{"numero_id": "bm-bmtnabh-1913-09-01", "volume": "bmtnabh_1913-09_01", "ocr_sha256": "93fcac68c35547136888231e603a388c9d1eed9998f1c3055ffa1105d9c5c699", "source_tei": "https://github.com/Princeton-CDH/bluemountain-transcriptions/blob/main/periodicals/bmtnabh/issues/1913/09_01/bmtnabh_1913-09_01.tei.xml", "source_mets": "https://github.com/pulibrary/BlueMountain/blob/main/metadata/periodicals/bmtnabh/issues/1913/09_01/bmtnabh_1913-09_01.mets.xml", "url_numero": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01", "articles": [{"article_id": "bm-bmtnabh-1913-09-01-c002", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-09_01#c002", "volume": "bmtnabh_1913-09_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 1", "page_fin": "couv. 1", "image_debut": 1, "image_fin": 1, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.2.2", "titre_corps": "GOBINEAU ET WAGNER, par L. 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Les heures triom-\nphales de Bayreuth venaient de prendre fin : Wagner avait vu réaliser\nson œuvre de musicien de la façon la plus magnifique ; sur un théâtre\nélevé au haut de la colline sainte, \" l'abîme mystique \" laissant échapper\nles harmonies sacrées, 1' \"Anneau\" avait été interprété dans sa copieuse\nintégrité.\nLassé par les fatigues de deux saisons successives de répétitions, le\nmaître se reposait à Rome lorsque, venant d'escorter l'empereur dom\nPedro dans un voyage en Russie, le comte de Gobineau y passa, et s'en\nfut rendre visite au maître dont l'auréole à ce moment était quasi divine."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.5", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2486, "texte": "Il s'offrit, avec une élégance et peut-être une impertinence très\nfrançaise, à transmettre les commissions ou les messages de Wagner à celle\nqui, à Berlin, passait pour l'inspiratrice, la Muse. De ce premier contact,\nun peu imprévu et romanesque naquit une amitié qui s'accrut particu-\nlièrement à Venise en 1880.\nDans l'intervalle Wagner avait pénétré l'œuvre touffue et générale-\nment peu connue du comte de Gobineau : tour à tour la Renaissance et\nY Essai sur l'inégalité des races humaines,avaient retenu son attention et\nprojeté des lueurs étranges dans son cerveau amoureux du nouveau. Les\nrelations des deux hommes étaient particulièrement favorisées par le fait\nque le comte parlait couramment l'allemand, et que Wagner s'exprimait\nle mieux du monde en français.\nNous aurons à étudier tout à l'heure ce qu'il faut admettre et ce\nqu'il faut extraire de cette amitié et de ce commerce. Etablissons tout\nd'abord ces relations par quelques brefs détails qui, tendant à prouver\nl'exaltation de deux cerveaux épris d'originalité et de longues pensées,\npourront mieux qu'une étude comparative et documentaire des œuvres,\ndonner à cet article une atmosphère et de la vie.\n(D'ailleurs, il me faut bien supposer sous peine de remplir un\nvolume que j'écris à l'intention de gens pour qui \" Religion et Art \"\nou \" Héroïsme et Christianisme \" de Wagner sont aussi familiers que la\n\" Renaissance \" et 1' \" Essai sur l'inégalité des races humaines \" de\nGobineau. Je renvoie les autres aux principaux commentateurs de Wagner\net de Gobineau, à Chamberlain et à Seillière.)\nRelevons cette opinion par exemple : au cours d'une conversation,\nDon Quichotte, le héros de Cervantes, vint sur le tapis. Gobineau jugea\nsévèrement le chevalier à la triste figure : \" C'est une mauvaise action\nqu'a commise l'écrivain espagnol, en écrivant une telle œuvre \". Et\ncomme Wagner s'indignait, s'étonnant que son interlocuteur ne comprit\npas le tragique, affreusement comique de cette épopée de fin d'âge, et ne\nse rangeât pas aux côtés du tendre amoureux, coureur d'idéal, le comte le\nregarda en face et lui dit : \" Ne croyez-vous pas qu'il soit nécessaire de\ndéployer une énorme quantité de force et de patience, même quand on\nest un grand homme, pour faire le bien et détruire ou écarter les obstacles\nque la méchanceté ou l'ignorance place sur votre chemin ? Et ces\ncombats ne sont-ils pas aussi importants que des combats contre des\nmoulins ou des moutons ? Comment un homme qui cherche à faire"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.6", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2487, "texte": "bien pour le bien ne se fait-il à lui-même l'effet d'un fantôme ou d'un\nchevalier de la triste figure ? \"\nCes paroles prénietzchéennes ébranlèrent-elles Wagner ? Lui firent-\nelles apercevoir des pensées souterraines auxquelles il n'était pas habitué :\nil les nota en tous cas et ne les oublia pas ; il en aima davantage leur\nauteur, qu'il tint à emmener avec lui à Berlin entendre le \" Ring des\nNibelungen l'idéal réalisé de sa pensée d'alors sur l'humanité, les héros,\nles dieux, l'existence et la mort.\nComme ils séjournèrent ensuite à Wahnfried pendant un assez long\ntemps, leur amitié s'accrut de l'atmosphère paisible, de la lumière\nheureuse qui convenaient à ces deux vieillards dont l'un avait connu la\ngloire, et dont l'autre jouissait d'un splendide isolement intellectuel.\nIls étaient à l'heure où l'orgueilleux s'abaisse et où l'humble s'élève:\nà l'heure de la vie où l'on comprend la force du silence, la franchise, le\ndévouement, où la gaîté est plus facile et se rapproche des joies de\nl'enfance et où l'on ne désire plus agiter de grands problèmes en vue de\nson développement individuel, mais dans un sens généreusement altruiste.\nPartis de points différents ils en arrivaient à voir le monde de la\nmême manière et leur amitié était centuplée de mille rapports, insignifiants\nchacun, mais qui les ravissaient par leur multiplicité.\nWagner avait horreur de la presse : Gobineau également qui ne\nlisait aucun journal si ce n'est une feuille humoristique, l'équivalent\nde notre \" Rire \", les Fliegende blaetter.\nTous deux sentaient à l'extrême la nature extérieure et ses évocations\npar le moyen du lyrisme moderne : leurs imaginations débordaient de\nsève : c'est ainsi qu'un jour ils essayèrent de se persuader mutuellement\nqu'ils étaient devenus fleurs et tâchèrent de faire monter à leurs lèvres cet\nétonnant aveu, cette médusante constatation : \"je suis une fleur ! \"\nL'imagination allemande est en effet très spéciale et très différente de la\nfrançaise : nous verrons plus tard que Gobineau avait un tempérament\nquasi allemand : il faut tout de suite, quand on étudie ce cerveau,\ns'habituer à ces façons d'agir et de s'exprimer.\nN'est-ce pas Gobineau qui dit un jour à Wagner était-ce une\nplaisanterie ailée ? était-ce une affirmation scientifique d'une ironie\ntoute littéraire ? comme ils discutaient ensemble de Newton : \"Il\nsavait l'heure qu'il est, moi, je ne l'ai jamais su ! \"\nLe tempérament allemand le poussait à un goût exclusif pour l'art"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.7", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2428, "texte": "et la peinture des maîtres hollandais, Rembrandt en tête, et à la condam-\nnation des génies italiens, Michel-Ange excepté. Mais après avoir affirmé\navec son antagonisme de grand seigneur ce fait général devant les\nrépliques énergiques de Wagner, un sourire de finesse et de moqueuse\nironie luisait sur son visage de chevau-léger. \"Ne nous disputons pas,\nmais reconnaissez que les maîtres hollandais furent certainement des\nhommes spirituels et plein d'humour tandis que les peintres italiens\ndevaient être sans aucun doute ennuyeux à mourir\nEn 1882 les amis magnifiques se rencontrèrent à Wahnfried : c'était\nau mois de mai : Parsifal était représenté triomphalement : l'esprit de\nGobineau se réjouit de cette dernière joie : il y puisa une grande jeunesse\ndont son pauvre corps usé avait besoin : les étrangers se demandaient quel\nétait cet homme que Wagner ne quittait pas un instant : son nom énoncé\nn'éveillait rien parmi les musiciens accourus de tous les coins de l'Europe.\n\" L'essai \" et la \" Renaissance \" n'étaient pas encore célébrés dans les\nhistoires de la littérature française. Wagner à la fin d'une représentation\ndevant l'exaltation de son ami, que la musique transfigurait, lui dit :\n\"Vous avez l'air d'avoir 18 ans\", et le comte répondit : \"Je souffle sur\nle flambeau pour le transmettre à mes petits-enfants, flamme droite et\nforte\nAprès Parsifal, il était épuisé : ses conversations n'étaient plus ce\nqu'elles avaient été : il ne vibrait plus ; il s'en fut en Auvergne dans une\npropriété familiale. Peu de temps après, comme il se rendait en Italie\npour revoir Wagner, il mourut dans une chambre d'hôtel à Turin,\nsolitaire.\nVoici à titre documentaire une des dernières lettres que lui écrivait\nson génial ami, et que l'obligeance de M. Schemann, l'organisateur des\nécrits gobinistes, me permet de faire connaître aux lecteurs de la S. I. M.\nElle prouve l'amitié indissoluble de ces hommes, et la culture très\nlittéraire de Wagner.\nVilla Fr. Gangi, Place Paruzzi, Païenne.\nTrès cher et très honoré ami,\nJe vois qu'il faut que j'intervienne moi-même pour vous faire entendre la\nvoix d'un homme au milieu de celle des femmes. Autant que je puis me le\nreprésenter par les nouvelles que j'ai de vous, vous vous êtes bien trouvé de votre\nséjour chez nous. Je n'ai pas appris grand'chose de bien, des effets des changements\nde résidence qui ont suivi. \"O Zeus, pourquoi as-tu créé les femmes ! \" s'écrie"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.8", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2664, "texte": "Etéocle dans Eschyle. A Rome vous paraissez déchaîné et il semble qu'ailleurs\naussi vous demeurez plus par obstination que par goût. Allons, c'est bien : vous\nne voulez pas rester à Rome au printemps ? A merveille : vous voulez vous\nrendre en été aux représentations de Parsifal, qui ont lieu en Août ; mais à cette\népoque nous ne pourrons être à vous, ni vous à nous; car dès à partir de juillet\n(à cause des répétitions) c'est un tourbillon qui nous arrache à tous nos amis. Nous\navons l'intention de retourner à Bayreuth le 1$ mai au plus tard. Nous vous\ninvitons pourtant à vous installer à Wahnfried un peu plus tôt ; tout y est prêt\npour vous y recevoir. Joukousky s'offre également à mettre à votre disposition un\nappartement tout à fait indépendant dans sa maison. Votre besoin d'entourage\nféminin sera satisfait, à partir de mai, par nos innombrables filles. Mais, encore\nquelque chose ! Au milieu d'avril nous repassons par Rome expressément pour\nvous y chercher et pour vous enlever dans notre wagon-salon ; nous remontons\nensuite tout doucement vers le nord et signons à Venise un bail pour une\nhabitation splendide et spacieuse pour vous aussi que nous viendrons\noccuper avec vous après Bayreuth au commencement de la mauvaise saison, pour\nensuite l'année prochaine donnera nouveau des galas à Oberfranken. Choisissez!\nEssayez donc aussi une fois de ne pas aller à Schanameh (comment diable\nappelez-vous ce pays d'Auvergne ?) \" O Zeus ! Pourquoi etc... \" Soyez bon. Et\npourquoi ne pas venir nous rejoindre ? Je puis vous envoyer Schnappaut '.\nVotre\nRICHARD WAGNER.\n\"Je suis fils de roi : cela signifie : je suis d'un tempérament hardi et\ngénéreux, étranger aux suggestions ordinaires des naturels communs. Mes\ngoûts ne sont pas ceux de la mode ; je sens par moi-même et n'aime ni\nne hais d'après les indications du journal. L'indépendance de mon esprit,\nla liberté la plus absolue dans mes opinions sont les privilèges inébranla-\nbles de ma noble origine. Et ces qualités qui me distinguent viennent\nde ce que je sors d'une combinaison mystérieuse et native : il y a en ma\npersonne une réunion complète des éléments nobles, divins si l'on veut,\nque mes aïeux anciens possédaient en toute plénitude et que les mélanges\ndes générations suivantes avec d'indignes alliances avaient pour un temps\ndéguisés, voilés, dissimulés, mais qui, jamais morts, reparaissent soudain\ndans le fils du roi que je suis.\nCes quelques lignes définissent Gobineau et définissent aussi son\nœuvre, œuvre prénietzchéenne qui considère les faits à un point de vue\n\n1 Mot allemand Intraduisible, faisant allusion sans doute à une plaisanterie ou une ironie."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.9", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2254, "texte": "inactuel, œuvre sociologique, théorie des races, affirmation de la supériorité\ndes Aryens, pessimisme et négation de l'idée de progrès, œuvre enfin\nqu'il faut rapprocher des théories wagnériennes telles que Chamberlain\nles résume :\n\" Plus la philosophie s'élève plus elle devient abstraite : d'un autre\ncôté, le progrès consiste pour l'art rejeter à ce qui est accidentel ; la\nmusique par exemple ne devant s'appliquer qu'à ce qui constitue\nl'essence de la vie. Donc l'art et la philosophie s'élèvent au-dessus\ndes brumes de ce qui est limité et accidentel ; ils se rencontrent ; ils ne\nsauraient se fondre l'un dans l'autre, car l'intuition artistique est à\nl'opposé de la raison : mais l'art affranchi du concours de la raison aura\nune vision intuitive bien plus claire de l'essence de la raison, et récipro-\nquement. Or l'art contient toute sagesse, et l'œuvre d'art véritable est une\nimage condensée et purifiée du monde même. Elle est une\nL'artiste et l'homme cheminent vers un monde nouveau. \"\nMaigre les contradictions apparentes, la parenté de ces théories est\nindiscutable : je vais essayer, d'analyser ensemble l'âme wagnérienne et\nl'âme gobiniste, d'étudier ce que les allemands appellent : la pénétration\nmutuelle de ces deux êtres ; de circuler autour de la tombe des deux grands\nmorts avec respect, et d'accrocher à leur croix une couronne sans\ninscription.\n%\n% *\nPlaçons-nous au point de vue allemand et empruntons à Schemann,\nà Heinrich von Stein, à Wolzogen leur opinion sur les rapports de\nGobineau et de Wagner.\nC'est un sujet infiniment cher à l'Allemagne que celui des rapports\nspirituels de ces deux hommes : elle y trouve une satisfaction amusante :\nelle déploie des grâces félines et qu'elle croit sans doute très françaises à\nréunir dans le domaine des idées l'auteur de Y Essai et le musicien du Ring.\nFaire de Gobineau un satellite de Richard Wagner, unir un vain-\nqueur et un vaincu dans une affection intellectuelle aussi entière que\npossible, cela après les incidents de 1870 parait sans doute d'une\nvirtuosité et d'une subtilité prestigieuse, à certains critiques.\nD'autres se contentent d'analyser les cercles d'influence wagnérienne\net les cercles d'influence de Gobineau, de les placer les uns sur les autres"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.10", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2535, "texte": "d'en mesurer la juxtaposition et de voir combien ils se complètent malgré\nquelques angles gênants.\nIl semble cependant que la figure originale de Gobineau ait gardé\ntoute son ampleur, toute sa nature propre et n'ait été modifiée en rien\npar le commerce de Wagner ; ce dernier seul a subi l'emprise étrangère\net inconsciemment avec son emballement et sa fougue coutumière a\nabsorbé les idées du Français.\nQuelles sont en effet les œuvres de Gobineau où l'on pourrait\ndécouvrir une influence wagnérienne ? Elles ne sont pas nombreuses : il\nn'y en a qu'une et c'est Amadis,ce poème admiré des seuls Allemands\nqui le considèrent comme un chef d'oeuvre inconnu dans son pays\nd'origine. Amadis est postérieure à la rencontre de Wagner et de\nGobineau, tout au moins dans sa seconde et troisième partie et Amadis\nest pourtant une œuvre qui n'a rien de wagnérien.\nUne seule chose prouverait en faveur de la thèse allemande et ce\nn'est pas un écrit, c'est une œuvre d'art : Gobineau vers la fin de sa vie se\nsentit des dispositions à la sculpture : d'un ciseau assez libre avec une\nfacilité d'exécution étonnante chez un homme de cet âge il produisit\nquelques œuvres et entre autres un buste de jeune Walkyrie, évocatrice\nau plus haut point de la pensée wagnérienne, tellement on y devine de\nvolonté et d'appel à la libération de la race. (Ce n'est que comme œuvre\nd'amateur, évidemment que je juge ainsi cette sculpture et que je serai\nsouvent tenté d'ailleurs de juger certains écrits du comte : l'amateurisme\nélégant dont les inexactitudes s'étalent dans les productions maîtresses de\nGobineau ne pouvait que séduire un diplomate raffiné.)\nWagner d'ailleurs s'est nettement exprimé dans ses écrits et dans sa\ncorrespondance sur la façon dont il désirait que l'on jugeât ses relations\navec le comte : il ne voulait pas qu'il puisse être question d'influence\nd'un vieillard sur un autre vieillard : cet orgueilleux commençait par\nécarter formellement l'idée d'une inspiration qui n'aurait pas été propre-\nment sienne, et il ne demandait pas qu'on lui attribuât plus d'effet par\nrapport au Français. Mais dans le fond de son cœur il ne pensait peut-être\npas ainsi : il s'imaginait, on peut pour le croire s'en rapporter au ton\nde ses écrits, qu'il se dégageait de sa personnalité un trop intense rayon-\nnement pour ne pas illuminer ceux qui pénétraient dans son intimité ; et\nla seule chose qu'il ait pu concéder à Gobineau c'est que les mondes\nintellectuels et spirituels qu'ils avaient créés, personnels dans leur origine"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.11", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2506, "texte": "étaient tellement apparentés qu'ils se mélangeaient intimement par le\nseul effet de leur rapprochement.\nCar Wagner aimait et admirait Gobineau : il en reçut des impressions\ninoubliables : Schopenhauer, qui fut son Dieu et son génie familier\npendant de longues années, disparut lorsqu'il se trouva en présence de\n1 \" Essai La correspondance des deux écrivains que M. Schemann\ndétient jalousement et qu'il publiera prochainement affirmera leur com-\nmunauté de vues et d'aspirations.\nLes lettres assez nombreuses que j'ai pu personnellement lire, établis-\nsent les impressions que fit sur Wagner la lecture de la \" Renaissance \"\net des \" Nouvelles Asiatiques\" : il était déjà préparé par cette première\nvision d un cerveau net et curieux à comprendre l'œuvre prophétique\nqu était 1 \" Essai : des qu'il eut connu cet ouvrage il le lut et le relut\ninfiniment : certains chapitres le transportèrent : ceux par exemple qui\ntraitaient de l'lnde et de la Rome impériale : ces évocations, ces descrip-\ntions et sui tout peut-eti e cette lumière prodigieuse et française malgré\ntout dont il devinait les retîets, le transportaient d'étonnement et\nd'admiration : songer qu'il mit de côté la partition de Parsifal qu'il\nachevait à ce moment pour analyser l'état d'âme que lui causait le comte\nde Gobineau, n est-ce pas tout dire, n'est-ce pas prouver que ce musicien\nétait remué de préoccupations bien étrangères à sa musique et qu'il\ncherchait la gloire, quelle gloire ? dans un ordre d'idées où les seuls\nspécialistes de la pensée complexe peuvent évoluer.\nWagner s'était ému en pénétrant avec Schopenhauer dans l'étude du\n\" Monde comme volonté et comme représentation Il en avait déduit\nles fabuleuses combinaisons théologiques et cosmogoniques du Rin/» : il\ny avait trouvé l'excuse scientifique et rare, l'état tout à la fois hétéroclite\net magistral de son drame prétentieux et sublime ; il ressentit un émoi\nencore plus grand en s assimilant la pensée gobinienne.\nGobineau dans 1' \" Essai \" établissant la supériorité des Aryens sur\ntous les autres hommes, affirmant que la perfection actuelle d'un peuple\ndépend de sa piopoition de sang aryen, concluant avec un pessimisme\noutranciei a la moit ue i humanité, a la négation de 1 idée de propres\n(idée qu'il combat principalement avec des arguments acharnés), devait\nêtre compris par un Wagner plongé dans de lourdes préoccupations de\nrégénération de l'humanité affaiblie et malade.\nL'idée de progrès est en effet une de celles sur laquelle on fonde le"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.12", "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 2340, "texte": "plus aisément un système de morale et de philosophie ; on sait combien\ncette idée a pu influencer un esprit comme Tocqueville : le vieillard\nqu'était à ce moment Wagner, Dieu fixé par l'adoration servile d'une\ncour, d'une race, de tout un monde dans une prosternation sur lui-même\ncomme seul un Hugo en connut, cherchait dans ses lectures et dans\nses familiers les raisons de ses écrits et de ses discours.\nLa gloire musicale insuffisante à nourrir le cerveau du grand homme\nétait en quelque sorte abolie dans son souvenir, et les seules constructions\nde sa pensée, qu'il voulait sereine et libérée, l'intéressaient.\nCe fut la suprême raison de ses relations avec Gobineau : l'existence\nde cette amitié, profonde, un peu acharnée même de la part de Wagner,\nse trouve dans le désir qu'avait le musicien de faire sienne une pensée\ndont il voulait se réserver l'originalité. Sans cela comment Wagner ne se\nserait-il pas aperçu de ce qu'il y avait de factice dans cette sympathie et\ncette estime, comment aurait-il pu se tromper sur la distance de leurs\norigines, sur l'éloignement de leurs points de départ, sur les conclusions\nde leur pensée ?\n*\n* *\nAvant de se cramponner à l'idée gobinienne Wagner connut d'autres\nexaltations : faut-il citer son essai sur la \" diète régénérescente \". Là\nencore il s'agissait d'un français, Gleirés, mort à 70 ans, après avoir\ntoujours vécu dans les Pyrénées selon les principes végétariens, et écrit un\nouvrage tendant à prouver que le salut de l'humanité se ferait grâce à la\nsuppression de l'alimentation carnée. Il n'en fallait pas plus, pour emballer\nRichard Wagner ; la théorie de la \" diète régénérescente\" était créée : la\nchair animale était chargée des méfaits du genre humain. Et Wagner\nallait fort loin dans ses déductions : le Judaïsme lui devenait odieux parce\nque Adam était chassé du Paradis Terrestre pour avoir mangé une pomme\ndont \"le suc devait être au contraire très favorable àsa santé et parce\nque Jehovah préférait l'agneau d'Abel aux légumes de Caïn. La \" diète\nrégénérescente \", si elle avait été conçue par un autre cerveau que par\ncelui qui écrivit Tristan et Yseult, n'attirerait qu'une attention souriante\net ironique.\nMais faut-il donner plus d'importance à la tentative mystique et\nchrétienne qui lui succéda, à la \" régénérescence par la Cène \". Wagner"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.13", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2576, "texte": "s'anéantit devant la Croix : et ce n'est peut-être pas tant Dieu qui lui\nprocure cet effondrement, ou le \" fils de l'homme incarnation de Dieu,\nque le Sang, le Sang du sacrifice ? Le sang qui lui fait horreur quand il\nprovenait des animaux, aux plus beaux jours de la \" diète régénérescente \"\ndevient une source de vie prodigieuse quand il jaillit du flanc sacré.\nOr le \" sang \" supérieur, ce sang divin, Wagner en trouva la\nsubstance dans la \" race \" de Gobineau ; il lui sembla que son ami avait\nexprimé d'une autre façon, les mêmes aspirations, les mêmes dégoûts\nque lui, et s'il est vrai que l'un et l'autre ont poussé des cris de détresse\ndevant la corruption contemporaine, il y a loin des imaginations bizarres\ndu musicien allemand, aux idées discutables, mais curieuses de l'écrivain\nfrançais. Gobineau se réfugie souvent dans des images et des symboles\nobscurs, mais ceux qui aiment à penser et à dénicher des pensées,\ncomme des enfants dénichent des nids, n'ont qu'à gagner au commerce\nde l'auteur de l'Essai.\nC'est dans la correspondance des deux hommes ainsi que 3 e\nl'ai déjà dit que se montre le mieux leur accord, et leur unanimité de\nvues : là vraiment mieux que dans leurs écrits, se montre leur pouvoir\ncréateur, là des éclairs surprenants surgissent ; là des indications, des\ntendances apparaissent ; là se font d'attirantes pérégrinations spirituelles.\nEt là enfin apparaît le point même où Wagner et Gobineau se sont\nrencontrés, le centre de gravité autour duquel tourna leur amitié d'une\npart, leur collaboration intellectuelle d'autre part : c'est leur sentiment\ncommun d'admiration pour la pensée germanique.\nVoilà le grand mot écrit, et qui explique pourquoi les Allemands élè-\nvent de tels monuments en l'honneur d'un homme qui fut un bon écrivain\ncertes, mais nullement le penseur extraordinaire que d'aucuns prônent.\nGobineau dans son \" Essai \" s'employa à définir le rôle et l'emploi\nde la race germaine et de la pensée germanique dans le monde ; il rendit\nau germanisme le service de lui fabriquer un état-civil éblouissant ; il se\nsouvint de celui qu'il s'était donné à lui-même depuis Ottar-Jarl, le\npirate Norvégien jusqu'à Thibault Joseph de Gobineau en passant par\nSimon Gobineau, militaire et marchand de draps. Et il donna à l'élément\ngermain dans l'histoire du monde une importance et un relief, en même\ntemps qu'une priorité d'attributions et de pouvoirs fondés sur l'anthropo-\nlogie, l'histoire et la philosophie. C'est plus qu'il n'en faut pour que tout\nce qui est peuple allemand ne voue une admiration entière à Gobineau"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.14", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 2503, "texte": "et que Schemann, le vulgarisateur de la science gobinienne et de la\nlégende gobinienne n'entonne en son honneur la trompette triomphale.\nJe traduis, mot pour mot, laissant au texte allemand, toute sa valeur,\nceci :\n\" Gobineau a poursuivi plus loin les destinées lumineuses des\ngermains : il les a rapprochés du monde moderne ; il leur a conquis des\nterrains plus riches qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait pu le faire.\nWagner de son côté a incarné fidèlement et hardiment tout l'empire du\nmonde germanique en créant son chef-d'œuvre le plus puissant, l'anneau\ndes Nibelungen ; il a mis dans le chef-d'œuvre tout le contenu de la\npensée et de la sensibilité germanique, et y a célébré le sens germain,\nl'art germain et l'héroïsme germain. De sorte que l'on peut dire que\nces deux hommes se sont rencontrés comme la théorie et la pratique se\nrencontrent et qu'ils ont cherché et trouvé le même idéal sur le chemir\nde la science et de l'art. Et l'on peut dire encore que l'enseignement d(\nGobineau et les chefs d'oeuvre de Wagner sont comparables à l'inscriptior\net l'effigie d'une médaille commémorative du germanisme. \"\nOn voit l'exaltation qui possède tout un parti au prononcé du\nnom de Gobineau : la fierté de la race allemande, cette naïveté gran-\ndiloquente et absolue, trouvant à se fortifier auprès d'un français au\nmoment même où ce français subissait la défaite la plus humiliante que\npeuple connut jamais, est plus qu'il n'en faut pour expliquer l'engoue-\nment singulier dont jouit actuellement le grand ami de Wagner.\nCes deux pensées sont donc réunies par un lien solennel pour le\npeuple allemand : les paysages artistiques du musicien s'illustrent des\nécrits du philosophe dont l'enseignement est transporté sur la scène terri-\nblement machinée de Bayreuth ; on peut donc saluer comme un aboutis-\nsement curieux et théâtral ce printemps de l'an i 8 8 i qui vit réunis dans\nla même loge pour assister à la tétralogie, Gobineau et Wagner. Ces deux\nhommes étaient réunis dont les pensées venues de si loin avaient tant\ntardé à se rencontrer : ce n'était pas une simple sympathie qui les rap-\nprochait ; l'œuvre qui se déroulait sous leurs yeux prouvait le caractère\nindélébile de cette union.\nMais je ne peux résister au désir de citer du Schemann, tellement\ncet homme, d'un rare mérite au demeurant, incarne et représente, l'esprit\ngermanique. \" Nulle part la suprématie de l'esprit germain dans les\ntemps modernes, ne se manifeste plus puissamment que dans l'union de"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.15", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2166, "texte": "l'art de Gobineau et de l'art de Wagner: cet art fait du mélange intime\nde la poésie et de la musique peut être considéré comme germain par\nexcellence et passant par-dessus les Allemands gagnera tous les peuples,\natteindra tous les esprits, aussi longtemps que ceux qui sont capables\nd'idéal pourront penser et sentir germaniquement. \"\nLes idées lancées par le comte, sa conception de l'histoire ramenée\nà un conflit de race, la hiérarchie de ces races cataloguée d'après la pureté\ndu sang aryen, la loi du progrès niée ou plutôt rejetée à une question de\nforme et d'habitat de vie qui en dernière analyse conduit au pessimisme\nuniversel ; en un mot les peuples se désagrégeant et aboutissant à de variées\ndéchéances, à de basses disparitions : tout cela, le plus hardi et le plus\nnouveau de la thèse gobiniste ébranla Wagner et le conquit.\nD' autant plus qu'un autre facteur venait encore influencer les gestes\net les décisions du musicien.\nLe problème de la \" Renaissance \" cette époque de trouble et de\nrévolte qui au point de vue art eut les mêmes effets que la Révolution au\npoint de vue social, avait été étudié par Gobineau dans une œuvre mal\nordonnée mais des plus curieuses, qui considérait l'art comme le moyen\nd'expression le plus élevé de toute civilisation et attribuait au véritable\nartiste un rôle héroïque.\nL'héroïsme de l'artiste : cela devait toucher particulièrement\nWagner ; toutes ses luttes magnifiques, toute son endurance contre la\nmauvaise et même la bonne fortune, revivaient pour l'auteur de Parsifal\ndans certains pages de l'ouvrage du comte.\n*\n* *\nCette divination de son rôle artistique, ces inclinations devant des\nthéories esthétiques qui lui étaient chères, tout cela, de prime abord, avait\ndéblayé les appréhensions qui auraient pu exister entre Wagner et\nGobineau.\nPar la \"Renaissance\", I'\"Essai\" pénétrait l'âme du musicien et sans\nque l'on puisse trop se prononcer pour une victoire française, tellement\nGobineau est en marge de sa nationalité, Wagner ayant commencé son\névolution artistique en pays français, terminait sa longue et merveilleuse\ncarrière sous l'égide d'un représentant de la vieille France, d'un fin"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.16", "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1015, "texte": "diplomate qui, par de mauvaises routes peut être, mais sûrement, le forçait\nà reconnaître que l'esprit souffle où il veut.\nQue le lecteur qui veut approfondir ces questions et les éclairer de\nses lumières personnelles se reporte aux articles de M. Hans von Wol-\nzogen et de M. Heinrich von Stein parus dans les \" Feuilles de Bayreuth.\"\nLes conclusions sont besognes inutiles : il est préférable de laisser\nchacun tirer le jugement qui lui plaît de ce qu'il vient de lire.\nIl faut admirer Wagner et il faut admirer Gobineau. Comment les\nadmirer ? C'est une question de tempérament et d'époque.\nNous traversons en ce moment une période de déwagnérisation très\ncaractéristique ; il est évident que l'étoile de Gobineau faiblira en même\ntemps que celle que son illustre ami.\nA moins que par esprit de contradiction ceux qui piétinent douce-\nment les pieds nus comme les danseuses d'aujourd'hui sur le grand\ncadavre de Bayreuth ne s'amusent à glorifier le descendant d'Ottar Jarl ! !\nJEAN LAPORTE."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-09-01-c007", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-09_01#c007", "volume": "bmtnabh_1913-09_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 17, "image_fin": 28, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.2.4", "titre_corps": "L'ORIGINE DE LA MUSIQUE", "titre_sommaire": "L'ORIGINE DE LA MUSIQUE", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.17", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1802, "texte": "L'ORIGINE DE LA MUSIQUE\n\nPresque simultanément, et voilà quelque temps déjà, M. Cari Stumpf\na publié un bref volume sur Les commence\nder Musik,Leipzig, Barth) et M. Jules Combarieu un gros ouvrage sur\nLa musique et la magie (Paris, Alphonse Picard). L'un et l'autre auteur\ns'attachait principalement à résoudre la question, depuis tant de siècles\ncontroversée, de l'origine de la musique. Comment est venue à l'homme,\npour la première fois, l'idée de produire des sons dénués de toute utilité\ndirecte et de toute signification précise ? A vrai dire, il est également\nintéressant de se demander comment un homme a pu songer à reproduire\nles formes de la nature à l'aide d'autres formes taillées ou modelées par\nses mains, ou bien encore à en donner l'illusion par le moyen de lignes\ntracées sur une surface plane. Mais il semble que pour inventer la musique,\nun plus grand effort de l'esprit ait été nécessaire, puisqu'elle ne trouve\npas de modèles dans le monde extérieur : une mélodie, si simple soit-elle,\nn'est jamais la copie de ce que nos oreilles ont pu entendre ; les notes\nmêmes dont elle est formée sont d'institution humaine : la voix du vent\nignore cette fixité ; la chanson du ruisseau ne procède pas par intervalles;\nla symphonie de la forêt ou de la mer mélange ensemble les tons et les\naccords en une confusion inextricable.\nLes philosophes de la Grèce avaient été déjà tentés par ce problème.\nCeux de l'école d'Epicure répétaient assez naïvement, après Démocrite,\nque les hommes avaient appris à chanter en écoutant les oiseaux. Lucrèce\ndécrit ainsi leurs essais rudimentaires :\n<îAt liquidas avium voce s\ntAnte fuit multo quam\nConcelebrare homines pos\nLa science moderne, qui a emprunté à Epicure ses atomes, a égale-\nment approuvé toutes les théories qui mettent l'homme au niveau des"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.18", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2681, "texte": "bêtes ou même le rabaissent au-dessous. Mais elle les a compliquées de\nquelques observations d'histoire naturelle qui ne sont en fait que d'autres\nhypothèses. C'est ainsi qu'en vertu de la sélection sexuelle, les femelles\ndans toutes les espèces choisiraient les mâles vigoureux, par un appétit de\nplaisir qui serait conforme aux intérêts de la race. C'est donc afin de\nséduire sa compagne que le faisan se parerait de plumes bariolées, que le\nrossignol passerait les nuits à s'égosiller. On imagina même que l'éclat\ndes fleurs se rendait utile en attirant les papillons, entremetteurs incon-\nscients qui portaient le pollen à l'ardente chasteté des stigmates. C'est\nune autre façon de dire que Dieu a divisé le melon en côtes pour qu'il\nfût mangé en famille. Qu'est-ce que l'être fort ? C'est, nous dit-on, celui\nqui est le mieux adapté aux conditions de son existence. L'oiseau vêtu\nd'un costume éclatant, celui qui excelle aux trilles et aux roulades, enfin\nla fleur épanouie, sont-ils mieux adaptés à ces conditions ? Oui, si parmi\nelles on a placé d'avance le goût des femelles et des papillons pour la\nbeauté des sons et des couleurs. De bons esprits s'étonneront qu'une\nscience ait pu s'appuyer pendant tout un siècle sur une pétition de\nprincipe aussi grossière. Tous les bons esprits ne sont pas des savants ; la\nréciproque est non moins vraie.\nPour le cas spécial de la musique, longtemps avant Darwin,\nAristoxène, disciple d'Aristote, avait fait une remarque qui prévient toute\nassimilation entre l'animal et l'homme. C'est que la musique procède,\ncomme il dit, par mouvement discontinu, ce qui signifie qu'elle passe\nbrusquement d'un degré défini de hauteur à un autre degré, différente en\ncela du langage, où la voix monte et descend sans interruption. Il est\nvrai que certaines voix trop rudes, chez les sauvages et aussi chez les\ncivilisés, ne font entendre que des sons confus : la musique en ce cas se\nrapproche du langage, mais malgré elle et seulement par le défaut de la\nnature humaine. Les animaux n'ont pas de langage, du moins de langage\narticulé ; ils n'ont aucune espèce de musique. Aucun oiseau chanteur n'a\njamais proféré une seule note distincte, et la preuve, c'est que nul obser-\nvateur n'a pu proposer une transcription acceptable de son chant en notre\nsystème d'écriture musicale. Il est vrai aussi que certains de ces oiseaux,\nle merle, le sansonet, apprennent à siffler l'air qu'on leur a longtemps\nrépété ; mais cette imitation, toujours assez lointaine, reste purement\nautomatique : attentif dans sa cage, le petit élève reproduit de son mieux\nce qu'il entend, mais ne s'avisera jamais d'essayer par lui-même un autre"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.19", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2593, "texte": "arrangement des notes. Le merle n'est pas plus musicien que le perroquet\nn'est orateur.\nPar un scrupule assez étrange, M. Stumpf n'a pas voulu tirer avan-\ntage de cette différence fondamentale. Il stipule que toute musique doit\nêtre susceptible de transposition, c'est-à-dire pouvoir se reporter à une\nautre hauteur sans que les rapports des intervalles soient altérés. C'est là\nune opération dont les animaux sont évidemment incapables. Mais\nl'homme aussi ne l'entreprend pas sans quelque conséquence. Les peuples\nde l'Extrême-Orient remarquent la hauteur des notes plus que leurs\ndistances, et parmi nous, tous les musiciens sensibles recevront une im-\npression différente d'une mélodie présentée dans un autre ton, même si\nleur oreille inexperte ne les renseigne pas sur la valeur du déplacement.\nQuoi qu'il en soit, M. Stumpt écarte aisément la théorie d'Epicure\nperfectionnée par Darwin. Il rejette de même celle de J.-J. Rousseau et\nde Spencer, qui, contrairement au principe d'Aristoxène, dérive la\nmusique du langage, et celle du D 1 Bûcher, qui dans son livre\nRythmusa soutenu que les premiers chants ont eu pour objet de régler\nles mouvements d'un travail collectif, proposant ainsi une explication du\nrythme, non de la musique. Après quoi il vient à offrir lui-même sa\nthéorie, qui se réduit à ceci : les premiers airs de musique ont été des\ncris d'appel, qui rendaient reconnaissable au loin une famille, un clan,\nune tribu. Cette affirmation est suivie d'une série d'exemples, choisis en\ntoutes les régions de la terre et commentés avec autant de goût que de\nsavoir. Ce qui en ressort le plus clairement, c'est que les chants des\npeuples les plus sauvages n'emploient qu'un petit nombre de notes, et\nque souvent ils suivent la direction descendante, en diminuant aussi\nd'intensité, ils prennent ainsi l'apparence de cris prolongés, mais ce n'est\nqu'une apparence. Aristote remarquait déjà, en un de ses problèmes (xix,\n37), que dans le chant l'acuité est indice de force, parce qu'une impulsion\nvigoureuse produit un mouvement rapide, donc des vibrations fréquentes.\nDe nos jours encore, les chanteurs et même les instrumentistes sont tentés\nde donner plus d'accent aux sons élevés, ainsi que le savent ceux d'entre\nnous qui ont dirigé un orchestre, ou simplement entendu jouer un\nquatuor d'amateurs. Et cet instinct justifie, en français, en chinois, sans\ndoute en d'autres langues encore, l'expression abusive pour\nparler fort. Le chanteur primitif, inhabile à régler son souffle, commence\nhaut et fort, puis, à mesure que ses réserves d'air s'épuisent, baisse à la"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.20", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1, "texte": "2"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.20", "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 2575, "texte": "fois et le ton et la voix. En souvenir de cet usage, la gamme, chez les\nanciens Grecs, s'énonçait en descendant, non en montant comme nous\nfaisons.\nIl est naturel aussi, et presque trop naturel, que les airs les plus\nsimples ne se composent que de peu de notes. Mais quelles sont ces\nnotes ? Tantôt, comme dans les chants à peine distincts des Weddas de\nCeylan, ce sont des notes voisines, séparées entre elles par un ton, un\ndemi-ton, parfois même un intervalle moindre encore. Tantôt, au con-\ntraire, comme chez les non moins sauvages Koubous de Sumatra, elles\nsont à distance de tierce, de quarte ou de quinte. C'est que l'oreille\nhumaine peut associer les sons de deux manières : parce qu'ils diffèrent\nde peu en hauteur, ou bien parce qu'ils appartiennent à la même série\nd'harmoniques, ce qui revient à dire que leurs nombres de vibrations\nsont multiples d'un même nombre, et nous donne l'impression bien\nconnue, mais plus aisée à désigner qu'à définir, de la consonance. Ces\ndeux principes, qu'on peut appeler principe de proximité et principe de\nconsonance, ont présidé à la constitution de toutes les gammes en usage.\nQuand c'est le premier qui l'emporte, on obtient des gammes à degrés\ntrès rapprochés, du genre chromatique, comme l'Asie antérieure les\npréfère. Si le second est seul consulté, les degrés s'écartent au contraire\ncomme dans la gamme chinoise qui n'admet pas le demi-ton. La gamme\ngrecque accordait à chacun son domaine : les notes appelées fixes, gou-\nvernées par la consonance, gardaient entre elles les rapports inaltérés de\nla quarte, de la quinte et de l'octave, qui étaient alors les seules con-\nsonances reconnues ; les notes mobiles, attirées par la proximité, se\nserraient au point de ne laisser entre elles que des tiers ou des quarts de\nton. Les deux principes se confondent dans notre musique : il n'est pas\nune note que nous ne rattachions mentalement à un accord, en même\ntemps que nous la devinons comprise entre deux autres notes qui la\ntouchent. Lequel de ces deux principes est entré le premier en action ?\nC'est ce que nous ne pouvons décider jusqu'à présent, puisqu'on rencontre\nl'un et l'autre dans la musique des sociétés les moins civilisées.\nRien jusqu'ici ne vient à l'appui de l'hypothèse par quoi l'auteur\nprétend remplacer celles qu'il a si victorieusement abattues. Si on parcourt\nson recueil d'exemples, on remarque que ces mélodies sont des chants\nreligieux, des chants d'amour, des déplorations mortuaires, des incan-\ntations magiques ou des chansons à danser. Aucune n'a servi de cri de"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.21", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2663, "texte": "ralliement. On pouvait prévoir ce résultat désastreux. Il arrive aujourd'hui\nque certaines combinaisons de notes invitent à un acte précis ou désignent\nun objet matériel : tel est le cas pour nos fanfares de chasse, nos sonneries\nde clairon, ainsi que pour les motifs conducteurs dans la Tétralogie de\nWagner. Mais ce n'est là qu'un emploi détourné : fanfares et sonneries\nont d'abord été des chansons et n'éveillent que par convention l'idée de\nla soupe, de la retraite ou du cerf dix cors ; le thème de l'anneau ou celui\nde l'épée tire sa valeur du sentiment de menace ou de défi dont ces\naccessoires sont d'autres emblèmes. Les philosophes chinois croient que la\nmusique est le naturel épanchement d'une émotion trop vive, que les\nparoles ne contiennent plus. Cette explication nous paraît simple ; est-ce\nun défaut en l'espèce ? Peut-on s'imaginer des hommes primitifs qui se\nconstituent des armoiries en musique, et les compliquent à dessein d'éviter\nl'équivoque et la méprise ? Ne vaut-il pas mieux, avec l'homme de bien\nqui a écrit le Mémorial des rites, croire que sous l'empire de l'enthousiasme\nheureux qui les possédait, d'elles-mêmes leurs voix se sont élevées pour le\nchant, d'eux-mêmes leurs jambes et leurs bras se sont agités pour la danse f\nEnfin, il est à remarquer, d'après M. Stumpf lui-même, que certaines\npeuplades de l'Afrique emploient, pour se communiquer les nouvelles à\ndistance, une sorte de tambour. Or les deux notes dont est capable cet\ninstrument sont disposées, pour les signaux, dans un ordre quelconque, à\npeu près comme les points et les traits de notre télégraphe Morse, ou\nbien imitent l'accentuation de certains mots de la langue parlée ; en\naucun cas elles ne reproduisent le rythme d'un air de musique. Si certains\nairs avaient été aptes à remplacer la parole, n'était-il pas indiqué de les\nfrapper sur ce tambour ?\nIl ne semble pas d'ailleurs que M. Stumpf attache une très grande\nimportance à son hypothèse : il la donne pour l'acquit de sa conscience,\nparce qu'après avoir écarté toutes les autres, il ne veut pas laisser le\nlecteur dans les ténèbres complètes. On le devine tout prêt à l'abandonner\npour peu qu'on lui en présente une plus satisfaisante. Et l'objet principal\nde son livre n'est pas de nous enseigner l'origine de la musique, mais de\nnous en faire connaître les premières manifestations, ou plus exactement\nencore les manifestations que nous considérons comme analogues aux\nplus anciennes, parce qu'elles se présentent chez des peuples dont la\ncivilisation paraît avoir fait peu de progrès depuis l'enfance de l'huma-\nnité. Bien que l'auteur professe le plus docte mépris pour les musiciens"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.22", "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2566, "texte": "qui s'approprient les textes consacrés à la science et les encadrent d'accords\nà l'usage des salons, ce n'est pas seulement le savant, c'est aussi le musi-\ncien qui goûtera une joie innocente à feuilleter cet herbier musical dont\nles fleurs sont si adroitement conservées que nous croyons sentir encore\nleur parfum de sauvage fraîcheur.\nM. Combarieu a écrit au contraire un livre de doctrine, nourri de\ndocuments, de citations, de témoignages, mais qui tous sont rapportés à\nune idée partout présente : c'est que musique est fille de magie. Par une\nassimilation pareille, on veut aujourd'hui que les figures d'animaux\ninscrites aux parois des grottes quaternaires soient des simulacres destinés\nà garantir la possession de l'être représenté. Quelle que soit la valeur de\ncette hypothèse, elle est nouvelle ; elle s'appuie sur un grand nombre de\npreuves, et ce qui vaut mieux encore, elle fournit une explication à des\ngroupes de faits jusqu'ici mystérieux, comme l'importance accordée à\ncertains nombres dans la théorie musicale. Enfin on ne saurait trop\napprouver une méthode qui au lieu de ne tenir compte que des mani-\nfestations sensibles de la musique, mélodie et accords, s'efforce, puisqu'il\ns'agit d'une invention humaine, de retrouver les pensées qui ont présidé\nà cette invention, et pour y parvenir consulte non seulement les recueils\nnotés, les rouleaux phonographiques et les relations des voyageurs, mais\naussi les traités des théoriciens, les commentaires des critiques et les\nsystèmes des philosophes.\nLa magie est l'art de contraindre, à la fois par le moyen de signes\net par la domination de la volonté, les esprits invisibles, notamment les\nâmes des morts et les élémentals qui habitent la matière, à se manifester, à\nrépondre aux questions posées, à exécuter les ordres énoncés. Elle se\ndistingue aujourd'hui très nettement de la religion, qui, s'adressant à un\npouvoir suprême, n'a recours, pour le fléchir, qu'à la prière. Mais dans\nles sociétés primitives, comme aujourd'hui dans beaucoup de sociétés\nsauvages, religion et magie se confondaient, parce que les dieux restaient\nmêlés à la foule des esprits, et le prêtre était un sorcier. Aujourd'hui\nmême le vulgaire lui attribue volontiers un pouvoir maléfique ou bien-\nfaisant, mais surnaturel ; et l'anticlérical qui touche du fer à la vue d'une\nsoutane est victime d'une antique superstition, de même que la pauvre\nfemme qui, sur la foi d'une annonce de journal, demande le soulagement\nd'intimes misères à l'élixir d'un abbé assez singulièrement spécialiste. Il"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.23", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2651, "texte": "ne faut donc pas s'étonner, selon la juste remarque de M. Combarieu, si\ncertaines prières de la liturgie catholique continuent d'observer les règles\ndu formulaire magique qu'elles ont supplanté : ainsi le Kyrie eleison de\nnotre messe, qui se compose de trois phrases, chacune trois fois répétée,\nafin de rendre honneur au nombre trois, qui est doué d'éminentes vertus ;\non peut même se demander si le dogme de la Trinité n'est pas la justifi-\ncation religieuse de cette vieille vénération du ternaire, mais la question\nainsi posée ne peut se résoudre que par l'intervention du principe d'ana-\nlogie, lequel, étant celui des sciences occultes, demande, pour être bien\ncompris, une préalable initiation.\nQue la musique, et particulièrement celle de la voix humaine, ait\nété fréquemment employée à des fins magiques, c'est de quoi M. Com-\nbarieu trouve sans peine des exemples ; le langage même en témoigne,\npuisqu'en grec le mot ode, en latin le mot désignent à la fois un\ncharme et un chant,et que l'idée du chant transparaît encore dans les\nmots français enchanter, incantation. Mais quelle est la raison de cet\nemploi ? Invoquant le principe d'imitation, M. Combarieu imagine que\npour amener la pluie on chante une mélodie dont le mouvement descen-\ndant peut se comparer à la chute de l'eau, mais que pour dissiper les\nnuages, un air très calme dépeint la sérénité du ciel. Ce sont là des inter-\nprétations modernes : aucun musicien, avant le XVIe siècle de notre ère,\nn'a cru que son art lui permît d'exprimer un sentiment défini. Platon et\nAristote eux-mêmes, lorsqu'ils étudient les effets moraux de la musique,\nles attribuent d'une façon générale à de certaines gammes ou à de certains\nrythmes, et ces effets ne sont que d'excitation ou d'apaisement, d'exalta-\ntion ou de dépression. Quant aux Chinois, s'ils disent que la musique\ndonne issue à l'excès de nos émotions, ils ne distinguent pas ces émotions\nentre elles, et très finement écrivent ici le mot de bonheur, qui avec une\nautre prononciation est en leur langue le nom même de la musique,\nentendant par là cette allégresse qui s'empare de notre âme lorsqu'une\npassion vive l'agite et lui donne conscience de sa force, quelle que soit\nd'ailleurs cette passion, et même si dans son principe elle est douloureuse.\nSi la musique s'est imposée à l'attention des hommes, ce n'est pas\ndu tout par sa ressemblance convenue avec tel ou tel bruit de la nature,\nmais au contraire par la différence radicale qui la sépare de tout ce qu'on\nentend par aventure ; faute de lui connaître des modèles en ce monde, il\nfallait bien les lui chercher dans un autre : dès l'origine, la musique dut"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.24", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2574, "texte": "passer pour le langage des esprits. Par une induction semblable, la philo-\nsophie qui a le mieux saisi cet art en son essence, celle de Schopenhauer,\nen fait l'image, non de l'existence, mais de la cause première, qui est\ninaccessible à nos sens comme à notre raison, et sans le secours d'une\ntelle transcription ne parviendrait jamais à notre connaissance. Mani-\nfestation de l'invisible que l'homme restait maître de provoquer et de\nrégler, la musique ne dérivait pas de la magie : elle était magie. Elle l'est\ndemeurée, à cela près que l'incrédulité moderne, en bannissant les esprits\npour ne laisser alentour de nous qu'une matière inerte, l'a privée de ce\ndomaine extérieur, non de son pouvoir de révélation, retourné désormais\nsur la conscience humaine dont on se flatte de reproduire, comme sur le\ntracé d'un phonographe, les plus subtiles impulsions : c'est la magie des\nsentiments. Il est des musiciens pourtant qui, non contents de l'âme\nhumaine, savent nous rendre présentes les âmes des choses dont nous\nn'osons plus prononcer les noms mystérieux ; ce sont eux qui seuls\naccomplissent jusqu'au bout leur mission d'hiérophantes ; ce sont leurs\nœuvres qui nous initient à la fois à nos propres pensées et à celles de\nl'univers.\nLe musicien était magicien ; et comme en ces temps éloignés la\npoésie se chantait et ne se lisait pas, un même mot désigne en latin le\npoète, le musicien, le devin : vates. Le musicien devine les mélodies qui\noour les esprits prennent le sens d'une question, d'un appel, d'un ordre ;\n!.es esprits lui livrent leurs secrets, il communique avec eux, il est leur\nreprésentant accrédité auprès des hommes. C'est pourquoi la philosophie\nchinoise lui décerne le titre de sage, kiun-tze, qui n'implique pas seule-\nment la justesse de l'esprit, mais la connaissance intuitive des vérités\ncachées aux hommes ordinaires, qui peuvent les apprendre par l'enseigne-\nment du sage, non les découvrir par leurs propres moyens ; le sage est\nné pour gouverner les peuples et les rendre heureux en les mettant\nd'accord avec les volontés, pour lui seul manifestes, du ciel et de la terre.\nC'est par la musique qu'il traduit ces volontés et les fait pénétrer dans\nles cœurs.\nLa science du magicien n'a pas de méthode : de même que ses\nformules et ses figures cabalistiques, ses mélodies lui sont inspirées ; ce\nsont des oracles qu'il rend, non des ouvrages qu'il compose. Mais bientôt\non soumit ces documents à l'analyse, et, comme il est arrivé aussi pour\nles œuvres de l'art, on en déduisit certaines règles qui furent imposées"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.25", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2636, "texte": "aux magiciens futurs. C'est ainsi, comme le montre très ingénieusement\nM. Combarieu, qu'on s'efforça de faire apparaître dans la musique les\nnombres que quelque analogie rendait sacrés. On s'astreignit à répéter\nune même formule deux, trois ou quatre fois, selon les préférences de la\nthéorie arithmétique. On construisit des gammes composées de sept notes,\nà cause du nombre des planètes ; en Chine, les cinq notes de la gamme\nrépondent aux cinq éléments, aux cinq saveurs, aux cinq couleurs, aux\ncinq points cardinaux, aux cinq vertus, pendant que les douze demi-tons\nchromatiques sont mis en rapport avec les douze mois. Plus tard, quand\non découvrit que la hauteur des notes était en fonction de la longueur\ndes cordes vibrantes ou des tubes sonores, puis de la fréquence de.s vibra-\ntions, on s'efforça de faire apparaître, dans les nombres qui mesureraient\nces longueurs ou ces fréquences, des facteurs qui auraient encore une\nvertu magique. Les Pythagoriciens, dont la philosophie entière est fondée\nsur la correspondance des choses aux nombres, retrouvaient dans leur\nproportion harmonique les lois fondamentales de l'arithmétique, donc de\n1 existence ; et les théoriciens chinois adoptaient, pour les tubes musicaux,\nde spéciales unités de longueur, divisées en neuf parties et non en dix\ncomme d'ordinaire, afin de rendre hommage à ce nombre particulièrement\nvénéré dans la philosophie taoïste, alors prépondérante.\nDe toutes ces considérations il résulte que la musique, à ses débuts\net pendant une longue période de son histoire, reste confondue avec la\nmagie, et que, de nos jours même, plus d'une ressemblance entre l'une et\n1 autre subsiste. Faut-il conclure, avec M. Combarieu, que les premiers\nmusiciens, occupés uniquement de magie, se sont trouvés faire de la\nmusique par surcroît et sans le savoir ? La question est générale, car la\nscience moderne de la préhistoire affirme également que les premiers\npeintres n'étaient pas des peintres, ni les premiers poètes des poètes. La\nnotion de l'art ou, ce qui revient au même, l'idée du beau ne serait pas\nprimitive ; elle se serait dégagée peu à peu d'ouvrages ou d'usages qui\nd abord n étaient executes ou pratiques qu'en vue d'un avantage matériel,\ncomme par exemple on en peut retirer du commerce avec les esprits.\nM. Pottier, cité par M. Combarieu, énonce ces axiomes :\n\" Je ne pense pas qu'aucun chef-d'œuvre égyptien ni grec soit né\ndu désir de créer l'œuvre d'art pour elle-même, et comme on dit pour le\nplaisir. Toute statue, tout bas-relief, tout tableau était conçu en vue\nd'une destination précise : l'amour du bibelot était inconnu aux anciens..."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.26", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2688, "texte": "Dans l'antiquité, l'utile a toujours été l'armature solide du beau. \"\nRien de plus juste, si ce n'est le contraire. L'antiquité a ignoré la\ngrâce inutile du bibelot, encore qu'on ne sache trop à quoi pouvaient\nservir les statuettes de Tanagra, ni les innombrables figurines qui les ont\nprécédées depuis les temps les plus primitifs, ni même les fusaïoles ou les\nptétendus bâtons de commandement qui abondent dans les fouilles pré-\nhistoriques. L'antiquité n'ignorait pas moins la tristesse de nos machines\nqui, sans nul souci de nous plaire, résolvent un problème de mécanique.\nEt si l'utile était l'armature du beau, le beau était l'excuse indispensable\nde l'utile. Les plus humbles ustensiles étaient ornés ; les plus pauvres\nchaumières, décorées de reliefs ou de peintures ; les tribus les plus sau-\nvages, si elles n'usent pas du vêtement pudique ou protecteur, ne\nmanquent pas à se parer de colliers, de bracelets, d'anneaux, d'aigrettes,\net utilisent même la surface de leur corps pour y tatouer les images de\nleur fantaisie. La vérité est que dans les temps anciens la notion d'utilité\net celle de beauté, que notre dialectique sépare, sont mêlées. C'est pourquoi\nil n'est pas de société humaine où l'art ne commence en même temps\nque l'industrie. L'homme qui le premier frotta deux bâtonnets pour faire\njaillir le feu dut les agrémenter au moins de quelques incisions symé-\ntriques : en foi de quoi nous collons encore des vignettes souriantes aux\nfaces de nos boîtes d'allumettes-bougies.\nCertains ouvrages de l'art ont été appliqués à des usages domestiques ;\nd'autres à des fins magiques. Ce dernier cas est-il celui des peintures\nsouterraines ? Rien ne le prouve. On allègue, il est vrai, qu'elles sont\nplacées en des retraites obscures où nul regard ne les pouvait admirer ;\nc'est que partout ailleurs l'action prolongée de la lumière les a fait\ndisparaître. Il a bien fallu, pour les tracer, quelque moyen d'éclairage ;\nles hommes des premiers âges avaient des torches ; une salle de festin ou\nde réunion, décorée de fresques qui sortaient de l'ombre à la clarté\nmouvante des flammes, n'a rien d'invraisemblable, même à l'époque de\nla pierre taillée. S'il en est ainsi, le sculpteur qui, plus tard, dressa les\npremières effigies des dieux, aurait mis au service de la religion un art\ndéjà formé. Le musicien, au contraire, fut dès ses premiers essais voué à\nla magie. Lui a-t-il appartenu sans réserve pourtant ? Il est permis d'en\ndouter, puisque les civilisations les moins avancées nous montrent, à côté\ndes incantations, d'autres airs simplement destinés à la danse ou à la\nrequête d'amour. Mais surtout il faut remarquer qu'un chant magique,"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.27", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2592, "texte": "avant d'être magique, est un chant, c'est-à-dire un système de sons\nchoisis et disposés sans autre intention que de satisfaire au secret instinct\nde l'ordre, de la proportion et de l'équilibre. Il existe des talismans qui\nne sont que des signes conventionnels, des grimoires faits avec des chiffres\nou des mots abrégés : ils se sont transmis jusqu'à nos jours sans prendre\nle caractère de l'art qui leur manquait dès le principe. La musique dont\nusaient les magiciens antiques est un art qui se connaît mal et n'a pas\nencore revendiqué son indépendance ; mais déjà l'idée de la beauté s'y\ntrouve impliquée.\nLe savant de nos écoles matérialistes sourit si on semble attribuer à\nla beauté une existence objective ; et cependant il reconnaît comme des\npropriétés certaines de la matière d'autres qualités dont seuls aussi nos\nsens témoignent, comme la couleur, la résistance, la masse, le mouvement,\nl'étendue, l'existence. En faveur de celles-ci il invoquera le consentement\nuniversel ; mais il n'est pas d'homme qui ne soit sensible au moins à\ncertaines formes de la beauté. Les exceptions.ne prouvent rien : c'est une\ninfirmité que de ne rien comprendre à la musique ou à la peinture, tout\ncomme d'être sourd ou aveugle. Les divergences d'appréciation sont\nnégligeables également : un homme fait ses délices d'une symphonie ou\nd'un tableau dont un autre s'indigne : allons-nous révoquer en doute les\nsaveurs, parce que certains d'entre nous aiment l'ail ou l'oignon qui nous\nincommode ? Sommes-nous même certains que notre perception de la\nsaveur, de la couleur ou du son soit analogue, ou seulement comparable,\nà celle de qui que ce soit ? Cependant, nous possédons tous comme un\nbien commun la notion de la couleur, celle du son, celle de la saveur,\ncelle aussi de la beauté.\nQu'est-ce que la beauté ? C'est la manifestation d'un monde différent\noù nous atteignons à un bonheur inespéré et même inconcevable en celui-\nci. Ce monde est-il fictif ? Peut-être qu'il existe et c'est le paradis que\nnotre âme doit visiter dans la suite des temps ; ou bien c'est le modèle\ndont le monde présent se rapproche avec effort : car il ne paraît pas\npossible d'expliquer la totalité des phénomènes par le jeu aveugle des\ncauses efficientes ; l'œuvre de la nature n'est pas seulement un travail\nmécanique ; c'est aussi une œuvre d'art. Dans le premier cas l'artiste est\nle prophète de nos destins ; dans le second il favorise, bien mieux que le\nsavant, le progrès de l'univers en lui montrant, avec l'avantage de pro-\nportions réduites et de conditions spéciales, l'exemple de ce qu'il doit"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.28", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1621, "texte": "s'efforcer d'accomplir. Le célèbre Whistler, à qui on vantait des aspects\ntout pareils à ceux de ses tableaux, répondit : \" Oui, j'ai remarqué que\nla nature faisait mieux depuis quelque temps. \" Ce n'est pas seulement\nune boutade d'ironique orgueil. Ceux qui ont des yeux pour voir\nremarquent que la nature, depuis quelques années, renonce à ces couchers\nde soleil qui impatientaient Oscar Wilde. Elle cesse d'imiter les peintres\nde Fontainebleau et devient impressionniste. Elle retarde ; il faut l'ex-\ncuser : elle a tant à faire !\nL'artiste est le magicien de la beauté, puisqu'il a seul le pouvoir de\nnous la rendre sensible. La musique n'est pas privilégiée : tous les arts\nsont magiques, mais le sortilège y est moins apparent s'ils le traduisent\npar les formes usuelles de la nature. De là ces fréquentes accointances\nentre la magie et les arts, particulièrement l'art immatériel des sons.\nMais la magie ne leur est pas antérieure. On ne peut concevoir une\nsociété humaine sans arts, pas plus qu'une société sans langage ou sans\nindustrie. On peut concevoir une société sans magie. Au lieu que l'art\nsoit un cas particulier de la magie, qui sait si la magie n'est pas un cas\nparticulier de l'art ? La beauté multiforme et sans nom que l'artiste\npoursuit se serait, pour certains esprits plus grossiers, concrétée en êtres\ndistincts qu'ils essayèrent d'interpeller séparément. Ce sont là des conclu-\nsions toutes contraires à celles de M. Combarieu ; elles s'inspirent\ncependant de ses remarques. Le meilleur éloge qu'on puisse faire d'un\nlivre, c'est qu'il donne à penser.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-09-01-c010", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-09_01#c010", "volume": "bmtnabh_1913-09_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 29, "image_fin": 38, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.2.5", "titre_corps": "RABELAIS ET LA MUSIQUE", "titre_sommaire": "RABELAIS ET LA MUSIQUE", "signature_source": "A. Machabey", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.29", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2073, "texte": "Ecclésiastique, médecin, écrivain, juriste au besoin, Rabelais, qui\nsut attirer l'attention de son époque aussi bien par son érudition que par\nses idées avancées qui sut retenir celle des époques suivantes par la\nrichesse de ses écrits qui survécut jusqu'à présent dans la mémoire\npopulaire grâce à son imagination fantastique et sa gaillarde gaîté\nRabelais enfin qui se servit pour faire rire et réfléchir de la presque\ntotalité des connaissances humaines, mérite il fallait s'y attendre\nque les musiciens d'aujourd'hui le comptent parmi leurs aînés et lui\naccordent une place dans leur histoire.\nCe n'est pas qu'il ait composé de la musique : la chose est cependant\npossible puisque son éducation comprenait des études musicales et que\nses historiens nous le montrent enseignant la vieillesse et le repos\nvenus la musique aux enfants de sa paroisse. Mais à défaut de\ncompositions, l'ami du cardinal du Bellay manifeste en maints endroits\nde son œuvre l'exactitude de son savoir qui est au-dessus de la moyenne\net laisse même deviner qu'il pratiqua l'art musical dans une mesure qu'il\nest cependant difficile de déterminer.\nCertes, n'attendons aucune pédante théorie de la \" musicque \" :\nquelle que soit la science qu'il mette en jeu, Rabelais la possède suffisam-\nment pour s'en servir avec aisance, en faire pivoter la terminologie au gré\nde son humeur et en tirer le quiproquo inattendu, dont la seule drôlerie\njustifie le chapitre ou le paragraphe, \" Enseigner en amusant \" fut peut-\nêtre son précepte favori (s'il eut jamais un précepte !!) et de fait nous\ntrouvons dans les Livres Pantagruéliques un nombre respectable de\nrenseignements précieux sur les coutumes musicales de son siècle.\nLatiniste et hellénisant, il recueillit même des lettres anciennes quelques\naperçus relatifs à la musique de l'antiquité.\n\n1 Quelques jours après que j'eus terminé cette petite étude, et par une curieuse coïncidence, M. Jean\nRichepin, rappelait dans une causerie qu'il fit au Salon des Musiciens, la place d'honneur que Rabelais\naccordait à la musique dans l'éducation générale."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.30", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 22, "texte": "RABELAIS ET LA MUSIQUE"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.30", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2407, "texte": "Le classement de la musique avec les sciences exactes, conformément\nà la doctrine ancienne, apparaît en deux endroits avec beaucoup de clarté.\nIl s'agit de l'éducation donnée à Gargantua, et en général aux jeunes gens:\n\" ... Et non seulement d'icelle (science arithmétique) mais des\naultres sciences mathématiques, comme géométrie, astronomie, musicque.\"\n(Livre I chap. 23). Plus 10in... \" Les arts libéraux, géométrie, arithmé-\ntique et musicque. \" (II 8.)\nRabelais ne fait pas d'objection à cette classification qui nous paraît\nun peu paradoxale aujourd'hui, mais que s'imposa le monde antique :\nSi nous l'avions suivi dans cette voie, plutôt que de nous asservir\naveuglément à sa littérature et à sa philosophie, nous y aurions gagné que\nl'art musical ne fût point exclu de l'enseignement officiel où il a tant de\npeine à retrouver actuellement sa place.\nLes miracles réalisés par la musique suffiraient cependant à justifier\ncette réinstauration : écoutez Maître Alcofribas : \"... Et le past terminé,\nau son de ma musette mesurerait la musarderie des musars. Ainsi fonda,\nbastit et édifia Amphion sonnant de la lyre, la grande et célèbre cité de\nThèbes. \" (111, Prologue). Après la lyre d'Amphion, celle d'Orphée :\nc'est à propos de l'invraisemblable et désopilante histoire des paroles\ngelées, ouïes par Pantagruel, Panurge et leurs compagnons de voyage.\n\" ... Nous serions bien esbahis si c'estoient les teste et lyre de Orpheus.\n(Ici, la brève exposition du drame antique)... Et de la tête continuelle-\nment sortait un chant lugubre, comme lamentant la mort de Orpheus ;\nla lyre à l'impulsion des vents mouvens les chordes, accordait harmo-\nnieusement avecques le chant... \" (IV 55).\nMais Rabelais remonte plus haut encore et atteint les origines du\ndrame grec : c'est lorsqu'il nous fait la peinture de Bacchus et des Indiens ;\nil nous montre les troupes du Dieu, \" ... portant infinis trophées, fercules\net despouilles des ennemis, en joyeux épinicies et petites chansons\nvillatiques, et dithyrambes resonnans. \" Voici donc en quelques para-\ngraphes une \" Histoire de l'époque légendaire de la musique \" qui suffirait\nencore à bien de nos contemporains et dont se contentent la plupart des\nmanuels relatifs à l'histoire de notre art.\nAprès le merveilleux, la demi-légende, et un procédé pédagogique\ndont nous voudrions pouvoir user parfois : Ponocrates a résolu de faire"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.31", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2502, "texte": "oublier à son élève tout ce que ses \" antiques \" précepteurs lui ont appris.\n\" ... Comme faisait Thimothée à ses disciples qui avaient été instruits sous\naultres musiciens. I 23. \" Que de professeurs seraient heureux de posséder\ncette puissance et la \" purge canonicque \"de \" maistre Théodore afin\nde chasser des cerveaux et des jeunes organismes qu'on vient leur confier,\nles travers parfois incorrigibles qu'un enseignement antérieur, maladroit,\na pu faire naître. Mais la loi s'oppose au seul moyen radical, je veux dire :\nl'hypnose et la suggestion. Et à ce propos n'a-t-on pas cherché à\nrapprocher les effets de l'hypnose de ceux de la musique ? Rabelais\ncependant, semblait comprendre la chose autrement et nous le fait\nentendre de la façon suivante : il s'agit de ce bal (une partie d'échec) où\nchacun des deux camps possède une troupe de musiciens et un \" ton \"\nparticulier, à la sonnerie duquel il évolue ; à la fin de la partie les\nmusiciens du camp victorieux font retentir leurs instruments : \" ... encore\nplus sentions nous nos cœurs esmeus et effrayez à l'intonation de la\nmusique ; et croyais facilement que par telle modulation, Isménias excita\nAlexandre le Grand estant à table et disnant en repos à soi lever et armes\nprendre. (V 26) Nous sommes cette fois en pleine réalité historique, et\naussi en pleine réalité psychologique : l'effet de la musique sur l'âme\nhumaine est bien l'un des plus anciens problèmes de la philosophie : on\nle discute encore aujourd'hui. De ses effets sur l'âme des animaux, on a\ntoujours également parlé et Rabelais n'a garde d'omettre un renseigne-\nment à ce sujet ; il nous entretient de certaines gens qui \" ... chauvent des\naureilles comme asnes de Arcadie au chant des musiciens, et par mines en\nsilence signifient qu'ils consentent à la prosopopée. \" (111 Prologue).\nOn pourrait encore rencontrer dans l'œuvre pantagruélique quelques\npassages relatifs à la musique de l'antiquité ; mais ils sont peu importants\net se rapportent autant à la poésie qu'à la musique ; c'est ainsi qu' \" au\ndessert du premier metz, feust par elles (de jeunes servantes) mélodieuse-\nment chanté un épode à la louange des Sacro Sainctes Decretales. \"\nL'introduction d'une forme grecque chez Homenez, apologiste des\n\" Decretales \" ne manque pas de piquant ni d'imprévu : l'humanisme de\nRabelais, exempt de toute pédanterie comme de tout préjugé, se manifeste\nainsi par des pointes inattendues, et des contrastes qui font en grande\npartie le charme de son style."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.32", "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2576, "texte": "Mais que signifie chez 1' \" Abstracteur de quinte essence \" le terme\n\" monochorde \" ? on serait d'abord tenté d'admettre qu'il s'agit de l'instru-\nment de théorie dont il est question chez les auteurs du moyen-âge,\nBoèce en tête ; cependant la façon dont en parle Rabelais me porte à\ncroire qu'il est question du manicordion^instrument assez primitif, mal\nconnu encore, mais qui dût se propager, avec des transformations, jusque\nvers le 16me siècle. On trouve le terme 1 dans un texte du 12me\nsiècle : et quelques auteurs pensent qu'il se rapporte à un ancêtre du\nclavicorde. Chez Rabelais il apparaît deux fois : \" ... Auquel son\n(des flacons, pintes etc.) il tressailloit et lui-mesme se bressoit en dodelinant\nde la teste, mono chor disant des doigtz... \"(I On me pardonnera de ne\npas reproduire la fin de la phrase : certains fragments de mosaïques\nperdent toute beauté et toute signification lorsqu'on les sépare de\nl'ensemble. Au Livre IV (ch. 63), pendant que Pantagruel sommeillait\n\" ... Eusthènes sus une longue couleuvrine jouait des doigtz comme si\nfeust un monocliordion.\" Il semble donc bien que Rabelais veuille désigner\nl'ancêtre dont il est question plus haut.\nCe n'est d'ailleurs pas le seul instrument dont il soit parlé :\nl'heure que Gargantua consacrait à son éducation musicale était bien\nemployée : \" au regard des instruments de musicque il aprint à jouer du\nlue, de l'espinette, de la harpe, de la flutte de Alemant et à 9 trouz, de la\nviole et de la sacqueboutte. \" (I 23).\nIl n'est plus question de monocorde mais \" d'espinette \" ; et la\nviole n'est pas encore détrônée par le violon : nous ne voyons apparaître\nce dernier que vers 1550 dans le \" Tiers Livre \" (ch. 26) \" ... plus me\nplaist le son de la rustique cornemuse que les fredonnemens des luez,\nrebecz, et violons auliques. \" Rabelais avait donc fort bien saisi le carac-\ntère de la musique de cette époque, qui était, disent les esthéticiens,\n\" bourdonnante \" et non claire comme la nôtre.\nDans le \" Quart Livre \" (ch. 6) nous trouvons encore ce passage\n(il est question du mouton que veut acheter Panurge) : \" Des boyaulx on\nfera chordes de violons et harpes, lesquelles tant chèrement on vendra\ncomme si fussent chordes de Munican ou de Aquilie. \"\nNi Panurge, ni Pantagruel, ni Frère jan ne nous en disent davantage\n\n1 Geschichte des Klavi Kords. Gœhlinger. De plus, des ouvrages des i6me et même 17™ siècle citent le\nmonocorde comme un instrument de musique véritable, et nous donnent des détails sur sa structure (p. Ex.\nMarinait : La prima parte etc. 1587)."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.33", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2410, "texte": "sur les instruments à cordes, si ce n'est que Quaresmeprenant avait le\nnombril \" comme une vielle \" (IV 31) et que Panurge pour faire danser\ndes mariés \" loua un aveugle qui leur sonnait la note sur sa vielle Cet\ninstrument était déjà tombé probablement au niveau où nous le ren-\ncontrons aujourd'hui dans certaines provinces.\n& *\nLes instruments à vent occupent une place plus importante. La flûte\net la cornemuse tiennent la tête et Rabelais nous donne à ce sujet\nquelques indications sur les coutumes de l'époque. L'histoire des chicanous\nen est l'occasion. C'est le Seigneur de Basché qui parle : \" Vous pareille-\nment, Trudon (ainsi estoit nommé son tabourinneur) soyez y avec vostres\nflutte et tabour. \" Il s'agit, on s'en souvient du simulacre d'une cérémonie\nde mariage, laquelle comportait donc habituellement, il faut le croire,\nla flûte et le tambour et plus loin nous entendons effectivement\n\" ... Trudon sonner de la flutte, battre son tabourin, chascun rire, etc.... \"\nOn retrouve ici comme d'ailleurs en plusieurs autres endroits l'expression\n\" sonner \" d'un instrument (et non \" jouer \" comme actuellement) qui\nest l'équivalent de l'italien \" Suonare, Sonare \" s'appliquant aux instru-\nments à vent et à archet ; on appelait parfois \" Suonatori \" les musiciens\nitaliens qui jouaient d'instruments autres que le clavier et la \" Sonate \"\nétait une pièce de musique destinée aux violon, violes etc.\nLa flûte dont nous avons vu le \" Grand Gargantua \" se servir, celle\nde \" Alemant \" et celle \" à 9 trouz \", apparaît encore une fois dans le\nLivre IV (62) \"... le suzeau croît plus canore et plus apte au jeu des\nfluttes en pays onquel le chant des coqs ne serait ouy... \"\nLa famille des bois n'est pas seulement représentée par les flûtes : le\nhautbois y fait une apparition \" ... Et les complanissant en claires\ngarrigues, et belles bruières, jouant des haulxboys et préparant les sièges\npour la nuict du jugement... \" (111 3). Il est curieux de voir associer le\nhautbois à l'évocation d'un tableau religieux et l'on ne peut s'empêcher\nde songer au vieux Noël \" villatique \" universellement connu, qui\nprésente la même association. Pourtant le tableau évoqué est fort différent,\net il serait plus conforme à l'Ecriture que le \"Jugement \" fut accompagné\nde la trompette, voire de la sacqueboutte que des \" haulxboys\nLes instruments à vent se complètent encore du flageolet, car, (IV 31)"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.34", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2620, "texte": "Quaresmeprenant a \" le perinaeum comme un flageollet \" et du fifre :\nles andouilles s'en vont en guerre \" au son des vèzes et piboles, des\neuoeues et des vessies, des ioveulx pifres et tabours, des trompettes et\nclairons \" (IV 36).\nEnfin voici la cornemuse qui jouissait au moyen-âge d'une véritable\nfaveur, mais qui du temps de Rabelais devait être tombée depuis\nlongtemps dans le domaine populaire, et jouer le même rôle qu'aujourd'hui,\nle biniou, dans certaines de nos provinces ; dès le icl Livre (ch. IV),\nl'auteur de la \" vie Treshorrifique du Grand Gargantua \" nous révèle\nqu'elle sert à faire danser : \" Après disner, vous allèrent pelle-melle à la\nsaulsaie, et là sur l'herbe drue dancèrent au son des joyeulx flageolletz et\ndoulces cornemuses tant baudement que c'était passe temps céleste les\nveoir ainsi soy rigouller Panurge, dans le discours polyglotte qu'il\nadresse à Pantagruel, lui expose en Italien, l'exemple de la qui ne\n\" rend jamais de son qu'elle n'ait le ventre empli. \" Je n'insisterai pas sur\nl'interminable discussion relative à l'interprétation d'un oracle, où il est\nquestion de cornemuse, laquelle devient l'occasion de calembours gaillards\net d'étranges comparaisons (111 46).\nAprès les \" cordes \" et les \" bois \", voici le clavier. Quaresmeprenant\nn'y pouvait échapper : il a les \" délibérations comme une prochée\nd'orgues \" et les \" orteilz comme une espinette organisée. \" (IV 30 et 31).\nNous aurions peut-être peine à découvrir ce qu'est un clavier d'après ce\nrenseignement ; ce qui suit est déjà plus explicite \" ... que les dentz leur\ntressailloyent comme font les marchettes d'un clavier d'orgues ou d'espi-\nnette quand on joue dessus... \" Il semblerait donc que les \" marchettes \"\nsoient l'équivalent des \" touches \", dont l'ensemble formerait le \" clavier \",\nle passage suivant paraît cependant contredire à cette équivalence ; je veux\nparler de l'invraisemblable description de l'orgue dont la Quinte-essence\nse servait pour faire ses cures miraculeuses : (IV 20). \" Icelles estoient\nde façon bien étrange, car les tuyaux étaient de casse en canon, le\nsommier de gaïac, les marchettes de rubarbe, le suppied de turbith,\nle clavier de scamonie. \" Il faut comprendre probablement que le clavier\nétait l'entablement qui contenait les marchettes ; mais il est indubitable\nqu'en \" sonnant une chanson \" sur des orgues d'aussi \" admirable et\nnouvelle structure \" la quinte devait guérir \" Soubdain et parfaictement \"\nn'importe quelle maladie. Je n'insiste pas sur l'ironie du chapitre, mais\nj'ajoute que déjà dans le livre 1 (47) \" une armée ou gendarmerie \""}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.35", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2332, "texte": "évoque pour Rabelais l'idée d'une 44 harmonie d'orgues et concordante\nd'horloge. \"\nDes instruments, passons à la pratique musicale de l'époque : celle-ci\nsurgit avec cet imprévu tout rabelaisien et vous arrache le rire par le\njoyeux esprit d'à-propos dont l'auteur a la coutume.\nSans parler d'expressions comme \" être contrepoincté d'écus\nPanurge nous révèle le système compliqué des muances, dont il se joue\nen homme fort au courant de la théorie de son temps ; au beau milieu\nde l'orage, ne s'écrie-t-il pas : \" A cette heure sommes-nous au-dessous de\nGama ut^je naye \" ? (IV 19). Auparavant nous le rencontrons s'exprimant\nainsi : \" C'est trop bas ! Et le print par l'oreille disant : Chante plus\nhaut, en g sol ré utNe connaît-il pas le contrepoint : \" Non foys,\ndisait-il, Madame ; mais je accorde au contrepoinct de la musique que\nvous sonnés du nez. \" (II 32 et 23).\nEt d'autre part, nous apprenons que le peuple de Paris est comme\nvous savez bien, \" sot, par nature, par béquare et par bémol. \" Bien des\npersonnes, lisant ces passages n'y comprennent en général que du \" hault\nAlemant \" et pourtant ne suffiraient-ils pas à nous faire entrevoir les\nprincipes mêmes du système de solmisation ? Ce dernier terme est déjà\nimpropre : le seigneur de Humevesne nous l'apprend dans l'inimitable\nincohérence de son plaidoyer \" ... qui escornifle la vache, qui mousche en\nplain chant de musicque sans solfier les poinctz des savetiers... \" (II 13).\nIl n'y a qu'un pratiquant assidu de la musique, qui puisse se servir de\nces expressions techniques avec autant de facilité, les appliquer avec tant\nde justesse, et nous raconter que Gargantua chantait \" musicalement\nà quatre et cinq parties, ou sus un thème à plaisir de gorge. \" (I 23).\nLa danse apparaît en de multiples passages que je ne puis reproduire\nici, et dont on trouvera quelques exemples dans les citations musicales\nénumérées jusqu'à présent; je signalerai seulement qu' \"... après le souper...\nfurent dansées plusieurs moresques, aux sonnettes et timbous \" à cause de\nla vogue dont jouissait cette sorte de danse au i6me siècle. Au ch. 33.\nLiv. V \" les autres aux divers sous des bouzines \" (buisines ?) dansèrent\ndiversement comme vous pourrez dire... \" suit une liste interminable de\ntitres indiquant que nous avons affaire à des danses chantées. En voici"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.36", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1, "texte": "3"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.36", "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 1911, "texte": "quelques uns, gaillards ou poétiques, qui ne seraient point déplacés dans\nun recueil du 15™ siècle :\nC'est la belle franciscane,\nMalemaridade,\nN'y boutes pas tout\nLa mousque de Biscaye\nQu'est devenue ma mignonne\nPour avoir faict au gré de mon amy,\nTestimonium\nDulcis arnica,\nTouche luy l'anticaille, etc.\nOn peut, au moyen de ce bref extrait, se faire une idée des 180 et\nquelques titres, énumérés par l'auteur, et ne figurant pas, je crois, dans\ntoutes les éditions.\n*\n* &\nMais si Rabelais passe en revue l'antiquité les instruments et\nla théorie de son temps, voire, la pratique il n'oublie pas non plus les\nhommes et nous fournit deux séries de noms d'auteurs, qui pourraient\nêtre précieuses pour l'historien.\nCe sont de ces énumérations qui ne finissent plus, dont l'ex-docteur de\nMontpellier use parfois avec tant d'adresse, et dont le pouvoir désopilant\nest irrésistible ; qu'on se rappelle l'histoire de Diogène, ou encore la\ndescription de l'entant Gargantua.\nIci ce sont des noms de musiciens qui font les frais, et c'est le\n\" bel messer Priapus \" qui, à l'occasion de la fameuse légende du bûcheron\nqui a perdu sa cognée, va nous réciter la litanie. Le passage vaut d'être\nreproduit en entier : (IV Prologue). \" Et me soubvient, car j'ay mentule,\nvoire diz-je mémoire, bien belle et grande assez pour emplir un pot\nbeurrier, avoit un jour de Tubilustre ès fériés de ce bon Vulcan en may,\noiiy jadis en un beau parterre, Josquin des Prez, Ollezegan (Ockeghem ?)\nHobrettz (Obrecht ?) Agricola, Brumel, Camelin, Vigoris, de la Fage,\nBruyer, Prioris, Seguin, de la Rue, Midy, Moulu, Roubon, Guascoigne,\nLoyset Compere, Penet, Fevin, Rouzée, Richardfort, Rousseau, Consilion,\nConstantio Festi, Jacquet Bercan, chantant mélodieusement....\nJ'omets à dessein la chanson dont l'esprit et le style sont des plus\nRabelaisiens ; bien qu'on trouve quelques libertés dans les chants de"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.37", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2394, "texte": "l'époque, dans l'art de Loyset Compère par exemple, je crois cependant\nque les compositeurs ci-dessus nommés auraient éprouvé une certaine\nhésitation à écrire pour quatre parties et en riche polyphonie un motet\nsur la poésie que leur fait chanter en chœur le curé de S 1 Maur-lez-fossés.\nEt pourtant notre \"joyeux beuveur \" insiste : \" ... Neuf olympiades\net un an intercalare après, ô belle mentule ! voire, diz-je, mémoire ! Je\nsolœcise souvent en la symbolization et colliguance de ces deux motz, je\noiiy Adrian Villart, (Willaert?), Gombert, Janequin, Arcadelt, Claudin,\nCerton, Manchicourt, Auxerre, Villiers, Sandrin, Sohier, Hesdin, Morales,\nPassereau, Maille, Maillard, Jacotin, Heurteur, Verdelot, Carpentras,\nLheritier, Cadeac, Doublet, Vermont, Bouteiller, Lupi, Pagnier, Millet,\ndu Mollin, Alaire, Marault, Morpain, Gendre, et autres joyeulx musiciens\nen un jardin secret, soubz belle feuillade, au tour d'un rempart de flaccons,\njambons, patez, et diverses cailles coyphées, mignonnement chantant...\nIci encore je crois pouvoir me dispenser de reproduire le texte de la\nchanson. Mais il est facile de constater qu'il n'y a nulle fantaisie\n(si ce n'est relativement à l'ordre chronologique), nulle invention dans\ncette liste : tous ces musiciens nous sont plus ou moins connus, d'aucuns\nnous paraissent célèbres, d'autres secondaires, mais nous possédons sur\nchacun, des renseignements biographiques ou bibliographiques qui nous\ngarantissent leur existence et leur fonction sociale.\n58 auteurs nous sont révélés ! témoignant si nous ne le savions\nd'autre part de la richesse musicale de l'époque, de la place énorme\noccupée par l'art musical et de l'intérêt que lui porta Rabelais : cherchez\naujourd'hui 58 compositeurs présentant une assez grande valeur pour être\nconnus, non pas de la foule, mais seulement des lettrés ?...\nRemarquons au surplus, que la grande majorité constitue ce qu'on a\nappelé avec raison l'école française ; Deux italiens, un espagnol et quelques\nnéerlandais complètent ce tableau qui devait être singulièrement vivant\npour les auditeurs et les lecteurs du \" Quart Livre\n* *\nEt maintenant, si ce petit exposé demandait une conclusion, nous\npourrions rappeler que depuis Rabelais et surtout depuis cent ans environ,\nles musicographes les critiques principalement ont parfois retrouvé\nla bonne humeur de leur ancêtre \" pantagruélique Mais comme la"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.38", "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1011, "texte": "civilisation aiguise l'esprit, notre gaîté est moins déboutonnée, plus\ndiscrète et elle s'exerce souvent sur des \" quiproquos \" plus fragiles et\nmême moins invraisemblables que ceux de Rabelais. On peut même se\ndemander si cette gaîté n'est pas seulement une forme de notre scepti-\ncisme, tellement elle est différente de la grosse joie gauloise dont la\nmusique fait allègrement les frais, comme nous venons de le rappeler.\nCertes on chante encore au quartier latin et à Montmartre des chansons\ndont le refrain trouve son modèle dans le L. V (ch. 6) :\nIls s'en repentiront don-daine !\nIls s'en repentiront don-don !\nMais lequel de nos confrères osera s'écrier :\n\"Chantons! Un motet entonnons ! Où est mon entonnouer \" ?\n(ï 5-)\nHélas ! Un motet n'est plus l'occasion de rire, ni de faire un\ncalembour : demandez-le plutôt à ceux qui distillent la polyphonie\nmédiévale et renaissante parce qu'on leur a dit tel le laboureur à ses\nenfants qu'un trésor est caché dedans ?...\n\nA. 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Ils nous font des\nréponses évasives, embarrassées, enveloppées, pleines de réticences... ils\nnous parlent de la musique populaire qui est très vivante, mais qui se\ncontente, à peu de frais, de ses modinhas et de ses fados ; ils vous nomment\nleurs meilleurs artistes, qui vivent presque tous à l'étranger, et, finalement,\nsi on les presse un peu, ils finissent par avouer que leur musique natio-\nnale, comme la princesse de la légende, s'est endormie dans la forêt\nenchantée et qu'on ignore encore le nom du prince Charmant qui, fran-\nchissant tous les obstacles, viendra la réveiller.\nDevant cet aveu, non dépourvu de mélancolie, le pauvre critique\nmusical reste très surpris et fort déçu. Il espérait mieux, car enfin, s'il n'y\na rien, ou presque rien nous verrons tout à l'heure dans quel sens il\nfaut entendre ce rien il est certain qu'il y a eu, autrefois, quelque\nchose ; là-dessus, tous les historiens sont d'accord. 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Joas Chagas, ministre du Portugal et de la colonie portugaise."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.40", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2564, "texte": "Avant d'aborder la période moderne, je voudrais rappeler à votre\nmémoire, et à votre bienveillante attention, ces périodes pleines de gloire,\nqui, j'y insiste, n'eurent pas l'éclat éphémère d'astres fuyant au ciel de la\nmusique, mais brillèrent avec une continuité, une intensité, qui sont,\npour le Portugal, en même temps que le souvenir d'un lumineux passé, le\ngage certain d'un magnifique avenir.\nCeltes d'origine, les habitants de l'ancienne ont à subir,\ncomme l'Espagne, la domination carthaginoise, puis la romaine, pui dura\ncinq siècles et demi ; ensuite l'invasion germaine et enfin la musulmane.\nCette dernière, qui imprima à l'Espagne une si forte empreinte, n'influença\nguère le Portugal. Il réagit contre elle, vigoureusement, et y échappa\npresque tout de suite. Quoiqu'il en soit, tous ces grands mouvements de\npeuples, stabilisés ou passants, laissèrent plus ou moins leurs marques sur\nles traits de la race primitive, mêlèrent à son génie propre des éléments\nétrangers dont il serait curieux (c'est affaire aux musicologues) de démêler\nau cours des âges, et l'importance, et la durée.\nPeu à peu, cependant, la vie nationale commença de s'organiser. Au\nXIe siècle, une maison d'origine française : la maison de Bourgogne,\ndonnait au Portugal son premier roi : Henri, gendre d'Alphonse VI de\nCastille. L'influence de notre pays devait encore s'exercer là, d'autre\nmanière et pour d'autres causes. A la suite de la guerre des Albigeois,\nnombre de troubadours provençaux se réfugièrent en Portugal et intro-\nduisirent, à la cour, et chez les grands, le goût des chants et des divertis-\nsements musicaux de leur pays natal. C'est ainsi que nous relevons les\nnoms de Egas monis Ceolho et Gonzalo Herminguez qui pratiquèrent,\ndisent leurs biographes, \" l'art de rimer en musique \". Sans doute, ils ne\nfurent pas les seuls, mais ces deux noms illustres, furent sauvés de l'oubli.\nA l'art personnel de l'époque, s'ajoute encore l'art collectif : les\nmonastères d'Odivellas de Santa-Cruz,de sont déjà très renommés\npour l'harmonie de leurs chœurs. Sans nous attarder à cette première période,\nnotons cependant, en 1290, la fondation de l'Université de\ncelle d'une chaire de musique à cette même université. Cette chaire, qui\nconnut des fortunes diverses, subsista encore de nos jours. C'est le roi\nDenis, que les historiens appellent Diniz et ses contemporains le Père de\nla Patrie qui l'instaura.\nDu XIVe au XVIe siècle c'est, pour le Portugal, l'époque la plus\nbrillante. 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Terre non promise, mais\nbien conquise, un nouveau monde s'est dévoilé, baigné de soleil, ruisselant\nde lumière, offrant à toutes les avidités, aux ardeurs de tous les désirs,\naux plus âpres des convoitises, la plus folle, la plus opulente des réali-\nsations.\nAlors, suivant une loi générale, que les faits justifient, en Italie, à\nl'époque de la Renaissance, aux Pays-Bas, durant ce superbe XVIe siècle\noù les artistes abondent, en France, pendant notre grand XVIIe siècle,\nl'éclosion d'une multitude d'oeuvres d'art est consécutive au développe-\nment de la fortune publique. Celle-ci semble agir comme cause détermi-\nnante de celle-là : A une vie qui se fait meilleure, plus abondante, plus\nriche et plus pleine, s'ajoute un épanouissement artistique qui en est\ncomme la fleur. Encore une fois, ceci n'est pas réservé au seul Portugal.\nA de certains moments de son existence, un peuple se sent croître en\nforce, en puissance; il prend conscience de sa valeur, et, confiant dans ses\ndestinées, donne sa juste mesure dans toutes les directions où son activité\ns'exerce et dans l'une de celles qui semble le plus inutile, tout en restant\nindispensable à la vie humaine : je veux dire l'activité artistique.\nA côté d'une littérature tellement belle qu'elle classe de suite le petit\nPortugal au rang des grandes nations, la musique tient une place plus\nqu'honorable. Elle est, à cette époque, faut-il l'ajouter, presque exclusi-\nvement religieuse. Messes, motets, psaumes, antiennes, drames sacrés se\nmultiplient. Le drame sacré, analogue aux mystères de notre moyen-âge,\nc'est ici le vilhancicos. Destiné aux grandes fêtes de l'Eglise, surtout à la\nNativité et à l'Epiphanie, il a une coupe très déterminée. Il commence\net se termine par un morceau choral dit : ; au milieu se trouvait\nun ou plusieurs morceaux pour une voix seule : copias. L'estribillo est\nsouvent écrit pour deux ou plusieurs chœurs ; chacun est alors pourvu,\nen plus du continuo général, d'un continuo particulier.\nLe Vilhancico accompagne les sujets pieux, c'est sa première fonc-\ntion, mais nous allons voir bientôt se produire, à son sujet, la division\nqui est à noter dans tous les autres pays ; c'est-à-dire la formation d'un\ndouble courant ; religieux et laïque. La musique échappe au temple, où"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.42", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2598, "texte": "vainement essaient de la retenir bulles papales et décrets pontificaux, elle\ns'émancipe et emploie à chanter les passions humaines ces moyens qui,\njusqu'alors, n'avaient servi qu'à Dieu.\nLe Vilhancico,exclusivement religieux, d'abord, va donc bientôt\nsubsister sous deux formes : la profane et la sacrée, puis, il se détournera\ntout à fait de cette dernière, mais, en s'en détournant, il se diminuera :\ndéserteur de la grande mission religieuse qu'il avait jusque là remplie, il\ncessera d'être la voix du peuple pour tomber à être son amusement ; il se\nfera petit pour devenir humain. Sous cette nouvelle forme, il s'appellera\nle Vilhanceles,et il se reconnaîtra un père : Gil Vicente, le plus fécond et\nle plus original des poètes portugais, révéré, à juste titre, comme le\nfondateur du théâtre national.\nIssu de famille noble, Vicente avait ses entrées à la cour qui était\nalors celle de Jean 11, et c'est devant le futur Jean 111 qu'il représenta\nson premier ouvrage, en 1502. C'était une sorte de monologue, ou de\nmonodrame, entremêlé de musique. L'œuvre réussit, l'auteur en donna de\nsemblables, il fut imité, et ce genre de pièces comiques commença de se\nrépandre. Il comportait, outre le Vilhancete, des cuatras, que nous pouvons\ntraduire quatuors, c'est-à-dire des morceaux à quatre voix, qu'exécutaient\nles femmes. Vicente mourut à Evora en 1557.\nRevenons à la musique, j'entends celle qui n'est pas de théâtre. Tout\nle XVIe siècle est dominé, en Portugal, par la grande figure de Mauvël\nMendès ; compositeur, théoricien et professeur ; on dirait aujourd'hui :\nchef d'école. Ses contemporains le nommèrent Grince de la éMusique. Le\nnom d'Orphée n'était plus disponible, on l'avait déjà donné à Hélio-\ndore de Païva. Curieuse figure, qui demanderait une longue étude, que\ncet Héliodore de Païva. C'est un de ces types de grands renaissants qui\nnous étonnent aujourd'hui, enfermés que nous sommes chacun dans une\npetite spécialité. Lui et son contemporain : Damio de Goës sont des\nhommes universels. Ils touchent à tout, excellent en tout, et ne\nse surprennent point d'y exceller, arts et sciences étant encore de leur\ntemps, semble-t-il, à la mesure humaine, Héliodore de Païva, doué d'une\nextraordinaire aptitude pour les arts et les sciences, connaissait le grec, le\nlatin, l'hébreu, touchait l'orgue, jouait du rebec et de la harpe, chantait\nfort bien, écrivait habilement le contrepoint et, en qualité de compositeur,\na laissé des messes, des motets à plusieurs voix, d'une facture remarquable.\nQuant à Damio de Goës, il est à la même mesure. Né en 1501, d'une"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.43", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2271, "texte": "famille très distinguée, soigneusement instruit, il suivit les cours de la\ncélèbre université de Padoue. Il fut, par la suite, ambassadeur de son\npays en France, en Italie, en Suède, en Pologne et en Danemark. Poli-\ntique, il fut aussi philosophe, et, par là, devint l'ami d'Erasme ; il le resta\njusqu'à sa mort. Musicien, il jouait bien de plusieurs instruments ;\ncompositeur, il écrivit des œuvres plus qu'estimables. Glaréan, dans son\nDodécachordon, le place à côté d'Okeghem, d'Obrecht, de Josquin des\nPrés. Fêtis, lui aussi l'estime égal de Josquin des Prés.\nCes deux-là furent-ils seuls ?... Ne le pensez pas. Par dizaines, les\nnoms s'ajoutent aux noms, et c'est avec regret qu'il faut s'abstenir de\nrendre justice à tous ces défunts qui méritent une place au glorieux\npanthéon de la Musique.\n«\n*\nA côté des compositeurs, nous trouvons des théoriciens, et, chose\ncurieuse, les questions qui nous passionnent encore aujourd'hui les\ndivisaient !... je veux dire les intéressaient déjà. C'est ainsi que Erovo\nAlvarès nous a laissé tout un ouvrage sur considérée comme con-\nsonnance parfaite. Barbosa, qui mourut vers 1520, précurseur inattendu\nde notre grand Rameau, écrivit son TLpométria ou traité de la génération\ndes sons. Le plus célèbre de tous fut Vicente Lusitano. Auteur d'un\nexcellent traité où sont parfaitement définis les genres diatonique, chro-\nmatique, enharmonique, et très savamment exposées les règles du genre\nfugué et de l'invitation canonique, ce qui lui assura une renommée sans\npareille, c'est sa dispute avec l'italien Vicentino et sa victoire sur celui-ci.\nLe point était de savoir si une certaine composition, établie sur le thème\ndu Regina Cœli, était diatonique ou chromatique. Grave question. Vicente\ntenait pour l'un ; Vicentino opinait pour l'autre. Bref le différend fut\nporté devant la chapelle vaticane dont tous les membres furent, à cet\neffet, réunis en conseil.\nVicentino fut vaincu et paya l'enjeu, qui était, je crois, de deux\ndouros d'or.\nLa théorie ne leur suffisant pas, les musiciens portugais firent de\nl'esthétique ce mot n'était pas encore inventé l'évêque Osario,\nmort en 1520, dans ses huit livres, où il traite de l'institution et de la\ndiscipline royale, consacre tout un chapitre à démontrer : \" que la"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.44", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2245, "texte": "musique est grandement nécessaire aux rois et que rien n'est plus efficace\nque le chant pour agir sur l'âme \" Medeira écrit ses : \"\nphiques et médicales \" ; l'une d'elles est intitulée : \" Histoires surprenantes\ndes hommes musiciens Parmi ces histoires, l'auteur reprend le sujet\ncher aux savants de l'époque, de la guérison, par la musique, de la piqûre\nde la tarentule. Ils se repassent les uns aux autres, comme vérité démon-\ntrée, cet étrange moyen thérapeutique sans que l'on sache pourquoi cette\nchorée spéciale leur semble relever plus particulièrement de l'art d'Euterpe.\nDe là nous vînt la Tarentelle.\nUn autre partisan de la musicothérapie, Rodriguez Castro, écrit,\nvers 1614, un ouvrage dans lequel on trouve, au livre IV, ce chapitre :\n\" Afin de prouver qu'on a recours à la musique dans les maladies avec\nnon moins d'avantage que de probité et de sagesse, on présentera d'abord\nson éloge.\" Le titre est un peu long, il est en latin, j'ai préféré le\ntraduire.\nCroira-t-on que le féminisme ne leur est pas étranger. Au cours de\nleur histoire, nous trouvons le nom d'une religieuse franciscaine Dona\nBeatrix de Souza e Belo qui mit en musique la Vie de Su Hélène et\ncomposa des chants pour F Invention de la SL Croix (fêtée annuellement\nle 3 Mai). En 1595, une femme éminente, Bernarda Ferreira de Lacerda\nfut baptisée, par ses contemporains : Ses talents se manifestè-\nrent dans les sciences philosophiques, mathématiques et historiques,\norientaliste ; consommée dans les langues vivantes 011 mortes, elle était\naussi peintre, dessinait et peignait la miniature de façon remarquable.\nEnfin, elle touchait disent les historiens \" comme un maître parfait \"\nbeaucoup d'instruments de musique. Cette femme véritablement extra-\nordinaire mourut en 1644.\nEst-ce tout ?... Pas encore. Comme à notre époque, les Portugais\nconnurent les enfants prodiges. Le jeune Francisco de Rocha, âgé de\nonze ans, écrivit une messe à sept voix sur la gamme descendante :\nla, sol, Ja, mi, ré, ut. Il se fit, plus tard, moine trinitaire et a laissé\n41 compositions d'inégale valeur.\n* *\nLoin d'épuiser une sève si débordante, une production si diverse, si\nvariée, si touffue, le XXIIe siècle y ajoute encore ; c'est l'épanouissement"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.45", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2512, "texte": "total et comme l'exaspération de la vitalité ; c'est l'éclat précurseur de la\ndécadence, la dernière et rayonnante effusion d'une gloire qui va bientôt\npâlir, s'atténuer, disparaître, au point de faire dire, au début de XXe siècle,\nqu'il n'y a plus rien, musicalement, en Portugal.\nA ce moment, nous devons renoncer à toute classification. C'est par\ncentaines que les musiciens s'empressent à exercer leur art. Le nombre\ndes œuvres défie toute nomenclature. Un seul compositeur : Dias est\nl'auteur de 497 vilhancicos. Un autre : Francisco Correia de Arajo,\nprécurseur inattendu des galinistes, car il préconise une théorie de la\nmusique chiffrée, a une production si abondante que la notice, à lui\nconsacrée, par Felipe Pedrell, occupe 16 colonnes du dictionnaire.\nLe goût de l'énorme, du disproportionné, indice de décadence,\ncommence à se faire sentir. Miguel Leal, en 1646, donne une messe à\n9 chœurs et à 36 voix, avec orchestre et orgue obligé. Benevoli dont le\nnom me semble, au reste, fort italien écrit à 1 2 chœurs et 48 voix. Sa\ncomposition fut exécutée le 4 août 1650. Balaheue écrit aussi à 48 voix.\nUne foule de chanteurs répond aux désirs de tous ces créateurs de\nmusique, interprètent et répandent leurs œuvres. Les instrumentistes ne\nleur cèdent en rien : organistes le plus célèbre est José Antonio Carlos\nde Seixas, violistes, harpistes, violonistes, guitaristes rivalisent de zèle\net de talent. On écrit même des sonates pour la guitare, l'instrument\nnational. On sait que tout bon Portugais venant au monde, trouve une\npetite guitare dans son berceau.\nOn essaie des associations de timbres extraordinaires : Coutinho (né\nen 1680) compose un Te Deum Lauà 8 chœurs et une à\n4 chœurs avec clarines (c'est à dire trompettes aiguës), timbales et rebecs.\nIl intitule le tout : S 'cala Aretina(c'est-à-dire œuvre d'après la gamme de\nGuy d'Arezzo). Cette fureur de musique chorale ne s'exerce pas seulement\nà l'Eglise. Pierre de Conceiçao écrit de la musique à 4 chœurs pour une\ncomédie ! ! Elle devait être singulièrement lourde, cette comédie. Au\nreste, le théâtre est constitué. Il reste biblique avec les\ntales et, d'autre part, mondain : comique ou lyrique, avec les\nles zarzuelas et Yopéra séria qui s'est acclimaté et se développe en subis-\nsant l'iufluence italienne.\nLes théoriciens continuent de sévir et de se gourmer. Pedro Vaz\nPrego fait paraître une dissertation intitulée : \" Défense d'une entrée de\n9'ne dans la messe sur la gamme de l'Arétin, par maître François Valls,"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.46", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2307, "texte": "maître de chapelle de la cathédrale de Barcelone. \" Cinquante maîtres de\nchapelle prennent fait et cause pour ou contre la neuvième. On se\ndispute, sans arriver à s'entendre. C'est ce qu'on a appelé la \" polémique\nde Zamora \". Heureux temps, où les causes de discorde se réduisent à une\nentrée de gmc.\nPlus important peut-être, quoique moins tapageur, fut le rôle du roi\nJean IV qui, vers 1649, écrivit un ouvrage dans lequel il prit la défense\nde la musique moderne celle de son temps contre l'évêque Cyrille\nFranco qui avait osé soutenir que la musique n'avait pas les moyens de\ntoucher les âmes comme celle des Anciens à toutes les époques, il y a\ncomme cela une querelle des Anciens et des Modernes. L'ouvrage fut\ntraduit en italien et eut un grand succès. Le roi Jean IV était un homme\nremarquable : non seulement il fut un musicien lettré, mais encore le\nfondateur d'une admirable bibliothèque qui renfermait, en nombre, des\nmanuscrits de grande valeur, d'inappréciables richesses. Cette bibliothèque\nfut malheureusement détruite en 1755 l°rs du tremblement de terre.\nC'est pour la Musique, une perte irréparable.\n■s^\n* *\nOn mesure, d'après cette bien faible esquisse, ce que fut la réalité.\nQuelle puissance, quelle vigueur, quelle abondance, quelle plénitude.\nRien n'y manque : hommes, femmes, enfants, car un seul enfant prodige\nsuppose des centaines d'essayants. Les créateurs, si nombreux, admettent\nles interprêtes éduqués, pleins de talents, des amateurs riches, délicats,\nconnaisseurs, dilettanti, et aussi un autre public, moins averti mais plus\nnombreux, plus sensible, enfin, c'est toute une époque organisée pour\njouir pleinement, intensivement du plus beau de tous les arts : la Musique.\nCe XVIIe siècle est dominé et comme incarné en Duarte Lobo, un\ndes plus grands hommes de l'art portugais. D'après Vasconcellos, il vécut\n103 ans (1600 à 1703) et fit preuve d'une fécondité musicale que les\nannées ne ralentirent point. Chef d'école, son meilleur titre de gloire est\npeut-être d'avoir formé un grand nombre d'élèves qui semblaient capables\nd'assurer, longtemps encore, la puissance de l'école portugaise. Mais ce\nn'est qu'une illusion ; l'effort a été trop grand ; le ressort trop tendu se\nrelâche peu à peu ; la vie se retire lentement d'un organisme épuise."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.47", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2369, "texte": "Naturellement, la chute n'est pas immédiate, elle n'est même pas\nvisible, il faut y regarder pour apercevoir les signes précurseurs d'un\nproche déclin. En apparence, la production semble continuer avec la\nmême vigueur : pastorales, zarzuelas, ballets, fêtes de musique se succè-\ndent, mêlant leur éclat aux divertissements seigneuriaux. L'opéra s'italia-\nnise de plus en plus; son répertoire s'augmente; de 1788 à 1819 on\ncompte 80 ouvrages : 19 opéras-bouffes, 1 intermezzo et 60 grands\nopéras. Dom José fonde les théâtres d'Ajuda, de Solvaterra, de Quéluz,\ndu Tage. Le Portogallo de son vrai nom Antonio Simao qui\nmourut en 1830, étonne ses contemporains par sa puissance dramatique.\nIl écrit, pour sa part, 58 opéras. Sa renommée passe les frontières, il\nsuscite des admirations dont nous retrouvons l'écho enthousiaste dans\nle livre de Vasconcellos, le plus grand historien de la musique portugaise.\nSur deux volumes le biographe consacre presque la moitié du second a\nchanter la gloire du grand Portogallo. Vers le même temps Bontemps\nfonde Y Académie \"Philharmonique et le Conservatoire de Lisbonne tandis\nque Da Costa organise la Société P hilharm de Porto.\nEn réalité, ce sont les dernières manifestations de l'art vraiment\nNATIONAL. La musique portugaise se dépersonalise peu à peu, elle se\ncosmopolitise, si j'ose ce terme. Les œuvres produites de nos jours,\nj'entends celles qui sont dues à des artistes de valeur, pourraient être\nécrites à Paris, à Berlin, à Londres ou à Vienne, villes dans lesquelles\nleurs auteurs ont étudié leur art. C'est de la musique européenne, ce\nn'est plus de la musique autochtone, jaillie du sol natal et puisant en lui\nsa force et ses caractéristiques.\n* -*\nQuant au peuple, il continue de chanter, tout le long de l'histoire,\nsans souci des Maîtres-Chanteurs, je veux dire des savants contrepoin-\ntistes ou harmonistes. Il chante et tout lui est bon pour libérer ses senti-\nments, ou sa fantaisie, sous une forme musicale. Selon César das Neves,\non peut classer les chants populaires portugais de la manière suivante :\ncantiques, chansons d'amour, chansons champêtres, chansons grivoises,\nchansons satiriques et politiques, barcarolles, fados, mélodies, modinhas,\nsérénades, chansons patriotiques, hymnes et marches, c'est comme un\nparterre où l'on n'a qu'à choisir les plus brillantes et les plus humbles\nfleurs."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.48", "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 2289, "texte": "Les légendes de piété sont fréquemment chantées à une ou deux\nvoix, ou en chœurs, sans accompagnement. Les chansons de la campagne\nsont presque toujours dansées ; l'attitude corporelle ne se sépare pas de\nl'attitude musicale. Quelquefois, au contraire, les voix se répondent dans\nl'étendue du paysage ; ce sont des chants alternés que chacun improvise\ntour à tour, souvent pendant des heures ; c'est l'analogue de ce joli hou\nBaïlero (Le Berger) recueilli récemment par M. de Malaret, dans la\nHte Auvergne, dont les bergers de chez nous, de sommets en sommets, se\nrenvoient les strophes, interminablement. Quant au il est surtout\ncitadin.\nLorsqu'ils sont accompagnés de quelque instrument, ces chants\nréclament la flûte, ou le violon, la viole d'amour, la clarinette, la corne-\nmuse, la guitare, le triangle, quelquefois l'harmonium ; tout leur est bon\npour soutenir leur mélodie primitive.\nLa province de Beïra est la plus riche comme chants populaires,\ncependant Minho, Traz-os-Montes, Douro, Extremadura, Alemtejo et\nAlgarve offrent aussi des éléments intéressants. Fort longtemps cette\nmusique resta méprisée, disons : ignorée des savants puis, par une\névolution semblable à celle qui se produisit en Allemagne, à l'époque où\nle Kunstlied s'inspira du Volkslied, elle les intéressa. Peut-être est-ce un\nfait pré-inscrit dans les destinées musicales des peuples que ce passage de\nla forme populaire à la forme aristocratique. Quoi qu'il en soit, vers 1892,\nles musiciens portugais empruntèrent nombre de thèmes à l'inspiration\ndu peuple ils les portèrent même au théâtre. Cardoso s'en servit pour son\nopérette : L'âne,ou plus exactement : \" éM.\nCe fut un grand succès. Vianna da Motta a beaucoup creusé, et des plus\nheureusement, cette mine inépuisable du folk-lore. Rey Colaço également.\nHussla, violoniste allemand, fixé en Portugal, qui a écrit des rapsodies\norchestrales nourries du suc populaire ; Keil dont l'opéra Serrana est tissé\nde leit-motiven emprunté au folk-lore, Oscar da Silva, tous s'inspirent,\npeut-être le déforment-ils un peu de ce fonds national qui reste\nvraiment le sol nourricier de la musique. N'oublions pas Thomas de Lima\net sa belle composition orchestrale Ch\n%\n% *\n11 y a quelque temps, j'ai reçu une fort intéressante étude sur la"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.49", "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1532, "texte": "musique portugaise moderne par M. Alfredo Pinto, critique musical\ndistingué et librettiste. Elle témoigne du patriotisme et du talent de son\nauteur. Je lui ai emprunté ces dernières notes sur la musique au XXe siècle.\nDu travail de M. Pinto il ressort qu'une nouvelle activité artistique se\nmanifeste en Portugal. De grands orchestres se sont organisés tous\nn'ont pas en l'existence durable l'un deux fut, une fois, dirigé par\nEd. Colonne. De nombreux compositeurs se font place: M.M. Neuparth,\nMachado, Jean Arrayo, Freistas Gazul, Théodore Braga, Guimaraes,\nFelipe Suarte, Vianna da Motta, le Cu d'Azevede da Silva dont les com-\npositions interprétées à Paris, en 1905. furent très goûtées. Un des plus\nsévères critiques de l'époque les couvre d'éloges, louant l'excellence de\nleur facture et leur élégante originalité. Des instrumentistes, des chan-\nteurs, interprètes de théâtre ou de concert s'empressent à soutenir ou, si\nl'on veut, à relever, la musique portugaise.\nEn un mot, on sent la vie renaître et s'incarner en de valeureux\nartistes imbus d'un nationalisme qu'on ne saurait trop louer. Si, comme\non nous l'affirmait récemment, la Musique.... la Princesse est encore\nendormie, son réveil est prochain ; ses serviteurs l'attendent déjà ; ils\npréparent les voies en son honneur ; accordent leurs instruments ; pren-\nnent le ton des hosannahs dont ils la fêteront et c'est avec une joie\nfraternelle que nous saluerons, en France, cette résurrection attendue de\nla musique nationale portugaise.\n\nM. Daubresse."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-09-01-c016", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-09_01#c016", "volume": "bmtnabh_1913-09_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 50, "image_fin": 54, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.2.7", "titre_corps": "LES LIVRES", "titre_sommaire": "LES LIVRES", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.50", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2638, "texte": "KINSKY (Georg). Katalog des Musïkhistorischen Muséums\nHey er. Bd. 11. (Coeln et Breitkopf, 1912, in-48 de 718 pp.\nMk. 56.)\nDepuis un an déjà ce volume précieux a paru, et c'est par\nsuite de l'oubli d'un de nos collègues qu'il n'a pas encore été\nprésenté à nos lecteurs. Il forme le tome II du somptueux cata-\nlogue du non moins magnifique musée instrumental légué par\nW. Heyer à la ville de Cologne J, et comprend les instruments à\ncordes (pincées ou frottées). Il sera suivi de plusieurs autres encore.\nOn sait comment M. Kinsky a conçu le plan de cet inven-\ntaire et a fait, d'un catalogue de musée, une véritable encyclo-\npédie de l'histoire des instruments. Chaque groupe instrumental\nest d'abord présenté par une courte et substantielle introduction,\npuis vient la série des notices qui s'appliquent à chaque repré-\nsentant de cette espèce musicale dans le musée, notices abon-\ndamment pourvues de reproductions. Ensuite M. Kinsky traite\npar ordre alphabétique des facteurs de ces instruments, et, là encore,\nun très grand nombre de facsimilés facilitent les recherches de\nl'érudition. Enfin des tables couronnent le tout : index des instru-\nments, des étiquettes, des gravures, table méthodique, table onomastique, tables des noms de\nlieu, des noms de collections et de collectionneurs, enfin tables de concordances entre les\ncollections de VVitt, Krauss, et le Musée Heyer, qui en fut l'heureux acquéreur.\nCelui qui aura lu attentivement les différentes notices de cet ouvrage, aura une vue\nd'ensemble sur l'histoire instrumentale et sur ce que peut en dire à ce jour l'érudition. Toutes\nsommaires qu'elles sont, et même venant après les savantes digressions du catalogue Mahillon,\nces introductions, claires et condensées, sont infiniment précieuses. J'ai surtout remarqué\nl'article Sistres,placé au milieu des Guitares,des et des Toutes ces espèces,\nsouvent voisines, sont nettement définies. L'article qui traite des la\nda gamba,le lirone,et qui présente ces instruments comme le trait d'union entre les variétés\ndu moyen-âge et le violon moderne, est un modèle de présentation. Pour la première fois,\nnous rencontrons un auteur faisant état méthodiquement de l'iconographie musicale pour\nappuyer une thèse historique. Félicitons M. Kinsky de cette innovation. Elle sera certaine-\nment suivie par tous ceux qui peuvent avoir à leur disposition quelques milliers de reproduc-\ntions de tableaux, sculptures et gravures. Et ajoutons que les membres de la Section de Paris\n\n1 Au moment, ou nos lecteurs recevront ce numéro, aura lieu l'inauguration officielle du Musée Heyer,\ndont nous rendrons compte dans notre numéro de novembre."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.51", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3572, "texte": "trouveront maintenant un matériel de ce genre à la disposition de leurs recherches, dans ce\nfonds Pierre Aubry, qui s'accroît sans cesse.\nKINSKY. Kleiner Katalog der Samm\nIV. Heyer.(Coeln 1913 in-120 de 250 pp. et 32 planches Mk. 2.50.)\nCeci est le volume maniable, mis, dès maintenant à la portée du visiteur, et conçu\ncependant de telle sorte que le travailleur puisse en tirer son profit. Là aussi, les planches en\nphotogravue, les tables et les indications historiques sont présentées avec soin et avec méthode.\nL'on ne peut se détacher de ces deux livres sans admirer, une fois de plus, la persévérance\ngermanique, en face de l'incurie administrative française. Voyez plutôt. D'un côté, notre\nMusée du Conservatoire, qui n'achète rien, qui n'a jamais rien acheté, et qui n'aurait rien, si\ndepuis près d'un siècle de bienveillants donateurs ne lui avaient fait l'aumône ; le Musée du\nConservatoire, qui, il y a six mois encore, pouvait à peine héberger sa collection instrumentale,\net qui enfin, loin de la confier à des mains compétentes, la laisse en vrac, sans en tirer aucun\nparti, comme un objet d'inutile curiosité... De l'autre côté, l'Allemagne Rhénane, Cologne,\nqui n'avait rien il y a dix ans, et qui trouve un Commerzienrat dépensant simplement\nquelques millions de mark pour faire sortir de terre un musée somptueux, y accumuler des\ncollections, qui apparemment attendaient l'acheteur, l'Allemagne qui, de cet effort accompli par la\ngénérosité privée, dégage tout de suite l'enseignement pratique, ne laisse pas dormir ce capital,\nmais le fait fructifier aussitôt, et de quelle manière ! Le résultat c'est que le travailleur, d'où\nqu'il soit, qui s'intéresse à ces sortes de choses, aura les yeux fixés sur Cologne ou sur Berlin\net ignorera Paris, et que le drapeau allemand flottera un peu plus haut dans l'admiration des\nétrangers. On s'inquiète de l'envahissement allemand, dans toutes les branches de l'activité\nhumaine, comme si c'était un défaut de se montrer forts, vigoureux, de savoir travailler et de\nmarcher de l'avant ! Que n'en faisons-nous tout autant. Nous ne manquons ni de Heyer\nni de Kinsky.\nCUCUEL (Georges). La Pouplinière\n(Fischbacher 1913 in-40 de 458 pp.) Etude (Ibid. in-fol.\nde 70 pp.)\nC'est un curieux roman d'anecdote que l'histoire véridique de Le Riche de la Pouplinière.\nEt c'est une belle thèse de doctorat-ès-lettres que le livre consacré à ce personnage, par notre\ncollègue Cucuel. Après plusieurs soutenances discutables, voilà qui va réconcilier la Sorbonne\navec la musicologie. Ici tout est solide, prudent, méthodique, la documentation de première\nmain abonde, et l'érudition circule d'un bout à l'autre avec une belle allure, dont je fais mon\ncompliment à l'auteur.\nLa Pouplinière dans l'esprit public est resté fermier général, et le type même de cette\nprofession désobligeante, où l'imagination symboliserait volontiers tous les abus de l'ancien\nrégime. La réalité, telle que nous la montre M. Cucuel, est plus simplement humaine.\nHéritier d'une petite noblesse et d'une grosse fortune, le personnage, dont les ancêtres\ntraitaient Henri IV à leur table, n'a rien d'un parvenu de carrefour. Plutus il est, mais de\nqualité. D'abord mousquetaire, comme tout fils de famille séduit par le galon, il bénéficie de\nsuite de très brillantes alliances de robe et d'épée. A trente ans il est du Tout-Paris, à quarante\nc'est un potentat. Et pourtant, si les calculs de M. Cucuel ont raison, quelle triste figure ferait\naujourd'hui ce Crésus au petit pied, avec ses 500,000 francs de rente (de notre monnaie), et le"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.52", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 10, "texte": "LES LIVRES"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.52", "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 4153, "texte": "jauvre million qu'il laisse en mourant ! La gloire de La Poupliniére ne vient ni de sa ferme\nii de son portefeuille, elle résulte manifestement de la valeur et des qualités personnelles de\n:e Mécène de génie. Il suffit d'ouvrir le captivant Voyage de Hollande, où le futur financier\n:onsigna ses impressions de jeune homme, pour éprouver de suite la révélation d'une person-\nlalité vigoureuse et le charme d'un d'esprit vif, primesautier, extrêmement averti. Par hérédité\nLa Poupliniére est conservateur, et Français du grand siècle, avec tout ce que cela représente\nje solide acquit. Par goût et par réaction, il est cosmopolite, imaginatif, rêveur, et prêt à jouir\nle toute nouveauté.\nEn un mot, il vibre, et entraine son monde vers l'art qui était fait pour lui, vers l'art des\nvibrations sonores. Musicien probablement, mélomane à coup sur, il dépense, pendant trente\nms, 80,000 frs. par an de notre monnaie pour sa musique. (Quel est le baron de finance\nnoderne qui en ferait le quart ?) Il ignore la chasse, dédaigne les bâtisses, fait fi des collections\nares, et l'on ne sait en vérité comment son régne s'établit si rapidement, d'abord rue Richelieu,\nmis en ce château de Passy, qui n'est même pas à lui, et où il passera sa vie locataire des\nîamuel Bernard. Est-ce le charme débraillé de ces réunions, où le Maréchal de Saxe coudoie\nCasanova, est-ce le continuel va et vient des gens de théâtre, et des filles de partout, monde\n:hantant, dansant, paradant, faisant la fête au frais d'un maître souriant et généreux ? n'est ce\n)as plutôt —je me plais à le croire la musique, la sonorité qui flotte éparse, enveloppe\nous les propos, et retient sous son charme tous les convives, Jean-Jacques et Marmontel,\nVladame de Genlis ou lord Albemarle ?\nLa Poupliniére fut réellement en France, au milieu du siècle, le Roi de la musique et des\nnusiciens. D'une main ferme, et d'un air indolent, il tient ce sceptre, que l'indifférent\nXV a laissé tomber. Son ministre est l'éminent Rameau, qui trouve enfin dans cette\n>rotection le succès et la gloire; et, pendant 20 ans le goût italo-français de 1725 n'aura\n>as de Temple mieux gardé que le salon du fermier général. C'est l'époque des grands\nfragments d'opéra avec leurs essais de symphonies descriptives, le moment des sonates à la\n/ivaldi et aussi des divertissements panachés, où le Boulevard voisine avec l'Orient. Le maître\nr tourne des charmants couplets en s'accompagnant sur la vielle ou sur la guitare.\nMais surviennent les Bouffons,et La Poupliniére leur fait fête. Chose curieuse, Rameau\n:st congédié à cette date, et qui prend sa place ?... Jean Stamitz de Mannheim ! Les musiciens\nlu financier se nomment Flieger, Schenker, Goepffert, Canavasso, Miroglio, Graziani,\n3rocksch Après Stamitz ce sera Gossec le franco-belge. La politique du souverain s'oriente\nrers l'alliance allemande. La symphonie de chambre, la musique pure, ce style nouveau, qui\nera bientôt celui de Haydn et de Mozart, prennent pied chez l'amateur éclairé, dès 1754,\n_,a Walze germanique se glisse entre le menuet traditionel et la contredance à la mode,\nït une fois amorcé, le flot de la musique cosmopolite, cette rencontre des cascades italiennes\n:t du large fleuve allemand, ne cessera de couler à Passy. Elle envahira la chapelle, la galerie, la\naile à manger, les salons et les jardins....\nEt c'est là une leçon. Quand la Poupliniére est Français, en musique, c'est pour chanter\nles vaudevilles ; il reste fidèle à ce goût naturel jusqu'à sa mort. Mais que le fermier général\nit faim de véritable musique, c'est à l'ltalie d'abord, puis à l'Allemagne qu'il la demande,\nlameau lui-même, le grand Rameau ne peut tenir en échec les musiques étrangères, auprès\nie son propre patron, mécène élevé dans la plus pure tradition française. N'est-ce pas une fois\nle plus la preuve que Rousseau avait raison en s'écriant alors : \"\nt n'en 1 peuvent avoir.\" Ce qu'il ya de français dans la culture du XVIIIe siècle est anti-musi-\n:al. Répétons-le encore à propos de La Poupliniére. Quand on voit le plus gros consommateur\nlu siècle, se rassasier d'art germanique, et préparer le triomphe de la musique allemande."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.53", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3882, "texte": "après avoir assuré celui de la musique italienne, il faut bien reconnaître ici la présence d'une\nréalité historique. Et si l'on jette les yeux quelques années plus tard sur ce chevalier Gluck\nrevenant d'ltalie, écœuré de musique, qui demande à l'opéra de Lully aide et protection contre\nla musique elle-même, la démonstration du paradoxe de Rousseau n'est-elle pas manifeste ?\nL'Ami de la musique appelle Stamitz et Gossec à son secours ; l'Ennemi des sons cherche un\nrégime anti-musical dans l'asile de notre tragédie nationale. Ce sont deux aspects complé-\nmentaires du même phénomène.\nA ce volume de critique et d'histoire M. Cucuel en ajoute un autre indépendant, mais\nqui se rapporte cependant à la même époque. C'est une étude de quelques instruments et de\nquelques musiciens, dont l'orchestre de la Pouplinière fît particulièrement état, et dont l'histoire\npeut nous introduire dans la connaissance de la pratique musicale vers 1750. Gossec, Schenker\net Procksch s'y montrent à nouveau avec le catalogue de leurs œuvres. Et, ici, nous apprenons\navec la dernière précision comment l'Allemagne envahit la France en ce temps là du côté de\nl'instrumentation. Clarinettes, cors, trombones, harpes, tout vient d'une région qui s'étend si\nl'on veut d'Anvers à Prague en passant par Mannheim. C'est la démonstration en quelque sorte\ntechnique de ce que j'avançais tout à l'heure pour justifier Rousseau. L'atmosphère musicale\nfrançaise n'était plus respirable pour les Français eux-mêmes, et M. Cucuel cite les contem-\nporains de Stamitz s'émerveillant de ces sonorités des bois et des cuivres allemands, ancêtres\ndes fions fions de la fin du siècle et de nos harmonies orphéoniques. Ce second volume est une\ndes plus nouvelles et des meilleures tentatives faites en France pour étudier en-elle même la\nmatière musicale.\nJ. E.\nPROD'HOMME (J.-G.). Œuvres en prose de Richard Wagner. Traduction française,\ntomes IV et VIII. (Paris, Delagrave, 1913, in-12.)\nNulle publication ne pouvait paraître plus heureusement, en cette année du centenaire\nde Richard Wagner, que la traduction de ses œuvres en prose, entreprise par notre collègue\nProd'homme. Voici que, pour la première fois, certains des écrits les plus caractéristiques du\nmaître de Bayreuth, tels qu 'Opéra et Drame,\nallemande sont traduits intégralement en français et rendus, par là, accessibles au grand public\nqui, dorénavant, pourra prendre directement contact avec la pensée wagnérienne. Il s'agit\ndonc ici, et dans le bon sens du terme, d'une œuvre de vulgarisation. Aussi, saura-t-on gré à\nM. Lionel Dauriac d'avoir écrit, pour les tomes IV et V qui contiennent la traduction\nd'Opéra et Drame, une importante préface sur l'Esthétique de Richard Wagner, dans laquelle,\ntrès judicieusement, le préfacier indique avec quel état d'esprit il convient de lire cet ouvrage\ncélèbre. De même, en effet, que l'intérêt de la Pde n'est pas de savoir si Victor\nHugo dit vrai, mais bien de savoir ce qu'il dit, de même, l'intérêt des écrits théoriques de Wagner\nne consiste pas dans la connaissante plus ou moins aventureuse et suspecte qu'ils nous donnent\nde la vérité historique, ou dans la valeur d'appréciations trop souvent tendancieuses ou dénuées\nd'esprit critique, mais uniquement dans ce fait qu'ils nous montrent Wagner au travail, qu'ils\nnous éclairent sur sa mentalité et sur ses idées. C'est ainsi, qu'en définitive, Wagner nous\napparaît surtout sous l'aspect d'un poète, car il a en quelque sorte la métaphore chronique,\ndisposition qui l'incline à substituer des descriptions et des images à de vraies preuves. Il ne\nconnaît guère qu'un seul auteur, à savoir lui, Richard Wagner, mais, en vérité, il ne se juge\nguère mieux qu'il ne juge les autres, et la lecture de ses écrits ne doit point s'effectuer sans\nprudence. Singulière discipline d'esprit que la sienne, où l'histoire, l'esthétique, l'éthique, la"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.54", "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2683, "texte": "politique, l'ethnographie, et surtout la métaphysique, s'enchevêtrent en une mêlée épaisse d'où\njaillissent, à travers une rhétorique abondante et qui va de la grandiloquence à la familiarité,\ndes concepts tour à tour puissants, singuliers, et absurdes. \" Charabia de génie disait Liszt\nde la prose wagnérienne ; nous serions quelque peu tentés de qualifier certains passages de\n\" charabia \" tout court, car la traduction française de ces passages, en dépit de ses bonnes\nintentions, ne fait, hélas ! qu'en accroître l'obscurité. A signaler, dans le tome VIII, le fameux\nArt allemand et Politique allemande, écrit deux ans avant la guerre de 1870 et dans lequel,\nRichard Wagner qui, assure-t-on, aimait Paris, expose, avec une extrême violence, le mal\nqu'il pense de l'esprit français. Il y a de tout dans ce pamphlet que Glasenapp comparait au\nMessage à la noblesse chrétienne de la nation allemande de Luther, et, Dieu nous pardonne, il ne\nserait pas impossible d'en extraire des arguments pour la discussion de la loi de trois ans !\nD'intéressants Avant-propos et des notes ajoutent à la valeur bibliographique de ces\nvolumes.\nLIONEL DE LA LAURENCIE.\nLAMY (F.). Shakespeare et la musique (Extrait des Mémoires de l'Académie\nd'Amiens, 1912).\nSujet souvent traité, en Angleterre par de beaux volumes, en France par des articles,\ndont il faut citer celui de M. Bellaigue, paru jadis dans la Revue des deux Mondes. Celui de\nM. Lamy prendra sa place dans la bibliographie de ce sujet. Ce qu'il nous faudrait maintenant,\nce sont des documents musicaux nouveaux, venant illustrer les citations de Shakespeare. Par\nexemple, au mot measurede Beaucoup de bruit p que Victor Hugo traduit bonnement\npar \" un vieux menuet \", il conviendrait d'attacher un sens musical véridique. Qui réalisera\ncette œuvre, déjà tentée ?\nHENRI-MARTIN (Barzun). La révo (S. 1. n. d., in-8° de 15 pp.)\nL'auteur annonce dans cette préface-programme, l'apparition d'un volume sur la Révo-\nlution de Berlioz, qui montrera que sans Berlioz la révolution wagnérienne n'existerait pas.\nLa thèse est à suivre.\nSAMAZEUILH (Gustave). Paul Duka(Paris, A. Durand et fils, 1913, in-12 de\n28 pp., 2 fr.)\nPaul Dukas méritera sans doute une volumineuse biographie. M. Samazeuilh prend les\ndevants, en fixant quelques dates, et en présentant ici de brèves, mais adroites considérations\nqui, il le dit lui-même, sont destinées \" à faire entrevoir pourquoi les œuvres de M. Dukas,\nqui ont le temps pour elles, méritent plus qu'un banal éloge, et à inspirer à ceux qui n'ont\npu aller à elles déjà sans parti-pris, le désir d'en goûter le véritable sens, fort peu compris en\ngénéral, même de maints partisans bénévoles"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-09-01-c018", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-09_01#c018", "volume": "bmtnabh_1913-09_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 55, "image_fin": 57, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.2.8", "titre_corps": "Les Théâtres", "titre_sommaire": "Les Théâtres", "signature_source": "Emile Vuillermoz", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.55", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 579, "texte": "Les Théâtres\n\nLES JOYAUX DE LA MADONE\nAvant de mettre en pleine action une puissante machine, les mécaniciens ont coutum\nde lui faire accomplir quelques tours d'essai, à vide ou sur des matières premières sacrifiée\nAvant de mettre en marche la colossale rotative de l'Opéra, les compagnons Messager c\nBroussan ont voulu vérifier le fonctionnement de tous ses engrenages et, utilisant la trêve de\nvacances, se sont livrés à une petite expérience, dans leur usine déserte, devant quelqut\npassants étonnés ou indifférents. L'épreuve a parfaitement réussi : orchestre, chœurs, décor:"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.56", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3510, "texte": "machinerie, figuration, tout roule à merveille; on pourra, cet hiver, abattre de bonne besogne\net contenter le client par une fabrication soignée.\nEst-il charitable d'examiner de près le produit ainsi manufacturé au cours de cette\njournée d'essai et avons nous le droit de juger sur un échantillon, choisi sans doute parmi les\n\" sans valeur \", toute la compétence des chefs d'atelier de la maison ? La date fixée pour\ncette mise-en-train, les conditions de discrétion et d'intimité dans lesquelles elle fut\naccomplie semblent bien nous conseiller la circonspection et l'indulgence. Il suffirait de noter\nun louable effort vers une mise en scène vivante et d'encourager le zèle tout neuf des choristes\nde la territoriale enfin mobilisés, sans insister davantage sur la qualité de la musique débitée au\ncours de la soirée, si le nom de Wolf-Ferrari ne venait poser une question d'actualité assez\nbrûlante.\nCe compositeur qui par son origine autrichienne et ses noms allemands et italiens résume\ntout l'effort d'une triplice théâtrale, menace en réalité notre équilibre européen. Dans notre\nart lyrique où triomphe la politique franco-russe, il fait irruption à la façon d'un conquérant.\nIl nous arrive précédé d'une bruyante fanfare et d'un chœur célébrant ses exploits. Les\njournaux nous ont affirmé que l'Amérique et l'Angleterre lui étaient soumises et qu'il allait\ns'annexer la France sans coup férir, après avoir triomphé de toutes les capitales européennes.\nEn fait, nous sommes cernés. Londres est au pouvoir de ce stratège, les frontières italiennes et\nallemandes ne nous protégeront pas et voici que, violant la neutralité de la Belgique, le nouvel\nAttila s'est installé à la Monnaie de Bruxelles où il a établi un camp retranché. Il ne faut\ndonc pas s'étonner de voir aujourd'hui le Fléau de Dieu entreprendre le siège de Paris. Le\nbastion de l'Opéra a déjà cédé et l'on affirme que la garnison du fort Montaigne va capituler,\nle général Astruc ayant déjà signé la reddition de la place. L'heure est donc grave et il\nconvient de regarder le péril en face.\nA vrai dire, vu de près, le roi des Huns inspire plus de surprise que d'effroi. Eh quoi,\nc'est là ce redoutable chef qui rêve de bouleverser la carte musicale du monde ? Mais c'est\nune plaisanterie ! Ses armes sont rouillées, il nous attaque avec un matériel démodé, une\ntactique archi-connue et des troupes épuisées. Comment avons nous pu nous laisser intimider\npar un si chétif adversaire ?\nL'auteur-compositeur des Joyaux de la Madone est un vériste de l'espèce commune. Il ne\nnous apporte absolument rien de nouveau et se contente d'exploiter une formule commerciale\nqui a fait ses preuves, qui a sa clientèle et ses commis voyageurs et a définitivement conquis sa\nplace au soleil. Gardons nous de lui faire un procès de tendances. Tant qu'il y aura un public\npour les faits-divers orchestrés à coups de poings et émaillés de romances, il sera vain de dénier\nà ce genre son droit à l'existence. Mais il nous est bien permis de contrôler l'exercice de ce\ndroit et de voir si l'auteur a joué correctement la partie. Ce jeu a ses règles, ce sport a son\ncode et des champions s'y sont couverts de lauriers en les respectant. Or ce n'est pas le cas de\nM. Wolf-Ferrari. Il ne faut pas lui faire un grief d'avoir adopté un genre où la musique est\nsans cesse humiliée et où le bon goût et le sens le plus élémentaire des belles lettres sont\nperpétuellement offensés ; il faut lui reprocher de n'avoir pas su remplir la tâche qu'il s'était"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.57", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2903, "texte": "imposée. Il n'y a pas de sot métier, c'est entendu, il y a seulement des gens qui exercent le\nleur avec plus ou moins d'adresse. On peut donc à bon droit sourire de ce présomptueux rival\ndes francs véristes transalpins puisqu'il ne possède ni leur tour de main, ni leur verve popula-\ncière, ni leur câlinerie irrésistible d'amants pommadés, ni leur luxe de couleurs criardes, ni leur\nsouple détente mélodique, leur sournoise façon de vous enfoncer un thème dans le ventre...\ncomme un couteau piémontais.\nCertes, on voit bien ce qu'aurait voulu réaliser cet observateur des bas-fonds de Naples,\nen confrontant dans une ruelle du port une fillette vicieuse, un artisan vertueux et un apache\nsuperstitieux ; on devine son ambition de nous peindre la fermentation et le grouillement de\nla plèbe italienne, de nous émouvoir par les classiques \" motifs \" de la Madone vénérée, du\nsacrilège amoureux, du camorriste chaloupeur qui trempe ses nageoires dans les bénitiers et fait\nun signe de croix avec son \" lingue \" avant d'en larder les passants. Cent romans-feuilletons\nont fait entrer ces détails pittoresques dans nos articles de bazar. Mais, hélas, le but visé n'est\npas atteint dans cette banale partition qui est plate sans être assez vulgaire, qui est morne, qui\nest lourde, et qui est terriblement grise dans son ensemble. C'est un chromo où il n'y a ni\nrouge ni bleu. Les mouvements de foule, les cortèges, les disputes, les processions sont traités\nmusicalement avec une maladresse singulière et les romances n'ont pas l'élan victorieux qui\nemporte les objections et décourage le bon sens. L'orchestration est terne et les rythmes\nmanquent de légèreté et d'accent. Cette transposition dans un milieu poissard,\ncette affaire du Collier où manquent les morceaux de sucre promis aux amateurs de confiserie\nmusicale, sont de bien pauvres réalisations d'un thème dont nous connaissons tant de développe-\nments plus heureux. Elles parviendront malaisément à donner à M. Wolf-Ferrari la gloire\nparisienne qu'il escomptait. La déception a été vive et serait vite devenue démonstrative si\nl'amusement des yeux grâce à l'ingéniosité des peintres de la maison et aux exploits de\nVanni Marcoux n'avait distrait de sa mélancolie le public provincial de la générale.\nAu fond, ce sabotage d'un genre dont les tares furent impitoyablement mises en évidence\npar le cadre insolite du Palais Garnier n'est pas pour consterner outre mesure les musiciens.\nMais la clientèle vériste éprouvera quelque malaise en se voyant imposer aussi méthodiquement\nla banale contrefaçon d'un article qu'elle avait coutume d'acheter chez le bon faiseur. L'entente\nactuelle des directeurs de théâtres avec un Wolf-Ferrari constitue à l'égard d'un Puccini, par\nexemple, le plus immérité des affronts. Soyez donc le plus adroit des prestidigitateurs pour vous\nvoir ôter le pain de la bouche par un manchot !\n\nEmile Vuillermoz."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-09-01-c021", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-09_01#c021", "volume": "bmtnabh_1913-09_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 58, "image_fin": 61, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.2.9", "titre_corps": "Le music=hall au village", "titre_sommaire": "Le music=hall au village", "signature_source": "Louis Laloy", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.58", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3268, "texte": "Le music=hall au village\n\nCe titre est une métaphore. Malgré les échanges toujours plus actifs avec la grande ville,\nmalgré l'aisance accrue et le goût du divertissement qui l'accompagne en son progrès, ni le\nvillage, ni le chef-lieu de canton, ni même la sous-préfecture dont l'importance n'est que de\nl'ordre administratif, ne nourrissent encore les foules dont la quotidienne affluence peut\nsubvenir au luxe des palais de l'illusion. Il existe pourtant, en toute réunion d'hommes, des\ninstitutions qui, au moins par intervalles, leur assurent la portion congrue de jouissances\ncollectives.\nIl n'est pas rare qu'une troupe foraine en route pour la ville s'arrête au village et mette à\nprofit l'étape pour une représentation. Vers le coucher du soleil, la roulotte passe au long des\ndeux ou trois rues, chargée de ses musiciens chamarrés ; la fanfare insolite appelle sur le pas des\nportes les ménagères ; longtemps après son éloignement, elles y demeurent et, se jetant de\nl'une à l'autre des paroles qui fendent l'air, oublient la marmite frémissante en l'ombre de la\ncuisine. La tente est dressée sur la place. Il faut que le temps soit bien revêche pour que le\nsoir bonnets et casquettes ne s'y pressent sous les rayons fumeux du pétrole. On voit de tout :\ndes chiens savants, de la haute école, de l'équilibre, des luttes, même des danses et de petites\ncomédies qu'on dénommerait sketchesen des lieux plus contaminés de snobisme anglais. Une de\nces compagnies en perpétuelle tournée donnait récemment une pantomime du genre italien où\nle tuteur boiteux, bossu et grondeur était berné par un valet pour la joie des amoureux. C'est\nsur de tels canevas que Molière a brodé ses profonds tableaux de mœurs. Une musique\naigrelette et sautillante cadençait les entrées, les saluts, les pirouettes, les baise-mains, les\ngrimaces, les gifles et les coups de bâton. Une habitude invétérée avait amené les mouvements\nà cet engrenage rigoureux qu'on voudrait obtenir, en nos théâtres, à force de répétitions ;\naussi le public était-il entraîné sans résistance. L'ingénue ayant quitté ses paniers fit ensuite,\nen maillot constellé, quelques tours de trapèze, et un frisson parcourut la salle quand, suspendue\nen fléau par le milieu du corps, elle feignit un glissement que ses reins agiles corrigeaient\naussitôt : \" Ouah ! mon Dieu ! \"\nIl est d'autres spectacles que le village s'offre à lui-même. Le chariot de l'ancienne comédie\nhellénique y roule encore, bien qu'il faille un cas exceptionnel pour le tirer de son hangar. On\ny bafoue les événements de la vie privée dont l'opinion villageoise, très rigoureuse sur les\nprincipes, s'est offensée : un foyer déserté, un veuf ou une veuve qui retourne au sacrement,\nune querelle qui a dégénéré en rixe, surtout au cas où la suprématie virile y a succombé.\nC'est un ordinaire char de culture, où des jeunes gens affublés de tignasses de chanvre et de\njupons en toile à sac figurent les héros ; pour jouer d'abondance la scène, on s'arrête aux\nprincipaux carrefours, et surtout devant la maison déshonorée ; là une symphonie de casseroles\nqui ferait envie au raffut de saint Polycarpe sert de sortie au spectacle. Les riches trouvent\nmoyen d'échapper à cette publicité en acquittant une rançon dont l'auberge a tout le bénéfice;"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.59", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3801, "texte": "les pauvres la subissent avec leur résignation coutumière ; parfois la leçon n'est pas perdue : il\narrive que le mari outragé et la femme coupable aillent se blottir en un fossé, à la lisière de la\nforêt, loin du tapage flétrisseur ; et là, unis par l'humiliation partagée, ils échangent de nouveaux\nserments que les grillons et les crapauds sur leurs flûtes unitones sont seuls à célébrer.\nLes jeunes filles sont également soumises au jugement sans appel de leurs contemporains,\nmais les sanctions différent. Les mieux courtisées trouvent, au matin du premier mai, un\nbouquet de verdoyants branchages planté dans la cheminée de leur maison. La veille de la fête\npatronale, quand les conscrits de l'année vont de porte en porte, à la nuit close, clouer l'image\nconsacrée, une charité vraiment chrétienne distribue à toutes, sans distinction d'âge ni de grâce,\nun identique bouquet. Mais malheur à celle qui imprudemment s'est promise et fut abandonnée !\nLe jour où sa rivale est menée à l'autel, il faut qu'elle s'enferme, pour ne pas se voir entourée,\nsur le parvis même, par les camarades du traître qui veulent lui offrir l'odieux bouquet d'orties.\nParfois l'ambassade dérisoire va retrouver la malheureuse en sa retraite, et l'usage est à ce\npoint respecté que c'est à peine si une mère ou une sœur irritée ose jeter un seau d'eau à la\nface des jeunes bourreaux. Il est vrai que le jeu de la société serait impossible, si on ne conve-\nnait une fois pour toutes que le perdant est dans son tort ; peut-être est-il plus profitable, donc\nplus moral, de proclamer cette règle, au lieu de l'appliquer en cachette comme nous faisons\nCependant les jeunes filles auraient droit à quelques égards. En nos villages de Franche-\nComté, elles sont toujours plus fines et plus vives que les garçons. Leurs tailles sont bien prises,\nleurs mouvements dégagés; plusieurs, en leurs yeux veloutés, leurs cous flexibles et leurs minces\nchevilles, gardent le souvenir des Espagnols qui furent, en pays catholiques, des maîtres\ndébonnaires. Elles sont coquettes et rieuses ; si durant la semaine elles retroussent, pour manier\nle rateau, les manches d'un corsage délavé, c'est un charmant spectacle que de les voir, le\ndimanche, sortir de l'église avec des chapeaux aux frais rubans et des robes un peu entravées\nqui sans aucune gêne diminuent leurs pas. Comment être sévère à une étourderie dont les\nheures sont comptées ? Dès les premières années de mariage, alourdies de maternités impré-\nvoyantes, épuisées de labeurs domestiques, elles auront perdu l'ambition de plaire.\nPour peu qu'un curé entreprenant ou un notable oisif veuille monter un théâtre, il\ntrouvera parmi les jeunes filles les interprètes les plus dévouées, les plus intelligentes, les plus\nlaborieuses. Chacune copiera son rôle et l'étudiera sous la lampe ; celles qui sont bergères\nl'emporteront dans la prairie. Les parents sont gagnés à leur zèle : la mère extrait du fond de\nson armoire les robes des aïeules, et met ses lunettes pour ajuster aux formes juvéniles les\natours vénérables. La grande sœur fait réciter ses répliques à la cadette qui debout, chantonne\ncomme à l'école. Mais aux répétitions, chacune, prise par la fiction, trouve le ton et le geste ;\ndes talents caractérisés se révèlent : l'une contrefait à merveille la malice sournoise d'une\npaysanne de l'ancien style ; l'autre a la verte franchise d'une servante de Molière ; celle-ci a\nle visage et la fierté lassée d'une châtelaine romantique ; et celle-là fait sentir, en chacune de\nses mines et chacun de ses mots, le plus affriolant ragoût d'innocence mutine. Que jouent-\nelles ? Des pièces empruntées au répertoire spécial des patronages, où l'amour, s'il intervient,\nn'est pas appelé par son nom. Souvent ce sont des vaudevilles : chacune chante son couplet à"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.60", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3540, "texte": "son tour, accompagnée par l'harmonium de l'église, et sa voix plus ou moins sonore est\npresque toujours pure.\nDans la salle qui est d'ordinaire une grange, le public serré écoute avidement, et si un\nbavard élève la voix, on l'interpelle pour lui imposer silence. Parfois des malentendus se pro-\nduisent : on rit, quand cette duchesse en hennin parle de son château et de ses tours a\npoivrière, faute d'avoir jamais vu figurer cet accessoire ailleurs que sur les tables servies. Quel\nauditoire n'est pas sujet à des erreurs de ce genre ? Mais on suit exactement l'action, on est\nsurpris par les péripéties, on souligne d'un murmure les paroles décisives, et les actrices\nrenommées sont accueillies, dès leur entrée en scène, par des applaudissements. Même la partie\nmasculine de l'assistance se montre ravie par la réunion de tant de charmes entr'ouverts, et un\nriche cultivateur, qu'une bouteille a peut-être égayé, me confie: \"Vous allez voir tout\nle sérail ! \" Mozart n'a-t-il pas confondu, lui aussi, le harem avec le sérail ?\nMais ces représentations si bien accueillies ne se soutiennent que par l'initiative étrangère.\nLivrées à elles-mêmes, les jeunes filles ne sont en mesure ni de choisir une pièce, ni de se\nrépartir les rôles sans récriminations, querelles et démissions. Quant aux jeunes gens, sortis de\nla bouffonnerie satirique, ils ne sont bons à rien : leurs voix accoutumées à crier après les bêtes\nsont incapables de chanter juste comme d'articuler nettement ; une épaisse timidité les empêtre,\nsur la scène, et ceux même qui auraient l'idée d'un geste ou d'un accent n'osent le risquer\ndevant la railleuse gaucherie des autres.\nLa danse est le seul plaisir régulier du village ; encore n'est-il guère qu'annuel : c'est\npour la fête et les quelques jours qui suivent qu'on monte sur la place de l'église la baraque de\nplanches où moyennant un modique péage chacun pourra goûter l'enivrement du bal. Mais la\njeunesse ne manque guère de se rendre aux fêtes des villages voisins, à quelques lieues à la\nronde. Dans quelques maisons on danse également sur la fin des veillées d'hiver, quand les\namis du voisinage sont réunis pour effeuiller les épis de maïs, et que l'un d'eux a apporté\nflûte ou son accordéon ; mais ce sont là des réjouissances privées, où on n'est admis que sur\ninvitation verbale.\nL'entrepreneur du bal public amène avec lui son orchestre, qui est juché, à l'un des bouts\nde la salle, sur une estrade à hauteur d'homme : c'est un piston, un bugle et une clarinette,\nquelquefois il y a deux bugles, un ténor et une basse, et deux pistons qui alternent, car la\nvirtuosité de l'instrument chanteur exige une bien plus grande dépense de souffle que l'inter-\nmittence régulière des accompagnements. La clarinette double le piston à l'aigu, et souvent\nremplit les plus vastes intervalles par les gammes et les arpèges où son agilité est sans rivale.\nElle n'est pas obligée. Cette année, comme il fallait lutter avec l'orgue mécanique d un proche\nmanège à chevaux de bois, les cuivres étaient renforcés : deux bugles et deux pistons, sur\nl'estrade, soufflaient à pleins poumons, cependant qu'un cinquième musicien, debout a terre,\nembouchait de temps à autre un piston de secours, pour improviser des contre-sujets facétieux.\nDescendant du cornet de poste dont J. S. Bach a utilise les cinq notes pour 1 amusant\ncaprice sur le départ de son frère, le piston a de nombreux détracteurs parmi nos musiciens de\nsalons et nos critiques de cabinets ; en dépit de leurs diatribes dégoûtées, c est aujourd hui"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.61", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2200, "texte": "l'instrument de notre peuple, au même titre que jadis le hautbois, la vielle ou la musette. Il\nfaut en prendre son parti : le peuple en France a cessé d'être rude et naïf. Le piston tour à\ntour soupirant et vainqueur, le piston qui sanglote et tremble, puis soudain se rebiffe et lance\nvers le ciel, défié par nos ancêtres, son cri de coq artificiel, n'est-il pas le confident de notre\npeuple prompt à l'attendrissement comme à la bataille, le chantre de ses romances larmoyantes\net aussi de ses revendications syndicalistes ? On lui trouve un accent canaille ; on le soupçonne\nde nourrir d'alcool les flammes de sa passion ou de sa bravoure. Est-il moins dans son rôle pour\ncela ? Et la beauté n'est-elle pas acquise au rôle intégralement rempli ? Le piston dénigré\nréduira au silence ses adversaires, pour peu qu'il résume les considérations qui précèdent en ces\ntrois syllabes décisives : \" Et puis quoi ? \"\nLa multitude villageoise n'est nullement insensible à l'appel du cuivre palpitant, et les\ngarçons prennent ici leur revanche ; non pas les tout jeunes, qui n'ont pas quitté le village et\nrestent massés craintivement au fond de la salle, mais ceux qui reviennent du service militaire\noù ils ont dégourdi leurs jambes à la saine école des bals-musettes ; d'autres encore qui sont\nchauffeurs, valets de chambre, commis, employés, ouvriers, rapportent au village, pendant le\ncongé qu'ils y passent, les dernières modes de la danse. Un couple reproduit non sans verve les\ndandinements de l'ours. Tous les autres rôdent en un boston sans trêve, et les danseuses\ninexpertes se contentent d'être -légères entre leurs bras. Seule l'université reste fidèle à la\ntradition de la valse à six temps : un jeune maître d'école qui vertueusement adhère à son\népouse empanachée, parcourt la salle d'une gravité qui trahit le calcul mental. Ce qui a disparu\nsans retour, c'est l'ancien couple empesé de nos caricatures, de même qu'a disparu le gars\nrougeaud, la fille massive et lente, le fermier cauteleux et paillard, la vieille hargneuse de nos\nconteurs naturalistes. Tout le panorama rustique est à refaire, et n'attend que des artistes\ndoués de quelque faculté d'observation.\n\nLouis Laloy."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-09-01-c023", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-09_01#c023", "volume": "bmtnabh_1913-09_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 62, "image_fin": 63, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.2.10", "titre_corps": "Une Interview d'Eugène Ysaye", "titre_sommaire": "Une Interview d'Eugène Ysaye", "signature_source": "M. Brusselmans", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.62", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3900, "texte": "Une Interview d'Eugène Ysaye\n\nEugène Ysaye vient de rentrer à Bruxelles, après une tournée triomphale à travers les\nEtats-Unis d'Amérique. Nous avons profité des quelques jours qu'il a passés ici pour rendre\nvisite au Maître et lui demander de nous confier quelques impressions de voyage, quelques\nopinions sur la culture et les goûts actuels de la société américaine.\nLe virtuose, accompagné de son fils Gabriel, violoniste comme lui, débarqua à New-York\nle 11 novembre 1912. Depuis 1905, il n'était plus retourné en Amérique. Le 11 déjà, il se\nfaisait entendre dans un programme d'œuvres classiques : Bach, Vivaldi, Beethoven, Max\nBruch. Une réception fut organisée en son honneur par le club des musiciens de New-York,\nsous la présidence du violoniste Kneisel.\n\" Mon émotion fut à son comble, nous dit-il, lorsqu'à la fin du discours que j'adressai à\ncette assemblée d'élite, je vis successivement entrer Fritz Kreisler, Mischa Elmann, Zimbalist,\nqui vinrent aux acclamations de l'assemblée m'apporter leurs vœux. De New-York, je me\nrendis dans les principales villes du Canada et des Etats-Unis : San Francisco, Boston,\nPhiladelphie, Chicago, Saint-Louis, Washington, Indianapolis, Montréal, Cincinnati, etc...\nVoyageant jour et nuit, nous ne nous arrêtions que quelques heures, travaillant avant le\nconcert dans les hôtels, reprenant le rapide à la dernière note du programme. \"\nEn l'espace de 7 mois, du 15 novembre au 15 mai, Ysaye donna 111 concerts. A\nBerkeley (près de San Francisco) il joua dans un théâtre grec. \" Ce n'était pas, raconte\nle maître, sans une réelle appréhension que je commençai cette exécution en plein air, dans\nune enceinte de dimensions colossales. J'étais persuadé que la sonorité allait se perdre. Or, il\nen fut tout autrement. Des premiers aux derniers gradins, pas une note n'échappa. \"\nDeux concerts seulement, sur l'ensemble des séances prévues, durent être remis. Ce fut\nà l'occasion des inondations de VOhio. On se souvient de l'émotion ressentie en Europe à la\nnouvelle de la disparition d'Ysaye. Il se trouvait effectivement dans la région sinistrée. Pendant\nvingt quatre heures, les informations les plus sensationnelles furent lancées par les journaux.\n\"Ma famille, nous dit-il, connut des transes bien compréhensibles. Mais un télégramme,\nenvoyé de New-York par Madame Eugène Ysaye, la rassura bientôt. Nous étions saufs, nous\net nos bagages.\" Et Ysaye s'emporte en rappelant ces \"dépêches\": \"Elles naquirent,\ns'écrie-t-il, dans l'imagination des journalistes européens, car en Amérique, on rapporta les faits\ntels qu'ils s'étaient passés. Et ces bruits sont d'autant plus ridicules que le public est tout\ndisposé à croire qu'il y a là, de la part de l'artiste ou de son imprésario, un essai de réclame à\nl'emporte pièce qui est, on le sait bien, loin d'être de mon goût. En réalité voilà ce qui s'est\npassé : \" ... Nous allions à Oxford et le lendemain, nous devions partir pour Cincinnati. Mais\nles trains ne marchaient plus d'Oxford à Cincinnati. Nous y prenons conseil et décidons de\nnous rendre à Hamilton, afin d'atteindre la ville par une autre voie. Nous faisons une partie du\nvoyage en voiture. Et voilà qu'arrivés devant Hamilton, nous apprenons que le pont va\ndisparaître sous les flots. Nous faisons deux kilomètres à pied, et nous apercevons alors ce pont\nmagnifique qui va s'écrouler Puis ce sont des maisons entières, dont les toits sont couverts\nd'êtres humains... Morts et vivants, véritable cascade humaine, dévalent emportés à une vitesse\nf011e... Hélas, nous aurions tant voulu les secourir. Mais que faire ? que faire ? Nous dûmes\nretourner à Oxford, puis à Richmond où nous attendîmes deux jours. Impossible de télégraphier,\ntous les poteaux étaient renversés. Enfin, nous pûmes rentrer à Chicago : nous étions sauvés \".\nL'impression qu'Eugène Ysaye garde de sa tournée est toute différente de celle qu'il\navait eue il y a huit ans :"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.63", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3008, "texte": "\" A cette époque, en Amérique, nous dit-il, l'homme d'affaires prenait le pas, économi-\nquement et socialement sur l'intellectuel et sur l'artiste. Aujourd'hui, l'américain, quel\nqu'il soit, réserve au contraire une large part de son activité aux choses de la pensée et de l'art.\nL'évolution de la société américaine, dans les grands centres surtout, s'est accomplie avec une\nrapidité qui surprendrait, si l'on ne se l'expliquait pas par ce fait que, chaque année, les plus\ngrands virtuoses, chanteurs, acteurs dramatiques et lyriques, conférenciers, que sais-ie ! traver-\nsent 1 Atlantique et vont porter au Nouveau Monde le meilleur de nos productions, de notre\nculture esthetique. Aussi bien, la légende a vécu suivant laquelle il faut encore aller en\nAmérique avec du \"bluff\", de l'acrobatie... L'élite y est parfaitement accessible aux plus\nbelles œuvres, elle les comprend, elle les réclame, elle les applaudit. Le progrés général des\nEtats-Unis est au niveau du nôtre, au point de vue intellectuel, et artistique : ils n'ont plus\nrien a nous envier. Un facteur principal de ce développement a été le groupement en ces\ncercles de science et d art sont conçus d'une façon tout autre que nos sociétés européennes.\nPar exemple, les jeunes compositeurs, les virtuoses, tant nationaux qu'étrangers, y sont accueillis\navec une enthousiaste hospitalité. Un autre facteur éducatif est l'influence exercée par les\ndeux principaux quatuors a cordes : Kneisel et Flonzaley, qui se partagent annuellement les\nquelque trois cents villes américaines où l'on fait de la musique. Ils y portent le culte des\nhautes traditions, des grands maîtres de la forme de la plus pure expression musicale. \"\nEugène Ysaye se piopose d inscrire, a 1 un des programmes des prochains concerts Ysaye,\nun Poème Symphonique du jeune compositeur américain Martin Lœffier qu'il entendit et\napprécia. Cette œuvre offre certaines difficultés d'exécution. Elle requiert aussi une salle assez\nvaste, et une disposition d orchestre très spéciale. \" Ce sera peut-être, fait observer Ysaye,\nune raison d impossibilité matérielle, car les Con ne disposant plus de\ndont les conditions de location sont devenues inabordables pour aucune société belge, sont\nencoie a la recherche d un local. La salle du Conservatoire, la seule qui convienne aux grandes\nauditions, officiellement demandée, leur fut immédiatement refusée. \"\nLe maître nous apprend aussi qu'il a ébauché, avant son départ, avec la ville de San\nFrancisco, un projet pour la participation de son orchestre aux festivités musicales qui auront\nlieu a 1 Exposition de 1915 en la cité Californienne. A cette époque, sans doute les Concerts\nYsaye^pourront-ils y porter le titre, hautement mérité, d'orchestre royal, du fait de la nomination\nbientôt officiele de leur chef à la Maîtrise de Chapelle du Roi Albert.\nEt d'ici là, Eugène Ysaye et son fils auront été de nouveau attirés en Amérique par un\nengagement brillant qui les y ramènera dès l'automne prochain.\n\nM. Brusselmans."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-09-01-c024", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-09_01#c024", "volume": "bmtnabh_1913-09_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 64, "image_fin": 64, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.2.11", "titre_corps": "EUGÈNE YSAYE", "titre_sommaire": "EUGÈNE YSAYE", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.64", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 12, "texte": "EUGÈNE YSAYE"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-09-01-c025", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-09_01#c025", "volume": "bmtnabh_1913-09_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 65, "image_fin": 65, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.2.12", "titre_corps": "M. 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Spa est peut-être la ville d'eaux où l'on fait\nactuellement le plus de musique. La musique est, du reste, un plaisir que les médecins spadois\nrecommandent à leur clientèle, et les neurasthéniques les plus \" abîmés \" du docteur Schaltin\naccourent comme au miracle aux Concerts de que dirige l'excellent maître\nliégeois Oscar Dossin.\nOr, le miracle opère. Les éclopés et les mélancoliques de marque qui, de tous les coins\nde l'Europe, viennent ici reprendre le goût de la vie, s'unissent chaque soir à une élite\nd'amateurs appartenant à tous les mondes pour acclamer l'infatigable orchestre symphonique\ndont les meilleurs éléments sont fournis par le Conservatoire de Liège.\nOn ne saurait exécuter avec plus de couleur et plus de fidélité le répertoire varié\nqu'impose le sévère auditoire de Spa. Depuis que la bille a cessé de grincer dans les roulettes,\nla clientèle des joueurs a disparu et les mélomanes arrivent ici en maîtres ; on ne leur discute\naucune satisfaction.\nA côté des meilleures pages de Schumann, de César Franck, de Berlioz, de d'lndy, de\nBorodine, de Saint-Saëns, de Debussy et de Fauré, je dois noter comme excellemment inter-\nprêtés : la Symphonie en sol mineur de Mozart et Y Inachevée de Schubert, des fragments du\nManfred de Schumann et des Erynniesde Massenet, la de Grétry et la\nalgérienne de Saint-Saëns, la Kermesse flamande [de Jan Blockx, le de\nLuigini, les Scènes de Ballet de Glazounow, la de\nBorodine, Sigurd Jorsalfarde Grieg, le Carnaval de Swendsen, etc...\nAvec cela, beaucoup de Wagner, naturellement ; du Tschaikowski, dont Mlle Juliette\nWihl, qui professe au Conservatoire de Berlin, détailla prestigieusement et avec de surprenantes\nvigueurs d'athlète complet, le Concerto en si B 23) ;du Rubinstein de rêve, que\nvinrent applaudir solennellement le prince Nakaschitze et toute la légation russe en l'honneur\ndes Romanoff et de Pierre-le-Grand un ancien client de Spa commémorés ; des\nfragments de l'opéra de Glinka, Russlane et Ludmique Mme Olga de NabokofF a cru devoir\ninterprêter avec d'attrayantes singularités de musique qui ont fait oublier son insouciance des\ntextes ; quelques tranches caractéristiques du Prin de Borodine et de la de\nRimsky-Korsakov, auxquelles le ténor pétersbourgeois Krijanowski consacra les fraîcheurs les\nplus jeunes de sa voix caressante et souple.\nAinsi, le docte et spirituel historiographe Albin Body pourra, cette année encore, ajouter\nde bonnes pages à son Histoire de la musique h Spay qui est un document des plus précieux\npour ce qui touche l'évolution du goût musical chez les gens du monde qui se reposent, qui se\nsoignent ou qui s'amusent.\nIl n'est que juste de rendre spécialement hommage à M. Oscar Dossin, qui dirige les\nbeaux concerts du Kursaal et qui est, du reste, l'un des plus éminents professeurs du Conser-\nvatoire royal de Liège. Ce M. Dossin est un tout petit homme, avec un talent fécond, éclec-\ntique, infatigable. Chaque jour, il se renouvelle et se surpasse. On se sentirait presque tenté,\nen ce monde de buveurs d'eau, de voir en M. Dossin une manière de \" sourcier \", tant pour\ncertaines de ses clairvoyances inattendues et inédites que pour des ferveurs loyales, presque\nnaïves, soulignées d'attitudes extatiques et d'eftets de baguette qui lui valent les suffrages les\nplus contradictoires."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.67", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3450, "texte": "Une légion de brillants artistes et d'une modestie au-dessus de l'éloge seconde M. Dossin.\nJe signale entr'autres, M. J. Gaillard, une des gloires du violoncelle et M. J. Rogister, un\nvirtuose de l'alto, l'un et l'autre professeurs au Conservatoire royal de Liège. Ces deux maîtres,\njouissent d'une haute réputation artistique, et le premier, notamment, M. Gaillard, qui fut\nacclamé à Paris et en Amérique, nous a donné deux remarquables séances de musique de\nchambre, avec le concours de la cantatrice Wybauw-Detilleux des concerts du Conservatoire\nde Bruxelles, de la pianiste Stewart et du violoniste René Bohet.\nAu programme de la première séance, quatuor de Schumann, quatuor de Saint-Saëns,\nsonate pour piano et violon de César Franck. C'est au seul Beethoven que ces excellents\nartistes ont consacré leur second concert. Comme vous voyez, on ne saurait mieux employer\nles après-midi de ville d'eaux. Il appartenait à M. Mouru de Lacotte, qui dirige tous les\nplaisirs de Spa, de compléter, avec son habituelle sagacité, cette saison musicale par une série\nde représentations d'opéra et d'opéra-comique. Rien n'y a manqué, depuis Roméo et Juliette,\nThaïs et Carmen jusqu'à La Dame blanche et La Il faut que tout le monde s'amuse,\nles grands et les petits...\nBIBLIOGRAPHIE. Traité d'harmonie par M. Louis de Bondt, professeur au\nConservatoire Royal de Bruxelles. Edition G. Oertel, rue de la Régence, Bruxelles.\nM. Louis de Bondt présente ainsi son ouvrage : \" Il constitue moins un Traité d'harmonie\nqu'un recueil d'exercices. Le traité a le grave défaut d'être purement théorique et de ne fournir\nà l'élève aucune occasion d'appliquer les règles énoncées, souvent fort obscures pour lui.\nDans le recueil d'exercices,au contraire, chaque exemple est suivi d'exercices pratiques, permet-\ntant d'en saisir toute la portée d'une façon claire et complète. \" Effectivement, ce livre n'est\npas chargé de théories confuses. Les règles y sont exposées avec la plus grande concision,l'exemple\nles rend vivantes à l'élève qui les applique immédiatement dans les exercices, fort habilement\ngradués et qui l'accoutument à l'harmonisation tant des basses que des soprani, le conduisant,\npar un judicieux choix des accords, au travail de l'harmonie sans chiffre. La première partie\ndu cours de M. De Bondt est consacrée à l'accord de trois sons, du majeur diatonique, des\nmineurs harmonique, mélodique et antique et du majeur-mineur. Accords et renversements\ny sont étudiés, de même que les cadences, qui font l'objet d'un chapitre spécial, les\nmodulations, les progressions, les ornements mélodiques. Les modèles sont empruntés à Bach,\nPalestrina, Adrien Willaert, da Vittoria, Orlando di Lasso, Arcadelt, P. de la Rue, Emilio\ndel Cavalière, Poselli, Soriano, Cordans, etc... Ce précis est à la portée de l'étudiant. Il\nrendra certainement de grands services dans les conservatoires et écoles de musique, de même\nqu'à ceux qui cherchent un guide clair et précis, qui ne les lasse ni égare.\nVisions, scène chorale, pour voix d'hommes, édition Orphèa, Bruxelles.\nSur un poème d'inspiration mystique de M. Louis Moreau, le compositeur H. Weyts a\nécrit un choral de rythme large, et d'accents colorés. Ses harmonies font songer à un chant\nd'église, montant vers les voûtes sonores de la nef, dans la fumée des encens bleus et l'embrase-\nment des vitraux. Cette œuvre était imposée au Concours International de Malines (15 août).\n\nBaronne d'Orchamps."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.68", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 2530, "texte": "NOUVELLES. Le compositeur Paul La Gye achève un drame en 3 actes La Victoire\nd'Aphrodite, sur un poème du comte Albert du Bois, tiré de U Aphrodite et le Khèroub, mettant\nen relief de façon saisissante la figure du prophète Ezéchiel. Par suite de nécessités absolues,\nquelques passages ont été arrangés pour la scène lyrique par M. J. Chot, mais le texte de\nM. du Bois a été presque complètement respecté par le compositeur.\nD'autre part, on annonce que la ville de Spa s'apprête à créer en son théâtre Franchimont,\nopéra en 2 actes, poème et musique du même. L'ouvrage fut primé et couronné à l'unanimité\nau concours organisé en cette ville. Cette représentation coïncidera avec les fêtes commémora-\ntives des 600 Franchimontois.\nLe compositeur Léon Delcroix termine une œuvre lyrique en 3 actes \" Le Sourire\nde l'lnfante \" sur un livret de Géo Drains. L'action se passe en Espagne, au XVIe siècle, et\noppose le caractère d'un gueux flamand, joyeux et rude, avec l'âme sombre d'une infante. Ces\nartistes travaillent aussi à L'Histoire magnifique, comédie lyrique. M. Delcroix donnera encore\ncet hiver, au Théâtre de la Gaîté à Bruxelles, \" Le Petit Poucet \", conte féérique, paraphrasé\nmusicalement, de M. J. Elslander.\nM. Théo Ysaye vient d'être nommé chevalier de la Légion d'honneur. On sait qu'il\nn'est pas seulement un excellent pianiste, mais bien plutôt un admirable compositeur, en qui\nl'on pourrait voir le chef d'un jeune mouvement franco-wallon, dans les voies modernes.\nM. Théo Ysaye a déjà produit nombre d'œuvres importantes, tant symphoniques que de\nmusique de chambre. Il jouit d'une haute réputation à l'étranger. Tous les musiciens applau-\ndissent à la distinction que le gouvernement français lui octroie, légitimement.\nLa société chorale : La Wallonie d'Anvers a triomphé, par cinq voix contre deux à des\nsociétés hollandaises concurrentes, au Tournoi International de Malines. La jeune phalange,\ndepuis peu de temps, a pour directeur M. Voncken, professeur à l'école de musique de Verviers.\nCe beau succès honore l'orphéon et son chef.\nM. Amédée Gastoué vient d'achever pour une scène parisienne, la partition d'orchestre\nde Viviane, écrite pour un drame en 3 actes, de Georges Gourdon, dont les Chansons de Geste\nsont aujourd'hui classiques. Dans cette œuvre, le poète, familier avec la littérature du moyen-\nâge, a su très heureusement moderniser l'antique symbole de la légende celtique et \" trouver \"\nun dénouement dont l'effet est doublé par la musique du jeune maître de la Schola cantorum."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-09-01-c028", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-09_01#c028", "volume": "bmtnabh_1913-09_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 69, "image_fin": 71, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.2.14", "titre_corps": "La Musique dans le Midi", "titre_sommaire": "La Musique dans le Midi", "signature_source": "Edouard Perrin", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.69", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3509, "texte": "La Musique dans le Midi\n\nUn vent de décentralisation souffle depuis quelque temps en France. Rouen donna jadis\nune impulsion sérieuse à ce mouvement intéressant ; Lyon, Bordeaux, Nice, Lille suivaient,\net d'autres villes encore, encouragées depuis par la prime officielle. Les sceptiques vous diront\nque ce mouvement n'a fait éclore aucun chef-d'œuvre, et que les musiciens sûrs d'eux-mêmes\net un peu ambitieux voudront toujours que Paris découvre et consacre leur talent. Pourquoi ?\nCela s'explique très bien ; en Province, ils n'ont pas de public, pas de critique, pas de publicité\nassez grande. Vous objecterez peut-être que dans des grandes villes comme Marseille,\nBordeaux, Toulouse, la population est assez considérable pour fournir un parterre instruit et\nsuffisant. Mais il faut remarquer que ce public a des idées, des coutumes, des préjugés,\ndifférents de ville en ville, et qu'il leur faut par conséquent des œuvres adéquates à ces idées,\nces coutumes et ces préjugés. Un auteur breton qui se ferait jouer à Marseille, ou un marseil-\nlais qui se ferait exécuter à Lille risqueraient de ne pas se faire comprendre. Alors le problème\nreste plus que jamais posé.\nA Nice, ville cosmopolite, mais qui n'avait pas su jusqu'à présent se faire prendre au\nsérieux, cette décentralisation paraît possible, tout autant qu'à Montecarlo qui a le même\npublic, mais des moyens de réclame exceptionnels. Ancienne cité italienne, elle préféra long-\ntemps le répertoire italien moderne, qui essaya de s'y implanter, nous en parlâmes autrefois\ndans le Mercure Musical.Depuis le mouvement s'est ralenti. La a été jouée\nentièrement, et cette année on a donné le Crépuscule des Dieux. On a pu faire entendre sans\nprotestations Pelléas et Mélisandeau Casino ;ony a vu réussir créer le\nChâteau de la Bretkhe,du belge Albert Dupuis, et de Ch. Silver. Ce sont là de\npetits événements pour un parisien qui a vu les ballets russes, mais qui valent d'être signalés,\ncomme symptomatiques.\nA Marseille, deuxième ville de France, on crée drame lyrique de M. Durand\nBoch, mais on joue surtout la Tosca,et le public s'en contente. Aux concerts classiques,\nM. de Lacerda, bon musicien, chef d'orchestre un peu mou, n'arrive pas à enflammer un\npublic que les hardiesses d'un Debussy font encore sourire. Aussi M. de Lacerda abandonne\nla baguette. Son successeur, M. Louis Hasselmans, sera-t-il plus heureux et triomphera-t-il\nde cette regrettable indifférence ?...\nA Nîmes, une société se fonde uniquement pour chanter la\net les chanteurs comme les exécutants ne sont pas rétribués, mais ils payent au contraire pour\nassurer une exécution d'ailleurs des plus convenables du chef-d'œuvre de Bach. Au\nThéâtre on crée Dans la tourmente,drame lyrique de M. Serge Basset pour les paroles et de\nM. H. Contessc pour la musique. Comme dans la scène se passe sous la Révolution.\nŒuvre non dépourvue de mérite.\nA Montpellier on crée Gaspard de Besse.Mieux vaut n'en pas parler. Depuis 1830,\njamais musicien n'avait abusé de la cadence parfaite comme l'auteur de cet opéra mort-né,\nqui a été joué une fois et demie (à la deuxième représentation on en avait coupé la moitié).\nL'Opéra de notre ville ne brille pas de l'éclat qui lui conviendrait. On compte beaucoup sur\nla nouvelle direction, confiée à M. Alicot, ancien chef de musique du 2e génie, dont le goût\nmusical et la bonne volonté nous promettent une saison un peu plus artistique que les\nprécédentes.\nLe Théâtre de Montpellier a éprouvé bien des vicissitudes depuis son origine. En 1755"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.70", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 4036, "texte": "le Duc de Richelieu créa la première salle de spectacle, inaugurée par la représentation de\nPyrame et Thisbè (l'œuvre de Rebel et Francœur datait de 1726). Cette salle, dont on vante\nl'élégance sobre, était due à l'architecte Maréschal, auteur de la restauration de la fameuse\nFontaine de Nîmes. Elle brûla en 1785, fut remplacée en 1788 par une autre plus grande,\nmais dans le même bon style, qui elle même en 1881, fut détruite par un incendie pendant\nune représentation d ' Hamletà laquelle assistait Mme Amb. Thomas. Une salle provisoire fut\négalement la proie des flammes quelques années plus tard. L'Opéra actuel, qui ressemble un\npeu à l'Opéra-Comique, est dû à l'architecte Cassien-Bernard, et décoré par Injalbert, Baussan\net Michel. Pendant un demi-siècle aucun directeur ne put achever la saison, tant les recettes\nétaient insuffisantes.\nMontpellier a droit à une saison musicale, brillante et sérieuse. D'une hâtive enquête\nfaite dans les grandes villes méridionales, de Toulouse ville artistique par excellence à\nNice, il résulte que plus qu'à Marseille, Avignon, Nîmes, Béziers, etc. le bon goût musical\nrègne à Montpellier. Cependant on ne peut arriver à constituer une société sérieuse de musique\ninstrumentale. De temps en temps quelques musiciens groupés font entendre une\nde Beethoven, exécutée médiocrement. Seule la Mutuelle des musiciens, sous les auspices de\nM. Granier, distingué Directeur de notre très bon conservatoire, réussit quelques essais\nsérieux. Cette année elle exécuta la troisième symphonie en de M. André Gedalge, œuvre\ntrès travaillée, aux développements pénibles, d'un contrepoint intéressant mais lourd, où\nquelques idées assez agréables sont étouffées par des procédés de composition passablement\nsurannés. L'exécution fut bonne, et l'accueil froid.\nLa Société Ch. Bordes et son chef actif Paul Coulet se préoccupent surtout de nous faire\nentendre du nouveau. Grâce à eux nous connaissons des chœurs de J. Pillois, Debussy, d'lndy,\nFl. Schmitt, etc. sans parler des œuvres de la Renaissance, des Costeley, Lassus, Palestrina, et\nquelques autres plus récentes peu ou pas connues. Un public d'universitaires, de lettrés et de\nraffinés applaudit à ces manifestations d'art réel, assez rares en Province.\nEn revanche les artistes de passage ne sont pas très satisfaits de notre Public. La froideur\nqui les accueille devrait pourtant leur servir de leçon. Les bons exécutants sont de moins en\nmoins rare, et la qualité des œuvres exécutées nous intéresse davantage que les tendances ou\nl'habileté des virtuoses. Parmi les pianistes les plus appréciés citons : MM. Mark Hambourg,\nCortot, Koczalski, à qui nous devons de mieux connaître Chopin pour lequel nous devenions\ninjustes ; David Blitz, Ciampi, Mmes B. Marx Goldschmidt, Blanche Selva, qui nous fit\nconnaître des œuvres nouvelles de Déodat de Severac, et une suite de Roussel, d'un\nintérêt musical évident, mais qui n'a pas plu. Parmi les violonistes nous avons applaudi\nMM. Spalding, très en forme, et M. Enesco, un peu fatigué mais très expressif.\nComme chanteurs, il faut citer MM. Frœlich, un peu monotone, Mme Marie de Lisle,\nplus intéressante au théâtre, Mme J. Raunay qui (avec le quateur Lefeuve exécutant la très\ncurieuse suite basque)nous a révélé un Charles Bordes compositeur délicieux, sincère et ingé-\nnieux dans des harmonies neuves et agréables, mais rendues avec peut-être un peu trop de\nfantaisie ;et enfin Mme Paule de Lestang qui a obtenu un très grand succès, et à laquelle le\npublic montpellierain est reconnaissant de lui avoir fait connaître du Debussy, et du\nMoussorgsky, chantés avec un goût incomparable.\nParmi les artistes locaux qui contribuent, par leur talent réel, au succès de ces séances, il\nfaut citer le violoniste Caries, les pianistes Combes et Bérard, le contralto Mme Lapeyre-\nThalès, Mme Rohart-Villot, etc.\nOn ne peut nier qu'un véritable mouvement musical se soit créé à Montpellier. Chez de\nriches amateurs se donnent des séances intéressantes, avec les éléments dont je viens de parler."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.71", "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 3945, "texte": "Pour donner une idée des progrès de la musique moderne dans notre ville, voici le nom des\nauteurs mis au programme d'une audition d'élèves chanteurs (Mme Rivière, professeur) :\nCambert, Lully, Rameau, Grétry, J. Huré, P. de Bréville, L. de Serres, Ch. Bordes, A. de\nCastillon, Fl. Schmitt, M. Ravel, Cl. Debussy G. Fauré, Roger\nDucasse, etc.\nJe ne saurais terminer cette rapide revue de la musique dans le Midi, sans parler des\nthéâtres de plein air. Là encore la question est complexe. Quelles sont les œuvres qui con-\nviennent à ce cadre ? L'an dernier, à Orange, Yde Gluck ne fut supportable que grâce\nau métal de la voix de Mme Litvinne. Cette année, la Comédie Française ne s'était pas mise\nen frais de musique. On avait dérangé un prix de Rome pour conduire un solo de flûte\naccompagné par le quatuor, c'était bien inutile. La Symphonie pastorale annoncée (quelle\nsingulière idée !) ne fut pas exécutée. Seule une musique militaire joua la Marseillaise à cause\nd'un Ministre, c'est peu et c'est trop.\nA Nimes on fait de bonnes choses. Antigone fut accompagnée de la musique de Saint-\nSaëns, très discutable comme tendance, mais sonnant bien dans le plein-air. Béziers n'existe\nplus, mais fait école. A Coursan on a donne la Fille de la Terre de Emile Sicard, avec une\nintéressante musique de Déodat de Séverac. Mais ici encore l'orchestration, toute spéciale,\nest due à un chef de fanfare. L'auteur n'est donc plus à son aise, et il cherche encore sa voie.\nAilleurs on donne simplement des opéras connus, joués sous des arbres: à Toulouse, Aïday\nà Cauterets, Alceste, à Montpellier nous eûmes l'Aphrodite d'Erlanger, qui plut.\nMais 011 sent que dans ce genre la voie n'est pas encore ouverte. Le souvenir des Grecs\nnous obsède et nous lie. Notre musique très compliquée ne s'accommode pas du tout des\nnécessités d'un genre qui exige la simplicité. Il y a cependant quelque chose à trouver, peut-\nêtre la véritable musique populaire, et c'est là seulement que tout espoir de décentralisation\nefficace est possible. Les musiciens devraient y songer.\nEn attendant, les Méridionaux fêtent Gounod et lui élèvent un buste à S 1 Remy, parce\nqu'il vint s'y inspirer du soleil et du ciel de la Provence pour composer sa Mireille. Mistral\nétait présent, ainsi qu'un ministre, enchanté d'une occasion si belle de ne pas parler politique.\nA l'église, la messe de Sainte-Cécile fut exécutée avec ferveur, et sur le flanc des Alpilles, dans\nun paysage un peu sec mais caractéristique, l'œuvre de Gounod et de Mistral fut représentée\ntelle que l'avait d'abord conçue le musicien, avec le tableau du Rhône, et la mort de Mireille.\nEt c'est certainement beaucoup mieux ainsi. Mais de même que l'on rétablissait ce que l'on\navait malencontreusement modifié pour les besoins (?) de la scène, peut-être eut-il fallu\nretrancher quelques valses inutiles et autres fâcheuses ritournelles imposées par le mauvais goût\ndes uns et des autres.\nCar Gounod nous aurait peut-être étonnés par son goût si ses contemporains l'avaient\nlaissé faire. Et je crois vraiment que son séjour à S' Remy ne lui a pas été inutile, bien qu'il\nait très peu emprunté au folklore local, à l'inverse de Bizet. Les poètes méridionaux sourient\navec scepticisme quand on leur parle de la couleur locale dans Mireille. Pas moins, ces félibres\nont un goût musical si déplorable, que l'on hésite à prendre leur opinion au sérieux.\nQuoiqu'il en soit, bien que la farandole, pas plus que celle de Y A rlésienne d'ailleurs, ne\nsoit une véritable farandole, malgré beaucoup d'autres choses encore, il y a dans des\nidées charmantes, qui restent telles dans le cadre méridional où on les a entendues. Cela est\npresque rustique. Mais, de même que Mistral quand il dit qu'il ne chante que pour les pâtres\net les gens des mas, Gounod s'est trompé s'il a cru faire de la musique populaire. Et là-dessus\ntout est encore à dire et en musique l'on ne vient jamais trop tard....\n\nEdouard Perrin."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-09-01-c029", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-09_01#c029", "volume": "bmtnabh_1913-09_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 72, "image_fin": 73, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.2.15", "titre_corps": "Impressions Münichoises", "titre_sommaire": "Impressions Münichoises", "signature_source": "Edmond Delage", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.72", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3649, "texte": "Impressions Münichoises\n\nMûnich est devenue la capitale du tourisme international. Alpinistes en \" loden \"\nAllemandes habillées de vert, Anglais et Américains, attirés par la réclame de Cook et\nSchenker, se ruent dès juillet vers l'Athènes de la Sprée. Les uns y attendent sous l'averse le\ndépart pour les cimes tyroliennes ; les autres y viennent chercher des sensations musicales plus\ncoûteuses et plus authentiques encore que ne peuvent leur en procurer \"at home \" les étoiles\ninternationales en mal d'argent. N'était-ce pas cependant, de la part des Mûnichois, une\naudace bien grande, que d'élever en face du sanctuaire Bayreuthien resté cette année\nhautainement clos un autre temple où viendrait se presser l'élite du monde musical ? La\nréclame a, une fois encore, triomphé. Elle avait déjà su draîner le Pactole Américain vers les\ntréteaux rustiques d'Oberammergau. Nous y avions vu les foules transatlantiques enlever au\npieux mystère tout son charme rustique, donner à ces paysans le goût du cabotinage et du\nmercantilisme les plus éhontés. N'assistons-nous pas ici au même phénomène social ? N'est-il\npas à craindre qu'à l'âge du Wagnérisme triomphant n'ait succédé celui du Wagnérisme\nindustriel, et n'entrevoyons-nous déjà pas les dangers que court l'art du Maître à se commettre\nainsi parmi la foule des riches oisifs internationaux ? Est-ce bien là ce qu'il avait rêvé, quand\nil établit son temple \"au centre de la forêt hercynienne où jamais les Romains ne péné-\ntrèrent \" 1 ; sont-ce bien là les foules de l'avenir qu'il voyait déjà monter vers lui en longues\nthéories parmi les pentes aimables des coteaux de Bayreuth ? Eût-il approuvé cette méthodique\nexploitation du public, et les 30 pfennigs de vestiaire que l'administration a cru, cette année,\ndevoir ajouter au prix de 25 marks la place ?\nEût-il, surtout, aimé l'interprétation qu'a donnée de ses œuvres le Théâtre du Prince\nRégent ? Il n'eût eu, sans doute, pour la plupart des acteurs, brillantes étoiles tombées des\ncieux américains, pour les Cahier, les Fremdstatt, les Matzenauer, les Morena, les Feinhals\nà qui d'ailleurs la critique allemande reproche parfois d'avoir oublié là-bas les saines tradi-\ntions et trop souvent sacrifié à l'idole du \" bel canto \"—, il n'eût eu pour eux que des paroles\nde louange. Mais qu'eût-il pensé de ceux qui doivent imprimer à l'œuvre la marque de leur\npersonnalité, et être le reflet fidèle du génie créateur ? Exacts, consciencieux, tels nous sont\napparus les chefs d'orchestre MM. B. Walter, Rôhr et Hess, mais la conscience suffit-elle\ntoujours, là où il faudrait le souffle des grandes épopées ? Et tous nous songions à celui qui\nsavait garder aux Maîtres Chanteurs leur bonhomie, et aux Dieux Mourants leur grandeur, à\nMottl, que personne encore n'a remplacé.\nAriane à Naxos constitue le piment du festin wagnérien que Mûnich offre à ses hôtes.\nC'est au Théâtre de la Résidence que R. Strauss destina tout d'abord ce divertissement. Il est\npeu de salles aussi capables d'inspirer un poète ou un musicien. Mais combien nous avons, une\nfois de plus, compati à l'affolement de ce pauvre Jourdain ! Si Molière eût écrit un divertisse-\nment pour en régaler ses amis, ce n'eût certes pas été cette mixture bizarre de symbolisme\ngœthéen et de farce italienne, où plus rien ne transparaît de la franche gaîté et de la malice\ndu Bourgeois Gentilhomme. La musique produit une impression pénible. Nous avons, certes,\naimé le quatuor des Masques, et la lamentation tragique des trois suivantes d'Ariane, et\nsurtout le burlesque défilé des plats. Mais ce petit orchestre de trente musiciens, si délicat et\n\n1 Cf. Œuvres, IX, Bayreuth, p. 324."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.73", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 3000, "texte": "si sonore dans les opéras de Mozart, résonne ici presque désagréablement ; il tonitrue ou\nchante pauvrement ; il lui manque surtout l'ironie légère et la mélodie. Combien mieux\ninspiré nous est apparu R. Strauss dans son Chevalier à la Rose, entendu par hasard à Vienne,\noù il est devenu rapidement populaire. Représentation très ordinaire de la saison d'été, mais\ndont l'excellente tenue nous a donné une haute idée de l'Opéra Impérial. Il se pourrait bien\nque le Chevalier à la Rose demeurât le chef-d'œuvre théâtral de Strauss. La grande déclamation\nlyrique s'y marie à une orchestration d'une richesse, d'une légèreté, et d'une drôlerie\nsuprêmes. Il faut entendre à Vienne, chantée par des Viennois, avec leurs intonations si\n\" gemutlich \", cette musique si joyeuse, et, malgré sa science, restée si bon enfant.\nLôwe inaugura la série de ses dix concerts de gala par la ire Symphonie de Beethoven et\nla 8° de Bruckner, une de celles où s'exprima le mieux l'âme du vieil Autrichien. Une\nsilhouette de l'époque le représente, timide et gauche, devant le maître de Bayreuth, qui lui\noffre une prise. Il n'osa jamais espérer la place glorieuse qu'il occupe aujourd'hui dans l'ombre\nde Wagner. Il vécut jusqu'au bout sa simple vie de maître d'école, dépaysé au milieu des\nélégances viennoises. La critique du temps l'opposa souvent à Brahms. Nous avons pourtant,\ngâtés que nous sommes par la sobriété, la finesse de nos musiciens d'aujourd'hui, l'impression\nqu'ils sont frères par l'ampleur et la richesse de leurs créations. L'un reste plus didactique et\nplus pondéré ; l'autre épanche plus librement le contenu de son être naïf et enthousiaste ;\nchez lui, nous entendons, ponctués par les grandes fanfares Wagnériennes, les échos des\nrythmes paysans de la Basse Autriche ? Est-ce la raison qui nous le rend difficilement acces-\nsible ? Pourquoi devons-nous faire effort pour voir en lui un des interprètes les plus profonds\nde l'âme religieuse allemande, un des descendants directs de l'incommensurable Jean Paul ?\nC'est peut-être parce qu'il n'a jamais su se borner. Nous nous embarquons à sa suite pour un\nvoyage sans fin, sur une mer d'harmonie sans cesse ruisselante. César Franck en est-il moins\nprofond, pour être plus concis ? Et cependant, que de beautés profondes dans cette 8e sym-\nphonie, quelle gradation dans les divers mouvements, jusqu'au finale, où il semble avoir voulu\nexprimer l'inexprimable, en de mystiques extases parsifaliennes. Lôwe, le grand apôtre de la\nfoi Brucknérienne, l'a joué une fois de plus avec amour et perfection, et a su aussi bien\nexprimer sa grandeur, que sa gaîté rustique. C'est aussi ce caractère de grâce naïve, de joie\npresque sensuelle que le chef d'orchestre viennois a su donner à son interprétation des deux\npremières symphonies de Beethoven, les seules qu'il nous fut donné d'entendre.\nL'orchestre du Konzert-Verein, qu'une intervention opportune du bourgmestre de\nMttnich a sauvé de la dissolution, mérita nos ovations.\n\nEdmond Delage."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-09-01-c031", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-09_01#c031", "volume": "bmtnabh_1913-09_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 74, "image_fin": 75, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.2.16", "titre_corps": "Çà et Là", "titre_sommaire": "Çà et Là", "signature_source": "Théophile Puget", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.74", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2394, "texte": "Çà et Là\n\nIl est grand bruit parmi les historiens et les philologues d'un papyrus découvert récem-\nment et qui révélerait, soi-disant, des signes de notation musicale. Pour renseigner nos lecteurs\nà ce sujet, nous nous sommes adressé à notre éminent collègue M. Théodore Reinach,\nmembre de l'lnstitut, qui nous répond par la très intéressante lettre qui suit :\nCher Monsieur,\nLe fragment de Sappho dont vous me parlez a paru, en effet, dans un volume appelé\nDikaïomata (à cause d'un fragment juridique important) publié par la Société grecque de\nl'Université de Halle (Berlin, Weidmann, 1913). Ce fragment est extrêmement mutilé :on\nn'a que les extrémités finales de 11 vers, et chaque fin de vers ne représente probablement\nque le tiers de la ligne : c'est vous dire que le texte en est absolument incompréhensible.\nSur un certain nombre de voyelles on remarque des signes (environ 13 en tout), où les\nuns ont vu des signes d'accent ou de ponctuation, les autres des notes de musique instrumen-\ntales (!) du genre enharmonique. Je suis persuadé, pour ma part, qu'il ne s'agit de rien de tout\ncela, mais simplement de signes rythmiques, souvent d'ailleurs mal placés par un scribe\nignorant. Je ne sais où a paru l'article de Wessely auquel vous faites allusion, mais il y aura\nprobablement dit des choses aussi intéressantes et aventureuses qu'au sujet du papyrus d'Oreste\nde l'archiduc Renier.\nVotre tout dévoué\nTHÉODORE REINACH.\n* *\nLe Tonkuenstler-Vereinde Berlin dont la riche bibliothèque a été récemment ouverte au\npublic, vient de réserver une salle à la lecture des périodiques musicaux. Voilà une bonne\ninitiative.\n* *\nL'Ecole Nîedermeyer met au concours pour son internat un certain nombre de parts de\nbourses de 300 fr. destinées à des jeunes gens bien doués pour la musique et peu fortunés.\nEcrire à l'Administrateur de l'Ecole, 18, rue des Pins, Boulogne s/Seine.\n*\n* *\nLa session d'été de l'Université d'Oxford a été consacrée spécialement à la France et à\nla culture française. Quatre conférences sur la musique ont été faites par M. D. Calvocoressi\nqui, au cours d'intéressantes auditions, a fait entendre des œuvres de Lulli, Rameau, Grétry,\nRousseau, Lalo, Franck, Fauré, Debussy, Chabrier, Satie, Schmitt, Séverac, Ravel, etc.\nD'Oxford, le conférencier est allé ensuite en Irlande porter la bonne parole et continuer avec\nsuccès sa propagande en faveur de l'art français.\n*\n*"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.75", "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 2698, "texte": "Luchon, Cauteretsy Bagnères de Bigorre réunis sous une même direction ont connu, en\neffet, durant cette saison, des enthousiasmes que ces casinos n'osaient plus espérer. Une troupe\nqui comprenait M. Villette, M\"e Galli-Sylva, M. Mouchez, M. Cormerais, Mlle Fanty,\nMlle Charrin, M. Chassagne, M. Bruis, Mme de Lafory et ou brilla M. Duclos, a promené\ntriomphalement dans les trois cités Rigoletto, et tous les ouvrages du\nrépertoire.\nLes concerts n'ont point été négligés non plus. A Bagnères de Bigorre, notamment,\nM. René Doire, dont l'orchestre était formé de virtuoses véritables, a interprêté toutes les\ngrandes œuvres anciennes depuis Bach, Haendel, Mozart, Beethoven (7% 8e et 9e symphonies)\nSchumann (Symphonie en ré mineur) ; Schubert Weber, Mendelssohn\nGrandes Ouvertures),jusqu'à Brahms, Wagner, Tchaïkowski, Lalo, Rimsky-Korsakoff ;\nBorodine, Franck, S 1 Saëns, Massenet, Charpentier, Debussy, Erlanger : et le public prête la\nplus vive attention à ces auditions impeccables qui constituaient dans leur ensemble, comme\nun véritable histoire de la musique.\n*\n* *\nLe Casino municipal de La Bourboulebénéficia d'une saison exceptionnellement intéres-\nsante. Sous la brillante direction d'Armand Ferté un orchestre remarquable exécuta les œuvres\nclassiques et modernes les mieux choisies. Les solistes étaient ceux de nos grandes associations\nsymphoniques, Mlle Madeleine Bonnard, MM. Paulet et Tordo. Avec des chanteurs d'une\nculture musicale aussi parfaite les concerts de la saison furent vraiment hors de pair.\nOn fut moins complet à Boulogne,d'une variété moins classique à et d'une rantaisie\nplus accusée à Granvilleou M. Jemin tint avec une autorité délicieuse la place de premier\nchef d'orchestre.\nMaintenant, d'ailleurs, tout est achevé partout. Seul le Casino de s'essaie à\nl'heure au j'écris ces lignes, à répéter après tous les autres casinos un répertoire ou\ndière seule constitue une nouveauté... C'est une manière qu'à comme cela M. Boulant de se\nsingulariser.\nNous verrons lorsque le Casino d'llbaritz car la nouvelle est aujourd'hui certaine,\nBidart aura son Casino ouvrira ses jardins aux riches espagnols et aux épris de belle nature,\nsi M. Boulant poursuivra longtemps les principes qui sont les siens et que personne ne lui envie.\nAussi bien lui restera-t-il toujours la possibilité pour s'affirmer autrement que les autres, de\nrefuser à ses orchestres l'autorisation de participer aux spectacles de bienfaisance qui sont\norganisés en faveur des sinistrés du Pays ou il est établi.\nDame ! cela s'est produit le 17 août pour une représentation de Carmen dont le produit,\ns'il y en avait eu un, serait allé aux inondés de la Région Basque...\n\nThéophile Puget."}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-09-01-c032", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-09_01#c032", "volume": "bmtnabh_1913-09_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "n. p.", "page_fin": "n. p.", "image_debut": 76, "image_fin": 77, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.2.17", "titre_corps": "La Musique dans les Casinos", "titre_sommaire": "La Musique dans les Casinos", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.76", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3440, "texte": "La Musique dans les Casinos\nEn raison de l'éclectisme de la saison théâtrale, le Casino de a pris rang parmi les\nthéâtres de province de tout premier plan. L'art lyrique, aussi bien que l'art dramatique\nne sont point considérés, en effet, par M. Rachet comme un accessoire de la salle de jeu ; au\ncontraire, il semble que ce Directeur dont le souci de bien faire est connu, ait voulu que le\nservice dont il a la charge constitue pour la coquette station thermale une gloire propre à\nlaisser oublier qu'il est des tapis verts proche la salle de spectacles. Si ce fut là son but, il y a\nréussi et le dernier mois d'Août comptera parmi les plus brillantes périodes de Vichy.\nThaïs, Samson et Dali la, L'Attaque du Moulin, et P Etranger\nalternèrent avec les ouvrages les plus appréciés du répertoire de comédie, tandis que le ballet\ndansait Javotteet Djaliet que M. Philippe Gaubert dont on sait la maîtrise superbe donnait\naux classiques les plus pures, les plus probes, les plus émouvantes interprétations qui puissent être.\nParmi les artistes : Mme KoutznezofF, dont il apparaît bien que le médium perd en\nintensité; M. Albers de qui le style est remarquable, mais la voix bien alourdie; Mlle Delna\nque sa voix de jadis a malheureusement abandonnée, et puis encore Mlles Suzanne Cesbron,\nMarchall, Bourgeois, Demougeot, MM. Fontaine, Lapelletrie, Journet, Sellier, Lasserre, c'est-\nà-dire des noms applaudis, des talents certains, avec, deci delà, quelques \" à peu près. \"\nAussi bien la perfection n'est elle pas de ce monde et tenter de s'en approcher est tout.\n* *\nCe fut là le principe d , Jix-les-Bainsqui avait engagé Boulogne pour sa belle voix,\nMlle Campredon pour son charme, Mme Fierens pour sa réputation, Mlle Mérentié pour la\nsplendeur de son organe, Mr. Sylvain pour son M creux, \" Mlle Lowelly pour sa grâce,\nMM. Campagnola et Merma pour leurs solides qualités de puissance vocale et qui, avec\nces chanteurs de mérites si diversifiés passe de Rigoletto à Lohengrin et de Tannhaûser à\nHêrodiade, sans oublier Hamlet,avec l'élégance du prestidigitateur. Rien d'étonnant en\nconséquence à ce que les artistes aient notoirement escamoté tout ce que les gênait. C'est là\nmalheureusement le propre au sens très figuré des spectacles dont les éléments amenés\nà grand frais, je le consens, mais groupés à la diable, ne communient qu'imparfaitement.\nNous ne retrouvons pas ce défaut à Deauvilc'est que dans ce casino ou l'on ne joue les\nouvrages qu'une fois, on a le soin de réunir tous les artistes qui ont coutume de chanter ces\nouvrages ensemble à Paris. Ainsi Deauville a donné et c'étaient Mlle Chenal\nM. L. Beyle et M. Perier qui l'interprétaient. Deauville a monté Thérèse et c'est M 1 Arbell\net M. Dangès qui en exprimaient les principaux rôles. Et quand Deauville présente\nBohême, ou Le Barbier,ou LaTosia, ou Werther,ou ou ou\nou le Chemineau, voire, même, Le Voile du Bonheur, il s'était adressé à MmeS Bailac, Marie\nDelna, Heilbronner, Nelly-Martyl ; à MM. Beyle, Devries, Francell, Allard, Noté, ou\nGhasne, dont les voix s'harmonisent, dont les intentions concordent, et qui produisirent\ndans ces œuvres le maximum d'effet.\nMais tous les Casinos ne sont pas à Deauville et, par conséquent, ne groupent pas à côté\ndes esprits mercantiles dont la préoccupation est avant tout la cagnotte, les natures artistiques\nde la valeur de M. Cornuché. Il conviendra néanmoins de faire une exception en faveur des\nCasinos Pyrénéens.\n*\n* *"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.77", "debut_caractere": 187, "fin_caractere_exclue": 2844, "texte": "La Vierge d'Avilaen musique. C'est à notre excellent collaborateur Marius Versepuy\nque Mme Catulle Mendès a confié le soin d'écrire la partition d'un livret qu'elle a tiré\nelle-même de l'œuvre de son mari sous le titre de \" Sainte Thérèse d'Avila\nSur un livret de M. Jean Marguerite, notre ami Jean d'Udine vient de terminer la\nmusique d'un ballet en un acte et quatre tableaux intitulé ou\nlande de Gui.Cette partition, qui comprend un grand nombre de chœurs de femmes, sera\nchantée et dansée l'hiver prochain par les élèves de l'Ecole Française de Gymnastique\nrythmique, en représentations privées, mais avec décors et costumes.\n%\n* *\nLe premier concert du Casino Bellevuede Biarritz a inauguré brillamment le 29 août\nla série de ses auditions annuelles. L'orchestre, sous la direction de M. G. Cuignache,\naprès la symphonie de Franck, a exécuté celle de d'lndy sur des thèmes montagnards avec le\nconcours de Mme Gellibert-Lambert,dont le charme et l'admirable technique soulevèrent\nl'enthousiasme. L'Etude en forme de valse de Saint Saëns valut ensuite à la très vaillante\ninterprète un rappel, auquel elle sut répondre en jouant une ravissante de B. Marx-\nGoldschmidt. Le concert se termina par Y Apprenti\n*\n* *\nLe Festival Bach-Reger de Heidelberg nous a révélé un violoncelliste tout à fait\nhors ligne, le Milanais Enrico Mainardi.Technique achevée, même dans les positions les plus\ndifficiles, sincérité, douceur, sonorité très claire, tout annonce un artiste qui fera bientôt une\ngrande carrière.\n*\n* *\nL'inauguration du Konzerthaus à Vienne a été marquée par la première d'une\nœuvre de Strauss spécialement composée pour cette solennité, celle du\npour orchestre et orgue, sous la direction de Lœwe. A. Nikisch, le célèbre kapellmeister, a\nacquis le droit exclusif de diriger cette œuvre en Allemagne et la fera entendre l'hiver\nprochain à Berlin et à Leipzig.\n*\n* *\nC'est à Leipzig au début de février prochain qu'aura lieu le festival Schoenberg. On\ny entendra les Gurre-Liederpour soli, chœur et orchestre, avec une masse chorale de\n500 personnes.\n*\n* *\nM. Merrick Hildebrandt, le réputé spécialiste de l'archet, vient de faire paraître une\nbrochure intitulée Ce qu un violoniste doit savoir,qui contient des idées nouvelles et des indica-\ntions précieuses.\nL'ouvrage antérieur de M. Hildebrandt, La Technique de F Archet, adopté par un grand\nnombre de Conservatoires, a été salué avec enthousiasme par tous les violonistes. Nous sommes\npersuadés que la nouvelle publication de ce remarquable pédagogue trouvera elle aussi un\naccueil empressé. (En vente à Paris chez M. Max Eschig ou directement chez M. Hildebrandt,\n29, quai des Bergues, Genève.)"}]}, {"article_id": "bm-bmtnabh-1913-09-01-c033", "article_bluemountain": "bmtnabh_1913-09_01#c033", "volume": "bmtnabh_1913-09_01", "ocr_source": "OCR Blue Mountain (ALTO), transcription TEI : lignes lb/@facs", "texte_sans_correction": true, "page_debut": "couv. 2", "page_fin": "couv. 2", "image_debut": 2, "image_fin": 2, "pages_selon": "pagination imprimée relevée dans le METS Blue Mountain (ORDERLABEL) ; [n] = page sans folio restituée", "url_article": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.2.18", "titre_corps": "[Publicité]", "titre_sommaire": "[Publicité]", "signature_source": "", "controle": "bornes données par la structure logique METS/ALTO de Blue Mountain (blocs ALTO de chaque constituant)", "pages": [{"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.2", "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1283, "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES\nAMIS <DE LA MUSIQUE\nCOMITÉ D'HONNEUR\nM. le Président d\nM. le Ministre de V Instruction\nM. le Sous-Secrétaire d'État aux Beaux-Arts.\nM. Gabriel Fauré, Directeur du Conservatoire.\nM. Henry Marcel, ancien Directeur des Beaux-Arts, Directeur\ndes Musées\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nPRÉSIDENTE D'HONNEUR : S. A. R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\nBUREAU\nPRÉSIDENT\nM. GUSTAVE BERLY,\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. LE PRINCE A. D'ARENBERG, de! Institut.\nM. Louis BARTHOU, Dêputêy Président du\nMinistre de\net des Beaux-Arts.\nM. J. ECORCHEVILLEJ docteur ès-lettres.\nM. ALEXIS ROSTAND,\nd\" Administration du\nd'Escompte de Paris.\nTRÉSORIER\nM. LÉO SACHS.\nSECRÉTAIRE DU CONSEIL\nM. GUSTAVE CAHEN.\nSECRÉTAIRE GÉNÉRAL : M. Louis DE MORSIER.\n: & '• ■\nMEMBRES DU CONSEIL\nMRAE ALEXANDRE ANDRÉ.\nMME LA COMTESSE RENÉ DE BÉARN.\nM. ANDRÉ BÉNÀC, di\nraire au ministère d\nM. LÉON BOURGEOIS,\ndu Travail.\nM. GUSTAVE BRET.\nMME LA COMTESSE GÉRARD DE GANAY.\nM. FERNAND HALPHEN.\nLA VICOMTESSE DHARCOURT.\nM** LA COMTESSE D'HAUSSONVILLE.\nM®13 DANIEL HERRMANN.\nMME HENRY HOTTINGUER.\nMME GEORGES KINEN.\nM. LE MARQUIS DE POLIGNAC.\nMME LA COMTESSE PAUL DE POURTALÉS.\nM. A. PRÈGRE.\nMME THÉODORE REINACH.\nM. ROMAIN ROLLAND.\nM. JACQUES ROUCHÉ.\nM. Louis SCHOPFER.\nMME SÉLIGMANN-LUI.\nM. 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Laporte. OLES ORIGINES DE LA MUSIQUE, par L. Laloy\nORABELAIS ET LA MUSIQUE, par Machabey. 0 LA MUSIQUE PORTUGAISE,\npar M. Daubresse. 0 LES LIVRES.\nInterview d'YSAYE\nLE MOIS, par\n0 E VUILLERMOZ. 0 L. LALOY. 0 RENÉ LYR, 0 E. PERRIN 0 DELAGE 0 PUGET 0"}, {"page_pdf": 2, "page_imprimee": "couv. 2", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.2", "texte": "SOCIÉTÉ FRANÇAISE DES\nAMIS <DE LA MUSIQUE\nCOMITÉ D'HONNEUR\nM. le Président d\nM. le Ministre de V Instruction\nM. le Sous-Secrétaire d'État aux Beaux-Arts.\nM. Gabriel Fauré, Directeur du Conservatoire.\nM. Henry Marcel, ancien Directeur des Beaux-Arts, Directeur\ndes Musées\nCONSEIL D'ADMINISTRATION\nPRÉSIDENTE D'HONNEUR : S. A. R. MADAME LA DUCHESSE DE VENDÔME\nBUREAU\nPRÉSIDENT\nM. GUSTAVE BERLY,\nVICE-PRÉSIDENTS\nM. LE PRINCE A. D'ARENBERG, de! Institut.\nM. Louis BARTHOU, Dêputêy Président du\nMinistre de\net des Beaux-Arts.\nM. J. ECORCHEVILLEJ docteur ès-lettres.\nM. 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Les heures triom-\nphales de Bayreuth venaient de prendre fin : Wagner avait vu réaliser\nson œuvre de musicien de la façon la plus magnifique ; sur un théâtre\nélevé au haut de la colline sainte, \" l'abîme mystique \" laissant échapper\nles harmonies sacrées, 1' \"Anneau\" avait été interprété dans sa copieuse\nintégrité.\nLassé par les fatigues de deux saisons successives de répétitions, le\nmaître se reposait à Rome lorsque, venant d'escorter l'empereur dom\nPedro dans un voyage en Russie, le comte de Gobineau y passa, et s'en\nfut rendre visite au maître dont l'auréole à ce moment était quasi divine."}, {"page_pdf": 5, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.5", "texte": "2\nS. I. M.\n\nIl s'offrit, avec une élégance et peut-être une impertinence très\nfrançaise, à transmettre les commissions ou les messages de Wagner à celle\nqui, à Berlin, passait pour l'inspiratrice, la Muse. De ce premier contact,\nun peu imprévu et romanesque naquit une amitié qui s'accrut particu-\nlièrement à Venise en 1880.\nDans l'intervalle Wagner avait pénétré l'œuvre touffue et générale-\nment peu connue du comte de Gobineau : tour à tour la Renaissance et\nY Essai sur l'inégalité des races humaines,avaient retenu son attention et\nprojeté des lueurs étranges dans son cerveau amoureux du nouveau. Les\nrelations des deux hommes étaient particulièrement favorisées par le fait\nque le comte parlait couramment l'allemand, et que Wagner s'exprimait\nle mieux du monde en français.\nNous aurons à étudier tout à l'heure ce qu'il faut admettre et ce\nqu'il faut extraire de cette amitié et de ce commerce. Etablissons tout\nd'abord ces relations par quelques brefs détails qui, tendant à prouver\nl'exaltation de deux cerveaux épris d'originalité et de longues pensées,\npourront mieux qu'une étude comparative et documentaire des œuvres,\ndonner à cet article une atmosphère et de la vie.\n(D'ailleurs, il me faut bien supposer sous peine de remplir un\nvolume que j'écris à l'intention de gens pour qui \" Religion et Art \"\nou \" Héroïsme et Christianisme \" de Wagner sont aussi familiers que la\n\" Renaissance \" et 1' \" Essai sur l'inégalité des races humaines \" de\nGobineau. Je renvoie les autres aux principaux commentateurs de Wagner\net de Gobineau, à Chamberlain et à Seillière.)\nRelevons cette opinion par exemple : au cours d'une conversation,\nDon Quichotte, le héros de Cervantes, vint sur le tapis. Gobineau jugea\nsévèrement le chevalier à la triste figure : \" C'est une mauvaise action\nqu'a commise l'écrivain espagnol, en écrivant une telle œuvre \". Et\ncomme Wagner s'indignait, s'étonnant que son interlocuteur ne comprit\npas le tragique, affreusement comique de cette épopée de fin d'âge, et ne\nse rangeât pas aux côtés du tendre amoureux, coureur d'idéal, le comte le\nregarda en face et lui dit : \" Ne croyez-vous pas qu'il soit nécessaire de\ndéployer une énorme quantité de force et de patience, même quand on\nest un grand homme, pour faire le bien et détruire ou écarter les obstacles\nque la méchanceté ou l'ignorance place sur votre chemin ? Et ces\ncombats ne sont-ils pas aussi importants que des combats contre des\nmoulins ou des moutons ? Comment un homme qui cherche à faire"}, {"page_pdf": 6, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.6", "texte": "GOBINEAU ET WAGNER\n3\n\nbien pour le bien ne se fait-il à lui-même l'effet d'un fantôme ou d'un\nchevalier de la triste figure ? \"\nCes paroles prénietzchéennes ébranlèrent-elles Wagner ? Lui firent-\nelles apercevoir des pensées souterraines auxquelles il n'était pas habitué :\nil les nota en tous cas et ne les oublia pas ; il en aima davantage leur\nauteur, qu'il tint à emmener avec lui à Berlin entendre le \" Ring des\nNibelungen l'idéal réalisé de sa pensée d'alors sur l'humanité, les héros,\nles dieux, l'existence et la mort.\nComme ils séjournèrent ensuite à Wahnfried pendant un assez long\ntemps, leur amitié s'accrut de l'atmosphère paisible, de la lumière\nheureuse qui convenaient à ces deux vieillards dont l'un avait connu la\ngloire, et dont l'autre jouissait d'un splendide isolement intellectuel.\nIls étaient à l'heure où l'orgueilleux s'abaisse et où l'humble s'élève:\nà l'heure de la vie où l'on comprend la force du silence, la franchise, le\ndévouement, où la gaîté est plus facile et se rapproche des joies de\nl'enfance et où l'on ne désire plus agiter de grands problèmes en vue de\nson développement individuel, mais dans un sens généreusement altruiste.\nPartis de points différents ils en arrivaient à voir le monde de la\nmême manière et leur amitié était centuplée de mille rapports, insignifiants\nchacun, mais qui les ravissaient par leur multiplicité.\nWagner avait horreur de la presse : Gobineau également qui ne\nlisait aucun journal si ce n'est une feuille humoristique, l'équivalent\nde notre \" Rire \", les Fliegende blaetter.\nTous deux sentaient à l'extrême la nature extérieure et ses évocations\npar le moyen du lyrisme moderne : leurs imaginations débordaient de\nsève : c'est ainsi qu'un jour ils essayèrent de se persuader mutuellement\nqu'ils étaient devenus fleurs et tâchèrent de faire monter à leurs lèvres cet\nétonnant aveu, cette médusante constatation : \"je suis une fleur ! \"\nL'imagination allemande est en effet très spéciale et très différente de la\nfrançaise : nous verrons plus tard que Gobineau avait un tempérament\nquasi allemand : il faut tout de suite, quand on étudie ce cerveau,\ns'habituer à ces façons d'agir et de s'exprimer.\nN'est-ce pas Gobineau qui dit un jour à Wagner était-ce une\nplaisanterie ailée ? était-ce une affirmation scientifique d'une ironie\ntoute littéraire ? comme ils discutaient ensemble de Newton : \"Il\nsavait l'heure qu'il est, moi, je ne l'ai jamais su ! \"\nLe tempérament allemand le poussait à un goût exclusif pour l'art"}, {"page_pdf": 7, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.7", "texte": "4\nS. I. M.\n\net la peinture des maîtres hollandais, Rembrandt en tête, et à la condam-\nnation des génies italiens, Michel-Ange excepté. Mais après avoir affirmé\navec son antagonisme de grand seigneur ce fait général devant les\nrépliques énergiques de Wagner, un sourire de finesse et de moqueuse\nironie luisait sur son visage de chevau-léger. \"Ne nous disputons pas,\nmais reconnaissez que les maîtres hollandais furent certainement des\nhommes spirituels et plein d'humour tandis que les peintres italiens\ndevaient être sans aucun doute ennuyeux à mourir\nEn 1882 les amis magnifiques se rencontrèrent à Wahnfried : c'était\nau mois de mai : Parsifal était représenté triomphalement : l'esprit de\nGobineau se réjouit de cette dernière joie : il y puisa une grande jeunesse\ndont son pauvre corps usé avait besoin : les étrangers se demandaient quel\nétait cet homme que Wagner ne quittait pas un instant : son nom énoncé\nn'éveillait rien parmi les musiciens accourus de tous les coins de l'Europe.\n\" L'essai \" et la \" Renaissance \" n'étaient pas encore célébrés dans les\nhistoires de la littérature française. Wagner à la fin d'une représentation\ndevant l'exaltation de son ami, que la musique transfigurait, lui dit :\n\"Vous avez l'air d'avoir 18 ans\", et le comte répondit : \"Je souffle sur\nle flambeau pour le transmettre à mes petits-enfants, flamme droite et\nforte\nAprès Parsifal, il était épuisé : ses conversations n'étaient plus ce\nqu'elles avaient été : il ne vibrait plus ; il s'en fut en Auvergne dans une\npropriété familiale. Peu de temps après, comme il se rendait en Italie\npour revoir Wagner, il mourut dans une chambre d'hôtel à Turin,\nsolitaire.\nVoici à titre documentaire une des dernières lettres que lui écrivait\nson génial ami, et que l'obligeance de M. Schemann, l'organisateur des\nécrits gobinistes, me permet de faire connaître aux lecteurs de la S. I. M.\nElle prouve l'amitié indissoluble de ces hommes, et la culture très\nlittéraire de Wagner.\nVilla Fr. Gangi, Place Paruzzi, Païenne.\nTrès cher et très honoré ami,\nJe vois qu'il faut que j'intervienne moi-même pour vous faire entendre la\nvoix d'un homme au milieu de celle des femmes. Autant que je puis me le\nreprésenter par les nouvelles que j'ai de vous, vous vous êtes bien trouvé de votre\nséjour chez nous. Je n'ai pas appris grand'chose de bien, des effets des changements\nde résidence qui ont suivi. \"O Zeus, pourquoi as-tu créé les femmes ! \" s'écrie"}, {"page_pdf": 8, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.8", "texte": "GOBINEAU ET WAGNER\n5\n\nEtéocle dans Eschyle. A Rome vous paraissez déchaîné et il semble qu'ailleurs\naussi vous demeurez plus par obstination que par goût. Allons, c'est bien : vous\nne voulez pas rester à Rome au printemps ? A merveille : vous voulez vous\nrendre en été aux représentations de Parsifal, qui ont lieu en Août ; mais à cette\népoque nous ne pourrons être à vous, ni vous à nous; car dès à partir de juillet\n(à cause des répétitions) c'est un tourbillon qui nous arrache à tous nos amis. Nous\navons l'intention de retourner à Bayreuth le 1$ mai au plus tard. Nous vous\ninvitons pourtant à vous installer à Wahnfried un peu plus tôt ; tout y est prêt\npour vous y recevoir. Joukousky s'offre également à mettre à votre disposition un\nappartement tout à fait indépendant dans sa maison. Votre besoin d'entourage\nféminin sera satisfait, à partir de mai, par nos innombrables filles. Mais, encore\nquelque chose ! Au milieu d'avril nous repassons par Rome expressément pour\nvous y chercher et pour vous enlever dans notre wagon-salon ; nous remontons\nensuite tout doucement vers le nord et signons à Venise un bail pour une\nhabitation splendide et spacieuse pour vous aussi que nous viendrons\noccuper avec vous après Bayreuth au commencement de la mauvaise saison, pour\nensuite l'année prochaine donnera nouveau des galas à Oberfranken. Choisissez!\nEssayez donc aussi une fois de ne pas aller à Schanameh (comment diable\nappelez-vous ce pays d'Auvergne ?) \" O Zeus ! Pourquoi etc... \" Soyez bon. Et\npourquoi ne pas venir nous rejoindre ? Je puis vous envoyer Schnappaut '.\nVotre\nRICHARD WAGNER.\n\"Je suis fils de roi : cela signifie : je suis d'un tempérament hardi et\ngénéreux, étranger aux suggestions ordinaires des naturels communs. Mes\ngoûts ne sont pas ceux de la mode ; je sens par moi-même et n'aime ni\nne hais d'après les indications du journal. L'indépendance de mon esprit,\nla liberté la plus absolue dans mes opinions sont les privilèges inébranla-\nbles de ma noble origine. Et ces qualités qui me distinguent viennent\nde ce que je sors d'une combinaison mystérieuse et native : il y a en ma\npersonne une réunion complète des éléments nobles, divins si l'on veut,\nque mes aïeux anciens possédaient en toute plénitude et que les mélanges\ndes générations suivantes avec d'indignes alliances avaient pour un temps\ndéguisés, voilés, dissimulés, mais qui, jamais morts, reparaissent soudain\ndans le fils du roi que je suis.\nCes quelques lignes définissent Gobineau et définissent aussi son\nœuvre, œuvre prénietzchéenne qui considère les faits à un point de vue\n\n1 Mot allemand Intraduisible, faisant allusion sans doute à une plaisanterie ou une ironie."}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.9", "texte": "6\nS. I. M.\n\ninactuel, œuvre sociologique, théorie des races, affirmation de la supériorité\ndes Aryens, pessimisme et négation de l'idée de progrès, œuvre enfin\nqu'il faut rapprocher des théories wagnériennes telles que Chamberlain\nles résume :\n\" Plus la philosophie s'élève plus elle devient abstraite : d'un autre\ncôté, le progrès consiste pour l'art rejeter à ce qui est accidentel ; la\nmusique par exemple ne devant s'appliquer qu'à ce qui constitue\nl'essence de la vie. Donc l'art et la philosophie s'élèvent au-dessus\ndes brumes de ce qui est limité et accidentel ; ils se rencontrent ; ils ne\nsauraient se fondre l'un dans l'autre, car l'intuition artistique est à\nl'opposé de la raison : mais l'art affranchi du concours de la raison aura\nune vision intuitive bien plus claire de l'essence de la raison, et récipro-\nquement. Or l'art contient toute sagesse, et l'œuvre d'art véritable est une\nimage condensée et purifiée du monde même. Elle est une\nL'artiste et l'homme cheminent vers un monde nouveau. \"\nMaigre les contradictions apparentes, la parenté de ces théories est\nindiscutable : je vais essayer, d'analyser ensemble l'âme wagnérienne et\nl'âme gobiniste, d'étudier ce que les allemands appellent : la pénétration\nmutuelle de ces deux êtres ; de circuler autour de la tombe des deux grands\nmorts avec respect, et d'accrocher à leur croix une couronne sans\ninscription.\n%\n% *\nPlaçons-nous au point de vue allemand et empruntons à Schemann,\nà Heinrich von Stein, à Wolzogen leur opinion sur les rapports de\nGobineau et de Wagner.\nC'est un sujet infiniment cher à l'Allemagne que celui des rapports\nspirituels de ces deux hommes : elle y trouve une satisfaction amusante :\nelle déploie des grâces félines et qu'elle croit sans doute très françaises à\nréunir dans le domaine des idées l'auteur de Y Essai et le musicien du Ring.\nFaire de Gobineau un satellite de Richard Wagner, unir un vain-\nqueur et un vaincu dans une affection intellectuelle aussi entière que\npossible, cela après les incidents de 1870 parait sans doute d'une\nvirtuosité et d'une subtilité prestigieuse, à certains critiques.\nD'autres se contentent d'analyser les cercles d'influence wagnérienne\net les cercles d'influence de Gobineau, de les placer les uns sur les autres"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.10", "texte": "GOBINEAU ET WAGNER\n7\n\nd'en mesurer la juxtaposition et de voir combien ils se complètent malgré\nquelques angles gênants.\nIl semble cependant que la figure originale de Gobineau ait gardé\ntoute son ampleur, toute sa nature propre et n'ait été modifiée en rien\npar le commerce de Wagner ; ce dernier seul a subi l'emprise étrangère\net inconsciemment avec son emballement et sa fougue coutumière a\nabsorbé les idées du Français.\nQuelles sont en effet les œuvres de Gobineau où l'on pourrait\ndécouvrir une influence wagnérienne ? Elles ne sont pas nombreuses : il\nn'y en a qu'une et c'est Amadis,ce poème admiré des seuls Allemands\nqui le considèrent comme un chef d'oeuvre inconnu dans son pays\nd'origine. Amadis est postérieure à la rencontre de Wagner et de\nGobineau, tout au moins dans sa seconde et troisième partie et Amadis\nest pourtant une œuvre qui n'a rien de wagnérien.\nUne seule chose prouverait en faveur de la thèse allemande et ce\nn'est pas un écrit, c'est une œuvre d'art : Gobineau vers la fin de sa vie se\nsentit des dispositions à la sculpture : d'un ciseau assez libre avec une\nfacilité d'exécution étonnante chez un homme de cet âge il produisit\nquelques œuvres et entre autres un buste de jeune Walkyrie, évocatrice\nau plus haut point de la pensée wagnérienne, tellement on y devine de\nvolonté et d'appel à la libération de la race. (Ce n'est que comme œuvre\nd'amateur, évidemment que je juge ainsi cette sculpture et que je serai\nsouvent tenté d'ailleurs de juger certains écrits du comte : l'amateurisme\nélégant dont les inexactitudes s'étalent dans les productions maîtresses de\nGobineau ne pouvait que séduire un diplomate raffiné.)\nWagner d'ailleurs s'est nettement exprimé dans ses écrits et dans sa\ncorrespondance sur la façon dont il désirait que l'on jugeât ses relations\navec le comte : il ne voulait pas qu'il puisse être question d'influence\nd'un vieillard sur un autre vieillard : cet orgueilleux commençait par\nécarter formellement l'idée d'une inspiration qui n'aurait pas été propre-\nment sienne, et il ne demandait pas qu'on lui attribuât plus d'effet par\nrapport au Français. Mais dans le fond de son cœur il ne pensait peut-être\npas ainsi : il s'imaginait, on peut pour le croire s'en rapporter au ton\nde ses écrits, qu'il se dégageait de sa personnalité un trop intense rayon-\nnement pour ne pas illuminer ceux qui pénétraient dans son intimité ; et\nla seule chose qu'il ait pu concéder à Gobineau c'est que les mondes\nintellectuels et spirituels qu'ils avaient créés, personnels dans leur origine"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.11", "texte": "8\nS. I. M.\n\nétaient tellement apparentés qu'ils se mélangeaient intimement par le\nseul effet de leur rapprochement.\nCar Wagner aimait et admirait Gobineau : il en reçut des impressions\ninoubliables : Schopenhauer, qui fut son Dieu et son génie familier\npendant de longues années, disparut lorsqu'il se trouva en présence de\n1 \" Essai La correspondance des deux écrivains que M. Schemann\ndétient jalousement et qu'il publiera prochainement affirmera leur com-\nmunauté de vues et d'aspirations.\nLes lettres assez nombreuses que j'ai pu personnellement lire, établis-\nsent les impressions que fit sur Wagner la lecture de la \" Renaissance \"\net des \" Nouvelles Asiatiques\" : il était déjà préparé par cette première\nvision d un cerveau net et curieux à comprendre l'œuvre prophétique\nqu était 1 \" Essai : des qu'il eut connu cet ouvrage il le lut et le relut\ninfiniment : certains chapitres le transportèrent : ceux par exemple qui\ntraitaient de l'lnde et de la Rome impériale : ces évocations, ces descrip-\ntions et sui tout peut-eti e cette lumière prodigieuse et française malgré\ntout dont il devinait les retîets, le transportaient d'étonnement et\nd'admiration : songer qu'il mit de côté la partition de Parsifal qu'il\nachevait à ce moment pour analyser l'état d'âme que lui causait le comte\nde Gobineau, n est-ce pas tout dire, n'est-ce pas prouver que ce musicien\nétait remué de préoccupations bien étrangères à sa musique et qu'il\ncherchait la gloire, quelle gloire ? dans un ordre d'idées où les seuls\nspécialistes de la pensée complexe peuvent évoluer.\nWagner s'était ému en pénétrant avec Schopenhauer dans l'étude du\n\" Monde comme volonté et comme représentation Il en avait déduit\nles fabuleuses combinaisons théologiques et cosmogoniques du Rin/» : il\ny avait trouvé l'excuse scientifique et rare, l'état tout à la fois hétéroclite\net magistral de son drame prétentieux et sublime ; il ressentit un émoi\nencore plus grand en s assimilant la pensée gobinienne.\nGobineau dans 1' \" Essai \" établissant la supériorité des Aryens sur\ntous les autres hommes, affirmant que la perfection actuelle d'un peuple\ndépend de sa piopoition de sang aryen, concluant avec un pessimisme\noutranciei a la moit ue i humanité, a la négation de 1 idée de propres\n(idée qu'il combat principalement avec des arguments acharnés), devait\nêtre compris par un Wagner plongé dans de lourdes préoccupations de\nrégénération de l'humanité affaiblie et malade.\nL'idée de progrès est en effet une de celles sur laquelle on fonde le"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.12", "texte": "GOBINEAU ET WAGNER\n9\n\nplus aisément un système de morale et de philosophie ; on sait combien\ncette idée a pu influencer un esprit comme Tocqueville : le vieillard\nqu'était à ce moment Wagner, Dieu fixé par l'adoration servile d'une\ncour, d'une race, de tout un monde dans une prosternation sur lui-même\ncomme seul un Hugo en connut, cherchait dans ses lectures et dans\nses familiers les raisons de ses écrits et de ses discours.\nLa gloire musicale insuffisante à nourrir le cerveau du grand homme\nétait en quelque sorte abolie dans son souvenir, et les seules constructions\nde sa pensée, qu'il voulait sereine et libérée, l'intéressaient.\nCe fut la suprême raison de ses relations avec Gobineau : l'existence\nde cette amitié, profonde, un peu acharnée même de la part de Wagner,\nse trouve dans le désir qu'avait le musicien de faire sienne une pensée\ndont il voulait se réserver l'originalité. Sans cela comment Wagner ne se\nserait-il pas aperçu de ce qu'il y avait de factice dans cette sympathie et\ncette estime, comment aurait-il pu se tromper sur la distance de leurs\norigines, sur l'éloignement de leurs points de départ, sur les conclusions\nde leur pensée ?\n*\n* *\nAvant de se cramponner à l'idée gobinienne Wagner connut d'autres\nexaltations : faut-il citer son essai sur la \" diète régénérescente \". Là\nencore il s'agissait d'un français, Gleirés, mort à 70 ans, après avoir\ntoujours vécu dans les Pyrénées selon les principes végétariens, et écrit un\nouvrage tendant à prouver que le salut de l'humanité se ferait grâce à la\nsuppression de l'alimentation carnée. Il n'en fallait pas plus, pour emballer\nRichard Wagner ; la théorie de la \" diète régénérescente\" était créée : la\nchair animale était chargée des méfaits du genre humain. Et Wagner\nallait fort loin dans ses déductions : le Judaïsme lui devenait odieux parce\nque Adam était chassé du Paradis Terrestre pour avoir mangé une pomme\ndont \"le suc devait être au contraire très favorable àsa santé et parce\nque Jehovah préférait l'agneau d'Abel aux légumes de Caïn. La \" diète\nrégénérescente \", si elle avait été conçue par un autre cerveau que par\ncelui qui écrivit Tristan et Yseult, n'attirerait qu'une attention souriante\net ironique.\nMais faut-il donner plus d'importance à la tentative mystique et\nchrétienne qui lui succéda, à la \" régénérescence par la Cène \". Wagner"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.13", "texte": "10\nS. I. M.\n\ns'anéantit devant la Croix : et ce n'est peut-être pas tant Dieu qui lui\nprocure cet effondrement, ou le \" fils de l'homme incarnation de Dieu,\nque le Sang, le Sang du sacrifice ? Le sang qui lui fait horreur quand il\nprovenait des animaux, aux plus beaux jours de la \" diète régénérescente \"\ndevient une source de vie prodigieuse quand il jaillit du flanc sacré.\nOr le \" sang \" supérieur, ce sang divin, Wagner en trouva la\nsubstance dans la \" race \" de Gobineau ; il lui sembla que son ami avait\nexprimé d'une autre façon, les mêmes aspirations, les mêmes dégoûts\nque lui, et s'il est vrai que l'un et l'autre ont poussé des cris de détresse\ndevant la corruption contemporaine, il y a loin des imaginations bizarres\ndu musicien allemand, aux idées discutables, mais curieuses de l'écrivain\nfrançais. Gobineau se réfugie souvent dans des images et des symboles\nobscurs, mais ceux qui aiment à penser et à dénicher des pensées,\ncomme des enfants dénichent des nids, n'ont qu'à gagner au commerce\nde l'auteur de l'Essai.\nC'est dans la correspondance des deux hommes ainsi que 3 e\nl'ai déjà dit que se montre le mieux leur accord, et leur unanimité de\nvues : là vraiment mieux que dans leurs écrits, se montre leur pouvoir\ncréateur, là des éclairs surprenants surgissent ; là des indications, des\ntendances apparaissent ; là se font d'attirantes pérégrinations spirituelles.\nEt là enfin apparaît le point même où Wagner et Gobineau se sont\nrencontrés, le centre de gravité autour duquel tourna leur amitié d'une\npart, leur collaboration intellectuelle d'autre part : c'est leur sentiment\ncommun d'admiration pour la pensée germanique.\nVoilà le grand mot écrit, et qui explique pourquoi les Allemands élè-\nvent de tels monuments en l'honneur d'un homme qui fut un bon écrivain\ncertes, mais nullement le penseur extraordinaire que d'aucuns prônent.\nGobineau dans son \" Essai \" s'employa à définir le rôle et l'emploi\nde la race germaine et de la pensée germanique dans le monde ; il rendit\nau germanisme le service de lui fabriquer un état-civil éblouissant ; il se\nsouvint de celui qu'il s'était donné à lui-même depuis Ottar-Jarl, le\npirate Norvégien jusqu'à Thibault Joseph de Gobineau en passant par\nSimon Gobineau, militaire et marchand de draps. Et il donna à l'élément\ngermain dans l'histoire du monde une importance et un relief, en même\ntemps qu'une priorité d'attributions et de pouvoirs fondés sur l'anthropo-\nlogie, l'histoire et la philosophie. C'est plus qu'il n'en faut pour que tout\nce qui est peuple allemand ne voue une admiration entière à Gobineau"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.14", "texte": "GOBINEAU ET WAGNER\n11\n\net que Schemann, le vulgarisateur de la science gobinienne et de la\nlégende gobinienne n'entonne en son honneur la trompette triomphale.\nJe traduis, mot pour mot, laissant au texte allemand, toute sa valeur,\nceci :\n\" Gobineau a poursuivi plus loin les destinées lumineuses des\ngermains : il les a rapprochés du monde moderne ; il leur a conquis des\nterrains plus riches qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait pu le faire.\nWagner de son côté a incarné fidèlement et hardiment tout l'empire du\nmonde germanique en créant son chef-d'œuvre le plus puissant, l'anneau\ndes Nibelungen ; il a mis dans le chef-d'œuvre tout le contenu de la\npensée et de la sensibilité germanique, et y a célébré le sens germain,\nl'art germain et l'héroïsme germain. De sorte que l'on peut dire que\nces deux hommes se sont rencontrés comme la théorie et la pratique se\nrencontrent et qu'ils ont cherché et trouvé le même idéal sur le chemir\nde la science et de l'art. Et l'on peut dire encore que l'enseignement d(\nGobineau et les chefs d'oeuvre de Wagner sont comparables à l'inscriptior\net l'effigie d'une médaille commémorative du germanisme. \"\nOn voit l'exaltation qui possède tout un parti au prononcé du\nnom de Gobineau : la fierté de la race allemande, cette naïveté gran-\ndiloquente et absolue, trouvant à se fortifier auprès d'un français au\nmoment même où ce français subissait la défaite la plus humiliante que\npeuple connut jamais, est plus qu'il n'en faut pour expliquer l'engoue-\nment singulier dont jouit actuellement le grand ami de Wagner.\nCes deux pensées sont donc réunies par un lien solennel pour le\npeuple allemand : les paysages artistiques du musicien s'illustrent des\nécrits du philosophe dont l'enseignement est transporté sur la scène terri-\nblement machinée de Bayreuth ; on peut donc saluer comme un aboutis-\nsement curieux et théâtral ce printemps de l'an i 8 8 i qui vit réunis dans\nla même loge pour assister à la tétralogie, Gobineau et Wagner. Ces deux\nhommes étaient réunis dont les pensées venues de si loin avaient tant\ntardé à se rencontrer : ce n'était pas une simple sympathie qui les rap-\nprochait ; l'œuvre qui se déroulait sous leurs yeux prouvait le caractère\nindélébile de cette union.\nMais je ne peux résister au désir de citer du Schemann, tellement\ncet homme, d'un rare mérite au demeurant, incarne et représente, l'esprit\ngermanique. \" Nulle part la suprématie de l'esprit germain dans les\ntemps modernes, ne se manifeste plus puissamment que dans l'union de"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.15", "texte": "12\nS. I. M.\n\nl'art de Gobineau et de l'art de Wagner: cet art fait du mélange intime\nde la poésie et de la musique peut être considéré comme germain par\nexcellence et passant par-dessus les Allemands gagnera tous les peuples,\natteindra tous les esprits, aussi longtemps que ceux qui sont capables\nd'idéal pourront penser et sentir germaniquement. \"\nLes idées lancées par le comte, sa conception de l'histoire ramenée\nà un conflit de race, la hiérarchie de ces races cataloguée d'après la pureté\ndu sang aryen, la loi du progrès niée ou plutôt rejetée à une question de\nforme et d'habitat de vie qui en dernière analyse conduit au pessimisme\nuniversel ; en un mot les peuples se désagrégeant et aboutissant à de variées\ndéchéances, à de basses disparitions : tout cela, le plus hardi et le plus\nnouveau de la thèse gobiniste ébranla Wagner et le conquit.\nD' autant plus qu'un autre facteur venait encore influencer les gestes\net les décisions du musicien.\nLe problème de la \" Renaissance \" cette époque de trouble et de\nrévolte qui au point de vue art eut les mêmes effets que la Révolution au\npoint de vue social, avait été étudié par Gobineau dans une œuvre mal\nordonnée mais des plus curieuses, qui considérait l'art comme le moyen\nd'expression le plus élevé de toute civilisation et attribuait au véritable\nartiste un rôle héroïque.\nL'héroïsme de l'artiste : cela devait toucher particulièrement\nWagner ; toutes ses luttes magnifiques, toute son endurance contre la\nmauvaise et même la bonne fortune, revivaient pour l'auteur de Parsifal\ndans certains pages de l'ouvrage du comte.\n*\n* *\nCette divination de son rôle artistique, ces inclinations devant des\nthéories esthétiques qui lui étaient chères, tout cela, de prime abord, avait\ndéblayé les appréhensions qui auraient pu exister entre Wagner et\nGobineau.\nPar la \"Renaissance\", I'\"Essai\" pénétrait l'âme du musicien et sans\nque l'on puisse trop se prononcer pour une victoire française, tellement\nGobineau est en marge de sa nationalité, Wagner ayant commencé son\névolution artistique en pays français, terminait sa longue et merveilleuse\ncarrière sous l'égide d'un représentant de la vieille France, d'un fin"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.16", "texte": "GOBINEAU ET WAGNER\n13\n\ndiplomate qui, par de mauvaises routes peut être, mais sûrement, le forçait\nà reconnaître que l'esprit souffle où il veut.\nQue le lecteur qui veut approfondir ces questions et les éclairer de\nses lumières personnelles se reporte aux articles de M. Hans von Wol-\nzogen et de M. Heinrich von Stein parus dans les \" Feuilles de Bayreuth.\"\nLes conclusions sont besognes inutiles : il est préférable de laisser\nchacun tirer le jugement qui lui plaît de ce qu'il vient de lire.\nIl faut admirer Wagner et il faut admirer Gobineau. Comment les\nadmirer ? C'est une question de tempérament et d'époque.\nNous traversons en ce moment une période de déwagnérisation très\ncaractéristique ; il est évident que l'étoile de Gobineau faiblira en même\ntemps que celle que son illustre ami.\nA moins que par esprit de contradiction ceux qui piétinent douce-\nment les pieds nus comme les danseuses d'aujourd'hui sur le grand\ncadavre de Bayreuth ne s'amusent à glorifier le descendant d'Ottar Jarl ! !\nJEAN LAPORTE."}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.17", "texte": "L'ORIGINE DE LA MUSIQUE\n\nPresque simultanément, et voilà quelque temps déjà, M. Cari Stumpf\na publié un bref volume sur Les commence\nder Musik,Leipzig, Barth) et M. Jules Combarieu un gros ouvrage sur\nLa musique et la magie (Paris, Alphonse Picard). L'un et l'autre auteur\ns'attachait principalement à résoudre la question, depuis tant de siècles\ncontroversée, de l'origine de la musique. Comment est venue à l'homme,\npour la première fois, l'idée de produire des sons dénués de toute utilité\ndirecte et de toute signification précise ? A vrai dire, il est également\nintéressant de se demander comment un homme a pu songer à reproduire\nles formes de la nature à l'aide d'autres formes taillées ou modelées par\nses mains, ou bien encore à en donner l'illusion par le moyen de lignes\ntracées sur une surface plane. Mais il semble que pour inventer la musique,\nun plus grand effort de l'esprit ait été nécessaire, puisqu'elle ne trouve\npas de modèles dans le monde extérieur : une mélodie, si simple soit-elle,\nn'est jamais la copie de ce que nos oreilles ont pu entendre ; les notes\nmêmes dont elle est formée sont d'institution humaine : la voix du vent\nignore cette fixité ; la chanson du ruisseau ne procède pas par intervalles;\nla symphonie de la forêt ou de la mer mélange ensemble les tons et les\naccords en une confusion inextricable.\nLes philosophes de la Grèce avaient été déjà tentés par ce problème.\nCeux de l'école d'Epicure répétaient assez naïvement, après Démocrite,\nque les hommes avaient appris à chanter en écoutant les oiseaux. Lucrèce\ndécrit ainsi leurs essais rudimentaires :\n<îAt liquidas avium voce s\ntAnte fuit multo quam\nConcelebrare homines pos\nLa science moderne, qui a emprunté à Epicure ses atomes, a égale-\nment approuvé toutes les théories qui mettent l'homme au niveau des"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.18", "texte": "L'ORIGINE DE LA MUSIQUE\n*5\n\nbêtes ou même le rabaissent au-dessous. Mais elle les a compliquées de\nquelques observations d'histoire naturelle qui ne sont en fait que d'autres\nhypothèses. C'est ainsi qu'en vertu de la sélection sexuelle, les femelles\ndans toutes les espèces choisiraient les mâles vigoureux, par un appétit de\nplaisir qui serait conforme aux intérêts de la race. C'est donc afin de\nséduire sa compagne que le faisan se parerait de plumes bariolées, que le\nrossignol passerait les nuits à s'égosiller. On imagina même que l'éclat\ndes fleurs se rendait utile en attirant les papillons, entremetteurs incon-\nscients qui portaient le pollen à l'ardente chasteté des stigmates. C'est\nune autre façon de dire que Dieu a divisé le melon en côtes pour qu'il\nfût mangé en famille. Qu'est-ce que l'être fort ? C'est, nous dit-on, celui\nqui est le mieux adapté aux conditions de son existence. L'oiseau vêtu\nd'un costume éclatant, celui qui excelle aux trilles et aux roulades, enfin\nla fleur épanouie, sont-ils mieux adaptés à ces conditions ? Oui, si parmi\nelles on a placé d'avance le goût des femelles et des papillons pour la\nbeauté des sons et des couleurs. De bons esprits s'étonneront qu'une\nscience ait pu s'appuyer pendant tout un siècle sur une pétition de\nprincipe aussi grossière. Tous les bons esprits ne sont pas des savants ; la\nréciproque est non moins vraie.\nPour le cas spécial de la musique, longtemps avant Darwin,\nAristoxène, disciple d'Aristote, avait fait une remarque qui prévient toute\nassimilation entre l'animal et l'homme. C'est que la musique procède,\ncomme il dit, par mouvement discontinu, ce qui signifie qu'elle passe\nbrusquement d'un degré défini de hauteur à un autre degré, différente en\ncela du langage, où la voix monte et descend sans interruption. Il est\nvrai que certaines voix trop rudes, chez les sauvages et aussi chez les\ncivilisés, ne font entendre que des sons confus : la musique en ce cas se\nrapproche du langage, mais malgré elle et seulement par le défaut de la\nnature humaine. Les animaux n'ont pas de langage, du moins de langage\narticulé ; ils n'ont aucune espèce de musique. Aucun oiseau chanteur n'a\njamais proféré une seule note distincte, et la preuve, c'est que nul obser-\nvateur n'a pu proposer une transcription acceptable de son chant en notre\nsystème d'écriture musicale. Il est vrai aussi que certains de ces oiseaux,\nle merle, le sansonet, apprennent à siffler l'air qu'on leur a longtemps\nrépété ; mais cette imitation, toujours assez lointaine, reste purement\nautomatique : attentif dans sa cage, le petit élève reproduit de son mieux\nce qu'il entend, mais ne s'avisera jamais d'essayer par lui-même un autre"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.19", "texte": "16\nS. I. M.\n\narrangement des notes. Le merle n'est pas plus musicien que le perroquet\nn'est orateur.\nPar un scrupule assez étrange, M. Stumpf n'a pas voulu tirer avan-\ntage de cette différence fondamentale. Il stipule que toute musique doit\nêtre susceptible de transposition, c'est-à-dire pouvoir se reporter à une\nautre hauteur sans que les rapports des intervalles soient altérés. C'est là\nune opération dont les animaux sont évidemment incapables. Mais\nl'homme aussi ne l'entreprend pas sans quelque conséquence. Les peuples\nde l'Extrême-Orient remarquent la hauteur des notes plus que leurs\ndistances, et parmi nous, tous les musiciens sensibles recevront une im-\npression différente d'une mélodie présentée dans un autre ton, même si\nleur oreille inexperte ne les renseigne pas sur la valeur du déplacement.\nQuoi qu'il en soit, M. Stumpt écarte aisément la théorie d'Epicure\nperfectionnée par Darwin. Il rejette de même celle de J.-J. Rousseau et\nde Spencer, qui, contrairement au principe d'Aristoxène, dérive la\nmusique du langage, et celle du D 1 Bûcher, qui dans son livre\nRythmusa soutenu que les premiers chants ont eu pour objet de régler\nles mouvements d'un travail collectif, proposant ainsi une explication du\nrythme, non de la musique. Après quoi il vient à offrir lui-même sa\nthéorie, qui se réduit à ceci : les premiers airs de musique ont été des\ncris d'appel, qui rendaient reconnaissable au loin une famille, un clan,\nune tribu. Cette affirmation est suivie d'une série d'exemples, choisis en\ntoutes les régions de la terre et commentés avec autant de goût que de\nsavoir. Ce qui en ressort le plus clairement, c'est que les chants des\npeuples les plus sauvages n'emploient qu'un petit nombre de notes, et\nque souvent ils suivent la direction descendante, en diminuant aussi\nd'intensité, ils prennent ainsi l'apparence de cris prolongés, mais ce n'est\nqu'une apparence. Aristote remarquait déjà, en un de ses problèmes (xix,\n37), que dans le chant l'acuité est indice de force, parce qu'une impulsion\nvigoureuse produit un mouvement rapide, donc des vibrations fréquentes.\nDe nos jours encore, les chanteurs et même les instrumentistes sont tentés\nde donner plus d'accent aux sons élevés, ainsi que le savent ceux d'entre\nnous qui ont dirigé un orchestre, ou simplement entendu jouer un\nquatuor d'amateurs. Et cet instinct justifie, en français, en chinois, sans\ndoute en d'autres langues encore, l'expression abusive pour\nparler fort. Le chanteur primitif, inhabile à régler son souffle, commence\nhaut et fort, puis, à mesure que ses réserves d'air s'épuisent, baisse à la"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.20", "texte": "2\n\nL'ORIGINE DE LA MUSIQUE\n*7\n\nfois et le ton et la voix. En souvenir de cet usage, la gamme, chez les\nanciens Grecs, s'énonçait en descendant, non en montant comme nous\nfaisons.\nIl est naturel aussi, et presque trop naturel, que les airs les plus\nsimples ne se composent que de peu de notes. Mais quelles sont ces\nnotes ? Tantôt, comme dans les chants à peine distincts des Weddas de\nCeylan, ce sont des notes voisines, séparées entre elles par un ton, un\ndemi-ton, parfois même un intervalle moindre encore. Tantôt, au con-\ntraire, comme chez les non moins sauvages Koubous de Sumatra, elles\nsont à distance de tierce, de quarte ou de quinte. C'est que l'oreille\nhumaine peut associer les sons de deux manières : parce qu'ils diffèrent\nde peu en hauteur, ou bien parce qu'ils appartiennent à la même série\nd'harmoniques, ce qui revient à dire que leurs nombres de vibrations\nsont multiples d'un même nombre, et nous donne l'impression bien\nconnue, mais plus aisée à désigner qu'à définir, de la consonance. Ces\ndeux principes, qu'on peut appeler principe de proximité et principe de\nconsonance, ont présidé à la constitution de toutes les gammes en usage.\nQuand c'est le premier qui l'emporte, on obtient des gammes à degrés\ntrès rapprochés, du genre chromatique, comme l'Asie antérieure les\npréfère. Si le second est seul consulté, les degrés s'écartent au contraire\ncomme dans la gamme chinoise qui n'admet pas le demi-ton. La gamme\ngrecque accordait à chacun son domaine : les notes appelées fixes, gou-\nvernées par la consonance, gardaient entre elles les rapports inaltérés de\nla quarte, de la quinte et de l'octave, qui étaient alors les seules con-\nsonances reconnues ; les notes mobiles, attirées par la proximité, se\nserraient au point de ne laisser entre elles que des tiers ou des quarts de\nton. Les deux principes se confondent dans notre musique : il n'est pas\nune note que nous ne rattachions mentalement à un accord, en même\ntemps que nous la devinons comprise entre deux autres notes qui la\ntouchent. Lequel de ces deux principes est entré le premier en action ?\nC'est ce que nous ne pouvons décider jusqu'à présent, puisqu'on rencontre\nl'un et l'autre dans la musique des sociétés les moins civilisées.\nRien jusqu'ici ne vient à l'appui de l'hypothèse par quoi l'auteur\nprétend remplacer celles qu'il a si victorieusement abattues. Si on parcourt\nson recueil d'exemples, on remarque que ces mélodies sont des chants\nreligieux, des chants d'amour, des déplorations mortuaires, des incan-\ntations magiques ou des chansons à danser. Aucune n'a servi de cri de"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.21", "texte": "18\nS. I. M.\n\nralliement. On pouvait prévoir ce résultat désastreux. Il arrive aujourd'hui\nque certaines combinaisons de notes invitent à un acte précis ou désignent\nun objet matériel : tel est le cas pour nos fanfares de chasse, nos sonneries\nde clairon, ainsi que pour les motifs conducteurs dans la Tétralogie de\nWagner. Mais ce n'est là qu'un emploi détourné : fanfares et sonneries\nont d'abord été des chansons et n'éveillent que par convention l'idée de\nla soupe, de la retraite ou du cerf dix cors ; le thème de l'anneau ou celui\nde l'épée tire sa valeur du sentiment de menace ou de défi dont ces\naccessoires sont d'autres emblèmes. Les philosophes chinois croient que la\nmusique est le naturel épanchement d'une émotion trop vive, que les\nparoles ne contiennent plus. Cette explication nous paraît simple ; est-ce\nun défaut en l'espèce ? Peut-on s'imaginer des hommes primitifs qui se\nconstituent des armoiries en musique, et les compliquent à dessein d'éviter\nl'équivoque et la méprise ? Ne vaut-il pas mieux, avec l'homme de bien\nqui a écrit le Mémorial des rites, croire que sous l'empire de l'enthousiasme\nheureux qui les possédait, d'elles-mêmes leurs voix se sont élevées pour le\nchant, d'eux-mêmes leurs jambes et leurs bras se sont agités pour la danse f\nEnfin, il est à remarquer, d'après M. Stumpf lui-même, que certaines\npeuplades de l'Afrique emploient, pour se communiquer les nouvelles à\ndistance, une sorte de tambour. Or les deux notes dont est capable cet\ninstrument sont disposées, pour les signaux, dans un ordre quelconque, à\npeu près comme les points et les traits de notre télégraphe Morse, ou\nbien imitent l'accentuation de certains mots de la langue parlée ; en\naucun cas elles ne reproduisent le rythme d'un air de musique. Si certains\nairs avaient été aptes à remplacer la parole, n'était-il pas indiqué de les\nfrapper sur ce tambour ?\nIl ne semble pas d'ailleurs que M. Stumpf attache une très grande\nimportance à son hypothèse : il la donne pour l'acquit de sa conscience,\nparce qu'après avoir écarté toutes les autres, il ne veut pas laisser le\nlecteur dans les ténèbres complètes. On le devine tout prêt à l'abandonner\npour peu qu'on lui en présente une plus satisfaisante. Et l'objet principal\nde son livre n'est pas de nous enseigner l'origine de la musique, mais de\nnous en faire connaître les premières manifestations, ou plus exactement\nencore les manifestations que nous considérons comme analogues aux\nplus anciennes, parce qu'elles se présentent chez des peuples dont la\ncivilisation paraît avoir fait peu de progrès depuis l'enfance de l'huma-\nnité. Bien que l'auteur professe le plus docte mépris pour les musiciens"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.22", "texte": "L'ORIGINE DE LA MUSIQUE\nI 9\n\nqui s'approprient les textes consacrés à la science et les encadrent d'accords\nà l'usage des salons, ce n'est pas seulement le savant, c'est aussi le musi-\ncien qui goûtera une joie innocente à feuilleter cet herbier musical dont\nles fleurs sont si adroitement conservées que nous croyons sentir encore\nleur parfum de sauvage fraîcheur.\nM. Combarieu a écrit au contraire un livre de doctrine, nourri de\ndocuments, de citations, de témoignages, mais qui tous sont rapportés à\nune idée partout présente : c'est que musique est fille de magie. Par une\nassimilation pareille, on veut aujourd'hui que les figures d'animaux\ninscrites aux parois des grottes quaternaires soient des simulacres destinés\nà garantir la possession de l'être représenté. Quelle que soit la valeur de\ncette hypothèse, elle est nouvelle ; elle s'appuie sur un grand nombre de\npreuves, et ce qui vaut mieux encore, elle fournit une explication à des\ngroupes de faits jusqu'ici mystérieux, comme l'importance accordée à\ncertains nombres dans la théorie musicale. Enfin on ne saurait trop\napprouver une méthode qui au lieu de ne tenir compte que des mani-\nfestations sensibles de la musique, mélodie et accords, s'efforce, puisqu'il\ns'agit d'une invention humaine, de retrouver les pensées qui ont présidé\nà cette invention, et pour y parvenir consulte non seulement les recueils\nnotés, les rouleaux phonographiques et les relations des voyageurs, mais\naussi les traités des théoriciens, les commentaires des critiques et les\nsystèmes des philosophes.\nLa magie est l'art de contraindre, à la fois par le moyen de signes\net par la domination de la volonté, les esprits invisibles, notamment les\nâmes des morts et les élémentals qui habitent la matière, à se manifester, à\nrépondre aux questions posées, à exécuter les ordres énoncés. Elle se\ndistingue aujourd'hui très nettement de la religion, qui, s'adressant à un\npouvoir suprême, n'a recours, pour le fléchir, qu'à la prière. Mais dans\nles sociétés primitives, comme aujourd'hui dans beaucoup de sociétés\nsauvages, religion et magie se confondaient, parce que les dieux restaient\nmêlés à la foule des esprits, et le prêtre était un sorcier. Aujourd'hui\nmême le vulgaire lui attribue volontiers un pouvoir maléfique ou bien-\nfaisant, mais surnaturel ; et l'anticlérical qui touche du fer à la vue d'une\nsoutane est victime d'une antique superstition, de même que la pauvre\nfemme qui, sur la foi d'une annonce de journal, demande le soulagement\nd'intimes misères à l'élixir d'un abbé assez singulièrement spécialiste. Il"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.23", "texte": "20\nS. I. M.\n\nne faut donc pas s'étonner, selon la juste remarque de M. Combarieu, si\ncertaines prières de la liturgie catholique continuent d'observer les règles\ndu formulaire magique qu'elles ont supplanté : ainsi le Kyrie eleison de\nnotre messe, qui se compose de trois phrases, chacune trois fois répétée,\nafin de rendre honneur au nombre trois, qui est doué d'éminentes vertus ;\non peut même se demander si le dogme de la Trinité n'est pas la justifi-\ncation religieuse de cette vieille vénération du ternaire, mais la question\nainsi posée ne peut se résoudre que par l'intervention du principe d'ana-\nlogie, lequel, étant celui des sciences occultes, demande, pour être bien\ncompris, une préalable initiation.\nQue la musique, et particulièrement celle de la voix humaine, ait\nété fréquemment employée à des fins magiques, c'est de quoi M. Com-\nbarieu trouve sans peine des exemples ; le langage même en témoigne,\npuisqu'en grec le mot ode, en latin le mot désignent à la fois un\ncharme et un chant,et que l'idée du chant transparaît encore dans les\nmots français enchanter, incantation. Mais quelle est la raison de cet\nemploi ? Invoquant le principe d'imitation, M. Combarieu imagine que\npour amener la pluie on chante une mélodie dont le mouvement descen-\ndant peut se comparer à la chute de l'eau, mais que pour dissiper les\nnuages, un air très calme dépeint la sérénité du ciel. Ce sont là des inter-\nprétations modernes : aucun musicien, avant le XVIe siècle de notre ère,\nn'a cru que son art lui permît d'exprimer un sentiment défini. Platon et\nAristote eux-mêmes, lorsqu'ils étudient les effets moraux de la musique,\nles attribuent d'une façon générale à de certaines gammes ou à de certains\nrythmes, et ces effets ne sont que d'excitation ou d'apaisement, d'exalta-\ntion ou de dépression. Quant aux Chinois, s'ils disent que la musique\ndonne issue à l'excès de nos émotions, ils ne distinguent pas ces émotions\nentre elles, et très finement écrivent ici le mot de bonheur, qui avec une\nautre prononciation est en leur langue le nom même de la musique,\nentendant par là cette allégresse qui s'empare de notre âme lorsqu'une\npassion vive l'agite et lui donne conscience de sa force, quelle que soit\nd'ailleurs cette passion, et même si dans son principe elle est douloureuse.\nSi la musique s'est imposée à l'attention des hommes, ce n'est pas\ndu tout par sa ressemblance convenue avec tel ou tel bruit de la nature,\nmais au contraire par la différence radicale qui la sépare de tout ce qu'on\nentend par aventure ; faute de lui connaître des modèles en ce monde, il\nfallait bien les lui chercher dans un autre : dès l'origine, la musique dut"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.24", "texte": "L'ORIGINE DE LA MUSIQUE\n21\n\npasser pour le langage des esprits. Par une induction semblable, la philo-\nsophie qui a le mieux saisi cet art en son essence, celle de Schopenhauer,\nen fait l'image, non de l'existence, mais de la cause première, qui est\ninaccessible à nos sens comme à notre raison, et sans le secours d'une\ntelle transcription ne parviendrait jamais à notre connaissance. Mani-\nfestation de l'invisible que l'homme restait maître de provoquer et de\nrégler, la musique ne dérivait pas de la magie : elle était magie. Elle l'est\ndemeurée, à cela près que l'incrédulité moderne, en bannissant les esprits\npour ne laisser alentour de nous qu'une matière inerte, l'a privée de ce\ndomaine extérieur, non de son pouvoir de révélation, retourné désormais\nsur la conscience humaine dont on se flatte de reproduire, comme sur le\ntracé d'un phonographe, les plus subtiles impulsions : c'est la magie des\nsentiments. Il est des musiciens pourtant qui, non contents de l'âme\nhumaine, savent nous rendre présentes les âmes des choses dont nous\nn'osons plus prononcer les noms mystérieux ; ce sont eux qui seuls\naccomplissent jusqu'au bout leur mission d'hiérophantes ; ce sont leurs\nœuvres qui nous initient à la fois à nos propres pensées et à celles de\nl'univers.\nLe musicien était magicien ; et comme en ces temps éloignés la\npoésie se chantait et ne se lisait pas, un même mot désigne en latin le\npoète, le musicien, le devin : vates. Le musicien devine les mélodies qui\noour les esprits prennent le sens d'une question, d'un appel, d'un ordre ;\n!.es esprits lui livrent leurs secrets, il communique avec eux, il est leur\nreprésentant accrédité auprès des hommes. C'est pourquoi la philosophie\nchinoise lui décerne le titre de sage, kiun-tze, qui n'implique pas seule-\nment la justesse de l'esprit, mais la connaissance intuitive des vérités\ncachées aux hommes ordinaires, qui peuvent les apprendre par l'enseigne-\nment du sage, non les découvrir par leurs propres moyens ; le sage est\nné pour gouverner les peuples et les rendre heureux en les mettant\nd'accord avec les volontés, pour lui seul manifestes, du ciel et de la terre.\nC'est par la musique qu'il traduit ces volontés et les fait pénétrer dans\nles cœurs.\nLa science du magicien n'a pas de méthode : de même que ses\nformules et ses figures cabalistiques, ses mélodies lui sont inspirées ; ce\nsont des oracles qu'il rend, non des ouvrages qu'il compose. Mais bientôt\non soumit ces documents à l'analyse, et, comme il est arrivé aussi pour\nles œuvres de l'art, on en déduisit certaines règles qui furent imposées"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.25", "texte": "22\nS. I. M.\n\naux magiciens futurs. C'est ainsi, comme le montre très ingénieusement\nM. Combarieu, qu'on s'efforça de faire apparaître dans la musique les\nnombres que quelque analogie rendait sacrés. On s'astreignit à répéter\nune même formule deux, trois ou quatre fois, selon les préférences de la\nthéorie arithmétique. On construisit des gammes composées de sept notes,\nà cause du nombre des planètes ; en Chine, les cinq notes de la gamme\nrépondent aux cinq éléments, aux cinq saveurs, aux cinq couleurs, aux\ncinq points cardinaux, aux cinq vertus, pendant que les douze demi-tons\nchromatiques sont mis en rapport avec les douze mois. Plus tard, quand\non découvrit que la hauteur des notes était en fonction de la longueur\ndes cordes vibrantes ou des tubes sonores, puis de la fréquence de.s vibra-\ntions, on s'efforça de faire apparaître, dans les nombres qui mesureraient\nces longueurs ou ces fréquences, des facteurs qui auraient encore une\nvertu magique. Les Pythagoriciens, dont la philosophie entière est fondée\nsur la correspondance des choses aux nombres, retrouvaient dans leur\nproportion harmonique les lois fondamentales de l'arithmétique, donc de\n1 existence ; et les théoriciens chinois adoptaient, pour les tubes musicaux,\nde spéciales unités de longueur, divisées en neuf parties et non en dix\ncomme d'ordinaire, afin de rendre hommage à ce nombre particulièrement\nvénéré dans la philosophie taoïste, alors prépondérante.\nDe toutes ces considérations il résulte que la musique, à ses débuts\net pendant une longue période de son histoire, reste confondue avec la\nmagie, et que, de nos jours même, plus d'une ressemblance entre l'une et\n1 autre subsiste. Faut-il conclure, avec M. Combarieu, que les premiers\nmusiciens, occupés uniquement de magie, se sont trouvés faire de la\nmusique par surcroît et sans le savoir ? La question est générale, car la\nscience moderne de la préhistoire affirme également que les premiers\npeintres n'étaient pas des peintres, ni les premiers poètes des poètes. La\nnotion de l'art ou, ce qui revient au même, l'idée du beau ne serait pas\nprimitive ; elle se serait dégagée peu à peu d'ouvrages ou d'usages qui\nd abord n étaient executes ou pratiques qu'en vue d'un avantage matériel,\ncomme par exemple on en peut retirer du commerce avec les esprits.\nM. Pottier, cité par M. Combarieu, énonce ces axiomes :\n\" Je ne pense pas qu'aucun chef-d'œuvre égyptien ni grec soit né\ndu désir de créer l'œuvre d'art pour elle-même, et comme on dit pour le\nplaisir. Toute statue, tout bas-relief, tout tableau était conçu en vue\nd'une destination précise : l'amour du bibelot était inconnu aux anciens..."}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.26", "texte": "L'ORIGINE DE LA MUSIQUE\n23\n\nDans l'antiquité, l'utile a toujours été l'armature solide du beau. \"\nRien de plus juste, si ce n'est le contraire. L'antiquité a ignoré la\ngrâce inutile du bibelot, encore qu'on ne sache trop à quoi pouvaient\nservir les statuettes de Tanagra, ni les innombrables figurines qui les ont\nprécédées depuis les temps les plus primitifs, ni même les fusaïoles ou les\nptétendus bâtons de commandement qui abondent dans les fouilles pré-\nhistoriques. L'antiquité n'ignorait pas moins la tristesse de nos machines\nqui, sans nul souci de nous plaire, résolvent un problème de mécanique.\nEt si l'utile était l'armature du beau, le beau était l'excuse indispensable\nde l'utile. Les plus humbles ustensiles étaient ornés ; les plus pauvres\nchaumières, décorées de reliefs ou de peintures ; les tribus les plus sau-\nvages, si elles n'usent pas du vêtement pudique ou protecteur, ne\nmanquent pas à se parer de colliers, de bracelets, d'anneaux, d'aigrettes,\net utilisent même la surface de leur corps pour y tatouer les images de\nleur fantaisie. La vérité est que dans les temps anciens la notion d'utilité\net celle de beauté, que notre dialectique sépare, sont mêlées. C'est pourquoi\nil n'est pas de société humaine où l'art ne commence en même temps\nque l'industrie. L'homme qui le premier frotta deux bâtonnets pour faire\njaillir le feu dut les agrémenter au moins de quelques incisions symé-\ntriques : en foi de quoi nous collons encore des vignettes souriantes aux\nfaces de nos boîtes d'allumettes-bougies.\nCertains ouvrages de l'art ont été appliqués à des usages domestiques ;\nd'autres à des fins magiques. Ce dernier cas est-il celui des peintures\nsouterraines ? Rien ne le prouve. On allègue, il est vrai, qu'elles sont\nplacées en des retraites obscures où nul regard ne les pouvait admirer ;\nc'est que partout ailleurs l'action prolongée de la lumière les a fait\ndisparaître. Il a bien fallu, pour les tracer, quelque moyen d'éclairage ;\nles hommes des premiers âges avaient des torches ; une salle de festin ou\nde réunion, décorée de fresques qui sortaient de l'ombre à la clarté\nmouvante des flammes, n'a rien d'invraisemblable, même à l'époque de\nla pierre taillée. S'il en est ainsi, le sculpteur qui, plus tard, dressa les\npremières effigies des dieux, aurait mis au service de la religion un art\ndéjà formé. Le musicien, au contraire, fut dès ses premiers essais voué à\nla magie. Lui a-t-il appartenu sans réserve pourtant ? Il est permis d'en\ndouter, puisque les civilisations les moins avancées nous montrent, à côté\ndes incantations, d'autres airs simplement destinés à la danse ou à la\nrequête d'amour. Mais surtout il faut remarquer qu'un chant magique,"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.27", "texte": "2 4\nS. I. M.\n\navant d'être magique, est un chant, c'est-à-dire un système de sons\nchoisis et disposés sans autre intention que de satisfaire au secret instinct\nde l'ordre, de la proportion et de l'équilibre. Il existe des talismans qui\nne sont que des signes conventionnels, des grimoires faits avec des chiffres\nou des mots abrégés : ils se sont transmis jusqu'à nos jours sans prendre\nle caractère de l'art qui leur manquait dès le principe. La musique dont\nusaient les magiciens antiques est un art qui se connaît mal et n'a pas\nencore revendiqué son indépendance ; mais déjà l'idée de la beauté s'y\ntrouve impliquée.\nLe savant de nos écoles matérialistes sourit si on semble attribuer à\nla beauté une existence objective ; et cependant il reconnaît comme des\npropriétés certaines de la matière d'autres qualités dont seuls aussi nos\nsens témoignent, comme la couleur, la résistance, la masse, le mouvement,\nl'étendue, l'existence. En faveur de celles-ci il invoquera le consentement\nuniversel ; mais il n'est pas d'homme qui ne soit sensible au moins à\ncertaines formes de la beauté. Les exceptions.ne prouvent rien : c'est une\ninfirmité que de ne rien comprendre à la musique ou à la peinture, tout\ncomme d'être sourd ou aveugle. Les divergences d'appréciation sont\nnégligeables également : un homme fait ses délices d'une symphonie ou\nd'un tableau dont un autre s'indigne : allons-nous révoquer en doute les\nsaveurs, parce que certains d'entre nous aiment l'ail ou l'oignon qui nous\nincommode ? Sommes-nous même certains que notre perception de la\nsaveur, de la couleur ou du son soit analogue, ou seulement comparable,\nà celle de qui que ce soit ? Cependant, nous possédons tous comme un\nbien commun la notion de la couleur, celle du son, celle de la saveur,\ncelle aussi de la beauté.\nQu'est-ce que la beauté ? C'est la manifestation d'un monde différent\noù nous atteignons à un bonheur inespéré et même inconcevable en celui-\nci. Ce monde est-il fictif ? Peut-être qu'il existe et c'est le paradis que\nnotre âme doit visiter dans la suite des temps ; ou bien c'est le modèle\ndont le monde présent se rapproche avec effort : car il ne paraît pas\npossible d'expliquer la totalité des phénomènes par le jeu aveugle des\ncauses efficientes ; l'œuvre de la nature n'est pas seulement un travail\nmécanique ; c'est aussi une œuvre d'art. Dans le premier cas l'artiste est\nle prophète de nos destins ; dans le second il favorise, bien mieux que le\nsavant, le progrès de l'univers en lui montrant, avec l'avantage de pro-\nportions réduites et de conditions spéciales, l'exemple de ce qu'il doit"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.28", "texte": "L'ORIGINE DE LA MUSIQUE\n25\n\ns'efforcer d'accomplir. Le célèbre Whistler, à qui on vantait des aspects\ntout pareils à ceux de ses tableaux, répondit : \" Oui, j'ai remarqué que\nla nature faisait mieux depuis quelque temps. \" Ce n'est pas seulement\nune boutade d'ironique orgueil. Ceux qui ont des yeux pour voir\nremarquent que la nature, depuis quelques années, renonce à ces couchers\nde soleil qui impatientaient Oscar Wilde. Elle cesse d'imiter les peintres\nde Fontainebleau et devient impressionniste. Elle retarde ; il faut l'ex-\ncuser : elle a tant à faire !\nL'artiste est le magicien de la beauté, puisqu'il a seul le pouvoir de\nnous la rendre sensible. La musique n'est pas privilégiée : tous les arts\nsont magiques, mais le sortilège y est moins apparent s'ils le traduisent\npar les formes usuelles de la nature. De là ces fréquentes accointances\nentre la magie et les arts, particulièrement l'art immatériel des sons.\nMais la magie ne leur est pas antérieure. On ne peut concevoir une\nsociété humaine sans arts, pas plus qu'une société sans langage ou sans\nindustrie. On peut concevoir une société sans magie. Au lieu que l'art\nsoit un cas particulier de la magie, qui sait si la magie n'est pas un cas\nparticulier de l'art ? La beauté multiforme et sans nom que l'artiste\npoursuit se serait, pour certains esprits plus grossiers, concrétée en êtres\ndistincts qu'ils essayèrent d'interpeller séparément. Ce sont là des conclu-\nsions toutes contraires à celles de M. Combarieu ; elles s'inspirent\ncependant de ses remarques. Le meilleur éloge qu'on puisse faire d'un\nlivre, c'est qu'il donne à penser.\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.29", "texte": "Ecclésiastique, médecin, écrivain, juriste au besoin, Rabelais, qui\nsut attirer l'attention de son époque aussi bien par son érudition que par\nses idées avancées qui sut retenir celle des époques suivantes par la\nrichesse de ses écrits qui survécut jusqu'à présent dans la mémoire\npopulaire grâce à son imagination fantastique et sa gaillarde gaîté\nRabelais enfin qui se servit pour faire rire et réfléchir de la presque\ntotalité des connaissances humaines, mérite il fallait s'y attendre\nque les musiciens d'aujourd'hui le comptent parmi leurs aînés et lui\naccordent une place dans leur histoire.\nCe n'est pas qu'il ait composé de la musique : la chose est cependant\npossible puisque son éducation comprenait des études musicales et que\nses historiens nous le montrent enseignant la vieillesse et le repos\nvenus la musique aux enfants de sa paroisse. Mais à défaut de\ncompositions, l'ami du cardinal du Bellay manifeste en maints endroits\nde son œuvre l'exactitude de son savoir qui est au-dessus de la moyenne\net laisse même deviner qu'il pratiqua l'art musical dans une mesure qu'il\nest cependant difficile de déterminer.\nCertes, n'attendons aucune pédante théorie de la \" musicque \" :\nquelle que soit la science qu'il mette en jeu, Rabelais la possède suffisam-\nment pour s'en servir avec aisance, en faire pivoter la terminologie au gré\nde son humeur et en tirer le quiproquo inattendu, dont la seule drôlerie\njustifie le chapitre ou le paragraphe, \" Enseigner en amusant \" fut peut-\nêtre son précepte favori (s'il eut jamais un précepte !!) et de fait nous\ntrouvons dans les Livres Pantagruéliques un nombre respectable de\nrenseignements précieux sur les coutumes musicales de son siècle.\nLatiniste et hellénisant, il recueillit même des lettres anciennes quelques\naperçus relatifs à la musique de l'antiquité.\n\n1 Quelques jours après que j'eus terminé cette petite étude, et par une curieuse coïncidence, M. Jean\nRichepin, rappelait dans une causerie qu'il fit au Salon des Musiciens, la place d'honneur que Rabelais\naccordait à la musique dans l'éducation générale."}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.30", "texte": "RABELAIS ET LA MUSIQUE\n\n27\n\nLe classement de la musique avec les sciences exactes, conformément\nà la doctrine ancienne, apparaît en deux endroits avec beaucoup de clarté.\nIl s'agit de l'éducation donnée à Gargantua, et en général aux jeunes gens:\n\" ... Et non seulement d'icelle (science arithmétique) mais des\naultres sciences mathématiques, comme géométrie, astronomie, musicque.\"\n(Livre I chap. 23). Plus 10in... \" Les arts libéraux, géométrie, arithmé-\ntique et musicque. \" (II 8.)\nRabelais ne fait pas d'objection à cette classification qui nous paraît\nun peu paradoxale aujourd'hui, mais que s'imposa le monde antique :\nSi nous l'avions suivi dans cette voie, plutôt que de nous asservir\naveuglément à sa littérature et à sa philosophie, nous y aurions gagné que\nl'art musical ne fût point exclu de l'enseignement officiel où il a tant de\npeine à retrouver actuellement sa place.\nLes miracles réalisés par la musique suffiraient cependant à justifier\ncette réinstauration : écoutez Maître Alcofribas : \"... Et le past terminé,\nau son de ma musette mesurerait la musarderie des musars. Ainsi fonda,\nbastit et édifia Amphion sonnant de la lyre, la grande et célèbre cité de\nThèbes. \" (111, Prologue). Après la lyre d'Amphion, celle d'Orphée :\nc'est à propos de l'invraisemblable et désopilante histoire des paroles\ngelées, ouïes par Pantagruel, Panurge et leurs compagnons de voyage.\n\" ... Nous serions bien esbahis si c'estoient les teste et lyre de Orpheus.\n(Ici, la brève exposition du drame antique)... Et de la tête continuelle-\nment sortait un chant lugubre, comme lamentant la mort de Orpheus ;\nla lyre à l'impulsion des vents mouvens les chordes, accordait harmo-\nnieusement avecques le chant... \" (IV 55).\nMais Rabelais remonte plus haut encore et atteint les origines du\ndrame grec : c'est lorsqu'il nous fait la peinture de Bacchus et des Indiens ;\nil nous montre les troupes du Dieu, \" ... portant infinis trophées, fercules\net despouilles des ennemis, en joyeux épinicies et petites chansons\nvillatiques, et dithyrambes resonnans. \" Voici donc en quelques para-\ngraphes une \" Histoire de l'époque légendaire de la musique \" qui suffirait\nencore à bien de nos contemporains et dont se contentent la plupart des\nmanuels relatifs à l'histoire de notre art.\nAprès le merveilleux, la demi-légende, et un procédé pédagogique\ndont nous voudrions pouvoir user parfois : Ponocrates a résolu de faire"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.31", "texte": "28\nS. I. M.\n\noublier à son élève tout ce que ses \" antiques \" précepteurs lui ont appris.\n\" ... Comme faisait Thimothée à ses disciples qui avaient été instruits sous\naultres musiciens. I 23. \" Que de professeurs seraient heureux de posséder\ncette puissance et la \" purge canonicque \"de \" maistre Théodore afin\nde chasser des cerveaux et des jeunes organismes qu'on vient leur confier,\nles travers parfois incorrigibles qu'un enseignement antérieur, maladroit,\na pu faire naître. Mais la loi s'oppose au seul moyen radical, je veux dire :\nl'hypnose et la suggestion. Et à ce propos n'a-t-on pas cherché à\nrapprocher les effets de l'hypnose de ceux de la musique ? Rabelais\ncependant, semblait comprendre la chose autrement et nous le fait\nentendre de la façon suivante : il s'agit de ce bal (une partie d'échec) où\nchacun des deux camps possède une troupe de musiciens et un \" ton \"\nparticulier, à la sonnerie duquel il évolue ; à la fin de la partie les\nmusiciens du camp victorieux font retentir leurs instruments : \" ... encore\nplus sentions nous nos cœurs esmeus et effrayez à l'intonation de la\nmusique ; et croyais facilement que par telle modulation, Isménias excita\nAlexandre le Grand estant à table et disnant en repos à soi lever et armes\nprendre. (V 26) Nous sommes cette fois en pleine réalité historique, et\naussi en pleine réalité psychologique : l'effet de la musique sur l'âme\nhumaine est bien l'un des plus anciens problèmes de la philosophie : on\nle discute encore aujourd'hui. De ses effets sur l'âme des animaux, on a\ntoujours également parlé et Rabelais n'a garde d'omettre un renseigne-\nment à ce sujet ; il nous entretient de certaines gens qui \" ... chauvent des\naureilles comme asnes de Arcadie au chant des musiciens, et par mines en\nsilence signifient qu'ils consentent à la prosopopée. \" (111 Prologue).\nOn pourrait encore rencontrer dans l'œuvre pantagruélique quelques\npassages relatifs à la musique de l'antiquité ; mais ils sont peu importants\net se rapportent autant à la poésie qu'à la musique ; c'est ainsi qu' \" au\ndessert du premier metz, feust par elles (de jeunes servantes) mélodieuse-\nment chanté un épode à la louange des Sacro Sainctes Decretales. \"\nL'introduction d'une forme grecque chez Homenez, apologiste des\n\" Decretales \" ne manque pas de piquant ni d'imprévu : l'humanisme de\nRabelais, exempt de toute pédanterie comme de tout préjugé, se manifeste\nainsi par des pointes inattendues, et des contrastes qui font en grande\npartie le charme de son style."}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.32", "texte": "RABELAIS ET LA MUSIQUE\n2 9\n\nMais que signifie chez 1' \" Abstracteur de quinte essence \" le terme\n\" monochorde \" ? on serait d'abord tenté d'admettre qu'il s'agit de l'instru-\nment de théorie dont il est question chez les auteurs du moyen-âge,\nBoèce en tête ; cependant la façon dont en parle Rabelais me porte à\ncroire qu'il est question du manicordion^instrument assez primitif, mal\nconnu encore, mais qui dût se propager, avec des transformations, jusque\nvers le 16me siècle. On trouve le terme 1 dans un texte du 12me\nsiècle : et quelques auteurs pensent qu'il se rapporte à un ancêtre du\nclavicorde. Chez Rabelais il apparaît deux fois : \" ... Auquel son\n(des flacons, pintes etc.) il tressailloit et lui-mesme se bressoit en dodelinant\nde la teste, mono chor disant des doigtz... \"(I On me pardonnera de ne\npas reproduire la fin de la phrase : certains fragments de mosaïques\nperdent toute beauté et toute signification lorsqu'on les sépare de\nl'ensemble. Au Livre IV (ch. 63), pendant que Pantagruel sommeillait\n\" ... Eusthènes sus une longue couleuvrine jouait des doigtz comme si\nfeust un monocliordion.\" Il semble donc bien que Rabelais veuille désigner\nl'ancêtre dont il est question plus haut.\nCe n'est d'ailleurs pas le seul instrument dont il soit parlé :\nl'heure que Gargantua consacrait à son éducation musicale était bien\nemployée : \" au regard des instruments de musicque il aprint à jouer du\nlue, de l'espinette, de la harpe, de la flutte de Alemant et à 9 trouz, de la\nviole et de la sacqueboutte. \" (I 23).\nIl n'est plus question de monocorde mais \" d'espinette \" ; et la\nviole n'est pas encore détrônée par le violon : nous ne voyons apparaître\nce dernier que vers 1550 dans le \" Tiers Livre \" (ch. 26) \" ... plus me\nplaist le son de la rustique cornemuse que les fredonnemens des luez,\nrebecz, et violons auliques. \" Rabelais avait donc fort bien saisi le carac-\ntère de la musique de cette époque, qui était, disent les esthéticiens,\n\" bourdonnante \" et non claire comme la nôtre.\nDans le \" Quart Livre \" (ch. 6) nous trouvons encore ce passage\n(il est question du mouton que veut acheter Panurge) : \" Des boyaulx on\nfera chordes de violons et harpes, lesquelles tant chèrement on vendra\ncomme si fussent chordes de Munican ou de Aquilie. \"\nNi Panurge, ni Pantagruel, ni Frère jan ne nous en disent davantage\n\n1 Geschichte des Klavi Kords. Gœhlinger. De plus, des ouvrages des i6me et même 17™ siècle citent le\nmonocorde comme un instrument de musique véritable, et nous donnent des détails sur sa structure (p. Ex.\nMarinait : La prima parte etc. 1587)."}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.33", "texte": "3°\nS. I. M.\n\nsur les instruments à cordes, si ce n'est que Quaresmeprenant avait le\nnombril \" comme une vielle \" (IV 31) et que Panurge pour faire danser\ndes mariés \" loua un aveugle qui leur sonnait la note sur sa vielle Cet\ninstrument était déjà tombé probablement au niveau où nous le ren-\ncontrons aujourd'hui dans certaines provinces.\n& *\nLes instruments à vent occupent une place plus importante. La flûte\net la cornemuse tiennent la tête et Rabelais nous donne à ce sujet\nquelques indications sur les coutumes de l'époque. L'histoire des chicanous\nen est l'occasion. C'est le Seigneur de Basché qui parle : \" Vous pareille-\nment, Trudon (ainsi estoit nommé son tabourinneur) soyez y avec vostres\nflutte et tabour. \" Il s'agit, on s'en souvient du simulacre d'une cérémonie\nde mariage, laquelle comportait donc habituellement, il faut le croire,\nla flûte et le tambour et plus loin nous entendons effectivement\n\" ... Trudon sonner de la flutte, battre son tabourin, chascun rire, etc.... \"\nOn retrouve ici comme d'ailleurs en plusieurs autres endroits l'expression\n\" sonner \" d'un instrument (et non \" jouer \" comme actuellement) qui\nest l'équivalent de l'italien \" Suonare, Sonare \" s'appliquant aux instru-\nments à vent et à archet ; on appelait parfois \" Suonatori \" les musiciens\nitaliens qui jouaient d'instruments autres que le clavier et la \" Sonate \"\nétait une pièce de musique destinée aux violon, violes etc.\nLa flûte dont nous avons vu le \" Grand Gargantua \" se servir, celle\nde \" Alemant \" et celle \" à 9 trouz \", apparaît encore une fois dans le\nLivre IV (62) \"... le suzeau croît plus canore et plus apte au jeu des\nfluttes en pays onquel le chant des coqs ne serait ouy... \"\nLa famille des bois n'est pas seulement représentée par les flûtes : le\nhautbois y fait une apparition \" ... Et les complanissant en claires\ngarrigues, et belles bruières, jouant des haulxboys et préparant les sièges\npour la nuict du jugement... \" (111 3). Il est curieux de voir associer le\nhautbois à l'évocation d'un tableau religieux et l'on ne peut s'empêcher\nde songer au vieux Noël \" villatique \" universellement connu, qui\nprésente la même association. Pourtant le tableau évoqué est fort différent,\net il serait plus conforme à l'Ecriture que le \"Jugement \" fut accompagné\nde la trompette, voire de la sacqueboutte que des \" haulxboys\nLes instruments à vent se complètent encore du flageolet, car, (IV 31)"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.34", "texte": "RABELAIS ET LA MUSIQUE\n31\n\nQuaresmeprenant a \" le perinaeum comme un flageollet \" et du fifre :\nles andouilles s'en vont en guerre \" au son des vèzes et piboles, des\neuoeues et des vessies, des ioveulx pifres et tabours, des trompettes et\nclairons \" (IV 36).\nEnfin voici la cornemuse qui jouissait au moyen-âge d'une véritable\nfaveur, mais qui du temps de Rabelais devait être tombée depuis\nlongtemps dans le domaine populaire, et jouer le même rôle qu'aujourd'hui,\nle biniou, dans certaines de nos provinces ; dès le icl Livre (ch. IV),\nl'auteur de la \" vie Treshorrifique du Grand Gargantua \" nous révèle\nqu'elle sert à faire danser : \" Après disner, vous allèrent pelle-melle à la\nsaulsaie, et là sur l'herbe drue dancèrent au son des joyeulx flageolletz et\ndoulces cornemuses tant baudement que c'était passe temps céleste les\nveoir ainsi soy rigouller Panurge, dans le discours polyglotte qu'il\nadresse à Pantagruel, lui expose en Italien, l'exemple de la qui ne\n\" rend jamais de son qu'elle n'ait le ventre empli. \" Je n'insisterai pas sur\nl'interminable discussion relative à l'interprétation d'un oracle, où il est\nquestion de cornemuse, laquelle devient l'occasion de calembours gaillards\net d'étranges comparaisons (111 46).\nAprès les \" cordes \" et les \" bois \", voici le clavier. Quaresmeprenant\nn'y pouvait échapper : il a les \" délibérations comme une prochée\nd'orgues \" et les \" orteilz comme une espinette organisée. \" (IV 30 et 31).\nNous aurions peut-être peine à découvrir ce qu'est un clavier d'après ce\nrenseignement ; ce qui suit est déjà plus explicite \" ... que les dentz leur\ntressailloyent comme font les marchettes d'un clavier d'orgues ou d'espi-\nnette quand on joue dessus... \" Il semblerait donc que les \" marchettes \"\nsoient l'équivalent des \" touches \", dont l'ensemble formerait le \" clavier \",\nle passage suivant paraît cependant contredire à cette équivalence ; je veux\nparler de l'invraisemblable description de l'orgue dont la Quinte-essence\nse servait pour faire ses cures miraculeuses : (IV 20). \" Icelles estoient\nde façon bien étrange, car les tuyaux étaient de casse en canon, le\nsommier de gaïac, les marchettes de rubarbe, le suppied de turbith,\nle clavier de scamonie. \" Il faut comprendre probablement que le clavier\nétait l'entablement qui contenait les marchettes ; mais il est indubitable\nqu'en \" sonnant une chanson \" sur des orgues d'aussi \" admirable et\nnouvelle structure \" la quinte devait guérir \" Soubdain et parfaictement \"\nn'importe quelle maladie. Je n'insiste pas sur l'ironie du chapitre, mais\nj'ajoute que déjà dans le livre 1 (47) \" une armée ou gendarmerie \""}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.35", "texte": "32\nS. I. M.\n\névoque pour Rabelais l'idée d'une 44 harmonie d'orgues et concordante\nd'horloge. \"\nDes instruments, passons à la pratique musicale de l'époque : celle-ci\nsurgit avec cet imprévu tout rabelaisien et vous arrache le rire par le\njoyeux esprit d'à-propos dont l'auteur a la coutume.\nSans parler d'expressions comme \" être contrepoincté d'écus\nPanurge nous révèle le système compliqué des muances, dont il se joue\nen homme fort au courant de la théorie de son temps ; au beau milieu\nde l'orage, ne s'écrie-t-il pas : \" A cette heure sommes-nous au-dessous de\nGama ut^je naye \" ? (IV 19). Auparavant nous le rencontrons s'exprimant\nainsi : \" C'est trop bas ! Et le print par l'oreille disant : Chante plus\nhaut, en g sol ré utNe connaît-il pas le contrepoint : \" Non foys,\ndisait-il, Madame ; mais je accorde au contrepoinct de la musique que\nvous sonnés du nez. \" (II 32 et 23).\nEt d'autre part, nous apprenons que le peuple de Paris est comme\nvous savez bien, \" sot, par nature, par béquare et par bémol. \" Bien des\npersonnes, lisant ces passages n'y comprennent en général que du \" hault\nAlemant \" et pourtant ne suffiraient-ils pas à nous faire entrevoir les\nprincipes mêmes du système de solmisation ? Ce dernier terme est déjà\nimpropre : le seigneur de Humevesne nous l'apprend dans l'inimitable\nincohérence de son plaidoyer \" ... qui escornifle la vache, qui mousche en\nplain chant de musicque sans solfier les poinctz des savetiers... \" (II 13).\nIl n'y a qu'un pratiquant assidu de la musique, qui puisse se servir de\nces expressions techniques avec autant de facilité, les appliquer avec tant\nde justesse, et nous raconter que Gargantua chantait \" musicalement\nà quatre et cinq parties, ou sus un thème à plaisir de gorge. \" (I 23).\nLa danse apparaît en de multiples passages que je ne puis reproduire\nici, et dont on trouvera quelques exemples dans les citations musicales\nénumérées jusqu'à présent; je signalerai seulement qu' \"... après le souper...\nfurent dansées plusieurs moresques, aux sonnettes et timbous \" à cause de\nla vogue dont jouissait cette sorte de danse au i6me siècle. Au ch. 33.\nLiv. V \" les autres aux divers sous des bouzines \" (buisines ?) dansèrent\ndiversement comme vous pourrez dire... \" suit une liste interminable de\ntitres indiquant que nous avons affaire à des danses chantées. En voici"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.36", "texte": "3\n\nRABELAIS ET LA MUSIQUE\n33\n\nquelques uns, gaillards ou poétiques, qui ne seraient point déplacés dans\nun recueil du 15™ siècle :\nC'est la belle franciscane,\nMalemaridade,\nN'y boutes pas tout\nLa mousque de Biscaye\nQu'est devenue ma mignonne\nPour avoir faict au gré de mon amy,\nTestimonium\nDulcis arnica,\nTouche luy l'anticaille, etc.\nOn peut, au moyen de ce bref extrait, se faire une idée des 180 et\nquelques titres, énumérés par l'auteur, et ne figurant pas, je crois, dans\ntoutes les éditions.\n*\n* &\nMais si Rabelais passe en revue l'antiquité les instruments et\nla théorie de son temps, voire, la pratique il n'oublie pas non plus les\nhommes et nous fournit deux séries de noms d'auteurs, qui pourraient\nêtre précieuses pour l'historien.\nCe sont de ces énumérations qui ne finissent plus, dont l'ex-docteur de\nMontpellier use parfois avec tant d'adresse, et dont le pouvoir désopilant\nest irrésistible ; qu'on se rappelle l'histoire de Diogène, ou encore la\ndescription de l'entant Gargantua.\nIci ce sont des noms de musiciens qui font les frais, et c'est le\n\" bel messer Priapus \" qui, à l'occasion de la fameuse légende du bûcheron\nqui a perdu sa cognée, va nous réciter la litanie. Le passage vaut d'être\nreproduit en entier : (IV Prologue). \" Et me soubvient, car j'ay mentule,\nvoire diz-je mémoire, bien belle et grande assez pour emplir un pot\nbeurrier, avoit un jour de Tubilustre ès fériés de ce bon Vulcan en may,\noiiy jadis en un beau parterre, Josquin des Prez, Ollezegan (Ockeghem ?)\nHobrettz (Obrecht ?) Agricola, Brumel, Camelin, Vigoris, de la Fage,\nBruyer, Prioris, Seguin, de la Rue, Midy, Moulu, Roubon, Guascoigne,\nLoyset Compere, Penet, Fevin, Rouzée, Richardfort, Rousseau, Consilion,\nConstantio Festi, Jacquet Bercan, chantant mélodieusement....\nJ'omets à dessein la chanson dont l'esprit et le style sont des plus\nRabelaisiens ; bien qu'on trouve quelques libertés dans les chants de"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.37", "texte": "34\nS. I. M.\n\nl'époque, dans l'art de Loyset Compère par exemple, je crois cependant\nque les compositeurs ci-dessus nommés auraient éprouvé une certaine\nhésitation à écrire pour quatre parties et en riche polyphonie un motet\nsur la poésie que leur fait chanter en chœur le curé de S 1 Maur-lez-fossés.\nEt pourtant notre \"joyeux beuveur \" insiste : \" ... Neuf olympiades\net un an intercalare après, ô belle mentule ! voire, diz-je, mémoire ! Je\nsolœcise souvent en la symbolization et colliguance de ces deux motz, je\noiiy Adrian Villart, (Willaert?), Gombert, Janequin, Arcadelt, Claudin,\nCerton, Manchicourt, Auxerre, Villiers, Sandrin, Sohier, Hesdin, Morales,\nPassereau, Maille, Maillard, Jacotin, Heurteur, Verdelot, Carpentras,\nLheritier, Cadeac, Doublet, Vermont, Bouteiller, Lupi, Pagnier, Millet,\ndu Mollin, Alaire, Marault, Morpain, Gendre, et autres joyeulx musiciens\nen un jardin secret, soubz belle feuillade, au tour d'un rempart de flaccons,\njambons, patez, et diverses cailles coyphées, mignonnement chantant...\nIci encore je crois pouvoir me dispenser de reproduire le texte de la\nchanson. Mais il est facile de constater qu'il n'y a nulle fantaisie\n(si ce n'est relativement à l'ordre chronologique), nulle invention dans\ncette liste : tous ces musiciens nous sont plus ou moins connus, d'aucuns\nnous paraissent célèbres, d'autres secondaires, mais nous possédons sur\nchacun, des renseignements biographiques ou bibliographiques qui nous\ngarantissent leur existence et leur fonction sociale.\n58 auteurs nous sont révélés ! témoignant si nous ne le savions\nd'autre part de la richesse musicale de l'époque, de la place énorme\noccupée par l'art musical et de l'intérêt que lui porta Rabelais : cherchez\naujourd'hui 58 compositeurs présentant une assez grande valeur pour être\nconnus, non pas de la foule, mais seulement des lettrés ?...\nRemarquons au surplus, que la grande majorité constitue ce qu'on a\nappelé avec raison l'école française ; Deux italiens, un espagnol et quelques\nnéerlandais complètent ce tableau qui devait être singulièrement vivant\npour les auditeurs et les lecteurs du \" Quart Livre\n* *\nEt maintenant, si ce petit exposé demandait une conclusion, nous\npourrions rappeler que depuis Rabelais et surtout depuis cent ans environ,\nles musicographes les critiques principalement ont parfois retrouvé\nla bonne humeur de leur ancêtre \" pantagruélique Mais comme la"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.38", "texte": "RABELAIS ET LA MUSIQUE\n35\n\ncivilisation aiguise l'esprit, notre gaîté est moins déboutonnée, plus\ndiscrète et elle s'exerce souvent sur des \" quiproquos \" plus fragiles et\nmême moins invraisemblables que ceux de Rabelais. On peut même se\ndemander si cette gaîté n'est pas seulement une forme de notre scepti-\ncisme, tellement elle est différente de la grosse joie gauloise dont la\nmusique fait allègrement les frais, comme nous venons de le rappeler.\nCertes on chante encore au quartier latin et à Montmartre des chansons\ndont le refrain trouve son modèle dans le L. V (ch. 6) :\nIls s'en repentiront don-daine !\nIls s'en repentiront don-don !\nMais lequel de nos confrères osera s'écrier :\n\"Chantons! Un motet entonnons ! Où est mon entonnouer \" ?\n(ï 5-)\nHélas ! Un motet n'est plus l'occasion de rire, ni de faire un\ncalembour : demandez-le plutôt à ceux qui distillent la polyphonie\nmédiévale et renaissante parce qu'on leur a dit tel le laboureur à ses\nenfants qu'un trésor est caché dedans ?...\n\nA. Machabey."}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.39", "texte": "LA MUSIQUE PORTUGAISE\n\n1\nQuand on interroge les Portugais résidant en France—j'entends\nles mieux avertis des choses de leur pays sur l'état actuel de leur\nmusique nationale on reste singulièrement perplexe. Ils nous font des\nréponses évasives, embarrassées, enveloppées, pleines de réticences... ils\nnous parlent de la musique populaire qui est très vivante, mais qui se\ncontente, à peu de frais, de ses modinhas et de ses fados ; ils vous nomment\nleurs meilleurs artistes, qui vivent presque tous à l'étranger, et, finalement,\nsi on les presse un peu, ils finissent par avouer que leur musique natio-\nnale, comme la princesse de la légende, s'est endormie dans la forêt\nenchantée et qu'on ignore encore le nom du prince Charmant qui, fran-\nchissant tous les obstacles, viendra la réveiller.\nDevant cet aveu, non dépourvu de mélancolie, le pauvre critique\nmusical reste très surpris et fort déçu. Il espérait mieux, car enfin, s'il n'y\na rien, ou presque rien nous verrons tout à l'heure dans quel sens il\nfaut entendre ce rien il est certain qu'il y a eu, autrefois, quelque\nchose ; là-dessus, tous les historiens sont d'accord. Il y a eu, du XVe au\nXVIIIe siècles une floraison musicale d'un superbe développement, d'une\nrichesse, d'une abondance, d'une vitalité absolument merveilleuses. Pendant\ntrois cents ans, et plus, compositeurs, chanteurs, instrumentistes, théori-\nciens, formèrent la plus brillante pléiade, furent les nombreux et dignes\nreprésentants d'un art national qui a ses caractères propres, ses moyens\nd'expression personnels et ses originales manifestations.\n\n1 Conférence donnée en juillet 1912 àla Société Internationale de Musique en présence de\nM. Joas Chagas, ministre du Portugal et de la colonie portugaise."}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.40", "texte": "LA MUSIQUE PORTUGAISE\n37\n\nAvant d'aborder la période moderne, je voudrais rappeler à votre\nmémoire, et à votre bienveillante attention, ces périodes pleines de gloire,\nqui, j'y insiste, n'eurent pas l'éclat éphémère d'astres fuyant au ciel de la\nmusique, mais brillèrent avec une continuité, une intensité, qui sont,\npour le Portugal, en même temps que le souvenir d'un lumineux passé, le\ngage certain d'un magnifique avenir.\nCeltes d'origine, les habitants de l'ancienne ont à subir,\ncomme l'Espagne, la domination carthaginoise, puis la romaine, pui dura\ncinq siècles et demi ; ensuite l'invasion germaine et enfin la musulmane.\nCette dernière, qui imprima à l'Espagne une si forte empreinte, n'influença\nguère le Portugal. Il réagit contre elle, vigoureusement, et y échappa\npresque tout de suite. Quoiqu'il en soit, tous ces grands mouvements de\npeuples, stabilisés ou passants, laissèrent plus ou moins leurs marques sur\nles traits de la race primitive, mêlèrent à son génie propre des éléments\nétrangers dont il serait curieux (c'est affaire aux musicologues) de démêler\nau cours des âges, et l'importance, et la durée.\nPeu à peu, cependant, la vie nationale commença de s'organiser. Au\nXIe siècle, une maison d'origine française : la maison de Bourgogne,\ndonnait au Portugal son premier roi : Henri, gendre d'Alphonse VI de\nCastille. L'influence de notre pays devait encore s'exercer là, d'autre\nmanière et pour d'autres causes. A la suite de la guerre des Albigeois,\nnombre de troubadours provençaux se réfugièrent en Portugal et intro-\nduisirent, à la cour, et chez les grands, le goût des chants et des divertis-\nsements musicaux de leur pays natal. C'est ainsi que nous relevons les\nnoms de Egas monis Ceolho et Gonzalo Herminguez qui pratiquèrent,\ndisent leurs biographes, \" l'art de rimer en musique \". Sans doute, ils ne\nfurent pas les seuls, mais ces deux noms illustres, furent sauvés de l'oubli.\nA l'art personnel de l'époque, s'ajoute encore l'art collectif : les\nmonastères d'Odivellas de Santa-Cruz,de sont déjà très renommés\npour l'harmonie de leurs chœurs. Sans nous attarder à cette première période,\nnotons cependant, en 1290, la fondation de l'Université de\ncelle d'une chaire de musique à cette même université. Cette chaire, qui\nconnut des fortunes diverses, subsista encore de nos jours. C'est le roi\nDenis, que les historiens appellent Diniz et ses contemporains le Père de\nla Patrie qui l'instaura.\nDu XIVe au XVIe siècle c'est, pour le Portugal, l'époque la plus\nbrillante. Des conquêtes inattendues et magnifiques lui annexent d'im-"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.41", "texte": "3»\nS. I. M.\n\nmenses territoires ; ouvrent à son commerce des sources de richesses qui\nsemblent inépuisables ; suscitent une prospérité prodigieuse, inouïe, sans\nexemple. Lorsqu'on lit les récits de cette fastueuse période, c'est une\nvision éblouissante : allant et venant d'un continent à l'autre, les vaisseaux\nportugais semblent voguer dans un sillage d'or. Terre non promise, mais\nbien conquise, un nouveau monde s'est dévoilé, baigné de soleil, ruisselant\nde lumière, offrant à toutes les avidités, aux ardeurs de tous les désirs,\naux plus âpres des convoitises, la plus folle, la plus opulente des réali-\nsations.\nAlors, suivant une loi générale, que les faits justifient, en Italie, à\nl'époque de la Renaissance, aux Pays-Bas, durant ce superbe XVIe siècle\noù les artistes abondent, en France, pendant notre grand XVIIe siècle,\nl'éclosion d'une multitude d'oeuvres d'art est consécutive au développe-\nment de la fortune publique. Celle-ci semble agir comme cause détermi-\nnante de celle-là : A une vie qui se fait meilleure, plus abondante, plus\nriche et plus pleine, s'ajoute un épanouissement artistique qui en est\ncomme la fleur. Encore une fois, ceci n'est pas réservé au seul Portugal.\nA de certains moments de son existence, un peuple se sent croître en\nforce, en puissance; il prend conscience de sa valeur, et, confiant dans ses\ndestinées, donne sa juste mesure dans toutes les directions où son activité\ns'exerce et dans l'une de celles qui semble le plus inutile, tout en restant\nindispensable à la vie humaine : je veux dire l'activité artistique.\nA côté d'une littérature tellement belle qu'elle classe de suite le petit\nPortugal au rang des grandes nations, la musique tient une place plus\nqu'honorable. Elle est, à cette époque, faut-il l'ajouter, presque exclusi-\nvement religieuse. Messes, motets, psaumes, antiennes, drames sacrés se\nmultiplient. Le drame sacré, analogue aux mystères de notre moyen-âge,\nc'est ici le vilhancicos. Destiné aux grandes fêtes de l'Eglise, surtout à la\nNativité et à l'Epiphanie, il a une coupe très déterminée. Il commence\net se termine par un morceau choral dit : ; au milieu se trouvait\nun ou plusieurs morceaux pour une voix seule : copias. L'estribillo est\nsouvent écrit pour deux ou plusieurs chœurs ; chacun est alors pourvu,\nen plus du continuo général, d'un continuo particulier.\nLe Vilhancico accompagne les sujets pieux, c'est sa première fonc-\ntion, mais nous allons voir bientôt se produire, à son sujet, la division\nqui est à noter dans tous les autres pays ; c'est-à-dire la formation d'un\ndouble courant ; religieux et laïque. La musique échappe au temple, où"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.42", "texte": "LA MUSIQUE PORTUGAISE\n39\n\nvainement essaient de la retenir bulles papales et décrets pontificaux, elle\ns'émancipe et emploie à chanter les passions humaines ces moyens qui,\njusqu'alors, n'avaient servi qu'à Dieu.\nLe Vilhancico,exclusivement religieux, d'abord, va donc bientôt\nsubsister sous deux formes : la profane et la sacrée, puis, il se détournera\ntout à fait de cette dernière, mais, en s'en détournant, il se diminuera :\ndéserteur de la grande mission religieuse qu'il avait jusque là remplie, il\ncessera d'être la voix du peuple pour tomber à être son amusement ; il se\nfera petit pour devenir humain. Sous cette nouvelle forme, il s'appellera\nle Vilhanceles,et il se reconnaîtra un père : Gil Vicente, le plus fécond et\nle plus original des poètes portugais, révéré, à juste titre, comme le\nfondateur du théâtre national.\nIssu de famille noble, Vicente avait ses entrées à la cour qui était\nalors celle de Jean 11, et c'est devant le futur Jean 111 qu'il représenta\nson premier ouvrage, en 1502. C'était une sorte de monologue, ou de\nmonodrame, entremêlé de musique. L'œuvre réussit, l'auteur en donna de\nsemblables, il fut imité, et ce genre de pièces comiques commença de se\nrépandre. Il comportait, outre le Vilhancete, des cuatras, que nous pouvons\ntraduire quatuors, c'est-à-dire des morceaux à quatre voix, qu'exécutaient\nles femmes. Vicente mourut à Evora en 1557.\nRevenons à la musique, j'entends celle qui n'est pas de théâtre. Tout\nle XVIe siècle est dominé, en Portugal, par la grande figure de Mauvël\nMendès ; compositeur, théoricien et professeur ; on dirait aujourd'hui :\nchef d'école. Ses contemporains le nommèrent Grince de la éMusique. Le\nnom d'Orphée n'était plus disponible, on l'avait déjà donné à Hélio-\ndore de Païva. Curieuse figure, qui demanderait une longue étude, que\ncet Héliodore de Païva. C'est un de ces types de grands renaissants qui\nnous étonnent aujourd'hui, enfermés que nous sommes chacun dans une\npetite spécialité. Lui et son contemporain : Damio de Goës sont des\nhommes universels. Ils touchent à tout, excellent en tout, et ne\nse surprennent point d'y exceller, arts et sciences étant encore de leur\ntemps, semble-t-il, à la mesure humaine, Héliodore de Païva, doué d'une\nextraordinaire aptitude pour les arts et les sciences, connaissait le grec, le\nlatin, l'hébreu, touchait l'orgue, jouait du rebec et de la harpe, chantait\nfort bien, écrivait habilement le contrepoint et, en qualité de compositeur,\na laissé des messes, des motets à plusieurs voix, d'une facture remarquable.\nQuant à Damio de Goës, il est à la même mesure. Né en 1501, d'une"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.43", "texte": "4-o\nS. I. M.\n\nfamille très distinguée, soigneusement instruit, il suivit les cours de la\ncélèbre université de Padoue. Il fut, par la suite, ambassadeur de son\npays en France, en Italie, en Suède, en Pologne et en Danemark. Poli-\ntique, il fut aussi philosophe, et, par là, devint l'ami d'Erasme ; il le resta\njusqu'à sa mort. Musicien, il jouait bien de plusieurs instruments ;\ncompositeur, il écrivit des œuvres plus qu'estimables. Glaréan, dans son\nDodécachordon, le place à côté d'Okeghem, d'Obrecht, de Josquin des\nPrés. Fêtis, lui aussi l'estime égal de Josquin des Prés.\nCes deux-là furent-ils seuls ?... Ne le pensez pas. Par dizaines, les\nnoms s'ajoutent aux noms, et c'est avec regret qu'il faut s'abstenir de\nrendre justice à tous ces défunts qui méritent une place au glorieux\npanthéon de la Musique.\n«\n*\nA côté des compositeurs, nous trouvons des théoriciens, et, chose\ncurieuse, les questions qui nous passionnent encore aujourd'hui les\ndivisaient !... je veux dire les intéressaient déjà. C'est ainsi que Erovo\nAlvarès nous a laissé tout un ouvrage sur considérée comme con-\nsonnance parfaite. Barbosa, qui mourut vers 1520, précurseur inattendu\nde notre grand Rameau, écrivit son TLpométria ou traité de la génération\ndes sons. Le plus célèbre de tous fut Vicente Lusitano. Auteur d'un\nexcellent traité où sont parfaitement définis les genres diatonique, chro-\nmatique, enharmonique, et très savamment exposées les règles du genre\nfugué et de l'invitation canonique, ce qui lui assura une renommée sans\npareille, c'est sa dispute avec l'italien Vicentino et sa victoire sur celui-ci.\nLe point était de savoir si une certaine composition, établie sur le thème\ndu Regina Cœli, était diatonique ou chromatique. Grave question. Vicente\ntenait pour l'un ; Vicentino opinait pour l'autre. Bref le différend fut\nporté devant la chapelle vaticane dont tous les membres furent, à cet\neffet, réunis en conseil.\nVicentino fut vaincu et paya l'enjeu, qui était, je crois, de deux\ndouros d'or.\nLa théorie ne leur suffisant pas, les musiciens portugais firent de\nl'esthétique ce mot n'était pas encore inventé l'évêque Osario,\nmort en 1520, dans ses huit livres, où il traite de l'institution et de la\ndiscipline royale, consacre tout un chapitre à démontrer : \" que la"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.44", "texte": "LA MUSIQUE PORTUGAISE\n4i\n\nmusique est grandement nécessaire aux rois et que rien n'est plus efficace\nque le chant pour agir sur l'âme \" Medeira écrit ses : \"\nphiques et médicales \" ; l'une d'elles est intitulée : \" Histoires surprenantes\ndes hommes musiciens Parmi ces histoires, l'auteur reprend le sujet\ncher aux savants de l'époque, de la guérison, par la musique, de la piqûre\nde la tarentule. Ils se repassent les uns aux autres, comme vérité démon-\ntrée, cet étrange moyen thérapeutique sans que l'on sache pourquoi cette\nchorée spéciale leur semble relever plus particulièrement de l'art d'Euterpe.\nDe là nous vînt la Tarentelle.\nUn autre partisan de la musicothérapie, Rodriguez Castro, écrit,\nvers 1614, un ouvrage dans lequel on trouve, au livre IV, ce chapitre :\n\" Afin de prouver qu'on a recours à la musique dans les maladies avec\nnon moins d'avantage que de probité et de sagesse, on présentera d'abord\nson éloge.\" Le titre est un peu long, il est en latin, j'ai préféré le\ntraduire.\nCroira-t-on que le féminisme ne leur est pas étranger. Au cours de\nleur histoire, nous trouvons le nom d'une religieuse franciscaine Dona\nBeatrix de Souza e Belo qui mit en musique la Vie de Su Hélène et\ncomposa des chants pour F Invention de la SL Croix (fêtée annuellement\nle 3 Mai). En 1595, une femme éminente, Bernarda Ferreira de Lacerda\nfut baptisée, par ses contemporains : Ses talents se manifestè-\nrent dans les sciences philosophiques, mathématiques et historiques,\norientaliste ; consommée dans les langues vivantes 011 mortes, elle était\naussi peintre, dessinait et peignait la miniature de façon remarquable.\nEnfin, elle touchait disent les historiens \" comme un maître parfait \"\nbeaucoup d'instruments de musique. Cette femme véritablement extra-\nordinaire mourut en 1644.\nEst-ce tout ?... Pas encore. Comme à notre époque, les Portugais\nconnurent les enfants prodiges. Le jeune Francisco de Rocha, âgé de\nonze ans, écrivit une messe à sept voix sur la gamme descendante :\nla, sol, Ja, mi, ré, ut. Il se fit, plus tard, moine trinitaire et a laissé\n41 compositions d'inégale valeur.\n* *\nLoin d'épuiser une sève si débordante, une production si diverse, si\nvariée, si touffue, le XXIIe siècle y ajoute encore ; c'est l'épanouissement"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.45", "texte": "4.2\nS. I. M.\n\ntotal et comme l'exaspération de la vitalité ; c'est l'éclat précurseur de la\ndécadence, la dernière et rayonnante effusion d'une gloire qui va bientôt\npâlir, s'atténuer, disparaître, au point de faire dire, au début de XXe siècle,\nqu'il n'y a plus rien, musicalement, en Portugal.\nA ce moment, nous devons renoncer à toute classification. C'est par\ncentaines que les musiciens s'empressent à exercer leur art. Le nombre\ndes œuvres défie toute nomenclature. Un seul compositeur : Dias est\nl'auteur de 497 vilhancicos. Un autre : Francisco Correia de Arajo,\nprécurseur inattendu des galinistes, car il préconise une théorie de la\nmusique chiffrée, a une production si abondante que la notice, à lui\nconsacrée, par Felipe Pedrell, occupe 16 colonnes du dictionnaire.\nLe goût de l'énorme, du disproportionné, indice de décadence,\ncommence à se faire sentir. Miguel Leal, en 1646, donne une messe à\n9 chœurs et à 36 voix, avec orchestre et orgue obligé. Benevoli dont le\nnom me semble, au reste, fort italien écrit à 1 2 chœurs et 48 voix. Sa\ncomposition fut exécutée le 4 août 1650. Balaheue écrit aussi à 48 voix.\nUne foule de chanteurs répond aux désirs de tous ces créateurs de\nmusique, interprètent et répandent leurs œuvres. Les instrumentistes ne\nleur cèdent en rien : organistes le plus célèbre est José Antonio Carlos\nde Seixas, violistes, harpistes, violonistes, guitaristes rivalisent de zèle\net de talent. On écrit même des sonates pour la guitare, l'instrument\nnational. On sait que tout bon Portugais venant au monde, trouve une\npetite guitare dans son berceau.\nOn essaie des associations de timbres extraordinaires : Coutinho (né\nen 1680) compose un Te Deum Lauà 8 chœurs et une à\n4 chœurs avec clarines (c'est à dire trompettes aiguës), timbales et rebecs.\nIl intitule le tout : S 'cala Aretina(c'est-à-dire œuvre d'après la gamme de\nGuy d'Arezzo). Cette fureur de musique chorale ne s'exerce pas seulement\nà l'Eglise. Pierre de Conceiçao écrit de la musique à 4 chœurs pour une\ncomédie ! ! Elle devait être singulièrement lourde, cette comédie. Au\nreste, le théâtre est constitué. Il reste biblique avec les\ntales et, d'autre part, mondain : comique ou lyrique, avec les\nles zarzuelas et Yopéra séria qui s'est acclimaté et se développe en subis-\nsant l'iufluence italienne.\nLes théoriciens continuent de sévir et de se gourmer. Pedro Vaz\nPrego fait paraître une dissertation intitulée : \" Défense d'une entrée de\n9'ne dans la messe sur la gamme de l'Arétin, par maître François Valls,"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.46", "texte": "LA MUSIQUE PORTUGAISE\n43\n\nmaître de chapelle de la cathédrale de Barcelone. \" Cinquante maîtres de\nchapelle prennent fait et cause pour ou contre la neuvième. On se\ndispute, sans arriver à s'entendre. C'est ce qu'on a appelé la \" polémique\nde Zamora \". Heureux temps, où les causes de discorde se réduisent à une\nentrée de gmc.\nPlus important peut-être, quoique moins tapageur, fut le rôle du roi\nJean IV qui, vers 1649, écrivit un ouvrage dans lequel il prit la défense\nde la musique moderne celle de son temps contre l'évêque Cyrille\nFranco qui avait osé soutenir que la musique n'avait pas les moyens de\ntoucher les âmes comme celle des Anciens à toutes les époques, il y a\ncomme cela une querelle des Anciens et des Modernes. L'ouvrage fut\ntraduit en italien et eut un grand succès. Le roi Jean IV était un homme\nremarquable : non seulement il fut un musicien lettré, mais encore le\nfondateur d'une admirable bibliothèque qui renfermait, en nombre, des\nmanuscrits de grande valeur, d'inappréciables richesses. Cette bibliothèque\nfut malheureusement détruite en 1755 l°rs du tremblement de terre.\nC'est pour la Musique, une perte irréparable.\n■s^\n* *\nOn mesure, d'après cette bien faible esquisse, ce que fut la réalité.\nQuelle puissance, quelle vigueur, quelle abondance, quelle plénitude.\nRien n'y manque : hommes, femmes, enfants, car un seul enfant prodige\nsuppose des centaines d'essayants. Les créateurs, si nombreux, admettent\nles interprêtes éduqués, pleins de talents, des amateurs riches, délicats,\nconnaisseurs, dilettanti, et aussi un autre public, moins averti mais plus\nnombreux, plus sensible, enfin, c'est toute une époque organisée pour\njouir pleinement, intensivement du plus beau de tous les arts : la Musique.\nCe XVIIe siècle est dominé et comme incarné en Duarte Lobo, un\ndes plus grands hommes de l'art portugais. D'après Vasconcellos, il vécut\n103 ans (1600 à 1703) et fit preuve d'une fécondité musicale que les\nannées ne ralentirent point. Chef d'école, son meilleur titre de gloire est\npeut-être d'avoir formé un grand nombre d'élèves qui semblaient capables\nd'assurer, longtemps encore, la puissance de l'école portugaise. Mais ce\nn'est qu'une illusion ; l'effort a été trop grand ; le ressort trop tendu se\nrelâche peu à peu ; la vie se retire lentement d'un organisme épuise."}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.47", "texte": "44\nS. I. M.\n\nNaturellement, la chute n'est pas immédiate, elle n'est même pas\nvisible, il faut y regarder pour apercevoir les signes précurseurs d'un\nproche déclin. En apparence, la production semble continuer avec la\nmême vigueur : pastorales, zarzuelas, ballets, fêtes de musique se succè-\ndent, mêlant leur éclat aux divertissements seigneuriaux. L'opéra s'italia-\nnise de plus en plus; son répertoire s'augmente; de 1788 à 1819 on\ncompte 80 ouvrages : 19 opéras-bouffes, 1 intermezzo et 60 grands\nopéras. Dom José fonde les théâtres d'Ajuda, de Solvaterra, de Quéluz,\ndu Tage. Le Portogallo de son vrai nom Antonio Simao qui\nmourut en 1830, étonne ses contemporains par sa puissance dramatique.\nIl écrit, pour sa part, 58 opéras. Sa renommée passe les frontières, il\nsuscite des admirations dont nous retrouvons l'écho enthousiaste dans\nle livre de Vasconcellos, le plus grand historien de la musique portugaise.\nSur deux volumes le biographe consacre presque la moitié du second a\nchanter la gloire du grand Portogallo. Vers le même temps Bontemps\nfonde Y Académie \"Philharmonique et le Conservatoire de Lisbonne tandis\nque Da Costa organise la Société P hilharm de Porto.\nEn réalité, ce sont les dernières manifestations de l'art vraiment\nNATIONAL. La musique portugaise se dépersonalise peu à peu, elle se\ncosmopolitise, si j'ose ce terme. Les œuvres produites de nos jours,\nj'entends celles qui sont dues à des artistes de valeur, pourraient être\nécrites à Paris, à Berlin, à Londres ou à Vienne, villes dans lesquelles\nleurs auteurs ont étudié leur art. C'est de la musique européenne, ce\nn'est plus de la musique autochtone, jaillie du sol natal et puisant en lui\nsa force et ses caractéristiques.\n* -*\nQuant au peuple, il continue de chanter, tout le long de l'histoire,\nsans souci des Maîtres-Chanteurs, je veux dire des savants contrepoin-\ntistes ou harmonistes. Il chante et tout lui est bon pour libérer ses senti-\nments, ou sa fantaisie, sous une forme musicale. Selon César das Neves,\non peut classer les chants populaires portugais de la manière suivante :\ncantiques, chansons d'amour, chansons champêtres, chansons grivoises,\nchansons satiriques et politiques, barcarolles, fados, mélodies, modinhas,\nsérénades, chansons patriotiques, hymnes et marches, c'est comme un\nparterre où l'on n'a qu'à choisir les plus brillantes et les plus humbles\nfleurs."}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.48", "texte": "LA MUSIQUE PORTUGAISE\n45\n\nLes légendes de piété sont fréquemment chantées à une ou deux\nvoix, ou en chœurs, sans accompagnement. Les chansons de la campagne\nsont presque toujours dansées ; l'attitude corporelle ne se sépare pas de\nl'attitude musicale. Quelquefois, au contraire, les voix se répondent dans\nl'étendue du paysage ; ce sont des chants alternés que chacun improvise\ntour à tour, souvent pendant des heures ; c'est l'analogue de ce joli hou\nBaïlero (Le Berger) recueilli récemment par M. de Malaret, dans la\nHte Auvergne, dont les bergers de chez nous, de sommets en sommets, se\nrenvoient les strophes, interminablement. Quant au il est surtout\ncitadin.\nLorsqu'ils sont accompagnés de quelque instrument, ces chants\nréclament la flûte, ou le violon, la viole d'amour, la clarinette, la corne-\nmuse, la guitare, le triangle, quelquefois l'harmonium ; tout leur est bon\npour soutenir leur mélodie primitive.\nLa province de Beïra est la plus riche comme chants populaires,\ncependant Minho, Traz-os-Montes, Douro, Extremadura, Alemtejo et\nAlgarve offrent aussi des éléments intéressants. Fort longtemps cette\nmusique resta méprisée, disons : ignorée des savants puis, par une\névolution semblable à celle qui se produisit en Allemagne, à l'époque où\nle Kunstlied s'inspira du Volkslied, elle les intéressa. Peut-être est-ce un\nfait pré-inscrit dans les destinées musicales des peuples que ce passage de\nla forme populaire à la forme aristocratique. Quoi qu'il en soit, vers 1892,\nles musiciens portugais empruntèrent nombre de thèmes à l'inspiration\ndu peuple ils les portèrent même au théâtre. Cardoso s'en servit pour son\nopérette : L'âne,ou plus exactement : \" éM.\nCe fut un grand succès. Vianna da Motta a beaucoup creusé, et des plus\nheureusement, cette mine inépuisable du folk-lore. Rey Colaço également.\nHussla, violoniste allemand, fixé en Portugal, qui a écrit des rapsodies\norchestrales nourries du suc populaire ; Keil dont l'opéra Serrana est tissé\nde leit-motiven emprunté au folk-lore, Oscar da Silva, tous s'inspirent,\npeut-être le déforment-ils un peu de ce fonds national qui reste\nvraiment le sol nourricier de la musique. N'oublions pas Thomas de Lima\net sa belle composition orchestrale Ch\n%\n% *\n11 y a quelque temps, j'ai reçu une fort intéressante étude sur la"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.49", "texte": "4-6\nS. I. M.\n\nmusique portugaise moderne par M. Alfredo Pinto, critique musical\ndistingué et librettiste. Elle témoigne du patriotisme et du talent de son\nauteur. Je lui ai emprunté ces dernières notes sur la musique au XXe siècle.\nDu travail de M. Pinto il ressort qu'une nouvelle activité artistique se\nmanifeste en Portugal. De grands orchestres se sont organisés tous\nn'ont pas en l'existence durable l'un deux fut, une fois, dirigé par\nEd. Colonne. De nombreux compositeurs se font place: M.M. Neuparth,\nMachado, Jean Arrayo, Freistas Gazul, Théodore Braga, Guimaraes,\nFelipe Suarte, Vianna da Motta, le Cu d'Azevede da Silva dont les com-\npositions interprétées à Paris, en 1905. furent très goûtées. Un des plus\nsévères critiques de l'époque les couvre d'éloges, louant l'excellence de\nleur facture et leur élégante originalité. Des instrumentistes, des chan-\nteurs, interprètes de théâtre ou de concert s'empressent à soutenir ou, si\nl'on veut, à relever, la musique portugaise.\nEn un mot, on sent la vie renaître et s'incarner en de valeureux\nartistes imbus d'un nationalisme qu'on ne saurait trop louer. Si, comme\non nous l'affirmait récemment, la Musique.... la Princesse est encore\nendormie, son réveil est prochain ; ses serviteurs l'attendent déjà ; ils\npréparent les voies en son honneur ; accordent leurs instruments ; pren-\nnent le ton des hosannahs dont ils la fêteront et c'est avec une joie\nfraternelle que nous saluerons, en France, cette résurrection attendue de\nla musique nationale portugaise.\n\nM. Daubresse."}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.50", "texte": "KINSKY (Georg). Katalog des Musïkhistorischen Muséums\nHey er. Bd. 11. (Coeln et Breitkopf, 1912, in-48 de 718 pp.\nMk. 56.)\nDepuis un an déjà ce volume précieux a paru, et c'est par\nsuite de l'oubli d'un de nos collègues qu'il n'a pas encore été\nprésenté à nos lecteurs. Il forme le tome II du somptueux cata-\nlogue du non moins magnifique musée instrumental légué par\nW. Heyer à la ville de Cologne J, et comprend les instruments à\ncordes (pincées ou frottées). Il sera suivi de plusieurs autres encore.\nOn sait comment M. Kinsky a conçu le plan de cet inven-\ntaire et a fait, d'un catalogue de musée, une véritable encyclo-\npédie de l'histoire des instruments. Chaque groupe instrumental\nest d'abord présenté par une courte et substantielle introduction,\npuis vient la série des notices qui s'appliquent à chaque repré-\nsentant de cette espèce musicale dans le musée, notices abon-\ndamment pourvues de reproductions. Ensuite M. Kinsky traite\npar ordre alphabétique des facteurs de ces instruments, et, là encore,\nun très grand nombre de facsimilés facilitent les recherches de\nl'érudition. Enfin des tables couronnent le tout : index des instru-\nments, des étiquettes, des gravures, table méthodique, table onomastique, tables des noms de\nlieu, des noms de collections et de collectionneurs, enfin tables de concordances entre les\ncollections de VVitt, Krauss, et le Musée Heyer, qui en fut l'heureux acquéreur.\nCelui qui aura lu attentivement les différentes notices de cet ouvrage, aura une vue\nd'ensemble sur l'histoire instrumentale et sur ce que peut en dire à ce jour l'érudition. Toutes\nsommaires qu'elles sont, et même venant après les savantes digressions du catalogue Mahillon,\nces introductions, claires et condensées, sont infiniment précieuses. J'ai surtout remarqué\nl'article Sistres,placé au milieu des Guitares,des et des Toutes ces espèces,\nsouvent voisines, sont nettement définies. L'article qui traite des la\nda gamba,le lirone,et qui présente ces instruments comme le trait d'union entre les variétés\ndu moyen-âge et le violon moderne, est un modèle de présentation. Pour la première fois,\nnous rencontrons un auteur faisant état méthodiquement de l'iconographie musicale pour\nappuyer une thèse historique. Félicitons M. Kinsky de cette innovation. Elle sera certaine-\nment suivie par tous ceux qui peuvent avoir à leur disposition quelques milliers de reproduc-\ntions de tableaux, sculptures et gravures. Et ajoutons que les membres de la Section de Paris\n\n1 Au moment, ou nos lecteurs recevront ce numéro, aura lieu l'inauguration officielle du Musée Heyer,\ndont nous rendrons compte dans notre numéro de novembre."}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.51", "texte": "48\nS. I. M.\n\ntrouveront maintenant un matériel de ce genre à la disposition de leurs recherches, dans ce\nfonds Pierre Aubry, qui s'accroît sans cesse.\nKINSKY. Kleiner Katalog der Samm\nIV. Heyer.(Coeln 1913 in-120 de 250 pp. et 32 planches Mk. 2.50.)\nCeci est le volume maniable, mis, dès maintenant à la portée du visiteur, et conçu\ncependant de telle sorte que le travailleur puisse en tirer son profit. Là aussi, les planches en\nphotogravue, les tables et les indications historiques sont présentées avec soin et avec méthode.\nL'on ne peut se détacher de ces deux livres sans admirer, une fois de plus, la persévérance\ngermanique, en face de l'incurie administrative française. Voyez plutôt. D'un côté, notre\nMusée du Conservatoire, qui n'achète rien, qui n'a jamais rien acheté, et qui n'aurait rien, si\ndepuis près d'un siècle de bienveillants donateurs ne lui avaient fait l'aumône ; le Musée du\nConservatoire, qui, il y a six mois encore, pouvait à peine héberger sa collection instrumentale,\net qui enfin, loin de la confier à des mains compétentes, la laisse en vrac, sans en tirer aucun\nparti, comme un objet d'inutile curiosité... De l'autre côté, l'Allemagne Rhénane, Cologne,\nqui n'avait rien il y a dix ans, et qui trouve un Commerzienrat dépensant simplement\nquelques millions de mark pour faire sortir de terre un musée somptueux, y accumuler des\ncollections, qui apparemment attendaient l'acheteur, l'Allemagne qui, de cet effort accompli par la\ngénérosité privée, dégage tout de suite l'enseignement pratique, ne laisse pas dormir ce capital,\nmais le fait fructifier aussitôt, et de quelle manière ! Le résultat c'est que le travailleur, d'où\nqu'il soit, qui s'intéresse à ces sortes de choses, aura les yeux fixés sur Cologne ou sur Berlin\net ignorera Paris, et que le drapeau allemand flottera un peu plus haut dans l'admiration des\nétrangers. On s'inquiète de l'envahissement allemand, dans toutes les branches de l'activité\nhumaine, comme si c'était un défaut de se montrer forts, vigoureux, de savoir travailler et de\nmarcher de l'avant ! Que n'en faisons-nous tout autant. Nous ne manquons ni de Heyer\nni de Kinsky.\nCUCUEL (Georges). La Pouplinière\n(Fischbacher 1913 in-40 de 458 pp.) Etude (Ibid. in-fol.\nde 70 pp.)\nC'est un curieux roman d'anecdote que l'histoire véridique de Le Riche de la Pouplinière.\nEt c'est une belle thèse de doctorat-ès-lettres que le livre consacré à ce personnage, par notre\ncollègue Cucuel. Après plusieurs soutenances discutables, voilà qui va réconcilier la Sorbonne\navec la musicologie. Ici tout est solide, prudent, méthodique, la documentation de première\nmain abonde, et l'érudition circule d'un bout à l'autre avec une belle allure, dont je fais mon\ncompliment à l'auteur.\nLa Pouplinière dans l'esprit public est resté fermier général, et le type même de cette\nprofession désobligeante, où l'imagination symboliserait volontiers tous les abus de l'ancien\nrégime. La réalité, telle que nous la montre M. Cucuel, est plus simplement humaine.\nHéritier d'une petite noblesse et d'une grosse fortune, le personnage, dont les ancêtres\ntraitaient Henri IV à leur table, n'a rien d'un parvenu de carrefour. Plutus il est, mais de\nqualité. D'abord mousquetaire, comme tout fils de famille séduit par le galon, il bénéficie de\nsuite de très brillantes alliances de robe et d'épée. A trente ans il est du Tout-Paris, à quarante\nc'est un potentat. Et pourtant, si les calculs de M. Cucuel ont raison, quelle triste figure ferait\naujourd'hui ce Crésus au petit pied, avec ses 500,000 francs de rente (de notre monnaie), et le"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.52", "texte": "LES LIVRES\n\n49\n\njauvre million qu'il laisse en mourant ! La gloire de La Poupliniére ne vient ni de sa ferme\nii de son portefeuille, elle résulte manifestement de la valeur et des qualités personnelles de\n:e Mécène de génie. Il suffit d'ouvrir le captivant Voyage de Hollande, où le futur financier\n:onsigna ses impressions de jeune homme, pour éprouver de suite la révélation d'une person-\nlalité vigoureuse et le charme d'un d'esprit vif, primesautier, extrêmement averti. Par hérédité\nLa Poupliniére est conservateur, et Français du grand siècle, avec tout ce que cela représente\nje solide acquit. Par goût et par réaction, il est cosmopolite, imaginatif, rêveur, et prêt à jouir\nle toute nouveauté.\nEn un mot, il vibre, et entraine son monde vers l'art qui était fait pour lui, vers l'art des\nvibrations sonores. Musicien probablement, mélomane à coup sur, il dépense, pendant trente\nms, 80,000 frs. par an de notre monnaie pour sa musique. (Quel est le baron de finance\nnoderne qui en ferait le quart ?) Il ignore la chasse, dédaigne les bâtisses, fait fi des collections\nares, et l'on ne sait en vérité comment son régne s'établit si rapidement, d'abord rue Richelieu,\nmis en ce château de Passy, qui n'est même pas à lui, et où il passera sa vie locataire des\nîamuel Bernard. Est-ce le charme débraillé de ces réunions, où le Maréchal de Saxe coudoie\nCasanova, est-ce le continuel va et vient des gens de théâtre, et des filles de partout, monde\n:hantant, dansant, paradant, faisant la fête au frais d'un maître souriant et généreux ? n'est ce\n)as plutôt —je me plais à le croire la musique, la sonorité qui flotte éparse, enveloppe\nous les propos, et retient sous son charme tous les convives, Jean-Jacques et Marmontel,\nVladame de Genlis ou lord Albemarle ?\nLa Poupliniére fut réellement en France, au milieu du siècle, le Roi de la musique et des\nnusiciens. D'une main ferme, et d'un air indolent, il tient ce sceptre, que l'indifférent\nXV a laissé tomber. Son ministre est l'éminent Rameau, qui trouve enfin dans cette\n>rotection le succès et la gloire; et, pendant 20 ans le goût italo-français de 1725 n'aura\n>as de Temple mieux gardé que le salon du fermier général. C'est l'époque des grands\nfragments d'opéra avec leurs essais de symphonies descriptives, le moment des sonates à la\n/ivaldi et aussi des divertissements panachés, où le Boulevard voisine avec l'Orient. Le maître\nr tourne des charmants couplets en s'accompagnant sur la vielle ou sur la guitare.\nMais surviennent les Bouffons,et La Poupliniére leur fait fête. Chose curieuse, Rameau\n:st congédié à cette date, et qui prend sa place ?... Jean Stamitz de Mannheim ! Les musiciens\nlu financier se nomment Flieger, Schenker, Goepffert, Canavasso, Miroglio, Graziani,\n3rocksch Après Stamitz ce sera Gossec le franco-belge. La politique du souverain s'oriente\nrers l'alliance allemande. La symphonie de chambre, la musique pure, ce style nouveau, qui\nera bientôt celui de Haydn et de Mozart, prennent pied chez l'amateur éclairé, dès 1754,\n_,a Walze germanique se glisse entre le menuet traditionel et la contredance à la mode,\nït une fois amorcé, le flot de la musique cosmopolite, cette rencontre des cascades italiennes\n:t du large fleuve allemand, ne cessera de couler à Passy. Elle envahira la chapelle, la galerie, la\naile à manger, les salons et les jardins....\nEt c'est là une leçon. Quand la Poupliniére est Français, en musique, c'est pour chanter\nles vaudevilles ; il reste fidèle à ce goût naturel jusqu'à sa mort. Mais que le fermier général\nit faim de véritable musique, c'est à l'ltalie d'abord, puis à l'Allemagne qu'il la demande,\nlameau lui-même, le grand Rameau ne peut tenir en échec les musiques étrangères, auprès\nie son propre patron, mécène élevé dans la plus pure tradition française. N'est-ce pas une fois\nle plus la preuve que Rousseau avait raison en s'écriant alors : \"\nt n'en 1 peuvent avoir.\" Ce qu'il ya de français dans la culture du XVIIIe siècle est anti-musi-\n:al. Répétons-le encore à propos de La Poupliniére. Quand on voit le plus gros consommateur\nlu siècle, se rassasier d'art germanique, et préparer le triomphe de la musique allemande."}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.53", "texte": "50\nS. I. M.\n\naprès avoir assuré celui de la musique italienne, il faut bien reconnaître ici la présence d'une\nréalité historique. Et si l'on jette les yeux quelques années plus tard sur ce chevalier Gluck\nrevenant d'ltalie, écœuré de musique, qui demande à l'opéra de Lully aide et protection contre\nla musique elle-même, la démonstration du paradoxe de Rousseau n'est-elle pas manifeste ?\nL'Ami de la musique appelle Stamitz et Gossec à son secours ; l'Ennemi des sons cherche un\nrégime anti-musical dans l'asile de notre tragédie nationale. Ce sont deux aspects complé-\nmentaires du même phénomène.\nA ce volume de critique et d'histoire M. Cucuel en ajoute un autre indépendant, mais\nqui se rapporte cependant à la même époque. C'est une étude de quelques instruments et de\nquelques musiciens, dont l'orchestre de la Pouplinière fît particulièrement état, et dont l'histoire\npeut nous introduire dans la connaissance de la pratique musicale vers 1750. Gossec, Schenker\net Procksch s'y montrent à nouveau avec le catalogue de leurs œuvres. Et, ici, nous apprenons\navec la dernière précision comment l'Allemagne envahit la France en ce temps là du côté de\nl'instrumentation. Clarinettes, cors, trombones, harpes, tout vient d'une région qui s'étend si\nl'on veut d'Anvers à Prague en passant par Mannheim. C'est la démonstration en quelque sorte\ntechnique de ce que j'avançais tout à l'heure pour justifier Rousseau. L'atmosphère musicale\nfrançaise n'était plus respirable pour les Français eux-mêmes, et M. Cucuel cite les contem-\nporains de Stamitz s'émerveillant de ces sonorités des bois et des cuivres allemands, ancêtres\ndes fions fions de la fin du siècle et de nos harmonies orphéoniques. Ce second volume est une\ndes plus nouvelles et des meilleures tentatives faites en France pour étudier en-elle même la\nmatière musicale.\nJ. E.\nPROD'HOMME (J.-G.). Œuvres en prose de Richard Wagner. Traduction française,\ntomes IV et VIII. (Paris, Delagrave, 1913, in-12.)\nNulle publication ne pouvait paraître plus heureusement, en cette année du centenaire\nde Richard Wagner, que la traduction de ses œuvres en prose, entreprise par notre collègue\nProd'homme. Voici que, pour la première fois, certains des écrits les plus caractéristiques du\nmaître de Bayreuth, tels qu 'Opéra et Drame,\nallemande sont traduits intégralement en français et rendus, par là, accessibles au grand public\nqui, dorénavant, pourra prendre directement contact avec la pensée wagnérienne. Il s'agit\ndonc ici, et dans le bon sens du terme, d'une œuvre de vulgarisation. Aussi, saura-t-on gré à\nM. Lionel Dauriac d'avoir écrit, pour les tomes IV et V qui contiennent la traduction\nd'Opéra et Drame, une importante préface sur l'Esthétique de Richard Wagner, dans laquelle,\ntrès judicieusement, le préfacier indique avec quel état d'esprit il convient de lire cet ouvrage\ncélèbre. De même, en effet, que l'intérêt de la Pde n'est pas de savoir si Victor\nHugo dit vrai, mais bien de savoir ce qu'il dit, de même, l'intérêt des écrits théoriques de Wagner\nne consiste pas dans la connaissante plus ou moins aventureuse et suspecte qu'ils nous donnent\nde la vérité historique, ou dans la valeur d'appréciations trop souvent tendancieuses ou dénuées\nd'esprit critique, mais uniquement dans ce fait qu'ils nous montrent Wagner au travail, qu'ils\nnous éclairent sur sa mentalité et sur ses idées. C'est ainsi, qu'en définitive, Wagner nous\napparaît surtout sous l'aspect d'un poète, car il a en quelque sorte la métaphore chronique,\ndisposition qui l'incline à substituer des descriptions et des images à de vraies preuves. Il ne\nconnaît guère qu'un seul auteur, à savoir lui, Richard Wagner, mais, en vérité, il ne se juge\nguère mieux qu'il ne juge les autres, et la lecture de ses écrits ne doit point s'effectuer sans\nprudence. Singulière discipline d'esprit que la sienne, où l'histoire, l'esthétique, l'éthique, la"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.54", "texte": "LES LIVRES\n51\n\npolitique, l'ethnographie, et surtout la métaphysique, s'enchevêtrent en une mêlée épaisse d'où\njaillissent, à travers une rhétorique abondante et qui va de la grandiloquence à la familiarité,\ndes concepts tour à tour puissants, singuliers, et absurdes. \" Charabia de génie disait Liszt\nde la prose wagnérienne ; nous serions quelque peu tentés de qualifier certains passages de\n\" charabia \" tout court, car la traduction française de ces passages, en dépit de ses bonnes\nintentions, ne fait, hélas ! qu'en accroître l'obscurité. A signaler, dans le tome VIII, le fameux\nArt allemand et Politique allemande, écrit deux ans avant la guerre de 1870 et dans lequel,\nRichard Wagner qui, assure-t-on, aimait Paris, expose, avec une extrême violence, le mal\nqu'il pense de l'esprit français. Il y a de tout dans ce pamphlet que Glasenapp comparait au\nMessage à la noblesse chrétienne de la nation allemande de Luther, et, Dieu nous pardonne, il ne\nserait pas impossible d'en extraire des arguments pour la discussion de la loi de trois ans !\nD'intéressants Avant-propos et des notes ajoutent à la valeur bibliographique de ces\nvolumes.\nLIONEL DE LA LAURENCIE.\nLAMY (F.). Shakespeare et la musique (Extrait des Mémoires de l'Académie\nd'Amiens, 1912).\nSujet souvent traité, en Angleterre par de beaux volumes, en France par des articles,\ndont il faut citer celui de M. Bellaigue, paru jadis dans la Revue des deux Mondes. Celui de\nM. Lamy prendra sa place dans la bibliographie de ce sujet. Ce qu'il nous faudrait maintenant,\nce sont des documents musicaux nouveaux, venant illustrer les citations de Shakespeare. Par\nexemple, au mot measurede Beaucoup de bruit p que Victor Hugo traduit bonnement\npar \" un vieux menuet \", il conviendrait d'attacher un sens musical véridique. Qui réalisera\ncette œuvre, déjà tentée ?\nHENRI-MARTIN (Barzun). La révo (S. 1. n. d., in-8° de 15 pp.)\nL'auteur annonce dans cette préface-programme, l'apparition d'un volume sur la Révo-\nlution de Berlioz, qui montrera que sans Berlioz la révolution wagnérienne n'existerait pas.\nLa thèse est à suivre.\nSAMAZEUILH (Gustave). Paul Duka(Paris, A. Durand et fils, 1913, in-12 de\n28 pp., 2 fr.)\nPaul Dukas méritera sans doute une volumineuse biographie. M. Samazeuilh prend les\ndevants, en fixant quelques dates, et en présentant ici de brèves, mais adroites considérations\nqui, il le dit lui-même, sont destinées \" à faire entrevoir pourquoi les œuvres de M. Dukas,\nqui ont le temps pour elles, méritent plus qu'un banal éloge, et à inspirer à ceux qui n'ont\npu aller à elles déjà sans parti-pris, le désir d'en goûter le véritable sens, fort peu compris en\ngénéral, même de maints partisans bénévoles"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.55", "texte": "Les Théâtres\n\nLES JOYAUX DE LA MADONE\nAvant de mettre en pleine action une puissante machine, les mécaniciens ont coutum\nde lui faire accomplir quelques tours d'essai, à vide ou sur des matières premières sacrifiée\nAvant de mettre en marche la colossale rotative de l'Opéra, les compagnons Messager c\nBroussan ont voulu vérifier le fonctionnement de tous ses engrenages et, utilisant la trêve de\nvacances, se sont livrés à une petite expérience, dans leur usine déserte, devant quelqut\npassants étonnés ou indifférents. L'épreuve a parfaitement réussi : orchestre, chœurs, décor:"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.56", "texte": "LE MOIS\n53\n\nmachinerie, figuration, tout roule à merveille; on pourra, cet hiver, abattre de bonne besogne\net contenter le client par une fabrication soignée.\nEst-il charitable d'examiner de près le produit ainsi manufacturé au cours de cette\njournée d'essai et avons nous le droit de juger sur un échantillon, choisi sans doute parmi les\n\" sans valeur \", toute la compétence des chefs d'atelier de la maison ? La date fixée pour\ncette mise-en-train, les conditions de discrétion et d'intimité dans lesquelles elle fut\naccomplie semblent bien nous conseiller la circonspection et l'indulgence. Il suffirait de noter\nun louable effort vers une mise en scène vivante et d'encourager le zèle tout neuf des choristes\nde la territoriale enfin mobilisés, sans insister davantage sur la qualité de la musique débitée au\ncours de la soirée, si le nom de Wolf-Ferrari ne venait poser une question d'actualité assez\nbrûlante.\nCe compositeur qui par son origine autrichienne et ses noms allemands et italiens résume\ntout l'effort d'une triplice théâtrale, menace en réalité notre équilibre européen. Dans notre\nart lyrique où triomphe la politique franco-russe, il fait irruption à la façon d'un conquérant.\nIl nous arrive précédé d'une bruyante fanfare et d'un chœur célébrant ses exploits. Les\njournaux nous ont affirmé que l'Amérique et l'Angleterre lui étaient soumises et qu'il allait\ns'annexer la France sans coup férir, après avoir triomphé de toutes les capitales européennes.\nEn fait, nous sommes cernés. Londres est au pouvoir de ce stratège, les frontières italiennes et\nallemandes ne nous protégeront pas et voici que, violant la neutralité de la Belgique, le nouvel\nAttila s'est installé à la Monnaie de Bruxelles où il a établi un camp retranché. Il ne faut\ndonc pas s'étonner de voir aujourd'hui le Fléau de Dieu entreprendre le siège de Paris. Le\nbastion de l'Opéra a déjà cédé et l'on affirme que la garnison du fort Montaigne va capituler,\nle général Astruc ayant déjà signé la reddition de la place. L'heure est donc grave et il\nconvient de regarder le péril en face.\nA vrai dire, vu de près, le roi des Huns inspire plus de surprise que d'effroi. Eh quoi,\nc'est là ce redoutable chef qui rêve de bouleverser la carte musicale du monde ? Mais c'est\nune plaisanterie ! Ses armes sont rouillées, il nous attaque avec un matériel démodé, une\ntactique archi-connue et des troupes épuisées. Comment avons nous pu nous laisser intimider\npar un si chétif adversaire ?\nL'auteur-compositeur des Joyaux de la Madone est un vériste de l'espèce commune. Il ne\nnous apporte absolument rien de nouveau et se contente d'exploiter une formule commerciale\nqui a fait ses preuves, qui a sa clientèle et ses commis voyageurs et a définitivement conquis sa\nplace au soleil. Gardons nous de lui faire un procès de tendances. Tant qu'il y aura un public\npour les faits-divers orchestrés à coups de poings et émaillés de romances, il sera vain de dénier\nà ce genre son droit à l'existence. Mais il nous est bien permis de contrôler l'exercice de ce\ndroit et de voir si l'auteur a joué correctement la partie. Ce jeu a ses règles, ce sport a son\ncode et des champions s'y sont couverts de lauriers en les respectant. Or ce n'est pas le cas de\nM. Wolf-Ferrari. Il ne faut pas lui faire un grief d'avoir adopté un genre où la musique est\nsans cesse humiliée et où le bon goût et le sens le plus élémentaire des belles lettres sont\nperpétuellement offensés ; il faut lui reprocher de n'avoir pas su remplir la tâche qu'il s'était"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.57", "texte": "54\nS. I. M.\n\nimposée. Il n'y a pas de sot métier, c'est entendu, il y a seulement des gens qui exercent le\nleur avec plus ou moins d'adresse. On peut donc à bon droit sourire de ce présomptueux rival\ndes francs véristes transalpins puisqu'il ne possède ni leur tour de main, ni leur verve popula-\ncière, ni leur câlinerie irrésistible d'amants pommadés, ni leur luxe de couleurs criardes, ni leur\nsouple détente mélodique, leur sournoise façon de vous enfoncer un thème dans le ventre...\ncomme un couteau piémontais.\nCertes, on voit bien ce qu'aurait voulu réaliser cet observateur des bas-fonds de Naples,\nen confrontant dans une ruelle du port une fillette vicieuse, un artisan vertueux et un apache\nsuperstitieux ; on devine son ambition de nous peindre la fermentation et le grouillement de\nla plèbe italienne, de nous émouvoir par les classiques \" motifs \" de la Madone vénérée, du\nsacrilège amoureux, du camorriste chaloupeur qui trempe ses nageoires dans les bénitiers et fait\nun signe de croix avec son \" lingue \" avant d'en larder les passants. Cent romans-feuilletons\nont fait entrer ces détails pittoresques dans nos articles de bazar. Mais, hélas, le but visé n'est\npas atteint dans cette banale partition qui est plate sans être assez vulgaire, qui est morne, qui\nest lourde, et qui est terriblement grise dans son ensemble. C'est un chromo où il n'y a ni\nrouge ni bleu. Les mouvements de foule, les cortèges, les disputes, les processions sont traités\nmusicalement avec une maladresse singulière et les romances n'ont pas l'élan victorieux qui\nemporte les objections et décourage le bon sens. L'orchestration est terne et les rythmes\nmanquent de légèreté et d'accent. Cette transposition dans un milieu poissard,\ncette affaire du Collier où manquent les morceaux de sucre promis aux amateurs de confiserie\nmusicale, sont de bien pauvres réalisations d'un thème dont nous connaissons tant de développe-\nments plus heureux. Elles parviendront malaisément à donner à M. Wolf-Ferrari la gloire\nparisienne qu'il escomptait. La déception a été vive et serait vite devenue démonstrative si\nl'amusement des yeux grâce à l'ingéniosité des peintres de la maison et aux exploits de\nVanni Marcoux n'avait distrait de sa mélancolie le public provincial de la générale.\nAu fond, ce sabotage d'un genre dont les tares furent impitoyablement mises en évidence\npar le cadre insolite du Palais Garnier n'est pas pour consterner outre mesure les musiciens.\nMais la clientèle vériste éprouvera quelque malaise en se voyant imposer aussi méthodiquement\nla banale contrefaçon d'un article qu'elle avait coutume d'acheter chez le bon faiseur. L'entente\nactuelle des directeurs de théâtres avec un Wolf-Ferrari constitue à l'égard d'un Puccini, par\nexemple, le plus immérité des affronts. Soyez donc le plus adroit des prestidigitateurs pour vous\nvoir ôter le pain de la bouche par un manchot !\n\nEmile Vuillermoz."}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.58", "texte": "Le music=hall au village\n\nCe titre est une métaphore. Malgré les échanges toujours plus actifs avec la grande ville,\nmalgré l'aisance accrue et le goût du divertissement qui l'accompagne en son progrès, ni le\nvillage, ni le chef-lieu de canton, ni même la sous-préfecture dont l'importance n'est que de\nl'ordre administratif, ne nourrissent encore les foules dont la quotidienne affluence peut\nsubvenir au luxe des palais de l'illusion. Il existe pourtant, en toute réunion d'hommes, des\ninstitutions qui, au moins par intervalles, leur assurent la portion congrue de jouissances\ncollectives.\nIl n'est pas rare qu'une troupe foraine en route pour la ville s'arrête au village et mette à\nprofit l'étape pour une représentation. Vers le coucher du soleil, la roulotte passe au long des\ndeux ou trois rues, chargée de ses musiciens chamarrés ; la fanfare insolite appelle sur le pas des\nportes les ménagères ; longtemps après son éloignement, elles y demeurent et, se jetant de\nl'une à l'autre des paroles qui fendent l'air, oublient la marmite frémissante en l'ombre de la\ncuisine. La tente est dressée sur la place. Il faut que le temps soit bien revêche pour que le\nsoir bonnets et casquettes ne s'y pressent sous les rayons fumeux du pétrole. On voit de tout :\ndes chiens savants, de la haute école, de l'équilibre, des luttes, même des danses et de petites\ncomédies qu'on dénommerait sketchesen des lieux plus contaminés de snobisme anglais. Une de\nces compagnies en perpétuelle tournée donnait récemment une pantomime du genre italien où\nle tuteur boiteux, bossu et grondeur était berné par un valet pour la joie des amoureux. C'est\nsur de tels canevas que Molière a brodé ses profonds tableaux de mœurs. Une musique\naigrelette et sautillante cadençait les entrées, les saluts, les pirouettes, les baise-mains, les\ngrimaces, les gifles et les coups de bâton. Une habitude invétérée avait amené les mouvements\nà cet engrenage rigoureux qu'on voudrait obtenir, en nos théâtres, à force de répétitions ;\naussi le public était-il entraîné sans résistance. L'ingénue ayant quitté ses paniers fit ensuite,\nen maillot constellé, quelques tours de trapèze, et un frisson parcourut la salle quand, suspendue\nen fléau par le milieu du corps, elle feignit un glissement que ses reins agiles corrigeaient\naussitôt : \" Ouah ! mon Dieu ! \"\nIl est d'autres spectacles que le village s'offre à lui-même. Le chariot de l'ancienne comédie\nhellénique y roule encore, bien qu'il faille un cas exceptionnel pour le tirer de son hangar. On\ny bafoue les événements de la vie privée dont l'opinion villageoise, très rigoureuse sur les\nprincipes, s'est offensée : un foyer déserté, un veuf ou une veuve qui retourne au sacrement,\nune querelle qui a dégénéré en rixe, surtout au cas où la suprématie virile y a succombé.\nC'est un ordinaire char de culture, où des jeunes gens affublés de tignasses de chanvre et de\njupons en toile à sac figurent les héros ; pour jouer d'abondance la scène, on s'arrête aux\nprincipaux carrefours, et surtout devant la maison déshonorée ; là une symphonie de casseroles\nqui ferait envie au raffut de saint Polycarpe sert de sortie au spectacle. Les riches trouvent\nmoyen d'échapper à cette publicité en acquittant une rançon dont l'auberge a tout le bénéfice;"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.59", "texte": "56\nS. I. M.\n\nles pauvres la subissent avec leur résignation coutumière ; parfois la leçon n'est pas perdue : il\narrive que le mari outragé et la femme coupable aillent se blottir en un fossé, à la lisière de la\nforêt, loin du tapage flétrisseur ; et là, unis par l'humiliation partagée, ils échangent de nouveaux\nserments que les grillons et les crapauds sur leurs flûtes unitones sont seuls à célébrer.\nLes jeunes filles sont également soumises au jugement sans appel de leurs contemporains,\nmais les sanctions différent. Les mieux courtisées trouvent, au matin du premier mai, un\nbouquet de verdoyants branchages planté dans la cheminée de leur maison. La veille de la fête\npatronale, quand les conscrits de l'année vont de porte en porte, à la nuit close, clouer l'image\nconsacrée, une charité vraiment chrétienne distribue à toutes, sans distinction d'âge ni de grâce,\nun identique bouquet. Mais malheur à celle qui imprudemment s'est promise et fut abandonnée !\nLe jour où sa rivale est menée à l'autel, il faut qu'elle s'enferme, pour ne pas se voir entourée,\nsur le parvis même, par les camarades du traître qui veulent lui offrir l'odieux bouquet d'orties.\nParfois l'ambassade dérisoire va retrouver la malheureuse en sa retraite, et l'usage est à ce\npoint respecté que c'est à peine si une mère ou une sœur irritée ose jeter un seau d'eau à la\nface des jeunes bourreaux. Il est vrai que le jeu de la société serait impossible, si on ne conve-\nnait une fois pour toutes que le perdant est dans son tort ; peut-être est-il plus profitable, donc\nplus moral, de proclamer cette règle, au lieu de l'appliquer en cachette comme nous faisons\nCependant les jeunes filles auraient droit à quelques égards. En nos villages de Franche-\nComté, elles sont toujours plus fines et plus vives que les garçons. Leurs tailles sont bien prises,\nleurs mouvements dégagés; plusieurs, en leurs yeux veloutés, leurs cous flexibles et leurs minces\nchevilles, gardent le souvenir des Espagnols qui furent, en pays catholiques, des maîtres\ndébonnaires. Elles sont coquettes et rieuses ; si durant la semaine elles retroussent, pour manier\nle rateau, les manches d'un corsage délavé, c'est un charmant spectacle que de les voir, le\ndimanche, sortir de l'église avec des chapeaux aux frais rubans et des robes un peu entravées\nqui sans aucune gêne diminuent leurs pas. Comment être sévère à une étourderie dont les\nheures sont comptées ? Dès les premières années de mariage, alourdies de maternités impré-\nvoyantes, épuisées de labeurs domestiques, elles auront perdu l'ambition de plaire.\nPour peu qu'un curé entreprenant ou un notable oisif veuille monter un théâtre, il\ntrouvera parmi les jeunes filles les interprètes les plus dévouées, les plus intelligentes, les plus\nlaborieuses. Chacune copiera son rôle et l'étudiera sous la lampe ; celles qui sont bergères\nl'emporteront dans la prairie. Les parents sont gagnés à leur zèle : la mère extrait du fond de\nson armoire les robes des aïeules, et met ses lunettes pour ajuster aux formes juvéniles les\natours vénérables. La grande sœur fait réciter ses répliques à la cadette qui debout, chantonne\ncomme à l'école. Mais aux répétitions, chacune, prise par la fiction, trouve le ton et le geste ;\ndes talents caractérisés se révèlent : l'une contrefait à merveille la malice sournoise d'une\npaysanne de l'ancien style ; l'autre a la verte franchise d'une servante de Molière ; celle-ci a\nle visage et la fierté lassée d'une châtelaine romantique ; et celle-là fait sentir, en chacune de\nses mines et chacun de ses mots, le plus affriolant ragoût d'innocence mutine. Que jouent-\nelles ? Des pièces empruntées au répertoire spécial des patronages, où l'amour, s'il intervient,\nn'est pas appelé par son nom. Souvent ce sont des vaudevilles : chacune chante son couplet à"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.60", "texte": "LE MOIS\n57\n\nson tour, accompagnée par l'harmonium de l'église, et sa voix plus ou moins sonore est\npresque toujours pure.\nDans la salle qui est d'ordinaire une grange, le public serré écoute avidement, et si un\nbavard élève la voix, on l'interpelle pour lui imposer silence. Parfois des malentendus se pro-\nduisent : on rit, quand cette duchesse en hennin parle de son château et de ses tours a\npoivrière, faute d'avoir jamais vu figurer cet accessoire ailleurs que sur les tables servies. Quel\nauditoire n'est pas sujet à des erreurs de ce genre ? Mais on suit exactement l'action, on est\nsurpris par les péripéties, on souligne d'un murmure les paroles décisives, et les actrices\nrenommées sont accueillies, dès leur entrée en scène, par des applaudissements. Même la partie\nmasculine de l'assistance se montre ravie par la réunion de tant de charmes entr'ouverts, et un\nriche cultivateur, qu'une bouteille a peut-être égayé, me confie: \"Vous allez voir tout\nle sérail ! \" Mozart n'a-t-il pas confondu, lui aussi, le harem avec le sérail ?\nMais ces représentations si bien accueillies ne se soutiennent que par l'initiative étrangère.\nLivrées à elles-mêmes, les jeunes filles ne sont en mesure ni de choisir une pièce, ni de se\nrépartir les rôles sans récriminations, querelles et démissions. Quant aux jeunes gens, sortis de\nla bouffonnerie satirique, ils ne sont bons à rien : leurs voix accoutumées à crier après les bêtes\nsont incapables de chanter juste comme d'articuler nettement ; une épaisse timidité les empêtre,\nsur la scène, et ceux même qui auraient l'idée d'un geste ou d'un accent n'osent le risquer\ndevant la railleuse gaucherie des autres.\nLa danse est le seul plaisir régulier du village ; encore n'est-il guère qu'annuel : c'est\npour la fête et les quelques jours qui suivent qu'on monte sur la place de l'église la baraque de\nplanches où moyennant un modique péage chacun pourra goûter l'enivrement du bal. Mais la\njeunesse ne manque guère de se rendre aux fêtes des villages voisins, à quelques lieues à la\nronde. Dans quelques maisons on danse également sur la fin des veillées d'hiver, quand les\namis du voisinage sont réunis pour effeuiller les épis de maïs, et que l'un d'eux a apporté\nflûte ou son accordéon ; mais ce sont là des réjouissances privées, où on n'est admis que sur\ninvitation verbale.\nL'entrepreneur du bal public amène avec lui son orchestre, qui est juché, à l'un des bouts\nde la salle, sur une estrade à hauteur d'homme : c'est un piston, un bugle et une clarinette,\nquelquefois il y a deux bugles, un ténor et une basse, et deux pistons qui alternent, car la\nvirtuosité de l'instrument chanteur exige une bien plus grande dépense de souffle que l'inter-\nmittence régulière des accompagnements. La clarinette double le piston à l'aigu, et souvent\nremplit les plus vastes intervalles par les gammes et les arpèges où son agilité est sans rivale.\nElle n'est pas obligée. Cette année, comme il fallait lutter avec l'orgue mécanique d un proche\nmanège à chevaux de bois, les cuivres étaient renforcés : deux bugles et deux pistons, sur\nl'estrade, soufflaient à pleins poumons, cependant qu'un cinquième musicien, debout a terre,\nembouchait de temps à autre un piston de secours, pour improviser des contre-sujets facétieux.\nDescendant du cornet de poste dont J. S. Bach a utilise les cinq notes pour 1 amusant\ncaprice sur le départ de son frère, le piston a de nombreux détracteurs parmi nos musiciens de\nsalons et nos critiques de cabinets ; en dépit de leurs diatribes dégoûtées, c est aujourd hui"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.61", "texte": "5»\nS. I. M.\n\nl'instrument de notre peuple, au même titre que jadis le hautbois, la vielle ou la musette. Il\nfaut en prendre son parti : le peuple en France a cessé d'être rude et naïf. Le piston tour à\ntour soupirant et vainqueur, le piston qui sanglote et tremble, puis soudain se rebiffe et lance\nvers le ciel, défié par nos ancêtres, son cri de coq artificiel, n'est-il pas le confident de notre\npeuple prompt à l'attendrissement comme à la bataille, le chantre de ses romances larmoyantes\net aussi de ses revendications syndicalistes ? On lui trouve un accent canaille ; on le soupçonne\nde nourrir d'alcool les flammes de sa passion ou de sa bravoure. Est-il moins dans son rôle pour\ncela ? Et la beauté n'est-elle pas acquise au rôle intégralement rempli ? Le piston dénigré\nréduira au silence ses adversaires, pour peu qu'il résume les considérations qui précèdent en ces\ntrois syllabes décisives : \" Et puis quoi ? \"\nLa multitude villageoise n'est nullement insensible à l'appel du cuivre palpitant, et les\ngarçons prennent ici leur revanche ; non pas les tout jeunes, qui n'ont pas quitté le village et\nrestent massés craintivement au fond de la salle, mais ceux qui reviennent du service militaire\noù ils ont dégourdi leurs jambes à la saine école des bals-musettes ; d'autres encore qui sont\nchauffeurs, valets de chambre, commis, employés, ouvriers, rapportent au village, pendant le\ncongé qu'ils y passent, les dernières modes de la danse. Un couple reproduit non sans verve les\ndandinements de l'ours. Tous les autres rôdent en un boston sans trêve, et les danseuses\ninexpertes se contentent d'être -légères entre leurs bras. Seule l'université reste fidèle à la\ntradition de la valse à six temps : un jeune maître d'école qui vertueusement adhère à son\népouse empanachée, parcourt la salle d'une gravité qui trahit le calcul mental. Ce qui a disparu\nsans retour, c'est l'ancien couple empesé de nos caricatures, de même qu'a disparu le gars\nrougeaud, la fille massive et lente, le fermier cauteleux et paillard, la vieille hargneuse de nos\nconteurs naturalistes. Tout le panorama rustique est à refaire, et n'attend que des artistes\ndoués de quelque faculté d'observation.\n\nLouis Laloy."}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.62", "texte": "Une Interview d'Eugène Ysaye\n\nEugène Ysaye vient de rentrer à Bruxelles, après une tournée triomphale à travers les\nEtats-Unis d'Amérique. Nous avons profité des quelques jours qu'il a passés ici pour rendre\nvisite au Maître et lui demander de nous confier quelques impressions de voyage, quelques\nopinions sur la culture et les goûts actuels de la société américaine.\nLe virtuose, accompagné de son fils Gabriel, violoniste comme lui, débarqua à New-York\nle 11 novembre 1912. Depuis 1905, il n'était plus retourné en Amérique. Le 11 déjà, il se\nfaisait entendre dans un programme d'œuvres classiques : Bach, Vivaldi, Beethoven, Max\nBruch. Une réception fut organisée en son honneur par le club des musiciens de New-York,\nsous la présidence du violoniste Kneisel.\n\" Mon émotion fut à son comble, nous dit-il, lorsqu'à la fin du discours que j'adressai à\ncette assemblée d'élite, je vis successivement entrer Fritz Kreisler, Mischa Elmann, Zimbalist,\nqui vinrent aux acclamations de l'assemblée m'apporter leurs vœux. De New-York, je me\nrendis dans les principales villes du Canada et des Etats-Unis : San Francisco, Boston,\nPhiladelphie, Chicago, Saint-Louis, Washington, Indianapolis, Montréal, Cincinnati, etc...\nVoyageant jour et nuit, nous ne nous arrêtions que quelques heures, travaillant avant le\nconcert dans les hôtels, reprenant le rapide à la dernière note du programme. \"\nEn l'espace de 7 mois, du 15 novembre au 15 mai, Ysaye donna 111 concerts. A\nBerkeley (près de San Francisco) il joua dans un théâtre grec. \" Ce n'était pas, raconte\nle maître, sans une réelle appréhension que je commençai cette exécution en plein air, dans\nune enceinte de dimensions colossales. J'étais persuadé que la sonorité allait se perdre. Or, il\nen fut tout autrement. Des premiers aux derniers gradins, pas une note n'échappa. \"\nDeux concerts seulement, sur l'ensemble des séances prévues, durent être remis. Ce fut\nà l'occasion des inondations de VOhio. On se souvient de l'émotion ressentie en Europe à la\nnouvelle de la disparition d'Ysaye. Il se trouvait effectivement dans la région sinistrée. Pendant\nvingt quatre heures, les informations les plus sensationnelles furent lancées par les journaux.\n\"Ma famille, nous dit-il, connut des transes bien compréhensibles. Mais un télégramme,\nenvoyé de New-York par Madame Eugène Ysaye, la rassura bientôt. Nous étions saufs, nous\net nos bagages.\" Et Ysaye s'emporte en rappelant ces \"dépêches\": \"Elles naquirent,\ns'écrie-t-il, dans l'imagination des journalistes européens, car en Amérique, on rapporta les faits\ntels qu'ils s'étaient passés. Et ces bruits sont d'autant plus ridicules que le public est tout\ndisposé à croire qu'il y a là, de la part de l'artiste ou de son imprésario, un essai de réclame à\nl'emporte pièce qui est, on le sait bien, loin d'être de mon goût. En réalité voilà ce qui s'est\npassé : \" ... Nous allions à Oxford et le lendemain, nous devions partir pour Cincinnati. Mais\nles trains ne marchaient plus d'Oxford à Cincinnati. Nous y prenons conseil et décidons de\nnous rendre à Hamilton, afin d'atteindre la ville par une autre voie. Nous faisons une partie du\nvoyage en voiture. Et voilà qu'arrivés devant Hamilton, nous apprenons que le pont va\ndisparaître sous les flots. Nous faisons deux kilomètres à pied, et nous apercevons alors ce pont\nmagnifique qui va s'écrouler Puis ce sont des maisons entières, dont les toits sont couverts\nd'êtres humains... Morts et vivants, véritable cascade humaine, dévalent emportés à une vitesse\nf011e... Hélas, nous aurions tant voulu les secourir. Mais que faire ? que faire ? Nous dûmes\nretourner à Oxford, puis à Richmond où nous attendîmes deux jours. Impossible de télégraphier,\ntous les poteaux étaient renversés. Enfin, nous pûmes rentrer à Chicago : nous étions sauvés \".\nL'impression qu'Eugène Ysaye garde de sa tournée est toute différente de celle qu'il\navait eue il y a huit ans :"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.63", "texte": "6o\nS. I. M.\n\n\" A cette époque, en Amérique, nous dit-il, l'homme d'affaires prenait le pas, économi-\nquement et socialement sur l'intellectuel et sur l'artiste. Aujourd'hui, l'américain, quel\nqu'il soit, réserve au contraire une large part de son activité aux choses de la pensée et de l'art.\nL'évolution de la société américaine, dans les grands centres surtout, s'est accomplie avec une\nrapidité qui surprendrait, si l'on ne se l'expliquait pas par ce fait que, chaque année, les plus\ngrands virtuoses, chanteurs, acteurs dramatiques et lyriques, conférenciers, que sais-ie ! traver-\nsent 1 Atlantique et vont porter au Nouveau Monde le meilleur de nos productions, de notre\nculture esthetique. Aussi bien, la légende a vécu suivant laquelle il faut encore aller en\nAmérique avec du \"bluff\", de l'acrobatie... L'élite y est parfaitement accessible aux plus\nbelles œuvres, elle les comprend, elle les réclame, elle les applaudit. Le progrés général des\nEtats-Unis est au niveau du nôtre, au point de vue intellectuel, et artistique : ils n'ont plus\nrien a nous envier. Un facteur principal de ce développement a été le groupement en ces\ncercles de science et d art sont conçus d'une façon tout autre que nos sociétés européennes.\nPar exemple, les jeunes compositeurs, les virtuoses, tant nationaux qu'étrangers, y sont accueillis\navec une enthousiaste hospitalité. Un autre facteur éducatif est l'influence exercée par les\ndeux principaux quatuors a cordes : Kneisel et Flonzaley, qui se partagent annuellement les\nquelque trois cents villes américaines où l'on fait de la musique. Ils y portent le culte des\nhautes traditions, des grands maîtres de la forme de la plus pure expression musicale. \"\nEugène Ysaye se piopose d inscrire, a 1 un des programmes des prochains concerts Ysaye,\nun Poème Symphonique du jeune compositeur américain Martin Lœffier qu'il entendit et\napprécia. Cette œuvre offre certaines difficultés d'exécution. Elle requiert aussi une salle assez\nvaste, et une disposition d orchestre très spéciale. \" Ce sera peut-être, fait observer Ysaye,\nune raison d impossibilité matérielle, car les Con ne disposant plus de\ndont les conditions de location sont devenues inabordables pour aucune société belge, sont\nencoie a la recherche d un local. La salle du Conservatoire, la seule qui convienne aux grandes\nauditions, officiellement demandée, leur fut immédiatement refusée. \"\nLe maître nous apprend aussi qu'il a ébauché, avant son départ, avec la ville de San\nFrancisco, un projet pour la participation de son orchestre aux festivités musicales qui auront\nlieu a 1 Exposition de 1915 en la cité Californienne. A cette époque, sans doute les Concerts\nYsaye^pourront-ils y porter le titre, hautement mérité, d'orchestre royal, du fait de la nomination\nbientôt officiele de leur chef à la Maîtrise de Chapelle du Roi Albert.\nEt d'ici là, Eugène Ysaye et son fils auront été de nouveau attirés en Amérique par un\nengagement brillant qui les y ramènera dès l'automne prochain.\n\nM. Brusselmans."}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.64", "texte": "EUGÈNE YSAYE"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.65", "texte": "M. G. YSAYE"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.66", "texte": "Belgique\n\nLA SAISON MUSICALE A SPA. Spa est peut-être la ville d'eaux où l'on fait\nactuellement le plus de musique. La musique est, du reste, un plaisir que les médecins spadois\nrecommandent à leur clientèle, et les neurasthéniques les plus \" abîmés \" du docteur Schaltin\naccourent comme au miracle aux Concerts de que dirige l'excellent maître\nliégeois Oscar Dossin.\nOr, le miracle opère. Les éclopés et les mélancoliques de marque qui, de tous les coins\nde l'Europe, viennent ici reprendre le goût de la vie, s'unissent chaque soir à une élite\nd'amateurs appartenant à tous les mondes pour acclamer l'infatigable orchestre symphonique\ndont les meilleurs éléments sont fournis par le Conservatoire de Liège.\nOn ne saurait exécuter avec plus de couleur et plus de fidélité le répertoire varié\nqu'impose le sévère auditoire de Spa. Depuis que la bille a cessé de grincer dans les roulettes,\nla clientèle des joueurs a disparu et les mélomanes arrivent ici en maîtres ; on ne leur discute\naucune satisfaction.\nA côté des meilleures pages de Schumann, de César Franck, de Berlioz, de d'lndy, de\nBorodine, de Saint-Saëns, de Debussy et de Fauré, je dois noter comme excellemment inter-\nprêtés : la Symphonie en sol mineur de Mozart et Y Inachevée de Schubert, des fragments du\nManfred de Schumann et des Erynniesde Massenet, la de Grétry et la\nalgérienne de Saint-Saëns, la Kermesse flamande [de Jan Blockx, le de\nLuigini, les Scènes de Ballet de Glazounow, la de\nBorodine, Sigurd Jorsalfarde Grieg, le Carnaval de Swendsen, etc...\nAvec cela, beaucoup de Wagner, naturellement ; du Tschaikowski, dont Mlle Juliette\nWihl, qui professe au Conservatoire de Berlin, détailla prestigieusement et avec de surprenantes\nvigueurs d'athlète complet, le Concerto en si B 23) ;du Rubinstein de rêve, que\nvinrent applaudir solennellement le prince Nakaschitze et toute la légation russe en l'honneur\ndes Romanoff et de Pierre-le-Grand un ancien client de Spa commémorés ; des\nfragments de l'opéra de Glinka, Russlane et Ludmique Mme Olga de NabokofF a cru devoir\ninterprêter avec d'attrayantes singularités de musique qui ont fait oublier son insouciance des\ntextes ; quelques tranches caractéristiques du Prin de Borodine et de la de\nRimsky-Korsakov, auxquelles le ténor pétersbourgeois Krijanowski consacra les fraîcheurs les\nplus jeunes de sa voix caressante et souple.\nAinsi, le docte et spirituel historiographe Albin Body pourra, cette année encore, ajouter\nde bonnes pages à son Histoire de la musique h Spay qui est un document des plus précieux\npour ce qui touche l'évolution du goût musical chez les gens du monde qui se reposent, qui se\nsoignent ou qui s'amusent.\nIl n'est que juste de rendre spécialement hommage à M. Oscar Dossin, qui dirige les\nbeaux concerts du Kursaal et qui est, du reste, l'un des plus éminents professeurs du Conser-\nvatoire royal de Liège. Ce M. Dossin est un tout petit homme, avec un talent fécond, éclec-\ntique, infatigable. Chaque jour, il se renouvelle et se surpasse. On se sentirait presque tenté,\nen ce monde de buveurs d'eau, de voir en M. Dossin une manière de \" sourcier \", tant pour\ncertaines de ses clairvoyances inattendues et inédites que pour des ferveurs loyales, presque\nnaïves, soulignées d'attitudes extatiques et d'eftets de baguette qui lui valent les suffrages les\nplus contradictoires."}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.67", "texte": "02\nS. I. M.\n\nUne légion de brillants artistes et d'une modestie au-dessus de l'éloge seconde M. Dossin.\nJe signale entr'autres, M. J. Gaillard, une des gloires du violoncelle et M. J. Rogister, un\nvirtuose de l'alto, l'un et l'autre professeurs au Conservatoire royal de Liège. Ces deux maîtres,\njouissent d'une haute réputation artistique, et le premier, notamment, M. Gaillard, qui fut\nacclamé à Paris et en Amérique, nous a donné deux remarquables séances de musique de\nchambre, avec le concours de la cantatrice Wybauw-Detilleux des concerts du Conservatoire\nde Bruxelles, de la pianiste Stewart et du violoniste René Bohet.\nAu programme de la première séance, quatuor de Schumann, quatuor de Saint-Saëns,\nsonate pour piano et violon de César Franck. C'est au seul Beethoven que ces excellents\nartistes ont consacré leur second concert. Comme vous voyez, on ne saurait mieux employer\nles après-midi de ville d'eaux. Il appartenait à M. Mouru de Lacotte, qui dirige tous les\nplaisirs de Spa, de compléter, avec son habituelle sagacité, cette saison musicale par une série\nde représentations d'opéra et d'opéra-comique. Rien n'y a manqué, depuis Roméo et Juliette,\nThaïs et Carmen jusqu'à La Dame blanche et La Il faut que tout le monde s'amuse,\nles grands et les petits...\nBIBLIOGRAPHIE. Traité d'harmonie par M. Louis de Bondt, professeur au\nConservatoire Royal de Bruxelles. Edition G. Oertel, rue de la Régence, Bruxelles.\nM. Louis de Bondt présente ainsi son ouvrage : \" Il constitue moins un Traité d'harmonie\nqu'un recueil d'exercices. Le traité a le grave défaut d'être purement théorique et de ne fournir\nà l'élève aucune occasion d'appliquer les règles énoncées, souvent fort obscures pour lui.\nDans le recueil d'exercices,au contraire, chaque exemple est suivi d'exercices pratiques, permet-\ntant d'en saisir toute la portée d'une façon claire et complète. \" Effectivement, ce livre n'est\npas chargé de théories confuses. Les règles y sont exposées avec la plus grande concision,l'exemple\nles rend vivantes à l'élève qui les applique immédiatement dans les exercices, fort habilement\ngradués et qui l'accoutument à l'harmonisation tant des basses que des soprani, le conduisant,\npar un judicieux choix des accords, au travail de l'harmonie sans chiffre. La première partie\ndu cours de M. De Bondt est consacrée à l'accord de trois sons, du majeur diatonique, des\nmineurs harmonique, mélodique et antique et du majeur-mineur. Accords et renversements\ny sont étudiés, de même que les cadences, qui font l'objet d'un chapitre spécial, les\nmodulations, les progressions, les ornements mélodiques. Les modèles sont empruntés à Bach,\nPalestrina, Adrien Willaert, da Vittoria, Orlando di Lasso, Arcadelt, P. de la Rue, Emilio\ndel Cavalière, Poselli, Soriano, Cordans, etc... Ce précis est à la portée de l'étudiant. Il\nrendra certainement de grands services dans les conservatoires et écoles de musique, de même\nqu'à ceux qui cherchent un guide clair et précis, qui ne les lasse ni égare.\nVisions, scène chorale, pour voix d'hommes, édition Orphèa, Bruxelles.\nSur un poème d'inspiration mystique de M. Louis Moreau, le compositeur H. Weyts a\nécrit un choral de rythme large, et d'accents colorés. Ses harmonies font songer à un chant\nd'église, montant vers les voûtes sonores de la nef, dans la fumée des encens bleus et l'embrase-\nment des vitraux. Cette œuvre était imposée au Concours International de Malines (15 août).\n\nBaronne d'Orchamps."}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.68", "texte": "LE MOIS\n63\n\nNOUVELLES. Le compositeur Paul La Gye achève un drame en 3 actes La Victoire\nd'Aphrodite, sur un poème du comte Albert du Bois, tiré de U Aphrodite et le Khèroub, mettant\nen relief de façon saisissante la figure du prophète Ezéchiel. Par suite de nécessités absolues,\nquelques passages ont été arrangés pour la scène lyrique par M. J. Chot, mais le texte de\nM. du Bois a été presque complètement respecté par le compositeur.\nD'autre part, on annonce que la ville de Spa s'apprête à créer en son théâtre Franchimont,\nopéra en 2 actes, poème et musique du même. L'ouvrage fut primé et couronné à l'unanimité\nau concours organisé en cette ville. Cette représentation coïncidera avec les fêtes commémora-\ntives des 600 Franchimontois.\nLe compositeur Léon Delcroix termine une œuvre lyrique en 3 actes \" Le Sourire\nde l'lnfante \" sur un livret de Géo Drains. L'action se passe en Espagne, au XVIe siècle, et\noppose le caractère d'un gueux flamand, joyeux et rude, avec l'âme sombre d'une infante. Ces\nartistes travaillent aussi à L'Histoire magnifique, comédie lyrique. M. Delcroix donnera encore\ncet hiver, au Théâtre de la Gaîté à Bruxelles, \" Le Petit Poucet \", conte féérique, paraphrasé\nmusicalement, de M. J. Elslander.\nM. Théo Ysaye vient d'être nommé chevalier de la Légion d'honneur. On sait qu'il\nn'est pas seulement un excellent pianiste, mais bien plutôt un admirable compositeur, en qui\nl'on pourrait voir le chef d'un jeune mouvement franco-wallon, dans les voies modernes.\nM. Théo Ysaye a déjà produit nombre d'œuvres importantes, tant symphoniques que de\nmusique de chambre. Il jouit d'une haute réputation à l'étranger. Tous les musiciens applau-\ndissent à la distinction que le gouvernement français lui octroie, légitimement.\nLa société chorale : La Wallonie d'Anvers a triomphé, par cinq voix contre deux à des\nsociétés hollandaises concurrentes, au Tournoi International de Malines. La jeune phalange,\ndepuis peu de temps, a pour directeur M. Voncken, professeur à l'école de musique de Verviers.\nCe beau succès honore l'orphéon et son chef.\nM. Amédée Gastoué vient d'achever pour une scène parisienne, la partition d'orchestre\nde Viviane, écrite pour un drame en 3 actes, de Georges Gourdon, dont les Chansons de Geste\nsont aujourd'hui classiques. Dans cette œuvre, le poète, familier avec la littérature du moyen-\nâge, a su très heureusement moderniser l'antique symbole de la légende celtique et \" trouver \"\nun dénouement dont l'effet est doublé par la musique du jeune maître de la Schola cantorum."}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.69", "texte": "La Musique dans le Midi\n\nUn vent de décentralisation souffle depuis quelque temps en France. Rouen donna jadis\nune impulsion sérieuse à ce mouvement intéressant ; Lyon, Bordeaux, Nice, Lille suivaient,\net d'autres villes encore, encouragées depuis par la prime officielle. Les sceptiques vous diront\nque ce mouvement n'a fait éclore aucun chef-d'œuvre, et que les musiciens sûrs d'eux-mêmes\net un peu ambitieux voudront toujours que Paris découvre et consacre leur talent. Pourquoi ?\nCela s'explique très bien ; en Province, ils n'ont pas de public, pas de critique, pas de publicité\nassez grande. Vous objecterez peut-être que dans des grandes villes comme Marseille,\nBordeaux, Toulouse, la population est assez considérable pour fournir un parterre instruit et\nsuffisant. Mais il faut remarquer que ce public a des idées, des coutumes, des préjugés,\ndifférents de ville en ville, et qu'il leur faut par conséquent des œuvres adéquates à ces idées,\nces coutumes et ces préjugés. Un auteur breton qui se ferait jouer à Marseille, ou un marseil-\nlais qui se ferait exécuter à Lille risqueraient de ne pas se faire comprendre. Alors le problème\nreste plus que jamais posé.\nA Nice, ville cosmopolite, mais qui n'avait pas su jusqu'à présent se faire prendre au\nsérieux, cette décentralisation paraît possible, tout autant qu'à Montecarlo qui a le même\npublic, mais des moyens de réclame exceptionnels. Ancienne cité italienne, elle préféra long-\ntemps le répertoire italien moderne, qui essaya de s'y implanter, nous en parlâmes autrefois\ndans le Mercure Musical.Depuis le mouvement s'est ralenti. La a été jouée\nentièrement, et cette année on a donné le Crépuscule des Dieux. On a pu faire entendre sans\nprotestations Pelléas et Mélisandeau Casino ;ony a vu réussir créer le\nChâteau de la Bretkhe,du belge Albert Dupuis, et de Ch. Silver. Ce sont là de\npetits événements pour un parisien qui a vu les ballets russes, mais qui valent d'être signalés,\ncomme symptomatiques.\nA Marseille, deuxième ville de France, on crée drame lyrique de M. Durand\nBoch, mais on joue surtout la Tosca,et le public s'en contente. Aux concerts classiques,\nM. de Lacerda, bon musicien, chef d'orchestre un peu mou, n'arrive pas à enflammer un\npublic que les hardiesses d'un Debussy font encore sourire. Aussi M. de Lacerda abandonne\nla baguette. Son successeur, M. Louis Hasselmans, sera-t-il plus heureux et triomphera-t-il\nde cette regrettable indifférence ?...\nA Nîmes, une société se fonde uniquement pour chanter la\net les chanteurs comme les exécutants ne sont pas rétribués, mais ils payent au contraire pour\nassurer une exécution d'ailleurs des plus convenables du chef-d'œuvre de Bach. Au\nThéâtre on crée Dans la tourmente,drame lyrique de M. Serge Basset pour les paroles et de\nM. H. Contessc pour la musique. Comme dans la scène se passe sous la Révolution.\nŒuvre non dépourvue de mérite.\nA Montpellier on crée Gaspard de Besse.Mieux vaut n'en pas parler. Depuis 1830,\njamais musicien n'avait abusé de la cadence parfaite comme l'auteur de cet opéra mort-né,\nqui a été joué une fois et demie (à la deuxième représentation on en avait coupé la moitié).\nL'Opéra de notre ville ne brille pas de l'éclat qui lui conviendrait. On compte beaucoup sur\nla nouvelle direction, confiée à M. Alicot, ancien chef de musique du 2e génie, dont le goût\nmusical et la bonne volonté nous promettent une saison un peu plus artistique que les\nprécédentes.\nLe Théâtre de Montpellier a éprouvé bien des vicissitudes depuis son origine. En 1755"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.70", "texte": "LE MOIS\n65\n\nle Duc de Richelieu créa la première salle de spectacle, inaugurée par la représentation de\nPyrame et Thisbè (l'œuvre de Rebel et Francœur datait de 1726). Cette salle, dont on vante\nl'élégance sobre, était due à l'architecte Maréschal, auteur de la restauration de la fameuse\nFontaine de Nîmes. Elle brûla en 1785, fut remplacée en 1788 par une autre plus grande,\nmais dans le même bon style, qui elle même en 1881, fut détruite par un incendie pendant\nune représentation d ' Hamletà laquelle assistait Mme Amb. Thomas. Une salle provisoire fut\négalement la proie des flammes quelques années plus tard. L'Opéra actuel, qui ressemble un\npeu à l'Opéra-Comique, est dû à l'architecte Cassien-Bernard, et décoré par Injalbert, Baussan\net Michel. Pendant un demi-siècle aucun directeur ne put achever la saison, tant les recettes\nétaient insuffisantes.\nMontpellier a droit à une saison musicale, brillante et sérieuse. D'une hâtive enquête\nfaite dans les grandes villes méridionales, de Toulouse ville artistique par excellence à\nNice, il résulte que plus qu'à Marseille, Avignon, Nîmes, Béziers, etc. le bon goût musical\nrègne à Montpellier. Cependant on ne peut arriver à constituer une société sérieuse de musique\ninstrumentale. De temps en temps quelques musiciens groupés font entendre une\nde Beethoven, exécutée médiocrement. Seule la Mutuelle des musiciens, sous les auspices de\nM. Granier, distingué Directeur de notre très bon conservatoire, réussit quelques essais\nsérieux. Cette année elle exécuta la troisième symphonie en de M. André Gedalge, œuvre\ntrès travaillée, aux développements pénibles, d'un contrepoint intéressant mais lourd, où\nquelques idées assez agréables sont étouffées par des procédés de composition passablement\nsurannés. L'exécution fut bonne, et l'accueil froid.\nLa Société Ch. Bordes et son chef actif Paul Coulet se préoccupent surtout de nous faire\nentendre du nouveau. Grâce à eux nous connaissons des chœurs de J. Pillois, Debussy, d'lndy,\nFl. Schmitt, etc. sans parler des œuvres de la Renaissance, des Costeley, Lassus, Palestrina, et\nquelques autres plus récentes peu ou pas connues. Un public d'universitaires, de lettrés et de\nraffinés applaudit à ces manifestations d'art réel, assez rares en Province.\nEn revanche les artistes de passage ne sont pas très satisfaits de notre Public. La froideur\nqui les accueille devrait pourtant leur servir de leçon. Les bons exécutants sont de moins en\nmoins rare, et la qualité des œuvres exécutées nous intéresse davantage que les tendances ou\nl'habileté des virtuoses. Parmi les pianistes les plus appréciés citons : MM. Mark Hambourg,\nCortot, Koczalski, à qui nous devons de mieux connaître Chopin pour lequel nous devenions\ninjustes ; David Blitz, Ciampi, Mmes B. Marx Goldschmidt, Blanche Selva, qui nous fit\nconnaître des œuvres nouvelles de Déodat de Severac, et une suite de Roussel, d'un\nintérêt musical évident, mais qui n'a pas plu. Parmi les violonistes nous avons applaudi\nMM. Spalding, très en forme, et M. Enesco, un peu fatigué mais très expressif.\nComme chanteurs, il faut citer MM. Frœlich, un peu monotone, Mme Marie de Lisle,\nplus intéressante au théâtre, Mme J. Raunay qui (avec le quateur Lefeuve exécutant la très\ncurieuse suite basque)nous a révélé un Charles Bordes compositeur délicieux, sincère et ingé-\nnieux dans des harmonies neuves et agréables, mais rendues avec peut-être un peu trop de\nfantaisie ;et enfin Mme Paule de Lestang qui a obtenu un très grand succès, et à laquelle le\npublic montpellierain est reconnaissant de lui avoir fait connaître du Debussy, et du\nMoussorgsky, chantés avec un goût incomparable.\nParmi les artistes locaux qui contribuent, par leur talent réel, au succès de ces séances, il\nfaut citer le violoniste Caries, les pianistes Combes et Bérard, le contralto Mme Lapeyre-\nThalès, Mme Rohart-Villot, etc.\nOn ne peut nier qu'un véritable mouvement musical se soit créé à Montpellier. Chez de\nriches amateurs se donnent des séances intéressantes, avec les éléments dont je viens de parler."}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.71", "texte": "66\nLE MOIS\n\nPour donner une idée des progrès de la musique moderne dans notre ville, voici le nom des\nauteurs mis au programme d'une audition d'élèves chanteurs (Mme Rivière, professeur) :\nCambert, Lully, Rameau, Grétry, J. Huré, P. de Bréville, L. de Serres, Ch. Bordes, A. de\nCastillon, Fl. Schmitt, M. Ravel, Cl. Debussy G. Fauré, Roger\nDucasse, etc.\nJe ne saurais terminer cette rapide revue de la musique dans le Midi, sans parler des\nthéâtres de plein air. Là encore la question est complexe. Quelles sont les œuvres qui con-\nviennent à ce cadre ? L'an dernier, à Orange, Yde Gluck ne fut supportable que grâce\nau métal de la voix de Mme Litvinne. Cette année, la Comédie Française ne s'était pas mise\nen frais de musique. On avait dérangé un prix de Rome pour conduire un solo de flûte\naccompagné par le quatuor, c'était bien inutile. La Symphonie pastorale annoncée (quelle\nsingulière idée !) ne fut pas exécutée. Seule une musique militaire joua la Marseillaise à cause\nd'un Ministre, c'est peu et c'est trop.\nA Nimes on fait de bonnes choses. Antigone fut accompagnée de la musique de Saint-\nSaëns, très discutable comme tendance, mais sonnant bien dans le plein-air. Béziers n'existe\nplus, mais fait école. A Coursan on a donne la Fille de la Terre de Emile Sicard, avec une\nintéressante musique de Déodat de Séverac. Mais ici encore l'orchestration, toute spéciale,\nest due à un chef de fanfare. L'auteur n'est donc plus à son aise, et il cherche encore sa voie.\nAilleurs on donne simplement des opéras connus, joués sous des arbres: à Toulouse, Aïday\nà Cauterets, Alceste, à Montpellier nous eûmes l'Aphrodite d'Erlanger, qui plut.\nMais 011 sent que dans ce genre la voie n'est pas encore ouverte. Le souvenir des Grecs\nnous obsède et nous lie. Notre musique très compliquée ne s'accommode pas du tout des\nnécessités d'un genre qui exige la simplicité. Il y a cependant quelque chose à trouver, peut-\nêtre la véritable musique populaire, et c'est là seulement que tout espoir de décentralisation\nefficace est possible. Les musiciens devraient y songer.\nEn attendant, les Méridionaux fêtent Gounod et lui élèvent un buste à S 1 Remy, parce\nqu'il vint s'y inspirer du soleil et du ciel de la Provence pour composer sa Mireille. Mistral\nétait présent, ainsi qu'un ministre, enchanté d'une occasion si belle de ne pas parler politique.\nA l'église, la messe de Sainte-Cécile fut exécutée avec ferveur, et sur le flanc des Alpilles, dans\nun paysage un peu sec mais caractéristique, l'œuvre de Gounod et de Mistral fut représentée\ntelle que l'avait d'abord conçue le musicien, avec le tableau du Rhône, et la mort de Mireille.\nEt c'est certainement beaucoup mieux ainsi. Mais de même que l'on rétablissait ce que l'on\navait malencontreusement modifié pour les besoins (?) de la scène, peut-être eut-il fallu\nretrancher quelques valses inutiles et autres fâcheuses ritournelles imposées par le mauvais goût\ndes uns et des autres.\nCar Gounod nous aurait peut-être étonnés par son goût si ses contemporains l'avaient\nlaissé faire. Et je crois vraiment que son séjour à S' Remy ne lui a pas été inutile, bien qu'il\nait très peu emprunté au folklore local, à l'inverse de Bizet. Les poètes méridionaux sourient\navec scepticisme quand on leur parle de la couleur locale dans Mireille. Pas moins, ces félibres\nont un goût musical si déplorable, que l'on hésite à prendre leur opinion au sérieux.\nQuoiqu'il en soit, bien que la farandole, pas plus que celle de Y A rlésienne d'ailleurs, ne\nsoit une véritable farandole, malgré beaucoup d'autres choses encore, il y a dans des\nidées charmantes, qui restent telles dans le cadre méridional où on les a entendues. Cela est\npresque rustique. Mais, de même que Mistral quand il dit qu'il ne chante que pour les pâtres\net les gens des mas, Gounod s'est trompé s'il a cru faire de la musique populaire. Et là-dessus\ntout est encore à dire et en musique l'on ne vient jamais trop tard....\n\nEdouard Perrin."}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.72", "texte": "Impressions Münichoises\n\nMûnich est devenue la capitale du tourisme international. Alpinistes en \" loden \"\nAllemandes habillées de vert, Anglais et Américains, attirés par la réclame de Cook et\nSchenker, se ruent dès juillet vers l'Athènes de la Sprée. Les uns y attendent sous l'averse le\ndépart pour les cimes tyroliennes ; les autres y viennent chercher des sensations musicales plus\ncoûteuses et plus authentiques encore que ne peuvent leur en procurer \"at home \" les étoiles\ninternationales en mal d'argent. N'était-ce pas cependant, de la part des Mûnichois, une\naudace bien grande, que d'élever en face du sanctuaire Bayreuthien resté cette année\nhautainement clos un autre temple où viendrait se presser l'élite du monde musical ? La\nréclame a, une fois encore, triomphé. Elle avait déjà su draîner le Pactole Américain vers les\ntréteaux rustiques d'Oberammergau. Nous y avions vu les foules transatlantiques enlever au\npieux mystère tout son charme rustique, donner à ces paysans le goût du cabotinage et du\nmercantilisme les plus éhontés. N'assistons-nous pas ici au même phénomène social ? N'est-il\npas à craindre qu'à l'âge du Wagnérisme triomphant n'ait succédé celui du Wagnérisme\nindustriel, et n'entrevoyons-nous déjà pas les dangers que court l'art du Maître à se commettre\nainsi parmi la foule des riches oisifs internationaux ? Est-ce bien là ce qu'il avait rêvé, quand\nil établit son temple \"au centre de la forêt hercynienne où jamais les Romains ne péné-\ntrèrent \" 1 ; sont-ce bien là les foules de l'avenir qu'il voyait déjà monter vers lui en longues\nthéories parmi les pentes aimables des coteaux de Bayreuth ? Eût-il approuvé cette méthodique\nexploitation du public, et les 30 pfennigs de vestiaire que l'administration a cru, cette année,\ndevoir ajouter au prix de 25 marks la place ?\nEût-il, surtout, aimé l'interprétation qu'a donnée de ses œuvres le Théâtre du Prince\nRégent ? Il n'eût eu, sans doute, pour la plupart des acteurs, brillantes étoiles tombées des\ncieux américains, pour les Cahier, les Fremdstatt, les Matzenauer, les Morena, les Feinhals\nà qui d'ailleurs la critique allemande reproche parfois d'avoir oublié là-bas les saines tradi-\ntions et trop souvent sacrifié à l'idole du \" bel canto \"—, il n'eût eu pour eux que des paroles\nde louange. Mais qu'eût-il pensé de ceux qui doivent imprimer à l'œuvre la marque de leur\npersonnalité, et être le reflet fidèle du génie créateur ? Exacts, consciencieux, tels nous sont\napparus les chefs d'orchestre MM. B. Walter, Rôhr et Hess, mais la conscience suffit-elle\ntoujours, là où il faudrait le souffle des grandes épopées ? Et tous nous songions à celui qui\nsavait garder aux Maîtres Chanteurs leur bonhomie, et aux Dieux Mourants leur grandeur, à\nMottl, que personne encore n'a remplacé.\nAriane à Naxos constitue le piment du festin wagnérien que Mûnich offre à ses hôtes.\nC'est au Théâtre de la Résidence que R. Strauss destina tout d'abord ce divertissement. Il est\npeu de salles aussi capables d'inspirer un poète ou un musicien. Mais combien nous avons, une\nfois de plus, compati à l'affolement de ce pauvre Jourdain ! Si Molière eût écrit un divertisse-\nment pour en régaler ses amis, ce n'eût certes pas été cette mixture bizarre de symbolisme\ngœthéen et de farce italienne, où plus rien ne transparaît de la franche gaîté et de la malice\ndu Bourgeois Gentilhomme. La musique produit une impression pénible. Nous avons, certes,\naimé le quatuor des Masques, et la lamentation tragique des trois suivantes d'Ariane, et\nsurtout le burlesque défilé des plats. Mais ce petit orchestre de trente musiciens, si délicat et\n\n1 Cf. Œuvres, IX, Bayreuth, p. 324."}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.73", "texte": "68\nS. I. M.\n\nsi sonore dans les opéras de Mozart, résonne ici presque désagréablement ; il tonitrue ou\nchante pauvrement ; il lui manque surtout l'ironie légère et la mélodie. Combien mieux\ninspiré nous est apparu R. Strauss dans son Chevalier à la Rose, entendu par hasard à Vienne,\noù il est devenu rapidement populaire. Représentation très ordinaire de la saison d'été, mais\ndont l'excellente tenue nous a donné une haute idée de l'Opéra Impérial. Il se pourrait bien\nque le Chevalier à la Rose demeurât le chef-d'œuvre théâtral de Strauss. La grande déclamation\nlyrique s'y marie à une orchestration d'une richesse, d'une légèreté, et d'une drôlerie\nsuprêmes. Il faut entendre à Vienne, chantée par des Viennois, avec leurs intonations si\n\" gemutlich \", cette musique si joyeuse, et, malgré sa science, restée si bon enfant.\nLôwe inaugura la série de ses dix concerts de gala par la ire Symphonie de Beethoven et\nla 8° de Bruckner, une de celles où s'exprima le mieux l'âme du vieil Autrichien. Une\nsilhouette de l'époque le représente, timide et gauche, devant le maître de Bayreuth, qui lui\noffre une prise. Il n'osa jamais espérer la place glorieuse qu'il occupe aujourd'hui dans l'ombre\nde Wagner. Il vécut jusqu'au bout sa simple vie de maître d'école, dépaysé au milieu des\nélégances viennoises. La critique du temps l'opposa souvent à Brahms. Nous avons pourtant,\ngâtés que nous sommes par la sobriété, la finesse de nos musiciens d'aujourd'hui, l'impression\nqu'ils sont frères par l'ampleur et la richesse de leurs créations. L'un reste plus didactique et\nplus pondéré ; l'autre épanche plus librement le contenu de son être naïf et enthousiaste ;\nchez lui, nous entendons, ponctués par les grandes fanfares Wagnériennes, les échos des\nrythmes paysans de la Basse Autriche ? Est-ce la raison qui nous le rend difficilement acces-\nsible ? Pourquoi devons-nous faire effort pour voir en lui un des interprètes les plus profonds\nde l'âme religieuse allemande, un des descendants directs de l'incommensurable Jean Paul ?\nC'est peut-être parce qu'il n'a jamais su se borner. Nous nous embarquons à sa suite pour un\nvoyage sans fin, sur une mer d'harmonie sans cesse ruisselante. César Franck en est-il moins\nprofond, pour être plus concis ? Et cependant, que de beautés profondes dans cette 8e sym-\nphonie, quelle gradation dans les divers mouvements, jusqu'au finale, où il semble avoir voulu\nexprimer l'inexprimable, en de mystiques extases parsifaliennes. Lôwe, le grand apôtre de la\nfoi Brucknérienne, l'a joué une fois de plus avec amour et perfection, et a su aussi bien\nexprimer sa grandeur, que sa gaîté rustique. C'est aussi ce caractère de grâce naïve, de joie\npresque sensuelle que le chef d'orchestre viennois a su donner à son interprétation des deux\npremières symphonies de Beethoven, les seules qu'il nous fut donné d'entendre.\nL'orchestre du Konzert-Verein, qu'une intervention opportune du bourgmestre de\nMttnich a sauvé de la dissolution, mérita nos ovations.\n\nEdmond Delage."}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.74", "texte": "Çà et Là\n\nIl est grand bruit parmi les historiens et les philologues d'un papyrus découvert récem-\nment et qui révélerait, soi-disant, des signes de notation musicale. Pour renseigner nos lecteurs\nà ce sujet, nous nous sommes adressé à notre éminent collègue M. Théodore Reinach,\nmembre de l'lnstitut, qui nous répond par la très intéressante lettre qui suit :\nCher Monsieur,\nLe fragment de Sappho dont vous me parlez a paru, en effet, dans un volume appelé\nDikaïomata (à cause d'un fragment juridique important) publié par la Société grecque de\nl'Université de Halle (Berlin, Weidmann, 1913). Ce fragment est extrêmement mutilé :on\nn'a que les extrémités finales de 11 vers, et chaque fin de vers ne représente probablement\nque le tiers de la ligne : c'est vous dire que le texte en est absolument incompréhensible.\nSur un certain nombre de voyelles on remarque des signes (environ 13 en tout), où les\nuns ont vu des signes d'accent ou de ponctuation, les autres des notes de musique instrumen-\ntales (!) du genre enharmonique. Je suis persuadé, pour ma part, qu'il ne s'agit de rien de tout\ncela, mais simplement de signes rythmiques, souvent d'ailleurs mal placés par un scribe\nignorant. Je ne sais où a paru l'article de Wessely auquel vous faites allusion, mais il y aura\nprobablement dit des choses aussi intéressantes et aventureuses qu'au sujet du papyrus d'Oreste\nde l'archiduc Renier.\nVotre tout dévoué\nTHÉODORE REINACH.\n* *\nLe Tonkuenstler-Vereinde Berlin dont la riche bibliothèque a été récemment ouverte au\npublic, vient de réserver une salle à la lecture des périodiques musicaux. Voilà une bonne\ninitiative.\n* *\nL'Ecole Nîedermeyer met au concours pour son internat un certain nombre de parts de\nbourses de 300 fr. destinées à des jeunes gens bien doués pour la musique et peu fortunés.\nEcrire à l'Administrateur de l'Ecole, 18, rue des Pins, Boulogne s/Seine.\n*\n* *\nLa session d'été de l'Université d'Oxford a été consacrée spécialement à la France et à\nla culture française. Quatre conférences sur la musique ont été faites par M. D. Calvocoressi\nqui, au cours d'intéressantes auditions, a fait entendre des œuvres de Lulli, Rameau, Grétry,\nRousseau, Lalo, Franck, Fauré, Debussy, Chabrier, Satie, Schmitt, Séverac, Ravel, etc.\nD'Oxford, le conférencier est allé ensuite en Irlande porter la bonne parole et continuer avec\nsuccès sa propagande en faveur de l'art français.\n*\n*"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.75", "texte": "7°\nS. I. M.\n\nLuchon, Cauteretsy Bagnères de Bigorre réunis sous une même direction ont connu, en\neffet, durant cette saison, des enthousiasmes que ces casinos n'osaient plus espérer. Une troupe\nqui comprenait M. Villette, M\"e Galli-Sylva, M. Mouchez, M. Cormerais, Mlle Fanty,\nMlle Charrin, M. Chassagne, M. Bruis, Mme de Lafory et ou brilla M. Duclos, a promené\ntriomphalement dans les trois cités Rigoletto, et tous les ouvrages du\nrépertoire.\nLes concerts n'ont point été négligés non plus. A Bagnères de Bigorre, notamment,\nM. René Doire, dont l'orchestre était formé de virtuoses véritables, a interprêté toutes les\ngrandes œuvres anciennes depuis Bach, Haendel, Mozart, Beethoven (7% 8e et 9e symphonies)\nSchumann (Symphonie en ré mineur) ; Schubert Weber, Mendelssohn\nGrandes Ouvertures),jusqu'à Brahms, Wagner, Tchaïkowski, Lalo, Rimsky-Korsakoff ;\nBorodine, Franck, S 1 Saëns, Massenet, Charpentier, Debussy, Erlanger : et le public prête la\nplus vive attention à ces auditions impeccables qui constituaient dans leur ensemble, comme\nun véritable histoire de la musique.\n*\n* *\nLe Casino municipal de La Bourboulebénéficia d'une saison exceptionnellement intéres-\nsante. Sous la brillante direction d'Armand Ferté un orchestre remarquable exécuta les œuvres\nclassiques et modernes les mieux choisies. Les solistes étaient ceux de nos grandes associations\nsymphoniques, Mlle Madeleine Bonnard, MM. Paulet et Tordo. Avec des chanteurs d'une\nculture musicale aussi parfaite les concerts de la saison furent vraiment hors de pair.\nOn fut moins complet à Boulogne,d'une variété moins classique à et d'une rantaisie\nplus accusée à Granvilleou M. Jemin tint avec une autorité délicieuse la place de premier\nchef d'orchestre.\nMaintenant, d'ailleurs, tout est achevé partout. Seul le Casino de s'essaie à\nl'heure au j'écris ces lignes, à répéter après tous les autres casinos un répertoire ou\ndière seule constitue une nouveauté... C'est une manière qu'à comme cela M. Boulant de se\nsingulariser.\nNous verrons lorsque le Casino d'llbaritz car la nouvelle est aujourd'hui certaine,\nBidart aura son Casino ouvrira ses jardins aux riches espagnols et aux épris de belle nature,\nsi M. Boulant poursuivra longtemps les principes qui sont les siens et que personne ne lui envie.\nAussi bien lui restera-t-il toujours la possibilité pour s'affirmer autrement que les autres, de\nrefuser à ses orchestres l'autorisation de participer aux spectacles de bienfaisance qui sont\norganisés en faveur des sinistrés du Pays ou il est établi.\nDame ! cela s'est produit le 17 août pour une représentation de Carmen dont le produit,\ns'il y en avait eu un, serait allé aux inondés de la Région Basque...\n\nThéophile Puget."}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.76", "texte": "La Musique dans les Casinos\nEn raison de l'éclectisme de la saison théâtrale, le Casino de a pris rang parmi les\nthéâtres de province de tout premier plan. L'art lyrique, aussi bien que l'art dramatique\nne sont point considérés, en effet, par M. Rachet comme un accessoire de la salle de jeu ; au\ncontraire, il semble que ce Directeur dont le souci de bien faire est connu, ait voulu que le\nservice dont il a la charge constitue pour la coquette station thermale une gloire propre à\nlaisser oublier qu'il est des tapis verts proche la salle de spectacles. Si ce fut là son but, il y a\nréussi et le dernier mois d'Août comptera parmi les plus brillantes périodes de Vichy.\nThaïs, Samson et Dali la, L'Attaque du Moulin, et P Etranger\nalternèrent avec les ouvrages les plus appréciés du répertoire de comédie, tandis que le ballet\ndansait Javotteet Djaliet que M. Philippe Gaubert dont on sait la maîtrise superbe donnait\naux classiques les plus pures, les plus probes, les plus émouvantes interprétations qui puissent être.\nParmi les artistes : Mme KoutznezofF, dont il apparaît bien que le médium perd en\nintensité; M. Albers de qui le style est remarquable, mais la voix bien alourdie; Mlle Delna\nque sa voix de jadis a malheureusement abandonnée, et puis encore Mlles Suzanne Cesbron,\nMarchall, Bourgeois, Demougeot, MM. Fontaine, Lapelletrie, Journet, Sellier, Lasserre, c'est-\nà-dire des noms applaudis, des talents certains, avec, deci delà, quelques \" à peu près. \"\nAussi bien la perfection n'est elle pas de ce monde et tenter de s'en approcher est tout.\n* *\nCe fut là le principe d , Jix-les-Bainsqui avait engagé Boulogne pour sa belle voix,\nMlle Campredon pour son charme, Mme Fierens pour sa réputation, Mlle Mérentié pour la\nsplendeur de son organe, Mr. Sylvain pour son M creux, \" Mlle Lowelly pour sa grâce,\nMM. Campagnola et Merma pour leurs solides qualités de puissance vocale et qui, avec\nces chanteurs de mérites si diversifiés passe de Rigoletto à Lohengrin et de Tannhaûser à\nHêrodiade, sans oublier Hamlet,avec l'élégance du prestidigitateur. Rien d'étonnant en\nconséquence à ce que les artistes aient notoirement escamoté tout ce que les gênait. C'est là\nmalheureusement le propre au sens très figuré des spectacles dont les éléments amenés\nà grand frais, je le consens, mais groupés à la diable, ne communient qu'imparfaitement.\nNous ne retrouvons pas ce défaut à Deauvilc'est que dans ce casino ou l'on ne joue les\nouvrages qu'une fois, on a le soin de réunir tous les artistes qui ont coutume de chanter ces\nouvrages ensemble à Paris. Ainsi Deauville a donné et c'étaient Mlle Chenal\nM. L. Beyle et M. Perier qui l'interprétaient. Deauville a monté Thérèse et c'est M 1 Arbell\net M. Dangès qui en exprimaient les principaux rôles. Et quand Deauville présente\nBohême, ou Le Barbier,ou LaTosia, ou Werther,ou ou ou\nou le Chemineau, voire, même, Le Voile du Bonheur, il s'était adressé à MmeS Bailac, Marie\nDelna, Heilbronner, Nelly-Martyl ; à MM. Beyle, Devries, Francell, Allard, Noté, ou\nGhasne, dont les voix s'harmonisent, dont les intentions concordent, et qui produisirent\ndans ces œuvres le maximum d'effet.\nMais tous les Casinos ne sont pas à Deauville et, par conséquent, ne groupent pas à côté\ndes esprits mercantiles dont la préoccupation est avant tout la cagnotte, les natures artistiques\nde la valeur de M. Cornuché. Il conviendra néanmoins de faire une exception en faveur des\nCasinos Pyrénéens.\n*\n* *"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": "n. p.", "url_page": "https://bluemountain.princeton.edu/bluemtn/?a=d&d=bmtnabh191309-01.1.77", "texte": "72\nS. I. M.\nTous droits réservés pour tous pays y compris la Scandinavie et l'Extrême Orient.\n: MARCEL FREDET.\nImprimerie SAINTE CATHERINE, Quai St. Pierre, Bruges, Belgique (Tél. 517).\n\nLa Vierge d'Avilaen musique. C'est à notre excellent collaborateur Marius Versepuy\nque Mme Catulle Mendès a confié le soin d'écrire la partition d'un livret qu'elle a tiré\nelle-même de l'œuvre de son mari sous le titre de \" Sainte Thérèse d'Avila\nSur un livret de M. Jean Marguerite, notre ami Jean d'Udine vient de terminer la\nmusique d'un ballet en un acte et quatre tableaux intitulé ou\nlande de Gui.Cette partition, qui comprend un grand nombre de chœurs de femmes, sera\nchantée et dansée l'hiver prochain par les élèves de l'Ecole Française de Gymnastique\nrythmique, en représentations privées, mais avec décors et costumes.\n%\n* *\nLe premier concert du Casino Bellevuede Biarritz a inauguré brillamment le 29 août\nla série de ses auditions annuelles. L'orchestre, sous la direction de M. G. Cuignache,\naprès la symphonie de Franck, a exécuté celle de d'lndy sur des thèmes montagnards avec le\nconcours de Mme Gellibert-Lambert,dont le charme et l'admirable technique soulevèrent\nl'enthousiasme. L'Etude en forme de valse de Saint Saëns valut ensuite à la très vaillante\ninterprète un rappel, auquel elle sut répondre en jouant une ravissante de B. Marx-\nGoldschmidt. Le concert se termina par Y Apprenti\n*\n* *\nLe Festival Bach-Reger de Heidelberg nous a révélé un violoncelliste tout à fait\nhors ligne, le Milanais Enrico Mainardi.Technique achevée, même dans les positions les plus\ndifficiles, sincérité, douceur, sonorité très claire, tout annonce un artiste qui fera bientôt une\ngrande carrière.\n*\n* *\nL'inauguration du Konzerthaus à Vienne a été marquée par la première d'une\nœuvre de Strauss spécialement composée pour cette solennité, celle du\npour orchestre et orgue, sous la direction de Lœwe. A. Nikisch, le célèbre kapellmeister, a\nacquis le droit exclusif de diriger cette œuvre en Allemagne et la fera entendre l'hiver\nprochain à Berlin et à Leipzig.\n*\n* *\nC'est à Leipzig au début de février prochain qu'aura lieu le festival Schoenberg. On\ny entendra les Gurre-Liederpour soli, chœur et orchestre, avec une masse chorale de\n500 personnes.\n*\n* *\nM. Merrick Hildebrandt, le réputé spécialiste de l'archet, vient de faire paraître une\nbrochure intitulée Ce qu un violoniste doit savoir,qui contient des idées nouvelles et des indica-\ntions précieuses.\nL'ouvrage antérieur de M. Hildebrandt, La Technique de F Archet, adopté par un grand\nnombre de Conservatoires, a été salué avec enthousiasme par tous les violonistes. Nous sommes\npersuadés que la nouvelle publication de ce remarquable pédagogue trouvera elle aussi un\naccueil empressé. (En vente à Paris chez M. Max Eschig ou directement chez M. Hildebrandt,\n29, quai des Bergues, Genève.)"}]}