256": "618dd5ecd631322d4234d02cb43673610c73f790131130e382242cd3b20ef0ae", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1913/07_01/bmtnabh_1913-07_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1913/07_01/bmtnabh_1913-07_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1913-07-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-07_01#c002", "volume": "bmtnabh_1913-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.2.2", "titre_corps": "LETTRE DU MONT-DORE, par Emmanuel Chabrier. & CE QUE DISENT LES DANSES DU", "titre_sommaire": "LETTRE DU MONT-DORE, par Emmanuel Chabrier. & CE QUE DISENT LES DANSES DU", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 1, "page_imprimee": "couv. 1", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.1", "debut_caractere": 327, "fin_caractere_exclue": 657, "texte": "LETTRE DU MONT-DORE, par Emmanuel Chabrier. & CE QUE DISENT LES DANSES DU\n[\"RINCE IGOR, par Femand Gregh. 0 SOUVENIRS D'UN VIRTUOSE AMATEUR, par\nobert Scheffer. a CHOSES D'ASIE, par R. 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Ici les extrêmes se touchent. Avant hier, c. a. d. jeudi,\nMme Abry et son fils, les Firmin étant partis dès le matin pour une\nautre ballade, Mme Abry, dis-je, cette année toujours malade, arriva vers\ntrois heures, (j'étais en train de corriger des épreuves dans ma chambre),\nme dit que le temps était magnifique et qu'elle aurait été très heureuse\nque je l'accompagne en promenade ; j'ai accepté avec d'autant plus\nd'empressement que je comprenais que cette dame voulait me rendre ma\npolitesse, à moi, qui, sur sa demande à Joseph, lui avais fait de la musique\nchez le pharmacien, encore un homme aimable qui fait des remèdes pour\nrien. Nous voilà donc partis tous les trois, Mme Abry, son fils et moi ; ce\nfils a 14 ans, mais on lui en donnerait 18 ! Il fait déjà ses petits embarras\net se croit un vrai personnage, un type fin de siècle des plus curieux. Le\npays est admirable ; c'est moins imposant que Cauterets où l'on ne peut\npas bouger sans se cogner contre une montagne de 3000 m. qui vous\nobture la vue, mais c'est suffisamment dramatique et surtout délicieux.\nLe Mont Dore se trouve naturellement dans la vallée, entouré de hautes\nmontagnes qui toutes ont leurs noms, leurs petites légendes, leurs jolies"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.4", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2552, "texte": "cascades, leurs vais d'enfer etc. etc. et dont la plus élevée est le Pic du\nSancy, visible de partout quand il le veut bien, et dont on peut toute une\naprès midi à pied faire l'ascension, mais il ne faut pas perdre de\ntemps.\nMais n'anticipons pas. La calèche, montait, montait toujours ; et\nc'est toujours d'avant hier que je parle tout à coup, je me trouve\nen face d'un admirable panorama, qui m'est apparu d'autant plus beau\nque Mme Abry ne disait rien, voulant jouir de ma surprise. Oui, au sommet\nd'une côte, (pense que nous sommes là à 500 m. au dessus du niveau de\nde la mer), j'aperçois devant moi deux rochers immenses monter ainsi\ninsensiblement, grandir, comme de gigantesques pyramides et faire comme\ndeux sentinelles naturelles, gardant un paysage immense, à perte de vue,\navec des mamelons, des collines, des accidents de terrain, et ces terrains\nde toutes couleurs jusqu'à l'horizon, violet, rose, ressemblant à des vagues ;\ntout ça, doré, rosé, violeté par un soleil ardent —je n'ai jamais rien vu\nde plus beau. A six heures du soir, nous remontions au Mont\nDore.\nMais c'est hier que j'ai fait la plus belle excursion : les Firmin ou\nplutôt Firmin, (car Mme ne pense à rien ; elle grogne tout le temps et reste\nd'une nullité et d'une ignorance dérisoires), Firmin, voulant aller aussi\nme faire une politesse, insista tellement qu'hier, par un temps toujours\nmagnifique, nous sommes partis à 7 heures du matin, (j'avais fait mon\ntraitement, de quatre heures à 7 h. moins le quart,) pour St Nectaire. Il\ny avait dans le landau, Antoinette, les deux Firmin, le fils Abry et moi.\nAprès quatre heures de marche, ou plutôt de montées implacables, d'une\nlongueur de 15 à 16 kilom. et une heure de descente, nous arrivions vers\nonze heures au château de Murols ; je vais y venir, mais laisse-moi te\ndire que ces montagnes, que la voiture était forcée de contourner, chan-\ngeaient à chaque instant d'aspect et que conséquemment le paysage se\nrenouvelait constamment ; on trottait à des hauteurs prodigieuses avec de\nla montagne à sa gauche, du précipice à sa droite, puis on redescendait\ndes 3 et 400 mètres en faisant des zig-zags, de lacets avec accompagne-\nments de cascades, de petits gaves endiablés, de bois de sapins se ruant\nles uns sur les autres et semblant dégringoler, je ne savais plus ou jen étais ;\nje t'assure que je n'ai jamais rien vu de plus beau ; et tout le temps, je\ngueulais : ah, si ma chtite était là ; ah, si ma chtite était là ! cochon\nd'argent ! cochon d'argent ! Tu te serais positivement pâmée, ma mie et"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.5", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 18, "texte": "LETTRE DE CHABRIER"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.5", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2550, "texte": "j'étais, quoique si heureux de ce spectacle, malheureux d'une immense\njoie que tu ne partageais pas ! Enfin, ne m'en veuille pas trop, mon petit\nLouloulou.\nEnfin, nous sommes à ce château, ou plutôt au pied du château\nde Murols. Murols est un très propre petit village au bord d'un\nlac bordé naturellement par les montagnes, (car tous ces lacs sont\nplantés là à des hauteurs énormes) ; et ce lac était si calme, on voyait\njusqu'au fond. Enfin, nous sommes grimpés à ce château, en ruines\nabsolument, mais extraordinairement intéressant. Il date de 1350; il\nappartenait à deux familles, les Murols et les d'Estaing ; on a mis deux\ncents ans à le construire, et la Révolution dix minutes à le démolir ; le\nchâteau est de proportions immenses, mais il ne reste que des vestiges de\npont-levis, de mâchicoulis, de fenêtres ; cependant, en pénétrant dans\nl'intérieur, il y a encore des bouts de colonnes dorées et des dessus de\nportes ou de cheminées colorées attestant la magnificence intérieure de\ncette demeure ; il y a une poterne tout en haut et je te laisse à penser\nquelle peut être la vue abracadabrante que l'on a de là. Enfin, ce que le\nchâteau, avec son énorme et déchiquetée carcasse donne encore à mer-\nveille l'idée de ce qu'il était aux temps féodaux, surtout les combats\nacceptés et livrés, les trous par où les archers jetaient de l'huile bouillante\net des tas de cochonneries sur les arbalétriers placés en bas ; enfin, tout\nle remue-ménage idiot que tu as du voir dans les drames historiques à la\noorte St Martin, quand tu étais petite et moi aussi. Après avoir donné\na pièce à une vieille femme de l'époque, qui nous expliquait tout pêle\nmêle, nous sommes dégringolés à Murols où le landau et nous avons\nrepris la route de St Nectaire où nous arrivions à Midi un quart avec le\nventre dans les talons.\nJe vais voir la fête du 1 5 août ; bals d'enfants, course aux canards,\nimbécillités. Ce que je cherche, c'est des paysans qui dansent, et je ne les ai\npas trouvés. Ça n'a pas le chic de la Bamboula comme amusement.\nA St. Nectaire c'est une station thermale très réputée dans le pays\npour la scrofule et les maladies des femmes il n'y a que fort peu de\nmonde et dix femmes ou jeunes filles, jaunes, blêmes, avec de grosses\nlèvres vertes et des mains moites ; tu vois ça d'ici. Dix femmes pour un\ngoutteux, un goitreux ou un teigneux. Toute ma vie, naturellement, j'ai\nentendu parler de St. Nectaire, mais c'est sans grand avenir, parce que\npour y arriver, ce sont des chemins terribles, quoiqu'admirables (puisque"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.6", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2693, "texte": "nous les parcourons pour cela) et le jeu n'en vaudrait pas la chandelle ;\nmais comme situation, c'est abasourdissant ! Il y a la vieille église romane\ntrès intéressante, huchée depuis des siècles sur une montagne de 100 mètres\n(au-dessus du village) en plein milieu dudit village. On y arrive par une\nrampe très douce. L'intérieur est fort bien conservé, mais, ces églises\nromanes, c'est de la pierre, rien que de la pierre : il n'y a pas le plus léger\nornement pour blaguer. Tu penses si j'ai voulu voir le Curé qui ne s'est\npas fait attendre et a amené vivement sa face réjouie de brave prêtre.\nC'est un bon homme dans mes prix. Il était d'un petit canton tout près\nd'Ambert. Il m'a demandé mon nom et au bout de cinq minutes nous\nbavardions comme deux pies. Il disait : comme vous êtes bien un enfant\ndu pays. Vous êtes un brave chevalier de la légion d'honneur ! ! ! C'est\nsuperbe. Bref, il m'a collé un bouquin sur la basilique de St. Nectaire, il\na mis son pataraphe en tête du volume, ce dont il grillait d'envie, et je\nlui ai glissé dans sa vieille main de compatriote 2 francs pour ses pauvres.\nIl m'aurait canonisé ! Les Firmin étaient ahuris de voir comment\nj'empaumais un prêtre dans les cinq minutes. Nous sommes redescendus\net nous n'avons pas voulu faire le grand tour pour redescendre à l'hôtel ;\nalors, pour nous raccourcir, il a fallu descendre une colline très raide\nde 150 à 200 mètres, et j'ai l'honneur de t'apprendre que je me suis\ntiré d'affaire d'une manière épatante. Antoinette, retroussée jusqu'à mi-\njambe, ainsi que Marguerite, ne pouvait pas en sortir, d'autant plus\nqu'elles étaient génées par ce sacré petit Abry qui n'a pas quinze ans,\nmais qui est intelligent comme un singe, et les regardait, tournaillait\nautour des chtites, en quête d'un bout de mollet, d'une jarretière à\nramasser ; le petit bougre les embêtait ferme et on ne pouvait pas les\nempêcher de rire ! Firmin voulait descendre debout, glissait, s'étalait,\nreglissait en se relevant et n'en sortait pas. j'ai mesuré de suite ce\nque j'avais à faire : serai-je ainsi à la montée, je n'en sais rien, mais à la\ndescente, je suis de premier ordre : je me suis tout bonnement foutu\nle cul par terre ; le gazon était sec et chaud, je ne m'offrais pas trop\nà la pente, en me tenant de travers ; et avec mon bras droit, je poussais\nmon corps devant moi, et quand je voyais que je pouvais aller trop loin,\nen me retenant au gazon, je me redressais, voyais de quel côté je devais\nobliquer et crac, je me refourrais sur mon derrière et me voilà rouli-\nroulant. Bref, je suis arrivé très chiquement en escaladant quelques gros\nrochers, jusqu'au bord de la route, sans jamais me retourner mais ils"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.7", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2610, "texte": "étaient encore assez loin de moi. En arrivant sur la grand route, des per-\nsonnes que je ne connais pas, mais qui m'ont paru fort distinguées, m'ont\nchaudement félicité. Enfin, la Smalah s'est reformée, et nous sommes\narrivés à l'hôtel où nous avions laissé nos affaires, car la chaleur était\naccablante, (nous étions, il y a huit jours au dessous de zéro). J'ai joué\nquelques rocamboles sur le clavecin du salon de compagnie, devant trois\ndames laides et sur le retour, quelques demoiselles en saindoux, et un\njeune collégien qui avait des lèvres comme des rebords de pot de chambre\net qui riait, le salaud, en découvrant une horrible mâchoire de gorille,\navec d'énormes dents de cheval et des gencives sanguinolentes. J'ai connu\ndeux hures dans ce genre là, celle de Dujardin, et celle de Godard. Ça\nfait la troisième et ça fait assez. Après, quelques tournées de limonade\nqui ont fait soudain beaucoup d'effet à ces dames ; T'ai je dit que\nFirmin a payé tout le temps ; que chaque fois que je faisais mine de\nvouloir payer, il me foutait mon porte monnaie par terre, par drôlerie.\nDu reste, excessivement attentionné, gentil, aux petits soins pour moi ;\nil est très correct et plein de cœur. J'aurai un tas de choses à te raconter,\nmais je préfère ne pas les écrire. Ce sera pour quand nous serons tous\nles deux.\nEnfin, les deux chevaux font tinter leurs grelots, nous montons\nen voiture et nous voilà partis nous sommes revenus par le même\nchemin, en contournant les mêmes montagnes énormes ;• au pas les\nlongues montées, au large trot les descentes. Nous avons admiré à nou-\nveau les admirables panoramas de ce beau pays, (je t'assure, sans blague,\ntu n'aurais pas démarré de t'extasier, de 7 heures du matin à 8 heures\ndu soir) après nous être entourés tous dans nos manteaux, car la\nfraîcheur arrivait, mais si doucement, mais elle vous apportait à sentir\nde si exquis parfums de foins coupés et ces parfums semblaient venir\ndu large, comme en mer, tant c'était puissant, pénétrant, enfin, c'était\ntoute la transpiration de cette chaude journée qui nous enveloppait : il\nn'y a pas à dire, c'était une impression délicieuse ; et, sur ces versants de\nmontagnes, dont nous quittions l'une pour en retrouver une autre encore ;\ntandis que le soir tombait on voyait, d'immenses troupeaux de génisses,\npresque toutes couleur acajou qui, de la haute cime et décrivant des\ncercles capricieux, dévalaient jusqu'à la base de la montagne. On entendait,\ncomme de très loin, la musique de leurs clochettes au cou, qui ont\ntoutes le même son, et titinnabulaient avec de petits rythmes mystérieux,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.8", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2529, "texte": "puis des appels de bergers et de chèvres, éperdus, parcourant ces\nimmenses nappes arrosées de gazon d'un vert plus sombre, car le soir\ntombait encore. Et la petite voiture roulante du berger, tout en bois\nblanc, les roues pleines, que les bœufs poussent et dans laquelle il couche,\nle vieux ou le jeune berger, dans les étoiles ou les tempêtes, mais\ntoujours immuable, immobile dans sa grande limousine, toujours silen-\ncieux, regardant quoi ? des choses admirables : c'est un veinard. Et il\ncouche là, le petit berger ou le vieux, pendant des huit ou dix jours de\nsuite avec son immense troupeau. En voilà un qui ne reçoit pas VEcho\nde 'Paris,mais il est de par le Destin abonné àla contemplation des\nspectacles toujours renouvelés de la marche du temps; et vrai ! quand on a\nvu de si belles choses, on ne peut qu'envier des gens, qui, n'ayant ni\npréoccupations ni soucis, ne connaissant qu'une vie invariablement la\nmême, peuvent regarder ça ! ils sont heureux, c'est inévitable.\nvoila !!!!!!! et enfin, il y a l'hiver, avec 40 à 45 pieds de neige partout.\nImpossible de Taire nulle trace, nul voyage, rien ; la maison, la masure,\nle toit de chaume y compris la petite voiture de berger, tout ça dort d'un\nimplacable sommeil de dix mois ; sans sortir. Malheur à qui sortirait ; il\nne s'y reconnaitrait plus à 20 pas de sa maison et les longues et dange-\nreuses routes sont semées de croix, c'est un voyageur égaré qui est mort\nlà, enveloppé par un tourbillon de neige, roulé là dedans comme une\ncigarette et lancé au loin. Un petit trou blanc où il s'enfonce ; de la neige\nencore pour boucher le petit trou blanc et c'est fini...\nEn voilà des affaires, dirait la mère Tonnelier qui se fout du style\nroman et d'un chien de berger comme ah, et les chiens de la mère\nGatien, et le serin, dont tu m'as parlé un jour. Comment, Maman, nous\navons un serin ? déjà cordonnier.\nAh, tu diras à Marcel que quand on cautérise une femme du monde\nou la dernière des fripouilles, c'est toujours la même orthographe, on\ncautérise, on ne cotérise pas. Je crois inutile d'ajouter que le Cautère\ns'écrit avec au. Remercie-le de sa lettre qui m'a fait plaisir ; qu'il\ncontinue à s'intéresser aux choses sérieuses ; il faut en finir avec ce travail\nimplacable ; il n'est pas au bout de ses peines, ni moi non plus ; mais j'ai\n33 ans de plus que lui et je commence à m'exaspérer que mon tour ne\nfinisse jamais.\nDemain dimanche, déjeûner avec Lamoureux à la Bourboule, car la\npauvre Mme Lamoureux était venue me voir hier au Mont Dore avec"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.9", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 287, "texte": "Miss Picot et Chariot, et j'ai raté sa visite puisque je me pâmais à\nSt. Nectaire.\nAprès demain, détails.\nJ'espère que tu peux te coller un petit cognac pour faire passer tout\ncela.\nA vous tous, ah mon Dieu ! je t'embrasse bien, ma petite femme !\n\nLe loup Emmanuel."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-07-01-c006", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-07_01#c006", "volume": "bmtnabh_1913-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 10, "image_fin": 13, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.2.4", "titre_corps": "CE QUE DISENT LES DANSES DU PRINCE IGOR", "titre_sommaire": "CE QUE DISENT LES DANSES DU PRINCE IGOR", "signature_source": "Fernand Gregh", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.10", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1250, "texte": "CE QUE DISENT LES DANSES DU PRINCE IGOR\n\nIl est humain qu'on soit rassasié de ce qu'on a goûté avec le plus\nde délices ; et il est bien sûr que nous nous lasserons un jour des ballets\nrusses. Mais, je l'avoue, la plupart m'ont semblé cette année encore\ninépuisables en beautés et en leçons. Je voudrais même noter ici briève-\nment ce que l'un de ces spectacles, revu avec un enthousiasme aussi\nfervent que la première fois, m'a raconté dans sa langue merveilleuse de\nsons et de gestes.\nQu'on hésite à choisir entre trois ou quatre de ces chefs-d'œuvre, je\nle conçois ; mais, pour moi, mon choix a ete fait des la première annee.\nSans doute Schéhérazade joint la volupté au meurtre, en un bouquet idéal\nque noue l'écharpe de la plus langoureuse et fière musique. Sans\ndoute, L'Oiseau de Feu,ce conte de nourrice moscovite du grand musicien\nqu'est Igor Stravinsky, évapore, avec un fort parfum oriental, toute\nl'essence poétique de notre Belle au Bois Dormant, que nous envoient par\nbouffées les palpitations prisonnières de l'adorable Karsavina, oiseau\nfemme aux bras plus souples que des ailes. Sans doute,\nRose, concis et plein comme un poème de notre Gautier qui l'a inspiré,\napporte dans l'infini sensuel de l'Orient une sorte de brève perfection,"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.11", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2540, "texte": "(dirai-je latine), tandis que cPetrouchkanous offre, dans une espèce de Boilly\nslave, ce paradoxe exquis : de la Comédie italienne russifiée. —Je viens\nde citer, à mon avis, les plus belles réalisations des ballets russes. Mais les\nDanses du Grince Igor les dépassent par une primitivité ardente et triste\nqui va aux profondeurs de l'être.\nÇa été, dans la révélation de ces spectacles, une révélation particu-\nlière. Je me rappelle, voici quelques années, quand le rideau baissa pour la\npremière fois sur l'harmonieux désordre immobilisé : il y avait une sorte\nde gratitude émerveillée dans l'acclamation. Dire qu'avec quelques corps\nagités en cadence sur quelques accords de cuivres, de cordes et de bois,\non pouvait faire une telle beauté, si évidente, si immédiate, et si\nuniverselle !\nLa musique de ces danses, d'abord, est admirable. Elle a toute la\nmélancolie sauvage des horizons petits-russiens, et tout le déchaînement\nd une fantasia cosaque. C'est une ligne droite sur laquelle monte une\nflamme. Et le rythme y est quelque chose d'élémental. Il naît de plus loin\nque le cerveau du musicien, du profond d'une race où il a été scandé par\nles choses mêmes. On sent qu'à ce rythme ont collaboré le galop des\nchevaux domptes sur l'herbe rare de la prairie et les secousses des\nspasmes amoureux sous les étoiles. Et là-dessus flotte, comme une gaze\nqu on balance, l'ondulation orientale, la morbidesse délicieuse et volup-\ntueuse des slaves.\nMais cette musique déjà admirable, la danse la sublime ; elle en\nprend les thèmes comme des tremplins d'or ; là où les autres arts,\nharmonie et plastique, arrivaient elle en bondit.\nQuand, après les nostalgiques cantilènes des femmes, tristes comme\nle steppe au crépuscule, les hommes, s'avançent en horde bariolée, arcs\nen mains, et commencent a trépigner du délire pyrrhique ; quand les\nlignes de leur ballet guerrier s'entrecroisent, se recoupent, et se confon-\ndent, et que de temps en temps leur masse multicolore lance et darde,\ndirait-on, son chef plus agile, dans un geste de joie frénétique vers le ciel\nqui est presque un geste d'obsécration ; quand tous ensemble ils frappent\nde la corne de leurs arcs la terre natale comme pour en faire jaillir la Force\nlatente, puis dune fleche invisible que 1 on suit dans les frises, visent le fir-\nmament inconnu ou se cache leur Dieu, c'est vraiment, de tous ces corps\nunanimement possédés du même génie, l'Ame originelle d'un peuple qui se\ne§aêe* On évoqué, plus loin que la Russie d'aujourd'hui, d'où ces danseurs"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.12", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2409, "texte": "nous sont venus, plus loin que la Polovtsie où se passe le drame d'où elles\nsont tirées, on évoque la Scythie même, la lointaine Scythie, la Scythie\nbarbare et merveilleuse, et par où la danse russe rejoint l'orchestique\ngrecque. Oui, à Tomes, au bord de l'lster, Ovide nourri du lait des juments\na dû entendre ces mélopées et assister à ces jeux de guerre, auprès des foyers\nfumants sur la plaine horizontale, par les premiers jours de printemps où la\ntristesse âpre de l'hiver fond en langueur et en folie. Et ces femmes qui\ntournent sur elles-mêmes, leurs pieds bottés de courtes bottes rouges, elles\nont déchiré jadis Orphée aux rives de THèbre: un peu de son sang apol-\nlinien leur en est sans doute resté aux doigts, et c'est ce sang sacré\nqui, insinué dans leurs veines, cadence encore leurs pas sauvages et les\nordonne en beauté. Mais surtout dans la strette finale, dans cette espèce\nde charge par rangs renaissante et triplée (invention admirable de\nM. Fokine), lorsque tous les danseurs se jettent en bondissant vers les\nspectateurs, c'est du fond des temps qu'ils semblent se précipiter en une\nmigration soudaine, avec leurs femmes, avec leurs armes, avec, invisibles\nautour d'eux mais que l'on imagine, leurs animaux et leurs tentes de cuir\net leurs chariots aux roues massives; et lorsque ils s'arrêtent à la rampe en\nhaletant et en nous regardant, ce sont deux moments de l'humanité qui\nse confrontent...\nDanse, fête des gestes et des attitudes, gloire du mouvement, fonc-\ntionnement instantané et parfait des muscles innombrables, instant les plus\nbeaux avec la minute de l'amour de cette périssable chair humaine,\néquilibre trouvé, rompu, repris, comme l'histoire des hommes et peut-\nêtre celle des mondes ; danse, transfiguration physique, extase du\ncorps danse que tous les poètes ont aimée, devinant en toi par un\nsûr instinct la sœur charnelle de la poésie, tu es venue nous faire\nsouvenir, en dépit de tous les mots pédants, que l'art est une chose\ntrès simple, très primitive, enfantine même, et que c'est de cela qu'est\nfaite sa puissance. Sois-en remerciée ! Et vous en particulier, merveil-\nleuses Danses du Prince Igor, vous ne nous avez pas seulement charmés,\net, davantage, émus ; vous avez augmenté l'idée que nous avions du pays\nd'où vous venez. Vous nous avez fait sentir combien les Russes sont\nvraiment un peuple jeune, et quel avenir immense ils ont devant eux,"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.13", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1388, "texte": "immense comme leur pays sur la carte. Affleurant à peine de la barbarie\net déjà raffinés, rustres en bas, presque morbides en haut, ils nous font\npenser au XVIe siècle français, aux Valois grossiers et artistes, mangeant\navec leurs doigts et cousus de perles. Ils ont encore devant eux tout ce que\nnous avons derrière nous, la lente ascension vers la perfection, la matu-\nration de leur jeune génie encore vert, le classicisme. Mais déjà leurs coups\nd'essai révèlent un grand peuple aux virtualités infinies. Danses, vous êtes\nl'avant-printemps d'une nation qui a déjà commencé à nous donner dans\nla musique, ce premier chant de toutes les races, et dans les lettres, leur\nsecond aveu, un art absolument original. Et même qu'on ne s'étonne\npas de cette idée : pour qui essaie de voir de haut, tout se répond dans\nle génie d'un peuple, et d'ailleurs, il n'y a ni haut ni bas dans les âmes\npas plus que dans le ciel, ces danses révèlent de telles puissances\nvierges de douleur et de joies, une telle vitalité, une telle naïveté, une telle\nfoi, en un mot, qu'on peut se demander même si le peuple qui s'exprime\nen elles ne possède pas le secret de cette auguste ingénuité qui crée le\nDivin, et ne sera pas apte à lui donner, un jour, la forme nouvelle que\nvont réclamer nos races plus anciennes, en nos temps déjà trop mûrs sur\nl'arbre du destin.\n\nFernand Gregh."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-07-01-c009", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-07_01#c009", "volume": "bmtnabh_1913-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 14, "image_fin": 23, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.2.5", "titre_corps": "SOUVENIRS", "titre_sommaire": "SOUVENIRS", "signature_source": "Robert Scheffer", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.14", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1750, "texte": "C'est un instrument un peu magique que le violon. Dans son corps\nexigu, mais de proportions parfaites, habitent des voix diverses et mer-\nveilleuses. Il est à lui seul, par le génie des luthiers italiens, sous les\ndoigts et l'archet du virtuose vainqueur, un quatuor aux timbres diffé-\nrenciés ; il évoque aussi le son de la flûte et du hautbois. La polyphonie,\nque ne tolère guère le violoncelle, lui est permise. Sébastien Bach put lui\nconfier des fugues et sa grande chaconne. Il a une âme qui épouse celle\nde l'exécutant. Il se laisse caresser par elle et lui rend la caresse. C'est le\nplus vivant de tous les instruments ; c'en est aussi le plus tendre et le\nplus ombrageux. Il ne se livre qu'à celui qui, épris de lui passionnément,\nsut d'abord le maîtriser. Il déteste l'artiste médiocre, et grince à son\nappel. C'est un aristocrate. Il ne servira que le plus digne, mais pour en\nfaire un roi.\n*\nComment il m'arriva, destiné aux lettres, mais également acquis à\nla musique, de pratiquer avec zèle l'étude du violon, cela est une autre\nhistoire, et je ne voudrais ici que simplement retracer quelques souvenirs\nd'un littérateur qui fit vibrer la chanterelle.\nTout jeune homme, en possession d'un certain mécanisme, indis-\npensable en l'occurence, j'eus l'heur d'être pendant un an élève de\nJoachim, élève qui avait tout à apprendre, mais élève privilégié, car en\ndehors de la \" Hochschule \" de Berlin, où il professait, Joachim me\nrecevait dans l'intimité.\njoachim avait alors 55 ans. Il n'était plus le pur virtuose, il n'était\npas encore uniquement le chef de quatuor, que Paris entendit dans ses\ndernières années, admirable, mais sujet à des défaillances. Il était le\n\" musicien \" avant tout, mais sa maîtrise restait absolue, et il méritait"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.15", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 9, "texte": "SOUVENIRS"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.15", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2640, "texte": "d'être appelé \"le roi des violonistes Elevé dans l'entourage de Mendels-\nsohn, sa culture était considérable et ne se limitait point a la musique.\nVolontiers citait-il Montaigne dans le texte et prouvait-il avoir étudié de\nsolides auteurs. Néanmoins, il est probable que l'influence exercée sur lui\npar Mendelssohn ne fut pas entièrement heureuse : elle contribua à\nrétrécir son horizon musical, à développer en lui un certain pédantisme.\nA Berlin, il était celui qui opposait la tradition classique aux novateurs,\nBrahms à Wagner; et de la \" Hochschule \" qu'il dirigeait, il avait fait,\navec la complicité du bachiste Philippe Spitta, la citadelle des réaction-\nnaires. Il vouait également au désuet Spohr un culte fâcheux qu'il\nimposait à ses élèves. A part cela, son enseignement s'avérait supérieur,\nson exécution magistrale témoignait d'une compréhension approfondie\net scrupuleuse de l'œuvre qu'il interprétait. Comme il s'identifiait\navec la pensée du compositeur, s'interdisant d'y projeter sa propre\npersonnalité, maintes fois on lui reprocha de la froideur. Au vrai, il\nsaturait de sa sensibilité un ensemble, mais évitait qu'elle débordât\nbrusquement. C'était un principe chez lui, et qu'il enseignait à ses élèves.\n\" Beaucoup de tempérament, disait-il à tel d'entre eux, mais cela est\ntout extérieur. Vous jouez avec vos nerfs, et non avec votre pensée.\nRépartissez également votre âme, occupez-vous pieusement de l'ensemble\nau lieu de briller dans le passage qui vous séduit particulièrement. \" Et\nde fait, d'un archet émotif il donnait à chaque détail son exacte valeur.\nAussi, comme professeur, il était redoutable. Un passage, en apparence\ninsignifiant, il le faisait inlassablement répéter. \" Du rythme !... \" inti-\nmait-il. Et ce mot de rythme revenait à chaque instant sur ses levres, y\nrevêtant une énorme signification. Puis c était 1 accent, 1 intonation, la\nnuance, la compréhension musicale, tout un enseignement méticuleux,\noù, je le crains, les médiocres trouvaient mieux leur profit que les\nnatures douées d'originalité. Celle-ci, il semblait que Joachim cherchât a\nl'étouffer, comme contraire à une rigoureuse interprétation musicale. Et\nsi les élèves qu'il forma entièrement furent bons, il n en est pas d extra-\nordinaires.\nEt pourtant, son exemple fascinait. Car, malgré tout, il était excep-\ntionnel. Son coup d'archet, d'une facilite, d une souplesse, dirai-je d une\nprodigieuse longueur, émerveillait. Sa main gauche se jouait des difficultés.\nAussi put-il composer un concerto, dit hongrois, le plus long qui existe,\nque lui seul a jamais su rendre convenablement. Par contre, le bibelot de"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.16", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2446, "texte": "virtuose n'était pas son fait. Il lui manquait cette fantaisie, cette grâce\nqui d'un Sarasate faisait un charmeur dans le difficile et le menu.\nDe haute stature, large d'épaules, sérieux, imposant, immobile de\ncorps, il officiait en public. Les musiciens étaient des dieux que prêchait\nson stradivari. Il ne songeait pas à son succès personnel. Il voulait per-\nsuader l'auditeur. Il lui arrivait de le subjuguer. Le concerto de Beet-\nhoven, qu'il compliqua de formidables cadences, la chaconne de Bach, le\nprélude en mi-majeur du même maître, le concerto en la de Viotti, celui\nde Mozart, il les faisait jaillir dans une incomparable pureté, cristalline\net sonore.\nIl traitait la musique en amoureux qui a pénétré tous les mystères\nd'une maîtresse compliquée, et l'adorant, la respecte. J'oserai dire qu'il la\nrespectait parfois trop.\nA certains moments où, dans le particulier, il se livrait, superposant\nson âme à celle du compositeur, il émouvait de façon plus humaine, son\narchet entrait en plein cœur, au lieu de n'attaquer que le cerveau. Ce fut\nle plus probe des virtuoses violonistes, celui dont l'exemple nous délivra\nde la virtuosité pour elle-même, et s'il en est de plus passionnants, il n'en\nfut pas de meilleur.\nPour montrer avec quelle conscience bienveillante il s'acquittait de\nsa tâche d'instructeur, je transcris ici, en la traduisant, une lettre qu'il\nm'écrivit, alors que tout jeune homme, je sollicitais son appui et ses\nconseils.\nFriedrich-Wilhelmstrasse, 5\n8 Juillet 1885.\nCher monsieur Scheffer,\nComme vous, je commence par m'excuser, d'abord de ne pas vous répondre\ndans votre langue ; mais avant tout d'avoir laissé s'écouler trois semaines avant de\nrépondre à vos lignes. Dans l'intervalle, vous avez allumé en moi des charbons\nardents par votre télégramme et celui de vos chers parents, à l'occasion de mon\nanniversaire, télégramme qui m'a causé une grande joie, et dont je vous remercie,\nvous et les vôtres, de tout cœur.\nCette semaine, j'ai été extrêmement occupé, par deux grandes représentations\nde la Hochschule(l'une, théâtrale, avec le 2me acte du Tell de Rossini, le 2me du\nVaisseau fantôme, et le 2me des Noces de Figaro ; l'autre, en l'honneur de Weber,\navec ses compositions). De plus, j'avais à prendre part, comme chef d'orchestre et\ncompositeur, à l'Exposition artistique et à une fête d'art. A présent, je vais\nréfléchir à exaucer votre vœu concernant Schumann. Je comprends que le travail"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.17", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2458, "texte": "en question vous soit agréable et utile, et je veux vous y aider. D'abord, j'écrirai\nà Mme Clara Schumann, qui actuellement réside à Franzensbad (Bohème, et lui\ndire que je reconnais en vous l'amour nécessaire et les capacités pour approfondir\nvotre tâche. 1 Voulez-vous ensuite vous-même lui écrire ? Car je ne me représente\npas bien l'aide que vous attendez d'elle dans votre projet. Je doute qu'elle veuille\nmettre à votre disposition des manuscrits inédits, puisque, notoirement, elle a\ndans l'idée de publier elle-même, en leur temps, les lettres de Schumann. L'adresse\nde Mme Schumann sera, la semaine prochaine : Connaissez-\nvous l'article de Spitta sur Schumann, Grove's Dictionnary ? Il est excellent ! De\nmême le livre de Jansen sur les \" Davidsbùndler Votre article sur la \" vie\nmusicale à Paris \" m'a beaucoup intéressé, et de même votre composition. Mais\ncette dernière me fait trop entrevoir qu'il vous faut avant tout \" piocher \" sans\nrépit l'étude de la composition musicale. L'harmonie et la conduite des voix\nlaissent trop à désirer. Des théories esthétiques sont insuffisantes pour exercer une\naction durable en tant que critique d'art... Pardonnez-moi cet avis amical, et\ndites-moi bientôt que vous le prenez à cœur.\nVotre très sincèrement dévoué\nJOSEPH JOACHIM.\n%\n* *\nPar le moyen de la toute-puissante musique, il me fut permis,\nquelques années plus tard, à Moscou, de pénétrer dans l'intimité de\nLéon Tolstoy.\nEn 1886, Léon Tolstoy se trouvait au début de sa carrière aposto-\nlique, mais l'art l'intéressait encore. Il habitait Hamonitchevsky-peréoulok\nune maison assez vaste, ou il occupait, au rez-de-chaussée, une chambre\nfort nue dans laquelle un établi de bottier voisinait avec la table de\ntravail. Mais, de sa large stature, Tolstoy emplissait, magnifiait la\nchambre, et, costume en paysan, il était tout-à-fait grand-seigneur de\nmaintien, la physionomie empreinte d'une sorte de bonté chagrine, un\npeu distante, un peu méfiante. Sans doute, et pour cause, présenté par\ndes parents a moi, amis de sa famille, ne me confondit-il pas avec les\nimportuns reporters habituels. Ma jeunesse émue, inexpérimentée, put\nle toucher, car il se dérida, et la conversation s'engagea, paternelle de sa\npart, timide de la mienne. Mais lorsqu'il apprit que j'étais musicien,\nvoire violoniste, toute sa bienveillance me fut acquise. Et j'entends encore\nl'inflexion persuasive de sa voix :\n\n1 II s'agissait d'un article sur Schumann."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.18", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2596, "texte": "Oh, moi qui ne vais jamais à la salle de concerts, où l'on me\ncontraint d'écouter auprès de choses que j'aime, des choses que je n'aime\npas, voudriez-vous faire un peu de musique, chez moi, pour moi ?\nSi, ravi, j'acquiesçai à la proposition, j'en fus aussitôt récompensé.\nTolstoy me conduisit aux appartements supérieurs pour me présenter à\nla comtesse, sa femme, à ses enfants. Or, sitôt qu'on vous admet, il n'est\npoint d'accueil plus cordial qu'en Russie. L'atmosphère est immédiate-\nment familiale et sympathique, et c'est un des souvenirs qui m'émeuvent,\ncette station dans les salons hospitaliers de l'homme simple et illustre, et\nla bonne grâce de tous ceux qui l'entouraient.\nPeu de peuples sont sensibles à la musique comme les Russes. Leur\nâme est une harpe éolienne qui vibre, non sans mélancolie. Ils subissent\nla volupté des sons comme une douleur raffinée, sans s'en cacher et sans\nraisonner. Leur exaltation se manifeste sans vergogne aux endroits pathé-\ntiques par des larmes et le grand artiste exécutant est leur idole. Diffé-\nrence de race : en France, l'idole c'est le cabotin, en Espagne, le matador,\nen Allemagne, le porte-sabre...\nLes portes du salon restées grandes ouvertes, le personnel, en pitto-\nresque costume petit-russien, se pressait sur le palier et, par interjections\nattendries, approuvait, tandis que piano et violon mariaient leurs har-\nmonies. Tolstoy, lui, s'enfiévrait. Appuyé sur une canne qu'exigeaient ses\nrhumatismes, il arpentait, dans les intervalles de silence, la pièce, énonçait\nses prédilections : Haydn, Mozart, Weber, Chopin, déclarant en passant\nl'opéra chose absurde et Wagner le comble du ridicule : \"La musique\nde Wagner plonge dans un malaise général. Il débute par une rémi-\nniscence, puis la mélodie disparaît, reparaît comme pour vous taquiner.\nIl vous donne la mélodie, puis vous la retire. L'idée de Wagner est\npuérile de faire d'un conte de fées un drame. C'est comme si un\nsculpteur se proposait de dresser la statue de Pouchkine sur un rocher et\nde grouper sur les gradins les fantômes en pierre de ses œuvres. \" 1\nMais nous vînmes à exécuter la neuvième Sonate de Beethoven,\ncelle à Kreutzer, et les variations de l'andante le firent pleurer. Il voulut\ns'asseoir au piano, accompager le thème ; ses doigts inhabiles s'y refu-\nsaient, et son obstination était touchante. Je ne sais à propos de quel\n\n1 Transcrit littéralement de mon carnet de notes. Je pourrais multiplier des citations analogues,\nmais Tolstoy ayant ultérieurement, hélas, développé ses invariables idées sur l'art, mes notes sembleraient\ndes redites."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.19", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1, "texte": "2"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.19", "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 2312, "texte": "compositeur il émit : \"La musique moderne est trop passionnée, elle\nn'est pas chaste. \" Mais il n'oublia point cet aphorisme, et l'amalgamant\nassez étrangement à la sublime sonate, il écrivit peu de temps plus tard,\nson roman : \" La Sonate a Kreutzer.\"\n*\n* *\nUne faveur du sort fut-ce essentiellement une faveur ? me\npromut à l'âge de vingt-trois ans au poste de secrétaire particulier de\nS. M. la reine Elisabeth de Roumanie. De mes fonctions, ce n'est pas ici\nle lieu de parler, mais, il peut être intéressant de montrer la reine musi-\ncienne, élève véhémente de Rubinstein et artiste, à la manière allemande.\nCarmen Sylva avait alors passé la quarantaine. Pour la France, elle\nétait l'auteur des \" Pensées d'une reine\", pour l'Allemagne, elle'était\nromancière et poete lyrique et dramatique, aux yeux de l'Europe, elle\nportait deux couionnes interchangeables, 1 une decernée par les muses,\n1 autre imposée pai son époux et souverain. Elle était peintre et enlumi-\nnait inlassablement un missel destiné à l'église historique de Curtea\nd'Ardgesch, restaurée à la manière de Viollet-le-Duc par M. Leconte\ndu Nouy. On savait moins dans le public qu'elle pratiquait le chant et le\npiano, si les altistes n egnoraient pas qu ils avaient en elle une protectrice\navertie.\nLa première fois qu'elle me demanda car d'une exquise bonté\nelle demandait avec une grâce particulière de l'accompagner au piano,\navouerai-je mon appréhension ? Ça risquait de marcher très mal, et avec\nune majesté, l'étiquette exige de ne s'exprimer, quoiqu'on en ait, que par\ndes formules laudatives.... Oh, je dirai tout de suite que je fût bien vite\nrassuré, et que dès les premières mesures, les âmes furent à l'unisson, Bach\nfut magistralement interprété par la souveraine. A vrai dire, j'avais été\nprévenu par une amie de la reine, feue la princesse Hélène Bibesco, elle-\nmême exécutante remarquable, que Carmen Sylva, méritait l'admiration\npour sa culture et sa nature musicales. Mais, véritablement, l'éloge n'était\npas une flatterie.\nDeux pianos à queue occupaient le grand salon sévère, orné de\ntableaux anciens, recevant le jour d'en haut, communiquant avec une\nserre et d'autres pièces plus petites, riches de tapis orientaux, où la reine\nrecevait en audience, où, aux heures de loisir, elle évoquait au clavier, les"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.20", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2568, "texte": "maîtres. Le premier matin, peu accoutumé encore à ses manières simples\ndans l'intimité, ie fus un peu effaré en entrant dans le salon, de trouver\nsa Majesté, les cheveux épandus sur le dos, assise par terre, et d'une\nmain alerte, démolissant la grande édition Breitkopf et Haertel des\nœuvres de Bach, aux fins d'y découvrir ses Sonates pour piano et violon.\n\" Nous allons commencer par là, voulez-vous ? fit-elle. Bach et\nBeethoven sont mes dieux. Et, ajouta-t-elle en souriant, les artistes sont\nmes enfants. \"\nDonc, par les dieux nous commençâmes, et l'hommage que leur\nrendit la reine fut passionné, intelligent aussi, sinon toujours coriect.\nElle avait de la fougue et de la force, le sens exact du rythme, des\ndoigts qui connurent une rigoureuse discipline. Le gout chez elle était\nmoins sur que ne prépondérait le tempérament. Elle jouait royalement,\nen reine, je veux dire, pour qui les difficultés n'existent pas, mais aussi\navec une autorité incontestable. Carmen Sylva a une ame tragique, et\nc'est le tragique en musique qui surtout l'émouvait. Néanmoins, le\ncharme céleste de Mozart la pénétrait, sans que, trop impatiente et\nvibrante peut-être, elle put en exprimer la délicatesse, en rendre ces\nnuances de mer méridionale où, le soleil se couchant, les eaux sont paisibles\net prismatiques à l'horizon, d'un bleu profond près du rivage. Elle aimait\nà se pencher sur les abîmes de Scnumann : je crains qu elle n eut une\nprédilection pour les \" deux grenadiers \", qui pourtant ne sont pas le\nchef d'œuvre du maître. Car, elle chantait, d'une voix plus forte que\ntoujours juste et ou l'inspiration remplaçait la méthode. Les prefeiences\nde Carmen Sylva n'allaient pas à Wagner du moins la vis-je revenir\ndu Bayreuth fort peu enthousiasmée de Parsifal. Au contraire, un épigone\nwagnérien, M. Auguste Bungert était le metteur en musique attitré de\nses poèmes, et elle le jugeait pourvu de génie. Certaine banalité, je le\ncrains, n'était pas pour lui déplaire.\nC'est à Castel-Pélesch, résidence d'été, que la reine de Roumanie a\ninstallé sa véritable salle de musique. Les Carpathes altiers encadrent a\nsouhait le château, l'ombragent de leurs intangibles verdures, sur lesquelles\nil arrive que plane un aigle, superbement. La salle de musique, entière-\nment revêtue de boiseries sonores, garnie de stalles médiévales, obscurcie\nde vitraux, s'enorgueillit d'un orgue, où Carmen Sylva, vetue de blanc,\naimait à préluder, d'aucune fois à soutenir les accents du violon dans les\nœuvres de Sébastien Bach. Je n'irai pas jusqu'à affirmer que l'instrument"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.21", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2322, "texte": "lui fût parfaitement soumis, et les registres annonçaient parfois des\ndéfaillances, voire manifestaient de l'irritation... Néanmoins, le spectacle\nde la reine s'efforçant de dompter les voix rebelles avait sa beauté. Et\nc'est ainsi que Pierre Loti, hôte de leurs majestés, accueilli avec enthou-\nsiasme, entrevit pour la première fois, un soir d'automne, Carmen Sylva,\nrobée de soie blanche, entourée de ses demoiselles en costume national,\nimprovisant à l'orgue des réminiscences classiques...\nPierre Loti, dont le sens musical est très affiné, devait connaître\nensuite l'intimité du boudoir royal, où un piano carré se dissimulait sous\ndu brocart. Là, il fit chanter de façon délicieuse d'étranges mélodies\ntahitiennes. A l'écouter, la somptueuse tristesse d'un soleil couchant orien-\ntal pénétrant dans l'aristocratique \" studio \", on était transporté très loin\nsur les plages du Pacifique. Oui, le soir tombait, et de l'autre côté de la\nlarge glace sans tain ouverte sur la colline, un sapin centenaire semblait\nvibrer aux bizarres et funèbres mélodies que développaient les mains du\nromancier. La reine, dans son fauteuil évoquait des visions. Emue, elle\nsavait ne pas parler...\nCarmen Sylva recevait volontiers et familièrement les artistes.\nJ'ajouterai que maints d'entre eux ne se montrèrent pas toujours dignes\nde la faveur qui leur était échue, parfois par mon entremise ; mais\nj'éviterai de les nommer.\nIl y eut des épisodes amusants. Le violoniste Jeno Hubay exécutait\navec brio des danses de sa composition. Cela se passait à Castel-Pélesch,\ndans la salle de musique qui est contiguë aux appartements privés du roi.\nBrusquement la porte s'ouvre et le roi, fort irrité, paraît, et s'adressant à\nla reine :\nQue signifie ce bruit ? fait-il. Il y a conseil des ministres !\nEt se retire.\nAvec candeur, Jenô Hubay me demande :\nQuel est ce général ?\nPaderewsky, qui n'était pas encore illustre, fut également l'hôte du\npalais, à Bucarest. Je ne le contristerai pas en constatant que son succès\ny fut médiocre. Son talent n'était pas en cause, mais il arrivait précédé\nd'une réclame maladroitement amie, qui lui nuisit. Se souvient-il que\ndans ma maison, j'eus l'honneur de jouer avec lui une sonate de Beethoven\nque depuis, et tant que j'ai tenu le violon, je n'ai jamais voulu rejouer.\n(Op. 12, n° i.)"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.22", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2297, "texte": "Pour conclure ces petits souvenirs, je voudrais rappeler, à titre de\ncuriosité princière, une soirée qui eut lieu au château de Sigmaringen,\nchez le prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, ancien prétendant\nau trône d'Espagne.\nOn revenait d'Angleterre où j'avais accompagné la reine de Rou-\nmanie à Balmoral. La reine Victoria n'avait pas fait montre de ses talents\nde pianiste, mais admis à son the une chanteuse irlandaise, piesentee par\nle prince Henri de Battenberg, et qui, par bravade, vociféra en présence\nde la vieille Qucen, le chant révolutionnaire irlandais. Cela ne fut pas\nprécisément de la musique, mais un petit scandale, au cours duquel on\nput admirer la magnanimité de la reine Victoria.\nOn ne saurait prétendre que Sigmaringen est un lieu de divertissement.\nSur le rocher où elle implante ses solides murailles dominant le Danube,\nl'antique résidence surgit compliquée et formidable, un assemblage\ndisparate de bâtiments modernes et anciens qu'exhaussent les bâtières des\ntoits losangés de tuiles multicolores, que hérissent tours, tourelles et\nclochetons. A l'intérieur, des cours se succèdent, escaliers et galeries\ns'enchevêtrent, des escaliers en colimaçon s'enroulent dans leur étroite\ngaine de pierre, tandis que non loin, une rampe douce donne accès à de\nfastueux appartements. C'est un dedale curieux, ou les fantômes eux-\nmêmes doivent s'égarer.\nBeaucoup d'altesses et de majestés séjournaient alors au château.\nLe seigneur de céans, le prince Léopold, qui assuma un rôle tragique\ndans l'histoire, était un parfait gentilhomme, blond, d'une figure char-\nmante, l'allure souple d un jeune homme, maigre ses cinquante ans, enclin\nà des élégances \\il semblait oublier son rang, pour en châtelain partait,\nrecevoir ses hôtes, avec des nuances, certes ; chevaleresque et tout-a-fa.it\ngrand-seigneur envers les personnages illustres ; envers la suite, d'une rare\nurbanité.\nLe soir, avant dîner, le grand-chambellan, comte d Arnim, faisait\nouvrir les portes du salon de gala, et frappant le parquet de sa canne\nd'ébène, annonçait : \" Leurs Majestés !\"\nParaissaient alors la vieille princesse Joséphine, meie du prince\nLéopold et du roi de Roumanie, la reine Carola de Saxe, la démarche\nindécise, l'expression douce et timide, la reine de Roumanie, très droite,"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.23", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1059, "texte": "très grande, vraiment royale dans ses soieries blanches, et souriante ; le\ncomte de Flandres, sa haute taille courbée, avançant la tete pour perce-\nvoir des paroles que sa surdite l'empechait d entendre, la comtesse de\nFlandre, accompagnée de ses filles et du prince Baudouin, la duchesse\nd'Anhalt, plus aimable qu'imposante... Le défilé continuait illustre.\nOr, après deux semaines de séjour à Sigmaringen et la veille du\ndépart, c'est en aussi auguste compagnie que Carmen Sylva imagina\nd'organiser un petit concert. Par malice ou caprice, nous avions (qu'on\nme passe ce nous un peu irrévérencieux) cache nos talents. fîmes\nde notre mieux, et nous obtînmes, maigre un choix de morceaux severes,\ndu succès. \" Ah, si nous avions su plus tôt ! \" s'exclamaient les altesses,\nrésignées à s'amuser de tout.\nQue l'on m'excuse, en faveur du milieu, d'avoir narré aussi mince\nanecdote. Et cela n'a que le charme du passé que je n'ai pas su exprimer ;\ncar le passé n'est que musique. Au-dessus de l'écriture plane la chanson\nde jadis.\n\nRobert Scheffer."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-07-01-c012", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-07_01#c012", "volume": "bmtnabh_1913-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 24, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.2.6", "titre_corps": "CHOSES D'ASIE", "titre_sommaire": "CHOSES D'ASIE", "signature_source": "Robert Chauvelot", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.24", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1086, "texte": "(SUITE)\nCHINE\nOn s'étonnera peut-être de ce qu'ayant visité la Chine, je ne\nconsacre à la musique de ce pays que quelques lignes hâtives et\nsuperficielles.\nLes Chinois, on le sait, ne font rien comme le commun des autres\nmortels : d'où le mot chinoiserie. Rien de surprenant à ce que leur\nmusique discordante et assourdissante soit demeurée incompréhensible à\nnos oreilles. Ne cherchons pas d'euphémisme pour qualifier la fausseté\ndu son qui paraît la norme ordinaire de leur charivari ultra-chromatique :\nleur attribuer l'art des dissonances et des retards serait leur faire trop\nd'honneur. Certains Pères Jésuites français de l'Observatoire et de la\nMission de Zi-Ka-Weï, près Shanghaï, après maintes études approfondies\net méritoires, ont dû conclure à l'inharmonie complète,\nparlant. Par contre, ils ont trouvé chez un grand nombre de leurs\ncatéchumènes de réelles dispositions à apprendre et à s'assimiler notre\nsolfège et notre harmonie.\nEt pourtant la musique tel que la comprennent des Célestes\na toujours été très populaire en Chine. Il faut remonter au règne de\n\nCHOSES D'ASIE"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.25", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2120, "texte": "l'empereur Fou-Hi, c'est-à dire 3.300 ans avant notre ère chrétienne,\npour découvrir les premiers balbutiements de cet art, resté encore\naujourd'hui si primitif et si rudimentaire.\nLes instruments chinois les plus fréquemment usités sont : le\ntambour, le violon (à archet attaché au chevalet et mû à l'envers du\nnôtre), la flûte, le hautbois, la mandoline, les cymbales, les gongs et une\nvariété innombrable de grelots et de sonnettes.\nIl m'a été totalement impossible de noter, dans les théâtres et dans\nles processions religieuses, aucun rythme et aucune mélodie susceptible\nd'être traduite, même à l'unisson, sur une portée européenne.\nI «\nJAPON\nA l'encontre de leurs frères jaunes continentaux, les Japonais ont,\nà un degré très élevé, la notion et le don de la musique mélodique et\nharmonique, telle que nous la concevons.\nLeur inspiration est généralement douce et mélancolique, quelque-\nfois mais plus rarement joyeuse, alerte et Elle affectionne\nsurtout le mode mineur et en particulier cette gamme grecque où se\ncomplaît souventes fois la virtuosité contrapontique de notre illustre\nSaint-Saëns.\nLes instruments préférés des musiciens nippons sont :\niu le kotto,harpe longue à table horizonable, à 13 cordes, que l'on\npose sur le sol et que l'on fait vibrer à l'aide du pouce, de l'index et du\nmédium, garnis d'onglets d'ivoire. La forme de ces dont le son\ntendre et métallique rappelle celui de la cithare, varie selon l'habitat du\nharpiste : la boîte en est arrondie à Tokyo, carrée à Kyoto ;\n2° le chamissen,sorte de mandoline à tympan de peau, à 3 cordes de\nsoie sur chevalet que les virtuoses pincent avec l'ongle de l'index, et que\nles profanes se contentent de gratter avec un grand plectre de bois blanc.\nLe son du chamissen dont la forme diffère sensiblement de la\nshowktina-vina hindoue à 5 cordes et 14 divisions sur le manche est\ncelui d'un banjo plus velouté, moins métallique ;\n30 le shoô, instrument à vent dont nous n'avons aucun modèle\ncorrespondant en Europe, et qui affecte assez la forme d'un orgue\nminuscule à 14 tuyaux bouchés par des trous d'aiguille. La soufflerie s'en"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.26", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2350, "texte": "obtient par la bouche, au moyen d'une anche de clarinette. Les sons\nproduits par le shoo sont extrêmement mélodieux et purs, plus près de\nceux de l'orgue de nos églises que de Y ocarina italienne de Giuseppe\nDonati à laquelle on l'a souvent, et inexactement, comparé.\nLes élèves maïkos des cours de musique des conservatoires de Tokyo\net de Kyoto sont astreintes à posséder irréprochablement la maîtrise de\nces trois instruments, surtout celle du chamissen dont l'usage est courant\ndans les représentations de chants et de danses des geishas, et dont la\npratique est d'ailleurs plus aisée à obtenir que celle du kotto et surtout\ndu choo.\nPuisque je viens de parler des geishas pourquoi ne dirais-je pas ici\nquelques mots de leurs danses évocatrices où revit l'âme du Vieux-Nippon\ngalant, féodal et belliqueux ?\nIl m'a été donné d'assister à Kyoto, la Rome japonaise aux\n878 temples, à un grand dîner suivi de divertissements chorégraphiques\nqui me fut offert par M. Kita-san-Toranosouké, le célèbre collectionneur\nde bronzes, ivoires et porcelaines, ami de M. Migeon, Conservateur du\nLouvre.\nSuccédant au menu pittoresquement exotique au cours duquel\nnous mangeâmes le sachimi,poisson crû arrosé de et bûmes le\neau de vie de riz tiède versée dans d'adorables tasses naines voici venir\nle gracieux essaim de Terpsichore...\nC'est d'abord une petite maïko le terme de maïko est, au Japon,\nl'équivalent &étudiant en kimono écarlate lamé d'or, au somptueux\nobi, large ceinture à nœuds bouffant dans le dos, où volent des cigogues\nen broderie blanche... Elle s'avance, indécise, mignarde et presque\nprétentieuse : ses gestes sont affectés, volontairement bien entendu, et sa\nplastique générale exprime le dédain, un dédain plutôt comique chez ce\npetit bout de femme de quatorze ans tout au plus.\nEt elle danse, elle mime maintenant la de séduction. Deux\ngeishas d'âge mûr, accroupies sur leurs talons, l'accompagnent au\nchamissen : d'un plectre désabusé, elles grattent leurs mandolines, en\nsongeant au temps, hélas ! reculé, où elles-mêmes, en leur mimique\nexpressive, raillaient le ridicule empressement du sexe fort et amoureux.\nPuis c'est une autre maïko, presque une enfant, celle-là—a-t-elle\ntreize ans ?... pas sûr ! et qui danse puérilement, exquisement aussi,\nce que notre implacable humour parisien appellerait \"la papillonnette\" !.."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.27", "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 2333, "texte": "Au bout d'un éventail se trouve un invisible fil de fer souple, à l'extrémité\nduquel est fixé un papillon en papier. L'insecte paraît voltiger ; et la\nballerine le poursuit à coups d'éventail, sans jamais l'atteindre natu-\nrellement.\nMais attention ! voici deux geisha réputées. Dans l'une d'elles je\nreconnais la jolie voisine de souper en kimono violet-évêque qui me\nservit si gracieusement le saké national. Sa partenaire est en gris-cendre\nfoncé à ceinture bleu-marine aux multiples roseaux \" clair-de-lunaires. \"\nToutes deux entament un long dialogue chorégraphique, entre-mêlé de\ngénuflexions, de saluts et de croisements d'éventails.\nJ'admire la mise en scène parfaite des ondulations, l'impeccable\ntenu de la plastique, le dessin symétrique de la danse, rythmée aux sons\ndu chamissenet aux accents émouvants des chanteuses... L'ordonnance du\ndialogue est sévère, noble, linéaire, et témoigne d'un acquit professionnel\net aussi d'un grand art dans l'affaissement des poses, le masque du visage\net la fluctuation des mains. C'est moins raide, moins \" cartonné \" que les\nslendang javanaises, et moins artificiel, moins compliqué, que les nautchs\ndes bayadères hindoues.\nMélodies et danses japonaises ont, je l'ai dit, un cachet généralement\nmélancolique. L'emploi du mineur y est fréquent ; l'inspiration y est\ndouce, plaintive, parfois même gémissante.\nPour terminer : une considération générale sur cette rapide étude\nd'impressions musicales.\nIl est intéressant de constater que, depuis les millénaires de leur\nfondation par des artistes inconnus, aucune de ces musiques, aucun de\nces orchestres, aucune de ces danses d'Asie n'a évolué ni rétrogradé en\nun sens quelconque. L'écriture, le rythme et le dessin en sont immuable-\nment restés les mêmes ; l'inspiration n'a pas cessé de s'y montrer tantôt\npuérile et gaie, tantôt et le plus souvent mélancolique et grave.\nA l'encontre de notre développement européen, issu de la pierre angulaire\ndu grand architecte Bach et des assises robustes, immarcessibles, qu'y\najoutèrent Mozart, Beethoven, Berlioz, Wagner et César Franck, pour\naboutir aux superstructions délicates de Dukas et de Debussy le\ndéveloppement asiatique ne s'est révélé à travers l'histoire que par des\nvariantes à peine perceptibles dans les domaines de l'instrumentation et\nde la chorégraphie."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.28", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 590, "texte": "L'exemple des Chinois à cet égard, est éminemment typique : leurs\norchestres traduisent, en ce XXe siècle, avec les mêmes moyens d'expres-\nsion, les mêmes mélodies ou mieux le même vacarme que sous le règne\nde l'empereur Fou-Hi, en l'an 3,300 avant Jésus-Christ.\nAyons donc la fierté de reconnaître qu'en musique, tout au moins,\nnous possédons sur nos frères jaunes l'écrasante supériorisé d'une civilisa-\ntion d'art dont l'âge réel ne remonte guère à plus d'un demi-siècle.\nCette constatation, consolante pour notre jeune Europe, valait d'être\naffirmée ici.\n\nRobert Chauvelot."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-07-01-c015", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-07_01#c015", "volume": "bmtnabh_1913-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 29, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.2.7", "titre_corps": "LES DERNIERS HARPISTES IRLANDAIS", "titre_sommaire": "LES DERNIERS HARPISTES IRLANDAIS", "signature_source": "S. Mac Owen", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1358, "texte": "Les années qui suivirent le début de la Révolution française virent\nse former à Belfast un petit groupe de Républicains irlandais dont les\ndestinées allaient être intimement liées à celles de la musicologie naissante.\nPoliticiens ou artistes tous avaient la même dévotion à la cause de l'indé-\npendance irlandaise, la même admiration pour le patrimoine intellectuel\nde leur race : les questions de Folk Lore et de littérature ne pouvaient\ndonc les laisser indifférents. C'est grâce à eux que s'élabora, aux environs\nde 1795 cette crise du bardisme ossianique qui allait précéder de quelque\n40 ans la crise du romantisme shakespearien.\nParmi les membres de ce petit groupe, quelques uns comme Wolfe\nTone ou Thomas Russell devaient payer de l'exil ou de la mort leur\ndévouement à la cause irlandaise. D'autres, moins nettement compromis,\ncomme Henry Joye ou le Dr Mac Donell, n'en servaient pas moins les\nmêmes tendances. Enfin il en est un dont le mérite fut surtout artistique,\net dont le nom est trop oublié aujourd'hui, c'est Edouard Bunting, né à\nArmagh en 1773.\nEdouard Bunting a droit à nous intéresser à plus d'un titre, car il fit à\nla fois œuvre de patriote, d'historien et de musicologue. S'il ne put,\ncomme il espérait, arrêter l'irrémédiable déclin de la musique irlandaise,\ntout au moins contribua-t-il à conserver intacts bon nombre de documents"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.30", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2536, "texte": "qui sans lui eussent échappé à tout jamais à notre curiosité. Sa méthode\nde travail ne serait assurément plus la nôtre, mais les textes qu'il a publiés\ntrois gros volumes de musique irlandaise, ne sont pourtant pas à\ndédaigner. Son œuvre fut immédiatement mise à profit par Moore, qui la\npilla sans scrupule, pour en tirer des romances de salon ; il n'y eut là,\npeut être que demi mal, car les chants irlandais, dûment traduits et\ndépouillés de toute prétention scientifique, trainèrent sur tous les piano-\nfortes et contribuèrent à orienter les curiosités du public vers la musique\narchaïsante. De même, il y a une dizaine d'années les Bretonneries de\npacotille écloses au voisinage des Cabarets de Montmartre, firent savoir\nau public parisien qu'il existait une musique bretonne. Bunting a laissé\nen outre un grand nombre de documents accessoires : lettres, notes, récits\nde voyage. Ces matériaux, conservés avec un soin jaloux par ses héritiers,\nviennent d'être publiés, avec peut être moins de discernement que de\npiété, par Miss Milligan Fox1 ; Signalons parmi eux une centaine de\npages qui assurément méritaient bien d'être intégralement remises au\njour, ce sont les mémoires d'Arthur O'Neill, le dernier des grands\nharpistes irlandais. C'est sur ces lignes que je voudrais attirer l'attention,\naprès quelques aperçus sur la musique irlandaise, telle que nous la dépei-\ngnent les \" Bunting papers \".\n* *\nUne opinion très généralement répandue veut que la musique irlan-\ndaise ait eu le monopole d'une intense et invariable mélancolie. C'est\nune réputation que l'on a de même faite à la musique bretonne, et de\nfaçon également injustifiée, M. Bourgault Ducoudray le faisait déjà\nremarquer il y a quelque vingt ans. L'erreur provient de l'emploi de\nmodalités extrêmement différentes des nôtres, et qui pour des oreilles non\nexercées, donnent immanquablement l'impression du mineur, dont elles\nsont cependant très distinctes. Et nous avons sur ce point le témoignage\nexprès d'Edouard Bunting : la musique irlandaise, telle qu'il l'entendit\nencore exécuter par les derniers harpistes, était un art de virtuosité et\n\n1 Annals of the Irish Harpers, par Charlott Milligan Fox, (i/z-40 320 pages) chez, Smith, Elder and C°?\na Londres, Waterloo place. CV //zw relève évidemment pas de la seule musicologie ;on y trouvera de nombreux\ndocuments relatifs ala politique, et ala vie sociale de Vlrlande aux débuts du XIXe. Nous tenons néanmoins ale\nsignaler ici comme rentrant en grande partie dans le cadre habituel de nos études."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.31", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 32, "texte": "LES DERNIERS HARPISTES IRLANDAIS"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.31", "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 2567, "texte": "d'élégance ; leurs doigts agiles se jouaient des traits les plus vifs, des\nmodulations les plus compliquées, et la qualité du son, au milieu des\npassages les plus savamment intrigués restait toujours un régal pour\nl'oreille.\nBunting s'inscrit encore en faux contre la théorie, généralement\nadmise, par laquelle la musique irlandaise aurait pour base l'omission\nraisonnée de la quarte et de la septième ; il reconnaît que certaines\nmélodies sont construites selon ce système, mais elles ne sont pour lui ni\nsignificatives, ni traditionnelles. Nous pouvons en cela le soupçonner\nd'une certaine partialité car il avait une prédilection très marquée pour\nla harpe : or, une musique à échelles incomplètes eut forcément été\nengendrée à l'origine par un instrument incomplet ; le Bagpipe ou le\nCrwth, peut être. Procédant par échelles complètes, elle ne pouvait au\ncontraire dériver que de cette harpe. Il y avait donc là un argument tout\ntrouvé en faveur de l'antiquité de cette dernière.\nDe tout temps, la harpe a ete considérée comme l'instrument\ntraditionnel de l'lrlande : un texte de Giraldus Cambrenensis, qui date\nde l'invasion d'Erin par les Normands en fait déjà foi. Sous Henry VIII,\nla harpe devient emblème national et paraît à ce titre sur les écussons et\nsur les monnaies ; par sa forme, elle rappelle à peu près celle que les\npeintres et enlumineurs de la Renaissance mettent entre les mains du Roi\nDavid ; le cadre, incurvé sur toutes ses faces, ne comporte pas de pilier\nvertical ; il est souvent orné de cabochons, ou de plaques de métal\nouvragé. Je ne permettrai pas d'insister davantage sur la question lutherie,\nsachant que le sujet doit être traité très prochainement et avec toute la\ncompétence désirable. Ajoutons seulement que la harpe irlandaise avait\ngénéralement de 30 à 40 cordes, et que sa hauteur était celle d'un\nhomme assis ; l'individu qui la transportait devait en avoir largement sa\ncharge. Aussi voyons nous la plupart de nos musiciens ambulants se faire\naccompagner d'un valet à qui incombait ce soin.\nLe harpiste d'lrlande, tel que Bunting l'a encore connu, n'était pas\nréduit au rôle subalterne d'accompagnateur : c'était un virtuose que l'on\nvenait entendre pour son propre mérite. Il était rarement chanteur : on\nne peut donc voir en lui le survivant du ménestrel ou du barde lyrique.\nEt cependant, rien ne nous fait remonter plus haut vers le moyen âge\nque l'existence de ces harpistes ambulants, qui s'en vont de château\nen château, de ferme en ferme, roulant à travers toutes ces bourgades"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.32", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2670, "texte": "d'lrlande, dont le noms ont des sonorités d'une sauvagerie épique :\nBallymahon, Drumshambo, Ballinascreen, Carrickmacross, Magilligan\nIls offrent leurs services pour la saison de Noël, pour les noces et les\nfestins ; demeurant quelques mois ici, quelques jours là, enseignant leur\nart à des élèves de rencontre et ne perdant aucune occasion de compléter\nleur répertoire en allant entendre les virtuoses réputés, dépositaires de\nl'antique tradition. Il ne parait pas qu'ils aient jamais fait grand usage\nde musique écrite, vu l'intérêt exceptionnel qu'ils mettent à échanger\nentre eux les airs qu'ils ont en mémoire. La plupart d'entre eux sont\ndu reste privés de la vue : dans ce pays que décimait la variole, la cécité\nétait infiniment plus fréquente qu'aujourd'hui ; et une sorte de convention\ntacite avait fait réserver aux aveugles le métier musical. Les femmes\nelles mêmes n'en étaient pas exclues : on nous cite une Rose Mooney,\nune Peggy O'Neill, une Nelly Smith et une Brigitte O'Cahan.\nBien que la harpe ne fût nullement dédaignée des gentilshommes,\nelle paraît avoir compté ses meilleurs virtuoses parmi les professionnels.\nLa situation sociale du harpiste ambulant est assez difficile à définir ;\nnous ne voyons pas trop si une part de charité se mêle aux largesses qui\nlui sont faites. On le reçoit avec une hospitalité, que je qualifierais\nvolontiers d'écossaise si je ne craignais de commettre ainsi le plus grave\ndes impairs géographiques. Comme il arrive généralement à l'époque des\nfêtes, ce ne sont alors que bombances et ripailles : dans le hall du château,\nde grands barils de whisky sont défoncés et dans chacun d'eux nage une\ncoupe que videront au passage les allants et venants. Les invités sont ils\ntrop nombreux, et la maîtresse de maison s'efFraie-t-elle d'avoir à coucher\ntant de monde, son mari la rassure ; il se charge de si bien les griser que\nla plupart d'entre eux dormiront dans la salle à manger, sous la table. Et\nau petit jour, lorsque les ronfleurs reprennent leurs sens, on leur offre\nencore pour le coup de l'étrier, un grog aux épices qui leur fera oublier\ncette mauvaise nuit. Le harpiste ne sera pas le dernier à profiter de\nl'aubaine : nous voyons la plupart d'entre eux passer pour ivrognes\nfieffés. Sont ils par aventure, comme O'Neill, à peu près tempérants,\nleurs valets se chargent de boire pour deux ; Rose Mooney en sait\nquelque chose ; elle a pour servante une coquine de qui l'on peut tout\nobtenir en lui promettant un verre de whisky ; l'inconduite de cette\ndernière les jette dans les aventures les plus imprévues ; le manteau et la\nharpe de la maîtresse vont s'échouer au Mont-de-Piété. Et nous savons"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.33", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2564, "texte": "que Rose elle-même ne résiste pas toujours à la tentation, car elle a reçu\nde fâcheux exemples de son maître Thaddy Elliot ; et elle paraît pour la\ndernière fois à Killala, où à la faveur d'une échauffourée entre rebelles et\nloyalistes, des émeutiers pillent jusqu'au dernier les magasins de spiritueux.\nIl est facile d'imaginer quelque fin dramatique ou macabre à ces deux\nivrognesses impénitentes.\nPassons à Thaddy Elliott. Un jour de Noël, il est engagé pour jouer\npendant la grand messe à l'église catholique de Navan. Un mauvais\nplaisant, rencontré au cabaret, lui promet un gallon de whisky s'il\nconsent à jouer pendant l'élévation \" Planty Connor \", air de danse réputé.\nAu moment voulu il se met en devoir de tenir sa parole ; le prêtre\nsursaute aux premières notes, mais retenu par son devoir d'officiant qui\nlui interdit toute interruption aux prières canoniques, il refrène son\nindignation. Thaddy, du haut de la tribune, s'en donne à cœur joie pendant\nque le malheureux abbé à qui les gestes de désespoir ne sont point\ndéfendus, lève les bras au ciel et frappe du pied. De sorte que les fidèles,\nqui n'y comprennent rien, se demandent avec horreur pourquoi M. le\nCuré a l'air de danser la gigue en disant sa messe. Thaddy fut, bien\nentendu, relevé de sa place qui fut donnée à un nommé Harry\nFitzsimmons. Le musicien éconduit alla alors se tapir derrière la porte\nde l'Eglise, attendant l'arrivée de son rival, un bâton à la main ; mais\nemporté par son ressentiment, il frappa un instant trop tôt et administra\nsans s'en douter, une volée de bois vert à son pasteur légitime, qui à ce\nmoment franchissait le seuil. De quoi il dut faire pénitence publique à\nl'Église.\nMême réputation à John Sneyd, voleur si avéré qu'on lui avait donné\nle surnom de Long Glue Fingered Jack ; et à Arthur Short, le Don Juan\nde la profession, qui laissait une femme inconsolable, dans chaque ville où\nil passait ; à Ackland Keane, un géant qui, portant lui-même sa harpe,\navait roulé de France en Italie, et d'ltalie en Espagne où des Irlandais\nlui avaient procuré l'honneur d'une audience de sa Majesté très\nCatholique. Le Souverain, charmé de son talent, avait eu la gracieuse\npensée de lui faire adjuger une pension sur sa cassette mais il avait\nrenoncé à ce projet en apprenant l'intempérance notoire du personnage.\nCe n'est pas la première fois, du reste, que des harpistes ambulants sont\nappelés à jouer devant des têtes couronnées. On nous cite Hempson, (né\nen 1695,) dit l'homme aux deux têtes, qui avait joué à Holyrood devant"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.34", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2310, "texte": "Charles Edouard ; et Murphy qui avait joué devant Louis XIV ; cet\nhonneur lui avait du reste complètement tourné la tête, car de retour en\nIrlande, il refusa de reconnaître aucun des membres de sa famille et ayant\nappris un jour que son père venait lui rendre visite, il ne trouva pas de\nmeilleur procédé, pour se débarrasser du bonhomme, que de le jeter a\ncoups de pieds dans l'escalier. Plus modestes, voilà Ned Mac Aleer, dit\nLériano de Paris, parcequ'il avait servi cinq ans dans la brigade irlandaise,\nDuigenan, qui s'habillait de paille comme les paysans du Kerry et tenait\npour un honneur de n'avoir jamais porté ni laine ni toile ; Charles Byrne,\nDonald Black, Patrick Quinn, et en remontant plus haut, Conellan, né\nen 1640.\nVoici enfin Carolan, (né en 1670), poète, compositeur et musicien\nconsommé, bien qu'il fut d'une virtuosité moyenne. On prétend qu'il\ns'était trouvé un jour en présence de l'ltalien Geminiani. Celui-ci venait\nd'exécuter sur son violon le 5™ Concerto de Vivaldi : un instant après,\nCarolan prenait sa harpe et rejouait d'un bout à l'autre ce morceau qu'il\nvenait d'entendre pour la première fois. On raconte encore que Gemi-\nniani, pour l'éprouver, lui envoya la copie d'un concerto dans laquelle il\navait volontairement glisse de nombreuses fautes d harmonie 1 Caiolan\nsignala une par une les erreurs commises, suggérant à mesure les modifi-\ncations à apporter au morceau pour le rendre correct. Il pratiquait donc\nd'instinct ce style rigoureux alors enseigné par l'école.\nMais il est temps d'arriver à Arthur O'Neill, de tous ces harpistes,\ncelui qui nous est le mieux connu, grâce à l'abondante et naïve autobio-\ngraphie, que sur la fin de sa vie il dicta à un secrétaire nommé Tom\nHughes.\n*\n* *\nArthur O'Neill était né en 1737, à Drumnistad, (Comté de Tyrone)\nde cette grande famille des O'Neill qui avait donné des souverains à\nl'lrlande pendant plusieurs siècles. Nous avons de lui un assez mediocre\nportrait gravé à Belfast par un nommé Smith ; il y est représenté de\nprofil, jouant de la harpe. Il porte la culotte courte et l'ample redingote\nà lourds boutons d'argent. Sa figure longue et molle, au menton fuyant,\na cette inexpressivité placide et résignée propre a certains aveugles.\nO'Neill avait perdu un œil à l'âge de deux ans en jouant avec un canif."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.35", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2566, "texte": "L accident n eut peut etre pas été irrémédiable, mais sa grand'mère n'eut\nde cesse que 1 on n allat consulter les oculistes les plus en renom. Et grâce\na leuis bons soins, O Neill, qui ne recouvra pas l'œil endommagé, eut le\nmalheur de perdre l'autre. Ce qui lui faisait dire avec mélancolie : \" The\ngrandmother 's pet is an unlucky pet Il paraît avoir été de caractère\nfacile, bienveillant, attaché à ses amis et profondément épris de son art.\nLe déclin de la musique nationale lui était un crève-cœur.\nIl avait travaillé la harpe avec Owen Keenan et, à quinze ans, avait\ncommencé son premier voyage, en compagnie d'un domestique qui n'était\npas beaucoup moins enfant que lui. A eux deux, ils songeaient plus alors\naux friandises qu'au whisky et avaient, dit-il, leurs poches toujours\nbourrées de figues, de noix et de gingembre.\nC est durant cette première tournée qu'il fut convié, chez Lord\nKenmare de Killarney a un banquet de Noël où figuraient tous ceux qui\nportaient le nom patronymique d'un des anciens chieftains irlandais.\nL apparition d un O'Neill fut saluée avec grand enthousiasme. Et comme\nArthur s'était modestement mis au bas de la table et que le maître de la\nmaison lui en exprimait son regret : \"Il importe peu, Monsieur, répondit\nO'Neill sans la moindre modestie, la place où un O'Neill s'est assis est\ntoujours une place d'honneur. \" Et chacun de déclarer qu'un sang princier\ncoulait bien dans les veines de ce gamin.\nLors de son second voyage qui eut lieu vers 1763 le gamin\ncommença à s'émanciper quelque peu. Etant chez un M. Thompson, il\nvida quatre bouteilles de vieux vin en une seule nuit, tout en jouant sans\ndiscontinuer l'air fameux Past one oclock. Et il relata cette prouesse dans\nson journal avec une satisfaction évidente.\nVers la même date, un négociant de Copenhague, natif de Granard\nen Irlande, ayant entendu parler des concours musicaux qui avaient alors\nlieu entre Bagpipers écossais, résolut de procurer le même régal à ses\ncompatriotes. Grâce à sa générosité, des concours furent ouverts, trois\nannées de suite à Granard entre les maîtres harpistes du pays. On\nentendit, la première année, Charles Fanning, O'Neill, Patrick Kerr,\nMaguire, Higgins, Berreen et Rose Mooney. Fanning fut classé premier\net reçut dix guinées, par charité sans doute, car sa pauvre mise avait\napitoyé le jury, et O'Neill, qui avait eu la maladresse de mettre ses plus\nbeaux habits fut classé second avec 8 guinées. Au troisième festival, la\nsolennité fut plus imposante que jamais. Tout le pays se porta vers"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.36", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2590, "texte": "Granard : \" La ville était aussi pleine que pour une foire aux chevaux.\nO'Neill eut la charitable intention d'ouvrir une collecte pour les con-\ncurrents non primés ; ceux-ci ne touchant absolument rien se trouvaient\navoir déboursé en vain les frais d'un voyage souvent dispendieux. L'idée\nreçut un accueil si chaleureux que chacun des non primés reçut à lui\nseul plus que les trois lauréats. O'Neill avait été encore une fois classé\nsecond.\nIl eut encore à cette époque une autre joie, celle de se voir désigné\ncomme l'héritier de son ami et parent Hugh O'Neill, qu'il rencontra\ndans le Comté de Leitrim, chez Cornélius O'Donnell. Hugh, aveugle\naussi, possédait un fermage non loin de là, dans le Comté de Roscommon.\nIl emmena son cousin sur une petite hauteur, et lui décrivant toutes les\nbeautés du paysage aussi minutieusement que s'il avait joui de ses yeux\nil lui dit \" Arthur, vous êtes mon parent et mon favori. Si vous me\nsurvivez, cette ferme sera à vous; voyez ce pré, voyez ce champ, tout\ncela vous appartiendra. \" Et Arthur, se prêtant au jeu, de lui répondre :\n\" Je les vois fort distinctement, et je vous remercie, mon Ami. \" La\nscène n'est elle pas jolie, de ces deux aveugles se décrivant mutuellement\nles beautés d'une nature que ni l'un ni l'autre n'avaient jamais vue ?\nEn 1792, O'Neill, après plusieurs étapes que le mauvais temps\nrendit particulièrement pénibles fut atteint d'une grave crise de rhuma-\ntismes qui lui immobilisa deux doigts de la main gauche. Il alla demander\nl'hospitalité à l'un de ses amis, le capitaine Somerville, qui, le voyant\nDrivé de son seul passe temps, entreprit de le distraire en lui faisant la\nlecture. C'est à cette coïncidence de faits, qu'O'Neill dut de faire la\nconnaissance de Bunting. Somerville lui lut un jour un passage des\nconviant tous les harpistes à se rendre à Belfast pour y con-\ncourir, et faire par la même occasion une démonstration solennelle de\nleurs sentiments irlandais. O'Neill, craignait de ne pas avoir retrouvé ses\ndoigts pour la date voulue. Un autre harpiste, Patrick Lyndon, s'offrit à\nle remplacer à la condition, toutefois qu'on lui cédât quelques vieux\nhabits, car il craignait, disait-il, de n'être pas suffisamment bien mis.\nO'Neill, qui avait à cette époque une garde-robe bien fournie, fit recouper\npour Lyndon quelques-uns de ses vêtements ; mais à peine le drôle les\neut-il endossés, qu'il s'en alla vagabonder dans tout le pays pour se faire\nadmirer. Il disparut par la suite au moment précis où il aurait dû se\nmettre en route pour Belfast. O'Neill se rendit alors dans cette dernière"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.37", "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 2635, "texte": "ville où le Docteur Mac Donnell par un traitement d'électricité lui\nrendit l'usage de ses doigts pour le concours.\nLe festival de Belfast, qui coïncida du reste avec une imposante\nmanifestation patriotique et républicaine ne fut point, comme l'avaient\nespéré Bunting et ses amis, le point de départ d'une nouvelle ère artistique\npour l'lrlande, mais au contraire, la dernière lueur d'un foyer qui allait\ns'éteindre. O'Neill et Bunting purent enfin avoir ensemble de ces longs\néchanges d'idées, comme en souhaitent les hommes qui se sentent épris\nde la même passion. Après les fêtes, ils passèrent quelque temps ensemble\nà Newry, où ils attirèrent l'attention d'un de leurs voisins, un gentilhomme\nqui se faisait appeler M. Gardiner. Celui-ci les fit prier un jour par sa\nfemme de vouloir bien passer la soirée chez lui. Et comme O'Neill\nquittait cette maison hospitalière où l'on avait su l'apprécier de la façon\nla plus enthousiaste, le prétendu Gardiner, lui mit une guinée dans la\nmain. On sut depuis que ce n'était autre que le comte de Galloway.\nLes heures noires allaient sonner pour l'lrlande. En juin 1803,\nO'Neill, se rendant à Dublin, trouva toute la cité en rumeur. Le bruit\ndes tambours et des clairons, le claquement des drapeaux affolèrent le\npauvre musicien habitué à d'autres harmonies. L'insurrection, devenant\nde la plus haute gravité, fut suivie de plusieurs exécutions capitales ;\nterrifié il s'enfuit à travers le Comté de Tyrone dès qu'il put avoir\nun sauf conduit. Malgré sa cécité, qui eut dû au moins le mettre à l'abri\nde tout soupçon d'espionnage, il fut plus d'une fois inquiété par un parti\ncomme par l'autre. Le sauf conduit devait être exhibé toutes les minutes.\nO'Neill, lassé, désignait alors sa harpe, comme devant justifier son\nexistence de nomade. Plus d'une fois, il faillit se la voir confisquer par des\nloyalistes forcenés, qui s'apercevaient qu'elle ne portait pas la couronne.\nIl consentit alors à renoncer à sa vie errante et vint résider pour dix\nans à Belfast, où la \" Belfast Harp Society \" lui confia l'éducation de\ndouze élèves harpistes. Il ne paraît pas avoir jamais repris les grands\nchemins, car lorsqu'il mourut, en 18 16, il était fixé depuis trois ans déjà\ndans son pays natal.\nDe ces derniers énénements, une date est à retenir, c'est celle de ce\nfestival de Belfast. Quel singulier coup d'oeil dut être ce double meeting.\nLes républicains fêtant en ce jour l'anniversaire de la prise de la Bastille,\nmarquant ostensiblement leur adhésion à ce grand mouvement révolution-\nnaire, qui de France allait incendier toute l'Europe. D'autre part, les"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.38", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 697, "texte": "harpistes nationaux, c est a dire les représentants les plus autorisés des\ntraditions artistiques et patriotiques du pays, se groupant pour sauvegarder\n1 integnte de leui patnmoine musical. Ce 14 Juillet 1792 marque une de\nces heures singulièrement complexes, comme il s'en rencontre souvent\ndans 1 histoiie de 1 Irlande, ou traditionnalistes et révolutionnaires semblent\npour un instant s'orienter résolument vers les mêmes destinées. C'est\nencore une de ces heures où la musique a joué le rôle de conciliatrice, en\ncréant un dernier et puissant motif de sympathie entre gens qui n'eussent\neu sans cela nul lien malgré leur commun amour pour leur sol et pour\nleur race.\n\nS. Mac Owen."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-07-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-07_01#c018", "volume": "bmtnabh_1913-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 39, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.2.8", "titre_corps": "LES LIVRES", "titre_sommaire": "LES LIVRES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.39", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2856, "texte": "DENT (E. J.). Mozarfs opéra.\"\\(Londres, Chatto et\nWindus, 1913, in-8° de 432 pp., 12s. 6d.).\nIl ne s'agit pas ici d'une simple étude d'ensemble mais bien\nd'une véritable histoire des opéras de Mozart. En 16 chapitres\nl'auteur passe en revue toute l'œuvre dramatique du maître alle-\nmand et nous donne, à partir <¥ Idoménée, une forte, claire, et\nsubstantielle étude sur chacun des chefs d'œuvre qui ont suivi ce\ndernier opéra. M. Dent ne se contente pas de rechercher les\norigines littéraires, scéniques, etc., de chacune des pièces que\nMozart a rendues illustres ; il nous découvre à cet égard une foule\nde détails curieux ou inédits, et, au point de vue plus spéciale-\nment musicologique, son livre est plein d'aperçus nouveaux, par\nquoi la perspicacité fine et originale de l'auteur se manifeste de la\nmanière la plus attrayante. Oui, M. Dent nous apporte du nouveau\nsur Mozart ! Cela aujourd'hui semble presque paradoxal : mais\nnon, cela prouve surtout combien de tels sujets sont loin d'être\nconnus. M. Dent ne dédaigne pas l'étude des musiciens contem-\nporains de Don yuan, ou de VEnlèvement au sérail et il ose même\nmettre sous nos yeux des exemples de musique choisis dans les\npartitions cl un Vincent Martin ou d'un Sarti ! Il n'hésite pas à imprimer une scène à peu près\nentiere de cet étrange Convitado di Pietra (Venise 1787) de Giuseppe Gazzaniza, complétant\nainsi, de la manière la plus utile et la plus intéressante, les citations de Jahn. Peut-être est-il\npermis de regretter qu'il n'ait pas cru devoir pousser plus avant ses recherches sur un homme\ndont 1 œuvre, toute débordante de poésie et de riche invention mélodique, a sûrement du être\naimee de Mozart : on a déjà deviné que nous voulons citer le nom, harmonieux par lui-même,\nde Giovanni Paesiello, dont le fameux Barbicre remonte aux environs de 1780.\nException faite pour les quatre chapitres consacrés à l'étude de la Flûte enchantée et qui\navaient paru précédemment sous la forme d'une brochure dont il a été rendu compte ici, 1 le\nlivre de M. Dent est entièrement nouveau. Il nous est malheureusement impossible de donner\npar ces quelques lignes, une idée quelconque de ce qui en fait la valeur propre et l'originalité.\nMais nous pouvons affirmer que les services qu'il est appelé à rendre à l'histoire de la musique\ntheatrale au i8me siècle, seront nombreux et importants. Et nous espérons qu'il aura pour\nprincipal effet d'orienter la jeune musicologie vers les origines, encore mal dégagées de l'ancien\nopéra italien, séria ou buffa. Il y a longtemps déjà que la pensée de l'éminent musicographe\nanglais nous semble pénétrée de la grandeur et de l'importance historique de cet art d'outre-\nmonts : l'ouvrage qu'il a récemment consacré au noble génie d'Alessandro Scarlatti nous avait\n\n1 Mozart's opéra \" The magie flûte \" .• its History and Interprétations, Cambridge, 1911."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.40", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3976, "texte": "très vivement frappé par un sens tout particulier, et d'ailleurs infiniment rare aujourd'hui, de\nla portée de cet art. Et, une fois de plus, voici qu'en nous parlant maintenant de Mozart,\nM. Dent nous prouve, par le témoignage de ses exemples musicaux, de quelle importance ont\nété, pour l'immortel musicien, les sources italiennes auxquelles, des son enfance, il a si\nlargement puisé.\nL'auteur, en terminant, exprime le désir d'entendre les opéras de Mozart, traduits en\ndiverses langues, sur les principales scènes du monde : il voudrait qu ils fussent représentes aussi\nfréquemment et aussi simplement que telle ou telle pièce du repertoire contemporain. Mais\nc'est là une perspective quasi chimérique... GEORGES DE Sfc Foix.\nBOSCHOT (Adolphe). Le Crépuscule d'un Romantique. Hector Berlioz (1842-1869).\n(Paris, Pion, 1913, 1 vol. in-12.)\nVoilà terminé l'imposant, le fastueux triptyque qu'avec le zèle et le talent qu'on lui\nconnaît M. Adolphe Boschot a consacré à la mémoire d'Hector Berlioz. Le Crépuscule d'un\nRomantique présente la minutieuse documentation et la mise en œuvre prestigieuse si admirées\ndans les deux ouvrages précédents ; La jeunesse dun Romantique, et Un Romaniique sous\nLouis-Philippe, avec, en plus, des pages d'une pénétrante et violente émotion, car, malgré sa\nbelle impassibilité d'historien, IVI. Boschot a su vivre, en artiste, les années de decheance et de\ndouleur du pauvre Berlioz. Quel roman que 1 existence de ce romantique impénitent, existence\ntendue, frénétique, exaspérée contre elle-meme et contre la Destinee ! Il semble, a lue le\nlivre émouvant de M. Boschot, qu'aucun homme 11e fut plus merveilleusement organisé que\nBerlioz pour la souffrance. L'ouvrage commence en 1842, avec la fuite du musicien en\ncompagnie de IVlarie Recio, ** delicieuse amie mais mauvaise chanteuse. En vain Bei lioz\nessaye de se libérer de son insupportable tyrannie \" IVlane le ratrappe et le îatrappe\nbien. Jusqu'à l'époque de sa mort, il lutte, il combat, il se cabre. Son biographe ne cache\nrien de ses défauts, de ses mensonges, on serait presque tenté de dire, de ses tartai înades. Sans\ncesse, Berlioz plastronne et piaffe ; après ses concerts, il envoie de 1 étranger des bulletins de\ntriomphe dont la sincérité n'apparaît pas évidente. iVlalgie tout, il reste truque, mais\nséduisant, hâbleur mais artiste \", comme le dit M. Boschot. Et puis, les choses l'atteignent si\nprofondément et si douloureusement ! Sans doute, en musique et a peu près en toutes choses,\nil est exclusif, péremptoire, jugeant mal 1 art d autrui, comme la plupart des artistes. Ainsi, il\nméconnaîtra Mozart et n'aimera guère Jean-Sébastien Bach. Mais, que nous importent ses\nexagérations, ses attitudes léonines, ses erreurs même, en presence de sa sensibilité jamais\nassouvie ! L'agonie du malheureux qui se meurtrit contîe toutes choses, qui vomit son indigna-\ntion à la face'des \" gredins de crétins \" et des \" insectes du feuilleton \", qui fait une chasse\nacharnée et infructueuse au bâton de chef d'orchestre, qui, a malade comme dix-huit chevaux ,\nvidé par sa névralgie intestinale, s'enfonce dans la rancœur et le degout, est une des choses les\nplus tragiques qui soient au monde. Sans parler du lugubre et hamletique depotage\nd'Ophélia-Smithson, quoi de plus poignant que les pages où le nouveau biographe de Berlioz\nraconte par le menu le douloureux retour a IVleylan du vieux lion amoureux ?\nAvant de disparaître à jamais, Berlioz veut contempler les \" ruines de sa jeunesse \". Il\nveut respirer encore l'atmosphère du pays natal qui, jadis, il y a bien longtemps, se parfuma\nde la grâce d'Estelle. Et le voilà, parti, consommant son cruel pèlerinage, remuant la lourde\ntristesse du passé. Ne s'avise-t-il pas de revoir Estelle, devenue Madame Fornier, et qu'assiègent\n70 années ! Désespérément, le pauvre homme s'accroche à son idée ; il s'enfuit à Lyon où\ndemeure Mme Fornier ;il prépare une lettre, sollicite et obtient une entrevue. Et c'est quelque"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.41", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 10, "texte": "LES LIVRES"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.41", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3967, "texte": "chose d'infiniment désolé que la rencontre de ces deux vieillards qui s'aimèrent autrefois, que\nleur conversation banale, coupée de longs silences embarrassés. Maternellement, la \" vieille,\nbien vieille femme \" gronde son soupirant ; tout doucement, elle lui signifie son congé, et\nBerlioz la quitte, l'esprit perdu, le cœur dévasté ; il s'en va comme un oiseau blessé, loque\nmisérable que le vent heurte à toutes les pierres du chemin. On touche vraiment ici au fond\nde la douleur humaine.\nM. Boschot excelle à utiliser, au moment décisif, le petit détail, le petit fait, insignifiant\nen apparence, mais combien caractéristique et cruel. Voici Berlioz qui veut dédier à\nson vieil ami Reyer une partition de Benvenuto ; il prend la plume et commence à écrire,\nmais soudain, il s'arrête, car il ne se souvient plus du nom de Reyer ! Le nouveau livre de\nM. Boschot est tissé de semblables notations ; parfois, on semble prendre plaisir à s'attarder à\ndes minuties, et certains ont reproché à l'auteur son travail de scalpel et l'étalage de détails\nqualifiés d'oiseux. Mais, qui pourra préciser à partir de quel moment tel détail, dans un livre\nd'histoire, cesse d'être utile pour devenir superflu ? De quel droit éliminer, à priori, tel ou tel\ndocument sous prétexte qu'il ne sert de rien ? N'est-ce pas là préjuger des conclusions possibles\nqui découlent des faits qu'on rejette ? Ne convient-il pas, au contraire, de dire avec l'auteur :\n\"Rien de trop,\" et de considérer avec respect une documentation si abondante qu'elle permet\nà M. Boschot de faire état d'un document par jour. Le reproche le plus grave qu'on pourrait\nadresser au Crépuscule Romantique, comme aux deux livres qui l'ont précédé, c'est seule-\nment de priver le lecteur, sous couleur de littérature, de l'appui des références. L'auteur ne\nnous dit presque jamais d'où lui est tombée la merveilleuse manne d'informations dont il\nnourrit son texte. Son seul souci est de faire vivant, de ressusciter Berlioz et son temps. D'où\nun style pittoresque, où les mots pétaradent et s'assemblent en phrases explosives, à la manière\nde Berlioz lui-même, ou bien, répudiant l'aide du verbe, construisent des phrases statiques, de\nsimples constats, précis comme des diagnostics. Dans l'étonnante table chronologique qui clôt\nl'ouvrage, M. Boschot paraît s'être amusé à collectionner les expressions les plus truculentes, les\nplus \" jeune France \". On y lit : \" Le métier, frère scrofuleux de l'art \", \" Veuvage à volonté \",\n\" Miss Smithson est morte ; voici ma deuxième femme \". Et tout le long des 665 pages, en\npetit texte, du livre, l'auteur, magicien subtil et patient, nous donne une incroyable impression\nde vie, nous dirions même d'actualité. Devant un tableau si haut en couleurs et si grouillant,\nles historiens les plus grincheux se sentiront désarmés et, une fois de plus, l'art aura vaincu la\nscience morose. LIONEL DE LA LAURENCIE.\nDAFFNER (Dr Hugo). Frederick Nietzsche. Randglossen zu Bizet \" Carmen \"\n(Regensburg, G. Bosse, in-120 de 68 pp., 1 Mk.).\nCeux qui ne connaissent Nietzsche que par le \" Zaratustra \", 1' \" Ecce homo \", ses\nrelations avec Wagner, ou même la brochure si intéressante de M. Lichtenberger, 11e seront\npas sans éprouver quelque étonnement à la lecture de ces notes marginales.\nElles furent tracées par Nietzsche sur une partition de \" Carmen \", qu'après avoir\nentendu à Genève en Novembre 1881, l'ex-ami de Wagner envoyait, dans un mouvement\nd'enthousiasme, à son fidèle Peter Gass. (L'envoi est du 5 Janvier 82.)\nUne soixantaine de passages sont annotés: parfois un seul mot (\" reizend \"...)\nparfois une phrase entière (Pénétrant et idéaliste, et point sentimental, p. 42, etc.) ; mais en\ngénéral avec précision et 011 le sent avec une passion qui était le fond même de\nNietzsche. Et rien de plus curieux, de plus saisissant même que devoir cet étrange philosophe,\nau moment où il vient de tourner le dos au dieu de Bayreuth parce qu'il ne produisait rien de"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.42", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3787, "texte": "\" positif\" (p. 66), s'éprendre de \" Carmen \" qu'il entend par hasard, et se faire un vrai chagrin\nde ce que Bizet soit mort (p. 13). \" C'est un vrai talent français de l'opéra-comique, non pas\ndésorienté par Wagner, mais bien un élève d'Hector Berlioz \" (p. 13).\nEt \" Carmen \" représente pour lui la réalisation de ce que devait être le drame musical, tel\nqu'il l'avait conçu dès le début de sa vie à travers les études philosophiques, tel qu'il avait\nespéré le voir surgir de la plume de Wagner. La joie d'avoir enfin trouvé 1' \" Opéra des\nOpéras \" (p. 14) ne s'éteint pas : en 1880, il entend \" pour la vingtième fois l'œuvre maîtresse\nde Bizet \" et disserte avec profondeur et enthousiasme sur cette musique \" bôse, raffinirt,\nfatalistisch \" (p. 15), et plus loin : \" Elle est riche, elle est précise Je ne dirai pas que cette\npetite brochure nous révélera la vraie direction de la pensée Nietzschéenne ; mais je crois\ncependant qu'elle nous y aidera, en nous découvrant avec netteté un côté assez peu connu de\nce génie fantasque, dont nous 11e saisissons pas toujours facilement et avec exactitude les\nhardiesses et les brusqueries.\nBUSCHKOTTER (Wilhelm). Jean François Le Sueur. Dissertation (Halle, 1912,\nin-8° de 62 pp.).\nNous n'avons guère ici que la moitié de cette intéressante étude. Elle fut publiée en entier\ndans l'un des Bulletins trimestriels de la Société Internationale de Musique (1912).\nComme toute bonne dissertation, celle-ci procède avec une bibliographie sinon très\nnombreuse, du moins judicieusement établie, et une quantité de références qui révèlent la\nminutie scrupuleuse du candidat.\nLe Sueur ! N'est-ce pas un nom déjà tombé dans l'oubli ? Et cependant c'est à travers\nl'époque mouvementée de la Révolution, la République, l'Empire etc. Qu'évolue ce maître de\nchapelle consciencieux et réformateur, réservé mais fier, qui n'hésite pas à suivre le mouvement\nRépublicain et à contribuer à la fondation du conservatoire, puis à devenir \" Kappelmeister \"\nde l'Empereur, et ensuite du roi, n'ayant d'ailleurs qu'un objectif : profiter de ses hautes\nfonctions pour donner libre cours à son activité et accomplir les réformes qu'il croyait de son\ndevoir de réaliser. En réalité, Le Sueur fut surtout un administrateur ; et c'est pour cela qu'on\nl'oublie ; comme musicien, il ne s'est guère élevé au-dessus de ce que furent à peu près tous les\nmusiciens exclusivement français de son époque : de très honnêtes gens, dont la musique terne\net compassée ne saurait survivre. Partout, en effet, Le Sueur laisse le souvenir d'un\nhomme irréprochable et d'un \" Grand talent \", et c'est ce qui lui valut probablement la faveur\nde tous les gouvernements ; nous devons, de notre côté, lui rendre cette justice : c'est qu'il sut\npréparer le romantisme et que Berlioz est sorti de ses mains, (p. 14) : l'élève éclipsa le maître\ncomme il arrive parfois, mais, somme toute, ne demeurèrent-ils pas chacun dans leur rôle,\ncelui-ci comme fonctionnaire, celui-là comme type de l'homme libre ? M. W. B. ne s'engage\npas d'ailleurs dans de telles considérations : il suit imperturbablement la voie qu'il s'est tracée,\net tantôt par les œuvres, tantôt par la correspondance nous entraîne avec lui de jalon en jalon,\navec un rythme et une précision qui nous attache singulièrement au vieux maître qu'il tente\nde mettre en relief.\nSERVIÈRES (J.). Freischutz.(Fischbacher, 1913, in-12° de 187 pp. Fr. 2.).\nNous ne savons pas exactement ce qui se passe de nos jours au cours des répétitions et\ndes avant-premières des partitions les plus modernes ; tout au plus quelques paroles de mauvaise\nhumeur de la part des auteurs, trahissent-elles qu'on n'a pas perdu l'habitude de tailler et de\nrogner la matière musicale afin de l'adapter aux exigences de ses tyranniques accessoires :"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.43", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3416, "texte": "décors, danses, etc. et du non moins tyrannique auditoire. Mais on peut espérer cependant qu'on\nne se livre plus au même vandalisme que vers 1830, et on ne lira pas sans intérêt l'invrai-\nsemblable fortune du Freischtitz, à Paris, telle que M. S. nous la retrace, c'est-à-dire avec\nbeaucoup de précision, malgré l'abondance des détails.\nJe m'empresse d'ajouter que grâce à cet auteur, le \" Robin des Bois \" de Castil-Blaze\net Cie est redevenu le \" Freyschùtz \" de Weber : sans doute nos grand'mères ne reconnaîtraient\nplus au théâtre des Champs-Elysées l'anodine piécette dont elles fredonnaient encore les\n\" airs \" les plus aimables ; mais notre répertoire y gagne de compter à son actif une œuvre\nauthentique, simplement transposée d'une langue dans l'autre, et dont, à tout prendre, la\nmusique vaut bien celle de tant de médiocrités qu'on jette en pâture à nos scènes\nsubventionnées.\nAUGUSTIN DE CROZE. La chanson populaire de File de Corse. (Champion, 1911,\nin-8° de 188 p.).\nPeut-être ce titre n'est-il qu'un prétexte : l'auteur après une sorte d'introduction examine\nles divers types de chanson populaire : politique, berceuse, nuptiale ; et, choisissant quelques\nexemples de chacun d'eux qu'il nous donne avec la traduction et la musique, en fait à chaque\nfois le sujet d'un petit chapitre descriptif qui situe parfaitement la question et la rend très\nintelligible.\nLes histoires de brigands tiennent une assez grande place, il fallait s'y attendre. Mais,\nbien que les transcriptions révèlent certaines maladresses, l'aspect général de la mélodie est\nassez archaïque et n'est pas sans présenter parfois, quand à la tonalité, des analogies assez\naccentuées avec la cantilène médiévale, dont elle diffère par ailleurs radicalement en ce qui\nconcerne la rythmique et la date de composition.\nROBERT (P. L.) Auguste Guéroult, 1836-1911. (Rouen, 1913, 22 p.).\nL'auteur, au début d'une séance musicale consacrée aux œuvres de \" A. Guéroult,\ncompositeur et organiste de S 1 Ouen \" en Juin 1912, retraça brièvement la vie de ce vénérable\net obscur musicien et rendit hommage à ses qualités d'homme et d'artiste.\nBORGEX (L.). Vincent d'indy.(Paris, Durand, 1913, 32 p., 2 112.).\nAutre hommage, cette fois-ci à un vivant : cela vaut peut-être mieux. Peut-être : car on joue\nbien difficilement le rôle d'historien, lorsqu'il s'agit de parler des contemporains ; et dans le cas\nprésent, M. Borgex est un admirateur et surtout cela. Ce n'est pas que nous veuillons contester à\nl'éminent Directeur de la Schola tous les éloges qu'en nous-mêmes nous lui décernons de bon\ncœur ; mais n'éprouve-t-on pas justement quelque malaise à rencontrer à chaque page les\népithètes \" admirable \" \" merveilleux \" etc., alors que précisément la personnalité de Vincent\nd'lndy est faite de puissante sobriété, et échappe à l'apologie.\nL'ANNEE MUSICALE. (2me année 1912), par MM. Michel Brenet, J. Chantavoine,\nL. Laloy, L. de la Laurencie. Paris, Alcan, 311 p.\nUne critique pour commencer : nous ne connaissons pas les intentions de cette publica-\ntion, ni les limites qu'elle s'est assignées, mais on pourrait croire qu'elle s'est fixé Comme but\nl'étude des I7œe et i8me siècles ;un seul article sur quatre sort de ce cadre et se rapporte au\n16me siècle —etil en était à peu près de même dans la brochure de 1911. Certes, ce fut une\npériode féconde pour la musique française ; elle offre l'avantage d'être représentée par des"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.44", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4175, "texte": "documents nombreux et sur l'authenticité desquels il est difficile de se tromper ; par suite les\ntravaux qui s'y rattachent sont d'une grande certitude et fertiles en renseignements ; mais ne\ndoit-on pas craindre qu'à force d'écrire sur les Bouffons, on accumule plus de papiers qu'eux-\nmêmes en ont accumulés, ou fait accumuler de leur temps ?...\nCette remarque formulée, il convient précisément de signaler la très grande valeur\nde chacun de ces travaux ; qu'il s'agisse du \" Blavet et Dauvergne \" de M. de la Laurencie,\nde l'étude sur les \" Revues du XFIIIe Siècle \" de M. G. Cucuel, ou de \" Jean de Cambejort \"\nde M. H. Prunières, c'est toujours, outre le style très clair que nous connaissons à ces auteurs,\nla même méthode rigoureuse, la même exactitude scrupuleuse, qui sont évidemment les\nconditions essentielles à toute œuvre historique digne de ce nom, mais auxquelles certains\nmusicologues d'une époque antérieure ne se croyaient pas astreints et ne nous avaient pas\naccoutumés.\nL'ouvrage se termine par une série de critiques bibliographiques, nombreuses et détaillées,\ntoutes signées de noms autorisés précédée elle-même de quelques pages de critique\nmusicale, relatives aux principales manifestations artistiques de l'année. MACHABEY.\nt\nRENE LENORMAND. Etude sur l'harmonie moderne. (Editions du Monde\nMusical, 1912, in-B°.)\nRecueillir en un choix judicieux diverses trouvailles harmoniques de nos contemporains,\nles analyser sans pédantisme, en déduire d'utiles et justes conclusions, quelle tâche difficile !\nM. Lenormand a fait preuve ici du tact le plus rare et de la meilleure logique. Son langage\nest attrayant et clair ; son parfait bon sens aiguisé de fine ironie pare à toutes les objections ;\nson esprit audacieux et sûr demeure solidement équilibré ; s'il constate la désuétude de tant de\nvieilles règles, il sait aussi nous mettre en garde contre l'attrait exclusif et l'orgueil dangereux\nde la révolte : l'exemple admirable de M. Fauré, réalisant la plus personnelle des musiques par\ndes moyens très simples, nous montre qu'il n'est pas toujours besoin d'accords révolutionnaires.\nMais soyons libres : tel est, en définitive, le dernier mot de cet excellent ouvrage. Bien\ncompris, son influence sera des plus heureuses. Il est salutaire, en effet, de se souvenir que\nl'harmonie de 1' \" Ecole \" n'est qu'une gymnastique préparatoire, et qu'on doit savoir oublier\nle métier : a ... d'abord, il faut désobéir. \" Désobéissance aujourd'hui, règle demain ; M. Le-\nnormand l'a justement noté. Ce n'est pas qu'il condamne le passé : à nous, sans en faire fi, de\nrajeunir les vieux procédés. Il étudie le présent de la façon la plus complète, montrant\nl'excellence de maint enchaînement autrefois défendu. Et quant au futur, témoignant d'une\nsuperbe largeur de vues, il n'assigne d'autres limites aux techniques nouvelles que les bornes\nmêmes de la musicalité, ces bornes que recule indéfiniment le génie, au grand scandale des\ncritiques et des pions. Toutes ses remarques sont étayées d'exemples fort intéressants1 : en\nplus d'un l'on croit voir les anneaux de la chaîne qui relie la tradition classique à cette\ntradition de l'avenir qu'annonce le Sacre du Printemps : tant il est vrai que tout se tient, et\nque toute hardiesse véritablement musicale devient quelque jour une forme usuelle. 2 Le\n\n1 Le contexte en est forcément un peu restreint, comme l'exigeaient les raisons matérielles de cette\npublication, qui ne pouvait prétendre à remplacer une bibliothèque musicale. Dans la plupart des cas\ncependant, il me semble suffire. On fera bien pourtant, pour la parfaite compréhension de quelques-uns\nd'entre eux, d'étudier ces exemples musicaux dans les oeuvres mêmes d'où ils sont extraits.\n* Une agrégation de sons, jugée d'abord impossible trop osée, trop dure, trop dissonante est\nacceptée par l'oreille, un beau jour, grâce à l'artifice d'un retard, d'une appogiature, d'une pédale. Elle devient\nainsi d'un usage courant. Et l'on s'avise alors de l'écrire d'emblée, sans préparation : elle est douce, exquise,\nravissante. Elle est correcte. Elle est consonnante. En musique, moins que partout ailleurs, il ne faut dire :\n\" Fontaine... \""}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.45", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 4206, "texte": "plus beau, c'est qu'il n'est point un jeune homme, ce compositeur aux idées neuves et\naudacieuses : l'on est touché d'une admiration émue et attendrie, à voir cet aîné accueillir\nd'une oreille bienveillante les recherches âpres ou subtiles de ses cadets. Aimer la musique,\nl'aimer pour elle-même, chose rare ! Combien d'entre nous permettent à leurs confrères de\nles dépasser, voire de marcher de front avec eux dans les nouveaux sentiers de la forêt\nmystérieuse ?\nL'opposition qu'a pu rencontrer ce livre n'est pas pour en diminuer la valeur. On\nnégligera certaines critiques. Mais d'autres, émanant de maîtres illustres, appellent quelques\ncommentaires. A M. Saint-Saëns, 1 cette étude apparaît comme celle des \" fautes d'Harmonie\nmoderne \" : .... \" l'oreille ne peut être tenue pour quantité négligeable. \" Savoureux grief fait\ncette école si avide de sonorités exquises, qu'elle en dédaigne injustement le contrepoint,\nd'où l'on tire, lorsqu'on sait, de si admirables effets musicaux. Les auteurs cités par M. Lenor-\nmand sont Fauré, Dukas, Debussy, Ravel, Florent Schmitt, etc.. Ces noms seuls me\ndispensent d'en dire plus long, mais ils ne désarment pas M. Saint-Saëns, qui nous adresse\n1 eteinel repioche . 1 abus des dissonances et des modulations. \"Ce sacrifice tardif aux\nmânes de Fetis et de Scudo 11e saurait nous effrayer. Les limites de l'accoutumance de\n1 oreille invoquées par le maître qui les connaît ?La bonne volonté de l'oreille, lorsqu'on\nentend de la vraie musique, mais elle est immense ! Elle est de tous les instants ! le son\nsimple est un mythe, une abstraction commode, et voilà tout ; le son réel est prodigieusement\ncomplexe. Notie organe ne se lasse point de tirer parti de vibrations extrêmement multiples,\net le rôle du cerveau est tout juste de simplifier, d'interpréter ces infinies combinaisons. C'est\nainsi qu il convertit en sensation de timbre la série d'harmoniques accompagnant chaque note.\nC est ainsi qu'il s'accommode des intervalles faux que nous ne cessons d'ouïr, car et pour\nmainte raison les rapports simples 112, 112, 112... n'existent que dans les traités élémentaires\nd acoustique (aucune gamme, notamment, ne peut offrir à la fois tous les intervalles justes\ntierces et quintes que suppose bénévolement le solfège. Il y a incompatibilité, par\ninsuffisance de paramétrés variables, comme on dit en analyse). Cette accoutumance est loin\nd avoir atteint sa limite. Au demeurant, cette limite, nous4 ne la connaissons pas. Je doute\nmeme qu elle existe. Le domaine de la musique est infini. JEt je ne pense pas non plus qu'il\nsoit une raison scientifique proscrivant à priori les quintes charmantes de nos musiciens\nmodernes. Ou bien alors, tenez pour certain que cette raison se trompe, et que la science\ndont elle se targue n'est pas rigoureuse. En résumé, je ne vois contre 1' \" harmonie moderne \"\naucun motif théorique ou général, mais le goût seul de M. Saint-Saëns...\nD après M. d Indy, enfin, dont on connaît déjà les idées en ces matières, le langage\nharmonique est tiop sujet a passer de mode pour qu il nous offre une beauté réelle et durable.\nQui sait, poui tant ? S il faut se garder a cet égard dun fétichisme stérile, si l'accord isolé\nest peu de chose pai lui-meme, sil ne prend toute sa valeur expressive que par ses relations\navec les autres accords, avec la mélodie, le rythme et le sentiment général, cette sorte\nd'expression n'en existe pas moins ; elle est si fréquente, elle a acquis une telle importance\ndans la musique moderne qu il me parait difficile de la dédaigner, de l'ignorer, ou de l'esca-\nmoter. Je sais de beaux passages de Pervaal, où le rôle de l'harmonie me semble très réel.\nD ailleurs, ne soyons pas en peine : les belles harmonies, bien à leur place, ne risquent point\nde passer si vite (cf. Orfeo, de Monteverde, \" ton épouse chérie... est morte \"). Non pas\n\n/ JL\n1 Les lettres à M. Lenormand, de MM. Saint-Saëns, d'lndy, etc... ont paru, après l'ouvrage même de\nTvl. Lenormand, dans le Monde Musical (numéros de novembre 1912 à janvier 191 3).\nJe reconnais volontiers, d ailleurs, qu'on aurait grand tort de délaisser l'élément mélodique et l'élément\nrythmique, absolument nécessaires l'un et l'autre."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.46", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2628, "texte": "seulement l'accord parfait (cf., passim, Pellèas mais de bons vieux accords\ninjustement dédaignés (\" relégués dans le coin des vieilles lunes \", écrit ironiquement et triom-\nphalement M. d'Indy, car : \" pas un compositeur n'oserait aujourd'hui les employer \"), de\nchers bons vieux accords ne laissent pas, à l'occasion, d'être fort beaux : telle appogiature\ngounodienne, dans le chœur final de Pénélope, 1 et des lambeaux de terrifiantes septièmes\ndiminuées, par ma foi, dans le Sacre du Printemps. D'autre part, si dans l'écriture \" verticale \"\nle modernisme hors de propos devient vite usé et désuet, les poncifs mélodiques ou rythmiques\nne sont pas rares ; il existe des fugues et des développements qui ont terriblement vieilli. Des\nsonates cycliques ont pu subir du temps l'irréparable outrage, tout aussi bien que des lieder\ntrop ornés de \" chichis \" harmoniques. D'excellents esprits vont jusqu'à penser que les chefs-\nd'œuvre même vieillissent ; je ne le crois pas. Mais accords ou rythmes, mélodies ou effets\nd'orchestre, tout ce qui n'est que formule est sujet aux rides. La seule eau de Jouvence, c'est\nla source qui vient d'une vraie personnalité. Ne nous frappons pas... De toutes les conquêtes\nde la musique contemporaine, l'harmonie \" moderne \" n'est pas la moins belle, ni la moins\nféconde : félicitons et remercions encore M. Lenormand d'avoir écrit, sur ce très intéressant\nsujet, sa très captivante étude.\nCHARLES KŒCHLIN.\n\nLIVRES REÇUS\nWAGNER (Richard).— Œuvres en prose. Traduction française, par J.-G. Prod'homme\net L. van Vassenhove. Tome VIII. (Delagrave, 1913, in-120 de 256 pp., fr. 3,50.)\nWOLF (Prof. Johannes). Handbuch Teil I. (Leipz., Breitkopf,\n1913, in-8° de 488 pp. Mk. 10.)\nJOACHIM (Joseph). Brie fe von J. Herausgegeben von\nJ. Joachim und Andréas Moser. Bd. II et 111. (Berlin, J. Bard, 2 vol. in-8° de 478 et\n546 pp. Mk. 8,50 et 10.)\nROUCHES (Gabriel). Inventaires des papiers lettres de G., C. et L. Vigarani,\nconservés aux Archives d'Etat de Modène. (Paris, Champion, 1913, in-8° de 240 pp.)\nHENRI-MARTIN (Barzun). La révolution de Berlioz,. (S. 1. n. d. in-8° de 15 pp.)\nMOISSENET (Chanoine). U Enseigne\n(Lyon, Janin frères, 1913, in-120 de 97 pp. Fr. 1.50*)\nTERRY (Ellen). The Russian Ballet,with drawings by PAMELA COLMAN\nSMITH (London Sidgwick and Jackson, 1913, in-fol. de 54 pp.)\n\n1 Cet accord se trouve également à la fin d'une des plus raffinées parmi les mélodies de M. Fauré :\n\" C'est l'extase... \" (poésie de Paul Verlaine).\n2 Quant à ce dernier exemple, je confesse humblement que ces septièmes diminuées sont accompagnées et\nrehaussées d'un contrepoint fort libre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-07-01-c020", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-07_01#c020", "volume": "bmtnabh_1913-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 39, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.2.8.2", "titre_corps": "DENT (E. J.). 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Dent ne se contente pas de rechercher les\norigines littéraires, scéniques, etc., de chacune des pièces que\nMozart a rendues illustres ; il nous découvre à cet égard une foule\nde détails curieux ou inédits, et, au point de vue plus spéciale-\nment musicologique, son livre est plein d'aperçus nouveaux, par\nquoi la perspicacité fine et originale de l'auteur se manifeste de la\nmanière la plus attrayante. Oui, M. Dent nous apporte du nouveau\nsur Mozart ! Cela aujourd'hui semble presque paradoxal : mais\nnon, cela prouve surtout combien de tels sujets sont loin d'être\nconnus. M. Dent ne dédaigne pas l'étude des musiciens contem-\nporains de Don yuan, ou de VEnlèvement au sérail et il ose même\nmettre sous nos yeux des exemples de musique choisis dans les\npartitions cl un Vincent Martin ou d'un Sarti ! Il n'hésite pas à imprimer une scène à peu près\nentiere de cet étrange Convitado di Pietra (Venise 1787) de Giuseppe Gazzaniza, complétant\nainsi, de la manière la plus utile et la plus intéressante, les citations de Jahn. Peut-être est-il\npermis de regretter qu'il n'ait pas cru devoir pousser plus avant ses recherches sur un homme\ndont 1 œuvre, toute débordante de poésie et de riche invention mélodique, a sûrement du être\naimee de Mozart : on a déjà deviné que nous voulons citer le nom, harmonieux par lui-même,\nde Giovanni Paesiello, dont le fameux Barbicre remonte aux environs de 1780.\nException faite pour les quatre chapitres consacrés à l'étude de la Flûte enchantée et qui\navaient paru précédemment sous la forme d'une brochure dont il a été rendu compte ici, 1 le\nlivre de M. Dent est entièrement nouveau. Il nous est malheureusement impossible de donner\npar ces quelques lignes, une idée quelconque de ce qui en fait la valeur propre et l'originalité.\nMais nous pouvons affirmer que les services qu'il est appelé à rendre à l'histoire de la musique\ntheatrale au i8me siècle, seront nombreux et importants. Et nous espérons qu'il aura pour\nprincipal effet d'orienter la jeune musicologie vers les origines, encore mal dégagées de l'ancien\nopéra italien, séria ou buffa. Il y a longtemps déjà que la pensée de l'éminent musicographe\nanglais nous semble pénétrée de la grandeur et de l'importance historique de cet art d'outre-\nmonts : l'ouvrage qu'il a récemment consacré au noble génie d'Alessandro Scarlatti nous avait\n\n1 Mozart's opéra \" The magie flûte \" .• its History and Interprétations, Cambridge, 1911."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.40", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3976, "texte": "très vivement frappé par un sens tout particulier, et d'ailleurs infiniment rare aujourd'hui, de\nla portée de cet art. Et, une fois de plus, voici qu'en nous parlant maintenant de Mozart,\nM. Dent nous prouve, par le témoignage de ses exemples musicaux, de quelle importance ont\nété, pour l'immortel musicien, les sources italiennes auxquelles, des son enfance, il a si\nlargement puisé.\nL'auteur, en terminant, exprime le désir d'entendre les opéras de Mozart, traduits en\ndiverses langues, sur les principales scènes du monde : il voudrait qu ils fussent représentes aussi\nfréquemment et aussi simplement que telle ou telle pièce du repertoire contemporain. Mais\nc'est là une perspective quasi chimérique... GEORGES DE Sfc Foix.\nBOSCHOT (Adolphe). Le Crépuscule d'un Romantique. Hector Berlioz (1842-1869).\n(Paris, Pion, 1913, 1 vol. in-12.)\nVoilà terminé l'imposant, le fastueux triptyque qu'avec le zèle et le talent qu'on lui\nconnaît M. Adolphe Boschot a consacré à la mémoire d'Hector Berlioz. Le Crépuscule d'un\nRomantique présente la minutieuse documentation et la mise en œuvre prestigieuse si admirées\ndans les deux ouvrages précédents ; La jeunesse dun Romantique, et Un Romaniique sous\nLouis-Philippe, avec, en plus, des pages d'une pénétrante et violente émotion, car, malgré sa\nbelle impassibilité d'historien, IVI. Boschot a su vivre, en artiste, les années de decheance et de\ndouleur du pauvre Berlioz. Quel roman que 1 existence de ce romantique impénitent, existence\ntendue, frénétique, exaspérée contre elle-meme et contre la Destinee ! Il semble, a lue le\nlivre émouvant de M. Boschot, qu'aucun homme 11e fut plus merveilleusement organisé que\nBerlioz pour la souffrance. L'ouvrage commence en 1842, avec la fuite du musicien en\ncompagnie de IVlarie Recio, ** delicieuse amie mais mauvaise chanteuse. En vain Bei lioz\nessaye de se libérer de son insupportable tyrannie \" IVlane le ratrappe et le îatrappe\nbien. Jusqu'à l'époque de sa mort, il lutte, il combat, il se cabre. Son biographe ne cache\nrien de ses défauts, de ses mensonges, on serait presque tenté de dire, de ses tartai înades. Sans\ncesse, Berlioz plastronne et piaffe ; après ses concerts, il envoie de 1 étranger des bulletins de\ntriomphe dont la sincérité n'apparaît pas évidente. iVlalgie tout, il reste truque, mais\nséduisant, hâbleur mais artiste \", comme le dit M. Boschot. Et puis, les choses l'atteignent si\nprofondément et si douloureusement ! Sans doute, en musique et a peu près en toutes choses,\nil est exclusif, péremptoire, jugeant mal 1 art d autrui, comme la plupart des artistes. Ainsi, il\nméconnaîtra Mozart et n'aimera guère Jean-Sébastien Bach. Mais, que nous importent ses\nexagérations, ses attitudes léonines, ses erreurs même, en presence de sa sensibilité jamais\nassouvie ! L'agonie du malheureux qui se meurtrit contîe toutes choses, qui vomit son indigna-\ntion à la face'des \" gredins de crétins \" et des \" insectes du feuilleton \", qui fait une chasse\nacharnée et infructueuse au bâton de chef d'orchestre, qui, a malade comme dix-huit chevaux ,\nvidé par sa névralgie intestinale, s'enfonce dans la rancœur et le degout, est une des choses les\nplus tragiques qui soient au monde. Sans parler du lugubre et hamletique depotage\nd'Ophélia-Smithson, quoi de plus poignant que les pages où le nouveau biographe de Berlioz\nraconte par le menu le douloureux retour a IVleylan du vieux lion amoureux ?\nAvant de disparaître à jamais, Berlioz veut contempler les \" ruines de sa jeunesse \". Il\nveut respirer encore l'atmosphère du pays natal qui, jadis, il y a bien longtemps, se parfuma\nde la grâce d'Estelle. Et le voilà, parti, consommant son cruel pèlerinage, remuant la lourde\ntristesse du passé. Ne s'avise-t-il pas de revoir Estelle, devenue Madame Fornier, et qu'assiègent\n70 années ! Désespérément, le pauvre homme s'accroche à son idée ; il s'enfuit à Lyon où\ndemeure Mme Fornier ;il prépare une lettre, sollicite et obtient une entrevue. Et c'est quelque"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.41", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3967, "texte": "chose d'infiniment désolé que la rencontre de ces deux vieillards qui s'aimèrent autrefois, que\nleur conversation banale, coupée de longs silences embarrassés. Maternellement, la \" vieille,\nbien vieille femme \" gronde son soupirant ; tout doucement, elle lui signifie son congé, et\nBerlioz la quitte, l'esprit perdu, le cœur dévasté ; il s'en va comme un oiseau blessé, loque\nmisérable que le vent heurte à toutes les pierres du chemin. On touche vraiment ici au fond\nde la douleur humaine.\nM. Boschot excelle à utiliser, au moment décisif, le petit détail, le petit fait, insignifiant\nen apparence, mais combien caractéristique et cruel. Voici Berlioz qui veut dédier à\nson vieil ami Reyer une partition de Benvenuto ; il prend la plume et commence à écrire,\nmais soudain, il s'arrête, car il ne se souvient plus du nom de Reyer ! Le nouveau livre de\nM. Boschot est tissé de semblables notations ; parfois, on semble prendre plaisir à s'attarder à\ndes minuties, et certains ont reproché à l'auteur son travail de scalpel et l'étalage de détails\nqualifiés d'oiseux. Mais, qui pourra préciser à partir de quel moment tel détail, dans un livre\nd'histoire, cesse d'être utile pour devenir superflu ? De quel droit éliminer, à priori, tel ou tel\ndocument sous prétexte qu'il ne sert de rien ? N'est-ce pas là préjuger des conclusions possibles\nqui découlent des faits qu'on rejette ? Ne convient-il pas, au contraire, de dire avec l'auteur :\n\"Rien de trop,\" et de considérer avec respect une documentation si abondante qu'elle permet\nà M. Boschot de faire état d'un document par jour. Le reproche le plus grave qu'on pourrait\nadresser au Crépuscule Romantique, comme aux deux livres qui l'ont précédé, c'est seule-\nment de priver le lecteur, sous couleur de littérature, de l'appui des références. L'auteur ne\nnous dit presque jamais d'où lui est tombée la merveilleuse manne d'informations dont il\nnourrit son texte. Son seul souci est de faire vivant, de ressusciter Berlioz et son temps. D'où\nun style pittoresque, où les mots pétaradent et s'assemblent en phrases explosives, à la manière\nde Berlioz lui-même, ou bien, répudiant l'aide du verbe, construisent des phrases statiques, de\nsimples constats, précis comme des diagnostics. Dans l'étonnante table chronologique qui clôt\nl'ouvrage, M. Boschot paraît s'être amusé à collectionner les expressions les plus truculentes, les\nplus \" jeune France \". On y lit : \" Le métier, frère scrofuleux de l'art \", \" Veuvage à volonté \",\n\" Miss Smithson est morte ; voici ma deuxième femme \". Et tout le long des 665 pages, en\npetit texte, du livre, l'auteur, magicien subtil et patient, nous donne une incroyable impression\nde vie, nous dirions même d'actualité. Devant un tableau si haut en couleurs et si grouillant,\nles historiens les plus grincheux se sentiront désarmés et, une fois de plus, l'art aura vaincu la\nscience morose. LIONEL DE LA LAURENCIE.\nDAFFNER (Dr Hugo). Frederick Nietzsche. Randglossen zu Bizet \" Carmen \"\n(Regensburg, G. Bosse, in-120 de 68 pp., 1 Mk.).\nCeux qui ne connaissent Nietzsche que par le \" Zaratustra \", 1' \" Ecce homo \", ses\nrelations avec Wagner, ou même la brochure si intéressante de M. Lichtenberger, 11e seront\npas sans éprouver quelque étonnement à la lecture de ces notes marginales.\nElles furent tracées par Nietzsche sur une partition de \" Carmen \", qu'après avoir\nentendu à Genève en Novembre 1881, l'ex-ami de Wagner envoyait, dans un mouvement\nd'enthousiasme, à son fidèle Peter Gass. (L'envoi est du 5 Janvier 82.)\nUne soixantaine de passages sont annotés: parfois un seul mot (\" reizend \"...)\nparfois une phrase entière (Pénétrant et idéaliste, et point sentimental, p. 42, etc.) ; mais en\ngénéral avec précision et 011 le sent avec une passion qui était le fond même de\nNietzsche. Et rien de plus curieux, de plus saisissant même que devoir cet étrange philosophe,\nau moment où il vient de tourner le dos au dieu de Bayreuth parce qu'il ne produisait rien de"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.42", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3787, "texte": "\" positif\" (p. 66), s'éprendre de \" Carmen \" qu'il entend par hasard, et se faire un vrai chagrin\nde ce que Bizet soit mort (p. 13). \" C'est un vrai talent français de l'opéra-comique, non pas\ndésorienté par Wagner, mais bien un élève d'Hector Berlioz \" (p. 13).\nEt \" Carmen \" représente pour lui la réalisation de ce que devait être le drame musical, tel\nqu'il l'avait conçu dès le début de sa vie à travers les études philosophiques, tel qu'il avait\nespéré le voir surgir de la plume de Wagner. La joie d'avoir enfin trouvé 1' \" Opéra des\nOpéras \" (p. 14) ne s'éteint pas : en 1880, il entend \" pour la vingtième fois l'œuvre maîtresse\nde Bizet \" et disserte avec profondeur et enthousiasme sur cette musique \" bôse, raffinirt,\nfatalistisch \" (p. 15), et plus loin : \" Elle est riche, elle est précise Je ne dirai pas que cette\npetite brochure nous révélera la vraie direction de la pensée Nietzschéenne ; mais je crois\ncependant qu'elle nous y aidera, en nous découvrant avec netteté un côté assez peu connu de\nce génie fantasque, dont nous 11e saisissons pas toujours facilement et avec exactitude les\nhardiesses et les brusqueries.\nBUSCHKOTTER (Wilhelm). Jean François Le Sueur. Dissertation (Halle, 1912,\nin-8° de 62 pp.).\nNous n'avons guère ici que la moitié de cette intéressante étude. Elle fut publiée en entier\ndans l'un des Bulletins trimestriels de la Société Internationale de Musique (1912).\nComme toute bonne dissertation, celle-ci procède avec une bibliographie sinon très\nnombreuse, du moins judicieusement établie, et une quantité de références qui révèlent la\nminutie scrupuleuse du candidat.\nLe Sueur ! N'est-ce pas un nom déjà tombé dans l'oubli ? Et cependant c'est à travers\nl'époque mouvementée de la Révolution, la République, l'Empire etc. Qu'évolue ce maître de\nchapelle consciencieux et réformateur, réservé mais fier, qui n'hésite pas à suivre le mouvement\nRépublicain et à contribuer à la fondation du conservatoire, puis à devenir \" Kappelmeister \"\nde l'Empereur, et ensuite du roi, n'ayant d'ailleurs qu'un objectif : profiter de ses hautes\nfonctions pour donner libre cours à son activité et accomplir les réformes qu'il croyait de son\ndevoir de réaliser. En réalité, Le Sueur fut surtout un administrateur ; et c'est pour cela qu'on\nl'oublie ; comme musicien, il ne s'est guère élevé au-dessus de ce que furent à peu près tous les\nmusiciens exclusivement français de son époque : de très honnêtes gens, dont la musique terne\net compassée ne saurait survivre. Partout, en effet, Le Sueur laisse le souvenir d'un\nhomme irréprochable et d'un \" Grand talent \", et c'est ce qui lui valut probablement la faveur\nde tous les gouvernements ; nous devons, de notre côté, lui rendre cette justice : c'est qu'il sut\npréparer le romantisme et que Berlioz est sorti de ses mains, (p. 14) : l'élève éclipsa le maître\ncomme il arrive parfois, mais, somme toute, ne demeurèrent-ils pas chacun dans leur rôle,\ncelui-ci comme fonctionnaire, celui-là comme type de l'homme libre ? M. W. B. ne s'engage\npas d'ailleurs dans de telles considérations : il suit imperturbablement la voie qu'il s'est tracée,\net tantôt par les œuvres, tantôt par la correspondance nous entraîne avec lui de jalon en jalon,\navec un rythme et une précision qui nous attache singulièrement au vieux maître qu'il tente\nde mettre en relief.\nSERVIÈRES (J.). Freischutz.(Fischbacher, 1913, in-12° de 187 pp. Fr. 2.).\nNous ne savons pas exactement ce qui se passe de nos jours au cours des répétitions et\ndes avant-premières des partitions les plus modernes ; tout au plus quelques paroles de mauvaise\nhumeur de la part des auteurs, trahissent-elles qu'on n'a pas perdu l'habitude de tailler et de\nrogner la matière musicale afin de l'adapter aux exigences de ses tyranniques accessoires :"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.43", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3416, "texte": "décors, danses, etc. et du non moins tyrannique auditoire. Mais on peut espérer cependant qu'on\nne se livre plus au même vandalisme que vers 1830, et on ne lira pas sans intérêt l'invrai-\nsemblable fortune du Freischtitz, à Paris, telle que M. S. nous la retrace, c'est-à-dire avec\nbeaucoup de précision, malgré l'abondance des détails.\nJe m'empresse d'ajouter que grâce à cet auteur, le \" Robin des Bois \" de Castil-Blaze\net Cie est redevenu le \" Freyschùtz \" de Weber : sans doute nos grand'mères ne reconnaîtraient\nplus au théâtre des Champs-Elysées l'anodine piécette dont elles fredonnaient encore les\n\" airs \" les plus aimables ; mais notre répertoire y gagne de compter à son actif une œuvre\nauthentique, simplement transposée d'une langue dans l'autre, et dont, à tout prendre, la\nmusique vaut bien celle de tant de médiocrités qu'on jette en pâture à nos scènes\nsubventionnées.\nAUGUSTIN DE CROZE. La chanson populaire de File de Corse. (Champion, 1911,\nin-8° de 188 p.).\nPeut-être ce titre n'est-il qu'un prétexte : l'auteur après une sorte d'introduction examine\nles divers types de chanson populaire : politique, berceuse, nuptiale ; et, choisissant quelques\nexemples de chacun d'eux qu'il nous donne avec la traduction et la musique, en fait à chaque\nfois le sujet d'un petit chapitre descriptif qui situe parfaitement la question et la rend très\nintelligible.\nLes histoires de brigands tiennent une assez grande place, il fallait s'y attendre. Mais,\nbien que les transcriptions révèlent certaines maladresses, l'aspect général de la mélodie est\nassez archaïque et n'est pas sans présenter parfois, quand à la tonalité, des analogies assez\naccentuées avec la cantilène médiévale, dont elle diffère par ailleurs radicalement en ce qui\nconcerne la rythmique et la date de composition.\nROBERT (P. L.) Auguste Guéroult, 1836-1911. (Rouen, 1913, 22 p.).\nL'auteur, au début d'une séance musicale consacrée aux œuvres de \" A. Guéroult,\ncompositeur et organiste de S 1 Ouen \" en Juin 1912, retraça brièvement la vie de ce vénérable\net obscur musicien et rendit hommage à ses qualités d'homme et d'artiste.\nBORGEX (L.). Vincent d'indy.(Paris, Durand, 1913, 32 p., 2 112.).\nAutre hommage, cette fois-ci à un vivant : cela vaut peut-être mieux. Peut-être : car on joue\nbien difficilement le rôle d'historien, lorsqu'il s'agit de parler des contemporains ; et dans le cas\nprésent, M. Borgex est un admirateur et surtout cela. Ce n'est pas que nous veuillons contester à\nl'éminent Directeur de la Schola tous les éloges qu'en nous-mêmes nous lui décernons de bon\ncœur ; mais n'éprouve-t-on pas justement quelque malaise à rencontrer à chaque page les\népithètes \" admirable \" \" merveilleux \" etc., alors que précisément la personnalité de Vincent\nd'lndy est faite de puissante sobriété, et échappe à l'apologie.\nL'ANNEE MUSICALE. (2me année 1912), par MM. Michel Brenet, J. Chantavoine,\nL. Laloy, L. de la Laurencie. Paris, Alcan, 311 p.\nUne critique pour commencer : nous ne connaissons pas les intentions de cette publica-\ntion, ni les limites qu'elle s'est assignées, mais on pourrait croire qu'elle s'est fixé Comme but\nl'étude des I7œe et i8me siècles ;un seul article sur quatre sort de ce cadre et se rapporte au\n16me siècle —etil en était à peu près de même dans la brochure de 1911. Certes, ce fut une\npériode féconde pour la musique française ; elle offre l'avantage d'être représentée par des"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.44", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4175, "texte": "documents nombreux et sur l'authenticité desquels il est difficile de se tromper ; par suite les\ntravaux qui s'y rattachent sont d'une grande certitude et fertiles en renseignements ; mais ne\ndoit-on pas craindre qu'à force d'écrire sur les Bouffons, on accumule plus de papiers qu'eux-\nmêmes en ont accumulés, ou fait accumuler de leur temps ?...\nCette remarque formulée, il convient précisément de signaler la très grande valeur\nde chacun de ces travaux ; qu'il s'agisse du \" Blavet et Dauvergne \" de M. de la Laurencie,\nde l'étude sur les \" Revues du XFIIIe Siècle \" de M. G. Cucuel, ou de \" Jean de Cambejort \"\nde M. H. Prunières, c'est toujours, outre le style très clair que nous connaissons à ces auteurs,\nla même méthode rigoureuse, la même exactitude scrupuleuse, qui sont évidemment les\nconditions essentielles à toute œuvre historique digne de ce nom, mais auxquelles certains\nmusicologues d'une époque antérieure ne se croyaient pas astreints et ne nous avaient pas\naccoutumés.\nL'ouvrage se termine par une série de critiques bibliographiques, nombreuses et détaillées,\ntoutes signées de noms autorisés précédée elle-même de quelques pages de critique\nmusicale, relatives aux principales manifestations artistiques de l'année. MACHABEY.\nt\nRENE LENORMAND. Etude sur l'harmonie moderne. (Editions du Monde\nMusical, 1912, in-B°.)\nRecueillir en un choix judicieux diverses trouvailles harmoniques de nos contemporains,\nles analyser sans pédantisme, en déduire d'utiles et justes conclusions, quelle tâche difficile !\nM. Lenormand a fait preuve ici du tact le plus rare et de la meilleure logique. Son langage\nest attrayant et clair ; son parfait bon sens aiguisé de fine ironie pare à toutes les objections ;\nson esprit audacieux et sûr demeure solidement équilibré ; s'il constate la désuétude de tant de\nvieilles règles, il sait aussi nous mettre en garde contre l'attrait exclusif et l'orgueil dangereux\nde la révolte : l'exemple admirable de M. Fauré, réalisant la plus personnelle des musiques par\ndes moyens très simples, nous montre qu'il n'est pas toujours besoin d'accords révolutionnaires.\nMais soyons libres : tel est, en définitive, le dernier mot de cet excellent ouvrage. Bien\ncompris, son influence sera des plus heureuses. Il est salutaire, en effet, de se souvenir que\nl'harmonie de 1' \" Ecole \" n'est qu'une gymnastique préparatoire, et qu'on doit savoir oublier\nle métier : a ... d'abord, il faut désobéir. \" Désobéissance aujourd'hui, règle demain ; M. Le-\nnormand l'a justement noté. Ce n'est pas qu'il condamne le passé : à nous, sans en faire fi, de\nrajeunir les vieux procédés. Il étudie le présent de la façon la plus complète, montrant\nl'excellence de maint enchaînement autrefois défendu. Et quant au futur, témoignant d'une\nsuperbe largeur de vues, il n'assigne d'autres limites aux techniques nouvelles que les bornes\nmêmes de la musicalité, ces bornes que recule indéfiniment le génie, au grand scandale des\ncritiques et des pions. Toutes ses remarques sont étayées d'exemples fort intéressants1 : en\nplus d'un l'on croit voir les anneaux de la chaîne qui relie la tradition classique à cette\ntradition de l'avenir qu'annonce le Sacre du Printemps : tant il est vrai que tout se tient, et\nque toute hardiesse véritablement musicale devient quelque jour une forme usuelle. 2 Le\n\n1 Le contexte en est forcément un peu restreint, comme l'exigeaient les raisons matérielles de cette\npublication, qui ne pouvait prétendre à remplacer une bibliothèque musicale. Dans la plupart des cas\ncependant, il me semble suffire. On fera bien pourtant, pour la parfaite compréhension de quelques-uns\nd'entre eux, d'étudier ces exemples musicaux dans les oeuvres mêmes d'où ils sont extraits.\n* Une agrégation de sons, jugée d'abord impossible trop osée, trop dure, trop dissonante est\nacceptée par l'oreille, un beau jour, grâce à l'artifice d'un retard, d'une appogiature, d'une pédale. Elle devient\nainsi d'un usage courant. Et l'on s'avise alors de l'écrire d'emblée, sans préparation : elle est douce, exquise,\nravissante. Elle est correcte. Elle est consonnante. En musique, moins que partout ailleurs, il ne faut dire :\n\" Fontaine... \""}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.45", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 4206, "texte": "plus beau, c'est qu'il n'est point un jeune homme, ce compositeur aux idées neuves et\naudacieuses : l'on est touché d'une admiration émue et attendrie, à voir cet aîné accueillir\nd'une oreille bienveillante les recherches âpres ou subtiles de ses cadets. Aimer la musique,\nl'aimer pour elle-même, chose rare ! Combien d'entre nous permettent à leurs confrères de\nles dépasser, voire de marcher de front avec eux dans les nouveaux sentiers de la forêt\nmystérieuse ?\nL'opposition qu'a pu rencontrer ce livre n'est pas pour en diminuer la valeur. On\nnégligera certaines critiques. Mais d'autres, émanant de maîtres illustres, appellent quelques\ncommentaires. A M. Saint-Saëns, 1 cette étude apparaît comme celle des \" fautes d'Harmonie\nmoderne \" : .... \" l'oreille ne peut être tenue pour quantité négligeable. \" Savoureux grief fait\ncette école si avide de sonorités exquises, qu'elle en dédaigne injustement le contrepoint,\nd'où l'on tire, lorsqu'on sait, de si admirables effets musicaux. Les auteurs cités par M. Lenor-\nmand sont Fauré, Dukas, Debussy, Ravel, Florent Schmitt, etc.. Ces noms seuls me\ndispensent d'en dire plus long, mais ils ne désarment pas M. Saint-Saëns, qui nous adresse\n1 eteinel repioche . 1 abus des dissonances et des modulations. \"Ce sacrifice tardif aux\nmânes de Fetis et de Scudo 11e saurait nous effrayer. Les limites de l'accoutumance de\n1 oreille invoquées par le maître qui les connaît ?La bonne volonté de l'oreille, lorsqu'on\nentend de la vraie musique, mais elle est immense ! Elle est de tous les instants ! le son\nsimple est un mythe, une abstraction commode, et voilà tout ; le son réel est prodigieusement\ncomplexe. Notie organe ne se lasse point de tirer parti de vibrations extrêmement multiples,\net le rôle du cerveau est tout juste de simplifier, d'interpréter ces infinies combinaisons. C'est\nainsi qu il convertit en sensation de timbre la série d'harmoniques accompagnant chaque note.\nC est ainsi qu'il s'accommode des intervalles faux que nous ne cessons d'ouïr, car et pour\nmainte raison les rapports simples 112, 112, 112... n'existent que dans les traités élémentaires\nd acoustique (aucune gamme, notamment, ne peut offrir à la fois tous les intervalles justes\ntierces et quintes que suppose bénévolement le solfège. Il y a incompatibilité, par\ninsuffisance de paramétrés variables, comme on dit en analyse). Cette accoutumance est loin\nd avoir atteint sa limite. Au demeurant, cette limite, nous4 ne la connaissons pas. Je doute\nmeme qu elle existe. Le domaine de la musique est infini. JEt je ne pense pas non plus qu'il\nsoit une raison scientifique proscrivant à priori les quintes charmantes de nos musiciens\nmodernes. Ou bien alors, tenez pour certain que cette raison se trompe, et que la science\ndont elle se targue n'est pas rigoureuse. En résumé, je ne vois contre 1' \" harmonie moderne \"\naucun motif théorique ou général, mais le goût seul de M. Saint-Saëns...\nD après M. d Indy, enfin, dont on connaît déjà les idées en ces matières, le langage\nharmonique est tiop sujet a passer de mode pour qu il nous offre une beauté réelle et durable.\nQui sait, poui tant ? S il faut se garder a cet égard dun fétichisme stérile, si l'accord isolé\nest peu de chose pai lui-meme, sil ne prend toute sa valeur expressive que par ses relations\navec les autres accords, avec la mélodie, le rythme et le sentiment général, cette sorte\nd'expression n'en existe pas moins ; elle est si fréquente, elle a acquis une telle importance\ndans la musique moderne qu il me parait difficile de la dédaigner, de l'ignorer, ou de l'esca-\nmoter. Je sais de beaux passages de Pervaal, où le rôle de l'harmonie me semble très réel.\nD ailleurs, ne soyons pas en peine : les belles harmonies, bien à leur place, ne risquent point\nde passer si vite (cf. Orfeo, de Monteverde, \" ton épouse chérie... est morte \"). Non pas\n\n/ JL\n1 Les lettres à M. Lenormand, de MM. Saint-Saëns, d'lndy, etc... ont paru, après l'ouvrage même de\nTvl. Lenormand, dans le Monde Musical (numéros de novembre 1912 à janvier 191 3).\nJe reconnais volontiers, d ailleurs, qu'on aurait grand tort de délaisser l'élément mélodique et l'élément\nrythmique, absolument nécessaires l'un et l'autre."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.46", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1454, "texte": "seulement l'accord parfait (cf., passim, Pellèas mais de bons vieux accords\ninjustement dédaignés (\" relégués dans le coin des vieilles lunes \", écrit ironiquement et triom-\nphalement M. d'Indy, car : \" pas un compositeur n'oserait aujourd'hui les employer \"), de\nchers bons vieux accords ne laissent pas, à l'occasion, d'être fort beaux : telle appogiature\ngounodienne, dans le chœur final de Pénélope, 1 et des lambeaux de terrifiantes septièmes\ndiminuées, par ma foi, dans le Sacre du Printemps. D'autre part, si dans l'écriture \" verticale \"\nle modernisme hors de propos devient vite usé et désuet, les poncifs mélodiques ou rythmiques\nne sont pas rares ; il existe des fugues et des développements qui ont terriblement vieilli. Des\nsonates cycliques ont pu subir du temps l'irréparable outrage, tout aussi bien que des lieder\ntrop ornés de \" chichis \" harmoniques. D'excellents esprits vont jusqu'à penser que les chefs-\nd'œuvre même vieillissent ; je ne le crois pas. Mais accords ou rythmes, mélodies ou effets\nd'orchestre, tout ce qui n'est que formule est sujet aux rides. La seule eau de Jouvence, c'est\nla source qui vient d'une vraie personnalité. Ne nous frappons pas... De toutes les conquêtes\nde la musique contemporaine, l'harmonie \" moderne \" n'est pas la moins belle, ni la moins\nféconde : félicitons et remercions encore M. Lenormand d'avoir écrit, sur ce très intéressant\nsujet, sa très captivante étude.\nCHARLES KŒCHLIN."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.46", "debut_caractere": 2338, "fin_caractere_exclue": 2628, "texte": "1 Cet accord se trouve également à la fin d'une des plus raffinées parmi les mélodies de M. Fauré :\n\" C'est l'extase... \" (poésie de Paul Verlaine).\n2 Quant à ce dernier exemple, je confesse humblement que ces septièmes diminuées sont accompagnées et\nrehaussées d'un contrepoint fort libre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-07-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-07_01#c021", "volume": "bmtnabh_1913-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 46, "image_fin": 46, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.2.8.3", "titre_corps": "LIVRES REÇUS", "titre_sommaire": "LIVRES REÇUS", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.46", "debut_caractere": 1456, "fin_caractere_exclue": 2336, "texte": "LIVRES REÇUS\nWAGNER (Richard).— Œuvres en prose. Traduction française, par J.-G. Prod'homme\net L. van Vassenhove. Tome VIII. (Delagrave, 1913, in-120 de 256 pp., fr. 3,50.)\nWOLF (Prof. Johannes). Handbuch Teil I. (Leipz., Breitkopf,\n1913, in-8° de 488 pp. Mk. 10.)\nJOACHIM (Joseph). Brie fe von J. Herausgegeben von\nJ. Joachim und Andréas Moser. Bd. II et 111. (Berlin, J. Bard, 2 vol. in-8° de 478 et\n546 pp. Mk. 8,50 et 10.)\nROUCHES (Gabriel). Inventaires des papiers lettres de G., C. et L. Vigarani,\nconservés aux Archives d'Etat de Modène. (Paris, Champion, 1913, in-8° de 240 pp.)\nHENRI-MARTIN (Barzun). La révolution de Berlioz,. (S. 1. n. d. in-8° de 15 pp.)\nMOISSENET (Chanoine). U Enseigne\n(Lyon, Janin frères, 1913, in-120 de 97 pp. Fr. 1.50*)\nTERRY (Ellen). The Russian Ballet,with drawings by PAMELA COLMAN\nSMITH (London Sidgwick and Jackson, 1913, in-fol. de 54 pp.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-07-01-c022", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-07_01#c022", "volume": "bmtnabh_1913-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 47, "image_fin": 52, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.2.9", "titre_corps": "Les Concours du Conservatoire", "titre_sommaire": "Les Concours du Conservatoire", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.47", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 870, "texte": "Les Concours du Conservatoire\nEn matière d'art, les concours rentrent dans la catégorie des événements dont il faut se\nhâter de rire, de peur d'être forcé de s'en indigner. Lorsqu'on a observé attentivement, à la\nfin d'une année scolaire, les opérations d'un jury effectuant sur une génération d'artistes ce\nque les agents des postes appellent le tri, on demeure stupéfait de la fantaisie qui préside à la\nrépartition, dans les casiers de la gloire, des milliers d'envois que la province et l'étranger\nexpédient annuellement à notre vieux Conservatoire. Que d'oublis, que d'erreurs, que de\nfausses destinations, que d'adresses mal lues, que de recommandations arbitraires, que d'insuf-\nfisances d'affranchissement, que d'injustes retours à l'envoyeur, de détériorations et de mises\nau rebut-! Hélas, nous savons bien que les postiers de la rue de Madrid ont, comme leurs"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.48", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3565, "texte": "collègues de la rue du Louvre, d'excellentes excuses : leur travail s'opère dans des conditions\nde hâte et de surmenage qui le rendent singulièrement fiévreux et incertain. Ils n'ont que\nquelques minutes pour effectuer cet énorme classement et n'ont pas le loisir de se livrer à de\nbien longues réflexions sur les noms qui leur passent sous les yeux ; les sacs s'accumulent,\nl'heure presse, il faut distribuer rapidement le courrier du jour pour faire place à celui du\nlendemain ; il est impossible à des hommes chargés d'un service aussi fatigant et aussi énervant\nde ne pas commettre d'erreurs et de n'être jamais victimes de distractions ou de faiblesses. De\nlà ces surprises, tragiques pour les uns, comiques pour les autres, qui, chaque année, affirment\nvictorieusement l'existence d'une injustice immanente.\nLes statistiques sont terrifiantes : 25 concurrents d'opéra, 31 femmes pianistes, 37 chan-\nteuses, 38 violonistes, 45 concurrents d'opéra-comique... c'est à vous décourager immédiate-\nment de faire du travail soigné ; alors, on retrousse ses manches, on crache dans ses mains et\nen avant le grand coup de balai.\nNous n'entreprendrons pas la tâche décevante de relever, une à une, les \" malfaçons \"\ndu jury. Il faudrait imprimer ici, tous les ans, le même article et posséder, pour le signer,\nl'heroïque ingénuité, l'inguérissable ferveur dans l'illusion, et l'inlassable persévérance dans\nl'effort inutile qui ont établi si solidement la réputation de Don Quichotte. Nous retrouve-\nrons l'an prochain les anomalies qui nous ont scandalisés l'an dernier ; nous verrons, de\nnouveau, le choix absurde des morceaux fausser les épreuves, l'agencement puérilement\nvaniteux d'une page de lecture à vue désorganiser un classement artistique et nous pourrons\nencore discuter à perte de vue sur le cas surprenant de ces élèves qu'un premier prix d'opéra\nou d'opéra-comique signale à l'attention de nos grands directeurs comme des artistes n'ayant\nplus rien à apprendre alors que l'avant-veille, l'insuffisance de leur technique vocale a été\nofficiellement constatée par un concours de chant où ils ont péniblement cueilli un maigre\naccessit. Le Conservatoire est, en effet, une Faculté où l'on décroche facilement son doctorat\nou sa licence le jour même où l'on vient d'échouer à son baccalauréat.\nN'insistons donc pas sur ces étrangetés qui sont de tradition dans la maison et contentons\nnous de saluer l'avènement d'un règlement nouveau appelé à donner les plus déplorables\nrésultats et à ébranler sérieusement le crédit artistique de notre enseignement national.\nObéissant à cette idée bien administrative qu'une réforme utile aux classes de déclamation\nne doit pas l'être moins aux classes de musique, un ministre, ami de la symétrie, proscrirait des\nétudes de chant la musique moderne pour compléter équitablement le décret qui écarte du\nconcours de tragédie la littérature boulevardière contemporaine. Vous devinez l'antienne sur\nles exigences de la scolarité, vous connaissez les arguments en faveur du chant classique. Ils\nsont de pure forme. En réalité il n'est pas exact qu'un gosier rompu aux pratiques gluckistes\nsoit armé convenablement pour affronter toutes les difficultés d'une carrière lyrique. Si la clef\ndu père Haendel était un passe-partout ouvrant toutes les serrures musicales de l'histoire, on\npourrait admettre ce surprenant ukase. Mais nous sommes loin de compte, surtout si l'on veut\nbien remarquer la candeur du réformateur pour qui le classicisme d'un compositeur s'affirme\npar la seule production de son acte de décès."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.49", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3492, "texte": "Au fond, cette mesure dénonce le secret mépris dans lequel est tenue la musique con-\ntemporaine dans les sphères officielles. On laisse trop deviner qu'une différence essentielle de\n\" qualité \" sépare, dans l'esprit des législateurs, un air classique d'une mélodie moderne et que\nl'on a cru pouvoir sacrifier la seconde en vertu de cet axiome singulièrement insolent en\nl'espèce : \" qui peut le plus, peut le moins ! \" L'art du chant est mort, les modernes\nméprisent la voix et n'y entendent rien, il n'y a pas besoin de voix pour les interpréter, donc\npour un artiste capable de dérouler les vocalises de Judas Macchabée, tout le répertoire\ncontemporain ne sera plus qu'un jeu d'enfant !\nVoilà le sophisme avec lequel on tuera notre grande Ecole. L'enseignement du chant\nn'y brille pas, déjà, d'un aveuglant éclat, mais le jour où l'on s'apercevra, en outre, que cet\nenseignement ne répond à aucun des besoins d'un artiste contemporain et qu'il laisse ses\nlauréats dans un état dangereux d'infériorité pour aborder le combat de l'existence, on\ndésertera, en masse, ce stérile noviciat.\nJe ne veux même pas discuter l'absurdité du point de vue esthétique d'où est sortie cette\ndécision; inutile de défendre notre admirable renaissance musicale moderne contre l'incom-\npréhension des fonctionnaires et de démontrer l'intérêt supérieur, à la fois vocal et musical,\nque présentent certaines œuvres de compositeurs vivants ; inutile de faire un cours d'histoire\net de prouver que cet ostracisme officiel éclate à une heure où il revêt le caractère d'une\nrévoltante injustice. Il suffit de maintenir la question au niveau des réalités les plus banales.\nBonne ou mauvaise, vocale ou anti-vocale, la musique moderne existe. Elle commence même\nà tenir assez bien son rang dans le monde. Elle envahit les concerts et les théâtres officiels\navec une rapidité incroyable. Les directeurs sont bien forcés de trouver à cette fonction\nnouvelle des organes appropriés. Or, on peut invectiver très correctement les Divinités du\nStyx et même savoir pousser sa pointe auprès d'Adélaïde sans offrir à un compositeur contem-\nporain la moindre garantie. Chaque année, le Conservatoire met en circulation un nombre\nconsidérable de jeunes gens munis de leur permis de chanter et de leur certificat de culture\nclassique et, pourtant, la difficulté de trouver des artistes capables d'interpréter les partitions\nnouvelles n'a pas diminué. Il y a là un problème d'ordre économique qui se pose avec une\nredoutable énergie et qui s'aggravera d'année en année : on voit quelle ingénieuse solution\nviennent de lui trouver les pouvoirs publics !\nJeunes gens, on vous trompe ! La musique moderne n'est plus cette parente pauvre qu'on\npouvait impunément négliger de saluer lorsqu'on avait l'honneur d'être ténor ou d'être\nsimplement toulousain. La parente pauvre a fait son chemin ; vous la rencontrerez partout.\nElle est puissante : elle impose ses protégés et balaie d'un geste ceux qui n'exécutent pas\ndocilement ses ordres. Vos diplômes et vos médailles ne vous donneront aucune autorité auprès\nd'elle ; tout votre prestige scolaire s'évanouira en présence des qualités artistiques découvertes\nchez un chanteur inconnu plus intelligemment préparé que vous, par un obscur répétiteur,\nà la lutte pour la vie. Et vous serez contraints de lui céder honteusement la place, même si\nvous avez un contre-ut breveté dans le larynx.\nEt qu'un professeur avisé fonde une Ecole moderne de chant pour préparer une génération"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.52", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1869, "texte": "d'interprètes adaptés aux nécessités contemporaines : vous verrez aussitôt les compositeurs, les\ndirecteurs et les impresarii s'empresser d'y recruter les collaborateurs indispensables que le\nConservatoire refuse aujourd'hui de leur assurer. Et ce sera la faillite de l'enseignement officiel\net une nouvelle victoire de l'industrie privée sur l'Etat, ce pauvre Etat, si maladroit de ses\nmains, qui ne sait pas plus faire marcher un train que fabriquer des allumettes et qui s était\ncru capable de donner des leçons de chant !\nEmile Vuillermoz.\nDepuis quelques années — et plus particulièrement depuis qu un Ravel fut volontaire-\nment oublié dans la salle d'attente — le train de plaisir qui transporte a Rome les jeunes\ncompositeurs distingués par l'Institut, s'ébranle au milieu de l'indifférence générale. (Bien peu\nde musiciens seraient capables d'énumérer sans hésitation les prix de Rome de ces dix dernieres\nannées !) Ce concours a cessé depuis longtemps de jouer un rôle actif dans notre mouvement\nmusical. Cette année, pourtant, il a retenu un instant l'attention a cause du triomphe de\nMlle Lili Boulanger. Il faut noter avec sympathie cette entrée d'une jeune fille a la Villa\nMédicis, non seulement parceque sa supériorité sur ses camarades masculins fut écrasante\nMr Delvincourt ne put l'accompagner, proximo sed longo intervallo, que par l'effet d'une grande\nindulgence des contrôleurs! — mais encore parceque la vraie sensibilité féminine ne s'est\njamais réalisée musicalement et que la musique a le droit de reclamer au destin sa Colette\nWilly. Il est impossible de deviner ce que nous révélera la nouvelle lauréate lorsqu elle aura\npris contact avec la vie, mais la première victoire sérieuse du féminisme sera saluee comme un\nheureux présage par tous ceux qui en attendant le bienfait d une nouvelle façon de penser, de\nsentir et d'écrire."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-07-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-07_01#c025", "volume": "bmtnabh_1913-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 51, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.2.10", "titre_corps": "CONCOURS DU CONSERVATOIR", "titre_sommaire": "CONCOURS DU CONSERVATOIR", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.50", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2141, "texte": "CONCOURS DU CONSERVATOIR\n\nCONCOURS PUBLICS CONCOURS A HUIS-CLOS\nLES INSTRUMENTS LES VOlx\"^\nt * ! > , A X\nA VENT A CORDES\nf A f K\nORGUE\nFUGUE\nCONTREPOINT\nACCOM PAGNEMENT\nHARMONIE (HOMMES)\nHARMONIE (FEMMES)\nCHANT (HOMMES)\nCHANT (FEMMES)\nOPÉRA-COMIQUE\nOPÉRA\nPIANO (HOMMES)\nPIANO (FEMMES)\nHARPE\nHARPE CHROMATIQUE\nVIOLON\nALTO\nVIOLONCELLE\nCONTREBASSE\nFLÛTE\nHAUTBOIS\nCLARINETTE\nBASSON\nCOR\nCORNET A PISTONS\nTROMPETTE\nTROMBONE\nMORCEAUX DE CONCOURS\nSujet de fugue (Ch. Tournemire)\nThème d} improvisation (Césare Galéotti)\nThème (Gabriel Fauré)\nThème et Choral (Gabriel Fauré)\nBasse chiffrée et chant donne (H. Biisser)\nBasse et chant (H. Dallier)\nBasse et Chant (P. Vidal)\nDivers\ni\nI\n■ i\nDivers\nDivers\n4\n' — — .\nDivers\nThème et Variations (Gabriel Fauré)\n\"■ \" ■ - u ■ — \"\n3rac Concerto (Saint-Saëns)\n! —_— *\nImpromptu (Gabriel Fauré)\nIntermezzo (Henry Février)\nSonate sol mineur (Tartini)\nConcerto Russe (Intermezzo) (Ed. Lalo)\nConcertstùck (Georges Enesco)\n2me suite en ré mineur (Bach)\nPapillons (Gabriel Fauré)\n—a\nPièce de Concours (André Gailhard)\nFantaisie (Georges Hue)\nPrélude et Danse (Eug. Cools)\nFantaisie Orientale (M. d'Ollone)\n. v\nFantaisie en si bémol (Dallier)\nVillanelle (Paul Dukas)\nPièce de concours (G. Balay)\n4me Solo de Concert (Paul Rougnon)\nCantabile et Scherzando (Biisser)\nler1er PRIX\nMaréchal, Nibelle, Panel\nPas de lERIER prix\nVoilquin, Tesson, Mlle Nagel\nFlorian, Mlle' Gilles, Dreyfus, Soulage\nFiévet, Friscourt, Serre, Edinger\nDedieu-Peters, Hédoux, Tailleferre\nRambaud, Palier, Triandafyllo\nM 1 Brunlet, Vaultier, Brothier\nMlles Vaultier, Laughlin, Mathieu, Brothier,\nMM. Palier, Noël, Feiner, Lerotix\nM 11\" Brunlet, Bugg\nMM. Palier, Noël\nIturbi, Toporowski, Fournier,\nCasadesus\nM 11\" Dufour, Follet, Marcelle Meyer,\nLeleu, Rainoird, Gadot, Steff, Baillot\nM»I**1** Raymond, Jacques, Hermann\nMUe Couée\nMM. Choubry, Bellanger, Charon, Emânuëïê,\nGentil, Debonnet, Mlles Giraud, Lavergne,\nM. Mogey\nFourel, M 11\" Masson et LE Guyadier\nAudisio\nChauvet, Dupont\nEhrmann, Blanc\nDufour, Saint-Quentin\nBailleux, Bonade, Bégoulle\nCortot\nLemaire, Fontaine\nPas de lERIER prix\nMarcerou, Bellon, Rozaire\nDesplanques, Sinock, Puig, Dubou"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.51", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2274, "texte": "(1912-1913) - LES LAURÉATS\n\n2me PRIX\nPas de 2d prix\nPas de 2d prix\nMllé, Guyot, Soulage\nMlle Cammas\nT\nVoilquin, Escoffier, Reinach\nGérard\nTaillardat, Noël, Verneris\nMarilliet, Reutermann\nMlles Laffont, Saïman, Allicita\nM. Triandafyllo, Pastouret, Rambaud,\nParmentier\nMlle Saïman\nIM. Leroux, Taillardat, Niréga\nJacquinot, Figon, Jacques\nes Plé, Perriond, Decour, de Valmalète,\n:rrenschmitt, Illingworth, Perez-Garcia,\nLiénard, Grillet, Radisse\nMUe David\nMu* Potel\nMlle Gautier, MM. Reynal, Meunier,\nSoetens, Thillois, Casadesus\nGay\nLaffitte, Mr Stien, Mlle Bluhm,\n_ Mr Miquelle\nHornin, Grand, Fortier\n3alay, Mlle René\nVasseur\nPonnet, Rambaldi\nJacot, Grandmaison\nAlbert, Thys\nBécar, Lafosse\nJalabert, Cousin\nD'Hondt, Hansotte\nler1er ACCESSIT\nLaporte\nPas de i\" Accessit\nJanin\nBournonville, Mlle Philippon\nde Maigret, de Pachmann, Naudier,\nBernard\nWellenreuther\nMorturier, Pastouret, Leroux\nFamin, Allix, Vétheuil, Mathieu,\nValette, Saïman\nMlles Famin, Boutté Romagnesi, Delécluse\nMM. Taillardat, Laplace. Friant, Stevens,\nMorturier, Fabre\nMUei Mathieu, Roize\nMM. Mazens, Kossowski\nLiégeois\nMlle,Laeuffer,Weil,Weiller,Jankelewitch\nCoffer, Durouy, Giraud, Creyx\nMUel Godeau, Fontaine\ni '\nMUe Courras\nMlle Leclère, M. Charvet, Ferret, Mlles Longuet,\nde Sampigny, Tempier\nM 1 Schonenberg, MM. Groint\nScohan, Canourt\nGerling, Crinière, Patte\nPennequin\nKrettly, Vallin, Louis\nRambaldi\nGraff, Lambert\nMessmer, Simon-Solère\nBouillet, Gaujac\nPorret, Belloy\nCaron, Chambe\nChandelon, Jacquemin\n2™ ACCESSIT\nBéreau, M 1 Joseph\nMlle Ravizé\nGoguillot, Bertin, Ibert, Mlle Cammas\nMr Rose\nPas de 2d Accessit\nSaunier, Narbonne\nMeuret, Lafosse\nFillon, Fabre, Kossowski, Millot,\nLaplace, Mazens, Stevens\nCabel, Berthon, Roize, Tatianoff,\nMona-Givry, Teissier\nMlles Mona-Givry, Berthon, Cabel, Roize,\nSwoboda, Spitz, Pruvost\nMM. Kossowski, Cozette, Millot, Mazens\nM 1 Nieras, Debacq\nMM. Pastouret, Taillardat, Fabre\nDennery, Bédouin\nM,le Gard, Chaudouin\nMIU Veyron-Lacroix, Amalou\nPas de 2d Accessit\nMr. Bouillon, Mlle Deck, Mr. Volant, Mlle Isnard\nMr. Bas, Brunschwig, Mlle Psichari\nBrisville, M 1 Mailbaum\nCaveye, Delobelle, Lieutet, Dorfman\nMarho, Reynaud, Thévenin\nDelaître, Cizeron\nGauthier\nJaspart, Dubois\nPas de 2a Accessit\nRoland, Lambert\nPamar, Voisin\nPas de 2d Accessit\nPas de 2d Accessit"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-07-01-c026", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-07_01#c026", "volume": "bmtnabh_1913-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 53, "image_fin": 55, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.2.11", "titre_corps": "Cabarets et Music=Halls", "titre_sommaire": "Cabarets et Music=Halls", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.53", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3213, "texte": "Cabarets et Music=Halls\n\nDe même que l'incertitude devenue proverbiale de notre ciel nous prive de saisons\nrégulières, de même n'y a-t-il guère de motif, semble-t-il, pour que nos salles de spectacle\nferment leurs portes par les soirées pluvieuses et glaciales de juillet plutôt qu'en la tiédeur de\njanvier ou la sérénité de mars. La tradition le veut pourtant ; elle est toute puissante au\nthéâtre ; le music-hall, plus jeune, lui échappe ; il reste ouvert, et la foule se presse aux\nfauteuils non moins qu'aux promenoirs, heureuse de trouver, à l'abri des frimas, un divertisse-\nment sans effort.\nIl arrive cependant que si l'exploitation continue, la raison sociale est différente : la\ndirection normale de l'établissement cède ses droits, pour les trois mois de l'été astronomique,\nà une entreprise temporaire. Cette substitution a pour cause tantôt une tournée de la troupe,\ntantôt, comme il arrive cette année à l'Olympia, d'importants travaux d'aménagement, tantôt\nle simple et naturel appétit d'un repos bien gagné. C'est ainsi qu'en ce moment la Scala donne\nl'hospitalité à une revue belge, pendant que l'Olympia appartient au cinématographe ; et\nM. Paul Franck, mime et auteur de mimodrames, préside aux destins vacants des\nFolies-Bergère.\nSoucieux de contrarier le moins possible nos coutumes, c'est une revue qu'il a commandée\nà l'association éprouvée de MM. Louis Lemarchand, Lucien Boyer et Battaille-Henri. Elle se\nqualifie Revue en chemise,et vaut mieux que son titre ; non que les grâces féminines en soient\nabsentes, mais les costumes n'ont jamais l'exhibition pour seul objet, la brièveté pour tout\nmérite ; ils sont de circonstance, et s'ordonnent en tableaux dont quelques-uns, l'assemblée\ndes uniformes ou le bain de la courtisane, ont d'agréables accords de couleurs. Parmi les scènes,\nil en est qui n'ont pas coûté grand effort d'invention à leurs auteurs ; ainsi celle du sourcier,\ncelle aussi de 1 heroïne de Bernstein, ou pourtant IVI\"C Bréville affirme une rosserie piquante.\nMais d'autres, en plus grand nombre, mettent en valeur de véritables idées de comédie ou de\nfarce. L'agent bien informé, s'il est témoin d'un crime, ou requis pour un accident, hausse les\népaules : \" Vous ne voyez donc pas que c'est du cinéma ! \" Deux malandrins surviennent, le\ndévalisent, l'assomment ; il se laisse faire en souriant, et sous le nerf de bœuf qui lui martèle\nle crâne murmure encore : \" C'est du cinéma ! \" Le général Cambronne a promis de recon-\nstituer, devant le public, la scène qui l'immortalise. Il s'avance, lève le bras, et, pris d'une\ntimidité soudaine, fait de vains efforts pour articuler la syllabe héroïque. \"Allons, recommencez !\nVous y êtes? Vous savez ce que vous avez à dire ?\" Le mot lui reste dans la gorge. Un\npassant le bouscule, et d'instinct, par réflexe, le mot part : il est délivré. M. Silvestre, admi ~\nrablement grimé en vieux grognard, a su jouer au naturel cette scène de fantaisie observée.\nL'épisode muet où les alliés des Balkans s'attablent devant un menu succulent dont les\nservices leur sont dérobés tour à tour par les maîtres d'hôtel de nationalité autrichienne,\nitalienne et russe, est peut-être plus intéressant encore, parce qu'il appartient au genre"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.54", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3576, "texte": "déconsidéré de la pantomime, dont aujourd'hui, grâce au cinématographe, nous apprenons\nà reconnaître la puissance.\nEnfin, cette revue comprend des \" attractions c'est-à-dire des intermèdes exécutés par\ndes virtuoses spéciaux, qui viennent s'y intercaler grâce à l'inépuisable complaisance d'un\ndialogue qui ne cherche qu'à rendre service : \"Et maintenant, ma commère, allons à la\nFeria. Et qu'est-ce donc que ce fameux chanteur dont on parle tant ? Vous allez voir\nles équilibristes les plus fortes du monde.\" Ce qu'on recueille à l'aide de ces ingénus stratagèmes,\nce sont les restes de l'ancien music-hall, celui qui présentait des numéros successifs et n'ambi-\ntionnait pas l'illusoire unité d'une revue. Ce sont des exercices parfois dangereux, souvent\nremarquables, et dont le moindre a coûté autant d'étude qu'il en faut pour décrocher un\npremier prix de violon au Conservatoire. Il importe que ceux qui les exécutent trouvent un\nmoyen, bon ou mauvais, de paraître encore sur les scènes des grandes villes ; et d'ailleurs le\nballet traditionnel de nos opéras est bien souvent rattaché à l'action par une soudure à peine\nmoins grossière.\nLes Indes ont offert Mme Mata-Hari, voilà quelques années, à Paris fasciné par sa grâce\nfarouche. Aux Folies Bergères, la raideur d'un corsage et l'ampleur d'une jupe espagnole\ndérobent cette délicatesse intrépide, mais les bras souples comme des lianes nous sont laissés,\nainsi que le visage aux longs yeux, aux lèvres félines. Elle danse, selon l'annonce du programme,\nune habanera ancienne en un décor de Goya ; mais les tournoiements prescrits s'élargissent\nd'une langueur tropicale, les ondulations au lieu d'inviter au rapide plaisir imitent la torpeur\nserpentine. La cadence rebondissante de l'orchestre s'efface ; on croit entendre la flûte du\ncharmeur, la vibration prolongée du violoncelle hindou, le rayonnement sonore des cloches\njavanaises. Le spectacle est vainqueur, et par l'idée qu'il évoque d'une beauté contrainte aux\nplus extravagants caprices flatte notre curiosité dépravée.\nLes huits \" athlètes complètes \" sont huit jeunes filles qui par ordre de taille, et d'abord\nau nombre de deux, puis de trois, enfin de quatre, se superposent en vertigineuses colonnades.\nToujours souriantes, elles se déplacent ainsi, montent et descendent des escaliers, pour finir\npar échanger leurs postes instables en d'aériens chassés-croisés. Parfois un des chaussons menus\nglisse sur l'épaule de la camarade, un souffle d'angoisse passe dans la salle, mais déjà celle qui,\nd'en bas, les jambes rivées au sol et le regard fixé au-dessus d'elle, assure l'équilibre total, a\nd'un écart imperceptible prévenu l'effondrement. L'exercice ferait honneur à des équilibristes\nde l'autre sexe ; la douceur féminine en redouble l'attrait poignant. Loin d'altérer l'harmonie\ndes lignes, la vigueur musculaire les soutient et les épure ; sur les visages frais resplendit la\njeunesse. On croirait à des jeux sans cet homme d'âge mûr, debout au milieu d'elles, en son\nhabit correct, comme un maître des cérémonies. C'est lui en effet qui donne les signaux de\ndépart ; un mouchoir à la main, en prévision des chocs, il suit les mouvements d'un œil\nattentif et sévère, tout prêt à amortir les chutes, mais aussi à réprimander pour les fautes\ncommises. Quel est cet esclavage ? Quel contrat lie les petites travailleuses à celui qui sans\ndoute les a instruites avant de les présenter aux foules européennes ? Sont-elles sœurs, parentes,\namies, recrutées au hasard des vocations ou des nécessités ! Elles sont émouvantes ; toutefois on"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.55", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1927, "texte": "aurait tort de les plaindre. Il faut avoir été, dans les coulisses, jusqu'à la loge bruyante qu'elles\noccupent pour savoir de quelle gaîté et de quelle camaraderie elles ornent la rudesse de\nleur sort.\nLe \" pioupiou \" Dufleuve retrouve aux Folies Bergère le triomphe de rire dont il est\ncontumier. Ce n'est pas sans appréhension qu'on avait vu ce jeune chanteur abdiquer toute\nélégance pour endosser l'uniforme où Polin et Vilbert s'illustrèrent. Mais il a renouvelé par\nsa fantaisie un genre qui semblait périmé. Déjà son apparence transporte aux limites de la\nfiction, avec ces épaulettes redressées et ce visage de pantin. Les chansons atteignent au\nsublime par cette sottise savante et profonde dont le pouvoir sur les esprits est égal, quoique\nde signe contraire, à celui des plus fières conceptions des philosophes ou des poètes. C'est la\nvillanelle qui ne rime qu'en elle, quoi qu'il en doive coûter au bon sens :\nlui fais voir mes.\nEU' rn fait voir son... ombrelle, etc.\nCes insanités débitées d'un ton niais sur un air de mirliton font de l'auditeur le plus\nignorant un critique littéraire qui sévèrement note au passage, pour s'en égayer, les faiblesses\nd'un plat poème ; et plus d'un de nos modernes égreneurs de litanies peut en effet se reconnaître\nen cette charge outrancière. La chanson de la cantinière est au contraire sans malice : c'est\nune chanson de série, qui s'accroît à chaque couplet d'un autre cri d'animal, d'ailleurs conven-\ntionnel :\nLe chat qui fait : miaou,\nLe chien qui fait : hou ! hou ! hou !\nLe coq qui fait : korokoko\nLa poule qui fait : kiriki\nEt des kirikiki, et des korokoko, et des hou\nCela se dévide ainsi, sur une cadence parfaite dont le continuel roulis a bientôt engourdi\nla pensée, et on se laisse porter par ces flots où nul signe intelligible ne surnage, dans la\ncontemplation béate de l'absurde. N'est-ce pas aussi une manière de rendre gloire à Dieu ?\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-07-01-c027", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-07_01#c027", "volume": "bmtnabh_1913-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 55, "image_fin": 58, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.2.12", "titre_corps": "Belgique", "titre_sommaire": "Belgique", "signature_source": "R. L", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.55", "debut_caractere": 1929, "fin_caractere_exclue": 2723, "texte": "Belgique\n\nEn commençant cette chronique, je veux me souvenir du soir de juin où, dans la quié-\ntude de la sylve rumorante, tandis que j'écoutais, de mon seuil guirlandé de roses, monter les\nvagues du silence, quelqu'un vint m'annoncer la mort de Camille Lemonnier. Alors, il me\nsembla que la forêt, immensément, s'était tue. Des fanfares de cor, au lointain, sanglotèrent.\nLa nature parut, soudain, comme accablée d'une douleur. Le mâle et frémissant génie qui,\ndans ses bras, tels les rameaux noueux d'un chêne, longtemps l'avait tenue, en sa splendeur,\nn'était plus. La sève avait fini de couler en ses veines. Son cœur ne battait plus du rythme de\nson cœur. Pan lui-même était mort. Et la terre pleurait...\nDes jours ont passé, depuis. Nous avons conduit le maître dormir sous les cyprès. Et"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.56", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 4122, "texte": "d.éjà s'inquiète de perpétuer sa mémoire. Un prix littéraire, bientôt, glorifiera son nom.\nAinsi, bien que disparu, il continuera d'encourager les jeunes, le grand initiateur de k\nBelgique littéraire. Mais à vrai dire, Camille Lemonnier n'aurait « b«oin de cThommaL :\nU vit dans son œuvre. Combien touffue, combien belle, sa production, digne, on l'a\nBalzac, des Flaubert : soixante volumes, parmi lesquels de purs chefs-d'œuvre : Un Mâle\nle Vent dans les Moulins, le Petit Homme de Dieu, Vile Vierge, Y Hallali, Le Mort. La respira-\ntion des choses et des êtres, la ruée de l'amour et de la vie, et la beauté, sous le soleil\naniment ces pages d'un souffle immortel.\nNous ne pouvons, certes, traduire ici l'admiration qu'écrivain, nous avons vouée\na ces livres. La musique nous requiert seule dans cette revue. Il fut écrit, à plusieurs\noccasions, que Lemonnier se sentait vivement attiré par cet art. M. Kufferath, directeur\ndu Guide Musical, le constatait encore dans l'articulet nécrologique qu'il réserva au çrand\ne unt, et jai retrouvé, dans un numéro de VArt Moderne vieux de dix années l'opinion\nde 1 un de nos plus originaux musiciens belges : M. Eugène Samuel-Holemann. Le subtil\ncompositeur de La Jeune Fille à la Fenêtre écrivait : \" Chez Lemonnier, au lieu que la\nsensation soit résultante de l'idée, au contraire, l'idée, jamais exprimée, se dégage de la\nsensation. En absolue conformité procède la musique dont le but est l'affirmation du beau au\nmoyen de sensations directes, lesquelles éveilleront des idées individuelles. L'art de Lemonnier\nconsiste en la recherche unique de cette sensation. \" Et plus loin : « Lemonnier ne cherche\na voir a peindre la vie, mais à Y entendre. \"Ce n'est point notre avis. Nous avons\ntoujours pense au contraire, que, s'il posséda tous les dons du peintre, le maître a peu connu\nes vertus et les ivresses de l'harmonie. Quand il se grisait de mots sonores, c'était moins pour\nleur musicalité pure, intérieure et irréelle, que de leurs rythmes et de leur cadence extérieurs •\nde leurs formes larges et pleines, de leur matérialité même, plutôt que du frisson impalpable et\ndivin de ame Je doute qu'il ait aimé, par exemple, l'art magique d'un Mallarmé, où les\nchoses s évoquent dans une brume d'assonnances, à peine d'une aile appuyées sur la ligne de\nleurs contours. Ne déclara-t-il pas, dans ses Mson incapacité d'écrire un vers ? La\norme du poeme, nous le constations au livret Fdenie, enlevait à ses moyens. Lemonnier\ndécrivait jusqu aux mouvements dont il vibrait. L'accord ne se suspendait pas, mystérieux et\ninfini, dans sa chair, chavirée de la volupté ineffable que connaissent les musiciens et les\npoetes. bon Maien en capte pas un seul. Les gammes qu'il y secoue, dans l'éblouissement des\nverbes polychromes, sont encore de la couleur. Il n'en pouvait être autrement. Aucun art si\ngrand soit-il, ne reunira tous les arts, dont le dynamisme, essentiellement fraternel, s'oppose'en\nses expressions. v\nCamille Lemonnier, de son labeur, exclusivement littéraire, resta d'autre part étranger\nau développement de la musique contemporaine. Toutefois, il inspira des musiciens Nous\navons parlé de ses Chansons de Flandre, interprétées par M.M. du Bois, Delune, Beauck et\nLeclercq. Nous connaissons aussi six partitions pour le théâtre, dont cinq ont pour auteurs des\ncompositeurs belges. Ce sont : Edenie Le Mort, de M. Léon du Bois, Comme va le Ruisseau,\nde M. L. Delune, La Jeune Fille a la Fenêtre,de M. Eugène Samuel-Holemann, le\nHomme de Dieu de M. François Beauck. La sixième est de M. Casadesus, un Français\npour equel e librettiste connu M. H. Cain a fait du Mâle une adaptation scénique sous le\ntitre de LachapFes. On peut s'étonner de ce que le Théâtre de la Monnaie ait précisément\nchoisi cette œuvre pour, à l'inauguration de la saison prochaine, honorer la mémoire du maître\nen aile. Nous ne songeons pas à desservir M. Casadesus, bien entendu ; nous avons la curiosité\nde connaître une œuvre dont les fragments symphoniques furent bien accueillis. Mais\n1 occasion, semble-t-il, était belle, pour un premier hommage à l'écrivain qui tant aima et"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.57", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3579, "texte": "célébra notre pays, de représenter une œuvre nationale ; l'œuvre nationale qui, entre toutes,\nlui fut chère. J'entends parler d'Edenie, de son ami Léon Du Bois, récemment appelé à la\ndirection du Conservatoire Royal de Bruxelles. Oui, l'occasion était là. D'autant plus que\nCamille Lemonnier, lui aussi, avait voulu soutenir la lutte que nous avons entreprise en faveur\ndes musiciens nationaux. Deux mois à peine avant sa fin, il nous envoyait, de Roquebrune,\nson adhésion au Comité formé pour la défense du Théâtre lyrique, et il nous exprimait encore\nsa sympathie pour cet effort. Et qu'on se rappelle la réponse qu'il donna à notre Enquête :\n\" Je pense que le Théâtre musical compte ici des compositeurs du plus grand mérite, auxquels\nil n'a manqué, pour leur donner la consécration publique que des auteurs obtiennent en tout\nautre pays, que des directeurs de bonne foi et de bonne volonté, soucieux d'art véritable plutôt\nque d'intérêts personnels. Tout pour les compositeurs étrangers, même de dixième ordre, et le\nmoins possible pour les maîtres de chez nous, même illustrés par des œuvres incontestables. \"\nCes paroles, hélas, restent vraies. Elles justifièrent la tâche entreprise, le bon combat que nous\npoursuivrons, jusqu'à la victoire.\n* *\nOn sait que des festivités ont eu lieu, à Liège, à l'occasion de l'inauguration, par le\nRoi Albert, de la Maison natale de Grétry, solennellement remise, par la société \" L'Œuvre\ndes Artistes\" à la ville de Liège. Dès 1883, feu le Directeur du Conservatoire de la cité\nwallonne : Théodore Radoux, avait commencé de rassembler les collections qui se trouvent\naujourd'hui complétées et exposées dans la modeste habitation. C'est le 14 juillet que la\ncérémonie se déroula. L'lnstitut de France s'était fait représenter par MM. Widor, Gustave\nCharpentier, l'architecte Bernier, le peintre Cormon, le graveur Flameng. L'Académie de\nBelgique avait délégué MM. Léon Du Bois, Paul Gilson, Jean Van den Eeden, Sylvain\nDupuis, Lucien Solvay. Enfin M. E. Verlant, directeur au Ministère des Sciences et des\nArts, y assistait au nom du gouvernement. Plusieurs discours furent prononcés, notamment\npar MM. Hogge, président de l'Œuvre des Artistes, Kleyer, bourgmestre de la ville de\nLiège, Sylvain Dupuis, directeur du Conservaroire de Liège, M. Widor, M. Verlant. Déta-\nchons ce fragment de l'allocution de M. Hogge : il donne à la commémoration tout son sens :\n\" Quant à nous, Liégeois, alors que notre cité a donné le jour à tant de compositeurs\nréputés tels Hamal, Dumont, Gresnik, en attendant le génial César Franck, nous avons plus\nque toute autre ville à commémorer, encore et toujours, un musicien de l'envergure de\nGrétry, ainsi que nous l'avons fait pour le statuaire Del Cour et le graveur Gilles Demarteau,\nalors que la Wallonie sonne son réveil et veut chanter à présent, elle aussi, toutes ses gloires,\nsi nombreuses, si pures dans le domaine des arts.\n, # • • • • • • • • • • • ••••\n\" Mais, ce n'est point seulement parce que la grande figure de Grétry est de chez nous\nqu'elle est chère aux Liégeois qui ne perdirent jamais une occasion de la célébrer et de la\nchanter avec une émotion presque filiale. Alors que tant d'hommes se hâtent, hélas ! d'oublier\nleur clocher et leur pays natal dès qu'ailleurs ils ont trouvé une consécration, Grétry, parvenu\ncependant au faîte des honneurs en cette terre de France si accueillante au talent, Grétry,\ndis-je, avait gardé toute son affection \" pour sa bonne ville de Liège \".\n* *\nComme chaque année, au 21 juillet, jour de la fête nationale belge, M. Léon Rinskopff,"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.58", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3308, "texte": "réminent chef-d'orchestre du Kursaal d'Ostende, a organisé un concert d'œuvres belges. Il\ncomportait six partitions. UOuverture d**Hermann et Dorothée, page de haute envergure, de\nM. A. Dupuis. L'inspiration de ce musicien est toute impulsive, mélodique, par conséquent,\ndédaigneuse de recherches, d'audaces pour elles-mêmes, mais jaillie d'une émotion sincère et\ndirecte. Le Troisième acte d*Edénie de M. Léon Du Bois, avec Mlle Cuypers, MM. L. Swolfs\net Collignon. Par l'essence, par la forme, par l'atmosphère même, l'art de M. Du Bois évoque\nWagner. Il anima le Poème de Lemonnier d'un rythme noble. Nous venons de recevoir sa\npartition, éditée par la maison Breitkopff. On y retrouve, plus pure, loin des jeux de la scène,\nl'impression connue au Théâtre flamand d'Anvers, qui créa l'œuvre. De ci, de là, des touches\nmodernes, françaises, égaient la fresque imposante rais d'or dans le décor féérique, où\npassent des visions majestueuses. Phedre,ouverture très développée, largement sonore, de\nM. Lûnssens, éveille aussi des souvenances wagnériennes. (fragments du drame\nlyrique) et Kerstnacht(Nuit de Noël) de M. Wambach, convenaient, certes, à l'acoustique et\nau public \" Kursaaliens Elles en attestèrent, par le succès, de loin le plus éclatant, qu'elles\nrencontrèrent en cette occasion, surtout dans le \" solo \" de violoncelle, phrasé par M. Jacobs...\nEnfin, les Danses du /er Acte du Ballet La Captive, de Paul Gilson furent victimes\ncomme naguère, hélas ! d'une trahison orchestrale. Elles comptent pourtant parmi les plus\nbelles choses qu'on ait écrites ; cela, dans la façon magistrale du maître. Et celui-ci avait\nélagué le buisson touffu des instruments ! Bâties sur des thèmes orientaux, dans le frémisse-\nment de rythmes et de tonalités étrangement évocateurs, elles poignent d'une émotion\nvoluptueuse, subtile et rare. La Captive est unique, d'ailleurs, dans la production nationale. Je\nne puis concevoir qu'on laisse dormir cette partition qui devrait figurer au répertoire de tout\nthéâtre moderne. Nous la signalons à l'attention de M. G. Astruc, comme une œuvre à\nmonter au Théâtre des Champs-Elysées.Les Parisiens le plus raffinés, le plus \" difficiles \" y\ntrouveront un charme comparable à celui qu'ils goûtèrent aux musiques slaves et de\nleur sensibilité.\n* *\nLe Comité pour la défense du Théâtre lyri s'est réuni, le 26 juillet dans le cabinet\ndirectorial du Conservatoire de Bruxelles. Nous avons dit, dans le numéro dernier, qu'il se\ncompose de MM. Léon Du Bois, directeur du Conservatoire Royal de Bruxelles, Paul Gilson,\ninspecteur-général de l'Enseignement musical, Jean Van den Eeden, directeur du Conserva-\ntoire de Mons, Emile Mathieu, directeur du Conservatoire Royal de Gand, Paul Lagye,\ncompositeur ; et des écrivains Georges Eekhoud, Nestor De Thière, René Lyr. Camille\nLemonnier en faisait aussi partie. Un rapport sur la situation générale du Théâtre musical\nbelge, présenté par les secrétaires, a été discuté. Nous en publierons le résumé, en même\ntemps que les décisions prises, dans le chapitre Cde\nOn nous apprend que le violoniste Fritz Kreisler donnera, à Bruxelles, avant son\ndépart pour l'Amérique, c'est à dire tout au début d'octobre, un concert d'œuvres importantes.\nIl sera, comme précédemment, accompagné par le pianiste Charles Hènusse.\n\nR. L."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-07-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-07_01#c029", "volume": "bmtnabh_1913-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 60, "image_fin": 62, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.2.14", "titre_corps": "LA GYMNASTIQUE RYTHMIQUE A HELLERAU", "titre_sommaire": "LA GYMNASTIQUE RYTHMIQUE A HELLERAU", "signature_source": "E. Ansermet", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.60", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3791, "texte": "LA GYMNASTIQUE RYTHMIQUE\nA HELLERAU\n\nL'institut de Gymnastique rythmique fondé par Jacques Dalcroze à Hellerau vient de\ndonner pour la deuxième fois ses fêtes scolaires. En trois séances il a fait exposer par ses élèves\nle cycle entier de ses travaux. Exercices tendant à développer la volonté spontanée, à vaincre\nles antagonismes de nos nerfs, à faire de nos mouvements désentravés les esclaves dociles,\nimmédiats, parfaits de notre sensibilité. Exercices qui règlent la correspondance de nos gestes\navec les éléments de la musique ; représentation des valeurs rythmiques, et des valeurs\nmélodiques simples, représentation (par un personnage, ou par un groupe, ou par plusieurs\ngroupes) des valeurs composées, polyrythmie et polyphonie. Exercices de respiration, qui\nrattachent le geste à la source de notre organisme, qui orientent vers lui toute notre vie, qui\nfont de chacun de nos mouvements comme une polarisation de notre organisme intégral, qui\nfont le geste total, enfin, et expressif, réglant son ampleur, sa portée, son éloquence, établis-\nsant son dynamisme. Toute une discipline du corps se développe ainsi sous nos yeux, de ses\npremiers éléments à son accomplissement définitif. Une harmonie retrouvée de l'âme et du\ncorps. Une langue nouvelle, où le plus bel instrument le corps humain exprime\nl'émotion incluse dans un élément essentiel de notre existence, celui qui révèle le Temps : le\nRythme. Une langue, ou un art, une manière d'orchestique moderne, qui n'a que\nl'apparence extérieure de l'art de la danse. Elle nous rend bien cette émotion païenne de la\nbeauté physique, mais toujours pour en faire l'interprète du sentiment. Elle recherche sans\ncesse Yexpression.Elle ne se suffit pas à elle-même. Elle ne s'attarde pas à une technique\nchorégraphique. Sa technique n'est qu'une science des \" correspondances \", une grammaire\ncorporelle de l'émotion rythmique. Elle retourne à l'objet de la beauté antique, le corps\nhumain, mais elle ne le veut que dans le mouvement, et pour le livrer à l'expression. Cette\nfleur de l'humanité ancienne, l'orchestique, elle la cultive dans les terres attendries du monde\nchrétien, elle nous la restitue, mais toute chargée de cette sève du coeur moderne : l'humanité.\nPour la première fois dans ces fêtes, la Gymnastique rythmique s'essayait à réaliser une\nœuvre lyrique non plus en collaboratrice tolérée, mais en maîtresse souveraine, imprégnant\nde son esprit tous les éléments du spectacle, régissant tous ses détails, choisissant librement le\nsujet où elle voulait s'appliquer. Le sujet choisi était Y Orphée de Gluck. Encore ne prétendait-\nelle point donner une audition intégrale de cette œuvre, mais montrer, par cette œuvre, ce\nqu'elle était capable de faire. A cet effet, elle a négligé tout ce qui, dans , est conces-\nsion au goût de l'époque, divertissement, élément non essentiel au drame. Ainsi le drame\ncommence avec la première scène, sans ouverture. Et dans le premier acte, lorsque l'Orphée\nadjure les dieux de lui ouvrir les portes de l'autre monde, il ne voit point apparaître l'Amour,\nmais il entend sa voix qui l'appelle et l'encourage, en même temps que s'entr'ouvre devant\nlui le tombeau d'Eurydice. Plus tard, lorsqu'Eurydice suit Orphée loin des Champs-Elysées,\nle drame ne se coupe plus en tableaux successifs nécessités par des changements de\nva droit à sa fin véritable, et s'y arrête. Orphée, oublieux de ses serments, veut jeter les yeux\nsur sa bien-aimée : elle disparaît, un rideau se ferme qui la ravit à notre vue. Orphée est seul,\nde nouveau, dans ce monde ;il pleure son Eurydice, et \" succombe àsa douleur Alors les\npleureuses du premier acte reviennent, et recommence la symphonie funèbre, tandis que deux\ncoryphées, lentement, ferment le rideau. Nul retour de l'Amour qui ressuscite les amants et"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.61", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4154, "texte": "finit la pièce par un heureux mariage. Ce n'est peut-être plus le respect de Gluck, mais le\nrespect d'Orphée, le respect du drame, dénudé mais accompli, dépouillé de tout accessoire, de\ntoute superfétation, retrouvant une vigueur nouvelle à se déduire à sa pure essence tragique.\nPour cet Orphée dépouillé d'anecdote, pour cet Orphée sans date, un milieu décoratif sans\nréalisme. De grands volumes géométriques, des tentures d'une seule couleur, formant une\nscène en gradins, ou en plans successifs. Pas de rampe, pas de herse. Toutes les parois de la\nsalle de spectacle sont tendues d'une étoffe blanche qui dissimule des milliers de lampes\nélectriques de diverses couleurs. Une lumière égale, diffuse, venant de partout et de nulle\npart est ainsi répandue dans la salle, baignant les corps, modelant les volumes, atténuant les\ncontours ; capable de toutes les nuances, formant une ambiance lumineuse où d'autres\nlumières peuvent se jouer comme les rayons du soleil dans la lumière du jour. L'orchestre et\nle chœur sont invisibles. La musique comme la lumière emplit l'espace, ainsi qu'une atmo-\nsphère. Sur la scène, les pleureuses, les furies, les ombres heureuses, Orphée, Eurydice, tous\nceux dont le geste parle.\nUn tel style décoratif, aussi éloigné du trompe-l'œil que de l'inexpressif écriteau shakes-\npearien, il faut l'avoir expérimenté, pour savoir combien il est efficace. Ce n'est plus la\njuxtaposition de plusieurs arts, mais leur coexistence, la floraison multiple, en art décoratif, en\ngeste, en musique, du seul drame. Ce n'est plus un sujet dramatique éclairé du dehors par le\ndécorateur, orné de gestes, amplifié de musique. C'est le drame lui-même qui rayonne\net donne leur sens à chacun des éléments du spectacle. Ces éléments ne s'animent que sous\nl'impulsion profonde du drame ; ils battent à son rythme, ils sont tous musique.\nCes architectures scéniques, ce milieu lumineux sont là, éléments de beauté, n'ayant en\neux-mêmes aucune caractéristique, comme les notes d'une symphonie. Mais le drame\ncommence, et comme les notes de la symphonie, ces éléments de beauté prennent un sens\nprécis : cette paroi rectangulaire devient tombeau, ces étoffes tendues disent la sérénité des\nChamps-Elysées, un rideau qui se tire nous ramène dans ce monde ; ce rayon de lumière qui\néclaire tout-à-coup le fond des Enfers montre le monde extérieur qui y pénètre avec Orphée.\nLa lumière ambiante est un orchestre qui vibre selon la musique de Gluck. Et la musique de\nGluck est encore là, en mouvements incarnés, sur la scène. La musique du drame nous prend\nde toutes parts, elle saisit à la fois tous nos sens, nous pénètre et nous entraîne ; une émotion\npleine et compacte nous subjugue, qui nous enlève à nous-mêmes, qui nous met dans le\ndrame, qui ne laisse en nous aucune énergie disponible, rien qui puisse souhaiter quelque\ndélectation supplémentaire, une amusette du décor, une prouesse chorégraphique. Le rideau,\ns'ouvre sur l'acte des Enfers : la scène est jonchée de Furies, ce sont les élèves d'Hellerau,\nhabillés simplement de leur maillot violet qui laisse bras et jambes nues. Agglomérés en masses\ninformes, leurs bras s'agitent comme les doubles croches de la danse des furies, tandis que la\nmasse fait de larges vagues.\nA l'acte des Champs-Elysées, les élèves d'Hellerau, vêtus de simples tuniques, forment\nquelques groupes d'ombres. Ils ont les mouvements imperceptibles de la musique, inclinaisons\nde tête, élévations de bras ; ils passent touchant à peine terre, impondérables, et Orphée\ntraverse leurs groupes sans les saisir, les groupes se reforment derrière lui comme les essaims\nde mouches qu'on traverse sur les routes. Pour incarner la musique de Gluck, la Gymnastique\nrythmique s'est dépouillée de toute raideur, de tout pédantisme ; elle oublie qu'elle fut\n\"grammaire\" et qu'elle fut \"gymnastique\" ; elle n'est plus qu'expression.\nElle semble oublier aussi le \" temps forts \"etla \" métrique Les reproches que lui fait\nà cet égard M. Vuillermoz dans le dernier numéro du S.LM. je les lui ai faits aussi, naguère,\nici même, et ailleurs. Depuis les représentations à'Orphée à Hellerau, je sais que ce caractère"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.62", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2833, "texte": "\" métrique \" ne lui est pas essentiel ; qu'il n'est qu'une nécessité première d'un art qui n'est\npas une libre émancipation de l'instinct mais une discipline. Son souci de la barre de mesure\nn'est qu'un premier \" moyen dont elle se défait, auquel d'ailleurs elle pourrait attacher, me\nsemble-t-il, même au début, une moindre importance. Ces réalisations ne doivent pas plus\nrappeler ses exercices métriques que, chez un Maurice Ravel, par exemple, la musique ne\nrappelle le contrepoint appris chez M. Gédalge. Et, en tout cas, si la Gymnastique rythmique\na peine à s'émanciper de ses préliminaires, du moins ne mérite-t-elle jamais ce grave reproche\nque M. Vuillermoz adresse quelquefois aux réalisations de M. Nijinski, d'être à côté de la\nmusique.\nMais il est vrai qu'en s'appliquant à Orphée, la Gymnastique rythmique bénéficiait\nde circonstances particulièrement favorables, qu'elle rendait plus favorables encore en laissant\nde côté tout ce qui, dans Orphée ne lui convenait pas. L représenté à Hellerau, est\ncomplètement dépouillé de tout pittoresque, il est tout intérieur ; de plus, il est de la sobriété\net de la simplicité les plus extrêmes, sa rythmique n'échappe guère à sa On voit bien\nquelques œuvres qui remplissent ces conditions : de Strauss, par exemple. On voit\nsurtout les belles œuvres qu'un tel art pourrait susciter. Mais la Gymnastique rythmique\nelle-même peut devenir d'une plus souple et plus riche possibilité.\nDésespérez-vous des cubistes, parce que leur art n'est aujourd'hui qu'une géométrie ?\nPensez-vous que dans leurs représentations des corps ils ne seront jamais que des ''dénicheurs\"\nde plans ? Et que s'ils ont besoin de discerner ces plans, ils devront toujours les marquer sur\nleurs toiles comme dans une épure de géométrie descriptive ?—Vous leur faites crédit d'une\npériode d'expérimentation. Accordez-la aussi à cette esthétique théâtrale dont Hellerau vient\nde nous donner une première et parfaite réalisation. Je vois fort bien la décoration théâtrale\nutilisée à Hellerau faire appel à des formes architecturales moins rudimentaires, plus diverses,\nplus imprévues, et qu'aviverait l'usage des couleurs. Je vois aussi la Gymnastique rythmique\ndevenir plus souple, évoluer vers plus de virtuosité chorégraphique. Elle suivrait ainsi une\nroute contraire à celle des ballets russes. Ceux-ci vont du pittoresque et du divertissement vers\nle drame le plus intérieur, et vers toujours plus de cohésion. Les deux voies tendent sans doute\nvers la même limite. Ainsi le virtuose se met au service de la musique, tandis que le musicien\npoursuit une plus riche virtuosité. Ainsi encore, le musicien savant (Bach ?) et le génie inculte\n(Moussorgski ?) aboutissent tous deux au chef-d'œuvre, le plus fort caractère exprimé dans la\nplus parfaite forme, par des routes opposées.\n\nE. Ansermet."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-07-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-07_01#c031", "volume": "bmtnabh_1913-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 63, "image_fin": 63, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.2.15", "titre_corps": "L'Orféo de Monteverde à Breslau", "titre_sommaire": "L'Orféo de Monteverde à Breslau", "signature_source": "E. Neufeldt", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.63", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3962, "texte": "L'Orféo de Monteverde à Breslau\nE. Neufeldt.\nOn vient de représenter VOrfeo de Monteverde sur le théâtre de Breslau le 8 juin\ndernier. C'est là une première qui fera époque en Allemagne. Déjà, on le sait, la Schola\nCantorum de Paris avait, en 1904, remis en vogue ce chef-d'œuvre oublié, et M. Le Lubez\nen avait donné deux représentations sur le théâtre Réjane dans les décors de YOiseau Bleu de\nMaeterlinck (1912 et 1913) en se conformant àla remise en partition de Vincent d'lndy.\nVoici qu'aujourd'hui VOrfeo gagne l'autre bout de l'Europe. Verrons-nous un jour Monte-\nverde au répertoire de nos grandes scènes subventionnées ?\nL'initiative de ce beau mouvement revient àM.le Dr Erdmann-Guckel et sa réalisation,\nà laquelle notre éminent collègue le Dr Kinkeldey ne resta pas étranger, fut confiée au\npersonnel de l'Opéra de Breslau. Comme à Paris, mais dans une proportion moindre, le livret\nde Monteverde fut raccourci. On ne crut pas prudent d'exposer au public le cinquième acte,\nun véritable deus ex machina ;et le premier acte, fortement amputé, fut soudé avec le second,\nce qui faisait une pièce en trois actes. De même l'instrumentation, tout comme à Paris, avait\ndû se soumettre aux habitudes de l'orchestre moderne. Nous n'avons plus ni cornets, ni\nvioles, ni chitarroni, ni petits violons àla française, ni organi di legno ; tout ce coloris, si\nprécisément indiqué par Monteverde, fut remplacé par le nôtre, et les instruments défunts par\nleurs congénères vivants.\nCe serait le moment de placer ici un couplet attendri sur la fameuse et insoluble question\ndes \" tripatouillages \", et de présenter des réserves au sujet de l'adaptation du Dr Gùckel.\nAvouons plutôt que le même problème se posera devant tous ceux qui voudront remettre en\nscène VOrfeo, et que la solution de ce problème dépendra toujours largement du goût et de la\nmentalité esthétique de celui qui s'y appliquera. Un autre fera peut-être autre chose que\nM. Guckel. Fera-t-il mieux ? C'est ce qu'on ne saurait dire. Nos neveux riront sans doute\nde nos exécutions de musique ancienne, tout comme nous rions de celles du XIXe siècle.\nNous n'en sommes qu'à la période des expériences.\nDans l'ensemble M. Guckel prit les mouvements vivement, mais pas toujours assez\ncependant pour vaincre ce goût qu'ont les chanteurs de s'étaler là où il faut une décla-\nmation sobre et rapide. Ainsi, par exemple, le Récit de la Aiessagère perdit une partie de son\ndramatique effroi, et la grande scène d'Orphée et de Charon manqua de vigueur, tout cela à\ncause du chant. On pourrait se demander si l'opéra entier ne sonnerait pas mieux transposé un\npeu plus haut. Orphée chantait en véritable baryton, et les chœurs se trouvent souvent dans\nune tessiture déplaisamment basse.\nMais l'exécution donna une excellente idée de ce que peut être une œuvre de ce genre,\nréalisée trois cents ans après sa naissance. Le public se montra non seulement convaincu, mais\ntouché, et c'est là le grand résultat de cette expérience :il y a une salle (il n'y en eut pas\ndeux) dans une ville comme Breslau, pour goûter, applaudir et suivre avec émotion un drame\nlyrique, écrit à Ferrare en 1607. Voilà un fait nouveau. Et, tout en écoutant cette musique\nsi moderne, si pleine de vive jeunesse, si tendancieuse par endroits, qu'elle sait faire vibrer\nun public de Wagner et de Strauss, je me rappelais la critique amère d'un musicien\nconservateur, qui écrivait en l'an 1600 les phrases suivantes à l'adresse de Monteverde :\n\" Qu'importent à ces novateurs les règles de l'art ; ils croient avoir fait assez lorsqu'ils ont\nsatisfait l'oreille. Nuit et jour ils s'appliquent sur leurs instruments à rechercher l'effet de\nleurs dissonances, les insensés ! Ils ne voient donc pas que les instruments les trompent ! Ils\nsont contents lorsqu'ils ont fait le plus de bruit possible, accumulé un pêle-mêle d'insanités, et\nélevé des montagnes de fautes. \"On ne dirait pas mieux de Schoenberg ou de Stravinski.\nPauvre vieux Claudio !"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-07-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-07_01#c032", "volume": "bmtnabh_1913-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 64, "image_fin": 66, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.2.16", "titre_corps": "LA JEUNE MUSIQUE FRANÇAISE", "titre_sommaire": "LA JEUNE MUSIQUE FRANÇAISE", "signature_source": "Henry Malherbe", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.64", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3509, "texte": "LA JEUNE MUSIQUE FRANÇAISE\n\nNotre excellent confrère, M. de Weindel\\ a organise, cette annéey a la Comédie des Champs-\nElysées, une série de conférences musicales avec auditions qui ont remporte le plus vif succès. Nous\nsommes heureux de mettre sous les yeux de nos lecteurs une partie de la causerie de M. Henry\nMalherbe qui clôtura cette saison et présenta a Inélégant public de ces matinées u La jeune musique\nfrançaise \".\nOn a fait récemment de nombreuses enquêtes sur la jeunesse contemporaine. Des revues\naltières et de graves journaux ont publié, avec éclat, les pronostics de quelques adolescents qui\nn'ont pas craint d'être prophètes en leur pays.\nL'avenir des sports, de la stratégie, de la critique, de la philosophie, du théâtre et même\ndes lettres, a été dévoilé résolument par quelques devins qui avaient, sans doute, pour mieux\ntenir leurs rôles, mis des bandeaux sur leurs yeux.\nToutes les aspirations et toutes les tendances de nos cadets ont été commentées, non sans\njactance, tandis qu'on laissait dans l'ombre la plus haute, la plus ardente manifestation de l'art\nfrançais actuel : la jeune musique. Et deux universitaires, d'ordinaire circonspects, (ceux-là\nmême qui signèrent leur enquête Agathon), ont tout simplement négligé d'en parler. Avares\naugures ! Hâtifs exégètes ! Ils ignorent la révolution musicale moderne, si violente et si lourde\nde résultats! S'ils avaient à écrire une histoire contemporaine, ils tairaient, apparemment, 1789 !\nIl n'y a pas de classes plus indisciplinées, dans l'école d'art contemporain, que les classes\nlyriques. On s'y jette les partitions à la tête, avec une fureur démente. D'un poing vigoureux,\non aplatit les chapeaux hauts de forme des pions traditionnalistes et on ne se gêne pas pour\ntirer la barbe de tel vieillard, membre de l'lnstitut.\nOn peut bien leur pardonner ces excès. Si longtemps les jeunes musiciens ont été\nemprisonnés dans des classes étouffantes et sombres. On les obligeait à apprendre et à appliquer\nen toute circonstance des théories désuètes, d'une sévérité inexorablement absurde. Aux heures\nde récréation, on les parquait en un préau fumeux, encombré d'attristantes copies \" d'après\nl'antique \". Jamais de vacances en plein air, jamais de promenades dans la campagne. Et c'est\nà ces tristes hères, étranglés de théorèmes et de doctrines, qu'on demandait de chanter.\nUn pensionnaire, que toutes ces études vénérables importunaient, eut l'idée, un jour,\nd'explorer ce collège austère et verrouillé. Il monta au grenier, découvrit une lucarne, l'ouvrit\net regarda. Que de douceurs insoupçonnées ! Des jardins embaumés s'étendaient au loin et\nleur molle fraîcheur montait, en effluves galvanisants ou opiacés, jusqu'au petit prisonnier. Il\ndescendit au galop et appela joyeusement ses meilleurs camarades. Une troupe d'insurgés fut\nbientôt formée qui brisa les fenêtres du vieil établissement. Ils firent leur campement dans le\nparc mystérieux et odorant, parmi les herbes folles et les lianes brouillées. Les professeurs\nscandalisés, les lunettes chavirées, les rappelèrent avec indignation, les menacèrent, les inju-\nrèrent. Aucun des petits libérés ne voulut rentrer en geôle, ou si vous préférez en loge. La\nnouvelle musique était née.\n• •••••••••••••••\"\nL'on a fait circuler une étrange opinion de la musique moderne. On la croit communé-\nment une petite personne, j'allais dire une petite persane —, mal élevée, pervertie et\nnévrosée, habillée d'oripeaux bizarres et de flamboyantes étoffes. On chuchote qu'elle se pique"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.65", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3774, "texte": "à la morphine, fume l'opium, et, parée de bijoux barbares, fardée de couleurs violentes, elles se\nlivre aux plus extravagants ébats.\nAi-je besoin de dire que cette détestable réputation qu'on lui fait sournoisement n'est\nqu'une longue et agressive calomnie ? La musique moderne est une jeune fille sag;e, studieuse\nsans être pédante. Éprise de simplicité, elle est saine et vive, confiante et tendre, joueuse et\nsensible. Elle habite la campagne huit mois de l'année et elle y soigne son jardin et même sa\nbasse-cour. Le bruit de la mer, la ligne d'un horizon, le susurrement du feuillage, le cri d'un\noiseau lèvent dans son âme les plus douces rêveries. Et, tout-à-coup, sans même qu'elle y\nconsente, l'un de ses souvenirs se répand hors de son cœur. Il porte en lui-même son\nharmonie. Quelque effort que l'on fasse, on n'en peut trouver de plus juste, de plus sincère,\nde plus profond.\nQuelques virtuoses excentriques n'ont pas peu contribué à jeter tout d'abord le discrédit\nsur la récente école musicale. Vous rappelez-vous les singulières productions d'Erik Satie ?\nC est lui qui eut l'intrépidité charmante et ingénue de baptiser l'une de ses productions :\nPièce en forme de poire.Plusieurs critiques se crurent peut-être insultés... Ne traitèrent-ils\npas sans ménagement les musiciens qui témoignaient d'une personnalité trop neuve et trop\nindépendante ?\nNos compositeurs ne se préoccupent pas, comme on a voulu l'insinuer, de faire hurler\nune originalité. Saturés de science, excédés de raffinements, ils sont revenus plus compréhensifs\nau cœur de la nature. Ces princes ne songent plus qu'à épouser des bergères. \" Le cerveau brûlé\npar le raisonnement, disait Renan, a soif de simplicité, comme le désert a soif d'eau pure. \"\nLes musiciens \" avancés \" veulent abolir toute contrainte, tout idiotisme archaïque et\nparler d'âme et âme. Leur dialecte limpide et pensif est l'interprète des plus subtiles évolutions\ndu cœur, de ses ardeurs les plus timides et de ses plus intimes meurtrissures.\n• ••••••••••••••..\nL'on n'élève plus, en musique, des portiques, aux angles d'une coupante précision. La\nmélodie monte et s'agrandit en spirales balsamiques et indéfinies, comme le mystique encens\nvenu du cœur qui adore et comme le souffle expirant d'un sentiment confessé avant que de\ndisparaître. Plus de leit-motifs trop longs qui règlent leurs classiques assauts, en pugilistes\npédants, et ressuscitent lourdement lorsqu'on les croit depuis longtemps morts.\nUne déclamation exquisement humaine, serrée, pudique, aux digressions nostalgiques,\norchestrée avec un art sûr, délicat et élargi.\nUne architecture flottante et voilée a dessein, mais aux plans établis d'avance avec une\nminutieuse perfection.\nLes contours violemment cernés arrachent à la nature l'œuvre d'art qui meurt dans la\nprison des lignes trop précisées. Il faut que l'œuvre d'art, à peine indiquée, garde un mystère\nqui aime le mystère, une sorte de pitié inexprimée, une douceur vivante, une attirance\nfraternelle et obscure qui la mette en constante relation avec toute la secrète et émouvante\nharmonie ambiante.\nL'émotion humaine ne se capte pas avec un lasso trop lourd qui l'étrangle. On doit la\nrecueillir, avec une sollicitude tremblante, dans une écharpe de rêve et de souvenir, qui épouse\nses formes les plus fuyantes et qui la garde libre et pourtant captive.\nLa musique moderne ne se consacre plus tant à célébrer ces deux seuls excitateurs de la\nsensibilité : l'amour et la mort. Les plaintes de la forêt, la lumière qui tremble sur l'herbe,\nl'odeur des fleurs qui s'inclinent, la chanson argentine du jet d'eau qui s'élance, s'éparpille et\nretombe, les rais de bleus reflets de lune sont traduits, aujourd'hui, par de persuasives\nharmonies. C'est le plaisir et la fête des sens."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.66", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3901, "texte": "L'accompagnement ne rampe plus servilement. Il s'élève et plane et joue plus haut que\nle chant. Il est comme une voûte feuillue et épaisse qui ne donne aux avenues imprécises de\nla mélodie que l'ombre verte et la senteur enivrante. La voix humaine, aux inflexions chaudes\net graves, aux ondulations molles et heureuses, a retrouvé son pathétique prestige. Elle est\nenfin sauvée de l'orage strident provoqué par les éléments déchaînés de l'orchestre, où elle\nfaillit tant de fois se noyer, ne surnageant que par miracle.\nDans la plupart des jeunes partitions, les termes barbares de forte, presto, andante, allegro\nont été remplacés par des indications moins moroses et plus nationales ; on dit maintenant :\npuissant, avec ardeur, avec enthousiasme, grave et\nLes représentants de la jeune musique veulent rejeter les traditions italiennes et alle-\nmandes. Si quelques uns d'entre eux ont pris goût aux modulations éplorées et aux cadences\nassourdies de la musique russe et chinoise, ils se proposent surtout de continuer la grande tradi-\ntion musicale française qui va de Costeley à Debussy, en passant par Rameau.\nOn accuse trop souvent nos jeunes compositeurs de tâcher uniquement à réduire en\nminiature les trouvailles de Claude Debussy. Mais n'a-t-on point reproché avec la même\nlégèreté à M. Camille Saint-Saens, à M. Bruneau et même à Massenet d'imiter\nRichard Wagner ?\nSans doute, la jeune musique a profité des conquêtes du génial explorateur Claude\nDebussy, qui a tant agrandi la patrie mélodieuse et polyphonique. Mais chacun de nos jeunes\nartistes a su garder une originalité violemment tranchée, tout en profitant des franchises qu'on\naccordait dans le libre et splendide royaume de\n0 • • • • •• #••• ••• •••\nLes jeunes musiciens ont eu quelques audaces bien décevantes pour les esprits amoureux\nde bel canto. Il y a bel canto et bel canto. Celui du ténor qui crie, les bras au ciel, et le mollet\ncambré, a été décrété ridicule par nos modernes compositeurs. Us ont également prouvé que\nla cantatrice qui aboie d'une voix formidable et chevrotante n'interprétera jamais d'authentique\nmusique. Les entrepreneurs de spectacles ont vu là des crimes de lèse-majesté dirigés contre le\npublic. Au lieu de saluer l'aurore d'une renaissance éclatante, la plupart des directeurs, des\nchefs d'orchestre et des critiques ont pris parti contre la jeune musique. Les scènes lyriques\nsont trop souvent occupées par les faiseurs, les batteurs, les flatteurs de bas instincts. Il a fallu\nque des russes vinssent à Paris pour révéler au public le chef-d'œuvre de Ravel, Daphnis et\nChloé et donner un cadre digne à la prestigieuse Tragédie de Salomè de Florent Schmitt.\nMM. Gabriel Astruc et Jacques Rouché, eux-mêmes, n'osent s'intéresser que timidement aux\nmagnifiques efforts de la nouvelle génération. Les autres directeurs ferment les yeux, se\nbouchent nez et oreilles devant l'admirable floraison sonore qui éclate partout. Et songez que\ncette jeune musique française est, de l'aveu de tous, la plus importante, on peut dire la seule\nqu'il y ait, aujourd'hui, en Europe.\nQu'importe ! L'hostilité ni l'indifférence n'abattront tant d'ardentes volontés. Les\nnouveaux venus nous doivent des œuvres. Us nous les donneront, malgré tous les obstacles et\ntoutes les envieuses criailleries.\nLes jeunes musiciens ne perdent pas un frisson des heures qu'ils ont à vivre. Chacune\ndes molécules de leurs combinaisons harmoniques doit produire son fruit de volupté. Us savent\nla laide vanité des théories. Us transcrivent leurs songes avec le plus complet détachement\nd'eux-mêmes et chantent avec la candeur de la religion et de l'enfance. Us osent, oui, ils osent\nêtre eux-mêmes jusqu'au bout de leurs aspirations tendues à éclater. Devant leur tâche de\nsincérité accomplie ils pourront redire l'émouvante parole de Saint-François \" Fierté, j'ai\nmieux aimé mon pauvre cœur que toi ! \"\n\nHenry Malherbe."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-07-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-07_01#c033", "volume": "bmtnabh_1913-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 67, "image_fin": 68, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.2.17", "titre_corps": "Autour de l'Opéra", "titre_sommaire": "Autour de l'Opéra", "signature_source": "Pierre Lérys", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.67", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2914, "texte": "Autour de l'Opéra\n\n1 Voir S. I. M. du ier juillet 191 3.\n\nI\nPour faire de grandes choses, disent les sages, il faut vivre comme si l'on ne devait jamais\nmourir. Les directeurs actuels de l'Opéra semblent s'être profondément pénétrés de cette\nmaxime ; 1 expiration prochaine de leur privilège n'émeut, en effet, que leur entourage et\nleurs héritiers présomptifs, et ne trouble en rien leur souriante sérénité. Inquiétante philo-\nsophie . Quel pacte diabolique ont donc conclu ces deux Faust pour signer un nouveau bail\navec 1 existence ? On voit nettement que l'idée d'une fin prochaine ne les préoccupe guère et\nqu'ils préparent avec activité un assez lointain avenir. En tous cas, la révélation du plan de\ncampagne qu ils viennent d élaborer pour la saison prochaine n'est pas faite pour rassurer la\npetite troupe de nécrophores qui piétine avec inquiétude à la porte du Boulevard Haussmann.\nIJ annee sera bien remplie a 1 Opéra. Elle apportera aux musiciens d'heureuses surprises.\nElle donnera d'abord une éclatante satisfaction à tous ceux qui croient à l'avenir de la jeune\nmusique française et souffrent de la lenteur de son apothéose. Pour la première fois un hom-\nmage officiel réellement significatif sera rendu à notre art contemporain si nuancé, si souple et\nsi vivant. Trois \"jeunes\" seront accueillis tour à tour par MM. Messager et Broussan ; en\nquelques mois on applaudira Philippe Gaubert, Alfred Bachelet et Gabriel Dupont dans trois\nœuvres caractéristiques.\nDu sympathique second chef de la Société des Concerts du Conservatoire, qui est en\nmême temps 1 inégalable flûtiste de l'orchestre de l'Opéra, nous aurons un délicieux ballet\ngrec intitulé Philotis, danseuse de Corinthey où se dépenseront généreusement toutes les res-\nsources chorégraphiques et décoratives de notre Académie nationale de Danse et qui sera un\npur régal artistique.\nAlfred Bachelet nous etonnera par le caractère puissant, la sauvage énergie et l'accent\nincisif de sa partition de Scémo écrite sur un dramatique et poignant poème de Charles Méré.\nCet ouvrage qui nous îevelera un aspect inconnu de ce musicien sera conduit à la victoire par\nYvonne Gall et Muratore.\nEt ce sera la création très attendue du somptueux de Gabriel Dupont, reçu\nd'enthousiasme l'an dernier et appelé à produire une sensation profonde par l'originalité et la\nmagnificence de sa conception. Le poète Chekri-Ganem a tenu, d'ailleurs, à écrire lui-même,\nd après sa piece de 1 Odeon, le livret sur lequel le musicien a composé une partition qui\nmarquera dans sa carrière une date décisive.\nPuis viendra la réalisation scénique du testament musical de Massenet, cette\nqu'il écrivit avec tant d'amour pour l'Opéra et à laquelle il travailla jusqu'à ses derniers jours!\nOn sait que le maître disparu avait mis dans cet ouvrage le meilleur de son tendre génie et\nqu'il le considérait comme une œuvre capitale dans sa production si riche pourtant en impé-"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.68", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2745, "texte": "rissables chefs-d'œuvre. L'Opéra apportera à rendre à la mémoire de Massenet ce mélancolique\nhommage qui coïncidera avec une reprise d une ferveur et une piété toutes\nparticulières.\nEntre-temps nous seront données deux partitions curieuses : de\nM. Silver, sur un scénario tiré du roman de Victor Hugo par M. Henri Cain et la Belle\nImpéria de Gaston Salvayre sur un livret d'Adolphe Aderer; puis nous pourrons prendre con-\nscience du mouvement musical de l'étranger avec la révélation des Joyaux de la Madone de\nWolff-Ferrari, musicien déjà célèbre à Paris avant d'y avoir livré une seule bataille. La\ncréation d'une autre œuvre étrangère, dont le titre est encore tenu secret, achèvera de docu-\nmenter le public français sur l'évolution musicale internationale.\nMais la \" première \" qui dominera toutes les autres, qui rendra inoubliable cette\nannée 1914 et qui attachera aux noms des directeurs actuels de l'Opéra la gloire la plus\nenviable et la plus durable, ce sera évidemment, le ler janvier prochain, la création française\nde Parsifal, ce surhumain chef-d'œuvre, cette cathédrale aux portes closes dont l'humanité\nattend depuis si longtemps l'ouverture, dans une impatience croissante qu'exaspèrent encore\nles suaves bouffées de musique échappées des hauts vitraux, le dimanche, à l'heure des vêpres\nsymphoniques... Et la mystique communion de nos fidèles sera d'autant plus ardente et\nenthousiaste que le miracle bayreuthien sera réalisé avec des moyens d'expression exclusive-\nment français. Au pupitre de chef-d'orchestre sera André Messager, la version interprétée sera\ncelle d'Alfred Ernst, et sur la scène, dans les admirables décors de Simas et de Rochette, on\napplaudira Lucienne Bréval, Franz, Renaud, spécialement engagé pour la circonstance, et les\nplus brillantes artistes de la maison réunies dans l'harmonieuse gerbe des Filles-Fleurs.\nOn comprend que la direction actuelle ait tenu à s'assurer le précieux privilège de\ncette sensationnelle révélation et à garder l'exclusivité de sa préparation. Le seul matériel\nd'orchestre légalement utilisable est actuellement sur les pupitres de nos musiciens de l'Opéra\noù les études sont minutieusement conduites d'après les meilleures traditions wagnériennes.\nAinsi pourront être offertes au public parisien, le premier jour de l'année nouvelle, les magni-\nfiques étrennes musicales qui lui sont promises depuis si longtemps.\nCe geste couronnera de splendide façon la belle campagne artistique de MM. Messager\net Broussan et leur permettra de terminer \" en beauté \" un remarquable septennat. Et nous\nsaurons bientôt dans quelles voies l'arrêt du sort engagera leur destin à la fin de cette\nannée 1914 qui s'ouvrira pour eux sous de si glorieux auspices !\n\nPierre Lérys."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-07-01-c034", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-07_01#c034", "volume": "bmtnabh_1913-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 69, "image_fin": 69, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.2.18", "titre_corps": "Les faits au mois", "titre_sommaire": "Les faits au mois", "signature_source": "Swift", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.69", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2165, "texte": "Les faits au mois\nSwift.\nLes archers d'Eros. A la suite de la mésaventure survenue a leur collègue\nBurrian, incarcéré pour adultéré, les ténors, réunis en syndicat, ont décidé de\nprotester contre cette atteinte a l'un de leurs privilèges séculaires, par une grève\nrenouvelée de Lysistrata. Ils ont brisé l'arc et les fléchés symboliques dont Aphro-\ndite les avait armés et ont mis les compositeurs en demeure d'écrire à l'avenir\npour basses nobles les rôles d'amoureux dont ils refusent désormais de se charger.\nReprésailles : les excès\ndes suffragettes devaient fa-\ntalement entraîner d'impi-\ntoyables mesures de répression.\nFour la premièrefoison vient\nd'appliquer a une femme la\npeine de La réclusion et du bannissement. Une toute\njeune fille, Mllt Lili Boulanger qui avait commis\nle délit de mettre en ?nusiqne des vers de M. Eug.\nAdenis, a été condamnée a trois ans de prison et\nd'interdiction de séjour. Elle purgera sa peine a\nRome après avoir été écrouée a Compiègne ou elle\na fait un mois de préventive. Déjà sa sœur aînée\nn avait échappé que par miracle a une condam-\nnation du même genre. Voila qui donnera a réfléchir aux jeunes écervelées qui se laissent entraîner à\nraction directe. La ligue de I'Encouragement au Bien signale avec satisfaction, dans son rapport\nannuel, la faillite d'une des coutumes les plus licencieuses du Conservatoire. Un concours, qui constituait,\nen somme, une véritable prime ci Vinconduite, a révélé que les jeunes gens d'aujourd'hui sont des élèves\nsérieux, parfaitement incapables de faire une de ces fugues dont la coupable tradition déshonorait notre\ngrande Ecole Nationale. A l'Académie des Sciences : des observations précises recueillies, thermo-\nmètre en main, dans les bureaux du Courrier Musical et de la Revue Musicale S. /. M., il résulte\nque la fusion de deux périodiques s'opère en vase clos, à une température de 18 degrés centigrade.\nJ.\nLe 14 Juillet, dans\nles théâtres de la ccipi-\nbrigué les suffrages de\nVaprès-midi a eu lieu a Taris un concours de chant monstre ; dans tous\ni y\nouverts gratuitement\nla joule. Morceau imposé :\nau public, chanteuses et chanteurs ont\nla Marseillaise.\n(Croquis d'Em. Barcet)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-07-01-c038", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-07_01#c038", "volume": "bmtnabh_1913-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 70, "image_fin": 72, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.2.19", "titre_corps": "LA MUSIQUE DANS LES CASINOS", "titre_sommaire": "LA MUSIQUE DANS LES CASINOS", "signature_source": "Théophile Puget", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.70", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2586, "texte": "LA MUSIQUE DANS LES CASINOS\n\nLa température n'a guère favorisé les stations balnéaires et les touristes sont rares dans\nbien des cités autrefois florissantes en cette saison. On n'a donc que très peu quitté Paris ;\naussi le Casino d9Enghien est-il plus visité que jamais.\nConvenons-en, d'ailleurs, M. Gouverneur a réalisé un programme qui n'est pas sans\nintérêt ; si tant est que le législateur ait décidé la mort d'Enghien, Enghien succombera en\nbeauté... Mais les institutions que condamnent nos Honorables ont coutume de se porter assez\nbien... ne préjugeons donc pas et constatons l'excellence et la variété des représentations que\ndonne notre toute voisine cité estivale.\nLa Fille du Régiment et Thaïs où triompha Mlle Bady, qu'entouraient M. Cotreuil,\nM. Simart et M. Mirés, Rigoletto qui révéla le beau tempérament dramatique de M. Simart,\npuis Lakmè que Mlle Rossi vocalisa selon la tradition, servirent de débuts aux artistes de la\ntroupe d'opéra-comique. Le ballet, où brillent Mmes Villeneuve, Jannsens et Schitner, n'a\nencore interprêté que Coppelia, mais nous promet des créations captivantes ; quant à l'opérette\nelle a réuni dans Miss Million, la délicieuse Rosalia-Lambrecht, le fin comique Poudrier et\nMM. Dubressy, Marmont, Lary-Duron, Mordet qui ont du style et de la tenue.\nL'orchestre est conduit avec une impeccable précision par M. Jean Gay qui fournit en\noutre des concerts remarquables. Il faut citer ceux où se produisirent Mlles Christiane Roussel\net Line Talluel, Mlle Jane Lemaire, Mlle Cymael, le ténor Iriarte, le violoniste Marcel Duran,\nMlle Marcelle Parys, et surtout le choral de Paris dont il serait superflu de vanter les voix,\nl'ensemble, le style et la variété d'expression.\nOn assure que la Société d'Enghien, lorsqu'elle abandonnera les bords fleuris du lac, ira\ns'installer dans le domaine d'llbariz, aux portes mêmes de Biarritz. Cela fera une rude concur-\nrence à M. Boulant...\n%\n* %\nCar Biarritz, tout au music hall durant le mois d'Août, ne u fera \" guère que quelques\njours d'opéra en Septembre une douzaine de représentations tout au plus—. C'est peu ; ce\nn'est même pas assez.\nEn revanche les Pyrénées mettent tout en œuvre pour attirer et retenir une clientèle que\nla Suisse leur disputait jadis. Et les Casinos Pyrénéens (Luchon, Cauterets, Bagnères de\nBigorre) seront avec Deauville le grand rendez-vous select et artistiqne de la présente\nsaison d'été.\nCes casinos sont, cette année, dirigés par la même Société ; il en est résulté, pour\nl'ensemble, une organisation de tout premier ordre et une manière de trust de tous les artistes"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.71", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3066, "texte": "célèbres du moment. Noté à chanté Guillaume Tell à Cauterets ces jours derniers ; on annonce\nles représentations de Mmes Litvinne, Cesbron, Korsoff, Lipkowska, Marchall, Marguerite\nHerleroy et de M. Marcoux. Le répertoire courant est parfaitement interprêté par Mmes Con-\nforto, Charrin, Gerday. MM. Chassagne, Van Obberg, Tormagny, et, que dirigent avec art\nMM. Frigara et Chérubini. Les concerts classiques que dirige remarquablement M. René\nDoire remportent un énorme succès. Notons aux programmes : La Symphonie en la de Beet-\nhoven, Y Inachevée de Schubert, les Ouvertures de Beethoven et de Wagner, la Rapsodie Hongroise\nde Liszt, le Caprice Espagnol de Rimsky Korsakow, les Danses du Prince Igor de Borodine, la\nSymphonie Espagnole de Lalo, admirablement exécutée par M. José Porta, et les plus belles\npages anciennes et modernes de la littérature du violon et du violoncelle interprêtées par les\nexcellentes solistes Madame Coemans et M. Jamin.\nAu Casino de Vichy la saison lyrique a commencé, cette année, sous les plus heureux\nauspices. \" Nous avons eu, m'écrit notre correspondant, une série de représentations de Gala\navec Mlle Alice Raveau dans Orphée, où elle excelle ;de MUe Delna, dans la Vivandière, où\nelle sait si bien mettre en relief sa manière faite de vigueur et de précision ; de Mlle Demou-\ngeot, dans Samson et Dalila et les Barbares ou elle a manifesté amplement des sons tragiques\net vocaux, et Mme Frédéric Boyer, excellente dans Y Attaque du Moulin.\n\" Pour l'instant, on attend Mlle Kousnetzoff dont le succès a été si grand l'été dernier.\n\" Entre temps, une assez bonne représentation de Lohengrin avec Mr. Swolfs dont les\nmoyens ont paru quelque peu insuffisants malgré toute l'habileté wagnérienne dont il dispose.\n\" Aux concerts, Mr. Gaubert attire, par ses programmes habilement conçus et la virtuosité\nde sa direction, un public de plus en plus nombreux et de plus en plus accessible aux accords\nde la grande musique.\nu Le premier concert classique, qui eut lieu le 20 juin, comprenait la Symphonie en la\nde Beethoven ; le concerto en fa majeur de Bach ; un poème lyrique d'Alf. Rullmann,\nCUopâtre ou l'on put entendre Mlle G. Dauly ;la si délicieuse suite de G. Fauré, Dolly ; enfin,\npour terminer, La Napoli des Impressions d'ltalie de G. Charpentier.\nu Le deuxième concert était consacré à Saint-Saëns, enchâssé qu'il était dans la semaine\nque le Casino a organisée. Le clou en était la réaudition, si souvent réclamée depuis la mort\ndu regretté Danbé, de la très belle et très haute Symphonie en ut mineur avec orgue, qui fut\nsuperbement exécutée par notre excellent orchestre ; deux morceaux chantés par Mlle Demou-\ngeot, Pallas-Athénée et La Cloche ; Africa, morceau pour orchestre et piano tenu par le maître\nqui dirigeait en outre Phaeton aux acclamations du public enthousiaste de le voir si jeune et si\nplein de vaillance ; enfin le Déluge dont c'était la première audition à Vichy. \"\nJ'enregistre et j'applaudis.\n%\n* *\nBoulogne vient d'inaugurer sa saison avec Manon. Mr. Marcelin y retrouva tous les succès"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.72", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 1611, "texte": "dont il est coutumier salle Favart et Mme Rossi y fit valoir ses solides qualités de soprano àla\nfois dramatique et léger.\nDieppe n'a guère donné que Le Barbier de Sévi lie et un ou deux concerts où s'affirma\nla maîtrise de Mr. Monteux, la virtuosité et le classicisme du violoncelliste Bedetti et la grâce\nvocale de Mlle Vallin. Aix les Bains ne fit pas davantage non plus : Mr. Ruhlman y a tout\njuste fait entendre le violoncelliste Droeghmann et des fragments d'une œuvre inédite de Pierre\nCarolus Duran qui a pour titre : Le Joueur de n'en est encore qu'à l'instant ou\nun Casino bien tenu précise ses intentions, d'ailleurs excellentes, et dont le programme\nest tout un monde, clôture aujourd'hui le service de hors d'œuvre par quoi son Casino ouvrit\nle festin plantureux qu'il compte offrir à ses dilettanti coutumiers.\nOn s'organise, en somme, un peu partout en vue des festivités du mois d'août. Le mal-\nheur est que la pluie ne cesse pas de choir, que les pays montagneux sont pâles, que les océans\nsont gris et froids et que tout cela attriste les âmes au point de faire préférer Schopenhauer\naux chefs-d'œuvre de notre école musicale moderne.\nAussi s'explique-t-on la décision de Trouvilqui, vaillamment, représenta en quelques\njours seulement : La Mascotte, La Fille du Tambou et mélangea avec adresse les\nflonflons d'opérettes sans prétentions d'art, aux émotions faciles trop faciles de la senti-\nmentale Lakmé,de l'inégale Bohême et de l'éternelle larmoyante\nSeulement ce n'est point avec ça qu'on ramènera le sur les planches de la\ncélèbre Rue qui lui est consacrée\n\nThéophile Puget."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-07-01-c040", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-07_01#c040", "volume": "bmtnabh_1913-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 73, "image_fin": 75, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.2.20", "titre_corps": "Çà et Là", "titre_sommaire": "Çà et Là", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.73", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2879, "texte": "Çà et Là\nAU SALON DES MUSICIENS FRANÇAIS. Sous la présidence de M. Henri\nMaréchal, Inspecteur de l'Enseignement Musical, le Jury du Salon des Musiciens Français a\nvoté les récompenses suivantes : Premières médailles : MM. Louis Dumas, Gabriel Dupont,\nAndré Laporte, Léon Moreau, Achille Philip ; deuxièmes médailles : M. Paul Bazelaire,\nMlle Lili Boulanger, MM. J.-B. Ganaye, P.-S. Hérard, Mme C.-P. Simon, M. Louis Vierne ;\ntroisièmes médailles : Mme Amirian, MM. René Bruck, Marc Delmas, Albert Doyen, Roger\nde Francmesnil, Paul Ladmirault, Léo Sachs, H. Woollett ; mentions : MM. Georges Aîary,\nRené Blin, Félix Fourdrain, Marcel Noël, Mme A. Lesur. Le prochain Salon s'ouvrira\nle ler novembre 1913. Les Compositeurs devront adresser leurs œuvres au Secrétariat-Général,\n28, rue Nollet, à Paris, du ler au 25 octobre.\nEn outre, M. Valentino, chef de division de l'Enseignement musical, délégué de\nM. Léon Bérard, sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts, vint présider le premier banquet du\nSalon des Musiciens Français. A la table d'honneur on remarquait : MM. Henri Maréchal,\nprésident du Salon ; Gigout et Paul Puget, vice-présidents ; Maxime Thomas, secrétaire\ngénéral ; Jules Meunier, trésorier ; Mme Chaminade ; MM. Bourgeat, Raoul Pugno, Diémer,\nPaul Vidal, Wormser, Destenay, Dallier, Charles René, Silver, Lutz-Falkenberg, Le Borne,\nBellenot, Letocart, Jean Huré ; M'nes Fleury-Roy, Nadia Boulanger ; MM. Lyon, Léon\nMoreau, Marcel Bertrand.\nM. Henri Maréchal remercia ses innombrables collaborateurs et M. Valentino rappela\nles services considérables déjà rendus par ce Salon aux Compositeurs Français vivants. Une\nbelle ovation salua la péroraison de M. Valentino qui, ensuise, au nom de M. Barthou,\nministre de l'lnstruction Publique, décerna un certain nombre de distinctions honorifiques.\nEst-il à peine besoin d'ajouter qu'un superbe concert termina cette fête.\n* *\nL'ASSOCIATION AMICALE des Prix de piano, hommes, du Conservatoire de Paris\ncomprenant actuellement 64 membres s'est définitivement constituée à l'assemblée\ngénérale du 23 juin dernier. M. Paul Braud a été élu président, et le comité définitif se\ncompose de MM. André Wormser, Camille Bellaigue, J. Philipp, A. Reitlinger, Berny,\nV. Staub (trésorier), Ed. Risler, Ricardo Vines, Henri Schidenhelm (secrétaire), J. Morpain,\nLazare Lévy.\n* *\nLa musique française moderne sera bien représentée, les saisons prochaines, aux Etats-\nUnis. M. Campanini, directeur du Grand Opéra de Chicago, vient de traiter pour les\nreprésentations de Déjanire et Samson et Daltla de Saint-Saëns, Fervaal de d'lndy, et Pelléas et\nMélisande de Debussy. D'autre part, MM. Aborn, directeurs de la Century Opéra Company\nde New-York vont entreprendre une grande tournée aux Etats-Unis, pour y faire connaître\nSamson et Dalila chanté en langue anglaise, et probablement aussi Henry FIH de notre\nillustre maître Saint-Saëns.\n*\n* *"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.74", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3230, "texte": "La promotion de la Légion d honneur dite ** Des Gens de Lettres \" nous permet de\nféliciter très sincèrement trois de nos collaborateurs : M. J.-H. Rosny aîné, nommé officier\net M.M. A. Boschot et Louis Schneider, nommés chevaliers.\nNous adressons aussi tous nos meilleurs vœux à notre collaborateur Robert Chauvelot\ndont le mariage vient d'être célébré avec MUe Edmée Daudet, fille du grand maître\nAlphonse Daudet.\n*\n* *\nEN L'HONNEUR DE GLUCK. Notre éminent confrère de Dresde, le Dr Max\nArend, gluckiste fervent et éclairé, vient de fonder une Gluck-Gemeinde. C'est plus et mieux\nqu'une Société Gluck se mettant sous le patronage de l'illustre auteur d'Armide, c'est une\nAssociation, une Communauté esthétique s'efforçant de rendre la vie à ces œuvres admirables,\nde les éditer et de les faire exécuter dans les meilleures conditions, de retrouver l'âme qui les\na fait vivre et de leur creer un public d admirateurs compréhensifs et ardemment passionnés.\nM. Ai end part en eiiet de cette constatation, que Gluck est à peu près ignoré des\nmasses, bien qu on puisse encore, ça et la, rencontrer ses œuvres au répertoire de quelque\ntneatre. L erudit me nie ne le connaît guere que par les erreurs de l'histoire, c'est-à-dire par\nces malentendus intéressés qui provoquèrent les querelles des Piccinistes, et dont nous n'avons\ncure aujourd'hui. Or, c'est précisément après le grand mouvement romantique du XIXe siècle,\naprès la révolution wagnenenne, que 1 art classique et condensé d'un chevalier Gluck prend\ntoute son importance. A travers la sobriété des gestes et derrière la simplicité des moyens\nnous apercevons maintenant (et maintenant seulement) la puissance dramatique de cet homme\nûe theatre. En ce temps présent, ou la musique envahit et submerge la personnalité du\nmusicien, ou le langage ces sons, admirablement perfectionné, n'est plus pour beaucoup qu'un\nmoyen de parler pour ne rien dire, l'exemple d'un génie souverainement maître de soi, qui\nsubordonne exactement l'expression à la logique des sentiments, et l'imagination aux lois d'un\nStyie otfini, est salutaire et bienfaisant. Souvenons-nous de Gluck et n'oublions pas la leçon\nqu il a donne a 1 art musical ! Tel est le cri de ralliement que pousse le Gluck-Gemeinde et son\nfondateur le D AÏ end (46, Mathildenstrasse a Dresde). Faut-il ajouter que pour la modeste\ncotisation de membre (12,50 fr.) chaque adhèrent a cette propagande artistique aura droit aux\npublications de 1 CEuvie qui seront tout d abord les partitions de L?Arbre Enchanté et de\nYlnnocenza Giustificata.\n%\n. * *\nEN L HONNEUR DE BACH. On sait que nous sommes redevables de la monu-\nmentale édition des œuvres de J,S. Bach en 40 volumes, à la Bachgesellschaft. Cette société\ndissoute lorsqu elle eut rempli son rôle géant, fît place à la Neue Bachgesellschaft dont la\nmission est taire entendre les œuvres ainsi mises au jour. Celle-ci, sous la présidence du\nconseiller Kretzschmar, tiendra une de ses assises périodiques à Eisenach le 27 septembre\nprochain. On y entendra un concert de musique d église auquel le chœur de Duisbourg\nprêtera son concours, et deux concerts de musique de chambre.\n* *\nPoursuivant son œuvre profonde de moraliste et d'essayiste, Mme Aurel nous donne"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.75", "debut_caractere": 187, "fin_caractere_exclue": 2280, "texte": "aujourd'hui une manière de bréviaire sentimental La Semaine d'amour. (Edition du Mercure\nde France.), nous enseignant que nos compagnes rêvent moins de l'amour proprement dit que\nde Y amitié-passion, \"de l'étrange, de la fauve et sainte amitié \", selon son expression. o»srai u\nCe livre, riche en vues nouvelles, impératif et gracieux, invite à la méditation. Hommes\net femmes y accroîtront leur personnalité.\n* *\nLa musique française moderne à l'Opéra de Nice, la prochaine saison, sera représentée\npar les noms de Saint-Saëns, Debussy, Paul Dukas, Florent Schmitt, avec \" \"\n\" Phryne\", \" Javotte' , \" UEnfant prodigue\", \" \" \" \".\n* *\nSous le patronage de MM. C. Saint-Saëns, Th. Dubois et G. Fauré viennent d'avoir\nlieu les Examens de la Société des Musiciens de F pour l'enseignement de la Musique. Ils\nétaient jugés par MM. Chapuis, V. Staub, Tiersot, du Conservatoire, et par MM. Battala,\nCeillier, Debroux, Garés, Albert Geloso, Lortat, Péru, Sporck, Vuillemin et H. Woollett.\nOnt obtenu : I OLe diplôme de Licence pour : Charpentier\n(Senlis) mention bien ; Rousselon (Le Havre) mention ; Perronnet (Paris).\n2° Le Brevet d'Aptitude pour F Enseignement :Miles Drancourt (Le Havre)\ntrès bien ; Perrot (Paris) bien ; Cayron (Angers) bien ; Margotin (Reims) bien ; Gerber (Paris)\nbien ; Hanriot (Saint-Mandé) bien ; Lasset (Paris) ; Prudhomme (Paris) ; Rudowska (Paris) ;\nManissié (Le Havre) et Tissot (Paris).\n30 Le Brevet d'Aptitude pour F Enseignement M. Lacoste (Bordeaux) très ;\nM. F. Cadalen (Castres) très bien.\n* *\nMonsieur Gatti-Casazza, directeur général de la Metropolitan Opéra Co. de New-\nYork, vient de traiter pour l'opéra fulien du maître Gustave Charpentier.\nL'œuvre sera interprétée par M. E. Caruso, M!le Farrar et M. Dinh Gilly, dans les rôles\nprincipaux, et dirigée par M. Arturo Toscanini.\nLes décors sont exécutés par M. P. Paquereau, de Paris.\nLa première représentation aura lieu dans le courant du mois de Février prochain et\nM. Charpentier a bien voulu accepter l'invitation qui lui a été faite par la Direction du\nMetropolitan d'assister à la première de son œuvre."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-07-01-c041", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-07_01#c041", "volume": "bmtnabh_1913-07_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.2.21", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1373, "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE\nAMIS T>E LA MUSIQUE\n\\ \"\nCOMITÉ D'HONNEUR\nM. le Président de la République.\nAI. le Ministre de V Instruction\nM. le Sous-Secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts. M\nM. Gabriel Faurè, Directeur du Conservatoire.\nM. Henry Marcel, ancien Directeur des Beaux-Arts, Directeur\ndes Musées\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nPRÉSIDENTE D'HONNEUR : S. A, R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\nBUREAU\nPRESIDENT\nM. GUSTAVE BERLY, banquier.\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. LE PRINCE A. D'ARENBERG, de r Institut.\nM. Louis BARTHOU, Député, Présiden\nMinistre de V Instruction P\net des Beaux-Arts.\nM. J. ECORCHEVILLE, docteur es-lettr\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL ; M» Louis DE MORSIER.\nM. ALEXIS ROSTAND, Président du Consgh\nd ' Administration du Comptoir National\nd'Escompte de Paris.\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nSECRÉTAIRE DU CONSEIL\nM. GUSTAVE CAHEN.\nMEMBRES DU CONSEIL\nMm* ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNAC, di\nraire au ministère d\nM. LÉON BOURGEOIS, sénateur, Ministre\ndu Travail.\nM. GUSTAVE BRET.\nMME LA COMTESSE GÉRARD DE GANAY.\nM. 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M. 1913\n\nLETTRE DU MONT-DORE, par Emmanuel Chabrier. & CE QUE DISENT LES DANSES DU\n[\"RINCE IGOR, par Femand Gregh. 0 SOUVENIRS D'UN VIRTUOSE AMATEUR, par\nobert Scheffer. a CHOSES D'ASIE, par R. Chauvelot. a LES DERNIERS HARPISTES\nIRLANDAIS, par Mac Owen. LES LIVRES.\nLE MOIS, par\nE. VUILLERMOZ OLOUIS LALOY OTH. PUCET E. ANSERMET RENÉ LYR."}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.2", "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE\nAMIS T>E LA MUSIQUE\n\\ \"\nCOMITÉ D'HONNEUR\nM. le Président de la République.\nAI. le Ministre de V Instruction\nM. le Sous-Secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts. M\nM. Gabriel Faurè, Directeur du Conservatoire.\nM. Henry Marcel, ancien Directeur des Beaux-Arts, Directeur\ndes Musées\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nPRÉSIDENTE D'HONNEUR : S. A, R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\nBUREAU\nPRESIDENT\nM. GUSTAVE BERLY, banquier.\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. LE PRINCE A. D'ARENBERG, de r Institut.\nM. 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Avant hier, c. a. d. jeudi,\nMme Abry et son fils, les Firmin étant partis dès le matin pour une\nautre ballade, Mme Abry, dis-je, cette année toujours malade, arriva vers\ntrois heures, (j'étais en train de corriger des épreuves dans ma chambre),\nme dit que le temps était magnifique et qu'elle aurait été très heureuse\nque je l'accompagne en promenade ; j'ai accepté avec d'autant plus\nd'empressement que je comprenais que cette dame voulait me rendre ma\npolitesse, à moi, qui, sur sa demande à Joseph, lui avais fait de la musique\nchez le pharmacien, encore un homme aimable qui fait des remèdes pour\nrien. Nous voilà donc partis tous les trois, Mme Abry, son fils et moi ; ce\nfils a 14 ans, mais on lui en donnerait 18 ! Il fait déjà ses petits embarras\net se croit un vrai personnage, un type fin de siècle des plus curieux. Le\npays est admirable ; c'est moins imposant que Cauterets où l'on ne peut\npas bouger sans se cogner contre une montagne de 3000 m. qui vous\nobture la vue, mais c'est suffisamment dramatique et surtout délicieux.\nLe Mont Dore se trouve naturellement dans la vallée, entouré de hautes\nmontagnes qui toutes ont leurs noms, leurs petites légendes, leurs jolies"}, {"page_pdf": 4, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.4", "texte": "2\nS. I. M.\n\ncascades, leurs vais d'enfer etc. etc. et dont la plus élevée est le Pic du\nSancy, visible de partout quand il le veut bien, et dont on peut toute une\naprès midi à pied faire l'ascension, mais il ne faut pas perdre de\ntemps.\nMais n'anticipons pas. La calèche, montait, montait toujours ; et\nc'est toujours d'avant hier que je parle tout à coup, je me trouve\nen face d'un admirable panorama, qui m'est apparu d'autant plus beau\nque Mme Abry ne disait rien, voulant jouir de ma surprise. Oui, au sommet\nd'une côte, (pense que nous sommes là à 500 m. au dessus du niveau de\nde la mer), j'aperçois devant moi deux rochers immenses monter ainsi\ninsensiblement, grandir, comme de gigantesques pyramides et faire comme\ndeux sentinelles naturelles, gardant un paysage immense, à perte de vue,\navec des mamelons, des collines, des accidents de terrain, et ces terrains\nde toutes couleurs jusqu'à l'horizon, violet, rose, ressemblant à des vagues ;\ntout ça, doré, rosé, violeté par un soleil ardent —je n'ai jamais rien vu\nde plus beau. A six heures du soir, nous remontions au Mont\nDore.\nMais c'est hier que j'ai fait la plus belle excursion : les Firmin ou\nplutôt Firmin, (car Mme ne pense à rien ; elle grogne tout le temps et reste\nd'une nullité et d'une ignorance dérisoires), Firmin, voulant aller aussi\nme faire une politesse, insista tellement qu'hier, par un temps toujours\nmagnifique, nous sommes partis à 7 heures du matin, (j'avais fait mon\ntraitement, de quatre heures à 7 h. moins le quart,) pour St Nectaire. Il\ny avait dans le landau, Antoinette, les deux Firmin, le fils Abry et moi.\nAprès quatre heures de marche, ou plutôt de montées implacables, d'une\nlongueur de 15 à 16 kilom. et une heure de descente, nous arrivions vers\nonze heures au château de Murols ; je vais y venir, mais laisse-moi te\ndire que ces montagnes, que la voiture était forcée de contourner, chan-\ngeaient à chaque instant d'aspect et que conséquemment le paysage se\nrenouvelait constamment ; on trottait à des hauteurs prodigieuses avec de\nla montagne à sa gauche, du précipice à sa droite, puis on redescendait\ndes 3 et 400 mètres en faisant des zig-zags, de lacets avec accompagne-\nments de cascades, de petits gaves endiablés, de bois de sapins se ruant\nles uns sur les autres et semblant dégringoler, je ne savais plus ou jen étais ;\nje t'assure que je n'ai jamais rien vu de plus beau ; et tout le temps, je\ngueulais : ah, si ma chtite était là ; ah, si ma chtite était là ! cochon\nd'argent ! cochon d'argent ! Tu te serais positivement pâmée, ma mie et"}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.5", "texte": "LETTRE DE CHABRIER\n\n3\n\nj'étais, quoique si heureux de ce spectacle, malheureux d'une immense\njoie que tu ne partageais pas ! Enfin, ne m'en veuille pas trop, mon petit\nLouloulou.\nEnfin, nous sommes à ce château, ou plutôt au pied du château\nde Murols. Murols est un très propre petit village au bord d'un\nlac bordé naturellement par les montagnes, (car tous ces lacs sont\nplantés là à des hauteurs énormes) ; et ce lac était si calme, on voyait\njusqu'au fond. Enfin, nous sommes grimpés à ce château, en ruines\nabsolument, mais extraordinairement intéressant. Il date de 1350; il\nappartenait à deux familles, les Murols et les d'Estaing ; on a mis deux\ncents ans à le construire, et la Révolution dix minutes à le démolir ; le\nchâteau est de proportions immenses, mais il ne reste que des vestiges de\npont-levis, de mâchicoulis, de fenêtres ; cependant, en pénétrant dans\nl'intérieur, il y a encore des bouts de colonnes dorées et des dessus de\nportes ou de cheminées colorées attestant la magnificence intérieure de\ncette demeure ; il y a une poterne tout en haut et je te laisse à penser\nquelle peut être la vue abracadabrante que l'on a de là. Enfin, ce que le\nchâteau, avec son énorme et déchiquetée carcasse donne encore à mer-\nveille l'idée de ce qu'il était aux temps féodaux, surtout les combats\nacceptés et livrés, les trous par où les archers jetaient de l'huile bouillante\net des tas de cochonneries sur les arbalétriers placés en bas ; enfin, tout\nle remue-ménage idiot que tu as du voir dans les drames historiques à la\noorte St Martin, quand tu étais petite et moi aussi. Après avoir donné\na pièce à une vieille femme de l'époque, qui nous expliquait tout pêle\nmêle, nous sommes dégringolés à Murols où le landau et nous avons\nrepris la route de St Nectaire où nous arrivions à Midi un quart avec le\nventre dans les talons.\nJe vais voir la fête du 1 5 août ; bals d'enfants, course aux canards,\nimbécillités. Ce que je cherche, c'est des paysans qui dansent, et je ne les ai\npas trouvés. Ça n'a pas le chic de la Bamboula comme amusement.\nA St. Nectaire c'est une station thermale très réputée dans le pays\npour la scrofule et les maladies des femmes il n'y a que fort peu de\nmonde et dix femmes ou jeunes filles, jaunes, blêmes, avec de grosses\nlèvres vertes et des mains moites ; tu vois ça d'ici. Dix femmes pour un\ngoutteux, un goitreux ou un teigneux. Toute ma vie, naturellement, j'ai\nentendu parler de St. Nectaire, mais c'est sans grand avenir, parce que\npour y arriver, ce sont des chemins terribles, quoiqu'admirables (puisque"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.6", "texte": "4\nS. I. M.\n\nnous les parcourons pour cela) et le jeu n'en vaudrait pas la chandelle ;\nmais comme situation, c'est abasourdissant ! Il y a la vieille église romane\ntrès intéressante, huchée depuis des siècles sur une montagne de 100 mètres\n(au-dessus du village) en plein milieu dudit village. On y arrive par une\nrampe très douce. L'intérieur est fort bien conservé, mais, ces églises\nromanes, c'est de la pierre, rien que de la pierre : il n'y a pas le plus léger\nornement pour blaguer. Tu penses si j'ai voulu voir le Curé qui ne s'est\npas fait attendre et a amené vivement sa face réjouie de brave prêtre.\nC'est un bon homme dans mes prix. Il était d'un petit canton tout près\nd'Ambert. Il m'a demandé mon nom et au bout de cinq minutes nous\nbavardions comme deux pies. Il disait : comme vous êtes bien un enfant\ndu pays. Vous êtes un brave chevalier de la légion d'honneur ! ! ! C'est\nsuperbe. Bref, il m'a collé un bouquin sur la basilique de St. Nectaire, il\na mis son pataraphe en tête du volume, ce dont il grillait d'envie, et je\nlui ai glissé dans sa vieille main de compatriote 2 francs pour ses pauvres.\nIl m'aurait canonisé ! Les Firmin étaient ahuris de voir comment\nj'empaumais un prêtre dans les cinq minutes. Nous sommes redescendus\net nous n'avons pas voulu faire le grand tour pour redescendre à l'hôtel ;\nalors, pour nous raccourcir, il a fallu descendre une colline très raide\nde 150 à 200 mètres, et j'ai l'honneur de t'apprendre que je me suis\ntiré d'affaire d'une manière épatante. Antoinette, retroussée jusqu'à mi-\njambe, ainsi que Marguerite, ne pouvait pas en sortir, d'autant plus\nqu'elles étaient génées par ce sacré petit Abry qui n'a pas quinze ans,\nmais qui est intelligent comme un singe, et les regardait, tournaillait\nautour des chtites, en quête d'un bout de mollet, d'une jarretière à\nramasser ; le petit bougre les embêtait ferme et on ne pouvait pas les\nempêcher de rire ! Firmin voulait descendre debout, glissait, s'étalait,\nreglissait en se relevant et n'en sortait pas. j'ai mesuré de suite ce\nque j'avais à faire : serai-je ainsi à la montée, je n'en sais rien, mais à la\ndescente, je suis de premier ordre : je me suis tout bonnement foutu\nle cul par terre ; le gazon était sec et chaud, je ne m'offrais pas trop\nà la pente, en me tenant de travers ; et avec mon bras droit, je poussais\nmon corps devant moi, et quand je voyais que je pouvais aller trop loin,\nen me retenant au gazon, je me redressais, voyais de quel côté je devais\nobliquer et crac, je me refourrais sur mon derrière et me voilà rouli-\nroulant. Bref, je suis arrivé très chiquement en escaladant quelques gros\nrochers, jusqu'au bord de la route, sans jamais me retourner mais ils"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.7", "texte": "LETTRE DE CHABRIER\n5\n\nétaient encore assez loin de moi. En arrivant sur la grand route, des per-\nsonnes que je ne connais pas, mais qui m'ont paru fort distinguées, m'ont\nchaudement félicité. Enfin, la Smalah s'est reformée, et nous sommes\narrivés à l'hôtel où nous avions laissé nos affaires, car la chaleur était\naccablante, (nous étions, il y a huit jours au dessous de zéro). J'ai joué\nquelques rocamboles sur le clavecin du salon de compagnie, devant trois\ndames laides et sur le retour, quelques demoiselles en saindoux, et un\njeune collégien qui avait des lèvres comme des rebords de pot de chambre\net qui riait, le salaud, en découvrant une horrible mâchoire de gorille,\navec d'énormes dents de cheval et des gencives sanguinolentes. J'ai connu\ndeux hures dans ce genre là, celle de Dujardin, et celle de Godard. Ça\nfait la troisième et ça fait assez. Après, quelques tournées de limonade\nqui ont fait soudain beaucoup d'effet à ces dames ; T'ai je dit que\nFirmin a payé tout le temps ; que chaque fois que je faisais mine de\nvouloir payer, il me foutait mon porte monnaie par terre, par drôlerie.\nDu reste, excessivement attentionné, gentil, aux petits soins pour moi ;\nil est très correct et plein de cœur. J'aurai un tas de choses à te raconter,\nmais je préfère ne pas les écrire. Ce sera pour quand nous serons tous\nles deux.\nEnfin, les deux chevaux font tinter leurs grelots, nous montons\nen voiture et nous voilà partis nous sommes revenus par le même\nchemin, en contournant les mêmes montagnes énormes ;• au pas les\nlongues montées, au large trot les descentes. Nous avons admiré à nou-\nveau les admirables panoramas de ce beau pays, (je t'assure, sans blague,\ntu n'aurais pas démarré de t'extasier, de 7 heures du matin à 8 heures\ndu soir) après nous être entourés tous dans nos manteaux, car la\nfraîcheur arrivait, mais si doucement, mais elle vous apportait à sentir\nde si exquis parfums de foins coupés et ces parfums semblaient venir\ndu large, comme en mer, tant c'était puissant, pénétrant, enfin, c'était\ntoute la transpiration de cette chaude journée qui nous enveloppait : il\nn'y a pas à dire, c'était une impression délicieuse ; et, sur ces versants de\nmontagnes, dont nous quittions l'une pour en retrouver une autre encore ;\ntandis que le soir tombait on voyait, d'immenses troupeaux de génisses,\npresque toutes couleur acajou qui, de la haute cime et décrivant des\ncercles capricieux, dévalaient jusqu'à la base de la montagne. On entendait,\ncomme de très loin, la musique de leurs clochettes au cou, qui ont\ntoutes le même son, et titinnabulaient avec de petits rythmes mystérieux,"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.8", "texte": "6\nS. I. M.\n\npuis des appels de bergers et de chèvres, éperdus, parcourant ces\nimmenses nappes arrosées de gazon d'un vert plus sombre, car le soir\ntombait encore. Et la petite voiture roulante du berger, tout en bois\nblanc, les roues pleines, que les bœufs poussent et dans laquelle il couche,\nle vieux ou le jeune berger, dans les étoiles ou les tempêtes, mais\ntoujours immuable, immobile dans sa grande limousine, toujours silen-\ncieux, regardant quoi ? des choses admirables : c'est un veinard. Et il\ncouche là, le petit berger ou le vieux, pendant des huit ou dix jours de\nsuite avec son immense troupeau. En voilà un qui ne reçoit pas VEcho\nde 'Paris,mais il est de par le Destin abonné àla contemplation des\nspectacles toujours renouvelés de la marche du temps; et vrai ! quand on a\nvu de si belles choses, on ne peut qu'envier des gens, qui, n'ayant ni\npréoccupations ni soucis, ne connaissant qu'une vie invariablement la\nmême, peuvent regarder ça ! ils sont heureux, c'est inévitable.\nvoila !!!!!!! et enfin, il y a l'hiver, avec 40 à 45 pieds de neige partout.\nImpossible de Taire nulle trace, nul voyage, rien ; la maison, la masure,\nle toit de chaume y compris la petite voiture de berger, tout ça dort d'un\nimplacable sommeil de dix mois ; sans sortir. Malheur à qui sortirait ; il\nne s'y reconnaitrait plus à 20 pas de sa maison et les longues et dange-\nreuses routes sont semées de croix, c'est un voyageur égaré qui est mort\nlà, enveloppé par un tourbillon de neige, roulé là dedans comme une\ncigarette et lancé au loin. Un petit trou blanc où il s'enfonce ; de la neige\nencore pour boucher le petit trou blanc et c'est fini...\nEn voilà des affaires, dirait la mère Tonnelier qui se fout du style\nroman et d'un chien de berger comme ah, et les chiens de la mère\nGatien, et le serin, dont tu m'as parlé un jour. Comment, Maman, nous\navons un serin ? déjà cordonnier.\nAh, tu diras à Marcel que quand on cautérise une femme du monde\nou la dernière des fripouilles, c'est toujours la même orthographe, on\ncautérise, on ne cotérise pas. Je crois inutile d'ajouter que le Cautère\ns'écrit avec au. Remercie-le de sa lettre qui m'a fait plaisir ; qu'il\ncontinue à s'intéresser aux choses sérieuses ; il faut en finir avec ce travail\nimplacable ; il n'est pas au bout de ses peines, ni moi non plus ; mais j'ai\n33 ans de plus que lui et je commence à m'exaspérer que mon tour ne\nfinisse jamais.\nDemain dimanche, déjeûner avec Lamoureux à la Bourboule, car la\npauvre Mme Lamoureux était venue me voir hier au Mont Dore avec"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.9", "texte": "LETTRE DE CHABRIER\n7\n\nMiss Picot et Chariot, et j'ai raté sa visite puisque je me pâmais à\nSt. Nectaire.\nAprès demain, détails.\nJ'espère que tu peux te coller un petit cognac pour faire passer tout\ncela.\nA vous tous, ah mon Dieu ! je t'embrasse bien, ma petite femme !\n\nLe loup Emmanuel."}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.10", "texte": "CE QUE DISENT LES DANSES DU PRINCE IGOR\n\nIl est humain qu'on soit rassasié de ce qu'on a goûté avec le plus\nde délices ; et il est bien sûr que nous nous lasserons un jour des ballets\nrusses. Mais, je l'avoue, la plupart m'ont semblé cette année encore\ninépuisables en beautés et en leçons. Je voudrais même noter ici briève-\nment ce que l'un de ces spectacles, revu avec un enthousiasme aussi\nfervent que la première fois, m'a raconté dans sa langue merveilleuse de\nsons et de gestes.\nQu'on hésite à choisir entre trois ou quatre de ces chefs-d'œuvre, je\nle conçois ; mais, pour moi, mon choix a ete fait des la première annee.\nSans doute Schéhérazade joint la volupté au meurtre, en un bouquet idéal\nque noue l'écharpe de la plus langoureuse et fière musique. Sans\ndoute, L'Oiseau de Feu,ce conte de nourrice moscovite du grand musicien\nqu'est Igor Stravinsky, évapore, avec un fort parfum oriental, toute\nl'essence poétique de notre Belle au Bois Dormant, que nous envoient par\nbouffées les palpitations prisonnières de l'adorable Karsavina, oiseau\nfemme aux bras plus souples que des ailes. Sans doute,\nRose, concis et plein comme un poème de notre Gautier qui l'a inspiré,\napporte dans l'infini sensuel de l'Orient une sorte de brève perfection,"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.11", "texte": "CE QUE DISENT LES DANSES\n9\n\n(dirai-je latine), tandis que cPetrouchkanous offre, dans une espèce de Boilly\nslave, ce paradoxe exquis : de la Comédie italienne russifiée. —Je viens\nde citer, à mon avis, les plus belles réalisations des ballets russes. Mais les\nDanses du Grince Igor les dépassent par une primitivité ardente et triste\nqui va aux profondeurs de l'être.\nÇa été, dans la révélation de ces spectacles, une révélation particu-\nlière. Je me rappelle, voici quelques années, quand le rideau baissa pour la\npremière fois sur l'harmonieux désordre immobilisé : il y avait une sorte\nde gratitude émerveillée dans l'acclamation. Dire qu'avec quelques corps\nagités en cadence sur quelques accords de cuivres, de cordes et de bois,\non pouvait faire une telle beauté, si évidente, si immédiate, et si\nuniverselle !\nLa musique de ces danses, d'abord, est admirable. Elle a toute la\nmélancolie sauvage des horizons petits-russiens, et tout le déchaînement\nd une fantasia cosaque. C'est une ligne droite sur laquelle monte une\nflamme. Et le rythme y est quelque chose d'élémental. Il naît de plus loin\nque le cerveau du musicien, du profond d'une race où il a été scandé par\nles choses mêmes. On sent qu'à ce rythme ont collaboré le galop des\nchevaux domptes sur l'herbe rare de la prairie et les secousses des\nspasmes amoureux sous les étoiles. Et là-dessus flotte, comme une gaze\nqu on balance, l'ondulation orientale, la morbidesse délicieuse et volup-\ntueuse des slaves.\nMais cette musique déjà admirable, la danse la sublime ; elle en\nprend les thèmes comme des tremplins d'or ; là où les autres arts,\nharmonie et plastique, arrivaient elle en bondit.\nQuand, après les nostalgiques cantilènes des femmes, tristes comme\nle steppe au crépuscule, les hommes, s'avançent en horde bariolée, arcs\nen mains, et commencent a trépigner du délire pyrrhique ; quand les\nlignes de leur ballet guerrier s'entrecroisent, se recoupent, et se confon-\ndent, et que de temps en temps leur masse multicolore lance et darde,\ndirait-on, son chef plus agile, dans un geste de joie frénétique vers le ciel\nqui est presque un geste d'obsécration ; quand tous ensemble ils frappent\nde la corne de leurs arcs la terre natale comme pour en faire jaillir la Force\nlatente, puis dune fleche invisible que 1 on suit dans les frises, visent le fir-\nmament inconnu ou se cache leur Dieu, c'est vraiment, de tous ces corps\nunanimement possédés du même génie, l'Ame originelle d'un peuple qui se\ne§aêe* On évoqué, plus loin que la Russie d'aujourd'hui, d'où ces danseurs"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.12", "texte": "10\nS. I. M.\n\nnous sont venus, plus loin que la Polovtsie où se passe le drame d'où elles\nsont tirées, on évoque la Scythie même, la lointaine Scythie, la Scythie\nbarbare et merveilleuse, et par où la danse russe rejoint l'orchestique\ngrecque. Oui, à Tomes, au bord de l'lster, Ovide nourri du lait des juments\na dû entendre ces mélopées et assister à ces jeux de guerre, auprès des foyers\nfumants sur la plaine horizontale, par les premiers jours de printemps où la\ntristesse âpre de l'hiver fond en langueur et en folie. Et ces femmes qui\ntournent sur elles-mêmes, leurs pieds bottés de courtes bottes rouges, elles\nont déchiré jadis Orphée aux rives de THèbre: un peu de son sang apol-\nlinien leur en est sans doute resté aux doigts, et c'est ce sang sacré\nqui, insinué dans leurs veines, cadence encore leurs pas sauvages et les\nordonne en beauté. Mais surtout dans la strette finale, dans cette espèce\nde charge par rangs renaissante et triplée (invention admirable de\nM. Fokine), lorsque tous les danseurs se jettent en bondissant vers les\nspectateurs, c'est du fond des temps qu'ils semblent se précipiter en une\nmigration soudaine, avec leurs femmes, avec leurs armes, avec, invisibles\nautour d'eux mais que l'on imagine, leurs animaux et leurs tentes de cuir\net leurs chariots aux roues massives; et lorsque ils s'arrêtent à la rampe en\nhaletant et en nous regardant, ce sont deux moments de l'humanité qui\nse confrontent...\nDanse, fête des gestes et des attitudes, gloire du mouvement, fonc-\ntionnement instantané et parfait des muscles innombrables, instant les plus\nbeaux avec la minute de l'amour de cette périssable chair humaine,\néquilibre trouvé, rompu, repris, comme l'histoire des hommes et peut-\nêtre celle des mondes ; danse, transfiguration physique, extase du\ncorps danse que tous les poètes ont aimée, devinant en toi par un\nsûr instinct la sœur charnelle de la poésie, tu es venue nous faire\nsouvenir, en dépit de tous les mots pédants, que l'art est une chose\ntrès simple, très primitive, enfantine même, et que c'est de cela qu'est\nfaite sa puissance. Sois-en remerciée ! Et vous en particulier, merveil-\nleuses Danses du Prince Igor, vous ne nous avez pas seulement charmés,\net, davantage, émus ; vous avez augmenté l'idée que nous avions du pays\nd'où vous venez. Vous nous avez fait sentir combien les Russes sont\nvraiment un peuple jeune, et quel avenir immense ils ont devant eux,"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.13", "texte": "CE QUE DISENT LES DANSES\n11\n\nimmense comme leur pays sur la carte. Affleurant à peine de la barbarie\net déjà raffinés, rustres en bas, presque morbides en haut, ils nous font\npenser au XVIe siècle français, aux Valois grossiers et artistes, mangeant\navec leurs doigts et cousus de perles. Ils ont encore devant eux tout ce que\nnous avons derrière nous, la lente ascension vers la perfection, la matu-\nration de leur jeune génie encore vert, le classicisme. Mais déjà leurs coups\nd'essai révèlent un grand peuple aux virtualités infinies. Danses, vous êtes\nl'avant-printemps d'une nation qui a déjà commencé à nous donner dans\nla musique, ce premier chant de toutes les races, et dans les lettres, leur\nsecond aveu, un art absolument original. Et même qu'on ne s'étonne\npas de cette idée : pour qui essaie de voir de haut, tout se répond dans\nle génie d'un peuple, et d'ailleurs, il n'y a ni haut ni bas dans les âmes\npas plus que dans le ciel, ces danses révèlent de telles puissances\nvierges de douleur et de joies, une telle vitalité, une telle naïveté, une telle\nfoi, en un mot, qu'on peut se demander même si le peuple qui s'exprime\nen elles ne possède pas le secret de cette auguste ingénuité qui crée le\nDivin, et ne sera pas apte à lui donner, un jour, la forme nouvelle que\nvont réclamer nos races plus anciennes, en nos temps déjà trop mûrs sur\nl'arbre du destin.\n\nFernand Gregh."}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.14", "texte": "C'est un instrument un peu magique que le violon. Dans son corps\nexigu, mais de proportions parfaites, habitent des voix diverses et mer-\nveilleuses. Il est à lui seul, par le génie des luthiers italiens, sous les\ndoigts et l'archet du virtuose vainqueur, un quatuor aux timbres diffé-\nrenciés ; il évoque aussi le son de la flûte et du hautbois. La polyphonie,\nque ne tolère guère le violoncelle, lui est permise. Sébastien Bach put lui\nconfier des fugues et sa grande chaconne. Il a une âme qui épouse celle\nde l'exécutant. Il se laisse caresser par elle et lui rend la caresse. C'est le\nplus vivant de tous les instruments ; c'en est aussi le plus tendre et le\nplus ombrageux. Il ne se livre qu'à celui qui, épris de lui passionnément,\nsut d'abord le maîtriser. Il déteste l'artiste médiocre, et grince à son\nappel. C'est un aristocrate. Il ne servira que le plus digne, mais pour en\nfaire un roi.\n*\nComment il m'arriva, destiné aux lettres, mais également acquis à\nla musique, de pratiquer avec zèle l'étude du violon, cela est une autre\nhistoire, et je ne voudrais ici que simplement retracer quelques souvenirs\nd'un littérateur qui fit vibrer la chanterelle.\nTout jeune homme, en possession d'un certain mécanisme, indis-\npensable en l'occurence, j'eus l'heur d'être pendant un an élève de\nJoachim, élève qui avait tout à apprendre, mais élève privilégié, car en\ndehors de la \" Hochschule \" de Berlin, où il professait, Joachim me\nrecevait dans l'intimité.\njoachim avait alors 55 ans. Il n'était plus le pur virtuose, il n'était\npas encore uniquement le chef de quatuor, que Paris entendit dans ses\ndernières années, admirable, mais sujet à des défaillances. Il était le\n\" musicien \" avant tout, mais sa maîtrise restait absolue, et il méritait"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.15", "texte": "SOUVENIRS\n\n13\n\nd'être appelé \"le roi des violonistes Elevé dans l'entourage de Mendels-\nsohn, sa culture était considérable et ne se limitait point a la musique.\nVolontiers citait-il Montaigne dans le texte et prouvait-il avoir étudié de\nsolides auteurs. Néanmoins, il est probable que l'influence exercée sur lui\npar Mendelssohn ne fut pas entièrement heureuse : elle contribua à\nrétrécir son horizon musical, à développer en lui un certain pédantisme.\nA Berlin, il était celui qui opposait la tradition classique aux novateurs,\nBrahms à Wagner; et de la \" Hochschule \" qu'il dirigeait, il avait fait,\navec la complicité du bachiste Philippe Spitta, la citadelle des réaction-\nnaires. Il vouait également au désuet Spohr un culte fâcheux qu'il\nimposait à ses élèves. A part cela, son enseignement s'avérait supérieur,\nson exécution magistrale témoignait d'une compréhension approfondie\net scrupuleuse de l'œuvre qu'il interprétait. Comme il s'identifiait\navec la pensée du compositeur, s'interdisant d'y projeter sa propre\npersonnalité, maintes fois on lui reprocha de la froideur. Au vrai, il\nsaturait de sa sensibilité un ensemble, mais évitait qu'elle débordât\nbrusquement. C'était un principe chez lui, et qu'il enseignait à ses élèves.\n\" Beaucoup de tempérament, disait-il à tel d'entre eux, mais cela est\ntout extérieur. Vous jouez avec vos nerfs, et non avec votre pensée.\nRépartissez également votre âme, occupez-vous pieusement de l'ensemble\nau lieu de briller dans le passage qui vous séduit particulièrement. \" Et\nde fait, d'un archet émotif il donnait à chaque détail son exacte valeur.\nAussi, comme professeur, il était redoutable. Un passage, en apparence\ninsignifiant, il le faisait inlassablement répéter. \" Du rythme !... \" inti-\nmait-il. Et ce mot de rythme revenait à chaque instant sur ses levres, y\nrevêtant une énorme signification. Puis c était 1 accent, 1 intonation, la\nnuance, la compréhension musicale, tout un enseignement méticuleux,\noù, je le crains, les médiocres trouvaient mieux leur profit que les\nnatures douées d'originalité. Celle-ci, il semblait que Joachim cherchât a\nl'étouffer, comme contraire à une rigoureuse interprétation musicale. Et\nsi les élèves qu'il forma entièrement furent bons, il n en est pas d extra-\nordinaires.\nEt pourtant, son exemple fascinait. Car, malgré tout, il était excep-\ntionnel. Son coup d'archet, d'une facilite, d une souplesse, dirai-je d une\nprodigieuse longueur, émerveillait. Sa main gauche se jouait des difficultés.\nAussi put-il composer un concerto, dit hongrois, le plus long qui existe,\nque lui seul a jamais su rendre convenablement. Par contre, le bibelot de"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.16", "texte": "14\ns. 1. M.\n\nvirtuose n'était pas son fait. Il lui manquait cette fantaisie, cette grâce\nqui d'un Sarasate faisait un charmeur dans le difficile et le menu.\nDe haute stature, large d'épaules, sérieux, imposant, immobile de\ncorps, il officiait en public. Les musiciens étaient des dieux que prêchait\nson stradivari. Il ne songeait pas à son succès personnel. Il voulait per-\nsuader l'auditeur. Il lui arrivait de le subjuguer. Le concerto de Beet-\nhoven, qu'il compliqua de formidables cadences, la chaconne de Bach, le\nprélude en mi-majeur du même maître, le concerto en la de Viotti, celui\nde Mozart, il les faisait jaillir dans une incomparable pureté, cristalline\net sonore.\nIl traitait la musique en amoureux qui a pénétré tous les mystères\nd'une maîtresse compliquée, et l'adorant, la respecte. J'oserai dire qu'il la\nrespectait parfois trop.\nA certains moments où, dans le particulier, il se livrait, superposant\nson âme à celle du compositeur, il émouvait de façon plus humaine, son\narchet entrait en plein cœur, au lieu de n'attaquer que le cerveau. Ce fut\nle plus probe des virtuoses violonistes, celui dont l'exemple nous délivra\nde la virtuosité pour elle-même, et s'il en est de plus passionnants, il n'en\nfut pas de meilleur.\nPour montrer avec quelle conscience bienveillante il s'acquittait de\nsa tâche d'instructeur, je transcris ici, en la traduisant, une lettre qu'il\nm'écrivit, alors que tout jeune homme, je sollicitais son appui et ses\nconseils.\nFriedrich-Wilhelmstrasse, 5\n8 Juillet 1885.\nCher monsieur Scheffer,\nComme vous, je commence par m'excuser, d'abord de ne pas vous répondre\ndans votre langue ; mais avant tout d'avoir laissé s'écouler trois semaines avant de\nrépondre à vos lignes. Dans l'intervalle, vous avez allumé en moi des charbons\nardents par votre télégramme et celui de vos chers parents, à l'occasion de mon\nanniversaire, télégramme qui m'a causé une grande joie, et dont je vous remercie,\nvous et les vôtres, de tout cœur.\nCette semaine, j'ai été extrêmement occupé, par deux grandes représentations\nde la Hochschule(l'une, théâtrale, avec le 2me acte du Tell de Rossini, le 2me du\nVaisseau fantôme, et le 2me des Noces de Figaro ; l'autre, en l'honneur de Weber,\navec ses compositions). De plus, j'avais à prendre part, comme chef d'orchestre et\ncompositeur, à l'Exposition artistique et à une fête d'art. A présent, je vais\nréfléchir à exaucer votre vœu concernant Schumann. Je comprends que le travail"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.17", "texte": "SOUVENIRS\n*5\n\nen question vous soit agréable et utile, et je veux vous y aider. D'abord, j'écrirai\nà Mme Clara Schumann, qui actuellement réside à Franzensbad (Bohème, et lui\ndire que je reconnais en vous l'amour nécessaire et les capacités pour approfondir\nvotre tâche. 1 Voulez-vous ensuite vous-même lui écrire ? Car je ne me représente\npas bien l'aide que vous attendez d'elle dans votre projet. Je doute qu'elle veuille\nmettre à votre disposition des manuscrits inédits, puisque, notoirement, elle a\ndans l'idée de publier elle-même, en leur temps, les lettres de Schumann. L'adresse\nde Mme Schumann sera, la semaine prochaine : Connaissez-\nvous l'article de Spitta sur Schumann, Grove's Dictionnary ? Il est excellent ! De\nmême le livre de Jansen sur les \" Davidsbùndler Votre article sur la \" vie\nmusicale à Paris \" m'a beaucoup intéressé, et de même votre composition. Mais\ncette dernière me fait trop entrevoir qu'il vous faut avant tout \" piocher \" sans\nrépit l'étude de la composition musicale. L'harmonie et la conduite des voix\nlaissent trop à désirer. Des théories esthétiques sont insuffisantes pour exercer une\naction durable en tant que critique d'art... Pardonnez-moi cet avis amical, et\ndites-moi bientôt que vous le prenez à cœur.\nVotre très sincèrement dévoué\nJOSEPH JOACHIM.\n%\n* *\nPar le moyen de la toute-puissante musique, il me fut permis,\nquelques années plus tard, à Moscou, de pénétrer dans l'intimité de\nLéon Tolstoy.\nEn 1886, Léon Tolstoy se trouvait au début de sa carrière aposto-\nlique, mais l'art l'intéressait encore. Il habitait Hamonitchevsky-peréoulok\nune maison assez vaste, ou il occupait, au rez-de-chaussée, une chambre\nfort nue dans laquelle un établi de bottier voisinait avec la table de\ntravail. Mais, de sa large stature, Tolstoy emplissait, magnifiait la\nchambre, et, costume en paysan, il était tout-à-fait grand-seigneur de\nmaintien, la physionomie empreinte d'une sorte de bonté chagrine, un\npeu distante, un peu méfiante. Sans doute, et pour cause, présenté par\ndes parents a moi, amis de sa famille, ne me confondit-il pas avec les\nimportuns reporters habituels. Ma jeunesse émue, inexpérimentée, put\nle toucher, car il se dérida, et la conversation s'engagea, paternelle de sa\npart, timide de la mienne. Mais lorsqu'il apprit que j'étais musicien,\nvoire violoniste, toute sa bienveillance me fut acquise. Et j'entends encore\nl'inflexion persuasive de sa voix :\n\n1 II s'agissait d'un article sur Schumann."}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.18", "texte": "16\nS. I. M.\n\nOh, moi qui ne vais jamais à la salle de concerts, où l'on me\ncontraint d'écouter auprès de choses que j'aime, des choses que je n'aime\npas, voudriez-vous faire un peu de musique, chez moi, pour moi ?\nSi, ravi, j'acquiesçai à la proposition, j'en fus aussitôt récompensé.\nTolstoy me conduisit aux appartements supérieurs pour me présenter à\nla comtesse, sa femme, à ses enfants. Or, sitôt qu'on vous admet, il n'est\npoint d'accueil plus cordial qu'en Russie. L'atmosphère est immédiate-\nment familiale et sympathique, et c'est un des souvenirs qui m'émeuvent,\ncette station dans les salons hospitaliers de l'homme simple et illustre, et\nla bonne grâce de tous ceux qui l'entouraient.\nPeu de peuples sont sensibles à la musique comme les Russes. Leur\nâme est une harpe éolienne qui vibre, non sans mélancolie. Ils subissent\nla volupté des sons comme une douleur raffinée, sans s'en cacher et sans\nraisonner. Leur exaltation se manifeste sans vergogne aux endroits pathé-\ntiques par des larmes et le grand artiste exécutant est leur idole. Diffé-\nrence de race : en France, l'idole c'est le cabotin, en Espagne, le matador,\nen Allemagne, le porte-sabre...\nLes portes du salon restées grandes ouvertes, le personnel, en pitto-\nresque costume petit-russien, se pressait sur le palier et, par interjections\nattendries, approuvait, tandis que piano et violon mariaient leurs har-\nmonies. Tolstoy, lui, s'enfiévrait. Appuyé sur une canne qu'exigeaient ses\nrhumatismes, il arpentait, dans les intervalles de silence, la pièce, énonçait\nses prédilections : Haydn, Mozart, Weber, Chopin, déclarant en passant\nl'opéra chose absurde et Wagner le comble du ridicule : \"La musique\nde Wagner plonge dans un malaise général. Il débute par une rémi-\nniscence, puis la mélodie disparaît, reparaît comme pour vous taquiner.\nIl vous donne la mélodie, puis vous la retire. L'idée de Wagner est\npuérile de faire d'un conte de fées un drame. C'est comme si un\nsculpteur se proposait de dresser la statue de Pouchkine sur un rocher et\nde grouper sur les gradins les fantômes en pierre de ses œuvres. \" 1\nMais nous vînmes à exécuter la neuvième Sonate de Beethoven,\ncelle à Kreutzer, et les variations de l'andante le firent pleurer. Il voulut\ns'asseoir au piano, accompager le thème ; ses doigts inhabiles s'y refu-\nsaient, et son obstination était touchante. Je ne sais à propos de quel\n\n1 Transcrit littéralement de mon carnet de notes. Je pourrais multiplier des citations analogues,\nmais Tolstoy ayant ultérieurement, hélas, développé ses invariables idées sur l'art, mes notes sembleraient\ndes redites."}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.19", "texte": "2\n\nSOUVENIRS\n17\n\ncompositeur il émit : \"La musique moderne est trop passionnée, elle\nn'est pas chaste. \" Mais il n'oublia point cet aphorisme, et l'amalgamant\nassez étrangement à la sublime sonate, il écrivit peu de temps plus tard,\nson roman : \" La Sonate a Kreutzer.\"\n*\n* *\nUne faveur du sort fut-ce essentiellement une faveur ? me\npromut à l'âge de vingt-trois ans au poste de secrétaire particulier de\nS. M. la reine Elisabeth de Roumanie. De mes fonctions, ce n'est pas ici\nle lieu de parler, mais, il peut être intéressant de montrer la reine musi-\ncienne, élève véhémente de Rubinstein et artiste, à la manière allemande.\nCarmen Sylva avait alors passé la quarantaine. Pour la France, elle\nétait l'auteur des \" Pensées d'une reine\", pour l'Allemagne, elle'était\nromancière et poete lyrique et dramatique, aux yeux de l'Europe, elle\nportait deux couionnes interchangeables, 1 une decernée par les muses,\n1 autre imposée pai son époux et souverain. Elle était peintre et enlumi-\nnait inlassablement un missel destiné à l'église historique de Curtea\nd'Ardgesch, restaurée à la manière de Viollet-le-Duc par M. Leconte\ndu Nouy. On savait moins dans le public qu'elle pratiquait le chant et le\npiano, si les altistes n egnoraient pas qu ils avaient en elle une protectrice\navertie.\nLa première fois qu'elle me demanda car d'une exquise bonté\nelle demandait avec une grâce particulière de l'accompagner au piano,\navouerai-je mon appréhension ? Ça risquait de marcher très mal, et avec\nune majesté, l'étiquette exige de ne s'exprimer, quoiqu'on en ait, que par\ndes formules laudatives.... Oh, je dirai tout de suite que je fût bien vite\nrassuré, et que dès les premières mesures, les âmes furent à l'unisson, Bach\nfut magistralement interprété par la souveraine. A vrai dire, j'avais été\nprévenu par une amie de la reine, feue la princesse Hélène Bibesco, elle-\nmême exécutante remarquable, que Carmen Sylva, méritait l'admiration\npour sa culture et sa nature musicales. Mais, véritablement, l'éloge n'était\npas une flatterie.\nDeux pianos à queue occupaient le grand salon sévère, orné de\ntableaux anciens, recevant le jour d'en haut, communiquant avec une\nserre et d'autres pièces plus petites, riches de tapis orientaux, où la reine\nrecevait en audience, où, aux heures de loisir, elle évoquait au clavier, les"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.20", "texte": "18\nS. I. M.\n\nmaîtres. Le premier matin, peu accoutumé encore à ses manières simples\ndans l'intimité, ie fus un peu effaré en entrant dans le salon, de trouver\nsa Majesté, les cheveux épandus sur le dos, assise par terre, et d'une\nmain alerte, démolissant la grande édition Breitkopf et Haertel des\nœuvres de Bach, aux fins d'y découvrir ses Sonates pour piano et violon.\n\" Nous allons commencer par là, voulez-vous ? fit-elle. Bach et\nBeethoven sont mes dieux. Et, ajouta-t-elle en souriant, les artistes sont\nmes enfants. \"\nDonc, par les dieux nous commençâmes, et l'hommage que leur\nrendit la reine fut passionné, intelligent aussi, sinon toujours coriect.\nElle avait de la fougue et de la force, le sens exact du rythme, des\ndoigts qui connurent une rigoureuse discipline. Le gout chez elle était\nmoins sur que ne prépondérait le tempérament. Elle jouait royalement,\nen reine, je veux dire, pour qui les difficultés n'existent pas, mais aussi\navec une autorité incontestable. Carmen Sylva a une ame tragique, et\nc'est le tragique en musique qui surtout l'émouvait. Néanmoins, le\ncharme céleste de Mozart la pénétrait, sans que, trop impatiente et\nvibrante peut-être, elle put en exprimer la délicatesse, en rendre ces\nnuances de mer méridionale où, le soleil se couchant, les eaux sont paisibles\net prismatiques à l'horizon, d'un bleu profond près du rivage. Elle aimait\nà se pencher sur les abîmes de Scnumann : je crains qu elle n eut une\nprédilection pour les \" deux grenadiers \", qui pourtant ne sont pas le\nchef d'œuvre du maître. Car, elle chantait, d'une voix plus forte que\ntoujours juste et ou l'inspiration remplaçait la méthode. Les prefeiences\nde Carmen Sylva n'allaient pas à Wagner du moins la vis-je revenir\ndu Bayreuth fort peu enthousiasmée de Parsifal. Au contraire, un épigone\nwagnérien, M. Auguste Bungert était le metteur en musique attitré de\nses poèmes, et elle le jugeait pourvu de génie. Certaine banalité, je le\ncrains, n'était pas pour lui déplaire.\nC'est à Castel-Pélesch, résidence d'été, que la reine de Roumanie a\ninstallé sa véritable salle de musique. Les Carpathes altiers encadrent a\nsouhait le château, l'ombragent de leurs intangibles verdures, sur lesquelles\nil arrive que plane un aigle, superbement. La salle de musique, entière-\nment revêtue de boiseries sonores, garnie de stalles médiévales, obscurcie\nde vitraux, s'enorgueillit d'un orgue, où Carmen Sylva, vetue de blanc,\naimait à préluder, d'aucune fois à soutenir les accents du violon dans les\nœuvres de Sébastien Bach. Je n'irai pas jusqu'à affirmer que l'instrument"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.21", "texte": "SOUVENIRS\n19\n\nlui fût parfaitement soumis, et les registres annonçaient parfois des\ndéfaillances, voire manifestaient de l'irritation... Néanmoins, le spectacle\nde la reine s'efforçant de dompter les voix rebelles avait sa beauté. Et\nc'est ainsi que Pierre Loti, hôte de leurs majestés, accueilli avec enthou-\nsiasme, entrevit pour la première fois, un soir d'automne, Carmen Sylva,\nrobée de soie blanche, entourée de ses demoiselles en costume national,\nimprovisant à l'orgue des réminiscences classiques...\nPierre Loti, dont le sens musical est très affiné, devait connaître\nensuite l'intimité du boudoir royal, où un piano carré se dissimulait sous\ndu brocart. Là, il fit chanter de façon délicieuse d'étranges mélodies\ntahitiennes. A l'écouter, la somptueuse tristesse d'un soleil couchant orien-\ntal pénétrant dans l'aristocratique \" studio \", on était transporté très loin\nsur les plages du Pacifique. Oui, le soir tombait, et de l'autre côté de la\nlarge glace sans tain ouverte sur la colline, un sapin centenaire semblait\nvibrer aux bizarres et funèbres mélodies que développaient les mains du\nromancier. La reine, dans son fauteuil évoquait des visions. Emue, elle\nsavait ne pas parler...\nCarmen Sylva recevait volontiers et familièrement les artistes.\nJ'ajouterai que maints d'entre eux ne se montrèrent pas toujours dignes\nde la faveur qui leur était échue, parfois par mon entremise ; mais\nj'éviterai de les nommer.\nIl y eut des épisodes amusants. Le violoniste Jeno Hubay exécutait\navec brio des danses de sa composition. Cela se passait à Castel-Pélesch,\ndans la salle de musique qui est contiguë aux appartements privés du roi.\nBrusquement la porte s'ouvre et le roi, fort irrité, paraît, et s'adressant à\nla reine :\nQue signifie ce bruit ? fait-il. Il y a conseil des ministres !\nEt se retire.\nAvec candeur, Jenô Hubay me demande :\nQuel est ce général ?\nPaderewsky, qui n'était pas encore illustre, fut également l'hôte du\npalais, à Bucarest. Je ne le contristerai pas en constatant que son succès\ny fut médiocre. Son talent n'était pas en cause, mais il arrivait précédé\nd'une réclame maladroitement amie, qui lui nuisit. Se souvient-il que\ndans ma maison, j'eus l'honneur de jouer avec lui une sonate de Beethoven\nque depuis, et tant que j'ai tenu le violon, je n'ai jamais voulu rejouer.\n(Op. 12, n° i.)"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.22", "texte": "20\nS. I. M.\n\nPour conclure ces petits souvenirs, je voudrais rappeler, à titre de\ncuriosité princière, une soirée qui eut lieu au château de Sigmaringen,\nchez le prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, ancien prétendant\nau trône d'Espagne.\nOn revenait d'Angleterre où j'avais accompagné la reine de Rou-\nmanie à Balmoral. La reine Victoria n'avait pas fait montre de ses talents\nde pianiste, mais admis à son the une chanteuse irlandaise, piesentee par\nle prince Henri de Battenberg, et qui, par bravade, vociféra en présence\nde la vieille Qucen, le chant révolutionnaire irlandais. Cela ne fut pas\nprécisément de la musique, mais un petit scandale, au cours duquel on\nput admirer la magnanimité de la reine Victoria.\nOn ne saurait prétendre que Sigmaringen est un lieu de divertissement.\nSur le rocher où elle implante ses solides murailles dominant le Danube,\nl'antique résidence surgit compliquée et formidable, un assemblage\ndisparate de bâtiments modernes et anciens qu'exhaussent les bâtières des\ntoits losangés de tuiles multicolores, que hérissent tours, tourelles et\nclochetons. A l'intérieur, des cours se succèdent, escaliers et galeries\ns'enchevêtrent, des escaliers en colimaçon s'enroulent dans leur étroite\ngaine de pierre, tandis que non loin, une rampe douce donne accès à de\nfastueux appartements. C'est un dedale curieux, ou les fantômes eux-\nmêmes doivent s'égarer.\nBeaucoup d'altesses et de majestés séjournaient alors au château.\nLe seigneur de céans, le prince Léopold, qui assuma un rôle tragique\ndans l'histoire, était un parfait gentilhomme, blond, d'une figure char-\nmante, l'allure souple d un jeune homme, maigre ses cinquante ans, enclin\nà des élégances \\il semblait oublier son rang, pour en châtelain partait,\nrecevoir ses hôtes, avec des nuances, certes ; chevaleresque et tout-a-fa.it\ngrand-seigneur envers les personnages illustres ; envers la suite, d'une rare\nurbanité.\nLe soir, avant dîner, le grand-chambellan, comte d Arnim, faisait\nouvrir les portes du salon de gala, et frappant le parquet de sa canne\nd'ébène, annonçait : \" Leurs Majestés !\"\nParaissaient alors la vieille princesse Joséphine, meie du prince\nLéopold et du roi de Roumanie, la reine Carola de Saxe, la démarche\nindécise, l'expression douce et timide, la reine de Roumanie, très droite,"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.23", "texte": "SOUVENIRS\n2 I\n\ntrès grande, vraiment royale dans ses soieries blanches, et souriante ; le\ncomte de Flandres, sa haute taille courbée, avançant la tete pour perce-\nvoir des paroles que sa surdite l'empechait d entendre, la comtesse de\nFlandre, accompagnée de ses filles et du prince Baudouin, la duchesse\nd'Anhalt, plus aimable qu'imposante... Le défilé continuait illustre.\nOr, après deux semaines de séjour à Sigmaringen et la veille du\ndépart, c'est en aussi auguste compagnie que Carmen Sylva imagina\nd'organiser un petit concert. Par malice ou caprice, nous avions (qu'on\nme passe ce nous un peu irrévérencieux) cache nos talents. fîmes\nde notre mieux, et nous obtînmes, maigre un choix de morceaux severes,\ndu succès. \" Ah, si nous avions su plus tôt ! \" s'exclamaient les altesses,\nrésignées à s'amuser de tout.\nQue l'on m'excuse, en faveur du milieu, d'avoir narré aussi mince\nanecdote. Et cela n'a que le charme du passé que je n'ai pas su exprimer ;\ncar le passé n'est que musique. Au-dessus de l'écriture plane la chanson\nde jadis.\n\nRobert Scheffer."}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.24", "texte": "(SUITE)\nCHINE\nOn s'étonnera peut-être de ce qu'ayant visité la Chine, je ne\nconsacre à la musique de ce pays que quelques lignes hâtives et\nsuperficielles.\nLes Chinois, on le sait, ne font rien comme le commun des autres\nmortels : d'où le mot chinoiserie. Rien de surprenant à ce que leur\nmusique discordante et assourdissante soit demeurée incompréhensible à\nnos oreilles. Ne cherchons pas d'euphémisme pour qualifier la fausseté\ndu son qui paraît la norme ordinaire de leur charivari ultra-chromatique :\nleur attribuer l'art des dissonances et des retards serait leur faire trop\nd'honneur. Certains Pères Jésuites français de l'Observatoire et de la\nMission de Zi-Ka-Weï, près Shanghaï, après maintes études approfondies\net méritoires, ont dû conclure à l'inharmonie complète,\nparlant. Par contre, ils ont trouvé chez un grand nombre de leurs\ncatéchumènes de réelles dispositions à apprendre et à s'assimiler notre\nsolfège et notre harmonie.\nEt pourtant la musique tel que la comprennent des Célestes\na toujours été très populaire en Chine. Il faut remonter au règne de\n\nCHOSES D'ASIE"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.25", "texte": "CHOSES D'ASIE\n23\n\nl'empereur Fou-Hi, c'est-à dire 3.300 ans avant notre ère chrétienne,\npour découvrir les premiers balbutiements de cet art, resté encore\naujourd'hui si primitif et si rudimentaire.\nLes instruments chinois les plus fréquemment usités sont : le\ntambour, le violon (à archet attaché au chevalet et mû à l'envers du\nnôtre), la flûte, le hautbois, la mandoline, les cymbales, les gongs et une\nvariété innombrable de grelots et de sonnettes.\nIl m'a été totalement impossible de noter, dans les théâtres et dans\nles processions religieuses, aucun rythme et aucune mélodie susceptible\nd'être traduite, même à l'unisson, sur une portée européenne.\nI «\nJAPON\nA l'encontre de leurs frères jaunes continentaux, les Japonais ont,\nà un degré très élevé, la notion et le don de la musique mélodique et\nharmonique, telle que nous la concevons.\nLeur inspiration est généralement douce et mélancolique, quelque-\nfois mais plus rarement joyeuse, alerte et Elle affectionne\nsurtout le mode mineur et en particulier cette gamme grecque où se\ncomplaît souventes fois la virtuosité contrapontique de notre illustre\nSaint-Saëns.\nLes instruments préférés des musiciens nippons sont :\niu le kotto,harpe longue à table horizonable, à 13 cordes, que l'on\npose sur le sol et que l'on fait vibrer à l'aide du pouce, de l'index et du\nmédium, garnis d'onglets d'ivoire. La forme de ces dont le son\ntendre et métallique rappelle celui de la cithare, varie selon l'habitat du\nharpiste : la boîte en est arrondie à Tokyo, carrée à Kyoto ;\n2° le chamissen,sorte de mandoline à tympan de peau, à 3 cordes de\nsoie sur chevalet que les virtuoses pincent avec l'ongle de l'index, et que\nles profanes se contentent de gratter avec un grand plectre de bois blanc.\nLe son du chamissen dont la forme diffère sensiblement de la\nshowktina-vina hindoue à 5 cordes et 14 divisions sur le manche est\ncelui d'un banjo plus velouté, moins métallique ;\n30 le shoô, instrument à vent dont nous n'avons aucun modèle\ncorrespondant en Europe, et qui affecte assez la forme d'un orgue\nminuscule à 14 tuyaux bouchés par des trous d'aiguille. La soufflerie s'en"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.26", "texte": "24\nS. I. M.\n\nobtient par la bouche, au moyen d'une anche de clarinette. Les sons\nproduits par le shoo sont extrêmement mélodieux et purs, plus près de\nceux de l'orgue de nos églises que de Y ocarina italienne de Giuseppe\nDonati à laquelle on l'a souvent, et inexactement, comparé.\nLes élèves maïkos des cours de musique des conservatoires de Tokyo\net de Kyoto sont astreintes à posséder irréprochablement la maîtrise de\nces trois instruments, surtout celle du chamissen dont l'usage est courant\ndans les représentations de chants et de danses des geishas, et dont la\npratique est d'ailleurs plus aisée à obtenir que celle du kotto et surtout\ndu choo.\nPuisque je viens de parler des geishas pourquoi ne dirais-je pas ici\nquelques mots de leurs danses évocatrices où revit l'âme du Vieux-Nippon\ngalant, féodal et belliqueux ?\nIl m'a été donné d'assister à Kyoto, la Rome japonaise aux\n878 temples, à un grand dîner suivi de divertissements chorégraphiques\nqui me fut offert par M. Kita-san-Toranosouké, le célèbre collectionneur\nde bronzes, ivoires et porcelaines, ami de M. Migeon, Conservateur du\nLouvre.\nSuccédant au menu pittoresquement exotique au cours duquel\nnous mangeâmes le sachimi,poisson crû arrosé de et bûmes le\neau de vie de riz tiède versée dans d'adorables tasses naines voici venir\nle gracieux essaim de Terpsichore...\nC'est d'abord une petite maïko le terme de maïko est, au Japon,\nl'équivalent &étudiant en kimono écarlate lamé d'or, au somptueux\nobi, large ceinture à nœuds bouffant dans le dos, où volent des cigogues\nen broderie blanche... Elle s'avance, indécise, mignarde et presque\nprétentieuse : ses gestes sont affectés, volontairement bien entendu, et sa\nplastique générale exprime le dédain, un dédain plutôt comique chez ce\npetit bout de femme de quatorze ans tout au plus.\nEt elle danse, elle mime maintenant la de séduction. Deux\ngeishas d'âge mûr, accroupies sur leurs talons, l'accompagnent au\nchamissen : d'un plectre désabusé, elles grattent leurs mandolines, en\nsongeant au temps, hélas ! reculé, où elles-mêmes, en leur mimique\nexpressive, raillaient le ridicule empressement du sexe fort et amoureux.\nPuis c'est une autre maïko, presque une enfant, celle-là—a-t-elle\ntreize ans ?... pas sûr ! et qui danse puérilement, exquisement aussi,\nce que notre implacable humour parisien appellerait \"la papillonnette\" !.."}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.27", "texte": "CHOSES D'ASIE\n25\n\nAu bout d'un éventail se trouve un invisible fil de fer souple, à l'extrémité\nduquel est fixé un papillon en papier. L'insecte paraît voltiger ; et la\nballerine le poursuit à coups d'éventail, sans jamais l'atteindre natu-\nrellement.\nMais attention ! voici deux geisha réputées. Dans l'une d'elles je\nreconnais la jolie voisine de souper en kimono violet-évêque qui me\nservit si gracieusement le saké national. Sa partenaire est en gris-cendre\nfoncé à ceinture bleu-marine aux multiples roseaux \" clair-de-lunaires. \"\nToutes deux entament un long dialogue chorégraphique, entre-mêlé de\ngénuflexions, de saluts et de croisements d'éventails.\nJ'admire la mise en scène parfaite des ondulations, l'impeccable\ntenu de la plastique, le dessin symétrique de la danse, rythmée aux sons\ndu chamissenet aux accents émouvants des chanteuses... L'ordonnance du\ndialogue est sévère, noble, linéaire, et témoigne d'un acquit professionnel\net aussi d'un grand art dans l'affaissement des poses, le masque du visage\net la fluctuation des mains. C'est moins raide, moins \" cartonné \" que les\nslendang javanaises, et moins artificiel, moins compliqué, que les nautchs\ndes bayadères hindoues.\nMélodies et danses japonaises ont, je l'ai dit, un cachet généralement\nmélancolique. L'emploi du mineur y est fréquent ; l'inspiration y est\ndouce, plaintive, parfois même gémissante.\nPour terminer : une considération générale sur cette rapide étude\nd'impressions musicales.\nIl est intéressant de constater que, depuis les millénaires de leur\nfondation par des artistes inconnus, aucune de ces musiques, aucun de\nces orchestres, aucune de ces danses d'Asie n'a évolué ni rétrogradé en\nun sens quelconque. L'écriture, le rythme et le dessin en sont immuable-\nment restés les mêmes ; l'inspiration n'a pas cessé de s'y montrer tantôt\npuérile et gaie, tantôt et le plus souvent mélancolique et grave.\nA l'encontre de notre développement européen, issu de la pierre angulaire\ndu grand architecte Bach et des assises robustes, immarcessibles, qu'y\najoutèrent Mozart, Beethoven, Berlioz, Wagner et César Franck, pour\naboutir aux superstructions délicates de Dukas et de Debussy le\ndéveloppement asiatique ne s'est révélé à travers l'histoire que par des\nvariantes à peine perceptibles dans les domaines de l'instrumentation et\nde la chorégraphie."}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.28", "texte": "26\nS. I. M.\n\nL'exemple des Chinois à cet égard, est éminemment typique : leurs\norchestres traduisent, en ce XXe siècle, avec les mêmes moyens d'expres-\nsion, les mêmes mélodies ou mieux le même vacarme que sous le règne\nde l'empereur Fou-Hi, en l'an 3,300 avant Jésus-Christ.\nAyons donc la fierté de reconnaître qu'en musique, tout au moins,\nnous possédons sur nos frères jaunes l'écrasante supériorisé d'une civilisa-\ntion d'art dont l'âge réel ne remonte guère à plus d'un demi-siècle.\nCette constatation, consolante pour notre jeune Europe, valait d'être\naffirmée ici.\n\nRobert Chauvelot."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.29", "texte": "Les années qui suivirent le début de la Révolution française virent\nse former à Belfast un petit groupe de Républicains irlandais dont les\ndestinées allaient être intimement liées à celles de la musicologie naissante.\nPoliticiens ou artistes tous avaient la même dévotion à la cause de l'indé-\npendance irlandaise, la même admiration pour le patrimoine intellectuel\nde leur race : les questions de Folk Lore et de littérature ne pouvaient\ndonc les laisser indifférents. C'est grâce à eux que s'élabora, aux environs\nde 1795 cette crise du bardisme ossianique qui allait précéder de quelque\n40 ans la crise du romantisme shakespearien.\nParmi les membres de ce petit groupe, quelques uns comme Wolfe\nTone ou Thomas Russell devaient payer de l'exil ou de la mort leur\ndévouement à la cause irlandaise. D'autres, moins nettement compromis,\ncomme Henry Joye ou le Dr Mac Donell, n'en servaient pas moins les\nmêmes tendances. Enfin il en est un dont le mérite fut surtout artistique,\net dont le nom est trop oublié aujourd'hui, c'est Edouard Bunting, né à\nArmagh en 1773.\nEdouard Bunting a droit à nous intéresser à plus d'un titre, car il fit à\nla fois œuvre de patriote, d'historien et de musicologue. S'il ne put,\ncomme il espérait, arrêter l'irrémédiable déclin de la musique irlandaise,\ntout au moins contribua-t-il à conserver intacts bon nombre de documents"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.30", "texte": "28\nS. I. M.\n\nqui sans lui eussent échappé à tout jamais à notre curiosité. Sa méthode\nde travail ne serait assurément plus la nôtre, mais les textes qu'il a publiés\ntrois gros volumes de musique irlandaise, ne sont pourtant pas à\ndédaigner. Son œuvre fut immédiatement mise à profit par Moore, qui la\npilla sans scrupule, pour en tirer des romances de salon ; il n'y eut là,\npeut être que demi mal, car les chants irlandais, dûment traduits et\ndépouillés de toute prétention scientifique, trainèrent sur tous les piano-\nfortes et contribuèrent à orienter les curiosités du public vers la musique\narchaïsante. De même, il y a une dizaine d'années les Bretonneries de\npacotille écloses au voisinage des Cabarets de Montmartre, firent savoir\nau public parisien qu'il existait une musique bretonne. Bunting a laissé\nen outre un grand nombre de documents accessoires : lettres, notes, récits\nde voyage. Ces matériaux, conservés avec un soin jaloux par ses héritiers,\nviennent d'être publiés, avec peut être moins de discernement que de\npiété, par Miss Milligan Fox1 ; Signalons parmi eux une centaine de\npages qui assurément méritaient bien d'être intégralement remises au\njour, ce sont les mémoires d'Arthur O'Neill, le dernier des grands\nharpistes irlandais. C'est sur ces lignes que je voudrais attirer l'attention,\naprès quelques aperçus sur la musique irlandaise, telle que nous la dépei-\ngnent les \" Bunting papers \".\n* *\nUne opinion très généralement répandue veut que la musique irlan-\ndaise ait eu le monopole d'une intense et invariable mélancolie. C'est\nune réputation que l'on a de même faite à la musique bretonne, et de\nfaçon également injustifiée, M. Bourgault Ducoudray le faisait déjà\nremarquer il y a quelque vingt ans. L'erreur provient de l'emploi de\nmodalités extrêmement différentes des nôtres, et qui pour des oreilles non\nexercées, donnent immanquablement l'impression du mineur, dont elles\nsont cependant très distinctes. Et nous avons sur ce point le témoignage\nexprès d'Edouard Bunting : la musique irlandaise, telle qu'il l'entendit\nencore exécuter par les derniers harpistes, était un art de virtuosité et\n\n1 Annals of the Irish Harpers, par Charlott Milligan Fox, (i/z-40 320 pages) chez, Smith, Elder and C°?\na Londres, Waterloo place. CV //zw relève évidemment pas de la seule musicologie ;on y trouvera de nombreux\ndocuments relatifs ala politique, et ala vie sociale de Vlrlande aux débuts du XIXe. Nous tenons néanmoins ale\nsignaler ici comme rentrant en grande partie dans le cadre habituel de nos études."}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.31", "texte": "LES DERNIERS HARPISTES IRLANDAIS\n\n2Q\n\nd'élégance ; leurs doigts agiles se jouaient des traits les plus vifs, des\nmodulations les plus compliquées, et la qualité du son, au milieu des\npassages les plus savamment intrigués restait toujours un régal pour\nl'oreille.\nBunting s'inscrit encore en faux contre la théorie, généralement\nadmise, par laquelle la musique irlandaise aurait pour base l'omission\nraisonnée de la quarte et de la septième ; il reconnaît que certaines\nmélodies sont construites selon ce système, mais elles ne sont pour lui ni\nsignificatives, ni traditionnelles. Nous pouvons en cela le soupçonner\nd'une certaine partialité car il avait une prédilection très marquée pour\nla harpe : or, une musique à échelles incomplètes eut forcément été\nengendrée à l'origine par un instrument incomplet ; le Bagpipe ou le\nCrwth, peut être. Procédant par échelles complètes, elle ne pouvait au\ncontraire dériver que de cette harpe. Il y avait donc là un argument tout\ntrouvé en faveur de l'antiquité de cette dernière.\nDe tout temps, la harpe a ete considérée comme l'instrument\ntraditionnel de l'lrlande : un texte de Giraldus Cambrenensis, qui date\nde l'invasion d'Erin par les Normands en fait déjà foi. Sous Henry VIII,\nla harpe devient emblème national et paraît à ce titre sur les écussons et\nsur les monnaies ; par sa forme, elle rappelle à peu près celle que les\npeintres et enlumineurs de la Renaissance mettent entre les mains du Roi\nDavid ; le cadre, incurvé sur toutes ses faces, ne comporte pas de pilier\nvertical ; il est souvent orné de cabochons, ou de plaques de métal\nouvragé. Je ne permettrai pas d'insister davantage sur la question lutherie,\nsachant que le sujet doit être traité très prochainement et avec toute la\ncompétence désirable. Ajoutons seulement que la harpe irlandaise avait\ngénéralement de 30 à 40 cordes, et que sa hauteur était celle d'un\nhomme assis ; l'individu qui la transportait devait en avoir largement sa\ncharge. Aussi voyons nous la plupart de nos musiciens ambulants se faire\naccompagner d'un valet à qui incombait ce soin.\nLe harpiste d'lrlande, tel que Bunting l'a encore connu, n'était pas\nréduit au rôle subalterne d'accompagnateur : c'était un virtuose que l'on\nvenait entendre pour son propre mérite. Il était rarement chanteur : on\nne peut donc voir en lui le survivant du ménestrel ou du barde lyrique.\nEt cependant, rien ne nous fait remonter plus haut vers le moyen âge\nque l'existence de ces harpistes ambulants, qui s'en vont de château\nen château, de ferme en ferme, roulant à travers toutes ces bourgades"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.32", "texte": "3°\nS. I. M.\n\nd'lrlande, dont le noms ont des sonorités d'une sauvagerie épique :\nBallymahon, Drumshambo, Ballinascreen, Carrickmacross, Magilligan\nIls offrent leurs services pour la saison de Noël, pour les noces et les\nfestins ; demeurant quelques mois ici, quelques jours là, enseignant leur\nart à des élèves de rencontre et ne perdant aucune occasion de compléter\nleur répertoire en allant entendre les virtuoses réputés, dépositaires de\nl'antique tradition. Il ne parait pas qu'ils aient jamais fait grand usage\nde musique écrite, vu l'intérêt exceptionnel qu'ils mettent à échanger\nentre eux les airs qu'ils ont en mémoire. La plupart d'entre eux sont\ndu reste privés de la vue : dans ce pays que décimait la variole, la cécité\nétait infiniment plus fréquente qu'aujourd'hui ; et une sorte de convention\ntacite avait fait réserver aux aveugles le métier musical. Les femmes\nelles mêmes n'en étaient pas exclues : on nous cite une Rose Mooney,\nune Peggy O'Neill, une Nelly Smith et une Brigitte O'Cahan.\nBien que la harpe ne fût nullement dédaignée des gentilshommes,\nelle paraît avoir compté ses meilleurs virtuoses parmi les professionnels.\nLa situation sociale du harpiste ambulant est assez difficile à définir ;\nnous ne voyons pas trop si une part de charité se mêle aux largesses qui\nlui sont faites. On le reçoit avec une hospitalité, que je qualifierais\nvolontiers d'écossaise si je ne craignais de commettre ainsi le plus grave\ndes impairs géographiques. Comme il arrive généralement à l'époque des\nfêtes, ce ne sont alors que bombances et ripailles : dans le hall du château,\nde grands barils de whisky sont défoncés et dans chacun d'eux nage une\ncoupe que videront au passage les allants et venants. Les invités sont ils\ntrop nombreux, et la maîtresse de maison s'efFraie-t-elle d'avoir à coucher\ntant de monde, son mari la rassure ; il se charge de si bien les griser que\nla plupart d'entre eux dormiront dans la salle à manger, sous la table. Et\nau petit jour, lorsque les ronfleurs reprennent leurs sens, on leur offre\nencore pour le coup de l'étrier, un grog aux épices qui leur fera oublier\ncette mauvaise nuit. Le harpiste ne sera pas le dernier à profiter de\nl'aubaine : nous voyons la plupart d'entre eux passer pour ivrognes\nfieffés. Sont ils par aventure, comme O'Neill, à peu près tempérants,\nleurs valets se chargent de boire pour deux ; Rose Mooney en sait\nquelque chose ; elle a pour servante une coquine de qui l'on peut tout\nobtenir en lui promettant un verre de whisky ; l'inconduite de cette\ndernière les jette dans les aventures les plus imprévues ; le manteau et la\nharpe de la maîtresse vont s'échouer au Mont-de-Piété. Et nous savons"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.33", "texte": "LES DERNIERS HARPISTES IRLANDAIS\n31\n\nque Rose elle-même ne résiste pas toujours à la tentation, car elle a reçu\nde fâcheux exemples de son maître Thaddy Elliot ; et elle paraît pour la\ndernière fois à Killala, où à la faveur d'une échauffourée entre rebelles et\nloyalistes, des émeutiers pillent jusqu'au dernier les magasins de spiritueux.\nIl est facile d'imaginer quelque fin dramatique ou macabre à ces deux\nivrognesses impénitentes.\nPassons à Thaddy Elliott. Un jour de Noël, il est engagé pour jouer\npendant la grand messe à l'église catholique de Navan. Un mauvais\nplaisant, rencontré au cabaret, lui promet un gallon de whisky s'il\nconsent à jouer pendant l'élévation \" Planty Connor \", air de danse réputé.\nAu moment voulu il se met en devoir de tenir sa parole ; le prêtre\nsursaute aux premières notes, mais retenu par son devoir d'officiant qui\nlui interdit toute interruption aux prières canoniques, il refrène son\nindignation. Thaddy, du haut de la tribune, s'en donne à cœur joie pendant\nque le malheureux abbé à qui les gestes de désespoir ne sont point\ndéfendus, lève les bras au ciel et frappe du pied. De sorte que les fidèles,\nqui n'y comprennent rien, se demandent avec horreur pourquoi M. le\nCuré a l'air de danser la gigue en disant sa messe. Thaddy fut, bien\nentendu, relevé de sa place qui fut donnée à un nommé Harry\nFitzsimmons. Le musicien éconduit alla alors se tapir derrière la porte\nde l'Eglise, attendant l'arrivée de son rival, un bâton à la main ; mais\nemporté par son ressentiment, il frappa un instant trop tôt et administra\nsans s'en douter, une volée de bois vert à son pasteur légitime, qui à ce\nmoment franchissait le seuil. De quoi il dut faire pénitence publique à\nl'Église.\nMême réputation à John Sneyd, voleur si avéré qu'on lui avait donné\nle surnom de Long Glue Fingered Jack ; et à Arthur Short, le Don Juan\nde la profession, qui laissait une femme inconsolable, dans chaque ville où\nil passait ; à Ackland Keane, un géant qui, portant lui-même sa harpe,\navait roulé de France en Italie, et d'ltalie en Espagne où des Irlandais\nlui avaient procuré l'honneur d'une audience de sa Majesté très\nCatholique. Le Souverain, charmé de son talent, avait eu la gracieuse\npensée de lui faire adjuger une pension sur sa cassette mais il avait\nrenoncé à ce projet en apprenant l'intempérance notoire du personnage.\nCe n'est pas la première fois, du reste, que des harpistes ambulants sont\nappelés à jouer devant des têtes couronnées. On nous cite Hempson, (né\nen 1695,) dit l'homme aux deux têtes, qui avait joué à Holyrood devant"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.34", "texte": "32\nS. I. M.\n\nCharles Edouard ; et Murphy qui avait joué devant Louis XIV ; cet\nhonneur lui avait du reste complètement tourné la tête, car de retour en\nIrlande, il refusa de reconnaître aucun des membres de sa famille et ayant\nappris un jour que son père venait lui rendre visite, il ne trouva pas de\nmeilleur procédé, pour se débarrasser du bonhomme, que de le jeter a\ncoups de pieds dans l'escalier. Plus modestes, voilà Ned Mac Aleer, dit\nLériano de Paris, parcequ'il avait servi cinq ans dans la brigade irlandaise,\nDuigenan, qui s'habillait de paille comme les paysans du Kerry et tenait\npour un honneur de n'avoir jamais porté ni laine ni toile ; Charles Byrne,\nDonald Black, Patrick Quinn, et en remontant plus haut, Conellan, né\nen 1640.\nVoici enfin Carolan, (né en 1670), poète, compositeur et musicien\nconsommé, bien qu'il fut d'une virtuosité moyenne. On prétend qu'il\ns'était trouvé un jour en présence de l'ltalien Geminiani. Celui-ci venait\nd'exécuter sur son violon le 5™ Concerto de Vivaldi : un instant après,\nCarolan prenait sa harpe et rejouait d'un bout à l'autre ce morceau qu'il\nvenait d'entendre pour la première fois. On raconte encore que Gemi-\nniani, pour l'éprouver, lui envoya la copie d'un concerto dans laquelle il\navait volontairement glisse de nombreuses fautes d harmonie 1 Caiolan\nsignala une par une les erreurs commises, suggérant à mesure les modifi-\ncations à apporter au morceau pour le rendre correct. Il pratiquait donc\nd'instinct ce style rigoureux alors enseigné par l'école.\nMais il est temps d'arriver à Arthur O'Neill, de tous ces harpistes,\ncelui qui nous est le mieux connu, grâce à l'abondante et naïve autobio-\ngraphie, que sur la fin de sa vie il dicta à un secrétaire nommé Tom\nHughes.\n*\n* *\nArthur O'Neill était né en 1737, à Drumnistad, (Comté de Tyrone)\nde cette grande famille des O'Neill qui avait donné des souverains à\nl'lrlande pendant plusieurs siècles. Nous avons de lui un assez mediocre\nportrait gravé à Belfast par un nommé Smith ; il y est représenté de\nprofil, jouant de la harpe. Il porte la culotte courte et l'ample redingote\nà lourds boutons d'argent. Sa figure longue et molle, au menton fuyant,\na cette inexpressivité placide et résignée propre a certains aveugles.\nO'Neill avait perdu un œil à l'âge de deux ans en jouant avec un canif."}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.35", "texte": "LES DERNIERS HARPISTES IRLANDAIS\n33\n\nL accident n eut peut etre pas été irrémédiable, mais sa grand'mère n'eut\nde cesse que 1 on n allat consulter les oculistes les plus en renom. Et grâce\na leuis bons soins, O Neill, qui ne recouvra pas l'œil endommagé, eut le\nmalheur de perdre l'autre. Ce qui lui faisait dire avec mélancolie : \" The\ngrandmother 's pet is an unlucky pet Il paraît avoir été de caractère\nfacile, bienveillant, attaché à ses amis et profondément épris de son art.\nLe déclin de la musique nationale lui était un crève-cœur.\nIl avait travaillé la harpe avec Owen Keenan et, à quinze ans, avait\ncommencé son premier voyage, en compagnie d'un domestique qui n'était\npas beaucoup moins enfant que lui. A eux deux, ils songeaient plus alors\naux friandises qu'au whisky et avaient, dit-il, leurs poches toujours\nbourrées de figues, de noix et de gingembre.\nC est durant cette première tournée qu'il fut convié, chez Lord\nKenmare de Killarney a un banquet de Noël où figuraient tous ceux qui\nportaient le nom patronymique d'un des anciens chieftains irlandais.\nL apparition d un O'Neill fut saluée avec grand enthousiasme. Et comme\nArthur s'était modestement mis au bas de la table et que le maître de la\nmaison lui en exprimait son regret : \"Il importe peu, Monsieur, répondit\nO'Neill sans la moindre modestie, la place où un O'Neill s'est assis est\ntoujours une place d'honneur. \" Et chacun de déclarer qu'un sang princier\ncoulait bien dans les veines de ce gamin.\nLors de son second voyage qui eut lieu vers 1763 le gamin\ncommença à s'émanciper quelque peu. Etant chez un M. Thompson, il\nvida quatre bouteilles de vieux vin en une seule nuit, tout en jouant sans\ndiscontinuer l'air fameux Past one oclock. Et il relata cette prouesse dans\nson journal avec une satisfaction évidente.\nVers la même date, un négociant de Copenhague, natif de Granard\nen Irlande, ayant entendu parler des concours musicaux qui avaient alors\nlieu entre Bagpipers écossais, résolut de procurer le même régal à ses\ncompatriotes. Grâce à sa générosité, des concours furent ouverts, trois\nannées de suite à Granard entre les maîtres harpistes du pays. On\nentendit, la première année, Charles Fanning, O'Neill, Patrick Kerr,\nMaguire, Higgins, Berreen et Rose Mooney. Fanning fut classé premier\net reçut dix guinées, par charité sans doute, car sa pauvre mise avait\napitoyé le jury, et O'Neill, qui avait eu la maladresse de mettre ses plus\nbeaux habits fut classé second avec 8 guinées. Au troisième festival, la\nsolennité fut plus imposante que jamais. Tout le pays se porta vers"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.36", "texte": "34\nS. I. M.\n\nGranard : \" La ville était aussi pleine que pour une foire aux chevaux.\nO'Neill eut la charitable intention d'ouvrir une collecte pour les con-\ncurrents non primés ; ceux-ci ne touchant absolument rien se trouvaient\navoir déboursé en vain les frais d'un voyage souvent dispendieux. L'idée\nreçut un accueil si chaleureux que chacun des non primés reçut à lui\nseul plus que les trois lauréats. O'Neill avait été encore une fois classé\nsecond.\nIl eut encore à cette époque une autre joie, celle de se voir désigné\ncomme l'héritier de son ami et parent Hugh O'Neill, qu'il rencontra\ndans le Comté de Leitrim, chez Cornélius O'Donnell. Hugh, aveugle\naussi, possédait un fermage non loin de là, dans le Comté de Roscommon.\nIl emmena son cousin sur une petite hauteur, et lui décrivant toutes les\nbeautés du paysage aussi minutieusement que s'il avait joui de ses yeux\nil lui dit \" Arthur, vous êtes mon parent et mon favori. Si vous me\nsurvivez, cette ferme sera à vous; voyez ce pré, voyez ce champ, tout\ncela vous appartiendra. \" Et Arthur, se prêtant au jeu, de lui répondre :\n\" Je les vois fort distinctement, et je vous remercie, mon Ami. \" La\nscène n'est elle pas jolie, de ces deux aveugles se décrivant mutuellement\nles beautés d'une nature que ni l'un ni l'autre n'avaient jamais vue ?\nEn 1792, O'Neill, après plusieurs étapes que le mauvais temps\nrendit particulièrement pénibles fut atteint d'une grave crise de rhuma-\ntismes qui lui immobilisa deux doigts de la main gauche. Il alla demander\nl'hospitalité à l'un de ses amis, le capitaine Somerville, qui, le voyant\nDrivé de son seul passe temps, entreprit de le distraire en lui faisant la\nlecture. C'est à cette coïncidence de faits, qu'O'Neill dut de faire la\nconnaissance de Bunting. Somerville lui lut un jour un passage des\nconviant tous les harpistes à se rendre à Belfast pour y con-\ncourir, et faire par la même occasion une démonstration solennelle de\nleurs sentiments irlandais. O'Neill, craignait de ne pas avoir retrouvé ses\ndoigts pour la date voulue. Un autre harpiste, Patrick Lyndon, s'offrit à\nle remplacer à la condition, toutefois qu'on lui cédât quelques vieux\nhabits, car il craignait, disait-il, de n'être pas suffisamment bien mis.\nO'Neill, qui avait à cette époque une garde-robe bien fournie, fit recouper\npour Lyndon quelques-uns de ses vêtements ; mais à peine le drôle les\neut-il endossés, qu'il s'en alla vagabonder dans tout le pays pour se faire\nadmirer. Il disparut par la suite au moment précis où il aurait dû se\nmettre en route pour Belfast. O'Neill se rendit alors dans cette dernière"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.37", "texte": "LES DERNIERS HARPISTES IRLANDAIS\n35\n\nville où le Docteur Mac Donnell par un traitement d'électricité lui\nrendit l'usage de ses doigts pour le concours.\nLe festival de Belfast, qui coïncida du reste avec une imposante\nmanifestation patriotique et républicaine ne fut point, comme l'avaient\nespéré Bunting et ses amis, le point de départ d'une nouvelle ère artistique\npour l'lrlande, mais au contraire, la dernière lueur d'un foyer qui allait\ns'éteindre. O'Neill et Bunting purent enfin avoir ensemble de ces longs\néchanges d'idées, comme en souhaitent les hommes qui se sentent épris\nde la même passion. Après les fêtes, ils passèrent quelque temps ensemble\nà Newry, où ils attirèrent l'attention d'un de leurs voisins, un gentilhomme\nqui se faisait appeler M. Gardiner. Celui-ci les fit prier un jour par sa\nfemme de vouloir bien passer la soirée chez lui. Et comme O'Neill\nquittait cette maison hospitalière où l'on avait su l'apprécier de la façon\nla plus enthousiaste, le prétendu Gardiner, lui mit une guinée dans la\nmain. On sut depuis que ce n'était autre que le comte de Galloway.\nLes heures noires allaient sonner pour l'lrlande. En juin 1803,\nO'Neill, se rendant à Dublin, trouva toute la cité en rumeur. Le bruit\ndes tambours et des clairons, le claquement des drapeaux affolèrent le\npauvre musicien habitué à d'autres harmonies. L'insurrection, devenant\nde la plus haute gravité, fut suivie de plusieurs exécutions capitales ;\nterrifié il s'enfuit à travers le Comté de Tyrone dès qu'il put avoir\nun sauf conduit. Malgré sa cécité, qui eut dû au moins le mettre à l'abri\nde tout soupçon d'espionnage, il fut plus d'une fois inquiété par un parti\ncomme par l'autre. Le sauf conduit devait être exhibé toutes les minutes.\nO'Neill, lassé, désignait alors sa harpe, comme devant justifier son\nexistence de nomade. Plus d'une fois, il faillit se la voir confisquer par des\nloyalistes forcenés, qui s'apercevaient qu'elle ne portait pas la couronne.\nIl consentit alors à renoncer à sa vie errante et vint résider pour dix\nans à Belfast, où la \" Belfast Harp Society \" lui confia l'éducation de\ndouze élèves harpistes. Il ne paraît pas avoir jamais repris les grands\nchemins, car lorsqu'il mourut, en 18 16, il était fixé depuis trois ans déjà\ndans son pays natal.\nDe ces derniers énénements, une date est à retenir, c'est celle de ce\nfestival de Belfast. Quel singulier coup d'oeil dut être ce double meeting.\nLes républicains fêtant en ce jour l'anniversaire de la prise de la Bastille,\nmarquant ostensiblement leur adhésion à ce grand mouvement révolution-\nnaire, qui de France allait incendier toute l'Europe. D'autre part, les"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.38", "texte": "36\nS. I. M.\n\nharpistes nationaux, c est a dire les représentants les plus autorisés des\ntraditions artistiques et patriotiques du pays, se groupant pour sauvegarder\n1 integnte de leui patnmoine musical. Ce 14 Juillet 1792 marque une de\nces heures singulièrement complexes, comme il s'en rencontre souvent\ndans 1 histoiie de 1 Irlande, ou traditionnalistes et révolutionnaires semblent\npour un instant s'orienter résolument vers les mêmes destinées. C'est\nencore une de ces heures où la musique a joué le rôle de conciliatrice, en\ncréant un dernier et puissant motif de sympathie entre gens qui n'eussent\neu sans cela nul lien malgré leur commun amour pour leur sol et pour\nleur race.\n\nS. Mac Owen."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.39", "texte": "DENT (E. J.). Mozarfs opéra.\"\\(Londres, Chatto et\nWindus, 1913, in-8° de 432 pp., 12s. 6d.).\nIl ne s'agit pas ici d'une simple étude d'ensemble mais bien\nd'une véritable histoire des opéras de Mozart. En 16 chapitres\nl'auteur passe en revue toute l'œuvre dramatique du maître alle-\nmand et nous donne, à partir <¥ Idoménée, une forte, claire, et\nsubstantielle étude sur chacun des chefs d'œuvre qui ont suivi ce\ndernier opéra. M. Dent ne se contente pas de rechercher les\norigines littéraires, scéniques, etc., de chacune des pièces que\nMozart a rendues illustres ; il nous découvre à cet égard une foule\nde détails curieux ou inédits, et, au point de vue plus spéciale-\nment musicologique, son livre est plein d'aperçus nouveaux, par\nquoi la perspicacité fine et originale de l'auteur se manifeste de la\nmanière la plus attrayante. Oui, M. Dent nous apporte du nouveau\nsur Mozart ! Cela aujourd'hui semble presque paradoxal : mais\nnon, cela prouve surtout combien de tels sujets sont loin d'être\nconnus. M. Dent ne dédaigne pas l'étude des musiciens contem-\nporains de Don yuan, ou de VEnlèvement au sérail et il ose même\nmettre sous nos yeux des exemples de musique choisis dans les\npartitions cl un Vincent Martin ou d'un Sarti ! Il n'hésite pas à imprimer une scène à peu près\nentiere de cet étrange Convitado di Pietra (Venise 1787) de Giuseppe Gazzaniza, complétant\nainsi, de la manière la plus utile et la plus intéressante, les citations de Jahn. Peut-être est-il\npermis de regretter qu'il n'ait pas cru devoir pousser plus avant ses recherches sur un homme\ndont 1 œuvre, toute débordante de poésie et de riche invention mélodique, a sûrement du être\naimee de Mozart : on a déjà deviné que nous voulons citer le nom, harmonieux par lui-même,\nde Giovanni Paesiello, dont le fameux Barbicre remonte aux environs de 1780.\nException faite pour les quatre chapitres consacrés à l'étude de la Flûte enchantée et qui\navaient paru précédemment sous la forme d'une brochure dont il a été rendu compte ici, 1 le\nlivre de M. Dent est entièrement nouveau. Il nous est malheureusement impossible de donner\npar ces quelques lignes, une idée quelconque de ce qui en fait la valeur propre et l'originalité.\nMais nous pouvons affirmer que les services qu'il est appelé à rendre à l'histoire de la musique\ntheatrale au i8me siècle, seront nombreux et importants. Et nous espérons qu'il aura pour\nprincipal effet d'orienter la jeune musicologie vers les origines, encore mal dégagées de l'ancien\nopéra italien, séria ou buffa. Il y a longtemps déjà que la pensée de l'éminent musicographe\nanglais nous semble pénétrée de la grandeur et de l'importance historique de cet art d'outre-\nmonts : l'ouvrage qu'il a récemment consacré au noble génie d'Alessandro Scarlatti nous avait\n\n1 Mozart's opéra \" The magie flûte \" .• its History and Interprétations, Cambridge, 1911."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.40", "texte": "38\nS. I. M.\n\ntrès vivement frappé par un sens tout particulier, et d'ailleurs infiniment rare aujourd'hui, de\nla portée de cet art. Et, une fois de plus, voici qu'en nous parlant maintenant de Mozart,\nM. Dent nous prouve, par le témoignage de ses exemples musicaux, de quelle importance ont\nété, pour l'immortel musicien, les sources italiennes auxquelles, des son enfance, il a si\nlargement puisé.\nL'auteur, en terminant, exprime le désir d'entendre les opéras de Mozart, traduits en\ndiverses langues, sur les principales scènes du monde : il voudrait qu ils fussent représentes aussi\nfréquemment et aussi simplement que telle ou telle pièce du repertoire contemporain. Mais\nc'est là une perspective quasi chimérique... GEORGES DE Sfc Foix.\nBOSCHOT (Adolphe). Le Crépuscule d'un Romantique. Hector Berlioz (1842-1869).\n(Paris, Pion, 1913, 1 vol. in-12.)\nVoilà terminé l'imposant, le fastueux triptyque qu'avec le zèle et le talent qu'on lui\nconnaît M. Adolphe Boschot a consacré à la mémoire d'Hector Berlioz. Le Crépuscule d'un\nRomantique présente la minutieuse documentation et la mise en œuvre prestigieuse si admirées\ndans les deux ouvrages précédents ; La jeunesse dun Romantique, et Un Romaniique sous\nLouis-Philippe, avec, en plus, des pages d'une pénétrante et violente émotion, car, malgré sa\nbelle impassibilité d'historien, IVI. Boschot a su vivre, en artiste, les années de decheance et de\ndouleur du pauvre Berlioz. Quel roman que 1 existence de ce romantique impénitent, existence\ntendue, frénétique, exaspérée contre elle-meme et contre la Destinee ! Il semble, a lue le\nlivre émouvant de M. Boschot, qu'aucun homme 11e fut plus merveilleusement organisé que\nBerlioz pour la souffrance. L'ouvrage commence en 1842, avec la fuite du musicien en\ncompagnie de IVlarie Recio, ** delicieuse amie mais mauvaise chanteuse. En vain Bei lioz\nessaye de se libérer de son insupportable tyrannie \" IVlane le ratrappe et le îatrappe\nbien. Jusqu'à l'époque de sa mort, il lutte, il combat, il se cabre. Son biographe ne cache\nrien de ses défauts, de ses mensonges, on serait presque tenté de dire, de ses tartai înades. Sans\ncesse, Berlioz plastronne et piaffe ; après ses concerts, il envoie de 1 étranger des bulletins de\ntriomphe dont la sincérité n'apparaît pas évidente. iVlalgie tout, il reste truque, mais\nséduisant, hâbleur mais artiste \", comme le dit M. Boschot. Et puis, les choses l'atteignent si\nprofondément et si douloureusement ! Sans doute, en musique et a peu près en toutes choses,\nil est exclusif, péremptoire, jugeant mal 1 art d autrui, comme la plupart des artistes. Ainsi, il\nméconnaîtra Mozart et n'aimera guère Jean-Sébastien Bach. Mais, que nous importent ses\nexagérations, ses attitudes léonines, ses erreurs même, en presence de sa sensibilité jamais\nassouvie ! L'agonie du malheureux qui se meurtrit contîe toutes choses, qui vomit son indigna-\ntion à la face'des \" gredins de crétins \" et des \" insectes du feuilleton \", qui fait une chasse\nacharnée et infructueuse au bâton de chef d'orchestre, qui, a malade comme dix-huit chevaux ,\nvidé par sa névralgie intestinale, s'enfonce dans la rancœur et le degout, est une des choses les\nplus tragiques qui soient au monde. Sans parler du lugubre et hamletique depotage\nd'Ophélia-Smithson, quoi de plus poignant que les pages où le nouveau biographe de Berlioz\nraconte par le menu le douloureux retour a IVleylan du vieux lion amoureux ?\nAvant de disparaître à jamais, Berlioz veut contempler les \" ruines de sa jeunesse \". Il\nveut respirer encore l'atmosphère du pays natal qui, jadis, il y a bien longtemps, se parfuma\nde la grâce d'Estelle. Et le voilà, parti, consommant son cruel pèlerinage, remuant la lourde\ntristesse du passé. Ne s'avise-t-il pas de revoir Estelle, devenue Madame Fornier, et qu'assiègent\n70 années ! Désespérément, le pauvre homme s'accroche à son idée ; il s'enfuit à Lyon où\ndemeure Mme Fornier ;il prépare une lettre, sollicite et obtient une entrevue. Et c'est quelque"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.41", "texte": "LES LIVRES\n\n39\n\nchose d'infiniment désolé que la rencontre de ces deux vieillards qui s'aimèrent autrefois, que\nleur conversation banale, coupée de longs silences embarrassés. Maternellement, la \" vieille,\nbien vieille femme \" gronde son soupirant ; tout doucement, elle lui signifie son congé, et\nBerlioz la quitte, l'esprit perdu, le cœur dévasté ; il s'en va comme un oiseau blessé, loque\nmisérable que le vent heurte à toutes les pierres du chemin. On touche vraiment ici au fond\nde la douleur humaine.\nM. Boschot excelle à utiliser, au moment décisif, le petit détail, le petit fait, insignifiant\nen apparence, mais combien caractéristique et cruel. Voici Berlioz qui veut dédier à\nson vieil ami Reyer une partition de Benvenuto ; il prend la plume et commence à écrire,\nmais soudain, il s'arrête, car il ne se souvient plus du nom de Reyer ! Le nouveau livre de\nM. Boschot est tissé de semblables notations ; parfois, on semble prendre plaisir à s'attarder à\ndes minuties, et certains ont reproché à l'auteur son travail de scalpel et l'étalage de détails\nqualifiés d'oiseux. Mais, qui pourra préciser à partir de quel moment tel détail, dans un livre\nd'histoire, cesse d'être utile pour devenir superflu ? De quel droit éliminer, à priori, tel ou tel\ndocument sous prétexte qu'il ne sert de rien ? N'est-ce pas là préjuger des conclusions possibles\nqui découlent des faits qu'on rejette ? Ne convient-il pas, au contraire, de dire avec l'auteur :\n\"Rien de trop,\" et de considérer avec respect une documentation si abondante qu'elle permet\nà M. Boschot de faire état d'un document par jour. Le reproche le plus grave qu'on pourrait\nadresser au Crépuscule Romantique, comme aux deux livres qui l'ont précédé, c'est seule-\nment de priver le lecteur, sous couleur de littérature, de l'appui des références. L'auteur ne\nnous dit presque jamais d'où lui est tombée la merveilleuse manne d'informations dont il\nnourrit son texte. Son seul souci est de faire vivant, de ressusciter Berlioz et son temps. D'où\nun style pittoresque, où les mots pétaradent et s'assemblent en phrases explosives, à la manière\nde Berlioz lui-même, ou bien, répudiant l'aide du verbe, construisent des phrases statiques, de\nsimples constats, précis comme des diagnostics. Dans l'étonnante table chronologique qui clôt\nl'ouvrage, M. Boschot paraît s'être amusé à collectionner les expressions les plus truculentes, les\nplus \" jeune France \". On y lit : \" Le métier, frère scrofuleux de l'art \", \" Veuvage à volonté \",\n\" Miss Smithson est morte ; voici ma deuxième femme \". Et tout le long des 665 pages, en\npetit texte, du livre, l'auteur, magicien subtil et patient, nous donne une incroyable impression\nde vie, nous dirions même d'actualité. Devant un tableau si haut en couleurs et si grouillant,\nles historiens les plus grincheux se sentiront désarmés et, une fois de plus, l'art aura vaincu la\nscience morose. LIONEL DE LA LAURENCIE.\nDAFFNER (Dr Hugo). Frederick Nietzsche. Randglossen zu Bizet \" Carmen \"\n(Regensburg, G. Bosse, in-120 de 68 pp., 1 Mk.).\nCeux qui ne connaissent Nietzsche que par le \" Zaratustra \", 1' \" Ecce homo \", ses\nrelations avec Wagner, ou même la brochure si intéressante de M. Lichtenberger, 11e seront\npas sans éprouver quelque étonnement à la lecture de ces notes marginales.\nElles furent tracées par Nietzsche sur une partition de \" Carmen \", qu'après avoir\nentendu à Genève en Novembre 1881, l'ex-ami de Wagner envoyait, dans un mouvement\nd'enthousiasme, à son fidèle Peter Gass. (L'envoi est du 5 Janvier 82.)\nUne soixantaine de passages sont annotés: parfois un seul mot (\" reizend \"...)\nparfois une phrase entière (Pénétrant et idéaliste, et point sentimental, p. 42, etc.) ; mais en\ngénéral avec précision et 011 le sent avec une passion qui était le fond même de\nNietzsche. Et rien de plus curieux, de plus saisissant même que devoir cet étrange philosophe,\nau moment où il vient de tourner le dos au dieu de Bayreuth parce qu'il ne produisait rien de"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.42", "texte": "4°\nS. I. M.\n\n\" positif\" (p. 66), s'éprendre de \" Carmen \" qu'il entend par hasard, et se faire un vrai chagrin\nde ce que Bizet soit mort (p. 13). \" C'est un vrai talent français de l'opéra-comique, non pas\ndésorienté par Wagner, mais bien un élève d'Hector Berlioz \" (p. 13).\nEt \" Carmen \" représente pour lui la réalisation de ce que devait être le drame musical, tel\nqu'il l'avait conçu dès le début de sa vie à travers les études philosophiques, tel qu'il avait\nespéré le voir surgir de la plume de Wagner. La joie d'avoir enfin trouvé 1' \" Opéra des\nOpéras \" (p. 14) ne s'éteint pas : en 1880, il entend \" pour la vingtième fois l'œuvre maîtresse\nde Bizet \" et disserte avec profondeur et enthousiasme sur cette musique \" bôse, raffinirt,\nfatalistisch \" (p. 15), et plus loin : \" Elle est riche, elle est précise Je ne dirai pas que cette\npetite brochure nous révélera la vraie direction de la pensée Nietzschéenne ; mais je crois\ncependant qu'elle nous y aidera, en nous découvrant avec netteté un côté assez peu connu de\nce génie fantasque, dont nous 11e saisissons pas toujours facilement et avec exactitude les\nhardiesses et les brusqueries.\nBUSCHKOTTER (Wilhelm). Jean François Le Sueur. Dissertation (Halle, 1912,\nin-8° de 62 pp.).\nNous n'avons guère ici que la moitié de cette intéressante étude. Elle fut publiée en entier\ndans l'un des Bulletins trimestriels de la Société Internationale de Musique (1912).\nComme toute bonne dissertation, celle-ci procède avec une bibliographie sinon très\nnombreuse, du moins judicieusement établie, et une quantité de références qui révèlent la\nminutie scrupuleuse du candidat.\nLe Sueur ! N'est-ce pas un nom déjà tombé dans l'oubli ? Et cependant c'est à travers\nl'époque mouvementée de la Révolution, la République, l'Empire etc. Qu'évolue ce maître de\nchapelle consciencieux et réformateur, réservé mais fier, qui n'hésite pas à suivre le mouvement\nRépublicain et à contribuer à la fondation du conservatoire, puis à devenir \" Kappelmeister \"\nde l'Empereur, et ensuite du roi, n'ayant d'ailleurs qu'un objectif : profiter de ses hautes\nfonctions pour donner libre cours à son activité et accomplir les réformes qu'il croyait de son\ndevoir de réaliser. En réalité, Le Sueur fut surtout un administrateur ; et c'est pour cela qu'on\nl'oublie ; comme musicien, il ne s'est guère élevé au-dessus de ce que furent à peu près tous les\nmusiciens exclusivement français de son époque : de très honnêtes gens, dont la musique terne\net compassée ne saurait survivre. Partout, en effet, Le Sueur laisse le souvenir d'un\nhomme irréprochable et d'un \" Grand talent \", et c'est ce qui lui valut probablement la faveur\nde tous les gouvernements ; nous devons, de notre côté, lui rendre cette justice : c'est qu'il sut\npréparer le romantisme et que Berlioz est sorti de ses mains, (p. 14) : l'élève éclipsa le maître\ncomme il arrive parfois, mais, somme toute, ne demeurèrent-ils pas chacun dans leur rôle,\ncelui-ci comme fonctionnaire, celui-là comme type de l'homme libre ? M. W. B. ne s'engage\npas d'ailleurs dans de telles considérations : il suit imperturbablement la voie qu'il s'est tracée,\net tantôt par les œuvres, tantôt par la correspondance nous entraîne avec lui de jalon en jalon,\navec un rythme et une précision qui nous attache singulièrement au vieux maître qu'il tente\nde mettre en relief.\nSERVIÈRES (J.). Freischutz.(Fischbacher, 1913, in-12° de 187 pp. Fr. 2.).\nNous ne savons pas exactement ce qui se passe de nos jours au cours des répétitions et\ndes avant-premières des partitions les plus modernes ; tout au plus quelques paroles de mauvaise\nhumeur de la part des auteurs, trahissent-elles qu'on n'a pas perdu l'habitude de tailler et de\nrogner la matière musicale afin de l'adapter aux exigences de ses tyranniques accessoires :"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.43", "texte": "LES LIVRES\n41\n\ndécors, danses, etc. et du non moins tyrannique auditoire. Mais on peut espérer cependant qu'on\nne se livre plus au même vandalisme que vers 1830, et on ne lira pas sans intérêt l'invrai-\nsemblable fortune du Freischtitz, à Paris, telle que M. S. nous la retrace, c'est-à-dire avec\nbeaucoup de précision, malgré l'abondance des détails.\nJe m'empresse d'ajouter que grâce à cet auteur, le \" Robin des Bois \" de Castil-Blaze\net Cie est redevenu le \" Freyschùtz \" de Weber : sans doute nos grand'mères ne reconnaîtraient\nplus au théâtre des Champs-Elysées l'anodine piécette dont elles fredonnaient encore les\n\" airs \" les plus aimables ; mais notre répertoire y gagne de compter à son actif une œuvre\nauthentique, simplement transposée d'une langue dans l'autre, et dont, à tout prendre, la\nmusique vaut bien celle de tant de médiocrités qu'on jette en pâture à nos scènes\nsubventionnées.\nAUGUSTIN DE CROZE. La chanson populaire de File de Corse. (Champion, 1911,\nin-8° de 188 p.).\nPeut-être ce titre n'est-il qu'un prétexte : l'auteur après une sorte d'introduction examine\nles divers types de chanson populaire : politique, berceuse, nuptiale ; et, choisissant quelques\nexemples de chacun d'eux qu'il nous donne avec la traduction et la musique, en fait à chaque\nfois le sujet d'un petit chapitre descriptif qui situe parfaitement la question et la rend très\nintelligible.\nLes histoires de brigands tiennent une assez grande place, il fallait s'y attendre. Mais,\nbien que les transcriptions révèlent certaines maladresses, l'aspect général de la mélodie est\nassez archaïque et n'est pas sans présenter parfois, quand à la tonalité, des analogies assez\naccentuées avec la cantilène médiévale, dont elle diffère par ailleurs radicalement en ce qui\nconcerne la rythmique et la date de composition.\nROBERT (P. L.) Auguste Guéroult, 1836-1911. (Rouen, 1913, 22 p.).\nL'auteur, au début d'une séance musicale consacrée aux œuvres de \" A. Guéroult,\ncompositeur et organiste de S 1 Ouen \" en Juin 1912, retraça brièvement la vie de ce vénérable\net obscur musicien et rendit hommage à ses qualités d'homme et d'artiste.\nBORGEX (L.). Vincent d'indy.(Paris, Durand, 1913, 32 p., 2 112.).\nAutre hommage, cette fois-ci à un vivant : cela vaut peut-être mieux. Peut-être : car on joue\nbien difficilement le rôle d'historien, lorsqu'il s'agit de parler des contemporains ; et dans le cas\nprésent, M. Borgex est un admirateur et surtout cela. Ce n'est pas que nous veuillons contester à\nl'éminent Directeur de la Schola tous les éloges qu'en nous-mêmes nous lui décernons de bon\ncœur ; mais n'éprouve-t-on pas justement quelque malaise à rencontrer à chaque page les\népithètes \" admirable \" \" merveilleux \" etc., alors que précisément la personnalité de Vincent\nd'lndy est faite de puissante sobriété, et échappe à l'apologie.\nL'ANNEE MUSICALE. (2me année 1912), par MM. Michel Brenet, J. Chantavoine,\nL. Laloy, L. de la Laurencie. Paris, Alcan, 311 p.\nUne critique pour commencer : nous ne connaissons pas les intentions de cette publica-\ntion, ni les limites qu'elle s'est assignées, mais on pourrait croire qu'elle s'est fixé Comme but\nl'étude des I7œe et i8me siècles ;un seul article sur quatre sort de ce cadre et se rapporte au\n16me siècle —etil en était à peu près de même dans la brochure de 1911. Certes, ce fut une\npériode féconde pour la musique française ; elle offre l'avantage d'être représentée par des"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.44", "texte": "42\nS. I. M.\n\ndocuments nombreux et sur l'authenticité desquels il est difficile de se tromper ; par suite les\ntravaux qui s'y rattachent sont d'une grande certitude et fertiles en renseignements ; mais ne\ndoit-on pas craindre qu'à force d'écrire sur les Bouffons, on accumule plus de papiers qu'eux-\nmêmes en ont accumulés, ou fait accumuler de leur temps ?...\nCette remarque formulée, il convient précisément de signaler la très grande valeur\nde chacun de ces travaux ; qu'il s'agisse du \" Blavet et Dauvergne \" de M. de la Laurencie,\nde l'étude sur les \" Revues du XFIIIe Siècle \" de M. G. Cucuel, ou de \" Jean de Cambejort \"\nde M. H. Prunières, c'est toujours, outre le style très clair que nous connaissons à ces auteurs,\nla même méthode rigoureuse, la même exactitude scrupuleuse, qui sont évidemment les\nconditions essentielles à toute œuvre historique digne de ce nom, mais auxquelles certains\nmusicologues d'une époque antérieure ne se croyaient pas astreints et ne nous avaient pas\naccoutumés.\nL'ouvrage se termine par une série de critiques bibliographiques, nombreuses et détaillées,\ntoutes signées de noms autorisés précédée elle-même de quelques pages de critique\nmusicale, relatives aux principales manifestations artistiques de l'année. MACHABEY.\nt\nRENE LENORMAND. Etude sur l'harmonie moderne. (Editions du Monde\nMusical, 1912, in-B°.)\nRecueillir en un choix judicieux diverses trouvailles harmoniques de nos contemporains,\nles analyser sans pédantisme, en déduire d'utiles et justes conclusions, quelle tâche difficile !\nM. Lenormand a fait preuve ici du tact le plus rare et de la meilleure logique. Son langage\nest attrayant et clair ; son parfait bon sens aiguisé de fine ironie pare à toutes les objections ;\nson esprit audacieux et sûr demeure solidement équilibré ; s'il constate la désuétude de tant de\nvieilles règles, il sait aussi nous mettre en garde contre l'attrait exclusif et l'orgueil dangereux\nde la révolte : l'exemple admirable de M. Fauré, réalisant la plus personnelle des musiques par\ndes moyens très simples, nous montre qu'il n'est pas toujours besoin d'accords révolutionnaires.\nMais soyons libres : tel est, en définitive, le dernier mot de cet excellent ouvrage. Bien\ncompris, son influence sera des plus heureuses. Il est salutaire, en effet, de se souvenir que\nl'harmonie de 1' \" Ecole \" n'est qu'une gymnastique préparatoire, et qu'on doit savoir oublier\nle métier : a ... d'abord, il faut désobéir. \" Désobéissance aujourd'hui, règle demain ; M. Le-\nnormand l'a justement noté. Ce n'est pas qu'il condamne le passé : à nous, sans en faire fi, de\nrajeunir les vieux procédés. Il étudie le présent de la façon la plus complète, montrant\nl'excellence de maint enchaînement autrefois défendu. Et quant au futur, témoignant d'une\nsuperbe largeur de vues, il n'assigne d'autres limites aux techniques nouvelles que les bornes\nmêmes de la musicalité, ces bornes que recule indéfiniment le génie, au grand scandale des\ncritiques et des pions. Toutes ses remarques sont étayées d'exemples fort intéressants1 : en\nplus d'un l'on croit voir les anneaux de la chaîne qui relie la tradition classique à cette\ntradition de l'avenir qu'annonce le Sacre du Printemps : tant il est vrai que tout se tient, et\nque toute hardiesse véritablement musicale devient quelque jour une forme usuelle. 2 Le\n\n1 Le contexte en est forcément un peu restreint, comme l'exigeaient les raisons matérielles de cette\npublication, qui ne pouvait prétendre à remplacer une bibliothèque musicale. Dans la plupart des cas\ncependant, il me semble suffire. On fera bien pourtant, pour la parfaite compréhension de quelques-uns\nd'entre eux, d'étudier ces exemples musicaux dans les oeuvres mêmes d'où ils sont extraits.\n* Une agrégation de sons, jugée d'abord impossible trop osée, trop dure, trop dissonante est\nacceptée par l'oreille, un beau jour, grâce à l'artifice d'un retard, d'une appogiature, d'une pédale. Elle devient\nainsi d'un usage courant. Et l'on s'avise alors de l'écrire d'emblée, sans préparation : elle est douce, exquise,\nravissante. Elle est correcte. Elle est consonnante. En musique, moins que partout ailleurs, il ne faut dire :\n\" Fontaine... \""}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.45", "texte": "LES LIVRES\n43\n\nplus beau, c'est qu'il n'est point un jeune homme, ce compositeur aux idées neuves et\naudacieuses : l'on est touché d'une admiration émue et attendrie, à voir cet aîné accueillir\nd'une oreille bienveillante les recherches âpres ou subtiles de ses cadets. Aimer la musique,\nl'aimer pour elle-même, chose rare ! Combien d'entre nous permettent à leurs confrères de\nles dépasser, voire de marcher de front avec eux dans les nouveaux sentiers de la forêt\nmystérieuse ?\nL'opposition qu'a pu rencontrer ce livre n'est pas pour en diminuer la valeur. On\nnégligera certaines critiques. Mais d'autres, émanant de maîtres illustres, appellent quelques\ncommentaires. A M. Saint-Saëns, 1 cette étude apparaît comme celle des \" fautes d'Harmonie\nmoderne \" : .... \" l'oreille ne peut être tenue pour quantité négligeable. \" Savoureux grief fait\ncette école si avide de sonorités exquises, qu'elle en dédaigne injustement le contrepoint,\nd'où l'on tire, lorsqu'on sait, de si admirables effets musicaux. Les auteurs cités par M. Lenor-\nmand sont Fauré, Dukas, Debussy, Ravel, Florent Schmitt, etc.. Ces noms seuls me\ndispensent d'en dire plus long, mais ils ne désarment pas M. Saint-Saëns, qui nous adresse\n1 eteinel repioche . 1 abus des dissonances et des modulations. \"Ce sacrifice tardif aux\nmânes de Fetis et de Scudo 11e saurait nous effrayer. Les limites de l'accoutumance de\n1 oreille invoquées par le maître qui les connaît ?La bonne volonté de l'oreille, lorsqu'on\nentend de la vraie musique, mais elle est immense ! Elle est de tous les instants ! le son\nsimple est un mythe, une abstraction commode, et voilà tout ; le son réel est prodigieusement\ncomplexe. Notie organe ne se lasse point de tirer parti de vibrations extrêmement multiples,\net le rôle du cerveau est tout juste de simplifier, d'interpréter ces infinies combinaisons. C'est\nainsi qu il convertit en sensation de timbre la série d'harmoniques accompagnant chaque note.\nC est ainsi qu'il s'accommode des intervalles faux que nous ne cessons d'ouïr, car et pour\nmainte raison les rapports simples 112, 112, 112... n'existent que dans les traités élémentaires\nd acoustique (aucune gamme, notamment, ne peut offrir à la fois tous les intervalles justes\ntierces et quintes que suppose bénévolement le solfège. Il y a incompatibilité, par\ninsuffisance de paramétrés variables, comme on dit en analyse). Cette accoutumance est loin\nd avoir atteint sa limite. Au demeurant, cette limite, nous4 ne la connaissons pas. Je doute\nmeme qu elle existe. Le domaine de la musique est infini. JEt je ne pense pas non plus qu'il\nsoit une raison scientifique proscrivant à priori les quintes charmantes de nos musiciens\nmodernes. Ou bien alors, tenez pour certain que cette raison se trompe, et que la science\ndont elle se targue n'est pas rigoureuse. En résumé, je ne vois contre 1' \" harmonie moderne \"\naucun motif théorique ou général, mais le goût seul de M. Saint-Saëns...\nD après M. d Indy, enfin, dont on connaît déjà les idées en ces matières, le langage\nharmonique est tiop sujet a passer de mode pour qu il nous offre une beauté réelle et durable.\nQui sait, poui tant ? S il faut se garder a cet égard dun fétichisme stérile, si l'accord isolé\nest peu de chose pai lui-meme, sil ne prend toute sa valeur expressive que par ses relations\navec les autres accords, avec la mélodie, le rythme et le sentiment général, cette sorte\nd'expression n'en existe pas moins ; elle est si fréquente, elle a acquis une telle importance\ndans la musique moderne qu il me parait difficile de la dédaigner, de l'ignorer, ou de l'esca-\nmoter. Je sais de beaux passages de Pervaal, où le rôle de l'harmonie me semble très réel.\nD ailleurs, ne soyons pas en peine : les belles harmonies, bien à leur place, ne risquent point\nde passer si vite (cf. Orfeo, de Monteverde, \" ton épouse chérie... est morte \"). Non pas\n\n/ JL\n1 Les lettres à M. Lenormand, de MM. Saint-Saëns, d'lndy, etc... ont paru, après l'ouvrage même de\nTvl. Lenormand, dans le Monde Musical (numéros de novembre 1912 à janvier 191 3).\nJe reconnais volontiers, d ailleurs, qu'on aurait grand tort de délaisser l'élément mélodique et l'élément\nrythmique, absolument nécessaires l'un et l'autre."}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.46", "texte": "44\nS, I. M.\n\nseulement l'accord parfait (cf., passim, Pellèas mais de bons vieux accords\ninjustement dédaignés (\" relégués dans le coin des vieilles lunes \", écrit ironiquement et triom-\nphalement M. d'Indy, car : \" pas un compositeur n'oserait aujourd'hui les employer \"), de\nchers bons vieux accords ne laissent pas, à l'occasion, d'être fort beaux : telle appogiature\ngounodienne, dans le chœur final de Pénélope, 1 et des lambeaux de terrifiantes septièmes\ndiminuées, par ma foi, dans le Sacre du Printemps. D'autre part, si dans l'écriture \" verticale \"\nle modernisme hors de propos devient vite usé et désuet, les poncifs mélodiques ou rythmiques\nne sont pas rares ; il existe des fugues et des développements qui ont terriblement vieilli. Des\nsonates cycliques ont pu subir du temps l'irréparable outrage, tout aussi bien que des lieder\ntrop ornés de \" chichis \" harmoniques. D'excellents esprits vont jusqu'à penser que les chefs-\nd'œuvre même vieillissent ; je ne le crois pas. Mais accords ou rythmes, mélodies ou effets\nd'orchestre, tout ce qui n'est que formule est sujet aux rides. La seule eau de Jouvence, c'est\nla source qui vient d'une vraie personnalité. Ne nous frappons pas... De toutes les conquêtes\nde la musique contemporaine, l'harmonie \" moderne \" n'est pas la moins belle, ni la moins\nféconde : félicitons et remercions encore M. Lenormand d'avoir écrit, sur ce très intéressant\nsujet, sa très captivante étude.\nCHARLES KŒCHLIN.\n\nLIVRES REÇUS\nWAGNER (Richard).— Œuvres en prose. Traduction française, par J.-G. Prod'homme\net L. van Vassenhove. Tome VIII. (Delagrave, 1913, in-120 de 256 pp., fr. 3,50.)\nWOLF (Prof. Johannes). Handbuch Teil I. (Leipz., Breitkopf,\n1913, in-8° de 488 pp. Mk. 10.)\nJOACHIM (Joseph). Brie fe von J. Herausgegeben von\nJ. Joachim und Andréas Moser. Bd. II et 111. (Berlin, J. Bard, 2 vol. in-8° de 478 et\n546 pp. Mk. 8,50 et 10.)\nROUCHES (Gabriel). Inventaires des papiers lettres de G., C. et L. Vigarani,\nconservés aux Archives d'Etat de Modène. (Paris, Champion, 1913, in-8° de 240 pp.)\nHENRI-MARTIN (Barzun). La révolution de Berlioz,. (S. 1. n. d. in-8° de 15 pp.)\nMOISSENET (Chanoine). U Enseigne\n(Lyon, Janin frères, 1913, in-120 de 97 pp. Fr. 1.50*)\nTERRY (Ellen). The Russian Ballet,with drawings by PAMELA COLMAN\nSMITH (London Sidgwick and Jackson, 1913, in-fol. de 54 pp.)\n\n1 Cet accord se trouve également à la fin d'une des plus raffinées parmi les mélodies de M. Fauré :\n\" C'est l'extase... \" (poésie de Paul Verlaine).\n2 Quant à ce dernier exemple, je confesse humblement que ces septièmes diminuées sont accompagnées et\nrehaussées d'un contrepoint fort libre."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.47", "texte": "Les Concours du Conservatoire\nEn matière d'art, les concours rentrent dans la catégorie des événements dont il faut se\nhâter de rire, de peur d'être forcé de s'en indigner. Lorsqu'on a observé attentivement, à la\nfin d'une année scolaire, les opérations d'un jury effectuant sur une génération d'artistes ce\nque les agents des postes appellent le tri, on demeure stupéfait de la fantaisie qui préside à la\nrépartition, dans les casiers de la gloire, des milliers d'envois que la province et l'étranger\nexpédient annuellement à notre vieux Conservatoire. Que d'oublis, que d'erreurs, que de\nfausses destinations, que d'adresses mal lues, que de recommandations arbitraires, que d'insuf-\nfisances d'affranchissement, que d'injustes retours à l'envoyeur, de détériorations et de mises\nau rebut-! Hélas, nous savons bien que les postiers de la rue de Madrid ont, comme leurs"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.48", "texte": "46\nS. I. M.\n\ncollègues de la rue du Louvre, d'excellentes excuses : leur travail s'opère dans des conditions\nde hâte et de surmenage qui le rendent singulièrement fiévreux et incertain. Ils n'ont que\nquelques minutes pour effectuer cet énorme classement et n'ont pas le loisir de se livrer à de\nbien longues réflexions sur les noms qui leur passent sous les yeux ; les sacs s'accumulent,\nl'heure presse, il faut distribuer rapidement le courrier du jour pour faire place à celui du\nlendemain ; il est impossible à des hommes chargés d'un service aussi fatigant et aussi énervant\nde ne pas commettre d'erreurs et de n'être jamais victimes de distractions ou de faiblesses. De\nlà ces surprises, tragiques pour les uns, comiques pour les autres, qui, chaque année, affirment\nvictorieusement l'existence d'une injustice immanente.\nLes statistiques sont terrifiantes : 25 concurrents d'opéra, 31 femmes pianistes, 37 chan-\nteuses, 38 violonistes, 45 concurrents d'opéra-comique... c'est à vous décourager immédiate-\nment de faire du travail soigné ; alors, on retrousse ses manches, on crache dans ses mains et\nen avant le grand coup de balai.\nNous n'entreprendrons pas la tâche décevante de relever, une à une, les \" malfaçons \"\ndu jury. Il faudrait imprimer ici, tous les ans, le même article et posséder, pour le signer,\nl'heroïque ingénuité, l'inguérissable ferveur dans l'illusion, et l'inlassable persévérance dans\nl'effort inutile qui ont établi si solidement la réputation de Don Quichotte. Nous retrouve-\nrons l'an prochain les anomalies qui nous ont scandalisés l'an dernier ; nous verrons, de\nnouveau, le choix absurde des morceaux fausser les épreuves, l'agencement puérilement\nvaniteux d'une page de lecture à vue désorganiser un classement artistique et nous pourrons\nencore discuter à perte de vue sur le cas surprenant de ces élèves qu'un premier prix d'opéra\nou d'opéra-comique signale à l'attention de nos grands directeurs comme des artistes n'ayant\nplus rien à apprendre alors que l'avant-veille, l'insuffisance de leur technique vocale a été\nofficiellement constatée par un concours de chant où ils ont péniblement cueilli un maigre\naccessit. Le Conservatoire est, en effet, une Faculté où l'on décroche facilement son doctorat\nou sa licence le jour même où l'on vient d'échouer à son baccalauréat.\nN'insistons donc pas sur ces étrangetés qui sont de tradition dans la maison et contentons\nnous de saluer l'avènement d'un règlement nouveau appelé à donner les plus déplorables\nrésultats et à ébranler sérieusement le crédit artistique de notre enseignement national.\nObéissant à cette idée bien administrative qu'une réforme utile aux classes de déclamation\nne doit pas l'être moins aux classes de musique, un ministre, ami de la symétrie, proscrirait des\nétudes de chant la musique moderne pour compléter équitablement le décret qui écarte du\nconcours de tragédie la littérature boulevardière contemporaine. Vous devinez l'antienne sur\nles exigences de la scolarité, vous connaissez les arguments en faveur du chant classique. Ils\nsont de pure forme. En réalité il n'est pas exact qu'un gosier rompu aux pratiques gluckistes\nsoit armé convenablement pour affronter toutes les difficultés d'une carrière lyrique. Si la clef\ndu père Haendel était un passe-partout ouvrant toutes les serrures musicales de l'histoire, on\npourrait admettre ce surprenant ukase. Mais nous sommes loin de compte, surtout si l'on veut\nbien remarquer la candeur du réformateur pour qui le classicisme d'un compositeur s'affirme\npar la seule production de son acte de décès."}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.49", "texte": "LE MOIS\n47\n\nAu fond, cette mesure dénonce le secret mépris dans lequel est tenue la musique con-\ntemporaine dans les sphères officielles. On laisse trop deviner qu'une différence essentielle de\n\" qualité \" sépare, dans l'esprit des législateurs, un air classique d'une mélodie moderne et que\nl'on a cru pouvoir sacrifier la seconde en vertu de cet axiome singulièrement insolent en\nl'espèce : \" qui peut le plus, peut le moins ! \" L'art du chant est mort, les modernes\nméprisent la voix et n'y entendent rien, il n'y a pas besoin de voix pour les interpréter, donc\npour un artiste capable de dérouler les vocalises de Judas Macchabée, tout le répertoire\ncontemporain ne sera plus qu'un jeu d'enfant !\nVoilà le sophisme avec lequel on tuera notre grande Ecole. L'enseignement du chant\nn'y brille pas, déjà, d'un aveuglant éclat, mais le jour où l'on s'apercevra, en outre, que cet\nenseignement ne répond à aucun des besoins d'un artiste contemporain et qu'il laisse ses\nlauréats dans un état dangereux d'infériorité pour aborder le combat de l'existence, on\ndésertera, en masse, ce stérile noviciat.\nJe ne veux même pas discuter l'absurdité du point de vue esthétique d'où est sortie cette\ndécision; inutile de défendre notre admirable renaissance musicale moderne contre l'incom-\npréhension des fonctionnaires et de démontrer l'intérêt supérieur, à la fois vocal et musical,\nque présentent certaines œuvres de compositeurs vivants ; inutile de faire un cours d'histoire\net de prouver que cet ostracisme officiel éclate à une heure où il revêt le caractère d'une\nrévoltante injustice. Il suffit de maintenir la question au niveau des réalités les plus banales.\nBonne ou mauvaise, vocale ou anti-vocale, la musique moderne existe. Elle commence même\nà tenir assez bien son rang dans le monde. Elle envahit les concerts et les théâtres officiels\navec une rapidité incroyable. Les directeurs sont bien forcés de trouver à cette fonction\nnouvelle des organes appropriés. Or, on peut invectiver très correctement les Divinités du\nStyx et même savoir pousser sa pointe auprès d'Adélaïde sans offrir à un compositeur contem-\nporain la moindre garantie. Chaque année, le Conservatoire met en circulation un nombre\nconsidérable de jeunes gens munis de leur permis de chanter et de leur certificat de culture\nclassique et, pourtant, la difficulté de trouver des artistes capables d'interpréter les partitions\nnouvelles n'a pas diminué. Il y a là un problème d'ordre économique qui se pose avec une\nredoutable énergie et qui s'aggravera d'année en année : on voit quelle ingénieuse solution\nviennent de lui trouver les pouvoirs publics !\nJeunes gens, on vous trompe ! La musique moderne n'est plus cette parente pauvre qu'on\npouvait impunément négliger de saluer lorsqu'on avait l'honneur d'être ténor ou d'être\nsimplement toulousain. La parente pauvre a fait son chemin ; vous la rencontrerez partout.\nElle est puissante : elle impose ses protégés et balaie d'un geste ceux qui n'exécutent pas\ndocilement ses ordres. Vos diplômes et vos médailles ne vous donneront aucune autorité auprès\nd'elle ; tout votre prestige scolaire s'évanouira en présence des qualités artistiques découvertes\nchez un chanteur inconnu plus intelligemment préparé que vous, par un obscur répétiteur,\nà la lutte pour la vie. Et vous serez contraints de lui céder honteusement la place, même si\nvous avez un contre-ut breveté dans le larynx.\nEt qu'un professeur avisé fonde une Ecole moderne de chant pour préparer une génération"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.50", "texte": "CONCOURS DU CONSERVATOIR\n\nCONCOURS PUBLICS CONCOURS A HUIS-CLOS\nLES INSTRUMENTS LES VOlx\"^\nt * ! > , A X\nA VENT A CORDES\nf A f K\nORGUE\nFUGUE\nCONTREPOINT\nACCOM PAGNEMENT\nHARMONIE (HOMMES)\nHARMONIE (FEMMES)\nCHANT (HOMMES)\nCHANT (FEMMES)\nOPÉRA-COMIQUE\nOPÉRA\nPIANO (HOMMES)\nPIANO (FEMMES)\nHARPE\nHARPE CHROMATIQUE\nVIOLON\nALTO\nVIOLONCELLE\nCONTREBASSE\nFLÛTE\nHAUTBOIS\nCLARINETTE\nBASSON\nCOR\nCORNET A PISTONS\nTROMPETTE\nTROMBONE\nMORCEAUX DE CONCOURS\nSujet de fugue (Ch. Tournemire)\nThème d} improvisation (Césare Galéotti)\nThème (Gabriel Fauré)\nThème et Choral (Gabriel Fauré)\nBasse chiffrée et chant donne (H. Biisser)\nBasse et chant (H. Dallier)\nBasse et Chant (P. Vidal)\nDivers\ni\nI\n■ i\nDivers\nDivers\n4\n' — — .\nDivers\nThème et Variations (Gabriel Fauré)\n\"■ \" ■ - u ■ — \"\n3rac Concerto (Saint-Saëns)\n! —_— *\nImpromptu (Gabriel Fauré)\nIntermezzo (Henry Février)\nSonate sol mineur (Tartini)\nConcerto Russe (Intermezzo) (Ed. Lalo)\nConcertstùck (Georges Enesco)\n2me suite en ré mineur (Bach)\nPapillons (Gabriel Fauré)\n—a\nPièce de Concours (André Gailhard)\nFantaisie (Georges Hue)\nPrélude et Danse (Eug. Cools)\nFantaisie Orientale (M. d'Ollone)\n. v\nFantaisie en si bémol (Dallier)\nVillanelle (Paul Dukas)\nPièce de concours (G. Balay)\n4me Solo de Concert (Paul Rougnon)\nCantabile et Scherzando (Biisser)\nler1er PRIX\nMaréchal, Nibelle, Panel\nPas de lERIER prix\nVoilquin, Tesson, Mlle Nagel\nFlorian, Mlle' Gilles, Dreyfus, Soulage\nFiévet, Friscourt, Serre, Edinger\nDedieu-Peters, Hédoux, Tailleferre\nRambaud, Palier, Triandafyllo\nM 1 Brunlet, Vaultier, Brothier\nMlles Vaultier, Laughlin, Mathieu, Brothier,\nMM. Palier, Noël, Feiner, Lerotix\nM 11\" Brunlet, Bugg\nMM. Palier, Noël\nIturbi, Toporowski, Fournier,\nCasadesus\nM 11\" Dufour, Follet, Marcelle Meyer,\nLeleu, Rainoird, Gadot, Steff, Baillot\nM»I**1** Raymond, Jacques, Hermann\nMUe Couée\nMM. Choubry, Bellanger, Charon, Emânuëïê,\nGentil, Debonnet, Mlles Giraud, Lavergne,\nM. Mogey\nFourel, M 11\" Masson et LE Guyadier\nAudisio\nChauvet, Dupont\nEhrmann, Blanc\nDufour, Saint-Quentin\nBailleux, Bonade, Bégoulle\nCortot\nLemaire, Fontaine\nPas de lERIER prix\nMarcerou, Bellon, Rozaire\nDesplanques, Sinock, Puig, Dubou"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.51", "texte": "(1912-1913) - LES LAURÉATS\n\n2me PRIX\nPas de 2d prix\nPas de 2d prix\nMllé, Guyot, Soulage\nMlle Cammas\nT\nVoilquin, Escoffier, Reinach\nGérard\nTaillardat, Noël, Verneris\nMarilliet, Reutermann\nMlles Laffont, Saïman, Allicita\nM. Triandafyllo, Pastouret, Rambaud,\nParmentier\nMlle Saïman\nIM. Leroux, Taillardat, Niréga\nJacquinot, Figon, Jacques\nes Plé, Perriond, Decour, de Valmalète,\n:rrenschmitt, Illingworth, Perez-Garcia,\nLiénard, Grillet, Radisse\nMUe David\nMu* Potel\nMlle Gautier, MM. Reynal, Meunier,\nSoetens, Thillois, Casadesus\nGay\nLaffitte, Mr Stien, Mlle Bluhm,\n_ Mr Miquelle\nHornin, Grand, Fortier\n3alay, Mlle René\nVasseur\nPonnet, Rambaldi\nJacot, Grandmaison\nAlbert, Thys\nBécar, Lafosse\nJalabert, Cousin\nD'Hondt, Hansotte\nler1er ACCESSIT\nLaporte\nPas de i\" Accessit\nJanin\nBournonville, Mlle Philippon\nde Maigret, de Pachmann, Naudier,\nBernard\nWellenreuther\nMorturier, Pastouret, Leroux\nFamin, Allix, Vétheuil, Mathieu,\nValette, Saïman\nMlles Famin, Boutté Romagnesi, Delécluse\nMM. Taillardat, Laplace. Friant, Stevens,\nMorturier, Fabre\nMUei Mathieu, Roize\nMM. Mazens, Kossowski\nLiégeois\nMlle,Laeuffer,Weil,Weiller,Jankelewitch\nCoffer, Durouy, Giraud, Creyx\nMUel Godeau, Fontaine\ni '\nMUe Courras\nMlle Leclère, M. Charvet, Ferret, Mlles Longuet,\nde Sampigny, Tempier\nM 1 Schonenberg, MM. Groint\nScohan, Canourt\nGerling, Crinière, Patte\nPennequin\nKrettly, Vallin, Louis\nRambaldi\nGraff, Lambert\nMessmer, Simon-Solère\nBouillet, Gaujac\nPorret, Belloy\nCaron, Chambe\nChandelon, Jacquemin\n2™ ACCESSIT\nBéreau, M 1 Joseph\nMlle Ravizé\nGoguillot, Bertin, Ibert, Mlle Cammas\nMr Rose\nPas de 2d Accessit\nSaunier, Narbonne\nMeuret, Lafosse\nFillon, Fabre, Kossowski, Millot,\nLaplace, Mazens, Stevens\nCabel, Berthon, Roize, Tatianoff,\nMona-Givry, Teissier\nMlles Mona-Givry, Berthon, Cabel, Roize,\nSwoboda, Spitz, Pruvost\nMM. Kossowski, Cozette, Millot, Mazens\nM 1 Nieras, Debacq\nMM. Pastouret, Taillardat, Fabre\nDennery, Bédouin\nM,le Gard, Chaudouin\nMIU Veyron-Lacroix, Amalou\nPas de 2d Accessit\nMr. Bouillon, Mlle Deck, Mr. Volant, Mlle Isnard\nMr. Bas, Brunschwig, Mlle Psichari\nBrisville, M 1 Mailbaum\nCaveye, Delobelle, Lieutet, Dorfman\nMarho, Reynaud, Thévenin\nDelaître, Cizeron\nGauthier\nJaspart, Dubois\nPas de 2a Accessit\nRoland, Lambert\nPamar, Voisin\nPas de 2d Accessit\nPas de 2d Accessit"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.52", "texte": "5°\nS. I. M.\n\nd'interprètes adaptés aux nécessités contemporaines : vous verrez aussitôt les compositeurs, les\ndirecteurs et les impresarii s'empresser d'y recruter les collaborateurs indispensables que le\nConservatoire refuse aujourd'hui de leur assurer. Et ce sera la faillite de l'enseignement officiel\net une nouvelle victoire de l'industrie privée sur l'Etat, ce pauvre Etat, si maladroit de ses\nmains, qui ne sait pas plus faire marcher un train que fabriquer des allumettes et qui s était\ncru capable de donner des leçons de chant !\nEmile Vuillermoz.\nDepuis quelques années — et plus particulièrement depuis qu un Ravel fut volontaire-\nment oublié dans la salle d'attente — le train de plaisir qui transporte a Rome les jeunes\ncompositeurs distingués par l'Institut, s'ébranle au milieu de l'indifférence générale. (Bien peu\nde musiciens seraient capables d'énumérer sans hésitation les prix de Rome de ces dix dernieres\nannées !) Ce concours a cessé depuis longtemps de jouer un rôle actif dans notre mouvement\nmusical. Cette année, pourtant, il a retenu un instant l'attention a cause du triomphe de\nMlle Lili Boulanger. Il faut noter avec sympathie cette entrée d'une jeune fille a la Villa\nMédicis, non seulement parceque sa supériorité sur ses camarades masculins fut écrasante\nMr Delvincourt ne put l'accompagner, proximo sed longo intervallo, que par l'effet d'une grande\nindulgence des contrôleurs! — mais encore parceque la vraie sensibilité féminine ne s'est\njamais réalisée musicalement et que la musique a le droit de reclamer au destin sa Colette\nWilly. Il est impossible de deviner ce que nous révélera la nouvelle lauréate lorsqu elle aura\npris contact avec la vie, mais la première victoire sérieuse du féminisme sera saluee comme un\nheureux présage par tous ceux qui en attendant le bienfait d une nouvelle façon de penser, de\nsentir et d'écrire."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.53", "texte": "Cabarets et Music=Halls\n\nDe même que l'incertitude devenue proverbiale de notre ciel nous prive de saisons\nrégulières, de même n'y a-t-il guère de motif, semble-t-il, pour que nos salles de spectacle\nferment leurs portes par les soirées pluvieuses et glaciales de juillet plutôt qu'en la tiédeur de\njanvier ou la sérénité de mars. La tradition le veut pourtant ; elle est toute puissante au\nthéâtre ; le music-hall, plus jeune, lui échappe ; il reste ouvert, et la foule se presse aux\nfauteuils non moins qu'aux promenoirs, heureuse de trouver, à l'abri des frimas, un divertisse-\nment sans effort.\nIl arrive cependant que si l'exploitation continue, la raison sociale est différente : la\ndirection normale de l'établissement cède ses droits, pour les trois mois de l'été astronomique,\nà une entreprise temporaire. Cette substitution a pour cause tantôt une tournée de la troupe,\ntantôt, comme il arrive cette année à l'Olympia, d'importants travaux d'aménagement, tantôt\nle simple et naturel appétit d'un repos bien gagné. C'est ainsi qu'en ce moment la Scala donne\nl'hospitalité à une revue belge, pendant que l'Olympia appartient au cinématographe ; et\nM. Paul Franck, mime et auteur de mimodrames, préside aux destins vacants des\nFolies-Bergère.\nSoucieux de contrarier le moins possible nos coutumes, c'est une revue qu'il a commandée\nà l'association éprouvée de MM. Louis Lemarchand, Lucien Boyer et Battaille-Henri. Elle se\nqualifie Revue en chemise,et vaut mieux que son titre ; non que les grâces féminines en soient\nabsentes, mais les costumes n'ont jamais l'exhibition pour seul objet, la brièveté pour tout\nmérite ; ils sont de circonstance, et s'ordonnent en tableaux dont quelques-uns, l'assemblée\ndes uniformes ou le bain de la courtisane, ont d'agréables accords de couleurs. Parmi les scènes,\nil en est qui n'ont pas coûté grand effort d'invention à leurs auteurs ; ainsi celle du sourcier,\ncelle aussi de 1 heroïne de Bernstein, ou pourtant IVI\"C Bréville affirme une rosserie piquante.\nMais d'autres, en plus grand nombre, mettent en valeur de véritables idées de comédie ou de\nfarce. L'agent bien informé, s'il est témoin d'un crime, ou requis pour un accident, hausse les\népaules : \" Vous ne voyez donc pas que c'est du cinéma ! \" Deux malandrins surviennent, le\ndévalisent, l'assomment ; il se laisse faire en souriant, et sous le nerf de bœuf qui lui martèle\nle crâne murmure encore : \" C'est du cinéma ! \" Le général Cambronne a promis de recon-\nstituer, devant le public, la scène qui l'immortalise. Il s'avance, lève le bras, et, pris d'une\ntimidité soudaine, fait de vains efforts pour articuler la syllabe héroïque. \"Allons, recommencez !\nVous y êtes? Vous savez ce que vous avez à dire ?\" Le mot lui reste dans la gorge. Un\npassant le bouscule, et d'instinct, par réflexe, le mot part : il est délivré. M. Silvestre, admi ~\nrablement grimé en vieux grognard, a su jouer au naturel cette scène de fantaisie observée.\nL'épisode muet où les alliés des Balkans s'attablent devant un menu succulent dont les\nservices leur sont dérobés tour à tour par les maîtres d'hôtel de nationalité autrichienne,\nitalienne et russe, est peut-être plus intéressant encore, parce qu'il appartient au genre"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.54", "texte": "52\nS. I. M.\n\ndéconsidéré de la pantomime, dont aujourd'hui, grâce au cinématographe, nous apprenons\nà reconnaître la puissance.\nEnfin, cette revue comprend des \" attractions c'est-à-dire des intermèdes exécutés par\ndes virtuoses spéciaux, qui viennent s'y intercaler grâce à l'inépuisable complaisance d'un\ndialogue qui ne cherche qu'à rendre service : \"Et maintenant, ma commère, allons à la\nFeria. Et qu'est-ce donc que ce fameux chanteur dont on parle tant ? Vous allez voir\nles équilibristes les plus fortes du monde.\" Ce qu'on recueille à l'aide de ces ingénus stratagèmes,\nce sont les restes de l'ancien music-hall, celui qui présentait des numéros successifs et n'ambi-\ntionnait pas l'illusoire unité d'une revue. Ce sont des exercices parfois dangereux, souvent\nremarquables, et dont le moindre a coûté autant d'étude qu'il en faut pour décrocher un\npremier prix de violon au Conservatoire. Il importe que ceux qui les exécutent trouvent un\nmoyen, bon ou mauvais, de paraître encore sur les scènes des grandes villes ; et d'ailleurs le\nballet traditionnel de nos opéras est bien souvent rattaché à l'action par une soudure à peine\nmoins grossière.\nLes Indes ont offert Mme Mata-Hari, voilà quelques années, à Paris fasciné par sa grâce\nfarouche. Aux Folies Bergères, la raideur d'un corsage et l'ampleur d'une jupe espagnole\ndérobent cette délicatesse intrépide, mais les bras souples comme des lianes nous sont laissés,\nainsi que le visage aux longs yeux, aux lèvres félines. Elle danse, selon l'annonce du programme,\nune habanera ancienne en un décor de Goya ; mais les tournoiements prescrits s'élargissent\nd'une langueur tropicale, les ondulations au lieu d'inviter au rapide plaisir imitent la torpeur\nserpentine. La cadence rebondissante de l'orchestre s'efface ; on croit entendre la flûte du\ncharmeur, la vibration prolongée du violoncelle hindou, le rayonnement sonore des cloches\njavanaises. Le spectacle est vainqueur, et par l'idée qu'il évoque d'une beauté contrainte aux\nplus extravagants caprices flatte notre curiosité dépravée.\nLes huits \" athlètes complètes \" sont huit jeunes filles qui par ordre de taille, et d'abord\nau nombre de deux, puis de trois, enfin de quatre, se superposent en vertigineuses colonnades.\nToujours souriantes, elles se déplacent ainsi, montent et descendent des escaliers, pour finir\npar échanger leurs postes instables en d'aériens chassés-croisés. Parfois un des chaussons menus\nglisse sur l'épaule de la camarade, un souffle d'angoisse passe dans la salle, mais déjà celle qui,\nd'en bas, les jambes rivées au sol et le regard fixé au-dessus d'elle, assure l'équilibre total, a\nd'un écart imperceptible prévenu l'effondrement. L'exercice ferait honneur à des équilibristes\nde l'autre sexe ; la douceur féminine en redouble l'attrait poignant. Loin d'altérer l'harmonie\ndes lignes, la vigueur musculaire les soutient et les épure ; sur les visages frais resplendit la\njeunesse. On croirait à des jeux sans cet homme d'âge mûr, debout au milieu d'elles, en son\nhabit correct, comme un maître des cérémonies. C'est lui en effet qui donne les signaux de\ndépart ; un mouchoir à la main, en prévision des chocs, il suit les mouvements d'un œil\nattentif et sévère, tout prêt à amortir les chutes, mais aussi à réprimander pour les fautes\ncommises. Quel est cet esclavage ? Quel contrat lie les petites travailleuses à celui qui sans\ndoute les a instruites avant de les présenter aux foules européennes ? Sont-elles sœurs, parentes,\namies, recrutées au hasard des vocations ou des nécessités ! Elles sont émouvantes ; toutefois on"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.55", "texte": "LE MOIS\n53\n\naurait tort de les plaindre. Il faut avoir été, dans les coulisses, jusqu'à la loge bruyante qu'elles\noccupent pour savoir de quelle gaîté et de quelle camaraderie elles ornent la rudesse de\nleur sort.\nLe \" pioupiou \" Dufleuve retrouve aux Folies Bergère le triomphe de rire dont il est\ncontumier. Ce n'est pas sans appréhension qu'on avait vu ce jeune chanteur abdiquer toute\nélégance pour endosser l'uniforme où Polin et Vilbert s'illustrèrent. Mais il a renouvelé par\nsa fantaisie un genre qui semblait périmé. Déjà son apparence transporte aux limites de la\nfiction, avec ces épaulettes redressées et ce visage de pantin. Les chansons atteignent au\nsublime par cette sottise savante et profonde dont le pouvoir sur les esprits est égal, quoique\nde signe contraire, à celui des plus fières conceptions des philosophes ou des poètes. C'est la\nvillanelle qui ne rime qu'en elle, quoi qu'il en doive coûter au bon sens :\nlui fais voir mes.\nEU' rn fait voir son... ombrelle, etc.\nCes insanités débitées d'un ton niais sur un air de mirliton font de l'auditeur le plus\nignorant un critique littéraire qui sévèrement note au passage, pour s'en égayer, les faiblesses\nd'un plat poème ; et plus d'un de nos modernes égreneurs de litanies peut en effet se reconnaître\nen cette charge outrancière. La chanson de la cantinière est au contraire sans malice : c'est\nune chanson de série, qui s'accroît à chaque couplet d'un autre cri d'animal, d'ailleurs conven-\ntionnel :\nLe chat qui fait : miaou,\nLe chien qui fait : hou ! hou ! hou !\nLe coq qui fait : korokoko\nLa poule qui fait : kiriki\nEt des kirikiki, et des korokoko, et des hou\nCela se dévide ainsi, sur une cadence parfaite dont le continuel roulis a bientôt engourdi\nla pensée, et on se laisse porter par ces flots où nul signe intelligible ne surnage, dans la\ncontemplation béate de l'absurde. N'est-ce pas aussi une manière de rendre gloire à Dieu ?\n\nLouis Laloy.\n\nBelgique\n\nEn commençant cette chronique, je veux me souvenir du soir de juin où, dans la quié-\ntude de la sylve rumorante, tandis que j'écoutais, de mon seuil guirlandé de roses, monter les\nvagues du silence, quelqu'un vint m'annoncer la mort de Camille Lemonnier. Alors, il me\nsembla que la forêt, immensément, s'était tue. Des fanfares de cor, au lointain, sanglotèrent.\nLa nature parut, soudain, comme accablée d'une douleur. Le mâle et frémissant génie qui,\ndans ses bras, tels les rameaux noueux d'un chêne, longtemps l'avait tenue, en sa splendeur,\nn'était plus. La sève avait fini de couler en ses veines. Son cœur ne battait plus du rythme de\nson cœur. Pan lui-même était mort. Et la terre pleurait...\nDes jours ont passé, depuis. Nous avons conduit le maître dormir sous les cyprès. Et"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.56", "texte": "5+\nS. I. M.\n\nd.éjà s'inquiète de perpétuer sa mémoire. Un prix littéraire, bientôt, glorifiera son nom.\nAinsi, bien que disparu, il continuera d'encourager les jeunes, le grand initiateur de k\nBelgique littéraire. Mais à vrai dire, Camille Lemonnier n'aurait « b«oin de cThommaL :\nU vit dans son œuvre. Combien touffue, combien belle, sa production, digne, on l'a\nBalzac, des Flaubert : soixante volumes, parmi lesquels de purs chefs-d'œuvre : Un Mâle\nle Vent dans les Moulins, le Petit Homme de Dieu, Vile Vierge, Y Hallali, Le Mort. La respira-\ntion des choses et des êtres, la ruée de l'amour et de la vie, et la beauté, sous le soleil\naniment ces pages d'un souffle immortel.\nNous ne pouvons, certes, traduire ici l'admiration qu'écrivain, nous avons vouée\na ces livres. La musique nous requiert seule dans cette revue. Il fut écrit, à plusieurs\noccasions, que Lemonnier se sentait vivement attiré par cet art. M. Kufferath, directeur\ndu Guide Musical, le constatait encore dans l'articulet nécrologique qu'il réserva au çrand\ne unt, et jai retrouvé, dans un numéro de VArt Moderne vieux de dix années l'opinion\nde 1 un de nos plus originaux musiciens belges : M. Eugène Samuel-Holemann. Le subtil\ncompositeur de La Jeune Fille à la Fenêtre écrivait : \" Chez Lemonnier, au lieu que la\nsensation soit résultante de l'idée, au contraire, l'idée, jamais exprimée, se dégage de la\nsensation. En absolue conformité procède la musique dont le but est l'affirmation du beau au\nmoyen de sensations directes, lesquelles éveilleront des idées individuelles. L'art de Lemonnier\nconsiste en la recherche unique de cette sensation. \" Et plus loin : « Lemonnier ne cherche\na voir a peindre la vie, mais à Y entendre. \"Ce n'est point notre avis. Nous avons\ntoujours pense au contraire, que, s'il posséda tous les dons du peintre, le maître a peu connu\nes vertus et les ivresses de l'harmonie. Quand il se grisait de mots sonores, c'était moins pour\nleur musicalité pure, intérieure et irréelle, que de leurs rythmes et de leur cadence extérieurs •\nde leurs formes larges et pleines, de leur matérialité même, plutôt que du frisson impalpable et\ndivin de ame Je doute qu'il ait aimé, par exemple, l'art magique d'un Mallarmé, où les\nchoses s évoquent dans une brume d'assonnances, à peine d'une aile appuyées sur la ligne de\nleurs contours. Ne déclara-t-il pas, dans ses Mson incapacité d'écrire un vers ? La\norme du poeme, nous le constations au livret Fdenie, enlevait à ses moyens. Lemonnier\ndécrivait jusqu aux mouvements dont il vibrait. L'accord ne se suspendait pas, mystérieux et\ninfini, dans sa chair, chavirée de la volupté ineffable que connaissent les musiciens et les\npoetes. bon Maien en capte pas un seul. Les gammes qu'il y secoue, dans l'éblouissement des\nverbes polychromes, sont encore de la couleur. Il n'en pouvait être autrement. Aucun art si\ngrand soit-il, ne reunira tous les arts, dont le dynamisme, essentiellement fraternel, s'oppose'en\nses expressions. v\nCamille Lemonnier, de son labeur, exclusivement littéraire, resta d'autre part étranger\nau développement de la musique contemporaine. Toutefois, il inspira des musiciens Nous\navons parlé de ses Chansons de Flandre, interprétées par M.M. du Bois, Delune, Beauck et\nLeclercq. Nous connaissons aussi six partitions pour le théâtre, dont cinq ont pour auteurs des\ncompositeurs belges. Ce sont : Edenie Le Mort, de M. Léon du Bois, Comme va le Ruisseau,\nde M. L. Delune, La Jeune Fille a la Fenêtre,de M. Eugène Samuel-Holemann, le\nHomme de Dieu de M. François Beauck. La sixième est de M. Casadesus, un Français\npour equel e librettiste connu M. H. Cain a fait du Mâle une adaptation scénique sous le\ntitre de LachapFes. On peut s'étonner de ce que le Théâtre de la Monnaie ait précisément\nchoisi cette œuvre pour, à l'inauguration de la saison prochaine, honorer la mémoire du maître\nen aile. Nous ne songeons pas à desservir M. Casadesus, bien entendu ; nous avons la curiosité\nde connaître une œuvre dont les fragments symphoniques furent bien accueillis. Mais\n1 occasion, semble-t-il, était belle, pour un premier hommage à l'écrivain qui tant aima et"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.57", "texte": "LE MOIS\n5 5\n\ncélébra notre pays, de représenter une œuvre nationale ; l'œuvre nationale qui, entre toutes,\nlui fut chère. J'entends parler d'Edenie, de son ami Léon Du Bois, récemment appelé à la\ndirection du Conservatoire Royal de Bruxelles. Oui, l'occasion était là. D'autant plus que\nCamille Lemonnier, lui aussi, avait voulu soutenir la lutte que nous avons entreprise en faveur\ndes musiciens nationaux. Deux mois à peine avant sa fin, il nous envoyait, de Roquebrune,\nson adhésion au Comité formé pour la défense du Théâtre lyrique, et il nous exprimait encore\nsa sympathie pour cet effort. Et qu'on se rappelle la réponse qu'il donna à notre Enquête :\n\" Je pense que le Théâtre musical compte ici des compositeurs du plus grand mérite, auxquels\nil n'a manqué, pour leur donner la consécration publique que des auteurs obtiennent en tout\nautre pays, que des directeurs de bonne foi et de bonne volonté, soucieux d'art véritable plutôt\nque d'intérêts personnels. Tout pour les compositeurs étrangers, même de dixième ordre, et le\nmoins possible pour les maîtres de chez nous, même illustrés par des œuvres incontestables. \"\nCes paroles, hélas, restent vraies. Elles justifièrent la tâche entreprise, le bon combat que nous\npoursuivrons, jusqu'à la victoire.\n* *\nOn sait que des festivités ont eu lieu, à Liège, à l'occasion de l'inauguration, par le\nRoi Albert, de la Maison natale de Grétry, solennellement remise, par la société \" L'Œuvre\ndes Artistes\" à la ville de Liège. Dès 1883, feu le Directeur du Conservatoire de la cité\nwallonne : Théodore Radoux, avait commencé de rassembler les collections qui se trouvent\naujourd'hui complétées et exposées dans la modeste habitation. C'est le 14 juillet que la\ncérémonie se déroula. L'lnstitut de France s'était fait représenter par MM. Widor, Gustave\nCharpentier, l'architecte Bernier, le peintre Cormon, le graveur Flameng. L'Académie de\nBelgique avait délégué MM. Léon Du Bois, Paul Gilson, Jean Van den Eeden, Sylvain\nDupuis, Lucien Solvay. Enfin M. E. Verlant, directeur au Ministère des Sciences et des\nArts, y assistait au nom du gouvernement. Plusieurs discours furent prononcés, notamment\npar MM. Hogge, président de l'Œuvre des Artistes, Kleyer, bourgmestre de la ville de\nLiège, Sylvain Dupuis, directeur du Conservaroire de Liège, M. Widor, M. Verlant. Déta-\nchons ce fragment de l'allocution de M. Hogge : il donne à la commémoration tout son sens :\n\" Quant à nous, Liégeois, alors que notre cité a donné le jour à tant de compositeurs\nréputés tels Hamal, Dumont, Gresnik, en attendant le génial César Franck, nous avons plus\nque toute autre ville à commémorer, encore et toujours, un musicien de l'envergure de\nGrétry, ainsi que nous l'avons fait pour le statuaire Del Cour et le graveur Gilles Demarteau,\nalors que la Wallonie sonne son réveil et veut chanter à présent, elle aussi, toutes ses gloires,\nsi nombreuses, si pures dans le domaine des arts.\n, # • • • • • • • • • • • ••••\n\" Mais, ce n'est point seulement parce que la grande figure de Grétry est de chez nous\nqu'elle est chère aux Liégeois qui ne perdirent jamais une occasion de la célébrer et de la\nchanter avec une émotion presque filiale. Alors que tant d'hommes se hâtent, hélas ! d'oublier\nleur clocher et leur pays natal dès qu'ailleurs ils ont trouvé une consécration, Grétry, parvenu\ncependant au faîte des honneurs en cette terre de France si accueillante au talent, Grétry,\ndis-je, avait gardé toute son affection \" pour sa bonne ville de Liège \".\n* *\nComme chaque année, au 21 juillet, jour de la fête nationale belge, M. Léon Rinskopff,"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.58", "texte": "56\nS. I. M.\n\nréminent chef-d'orchestre du Kursaal d'Ostende, a organisé un concert d'œuvres belges. Il\ncomportait six partitions. UOuverture d**Hermann et Dorothée, page de haute envergure, de\nM. A. Dupuis. L'inspiration de ce musicien est toute impulsive, mélodique, par conséquent,\ndédaigneuse de recherches, d'audaces pour elles-mêmes, mais jaillie d'une émotion sincère et\ndirecte. Le Troisième acte d*Edénie de M. Léon Du Bois, avec Mlle Cuypers, MM. L. Swolfs\net Collignon. Par l'essence, par la forme, par l'atmosphère même, l'art de M. Du Bois évoque\nWagner. Il anima le Poème de Lemonnier d'un rythme noble. Nous venons de recevoir sa\npartition, éditée par la maison Breitkopff. On y retrouve, plus pure, loin des jeux de la scène,\nl'impression connue au Théâtre flamand d'Anvers, qui créa l'œuvre. De ci, de là, des touches\nmodernes, françaises, égaient la fresque imposante rais d'or dans le décor féérique, où\npassent des visions majestueuses. Phedre,ouverture très développée, largement sonore, de\nM. Lûnssens, éveille aussi des souvenances wagnériennes. (fragments du drame\nlyrique) et Kerstnacht(Nuit de Noël) de M. Wambach, convenaient, certes, à l'acoustique et\nau public \" Kursaaliens Elles en attestèrent, par le succès, de loin le plus éclatant, qu'elles\nrencontrèrent en cette occasion, surtout dans le \" solo \" de violoncelle, phrasé par M. Jacobs...\nEnfin, les Danses du /er Acte du Ballet La Captive, de Paul Gilson furent victimes\ncomme naguère, hélas ! d'une trahison orchestrale. Elles comptent pourtant parmi les plus\nbelles choses qu'on ait écrites ; cela, dans la façon magistrale du maître. Et celui-ci avait\nélagué le buisson touffu des instruments ! Bâties sur des thèmes orientaux, dans le frémisse-\nment de rythmes et de tonalités étrangement évocateurs, elles poignent d'une émotion\nvoluptueuse, subtile et rare. La Captive est unique, d'ailleurs, dans la production nationale. Je\nne puis concevoir qu'on laisse dormir cette partition qui devrait figurer au répertoire de tout\nthéâtre moderne. Nous la signalons à l'attention de M. G. Astruc, comme une œuvre à\nmonter au Théâtre des Champs-Elysées.Les Parisiens le plus raffinés, le plus \" difficiles \" y\ntrouveront un charme comparable à celui qu'ils goûtèrent aux musiques slaves et de\nleur sensibilité.\n* *\nLe Comité pour la défense du Théâtre lyri s'est réuni, le 26 juillet dans le cabinet\ndirectorial du Conservatoire de Bruxelles. Nous avons dit, dans le numéro dernier, qu'il se\ncompose de MM. Léon Du Bois, directeur du Conservatoire Royal de Bruxelles, Paul Gilson,\ninspecteur-général de l'Enseignement musical, Jean Van den Eeden, directeur du Conserva-\ntoire de Mons, Emile Mathieu, directeur du Conservatoire Royal de Gand, Paul Lagye,\ncompositeur ; et des écrivains Georges Eekhoud, Nestor De Thière, René Lyr. Camille\nLemonnier en faisait aussi partie. Un rapport sur la situation générale du Théâtre musical\nbelge, présenté par les secrétaires, a été discuté. Nous en publierons le résumé, en même\ntemps que les décisions prises, dans le chapitre Cde\nOn nous apprend que le violoniste Fritz Kreisler donnera, à Bruxelles, avant son\ndépart pour l'Amérique, c'est à dire tout au début d'octobre, un concert d'œuvres importantes.\nIl sera, comme précédemment, accompagné par le pianiste Charles Hènusse.\n\nR. L."}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.60", "texte": "LA GYMNASTIQUE RYTHMIQUE\nA HELLERAU\n\nL'institut de Gymnastique rythmique fondé par Jacques Dalcroze à Hellerau vient de\ndonner pour la deuxième fois ses fêtes scolaires. En trois séances il a fait exposer par ses élèves\nle cycle entier de ses travaux. Exercices tendant à développer la volonté spontanée, à vaincre\nles antagonismes de nos nerfs, à faire de nos mouvements désentravés les esclaves dociles,\nimmédiats, parfaits de notre sensibilité. Exercices qui règlent la correspondance de nos gestes\navec les éléments de la musique ; représentation des valeurs rythmiques, et des valeurs\nmélodiques simples, représentation (par un personnage, ou par un groupe, ou par plusieurs\ngroupes) des valeurs composées, polyrythmie et polyphonie. Exercices de respiration, qui\nrattachent le geste à la source de notre organisme, qui orientent vers lui toute notre vie, qui\nfont de chacun de nos mouvements comme une polarisation de notre organisme intégral, qui\nfont le geste total, enfin, et expressif, réglant son ampleur, sa portée, son éloquence, établis-\nsant son dynamisme. Toute une discipline du corps se développe ainsi sous nos yeux, de ses\npremiers éléments à son accomplissement définitif. Une harmonie retrouvée de l'âme et du\ncorps. Une langue nouvelle, où le plus bel instrument le corps humain exprime\nl'émotion incluse dans un élément essentiel de notre existence, celui qui révèle le Temps : le\nRythme. Une langue, ou un art, une manière d'orchestique moderne, qui n'a que\nl'apparence extérieure de l'art de la danse. Elle nous rend bien cette émotion païenne de la\nbeauté physique, mais toujours pour en faire l'interprète du sentiment. Elle recherche sans\ncesse Yexpression.Elle ne se suffit pas à elle-même. Elle ne s'attarde pas à une technique\nchorégraphique. Sa technique n'est qu'une science des \" correspondances \", une grammaire\ncorporelle de l'émotion rythmique. Elle retourne à l'objet de la beauté antique, le corps\nhumain, mais elle ne le veut que dans le mouvement, et pour le livrer à l'expression. Cette\nfleur de l'humanité ancienne, l'orchestique, elle la cultive dans les terres attendries du monde\nchrétien, elle nous la restitue, mais toute chargée de cette sève du coeur moderne : l'humanité.\nPour la première fois dans ces fêtes, la Gymnastique rythmique s'essayait à réaliser une\nœuvre lyrique non plus en collaboratrice tolérée, mais en maîtresse souveraine, imprégnant\nde son esprit tous les éléments du spectacle, régissant tous ses détails, choisissant librement le\nsujet où elle voulait s'appliquer. Le sujet choisi était Y Orphée de Gluck. Encore ne prétendait-\nelle point donner une audition intégrale de cette œuvre, mais montrer, par cette œuvre, ce\nqu'elle était capable de faire. A cet effet, elle a négligé tout ce qui, dans , est conces-\nsion au goût de l'époque, divertissement, élément non essentiel au drame. Ainsi le drame\ncommence avec la première scène, sans ouverture. Et dans le premier acte, lorsque l'Orphée\nadjure les dieux de lui ouvrir les portes de l'autre monde, il ne voit point apparaître l'Amour,\nmais il entend sa voix qui l'appelle et l'encourage, en même temps que s'entr'ouvre devant\nlui le tombeau d'Eurydice. Plus tard, lorsqu'Eurydice suit Orphée loin des Champs-Elysées,\nle drame ne se coupe plus en tableaux successifs nécessités par des changements de\nva droit à sa fin véritable, et s'y arrête. Orphée, oublieux de ses serments, veut jeter les yeux\nsur sa bien-aimée : elle disparaît, un rideau se ferme qui la ravit à notre vue. Orphée est seul,\nde nouveau, dans ce monde ;il pleure son Eurydice, et \" succombe àsa douleur Alors les\npleureuses du premier acte reviennent, et recommence la symphonie funèbre, tandis que deux\ncoryphées, lentement, ferment le rideau. Nul retour de l'Amour qui ressuscite les amants et"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.61", "texte": "58\nLE MOIS\n\nfinit la pièce par un heureux mariage. Ce n'est peut-être plus le respect de Gluck, mais le\nrespect d'Orphée, le respect du drame, dénudé mais accompli, dépouillé de tout accessoire, de\ntoute superfétation, retrouvant une vigueur nouvelle à se déduire à sa pure essence tragique.\nPour cet Orphée dépouillé d'anecdote, pour cet Orphée sans date, un milieu décoratif sans\nréalisme. De grands volumes géométriques, des tentures d'une seule couleur, formant une\nscène en gradins, ou en plans successifs. Pas de rampe, pas de herse. Toutes les parois de la\nsalle de spectacle sont tendues d'une étoffe blanche qui dissimule des milliers de lampes\nélectriques de diverses couleurs. Une lumière égale, diffuse, venant de partout et de nulle\npart est ainsi répandue dans la salle, baignant les corps, modelant les volumes, atténuant les\ncontours ; capable de toutes les nuances, formant une ambiance lumineuse où d'autres\nlumières peuvent se jouer comme les rayons du soleil dans la lumière du jour. L'orchestre et\nle chœur sont invisibles. La musique comme la lumière emplit l'espace, ainsi qu'une atmo-\nsphère. Sur la scène, les pleureuses, les furies, les ombres heureuses, Orphée, Eurydice, tous\nceux dont le geste parle.\nUn tel style décoratif, aussi éloigné du trompe-l'œil que de l'inexpressif écriteau shakes-\npearien, il faut l'avoir expérimenté, pour savoir combien il est efficace. Ce n'est plus la\njuxtaposition de plusieurs arts, mais leur coexistence, la floraison multiple, en art décoratif, en\ngeste, en musique, du seul drame. Ce n'est plus un sujet dramatique éclairé du dehors par le\ndécorateur, orné de gestes, amplifié de musique. C'est le drame lui-même qui rayonne\net donne leur sens à chacun des éléments du spectacle. Ces éléments ne s'animent que sous\nl'impulsion profonde du drame ; ils battent à son rythme, ils sont tous musique.\nCes architectures scéniques, ce milieu lumineux sont là, éléments de beauté, n'ayant en\neux-mêmes aucune caractéristique, comme les notes d'une symphonie. Mais le drame\ncommence, et comme les notes de la symphonie, ces éléments de beauté prennent un sens\nprécis : cette paroi rectangulaire devient tombeau, ces étoffes tendues disent la sérénité des\nChamps-Elysées, un rideau qui se tire nous ramène dans ce monde ; ce rayon de lumière qui\néclaire tout-à-coup le fond des Enfers montre le monde extérieur qui y pénètre avec Orphée.\nLa lumière ambiante est un orchestre qui vibre selon la musique de Gluck. Et la musique de\nGluck est encore là, en mouvements incarnés, sur la scène. La musique du drame nous prend\nde toutes parts, elle saisit à la fois tous nos sens, nous pénètre et nous entraîne ; une émotion\npleine et compacte nous subjugue, qui nous enlève à nous-mêmes, qui nous met dans le\ndrame, qui ne laisse en nous aucune énergie disponible, rien qui puisse souhaiter quelque\ndélectation supplémentaire, une amusette du décor, une prouesse chorégraphique. Le rideau,\ns'ouvre sur l'acte des Enfers : la scène est jonchée de Furies, ce sont les élèves d'Hellerau,\nhabillés simplement de leur maillot violet qui laisse bras et jambes nues. Agglomérés en masses\ninformes, leurs bras s'agitent comme les doubles croches de la danse des furies, tandis que la\nmasse fait de larges vagues.\nA l'acte des Champs-Elysées, les élèves d'Hellerau, vêtus de simples tuniques, forment\nquelques groupes d'ombres. Ils ont les mouvements imperceptibles de la musique, inclinaisons\nde tête, élévations de bras ; ils passent touchant à peine terre, impondérables, et Orphée\ntraverse leurs groupes sans les saisir, les groupes se reforment derrière lui comme les essaims\nde mouches qu'on traverse sur les routes. Pour incarner la musique de Gluck, la Gymnastique\nrythmique s'est dépouillée de toute raideur, de tout pédantisme ; elle oublie qu'elle fut\n\"grammaire\" et qu'elle fut \"gymnastique\" ; elle n'est plus qu'expression.\nElle semble oublier aussi le \" temps forts \"etla \" métrique Les reproches que lui fait\nà cet égard M. Vuillermoz dans le dernier numéro du S.LM. je les lui ai faits aussi, naguère,\nici même, et ailleurs. Depuis les représentations à'Orphée à Hellerau, je sais que ce caractère"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.62", "texte": "S. I. M.\n59\n\n\" métrique \" ne lui est pas essentiel ; qu'il n'est qu'une nécessité première d'un art qui n'est\npas une libre émancipation de l'instinct mais une discipline. Son souci de la barre de mesure\nn'est qu'un premier \" moyen dont elle se défait, auquel d'ailleurs elle pourrait attacher, me\nsemble-t-il, même au début, une moindre importance. Ces réalisations ne doivent pas plus\nrappeler ses exercices métriques que, chez un Maurice Ravel, par exemple, la musique ne\nrappelle le contrepoint appris chez M. Gédalge. Et, en tout cas, si la Gymnastique rythmique\na peine à s'émanciper de ses préliminaires, du moins ne mérite-t-elle jamais ce grave reproche\nque M. Vuillermoz adresse quelquefois aux réalisations de M. Nijinski, d'être à côté de la\nmusique.\nMais il est vrai qu'en s'appliquant à Orphée, la Gymnastique rythmique bénéficiait\nde circonstances particulièrement favorables, qu'elle rendait plus favorables encore en laissant\nde côté tout ce qui, dans Orphée ne lui convenait pas. L représenté à Hellerau, est\ncomplètement dépouillé de tout pittoresque, il est tout intérieur ; de plus, il est de la sobriété\net de la simplicité les plus extrêmes, sa rythmique n'échappe guère à sa On voit bien\nquelques œuvres qui remplissent ces conditions : de Strauss, par exemple. On voit\nsurtout les belles œuvres qu'un tel art pourrait susciter. Mais la Gymnastique rythmique\nelle-même peut devenir d'une plus souple et plus riche possibilité.\nDésespérez-vous des cubistes, parce que leur art n'est aujourd'hui qu'une géométrie ?\nPensez-vous que dans leurs représentations des corps ils ne seront jamais que des ''dénicheurs\"\nde plans ? Et que s'ils ont besoin de discerner ces plans, ils devront toujours les marquer sur\nleurs toiles comme dans une épure de géométrie descriptive ?—Vous leur faites crédit d'une\npériode d'expérimentation. Accordez-la aussi à cette esthétique théâtrale dont Hellerau vient\nde nous donner une première et parfaite réalisation. Je vois fort bien la décoration théâtrale\nutilisée à Hellerau faire appel à des formes architecturales moins rudimentaires, plus diverses,\nplus imprévues, et qu'aviverait l'usage des couleurs. Je vois aussi la Gymnastique rythmique\ndevenir plus souple, évoluer vers plus de virtuosité chorégraphique. Elle suivrait ainsi une\nroute contraire à celle des ballets russes. Ceux-ci vont du pittoresque et du divertissement vers\nle drame le plus intérieur, et vers toujours plus de cohésion. Les deux voies tendent sans doute\nvers la même limite. Ainsi le virtuose se met au service de la musique, tandis que le musicien\npoursuit une plus riche virtuosité. Ainsi encore, le musicien savant (Bach ?) et le génie inculte\n(Moussorgski ?) aboutissent tous deux au chef-d'œuvre, le plus fort caractère exprimé dans la\nplus parfaite forme, par des routes opposées.\n\nE. Ansermet."}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.63", "texte": "L'Orféo de Monteverde à Breslau\nE. Neufeldt.\nOn vient de représenter VOrfeo de Monteverde sur le théâtre de Breslau le 8 juin\ndernier. C'est là une première qui fera époque en Allemagne. Déjà, on le sait, la Schola\nCantorum de Paris avait, en 1904, remis en vogue ce chef-d'œuvre oublié, et M. Le Lubez\nen avait donné deux représentations sur le théâtre Réjane dans les décors de YOiseau Bleu de\nMaeterlinck (1912 et 1913) en se conformant àla remise en partition de Vincent d'lndy.\nVoici qu'aujourd'hui VOrfeo gagne l'autre bout de l'Europe. Verrons-nous un jour Monte-\nverde au répertoire de nos grandes scènes subventionnées ?\nL'initiative de ce beau mouvement revient àM.le Dr Erdmann-Guckel et sa réalisation,\nà laquelle notre éminent collègue le Dr Kinkeldey ne resta pas étranger, fut confiée au\npersonnel de l'Opéra de Breslau. Comme à Paris, mais dans une proportion moindre, le livret\nde Monteverde fut raccourci. On ne crut pas prudent d'exposer au public le cinquième acte,\nun véritable deus ex machina ;et le premier acte, fortement amputé, fut soudé avec le second,\nce qui faisait une pièce en trois actes. De même l'instrumentation, tout comme à Paris, avait\ndû se soumettre aux habitudes de l'orchestre moderne. Nous n'avons plus ni cornets, ni\nvioles, ni chitarroni, ni petits violons àla française, ni organi di legno ; tout ce coloris, si\nprécisément indiqué par Monteverde, fut remplacé par le nôtre, et les instruments défunts par\nleurs congénères vivants.\nCe serait le moment de placer ici un couplet attendri sur la fameuse et insoluble question\ndes \" tripatouillages \", et de présenter des réserves au sujet de l'adaptation du Dr Gùckel.\nAvouons plutôt que le même problème se posera devant tous ceux qui voudront remettre en\nscène VOrfeo, et que la solution de ce problème dépendra toujours largement du goût et de la\nmentalité esthétique de celui qui s'y appliquera. Un autre fera peut-être autre chose que\nM. Guckel. Fera-t-il mieux ? C'est ce qu'on ne saurait dire. Nos neveux riront sans doute\nde nos exécutions de musique ancienne, tout comme nous rions de celles du XIXe siècle.\nNous n'en sommes qu'à la période des expériences.\nDans l'ensemble M. Guckel prit les mouvements vivement, mais pas toujours assez\ncependant pour vaincre ce goût qu'ont les chanteurs de s'étaler là où il faut une décla-\nmation sobre et rapide. Ainsi, par exemple, le Récit de la Aiessagère perdit une partie de son\ndramatique effroi, et la grande scène d'Orphée et de Charon manqua de vigueur, tout cela à\ncause du chant. On pourrait se demander si l'opéra entier ne sonnerait pas mieux transposé un\npeu plus haut. Orphée chantait en véritable baryton, et les chœurs se trouvent souvent dans\nune tessiture déplaisamment basse.\nMais l'exécution donna une excellente idée de ce que peut être une œuvre de ce genre,\nréalisée trois cents ans après sa naissance. Le public se montra non seulement convaincu, mais\ntouché, et c'est là le grand résultat de cette expérience :il y a une salle (il n'y en eut pas\ndeux) dans une ville comme Breslau, pour goûter, applaudir et suivre avec émotion un drame\nlyrique, écrit à Ferrare en 1607. Voilà un fait nouveau. Et, tout en écoutant cette musique\nsi moderne, si pleine de vive jeunesse, si tendancieuse par endroits, qu'elle sait faire vibrer\nun public de Wagner et de Strauss, je me rappelais la critique amère d'un musicien\nconservateur, qui écrivait en l'an 1600 les phrases suivantes à l'adresse de Monteverde :\n\" Qu'importent à ces novateurs les règles de l'art ; ils croient avoir fait assez lorsqu'ils ont\nsatisfait l'oreille. Nuit et jour ils s'appliquent sur leurs instruments à rechercher l'effet de\nleurs dissonances, les insensés ! Ils ne voient donc pas que les instruments les trompent ! Ils\nsont contents lorsqu'ils ont fait le plus de bruit possible, accumulé un pêle-mêle d'insanités, et\nélevé des montagnes de fautes. \"On ne dirait pas mieux de Schoenberg ou de Stravinski.\nPauvre vieux Claudio !"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.64", "texte": "LA JEUNE MUSIQUE FRANÇAISE\n\nNotre excellent confrère, M. de Weindel\\ a organise, cette annéey a la Comédie des Champs-\nElysées, une série de conférences musicales avec auditions qui ont remporte le plus vif succès. Nous\nsommes heureux de mettre sous les yeux de nos lecteurs une partie de la causerie de M. Henry\nMalherbe qui clôtura cette saison et présenta a Inélégant public de ces matinées u La jeune musique\nfrançaise \".\nOn a fait récemment de nombreuses enquêtes sur la jeunesse contemporaine. Des revues\naltières et de graves journaux ont publié, avec éclat, les pronostics de quelques adolescents qui\nn'ont pas craint d'être prophètes en leur pays.\nL'avenir des sports, de la stratégie, de la critique, de la philosophie, du théâtre et même\ndes lettres, a été dévoilé résolument par quelques devins qui avaient, sans doute, pour mieux\ntenir leurs rôles, mis des bandeaux sur leurs yeux.\nToutes les aspirations et toutes les tendances de nos cadets ont été commentées, non sans\njactance, tandis qu'on laissait dans l'ombre la plus haute, la plus ardente manifestation de l'art\nfrançais actuel : la jeune musique. Et deux universitaires, d'ordinaire circonspects, (ceux-là\nmême qui signèrent leur enquête Agathon), ont tout simplement négligé d'en parler. Avares\naugures ! Hâtifs exégètes ! Ils ignorent la révolution musicale moderne, si violente et si lourde\nde résultats! S'ils avaient à écrire une histoire contemporaine, ils tairaient, apparemment, 1789 !\nIl n'y a pas de classes plus indisciplinées, dans l'école d'art contemporain, que les classes\nlyriques. On s'y jette les partitions à la tête, avec une fureur démente. D'un poing vigoureux,\non aplatit les chapeaux hauts de forme des pions traditionnalistes et on ne se gêne pas pour\ntirer la barbe de tel vieillard, membre de l'lnstitut.\nOn peut bien leur pardonner ces excès. Si longtemps les jeunes musiciens ont été\nemprisonnés dans des classes étouffantes et sombres. On les obligeait à apprendre et à appliquer\nen toute circonstance des théories désuètes, d'une sévérité inexorablement absurde. Aux heures\nde récréation, on les parquait en un préau fumeux, encombré d'attristantes copies \" d'après\nl'antique \". Jamais de vacances en plein air, jamais de promenades dans la campagne. Et c'est\nà ces tristes hères, étranglés de théorèmes et de doctrines, qu'on demandait de chanter.\nUn pensionnaire, que toutes ces études vénérables importunaient, eut l'idée, un jour,\nd'explorer ce collège austère et verrouillé. Il monta au grenier, découvrit une lucarne, l'ouvrit\net regarda. Que de douceurs insoupçonnées ! Des jardins embaumés s'étendaient au loin et\nleur molle fraîcheur montait, en effluves galvanisants ou opiacés, jusqu'au petit prisonnier. Il\ndescendit au galop et appela joyeusement ses meilleurs camarades. Une troupe d'insurgés fut\nbientôt formée qui brisa les fenêtres du vieil établissement. Ils firent leur campement dans le\nparc mystérieux et odorant, parmi les herbes folles et les lianes brouillées. Les professeurs\nscandalisés, les lunettes chavirées, les rappelèrent avec indignation, les menacèrent, les inju-\nrèrent. Aucun des petits libérés ne voulut rentrer en geôle, ou si vous préférez en loge. La\nnouvelle musique était née.\n• •••••••••••••••\"\nL'on a fait circuler une étrange opinion de la musique moderne. On la croit communé-\nment une petite personne, j'allais dire une petite persane —, mal élevée, pervertie et\nnévrosée, habillée d'oripeaux bizarres et de flamboyantes étoffes. On chuchote qu'elle se pique"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.65", "texte": "6 2\nLE MOIS\n\nà la morphine, fume l'opium, et, parée de bijoux barbares, fardée de couleurs violentes, elles se\nlivre aux plus extravagants ébats.\nAi-je besoin de dire que cette détestable réputation qu'on lui fait sournoisement n'est\nqu'une longue et agressive calomnie ? La musique moderne est une jeune fille sag;e, studieuse\nsans être pédante. Éprise de simplicité, elle est saine et vive, confiante et tendre, joueuse et\nsensible. Elle habite la campagne huit mois de l'année et elle y soigne son jardin et même sa\nbasse-cour. Le bruit de la mer, la ligne d'un horizon, le susurrement du feuillage, le cri d'un\noiseau lèvent dans son âme les plus douces rêveries. Et, tout-à-coup, sans même qu'elle y\nconsente, l'un de ses souvenirs se répand hors de son cœur. Il porte en lui-même son\nharmonie. Quelque effort que l'on fasse, on n'en peut trouver de plus juste, de plus sincère,\nde plus profond.\nQuelques virtuoses excentriques n'ont pas peu contribué à jeter tout d'abord le discrédit\nsur la récente école musicale. Vous rappelez-vous les singulières productions d'Erik Satie ?\nC est lui qui eut l'intrépidité charmante et ingénue de baptiser l'une de ses productions :\nPièce en forme de poire.Plusieurs critiques se crurent peut-être insultés... Ne traitèrent-ils\npas sans ménagement les musiciens qui témoignaient d'une personnalité trop neuve et trop\nindépendante ?\nNos compositeurs ne se préoccupent pas, comme on a voulu l'insinuer, de faire hurler\nune originalité. Saturés de science, excédés de raffinements, ils sont revenus plus compréhensifs\nau cœur de la nature. Ces princes ne songent plus qu'à épouser des bergères. \" Le cerveau brûlé\npar le raisonnement, disait Renan, a soif de simplicité, comme le désert a soif d'eau pure. \"\nLes musiciens \" avancés \" veulent abolir toute contrainte, tout idiotisme archaïque et\nparler d'âme et âme. Leur dialecte limpide et pensif est l'interprète des plus subtiles évolutions\ndu cœur, de ses ardeurs les plus timides et de ses plus intimes meurtrissures.\n• ••••••••••••••..\nL'on n'élève plus, en musique, des portiques, aux angles d'une coupante précision. La\nmélodie monte et s'agrandit en spirales balsamiques et indéfinies, comme le mystique encens\nvenu du cœur qui adore et comme le souffle expirant d'un sentiment confessé avant que de\ndisparaître. Plus de leit-motifs trop longs qui règlent leurs classiques assauts, en pugilistes\npédants, et ressuscitent lourdement lorsqu'on les croit depuis longtemps morts.\nUne déclamation exquisement humaine, serrée, pudique, aux digressions nostalgiques,\norchestrée avec un art sûr, délicat et élargi.\nUne architecture flottante et voilée a dessein, mais aux plans établis d'avance avec une\nminutieuse perfection.\nLes contours violemment cernés arrachent à la nature l'œuvre d'art qui meurt dans la\nprison des lignes trop précisées. Il faut que l'œuvre d'art, à peine indiquée, garde un mystère\nqui aime le mystère, une sorte de pitié inexprimée, une douceur vivante, une attirance\nfraternelle et obscure qui la mette en constante relation avec toute la secrète et émouvante\nharmonie ambiante.\nL'émotion humaine ne se capte pas avec un lasso trop lourd qui l'étrangle. On doit la\nrecueillir, avec une sollicitude tremblante, dans une écharpe de rêve et de souvenir, qui épouse\nses formes les plus fuyantes et qui la garde libre et pourtant captive.\nLa musique moderne ne se consacre plus tant à célébrer ces deux seuls excitateurs de la\nsensibilité : l'amour et la mort. Les plaintes de la forêt, la lumière qui tremble sur l'herbe,\nl'odeur des fleurs qui s'inclinent, la chanson argentine du jet d'eau qui s'élance, s'éparpille et\nretombe, les rais de bleus reflets de lune sont traduits, aujourd'hui, par de persuasives\nharmonies. C'est le plaisir et la fête des sens."}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.66", "texte": "S. I. M.\n63\n\nL'accompagnement ne rampe plus servilement. Il s'élève et plane et joue plus haut que\nle chant. Il est comme une voûte feuillue et épaisse qui ne donne aux avenues imprécises de\nla mélodie que l'ombre verte et la senteur enivrante. La voix humaine, aux inflexions chaudes\net graves, aux ondulations molles et heureuses, a retrouvé son pathétique prestige. Elle est\nenfin sauvée de l'orage strident provoqué par les éléments déchaînés de l'orchestre, où elle\nfaillit tant de fois se noyer, ne surnageant que par miracle.\nDans la plupart des jeunes partitions, les termes barbares de forte, presto, andante, allegro\nont été remplacés par des indications moins moroses et plus nationales ; on dit maintenant :\npuissant, avec ardeur, avec enthousiasme, grave et\nLes représentants de la jeune musique veulent rejeter les traditions italiennes et alle-\nmandes. Si quelques uns d'entre eux ont pris goût aux modulations éplorées et aux cadences\nassourdies de la musique russe et chinoise, ils se proposent surtout de continuer la grande tradi-\ntion musicale française qui va de Costeley à Debussy, en passant par Rameau.\nOn accuse trop souvent nos jeunes compositeurs de tâcher uniquement à réduire en\nminiature les trouvailles de Claude Debussy. Mais n'a-t-on point reproché avec la même\nlégèreté à M. Camille Saint-Saens, à M. Bruneau et même à Massenet d'imiter\nRichard Wagner ?\nSans doute, la jeune musique a profité des conquêtes du génial explorateur Claude\nDebussy, qui a tant agrandi la patrie mélodieuse et polyphonique. Mais chacun de nos jeunes\nartistes a su garder une originalité violemment tranchée, tout en profitant des franchises qu'on\naccordait dans le libre et splendide royaume de\n0 • • • • •• #••• ••• •••\nLes jeunes musiciens ont eu quelques audaces bien décevantes pour les esprits amoureux\nde bel canto. Il y a bel canto et bel canto. Celui du ténor qui crie, les bras au ciel, et le mollet\ncambré, a été décrété ridicule par nos modernes compositeurs. Us ont également prouvé que\nla cantatrice qui aboie d'une voix formidable et chevrotante n'interprétera jamais d'authentique\nmusique. Les entrepreneurs de spectacles ont vu là des crimes de lèse-majesté dirigés contre le\npublic. Au lieu de saluer l'aurore d'une renaissance éclatante, la plupart des directeurs, des\nchefs d'orchestre et des critiques ont pris parti contre la jeune musique. Les scènes lyriques\nsont trop souvent occupées par les faiseurs, les batteurs, les flatteurs de bas instincts. Il a fallu\nque des russes vinssent à Paris pour révéler au public le chef-d'œuvre de Ravel, Daphnis et\nChloé et donner un cadre digne à la prestigieuse Tragédie de Salomè de Florent Schmitt.\nMM. Gabriel Astruc et Jacques Rouché, eux-mêmes, n'osent s'intéresser que timidement aux\nmagnifiques efforts de la nouvelle génération. Les autres directeurs ferment les yeux, se\nbouchent nez et oreilles devant l'admirable floraison sonore qui éclate partout. Et songez que\ncette jeune musique française est, de l'aveu de tous, la plus importante, on peut dire la seule\nqu'il y ait, aujourd'hui, en Europe.\nQu'importe ! L'hostilité ni l'indifférence n'abattront tant d'ardentes volontés. Les\nnouveaux venus nous doivent des œuvres. Us nous les donneront, malgré tous les obstacles et\ntoutes les envieuses criailleries.\nLes jeunes musiciens ne perdent pas un frisson des heures qu'ils ont à vivre. Chacune\ndes molécules de leurs combinaisons harmoniques doit produire son fruit de volupté. Us savent\nla laide vanité des théories. Us transcrivent leurs songes avec le plus complet détachement\nd'eux-mêmes et chantent avec la candeur de la religion et de l'enfance. Us osent, oui, ils osent\nêtre eux-mêmes jusqu'au bout de leurs aspirations tendues à éclater. Devant leur tâche de\nsincérité accomplie ils pourront redire l'émouvante parole de Saint-François \" Fierté, j'ai\nmieux aimé mon pauvre cœur que toi ! \"\n\nHenry Malherbe."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.67", "texte": "Autour de l'Opéra\n\n1 Voir S. I. M. du ier juillet 191 3.\n\nI\nPour faire de grandes choses, disent les sages, il faut vivre comme si l'on ne devait jamais\nmourir. Les directeurs actuels de l'Opéra semblent s'être profondément pénétrés de cette\nmaxime ; 1 expiration prochaine de leur privilège n'émeut, en effet, que leur entourage et\nleurs héritiers présomptifs, et ne trouble en rien leur souriante sérénité. Inquiétante philo-\nsophie . Quel pacte diabolique ont donc conclu ces deux Faust pour signer un nouveau bail\navec 1 existence ? On voit nettement que l'idée d'une fin prochaine ne les préoccupe guère et\nqu'ils préparent avec activité un assez lointain avenir. En tous cas, la révélation du plan de\ncampagne qu ils viennent d élaborer pour la saison prochaine n'est pas faite pour rassurer la\npetite troupe de nécrophores qui piétine avec inquiétude à la porte du Boulevard Haussmann.\nIJ annee sera bien remplie a 1 Opéra. Elle apportera aux musiciens d'heureuses surprises.\nElle donnera d'abord une éclatante satisfaction à tous ceux qui croient à l'avenir de la jeune\nmusique française et souffrent de la lenteur de son apothéose. Pour la première fois un hom-\nmage officiel réellement significatif sera rendu à notre art contemporain si nuancé, si souple et\nsi vivant. Trois \"jeunes\" seront accueillis tour à tour par MM. Messager et Broussan ; en\nquelques mois on applaudira Philippe Gaubert, Alfred Bachelet et Gabriel Dupont dans trois\nœuvres caractéristiques.\nDu sympathique second chef de la Société des Concerts du Conservatoire, qui est en\nmême temps 1 inégalable flûtiste de l'orchestre de l'Opéra, nous aurons un délicieux ballet\ngrec intitulé Philotis, danseuse de Corinthey où se dépenseront généreusement toutes les res-\nsources chorégraphiques et décoratives de notre Académie nationale de Danse et qui sera un\npur régal artistique.\nAlfred Bachelet nous etonnera par le caractère puissant, la sauvage énergie et l'accent\nincisif de sa partition de Scémo écrite sur un dramatique et poignant poème de Charles Méré.\nCet ouvrage qui nous îevelera un aspect inconnu de ce musicien sera conduit à la victoire par\nYvonne Gall et Muratore.\nEt ce sera la création très attendue du somptueux de Gabriel Dupont, reçu\nd'enthousiasme l'an dernier et appelé à produire une sensation profonde par l'originalité et la\nmagnificence de sa conception. Le poète Chekri-Ganem a tenu, d'ailleurs, à écrire lui-même,\nd après sa piece de 1 Odeon, le livret sur lequel le musicien a composé une partition qui\nmarquera dans sa carrière une date décisive.\nPuis viendra la réalisation scénique du testament musical de Massenet, cette\nqu'il écrivit avec tant d'amour pour l'Opéra et à laquelle il travailla jusqu'à ses derniers jours!\nOn sait que le maître disparu avait mis dans cet ouvrage le meilleur de son tendre génie et\nqu'il le considérait comme une œuvre capitale dans sa production si riche pourtant en impé-"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.68", "texte": "S. I. M.\n6 5\n\nrissables chefs-d'œuvre. L'Opéra apportera à rendre à la mémoire de Massenet ce mélancolique\nhommage qui coïncidera avec une reprise d une ferveur et une piété toutes\nparticulières.\nEntre-temps nous seront données deux partitions curieuses : de\nM. Silver, sur un scénario tiré du roman de Victor Hugo par M. Henri Cain et la Belle\nImpéria de Gaston Salvayre sur un livret d'Adolphe Aderer; puis nous pourrons prendre con-\nscience du mouvement musical de l'étranger avec la révélation des Joyaux de la Madone de\nWolff-Ferrari, musicien déjà célèbre à Paris avant d'y avoir livré une seule bataille. La\ncréation d'une autre œuvre étrangère, dont le titre est encore tenu secret, achèvera de docu-\nmenter le public français sur l'évolution musicale internationale.\nMais la \" première \" qui dominera toutes les autres, qui rendra inoubliable cette\nannée 1914 et qui attachera aux noms des directeurs actuels de l'Opéra la gloire la plus\nenviable et la plus durable, ce sera évidemment, le ler janvier prochain, la création française\nde Parsifal, ce surhumain chef-d'œuvre, cette cathédrale aux portes closes dont l'humanité\nattend depuis si longtemps l'ouverture, dans une impatience croissante qu'exaspèrent encore\nles suaves bouffées de musique échappées des hauts vitraux, le dimanche, à l'heure des vêpres\nsymphoniques... Et la mystique communion de nos fidèles sera d'autant plus ardente et\nenthousiaste que le miracle bayreuthien sera réalisé avec des moyens d'expression exclusive-\nment français. Au pupitre de chef-d'orchestre sera André Messager, la version interprétée sera\ncelle d'Alfred Ernst, et sur la scène, dans les admirables décors de Simas et de Rochette, on\napplaudira Lucienne Bréval, Franz, Renaud, spécialement engagé pour la circonstance, et les\nplus brillantes artistes de la maison réunies dans l'harmonieuse gerbe des Filles-Fleurs.\nOn comprend que la direction actuelle ait tenu à s'assurer le précieux privilège de\ncette sensationnelle révélation et à garder l'exclusivité de sa préparation. Le seul matériel\nd'orchestre légalement utilisable est actuellement sur les pupitres de nos musiciens de l'Opéra\noù les études sont minutieusement conduites d'après les meilleures traditions wagnériennes.\nAinsi pourront être offertes au public parisien, le premier jour de l'année nouvelle, les magni-\nfiques étrennes musicales qui lui sont promises depuis si longtemps.\nCe geste couronnera de splendide façon la belle campagne artistique de MM. Messager\net Broussan et leur permettra de terminer \" en beauté \" un remarquable septennat. Et nous\nsaurons bientôt dans quelles voies l'arrêt du sort engagera leur destin à la fin de cette\nannée 1914 qui s'ouvrira pour eux sous de si glorieux auspices !\n\nPierre Lérys."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.69", "texte": "Les faits au mois\nSwift.\nLes archers d'Eros. A la suite de la mésaventure survenue a leur collègue\nBurrian, incarcéré pour adultéré, les ténors, réunis en syndicat, ont décidé de\nprotester contre cette atteinte a l'un de leurs privilèges séculaires, par une grève\nrenouvelée de Lysistrata. Ils ont brisé l'arc et les fléchés symboliques dont Aphro-\ndite les avait armés et ont mis les compositeurs en demeure d'écrire à l'avenir\npour basses nobles les rôles d'amoureux dont ils refusent désormais de se charger.\nReprésailles : les excès\ndes suffragettes devaient fa-\ntalement entraîner d'impi-\ntoyables mesures de répression.\nFour la premièrefoison vient\nd'appliquer a une femme la\npeine de La réclusion et du bannissement. Une toute\njeune fille, Mllt Lili Boulanger qui avait commis\nle délit de mettre en ?nusiqne des vers de M. Eug.\nAdenis, a été condamnée a trois ans de prison et\nd'interdiction de séjour. Elle purgera sa peine a\nRome après avoir été écrouée a Compiègne ou elle\na fait un mois de préventive. Déjà sa sœur aînée\nn avait échappé que par miracle a une condam-\nnation du même genre. Voila qui donnera a réfléchir aux jeunes écervelées qui se laissent entraîner à\nraction directe. La ligue de I'Encouragement au Bien signale avec satisfaction, dans son rapport\nannuel, la faillite d'une des coutumes les plus licencieuses du Conservatoire. Un concours, qui constituait,\nen somme, une véritable prime ci Vinconduite, a révélé que les jeunes gens d'aujourd'hui sont des élèves\nsérieux, parfaitement incapables de faire une de ces fugues dont la coupable tradition déshonorait notre\ngrande Ecole Nationale. A l'Académie des Sciences : des observations précises recueillies, thermo-\nmètre en main, dans les bureaux du Courrier Musical et de la Revue Musicale S. /. M., il résulte\nque la fusion de deux périodiques s'opère en vase clos, à une température de 18 degrés centigrade.\nJ.\nLe 14 Juillet, dans\nles théâtres de la ccipi-\nbrigué les suffrages de\nVaprès-midi a eu lieu a Taris un concours de chant monstre ; dans tous\ni y\nouverts gratuitement\nla joule. Morceau imposé :\nau public, chanteuses et chanteurs ont\nla Marseillaise.\n(Croquis d'Em. Barcet)"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.70", "texte": "LA MUSIQUE DANS LES CASINOS\n\nLa température n'a guère favorisé les stations balnéaires et les touristes sont rares dans\nbien des cités autrefois florissantes en cette saison. On n'a donc que très peu quitté Paris ;\naussi le Casino d9Enghien est-il plus visité que jamais.\nConvenons-en, d'ailleurs, M. Gouverneur a réalisé un programme qui n'est pas sans\nintérêt ; si tant est que le législateur ait décidé la mort d'Enghien, Enghien succombera en\nbeauté... Mais les institutions que condamnent nos Honorables ont coutume de se porter assez\nbien... ne préjugeons donc pas et constatons l'excellence et la variété des représentations que\ndonne notre toute voisine cité estivale.\nLa Fille du Régiment et Thaïs où triompha Mlle Bady, qu'entouraient M. Cotreuil,\nM. Simart et M. Mirés, Rigoletto qui révéla le beau tempérament dramatique de M. Simart,\npuis Lakmè que Mlle Rossi vocalisa selon la tradition, servirent de débuts aux artistes de la\ntroupe d'opéra-comique. Le ballet, où brillent Mmes Villeneuve, Jannsens et Schitner, n'a\nencore interprêté que Coppelia, mais nous promet des créations captivantes ; quant à l'opérette\nelle a réuni dans Miss Million, la délicieuse Rosalia-Lambrecht, le fin comique Poudrier et\nMM. Dubressy, Marmont, Lary-Duron, Mordet qui ont du style et de la tenue.\nL'orchestre est conduit avec une impeccable précision par M. Jean Gay qui fournit en\noutre des concerts remarquables. Il faut citer ceux où se produisirent Mlles Christiane Roussel\net Line Talluel, Mlle Jane Lemaire, Mlle Cymael, le ténor Iriarte, le violoniste Marcel Duran,\nMlle Marcelle Parys, et surtout le choral de Paris dont il serait superflu de vanter les voix,\nl'ensemble, le style et la variété d'expression.\nOn assure que la Société d'Enghien, lorsqu'elle abandonnera les bords fleuris du lac, ira\ns'installer dans le domaine d'llbariz, aux portes mêmes de Biarritz. Cela fera une rude concur-\nrence à M. Boulant...\n%\n* %\nCar Biarritz, tout au music hall durant le mois d'Août, ne u fera \" guère que quelques\njours d'opéra en Septembre une douzaine de représentations tout au plus—. C'est peu ; ce\nn'est même pas assez.\nEn revanche les Pyrénées mettent tout en œuvre pour attirer et retenir une clientèle que\nla Suisse leur disputait jadis. Et les Casinos Pyrénéens (Luchon, Cauterets, Bagnères de\nBigorre) seront avec Deauville le grand rendez-vous select et artistiqne de la présente\nsaison d'été.\nCes casinos sont, cette année, dirigés par la même Société ; il en est résulté, pour\nl'ensemble, une organisation de tout premier ordre et une manière de trust de tous les artistes"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.71", "texte": "68\nLE MOIS\n\ncélèbres du moment. Noté à chanté Guillaume Tell à Cauterets ces jours derniers ; on annonce\nles représentations de Mmes Litvinne, Cesbron, Korsoff, Lipkowska, Marchall, Marguerite\nHerleroy et de M. Marcoux. Le répertoire courant est parfaitement interprêté par Mmes Con-\nforto, Charrin, Gerday. MM. Chassagne, Van Obberg, Tormagny, et, que dirigent avec art\nMM. Frigara et Chérubini. Les concerts classiques que dirige remarquablement M. René\nDoire remportent un énorme succès. Notons aux programmes : La Symphonie en la de Beet-\nhoven, Y Inachevée de Schubert, les Ouvertures de Beethoven et de Wagner, la Rapsodie Hongroise\nde Liszt, le Caprice Espagnol de Rimsky Korsakow, les Danses du Prince Igor de Borodine, la\nSymphonie Espagnole de Lalo, admirablement exécutée par M. José Porta, et les plus belles\npages anciennes et modernes de la littérature du violon et du violoncelle interprêtées par les\nexcellentes solistes Madame Coemans et M. Jamin.\nAu Casino de Vichy la saison lyrique a commencé, cette année, sous les plus heureux\nauspices. \" Nous avons eu, m'écrit notre correspondant, une série de représentations de Gala\navec Mlle Alice Raveau dans Orphée, où elle excelle ;de MUe Delna, dans la Vivandière, où\nelle sait si bien mettre en relief sa manière faite de vigueur et de précision ; de Mlle Demou-\ngeot, dans Samson et Dalila et les Barbares ou elle a manifesté amplement des sons tragiques\net vocaux, et Mme Frédéric Boyer, excellente dans Y Attaque du Moulin.\n\" Pour l'instant, on attend Mlle Kousnetzoff dont le succès a été si grand l'été dernier.\n\" Entre temps, une assez bonne représentation de Lohengrin avec Mr. Swolfs dont les\nmoyens ont paru quelque peu insuffisants malgré toute l'habileté wagnérienne dont il dispose.\n\" Aux concerts, Mr. Gaubert attire, par ses programmes habilement conçus et la virtuosité\nde sa direction, un public de plus en plus nombreux et de plus en plus accessible aux accords\nde la grande musique.\nu Le premier concert classique, qui eut lieu le 20 juin, comprenait la Symphonie en la\nde Beethoven ; le concerto en fa majeur de Bach ; un poème lyrique d'Alf. Rullmann,\nCUopâtre ou l'on put entendre Mlle G. Dauly ;la si délicieuse suite de G. Fauré, Dolly ; enfin,\npour terminer, La Napoli des Impressions d'ltalie de G. Charpentier.\nu Le deuxième concert était consacré à Saint-Saëns, enchâssé qu'il était dans la semaine\nque le Casino a organisée. Le clou en était la réaudition, si souvent réclamée depuis la mort\ndu regretté Danbé, de la très belle et très haute Symphonie en ut mineur avec orgue, qui fut\nsuperbement exécutée par notre excellent orchestre ; deux morceaux chantés par Mlle Demou-\ngeot, Pallas-Athénée et La Cloche ; Africa, morceau pour orchestre et piano tenu par le maître\nqui dirigeait en outre Phaeton aux acclamations du public enthousiaste de le voir si jeune et si\nplein de vaillance ; enfin le Déluge dont c'était la première audition à Vichy. \"\nJ'enregistre et j'applaudis.\n%\n* *\nBoulogne vient d'inaugurer sa saison avec Manon. Mr. Marcelin y retrouva tous les succès"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.72", "texte": "S. I. M.\n6g\n\ndont il est coutumier salle Favart et Mme Rossi y fit valoir ses solides qualités de soprano àla\nfois dramatique et léger.\nDieppe n'a guère donné que Le Barbier de Sévi lie et un ou deux concerts où s'affirma\nla maîtrise de Mr. Monteux, la virtuosité et le classicisme du violoncelliste Bedetti et la grâce\nvocale de Mlle Vallin. Aix les Bains ne fit pas davantage non plus : Mr. Ruhlman y a tout\njuste fait entendre le violoncelliste Droeghmann et des fragments d'une œuvre inédite de Pierre\nCarolus Duran qui a pour titre : Le Joueur de n'en est encore qu'à l'instant ou\nun Casino bien tenu précise ses intentions, d'ailleurs excellentes, et dont le programme\nest tout un monde, clôture aujourd'hui le service de hors d'œuvre par quoi son Casino ouvrit\nle festin plantureux qu'il compte offrir à ses dilettanti coutumiers.\nOn s'organise, en somme, un peu partout en vue des festivités du mois d'août. Le mal-\nheur est que la pluie ne cesse pas de choir, que les pays montagneux sont pâles, que les océans\nsont gris et froids et que tout cela attriste les âmes au point de faire préférer Schopenhauer\naux chefs-d'œuvre de notre école musicale moderne.\nAussi s'explique-t-on la décision de Trouvilqui, vaillamment, représenta en quelques\njours seulement : La Mascotte, La Fille du Tambou et mélangea avec adresse les\nflonflons d'opérettes sans prétentions d'art, aux émotions faciles trop faciles de la senti-\nmentale Lakmé,de l'inégale Bohême et de l'éternelle larmoyante\nSeulement ce n'est point avec ça qu'on ramènera le sur les planches de la\ncélèbre Rue qui lui est consacrée\n\nThéophile Puget."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.73", "texte": "Çà et Là\nAU SALON DES MUSICIENS FRANÇAIS. Sous la présidence de M. Henri\nMaréchal, Inspecteur de l'Enseignement Musical, le Jury du Salon des Musiciens Français a\nvoté les récompenses suivantes : Premières médailles : MM. Louis Dumas, Gabriel Dupont,\nAndré Laporte, Léon Moreau, Achille Philip ; deuxièmes médailles : M. Paul Bazelaire,\nMlle Lili Boulanger, MM. J.-B. Ganaye, P.-S. Hérard, Mme C.-P. Simon, M. Louis Vierne ;\ntroisièmes médailles : Mme Amirian, MM. René Bruck, Marc Delmas, Albert Doyen, Roger\nde Francmesnil, Paul Ladmirault, Léo Sachs, H. Woollett ; mentions : MM. Georges Aîary,\nRené Blin, Félix Fourdrain, Marcel Noël, Mme A. Lesur. Le prochain Salon s'ouvrira\nle ler novembre 1913. Les Compositeurs devront adresser leurs œuvres au Secrétariat-Général,\n28, rue Nollet, à Paris, du ler au 25 octobre.\nEn outre, M. Valentino, chef de division de l'Enseignement musical, délégué de\nM. Léon Bérard, sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts, vint présider le premier banquet du\nSalon des Musiciens Français. A la table d'honneur on remarquait : MM. Henri Maréchal,\nprésident du Salon ; Gigout et Paul Puget, vice-présidents ; Maxime Thomas, secrétaire\ngénéral ; Jules Meunier, trésorier ; Mme Chaminade ; MM. Bourgeat, Raoul Pugno, Diémer,\nPaul Vidal, Wormser, Destenay, Dallier, Charles René, Silver, Lutz-Falkenberg, Le Borne,\nBellenot, Letocart, Jean Huré ; M'nes Fleury-Roy, Nadia Boulanger ; MM. Lyon, Léon\nMoreau, Marcel Bertrand.\nM. Henri Maréchal remercia ses innombrables collaborateurs et M. Valentino rappela\nles services considérables déjà rendus par ce Salon aux Compositeurs Français vivants. Une\nbelle ovation salua la péroraison de M. Valentino qui, ensuise, au nom de M. Barthou,\nministre de l'lnstruction Publique, décerna un certain nombre de distinctions honorifiques.\nEst-il à peine besoin d'ajouter qu'un superbe concert termina cette fête.\n* *\nL'ASSOCIATION AMICALE des Prix de piano, hommes, du Conservatoire de Paris\ncomprenant actuellement 64 membres s'est définitivement constituée à l'assemblée\ngénérale du 23 juin dernier. M. Paul Braud a été élu président, et le comité définitif se\ncompose de MM. André Wormser, Camille Bellaigue, J. Philipp, A. Reitlinger, Berny,\nV. Staub (trésorier), Ed. Risler, Ricardo Vines, Henri Schidenhelm (secrétaire), J. Morpain,\nLazare Lévy.\n* *\nLa musique française moderne sera bien représentée, les saisons prochaines, aux Etats-\nUnis. M. Campanini, directeur du Grand Opéra de Chicago, vient de traiter pour les\nreprésentations de Déjanire et Samson et Daltla de Saint-Saëns, Fervaal de d'lndy, et Pelléas et\nMélisande de Debussy. D'autre part, MM. Aborn, directeurs de la Century Opéra Company\nde New-York vont entreprendre une grande tournée aux Etats-Unis, pour y faire connaître\nSamson et Dalila chanté en langue anglaise, et probablement aussi Henry FIH de notre\nillustre maître Saint-Saëns.\n*\n* *"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.74", "texte": "S. I. M.\n71\n\nLa promotion de la Légion d honneur dite ** Des Gens de Lettres \" nous permet de\nféliciter très sincèrement trois de nos collaborateurs : M. J.-H. Rosny aîné, nommé officier\net M.M. A. Boschot et Louis Schneider, nommés chevaliers.\nNous adressons aussi tous nos meilleurs vœux à notre collaborateur Robert Chauvelot\ndont le mariage vient d'être célébré avec MUe Edmée Daudet, fille du grand maître\nAlphonse Daudet.\n*\n* *\nEN L'HONNEUR DE GLUCK. Notre éminent confrère de Dresde, le Dr Max\nArend, gluckiste fervent et éclairé, vient de fonder une Gluck-Gemeinde. C'est plus et mieux\nqu'une Société Gluck se mettant sous le patronage de l'illustre auteur d'Armide, c'est une\nAssociation, une Communauté esthétique s'efforçant de rendre la vie à ces œuvres admirables,\nde les éditer et de les faire exécuter dans les meilleures conditions, de retrouver l'âme qui les\na fait vivre et de leur creer un public d admirateurs compréhensifs et ardemment passionnés.\nM. Ai end part en eiiet de cette constatation, que Gluck est à peu près ignoré des\nmasses, bien qu on puisse encore, ça et la, rencontrer ses œuvres au répertoire de quelque\ntneatre. L erudit me nie ne le connaît guere que par les erreurs de l'histoire, c'est-à-dire par\nces malentendus intéressés qui provoquèrent les querelles des Piccinistes, et dont nous n'avons\ncure aujourd'hui. Or, c'est précisément après le grand mouvement romantique du XIXe siècle,\naprès la révolution wagnenenne, que 1 art classique et condensé d'un chevalier Gluck prend\ntoute son importance. A travers la sobriété des gestes et derrière la simplicité des moyens\nnous apercevons maintenant (et maintenant seulement) la puissance dramatique de cet homme\nûe theatre. En ce temps présent, ou la musique envahit et submerge la personnalité du\nmusicien, ou le langage ces sons, admirablement perfectionné, n'est plus pour beaucoup qu'un\nmoyen de parler pour ne rien dire, l'exemple d'un génie souverainement maître de soi, qui\nsubordonne exactement l'expression à la logique des sentiments, et l'imagination aux lois d'un\nStyie otfini, est salutaire et bienfaisant. Souvenons-nous de Gluck et n'oublions pas la leçon\nqu il a donne a 1 art musical ! Tel est le cri de ralliement que pousse le Gluck-Gemeinde et son\nfondateur le D AÏ end (46, Mathildenstrasse a Dresde). Faut-il ajouter que pour la modeste\ncotisation de membre (12,50 fr.) chaque adhèrent a cette propagande artistique aura droit aux\npublications de 1 CEuvie qui seront tout d abord les partitions de L?Arbre Enchanté et de\nYlnnocenza Giustificata.\n%\n. * *\nEN L HONNEUR DE BACH. On sait que nous sommes redevables de la monu-\nmentale édition des œuvres de J,S. Bach en 40 volumes, à la Bachgesellschaft. Cette société\ndissoute lorsqu elle eut rempli son rôle géant, fît place à la Neue Bachgesellschaft dont la\nmission est taire entendre les œuvres ainsi mises au jour. Celle-ci, sous la présidence du\nconseiller Kretzschmar, tiendra une de ses assises périodiques à Eisenach le 27 septembre\nprochain. On y entendra un concert de musique d église auquel le chœur de Duisbourg\nprêtera son concours, et deux concerts de musique de chambre.\n* *\nPoursuivant son œuvre profonde de moraliste et d'essayiste, Mme Aurel nous donne"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191307-01.1.75", "texte": "7 2\nLE MOIS\nTous droits réservés pour tous pays y compris la Scandinavie et l'Extrême Orient.\n: MARCEL FREDET.\nImprimerie SAINTE CATHERINE, Quai St. Pierre, Bruges, Belgique (Tél. 517).\n\naujourd'hui une manière de bréviaire sentimental La Semaine d'amour. (Edition du Mercure\nde France.), nous enseignant que nos compagnes rêvent moins de l'amour proprement dit que\nde Y amitié-passion, \"de l'étrange, de la fauve et sainte amitié \", selon son expression. o»srai u\nCe livre, riche en vues nouvelles, impératif et gracieux, invite à la méditation. Hommes\net femmes y accroîtront leur personnalité.\n* *\nLa musique française moderne à l'Opéra de Nice, la prochaine saison, sera représentée\npar les noms de Saint-Saëns, Debussy, Paul Dukas, Florent Schmitt, avec \" \"\n\" Phryne\", \" Javotte' , \" UEnfant prodigue\", \" \" \" \".\n* *\nSous le patronage de MM. C. Saint-Saëns, Th. Dubois et G. Fauré viennent d'avoir\nlieu les Examens de la Société des Musiciens de F pour l'enseignement de la Musique. Ils\nétaient jugés par MM. Chapuis, V. Staub, Tiersot, du Conservatoire, et par MM. Battala,\nCeillier, Debroux, Garés, Albert Geloso, Lortat, Péru, Sporck, Vuillemin et H. Woollett.\nOnt obtenu : I OLe diplôme de Licence pour : Charpentier\n(Senlis) mention bien ; Rousselon (Le Havre) mention ; Perronnet (Paris).\n2° Le Brevet d'Aptitude pour F Enseignement :Miles Drancourt (Le Havre)\ntrès bien ; Perrot (Paris) bien ; Cayron (Angers) bien ; Margotin (Reims) bien ; Gerber (Paris)\nbien ; Hanriot (Saint-Mandé) bien ; Lasset (Paris) ; Prudhomme (Paris) ; Rudowska (Paris) ;\nManissié (Le Havre) et Tissot (Paris).\n30 Le Brevet d'Aptitude pour F Enseignement M. Lacoste (Bordeaux) très ;\nM. F. Cadalen (Castres) très bien.\n* *\nMonsieur Gatti-Casazza, directeur général de la Metropolitan Opéra Co. de New-\nYork, vient de traiter pour l'opéra fulien du maître Gustave Charpentier.\nL'œuvre sera interprétée par M. E. Caruso, M!le Farrar et M. Dinh Gilly, dans les rôles\nprincipaux, et dirigée par M. Arturo Toscanini.\nLes décors sont exécutés par M. P. Paquereau, de Paris.\nLa première représentation aura lieu dans le courant du mois de Février prochain et\nM. Charpentier a bien voulu accepter l'invitation qui lui a été faite par la Direction du\nMetropolitan d'assister à la première de son œuvre."}]}